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01 juillet 2015

Johann Etienne : interview pour La Colonie

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Johann Etienne est un brillant auteur de thrillers. Il est encore méconnu, mais de grands éditeurs seraient bien inspirés d’aller jeter un coup d’œil sur ses ouvrages. Ils risqueraient de découvrir un Thilliez ou un Chattam en puissance. Dans son quatrième roman, La Colonie, il nous emmène au Chili sur la trace d’une colonie énigmatique. Cette histoire est tirée d’une histoire vraie qu’on lui a relatée. Je n’ai pu lâcher le livre sans en connaître l’issue. Addictif et jubilatoire.

Le 6 mai 2015, Johann Etienne est venu de Troyes spécialement pour cette interview (qu’il en soit remercié). Nous nous sommes installés dans un bar situé en face de l’agence. Je me suis aperçu que c’était la première fois que je conversais avec lui en tête à tête. En effet, nos chemins se sont croisés dans des salons du livre de nombreuses fois (notamment à Provins), mais jamais, nous n’avions pris le temps de nous poser et de discuter… C’est donc ce que nous avons fait.

johann etienne,la colonie,interview,mandor4e de couverture :

À l’ombre de la cordillère des Andes, la bête immonde a survécu… Samuel Atlan possédait la capacité de se souvenir de tout. Un cas rare d’hypermnésie, selon les médecins. Une mémoire sans faille, à l’exception d’une seule : Samuel ne se rappelait rien de ce qui précédait le jour où on l’avait trouvé, à l’âge de sept ans, errant au bord d’une route. Quand son passé refait surface de la plus singulière des façons, il se retrouve confronté aux versants les plus sombres de la science nazie, traquant sans le savoir, entre Paris et les plaines du Sud chilien, l’un des pires monstres qu’ait engendré l’Histoire…

L’auteur :

Né en 1975 à Troyes, dans l'Aube, Johann Étienne écrit depuis l'âge de seize ans. Passionné d’Histoire et d’actualité, il se sert des réalités qui nous entourent pour élaborer intrigues et personnages au profit de romans de fiction policière. Il est l’auteur de deux précédents thrillers, Le Théorème de Roarchack et Prophétie, et d’un roman court intitulé Le Plan, tous trois parus chez Ex æquo. La Colonie est son quatrième roman.

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johann etienne,la colonie,interview,mandorInterview :

Tu as commencé à écrire vers 1’âge de 15 ans, c’est ça ?

J’ai découvert un jour une machine à écrire, dans le grenier de mes parents. Elle devait être là avant que nous arrivions. L’instrument à éveillé ma curiosité et j’ai commencé à travailler dessus. Bon, il faut dire que je lisais beaucoup, alors l’idée d’écrire moi-même me tenaillait depuis un moment. J’ai commencé à taper dessus un début d’histoire en pensant que ça allait faire deux pages. En fait, j’ai écrit un premier roman de 300 pages. Je l’ai fini en cinq ans. C’était un roman d’aventure inspiré de mes lectures de l’époque, Jules Verne et Robert Louis Stevenson, des auteurs de cette trempe-là. Ça se passait au 19e siècle, en Afrique et en Égypte.

Tu avais besoin de sortir de ton quotidien ainsi ?

Oui, complètement. L’écriture m’a embarqué, voire aspiré.

Tu l’as encore ce premier roman ?

Oui, je l’ai gardé. Peut-être qu’un jour, je le ressortirai pour effectuer un gros travail dessus afin de le publier. On ne sait jamais.

Tu es passionné d’histoire, ça se sent dans tes livres.

C’est ma formation initiale. J’ai une maîtrise d’histoire ancienne et un DEA d’égyptologie. Quand j’écris un livre, j’avance vite dans mes recherches grâce à la formation que j’ai reçue à la Fac.

Tous tes romans partent d’un fait historique réel. johann etienne,la colonie,interview,mandor

Un événement d’actualité ou historique m’inspire une histoire en lien avec cet évènement. Dans La Colonie, je parle d’une vraie colonie. J’ai découverts son existence en 2004 en écoutant une émission de radio. Jacques Pradel recevait Frédéric Ploquin (voir photo à droite, mais là, c'était à l'occasion de la sortie d'une autre enquête) et Maria Poblete qui ont écrit La Colonie du docteur Schaefer. L’histoire était complètement folle et faisait froid dans le dos. J’ai donc lu cette enquête. J’ai laissé passer des années, puis j’ai relu le livre et j’ai fini par trouver une bonne intrigue pour évoquer ce fait historique, pas si éloigné dans le temps que cela. Je n’ai pas eu grand-chose à inventé par rapport à la réalité, c’est tellement énorme. A peu près tout ce que je raconte sur cette colonie est authentique.

Tu enquêtes beaucoup une fois que tu te lances dans ce genre de projet ?

J’utilise beaucoup Internet. Par exemple pour en savoir plus sur le Chili, je suis allé sur des blogs de voyageurs. Il y a beaucoup d’infos, beaucoup d’images et même des sons sur les vidéos. Ça m’aide à percevoir l’ambiance générale des lieux que je décris. Le sud du Chili, c’est très particulier, très verdoyant. Ça ressemble à l’Allemagne et à la Bavière, c’est vraiment surprenant.

Un de tes personnages, Samuel Atlan, est hypermnésique. Dans ce livre, tu développes beaucoup le thème de la mémoire.

Ce personnage se souvient de tout, sauf ce qu’il s’est passé avant sa septième année. Etre hypermnésique doit être très désagréable. On se souvient de tout et même les mauvaises nouvelles. On garde tout en soi. Il sort très peu pour ne pas emmagasiner des informations. Il est donc solitaire.

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Comment travailles-tu un texte ?

Quand je commence à écrire, j’ai le début et la fin. Et j’ai quelques scènes clés que je vais incorporer dans l’histoire. Pour le reste, je me laisse guider par les personnages et l’intrigue.

Tu te laisses dépasser par tes personnages, parfois ?

Bien sûr. Toujours d’ailleurs. C’est assez surprenant mais des personnages me poussent à écrire d’autres scènes ou à aller vers des territoires qui n’étaient pas prévus, voire anticiper des réactions qui ne leur conviennent pas par rapport à ce que j’avais imaginé au départ. Il y a une petite part de magie quand on écrit.

Tu as besoin de t’amuser pour écrire ?

Oui. Il y a beaucoup de travail en amont, mais l’écriture est un amusement. C’est même jubilatoire quand on s’approche de l’intrigue, que l’on sait que l’ensemble se tient et que l’on est cohérent. Ce n’est pas toujours évident, parce qu’on est le moins bon juge de ce que l’on fait.

De livre en livre, as-tu l’impression de t’améliorer ?

Oui, parce que j’écoute beaucoup ce que me disent les autres, notamment une amie avec laquelle je travaille pour les corrections. Elle ne me corrige pas uniquement l’orthographe et la grammaire, elle fait un vrai travail de correctrice. Elle est très exigeante. A chaque livre, je chasse mes mauvaises habitudes littéraires. J’essaie d’être de plus en plus limpide et d’aller plus à l’essentiel.

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Tu travailles dans l’éducation nationale. Tu es prof d’histoire géo au collège. Tes collègues et tes élèves connaissent-ils ta double vie ?

Dans le collège où j’étais précédemment, oui. Je n’en parlais pas, mais ils l’ont su. Ça m’a donné l’occasion d’intervenir dans des classes de 4e pour expliquer le métier d’écrivain. Sur deux classes, j’ai eu deux types de questions différents. Une classe qui s’intéressait vraiment à la construction du livre. Ils me posaient des questions du type « comment on trouve le nom des personnages ? » ou « comment on construit l’intrigue ? ». Et l’autre classe qui était fascinée par tout autre chose. « Combien on gagne quand on est écrivain ? », « Qu’est-ce que vous faites encore ici puisque vous écrivez des livres ? » Pour eux, être écrivain était synonyme de gains d’argent et de richesse.

Delerm, Pennac, Musso étaient aussi profs. Ils le sont restés longtemps, même après le succès.

Jean-Philippe Blondel aussi. Mais lui continue cette activité et tient absolument à rester prof.

Tu aimerais vivre de ta plume et ne faire que cela, je suppose ? Pardonne-moi cette question idiote.

De plus en plus. Au départ, je n’imaginais pas vraiment, mais aujourd’hui, envisager d’en vivre est dans un coin de ma tête.

As-tu déjà des fidèles lecteurs ?

Ça fait très vantard de répondre par l’affirmative, mais j’ai de plus en plus de lecteurs qui me disent attendre avec impatience le prochain. Ça me surprend toujours de savoir que des personnes me suivent depuis le premier livre.

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Johann Étienne et Franck Thilliez.

Tu écris tous les jours ?

Pratiquement. C’est rare les journées où je n’écris pas. J’ai un surplus d’imagination en moi qu’il faut que j’évacue régulièrement. Je n’ai jamais eu le syndrome de la page blanche.

Qui est ton premier lecteur ou ta première lectrice ?

C’est ma meilleure amie qui est aussi une grande lectrice dans tous les genres. Dès le départ elle m’a dit que ce que j’écrivais valait parfois beaucoup mieux que ce qu’elle pouvait lire ailleurs, dans les grandes maisons d’édition. Ça m’encourage évidemment énormément. Je lui fais lire systématiquement mes premières pages et elle me dit rapidement si je suis sur la bonne voie.

Concrètement, ça t’apporte quoi d’écrire ?

Comme je te le disais au début de l’interview, c’est surtout une façon de m’évader du quotidien. D’ailleurs, j’ai le même plaisir à écrire qu’à lire.

johann etienne,la colonie,interview,mandorJe crois que Grangé est à l’origine de ta passion pour le thriller.

Oui, quand j’ai lu Le vol des cigognes, ça m’a foutu une claque. Le style, l’écriture, l’intrigue, j’ai eu un véritable choc. Grangé (voir photo à gauche) est l’un des auteurs que j’aimerais vraiment rencontrer. Avant lui, je trouvais que le polar était un genre assez poussiéreux. Sa façon d’écrire est vraiment très moderne et contemporaine. Les Simenon et les San Antonio me paraissaient un peu dépassés et désuets. Aujourd’hui, j’ai constaté qu’il y avait pléthore d’écrivains de polar aussi bons que Jean-Christophe Grangé.

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Après l'interview, le 6 mai 2015.

30 juin 2015

Stéphanie Hochet : interview pour Un roman anglais

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(Photo : Simone Perolari pour Le Monde)

La romancière, essayiste et journaliste culturelle Stéphanie Hochet est l’une des auteures majeures françaises du XXIe siècle. De livre en livre, elle construit une œuvre impressionnante et singulière. Je l’ai déjà mandorisé trois fois, c’est dire l’intérêt soutenu que je lui porte. Dans son nouveau roman, Un roman anglais, elle nous livre un texte magnifique qui nous plonge au sein d'une famille de la bourgeoisie anglaise du début du XXe siècle. Entre son mari et son enfant, Anna semble être une femme comblée, pourtant ce beau vernis se craquèle le jour où George met les pieds dans sa belle demeure pour s'occuper de son fils Jack .C’est un très beau portrait de femme.

Je précise que lors de sa venue à l'agence, le 11 mai dernier, nous n’avons pas évoqué le livre d’Amélie Nothomb, Pétronille (sorti l’année dernière), dont elle est l’héroïne. Nous avons convenu qu’elle avait déjà tout dit sur la question (et bien dit) sur le site Salon Littéraire. Nous n’aimons pas les bis repetita.

stéphanie hochet,un roman anglais,virginia woolf,interview,mandor4e de couverture :

1917, quelque part dans la campagne anglaise. Anna Whig, bourgeoise lettrée, mère d’un petit garçon de deux ans, Jack, persuade son mari Edward d’embaucher par courrier pour sa garde d’enfant une certaine George (comme George Eliot, pense-t-elle). Le jour où elle va chercher George à la gare, elle découvre qu’il s’agit d’un homme. Celui-ci va faire preuve d’un réel instinct maternel à l’égard de l’enfant, et finira pas susciter la jalousie d’Edward, qui pressent l’amour naissant entre George et Anna.
Dans ce roman à la fois pudique et tourmenté, Stéphanie Hochet traite avec beaucoup de finesse le thème de l’ambiguïté sexuelle, avec son lot de non-dits et de paradoxes, dans ce cadre post-victorien qui rappelle tant Virginia Woolf, tout en restituant le climat d’inquiets atermoiements qui régnait en Angleterre lors de cette période troublée.

L’auteure :

Écrivain. 10 romans, un essai (Éloge du chat). Prix Lilas 2009 pour Combat de l'amour et de la faim, Fayard. Prix Thyde Monnier de la SGDL 2010 pour La distribution des lumières, Flammarion. Dernier livre en date : Un roman anglais, Rivages 2015. Chroniqueuse au Jeudi du Luxembourg.

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En compagnie de la grande Virginia Woolf dans le magazine Elle du 6 juin 2015.

stéphanie hochet,un roman anglais,virginia woolf,interview,mandorInterview :

J’ai lu que ce roman était inspiré de la vie de Virginia Woolf.

L'héroïne vient du même milieu, elle est née à la même époque que Virginia Woolf et mon "support littéraire" a été le premier tome du journal de Woolf, mais elle est un personnage à part entière. Elle se nomme Anne Whig, a un enfant de deux ans (ce qui n'était pas le cas de la romancière anglaise) et elle est traductrice, pas créatrice. La fiction nécessitait que je m'éloigne d'un traitement biographique. Ce livre est surtout un hommage à la littérature anglaise dans laquelle j’ai été baignée quand j’ai fait mes études et ensuite, quand je suis partie en Grande-Bretagne pour enseigner.

1917, l’ambiance à Londres, dans la campagne anglaise… La façon de vivre, ce qu’il s’est passé socialement, la vie des domestiques…  comment as-tu été informée de tout ceci ?

D'abord en relisant la littérature de l'époque (Joyce, Lawrence, etc.) et plus spécifiquement, comme je le disais, le premier tome du Journal de Virginia Woolf qui raconte la vie quotidienne de ce genre de familles. Ces familles bourgeoises qui avaient la possibilité de partir s’isoler loin des bombardements en 1917 ont vécu dans une sorte de huis-clos. J’ai reconstitué ça. Woolf est là par son ombre. Vivianne Forrester a écrit une biographie très intéressante. Sa grande théorie, c’est que Woolf rêvait d’avoir un enfant. Bon, on sait qu’elle n’en a pas eu, mais on ne sait pas quelle mère, elle aurait été. Mon héroïne Anna est différente, mais le point de départ, c’est que sa vie est avant tout son enfant. L’amour qu’elle a pour lui est violent au point de faire naître chez elle des élans destructeurs.

Elle aime son enfant, mais elle l’aime mal. On peut dire cela ?stéphanie hochet,un roman anglais,virginia woolf,interview,mandor

C'est un amour absolu, mais il est traversé de pulsions destructrices. C’est comme quelque chose que l’on ne pourrait contenir. Sans doute ne sait-elle pas y faire, même si ce fils est tout pour elle. La source du livre c’est « qui va me mettre à l’abri de moi ».

George est l’élément perturbateur du couple.

Il est l’élément étranger qui vient fissurer un huis clos qui ne fonctionne peut-être pas très bien, mais qui fonctionne avec des codes. Ce sont les codes de la société victorienne qui sont encore présents.

Le père, Edouard, est horloger et pas très fantaisiste.

C’est le notable qui a fait ce qu’on attendait de lui. Il a une situation, il apporte l’argent au foyer, cela le rend orgueilleux. Il bénéficie du statut du pater familias. C’est l’homme du régime ancien.

Il ne veut pas évoluer, alors que nous sommes dans un moment où les femmes commencent à vouloir changer de statut.

Anna est d’abord observatrice de ce qu’il se passe à l’extérieur. La guerre n’est pas finie. On ne rencontre quasiment plus de jeunes hommes, par contre elle voit que des jeunes femmes travaillent. Elle lit dans les journaux des articles sur celles qu'on décrit comme des espèces de folles qu’on appelle « les suffragettes ». Les manifestations pour le droit de vote des femmes l'interrogent. Elle se pose des questions sur elle, ses choix motivés par son milieu, sur cette société et sur la gangue qui fige sa vie et l'étouffe.

Ton héroïne est-elle une femme frustrée.

Un peu.  Mais elle va quand même fissurer cette espèce de structure complètement figée autour d’elle. Ce qui est intéressant, c’est le moment où ça craque.

stéphanie hochet,un roman anglais,virginia woolf,interview,mandorPeut-on dire qu’Anna et George ont une relation ambiguë ?

Ce que je trouve intéressant, c’est cet amour qui n’est même pas dit.La finalité de l’amour n’est pas forcément de se retrouver dans un lit. En littérature, ça a été tellement fait que ça devient une convention et les conventions m’énervent.

Tu racontes la guerre vu par quelqu’un qui ne la fait pas. A un moment, elle écrit une lettre à un ministre pour qu’il lui donne des nouvelles de son cousin parti sur le front. C’est un passage très drôle, je trouve.

Anna n’hésite pas à s’adresser à lui comme si il était en face d’elle. Elle exige même qu’il retrouve au moins le corps s’il est mort. Pour les gens qui étaient loin du front, le fait de ne pas avoir de nouvelles et de ne pas retrouver le corps de quelqu’un, c’était quelque chose d’atroce. Il était impossible de faire son deuil. La guerre a été perçue et décrite sur le front depuis la première Guerre Mondiale par les écrivains de l’époque, mais aussi aujourd’hui, comme le Goncourt d’il y a deux ans, Pierre Lemaitre pour « Au revoir là-haut ». Par contre on a très peu évoqué la guerre loin du front. La guerre loin du front, c’est aussi la guerre. Ce sont les privations de charbon, de nourriture. Ce sont les liens avec les domestiques qui changent forcément. Il faut s’organiser autrement. Ce sont aussi les familles qui ont chacune un parent envoyé sur le front avec cette tension extrême, cette angoisse et l’imagination qui prend le dessus. La guerre loin du front, c’est vivre la guerre par transfert. Ils imaginaient ce que l’autre vivait dans les tranchées. 

Tu as enquêté sur cette période ?

Je connais tout ceci par immersion familiale. J’ai un père totalement obsédé par la Première Guerre Mondiale. Je suis allée avec lui à Verdun. Il y a des endroits ou plus rien ne repoussent, c’est la désolation totale, on se croirait sur une autre planète. On a du mal à imaginer qu’à ce moment-là de l’histoire, on a inventé toutes les formes de destructions que l’on retrouve aujourd’hui, toutes les formes d’armes  qui pouvaient détruire un être humain.

Tu as fait des études de littérature anglaise, il y a beaucoup de référence à elle dans ton roman.

J’ai toujours pensé sans oser vraiment le dire, qu’être une romancière anglaise, il n’y a pas plus classe (rires). Par exemple, j’évoque Les Hauts de Hurlevent d’Emily Brontë. Ce livre est celui que j’aurais aimé écrire. Contrairement à ce que pensent la plupart des gens qui l’ont lu (ou pas), Les Hauts du Hurlevent n’est pas du tout une histoire d’amour. C’est une histoire de vengeance et une histoire d’enfer. A partir du moment où l'auteur décrit le fonctionnement d'un monde diabolique et complexe, ça m’intéresse. Je pense que ça parle de certaines familles infernales.

Mais, je trouve que ton écriture est stylistiquement britannique. stéphanie hochet,un roman anglais,virginia woolf,interview,mandor

J’ai surtout l’impression de jouer avec les codes du roman anglais. D’où le titre d’ailleurs, Un roman anglais.

A la force de jouer avec, ils y sont.

Il ne faut pas que ce soit juste des codes pour des codes, il faut que, profondément, ce soit incarné.

As-tu eu du mal à écrire ce livre ?

Ça a été extrêmement difficile.  J’ai mis deux ans. Il y avait une première mouture qui a été terminée au bout de dix mois. Je l’ai entièrement reprise parce que je me suis aperçue qu’elle avait des faiblesses et qu’elle n’était pas telle que j’aurais voulu la construire.

Il y a eu beaucoup de remises en question ?

Oui, beaucoup. Notamment sur la manière d’agencer le livre. Il a été compliqué de mettre à l’écrit ce chassé-croisé entre la petite et la grande histoire.

Tu portais ce roman en toi depuis longtemps ?

Rien n’arrive vraiment par hasard. Ce livre a mis longtemps à mûrir. A partir du moment où j’ai pris la décision d’écrire sur cette géographie et cette temporalité, l’immersion est devenue délicieuse… mais difficile. Pour écrire un roman qui se passe dans un autre pays et dans une autre époque, il faut tout de même tenter de se sentir chez soi. Il faut se sentir en terrain familier. Il faut avoir bien digérer les références, la littérature de cette époque pour que ça ne sente pas l’huile de coude.

Comment as-tu trouvé le ton d’Anna ?

Je l’ai trouvé quand j’ai eu une idée de quel personnage elle était, de son environnement et de ses proches.

stéphanie hochet,un roman anglais,virginia woolf,interview,mandorL’histoire est très forte et universelle.

L’histoire que je raconte, on peut l’imaginer à notre époque. Le rôle maternel et paternel, il est toujours d’actualité. Le père nul et incapable, le jeune homme qui a une capacité particulière pour s’occuper des enfants et la mère partagée entre deux pulsions, c’est éternel et actuel.

Quelle est la plus grande différence entre Virginia Woolf et Anna ?

C’est que Virginia était soutenu par son mari Leonard, avec qui ils ont formé le noyau du cercle d'intellectuels connu sous le nom de Bloomsbury Group. Il l’a toujours encouragé à écrire dès le début. Il ne voyait même quasiment qu’un écrivain en elle. Il voyait à peine en elle une femme.

Je sais que c’est un livre qui te tient particulièrement à cœur.

Oui, d’autant que je me rends compte qu’aucun des personnages ne me ressemble. En tout cas, ça me fait plaisir d’avoir écrit un livre qui est un beau portrait de femme. C’est le genre de femme que je pourrais observer en l’admirant. Elle n’a rien en commun avec moi, et en même temps, j’admire ce qu’elle est capable de faire. Je n’ai aucun point commun avec elle, et je l’admire encore plus pour ça.

Est-ce un livre féministe ?

Je me méfie des messages. J’ai du mal à accoler le terme «féministe » au livre. Ce qui est important, c’est que ce soit l’histoire d’une femme qui, soudain, prend conscience de ce qu’il se passe autour d’elle et décide de s’émanciper. Elle ne s’accroche pas à des théories, par contre, je pense qu’elle a beaucoup de respect pour les femmes et qu’elle écoute ce qu’elles ont à dire. C’est donc le début d’une prise de conscience féministe.

Tu as terminé ce livre il y a presque un an, donc je suppose que tu es déjà en train d’écrire un autre livre. 

Oui, j’ai commencé quelque chose qui, comme d’habitude, n’a rien à voir avec le précédent livre. Mais je ne t’en dirais pas plus. Tu me connais, je te fais le coup à chaque fois que tu me reçois…

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Après l'interview le 11 mai 2015.

(Merci à Stanislas Kalimerov pour les deux portraits de Stéphanie Hochet inclus dans l'interview et à Stéphanie Joly pour la photo prise lors de la présentation d'Un roman anglais à la Terrasse de Gutenberg le 21 mai 2015).

21 juin 2015

Bilan du Salon du Livre de Provins 2015

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f.jpgLes 11 et 12 avril dernier, j'ai animé pour la 6e fois consécutive, le Salon du livre de Provins. Ici la première (avec l'invitée d'honneur Simone Veil), là, la deuxième (avec l'invité d’honneur Michel Drucker), enfin la troisième (avec les invités d'honneur Albert Jacquard et Pierre Bellemare), la quatrième (avec les invités d’honneur, Patrick Poivre d’Arvor et Stéphane Bourgouin) et la cinquième (avec les invités d’honneur, Michel Field et le très regretté Cabu).

Habituellement, je passe de table en table pour interviewer une centaine d'auteurs en deux jours...

Je le répétais chaque année:

"Le contact avec des auteurs rencontrés sur l’instant et dont il faut tenter de tirer des informations essentielles, quasiment à la chaîne, rentrer dans des univers différents en faisant semblant de connaître l’œuvre des personnes interrogées, en les mettant en avant, en tentant de comprendre leur fonctionnement, c’est un loisir auquel je m’adonne avec un plaisir fou. Même si, je le sais parfaitement superficiel (je n’abhorre rien de plus que d’interroger un écrivain sans avoir lu son livre). Mais ce que j’apprécie, dans ce cas de figure, c’est la performance. L’exercice de style. Le combat. Ce n’est pas désagréable, juste exténuant à l'issue du deuxième jour."

Mais cette année, David Sottiez (de l’association Encres Vives) m’a proposé une nouvelle formule. Organiser et animer des cafés littéraires d’une demi-heure chacun pendant les deux jours. Ainsi fut fait…  et j’ai beaucoup aimé. A récidiver, donc.

Je remercie ici Jean-Pierre Mangin qui a shooté à tout va pendant ce week-end et m’a suivi dans (quasiment) toutes mes pérégrinations « interviewgatives ».

Pour les photos, merci aussi à Luc Doyelle, Cicéron Angledroit et Sophie Adriansen… à qui j’ai allégrement volé des clichés sur leurs pages Facebook respectives. Qu’ils en soient remerciés (et qu’ils ne m’intentent pas de procès).

Évidemment, je tiens aussi à exprimer toute ma gratitude à l'ensemble de l'association Encres Vives qui me fint confiance depuis six ans. Je suis très sensible à cette fidélité sans failles.

Premier jour : 11 avril 2015.

Marion Game (la fameuse Huguette dans la série d'M6, Scènes de ménages). Une fois de plus, nous constatons que les personnalités du petit écran signent beaucoup plus que de vrais écrivains. C'est anormal et désolant, mais c'est comme ça. Ce qui est plaisant, c'est que, souvent, ces "auteurs" savent bien qu'ils n'ont pas une grande légitimité à être là. La sympathique comédienne me l'a confié, en tout cas.

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Allez, viens là mon Huguette!

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Ce que j'aime dans ce salon, c'est qu'il y a souvent foule.

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Premier café littéraire : Kaoutar Harchi pour A l’origine notre père obscur (Actes Sud). (Mandorisées là, deux fois). J'ai beaucoup d'admiration pour cette auteure de talent.

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Une publicité discrète s'est glissée sur cette photo. Sachez la retrouver!

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Le maire de Provins, Christian Jacob avec Jean-Patrick Sottiez, l'un des éminents membres de l’association organisatrice de ce salon, Encres Vives.

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Le maire avec "le prêtre des loubards", le père Guy Gilbert.

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Quelques questions au père Guy Gilbert. Le micro, je vous garantis qu'il ne faut pas le lâcher, sinon, impossible d'en placer une... :) Je l'ai beaucoup "pratiqué" à la fin des années 90, quand je travaillais à Radio Notre Dame.

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Non père, tu me laisses le micro!

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Deuxième café littéraire : Wilfried N’Sondé pour Berlinoise (Actes Sud). Je ne l'avais jamais rencontré. Passionné et passionnant!

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Sophie Jomain.

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Sophie Adriansen (mandorisées maintes fois).

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Domitille de Pressensé, la "maman" d'Émilie, une série que toutes les filles ont connu dans leur jeunesse.

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Le chanteur Merlot était présent pour un spectacle destiné au jeune public : Au fond de la classe.

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Troisième café littéraire : Pauline Dreyfus pour Ce sont des choses qui arrivent (Grasset).

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Comme presque chaque année, Geronimo Stilton vient à Provins...

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Et il a toujours beaucoup de monde devant son stand.

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Et chaque année, photo traditionnelle avec l'animateur.

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Et photo traditionnelle avec Sophie Adriansen...

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La parrain du salon du livre de Provins de cette année, Yann Queféllec, lui aussi est venu papoter avec la gentille souris.

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Interview de Yann Queffélec (un des premiers mandorisés... en 2006, quand je cachais encore mon visage).

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Queffélec sur le départ... Ici avec Jean-Patrick Sottiez.

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Jean-Patrick Sottiez, de l’association organisatrice de ce salon, Encres Vives.

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Quatrième café littéraire : Carmen Bramly pour Hard de vivre (JC Lattès).

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Au rayon polar, Claire Favan et Christelle Mercier.

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Puisque nous sommes au rayon polar, restons-y. Nous nous sommes adonnés à quelques selfies plus ou moins réussies. En haut, de gauche à droite : Stanislas Petrosky, Alain Claret et David Moitet. En bas, de gauche à droite : Sandra Martineau (mandorisée là) Christelle Mercier, Claire Favan, Mandor et Johann Etienne.

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Les mêmes, avec en plus, en haut à gauche, Maxime Gillio.

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Toujours les mêmes, dans une autre configuration, avec en plus, Gaëlle Perrin (mandorisée là).

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2e jour : 12 avril 2015.

Gaëlle Perrin montre du doigt (pas bien!) Patrice Dard. Le fils de Frédéric Dard a repris l’œuvre de son père, San Antonio.

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Entre les livres de son père et les siens... une œuvre colossale.

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Je n'ai jamais lu un San Antonio de ma vie. Ce qui, visiblement, ne semble pas heurter Patrice Dard.

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Frédéric Dard était là aussi, hein, c'est sûr... la lumière qui descend du ciel, toussa, toussa.

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(Merci à Christelle Mercier pour cette série de photos Dardiennes.)

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L'écrivain Maxime Gillio (vice-président de l'Association des Amis de San Antonio) a animé un débat avec Patrice Dard.

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Interview de Maxime Gillio...

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Cinquième café littéraire : Bertrand Guillot pour Sous les couvertures (Rue Fromentin). (Quelques mandorisations de cet auteur de talent.)

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Interview à la cool, quoi!

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Petite pause avec Sandra Reinflet, Sophie Adriansen, Carole Zalberg et Bertrand Guillot.

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Ciceron Angledroit.

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Sixième café littéraire : Carole Zalberg pour Feu pour feu (Actes Sud). (Elle aussi a été mandorisée maintes fois).

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Mélisa Godet.

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François Alquier by Sophie Adriansen. Joie de vivre et compagnie.

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Luc-Michel Fouassier (mandorisé à tout va).

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Sophie Adriansen.

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Septième et dernier café littéraire : Claire Fercak pour Histoires naturelles de l’oubli (Verticales).

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18 juin 2015

Henri Lœvenbruck : interview pour Nous rêvions juste de liberté

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« La claque inattendue, sauvage, magistrale.
Ode à l'amitié, belle, pure, de celles qui transcendent, qui submergent, jusqu'à l'aveuglement parfois. Poème lyrique et furieux sur l'insoumission et le nomadisme. Etre affranchi de toute contrainte et ne plus faire qu'un avec le vent. Se gorger de liberté sans rien attendre en retour. Ne rien devoir à personne si ce n'est ses frères de route et surtout rester fidèle à cet adage biblique transmis entre initiés, LH&R: loyauté, honneur et respect. »

henri lœvenbruck,nous rêvions juste de liberté,interview,mandor,bikersJ’ai lu ce témoignage d’un lecteur sur le site Babélio. Je retranscris sans en changer une ligne parce que c’est tout à fait ça et c’est bien écrit.

Le nouveau Henri Lœvenbruck est un très grand livre. Que ceux que l'univers des bécanes et des bikers rebuteraient restent tout de même avec nous. Ce roman initiatique, souvent duraille, est à lire absolument. "Les aventures de ces gamins idéalistes et un peu paumés sont avant tout un hymne humaniste et splendide à la loyauté, à l'amitié, et bien sûr à la liberté", dixit une autre lectrice de Babelio, Laurence.

Pour cette troisième mandorisation, sans aucune langue de bois, ce n’est pas son genre (lire la première là et la seconde ici), l’auteur est de nouveau venu (en Harley Davidson) à l’agence. C’était le 5 mai dernier.

4e de couverture : henri lœvenbruck,nous rêvions juste de liberté,interview,mandor,bikers

« Nous avions à peine vingt ans et nous rêvions juste de liberté. » Ce rêve, la bande d’Hugo va l’exaucer en fuyant la petite ville de Providence pour traverser le pays à moto. Ensemble, ils vont former un clan où l’indépendance et l’amitié règnent en maîtres. Ensemble ils vont, pour le meilleur et pour le pire, découvrir que la liberté se paie cher.
Nous rêvions juste de liberté réussit le tour de force d’être à la fois un roman initiatique, une fable sur l’amitié en même temps que le récit d’une aventure. Avec ce livre d’un nouveau genre, Henri Lœvenbruck met toute la vitalité de son écriture au service de ce road-movie fraternel et exalté.

L’auteur :

Henri Lœvenbruck est un auteur de romans de fiction et de fantasy. Il est également musicien auteur-compositeur-interprète. Sa trilogie de La Moïra (publiée entre 2001 et 2003) a été un succès avec 300 000 exemplaires vendus. Il est membre de la Ligue de l'imaginaire, collectif d'auteurs dont Maxime Chattam, Bernard Werber et Franck Tilliez font partie.  

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henri lœvenbruck,nous rêvions juste de liberté,interview,mandor,bikersInterview :

Pourquoi n’y a-t-il aucune date et lieu précis dans ton roman ?

Parce que c’est un roman tellement personnel que je voulais le dépersonnaliser, l’universaliser et faire en sorte que tout le monde puisse se l’approprier. J’ai visiblement bien fait parce qu’il y a des gens de tous les milieux qui se sont reconnus dedans.

Ils ne se sont pas reconnus dans les actes commis par tes héros, quand même ?

Non, juste dans la fraternité, l’amitié, la frustration, la trahison…

Tu viens de me dire que c’est un roman très personnel. Mais tu ne racontes pas ta vie ?

A 80%, mais de manière super transposée. J’ai vraiment été dans une bande avec laquelle nous avons traversé le meilleur et le pire et avec laquelle nous avons monté un projet ensemble. Dans le livre, j’ai dit que c’était un bar, mais dans la vraie vie, c’était une autre affaire. Et cela s’est fini en catastrophe humaine. Freddy existe, Oscar est vraiment mort, Alex existe aussi et c’est un enculé…Je pense que les gens qui me connaissent ne lisent pas ce livre de la même manière que ceux qui ne me connaissent pas. Ils doivent même être un peu gênés.

Tu es issu d’un petit village un peu craignos comme celui que tu décris, avec des parents disons… très particuliers ?

Pas du tout. Moi, j’ai vécu dans le 12e arrondissement de Paris et j’ai eu une enfance normale… enfin, un peu élevé au martinet de papa. Je suis parti de chez mes parents à 15 ans pour vivre dans un petit taudis qui était à 500 mètres de chez mes parents, je l’ai transposé en roulotte dans le livre. Tout est imagé dans ce roman.

Nous rêvions juste de liberté est différent de ce que tu as l’habitude de nous proposer. henri lœvenbruck,nous rêvions juste de liberté,interview,mandor,bikersC’est ton livre le plus important ?

C’est en tout cas le livre dans lequel je me suis permis le plus de choses. Il est inattendu dans ma carrière par rapport à mes autres bouquins. J’ai vécu des trucs démentiels depuis sa sortie. Un jour un type de 40 balais et venu me voir, presque en larmes, en me disant : « Merci parce que votre livre raconte l’histoire de mon père. Il était comme votre héros, Hugo, dit Bohem. Je l’ai perdu quand j’avais 13 ans, il n’a donc jamais pu me raconter sa vie. Il y a un plein de trucs qu’il n’a jamais pu me dire et j’ai l’impression qu’il me les disait dans votre livre. »

Votre héros, Bohem, est le type le plus fidèle, honnête et droit de la Terre.

Il a le défaut de ne pas connaître en lui la trahison et donc, il a du mal à l’appréhender.

Je m’attendais à lire un road movie. Or, ce roman est bien plus que cela. Il est très dur et très très émouvant. J’ai versé deux trois fois ma larmichette.

Je me suis souvent interdit d’écrire des choses trop dures ou de faire des fins trop tristes. Là, je me suis lâché.

henri lœvenbruck,nous rêvions juste de liberté,interview,mandor,bikersTe sens-tu mieux après avoir écrit ce livre ?

Je vais être super honnête. Je l’ai écrit pour ça. Ça faisait six ans que je voulais l’écrire et j’ai toujours reculé l’échéance. Putain, j’ai l’impression d’être chez le psy avec toi ! Bref, c’est une histoire qui me fait cauchemarder une fois par semaine. Je suis un peu déçu parce que je pensais vraiment que j’irais mieux immédiatement, mais en fait non. Pas encore. La catharsis à laquelle je croyais en écrivant le bouquin n’a pas encore fonctionné.

Pourquoi as-tu, comme Bohem, ce besoin intense de te barrer dès que tu arrives quelque part ?

J’ai toujours envie de partir. J’ai des enfants que j’aime par-dessus tout, mais sinon, je serais à Paris, une semaine tous les deux mois, pas plus. Le reste du temps, je serais sur les routes. C’est une maladie, il faudrait que je consulte. Si je suis dans une soirée, au bout de deux heures, j’ai envie de me barrer. Au restau, je suis tout le temps le premier à vouloir partir.

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Pendant l'interview...

Quand tu pars sur la route, tu pars rarement seul. Tu emmènes des potes.henri lœvenbruck,nous rêvions juste de liberté,interview,mandor,bikers

Bohem dit à la fin du livre : « J’aime bien être seul, mais je n’aime pas être seul à être seul ». Ca résume tout.

Tu racontes la philosophie des bikers. D’ailleurs, tu en es un.

J’aime leur authenticité. C’est un milieu qui est très inspiré des sociétés initiatiques traditionnelles comme le compagnonnage ou la Franc-Maçonnerie. Tu as des grades dans les clubs, l’équivalent d’apprenti, compagnon ou maître. Tu sais, j’adore les loups. J’ai écrit six romans sur les loups. Pour moi, les bikers, ce sont des loups. Ils sont parfois violents, mais c’est le côté sauvage que je trouve magnifique.

Est-ce que certains bikers lisent ton livre ?

Oui, beaucoup. Ce qui leur plait, c’est qu’il n’est pas écrit par un non biker qui décide de faire un roman sur ce sujet en se disant que ce sera sympa. C’est quelqu’un de leur milieu qui l’a écrit. Ils savent que je ne triche pas. De plus, je leur donne un peu la parole. Je donne une image réaliste de la vie des clubs de bikers et c’est très rare dans les romans.

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Quand Henri Loevenbruck arrive à l'agence, c'est en Harley, quoi!

henri lœvenbruck,nous rêvions juste de liberté,interview,mandor,bikersCe livre prône la liberté. Te sens-tu libre, toi ?

Non, mais personne ne l’est réellement. Par contre je me bats pour l’être le plus possible au quotidien et c’est un combat perpétuel. On oublie le prix de la liberté et l’importance de la liberté… des gens sont morts pour elle, du coup, on devrait peut-être la chérir davantage. A ce propos, j’ai donné les dernières corrections de mon livre à mon éditeur au début du mois de janvier. Quelques jours plus tard, il y avait l’attentat de Charlie Hebdo. Comme tu le sais, je suis très proche de Sigolène (Sigolène Vinson, voir précédente mandorisation), et je n’ai pas pu m’empêcher de penser à mon livre et à son titre au moment où elle a vécu ça. Cette jeune femme a eu une Kalachnikov posé sur la tempe au nom de la liberté. Ce n’est rien d’autre que ça. La liberté de pouvoir dessiner le prophète de manière caricaturale dans un magazine. Le 7 janvier 2015, il y en a qui sont morts pour ça et nous on l’oublie dans notre quotidien.

Je sais que tu es sur ton prochain roman. Il parle de quoi ?

Je raconte l’histoire d’un homme qui a existé et qui a vécu un truc de malade. Un agent de la DGSE qui était agent clandestin pendant quatre ans. Il était payé par l’état français pour buter des gens à travers la planète, mais de manière complètement clandestine. Ca fait presque un an que je l’interviewe régulièrement. Ca donnera une biographie romancée qui, je pense, ne laissera personne indifférent.  

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Après l'interview, le 5 mai 2015.

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15 juin 2015

Sigolène Vinson : interview pour Le caillou

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Une jeune femme qui rêve d’être un caillou. Il n’y avait que Sigolène Vinson pour oser entreprendre un tel livre. Elle a pourtant réussi une fable solaire sur le vieillissement, la création et la solitude. Une réussite littéraire très originale. Une écriture exceptionnelle et un sujet captivant. L’héroïne (dont on ignore le nom) retourne sur les traces du passé d'un vieux voisin décédé. Un retour aux sources en Corse apportera l'apaisement moral et physique dans la vie monotone de cette femme.

Pour tout dire, Sigolène Vinson est une personne que j’aime beaucoup. Je l’ai rencontré la première fois pour la mandorisation de son livre J’ai déserté le pays de mon enfance (elle est aussi présente dans cette mandorisation un peu spéciale). Et puis nous sommes devenus amis. On a souvent refait le monde.

Mais, le monde qu’on refait, visiblement, on ne le refait pas toujours très bien.

Son monde a elle s’est écroulé. Et nous, on a eu peur. Sacrément.

Sigolène Vinson fait partie des rescapés du massacre de Charlie Hebdo. Elle était au cœur de la tragédie. Et aujourd’hui, elle tente de s’en remettre.

Elle fait comme elle peut.

En tout cas, parler de son roman sans faire allusion au lien de l’auteure avec ce lâche et ignoble attentat aurait été d’une hypocrisie sans nom.

Parce que tout est lié.

Et parce que ce 7 janvier 2015 fait partie de l’histoire… et fait surtout partie de son histoire.

Le 18 mai dernier, quand Sigolène est venue à l’agence, c’est la première fois que je la revoyais sourire. Elle me semblait redevenir ce qu’elle était avant « les évènements ». Mais, je sais bien que ce n’était qu’une illusion. Que rien ne sera jamais comme avant pour elle. Je sais aussi qu’elle est forte et qu’elle se bat jour après jour. Je suis heureux que son « Caillou » soit si bien accueilli. Et que l’on puisse parler de nouveau littérature. Avec légèreté et passion.

sigolène vinson,le caillou,interview,chalrie hebdo,attentat,mandorLa 4e de couverture :

Le Caillou, c’est l’histoire d’une femme qui voulait devenir un caillou.

« Avant de raccrocher, je lui confie que j’ai dans l’idée de partir quelques jours en Corse. Je l’entends renifler et pleurer. Pour elle, c’est le premier signe de vie que je donne depuis bien longtemps. Le dernier qu’elle a perçu, c’est le cri que j’ai poussé en venant au monde. Elle oublie qu’enfant, je riais tout le temps et embrassais le bonheur commun. Ce n’est que plus tard que j’ai eu des vues nouvelles, d’abord celle d’un désert sous ma fenêtre, et depuis peu, celle du large. »

L’auteure :

Sigolène Vinson est née en 1974. Elle est journaliste à Charlie Hebdo et à Causette. Elle est également l'auteur d'une autofiction (J’ai déserté le pays de l’enfance, Plon, 2011) et de plusieurs polars écrits à quatre mains avec Philippe Kleinman.

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sigolène vinson,le caillou,interview,chalrie hebdo,attentat,mandorInterview :

L’idée de vouloir écrire un livre sur une jeune femme qui veut devenir un caillou t’es venue comment ?

J’aime beaucoup les cailloux et j’ai vécu dans des pays où il y en a beaucoup. Dans J’ai déserté le pays de l’enfance, il y avait déjà un caillou dans le coffre des bagnoles pour éviter qu’une bouteille de gaz n’explose. J’ai vécu en Corse et je passais mon temps assise sur un caillou. Il y a deux ans, je me suis inscrite à l’école du Louvre en auditeur libre. J’ai fait de l’histoire de l’art. Même si ce que je préférais était la peinture, j’ai aussi fait de la sculpture. Un jour, la prof nous présente Le gisant de Catherine de Médicis. Je décris cette sculpture dans mon livre. Elle est à la fois assez terrifiante et troublante. Bref, on donne au caillou la forme humaine, je me suis donc demandée pourquoi on n’essayait pas l’inverse. Ce n’est pas une idée nouvelle. Dans Les visiteurs du soir de Marcel Carné, à la fin, des personnes deviennent des statuts. Dans le livre, L’âge de pierre, de Paul Guimard, un homme désire devenir granit. Je pense aussi à la fin des Travailleurs de la mer de Victor Hugo quand Gilliatt va s’asseoir dans un siège naturel creusé dans le roc du rivage, la « Chaise Gild-Holm-'Ur », et se laisse submerger par la mer tout en regardant s'éloigner le navire. L’idée n’est donc pas nouvelle, mais je voulais me l’approprier à ma façon.

Les personnages de ton roman sont inspirés de gens que tu as croisé ?

Oui. Mais j’ai forcé le trait de chacun. Normalement, personne ne devrait se reconnaitre (rire).

Ton roman est difficile à expliquer. Il est tellement plein de surprises et de rebondissements, qu’on est obligé de rester à la surface pour ne rien déflorer.

Oui, le roman est très structuré, mais j’écris simplement, je recherche l’économie de moyen.

L’héroïne te ressemble.

Pourtant, ce n’est pas moi. D’ailleurs, je ne la décris jamais. Récemment, ma mère, qui a lu ce livre et qui a été très touchée, m’appelle et me demande pourquoi je la fait mourir avant mon père. Je suis obligée de lui expliquer que ce n’est qu’un roman et qu’il ne s’agit pas d’elle. Parce que je marque « je », elle pense que c’est moi.

Je reconnais quand même un peu de toi dans la façon d’être, de penser et de voir le monde.

Oui, bien sûr, nous ne sommes pas aux antipodes l’une de l’autre. La narratrice est très proche de moi. Et je te concède que la vieillesse dont je nappe mon héroïne est celle que je m’imagine. En espérant devenir vieille… J’ai toujours pensé que je ne serai jamais vieille. En commençant à écrire ce livre, il y a deux ans, je me suis dit que je m’offrais une vieillesse que peut-être je n’aurai pas.

Pourquoi ton héroïne n’a-t-elle pas d’identité ?

Peut-être que c’est parce qu’elle n’existe pas. Peut-être que c’est vraiment un caillou sur la mer. Il y a dans ce livre plusieurs réalités… mais laquelle est la bonne ? S’il y en a une bonne…

Dans cette fable, il y a à la fois de la violence, de la douceur et une belle dose d’humour.

En vrai, je voulais faire rire, mais je savais bien que quelques passages étaient tristes. Je suis comme ça, drôle et triste à la fois.

Quelles sont tes références en matière de rire dans la littérature.

San Antonio et Romain Gary. Oui, Romain Gary me fait pas mal rire.

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Dans le Lire de ce mois-ci.

Ton héroïne dit : « quand j’ai besoin d’un bouc émissaire, je me regarde dans la glace et je le trouve ». C’est de l’autoflagellation.

J’aime bien me faire du mal (rires). A une époque, je me complaisais là-dedans. Plus aujourd’hui (silence).

A cause de ce que tu as vécu le 7 janvier ?

Bien sûr. Depuis, je vois la vie autrement. Je suis triste perpétuellement, mais j’imagine que je suis contente d’être en vie. Pour l’instant, je marche un peu décalée. Ça s’appelle une dissociation mentale et c’est quelque chose contre laquelle je ne peux  rien faire. Je marche en dehors du monde. J’ai l’impression d’être à côté de vous tous, en fait.

Et être encore en vie t’a donné envie de vivre des choses incroyables ?

Je pensais que c’est ce qui allait se passer en moi, mais finalement, tu reprends un quotidien… Avant, j’étais déjà quelqu’un de très peu énervée, mais aujourd’hui, je le suis encore moins. Je peux être en colère contre les choses politiques, humanistes etc… mais pas contre les choses du quotidien. Plus rien ne m’énerve.

Y-a-t-il une hiérarchie dans la douleur ?

J’ai appris que non. Chacun, avec son histoire personnelle à une douleur, il n’y a aucune hiérarchie. A Charlie, il y a eu ceux qui ont vu les choses, ceux qui étaient en bas… la douleur est similaire. Tu sais, mes amis continuent à me raconter leur petits tracas et je les écoute avec intérêt. Jamais, je ne vais leur dire d’arrêter parce que moi, j’ai vu dix corps d’amis par terre. Bon, j’arrête un peu, je vais chialer là.

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Sigolène Vinson entourée de ses amis Honoré, Cabu et Charb...

Pardon, je m’étais promis de ne pas aller vers ce terrain-là. En tout cas, ce livre, si tu l’avais entamé récemment, tu ne l’aurais pas écrit de la même façon, non ?

Je suis sûr que si. Le personnage voulait devenir un caillou pour ne plus avoir mal. Là, ce que je me garde de faire tellement j’ai mal, c’est de ne pas devenir un caillou… parce qu’on peut très vite devenir insensible à tout ce qui nous entoure.

Tu écris beaucoup en ce moment ?

Non, l’imaginaire est en berne. Les médecins m’ont dit que c’était normal après ce qu'il m’est arrivé. Mes idées sont bloquées, je n’arrive pas à divaguer trop. Je vais me contenter pour le moment de reprendre des choses que j’avais écrites avant et je vais les retravailler. J’écris encore des articles pour Charlie et désormais pour Causette. Tout ce qui est factuel, je peux le faire, mais c’est tout. Quand j’essaie de faire divaguer mon esprit, il me ramène toujours au même truc. Toujours.

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Pendant l'interview.

Parlons de la Corse, un des « héros » de ton livre.

J’y ai vécu quatre ans. Mon ex-compagnon était corse. J’ai fait beaucoup de boulots saisonniers là-bas. Il y a deux ans encore, j’étais dans une caravane pendant six mois.

Tu te moques un peu des corses, mais avec une telle tendresse que personne ne pourra s’offusquer.

J’aime terriblement la Corse. J’y ai beaucoup d’amis. C’est vrai que la rive sud d’Ajaccio est assez particulière. Il y a une solidarité familiale et amicale qui est forte, et en même temps, il y a une espèce de pudeur. Les gens parlent beaucoup, mais n’expriment pas l’émotion, leur intimité et les sentiments. Là, c’est bloqué.

Leur rapport à la mort est très particulier.

Je l’ai rendu un peu philosophique dans le livre. Il y a deux ans, tous les jours dans Corse Matin, la une était sur un assassinat. Dans mon roman, j’en ai fait un truc récurrent, un peu drôle, un peu caricatural... J’ai tiré ça vers une philosophie de vie qui est de mourir. Par solidarité, ils s’entretuent, parce que c’est mieux de mourir. Moi, personnellement, je n’ai pas envie de mourir…

Ton héroïne est libre. On aimerait tous faire comme elle.

Moi aussi.

Mais tu es souvent partie seule quelque part dans un pays lointain.

C’est vrai. Mais, je ne l’ai sans doute pas assez fait. Aujourd’hui, je vis par procuration à travers ce que j’écris.

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Après l'interview...

Ton livre est très bien accueilli.

Je suis surprise, mais mon éditeur semblait y croire. Habituellement, il édite de la littérature ardue. Je lui ai envoyé parce que nos amis communs, Erwan Lahrer et Bertrand Guillot, qui avaient lu le livre L’ancêtre de Juan José Saer, me l'avaient conseillé. J’ai trouvé cette maison très intéressante et j’ai envoyé mon texte assez rapidement. Je n’y croyais pas trop, car je pensais que mon écriture était trop simple pour que cela passe. Finalement, l’éditeur, Frédéric Martin, a été emballé par le texte. Il a trouvé Le caillou plein d’amour et très généreux. Il a fait le pari de m’éditer.

sigolène vinson,le caillou,interview,chalrie hebdo,attentat,mandorQuel sera ton prochain livre ?

Il va s’appeler Courir après les ombres et sortira, à priori, le 18 août chez Plon. Il sera très différent du Caillou, mais pas si différent… Il y aura de nombreuses solitudes qui s’entrecroiseront. Ce sera aussi une fable.

Depuis cet attentant du 7 janvier, tu es très connue. Les journalistes doivent s’intéresser à toi… mais pas uniquement pour ton actualité littéraire.

Je suis encore beaucoup contactée pour parler de l’attentat parce qu’il y a des docs qui se préparent sur le sujet à l’occasion du premier anniversaire. Mais j’ai remarqué que beaucoup de journalistes littéraires qui ont lu mon livre ne savaient pas qui j’étais.

Ça me paraît curieux qu’on ne sache pas qui tu es, parce que lorsqu’on tape ton nom sur Google…

En ce moment, je t’assure que j’aimerais bien m’appeler autrement que Sigolène Vinson.

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Après l'interview, le 18 mai 2015, j'ai raccompagné Sigolène à sa Harley Davidson (une passion absolue).

31 mai 2015

Sophie Adriansen : interview pour Max et les poissons

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(Photo : Marc Lehmann)

Sophie Adriansen écrit beaucoup. Toutes sortes de livres. Son éclectisme force le respect. Je la mandorise parfois (là pour un joli roman, là pour une biographie, là pour un essai avec la participation de Mathieu Simonet, là pour une soirée littéraire, là enfin pour un portrait) tant je lui trouve du talent… Quand elle se met à écrire des romans (celui-ci est le second), elle sait toucher au cœur et à l’âme.

Comme l’explique le blog « La cause littéraire » au sujet de Max et les poissons, « chaque année, Sophie Adriansen célèbre son anniversaire à la même date que celle de la rafle du « Vél’d’Hiv ». Après avoir fait la connaissance d’une femme-courage qui lui a raconté son histoire, elle a ainsi donné naissance à ce magnifique ouvrage. La pureté et l’innocence de ce petit garçon, Max Geiger, prend aux tripes et arrache les larmes du lecteur. »

Pas mieux.

Tout est dit dans ces 80 pages : l’abomination de l’extermination, la rafle, les camps, les justes... mais avec une délicatesse et une poésie rare.

Max et les poissons est un très beau témoignage à la mémoire de toutes celles et ceux qui ont été emportés en ce fameux mois de juillet 1942.

Signalons enfin les magnifiques et efficaces illustrations de Tom Haugomat, qui a aussi réalisé la couverture.

Sophie Adriansen, le 22 avril dernier, est venue à l’agence pour m’expliquer les raisons qui l’ont poussé à écrire ce roman. Et plus encore…

sophie adriansen,max et les poissons,nathan,interview,rafle du vel d'hiv',mandorL’histoire :

Un regard d'enfant sur la rafle du Vel d'Hiv’.

Max a un poisson rouge ! C’est sa récompense : à l’école, il a reçu un prix d’excellence. Max a aussi une étoile jaune sur la poitrine. Il la trouve jolie, mais ses camarades se moquent de lui et disent qu’elle sent mauvais. Il ne comprend pas pourquoi. Comme il ne comprend pas cette histoire de « rafle » dont parlent ses parents. Ils disent qu’elle aura lieu demain, mais c’est impossible : demain, c’est son anniversaire ! Il sait déjà que sa sœur lui a fait un cadre en pâte à sel et il espère que ses parents lui offriront un second poisson…

Quelques extraits du livre :

La guerre, ça fait marcher les Allemands dans les rues et serrer fort les mains des petits sophie adriansen,max et les poissons,nathan,interview,rafle du vel d'hiv',mandorgarçons.

Est-ce qu'enlever un enfant sans l'autorisation de ses parents, c'est vraiment une bonne façon de le protéger ? Je n'avais pas l'air d'être vraiment en danger au milieu des immeubles en forme de U. Je n'étais pas en danger puisque j'étais avec papa, maman et Hélène.

On s'entasse. Je n'ai plus revu Daniel. Je ne sais pas ce qui se passe, mais j'ai peur. Parce que papa, maman et Hélène ont peur eux aussi. Je le sens. Et quand les grands ont peur, c'est comme une couverture toute râpée par laquelle passe le jour : ça ne protège plus de rien.

Tu es le meilleur élève de la classe. L'étoile n'y change rien. Regarde, tu n'es pas le seul à en porter une. La classe est une constellation, chacun brille à sa façon.

Est-ce qu'il y a des poissons juifs et d'autres pas juifs? Nous, on est juifs. C'est pour ça qu'on a des étoiles cousues à nos habits. Papa et maman me répètent qu'être juif, ce n'est pas avoir fait quelque chose de mal. Mais je n'arrive pas à les croire.
J'ai l'impression que ce n'est pas bien, d'être juif maintenant.

La guerre, ça commence l’été et ça empêche de faire des châteaux de sable. La guerre, ça empêche d’aller se baigner dans l’eau salée. La guerre, ça remplace les vacances à la plage par les jeux dans l’impasse avec Daniel et Bernard.

Quand on ne veut aucun mal à un enfant, on n’a pas besoin de le dire, normalement.

L’auteure :

Sophie Adriansen est l'auteur de plusieurs romans en littérature générale et jeunesse et de deux biographies. Elle a également cosigné des témoignages et été formée à l'écriture de scénario à la Fémis. Lectrice compulsive, elle contribue à plusieurs sites littéraires et tient depuis 2009 le Blog de lecture Sophielit.

sophie adriansen,max et les poissons,nathan,interview,rafle du vel d'hiv',mandorInterview :

Pourquoi as-tu choisi ce sujet ?

Je ne l’ai pas choisi, c’est lui qui s’est imposé. Il y a quelques années, j’ai travaillé avec une femme qui a échappé à la rafle du Vel d’Hiv. Elle voulait écrire ses mémoires pour ses petits-enfants. Il se trouve que j’ai l’âge de ses petits-enfants et qu’elle à l’âge de mes grands-parents, une certaine complicité s’est donc nouée. Nous nous sommes racontées plein de choses. Elle m’a fait part de son témoignage et j’ai été en contact avec tout un tas de documents qu’elle a conservé. Une fois le travail avec cette femme terminé, je pense que tout cela a infusé en moi. On ne peut pas évacuer aussi facilement un sujet comme celui-ci. Je me suis retrouvée face à un morceau d’Histoire. Ses parents ont été « raflés » le 16 juillet 1942.

La voix de ce petit Max s’est imposée à toi longtemps après ?

Oui. L’histoire de Max est différente de celle de cette femme. Elle est restée à Paris après l’arrestation de ses parents et ce, pendant toute l’occupation. Elle a bénéficié de la solidarité du voisinage. Dans la réalité, aucun enfant raflé n’est revenu. Du côté de l’enfant qui parvient à être sauvé, mon livre est vraiment de la fiction. On n’a pas de cas rapporté d’exfiltration comme moi, je l’ai imaginé.

Les Justes ont existé et ont été nombreux. Tu leur rends hommage.

Oui, c’était un moyen de parler d’eux. Dans la littérature, on parle beaucoup de la rafle, des camps, mais beaucoup moins des Justes.

Tu vas dans les écoles pour parler de ce livre.

Oui. C’est amusant parce que, parfois les élèves me disent que c’est une fin triste, parfois que c’est une fin heureuse. Les enfants ont deux points de vue très différents. Je ne dirai pas pourquoi parce que ce serait dévoiler un peu trop l’issue de cette histoire.

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Le Vel d'Hiv' le 16 juillet 1042.

C’est un livre délicat et intelligent qui ne tire pas les larmes, même s’il est très émouvant. Tu as trouvé le bon dosage d’émotion, je trouve.

Ce n’est pas compliqué de faire pleurer avec un sujet comme ça. Ce n’était surtout pas le but. J’ai préféré la crédibilité. La femme dont je parlais tout à l’heure m’a raconté qu’elle a appris les choses au fur et à mesure et qu’elle ne se rendait pas toujours compte de ce qu’il se passait réellement. Moi, à partir du moment où j’ai entendu la voix de Max, j’ai considéré les choses avec son regard à lui. Il n’y avait pas de raison qu’il s’inquiète dans la mesure où ses parents tentaient de le rassurer. Il ne voit que l’avenir très proche. Comme c’est son anniversaire, il ne voit que le moment où il aura son cadeau, le lendemain, il ne se souciera que de l’endroit où il va. Rien ne lui paraît dramatique. Il ne peut pas imaginer qu’il y a des horreurs derrière. C’est un garçon qui a toujours été protégé et pour qui le monde s’arrête au bout de l’impasse. J’ai essayé de me mettre dans la peau de cet enfant de huit ans.

Comment a réagi la femme qui t’a inspiré cette histoire quand elle a lu le livre?

Elle était très contente. Ce n’était pas son histoire, donc je n’ai rien dévoilé de personnel la concernant. C’est un hommage aux « enfants de juillet », les enfants qui ont vécu cette rafle. Elle est donc ravie, car ce livre participe du devoir de mémoire. On m’a confié une histoire avec un petit h qui appartient à l’Histoire avec grand H… ma responsabilité d’écrivain était d’en faire de la fiction pour qu’on n’oublie pas.

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La rafle.

Tu es allée à Auschwitz et à Birkenau au mois de janvier dernier...

A Birkenau, il y a écrit dans toutes les langues du monde que c’est précisément en se souvenant de ce qu’il s’est passé qu’on peut espérer que ça ne se reproduise pas. Je crois profondément à ça.

Ce livre est destiné à des enfants à partir 9 ans.

Quand Nathan m’a appelé pour me dire qu’ils voulaient publier Max et les poissons, ils m’ont demandé pour quel âge je l’avais écrit. Je n’ai pas su répondre. Je ne m’étais pas posée la question. Ils l’ont fait lire à des instituteurs de différents niveaux et ce sont eux qui ont déterminé que c’était à partir de 9 ans. A 9 ans, dans le programme scolaire, on a déjà commencé à aborder la seconde guerre mondiale. Dans les faits, je suis déjà allée dans une classe de CE1, les enfants avaient donc 7 ans, ils connaissaient des choses de la seconde guerre mondiale, mais rien de la Shoah. On a quand même pu en parler. Je trouve qu’entre 7 et 10 ans, c’est bien qu’il y ait un adulte pas très loin derrière pour expliquer certaines parties du livre. Le fait que ce livre soit court, écrit gros et structuré en chapitres courts, permet que cet ouvrage soit étudié en classe. A la demande de l’éditeur, j’ai rajouté à la fin des éléments chronologiques réels. Il ne s’agissait pas de raconter de nouveau la guerre, mais d’apporter quelques éclairages sur ce qu’il s’était vraiment passé en rapport direct avec l’histoire de Max. Si ce livre peut permettre aux enfants  d’entrer dans ce sujet et de le comprendre par ce biais où l’on parle de tolérance et de solidarité, moi je suis ravie.

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Pendant l'interview...

Quelles sont le genre de questions que les enfants qui ont lu ton livre te posent?

Il y a d’abord des questions comme « c’est quoi un écrivain ? »ou « comment on fabrique un livre ? ». Mais il y a aussi des questions plus basées sur le livre en lui-même. « Pourquoi les juifs se sont laissés faire, alors qu’ils étaient plus nombreux ?», « pourquoi ils n’essaient pas de s’échapper ? », « pourquoi les enfants de l’école de Max se moquent de lui à partir du moment où il porte une étoile jaune ? », « pourquoi Max fête son anniversaire précisément le jour de la rafle ? »… Ce sont des questions qui parlent d’Histoire et qui parlent aussi des choix que je fais en tant qu’écrivain.

Tu es à nouveau en train d'écrire pour la jeunesse.

Oui, ce sera  un roman qui se passe sous l'Occupation à Paris, après la rafle, toujours par le biais du regard d’un enfant. Entre 1942 et 1945, je raconte une capitale vidée de beaucoup de juifs avec, malgré tout, des enfants et des adultes qui restent, résistent, cachent, survivent…  j’évoque aussi les problèmes d’identité et l’occupant toujours présent. Bref, je n'ai pas encore tout dit sur cette période.

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Après l'interview, le 22 avril 2015.

Bonus:

Joss, libraire à Vannes (56), dit tout le bien qu'elle pense sur ce livre essentiel...

20 mai 2015

Jérôme Attal : interview pour Aide-moi si tu peux

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(Photo : Astrid di Crollalanza)

Jérôme Attal est l’artiste le plus souvent mandorisé. Voici mon onzième entretien. Comme je le dis souvent, c'est toujours un réel plaisir d'échanger avec lui. Raffiné, cultivé, drôle, élégant… je suis très attaché à lui, mais également à son œuvre. Son écriture me touche comme aucune autre.

(Voici ses précédentes mandorisations pour une présentation générale du monsieur, pour L’amoureux en lambeaux, pour Les Beatles, en rouge et en bleu, pour Le garçon qui dessinait des soleils noirs, pour Journal Fictif d’Andy Warhol , pour Pagaille Monstre, pour Folie furieuse, pour L’Histoire de France racontée aux extraterrestres,pour Le voyage près de chez moi et enfin pour Presque la mer.)

Le 14 avril dernier, Jérôme Attal m’a rendu une énième visite à l’agence pour parler de son nouveau roman Aide-moi si tu peux.

jérôme attal,aide-moi si tu peux,interview,mandor,flammarionNote de l’éditeur :

Populaire, décalé, poétique : le premier polar de Jérôme Attal !

Il est toujours prêt à dégainer un bon mot comme certains brandissent leur revolver. Stéphane Caglia n'est pas un flic comme les autres. Pour échapper à la violence urbaine qui est son quotidien, il se réfugie dans les années 80 – les années de son enfance. Traqué par un tueur à la solde d'une mystérieuse secte, il va devoir enquêter sur la disparition d'une jeune fille, liée à une série de crimes. Tamara, dix-sept ans, postait sur Internet des reprises de chansons des Beatles. Là est peut-être la clé de l'énigme...
Jérôme Attal s'accapare les codes de l'intrigue policière pour signer un roman poétique, drôle, à la fois nostalgique et vivifiant, truffé de bons mots sur les relations amoureuses et de réflexions mordantes sur le monde d'aujourd'hui.

Auteur :

Jérôme Attal est un touche-à-tout : musique, cinéma, littérature. Il est parolier d'un grand nombre d'artistes (Johnny Hallyday, Eddy Mitchell, Vanessa Paradis, Michel Delpech, Florent Pagny, Garou, Jenifer), scénariste et acteur (Alice Island, 2013, et La Fille aux allumettes, 2009 sur Arte), et également l'auteur de huit romans, dont Pagaille monstre, Folie furieuse et L'Histoire de France racontée aux extra-terrestres, tous trois aujourd'hui chez Pocket.

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Interview :

C’est la première fois que tu vas sur le terrain du roman policier. Mais c’est un roman policier à la Jérôme Attal, c’est-à-dire pas du tout classique.

J’ai lu récemment dans Les Cahiers du Cinéma une interview d’Howard Hawks, le réalisateur du film Le Grand Sommeil. Il racontait qu’il ne s’était pas soucié de la logique et au final, ça a fait un film génial. Je ne me compare évidemment pas à lui, mais j’aime bien l’idée d’avoir écrit un policier dans lequel je sacrifie la logique des choses pour une jolie phrase. Il y a l’intrigue policière et l’intrigue dans la façon d’écrire. Cela m’amuse de m’accaparer un genre littéraire et de « l’arranger » à ma sauce. J’aime beaucoup Richard Brautigan. Il a notamment écrit Un privé à Babylone qui est un roman policier qui n’a rien à voir avec un roman policier. Ça me plaisait de marcher sur ses traces-là.

Ton flic à la quarantaine et il est complètement déphasé par rapport à son époque.

Il trouve que la société est déliquescente et il reste bloqué dans les années 80. On reste toujours bloqué dans les années de son enfance, les années où on se sent protégé. Mon flic a Corinne Charby comme sonnerie de portable…

A ce propos, ton flic n’a pas de chance en amour…

Ça m’a amusé que la seule fille qu’il rencontre et avec qui ça va être éventuellement possible, n’aime pas les années 80. Elle trouve la culture et la société de cette période horrible. Elle lui dit que ça représente  le début du Sida, la guerre Iran Irak,  le sacre de Bernard Tapie… Donc, lui, il perd tous ses moyens. Dans ce roman, il y a plein de de ressors de comédie qui me plaisaient et me permettaient de développer mon univers personnel.

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Il y a encore les Beatles dans ton livre.

Tu le sais, ils sont ma référence musicale absolue. Je les place donc dans chaque roman. Dans celui-ci, mon tueur est fan du groupe. Il chante quelques-unes de leurs chansons et les met ensuite sur Youtube. Puis, il zigouille ceux qui n’aiment pas ses prestations et qui l'expriment dans les commentaires. Il considère qu’on ne peut pas tout se permettre. Le flic également trouve qu’on ne peut pas tout se permettre dans la vie. Il a finalement un état d’esprit similaire au tueur.

Le flic, Stéphane Caglia, n’est pas tout blanc lui non plus. Il a appartenu à une espèce de secte, « les Souterrains Stellaires ».

Oui, les initiales, ça fait SS. Les Souterrains Stellaires, c’est un peu métaphorique. Ça veut dire qu’on n’arrive jamais vierge quelque part. On a toujours un wagon de casseroles que l’on traîne derrière soi et, même, qui nous poursuit. Le monde des souvenirs peut te poursuivre à la fois de manière triste et agréable, comme quand il pense à ses parents, et aussi de manière triste et agressive, comme quand les Souterrains Stellaires se rappellent à lui.

Quand j’imaginais Stéphane Caglia, je te voyais toi.

Ça veut dire que c’est un peu réussi, non ? Pour être franc, ce flic est un peu moins délicat que moi. Et il a une meilleure forme physique.

Tu aurais aimé être flic ?

Non, mais je trouve qu’il y a une analogie entre ce métier et le mien. Quelqu’un qui écrit veut intervenir. Quand quelque chose ou quelqu’un m’émeut, j’ai envie d’intervenir, mais pas physiquement, par le biais de l’écriture. Voilà, je trouve qu’il y a une similitude dans l’intervention.

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Récemment en concert... avec son livre.

Stéphane Caglia est courageux, mais il hésite souvent avant de mener une action coup de poing.

Tu as raison. Mais quand il se trouve devant quelque chose qu’il trouve indécent, qui le choc, il intervient sans se poser de question.

Sa partenaire, d’origine anglaise, Prudence Sparks, est jeune, belle, efficace… tout pour plaire, quoi !

Si je mets des filles dans mes livres, autant qu’elles soient jolies, non ?

Stéphane Caglia n’a pas une très haute opinion du monde dans lequel il vit.

Je suis comme le héros, je trouve que le monde est de plus en plus violent et que les gens deviennent déliquescents. Je trouve qu’il y a un laisser-aller comportemental. Ce que mon héros ne supporte pas, c’est vraiment l’indécence.

Tu n’as pas peur que casser les codes d’un genre littéraire agacent les lecteurs et les journalistes spécialisés?

Non, parce que j’ai des gens qui me lisent et qui semblent aimer ça. Je ne suis peut-être pas suffisamment académique pour susciter l’enthousiasme des gens qui décernent les prix littéraires. Je pense que mes livres sont trop divertissants.

Au bout de neuf romans, ce silence de la part des professionnels commence à bien faire, non ?

A partir du moment, où on me permet juste de faire le suivant, je suis déjà satisfait. C’est comme dans la chanson. Je n’ai pas la carte. A chaque fois, c’est un combat. Mais, j’y vais. Je suis assez souvent victorieux en plus.

Que te reste-t-il comme genre littéraire à explorer?

Le roman historique. Je n’y ai pas encore touché.

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Après l'interview, le 14 avril 2015.

10 mai 2015

Nadia Coste : interview pour Le premier

Nadia Coste NB 3.jpgJ’ai interviewé récemment l’auteure jeunesse Nadia Coste pour son nouveau roman, Le Premier (pas vraiment à mettre entre toutes les mains des plus jeunes, je trouve). Je dois dire qu’il n’est pas de tout repos. Rebondissements en cascade et scènes sanglantes à profusion. Sacrément passionnant en tout cas pour qui aime les romans d'aventure rondement menés.

J’ai chroniqué ce livre pour Open Mag (le journal offert dans les Fnac de France) daté du mois d’avril 2015 et je l’ai questionné pour Le Magazine des Espaces Culturels Leclerc daté du mois de mai 2015.

L’auteure :

Moyenne à l’école malgré son imagination débordante, elle délaisse les livres jusqu’à ses dix-huit ans, année où elle découvre les littératures de l’imaginaire. Le déclic se fait alors, et ses propres histoires commencent à mûrir. En 1998, elle s'autorise enfin à coucher ses histoires sur le papier.

Six ans et neuf versions plus tard, le premier volume de Fedeylins est publié chez Gründ.

Après la parution des trois tomes suivants, la tétralogie est complète. Nadia se consacre alors à d’autres univers pour les plus jeunes, dont la trilogie Les Yeux de l’Aigle à destination des lecteurs de 8 à 12 ans, publiée entre 2012 et 2013 chez Gründ.

Elle est membre de CoCyclics, un collectif de jeunes auteurs qui s’entraident pour améliorer leurs manuscrits grâce à la relecture critique, où elle sévit sous le pseudonyme NB.
Elle est également membre de la Charte des Auteurs et Illustrateurs Jeunesse.

Mon article pour Open Mag :

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Mon interview pour Le Magazine des Espaces Culturels Leclerc :

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Une question bonus:

Vaïn doit notamment se débarrasser d’êtres maudits. Mais ces êtres maudits sont des enfants. N’avez-vous pas eu du mal à écrire ces scènes ?

Mon éditeur m’a dit qu’il ne pensait pas qu’une mère de famille pouvait écrire ce genre de scène. Dans l’écriture, le gros avantage d’aller dans l’extrême, c’est que l’auteur extériorise sa violence intérieure. Si mes enfants m’énervent, ils seront préservés de cette colère-là. Françoise Dolto disait qu’une mère normale avait envie de passer son enfant une fois par jour par la fenêtre. Ecrire permet d’évacuer ses pulsions meurtrières en toute légalité (rires).

07 mai 2015

Franck Calderon et Hervé de Moras : interview pour La prétendue innocence des fleurs

franck caldéron,hervé de moras,la prétendue innocence des fleurs,interview,mandorFranck Calderon et Hervé de Moras sont amis d’enfance et complices d’écriture depuis le collège. Et, coïncidence, ce sont aussi mes amis d’enfance. Nous nous connaissons depuis l’âge de 7 ans. Et nous étions très proches (nous le sommes d’ailleurs toujours).

Il y a trois ans, Franck m’annonce qu’il vient de finir un roman avec Hervé. Je jubile. Connaissant les deux hommes depuis toujours, je trouve qu’unir leur talent n’est pas une mauvaise idée. Franck écrit des scénarios pour des films et des téléfilms, il sait y faire pour aller droit à l’essentiel… et je connais sa foisonnante imagination. Hervé est un esprit vif avec un sens inné de la répartie. Lui aussi déborde d’imagination. De plus, il écrit superbement (il est enseignant, c’est la moindre des choses).

Quand ils m’ont fait lire la première mouture du roman, je n’en revenais pas. J’avais peur d’être déçu et de devoir leur dire. J’avais peur de manquer d’objectivité aussi. Mais non, j’ai été impressionné et j’étais certain qu’ils tenaient là une histoire en béton (mauvaise expression quand le thème central sont les fleurs…)

Ils ont du talent les salauds !

Je leur ai fait part de quelques réflexions, sur le rythme notamment, mais franchement, en l’état, le roman se tenait parfaitement. Il ne leur restait plus qu’à parvenir à être publié.

Ce qui est fait, chez Scrinéo. Et le livre sort aujourd’hui. Et j’en suis très fier. Parce que c’était eux, parce que c’était moi et que c’est un sacré bon roman.

Je tiens à dire que je ne le dirais pas si je ne le pensais pas. Question de réputation à garder encore un moment…

La prétendue innocence des fleurs, est un texte percutant où le mystère, l’aventure sentimentale et l’intrigue judiciaire s’entremêlent, sur fond d’un jeu de pistes lié au langage des fleurs conduisant à un dénouement inattendu.

Je peux vous assurer que vous ne serez pas déçu.

Voici quelques réactions bloguesques :

Lue et approuvée par Blabla mia.

L'écrivain bestseller Grégoire Delacourt a beaucoup aimé également.

Le 21 avril dernier, chez Franck, nous avons profité d’un passage d’Hervé (qui habite à Nîmes) pour nous réunir et parler de ce livre. Conversation entre trois potes, mais en restant professionnels tout de même (un peu). In vino veritas...

franck caldéron,hervé de moras,la prétendue innocence des fleurs,interview,mandorL’histoire :

Le bouquet était prêt : Cinq iris mauves, cinq lys blancs et deux jacinthes sauvages. Dans quelques heures à peine, il serait livré au cabinet du juge d’instruction Marc Ferrer, plongé dans la plus importante affaire criminelle de sa carrière.

Pourquoi ce bouquet ? Que signifie cet énigmatique jeu de piste qui le conduira, de bouquets en bouquets, de Paris à Venise, en passant par Nîmes ? Et pourquoi ce langage des fleurs, réminiscence d’un amour fou disparu huit ans plus tôt ?

Une brèche s’ouvre cachant un incroyable secret.

La Prétendue innocence des fleurs est un roman inclassable où le mystère, l’aventure sentimentale et l’intrigue judiciaire s’entremêlent pour tenir le lecteur en haleine jusqu'au dénouement.

Ce qu'en pense le directeur du Festival Polar de Cognac, Bernard Bec:

Comme pour un feuilleton, les deux auteurs baladent les lecteurs dans différentes histoires centrées essentiellement sur un même personnage. Plusieurs pistes nous sont proposées, et perso, je n'ai pas choisi la bonne. Un must !

Un premier avis de blogueuse.

Les auteurs :franck caldéron,hervé de moras,la prétendue innocence des fleurs,interview,mandor
Franck Calderon est producteur et scénariste de télévision et a produit ou écrit de gros succès d’audience pour les principales chaines.
Il a été à la tête de la production à TF1 Production. Il a supervisé notamment les séries R.I.S et Interpol.

Hervé de Moras, lui,est enseignant.

C’est dans l’enfance qu’ils puisent la complicité nécessaire, ciment de leur écriture à quatre mains. Ce style « Calderon de Moras » est ainsi d’un genre inclassable mais addictif (pour l’aspect thriller), et féminin (pour l’aspect sentimental). Leur prochain roman est en cours d’écriture.

Le teaser du livre.

franck caldéron,hervé de moras,la prétendue innocence des fleurs,interview,mandorInterview :

Contre toute attente, vous entrez dans le monde des auteurs de polar. 

Hervé de Moras : C’est étrange parce que j’estime que nous ne sommes pas dans un genre précis. A la base, nous ne voulions pas écrire un polar, mais il semblerait, selon les professionnels,  que nous appartenions désormais à cette catégorie

Franck Caldéron : Enfin, disons que nous voulions écrire un thriller, mais avec une dimension humaine. Nous ne sommes pas partis d’une intrigue polar, ni d’une intrigue amoureuse, nous sommes partis d’un parcours initiatique. Aujourd’hui, dans le roman, il y a donc ce parcours, mais aussi une histoire d’amour et une vraie intrigue judiciaire

Hervé : Moi clairement, j’avais plus dans l’idée d’écrire une histoire d’amour romantico-psychologique. Les cadavres, ce n’est pas mon truc. Les gens criblés de balles, on ne sait pas qui est l’assassin… ça ne m’a jamais intéressé.

Tu es le romantique du duo, quoi !franck caldéron,hervé de moras,la prétendue innocence des fleurs,interview,mandor

Hervé : Voilà, c’est ça (rires). En fait, le polar n’est pas du tout mon univers. J’avais juste  balancé à Franck quelques ingrédients que je voulais voir apparaître dans l’histoire. Un type égaré dans un cimetière, un jeu de piste… et je voulais même faire un clin d’œil au Grand Meaulnes, un de mes romans préférés quand j’étais adolescent. Au début du livre, la rencontre est très Grand Meaulnes. Un type qui tombe en panne, qui arrive dans un château alors qu’un bal s’y déroule… Quant à Franck, lui, très vite, il a eu ses impératifs d’efficacité et de rythme. Il a amené la manière de tendre le récit. Il me disait : « C’est bien joli, mais qu’est-ce qu’il va se passer à ce moment-là ? Pourquoi tel personnage ? Quel sera le rebondissement à tel moment ? » C’est comme ça que l’on a tissé notre écriture. Nous sommes vraiment complémentaires. Ce n’est pas une façon de parler.

L’un et l’autre, en genre littéraire, vous étiez aux antipodes, finalement ?

Franck : Non, nous ne sommes pas aux antipodes, c’est excessif de dire cela. Quand on avait treize ans, déjà, nous écrivions des maximes et des pensées. On a quand même un univers commun. Hervé est plus classique que moi, mais classique dans le bon sens du terme. Non parce que quand tu dis « classique », certains entendent « chiant ». Nous avons deux approches de la littérature et de l’écriture un peu différentes, mais qui s’enrichissent. Nous sommes d’accord sur le fond. Il faut donner au lecteur à la fois un divertissement et une vraie et belle histoire. Ce qu’il y a de plus important dans notre écriture commune, c’est la grande part de mystère.

Hervé : Ce qui est fou, c’est que nous n’avons jamais été en conflit sur ce qu’il fallait écrire ou sur les orientations que l’on prenait. C’est une collaboration aussi profonde que naturelle.

franck caldéron,hervé de moras,la prétendue innocence des fleurs,interview,mandor

Lors de l'interview, le 21 avril 2015.

franck caldéron,hervé de moras,la prétendue innocence des fleurs,interview,mandorQui est à l’origine de quoi dans ce roman?

Hervé : C’est tellement imbriqué qu’il est impossible de répondre à cette question. Je peux juste te dire que le langage des fleurs, l’idée du jeu de piste floral, c’est plutôt ma composante romantique, mais ça ne fait pas l’histoire.

Le langage des fleurs comme base de jeu de piste, quelle trouvaille ingénieuse !

Hervé : C’était juste une réponse à un problème. A savoir : comment laisser un message codé sur une tombe ? En plus, un message qui soit visible par tout le monde, mais qui s’adresse à une personne en particulier… et que personne n’enlève. Mais cette histoire, je te jure, on l’a construite de toute pièce ensemble.

Il y a beaucoup de références dans ce livre. Sur les fleurs, sur la musique ou sur l’aspect judiciaire des choses. Tout est rigoureusement exact ?

Franck : Tout est extrêmement documenté. Tout ce que l’on raconte sur le métier de juge d’instruction, par exemple, est vrai. On a fait lire le roman à un procureur pour qu’il nous précise des choses et qu’il valide ce qu’on en dit. Concernant le langage des fleurs, nous sommes allés chercher les meilleures références sur la question. Tout ce qui est dit sur la musique, sur la vie de Ravel, est authentique. Pour être crédible, c’était important de ne pas raconter des choses fausses.

Il y a plein d'évènements mystérieux autour de votre roman, des coïncidences étonnantes…

Hervé : La première coïncidence, c’est qu’à l’époque, je travaillais près du cimetière où se déroule l’histoire originelle. J’allais me balader parfois dans ce cimetière entre midi et deux, pour m’imprégner des lieux et trouver l’inspiration. Quand on a décidé qu’il fallait trouver la tombe d’un botaniste, j’ai décidé de partir à la recherche d’une tombe qui pourrait nous inspirer. J'ai rapidement été attiré par une chapelle au fond du cimetière. Quand je me suis approché de cette tombe, j'ai vu qu'à l'intérieur une plaque indiquait : Julien Callas, inspecteur des eaux et forêts. J’appelle Franck pour lui dire. Il descend à Nîmes et vient avec moi au cimetière. Je lui demande d’essayer de trouver la tombe que j’ai choisie. Il la trouve du premier coup, alors que le cimetière est aussi grand que plusieurs terrains de football. Le soir, chez moi, on tape le nom de ce Julien Callas et on découvre avec stupeur que ce type-là a écrit un livre, non pas sur le langage des fleurs, comme dans notre roman, mais sur la flore locale… Fort curieuse coïncidence !

Il y a aussi une histoire avec un morceau de musique de Ravel…franck caldéron,hervé de moras,la prétendue innocence des fleurs,interview,mandor

Franck : Dans l’histoire, nous avions aussi besoin de la tombe d’une pianiste. Nous nous apercevons que Marguerite Long, qui est une grande concertiste, est enterrée à Nîmes dans le même cimetière que Julien Callas. On décide donc de prendre sa tombe comme modèle. Il se trouve que pour l’histoire, on avait choisi au préalable un morceau de Ravel qui est récurrent dans le roman. Bien après, nous nous sommes aperçus que Ravel avait dédié le concerto en sol à Marguerite Long et qu’elle avait été la première dans le monde à le jouer. C’est quand même bizarre…

Hervé : Très vite, nous sommes retrouvés avec un botaniste qui existait et une pianiste qui existait aussi. A partir de là, il y a des fils qui se sont tirés et attirés naturellement. Le filon s’est imposé à nous. Assez tard dans l’écriture, la réalité a alimenté la fiction. La clef de notre énigme est cachée dans la réalité, la réalité de cette base, à savoir la botanique, la musique, Ravel… mais je ne veux pas en dire plus.

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Lors de l'interview, le 21 avril 2015.

Est-ce que ces « coïncidences » vous confortent dans l’idée que ce livre a été créé au-delà de votre volonté ?

Hervé : Ça nous a donné le sentiment que les choses nous dépassaient. J’ai toujours pensé que l’homme ne créait jamais rien, qu’un poète, un musicien ou un écrivain découvrait juste  les choses. C’est tout à fait différent comme approche. C’est comme un chineur qui cherche dans une caisse et qui trouve un bel objet.

Franck : Tout a du sens. Les choses ne se font jamais au hasard.

C’est quoi pour toi un polar, Franck ?

Franck : C’est un genre, mais surtout un vecteur. Avec une histoire policière, tu peux tout raconter. Tu peux raconter des choses aussi horribles que sublimes, des drames shakespeariens, des histoires totalement romanesques. Le polar est un vecteur qui te fait rentrer dans l’âme humaine. Quand quelqu’un tue quelqu’un d’autre, c’est avant tout une histoire humaine.

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Le 5 mai 2015, première signature à la librairie Tessier à Nîmes. 

Qui a décidé d’écrire ce livre ?

Hervé : L’idée vient de Franck. Nous étions au comptoir d’une bodega. Je ne te cache pas que nous étions déjà  fortement alcoolisés. C’est là que nous nous sommes promis d’écrire ensemble. Lors de cette soirée, on a jeté des idées de sujets, mais je peux te dire que le livre qui existe aujourd’hui n’a strictement rien à voir avec les propositions de l’époque. Pour nous, ce roman est tout sauf un truc figé que l’on remplit comme un livre de coloriage. Il était en mouvement permanent. C’est en tout cas, une formidable aventure humaine.

Je suis à la fois fier et impressionné que vous ayez réussi à mener à bien ce projet littéraire…

Franck : J’ai toujours eu une sorte d’admiration pour les capacités d’Hervé à avoir des fulgurances et à comprendre certaines choses qui ne m’étaient pas accessibles facilement, voire qui m’étaient inaccessibles. Quand je travaille avec lui, j’ai l’impression d’être plus intelligent. 

Hervé : Je crois surtout qu’il y a beaucoup de respect entre nous. Du coup, quand l’un de nous lance une idée, elle est toujours respectée. On considère que ce qui a été dit est intéressant et digne d’être dit. Parce que l’on se connait, on sait que ce n’est pas une idée en l’air et que ça part forcément de quelque chose de profond.

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Avec Franck et Hervé, un mois avant l'interview... une soirée de retrouvailles.

Et j'espère vous voir mardi prochain...

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06 mai 2015

Guillaume Musso : interview pour L'instant présent

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Voici ma troisième interview de Guillaume Musso. La première, c’était en 2004, à l’occasion de la sortie de son premier livre, Et après (je crois d’ailleurs avoir été l’un des premiers à l’avoir interviewé… ou alors ça fait partie de ma légende personnelle et je finis par y croire, je ne sais pas).

L’année dernière, le 20 mars 2014, à l’occasion de la sortie de Central Park, je suis allé lui poser des questions chez XO Éditions, déjà pour Le magazine des loisirs culturels Auchan (daté des mois d’avril-mai 2014).

Un an plus tard, le 31 mars dernier, bis repetita pour son nouveau roman L’instant présent, toujours chez XO Editions et toujours pour Le magazine des loisirs culturels Auchan (cette fois-ci daté des mois d’avril-mai 2015). Je me mets à espérer que nous aurons désormais un rendez-vous annuel, tant j’aime nos rencontres. Guillaume Musso donne ses interviews « au compte-goutte » et il me fait l’amitié d’accepter de faire partie des heureux élus dès que je le souhaite. Voici donc le résultat de notre entretien pour le magazine, puis vous pourrez lire le bonus mandorien.

Avant cela, voilà un résumé de son livre.

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L'interview :

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guillaume musso,l'instant présent,le magazine des loisirs culturels auchan,interview,mandorBonus mandorien :

Il y a quelques années, tu me disais que tu te moquais des critiques, tant que les lecteurs étaient là, ça n’avait pas d’importance.  Mais au final, quand les critiques sont bonnes, comme c’est le cas depuis tes deux derniers romans, tu es content, non ?

Évidemment, je suis humain. Tu sais, une bonne critique te fait plaisir cinq minutes, une mauvais t’ennuie cinq minutes, après, ça ne change ni ta vie, ni tes ventes. En avançant dans l’âge, tu apprends à te dépouiller un peu et à moins tenir compte de l’écume. A quarante ans, tu sais comment la vie fonctionne, tu te connais mieux avec tes points positifs, négatifs, tes failles, tes qualités, tes défauts. Tu as plus de distance et de recul. Moi, je ne veux plus que ma vie soit polluée par des pensées trop négatives. Ma devise est : « Ne fréquente pas la médiocrité, c’est une maladie contagieuse ».

Ce n’est pas innocent si le roman s’intitule L’instant présent ?

Vivons l’instant et arrêtons d’avoir nos vies saccagées par les regrets et les remords liés au passé ou aux projections, les plans sur la comète que tu peux faire par rapport au futur. Il faut savoir saisir sa chance quand elle se présente. Il faut bouger, ne pas attendre, être actif, c’est ainsi que les choses finissent par arriver.

C’est marrant que tu dises cela parce que dans tes romans, il y a toujours cette idée de mouvement.

J’ai toujours peur de lasser. Dans mes romans, à la Hitchcock, il y a toujours des personnages ordinaires qui sont pris dans des évènements qui les dépassent. Souvent, ils sont la tête dans le guidon parce que leur vie bouge trop vite.

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Finalement, tes livres sont tout le temps des enquêtes sur les personnages eux-mêmes,guillaume musso,l'instant présent,le magazine des loisirs culturels auchan,interview,mandor non ?

C’est Jean-Christophe Grangé qui me disait : « qu’est-ce qu’un thriller sinon une enquête sur soi-même ? » Le danger et l’inconnu servent de révélateurs de personnalité. Ce n’est jamais l’intrigue proprement dite qui m’intéresse, ce sont plutôt les personnages qui vont apprendre qui ils sont vraiment.

Parlons un peu de ta vie privée, mais cela à un rapport direct avec ton nouveau roman. Ta femme te reproche-t-elle d’être trop souvent coupé du monde et de ne pas passer suffisamment de temps avec elle et votre enfant ?

Quand je l’ai connu, je lui ai expliqué que lorsque j’écrivais, j’avais des rituels, que ça me prenait beaucoup de temps, parfois quinze heures par jour. Elle a rapidement constaté que c’était vrai et un jour elle m’a dit : « Tu te rends compte que tu passes quinze heures avec des personnages de papier dans un univers imaginaire ? Tu te rends compte que c’est pathologique, au minimum un peu singulier ?». Elle me reprochait gentiment de passer plus de temps avec un univers chimérique qu’avec elle ou qu’avec ma famille. Depuis, c’est resté en moi et je lui ai répondu en écrivant un livre, La fille de papier. Moi, contrairement à ce que tout le monde croit parce que je sors un livre par an depuis dix ans, je n’écris pas vite. Je travaille très lentement, mais je travaille tous les jours. J’ai besoin de passer du temps à écrire, à faire des recherches, à polir mes dialogues…

Tu n’es donc pas comme Bernard Werber qui est l’exact opposé de toi à ce niveau-là.

Effectivement, quand j’ouvre le robinet, ça ne coule pas forcément. L’écriture est une activité qui structure ma vie. Je suis même un peu monomaniaque. Je n’arrive jamais à appuyer sur le bouton « off ». Même quand on part en vacances, pour moi, c’est un terrain de jeu pour trouver des idées pour le roman suivant.

Tu dis dans le livre qu’un roman « est presque toujours autobiographique puisque l’auteur raconte son histoire à travers le prisme de ses sentiments et de sa sensibilité ».

Ça, c’est un débat sans fin. A partir du moment où c’est vous qui écrivez, ça passe à travers le filtre de votre personnalité. L’instant présent est mon livre le plus personnel, mais n’est pas du tout autobiographique.

Tu fais le parallèle entre une histoire d’amour et un roman…

Une histoire d’amour réussie c’est « rencontrer la bonne personne au bon moment » et un roman réussi c’est « la bonne histoire, mais racontée à un moment où vous êtes capable vous-même de développer les thèmes et les exploiter le mieux possible. »

Faut-il écrire un livre, à chaque fois, comme si c’était le dernier ?

D’abord, il ne faut pas écrire un livre pour rien. Il faut écrire des livres qui ont du sens dans ta vie d’homme et ta vie d’auteur. Il faut toujours être fier de son nouveau roman. J’ai besoin d’être convaincu que, si je terminais ma vie avec le dernier livre écrit, je puisse en être fier.

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Après l'interview, le 31 mars dernier.

03 mai 2015

Grégoire Delacourt fait La Poz' à Ozoir-la-Ferrière

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grégoire delacourt,la poz,ozoir-la-ferrière,interview,mandor,luc-michel fouassierGrégoire Delacourt est un écrivain/homme que j’apprécie beaucoup. Il me semble que l’on s’en aperçoit dans les deux mandorisations qui lui sont consacrés. Ici en 2014 pour On ne voyait que le bonheur et là en 2013 pour La première chose qu’on regarde. Deux grandes interviews dans lesquelles l’auteur se confie comme jamais. Il y a une espèce de confiance mutuelle entre l’auteur et le journaliste, je crois. J’étais donc ravi de lui proposer un débat en public, autre exercice dans "l’art" de l’interview, dans le cadre des cafés littéraires proposés par Luc-Michel Fouassier, adjoint à la mairie d’Ozoir-la-Ferrière, délégué à l’événementiel littéraire (et aussi auteur maintes fois mandorisés).

Petit rappel : Le premier café littéraire d’Ozoir-la-Ferrière, c’était avec François Bégaudeau, le second avec Mercedes Deambrosis.

Bref, Grégoire Delacourt a accepté ce rendez-vous en sachant qu’il allait être entre des mains et des personnes plutôt bienveillantes. Cette « Poz’ » s’est tenue le 27 mars dernier. L’homme a conquis l’assistance, car il sait y faire. Il est, ce qu’on appelle plus communément, un « bon client »… moi, je vais jusqu’à dire, un "client idéal ».

Je regrette toujours de ne pas penser à enregistrer ces entretiens, mais, globalement, si vous lisez les deux mandorisations sus-citées, on se rapproche de ce qui a été dit.

Voici donc quelques photos de cette soirée.

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(Photo : Lionel Brard)

Qu'il est agréable d'animer un débat dans une salle bien remplie, quand on sait Ô combien il est difficile de faire bouger les gens pour assister à une rencontre culturelle. Je ne compte plus les débats avec des écrivains que j'ai animé devant un public très restreint... Il est triste de constater que seuls les noms connus permettent d'attirer le chaland.

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Animer un débat avec Grégoire Delacourt, ce sont des moments qui n'engendrent pas la mélancolie...

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(Photo : Lionel Brard)

Quoique... parfois si. L'écrivain sait captiver son public en lui faisait traverser toutes sortes d'émotions. Il émeut son auditoire, comme il est capable de le faire rire aux éclats. C'est tout Grégoire Delacourt.

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(Photo : Lionel Brard)

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Après le show Delacourt, évidemment, petite séance de signatures...

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Ici l'auteur avec l'organisateur de cet évènement, Luc-Michel Fouassier (qui me fait confiance depuis 2009 pour animer les salons du livre et les cafés littéraires dont il a la charge. Encore une fois, merci à lui!)

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Après La Poz', c'est la pause et la pose avec Grégoire Delacourt.

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grégoire delacourt,la poz,ozoir-la-ferrière,interview,mandor,luc-michel fouassierA noter que, depuis cette rencontre, son nouveau livre est sorti (c’était la semaine dernière, pour être précis), Les quatre saisons de l'été. Il fera l’objet d’une quatrième mandorisation (j’espère). En attendant, voici ce qu’en dit l’éditeur :

Été 99, dont certains prétendent qu’il est le dernier avant la fin du monde.
Sur les longues plages du Touquet, les enfants crient parce que la mer est froide, les mères somnolent au soleil. Et partout, dans les dunes, les bars, les digues, des histoires d’amour qui éclosent. Enivrent. Et griffent. Quatre couples, à l’âge des quatre saisons d’une vie, se rencontrent, se croisent et s’influencent sans le savoir.
Ils ont 15, 35, 55 et 75 ans. Ils sont toutes nos histoires d’amour.

Après le succès mondial de La Liste de mes envies (plus d’un million d’exemplaires vendus), de La première chose qu’on regarde et à la rentrée littéraire 2014 d’On ne voyait que le bonheur (130 000 exemplaires vendus), Grégoire Delacourt ausculte avec brio et délicatesse le sentiment amoureux.

29 avril 2015

Olivier Kourilsky : interview pour Le 7e péché

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J’ai rencontré Olivier Kourilsky, alias le Docteur K, médecin néphrologue mais aussi auteur, sur de nombreux salons que j’animais. Il m’est donc arrivé de l’interviewer sommairement dans ce cadre-là. Mais, l’homme et l’auteur m’ont toujours intrigué. Son œuvre, dont les intrigues se déroulent dans le milieu hospitalier, de nombreuses personnes m’en disaient du bien. Quant à sa personnalité, elle me plaisait beaucoup. Cette sommité de la médecine a su rester simple, abordable et sympathique (ce qui est plutôt une exception quand on atteint le haut de l’échelle de ce milieu). Qui croise Olivier Kourilsky souhaite devenir son ami. Il m’a envoyé son nouveau roman, Le 7e péché. Je l’ai lu et approuvé immédiatement. L’homme sait balader ses lecteurs et donner envie de tourner la page. Ce dernier opus, mettant en scène un médecin néphrologue (tiens donc !), est un excellent cru et sans doute un de ses meilleurs romans (dis-je en n’ayant pas lu les précédents). Sans blague, il m’a happé jusqu’au bout. Impossible de lâcher ce polar avant l’issue. Bluffante.

Le 9 mars dernier, Olivier Kourilsky est venu à l’agence…

olivier kourilsky,le 7e péché,interview,mandor4e de couverture :

Christian Arribeau, jeune médecin ambitieux et pétri d’orgueil, a planifié sa carrière pour accéder aux plus hautes fonctions, balayant tous ses concurrents. Il vient de franchir la dernière étape avant sa nomination comme professeur de néphrologie. Mais, alors qu’il sort discrètement d'un immeuble, il renverse un clochard qui s’est jeté sous ses roues.

Paniqué à l’idée des conséquences sur sa carrière et persuadé que personne ne l’a vu, il prend la fuite.

Commence alors une vertigineuse descente aux enfers, orchestrée par l’obstination d’un policier et l’intervention d’un témoin mystérieux aux motivations obscures.

S’agissait-il d’un banal accident ou d’une machination ? Et dans ce cas, qui tire les ficelles ? L’univers bien organisé et la belle assurance d’Arribeau vont s’écrouler comme un château de cartes.
Une intrigue noire et haletante ciselée par le Docteur K qui signe son septième roman.

L’auteur : olivier kourilsky,le 7e péché,interview,mandor

Olivier Kourilsky, alias le Docteur K, est médecin néphrologue, professeur honoraire au Collège de médecine des Hôpitaux de Paris ; il a dirigé le service de néphrologie du Centre Hospitalier Sud-Francilien.

Il écrit des romans policiers depuis un peu plus de dix ans et a publié six ouvrages depuis 2005, dont Meurtre pour de bonnes raisons, prix Littré 2010.

Ses personnages évoluent souvent dans le monde hospitalier, entre les années soixante et aujourd’hui. Au fil du temps, on suit le professeur Banari, le commissaire Maupas, le commandant Chaudron, jeune policière chef de groupe à la Crim'…

Olivier Kourilsky est membre de la Société des gens de lettres et de la Société des auteurs de Normandie.

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olivier kourilsky,le 7e péché,interview,mandorInterview :

Nous nous sommes beaucoup croisés dans pas mal de salons… je crois que tu aimes aller à la rencontre du public.

C’est un passage obligé de toute façon, mais c’est parfois un peu fatiguant. L’an dernier, j’ai participé à 35 salons du livre. L’écriture est un plaisir solitaire, alors c’est toujours agréable de rencontrer des « collègues » et des lecteurs. Les discussions qui en émanent sont souvent enrichissantes. On crée des liens.

Tu es un grand médecin. Explique-moi ce qu’était ta spécialité.

J’étais spécialiste des maladies rénales et je dirigeais un service de néphrologie dialyse, suivi de transplantation etc… que j’avais monté de zéro il y une trentaine d’années. J’ai été rattrapé par la limite d’âge il y a quatre ans. Je n’ai pas voulu me prolonger parce que l’ambiance devenait un peu plus pesante et très administrative... Comme j’avais envie de continuer à faire ce que j’aimais, j’ai gardé trois demi-journées par semaine de consultations et de visites dans un centre d’autodialyse.

Un médecin de ton niveau, c’est sérieux, c’est exigeant, ça travaille beaucoup. Vis-tu ta vie d’écrivain de la même manière, c’est-à-dire de façon rigoureuse ?

A l’origine, c’est une activité ludique. J’écris quand j’en ai envie. Je peux passer des jours sans écrire. Je n’ai pas d’hygiène de vie particulière pour m’installer devant mon ordinateur. Je sais que je suis plus prolifique le matin, à la fraîche. Quand j’écris un roman, cela m’amuse de placer mes histoires dans le milieu médical que je connais parfaitement. Ce n’est pas un exutoire sur ce que j’ai vécu, mais ça donne une certaine couleur d’authenticité.

Tu es très exigeant quant à la qualité littéraire de tes romans.olivier kourilsky,le 7e péché,interview,mandor

J’ai la chance d’avoir un éditeur qui fait son travail. Il corrige et il y a autant de corrections pour ce septième livre que pour le premier…pour progresser, il faut mettre son ego de côté. Je mets un an à écrire un roman, puis j’ai à peu près deux mois de travail sur le texte. Je tiens à ce que l’histoire soit servie par une belle écriture. Les polars doivent être aussi bien écrit que des romans de la littérature dite « blanche ».

As-tu pris du plaisir à écrire Le 7e péché ?

Oui, ça a été même jubilatoire de mettre en scène, écrit à la première personne, un personnage de médecin absolument imbuvable. Il se fiche des malades, mais il a un talon d’Achille qui fait que le lecteur, j’espère, n’a pas envie de s’en débarrasser. Il est amoureux d’une seule personne depuis toujours. Une femme qu’il a connu valide et qu’il continue à aimer alors qu’elle est devenue handicapée.

Handicapée, mais magnifique et sensuelle. Toute personne qui la croise est foudroyée par sa beauté et sa personnalité.

C’est sa faiblesse, ce qui fait qu’on finit presque par le prendre en pitié. Certains lecteurs m’ont dit qu’ils espéraient qu’il s’en tire alors qu’il est odieux.

L’histoire commence ainsi. En quittant sa petite amie, la fameuse handicapée, il renverse un clochard et il part sans s’arrêter.

Après, il vivra une descente aux enfers douglaskennedyenne. Je ne souhaite à personne de vivre ce déchainement de circonstances contre lui. Je me suis beaucoup amusé à créer ces rebondissements successifs. Je crois que le livre est bien rythmé.

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Il n’y a ni violence (si ce n’est psychologique), ni hémoglobine, ni policier complètement torturé et alcoolique…

Certains me le reprochent, mais ce n’est pas comme ça que j’envisage la littérature policière. Je suis plus dans la suggestion que dans la démonstration.

Ton héros, Christian Arribeau, c’est l’antithèse de ce que tu aimes chez les médecins. Dans Le 7e péché, tu évoques la rude concurrence dans le milieu de la médecine.

Quand tu débutes et que tu veux accéder à certains postes, l’organisation est faite pour que les gens soient en concurrence. Il y a souvent une place pour cinq impétrants, donc forcément, surviennent des histoires de jalousies et parfois de coups tordus. Quand j’ai monté mon service de zéro, je me suis heurté à certains de mes collègues de ma spécialité qui étaient installés à la périphérie de Paris. Ils m'ont dit qu’Évry, ça ne les arrangeait pas. Ils avaient peur que je prenne leurs malades. Si on veut monter quelque chose, il faut avoir de l’ambition et se battre. Au début, j’étais très gentil, je ne me disputais avec personne… quand j’ai voulu monter mon affaire, j’ai appris à sortir les crocs. La description des mécanismes de nominations que j’explique dans mon livre est rigoureusement exacte. J’ai été membre du conseil de la faculté pendant huit ans à Kremlin-Bicêtre et lors des réunions de ce qu’on appelait « la révision des effectifs », c’était souvent très chaud.

Comment un grand médecin comme toi s’est-il métamorphosé en auteur de polar ?

J’ai toujours été atypique dans mon milieu professionnel, car j’ai constamment eu du mal à me prendre au sérieux. Ça m’a parfois un peu pénalisé dans ma carrière parce que les gens croyaient que j’étais un rigolo, alors que je ne l’étais pas du tout quand je travaillais ou que j’avais quelque chose en vue.

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Tu as toujours adoré raconter des histoires.

Oui… et le policier se prêtait très bien à mes envies d’écriture. Je mets en parallèle la médecine et la police. En médecine, quand on fait un diagnostic, c’est une enquête. On interroge les gens, on met les indice en corrélations. Il y a beaucoup de points communs. En plus, je suis d’une génération où on écrivait beaucoup et mon père, médecin lui aussi, était extrêmement exigeant et méticuleux sur l’écriture, il avait donc tendance à me sabrer dès que j’écrivais des choses. Il faut savoir aussi que j’ai écrit plusieurs livres « techniques »et des articles de médecine dans des revues spécialisées. J’ai dû faire une troisième édition d’un manuel de néphrologie en même temps que sortait Le 7e péché, je te garantis que ça m’a beaucoup moins amusé (rires).

Etais-tu lecteur de roman policier ?

Oui, bien sûr. Mais j’adore aussi les romans historiques ou toutes sortes de romans d’ailleurs. Par contre, je ne lis jamais quand j’écris un livre. C’est trop perturbant dans le mécanisme d’écriture.

Es-tu dans le doute quand tu écris ?

Terriblement. J’ai un tarif syndical, je fais toujours des romans de 200 pages. Je n’arrive pas à écrire de gros pavés. Généralement, quand j’arrive à la 120e, j’ai l’impression de ne plus rien avoir à dire. Peu à peu, des idées de rebondissements arrivent de je ne sais où. Au moment où  je mets un point final au livre, c’est le doute complet. Heureusement d’ailleurs. Je crois que, quand on écrit, être dans le doute permet de ne pas se laisser aller à la facilité.

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Le 26 octobre 2013, au Salon du livre d'Ozoir-la-Ferrière, notre première rencontre.

olivier kourilsky,le 7e péché,interview,mandorTu es très fidèle à ton éditeur.

J’ai mis 33 éditeurs, comme l’âge du christ, avant d’en trouver un qui m’accepte, alors, je le garde (rires). J’ai cherché un an et demi un éditeur sans faire jouer de relations. Glyphe est une petite maison. Ils sont trois ou quatre, mais ils ont quand même 200 titres en stock, ils travaillent très bien et l’ambiance est familiale. Pour moi, c’est important. Je suis d’une fidélité totale, d’autant qu’ils attendent toujours le suivant en m’engueulant presque parce que je ne fournis pas assez vite. Je ne veux pas changer d’éditeur… même si on m’a fait remarquer que mon frère Philippe était publié chez Odile Jacob, une maison très sérieuse. Je suis bien où je suis et on ne fait pas le même genre de livre.

Dans ta famille, vous étiez quasiment tous dans la recherche ou dans la médecine à un haut niveau.

L’hérédité familiale est assez lourde, en effet… Mon frère Philippe, que je viens d’évoquer, est polytechnicien, après il s’est tourné vers la recherche. Il est devenu directeur général de l’institut Pasteur et a écrit plusieurs livres chez Odile Jacob. Mon frère François (récemment disparu), médecin, était directeur général du CNRS, ma sœur Élisabeth, professeur d'endocrinologie. Mon père était pneumologue, chef de service à l’hôpital Saint-Antoine, et ma mère travaillait avec. Elle est tombée amoureuse de lui quand ils étaient internes. Ils ont été un couple complètement fusionnel pendant des années.

Explique-moi d’où vient ce nom de Docteur K.

Je ne l’ai pas fait exprès. C’est le photographe de la mairie de Courcouronnes qui m’a appelé comme ça la première fois qu’il a fait un article sur moi. Ce surnom l’amusait beaucoup et petit à petit, tout le monde m’a surnommé Docteur K. C’est devenu un personnage et ça me plait bien.

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Après l'interview, le 9 mars 2015, à l'agence.

24 avril 2015

Olivier Norek : interview pour Territoires

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(Photo: Les Pictographistes)

Être lieutenant de police ne veut pas dire savoir écrire des romans policiers (lapalissade). Olivier Norek  est lieutenant de police à la Section enquêtes et recherches du SDPJ 93 (actuellement en disponibilité pour se consacrer à sa carrière d’auteur) et, lui, excelle en la matière. Il y a deux ans, j’avais déjà été très impressionné par son premier roman, Code 93. Une mandorisation en avait découlée.

Pour moi, Olivier Norek n’est pas loin d’être  l'écrivain policier de l'année. Ce qui est certain, c’est que vous êtes face à un futur monstre sacré du polar, au talent aussi grand qu'un Thilliez, Grangé, Chattam, Mallock, Desjours ou Giebel. Avec son nouveau livre, Territoires, vous aller plonger dans une cité, véritable zone de non-droit. Et comme l’affirme le libraire Gérard Collard, « vous allez ressortir de ce livre laminé ». 

Olivier Norek est venu à l’agence pour une seconde mandorisation, le 26 février dernier.

olivier norek,territoires,interview,mandor4e de couverture :

Depuis la dernière enquête du capitaine Victor Coste et de son équipe, le calme semble être revenu au sein du SDPJ 93. Pas pour longtemps, hélas ! L’exécution sommaire de trois jeunes caïds va les entraîner sur des pistes inimaginables.

Des pains de cocaïne planqués chez des retraités, un chef de bande psychopathe d’à peine treize ans, des milices occultes recrutées dans des clubs de boxe financés par la municipalité, un adjoint au maire découvert mort chez lui, torturé… et Coste se retrouve face à une armée de voyous impitoyables, capables de provoquer une véritable révolution.

Mais qui sont les responsables de ce carnage qui, bientôt, mettra la ville à feu et à sang ?

Avec ce polar admirablement maîtrisé, Olivier Norek nous plonge dans une série de drames terriblement humains et de stratégies criminelles - loin d’être aussi fictives qu’on pourrait le croire - où les assassins eux-mêmes sont manipulés.

L’auteur :olivier norek,territoires,interview,mandor

Olivier Norek est lieutenant de Police Judiciaire depuis 15 ans. Né il y a 39 ans à Toulouse, il suit ses parents dans  leurs douze déménagements, avant de quitter, le cursus scolaire à 17 ans et demi. Il part en mission pour «Pharmaciens sans frontières », en Guyane puis en Croatie, en pleine guerre des Balkans. Après deux ans dans l’humanitaire, il devient gardien de la paix à Aubervilliers, puis rejoint la Police Judiciaire au service financier puis au groupe de nuit chargé des braquages, homicides et agressions.

olivier norek,territoires,interview,mandorAprès avoir réussi le concours de lieutenant, il choisit Bobigny au sein du SDPJ 93, à la section enquêtes et recherches (agressions sexuelles, enlèvement avec demande de rançon, cambriolage impliquant un coffre-fort…).

Il écrit quelques textes et participe en 2011 à un concours de nouvelles. Il décide de se mettre en disponibilité pour écrire son premier roman Code 93, un polar réaliste qui nous plonge dans le quotidien des policiers en Seine-Saint-Denis : des situations de violence, souvent gratuite, et de cruauté. Sans pour autant jamais se départir d’un regard humain qu’il promène sur ces quartiers difficiles. Le roman parait en avril 2013 et est chaleureusement accueilli par les critiques de la presse.

Il vient de sortir, Territoires (voir 4e de couverture, interview... et teaser ci-dessous).

Teaser du livre Territoires.

Olivier Norek a travaillé à l’écriture de la sixième saison d’Engrenages (Canal+ – Son et Lumière). Les droits de son premier roman ainsi que ceux du suivant sont déjà acquis en vue d’être portés à la télévision pour y être déclinés en série.

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olivier norek,territoires,interview,mandorInterview :

Ton premier roman, Code 93, a trouvé son public rapidement.

Oui, et là, il a retrouvé une seconde vie grâce aux poches. Ils l’ont imprimé une première fois à 10 000, puis une seconde fois à 3000, une troisième fois à 5000 et enfin une quatrième fois à 8000. Donc on en est à 26000 exemplaires vendus. Pour un poche d’un premier bouquin, je suis assez satisfait et la maison d’édition semble l’être également.

Tu reviens avec Territoires.

C’est un livre auquel je tiens beaucoup. Il y a six mois d’enquête sur le terrain, ce qui équivaut à une longue enquête de procédure judiciaire. Après, il y a six mois d’écriture. C’est un livre qui ne ment pas et qui ne triche pas.

Tu étais en disponibilité de la police pour écrire Code 93 et Territoires. Tu récidives, mais cette fois-ci pour trois ans. Tu ne te consacres vraiment plus qu’à l’écriture.

Je n’aurais pas pu faire autrement que prendre une disponibilité parce que je bosse vraiment au moins dix heures par jour.

Ta vie de flic ne te manque pas ?

Si, elle me manque. Qu’est-ce qui me manque exactement ? Pas les salauds, pas les victimes, parce que moins j’en vois, mieux je me porte, même si ça a été mon unique moteur dans ma carrière de policier. Ce qui me manque, c’est l’équipe. C’est appartenir à un groupe. Ces relations humaines étaient parfois compliquées, mais sans ambiguïté. Je retiens de l’équipe des relations très simples et fraternelles. Chez les flics, on a ce lien qui va au-delà de l’amitié. Les mêmes relations que celles qu’entretiennent les soldats qui sont allés au front. On a eu tellement peur ensemble que c’est comme si nous nous étions mis à poil ensemble. On a l’impression que l’on ne peut plus rien se cacher.

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Le photographe Bruno Chabert et sa mise en abyme : l'auteur plongé dans la ville de son propre livre.

olivier norek,territoires,interview,mandorPour ce livre, tu as questionné une vingtaine d’élus du 93.

Oui, c’est vraiment une peinture du 93, mais c’est valable pour toute ville qui comporte elle aussi une importante  population pauvre, des difficultés d’emploi, de chômage, de sécurité, de salubrité. Je parle du 93 parce que c’est un département que je connais. Je suis du 93, j’ai travaillé dans le 93, c’est quand même un sacré garde-fou que de rester dans ce département.

Tu as posé une question aux élus interrogés : comment tenez-vous votre ville ?

J’ai posé cette question à des administrés, des adjoints, des ex-adjoints, des attachés de mission et des ex-maires. Je n’ai pas pu et voulu interroger des maires en activité. Ils auraient eu une langue de bois que j’aurais repéré dans la seconde. J’écris un polar, donc je ne voulais pas écouter les versions officielles. Quand je parle des racailles et des délinquants de ces populations je parle uniquement de 2% qui paralysent la ville entière. Quand je parle de ces politiques un peu dévoyés, un peu perdus parfois, je parle vraiment d’une partie du monde politique. Cette fois-ci, je pense que le pourcentage est plus élevé que 2%.

Que se disent ces politiques que tu vises ?

Ils se disent : « J’ai une population délinquante, qu’est-ce que j’en fais ? J’essaie d’arranger la situation, de lui trouver du boulot et de les intégrer ou j’essaie de les utiliser en tant que ce qu’ils sont, un pouvoir ? Un pouvoir de nuisance. Mais un pouvoir de nuisance reste un pouvoir. C’est le concept de l’achat de la paix sociale. Voilà ce que je fais pour toi. Toi tu vas faire ça pour moi et en échange, moi, je ne viendrai pas t’ennuyer. Je n’irai pas te coller la police municipale ni la police judiciaire. Mais si, à un moment donné, j’ai besoin que la ville prenne feu, tu mets le feu. Si j’ai besoin que la ville soit calme, tu la calmes et on va s’arranger sur plein de choses. Je vais t’assurer une place HLM, je vais t’assurer une aide-soignante pour ta grand-mère, une aide-ménagère pour tes parents, je vais t’acheter des billets d’avion pour partir tous en Thaïlande, des voitures, des cartes d’essence pour toute la cité…

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Mains, visage, stylo... Le légendaire triptyque de chez "Alibi Magazine" by Paolo Bevilacqua.

Dans ton roman, madame Vespérini, maire de Malceny, n’a pas de cœur et elle est sans foi ni loi.

Elle a un cœur, mais elle ne le fait pas travailler. Elle est très dure. Ses actes ont pour conséquence beaucoup de dommages collatéraux, dont des morts. Pour elle et sa morale, le réveil sera difficile. Mais je ne trouve pas qu’elle soit si éloignée d’un couple Tibéri ou d’un couple Balkany qui ont été mis en examen un nombre incalculable de fois et qui sont toujours dans les ors de la République. Avec le personnage de madame Vespérini, je voulais soulever le problème de l’exemplarité. Je souhaitais qu’elle soit aussi compliquée et retors que les délinquants avec qui elle travaille officieusement et pour qui elle travaille officiellement pour les réintégrer, les aider…etc. Je voulais que le tableau soit aussi sombre d’un côté comme de l’autre quitte à pousser le curseur un peu loin sur cette maire. Mais, je suis sûr que ce curseur n’est pas poussé si loin que cela.

Tu les détestes, ces gens-là ?

Avec des personnalités politiques comme Vespérini, j’ai un vrai problème. Ce sont nos employés. C’est nous qui les payons, ils sont à notre service, et pourtant, à chaque fois qu’ils vont quelque part, tout le monde à le torticolis de la déférence. J’ai l’impression que les rôles ont été complètement inversés. Ce sont eux qui devraient être honorés qu’on les reçoive dans un commissariat, par exemple. J’utilise la notion de pouvoir dévoyé. Il ne faut pas oublier que c’est nous qui leur avons donné le pouvoir et il devrait être à notre service.

Ce livre raconte finalement le casse du siècle.

Cette maire braque l’état, mais de manière complètement administrative et légale. Je ne dis pas comment, il faut lire le livre.

Il y a un petit garçon de 13 ans, Bibs, qui est la pire des ordures.

Il a une violence froide. Il ne la conçoit pas. C’est le même concept que les enfants soldats. Ce sont des gamins qui sont nés dans la violence et qui ont été éduqués dans cette violence. Leur curseur de violence est complètement déphasé. Bibs sait utiliser la violence, il sait menacer, mettre à exécution, il sait se battre contre des plus grands que lui. Il n’a peur d’absolument rien. Bibs, je ne sais pas s’il est sauvable, mais ce n’est pas un monstre, il a juste grandi avec la violence entre les doigts. 

olivier norek,territoires,interview,mandorTu as parlé précédemment d’exemplarité. J’aimerais que l’on y revienne.

Avec des politiques comme ça, quel est le message que l’on donne aux gamins ? Allez à l’école, faites des études, travaillez, vous aurez un salaire et vous vivrez dans la légalité ? Ils n’y croient pas. Pour certains, ils se mettent à vendre une barrette de shit ou deux. Alors ils se font arrêter et ils font 48 heures de garde à vue. Quand ils se font arrêter une deuxième fois, ils font un mois de prison. Mais ils ne comprennent pas parce qu’en face, il y a des gens qui, comme eux, sont allés en garde à vue, ont été mis en examen… par contre, eux, au lieu d’aller en prison, ils retournent dans les ors de la République.

Je crois que tu as une anecdote à nous raconter à ce propos.

Il y a des années de cela, je vais en perquisition pour du stup. Dans la chambre d’un gosse, il y avait des affiches du Parrain, celle de Scarface, la photo de Jacques Mesrine et… une photo du couple Balkany. J’ai demandé à l’enfant s’il n’y avait pas un intrus, il m’a répondu que non. C’est le mur où il ne mettait que les meilleurs. Elle est là l’exemplarité. Les jeunes comprennent que si quelqu’un atteint le pouvoir, il peut commettre des infractions et n’ira jamais en prison.

Il y a des maires honnêtes, quand même. Tu ne lances pas un « tous pourris » franc et massif.

Non, évidemment. J’en ai rencontré des maires, des attachés et des adjoints irréprochables, mais pour ce livre, ils ne m’intéressaient pas. Les honnêtes et les normaux, il y en a quelques-uns, mais j’écrivais un roman noir, alors je ne perdais pas de temps avec eux. Par contre, quand je vois des journalistes pour me parler de tout ça,  je leur dis de contacter ces gens-là. Je parle de personne comme Alda Pereira-Lemaitre qui a été la maire de Noisy-le-Sec de 2008 à 2010. Elle a essayé de faire tout ce qu’elle pouvait pour nettoyer sa ville… et elle a perdu sa majorité. Une femme comme elle est intéressante et peut parler de la belle banlieue.

Tu es flic, tu ne vois pas les gens « beaux » de toute façon.olivier norek,territoires,interview,mandor

Mes curseurs sont un peu bas sur l’être humain, je te le concède. Je n’ai confiance en personne et je ne suis jamais surpris de ce que peut faire un homme ou une femme. Je connais toutes les options et toutes les capacités que l’être humain est capable de déployer. Quand j’écris un bouquin socio-politique, il va forcément être sombre.

Pourquoi as-tu écrit ce livre ?

Parce qu’il y a encore beaucoup de gens qui ne connaissent pas le concept de l’achat de la paix social et qui ne savent pas comment des maires tiennent des villes. Cette vérité-là, j’ai besoin de la dire. Pas parce que j’apporte des solutions, mais parce que j’ai besoin de secouer les gens. Quand on apprend ce genre de choses, on essaie de ne plus être des moutons.

Mais apprendre quelle genre de chose concrète par exemple ?

Apprendre que faire venir un camp de Roms, c’est une super idée. Déjà parce que des subventions tombent, secondement parce qu’il n’y a aucun bobo ou aucun petit parisien qui va s’installer autour d’un camp de Roms… et les bobos et les parisiens, ça vote ! Il va y avoir qui autour ? Des immigrés, qui n’ont pas le droit de vote, des chômeurs, fatigués, désespérés, qui votent beaucoup moins que les autres. J’ai rencontré un maire qui m’a dit que son intérêt à lui était de dégoutter le plus de gens possible de la politique. Son intérêt, c’est