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27 octobre 2014

Le club des cinq : Julien Blanc-Gras, Richard Gaitet, Bertrand Guillot, Guillaume Jan et François Perrin

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Openmag.jpgPour le journal Open Mag (le gratuit offert dans toutes les Fnac de France) daté du mois d’octobre 2014, j’ai voulu rendre hommage à cinq auteurs qui forment un club (sans en former vraiment). Ils s’en défendent, mais j’estime qu’ils pourraient allègrement être à l'origine d'une nouvelle école littéraire.

Julien Blanc-Gras, Richard Gaitet, Bertrand Guillot, Guillaume Jan et François Perrin sont des amis/écrivains aux tons, aux styles et aux sujets originaux et modernes. Je suis ces cinq bons vivants, pour la plupart, depuis le début de leur « carrière » littéraire.

(Et je les aime beaucoup humainement.)

Au passage, voici les dernières mandorisations de Julien, Richard, Bertrand, Guillaume et François (et la participation amicale de Philippe Jaenada.)

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18 octobre 2014

Bernard Werber : interview pour La voix de la Terre

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(Photo : Le Point)

11389-650x330-bernard-werber.jpgBernard Werber sort le 3e volume de la trilogie Troisième humanité, La voix de la Terre.

Je l’avais déjà mandorisé pour le premier tome.

Rappelons qu’à l'origine de l'ensemble du projet, il y avait cette question simple (mais finalement très complexe): Quel est le point de vue de la planète TERRE, elle-même, sur le comportement des hommes envers elle?

Selon l’auteur, « la meilleure manière de faire comprendre une autre écologie serait d'imaginer une communication directe avec ce sur lequel nous marchons. Nous aurions ainsi enfin accès à ce que pense la Terre des hommes qui la saupoudre. Pour elle, nous sommes une espèce jeune, envahissante, dépourvue de système d'autorégulation, mais avec d'immenses potentiels dus à la maitrise des technologies, notamment de communication et de voyage dans l'espace ».

Dans ce 3e volume, l'histoire de notre espèce va faire un bond en avant même si ce bond se fera au prix de l'affrontement de menaces venant de l'espace (astéroïde) ou des tensions internes (3e guerre mondiale). Mais n'est-ce pas ainsi que se crée l'Evolution ?

A l’occasion de cette sortie évènement, j’ai posé quelques questions à Bernard Werber, dans un café parisien, le 19 septembre dernier. Voici le fruit de cette interview publié dans Le magazine des Espaces Culturels Leclerc, daté du mois d'octobre 2014 (avec ensuite un bonus mandorien).

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Pour ceux qui n’arrivent pas à lire l’intro, comme je ne fournis pas de loupe, la voici en plus lisible.

La saga des micro-humains commencée avec "Troisième humanité" se poursuit sur fond d'apocalypse. Alors qu'une 3e guerre mondiale se profile à l'horizon, Gaïa, la Terre, semble vouloir se rebeller contre ses habitants. Dans la "La Voix de la Terre", on retrouve David Wells (descendant d’Edmond Wells) et Aurore, mais aussi de nouveaux personnages qui vont recréer le lien avec la planète grâce à la mise au point d'une communication par l'entremise des pyramides. Rencontre avec Bernard Werber qui sort son 20e livre en 23 ans de publication.

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Bonus mandorien:

Vous souhaitez émerveiller les autres avec ce qui vous émerveille ?

Mettre ma pensée dans quelque chose qui va me survivre, comme des livres, me fascine. Les gens reçoivent cette pensée et elle se met à vivre. Le mot écrivain me semble une réduction de cette activité qui consiste à lancer des idées, à les faire vivre et à les présenter de manière amusante. Je me vois plus comme un raconteur d’histoires et un diffuseur d’idées.

Vous êtes observateur du monde et de la vie des gens, m’avez-vous dit un jour…ce qui nourrit vos romans.

La fonction d’un romancier, c’est de prendre ce qu’il y a autour de lui pour fabriquer un produit qui n’est pas la même chose. Un peu comme les abeilles font avec le pollen pour fabriquer du miel. Moi, j’utilise ce pollen pour en faire mon miel. Le miel, il faut qu’il soit le plus pur possible pour que ce soit le plus agréable possible à consommer. Pour ma part, il y a une jouissance à prendre le pollen et une jouissance à faire le miel. L’extrême jouissance, c’est quand je vois le consommateur satisfait. Tout cela fait partie d’une chaîne où tout prend sa place avec harmonie. Quand je regarde le monde, j’ai la même jouissance et la même gourmandise qu’à une abeille regardant un parterre de fleurs.

C’est quoi être écrivain ?

C’est une passion. Je crois que plus j’ai de plaisir à écrire, plus le lecteur aura de plaisir à lire mes livres. Le livre est un objet de plaisir à fabriquer et à consommer. Il ne doit pas y avoir d’efforts ni à la création, ni à la lecture. Tout ça doit se passer de manière fluide. Il faut que l’écrivain se mette dans un état particulier, qui est peut-être un état de transe dans lequel les choses se font et arrivent toutes seules. S’il y a un effort intellectuel pour séduire le lecteur, là, on est out. Il faut juste arriver à transmettre de l’émotion. Au bout de 20 ans de métier, je n’ai plus la préoccupation de la technique, je n’ai plus que celle de la transmission d’émotions.

Vous arrive-t-il de décrocher ?

Non, l’écriture est pour moi pratiquement une maladie. Je suis tout le temps hanté par mon roman en cours. Je regarde tout ce qu’il se passe autour de moi pour voir si ça peut devenir une scène du livre. Quand je rencontre des amis écrivains, j’ai tendance à leur raconter mon roman pour voir si ça les intéresse. Pareil pour mon entourage.

Vous travaillez tous les jours de huit heures à midi et demie. Vous ne dérogez jamais à cette règle?

Je ne me repose jamais. Mais je trouve le repos dans l’écriture. Quand mes personnages se reposent, je me repose. Pour moi, être écrivain n’est pas un métier, c’est une vie entière.

Avez-vous parfois l’angoisse de la page blanche ?

Non, mais je fais toujours beaucoup de romans avant d’aboutir au bon. Par exemple, j’ai écrit quinze La Voix de la Terre. Chacune des versions faisait 500 pages. Chez moi, l’écriture et les idées viennent facilement, mais les premières versions ne sont jamais bonnes.

Un livre de Bernard Werber est donc le best of de quinze précédents, c’est ça ?

Disons que c’est le meilleur de ce qu’il y avait dans les quinze versions. Il faut être patient. J’ai un débit de dix à quinze pages par jour. Je vois le travail d’écrivain comme un marathon. Il y a un rythme à trouver, une fois que l’on a trouvé ce rythme, on est bien dedans.

Quel est l’objectif d’un auteur ?

Sans hésiter, de plaire aux lecteurs. La fonction d’un bon livre est d’être un divertissement, ce n’est pas d’être une zone expérimentale. Dans chacun de mes romans, il faut une montée dramatique, une structure chronologique et des clins d’œil, comme l’encyclopédie d’Edmond Wells qui revient de livre en livre. Il faut faire de la nouveauté dans la continuité. Mais au fond, la seule question que je me pose, c’est : comment transmettre une prise de conscience sur la planète et comment faire vivre mes personnages ?

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Le 19 septembre 2014, après l'interview...

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14 octobre 2014

Catherine Locandro : interview pour L'histoire d'un amour

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Avec Catherine Locandro, l’amour n’est jamais tout à fait un fleuve tranquille. Mais, il est toujours majestueux, malgré les nombreuses vagues tempétueuses (les sentiments, peut-être…) Dans L’histoire d’un amour, il est question du poids du secret, de l’inégalité de l’oubli entre deux personnes, de l’impossibilité de faire le deuil d’un amour parce que « l’autre » est une célébrité qui ne cesse d’occuper les petits écrans. (Il s’agit de Dalida.)

Catherine Locandro, à l’écriture si délicate et sensible, nous offre un roman émouvant et profond. Qui devrait toucher tout le monde.

Pour sa deuxième mandorisation (la première est à lire ici), l’auteure est passée à l’agence le 15 septembre dernier.

CVT_HISTOIRE-DUN-AMOUR_6607.jpeg4e de couverture :

Au comptoir de l’Alfredo, en face du lycée où il enseigne la philo, Luca lit La Repubblica. Ce matin-là, un article le ramène en 1967 lorsque, figurant pour une émission de variétés de la RAI, il croisa la Chanteuse. S’ensuivit une liaison, aussi ardente que brève, avec cette diva tristement célèbre pour sa tentative de suicide après la mort tragique de son compagnon. Une passion qui fit de Luca un homme à part, à distance du monde. Les révélations de ce journaliste lui offrent la chance de reprendre son existence en main.
Au gré d’évocations romaines – les ruelles bruyantes du Trastevere, la boucherie-triperie de la Via della Scala –, Catherine Locandro nous livre un roman sur la perte amoureuse et le poids des secrets, tout en délicatesse et émotion.

 

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L'auteure : Catherine Locandro est née à Nice en 1973 et vit actuellement à Bruxelles. Elle travaille dans le domaine de l’audiovisuel lorsqu’elle publie son premier roman, Clara la nuit, qui remporte le prix René Fallet en 2005. Cette scénariste – primée en 1997 pour L’Amour est à réinventer, dix histoires d’amour au temps du sida – publie son quatrième roman chez EHO, après Les Anges déçus (2007), Face au Pacifique (2009) et L’Enfant de Calabre (2013).

DSC09414.JPGInterview :

Il faut oser appeler son livre, « L’histoire d’un amour ». Ça peut paraître un peu banal comme titre…

Cela fait référence à la chanson de Dalida, mais j’aimais aussi le côté très simple et direct de cette phrase. Elle dit tout.

C’est l’histoire d’un amour complexe, bref, mais intense entre Dalida et un jeune garçon.

Dalida était une femme qui m’intéressait, pas forcément musicalement, mais humainement. Je trouvais que derrière le côté kitch, paillettes, disco, se cachait quelqu’un de sensible et romanesque. Elle a vécu une série de tragédies dans son existence. Toute sa vie, elle a été poursuivie par la mort et des évènements très sombres. Le contraste entre le côté lumineux de cette femme et la face noire de son existence me touche terriblement. Je trouve que sa vie raconte quelque chose. Et puis, elle est comme moi… d’origine calabraise. Sa part sombre, je l’appelle "sa part calabraise".

"Histoire d'un amour".

Personnellement, j’ai toujours eu l’impression qu'elle n’avait 10552414_947596028590513_4158142782153683274_n.jpgque cette face sombre lorsqu'elle n'était plus en représentation à la télé ou sur scène.

Je ne suis pas une grande spécialiste de Dalida, j’ai simplement lu quelques livres sur elle pour pouvoir écrire cette histoire sans trop trahir la réalité, mais j’ai l’impression qu’elle était en recherche permanente de quelque chose. Peut-être ne savait elle pas elle-même de quoi. En tout cas, elle essayait de comprendre qui elle était et essayait de comprendre le monde qui l’entourait. C’est quelqu’un qui lisait beaucoup, Freud, Jung… elle avait soif de connaissances. Je pense qu’elle avait le regret de ne pas avoir fait d’études. Toute sa vie, elle a cherché à atteindre un niveau intellectuel conséquent. Se remettre en question en permanence, je trouve cela remarquable.

Tu racontes son histoire d’amour entre elle qui a 36 ans et Luca qui n’en avait que 22.

Luca était un garçon d’origine napolitaine issu du milieu populaire romain. Il partageait avec la chanteuse le regret de ne pas avoir fait d’études. C’était un jeune homme rêveur et un peu idéaliste. J’imagine que quand il a croisé cette femme-là, cela a été un choc total.

C’était la confrontation de deux mondes.

Avec elle, il va accéder à un environnement qu’il n’aurait jamais pensé approcher. Cette femme plus âgée que lui et le monde qu’il découvre l’ont complètement bouleversé. Il fonce dans cette histoire parce qu’il est tombé éperdument amoureux d’elle. Quand ils se rencontrent, c’est une femme très abimée, complètement détruite. Son précédent amant italien, que j’appelle « le poète », vient de se suicider et elle-même vient de tenter d’en faire autant. Il pense qu’il peut la comprendre et l’aider, malgré toutes leurs différences.

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Luca était courageux. Par exemple, malgré l’interdiction de Dalida, il vient la rejoindre chez elle un soir de Noël, alors que toute sa famille est réunie.

Il l’aimait tellement qu’il pensait que tout ce qui était autour ne comptait pas. Cette connexion qu'il y avait entre eux l’obnubilait et il s’imaginait qu’elle pouvait vaincre tous les obstacles.

Que cherchait Dalida dans cette histoire ?

Je pense qu’elle cherchait quelqu’un à qui parler. En cette période de drames, ses proches étaient très inquiets pour elle et extrêmement protecteurs aussi. Elle devait se sentir isolée. Avec ce garçon, elle a enfin pu parler. D’ailleurs, d’après ce que j’ai pu lire sur cette histoire, c’est que le côté charnel et passionnel n’a pas duré très longtemps pour elle. Elle aimait le voir et discuter avec lui, cela lui suffisait. La fraicheur, la pureté et l’innocence du jeune garçon lui ont fait beaucoup de bien. Je présume qu’elle a eu une vraie affection pour lui.

Dalida 1.jpgElle a compris qu’elle allait lui faire du mal, donc elle a arrêté leur histoire pour ne pas le faire souffrir.

Oui, mais ce n’est pas la seule raison. Il y a eu un évènement peu connu du grand public avec ce jeune garçon qu’on ne va pas révéler ici, mais que je relate dans le livre. Je ne connaissais pas non plus ce fait grave et important, mais je l’ai découvert en lisant un article dans un journal.

Pourquoi raconter cette histoire ?

Je savais que j’avais envie d’écrire autour de Dalida, mais je ne voulais pas faire de biographie. J’ai commencé à chercher et je suis tombée sur l’article italien dont je viens de te parler. Cette histoire très courte a eu des conséquences terribles pour la chanteuse, à cause de ce que je ne veux pas vous dévoiler ici. Elle a décidé de le quitter, mais a insisté pour lui payer ses études.

L'histoire de Luca âgé, c’est la partie inventée du livre ?

J’ai imaginé cet homme, trente ans plus tard, au courant de rien, qui ouvre son journal et qui tombe sur cet article. Il comprend que l’histoire qu’ils ont vécue a compté pour elle. J’ai imaginé la journée qu’il a pu passer après avoir lu cet article.

Il vit encore ce Luca ?

Je ne sais pas. Je n’ai pas voulu faire un travail d’investigation. Je voulais me laisser cette part de liberté. Je me suis basée sur tout ce que je savais du Luca de vingt ans et de leur histoire, ensuite, j’ai inventé le Luca de cinquante ans.

Tu sais qu’il peut tomber sur ton livre…

Oui, ça peut arriver. Ce serait quelque chose de très émouvant pour moi.

Tu le décris comme un homme qui n’a jamais pu vraiment passer à une autre histoire,864011articleDalida.jpg malgré son mariage avec Maria.

J’ai imaginé qu’il avait gardé cette histoire secrète au point de n’en avoir jamais parlé à personne. J’ai poussé la thématique du secret jusqu’au bout, ce qui m’a permis de développer  les conséquences qui en découlent dans une vie et la manière dont cela peut bouleverser un destin.

Le poids du secret est un thème que l’on retrouve dans toute ton œuvre.

Pour un romancier, je trouve que c’est quelque chose de fabuleux. C’est la porte ouverte à beaucoup d’intrigues et de rebondissements.

Autre thème développé : le deuil impossible d'un amour.

Ça m’intéressait d’explorer cette idée-là. Il ouvre sa radio, il entend sa voix. Il regarde la télé, il tombe sur elle… comment peut-on vivre avec l’image permanente de celui ou celle que l’on a aimé ? C’est impossible d’oublier.

Quand elle a chanté la chanson de Pascal Sevran, « Il venait d’avoir 18 ans », elle devait songer à lui, non ?

C’est ce que je me suis dit. Elle devait forcément penser à cette histoire. Et lui a dû se demander si cette chanson était liée à lui ou pas.

"Il venait d'avoir 18 ans".

Tu fais référence au frère de Dalida, Orlando, lors de la fameuse soirée de Noël ou Luca rejoint la famille sans y être invité. Est-il au courant de la sortie de ce livre ?

On ne lui a pas demandé l’autorisation d’écrire cette histoire, en tout cas. Le livre lui a été envoyé. Maintenant, est-ce qu’il l’a lu? Je n’en sais rien. En même temps, je n’ai rien raconté de plus que ce que lui-même a déjà raconté sur cette soirée de Noël.

On sent que tu as de l’empathie pour Dalida.

J’en ai toujours eu, même si mes goûts musicaux ne vont pas vers son œuvre. Dalida est une figure familière, voire familiale, pour moi. On l’écoutait beaucoup à la maison et ses origines calabraises flattaient un peu l’ego de ma famille. J’avais un avis positif sur cette femme et j’avais envie d’en savoir plus. Quand je suis tombée sur cette histoire d’amour, j’y ai vu un moyen de partir de quelque chose d’intime pour aller vers l’universel. Il y a tout : la rencontre, le coup de foudre, la rupture… ça concentre beaucoup de sentiments.

Dans la vie de Dalida, trouves-tu des résonances avec ta propre vie ?

Par certains aspects oui. Cette quête de comprendre les choses et de se dépasser. On a tous vécu des histoires d’amour compliquées et on a tous eu dans la tête des personnes qu’on a eu du mal à oublier.

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Le 15 septembre 2014, après l'interview.

30 septembre 2014

Vincent Brunner : interview pour Platine

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J’ai travaillé avec Vincent Brunner dans un journal culturel. J’aimais bien le croiser et j’avais beaucoup de respect pour ce qu’il écrivait. Un vrai journaliste rock qui savait de quoi il parlait (ce qui n’est pas systématique). Je suis donc de près ses publications littéraires. Je l’ai déjà mandorisé pour un livre sur Jimi Hendrix. Cette fois-ci, il sort son premier roman. Platine est un livre « jeunesse ». Bien, le jeune que je suis a donc beaucoup apprécie lire ce livre sur la transmission, le travail de deuil, la musique rock, l’amour, l’amitié… notamment.

Le 10 septembre dernier, Vincent est venu me voir à l’agence…

vincent brunner,platine,interview,mandorRésumé :

Eva est en seconde. Elle ne vit que pour la musique, le rock. Un jour, ses grands-parents lui confient un sac de vieux disques vinyles ayant appartenu à son père biologique, décédé juste avant sa naissance. Bouleversée par ces disques, elle est exclue trois jours de son lycée après avoir agressé l'une de ses camarades. Trois jours qui lui permettent de réfléchir et de comprendre que ce père, dont elle partage la passion de la musique, fait bien partie d'elle et qu'elle doit accepter d'en faire le deuil.

L’auteur :vincent brunner,platine,interview,mandor

Vincent Brunner est journaliste, spécialisé dans la musique et la bande dessinée. Il a été chef de rubrique musique des Rolling Stone pendant trois ans et a écrit plusieurs ouvrages sur des chanteurs, notamment En quarantaine, avec/sur Christophe Miossec (Flammarion) et Bob Dylan au-delà du mythe (City).

Il est co-créateur de Tout est vrai (ou presque), diffusé sur Arte tous les soirs à 20h45.

Actuellement, il écrit sur la musique pour divers magazines (VSD, Spray, KR Homestudio, Beachbrother, Snatch).

vincent brunner,platine,interview,mandorInterview :

Ce livre est ton premier roman. Pourquoi un roman jeunesse ?

Concernant Platine, je n’avais pas anticipé le fait qu’il soit dans une collection jeunesse. En fait, j’avais écrit un roman mettant en scène un détective, un peu pastiche. Je l’avais fait lire à Gaëlle Lassée, éditrice chez Flammarion, avec qui on a fait Rock Strips et Sex & Sex & Rock & Roll. Elle l’a passé à une de ces amies, Céline Vial, qui travaille dans la même maison d’édition, mais à la jeunesse. Elle n’a pas pris le roman parce qu’elle considérait qu’il n’était pas pour cette tranche d’âge, mais elle m’a indiqué qu’elle en cherchait, notamment autour de la musique. Alors que je discutais avec elle au téléphone, j’ai trouvé le pitch immédiatement… ensuite, ça m’a demandé deux ans de travail.

Incorrigible que tu es, du coup, dans ce roman, tu leur communiques une certaine culture rock.

Même si je me suis efforcé de mettre aussi des groupes de « mauvais goût ». Eva est une grande fan de My Cheminal Romance, qui n’est pas un groupe jugé noble par la critique, loin de là. J’ai essayé de me mettre à la place d’une jeune fille de 16 ans, même si c’est difficile. Qu’est- ce qu’une gamine peut écouter comme rock’n’roll ?

L’étiquette « roman jeunesse » est parfois lourde à porter. Disons qu’on n’a pas le même public.

Je connais plein d’illustrateurs qui font des albums pour la jeunesse. J’ai lu des livres qui sont sortis dans la collection Tribal, j’ai pu constater que livres pour la jeunesse ne signifient pas puérils, au contraire. Je suis dans une collection qui frise le « jeune adulte ». Joann Sfar a bien démontré que ce n’est pas parce qu’on parle à des enfants qu’il faut les prendre pour des débiles. Comme j’ai choisi la première personne pour raconter, ma peur principale était d’être à 10 000 années-lumière du langage des jeunes d’aujourd’hui.

Est-ce compliqué de se mettre dans la peau d’une jeune ado?

Je me suis lancé dans un jeu de rôle. Ce dialogue intérieur d’Eva n’a pas été la principale difficulté. Dans le travail d’écriture, il y a eu quelques réaménagements par rapports à certains comportements des parents. J’ai eu presque plus de mal à les faire agir et parler de manière crédible. Je m’inquiète sur mon cas, parce que j’ai eu plus de facilité à trouver la voix d’Eva… et, ça ne t’as pas échappé, je n’ai rien d’une jeune fille de 16 ans.

Tu te demandes si tu n’es pas plus un ado qu’un adulte ?vincent brunner,platine,interview,mandor

Je n’ai pas d’enfant. Je dois être plus proche, de par mes goûts et mon mode de vie, d’un ado qu’un adulte.

Ton héroïne, Eva est un peu énervante comme ado, non ?

On me le dit souvent. En même temps, sa mère n’est pas exempte de reproches. Elle est un peu folle. Il n’y a que son beau-père, Richard, qui est normal et gentil. Mais bon, Eva progresse dans le livre.

Toi, tu as aimé tes années lycées ?

Je n’ai pas détesté. J’étais sociable. J’avais une vie et des copains, mais j’avais déjà la musique qui prenait beaucoup de place. Je n’avais pas les goûts de la majorité alors, je m’adonnais à cette passion en solo. J’écoutais bien sûr beaucoup de rock, mais aussi pas mal de rap.

Il est question de vinyles dans le livre.

Je trouvais intéressant ce passage de relais entre deux générations de mélomanes. Aujourd’hui, les gamins ont leur MP3. Ils s’échangent les disques par fichiers ou par clé USB. A l’époque, il y avait une magie avec les vinyles, mais Eva, elle n’en a rien à cirer. Nous, on écoutait les chansons en regardant les paroles et la pochette, aujourd’hui, les gens écoutent une chanson plus qu’un album en intégralité et se foutent de l’emballage.

My Chemical Romance: "Na Na Na".

J’ai vu circuler sur internet une playlist basée sur les références musicales de ton livre.

Ce n’est pas moi qui en suis à l’origine. Ce sont les gens de Shut Up and Play The Books qui ont fait ce travail. Ils ont fait ça de manière exhaustive et c’est génial. Toutes les chansons sont dans mon livre.

Écris-tu en musique ?

Oui, souvent. J’ai écrit Platine souvent le soir et écouter du rock permet de garder une dynamique et de rester dans l’énergie.

Quel plaisir a le journaliste que tu es à écrire un roman ?

Le plaisir de développer des personnages et qu’ils finissent par exister chez les gens. C’est jubilatoire d’avoir son théâtre de marionnettes. En fait, dans ma vie professionnelle actuelle, je suis de moins en moins journaliste et de plus en plus auteur. Je vais essayer d’impulser plus de projets dans la fiction.

Dans ta jeunesse, tu aimais le rock et la BD. C’est formidable, parce que tu en as fait ton métier…

Ce que j’aimerais devenir aussi, c’est scénariste de bande-dessinée. J’essaie de concrétiser.

Tout est vrai (ou presque) : Johnny Cash.

Parle-nous de la pastille d’ARTE dont tu es l’un des trois créateurs avec le réalisateur Udner et Chryde, Tout est vrai (ou presque), qui est diffusée tous les soirs à 20H45.

C’est une biographie en trois minutes de personnalités très connues vu par des petits objets. Je dirige le pool des auteurs. Je coécris avec une petite dizaine d’auteurs les 40 épisodes  et Udner intervient après. C’est une superbe expérience… le rythme est soutenu mais on s’amuse beaucoup.

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Avec Vincent Brunner, après l'interview, le 10 septembre 2014.

27 septembre 2014

Grégoire Delacourt : interview pour On ne voyait que le bonheur

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DSC09198f.JPGDeuxième interview/mandorisation de Grégoire Delacourt (voir la précédente pour La première chose que l’on regarde). Son nouveau livre, On ne voyait que le bonheur, fait beaucoup parler de lui, car l’auteur a modifié sensiblement son écriture. Elle est peut-être un peu plus grave, profonde… disons, un peu moins légère. Quitte à déstabiliser ses lecteurs habituels. Un auteur a besoin d’évoluer, de « capturer » de nouveaux lecteurs, de se prouver qu’on peut sortir de ses habitudes littéraires, même si elles ont fait leur preuve. Pour Le Magazine des Loisirs Culturels Auchan, je suis allé à sa rencontre dans un hôtel de la capitale. C’était le 25 juillet dernier.

(Après l’interview publiée, je vous propose un petit bonus. Nous revenons notamment sur les déboires qu'il a eu avec la comédienne Scarlett Johansson.)

(J'en profite aussi pour annoncer que j'animerai un café littéraire avec Grégoire Delacourt le 27 mars prochain à la Ferme Pereire d'Ozoir-la-Ferrière).

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Bonus mandorien :

Vous écrivez : « Grandir, c’est comprendre qu’on n’est pas autant aimé que ça »…

Ça correspond aussi à l’idée que je suis devenu orphelin en écrivant le livre. Ma mère est décédée quand j’ai écrit L’écrivain de la famille et comme je vous l’ai dit tout à l’heure, mon père est mort quand je venais de finir celui-ci. Je me suis dit que plus personne ne va m’aimer de cet amour-là. De cet amour d’enfant. De cet amour qui nous a fait grandir. Je crois qu’on n’a pas tant aimé que ça, parce que les gens nous quittent.

Pourquoi ce titre, On ne voyait que le bonheur ? J’aurais tendance à dire « On ne voyait que le malheur ».

Dans les albums photos, il n’y a que des clichés de gens heureux. On ne veut voir et montrer que le bonheur. On ne voit que ça parce que ça nous arrange. Derrière certaines photos, en fait, ça gronde. Il n’y a jamais de photos où le malheur est présent. Vous avez déjà vu une maman qui crie ou un papa qui casse un verre de rage? On ne montre que les jolies choses. Avec ce titre, j’ai voulu montrer qu’une famille, c’est une grenade qui peut se dégoupiller malgré les sourires et les apparences. Dans notre société, on se doit d’être une famille heureuse. La pub, les films et les contes de fées racontent ça. Il n’y a pas que le bonheur dans notre monde.

grégoire delacourt,on ne voyait que le bonheur,interview,le magazine des loisirs culturels auchan,mandorJe vais terminer avec l’affaire Scarlett Johansson. Elle a attaqué conjointement les Éditions Lattès et vous pour «violation et exploitation frauduleuse et illicite de son nom, de sa notoriété et de son image, au mépris de ses droits de la personnalité pour les besoins de la commercialisation et de la promotion d'un ouvrage qui contient de surcroît des allégations attentatoires à sa vie privée ». La comédienne a réclamé ainsi la somme de 50.000 euros de dommages et intérêts et l'interdiction de la cession des droits de reproduction et d'adaptation de l'ouvrage, ainsi que de toute utilisation de son nom. Ça s’est bien terminé pour vous puisqu’elle a été déboutée de toutes ses demandes (mais obtient néanmoins 2500 euros de dommages et intérêts pour atteinte à la vie privée), mais vous avez été touché ?

Ça m’a touché parce que c’était un livre bienveillant autour d’elle. Moi, je rêvais d’aller plus loin avec elle, en faire un film et qu’elle le réalise. J’ai été un peu blessé parce que ça a été le contraire qui s’est produit. Je ne suis pas sûr qu’elle ait lu le livre parce qu’il n’est pas sorti en anglais. On a dû lui rapporter des choses malveillantes. C’est une fille qui souffre qu’on la prenne pour elle, je ne comprends pas qu’elle attaque ce livre. Dans cette société, je trouve toujours suspect qu’on attaque, des artistes. Je n’ai rien dévoilé d’intime et il n’y a aucune information négative. De plus, je ne raconte pas son histoire. Ça a duré un an avant d’avoir le verdict.

Ca parasite un peu l’esprit, j’imagine.

Je suis étanche par rapport à ça, mais je trouve que c’est embêtant pour l’éditeur.  Elle avait des demandes tellement extravagantes. Elle a interdit les traductions, la possibilité de faire un film… ça bloquait aussi les pays qui voulaient acheter le livre, l’Angleterre, notamment, qui attendait le verdict. Scarlett n’a pas gagné, moi, je n’ai pas gagné...  c’est le livre qui a gagné. Tout le reste, c’est de la broutille. J’ai reçu beaucoup de courriers, de mots, de coups de fil d’écrivains qui étaient ravis de l’issue du procès. Ça conforte beaucoup de monde dans leur liberté, tant qu’elle n’est pas malveillante, de pouvoir se nourrir de la réalité. L’épisode est clôt. C’est beaucoup de bruit pour rien.

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Après l'interview, le 25 juillet 2014, à l'Hôtel Amour.

24 septembre 2014

Bertrand Guillot : interview pour Sous les couvertures

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bertrand guillot,sous les couvertures,interview,rue fromentin,mandor,openmagBertrand Guillot est une des plus intéressantes fines plumes des Lettres françaises actuelles. Outre le fait que je connais le jeune homme depuis quelques années, j’ai toujours été admiratif de son style. Écriture élégante, subtile, souvent drôle, Bertrand à l’art de faire mouche à chaque phrase... tout en délicatesse. Je suis heureux de l’avoir interviewé (le 20 août dernier) à l'occasion de ma première collaboration avec le journal OPENMAG. Je l’ai déjà mandorisé trois fois et c’est toujours un réel plaisir de passer du temps avec lui pour évoquer son amour de la littérature et son œuvre.

Bertrand Guillot écrit dans son nouveau livre Sous les couvertures : « Et si le grand livre, c’était celui devant lequel le lecteur se sent tout petit ? »

Et si le grand auteur actuel, c’était lui ?

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Un samedi soir, une librairie de quartier. Comme toutes les nuits, sitôt le rideau tombé, les livres s’éveillent et se racontent leurs histoires… Mais ce soir, l’heure est grave : les nouveautés viennent d’arriver, et les romans du fond de la librairie n’ont plus que quelques jours pour trouver un lecteur! 

Pour sortir par la grande porte, il leur faudra s’unir et prendre la place des best-sellers solidement empilés près de la caisse. Autant dire qu’ils n’ont pratiquement aucune chance…

L'auteur :

Bertrand Guillot est l'auteur de quatre ouvrages : le roman Hors-jeu (Le dilettante, J'ai Lu),  B.a, ba (Editions rue fromentin), son livre-reportage sur l’illettrisme et Le métro est un sport collectif (Editions rue fromentin), recueil de chroniques consacrées au métro parisien. Avec Sous les couvertures, il s'attaque au conte pour en faire roman d'une rare originalité.

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(Photo : Marie Planeille)

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Pendant l'interview.

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Après l'interview, le 20 août 2014.

18 septembre 2014

Richard Gaitet : interview pour Découvrez Mykonos hors saison

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(Photo : Blaise Arnold)

Crédit photo  Marie Planeille.jpgSon émission Nova book box est le juke-box littéraire de Radio Nova. « Une machine à lire qui balance des morceaux de littérature aussi variés, exigeants et inattendus que la playlist musicale de la station… » Du lundi au jeudi, de 22h à minuit, Richard Gaitet feuillète essais, romans, recueils de poèmes, BD et autres curiosités.

Il n’est pas qu’un excellent journaliste/animateur radio, il est également l’auteur de deux livres : Les heures pâles parues aux éditions Intervalles en septembre 2013 (sous le pseudonyme de Gabriel Robinson) et plus récemment, fidèle au même éditeur, Découvrez Mykonos hors saison.

Et c’est cette facette-là de sa vie professionnelle qui m’intéresse.

Richard Gaitet fait aussi parti d’un groupe de jeunes écrivains qui sont amis et qui se réunissent souvent. François Perrin, Bertrand Guillot, Guillaume Jan, Julien Blanc-Gras et Richard ne souhaitent pas former un groupe, ni une école, mais ils se trouvent des affinités littéraires et amicales. Et ils gèrent le Prix de la Page 111. Tous de bons vivants et de bons écrivains. Les noms importants de la littérature de demain. A mon avis.

Le 19 août dernier, Richard Gaitet est venu à l’agence pour une très longue interview.

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Mykonos, en Grèce.

Attirant chaque année près de 400 000 visiteurs, ce petit port paisible des Cyclades devient de mai à septembre un Eden touristique généreux en plaisirs universels (soleil, danse, fête, feta). Mais en mars ? Y-a-t-il seulement un club ouvert après minuit ?

Au hasard d’errances alcoolisées dans des rues blanches et désertes, deux pieds nickelés vont provoquer les dieux sans le savoir...

Entre fantaisie et comédie, cette épopée éthylique endiablée convoque aussi bien l’humour grand-guignolesque d’Hunter S. Thompson que l’art du mystère de la série Lost.

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Critiques :

Frédéric Beigbeder, Le Figaro Magazine :

 « Un pamphlet hilarant contre l’illusion hédoniste (...) Le passé pèse lourd, la crise économique n’en finit pas, seule la poésie nous venge de nos malheurs... et c’est ainsi qu’un séjour raté en mer Egée peut donner un petit bijou d’humour et de concision. »

Grazia :

« Un récit drôlissime (...) L’important quand on rate quelque chose, c’est de le faire en beauté. »

Libération :

« Un premier roman haletant où le lecteur aura toutes les peines du monde à démêler le vrai du faux et les visions d’ivrogne des véritables phénomènes surnaturels. » Sara Guillaume,

Daniel Fattore :

« Un anti-guide touristique (...) Amusant et plein de faconde hyperbolique (...) Atypique et rafraîchissant. »

François Perrin, TGV Magazine :

« Entre farce et thriller ésotérique, une passerelle est lancée. »

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Interview :

Raconte-moi ton parcours professionnel depuis que tu es arrivé à Paris.

Je suis arrivé en janvier 2004 à Paris pour travailler à Technikart. Ça a commencé par un stage de six mois qui s’est transformé en job de pigiste pendant deux ans et demi. Parallèlement, j’ai rencontré la journaliste qui a monté Standard, Magali Aubert. J’ai écrit deux papiers, puis elle m’a proposé de codiriger la rédaction. On a repensé ce trimestriel de culture et mode ensemble. Je me suis arrêté l’année dernière, mais j’ai fait ça pendant huit ans et demi. C’est le magazine à travers lequel s'est consolidée mon amitié pour François Perrin, Julien Blanc-Gras, Bertrand Guillot et Guillaume Jan. A Standard, j’ai compris mon rapport à l’information. Ça m’a aidé à me cultiver et à continuer à me nourrir de livres, de disques et de films. Comment bien en parler, aller en profondeur dans des dossiers thématiques ou de longues interviews… c’était une belle et très agréable éducation à l’information.

Pendant ce temps-là, tu as été aussi veilleur de nuit dans un hôtel deux étoiles du côté de la Madeleine.

Très peu de temps après, j’ai bossé à TPS Star. J’étais la « speakerine » de cette chaîne. Je présentais le film du soir pendant une minute trente. J’avais 100 % carte blanche. Je pouvais expliquer que le film n’était pas bien, mais qu’à un moment, il y avait une scène qui valait le coup.

Ensuite, tu as écrit deux ans pour le journal des abonnés de Canal+.

C’était très confortable parce que cela me demandait une semaine de travail par mois pour dire que le casting des films programmés était en béton armé et que la réalisation était virtuose. Ensuite, j’avais trois semaines avec un salaire assez confortable pour faire Standard.

Puis il y a l’aventure Nova...

Au printemps 2011, je reçois un coup de fil de cette radio qui cherchait de nouvelles voix masculines. Plusieurs personnes chez eux lisaient Standard et, par ailleurs, ils avaient eu vent de mon côté « cabot ». On m'a proposé de chroniquer des films. J’en ai fait quatre qui sont bien passées à l’antenne. Je suis ensuite parti avec eux couvrir le Festival de Cannes. Au retour, le directeur des programmes m’a dit qu’il avait bien aimé ce que j’avais fait. Il m’a proposé de lui suggérer de nouvelles idées d'émissions. Je lui ai soumis une dizaine de concepts qui ont tous été refusés. Et puis, un week-end à l'antenne, j'ai commencé à faire des parallèles entre la littérature et la musique. Si je dois désannoncer une chanson qui parle de rupture, est-ce que, dans ma bibliothèque, il y a une scène de rupture d'un livre que j’aime et dont je pourrais lire un paragraphe ou deux ? Après réflexion, le directeur des programmes m’a proposé d’animer du lundi au jeudi, de 22 heures à minuit, une sorte de "juke-box littéraire", qui est devenu la "Nova Book Box".

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C’est une sacrée belle école !

Je n'ai aucune obligation de suivre et de commenter l’actualité littéraire. Il faut que ce soit « le grand mix de Nova » adapté à la littérature, c’est-à-dire à toutes les époques,à tous les pays et à tous les styles, à partir du moment où ce que je lis à l'antenne correspond à Nova. Cette émission m’apporte un enrichissement extraordinaire. C’est une éducation personnelle et une formation intellectuelle permanente. Je poursuis ce que l’école ne m’a pas apporté à travers les films, les disques et les rencontres.

Te moques-tu parfois de certains auteurs ?

Non. Nous sommes dans une période de surproduction culturelle, il y a trop d’œuvres qui sortent. Quand il y a un livre-phénomène dont tout le monde parle qui me tombe des mains, je peux éventuellement en parler en des termes peu flatteurs, mais très rapidement, j’incite les auditeurs à lire autre chose. Les critiques négatives restent anecdotiques dans mon travail à Nova.

Quand on parle de livres tousles jours, qu’on est critique littéraire, est-ce que l’on flippe d’écrire et de publier des livres soi-même ?

Je ne suis pas critique littéraire. J’ai trop d’admiration pour ce travail. L'un des journalistes historiques de Nova, Rémy Kolpa Kopoul, grand passeur de musiques du monde, se définit comme « connexionneur ». Il établit des connexions entre les styles et les époques, entre autres. J’aime bien cette manière d’envisager son travail. Moi, je fais aussi des passerelles ou des collisions entre la musique et la littérature. J’aime lire des textes issus de « L’Anthologie de la subversion carabinée » de l’entarteur Noël Godin sur un instrumental hip hop de Talib Kweli, par exemple, ou essayer de déclamer en musique l’éloge funèbre d’un morpion par Théophile Gautier. Quand il y a un texte difficile, je m’amuse à trouver un moyen de le faire entendre de manière plus accessible. Mon travail est très ludique.

969356_1386939588196567_1189811420_n.jpgMais ça ne répond pas à ma question. Écrire soi-même quand on parle des livres au quotidien, ça met de la pression ?

L’accouchement de mon premier livre, Les Heures pâles, a été long et un peu compliqué, alors, je n’ai pas eu le temps de penser à d’éventuelles comparaisons ou à des jugements. Ça m’est venu quinze jours avant et quinze jours après la sortie.

Tu as mis presque six ans à l’écrire parce que c’est une histoire à 90 % autobiographique.

C’est l’histoire de ma famille et, principalement, celle de mes parents. Il m’a donc fallu un temps fou pour m’autoriser à écrire dessus. J’ai senti qu’il y allait avoir une vertu cathartique, que ça allait me permettre d’aller mieux en creusant dans l’introspection et en acceptant cette histoire de double vie de mon père. Je me suis interrogé sur le fait qu’écrire sur ce sujet était une trahison envers mes parents. Et puis, j’ai compris que j’avais le droit de raconter notre histoire. Le livre est centré sur les personnages inspirés de mes parents, certes, mais il fallait que je trouve la bonne distance et le bon ton. Avec les années et les différentes versions, je crois y être parvenu. Ce livre a mis du temps à sortir pour de multiples  raisons que je n’ai pas envie de raconter, mais du coup, la trouille d’être jugé par mes confrères n’était que secondaire.

Je crois que tu as fait lire le manuscrit à tes parents avant qu’il ne soit publié.

Oui, je voulais en parler avec eux. Ils ne se sont pas opposés à sa publication et j’ai trouvé que c’était une merveilleuse preuve d’amour de leur part.

Tu n’épargnes pas ta maman dans ce livre.

Ni plus ni moins que les autres personnes qui ont inspiré les protagonistes de cette histoire...A aucun moment je n’ai souhaité que ce livre soit un règlement de comptes. Si la colère est présente, ce n’est pas ce qui anime mon écriture. J’ai surtout voulu comprendre comment une histoire d’amour pouvait s’organiser ainsi.

Revenons sur ce qu’a fait ton père.richard gaitet,gabriel robinson,découvrez myonos hors saison,les heures pâles,nova,nova book box,interview

Il a choisi pendant dix-huit ans de ne pas dire qu’il avait quelqu’un d’autre dans sa vie avec qui il a eu un enfant. De son côté, sa femme, ma mère, a fermé probablement les yeux là-dessus. Mais pourquoi ? Que préserve-t-on en ne disant rien comme ça ? J’ai considéré que l’œuvre en elle-même valait le coup uniquement si je restituais la vérité des sentiments qui m’animaient quand je les regardais tous les deux, y compris dans les sentiments qui étaient désagréables. J’ai l’impression que les œuvres d’art qui nous marquent, ce sont celles où l’auteur s’est vraiment mis en jeu. L’idéal artistique, c’est d’y aller à 100 %.

S’interroger sur ses parents, c’est tenter de se retrouver soi-même ?

J’ai exprimé exactement comment j’ai ressenti la situation. Comment je voyais mes parents avec le positif et le négatif.J’ai voulu aller au cœur même de la vérité des choses. Ça vaut le coup de prendre un stylo pour raconter les moments heureux et ceux qui le sont moins. On se déleste de poids que l’on traîne sur son dos. Ils m’ont élevé dans la tendresse et la confiance. Je le répète, c’était de bons parents et je ne les changerais pour rien au monde, mais ils ont fait des choix que je ne comprends pas et qui ont des conséquences sur la personne que je suis aujourd’hui. Au fond, je m’interroge sur qui sont ces parents qui m’ont élevé.

Ce livre a-t-il déclenché des choses dans ta famille ?

Ce serait prétentieux de ma part de supposer que ça a arrangé les choses, mais ça a fait circuler de la parole. Ça me paraît fondamental.

levin.jpgJ’ai trouvé une certaine forme de sagesse et de philosophie dans ce livre.

Si c’est vrai, c’est magnifique. J’ai trouvé le ton de mon livre en lisant John Fante, c’est d’ailleurs pour cela qu’il est encadré de deux de ses citations tirées du Vin de la jeunesse. Dans ce livre, il arrive à parler de son enfance misérable d’immigré italo-américain, fils de prolo. Cinq dans une petite maison, pas de chauffage, le père volage, la mère qui gueule. Il arrive à raconter ça avec un humour, un détachement, une vérité impressionnants. Ce n’est jamais pathos alors qu’il parle quand même de gens qui crèvent la dalle. J’ai voulu tout dire sur mon histoire familiale complexe, en gardant l’humour, en restant près des sensations, avec de la lumière.

Tout est une question de dosage dans l’écriture ?

Pour créer la vérité dans les sentiments, dans les situations et dans les dialogues, ce n’est que du dosage. Quel mot enlèves-tu ou ajoutes-tu ? Jusqu’où vas-tu avec les palettes d’émotions ? Est-ce que je dois être drôle, un peu, beaucoup, ou triste, un peu, beaucoup…

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Tu viens de sortir un livre complètement différent. Un livre de voyage-fantaisie surréaliste, Découvrez Mykonos hors saison.

Je précise que j’ai écrit Mykonos pendant que j’écrivais Les Heures pâles. Je me suis mis à raconter cette histoire en 2009, en revenant d’une semaine à  Mykonos, en mars, avec un pote. On a vécu grosso modo ce qui arrive aux deux protagonistes dans le livre. On pensait s’amuser beaucoup, rire, danser, s’éclater… mais tout était fermé à cette période-là. Il faisait mauvais en plus. Réflexe journalistique, j’ai décidé de poser des questions aux habitants, comme le patron de l’hôtel et celui du bar. Tous les lieux, les personnages évoqués, les propos tenus par les uns et par les autres sont vrais. J’étais tellement impatient de partager cette expérience et nos aventures rocambolesques que j’ai écrit ce petit livre en trois semaines. Je voulais juste le faire lire à mes potes pour les amuser. Puis, quand même, je me suis dit que cette histoire vécue était attrayante et assez drôle. J’avais envie d’un contraste. Le publier me permettrait de sortir de ce premier livre un peu lourd et élargir le spectre des possibles en racontant d’autres types d’histoires. De fil en aiguille, je corrige un peu le texte et je l’ai proposé à Armand de Saint Sauveur, mon éditeur. Il l’a accepté et l’a publié neuf mois après Les Heures pâles.Passer d’un drame familial à une comédie insulaire, je trouvais le contraste intéressant. Ces deux livres mélangés, c’est un peu ce que j’aimerais faire dans ma vie d’auteur.

Dans ce livre rythmé, il ne se passe pas grand-chose et pourtant, il se passe plein de trucs.

Je raconte comment on passe à côté de quelque chose et comment on espère que quelque chose va arriver.

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Tu as réellement pissé sur une église ?

Oui. Je n’en pouvais plus. J’avais trop bu.

Contrairement à ce qui arrive à tes héros, les dieux ne t’ont pas puni pour ce sacrilège.

 Pas encore, mais peut-être que la malédiction va s’abattre sur moi dans les jours prochains.

Tu crois en ces choses-là ?

Non, je suis agnostique.Je ne me reconnais dans aucune religion et dans aucun texte liturgique, mais je trouverais trop triste qu’il n’y ait que nous. J’aime bien supposer qu’il y a une couche supérieure qui nous échappe complètement. J’aime aussi l’idée que tout n’est pas qu’une succession de hasards et de coïncidences. C’est une hypothèse qui me plaît.

richard gaitet,gabriel robinson,découvrez myonos hors saison,les heures pâles,nova,nova book box,interviewTu te diriges vers où dans la littérature ?

Ça fait deux ans que je travaille sur un roman d’aventures maritimes, à la Jules Verne. Je raconte la première traversée transatlantique d’un jeune matelot belge, à notre époque, entre Anvers et Buenos Aires. Cette traversée va mal tourner. Il va être amené malgré lui à déjouer un complot international jusqu’en Antarctique. Je suis à peu près à la moitié du livre et je me demande si je vais arriver à mes fins (rires). Je sais où je vais. J’ai la structure en tête, je vois les enjeux, les motifs, le thème, mais comme c’est 100 % fictionnel, je peine un peu. Je n’ai jamais mis les pieds sur un cargo, je ne suis jamais allé en Antarctique, je ne connais rien à la mer. Je me documente donc beaucoup. Je restitue des sentiments que je connais au narrateur. Je mets un peu de moi chez lui pour alimenter le personnage. Il y a de la pantalonnade type Mykonos et progressivement, il y a un sous-texte entre le héros et sa famille qui noircit un peu l’ensemble. J’en suis à me demander si cela peut cohabiter. Je réfléchis là-dessus.Dans un livre, peut-il y avoir vraiment des scènes comiques et vraiment des scènes dramatiques ? Je me demande si je ne vais pas devoir faire des choix assez tranchés. En gros, j’aimerais écrire du Jules Verne en rigolo. Très légèrement scientifique et beaucoup humoristique et sexué.

Sexué ?

Ça m’étonne beaucoup, mais il n’y a pas de couilles dans Jules Verne. Cela dit, ça s’explique. Son éditeur lui demandait de fournir des romans très souvent et il souhaitait les vendre au plus grand nombre. Pour toucher toutes les tranches d’âge et en particulier les adolescents, au nom des bonnes mœurs, il n’y avait pas de scènes de sexe. Ce qui reste étonnant... dans un livre d'aventure.

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De gauche à droite : Richard Gaitet, Julien Blanc-Gras, Guillaume Jan, Bertrand Guillot et François Perrin. (Photographie : Marie Planeille)

Bon, on va parler de la bande que tu formes avec Bertrand Guillot, François Perrin, Guillaume Jan et Julien Blanc-Gras. Vous avez créé une école ?

Quand j’ai dit à Julien que je te voyais aujourd’hui, on a réfléchi. On s’est demandé quels étaient les points communs entre nous cinq. On a trouvé plusieurs choses. Déjà, il y a l’humour. Dans des livres aussi différents que Paradis avant liquidation de Julien et Bois sans soif de François, des livres qui n’ont rien à voir dans leur propos, il y a la couleur humoristique qui est intégrée. Il y a aussi toujours, en toile de fond, une vigilance à ne pas apparaître comme des donneur de leçons. On restitue un voyage au Congo, l’intérieur d’un bar, Mykonos vide, mais sans avoir l’air de dire que notre avis est plus important que les autres. Il y a également, il faut savoir le reconnaître, l’alcool comme moteur narratif éventuel, et une sérieuse parenté avec Philippe Jaenada qui est notre maître à tous. Notre grand samouraï. Nous tous, à des degrés divers, on se réclame de lui.

J’ajoute que je trouve cette bande d’une grande humanité.

C’est pour ça que je suis heureux de les avoir choisis comme copains et que ce soit réciproque. Depuis que je suis ami avec eux, je suis content de constater à quel point ils sont attentifs aux autres. Ils savent écouter et regarder. Il n’y a aucune compétition entre nous, juste une émulation. Moi je retiens des leçons des avancées des autres.

Pourquoi ne voulez-vous pas officialiser votre bande ?

Que des gens très renseignés comme toi se penchent dessus, essaient de trouver des points de convergence entre nous est déjà extraordinaire. Nous, on n’y a pas réfléchi. Je suis toujours un peu méfiant sur le côté : « Regardez comme notre mouvement qui n’en est pas un est original et brillant. » Mieux vaut continuer à écrire des livres et à être attentifs envers les uns et les autres, ainsi qu'au monde qui nous entoure.

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Après l'interview, le 19 août 2014.

09 septembre 2014

David Foenkinos : interview pour Charlotte

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Autoportraits de Charlotte Salomon.

Prendre une personne ayant existé pour modèle de personnage de roman est un exercice un peu délicat. David Foenkinos a pris ce risque avec Charlotte. Il s’est inspiré de l’autobiographie de Charlotte Salomon, née en 1917 à Berlin et morte à Auschwitz en 1943. J’ai interviewé l’auteur (que je fréquente un peu, professionnellement, voir , , et ) pour Le magazine des Espaces Culturels Leclerc daté du mois de septembre 2014.

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03 septembre 2014

Jennifer Murzeau : interview pour la sortie d'Il bouge encore

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Auteure à suivre ! C’est ce que je fais d’ailleurs depuis deux ans. J’ai découvert Jennifer Murzeau avec son premier roman, Les grimaces (voir sa première mandorisation). Elle y croquait avec humour et férocité le monde de la télévision et, plus généralement le monde de l’entreprise, impitoyable et cruel…

Si elle a traité le thème de l’aliénation dans la sphère professionnelle, avec son deuxième roman, Il bouge encore, elle est allée plus loin dans l’exploration de ce thème, mais dans la sphère privée cette fois. Elle a essayé de démêler les mécanismes qui conduisent à des vies qui défilent, glissent, sans que la pensée, la contemplation, le calme n’aient une place digne de ce nom. Par ailleurs, elle s’intéresse depuis plusieurs années aux dérives du néolibéralisme, aux conséquences qu’elles ont sur l’homme (et l’environnement)...

Je sentais que Jennifer Murzeau allait progresser, qu’elle pouvait pousser plus intensément ses analyses et ses préoccupations.

Elle est venue à l'agence pour la seconde fois, le 14 août dernier, pour me présenter son deuxième livre.

jennifer murzeau,il bouge encore,interview,mandorLe mot de l’éditeur :

Antoine tombe de très haut quand on lui apprend qu'il est renvoyé de son entreprise. Il tombe d'encore plus haut à la réaction de Mélanie, sa compagne. Celle qu'il croyait être son alliée peine à cacher son désarroi, son mépris progressif pour cet homme en qui elle avait placé tous ses espoirs de revanche sociale : la maison, le bébé, le confort existentiel... Antoine va s'inventer une vie affairée pour mieux sombrer dans l'inaction et la solitude, vivre dans le mensonge et la mystification. Progressivement, il va renoncer aux autres, au monde, à lui-même. De toute façon, ses amis sont trop occupés à leur réussite personnelle, sa famille est si loin... Il décroche. Sa vie de certitudes s'effondre doucement. Libéré des contraintes sociales et des désirs conditionnés qui sont une prison, il va petit à petit considérer sa situation d'un nouvel œil. Et, qui sait ? commencerjennifer murzeau,il bouge encore,interview,mandor sa mue.

Jennifer Murzeau analyse la dérive d'un homme et le naufrage d'un couple de façon crue et chirurgicale. Elle dresse le tableau d'une époque ou la réflexion et les questionnements sont des actes de résistance.

L’auteure :

Jennifer Murzeau est née en 1984. Elle a été journaliste pour France 2, Direct 8 et France Culture et collabore aujourd'hui aux rubriques « société » des magazines Stylist, Glamour et Néon. Elle a publié un premier roman, Les Grimaces, chez Léo Scheer en 2012.

jennifer murzeau,il bouge encore,interview,mandorInterview :

Comme dans Les grimaces, tu reviens ici avec des considérations sur le monde de l’entreprise.

Ça fait partie des grands systèmes coercitifs que connait l’époque. Je pense que le monde de l’entreprise est très cruel et surtout, très conditionnant. Il apprend à être un soldat, à subir des choses qui ne sont pas forcément très morales, à devenir un peu cynique. Ce monde est assez représentatif de l’époque. On conditionne les êtres et la révolte devient de moins en moins possible. On peut s’y croire obligé d’accepter son sort, comme on peut se croire obligé d’accepter la société telle qu’elle est. Le monde de l’entreprise oblige à l’abnégation.

Comme tu n’aimes pas le monde de l’entreprise, tu es en freelance. Tu es donc fidèle à tes convictions ?

Je suis seule chez moi et les gens que je fréquente professionnellement, c’est uniquement pour le meilleur, entre guillemets.  On se voit épisodiquement et c’est toujours une forme d’émulation. J’aime bien retrouver des gens dans le cadre d’une conférence de rédaction, par exemple. Quand j’étais dans le monde de l’entreprise, j’appréciais moins. Je me suis taillé une vie plus précaire financièrement, mais plus chouette existentiellement.

Ce que tu racontes dans Il bouge encore est en complète cohésion avec tes valeurs jennifer murzeau,il bouge encore,interview,mandorpersonnelles.

J’exprime quelques convictions personnelles très fortes. Ce que l’on mange, par exemple, est une de mes vraies préoccupations. Je me suis beaucoup rencardée sur la question. J’ai vu de nombreux documentaires et lu beaucoup d’ouvrages sur ce sujet. Je me suis aussi documentée sur les dérives du néolibéralisme. J’ai compris comment tout cela est un système très bien huilé pour que chacun d’entre nous devienne un consommateur qui ne se pose pas trop de questions. Dès que l’on commence à gratter un peu, c’est moche. C’est moche humainement et d’un point de vue environnemental. Les conséquences sont très graves. Mon livre n’est rien d’autre que l’histoire de l’éveil existentiel d’un homme. Cet éveil passe aussi par une prise de conscience du monde dans lequel il vit.

Avant de passer à cet éveil, Antoine, ton héros, passe par une phase de déchéance. Il commence par un goût fort prononcé pour l’alcool.

Antoine a recours à l’ivresse comme une béquille, mais je ne dirais pas qu’il sombre dans l’alcoolisme. Il a vraiment le plaisir absolu de l’ivresse. Il y a une forme d’élévation spirituelle quand il boit. Sa vie devient un peu plus poétique.

Il y a dans ce livre beaucoup de sujets graves abordés. Veux-tu faire bouger les consciences ?

J’aimerais bien que ça titille, que ça chatouille, que ça gratouille et que ça encourage un certain nombre de remises en question. Je ne suis qu’une auteure et je n’ai pas la prétention de révolutionner la pensée, loin de là. Moi-même, je tâtonne. Dans ce livre, j’ai exprimé des prises de conscience personnelles. Aujourd’hui, au quotidien, je suis une consommatrice qui fait super gaffe. J’ai l’impression que le salut de l’époque ne pourra pas venir de décisions politiques et encore moins de celles des lobbys. Il y a une vraie force individuelle qui doit être prise très au sérieux. Je crois à l’éveil des consciences individuelles. Si chacun commence à se poser des questions, ce monde foutraque qui court à sa perte sera obligé de se requestionner entièrement et donc, de changer. Si je peux insuffler l’idée que c’est chouette de ne jamais cesser de se poser des questions, même si ça demande une rigueur assez importante parce qu’on n’a pas toujours le temps, l’énergie,  parce que la vie file vite, parce qu’on a toujours des contraintes familiales, sociales, professionnelles, ça me convient. Il faut garder toujours un petit coin pour la réflexion et pour l’esprit critique par rapport à sa vie et à son  couple. Il y a beaucoup d’automatismes qui très vite régissent des existences entières.

jennifer murzeau,il bouge encore,interview,mandorJ’ai l’impression que l’amour n’est pas un sujet pour le couple que forment Mélanie et Antoine.

Ils sont ensemble. Ils sont reconnus socialement comme étant un couple. L’amour, finalement, ils ne s’en inquiètent pas. L’important c’est qu’ils existent comme une entité. Il y a de l’alcool, il y a des rituels sociaux qui font que l’on s’agite, on s’étourdit. Tout devient très rodé.  Il n’y aucune communion spirituelle entre eux. Ils vivent juste l’un à côté de l’autre. Le grain de sable dans le mécanisme qu’est le licenciement d’Antoine va ébranler cette petite vie bien réglée. La dissonance se fait jour.

Que représente le couple pour toi, en vrai ?

J’ai toujours été hyper vigilante. J’accorde une importance immense au couple. C’est un moteur qui est inouï dans une vie. C’est une équipe, quelque chose qui permet de braver l’existence et ses difficultés, qui permet de se motiver mutuellement.

Mélanie n’est pas une femme très sympathique.

Parce qu’elle refuse la remise en question. Elle a une forme de revanche existentielle à prendre. Cela dit, ce n’est pas une excuse parce qu’on a tous des casseroles au cul. L’idée, c’est de s’en défaire, de ne pas reproduire et surtout de ne pas en faire des excuses. Elle n’a peut-être pas eu les ressources émotionnelles et cognitives pour faire face à tout ça. Elle a décidé de se cacher les yeux comme une enfant et d’avancer avec des carottes comme la petite promotion au boulot, le couple qui fait bien sur le papier, l’enfant éventuel à venir… ce sont des codes très établis qui ne sont pas forcément très intelligents à l’épreuve du réel.

Plus le livre avance, plus on sent une dissonance entre Antoine et Mélanie.

Lui s’éveille peu à peu et elle reste complètement dans le même trip. Elle refuse même toutes les issues intellectuelles qu’il lui propose.

Quand on évoque les questions liées à l’écologie, il y a toujours une angoisse assez généralisée.

Les gens se sentent souvent mis en cause personnellement quand on parle d’écologie. Les questions qui y sont liées sont encore très souvent assimilées à des discours anxiogènes et culpabilisants. On  a beaucoup à gagner à voir se répandre un discours plus constructif. Il existe déjà et plein de gens biens le portent, comme la documentariste Olivia Mokiejewski. Il faudrait qu’on fasse en sorte que les gens comprennent qu’il y un sens à tout cela, et que ce n’est pas chiant à faire.

Tu expliques dans ton livre qu’on est tous responsables de ce qui arrive à la planète.

On est tous collabos d’un système. Il faut voir dans quelle mesure on peut tenter de s’en dégager et de proposer autre chose.

Y a-t-il une démarche politique dans ton livre ?

Oui, même s’il ne s’agit pas d’un pamphlet antilibéral. Ce n’est pas un livre théorique. Et puis ma démarche est avant tout littéraire. J’ai mené un travail d’écrivain en livrant la trajectoire d’un personnage, il se trouve que ça mène à l’évocation de sujets qui me tiennent à cœur. Des sujets qui peuvent faire peur, alors pour tâcher d’être percutante, j’ai misé sur une identification forte du lecteur, et sur une littérarité étudiée. Antoine n’est pas un activiste des droits de l’homme, juste un type lambda qui découvre grâce à Internet des documentaires qui l’incitent à se poser des questions sur le rôle qu’il joue dans ce vaste monde, en tant que consommateur pour commencer. Dans ce livre, on accède à l’intimité la plus triviale et la plus obscène et, en même temps, à des prises de conscience très larges. Parler de leur déliquescence personnelle, c’est parler de la déliquescence d’une époque.

Interview du site de la FNAC, enregistré par FnacTV le 3 juillet 2014 aux éditions Robert Laffont, à Paris. Captation : Lena Besson et Pierre-François Cordonnier. Montage : Pierre-François Cordonnier.

Selon toi, la société est-elle très malade ?

Oui, mais on peut dire que de tout temps, ça n’a jamais été facile et même qu’il y a eu des époques beaucoup plus violentes que la nôtre. C’est certainement vrai, mais il se trouve que je connais celle-ci et que j’en suis témoin. A plein d’égards, je trouve cette époque effrayante. Le règne de l’argent a créé des abus ahurissants. L’exploitation de l’homme par l’homme, l’exploitation de la nature, ça atteint des proportions grotesques. J’ai l’impression que l’humanité se suicide. On ne se rend pas compte que tout ce qu’il se passe aujourd’hui peut avoir des conséquences désastreuses. L’époque laisse trop peu de place à la réflexion.

Pourquoi écris-tu toujours sur l’aliénation ?

J’aime bien essayer de comprendre les mécanismes qui mènent à une forme d’aliénation qui fait que l’on devient des êtres très malléables.

N’as-tu pas eu peur d’écrire un livre anxiogène ?

Non, je ne crois pas qu’il le soit. Certains lecteurs m’ont dit que j’étais dure, que je ne caressais pas dans le sens du poil, mais ça ne leur avait pas déplu ! Ça me flatte quand on me dit ça, parce que la littérature, c’est aussi fait pour secouer. Ce qui est important dans ce livre, c’est qu’au-delà du fait que mes constats sont relativement négatifs sur l’état de la société et sur l’état de ce couple, il demeure une lueur très optimiste. J’ai quand même une certaine foi dans l’homme et dans les prises de conscience des gens. Et puis il y a dans ce que j’écris, l’idée de la liberté. Antoine retrouve la liberté et la liberté, on peut en faire des choses exceptionnelles. On retrouve son libre arbitre et on se défait de l’aliénation dont on était devenu le jouet. Il bouge encore est un livre anti fatalisme.

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Avec Jennifer Murzeau, après l'interview, le 14 août 2014.

Edit : Le 16 septembre dernier s'est tenue une rencontre dédicace de Jennifer Murzeau à la Librairie de Paris de la place Clichy. C'est avec plaisir que j'ai animé cette soirée devant une quarantaine de personnes. Voici quelques photos de l'évènement.

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(Photo : Douglas Cabel)

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(Photo : Douglas Cabel).

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(Photo : Douglas Cabel)

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(Photo : Douglas Cabel)

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(Photo : Manuel Sanchez)

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(Photo : Filipe Vilas-Boas)

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(Photo : Douglas Cabel)

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(Photo : Douglas Cabel)

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(Photo : Douglas Cabel)

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(Photo : Douglas Cabel)

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(Photo : Douglas Cabel)

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(Photo : Douglas Cabel)

09 août 2014

Guillaume Jan : interview pour Traîne-savane, vingt jours avec David Livingstone

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(© Gwenn Dubourthoumieu) 

Cela faisait des années que mes amis Bertrand Guillot et François Perrin me demandaient si je connaissais Guillaume Jan, sous le prétexte que nous avions transité tous les deux, un moment, en Guyane. Moi, six ans, lui, un peu moins. Mais bref, je ne connaissais pas cet écrivain que l’on me qualifiait d’« aventurier » ou, au minimum, de « voyageur ». Et donc, un jour, j’ai reçu de sa part Le Cartographe. J’avais parcouru avec passion ce livre de Guillaume Jan, mais comme il était sorti il y avait un moment, j’avais reporté la mandorisation au prochain roman.

Trois ans plus tard, Traîne-Savane est arrivé (publié, lui aussi, dans la très séduisante maison d'édition Intervalles). Joie. L’occasion était belle, le 8 juillet dernier, de le recevoir à l’agence.

J’adore ce genre de type « bourlingueur » avec l’air de ne pas y toucher. À 41 ans, l’homme a déjà cherché de l’or en Guyane (voilà donc ce qu’il faisait là-bas !) et, d’après ce que j’ai lu sur le site de Nova Planet.com, « a essayé d’apprendre la boxe à Cuba ou fut éjecté à coups de pied aux fesses d'un camp d'entraînement pour enfants soldats en Côte d'Ivoire. Un Breton qui a traversé l’Afrique d’est en ouest, en claquettes, en moto ou en pirogue, descendant seul le fleuve Congo (sujet de son premier livre. Qui s'est beaucoup promené en Europe de l’Est. »

Traîne-Savane, est le récit de deux déclarations d’amour à l’Afrique. D’abord la sienne, au fil d’un périple épique qui va l'amener à se marier au Congo, chez les Pygmées, avec une Kinoise rencontrée lors d’un précédent reportage. En parallèle, il retrace l’histoire du Docteur Livingstone, cet explorateur victorien qui cherchait les sources du Nil et s’engageait dans la jungle de manière aléatoire, tout en rêvant à l’émancipation du peuple noir. Un livre exaltant, passionnant et superbement écrit. Chapeau bas !

guillaume jan,traîne-savane,interview mandor4e de couverture :

Deux amoureux se perdent dans la jungle et rêvent de se marier au prochain village pygmée : Traîne-Savane raconte l’histoire (vraie) de ce mariage romanesque décidé sur un coup de tête, au bout d’une longue errance au cœur de la forêt congolaise. Cent cinquante ans plus tôt, le zélé missionnaire David Livingstone déambulait le long des fleuves d’Afrique centrale, à la recherche d’une terre promise, d’une autoroute du commerce ou de sources miraculeuses. Fantasque et têtu, rêveur et maladroit, l’explorateur menait vaillamment ses combats impossibles jusqu’à ce que Stanley le retrouve sur les berges du lac Tanganyika et lui lance son mythique : « Doctor Livingstone, I presume... » En tressant ces deux parcours picaresques, Guillaume Jan relie le destin de ces Don Quichotte qui, chacun à leur manière, donnent leur cœur au continent noir. Curieusement, aucune biographie solide du Docteur Livingstone n’avait été jusqu’ici établie en langue française.

L’auteur :guillaume jan,traîne-savane,interview mandor

Guillaume Jan est né en 1973. Il a été palefrenier, barman, chercheur d’or, auto-stoppeur, libraire et grand reporter. Il vit aujourd’hui à Paris. Il a publié le récit d’un aventureux vagabondage sur le fleuve Congo (Le Baobab de Stanley, éditions François Bourin, 2009) et un roman de flâneries chaotiques à travers les Balkans (Le Cartographe, Intervalles, 2011). Le 23 avril 2014 : Traîne-Savane figure parmi les finalistes du Prix Nicolas Bouvier 2014.

Quelques critiques :

Jean-Claude Perrier (Livres Hebdo) : « Un roman hélicoïdal, plein d’humour et de fraternité... par l’un des plus brillants écrivains de son genre et de sa génération. »

David Fontaine (Le Canard enchaîné) : « Éclairé par des descriptions souvent enchanteresses, émaillé de scènes drôles qui résument si justement le pays, un récit qui est à la démesure du Congo. »

Julien Blanc-Gras (Magazine A/R) : « Ce livre musarde sur les chemins de la passion et éclaire ce Congo déglingué et envoûtant, drôle et désespérant. Le tout est porté par une plume tendre et ciselée, précise sans être précieuse, dénuée de misérabilisme comme de condescendance. Ce n’est pas un ouvrage sur l’Afrique terni par les habituels clichés du genre. C’est une pépite polie en Afrique par quelqu’un qui lui a donné son cœur. »