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31 janvier 2016

Corinne Royer : interview pour Et leurs baisers au loin les suivent

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(© Laurent d'Oliviera)

"On a toujours le choix entre la vérité et le mensonge. Et je sais à présent que si la vérité est une compagne discrète dont on peut se défaire, le mensonge est une harpie qu'on épouse pour des noces de diamant." Corinne Royer revient avec un magnifique roman sur les secrets de famille et les non-dits, notamment. « J’ai voulu que ce texte éprouve la justesse de nos sentiments, la puissance de nos attachements, un roman à l’intérieur duquel s’insinueraient plusieurs livres comme s’entrelacent plusieurs vies dans chacune de nos existences. »

Pour cette deuxième mandorisation (la première est ici), l’auteure stéphanoise est de nouveau passée à l’agence, le 12 janvier dernier. Elle me dit tout sur ce livre aussi palpitant qu’envoûtant. Et leurs baisers au loin les suivent déplie les secrets sur lesquels les fragiles destins humains se bâtissent. Et le lecteur reçoit un choc émotionnel intense.

corinne royer,et leurs baisers au loin les suivent,interview,mandorL’histoire par l’éditeur :

Cassandre vient déclarer à la gendarmerie la disparition de son mari. Pourtant elle sait où il se trouve, et qu’il ne reviendra plus. Bientôt, elle reçoit de mystérieux courriers annonçant des révélations au sujet du passé de Léon. Que peut-elle ignorer de cet époux taiseux, qu’elle a aimé résolument un tiers de siècle durant dans le quotidien rugueux d’une ferme de Saône-et-Loire ? Et connaissait-il bien sa femme, son étrangère à la peau sombre qui ne lui a pas donné d’enfant et n’a cessé de rêver du lointain pays de ses ancêtres ? On ne mesure jamais les zones de violence que recèle toute vie, la part de mensonge que contient tout amour, la force des liens qui nous attachent à la terre et aux hommes.
D’Haïti à la mer Égée, de l’Algérie au Mexique, de l’Antarctique aux États-Unis, ce roman fiévreux à l’écriture envoûtante explore les géographies intimes au hasard desquelles les fragiles destins humains s’abîment, se heurtent et malgré tout se bâtissent.

L’auteur :

Corinne Royer est née en 1967. Elle est l'auteur de deux autres romans publiés aux éditions Héloïse d'Ormesson : M comme Mohican (2009) et La Vie contrariée de Louise (2012, prix Terre de France La Montagne).


corinne royer,et leurs baisers au loin les suivent,interview,mandorInterview :

J’ai relu ta première mandorisation qui date de 2012. Je t’ai posé des questions sur ton troisième roman. Tu m’as répondu : « C’est une sorte de conte pour adulte, un conte un peu fantasque dont une partie se passe en France en territoire rural et dont l’autre partie devrait se passer en Haïti ». Tu as donc porté ce livre durant 4 ans ?

C’est fou ce que tu me dis parce que je ne pensais pas que l’idée avait déjà germée à cette époque-là. Je suis très étonnée. Quand tu m’as reçu la première fois, c’était pour La vie contrariée de Louise, dont l’action se passait dans un petit village français lors de la Deuxième Guerre Mondiale. Je partais d’un fait historique majeur et à partir de ce fait, je tissais des destins individuels très intimes. Il y avait donc des contraintes de contextes historiques. Au bout du compte, j’étais frustrée par rapport à ma liberté de romancière. En réaction, j’ai souhaité être complètement dans le romanesque et l’imaginaire.

Je crois que tu avais plusieurs idées à la base.

La première idée était partie d’un reportage photographique sur un petit coin de France rurale en bord de Loire, à Bourbon Lancy, le domaine du Grand Fleury. J’ai des photos (voir plus bas) où tu vois la Loire, des falaises impressionnantes et à une dizaine de mètres de la falaise érodée, tu as ce magnifique domaine agricole. Je suis allée sur place pour m’imprégner de ces lieux-là avant d’écrire le livre. Entre le moment où j’ai commencé le roman et où je l’ai terminé, le domaine a été détruit par mesure de sécurité. Le livre est un peu testamentaire par rapport à cette géographie des lieux.

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(Photos personnelles de Corinne Royer du domaine de Grand Fleury)

Et pourquoi Haïti ?

Pour des raisons personnelles, j’ai été très proches des évènements qui se sont déroulés là-bas. D’ailleurs, c’est curieux, ce séisme a eu lieu il y a 6 ans aujourd’hui pile. Bref, je me suis demandé si je situais mon roman dans ce petit coin rural de France où en Haïti. En fait, j’ai réuni les deux puisqu’il y avait cette notion de failles des deux côtés. La faille dans les falaises qui ébranlait les terrains et la faille sismique qui s’est déroulée en Haïti.

Tu as toujours des tas de romans en tête ?

Oui, je passe plus de temps à évacuer les idées qu’à en chercher. J’ai toujours été fascinée par ça. C’est-à-dire imaginer la vie rêvée des gens,  la vie fantasmée, leurs songes. J’aurais beaucoup aimé être psychanalyste. Mon travail d’écrivain revient un peu à ça.

corinne royer,et leurs baisers au loin les suivent,interview,mandorC’est ce que tu fais dans ton roman.

Il part d’un fait divers un peu burlesque. On retrouve un homme mort dans son congélateur, alors qu’il a toujours rêvé de l’antarctique. Souvent, on entend après un fait divers, « pourtant, c’était un jeune homme sans histoires… » Cette terminologie-là est très intéressante parce qu’il n’y a pas de gens sans histoires. Dans mon roman, on rentre dans une géographie des songes et dans la psychologie des personnages. On va vite se rendre compte que des personnages, à l’apparence assez lisse, en fait, trimballent un passé assez lourd et des songes et des rêves absolument vertigineux.

C’est extrêmement difficile de raconter ton livre, car il y a beaucoup d’histoires qui se mêlent, s’entrecroisent… et il faut que le lecteur découvre au fur et à mesure.

Il y a un côté un peu polar. Il y a des détails qui se recoupent, d’autres qui sont insinués et qui viennent confirmer plus tard un fait ou une action.

Il y a trois formes de narration.

Il y a le récit au présent de Cassandre qui vient de perdre son mari. On va rentrer dans le tourment que génère cette perte. Il y a la thématique du deuil, il y a aussi la question posée : comment acquérir sa liberté. Du jour au lendemain Cassandre va pouvoir faire ce qu’elle veut de sa vie. Il y a aussi les lettres de Lucien et à l’intérieur des lettres de Lucien, il y a le rendez-vous entre les deux frères à Nevers.

C’est un roman très dense. On peut s’y perdre parfois, mais on retrouve toujours son chemin.

Il est toujours à la frontière du factuel et du songe. Parfois, on ne sait plus trop où on est. Pour ce roman, je me suis inspiré de personnages réels à qui j’ai réinventé une vie, qui est d’ailleurs plus proche de ce qu’ils montrent dans la vie réelle. Je ne sais pas. C’est ça le miracle de l’écriture. Il y a aussi des personnages totalement fictifs. Quand j’ai écrit ce roman, moi-même, je ne savais plus si j’étais dans l’inspiration liée à des rencontres ou totalement dans le fictif et le romanesque. Tout cela est très subjectif.

Pardonne-moi de te dire ça, mais je trouve que tu écris encore mieux qu’avant. Il y a une beauté de corinne royer,et leurs baisers au loin les suivent,interview,mandorl’écriture saisissante.

J’ai eu le bonheur de travailler avec Marie Desmeures d’Actes Sud. Elle a eu une vraie exigence littéraire sur le texte. Elle ne m’a rien laisser passer.

On se remet en question quand on écrit un nouveau roman ?

Chaque livre est le premier. Il n’y a pas d’acquis. C’est à chaque fois une nouvelle aventure, un nouveau défi.

Comment travailles-tu ?

Je fais un plan. J’ai l’idée de la construction de mon roman et de ce qu’il va s’y passer, mais très vite, au bout d’une semaine, le plan vole en éclat. C’est vraiment la musique de la langue qui va décider des choses. L’histoire se construit dans l’écriture et non pas l’inverse.

Il y a un personnage qui parle aux morts… mais ce n’est pas Cassandre, qui pourtant est haïtienne.

Plus que jamais, aujourd’hui, nous vivons dans une société où nous sommes étiquetés, alors qu’en fait, nous sommes tous multiples. Ça m’a amusé d’imaginer que ce soit Pierre, élevé à la campagne, qui parle aux morts. Je lutte à ma façon contre les aprioris.

Dans le personnage de Cassandre, il y a une faculté de résilience.

Oui, et une volonté de réenchanter le quotidien. C’est très symbolique du peuple d’Haïti qui a vécu des horreurs à répétition, qu’elles soient politiques ou naturelles.

Tous tes personnages se posent la question de savoir qui ils sont et d’où ils sont.

Chacun va se fourvoyer ou fantasmer par rapport à ça. Le trait commun à tous mes personnages c’est qu’ils ne sont pas forcément de là où ils sont nés, ils ne sont pas forcément de là où ils ont grandi, mais qu’ils sont toujours de là où ils ont aimé.

Dans ton livre, il est aussi largement question du mensonge.

Il y a la question du malentendu et la question du mensonge. Dans mon roman, c’est toujours un mensonge bienveillant. Les personnages mentent pour protéger l’autre, ce n’est jamais pour se protéger soi-même.

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C’est un beau roman d’amours. Au pluriel.

Lacan disait : « l’amour c’est donné ce qu’on n’a pas ». En tout cas, entre mes personnages, c’est de l’amour rugueux, mais profond et extrêmement tendre. Ce livre n’est pas qu’un roman sur l’amour, il est aussi sur le déracinement, la transmission, la filiation…

Et bien plus.

Et bien plus.

Tu ne résous pas tous les problèmes…

Je pose beaucoup de questions, mais j’apporte assez peu de réponses. J’aime laisser la place et la libre interprétation aux lecteurs.

De quoi va parler ton quatrième livre ?

Je suis sur l’histoire d’un vol d’une découverte scientifique. Je suis dedans à fond, parce que je travaille avec une vieille dame de 90 ans, qui est la dame à qui on a volé la découverte. Il y aura deux dimensions dans le roman. L’histoire à peu près vraie de cette dame et en parallèle, une histoire complètement fictive.

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Après l'interview, le 12 janvier 2016. 

14 janvier 2016

Michel Kemper : interview pour Johnny Hallyday, Chansons à la Plume et au Pinceau

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michel kemper,johnny hallyday,chansons à la plume et au pinceau,interview,mandor« J’ai un collègue et ami qui écrit actuellement un livre sur Louane. Ça m’a fait sourire de l’apprendre : je me dis qu’il doit y avoir peu à écrire sur cette jeune fille qui n’a qu’un disque et un film à son actif. Moi, avec Johnny, j’ai un monstre de la scène et plus d’un demi-siècle de Chanson. De chansons et de l’Histoire de la Chanson : et c’est, angle original, dans cette Histoire passée et présente que je le situe dans ce livre. Mais, chut, je n’en dis pas plus. Si ce n’est que c’est gorgé de belles images, souvent irrésistibles, de l’ami Héran. Ça parait le 19 novembre 2015, entre la sortie du cinquantième album studio de Johnny et ses concerts parisiens, tous à guichets fermés. »

Voilà ce qu’a écrit mon ami et confrère Michel Kemper sur son site Nos Enchanteurs, le quotidien de la chanson, le 14 octobre 2015, à propos de la sortie de son livre Johnny Hallyday, Chansons à la Plume et au Pinceau. Au passage, il m’égratigne gentiment, mais Michel Kemper châtie bien quand il aime bien, alors j’ai souri devant cette belle marque d’affection à mon égard. (Oui, parce le collègue et ami qui écrivait à l’époque un livre sur Louane, c’est moi (il sort d’ailleurs le 18 février prochain, soit dit en passant). Et le moqueur Kemper a même participé à cette « biographie »).

Bref, il est chez Mandor pour parler de Johnny, je n’aurais pas parié sur une telle chose il y a un an.

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Argumentaire officiel du livre :

En plus de 250 bouquins, des plus érudits aux livres de photos, tout a été dit sur Johnny, et plus encore. Qu’y apporter de plus ? Michel Kemper et Héran importent le sang neuf d’une plume et d’un pinceau qui ne se prennent pas pour un fan, amènent d’autres angles de vue, une autre focale, d’autres fragrances, un peu d’impertinence et bien sûr de l’humour. Leur grande culture chanson remet Hallyday à sa juste place : celle d’un grand parmi ses pairs, ses impairs aussi, celle d’un navire amiral de la chanson et de ses bateaux-remorqueurs.

Chaque chanson de Johnny fait ici thématique autant qu’écho à d’autres héros, connus ou moins, des paroles et des musiques. De notre patrimoine chanson dont Johnny Hallyday est manifestement un des plus beaux faits d’arme. Mais pas le seul.

L’auteur (biographie volée sans vergogne au site du Centre la Chanson):michel kemper,johnny hallyday,chansons à la plume et au pinceau,interview,mandor

Le 9 octobre 1978 Jacques Brel décède à l’hôpital de Bobigny. Bouleversé par la mort du chanteur, celui qui n’est encore « que » typographe au  quotidien régional Libération Champagne, mais rêve de devenir journaliste, déboule le lendemain à la rédaction son « hommage » à la main. Une « nécro » est déjà prête, mais la chef du service culture préfèrera cependant publier l’article du jeune Kemper. Son premier « papier » ! Pendant 9 ans il signera toutes les chroniques concerts et critiques CD de la région de Saint-Etienne. La plume est précise, travaillée, documentée parfois mordante et sans concession ! Le style tranche avec les comptes rendus  bâclés des localiers plus à l’aise à la fête du cochon qu’à un concert de Loïc Lantoine. La suite logique, ce sera Chorus, auquel il collabore jusqu’à l’arrêt de la revue de référence. La tribu chanson sous le choc erre alors de blogs en blogs parfois mal fagotés jusqu’au jour où, de ce cyber-foisonnement, émerge le site d’un Kemper bien décidé à redonner espoir à une planète «  chanson » désenchantée : NosEnchanteurs est né ! Et en quelques années, l’auteur d’une biographie pour le moins boycottée de Bernard Lavilliers va séduire de nombreux  lecteurs visiblement preneurs d’une information quotidienne sur l’actualité d’une chanson dont la profusion est inversement proportionnellement à la pauvreté des médias du secteur. Pour de nombreux artistes, un seul mot d’ordre: obtenir le label Kemper !

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michel kemper,johnny hallyday,chansons à la plume et au pinceau,interview,mandorInterview :

Ce livre fait partie d’une collection, peux-tu m’en parler ?

Une collection qui est née en 2013, avec un premier tome sur Brassens, partagé entre Jean-Paul Sermonte et Jean-Marc Héran. Puis en 2014 avec Renaud : là ; c'était Baptiste Vignol et Héran. C'est par Baptiste que j'ai découvert cette collection et que je me suis lié d'amitié avec Jean-Marc. Il y a eu ensuite au printemps 2015 le Brel, entre Bruno Brel et Héran. Et un jour, Héran m'a proposé le Hallyday. Le soir même, je domptais mon oreille en écoutant l'idole des toujours-jeunes.

Peux-tu comprendre que ceux qui te connaissent et qui connaissent ton travail s’étonnent du sujet de ton livre ?

Oui, bien sûr. Si on m'avait dit un jour que j'écrirais un livre sur Hallyday, je n’y aurais pas cru. Mais j'avais donné la réponse en fait il y a bien longtemps. J'étais pigiste au Progrès, spécialisé dans la chanson. Et ma chef de service m'a demandé un jour si je considérais qu'Hallyday c'était aussi de la chanson. J'ai répondu que oui, c'était trop difficile de soutenir le contraire. Et j'ai suivi Hallyday dans l'enfer vert de Geoffroy-Guichard. Le site NosEnchanteurs, qu'on considère un peu comme l'héritier de Chorus, est né, lui, de trois papiers sur Hallyday. Comme quoi... Hallyday c'est de la chanson et, de la façon dont je l'ai traité, les gens qui connaissent mon travail, qui certes ont été surpris (parfois pas qu'un peu), se retrouvent dans mon livre. Car j'y parle d'abord et avant tout de chanson. Et c'est fou comme ce livre grouille de chanteurs et de chansons. Je vais faire un aparté puisque l’on parle de chansons: j'ai un ami et collègue qui vient d’écrire un livre sur Louane. Si, si, ne riez pas ! Lui aura plus de mal à justifier son livre que moi le mien !

(Et bim ! Deuxième cassage en règle. Michel arrête de m’aimer s’il te plait !)

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Johnny Hallyday représente quoi pour toi, grand amateur de belles chansons françaises ?

D'abord le souvenir des années soixante et soixante-dix, quand la radio familiale déversait des tonnes de tubes, parmi lesquels « Oh ma jolie Sarah », « Que je t'aime » et « Noir c'est noir ». Ensuite il représente l'industrie du disque – à priori pas ma tasse de thé, donc –. Et un mystère tout de même : 55 ans de carrière, les hauts les bas, toutes les modes, comme un caméléon (en un seul mot, svp). Moi, ça m'a donné l'occasion d'explorer ce demi-siècle avec gourmandise.

Il y a 43 chansons décryptées, des très connues et d’autres plus confidentielles. Choix cornéliens ?

Ça ne m'a pas ébranlé. J'ai fait un choix composé de grands titres, d'époques différentes et de chansons pour moi inconnues qui me semblaient pouvoir être prétextes à raconter des bouts de vie, celle d'Hallyday comme la mienne, les nôtres. Par des thématiques parfois surprenantes telles que la défense de l'environnement ou la publicité. Jean-Marc Héran, le dessinateur, m'a soufflé deux ou trois titres auxquels il tenait particulièrement. Et l'ami Yves Jamait, dès qu'il a sût sur qui je bossais, a tenu à me conseiller des titres, lui le très grand amateur de Johnny. J'en ai pris quelques-uns effectivement, et pas les plus faciles.

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Il y a de très nombreuses biographies sur Johnny. Tu n’as pas eu peur de ressasser ?

Ah non, je n’ai pas fait une bio, surtout pas. J'ai lu ou survolé quelques bouquins sur Hallyday et je me suis ennuyé. Pleins de choses, des chiffres à la pelle, mais ça me semblait manquer de vie. Moi, par 43 entrées, j'essaye de retrouver cette vie mais aussi la vie de la chanson. Avec des pirouettes, de l'humour. Un peu d'impertinence aussi.

Ce doit être difficile de trouver des choses inédites à dire…

La matière chanson que j'ai utilisée est, à peu de chose près, inédite. J'ai voulu mettre Hallyday dans la chanson, le considérer par cette focale-là. J’ai eu surtout du mal à limiter mes textes pour qu'ils entrent dans les pages leur étant attribuées. Le sujet « Hallyday » est passionnant pour qui daigne s'y intéresser.

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Chaque chanson, sa période et sa thématique. C’est une vraie enquête sociologique sur la France des années 60 à nos jours finalement.

Oui, j'aime à retrouver des moments, des périodes Des endroits aussi. Dans mon livre sur Lavilliers, c'était pareil sauf que j'avais plus de place pour détailler, décrire... L'exercice Hallyday consistait à restituer une chanson en 3000 signes. Le pourquoi, le comment si besoin est, la situation de Johnny à ce moment-là, l'odeur, l'ambiance de l'époque et ce qui se chantait à l'unisson des chansons de Johnny. C'était passionnant et souvent drôle. Ma documentation allait tous azimuts, parfois très loin du sujet initial. De toute façon, pour en revenir à ta question, je tiens la chanson en son ensemble pour un traité de sociologie. Je suis content aussi d'amener aux amateurs de Johnny d'autres pistes, d'autres chanteurs, d'autres chansons. Profiter d'un livre sur Johnny pour parler de Brassens, de Bécaud, de Loïc Lantoine, de La Blanche, des Fatals Picards, de Barbara, de Yannick Le Nagard, de Cali, de Souchon et d'autres, ça me plait : je suis dans mon élément, dans l'éducation populaire !

Les dessins de Jean-Marc Héran sont souvent drôles. Tu as écrit tes textes après avoir vu les dessins ?

Oui ils sont souvent drôles. Mais pas tous, un dessin n'ayant pas toujours la fonction d'être drôle. Quand, tout fier de moi, j'ai dit un soir à Héran que je venais d'écrire sur une chanson traitant du viol (« Les chiens de paille », une idée d'Yves Jamait), j'ai senti, à l'autre bout du fil, que Jean-Marc ne débordait pas d'enthousiasme à l'idée de dessiner un viol. Voyez ce qu'il en a fait dans le livre : c'est une des plus belles pages. Jean-Marc de son côté, moi de l'autre, avons, lui par le pinceau, moi par la plume, tenté une lecture de chaque chanson. Je n'ai pas écrit sur ses dessins, lui n'a pas illustré mes textes, ce n’est pas le principe de cette collection. Mais parfois on se retrouve sur la même idée.

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Johnny, au fond, tu l’aimes ?

Ce qui est sûr c'est que je ne le déteste pas, encore moins maintenant. Surtout s'il contribue à ma fortune (rires). C'est un bonhomme important de la chanson. Et je suis content que ce livre soit tombé sur moi. Au moment de dire oui à ce livre, je le connaissais moins que le moindre de ses fans. Mais j'ai fait des progrès, je peux à présent tenir la conversation y compris avec des licenciés ès-Hallyday. J'aime bien le personnage malgré des tas de trucs qui m'irritent au plus haut point. Il m'est devenu un personnage littéraire. Et j'aime ça.

Johnny, en trois mots ?

Sylvie, Nathalie, Laeticia. J'ai adoré les faire vivre dans ce livre !

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13 janvier 2016

Dominique Maisons : interview pour Le festin des fauves

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(Photo : Kh Dedalus)

dominique maisons,le festin des fauves,interview,mandorJ'avais beaucoup apprécié le thriller de Dominique Maisons, Le psychopompe (rebaptisé Les violeurs d’âmes pour la version poche et qui avait fait l’objet d’une première mandorisation), j’avais donc hâte de lire son nouveau roman (très) noir, Le festin des fauves. Et je n'ai pas été déçu. Au contraire. Je suis resté scotché. Quel talent ce Maisons!

Ici, il est question des services de renseignements qui vont devoir déjouer les plans machiavéliques de l’autoproclamé « Judex ». Maisons nous fait découvrir les arcanes du pouvoir et du renseignement français... et tout n'est pas rose.

L'écrivain est passé me voir à l’agence le 3 novembre dernier.

4e de couverture :dominique maisons,le festin des fauves,interview,mandor

Le nouveau grand espoir du thriller français lâche les fauves.
Un roman impitoyable et magistral.

A Neuilly, un notable donne une somptueuse soirée libertine. Les hommes portent des masques de lions ou de chacals, les femmes sont les proies : gazelles ou biches. La fête s'achève dans un jaillissement de sang. L'hôte s'écroule. Un poison lui a fait exploser tous les organes. Qui est ce Judex qui revendique le meurtre et se présente en justicier ? Que viennent faire dans ce puzzle sanglant une maîtresse SM en guerre contre les hommes, trois frères brésiliens qui sèment la mort pour récupérer d'étranges urnes funéraires ?
Quand un nouveau grand ponte succombe aux avertissements de Judex, c'est tout l'appareil étatique et policier qui se retrouve en danger. Le Commandant Rossi sait qu'il est le premier fusible. Pour sauver sa peau, il doit remonter la piste de Judex jusqu'aux plus hautes sphères.

L’auteur :

Dominique Maisons est né en 1971. Il a été éditeur de presse, traducteur de bande-dessinée, a travaillé 10 ans dans la musique, a coproduit un long métrage (un thriller franco-chinois, L’œil du silence) ainsi que les DVD de La Vie privée des animaux de Patrick Bouchitey… Il a surtout vu son premier thriller couronné du Grand Prix VSD du polar 2011 : Le Psychopompe.

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(Photo : Kh Dedalus)

dominique maisons,le festin des fauves,interview,mandorInterview :

J’ai remarqué que tes trois romans sont très volumineux.

Je m’imagine toujours que le livre que je débute va faire dans les 440 pages. J’ai mon plan en tête, mais pendant l’écriture, je réalise que l’histoire demande des développements et des précisions supplémentaires. J’ai tendance à me laisser déborder… et mes personnages sont les premiers à m’inciter à déborder d’ailleurs…

Ton livre commence avec une scène quasiment gore. Il y en a plusieurs. Tu ne nous épargnes rien.

J’ai réussi à créer une ambiance tellement lourde qu’elle fait imaginer aux gens beaucoup de choses. Il n’y a pas tant d’hémoglobine que ça, si ?

Si, je t’assure. Tous ceux qui sont assassinés par le méchant de ton histoire, Judex, finissent dans d’atroces souffrances quand même.

C’est sûr, il ne rate jamais son coup (rires). Franchement, j’adore écrire des scènes un peu gore, je trouve ça drôle. Je viens de la tradition du Grand Guignol et des films d’horreur des séries Z. Quand je réussis à m’écœurer moi-même, là, je considère que la scène est réussie.

Judex est un criminel avec un fond anarchiste.

Je ne revendique aucun des propos qu’il tient. Ce n’est pas un texte politique. Judex est plus qu’un anarchiste, c’est un activiste. C’est plus un Monte Cristo qu’un révolutionnaire.

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Judex est un personnage tiré d’un feuilleton de Louis Feuillade et Arthur Bernède.

J’adore les romans populaires français, les feuilletonistes, Dumas, Feuillade, Bernède. Ces deux derniers sont responsables respectivement de Fantomas et de Belphégor. Ils font partie de notre patrimoine imaginaire. Judex, à ces débuts, étaient plus populaire que Batman. J’ose même affirmer que, quelque part, il en est à l’origine. Ce mythe du justicier masqué qui a des pouvoirs quasi surnaturels pour se venger, caché dans l’ombre… Quand Judex a traversé l’atlantique, il est devenu The Shadow. C’est pour contrer ce personnage qui était très populaire qu’un éditeur concurrent à créer Batman. Je déplore que Batman soit aujourd’hui plus connu dans la culture américaine que Judex dans la culture française. Les français ont un peu honte des personnages populaires. Ce n’est ni chic, ni noble, du coup, les personnages sont oubliés.

Du coup, avec ton roman, tu as souhaité réhabiliter Judex ?

Oui. Je trouve ce personnage extraordinaire. En 1917, il faisait chanter des banquiers véreux en leur disant « vous vous êtes enrichis sur la spéculation, vous avez ruiné des pauvres gens, donnez la moitié de votre fortune, sinon, je vous fais passer à la trappe ». Il y avait un côté Anonymous. Je trouve Judex tellement moderne. Ce qui est très fort chez lui, c’est qu’il manipule des gens pour faire des actions à sa place.

Dans ton livre, la DGSI (direction générale de la sécurité intérieure) panique complètement parce que Judex semble avoir accès à des informations tirés de dossiers secrets.

Oui, il sait tout de personnes protégées en raison d’intérêts conséquents derrière, comme un grand PDG d’un groupe pétrolier français ou un marchand d’armes… qui ramènent beaucoup d’argent à l’état.

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(Photo : Kh Dedalus)

J’ai appris beaucoup de choses sur le fonctionnement des services de renseignements français.

Tout est rigoureusement exact. La pratique des « blancs » à la DCRI, c’est authentique. Ils font des notes que personne ne signe pour que l’on ne sache pas qui les a écrites et pourquoi. Si un jour quelqu’un tombe dessus, il ne pourra pas y avoir d’interrogatoire, du style : « Pourquoi avez-vous espionné tel candidat à la présidentielle pendant six mois en mettant sous écoute sa famille, ses voisins, ses proches…etc. » Tout cela reste dans une totale opacité.

Les journalistes d’investigation en prennent pour leur grade aussi.

Ils sont méprisés par Judex qui sait qu’ils participent aussi au système. Il sait que s’il y a quelque chose de particulièrement dérangeant, ça ne sortira pas. Il y a très peu de journalistes réellement indépendants. S’il y a un fond de réalité dans le livre, tout est très exagéré. C’est un thriller que j’ai voulu populaire.

A un moment, Judex utilise un pigeon voyageur pour envoyer un message à un de ses sbires…

Ce qui est drôle, c’est qu’aujourd’hui, dans les services de renseignements, ces pratiques reviennent. Ils réapprennent à faire de l’espionnage « low-tech » avec la machine à écrire, les messages cryptés, voire les pigeons voyageurs. Aujourd’hui, Internet et le digital laissent des traces indélébiles.

Quand on referme ton roman, il reste un arrière-goût de « tous pourris ».

Non, j’ai essayé d’être équilibré. Si on écoute la voix de Judex, oui, mais on n’est pas obligé d’écouter cette seule voix, il y en a d’autres dans le roman. Celle de mon flic, le commandant Rossi, par exemple. C’est un bon flic, un peu alcoolique et désabusé, mais un bon chasseur et pas du tout pourri.

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(Photo : Kh Dedalus)

Tu écris toujours des romans foisonnants. Il faut suivre pour ne pas se perdre… et il faut avoir le cœur bien accroché.

Je respecte mon lecteur. Je lui donne des intrigues qui peuvent les stimuler. Je m’amuse parfois à le provoquer, à pousser un peu les limites, à atteindre des niveaux de noirceurs rares. La thématique de la chair, de la viande est très présente dans mes livres. Il y a un côté Hannibal Lecter dans certains de mes personnages. Il ne faut pas que mes lecteurs soient allergiques aux scènes de sang, c’est sûr. Mon prochain livre sera beaucoup plus soft.

Tu vas y parvenir ?

Oui, ce sont des ingrédients que l’on dose.

On sent que dans tes livres, il y a du fond… et de l’enquête pour parvenir à être le plus rigoureux possible.

Je n’aime pas les thrillers qui sont légers en documentation et sur les circonstances, les thrillers qui jouent sur des ficelles un peu grosses, sans fond, sans crédibilité, sans travail. Quand on écrit un thriller, on doit avoir une base de travail solide, créer des scènes et des personnages crédibles et avoir une mécanique qui fonctionne très bien. Ce que j’admire chez certains de mes confrères, c’est la capacité à brasser de l’information et de la restituer de manière fluide.

Comment fais-tu le distinguo entre un polar et un thriller ?

Pour moi, dans un thriller, les personnages sont toujours sous tension. Ils ne sont pas juste dans une enquête, ils sont menacés eux aussi.

La question qui tue. C’est quoi le secret pour écrire un bon thriller ?

Il faut créer une tension, ne jamais la laisser retomber, écrire des chapitres courts, éviter les introspections, être sans arrêt dans l’action. Le thriller, c’est un travail d’artisan, on dose, on calibre ses ingrédients.

Il y a un peu de sexe dans Le festin des fauves. Notamment avec la turbulente et jolie Lucie, ton héroïne un peu borderline.

Ces scènes-là, c’est Lucie qui les a provoquées. Elle a un compte à régler avec la gente masculine. Elle est très en colère et pour parvenir à ses fins, elle n’hésite pas à jouer de ses charmes. Ce qui la caractérise, c’est qu’elle refuse d’être une victime et qu’elle est tenace.

Tes personnages ont leurs qualités et leurs défauts. Ils sont loin d’être manichéens.

Ce qui est sûr c’est qu’ils sont paradoxaux, mais nous sommes tous paradoxaux. Tant mieux !

Tu as écrit ce livre en six mois.

Oui, et pas à temps plein. Par contre, il faut écrire tous les jours. Il faut rester sur sa lancée sinon on perd le contact avec ses personnages et l’action. Pas d’échappatoire possible. C’est difficile de rester dans l’ambiance du livre, dans la bonne direction, ça implique un contact quotidien.

Après, il y a les corrections.

Mon éditrice m’a rendu fou. Il y a eu 7 ou 8 jeux de corrections. A un moment, je connaissais le livre par cœur, je n’en pouvais plus (rires). Je dis ça, mais je suis très content d’avoir signé dans une maison d’édition exigeante. J’avais besoin et envie de cela. Cela m’a fait progresser.

Quand tu finis un livre, tu arrives à couper le cordon avec lui ?

C’est très difficile. Pour le couper, la seule solution, c’est d’en commencer un autre.

Le prochain livre ?

Il est déjà écrit. C’est un thriller qui se passe en 1909. Il y a encore un hommage très appuyé aux feuilletonistes de l’époque.

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Après l'interview, le 3 novembre 2015.

25 novembre 2015

Stéphane Bern : interview pour Secrets d'Histoire 6

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Interview de Stéphane Bern réalisée le 10 novembre dernier, à l'occasion de la sortie de deux livres estampillés "Secrets d'Histoire", pour le Magazine des loisirs culturels Auchan daté des mois de novembre et décembre 2015.

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24 novembre 2015

Salon du Livre d'Ozoir-la-Ferrière 2015: Bilan et photos

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C'est la septième année consécutive que j'anime le Salon du livre d'Ozoir-la-Ferrière (Voir là en 2009, ici en 2010, en 2011, en 2012, en 2013 et l'année dernière). Cette année, j'ai arrêté les interviews à la chaîne. Nous nous sommes aperçus que ça n'apportait pas grand chose, si ce n'est beaucoup de parlottes inaudibles et, pour tout dire, je me lasse de ses interviews sans fonds réels. J'ai donc fait ce que je sais et aime faire : animer des débats. En l’occurrence, deux de 45 minutes, l’un avec Jean-Marie Blas de Roblès, l’autre avec le Père Guy Gilbert, les deux invités exceptionnels de cette édition.

Merci à Luc-Michel Fouassier, maire-adjoint d'Ozoir-la-Ferrière, délégué à l'événementiel littéraire, et organisateur d'actions culturelles autour du livre et notamment de ce salon. 7 ans qu'il me fait confiance...

Comme chaque année, je rapporte de ce salon quelques souvenirs photographiques.

Voilà un cliché de la foule présente (il y a eu beaucoup plus, dans l'après-midi).

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Maryline Martin, l'illustrateur Daniel, Derek Munn posent pour la postérité.

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Jean-Marie Blas de Roblès est notamment l’auteur du monumental Là où les tigres sont chez eux (Prix du roman Fnac, Prix Giono, Prix Médicis 2008). Et tout récemment du très remarqué l’Île du Point Némo. Ici avec quelques lectrices...

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Jean-Marie Blas de Roblès reçoit la médaille de la ville, au salon du livre d'Ozoir-la-Ferrière. (Remise par le maire) sous l’œil fier de Luc-Michel Fouassier, l'organisateur du salon.

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Discussion en public avec l'un des deux invités majeurs de cette édition, Jean-Marie de Roblès. Quand j'interviewe ce genre de personne, je tente de prendre de la hauteur, même s'il est compliqué de se mettre à son niveau. Il est brillant, drôle et intéressant. Il ne faut pas décevoir la salle qui écoute. 

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Ethel Salducci, lauréate du Prix Ozoir'elles pour son recueil Singulière agape (Editions Luce Wilquin). Ici avec le maire d'Ozoir-la-Ferrière, et les ozoiriennes, membres du jury.

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Les mêmes...

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Le père Guy Gilbert, avec à droite le maire d'Ozoir, Jean-François Oneto et l'organisateur du salon, Luc-Michel Fouassier.

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Le Père Guy Gilbert est un prêtre et éducateur spécialisé pour les jeunes délinquants. Il est connu pour son registre de langue emprunté à la rue et pour son look de loubard (il arbore volontiers un cuir bardé de badges, comme vous le voyez sur toutes ces photos).

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Le débat avec le Père Guy Gilbert à commencé devant un public très nombreux... enfin, c'est prétentieux de dire débat. Avec le curé des loubards, c'est plutôt un monologue. Il fait son show et il le fait bien. Humour et profondeur, avec son langage bien à lui... J'ai adoré.

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Je fais une tentative d'approche pour l'interrompre. Impossible (même si impossible n'est pas François). 

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Rapprochement de micro... je vais y arriver. 

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Raté. Le Père Guy Gilbert fait une conférence, en fait. 

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Un homme exceptionnel, un curé comme il en faudrait beaucoup plus. 

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Série de photos avant de se dire adieu (avant de se dire à Dieu?).

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01 novembre 2015

Ingrid Desjours : interview pour Les fauves

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ingrid desjours,les fauves,la bête noire,interview,mandor« Depuis 1954 et la toute première enquête de Nestor Burma dans Les Nouveaux Mystères de Paris de Léo Malet, les éditions Robert Laffont proposent au plus grand nombre polars et thrillers, français et étrangers. C’est avec cet héritage chevillé au corps que nous lançons en octobre la collection « La Bête noire ».
Des intrigues fortes et originales, une littérature populaire de qualité destinée tant aux inconditionnels qu’à la nouvelle génération, une maison et des auteurs en relation directe avec leurs lecteurs. La Bête noire traquera ces derniers sur tous les territoires du polar : enquêtes âpres, thrillers abrasifs, suspenses éreintants, true-crimes glaçants, la bête grondera d’un constant désir d’adrénaline. Rassurez-vous, elle sera certes vorace, mais nous ne la nourrirons que d’une dizaine de titres par an, moitié français, moitié étrangers. La qualité la rassasiera plus que la quantité.La Bête noire est née, à vous de l’apprivoiser ! »

Voilà la présentation officielle de cette nouvelle collection dirigé par Glenn Tavennec. C’est le roman d’Ingrid Desjours (mandorisées , , (sous le nom de Myra Eljundir) et encore ), Les Fauves, qui lance cette collection.

Ingrid Desjours fait partie de ces auteurs de romans noirs dont je guette les sorties depuis le premier roman tant je suis admiratif de son talent. Les Fauves est un livre qui se dévore (je sais, c’est facile, mais tellement vrai). Un page turner qui fait froid dans le dos et qu’il est impossible de lâcher. La noirceur humaine, comme si vous y étiez. Le meilleur polar d’Ingrid Desjours. Sociétal et obscur comme jamais. Impressionnant!

Le 14 octobre dernier, nous avons déjeuné ensemble dans une brasserie de la capitale (micro ouvert).

4e de couverture :ingrid desjours,les fauves,la bête noire,interview,mandor

Votre pire prédateur : Celui qui vous aura apprivoisé.
« Torturez-la ! Violez-la ! Tuez-la ! » À la tête d'une ONG luttant contre le recrutement de jeunes par l'État islamique, l'ambitieuse Haiko est devenue la cible d'une terrible fatwa.
Lorsqu'elle engage Lars comme garde du corps, le militaire tout juste revenu d'Afghanistan a un mauvais pressentiment. Sa cliente lui a-t-elle dit l'entière vérité sur ses activités ? Serait-ce la mission de trop pour cet ancien otage des talibans ?
Dans cet univers où règnent paranoïa et faux-semblants, Haiko et Lars se fascinent et se défient tels deux fauves prêts à se sauter à la gorge, sans jamais baisser leur garde.

« L'ex-profileuse est passée maitre dans la manipulation de sa proie : le cerveau du lecteur » Julie Malaure, Le Point.
« La faculté stupéfiante d'Ingrid Desjours à dépeindre les émotions humaines fait mouche à chaque fois » Marie Rogatien, Le Figaro Magazine.

ingrid desjours,les fauves,la bête noire,interview,mandorL’auteur :

Ingrid Desjours est psychocriminologue. Après avoir exercé de nombreuses années auprès de criminels sexuels en Belgique, elle décide en 2007 de se retirer en Irlande pour écrire son premier thriller. Depuis, elle se consacre entièrement à l'écriture de romans et de scénarios pour des séries télévisées. Les nombreux psychopathes qu'elle a profilés et expertisés l'inspirent aujourd'hui encore. Outre ses tableaux cliniques pertinents, l'auteur excelle dans l'art de lever le voile sur la psychologie humaine et de faire ressentir au lecteur ce que vivent ses personnages, pour le meilleur et surtout pour le pire.

Ses quatre premiers romans, Écho (2009), Potens (2010), Sa vie dans les yeux d'une poupée (2013) et Tout pour plaire (2014) ont été plébiscités tant par le public que par les libraires. Consécration : Tout pour plaire est en cours de développement pour une série TV par Arte. Elle a également animé l'écriture de Connexions, un polar interactif édité en partenariat avec l'émission « Au Field de la nuit » (TF1). Son dernier-né, Les Fauves, ouvre la nouvelle collection de polars et thrillers des éditions Robert Laffont : « La Bête noire. »

Ingrid Desjours publie également chez le même éditeur des sagas fantastiques chez Robert Laffont sous le pseudonyme de Myra Eljundir : la trilogie Kaleb ainsi que Après nous, dont le premier tome paraîtra en mai 2016.

ingrid desjours,les fauves,la bête noire,interview,mandorInterview :

Ton 9e roman est particulier par rapport aux autres. Il est noir, certes, mais tu te diriges très nettement vers  la critique sociale et politique, dans la grande tradition du néo-polar français des années 70 et 80. Et tu pulvérises la frontière entre littérature de genre et littérature tout court.

Depuis Echo qui est sorti en 2009, j’ai écrit huit autres livres. J’ai changé, j’ai vieilli. On dit souvent qu’un livre, c’est comme un bébé. Je suis d’accord avec cette affirmation, c’est quelque chose d’organique. Ce que je crée est fonction de ce que je suis. Je n’applique pas une recette que j’utiliserais à chaque roman. Le livre dépend de moi, de mon état d’esprit, de l’évolution de mes réflexions, bonnes ou mauvaises. Il est le miroir de ce que je suis. Je ne vois pas mon écriture se figer, se scléroser dans un genre. J’ai envie de partager mes émotions et mes pensées, j’ai donc besoin de plus d’espace de parole.

L’action se situe en France peu après l’attentat contre les membres de Charlie Hebdo, le 7 ingrid desjours,les fauves,la bête noire,interview,mandorjanvier 2015.

Ça a été une espèce de déclic. Même avant ces évènements-là, j’étais déjà catastrophée par la montée des intégrismes et par l’apathie et l’inertie de nos dirigeants par rapport à ce problème. Quand est arrivé l’attentat de Charlie Hebdo, j’ai été très affectée et il a eu un impact très fort sur moi. Moi qui dénigre certains médias qui jouent beaucoup sur l’émotion au détriment de la véritable information, j’ai fait comme tout le monde. J’ai allumé mon poste sur une chaine d’info en continu et je n’ai pas pu lâcher l’écran de la journée, j’étais complètement hypnotisée. J’avais besoin de ce truc-là qui était horrible. Un vrai lavage de cerveau ! Avec ce livre, j’ai voulu témoigner et crier ce qui me révolte. La montée des intégrismes, la montée des haines et les épouvantails qu’agitent les politiques. Ce qu’il se passe en Europe et dans le monde me fout véritablement en l’air. Avant j’avais plus de réticences et de craintes à dévoiler ce que je pensais, peut-être par peur d’être jugée ou d’être à côté de la plaque. Mais à partir du moment où tu n’assènes pas les choses comme des vérités absolues et que tu gardes un peu d’humilité, au contraire, il faut parler, échanger.

Savais-tu, le 7 janvier, que tu allais en parler dans un livre ?

Non, ça m’est venu quelques mois après. Le livre a été écrit assez rapidement du coup. Un jour, c’est devenu une évidence, un besoin intense d’en parler.

Ton héroïne s’appelle Haiko, une jeune femingrid desjours,les fauves,la bête noire,interview,mandorme, fille d'une célèbre journaliste dont le combat est d'empêcher les jeunes français de se faire laver le cerveau et de partir en Syrie faire le Djihad. Pour cela, elle a monté une association, N.e.r.F (Nos enfants resteront en France), qui a pour but de sensibiliser, agir auprès des jeunes qui commencent à se radicaliser et dans le pire des cas, contrecarrer le départ en Syrie, à la demande des parents.

Haiko est une jeune femme qui se cherche. Elle porte une culpabilité terrible et recherche la légitimité à sa vie et à son existence. Elle essaie de racheter deux fautes qu’elle estime avoir commise, cela en fait une espèce de passionaria qui pourfend les injustices et qui est de toutes les grandes causes. Elle a aussi besoin de se rassurer, alors elle utilise beaucoup les réseaux sociaux et les médias. Elle est très accro à la notoriété et à l’image d’elle qu’on lui renvoie. Comme si elle cherchait la confirmation qu’elle existe dans ce monde.

Elle est trouble.

Oui, d’un côté, elle fait des choses très positives, parce qu’elle défend des gamins et d’un autre côté, on sent bien qu’il n’y a pas que ça. 

Tant et si bien que l’on se demande si c’est une sainte ou une diablesse.

J’aime bien pointer du doigt nos filtres, nos préjugés et nos interprétations. On confond souvent analyse et interprétation. Moi, je fais en sorte que les lecteurs interprètent. Je ne mens pas dans mes livres, c’est le lecteur qui se trompe lui-même. Les apparences sont souvent très trompeuses. Il faut arrêter de tout prendre pour argent comptant.

Et les réseaux sociaux n’arrangent rien.

Cela crée des embrasements spontanés complètement démentiels. Une chasse aux sorcières en chasse une autre. Les gens prennent ce qu’on leur dit sans vérifier. Ils s’emballent, jugent, s’enthousiasment, dénigrent…C’est toujours de la surréaction et de la mauvaise émotion. Je parle aussi de cela dans Les fauves.

Ton héros masculin s’appelle Lars, un ancien militaire revenu d'Afghanistan qui a de ingrid desjours,les fauves,la bête noire,interview,mandorlourdes séquelles psychologiques. Il a été pris en otage par des Talibans et il est en ressorti traumatisé. Depuis son retour en France, Lars est addict à l'alcool et aux amphétamines, il a suivi une formation pour devenir agent de sécurité rapprochée. Il doit surveiller Haiko.

Il est aussi la quintessence de la virilité ! Il a une force brute et beaucoup de charisme. Haiko et lui, c’est le chêne et le roseau. L’homme que l’on croit un roc a une fêlure énorme. C’est un homme extrêmement fragile, un colosse aux pieds d’argile.

Il est attachant.

Oui, parce qu’il est entier, sincère et vrai. Il doute beaucoup et se débat avec ce qu’il a. Parfois, c’est la drogue, parfois c’est Dieu, parfois ce sont ses convictions. Il sait à quel point il est atteint, entamé et il essaie de préserver le peu qui lui reste. Il s’accroche à sa dernière petite part d’humanité. C’est un pur.

Une association qui essaie d’empêcher les enfants de partir en Syrie, ça existe ?

Il y a des gens qui sont spécialisés dans la déradicalisation et qui doivent faire un travail de détricotage énorme auprès de ces jeunes. Une association qui enlève les enfants, ça n’existe pas, en tout cas, pas à ma connaissance. C’est, a priori, le fruit de mon imagination.

Tu t’appuies sur des faits véridiques et pimentes le récit en ajoutant des articles et des témoignages sortis dans la presse ou disponibles sur internet. Tu as beaucoup enquêté ?

Je voulais avoir une vision la plus exhaustive possible. Je ne suis ni experte en géopolitique, ni en théologie, ni en profil de djihadiste, alors j’ai beaucoup cherché sur internet. J’ai été en contact avec un recruteur, j’ai lu des témoignages de familles d’ado qui sont partis et qui ont pu revenir, je me suis retrouvée sur le darknet et j’ai vu des discours et la propagande des Djihadistes… avec tout ça, j’ai essayé d’être plus dans l’analyse que dans l’interprétation. Je n’étais pas en très bonne compagnie ces derniers mois, je suis contente de revenir à la vie.

Tu ne t’es pas demandé si ce livre pouvait être dangereux pour toi ?

Je me suis dit que ce livre pourrait être mal interprété. On comprend ce que l’on est capable de comprendre. Il faut raison garder, c’est juste un roman et un témoignage parmi d’autres. Si on commence à ne plus rien dire parce qu’on a peur, on est déjà dans une dictature alors. M’autocensurer serait malhonnête.

ingrid desjours,les fauves,la bête noire,interview,mandorQu’est-ce qui a été le plus difficile pour écrire ce roman ?

Sans conteste de donner la parole à tout le monde avec les vrais et bons arguments de chaque partie concernée. L’idée n’était pas de faire un procès à charge, mais d’essayer de comprendre les motivations des gens qui pouvaient être attirés par le djihad. On critique leur modèle social et leurs aspirations, mais posons-nous les bonnes questions : comment a-t-on pu générer cette envie-là chez la jeunesse ? Et nous, quel modèle de société propose-t-on ? On est déjà dans la chute de l’Empire romain là, une chute et une fin de civilisation qui n’est pas très reluisante. On propose aux jeunes un monde matérialiste, un monde sans croyance, sans valeur, un monde où personne n’a sa place. L’être humain a fondamentalement besoin de beauté, besoin de croire, besoin d’une forme de spiritualité et nous avons complètement négligé cette transmission-là. Finalement, comment ne pas être attiré par un mode de pensée morbide. Beaucoup d’islamistes vénèrent la mort. La mort est l’aboutissement final. On n’a pas assez ancrés les jeunes dans la vie, ils en viennent à souhaiter la mort. C’est quand même terrible.

Est-ce que la préparation et l’écriture de ce roman t’ont épuisé ?

L’écriture a plutôt été libératrice. Ce sont mes recherches qui ont eu des conséquences sur mon moral. Je ne suis déjà pas une grande optimiste et je n’ai pas une foi en l’humanité énorme, mais quand j’ai lu ce que j’ai lu et vu ce que j’ai vu, ça ne s’est pas arrangé. L’humain me désespère et m’horrifie. Au nom de la folie d’une poignée d’hommes, on tue, on torture, on massacre. Je ne sais pas où va ce monde…

Self défense avec Ingrid Desjours. Comment vous défendre quand un agresseur vous menace avec un couteau ?

Dernière réflexion sur Les fauves, plus anecdotique celle-ci. J’aime beaucoup le personnage qui enquête. Un certain capitaine François Alquier.

Ça m’a beaucoup amusé de te piquer ton nom et même de mettre un peu de toi dans mon personnage. Je me suis marrée à en faire un technophobe, un mec qui prend ses notes sur un petit calepin, qui n’est pas du tout branché réseaux sociaux, ordinateur… J’hurlais de rire en écrivant derrière mon ordi de te décrire ainsi. J’en ai fait aussi un amateur de photos. Le capitaine François Alquier mène tous ses interrogatoires avec des photos. Plus sérieusement, ce n’est pas rien, parce que le nom que je choisis pour un personnage va avoir une incidence sur sa personnalité.

Changeons de sujet, parlons de la déclinaison de ton roman Tout pour plaire en feuilleton ingrid desjours,les fauves,la bête noire,interview,mandorpour Arte.

Je viens de signer un contrat avec Arte série qui m’a demandé de développer mon roman en une mini-série de trois épisodes de 52 minutes. Je suis coscénariste avec Florent Meyer. Ensemble nous remanions le texte original, c’est donc une libre adaptation. Nous nous réservons même le droit d’une fin différente. Le producteur Stéphane Strano, de Delante TV, croit en moi et me soutient depuis le début. Je suis très heureuse que l’on me fasse confiance à ce point. J’ai juste peur de ne pas être à la hauteur, mais il paraît que c’est normal. 

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Le 14 octobre 2015, après l'entretien.

Pour finir, voilà ce qu'en pense l'excellent David Medioni pour Les déblogueurs TV.

26 octobre 2015

ALTERNALIVRES (Saison 3): Bilan et photos

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Il y a quelques mois, Arnaud Dudek, écrivain mandorisé deux fois et , me contacte pour me proposer d’animer une journée de rencontres littéraires qu’il organise avec un ami à lui, Didier Ray. Il m’envoie le programme… et j’ai très vite accepté. D’abord parce que j’aime beaucoup Arnaud (garçon aussi talentueux que sympathique) et parce que j’ai trouvé beaucoup d’intérêts à participer à cette manifestation, notamment parce que les invités présents ce jour-là me plaisaient. De fortes personnalités...

Ainsi, le samedi 24 octobre 2015, je me suis rendu à Messey-sur-Grosne, commune située dans le département de Saône-et-Loire en région Bourgogne-Franche-Comté, à la rencontre de deux éditeurs prestigieux, Serge Safran (Serge Safran éditeur) et Dominique Bordes (Monsieur Toussaint Louverture), de trois primo-romanciers, Éloïse Cohen de Timary, Benjamin Fogel et Éric Metzger et d’un fantastique auteur de nouvelles, Bernard Quiriny (qui, habituellement, ne se déplace jamais dans ce genre de rencontres/débats. Il a fait exception à la règle, je suis donc ravi d’avoir eu la chance de l’interroger.)

alternalivresMot de présentation des organisateurs:

La littérature est vivante. La littérature ose encore. Certes, beaucoup ne cherchent à produire ou à vendre que ce qui marche. Mais contre vents et marées, contre fusions et rachats, des éditeurs, des libraires indépendants n’ont pas cessé de lutter contre l’uniformisation des goûts et la standardisation. Ce sont ces acteurs de la vie culturelle que nous souhaitons mettre à l’honneur- mais aussi les romanciers, les poètes qui s’épanouissent grâce à eux. C’est l’ADN d’AlternaLivres.

Après le thème de l’engagement en 2012, puis l’édition au féminin en 2013, AlternaLivres s’installe à Messey-sur-Grosne pour y raconter des histoires. Tout simplement. Celles d’écrivains pris dans le tourbillon de la grande Histoire.

Celles d’éditeurs qui croient à la littérature. Celles racontées par des auteurs de talent. Et puis celles des poilus de Laurent Gaudé, que lira pour nous le talentueux comédien Julien Pillot.

AlternaLivres sera enfin au coeur d’un événement : l’inauguration de la médiathèque de Messey-sur-Grosne, alternalivresambitieux projet culturel.

De la littérature, des histoires. Des passeurs de livres aussi enthousiastes qu’engagés. Tout ceci avec le souci constant de s’adresser à tous les lecteurs, les érudits, les amateurs de littérature, les novices ou les simples curieux. Voilà qui promet une belle journée, n’est-ce pas  ?

Les organisateurs, Didier Ray et Arnaud Dudek.

Didier Ray est ingénieur du son à France Télévisions. Il a notamment travaillé sur la série « Un siècle d'écrivains » initiée par Bernard Rapp - ce qui provoqué de belles rencontres avec l’œuvre d'une bonne cinquantaine d’auteurs. Dans les lectures préférées de ce passionné d’histoire et grand amateur de poésie, Duby, Amouroux, Ponge, ou encore Michaux occupent des places de choix.

Arnaud Dudek est né à Nancy en 1979. Son premier roman, Rester Sage (2012, Alma éditeur – 2014, Pocket) a  notamment fait partie de la sélection finale du Goncourt du premier roman, et a été adapté au théâtre par la compagnie Oculus. Après Les fuyants en 2013, il a publié un troisième roman, Une plage au pôle Nord, en janvier 2015.

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(Arnaud Dudek et Didier Ray. Photo: info-chalon.com)

Il y a eu plusieurs cafés littéraires. Voici les protagonistes de deux d'entre eux. (Mais pour voir l'ensemble du programme proposé, cliquez là!)

Café littéraire#1

"C'est l'histoire...": Avec trois primo-romanciers et un nouvelliste chevronné.

Benjamin Fogel est le fondateur du site internet Playlist Society, et de la maison d’édition du même nom. Il est également l’auteur d’un premier roman, Le renoncement d'Howard Devoto (éditions Les mots et le reste), biographie fictionnelle ou histoire réelle de l'un des fondateurs du groupe post-punk Magazine.

Eric Metzger est un pilier du Petit journal de Canal + avec son complice Quentin Margot, mais il est aussi un raconteur d’histoires. Il a fait des études de lettres, et même entamé une thèse. Et puis il est l’auteur d’un joli premier roman, La nuit des trente (L’Arpenteur), soit l’histoire de Félix, un garçon désabusé, qui vagabonde dans Paris pour fêter ses trente ans.

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Éloïse Cohen de Timary est née à Paris en 1982. Elle a fait ses études à Sciences Po. Co-auteure du documentaire « Sous les pavés, la jupe », diffusé sur Arte, elle est actuellement rédactrice en chef adjointe de Socialter, magazine de l’économie nouvelle génération. Histoire d’identités, Babylone Underground, son premier roman, a été publié en 2015 par Serge Safran Editeur.

Bernard Quiriny est un écrivain belge, docteur en droit, critique littéraire (Madame Figaro, L’Opinion, MK2 3 couleurs…) et professeur des universités à l'Université de Bourgogne. En bon disciple de Borges, Bernard Quiriny n'a pas son pareil pour s'emparer d'une idée poétique et la développer dans une écriture délicieusement hors des modes. Dans son dernier recueil de nouvelles, Histoires assassines (Rivages), finaliste du Goncourt de la nouvelle 2015, il a concocté bon nombre de trames jouissives.

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Café Littéraire#2

L’éditeur, passeur d’histoires: Avec deux éditeurs. 

Dominique Bordes, éditeur indépendant et radioactif, fondateur de Monsieur Toussaint Louverture. En moins de dix ans, l'éditeur s'est construit une réputation de dénicheur de chefs d’œuvre étrangers oubliés, des « ratés » de l'édition qu'il redécouvre ici et là, dans des préfaces, des entretiens, au hasard de lectures. Le dernier stade de la soif et À l'épreuve de la faim de Frederick Exley, Enig Marcheur de Russell Hoban ou Le linguiste était presque parfait de David Carkeet ont atteint ou dépassé les 15 000 exemplaires vendus. Les deux romans de Steve Tesich ont carrément été des cartons.

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Serge Safran, éditeur et auteur. Cofondateur des éditions Zulma, il crée en 2011 Serge Safran éditeur. Cette maison propose quatre à cinq titres par an de littérature contemporaine, française ou étrangère. À savoir un choix personnel guidé par l'originalité du sujet, la force d'émotivité et le dérangement des codes établis, qu’ils soient moraux, littéraires ou esthétiques. L'idée est avant tout d'offrir de réelles découvertes. Donc de privilégier, sans que cela soit une contrainte, ni une limite, de nouveaux ou jeunes auteurs, en tout cas des écrivains méritant d’être soutenus et encouragés avec passion.

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Petite photo avant de quitter Messey-sur-Grosne, de gauche à droite : Éloïse Cohen de Timary, Benjamin Fogel, Éric Metzger, bibi, Serge Szafran et Bernard Quiriny.

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Le soir, retour à Paris en train avec tous les auteurs et éditeurs. Je n'ai pu m'empêcher d'immortaliser un moment avec Eric Metzger, parce que son second degré constant et son humour m'ont beaucoup fait rire ce jour-là (et qu'il m'amuse beaucoup à la télé). Je précise que son roman La nuit des trente (L’Arpenteur) est plus qu'honorable. Un premier roman bien écrit qui se laisse bien lire. La chute est étonnante. Eric Metzger craignait de ne pas avoir tout à fait sa place au milieu des autres écrivains, lui "le clown de Canal qui se déguise avec des perruques", comme il l'a répété plusieurs fois. Si, il avait sa place. J'attends le deuxième roman.  

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21 octobre 2015

Amélie Nothomb : interview pour Le crime du comte Neville

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amélie nothomb,le crime du comte neville,interview,le magazine des espaces culturels leclerc,mandorCela faisait longtemps que je voulais interviewer de nouveau Amélie Nothomb. Je l’avais déjà eu devant mon micro dans une autre vie, dans une radio limougeaude, en 1996. Mais depuis, plus rien. Or, j’aime beaucoup les romans d’Amélie Nothomb. Je lis systématiquement (ou presque) son livre annuel. J’étais donc content que l’on me demande de l’interviewer une seconde fois.

Mais c’était un « phoner ». Et je n’aime pas les interviews par téléphone. Surtout quand j’aime l’artiste. J’ai besoin du regard de l’autre. C’est con, mais c’est primordial. La personne interrogée est meilleure et je suis mailleur quand il y a un vrai contact. Une interview se doit d’être « physique ». Bref, c’est comme ça.

Mais elle a été délicieuse. Écouter Amélie Nothomb est un ravissement.

Pour ce 24e roman, Le crime du comte Neville, elle nous plonge dans les milieux aristocratiques belges (dont elle est issue). Elle croque avec amusement ce monde accroché aux principes d'un autre âge (ceux de l'Ancien Régime), où l'on vit "dans la hantise de faillir au paraître" et où "ce qui est monstrueux n'est pas nécessairement indigne".

Voici le fruit de notre conversation téléphonique pour Le magazine des loisirs culturels des magasins Auchan (daté des mois de septembre et octobre 2015). En bonus pour Les chroniques de Mandor, la version longue de l’interview.

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amélie nothomb,le crime du comte neville,interview,le magazine des espaces culturels leclerc,mandorBonus mandorien :

C’est votre 24e livre publié, mais vous en écrivez plusieurs par an. Comment choisissez-vous celui qui va sortir à chaque fin du mois d’août ?

La procédure est toujours la même. À la fin de l’année, donc durant l’hiver, je relis tout ce que j’ai écrit dans l’année, ce qui fait trois ou quatre manuscrits, et je choisis seule et de façon extrêmement instinctive lequel de mes manuscrits de l’année je publierai. J’aurais le droit d’aller chercher dans mes vieilleries, dans mes manuscrits des années précédentes non publiées, mais je n’en éprouve pas le désir. Je préfère publier quelque chose de récent.

Aucun de vos livres ne ressemble à un autre. On ne sait jamais à quoi s’attendre et ce n’est pas vos quatrièmes de couverture qui vont nous aider…

(Rires) J’étais tellement énervée par ces quatrièmes de couverture qui nous servaient des plats complets que j’ai inventé les quatrièmes de couverture frustrantes. Je préfère susciter du désir que de rassasier les gens avant même qu’ils aient lu mon livre. J’ai constaté que plus les quatrièmes de couverture sont louangeuses plus le livre est mauvais. Moi, j’évite cet écueil, ainsi cela ne me porte pas malheur.

Pour en revenir à Le crime du comte de Neville, vous n’avez pas été si cruelle que ça avec le milieu que vous dépeignez.  

Je n’ai pas mis de frein, je vous assure. Je n’ai simplement pas eu le besoin d’en dire plus. J’aime énormément mes parents, même s’ils appartiennent clairement à ce milieu. C’est trop facile de dire « famille, je vous hais ! » Je ne hais pas tout dans ce milieu. Il y a des choses que je trouve étonnantes et touchantes, même s’il est profondément désuet et ridicule. J’en ai hérité, donc je ne peux pas non plus me haïr moi. Je ne souhaite à personne d’appartenir à ce milieu, car il est très dur et faussement aisé, mais il a aussi des côtés fascinants et je ne le déteste certainement pas.

Est-ce plus compliqué d’écrire sur des faits que l’on a vécus, qu’une pure fiction ?

J’ai beaucoup expérimenté ces deux écritures. Elles sont, l’une et l’autre, très difficiles. Il y a peut-être une plus grande liberté dans l’écriture fictionnelle parce que personne n’existe réellement et personne ne va vous reconnaître. Vous pouvez donc confier les secrets les plus intimes de vos personnages avec un très grand sentiment d’impunité. Dans le cas de l’écriture autobiographique, c’est plus facile parce qu’on décrit un milieu que l’on connaît très bien, mais c’est aussi plus compliqué parce qu’on a une limitation de la liberté. Comme on sait que l’on va être reconnu, cela empêche de tout dire. Bref, ces deux écritures ont leurs contraintes, mais j’ai certainement besoin des deux. Pour connaître la totalité de mon être, pour savoir qui je suis, on a besoin de lire mes écrits autobiographiques et ceux qui sont fictionnels. J’ai aussi envie d’ajouter : « pour savoir ce que tout le monde est ». Je fais le pari qu’en donnant une description fidèle de ce que je suis, je donne une description fidèle de ce qu’est à peu près tout le monde.

Le comte de Neville, Henri, aime sa femme et je trouve ça beau quand il dit : « Si j’avais tout réussi comme mon mariage, je serais le plus heureux des hommes ».

Mon père pourrait en dire autant, sauf qu’il a bien réussi sa vie en tous points. Ce qui est sûr, c’est qu’il a particulièrement bien réussi son mariage. Moi, à ma manière, j’ai pas mal réussi ma vie et j’ai surtout bien réussi mon histoire d’amour. Ça tombe bien, c’est surtout cela que je voulais réussir. Je suis un grand message d’espoir. On peut être cette espèce de « radeau de la méduse » que je suis et pourtant s’en sortir.

On a l’habitude de dire qu’une des caractéristiques de vos livres est que vos héros ont toujours des prénoms rares, voire uniques, c’est le cas de votre héroïne qui s’appelle Sérieuse. Pour la première fois, vous parlez de cela dans ce livre.

C’est la première fois qu’il est naturel que j’en parle parce que c’est vrai que dans l’aristocratie belge, on donne volontiers à ses enfants des prénoms à coucher dehors. Mes parents n’ont pas hérité de ce travers parce qu’ils ont appelé leurs enfants André, Juliette et Amélie, ce qui est tout à fait raisonnable. Moi, je n’ai pas d’enfant. Si j’en avais eu, je leur aurais donné des prénoms possibles. Mais, j’ai des enfants de papier qui, souvent, ont des destins hors du commun, et je me dis que je peux me permettre ce luxe de leur donner des prénoms qui leur conviennent.

Pour vous, la vie est tragique ou comique ?

Vraiment les deux, à court et long terme. Dans toute journée adulte, il y a toujours des sales moments et des moments presque hilarants. Je vous assure, si on arrive à regarder la vie que l’on mène à bonne distance, il y a toujours moyen de se marrer.

Êtes-vous heureuse ?

Je ne suis certainement pas malheureuse, mais heureuse, le contrat est difficile à remplir. Être heureuse tout le temps n’est pas tenable comme position. Mais j’ai des moments de joie, tous les jours, je trouve donc que je suis assez bien lotie.

Les journalistes vous raillent sur le fait que chaque année, un Nothomb sort à la même date depuis 24 ans.

Les journalistes qui me reprochent cela n’ont pas l’air de se douter à quel point c’est difficile. Ils ont l’air de croire que le livre tombe du ciel. Non, c’est même un métier très difficile. Je ne sais pas ce que valent mes livres, mais je sais les efforts que je fais pour en arriver là. Cela fait 23 années que je tiens et je suis toujours impressionnée d’être toujours là.

Personnellement, j’ai toujours imaginé que vous écriviez avec une certaine facilité…

Non seulement c’est difficile, mais c’est de plus en plus difficile. Il s’agit à chaque fois de conquérir un peu de territoire indicible supplémentaire. Plus on en a conquis, plus c’est compliqué d’en conquérir d’autres. Je ne veux pas me comparer à Usain Bolt, ce serait un peu excessif. Quand on court si vite que ça, gratter quelques microsecondes supplémentaires, c’est encore plus difficile. La facilité d’écrire que vous me prêtez est parfaitement illusoire.

Quand vous commencez un nouveau livre, vous demandez vous comment ne pas ennuyer le lecteur ?

Dieu merci, je n’ai jamais ce genre de pensée et je ne me demande pas non plus si je vais être lue ou non. Vous savez, je suis en train d’écrire mon 84e manuscrit pour 24 parus, donc beaucoup ne sont lus par personne. Ce qui est difficile, c’est d’être toujours à la hauteur de ce que j’attends de moi. Je suis ma première lectrice, et croyez-moi, comme première lectrice, je suis monstrueusement vache. 

Après vous, qui est la deuxième personne qui lit vos manuscrits ?

Le PDG des éditions Albin Michel, Francis Esménard. Encore une fois, il ne lit que les manuscrits que je choisis pour être publiés, les autres ne sont lus par personne.

29 septembre 2015

Arnaud Balvay et Nicolas Cabos: Interview pour John Ford et les indiens

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Connu pour avoir très mauvais caractère, le réalisateur de western, John Ford, ne s'est pas fait que des amis dans le métier. Il s'est cependant beaucoup attaché aux Indiens qu'il a employés dans une dizaine de ses films. Des Navajos pour l'essentiel, qui l'ont accueilli à Monument Valley, leur vallée sacrée devenue l'un des endroits de prédilection du maître du western. Dans John Ford et les indiens, les deux cinéphiles, Arnaud Balvay et Nicolas Cabos, ont recueilli les témoignages des Navajos et de leurs descendants pour reconstituer un pan de l'histoire du septième art américain et pour brosser le portrait complexe d'un homme bourru. Le regard que porte le cinéaste irlandais sur les Indiens, qui ont longtemps été considérés comme des êtres stupides et alcooliques, a évolué au fil de ses longs-métrages. Après ce livre, on reverra différemment les westerns de ce géant du cinéma.

Le 9 juillet dernier, ces deux érudits, aux propos parfois mordants, sont venus me voir à l’agence pour évoquer ce livre. (Merci à Olivier Portnoi pour la suggestion et la mise en contact entre eux et moi).

arnaud balvay,nicolas cabos,john ford et les indiens,navajos,interview,mandor4e de couverture :

John Ford et les Indiens, c’est l’histoire d’une rencontre.

En 1938, alors qu’il est à la recherche d’un lieu pour tourner La Chevauchée fantastique, qui va relancer le western, John Ford découvre Monument Valley et ses habitants : les Indiens Navajos.

Après ce premier contact, Ford et les Navajos s’illustrent chacun de leur côté pendant la Seconde guerre mondiale avant de se retrouver en 1946 pour La Poursuite infernale. Jusqu’à la fin de sa vie, en 1973, John Ford tournera sept autres films avec les Navajos.

Au cours de ces trois décennies, le réalisateur et les Amérindiens ne cesseront de se découvrir mutuellement et noueront des liens forts et durables. Ces relations feront évoluer les conceptions de Ford au sujet des « Native Americans », modifieront sa façon de les filmer et amélioreront pour un temps la vie matérielle des Navajos.

En s’appuyant sur les archives du réalisateur et des témoignages inédits, le livre raconte cet âge d’or vu des « deux côtés de l’épopée » comme disait Ford.

Les auteurs : arnaud balvay,nicolas cabos,john ford et les indiens,navajos,interview,mandor

Arnaud Balvay est docteur en histoire, spécialiste de l’Amérique du Nord et des Amérindiens. Il a publié plusieurs articles et ouvrages spécialisés (L’Épée et la plume. Amérindiens et soldats des troupes de la marine en Louisiane et au Pays d’en Haut (1683-1763), Québec, 2006 ; La Révolte des Natchez, Paris, 2008). Depuis près de vingt ans, il entretient des relations avec des amis navajos vivant à Phœnix, Flagstaff ou Kayenta.

Nicolas Cabos est professeur de cinéma, chroniqueur, scénariste, auteur dramatique et metteur en scène. Professeur à l’École Supérieure de Gestion, il anime un cours de cinéphilie destiné à des étudiants en master de production audiovisuelle. Co-commissaire de l’exposition Le Cinéma à Saint-Cloud, le rêve et l’industrie, au Musée des Avelines de Saint-Cloud en 2012, il en a également co-signé le catalogue.

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Arnaud Balvay et Nicolas Cabos (1er et 3eme à gauche) avec des Navajos à Monument Valley.

arnaud balvay,nicolas cabos,john ford et les indiens,navajos,interview,mandorInterview :

Est-ce que l’on peut dire que Nicolas Cabos est plus spécialisé sur John Ford et Arnaud Balvay sur les indiens d’Amérique du Nord ?

Nicolas Cabos : Le livre raconte la rencontre entre John Ford et les indiens. On peut dire que pour moi, c’était la rencontre avec la culture Navajo que je ne connaissais pas du tout et que pour Arnaud, c’était la rencontre avec John Ford. Il y a eu une complémentarité essentielle.

John Ford n’avait pas l’air d’être un homme facile à vivre.

Nicolas : En effet, c’était un vrai pitbull.

Arnaud Balvay : Il pouvait être aussi un gros con. Un peu raciste parfois.

Nicolas : Uniquement quand il s’était torché la veille, ce qu’il faisait régulièrement. Mais, il ne fallait pas du tout lui désobéir. Ford était extrêmement autoritaire envers tout le monde. Et bizarrement, il ne l’était pas envers les Navajos.

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Pourquoi ?

Arnaud : Parce qu’il avait un profond respect pour leur culture très riche. Il était aussi impressionné par leur façon de s’en sortir dans des conditions de vie compliquées.Quand tu découvres une culture jusqu’alors inconnue, tu as souvent un apriori positif… et quand tu as des choses à reprocher à ta société d’origine tu vas projeter tes envies et tes fantasmes sur cette autre culture. Je crois que c’est ce qu’il s’est passé avec John Ford.

Nicolas : Et Ford avait beaucoup de choses à reprocher à sa société d’origine. En fait, plus qu’un sale con, c’était un râleur congénital. Il n’était jamais content de rien, y compris de lui-même. Avec les Navajos, il a trouvé le seul peuple qu’il ait complètement respecté. Avec John Ford, ils faisaient leur travail sérieusement en ne se prenant pas pour plus que ce qu’ils n’étaient. Ford en avait marre d’Hollywood et de tous les gens qui avaient un melon pas possible, donc être en compagnie de gens qui étaient naturels lui faisait du bien. Et puis, il y avait des aspects de la vie des Navajos qu’il enviait un peu.

Lesquels ?

Nicolas : La communion avec la nature.

Arnaud : La vie avec les chevaux et le respect des traditions.

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Au début, John Ford leur faisait jouer des caricatures d’indiens. Il ne leur a d’ailleurs jamais fait jouer des Navajos (le plus souvent des Cheyennes) même si les danses et les chants filmés étaient authentiquement navajos.

Nicolas : C’est l’idée qu’il a voulu donner de ces indiens-là qui n’étaient pas complètement vrais. Il n’a pas caricaturé les indiens, il a caricaturé l’ensemble de l’ouest. Au départ, dans la manière de construire les narrations de ses films, les indiens, ce n’est pas ce qui l’intéressaient. Lui, ce qui l’intéressait, c’était l’ouest et son imagerie. Là où « La chevauchée fantastique » à une importance primordiale chez Ford, c’est qu’il va tomber amoureux de Monument Valley et donc tomber dans un amour esthétique pour les Navajos. A partir de là, il a commencé à s’intéresser à eux, puis à leur culture. Pour lui, les Navajos sont devenus l’ouest.

Arnaud, toi qui est défenseur des indiens d’Amérique du Nord, tu as été agacé parfois par les films de John Ford ?

Arnaud : Ce n’était pas par rapport aux indiens. Moi, voir un mec à cheval tourner en rond pendant des heures, ça ne me passionne pas plus que ça.

Nicolas : Oui, mais ça correspond tout à fait à la narration du film. L’indien essaie d’aller d’un point A à un point B et il n’y arrive jamais.

Arnaud : Avant tout, chez Ford, c’est son pragmatisme qu’il faut noter. S’il faut caricaturer les indiens pour que le film marche, il n’hésite pas.

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Vous aviez déjà une très grande connaissance de vos sujets respectifs. En vous rendant à Monument Valley pour interviewer les descendants de ces indiens Navajos, très franchement, vous avez appris beaucoup ?

Nicolas : On a appris plein de choses sur le fond, notamment sur la manière dont eux ressentaient John Ford et ce que sa venue leur a apporté. Il y a des anecdotes sur lui qui sont relayés dans tous les livres, dont on a appris qu’elles sont complètement fausses. Par exemple, le fait que les Navajos disent n’importe quoi en Navajo dans les films de Ford, c’est absolument faux.

Arnaud : Nous n’avons pas fait preuve de naïveté. Quand les indiens nous disaient quelque chose, nous vérifions les propos en recoupant les informations. Nous avons fait un vrai travail d’historien pour être au plus près de la vérité.

Il y a une certaine jubilation à casser des idées reçues ?

Arnaud : Moi, j’aime bien casser des mythes.

Nicolas : Quand j’ai rencontré Arnaud, il m’a dit « j’aime bien Monument Valley, mais Ford, ça me fait chier, je n’aime pas ses films ! » Il était sur la même ligne que Tarantino. Il pensait  que dans les films de Ford, les indiens étaient décérébrés et qu’ils tombaient comme des mouches au moindre coup de feu. Je pense que le mythe de Ford, réalisateur raciste est tombé chez Arnaud.

Arnaud : Mais toi,  tu idolâtrais Ford, j’ai réussi à amoindrir ton exaltation (rires).  

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Pendant l'interview...

Votre livre est magnifique. Dans le fond comme dans la forme… et il semblerait qu’il soit bien reçu par les lecteurs.

Arnaud : Ce n’est pas le premier livre que je sors. A chaque fois, on envoie 150 exemplaires aux journalistes et je n’ai jamais eu plus de trois critiques. Là, on a fait des émissions de télé et de radio et on a eu beaucoup d’articles, souvent élogieux. Je remercie notre attachée de presse (sourire).

Nicolas : Quand je vois que notre livre est « coup de cœur » d’un libraire à Marseille, ça me fait infiniment plaisir. Et j’ai aussi remarqué que certains lecteurs qui n’y connaissaient rien au cinéma en général et sur Ford en particulier y ont trouvé du plaisir.

C’est dommage que vous n’ayez rien filmé.

Arnaud : Mais, on a filmé. Nous prévoyons de faire un documentaire à partir de ces images. Il y a un producteur qui est en train de chercher les financiers.

A mon avis, ce livre va devenir le livre référence sur John Ford.

Nicolas et Arnaud: Nous l’espérons.

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Arnaud Balvay (à gauche) et Nicolas Cabos, après l'interview le 9 juillet 2015.

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01 septembre 2015

Carole Martinez : interview pour La Terre qui penche

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(Photo Catherine Hélie)

Carole Martinez, pour notre plus grand plaisir nous ramène au domaine des Murmures, mais cette fois-ci, en 1361. Blanche est morte à l'âge de douze ans et pourtant c'est bien elle qui nous parle. Elle, ou plus exactement son âme, qui a vieilli par-delà la mort. L'enfance se raconte au présent et la vieillesse s'émerveille, s'étonne, s'effraie de s'enfoncer dans la forêt profonde, vers un avenir dont elle ignore absolument tout. Au bout du chemin, de l'autre côté de la forêt, se trouve cette terre qui penche, mais surtout la vie de femme qui l'attend.

Entre roman initiatique et fable onirique, Carole Martinez nous convie à sa propre table ronde, une légende toute personnelle où les femmes ont depuis bien longtemps remplacé les traditionnels chevaliers.

Pour Le magazine des Espaces Culturels Leclerc (daté du mois de septembre 2015), j’ai rencontré Carole Martinez, le 11 juin dernier, dans un bar parisien situé en face de sa maison d’édition, Gallimard. C’était la toute première interview qu’elle réalisait pour La Terre qui penche… et elle n’était pas tout à fait rassurée. Voici le fruit de cette rencontre.

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(Comme l'intro est écrite en tout petit, la voici en plus lisible. De rien!)

Le premier roman de Carole Martinez, Le Cœur cousu, a reçu neuf prix (dont le Prix Renaudot des Lycéens). Son second, Du domaine des Murmures, a été nommé pour le prix Goncourt et a finalement obtenu le prix Goncourt des lycéens. Dans La Terre qui penche, nous retrouvons son univers si singulier, où la magie et le songe côtoient la violence et la truculence charnelles. Ici, l'âme d'une vieille dame écoute celle d'une petite fille qui partage sa tombe, raconter son existence au XVIe siècle, qui s'avère en réalité être celui de sa propre enfance.

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Au Salon du Livre de Provins, le 11 mars 2012.

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(Photo Catherine Hélie)

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Après l'interview, le 11 juin 2015 (merci au patron de la taverne!).

17 août 2015

Julien Blanc-Gras: interview pour In Utero et pour la version BD de Touriste

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Tout futur papa devrait posséder ce livre. Avec un style ironique, drôle, touchant et une rigueur d’observation impressionnante, Julien Blanc-Gras, tient le journal de la grossesse de sa femme, tel un aventurier des temps modernes. « Un voyage étrange… une expérience à travers les contrées sauvages et inexplorées menant à la paternité. »

Dans In utero, page après page, le lecteur partage les questionnements et les constats de l’auteur. Julien Blanc-Gras ne cherche d’ailleurs pas à être racoleur, c’est un livre simple et honnête, dans lequel tous les papas et les futurs se retrouveront. 

Les différentes étapes sont traitées avec une telle dérision qu’il vous sera très difficile de ne pas esquisser de sourire. « In utero » trouvera un écho particulier pour beaucoup d’hommes qui se sentent parfois exclus ou tout simplement pas à la hauteur de ce raz de marée sur le point de déferler et bousculer leur existence.

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« La paternité reste un truc pas viril », notait  Virginie Despentes (mandorisée là), auteure de Apocalypse bébé. L’injustice est réparée avec ce délicieux récit de Julien Blanc-Gras. A mettre absolument entre les mains de tous les futurs pères. Et aussi des mères pour mieux comprendre les questions existentielles qui traversent le géniteur apeuré.

Le 8 juillet dernier, ce papa désormais épanoui (mais un chouia fatigué par une nuit sans beaucoup de sommeil), est passé pour la seconde fois à l’agence pour sa troisième mandorisation. (La première là en 2008 et la seconde en 2013… et il y a un peu de lui aussi ici.) C’était sa première interview au sujet de ce livre.

julien blanc gras,in utero,touriste,bd,mademoiselle caroline,interview,mandor4 e de couverture :

« Il n'y a aucune raison de paniquer. Nous allons créer et accompagner une existence. C'est une formidable nouvelle, me dis-je en tapant vol aller simple Patagonie sur mon clavier. » Journal de grossesse d'un futur père, In utero relate cette aventure intime et universelle, avec ses joies, ses angoisses et ses questions fondamentales. Faut-il se reproduire dans un monde surpeuplé ? Comment faire rire une femme enceinte ? Et surtout, peut-on accoucher en chaussettes ?"

L’auteur :

Né en 1976 à Gap, Julien Blanc-Gras est journaliste de profession et voyageur par vocation. Il a publié trois romans au Diable vauvert, Gringoland, qui conte un périple latino-américain, lauréat en 2005 du festival du premier roman de Chambéry et « Talents à découvrir » des librairies Cultura ; Comment devenir un dieu vivant en 2008, une comédie apocalyptique déjantée ; et Touriste, un récit de voyage curieux, surprenant, malicieux. Il a séjourné aux îles Kiribati à l'automne 2011 pour réaliser son dernier livre, Paradis [avant liquidation].

julien blanc gras,in utero,touriste,bd,mademoiselle caroline,interview,mandorL’interview :

Devenir papa, c’est donc une aventure qui mérite qu’on écrive un livre sur le sujet ?

C’est un voyage vers la planète paternité. D’ailleurs, je suppose que tu as remarqué que dans le ton, le style, la forme, je le traite comme mes voyages de mes livres précédents. Au début, je n’avais pas l’intention d’écrire un livre sur la grossesse. J’ai commencé à écrire le soir même où on a appris qu’on allait être parents. J’étais bouleversé par la nouvelle, je me suis donc mis à écrire pour expulser mes émotions et mettre de l’ordre dans mes idées. J’ai continué les jours qui ont suivi sans savoir que j’allais le publier un jour. A la base, je voulais que ce soit un document destiné à mon fils… pour qu’il le lise plus tard. A un moment, je me suis dit que, comme j’étais écrivain, il était logique que j’écrive sur ce sujet « officiellement ».

Il y a très peu de livres sur l’état du père pendant la grossesse, à part ceux de John Fante et de Philippe Jaenada.

En effet. Par contre, on trouve beaucoup de livres pratiques du jeune papa. Il y a aussi beaucoup de récits de grossesse écrits par des femmes.

Ce n’est pas très sexy pour un homme d’évoquer ce sujet ?

Virginie Despentes explique que ça ne fait pas très viril. Moi, je ne trouve pas que ce soit dévirilisant d’écrire sur la paternité.

Ta femme, dans le livre, tu l’appelles « La femme ». Es-tu marié d’ailleurs ?

Figure toi que nous nous sommes pacsés il y a trois jours.

Félicitations ! Quand tu lui as appris que tu voulais écrire sur sa grossesse, qu’a-t-elle julien blanc gras,in utero,touriste,bd,mademoiselle caroline,interview,mandordit ?

Comme je l’ai expliqué dans In Utero, ma femme ne fait pas trop de cas de mes livres. Je lui ai soumis l’idée parce que je ne voulais pas écrire ce livre sans lui demander l’autorisation.  Elle est quand même le personnage principal et l’action se passe un peu dans son utérus. Elle m’a répondu qu’effectivement, ça pouvait être rigolo. Elle a été la première lectrice de ce livre.

Elle a aimé ?

Je crois que ça lui a plu, sinon, elle me l’aurait dit. Elle ne m’a pas censuré, c’est déjà pas mal.

Que ressent précisément l’homme qui va être papa ?

A la fois de l’exaltation et de la joie… et en même temps une terreur et une panique irrépressible. L’idée que l’on va avoir une nouvelle vie et que la précédente est perdue à jamais n’est pas facile à assimiler. Et puis, c’est la fin de l’insouciance et de l’égoïsme. Tout le livre repose sur la bascule entre la joie et la peur.

Tu dis que l’enfant entraîne une réduction considérable du niveau de liberté. Or, cette liberté est ton gagne-pain. L’annonce de l’arrivée de cet enfant a eu pour première conséquence d’une remise en question professionnelle. Tu as eu peur de la perte de la liberté ?

Ça traverse la tête de tous les futurs pères. Notre liberté se trouve réduite du fait que l’on devient responsable d’un petit être merveilleux. Dans mon cas, peut-être encore plus car je n’ai pas une vie réglée par le salariat. Mon métier est de voyager et d’écrire donc, ce processus-là, chez moi, était encore plus développé.  

Ce roman est universel. Tous les papas du monde entier vont se retrouver.

J’ai essayé de raconter mon expérience intime, mais aussi de prendre un peu de distance et de recul pour que ce ne soit pas que mon histoire, mon nombril et celui de « la femme ».

julien blanc gras,in utero,touriste,bd,mademoiselle caroline,interview,mandorTu donnes quelques références sur comment la grossesse se passe dans certains pays que tu as traversé. Là, on retrouve le Julien Blanc-Gras que l’on connait.

Il n’y a pas tant que ça des différences. On retrouve l’universalité de certains gestes et de certaines attitudes dans des cultures très différentes, parce que, finalement, cette expérience est partagée par tous les êtres sur Terre.

« Rétif à l’autorité, j’ai toujours refusé d’avoir un patron. Mon quotidien sera désormais régulé par un dictateur… Le bébé, ce nazi. » Tu n’y vas va pas un peu fort, là ?

Il s’agit évidemment d’humour. Je pense que les lecteurs saisiront le second degré. Cela dit, j’ai pu le vérifier depuis (rires).

Maintenant que l’enfant est là, trouves-tu des accointances entre tes écrits et la réalité ?

Sans dire que l’enfant est un nazi, il pratique en tout cas une forme de torture assez raffiné qui est « la privation de sommeil ». J’ai expérimenté cette torture encore cette nuit (rire). Le fait de savoir à quoi on s’attend et le fait de le vivre, c’est autre chose. Je dis cela, mais c’est l’expérience la plus merveilleuse qu’un homme puisse vivre.

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Tu racontes tous les incontournables des différentes étapes de la grossesse.

Le test de paternité, la première échographie, la deuxième, les angoisses par rapport à l’accouchement, les cours de préparation à l’accouchement qui sont un peu folklos et l’accouchement lui-même, qui est un moment assez intense. Tu te poses des questions du genre : « Est-ce que tout va bien chez l’enfant ? » ou « est-ce un garçon ou une fille ? » Ce que tu vis en tant que père est à la fois exaltant et terrifiant.

Souvent, tu expliques que tu t’es senti inutile pendant la grossesse.

Cette sensation d’inutilité, je crois que de nombreux futurs pères l’ont vécu aussi. Tu fais de ton mieux, mais tu ne peux pas faire grand-chose, si ce n’est soutenir ta femme et lui emmener des fraises quand elle le désire.

Tout ce que tu racontes, tu l’as vécu ?

Le fil du livre étant la grossesse de ma compagne, c’est donc très autobiographique, mais il y a une partie documentée que j’ai insérée dans le récit.

Je trouve que ton livre a comme vertu de rassurer les jeunes futurs papas.

Je n’ai pas pensé à l’effet que ce livre allait faire sur le lecteur, mais il est vrai que la trame narrative est une marche vers l’optimisme. Une fois qu’on a pris la décision d’être parent, il faut se forcer à être optimiste parce qu’on n’a pas le choix.

julien blanc gras,in utero,touriste,bd,mademoiselle caroline,interview,mandorTu dis même : « L’enfant, c’est un acte optimiste. Un pari sur l’éternité. »

On peut avoir un tempérament désabusé, voire pessimiste, ce qui est mon cas, il n’en reste pas moins que ça change ta façon d’envisager la vie.

Je te cite encore : « Le monde ne devient pas plus dangereux quand on devient père, mais notre rapport au danger se modifie ».

Je ne parlais pas pour ma propre personne, parce que je n’ai pas plus peur qu’avant. Je sais juste que si je meurs, les conséquences seront plus graves. Je suis désormais responsable d’un petit être qui n’est pas encore autonome. Moi, j’ai plus peur pour les autres. Pour ma compagne et pour mon enfant notamment.

As-tu perdu la liberté, finalement ?

La difficulté, c’est de trouver l’équilibre entre la responsabilité qui t’incombe et le niveau de liberté que tu peux garder. Pour l’instant, j’arrive à continuer à voyager et à faire ce qui me plait, tout en étant un père présent.

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Pendant l'interview...

As-tu changé depuis que tu es papa ?

Oui, bien sûr. Ça change un homme étant donné que les priorités changent.

Tu continues aussi souvent de partir en voyage ?julien blanc gras,in utero,touriste,bd,mademoiselle caroline,interview,mandor

Oui, mais je ne pars plus deux ou trois mois comme je le faisais avant. Je n’ai pas envie de rentrer et qu’un jour mon fils me dise : « bonjour monsieur ».

Ce livre est aussi une belle déclaration d’amour à « La femme »…

Oui, évidemment que c’est aussi ça.

Et il y a du fond dans ce livre… comme d’habitude.

J’essaie toujours de traiter des sujets sérieux avec légèreté. Dans In utero, je parle un peu du sens de la vie. Choisir de faire des enfants ou pas, c’est la question la plus importante à se poser dans la vie.

Pour conclure sur ce livre, tu dirais quoi ?

Que le fait d’être père est la chose la plus merveilleuse et la plus chiante qui me soit arrivé. Le côté dur est largement compensé par le bonheur que cela t’apporte.

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Julien Blanc-Gras et Mademoiselle Caroline.

julien blanc gras,in utero,touriste,bd,mademoiselle caroline,interview,mandorOn va parler de la bande dessinée tiré de ton livre, Touriste. Comment est née l’idée ?  

De manière très naturelle. J’ai rencontré Mademoiselle Caroline dans un salon du livre. Nous étions installés l’un à côté de l’autre et nous avons échangé nos ouvrages. J’aimais bien ses dessins et elle a bien aimé Touriste. Après quelques messages de félicitations réciproques, je lui ai proposé d’adapter mon livre en bande dessinée. Elle a répondu immédiatement que c’était une super idée. On a proposé le projet à son éditeur, Delcourt. Il a dit oui et voilà.

Le résultat est franchement remarquable.

Elle a fait un super boulot. Elle a beaucoup travaillé sur ce projet. Plus que moi. Je me suis contenté de faire l’adaptation scénaristique.

C’est du boulot quand même !

Oui, parce qu’il faut casser ce que tu as construit pour le reconstruire différemment avec d’autres contraintes. J’ai élagué un tiers du roman, sinon, la BD aurait fait 2000 pages. Caroline a adapté et réinterprété. C’est-à-dire qu’elle a mis sa personnalité graphique et pas que graphique. Cette BD, c’est aussi sa BD.

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J’ai reconnu nos amis communs, François Perrin, Philippe Jaenada (mandorisés ensemble là) et Richard Gaitet (mandorisé tout seul ici).

Oui, on s’est fait plaisir avec quelques clins d’œil. Ils n’ennuient pas le lecteur et ça fait plaisir aux potes en question. Et Caroline connait et apprécie beaucoup Philippe Jaenada, c’est aussi un hommage.

Et le Prix Goncourt décerné à Bertrand Guillot (mandorisé là) !

C’est prophétique, il l’aura un jour.

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Et ça fait quoi de devenir un personnage de BD ?

En termes d’ego trip, c’est formidable, non ? Ça fait bizarre parce que je suis très amateur de bandes dessinées. Mon père en a des milliers et j’en ai bouffé pendant toute mon enfance.

Et une version ciné ?

Ce serait le rêve. Mais ça couterait cher. S’il faut tourner dans quinze pays…

Quels sont tes projets ?

Je suis en train d’écrire un récit de voyage sur le Qatar où je suis allé au mois de décembre dernier. Il sortira au Diable Vauvert l’an prochain. J’y ai passé un mois. C’est un pays dont on parle beaucoup, mais que l’on connait assez peu de l’intérieur. Il y a plein de trucs rigolos et inattendus à raconter sur ce pays. Sinon, je pars prochainement au Groenland pendant trois semaines. Je pense que j’en tirerai également un récit de voyage.

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L'interview s'étant (évidemment) très mal passée, Julien Blanc-Gras s'est énervé...

11 août 2015

Clément Bénech : interview pour Lève-toi et charme

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(Photo : Léa Crispi pour Flammarion)

Je persiste à croire que Clément Bénech est en train de s’imposer comme l’un des meilleurs écrivains de sa génération. J’ai déjà dit tout le bien que je pensais de lui dans sa première mandorisation, à l’occasion de la sortie de son premier roman, L’été Slovène (qui vient de sortir en poche). Voici la seconde pour son petit nouveau, Lève-toi et charme.

En cherchant ce qui a était dit sur lui et son nouveau livre, je suis tombé sur ce passage émanent du site Zone Critique : « Ce printemps, en publiant Lève-toi et charme, le jeune romancier continue de tracer « les contours d’une ombre humaine », la sienne propre, avec une retenue élégante et polie, une douceur infinie, une ironie déguisée, sans impatience, en contemplant l’action invisible des choses et des êtres sur lui, qui prend ses marques, en se recréant romanesquement sous les traits d’un jeune adulte qu’il ne prénomme toujours pas dans son second livre ».

Rien à ajouter. C’est tellement ce que je pense…

J’ai donné rendez-vous à Clément Bénech, une  fin d’après-midi caniculaire (le 1er juillet dernier) dans un bar parisien. Par rapport à notre première interview, je l’ai trouvé plus « pro », plus mûr, un peu plus sérieux… Peut-être a-t-il plus conscience de sa condition d’écrivain ? Je ne sais pas. Lui, peut-être n’aura pas vu son changement. Il n’en reste pas moins que ce moment/cette conversation était très agréable. (Et je ne suis pas prêt de le lâcher dans les années à venir).

tumblr_inline_nibspzriUe1r3t2kn.jpg4e de couverture :

Trop distrait par sa vie parisienne et sa petite amie Annabelle, un étudiant s'exile à Berlin pour finir sa thèse. Très vite, il se montre réceptif à tout ce qui peut différer le moment de s'adonner à la tâche. S'en remettant au hasard et au désir, notre jeune héros prend la vie comme elle vient, persuadé qu'il finit toujours par se passer quelque chose. Et, effectivement, grâce à son chat et à une laverie automatique, il va rencontrer Dora. "Pour se déplacer en ville, elle utilisait la marche. Pour tout le reste, Dora était invivable." Il cherchera à aller plus loin que ce déroutant constat, quitte à troubler sa relation avec Annabelle. Clément Bénech, avec ce deuxième livre, a écrit un singulier roman d'apprentissage, où les atermoiements amoureux et les déboires de la vie adulte ne sont pas des rites de passage mais plutôt des expériences parmi d'autres. Ce qui compte, c'est de rester curieux et de toujours se dire "Lève-toi et charme". Et le charme opère.

L’auteur :

Clément Bénech est cité par Télérama parmi les 10 écrivains à suivre sur Twitter.
À tout juste 24 ans, il collabore au journal Libération (lire son article « 
Booba, faim de reparties ») et publie un 2e roman chez Flammarion. Après  L’été Slovène, Lève-toi et charme fait déjà l’objet de nombreux articles enthousiastes dans la presse.

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(Photo : Olivier Steiner)

Clément-Bénech-vu-par-Olivier-Steiner-450x450.jpgInterview :

J’ai beaucoup aimé ton deuxième livre. J’avais peur d’être déçu.

Mes amis, eux, ont été plus mitigés sur celui-ci. Certains m’ont dit que ce livre était moins évident que le premier. L’été Slovène était pour eux plus cohérent.

Quand ils te disent cela, tu te mets à douter ?

Oui, forcément. Au moment où on me le dit, ça commence à ébrécher un truc. Cela dit, j’ai aussi des personnes autour de moi qui ont préféré Lève-toi et charme. De toute manière, quoique l’on dise de mes romans, je vais aller dans des directions de plus en plus singulières. Je suppose qu’il y aura de plus en plus de gens qui ne vont pas comprendre, voire ne pas aimer. Je pense qu’il faut que j’aille là où je le sens, sans me soucier des avis des uns et des autres. Par contre, je me dis que ceux qui aiment aimeront encore plus. C’est un peu ça mon pari.

Personnellement, je m’habitue à ta « patte ».

Je n’ai pas essayé de prendre le contre-pied de ce que j’avais fait auparavant. Je ne me sens pas très proche de ces auteurs qui veulent montrer qu’ils savent tout faire. Moi, je pense que je ne sais pas tout faire. Je suis ce que je me sens capable d’écrire… tout est très lié à ma personnalité.

As-tu l’impression d’avoir évolué stylistiquement entre tes deux romans ?

C’est un peu paradoxal. J’ai l’impression de réfléchir de manière plus profonde à ce que je fais et d’avoir une pensée de ce que j’écris, mais je ne suis pas sûr que cela serve mon style. Dans toute forme d’art, quelque part, la clairvoyance n’est pas toujours bénéfique. Il me semble que parfois, il vaut mieux laisser dans l’ombre certaines choses. Quand on commence à s’interroger sur certains mécanismes, ce n’est plus fluide, ni naturel. Je joue un peu de piano. Je sais que je joue d’autant mieux que je ne me pose pas la question de ce que je fais. Je ne veux pas que ce que je joue ou j’écris devienne mécanique.

Malgré ta belle écriture, ce que tu écris est simple, très abordable.hqdefault.jpg

Je ne cherche pas du tout à être incompris. Au contraire. S’il m’arrive de mettre un mot un peu plus compliqué que la moyenne, c’est juste par souci de précision. Je n’essaie jamais de faire écran entre le lecteur et moi. J’ai plutôt une préoccupation de transmission. C’est aussi pourquoi je réfléchis beaucoup à la forme. Il y a dans ce deuxième roman des photos, un « chat » Facebook, enfin des moyens de raconter qu’on ne voit pas d’habitude.

A quoi servent ces nouvelles formes ?

Elles ont pour but de correspondre exactement à ce que je veux exprimer. Toutes mes réflexions à propos de la littérature ont le lecteur pour centre… ou plutôt, pour point d’arrivée.

As-tu la volonté, même inconsciente, d’être original ?

Oui, c’est sûr. Là où il y a une distinction qui me semble importante, c’est que je tiens à être original  de manière naturel. Pas forcé. Il y a un critique d’art américain que j’aime bien, Clément Greenberg, qui dit : « une innovation organisée au lieu d’être sentie n’est pas une innovation véritable. »

Puisqu’on parle des photos qu’il y a dans ton livre, à un moment, après une de tes saillies bien senties, tu ajoutes (voir photo). Or, il n’y en a pas.

C’est une blague. C’est drôle que tu m’en parles parce qu’il y a eu un papier dans « Le Monde du Livre » sur le roman dans lequel Éric Chevillard a parlé de ce passage. Il explique que c’est bien dans l’humour du roman et que c’est cruel. Je ne te cache pas que ce procédé est une allusion à Desproges. Un simple clin d’œil.

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(Photo : Léa Crispi pour Flammarion)

Le lecteur que je suis sent que tu t’amuses en écrivant.

L’écriture est une grande source de joie pour moi. Je n’adhère pas du tout à ce mythe de l’écrivain torturé, bien que j’aie un rapport au monde qui n’est pas évident. L’humour est mon regard constant sur le monde, même si j’ai le sentiment et la lucidité de savoir que le réel est assez dur. Le moment de l’écriture est pour moi un moment d’apaisement. Chevillard parle d’un ressaisissement du réel, c’est exactement ce que je ressens. 

Il n’y pas que du rire dans ton roman.

Ce livre est une espèce d’électro-encéphalogramme. Il représente l’état de mon esprit à un moment ou à une période. Il ne peut pas y avoir que du rire dans ce que j’écris. Il y a des moments où j’essaie d’exprimer des idées plus profondes et complexes. Après, je tente de faire quelque chose d’homogène. Mélanger le tout pour faire sens et style au final.

Le pitch de ton livre se tient en une ligne : « un étudiant va à Berlin pour essayer de finir sa thèse de géographie. Il y rencontre une jeune femme. » C’est une histoire banale que tu finis par transcender.

Ce n’est pas faux. J’aime bien aborder la banalité du réel. Il n’y a rien d’extraordinaire dans mes histoires, mais il y a plusieurs raisons à cela. La première, la plus fondamentale, c’est que je ne crois pas que la littérature puisse parler aujourd’hui de choses monumentales. Il me semble que la littérature, par ses moyens qui sont très minimes, très économes, est plus capable d’aborder les choses minimes de la vie et ce qu’elle a de plus minutieuse. Il me semble que la littérature a un pouvoir moindre que celui du cinéma. Si tu lui proposes des desseins qui la dépassent, il ne va rien se passer au sein du livre. J’ai l’air d’en dire du mal, mais cette modestie de la littérature, on en a besoin et elle est absolument irremplaçable.

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En interview dans La Quinzaine Littéraire de ce mois d'août 2015.

Écrire la banalité incite le lecteur à penser que ce que tu écris est vrai finalement.

C’est tout à fait ça et je te remercie de le remarquer. J’aime profondément cette idée. Aujourd’hui, ça pourrait sembler à contre-pied parce que les auteurs adorent se désolidariser de leur texte en disant que tout est imaginé et que ce n’est que de la création fictive. Moi, j’ai tendance à dire « tout est vrai », alors qu’au fond, c’est de la fiction. J’ai juste envie qu’en lisant, on se dise que toutes ces aventures ont été vécues.

Berlin est un lieu que tu connais ?

Un peu oui. J’y suis allé faire un Erasmus en master. Je devais vaguement écrire un mémoire, mais j’ai fait autre chose.

Je n’ai pas compris si tu étais bienveillant avec cette ville.

C’est une bonne question. Le rapport à la ville m’intéresse pas mal. Que peut-on transmettre d’une ville dans un roman ? A un moment, le narrateur, à Berlin, dit qu’il n’a pas le sentiment d’être à Berlin. Ça m’est arrivé aussi. Je me méfie toujours des gens qui disent que dans tel pays, les gens sont comme ci ou comme ça. J’aime bien me frotter à ce qu’il y a de complexes dans le réel. La certitude fige trop les choses. Les clichés ont quelque chose d’assez plaisants.

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Berlin.

Bon, Berlin, tu as aimé ?moving_to_berlin.jpg

A Berlin, j’ai vécu des choses belles et des choses décevantes, mais j’aurais du mal à lui donner une identité qui lui soit propre. L’identité d’une ville correspond à ce qu’on lui apporte. En clair, Berlin, je ne me sens pas légitime pour donner un avis sur elle.

Dis donc, c’est moi où tes narrateurs sont attirés par des chieuses ?

Non, tu as raison. Dans mes deux livres, c’est le cas. Mes narrateurs sont un peu loosers avec les nanas. Ils se laissent embarquer. Ils sont prêts à tout pour avoir un peu d’intimité avec elles, mais ça ne fonctionne  jamais. Moi, personnellement, je n’aime pas les chieuses, je préfère que tout se passe bien, mais c’est un motif littéraire intéressant, parce que ça crée une altérité et un dialogue.

Tu m’as dit tout à l’heure en aparté que tu voulais te lancer dans l’édition jeunesse. Raconte-moi ça.

Depuis deux ans, je m’intéresse beaucoup à tout ce qui est lien entre textes et images. La littérature jeunesse est historiquement liée à l’image. J’ai été bercé dans mon enfance par Roald Dahl et quand j’étais ado, j’ai fait un peu de bande dessinée.

10599279_10152585022945622_547662795172982265_n.jpgTu es très actif sur les réseaux sociaux, mais il y a quelque chose que j’aime bien sur Facebook, ce sont les échanges entre François-Henri Désérable (voir photo à gauche), Arthur Dreyfus et toi.

Tous les trois, on utilise Facebook de manière humoristique et ludique. Ce sont des amitiés assez fertiles. Au début, Arthur m’a donné des conseils sur mes nouvelles de façons ferme et fructueuse. Ce que j’en ai tiré me semble aujourd’hui palpable, du moins mesurable.

Vous passez des soirées à parler littérature ?

Arthur est assez déconneur, donc pas tout le temps. Mais je parle beaucoup littérature avec François-Henri. On évoque des livres qu’on a lus et des auteurs qu’on aime. On admire tous les deux Éric Chevillard. C’est le seul auteur qu’on admire en commun. Lui est plus dans une veine héritière du grand roman français comme Dumas ou Hugo. Moi, je m’intéresse plus à une forme de modernité contemporaine.

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Pendant l'interview.

Récemment, tu es devenu pigiste à Libération.

Oui, mais je n’ai pas encore de périodicité de publication.

C’est quoi l’idée ? Un jeune écrivain exprime ses idées.

Jusqu’à présent, c’était un peu le cas. Avec le temps, je vais prendre une tournure plus journalistique.

sdscv-380x175.jpgIl y a un article qui a fait parler de toi. Celui sur le rappeur Booba.

On m’avait sollicité pour parler de son disque.

Et l’imitateur Laurent Gerra s’est foutu de toi en direct sur RTL à une heure de grande écoute.

Ça m’a un peu énervé parce que Gerra est un type que j’aimais bien. Bon, il n’aime pas le rap et ne me connait pas, donc j’ai réussi à relativiser. Il a pris la voix de Lucchini pour me citer. Ce qui m’a gêné,  ce sont ses insinuations sur Charlie Hebdo. Il a dit que j’en n’avais rien à foutre de la mort de Wolinski ou de Cabu. Ça m’as tué. Ça m’a fait mal parce que ce sont des types que j’adorais. J’ai toujours lu Le Canard Enchainé ou Charlie Hebdo bien avant les attentats. Quand j’entends dire Gerra « il en a rien à foutre le Bénech de la mort des dessinateurs », ça m’a gravement heurté.

Tu écris ton prochain roman en ce moment ?

Oui, je n’ai pas encore le titre, mais je vais te donner un scoop. Ça se passera à New York et c’est une histoire d’amour entre un roumain et une française. Cet été, je vais lire tout Cioran, afin de m’imprégner de l’esprit roumain.

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Après l'interview, le 1er juillet 2015.

16 juillet 2015

Quentin Mouron : interview pour Trois gouttes de sang et un nuage de coke

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quentin mouron,trois gouttes de sang et un nuage de coke,interview,mandorQuentin Mouron est, au minimum, l’auteur suisse qui monte en flèche. Je vais jusqu’à prétendre qu’il est l’un des révélations de la littérature francophone de ces deux dernières années. Il débarque en France avec un brillant thriller qui n’en est pas tout à fait un (« un antipolar déjanté » écrit le Huffington Post). Trois gouttes de sang et un nuage de coke est son quatrième roman (édité par la maison d’édition française La Grande Ourse).

« A 25 ans, cet auteur pressé a déjà tout d'un écrivain: un monde clairement défini, une aisance à jongler avec les personnages, une maîtrise de son imaginaire... ainsi qu'un style. Et quel style! Qu'il s'agisse d'introspection, de digression ou de suspense, les mots claquent, les verbes galopent, et les chapitres défilent. Quentin Mouron a l'art de la formule » écrit encore le Huffington Post (lire intégralité de l’article ici).

Je le suis depuis son premier livre et je l’ai même déjà mandorisé pour son second. Pour être tout à fait franc (je ne cache rien ici), je le vois même quand il passe à Paris en coup de vent, juste pour parler/déjeuner/picoler (sans micro à proximité, pour le plaisir, quoi !) Je pense que, tout doucement, nous devenons amis.

Le 11 juin dernier, nous nous sommes donné rendez-vous chez un ami pour une seconde mandorisation (au Chardonnet).

4e de couverture :

Watertown. Banlieue de Boston, novembre 2013. Un retraité sans histoire est retrouvé dans son quentin mouron,trois gouttes de sang et un nuage de coke,interview,mandorpick-up sauvagement assassiné. L’enquête est confiée au shérif McCarthy, pugnace, humaniste, déterminé. Au même moment, Franck, jeune détective dandy, décadent et cocaïnomane, double sombre du shérif, mène l’enquête en parallèle, parcourant la ville en quête de sensations nouvelles.

Un mafieux de renom, un jeune musicien ambitieux, un romancier vulgaire, des flics besogneux ainsi que tous les autres, les « largués », les « paumés » sont mis en scène et embrasent cette fresque sans concession d’une Amérique hantée par la crise des subprimes.

À mi-chemin entre le roman social et le thriller, Trois gouttes de sang et un nuage de coke, roman au ton vif et au style léché, laisse le lecteur sans voix. 

quentin mouron,trois gouttes de sang et un nuage de coke,interview,mandorL’auteur :

Quentin Mouron, poète, novéliste et romancier suisse et canadien, naît en 1989 à Lausanne. 

Très remarqué dès 2011 avec Au point d’effusion des égouts (prix Alpes-Jura), puis avec Notre-Dame-de-la-Merci (2012) et La Combustion humaine (2014). Trois gouttes de sang et un nuage de coke est son premier roman publié en France. Mouron est aussi chroniqueur pour plusieurs journaux suisses et à TV BeCurious.

Quentin Mouron, 25 ans, est déjà largement reconnu en Suisse où ses trois précédents romans ont obtenu une presse importante et élogieuse. 

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(Photo : Patrick Gilliéron)

quentin mouron,trois gouttes de sang et un nuage de coke,interview,mandorInterview :

C’est ton premier « thriller », avec de gros guillemets, peut-on dire que ce quatrième roman est à part des trois précédents ?

Pas tant que ça. J’y trouve pas mal de résonnances avec les autres. Il y a vraiment une unité. Pas dans le genre, mais dans les thèmes abordés. La question du masque que nous portons tous, travaille vraiment le personnage principal, Franck, et ça le hante toute la durée du récit.

L’alcool et la drogue sont aussi très présents dans tous tes livres.

Oui, finalement, il y a de nombreux rapports. Mais je vois ce que tu voulais dire dans ta première question. Ce livre est un polar et il est peut-être plus accessible que mes trois premiers romans. C’est celui qui se lit le plus facilement et qui est le plus « mainstream ». Oh ! Quel vilain mot !

En écrivant ce livre, tu as choisi d’être plus abordable ou ça s’est fait naturellement ?

C’était naturel. Je n’avais même pas l’intention précise d’écrire un polar. J’avais des idées de personnages, de scènes, de situations, de dialogues aussi. L’armature du polar est venue bien après. Le côté « page turner » s’est imposé au fur et à mesure. Quand on décide qu’il y a une intrigue, on décide de mettre du suspens. On ne va pas quand même pas emmerder le lecteur.

C’est un livre que tu as beaucoup travaillé et retravaillé ?

Oui, ça m’a pris un an et demi. C’est un travail de longue haleine, contrairement à mes habitudes.

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Quentin Mouron le 11 juin 2015.

Je sais que parfois, tu te laisses déborder par tes personnages.

C’est presque de la chimie. C’est assez empirique et expérimental. On met des personnages, on leur crée une psychologie, une psychologie qui peut être contradictoire ou boiteuse. C’est le cas de Franck et c’est tout à fait volontaire. Ensuite, on regarde comment le personnage réagit. Contrairement à beaucoup de mes confrères, je n’arrive pas à faire suffisamment de projections pour avoir un plan militairement établi. Je suis donc dans l’organique.

Qu’est ce qui a été le plus difficile pour toi en écrivant ce polar ?

Je n’avais pas l’habitude de faire durer un livre sur plusieurs jours, je n’avais pas l’habitude de créer une intrigue avec un suivi rigoureux. J’ai eu une exigence de crédibilité qui n’a pas été simple pour moi. Il y a des réflexions sur la nécessité, sur le hasard, sur la probabilité. Mon intrigue n’est pas gratuite, elle a du sens.

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Tu aimes bien les barges !

Tous mes personnages le sont un peu, mais, nous tous, nous le sommes aussi. Chacun à ses fêlures. Franck est un personnage fou, dans le sens littéraire du terme. Il est contradictoire, il part dans tous les sens, il est cocaïnomane, donc un peu schizophrène, mais c’est aussi ce qui ajoute à son charme et son épaisseur.

Tu fais le contraire des autres auteurs. Tu as commencé par des romans, disons un peu complexes, moins « grand public », aujourd’hui tu tentes d’être abordable par tous les lecteurs.

Oui, mais j’étais content de pouvoir reprendre certaines réflexions qui avaient déjà été posées sous d’autres formes, dans d’autres romans. Je pense que j’ai donné une épaisseur à « l’abordable », comme tu dis. Je voulais un mélange de matière dense et de suspens.

Un écrivain écrit pour être lu, tu t’en rends peut-être un peu plus compte aujourd’hui ?

Oui, tu as entièrement raison. On peut lire ce roman de plusieurs manières. Un amateur de polar ne devrait pas être déçu, il peut lire juste pour l’intrigue. Mais quelqu’un d’un peu exigeant pourra aussi être intéressé par ce qu’il se cache derrière. Il suffit de gratter. Il y a plusieurs niveaux de lecture.

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En France, quand on parle de « page turner », on parle de Marc Lévy ou Guillaume Musso.

Oui, mais moi, personnellement, je n’ai pas envie de tourner leurs pages (rire). L’autre jour, quelqu’un me dit « il faut absolument que tu lises Millemium, c’est génial ! ». J’ai lu le premier tome et je l’ai trouvé pas mal. Par contre, j’ai trouvé le deuxième emmerdant. Chiant à mourir même ! Au bout de 400 pages, je me disais : « Même Balzac va plus vite ! »

Tu as raison de parler de ça, parce que dans tes livres, il n’y a aucune fioriture. Tout à des raisons d’être écrit.  

J’ai envie que ça commence tout de suite, qu’il y ait de l’action, des personnages actifs immédiatement, d’avoir des paroles qui raisonnent un peu en nous, d’avoir quelque chose qui soit un peu épais.

Le lecteur ne peut pas se reconnaitre dans tes personnages dits « extrêmes » !

La grande perversion du livre et du personnage de Franck, c’est qu’ils sont aussi détestables qu’attachants. J’ai voulu que le lecteur soit proche de Franck, qu’il fasse sienne certaines de ses réflexions et que, paradoxalement, il reste un type assez dégueulasse.

A te lire, chacun est pourri quelque part et personne n’échappe à la règle.

Je le crois sincèrement dans la vraie vie. Bon, dans mon nouveau livre, il y a juste le shérif qui est un type bien, quant aux autres…

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Moins d'une semaine après sa sortie, "Trois gouttes de sang et un nuage de coke" est cinquième des ventes en Suisse, toutes catégories confondues.

En Suisse, ton livre est très bien accueilli.

Les ventes sont très bonnes. J’espère que ça se propagera en France, au Québec et en Belgique. Mais j’ai eu aussi quelques critiques négatives.

Tu récoltes ce que tu sèmes. Tu es un provocateur, jeune de surcroit. Tu énerves.

Oui, il y a un peu de ça. Mais généralement, mon nouveau livre est bien accueilli, autant par les libraires que par les journalistes. Je suis hyper bien distribué. Et puis, victoire, j’ai vu mon livre dans la librairie d’une gare. Je fais donc désormais de la littérature de gare.

Comment prends-tu les critiques ?

Quelles soient positives ou négatives, je les accueille avec une certaine distance. Mais, je ne te dit pas que ça ne me fait pas plaisir quand elles sont bonnes et enthousiastes. Ca flatte l’ego et ça encourage.

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Novembre 2014, passage éclair de Quentin Mouron à Paris. Il est venu voir sa nouvelle éditrice française... et nous avons déjeuné ensemble avant son retour en Suisse.

Trois gouttes de sang et un nuage de coke est sorti dans une maison française pour la première fois.

C’est une maison exigeante et qualitative. C’est l’éditeur suisse de mes trois premiers livres, Olivier Morattel, qui m’a aidé. Il a estimé que c’était difficile de faire de la promo pour moi en France et il trouvait dommage que mon quatrième livre, que je lui avais fait lire, ne se contente que de la Suisse. Il a été d’une élégance rare, car c’est lui qui m’a proposé de trouver une maison en France.

Paulina Nourissier-Muhlstein, la directrice éditoriale de La Grande Ourse, a été la première à vous répondre.

Oui, et elle était très enthousiaste. J’ai vite senti qu’elle avait bien compris le livre. Elle a compris le projet, le discours et le propos. Je suis venu la voir à Paris en novembre dernier et on a fait affaire. On a ensuite retouché le texte ensemble. Tout s’est fait avec elle, Olivier et moi, en bonne intelligence. C’est le début d’une nouvelle et belle aventure.

Depuis que je te connais, quelle progression dans ta carrière !

Le truc le plus important, c’est que je commence à pouvoir discrètement vivre de ma plume. Entre les livres et les chroniques, je commence à m’en sortir.

A la télé et dans la presse, tu tapes sur tout ce qui bouge et surtout quand c’est politique.

Je fais trois chroniques à la télé par semaine sur TV BeCurious. Je ne fais pas que beugler sur les politiques, je sais aussi être doux, parler littérature ou d’autres choses. J’ai vraiment carte blanche et c’est confortable. On ne me censure jamais. A la rentrée, je vais aussi animer une émission littéraire sur cette chaîne. Ça va décaper.

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Pendant l'interview...

Tu n’as pas peur que l’on te voit trop ?

En tout cas, je sais que ça énerve. Ça se voit et ça se sent que j’agace dans le milieu littéraire lausannois et genevois. Ça m’amuse beaucoup cette réputation de trublion prétentieux. Je m’en fous d’énerver les gens, ils m’énervent aussi parfois et ne s’excusent pas de m’énerver.

Ça te met à part.

Tant mieux, je ne veux pas faire partie d’une bande. J’ai de bons contacts avec pas mal d’écrivains et de journalistes suisses, mais je ne cultive pas mes relations et ne participent pas aux règlements de compte entre les uns et les autres.

Sur quoi travailles-tu en ce moment ?

Sur un texte qui va me prendre plusieurs années je pense. C’est un roman picaresque. Un truc complètement fou. Le narrateur qui est plus ou moins moi, est dans une Audi A4 et traverse le pays… il se passe des choses très marrantes. Ça tient de Don Quichotte et je me moque de la gueule d’un peu de tout. Ça se veut acide et drôle. Sinon, j’ai commencé un livre qui reste dans le thème de Trois gouttes de sang et un nuage de coke. Je reprends certains personnages de manière détournée. J’ai aussi envie de reprendre certains thèmes et en amener d’autres. Il faut que chaque livre que je propose soit meilleur que le précédent.

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Après l'interview, le 11 juin 2015.

06 juillet 2015

Armèle Malavallon : interview pour Soleil Noir

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Armèle Malavallon est la lauréate du Prix VSD Polar 2015 avec son premier roman Soleil noir. Elle nous emmène à Montpellier, sous la canicule (ce qui rejoint notre réalité du moment). Elle nous permet de suivre une enquête rondement menée par un commandant de police pas piqué des hannetons, à propos de personnes dont une partie du corps est retrouvée en cendres. Ce livre est un véritable page-turner, de surcroit très bien écrit. Si elle continue sur ce chemin-là, Armèle Malavallon a de fortes chances de faire partie de la liste des auteurs de polar qui comptent en France. Pour ne rien vous cacher, j’ai connu (virtuellement) l’auteure il y a deux ans de cela puisque j’ai participé au recueil collectif Les aventures du concierge masqué (voir la mandorisation là). C’est elle qui avait la lourde tâche de gérer les auteurs (très nombreux), de corriger, voire de faire retravailler la copie de quelques-uns, tout cela avec diplomatie et efficacité. A ce moment-là, je ne me doutais pas qu’elle écrivait un roman (j’apprécie les gens qui ne parlent pas, mais qui font).

Le 9 mai dernier, un samedi très ensoleillé, j’ai donné rendez-vous à Armèle Malavallon (de passage éclair à Paris) en terrasse d’un bar parisien.

armèle malavallon,soleil noir,les nouveaux auteurs,prix vsd 2015,interview,mandor4e de couverture :

Montpellier, mois de juillet, sous un soleil de plomb. Le corps d'une paisible retraitée, ou plutôt ce qu'il en reste, est découvert un dimanche matin dans son salon. Un petit tas de cendres et deux jambes intactes semblant miraculeusement rescapées d'un brasier infernal. L'hypothèse d'un phénomène de combustion humaine spontanée est aussitôt évoquée, plongeant les policiers chargés de l'enquête, dans une profonde perplexité. Un deuxième corps va les lancer sur la piste du Seraphim, l'ange de feu ou bien le Diable en personne ? Ce livre a reçu le Prix VSD 2015. Le président du jury était Franck Thilliez.

L’auteure :

Armèle Malavallon est vétérinaire. Elle a frayé avec les maladies infectieuses et la vaccinologie en Provence, les cochons et les poulets au Vietnam et les chimpanzés au Congo. Entres autres. Elle a surtout exercé en entreprise, dans un laboratoire pharmaceutique et pour une firme spécialisée dans la nutrition animale. Elle est aussi chroniqueuse littéraire dans une émission culturelle sur Radio Clapas à Montpellier. Soleil Noir est son premier roman.

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armèle malavallon,soleil noir,les nouveaux auteurs,prix vsd 2015,interview,mandorInterview :

Tu es vétérinaire, mais dans la recherche.

Non, pas vraiment.

Ça commence bien !

C’est un peu compliqué en fait. Dans ma carrière, j’ai très vite bifurqué vers l’industrie pharmaceutique vétérinaire. J’étais spécialisée dans les vaccins et les maladies infectieuses. Je travaillais avec les vétérinaires qui étaient sur le terrain et qui avaient des questions à poser sur les maladies infectieuses. J’étais responsable d’un laboratoire spécialisé dans ce domaine. Après, j’ai travaillé au Vietnam, dans la nutrition animale. Je me suis encore plus éloignée de la pratique vétérinaire classique. Aujourd’hui, j’ai complètement arrêté cette activité. Je ne me consacre plus qu’à l’écriture et à la radio.

Pour gagner sa vie, l’écriture, ce n’est pas un peu risqué ?

Je n’en suis pas à un point où je pense que je peux gagner ma vie avec l’écriture et donc, je décide d’arrêter de travailler. Il y a des gens qui font ça, ils s’en mordent les doigts très vite. Même si ça marche au début, au bout d’un an ou deux, ils se rendent compte que l’écriture ne nourrit pas son homme. Je suis très réaliste sur ce sujet. J’ai arrêté de travailler pour des raisons personnelles. J’ai eu du temps devant moi. J’en ai profité pour écrire tranquillement ce roman.

Tu n’as pas fait que ça !

Non, j’ai collaboré avec les eXquisMen sur le livre Les aventures du concierge masqué. Entre temps, j’ai passé ma thèse vétérinaire et j’ai travaillé dans différents domaines.

Comment as-tu rencontré les trois eXquisMen, David Boidin, Maxime Gillio et Benjamin Berdeaux ?

Je vais essayer de faire court. J’ai participé au polar interactif qui a été lancé par Michel Field sur armèle malavallon,soleil noir,les nouveaux auteurs,prix vsd 2015,interview,mandorTF1 pour Au Field de la nuit, sous la houlette d’Ingrid Desjours. Il y a eu une émission avec tous les écrivains qui ont participé à ce livre, Connexions. Ce jour-là, j’ai rencontré une des auteurs de ce roman qui m’a parlé de son mari, Hervé Jourdain. Elle m’a dit qu’il avait participé à L’exquise nouvelle, saison 1. Via Facebook, j’ai entendu dire que la saison 2 arrivait. J’ai fait œuvre de candidature. J’ai été retenue comme auteure. Je me suis très bien entendue avec David Boidin. Nous nous sommes rendu compte que nous habitions à 500 mètres à vol d’oiseau. Du coup, sur la saison 2 (dont les fonds sont revenus à l’association Les p’tits courageux, que tu connais bien), j’étais assez active. Nous sommes devenus copains et il m’a proposé d’être l’une des organisatrices de la saison 3, saison à laquelle tu as participé.

Mais cette occupation ne voulait pas dire que tu étais capable d’écrire un roman.

J’avais déjà écrit un roman qui n’a jamais été publié, à mon retour du Vietnam. Il était fortement inspiré de mon vécu là-bas pendant 3 ans et demi. J’étais partie dans ce pays en tant que jeune expatriée. A Saïgon, il y a pas mal de jeunes vétos français. J’ai réinventé et romancé chaque personnage et ce que j’ai vécu.

Teaser du livre.

Soleil noir est donc ta première vraie fiction. Tu es amatrice de polar, ça se sent.

Je suis une grande lectrice. J’aime autant la littérature blanche que la noire. J’ai lu tous les Fred Vargas, Patricia Cornwell et plein d’autres, mais je ne m’étais jamais imaginée faire du polar.

armèle malavallon,soleil noir,les nouveaux auteurs,prix vsd 2015,interview,mandorEt pourtant…

C’est Connexions qui m’a donné envie de me lancer. On était huit à écrire ce livre sous la direction d’Ingrid Desjours. Dans un polar, il faut maintenir une intrigue, un suspens, créer des rebondissements, que la cohérence soit là, et j’ai adoré cette gymnastique… ça doit être mon côté scientifique. Ça ne veut pas dire que je vais m’enfermer dans ce style littéraire.

Les gens ne te demandent pas la suite ?

Si, justement. Je réfléchis très fortement à la question. Comme je n’avais pas confiance en moi quant à la sortie du livre et ce qui allait arriver ensuite, je suis partie sur un autre roman, noir, lui aussi. Je n’allais pas écrire la suite d’un livre dont je ne savais pas s’il allait intéresser quelqu’un.

De quoi parle ce roman ?

C’est l’histoire d’une journaliste qui est impliquée malgré elle dans une enquête. Mais, je ne veux pas en dire trop.

Dans Soleil noir, ton commandant de police homosexuel, Popeye, est très attachant.

Il est très viril, très masculin, costaud et tout le monde le craint. Il cache son homosexualité à tout le monde, sauf à son jeune adjoint, Placido, qu’il met dans la confidence un soir de beuverie. C’est la première fois qu’il s’ouvre à quelqu’un de son boulot.

Parfois, tu suggères plus que tu ne surlignes. Tu laisses des indices pour que l’on armèle malavallon,soleil noir,les nouveaux auteurs,prix vsd 2015,interview,mandorcomprenne par nous-mêmes.

Je n’aime pas prendre le lecteur pour un imbécile. En littérature, j’aime bien quand l’auteur laisse agir notre imaginaire. Je ne rentre jamais dans des descriptions trop poussées. J’effleure les choses pour laisser le lecteur garder sa part à lui.

Cette histoire de combustion humaine spontanée, c’est parti comment ?

C’est quelque chose qui me fascine. Je suis une scientifique rigoureuse, très rationnelle, qui s’attache aux faits et rien qu’aux faits. Et en même temps, j’ai une partie de moi qui est très ouverte aux phénomènes paranormaux ou simplement inexpliqués par la science. Des physiciens, des chimistes, des experts de toutes sortes, se sont penchés sur les phénomènes de combustions spontanées et n’ont pas trouvé la solution. Du coup, ça m’a intéressée. Je me suis beaucoup documentée là-dessus.

Mais, toi, à la fin du roman, tu donnes une solution.

Je donne la solution qu’ont trouvée les experts du FBI et quelques scientifiques pour expliquer  un certain nombre de cas qui étaient d’origine criminelle ou accidentelle. Cela ne permet pas de résoudre tous les cas de combustion humaine spontanée. 

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A Radio Clapas.

armèle malavallon,soleil noir,les nouveaux auteurs,prix vsd 2015,interview,mandorQuelle est la plus grande difficulté quand on écrit un polar ? La crédibilité ?

C’est ça. C’est toujours un peu compliqué quand on laisse aussi la porte ouverte au surnaturel. Tout ce que j’ai raconté dans ce livre est vrai et très documenté. A priori, il n’y a pas d’erreurs scientifiques, ni sur les procédures judiciaires. J’ai essayé d’être réaliste au maximum.

Et le rythme, tu l’as trouvé tout de suite ?

J’ai beaucoup travaillé dessus. Il ne faut pas endormir le lecteur, garder un rythme soutenu, faire en sorte que les phrases soient rapides, et ne pas se regarder écrire. Il faut aller à l’essentiel sans en faire trop. Ça ne veut pas dire qu’il faut négliger le style…

Tu es critique littéraire sur Radio Clapas à Montpellier. Te voilà de l’autre côté de la barrière…

Je préfère dire que je chronique les livres que j’ai aimés. J’essaie toujours d’être bienveillante vis-à-vis des auteurs parce que je sais à quel point c’est difficile d’écrire. Quant à moi, j’ai bénéficié de critiques plutôt élogieuses, donc je suis contente et un peu rassurée.

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 Armèle Malavallon et Franck Thilliez (président du jury), lors de la remise du Prix VSD 2015.

Parlons du Prix VSD 2015, décerné uniquement à un auteur de la maison d’édition Les Nouveaux Auteurs.

Ce prix est décerné sur manuscrit et le livre du lauréat est publié par Les Nouveaux Auteurs. C'est le concept même du prix. Tous les lauréats deviennent de fait des auteurs de cette maison d'édition. C'est le résultat et non la cause. Je suis très lucide sur Les Nouveaux Auteurs et sur ce prix. Je sais l’image que ce prix et cette maison projettent. Il y a quand même Laurent Guillaume et Claire Favan qui ont reçu ce prix, ce ne sont pas n’importe qui ! Quand on m’en parle, je réponds toujours que c’est un jury de lecteurs. Ils mettent des notes et remplissent des fiches de lecture et ça me parait quand même important. Plus qu’un jury de professionnels.

Ça t’a fait quoi d’être la première de ta classe ?

(Rires). Ça m’a fait un immense plaisir… et ça m’encourage pour la suite de mes tribulations littéraires. 

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Après l'interview, le 9 mai 2015.

03 juillet 2015

Stanislas Petrosky : interview pour Ravensbrück mon amour

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L’Atelier Mosésu est une maison d’édition qui lance des collections. La première, la série L’embaumeur, dont je vous avais déjà parlé ici. Aujourd’hui, elle lance la collection 39-45 « Le roman noir au service de l’Histoire ». Ravensbrück mon amour est l’un des trois livres de cette formidable série. Je n’ai pas lu les autres, mais celui-ci m’a pris aux tripes. L’auteur, Stanislas Petrosky, n’y va pas avec le dos de la cuillère. Les descriptions insoutenables (basées sur des faits réels) de la vie dans un camp de concentration choquent/heurtent le lecteur que je suis. Difficile de ressortir indemne de ce roman qui participe au devoir de mémoire.

Le 7 mai dernier, l’auteur est venu à l’agence… je voulais voir qui se cachait derrière Stanislas Petrosky (même si je le savais déjà un peu).

stanislas petrosky,sébastien mousse,ravensbrück mon amour,interview,christelle mercier,mandor4e de couverture :

Gunther, jeune artiste allemand enrôlé de force au moment de la construction du camp de Ravensbrück, en devient l’illustrateur officiel, obligé de mettre son talent de dessinateur au service des autorités nazies.

Rien n’échappe au crayon affûté du jeune homme : l’horreur des camps, les expériences médicales, les kommandos, les mœurs des officiers, la vie, la mort.

Dans ce roman noir, Stanislas Petrosky pénètre au cœur de Ravensbrück et en décrit implacablement chaque recoin, afin de ne jamais oublier.

L’auteur :

Né en 1975 sur les bords du lac Sevan, en Arménie. Stanislas Petrosky quitte son pays à l’âge de dix-sept ans pour rejoindre la France. Il glissera dans une délinquance de plus en plus dure et connaîtra de nombreux démêlés avec la justice.

C’est lors de ses séjours à l’abri du soleil qu’il se découvrira une passion pour l’écriture, sombre de préférence, en commençant par les nouvelles. Ravensbrück mon amour est son premier roman.

stanislas petrosky,sébastien mousse,ravensbrück mon amour,interview,christelle mercier,mandorL’interview :

Qui est tu ?

Je suis auteur. Ravensbrück mon amour est mon premier roman. Jusqu’alors, je n’avais écrit que des nouvelles. J’ai travaillé pour Camion Blanc, une maison d’édition consacré à la musique (rock de préférence, voire metal). Tous les ans, j’écris une nouvelle pour eux. Et pour d’autres éditeurs d’ailleurs. Je travaille plus sur le court, parce que je préfère ça. Je me sens plus à l’aise.

Tu as commencé à écrire très jeune, je crois.

Oui. A l’âge de 14 ans. Jusqu’à l’âge de 30 ans, j’estimais que ma production littéraire n’était pas bonne. J’étais très mauvais en orthographe, en grammaire et en conjugaison. Au fur et à mesure, à force de lire, j’ai écrit un peu mieux. J’ai aussi croisé des gens qui m’ont donné des bases et de nombreux conseils. Au contact d’auteurs, j’ai appris qu’on n’écrit pas un livre en une seule fois. On peut écrire un roman au moins dix fois pour qu’il soit au minimum convenable.

Ravensbrück mon amour est ton premier roman. Tu n’as pas choisi un sujet léger.

Quand j’étais gamin, comme beaucoup de gens de notre époque, j’ai été bercé par Au nom de tous les miens de Martin Gray, j’ai vu la série Holocauste à la télévision, mon grand-père (qui n’est pas juif), a fait un court séjour au camp. Il m’a beaucoup raconté ce qu’il a vécu. Et puis, j’ai lu les douze livre sur la déportation qu’a signée le journaliste Christian Bernadac. Quand je vois ce qu’il se passe dans le monde actuellement, je pense qu’il est bon de faire une piqure de rappel. Le 30 avril dernier, cela a fait 70 ans que ces atrocités ont été commises. C’était hier.

Le teaser du livre.

Tu racontes l’histoire de Gunther, un jeune garçon enrôlé de force.stanislas petrosky,sébastien mousse,ravensbrück mon amour,interview,christelle mercier,mandor

Il faut rappeler que tous les gens dans les camps n’étaient pas nazis. Certains étaient même opposés au régime, comme Gunther. Une des plus belles critiques que j’ai reçus est celle de Patrice Dard. De Gunther, il dit : « c’est un simple salaud ordinaire, comme nous tous ». Il lui manque le courage. Il ne peut pas se rebeller, comme d’autres kapos. Il essaie de faire preuve d’humanité envers ces femmes, mais ce n’était pas évident.  Si on découvrait qu’un kapo (personne qui était chargée d'encadrer les prisonniers dans les camps de concentration nazis) aidait quelqu’un, il était puni sévèrement. Tous n’étaient pas des salauds. Mais certains étaient choisis parmi les prisonniers de droit commun les plus violents, ainsi, ils étaient sûrs qu’ils allaient pouvoir faire respecter l’ordre.

Il y a une scène atroce ou un kapo reçoit de la schlague (châtiment disciplinaire autrefois en usage dans les armées allemandes et autrichiennes, et qui consistait en coups de baguette) parce qu’il a fait montre de compassion.

Les kapos n’avaient pas le droit au moindre écart de compassion et ils ne devaient avoir aucune humanité. Quand on discute avec d’anciens déportés, hommes ou femmes, quel que soit le camp, ils disent bien que dès la montée dans un train, la déshumanisation commençait. Pas de toilette, pas de bouffe, pas d’intimité, de plus, ils étaient dans des wagons à bestiaux.

J’ai l’impression que tout a été dit sur les camps dans les livres. Mais personne n’a jamais pris l’angle que tu as choisi.

J’en ai lu beaucoup parce que j’ai une passion pour la Seconde Guerre Mondiale. Je voulais faire quelque chose de différent. Une immersion. Je rentre dans la peau d’une personne et je raconte l’histoire à la première personne. Je trouve ce procédé très efficace pour emmener le lecteur.

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Illustration extraite du livre.

Gunther est illustrateur. C’est ce qui le sauve pendant ses cinq ans de captivité, de la construction du camp à la libération.

Découvrir un camp de concentration par les yeux d’un artiste, c’est quelque chose d’inédit. C’est une manière de témoigner.

Le médecin du camp dissèque des prisonniers, parfois même vivants.

Malheureusement, la médecine a avancé avec ce précédé. Il y a eu de nombreuses vies sauvées grâce à ses horreurs. Par exemple, la Luftwaffe (l’armée de l’air allemande) perdait beaucoup de soldats lors des batailles aériennes au-dessus de l’océan. Ils mourraient de froid. On a donc fait des tas de tests dans les camps de concentration avec des prisonniers juifs. On les plongeait dans l’eau glacée et on a essayé de les réchauffer par tous les moyens. Avec de l’eau bouillante, et même en les entourant de femmes nues, pour te dire jusqu’où allait la folie. Un jour, ils ont réussi à comprendre que si on maintenait juste la tête hors de l’eau, l’hypothermie était beaucoup moins rapide. Le gilet de sauvetage qui est utilisé partout dans le monde aujourd’hui est malheureusement une invention des camps de concentration. Les nazis se sont dit qu’ils avaient la meilleure expérimentation possible : la chair humaine et des êtres humains vivants. Ils ont stérilisés des gamines de huit ans, ils ont fait des essais de greffes osseuses… et je t’en passe !

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Illustration extraite du livre. 

Oui, dans le livre, tu ne nous épargnes rien. Tu ne t’es jamais dit que tu allais trop loin ?

Non. J’ai fait attention à ne jamais tomber dans le gore. Simplement, je me suis basé sur des témoignages racontés dans des livres ou dans les revues comme Historia ou Historama. Il y a dedans les rapports des procès racontés minute par minute. On a la description de tout ce qui a été fait. C’est l’horreur absolu. Ces pourritures, de vrais sadiques, considéraient les prisonniers comme des sous-races. Ils les considéraient plus comme des animaux que comme des humains.

Gunther tombe amoureux d’une prisonnière. Tu as placé de l’amour dans un camp de la mort finalement.

Il y a eu des gens qui ont vécu de vraies histoires d’amour. La plupart du temps, elles finissaient mal. Quand on s’en apercevait, on les tuait. Et les histoires d’amour n’étaient pas forcément comme on les conçoit nous aujourd’hui. Il n’y avait pas forcément de sexe, car il y avait une baisse énorme de la libido. Les lieux ne s’apprêtaient pas à cela. C’était surtout des sentiments très forts entre deux personnes.

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Plus de 60 000 femmes sont mortes dans ces camps. Celles qui sont revenues sont restées longtemps totalement traumatisées.

Elles ne pesaient que trente kilos et ont été martyrisées. Elles ont subi des châtiments corporels ignobles et ont subi des expérimentations sur leur corps. Il est impossible de s’en remettre sans séquelle et rapidement.

T’es-tu demandé ce que tu aurais fait à la place de Gunther ?

Je pense que j’aurais fait comme lui, mais bon, on ne peut jamais savoir.

Je n’ai lu que des bonnes critiques sur le livre.

J’avais peur. C’est mon premier livre, donc, je n’étais pas sûr de remplir ma mission : écrire un bon livre. Les réactions lues m’ont un peu rassuré.

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Pendant l'interview...

A la base, tu es un passionné du roman noir.

Parce que c’est le roman sociétal par excellence. Il doit dénoncer et dire des choses importantes sur la société. Les livres que j’apprécie le plus, ce sont ceux qui me font réfléchir et qui me mettent une claque. Donc, avec Ravensbrück mon amour, je voulais essayer d’en mettre une à mes lecteurs. Nous, quadragénaire, nous avons un devoir de mémoire à exécuter.

Que peut-on écrire après un tel livre ?

Le prochain livre sera sur le deuil. A la première personne, je me mets dans la peau d’une femme qui perd son compagnon, mais qui ne retrouve pas son corps. Elle va donc sombrer dans la folie. Ensuite, j’écrirai un autre livre sur les camps. Je vais travailler sur un personnage qui me fascine énormément : la chienne de Buchenwald, Ilse Koch. Elle a été l’épouse d’un employé de banque délinquant de droit commun qui deviendra général SS et commandant de Buchenwald. Elle a commis les pires atrocités. Cette rousse aux yeux verts envoyait à la mort quiconque avait le malheur de croiser son regard. C’était vraiment une sadique complète. C’est le livre de Michel Onfray, La passion de la méchanceté sur un prétendu divin marquis, qui m’a donné envie de faire des recherches sur elle. Ensuite, j’écrirai aussi sur la gestapo.

Tu vas sortir aussi un livre écrit à quatre mains avec l’auteure Christelle Mercier.

Oui, c’est une histoire d’amour entre un SS et une résistante. La Deuxième Guerre Mondiale est une période très prolifique entre héroïsme et sadisme…

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Après l'interview, le 7 mai 2015.