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11 décembre 2014

Retour sur les principaux prix littéraires 2014

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Nobel, Goncourt, Goncourt des lycéens, Femina, Renaudot, Médicis, Roman de l’académie française... Toutes ces distinctions donnent un coup d’accélérateur aux ventes de livres. Ils donnent aussi des idées. Si votre choix pour Noël n'est pas fait, les livres recommandés ci-dessous feront d’excellents cadeaux à offrir, et à lire…de quoi rendre auteurs, éditeurs et libraires heureux.

Pour Le Magazine des Espaces Culturels Leclerc (daté de décembre 2014/Janvier 2015), je suis revenu sur deux pages sur tous les prix littéraires principaux. Faites votre choix !

(Mais, je tiens à rappeler que sur ce blog, je mets en avant également des livres largement moins médiatisés).

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10 décembre 2014

Olivier Tallec : interview du Prix Landerneau album jeunesse 2014

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Olivier Tallec est né en Bretagne en 1970. Après l'École supérieure d 'arts appliqués Duperré, il voyage en Asie, puis au Brésil, à Madagascar, au Chili... puis travaille comme graphiste dans la publicité. Il est aujourd'hui illustrateur pour la presse (Libération, Elle, Les Inrockuptibles) et a signé plus de cinquante albums pour la jeunesse. Olivier Tallec vient de remporter le Prix Landerneau Album Jeunesse 2014. L’occasion était idéale pour le rencontrer.

Il m’a donné rendez-vous dans un café parisien situé à côté de chez lui. Voici le fruit de notre entretien publié dans Le magazine des Espaces Culturels Leclerc daté des mois de décembre 2014/janvier 2015 (plus un bonus mandorien final).

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olivier tallec,louis 1er,roi des moutons,prix landerneau album jeunesse 2014,interview,mandorPetit bonus mandorien :

L’idée de faire ce métier est arrivée comment en vous?

J’ai fait des études de graphisme. Ensuite, j’ai travaillé quelques mois dans des agences de com’, mais ça ne me plaisait pas vraiment. Du coup, je suis allé voir des éditeurs avec des dessins, pas forcément « jeunesse » d’ailleurs. C’est Gallimard qui m’a proposé d’illustrer un premier livre, puis plusieurs à la suite. C’est comme ça que j’ai découvert l’illustration jeunesse. Je trouvais que l’on pouvait aborder tous les sujets avec une énorme liberté. Il y a beaucoup de créativité en jeunesse.

On a l’impression que le milieu du livre jeunesse se porte bien. Quid des illustrateurs ?

On ne sentait pas la crise jusqu’à il y a un an ou deux. Aujourd’hui, on commence à percevoir la chose. Sur les ventes et les tirages qui sont moins importants. Et sur les à-valoir aussi (rires).

Quand vous faites du dessin de presse, il faut travailler dans l’urgence. Mais lorsque vous illustrez un album comme Louis 1er, vous avez plus le temps, du coup, n’est-ce pas plus compliqué ?

Ce sont deux façons de travailler différentes. J’adore le dessin de presse parce que, parfois, on a juste deux heures pour trouver une idée. C’est très excitant. Sur un album, on peut creuser un peu plus quand même et approfondir les situations. On passe aussi un peu plus de temps sur les illustrations. On peut se permettre d’être plus méticuleux.

Quand un album est terminé, est-il facile de considérer qu’il est au moins « correct » ?olivier tallec,louis 1er,roi des moutons,prix landerneau album jeunesse 2014,interview,mandor

Non, j’ai toujours plein de doutes. Mais, je suis content quand je reçois un nouvel album. J’ai une grande satisfaction à voir l’objet et à savoir qu’il va être lu par plein de gens. Quand je regarde des anciens albums, j’avoue que je suis très critique envers moi. En fait, je ne suis jamais content de moi.

Avez-vous l’impression d’avoir une notoriété conséquente en tant qu’illustrateur?

Vous savez, les gens ne connaissent jamais le nom des illustrateurs. Ils achètent des livres pour les enfants et quand les enfants grandissent, ils ne suivent pas la carrière des créateurs de ces livres, contrairement à ce qu’il se passe en bande dessinée ou en littérature adulte. Moi, je ne suis connu que dans le petit milieu de la jeunesse et de l’édition. Mais ça me va très bien. En jeunesse, il n’y a pas de problème d’ego (rires).

Vous venez de sortir un autre livre, adulte celui-ci et très drôle, à la Sempé et à la Voutch. Je l’ai adoré ! Dans Bonne journée, chaque illustration révèle des scènes décalées, des moments surréalistes, des instants absurdes. Superhéros, lapin, vacancier, écolier, ours, artiste, mouton… des personnages variés s’animent pour faire sourire dans l’esprit du dessin de presse.

Le principe est simple : un dessin qui se veut être amusant et un court dialogue. C'est une démarche qui me tentait depuis longtemps. C'est très anglo-saxon... un humour assez absurde que l'on peut trouver dans le New Yorker, chez Gary Larson ou Glen Baxter. La difficulté, c’est de trouver la même précision dans l’illustration que dans le texte court qui l’accompagne. Je précise enfin que ce sont des dessins qui n’ont jamais été publié ailleurs.

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Après l'interview, le 13 novembre 2014.

Quelques planches extraites de Bonne Journée.

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27 novembre 2014

Nicole Lambert : interview pour les 30 ans des Triplés.

Nicole lambert portrait pensée 1_© Iris de Turckheim.jpg

logo 30 ans.jpegAu fil des années, les Triplés n’ont pas grandi, mais leur bande dessinée est devenue une institution, en France et à l’étranger, dans la presse, l’édition et la télévision. 30 ans que les Triplés amusent les lecteurs du Figaro magazine. On a vu passer l’époque, aussi bien les changements de société, que l’arrivée des nouveautés qui ont changé nos vies : portables (au moins un kilo pour les premiers !) ordinateurs, GPS, et autres. On a vu aussi, comme dans un défilé de mode, passer les tenues de la mère des Triplés, la plus fashion-victim des mamans de Paris. Le 29 octobre dernier, pour un des magazines auquel je collabore, je suis allé à la rencontre de la maman des Triplés, Nicole Lambert, dans son atelier parisien pour évoquer cet anniversaire.

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Nicole Lambert portrait pensée2_© Iris de Turckheim.jpg(Tout petit) bonus mandorien:

Dans l'ouvrage 30 ans… avec les Triplés, vous vous livrez beaucoup. Ça a été compliqué.

Très, parce que je suis plutôt pudique et dans la vie, j’avance masquée. Avec l’intervieweur de ce livre, Charles Dierick, grand spécialiste belge de la bande dessinée, on a parlé très librement et je me suis aperçu que j’évoquais beaucoup de choses personnelles. Je n’ai qu’une trouille, c’est embêter les gens avec ma propre vie. C’est vertigineux de se raconter et d’imaginer un instant que les propos tenus vont passionner la foule.

Prenez-vous parfois des vacances ?

Pas beaucoup. J’aime bien ça, mais je travaille beaucoup trop. Généralement, je commence mes journées à six heures du matin et je finis à dix heures du soir. Depuis le début de la série télévisée, je peux dire que je travaille entre 14 et 16 heures par jour depuis deux ans. Le pire, c’est que personne ne me félicité pour ça, parce que c’est moi qui le souhaite. Mon entourage ne m’encourage pas à tenir ce rythme, bien au contraire.

Avez-vous eu la carrière idéale ?

C’était à peu près ce dont je rêvais au départ.

Quel est le dénominateur commun des gens qui aiment les triplés ?

Ça ne fait aucun doute. Ce sont des gens très gentils.

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Avec Nicole Lambert, dans son atelier, le 29 octobre 2014.

Et la dessinatrice a tenu à dédicacer à ma fille (et son papa) son dernier album...

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17 novembre 2014

Agnès Abécassis : interview pour Assortiment de friandises pour l'esprit...

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1966698_10152791176762520_1426005831302040187_n.jpgAssortiment de friandises pour l’esprit ou l’art de positiver au quotidien est une arme anti-morosité signée de la romancière et scénariste Agnès Abécassis. Elle offre là à ses lecteurs un objet littéraire non identifié, entre vade-mecum zen et traité sur le bonheur, avec en fin de chaque chapitre des exercices qui font appel à nos sens et à notre créativité. Un ouvrage bourré d’humour, cadeau idéal pour les fêtes de fin d’année.

C’est toujours un réel plaisir de passer un peu de temps avec Agnès Abécassis (déjà mandorisées là). Cette fois-ci, je suis allé à sa rencontre pour Le magazine des loisirs culturels Auchan (daté de Noël 2014) pour évoquer la sortie du livre cité plus haut et la réédition en version poche spéciale Noël de son plus grand succès, Les tribulations d'une jeune divorcée.

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10658874_10152791121727520_2581570188185422076_o.jpgBonus mandorien :

En France, vous êtes la seule romancière qui publie aussi des bandes dessinées. 

Je ne sais pas si je suis la seule romancière à faire cela… je sais juste que je réalise un rêve d’enfance. Quand j’étais petite, mes proches pensaient tous que j’allais faire du dessin mon métier. Ils ont donc été étonnés de voir qu’en fait, je m’épanouissais dans l’écriture. Ceci étant, quand on m’a proposé de réaliser ma première bande dessinée, j’ai sauté sur l’occasion. Et puis c’est tellement agréable de passer d’un univers à un autre.

Vous vendez beaucoup de livres et vous êtes réputée dans votre domaine. Êtes-vous contente de votre sort littéraire ?

Je crois qu’on est content de son sort quand on prend le temps de se retourner sur son parcours. Moi, pour l’instant, j’ai plutôt la tête dans le guidon ! A chaque sortie d’un nouveau livre, j’ai l’impression que c’est la première fois. Je travaille toujours l’angoisse chevillée au corps. Je suis en permanence poussée par mon envie de bien faire. C’est mon moteur à moi.

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05 novembre 2014

Marc Molk : interview pour Plein la vue, la peinture regardée autrement

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Marc Molk (© Lison Nissim)

J’ai beaucoup d’admiration pour le travail de Marc Molk. Autant peintre qu’excellent écrivain, il domine à la perfection ces deux activités artistiques.  

Dans Plein la vue (Editions Wild Project), il « dissèque » à sa manière trente tableaux, pas forcément très connus, mais qui lui parlent. Et donc, qui finissent par nous parler. Il joue à l’amateur qui s’adresse à des amis, alors qu’en fait, il distille de très sérieuses réflexions et en connais un rayon sur le sujet. Ce que raconte Marc Molk est souvent, drôle, impertinent, personnel, malicieux, et toujours rigoureusement malin, instructif… bref, sacrément passionnant !

Pour sa seconde mandorisation (lire la première ici), l’artiste est venu à l’agence le 25 septembre dernier.

PleinLaVue-MarcMolk.jpgNote de l’éditeur sur Plein la vue, La peinture regardée autrement :

30 tableaux de toutes époques admirés librement.

Mêlant critique d'art et autofiction, Marc Molk propose un texte personnel sur l'amour de la peinture. Ce livre est parcouru de femmes, de guerres, de paysages, de fêtes et de larmes. Entre narration et contemplation analytique, Plein la vue esquisse un genre inédit. Impertinent, dandy, sexy, érudit, obsessionnel, classique, inclassable, universel.

Préface de Léonard de Vinci
(Sélection originale d'extraits des manuscrits de Léonard de Vinci)

L’auteur :

Marc Molk, écrivain et peintre, a codirigé en octobre 2014 le colloque La Fabrique de la peinture au Collège de France.

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DSC09449ff.JPGInterview :

Raconte-nous comment ce livre a vu le jour.

C’est assez étrange. J’ai croisé Baptiste Lanaspèze en 2006. Il travaillait chez Autrement. Il avait lu mon premier livre : Perte humaines, qu’il m’avait dit avoir adoré. On a fait connaissance, mais six mois après il est parti s'installer à Marseille. Nous avions bien accroché mais je ne l’ai plus revu après. C'était l'époque encore où l'expression « se perdre de vue » avait un sens fort. On a fini par se recontacter, grâce aux réseaux sociaux, comme tout le monde. Il avait entre temps monté sa propre maison d’édition : Wildproject. Il publie des livres axés principalement sur l’écologie, la philosophie de l’écologie, etc… Quand j’ai sorti mon deuxième roman : La Disparition du monde réel, je le lui ai fait envoyer, par pure estime, parce que nous avions beaucoup parlé et que je savais qu'il était un grand lecteur. C'était aussi un moyen de poursuivre une relation amicale interrompue par la force des choses.

Tu es romancier et tu peins. Soudain, tu écris sur la peinture…

Pendant longtemps, je me le suis interdit. J’avais peur que cette activité s’apparente à de la critique d’art. Je ne voulais pas me faire égorger par ceux dont c’est le vrai métier. J’ai donc commencé par créer une page anonyme sur Facebook, sur laquelle je postais des tableaux agrémentés d’un petit texte de 3000 ou 4500 signes, ce qui équivaut à trois pages. J’ai eu pas mal de fans assez vite sur cette page. Elle s’appelait « Le petit pan de mur jaune ».  Je me suis retrouvé dans une situation grotesque : à ne pas avouer que j’étais l’auteur de ces textes alors que je mourais d’envie de fanfaronner et de dire que c’était moi.

C’était un problème statutaire ?

Complètement. Mais, au fur et à mesure, je me suis aperçu que ce que j’écrivais n’était décidément pas de la critique d’art. C’était littéraire, libre et autofictionnel. Je racontais un peu ma vie et j’expliquais pourquoi tel tableau m’avait plu, comment, quel étaient mes détails préférés, etc... Du coup, j’ai cherché à comprendre ce que j’étais en train de faire. En fait, je partageais juste mon plaisir et mon intérêt pour les œuvres.

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Mais tu avais dans l’idée de publier ces textes un jour ?

Oui, c'était tout de même très écrit, et je pensais que cela finirait par être publié, mais j'ai été surpris de la vitesse à laquelle ces textes se sont transformés en livre. Je pensais que ça allait être beaucoup plus long. Quelques années peut-être.

Comme tout se sait, les gens ont fini par savoir que tu étais l’auteur de cette page Facebook.

Certains avaient deviné et il devenait difficile de nier. Donc, j’ai mis mon nom dans un coin et j’ai continué à poster régulièrement. Au bout d’un an et demi, je me suis rendu compte qu’il y avait beaucoup de textes.

Qu’aimes-tu sur Facebook ?

La publication suivie de la réaction immédiate. J’aime que les gens « likent », commentent, critiquent, dans le positif ou le négatif. J’aime l’échange direct. Ça casse complètement la solitude de l’écriture.

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Et un jour, Baptiste Lanaspèze t’envoie un message pour prendre de tes nouvelles.

Oui, et il me dit qu’il aime beaucoup ce que je fais sur la page « Le petit pan de mur jaune » et qu’il a envie d’éditer ces textes. Absurdement, au tout début, j'ai essayé de le dissuader d'éditer ce livre, en le prévenant de l’énormité du travail à effectuer.

Et en plus, ça doit coûter cher ce genre de livre… ne serait-ce que pour récupérer les droits de chacun des tableaux.

Il y a trente tableaux, cela veut dire qu’il a fallu contacter trente personnes pour obtenir les droits, avec contrats signés, et les reproductions haute définition. C’est une jeune stagiaire qui était dans la maison d’édition qui a passé ses deux mois de stage à ne s’occuper que de cela. Au final, c’est un très joli petit livre, tout à fait abordable, avec une très bonne qualité de reproduction.  Je voulais que ce soit un objet sensuel.

Le fait d’avoir écrit ces textes sur Facebook a-t-il modifié leurs dynamiques?

Baptiste me disait qu’il adorait la façon que j’avais d’attaquer les textes. Je me suis rendu compte que quand on poste quelque chose sur Facebook, il faut accrocher immédiatement le lecteur, dès la première phrase. Donc, les contraintes pour avoir de l’attention, des likes, des commentaires, ont favorisé un rythme efficace. 

Sur la page internet, il y avait soixante tableaux. Tu en as choisi trente pour le livre.

Allais-je choisir en fonction des textes ou en fonction des tableaux ? Il me paraissait évident que c’était les textes qui étaient le plus important sur ce projet. Donc, j’en ai sélectionné, puis je les ai relus et, évidemment, retravaillés. Il y avait aussi certains tableaux que je voulais dans le livre parce qu’ils me tenaient à cœur, mais dont j’ai estimé finalement qu’ils allaient casser une certaine unité de style. Baptiste avait aussi son mot à dire. Quand le texte n’était pas aussi efficace que cela, je le modifiais très largement. Puis j'ai ajouté plusieurs inédits au livre pour que les fans du « Petit Pan de Mur Jaune » aient des surprises.

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Autre étape : le classement.

C’est un livre à picorer, mais je savais qu'il y avait des lecteurs qui allaient le lire du début à la fin. Il fallait que mon choix de texte et de peinture épouse une certaine logique. J’ai voulu faire quelque chose sur la guerre, le sexe, le drame, le châtiment, la rédemption et la mélancolie. Au final, le livre est une construction qui peut ne pas être évidente à un observateur extérieur. Elle est très ressentie pourtant. Elle va de la timidité que l’on peut avoir vis-à-vis de la peinture jusqu’à la mélancolie qu’elle peut nous procurer en passant par l’excitation et l’intérêt. Du moins je l'espère.

Je crois que tu n’aimes pas que l’on dise que c’est un livre de vulgarisation sur la peinture.

Parce que cela n’en est pas un du tout. Je vais dire quelque chose de très prétentieux, mais je voulais écrire des textes brillants. J’avais envie de quelque chose de décoiffant, d’un peu rock’n’roll et de rafraichissant, dans la discipline statique et silencieuse qu’est la peinture. Je n’ai pas voulu vulgariser, j’étais dans un effort de sincérité. Je veux que les gens se retrouvent dans certaines de mes réflexions sur un tableau. En donnant le témoignage d’une parole intime, je me rends compte que, pour certains lecteurs, il y a une barrière qui a été abattue dans ce domaine de la peinture. Mais, souvent, je n’hésite pas à balancer des références ou des théories tatillonnes sur certains tableaux. C’est aussi un livre exigent, même s’il est écrit pour être lu, pour être accueillant.

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Le culte du style, Marc Molk, 2013, huile et acrylique sur toile.

Tu commentes aussi un tableau de toi.

À un moment, je me suis dit que c’était un exercice intéressant d’expliquer ce que je pense de ma propre peinture et comment je regarde mes propres tableaux. J'écris et je peins toujours pour quelqu’un. En l’occurrence, le tableau qui figure dans le livre, je l’ai fait en pensant à un ami : Jérôme. Alors j'en ai parlé. Dans ma peinture, ce sont les gens qui sont la raison des tableaux. Je trouvais aussi intéressant de jouer avec ma double casquette de peintre et d'écrivain.

Cette fameuse double casquette dont les conséquences te « traumatisent » un peu.

C’est peut-être quelque chose que j’exagère dans ma tête. Ceux qui ne m’aiment pas dans le milieu de l’art disent de moi que je suis « un écrivain qui peint », et ceux qui ne m’aiment pas dans le milieu de l’édition disent que je suis « un peintre qui écrit ». Ce qui est triste au fond, ce n'est pas ce qu'ils disent, mais c'est qu'ils ne m'aiment pas.Heureusement, il y en a aussi tout plein qui m'aiment.

Ne faut-il pas passer outre tout cela ? Tu m’en avais parlé lors de ta première mandorisation.

On peut s’en foutre, mais le souci, c’est qu’il y a des conséquences à toute cette mascarade. Par exemple, telle difficulté à exposer dans un contexte collectif ou des questions de crédibilités soulevées par de mauvaises langues, à l'occasion, dans l’une ou l’autre des deux disciplines que je pratique. Je ne comprends pas pourquoi cela se passe comme ça parce qu’il y a beaucoup de peintres qui ont écrit en parallèle à leur activité de peintre. Je ne me compare pas à ces monstres sacrés mais je veux les citer : le journal de Delacroix, les lettres de Van Gogh, Dubuffet a aussi énormément publié, le douanier Rousseau a écrit beaucoup de pièces de théâtre, etc … Mais, maintenant que tu me rappelles que je t’en ai déjà parlé il y a deux ans, je me rends compte que tu as peut-être raison. Peut-être fais-je du surplace mental ?

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William Bouguereau, la Vague, 1896, Huile sur toile.

Tu as un côté provocateur dans la vie, qui se retrouve dans ce livre.

J'aime le proverbe qui dit : « le clou qui dépasse appelle le marteau ». Je suis né à Marseille, j’ai un petit côté cacou. Je reviens à la vulgarisation dont tu me parlais tout à l’heure. J’ai plutôt l’impression que c’est moi qui suis vulgaire. D’abord, il est vrai que je ne suis pas sorti de la cuisse de Jupiter. Je ne suis pas un héritier. J’ai mis dix ans pour perdre mon accent marseillais, qui était à couper au couteau. J'ai grandi à Belsunce, rue Colbert. Ceux qui connaissent Marseille comprendront. Pour m’en sortir, j'ai eu de la chance et je crois que j’ai fait une sorte de parcours d’adaptation. La distance que j’ai parcourue est immense, mais j’ai fait en sorte qu’elle ne se voit pas. Il reste en moi tout de même un côté teigneux qui me souffle à l'oreille toujours : « Je ne veux pas devenir un bourgeois ». En même temps, ce qu’ils ont, je le veux. Je n’ai plus de famille. Je crois que j'ai longtemps cherché à en avoir une. Mais les gens ne veulent pas que je sois de leur famille. Il y a des  groupes d’affinité, mais à cause de ma personnalité, aucun ne m’accepte. Quand je parviens à me calmer, je fais une dépression. Alors, aujourd’hui, j’ai renoncé. Je me tiens plutôt à distance.

Maintenant, tu prends les gens au détail.

Oui, et les gens qui m’aiment sont souvent aussi seuls que moi.                         

Espères-tu que ce livre fera intéresser les gens à la peinture.

C’est un de mes souhaits les plus chers. Ce que je ne comprends pas, c’est qu’il y ait autant de gens qui aiment la cuisine, qui aiment la musique, qui aiment le cinéma et aussi peu qui aiment la peinture. Imagine un monde où tu serais le seul à savoir que les éclairs au chocolat ou les tartelettes à la framboise, c’est super bon ! C’est difficile parce qu’à un moment, ton propre plaisir, tu veux le partager pour l’augmenter. C’est ce que j’ai tenté de faire avec ce livre.

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Avec Marc Molk, à l'issue de l'interview le 25 septembre 2014.

27 octobre 2014

Le club des cinq : Julien Blanc-Gras, Richard Gaitet, Bertrand Guillot, Guillaume Jan et François Perrin

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Openmag.jpgPour le journal Open Mag (le gratuit offert dans toutes les Fnac de France) daté du mois d’octobre 2014, j’ai voulu rendre hommage à cinq auteurs qui forment un club (sans en former vraiment). Ils s’en défendent, mais j’estime qu’ils pourraient allègrement être à l'origine d'une nouvelle école littéraire.

Julien Blanc-Gras, Richard Gaitet, Bertrand Guillot, Guillaume Jan et François Perrin sont des amis/écrivains aux tons, aux styles et aux sujets originaux et modernes. Je suis ces cinq bons vivants, pour la plupart, depuis le début de leur « carrière » littéraire.

(Et je les aime beaucoup humainement.)

Au passage, voici les dernières mandorisations de Julien, Richard, Bertrand, Guillaume et François (et la participation amicale de Philippe Jaenada.)

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18 octobre 2014

Bernard Werber : interview pour La voix de la Terre

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(Photo : Le Point)

11389-650x330-bernard-werber.jpgBernard Werber sort le 3e volume de la trilogie Troisième humanité, La voix de la Terre.

Je l’avais déjà mandorisé pour le premier tome.

Rappelons qu’à l'origine de l'ensemble du projet, il y avait cette question simple (mais finalement très complexe): Quel est le point de vue de la planète TERRE, elle-même, sur le comportement des hommes envers elle?

Selon l’auteur, « la meilleure manière de faire comprendre une autre écologie serait d'imaginer une communication directe avec ce sur lequel nous marchons. Nous aurions ainsi enfin accès à ce que pense la Terre des hommes qui la saupoudre. Pour elle, nous sommes une espèce jeune, envahissante, dépourvue de système d'autorégulation, mais avec d'immenses potentiels dus à la maitrise des technologies, notamment de communication et de voyage dans l'espace ».

Dans ce 3e volume, l'histoire de notre espèce va faire un bond en avant même si ce bond se fera au prix de l'affrontement de menaces venant de l'espace (astéroïde) ou des tensions internes (3e guerre mondiale). Mais n'est-ce pas ainsi que se crée l'Evolution ?

A l’occasion de cette sortie évènement, j’ai posé quelques questions à Bernard Werber, dans un café parisien, le 19 septembre dernier. Voici le fruit de cette interview publié dans Le magazine des Espaces Culturels Leclerc, daté du mois d'octobre 2014 (avec ensuite un bonus mandorien).

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Pour ceux qui n’arrivent pas à lire l’intro, comme je ne fournis pas de loupe, la voici en plus lisible.

La saga des micro-humains commencée avec "Troisième humanité" se poursuit sur fond d'apocalypse. Alors qu'une 3e guerre mondiale se profile à l'horizon, Gaïa, la Terre, semble vouloir se rebeller contre ses habitants. Dans la "La Voix de la Terre", on retrouve David Wells (descendant d’Edmond Wells) et Aurore, mais aussi de nouveaux personnages qui vont recréer le lien avec la planète grâce à la mise au point d'une communication par l'entremise des pyramides. Rencontre avec Bernard Werber qui sort son 20e livre en 23 ans de publication.

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Bonus mandorien:

Vous souhaitez émerveiller les autres avec ce qui vous émerveille ?

Mettre ma pensée dans quelque chose qui va me survivre, comme des livres, me fascine. Les gens reçoivent cette pensée et elle se met à vivre. Le mot écrivain me semble une réduction de cette activité qui consiste à lancer des idées, à les faire vivre et à les présenter de manière amusante. Je me vois plus comme un raconteur d’histoires et un diffuseur d’idées.

Vous êtes observateur du monde et de la vie des gens, m’avez-vous dit un jour…ce qui nourrit vos romans.

La fonction d’un romancier, c’est de prendre ce qu’il y a autour de lui pour fabriquer un produit qui n’est pas la même chose. Un peu comme les abeilles font avec le pollen pour fabriquer du miel. Moi, j’utilise ce pollen pour en faire mon miel. Le miel, il faut qu’il soit le plus pur possible pour que ce soit le plus agréable possible à consommer. Pour ma part, il y a une jouissance à prendre le pollen et une jouissance à faire le miel. L’extrême jouissance, c’est quand je vois le consommateur satisfait. Tout cela fait partie d’une chaîne où tout prend sa place avec harmonie. Quand je regarde le monde, j’ai la même jouissance et la même gourmandise qu’à une abeille regardant un parterre de fleurs.

C’est quoi être écrivain ?

C’est une passion. Je crois que plus j’ai de plaisir à écrire, plus le lecteur aura de plaisir à lire mes livres. Le livre est un objet de plaisir à fabriquer et à consommer. Il ne doit pas y avoir d’efforts ni à la création, ni à la lecture. Tout ça doit se passer de manière fluide. Il faut que l’écrivain se mette dans un état particulier, qui est peut-être un état de transe dans lequel les choses se font et arrivent toutes seules. S’il y a un effort intellectuel pour séduire le lecteur, là, on est out. Il faut juste arriver à transmettre de l’émotion. Au bout de 20 ans de métier, je n’ai plus la préoccupation de la technique, je n’ai plus que celle de la transmission d’émotions.

Vous arrive-t-il de décrocher ?

Non, l’écriture est pour moi pratiquement une maladie. Je suis tout le temps hanté par mon roman en cours. Je regarde tout ce qu’il se passe autour de moi pour voir si ça peut devenir une scène du livre. Quand je rencontre des amis écrivains, j’ai tendance à leur raconter mon roman pour voir si ça les intéresse. Pareil pour mon entourage.

Vous travaillez tous les jours de huit heures à midi et demie. Vous ne dérogez jamais à cette règle?

Je ne me repose jamais. Mais je trouve le repos dans l’écriture. Quand mes personnages se reposent, je me repose. Pour moi, être écrivain n’est pas un métier, c’est une vie entière.

Avez-vous parfois l’angoisse de la page blanche ?

Non, mais je fais toujours beaucoup de romans avant d’aboutir au bon. Par exemple, j’ai écrit quinze La Voix de la Terre. Chacune des versions faisait 500 pages. Chez moi, l’écriture et les idées viennent facilement, mais les premières versions ne sont jamais bonnes.

Un livre de Bernard Werber est donc le best of de quinze précédents, c’est ça ?

Disons que c’est le meilleur de ce qu’il y avait dans les quinze versions. Il faut être patient. J’ai un débit de dix à quinze pages par jour. Je vois le travail d’écrivain comme un marathon. Il y a un rythme à trouver, une fois que l’on a trouvé ce rythme, on est bien dedans.

Quel est l’objectif d’un auteur ?

Sans hésiter, de plaire aux lecteurs. La fonction d’un bon livre est d’être un divertissement, ce n’est pas d’être une zone expérimentale. Dans chacun de mes romans, il faut une montée dramatique, une structure chronologique et des clins d’œil, comme l’encyclopédie d’Edmond Wells qui revient de livre en livre. Il faut faire de la nouveauté dans la continuité. Mais au fond, la seule question que je me pose, c’est : comment transmettre une prise de conscience sur la planète et comment faire vivre mes personnages ?

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Le 19 septembre 2014, après l'interview...

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14 octobre 2014

Catherine Locandro : interview pour L'histoire d'un amour

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Avec Catherine Locandro, l’amour n’est jamais tout à fait un fleuve tranquille. Mais, il est toujours majestueux, malgré les nombreuses vagues tempétueuses (les sentiments, peut-être…) Dans L’histoire d’un amour, il est question du poids du secret, de l’inégalité de l’oubli entre deux personnes, de l’impossibilité de faire le deuil d’un amour parce que « l’autre » est une célébrité qui ne cesse d’occuper les petits écrans. (Il s’agit de Dalida.)

Catherine Locandro, à l’écriture si délicate et sensible, nous offre un roman émouvant et profond. Qui devrait toucher tout le monde.

Pour sa deuxième mandorisation (la première est à lire ici), l’auteure est passée à l’agence le 15 septembre dernier.

CVT_HISTOIRE-DUN-AMOUR_6607.jpeg4e de couverture :

Au comptoir de l’Alfredo, en face du lycée où il enseigne la philo, Luca lit La Repubblica. Ce matin-là, un article le ramène en 1967 lorsque, figurant pour une émission de variétés de la RAI, il croisa la Chanteuse. S’ensuivit une liaison, aussi ardente que brève, avec cette diva tristement célèbre pour sa tentative de suicide après la mort tragique de son compagnon. Une passion qui fit de Luca un homme à part, à distance du monde. Les révélations de ce journaliste lui offrent la chance de reprendre son existence en main.
Au gré d’évocations romaines – les ruelles bruyantes du Trastevere, la boucherie-triperie de la Via della Scala –, Catherine Locandro nous livre un roman sur la perte amoureuse et le poids des secrets, tout en délicatesse et émotion.

 

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L'auteure : Catherine Locandro est née à Nice en 1973 et vit actuellement à Bruxelles. Elle travaille dans le domaine de l’audiovisuel lorsqu’elle publie son premier roman, Clara la nuit, qui remporte le prix René Fallet en 2005. Cette scénariste – primée en 1997 pour L’Amour est à réinventer, dix histoires d’amour au temps du sida – publie son quatrième roman chez EHO, après Les Anges déçus (2007), Face au Pacifique (2009) et L’Enfant de Calabre (2013).

DSC09414.JPGInterview :

Il faut oser appeler son livre, « L’histoire d’un amour ». Ça peut paraître un peu banal comme titre…

Cela fait référence à la chanson de Dalida, mais j’aimais aussi le côté très simple et direct de cette phrase. Elle dit tout.

C’est l’histoire d’un amour complexe, bref, mais intense entre Dalida et un jeune garçon.

Dalida était une femme qui m’intéressait, pas forcément musicalement, mais humainement. Je trouvais que derrière le côté kitch, paillettes, disco, se cachait quelqu’un de sensible et romanesque. Elle a vécu une série de tragédies dans son existence. Toute sa vie, elle a été poursuivie par la mort et des évènements très sombres. Le contraste entre le côté lumineux de cette femme et la face noire de son existence me touche terriblement. Je trouve que sa vie raconte quelque chose. Et puis, elle est comme moi… d’origine calabraise. Sa part sombre, je l’appelle "sa part calabraise".

"Histoire d'un amour".

Personnellement, j’ai toujours eu l’impression qu'elle n’avait 10552414_947596028590513_4158142782153683274_n.jpgque cette face sombre lorsqu'elle n'était plus en représentation à la télé ou sur scène.

Je ne suis pas une grande spécialiste de Dalida, j’ai simplement lu quelques livres sur elle pour pouvoir écrire cette histoire sans trop trahir la réalité, mais j’ai l’impression qu’elle était en recherche permanente de quelque chose. Peut-être ne savait elle pas elle-même de quoi. En tout cas, elle essayait de comprendre qui elle était et essayait de comprendre le monde qui l’entourait. C’est quelqu’un qui lisait beaucoup, Freud, Jung… elle avait soif de connaissances. Je pense qu’elle avait le regret de ne pas avoir fait d’études. Toute sa vie, elle a cherché à atteindre un niveau intellectuel conséquent. Se remettre en question en permanence, je trouve cela remarquable.

Tu racontes son histoire d’amour entre elle qui a 36 ans et Luca qui n’en avait que 22.

Luca était un garçon d’origine napolitaine issu du milieu populaire romain. Il partageait avec la chanteuse le regret de ne pas avoir fait d’études. C’était un jeune homme rêveur et un peu idéaliste. J’imagine que quand il a croisé cette femme-là, cela a été un choc total.

C’était la confrontation de deux mondes.

Avec elle, il va accéder à un environnement qu’il n’aurait jamais pensé approcher. Cette femme plus âgée que lui et le monde qu’il découvre l’ont complètement bouleversé. Il fonce dans cette histoire parce qu’il est tombé éperdument amoureux d’elle. Quand ils se rencontrent, c’est une femme très abimée, complètement détruite. Son précédent amant italien, que j’appelle « le poète », vient de se suicider et elle-même vient de tenter d’en faire autant. Il pense qu’il peut la comprendre et l’aider, malgré toutes leurs différences.

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Luca était courageux. Par exemple, malgré l’interdiction de Dalida, il vient la rejoindre chez elle un soir de Noël, alors que toute sa famille est réunie.

Il l’aimait tellement qu’il pensait que tout ce qui était autour ne comptait pas. Cette connexion qu'il y avait entre eux l’obnubilait et il s’imaginait qu’elle pouvait vaincre tous les obstacles.

Que cherchait Dalida dans cette histoire ?

Je pense qu’elle cherchait quelqu’un à qui parler. En cette période de drames, ses proches étaient très inquiets pour elle et extrêmement protecteurs aussi. Elle devait se sentir isolée. Avec ce garçon, elle a enfin pu parler. D’ailleurs, d’après ce que j’ai pu lire sur cette histoire, c’est que le côté charnel et passionnel n’a pas duré très longtemps pour elle. Elle aimait le voir et discuter avec lui, cela lui suffisait. La fraicheur, la pureté et l’innocence du jeune garçon lui ont fait beaucoup de bien. Je présume qu’elle a eu une vraie affection pour lui.

Dalida 1.jpgElle a compris qu’elle allait lui faire du mal, donc elle a arrêté leur histoire pour ne pas le faire souffrir.

Oui, mais ce n’est pas la seule raison. Il y a eu un évènement peu connu du grand public avec ce jeune garçon qu’on ne va pas révéler ici, mais que je relate dans le livre. Je ne connaissais pas non plus ce fait grave et important, mais je l’ai découvert en lisant un article dans un journal.

Pourquoi raconter cette histoire ?

Je savais que j’avais envie d’écrire autour de Dalida, mais je ne voulais pas faire de biographie. J’ai commencé à chercher et je suis tombée sur l’article italien dont je viens de te parler. Cette histoire très courte a eu des conséquences terribles pour la chanteuse, à cause de ce que je ne veux pas vous dévoiler ici. Elle a décidé de le quitter, mais a insisté pour lui payer ses études.

L'histoire de Luca âgé, c’est la partie inventée du livre ?

J’ai imaginé cet homme, trente ans plus tard, au courant de rien, qui ouvre son journal et qui tombe sur cet article. Il comprend que l’histoire qu’ils ont vécue a compté pour elle. J’ai imaginé la journée qu’il a pu passer après avoir lu cet article.

Il vit encore ce Luca ?

Je ne sais pas. Je n’ai pas voulu faire un travail d’investigation. Je voulais me laisser cette part de liberté. Je me suis basée sur tout ce que je savais du Luca de vingt ans et de leur histoire, ensuite, j’ai inventé le Luca de cinquante ans.

Tu sais qu’il peut tomber sur ton livre…

Oui, ça peut arriver. Ce serait quelque chose de très émouvant pour moi.

Tu le décris comme un homme qui n’a jamais pu vraiment passer à une autre histoire,864011articleDalida.jpg malgré son mariage avec Maria.

J’ai imaginé qu’il avait gardé cette histoire secrète au point de n’en avoir jamais parlé à personne. J’ai poussé la thématique du secret jusqu’au bout, ce qui m’a permis de développer  les conséquences qui en découlent dans une vie et la manière dont cela peut bouleverser un destin.

Le poids du secret est un thème que l’on retrouve dans toute ton œuvre.

Pour un romancier, je trouve que c’est quelque chose de fabuleux. C’est la porte ouverte à beaucoup d’intrigues et de rebondissements.

Autre thème développé : le deuil impossible d'un amour.

Ça m’intéressait d’explorer cette idée-là. Il ouvre sa radio, il entend sa voix. Il regarde la télé, il tombe sur elle… comment peut-on vivre avec l’image permanente de celui ou celle que l’on a aimé ? C’est impossible d’oublier.

Quand elle a chanté la chanson de Pascal Sevran, « Il venait d’avoir 18 ans », elle devait songer à lui, non ?

C’est ce que je me suis dit. Elle devait forcément penser à cette histoire. Et lui a dû se demander si cette chanson était liée à lui ou pas.

"Il venait d'avoir 18 ans".

Tu fais référence au frère de Dalida, Orlando, lors de la fameuse soirée de Noël ou Luca rejoint la famille sans y être invité. Est-il au courant de la sortie de ce livre ?

On ne lui a pas demandé l’autorisation d’écrire cette histoire, en tout cas. Le livre lui a été envoyé. Maintenant, est-ce qu’il l’a lu? Je n’en sais rien. En même temps, je n’ai rien raconté de plus que ce que lui-même a déjà raconté sur cette soirée de Noël.

On sent que tu as de l’empathie pour Dalida.

J’en ai toujours eu, même si mes goûts musicaux ne vont pas vers son œuvre. Dalida est une figure familière, voire familiale, pour moi. On l’écoutait beaucoup à la maison et ses origines calabraises flattaient un peu l’ego de ma famille. J’avais un avis positif sur cette femme et j’avais envie d’en savoir plus. Quand je suis tombée sur cette histoire d’amour, j’y ai vu un moyen de partir de quelque chose d’intime pour aller vers l’universel. Il y a tout : la rencontre, le coup de foudre, la rupture… ça concentre beaucoup de sentiments.

Dans la vie de Dalida, trouves-tu des résonances avec ta propre vie ?

Par certains aspects oui. Cette quête de comprendre les choses et de se dépasser. On a tous vécu des histoires d’amour compliquées et on a tous eu dans la tête des personnes qu’on a eu du mal à oublier.

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Le 15 septembre 2014, après l'interview.

30 septembre 2014

Vincent Brunner : interview pour Platine

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J’ai travaillé avec Vincent Brunner dans un journal culturel. J’aimais bien le croiser et j’avais beaucoup de respect pour ce qu’il écrivait. Un vrai journaliste rock qui savait de quoi il parlait (ce qui n’est pas systématique). Je suis donc de près ses publications littéraires. Je l’ai déjà mandorisé pour un livre sur Jimi Hendrix. Cette fois-ci, il sort son premier roman. Platine est un livre « jeunesse ». Bien, le jeune que je suis a donc beaucoup apprécie lire ce livre sur la transmission, le travail de deuil, la musique rock, l’amour, l’amitié… notamment.

Le 10 septembre dernier, Vincent est venu me voir à l’agence…

vincent brunner,platine,interview,mandorRésumé :

Eva est en seconde. Elle ne vit que pour la musique, le rock. Un jour, ses grands-parents lui confient un sac de vieux disques vinyles ayant appartenu à son père biologique, décédé juste avant sa naissance. Bouleversée par ces disques, elle est exclue trois jours de son lycée après avoir agressé l'une de ses camarades. Trois jours qui lui permettent de réfléchir et de comprendre que ce père, dont elle partage la passion de la musique, fait bien partie d'elle et qu'elle doit accepter d'en faire le deuil.

L’auteur :vincent brunner,platine,interview,mandor

Vincent Brunner est journaliste, spécialisé dans la musique et la bande dessinée. Il a été chef de rubrique musique des Rolling Stone pendant trois ans et a écrit plusieurs ouvrages sur des chanteurs, notamment En quarantaine, avec/sur Christophe Miossec (Flammarion) et Bob Dylan au-delà du mythe (City).

Il est co-créateur de Tout est vrai (ou presque), diffusé sur Arte tous les soirs à 20h45.

Actuellement, il écrit sur la musique pour divers magazines (VSD, Spray, KR Homestudio, Beachbrother, Snatch).

vincent brunner,platine,interview,mandorInterview :

Ce livre est ton premier roman. Pourquoi un roman jeunesse ?

Concernant Platine, je n’avais pas anticipé le fait qu’il soit dans une collection jeunesse. En fait, j’avais écrit un roman mettant en scène un détective, un peu pastiche. Je l’avais fait lire à Gaëlle Lassée, éditrice chez Flammarion, avec qui on a fait Rock Strips et Sex & Sex & Rock & Roll. Elle l’a passé à une de ces amies, Céline Vial, qui travaille dans la même maison d’édition, mais à la jeunesse. Elle n’a pas pris le roman parce qu’elle considérait qu’il n’était pas pour cette tranche d’âge, mais elle m’a indiqué qu’elle en cherchait, notamment autour de la musique. Alors que je discutais avec elle au téléphone, j’ai trouvé le pitch immédiatement… ensuite, ça m’a demandé deux ans de travail.

Incorrigible que tu es, du coup, dans ce roman, tu leur communiques une certaine culture rock.

Même si je me suis efforcé de mettre aussi des groupes de « mauvais goût ». Eva est une grande fan de My Cheminal Romance, qui n’est pas un groupe jugé noble par la critique, loin de là. J’ai essayé de me mettre à la place d’une jeune fille de 16 ans, même si c’est difficile. Qu’est- ce qu’une gamine peut écouter comme rock’n’roll ?

L’étiquette « roman jeunesse » est parfois lourde à porter. Disons qu’on n’a pas le même public.

Je connais plein d’illustrateurs qui font des albums pour la jeunesse. J’ai lu des livres qui sont sortis dans la collection Tribal, j’ai pu constater que livres pour la jeunesse ne signifient pas puérils, au contraire. Je suis dans une collection qui frise le « jeune adulte ». Joann Sfar a bien démontré que ce n’est pas parce qu’on parle à des enfants qu’il faut les prendre pour des débiles. Comme j’ai choisi la première personne pour raconter, ma peur principale était d’être à 10 000 années-lumière du langage des jeunes d’aujourd’hui.

Est-ce compliqué de se mettre dans la peau d’une jeune ado?

Je me suis lancé dans un jeu de rôle. Ce dialogue intérieur d’Eva n’a pas été la principale difficulté. Dans le travail d’écriture, il y a eu quelques réaménagements par rapports à certains comportements des parents. J’ai eu presque plus de mal à les faire agir et parler de manière crédible. Je m’inquiète sur mon cas, parce que j’ai eu plus de facilité à trouver la voix d’Eva… et, ça ne t’as pas échappé, je n’ai rien d’une jeune fille de 16 ans.

Tu te demandes si tu n’es pas plus un ado qu’un adulte ?vincent brunner,platine,interview,mandor

Je n’ai pas d’enfant. Je dois être plus proche, de par mes goûts et mon mode de vie, d’un ado qu’un adulte.

Ton héroïne, Eva est un peu énervante comme ado, non ?

On me le dit souvent. En même temps, sa mère n’est pas exempte de reproches. Elle est un peu folle. Il n’y a que son beau-père, Richard, qui est normal et gentil. Mais bon, Eva progresse dans le livre.

Toi, tu as aimé tes années lycées ?

Je n’ai pas détesté. J’étais sociable. J’avais une vie et des copains, mais j’avais déjà la musique qui prenait beaucoup de place. Je n’avais pas les goûts de la majorité alors, je m’adonnais à cette passion en solo. J’écoutais bien sûr beaucoup de rock, mais aussi pas mal de rap.

Il est question de vinyles dans le livre.

Je trouvais intéressant ce passage de relais entre deux générations de mélomanes. Aujourd’hui, les gamins ont leur MP3. Ils s’échangent les disques par fichiers ou par clé USB. A l’époque, il y avait une magie avec les vinyles, mais Eva, elle n’en a rien à cirer. Nous, on écoutait les chansons en regardant les paroles et la pochette, aujourd’hui, les gens écoutent une chanson plus qu’un album en intégralité et se foutent de l’emballage.

My Chemical Romance: "Na Na Na".

J’ai vu circuler sur internet une playlist basée sur les références musicales de ton livre.

Ce n’est pas moi qui en suis à l’origine. Ce sont les gens de Shut Up and Play The Books qui ont fait ce travail. Ils ont fait ça de manière exhaustive et c’est génial. Toutes les chansons sont dans mon livre.

Écris-tu en musique ?

Oui, souvent. J’ai écrit Platine souvent le soir et écouter du rock permet de garder une dynamique et de rester dans l’énergie.

Quel plaisir a le journaliste que tu es à écrire un roman ?

Le plaisir de développer des personnages et qu’ils finissent par exister chez les gens. C’est jubilatoire d’avoir son théâtre de marionnettes. En fait, dans ma vie professionnelle actuelle, je suis de moins en moins journaliste et de plus en plus auteur. Je vais essayer d’impulser plus de projets dans la fiction.

Dans ta jeunesse, tu aimais le rock et la BD. C’est formidable, parce que tu en as fait ton métier…

Ce que j’aimerais devenir aussi, c’est scénariste de bande-dessinée. J’essaie de concrétiser.

Tout est vrai (ou presque) : Johnny Cash.

Parle-nous de la pastille d’ARTE dont tu es l’un des trois créateurs avec le réalisateur Udner et Chryde, Tout est vrai (ou presque), qui est diffusée tous les soirs à 20H45.

C’est une biographie en trois minutes de personnalités très connues vu par des petits objets. Je dirige le pool des auteurs. Je coécris avec une petite dizaine d’auteurs les 40 épisodes  et Udner intervient après. C’est une superbe expérience… le rythme est soutenu mais on s’amuse beaucoup.

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Avec Vincent Brunner, après l'interview, le 10 septembre 2014.

27 septembre 2014

Grégoire Delacourt : interview pour On ne voyait que le bonheur

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DSC09198f.JPGDeuxième interview/mandorisation de Grégoire Delacourt (voir la précédente pour La première chose que l’on regarde). Son nouveau livre, On ne voyait que le bonheur, fait beaucoup parler de lui, car l’auteur a modifié sensiblement son écriture. Elle est peut-être un peu plus grave, profonde… disons, un peu moins légère. Quitte à déstabiliser ses lecteurs habituels. Un auteur a besoin d’évoluer, de « capturer » de nouveaux lecteurs, de se prouver qu’on peut sortir de ses habitudes littéraires, même si elles ont fait leur preuve. Pour Le Magazine des Loisirs Culturels Auchan, je suis allé à sa rencontre dans un hôtel de la capitale. C’était le 25 juillet dernier.

(Après l’interview publiée, je vous propose un petit bonus. Nous revenons notamment sur les déboires qu'il a eu avec la comédienne Scarlett Johansson.)

(J'en profite aussi pour annoncer que j'animerai un café littéraire avec Grégoire Delacourt le 27 mars prochain à la Ferme Pereire d'Ozoir-la-Ferrière).

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Bonus mandorien :

Vous écrivez : « Grandir, c’est comprendre qu’on n’est pas autant aimé que ça »…

Ça correspond aussi à l’idée que je suis devenu orphelin en écrivant le livre. Ma mère est décédée quand j’ai écrit L’écrivain de la famille et comme je vous l’ai dit tout à l’heure, mon père est mort quand je venais de finir celui-ci. Je me suis dit que plus personne ne va m’aimer de cet amour-là. De cet amour d’enfant. De cet amour qui nous a fait grandir. Je crois qu’on n’a pas tant aimé que ça, parce que les gens nous quittent.

Pourquoi ce titre, On ne voyait que le bonheur ? J’aurais tendance à dire « On ne voyait que le malheur ».

Dans les albums photos, il n’y a que des clichés de gens heureux. On ne veut voir et montrer que le bonheur. On ne voit que ça parce que ça nous arrange. Derrière certaines photos, en fait, ça gronde. Il n’y a jamais de photos où le malheur est présent. Vous avez déjà vu une maman qui crie ou un papa qui casse un verre de rage? On ne montre que les jolies choses. Avec ce titre, j’ai voulu montrer qu’une famille, c’est une grenade qui peut se dégoupiller malgré les sourires et les apparences. Dans notre société, on se doit d’être une famille heureuse. La pub, les films et les contes de fées racontent ça. Il n’y a pas que le bonheur dans notre monde.

grégoire delacourt,on ne voyait que le bonheur,interview,le magazine des loisirs culturels auchan,mandorJe vais terminer avec l’affaire Scarlett Johansson. Elle a attaqué conjointement les Éditions Lattès et vous pour «violation et exploitation frauduleuse et illicite de son nom, de sa notoriété et de son image, au mépris de ses droits de la personnalité pour les besoins de la commercialisation et de la promotion d'un ouvrage qui contient de surcroît des allégations attentatoires à sa vie privée ». La comédienne a réclamé ainsi la somme de 50.000 euros de dommages et intérêts et l'interdiction de la cession des droits de reproduction et d'adaptation de l'ouvrage, ainsi que de toute utilisation de son nom. Ça s’est bien terminé pour vous puisqu’elle a été déboutée de toutes ses demandes (mais obtient néanmoins 2500 euros de dommages et intérêts pour atteinte à la vie privée), mais vous avez été touché ?

Ça m’a touché parce que c’était un livre bienveillant autour d’elle. Moi, je rêvais d’aller plus loin avec elle, en faire un film et qu’elle le réalise. J’ai été un peu blessé parce que ça a été le contraire qui s’est produit. Je ne suis pas sûr qu’elle ait lu le livre parce qu’il n’est pas sorti en anglais. On a dû lui rapporter des choses malveillantes. C’est une fille qui souffre qu’on la prenne pour elle, je ne comprends pas qu’elle attaque ce livre. Dans cette société, je trouve toujours suspect qu’on attaque, des artistes. Je n’ai rien dévoilé d’intime et il n’y a aucune information négative. De plus, je ne raconte pas son histoire. Ça a duré un an avant d’avoir le verdict.

Ca parasite un peu l’esprit, j’imagine.

Je suis étanche par rapport à ça, mais je trouve que c’est embêtant pour l’éditeur.  Elle avait des demandes tellement extravagantes. Elle a interdit les traductions, la possibilité de faire un film… ça bloquait aussi les pays qui voulaient acheter le livre, l’Angleterre, notamment, qui attendait le verdict. Scarlett n’a pas gagné, moi, je n’ai pas gagné...  c’est le livre qui a gagné. Tout le reste, c’est de la broutille. J’ai reçu beaucoup de courriers, de mots, de coups de fil d’écrivains qui étaient ravis de l’issue du procès. Ça conforte beaucoup de monde dans leur liberté, tant qu’elle n’est pas malveillante, de pouvoir se nourrir de la réalité. L’épisode est clôt. C’est beaucoup de bruit pour rien.

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Après l'interview, le 25 juillet 2014, à l'Hôtel Amour.

24 septembre 2014

Bertrand Guillot : interview pour Sous les couvertures

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