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18 mars 2015

Arnaud Dudek : interview pour Une plage au pôle nord

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(Photo : Molly Benn)

J’ai lu quelque part : « Arnaud Dudek, écrivain d’utilité publique ». Je ne peux que souscrire à cette affirmation tant j’aime son écriture simple, belle, efficace et tout à fait jouissive.

Dans Une plage au pôle Nord, il raconte une histoire d’amitiés, de solitudes, de destins qui se croisent, de désir, de dangers de la routine, de la vieillesse, de la mort aussi. Le tout sur un ton léger, parfois un peu plus grave, mais jamais plombant.

Avec Arnaud Dudek, les petits riens se métamorphosent en grand tout.

Il y a chez lui une distance sur les événements et un point de vue presque philosophique sur la vie. La vie n’est pas super passionnante, mais elle mérite d’être vécue, quitte à la bousculer un peu.

L'auteur est venu à l'agence le 23 février dernier pour une deuxième mandorisation. (La première est à découvrir ici!)

arnaud dudek,une plage au pôle nord,alma,interviewMot de l’éditeur :

Dans son troisième roman publié chez Alma, Arnaud Dudek, l’écrivain le plus narquois du moment, raconte l’histoire de deux solitudes couvertes par la banquise. Françoise, veuve, septuagénaire, peine à avancer depuis que son mari s’est éclipsé dans des circonstances aussi flamboyantes que pathétiques. Jean-Claude, jeune père divorcé, cache pas mal de bosses sous sa lisse bonhomie.
Aimantés par le hasard (qui prendra la forme d’un appareil photo perdu) ce duo improbable découvrira – en commençant par un petit porto – les bienfaits du réchauffement climatique. Jean-Claude apprendra à Françoise à manier l’ordinateur et les clubs de rencontre. Françoise l’encouragera à être fier de lui.
Autour d’eux gravitent en un ballet d’insolites trajectoires quelques personnages un rien fantasques : juriste qui se rêve dessinateur, couple de magiciens has been, blonde aussi piquante qu’un cactus, malfrats sur le retour… On peut les classer en deux catégories : les intrépides, genre même pas peur. Et les frileux, auxquels l’auteur réserve un traitement de faveur : doucement, il les réchauffe, leur souffle dans le bec, pose quelques sparadraps et leur redonne des couleurs.
Avec beaucoup de gaieté, Arnaud Dudek nous offre ici de fines tranches de vie. Du léger raconté avec sérieux. Et inversement…

L’auteur :

Arnaud Dudek est né en 1979 à Nancy. Il vit à Paris. Il a précédemment publié Rester sage (Alma, 2012) et Les Fuyants (Alma, 2013).

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Interview :

Depuis ta première mandorisation, il y a un an et demi, que s’est-il passé pour toi ?

Ma vie s’est simplifiée. J’habite désormais à Paris et j’y travaille. Je t’avais expliqué la dernière fois que nous nous sommes vus que j’écrivais beaucoup dans le train… j’ai donc dû changer ma manière de travailler parce que je ne le prends plus. Sérieusement, c’est un grand changement dans ma vie. Maintenant je fais des micronouvelles dans le métro entre trois stations. Je plaisante, tu n’écris pas ça.

Tu essaies de trouver un autre rythme ?

Il faut que je pose des jours de congé pour écrire. Pour certaines phases d’écriture, travailler trois heures le soir  n’est pas suffisant. Je vais finir par trouver le rythme. Il va falloir que je le  trouve, car je t’annonce que ma femme attend un enfant.

Toutes mes félicitations ! Du coup, tu vas avoir du mal à écrire ton quatrième livre, non ?

Le quatrième ne me posera aucun souci, car il est largement avancé. J’ai rendu récemment mon premier jet à mon éditeur. J’attends un premier avis incessamment sous peu.

Sérieusement, le fait que tu ne prennes plus le train, ça t’a fait peur par rapport à ta créativité ?

Quelque part, oui. C’est curieux, mais dans le train, j’étais dans une vraie bulle personnelle dans laquelle je pouvais écrire et lire, coupé du monde. J’avais trois heures à moi, tous les jours.

Le fait de ne plus écrire dans le train, ça change aussi ta façon d’écrire ?arnaud dudek,une plage au pôle nord,alma,interview

J’ai l’impression. J’en ai parlé récemment avec notre ami commun Erwan Larher. Lui passe un temps colossal à écrire. Il me disait que si je faisais pareil, je n’écrirais pas de la même manière, j’écrirais peut-être des pavés... Quelque part, il n’a pas tort. Je pense qu’inconsciemment, le style et le volume du livre sont dictés par les contingences de ta vie personnelle.

J’aime beaucoup ton écriture, tu le sais. Simple, belle, touchante, parfois mordante…

Ça me fait plaisir parce que c’est beaucoup de travail. La fluidité est une chose compliquée.

Tu te joues du lecteur avec une certaine malice. Par exemple, quand on commence ton livre, on pense que le personnage principal est Pierre Lacaze.

Oui, il passe au second plan très rapidement. Il est le lien, l’appareil photo humain entre les deux personnages, Françoise et Jean-Claude. Je me suis amusé à faire une fausse entrée en matière. Je suis très joueur… le risque c’est de l’être trop.

Tu testes beaucoup de choses en fait ?

C’est pour cela que la deuxième phase d’écriture de mes livres est toujours très longue. Le premier jet va vite, ensuite j’essaie plein de choses. Je rajoute des passages ou j’en enlève. Je m’amuse à mettre des tableaux Excel dans mon bouquin. A un moment, en revoyant un vieux Steve McQueen, je me suis interrogé sur la possibilité de faire un split screen dans un livre. Du coup, à la fin de mon roman, j’ai fait quelques transitions un peu abruptes de phrases qui commencent sur un personnage et qui se terminent sur un autre. Essayer des choses nouvelles, c’est aussi ça qui me fait plaisir quand j’écris. En fait, les premiers jets, c’est écrire pour soi d’abord. Après, quand on réécrit, on pense aux lecteurs.

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Certains écrivains que j’ai interrogés m’ont dit le contraire. Ils ont peur que penser aux lecteurs modifient leur style.

Moi, je me demande toujours si le lecteur va comprendre tout ce que j’écris. C’est pour ça qu’avec mon éditeur, on en est arrivé, pour mon deuxième livre, Les Fuyants, à faire une entrée en matière pour les personnages, comme au théâtre. C’est pour ça aussi que dans le premier roman, Rester sage, j’ai supprimé des personnages parce qu’on trouvait qu’il y en avait vraiment trop. Une de mes obsessions littéraires est de rester compréhensible.

J’ai l’impression que tu as besoin de t’amuser en écrivant. Penses-tu que si tu t’ennuies, le lecteur va lui aussi s’ennuyer ?

Oui. Je le vois comme ça. Si je m’aperçois qu’au moment où je raconte le passé d’un personnage, je commence à moi-même décrocher, ce n’est jamais bon.

Dans tous tes livres, tu t’adresses parfois aux lecteurs.  

C’est encore du travail sur le rythme. Une plage au pôle Nord, j’avais envie de le travailler comme un conte. Je commence d’ailleurs le livre ainsi : « Au début de l’histoire, Pierre Lacaze reçoit des lettres. » Ce roman est un conte de la vie ordinaire.

Le narrateur est facétieux, ironique, très second degré. C’est un sacré personnage !

Oui, et il a fallu que je fasse attention à ne pas le rendre trop présent pour qu’il n’efface pas mes héros. Un livre, c’est une question de dosage, surtout sur un format court.

arnaud dudek,une plage au pôle nord,alma,interviewEs-tu influençable quand tu lis d’autres livres ?

Je peux me retrouver à être éponge, notamment pendant les phases assez intenses de réécriture. Si tu lis du Proust quand tu réécris, tu vas te mettre à faire des phrases plus longues. Après, il y a des idées que je trouve chez d’autres qui me rendent presque jaloux et qui influencent peut-être mon style. Mais ce n’est pas que dans la littérature. J’ai vu il n’y a pas longtemps un film de Sébastien Betbeder, Deux automnes, trois hivers. C’est une histoire d’amour très construite, avec des panneaux contenant des phrases assez obscures en tête de chapitre. Sur le rythme, le découpage, le traitement des personnages secondaires, les digressions, j’ai trouvé ce film formidable. Si j’avais à écrire une histoire d’amour, je souhaiterais que cela ressemble à ce film. Sinon, un jour, j’aimerais bien essayer de détourner un genre littéraire. Prendre un polar et m’en emparer me tente bien par exemple. Pour répondre précisément à ta question, quand je tombe sur un livre qui me plaît, ça peut m’influencer, mais je n’ai plus vingt ans et je n’essaie plus de copier mes modèles. Je ne vais pas mettre des parenthèses partout pour faire du Philippe Jaenada, je n’essaie pas de raconter l’histoire de France à la façon d’un Paul Auster qui raconte l’histoire des Etats-Unis. Je n’en suis plus là.

As-tu l’impression d’avoir ton propre style ?

Ce serait présomptueux de dire cela, en tout cas, j’ai plus de facilité à le retrouver.

Je reconnais la patte Dudek. Pour toi, c’est un compliment ?

A ce stade, oui. Mais si dans quelques années je ne fais que me copier, si tous mes livres se ressemblent, je ne suis pas sûr d’être satisfait de moi.

A chaque fois que je lis une quatrième de couverture d’un de tes livres, je me demande quel est l’intérêt d’écrire cette histoire… et à chaque fois, je plonge et j’adore.

Il se passe tellement de choses dans une vie banale. J’aime raconter la vie quotidienne, les difficultés que l’on a à trouver sa place dans la société, les thèmes comme la solitude et la vieillesse. Tout ceci m’intéresse en tant qu’être humain.

Es-tu un auteur engagé ?

Je me sens juste concerné par ce qui m’entoure, par ce que je vois. Je suis révolté quand je vois des bancs anti-SDF près des gares. Le chômage, les combats que les gens mènent pour garder leur travail… tout ça me touche et c’est ce que j’ai envie de raconter. Il se passe un millier de choses intéressantes dans le quotidien. Je ne me vois pas partir sur des fresques monumentales.

Les drames que tu racontes font souvent sourire…

J’essaie de tout dédramatiser. Jean-Claude est assez emblématique de ma façon d’aborder mes personnages. C’est quelqu’un qui, à première vue, est assez dilettante et cool. Et plus tu grattes, plus tu trouves des failles. Il est malheureux parce qu’il est divorcé, qu’il n’élève pas sa fille, qu’il ne trouve pas de travail… il se réfugie dans les bars, les copains, mais cette ambiance-là, ça va bien cinq minutes. Soudain, il lui arrive un truc dans sa vie. Il a perdu son appareil photo et quelqu’un l’a retrouvé dans des circonstances assez étonnantes pour lui, il part dans cette aventure. Cela devient son odyssée personnelle.

Jean-Claude fréquente cette septuagénaire, Françoise, et commence alors une forte amitié très touchante.

Il y a cinq ans, j’avais déjà abordé le choc des générations et l’amour chez les personnes âgées dans une nouvelle. Je savais que j’y reviendrais à un moment donné. J’avais envie d’aborder le thème de la vieillesse à ma façon. C’est très personnel. Ma grand-mère vivait chez mes parents, elle était ma nounou et a beaucoup compté dans ma vie. Quand j’étais petit, elle m’emmenait chez ses copines de 70 ans. Je trouvais qu’elles avaient plein d’énergie. Quand j’ai commencé à écrire ce livre, il y a plein de souvenirs qui sont remontés. Le couple de vieux magiciens de mon livre, c’est la somme de plein de vieux couples que j’ai rencontrés et avec lesquels j’ai joué à la belote gamin.

Si tu es un peu taquin, tu ne te moques jamais de personne dans tes livres.

Je ne juge jamais les gens. Un libraire m’a dit récemment qu’il trouvait mes livres malicieux. J’étais content, car c’est ce qui caractérise le plus ma façon de voir la vie et ma façon de la raconter.

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(Je me demande bien qui a pris cette superbe photo...)

Tes livres finissent toujours par une note d’espoir.

Oui, et par une fin ouverte.

Est-ce que ton œuvre te ressemble ?

Je suis fondamentalement optimiste. C’est un peu triste à dire, mais c’est le drame qui fait le sel de la vie. On se construit aussi par ses échecs… mais mon optimisme revient toujours à la surface à un moment où à un autre. Ça guide ma façon de voir la vie et également mon écriture. Mes livres me ressemblent donc pas mal…

On parle beaucoup de toi, tu as de la presse dithyrambique, mais tu ne vends pas encore beaucoup. Que penses-tu de ta condition d’écrivain ?

Je suis serein parce que j’ai un autre métier. Le but c’est que l’on continue à pouvoir me laisser faire ce que je veux. Tant que l’éditeur est content, qu’il aime mes livres, tant que j’ai l’impression de progresser avec lui, je serai satisfait. Etre édité, c’est aussi avoir la possibilité de travailler ses textes avec des professionnels. C’est aussi l’école de l’humilité. Mes deux éditeurs ont beau me publier et me faire confiance, ce n’est pas pour autant qu’ils me signent un chèque en blanc, en me disant que mon premier jet est formidable, alléluia ! C’est aussi : « On a aimé 95 %, il y a 5 % qui ne nous plaisent pas »… etc. Leurs remarques sont constructives et j’ai toujours l’impression d’avancer avec eux.

Dans ta façon d’écrire, veux-tu parfois désacraliser l’écriture ?

Ta formule est intéressante. Je veux surtout la décloisonner. Décloisonner, c’est ce qui m’avait marqué chez ma prof de français de seconde. Elle nous disait qui si les bouquins que nous lisions ne nous intéressaient pas, nous pouvions ne pas les finir. Elle m’a fait lire Pennac, Boris Vian… C’est ce qui m’a amené de nouveau aux livres quand j’étais lycéen.

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Après l'interview, le 23 février 2015.

15 mars 2015

Luc-Michel Fouassier : interview pour Le zilien

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Luc-Michel Fouassier est un auteur qui n’a pas encore le succès qu’il mérite. Je m’évertue donc à le mandoriser à chaque fois qu’il sort un livre (voir là). Je n’aime pas le talent méconnu.

Son nouveau livre Le zilien m’a fait sourire souvent et même rire parfois (sur le dos du système de l’éducation nationale, certes, mais c’était assez jouissif, je dois dire). Il y a quelque chose de Pennac et de Toussaint dans cet auteur-là. J’espère vous donner envie de le lire, vous ne devriez pas être déçu.

Le 28 janvier 2015, Luc-Michel Fouassier est venu une nouvelle fois à l’agence pour évoquer ce61w1++QB62L.jpg roman très inspiré (par sa propre expérience… ou pas).

4e de couverture :

Survie et triomphe d’un enseignant dilettante.
Présentation de Jean-Philippe Toussaint
Dans ce roman résolument impertinent, qui nous décline l’année scolaire d’un enseignant remplaçant, l’humour – comme instrument de résistance aux casse-pieds en tout genre – joue pleinement sa partition.

L’auteur :

Luc-Michel Fouassier est maire-adjoint d’Ozoir-la-Ferrière, délégué à l'événementiel littéraire. Il organise dans cette ville les actions culturelles autour du livre. D'autre part, il a créé, en 2008, avec l'aide de Régine Deforges, le prix Ozoir'elles.
Il a collaboré à la revue littéraire Rue Saint Ambroise durant plusieurs années. A ce jour, il a publié deux recueils de nouvelles aux éditions Quadrature et trois romans aux éditions Luce Wilquin.

DSC0991nn4.JPGInterview :

Le zilien est ton cinquième livre. Dis donc, cela commence à constituer une œuvre. Et chaque livre est différent, dans le thème et dans la forme.

Si c’est pour écrire le même bouquin, ça ne m’intéresse pas. Il y a un point commun à chacun de mes livres, c’est que je suis attaché aux lieux. Un lieu m’inspire pour écrire plus qu’une histoire ou un personnage.

Dans Le zilien, le lieu se trouve être une école. Lieu que tu connais donc bien, parce que tu y exerces ta profession : professeur des écoles pour les CM1, CM2.

Oui, j’avais beaucoup de choses à dire sur ce qu’il se passe dans ce lieu.

Peux-tu expliquer ce qu’est un zilien ?

C’est un titulaire remplaçant qui vient remplacer les enseignants absents dans les écoles. C’est un poste qui peut être attribué à titre définitif. On peut rester zilien vingt ans ou même toute sa vie. Au début de ma carrière, j’ai été zilien durant trois ans dans le Val-de-Marne.

Le zilien de ton livre est dilettante, il n’a pas envie d’en foutre une… Ils sont tous comme ça ?

Non, je ne vais pas me fâcher avec cette catégorie professionnelle de l’éducation nationale. J’égratigne un peu ce métier, mais je pense que j’aurais pu écrire le même genre de livre si j’avais travaillé dans la banque ou dans n’importe quelle administration. J’ai écrit un livre sur l’attitude vis-à-vis du travail. Tout le monde prétend qu’il faut s’investir dans son boulot. Moi, je clame haut et fort le droit de ne pas s’investir dans son boulot. Il y a autre chose dans la vie. Moi, je préfère rester allonger dans mon lit à glandouiller et rêvasser, à lire. Je préfère ça que de me démener comme un dingue pour mon boulot. J’ai toujours eu beaucoup de méfiance/défiance vis-à-vis des gens qui se défoncent pour leur travail. Je fais une exception pour ceux qui sont passionnés, comme toi, par ce qui les fait vivre. Tu fais un boulot extraordinaire, donc je comprends, mais explique-moi comment on peut s’investir à fond dans la banque, dans le transport routier, dans l’éducation nationale ? On sacrifie forcément la lecture, les balades, la rêverie…

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Luc-Michel Fouassier, comme le zilien, dilettante?

Tu te sens proche du personnage principal de ton livre, le fameux zilien?

Oui, d’autant plus qu’il ne serait pas inefficace s’il avait une classe à lui à l’année. Quand il exerce lors de ses remplacements, il assure bien. Il est juste un pourfendeur du système de l’éducation nationale… et parfois un profiteur de ce même système.

Le directeur de l’école est tolérant et sympathique. Il laisse le zilien s’installer dans une partie de la bibliothèque pour y dormir le soir…

Il y a des personnes sympathiques dans ce milieu. J’ai voulu donner une palette de tout ce que l’on peut rencontrer dans l’éducation nationale. Il y a beaucoup de visions sur elle qui sont des images d’Épinal. En fait, ce milieu est un peu mou et pas toujours enthousiaste. Mais, encore une fois, il y a plein de gens différents.

Il y a un peu de folie dans ton personnage.

Moi, à un moment, j’ai essayé de faire des choses originales avec mes élèves, comme faire calculer la masse de matière fécale qu’un adulte pouvait laisser par an dans ses toilettes (on en était au mesure de masses !) ou faire tirer des pénaltys dans ma classe sur le tableau en guise de but (on était en pleine coupe du monde !), mais j’ai arrêté parce qu’on m’a emmerdé. Les gens n’aiment pas que tu sortes du cadre. On se prend trop au sérieux dans l’éducation nationale.

Revenons sur son aspect dilettante… pourquoi est-il ainsi ?

Etre dilettante est parfois une question de pudeur. Ça évite de complètement se dévoiler. C’est une protection, c’est de la survie. Quelqu’un de dilettante est parfois quelqu’un de plus profond, plus touché que les autres. Les dilettantes ont des sentiments très forts et exacerbés, parfois, alors qu’ils peuvent paraître surfer sur les choses. Je suis un peu comme mon personnage, mais j’essaie de ne pas le montrer.

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Tu n’as pas peur d’heurter ta hiérarchie avec ce livre ?

J’aimerais bien que des gens haut placé dans l’éducation nationale lisent ce livre et qu’il défraie la chronique. Je dis des vérités. Quand je parle des inspections, ça me rend fou. 99% des professeurs inspectés font leur petit numéro de pédagogie dès que l’inspecteur arrive. Je ne supporte plus cette comédie. Pourquoi tant d’esbroufe? Globalement, ce que font les professeurs tient la route, alors pourquoi tout ce cinéma ?

Mais, je reviens sur ma question. Tu n’as pas peur de perdre ton travail si l’éducation nationale prend mal ce livre ?

Je ne vais pas perdre mon boulot à cause de quelques égratignures. Si je me faisais taper sur les doigts, je prendrais cela comme mon prix littéraire. Ce serait mon Goncourt à moi.

Parlons de Jean-Philippe Toussaint. Il a préfacé ton livre. J’imagine ta fierté.

Je suis fou de cet auteur. J’adore sa décontraction littéraire ainsi que son exigence. Ça peut paraître paradoxal, mais son écriture est un mélange des deux. Quand j’ai écrit ce livre, j’ai vraiment pensé à lui. Quand je lui envoyé mon texte, j’ai même eu peur qu’il considère que je l’ai plagié stylistiquement. Il a vu les clins d’œil, mais il m’a dit qu’il a eu beaucoup de plaisir à lire mon roman. Il m’en a fait une critique minutieuse, presque ligne par ligne. Il m’a dit qu’il l’avait lu comme il relit ses propres romans. Il l’a lu au point de me suggérer d’enlever des virgules…

A ce point-là ?

Oui. Mon livre a été entièrement corrigé par Jean-Philippe Toussaint. Et il m’a écrit une présentation en guise de préface. Que cette interview soit encore l’occasion de le remercier !

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Avec Jean-Philippe Toussaint et Luc-Michel Fouassier, au Salon du livre d'Ozoir-la-Ferrière, le 26 octobre 2013.

Est-ce que le dernier livre est toujours le plus important pour toi ?

Non. Je reste attaché à tous mes livres. Les auteurs ont souvent tendance à comparer leurs livres à leurs enfants. Je n’échappe pas à la règle. J’ai écrit cinq bouquins, je n’en préfère aucun.

Tu as écrit deux recueils de nouvelles et trois romans. Tu attaques quoi après Le zilien ?

Le prochain est déjà prêt. Un recueil de nouvelles. Mais j’écris actuellement un roman qui traitera en partie de l’adolescence et particulièrement le rapport, père/fils.

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Pour terminer, parle-nous de la version musicale de ton premier recueil de nouvelles, Histoires Jivaro.

Je lis mes nouvelles accompagnées de deux musiciens, Jean Cailliez et Sébastien Logereau, deux clarinettistes confirmés. Un jour, j’ai fait une dédicace dans la librairie Le Pavé dans la Mare à Elancourt. Ces deux musiciens étaient là pour mettre en musique ma séance de signature. Ils m’ont dit qu’ils adoraient mes nouvelles et qu’ils aimeraient bien faire un spectacle autour. Ils ont écrit des micros morceaux qui sont inspirés de mes histoires. Ces morceaux sont joués avant, après ou pendant la lecture. Ce spectacle peut aller de 20 minutes à une heure trente.

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Après l'interview, le 28 janvier 2015.

11 mars 2015

Virginie Despentes : Prix Landerneau Roman 2015 pour Vernon Subutex

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virginie despentes,vernon subutex,prix landerneau roman 2015,interview,mandorVingt ans après Baise-moi, et cinq ans après avoir remporté le Prix Renaudot, Virginie Despentes vient de sortir Vernon Subutex. Il s’agit du premier tome d’une trilogie consacrée à l’errance, dans Paris et ses environs, d’un ancien disquaire expulsé de son logement. Très noir, ultra-contemporain, ce roman où l’on croise une galerie de personnages abîmés par les années, la drogue, le porno et la crise économique, vient de remporter le Prix Landerneau 2015 des Espaces Culturels E. Leclerc après avoir reçu un très bel accueil de la critique.virginie despentes,vernon subutex,prix landerneau roman 2015,interview,mandor

Pour le magazine des Espaces Culturels Leclerc, le 17 février dernier, j’ai rencontré Virginie Despentes à l’Hôtel des Saints-Pères, jusque à côté de sa maison d’édition. J'ai été très agréablement surpris par la gentillesse et la disponibilité de l'auteure. Sereine et n'éludant aucune question.

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virginie despentes,vernon subutex,prix landerneau roman 2015,interview,mandorBonus mandorien :

Vous vous êtes un peu inspirée de ce que vous avez vécu plus jeune, lorsque vous jouiez du rock ?

Je n’utilise jamais franchement quelqu’un comme modèle, ni moi, ni des personnes que je connais, mais je prends des choses à plein de gens différents

Dans ce livre, réglez-vous des comptes ?

J’essaie de ne pas. Les livres sont faits pour être lus par des lecteurs qui ne sont pas là pour connaître les coulisses de ma vie personnelle. Je sais régler mes comptes moi-même. Je peux être très agressive si on m’emmerde. Je n’ai pas besoin des livres pour régler mes comptes. D'ailleurs, quand je lis un roman de quelqu’un, je n’ai pas envie d’assister à sa toilette.

Aimez-vous tous vos personnages ?

Oui, parce que j’essaie de tous les habiter à un moment donné. Dans Vernon Subutex, il y a des personnages qui glissent vers le Front National et d’autres qui ont en eux l’ultra libéralisme un peu guerrier… ceux-là, j’y suis moins attachée. Bon, de toute manière, je le répète, je n’essaie pas de créer des personnages glorieux.

C’est la première fois qu’un sujet vous inspire autant. Mais de là à en faire trois livres…virginie despentes,vernon subutex,prix landerneau roman 2015,interview,mandor

C’est aussi que j’avais beaucoup d’argent grâce au Prix Renaudot, j’ai donc eu plus de temps pour l’écrire. Mon précédent roman, Apocalypse bébé, je pense que j’aurais pu le déployer beaucoup plus, mais bon, à un moment, il faut que je devienne pragmatique. J’avais un an de retard et j’étais à sec totalement. Ça compte les soucis financiers. Là, je suis dans une tranquillité que je n’avais jamais connue.

Vous n’avez pas peur de lasser en sortant trois volumes conséquent à partir de la même histoire ?

Si. J’ai peur que les lecteurs ne me suivent pas. Mais, pour moi, c’est génial. J’ai mis plein de personnages et je tire les ficelles. J’ai une idée claire de ce qu’il va leur arriver et c’est jubilatoire.

Vous n’avez pas besoin d’être dans l’urgence et dans le malheur pour écrire ?

Non, au contraire. Quand on est vraiment mal et que l’on se débat, on peut écrire des petits textes, mais pas un roman. Il faut un peu de calme pour être centré et concentré. Moi, je marche comme ça, en tout cas.

Vous êtes plus optimiste que vos romans le suggèrent.

Je vois toujours la jeune génération avec espoir. Je veux voir ce qu’elle fait et j’espère.

Avez-vous de l’appréhension quand vous sortez un livre ?

Non, j’ai de l’appréhension uniquement quand je l’écris. Quand ça sort, c’est joué. Je ne peux plus rien faire.

Quand on reçoit un prix, on ressent quoi ?

J’ai entendu Maxime Chattam récemment dans une interview à la télé. Il expliquait que l’on peut s’en passer, mais qu’il est inutile de nier que lorsque ça vient, c’est très agréable. Parce que ça te conforte dans le fait que tu as raison de faire ce métier et que, parfois, tu gagnes même de l’argent. On doute souvent de ce que l’on écrit, alors qu’un jury te dise qu’il aime, c’est réconfortant.

virginie despentes,vernon subutex,prix landerneau roman 2015,interview,mandorVous avez beaucoup de fans. Vous êtes un peu comme une rock star.

Dès qu’on a des lecteurs, on a des fans.  Ça ne veut pas dire que la personne qui aime ce que tu fais est un imbécile. C’est un rapport intime et j’ai beaucoup de respect pour ceux qui aiment mon travail. Parfois, c’est juste gênant parce que je ne sais pas quoi leur dire, mais par contre, je me mets à leur place, parce que moi, je donnerais n’importe quoi pour diner avec James Ellroy. Il m’impressionne. Le rapport lecteur/fan est parfois très intense. Je ne peux pas critiquer cela, parce que je pourrais le vivre moi-même.

Aimez-vous les interviews ?

Oui, j’aime bien parce que je m’adresse à des gens différents à chaque fois. Ce qui est compliqué, c’est qu’on donne les interviews d’un coup dans un temps très proche. Au bout d’un moment, on a peur de se répéter. Pour moi, c’est plus dur en radio et en télé. Si j’en fais quatre dans la semaine, je suis épuisée. Pour Vernon Subutex, je n’ai pas fait de télé. C’est faux la télé et on n’a jamais le temps de s’exprimer.

Avec le statut que vous avez, vous pouvez vous permettre de refuser tel ou tel programme.

Oui, mais il faut faire ce qu’il faut pour que les lecteurs sachent qu’un nouveau livre est là et qu’ils sachent à peu près de quoi il parle.

Vous sentez-vous privilégiée de faire ce métier ?

Oui, parce que c’est un métier où on ne peut pas me virer. Je peux disparaître, mais on ne peut pas virer Virginie Despentes pour la remplacer. Parce que je suis moi et que personne ne peut l’être mieux que moi (rires). C’est génial comme sensation !

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Après l'interview, à l'Hôtel des Saints-Pères, le 17 février 2015.

06 mars 2015

Fanny Chiarello: Prix Landerneau Découvertes 2015 pour Dans son propre rôle

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fanny chiarello,dans son propre rôle,prix landerneau découvertes 2015,interview,mandorLe Prix Landerneau Découvertes 2015 a été attribué à Fanny Chiarello pour son roman Dans son propre rôle. Elle nous emmène dans l’Angleterre de l’après-guerre, en 1947. Deux femmes, deux domestiques, vont passer outre la lutte des classes et se retrouver autour d’une passion commune : l’opéra. Il s’agit là d’un roman musical qui nous entraîne dans les fissures et les lézardes, les bémols et les bécarres de deux êtres que le hasard (et une lettre mal adressée) va faire se rencontrer. Reprenant à nouveau les thèmes qui lui sont chers (le début du 20e siècle, les parcours des femmes, la musique et surtout l’opéra), Fanny Chiarello nous propose un roman tout en nuances, accordant ses violons aux émotions de ses personnages.

Pour le magazine des Espaces Culturels Leclerc (enseigne créatrice du dit Prix), le 11 février dernier, j’ai rencontré Fanny Chiarello dans un bureau/cuisine/cantine de sa maison d’édition, deux heures avant qu’elle ne se rende à la soirée de remise de prix.

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fanny chiarello,dans son propre rôle,prix landerneau découvertes 2015,interview,mandorBonus mandorien:

Vous travaillez huit heures par jour, tous les jours…

Oui, d’abord parce que c’est un besoin. Ça peut me rendre hystérique si j’ai trois choses à faire dans la journée qui m’empêchent de travailler comme je le voudrais. Si je ne travaille pas, j’ai l’impression que les idées fuient. Je crois en la force du premier jet, même si je retravaille énormément après. J’adore travailler et retravailler la phrase. Il faut tout balancer quand c’est frais, il y a plus de puissance dans les mots.

Quand une idée de roman arrive et que vous le commencez, êtes-vous certaines d’être dans la bonne direction ?

Non, pas souvent même. Ça m’est arrivé plein de fois de jeter 150 pages parce que je sentais que ça ne prenait pas et que ça ne prendrait jamais. Le but est de sentir qu’on va pouvoir aboutir et que le roman va être accepté par la maison d’édition.

Arrivez-vous à terminer un livre, c’est à dire à savoir que le livre ne peut plus évoluer en mieux ?

C’est très bien qu’à un moment, il soit publié… pour qu’on n’en parle plus. Moi, je n’estime jamais qu’un livre est abouti, mais si l’éditeur estime qu’il l’est, je lui fais confiance.

Lorsque vous écrivez, pensez-vous aux lecteurs ?

Jamais. C’est important de ne pas trop savoir ce qu’il se passe à côté, de ne pas savoir qui pourrait lire, sinon, ça peut être paralysant. Déjà, le fait d’exister dans une rentrée littéraire où il y a 500 livres, c’est vertigineux ! Je m’isole de toute pensée déstabilisatrice.

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Après l'interview, le 11 février 2015 dans les locaux des Editions de l'Olivier.

25 janvier 2015

Valérie Tong Cuong : interview pour Pardonnable, impardonnable

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(Photo : Francesca Mantovani)

valérie tong-cuong,pardonnable,impardonnable,interview,mandorLes secrets de famille sont souvent au cœur des romans de Valérie Tong Cuong. C’est le cas de son dixième livre Pardonnable, impardonnable (chez JC Lattès). Elle raconte les déchirements et la reconstruction d’une famille après l’accident d’un enfant. Vous allez rencontrer des êtres brisés par les secrets, les non-dits, l’impossibilité d’aimer ou de se faire aimer. C’est une tragédie grecque, qui va de la colère au pardon en passant par la haine, la vengeance et l’amertume. Un livre poignant qui ne pourra laisser personne indifférent. Valérie Tong Cuong interroge ici nos zones d’ombre, nos consciences, nous met en face de nos mensonges et nos faux-semblants…

J’aime beaucoup l’œuvre de Valérie Tong Cuong (voir ma première et ma seconde mandorisation). Et je l’aime aussi humainement. Nous nous sommes vus au lendemain du massacre de Charlie Hebdo, le 8 janvier 2015. Très franchement, ni elle, ni moi n’avions le cœur à jouer au jeu de la promo…

4e de couverture :valérie tong-cuong,pardonnable,impardonnable,interview,mandor

Un après-midi d’été, alors qu’il se promène à vélo sur une route de campagne, Milo, douze ans, chute et se blesse grièvement.
Ses parents Céleste et Lino et sa grand-mère Jeanne se précipitent à son chevet. Très vite, chacun va chercher les raisons de l’accident. Ou plutôt le coupable. Qui était avec lui ce jour-là ? Pourquoi Milo n’était-il pas à sa table, en train de faire ses devoirs, comme prévu ?
Tandis que l’angoisse monte autour de l’état de Milo resurgissent peu à peu les rapports de force, les mensonges et les petits arrangements qui sous-tendent cette famille. L’amour que chacun porte à l’enfant ne suffira pas à endiguer la déflagration. Mais lorsque la haine aura tout emporté sur son passage, quel autre choix auront-ils pour survivre que de s’engager sur le chemin du pardon ?
Un roman choral qui explore la difficulté à trouver sa place au sein du clan, les chagrins et la culpabilité, mais aussi et surtout la force de l’amour sous toutes ses formes.

L’auteur :

Valérie Tong Cuong a travaillé huit ans en entreprise avant de se consacrer à l’écriture et à la musique. Elle a publié plusieurs romans, dont les très remarqués Providence et L’Atelier des miracles ainsi que des nouvelles. Elle écrit également pour le cinéma et la télévision. Pardonnable, Impardonnable est son dixième roman.

valérie tong-cuong,pardonnable,impardonnable,interview,mandorInterview :

Nous nous sommes vus pour L’Atelier des miracles, ton précédent roman. Nous ne savions pas encore qu’il allait devenir un énorme succès.

Mon chemin s’est fait par strates successives. J’ai la chance d’être un auteur qui a toujours été défendue par les libraires, les lecteurs et depuis quelques années par les blogueurs. C’est une force de frappe qui est dans une construction plus lente que lorsque tu fais partie des auteurs qui sont élus par le système médiatique que l’on connait (sourire). Ce système qui fait que l’on voit ressortir les mêmes auteurs à chaque rentrée littéraire. Finalement, la construction dont je bénéficie est plus lente, mais elle est plus solide. Si cette base est enchantée particulièrement par un livre, elle va vraiment se déployer et le porter. L’atelier des miracles a bénéficié d’un formidable bouche-à-oreille. Ce livre a touché les gens. Comme son nom l’indique, il s’est produit autour de lui quelque chose de miraculeux.

Tu travailles toujours autour de l’être humain et de tout un chacun.

Du coup, je pense que les lecteurs peuvent s’identifier facilement puisque je parle de chemins de vie qui nous concernent tous. L’Atelier des miracles s’est attaché en plus à la notion d’entraide, de solidarité, de nécessité et de partage. Nous sommes dans une époque où nous réalisons qu’on ne peut pas avancer seul. On a besoin de se tenir la main, de vision collective, même si, en aucun cas, cela nie les individualités.

Comment as-tu vécu ce succès ?

Cela m’a conforté dans un certain engagement viscéral que j’ai dans l’écriture. Travailler sur l’être humain et ses failles… et surtout sur ses moyens de rebondir et ses possibilités d’avancer. J’aime travailler sur les prises de conscience. Ce sont des sujets qui me passionnent. L’accueil qu’a eu L’atelier des miracles m’a confirmé que j’étais à ma place en prenant ce chemin.

Quand on sort d’un succès, ce ne doit pas être évident de s’attaquer au livre suivant.valérie tong-cuong,pardonnable,impardonnable,interview,mandor

Je me suis juste dit que mon socle de lecteurs s’est considérablement agrandi et l’attention générale envers moi, largement accrue. J’ai beaucoup de chance parce que je suis dans une position bien meilleure pour m’adresser aux lecteurs. Par contre, je ne suis pas quelqu’un qui raisonne en termes d’objectif et de succès. Ce qui était important pour moi, c’était d’écrire ce livre. J’en avais un réel besoin. C’était une nécessité.

Est-ce un livre ambitieux ?

La construction est ambitieuse. Il était assez complexe à écrire parce qu’il impliquait d'aller explorer des parties très noires des uns et des autres. C’est amusant parce que L’atelier des miracles a reçu « le Prix du Livre Optimiste 2013»…

Portais-tu en toi Pardonnable, impardonnable depuis longtemps ?

Je portais en moi certains des aspects qui sont développés dans ce livre, certaines observations aussi, mais la décision de travailler sur le pardon est arrivée après L’atelier des miracles. Un jour, je me suis réveillée et j’ai su qu’il fallait que je travaille sur le pardon. C’est un thème qui me préoccupe depuis toujours, mais qui me préoccupait de plus en plus ces derniers temps. Je me suis sentie enfin prête à l’aborder. C’est un sujet qui est compliqué, difficile, intime, aussi bien pour mes personnages que pour moi-même.

Au fond, après lecture, je trouve que ce livre est un peu optimiste quand même.

Il est optimiste dans le sens où c’est un livre qui montre un chemin. Un chemin sur lequel les gens vont avancer. Dans sa forme, ce roman est plus noir parce que ce chemin-là est semé d’épreuves. Il va falloir que chacun les surmonte et ça va être difficile. J’ai voulu montrer comment le chemin vers le pardon était possible, même s’il semblait inenvisageable.

valérie tong-cuong,pardonnable,impardonnable,interview,mandorC’est une chute de vélo qui va faire voler en éclat toute une famille.

C’est ce qui va aussi lui permettre de se reconstruire. Je crois qu’on vit beaucoup d’émotions dans ce livre, mais on en ressort soulagé et confiant sur cette possibilité qu’on a tous en nous de pardonner.

Il y a cinq personnages principaux, les cinq membres de cette famille. Tu t’es donc glissée dans la peau de chacun d’entre eux.

C’est ce qui me passionne depuis toujours. C’est pour cela que de, plus en plus, j’écris des livres sous la forme de roman choral. Pour chaque personne les angles diffèrent et chacun à sa vérité, son histoire, ses fractures et ses désirs… C’était très intéressant de montrer comment des gens d’une même famille, qui ont vécu parfois les mêmes choses il y a vingt ou trente ans, les ont vécues de manières très différentes. Ce sont ces différences-là qui les ont conduits à ce qu’ils vivent aujourd’hui.

Ils ont tous leur part d’ombre et de lumière.

Comme toi et moi. Comme nous tous. Mais tout le monde croit bien faire. Même le pire des salauds croit toujours bien faire quand il agit. A un moment, tous les membres de cette famille vont devoir se remettre en question. Ils vont tous comprendre qu’ils n’ont pas toujours été dans le vrai, dans le juste.

Le lecteur finit même par s’interroger sur ses propres comportements et sa propre valérie tong-cuong,pardonnable,impardonnable,interview,mandorexistence…

C’était aussi le but de ce livre. Je voulais démontrer qu’on a vite fait de juger quelqu’un sur un évènement ou un acte et que, finalement, si on détricote la personne, on peut avoir une vision tout à fait différente. J’ai essayé de faire en sorte que le lecteur nuance ses jugements sur chaque membre de cette famille.

Est-ce compliqué de construire des personnages possédant de nombreux travers ?

Mais pas du tout. On en a tous, alors il n’y rien de plus simple. Je puise chez moi, chez les autres, chez tous ceux que je croise. Lequel d’entre nous n’est pas un être humain qui, à un moment donné, à accepter de tricher, de mentir ou de faire des choses malhonnêtes. On a tous eu des réactions dont nous n’étions pas fiers. Nous nous sommes tous trompés sur les autres. L’important dans la vie, c’est d’être capable de regarder cela et d’avancer en essayant d’être meilleur.

Quand tu écris, est-ce que cela règle des choses qui sont en toi ?

Je dirais que j’ai pu écrire ce genre de livre parce que j’ai réglé des choses avant. Moi, ça y est, j’ai pardonné. J’ai pardonné à tous ceux qui m’ont fait du mal. Et il y eu du mal. De forte amplitude. Pardonner ne veut pas dire oublier. Mais, aujourd’hui, je me sens libérée.

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Pendant l'interview (photo : Eva Gomez).

Comme dans L’atelier des miracles, il y a un personnage masculin qui est un peu le « sauveur ».

Parfois, on a besoin d’un tiers pour débloquer une situation parce qu’il est souvent difficile de sortir de son angle de vue personnel. Si personne ne vous aide à vous déplacer pour regarder les choses différemment, la situation peut rester bloquée ad vitam aeternam. L’ambivalent Jean de L’atelier des miracles ou Gustavo, le médecin de Pardonnable, impardonnable, sont des êtres lumineux. Ce sont des personnes qui veulent réparer les autres. Ils veulent remettre les gens sur pied, pas seulement physiquement… moralement également.

Je sais que tu aimes inventer des vies à tes personnages.

C’est comme dans les bons films. Pour que les personnages que tu vois à l’écran aient des comportements justes et cohérents, il faut savoir ce qu’ils ont vécu avant. Le spectateur ou le lecteur n’a pas besoin de connaître ces détails. Pour mes personnages principaux, c’est pareil. Il y a énormément de choses que je sais d’eux que mes lecteurs ne savent pas. J’ai vraiment pris le temps de vivre avec, c’est sans doute pour cela qu’à un moment donné, ils vont toucher le lecteur.

Tu as le sentiment que les personnages que tu inventes existent ?

Oui, et aussi qu’ils viennent me raconter leur histoire.

valérie tong-cuong,pardonnable,impardonnable,interview,mandorCe livre sort juste après un gros succès. Comment vis-tu cette situation ?

Je n'y pense pas vraiment. Cette sortie-là est particulière parce qu’elle se fait un jour de drame national (le 7 janvier 2015 étant le jour du massacre à Charlie Hebdo). J’ai envie de te parler de comment je le vivais avant 11 heures 30 du matin hier (interview réalisée le 8 janvier 2015). En fait, c'est très compliqué de faire de la promo aujourd'hui parce que je n'ai pas du tout pas le cœur à ça.

Moi, c'est la même chose. Je n'ai pas trop la tête à interviewer, mais il faut bien que la vie continue. Parle-moi de tes personnages qui sont donc en liberté depuis hier.

Ce sont pour moi comme des membres de ma famille. J’ai vécu et je vis encore avec eux. C’est comme si ils avaient été confinés chez moi pendant deux ans et que soudain, on leur ouvre la porte et ils sortent dans la rue. J’attends de savoir comment ils vont être reçus. J’ai envie, et sans doute besoin, qu’ils soient aimés, parce que je leur ai donné beaucoup d’amour et j’ai envie de partager ce sentiment-là.

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Après l'interview, le 8 janvier 2015 (photo : Eva Gomez).

02 janvier 2015

Alexiane DE LYS : interview pour Les ailes d'émeraude

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Alexiane DE LYS est une jeune femme de 21 ans. Elle vient de publier son premier roman, Les Ailes d’émeraude, dans la lignée des dystopies actuelles, de Divergente à Hunger Games. Ce genre littéraire-là n’est habituellement pas ma tasse de thé, mais j’avoue m’être fait happer par ce roman. J’ai commencé un peu à reculons… et je n’ai plus lâché les 700 pages, haletantes. Parfait pour les matins de cette nouvelle année : un peu de magie, une héroïne forte tête aux répliques bien envoyées, moderne, frais, jeune et spontané. Divertissant, léger, en forme d’exutoire pour l’auteure, mais aussi (il me semble) pour le lecteur.

alexiane de lys,les ailes d'émeraude,interview,mandorAlexiane DE LYS, qui vit en Dordogne avec sa famille et ses nombreux animaux, est passée en coup de vent à Paris. Le 25 novembre dernier, elle a donc fait une pause avec moi pour évoquer ce roman et sa toute jeune « carrière » dans le monde des livres.

4e de couverture :

À 18 ans, Cassiopée est contrainte de quitter l’orphelinat dans lequel elle vit depuis l'accident qui a tué sa mère.
Seule au monde et lâchée dans la ville, elle a la désagréable et persistante impression d'être suivie... Un soir, elle est violemment agressée par deux inconnus. Très mal en point, elle est sauvée de ce mauvais pas par un mystérieux et séduisant garçon, Gabriel. Leur rencontre n'est pas un hasard. Grâce à lui, Cassiopée découvre sa véritable nature : elle appartient aux Myrmes, un peuple ailé doté d’incroyables pouvoirs sensoriels. En pleine métamorphose, la jeune fille se lance dans cet univers totalement nouveau avec l'espoir de percer, enfin, les mystères de son passé.

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alexiane de lys,les ailes d'émeraude,interview,mandorInterview :

J’ai lu partout que vous avez commencé à écrire ce roman parce que vous étiez éloignée de votre sœur partie étudier dans une autre ville et que cela permettait de tisser un lien avec elle. C’est vrai ou c’est un raccourci ?

Non, c’est la réalité. Je n’avais jamais écrit de roman abouti auparavant et c’est vraiment pour elle que je m’y suis mise. Au début, je lui envoyé les premiers chapitres et elle a beaucoup aimé. Du coup, je me suis prise au jeu.

Je crois savoir que vous lisiez beaucoup dans votre prime jeunesse, notamment les livres de votre papa.

Dès que j’ai appris à lire, je suis partie sur les lectures de mon âge, comme ceux de la bibliothèque rose. Assez vite, je suis passée à des livres un peu plus « sérieux », comme des polars et des thrillers. Et puis, il y a eu l’arrivée d’Hunger Games. A partir de ce moment, je me suis lancée dans la dystopie,  la science-fiction et le fantastique. J’ai beaucoup aimé Les âmes vagabondes de Stephenie Meyer et quelques romans du regretté Pierre Bottero par exemple. Mes livres préférés sont souvent des livres qui ne sont pas sortis en France.

Vous lisez donc en langue anglaise ?

Oui, et ça m’intéresse beaucoup parce que l’écriture n’est pas la même. Lire en VO est quelque chose d’enrichissant. Tout est plus précis et cela touche plus, je trouve.

Vous n’aimez pas les auteurs « classiques » de science-fiction ?alexiane de lys,les ailes d'émeraude,interview,mandor

Si, si. J’ai lu Bilbo le Hobbit de Tolkien par exemple. J’ai beaucoup aimé parce que cet auteur culte a un univers très riche et très diversifié. On est dans un autre monde, mais qui pourrait exister tellement il est précis. Dans les « classiques », j’aime bien aussi lire du Jules Verne parce qu’il était un sacré visionnaire. J’ai lu récemment Vingt mille lieues sous les mers et Voyage au centre de la Terre et je trouve que ces livres sont toujours d’actualité.

S’intéresser à ce genre de littérature signifie quoi pour vous ? S’évader du monde actuel fort peu exaltant ?

Il y a beaucoup de ça. Moi, j’ai toujours la tête dans les nuages, j’adore donc les mondes parallèles. Je suis tout le temps dans mon imagination, alors quand je lis l’imaginaire des autres, ça me fait partir immédiatement ailleurs. En fait, j’aime être transporté par les autres et, maintenant que j’écris, j’aime moi-même transporter les autres. J’essaie de procurer aux lecteurs ce que j’aimerais que l’on me procure.

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Vous croyez aux mondes parallèles ?

Je ne dis pas que j’y crois, mais je dis que ce serait sympathique qu’ils existent, en tout cas.

Votre héroïne, Cassiopée, c’est finalement tout ce que vous n’êtes pas vous ? Elle est forte, a un sale caractère, elle fait ce qu’elle veut et elle sait où elle va…

Je me suis surtout beaucoup défoulée à travers elle. Je suis quelqu’un de très réservé, qui a tendance à être timide. Je n’ai pas du tout le même comportement que Cassiopée dans la vie. Il y a en elle un peu de moi et beaucoup de ce que je ne suis pas. Elle est peut-être celle que j’aimerais être.

Quelle est la principale difficulté quand on écrit un livre comme le vôtre ?

C’est de rester crédible pendant 700 pages qui est compliqué. Mais pour m’aider, ma sœur, qui est ma première lectrice, est un peu mon baromètre. Elle me remet sur le droit chemin si je dépasse les limites du raisonnable.

Êtes-vous influençable quant à votre écriture ?

J’essaie de garder mon style. Il ne faut pas toujours tenir compte des envies et des avis des autres, parce que l’écriture est quelque chose de très personnelle. Mon monde, j’ai envie de pouvoir le personnaliser comme je l’entends et comme je le vois.

Je ne lis pas trop ce genre-là de littérature, mais je me suis fait piéger par votre livre.

J’ai toujours été emportée dans mon écriture. Mes personnages n’avaient jamais le temps de se reposer. J’étais toujours en train de décrire leurs aventures et ils ont fini par m’emporter avec eux… je ne savais pas qu’en plus, ils pourraient emporter d’éventuels lecteurs (rires).

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Vous avez inventé un peuple, les Myrmes. Comment fait-on pour inventer un nouveau peuple ?

Ce qui est compliqué, c’est d’inventer un peuple original. On a l’impression que tout a été fait dans ce domaine. Peut-être qu’inconsciemment me suis-je inspirée de certaines lectures en changeant sensiblement telle ou telle chose pour que cela devienne nouveau. Les Myrmes ont des supers sens hyper développés, ils ont des ailes… je n’avais jamais lu ça ailleurs.

Tous vos personnages sont beaux.

Peut-être qu’à ce niveau-là, j’ai été un peu naïve. C’est mon premier roman, j’ai donc favorisé mes goûts personnels (rires). Dans le deuxième tome que je suis en train d’écrire, j’essaie de faire autrement. Dans ce livre, je dois l’avouer, j’ai mis beaucoup de mes fantasmes.

alexiane de lys,les ailes d'émeraude,interview,mandorCassiopée va tout découvrir dans Les ailes d’émeraude. Les transformations physiques, sa force, l’amour, l’amitié, la trahison… toutes les étapes nécessaires pour arriver à l’âge adulte en fait. 

Quand j’ai relu le livre, je me suis rendu compte que j’avais beaucoup évolué à travers ce personnage. Il m’a changé moi-même, parce que j’ai l’impression d’avoir évolué en même temps qu’elle.

Tous vos personnages sont attachants. Ils ne sont pas manichéens.

J’en avais marre des livres où il y avait de gros méchants, de la violence à gogo, des choses tristes en permanence. Du coup, j’ai glissé un peu de légèreté, afin de ne pas être triste moi-même.

Vous ressentez les émotions de vos personnages ?

Il n’y a rien de plus vrai. Je suis une vraie éponge.

Considérez-vous que vos personnages sont presque des personnes vivantes ?

Du début à la fin, je suis allée là où ils voulaient m’emmener. J’ai la sensation qu’ils sont autour de moi et qu’ils me guident. On lit souvent ça dans les interviews d’auteurs, mais c’est tellement vrai. J’avais l’impression de passer mon temps à les suivre. Je voulais emmener Cassiopée quelque part, une fois les mains sur le clavier, elle partait complètement ailleurs. En fait, j’étais comme une spectatrice. 

Du coup, c’est facile d’écrire ?

(Rires). Pas vraiment. Devant mon écran, je suis presque en transe pour essayer de récupérer mon petit monde. J’écris un premier jet « instinctif », ensuite, je réécris plus posément pour ordonner tout ça.

Il y a des scènes de batailles. Vous n’y allez pas de mains mortes.

Je suis très à fond dans les scènes d’action. Quand j’en écris, je suis complètement dedans. Comme je suis au milieu, je décris donc tout ce que je vois de la manière la plus réelle possible. Et dans la réalité, une bataille, c’est sanglant et sans concession. Je sais que dans le livre, il y a des scènes un peu hardcore.

C’est marrant, sur la couverture de votre livre, on dirait que c’est vous…alexiane de lys,les ailes d'émeraude,interview,mandor

Il y a beaucoup de personnes qui m’ont demandé si c’était moi, mais non. C’est une coïncidence si la jeune fille me ressemble. Peut-être que, sans m’en rendre compte, j’ai décrit Cassiopée comme moi… la maison d’édition a peut-être fait ce choix de photo de manière consciente, sans me le dire.

Je verrais bien ce livre adapté au cinéma. A mon avis, le succès serait assuré.

Je suis très cinéphile, alors rien ne me ferait plus plaisir. En toute honnêteté, j’y ai pensé en écrivant le livre… ce serait un rêve d’être adapté sur grand écran. Ce serait un cas d’école, car jamais un auteur français, dans cette littérature-là, n’a été adapté au cinéma.

France Loisirs a adoré votre livre.

Oui, et il semble avoir remporté un franc succès. Je suis très heureuse d’avoir rencontré un lectorat conséquent dès la sortie de mon premier roman.

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Après l'interview, le 25 novembre 2014.

23 décembre 2014

Matthias Vincenot : interview pour L'almanach insolite et pour Le mot et la note

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(Photo : Nicolas Rabot)

Matthias Vincenot est quelqu’un qui m’impressionne.

Avec l’air de ne pas y toucher, ce poète est toujours en mouvement. Il crée en permanence. Poèmes, festival, tremplin, livres… C’est la deuxième fois que je le mandorise. La première, c’était pour un recueil de poèmes, cette fois-ci, c’est pour un almanach et pour un essai. Points communs entre les deux ouvrages : les mots, la poésie, la littérature, la chanson…

Le 3 décembre dernier, Matthias Vincenot est venu à l’agence pour évoquer ses deux nouveaux ouvrages.

L’auteur :

Matthias Vincenot, né en 1981, a publié 12 recueil de poèmes, depuis Un autre ailleurs (Lettres du Monde, 1998), jusqu’au plus récent, Les Choses qui changent (Mines de rien, 2013, avec des photos de Pascal et Nicolas Rabot). Président de l’association Poésie et Chanson Sorbonne et fondateur et Directeur artistique du Festival DécOUVRIR de Concèze, il organise de nombreux moments autour de la poésie et de la chanson. Il est Sociétaire de l’Académie Charles Cros et membre d’honneur du Comité du P.E.N. Club français (Poètes Essayistes Nouvellistes). Créateur, avec Thierry Cadet, du Prix Georges Moustaki de l’album indépendant et/ou autoproduit, il est aussi le Directeur artistique de Poésie en liberté. Par ailleurs Docteur ès Lettres, il est professeur aux Cours de Civilisation française de la Sorbonne.

almanach-insolite.jpgL’Almanach insolite (éditions Mines de rien, 2014) :

Un Almanach qui ne ressemble à aucun autre. Des inédits, des nouveautés, mais pas du déjà-vu. Avec parfois des textes très courts. Du sérieux et de l’humour. Avec des personnalités de différents horizons, dans une diversité harmonieuse.
Chaque dimanche, une recette est proposée par un chef cuisinier ou des passionnés de cuisine.
Un Almanach de plus ? Non. Un nouveau type d’Almanach, avec de l’allure et du fond. Qui donnera du plaisir, qui fera rêver et réfléchir, avec lequel les lecteurs seront surpris, émus, bousculés. Un Almanach qu’on n’attend pas, un Almanach original.
En résumé, un Almanach insolite.

Interview :

C’est toi qui as eu l’idée de créer un nouvel almanach plus original que les autres ?

Oui. Je me suis dit : si je faisais un almanach comme j’ai envie d’en lire ? L’almanach a une image un peu particulière, un peu vieillotte et désuète.  On pense qu’on y lit des blagues par forcément drôles, des espèces d’astuces bidons…  moi, j’avais envie de partir de l’image qu’a cet ouvrage populaire, mais en y mettant des choses que j’aurais envie de lire moi-même.

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C’est très intellectuel alors ?

Mais, je ne lis pas et ne fais pas que des choses intellectuelles. Ce que je propose est très varié. Il y a 300 personnalités, une recette de cuisine par des chefs ou des passionnés de cuisine. Parmi les chefs : Gérard Baud, Michel Del Burgo, Jean-Luc Rabanel, Philippe Gardette et Francis Tessandier (de « Chez Francis » à Brive). Pour ce qui est des gens qui ont envoyé des textes, c’est une diversité qui va de CharlElie Couture à Monseigneur Di Falco par exemple. Je ne me suis pas cantonné à un style. On découvre les gens sous un autre jour. Quand Dave écris sur la mort, on n’imagine pas forcément qu’il écrirait sur ce sujet. 

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As-tu donné des indications aux contributeurs ?almanach-insolite4.jpg

Non, car je voulais que les participants à cet almanach se sentent libres et, se sentant libres, certains décident d’écrire des choses différentes de ce que l’on pourrait attendre d’eux. De ce côté-là, j’ai été servi.  Ici, Smaïn propose une chanson. Pour Noël Mamère et Jean Glavany, c’est un poème, de même que pour Pierre Rochefort, Arthur Dreyfus, Arno Klarsfeld, Daniel Lavoie, Alice de Lencquesaing et Jeane Manson. Guy Konopnicki évoque Dada et Alain Bauer quelques criminels mythiques. Pour le rugbyman Wenceslas Lauret, c’est l’importance de la chance. Bernard Ménez fait un plaidoyer pour l’athéisme et la laïcité. Marielle de Sarnez parle d’Europe et Bernard Combes des pendus de Tulle. De la mémoire à la perte de mémoire… par Florence Duprat, qui évoque la maladie d’Alzheimer. Frédérique Deghelt rend hommage à son oncle, François Deguelt, l’évoquant publiquement pour la première fois. On trouve aussi de nombreux textes souriants, comme celui d’Hervé Chabalier sur les marronniers dans la presse, de Christophe Girard qui s’amuse de certaines expressions courantes, de François Rollin, ou de Francis Lalanne avec une fable. Également, des nouvelles inédites, de Philippe Jaenada, et, plus étonnant, de Sophie Mounicot, de Muriel Combeauet de Céline Caussimon.Valérie Vogt, en plus d’un texte, fait découvrir une recette. Des chanteurs proposent un extrait d’une de leurs chansons, comme Liane Foly, Gérard Lenorman et Arno. CharlElie Couture écrit en prose, et s’interroge : Si j’étais une femme

Il y a aussi des éphémérides originales signées Christophe Tastet, animateur sur France Bleu Limousin.

Ces éphémérides sont ce qui se rapprochent le plus d’un almanach sauf que les siens sont très savants et, apparemment, légers. On apprend plein de choses en s’amusant. Il y a de l’humour mélangé à du fond.

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10608666_738581709546050_1201113732284525704_o.jpgEn quoi cet almanach est-il insolite ?

Parce que l’on ne s’attend pas à trouver autant de personnalités, autant de textes différents, autant de textes différents de ces personnalités, associés à cette belle mise en page, ces magnifiques photos à chaque page, les éphémérides et les recettes de cuisine. Non, franchement, c’est un almanach unique, inattendu et original.

Avec tes activités, tu connais beaucoup de monde dans la chanson française. Nombreux sont les artistes qui y participent.

Les chanteurs, nous les entendons chanter, mais parfois on oublie qu’ils savent aussi écrire.

Il y aussi pas mal de poètes.

Oui, mais je n’ai pas souhaité assommer les gens de poésies. Je voulais montrer dans un ouvrage, avec des textes différents, qu’un poème pouvait se lire avec naturel.

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Matthias Vincenot à l'agence, le 3 décembre.

couv_le_moet_et_la_note.jpgLe mot et la note (éditions de l’Amandier, 2014) :

« Tout au long de cet ouvrage, avec minutie et érudition, Matthias Vincenot traque les différences et les ressemblances entre les deux cousines. Il révèle les processus de création à travers l’analyse des figures et les œuvres maîtresses dans les deux disciplines », écrit Georges Moustaki dans son prologue. Après une introduction présentant un historique des rapports entre la poésie et la chanson, cet ouvrage tente de déterminer d’abord ce qui peut faire poésie, en s’arrêtant sur la mise en musique des poèmes, étudiant notamment comment un poème peut devenir une chanson ; ensuite, il est question de la chanson, de la façon dont on peut la définir comme de son pouvoir évocateur, qui n’est pas sans conséquences dans la culture et la mémoire populaires. Puis ce travail s’arrête sur la musique des mots, et donc sur l’utilisation du son, dans la poésie comme dans la chanson, avant de présenter le rapport des chanteurs à la poésie. Enfin, cela amène à déterminer la nature et la place du slam.

Interview :

Dans ce livre, tu as réuni tes deux passions, la chanson et la poésie.

On entend beaucoup de simplifications sur la poésie et la chanson. Soit c’est totalement différent, soit c’est totalement la même chose. Ce n’est ni totalement différent, ni totalement la même chose. Il fallait se poser un peu pour parler de tout ça. En fait, la source de ce livre est ma thèse de Doctorat que j’ai faite à la Sorbonne. J’ai voulu partager mon point de vue sur la question au-delà du cercle universitaire, c’est pour cela que j’ai transformé la thèse en livre. Je voulais élaborer un livre grand public qui puisse se lire facilement.

Allain Leprest par exemple, c’est un chanteur, mais c’est aussi un poète, non ? La leprest3.jpgfrontière entre les deux est mince en tout cas…

Pour moi Leprest est d’abord un chanteur, même s’il est aussi un poète. Mais en général, ça fait du mal à la poésie de dire que dès qu’un chanteur écrit bien, c’est un poète. Un poète quand il écrit un texte, il écrit juste pour être lu et pour être publié dans des livres. Un chanteur, quand il écrit un texte, il écrit pour être chanté. Ce n’est pas le même objectif d’écriture, ni la même façon d’écrire. Il faut être très prudent avec ça parce que la poésie est malade de cet amalgame. Dès qu’il y a un chanteur qui a des textes très riches, on dit que c’est un poète. Pendant très longtemps, on a imaginé que la poésie, c’était Brel, Brassens, Ferré et que ce n’était rien d’autre. Il n’y a rien de plus faux.

Et toi, en tant que poète, as-tu essayé d’écrire des chansons ?

J’ai tenté d’écrire des chansons, mais ça n’a pas marché. Là où il y a de très bons résultats, c’est quand des chanteurs prennent un de mes poèmes et le chantent.

Le prologue de ton livre est signé Georges Moustaki.

Je me suis dit que sur ce sujet Moustaki avait des choses à dire. Le soir de ma thèse, quand je suis arrivé chez moi, je lui ai envoyé un message et il m’a répondu tout de suite. Pour ce livre, il a écrit ce petit texte et il était déjà très fatigué, donc, ça m’a beaucoup touché.

bandeau-prix.jpgTu es aussi le co-fondateur du Prix Georges Moustaki avec Thierry Cadet. Peux-tu nous annoncer quelques nouvelles pour le prix 2015 ?

La présidente est cette année la chanteuse Rose et le parrain est le groupe Archimède. Le Prix Moustaki reste une très belle expérience, d’autant plus que nous avons de nouveaux partenaires pour cette édition, comme le FestiVal de Marne et Catalyse. Et nous avons le soutien de l’Université Paris-Sorbonne.

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Après l'interview, le 3 décembre 2014.

22 décembre 2014

Ingrid Desjours (et un peu Myra Eljundir) : interview pour Tout pour plaire

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Tout pour plaire, le nouveau livre d’Ingrid Desjours est un magistral thriller psychologique, avec une intrigue à couper le souffle. Elle nous décrit un monde où règne la noirceur humaine. La nouvelle reine du roman noir ne nous épargne pas un instant. Perversité, manipulation, calcul, vengeance, sont les maîtres mots qui animent tous ses personnages. On se demande constamment qui veut le bien ou le mal, qui est honnête et qui ment. Au programme : victimes consentantes, pervers narcissiques ou frappadingues de l'amour vache. Je me suis rarement autant fait balader.

C’est la troisième fois que je mandorise Ingrid Desjours (voir la première et la seconde). Et puis aussi, quand elle n’avait pas encore avoué qu’elle était la fameuse Myra Eljundir. Elle m’avait réservé l’exclusivité de sa première interview…

Ingrid Desjours est venue à l’agence le 11 décembre dernier pour évoquer ce très grand roman noir qu’il est impossible de lâcher. Tout pour plaire devrait en toute logique devenir un standard de ce genre littéraire.

ingrid desjours,myra eljundir,tout pour plaire,kaleb,interview4e de couverture :

Rien n'est plus suspect qu'une personne qui a tout pour plaire.

Voilà, vous y êtes. Arrivés au point de rupture. Depuis longtemps déjà, votre couple dérange. Parce qu'une belle et brillante jeune femme n'a pas pu renoncer à tout pour se consacrer à son riche mari comme ça, sans être influencée. Ou vénale.
Parce qu'un séducteur avide de pouvoir n'a pu obtenir la totale dévotion de son épouse que par la tyrannie et la manipulation. Comme tous les pervers narcissiques.
Oui les ragots vont bon train.
Alors quand s'installe chez vous un deuxième homme, aussi attirant que sulfureux, les esprits s'échauffent davantage. Et la disparition pour le moins suspecte de sa femme n'arrange rien.
Bien au contraire.
Pour vos voisins sont désormais réunis tous les ingrédients d'un drame conjugal qui pourrait bien vous mener à la mort. Vous aurez été prévenus.
Voilà, vous y êtes. Arrivés au point de rupture...

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L’auteur :ingrid desjours,myra eljundir,tout pour plaire,kaleb,interview

Ingrid Desjours est psychocriminologue. Après avoir exercé de nombreuses années auprès de criminels sexuels en Belgique, elle décide en 2007 de se retirer en Irlande pour écrire son premier thriller. Depuis, elle se consacre entièrement à l'écriture de romans et de scénarios pour des séries télévisées. Les nombreux psychopathes qu'elle a profilés et expertisés l'inspirent aujourd'hui encore. Outre ses tableaux cliniques pertinents, l'auteur excelle dans l'art de lever le voile sur la psychologie humaine et de faire ressentir au lecteur ce que vivent ses personnages, pour le meilleur et surtout pour le pire?
Ses trois premiers romans, Écho (Plon, 2009), Potens (Plon, 2010) et Sa vie dans les yeux d'une poupée (Plon, 2013) ont été très remarqués et plébiscités, tant par le public que par la presse et les libraires. Elle a également animé l'écriture de Connexions, un polar interactif édité en partenariat avec l'émission « Au Field de la nuit » (TF1). Son dernier-né, Tout pour plaire, a été pensé et conçu comme une série télévisée. Ingrid Desjours vit actuellement à Paris. Très engagée dans la défense de la cause animale, ses autres passions dévorantes sont le krav maga et le piano.

ingrid desjours,myra eljundir,tout pour plaire,kaleb,interviewInterview :

Depuis ton précédent roman Sa vie dans les yeux d’une poupée et celui-ci, Tout pour plaire, n’as-tu pas l’impression que ta carrière littéraire commence à prendre une belle tournure ?

Je ne m’en rends pas bien compte. Je suis toujours à fond dans le livre suivant. Je ne prends pas trop le temps de réaliser ce qui m’arrive et je ne me rends pas compte de ce qu’il se passe autour de moi. Tout est abstrait parce que, quand j’écris, je suis complètement ermite.

Lorsque tu fais des salons, cela te sort de ta bulle, non ?

Oui, ça me fait du bien de voir des gens, de les écouter, de leur parler… mais parfois, ils t’aspirent complètement. C’est extrêmement fatiguant parce que beaucoup ont une attente, notamment celle de leur donner ce que tu leur as déjà donné dans le bouquin. Et puis, certains lecteurs ont le sentiment de te connaître. Moi, je ne les connais pas, donc c’est un rapport très déséquilibré. Si j’adore ces rencontres, elles me laissent lessivée.

Je ne comprends pas. Aimes-tu participer à un salon du livre, alors ?ingrid desjours,myra eljundir,tout pour plaire,kaleb,interview

J’aime et je n’aime pas à la fois. Le problème c’est que plus ça va, moins j’aime parler. En fait, ce que j’ai à dire, je l’écris. Pour le reste, j’estime que ce n’est pas super intéressant, ni très important. Je ne vois pas en quoi ce que je pense passionnerait les gens. Et puis en bonne écrivain caricaturale, c’est-à-dire solitaire, j’ai besoin d’une grande plage de calme.

Depuis notre première rencontre en 2010, tu as écrit trois autres thrillers et les trois romans signés Myra Eljundir… ça commence à faire pas mal !

Je me suis fait traiter de graphomane par Mazarine Pingeot à Brive (rires).

Y a-t-il une différence d’écriture quand tu es Ingrid ou quand tu es Myra ?

Je passe de l’une à l’autre de manière très naturelle. Je ne change pas ma façon d’écrire. Même quand je suis Myra qui écrit pour les ados, je ne fais aucun compromis, ni n’édulcore quoi que ce soit.

Et ça marche de ne pas prendre les jeunes pour des cons ! Ta trilogie Kaleb a cartonné.

Oui… et on m’a dit que ça continuait à pas mal se vendre.

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Tu vas poursuivre l’œuvre de Myra Eljundir ?ingrid desjours,myra eljundir,tout pour plaire,kaleb,interview

Oui. Je sors d’abord un prochain thriller d’Ingrid en mai 2015… je vais donc officiellement décéder (rires) et en octobre, j’enchaîne sur le premier tome de la prochaine trilogie de Myra.

As-tu déjà tes nouvelles histoires en tête ?

Pour le thriller oui, il sort dans peu de temps, mais pour Myra, grosso modo.

Tu dis Ingrid et Myra quand tu te cites… ne deviens-tu pas un peu schizophrène ?

J’ai plus un syndrome de personnalité multiple (sourire). J’écris aussi dans un journal féminin, Question de de femmes, sous le nom d’Astrid Leviateur. J’y fais le psycho test et les papiers psycho-sociaux.

ingrid desjours,myra eljundir,tout pour plaire,kaleb,interviewTu m’as permis de t’interviewer en exclusivité quand personne ne savait que tu étais Myra Eljundir. Peu de temps après, tu as dévoilé ton identité. Le regrettes-tu ?

Au départ, quand j’ai créé Myra Eljundir, c’était pour ne jamais avouer qui était derrière. Nous avions des clauses de confidentialité. Les gens qui m’interviewaient signaient des papiers jurant que jamais ils ne diraient qui j’étais. Mais quelqu’un à commencer à dire que Myra était une auteure française de thriller, alors des gens se sont amusés à chercher avec beaucoup de sérieux qui était cette intrigante auteure. La photo que tu avais faite de moi de dos pour ta chronique a été pas mal reprise et comme j’avais un chapeau, beaucoup ont pensé que c’était Amélie Nothomb. D’autres ont pensé que c’était Maxime Chattam. Moi, ça m’amusait énormément jusqu’au moment où mon nom est arrivée dans les possibilités. Il y a des jeunes lecteurs de Kaleb qui ont fait un vrai travail d’enquêteur. Ils sont allés jusqu’à comparer les interviews, les silhouettes des photos et ils ont fini par être convaincu que c’était moi. Plus ça allait, plus mon nom revenait avec insistance. A un moment donné, cela devenait ridicule de nier.

C’est au salon international du livre au format de poche de Saint Maur que tu as révélé officiellement ton identité.

Je flippais parce que je me suis dit qu’au final les gens allaient être déçus que ce ne soit que moi. Certains journalistes en avaient rajouté des caisses en prétendant que j’étais un super auteur très connu.

Le mystère se lève sur Myra Eljundir à Saint-Maur en poche (juin 2014).

Tu es donc désormais exposée deux fois. Te connaissant, ça ne doit pas te plaire desingrid desjours,myra eljundir,tout pour plaire,kaleb,interview masses.

J’ai un gros problème avec le fait de m’exposer. Je suis tellement consciente à quel point on peut être vulnérable et à quel point ça te peint une grosse cible sur le front physiquement et moralement. Plus tu es exposé, plus tu es la proie d’adoration disproportionnée et étouffante ou au contraire de détestation qui peut aller jusqu’au harcèlement. J’en ai déjà fait les frais.

Tu es désormais chez Robert Laffont, c’est un changement conséquent pour toi ?

Ça change absolument tout pour moi. Que les choses soient claires, je suis très reconnaissante à Plon et à mon éditeur de l’époque de m’avoir découverte et de m’avoir donné ma chance. On a juste atteint la limite de notre relation. J’ai vite compris que Plon n’avait pas vocation à faire du thriller et que moi je n’avais pas vocation à rester chez eux. Cela étant dit, aller chez Robert Laffont est un changement radical et positif. J’ai fait une vraie rencontre humaine et professionnelle avec mon nouvel éditeur, Glenn Tavenec. J’ai commencé a travaillé avec lui sur Kaleb et maintenant je travaille avec lui sur les thrillers. Il est bosseur, sérieux et intègre. Il dit ce qu’il fait et fait ce qu’il dit. Il met la main dans le cambouis avec moi si le besoin s’en fait sentir. Il est là à chaque étape de la création du livre. Je me sens hyper soutenue par lui et par toute l’équipe de la maison.

Revenons à Tout pour plaire, je peux te dire que tu m’as baladé du début à la fin.

Intellectuellement, ce roman a été monstrueux à écrire. A chaque chapitre, il y a des retournements. Il fallait que je tienne le rythme sur 520 pages.

ingrid desjours,myra eljundir,tout pour plaire,kaleb,interviewTout pour plaire, à l’origine, était un projet de série télé.

J’ai donc eu des problèmes de structures parce qu’un scénario n’est pas un roman. On ne raconte pas les choses de la même façon. En plus, je me suis donnée comme contrainte supplémentaire de ne pas mentir.

C’est-à-dire ?

Je ne raconte que la réalité. Par exemple, mon héroïne Déborah, à un moment donné, dit à son mari qu’elle est enceinte, alors qu’en fait, elle ment. Elle dit ça pour obtenir quelque chose. J’aurais pu faire croire aux lecteurs qu’elle était enceinte et, après coup, faire comprendre qu’elle ne l’était pas. Je montre aux lecteurs qu’elle ment, donc, je dis la vérité. Je veux qu’ils voient les personnages tels qu’ils sont réellement. Je ne veux pas prendre le lecteur pour un con. Je lui montre tout.

J’ai lu quelque part que ton roman était un « thriller domestique ». C’est une appellation que  je ne connaissais pas.

C’est du suspens de foyer. Ce sont des livres où les intrigues sont placées chez monsieur et madame tout le monde. On met des personnes normales dans un contexte anormal. C’est une manière de faire en sorte que le lecteur se sente concerné et qu’il se dise que la situation aurait pu lui arriver.

Avant de lire Tout pour plaire, j’avais compris que cela évoquait un pervers narcissique.ingrid desjours,myra eljundir,tout pour plaire,kaleb,interview Or, à sa lecture, j’ai l’impression qu’il y en a plusieurs dans ton roman.

Ils ne sont pas tous pervers narcissiques, mais ils ont tous un pet au casque. Sur la dénomination de « pervers narcissique », il n’y a réellement qu’une personne concernée. Le terme « pervers narcissique » date des années 90. Il a été créé pour expliquer une forme de perversion.

La perversion, c’est quoi ?

C’est pervertir une relation à l’autre, instrumentaliser l’autre pour se servir soi. En gros, l’autre n’est plus un sujet, mais un objet. Le pervers narcissique détourne et corrompt la relation pour sauvegarder son narcissisme. Il a besoin de se valoriser en dévalorisant l’autre. C’est une façon pour lui de ne pas retourner son agressivité contre lui-même. Il va donc utiliser quelqu’un d’autre, une espèce de bouc-émissaire qui va devenir une décharge publique de toute la merde qu’il a dans la tête. Il va l’utiliser pour se sentir mieux, se conforter, avoir un petit pouvoir.

Ce sont souvent des gens dont on ne peut pas s’imaginer qu’ils sont pourris à l’intérieur.

Ce sont de grands séducteurs, des personnes qui maîtrisent parfaitement tous les rouages de la psychologie humaine et de la séduction. Ils savent toujours quoi te dire et comment souffler le chaud et le froid. Ce sont souvent des personnes charmantes. Pire encore, parfois, ce sont des personnes qui se font passer pour des victimes.

ingrid desjours,myra eljundir,tout pour plaire,kaleb,interviewY a-t-il de plus en plus de pervers narcissiques ?

A chaque époque, on a notre bouc-émissaire, notre coupable désigné. En ce moment, c’est le pervers narcissique notre ennemi intime. Avec lui, on se pose de nombreuses questions. Et si le danger venait de l’intérieur ? Est-ce que je peux faire confiance ? Où est mon individualité dans l’histoire ? Ne me fais-je pas manipuler ? Je trouve que finalement, c’est à l’image de la façon dont on fonctionne dans notre société. On se met toujours en scène sur Facebook ou Twitter, nous parlons avec le monde entier, nous offrons notre vie en pâture à la planète entière. Où sont les limites et qu’est-ce qui protège le moi ? Je pense que l’on parle de plus en plus des pervers narcissiques est révélateur de cette crainte d’être dévoré par tout le monde.

En croises-tu beaucoup et les reconnais-tu facilement ?

Oui, je les reconnais et pour autant, ça ne m’empêche pas de me faire avoir. C’est ça qui est terrible. Cela m’est arrivé d’identifier une personne comme potentiellement problématique, d’y aller à l’affect et de laisser une relation malsaine s’installer. Mais, j’ai les outils pour les sortir de ma vie définitivement, si besoin. Je ne suis pas psy au quotidien et je reste un être humain avec des périodes où je suis plus fragile qu’à d’autres. On est tous vulnérables.

Pourquoi écris-tu des livres qui montrent la face laide des gens ?

J’écris ce que je vois, ce que je connais, ce que je ressens. Ce qui est commun à tous mes livres, c’est que l’on va au-delà des apparences. Il y a les apparences et il y a la vraie nature des gens… et elle n’est pas toujours très jolie jolie à voir.

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Après l'interview, le 11 décembre 2014.

20 décembre 2014

Sandra Martineau : interview pour Les blessures du silence

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Cela faisait trois années de suite que je rencontrais Sandra Martineau au Salon du livre de Provins. Elle y participait en tant qu’auteure et moi en tant qu’animateur. Il m’arrivait de l’interviewer, mais je n’avais jamais rien lu d’elle. Il fallait donc remédier à cela.

Elle m’a fait parvenir son dernier roman, Les blessures du silence. Un vrai bon thriller psychologique qui n’a rien à envier à bien des livres de romanciers à succès. Au fil des pages, le rythme ne laisse de répit ni aux lecteurs, ni aux protagonistes du livre. Sandra Martineau malmène tout le monde avec, on le sent, une certaine jubilation.

La jeune femme est venue à l'agence le 18 novembre dernier pour une première mandorisation.

sandra martineau,les blessures du silence,interviewRésumé de Les blessures du silence :

Yohann, jeune journaliste ambitieux à l’appétit sexuel grandissant, s’inquiète de ses migraines de plus en plus fréquentes et de ses cauchemars récurrents : il se noie.
Alice décide de quitter son petit ami volage Samuel et part chez sa mère à Lavernat. Elle n’arrivera jamais à destination et c’est Samuel qui fait part de sa disparition.
Antonia, inspectrice de police, enquête sur Florence Ouvrier retrouvée morte en forêt du côté de… Lavernat. Mort, disparition, les affaires sont-elles liées ?
Yohann, de son côté va voir un guérisseur pour ses maux de tête et celui-ci lui conseille de demander à sa mère s’il n’a pas eu un accident en relation avec l’eau. Tout en menant l’enquête pour comprendre ce qui le hante, il alimente le journal avec des révélations surprenantes sur la mort de Florence Ouvrier…
Sa quête personnelle, son enquête sur le meurtre et la disparition l’emmènent sur des routes non parcourues depuis très longtemps. Pourquoi ?

Biographie officielle :sandra martineau,les blessures du silence,interview

L’histoire démarre en Juin 1978 à St-Brieuc. Malgré un prix Louis Guilloux pour une nouvelle écrite au lycée, Sandra ne prend pas tout de suite conscience de l’importance qu’ont les mots dans sa vie. Au fil des années, le dessin, la photographie, les études supérieures viennent rythmer son existence sur un ton différent mais l’écriture n’est jamais bien loin.

1998, les projets s’allongent dans sa tête avec le besoin de les coucher sur papier. C’est le début des scénarii, solution intermédiaire entre les nouvelles et le roman. Un premier manuscrit tente de prendre forme. ¨Pas assez pertinent, elle veut frapper plus fort pour se démarquer des autres. C’est là, qu’un flash vient changer toute la donne : son personnage confronté à d’horribles scènes de crimes, sans jamais les voir, sans jamais prendre conscience du danger qu’il encoure. L’héroïne venait de perdre la vue en quelques secondes et cet élément apporterait de la consistance à son histoire. Entre sa vie de famille et la gestion d’une entreprise,  il lui faudra près de cinq ans, pour achever ce premier roman « Confiance Aveugle » sorti en avril 2010.

D’autres idées pour de futurs manuscrits viennent alourdir ses journées, ou plutôt ses soirées. Promotion en Enfer, verra le jour en mai 2012. Son troisième manuscrit, un roman policier, Les blessures du silence est sorti récemment.

sandra martineau,les blessures du silence,interview

sandra martineau,les blessures du silence,interviewInterview :

Les blessures du silence est ton troisième livre, te sens-tu auteure aujourd’hui ?

C’est difficile, car je ne suis jamais satisfaite complètement. Il va me falloir du temps pour m’estimer « auteure ». Quand mon deuxième livre est sorti, j’ai choisi délibérément une thématique différente du premier. Je suis partie sur du thriller au lieu d’écrire un autre polar. Je ne voulais pas que l’on compare les deux livres et, surtout, je souhaitais surprendre.

C’est un vaste sujet, mais la frontière est mince entre le thriller et le polar, non ?

Pour moi, un polar est une enquête policière et un thriller est plus une histoire à suspens.

Les blessures du silence, c’est quoi alors ?

Un thriller psychologique.

Depuis quand écris-tu ?

Depuis le collège. Quand la maîtresse nous faisait faire une rédaction, j’étais la seule contente. J’aimais déjà beaucoup écrire des histoires.

Comment as-tu commencé cette activité ?sandra martineau,les blessures du silence,interview

En écrivant quelques nouvelles, puis un scénario. J’ai vu que ça ne fonctionnerait pas pour moi dans ce registre. J’ai donc décidé d’attaquer un roman. Le cinéma me faisait un peu fantasmer, donc je me disais que mon livre pourrait être éventuellement adapté.

Te souviens-tu quand tu t’es lancée réellement ?

Quand j’étais enceinte de ma fille. J’ai donc accouché deux fois à peu de jours d’intervalle : d’un enfant et d’un livre.

Un roman, c’est un exercice compliqué pour toi ?

Tu es obligé de détailler énormément et de creuser au fond de toi-même. Je n’avais pas forcément envie de gratter. Il en est sorti Confiance aveugle. C’est un livre très violent. Je ne pouvais pas aller plus loin dans la violence, il me semble. La petite fille qui est égorgée au début du roman, c’était peut-être aussi tuer la petite fille qui est en moi.

sandra martineau,les blessures du silence,interviewTu n’as pas aimé ton enfance ?

Pas du tout. Ma scolarité a été très difficile, mais j’ai quand même réussi.

L’écriture, aujourd’hui, est-ce une forme de thérapie ?

Oui, je le reconnais. Après Confiance aveugle, du coup, j’avais envie d’autre chose que de violence. A la base, j’étais partie pour faire une longue thématique sur les tueurs en série, mais je me suis soudainement sentie vidée. Je n’avais plus ce désir de tuer, d’assassiner et de terroriser. J’ai donc décidé d’introduire plus de psychologie. On ne cherche plus à savoir comment et qui a tué, mais pourquoi. Je trouvais que c’était aussi intéressant d’emmener le lecteur sur une touche qui n’était pas sanguinaire.

Un de tes films cultes est Seven. Cela se ressent dans ton livre.

Oui, ça permet de comprendre vers quelle logique je vais. Pas vers Alice au pays des Merveilles, en tout cas.

Tu es quelqu’un d’avenant, on a du mal à s’imaginer que tu sois capable de sortir tant sandra martineau,les blessures du silence,interviewd’horreur.

A cause de mon image, plutôt douce et souriante, d’après ce que l’on me dit souvent, les gens pensent que j’écris des choses avec la sensibilité inscrite sur mon visage. Beaucoup s’imaginaient avant de me lire que j’avais un côté fleur bleue.

Au fond, pourquoi écrire ?

Parce que les idées foisonnent en moi. J’ai cinq-six carnets à la maison et dès que j’ai une idée, je l’inscris. J’ai toujours besoin d’évacuer ce qui est en moi. Je tire un peu la chasse d’eau à chaque fois que j’écris, c’est-à-dire que je me libère de ce que j’ai dans la tête. L’écriture, c’est un exutoire.

Quand écris-tu?

Je travaille avec mon mari dans son garage. On se voit toute la journée, donc le soir, je n’ai pas d’état d’âme à m’isoler pour écrire. Il sait que j’ai besoin de ces moments-là. Je suis capable d’écrire juste quatre lignes dans une soirée, mais le maximum, c’est une bonne page.

sandra martineau,les blessures du silence,interviewQuels sont tes modèles ?

En salon, je deviens comme une adolescente dès que je croise Franck Thilliez. Quand j’ai fini La chambre des morts, j’ai compris ce que je voulais produire comme émotion en matière de littérature. Avant cette lecture, je ne savais pas encore dans quoi j’allais me lancer. Ça a débloqué complétement ma situation littéraire.

Tu lui as dit ?

Oui, plusieurs fois. La première, il a été très touché… Aujourd’hui, j’essaie de m’émanciper et je pense avoir trouvé mon style, même si j’essaie de ne pas être trop éloignée de l’ambiance du « maître ».

Les personnages de Les blessures du silence sont tous attachants. Ils ne sont pas manichéens.

C’est ça qui m’intéresse. Je m'attache aujourd'hui à créer des personnages qui soient plutôt des anti-héros. Même les « gentils » peuvent avoir des défauts de la vie quotidienne... qui sont agaçants.

Pour le moment, tu es chez Sixto, une maison d’édition encore plutôt « confidentielle ». sandra martineau,les blessures du silence,interviewQuand tu es dans un salon, est-ce que tes collègues te le font ressentir ?

Au début, franchement, oui. Certains auteurs me faisaient comprendre que mes romans n’étaient tirés qu’à 1000 exemplaires. Après, ils ont compris que j'étais déterminée à faire mon trou. Je le fais gentiment. Je ne marche sur la tête de personne et j’avance petit à petit. Parfois, dans des salons, je vends plus que certains « grands » auteurs. J’en ai tiré une grande fierté parce que c’est grâce à une façon de communiquer avec les gens. Il faut les intéresser et les amener à vouloir découvrir ton univers.

Le monde du polar est quand même un monde très masculin, non ?

Oui, complètement. On m’appelait « la jeunette » parfois, avec une certaine condescendance. Il faut savoir se faire respecter. Tu es jeune, tu arrives timidement avec ton premier roman, tu es forcément un peu raillée. Dès le début, je ne me suis pas laissé faire. C’était le seul moyen pour qu’ils me respectent très vite.

Parle-moi de ton quatrième roman. Je sais que tu es en train de le terminer actuellement.

Il se déroule lors d’une croisière. C’est la croisière de la dernière chance pour mon personnage principal, un type dont on peut penser qu’il est parfait et gentil… et bien, on va vite se rendre compte que pas tant que ça. Il y a un enchaînement de péripéties qui indiquent que cette traversée va finir "en live".

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Après l'interview le 18 novembre 2014.

12 décembre 2014

Fred de Mai : interview pour Flic de rue

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Pas besoin d’exercer le métier de policier pour apprécier Flic de rue (Rouge Sang éditions), le premier livre publié du flic/auteur/photographe/blogueur Fred de Mai. Une écriture sensible, émouvante, lucide et percutante souvent. Pas de doute, l’homme sait raconter son vécu de manière littéraire, voire poétique. Les joies, malheurs et absurdités de son métier sont racontés sans aucune concession au style et à la vérité. De passage à Paris, Fred de Mai est passé à l’agence le 24 octobre dernier, pour évoquer son livre et son métier.

fred de mai,flic de rue,rouge sang éditions,interview,mandor4e de couverture:

Ce livre est un recueil de sentiments et ressentiments sous forme de textes mêlant poèmes, slams et témoignages.

Que ce soit en tenue ou en civil, à Paris, Lyon ou Marseille, en Police-Secours ou en BAC, il a toujours été un « Flic de rue » qui a vécu chaque mot de ce livre.
Il est l’auteur de toutes les photos publiées dans cet ouvrage.

L’auteur :

Fred de Mai est le pseudonyme d’un policier en activité, auteur et photographe. Il a choisi l’anonymat pour des raisons de discrétions professionnelles.fred de mai,flic de rue,rouge sang éditions,interview,mandor

Il était un des blogueurs les plus actifs au début des années 2000. En 2006, dans un des classements en vogue sur Internet, il fut même référencé 53ème parmi les 100 blogueurs Français les plus influents.

En 2010 il remporta un concours de slam organisé pour les 10 ans de la Francophonie par le Ministère de la Culture et TV5 Monde.

Après une période de silence,  et avant la ré-édition de son livre Flic de rue chez Rouge Sang éditions, il revient aussi en réactivant son blog.

Toutes les photos de cette chronique mandorienne sont signées Fred de Mai (sauf celles prises lors de l'interview).

fred de mai,flic de rue,rouge sang éditions,interview,mandorInterview :

Tu es en France l’un des précurseurs des blogs. Je t’ai d’ailleurs connu de réputation à cette époque-là. Tu étais un blogueur « influent ».

Je suis devenu blogueur grâce à mon épouse. C’était une période où j’étais hors travail. Disons, que je travaillais déjà dans la police, mais elle m’avait mis dans un placard. J’ai commencé à écrire un roman et ma femme m’a parlé des blogs, « le gros truc à la mode ». J’ai pris un pseudo, car je n’étais pas en odeur de sainteté dans la police et je ne voulais pas que cette nouvelle activité me nuise encore plus.  J’ai donc fait un blog d’un auteur pour que l’on parle de lui.

Tout au départ, il y avait même deux blogs.

Oui, celui de Fred de Mai et celui de Paul Vachard, le roman que je vais sortir bientôt.Paul réagissait aux propos de Fred.

C’est schizo ton truc !fred de mai,flic de rue,rouge sang éditions,interview,mandor

Oui, on est très nombreux dans ma tête.Bref, ces deux blogs m’ont bien canalisé et  m’ont fait du bien. J’ai surtout compris que je savais écrire.

Et c’est le manque de police qui t’a fait écrire le blog « Flic de rue » ?

Quand tout le monde a su que j’étais flic, j’ai voulu montrer quel genre de flic j’étais. C’était facile pour moi d’écrire des petites histoires que j’avais personnellement vécues.

Flic de rue, le livre, est une réédition.

Oui, en 2009, une agence de com’ est venue me voir pour me proposer de faire une version papier de ce que j’écrivais sur le blog. Ils voulaient prouver que même les blogueurs pouvaient publier sur papier. C’est sorti mal imprimé et il y avait pas mal de coquilles. Du coup, je n’ai pas fait trop de promo… Par la même occasion, j’ai aussi arrêté le blog et je me suis mis à l’écriture de mon roman, Vachard.

Teaser du livre Flic de rue.

fred de mai,flic de rue,rouge sang éditions,interview,mandorFlic de rue est un recueil de nouvelles « vécues » réalistes et littéraires.

Sans prétention, quand j’écris, j’ai l’impression d’être un gamin doué qui ne s’en rend pas compte. Ça me vient naturellement, même s’il y a un travail de retouches après. J’aime épurer au maximum. Avec ces textes, j’ai fait du tweet avant l’heure. Je déteste tout ce qui dépasse. Il faut couper avec acharnement. L’écrivain Thierry Serfati m’a dit un jour que dans l’écriture, le plus dur était de couper.

Il y a des textes très durs et d’autres assez drôles.

Il faut avoir beaucoup d’humour et de recul pour faire notre métier. Si tu prends tout au sérieux, tu es foutu ! Si tu n’es pas bien dans ta tête, tu ne te sens pas bien au boulot et que l’on te fait voir toute la misère du monde, tu prends ton pétard et tu t’arrêtes là. Même dans les cas les plus graves, je t’assure qu’on arrive à trouver de quoi rire.

J’ai compris en lisant Flic de rue qu’il y avait trois situations difficiles quand tu fais ce métier : voir des morts, garder son self control par rapport aux provocations… et l’administration. Et il y en a des pages sur l’administration.

J’étais en colère à cette époque-là. L’administration n’est pas rancunière, car aujourd’hui, elle me fait ma publicité.

Quelle relation as-tu avec elle maintenant ?

Très bonne. Comme quoi, chez nous, rien n’est immuable. Aujourd’hui, j’ai un discours complètement différent qu’à l’époque où j’ai écrit le livre. La police a évolué, c’est clair !

Tu t’interroges sur le fait d’être un bon chef dans le livre…fred de mai,flic de rue,rouge sang éditions,interview,mandor

C’est la pire expérience que j’ai connue. Je suis un chef qui aime fonder une équipe et souder les gars. C’est dur parce qu’on n’a pas les mêmes motivations. Chef, tu devrais être le tampon, mais tu ne l’es pas. Certains t’utilisent comme marteau, d’autres comme bouclier. Tu es donc celui qui prend tous les coups. Mes pires comme mes meilleurs moments sont en tant que chef.

Il y a des scènes très émouvantes dans ton livre, celles où il y a des enfants impliqués dans les « affaires ».

Tu sais, je chiale quand j’écris des textes comme ça. Ce sont des actions que j’ai vécues à une époque où j’étais séparé géographiquement de mon fils. Pendant cinq ans, je l’ai vu trois fois par an pendant les vacances, donc forcément, il me manquait. Je ne pouvais donc absolument pas comprendre que l’on puisse faire délibérément du mal à un gamin.

Tu en es où dans la police ? Appartiens-tu toujours à la BAC ?

Non, j’ai fini ce qui était anti criminalité pure. C’est un travail génial, mais je vieillis. Aujourd’hui, je suis l’un des responsables d’un service qui s’occupe du plus grand centre commercial d’Europe. On y fait tout : on traite, on appelle la justice et on clôture. Je travaille encore plus qu’avant et je m’éclate.

Tu es flic dans un centre commercial, si je comprends bien ?

Oui, c’est le seul cas en France. On est la police nationale. Il y a 100 000 passages jour et il faut gérer cela. C’est un énorme trafic. Sur 1200 interpellés à l’année, tu as 1000 affaires résolues. Pour la police c’est hypra intéressant. Ça prouve qu’elle est très efficace.

fred de mai,flic de rue,rouge sang éditions,interview,mandorJ’en ai déjà parlé à ton éditeur et ex flic lui aussi, Marc Louboutin (mandorisé là), je ne comprends pas comment on peut vivre normalement quand on fait ce métier.  La vie de famille, par exemple… c’est compliqué.

Il faut laisser le boulot au vestiaire. Si tu ne le fais pas, tu es mort. Parfois, c’est tellement dur que je rentre chez moi brisé…

Tu te traites toi-même d’alcoolique dans le livre. Boire aide aussi à oublier ce qu’il s’est passé dans la journée.

Aujourd’hui, je ne bois plus d’alcool fort, mais pendant un moment, ça m’arrivait d’être no limit. Tu as toujours quelque chose à oublier. Et puis, il y a un autre phénomène. Quand tu es avec une bonne équipe, tu fais des pots. Ça te permet de parler et de gérer les problèmes plus tranquillement, sans gravité. On fait un métier où il faudrait presque un soutien quotidien à ce niveau-là. Nous ne l’avons pas… on se démerde pour le trouver.

Ton livre devrait bien se vendre dans le milieu de la police.

Il a déjà un bon bouche à oreille. Quand un flic fait un bouquin sur les flics et qui est approuvé par les flics, on peut estampiller l’ouvrage d’un « lu et approuvé ». Beaucoup de mes collègues l’achètent, mais d’autres qui n’ont rien à voir ce métier aussi, ce qui m’a beaucoup surpris.

Aimerais-tu être conseillé sur un film ou une série sur la police ?fred de mai,flic de rue,rouge sang éditions,interview,mandor

Oui, la plupart de ceux qui officient dans ce rôle ne sont plus flics. Ce sont des anciens. Par exemple, Olivier Marchal. J’aime bien ce qu’il fait, mais c’est une police qui n’existe pas. Il invente la police de ses rêves. Avec lui, le flic se drogue, il est forcément violent, forcément tout seul, forcément alcoolique, il va forcément tuer quelqu’un et il est un peu bandit. Super l’image de la police ! Et puis d’un autre côté, on a Pinot simple flic. Deux extrêmes. Il y a peut-être un juste milieu à évoquer, non ?

Je reviens sur ton prochain roman, Vachard. De quoi va-t-il parler ?

Paul Vachard est le fils du meilleur flic de France,  mais son père ne l’aime pas. Sa mère est partie, il ne reçoit donc pas d’amour du tout. Pour obtenir l’amour de son père, le gamin a tout essayé, parfois de façon très maladroite. Pour faire plaisir à ce paternel, il va devenir flic lui aussi. Mais contrairement à son géniteur, c’est un flic pitoyable. Mais il va trouver un moyen pour que son père s’intéresse à lui. Devenir tueur en série.  Je ne te dis pas ce qu’il se passe après, mais ça part en live !

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Pendant l'interview le 24 octobre 2014.

11 décembre 2014

Retour sur les principaux prix littéraires 2014

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Nobel, Goncourt, Goncourt des lycéens, Femina, Renaudot, Médicis, Roman de l’académie française... Toutes ces distinctions donnent un coup d’accélérateur aux ventes de livres. Ils donnent aussi des idées. Si votre choix pour Noël n'est pas fait, les livres recommandés ci-dessous feront d’excellents cadeaux à offrir, et à lire…de quoi rendre auteurs, éditeurs et libraires heureux.

Pour Le Magazine des Espaces Culturels Leclerc (daté de décembre 2014/Janvier 2015), je suis revenu sur deux pages sur tous les prix littéraires principaux. Faites votre choix !

(Mais, je tiens à rappeler que sur ce blog, je mets en avant également des livres largement moins médiatisés).

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10 décembre 2014

Olivier Tallec : interview du Prix Landerneau album jeunesse 2014

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Olivier Tallec est né en Bretagne en 1970. Après l'École supérieure d 'arts appliqués Duperré, il voyage en Asie, puis au Brésil, à Madagascar, au Chili... puis travaille comme graphiste dans la publicité. Il est aujourd'hui illustrateur pour la presse (Libération, Elle, Les Inrockuptibles) et a signé plus de cinquante albums pour la jeunesse. Olivier Tallec vient de remporter le Prix Landerneau Album Jeunesse 2014. L’occasion était idéale pour le rencontrer.

Il m’a donné rendez-vous dans un café parisien situé à côté de chez lui. Voici le fruit de notre entretien publié dans Le magazine des Espaces Culturels Leclerc daté des mois de décembre 2014/janvier 2015 (plus un bonus mandorien final).

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olivier tallec,louis 1er,roi des moutons,prix landerneau album jeunesse 2014,interview,mandorPetit bonus mandorien :

L’idée de faire ce métier est arrivée comment en vous?

J’ai fait des études de graphisme. Ensuite, j’ai travaillé quelques mois dans des agences de com’, mais ça ne me plaisait pas vraiment. Du coup, je suis allé voir des éditeurs avec des dessins, pas forcément « jeunesse » d’ailleurs. C’est Gallimard qui m’a proposé d’illustrer un premier livre, puis plusieurs à la suite. C’est comme ça que j’ai découvert l’illustration jeunesse. Je trouvais que l’on pouvait aborder tous les sujets avec une énorme liberté. Il y a beaucoup de créativité en jeunesse.

On a l’impression que le milieu du livre jeunesse se porte bien. Quid des illustrateurs ?

On ne sentait pas la crise jusqu’à il y a un an ou deux. Aujourd’hui, on commence à percevoir la chose. Sur les ventes et les tirages qui sont moins importants. Et sur les à-valoir aussi (rires).

Quand vous faites du dessin de presse, il faut travailler dans l’urgence. Mais lorsque vous illustrez un album comme Louis 1er, vous avez plus le temps, du coup, n’est-ce pas plus compliqué ?

Ce sont deux façons de travailler différentes. J’adore le dessin de presse parce que, parfois, on a juste deux heures pour trouver une idée. C’est très excitant. Sur un album, on peut creuser un peu plus quand même et approfondir les situations. On passe aussi un peu plus de temps sur les illustrations. On peut se permettre d’être plus méticuleux.

Quand un album est terminé, est-il facile de considérer qu’il est au moins « correct » ?olivier tallec,louis 1er,roi des moutons,prix landerneau album jeunesse 2014,interview,mandor

Non, j’ai toujours plein de doutes. Mais, je suis content quand je reçois un nouvel album. J’ai une grande satisfaction à voir l’objet et à savoir qu’il va être lu par plein de gens. Quand je regarde des anciens albums, j’avoue que je suis très critique envers moi. En fait, je ne suis jamais content de moi.

Avez-vous l’impression d’avoir une notoriété conséquente en tant qu’illustrateur?

Vous savez, les gens ne connaissent jamais le nom des illustrateurs. Ils achètent des livres pour les enfants et quand les enfants grandissent, ils ne suivent pas la carrière des créateurs de ces livres, contrairement à ce qu’il se passe en bande dessinée ou en littérature adulte. Moi, je ne suis connu que dans le petit milieu de la jeunesse et de l’édition. Mais ça me va très bien. En jeunesse, il n’y a pas de problème d’ego (rires).

Vous venez de sortir un autre livre, adulte celui-ci et très drôle, à la Sempé et à la Voutch. Je l’ai adoré ! Dans Bonne journée, chaque illustration révèle des scènes décalées, des moments surréalistes, des instants absurdes. Superhéros, lapin, vacancier, écolier, ours, artiste, mouton… des personnages variés s’animent pour faire sourire dans l’esprit du dessin de presse.

Le principe est simple : un dessin qui se veut être amusant et un court dialogue. C'est une démarche qui me tentait depuis longtemps. C'est très anglo-saxon... un humour assez absurde que l'on peut trouver dans le New Yorker, chez Gary Larson ou Glen Baxter. La difficulté, c’est de trouver la même précision dans l’illustration que dans le texte court qui l’accompagne. Je précise enfin que ce sont des dessins qui n’ont jamais été publié ailleurs.

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Après l'interview, le 13 novembre 2014.

Quelques planches extraites de Bonne Journée.

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27 novembre 2014

Nicole Lambert : interview pour les 30 ans des Triplés.

Nicole lambert portrait pensée 1_© Iris de Turckheim.jpg

logo 30 ans.jpegAu fil des années, les Triplés n’ont pas grandi, mais leur bande dessinée est devenue une institution, en France et à l’étranger, dans la presse, l’édition et la télévision. 30 ans que les Triplés amusent les lecteurs du Figaro magazine. On a vu passer l’époque, aussi bien les changements de société, que l’arrivée des nouveautés qui ont changé nos vies : portables (au moins un kilo pour les premiers !) ordinateurs, GPS, et autres. On a vu aussi, comme dans un défilé de mode, passer les tenues de la mère des Triplés, la plus fashion-victim des mamans de Paris. Le 29 octobre dernier, pour un des magazines auquel je collabore, je suis allé à la rencontre de la maman des Triplés, Nicole Lambert, dans son atelier parisien pour évoquer cet anniversaire.

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nicole lambert,les triplés,30 ans avec les triplés,le magazine des espaces culturels leclerc,interview

Nicole Lambert portrait pensée2_© Iris de Turckheim.jpg(Tout petit) bonus mandorien:

Dans l'ouvrage 30 ans… avec les Triplés, vous vous livrez beaucoup. Ça a été compliqué.

Très, parce que je suis plutôt pudique et dans la vie, j’avance masquée. Avec l’intervieweur de ce livre, Charles Dierick, grand spécialiste belge de la bande dessinée, on a parlé très librement et je me suis aperçu que j’évoquais beaucoup de choses personnelles. Je n’ai qu’une trouille, c’est embêter les gens avec ma propre vie. C’est vertigineux de se raconter et d’imaginer un instant que les propos tenus vont passionner la foule.

Prenez-vous parfois des vacances ?

Pas beaucoup. J’aime bien ça, mais je travaille beaucoup trop. Généralement, je commence mes journées à six heures du matin et je finis à dix heures du soir. Depuis le début de la série télévisée, je peux dire que je travaille entre 14 et 16 heures par jour depuis deux ans. Le pire, c’est que personne ne me félicité pour ça, parce que c’est moi qui le souhaite. Mon entourage ne m’encourage pas à tenir ce rythme, bien au contraire.

Avez-vous eu la carrière idéale ?

C’était à peu près ce dont je rêvais au départ.

Quel est le dénominateur commun des gens qui aiment les triplés ?

Ça ne fait aucun doute. Ce sont des gens très gentils.

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Avec Nicole Lambert, dans son atelier, le 29 octobre 2014.

Et la dessinatrice a tenu à dédicacer à ma fille (et son papa) son dernier album...

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17 novembre 2014

Agnès Abécassis : interview pour Assortiment de friandises pour l'esprit...

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1966698_10152791176762520_1426005831302040187_n.jpgAssortiment de friandises pour l’esprit ou l’art de positiver au quotidien est une arme anti-morosité signée de la romancière et scénariste Agnès Abécassis. Elle offre là à ses lecteurs un objet littéraire non identifié, entre vade-mecum zen et traité sur le bonheur, avec en fin de chaque chapitre des exercices qui font appel à nos sens et à notre créativité. Un ouvrage bourré d’humour, cadeau idéal pour les fêtes de fin d’année.

C’est toujours un réel plaisir de passer un peu de temps avec Agnès Abécassis (déjà mandorisées là). Cette fois-ci, je suis allé à sa rencontre pour Le magazine des loisirs culturels Auchan (daté de Noël 2014) pour évoquer la sortie du livre cité plus haut et la réédition en version poche spéciale Noël de son plus grand succès, Les tribulations d'une jeune divorcée.

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10658874_10152791121727520_2581570188185422076_o.jpgBonus mandorien :

En France, vous êtes la seule romancière qui publie aussi des bandes dessinées. 

Je ne sais pas si je suis la seule romancière à faire cela… je sais juste que je réalise un rêve d’enfance. Quand j’étais petite, mes proches pensaient tous que j’allais faire du dessin mon métier. Ils ont donc été étonnés de voir qu’en fait, je m’épanouissais dans l’écriture. Ceci étant, quand on m’a proposé de réaliser ma première bande dessinée, j’ai sauté sur l’occasion. Et puis c’est tellement agréable de passer d’un univers à un autre.

Vous vendez beaucoup de livres et vous êtes réputée dans votre domaine. Êtes-vous contente de votre sort littéraire ?

Je crois qu’on est content de son sort quand on prend le temps de se retourner sur son parcours. Moi, pour l’instant, j’ai plutôt la tête dans le guidon ! A chaque sortie d’un nouveau livre, j’ai l’impression que c’est la première fois. Je travaille toujours l’angoisse chevillée au corps. Je suis en permanence poussée par mon envie de bien faire. C’est mon moteur à moi.

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05 novembre 2014

Marc Molk : interview pour Plein la vue, la peinture regardée autrement

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Marc Molk (© Lison Nissim)

J’ai beaucoup d’admiration pour le travail de Marc Molk. Autant peintre qu’excellent écrivain, il domine à la perfection ces deux activités artistiques.  

Dans Plein la vue (Editions Wild Project), il « dissèque » à sa manière trente tableaux, pas forcément très connus, mais qui lui parlent. Et donc, qui finissent par nous parler. Il joue à l’amateur qui s’adresse à des amis, alors qu’en fait, il distille de très sérieuses réflexions et en connais un rayon sur le sujet. Ce que raconte Marc Molk est souvent, drôle, impertinent, personnel, malicieux, et toujours rigoureusement malin, instructif… bref, sacrément passionnant !

Pour sa seconde mandorisation (lire la première ici), l’artiste est venu à l’agence le 25 septembre dernier.

PleinLaVue-MarcMolk.jpgNote de l’éditeur sur Plein la vue, La peinture regardée autrement :

30 tableaux de toutes époques admirés librement.

Mêlant critique d'art et autofiction, Marc Molk propose un texte personnel sur l'amour de la peinture. Ce livre est parcouru de femmes, de guerres, de paysages, de fêtes et de larmes. Entre narration et contemplation analytique, Plein la vue esquisse un genre inédit. Impertinent, dandy, sexy, érudit, obsessionnel, classique, inclassable, universel.

Préface de Léonard de Vinci
(Sélection originale d'extraits des manuscrits de Léonard de Vinci)

L’auteur :

Marc Molk, écrivain et peintre, a codirigé en octobre 2014 le colloque La Fabrique de la peinture au Collège de France.

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DSC09449ff.JPGInterview :

Raconte-nous comment ce livre a vu le jour.

C’est assez étrange. J’ai croisé Baptiste Lanaspèze en 2006. Il travaillait chez Autrement. Il avait lu mon premier livre : Perte humaines, qu’il m’avait dit avoir adoré. On a fait connaissance, mais six mois après il est parti s'installer à Marseille. Nous avions bien accroché mais je ne l’ai plus revu après. C'était l'époque encore où l'expression « se perdre de vue » avait un sens fort. On a fini par se recontacter, grâce aux réseaux sociaux, comme tout le monde. Il avait entre temps monté sa propre maison d’édition : Wildproject. Il publie des livres axés principalement sur l’écologie, la philosophie de l’écologie, etc… Quand j’ai sorti mon deuxième roman : La Disparition du monde réel, je le lui ai fait envoyer, par pure estime, parce que nous avions beaucoup parlé et que je savais qu'il était un grand lecteur. C'était aussi un moyen de poursuivre une relation amicale interrompue par la force des choses.

Tu es romancier et tu peins. Soudain, tu écris sur la peinture…

Pendant longtemps, je me le suis interdit. J’avais peur que cette activité s’apparente à de la critique d’art. Je ne voulais pas me faire égorger par ceux dont c’est le vrai métier. J’ai donc commencé par créer une page anonyme sur Facebook, sur laquelle je postais des tableaux agrémentés d’un petit texte de 3000 ou 4500 signes, ce qui équivaut à trois pages. J’ai eu pas mal de fans assez vite sur cette page. Elle s’appelait « Le petit pan de mur jaune ».  Je me suis retrouvé dans une situation grotesque : à ne pas avouer que j’étais l’auteur de ces textes alors que je mourais d’envie de fanfaronner et de dire que c’était moi.

C’était un problème statutaire ?

Complètement. Mais, au fur et à mesure, je me suis aperçu que ce que j’écrivais n’était décidément pas de la critique d’art. C’était littéraire, libre et autofictionnel. Je racontais un peu ma vie et j’expliquais pourquoi tel tableau m’avait plu, comment, quel étaient mes détails préférés, etc... Du coup, j’ai cherché à comprendre ce que j’étais en train de faire. En fait, je partageais juste mon plaisir et mon intérêt pour les œuvres.