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01 septembre 2016

Jonathan Franzen : interview pour Purity

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forum-fnac-livre.jpgLa rentrée littéraire 2016 a un petit goût de salon du livre puisque la FNAC lance son premier forum du livre du 2 au 4 septembre 216 au Carreau du Temple à Paris

Cette manifestation gratuite et ouverte à tous, invite les lecteurs à venir à la rencontre des livres de cette rentrée.
Débats, dialogues croisés, questionnaires mystères, rencontres, et séances de dédicaces… seront également proposées, en partenariat avec la RATP, des balades littéraires à bord d’un bus des années 1930 qui sillonnera la capitale le 3 septembre, en compagnie de quatre auteurs : Sorj Chalandon, Timothée de Fombelle, Olivier Bourdeaut et Benoît Duteurtre.

A côté de l’invité d’honneur Jonathan Franzen, dont le roman a paru avant l'été, sont attendus, entre autres, Andreï Makine, Laurent Mauvigner, Karine Tuil ou encore Valentine Gobi.

L’inauguration du Forum, ce soir, sera également l’occasion pour l’enseigne de remettre son Prix  du roman Fnac qui, depuis 15 ans, couronne un auteur de la rentrée littéraire. En l'occurrence, cette année, Gaël Faye pour son premier roman Petit pays chez Grasset (mandorisé là en 2013)

Pour en savoir plus sur le Forum Fnac Livres, vous pouvez cliquer ici !

Pour le journal Contact (le gratuit envoyé aux adhérents de la FNAC), j’ai interviewé l'invité d'honneur Jonathan Franzen. Je mesure ma chance. Son nouveau livre Purity est un monument littéraire.

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25 juillet 2016

Quentin Mouron : interview pour L'âge de l'héroïne

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(Photos : Daniella Carbunova)

quentin mouron, l'âge de l'héroïne, interview, mandorAmateurs de polars "classiques", de romans noirs ou de thrillers, il est possible que vous soyez un peu déroutés par le style de Quentin Mouron. Dans L’âge de l’héroïne, il y a tout de même un trafic de drogue ayant mal tourné et des rancœurs supposant une vengeance. L'ambiance générale correspond aux critères du bon petit polar dans un décor américain.

Mais, le véritable moteur de l'histoire, c'est le héros, Franck. Un homme hors du temps, ne dédaignant ni une partie de jambes en l’air improvisée (et pas très romantique), ni l'alcool, ni une ligne de coke de temps à autre.

Franck est autant une tête à claque qu’attachant.
Pas de romantisme dans ce pastiche noir. Pas de tendresse gratuite dans ces bas-fonds. Il n’en reste pas moins un roman sulfureux et décapants.

Ceci est ma troisième mandorisation de Quentin Mouron (la première ici et la seconde là), vous vous imaginez donc tout le bien que je pense de cet écrivain suisse, peut-être le plus insolent/turbulent/innovant de sa génération.

Je l’ai reçu à l'agence le jour de mes 49 ans, le 20 juin dernier. Alors que je déprimais d’être sur la pente descendante de ma vie, pourquoi me suis-je infligé le fait de recevoir ce jeune homme fringant, au talent fou, qui a encore toute la vie devant lui ? Je ne sais pas (l’homme ne serait-il pas paradoxal ?) Au fond, peut-être que c’est parce que je l’aime bien. Tout simplement. Et que chacune de nos rencontres me font du bien, voire m’élève.

4e de couverture :quentin mouron, l'âge de l'héroïne, interview, mandor

Franck, dandy sur le retour, détective à ses heures, bibliophile, collectionneur de livres anciens, est chargé de retrouver une cargaison de drogue volée. Son enquête le mène jusqu’à Toponah, petite ville américaine située dans l’État du Nevada. Sur sa route se dresse Léah, adolescente mystérieuse tenant autant de la gueule cassée que de l’héroïne cornélienne. Parmi les existences ployées et amoindries, la jeune femme scintille, détonne ; elle incarne quelque chose que Franck ose enfin nommer la vie.

L’auteur :

Quentin Mouron, poète, novéliste et romancier naît en 1989 à Lausanne. Il possède la double nationalité suisse et canadienne. Il est très remarqué dès 2011 avec Au point d’effusion des égouts (prix Alpes-Jura), puis avec Notre-Dame-de-la-Merci (2012) et La Combustion humaine (2013). L’Âge de l’héroïne est son deuxième roman publié en France après Trois gouttes de sang et un nuage de coke (2015) qui vient de sortir en poche chez 10/18.

quentin mouron, l'âge de l'héroïne, interview, mandor

quentin mouron, l'âge de l'héroïne, interview, mandorInterview:

Ça y est, tu as un héros récurrent. Franck revient dans un second livre.

Je ne sais pas s’il va tenir très longtemps à ce rythme-là (rires). Je précise que Trois gouttes de sang et un nuage de coke et L’âge de l’héroïne se lisent indépendamment et que l’on peut commencer par celui que l’on veut. Je conseillerais presque de commencer par le second, L’âge de l’héroïne. Il est plus direct et va plus à l’essentiel. Il ouvre une belle porte pour découvrir mes livres.

Es-tu plus fier de ce livre, stylistiquement parlant, parce que tu t’améliores de livre en livre?

Oui. J’ai toujours l’impression que le dernier livre est le meilleur. Je crois que dans celui-ci, il y a moins de fioritures.

Pas de phrases, pas de mots inutiles. C’est épuré au maximum.

Ca vient de ma fréquentation avec certains auteurs américains. Souvent, je me dis: “est-ce qu’on a vraiment besoin d’avoir cette scène?” Je trouve qu’il y a dans leurs polars des descriptions dont on pourrait se passer.

En lisant des gens que tu aimes bien, tu te dis qu’il y a quand même des longueurs ?

Il m’arrive de passer des pages et de trouver que le livre redevient brillant. Les descriptions physiques des gens sont toujours trop détaillées. Moi, j’en fais le minimum. Plus généralement, pour ce livre, j’ai suivi le chemin des ellipses.

Léa, ton héroïne, est elle aussi particulière. Elle est serveuse dans un bar au bord d’une route. Il lui quentin mouron,l'âge de l'héroïne,interview,mandorarrive de donner son corps pour de l’argent. Mais elle ne veut sucer que les cas sociaux, pas les hommes normaux.

Il y a chez elle, un esprit du renoncement que l’on peut trouver encore au 17e siècle, chez certaines héroïnes cornéliennes. Léa, elle nie le monde, elle nie la vie. Pour Franck qui l’observe sous son regard à lui, c’est le contraire. Il l’a perçoit comme une affirmation.

Léa amène quand même une certaine lumière, je trouve.

Quand elle fait irruption dans l’histoire, ça modifie les choses. Franck, personnage toujours désabusé, arrive enfin à voir quelque chose de positif dans le monde dans lequel il évolue.

Ce livre est un western moderne.

Je n’y ai pas du tout pensé en l’écrivant. Mes premiers lecteurs m’ont fait remarquer qu’il y avait un côté western déglingué, un peu bizarre. J’ai pourtant tenté de ne pas trop incarner le lieu et le temps.

Pourquoi te sers-tu du polar pour aborder des sujets profonds ?

Ce n’est pas une stratégie commerciale pour donner envie d’acheter. Le prétexte du polar rassure le lecteur et rassure aussi l’auteur. Il y a un cadre, des actions qui sont assez traditionnelles. Il y a un trafic de drogues, ça va vite. Ça permet un point de repère et une mobilité. Dans le polar, les personnages et les situations circulent. On peut aborder des thèmes qui ne sont pas ceux habituellement abordés dans le polar, sans que les lecteurs ne soient perturbés. 

L’intrigue est minimale, pourtant, on ne peut pas lâcher ce livre une fois commencé.

Merci. Ne pas m’étendre sur l’intrigue me permet surtout de mettre mes angoisses d’écrivains ailleurs. Dans le style par exemple, dans les propos, dans la qualité des dialogues…

Il y a deux parties dans ton livre. Une « ouverture baroque » et la « suite classique ».

Mon héroïne appartient presque au théâtre classique. Il y a une unité, pas tout à fait de lieu, pas tout à fait de temps, mais presque. Dans la deuxième partie, l’écriture est moins explosive que dans la première où tout est baroque, mélangé et ou s’imbrique toutes sortes d’informations et d’éléments.

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(Photo : Blaise Kormann pour #L'illustré).

Pour les besoins de la photo, Quentin Mouron a adoré se faire décapiter. Un clin d’œil à son roman.

Est-ce que ton héros récurrent, Franck, a du cœur ?

C’est difficile à dire. Il a beaucoup de choses qui remplacent et qui masquent  le cœur.

Quand il voit la libraire décapitée peu de temps après l’avoir troussé, il n’a pas l’air plus ému que cela.

Oui, tu as raison, il s’en fout un peu. C’est sa rencontre avec Léa qui va le rendre plus humain, qui va lui faire sortir des sentiments. Dans toute la première partie, Franck est un personnage très froid.

Tu en es à ton cinquième livre et les journalistes continuent à te comparer à d’autres auteurs. Pour ce livre, on te situe entre Flaubert et Céline.

Je suis bien calé là.

J’ai lu aussi : « le cynisme d’Oscar Wilde, la beauté de Marlène Dietrich et la violence de Tarantino ».

Il y a pire comme référence. Je suis plus d’accord avec ce triplé qu’avec le premier binôme.

Tu comprends pourquoi on te compare à Céline ?

J’espère que c’est pour le style. Dans mon premier livre, il y avait pas mal d’argots. On retrouve des volumes de textes explosifs dans certains de mes dialogues. Mon côté apocalyptique de certaines visions doit également y être pour quelque chose.

Céline, idéologiquement, ça te convient aussi ?

Ah oui, tout à fait ! (Rires). Evidemment, je m’en éloigne sur certains points.

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Franck, tu vas le garder ou l’abandonner ?

Je me pose la question. Je suis en train de réfléchir dans quelle mesure il peut revenir. Comme j’ai décidé de mettre l’intrigue au second plan, il faut que Franck trouve sa place quelque part.

Un héros récurrent, ça sécurise et donc fidélise le lecteur.

Si je peux explorer une nouvelle dimension à son personnage, s’il apporte quelque chose à l’histoire, si certains thèmes peuvent se greffer par rapport à ce personnage, je pense que je peux le faire revenir. Je l’aime bien.

Tu n’écris jamais le même livre. Je vais plus loin. Tu aimes aller là où on ne t’attend pas.

En Suisse, en ce moment, il y a beaucoup de très bons polars qui fleurissent. Du coup, ça m’incite à aller vers autre chose. Avec L’âge de l’héroïne, j’ai essayé d’écrire autre chose que Trois gouttes de sang et un nuage de coke. Si on retrouve Franck, ce n’est pas du tout le même ivre, j’insiste sur ce point.

Tu énerves un peu le milieu littéraire, il me semble.

Oui, je crois. Il y a toujours quelques petits agacements.

Il y a chez toi un côté, « je suis sûr de moi ».

Mon meilleur ami m’a fait remarquer que j’étais beaucoup plus sûr de moi devant un micro que dans la vie. C’est une forme d’aliénation.

Ne rentres-tu pas dans le personnage de « l’auteur » ?

Peut-être. Le micro s’est rassurant je trouve. Vous dites ce que vous voulez sans que l’on vous interrompe beaucoup. Un studio, c’est feutré, c’est plus rassurant qu’une table de bistrot où je pourrais boire un café avec une fille.

Quentin Mouron parle de L'âge de l'héroïne pour la librairie Mollat.

A la télé, tu faisais des chroniques dans lesquelles tu cassais le pouvoir en place.

Oui, c’est un bon exercice la chronique. Ça me permet de sortir de mon territoire.

En France, tu n’es pas encore très connu, mais je suis sûr que ça ne va pas pas tarder.

Le précédent livre, Trois gouttes de sang et un nuage de coke avait reçu un bon accueil et avait provoqué pas mal de choses. Il vient de sortir en poche chez 10/18 et il va être traduit dans certains pays. Mon éditeur, La Grande Ourse, fait bien son boulot. Il me pousse le plus loin et le mieux possible. Si j’espère un jour avoir la même notoriété en France qu’en Suisse, pour l’instant, je n’ai pas à me plaindre, ni des ventes, ni de la presse française.

Aimes-tu la notoriété ?

Oui, assez. Ce n’est pas désagréable en tout cas. Cela permet de survivre mieux, car cela permet de créer des opportunités de boulots. Tout est lié.

Tu es un « bon client » dans les médias.

Il parait. Mais tout dépend quel journaliste est en face de moi. Les journalistes ne sont pas les plus cons de la chaîne du livre (merci Quentin !) Je passe souvent de bons moments sur les plateaux.

Est-ce que discuter avec un journaliste te permet de mieux appréhender ton œuvre ?

On produit un discours que l’on ne s’attend pas à produire. Parfois, je sens que j’ai tenu un discours pertinent sur mon propre livre, parfois, au contraire, je me rends compte que j’ai dit d’énormes conneries.

Tu n’es pas un écrivain maudit en tout cas.

Non. Bon, il est vrai qu’en Suisse, au niveau prix, bourses, subventions, je ne suis jamais le grand gagnant.

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Pendant l'interview...

Tu écris tout le temps ?

J’écris souvent, à part quand je suis en promotion.

Ecrire cela n’a d’intérêt que si c’est pour dire des choses importantes ?

On peut écrire aussi des choses belles, des choses amusantes. Cela dit les choses belles et les choses amusantes peuvent être des choses importantes. Il y a un peu d’ironie dans mes livres, mais pas trop de second degré, ni d’humour douteux. On a suffisamment l’occasion d’être futile dans une conversion que nous ne sommes pas obligés de l’être aussi dans les bouquins. Quand j’ouvre un livre, j’aime bien avoir quelque chose de consistant, de profond. Le lecteur, qui a acheté ton livre a le droit à ce qu’on ne se foute pas de sa gueule.

Dans tes livres, quels sont les sujets de prédilections ?

Il y a un thème qui est revenu souvent et qui est  juste en clin d’œil  dans L’âge de l’héroïne, c’est la question du masque, de la manière dont on se ment soi-même et dont on ment aux autres. Dans mon dernier roman, je traite de la notion d’héroïsme, de la notion du langage aussi. A partir de quel moment sa propre langue, sa propre voix, ne porte plus parce qu’il y a trop de parasitages ou personne pour l’entendre. Je n’avais jamais problématisé la question de la parole. Que signifie une parole et à quelle condition elle peut signifier quelque chose ? Ce n’est pas une thèse que je défends, mais par me personnages, j’essaie d’amener une discussion. Le livre sert à provoquer les discussions.

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Après l'interview, le 20 juin 2016.

19 juillet 2016

Maxime Chattam : interview pour Le coma des mortels

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Troisième  mandorisation de Maxime Chattam (la première ici, la deuxième ). Pour Le magazine des Loisirs Culturels Auchan (daté de juillet-août 2016), je l'ai interrogé sur son nouveau livre, Le coma des mortels

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18 juillet 2016

Richard Gaitet : interview pour L'aimant, roman magnétique d'aventures maritimes

richard gaitet,l'aimant,interview,mandorJe lis Richard Gaitet (photo à gauche, Elsa Delula) depuis son premier roman, très introspectif et pas vraiment joyeux, Les heures pâles. Puis, il y a eu un livre, trop court mais complètement  loufoque. Dans Découvrez Mykonos hors-saison, l’auteur racontait les aventures aussi tumultueuses qu’improbables de deux fêtards en goguette à Mykonos.

Je l’avais mandorisé une première fois pour ces deux romans.

Je nourrissais donc beaucoup d’espoir sur le livre qui allait venir. Et bon sang de bois, je ne suis pas déçu. Même complètement fasciné par L'aimant, roman magnétique d'aventures maritimes, ce roman d’aventure maritime délirant, fantastique, absurde, poétique…

On est dans Poe, dans Verne, dans Gaitet, c’est pareil. C’est vif, moderne, efficace, il faut juste se laisser porter par la vague, sans réfléchir. Lire à l’instinct. Une expérience littéraire unique, je vous assure.

Le 27 mai dernier, Richard Gaitet est venu à Webedia pour évoquer ce roman hors norme et essentiel.


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Gabriel est un jeune marin belge, facétieux, fort en gueule mais maladroit. Il veut apprendre à naviguer mais aussi à boire, à se battre et à aimer. Pour sa première traversée transatlantique, le voilà radio sur un cargo, d’Anvers à Buenos Aires. Hélas ! Une escale aux Açores lui révèle qu’une organisation secrète internationale vient de s’accaparer les ressources inespérées d’un recoin du pôle Sud, menaçant l’équilibre géomagnétique mondial…

Saura-t-il conjurer la catastrophe ?

Roman contemporain d’aventures maritimes, récit d’initiation tragi-comique aux accents surnaturels, L’Aimant poursuit l’histoire d’un titre méconnu de Jules Verne, Le Sphinx des glaces, qui reprenait déjà l’intrigue irrésolue de l’unique roman d’Edgar Allan Poe, Aventures d’Arthur Gordon Pym. La conclusion rocambolesque d’un mystère littéraire au long cours.

L’auteur :

Richard Gaitet est né en 1981. Admiré dans toute l’Europe pour sa pratique très personnelle du sirtaki, il anime depuis 2011 l’émission « Nova Book Box » sur Radio Nova. Son premier roman, Les Heures pâles, écrit sous le pseudonyme de Gabriel Robinson, est paru en 2013 aux éditions Intervalles.

L’illustrateur :

Riff Reb’s est né en 1960. Qualifié de « Baron du dessin » par Moebius, il est l’auteur d’une vingtaine d’albums de bande dessinée, dont une remarquée « trilogie maritime » : À bord de l’Étoile Matutine (2009), Le Loup des mers (2012, prix Fnac), Hommes à la mer (2014).

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richard gaitet,l'aimant,interview,mandorInterview :
(vignette de gauche, François Perrin)

Lors de ta première mandorisation, il y a deux ans, tu m’as parlé de ce livre. Tu en étais à la moitié de l’écriture…

Les premiers chapitres remontent à cinq ans, à peu près. J’ai mis au bon coup de collier lors d’une résidence au Diable Vauvert, il y a trois ans. Ça m’a permis de savoir que j’étais prêt à bosser au moins encore deux ans dessus. Il m’a fallu un moment pour boucler l’intrigue. J’avais lancé des pistes dans la narration, elles devaient retomber sur leurs pattes.

C’est quoi ton livre ?

Un roman d’aventures maritimes, même s’il y a de nombreux passages qui se déroulent sur la terre. Ce qui arrive lors des escales est très important. C’est aussi un roman de formation et d’initiation. Le héros à 20 ans et il arrive comme une page blanche. Il a envie d’apprendre à se battre, à tisser de fortes amitiés… il va beaucoup boire, baiser. Je raconte l’histoire d’un garçon ouvert sur le monde qui veut absorber le plus d’aventures possibles.

Je me souviens que tu m’avais dit que tu voulais faire du Jules Verne, mais avec des couilles.Félix_Nadar_1820-1910_portraits_Jules_Verne_(restoration).jpg

Les livres de Jules Verne sont sidérants sur le plan de l’imagination, des connaissances scientifiques, des informations sur les territoires, la topologie, la géologie, la zoologie… mais ses romans n’étaient pas du tout organiques. Ses personnages n’ont jamais faim et n’ont jamais de sens éveillés. C’était complètement asexué. La raison venait du fait qu’il publiait aussi dans des collections pour la jeunesse. Ce n’est pas comme ça que j’envisage les livres. Il faut que les personnages soient vivants, électriques, il faut que je sente ce qui les fait bander, ce qui leur donne de l’appétit... J’ai souhaité remettre au gout du jour tout l’élan vernien : les mystères, les voyages, les rencontres, avec des choses qui n’existent pas dans la réalité. Mais je me suis dit que tout cela devait passer par le corps. Je voulais que celui qui a lu tout Jules Verne soit désarçonné, voire en colère. Jules Verne, pour la France et pour le monde, c’est une statue du Commandeur, intouchable. Il a tellement donné à l’imagination, à l’aventure, aux romans, qu’il en est devenu magnifique. Quand je dis que ça manque d’humour, d’organique, on ne peut pas dire le contraire. On ne lui en veut pas, c’était une question de contexte et d’époque. Tout le reste est tellement foisonnant et brillant sur 50 ans de carrière et 80 romans qu’il force le respect. Aujourd’hui, on ne peut plus faire un Jules Verne au pied de la lettre, sans intégrer des éléments de modernité. J’ai utilisé différents niveaux de langage, de l’humour, de vrais personnages féminins, presque toujours absents de l'univers vernien, du sexe, des beuveries et évoqué beaucoup de thèmes contemporains.

Oui, comme l'amour, la mort, l’amitié, l'hérédité, la condition humaine, la société de consommation, l'anarchie, l'écologie, la politique, la cupidité, l'argent-roi, le besoin d'un retour aux valeurs humaines fondamentales… Ton livre oscille entre l’exactitude des positions géographiques, des faits, des situations et le fantastique, des trucs qui ne peuvent pas se réaliser.

Je considère que pour faire croire à l’invraisemblable il faut être le plus vraisemblable possible. Il faut que le cadre du délire soit rigoureusement exact et colle le plus possible à la réalité.

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richard gaitet,l'aimant,interview,mandorLa vie dans le cargo, c’est comme que tu le racontes ?

J’ai fait des demandes pour passer deux semaines dans un cargo, ça n’a pas abouti, du coup, j’ai lu énormément de récits de personnes qui ont fait des voyages en cargo, qui ont alimenté des blogs extrêmement précis sur leurs sensations…  je voulais que la tapisserie soit fiable. J’ai employé de vrais termes techniques pour que l’on puisse croire à ce que je décrivais et à la réalité de cette fiction. Je me suis beaucoup documenté aussi sur chaque escale que fait le cargo : Dakar, l’Islande, la Patagonie... Je suis parti sur le principe que si tout à l’air vrai, l’extraordinaire peut avoir lieu. Si ma réalité est fragile, on croira moins facilement à l’irréel.

Tu ne t’es jamais donné de limites pour garder une crédibilité maximale à ton histoire ?

Finalement, non. J’ai beaucoup hésité à garder la scène avec le monstre. Je me suis dit qu’à ce niveau-là de l’histoire, si les personnes sont toujours avec moi, ils peuvent accepter l’idée qu’il peut y avoir des créatures extraordinaires. J’ai voulu ouvrir mon imaginaire et accueillir tout ce qui me venait. Dès que j’allais un peu loin, je revenais vite à un cadre terrestre, terrien.

Ton livre est tellement barré que tu as dû te demander jusqu’où tu pouvais te permettre d’aller pour ne pas perdre tes lecteurs, non ?

Complètement. 100% délire, 100% fantaisie, ça n’intéresse qu’une frange microscopique de lecteurs. Personnellement, étant donné le temps que j’ai passé à écrire ce livre, j’ai souhaité qu’il y ait le maximum de lecteurs qui croient aux personnages, à l’intrigue, aux thèmes abordés, à ce que cela peut raconter du monde contemporain. Juste l’imagination, ça ne suffit pas. C’est un roman, genre noble qu’il faut servir comme un page. En travaillant sur la structure, le rythme, le montage, le récit.

Il est beaucoup question d’alcool dans ton livre, comme il en était aussi beaucoup question dans le précédent, Découvrez Mykonos hors-saison.

Je me suis demandé si ce n’était pas un marqueur de mon « œuvre ». En même temps, quel est l’autre moyen de se sociabiliser que les hommes et les femmes ont trouvé pour être ensemble ? Quand les gens sont heureux d'être ensemble, ils boivent. et ce qui leur arrive après un certain nombre de verre est souvent plus drôle, sur le plan romanesque que s’ils étaient restés à boire du thé.

Les illustrations sont signées Riff Reb’s. Comment as-tu eu cette légende du dessin ?Couv_242049.jpg

J’ai souhaité que ce livre soit dans la tradition des livres de Jules Verne, c'est-à-dire avec des illustrations en noir et blanc, légendées, qui accompagnent l'expérience de lecture. Mon éditeur a dit oui tout de suite, il a pris de sacrés risques. J’avais chez moi les deux derniers albums de la trilogie maritime absolument sublime de Riff. Étonnamment, dans ce qui était son dernier album à l’époque, Hommes à la mer, un recueil d’adaptations maritimes, il y avait une double page qui était un très beau dessin tiré du Sphinx des glaces. L’évidence s’est imposée. Je lui ai écrit un mail assez court en lui expliquant je voulais faire la suite du Sphinx, mais modernisée, contemporaine. Il m’a téléphoné deux heures plus tard. J’étais impressionné, il a quand même 25 albums dans les pattes. Il m’a dit que cela faisait des années qu’il attendait ce genre de proposition. Il m’a demandé de lui envoyer le livre. Je n’en avais écrit que 70%, mais ça lui a suffi. Il a accepté après lecture. Il a apprécié que ça parte dans tous les sens et que ce soit rock’n’roll. Je lui ai présenté mon éditeur. Nous avons convenu qu’il fasse 15 dessins pour une somme vraiment modique par rapport à son talent et sa notoriété.

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Comment avez-vous travaillé ensemble ?

De manière fantastique. Je lui envoyais les chapitres au fur et à mesure. Parfois il me faisait des retours en me disant, je suis sûr qu’il va se passer telle et telle chose dans le prochain chapitre. Une fois, ce n’était pas ça, mais son idée était si bonne que je me suis empressé de la noter pour aller dans sa direction et l’ajouter à mon roman (rires).

Ses dessins correspondaient-ils à ce que tu avais dans la tête quand tu as écrit telle ou telle scène ?

Oui, très souvent. En plus, il apporte un trait moderne et nerveux, contrairement aux gravures sérieuses et hyper minutieuses qu’il y avait dans les Jules Verne. Les illustrations vivantes de Riff sont en phase avec l’écriture. Il amène de la chair et c’est ce qu’il fallait. Ça donne de l’incarnation au projet. On était raccord sur la manière d’aborder le genre.

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Ton livre est la suite du Sphinx des glaces de Jules Verne, qui, lui-même, était la suite d’Aventures d’Arthur Gordon Pym d’Edgar Poe.

J’ai fait une suite moins littérale. Je n’ai pas voulu raccrocher immédiatement les wagons aux deux précédents livres parce que je craignais de perdre tous mes lecteurs. Je ne voulais pas m’adresser uniquement aux fans de Verne et de Poe. Il fallait que ma propre mythologie soit mise en place, que j’ai donné de la chair à mes héros et que j’ai développé mes thématiques et ma dramaturgie. C’est la raison pour laquelle ma « suite » arrive à mi-parcours, quand tout est installé.

Tu pars du principe que tout ce qui est dans les deux livres de Poe et de Verne est vrai.

Oui, donc il existe réellement une créature minéralogique et géologique aux propriétés hallucinante, au pôle sud.

Tu ne connaîtrais pas Richard Gaitet, tu l’inviterais dans ton émission de radio ?

Si je n’étais pas moi, je m’inviterais volontiers, bien sûr (rires).

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Pendant l'interview...

Ce livre barré, il te ressemble ?

Il y a dix ans, Philippe Jaenada a dit au petit groupe d’écrivains que nous formons et que tu connais: « il faut écrire des livres qui vous ressemblent ». Il faut y jeter le plus possible de soi.

Tu l’as écouté pour tes deux premiers romans. Ils étaient des morceaux de ta vie. Là, il n’est pas question de toi.

Détrompe-toi. J’y suis tout entier.

Gabriel aurait pu être toi ?

C’est carrément un alter ego. Sans te dire lesquelles, il y a des choses dans le livre que j’ai vécues. Pour qu’un livre soit vivant, qu’il ait l’air fort et mémorable, pour faire vibrer son histoire, il faut puiser dans ses réserves personnelles, ses poches de vies, sa mémoire émotionnelle, même pour bâtir un territoire de fiction farfelu...

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Le 27 mai 2016 sur une terrasse de Webedia, après l'interview.

11 juillet 2016

Philippe Claudel : interview pour le Prix Landerneau des lecteurs 2016

Pour Le magazine des Espaces Culturels Leclerc (daté du mois de juillet/août 2016), j'ai interviewé l'écrivain Philippe Claudel, qui est le premier président d'un tout nouveau prix littéraire : le Prix Landerneau des lecteurs. Nous en avons profité pour évoquer son dernier livre, superbe et poigant, L'arbre du pays Toraja.

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29 mai 2016

Audrey Jougla : interview pour Profession : animal de laboratoire

audrey jougla,profession :animal de laboratoire,interview,mandor

(Photo : Lou Sarda)

audrey jougla,profession :animal de laboratoire,interview,mandorAudrey Jougla est une femme de conviction sacrément courageuse. Elle force le respect. Après plusieurs années d'un engagement forcené aux côtés d’associations militant pour les droits des animaux, elle livre dans Profession : animal de laboratoire un récit sans concession sur l'enfer vécu par les animaux de laboratoire. Comme l’explique l’argumentaire de presse, « au risque de se mettre en danger, elle nous embarque en caméra cachée dans les sous-sols interdits des laboratoires publics et privés où se cache une réalité atroce : celle de l'expérimentation animale. Dans ces lieux surprotégés, se pratique une violence quotidienne et systématique souvent ignorée du grand public. Cette année, le débat sur la vivisection a enfin été relancé grâce à l’initiative citoyenne ICE qui a demandé officiellement à la commission européenne de mettre fin aux expérimentations animales en rendant obligatoires les méthodes substitutives qui obtiennent de meilleurs résultats sur l'homme. »

« En 2016, une prise de conscience sur le sujet encore tabou de la souffrance animale est plus que jamais nécessaire. Le citoyen du XXIe siècle ne peut plus ignorer les questions fondamentales de son rapport à l'animal, à la science et aux valeurs humanistes » explique Audrey Jougla

Le 27 avril dernier, Audrey Jougla est passé à Webedia pour une longue interview sur cet essai nourri d'une réflexion très documentée aux révélations impitoyables.

4e de couverture :audrey jougla,profession :animal de laboratoire,interview,mandor

Pendant plus d'un an, Audrey Jougla a enquêté en caméra cachée dans les laboratoires publics et privés français pour comprendre la réalité de l'expérimentation animale.
Quels sont les tests pratiqués aujourd'hui ? Dans quel but ? En Europe, plus de 11,5 millions d'animaux subissent chaque année des tests, qui ne concernent pas seulement les rongeurs mais de nombreuses espèces familières comme les chats, les chiens, les chevaux ou les singes.
En poussant les portes de ces lieux interdits au grand public, où personne n'a encore pu accéder sans effraction, Audrey Jougla nous embarque dans le récit de son aventure aux côtés des militants de la cause animale.
Une enquête inédite et un récit saisissant sur la souffrance infligée aux animaux, qui interroge notre humanité face à l'absurdité de la violence.

L’auteur :

Diplômée de Sciences Po Paris, Audrey Jougla a été journaliste avant de reprendre ses études de philosophie. Passionnée d’éthique animale, elle obtient les félicitations du jury pour son mémoire de recherche sur la question de l’expérimentation animale comme « mal nécessaire ». Elle est co-auteur de Nourrir les hommes, Un dictionnaire (Atlande, 2009).

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(Photo : Romain Lutringer)

audrey jougla,profession :animal de laboratoire,interview,mandorInterview:

Ce qui m’a surpris, c’est que j’ai lu ton livre comme un thriller.

J’ai raconté simplement, chronologiquement l’enquête et toutes les phases par lesquelles je suis passée. Il ne s’agissait ni de faire quelque chose de théorique, ni quelque chose de journalistique. Je voulais qu’il y ait de l’émotion et que ce livre soit incarné.

Cette cause te touche-t-elle depuis longtemps ?

Je suis végétarienne depuis toute petite. Pendant longtemps, je n’ai rien fait pour les animaux, je faisais juste un chèque pour certaines associations. A 25 ans, je me suis dit qu’il fallait que je milite activement. J’ai commencé à tracter et  à manifester.

Tracter t’as apporté beaucoup ?

C’est une excellente formation. On apprend tout en tractant. On a très peu de temps et on est souvent face à des réactions épidermiques chez les gens. On constate les préjugés qui nous reviennent constamment.

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Tracter, défiler...

On vous reproche quoi le plus souvent ?audrey jougla,profession :animal de laboratoire,interview,mandor

On nous demande souvent pourquoi on ne fait pas ça pour les humains.

Ça se tient comme argument, non ?

Non, chacun milite pour les causes qui leur semble les plus adaptés à son combat. Je défends les animaux, ce n’est pas pour autant que j’en n’ai rien à foutre des humains. C’est une question de sensibilité personnelle. Très souvent, les gens qui disent ça ne font pas forcément quelque chose pour les autres.

Te souviens-tu du déclic qui t’as incité à écrire ce livre ?

Oui. Je me suis rendue à une manifestation contre la vivisection organisée par plusieurs associations à Paris et j’ai été choquée par les images. Je n’en avais jamais vu autant et je me suis posée la question de leur véracité. Je me demandais si c’étaient des images d’aujourd’hui ou de vieilles archives. Enquêter pour savoir comment l’expérimentation animale se passait en France de nos jours m’a paru essentiel.

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Le 5 septembre 2015 à l’appel du CCE2A (Collectif Contre l’Expérimentation et l’Exploitation Animales) afin de dénoncer la barbarie de l’expérimentation animale et de mettre en avant les méthodes substitutives. Plus de 30 associations étaient représentées.

Il y a 12 millions d’animaux en Europe, toutes espèces confondues, qui ont été sacrifiés sur l’autel de la science chaque année, alors que tu expliques qu’il y a des solutions de remplacements pour éviter ces carnages.

En infiltrant ce milieu, j’ai assisté à des scènes de violences insoutenables et je n’ai rien pu faire ou dire par peur d’être démasquée. J’ai été révoltée en écoutant les argumentations et justifications à tous ses massacres. Je me suis vite rendu compte que les propos tenus ne tenaient pas la route. En gros, les gens qui expérimentent expliquent qu’ils font le sale boulot que la société ne veut pas faire. Ils disent qu’on ne change pas un protocole qui marche, qu’ils ont toujours fait ainsi… On ne peut pas justifier le mal avec ces arguments. Les laboratoires sont censés utiliser les méthodes alternatives, mais ils n’ont aucune contrainte et incitation à les chercher.

Tu as pris des risques en infiltrant les labos. C’est un vrai travail d’investigation. Tu n’as pas eu peur parfois ?

J’ai eu peur à la publication du livre. Au début, je voulais le publier sous pseudonyme, mais très vite j’ai considéré que ça allait à l’encontre du fait de dévoiler quelque chose. Si je ne mets pas mon nom, ça amoindrit l’impact. Tout ce que je dis est vrai et attesté. J’ai les sources de tout, comme les enregistrements par exemple. Ce qui est surprenant, c’est que j’ai eu une sorte de culpabilité par rapport aux gens à qui j’ai menti, même à ceux qui travaillent dans les labos. Cette sorte de trahison m’a longtemps habité.

Il faut préciser que tu as rencontré pas mal de personnes, parmi lesquelles des gens qui t’ont fait confiance.

Humainement, on noue des relations avec des gens qui ne sont ni des barbares, ni des sadiques. C’est très facile quand on est militant de les diaboliser, mais quand on les côtoie, ce n’est plus du tout pareil. Après, on se ressaisi en se rappelant que ce qu’ils font n’est pas justifiable.

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3 mois jour pour jour après le rejet de l’ICE Stop Vivisection, un happening d’envergure régionale réunissant une centaine de personnes a eu lieu à Lyon le 03 octobre 2015 pour maintenir la pression sur les autorités locales et nationales. Plusieurs stands de sensibilisation au véganisme et à l’expérimentation animale ont également eu lieu partout en France, avec la participation à plusieurs reprises d’Audrey Jougla.

Parfois, certains chercheurs des laboratoires t’ont impressionné, voire ont presque fait vaciller tes convictions.

L’autorité de la blouse blanche impressionne beaucoup. On est face à des « sachant », des gens qui ont une autorité, une expertise. Je me suis souvent demandée qui j’étais pour remettre leur propos en cause. Avec cette situation de messianisme scientifique, le débat est quasi inexistant et le grand public est tout le temps mis en défaut par rapport à ça. C’est détestable parce que l’on se rend compte que l’on confie l’autorité du jugement sur le débat à des gens qui sont juges et parties. Il y a donc très peu de débat public sur l’expérimentation animale parce que c’est très technique.

Qu’as-tu vu en pénétrant dans les laboratoires ?

J’ai vu des singes, des chiens, des chats, des rongeurs. Même si je suis très émotive, j’ai pu résister à la tentation de pleurer, vomir ou m’insurger… c’est l’utilité de ce que je faisais qui a pris le pas.

Tu expliques aussi que ces expériences sont parfois utiles. Ce que j’aime bien dans ton livre, c’est qu’il est très objectif.

La question de l’utilité des expériences est intéressante. Pour certaines expériences utiles et nécessaires à la santé humaine, il n’y a pas de méthodes alternatives, ça n’invalide pas la souffrance et le débat moral.

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Toujours expliquer son combat.

Tu cites des marques, des noms de laboratoires. Tu n’as pas eu de problèmes à la sortie de ton livre ?

Non, je n’ai pas reçu de menaces sur ma personne. Mais il y a eu beaucoup de pressions chez les médias pour ne pas m’inviter. Certains labos sont annonceurs dans certaines chaines de télé ou radio et dans certains magazines.

J’aime le fait que ton livre ne soit pas à charge. Ça le rend crédible.

Pour moi, c’était essentiel d’être le plus honnête possible par rapport à tous ce que j’avais pu entendre et ce que l’on m’avait dit. Ce qui est dramatique dans ce débat-là, c’est qu’il n’y a pas une vérité. Il y a des gens démunis qui travaillent dans des laboratoires qui disent « c’est terrible ce qu’il se passe, mais comment peut-on faire autrement ? » La législation oblige les tests sur les animaux avant de commercialiser les médicaments.

Tu t’es intéressée à la psychologie des gens qui font des expériences parce qu’on est quand même sur de la souffrance quotidienne et quasi permanente.

On entend souvent dire que ce sont des sadiques. Je pense en fait que tout est fait pour qu’il y ait une distance avec l’animal. Il est vraiment considéré comme du matériel.

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La place de la République était remplie de monde le 12 septembre 2015, lors de la journée organisée par la Fuda. Et Jeanne Mas et Raphael Mezrahi faisaient partie des militants présents

Les défenseurs de la cause animale, tes amis, ont fini par se méfier de toi lors de ton enquête.

Il y a eu un moment où c’était compliqué parce que je n’avais mis personne dans la confidence. Mes parents, mon ami, mes amis n’étaient pas au courant. Je me disais qu’ils allaient me décourager et qu’ils allaient avoir peur pour moi. Parmi les deux seuls militants de la cause animale qui étaient au courant, il y a un qui a considéré que j’étais passée de l’autre côté parce que je lui avais fait part de mes doutes. J’en étais arrivée à un point où je me demandais si les chercheurs n’avaient pas finalement raison. Je me suis ressaisie parce que la seule chose sur laquelle tout le monde est d’accord, c’est la souffrance des animaux.

Quelle est la conclusion de ton enquête ?

Sur un sujet comme celui-ci, on a trop tendance à évincer le débat sous prétexte que c’est médical et scientifique. On a tendance à penser que l’expérimentation animale est faite pour le bien être supérieur de l’humanité et on oublie la rentabilité. Les laboratoires ne sont pas des philanthropes, il y a des exigences derrière qui sont commerciales.

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Pendant l'interview...

Que peut-on faire ?

Mutualiser les résultats, créer une plateforme avec les méthodes alternatives en fonction des protocoles, avoir des subventions pour les méthodes sans animaux… Il y a plein de choses qui peuvent se faire.

Tes amis de la cause animale sont-ils rassurés sur tes convictions aujourd’hui ?

Ils m’avaient vu disparaitre pendant pas mal de temps. Le fait de pouvoir les retrouver, de revenir militer sur le terrain, avec le livre, c’est un soulagement. Ils ont compris mon absence et mon silence.

Les droits de ton livre sont versés à quatre associations.

Oui, le Collectif contre l'expérimentation et l'exploitation animale (CCE2A), International Campaigns, Antidote Europe et Pro Anima.

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Le 27 avril 2016, après l'interview.

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24 mai 2016

Emma Daumas : interview pour son roman Supernova et son EP Vivante

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(Photo : Serge Verglas)

emma daumas,supernova,vivante,interview,mandorEmma Daumas est une chanteuse. Mais plus uniquement. Elle est désormais également une auteure. Certes, ce qu’elle raconte dans Supernova (Editions Scrinéo) est proche d’une réalité qu’elle a côtoyée parfois de loin et souvent de très près, il n’en reste pas moins que l’on sent un souffle romanesque et un sens de la narration très prometteur.

J’avais déjà rencontré la chanteuse il y a 10 ans. L’éternelle histoire d’un journaliste qui interviewait une chanteuse de plus à son palmarès et d’une chanteuse qui répondait aux questions d’un énième journaliste. Il ne s’était rien passé humainement.

Et puis, récemment (en avril dernier) nous nous sommes retrouvés au 14e Salon du livre et de la chanson de Randan, tous les deux comme auteurs et pas franchement habitués à être de ce côté-là de la barrière. Une amitié immédiate est née.

Je l’ai donc revu le 29 avril dernier dans le salon du charmant Hôtel Joséphine, au pied de Montmartre, pour évoquer ce livre et son nouvel EP au nom merveilleusement bien choisi : Vivante.

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C’est l’histoire d’Annabelle, seize ans, une jolie petite chanteuse de province et de son avatar, Bella, créature née de sa participation à « Starcatcher », télé-crochet en vogue servant de fusée médiatique aux adolescents en quête de poussière d’étoiles.

Pas de suspense factice dans ce récit où l’extinction violente d’une gloire est programmée à sa naissance. Il est question ici de l’initiation d’une jeune fille à la vie des grands, sous sa forme la plus cynique et exaltante qui soit. Une formation accélérée qui entraîne inexorablement la mort des illusions.

Dans un monde de spectacle et d’exhibition, où l’on confond amour et séduction, narcissisme et respect de soi, comment Annabelle réussira-t-elle à retrouver le chemin vers la vraie lumière, sa lumière intérieure ?

emma daumas,supernova,vivante,interview,mandorL’auteure (photo : Eric Vernazobres) :

Après la Star Academy en 2002, trois albums chez Polydor, un livre-disque pour enfants, Emma Daumas finit par poser ses valises dans sa Provence natale pour y fonder une famille et peaufiner sa démarche d’auteure.

En 2012, elle entame l’écriture de nouvelles chansons sous le regard bienveillant de Maxime Le Forestier, qui lui donne de nombreuses clefs et la confiance qui lui manquaient pour pouvoir écrire, enfin seule. Elle navigue depuis entre la musique, l’écriture et des aventures artistiques en tous genres, notamment dans le monde de l’art contemporain. Du reste un EP (mini album de 6 titres) est prévu en mai 2016, et un album à suivre.

En 2014, sa rencontre avec l’éditeur Jean-Paul Arif lui donne l’élan pour entamer l’écriture d’un roman à partir de son expérience de téléréalité, un texte qui sommeillait en elle depuis longtemps. Supernova est le fruit d’une longue réflexion sur les effets de ce qui fut un grand bouleversement dans sa vie.

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emma daumas,supernova,vivante,interview,mandorInterview :

Ecrire un premier livre, c’est compliqué ?

Ce n’est pas de tout repos. C’est l’éditeur Jean-Paul Arif qui m’a lancé ce challenge. Je lui avais fait lire des fables que j’écrivais et que je voulais publier dans son magazine L’éléphant. Il a aimé, mais mon parcours l’intéressait particulièrement. Il a préféré que j’écrive un roman.

Et tu t’es lancée directement ?

J’ai commencé à écrire sur des personnages et, très vite, j’ai eu ma trame. J’ai eu des visions de scènes importantes, comme des petits flashs. Deux mois plus tard, pour me rassurer, j’ai demandé à Jean-Paul de lire la première partie de mon livre. Il y a eu beaucoup d’évolution dans l’écriture entre le moment où j’ai commencé et celui où j’ai envoyé le résultat pour la première fois. Déjà, je suis passée de la troisième personne à la première. Je voulais l’identification du personnage pour qu’il soit au plus proche d’Annabelle et, ainsi, mieux rentrer dans les émotions. Il ne fallait pas que je craigne la confusion et la schizophrénie. Il y avait une ambiguïté, mais il fallait que je l’assume. En disant « je » et en lui faisant vivre des choses que je n’ai pas vécues, j’ai pu commencer à me détacher d’elle.  Dès que la première partie a été validée, que j’ai assumé et trouvé la forme, c’était parti. J’ai écrit une première version, puis une deuxième largement retravaillée. Il y a eu des suggestions et des discussions avec mon éditeur, puis j’ai pris un peu de recul. Je l’ai posé un petit mois et j’ai fait quelques ajustements. Ce livre m’a pris 14 mois. 

Ecrire un livre demande de la rigueur quotidienne. Tu y es parvenue ?emma daumas,supernova,vivante,interview,mandor

Je t’avoue qu’il y a eu des moments où j’ai plus traîné la patte que d’autres, mais j’ai été sauvée par la discipline. Quand on est maman et qu’en plus on travaille sur de nouvelles chansons, c’est essentiel de s’imposer un cadre d’écriture très strict.

Est-ce que parfois, ça t’a remué de te replonger dans les souvenirs de cette période-là ?

La dynamique a pris le pas sur les émotions que je pouvais ressentir. Cette rigueur que je m’étais imposée m’a permis d’aller au bout sans trop être chamboulée.

Au-delà de l’histoire d’une jeune fille à la notoriété aussi soudaine que stupéfiante qui explose en pleine vol, il est aussi question d’amour, d’amitié, de relation sœur-sœur, fille-mère, fille-beau-père.

Il fallait qu’elle soit confrontée au maximum de problématiques. J’ai essayé d’être réaliste tout en inventant des choses. Il y de nombreuses scènes/évènements/situations vécus par moi, d’autres vus chez les autres.

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Starcatcher = StarAcademy (version 2002) : un peu, mais pas tout à fait. 

emma daumas,supernova,vivante,interview,mandorTu as été très méchante avec ton héroïne.

(Rire). Je ne lui ai rien épargné, je suis d’accord. C’était aussi ça, la jouissance de mon roman.

Le moment où on apprend qui est le beau-père d’Annabelle m’a glacé le sang. Je ne peux pas dire ici pourquoi, mais franchement, c’est très fort.

Quand elle apprend qui est son nouveau beau-père, elle, et les lecteurs, ont une réaction épidermique. Cette intrusion dans son cocon fait froid dans le dos à tout le monde. Dans le cas présent, l’humain reprend le pas sur le mythe. Voilà, je ne peux rien dire de plus pour ne pas spoiler mon propre livre.

Annabelle fait souvent les mauvais choix dans sa vie personnelle et personnelle…

Ce n’est pas un livre uniquement sur le système, mais aussi sur la personne elle-même. Souvent, Annabelle fait effectivement les mauvais choix. Je montre ce qu’une jeune fille est capable ou n’est pas capable de faire pour continuer à alimenter ce système et continuer à en faire partie. Quand tu es projetée dans un monde, un milieu aussi étincelant, et que tu en fais partie, ta seule crainte est de perdre ta place. Même si tu vois que tu n’es pas à la bonne place, même si tu vois que ça te fais du mal, que cela attise tes pulsions destructrices, il y a quand même quelque chose en toi qui t’incite à continuer à faire partie du jeu. Dans le roman, j’ai considéré qu’il fallait qu’elle tombe au plus bas, pour qu’elle puisse rebondir.

Ne m’en veut pas mais, même si j’ai bien compris que tu n’as pas raconté totalement ta propre histoire, quand j’ai lu le livre, je te voyais en Annabelle.

Tu n’es pas le seul à me l’avoir dit et cela m’embête un peu. Je ne peux pas lutter contre ça. Ce que j’ai vécu a été une richesse très importante pour la conception de ce roman. Mon travail a été de me détacher de moi le plus possible pour aller vers une jeune fille d’aujourd’hui, une petite ado très contemporaine, bien ancrée dans notre modernité. Je voulais faire d’Annabelle un personnage générique auquel toutes les adolescentes pouvaient s’identifier.

Tu viens d’un milieu différent que celui de ton héroïne.emma daumas,supernova,vivante,interview,mandor

Nos vies n’ont rien à voir. Je viens d’un milieu particulièrement privilégié, un peu bourgeois. Mes parents m’ont désiré, ils m’ont hyper protégé et choyé. J’ai étudié dans une école catho… Lorsque j’écrivais, j’ai cherché à ce que l’on s’identifie à elle. Je ne suis pas elle et, surtout, je ne me sens pas comme elle.

Tu savais bien qu’on allait te questionner sur cette ambiguïté.

Oui, mais je ne pensais pas que l’on m’identifierait autant à elle. De toute manière, et je sais que tu le sais, certains médias n’entendent que ce qu’ils ont envie d’entendre.

J’imagine que les journalistes te demandent où est la part de réalité et celle du romanesque, non ?

Oui, mais je trouve que ce n’est pas ce qu’il y a d’intéressant dans ce projet. La télé-réalité pour moi, ça a été une expérience, mais c’est fini. A aucun moment, je n’ai eu envie d’écrire ma vie. Elle m’appartient. Mon intimité m’appartient et ce n’est pas ce que j’ai envie de communiquer aux gens. Je crois qu’il y a d’autres façons de parler de soi qui sont plus profondes et plus subtiles. Parler de soi en essayant de faire le pont avec les autres, c’est parler de soi et des autres en même temps.

Et quand on te pose la question avec insistance, tu réponds quoi  au final?

J’essaie de me dépatouiller en disant que tout est réaliste, mais tout n’est pas vrai. Il y a des choses à moi, d’autres aux autres. Je suis allée puiser dans mes bagages affectifs et émotionnels, mais en réalité c’est trouble et j’ai envie que cela le reste. Ce livre est un parcours initiatique, il raconte un cheminement. Il y a plusieurs niveaux de lecture. Ceux qui voudront y voir une autobiographie déguisée pourront le faire, moi, j’y vois des symboles qui représentent mon cheminement intérieur. Pour moi, ce cheminement est à la fois artistique et spirituel.

emma daumas,supernova,vivante,interview,mandorCe n’est pas un livre qui balance sur le métier, il n’élude rien de ce qu’il est, c’est tout.

Merci de le dire. Cette quête de célébrité et de gloire est très intemporelle. Depuis toujours, il y a eu des systèmes qui ont alimenté ce fantasme-là. Les télé-crochets et la télé-réalité sont des systèmes d’aujourd’hui. A l’époque de Star Academy, j’étais comme un cobaye qui vivait quelque chose qui le dépassait complètement. Cette expérience veut dire beaucoup sur les êtres humains et notre rapport à la célébrité, à la reconnaissance et à l’amour. En écrivant, j’avais l’impression de transcender cette expérience en quelque chose de positif. Je n’ai jamais eu la sensation de cracher dans la soupe ou de dénoncer des gens. Au fond, avec le recul, ce que j’ai vécu à la Star Academy est  un accélérateur de particule. Il faut juste puiser au fond de soi les forces nécessaires pour naviguer correctement dans ce milieu.

Je conseillerais aux jeunes artistes qui débutent et qui aimeraient passer dans ce genre d’émission de lire ce roman. Cela pourrait leur signaler deux trois choses…

Cela dit, les ados d’aujourd’hui ont ça dans les mœurs. Ils sont nés avec. Ils connaissent tous les codes de ce genre d’émission et les adoptent immédiatement sans aucun recul. Comme j’ai vécu le début de cette ère, je peux être lucide sur tout ceci. Mais je refuse de me placer dans la position de la moralisatrice. Je n’ai pas de conseils à donner. En plus, on n’a pas tous vécu cette aventure de la même façon. Ça dépend de la sensibilité et des armes que l’on a pour rentrer dans ce monde-là.

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Pendant l'interview... (1)

Ta démarche d’écrire sur cette période-là de ta vie fait-elle sens ?

Profondément. C’est ça « évoluer ». Te servir de ton bagage pour pouvoir naviguer dans d’autres mondes. Ça fait cinq ans que j’ai commencé à aborder le travail artistique de façon très différente. Je me suis beaucoup ouverte à des nouveaux médiums et à des nouveaux genres. Ça a éclaté toutes mes projections et mes codes habituels. Maintenant, je me sens capable de me lancer dans de nombreux projets artistiques différents. Aujourd’hui, je me sens artiste. Et ce livre a beaucoup participé à ce cheminement.

Le regard des gens du métier a-t-il changé envers toi ?emma daumas,supernova,vivante,interview,mandor

De façon notable. Aujourd’hui, je suis interviewée par Technikart (voir à droite) ou Le Grand Journal. Il y a quelques années, c’était inimaginable. Ca me montre que j’ai pris le bon chemin et ça m’encourage. Le regard des médias peut titiller mon ego, certes, mais aujourd’hui, je suis plus flattée que des artistes contemporains me fassent confiance sur des projets sur lesquels personne ne m’attend. Déjà avec Maxime Le Forestier, ça a été une étape. Quand un type comme ça pose les yeux sur ton travail, tu es obligée de prendre ce privilège au sérieux. Grâce à lui, j’ai commencé à être exigeante envers moi-même et à m’ouvrir à d’autres choses.

Le tome deux de Supernova sort l’année prochaine ?

(Rire) Non. Mais je suis en train de réfléchir à un  deuxième livre. J’ai déjà la trame. Les lecteurs de Supernova risquent d’être surpris. Mais, ce n’est pas une suite.

EPK de l'EP, Vivante.

Parlons de ce nouveau disque, Vivante, qui sort le 27 mai.

Le livre et le disque sont deux projets complémentaires. Ils ont été élaborés en même temps. Avec Maxime Le Forestier je m’étais ouverte à une approche beaucoup plus visuelle dans le texte, une approche avec beaucoup plus de contextualisation et moins d’abstraction, tout en gardant une forme de poésie. C’est cette façon d’aborder mes textes de chansons qui m’ont amené à écrire ce livre. Avec le livre, il a fallu que je développe complétement ce territoire visuel imaginaire.

Tu as beaucoup travaillé avec Maxime Le Forestier avant d’enregistrer cet EP.

Oui, et grâce à lui, j’ai pu écrire des textes qui tenaient la route. Il a fallu que je peaufine les musiques, les structures, et que je finisse les textes avec un peu plus de subtilités. On a fait quatre maquettes avec les musiciens de Maxime. Grâce à eux,  j’ai pu commencer à me faire une idée sur ce que je voulais. Mon but était de revenir sur scène avec des chansons qui me correspondent aujourd’hui.

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Pendant l'interview... (2)

Et puis tu as fini par rentrer en studio.

C’est à ce moment-là que Benjamin Constant est intervenu Il a une vision extrêmement visuelle et sensitive des chansons, cela a donc matché immédiatement entre nous. Ces chansons sont le reflet d’une période très vivante de ma vie, d’où le titre de l’EP.

Es-tu heureuse de ce renouveau médiatique ?

Il est fondamental qu’un projet ait de l’impact vers l’extérieur, mais j’ai écrit un livre sur les dangers de la surmédiatisation, alors j’essaie de contrôler le flux. Là, je suis dans une période où je commence à ressentir que je suis rentrée dans un truc hyper mécanique. A la force de parler de soi, très vite, tu peux te vider de ta substance. La promo, c’est un peu devenir le centre de ta vie. Là, cela fait un mois que je ne fais que ça et j’ai vraiment besoin de me ressourcer et de ne pas me nourrir que de moi-même.

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Après l'interview, le 29 avril 2016, à l'Hôtel Joséphine. 

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15 mai 2016

Jérôme Attal : interview pour Les Jonquilles de Green Park

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Cela fait 10 ans que je connais Jérôme Attal.  Depuis 2006, je l’ai mandorisé 12 fois. J’aime ce garçon raffiné, cultivé, drôle, élégant, qui porte en lui un discret vent de folie… je suis très attaché à ce garçon, mais également à son œuvre. A chaque sortie de livre, c’est un rite entre nous, il passe par mon micro. C’est immuable et ça nous fait plaisir.

(Voici ses précédentes mandorisations pour une présentation générale du monsieur, pour L’amoureux en lambeaux, pour Les Beatles, en rouge et en bleu, pour Le garçon qui dessinait des soleils noirs, pour Journal Fictif d’Andy Warhol, pour Pagaille Monstre, pour Folie furieuse, pour L’Histoire de France racontée aux extraterrestres, pour Le voyage près de chez moi, pour Presque la mer et enfin pour Aide-moi si tu peux)

Le 18 avril dernier, Jérôme Attal m’a rendu une énième visite à l’agence pour parler de son nouveau roman Les jonquilles de Green Park.

jérôme attal,les jonquilles de green park,interview,mandorPrésentation de la maison d’édition :

« Si la guerre doit durer une éternité, je voudrais juste pouvoir vivre jusqu'au mois d'avril. Pour voir, une fois encore, les jonquilles de Green Park. Elles se tiennent ensemble, chaque saison. Belles et fières dans le vent puissant et douloureux d'avril. Comme nous autres en ce moment. »
Septembre 1940. Tommy vit avec ses parents et sa grande sœur Jenny. C'est le début des bombardements allemands sur Londres. Ils se préparent tout de même à fêter Noël.
Tommy et ses copains se passionnent pour les super-héros : Superman, Buck Rogers et... Winston Churchill. L'aventure ne serait pas la même sans deux petites frappes : Nick Stonem et Drake Jacobson, aussi vilain que sa jumelle, Mila, est belle.
Dans un Londres en lambeaux, ces jeunes adolescents vont se créer leurs propres histoires et se perdre dans les brumes et le fracas d'une ville enflammée. Mais fêter Noël et revoir les jonquilles en avril restent la plus belle des résistances.jérôme attal,les jonquilles de green park,interview,mandor

L’auteur :

Jérôme Attal est un touche-à-tout : musique, cinéma, littérature. Il est parolier d'un grand nombre d'artistes (Johnny Hallyday, Eddy Mitchell, Vanessa Paradis, Michel Delpech, Florent Pagny, Garou, Jenifer), scénariste et acteur (Alice Island, 2013, et La Fille aux allumettes, 2009 sur Arte), et également l'auteur de neuf romans, dont Pagaille monstre, Folie furieuse et L'Histoire de France racontée aux extra-terrestres, tous trois aujourd'hui chez Pocket. Les Jonquilles de Green Park est son dixième roman.

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jérôme attal,les jonquilles de green park,interview,mandorInterview :

L’action de ton livre se situe à Londres. Tu pars souvent dans cette ville ?

Oui. C’est mon seul luxe. Dès que j’ai un peu d’argent, je pars là-bas. En dessous de la Loire, j’ai tendance à déprimer (rire). J’adore cette ville. Je trouve que les gens sont plus polis et plus éduqués qu’à Paris. J’aime les grands parcs. Green Park est un des endroits où je me sens le mieux. J’aime regarder les écureuils… les canards sauvages aussi, c’est mon côté Michel Delpech (sourire). J’avais donc très envie d’écrire un livre ayant comme décor Londres. De plus, tu le sais, pour chaque livre, j’aime écrire des histoires différentes, dans des endroits différents.

Pourquoi avoir choisi les bombardements à Londres et pas dans une autre ville, voire un autre pays ?

A Londres, à cette époque, il y avait des gens de la trempe de Churchill qui donnaient beaucoup d’espoir à toute une population. Ils donnaient l’idée à ces gens qu’ils faisaient partie d’un destin commun. Enfin, les anglais ont une distance face à l’atrocité traversée. Je suis fan de l’humour anglais et plus généralement du comportement british.

Tu as quelque chose de british en toi. Je te l’ai souvent dit.

Oui, et tu n’es pas le seul. J’ai toujours été très attiré par Londres et j’ai toujours été très amoureux des anglaises.

Ton livre m’a fait penser aux nouvelles de Francis Scott Fitzgerald qui concernent la prime adolescence.jérôme attal,les jonquilles de green park,interview,mandor

J’ai beaucoup lu Fitzgerald, mais je sais que tu le sais puisque je t’en ai parlé souvent. J’écris toujours dans ce registre que j’aime.

Tommy, ton héros, à 13 ans.

Aujourd’hui, à 13 ans, les enfants sont plus adultes. Ils sont déjà un peu brutalisés par le monde. Mais je me souviens qu’à mon époque, quand j’avais cet âge, j’étais encore un peu bébé qui découvrait le vaste monde.

Mais Tommy est quand même pas mal brutalisé par le monde, parce qu’il est en pleine guerre et sous les bombardements. On peut difficilement faire pire.

Oui, mais il a sa famille et ses parents le protègent beaucoup. Il a ses amis, une fille dont il est amoureux et il tente de préserver sa vie de jeune adolescent.

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(Photo : Mathieu Zazzo).

Ses parents sont géniaux. Un père inventeur à la Géo Trouvetou qui pense toujours trouver l’invention du siècle et une maman qui travaille dans une usine d’ampoule.

Le père est un peu illuminé et j’ai trouvé ça marrant que la mère travaille dans une usine d’ampoule. Elle part en vélo tous les jours pour aller au travail. Elle prend tout en charge. Là, j’ai fait ressortir mon côté féministe.

Il est beaucoup question d’abris dans ton roman.

Les abris concrets tels que les abris Anderson, les abris que l’on construisait dans les jardins et les abris un peu métaphoriques, l’abri rêvé, celui que le père a envie de construire pour protéger sa famille. C’est un livre sur du « home » anglo-saxon, sur la maison. Qu’est-ce que fait que l’on se sent chez soi ? Un lieu, Green Park, le désir d’une amoureuse, la famille, la bande d’amis que l’on a ou tout ça à la fois ?

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Pendant l'interview.

Je t’aurais bien vu en Tommy.

C’est un enfant sage et moi, j’étais un enfant sage. C’est parce que je mets beaucoup de moi dans mes héros. J’ai besoin de me mettre complètement dans l’histoire à chaque fois. Bon, pour être sincère, j’aurais été moins téméraire que lui, je pense.

C’est vrai qu’il est gentil et courageux.

Moi, le seul cas de figure où je peux être courageux, c’est si j’ai des gens à protéger.

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jérôme attal,les jonquilles de green park,interview,mandorBombardements à Londres.

"J'ai aperçu des foyers d'incendie dans la carcasse d'un immeuble, et j'ai repensé à l'image du buisson ardent dans la Bible. Sauf qu'ici, c'était un entrepôt de buissons ardents."

Dans ton livre on sourit et il y a de grands moments d’émotion.

Je ne voulais pas faire larmoyant, donner dans le pathos et surtout, j’aime bien faire des vannes dans mes livres. Il y a des choses très importantes, mais elles sont dites avec légèreté. J’ai une écriture assez simple, alors que je pourrais la rendre plus âpre et la travailler encore et encore, mais j’ai peur que cela finisse par devenir de la démonstration. Pour moi le style, c’est ce qu’on met de soi à l’intérieur du livre.

Et ton retour à la musique ?

Je vais revenir avec un nouveau disque. Il me reste deux, trois morceaux à écrire. On a repris les répétitions. Je vais certainement kisskissbankbanker, mais je n’en suis pas sûr, parce que je ne suis pas fan du crowdfunding. Des gens sont intéressés pour produire le disque. D’une manière ou d’une autre, en tout cas, je reviens avec un deuxième disque studio.

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Le 18 avril 2016, après l'interview...

12 mai 2016

Sandrine Collette : Prix Landerneau polar 2016 pour Il reste la poussière

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sandrine collette,il reste la poussière,prix landerneau polar 2016,interview,le magazine des espaces culturels leclerc,mandorAprès le Prix Landerneau Polar 2012, Caryl Ferey, pour Mapuche , le Prix Landerneau Polar 2013, Paul Colize, pour Un long moment de silence et le Prix Landerneau Polar 2014 d’Hervé Le Corre pour Après la guerre, voici le Prix Landerneau Polar 2016, Sandrine Collette pour son admirable Il reste la poussière. (Mais le Prix Landerneau Polar 2015 alors ? Ben Fred Vargas pour Temps glaciaires n’a pas souhaité être interviewée…)

Deux heures avant la remise du prix, Sandrine Collette m’a donné rendez-vous dans un bar à proximité du lieu de la cérémonie. Voici le fruit de notre heure passée ensemble pour Le Magazine des Espaces culturels Leclerc (daté du mois de mai 2016)

4e de couverture :

Patagonie. Dans la steppe balayée de vents glacés, un tout petit garçon est poursuivi par trois cavaliers. Rattrapé, lancé de l’un à l’autre dans une course folle, il est jeté dans un buisson d’épineux.
Cet enfant, c’est Rafael, et les bourreaux sont ses frères aînés. Leur mère ne dit rien, murée dans un silence hostile depuis cette terrible nuit où leur ivrogne de père l'a frappée une fois de trop. Elle mène ses fils et son élevage d’une main inflexible, écrasant ses garçons de son indifférence. Alors, incroyablement seul, Rafael se réfugie auprès de son cheval et de son chien.
Dans ce monde qui meurt, où les petits élevages sont remplacés par d’immenses domaines, l’espoir semble hors de portée. Et pourtant, un jour, quelque chose va changer. Rafael parviendra-t-il à desserrer l’étau de terreur et de violence qui l’enchaîne à cette famille?

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Après l'interview, le 15 avril 2016. 

11 mai 2016

Julien Jouanneau : interview pour La dictature du bien

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Si le nouveau livre de Julien Jouanneau, La dictature du bien, était signé Guillaume Musso, il serait immédiatement numéro 1 des ventes (et ce serait mérité). Cette histoire de deux hommes que tout oppose, Antoine et Madji, qui deviennent des justiciers qui œuvrent pour le bien est absolument jouissive. Jouanneau part du postulat simple que l’homme fait plus souvent le mal que le bien. Il a donc mis en scène deux héros qui n’ont plus rien à perdre et souhaitent remettre dans le droit chemin ceux qui sèment le mal sur leurs passages.

Belle idée, belle histoire. Sa dictature, on s’y soumet avec un immense plaisir.

Le 30 mars dernier, Julien Jouanneau est venu à Webedia pour une troisième mandorisation (lire la première ici et la seconde ).

1507-1.jpgRésumé :

C’est à l’hôpital que les destins de ces deux hommes se croisent. L’un est condamné. L’autre est ­convaincu de l’être.

Parce qu’ils n’ont plus rien à attendre, ils ­s’interrogent sur la meilleure façon d’utiliser le temps dont ils disposent. Le romancier nous questionne : que ­ferions-nous si nous étions voués à ne plus rien espérer pour nous-mêmes ?

Antoine et Madji tergiversent peu : ils vont faire le Bien. Démarre ainsi une quête peu ­banale, qui consiste à ­offrir une victoire aux victimes et aux perdants de la vie. Chaque nuit, ils « empruntent » une ambu­lance et partent à l’assaut de la misère, de l’injus­tice et de la vilenie : donner une leçon au type valide qui se gare sur une place réservée aux handi­capés, exaucer le dernier vœu d’un mourant, retrouver un amour Photo Jouanneau 5 couleurs Crédit Pascal Mary.jpgperdu…

Plus rien à perdre ! est leur mantra. On a envie de leur ­répondre Tout à gagner à lire ce livre, qui évoque une  solidarité collective, éclairée et joyeuse.

L’auteur :

Julien Jouanneau est né en 1980. Passionné de cinéma et de télévision, journaliste et écrivain, il est chef des infos du site de L'Express.

Il a publié plusieurs ouvrages, dont le plus récent s’intitule L’effet postillon et autres poisons quotidiens, paru chez Rivages en 2014.

P1000645.JPGInterview :

Tes deux héros veulent faire le bien, mais parfois en faisant du mal. Ce n’est pas un peu paradoxal ?

Quand tout va mal, il faut bien agir, quitte à utiliser des méthodes extrêmes. Et de manière générale, faire le mal est plus facile que faire le bien. En dépit de toutes les tentatives de faire des choses positives, on arrive toujours à une impasse, finalement. J’ai essayé de montrer que dans certaines situations, on peut faire le bien facilement et dans d’autres, moins facilement, dans d’autres encore, plus difficilement. Mais à chaque fois, on peut le faire. Plus généralement, le mal, le bien, ça dépend sous quel angle on se place.

Antoine et Madji, ils sont extrêmes quand même !

Oui, mais extrêmes originaux. J’ai voulu rendre hommage aux « vigilante movies » (films qui mettent en scène unjulien jouanneau,la dictature du bien,interview,mandor ou plusieurs personnages qui vont se substituer à la loi d'un état où pays, et vont juger, condamner et faire appliquer la peine aux criminels hors de tout cadre légal.) J’aime les films de justiciers. On a tous le fantasme de se faire justice soi-même. Je crois que mes lecteurs vont se placer derrière la philosophie de mes deux héros. On a tous en nous une petite étincelle sombre.

Que voulais-tu démontrer ?

Qu’il y a des gagnants parfois, mais qu'il y a toujours des perdants. Est-ce que c’est le mal ou le bien qui triomphe à la fin? 

Ton livre a failli s’appeler Les états généreux. C’est une référence aux états généraux de 1789 ?

Oui, exactement. Il y a dans ce livre beaucoup de discrètes références à la Révolution Française. Le peuple est avec mes deux héros. Il les suivent avec une confiance absolue. Quand l’un d’eux monte sur la table, c’est ce qu’a fait Camille Desmoulins. (Note de Mandor : se promenant dans les jardins du Palais-Royal, apprenant le renvoi de Necker, Desmoulins monte sur une table et, oubliant ses difficultés d'élocution, se met à haranguer la foule, lui donne pour signe de ralliement une feuille verte cueillie sur les arbres et lance l'idée de prendre la Bastille). 

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Je verrais bien ce livre devenir un film.

Une série pour la télé, ce serait pas mal. A chaque épisode, mes deux héros justiciers seraient chargés de régler un problème. Cette histoire est déclinable à souhait.

Il y a un peu de Kubrick dans ton livre.

C’est bien que tu aies vu ça. Le lion, le clown, en effet, c’est très Kubrickien. J’ai distillé plein de références cinématographiques. Mon livre, c’est un mélange de La ligne verte, Terminator et des Valseuses.

julien jouanneau,la dictature du bien,interview,mandorIl y a aussi des références un peu littéraires. J’y ai vu du Vian. Comme lui, tu ajoutes du merveilleux dans le quotidien.

Merci de remarquer cela. C’est tout à fait cela et j’ai souvent pensé à lui.

Que souhaites-tu en tant qu’auteur. Etre reconnu ?

Etre lu serait déjà pas mal. Ce n’est pas un souhait énorme. J’ai envie de faire rêver, d’émouvoir et de captiver mes lecteurs.

J’ai lu tous tes livres et aucun ne ressemble à un autre.

Je cherche mon style, ma voie/voix. J’essaie tout, je tâtonne.

Considères-tu que La dictature du bien est ton meilleur livre ?

Non. Je serai encore plus fier du prochain.

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Le 30 mars 2016, après l'interview.

03 mai 2016

Guillaume Musso : interview pour La fille de Brooklyn

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(Photo : Emanuele Scorcelletti)

guillaume musso,la fille de brooklyn,interview,mandorAvec plus de 25 millions d’exemplaires vendus, Guillaume Musso est l’un des auteurs français les plus lus dans le monde. La puissance de ses histoires et l’originalité de ses personnages ont touché les lecteurs de nombreux pays. En 2015, il est pour la cinquième année consécutive le romancier français qui a vendu le plus d’exemplaires en France (source GfK) et ses romans ont été traduits en 40 langues.

C'est ma quatrième interview de Guillaume Musso. La première, c’était en 2004, à l’occasion de la sortie de son premier livre, Et après

10 ans plus tard, le 20 mars 2014, à l’occasion de la sortie de Central Park, je suis allé lui poser des questions chez XO Éditions pour Le magazine des loisirs culturels Auchan (daté des mois d’avril-mai 2014).

Un an après, le 31 mars 2015, bis repetita pour L'instant présent, toujours chez XO Editions et toujours pour Le magazine des loisirs culturels Auchan (daté des mois d’avril-mai 2015).

Je rappelle que Guillaume Musso donne ses interviews « au compte-goutte » et qu’il me fait l’amitié d’accepter de faire partie des heureux élus dès que je le souhaite. Je crois que nous apprécions mutuellement nos échanges littéraires. Je ne me prive donc pas. 

Cette année encore, petite visite dans sa maison d'édition. C'était le 1er avril dernier, à l'occasion de la sortie de La fille de BrooklynVoici donc le résultat de notre entretien pour Le magazine des loisirs culturels Auchan (daté des mois d'avril-mai 2016) , puis vous pourrez lire le bonus mandorien.

Avant cela, voilà la 4e de couverture de son livre :

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guillaume musso,la fille de brooklyn,interview,mandorBonus mandorien :

Avec la prolifération des séries télés policières américaines, très bien ficelées, ne te demandes-tu pas comment on peut être à la hauteur.

Si, surtout que moi je suis seul et les scénaristes de ses séries sont nombreux. Mais je considère que c’est positif parce que ça met la barre très haute en termes de narration. Il faut trouver des astuces pour maintenir un suspense. Mes deux séries de références pour ce livre-là sont The Affair et The Killing. The Affair met en scène un adultère successivement raconté par l’homme ou la femme. C’est dans la diversité des points de vue que réside le suspens. J’ai toujours été fasciné par comment un évènement peut-être perçu de manière complètement différente  selon les protagonistes concernés par la même histoire. Quant à The killing, saison 1, en version danoise, cette série raconte comment le meurtre d’une jeune femme peut avoir un impact à la fois sur sa famille, sur la sphère politique et sur bien d’autres champs. Comment la disparition de cette femme va avoir des répercussions en chaîne ? Comment un événement peut avoir des effets dévastateurs des deux côtés de l’atlantique ? C’est un peu l’effet papillon. Bref, dans les séries et au cinéma, les images sont imposées, dans un roman,  tout le monde lit le même texte et pourtant tout le monde se fait son propre film. J’aime cette phrase de Paul Auster qui dit : « le livre, c’est le seul endroit au monde où deux étrangers peuvent se rencontrer de façon intime ».

Comment reste-t-on auteur de best-sellers sans interruption pendant plus de 10 ans ? Donne-nous la recette.

(Rire). Quelle bonne question ! Sans plaisanter, tous les gens qui ont essayé d’appliquer des recettes se sont plantés. La seule recette que j’ai, c’est d’écrire le roman que j’aimerais lire en tant que lecteur. J’ai la chance d’avoir une sensibilité qui s’accorde au plus grand nombre. Maintenir le succès dans le temps, c’est compliqué, et le rechercher à tout prix, c’est la meilleure façon de ne plus le trouver.

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Pendant l'interview...

Est-ce que tu prends le train ou le métro ?

Oui. Mon nom est connu à travers mes livres, mes personnages, mes histoires et pas à travers mon physique.

Enfin, en ce moment, je vois ta photo partout dans les rues de Paris.

On me voit partout 10 jours par an et 10 jours par an, je fais de la promo. Mais , je fais une promo qualitative, en rencontrant que des gens et des médias sérieux avec lesquels je sais que je pourrai m’exprimer sans danger. Parler de mon travail avec des gens biens, c’est une politesse par rapport à mes lecteurs.

On t’arrête dans la rue ?

Non, jamais. Mon nom est plus connu que moi, c’est comme ça et c’est très bien. Je n’aime pas particulièrement ma notoriété, ça ne flatte pas mon ego plus que ça. J’ai été 10 ans prof, j’ai eu une vie avant, je vis entouré de gens qui sont normaux, je descends la poubelle le matin… Ma vie est très normale et beaucoup tournée vers le travail.

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A la fin de l'interview, le 1er avril 2016.

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01 mai 2016

Gérard de Cortanze : interview pour Zazous

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(Photo : Witi de TERA/Opale/Leemage)

Des adolescents qui ont 15 ans quand la guerre commence, 21 lorsqu'elle prend fin. Ils refusent de voir leur jeunesse confisquée et s’opposent à la barbarie grâce à leur joie de vivre, la danse, les chansons… et le swing, Un véritable fait de société qui a toujours été occulté. Dans ZazousGérard de Cortanze a voulu rendre hommage à ces anticonformistes qui, à leur manière, ont fait de la résistance. J’ai beaucoup aimé ce livre.

Le 24 mars dernier, je suis allé rejoindre l’auteur dans sa maison d’édition, Albin Michel pour une longue mandorisation (merci à Gilles Paris).

gérard de cortanze,zazous,interview,mandor4e de couverture :

On n’est pas sérieux quand on a quinze ans, même en pleine Occupation. Chaque jour, au café Eva, une bande de zazous se retrouve pour écouter du jazz. Josette, Pierre et Jean sont lycéens, Sarah est coiffeuse, Charlie trompettiste, Marie danseuse, Lucienne apprentie mannequin. Dans un Paris morose, ils appliquent à la lettre les mots d’ordre zazous : danser le swing, boire de la bière à la grenadine, lire des livres interdits, chausser en toutes circonstances des lunettes de soleil et enfiler de longues vestes à carreaux.
À mesure que les Allemands montrent leur vrai visage, ces jeunes gens qui ne portent pas encore le nom d’adolescents couvrent les murs de Paris du « V » de la victoire, sèment la panique dans les salles de cinéma et les théâtres, déposent une gerbe le 11 novembre sous l’Arc de Triomphe, arborent, par solidarité et provocation, l’étoile jaune. Traqués par les nazis, pourchassés par les collaborateurs, rejetés par la Résistance, les zazous ne veulent pas tant « changer la vie » qu’empêcher qu’on ne leur confisque leur jeunesse.
 
Dans cet ample roman aux accents de comédie musicale, Gérard de Cortanze nous plonge au cœur d’un véritable fait de société trop souvent ignoré, dans le quotidien d’un Paris en guerre comme on ne l’avait encore jamais vu, et nous fait découvrir la bande-son virevoltante qui, de Trenet à Django Reinhardt, sauva une génération de la peur.

L’auteur :gérard de cortanze,zazous,interview,mandor

Traducteur littéraire, essayiste, poète, éditeur, Gérard de Cortanze a publié 80 livres, parmi lesquels des romans, des récits autobiographiques dont Spaghetti ! et Miss Monde (collection Haute Enfance), ainsi que des essais consacrés à Auster, Semprun, Hemingway, Sollers, Le Clézio... En 2002, il a obtenu le prix Renaudot avec Assam. Descendant d'une illustre famille aristocratique (les Roero Di Cortanze) par son père, et de Michele Pezza (plus connu sous le nom de Fra Diavolo) par sa mère, cet ancien coureur de 800 mètres a fait de l'Italie en général et du Piémont en particulier la matière première de son œuvre littéraire, notamment dans son cycle romanesque des Vice-rois. Il collabore au Magazine littéraire et dirige la collection Folio Biographies aux Éditions Gallimard. Gérard de Cortanze est aussi auteur de nombreux livres, articles et conférences sur le monde hispanique et l'Amérique latine. Il est considéré comme l'un des grands spécialistes de Frida Kahlo. Conseiller lors de l'exposition Frida/Diego, l'art en fusion, qui s'est tenue en 2013 à l'Orangerie, il en a rédigé le catalogue. Auteur aux éditions Albin Michel de Frida Kahlo par Gisèle Freund (2013), il a également publié Frida Kahlo, la beauté terrible (finaliste du Prix Femina 2011).

gérard de cortanze,zazous,interview,mandorInterview :

Comment avez-vous préparé ce livre ?

Mes romans historiques parlent du présent de l’époque traité. Je fais donc beaucoup de recherches sur l’histoire du moment. J’essaie de ne jamais écrire avec tous le bagage d’analyses et le recul qu’on a aujourd’hui sur cette époque. La seule façon d’être le nez sur une période précise, c’est de consulter les journaux de cette période, c’est à dire les nouvelles au jour le jour. Dans ses journaux, il y a aussi des rumeurs et des fausses nouvelles. Je me sers de tout pour avancer dans mon livre. J’ai consulté aussi des journaux intimes et des mémoires.

La musique vous a-t-elle beaucoup aidé ?

Elle a été primordiale. Comme c’est un livre sur les zazous, j’ai écouté et réécouté en boucle pendant plus d’un an entre 200 et 300 morceaux de jazz et de musiques swing.

Pendant l’écriture aussi ?

J’ai beaucoup travaillé à partir de fonds sonores. Ce livre est un peu une comédie musicale. Il y a beaucoup de références à des chansons.  J’en cite de nombreuses d’ailleurs.

Ça vous a amusé de chercher des chansons qui collaient à l’intrigue de votre histoire ?

Beaucoup. J’ai souvent trouvé l’équivalent musical de la scène que j’étais en train d’écrire. Il y avait quelque chose de troublant dans ce phénomène.

D’où vient le mot zazou ?

Cab Calloway vient à Paris en 1934. Il donne un concert à la salle Pleyel. Il chante « Zaz Zuh Zaz ». A la suite de cela, Johnny Hess, qui quitte le duo qu’il formait avec Charles Trenet, chante en solo « Je suis swing »et dans le refrain, il reprend l’expression de Cab Calloway, Zaz Zuh Ze. A partir de là, le mot zazou rentre dans le vocabulaire.

Cab Calloway : "Zaz Zuh Zaz" (1933)

Peut-on dire que les zazous étaient les précurseurs des yéyés ?

C’est exactement ça. Ils se sont regroupés en classe d’âge et pas du tout en classe sociale. Dans mon livre, il y a une modiste, une boulangère, des étudiants, un soldat… Que font des jeunes du même âge qui se regroupent ? Ils s’habillent de la même façon, en l’occurrence des vestes très longues, des pullovers moulant pour les filles, des jupes courtes, des pantalons serrés pour les garçons. Les filles et les garçons ont deux accessoires indispensables : les lunettes de soleil qu’il est de bon ton de porter quand il n’y a pas de soleil et le parapluie Chamberlain que l’on prend toujours avec soi, mais qu’on n’ouvre jamais, encore moins quand il pleut.

Ils avaient des drôles de rites.

Ils mangeaient des carottes rappées, buvaient de la bière grenadine, lisaient des livres comme Rebecca de Daphné du Maurier et Autant en emporte le vent de Margaret Mitchell.

Johnny Hess : "Ils sont Zazous" (1942).

Avant de lire votre roman, j’avais une opinion sur les zazous, complètement erronée. Pour moi, c’était de jeunes écervelés, légers, qui ne pensaient qu’à s’amuser et à écouter du jazz… Or, vous nous les présentez aussi comme des gens très profonds et courageux. On dirait que vous les réhabilitez.

Mais c’est ce que j’ai voulu faire. En rendant hommage aux zazous, je rends hommage à la jeunesse française de ces années-là. Cette jeunesse a refusé qu’on lui confisque leur jeunesse. Ils voulaient continuer d’exister et faire en sorte que Paris continue d’être une fête. Ils refusent ce qu’il se passe avec les armes de leur âge, le chant, la danse, la musique, et une certaine dose d’inconscience. Ce roman est un hymne à la joie et à l’espoir.

On voit vos zazous évoluer. Ils ont 15 ans au début de la guerre et 21 à la fin.

Au fur et à mesure que la situation devient complexe et tendue, avec les assassinats, la barbarie, les trahisons, les dénonciations, les enlèvements, les camps, leurs positions évoluent. Ils se rendent bien compte qu’en continuant à faire les imbéciles, ils sont dans une forme de résistance.

Vous ne niez pas l’autre résistance, évidemment.

J’évoque bien sûr la résistance qui est armée, constituée, De Gaulle, Londres… Mais force est de constater qu’il y a eu aussi une résistance quotidienne très importante menée par des gamins et des gamines.

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A travers eux, on voit ce que devient Paris à cette période-là.

J’y tenais beaucoup. La guerre, ce n’est pas un bloc qui tombe comme ça. La guerre en 39, ce n’est pas la guerre en 44 et 45. En montrant la transformation de Paris, j’ai essayé de ne pas tomber dans les clichés habituels. Un écrivain doit travailler sur les zones grises un peu complexes et ambiguës.

Au début de la guerre, à Paris, la guerre n’était pas perceptible.

Les cinémas, les théâtres et les boites de nuit ont été rouvertes très rapidement. Les allemands sont présents, mais relativement discrets. Il y a même des consignes données par la Kommandantur pour que les soldats soient polis avec les français. Il y a une zone étrange où il ne se passe pas grand-chose et la jeunesse va se déployer dans ce Paris encore endormi. Mais la capitale va vite changer en se trouvant face à tous les travers d’un monde en guerre.

Andrex : "Y'a des zazous" (1944).

La couverture de votre livre montre une jolie fille qui fait de la bicyclette dans les rues de Paris. C’est un acte de résistance, non ?

Oui, parce qu’il y a une loi en 1942 qui interdit aux femmes faisant de la bicyclette de porter un pantalon. Elles doivent porter une jupe. Vous avez raison, c’est une forme de résistance.

Ça manque, aujourd’hui, des jeunes comme les zazous ?

Au lendemain de la tuerie du Bataclan et des terrasses de café, la jeunesse d’aujourd’hui a continué à aller dans d’autres terrasses de café. Finalement, ils se sont comportés comme les zazous d’hier. Mon fils, trois jours après ces terribles évènements, est allé assister à un concert avec ses amis. Je trouve qu’il y a là aussi, à la fois une espèce d’inconscience et une prise de position évidente chez ces ados. Eux aussi ont dit « on ne va pas se laisser faire ! »

gérard de cortanze,zazous,interview,mandorIl y a un coffret sorti chez EPM avec deux CD réunissant 50 morceaux sélectionnés par vous.

Les 50 morceaux figurent, d’une façon ou d’une autre, dans le livre. Elles sont les plus représentatives de cette époque, en versions originales et remasterisées. C’est tellement frais qu’on a l’impression que ces titres ont été enregistrés hier.

Votre maman était une zazoue, c’est une des raisons pour laquelle vous avez écrit ce livre ?

Certainement. Ma mère était à Paris à cette époque-là, elle avait 14 ans. Elle avait la chance d’avoir un père italien qui jouait de l’accordéon dans les bals du samedi soir. Il avait un petit orchestre. Toute son adolescence, elle a dansé. Les dancings et les bals populaires étaient fermés, mais il y a eu un développement des concerts de jazz pendant la guerre qui était absolument hallucinant. Le jazz et le swing étaient interdits, mais on donnait quand même des concerts dans lesquels un monde fou se rendait. C’était gai et festif. Au fond, je voulais que ce livre sur une période sombre soit un livre joyeux. Je voulais rendre la joie de vivre de ces jeunes gens.

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Après l'interview, le 24 mars 2016.

29 avril 2016

Claire Favan : interview pour Serre moi fort.

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Claire Favan, de livre en livre, devient notre Stephen King à nous. Elle ne se contente pas d’écrire des thrillers d’une efficacité redoutable, elle prend un malin plaisir à nous terroriser. Elle l’assume, comme elle me le disait dans sa deuxième mandorisation : « Je pense toujours à ma mère qui, un jour, a refermé un livre de Stephen King en disant : « C’est génial ! C’est l’histoire d’un tueur en série. Je n’avais jamais lu un livre comme ça ! ». Ce jour-là, elle m’a donné une deuxième naissance. » 

(La première mandorisation (où elle n'était pas toute seule) est .)

Dans ce 5e roman, Serre moi fortClaire Favan nous raconte l’enquête du policier Adam Gibson sur un charnier où toutes les victimes sont des femmes. Une fois de plus, Claire ballade le lecteur dans tous les sens. Son nouveau thriller est d'une noirceur à vous couper le souffle. Le 15 mars dernier, je suis allé la rejoindre dans un bar parisien pour évoquer ce nouveau livre (notamment).

claire favan,serre moi fort,interview,mandor4e de couverture :

« Serre-moi fort. » Cela pourrait être un appel au secours désespéré.
Du jeune Nick, d'abord. Marqué par la disparition inexpliquée de sa sœur, il est contraint de vivre dans un foyer brisé par l'incertitude et l'absence. Obsédés par leur quête de vérité, ses parents sont sur les traces de l'Origamiste, un tueur en série qui sévit depuis des années en toute impunité.
Du lieutenant Adam Gibson, ensuite. Chargé de diriger l'enquête sur la découverte d'un effroyable charnier dans l'Alabama, il doit rendre leur identité à chacune des femmes assassinées pour espérer remonter la piste du tueur. Mais Adam prend le risque de trop, celui qui va inverser le sens de la traque. Commence alors, entre le policier et le meurtrier, un affrontement psycho logique d'une rare violence...

Ce qu’ils en disent :

« Monstrueusement magistral, horriblement bon ! » Bruno Lamarque, Librairie de la Renaissance, Toulouse.
« Intime, violente, déroutante, l'intrigue de Claire Favan s'enroule autour du lecteur tel un serpent. » Olivier Norek, auteur de Code 93,de Territoires et Surtensions.claire favan,serre moi fort,interview,mandor
« Une des grandes du polar français ! » Gérard Collard, librairie La Griffe noire, Saint-Maur.

L’auteure :

Née à Paris en 1976, Claire Favan travaille dans la finance et écrit sur son temps libre. Son premier thriller, Le Tueur intime, a reçu le Prix VSD du Polar 2010, le Prix Sang pour Sang Polar en 2011 et la Plume d'or 2014 catégorie nouvelle plume sur le site Plume Libre. Son second volet, Le Tueur de l'ombre, clôt ce diptyque désormais culte centré sur le tueur en série Will Edwards. Elle a également participé aux recueils de nouvelles du Collectif des auteurs du noir : Santé !, Les Aventures du concierge masqué et Irradié. Après les succès remarqués d'Apnée noire et de Miettes de sang, Claire Favan nous revient avec un thriller d'une noirceur absolue : Serre-moi fort.

claire favan,serre moi fort,interview,mandorInterview :

Par rapport à notre précédente rencontre, les choses ont évolué pour toi. Tu commences à te forger une belle réputation. Comment vis-tu cette nouvelle notoriété ?

Je le vis raisonnablement parce que je sais que rien n’est gagné et qu’on ne peut pas plaire à tout le monde. Je prends les bonnes choses comme elles arrivent, mais je reste prudente et je ne me relâche pas. La notoriété t’apporte aussi des regards moins bienveillants, je suis en train de le remarquer.

Je trouve que ça va très vite pour toi. Est-ce que ce qui t’arrive te donne confiance en toi ?

Chaque livre est un nouveau pari. Une fois que ton plus récent roman est cautionné, tu n’as plus qu’à recommencer sur le suivant. Ça donne confiance, certes, mais il y a quand même toujours une part de frissons.  

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claire favan,serre moi fort,interview,mandorEn lisant tes thrillers, j’ai remarqué que tu prends un malin plaisir à manipuler les lecteurs.

C’est le travail d’un auteur de polar. J’écris sur les tueurs en série et, à priori, tout a déjà été écrit sur eux. Quand j’écris je me demande jusqu’où je peux aller pour sortir des sentiers battus. Ma priorité est d’écrire des livres qui parviennent à me surprendre moi-même. Je ne veux pas de sentiments de « déjà lu ».

Pourquoi mets-tu en scène toujours des tueurs en série ?

Ça fait partie un peu de mon image désormais. Et puis, je ne pourrais pas écrire une histoire policière basique… Je n’ai pas fait d’études ou de recherches dans ce domaine, je ne suis pas tueuse en série, mais ces criminels m’intéressent beaucoup, je ne sais pas pourquoi. A chaque livre, je trouve un angle différent pour expliquer le pourquoi du comment des actes commis.

Je sais que tu as rencontré le spécialiste mondial des tueurs en série, Stéphane Bourgoin. Lui as-tu poséclaire favan,serre moi fort,interview,mandor des questions sur ce qu’il y a dans la tête de ce genre de tueur ?

Non, parce que lui est vraiment dans la vérité, moi dans la fiction. Je ne prétends pas être autre chose qu’une romancière, mais je tente de faire en sorte que mes explications tiennent la route psychologiquement parlant. Je fais tout pour être crédible.

Il y a quelques scènes très émouvantes dans ton livre. Notamment quand le fils de la famille s’occupe de ses parents qui se laissent dépérir après la disparition de leur fille.

Stephen King, notre maître à tous, prend toujours des gens dans le quotidien pour tout bouleverser de manière fantastique. Il raconte un peu leur vie, cela permet que tous les lecteurs se sentent concernés. C’est ce que je fais également. Il faut que l’on soit touché par le sort des uns et des autres, que l’on soit presque dans l’empathie.

Mais, tu aimes bien, aussi, traumatiser le lecteur.

Je ne veux pas le traumatiser, mais l’idée de le secouer ne me dérange pas (rire).

Comment vis-tu la phase de création ?

Je ne la vis pas dans la sérénité, ça se rapproche même de la souffrance. Avant, quand j’avais le temps, j’écrivais des livres soupapes non publiés pour me libérer l’esprit. Aujourd’hui, je n’ai plus le temps.

claire favan,serre moi fort,interview,mandorLes histoires qui sont dans ta tête, ne parasitent-elles pas ton quotidien ?

Il y a des auteurs qui disent que quand ils écrivent, ils ne peuvent pas lire. Moi, je peux. Ce que je lis ne va pas m’influencer. La journée, je suis responsable, j’encadre des gens, je construis des dossiers, il faut que je sois concentrée. Le soir je rentre, il faut que je sois disponible pour ma famille. J’ai une bonne faculté à compartimenter. J’arrive devant mon ordinateur, je sais que c’est pour bosser, donc je bosse.

Tu es toujours dans la banque. Il n’y a pas un moment où tu vas devoir faire un choix entre la littérature et la finance ?

Je ne le souhaite pas. Le doute fait partie de mon travail, mais si je n’avais que du doute, j’imploserais en vol. Et puis, pour être sincère, actuellement, je ne vends pas suffisamment pour me le permettre. Je ne me plains pas, mais là, c’est encore un peu tôt (rire).

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Le 15 mars 2016, après l'interview.

Bonus :

La chronique de Gérard Collard sur Serre moi fort.

19 avril 2016

Agnès Martin-Lugand : interview pour Désolée, je suis attendue

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08 avril 2016

14e Salon du Livre et de la Chanson de Randan : bilan et photos.

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affiche2016.jpg-Allo, François ! Ça te dirait de participer au salon du livre de Randan ?

-D’où ?

-Randan.

-Connais pas.

-C’est dans le Puy-de-Dôme, pas loin de Vichy. C’est le Salon du Livre et de la Chanson. Il se tient tous les premiers week-ends d’avril depuis 14 ans. Inauguré en 2003, ce salon se propose d’inviter en Auvergne, face à l'orangerie du château de Randan, une vingtaine d’auteurs, artistes, biographes et chroniqueurs pour deux journées de dédicaces avec un public passionné par la chanson française. Cette manifestation culturelle, unique en France, met vraiment en lumière la chanson francophone

-Il y a qui cette année ?

-Nicoletta, Hervé Vilard, Jean-Jacques Debout, Anne Sylvestre…

-Les jeunes pousses de la chanson française quoi ! Note que je les respecte tous et que je sais qu’ils vont ramener du monde.

-Non, mais il y a aussi Emma Daumas. Et des biographes comme Stéphane Loisy ou Baptiste Vignol.

-Baptiste Vignol ! Mais il va me snober avec mon livre sur Louane. Le mec est pointu, je lis son blog Mais qu’est-ce qu’on nous chante ? depuis longtemps. J’adore. Mais il sort des livres sur Renaud et Guy Béart… il va me regarder de haut c’est sûr !

-Non, François, détrompe-toi. Tu vas voir, ils sont tous sympa. Les organisateurs sont doués pour que tout le monde se sente bien. Je t’assure, tu viens une fois, tu as envie de revenir l’année suivante. Je ne te cache pas, qu’en plus, on mange et on boit très bien.

-C’était la première chose à me dire. Top là ! J’accepte.

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Extraits d’une conversation téléphonique (légèrement exagérée) que j’ai eue avec Olivier Vadrot. J’ai accepté, et je ne l’ai pas regretté. J’ai passé deux jours exquis. Je tiens ici à remercier Edda Mathillon et la formidable association organisatrice de l’évènement « Le Livre et la Chanson ». Deux jours de bienveillance et de gentillesse.

Voici quelques photos avec leur légende.

(Je sais que je ne reviendrai pas l’année prochaine, car mon prochain livre ne sera pas « musical », mais je garderai un doux souvenir de ces deux jours auvergnats).

Le samedi.

Baptiste Vignol, celui que je craignais. Il va falloir que j'apprenne à exterminer les a priori. S'il peut avoir la dent dure dans ses chroniques, il se révèle un homme délicat et sympathique. Globalement, nous sommes restés deux jours ensemble sans discontinuer. Il sera bientôt mandorisé pour son excellent Guy Béart, il n'y a plus d'après.

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Hervé Vilard... non, je ne dis pas encore ce que j'en pense humainement. 

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Jean-Jacques Debout et Nicoletta dans "Confessions intimes". 

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La souriante chanteuse corse Domistria.

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Le souriant François Alquier pour son livre (Prix Albert Londres 2016) sur la chanteuse et comédienne Louane. Joie de vivre et compagnie. 

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Bon, Emma Daumas, je l'adore depuis longtemps. J'aimais son travail, j'aime la femme qu'elle est devenue. Simple et talentueuse. On en reparle bientôt ici... parce son livre Supernova est bien écrit et nous en apprend beaucoup sur l'envers du décor du show-biz. 

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Emma et moi, ce tout petit supplément d'âme...

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Le salon et son public.

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Le dimanche.

Au petit-déjeuner, je découvre la presse locale. La Montagne fait un focus sur le salon.

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Alors Corbier, franchement, il n'y a pas plus sympathique. Un vrai mec bien. Gentil, généreux, drôle... et une oeuvre à découvrir. 

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J'ai été très déçu par le comportement d'Hervé Vilard et de Nicoletta envers leur public. Une condescendance souvent insupportable dont j'ai été témoin. Je respecte la carrière de ces deux artistes. A eux deux, ils ont vendu des millions d'albums. Chapeau! Mais le respect envers ceux qui ont acheté leurs disques, ce n'est pas un luxe, c'est un devoir. En 2016, qu'ils se comportent en diva me laisse pantois. Je précise qu'ils ont été très corrects envers moi, là n'est pas le problème. J'ai juste vu et entendu des trucs qui ne m'ont pas plu. Du tout. J'ai posé avec eux avant que le salon n'ouvre ses portes le dimanche parce qu'ils représentent beaucoup dans la variété française. Et, encore une fois, ils ont une carrière magnifique et certaines de leurs chansons m'ont touché. 

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Hervé Vilard. Donc.

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Et Nicoletta. (Que je déteste être déçu humainement!)

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Jean-Jacques Debout. Lui, simple, un peu ironique et beaucoup de recul sur lui-même et sur le métier.

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Philippe Jadin, un des deux ayants droit de Jean Sablon

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Baptiste Vignol et Charles Langhendries, le deuxième ayant-droit de Jean Sablon

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L'association "Le livre et la chanson" remet la médaille de la ville à Hervé Vilard

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Puis à François Corbier (devant Hervé Vilard particulièrement attentif et respectueux de la cérémonie).

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Un auteur à l'aise devant les objectifs. 

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Et des lectrices attentives. (Photo non truquée). (Et trois ventes en une minute). (Merci à elles).

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Peu de temps avant de partir, photo souvenir avec les deux ayants droit de Jean Sablon, Anne Sylvestre (Anne Sylvestre quoi! Ce n'est pas de la gnognotte. C'est la plus grande!), la femme de Ricet Barrier, grand habitué de ce salon, parti en 2011, Ane Barrier.)

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Voilà, il a fallu partir. Avec regret. Beaucoup.

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