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02 juin 2014

Laurent Balandras : interview pour L'intégrale Nougaro-l'histoire de toutes ses chansons

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Claude Nougaro nous a quittés le 4 mars 2004, il y a dix ans (et à l'occasion de l'anniversaire de sa disparition, j'ai publié une chronique sur ma rencontre avec lui).

Le Toulousain fut un auteur et chanteur pétri de jazz, amoureux des jazzmen et doté d’une mise en place rythmique naturelle qui fit le bonheur de ses accompagnateurs. Il nous laisse tout d’abord la richesse de ses textes qui font aujourd’hui partie de notre patrimoine. De multiples ouvrages et coffrets paraissent pour fêter l'anniversaire de sa disparition, mais l’un d’eux a particulièrement retenu mon attention, celui de Laurent Balandras, L’intégrale Nougaro – l’histoire de toutes ses chansons. L’auteur nous y révèle les coulisses de ces chansons dans lesquelles la force poétique demeure.

Le 25 février dernier, Laurent Balandras est donc passé à l'agence pour répondre à quelques questions...

laurent balandras,l'intégrale nougaro,interview,mandorL’argumentaire du livre :

Le plus célèbre des poètes et artistes toulousains, Claude Nougaro, méritait bien une Intégrale à l'occasion des 10 ans de sa disparition. Grand amateur de jazz, de musique latine et africaine, jouant des mots avec la langue française, il s'est appliqué tout au long de sa carrière dans un insolite mariage des genres, à unir chanson française et rythmes.
Laurent Balandras révèle ici la grande et la petite histoire de 400 chansons, avec une érudition étonnante qui fait de ce livre une somme inégalable, recouvrant plus de 40 ans de carrière. Des chansons d'une richesse inépuisable, car Nougaro avait l'habitude d'y livrer beaucoup de lui-même, révélant son intimité au plus près.
Une intégrale passionnante, pour commémorer la disparition d'un géant de la chanson.

L’auteur :

Prix Coup de Cœur de l'Académie Charles Cros 2006 pour les livres, Les manuscrits de Serge Gainsbourg et Les manuscrits de Claude Nougaro.
En 1990 il est le plus jeune candidat reçu au concours de Radio France et devient animateur à Radio France Isère.
De 1996 à 1999 il est en charge de la programmation musicale de la salle du Sentier des Halles.
De 1999 à 2006, il devient directeur artistique d’Universal Music, spécialiste de la chanson française.
En 2004, il fonde avec Baptiste Vignol, le Salon du livre et de la chanson de Randan (Puy-de-Dôme).
En 2007, il monte sa propre société Balandras Editions et s'occupe, entre autres, d'artistes comme Olivia Ruiz, Emma Daumas, Caroline Loeb, les Ogres de Barback, Marie Nimier, les Weeepers Circus...
Il crée également la collection Musik chez Textuel et publie les livres de Zazie, Juliette, Arthur H, Lhasa, Olivia Ruiz…etc.

laurent balandras,l'intégrale nougaro,interview,mandorInterview :

Tu as déjà écrit sur Claude Nougaro. Qu’apporte ce nouveau livre sur lui ?

Jusqu’à présent, je m’étais plongé dans son processus de création au travers de ses manuscrits et de la publication des textes. Pour celui-ci, l’idée était d’éclairer l’œuvre en essayant de resituer et recontextualiser chaque chanson. J’explique de manière ludique pourquoi telle ou telle chanson a été créée ? De quoi parle-t-elle réellement ? Quel est le lien par rapport à l’ensemble de son œuvre ? Chez Nougaro, il y a deux parties : celle où il est auteur pour d’autres artistes et celle où il est auteur pour lui.

Tu racontes les histoires de près de 400 chansons. C’est une somme d’informations considérable à recueillir, donc une enquête longue et compliquée, non ?

C’est un travail qui n’est jamais fini. Je l’ai commencé il y a dix ans en bossant sur ses manuscrits. Je me suis rendu compte de comment pouvait évoluer un texte entre l’idée et sa fixation. J’ai aussi écouté beaucoup d’interviews dans lesquelles il raconte son processus créatif. Enfin, j’ai interrogé les gens avec ou pour lesquels il a travaillé. Comme tu le dis, c’est vraiment une enquête longue et minutieuse.

Nougaro faisait du jazz, de la musique latine, africaine aussi… quel était le Nougaro que tu préférais ?

Ça dépend des moments. Il y a un Nougaro très sombre, voire complètement noir, qui allait vraiment chercher en lui ses tourments, et celui-là, je l’adore. Il y a aussi un Nougaro plus lumineux qui ne me déplait pas non plus. Mais chez lui, ce n’est pas parce qu’il y a du rythme et que c’est lumineux que les textes sont forcément plus joyeux. Dans son œuvre, il y a des thèmes récurrents qui sont le temps qui passe, le manque de confiance en soi et ses tourments vis-à-vis des femmes. Souvent, il mettait en musique et il tournait en dérision ses complexes et ses problèmes psychologiques.

Peut-on dire que la musique lui a servi de psychothérapie ?laurent balandras,l'intégrale nougaro,interview,mandor

Oui, sûrement. C’est clair qu’il faisait une véritable introspection. Il y a une partie où il essaie d’être à la hauteur des poètes du 19e siècle qu’il affectionne particulièrement. À cette époque, ses textes étaient plutôt neutres, peu personnels en tout cas. Il a mis une dizaine d’années à trouver son style, mais dès qu’il a commencé à puiser en lui tous ses troubles obsessionnels, il a fini par livrer une œuvre dans laquelle il ne s’épargne rien. C’est amusant parce que tout ce qui faisait sa particularité est devenu universel.

Mais le personnage public était très pudique, non ?

Oui, c’est cela qui est paradoxal, parce que l’auteur était d’une impudeur hallucinante. Toutes ses chansons font réellement écho à ses états d’âme ou à des moments de vies très privées.

Pourquoi avoir passé beaucoup de temps de ta vie à parler de quelqu’un comme Nougaro  et à mettre en avant sa vie et son œuvre ?

Quand on plonge dans l’œuvre de quelqu’un, c’est que ça fait écho en soi, forcément. Quelque part, toute proportion gardée, je me retrouve dans ce gamin complètement déscolarisé qui est sauvé par la musique et par les mots. Évoquer Nougaro a un sens aujourd’hui, parce que nous sommes face à une génération de gamins que l’on dit déphasés par rapport à la lecture et à l’écriture. Je me dis que le fait d’avoir des exemples comme Nougaro, de quelqu’un qui va s’en sortir parce qu’il est curieux et qu’il a le goût des mots, c’est important. Il est un véhicule d’espoir.

laurent balandras,l'intégrale nougaro,interview,mandorOn a fêté les 10 ans de sa disparition il y a quelques semaines. Est-ce qu’il manque à la chanson française et est-ce qu’il te manque ?

Moi, j’ai l’impression de vivre avec. Il est toujours présent. Les gens que j’aime et que j’admire, écrivains, chanteurs, auteurs, je vis avec eux. Quant à manquer à la chanson française, certainement. Mais il a ouvert la voie à beaucoup d’artistes. Il y a toute une génération d’artistes qui peut écrire en français sur du rythme, ce qui n‘existait pas avant Gainsbourg et Nougaro. Ils ont vraiment ouvert cette brèche-là.

Qui sont pour toi les Nougaro d’aujourd’hui ?

Des gens qui jouent avec le son, le rythme et la langue française, il y en a beaucoup aujourd’hui. Ça peut aller de Stromae à Camille en passant même par Mylène Farmer. Ça peut choquer que je dise cela, mais c’est une artiste qui jette ses états d’âme sur du rythme. Dans la toute jeune génération, quand je vois des gamins comme Bigflo et Oli, avec leur espèce de rythme afro urbain et un vrai souci de l’écriture et de la poésie, je ne peux m’empêcher de penser que ce sont des enfants de Nougaro.

Tu as toujours été un vrai découvreur de talents. Au départ dans des grandes maisons de disque et aujourd’hui pour ta propre société de production. Pourquoi as-tu monté en 2007, Balandras Editions ?

À la base, ce n’était pas du tout volontaire. Quand j’ai quitté Universal en 2005 pour écrire des livres, il se trouve qu’un an après mon départ, les artistes avec lesquels je travaillais m’ont appelé pour me demander de monter ma structure. Je l’ai fait parce que j’avais envie de continuer à travailler avec eux.

Tu fais quoi dans cette société de production?

Je développe deux parties qui sont à la fois l’accompagnement de jeunes talents, mais aussi beaucoup la défense du répertoire. Je travaille avec les familles de Mouloudji, de Bécaud, avec Les Ogres de Barback aussi. J’essaie d’avancer sur des répertoires qui existent et qui ont besoin d’être développés davantage.

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Avec Laurent Balandras, le 25 février 2014, à l'issue de l'interview, nous décidons de faire une partie d'un jeu vidéo (et nous sommes sacrément crédibles!)

20 mai 2014

Gilles Paris : interview pour L'été des lucioles

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(® David Ignaszewski)

Comme je l’ai expliqué lors de la première mandorisation de Gilles Paris, en tant que journaliste souvent littéraire (depuis des lustres), il était inimaginable de ne pas tomber sur cette personne incontournable du milieu littéraire. J’ai dû passer par lui ou par son bureau de nombreuses fois pour obtenir livres, visuels ou même rendez-vous avec un auteur. Gilles Paris écrivain, c'est un style narratif original, émouvant, drôle et (im)pertinent. Dans chacun de ses romans, il fait parler un enfant de neuf ans. Ce n’est pas anodin. On peut se protéger et dire beaucoup derrière les propos d’un bambin… mine de rien.

Notre relation a d’abord été professionnelle, puis elle est devenue amicale au fil du temps. J’ai décidé de défendre chacun de ses nouveaux romans (la précédente mandorisation), parce qu’à chaque fois, ma part d’enfance est touchée en plein cœur.

Le 26 mars dernier, Gilles Paris est venu une nouvelle fois à l’agence pour évoquer L’été des lucioles, son premier livre aux éditions Héloïse d'Ormesson.

gilles paris,l'été des lucioles,interview,mandor4e de couverture :

Du haut de ses neuf ans, Victor a quelques certitudes : c’est parce que François, son père, n’ouvre pas son courrier qui s’amoncelle dans un placard que ses parents ne vivent plus ensemble ; c’est parce que Claire et Pilar, ses mamans, adorent regarder des mélos tout en mangeant du pop-corn qu’elles sont heureuses ensemble. Et c’est parce que les adultes n’aiment pas descendre les poubelles au local peint en vert qu’il a rencontré son meilleur ami Gaspard.

En vacances à la résidence du Grand Hôtel du Cap-Martin, Victor partira à l’aventure sur l’étroit chemin des douaniers qui surplombe la côte en compagnie de Gaspard. L’été sera placé sous le signe de l’étrange avec une invasion de lucioles, des pluies sèches et des orages aussi soudains que violents. En guidant les garçons jusqu’aux passages secrets menant aux villas qui bordent le rivage, papillons, baronne et jumeaux feront bien plus que de leur ouvrir la porte des jardins enchantés.

Un voyage au pays de l’enfance qui déborde d’émotion et de tendresse.

L’auteur :

Né à Suresnes en 1959, Gilles Paris travaille depuis plus de vingt ans dans le monde de la communication et de l’événementiel. Il a publié son premier roman, Papa et maman sont morts, en 1991, puis Autobiographie d’une Courgette en 2002. Au pays des kangourous, paru en 2012, a remporté de nombreux prix littéraires, notamment le Prix cœur de France, le Prix roman de la ville d’Aumale, le Prix des lecteurs de la bibliothèque Goncourt, le Prix Folire et en 2013 le Prix plume d’or.

gilles paris,l'été des lucioles,interview,mandorInterview :

Je reçois un Gilles Paris qui écrit un livre à la limite du fantastique.

J’avais envie de quelque chose de différent. J’ai peur de me dire un jour qu’on pourrait se lasser que je rentre dans la peau d’un enfant de 9 ans.  Du coup, j’essaie à chaque fois de surprendre, avec des histoires qui sont très différentes les unes des autres, avec des univers qui changent, des narrateurs qui ne se ressemblent pas, même si, en 20 ans, il y a une passerelle entre mes quatre romans.

C’est une langue dans laquelle tu te sens bien ?

Je ne te cache pas que j’ai envie d’y rester. Je trouve que l’époque dans laquelle on vit au quotidien est difficile pour beaucoup de gens, j’avais donc envie d’un livre « bulle », une espèce de parenthèse dans laquelle on puisse s’enfermer le temps d’une lecture. Pour moi, ça l’a été le temps de l’écriture. Ça m’a fait un bien fou. J’ai eu l’impression de m’isoler totalement du monde extérieur qui me paraissait rude. Après avoir traité des thèmes comme la dépression et les maisons d’accueils, je voulais souffler un peu de tout ça. Je souhaitais aller vers quelque chose de plus lumineux. Tous mes romans ont une empreinte à la fois grave et légère. Pour une fois, je voulais qu’avec L’été des lucioles, ce soit plus léger que grave et qu’il y ait plus de lumière que d’ombre.

Il y a la trame habituelle des conflits parentaux et de la séparation.

Des parents qui se séparent et divorcent, c’est d’une banalité totale aujourd’hui dans les familles, mais on ne se rend pas compte ce que cela peut faire sur des enfants, qu’ils soient petits, adolescents ou majeurs. Des parents qui se séparent, c’est comme une vision de l’amour qui se scinde en deux. D’une manière ou d’une autre, même si c’est très banal, l’enfant en ressent quelque chose de très fort.

C’est un roman très moderne. Le petit Victor qui passe ses vacances à Cap Martin les gilles paris,l'été des lucioles,interview,mandorpasse avec ses deux mamans.

J’ai écrit ce roman bien avant que les lois soient votées et qu’on en parle autant. Je rappelle qu’un enfant de 9 ans ne juge pas, il essaie simplement de comprendre. Il a complètement intégré ses deux mamans comme un soleil dans un ciel bleu. C’est naturel, point final.

Non seulement il accepte sa deuxième « maman », mais, même, il l’adore parce qu’elle s’occupe bien de sa vraie maman, Claire.

Il fallait qu’un adulte veille sur leur mère. Il se trouve que c’est Pilar. De plus, cette dernière fait attention à Victor, mais aussi à sa sœur Alicia. Il lui retourne cet amour qu’elle lui prodigue.

Mine de rien, c’est un livre aussi sur la tolérance.

Dans mes romans, je ne veux jamais imposer quoi que ce soit, rien asséner, ni glisser des messages subliminaux. Laissons-nous le choix de choisir ou d’accepter ce qu’on a envie de faire ou de ne pas faire !

Tu es comme tes narrateurs. Tu as beaucoup de mal à juger les gens.

Je suis comme tout le monde, j’ai des aprioris, mais je suis toujours prêt à trouver des circonstances atténuantes à tout le monde. Mais derrière ces narrateurs de 9 ans, je m’abrite. Je suis très pudique et je me dévoile personnellement très peu. Ça me permet de parler de choses assez importantes et qui me touchent, mais avec la distance nécessaire.

Et plutôt dans un sens positif.

Dans la vie, je suis comme ça. Je ne suis pas rancunier par exemple, mais je n’oublie rien. C’est très rare que je me fâche et que j’en veuille à quelqu’un. Je trouve des excuses aux gens et je passe à autre chose.

gilles paris,l'été des lucioles,interview,mandorIl y a un peu de magie dans ton roman.

Victor dit à la fin : « la vie sans magie, c’est juste la vie ». Moi, je trouve qu’il faut ajouter de la magie à la vie. On a chacun une manière très précise d’en mettre. Qu’elle soit fantastique ou qu’elle ne le soit pas, qu’elle soit imaginaire ou qu’elle ne le soit pas. Ce qui arrive à Victor à un moment donné va être extra ordinaire. C’était assez difficile, mais à la fin du livre, je voulais qu’on puisse s’imaginer brièvement qu’au fond, tout cela était de l’ordre du possible.

Victor est un petit garçon courageux.

Il est courageux et pétochard à la fois. Par rapport à Justine, la fille qu’il aime depuis deux étés, il n’a jamais osé lui parler, encore moins lui déclarer sa flamme. Et par ailleurs, il est le plus futé et plus malin que tous mes narrateurs réunis, puisqu’il écrit lui-même le roman qui s’appelle L’été des lucioles. Il a une observation de la vie très différente qu’avait Simon dans Au pays des kangourous ou qu’avait Icare dans Autobiographie d’une courgette. Il absorbe les leçons de la vie en se servant des interrogations et des réponses qu’il se donne à lui-même.

Sa mère est libraire. Elle passe sa vie à lire des romans, c’est peut-être aussi un peu pour ça qu’il écrit ?

Oui, ainsi il veut que sa mère le tienne entre ses mains. Écrire, c’est aussi l’idée de passer encore plus de temps avec sa mère qu’il adore.

Tout cela est bien symbolique.

Oui, mais toujours avec des points de suspension. La symbolique est aussi dans les papillons qui hantent le roman et qui sont le symbole de la métamorphose. Dans le roman, tous les personnages vont se transformer plus ou moins discrètement.

Que représentent pour toi les lucioles ?gilles paris,l'été des lucioles,interview,mandor

Ça représente quelque chose de magique. Elles rejoignent mes thèmes principaux. Une luciole c’est une lumière dans la nuit. On retombe sur l’ombre et la lumière. Il y a quelque chose derrière l’animal d’un peu magique… cette petite lumière qui scintille dans la nuit.

Dans tous tes livres, il y a toujours un peu d’espoir, mais dans celui-là, un peu plus. Est-ce que Gilles Paris va mieux ?

Je ne sais pas si je vais mieux. Quand j’écris, je ne suis plus tout à fait moi. Je ne pense à rien d’autre que mon narrateur. Je deviens lui. C’est un exercice difficile, périlleux et excitant d’entrer dans la peau d’un enfant de 9 ans pendant toute l’écriture d’un roman.

Ton public s’élargit de livre en livre, je trouve.

Peut-être parce que j’écris plus et que je laisse passer moins de temps entre deux livres. C’est compliqué quand tu as publié quatre romans en vingt ans de fidéliser un lectorat. Là, je travaille déjà sur le suivant. Mon rythme d’écriture s’accélère sensiblement. J’espère le publier en janvier 2016.

Il parlera de quoi ?

Mon nouveau héros de 9 ans s’appelle Maxime. C’est un garçon qui va régulièrement faire des lectures dans une maison de retraite. Il égaie la vie des personnes âgées. L’action se passe entièrement à Paris. Je ne t’en dis pas plus.

Le père de Victor s’appelle François. Tu m’as dit que c’était en mon « hommage ». C’est vrai ?

Je te promets que c’est toi. Tu sais, depuis longtemps, en fait, mes romans sont truffés de remerciements à des gens que j’aime. Il y a plusieurs manières de remercier les gens qu’on apprécie pour toutes sortes de raisons. Écrire une note à la fin du livre et remercier les gens, ce que je fais depuis deux livres, ou utiliser des noms et des prénoms des gens que j’aime pour mes personnages. J’ai beaucoup d’affection et d’amitié pour toi depuis notre premier entretien. Évidemment que tu n’es pas la caractéristique du personnage, mais c’était une façon de te remercier.

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 Le 26 mars 2014, après l'interview.

13 mai 2014

Pascal Boniface : interview pour Géopolitique du sport

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Pascal Boniface est Directeur de l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) et enseignant à l'Institut d'Études européennes de l'Université de Paris 8.

Il dirige également La revue internationale et stratégique et L'Année stratégique. Il a écrit ou dirigé la publication d'une cinquantaine d'ouvrages ayant pour thème les relations internationales, les questions nucléaires et de désarmement, les rapports de force entre les puissances, la politique étrangère française ou l'impact du sport dans les relations internationales, ou encore le conflit du Proche-Orient et ses répercussions en France.

Pascal Boniface publie de nombreux articles dans des revues internationales de géopolitique, intervient régulièrement dans les médias, qu'ils soient nationaux ou internationaux, écrits ou audiovisuels et fait de nombreuses conférences et débats en France et à l’étranger.

Il est éditorialiste pour les quotidiens La Croix (France), La Vanguardia (Espagne), et Al Ittihad (Émirats arabes unis).

Pascal Boniface est membre du Conseil national de l’éthique de la Fédération française de football.

Pour Le Magazine des Espaces Culturelles Leclerc (daté du mois de mai 2014), je l’ai rencontré dans son bureau de l’IRIS, le 16 avril dernier pour évoquer son nouveau livre, La géopolitique du sport.

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Après l'interview, le 16 avril 2014, dans son bureau de l'Iris.

04 mai 2014

Bilan du Salon du Livre de Provins 2014!

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salon du livre provins 2014,bilan,interview,mandorLes 5 et 6 avril dernier, j'ai animé pour la 5e fois consécutive, le Salon du livre de Provins. Ici la première (avec l'invitée d'honneur Simone Veil), là, la deuxième (avec l'invité d’honneur Michel Drucker), enfin la troisième (avec les invités d'honneur Albert Jacquard et Pierre Bellemare), la quatrième (avec les invités d’honneur, Patrick Poivre d’Arvor et Stéphane Bourgouin).

Une centaine d'auteurs interviewée en deux jours...

Je le répète chaque année:

"Le contact avec des auteurs rencontrés sur l’instant et dont il faut tenter de tirer des informations essentielles, quasiment à la chaîne, rentrer dans des univers différents en faisant semblant de connaître l’œuvre des personnes interrogées, en les mettant en avant, en tentant de comprendre leur fonctionnement, c’est un loisir auquel je m’adonne avec un plaisir fou. Même si, je le sais parfaitement superficiel (je n’abhorre rien de plus que d’interroger un écrivain sans avoir lu son livre). Mais ce que j’apprécie, dans ce cas de figure, c’est la performance. L’exercice de style. Le combat. Ce n’est pas désagréable, juste exténuant à l'issue du deuxième jour."

Je remercie ici Jean-Pierre Mangin qui a shooté à tout va pendant ce week-end et m’a suivi dans quasiment toutes mes pérégrinations « interviewgatives ».

Pour les photos, merci aussi à Luc Doyelle. J’ai également puisé allègrement dans celles de Paskal Carlier et Sébastien Mousse m’en a fait parvenir quelques-unes (de Cabu). Qu’ils en soient remerciés.

Évidemment, je tiens aussi à exprimer toute ma gratitude à David Sottiez, son père Jean-Patrick et l'ensemble de l'association Encres Vives qui me font confiance depuis cinq ans. Je suis très sensible à cette fidélité sans failles.

1er jour (5 avril 2014):

Il y avait foule (comme cette photo n'en témoigne pas encore tout à fait).

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Michel Field était là pour signer son nouveau livre Le soldeur et pour présenter tout au long de l'après-midi quatre "Cartes Blanches".

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J'ai beaucoup d'admiration pour ce journaliste/animateur. Je trouve que c'est l'un des meilleurs intervieweurs en France. Et il est extrêmement sympathique, curieux, révélateur de jeunes talents. (Personnellement, j'adore interviewer un intervieweur. Personne n'est dupe du travail accompli, mais chacun joue le jeu.)

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Allez! Une petite selfie au passage.

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L'une des quatre Cartes Blanches de Michel Field a été consacrée à Sophie Adriansen pour Grace Kelly : d’Hollywood à Monaco, le roman d’une légende (Premium).

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Nicolas Clément et Mathieu Simonet (auteur pour lequel j'ai beaucoup d'admiration. J'y reviendrai ici. Je songe à faire une longue mandorisation de et avec lui.)

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Jean-Louis Vallois et Édouard Louis.

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Édouard Louis et Murielle Magellan.

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Selfie avec Édouard Louis, l'auteur (un chouia controversé) du très remarquable En finir avec Eddy Bellegueule.

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Cabu et Raymond Poulidor. Parfois, on assiste à des rencontres improbables... ce qui fait le sel de ce genre de manifestation.

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C'est la première fois que je rencontrais Cabu, dessinateur de bande dessinée et caricaturiste français de légende. Un honneur pour moi d'interviewer cet artiste-là, fervent lecteur d'Hara Kiri et de Charlie Hebdo que je suis. 

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Raymond Poulidor est dans la place!

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Je n'aurais jamais pensé interviewer Poupou un jour... Dans ce métier, tout n'est pas extrêmement logique, mais c'est justement ce que j'apprécie.

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La souriante et charismatique Maureen Dor.

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Virginie Piatti, auteure et illustratrice jeunesse. 

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Deux auteures de polar : Christelle Mercier et Sandra Martineau.

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Comme chaque année, le maire de Provins, Christian Jacob, vient visiter le salon du livre de sa ville. Et je lui tend toujours mon micro (et rassurez-vous, mes questions n'ont rien de politique). Ce que j'apprécie de sa part, c'est qu'à chaque fois, il achète lui-même quatre ou cinq livres (qu'il paie).

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David Boidin, l'un des trois EXquisMen a réussi à faire acheter Les aventures du concierge masqué (ouvrage aux soixante auteurs, dont bibi) à monsieur le maire. Je vous jure que c'est vrai!

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Et l'un des auteurs de ce livre collectif, Luc Doyelle, signe le livre à Christian Jacob. Quand un Provinois écrit à un Provinois...

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Jacques Saussey (récemment mandorisé), quand il est dans un salon, ne cesse de signer et de converser avec des lecteurs. Je ne sais pas comment il fait.

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Cela dit, comment résister à ce sourire?

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Johann Étienne.

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Parfois, je m'amuse en interviewant. Ici, je prends en photo le responsable de l'espace polar (et grand manitou du site Livresque du noir), Fabien Hérisson, quand il me répond...

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...ce qui donne ce sublime cliché. (Fabien : de rien.)

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Le journaliste, producteur, réalisateur Serge Moati.

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Les deux efficaces responsables de l'espace bandes dessinées.

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Pour terminer cette première journée, un pot a été organisé. Ici, je suis avec David Sottiez, membre éminent de l'association Encres Vives (et l'un des principaux organisateurs de ce salon) et mon amie et auteure Sophie Adriansen. A la vôtre!

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La même Sophie et Sandrine Roudeix.

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Moi je l'aime bien ce Raymond...

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Photo de cinq exquis auteurs ayant participé aux Aventures du concierge masqué (que l'on retrouvera plus bas). De gauche à droite: Luc Doyelle, David Boidin (l'eXquisMen en chef), Stéphanie Hérisson Delattre (par ailleurs une des deux libraires du salon) et Sophie Adriansen.

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2e jour (6 avril 2014):

Bernadette Desprès, illustratrice et dessinatrice de Tomtom et Nana.

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Francis Huster, de passage (éclair) au salon, mais très disponible.

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A la droite de Francis Huster, son frère Jean-Pierre, auteur lui aussi et scénariste.

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Stéphanie Hérisson Delattre, l'une des deux libraires du salon et la responsable de la (fameuse) librairie Egrevilloise.

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 La très talentueuse Caroline Guillot. J'ai beaucoup apprécié sa série Trash Cancan.

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Gilbert Sinoué, auteur de nombreux romans à succès tels que Erevan, Le Souffle du jasmin, Le Cri des pierres. Il a obtenu le Prix des libraires 1996 pour Le Livre de Saphir. Il est venu présenter et signer son nouveau roman, La nuit de Maritzburg. Et comme je suis fan de chanson/variété françaises, sachez que ce grand monsieur a écrit des chansons comme "Cette année-là" et "La solitude c'est après" pour Claude François, "Elle danse Marie" pour François Valéry... et plein d'autres chansons pour notamment Sheila, Dalida, Shake, Georges Chakiris (la liste est longue).

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David Boidin, venu présenter l'ensemble de son œuvre eXquise. Ça ne rigole plus quand on travaille...

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Christel Besnard.

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Qui est cet énergumène? Un extra-terrestre? Un chanteur? Un compositeur? Un auteur de chansons? Un auteur de romans? Peut-être bien tout ça à la fois...

(Un indice s'est glissé dans mes mains.)

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Jérôme Attal. Bravo! Vous avez gagné! J'aime beaucoup ce garçon, il est l'un des auteurs les plus mandorisés.

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Par contre, Jérôme Attal est parfois (souvent) facétieux. Sa blague préférée quand nous nous retrouvons dans un même salon, c'est de me piquer mon micro et d'annoncer à tout le monde que c'est mon anniversaire. Ce qui n'est jamais vrai. Et généralement, la salle se lève, se marre et applaudit. Et ça me poursuit tout le reste du salon. Merci Jérôme!

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Les organisateurs, réagissant au quart de tour, m'emmènent un gâteau pour fêter l'évènement. Je joue le jeu.

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Et je mange le gâteau (sans me faire prier, ni partager, évidemment).

Photo ci-dessus, signé du blagueur Jérôme Attal.

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A 15h00, cinq des soixante auteurs qui ont participé au livre collectif Les aventures du concierge masqué se sont réunis sur la scène principale du salon pour parler de ce beau projet.

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Pour débattre de ce livre à la belle histoire, Sophie Adriansen, Stéphanie Hérisson Delattre, David Boidin et Luc Doyelle.

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Oui, oui, coucou David!

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Maître Boidin parle...

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Hélène Becquet.

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Me voyant passer à côté de lui, mon nouvel ami Raymond Poulidor m'interpelle. Il a presque tout vendu. Il me demande si je veux bien l'aider à trouver acquéreur du dernier livre restant. Je m'installe donc à côté de lui et tente d'attirer le chaland.

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Et ça l'amuse.

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Allez, un dernier mot Raymond! (Et le livre a trouvé preneur.)

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Jacques Saussey et madame.

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J'aime beaucoup interviewer cet homme-là. Jacques Saussey est un grand auteur de polar, formidablement humain.

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On est des oufs!!!

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Le mot de la fin, comme chaque année, avec Jean-Patrick Sottiez, de l'association Encres Vives (et maire de Soisy-Bouy).

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Avant de quitter le salon, nous nous sommes amusés à faire une selfie avec sept auteurs de l'espace polar...
De gauche à droite: Fabien Hérisson, Sébastien Mousse, Johann Etienne, bibi, Jacques Saussey, Bernard Boudeau, Luc Doyelle et David Boidin.
 

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02 mai 2014

Carole Zalberg : interview pour Feu pour feu

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(Photo : Mélania Avanzato)

Carole Zalberg devient une auteure reconnue (enfin) à sa juste valeur. De livre en livre, son œuvre parfaitement cohérente devient de plus en plus forte et sensible avec toujours l’exil et la famille en toile de fond. Son nouveau, court et intense roman, Feu pour feu, vient de sortir. L’occasion d’une nouvelle et belle rencontre (ses autres mandorisations, là), le 26 février dernier à l’agence.

carole zalberg,feu pour feu,interview,mandor4e de couverture :

Le récit d’exil d'un père et sa fille, dont les deux voix, mues par une énergie d'entrailles et tissées sur le fil du rasoir, disent l’abîme qui les sépare : la rage urbaine de la jeune Adama face au mutisme résigné de son père, qui voit comme une malédiction la mort arriver par la main de sa fille inculpée pour un incendie dans la cité.

Explications de l’auteure :

"Au départ, il y a ce fait divers qui m’a frappée pour l’écart entre ce que je suppose aussitôt de dérisoire dans le geste et ses conséquences tragiques. Il y a plus de dix ans, des adolescentes avaient incendié les boîtes aux lettres d’un immeuble et le feu s’était propagé aux étages, faisant de nombreuses victimes. Puis il y a l’image au journal télévisé d’un bébé porté au-dessus des flots lors du sauvetage de clandestins à Lampedusa. Cette image me chavire parce que c’est une vie sauvée, mais une vie qui démarre, et je me demande ce qui suivra. Je me dis que ça n’est pas gagné et de là naît le livre : j’imagine que quinze ans plus tard, cette enfant est l’une des incendiaires et qu’entretemps, le silence a œuvré.

Je choisis de faire parler le père, de le faire parler à sa fille alors qu’elle passe une premièrecarole zalberg,feu pour feu,interview,mandor nuit en prison. Par sa voix s’impose assez vite le rapprochement entre les deux feux, le dernier réveillant le premier. Le geste d’Adama est un petit geste. Elle est peut-être une guerrière, une combative au moins, certainement pas une meurtrière. Mais le père n’en sait rien, ne sait que ce qu’il voit : la mort par la main de sa fille ou sa complicité. Je veux le suivre dans ce cheminement.

Je cherche l’essentiel. Mon essentiel. Le point où ce parcours me parle, me remue, me concerne et me permet d’écrire.

Ces trajectoires, bien sûr, on les connaît. D’autant que je me suis imprégnée de témoignages pour ensuite reconstituer une sorte de parcours emblématique. La singularité, je crois, tient au rapport du père et de sa fille, un rapport de peau, tout le temps que dure la fuite. Et aussi au tissage des langues, celle du père, précise, tellement maîtrisée qu’elle n’est que reconstitution du vivant, celle de la fille urgente et explosive, cravachant les mots, fertile, elle."

L’auteure :

Née en 1965, Carole Zalberg vit à Paris. Romancière, elle est notamment l’auteur de Mort et vie de Lili Riviera (2005) et Chez eux (2004), publiés aux éditions Phébus, et de La Mère horizontale (2008) et Et qu’on m’emporte (2009), parus chez Albin Michel. Elle a obtenu le Grand Prix SGDL du Livre Jeunesse pour Le Jour où Lania est partie (Nathan Poche, 2008). Animatrice d’ateliers d’écriture en milieu scolaire et de rencontres littéraires, Carole Zalberg travaille également à des projets en lien avec le cinéma ou le théâtre : À défaut d’Amérique (Actes Sud, 2012) est actuellement en cours d’adaptation pour le cinéma.

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carole zalberg,feu pour feu,interview,mandorInterview :

Après ton précédent roman, À défaut d’Amérique, les choses ont changé pour toi.

C’est un ensemble de choses. Mon arrivée chez Actes Sud m’a fait me sentir un peu plus à ma place. Pour cette maison, quand tu accueilles un nouvel auteur, tu mets pas mal d’énergie à le défendre. Actes Sud est vraiment un endroit pour moi. Il y a un ensemble d’éléments qui fait que ça se passe super bien et de mieux en mieux. Je pense que se sentir à la bonne place est primordial. Depuis que je suis chez Actes Sud, je touche plus de lecteurs ou de journalistes susceptibles de s’intéresser à mon travail. Donc ça fait vraiment avancer les choses.

Feu pour feu, lui aussi, est très bien accueilli par les critiques. Ce court roman semble bénéficier d’articles et de réactions tout aussi élogieux.

J’avais peur que ce texte soit réduit à des dimensions qui n’ont rien à voir avec de la littérature comme « à partir d’un fait divers », « un livre sur les jeunes en banlieue »… je suis ravie parce que l’accent a été mis sur la langue de l’écriture.

Tu devrais dire les langues de l’écriture. Il y en a deux : celle du papa et celle de la jeune fille. Celle du père est presque châtiée.

Je n’ai pas voulu imiter une façon de parler ni chez l’un, ni chez l’autre. J’ai préféré surprendre en ayant une langue qu’on n’attendait pas de ce type de personnages. Pour le père, en tout cas, ça se justifie tout à fait parce que je connais beaucoup d’hommes de certaines régions d’Afrique qui parlent ainsi, de façon digne et très posée. Ils ont souvent un rapport à la langue très respectueux.

La langue de sa fille est moins formelle et plus « bouillonnante ». carole zalberg,feu pour feu,interview,mandor

Je voulais absolument ce contraste. Deux extrêmes.

Utilise-t-elle la langue des cités ?

Non, pas vraiment, parce que sinon, elle daterait rapidement. C’est une langue fascinante qui est en mouvement perpétuel, qui s’invente, se réinvente, qui s’approprie toutes sortes d’expressions. Je me suis inspirée de la façon dont la langue des jeunes gens des cités et d’ailleurs évolue. Les choses qui se perdent dans la syntaxe, cette façon de mélanger le vieil argot avec des mots très classiques de la langue française sans qu’ils s’en aperçoivent… Ils recyclent, récupèrent et remixent tout ça à leur sauce. Ça change tout le temps.

Adama, cette jeune fille de 15 ans qui fait des bêtises, est tout de même attachante. Je schématise et raccourcis, mais quand elle comprend qu’il y a des injustices dans le monde, elle pète un câble.

Elle se construit en guerrière. Il y a quelque chose qui se protège et se durcit chez elle. Elle fait le lien avec quelque chose de son passé qu’elle ne connait pas. Pour vivre en ayant l’impression d’être solide, elle se radicalise. Ce n’est pas intellectualisé, c’est vraiment une réaction, mais elle ne veut plus être touchée par la souffrance, par le mal, par ce que le monde peut être.

carole zalberg,feu pour feu,interview,mandorLe père est un homme d’une dignité comme j’en ai vu rarement dans un roman.

Je n’ai pas réfléchi au fait de mettre en scène un héros. Mais, c’est effectivement un héros d’une épopée en concentré. Il n’a survécu aux terribles évènements que je raconte dans mon livre que pour sa fille. S’il est obligé d’admettre qu’elle a brûlé l’immeuble volontairement et qu’elle est passée du côté du mal, il cessera de vivre tout simplement, car il n’y aura plus rien qui le fera avancer.

L’exil est un thème qui te tient à cœur. Là encore, dans Feu pour Feu, tu l’évoques à travers deux faits divers.

Il y a une dizaine d’années, j’ai été marquée par l’incendie d’un immeuble dû à un feu de boites aux lettres, mais sans me dire que j’allais écrire un jour autour de ça. Beaucoup plus récemment, toutes les images que l’on a vues des naufragés de Lampeduza, m’ont beaucoup bouleversée. Ça a fait écho à des choses qui m’ont toujours beaucoup travaillée.

Tu racontes l’exil par le mouvement et par le corps.

Ce qui m’intéressait de raconter c’était comment physiquement ça se passait à ce moment-là. Que se passe-t-il quand un père qui n’est pas programmé physiquement pour s’occuper de son tout petit doit se transformer quasiment en mère ? Qu’est-ce que cela fait au corps, qu’est-ce que ça change dans la relation père/fille ?

Passons à un deuxième livre de toi qui est sorti en même temps que Feu pour feu. Mort etcarole zalberg,feu pour feu,interview,mandor vie de Lili Riviera. C’est la version poche chez Babel/Actes Sud, d’un roman sorti en 2005.

Ce livre raconte la vie de Lili Riviera, ex-star du porno aux excessives courbes sculptées par la chirurgie. Sa mort est l’occasion de dresser le portrait d'une petite fille cachée derrière les attributs monstrueux d'une créature à fantasmes. Ce récit parle avant tout d'un éperdu besoin d'amour jamais comblé. Ce roman est sorti dans sa première publication chez Phoebus. Il n’avait quasiment pas eu de vie parce qu’il est sorti à un moment où il y avait eu de gros soucis dans cette maison. Je suis contente de le revoir surgir, car c’est un livre auquel je tiens.

Actes Sud rapatrie peu à peu l’ensemble de tes textes. J’imagine que tu es ravie.

Plus que ça. C’est agréable de savoir que son œuvre est rassemblée dans et par une maison dans laquelle on se sent chez soi.

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Après l'interview, le 26 février 2014.

28 avril 2014

Gaëlle Perrin-Guillet : interview pour la sortie de Haut-le-choeur

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Gaëlle Perrin Guillet est une auteure de polars. Depuis 3 ans, nous nous rencontrons sur des salons du livre que j’anime. Et quand je commence à connaître quelqu’un, j’aime bien savoir ce qu’il écrit. Comme son premier livre à compte d’auteur est publié dans la maison d’édition d’un ami, Marc Louboutin (et Estelle Taburiaux), ma curiosité s’en est trouvée renforcée. J’ai lu Haut-le-chœur… et j’ai été réellement scotché par ce roman noir (et rouge sang).

Le 12 février dernier, la jeune femme (qui habite dans la région de Lyon) est venue me rendre visite à l’agence pour une conversation sur son œuvre et sur sa vie d’auteure.

gaëlle perrin-guillet,haut-le-choeur,interview,rouge sang éditions,mandor4e de couverture :

Alix Flament, journaliste à Chambéry, travaille sans conviction sur un article relatant les mésaventures sexuelles d’un candidat à l’élection présidentielle française.

Six ans plus tôt, elle était une spécialiste reconnue des affaires criminelles. Jusqu’à ce qu’elle publie un livre d’entretiens avec la pire tueuse en série que le pays ait connu depuis le 19e siècle, ouvrage dont elle ne se remettra pas et qui marquera la fin de sa carrière dans le domaine des faits divers.

L’évasion sanglante d’Éloane Frezet redonne vie aux cauchemars qui la hantent depuis ses dialogues hallucinés avec la meurtrière. Mais seule Alix la connaît suffisamment pour tenter d’aider la police à la traquer.

C’est sans compter que la meurtrière, loin de se terrer, espère bien tenir sa promesse de terminer l’œuvre mortelle qu’elle a dû interrompre lorsqu’elle se trouvait derrière les barreaux…

Mini biographie :

Née en 1975, Gaëlle Perrin-Guillet est secrétaire de mairie le jour et auteure de thriller la nuit. Depuis toujours amatrice de romans noirs, elle s’essaie à l’écriture en 2000 avec un premier roman intitulé Meurtres en négatif que publie les Editions Bellier. Après deux romans auto-publiés (Le Sourire du diable  en 2010 et Au fil des morts en 2011), elle participe à deux recueils des Auteurs du noir face à la différence (en 2012 aux éditions JIGAL puis en 2013 à L’atelier Mosesu). Haut-le-Chœur est son premier roman publié aux Éditions Rouge Sang.

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gaëlle perrin-guillet,haut-le-choeur,interview,rouge sang éditions,mandorInterview :

Tes deux premiers livres étaient auto-édités. Ce n’est pas toujours bien vu des personnes éditées à compte d’auteur. As-tu un peu souffert de cela, dans les salons du livre par exemple?

Les lecteurs aussi, parfois, me demandaient avec une certaine condescendance dans quelle maison mes livres étaient publiés. C’est une étiquette pénible à porter et qui, en même temps, était super intéressante.

Pourquoi intéressante ?

Parce que ça a été très formateur. C’est le moyen de se confronter aux lecteurs, sinon, le manuscrit reste dans un tiroir. Quand tu es réellement confronté aux lecteurs, tu bénéficies de critiques constructives. Tu as aussi des auteurs qui sont très intelligents et qui viennent te voir pour t’aider. Même des auteurs assez réputés. S’éditer seule pour se faire connaître a été un pari gagné. C’est une expérience à double tranchant que je ne regrette absolument pas.

J’avoue que moi-même j’ai des aprioris sur les auteurs auto-édités, parfois, j’essaie de passer outre, mais c’est compliqué.

Je comprends. Il y a tout et n’importe quoi dans l’auto-édition. Le plus cancre du monde qui va écrire le texte le plus pourri du monde peut sortir son livre, alors, c’est sûr, on ne trouve pas que des chefs d’œuvre. L’auto-édition, finalement, c’est un grand fourre-tout dans lequel, de temps en temps, on peut trouver de belles choses.

Même auto-éditée, j’ai l’impression que tu as très vite fait partie de la « famille » du polar.

J’ai eu de la chance. Mon tout premier salon, je l’ai fait à Saint-Chef, dans l’Isère. J’étais en compagnie de Maxime Gillio, Alexi Aubenque, Marin Ledun, Ayerdhal, Gilles Caillot et Aurélien Molas, notamment. Des grands du polar qui m’ont acceptée tout de suite. Vraiment, j’ai l’impression que ce monde est une grande famille.

Depuis le temps que je fais ce métier, je n’ai pas toujours entendu ça. gaëlle perrin-guillet,haut-le-choeur,interview,rouge sang éditions,mandor

Je parle de mon point de vue, je ne peux pas parler pour les autres. Dès la sortie il y a trois ans de mon premier roman en auto-édition, j’ai été acceptée, alors je ne peux pas penser autrement.

En trois ans, tu as sorti douze textes. Tu es prolifique.

Oui, mais ce sont pas mal de nouvelles de nouvelles dans des recueils. En trois ans, il est vrai que j’ai fait un chemin que je n’aurais jamais cru possible. Très étonnamment, je n’ai pas beaucoup galéré.

Comment une jeune femme qui travaille dans une mairie, en Province, qui ne connait personne dans le milieu de l’édition, se met à écrire et tout faire pour y trouver sa place ?

C’est parti d’un roman qui a été publié en 2000 aux éditions Bellier, une micro maison d’édition de Lyon. Ce livre, Meurtres en négatif, n’était pas bon du tout, mais il a été publié. J’ai écrit ça à vingt ans. Après, j’ai décidé de ne plus être publiée dans ces conditions, c’est très prétentieux de ma part, je sais. J’ai souhaité être publiée dans une grosse maison. J’ai essuyé pas mal de refus. Le manuscrit est resté dans le tiroir un long moment. C’est mon mari, un jour, qui m’a suggéré de l’auto-éditer. Au final, ça nous a permis de rembourser l’investissement de base et de décider d’en auto-éditer un second.

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Tu n’écris que des romans policiers. Tu lis ce genre depuis toujours ?

Je lis de tout, mais j’ai une préférence pour ce style-là. J’ai commencé à 14 ans avec les livres de Stephen King, comme beaucoup, et aussi ceux de Mary Higgins Clark. Je fais partie d’une génération qui a été et continue à être bercée par les séries américaines. J’ai l’impression qu’on baigne dans un milieu policier constamment.

Suis-tu les codes traditionnels du polar dans tes livres ?

Oui, sur les deux premiers, j’ai suivi les codes des romans policiers américains. D’ailleurs, ils mettaient en scène des personnages américains et l’action se situait aux États-Unis. Ça me paraissait plus facile de commencer ainsi. La mentalité des personnages de ce pays-là est complètement différente de celle d’ici. On peut leur faire faire plus de choses sans que ça ne choque personne. Dans les salons du livre, j’ai rencontré des auteurs français qui, eux, ont des codes complètement différents. Je me suis donc intéressé à leur travail. J’ai eu la confirmation que les lecteurs français voulaient des personnages français auxquels ils pouvaient s’identifier facilement. Je le savais depuis le début, mais je n’avais pas le recul nécessaire, ni la technique… et certainement pas le talent non plus. Il a fallu attendre deux bouquins pour que je me trouve au niveau du style.

Être chez Rouge Sang, une jeune maison, certes, mais belle et prometteuse, as-tu l’impression de changer de statut et que l’on te regarde autrement ?

Oui. C’est peut-être idiot, mais la reconnaissance d’un éditeur est super importante pour quelqu’un qui écrit. Avant, j’avais un problème de légitimité. Aujourd’hui, je peux enfin m’affirmer comme auteure. J’ai l’impression d’être montée d’un étage.

Teaser Haut-le-Cœur.

Tu mets en scène une serial killeuse. Des femmes tueuses en série, c’est rare. Or la tienne est particulièrement gratinée. 

C’est vrai, mais je lui trouve un côté humain. Dans la littérature policière, c’est souvent des hommes qui tuent, j’ai voulu montrer que les femmes sont aussi capables du pire.

Tu décris des scènes de crime très précises.

Je travaille beaucoup avec les livres de Stéphane Bourgoin, le spécialiste des serial-killers.

Dans les polars, généralement, on sait à la fin qui a tué. Dans Haut-le-chœur, on sait tout de suite qui est la méchante.

Oui, on sait qui, mais on ne sait pas pourquoi elle tue comme ça, avec acharnement. Toute l’intrigue réside là-dessus.

Pourquoi as-tu choisi Jean-Luc Bizien pour écrire la préface ?

Ca me tenait à cœur que ce soit lui. Je ne cherche pas le gros vendeur, ni la tête d’affiche, ni le bandeau, je cherche vraiment la relation. Jean-Luc est très important dans ma vie. Il a toujours été là pour moi. Je l’estime énormément en tant qu’homme et en tant qu’auteur. Le fait d’avoir deux trois mots de lui, en plus très originaux et touchants, était symboliquement essentiel.

Il écrit: « Voilà une fille qui vient grandir les rangs des auteurs de thrillers, une fille qui dans un grand éclat de rire va bousculer les règles de ce petit milieu. » Mazette !

Je ne peux pas commenter ça. Mais, ça me touche.

gaëlle perrin-guillet,haut-le-choeur,interview,rouge sang éditions,mandorQuand tu écris, as-tu la fin dès le départ ?

Je pensais savoir la fin, mais pas du tout. Elle a été différente de celle que j’ai imaginée au départ. Frédéric Dard disait souvent qu’il courait après ces personnages. Il a raison. Tu cours derrière eux, sans savoir trop où ils vont t’emmener. Alix, la journaliste, avait un certain caractère. Il a pris de l’ampleur sans que je n’y puisse rien. Et l’épilogue de mon livre n’existait pas au départ. Je l’ai ajouté, car il était nécessaire pour que le roman prenne tout son sens.

As-tu mis un peu de toi dans Alix ?

Bien sûr. Pas seulement dans Alix. Dans quasiment tous les personnages. Même chez les hommes… et aussi dans la serial killeuse, Éloane Frezet. À part ça, je ne suis pas du tout schizophrène.

Tu commences à me faire peur Gaëlle !

Oui, je sais. (Rires).

Dans quel état es-tu quand tu écris ?

Je suis coupée du monde et très concentrée. Je travaille dans la cuisine le soir et je n’entends plus rien. Selon la fatigue et l’inspiration, j’écris quatre à cinq heures. Gilles Legardinier m’avait conseillé de m’astreindre à écrire tous les jours, au moins un petit peu. Si on laisse du temps, ça se sent dans le récit au niveau du rythme et de l’écriture.

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A l'issue de l'interview, un autre écrivain de polar est venu nous rejoindre pour saluer Gaëlle Perrin-Guillet, l'excellent Dominique Maisons (mandorisé là).

Es-tu déjà sur le prochain roman ?

J’en ai deux en cours. J’en écris toujours un quand je finis le précédent. Quand je manque d’inspiration, ça me permet de basculer d’une histoire à l’autre sans me perdre.

Passes-tu facilement de l’un à l’autre ?

Oui, en tant que schizophrène, ce n’est pas trop compliqué.

Je sais que tu as écrit un « Embaumeur », la série de Sébastien Mousse.

Je me suis régalé, notamment dans les dialogues. C’est passionnant de partir d’un personnage déjà créé, avec sa propre personnalité, et d’en faire ce que tu veux, tout en respectant la bible imposée. Je n’aurais pas eu cette commande, je n’aurais jamais écrit ce genre de livre spontanément. C’était très intéressant à faire, en tout cas, et ça permet de s’améliorer dans l’écriture. C’est un exercice de style.

Tu as l’habitude des exercices de style. Tu as également écrit des histoires érotiques gaëlle perrin-guillet,haut-le-choeur,interview,rouge sang éditions,mandorpour La Musardine.

L’écriture, je la prends vraiment comme un plaisir. Tous les styles d’écriture sont sympas. Je trouve réducteur de se cantonner à un seul genre.

Sens-tu ton écriture évoluer de livre en livre ?

Bien sûr. Elle n’a plus rien à voir avec ce qu’elle était il y a trois ans. J’ai eu le droit à des critiques hyper constructives qui m’ont permis d’atténuer les défauts que j’avais.

As-tu le trac quand sort un nouveau livre ?

Je suis tétanisée. Surtout pour Haut-le-chœur. C’est mon premier roman édité dans une maison, j’aimerais ne pas décevoir mes éditeurs, Estelle Taburiaux et Marc Louboutin. De toute manière, dès que je sais que quelqu’un a mon livre entre les mains, je suis toujours flippée.

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Sais-tu pourquoi tu écris ?

Parce que j’adore ça. C’est un super moyen de véhiculer des idées, de faire travailler l’imaginaire des gens et même de les bousculer un peu. L’écriture est un échange. On n’écrit pas pour soi, on écrit pour être lu.

Écris-tu aussi pour fuir la réalité du quotidien ?

Ça me permet surtout d’exorciser certaines choses. Mais, effectivement, quand j’écris, je suis coupée du monde, c’est donc peut-être un moyen inconscient de me libérer de plein de choses.

Tu es secrétaire de mairie. Est-ce que les gens que tu croises dans le cadre de ce travail savent ce que tu fais ?

De plus en plus. Je suis dans un village de 4000 habitants, alors quand mon bouquin est en tête de gondole de la librairie, ça se remarque. Du coup, on m’attend un peu en tournant sur mes deux métiers. Je n’ai plus le droit à l’erreur ni d’un côté, ni de l’autre.

Es-tu confiante en ton avenir littéraire ?

Je ne le serai jamais. J’ai toujours un énorme doute sur tous mes textes. Mais il vaut mieux ça que le contraire. J’essaie de progresser à chaque roman.

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19 avril 2014

Guillaume Musso : interview pour Central Park

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guillaume musso,central park,interview,mandorCeci est ma deuxième interview de Guillaume Musso. On ne peut pas dire que l’on se croise souvent, mais c’est un garçon que j’aime bien... et il m’arrive de le lire au hasard des exigences de ma vie professionnelle. Notre « première fois », c’était en 2004 pour la sortie de son premier livre, Et après (je n’étais d’ailleurs pas loin d’être le premier journaliste à l’avoir interviewé, si je ne m’abuse). Il était tout timide, encore prof dans la région de Nice et il ne se doutait certainement pas du destin littéraire qui l’attendait. Ensuite, je ne l’ai plus jamais interviewé (mais ça ne m’a pas empêché d’en parler sur ce blog).

Le 20 mars dernier, à l’occasion de la sortie de Central Park, son dernier livre, je suis allé lui poser des questions chez XO Éditions pour Le magazine des loisirs culturels Auchan (daté des mois d’avril-mai 2014). Il m’a accueilli très chaleureusement en me disant qu’il se souvenait parfaitement de notre première interview et aussi, qu’il lisait certaines de mes chroniques (il m’a parlé de celles de ses collègues Franck Thilliez et Jean-Christophe Grangé). Mon ego était ravi…

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(Je sais, il faut faire des efforts pour lire l'intro... alors, je vous facilite un peu la tache...)

Une jeune femme flic a passé une soirée un peu arrosée entre copines  sur les Champs-Élysées. Au même moment, un musicien de jazz, après son concert dans un club de Dublin, taquine lui aussi la bouteille. Au petit matin, ils se réveillent menottés l’un à l’autre à New York, au cœur du « Ramble », l’endroit le plus sauvage de Central Park. Ils ne se connaissent pas et n’ont absolument plus aucun souvenir de ce qu’il s’est passé la nuit précédente. Alice et Gabriel vont devoir faire équipe pour comprendre ce qui leur arrive. Pas de doute, l'auteur préféré des Français excelle en matière de thrillers psychologiques.

Interview:

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guillaume musso,central park,interview,mandorBonus mandorien:

Pour qui écris-tu ?

Quand je lis les biographies de mes cinéastes fétiches, Hitchcock, Spielberg, Scorcese… ils ont en commun les mêmes mots à la bouche : les spectateurs, les spectateurs, les spectateurs… Quand j’analyse mon travail, j’ai tout le temps le mot « lecteur » à la bouche. Mon travail, c’est de raconter une histoire et de la raconter aux lecteurs. Toute la construction, les repérages, ma façon d’écrire et d’organiser les chapitres ont pour but d’avoir une chute qui procure des frissons et toutes sortes de sensations inédites.

As-tu toujours la chute quand tu commences un roman ?

Généralement oui, parce que dans la littérature à suspense, il y a un côté mécanique, horlogerie, et pour l’obtenir, il vaut mieux savoir où l’on va. J’ouvre beaucoup de portes, il faut savoir les refermer sans en oublier et en ne me trompant pas. Je tiens à rester crédible. Je sais que Stephen King, lui, explique dans des interviews que parfois il part comme ça, sans savoir trop où. Moi, je n’y parviens pas.

Travailles-tu de la même façon qu’à tes débuts ?

La méthode change un peu parce que j’ai pris de la bouteille dans ce métier. J’ai un peu plus confiance en moi. Ça me permet de faire davantage confiance à mes personnages. On vit à une époque où les gens n’ont jamais consommé autant de fictions, à la télé, au cinéma ou même en littérature. Les gens sont rompus aux recettes de la fiction. Donc, pour les surprendre aujourd’hui, il faut s’accrocher. Il faut des intrigues qui soient suffisamment denses et complexes, mais surtout, il faut des personnages dont on se sent proche et en empathie. Je travaille beaucoup là-dessus. J’attends le moment où mes personnages vont être suffisamment autonomes pour avoir envie de leur faire faire des choses auxquelles je ne le prédestinais pas forcément.  

Comme ton collègue Jean-Christophe Grangé, as-tu des livres d’avance ?

Je n’ai pas de livres d’avance. J’ai une vingtaine d’idées, d’embryons, d’histoires, voire de scénarios bouclés. En amour, on dit « il faut la bonne personne au bon moment ». Parfois, tu rencontres la bonne personne, mais ce n’est pas le bon moment. Aucun des deux n’est libre. Parfois, c’est le bon moment pour tomber amoureux, mais on ne trouve pas la bonne personne. Parfois, l’adéquation se fait. Sur la vingtaine de sujets que j’ai en tête, il faut qu’ils soient en adéquation avec la personne que je suis aujourd’hui en 2014, à presque 40 ans.

Tu écris toujours tes romans avec deux niveaux.

Le premier niveau : le plaisir de tourner les pages, le suspens, le côté « page turner ». Le deuxième niveau : mettre en avant un thème dans chaque livre. Et après, c’était sur l’acceptation du deuil. Dans Central Park, il y a la fraternité, la quête de l’identité.

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A propos de Central Park.

Fais-tu très attention à ce que disent tes lecteurs ?

Toi, tu essaies de faire le meilleur article possible, moi j’essaie de faire le meilleur livre possible. J’écoute ce que me disent les lecteurs quand je suis en signature et je lis leurs mails ou leurs lettres. Le dialogue et l’interaction avec les lecteurs sont très stimulants pour moi. Je suis neuf mois de l’année tout seul chez moi, dans un bureau où pendant douze heures je suis devant un écran. C’est solitaire et assez aride. J’aime la période où le livre sort. Ça me permet de voir du monde et parler aux gens.

Es-tu très attaché aux livres?

Si on me propose d’écrire des scénarios, des articles dans la presse, des préfaces, je refuse systématiquement. Comme tu le sais, je suis fils de bibliothécaire, je suis donc effectivement très attaché à l’objet livre et à ses particularités. Je suis fier de ça.

C’est un point commun avec Milan Kundera qui, lui, refuse même que ses livres se transforment en ebooks. Il ne veut pas les voir en numérique pour les tablettes et les liseuses.

On trouve mes livres en ebooks quand même. Mais je préfère le vrai livre. Par contre, je fais très attention à la qualité de mes ouvrages. A une époque où tout se dématérialise, c’est bien d’accorder une attention particulière à l’objet.

Es-tu sur les réseaux sociaux ?

Je me suis rendu compte qu’il y avait une page Facebook à mon nom et qu’il y avait déjà 25 000 fans. Je me suis dit qu’il fallait que j’aie une vraie page. J’ai donc une page Facebook avec 201 000 fans. Je suis sur Twitter, mais c’est purement informatif sur mon actualité. Il n’y a pas d’autres visées.

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Combien vends-tu de livres en moyenne ?

Mes cinq derniers romans se sont vendus à un demi-million d’exemplaires chacun en grand format et l’année suivante un demi-million en poche. Sachant qu’un roman se prête, il y a donc peut-être deux millions de personnes qui lisent mes romans. Il ne faut surtout pas que j’y pense quand j’écris, sinon, je ne fais plus rien. Quand tu es à ces niveaux de ventes, toutes les catégories sociales te lisent. Le pilote de ligne, la grand-mère, la Parisienne active de 40 ans ou l’adolescente. Et tu es lu dans quarante pays... Tout ça t’échappe en fait. Le plus difficile, c’est de se remettre à chaque livre dans l’état d’esprit dans lequel tu étais quand tu as écrit ton premier livre, quand tu ne savais pas si tu allais en vendre.

Ce sont des chiffres vertigineux. Comment on fait pour rester cool comme tu l’es ?

Ca dépend comment tu as été élevé. Les valeurs que j’ai reçues dans mon enfance et mon adolescence sont celles qui me guident. J’aime mon métier et je passe beaucoup de temps à travailler. Je ne me prends pas la tête en songeant à tout ça. Je fais juste le plus beau métier du monde. J’entendais récemment Anna Gavalda dire : « je suis une artiste, ça veut dire simplement que je paie mes factures avec mes rêves ». Je trouve ça très beau et très vrai.

Écrivain le plus lu de France, quand même, ce n’est pas rien.guillaume musso,central park,interview,mandor

J’ai une gratitude incroyable par rapport aux lecteurs. Bernard Werber me disait que « dans tout succès, il y a une part de travail, de talent et de chance ». Il faut savoir rester humble. Je suis très tranquille par rapport à ma popularité, parce que je n’ai jamais cherché à être populaire à tout prix. J’ai toujours écrit les romans que j’ai voulus. Jamais personne ne m’a demandé de changer la fin. Je n’ai fait aucune concession pour en arriver là.

15 avril 2014

Philippe Delerm : interview pour Elle marchait sur un fil

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philippe delerm,elle marchait sur un filPhilippe Delerm nous avait habitués à des textes courts, ciselés, à des instantanés de la vie. Avec Elle marchait sur un fil (éd. Seuil), il change de cadre et nous propose un roman long.L’auteur suit le parcours de Marie, quittée par son mari, âgée d'une cinquantaine d'années, attachée de presse dans le milieu littéraire. Elle se réfugie en Bretagne pour se re-figurer sa vie autrement.Elle en profite pour renouer avec une passion ancienne pour le théâtre, s'offrir la liberté de plaquer son travail pour aller au bout de son désir et encaisser l'incompréhension de son fils. Philippe Delerm regarde ses personnages avec beaucoup d'humanité, de compréhension, sans jugement. Il nous offre là une vue plongeante sur les grands moments de vide, de doute, et de rêve qui font une vie d'adultes, mais aussi un regard sur la société, quelques vérités sur le milieu littéraire et le monde du théâtre. Pour Le Magazine des Espaces Culturels Leclerc, le 18 mars dernier, nous nous sommes donné rendez-vous en terrasse d’un bar de la capitale. (Ce n’était pas notre première interview…)

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philippe delerm,elle marchait sur un filPetit plus mandorien…

Votre fils, Vincent, s’il est chanteur, a aussi un don prononcé du théâtre.

En effet, son spectacle précédent, Memory, était très théâtralisé. Vincent a commencé sa carrière par le théâtre et je suis obligé de constater qu’il a un don de cet art que je n’ai pas.

Puisque c’est l’un des sujets du livre, parlons-en. Votre compagne, Martine, et vous, l’avez-vous incité à faire ce métier ?

Un jour, nous étions en famille et Vincent décide de nous chanter sa première chanson. Il commence à nous la jouer au piano. Avec Martine, on s’est regardé en se disant qu’il avait vraiment quelque chose à dire. Elle et moi sommes deux créateurs, nous nous sommes rendu compte avec un petit vertige et un grand bonheur qu’il avait aussi ce virus-là. On a compris que Vincent ne serait pas heureux s’il n’arrivait pas à mettre en place sa créativité personnelle d’une façon ou d’une autre. On a eu la chance qu’il réussisse tôt dans ce métier, donc notre histoire n’a rien à voir avec celle de Marie. On ne l’a pas incité à se lancer. Il s’est lancé tout seul.

Dans votre roman, vous faites référence avec ironie aux livres qui sortent et qui trouvent leur public grâce à un buzz. Il me semble que vous êtes le premier auteur à avoir philippe delerm,elle marchait sur un filbénéficié d’un buzz littéraire, non ?

Oui, avec La première gorgée de bière, vous avez entièrement raison. Un livre tiré à 2000 exemplaires, sans à-valoir. Le bouche à oreille avait si bien fonctionné qu’il y a eu une première réédition avant même le premier article. Je suis désolé pour la profession, mais les choses se passent aussi autrement que par les médias. En même temps, aujourd’hui, je suis typiquement quelqu’un qui a besoin des médias. Il y a des écrivains comme Christian Signol ou Amélie Nothomb qui n’en ont pas besoin. Ils n’ont pas besoin d’apparaître. Moi si. Je m’en félicite. A chaque livre, je me demande si ça va bien se passer, je me demande comment il va être accueilli. C’est un peu stressant, mais c’est vivant de savoir qu’on a besoin des autres pour exister. Rien n’est jamais gagné pour un auteur comme moi.

Elle marchait sur un fil semble être très favorablement accueilli, non ?

J’ai l’impression aussi. Je stressais pas mal pour le précédent, Je vais passer pour un vieux con, parce que je venais de signer un contrat avec Le Seuil pour cinq livres et c’était le premier. Je tenais beaucoup à ce que cela se passe bien. Au final, j’en ai vendu 80 000 exemplaires. Je ne sais pas si ce livre connaîtra le même succès. C’est le charme de ce métier.

Dans ce roman vous ouvrez un peu les coulisses du monde de l’édition, mais avec parcimonie. À quand un vrai livre sur ce sujet que vous connaissez bien ?

(Rires) Je ferai ça juste avant de disparaitre de la scène… parce qu’il y a beaucoup à dire. Ce serait suicidaire de m’attaquer à un tel sujet au stade où en est ma carrière.

Pour terminer, Jean-Louis Aubert vient de sortir un disque dans lequel il chante des poèmes de Michel Houellebecq. À quand un Vincent Delerm chante Philippe Delerm ?

Vincent n’a pas besoin de mes textes, il sait écrire de belles chansons. Mais, rien n’est impossible, on ne sait jamais. Peut-être un peu plus tard, l’idée n’est pas mauvaise.

04 avril 2014

Jean-Christophe Rufin de l'Académie française: interview pour Le collier rouge

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jean-christophe rufin,le collier rouge,interview,mandor,académie françaiseAnnée du centenaire de la Première Guerre mondiale oblige, c’est avec un roman sur l’après-guerre que Jean-Christophe Rufin fait son retour.Un jour, un ancien poilu anarchiste et antimilitariste décide de décorer son chien de sa médaille militaire. En 1919, cet acte est considéré comme un signe de rébellion. Dans Le collier rouge, l’Académicien Jean-Christophe Rufin met en lumière trois destins qui se croisent : celui d’un ancien héros de la guerre (notre poilu anarchiste), retenu prisonnier au fond d’une caserne, celui de son chien, posté devant la porte, qui aboie jour et nuit, et celui d’une femme qui attend et espère, non loin de là. Ce livre aussi réjouissant qu’émouvant interroge sur la loyauté et la fidélité.

Le 27 février dernier, je suis allé à la rencontre de Jean-Christophe Rufin dans un bureau de chez Gallimard pour une heure d’interview.

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jean-christophe rufin,le collier rouge,interview,mandor,académie françaiseInterview :

Le collier rouge est un roman très court. Est-ce que c’est un « entre deux livres » ou chaque livre a autant d’importance ?

Le poids, pour le poisson, c’est important… pour les livres, on peut considérer qu’il n’est pas proportionnel à l’intérêt qu’on peut lui trouver. Ce livre est petit en volume, mais c’est un livre complet parce qu’il a été longuement porté et il traite de sujets importants qui me touchent profondément. Il est dense et à beaucoup de niveaux de lecture. Il a pris cette forme courte parce qu’il n’y avait aucune raison que j’en mette plus. Pour moi, Le collier rouge a autant d’importance que les autres.

Je crois savoir que vous avez écrit ce livre dans des conditions particulières.

Contrairement à d’habitude, je ne savais pas vraiment où j’allais. Je n’ai pas fait de plan. Je voyais devant moi s’ouvrir des portes les unes après les autres au bout de chaque chapitre. La rédaction du livre s’est faite très vite, de façon à vivre l’aventure comme si j’étais dedans, presque en temps réel.

Vous aviez hâte d’en sortir ?

Oui, parce qu’à un moment, on ne sait plus trop comment on va s’en tirer. C’est même un peu angoissant. J’ai une amie romancière canadienne qui dit : « il n’y a qu’une seule intrigue dans tous les livres, c’est comment l’auteur va se sortir de la panade dont il s’est mis ». Moi, pour Le collier rouge, je n’ai pas toujours tout maitrisé. Par exemple, la dimension sur tout le mouvement ouvrier de l’époque, je ne l’avais pas prévue.

Ce livre terminé, avez-vous eu le sentiment du devoir accompli ?

Généralement, tant que j’écris, je suis guidé par une boussole assez précise. Je n’ai aucun doute de rien. Mais une fois que le livre est fini, c’est le contraire. Je me dis que ce que je viens d’écrire est nul. Dès qu’on arrive au stade où il vit sa vie, où il est publié, où il appartient aux autres, où il est lu par des critiques, puis par des lecteurs, je panique, parce que j’ai pris de la distance… je ne suis plus dedans. Après, c’est le succès ou l’échec qui finit par vous rassurer ou vous démoraliser.

Ça fait 15 ans que vous faites ce métier. Vous habituez-vous à la sortie d’un livre ?

Non. D’ailleurs quand je vois les jeunes qui démarrent, qui ont un grand succès avec un livre et qui deviennent immédiatement sûrs d’eux, j’ai envie de leur dire de se calmer. Tout se joue sur la durée. Une carrière d’écrivain, c’est une course de fond. C’est long, il faut donc accepter l’idée qu’il y a des hauts, des bas, des succès et des échecs. Moi, j’ai fait un livre d’anticipation qui n’a pas marché auprès de mon public initial, Globalia. Les jeunes ont plutôt apprécié, mais mon public habituel a bloqué. Cela dit, j’essaie de ne jamais faire la même chose. J’aime bien l’idée de ne pas être là où l'on m’attend. Je n’aime pas être enfermé, je suis claustrophobe.

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Écrire un livre sur la Première Guerre Mondiale quand on fête ses 100 ans, est-ce de l’opportunisme ?

J’avais envie d’écrire sur la guerre de 14 depuis très longtemps. Le grand-père qui m’a élevé a fait cette guerre. J’ai beaucoup de souvenirs liés à elle comme dans beaucoup de familles françaises. J’ai écrit le livre sans me rappeler que c’était le centenaire. Quand je m’en suis rendu compte, j’ai été très gêné parce que je ne voulais pas que les gens pensent que c’était un livre de circonstance. Du coup, j’ai même pensé attendre pour le publier plus tard. À cause du succès de mon livre sur Compostelle, Immortelle randonnée, Compostelle malgré moi, on n’a pas pu sortir le livre avant. Pour moi, cette date est plutôt un inconvénient. Ça m’ennuie de rajouter un document de plus sur cette guerre.

Dans votre roman, la guerre n’est abordée que de façon extérieure. Est-ce un roman sur « comment on s’en sort après avoir vécu ça » ?

Ce livre ne célèbre pas de guerre, encore moins une victoire puisque je considère qu’il n’y a pas eu de victoire. C’est une guerre de vaincus de tous les côtés. Ce livre est très en marge des autres ouvrages sur le sujet. Le collier rouge est plus un livre sur « qu’aurait-il fallu faire pour éviter la guerre ? » L’univers de la guerre est un univers animal, d’où la comparaison avec le chien. Il faut dépasser le sentiment animal d’attaquer l’autre pour défendre les siens. C’est respectable, mais c’est une impasse. Je veux faire prendre conscience que ce qu’ont vécu ces soldats n’était pas humain, mais animal. Le chien est au centre de la vision que je voudrais donner de cette guerre.

Tous vos personnages ont cessé d’être obtus après la guerre.

C’est une guerre qui a transformé profondément tout le monde. Tous ceux qui l’ont vécue ont perdu toutes leurs certitudes. Il y a eu beaucoup de croisements sociaux et intellectuels. Les tranchées, c’était des lieux de mélange. Des lieux où l’aristocrate pouvait rencontrer l’ouvrier ou le paysan et vivre la même chose : le danger et la mort.

Votre héros ne fait rien pour s’en sortir parce qu’il a des convictions et qu’il s’y tient.

Le juge veut faire sortir le prisonnier de prison, mais ce dernier veut y rester. Il veut affirmer haut et fort ses convictions sur la guerre. On comprendra aussi que derrière les actes de l’ancien soldat, derrière ses décisions, il y a une femme. Il n’ose pas l’aborder pour lui demander des explications sur son comportement… et pour éviter ça, il va s’enfermer dans quelque chose de spectaculaire où il va se donner le beau rôle. Mais au fond, c’est un appel pour elle. Il veut renouer avec elle sans oser le faire.

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Le chien nous apprend beaucoup sur l’homme dans ce livre. C’est un peu lui le héros du roman ?

Je le pense. J’adore ce chien. À travers lui, j’ai voulu rendre hommage aux dizaines de milliers d’animaux qui se sont retrouvées dans les tranchées. C’est un phénomène très peu connu.

On les utilisait pour déminer, pour chasser les rats… ils avaient une réelle utilité.

Il y a ceux qui étaient là parce qu’ils avaient suivi leur maître. Ceux-là, les poilus les utilisaient directement en fonction des problèmes qu’il pouvait y avoir dans les tranchées. Mais, il y avait aussi des chiens acheminés par l’état major pour une utilisation vraiment militaire. Il y avait aussi des pigeons qui ont bien servi pendant cette guerre. Saviez-vous que des pigeons ont  réussi à faire passer des messages à travers les lignes et qu’ils ont été décorés après la guerre ?

Vous ne trouvez pas cela ridicule ?

Vous savez, les pigeons, c’était le Facebook de l’époque, la communication ultime. C’est comme les chiens… aujourd’hui, on utilise des robots pour déminer. On a une vision archaïque des choses aujourd’hui. Après cette guerre, ce que je trouve très touchant, c’est l’attendrissement de ces hommes pour la souffrance animale.

Dans ce livre, y a-t-il un personnage qui vous ressemble ?

On doit mettre de soi dans chaque personnage. Pour décrire le travail de chaque auteur, on peut dire que c’est une autobiographie éclatée, une autobiographie sous forme de fragments. Les éclats sont présents dans tous les personnages et dans toutes les situations. Mettre de soi dans tous les personnages, c’est ce qui les rend vivants.

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Vous êtes membres de l’Académie française. Est-ce que cela met de la pression quand on écrit ?

L’Académie est l’institution la plus ancienne de la nation. Elle a été créée sous la monarchie et elle n’existe que par ceux qui la font vivre, c'est-à-dire nous, les quarante académiciens. Pour la faire vivre, chaque génération reprend le flambeau et porte ce défi. Il faut être vivant, faire preuve d’initiative, être très présent. Je me réjouis quand Hélène Carrère d’Encausse, Éric Orsenna, Max Gallo et Jean-Marie Rouart publient des livres. Nous ne sommes pas tenus au succès et au génie en permanence, mais on fait ce que l'on peut. Nous sommes là, bien décidés à faire bouger cette Académie.

Vous avez eu plusieurs vies et vous avez été décorés de nombreuses fois. Récemment, vous avez reçu l’insigne d’Officier de la Légion d’honneur. Savez-vous pourquoi vous avez reçu cette récompense ?

Je l’ai eue au titre des affaires étrangères et de la francophonie. En tant qu’ambassadeur, j’ai travaillé pour le pays dans des conditions pas toujours faciles. J’accepte que l’on m’honore parce que j’ai un profond respect pour les institutions et la nation. Mais, je ne veux pas que ces décorations me transforment en statut. Il faut rester vivant et actif. C’est pour ça que j’écris beaucoup et que j’essaie d’être à la hauteur.

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A l'issue de l'entretien, chez Gallimard, le 27 février 2014.

15 mars 2014

Caryl Ferey : interview pour la sortie en poche de Mapuche et en DVD de Zulu

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Le 23 janvier, dans un café de la capitale, j’ai interviewé de nouveau Caryl Ferey pour la sortie en poche de Mapuche. Ce livre sorti en version grand format il y a deux ans était déjà la « raison » de notre première mandorisation. C’est la première fois que je rencontre un écrivain pour parler d’un même livre en si peu de temps…

Que fait-on à ce moment-là ? On trouve de nouveaux angles.

Avant de lire l’interview, voici ma chronique publiée de Le magazine des Espaces Culturels Leclerc daté du mois de février 2014.

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S08_Livre_Detail_Article_Caryl_Ferey02.jpgInterview :

Est-ce que la sortie d’un de ses livres en version poche est un événement dans la vie d’un écrivain ?

Oui, et pour plusieurs raisons. Quand mes premiers livres sont sortis quelques années plus tard en poche, j’ai eu la possibilité de retravailler le texte. C’est ce que j’avais fait par exemple pour Haka. Quand je l’ai relu avant sa ressortie cinq ans après, j’ai eu des crises d’urticaire tellement je trouvais certaines scènes complètement loupées, on aurait dit des feuilletons de TF1. J’ai donc bossé de nouveau tout ce qui n’allait pas cinq ans après. C’est une deuxième chance pour des livres, pas inaboutis, mais pas complètement réussis. La version poche, c’est toujours la version qui reste, alors autant qu’elle soit la plus parfaite.

Un poche dure plus longtemps qu’un grand format.

Oui, un poche, c’est notre retraite. Un auteur n’a pas de retraite, alors avec les poches, on peut en vendre toujours 20 ans après. Il ne faut pas se leurrer, les auteurs aiment ce format aussi pour cela.

Et les gens achètent plus de poches que de grands formats. Vous vous en rendez compte ?

Et comment ! La crise, l’écrivain la ressent. En signature, j’ai rencontré plein de gens me dire, Mapuche, je l’achèterai en poche parce que je n’ai plus de tune. Je comprends parfaitement, c’est trois fois moins cher… et je sais ce que c’est d’avoir des problèmes d’argent.

Il y a eu deux ans entre la sortie en grand format de Mapuche et la version poche. L’avez-vous retravaillé ?

Non parce que je trouve que Mapuche, tout comme Zulu, sont mes deux bouquins les plus aboutis. Qu’ils plaisent ou pas, moi, je trouve qu’ils sont bien comme ils sont.

Mapuche, dans sa version grand format, s’est-il bien vendu ?mapuche-caryl-ferey-9782070130764.gif

Il est sorti dans la pire période que l’on puisse imaginer, c'est-à-dire entre les deux tours des élections présidentielles. Les ventes de livres chutent de 30% et, en plus, nous étions en pleine crise. Mapuche s’est vendu à 80 000 exemplaires. Pour faire une comparaison, Zulu s’était vendu à 50 000 exemplaires.Mapuche est mon plus grand succès. Il m’a fallu un an après l’avoir terminé pour en faire mon deuil. Je n’ai jamais été marqué comme ça par un livre.

Vous êtes donc auteur de best-seller !

Je n’aime pas ce terme. C’est souvent péjoratif. Pour beaucoup,  un best-seller, c’est une merde. Dans notre milieu, on n’aime pas employer ce terme.

Quel est votre but d’écrivain ?

C’est de progresser dans l’écriture. Je sais que je viens de loin. Paradoxalement, pour moi, c’est toujours compliqué d’écrire un livre.

Vous écrivez quoi en ce moment ?
Un roman qui se passe au Chili. Ce n’est pas la suite de Mapuche parce que le Chili n’est pas l’Argentine, même s’ils sont voisins et que leur histoire est commune. Pour l’instant, il est en chantier. On espère le sortir en 2016. Je sors un roman tous les quatre ans.

Bande annonce de Zulu.

1459288_10201730897289191_500140520_n.jpgParlons de l’adaptation au cinéma de votre livre Zulu, qui sort en DVD le 18 avril prochain. Vous avez apprécié le travail du réalisateur Jérôme Salle et des comédiens, Orlando Bloom et Forest Whitaker, je crois.

Quand Jérôme Salle a pris le projet, il ne connaissait pas l’Afrique du Sud. Nous nous sommes donc rencontrés et on a tout de suite sympathisé. C’est quelqu’un d’intelligent, accessible, humble… le courant est passé immédiatement. Je lui ai dit qu’il n’avait pas besoin de se faire suer pour le repérage, parce que je l’avais déjà fait. Il est allé sur place et il m’appelait pour que je lui dise où était tel ou tel bar. On était assez complice, du coup, la production m’a invité sur le tournage et là, pour moi, c’était magique. Quand Orlando Bloom m’a vu arriver, il m’a dit : « C’est toi l’auteur ? Mais c’est le rôle de ma vie ! Ça fait des années que j’attendais un rôle comme ça. » Je me suis retourné pour vérifier si c’était bien à moi qu’il parlait. Il y avait une ambiance géniale. Bloom et Whitaker sont des stars qui ne se prennent pas pour des stars. Comme moi je suis breton et que j’aime les rapports simples, j’ai beaucoup apprécié ces deux personnalités.

Pour Mapuche, y a-t-il une option sérieuse pour le cinéma?

Oui. Je suis en train d’écrire ma quatrième version du scénario. Il y a déjà un producteur et un réalisateur. Maintenant, il faut trouver un financement. Comme Zulu n’a pas bien marché, on a fait 300 000 entrées au lieu des 600 000 espérées, ça calme les investisseurs. On essaie de trouver des financements sud-américains pour parvenir à nos fins.

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Le poing levé, c'est celui de Caryl Ferey... après l'interview, le 23 janvier 2014.

09 mars 2014

Amédée Mallock : interview pour Les larmes de Pancrace

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Pour tout dire, j’en avais marre de prêcher dans le désert depuis 3 ans. J’ai reçu ici Jean-Denis Bruet-Ferreol, alias Amédée Mallock, à chacun de ses nouveaux livres. Parce que je l’ai découvert avec Le massacre des Innocents, un putain de bon thriller qui m’a époustouflé dès les premières pages et que je n’ai pu lâcher. J’ai récidivé à la sortie de Les Visages de Dieu et l’enthousiasme ne m’a pas quitté. Décidément, ce Mallock est très très fort. Et enfin, je lui ai ouvert cet espace pour la troisième fois pour Le cimetière des hirondelles, autre chef d’œuvre du monsieur. Ses livres ont toujours trois niveaux : Un niveau mythologique, un niveau narratif, un niveau purement littéraire. Mallock est un petit malin doué très très doué quand il s'agit de créer l'envie de tourner la page, encore et encore.

Pour Les larmes de Pancrace, j’ai dit assez ! Que puis-je faire pour offrir autre chose que mon blog à cet auteur qui mérite un succès fou et une visibilité importante ? Travaillant pour différents journaux, j’ai fini par obtenir la page « interview » du Magazine des Loisirs culturels Auchan (daté des mois de février et mars 2014) tiré à 200 000 exemplaires.

(Et pour ne rien vous cacher, ça se débloque pour Mallock. Il commence a être traduit dans de nombreux pays, il semblerait que Fleuve Noir croit en sa destinée et la plupart de ses anciens titres sortent chez Pocket. Amen.)

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(Comme je ne fournis pas la loupe pour lire l'introduction de cette interview, je la republie en version plus lisible.)

2014 est la grande année Mallock chez Fleuve Noir et Pocket. Ce mois-ci paraît son nouveau roman, Les larmes de Pancrace, et en poche la toute première aventure du commissaire, Les Visages de Dieu, dans une version intégralement revue et augmentée. D’autres publications sont prévues dans l’année. Jean-Denis Bruet-Ferreol, qui a pris pour pseudonyme le nom de famille du commissaire de sa série, a exercé pendant 20 ans dans le milieu de la publicité. Il est peintre, photographe, designer, inventeur, directeur artistique, compositeur et, bien entendu et avant tout, écrivain.

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Après l'interview, le 6 février 2014.

Bonus track:

Je suis allé rendre visite à Mallock au Cultura de Franconville, le 1er mars 2014, lors d'une séance de dédicaces...

(Parce qu'on aime bien se retrouver de temps à autre. Et que j'habite pas loin.)

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Mallock et moi, c'est à la vie, à la vie!

07 mars 2014

Pierre Bellanger : interview pour La souveraineté numérique

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Dans La souveraineté numérique, Pierre Bellanger, fondateur et président de Skyrock, explique comment Internet est contrôlé par les Américains et pourquoi cela va mettre un terme à notre économie. Il explique que « la grande dépression que nous connaissons depuis cinq ans n'est qu'un modeste épisode en comparaison du cataclysme qui s'annonce ». L’expert d’Internet donne ses alternatives pour éviter cela.

Je suis allé à sa rencontre, le 21 janvier dernier, dans son bureau de Skyrock, pour tenter d’en savoir plus.

1507-1.jpg4e de couverture :

« La mondialisation a dévasté nos classes populaires.
L’Internet va dévorer nos classes moyennes.

La grande dépression que nous connaissons depuis cinq ans
n’est qu’un modeste épisode en comparaison du cataclysme qui s’annonce.
La France et l’Europe n’ont aucune maîtrise sur cette révolution.
L’Internet et ses services sont contrôlés par les Américains.
L’Internet siphonne nos emplois, nos données, nos vies privées, notre propriété intellectuelle, notre prospérité, notre fiscalité, notre souveraineté.

Nous allons donc subir ce bouleversement qui mettra un terme
à notre modèle social et économique.

Y a-t-il pour nous une alternative ?
Oui.

L’ambition de ce travail est de nous en donner la chance. »


La souveraineté numérique, de Pierre Bellanger par editionsstock

L’auteur :

Pierre Bellanger est le fondateur et président de Skyrock. Entrepreneur et expert d’Internet, il est à l’origine de skyrock.com, premier réseau social français.

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DSC08763hh.JPGInterview :

Pourquoi pousser un cri d’alarme maintenant ?

Depuis des années, nous savons que des informations sont recueillies sur nos comportements et servent de contrepartie aux services gratuits que nous utilisons sur Internet. Quand un service est gratuit, c’est que son utilisateur est le produit. L’affaire Snowden (Edward Snowden, ancien employé du renseignement américain) a révélé au grand public l’espionnage massif dont sont victimes les particuliers comme les entreprises. Cette divulgation a mis en conscience du grand nombre notre vulnérabilité. Nous assistons actuellement à une prise de conscience collective comme il y a pu avoir jadis sur les virus informatiques, sur les OGM, sur les colorants alimentaires ou sur les ondes électromagnétiques des antennes de mobiles. Ce livre arrive au moment où ces questions demandent des réponses.

Vous, vous réfléchissez sur la question de la souveraineté numérique longtemps.

Avec Skyrock, je suis à la tête d’une des principales entreprises d’Internet en France, donc on est au cœur de ces préoccupations pour nos utilisateurs. C’est notre slogan « Ici T Libre ! », sur  skyrock.com, les utilisateurs sont propriétaires de leurs données, peuvent les effacer, peuvent avoir des identités choisies et multiples, bref ils sont libres. La valeur économique migre de la société vers les réseaux et des réseaux vers les réseaux de services qui en deviennent les nouveaux acteurs dominants.

Et principalement aux États-Unis. Ce pays est l’ennemi numéro un ?

L’ennemi numéro un, c’est nous-mêmes. Ce que je mets en avant dans le livre, ce n’est pas une critique des États-Unis. L’espionnage est pratiqué dans tous les pays, l’ambition industrielle concerne le monde entier. En revanche, ce sont nos carences que je mets en avant. Face à une dynamique extraordinaire, on ne peut pas rester sans réagir. Que ce soit les États-Unis ou n’importe quel autre pays à l’origine de cette dynamique, la problématique, elle est chez nous, pas chez eux.

Vous faites le constat suivant : confrontée à la révolution de l’Internet, la France a renoncé à maîtriser son destin sur les réseaux informatiques. La France a livré sa souveraineté numérique sans débat ni combat. Comment expliquer cette passivité ?

On a toujours eu vis-à-vis d’Internet une réaction affective. Au début, de peur, ensuite, de candeur. On a de la parano et de la naïveté, mais rarement de la raison. Raisonnons, ayons du bon sens et de la rigueur. Et regardons ce phénomène dans ce qu’il est dans la réalité et pas simplement d’un point de vue de l’affect.

Perd-on la notion de prudence ?

L’Internet, c’est un moyen de liberté pour nous tous, d’émancipation, d’accès à l’information, d’accès aux autres. Cette liberté-là, il ne faut absolument pas la perdre ni la remettre en question, simplement, il ne faut pas la payer de notre liberté.

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C’est un livre sur le monde tel que nous le connaissons et qui va bientôt disparaitre. On est tous en danger économique et donc, du coup, social, voire sociétal.

L’Internet ne vient pas à côté du monde que nous connaissons, il le remplace. Si Internet remplace le monde que nous connaissons, qu’est-ce que cela signifie pour nous, dans nos vies quotidiennes, pour nos enfants, pour notre métier ? Dans ce livre, je prends l’exemple de nombreux secteurs : l’automobile, la banque, l’agroalimentaire, l’assurance, le transport, l’industrie, etc. Et je m’interroge sur un point : si Internet remplace cela, qu’est-ce que cela signifie pour vous ? 

Vous imaginez de nombreux petits scénarios de ce qu’il va se passer d’ici deux ou trois ans.

Je suis à la lisière de ce qu’il se passe aujourd’hui. Ce n’est pas de la science-fiction, c’est notre réalité proche. Il y a un danger, mais le fait d’en prendre conscience est positif.  La dernière phrase du livre c’est : le réseau est notre chance. On est en danger si on ne se rend pas compte qu’il y a un danger. C’est cela la souveraineté numérique : une maitrise de nos vies, la maitrise de notre destin sur les réseaux informatiques.

Quelle était votre ambition en écrivant ce livre ? Que tout le monde se rallie à votre cause ?pierre bellanger,la souveraineté numérique,interview,mandor

L’ambition, c’est d’être un levier de conscience. J’ai été auditionné au Sénat récemment sur ce sujet et je propose des éléments de législation. Que ce soient des industriels ou de simples citoyens, chacun à son échelle peut réagir, peut se poser des questions, peut interroger ses élus. Je propose que l’on devienne propriétaire de ses données personnelles. Aujourd’hui, vous chantez une chanson, elle est protégée. Par contre, toutes les données numériques qui sont captées n’ont aucune protection. La trace numérique qu’on laisse sur le réseau doit être la propriété de la personne qui en est à l’origine, car c’est une extension de la personne, une extension de son être.

Donnez-moi un exemple.

L’ensemble des données recueillies sur vous constitue une sorte de double numérique dont vous n’avez ni la connaissance, ni la maîtrise, ni la propriété. Par ces informations,  il est possible de connaître vos habitudes, vos dépenses, vos ennuis de santé, votre vie tout court. On sait grâce à votre double numérique que vous avez un chien parce que vous avez échangé ou posté sa photo sur le réseau. Demain, vous voulez louer un appartement, sachez que le propriétaire peut faire appel à une société pour savoir quelles sont vos habitudes. S’il ne veut pas d’animal, vous n’aurez pas l’appartement. C’est valable pour la location d’appartement, pour un emprunt, un contrat d’assurance, un emploi. Le double numérique joue ainsi un rôle majeur dans votre vie. Et vous n’avez aucune maitrise sur ce processus parce que vous n’êtes pas propriétaire de vos données et que donc vous n’en contrôlez pas l’usage.

Et donc, il faut légiférer ?

Oui, il faut créer un nouveau droit de propriété : la propriété des données informatiques personnelles. Par ailleurs, toute captation, conservation et usage de données en provenance de citoyens européens doit avoir lieu sur le territoire européen. Cela implique la localisation des serveurs à la source des données. Enfin l’exportation de données informatiques personnelles hors de la communauté européenne doit être réglementée et taxée.

pierre bellanger,la souveraineté numérique,interview,mandorVous proposez dans votre livre 12 priorités plan Réseau. On ne va pas les donner ici, mais pouvez-vous nous donner quelques points importants ?

Outre le cadre législatif, il nous faut un réseau de services (moteur de recherche, commerce électronique, carnet d’adresses, calendrier, carte, navigateur, etc..) associé à un système d’exploitation (le logiciel qui pilote les machines) autour duquel s’organisera la mise en réseau des différents secteurs de notre économie. Une telle entreprise investie dans les logiciels, les réseaux et les terminaux s’appelle un résogiciel. Il faut un acteur majeur français et européen. Il ne s’agit pas bien entendu de remplacer les services américains que nous utilisons tous les jours, mais d’apporter un choix aux utilisateurs et de faire mieux respecter leurs droits et leurs libertés.

Qui vous écoute ?

Chacun est concerné. Il n’y a pas un plan social aujourd’hui que l’on ne puisse pas de près ou de loin rapprocher de notre retard numérique. La crise économique actuelle va apparaître de plus en plus comme une crise numérique. Quel programme politique peut-il encore s’ancrer dans le siècle précédent et faire l’impasse sur la révolution des réseaux numériques ? Notre vie quotidienne, nos emplois, l’éducation des enfants, notre santé, la garantie des retraites, tout cela est en cause. Celui qui lit « La souveraineté numérique » accroît ses chances de s’en sortir. Voilà qui m’écoute.

Est-ce qu’il faut faire la révolution ?

La révolution est en cours à nos dépens. À nous d’être lucides, de motiver nos élus et de reprendre collectivement notre souveraineté numérique.

Quelqu’un lit se livre et décide d’agir, que peut-il faire concrètement ?

Chacun a le pouvoir du réseau au bout de son clavier et de son écran. Et rien n’arrête les bonnes idées.

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Après l'interview, le 21 janvier 2014.

05 mars 2014

Prix Landerneau Roman 2014: Hubert Mingarelli pour L'homme qui avait soif

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Photo : Philippe Matsas

Travaillant pour Le Magazine des Espaces Culturels Leclerc depuis plusieurs années maintenant, je rencontre tous les lauréats du Prix Landerneau, en particulier ceux de la catégorie Roman. (Voici celui de 2012 et celui de 2013.)

Avant tout, petit rappel de ce qu’est ce prix.

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Cette année, le Prix Landerneau 2014 a été attribué à Hubert Mingarelli. Je suis donc allé à sa rencontre, pas très rassuré tant l’homme a la réputation de ne pas aimer les interviews. Mais comme je viens pour le journal initiateur du prix qu’on lui a remis la veille, il accepte avec le sourire de se livrer.

Ce qu’il faut.

Comme dans ses livres, Hubert Mingarelli ne se répand pas. Pas un mot de trop en tout cas, pas de parole inutile…

Voici le fruit de notre conversation.

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9782234074866-X_0.jpgPetit (mais vraiment petit) bonus mandorien:

Un écrivain qui écrit depuis longtemps a-t-il encore besoin d’être rassuré ?

Tous les jours. Un écrivain « normal » n’est jamais tranquille. C’est un peu la difficulté de ce métier-là, on n’est jamais serein finalement.

Vous vivez de votre art. Cela implique que vous n’arrêtez jamais d’écrire ?

Il y a de ça. Mais de toute façon, la question ne se pose pas, car je ne compte pas arrêter. Je ne continue pas à écrire pour gagner ma vie, mais je gagne ma vie en écrivant.

C’est une astreinte d’écrire ?

Écrire pour moi, c’est comme respirer. J’y vais. Je dois le faire. J’ai besoin de travailler. J’ai besoin de faire quelque chose dans la journée. Et c’est une des choses que je sais le mieux faire. Écrire, c’est ma vie.

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Après l'interview le 13 février 2014, dans un hôtel parisien.

04 mars 2014

Romain Monnery : interview pour Le saut du requin

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Toutes les histoires d’amour sont des questions sans réponse : où commence l’indifférence ? CDD ou CDI ? Comment se dire adieu ? Quel rapport entre le yéti et le point G ? Est-ce que ronfler, c’est tromper ? Deux garçons, une fille, combien de possibilités ? Sur fond d’Internet et de chansons populaires, Le Saut du requin explore le fonctionnement d’un couple moderne perdu entre non-dits et pas chassé. Bref, ceci n’est pas une comédie romantique, mais ça y ressemble.

Ainsi est résumé ce livre drôle, parfois excessif, mais qui fait réfléchir sur la vie à deux.

J’ai reçu son auteur, Romain Monnery, à l’agence le 22 janvier dernier. Un jeune homme qui n’est pas précisément fan de l’exercice de l’interview, mais qui si plie avec le sourire…

romain monnery,le saut du requin,libre,seul et assoupi,interview,mandorMot de l’éditeur :

« Internet n’avait rien arrangé. L’amour – si tant est que ce truc avait un jour existé – était devenu un jeu de hasard dont on avait perdu le mode d’emploi. Sans foi. Ni loi. On y jouait en ligne, à tâtons, à plusieurs, sans réfléchir, vaille que vaille, pour un résultat chaque jour un peu plus incertain. »
Méline, fille simple qui ne se prend pas au sérieux, et Ziggy, artiste multiface un brin prétentieux, forment un couple atypique. Après un an d’une histoire en dents de scie, Méline aimerait bien que la relation évolue. Mais Ziggy n’est pas du genre à accepter les compromis. La collègue de Méline, et néanmoins amie, a une solution : elle lui suggère d’aller voir ailleurs, pourquoi pas du côté de Fabrice, leur collègue. Un garçon qui n’est pas vraiment Brad Pitt, mais puisque Méline n’est pas Angelina Jolie non plus, tout va bien.
Le saut du requin, expression bien connue des amateurs de séries, décrit ce moment de chute d’audience dans une série à succès où les scénaristes créent une situation absurde pour en relancer l’intérêt. C'est exactement ce qui se passe dans toute relation amoureuse sur le déclin. Garanti sans requin ni marteau, ce roman explore le fonctionnement d’un couple moderne perdu entre non-dits et pas chassés, jusqu’à ce que les choses de la vie le rattrapent.

L’auteur :

Romain Monnery est né en 1980. Il participe à la revue littéraire Décapage. Après Libre, seul et assoupi, adapté au cinéma, voici son deuxième roman.

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Interview :

Ziggy, ton héros, a tous les défauts du monde.

C’est un peu une compilation de tout ce qu’il ne faut pas être. Dans la vraie vie, je n’ai jamais rencontré des gens aussi hauts en couleur que lui. Être comme il se montre est difficilement conciliable avec nos vies sociales.

Il est ton double maléfique ?

C’est tout à fait ça. Il est le contraire de ce que je suis. Il est outrancier dans tous ses raisonnements et ses comportements. Dans la littérature, j’aime ce genre de personnage, exagéré et excessif. Par exemple, Ignatus dans La conjuration des imbéciles de John Kennedy Toole. C’est le genre de héros qui me fait mourir de rire.

Effectivement, on peut mettre en parallèle ton Ziggy et Ignatus.

Ignatus est plus intellectuel. Il a un ego plus grand que le ventre et ça rend son intégration sociale un peu compliquée. Ziggy, c’est plus dans les relations amoureuses qu’il a un sérieux problème. Cela dit, je tiens à préciser que je ne compare pas mon roman à La conjuration des imbéciles. C’est un chef d’œuvre, ce serait très prétentieux de ma part.

Ton livre est souvent drôle, excessif, et très second degré.

J’ai du mal à faire autrement, sinon, je ressens un sentiment d’imposture. J’ai essayé d’écrire sérieusement et quand je me relis, je constate que je ne suis pas fait pour ça. Je ne parviens à rien de bon quand j’écris au premier degré.

Tu es aussi sarcastique et ironique.

Mon but était d’écrire une farce avec des figures imposées sur les couples version trentenaires d’aujourd’hui. Pour traiter ce sujet, le mécanisme caricatural et humoristique était celui qui me convenait le mieux. Je voulais aussi écrire un truc un peu hybride entre sitcom et livre.

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En écrivant de cette manière, n’as-tu pas peur de ne pas être pris au sérieux par les amateurs de littérature ?

Ça me traverse l’esprit, mais je suis résigné. Il n’y a aucune chance pour que je sois pris au sérieux avec un livre comme celui-ci. Mon premier livre, je l’ai écrit juste pour qu’il plaise à mes potes qui, à la base, ne lisent pratiquement pas. J’ai donc intégré en format littéraire des tics de langage et des codes de la télévision, principalement des séries.

J’ai lu que tu préférais les séries télévisées à La Grande Librairie. Est-ce vrai ?

Il faut que je me méfie. Dans les premières interviews que je donnais, je répondais souvent en faisant du second degré. Malheureusement, ça a toujours été pris comme du premier degré. J’ai dit ça un jour, mais c’est faux. J’aime aussi beaucoup La Grande Librairie.

Tu viens d’un milieu où on ne lisait pas beaucoup, je crois.

La culture à la maison, c’était plus la télé, en effet. J’ai commencé à vraiment lire à l’âge de 20 ans. Étant jeune, je lisais beaucoup, après j’ai arrêté pour le foot et le skate, des trucs comme ça. Un jour, par hasard, je me suis remis à lire des livres d’horreur et de frissons, comme Stephen King. À l’époque, je ne comprenais pas qu’on lise des romans sérieux.

romain monnery,le saut du requin,libre,seul et assoupi,interview,mandorA un moment, tu as découvert Bret Easton Ellis.

Oui, au Gibert Joseph de Lyon. Un jour, ils ont inversé les rayons. Les thrillers ont laissé la place à la littérature dite « normale ». Je suis tombé sur la 4e de couverture de Moins que zéro. Ça me renvoyait à ce que je vivais à l’époque en tant qu’étudiant. Je me retrouvais dans le côté perte de repères, vide existentiel. Moi, j’étais un peu entre les sous doués et Houellebecq. Bref, lire Bret Easton Ellis a été une révélation. Puis, je me suis intéressé à Douglas Coupland et à ce genre d’auteurs.

Ensuite, tu es passé à la nouvelle génération des auteurs français, c’est ça ?

Oui. Philippe Jaenada, Virginie Despentes, Michel Houellebecq ou Grégoire Bouillier. Je ne savais pas qu’on pouvait faire rentrer le réel de la vie quotidienne dans les livres, sans ennuyer les lecteurs.

Quand as-tu pris la décision d’écrire toi aussi ?

J’ai un pote qui m’a un peu initié à l’écriture et qui écrivait beaucoup de nouvelles. Nous avons eu le projet d’écrire un jour un recueil de nouvelles sur la désinvolture. Nous ne l’avons pas écrit. Par contre, j’ai découvert les blogs. C’était magique, il y avait une liberté totale d’écriture et de ton. J’écrivais comme je parlais et ça m’a vraiment décomplexé. Après, je me suis pris au jeu, je me suis beaucoup entraîné… comme un sportif.

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Tu écrivais quoi dans ce blog qui s’appelait « Un salon pour deux »?

C’était le point de départ du premier livre. Je vivais en colocation. On était à deux dans un salon et il n’y avait pas beaucoup d’intimité. Mon blog, c’était mon exutoire. Je m’échappais un peu en racontant ce que je vivais, mais en grossissant pas mal les traits. J’ai repris des extraits du blog, je les ai remaniés et j’en ai fait mon premier roman.

Parle-moi de Jean-Baptiste Gendarme, le rédacteur en chef de la revue littéraire Décapage. Il a fait beaucoup pour toi ?

Il a pris la barre du bateau et m’a indiqué où aller. Il a beaucoup coupé. Au moins la moitié. Moi, j’étais dans le côté situation, gag, situation, gag… je ne savais pas construire une intrigue littéraire. Jean-Baptiste m’a beaucoup appris.

Que réponds-tu quand on te demande ce que tu fais dans la vie ?

Je me décompose. Je ne sais jamais quoi répondre. J’ai un vrai problème avec le « small talk » (conversation qui se fait sur un ton léger, informel)en société. Parler de tout, de rien, de soi… je ne sais pas faire. Quand je réponds « je ne fais rien », ça met les gens mal à l’aise. Quand je dis que je suis journaliste, les gens te demandent où et là, tu réponds « nulle part », ça rend aussi les gens mal à l’aise. Je reste évasif, mais je ne dis surtout pas que j’écris des livres.

Pourquoi ?

J’ai un sentiment d’imposture en permanence.

Tu ne te sens pas légitime ?

Je ne me sentirai jamais légitime. C’est une question d’éducation et d’origine sociale. Quand je me retrouve dans des salons du livre ou des endroits de ce genre, je suis toujours gêné. Moi, j’ai l’impression d’écrire des comédies, des petites blagues.

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 J’ai l’impression que tu ne veux jamais te prendre au sérieux. Ai-je tort de penser ça ?

Non. Je suis mal à l’aise avec le côté solennel et sérieux. Du coup, ça me joue des tours à tous les niveaux, car je ne sais jamais comment me positionner par rapport aux gens. Je fais du second degré en permanence et beaucoup de personnes le prennent au premier. Ça ne facilite pas les rapports humains. Une de mes idoles est Jacques Dutronc. Il se sert du second degré pour communiquer parce qu’il est timide…

Je sais que tu n’as pas fait beaucoup de promo pour le premier livre. Là, tu te fais violence ?

Quand je répondais aux interviews, j’essayais d’être drôle, mais je ne l’étais pas du tout parce que  le journaliste et moi étions dans un complet décalage. Quand je relisais mes propos, je voyais bien que le résultat était nul. En fait, je ne sais jamais ce que les gens attendent de moi. Je suis hyper vite sur la défensive ou j’en fais dix fois trop…

Tu me parlais de Jacques Dutronc il y a un instant. Pour toi, le couple idéal, c’est celui romain monnery,le saut du requin,libre,seul et assoupi,interview,mandorqu’il forme avec Françoise Hardy. C’est vrai ?

Ça reste de la théorie, parce que j’imagine que ça n’a pas été facile pour Françoise Hardy. Ça fascine toujours les couples comme Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, mais en pratique, je ne suis pas certain que ce ne soit pas extrêmement compliqué. Il faut être soit très fort, soit pas amoureux.

Ziggy ne croit pas en l’amour. C’est une génération désillusionnée sur ce sujet ?

Je crois que c’était pareil il y a 30 ans. Les hommes avaient aussi peur de s’engager.

Internet n’arrange rien, j’imagine.

Internet crée une dépendance aux autres. Une dépendance que le couple ne suffit plus à combler. C’est un peu un ménage à trois imposé : moi, toi et tous les autres. Tu as l’émetteur, le récepteur, et par internet, tous les gens qui font office de parasites. Cela implique une mise en scène de soi et du couple. J’ai l’impression que c’est un vrai frein aux relations amoureuses. Au moindre souci, on est tenté de regarder ailleurs. Les barrières sont tombées et l’intimité du couple a presque disparu.

Et toi, dans ta vie, tu gères bien tout ça ?

(Rires) Je ne gère rien du tout. Mais, franchement, j’ai un peu une phobie des réseaux sociaux. Je suis sur Facebook, mais pas de manière active. J’ai très peur du regard des autres, alors les réseaux sociaux, c’est hyper intimidant pour moi.

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Tu n’écris pas tout à fait de manière classique. Il y a même un style inédit.

Il faut essayer d’écrire des livres avec l’écriture d’aujourd’hui. Moi, je fais rentrer les smileys, les SMS, les hashtags. J’ai essayé de retranscrire une réalité dans le format écrit. Les gens lisent de moins en moins, je tente de me mettre au niveau des attentes et des exigences. Mon objectif était d’intéresser les gens qui n’ont pas l’habitude de lire, au risque de déplaire à ceux qui n’aiment que les « hussards ».

Je sens que tu n’es pas à l’aise pour parler de toi, mais pourtant tu as des activités qui ont pour conséquence d’amener la lumière vers ta personne…

C’est justement le fruit d’une impuissance à communiquer. Je ne suis pas à l’aise à l’oral, j’ai un esprit un peu sinueux, alors pour moi, l’écriture, c’est un peu une fuite, une façon de m’exprimer sécurisante et un moyen de surmonter mes angoisses. Je me cache clairement derrière mes personnages. C’est une façon de détourner sa timidité.

romain monnery,le saut du requin,libre,seul et assoupi,interview,mandorParle-nous de l’adaptation au cinéma de ton premier livre, Libre, seul et assoupi.

Les producteurs ont posé une option peu de temps après la sortie. Dans 98% des cas, ce genre d’option n’aboutit pas. Moi, j’ai juste rencontré les gens de Gaumont au début et je n’ai plus jamais eu de nouvelles jusqu’au jour où ils ont poursuivi l’option six mois de plus. Un jour, j’ai appris dans les médias que le film se faisait.

Tu n’as pas eu le droit de regard sur l’adaptation ?

Pas du tout. Je suis arrivé après la bataille. Le tournage avait romain monnery,le saut du requin,libre,seul et assoupi,interview,mandorcommencé. Là, on m’a donné le scénario. J’ai échangé trois mots avec le réalisateur, mais c’est tout. C’est vraiment leur projet de A à Z.

Tu l’as vu terminé ?

Oui. Ça fait très bizarre. Il y a un peu de moi et un peu du réalisateur, Benjamin Guedj, qui, d’après ce que j’ai compris, a vécu des situations similaires aux miennes. Sinon, je me suis bien marré. Il y a Félix Moati qui est absolument génial. Baptiste Lecaplain aussi est intéressant. Il est à contre-emploi. Quand tu le vois sur scène ou sur les plateaux, c’est une boule d’énergie. Là, il est sur la réserve, un peu mélancolique. Il a la joie triste.

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Après l'interview, le 22 janvier 2014.

01 mars 2014

Lola Lafon : interview pour La petite communiste qui ne souriait jamais

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J’ai rencontré Lola Lafon chanteuse en 2008. Aujourd’hui, je suis ravi de rencontrer la Lola Lafon, auteure de romans. De plus, pour un livre qui m’a autant passionné que touché, La petite communiste qui ne souriait jamais.

Voici l’interview publiée dans Le magazine des loisirs culturels Auchan (daté du mois des mois de février-mars 2014). Elle est suivie par un petit bonus mandorien…

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Nadia Comaneci-Floor Exercise-1976 American Cup

Bonus mandorien:

Êtes-vous une auteure dans le doute ?

Tout le temps. C’est clair, je doute sans arrêt. Le succès de ce livre m’a calmée cinq minutes. Ca fait me fait un plaisir fou de savoir que les gens reconnaissent mon travail. Quand j’imagine les gens chez eux en train de lire ce que j’ai concocté dans une chambre, j’espère qu’ils ont le même enthousiasme de le lire que j’ai eu à l’écrire. Mais aujourd’hui, je pense déjà à l’après. Je ne sais pas encore ce que je vais faire. Enfin, si, un peu. Mais, pour l’instant, je ne dis rien à personne. C’est trop tôt.

Êtes-vous compartimentée au niveau des arts ? Quand vous écrivez un livre, vous ne faites plus de musique et vice versa ?

Exactement. En plus, pour La petite communiste qui ne souriait jamais, j’ai fait beaucoup de recherches et j’ai beaucoup lu. C’était très chronophage. Je passais mon temps à la BNF. Je commençais à vouloir écrire une thèse sur le sport féminin, puis sur le communisme… Je lisais tellement qu’il a fallu que j’arrête et que je passe quelques mois à tout oublier. J’avais trop d’informations dans la tête, il fallait que tout cela se dilue un peu en moi.

La promo que vous faites actuellement est assez soutenue ? Vous vous en passeriez bien ?

Pas du tout. Là, par exemple, on échange, j’aime bien. Parfois, j’ai l’impression d’être un automate qui répond toujours aux mêmes questions. Quand je vois que le journaliste en face de moi n’attend rien de spécial de ma personne, c’est comme une rencontre amicale qui ne se fait pas. Pour ne rien vous cacher, ce que j’aime, ce sont les rencontres en librairie. Je trouve très important et intéressant de rencontrer les gens qui prennent la peine de faire rentrer votre imaginaire dans leur vie. Ils s’arrêtent de travailler pour lire votre roman. C’est incroyable !

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Après l'interview, le 4 février 2014, dans un café parisien.