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23 décembre 2014

Matthias Vincenot : interview pour L'almanach insolite et pour Le mot et la note

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(Photo : Nicolas Rabot)

Matthias Vincenot est quelqu’un qui m’impressionne.

Avec l’air de ne pas y toucher, ce poète est toujours en mouvement. Il crée en permanence. Poèmes, festival, tremplin, livres… C’est la deuxième fois que je le mandorise. La première, c’était pour un recueil de poèmes, cette fois-ci, c’est pour un almanach et pour un essai. Points communs entre les deux ouvrages : les mots, la poésie, la littérature, la chanson…

Le 3 décembre dernier, Matthias Vincenot est venu à l’agence pour évoquer ses deux nouveaux ouvrages.

L’auteur :

Matthias Vincenot, né en 1981, a publié 12 recueil de poèmes, depuis Un autre ailleurs (Lettres du Monde, 1998), jusqu’au plus récent, Les Choses qui changent (Mines de rien, 2013, avec des photos de Pascal et Nicolas Rabot). Président de l’association Poésie et Chanson Sorbonne et fondateur et Directeur artistique du Festival DécOUVRIR de Concèze, il organise de nombreux moments autour de la poésie et de la chanson. Il est Sociétaire de l’Académie Charles Cros et membre d’honneur du Comité du P.E.N. Club français (Poètes Essayistes Nouvellistes). Créateur, avec Thierry Cadet, du Prix Georges Moustaki de l’album indépendant et/ou autoproduit, il est aussi le Directeur artistique de Poésie en liberté. Par ailleurs Docteur ès Lettres, il est professeur aux Cours de Civilisation française de la Sorbonne.

almanach-insolite.jpgL’Almanach insolite (éditions Mines de rien, 2014) :

Un Almanach qui ne ressemble à aucun autre. Des inédits, des nouveautés, mais pas du déjà-vu. Avec parfois des textes très courts. Du sérieux et de l’humour. Avec des personnalités de différents horizons, dans une diversité harmonieuse.
Chaque dimanche, une recette est proposée par un chef cuisinier ou des passionnés de cuisine.
Un Almanach de plus ? Non. Un nouveau type d’Almanach, avec de l’allure et du fond. Qui donnera du plaisir, qui fera rêver et réfléchir, avec lequel les lecteurs seront surpris, émus, bousculés. Un Almanach qu’on n’attend pas, un Almanach original.
En résumé, un Almanach insolite.

Interview :

C’est toi qui as eu l’idée de créer un nouvel almanach plus original que les autres ?

Oui. Je me suis dit : si je faisais un almanach comme j’ai envie d’en lire ? L’almanach a une image un peu particulière, un peu vieillotte et désuète.  On pense qu’on y lit des blagues par forcément drôles, des espèces d’astuces bidons…  moi, j’avais envie de partir de l’image qu’a cet ouvrage populaire, mais en y mettant des choses que j’aurais envie de lire moi-même.

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C’est très intellectuel alors ?

Mais, je ne lis pas et ne fais pas que des choses intellectuelles. Ce que je propose est très varié. Il y a 300 personnalités, une recette de cuisine par des chefs ou des passionnés de cuisine. Parmi les chefs : Gérard Baud, Michel Del Burgo, Jean-Luc Rabanel, Philippe Gardette et Francis Tessandier (de « Chez Francis » à Brive). Pour ce qui est des gens qui ont envoyé des textes, c’est une diversité qui va de CharlElie Couture à Monseigneur Di Falco par exemple. Je ne me suis pas cantonné à un style. On découvre les gens sous un autre jour. Quand Dave écris sur la mort, on n’imagine pas forcément qu’il écrirait sur ce sujet. 

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As-tu donné des indications aux contributeurs ?almanach-insolite4.jpg

Non, car je voulais que les participants à cet almanach se sentent libres et, se sentant libres, certains décident d’écrire des choses différentes de ce que l’on pourrait attendre d’eux. De ce côté-là, j’ai été servi.  Ici, Smaïn propose une chanson. Pour Noël Mamère et Jean Glavany, c’est un poème, de même que pour Pierre Rochefort, Arthur Dreyfus, Arno Klarsfeld, Daniel Lavoie, Alice de Lencquesaing et Jeane Manson. Guy Konopnicki évoque Dada et Alain Bauer quelques criminels mythiques. Pour le rugbyman Wenceslas Lauret, c’est l’importance de la chance. Bernard Ménez fait un plaidoyer pour l’athéisme et la laïcité. Marielle de Sarnez parle d’Europe et Bernard Combes des pendus de Tulle. De la mémoire à la perte de mémoire… par Florence Duprat, qui évoque la maladie d’Alzheimer. Frédérique Deghelt rend hommage à son oncle, François Deguelt, l’évoquant publiquement pour la première fois. On trouve aussi de nombreux textes souriants, comme celui d’Hervé Chabalier sur les marronniers dans la presse, de Christophe Girard qui s’amuse de certaines expressions courantes, de François Rollin, ou de Francis Lalanne avec une fable. Également, des nouvelles inédites, de Philippe Jaenada, et, plus étonnant, de Sophie Mounicot, de Muriel Combeauet de Céline Caussimon.Valérie Vogt, en plus d’un texte, fait découvrir une recette. Des chanteurs proposent un extrait d’une de leurs chansons, comme Liane Foly, Gérard Lenorman et Arno. CharlElie Couture écrit en prose, et s’interroge : Si j’étais une femme

Il y a aussi des éphémérides originales signées Christophe Tastet, animateur sur France Bleu Limousin.

Ces éphémérides sont ce qui se rapprochent le plus d’un almanach sauf que les siens sont très savants et, apparemment, légers. On apprend plein de choses en s’amusant. Il y a de l’humour mélangé à du fond.

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10608666_738581709546050_1201113732284525704_o.jpgEn quoi cet almanach est-il insolite ?

Parce que l’on ne s’attend pas à trouver autant de personnalités, autant de textes différents, autant de textes différents de ces personnalités, associés à cette belle mise en page, ces magnifiques photos à chaque page, les éphémérides et les recettes de cuisine. Non, franchement, c’est un almanach unique, inattendu et original.

Avec tes activités, tu connais beaucoup de monde dans la chanson française. Nombreux sont les artistes qui y participent.

Les chanteurs, nous les entendons chanter, mais parfois on oublie qu’ils savent aussi écrire.

Il y aussi pas mal de poètes.

Oui, mais je n’ai pas souhaité assommer les gens de poésies. Je voulais montrer dans un ouvrage, avec des textes différents, qu’un poème pouvait se lire avec naturel.

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Matthias Vincenot à l'agence, le 3 décembre.

couv_le_moet_et_la_note.jpgLe mot et la note (éditions de l’Amandier, 2014) :

« Tout au long de cet ouvrage, avec minutie et érudition, Matthias Vincenot traque les différences et les ressemblances entre les deux cousines. Il révèle les processus de création à travers l’analyse des figures et les œuvres maîtresses dans les deux disciplines », écrit Georges Moustaki dans son prologue. Après une introduction présentant un historique des rapports entre la poésie et la chanson, cet ouvrage tente de déterminer d’abord ce qui peut faire poésie, en s’arrêtant sur la mise en musique des poèmes, étudiant notamment comment un poème peut devenir une chanson ; ensuite, il est question de la chanson, de la façon dont on peut la définir comme de son pouvoir évocateur, qui n’est pas sans conséquences dans la culture et la mémoire populaires. Puis ce travail s’arrête sur la musique des mots, et donc sur l’utilisation du son, dans la poésie comme dans la chanson, avant de présenter le rapport des chanteurs à la poésie. Enfin, cela amène à déterminer la nature et la place du slam.

Interview :

Dans ce livre, tu as réuni tes deux passions, la chanson et la poésie.

On entend beaucoup de simplifications sur la poésie et la chanson. Soit c’est totalement différent, soit c’est totalement la même chose. Ce n’est ni totalement différent, ni totalement la même chose. Il fallait se poser un peu pour parler de tout ça. En fait, la source de ce livre est ma thèse de Doctorat que j’ai faite à la Sorbonne. J’ai voulu partager mon point de vue sur la question au-delà du cercle universitaire, c’est pour cela que j’ai transformé la thèse en livre. Je voulais élaborer un livre grand public qui puisse se lire facilement.

Allain Leprest par exemple, c’est un chanteur, mais c’est aussi un poète, non ? La leprest3.jpgfrontière entre les deux est mince en tout cas…

Pour moi Leprest est d’abord un chanteur, même s’il est aussi un poète. Mais en général, ça fait du mal à la poésie de dire que dès qu’un chanteur écrit bien, c’est un poète. Un poète quand il écrit un texte, il écrit juste pour être lu et pour être publié dans des livres. Un chanteur, quand il écrit un texte, il écrit pour être chanté. Ce n’est pas le même objectif d’écriture, ni la même façon d’écrire. Il faut être très prudent avec ça parce que la poésie est malade de cet amalgame. Dès qu’il y a un chanteur qui a des textes très riches, on dit que c’est un poète. Pendant très longtemps, on a imaginé que la poésie, c’était Brel, Brassens, Ferré et que ce n’était rien d’autre. Il n’y a rien de plus faux.

Et toi, en tant que poète, as-tu essayé d’écrire des chansons ?

J’ai tenté d’écrire des chansons, mais ça n’a pas marché. Là où il y a de très bons résultats, c’est quand des chanteurs prennent un de mes poèmes et le chantent.

Le prologue de ton livre est signé Georges Moustaki.

Je me suis dit que sur ce sujet Moustaki avait des choses à dire. Le soir de ma thèse, quand je suis arrivé chez moi, je lui ai envoyé un message et il m’a répondu tout de suite. Pour ce livre, il a écrit ce petit texte et il était déjà très fatigué, donc, ça m’a beaucoup touché.

bandeau-prix.jpgTu es aussi le co-fondateur du Prix Georges Moustaki avec Thierry Cadet. Peux-tu nous annoncer quelques nouvelles pour le prix 2015 ?

La présidente est cette année la chanteuse Rose et le parrain est le groupe Archimède. Le Prix Moustaki reste une très belle expérience, d’autant plus que nous avons de nouveaux partenaires pour cette édition, comme le FestiVal de Marne et Catalyse. Et nous avons le soutien de l’Université Paris-Sorbonne.

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Après l'interview, le 3 décembre 2014.

22 décembre 2014

Ingrid Desjours (et un peu Myra Eljundir) : interview pour Tout pour plaire

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Tout pour plaire, le nouveau livre d’Ingrid Desjours est un magistral thriller psychologique, avec une intrigue à couper le souffle. Elle nous décrit un monde où règne la noirceur humaine. La nouvelle reine du roman noir ne nous épargne pas un instant. Perversité, manipulation, calcul, vengeance, sont les maîtres mots qui animent tous ses personnages. On se demande constamment qui veut le bien ou le mal, qui est honnête et qui ment. Au programme : victimes consentantes, pervers narcissiques ou frappadingues de l'amour vache. Je me suis rarement autant fait balader.

C’est la troisième fois que je mandorise Ingrid Desjours (voir la première et la seconde). Et puis aussi, quand elle n’avait pas encore avoué qu’elle était la fameuse Myra Eljundir. Elle m’avait réservé l’exclusivité de sa première interview…

Ingrid Desjours est venue à l’agence le 11 décembre dernier pour évoquer ce très grand roman noir qu’il est impossible de lâcher. Tout pour plaire devrait en toute logique devenir un standard de ce genre littéraire.

ingrid desjours,myra eljundir,tout pour plaire,kaleb,interview4e de couverture :

Rien n'est plus suspect qu'une personne qui a tout pour plaire.

Voilà, vous y êtes. Arrivés au point de rupture. Depuis longtemps déjà, votre couple dérange. Parce qu'une belle et brillante jeune femme n'a pas pu renoncer à tout pour se consacrer à son riche mari comme ça, sans être influencée. Ou vénale.
Parce qu'un séducteur avide de pouvoir n'a pu obtenir la totale dévotion de son épouse que par la tyrannie et la manipulation. Comme tous les pervers narcissiques.
Oui les ragots vont bon train.
Alors quand s'installe chez vous un deuxième homme, aussi attirant que sulfureux, les esprits s'échauffent davantage. Et la disparition pour le moins suspecte de sa femme n'arrange rien.
Bien au contraire.
Pour vos voisins sont désormais réunis tous les ingrédients d'un drame conjugal qui pourrait bien vous mener à la mort. Vous aurez été prévenus.
Voilà, vous y êtes. Arrivés au point de rupture...

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L’auteur :ingrid desjours,myra eljundir,tout pour plaire,kaleb,interview

Ingrid Desjours est psychocriminologue. Après avoir exercé de nombreuses années auprès de criminels sexuels en Belgique, elle décide en 2007 de se retirer en Irlande pour écrire son premier thriller. Depuis, elle se consacre entièrement à l'écriture de romans et de scénarios pour des séries télévisées. Les nombreux psychopathes qu'elle a profilés et expertisés l'inspirent aujourd'hui encore. Outre ses tableaux cliniques pertinents, l'auteur excelle dans l'art de lever le voile sur la psychologie humaine et de faire ressentir au lecteur ce que vivent ses personnages, pour le meilleur et surtout pour le pire?
Ses trois premiers romans, Écho (Plon, 2009), Potens (Plon, 2010) et Sa vie dans les yeux d'une poupée (Plon, 2013) ont été très remarqués et plébiscités, tant par le public que par la presse et les libraires. Elle a également animé l'écriture de Connexions, un polar interactif édité en partenariat avec l'émission « Au Field de la nuit » (TF1). Son dernier-né, Tout pour plaire, a été pensé et conçu comme une série télévisée. Ingrid Desjours vit actuellement à Paris. Très engagée dans la défense de la cause animale, ses autres passions dévorantes sont le krav maga et le piano.

ingrid desjours,myra eljundir,tout pour plaire,kaleb,interviewInterview :

Depuis ton précédent roman Sa vie dans les yeux d’une poupée et celui-ci, Tout pour plaire, n’as-tu pas l’impression que ta carrière littéraire commence à prendre une belle tournure ?

Je ne m’en rends pas bien compte. Je suis toujours à fond dans le livre suivant. Je ne prends pas trop le temps de réaliser ce qui m’arrive et je ne me rends pas compte de ce qu’il se passe autour de moi. Tout est abstrait parce que, quand j’écris, je suis complètement ermite.

Lorsque tu fais des salons, cela te sort de ta bulle, non ?

Oui, ça me fait du bien de voir des gens, de les écouter, de leur parler… mais parfois, ils t’aspirent complètement. C’est extrêmement fatiguant parce que beaucoup ont une attente, notamment celle de leur donner ce que tu leur as déjà donné dans le bouquin. Et puis, certains lecteurs ont le sentiment de te connaître. Moi, je ne les connais pas, donc c’est un rapport très déséquilibré. Si j’adore ces rencontres, elles me laissent lessivée.

Je ne comprends pas. Aimes-tu participer à un salon du livre, alors ?ingrid desjours,myra eljundir,tout pour plaire,kaleb,interview

J’aime et je n’aime pas à la fois. Le problème c’est que plus ça va, moins j’aime parler. En fait, ce que j’ai à dire, je l’écris. Pour le reste, j’estime que ce n’est pas super intéressant, ni très important. Je ne vois pas en quoi ce que je pense passionnerait les gens. Et puis en bonne écrivain caricaturale, c’est-à-dire solitaire, j’ai besoin d’une grande plage de calme.

Depuis notre première rencontre en 2010, tu as écrit trois autres thrillers et les trois romans signés Myra Eljundir… ça commence à faire pas mal !

Je me suis fait traiter de graphomane par Mazarine Pingeot à Brive (rires).

Y a-t-il une différence d’écriture quand tu es Ingrid ou quand tu es Myra ?

Je passe de l’une à l’autre de manière très naturelle. Je ne change pas ma façon d’écrire. Même quand je suis Myra qui écrit pour les ados, je ne fais aucun compromis, ni n’édulcore quoi que ce soit.

Et ça marche de ne pas prendre les jeunes pour des cons ! Ta trilogie Kaleb a cartonné.

Oui… et on m’a dit que ça continuait à pas mal se vendre.

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Tu vas poursuivre l’œuvre de Myra Eljundir ?ingrid desjours,myra eljundir,tout pour plaire,kaleb,interview

Oui. Je sors d’abord un prochain thriller d’Ingrid en mai 2015… je vais donc officiellement décéder (rires) et en octobre, j’enchaîne sur le premier tome de la prochaine trilogie de Myra.

As-tu déjà tes nouvelles histoires en tête ?

Pour le thriller oui, il sort dans peu de temps, mais pour Myra, grosso modo.

Tu dis Ingrid et Myra quand tu te cites… ne deviens-tu pas un peu schizophrène ?

J’ai plus un syndrome de personnalité multiple (sourire). J’écris aussi dans un journal féminin, Question de de femmes, sous le nom d’Astrid Leviateur. J’y fais le psycho test et les papiers psycho-sociaux.

ingrid desjours,myra eljundir,tout pour plaire,kaleb,interviewTu m’as permis de t’interviewer en exclusivité quand personne ne savait que tu étais Myra Eljundir. Peu de temps après, tu as dévoilé ton identité. Le regrettes-tu ?

Au départ, quand j’ai créé Myra Eljundir, c’était pour ne jamais avouer qui était derrière. Nous avions des clauses de confidentialité. Les gens qui m’interviewaient signaient des papiers jurant que jamais ils ne diraient qui j’étais. Mais quelqu’un à commencer à dire que Myra était une auteure française de thriller, alors des gens se sont amusés à chercher avec beaucoup de sérieux qui était cette intrigante auteure. La photo que tu avais faite de moi de dos pour ta chronique a été pas mal reprise et comme j’avais un chapeau, beaucoup ont pensé que c’était Amélie Nothomb. D’autres ont pensé que c’était Maxime Chattam. Moi, ça m’amusait énormément jusqu’au moment où mon nom est arrivée dans les possibilités. Il y a des jeunes lecteurs de Kaleb qui ont fait un vrai travail d’enquêteur. Ils sont allés jusqu’à comparer les interviews, les silhouettes des photos et ils ont fini par être convaincu que c’était moi. Plus ça allait, plus mon nom revenait avec insistance. A un moment donné, cela devenait ridicule de nier.

C’est au salon international du livre au format de poche de Saint Maur que tu as révélé officiellement ton identité.

Je flippais parce que je me suis dit qu’au final les gens allaient être déçus que ce ne soit que moi. Certains journalistes en avaient rajouté des caisses en prétendant que j’étais un super auteur très connu.

Le mystère se lève sur Myra Eljundir à Saint-Maur en poche (juin 2014).

Tu es donc désormais exposée deux fois. Te connaissant, ça ne doit pas te plaire desingrid desjours,myra eljundir,tout pour plaire,kaleb,interview masses.

J’ai un gros problème avec le fait de m’exposer. Je suis tellement consciente à quel point on peut être vulnérable et à quel point ça te peint une grosse cible sur le front physiquement et moralement. Plus tu es exposé, plus tu es la proie d’adoration disproportionnée et étouffante ou au contraire de détestation qui peut aller jusqu’au harcèlement. J’en ai déjà fait les frais.

Tu es désormais chez Robert Laffont, c’est un changement conséquent pour toi ?

Ça change absolument tout pour moi. Que les choses soient claires, je suis très reconnaissante à Plon et à mon éditeur de l’époque de m’avoir découverte et de m’avoir donné ma chance. On a juste atteint la limite de notre relation. J’ai vite compris que Plon n’avait pas vocation à faire du thriller et que moi je n’avais pas vocation à rester chez eux. Cela étant dit, aller chez Robert Laffont est un changement radical et positif. J’ai fait une vraie rencontre humaine et professionnelle avec mon nouvel éditeur, Glenn Tavenec. J’ai commencé a travaillé avec lui sur Kaleb et maintenant je travaille avec lui sur les thrillers. Il est bosseur, sérieux et intègre. Il dit ce qu’il fait et fait ce qu’il dit. Il met la main dans le cambouis avec moi si le besoin s’en fait sentir. Il est là à chaque étape de la création du livre. Je me sens hyper soutenue par lui et par toute l’équipe de la maison.

Revenons à Tout pour plaire, je peux te dire que tu m’as baladé du début à la fin.

Intellectuellement, ce roman a été monstrueux à écrire. A chaque chapitre, il y a des retournements. Il fallait que je tienne le rythme sur 520 pages.

ingrid desjours,myra eljundir,tout pour plaire,kaleb,interviewTout pour plaire, à l’origine, était un projet de série télé.

J’ai donc eu des problèmes de structures parce qu’un scénario n’est pas un roman. On ne raconte pas les choses de la même façon. En plus, je me suis donnée comme contrainte supplémentaire de ne pas mentir.

C’est-à-dire ?

Je ne raconte que la réalité. Par exemple, mon héroïne Déborah, à un moment donné, dit à son mari qu’elle est enceinte, alors qu’en fait, elle ment. Elle dit ça pour obtenir quelque chose. J’aurais pu faire croire aux lecteurs qu’elle était enceinte et, après coup, faire comprendre qu’elle ne l’était pas. Je montre aux lecteurs qu’elle ment, donc, je dis la vérité. Je veux qu’ils voient les personnages tels qu’ils sont réellement. Je ne veux pas prendre le lecteur pour un con. Je lui montre tout.

J’ai lu quelque part que ton roman était un « thriller domestique ». C’est une appellation que  je ne connaissais pas.

C’est du suspens de foyer. Ce sont des livres où les intrigues sont placées chez monsieur et madame tout le monde. On met des personnes normales dans un contexte anormal. C’est une manière de faire en sorte que le lecteur se sente concerné et qu’il se dise que la situation aurait pu lui arriver.

Avant de lire Tout pour plaire, j’avais compris que cela évoquait un pervers narcissique.ingrid desjours,myra eljundir,tout pour plaire,kaleb,interview Or, à sa lecture, j’ai l’impression qu’il y en a plusieurs dans ton roman.

Ils ne sont pas tous pervers narcissiques, mais ils ont tous un pet au casque. Sur la dénomination de « pervers narcissique », il n’y a réellement qu’une personne concernée. Le terme « pervers narcissique » date des années 90. Il a été créé pour expliquer une forme de perversion.

La perversion, c’est quoi ?

C’est pervertir une relation à l’autre, instrumentaliser l’autre pour se servir soi. En gros, l’autre n’est plus un sujet, mais un objet. Le pervers narcissique détourne et corrompt la relation pour sauvegarder son narcissisme. Il a besoin de se valoriser en dévalorisant l’autre. C’est une façon pour lui de ne pas retourner son agressivité contre lui-même. Il va donc utiliser quelqu’un d’autre, une espèce de bouc-émissaire qui va devenir une décharge publique de toute la merde qu’il a dans la tête. Il va l’utiliser pour se sentir mieux, se conforter, avoir un petit pouvoir.

Ce sont souvent des gens dont on ne peut pas s’imaginer qu’ils sont pourris à l’intérieur.

Ce sont de grands séducteurs, des personnes qui maîtrisent parfaitement tous les rouages de la psychologie humaine et de la séduction. Ils savent toujours quoi te dire et comment souffler le chaud et le froid. Ce sont souvent des personnes charmantes. Pire encore, parfois, ce sont des personnes qui se font passer pour des victimes.

ingrid desjours,myra eljundir,tout pour plaire,kaleb,interviewY a-t-il de plus en plus de pervers narcissiques ?

A chaque époque, on a notre bouc-émissaire, notre coupable désigné. En ce moment, c’est le pervers narcissique notre ennemi intime. Avec lui, on se pose de nombreuses questions. Et si le danger venait de l’intérieur ? Est-ce que je peux faire confiance ? Où est mon individualité dans l’histoire ? Ne me fais-je pas manipuler ? Je trouve que finalement, c’est à l’image de la façon dont on fonctionne dans notre société. On se met toujours en scène sur Facebook ou Twitter, nous parlons avec le monde entier, nous offrons notre vie en pâture à la planète entière. Où sont les limites et qu’est-ce qui protège le moi ? Je pense que l’on parle de plus en plus des pervers narcissiques est révélateur de cette crainte d’être dévoré par tout le monde.

En croises-tu beaucoup et les reconnais-tu facilement ?

Oui, je les reconnais et pour autant, ça ne m’empêche pas de me faire avoir. C’est ça qui est terrible. Cela m’est arrivé d’identifier une personne comme potentiellement problématique, d’y aller à l’affect et de laisser une relation malsaine s’installer. Mais, j’ai les outils pour les sortir de ma vie définitivement, si besoin. Je ne suis pas psy au quotidien et je reste un être humain avec des périodes où je suis plus fragile qu’à d’autres. On est tous vulnérables.

Pourquoi écris-tu des livres qui montrent la face laide des gens ?

J’écris ce que je vois, ce que je connais, ce que je ressens. Ce qui est commun à tous mes livres, c’est que l’on va au-delà des apparences. Il y a les apparences et il y a la vraie nature des gens… et elle n’est pas toujours très jolie jolie à voir.

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Après l'interview, le 11 décembre 2014.

20 décembre 2014

Sandra Martineau : interview pour Les blessures du silence

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Cela faisait trois années de suite que je rencontrais Sandra Martineau au Salon du livre de Provins. Elle y participait en tant qu’auteure et moi en tant qu’animateur. Il m’arrivait de l’interviewer, mais je n’avais jamais rien lu d’elle. Il fallait donc remédier à cela.

Elle m’a fait parvenir son dernier roman, Les blessures du silence. Un vrai bon thriller psychologique qui n’a rien à envier à bien des livres de romanciers à succès. Au fil des pages, le rythme ne laisse de répit ni aux lecteurs, ni aux protagonistes du livre. Sandra Martineau malmène tout le monde avec, on le sent, une certaine jubilation.

La jeune femme est venue à l'agence le 18 novembre dernier pour une première mandorisation.

sandra martineau,les blessures du silence,interviewRésumé de Les blessures du silence :

Yohann, jeune journaliste ambitieux à l’appétit sexuel grandissant, s’inquiète de ses migraines de plus en plus fréquentes et de ses cauchemars récurrents : il se noie.
Alice décide de quitter son petit ami volage Samuel et part chez sa mère à Lavernat. Elle n’arrivera jamais à destination et c’est Samuel qui fait part de sa disparition.
Antonia, inspectrice de police, enquête sur Florence Ouvrier retrouvée morte en forêt du côté de… Lavernat. Mort, disparition, les affaires sont-elles liées ?
Yohann, de son côté va voir un guérisseur pour ses maux de tête et celui-ci lui conseille de demander à sa mère s’il n’a pas eu un accident en relation avec l’eau. Tout en menant l’enquête pour comprendre ce qui le hante, il alimente le journal avec des révélations surprenantes sur la mort de Florence Ouvrier…
Sa quête personnelle, son enquête sur le meurtre et la disparition l’emmènent sur des routes non parcourues depuis très longtemps. Pourquoi ?

Biographie officielle :sandra martineau,les blessures du silence,interview

L’histoire démarre en Juin 1978 à St-Brieuc. Malgré un prix Louis Guilloux pour une nouvelle écrite au lycée, Sandra ne prend pas tout de suite conscience de l’importance qu’ont les mots dans sa vie. Au fil des années, le dessin, la photographie, les études supérieures viennent rythmer son existence sur un ton différent mais l’écriture n’est jamais bien loin.

1998, les projets s’allongent dans sa tête avec le besoin de les coucher sur papier. C’est le début des scénarii, solution intermédiaire entre les nouvelles et le roman. Un premier manuscrit tente de prendre forme. ¨Pas assez pertinent, elle veut frapper plus fort pour se démarquer des autres. C’est là, qu’un flash vient changer toute la donne : son personnage confronté à d’horribles scènes de crimes, sans jamais les voir, sans jamais prendre conscience du danger qu’il encoure. L’héroïne venait de perdre la vue en quelques secondes et cet élément apporterait de la consistance à son histoire. Entre sa vie de famille et la gestion d’une entreprise,  il lui faudra près de cinq ans, pour achever ce premier roman « Confiance Aveugle » sorti en avril 2010.

D’autres idées pour de futurs manuscrits viennent alourdir ses journées, ou plutôt ses soirées. Promotion en Enfer, verra le jour en mai 2012. Son troisième manuscrit, un roman policier, Les blessures du silence est sorti récemment.

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sandra martineau,les blessures du silence,interviewInterview :

Les blessures du silence est ton troisième livre, te sens-tu auteure aujourd’hui ?

C’est difficile, car je ne suis jamais satisfaite complètement. Il va me falloir du temps pour m’estimer « auteure ». Quand mon deuxième livre est sorti, j’ai choisi délibérément une thématique différente du premier. Je suis partie sur du thriller au lieu d’écrire un autre polar. Je ne voulais pas que l’on compare les deux livres et, surtout, je souhaitais surprendre.

C’est un vaste sujet, mais la frontière est mince entre le thriller et le polar, non ?

Pour moi, un polar est une enquête policière et un thriller est plus une histoire à suspens.

Les blessures du silence, c’est quoi alors ?

Un thriller psychologique.

Depuis quand écris-tu ?

Depuis le collège. Quand la maîtresse nous faisait faire une rédaction, j’étais la seule contente. J’aimais déjà beaucoup écrire des histoires.

Comment as-tu commencé cette activité ?sandra martineau,les blessures du silence,interview

En écrivant quelques nouvelles, puis un scénario. J’ai vu que ça ne fonctionnerait pas pour moi dans ce registre. J’ai donc décidé d’attaquer un roman. Le cinéma me faisait un peu fantasmer, donc je me disais que mon livre pourrait être éventuellement adapté.

Te souviens-tu quand tu t’es lancée réellement ?

Quand j’étais enceinte de ma fille. J’ai donc accouché deux fois à peu de jours d’intervalle : d’un enfant et d’un livre.

Un roman, c’est un exercice compliqué pour toi ?

Tu es obligé de détailler énormément et de creuser au fond de toi-même. Je n’avais pas forcément envie de gratter. Il en est sorti Confiance aveugle. C’est un livre très violent. Je ne pouvais pas aller plus loin dans la violence, il me semble. La petite fille qui est égorgée au début du roman, c’était peut-être aussi tuer la petite fille qui est en moi.

sandra martineau,les blessures du silence,interviewTu n’as pas aimé ton enfance ?

Pas du tout. Ma scolarité a été très difficile, mais j’ai quand même réussi.

L’écriture, aujourd’hui, est-ce une forme de thérapie ?

Oui, je le reconnais. Après Confiance aveugle, du coup, j’avais envie d’autre chose que de violence. A la base, j’étais partie pour faire une longue thématique sur les tueurs en série, mais je me suis soudainement sentie vidée. Je n’avais plus ce désir de tuer, d’assassiner et de terroriser. J’ai donc décidé d’introduire plus de psychologie. On ne cherche plus à savoir comment et qui a tué, mais pourquoi. Je trouvais que c’était aussi intéressant d’emmener le lecteur sur une touche qui n’était pas sanguinaire.

Un de tes films cultes est Seven. Cela se ressent dans ton livre.

Oui, ça permet de comprendre vers quelle logique je vais. Pas vers Alice au pays des Merveilles, en tout cas.

Tu es quelqu’un d’avenant, on a du mal à s’imaginer que tu sois capable de sortir tant sandra martineau,les blessures du silence,interviewd’horreur.

A cause de mon image, plutôt douce et souriante, d’après ce que l’on me dit souvent, les gens pensent que j’écris des choses avec la sensibilité inscrite sur mon visage. Beaucoup s’imaginaient avant de me lire que j’avais un côté fleur bleue.

Au fond, pourquoi écrire ?

Parce que les idées foisonnent en moi. J’ai cinq-six carnets à la maison et dès que j’ai une idée, je l’inscris. J’ai toujours besoin d’évacuer ce qui est en moi. Je tire un peu la chasse d’eau à chaque fois que j’écris, c’est-à-dire que je me libère de ce que j’ai dans la tête. L’écriture, c’est un exutoire.

Quand écris-tu?

Je travaille avec mon mari dans son garage. On se voit toute la journée, donc le soir, je n’ai pas d’état d’âme à m’isoler pour écrire. Il sait que j’ai besoin de ces moments-là. Je suis capable d’écrire juste quatre lignes dans une soirée, mais le maximum, c’est une bonne page.

sandra martineau,les blessures du silence,interviewQuels sont tes modèles ?

En salon, je deviens comme une adolescente dès que je croise Franck Thilliez. Quand j’ai fini La chambre des morts, j’ai compris ce que je voulais produire comme émotion en matière de littérature. Avant cette lecture, je ne savais pas encore dans quoi j’allais me lancer. Ça a débloqué complétement ma situation littéraire.

Tu lui as dit ?

Oui, plusieurs fois. La première, il a été très touché… Aujourd’hui, j’essaie de m’émanciper et je pense avoir trouvé mon style, même si j’essaie de ne pas être trop éloignée de l’ambiance du « maître ».

Les personnages de Les blessures du silence sont tous attachants. Ils ne sont pas manichéens.

C’est ça qui m’intéresse. Je m'attache aujourd'hui à créer des personnages qui soient plutôt des anti-héros. Même les « gentils » peuvent avoir des défauts de la vie quotidienne... qui sont agaçants.

Pour le moment, tu es chez Sixto, une maison d’édition encore plutôt « confidentielle ». sandra martineau,les blessures du silence,interviewQuand tu es dans un salon, est-ce que tes collègues te le font ressentir ?

Au début, franchement, oui. Certains auteurs me faisaient comprendre que mes romans n’étaient tirés qu’à 1000 exemplaires. Après, ils ont compris que j'étais déterminée à faire mon trou. Je le fais gentiment. Je ne marche sur la tête de personne et j’avance petit à petit. Parfois, dans des salons, je vends plus que certains « grands » auteurs. J’en ai tiré une grande fierté parce que c’est grâce à une façon de communiquer avec les gens. Il faut les intéresser et les amener à vouloir découvrir ton univers.

Le monde du polar est quand même un monde très masculin, non ?

Oui, complètement. On m’appelait « la jeunette » parfois, avec une certaine condescendance. Il faut savoir se faire respecter. Tu es jeune, tu arrives timidement avec ton premier roman, tu es forcément un peu raillée. Dès le début, je ne me suis pas laissé faire. C’était le seul moyen pour qu’ils me respectent très vite.

Parle-moi de ton quatrième roman. Je sais que tu es en train de le terminer actuellement.

Il se déroule lors d’une croisière. C’est la croisière de la dernière chance pour mon personnage principal, un type dont on peut penser qu’il est parfait et gentil… et bien, on va vite se rendre compte que pas tant que ça. Il y a un enchaînement de péripéties qui indiquent que cette traversée va finir "en live".

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Après l'interview le 18 novembre 2014.

12 décembre 2014

Fred de Mai : interview pour Flic de rue

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Pas besoin d’exercer le métier de policier pour apprécier Flic de rue (Rouge Sang éditions), le premier livre publié du flic/auteur/photographe/blogueur Fred de Mai. Une écriture sensible, émouvante, lucide et percutante souvent. Pas de doute, l’homme sait raconter son vécu de manière littéraire, voire poétique. Les joies, malheurs et absurdités de son métier sont racontés sans aucune concession au style et à la vérité. De passage à Paris, Fred de Mai est passé à l’agence le 24 octobre dernier, pour évoquer son livre et son métier.

fred de mai,flic de rue,rouge sang éditions,interview,mandor4e de couverture:

Ce livre est un recueil de sentiments et ressentiments sous forme de textes mêlant poèmes, slams et témoignages.

Que ce soit en tenue ou en civil, à Paris, Lyon ou Marseille, en Police-Secours ou en BAC, il a toujours été un « Flic de rue » qui a vécu chaque mot de ce livre.
Il est l’auteur de toutes les photos publiées dans cet ouvrage.

L’auteur :

Fred de Mai est le pseudonyme d’un policier en activité, auteur et photographe. Il a choisi l’anonymat pour des raisons de discrétions professionnelles.fred de mai,flic de rue,rouge sang éditions,interview,mandor

Il était un des blogueurs les plus actifs au début des années 2000. En 2006, dans un des classements en vogue sur Internet, il fut même référencé 53ème parmi les 100 blogueurs Français les plus influents.

En 2010 il remporta un concours de slam organisé pour les 10 ans de la Francophonie par le Ministère de la Culture et TV5 Monde.

Après une période de silence,  et avant la ré-édition de son livre Flic de rue chez Rouge Sang éditions, il revient aussi en réactivant son blog.

Toutes les photos de cette chronique mandorienne sont signées Fred de Mai (sauf celles prises lors de l'interview).

fred de mai,flic de rue,rouge sang éditions,interview,mandorInterview :

Tu es en France l’un des précurseurs des blogs. Je t’ai d’ailleurs connu de réputation à cette époque-là. Tu étais un blogueur « influent ».

Je suis devenu blogueur grâce à mon épouse. C’était une période où j’étais hors travail. Disons, que je travaillais déjà dans la police, mais elle m’avait mis dans un placard. J’ai commencé à écrire un roman et ma femme m’a parlé des blogs, « le gros truc à la mode ». J’ai pris un pseudo, car je n’étais pas en odeur de sainteté dans la police et je ne voulais pas que cette nouvelle activité me nuise encore plus.  J’ai donc fait un blog d’un auteur pour que l’on parle de lui.

Tout au départ, il y avait même deux blogs.

Oui, celui de Fred de Mai et celui de Paul Vachard, le roman que je vais sortir bientôt.Paul réagissait aux propos de Fred.

C’est schizo ton truc !fred de mai,flic de rue,rouge sang éditions,interview,mandor

Oui, on est très nombreux dans ma tête.Bref, ces deux blogs m’ont bien canalisé et  m’ont fait du bien. J’ai surtout compris que je savais écrire.

Et c’est le manque de police qui t’a fait écrire le blog « Flic de rue » ?

Quand tout le monde a su que j’étais flic, j’ai voulu montrer quel genre de flic j’étais. C’était facile pour moi d’écrire des petites histoires que j’avais personnellement vécues.

Flic de rue, le livre, est une réédition.

Oui, en 2009, une agence de com’ est venue me voir pour me proposer de faire une version papier de ce que j’écrivais sur le blog. Ils voulaient prouver que même les blogueurs pouvaient publier sur papier. C’est sorti mal imprimé et il y avait pas mal de coquilles. Du coup, je n’ai pas fait trop de promo… Par la même occasion, j’ai aussi arrêté le blog et je me suis mis à l’écriture de mon roman, Vachard.

Teaser du livre Flic de rue.

fred de mai,flic de rue,rouge sang éditions,interview,mandorFlic de rue est un recueil de nouvelles « vécues » réalistes et littéraires.

Sans prétention, quand j’écris, j’ai l’impression d’être un gamin doué qui ne s’en rend pas compte. Ça me vient naturellement, même s’il y a un travail de retouches après. J’aime épurer au maximum. Avec ces textes, j’ai fait du tweet avant l’heure. Je déteste tout ce qui dépasse. Il faut couper avec acharnement. L’écrivain Thierry Serfati m’a dit un jour que dans l’écriture, le plus dur était de couper.

Il y a des textes très durs et d’autres assez drôles.

Il faut avoir beaucoup d’humour et de recul pour faire notre métier. Si tu prends tout au sérieux, tu es foutu ! Si tu n’es pas bien dans ta tête, tu ne te sens pas bien au boulot et que l’on te fait voir toute la misère du monde, tu prends ton pétard et tu t’arrêtes là. Même dans les cas les plus graves, je t’assure qu’on arrive à trouver de quoi rire.

J’ai compris en lisant Flic de rue qu’il y avait trois situations difficiles quand tu fais ce métier : voir des morts, garder son self control par rapport aux provocations… et l’administration. Et il y en a des pages sur l’administration.

J’étais en colère à cette époque-là. L’administration n’est pas rancunière, car aujourd’hui, elle me fait ma publicité.

Quelle relation as-tu avec elle maintenant ?

Très bonne. Comme quoi, chez nous, rien n’est immuable. Aujourd’hui, j’ai un discours complètement différent qu’à l’époque où j’ai écrit le livre. La police a évolué, c’est clair !

Tu t’interroges sur le fait d’être un bon chef dans le livre…fred de mai,flic de rue,rouge sang éditions,interview,mandor

C’est la pire expérience que j’ai connue. Je suis un chef qui aime fonder une équipe et souder les gars. C’est dur parce qu’on n’a pas les mêmes motivations. Chef, tu devrais être le tampon, mais tu ne l’es pas. Certains t’utilisent comme marteau, d’autres comme bouclier. Tu es donc celui qui prend tous les coups. Mes pires comme mes meilleurs moments sont en tant que chef.

Il y a des scènes très émouvantes dans ton livre, celles où il y a des enfants impliqués dans les « affaires ».

Tu sais, je chiale quand j’écris des textes comme ça. Ce sont des actions que j’ai vécues à une époque où j’étais séparé géographiquement de mon fils. Pendant cinq ans, je l’ai vu trois fois par an pendant les vacances, donc forcément, il me manquait. Je ne pouvais donc absolument pas comprendre que l’on puisse faire délibérément du mal à un gamin.

Tu en es où dans la police ? Appartiens-tu toujours à la BAC ?

Non, j’ai fini ce qui était anti criminalité pure. C’est un travail génial, mais je vieillis. Aujourd’hui, je suis l’un des responsables d’un service qui s’occupe du plus grand centre commercial d’Europe. On y fait tout : on traite, on appelle la justice et on clôture. Je travaille encore plus qu’avant et je m’éclate.

Tu es flic dans un centre commercial, si je comprends bien ?

Oui, c’est le seul cas en France. On est la police nationale. Il y a 100 000 passages jour et il faut gérer cela. C’est un énorme trafic. Sur 1200 interpellés à l’année, tu as 1000 affaires résolues. Pour la police c’est hypra intéressant. Ça prouve qu’elle est très efficace.

fred de mai,flic de rue,rouge sang éditions,interview,mandorJ’en ai déjà parlé à ton éditeur et ex flic lui aussi, Marc Louboutin (mandorisé là), je ne comprends pas comment on peut vivre normalement quand on fait ce métier.  La vie de famille, par exemple… c’est compliqué.

Il faut laisser le boulot au vestiaire. Si tu ne le fais pas, tu es mort. Parfois, c’est tellement dur que je rentre chez moi brisé…

Tu te traites toi-même d’alcoolique dans le livre. Boire aide aussi à oublier ce qu’il s’est passé dans la journée.

Aujourd’hui, je ne bois plus d’alcool fort, mais pendant un moment, ça m’arrivait d’être no limit. Tu as toujours quelque chose à oublier. Et puis, il y a un autre phénomène. Quand tu es avec une bonne équipe, tu fais des pots. Ça te permet de parler et de gérer les problèmes plus tranquillement, sans gravité. On fait un métier où il faudrait presque un soutien quotidien à ce niveau-là. Nous ne l’avons pas… on se démerde pour le trouver.

Ton livre devrait bien se vendre dans le milieu de la police.

Il a déjà un bon bouche à oreille. Quand un flic fait un bouquin sur les flics et qui est approuvé par les flics, on peut estampiller l’ouvrage d’un « lu et approuvé ». Beaucoup de mes collègues l’achètent, mais d’autres qui n’ont rien à voir ce métier aussi, ce qui m’a beaucoup surpris.

Aimerais-tu être conseillé sur un film ou une série sur la police ?fred de mai,flic de rue,rouge sang éditions,interview,mandor

Oui, la plupart de ceux qui officient dans ce rôle ne sont plus flics. Ce sont des anciens. Par exemple, Olivier Marchal. J’aime bien ce qu’il fait, mais c’est une police qui n’existe pas. Il invente la police de ses rêves. Avec lui, le flic se drogue, il est forcément violent, forcément tout seul, forcément alcoolique, il va forcément tuer quelqu’un et il est un peu bandit. Super l’image de la police ! Et puis d’un autre côté, on a Pinot simple flic. Deux extrêmes. Il y a peut-être un juste milieu à évoquer, non ?

Je reviens sur ton prochain roman, Vachard. De quoi va-t-il parler ?

Paul Vachard est le fils du meilleur flic de France,  mais son père ne l’aime pas. Sa mère est partie, il ne reçoit donc pas d’amour du tout. Pour obtenir l’amour de son père, le gamin a tout essayé, parfois de façon très maladroite. Pour faire plaisir à ce paternel, il va devenir flic lui aussi. Mais contrairement à son géniteur, c’est un flic pitoyable. Mais il va trouver un moyen pour que son père s’intéresse à lui. Devenir tueur en série.  Je ne te dis pas ce qu’il se passe après, mais ça part en live !

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Pendant l'interview le 24 octobre 2014.

11 décembre 2014

Retour sur les principaux prix littéraires 2014

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Nobel, Goncourt, Goncourt des lycéens, Femina, Renaudot, Médicis, Roman de l’académie française... Toutes ces distinctions donnent un coup d’accélérateur aux ventes de livres. Ils donnent aussi des idées. Si votre choix pour Noël n'est pas fait, les livres recommandés ci-dessous feront d’excellents cadeaux à offrir, et à lire…de quoi rendre auteurs, éditeurs et libraires heureux.

Pour Le Magazine des Espaces Culturels Leclerc (daté de décembre 2014/Janvier 2015), je suis revenu sur deux pages sur tous les prix littéraires principaux. Faites votre choix !

(Mais, je tiens à rappeler que sur ce blog, je mets en avant également des livres largement moins médiatisés).

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10 décembre 2014

Olivier Tallec : interview du Prix Landerneau album jeunesse 2014

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Olivier Tallec est né en Bretagne en 1970. Après l'École supérieure d 'arts appliqués Duperré, il voyage en Asie, puis au Brésil, à Madagascar, au Chili... puis travaille comme graphiste dans la publicité. Il est aujourd'hui illustrateur pour la presse (Libération, Elle, Les Inrockuptibles) et a signé plus de cinquante albums pour la jeunesse. Olivier Tallec vient de remporter le Prix Landerneau Album Jeunesse 2014. L’occasion était idéale pour le rencontrer.

Il m’a donné rendez-vous dans un café parisien situé à côté de chez lui. Voici le fruit de notre entretien publié dans Le magazine des Espaces Culturels Leclerc daté des mois de décembre 2014/janvier 2015 (plus un bonus mandorien final).

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olivier tallec,louis 1er,roi des moutons,prix landerneau album jeunesse 2014,interview,mandorPetit bonus mandorien :

L’idée de faire ce métier est arrivée comment en vous?

J’ai fait des études de graphisme. Ensuite, j’ai travaillé quelques mois dans des agences de com’, mais ça ne me plaisait pas vraiment. Du coup, je suis allé voir des éditeurs avec des dessins, pas forcément « jeunesse » d’ailleurs. C’est Gallimard qui m’a proposé d’illustrer un premier livre, puis plusieurs à la suite. C’est comme ça que j’ai découvert l’illustration jeunesse. Je trouvais que l’on pouvait aborder tous les sujets avec une énorme liberté. Il y a beaucoup de créativité en jeunesse.

On a l’impression que le milieu du livre jeunesse se porte bien. Quid des illustrateurs ?

On ne sentait pas la crise jusqu’à il y a un an ou deux. Aujourd’hui, on commence à percevoir la chose. Sur les ventes et les tirages qui sont moins importants. Et sur les à-valoir aussi (rires).

Quand vous faites du dessin de presse, il faut travailler dans l’urgence. Mais lorsque vous illustrez un album comme Louis 1er, vous avez plus le temps, du coup, n’est-ce pas plus compliqué ?

Ce sont deux façons de travailler différentes. J’adore le dessin de presse parce que, parfois, on a juste deux heures pour trouver une idée. C’est très excitant. Sur un album, on peut creuser un peu plus quand même et approfondir les situations. On passe aussi un peu plus de temps sur les illustrations. On peut se permettre d’être plus méticuleux.

Quand un album est terminé, est-il facile de considérer qu’il est au moins « correct » ?olivier tallec,louis 1er,roi des moutons,prix landerneau album jeunesse 2014,interview,mandor

Non, j’ai toujours plein de doutes. Mais, je suis content quand je reçois un nouvel album. J’ai une grande satisfaction à voir l’objet et à savoir qu’il va être lu par plein de gens. Quand je regarde des anciens albums, j’avoue que je suis très critique envers moi. En fait, je ne suis jamais content de moi.

Avez-vous l’impression d’avoir une notoriété conséquente en tant qu’illustrateur?

Vous savez, les gens ne connaissent jamais le nom des illustrateurs. Ils achètent des livres pour les enfants et quand les enfants grandissent, ils ne suivent pas la carrière des créateurs de ces livres, contrairement à ce qu’il se passe en bande dessinée ou en littérature adulte. Moi, je ne suis connu que dans le petit milieu de la jeunesse et de l’édition. Mais ça me va très bien. En jeunesse, il n’y a pas de problème d’ego (rires).

Vous venez de sortir un autre livre, adulte celui-ci et très drôle, à la Sempé et à la Voutch. Je l’ai adoré ! Dans Bonne journée, chaque illustration révèle des scènes décalées, des moments surréalistes, des instants absurdes. Superhéros, lapin, vacancier, écolier, ours, artiste, mouton… des personnages variés s’animent pour faire sourire dans l’esprit du dessin de presse.

Le principe est simple : un dessin qui se veut être amusant et un court dialogue. C'est une démarche qui me tentait depuis longtemps. C'est très anglo-saxon... un humour assez absurde que l'on peut trouver dans le New Yorker, chez Gary Larson ou Glen Baxter. La difficulté, c’est de trouver la même précision dans l’illustration que dans le texte court qui l’accompagne. Je précise enfin que ce sont des dessins qui n’ont jamais été publié ailleurs.

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Après l'interview, le 13 novembre 2014.

Quelques planches extraites de Bonne Journée.

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27 novembre 2014

Nicole Lambert : interview pour les 30 ans des Triplés.

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logo 30 ans.jpegAu fil des années, les Triplés n’ont pas grandi, mais leur bande dessinée est devenue une institution, en France et à l’étranger, dans la presse, l’édition et la télévision. 30 ans que les Triplés amusent les lecteurs du Figaro magazine. On a vu passer l’époque, aussi bien les changements de société, que l’arrivée des nouveautés qui ont changé nos vies : portables (au moins un kilo pour les premiers !) ordinateurs, GPS, et autres. On a vu aussi, comme dans un défilé de mode, passer les tenues de la mère des Triplés, la plus fashion-victim des mamans de Paris. Le 29 octobre dernier, pour un des magazines auquel je collabore, je suis allé à la rencontre de la maman des Triplés, Nicole Lambert, dans son atelier parisien pour évoquer cet anniversaire.

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Nicole Lambert portrait pensée2_© Iris de Turckheim.jpg(Tout petit) bonus mandorien:

Dans l'ouvrage 30 ans… avec les Triplés, vous vous livrez beaucoup. Ça a été compliqué.

Très, parce que je suis plutôt pudique et dans la vie, j’avance masquée. Avec l’intervieweur de ce livre, Charles Dierick, grand spécialiste belge de la bande dessinée, on a parlé très librement et je me suis aperçu que j’évoquais beaucoup de choses personnelles. Je n’ai qu’une trouille, c’est embêter les gens avec ma propre vie. C’est vertigineux de se raconter et d’imaginer un instant que les propos tenus vont passionner la foule.

Prenez-vous parfois des vacances ?

Pas beaucoup. J’aime bien ça, mais je travaille beaucoup trop. Généralement, je commence mes journées à six heures du matin et je finis à dix heures du soir. Depuis le début de la série télévisée, je peux dire que je travaille entre 14 et 16 heures par jour depuis deux ans. Le pire, c’est que personne ne me félicité pour ça, parce que c’est moi qui le souhaite. Mon entourage ne m’encourage pas à tenir ce rythme, bien au contraire.

Avez-vous eu la carrière idéale ?

C’était à peu près ce dont je rêvais au départ.

Quel est le dénominateur commun des gens qui aiment les triplés ?

Ça ne fait aucun doute. Ce sont des gens très gentils.

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Avec Nicole Lambert, dans son atelier, le 29 octobre 2014.

Et la dessinatrice a tenu à dédicacer à ma fille (et son papa) son dernier album...

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17 novembre 2014

Agnès Abécassis : interview pour Assortiment de friandises pour l'esprit...

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1966698_10152791176762520_1426005831302040187_n.jpgAssortiment de friandises pour l’esprit ou l’art de positiver au quotidien est une arme anti-morosité signée de la romancière et scénariste Agnès Abécassis. Elle offre là à ses lecteurs un objet littéraire non identifié, entre vade-mecum zen et traité sur le bonheur, avec en fin de chaque chapitre des exercices qui font appel à nos sens et à notre créativité. Un ouvrage bourré d’humour, cadeau idéal pour les fêtes de fin d’année.

C’est toujours un réel plaisir de passer un peu de temps avec Agnès Abécassis (déjà mandorisées là). Cette fois-ci, je suis allé à sa rencontre pour Le magazine des loisirs culturels Auchan (daté de Noël 2014) pour évoquer la sortie du livre cité plus haut et la réédition en version poche spéciale Noël de son plus grand succès, Les tribulations d'une jeune divorcée.

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10658874_10152791121727520_2581570188185422076_o.jpgBonus mandorien :

En France, vous êtes la seule romancière qui publie aussi des bandes dessinées. 

Je ne sais pas si je suis la seule romancière à faire cela… je sais juste que je réalise un rêve d’enfance. Quand j’étais petite, mes proches pensaient tous que j’allais faire du dessin mon métier. Ils ont donc été étonnés de voir qu’en fait, je m’épanouissais dans l’écriture. Ceci étant, quand on m’a proposé de réaliser ma première bande dessinée, j’ai sauté sur l’occasion. Et puis c’est tellement agréable de passer d’un univers à un autre.

Vous vendez beaucoup de livres et vous êtes réputée dans votre domaine. Êtes-vous contente de votre sort littéraire ?

Je crois qu’on est content de son sort quand on prend le temps de se retourner sur son parcours. Moi, pour l’instant, j’ai plutôt la tête dans le guidon ! A chaque sortie d’un nouveau livre, j’ai l’impression que c’est la première fois. Je travaille toujours l’angoisse chevillée au corps. Je suis en permanence poussée par mon envie de bien faire. C’est mon moteur à moi.

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05 novembre 2014

Marc Molk : interview pour Plein la vue, la peinture regardée autrement

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Marc Molk (© Lison Nissim)

J’ai beaucoup d’admiration pour le travail de Marc Molk. Autant peintre qu’excellent écrivain, il domine à la perfection ces deux activités artistiques.  

Dans Plein la vue (Editions Wild Project), il « dissèque » à sa manière trente tableaux, pas forcément très connus, mais qui lui parlent. Et donc, qui finissent par nous parler. Il joue à l’amateur qui s’adresse à des amis, alors qu’en fait, il distille de très sérieuses réflexions et en connais un rayon sur le sujet. Ce que raconte Marc Molk est souvent, drôle, impertinent, personnel, malicieux, et toujours rigoureusement malin, instructif… bref, sacrément passionnant !

Pour sa seconde mandorisation (lire la première ici), l’artiste est venu à l’agence le 25 septembre dernier.

PleinLaVue-MarcMolk.jpgNote de l’éditeur sur Plein la vue, La peinture regardée autrement :

30 tableaux de toutes époques admirés librement.

Mêlant critique d'art et autofiction, Marc Molk propose un texte personnel sur l'amour de la peinture. Ce livre est parcouru de femmes, de guerres, de paysages, de fêtes et de larmes. Entre narration et contemplation analytique, Plein la vue esquisse un genre inédit. Impertinent, dandy, sexy, érudit, obsessionnel, classique, inclassable, universel.

Préface de Léonard de Vinci
(Sélection originale d'extraits des manuscrits de Léonard de Vinci)

L’auteur :

Marc Molk, écrivain et peintre, a codirigé en octobre 2014 le colloque La Fabrique de la peinture au Collège de France.

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DSC09449ff.JPGInterview :

Raconte-nous comment ce livre a vu le jour.

C’est assez étrange. J’ai croisé Baptiste Lanaspèze en 2006. Il travaillait chez Autrement. Il avait lu mon premier livre : Perte humaines, qu’il m’avait dit avoir adoré. On a fait connaissance, mais six mois après il est parti s'installer à Marseille. Nous avions bien accroché mais je ne l’ai plus revu après. C'était l'époque encore où l'expression « se perdre de vue » avait un sens fort. On a fini par se recontacter, grâce aux réseaux sociaux, comme tout le monde. Il avait entre temps monté sa propre maison d’édition : Wildproject. Il publie des livres axés principalement sur l’écologie, la philosophie de l’écologie, etc… Quand j’ai sorti mon deuxième roman : La Disparition du monde réel, je le lui ai fait envoyer, par pure estime, parce que nous avions beaucoup parlé et que je savais qu'il était un grand lecteur. C'était aussi un moyen de poursuivre une relation amicale interrompue par la force des choses.

Tu es romancier et tu peins. Soudain, tu écris sur la peinture…

Pendant longtemps, je me le suis interdit. J’avais peur que cette activité s’apparente à de la critique d’art. Je ne voulais pas me faire égorger par ceux dont c’est le vrai métier. J’ai donc commencé par créer une page anonyme sur Facebook, sur laquelle je postais des tableaux agrémentés d’un petit texte de 3000 ou 4500 signes, ce qui équivaut à trois pages. J’ai eu pas mal de fans assez vite sur cette page. Elle s’appelait « Le petit pan de mur jaune ».  Je me suis retrouvé dans une situation grotesque : à ne pas avouer que j’étais l’auteur de ces textes alors que je mourais d’envie de fanfaronner et de dire que c’était moi.

C’était un problème statutaire ?

Complètement. Mais, au fur et à mesure, je me suis aperçu que ce que j’écrivais n’était décidément pas de la critique d’art. C’était littéraire, libre et autofictionnel. Je racontais un peu ma vie et j’expliquais pourquoi tel tableau m’avait plu, comment, quel étaient mes détails préférés, etc... Du coup, j’ai cherché à comprendre ce que j’étais en train de faire. En fait, je partageais juste mon plaisir et mon intérêt pour les œuvres.

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Mais tu avais dans l’idée de publier ces textes un jour ?

Oui, c'était tout de même très écrit, et je pensais que cela finirait par être publié, mais j'ai été surpris de la vitesse à laquelle ces textes se sont transformés en livre. Je pensais que ça allait être beaucoup plus long. Quelques années peut-être.

Comme tout se sait, les gens ont fini par savoir que tu étais l’auteur de cette page Facebook.

Certains avaient deviné et il devenait difficile de nier. Donc, j’ai mis mon nom dans un coin et j’ai continué à poster régulièrement. Au bout d’un an et demi, je me suis rendu compte qu’il y avait beaucoup de textes.

Qu’aimes-tu sur Facebook ?

La publication suivie de la réaction immédiate. J’aime que les gens « likent », commentent, critiquent, dans le positif ou le négatif. J’aime l’échange direct. Ça casse complètement la solitude de l’écriture.

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Et un jour, Baptiste Lanaspèze t’envoie un message pour prendre de tes nouvelles.

Oui, et il me dit qu’il aime beaucoup ce que je fais sur la page « Le petit pan de mur jaune » et qu’il a envie d’éditer ces textes. Absurdement, au tout début, j'ai essayé de le dissuader d'éditer ce livre, en le prévenant de l’énormité du travail à effectuer.

Et en plus, ça doit coûter cher ce genre de livre… ne serait-ce que pour récupérer les droits de chacun des tableaux.

Il y a trente tableaux, cela veut dire qu’il a fallu contacter trente personnes pour obtenir les droits, avec contrats signés, et les reproductions haute définition. C’est une jeune stagiaire qui était dans la maison d’édition qui a passé ses deux mois de stage à ne s’occuper que de cela. Au final, c’est un très joli petit livre, tout à fait abordable, avec une très bonne qualité de reproduction.  Je voulais que ce soit un objet sensuel.

Le fait d’avoir écrit ces textes sur Facebook a-t-il modifié leurs dynamiques?

Baptiste me disait qu’il adorait la façon que j’avais d’attaquer les textes. Je me suis rendu compte que quand on poste quelque chose sur Facebook, il faut accrocher immédiatement le lecteur, dès la première phrase. Donc, les contraintes pour avoir de l’attention, des likes, des commentaires, ont favorisé un rythme efficace. 

Sur la page internet, il y avait soixante tableaux. Tu en as choisi trente pour le livre.

Allais-je choisir en fonction des textes ou en fonction des tableaux ? Il me paraissait évident que c’était les textes qui étaient le plus important sur ce projet. Donc, j’en ai sélectionné, puis je les ai relus et, évidemment, retravaillés. Il y avait aussi certains tableaux que je voulais dans le livre parce qu’ils me tenaient à cœur, mais dont j’ai estimé finalement qu’ils allaient casser une certaine unité de style. Baptiste avait aussi son mot à dire. Quand le texte n’était pas aussi efficace que cela, je le modifiais très largement. Puis j'ai ajouté plusieurs inédits au livre pour que les fans du « Petit Pan de Mur Jaune » aient des surprises.

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Autre étape : le classement.

C’est un livre à picorer, mais je savais qu'il y avait des lecteurs qui allaient le lire du début à la fin. Il fallait que mon choix de texte et de peinture épouse une certaine logique. J’ai voulu faire quelque chose sur la guerre, le sexe, le drame, le châtiment, la rédemption et la mélancolie. Au final, le livre est une construction qui peut ne pas être évidente à un observateur extérieur. Elle est très ressentie pourtant. Elle va de la timidité que l’on peut avoir vis-à-vis de la peinture jusqu’à la mélancolie qu’elle peut nous procurer en passant par l’excitation et l’intérêt. Du moins je l'espère.

Je crois que tu n’aimes pas que l’on dise que c’est un livre de vulgarisation sur la peinture.

Parce que cela n’en est pas un du tout. Je vais dire quelque chose de très prétentieux, mais je voulais écrire des textes brillants. J’avais envie de quelque chose de décoiffant, d’un peu rock’n’roll et de rafraichissant, dans la discipline statique et silencieuse qu’est la peinture. Je n’ai pas voulu vulgariser, j’étais dans un effort de sincérité. Je veux que les gens se retrouvent dans certaines de mes réflexions sur un tableau. En donnant le témoignage d’une parole intime, je me rends compte que, pour certains lecteurs, il y a une barrière qui a été abattue dans ce domaine de la peinture. Mais, souvent, je n’hésite pas à balancer des références ou des théories tatillonnes sur certains tableaux. C’est aussi un livre exigent, même s’il est écrit pour être lu, pour être accueillant.

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Le culte du style, Marc Molk, 2013, huile et acrylique sur toile.

Tu commentes aussi un tableau de toi.

À un moment, je me suis dit que c’était un exercice intéressant d’expliquer ce que je pense de ma propre peinture et comment je regarde mes propres tableaux. J'écris et je peins toujours pour quelqu’un. En l’occurrence, le tableau qui figure dans le livre, je l’ai fait en pensant à un ami : Jérôme. Alors j'en ai parlé. Dans ma peinture, ce sont les gens qui sont la raison des tableaux. Je trouvais aussi intéressant de jouer avec ma double casquette de peintre et d'écrivain.

Cette fameuse double casquette dont les conséquences te « traumatisent » un peu.

C’est peut-être quelque chose que j’exagère dans ma tête. Ceux qui ne m’aiment pas dans le milieu de l’art disent de moi que je suis « un écrivain qui peint », et ceux qui ne m’aiment pas dans le milieu de l’édition disent que je suis « un peintre qui écrit ». Ce qui est triste au fond, ce n'est pas ce qu'ils disent, mais c'est qu'ils ne m'aiment pas.Heureusement, il y en a aussi tout plein qui m'aiment.

Ne faut-il pas passer outre tout cela ? Tu m’en avais parlé lors de ta première mandorisation.

On peut s’en foutre, mais le souci, c’est qu’il y a des conséquences à toute cette mascarade. Par exemple, telle difficulté à exposer dans un contexte collectif ou des questions de crédibilités soulevées par de mauvaises langues, à l'occasion, dans l’une ou l’autre des deux disciplines que je pratique. Je ne comprends pas pourquoi cela se passe comme ça parce qu’il y a beaucoup de peintres qui ont écrit en parallèle à leur activité de peintre. Je ne me compare pas à ces monstres sacrés mais je veux les citer : le journal de Delacroix, les lettres de Van Gogh, Dubuffet a aussi énormément publié, le douanier Rousseau a écrit beaucoup de pièces de théâtre, etc … Mais, maintenant que tu me rappelles que je t’en ai déjà parlé il y a deux ans, je me rends compte que tu as peut-être raison. Peut-être fais-je du surplace mental ?

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William Bouguereau, la Vague, 1896, Huile sur toile.

Tu as un côté provocateur dans la vie, qui se retrouve dans ce livre.

J'aime le proverbe qui dit : « le clou qui dépasse appelle le marteau ». Je suis né à Marseille, j’ai un petit côté cacou. Je reviens à la vulgarisation dont tu me parlais tout à l’heure. J’ai plutôt l’impression que c’est moi qui suis vulgaire. D’abord, il est vrai que je ne suis pas sorti de la cuisse de Jupiter. Je ne suis pas un héritier. J’ai mis dix ans pour perdre mon accent marseillais, qui était à couper au couteau. J'ai grandi à Belsunce, rue Colbert. Ceux qui connaissent Marseille comprendront. Pour m’en sortir, j'ai eu de la chance et je crois que j’ai fait une sorte de parcours d’adaptation. La distance que j’ai parcourue est immense, mais j’ai fait en sorte qu’elle ne se voit pas. Il reste en moi tout de même un côté teigneux qui me souffle à l'oreille toujours : « Je ne veux pas devenir un bourgeois ». En même temps, ce qu’ils ont, je le veux. Je n’ai plus de famille. Je crois que j'ai longtemps cherché à en avoir une. Mais les gens ne veulent pas que je sois de leur famille. Il y a des  groupes d’affinité, mais à cause de ma personnalité, aucun ne m’accepte. Quand je parviens à me calmer, je fais une dépression. Alors, aujourd’hui, j’ai renoncé. Je me tiens plutôt à distance.

Maintenant, tu prends les gens au détail.

Oui, et les gens qui m’aiment sont souvent aussi seuls que moi.                         

Espères-tu que ce livre fera intéresser les gens à la peinture.

C’est un de mes souhaits les plus chers. Ce que je ne comprends pas, c’est qu’il y ait autant de gens qui aiment la cuisine, qui aiment la musique, qui aiment le cinéma et aussi peu qui aiment la peinture. Imagine un monde où tu serais le seul à savoir que les éclairs au chocolat ou les tartelettes à la framboise, c’est super bon ! C’est difficile parce qu’à un moment, ton propre plaisir, tu veux le partager pour l’augmenter. C’est ce que j’ai tenté de faire avec ce livre.

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Avec Marc Molk, à l'issue de l'interview le 25 septembre 2014.

27 octobre 2014

Le club des cinq : Julien Blanc-Gras, Richard Gaitet, Bertrand Guillot, Guillaume Jan et François Perrin

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Openmag.jpgPour le journal Open Mag (le gratuit offert dans toutes les Fnac de France) daté du mois d’octobre 2014, j’ai voulu rendre hommage à cinq auteurs qui forment un club (sans en former vraiment). Ils s’en défendent, mais j’estime qu’ils pourraient allègrement être à l'origine d'une nouvelle école littéraire.

Julien Blanc-Gras, Richard Gaitet, Bertrand Guillot, Guillaume Jan et François Perrin sont des amis/écrivains aux tons, aux styles et aux sujets originaux et modernes. Je suis ces cinq bons vivants, pour la plupart, depuis le début de leur « carrière » littéraire.

(Et je les aime beaucoup humainement.)

Au passage, voici les dernières mandorisations de Julien, Richard, Bertrand, Guillaume et François (et la participation amicale de Philippe Jaenada.)

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18 octobre 2014

Bernard Werber : interview pour La voix de la Terre

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(Photo : Le Point)

11389-650x330-bernard-werber.jpgBernard Werber sort le 3e volume de la trilogie Troisième humanité, La voix de la Terre.

Je l’avais déjà mandorisé pour le premier tome.

Rappelons qu’à l'origine de l'ensemble du projet, il y avait cette question simple (mais finalement très complexe): Quel est le point de vue de la planète TERRE, elle-même, sur le comportement des hommes envers elle?

Selon l’auteur, « la meilleure manière de faire comprendre une autre écologie serait d'imaginer une communication directe avec ce sur lequel nous marchons. Nous aurions ainsi enfin accès à ce que pense la Terre des hommes qui la saupoudre. Pour elle, nous sommes une espèce jeune, envahissante, dépourvue de système d'autorégulation, mais avec d'immenses potentiels dus à la maitrise des technologies, notamment de communication et de voyage dans l'espace ».

Dans ce 3e volume, l'histoire de notre espèce va faire un bond en avant même si ce bond se fera au prix de l'affrontement de menaces venant de l'espace (astéroïde) ou des tensions internes (3e guerre mondiale). Mais n'est-ce pas ainsi que se crée l'Evolution ?

A l’occasion de cette sortie évènement, j’ai posé quelques questions à Bernard Werber, dans un café parisien, le 19 septembre dernier. Voici le fruit de cette interview publié dans Le magazine des Espaces Culturels Leclerc, daté du mois d'octobre 2014 (avec ensuite un bonus mandorien).

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Pour ceux qui n’arrivent pas à lire l’intro, comme je ne fournis pas de loupe, la voici en plus lisible.

La saga des micro-humains commencée avec "Troisième humanité" se poursuit sur fond d'apocalypse. Alors qu'une 3e guerre mondiale se profile à l'horizon, Gaïa, la Terre, semble vouloir se rebeller contre ses habitants. Dans la "La Voix de la Terre", on retrouve David Wells (descendant d’Edmond Wells) et Aurore, mais aussi de nouveaux personnages qui vont recréer le lien avec la planète grâce à la mise au point d'une communication par l'entremise des pyramides. Rencontre avec Bernard Werber qui sort son 20e livre en 23 ans de publication.

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Bonus mandorien:

Vous souhaitez émerveiller les autres avec ce qui vous émerveille ?

Mettre ma pensée dans quelque chose qui va me survivre, comme des livres, me fascine. Les gens reçoivent cette pensée et elle se met à vivre. Le mot écrivain me semble une réduction de cette activité qui consiste à lancer des idées, à les faire vivre et à les présenter de manière amusante. Je me vois plus comme un raconteur d’histoires et un diffuseur d’idées.

Vous êtes observateur du monde et de la vie des gens, m’avez-vous dit un jour…ce qui nourrit vos romans.

La fonction d’un romancier, c’est de prendre ce qu’il y a autour de lui pour fabriquer un produit qui n’est pas la même chose. Un peu comme les abeilles font avec le pollen pour fabriquer du miel. Moi, j’utilise ce pollen pour en faire mon miel. Le miel, il faut qu’il soit le plus pur possible pour que ce soit le plus agréable possible à consommer. Pour ma part, il y a une jouissance à prendre le pollen et une jouissance à faire le miel. L’extrême jouissance, c’est quand je vois le consommateur satisfait. Tout cela fait partie d’une chaîne où tout prend sa place avec harmonie. Quand je regarde le monde, j’ai la même jouissance et la même gourmandise qu’à une abeille regardant un parterre de fleurs.

C’est quoi être écrivain ?

C’est une passion. Je crois que plus j’ai de plaisir à écrire, plus le lecteur aura de plaisir à lire mes livres. Le livre est un objet de plaisir à fabriquer et à consommer. Il ne doit pas y avoir d’efforts ni à la création, ni à la lecture. Tout ça doit se passer de manière fluide. Il faut que l’écrivain se mette dans un état particulier, qui est peut-être un état de transe dans lequel les choses se font et arrivent toutes seules. S’il y a un effort intellectuel pour séduire le lecteur, là, on est out. Il faut juste arriver à transmettre de l’émotion. Au bout de 20 ans de métier, je n’ai plus la préoccupation de la technique, je n’ai plus que celle de la transmission d’émotions.

Vous arrive-t-il de décrocher ?

Non, l’écriture est pour moi pratiquement une maladie. Je suis tout le temps hanté par mon roman en cours. Je regarde tout ce qu’il se passe autour de moi pour voir si ça peut devenir une scène du livre. Quand je rencontre des amis écrivains, j’ai tendance à leur raconter mon roman pour voir si ça les intéresse. Pareil pour mon entourage.

Vous travaillez tous les jours de huit heures à midi et demie. Vous ne dérogez jamais à cette règle?

Je ne me repose jamais. Mais je trouve le repos dans l’écriture. Quand mes personnages se reposent, je me repose. Pour moi, être écrivain n’est pas un métier, c’est une vie entière.

Avez-vous parfois l’angoisse de la page blanche ?

Non, mais je fais toujours beaucoup de romans avant d’aboutir au bon. Par exemple, j’ai écrit quinze La Voix de la Terre. Chacune des versions faisait 500 pages. Chez moi, l’écriture et les idées viennent facilement, mais les premières versions ne sont jamais bonnes.

Un livre de Bernard Werber est donc le best of de quinze précédents, c’est ça ?

Disons que c’est le meilleur de ce qu’il y avait dans les quinze versions. Il faut être patient. J’ai un débit de dix à quinze pages par jour. Je vois le travail d’écrivain comme un marathon. Il y a un rythme à trouver, une fois que l’on a trouvé ce rythme, on est bien dedans.