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20 mai 2015

Jérôme Attal : interview pour Aide-moi si tu peux

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(Photo : Astrid di Crollalanza)

Jérôme Attal est l’artiste le plus souvent mandorisé. Voici mon onzième entretien. Comme je le dis souvent, c'est toujours un réel plaisir d'échanger avec lui. Raffiné, cultivé, drôle, élégant… je suis très attaché à lui, mais également à son œuvre. Son écriture me touche comme aucune autre.

(Voici ses précédentes mandorisations pour une présentation générale du monsieur, pour L’amoureux en lambeaux, pour Les Beatles, en rouge et en bleu, pour Le garçon qui dessinait des soleils noirs, pour Journal Fictif d’Andy Warhol , pour Pagaille Monstre, pour Folie furieuse, pour L’Histoire de France racontée aux extraterrestres,pour Le voyage près de chez moi et enfin pour Presque la mer.)

Le 14 avril dernier, Jérôme Attal m’a rendu une énième visite à l’agence pour parler de son nouveau roman Aide-moi si tu peux.

jérôme attal,aide-moi si tu peux,interview,mandor,flammarionNote de l’éditeur :

Populaire, décalé, poétique : le premier polar de Jérôme Attal !

Il est toujours prêt à dégainer un bon mot comme certains brandissent leur revolver. Stéphane Caglia n'est pas un flic comme les autres. Pour échapper à la violence urbaine qui est son quotidien, il se réfugie dans les années 80 – les années de son enfance. Traqué par un tueur à la solde d'une mystérieuse secte, il va devoir enquêter sur la disparition d'une jeune fille, liée à une série de crimes. Tamara, dix-sept ans, postait sur Internet des reprises de chansons des Beatles. Là est peut-être la clé de l'énigme...
Jérôme Attal s'accapare les codes de l'intrigue policière pour signer un roman poétique, drôle, à la fois nostalgique et vivifiant, truffé de bons mots sur les relations amoureuses et de réflexions mordantes sur le monde d'aujourd'hui.

Auteur :

Jérôme Attal est un touche-à-tout : musique, cinéma, littérature. Il est parolier d'un grand nombre d'artistes (Johnny Hallyday, Eddy Mitchell, Vanessa Paradis, Michel Delpech, Florent Pagny, Garou, Jenifer), scénariste et acteur (Alice Island, 2013, et La Fille aux allumettes, 2009 sur Arte), et également l'auteur de huit romans, dont Pagaille monstre, Folie furieuse et L'Histoire de France racontée aux extra-terrestres, tous trois aujourd'hui chez Pocket.

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Interview :

C’est la première fois que tu vas sur le terrain du roman policier. Mais c’est un roman policier à la Jérôme Attal, c’est-à-dire pas du tout classique.

J’ai lu récemment dans Les Cahiers du Cinéma une interview d’Howard Hawks, le réalisateur du film Le Grand Sommeil. Il racontait qu’il ne s’était pas soucié de la logique et au final, ça a fait un film génial. Je ne me compare évidemment pas à lui, mais j’aime bien l’idée d’avoir écrit un policier dans lequel je sacrifie la logique des choses pour une jolie phrase. Il y a l’intrigue policière et l’intrigue dans la façon d’écrire. Cela m’amuse de m’accaparer un genre littéraire et de « l’arranger » à ma sauce. J’aime beaucoup Richard Brautigan. Il a notamment écrit Un privé à Babylone qui est un roman policier qui n’a rien à voir avec un roman policier. Ça me plaisait de marcher sur ses traces-là.

Ton flic à la quarantaine et il est complètement déphasé par rapport à son époque.

Il trouve que la société est déliquescente et il reste bloqué dans les années 80. On reste toujours bloqué dans les années de son enfance, les années où on se sent protégé. Mon flic a Corinne Charby comme sonnerie de portable…

A ce propos, ton flic n’a pas de chance en amour…

Ça m’a amusé que la seule fille qu’il rencontre et avec qui ça va être éventuellement possible, n’aime pas les années 80. Elle trouve la culture et la société de cette période horrible. Elle lui dit que ça représente  le début du Sida, la guerre Iran Irak,  le sacre de Bernard Tapie… Donc, lui, il perd tous ses moyens. Dans ce roman, il y a plein de de ressors de comédie qui me plaisaient et me permettaient de développer mon univers personnel.

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Il y a encore les Beatles dans ton livre.

Tu le sais, ils sont ma référence musicale absolue. Je les place donc dans chaque roman. Dans celui-ci, mon tueur est fan du groupe. Il chante quelques-unes de leurs chansons et les met ensuite sur Youtube. Puis, il zigouille ceux qui n’aiment pas ses prestations et qui l'expriment dans les commentaires. Il considère qu’on ne peut pas tout se permettre. Le flic également trouve qu’on ne peut pas tout se permettre dans la vie. Il a finalement un état d’esprit similaire au tueur.

Le flic, Stéphane Caglia, n’est pas tout blanc lui non plus. Il a appartenu à une espèce de secte, « les Souterrains Stellaires ».

Oui, les initiales, ça fait SS. Les Souterrains Stellaires, c’est un peu métaphorique. Ça veut dire qu’on n’arrive jamais vierge quelque part. On a toujours un wagon de casseroles que l’on traîne derrière soi et, même, qui nous poursuit. Le monde des souvenirs peut te poursuivre à la fois de manière triste et agréable, comme quand il pense à ses parents, et aussi de manière triste et agressive, comme quand les Souterrains Stellaires se rappellent à lui.

Quand j’imaginais Stéphane Caglia, je te voyais toi.

Ça veut dire que c’est un peu réussi, non ? Pour être franc, ce flic est un peu moins délicat que moi. Et il a une meilleure forme physique.

Tu aurais aimé être flic ?

Non, mais je trouve qu’il y a une analogie entre ce métier et le mien. Quelqu’un qui écrit veut intervenir. Quand quelque chose ou quelqu’un m’émeut, j’ai envie d’intervenir, mais pas physiquement, par le biais de l’écriture. Voilà, je trouve qu’il y a une similitude dans l’intervention.

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Récemment en concert... avec son livre.

Stéphane Caglia est courageux, mais il hésite souvent avant de mener une action coup de poing.

Tu as raison. Mais quand il se trouve devant quelque chose qu’il trouve indécent, qui le choc, il intervient sans se poser de question.

Sa partenaire, d’origine anglaise, Prudence Sparks, est jeune, belle, efficace… tout pour plaire, quoi !

Si je mets des filles dans mes livres, autant qu’elles soient jolies, non ?

Stéphane Caglia n’a pas une très haute opinion du monde dans lequel il vit.

Je suis comme le héros, je trouve que le monde est de plus en plus violent et que les gens deviennent déliquescents. Je trouve qu’il y a un laisser-aller comportemental. Ce que mon héros ne supporte pas, c’est vraiment l’indécence.

Tu n’as pas peur que casser les codes d’un genre littéraire agacent les lecteurs et les journalistes spécialisés?

Non, parce que j’ai des gens qui me lisent et qui semblent aimer ça. Je ne suis peut-être pas suffisamment académique pour susciter l’enthousiasme des gens qui décernent les prix littéraires. Je pense que mes livres sont trop divertissants.

Au bout de neuf romans, ce silence de la part des professionnels commence à bien faire, non ?

A partir du moment, où on me permet juste de faire le suivant, je suis déjà satisfait. C’est comme dans la chanson. Je n’ai pas la carte. A chaque fois, c’est un combat. Mais, j’y vais. Je suis assez souvent victorieux en plus.

Que te reste-t-il comme genre littéraire à explorer?

Le roman historique. Je n’y ai pas encore touché.

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Après l'interview, le 14 avril 2015.

10 mai 2015

Nadia Coste : interview pour Le premier

Nadia Coste NB 3.jpgJ’ai interviewé récemment l’auteure jeunesse Nadia Coste pour son nouveau roman, Le Premier (pas vraiment à mettre entre toutes les mains des plus jeunes, je trouve). Je dois dire qu’il n’est pas de tout repos. Rebondissements en cascade et scènes sanglantes à profusion. Sacrément passionnant en tout cas pour qui aime les romans d'aventure rondement menés.

J’ai chroniqué ce livre pour Open Mag (le journal offert dans les Fnac de France) daté du mois d’avril 2015 et je l’ai questionné pour Le Magazine des Espaces Culturels Leclerc daté du mois de mai 2015.

L’auteure :

Moyenne à l’école malgré son imagination débordante, elle délaisse les livres jusqu’à ses dix-huit ans, année où elle découvre les littératures de l’imaginaire. Le déclic se fait alors, et ses propres histoires commencent à mûrir. En 1998, elle s'autorise enfin à coucher ses histoires sur le papier.

Six ans et neuf versions plus tard, le premier volume de Fedeylins est publié chez Gründ.

Après la parution des trois tomes suivants, la tétralogie est complète. Nadia se consacre alors à d’autres univers pour les plus jeunes, dont la trilogie Les Yeux de l’Aigle à destination des lecteurs de 8 à 12 ans, publiée entre 2012 et 2013 chez Gründ.

Elle est membre de CoCyclics, un collectif de jeunes auteurs qui s’entraident pour améliorer leurs manuscrits grâce à la relecture critique, où elle sévit sous le pseudonyme NB.
Elle est également membre de la Charte des Auteurs et Illustrateurs Jeunesse.

Mon article pour Open Mag :

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Mon interview pour Le Magazine des Espaces Culturels Leclerc :

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Une question bonus:

Vaïn doit notamment se débarrasser d’êtres maudits. Mais ces êtres maudits sont des enfants. N’avez-vous pas eu du mal à écrire ces scènes ?

Mon éditeur m’a dit qu’il ne pensait pas qu’une mère de famille pouvait écrire ce genre de scène. Dans l’écriture, le gros avantage d’aller dans l’extrême, c’est que l’auteur extériorise sa violence intérieure. Si mes enfants m’énervent, ils seront préservés de cette colère-là. Françoise Dolto disait qu’une mère normale avait envie de passer son enfant une fois par jour par la fenêtre. Ecrire permet d’évacuer ses pulsions meurtrières en toute légalité (rires).

07 mai 2015

Franck Calderon et Hervé de Moras : interview pour La prétendue innocence des fleurs

franck caldéron,hervé de moras,la prétendue innocence des fleurs,interview,mandorFranck Calderon et Hervé de Moras sont amis d’enfance et complices d’écriture depuis le collège. Et, coïncidence, ce sont aussi mes amis d’enfance. Nous nous connaissons depuis l’âge de 7 ans. Et nous étions très proches (nous le sommes d’ailleurs toujours).

Il y a trois ans, Franck m’annonce qu’il vient de finir un roman avec Hervé. Je jubile. Connaissant les deux hommes depuis toujours, je trouve qu’unir leur talent n’est pas une mauvaise idée. Franck écrit des scénarios pour des films et des téléfilms, il sait y faire pour aller droit à l’essentiel… et je connais sa foisonnante imagination. Hervé est un esprit vif avec un sens inné de la répartie. Lui aussi déborde d’imagination. De plus, il écrit superbement (il est enseignant, c’est la moindre des choses).

Quand ils m’ont fait lire la première mouture du roman, je n’en revenais pas. J’avais peur d’être déçu et de devoir leur dire. J’avais peur de manquer d’objectivité aussi. Mais non, j’ai été impressionné et j’étais certain qu’ils tenaient là une histoire en béton (mauvaise expression quand le thème central sont les fleurs…)

Ils ont du talent les salauds !

Je leur ai fait part de quelques réflexions, sur le rythme notamment, mais franchement, en l’état, le roman se tenait parfaitement. Il ne leur restait plus qu’à parvenir à être publié.

Ce qui est fait, chez Scrinéo. Et le livre sort aujourd’hui. Et j’en suis très fier. Parce que c’était eux, parce que c’était moi et que c’est un sacré bon roman.

Je tiens à dire que je ne le dirais pas si je ne le pensais pas. Question de réputation à garder encore un moment…

La prétendue innocence des fleurs, est un texte percutant où le mystère, l’aventure sentimentale et l’intrigue judiciaire s’entremêlent, sur fond d’un jeu de pistes lié au langage des fleurs conduisant à un dénouement inattendu.

Je peux vous assurer que vous ne serez pas déçu.

Voici quelques réactions bloguesques :

Lue et approuvée par Blabla mia.

L'écrivain bestseller Grégoire Delacourt a beaucoup aimé également.

Le 21 avril dernier, chez Franck, nous avons profité d’un passage d’Hervé (qui habite à Nîmes) pour nous réunir et parler de ce livre. Conversation entre trois potes, mais en restant professionnels tout de même (un peu). In vino veritas...

franck caldéron,hervé de moras,la prétendue innocence des fleurs,interview,mandorL’histoire :

Le bouquet était prêt : Cinq iris mauves, cinq lys blancs et deux jacinthes sauvages. Dans quelques heures à peine, il serait livré au cabinet du juge d’instruction Marc Ferrer, plongé dans la plus importante affaire criminelle de sa carrière.

Pourquoi ce bouquet ? Que signifie cet énigmatique jeu de piste qui le conduira, de bouquets en bouquets, de Paris à Venise, en passant par Nîmes ? Et pourquoi ce langage des fleurs, réminiscence d’un amour fou disparu huit ans plus tôt ?

Une brèche s’ouvre cachant un incroyable secret.

La Prétendue innocence des fleurs est un roman inclassable où le mystère, l’aventure sentimentale et l’intrigue judiciaire s’entremêlent pour tenir le lecteur en haleine jusqu'au dénouement.

Ce qu'en pense le directeur du Festival Polar de Cognac, Bernard Bec:

Comme pour un feuilleton, les deux auteurs baladent les lecteurs dans différentes histoires centrées essentiellement sur un même personnage. Plusieurs pistes nous sont proposées, et perso, je n'ai pas choisi la bonne. Un must !

Un premier avis de blogueuse.

Les auteurs :franck caldéron,hervé de moras,la prétendue innocence des fleurs,interview,mandor
Franck Calderon est producteur et scénariste de télévision et a produit ou écrit de gros succès d’audience pour les principales chaines.
Il a été à la tête de la production à TF1 Production. Il a supervisé notamment les séries R.I.S et Interpol.

Hervé de Moras, lui,est enseignant.

C’est dans l’enfance qu’ils puisent la complicité nécessaire, ciment de leur écriture à quatre mains. Ce style « Calderon de Moras » est ainsi d’un genre inclassable mais addictif (pour l’aspect thriller), et féminin (pour l’aspect sentimental). Leur prochain roman est en cours d’écriture.

Le teaser du livre.

franck caldéron,hervé de moras,la prétendue innocence des fleurs,interview,mandorInterview :

Contre toute attente, vous entrez dans le monde des auteurs de polar. 

Hervé de Moras : C’est étrange parce que j’estime que nous ne sommes pas dans un genre précis. A la base, nous ne voulions pas écrire un polar, mais il semblerait, selon les professionnels,  que nous appartenions désormais à cette catégorie

Franck Caldéron : Enfin, disons que nous voulions écrire un thriller, mais avec une dimension humaine. Nous ne sommes pas partis d’une intrigue polar, ni d’une intrigue amoureuse, nous sommes partis d’un parcours initiatique. Aujourd’hui, dans le roman, il y a donc ce parcours, mais aussi une histoire d’amour et une vraie intrigue judiciaire

Hervé : Moi clairement, j’avais plus dans l’idée d’écrire une histoire d’amour romantico-psychologique. Les cadavres, ce n’est pas mon truc. Les gens criblés de balles, on ne sait pas qui est l’assassin… ça ne m’a jamais intéressé.

Tu es le romantique du duo, quoi !franck caldéron,hervé de moras,la prétendue innocence des fleurs,interview,mandor

Hervé : Voilà, c’est ça (rires). En fait, le polar n’est pas du tout mon univers. J’avais juste  balancé à Franck quelques ingrédients que je voulais voir apparaître dans l’histoire. Un type égaré dans un cimetière, un jeu de piste… et je voulais même faire un clin d’œil au Grand Meaulnes, un de mes romans préférés quand j’étais adolescent. Au début du livre, la rencontre est très Grand Meaulnes. Un type qui tombe en panne, qui arrive dans un château alors qu’un bal s’y déroule… Quant à Franck, lui, très vite, il a eu ses impératifs d’efficacité et de rythme. Il a amené la manière de tendre le récit. Il me disait : « C’est bien joli, mais qu’est-ce qu’il va se passer à ce moment-là ? Pourquoi tel personnage ? Quel sera le rebondissement à tel moment ? » C’est comme ça que l’on a tissé notre écriture. Nous sommes vraiment complémentaires. Ce n’est pas une façon de parler.

L’un et l’autre, en genre littéraire, vous étiez aux antipodes, finalement ?

Franck : Non, nous ne sommes pas aux antipodes, c’est excessif de dire cela. Quand on avait treize ans, déjà, nous écrivions des maximes et des pensées. On a quand même un univers commun. Hervé est plus classique que moi, mais classique dans le bon sens du terme. Non parce que quand tu dis « classique », certains entendent « chiant ». Nous avons deux approches de la littérature et de l’écriture un peu différentes, mais qui s’enrichissent. Nous sommes d’accord sur le fond. Il faut donner au lecteur à la fois un divertissement et une vraie et belle histoire. Ce qu’il y a de plus important dans notre écriture commune, c’est la grande part de mystère.

Hervé : Ce qui est fou, c’est que nous n’avons jamais été en conflit sur ce qu’il fallait écrire ou sur les orientations que l’on prenait. C’est une collaboration aussi profonde que naturelle.

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Lors de l'interview, le 21 avril 2015.

franck caldéron,hervé de moras,la prétendue innocence des fleurs,interview,mandorQui est à l’origine de quoi dans ce roman?

Hervé : C’est tellement imbriqué qu’il est impossible de répondre à cette question. Je peux juste te dire que le langage des fleurs, l’idée du jeu de piste floral, c’est plutôt ma composante romantique, mais ça ne fait pas l’histoire.

Le langage des fleurs comme base de jeu de piste, quelle trouvaille ingénieuse !

Hervé : C’était juste une réponse à un problème. A savoir : comment laisser un message codé sur une tombe ? En plus, un message qui soit visible par tout le monde, mais qui s’adresse à une personne en particulier… et que personne n’enlève. Mais cette histoire, je te jure, on l’a construite de toute pièce ensemble.

Il y a beaucoup de références dans ce livre. Sur les fleurs, sur la musique ou sur l’aspect judiciaire des choses. Tout est rigoureusement exact ?

Franck : Tout est extrêmement documenté. Tout ce que l’on raconte sur le métier de juge d’instruction, par exemple, est vrai. On a fait lire le roman à un procureur pour qu’il nous précise des choses et qu’il valide ce qu’on en dit. Concernant le langage des fleurs, nous sommes allés chercher les meilleures références sur la question. Tout ce qui est dit sur la musique, sur la vie de Ravel, est authentique. Pour être crédible, c’était important de ne pas raconter des choses fausses.

Il y a plein d'évènements mystérieux autour de votre roman, des coïncidences étonnantes…

Hervé : La première coïncidence, c’est qu’à l’époque, je travaillais près du cimetière où se déroule l’histoire originelle. J’allais me balader parfois dans ce cimetière entre midi et deux, pour m’imprégner des lieux et trouver l’inspiration. Quand on a décidé qu’il fallait trouver la tombe d’un botaniste, j’ai décidé de partir à la recherche d’une tombe qui pourrait nous inspirer. J'ai rapidement été attiré par une chapelle au fond du cimetière. Quand je me suis approché de cette tombe, j'ai vu qu'à l'intérieur une plaque indiquait : Julien Callas, inspecteur des eaux et forêts. J’appelle Franck pour lui dire. Il descend à Nîmes et vient avec moi au cimetière. Je lui demande d’essayer de trouver la tombe que j’ai choisie. Il la trouve du premier coup, alors que le cimetière est aussi grand que plusieurs terrains de football. Le soir, chez moi, on tape le nom de ce Julien Callas et on découvre avec stupeur que ce type-là a écrit un livre, non pas sur le langage des fleurs, comme dans notre roman, mais sur la flore locale… Fort curieuse coïncidence !

Il y a aussi une histoire avec un morceau de musique de Ravel…franck caldéron,hervé de moras,la prétendue innocence des fleurs,interview,mandor

Franck : Dans l’histoire, nous avions aussi besoin de la tombe d’une pianiste. Nous nous apercevons que Marguerite Long, qui est une grande concertiste, est enterrée à Nîmes dans le même cimetière que Julien Callas. On décide donc de prendre sa tombe comme modèle. Il se trouve que pour l’histoire, on avait choisi au préalable un morceau de Ravel qui est récurrent dans le roman. Bien après, nous nous sommes aperçus que Ravel avait dédié le concerto en sol à Marguerite Long et qu’elle avait été la première dans le monde à le jouer. C’est quand même bizarre…

Hervé : Très vite, nous sommes retrouvés avec un botaniste qui existait et une pianiste qui existait aussi. A partir de là, il y a des fils qui se sont tirés et attirés naturellement. Le filon s’est imposé à nous. Assez tard dans l’écriture, la réalité a alimenté la fiction. La clef de notre énigme est cachée dans la réalité, la réalité de cette base, à savoir la botanique, la musique, Ravel… mais je ne veux pas en dire plus.

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Lors de l'interview, le 21 avril 2015.

Est-ce que ces « coïncidences » vous confortent dans l’idée que ce livre a été créé au-delà de votre volonté ?

Hervé : Ça nous a donné le sentiment que les choses nous dépassaient. J’ai toujours pensé que l’homme ne créait jamais rien, qu’un poète, un musicien ou un écrivain découvrait juste  les choses. C’est tout à fait différent comme approche. C’est comme un chineur qui cherche dans une caisse et qui trouve un bel objet.

Franck : Tout a du sens. Les choses ne se font jamais au hasard.

C’est quoi pour toi un polar, Franck ?

Franck : C’est un genre, mais surtout un vecteur. Avec une histoire policière, tu peux tout raconter. Tu peux raconter des choses aussi horribles que sublimes, des drames shakespeariens, des histoires totalement romanesques. Le polar est un vecteur qui te fait rentrer dans l’âme humaine. Quand quelqu’un tue quelqu’un d’autre, c’est avant tout une histoire humaine.

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Le 5 mai 2015, première signature à la librairie Tessier à Nîmes. 

Qui a décidé d’écrire ce livre ?

Hervé : L’idée vient de Franck. Nous étions au comptoir d’une bodega. Je ne te cache pas que nous étions déjà  fortement alcoolisés. C’est là que nous nous sommes promis d’écrire ensemble. Lors de cette soirée, on a jeté des idées de sujets, mais je peux te dire que le livre qui existe aujourd’hui n’a strictement rien à voir avec les propositions de l’époque. Pour nous, ce roman est tout sauf un truc figé que l’on remplit comme un livre de coloriage. Il était en mouvement permanent. C’est en tout cas, une formidable aventure humaine.

Je suis à la fois fier et impressionné que vous ayez réussi à mener à bien ce projet littéraire…

Franck : J’ai toujours eu une sorte d’admiration pour les capacités d’Hervé à avoir des fulgurances et à comprendre certaines choses qui ne m’étaient pas accessibles facilement, voire qui m’étaient inaccessibles. Quand je travaille avec lui, j’ai l’impression d’être plus intelligent. 

Hervé : Je crois surtout qu’il y a beaucoup de respect entre nous. Du coup, quand l’un de nous lance une idée, elle est toujours respectée. On considère que ce qui a été dit est intéressant et digne d’être dit. Parce que l’on se connait, on sait que ce n’est pas une idée en l’air et que ça part forcément de quelque chose de profond.

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Avec Franck et Hervé, un mois avant l'interview... une soirée de retrouvailles.

Et j'espère vous voir mardi prochain...

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06 mai 2015

Guillaume Musso : interview pour L'instant présent

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Voici ma troisième interview de Guillaume Musso. La première, c’était en 2004, à l’occasion de la sortie de son premier livre, Et après (je crois d’ailleurs avoir été l’un des premiers à l’avoir interviewé… ou alors ça fait partie de ma légende personnelle et je finis par y croire, je ne sais pas).

L’année dernière, le 20 mars 2014, à l’occasion de la sortie de Central Park, je suis allé lui poser des questions chez XO Éditions, déjà pour Le magazine des loisirs culturels Auchan (daté des mois d’avril-mai 2014).

Un an plus tard, le 31 mars dernier, bis repetita pour son nouveau roman L’instant présent, toujours chez XO Editions et toujours pour Le magazine des loisirs culturels Auchan (cette fois-ci daté des mois d’avril-mai 2015). Je me mets à espérer que nous aurons désormais un rendez-vous annuel, tant j’aime nos rencontres. Guillaume Musso donne ses interviews « au compte-goutte » et il me fait l’amitié d’accepter de faire partie des heureux élus dès que je le souhaite. Voici donc le résultat de notre entretien pour le magazine, puis vous pourrez lire le bonus mandorien.

Avant cela, voilà un résumé de son livre.

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L'interview :

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guillaume musso,l'instant présent,le magazine des loisirs culturels auchan,interview,mandorBonus mandorien :

Il y a quelques années, tu me disais que tu te moquais des critiques, tant que les lecteurs étaient là, ça n’avait pas d’importance.  Mais au final, quand les critiques sont bonnes, comme c’est le cas depuis tes deux derniers romans, tu es content, non ?

Évidemment, je suis humain. Tu sais, une bonne critique te fait plaisir cinq minutes, une mauvais t’ennuie cinq minutes, après, ça ne change ni ta vie, ni tes ventes. En avançant dans l’âge, tu apprends à te dépouiller un peu et à moins tenir compte de l’écume. A quarante ans, tu sais comment la vie fonctionne, tu te connais mieux avec tes points positifs, négatifs, tes failles, tes qualités, tes défauts. Tu as plus de distance et de recul. Moi, je ne veux plus que ma vie soit polluée par des pensées trop négatives. Ma devise est : « Ne fréquente pas la médiocrité, c’est une maladie contagieuse ».

Ce n’est pas innocent si le roman s’intitule L’instant présent ?

Vivons l’instant et arrêtons d’avoir nos vies saccagées par les regrets et les remords liés au passé ou aux projections, les plans sur la comète que tu peux faire par rapport au futur. Il faut savoir saisir sa chance quand elle se présente. Il faut bouger, ne pas attendre, être actif, c’est ainsi que les choses finissent par arriver.

C’est marrant que tu dises cela parce que dans tes romans, il y a toujours cette idée de mouvement.

J’ai toujours peur de lasser. Dans mes romans, à la Hitchcock, il y a toujours des personnages ordinaires qui sont pris dans des évènements qui les dépassent. Souvent, ils sont la tête dans le guidon parce que leur vie bouge trop vite.

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Finalement, tes livres sont tout le temps des enquêtes sur les personnages eux-mêmes,guillaume musso,l'instant présent,le magazine des loisirs culturels auchan,interview,mandor non ?

C’est Jean-Christophe Grangé qui me disait : « qu’est-ce qu’un thriller sinon une enquête sur soi-même ? » Le danger et l’inconnu servent de révélateurs de personnalité. Ce n’est jamais l’intrigue proprement dite qui m’intéresse, ce sont plutôt les personnages qui vont apprendre qui ils sont vraiment.

Parlons un peu de ta vie privée, mais cela à un rapport direct avec ton nouveau roman. Ta femme te reproche-t-elle d’être trop souvent coupé du monde et de ne pas passer suffisamment de temps avec elle et votre enfant ?

Quand je l’ai connu, je lui ai expliqué que lorsque j’écrivais, j’avais des rituels, que ça me prenait beaucoup de temps, parfois quinze heures par jour. Elle a rapidement constaté que c’était vrai et un jour elle m’a dit : « Tu te rends compte que tu passes quinze heures avec des personnages de papier dans un univers imaginaire ? Tu te rends compte que c’est pathologique, au minimum un peu singulier ?». Elle me reprochait gentiment de passer plus de temps avec un univers chimérique qu’avec elle ou qu’avec ma famille. Depuis, c’est resté en moi et je lui ai répondu en écrivant un livre, La fille de papier. Moi, contrairement à ce que tout le monde croit parce que je sors un livre par an depuis dix ans, je n’écris pas vite. Je travaille très lentement, mais je travaille tous les jours. J’ai besoin de passer du temps à écrire, à faire des recherches, à polir mes dialogues…

Tu n’es donc pas comme Bernard Werber qui est l’exact opposé de toi à ce niveau-là.

Effectivement, quand j’ouvre le robinet, ça ne coule pas forcément. L’écriture est une activité qui structure ma vie. Je suis même un peu monomaniaque. Je n’arrive jamais à appuyer sur le bouton « off ». Même quand on part en vacances, pour moi, c’est un terrain de jeu pour trouver des idées pour le roman suivant.

Tu dis dans le livre qu’un roman « est presque toujours autobiographique puisque l’auteur raconte son histoire à travers le prisme de ses sentiments et de sa sensibilité ».

Ça, c’est un débat sans fin. A partir du moment où c’est vous qui écrivez, ça passe à travers le filtre de votre personnalité. L’instant présent est mon livre le plus personnel, mais n’est pas du tout autobiographique.

Tu fais le parallèle entre une histoire d’amour et un roman…

Une histoire d’amour réussie c’est « rencontrer la bonne personne au bon moment » et un roman réussi c’est « la bonne histoire, mais racontée à un moment où vous êtes capable vous-même de développer les thèmes et les exploiter le mieux possible. »

Faut-il écrire un livre, à chaque fois, comme si c’était le dernier ?

D’abord, il ne faut pas écrire un livre pour rien. Il faut écrire des livres qui ont du sens dans ta vie d’homme et ta vie d’auteur. Il faut toujours être fier de son nouveau roman. J’ai besoin d’être convaincu que, si je terminais ma vie avec le dernier livre écrit, je puisse en être fier.

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Après l'interview, le 31 mars dernier.

03 mai 2015

Grégoire Delacourt fait La Poz' à Ozoir-la-Ferrière

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grégoire delacourt,la poz,ozoir-la-ferrière,interview,mandor,luc-michel fouassierGrégoire Delacourt est un écrivain/homme que j’apprécie beaucoup. Il me semble que l’on s’en aperçoit dans les deux mandorisations qui lui sont consacrés. Ici en 2014 pour On ne voyait que le bonheur et là en 2013 pour La première chose qu’on regarde. Deux grandes interviews dans lesquelles l’auteur se confie comme jamais. Il y a une espèce de confiance mutuelle entre l’auteur et le journaliste, je crois. J’étais donc ravi de lui proposer un débat en public, autre exercice dans "l’art" de l’interview, dans le cadre des cafés littéraires proposés par Luc-Michel Fouassier, adjoint à la mairie d’Ozoir-la-Ferrière, délégué à l’événementiel littéraire (et aussi auteur maintes fois mandorisés).

Petit rappel : Le premier café littéraire d’Ozoir-la-Ferrière, c’était avec François Bégaudeau, le second avec Mercedes Deambrosis.

Bref, Grégoire Delacourt a accepté ce rendez-vous en sachant qu’il allait être entre des mains et des personnes plutôt bienveillantes. Cette « Poz’ » s’est tenue le 27 mars dernier. L’homme a conquis l’assistance, car il sait y faire. Il est, ce qu’on appelle plus communément, un « bon client »… moi, je vais jusqu’à dire, un "client idéal ».

Je regrette toujours de ne pas penser à enregistrer ces entretiens, mais, globalement, si vous lisez les deux mandorisations sus-citées, on se rapproche de ce qui a été dit.

Voici donc quelques photos de cette soirée.

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(Photo : Lionel Brard)

Qu'il est agréable d'animer un débat dans une salle bien remplie, quand on sait Ô combien il est difficile de faire bouger les gens pour assister à une rencontre culturelle. Je ne compte plus les débats avec des écrivains que j'ai animé devant un public très restreint... Il est triste de constater que seuls les noms connus permettent d'attirer le chaland.

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Animer un débat avec Grégoire Delacourt, ce sont des moments qui n'engendrent pas la mélancolie...

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(Photo : Lionel Brard)

Quoique... parfois si. L'écrivain sait captiver son public en lui faisait traverser toutes sortes d'émotions. Il émeut son auditoire, comme il est capable de le faire rire aux éclats. C'est tout Grégoire Delacourt.

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(Photo : Lionel Brard)

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Après le show Delacourt, évidemment, petite séance de signatures...

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Ici l'auteur avec l'organisateur de cet évènement, Luc-Michel Fouassier (qui me fait confiance depuis 2009 pour animer les salons du livre et les cafés littéraires dont il a la charge. Encore une fois, merci à lui!)

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Après La Poz', c'est la pause et la pose avec Grégoire Delacourt.

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grégoire delacourt,la poz,ozoir-la-ferrière,interview,mandor,luc-michel fouassierA noter que, depuis cette rencontre, son nouveau livre est sorti (c’était la semaine dernière, pour être précis), Les quatre saisons de l'été. Il fera l’objet d’une quatrième mandorisation (j’espère). En attendant, voici ce qu’en dit l’éditeur :

Été 99, dont certains prétendent qu’il est le dernier avant la fin du monde.
Sur les longues plages du Touquet, les enfants crient parce que la mer est froide, les mères somnolent au soleil. Et partout, dans les dunes, les bars, les digues, des histoires d’amour qui éclosent. Enivrent. Et griffent. Quatre couples, à l’âge des quatre saisons d’une vie, se rencontrent, se croisent et s’influencent sans le savoir.
Ils ont 15, 35, 55 et 75 ans. Ils sont toutes nos histoires d’amour.

Après le succès mondial de La Liste de mes envies (plus d’un million d’exemplaires vendus), de La première chose qu’on regarde et à la rentrée littéraire 2014 d’On ne voyait que le bonheur (130 000 exemplaires vendus), Grégoire Delacourt ausculte avec brio et délicatesse le sentiment amoureux.

29 avril 2015

Olivier Kourilsky : interview pour Le 7e péché

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J’ai rencontré Olivier Kourilsky, alias le Docteur K, médecin néphrologue mais aussi auteur, sur de nombreux salons que j’animais. Il m’est donc arrivé de l’interviewer sommairement dans ce cadre-là. Mais, l’homme et l’auteur m’ont toujours intrigué. Son œuvre, dont les intrigues se déroulent dans le milieu hospitalier, de nombreuses personnes m’en disaient du bien. Quant à sa personnalité, elle me plaisait beaucoup. Cette sommité de la médecine a su rester simple, abordable et sympathique (ce qui est plutôt une exception quand on atteint le haut de l’échelle de ce milieu). Qui croise Olivier Kourilsky souhaite devenir son ami. Il m’a envoyé son nouveau roman, Le 7e péché. Je l’ai lu et approuvé immédiatement. L’homme sait balader ses lecteurs et donner envie de tourner la page. Ce dernier opus, mettant en scène un médecin néphrologue (tiens donc !), est un excellent cru et sans doute un de ses meilleurs romans (dis-je en n’ayant pas lu les précédents). Sans blague, il m’a happé jusqu’au bout. Impossible de lâcher ce polar avant l’issue. Bluffante.

Le 9 mars dernier, Olivier Kourilsky est venu à l’agence…

olivier kourilsky,le 7e péché,interview,mandor4e de couverture :

Christian Arribeau, jeune médecin ambitieux et pétri d’orgueil, a planifié sa carrière pour accéder aux plus hautes fonctions, balayant tous ses concurrents. Il vient de franchir la dernière étape avant sa nomination comme professeur de néphrologie. Mais, alors qu’il sort discrètement d'un immeuble, il renverse un clochard qui s’est jeté sous ses roues.

Paniqué à l’idée des conséquences sur sa carrière et persuadé que personne ne l’a vu, il prend la fuite.

Commence alors une vertigineuse descente aux enfers, orchestrée par l’obstination d’un policier et l’intervention d’un témoin mystérieux aux motivations obscures.

S’agissait-il d’un banal accident ou d’une machination ? Et dans ce cas, qui tire les ficelles ? L’univers bien organisé et la belle assurance d’Arribeau vont s’écrouler comme un château de cartes.
Une intrigue noire et haletante ciselée par le Docteur K qui signe son septième roman.

L’auteur : olivier kourilsky,le 7e péché,interview,mandor

Olivier Kourilsky, alias le Docteur K, est médecin néphrologue, professeur honoraire au Collège de médecine des Hôpitaux de Paris ; il a dirigé le service de néphrologie du Centre Hospitalier Sud-Francilien.

Il écrit des romans policiers depuis un peu plus de dix ans et a publié six ouvrages depuis 2005, dont Meurtre pour de bonnes raisons, prix Littré 2010.

Ses personnages évoluent souvent dans le monde hospitalier, entre les années soixante et aujourd’hui. Au fil du temps, on suit le professeur Banari, le commissaire Maupas, le commandant Chaudron, jeune policière chef de groupe à la Crim'…

Olivier Kourilsky est membre de la Société des gens de lettres et de la Société des auteurs de Normandie.

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olivier kourilsky,le 7e péché,interview,mandorInterview :

Nous nous sommes beaucoup croisés dans pas mal de salons… je crois que tu aimes aller à la rencontre du public.

C’est un passage obligé de toute façon, mais c’est parfois un peu fatiguant. L’an dernier, j’ai participé à 35 salons du livre. L’écriture est un plaisir solitaire, alors c’est toujours agréable de rencontrer des « collègues » et des lecteurs. Les discussions qui en émanent sont souvent enrichissantes. On crée des liens.

Tu es un grand médecin. Explique-moi ce qu’était ta spécialité.

J’étais spécialiste des maladies rénales et je dirigeais un service de néphrologie dialyse, suivi de transplantation etc… que j’avais monté de zéro il y une trentaine d’années. J’ai été rattrapé par la limite d’âge il y a quatre ans. Je n’ai pas voulu me prolonger parce que l’ambiance devenait un peu plus pesante et très administrative... Comme j’avais envie de continuer à faire ce que j’aimais, j’ai gardé trois demi-journées par semaine de consultations et de visites dans un centre d’autodialyse.

Un médecin de ton niveau, c’est sérieux, c’est exigeant, ça travaille beaucoup. Vis-tu ta vie d’écrivain de la même manière, c’est-à-dire de façon rigoureuse ?

A l’origine, c’est une activité ludique. J’écris quand j’en ai envie. Je peux passer des jours sans écrire. Je n’ai pas d’hygiène de vie particulière pour m’installer devant mon ordinateur. Je sais que je suis plus prolifique le matin, à la fraîche. Quand j’écris un roman, cela m’amuse de placer mes histoires dans le milieu médical que je connais parfaitement. Ce n’est pas un exutoire sur ce que j’ai vécu, mais ça donne une certaine couleur d’authenticité.

Tu es très exigeant quant à la qualité littéraire de tes romans.olivier kourilsky,le 7e péché,interview,mandor

J’ai la chance d’avoir un éditeur qui fait son travail. Il corrige et il y a autant de corrections pour ce septième livre que pour le premier…pour progresser, il faut mettre son ego de côté. Je mets un an à écrire un roman, puis j’ai à peu près deux mois de travail sur le texte. Je tiens à ce que l’histoire soit servie par une belle écriture. Les polars doivent être aussi bien écrit que des romans de la littérature dite « blanche ».

As-tu pris du plaisir à écrire Le 7e péché ?

Oui, ça a été même jubilatoire de mettre en scène, écrit à la première personne, un personnage de médecin absolument imbuvable. Il se fiche des malades, mais il a un talon d’Achille qui fait que le lecteur, j’espère, n’a pas envie de s’en débarrasser. Il est amoureux d’une seule personne depuis toujours. Une femme qu’il a connu valide et qu’il continue à aimer alors qu’elle est devenue handicapée.

Handicapée, mais magnifique et sensuelle. Toute personne qui la croise est foudroyée par sa beauté et sa personnalité.

C’est sa faiblesse, ce qui fait qu’on finit presque par le prendre en pitié. Certains lecteurs m’ont dit qu’ils espéraient qu’il s’en tire alors qu’il est odieux.

L’histoire commence ainsi. En quittant sa petite amie, la fameuse handicapée, il renverse un clochard et il part sans s’arrêter.

Après, il vivra une descente aux enfers douglaskennedyenne. Je ne souhaite à personne de vivre ce déchainement de circonstances contre lui. Je me suis beaucoup amusé à créer ces rebondissements successifs. Je crois que le livre est bien rythmé.

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Il n’y a ni violence (si ce n’est psychologique), ni hémoglobine, ni policier complètement torturé et alcoolique…

Certains me le reprochent, mais ce n’est pas comme ça que j’envisage la littérature policière. Je suis plus dans la suggestion que dans la démonstration.

Ton héros, Christian Arribeau, c’est l’antithèse de ce que tu aimes chez les médecins. Dans Le 7e péché, tu évoques la rude concurrence dans le milieu de la médecine.

Quand tu débutes et que tu veux accéder à certains postes, l’organisation est faite pour que les gens soient en concurrence. Il y a souvent une place pour cinq impétrants, donc forcément, surviennent des histoires de jalousies et parfois de coups tordus. Quand j’ai monté mon service de zéro, je me suis heurté à certains de mes collègues de ma spécialité qui étaient installés à la périphérie de Paris. Ils m'ont dit qu’Évry, ça ne les arrangeait pas. Ils avaient peur que je prenne leurs malades. Si on veut monter quelque chose, il faut avoir de l’ambition et se battre. Au début, j’étais très gentil, je ne me disputais avec personne… quand j’ai voulu monter mon affaire, j’ai appris à sortir les crocs. La description des mécanismes de nominations que j’explique dans mon livre est rigoureusement exacte. J’ai été membre du conseil de la faculté pendant huit ans à Kremlin-Bicêtre et lors des réunions de ce qu’on appelait « la révision des effectifs », c’était souvent très chaud.

Comment un grand médecin comme toi s’est-il métamorphosé en auteur de polar ?

J’ai toujours été atypique dans mon milieu professionnel, car j’ai constamment eu du mal à me prendre au sérieux. Ça m’a parfois un peu pénalisé dans ma carrière parce que les gens croyaient que j’étais un rigolo, alors que je ne l’étais pas du tout quand je travaillais ou que j’avais quelque chose en vue.

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Tu as toujours adoré raconter des histoires.

Oui… et le policier se prêtait très bien à mes envies d’écriture. Je mets en parallèle la médecine et la police. En médecine, quand on fait un diagnostic, c’est une enquête. On interroge les gens, on met les indice en corrélations. Il y a beaucoup de points communs. En plus, je suis d’une génération où on écrivait beaucoup et mon père, médecin lui aussi, était extrêmement exigeant et méticuleux sur l’écriture, il avait donc tendance à me sabrer dès que j’écrivais des choses. Il faut savoir aussi que j’ai écrit plusieurs livres « techniques »et des articles de médecine dans des revues spécialisées. J’ai dû faire une troisième édition d’un manuel de néphrologie en même temps que sortait Le 7e péché, je te garantis que ça m’a beaucoup moins amusé (rires).

Etais-tu lecteur de roman policier ?

Oui, bien sûr. Mais j’adore aussi les romans historiques ou toutes sortes de romans d’ailleurs. Par contre, je ne lis jamais quand j’écris un livre. C’est trop perturbant dans le mécanisme d’écriture.

Es-tu dans le doute quand tu écris ?

Terriblement. J’ai un tarif syndical, je fais toujours des romans de 200 pages. Je n’arrive pas à écrire de gros pavés. Généralement, quand j’arrive à la 120e, j’ai l’impression de ne plus rien avoir à dire. Peu à peu, des idées de rebondissements arrivent de je ne sais où. Au moment où  je mets un point final au livre, c’est le doute complet. Heureusement d’ailleurs. Je crois que, quand on écrit, être dans le doute permet de ne pas se laisser aller à la facilité.

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Le 26 octobre 2013, au Salon du livre d'Ozoir-la-Ferrière, notre première rencontre.

olivier kourilsky,le 7e péché,interview,mandorTu es très fidèle à ton éditeur.

J’ai mis 33 éditeurs, comme l’âge du christ, avant d’en trouver un qui m’accepte, alors, je le garde (rires). J’ai cherché un an et demi un éditeur sans faire jouer de relations. Glyphe est une petite maison. Ils sont trois ou quatre, mais ils ont quand même 200 titres en stock, ils travaillent très bien et l’ambiance est familiale. Pour moi, c’est important. Je suis d’une fidélité totale, d’autant qu’ils attendent toujours le suivant en m’engueulant presque parce que je ne fournis pas assez vite. Je ne veux pas changer d’éditeur… même si on m’a fait remarquer que mon frère Philippe était publié chez Odile Jacob, une maison très sérieuse. Je suis bien où je suis et on ne fait pas le même genre de livre.

Dans ta famille, vous étiez quasiment tous dans la recherche ou dans la médecine à un haut niveau.

L’hérédité familiale est assez lourde, en effet… Mon frère Philippe, que je viens d’évoquer, est polytechnicien, après il s’est tourné vers la recherche. Il est devenu directeur général de l’institut Pasteur et a écrit plusieurs livres chez Odile Jacob. Mon frère François (récemment disparu), médecin, était directeur général du CNRS, ma sœur Élisabeth, professeur d'endocrinologie. Mon père était pneumologue, chef de service à l’hôpital Saint-Antoine, et ma mère travaillait avec. Elle est tombée amoureuse de lui quand ils étaient internes. Ils ont été un couple complètement fusionnel pendant des années.

Explique-moi d’où vient ce nom de Docteur K.

Je ne l’ai pas fait exprès. C’est le photographe de la mairie de Courcouronnes qui m’a appelé comme ça la première fois qu’il a fait un article sur moi. Ce surnom l’amusait beaucoup et petit à petit, tout le monde m’a surnommé Docteur K. C’est devenu un personnage et ça me plait bien.

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Après l'interview, le 9 mars 2015, à l'agence.

24 avril 2015

Olivier Norek : interview pour Territoires

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(Photo: Les Pictographistes)

Être lieutenant de police ne veut pas dire savoir écrire des romans policiers (lapalissade). Olivier Norek  est lieutenant de police à la Section enquêtes et recherches du SDPJ 93 (actuellement en disponibilité pour se consacrer à sa carrière d’auteur) et, lui, excelle en la matière. Il y a deux ans, j’avais déjà été très impressionné par son premier roman, Code 93. Une mandorisation en avait découlée.

Pour moi, Olivier Norek n’est pas loin d’être  l'écrivain policier de l'année. Ce qui est certain, c’est que vous êtes face à un futur monstre sacré du polar, au talent aussi grand qu'un Thilliez, Grangé, Chattam, Mallock, Desjours ou Giebel. Avec son nouveau livre, Territoires, vous aller plonger dans une cité, véritable zone de non-droit. Et comme l’affirme le libraire Gérard Collard, « vous allez ressortir de ce livre laminé ». 

Olivier Norek est venu à l’agence pour une seconde mandorisation, le 26 février dernier.

olivier norek,territoires,interview,mandor4e de couverture :

Depuis la dernière enquête du capitaine Victor Coste et de son équipe, le calme semble être revenu au sein du SDPJ 93. Pas pour longtemps, hélas ! L’exécution sommaire de trois jeunes caïds va les entraîner sur des pistes inimaginables.

Des pains de cocaïne planqués chez des retraités, un chef de bande psychopathe d’à peine treize ans, des milices occultes recrutées dans des clubs de boxe financés par la municipalité, un adjoint au maire découvert mort chez lui, torturé… et Coste se retrouve face à une armée de voyous impitoyables, capables de provoquer une véritable révolution.

Mais qui sont les responsables de ce carnage qui, bientôt, mettra la ville à feu et à sang ?

Avec ce polar admirablement maîtrisé, Olivier Norek nous plonge dans une série de drames terriblement humains et de stratégies criminelles - loin d’être aussi fictives qu’on pourrait le croire - où les assassins eux-mêmes sont manipulés.

L’auteur :olivier norek,territoires,interview,mandor

Olivier Norek est lieutenant de Police Judiciaire depuis 15 ans. Né il y a 39 ans à Toulouse, il suit ses parents dans  leurs douze déménagements, avant de quitter, le cursus scolaire à 17 ans et demi. Il part en mission pour «Pharmaciens sans frontières », en Guyane puis en Croatie, en pleine guerre des Balkans. Après deux ans dans l’humanitaire, il devient gardien de la paix à Aubervilliers, puis rejoint la Police Judiciaire au service financier puis au groupe de nuit chargé des braquages, homicides et agressions.

olivier norek,territoires,interview,mandorAprès avoir réussi le concours de lieutenant, il choisit Bobigny au sein du SDPJ 93, à la section enquêtes et recherches (agressions sexuelles, enlèvement avec demande de rançon, cambriolage impliquant un coffre-fort…).

Il écrit quelques textes et participe en 2011 à un concours de nouvelles. Il décide de se mettre en disponibilité pour écrire son premier roman Code 93, un polar réaliste qui nous plonge dans le quotidien des policiers en Seine-Saint-Denis : des situations de violence, souvent gratuite, et de cruauté. Sans pour autant jamais se départir d’un regard humain qu’il promène sur ces quartiers difficiles. Le roman parait en avril 2013 et est chaleureusement accueilli par les critiques de la presse.

Il vient de sortir, Territoires (voir 4e de couverture, interview... et teaser ci-dessous).

Teaser du livre Territoires.

Olivier Norek a travaillé à l’écriture de la sixième saison d’Engrenages (Canal+ – Son et Lumière). Les droits de son premier roman ainsi que ceux du suivant sont déjà acquis en vue d’être portés à la télévision pour y être déclinés en série.

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olivier norek,territoires,interview,mandorInterview :

Ton premier roman, Code 93, a trouvé son public rapidement.

Oui, et là, il a retrouvé une seconde vie grâce aux poches. Ils l’ont imprimé une première fois à 10 000, puis une seconde fois à 3000, une troisième fois à 5000 et enfin une quatrième fois à 8000. Donc on en est à 26000 exemplaires vendus. Pour un poche d’un premier bouquin, je suis assez satisfait et la maison d’édition semble l’être également.

Tu reviens avec Territoires.

C’est un livre auquel je tiens beaucoup. Il y a six mois d’enquête sur le terrain, ce qui équivaut à une longue enquête de procédure judiciaire. Après, il y a six mois d’écriture. C’est un livre qui ne ment pas et qui ne triche pas.

Tu étais en disponibilité de la police pour écrire Code 93 et Territoires. Tu récidives, mais cette fois-ci pour trois ans. Tu ne te consacres vraiment plus qu’à l’écriture.

Je n’aurais pas pu faire autrement que prendre une disponibilité parce que je bosse vraiment au moins dix heures par jour.

Ta vie de flic ne te manque pas ?

Si, elle me manque. Qu’est-ce qui me manque exactement ? Pas les salauds, pas les victimes, parce que moins j’en vois, mieux je me porte, même si ça a été mon unique moteur dans ma carrière de policier. Ce qui me manque, c’est l’équipe. C’est appartenir à un groupe. Ces relations humaines étaient parfois compliquées, mais sans ambiguïté. Je retiens de l’équipe des relations très simples et fraternelles. Chez les flics, on a ce lien qui va au-delà de l’amitié. Les mêmes relations que celles qu’entretiennent les soldats qui sont allés au front. On a eu tellement peur ensemble que c’est comme si nous nous étions mis à poil ensemble. On a l’impression que l’on ne peut plus rien se cacher.

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Le photographe Bruno Chabert et sa mise en abyme : l'auteur plongé dans la ville de son propre livre.

olivier norek,territoires,interview,mandorPour ce livre, tu as questionné une vingtaine d’élus du 93.

Oui, c’est vraiment une peinture du 93, mais c’est valable pour toute ville qui comporte elle aussi une importante  population pauvre, des difficultés d’emploi, de chômage, de sécurité, de salubrité. Je parle du 93 parce que c’est un département que je connais. Je suis du 93, j’ai travaillé dans le 93, c’est quand même un sacré garde-fou que de rester dans ce département.

Tu as posé une question aux élus interrogés : comment tenez-vous votre ville ?

J’ai posé cette question à des administrés, des adjoints, des ex-adjoints, des attachés de mission et des ex-maires. Je n’ai pas pu et voulu interroger des maires en activité. Ils auraient eu une langue de bois que j’aurais repéré dans la seconde. J’écris un polar, donc je ne voulais pas écouter les versions officielles. Quand je parle des racailles et des délinquants de ces populations je parle uniquement de 2% qui paralysent la ville entière. Quand je parle de ces politiques un peu dévoyés, un peu perdus parfois, je parle vraiment d’une partie du monde politique. Cette fois-ci, je pense que le pourcentage est plus élevé que 2%.

Que se disent ces politiques que tu vises ?

Ils se disent : « J’ai une population délinquante, qu’est-ce que j’en fais ? J’essaie d’arranger la situation, de lui trouver du boulot et de les intégrer ou j’essaie de les utiliser en tant que ce qu’ils sont, un pouvoir ? Un pouvoir de nuisance. Mais un pouvoir de nuisance reste un pouvoir. C’est le concept de l’achat de la paix sociale. Voilà ce que je fais pour toi. Toi tu vas faire ça pour moi et en échange, moi, je ne viendrai pas t’ennuyer. Je n’irai pas te coller la police municipale ni la police judiciaire. Mais si, à un moment donné, j’ai besoin que la ville prenne feu, tu mets le feu. Si j’ai besoin que la ville soit calme, tu la calmes et on va s’arranger sur plein de choses. Je vais t’assurer une place HLM, je vais t’assurer une aide-soignante pour ta grand-mère, une aide-ménagère pour tes parents, je vais t’acheter des billets d’avion pour partir tous en Thaïlande, des voitures, des cartes d’essence pour toute la cité…

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Mains, visage, stylo... Le légendaire triptyque de chez "Alibi Magazine" by Paolo Bevilacqua.

Dans ton roman, madame Vespérini, maire de Malceny, n’a pas de cœur et elle est sans foi ni loi.

Elle a un cœur, mais elle ne le fait pas travailler. Elle est très dure. Ses actes ont pour conséquence beaucoup de dommages collatéraux, dont des morts. Pour elle et sa morale, le réveil sera difficile. Mais je ne trouve pas qu’elle soit si éloignée d’un couple Tibéri ou d’un couple Balkany qui ont été mis en examen un nombre incalculable de fois et qui sont toujours dans les ors de la République. Avec le personnage de madame Vespérini, je voulais soulever le problème de l’exemplarité. Je souhaitais qu’elle soit aussi compliquée et retors que les délinquants avec qui elle travaille officieusement et pour qui elle travaille officiellement pour les réintégrer, les aider…etc. Je voulais que le tableau soit aussi sombre d’un côté comme de l’autre quitte à pousser le curseur un peu loin sur cette maire. Mais, je suis sûr que ce curseur n’est pas poussé si loin que cela.

Tu les détestes, ces gens-là ?

Avec des personnalités politiques comme Vespérini, j’ai un vrai problème. Ce sont nos employés. C’est nous qui les payons, ils sont à notre service, et pourtant, à chaque fois qu’ils vont quelque part, tout le monde à le torticolis de la déférence. J’ai l’impression que les rôles ont été complètement inversés. Ce sont eux qui devraient être honorés qu’on les reçoive dans un commissariat, par exemple. J’utilise la notion de pouvoir dévoyé. Il ne faut pas oublier que c’est nous qui leur avons donné le pouvoir et il devrait être à notre service.

Ce livre raconte finalement le casse du siècle.

Cette maire braque l’état, mais de manière complètement administrative et légale. Je ne dis pas comment, il faut lire le livre.

Il y a un petit garçon de 13 ans, Bibs, qui est la pire des ordures.

Il a une violence froide. Il ne la conçoit pas. C’est le même concept que les enfants soldats. Ce sont des gamins qui sont nés dans la violence et qui ont été éduqués dans cette violence. Leur curseur de violence est complètement déphasé. Bibs sait utiliser la violence, il sait menacer, mettre à exécution, il sait se battre contre des plus grands que lui. Il n’a peur d’absolument rien. Bibs, je ne sais pas s’il est sauvable, mais ce n’est pas un monstre, il a juste grandi avec la violence entre les doigts. 

olivier norek,territoires,interview,mandorTu as parlé précédemment d’exemplarité. J’aimerais que l’on y revienne.

Avec des politiques comme ça, quel est le message que l’on donne aux gamins ? Allez à l’école, faites des études, travaillez, vous aurez un salaire et vous vivrez dans la légalité ? Ils n’y croient pas. Pour certains, ils se mettent à vendre une barrette de shit ou deux. Alors ils se font arrêter et ils font 48 heures de garde à vue. Quand ils se font arrêter une deuxième fois, ils font un mois de prison. Mais ils ne comprennent pas parce qu’en face, il y a des gens qui, comme eux, sont allés en garde à vue, ont été mis en examen… par contre, eux, au lieu d’aller en prison, ils retournent dans les ors de la République.

Je crois que tu as une anecdote à nous raconter à ce propos.

Il y a des années de cela, je vais en perquisition pour du stup. Dans la chambre d’un gosse, il y avait des affiches du Parrain, celle de Scarface, la photo de Jacques Mesrine et… une photo du couple Balkany. J’ai demandé à l’enfant s’il n’y avait pas un intrus, il m’a répondu que non. C’est le mur où il ne mettait que les meilleurs. Elle est là l’exemplarité. Les jeunes comprennent que si quelqu’un atteint le pouvoir, il peut commettre des infractions et n’ira jamais en prison.

Il y a des maires honnêtes, quand même. Tu ne lances pas un « tous pourris » franc et massif.

Non, évidemment. J’en ai rencontré des maires, des attachés et des adjoints irréprochables, mais pour ce livre, ils ne m’intéressaient pas. Les honnêtes et les normaux, il y en a quelques-uns, mais j’écrivais un roman noir, alors je ne perdais pas de temps avec eux. Par contre, quand je vois des journalistes pour me parler de tout ça,  je leur dis de contacter ces gens-là. Je parle de personne comme Alda Pereira-Lemaitre qui a été la maire de Noisy-le-Sec de 2008 à 2010. Elle a essayé de faire tout ce qu’elle pouvait pour nettoyer sa ville… et elle a perdu sa majorité. Une femme comme elle est intéressante et peut parler de la belle banlieue.

Tu es flic, tu ne vois pas les gens « beaux » de toute façon.olivier norek,territoires,interview,mandor

Mes curseurs sont un peu bas sur l’être humain, je te le concède. Je n’ai confiance en personne et je ne suis jamais surpris de ce que peut faire un homme ou une femme. Je connais toutes les options et toutes les capacités que l’être humain est capable de déployer. Quand j’écris un bouquin socio-politique, il va forcément être sombre.

Pourquoi as-tu écrit ce livre ?

Parce qu’il y a encore beaucoup de gens qui ne connaissent pas le concept de l’achat de la paix social et qui ne savent pas comment des maires tiennent des villes. Cette vérité-là, j’ai besoin de la dire. Pas parce que j’apporte des solutions, mais parce que j’ai besoin de secouer les gens. Quand on apprend ce genre de choses, on essaie de ne plus être des moutons.

Mais apprendre quelle genre de chose concrète par exemple ?

Apprendre que faire venir un camp de Roms, c’est une super idée. Déjà parce que des subventions tombent, secondement parce qu’il n’y a aucun bobo ou aucun petit parisien qui va s’installer autour d’un camp de Roms… et les bobos et les parisiens, ça vote ! Il va y avoir qui autour ? Des immigrés, qui n’ont pas le droit de vote, des chômeurs, fatigués, désespérés, qui votent beaucoup moins que les autres. J’ai rencontré un maire qui m’a dit que son intérêt à lui était de dégoutter le plus de gens possible de la politique. Son intérêt, c’est que sa ville soit insécure et insalubre. Pourquoi ? Parce que ses petites racailles et ses délinquants vont lui acheter des procurations et que s’il a 500 ou 1000 procurations et qu’il a 3000 votants, il a déjà quasiment l’élection dans les mains. C’est un peu dur à entendre.

Dans Territoires, tu évoques des émeutes créées volontairement par madame Vespérini. Fiction ou réalité ?

Fiction, mais peut-être pas tant que cela. Un maire à qui j’ai fait lire le manuscrit au fur et à mesure m’a dit qu’il ne pouvait pas affirmer que ça n’était pas encore arrivé, même s’il n’en avait aucune preuve. Par contre le fait que les émeutes soient étouffées le plus rapidement possible et que, quand il y a une émeute, il y a un budget spécial, c’est la pure réalité. Le but étant de ne plus avoir des Villiers-le-Bel qui ont coûté 150 millions d’euros. Le but est d’étouffer dans l’œuf les émeutes, parce que le 93 reste le paillasson de Paris. Quand ça brûle, ça pue jusque sous leurs fenêtres, mais la plupart du temps, on s’y essuie les pieds. Il y a quelque chose de sociologiquement impossible. Il y a une émeute, elle va rester dans sa commune et va durer à peu près quatre jours. On sort le chéquier à vacances, le chéquier à voitures, on réveille le trésorier et, l’argent dans les sacs, on va déposer ça dans les cités… le lendemain, il n’y a plus rien.

olivier norek,territoires,interview,mandorDans tes livres, les flics vont bien. Personne n’est anxiogène.

Ils ont tous leurs travers, ils sont compliqués, mais ils sont très humains.

Ils se vannent pas mal.

Mais c’est normal. C’est le mode de communication de la police. En PJ, ce n’est que ça. Il y a une phrase sérieuse pour trois vannes. N’arrive pas au boulot avec une chemise Hawaïenne, tu en as pour la journée. Vite fait, tu te retrouves avec des affiches Magnum sur la porte, il y a des gens qui te volent ton portable juste pour te mettre la sonnerie du générique de Magnum, tu te retrouves avec un palmier sur ton bureau… ça n’arrête pas. C’est une manière de décrocher de notre quotidien morbide.

Je sais que tu as écrit un film.

Il est en cours de traitement. C’est un thriller sur un enlèvement d’enfant. J’ai aussi écrit une série qui a été acheté par une maison de production. C’est l’histoire d’une personne qui doit enquêter sur quatre disparitions qui se sont déroulées quinze ans avant et pour lesquelles elle n’a strictement aucune preuve. Ce n’est que de l’enquête relationnelle. Sinon, pour Canal+, j'ai inventé l'histoire de la saison 6 d'Engrenages avec l'équipe. C'est aussi difficile que passionnant.

A mon avis, tu ne vas pas redevenir flic avant quelques années.

Pas avant trois ans en tout cas.

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Après l'interview, le 26 février 2015, à l'agence.

 Pour terminer, voici la chronique de Gérard Collard sur Territoires.

19 avril 2015

Hélène Molière : interview pour Harcelé-harceleur

Hélène Molière (c) Thierry Rateau.jpg

(Photo : Thierry Rateau)

Dans Harceleur-Harcelé, une histoire de souffrance et de silence, Hélène Molière brise un tabou en tentant de comprendre comment des enfants peuvent se transformer en bourreau. Le harcèlement, c'est une violence répétée qui peut être verbale, physique ou psychologique. Des petites piques, des blagues d'un goût douteux, le harcèlement commence subrepticement. Mais parfois ça peut aller jusqu'au chantage ou à a violence physique. En tous les cas, quelle que soit l'ampleur, cela marque à vie.
Pour Openmag n°174 (magazine offert dans le FNAC de France), daté du mois d’avril 2015, j’ai rencontré la psychothérapeute dans son cabinet du 9e arrondissement de Paris. A l’origine, l’interview devait être (beaucoup) plus longue (les aléas de la vie d’un magazine…), je publie donc l’article tel qu’il est paru et la suite (en bonus mandorien).

Hélène Molière couverture en HD.jpgNote de l’éditeur :

« Julie Lunettes » ainsi qu’avait décidé de la baptiser son institutrice, s’est jetée du troisième étage de son immeuble, n’en pouvant plus de se faire traiter de « mémé » de « vieille » de « moche » jour après jour, par ses « copains » de classe.
Jonathan a tenté de s’immoler par le feu submergé par les insultes d’un chefaillon et de ses sbires, insultant à longueur de journée sa famille, son nom (Destin) son poids, etc.
Camille n’a pas accepté de se faire supplanter par une rivale, aussi belle, aussi fraiche et délicieuse qu’elle, derrière laquelle SA cour, s’était ralliée. « Elle m’a volée ma vie » a-t-elle déclaré à sa mère, et a plongé dans la dépression et la drogue. Louise, Noé, Samir, Kevin... autant d’enfants victimes du harcèlement à l’école.

Les enfants harcelés ne vont pas tous jusqu’au suicide, mais le harcèlement, continu, sans répit, répétitif, peut avoir des conséquences à court, moyen ou même long terme des conséquences absolument désastreuses. Hélène Molière, psychothérapeute pour enfant, explique dans cet essai avec beaucoup de lucidité, comment ces gamins désignés de manière aléatoire, par un « meneur », ne comprenant pas ce qui leur arrive, endossent dans un mutisme ravageur la peau de la victime.
Elle explique surtout aux parents et aux enseignants l’attitude à adopter en cas de symptômes qu’elle décrit, comment faire parler un enfant pour se livrer er se délivrer, en mettant des mots sur une douleur insupportable et toujours recommencée: le harcèlement, et surtout comment s’en débarrasser avant qu’il ne soit trop tard.

L’auteure :

Hélène Molière est psychanalyste et psychothérapeute à Paris 9ème. Après des études de lettres et de philosophie elle devient journaliste, presse écrite, radio, télévision, spécialiste des sujets de société et singulièrement de l’éducation. Elle travaille aujourd’hui et ce depuis des années en qualité de psychologue clinicienne, diplômée de l’université de Paris 7 au CMPP de Chelles (77) et aux Lierres, hôpital de jour pour enfants de Sèvres (92).

L’article publié dans Openmag :

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IMG_6985.JPGBonus mandorien :

Revenons sur le fait que l’enfant harcelé pense que c’est lui qui n’est pas comme les autres.

Tant qu’il n’y a pas de mot pour décrire ce phénomène et que ce n’est pas reconnu par quelqu’un d’autre, il se sent responsable et même, pire encore, coupable.

Vous citez le cas de parents qui vont voir la directrice de l’école primaire et qui minimise les faits et parle d’enfantillages. C’est souvent le cas ?

Les dysfonctionnement de ce type arrivent très souvent. En primaire, souvent le directeur cumule avec la fonction de professeur, il est donc débordé, ce qui empêche d’être attentif à ce qu’il se passe. Mais il y a aussi beaucoup de cas de harcèlements déjoués parce qu’un prof à couper court au problème et a su dire ce qu’il fallait pour que ça ne dérape pas. Le harcèlement, c’est un dérapage.

Le harcèlement touche 10% de la population scolaire, dont 5% est très gravement atteinte. C’est un chiffre conséquent.

Oui, mais les proportions sont les mêmes dans tous les pays développés. Il est aussi rependu en Ile-de-France qu’en province et aussi fréquent dans les établissements privilégiés que dans les établissements défavorisés. Il n’a rien à voir avec le milieu social ou culturel. Il n’est pas possible  d’expliquer le statut d’agresseur et de victime d’un élève comme la conséquence de mauvaises conditions socio-économiques. Dans une société qui espère toujours en finir avec la violence, le jeune harcelé et ses harceleurs nous lancent à la figure le rituel archaïque du « bouc émissaire » et nous mettent sous les yeux ce que nous ne voulons pas voir : la violence irrémédiable, instinctive et consubstantielle de la relation humaine. 

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Quelle est la seule façon de déceler que son enfant est victime de harcèlement ?

Il ne faut pas être obsédé par ça, mais si votre enfant à ses notes qui chutent subitement, s’il a les yeux cernés, s’il pleure systématiquement au moment d’aller à l’école, s’il a mal au ventre avant d’aller à l’école, s’il change brutalement de comportement… ce sont des signes qu’il ne faut pas laisser passer. Si l’enfant voit que ses parents s’interrogent, se renseignent, se méfient, il ne sent pas lâché et c’est déjà beaucoup.

Ces enfants-là, dites-vous, ne sont pas faibles, mais se mettent dans des situations de faiblesse.

En effet, ils ne sont pas plus faibles que les autres, mais de toute façon, il n’y a pas de profil type du harcelé. Il y a juste des tempéraments. Quelqu’un qui a le sens de l’autre, qui est dans l’empathie et le langage, qui peut douter, qui est dans la loi, qui est respectueux de son prochain et qui est un peu réservé a un peu plus de possibilités d’être harcelé. Mais ça ne veut pas dire qu’il va l’être.

Et y a-t-il un profil pour les harceleurs ?harcelementenfant.jpg

Ce sont souvent des enfants qui sont en souffrance. Ils ont certainement connu l’humiliation. Ils ont besoin d’attirer le regard sur eux. Ils n’ont pas intégré le permis et l’interdit. Le permis et l’interdit, ça vient vers trois ans. Si on laisse passer ce moment, c’est difficile de revenir en arrière.

Le harcèlement peut conduire jusqu’au suicide de l’enfant ou, au minimum, au traumatisme… peut-être à vie.

Plus ça dure, plus il y a des conséquences désastreuses. Il y a beaucoup de tentatives de suicides ou des scarifications. Ce qui est certain, c’est que cela va marquer la suite des relations sociales de l’enfant harcelé. Il y a une forte probabilité qu’il se méfie à vie de l’autre et qu’il soit constamment sur la défensive. On voit même des familles où il y a des échos du harcèlement… c’est plus du côté de la névrose familiale. Pour le harcelé ou le harceleur, il y a souvent des histoires de coups. Ça cogne au niveau des parents, voire même des grands-parents. Ce n’est pas systématique, mais assez fréquent.

Parlons du harcèlement dans les réseaux sociaux.

C’est la forme moderne et la plus terrifiante du harcèlement. Elle fait des dégâts extrêmement importants parce que ça va beaucoup plus vite et ça s’adresse à beaucoup de monde à la fois. La rumeur s’étend hors de l’école. Si l’enfant est victime à l’école, cela va s’exporter et ça va devenir non-stop à l’extérieur. L’enfant rentre chez lui et il n’a pas le répit qu’il pouvait avoir avant. Les réseaux sociaux étendent le phénomène dans l’espace et dans la durée. Être harcelé 24 heures sur 24 heures, ce n’est pas tenable.

Harcelement-a-l-ecole-tout-le-systeme-educatif-mobilise_visuel_article2.jpgAvez-vous été victime de harcèlement dans votre jeunesse ?

Non, je me suis juste demandée « pourquoi tant de haine ? » J’avais des souvenirs cuisants de la récréation. Dans une cour de récré, il y a vraiment une violence et une façon d’être. Soit tu fais partie d’un groupe et tu suis le chef, le leader, soit tu es un peu en marge. Et si tu es un peu en marge, tu peux être pris comme victime. Moi, je n’avais aucune envie d’être leader, ce n’était pas mon tempérament, mais je n’avais aucune envie de suivre le troupeau. J’étais susceptible d’être harcelée, mais comme j’avais une « meilleure amie », je n’étais pas esseulée. J’étais très sensible à la violence de ce qui était dit. Dans le livre, je l’écris, ceux qui sont victimes de harcèlement sont souvent des enfants un peu plus mûrs que les autres, mais ils ne savent pas se défendre face à cette boule de défense qu’ils ont en face d’eux. Mon livre apporte des solutions et donne des conseils.

08 avril 2015

Jean-Christophe Rufin de l'Académie française : interview pour Check Point

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(Photo Géraldine Aresteanu)

Qu'est-ce qui fait courir Jean-Christophe Rufin ? Un des premiers "French doctors", ambassadeur, académicien, historien, président d'Action contre la faim (liste non exhaustive)... l'auteur a multiplié les destins et les honneurs sans jamais paraître rassasié. En littérature, il a su réconcilier qualités littéraires populaires et succès populaire. Il y a tout juste un an, je publiais sa première mandorisation, à l'occasion de la sortie de Le collier rouge. Cette deuxième interview, réalisée pour Le magazine des Espaces Culturels Leclerc (daté du mois d'Avril 2015), s'est tenue dans les jardins de sa maison d'édition, Gallimard, le 18 février dernier.

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La question supplémentaire:

Êtes-vous inquiet sur l’état du monde aujourd’hui ?

Je suis inquiet parce que la tournure des évènements va produire beaucoup de souffrances dans certains pays. La montée en puissance de l’état islamique radical fait que l’on ne pourra pas tout contrôler. Pour nos sociétés, je ne pense pas que ce seront des ennemis propres à nous détruire. Ils font peser la menace juste ce qu’il faut pour que le système continue de bien aller. Ils nous menacent dans la cohésion sociale. Je n’arrive pas à croire que nous soyons si en péril que ça.

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Après l'interview, le 18 mars 2015, dans les jardins de chez Gallimard.

18 mars 2015

Arnaud Dudek : interview pour Une plage au pôle nord

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(Photo : Molly Benn)

J’ai lu quelque part : « Arnaud Dudek, écrivain d’utilité publique ». Je ne peux que souscrire à cette affirmation tant j’aime son écriture simple, belle, efficace et tout à fait jouissive.

Dans Une plage au pôle Nord, il raconte une histoire d’amitiés, de solitudes, de destins qui se croisent, de désir, de dangers de la routine, de la vieillesse, de la mort aussi. Le tout sur un ton léger, parfois un peu plus grave, mais jamais plombant.

Avec Arnaud Dudek, les petits riens se métamorphosent en grand tout.

Il y a chez lui une distance sur les événements et un point de vue presque philosophique sur la vie. La vie n’est pas super passionnante, mais elle mérite d’être vécue, quitte à la bousculer un peu.

L'auteur est venu à l'agence le 23 février dernier pour une deuxième mandorisation. (La première est à découvrir ici!)

arnaud dudek,une plage au pôle nord,alma,interviewMot de l’éditeur :

Dans son troisième roman publié chez Alma, Arnaud Dudek, l’écrivain le plus narquois du moment, raconte l’histoire de deux solitudes couvertes par la banquise. Françoise, veuve, septuagénaire, peine à avancer depuis que son mari s’est éclipsé dans des circonstances aussi flamboyantes que pathétiques. Jean-Claude, jeune père divorcé, cache pas mal de bosses sous sa lisse bonhomie.
Aimantés par le hasard (qui prendra la forme d’un appareil photo perdu) ce duo improbable découvrira – en commençant par un petit porto – les bienfaits du réchauffement climatique. Jean-Claude apprendra à Françoise à manier l’ordinateur et les clubs de rencontre. Françoise l’encouragera à être fier de lui.
Autour d’eux gravitent en un ballet d’insolites trajectoires quelques personnages un rien fantasques : juriste qui se rêve dessinateur, couple de magiciens has been, blonde aussi piquante qu’un cactus, malfrats sur le retour… On peut les classer en deux catégories : les intrépides, genre même pas peur. Et les frileux, auxquels l’auteur réserve un traitement de faveur : doucement, il les réchauffe, leur souffle dans le bec, pose quelques sparadraps et leur redonne des couleurs.
Avec beaucoup de gaieté, Arnaud Dudek nous offre ici de fines tranches de vie. Du léger raconté avec sérieux. Et inversement…

L’auteur :

Arnaud Dudek est né en 1979 à Nancy. Il vit à Paris. Il a précédemment publié Rester sage (Alma, 2012) et Les Fuyants (Alma, 2013).

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Interview :

Depuis ta première mandorisation, il y a un an et demi, que s’est-il passé pour toi ?

Ma vie s’est simplifiée. J’habite désormais à Paris et j’y travaille. Je t’avais expliqué la dernière fois que nous nous sommes vus que j’écrivais beaucoup dans le train… j’ai donc dû changer ma manière de travailler parce que je ne le prends plus. Sérieusement, c’est un grand changement dans ma vie. Maintenant je fais des micronouvelles dans le métro entre trois stations. Je plaisante, tu n’écris pas ça.

Tu essaies de trouver un autre rythme ?

Il faut que je pose des jours de congé pour écrire. Pour certaines phases d’écriture, travailler trois heures le soir  n’est pas suffisant. Je vais finir par trouver le rythme. Il va falloir que je le  trouve, car je t’annonce que ma femme attend un enfant.

Toutes mes félicitations ! Du coup, tu vas avoir du mal à écrire ton quatrième livre, non ?

Le quatrième ne me posera aucun souci, car il est largement avancé. J’ai rendu récemment mon premier jet à mon éditeur. J’attends un premier avis incessamment sous peu.

Sérieusement, le fait que tu ne prennes plus le train, ça t’a fait peur par rapport à ta créativité ?

Quelque part, oui. C’est curieux, mais dans le train, j’étais dans une vraie bulle personnelle dans laquelle je pouvais écrire et lire, coupé du monde. J’avais trois heures à moi, tous les jours.

Le fait de ne plus écrire dans le train, ça change aussi ta façon d’écrire ?arnaud dudek,une plage au pôle nord,alma,interview

J’ai l’impression. J’en ai parlé récemment avec notre ami commun Erwan Larher. Lui passe un temps colossal à écrire. Il me disait que si je faisais pareil, je n’écrirais pas de la même manière, j’écrirais peut-être des pavés... Quelque part, il n’a pas tort. Je pense qu’inconsciemment, le style et le volume du livre sont dictés par les contingences de ta vie personnelle.

J’aime beaucoup ton écriture, tu le sais. Simple, belle, touchante, parfois mordante…

Ça me fait plaisir parce que c’est beaucoup de travail. La fluidité est une chose compliquée.

Tu te joues du lecteur avec une certaine malice. Par exemple, quand on commence ton livre, on pense que le personnage principal est Pierre Lacaze.

Oui, il passe au second plan très rapidement. Il est le lien, l’appareil photo humain entre les deux personnages, Françoise et Jean-Claude. Je me suis amusé à faire une fausse entrée en matière. Je suis très joueur… le risque c’est de l’être trop.

Tu testes beaucoup de choses en fait ?

C’est pour cela que la deuxième phase d’écriture de mes livres est toujours très longue. Le premier jet va vite, ensuite j’essaie plein de choses. Je rajoute des passages ou j’en enlève. Je m’amuse à mettre des tableaux Excel dans mon bouquin. A un moment, en revoyant un vieux Steve McQueen, je me suis interrogé sur la possibilité de faire un split screen dans un livre. Du coup, à la fin de mon roman, j’ai fait quelques transitions un peu abruptes de phrases qui commencent sur un personnage et qui se terminent sur un autre. Essayer des choses nouvelles, c’est aussi ça qui me fait plaisir quand j’écris. En fait, les premiers jets, c’est écrire pour soi d’abord. Après, quand on réécrit, on pense aux lecteurs.

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Certains écrivains que j’ai interrogés m’ont dit le contraire. Ils ont peur que penser aux lecteurs modifient leur style.

Moi, je me demande toujours si le lecteur va comprendre tout ce que j’écris. C’est pour ça qu’avec mon éditeur, on en est arrivé, pour mon deuxième livre, Les Fuyants, à faire une entrée en matière pour les personnages, comme au théâtre. C’est pour ça aussi que dans le premier roman, Rester sage, j’ai supprimé des personnages parce qu’on trouvait qu’il y en avait vraiment trop. Une de mes obsessions littéraires est de rester compréhensible.

J’ai l’impression que tu as besoin de t’amuser en écrivant. Penses-tu que si tu t’ennuies, le lecteur va lui aussi s’ennuyer ?

Oui. Je le vois comme ça. Si je m’aperçois qu’au moment où je raconte le passé d’un personnage, je commence à moi-même décrocher, ce n’est jamais bon.

Dans tous tes livres, tu t’adresses parfois aux lecteurs.  

C’est encore du travail sur le rythme. Une plage au pôle Nord, j’avais envie de le travailler comme un conte. Je commence d’ailleurs le livre ainsi : « Au début de l’histoire, Pierre Lacaze reçoit des lettres. » Ce roman est un conte de la vie ordinaire.

Le narrateur est facétieux, ironique, très second degré. C’est un sacré personnage !

Oui, et il a fallu que je fasse attention à ne pas le rendre trop présent pour qu’il n’efface pas mes héros. Un livre, c’est une question de dosage, surtout sur un format court.

arnaud dudek,une plage au pôle nord,alma,interviewEs-tu influençable quand tu lis d’autres livres ?

Je peux me retrouver à être éponge, notamment pendant les phases assez intenses de réécriture. Si tu lis du Proust quand tu réécris, tu vas te mettre à faire des phrases plus longues. Après, il y a des idées que je trouve chez d’autres qui me rendent presque jaloux et qui influencent peut-être mon style. Mais ce n’est pas que dans la littérature. J’ai vu il n’y a pas longtemps un film de Sébastien Betbeder, Deux automnes, trois hivers. C’est une histoire d’amour très construite, avec des panneaux contenant des phrases assez obscures en tête de chapitre. Sur le rythme, le découpage, le traitement des personnages secondaires, les digressions, j’ai trouvé ce film formidable. Si j’avais à écrire une histoire d’amour, je souhaiterais que cela ressemble à ce film. Sinon, un jour, j’aimerais bien essayer de détourner un genre littéraire. Prendre un polar et m’en emparer me tente bien par exemple. Pour répondre précisément à ta question, quand je tombe sur un livre qui me plaît, ça peut m’influencer, mais je n’ai plus vingt ans et je n’essaie plus de copier mes modèles. Je ne vais pas mettre des parenthèses partout pour faire du Philippe Jaenada, je n’essaie pas de raconter l’histoire de France à la façon d’un Paul Auster qui raconte l’histoire des Etats-Unis. Je n’en suis plus là.

As-tu l’impression d’avoir ton propre style ?

Ce serait présomptueux de dire cela, en tout cas, j’ai plus de facilité à le retrouver.

Je reconnais la patte Dudek. Pour toi, c’est un compliment ?

A ce stade, oui. Mais si dans quelques années je ne fais que me copier, si tous mes livres se ressemblent, je ne suis pas sûr d’être satisfait de moi.

A chaque fois que je lis une quatrième de couverture d’un de tes livres, je me demande quel est l’intérêt d’écrire cette histoire… et à chaque fois, je plonge et j’adore.

Il se passe tellement de choses dans une vie banale. J’aime raconter la vie quotidienne, les difficultés que l’on a à trouver sa place dans la société, les thèmes comme la solitude et la vieillesse. Tout ceci m’intéresse en tant qu’être humain.

Es-tu un auteur engagé ?

Je me sens juste concerné par ce qui m’entoure, par ce que je vois. Je suis révolté quand je vois des bancs anti-SDF près des gares. Le chômage, les combats que les gens mènent pour garder leur travail… tout ça me touche et c’est ce que j’ai envie de raconter. Il se passe un millier de choses intéressantes dans le quotidien. Je ne me vois pas partir sur des fresques monumentales.

Les drames que tu racontes font souvent sourire…

J’essaie de tout dédramatiser. Jean-Claude est assez emblématique de ma façon d’aborder mes personnages. C’est quelqu’un qui, à première vue, est assez dilettante et cool. Et plus tu grattes, plus tu trouves des failles. Il est malheureux parce qu’il est divorcé, qu’il n’élève pas sa fille, qu’il ne trouve pas de travail… il se réfugie dans les bars, les copains, mais cette ambiance-là, ça va bien cinq minutes. Soudain, il lui arrive un truc dans sa vie. Il a perdu son appareil photo et quelqu’un l’a retrouvé dans des circonstances assez étonnantes pour lui, il part dans cette aventure. Cela devient son odyssée personnelle.

Jean-Claude fréquente cette septuagénaire, Françoise, et commence alors une forte amitié très touchante.

Il y a cinq ans, j’avais déjà abordé le choc des générations et l’amour chez les personnes âgées dans une nouvelle. Je savais que j’y reviendrais à un moment donné. J’avais envie d’aborder le thème de la vieillesse à ma façon. C’est très personnel. Ma grand-mère vivait chez mes parents, elle était ma nounou et a beaucoup compté dans ma vie. Quand j’étais petit, elle m’emmenait chez ses copines de 70 ans. Je trouvais qu’elles avaient plein d’énergie. Quand j’ai commencé à écrire ce livre, il y a plein de souvenirs qui sont remontés. Le couple de vieux magiciens de mon livre, c’est la somme de plein de vieux couples que j’ai rencontrés et avec lesquels j’ai joué à la belote gamin.

Si tu es un peu taquin, tu ne te moques jamais de personne dans tes livres.

Je ne juge jamais les gens. Un libraire m’a dit récemment qu’il trouvait mes livres malicieux. J’étais content, car c’est ce qui caractérise le plus ma façon de voir la vie et ma façon de la raconter.

arnaud dudek,une plage au pôle nord,alma,interview

(Je me demande bien qui a pris cette superbe photo...)

Tes livres finissent toujours par une note d’espoir.

Oui, et par une fin ouverte.

Est-ce que ton œuvre te ressemble ?

Je suis fondamentalement optimiste. C’est un peu triste à dire, mais c’est le drame qui fait le sel de la vie. On se construit aussi par ses échecs… mais mon optimisme revient toujours à la surface à un moment où à un autre. Ça guide ma façon de voir la vie et également mon écriture. Mes livres me ressemblent donc pas mal…

On parle beaucoup de toi, tu as de la presse dithyrambique, mais tu ne vends pas encore beaucoup. Que penses-tu de ta condition d’écrivain ?

Je suis serein parce que j’ai un autre métier. Le but c’est que l’on continue à pouvoir me laisser faire ce que je veux. Tant que l’éditeur est content, qu’il aime mes livres, tant que j’ai l’impression de progresser avec lui, je serai satisfait. Etre édité, c’est aussi avoir la possibilité de travailler ses textes avec des professionnels. C’est aussi l’école de l’humilité. Mes deux éditeurs ont beau me publier et me faire confiance, ce n’est pas pour autant qu’ils me signent un chèque en blanc, en me disant que mon premier jet est formidable, alléluia ! C’est aussi : « On a aimé 95 %, il y a 5 % qui ne nous plaisent pas »… etc. Leurs remarques sont constructives et j’ai toujours l’impression d’avancer avec eux.

Dans ta façon d’écrire, veux-tu parfois désacraliser l’écriture ?

Ta formule est intéressante. Je veux surtout la décloisonner. Décloisonner, c’est ce qui m’avait marqué chez ma prof de français de seconde. Elle nous disait qui si les bouquins que nous lisions ne nous intéressaient pas, nous pouvions ne pas les finir. Elle m’a fait lire Pennac, Boris Vian… C’est ce qui m’a amené de nouveau aux livres quand j’étais lycéen.

arnaud dudek,une plage au pôle nord,alma,interview

Après l'interview, le 23 février 2015.

15 mars 2015

Luc-Michel Fouassier : interview pour Le zilien

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Luc-Michel Fouassier est un auteur qui n’a pas encore le succès qu’il mérite. Je m’évertue donc à le mandoriser à chaque fois qu’il sort un livre (voir là). Je n’aime pas le talent méconnu.

Son nouveau livre Le zilien m’a fait sourire souvent et même rire parfois (sur le dos du système de l’éducation nationale, certes, mais c’était assez jouissif, je dois dire). Il y a quelque chose de Pennac et de Toussaint dans cet auteur-là. J’espère vous donner envie de le lire, vous ne devriez pas être déçu.

Le 28 janvier 2015, Luc-Michel Fouassier est venu une nouvelle fois à l’agence pour évoquer ce61w1++QB62L.jpg roman très inspiré (par sa propre expérience… ou pas).

4e de couverture :

Survie et triomphe d’un enseignant dilettante.
Présentation de Jean-Philippe Toussaint
Dans ce roman résolument impertinent, qui nous décline l’année scolaire d’un enseignant remplaçant, l’humour – comme instrument de résistance aux casse-pieds en tout genre – joue pleinement sa partition.

L’auteur :

Luc-Michel Fouassier est maire-adjoint d’Ozoir-la-Ferrière, délégué à l'événementiel littéraire. Il organise dans cette ville les actions culturelles autour du livre. D'autre part, il a créé, en 2008, avec l'aide de Régine Deforges, le prix Ozoir'elles.
Il a collaboré à la revue littéraire Rue Saint Ambroise durant plusieurs années. A ce jour, il a publié deux recueils de nouvelles aux éditions Quadrature et trois romans aux éditions Luce Wilquin.

DSC0991nn4.JPGInterview :

Le zilien est ton cinquième livre. Dis donc, cela commence à constituer une œuvre. Et chaque livre est différent, dans le thème et dans la forme.

Si c’est pour écrire le même bouquin, ça ne m’intéresse pas. Il y a un point commun à chacun de mes livres, c’est que je suis attaché aux lieux. Un lieu m’inspire pour écrire plus qu’une histoire ou un personnage.

Dans Le zilien, le lieu se trouve être une école. Lieu que tu connais donc bien, parce que tu y exerces ta profession : professeur des écoles pour les CM1, CM2.

Oui, j’avais beaucoup de choses à dire sur ce qu’il se passe dans ce lieu.

Peux-tu expliquer ce qu’est un zilien ?

C’est un titulaire remplaçant qui vient remplacer les enseignants absents dans les écoles. C’est un poste qui peut être attribué à titre définitif. On peut rester zilien vingt ans ou même toute sa vie. Au début de ma carrière, j’ai été zilien durant trois ans dans le Val-de-Marne.

Le zilien de ton livre est dilettante, il n’a pas envie d’en foutre une… Ils sont tous comme ça ?

Non, je ne vais pas me fâcher avec cette catégorie professionnelle de l’éducation nationale. J’égratigne un peu ce métier, mais je pense que j’aurais pu écrire le même genre de livre si j’avais travaillé dans la banque ou dans n’importe quelle administration. J’ai écrit un livre sur l’attitude vis-à-vis du travail. Tout le monde prétend qu’il faut s’investir dans son boulot. Moi, je clame haut et fort le droit de ne pas s’investir dans son boulot. Il y a autre chose dans la vie. Moi, je préfère rester allonger dans mon lit à glandouiller et rêvasser, à lire. Je préfère ça que de me démener comme un dingue pour mon boulot. J’ai toujours eu beaucoup de méfiance/défiance vis-à-vis des gens qui se défoncent pour leur travail. Je fais une exception pour ceux qui sont passionnés, comme toi, par ce qui les fait vivre. Tu fais un boulot extraordinaire, donc je comprends, mais explique-moi comment on peut s’investir à fond dans la banque, dans le transport routier, dans l’éducation nationale ? On sacrifie forcément la lecture, les balades, la rêverie…

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Luc-Michel Fouassier, comme le zilien, dilettante?

Tu te sens proche du personnage principal de ton livre, le fameux zilien?

Oui, d’autant plus qu’il ne serait pas inefficace s’il avait une classe à lui à l’année. Quand il exerce lors de ses remplacements, il assure bien. Il est juste un pourfendeur du système de l’éducation nationale… et parfois un profiteur de ce même système.

Le directeur de l’école est tolérant et sympathique. Il laisse le zilien s’installer dans une partie de la bibliothèque pour y dormir le soir…

Il y a des personnes sympathiques dans ce milieu. J’ai voulu donner une palette de tout ce que l’on peut rencontrer dans l’éducation nationale. Il y a beaucoup de visions sur elle qui sont des images d’Épinal. En fait, ce milieu est un peu mou et pas toujours enthousiaste. Mais, encore une fois, il y a plein de gens différents.

Il y a un peu de folie dans ton personnage.

Moi, à un moment, j’ai essayé de faire des choses originales avec mes élèves, comme faire calculer la masse de matière fécale qu’un adulte pouvait laisser par an dans ses toilettes (on en était au mesure de masses !) ou faire tirer des pénaltys dans ma classe sur le tableau en guise de but (on était en pleine coupe du monde !), mais j’ai arrêté parce qu’on m’a emmerdé. Les gens n’aiment pas que tu sortes du cadre. On se prend trop au sérieux dans l’éducation nationale.

Revenons sur son aspect dilettante… pourquoi est-il ainsi ?

Etre dilettante est parfois une question de pudeur. Ça évite de complètement se dévoiler. C’est une protection, c’est de la survie. Quelqu’un de dilettante est parfois quelqu’un de plus profond, plus touché que les autres. Les dilettantes ont des sentiments très forts et exacerbés, parfois, alors qu’ils peuvent paraître surfer sur les choses. Je suis un peu comme mon personnage, mais j’essaie de ne pas le montrer.

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Tu n’as pas peur d’heurter ta hiérarchie avec ce livre ?

J’aimerais bien que des gens haut placé dans l’éducation nationale lisent ce livre et qu’il défraie la chronique. Je dis des vérités. Quand je parle des inspections, ça me rend fou. 99% des professeurs inspectés font leur petit numéro de pédagogie dès que l’inspecteur arrive. Je ne supporte plus cette comédie. Pourquoi tant d’esbroufe? Globalement, ce que font les professeurs tient la route, alors pourquoi tout ce cinéma ?

Mais, je reviens sur ma question. Tu n’as pas peur de perdre ton travail si l’éducation nationale prend mal ce livre ?

Je ne vais pas perdre mon boulot à cause de quelques égratignures. Si je me faisais taper sur les doigts, je prendrais cela comme mon prix littéraire. Ce serait mon Goncourt à moi.

Parlons de Jean-Philippe Toussaint. Il a préfacé ton livre. J’imagine ta fierté.

Je suis fou de cet auteur. J’adore sa décontraction littéraire ainsi que son exigence. Ça peut paraître paradoxal, mais son écriture est un mélange des deux. Quand j’ai écrit ce livre, j’ai vraiment pensé à lui. Quand je lui envoyé mon texte, j’ai même eu peur qu’il considère que je l’ai plagié stylistiquement. Il a vu les clins d’œil, mais il m’a dit qu’il a eu beaucoup de plaisir à lire mon roman. Il m’en a fait une critique minutieuse, presque ligne par ligne. Il m’a dit qu’il l’avait lu comme il relit ses propres romans. Il l’a lu au point de me suggérer d’enlever des virgules…

A ce point-là ?

Oui. Mon livre a été entièrement corrigé par Jean-Philippe Toussaint. Et il m’a écrit une présentation en guise de préface. Que cette interview soit encore l’occasion de le remercier !

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Avec Jean-Philippe Toussaint et Luc-Michel Fouassier, au Salon du livre d'Ozoir-la-Ferrière, le 26 octobre 2013.

Est-ce que le dernier livre est toujours le plus important pour toi ?

Non. Je reste attaché à tous mes livres. Les auteurs ont souvent tendance à comparer leurs livres à leurs enfants. Je n’échappe pas à la règle. J’ai écrit cinq bouquins, je n’en préfère aucun.

Tu as écrit deux recueils de nouvelles et trois romans. Tu attaques quoi après Le zilien ?

Le prochain est déjà prêt. Un recueil de nouvelles. Mais j’écris actuellement un roman qui traitera en partie de l’adolescence et particulièrement le rapport, père/fils.

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Pour terminer, parle-nous de la version musicale de ton premier recueil de nouvelles, Histoires Jivaro.

Je lis mes nouvelles accompagnées de deux musiciens, Jean Cailliez et Sébastien Logereau, deux clarinettistes confirmés. Un jour, j’ai fait une dédicace dans la librairie Le Pavé dans la Mare à Elancourt. Ces deux musiciens étaient là pour mettre en musique ma séance de signature. Ils m’ont dit qu’ils adoraient mes nouvelles et qu’ils aimeraient bien faire un spectacle autour. Ils ont écrit des micros morceaux qui sont inspirés de mes histoires. Ces morceaux sont joués avant, après ou pendant la lecture. Ce spectacle peut aller de 20 minutes à une heure trente.

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Après l'interview, le 28 janvier 2015.

11 mars 2015

Virginie Despentes : Prix Landerneau Roman 2015 pour Vernon Subutex

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virginie despentes,vernon subutex,prix landerneau roman 2015,interview,mandorVingt ans après Baise-moi, et cinq ans après avoir remporté le Prix Renaudot, Virginie Despentes vient de sortir Vernon Subutex. Il s’agit du premier tome d’une trilogie consacrée à l’errance, dans Paris et ses environs, d’un ancien disquaire expulsé de son logement. Très noir, ultra-contemporain, ce roman où l’on croise une galerie de personnages abîmés par les années, la drogue, le porno et la crise économique, vient de remporter le Prix Landerneau 2015 des Espaces Culturels E. Leclerc après avoir reçu un très bel accueil de la critique.virginie despentes,vernon subutex,prix landerneau roman 2015,interview,mandor

Pour le magazine des Espaces Culturels Leclerc, le 17 février dernier, j’ai rencontré Virginie Despentes à l’Hôtel des Saints-Pères, jusque à côté de sa maison d’édition. J'ai été très agréablement surpris par la gentillesse et la disponibilité de l'auteure. Sereine et n'éludant aucune question.

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virginie despentes,vernon subutex,prix landerneau roman 2015,interview,mandorBonus mandorien :

Vous vous êtes un peu inspirée de ce que vous avez vécu plus jeune, lorsque vous jouiez du rock ?

Je n’utilise jamais franchement quelqu’un comme modèle, ni moi, ni des personnes que je connais, mais je prends des choses à plein de gens différents

Dans ce livre, réglez-vous des comptes ?

J’essaie de ne pas. Les livres sont faits pour être lus par des lecteurs qui ne sont pas là pour connaître les coulisses de ma vie personnelle. Je sais régler mes comptes moi-même. Je peux être très agressive si on m’emmerde. Je n’ai pas besoin des livres pour régler mes comptes. D'ailleurs, quand je lis un roman de quelqu’un, je n’ai pas envie d’assister à sa toilette.

Aimez-vous tous vos personnages ?

Oui, parce que j’essaie de tous les habiter à un moment donné. Dans Vernon Subutex, il y a des personnages qui glissent vers le Front National et d’autres qui ont en eux l’ultra libéralisme un peu guerrier… ceux-là, j’y suis moins attachée. Bon, de toute manière, je le répète, je n’essaie pas de créer des personnages glorieux.

C’est la première fois qu’un sujet vous inspire autant. Mais de là à en faire trois livres…virginie despentes,vernon subutex,prix landerneau roman 2015,interview,mandor

C’est aussi que j’avais beaucoup d’argent grâce au Prix Renaudot, j’ai donc eu plus de temps pour l’écrire. Mon précédent roman, Apocalypse bébé, je pense que j’aurais pu le déployer beaucoup plus, mais bon, à un moment, il faut que je devienne pragmatique. J’avais un an de retard et j’étais à sec totalement. Ça compte les soucis financiers. Là, je suis dans une tranquillité que je n’avais jamais connue.

Vous n’avez pas peur de lasser en sortant trois volumes conséquent à partir de la même histoire ?

Si. J’ai peur que les lecteurs ne me suivent pas. Mais, pour moi, c’est génial. J’ai mis plein de personnages et je tire les ficelles. J’ai une idée claire de ce qu’il va leur arriver et c’est jubilatoire.

Vous n’avez pas besoin d’être dans l’urgence et dans le malheur pour écrire ?

Non, au contraire. Quand on est vraiment mal et que l’on se débat, on peut écrire des petits textes, mais pas un roman. Il faut un peu de calme pour être centré et concentré. Moi, je marche comme ça, en tout cas.

Vous êtes plus optimiste que vos romans le suggèrent.

Je vois toujours la jeune génération avec espoir. Je veux voir ce qu’elle fait et j’espère.

Avez-vous de l’appréhension quand vous sortez un livre ?

Non, j’ai de l’appréhension uniquement quand je l’écris. Quand ça sort, c’est joué. Je ne peux plus rien faire.

Quand on reçoit un prix, on ressent quoi ?

J’ai entendu Maxime Chattam récemment dans une interview à la télé. Il expliquait que l’on peut s’en passer, mais qu’il est inutile de nier que lorsque ça vient, c’est très agréable. Parce que ça te conforte dans le fait que tu as raison de faire ce métier et que, parfois, tu gagnes même de l’argent. On doute souvent de ce que l’on écrit, alors qu’un jury te dise qu’il aime, c’est réconfortant.

virginie despentes,vernon subutex,prix landerneau roman 2015,interview,mandorVous avez beaucoup de fans. Vous êtes un peu comme une rock star.

Dès qu’on a des lecteurs, on a des fans.  Ça ne veut pas dire que la personne qui aime ce que tu fais est un imbécile. C’est un rapport intime et j’ai beaucoup de respect pour ceux qui aiment mon travail. Parfois, c’est juste gênant parce que je ne sais pas quoi leur dire, mais par contre, je me mets à leur place, parce que moi, je donnerais n’importe quoi pour diner avec James Ellroy. Il m’impressionne. Le rapport lecteur/fan est parfois très intense. Je ne peux pas critiquer cela, parce que je pourrais le vivre moi-même.

Aimez-vous les interviews ?

Oui, j’aime bien parce que je m’adresse à des gens différents à chaque fois. Ce qui est compliqué, c’est qu’on donne les interviews d’un coup dans un temps très proche. Au bout d’un moment, on a peur de se répéter. Pour moi, c’est plus dur en radio et en télé. Si j’en fais quatre dans la semaine, je suis épuisée. Pour Vernon Subutex, je n’ai pas fait de télé. C’est faux la télé et on n’a jamais le temps de s’exprimer.

Avec le statut que vous avez, vous pouvez vous permettre de refuser tel ou tel programme.

Oui, mais il faut faire ce qu’il faut pour que les lecteurs sachent qu’un nouveau livre est là et qu’ils sachent à peu près de quoi il parle.

Vous sentez-vous privilégiée de faire ce métier ?

Oui, parce que c’est un métier où on ne peut pas me virer. Je peux disparaître, mais on ne peut pas virer Virginie Despentes pour la remplacer. Parce que je suis moi et que personne ne peut l’être mieux que moi (rires). C’est génial comme sensation !

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Après l'interview, à l'Hôtel des Saints-Pères, le 17 février 2015.

06 mars 2015

Fanny Chiarello: Prix Landerneau Découvertes 2015 pour Dans son propre rôle

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