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09 octobre 2017

Erwan Larher : interview pour Le livre que je ne voulais pas écrire

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(Photo : Dorothy-Shoes)

Erwan Larher était au Bataclan le 13 novembre 2015. Erwan Larher est écrivain. Erwan Larher est un écrivain que j’ai rencontré bon nombre de fois (voir/lire ses différentes mandorisations là en 2010ici en 2012 et encore là en 2013). Erwan Lahrer est un écrivain que j’ai rencontré bon nombre de fois avant l'attentat du Bataclan. Après le drame, je n’ai pas su comment gérer l’amitié et la considération que je lui porte, je n’ai pas su comment me comporter pour lui témoigner mon affection (je n’ai donc rien fait. C’est génial non ?), je n’ai pas su lui rendre visite à l’hôpital, lui envoyer au moins un message gentil et compatissant (comme l’ont fait tous ses amis. Bravo François ! Pour un type dont tu dis depuis toujours qu’il va devenir un auteur culte un jour et que tu as toujours apprécié humainement, c’est bien joué !), bref, je n’ai pas franchement été à la hauteur. Je n’ai jamais bien su me comporter devant l’indicible (rencontré pourtant souvent). Bref, alors que je l’avais reçu pour la plupart de ses ouvrages, et ce, depuis le premier, je n’ai même pas été capable de le contacter en 2016 pour la sortie de son livre précédent Marguerite n’aime pas ses fesses. J’avais peur de passer pour un opportuniste (ce qui est particulièrement con puisque je l’ai toujours défendu avant « les événements »). Lui, par contre, m‘a-t-il dit, pensait que je me désintéressais de ce livre (quiproquo mon amour). Et puis, j’ai fini par le recroiser dans quelques soirées littéraires d’amis communs. Moi, toujours pas tout à fait à l’aise, sans aucune raison. Puis, j’ai lu Le livre que je ne voulais pas écrire. Un choc. Uppercut en plein cœur.

J’ai pris sur moi de « renormaliser » ma relation avec Erwan (qui, je le rappelle, n’avait aucune raison de ne plus être normale. Je vous laisse, je file voir un psy ! Je n’ai peut-être pas tout à fait trouvé ma place dans la vie et la société en général.) Je me suis rendu le 8 septembre dernier à la soirée de lancement de son dernier livre et je lui ai fait part de tout ça. Il m’a regardé m’expliquer pathétiquement. J’ai lu dans son regard, « t’es con », mais ce n’est pas ce qu’il m’a dit. Il est gentil Erwan. Bref, le 15 septembre dernier, nous nous sommes revus, comme en 40 (quelle belle expression!) pour une mandorisation... à l’ancienne, donc.

Je l'aime Erwan  Larher. 

erwan larher,le livre que je voulais pas écrire,interview,mandor4e de couverture :

Je suis romancier. J’invente des histoires. Des intrigues. Des personnages. Et, j’espère, une langue. Pour dire et questionner le monde, l’humain.
Il m’est arrivé une mésaventure, devenue une tuile pour le romancier qui partage ma vie : je me suis trouvé un soir parisien de novembre au mauvais endroit au mauvais moment ; donc lui aussi.

L’auteur :

Erwan Larher est né à Clermont-Ferrand – hasard d’une affectation militaire paternelle. Un jour, suite à ce qui pourrait ressembler à une crise de la trentaine, il quitte l’industrie musicale dans laquelle il travaille pour se consacrer à l’écriture. Mais continue à écouter du rock avec plein de guitare dedans, écrire des paroles de chansons, des séries TV et jouer au squash. Récemment, il s’est aussi lancé dans la déraisonnable aventure de réhabiliter un ancien logis poitevin du XVe siècle pour en faire une résidence d’écriture. 
Après Qu’avez-vous fait de moi ? et Autogénèse (Michalon, 2011, 2012), il a publié L’Abandon du mâle en milieu hostile et Entre toutes les femmes (Plon, 2013 et 2015).  
L’Abandon du mâle en milieu hostile a reçu les prix Claude Chabrol et Louis Barthou (de l’Académie française) en 2013.

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(Photo : Emma Picq)

erwan larher,le livre que je voulais pas écrire,interview,mandorInterview :

T’attendais-tu à ce que ce livre génère autant de belles choses ?

Non, d’autant que dans mon esprit, ce livre ne devait pas sortir. Il est finalement devenu un objet entre deux livres souhaités et réfléchis. Mon éditeur m’a incité à le sortir. Dès le mois de mai, j’ai commencé à avoir des retours plus que positifs des libraires.

Avais-tu peur que ton livre soit un succès pour les mauvaises raisons ?

Bien sûr. Mais, il ne faut pas se mentir, si les gens s’intéressent à lui, ce n’est pas que pour ses qualités littéraires, c’est aussi parce qu’il est question de la tragédie du Bataclan. Mais, je suis frappé de voir que les lecteurs y trouvent autre chose, qu’ils y voient ce que j’ai voulu y mettre, c’est-à-dire mon travail d’écrivain. Après, le sujet, c’est le sujet.

Au fond, pourquoi as-tu écrit ce livre ?

Parce que c’est finalement l’histoire de chacun d’entre  nous. Je crois que les gens lisent ce livre comme s’ils lisaient une part de leur histoire, presque avec un H majuscule. C’est curieux parce que j’ai remarqué que cela génère de l’amour.

Tu t’imaginais bien que ce sujet allait intéresser beaucoup de monde.

Je me suis dit que ce sujet n’allait intéresser personne, au contraire.

Tu racontes que tes amis t’ont poussé avec insistance, quitte à te froisser, à écrire ce livre. Tu étais le seul écrivain présent au Bataclan ce soir-là.

Entre tes proches qui ont envie d’avoir ta lecture, ton œil, ta plume et là, l’espèce de bouche à oreille qui est en train de se passer, il y a un monde.

Tu as bien fait de céder.

Je n’ai pas cédé. Je le raconte dans le livre. Un matin, c’est venu tout seul, j’ai écrit. L’écriture a précédé la décision d’écrire.

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Le 8 septembre dernier à la soirée de lancement de "Le livre que je ne voulais pas écrire". Ici Erwan Larher et Sigolène Vinson.

J’ai souvent eu les larmes aux yeux. Principalement à la lecture des « Vu de dehors », les témoignages de tes proches.

Ce livre ne serait pas ce qu’il est sans ces témoignages-là. Quand j’ai eu cette idée, j’ai dit aux personnes concernées que je ne savais pas si j’allais réellement utiliser leur récit. En fait, j’ai considéré que cela me permettait de me décentrer de ce qui me faisait peur : le nombrilisme et l’auto-apitoiement. J’ai donc dit « banco » !

Tu as dû être ému en lisant ces témoignages, non ?

Evidemment. J’ai essayé de ne pas me laisser envahir par l’émotion en me disant que cela faisait partie du projet littéraire. Maintenant, te dire que j’y suis parvenu…

Tous les gens que tu as sollicités ont accepté ?

Certains ont écrit, mais ont finalement décidé de ne pas être dans le livre C’est le cas d’Emilie de Turckheim. Elle m’a écrit un très beau texte : « voilà, c’est juste pour toi ! » C’est beau, ça aussi. J’ai également sollicité Philippe Jaenada, qui a été très présent quand il m’est arrivé ce qu’il m’est arrivé. Mais il était déjà très en retard sur l’écriture de son dernier livre, La serpe. Il en a été franchement désolé, mais c’était impossible pour lui de dégager du temps.

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Le 8 septembre dernier à la soirée de lancement de "Le livre que je ne voulais pas écrire". Ici Erwan Larher avec notamment Bertrand Guillot et Jérôme Attal.

Dans la vie, on ne sait pas toujours à quel point les proches nous aiment. Toi, tu en as la preuve manifeste avec les textes qu’ils t’ont envoyés.

Ce n’est pas faux. Mais, je l'ai écrit dans le livre, ça fait des années que je dis aux gens que je les aime. Quand tu dis aux gens que tu les aimes, il y a un retour d’amour. Quand tu donnes, tu reçois. Dans mon cas, effectivement, grâce au livre, c’est dit, c’est écrit, cela se voit c’est comme gravé dans le marbre.

Ce qui m’a agacé, c’est que l’on ne sache pas qui a écrit quoi.

Où est l’importance de savoir qui a écrit tel ou tel témoignage ? J’ai pris cette décision immédiatement. J’ai prévenu tout le monde que j’allais incérer les textes, mais qu’ils n’allaient pas être signés. Tout simplement parce que je trouvais que cela aurait nuit à la fluidité du roman. Une signature aurait cassé cette fluidité. Je voulais aussi que l’on soit tous ensemble, sans singularité.

C’est toi qui as sollicité tout le monde ?

Oui, j’ai demandé à une vingtaine de personnes. Des proches et des moins proches. Il y a même des gens que je connaissais peu, qui ont juste manifesté l’envie de venir me voir à l’hôpital et qui ont été touchés par ce qui m’est arrivé. Ils ont écrit de très belles choses.

Tu as relancé les gens ?

Non, il y avait de ma part une invitation et une deadline, soit ils disaient oui et ils écrivaient, soit il n’y avait pas de réponse ou des impossibilités temporaires, là, je ne relançais jamais.

erwan larher,le livre que je voulais pas écrire,interview,mandorIl y a aussi un texte de Loulou Robert, ton amoureuse.

Je ne lui ai pas demandé de texte. Je trouvais ça déplacé et indécent par rapport à ma compagne d’avant. Avec Loulou, nous estimions que ce n’était ni opportun, ni approprié, car elle est arrivée dans ma vie après ces événements. Il se trouve que la veille de faire partir les épreuves à l’éditeur, je reçois un mail d’elle avec une pièce jointe. Je lis son texte qu’elle estimait évidemment mauvais parce qu’elle doute toujours (et à tort) de ses talents littéraires et il m’impressionne. J’appelle mon éditeur et je lui demande de le lire aussi. Il me répond immédiatement en me disant que c’est magnifique, magique même. Il a donc fallu réorganiser la fin du livre pour que ça se termine sur le texte de Loulou. Il avait sa place pleine et entière. De toute manière, ce livre est une suite de coïncidences heureuses. Chaque fois que j’étais dans une impasse en termes d’écriture, il se passait quelque chose qui débloquait la situation.

Avec ce livre, as-tu l’impression d’avoir fait quelque chose qui te dépasse ?

J’ai l’impression que ce projet ne m’appartient plus. C’est très étrange comme sensation, parce que jusqu’à présent, j’écrivais des romans qui trouvaient plus ou moins leur public. Là, je suis dépossédé parce que tout le monde s’approprie le livre. Je trouve que cela ne fait qu’enrichir plus encore le projet parce que cela tisse de jolis liens.

Je te connais depuis pas mal de temps, plus en ta qualité d’écrivain que personnellement. Je sais qu’un de tes objectifs, en tant que romancier, c’est de questionner le monde. Je me trompe ?

Non, c’est tout à fait ça. Je souhaite que le lecteur ne soit pas tout à fait le même quand il a fini un de mes livres. Si les lignes de chacun ont un peu bougé, j’ai fait mon boulot de romancier.

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Admets-tu  que l’on ne peut pas lire ce livre-là, comme on lisait tes précédents romans. 

Je me rends compte de cela d’interview en interview. Mais qu’est-ce que cela changerait à la qualité du texte si j’avais tout inventé, si je n’avais pas été au Bataclan ?

Déjà que dans un roman lambda, on tente de savoir ce qu’il y a de l’auteur dans l’histoire, alors avec ce sujet précis, il me semble compliqué d’y faire abstraction.

Mais qu’est-ce que cela changerait ?

Tout.

Imagine qu’un jour, on apprend que je n’y étais pas. Est-ce que cela voudrait dire que mon livre est moins bon. J’espère que non.

Ce serait au minimum du mauvais goût et de l’imposture.

Est-ce qu’on en a voulu à Romain Gary d’avoir été Emile Ajar et d’avoir trompé son monde ?

Ce n’est pas pareil. Ce qui est arrivé au Bataclan a touché au cœur et traumatisé tout le monde.

D’accord, ce n’est pas tout à fait la même chose, mais je pense que tu as compris l’idée.

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(Photo : Laetitia Nabrin, à la Forêt des Livres 2017)

Le regard des autres a changé envers toi ?

Les premiers mois après l’attaque, quand les gens ont appris que j’y étais, les gens étaient choqués, estomaqués, en empathie immédiate. Ca s’estompe aujourd’hui.

Et dans le milieu littéraire ?

Bonne question ! Aujourd’hui, ce que je trouve drôle, dans les salons du livre par exemple, c’est le regard de mes collègues parce que le livre fait parler de lui et qu’il trouve son public. Tu connais ce milieu, c’est symbolique tout ça. Chacun à sa petite place, chacun se juge par rapport aux autres. D’auteur échevelé un peu sympathique, qu’on aime bien avoir en salon, d’un coup, j’ai senti une forme de respect de la part de mes collègues. Beaucoup de ceux qui ne me calculaient pas avant, viennent désormais me saluer.

Tu es passé dans la catégorie supérieure ?

Je trouve ça tellement ridicule. Moi, je continue à ne pas me prendre au sérieux. On écrit des livres, nous ne sommes pas des chirurgiens, on ne sauve pas le monde. Ça va quoi ! Restons calme !

Non, je pense que le nouveau respect dont tu fais l’objet vient aussi du fait que tu as vécu une situation hors du commun, comme tu le disais tout à l’heure, à dimension historique. Cela peut impressionner.

Je n’ai pas choisi d’être là où j’étais à ce moment-là. Je ne suis pas un héros. Je n’ai aucun mérite.

Comme tu l’expliques dans le livre, tu as cumulé les signes du destin pour te retrouver dans cette situation au Bataclan.

Entre les potes qui devaient venir et qui ne sont pas venus, ma compagne d’alors, Jeanne, qui devait me rejoindre et qui ne vient pas non plus, la balle qui, à cinq centimètres près, pouvaient me tuer sur le champ… c’est fou !

Il transpire de ton livre que tu n’en veux à personne.

C’est marrant, c’est une question qui revient assez souvent. Je ne la comprends pas. J’en veux plus à la société, au monde dans lequel on vit, aux gens qui l’organisent comme ça, à nous qui ne faisons rien pour que cela change. Là, nous avons à faire à trois décérébrés qui arrivent et qui tirent dans le tas. Je ne sais même pas qui ils sont, je ne les nomme jamais dans le livre. Je ne leur en veux pas personnellement, j’en veux au monde qui les a produits et qui a permis que cela arrive. C’est nous, puisque nous sommes en démocratie. Il y a une responsabilité collective, eux ne sont que le fruit de nos lâchetés, de la démission de l’état sur les questions de l’éducation, de la faillite du vivre ensemble. Très profondément, et je te jure que ce n’est pas une posture, je n’ai aucun ressentiment.

Tu expliques aussi que tu n’as pas cette culpabilité qu’on les gens qui se sortent d’un drame sachant que d’autres n’ont pas eu cette chance.

Je ne ressens pas de la culpabilité, je ne sais d’ailleurs pas trop mettre de mot sur ce que je ressens. Il est certain que si je me retrouvais en face de parents de victimes, j’en aurais un peu. Je ressentirais un profond sens de l’injustice et de l’empathie face à cette injustice… mais pas vraiment de la culpabilité, parce que je n’y suis pour rien.

erwan larher,le livre que je voulais pas écrire,interview,mandorEst-ce plus fluide d’écrire un livre d’une histoire vécue que d’un roman en tout point inventé ?

Non. C’est tout le contraire. Quelqu’un comme Philippe Jaenada (photo à gauche) a besoin de la réalité. C’est sa base de travail et il est extrêmement doué pour s’arranger avec ça. Pour ma part, j’aime bien l’analogie du cookie. Ma vie dans les romans, ce sont les bouts de chocolat sur un cookie. Le livre que je ne voulais pas écrire, c’est le cookie et la fiction, ce sont les bouts de chocolat. C’est l’inverse de ma manière d’écrire habituelle. Contrairement aux apparences, je ne suis pas très exhibitionniste de ma vie. Je n’aime pas parler de moi, en fait. Il a fallu trouver des artifices, des ruses, du coup, il y avait un côté excitant pour le romancier que je suis. Il y a eu les « vu de dehors » et les passages du je au tu. J’avais un autre souci, je n’avais pas de fin. Quand on écrit un roman, on a une trame et je sais globalement où je vais, même si ça peut changer en cours de route. Soudain, j’ai eu une fin qui m’est tombée dessus. C’est la magie de l’écriture. Pour résumer, celle de ce livre a été très étrange, inconfortable, laborieuse, pénible parfois, décourageante, mais très excitante.

Je connais ton exigence littéraire.

Je suis très ambitieux en termes de littérature, maintenant est-ce que je parviens à être aussi bon que je le souhaiterais ? Ce n’est pas à moi d’en juger. Par contre, cela peut paraître paradoxal, mais ça ne l’ai pas, je suis immodeste par rapport à mon travail et j’estime que je suis mon seul juge.

Tu as évité l’écueil de ce genre de livre : le pathos. Il y a même des scènes drôles…  c’est évidemment pour désamorcer la tragédie.

J’ai essayé d’être au ras de l’humain tout en ayant conscience que j’étais dans un moment d’Histoire qui me dépassait. Un peu de légèreté ne nuit pas. Si ça touche, si ça parle, je suis content.

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Pendant l'interview...

Sans faire de la psychologie de comptoir à la con, mais après avoir écrit ce livre, après en avoir parlé dans de nombreuses interviews, de rencontres dans des librairies, des salons du livre, tu vas pouvoir passer à autre chose, non ?

Je suis passé à autre chose depuis longtemps, je t’assure. Les gens ont du mal à le comprendre. Bien sûr qu’il doit y avoir une part d’inconscient, de subconscient, de je ne sais pas quoi qui incite à faire les choses malgré nous. Je sais bien que l’on ne contrôle pas tout. Certainement, ce livre m’aide, m’a aidé à vivre le mieux possible.  Certainement, c’est un processus de reconstruction, mais je ne l’ai pas écrit dans ce but. Ma démarche n’a jamais été celle-ci en tout cas. Ce livre est pour moi avant tout un travail littéraire.

Ce livre « que tu ne voulais pas écrire », tu es content de l’avoir écrit au final ?

Bien sûr. Je suis très content. C’est même une fierté car le processus n’était pas évident. J’ai l’impression que ce livre a une utilité dans la cité, parce qu’il crée du lien, du partage et il fait même du bien, je crois. C’est un peu grandiloquent, mais quand je parle de mon travail, c’est toujours grandiloquent.

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Après l'interview, le 15 septembre 2017.

30 septembre 2017

Thomas Chaline : interview pour son livre Zaz, le long de la route

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thomas chaline,zaz,interview,mandorOn pourrait s'interroger sur l’intérêt d’écrire une biographie sur Zaz (dit celui qui a écrit un livre sur Louane, la bonne blague, et qui (voyez comme je suis transparent) a participé au livre dont il est question aujourd’hui en témoignant longuement). Thomas Chaline répond dans l’introduction de son livre Zaz, au long de la route.

« Pourquoi un tel ouvrage sur une artiste connue du grand public depuis seulement 7 ans ?

Justement parce que son arrivée dans le paysage cathodique et radiophonique a bousculé les modes et les habitudes des années précédentes. Elle a redonné un souffle à la chanson française et y a accroché ses propres lettres de noblesse… aujourd’hui, elle est la meilleure vendeuse de disques de chansons françaises en France et à l’étranger où elle est devenue malgré elle une véritable icone. Un  exploit imprévisible et un phénomène que personne n’avait retrouvé depuis la môme Edith Piaf. »

Le 31 août 2017, j’ai convié Thomas Chaline chez moi afin d’évoquer la chanteuse et le métier de «biographe ». Un débat s’en est suivi entre nous.

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4e  de couverture :

Audacieuse, gouailleuse, authentique. Depuis presque dix ans qu’elle promène sa silhouette bohème sur les scènes, Zaz s’est imposée comme la digne héritière des grands noms de la chanson française. L’auteur est parti à la rencontre de cette artiste discrète grâce à des entretiens inédits. On découvre une adolescente écorchée vive et solitaire après le divorce de ses parents. Une artiste qui a mûri sa voix pendant des années difficiles à chanter dans la rue, le métro et les cabarets parisiens. Ce sont ces blessures intérieures qui donnent aux chansons de Zaz leur authenticité. Amoureuse de la nature, adepte de la méditation, les critiques bien-pensants la disent « bobo ». Alors que tout simplement, Zaz trace sa route. Sincère et passionnée.

La première biographie d’une artiste authentique.

L’auteur :

Thomas Chaline est auteur-compositeur et musicien. Parallèlement à sa carrière musicale, il a publié des articles dans des revues culturelles, et édité des recueils de poésies et de chansons.

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thomas chaline,zaz,interview,mandorInterview :

Pourquoi un livre sur Zaz ?

A l’heure de The Voice, elle est le parfait exemple qui prouve que la voie traditionnelle pour réussir dans la chanson fonctionne encore. Elle a fait des cabarets, des bals, la rue, de nombreux tremplins, elle a beaucoup tourné dans des endroits en tout genre, il n’y a pas plus formateur que ça. Elle explose à 30 ans. Je trouve que c’est un bel exemple pour les chanteuses en herbe qui ne croient pas que le chemin d’avant est encore possible. Si tu as du talent, à un  moment donné, il se remarque. Il faut juste se donner à fond pour réussir.

Qui est Zaz en une phrase ?

Une femme qui n'a pas froid aux yeux, sait ce qu’elle veut et le fait, qui gère bien ses affaires, qui se donne pour tout ce qui lui tient à cœur, mais qui est une écorchée vive.

Tu l’as rencontré ?

Non, je l’ai eu une fois au téléphone au début du travail. Il y a eu des hauts et des bas entre nous. Au début, elle m’a laissé libre d’écrire ce que je souhaitais, elle m’a signifié qu’elle comprenait que j’étais quelqu’un de clean mais qu'elle n'en ferait pas publicité, plus tard, le discours a un peu changé. 8 mois après, par mail, elle a fini par me dire qu’elle ne m’autorisait pas à écrire le livre. Son « bras droit » m’a expliqué qu’elle se méfiait et qu’elle considérait que je voulais me faire de l’argent sur son dos. Ce double discours m’a un peu chagriné.

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Juin 2010, tournage interview pour MusiqueMag.com

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Juin 2010, tournage interview pour MusiqueMag.com

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Juin 2010, tournage interview pour MusiqueMag.com

J’ai écrit un livre sur Louane qui a fait couler beaucoup d'encre. Comme tu le sais, elle n’a pas donné son feu vert, je comprends donc ce que tu as vécu. Je n’ai jamais compris que cette artiste ne souhaite pas me rencontrer pour écouter mes intentions.

Ils sont entourés de gens « d’affaire ». Dès lors qu’un projet les concernant est indépendant de leur volonté, ils ne peuvent pas y adhérer parce que les gens autour savent que ça ne leur rapportera rien. Or, je crois qu'une biographie contribue à maintenir la notoriété de l'artiste d'une façon, à condition qu'elle ne soit pas à charge évidemment. Ils veulent tout gérer et avoir  la main mise sur tout, ça peut se comprendre. Ils ne parviennent pas à intégrer le côté public de leur image. Des artistes comme Johnny Hallyday ou Nicola Sirkis s’en foutent. Ils ont intégré qu’ils étaient célèbres. A chaque nouveau disque, il y a dix livres qui sortent sur eux, ils savent que ça fait partie du truc. D'autant que ma démarche n'est pas d'aller fouiller dans les poubelles mais d'une façon rendre hommage au talent et analyser les clés du succès.

Tu as pourtant proposé à Zaz un droit de regard sur ce que tu as écrit.

Oui. Et je tiens à préciser que très peu de biographes le font avec le sujet de leur livre. Moi, je me suis mis à sa disposition, je lui ai  proposé de retoquer d’éventuelles informations injustes. Elle était d'accord sur le principe. Je ne comprends pas pourquoi, elle s’est braquée soudainement. Avec Zaz, un coup, c’était oui, un coup c’était non. Je l’ai mal vécu.

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Juin 2010, tournage interview pour MusiqueMag.com

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Juin 2010, tournage interview pour MusiqueMag.com

Moi, j’ai eu des portes fermées de proches à cause de Louane (ou de son entourage). Et toi ?

Bien sûr. Beaucoup m’ont dit qu’ils ne parleraient pas sans son autorisation. Certains ont annulé le jour J sans explication. Il y en a qui m’ont parlé mais en me demandant de ne pas citer leur nom. Par exemple, tous les groupes du début par lesquels elle est passée étaient frileux. A l'inverse, d'autres n'ont eu aucun mal à me parler car ils savaient où se situaient leurs limites.

Tu as eu Hugues Aufray, Francis Lalanne, Didier Barvelivien, Pétula Clark, Charles Dumont, Marie-Paule Belle, Charles Aznavour… du beau monde.

J’ai eu Charles Dumont (qui a écrit « Non, je ne regrette rien » et « Mon Dieu » d’Edith Piaf) parce qu’à l’étranger, elle est considérée comme la nouvelle Piaf, Marie-Paule Belle parce que Zaz à repris « La parisienne » sur son album Paris, Petula Clark parce qu’elle avait fait des déclarations sur elle dithyrambiques. Aznavour a fait un duo avec Zaz sur l’album Paris. Bref, il y a toujours un rapport, un lien, entre les gens interviewés et l’artiste.

Faut-il aimer son personnage pour écrire un livre sur lui ?

Un minimum, parce qu’on vit beaucoup de temps avec lui. Écrire une biographie, c'est vivre plusieurs mois avec l'artiste, écouter ses disques, ses interviews, donc il est préférable de l'apprécier un minimum sinon c'est compliqué je pense. C’est une forme d’engagement quand on écrit sur quelqu’un. Il faut apporter quelque chose de nouveau dans l'analyse et l'information quand le sujet fait déjà l’objet de plusieurs bouquins, sinon, ça devient une arnaque maquillée.

A une semaine d’écart, nous avons commencé dans la même maison d’édition les livres sur les artistes. Depuis que j’ai pénétré dans  ce milieu, j’ai constaté qu’il y avait une « mafia » des biographes. Je ne suis pas certain que l’on nous considère d’un bon œil.

J’ai remarqué que devant, ça pouvait faire des courbettes, mais que derrière, ça cassait un peu. Moi, je me suis lancé là-dedans sans penser que c’était un métier. Je pensais que c’était une activité annexe au journalisme ou autres, un vrai truc dilettante. J’ai constaté que certains en vivaient, souvent difficilement. Beaucoup n’acceptent pas que des nouveaux rentrent dans la ronde. Mais faut bien se l'avouer, écrivain ou biographe comme artiste, ce sont des métiers très individualistes. Il faut l'intégrer. On peut nouer des sympathies les uns les autres mais le combat ou la lutte pour courir derrière les contrats d'éditions est le même. Une fois qu'on a compris, c'est sans rancune.

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Pendant l'interview...

Tu écris sur qui en ce moment ?

Sur Alain Souchon.

Il y a déjà des livres sur lui. Qu’apportes-tu de plus que les autres ?

J’apporte la vue d’un jeune homme né dans les années 80 qui est fan de Souchon. J’ai beaucoup enquêté et j’ai eu de nombreux témoignages de personnes ayant travaillé longtemps avec lui. Il y a eu un livre paru sur lui, il y a deux ans, tout n’a pas été dit. C’est peu de le dire, tout juste les « grandes lignes » de sa carrière. 

Que faut-il pour être un bon biographe ?

Il faut être un peu audacieux. Il faut s’atteler à fouiller chaque période de la vie de l‘artiste sur lequel tu travailles. Il faut éclairer chaque moment fort, pousser l’information à son paroxysme.

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Avec  Thomas Chaline, chez moi, le 31 août 2017, chez moi. 

12 août 2017

Thomas Gunzig : interview pour La vie sauvage

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(Photo : Colerebelge Branden)

Thomas Gunzig est depuis quelques années une figure littéraire et médiatique majeure en Belgique. Après l’excellent Manuel de survie à l’usage des incapables (pour lequel je l’avais mandorisé, ) le voici de retour  avec un livre formidable, La vie sauvage. Un magnifique roman d’amour, drôle, lyrique, cruel, sombre et optimiste (oui, oui, aussi) qui revisite le mythe du bon sauvage qui découvre la civilisation. Une réflexion profonde sur la sauvagerie de notre époque qui ne laissera personne indifférent.

Le 15 juin 2017, je suis allé à la rencontre de Thomas Gunzig, dans les locaux de ses attachées de presse. Rencontre avec un homme toujours en colère… mais un peu apaisé.

thomas gunzig,la vie sauvage,interview,au diable vauvert,mandor4e de couverture :

Seul survivant d’un accident d’avion recueilli par des mercenaires, Charles vit durant quinze ans dans la jungle d’Afrique centrale. Lorsqu’il est retrouvé grâce à – ou à cause de – la toute-puissance de Google Maps et des réseaux sociaux, il part retrouver ce qu’il reste de sa famille en Belgique.

Là-bas, il découvre une autre sorte de vie sauvage, urbaine et polluée à laquelle il doit s’acclimater mais également une nouvelle famille qu’il doit apprivoiser. Entre sa tante obsédée par son corps et la consommation, son oncle petit politicien suffisant et véreux, son cousin ado perdu dans les tréfonds d’internet et sa cousine boudeuse et disgracieuse, il tente de comprendre ce nouveau monde.

Mais alors qu’il s’intègre doucement à la société́ civilisée grâce à ses camarades de classe et une équipe pédagogique qui rivalise d’attention pour l’aider, il met en place son plan pour retourner en Afrique retrouver Septembre, son grand amour.

L’auteur :

Thomas Gunzig est né en 1970 à Bruxelles où il vit. Nouvelliste et romancier traduit dans le monde entier, lauréat du Prix Victor Rossel, du Prix des Éditeurs et du Prix triennal du roman, il est chroniqueur à la radio RTBF et écrit pour la scène. Coscénariste du Tout Nouveau Testament récompensé par le Magritte du meilleur scénario, il travaille également pour le cinéma.

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thomas gunzig,la vie sauvage,interview,au diable vauvert,mandorInterview :

Comment est venue l’idée de Charles, ce personnage atypique ?

Mon précédent livre « Manuel de survie à l’usage des incapables » était une sorte de road movie qui bougeait beaucoup, là, j’ai eu envie d’un livre plus confiné avec des situations plus fermées. En lisant Le journal d’une femme de chambre d’Octave Mirbeau, j’ai été bluffé par la façon qu’il a eu de relater un milieu, un univers clôt et étouffant. J’ai ressenti le besoin d’essayer de faire quelque chose de similaire.

Pourtant, tu as toujours été fasciné par les super-héros qui ont des supers pouvoirs.

J’adore ces gens qui n’ont l’air de rien, dont on ne se méfie pas, mais qui ont une double identité. J’ai eu l’idée de cet accident d’avion, de ce bébé élevé par des militaires locaux en Afrique centrale en pleine guerre et qui finit par posséder un super pouvoir original : une super culture, une connaissance presque surnaturelle de la littérature et des sciences humaines.

Charles est aussi un adolescent qui est en proie à tous les tourments et les émotions liés à son âge.

Même s’il a été entrainé à faire la guerre, s’il a vécu beaucoup de violence, il reste un ado « normal ». Toutes ses opinions, il va les puiser dans cette culture insensée qu’il possède.

Son rapport avec les psys n’est pas brillant.

Tous les personnages du roman pensent que ce garçon est malheureux, traumatisé parce qu’il a vécu des choses terribles. J’ai l’impression un peu intuitive qu’en règle générale les gens ne réagissent jamais comme on l’imagine. Lui a traversé tout ça, mais n’a pas plus de raison d’être traumatisé par ce qu’il a vécu par rapport à ce qu’a vécu un élève du lycée.

Charles pense même que la civilisation est beaucoup plus dure que ce que lui a vécu.

Il considère que le monde et la violence qu’il a connu ne sont pas pires que celle sourde, insidieuse et quotidienne de notre monde à nous. Ici, la violence ne dit jamais véritablement son nom : la violence sociale. La violence du patron envers son employé, celle du prof envers l’élève, du psy envers son patient qui ne va pas très bien. Je trouve que toutes ces violences-là sont aussi abominables et difficiles à vivre que la violence claire et  nette de la guerre. Notre civilisation nous fait une guerre permanente et je pense que l’on peut plus ou moins essayer de résister.

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Un auteur, des livres et des chouquettes!

Charles arrive à s’adapter à n’importe quelle situation. Il est apprécié par tous.

Il a effectivement un talent d’adaptation important. Le fait qu’il dégage une impression de liberté par rapport au monde dans lequel il est le rend assez fascinant par rapport aux autres ados. Il devient vite le centre d’intérêt des garçons de la classe et objet de convoitises des filles.

Il lui faut de l’argent et il est prêt à tout pour en avoir.

Il est terriblement déterminé par rapport à sa volonté de retourner en Afrique et de mener à bien le plan qu’il a fomenter. Il doit gagner de l’argent, même si ce n’est pas de manière très noble.

Une de ses méthodes pour endormir tout le monde, c’est de faire semblant d’être naïf.

Disons qu’il ne dévoile pas son jeu immédiatement. Il en sait plus que tout le monde, mais ne dit rien en conséquence. Du coup, personne ne se méfie de lui. Aucun super héros n’arrive à un rendez-vous en disant « Batman, c’est moi ! »

C’est aussi un sacré manipulateur !

Il l’est, mais n’aime pas l’être. C’est un personnage qui a une notion très profonde de ce qui est bien et de ce qui est mal. Il sait parfaitement quand il transgresse, quand il passe la frontière du bien, mais il le fait sans hésiter si c’est pour atteindre son but.

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Pendant l'interview...

Quand son « nouveau » frère lui monte le Dark Web et ce que l’on y voit, Charles est presque choqué alors que lui a connu la vraie violence.

Il a connu la violence guerrière, une violence qui a un but. Sur le Dark Web, c’est du voyeurisme malsain. On est dans quelque chose de pathologique qui dégoute profondément Charles. On devient le spectateur des monstruosités et des perversions du monde pour des petits plaisirs pervers personnels.

Tu en as vu ?

Oui, mais j’ai très vite arrêté tant cela était écœurant et insoutenable.

Selon toi, la société devient-elle complètement tarée?

La civilisation est comme un vernis. Sous ce vernis, il y aura toujours un grouillement bizarre de phantasmes, d’égoïsme et de la noirceur de l’âme humaine. Sous ses dehors reluisants, il se passe des choses sombres et terrifiantes.

Charles a-t-il de la morale ?

Il a en a beaucoup, mais il n’est pas coincé dessus. Il peut la transgresser s’il n’a pas le choix.

Y a-t-il un point commun entre ton jeune héros, Charles, et toi ?

Quand j’étais petit on m’avait diagnostiqué dyslexique. On m’avait dit que je ne pourrais pas faire des études normales. Des psys me regardaient en me disant « mon pauvre enfant ! » Je garde contre les psys une certaine rancœur parce qu’ils m’ont mis dans un enseignement spécial. Ils ont eu tort. J’aurais été très heureux de faire des études normales. Ce qui est terrible quand on est enfant, c’est de se prendre dans la figure toute cette assurance théorique et bienveillante de quelqu’un qui sait mieux que toi ce qui est bon pour toi. Cette bienveillance douce, à l’image de cette société, va t’expliquer ce qui est bien, ce qui n’est pas bien, ce que l’on fait, ce que l’on ne fait pas. C’est d’une violence incroyable, un écrasement psychique complet. Quand tu es jeune, tu ne t’en rends pas compte, mais ça te met dans une rage terrible. Tu te sens mal, tu te sens triste, tu te sens minable, tu te sens comme une petite merde.

Je comprends mieux certains passages de ton livre. L’écriture te permet d’exorciser pas mal de choses négatives alors ?

Toute émotion est intéressante si elle sert ton travail. Même les émotions négatives. La jalousie, la vengeance, la colère, l’avidité sont des émotions qui te mobilisent intérieurement et qui peuvent être un bon moteur créatif.

Paradoxalement à ce que l’on vient d’évoquer, ton livre est finalement un formidable roman d’amour.

C’est ce que j’avais envie de faire. Ça fait un quart de siècle que j’écris des bouquins et je n’ai jamais écrit d’histoire d’amour. Cela me démangeait.

La vie sauvage sort un peu du lot. Il est plus « classique », même s’il ne l’est pas totalement. As-tu eu l’impression de tourner en rond ?

Non, mais j’en ai eu assez d’écrire des livres à l’imaginaire très barrés, avec de la science-fiction, beaucoup de cynisme et d’ironie noire. J’ai eu envie de creuser un peu plus loin et de me tester à une écriture plus « classique ».

Il y a tout de même une toute petite goutte de magie et de mystère…

Je ne peux pas m’en empêcher parce que j’y crois un peu. Je suis même allé voir un sorcier qui habite à Bruxelles avec mon manuscrit Je lui ai dit qu’il fallait que ce bouquin fonctionne bien et que je passe au niveau supérieur pour que je puisse m’acheter ma maison. Le professeur Malik a fait une petite cérémonie.

Tu te moques de moi, là ?

Non, je te jure que c’est vrai. Ça m’a coûté 20 euros (rires).

La première fois que l’on s’est vu, il y a quatre ans, tu me parlais déjà de la volonté que tes livres se vendent.

Grace au cinéma, aujourd’hui, je vis mieux. Je suis moins angoissé.  Quand mon ordinateur tombe en panne, je peux m’en acheter un autre, ce qui est pour moi le luxe suprême. Maintenant, je n’ai pas encore le luxe formidable d’avoir de l’argent de côté pour me dire que si je ne gagne pas d’argent pendant trois mois, ce n’est pas grave. L’angoisse du manque d’argent est encore en moi.

Tu as donc co-scénarisé le film Le tout nouveau testament de Jaco Van Dormael qui est allé au Golden Globe.

Nous étions contents parce qu’avec Jaco, on a beaucoup bossé dessus. On a eu de nombreux prix et le film a eu un succès public et critique. Cela m’a permis de travailler sur d’autres scénarios.

Bande annonce de Le Tout Nouveau Testament.

Scénariste, ce n’est pas frustrant ?

Terriblement. Un scénario n’est jamais qu’une étape de travail, tandis qu’un roman se suffit à lui-même. C’est gai à imaginer, à rêver, mais ce n’est pas gai à écrire. C’est même ennuyeux.

Tu écris aussi pour le théâtre. Quel est le point commun entre toutes ses formes d’écriture ?

Le grand point commun, c’est qu’il y a toujours un spectateur ou un lecteur. J’essaie d’employer toutes les stratégies pour qu’il ne s’ennuie pas et que je le fasse voyager. Robert Louis Stevenson disait : « Tout auteur digne de ce nom doit vous arracher à vous-même ».

Il parait que tu écris pendant les heures de bureau. C’est vrai ?

Absolument. De 10 heures à 18 heures avec une pause à midi. Et je bosse aussi le week-end.

Ton cerveau a du mal à s’arrêter, à ne plus être productif.

Parfois, il a envie de s’arrêter. Depuis quelques temps, je fais beaucoup de sport. C’est ce que je fais pendant ma pause.

Intellectuellement, ça change quelque chose ?

C’est un gros shoot de bonheur intellectuel. Sur le moment, c’est un vide total mais après, sous la douche, toutes les idées se mettent en place. Mon heure de sport intense réinitialise mon cerveau.

L’hygiène de vie est importante pour écrire ?

Oui, je m’en rends compte aujourd’hui. Je fais très attention à ce que je mange. Le vin, par contre, je me dis que c’est bon pour la santé. La vie sans vin ne serait pas une vie.

Quel le but que tu veux atteindre quand tu écris une histoire ?

Je veux juste que les gens aient envie de tourner la page pour connaitre la suite de mon histoire. Rien de plus.

Tu travailles sur quoi actuellement ?

Sur une BD. Ce sera un manga « comics » dessiné par l’excellent Andréa Mutti. Je devrais avoir fini le premier tome à la fin de l’été.

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Avec Thomas Gunzig, pendant l'entretien, le 15 juin 2017.

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07 juillet 2017

Pause Guitare (2) : interview Annie Soum-Navarro pour le livre Pause guitare, un air de famille

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Alors que Pause Guitare bat son plein, nous allons nous arrêter sur un livre qui retrace l’aventure de ce festival, Pause Guitare, un air de famille. Pour célébrer son vingtième anniversaire l’année dernière, Annie Soum-Navarro a retracé son histoire et fait revivre les grands moments de cette saga musicale et humaine dans un superbe ouvrage riche en iconographie. En mai dernier, lors du précédent Pic d’Or, tremplin dont elle est membre du jury avec son mari Alain Navarro, nous nous sommes isolés pour parler de cet ouvrage qui lui tient particulièrement à cœur.

20-ans-pause-guitare.jpgArgumentaire :

Cet ouvrage fait revivre la grande aventure humaine qu’est le festival Pause Guitare en revenant sur son histoire et ses débuts, il y a 20 ans. A cette époque Annie Soum-Navarro n’aurait jamais pensé « être aujourd’hui à la tête d’un événement d’une aussi grande ampleur ».

Elle égrène au fil des pages ses souvenirs, ses rencontres avec des milliers d’artistes, connus ou moins connus. Elle raconte les débuts balbutiants, l’évolution d’un festival devenu aujourd’hui incontournable, les petites et grandes aventures qui ont marqué ces 20 ans.

En livrant cette tranche de vie, elle invite le lecteur à entrer dans l’univers de Pause Guitare, à revivre des moments forts avec ces grands noms du rock, de la pop ou de la chanson, comme Elton John, Francis Cabrel, Mika, Dionysos et bien d’autres artistes qui ont donné vie au festival. Elle donne aussi les clés du festival et rend hommage à tous les bénévoles qui permettent à cette grande fête musicale d’avoir lieu tous les étés au cœur de la cité d’Albi.

En fermant l’ouvrage, le lecteur n’aura qu’une envie: assister à Pause Guitare et partager le bonheur du public toujours plus nombreux et enthousiaste !

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201607020321-full.jpgInterview :

Qui a eu l’idée d’écrire ce livre ?

En décembre 2015, Alain m’appelle dans son bureau. Il me dit qu’il aimerait que l’on fasse un livre pour les 20 ans du festival. Je lui réponds que je ne trouve pas l’idée originale et que je n’ai vraiment pas le temps de m’occuper de ça. Il m’indique alors qu’il a pris rendez-vous avec les éditions Privat et que ça n’engage à rien. Deux jours plus tard, on s’est retrouvé avec l’éditricee et quelques minutes plus tard, j’avais déjà la moitié du bouquin dans la tête. Je suis quelqu’un qui aime beaucoup écrire.

Ecrire un livre ne s’improvise pas.

J’écrivais beaucoup  pour moi. Des poèmes pour enfants. A 14 ans, j’ai même écrit un petit roman d’amour à l’eau de rose, un livre où l’héroïne cherche le prince charmant… bref,  tu vois le genre. Plus sérieusement, j’ai écrit pendant des années et des années pour exorciser ce que j’avais en moi, mais depuis la création de Pause Guitare il y a 20 ans, je n’écris plus.

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Pourquoi as-tu dit non au départ ?NavarroAlainAnnie.jpg

Parce que je savais la masse de travail que cela représentait. Je me doutais bien que ça allait être énorme. Je ne voyais pas quand je pouvais aménager du temps pour ce projet. J’avais la trouille quoi !

Et puis, à partir du moment où tu as commencé, tu as eu du mal à t’arrêter, je crois.

Le plus douloureux dans cette mission-là, c’est de terminer le livre. Je me suis éclaté pendant un an à écrire, traiter les photos, à mettre  tout ça en place, mais un jour, on m’a dit d’arrêter parce qu’il fallait le sortir pour le vendre. J’avais l’impression que c’était une part de moi qu’on arrachait. J’ai eu l’impression de laisser à la postérité quelque chose de très intime de moi. Ça ne me ressemble pas de me livrer, alors c’est déstabilisant.

Comment as-tu conçu le livre?

J’ai commencé l’histoire par moi qui me suis fait licencier, ce qui nous a incités à créer notre association, et j’ai raconté comment ça a évolué jusqu’à aujourd’hui. Je ne l’ai pas fait année par année, mais au fil des souvenirs qui me revenaient en tête.

En combien de jours as-tu écrit ce livre ?

En trois semaines, mais je n’ai fait que ça. Je me suis mise dans une bulle d’écriture. J’ai fermé mes écoutilles, je me suis aménagée un petit coin chez moi dans lequel j’ai travaillé de 6 heures à deux heures du matin. Parfois, je ne prenais même pas le temps de manger ou de fumer.

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original.jpgTu as choisi les photos en fonction de l’écrit ?

Oui, tout à fait ! Il y avait énormément d’archives. On a de très bons photographes, bénévoles, mais professionnels, sauf que les deux premières années, on avait quasiment pas de photos. Au début, immortaliser les concerts et les artistes ne nous avaient pas effleuré l’esprit. Dans le livre, les plus anciennes photos sont touchantes parce qu’on sent que 20 ans ont passé. Pour les années récentes, le choix a été compliqué car il y a de très nombreuses photos d’excellentes qualités. J’ai beaucoup travaillé avec deux des photographes de l’équipe qui sont les responsables des photos sur le festival. Le bouquin est sorti en décembre 2016, on a passé une semaine à la maison en septembre. J’avais vraiment besoin de leur regard de pros sur l’image.

Est-ce que des artistes ont participé ?

Il y a uniquement Cali. Je voulais absolument qu’il fasse l’ouverture du livre. J’avais besoin de son petit texte pour démarrer.

Le titre du livre est : Pause Guitare, un air de famille. Pourquoi ?

Il y a 950 bénévoles, ce n’est pas rien. J’en ai d’ailleurs sollicité pour qu’ils me racontent des histoires. J’en ai reprises certaines. Ce livre, sans démagogie aucune, j’ai eu le sentiment de l’avoir écrit pour les bénévoles avant tout.

Alain t’a-t-il aidé ?

Un jour je relisais les vingtaines de pages que j’avais écrites, mais je trouvais ça vraiment nul. Au point que je voulais prévenir mon éditrice que j’arrêtais tout. Elle m’a demandé de lui envoyer ce que j’avais écrit pour qu’elle me fasse son retour très vite. Elle a laissé passer 10 jours avant de me rappeler. C’était 10 jours horribles. Alain tentait de me rassurer en me disant que j’écrivais bien. Un jour, j’ai reçu son mail et j’ai hurlé de joie. L’éditrice m’a répondu que c’est super bien écrit et qu’elle s’était régalée à lire tout ça. En plus, ça lui a donné envie d’aller au festival. J’avais l’impression d’avoir tout gagné. J’ai ressenti le besoin de lire mes textes à Alain. Il n’était pas très attentif et ça m’a vexé. Il me disait juste « c’est bon, c’est bien, de toute façon, tu écris bien… » J’avais besoin d’autre chose. C’est quand je l’ai fini  qu’il m’a avoué qu’il ne souhaitait pas intervenir car il savait que sinon il allait être trop chiant. Il avait conscience qu’il aurait pu bousiller mon travail. Par contre il m’a dit qu’il allait prendre le temps de le lire avec un grand bonheur.

Et ?

Il s’est régalé…

C’est bien d’avoir un objet qui concrétise 20 ans de votre vie.

Symboliquement, oui, c’est très joli… et ça nous rend immortel (rires).

 

Le livre est en vente notamment auprès d’Arpèges & Trémolos – 05 63 60 55 90 et de la librairie Privat: www.editions-privat.com ( Toulouse ).

En attendant, le festival se poursuit...

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02 juillet 2017

Benjamin Valliet : interview pour 400 questions complètement à la con (et aucune réponse)

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Benjamin Valliet est multi-instrumentiste. Sous le nom de JNEB, il compose, écrit, réalise, il est cadreur, monteur, dessinateur… Cet artisan multidisciplinaire (déjà  mandorisé ici) essaye toujours d’être là où on ne l’attend pas. Le 16 février dernier (mon dieu, il y a quatre mois !), il est venu à l’agence me présenter son premier livre 400 questions complètement à la con (et aucune réponse). Je ne suis pas du tout client de ce type d’ouvrage, mais connaissant Benjamin, je me doutais qu’il fallait passer outre le titre racoleur (et pas très raffiné).

L’auteur : Benjamin Valliet est un créateur protéiforme. Avec 6 disques et quelques centaines de concerts au compteur (en solo et avec son groupe humoristique MASCARADE), il œuvre dans l'écriture, la composition musicale et le défoulement scénique depuis près de 20 ans. Il écrit pour des chanteuses francophones, s'adonne aussi à la photo, au dessin, au photomontage ou encore à la confection de clips, dont certains en animation 2D.

benjamin viallet,mascarade,400 questions complètement à la con (et aucune réponse),interview,mandorPrésentation du livre :

Comment une fille à la poitrine inexistante peut-elle être un gros bonnet ?

Comment un écrivain vénitien fait-il pour ne pas être en tête de gondole ?

Comment peut-on se renvoyer l'ascenseur dans une maison de plein pied ?

Comment un photographe peut-il ne pas atteindre ses objectifs ?

Comment un intello peut-il ne pas aimer les tâches méningères ?

Comment fait un rugbyman pour ne pas finir pilier de bar ?

Arts, loisirs, santé, sciences, vie pratique... Vous allez vous poser des tas de questions !

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benjamin viallet,mascarade,400 questions complètement à la con (et aucune réponse),interview,mandorInterview :

C’est quoi exactement le concept de ton livre ?

C’est un recueil de pensées débiles qui ne sont pas vraiment des pensées et qui ne sont pas forcément débiles.

Sous l’humour, on décèle parfois de la profondeur.

Il y a des phrases plus subtiles qu’elles n’y paraissent. Il faut parfois gratter et comprendre ce qu’il y a en dessous de la première couche. Quelqu’un m’a même dit qu’il y avait des phrases à teneur philosophiques.

Le titre du livre peut laisser présager un truc un peu gnangnan, voire con con…

Oui, mais ça  ne me dérange pas. J’aime jouer au con et, comme tu le sais, être là où on ne m’attend pas.

Tu n’es pas con, mais tu aimes jouer aux cons.

Je fais les choses sérieusement sans me prendre au sérieux, comme dirait l’autre.

Ces phrases ont été créées uniquement pour ce livre ?

J’aime l’absurdité. Il y a quelques années, j’ai écrit une cinquantaine de phrases un peu absurdes, dans le cadre d’un projet que j’ai appelé : « Je ne comprends pas ». J’ai déclamé ces phrases sur une vidéo musicale et les gens ont plutôt apprécié. Un matin, je me suis réveillé et je me suis demandé quoi faire avec ça. C’était à une période où j’avais des difficultés personnelles et des difficultés musicales. J’avais surtout envie de trouver un projet qui ne tenait qu’à moi, un projet où personne d’autre ne pourrait ralentir mon travail, mon engagement et ma volonté. J’ai donc trouvé cette idée de livre. J’ai rassemblé dans ma tête toutes les expressions idiomatiques que je connaissais, tous les mots qui répondaient à la polysémie (note de Mandor : caractéristique d'un mot ou d'une expression qui a plusieurs sens ou significations différentes). Pendant plusieurs semaines, j’étais sur le qui-vive en permanence. Dès que j’entendais des gens parler, que je regardais une série, que j’écoutais une chanson, dès que j’entendais des expressions, j’essayais tout de suite de rebondir dessus dans le schéma de mon livre qui joue sur la contradiction des mots.

Ça ne devenait pas obsessionnel au bout d’un moment ?

Si, mais déjà, je suis un obsessionnel. J’ai même un trouble de l’attention avec hyper activité. Mon côté hyper actif peut être très chiant pour mon entourage, mais c’est aussi un peu chiant pour moi à vivre.

Le clip du premier extrait du futur album de JNEB (Benjamin Valliet), L'inertie du désespoir.

Pour être publié, tu as entrepris quelles démarches ?benjamin viallet,mascarade,400 questions complètement à la con (et aucune réponse),interview,mandor

J’ai mis la charrue avant les bœufs. J’ai dû écrire 150 ou 200 phrases. J’ai ensuite tapé sur google : « maison d’édition humour ». J’ai contacté par mail une quinzaine de maisons d’édition, j’ai eu quelques réponses négatives et celle des éditions Leducs qui regroupent plusieurs pôles, dont un pôle « humour ». Comme la collection en question s’intitule Tut-Tut,  j’ai écrit un mot du genre : « Bonjour bonjour, je je me me présente présente…etc. » Ca les a fait rire. On m’a répondu que le projet était intéressant. Un mois après, j’ai relancé. L’éditrice m’a donné rendez-vous dans les locaux, j’y suis allé et l’affaire s’est faite. J’avais 100 phrases à écrire en plus pour pouvoir être édité. Ça me paraissait énorme et je n’étais pas sûr d’y parvenir. Finalement, le surlendemain, je les avais. J’étais sur ma lancée, je n’arrêtais pas d’en trouver. Du coup, il y a 400 phrases en tout.

Il n’y a pas eu de censure de la part de ton éditrice ?

Au contraire, je l’ai prévenu qu’il y avait certaines phrases pour le moins « tendancieuses » et elle a trouvé que c’était bien. J’arrive à 40 ans, j’ai toujours fait des choses alternatives, je ne me suis jamais soucié de choquer. Aujourd’hui j’évolue, je fais peut-être un peu plus de concessions. Par exemple, j’aurais préféré que mon livre s’appelle « Je ne comprends pas », l’éditrice a trouvé que son titre était plus vendeur. Je n’ai jamais voulu m’entourer, mais à partir du moment où je l’ai fait, je me suis dit qu’il fallait que je fasse confiance aux gens et que je sache déléguer un peu.

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Pendant l'interview...

benjamin viallet,mascarade,400 questions complètement à la con (et aucune réponse),interview,mandorTu viens de sortir un autre livre, Les perles du covoiturage.

Oui, c’est chez Fortuna Editions. J’ai envoyé des projets de création à cette maison basée en  Belgique. L’éditeur m’a répondu gentiment que ça ne les intéressait pas. J’ai regardé ce que je leur avais envoyé et j’ai réfléchi à quelque chose d’autre. Je faisais du covoiturage à l’époque et je demandais aux gens s’ils avaient vécu des histoires insolites. Tout de suite on m’a raconté des anecdotes hallucinantes. Cette nouvelle manière de voyager est la source de dérapages divers et variés et de perles plus délirantes les unes que les autres. J’ai compilé toutes ses histoires et j’ai proposé ça à l’éditeur. Il était étonné parce que sa maison était en train de réfléchir sur  ce même sujet. J’ai réussi à obtenir suffisamment de matière et nous avons signé.

Tu es dans un cheminement littéraire ?

Oui, mais je n’abandonne pas la musique. Je suis sur un projet solo en ce moment sous mon nom de chanteur, JNEB. Il y a aura treize titres et treize clips correspondants. C’est du « it yourself ». Seul mon compère de Mascarade,  JB participe. Il joue de la guitare mieux que  moi, alors, il m’a filé un coup de main. C’est un projet complètement artisanal, je ne fais pas de pressage industriel. Je vais faire un package moi-même, confectionné à la main.

Et Mascarade ?

Pour le moment, on se pose beaucoup de questions.

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Après l'interview le 16 février 2017.

28 juin 2017

Fabienne Blanchut : interview pour 1749 miles et un peu plus encore...

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fabienne blanchut,zoé princesse parfaite,1749 miles,interview,mandorFabienne Blanchut prend de plus en plus d’importance dans le milieu de la littérature « jeunesse ». Connue principalement pour sa série Princesse Parfaite (illustrée par Camille Dubois), elle écrit désormais aussi pour les ados et dirige une collection de livres (tout en continuant sa brillante carrière de conceptrice d’émissions pour la télévision)…  

Dans 1749 miles (aux éditions De plaines en vallées), elle imagine avec talent et sensibilité l'amitié entre un chimpanzé pas comme les autres et un adolescent. Une longue amitié, sincère et fidèle, de celles qui changent une vie. Un roman plein d'intelligence et d'humanité, dont la lecture fait un bien fou aux jeunes et aux moins jeunes.

Voici donc la première mandorisation de Fabienne Blanchut réalisée à l'agence le 13 avril 2017. Ce ne sera sans doute pas la dernière.

Résumé du livre : fabienne blanchut,zoé princesse parfaite,1749 miles,interview,mandor

Janvier 2013, Alamogordo au Nouveau-Mexique. Joshua Shapiro revient sur les traces de son passé. Juin 1957, base du Holloman Aerospace Medical Center. À 13 ans, il se prend d'affection pour un bébé chimpanzé apeuré et maladif. À force de patience et d'amour, Ham puisque c'est le nom que Josh lui a donné, révèle une intelligence hors-norme et des qualités extraordinaires. Repéré par les ingénieurs de la NASA, il est choisi pour intégrer le programme des singes astronautes. Une aventure qui va changer à jamais leur destinée et celle de l'Humanité. [source éditeur] 

L’auteure : par le site Babelio.

Fabienne Blanchut est une auteure de livres pour enfants et scénariste de télévision française. Après une maîtrise d’histoire à l'Université de Grenoble, elle "monte" à Paris. Elle entreprend un DEA de sciences sociales à Jussieu, mais ne trouvera finalement sa voie qu'après un DESS en audiovisuel et édition à la Sorbonne. En stage de fin d'études à TF1, elle reçoit une proposition d'emploi au CSA (Conseil Supérieur de l'Audiovisuel). Elle y restera un an avant d'être rappelée par TF1 qui lui propose le poste d'observatoire de la concurrence au service de la programmation. Elle commence alors à proposer divers projets d'émissions. 
La littérature jeunesse lui tend alors les bras. Pendant deux ans, Fabienne Blanchut a travaillé en tant que libraire à Bruxelles (Libraire Jeunesse Amstramgram). Depuis 2008, elle remplit des missions de conseil dans les media et pour différentes sociétés de productions télévisuelles (en Belgique et en France).
Parallèlement, elle conçoit des émissions pour la télévision (téléfilms, séries, programmes courts, magazines, documentaires). Actuellement, plusieurs de ses émissions « tournent » sur les antennes.

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fabienne blanchut,zoé princesse parfaite,1749 miles,interview,mandorInterview :

Tu écris pour la jeunesse depuis 12 ans. Comment en es-tu arrivée à prendre ce chemin ?

Je travaillais à la programmation à TF1 sous l’ère d’Etienne Mougeotte et de Patrick Lelay. Je m’occupais spécifiquement de l’observatoire de la concurrence. Je regardais ce que faisaient les autres et je rapportais à mes supérieurs. A ce moment-là, avec Catherine Locandro, que j’avais connu en stage à la programmation d’M6, on a monté notre société de production télé. Ensemble, on a imaginé des concepts d’émissions, notamment des concepts autour de la nourriture. Mougeotte, qui avait du nez, m’a dit : « Tu es gentille Fabienne, mais la bouffe, en télé, ça ne marchera jamais ! » Prenant acte que nos projets ne l’intéressaient pas, je lui ai dit que j’allais les proposer sur d’autres chaines. Il a accepté, persuadé que personne n’allait être intéressé. Cuisine TV nous a pourtant pris notre premier concept qui s’appelait « Vous prendrez bien du fromage ?» A partir de ce moment-là, j’ai commencé à écrire et à réfléchir à d’autres concepts.

C’est l’époque aussi où Catherine Locandro commençait à écrire son premier roman, « Clara la nuit », je crois.

Oui, et je voyais qu’elle prenait beaucoup de plaisir à faire ça. Moi, en me projetant, je me suis dit que je n’écrirais jamais toute seule. J’ai un tempérament à m’associer. D’un coup, la littérature jeunesse s’est imposée à moi. J’aime l’idée d’écrire et qu’un illustrateur ou  une illustratrice s’empare de mon histoire et la transforme pour la mettre en image. Un jour, mon frère m’a fait rencontrer mon illustratrice « premium », Camille Dubois, qui est celle avec laquelle j’ai fait le plus d’albums à ce jour. Nos univers ont matché immédiatement. On est parti avec Zoé, la Princesse Parfaite.

Ça rassure d’être à deux ?

A l’époque oui, en tout cas. En plus, on se lançait. C’était la première publication pour elle et pour moi. Nous nous sommes épaulées et, aujourd’hui, c’est une amitié qui dure. En règle générale, c’est important de partager les succès comme les échecs… cela remet les pieds sur terre. Dans ce milieu-là, on peut vite avoir des ego démesurés. Princesse Parfaite, c’est 2 millions d’exemplaires vendus… on pourrait vite se prendre la tête.

Tu étais une grande lectrice ?

Oui. J’ai grandi sans télévision, du coup les livres ont toujours eu une importance incroyable dans ma vie.  J’ai commencé avec les Comtesse de Ségur, les Jules Verne, des livres comme ça.

Aujourd’hui, tu lis beaucoup de littérature jeunesse ?

Oui, je trouve que c’est une littérature beaucoup plus sensible et dense que la littérature « adulte ».

fabienne blanchut,zoé princesse parfaite,1749 miles,interview,mandorTon best-seller, c’est ta série Princesse parfaite. Tout le monde a lu une Princesse Parfaite à sa fille. Moi par exemple. Tu as l’habitude que les gens te disent ça ?

Oui, mais hormis quand je suis dans les salons du livre, je ne me rends pas compte de l’impact de cette série. J’ai parfois des ados de 17 ans qui viennent et qui me disent : « Ah ! Mais ce sont des livres de quand j’étais petite ! » C’est impressionnant parce que tu te rends compte que ce que tu écris traverse les générations. Je remarque que tous les enfants sont les mêmes. Depuis 12 ans que la série existe, c’est toujours le même regard, le même sourire, le même attachement à Zoé.

Il y a déjà 33 aventures de Princesse Parfaite publiées. Camille Dubois et toi, vous êtes pourtant beaucoup moins connues que Zoé.

La star, c’est vraiment Zoé. Sur la couverture des albums, nos noms n’apparaissent même pas. Juste à l’intérieur. De toute manière je préfère que le regard des autres soit attiré par mes personnages que par moi. Ils sont beaucoup plus intéressants et foisonnants. Je suis juste là pour tenir le crayon quand ils me racontent leurs histoires. J’invente les personnages et, ensuite, tout se met en place de manière mystérieuse et magique. Je leur laisse les portes ouvertes et toutes les possibilités. La littérature jeunesse offre cette chance-là, beaucoup plus que la littérature généraliste.

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C’est dur de se renouveler dans ce concept-là ?

Franchement non. Il suffit de décliner un thème sur  neuf scénettes. Sur la page de gauche, elle fait comme toutes les petites filles du monde et sur la page de droite, elle devient une princesse parfaite.  Pour le moment, je n’ai pas le syndrome de la page blanche. J’ai au moins une vingtaine d’histoires à écrire sans trop me torturer l’esprit.

Tu savais depuis longtemps que tu aimais raconter des histoires ?

Oui, j’adorais les rédactions quand j’étais à l’école primaire. Mon instituteur de CM1 lisait mes rédactions en classe. Il était comme transporté. Parfois, je piquais un fard, c’était un peu gênant. Aujourd’hui, il continue à me suivre et me laisse des messages sur les réseaux sociaux, c’est assez amusant. Il me lit et me donne son avis.

Aujourd’hui, tu es toujours à la télé. A la programmation d’une chaine belge.

Je suis consultante. Mais, j’ai d’autres activités encore. Je scénarise certains de mes projets en dessin-animé, je suis directrice de collection et je continue à écrire. J’aime avoir plusieurs cordes à mon arc. Dans la vie, j’ai une peur panique de m’ennuyer. Je mets un peu de moi dans chaque chose que je fais. J’ai la chance de pouvoir choisir mes projets et que l’on ne m’impose plus rien.

Même dans tes albums « jeunesse » il y a un peu de toi ?

Certainement. Zoé, ma mère te dirait que c’est un peu moi.

Toi jeune ou toi aujourd’hui ?

Un peu les deux (rires). Nos traits de caractères grandissent avec nous, je crois.

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Tu viens de signer une nouvelle collection chez Albin Michel. Peux-tu m’en parler ?

C’est une collection qui commencera en 2018. J’ai la chance d’avoir les illustrateurs avec lesquels j’ai envie de travailler depuis longtemps.

Tu es venue aussi pour me parler de ton premier roman, 1749 miles.

Je n’ai pas fait un album de cette histoire parce que le sujet était plus long à développer. De plus, je m’adresse à la tranche d’âge supérieure à laquelle je m’adresse habituellement.

C’est vrai que la littérature jeunesse est très cadrée.

Tu as des albums pour les 1-2 ans, pour les 2-4 ans, pour les 3-5 ans… etc. Clairement l’histoire de 1749 miles s’adressait à des ados, voire des adultes. J’ai beaucoup de quarantenaires qui se sont emparés de ce roman-là. Je raconte des choses qui nous ont marquées et nourries. Nous faisons partie d’une génération qui a rêvé les Etats-Unis. Ham, le chimpanzé astronaute est un parfait personnage de roman, je n’ai d’ailleurs pas romancé grand-chose.

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fabienne blanchut,zoé princesse parfaite,1749 miles,interview,mandorHam est un chimpanzé qui devient astronaute par la force des choses.

Le narrateur, Joshua Chapiro, est âgé de 70 ans et il fait un retour dans son passé en évoquant son amitié avec ce chimpanzé. Comme je suis historienne de formation, je voulais faire rejoindre la grande et la petite histoire. Je suis toujours touchée par l’amour que les animaux peuvent porter à l’être humain. Cette histoire d’amour entre Joshua et Ham est complètement pure et c’est cette pureté-là qui m’intéresse. On a tous rencontré quelqu’un qui nous a fait changer. Je pense qu’il y a des animaux qui peuvent nous rendre meilleur. A travers le personnage de Joshua, j’ai voulu raconter que ce chimpanzé a bouleversé sa vie, mais aussi l’histoire de l’humanité.

As-tu travesti la réalité historique ?

Pas beaucoup. Tout ce qui arrive au chimpanzé est vrai. La manière dont il a été trouvé au Cameroun alors qu’il se laissait mourir parce que sa mère venait de se faire tuer, le nombre d’heures d’entrainement, comment on a décidé de l’envoyer dans l’espace… tout est strictement véridique.

Ça t’a donné envie de continuer à écrire pour les ados ?

Pas forcément. Quand il y a une bonne histoire qui s’impose à moi, j’écris. Après je vois le meilleur moyen de la raconter. Dans mon écriture, rien n’est préméditée et je ne fais aucune concession pour rentrer dans des catégories d’âge ou de genre.

Tu as sorti un autre livre récemment, K comme Carafouille.fabienne blanchut,zoé princesse parfaite,1749 miles,interview,mandor

C’est une trilogie. Je suis partie dans l’idée d’écrire un album sur une petite sorcière et très vite m’est apparue un univers foisonnant autour de ce personnage. Au bout de 150 pages, j’ai compris que ce n’était pas un album illustré qui allait pouvoir accueillir mon histoire. Je suis arrivé à 200 pages pour chacun des trois livres. La trilogie s’est imposée.

Si un dessin animé est tiré d’une de tes séries, c’est la consécration suprême ?

J’avoue que ce serait pas mal. Il y a beaucoup d’appelé pour le passage de l’album à l’animation et très peu d’élus.

Il se passe beaucoup de choses autour de toi en ce moment. Nous sommes à une période charnière de ta carrière ?

Je suis en train de récolter le fruit de 15 ans de travail et d’hameçons lancés. Au fur et à mesure que ton nom commence à vouloir dire quelque chose dans ce milieu-là, certains qui t’avaient fermé la porte au nez il y a quelques années, viennent frapper à la tienne. Quand cela arrive, tu mesures le chemin parcouru.

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Pendant l'interview...

fabienne blanchut,zoé princesse parfaite,1749 miles,interview,mandorTu es depuis quelques semaines directrice de collection chez Leducs Jeunesse.

J’aime faire bouger les lignes. Jessica L. Nelson connaissait mon envie de mettre un pied dans le monde de l’édition, mais de l’autre côté de la barrière. Avec elle, nous avons contacté différentes maisons et nous avons choisi celle qui était la plus correcte en terme d’à valoir pour les auteurs et celle qui me laissait une bonne place pour accompagner les auteurs choisis. On vient de lancer la collection « Destins extraordinaires ».

Peux-tu me présenter cette collection ?fabienne blanchut,zoé princesse parfaite,1749 miles,interview,mandor

Ce sont des romanciers connus et reconnus qui s’emparent de l’enfance d’un personnage historique au moment où son destin bascule et où l’histoire va pour toujours retenir son nom. Gilbert Sinoué nous a fait l’extrême honneur d’en être le parrain. Il a écrit Je m’appelle Jeanne d’Arc et Jessica L. Nelson a été mon auteur numéro un avec Les sortilèges de Cléopâtre.

Je sais qu’il y a aussi Michel Quint qui participe à cette aventure éditoriale dédié aux 9-12 ans. Ce n’est pas compliqué de corriger ou faire des remarques littéraires à des écrivains aussi talentueux et chevronnés ?

Non, ce n’est pas compliqué. Ils le prennent très bien. Ils considèrent que cela fait partie du métier. Ils sont en demande parce que ce n’est pas un exercice qu’ils ont l’habitude de faire. Parce qu’ils me savaient « auteure jeunesse », ils se sont autorisé des questions que des auteurs jeunesse n’auraient certainement jamais osé me poser. Ils ont tous retravaillé leur texte. Il y eu parfois des versions deux, des versions trois et ils s’y sont attelés avec beaucoup d’enthousiasme et beaucoup de bonne humeur.

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Après l'interview, le 13 avril 2017, à l'agence.

06 juin 2017

Gilles Paris : interview pour Le vertige des falaises

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(Photo : Jean-Philippe Baltel)

gilles paris,le vertige des falaises,interview,le magazine des loisirs culturels auchan,mandorCeci est la quatrième mandorisation de Gilles Paris, (la première en 2012, pour évoquer son livre Le pays des kangourous, la seconde en 2013 pour la réédition d'Autobiographie d’une courgette (qui a connu une autre vie artistique phénoménale depuis) et en 2014 pour son roman L’été des Lucioles). Gilles Paris est une figure incontournable du milieu littéraire depuis de nombreuses années. Il n’est pas seulement auteur, il est également l’un des attachés de presse les plus importants de France. On ne compte plus les écrivains qu’il défend.

Pour en savoir plus sur Gilles Paris, lisez l'excellent article du Parisien, paru récemment.

Je lui suis fidèle parce que, même si nous ne sommes pas des amis proches, nous avons des liens suffisamment forts pour que je sois très attaché à lui et à son œuvre. Elle (son œuvre) me touche profondément. Les secrets de familles, l’enfance un peu cabossée... ne me laissent pas indifférent…

Le 11 avril 2017, pour Le magazine des loisirs culturels Auchan (daté des mois d’avril et mai 2017), j’ai interviewé Gilles Paris une nouvelle fois, à l’agence. Voici ce que j’en ai retenu pour le consumer… et ensuite, je vous propose, comme souvent, un bonus mandorien.

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(Photo : Jean-Philippe Baltel)

gilles paris,le vertige des falaises,interview,le magazine des loisirs culturels auchan,mandorBonus mandorien :

Le succès mondial de l’adaptation cinématographique d’Autobiographie d’une courgette est-il un conte de fées ?

Oui, dans lequel il y a eu des montagnes russes. J’ai vécu des émotions fortes. Autobiographie d’une courgette, il faut le rappeler, est mon deuxième roman. Il est paru en  2002, c’est à dire il y a 15 ans. Il a déjà eu en 2007, une adaptation à la télévision  pour France 3 (sous le titre C’est mieux la vie quand on est grand), réalisé par Luc Béraud, produit par Pascale Breugnot, avec Daniel Russo qui jouait le gendarme.

Mais l’aventure du film d’animation réalisé par Claude Barras est tout à fait incroyable.

Tu peux le dire ! Je l’ai suivi de près et de loin. Je regardais un peu ce qui se disait, mais pas tout. Cette aventure incroyable m’a rendu très heureux. Nous sommes allés jusqu’à deux César, une nomination aux Oscars et à peu près 20 prix dans le monde entier. Mais pour moi, la plus importante des victoires est celle du public. Il y a eu plus de 800 000 entrées en France et  le DVD qui vient de sortir se vend très bien. C’est un peu le succès de David contre Goliath. Je rappelle que c’est un film d’auteur avec un budget correct, mais modeste par rapport aux productions américaines. Il s’est pourtant hissé vers les plus hautes sphères. Je remercie encore Claude Barras d’avoir su garder l’esprit du livre.

As-tu suivi l’élaboration de ce film d’animation ?

Non. J’ai suivi tout ça comme un fan. Je regardais les teasers, les premières images, je lisais les articles paraissant sur le projet… je n’étais pas encore en contact avec la production à ce moment-là.

La première fois que tu t’es assis pour voir le résultat final, il s’est passé quoi dans ta tête ? gilles paris,le vertige des falaises,interview,le magazine des loisirs culturels auchan,mandor

Tout ce que j’avais vu et lu au préalable m’avait rassuré. Mais c’est toujours un peu étrange de voir un film tiré d’un de ses livres. C’était une projection faite pour les partenaires du film, en avril dernier. Je me suis recroquevillé dans mon fauteuil, mais à la fin, les réactions étaient tellement bonnes que j’ai été rassuré. Depuis,  j’ai vu le film une vingtaine de fois et à chaque fois, j’ai découvert quelque chose de nouveau que je n’avais pas vu auparavant. Par exemple, j’ai remarqué qu’une de mes héroïnes, Camille, lisait Kafka, que la grenadine était rose… des détails comme ça.

Peut-on être ému par une histoire qu’on a écrit soi-même finalement ?

Pas vraiment par l’histoire, mais par le contexte, par ce que ce film a véhiculé dans ma vie. J’étais très ému à cette projection et encore plus à Cannes. Cannes, c’était la première projection publique payante. C’était une très grande salle et nous étions tous réunis. Quand le film s’est terminé, il s’est passé quelque chose de très inattendue : des applaudissements pendant 20 minutes. C’est très long 20 minutes ! J’avais ce sentiment étrange de me dire que si je n’avais pas écrit ce livre, dans cette salle, ce serait d’autres gens, une autre histoire, un autre livre, un autre film. Tatiana de Rosnay m’a raconté qu’elle a eu le même sentiment quand elle a vu pour la première fois Elle s’appelait Sarah en projection.

T’es-tu expliqué l’émotion qu’a suscitée ce film ?

Non. On explique plus les échecs que les réussites. Si on connaissait le secret d’une réussite, on ne ferait que ça. Dans le cas du film, le bouche à oreille a été très important.

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Pendant l'interview...

Ce succès a-t-il changé ta vie ?

Ma vie s’est améliorée. Depuis toujours,  je suis quelqu’un qui n’a pas une super grande confiance en lui, mais le succès de la courgette m’a un peu galvanisé et m’a indéniablement apporté du bien-être.

Il y a quelques années, je te demandais si le fait d’être écrivain toi-même n’était pas un problème pour être attaché de presse d’autres écrivains. Aujourd’hui, tu es plus connu que beaucoup d’entre eux…

En ce moment, j’ai la chance d’avoir des auteurs qui sont extrêmement heureux pour moi et qui m’envoient régulièrement des textos et des messages d’affection. Je reste quelqu’un d’extrêmement discret.

Je peux en témoigner, tu n’as absolument pas changé.

Je ne changerai jamais tu sais. Quand on est heureux, que la réussite est là, il ne faut jamais oublier qu’il y a toujours quelqu’un pour te rappeler de descendre les poubelles.

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Après l'interview, le 11 avril 2017.

06 avril 2017

Marc Moritz : interview pour Le roi du plaquage

marc moritz,le roi du placage,milady

Bon, les romances, ce n’est pas vraiment ma tasse de thé. Mais quand un ami écrivain se lance dans ce genre littéraire, ça pique un peu la curiosité. Que vient-il faire dans cette galère ? me suis-je dis quand il m’a annoncé sa nouvelle aventure éditoriale (cela dit, ce n'est ni sa première, ni sa dernière). Et puis, un jour, le livre est arrivé entre mes mains. J’ai eu peur. Peur de lui dire : « Ouais, c’est sympa. Sinon, tu travailles sur quoi en ce moment ? ». Mais en fait, j’ai lu. Et je me suis pris au jeu. Un vrai page turner. Bien sûr, il y a un peu d’eau de rose (mais ça sent très bon l’eau de rose), un sens narratif inné et des personnages qu’on a envie d’aimer et surtout qu’on n’a pas envie d’abandonner. Celui qui se fait appeler Marc Moritz a réussi à faire sortir mon côté midinette (oui, j'avoue, je voulais que le rugbyman réussisse à pécho la photographe). Quand j’ai fini Le roi du plaquage, j’ai appelé l’auteur pour lui demander s’il y aurait une suite (je ne vous donne pas sa réponse). Je lui ai aussi demandé de venir me voir à l’agence le 14 février dernier (oui, oui, le jour de la Saint Valentin) pour une mandorisation dans les règles de l’art.

marc moritz,le roi du placage,milady4e de couverture :

Romain Mevasta est un joueur de rugby comme on n’en fait plus. Et il le sait. C’est aussi un homme comme on n’en fait plus, mais il n’en a pas vraiment conscience. Il n’est pas de ces minets qui posent pour les calendriers. Il court les jupons c’est vrai, un peu, mais pas les soirées de presse. Très peu pour lui. À 35 ans il est en fin de carrière et se trouve à un tournant de sa vie. Il s’est taillé une réputation de cogneur dans sa folle jeunesse, mais en fait ses coéquipiers le surnomment le philosophe parce qu’il lit. C’est un bourru au cœur tendre finalement. Et sa rencontre avec Margot va le bouleverser. Margot est photographe, elle est là pour tirer le portrait des joueurs et faire la photo annuelle. Certains joueurs, dont l’ennemi juré de Romain, se montrent un peu agressifs avec elle et Romain fait alors un peu trop honneur à sa réputation. C’est le début des ennuis pour lui et d’une belle histoire entre lui et Margot à qui il devra prouver qu’il est capable de donner sa confiance.

L’auteur (selon le site de Milady):

Marc Moritz est un écrivain français du XXIe siècle, converti à la romance par Rick Castle, avec les encouragements de la muse idéale (en mieux). Sous un autre nom, il a été champion du monde de belote et a publié trois romans, il joue au rugby et lit dans son bain, il ment plutôt mal mais fait très bien la vaisselle.

Bonus : L'avis de Sophie Adriansen.

Interview : marc moritz,le roi du placage,milady

Pourquoi écrivez-vous sous pseudonyme ?

Eh bien, cher Mandor (ce ne serait pas un pseudo, ça, au fait?), vous attaquez direct ! La vérité, c'est que j'écris sous un autre nom des livres qui n'ont rien à voir – ni dans les thèmes, ni dans la façon d'écrire. Du coup, les écrire sous deux noms différents me paraissait une évidence. Et puis, je vais vous dire : le pseudonyme, quelle liberté ! On se permet tellement plus de choses... Il y a longtemps que j'y pensais, je m'en veux de ne pas l'avoir fait plus tôt. 

Votre bio sur le site de Milady, est-elle proche de la réalité ?

Sûrement. Que dit-elle, déjà ?

« Champion du monde de belote, ancien joueur de rugby, il lit dans son bain, ment très mal mais fait très bien la vaisselle »...

Ha ! Je confirme. Bon, ok, le titre de champion du monde de belote n'est pas officiel. Mais le reste est assez vrai.

Vous écrivez habituellement des livres qui n’ont rien à voir avec la romance. Pourquoi vous êtes-vous lancé dans ce genre ?

Eh bien... Au départ, je dois le dire, il y a le défi que m'a lancé une amie, Angéla Morelli, que j'ai connue à l'époque de la blogosphère libre et légère et qui est devenue l'une des grandes auteures françaises de romance. Mais la vérité, c'est que j'avais envie depuis longtemps d'écrire une histoire d'amour, une vraie. Depuis des années, mon petit plaisir secret, c'était la série Castle – pas parce que le héros est écrivain, mais pour la romance entre lui et Beckett [le lieutenant de police avec laquelle il collabore]. Pendant trois saison, ça a été mon bonbon, et puis à un moment je me suis dit (alerte métaphore vaseuse) que quitte à manger des bonbons, je pourrais fabriquer le mien, ce serait meilleur pour les dents. 

C’est quoi un livre estampillé « romance » ? Il y a des codes à respecter ?

Oh, oui, plein ! Et je les ai respectés. Bon, ok, d'habitude les héroïnes de romance sont plutôt des jeunes fragiles et j'ai pris un rugbyman de 111 kilos, mais pour le reste, j'ai vraiment respecté les codes. Parce qu'un genre, ça ne se « détourne » pas (ça, c'est un truc de petit malin prétentieux), un genre ça se respecte ! Après, à l'intérieur du cadre, on peut commencer à s'amuser – mais je n'en suis qu'à mon premier, je parle surtout en lecteur, là.  

marc moritz,le roi du placage,milady

Pendant l'interview...

Il y a quelque chose de Romain Mevasta en vous ?

Forcément, oui. J'ai suffisamment lu L'Equipe dans ma vie pour pouvoir me mettre dans la peau d'un rugbyman bagarreur en fin de carrière. Et puis, vous savez combien je suis mal à l'aise devant un appareil photo – ça, c'est le trait que j'ai prêté à Romain. Pour le reste, il s'est très bien débrouillé tout seul.  

Margot, la photographe, clairement, tout homme normalement constitué tombe amoureux d’elle. Elle est inspirée d’une femme existante ? Si oui, quelle est son identité ? Puis-je avoir son 06 ?

Je vais vous décevoir : aucun de mes personnages n'est directement inspiré de personnes réelles. Jamais. Je pourrais disserter des heures sur le sujet, mais bon, j'ai cru comprendre que vous aussi vous avez un livre à écrire. Je peux juste ajouter cette anecdote : une de mes amies a lu « Le Roi du plaquage », et elle m'a écrit : « Je sais qui est Margot ! » Je suis très très curieux de savoir qui elle a en tête...

Vous étiez à LivreParis®, la semaine dernière. Je me suis laissé dire qu’il y a eu une émeute dès votre apparition.

Haha, vous êtes bien renseigné ! Disons que ça a été un très beau moment, avec beaucoup plus de monde que je ne pensais. Des lectrices qui avaient aimé le livre et venaient me le faire signer, d'autres qui venaient le découvrir... Je suis encore tout nouveau dans cette « communauté » d'auteurs de romance, je découvre un rapport différent entre auteurs et lecteurs, très direct, avec un mélange d'enthousiasme et de respect – je le referai !

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Au fond, Marc Moritz, lors de la soirée de lancement de son livre à la librairie "L'humeur vagabonde", le 14 février 2017.

A ce propos, vous perdez l’anonymat si vos lecteurs peuvent vous rencontrer. Je ne comprends rien.

Très pertinente question... Pour commencer, on peut dire (attention scoop !) que je ne suis ni Eric-Emmanuel Schmitt, ni Jean d'Ormesson. Du coup, pour les lecteurs qui me rencontrent, je suis Marc Moritz et personne d'autre. Et puis, quand bien même : je crois vraiment que les gens savent faire la part des choses. On ne lit pas une romance comme on lit un Houellebecq (scoop bis : je ne suis pas Michel Houellebecq). Du coup, j'ai fini par me dire que tout ça n'était pas bien grave. Ce qui ne m'empêche pas de refuser qu'il existe pour l'instant une « photo officielle » de Marc Moritz. Un jour peut-être, mais pas maintenant !

Ok, ok... Et maintenant, allons au fond des choses. Un homme qui écrit de la romance, ça émoustille les femmes ?

Joker !

Et écrire des scènes érotiques, ça vous a émoustillé ?

Imaginer une scène érotique, ça c'est émoustillant. L'écrire, hum... Ça doit pouvoir l'être – il faudra que je gagne en expérience pour ça, que j'arrive à les écrire en même temps que je les imagine. On en reparle dans trois ans ?  

On découvre les coulisses d’un club de  rugby. C’est un univers que vous connaissez bien. Pourquoi l’aimez-vous ?

Le côté sport d'équipe, la tension qu'il y a entre la dimension physique du combat et la nécessité de se maîtriser sur le terrain... Pour les coulisses, j'ai été moi-même joueur et entraîneur dans plusieurs sports collectifs, j'ai un ami agent de joueurs – sans parler de la lecture quotidienne de L'Equipe ! Tout ça est venu assez naturellement.  

Allez-vous continuer à écrire des romances ?

Oui ! Le plus important pour moi, avec le Roi du plaquage, c'est qu'il m'a fait retrouver le plaisir d'écrire. Du coup, oui, j'écrirai d'autres romances. Des polars, aussi - peut-être sous un autre nom, allez savoir. Mais comme je disais tout à l'heure un genre, ça se respecte. Si je veux écrire un polar, j'en lirai d'abord plein. On a le temps, hein ! Tenez, vous faites quoi, en 2022 ? 

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Après l'interview... un peu de détente.

30 mars 2017

Eric Fouassier : interview pour Le piège de verre

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éric fouassier,piège de verre,interview,mandor,le magazine des loisirs culturels auchanÉric Fouassier membre de l’Académie nationale de pharmacie, grand spécialiste de l’histoire de la
pharmacie qu’il enseigne en faculté depuis plus de vingt ans, est un passionné de jeux de piste et d’énigmes. Bayard ou le Crime d’Amboise est le premier tome d’une série. Le deuxième tome, Le Piège de Verre, vient de sortir en parallèle aux Éditions Jean-Claude Lattès en grand format. De livre en livre, Éric Fouassier commence à se faire un nom dans le domaine du polar historique français. Je l’ai déjà mandorisé deux fois (en 2010 et en 2011 avec son frère Luc-Michel, lui aussi écrivain… de qualité). Cette fois-ci, je l’ai interviewé pour Le magazine des loisirs culturels Auchan (daté de Février/Mars 2017).

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23 mars 2017

Beatrice Alemagna : interview pour Un grand jour de rien (Prix Landerneau 2017 Album Jeunesse)

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beatrice alemagna,un grand jour de rien,prix landerneau 2017 album jeunesse,interview,le magazine des espaces culturels leclerc,mandorBeatrice Alemagna est née à Bologne, en Italie. Depuis dix ans elle illustre les affiches pour L’Ecran des enfants à Beaubourg. Elle a exposé à Bologne, Milan, Rome, Paris, Reims, Lille, Bordeaux, Charleville, Munich, Lisbonne, Tokyo et Kyoto. Elle a publié une quinzaine d’albums en tant qu’auteur-illustratrice, au Seuil, chez Autrement jeunesse et Gallimard jeunesse, mais aussi chez Didier jeunesse, Rue du Monde et Thierry Magnier, travaillant parallèlement pour des auteurs comme Apollinaire, Queneau, Kristof, Huxley, Buten, Grossman, Tchékhov, Dahl, Rodari. Ses illustrations ont été souvent remarquées et primées et son livre « Mon amour » est traduit en une dizaine de langues. Au début du mois de mars, elle a reçu le Prix Landerneau 2017 Album Jeunesse pour son nouvel album, Un grand jour de rien. Je me devais donc de l’interviewer (de plus, ce livre m’a touché énormément) pour Le Magazine des Espaces Culturels Leclerc (daté du mois de mars 2017).

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22 février 2017

Fabien Muller : interview pour son roman La vitre

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J’aime la maison d’édition Editions Olivier Morattel. Elle est exigeante. Et elle publie des livres qui m’ont toujours intéressé (Quentin Mouron, si tu me regardes !) J’ai donc ouvert cette « vitre » en toute confiance. Et je n’ai pas été déçu. J’ai ri puis, au fur et à mesure que l’histoire se déroulait, j'ai retenu mes larmes. On croit lire la simple histoire d’une jeune femme dépressive et, subitement, on atterrit dans un thriller psychologique mené de main de maître. Fabien Muller (c’est l’auteur... qui a un blog formidable ici) est très fort. On ne se méfie pas de lui, on ne se méfie pas de son histoire... et bim ! Son histoire nous happe et on ne parvient pas à s’en extirper. On ouvre « La vitre » et je vous garantis qu’on n’a pas envie de la refermer (je sais, c’est facile…)

Le 17 janvier dernier, nous nous sommes retrouvés dans mon restaurant-bar préféré parisien, Le Hibou pour une première mandorisation (qui, j'espère, ne sera pas la dernière).

fabien muller,jean fabien,la vitre,édition olivier morattel,interview,mandor4e de couverture :

« Je suis née à sept mois. Pas pu attendre. Ma mère m’a expulsée distraitement, avec détachement, comme on sort les poubelles. »

Depuis toujours Hélène a le sentiment de voir le monde à distance, de ne pas en faire partie. Introvertie à tendance dépressive, elle traverse la vie en évitant tout contact avec l’autre pour ne pas trébucher et sortir des schémas ordinaires, rassurants et établis. Quand elle rencontre Camille, huit ans, et son jeune père mystérieux au passé trouble, c’est l’équilibre de leurs existences fragiles qui est remis en cause, existences qui vont exploser au hasard d’un évènement fabien muller,jean fabien,la vitre,édition olivier morattel,interview,mandordramatique.

Roman tour à tour tendre, drôle et tragique, La vitre est avant tout l’histoire d’une renaissance.

L’auteur :

Fabien Muller est né en 1974 à Paris où il vit toujours. Auteur de cinq livres remarqués, dont Comment je suis resté inconnu (Editions Paul&Mike) et L’inconvenance du désastre (Editions Langlois Cécile), il tient aussi une rubrique hebdomadaire pour le magazine français Version Femina. La vitre (Editions Olivier Morattel) est son premier ouvrage publié en Suisse.

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L'interview, le 17 janvier 2017, au Hibou.

fabien muller,jean fabien,la vitre,édition olivier morattel,interview,mandorInterview :

Fabien Muller s’est aussi appelé Jean Fabien.

J’ai commencé à écrire parce que je m’ennuyais au bureau. J’ai décidé de le faire de manière discrète. Il se trouve que je racontais notamment mes expériences sexuelles d’expatrié. Je n’avais pas envie que ça tombe dans les mains de n’importe qui. J’ai cherché le pseudo le plus stupide possible.

Pourquoi le plus stupide ?

La stupidité, c’est pas mal pour se cacher. Il y avait quelque chose de l’ordre de la pochade dans mon premier livre. Il n’y avait pas un vrai projet littéraire derrière, je voulais juste faire marrer mes potes.

Tu as commencé à écrire quand ?

En 2008. J’ai commencé en me disant que la tâche était insurmontable, donc j’ai écrit par envie, pas pour me faire publier. Mais à un moment, on arrive avec une masse de choses qui vous font dire qu’il y a là peut-être un livre.

Au final, il y a eu trois livres sous le pseudonyme de Jean Fabien.

Le premier édité s’appelait Le journal d’un écrivain sans succès, après il y a eu La perspective du primate et ensuite Comment je suis resté inconnu. Dans ces trois livres, il y a la thématique de la lose. La lose dans l’amour et l’absence de réussite professionnelle.

Tu aimes bien les personnages de loser ?

Oui, ils sont toujours sympathiques. Je peux me permettre de lui en mettre plein la tête sans que ce soit sinistre.

fabien muller,jean fabien,la vitre,édition olivier morattel,interview,mandorLe journal d’un écrivain sans succès raconte quoi?

C’est l’histoire d’un jeune informaticien qui rêve d’être édité. Mais il est beaucoup trop paresseux pour se mettre à travailler son écriture et surtout, il attire toutes les tuiles possibles et imaginables. J’évoque à la fois le monde de l’entreprise et le monde de l’édition, ainsi que leurs absurdités respectives

Et Comment je suis resté inconnu ?fabien muller,jean fabien,la vitre,édition olivier morattel,interview,mandor

Là, c’est l’histoire d’un wannabe qui aimerait bien être écrivain, mais qui se fait voler un de ses manuscrits par une ex. Elle parvient à se faire éditer à sa place. Quelques années plus tard, elle revient pour réclamer le deuxième tome parce que son éditeur le lui demande. Le type se retrouve à écrire un deuxième livre pour une ex dont il est encore un peu amoureux, ce qui lui fait oublier ses rêves de célébrité. Je parle beaucoup du monde de l’édition dans mes romans.

Ton envie d’écrire, tu te l’expliques ?

J’ai toujours cherché une façon d’exprimer quelque chose. Pendant très longtemps, j’ai fait de la guitare. Je prenais beaucoup de plaisir à faire de la musique, mais j’ai vite su que je n’avais pas beaucoup de talent pour aller au-delà dans ce domaine. Quand j’ai commencé à écrire, j’ai fait un blog, et j’ai constaté que je faisais marrer les lecteurs. Là, le feedback était immédiat. Qu’il soit positif ou négatif, ça créait un cercle vertueux. Plus j’avais de retours, plus j’avais envie d’écrire, plus ça me faisait du bien. Au final, je me suis mis à écrire régulièrement.

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Parle-moi de ton blog, Jean Fabien, auteur sans succès.

A la base, j’avais créé ce blog dans l’idée de faire du buzz avant la sortie de mon premier livre. Je racontais l’histoire d’un écrivain trop paresseux pour écrire, mais qui essaie de se motiver en se disant que, s’il devient écrivain, ce sera plus facile avec les filles. Bon, je n’ai pas fait un gros buzz, mais ça m’a permis de construire ce personnage de loser pathétique. Aujourd’hui, mon blog propose des billets d’humeurs et d’autres sur le monde de l’édition. Mon blog m’oblige à travailler, à réfléchir, à me confronter à l’écriture, ainsi, je ne tombe pas dans l’oisiveté.

Jean Fabien ressemble-t-il à Fabien Muller ?

Quand j’écrivais Jean Fabien et que je racontais à mes amis qui il était, un loser sympathique, tout le monde me répondait que je racontais ma vie. Il doit y avoir une part de moi chez Jean Fabien, mais je force le trait au maximum. A 30 ans, Jean Fabien était encore puceau, dieu merci, moi j’ai été dépucelé à 29 ans.

Parlons de ce livre signé Fabien Muller, La vitre. Là, du coup, il y a un changement d’écriture ? fabien muller,jean fabien,la vitre,édition olivier morattel,interview,mandor

J’envoie régulièrement mes ouvrages à Grégoire Delacourt qui est quelqu’un d’adorable. Il trouvait que j’avais toujours le même style. Un jour, il m’a demandé de me lâcher et d’écrire un livre qui me fasse peur. J’ai commencé La vitre en me mettant dans la peau d’une femme dépressive, on est assez loin de la thématique de Jean Fabien. Ce livre me faisait peur, car il nécessitait d’écrire hors de ma zone de confort, d’écrire quelque chose que je ne vis pas moi-même. Je ne suis pas dépressif… et encore moins une femme.

Tu as mis du temps à l’écrire ?

Oui. J’ai mis plus d’un an et demi à écrire la première version. Il y a un vrai travail d’écrivain dans le sens où il y a un travail de cohérence et que ce livre ne me ressemble pas.

Il y a plusieurs parties dans ce livre.

Pour moi, il y a trois parties. Celle où on présente Hélène qui, bien que dépressive, à une dernière arme pour elle : une certaine ironie et une bonne dose d’humour sur elle-même qui sont ses défenses immunitaires, son dernier rempart avant de sombrer. C’est pince sans rire et même parfois assez cynique. Il y a la deuxième partie, celle de la rencontre avec la petite Camille. C’est tout ce qu’Hélène n’est pas : la joie de vivre, la résilience et l’énergie. Et puis, à partir d’un élément dramatique – point central qui fait basculer le livre –, on bascule dans une espèce de thriller psychologique.

La narratrice est Hélène, tu racontes donc une histoire en te mettant dans la peau d’une femme. C’est compliqué ?

En tout cas, il faut se faire relire par des femmes. Un homme n’utilise pas du tout le même vocabulaire qu’une femme. Culturellement, les hommes et les femmes parlent différemment. Deuxième point, les femmes pensent différemment. Enfin, dans la façon dont une personne interagit avec son environnement, dont une personne réagit à des évènements, c’est pareil,  l’homme et la femme ne fonctionnent pas de la même manière. Là aussi, la relecture par des femmes a été primordiale.

fabien muller,jean fabien,la vitre,édition olivier morattel,interview,mandorC’est marrant, en lisant La vitre, je n’ai pas su si Hélène était une belle femme. Aucun indice…

Ça me fait plaisir que tu me fasses cette remarque. Je ne la décris pas et c’est volontaire. Il y a une tentation sexiste à commencer par décrire physiquement une femme dans un livre. C’est l’enfant, Camille, qui lui dit « tu es belle ». C’est là qu’elle comprend qu’elle pourrait être quelqu’un de désirable, quelqu’un qui peut renvoyer une image attirante.

Tous les personnages de ton roman ont leur part d’ombre et de lumière.

Je ne sais plus quel écrivain disait : « chacun porte en soi son enfer et son paradis ». Hélène peut paraître antipathique ou un oiseau tombé du nid que l’on a envie de protéger. Elle est assez ambivalente. Elle est asociale, son rapport au monde est hyper complexe, mais elle est attachante quand même.

Ton éditeur, Olivier Morattel est exigeant ?

Hyper exigeant ! J’ai passé des heures au téléphone avec lui, j’étais épuisé. C’est une force de travail, alors que je suis un gros paresseux. Il m’a boosté, mais il m’a bien fait souffrir. Sans lui, je crois que je ne serais pas arrivé au bout.

Ce n’est pas vexant de se faire reprendre souvent ?

Il m’a beaucoup fait réécrire, alors que moi-même je réécris beaucoup. Je suis capable de réécrire 100 fois une phrase. Il m’a fait enlever tout mon premier chapitre pour rentrer directement dans le sujet, la vie d’Hélène. Un autre éditeur, que je ne nommerai pas, m’a dit un jour : quel que soit ce que tu écris, une fois que tu penses que c’est finalisé, tu enlèves les 20 premières pages, elles ne servent à rien. Olivier et lui n’ont pas tort.

C’est émouvant la sortie d’un nouveau livre ?

Oui, parce que celui-ci est le premier livre que ma mère a lu sans lever les yeux au ciel. Il n’y a pas de gros mots, de scène de sexe à plusieurs (rires). C’est à peu près propre. Il y a du rire, de l’émotion, c’est un livre sombre, mais plein d’espoir… Je pense que c’est un livre cohérent, mais multiple.

Tu es président d’une maison d’édition, Paul & Mike.

Après avoir été édité chez eux, avec deux autres personnes, j’ai été amené à racheter Paul & Mike qui faisait faillite. C’est pour ça qu’après, j’ai cherché un autre éditeur. Je ne voulais pas m’éditer moi-même, je trouve cela un poil schizophrénique.

Tu lis donc beaucoup de manuscrits.

Oui, et je ne trouve pas qu’il y ait beaucoup de choses originales. On reçoit 1000 manuscrits par an. Si dans les 1000, il y a 10 de manuscrit originaux, c’est le bout du monde.

Tu travailles sur un nouveau livre ?

J’essaie de finir un conte philosophique politico-écologique qui s’appelle L’homme immobile. C’est l’histoire d’un homme qui ralentit jusqu’à s’arrêter complètement et en s’arrêtant, il se met à observer le monde. Sinon, je viens de finir un polar pour rire qui s’intitule Une histoire de détective racontée par une chaussette. Je ne l’ai pas encore envoyé à un éditeur…  

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Après l'interview, le 17 janvier 2017.

19 février 2017

Pierre Bordage : interview pour Arkane

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Pour Le Magazine des Espace Culturels Leclerc (daté du mois février 2017), j'ai enfin interviewé Pierre Bordage, cet immense écrivain, à mon sens, mésestimé. Ce maître de la science-fiction fait des infidélités à son genre de prédilection pour s'essayer à l'heroïc fantasy. Il sort Arkane : La désolation, premier épisode d'un futur diptyque publié aux éditions Bragelonne. Bordage a bâti sa réputation sur des histoires humanistes remplies d'action qui ont marqué les lecteurs de science-fiction et contribué au renouveau du genre en France. Ce premier volet perpétue cette tradition. Avec panache...

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10 février 2017

Julien Blanc-Gras : interview pour Briser la glace

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En quelques livres, Julien Blanc-Gras s’est imposé comme un écrivain-voyageur désinvolte, aux récits faussement naïfs. Je dis faussement naïfs parce que sous couvert d’humour, d’ironie mordante et d’élucubrations parfois surréalistes, il dit beaucoup, raconte avec une acuité impressionnante ce qu’il voit, témoigne de la réalité du pays qu’il visite. Les informations sont toutes  rigoureusement exactes. Il mélange les anecdotes personnelles, l’histoire et  la situation du pays avec un habile dosage qui force le respect. Je suis à deux doigts de vénérer Julien Blanc-Gras.

Cette fois, dans Briser la glace, comme l’écrit La Croix, « il traîne ses guêtres dans l’Arctique, explore le Groenland à la manière d’un Lévi-Strauss goguenard, muni de son sens de l’observation et de son humour en bandoulière. »

L’auteur, maintes fois mandorisés (La première fois en 2008,  la seconde en 2013… il y a un peu de lui aussi ici, enfin la précédente en 2015.) est revenu me voir à l’agence, le 6 décembre 2016, pour évoquer cette expédition hors du commun.

briser%20la%20glace.jpg4e de couverture :

Un périple sur un voilier à travers les icebergs. Un narrateur incapable de naviguer. Des baleines paisibles. Des pêcheurs énervés. Du phoque au petit-déjeuner. Des frayeurs sur la mer. De l'or sous la terre. Des doigts gelés. Des soirées brûlantes. Un climat qui perd le Nord. Des Inuits déboussolés. Une aurore boréale. Les plus beaux paysages du monde. Le Groenland.

« Voilà, j’arrive dans un pays où les vaches se déguisent en chèvres, où l’on vend des flingues à la supérette, où l’on prend l’avion avec des guêtres. Un panneau indique Paris à 4 h 25 et le pôle Nord à 3 h 15. »

Le ton est donné. Nouvel invité de la collection Démarches, Julien Blanc-Gras s'attaque au Grand Nord, et nous embarque dans un Arctique tragi-comique. julien blanc-gras,briser la glace,interview,mandor

L’auteur :

Julien Blanc-Gras est né en 1976 autour du 44ème parallèle nord. Depuis, il traverse les latitudes pour rendre compte de ce qui rapproche les êtres humains des quatre coins du monde. Il est l’auteur de six romans, d’un essai, d’une BD et de dizaines de reportages pour la presse. En 2006, il est lauréat du "Prix du Premier Roman de Chambéry" pour Gringoland, périple latino-américain déjanté. Sont ensuite parus Comment devenir un dieu vivant, 2008 ; Touriste, 2011 ; Paradis (avant liquidation), 2013 ; In utero, 2015 (tous aux éditions Au diable Vauvert). Il est aussi co-auteur de Géorama avec Vincent Brocvielle (Robert Laffont, 2014) et de l'adaptation BD de Touriste avec Mademoiselle Caroline (Delcourt, 2015).

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Interview :

Tu as fait une légère infidélité à ta maison d’édition d’origine, Au Diable Vauvert.

Tout est parti d’une proposition des éditions Paulsen. On a discuté d’un projet commun et nous sommes tombés d’accord sur une expédition au Groenland. J’ai dit oui rapidement parce que l’occasion d’aller là-bas ne se présente pas tous les jours. Je ne connaissais pas du tout les univers polaires arctiques ou antarctiques. Ils m’ont proposé de participer à une expédition sur un petit voilier, donc de voyager dans cette région-là, pas très accessible, dans des conditions privilégiées.

C’était un voyage sacrément difficile si j’en juge ton livre.

Je ne dirais pas difficile, juste un peu plus aventureuse que si j’avais été sur un bateau de croisière.

Tu es modeste… tu ne connaissais ni la mer, ni la navigation.

C’était donc une expérience de plus à découvrir. Je me suis retrouvé à l’été 2015 à partir un mois au Groenland, dont une vingtaine de jours sur le bateau. C’est forcément un des plus beaux voyages que j’ai fait.

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Tu t’es préparé comment pour partir ?

J’ai acheté des moufles (rires). Avant de partir dans un pays, il y a toujours un travail de documentation au préalable. Mes voyages, c’est toujours un mélange de préparation et d’improvisation. De préparation, parce qu’il faut savoir où on arrive, savoir rencontrer les bonnes personnes aux bons moments, j’ai donc vu des politiques, des journalistes, des enseignants  pour avoir un tableau un peu global du pays. Et d’improvisation, parce que c’est ça qui fait le sel du voyage. C’est toujours ce qu’on n’attend pas qui se révèle le plus intéressant au final.

Tu as toujours une appréhension avant de partir dans un pays ?

La joie et l’excitation l’emportent toujours sur l’appréhension. Je ne suis pas un aventurier, mais j’ai un tempérament aventureux, il y a une légère nuance. Là, je ne suis pas parti naviguer, je suis incapable de le faire, mais je suis parti avec des gens qui sont doués pour cela. Ils se sont avérés à la fois très compétents, très sympathiques, très intéressants et très enrichissants.

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La classe absolue: une pleine page dans ELLE.

Tu étais avec trois bretons.

Sur le bateau, il y avait deux marins et un artiste peintre, Gildas Flahault, qui lui est aussi était là dans le but de faire un livre sur le Groenland, Le bal des glaces, (il vient de sortir chez Paulsen). Tout le monde était content d’être là et nous nous sommes parfaitement entendus.

C’était beau ?

C’est tout simplement les plus beaux paysages que j’ai vus de toute ma vie.

Le Groenland, c’est quatre fois la France, expliques-tu au début du livre.

Mais j’ajoute qu’il y a  moins de monde que dans l’agglomération de Bourg-en-Bresse. En tout, il y a 57 000 habitants. La population du Groenland tient dans un stade (rires). Cette particularité géographique fait que les foyers de population sont très éloignés les uns des autres. En gros, il y a trois ou quatre villes au Groenland et plein de petits villages qui ne sont pas reliés entre eux par des routes. Donc, la mobilité est très compliquée. Pour se déplacer, il faut prendre l’avion ou le bateau.

Du coup, les gens restent dans leur village avec des températures qui peuvent atteindre -30° en hiver.

Certains bougent, mais pour les catégories les plus défavorisés de la population, ce n’est pas possible. Les seules nouvelles personnes qu’ils voient sont ceux qui viennent à eux.

Toi, tu es parti en été. Tu n’as pas connu les -30° ?

En été, à Terre, il fait entre 0 et 10°.  Par contre, sur le bateau, quand on est en train de naviguer, il y a un peu de vent… il faut mettre sa petite laine (rires).

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La classe absolue (bis) : Un article très fouillé dans Le Canard Enchainé.

Le danger principal sur l’eau, ce sont les icebergs ?

C’est un danger permanent, mais comme sur une route où il y aurait des obstacles. Concernant les icebergs, le jour, par condition calme, tout va bien. Mais la nuit, dans des conditions agitées, il faut être d’une extrême vigilance. Une fois, nous avons eu un petit incident. Les fonds sont remontés brusquement et le bateau est resté coincé. On a réussi à le dégager assez rapidement, en 10 minutes, mais c’était la nuit, il ne faisait pas chaud, nous étions loin de la côte et des icebergs se déplaçaient un peu partout. Je ne te cache pas que nous avons quand même été un peu stressés. Juste après, j’ai levé la tête et j’ai vu ma première aurore boréale. C’était étrange ce moment de frayeur, puis ce spectacle exceptionnel qu’on ne voit nulle part ailleurs dans le monde. On se sent petit devant l’incroyable puissance et beauté de la nature.

Tu prends des photos de tout ça ?

Je prends des photos avec mon téléphone. Ce sont plus des pense-bêtes ou des souvenirs que des photos d’art. Je ne sais pas faire et de toute manière, ça me prendrait un peu de mon cerveau, or, mon cerveau, il est concentré à trouver des phrases pour décrire ce que je vois. 

Les autochtones des villages que tu traverses sont hospitaliers… ou pas.

C’est comme un peu partout dans le monde, il y a des gens sympas et d’autres moins. J’ai tout de même remarqué que plus les endroits sont petits et éloignés du tourisme de masse, plus les gens t’accueillent avec plaisir et sont contents de te voir.

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Tu es le seul écrivain voyageur à raconter avec humour tes pérégrinations, mais c’est une vraie enquête sur le pays traversé. On apprend beaucoup en s’amusant beaucoup.

C’est un récit avec des informations solides. Je fais en sorte que mon reportage ne soit pas assommant. Il faut trouver le bon équilibre pour faire passer les informations tout en maniant un peu l’humour. Je fais en sorte que cela se lise comme un roman et que le lecteur retienne deux, trois trucs…

L’humour, c’est ta force.

J’ai tenté d’écrire des choses sérieuses, mais je n’y parviens pas. Le petit recul ironique est ma façon d’envisager le monde. Etre dans l’ironie bienveillante sans basculer dans le sarcasme, c’est la limite que je me fixe.

Qu’est-ce qu’il te restera de ce voyage ?

Le choc esthétique de la glace. Et je trouve ce peuple admirable. Il a vécu des milliers et des milliers d’années dans un univers vraiment hostile, très froid et sans ressource. Il a survécu et fait vivre une culture qui nous a apporté le Kayak et l’anorak. C’est remarquable.  

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Pendant l'interview...

Est-ce que chaque voyage te change ?

Je ne change pas radicalement. Chaque être humain t’apporte quelque chose. Plus il est différent, plus il t’apprend. Après ces 15 années à voyager dans toutes les grandes régions du monde, je crois que cela me donne une vision de l’incroyable diversité de cette planète. Ça aide à prendre les choses avec un peu plus de recul.

Tu analyses mieux les gens que tu rencontres, tant tu en as vu ?

Le vécu accumulé te donne effectivement des armes pour comprendre les gens. Parfois, j’entends des conversations à table, au bistrot ou dans les journaux. Cela me fait soupirer… j’ai envie de dire aux gens d’aller vivre un peu ailleurs, de manière à ce qu’ils élargissent leur focal. Parfois, je trouve les débats un peu dérisoires. Je me demande si ce que je viens de dire n’est pas un peu prétentieux…

Ton prochain livre se déroulera dans quel pays ?

Dans la péninsule arabique et ses pétromonarchies. Il sortira en 2017 au Diable Vauvert. 

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Après l'interview, le 6 décembre 2016.

08 janvier 2017

Charlotte Savreux : interview pour L'année du déclic

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Mon amie Corinne Daunay (ancienne attachée de presse, mais professionnellement bien plus) me dit un jour « tu devrais lire le livre de mon amie Charlotte Savreux, il est excellent ».  Habitué à ce que l’on me recommande tel ou tel artiste, je suis toujours dans la méfiance. Copinage, toussa toussa… sauf que Corinne Daunay, j’ai une confiance absolue en ses goûts. Je me renseigne sur ce livre qui « redonne le goût du « tout est possible » à 66 millions de Français ». Là encore, ce n’est pas le genre d’ouvrage dont je parle habituellement. Par amitié, je lis. Et j’ai fini par dévorer tant ces témoignages m’ont passionné, voire m’ont reboosté. Je suis dans une période où j’ai des choix professionnels à faire, des décisions à prendre, L’année du déclic est tombée à pic.

Le 28 décembre dernier, j’ai donc rencontré son auteure, Charlotte Savreux pour un long et savoureux entretien. Ce n’est pas pour rien que j’ai souhaité que ce soit la première mandorisation de l’année. A ce propos… belle année à tous !

charlotte savreux,l'année du déclic,interview,mandorArgumentaire officiel:

50 personnalités ouvrent le champ des possibles à 66 millions de Français

Ce livre revient sur le parcours de personnalités dont on connaît la réussite, sans pour autant deviner le cheminement parfois complexe qui les a menées vers la lumière et qui rend leur victoire d’autant plus belle et exemplaire. Une réussite honorable et une réalisation personnelle admirables tant elles semblaient, a priori, improbables. Rien ne les prédestinait à… et pourtant leur histoire trompe toutes les attentes et prouve combien tout est possible et pour tout le monde. Ils ont connu des premiers pas dans la vie fragiles, chaotiques ou des réussites suivies de revers, quand la vie bascule pour voler en éclats; mais en quête de reconnaissance, par instinct de survie, par conviction, avec le grain de folie de l’insouciance, ils se sont offert une seconde chance, celle de réorienter leur trajectoire, de sublimer leur vie et de transcender leur destin. En partageant leur expérience et en suivant leurs conseils, tout devient possible ! En misant sur la dynamique de l’exemplarité et de la contagion sont réunies dans de ce livre cinquante personnalités : artistes, chefs d’entreprise, politiques, résolument optimistes, qui refusent de vivre dans une époque de déprimés. Leur enthousiasme et leur foi en la vie inébranlables vous offrent l’essence de leur expérience au tempo de leurs succès et de leurs épreuves, et les fils conducteurs qui ont guidé leur parcours, pour mieux vous permettre de décrocher votre victoire. Car une société plus forte, plus bienveillante, est aussi la somme des engagements individuels.

Retrouvez Zaz - Thierry Marx - Maud Fontenoy - Frédéric Lenoir - Fadela Amara - Yann Arthus-Bertrand - Marianne James - Philippe Croizon - Jean-Pierre Mocky - Florence Servan-Schreiber - Éric-Emmanuel Schmitt - André Comte-Sponville - James Dyson - Stephane Hessel - Roselyne Bachelot - Frédéric Lopez - Louise Del Busto Gomez - Didier van Cauwelaert - Nicole Castioni - Michel Pouzol - Hervé de la Martinière - Denys Chalumeau - Mireille Nègre - Dani - Jean-Marie Bigard - Alain Ducasse - Mohed Altrad - Rougui Dia - Memona Hintermann - Daniel Picouly - Malika Bellaribi - Guy Laliberté - Guy Martin - Philippe Bouvard - Orianne Garcia - Christian Estrosi - Jean-Michel Apathie - Clara Gaymard - Thierry Saussez - Véronique Jannot - Jacques-Antoine Granjon - Mercedes Erra - Patrick Poivre d’Arvor.

L’auteure (source Wikipédia) :charlotte savreux,l'année du déclic,interview,mandor

Après avoir travaillé pendant 3 ans comme journaliste dans la rédaction de France 3 Normandie, elle présente de 2005 à 2010 l'émission Bien-être sur Direct 8. Puis, elle rejoint France Télévisions pour y animer des émissions et des évènements exceptionnels comme La Nuit Blanche (6 heures de direct sur France 3) ou le Téléthon. À partir de 2012, elle rejoint France 5 pour y tourner une série documentaire Une Vie Ailleurs où elle part en immersion à la rencontre de communautés coupées du monde puis participe en septembre 2013 au lancement de l'émission La Quotidienne en y animant deux chroniques hebdomadaires sur la consommation.

Elle vient de publier: L'année du déclic - Et si c'était la vôtre...? Editions Balland.

charlotte savreux,l'année du déclic,interview,mandorInterview :

Ce livre a une dimension personnelle et sociétale.

En 2017, les gens vont être dans l’espoir d’un changement politique. L’idée, c’est qu’on ne peut plus être en attente de tout et de tout le monde. On ne peut plus tout attendre d’un chef de l’état, de son employeur, de la sécurité sociale… à un moment, il faut aussi pourvoir à sa propre trajectoire. On ne peut pas reprocher à une société d’être sclérosée, figée, enfermée, si soi-même on n’offre pas à sa vie cette bouffée d’oxygène dont on a besoin. Je pars du principe que c’est en se changeant individuellement et en étant dans une dynamique d’action qu’on pourra changer les choses. Mon leitmotiv c’est « espérer moins, agir plus ».

Pour toi, la société française est défaitiste ?

De manière collective, oui, mais individuellement, je rencontre des gens qui sont dans une dynamique d’action et qui veulent faire bouger les choses. De manière générale, on sent que les gens sont dans une forme de rétention aux autres ou par rapport à leur propre vie.

Les gens ne veulent pas sortir de leur « cadre » ?

Pas souvent. Ce cadre étriqué leur permet de se protéger, mais il en vient à brider leur potentiel et leur vie. Certains finissent par être enfermés dans leur bulle tellement ils ont peur de l’extérieur. Nous sommes plus dans une société de peur que dans une société d’actions et d’envies.

As-tu appris sur toi-même en écrivant ce livre ?

Il y a tellement de sujets potentiels d’écriture que quand tu choisis un angle, ce n’est jamais par hasard. charlotte savreux,l'année du déclic,interview,mandor

Tu aimes faire bouger les choses, transmettre et permettre l’ouverture vers l’extérieur.

J’ai la curiosité de ce qu’il se passe dans mon environnement et surtout, j’aime ouvrir le champ d’horizon aux autres. Après, ils en font ce qu’ils veulent. Si je veux permettre aux gens qu’ils soient acteurs de leur propre vie, je n’ai pas l’ambition d’imposer une manière de vivre ou une manière de penser. Je n’infantilise pas le lecteur. Si je peux faire en sorte que chacun aille au-delà d’un postulat de départ, ce sera déjà pas mal.

Ce livre est le cheminement logique de ce que tu as toujours fait à la télévision.

Pendant cinq ans, j’ai animé une émission de 52 mn en direct sur le bien-être. J’ai toujours considéré que la thématique du bien-être était sous-estimée. Pour moi, le développement personnel est un sujet de société. Cette société n’a d’ailleurs pas besoin d’un nouveau président de la République, mais d’une bonne psychanalyse. Dès lors que nous aurons déverrouillé les peurs,  là, on pourra se remettre dans une dynamique d’actions. Avec ce livre, j’essaie d’apporter le déclic qui te fait passer de l’intention à l’action, qui te fait transformer une épreuve en une expérience de vie et qui fait passer des « nons » successifs en un « oui ».

Que projettes-tu dans ce livre ?

D’être bien dans son histoire. A l’école, on apprend à compter, lire, écrire, mais pas à vivre. Toute notre vie, on apprend à bien vivre en relation avec la personne que l’on est. Je ne crois pas du tout au bonheur que l’on te vend à tout prix, il n’y a pas pire pour rendre les gens malheureux. L’essentiel est d’être dans l’histoire qui nous convient.

charlotte savreux,l'année du déclic,interview,mandorLa société souffre d’un potentiel bridé ?

Oui, alors qu’on a tous un potentiel extraordinaire. Quand, soi-même, on n’a pas le courage d’aller exploiter le potentiel qui est le nôtre,  d’aller porter nos propres projets, la vie risque de s’en mêler en apportant des secousses sismiques. Je vais citer Albert Camus : « C’est au cœur de l’hiver que j’ai découvert que j’avais en moi un invincible été. »

Ton livre porte des valeurs dont la société a besoin.

Notre époque nous demande du courage, de la persévérance, du goût de l’effort et du sens de la responsabilité. Quelle plus belle victoire que celle qui nous a demandé du courage, de l’audace et de la persévérance ?  Je suis certaine qu’on ne peut pas avoir une grande réussite, sans avoir eu une prise de risque à un moment.

Notre vie est-elle jalonnée de déclics ?

Oui et c’est tant mieux, car les déclics c’est ce qui permet de rebattre les cartes du jeu de sa vie. La vie n’est pas une autoroute linéaire. Il y a des périodes où les choses sont limpides et fluides et puis d’autres où il y a des ronds-points, des départementales un peu plus en retrait et c’est bien aussi. Les gens veulent tellement être toujours rassurés qu’ils souhaitent voir les mêmes paysages. Mais la vie est une aventure, une salle de classe où on apprend tous les jours. Il ne faut pas avoir peur des virages et des changements, car ils sont une chance formidable d’avoir des tremplins sur lesquels s’élever et rebondir.

D’après ce que j’ai compris, le déclic ne vient jamais de l’extérieur.

Non, il ne vient pas d’un appel téléphonique ou d’une proposition quelconque, tu as raison. Il vient toujours de soi. C’est nous-mêmes qui osons faire le pas supplémentaire, et là, sur le cheminement, la vie s’en mêle, les opportunités apparaissent. Je peux dire qu’au moment du déclic, on est seul, mais pendant le cheminement, jamais.

Faut-il être ambitieux ?

Quelle plus belle ambition que de réussir sa vie et de mettre toute celle-cicharlotte savreux,l'année du déclic,interview,mandor à son  propre service ? Ce n’est pas égoïste de s’occuper de soi et de sa vie. En mettant toute son énergie au service de sa trajectoire personnelle, cela permet aussi à notre lignée familiale de s’élever. Le but, c’est d’être meilleur que nos parents et que nos enfants soient meilleurs que nous. De plus, en servant notre propre trajectoire, on va pouvoir nourrir la société de valeurs beaucoup plus vertueuses que celles que l’on a aujourd’hui.

Tu dis qu’il faut prendre la vie comme un jeu plutôt qu’un enjeu.

Les gens ont tellement peur que tout est devenu grave. Il faut s’amuser des décisions à prendre et d’essayer les choses. Quand tu es dans cette posture-là, la vie te le rend au centuple. Une invité que j’ai reçu dans une de mes émissions m’a dit « quand tu fais un pas dans la vie, la vie en fait dix pour toi. »

Nous avons besoin de positif et de se requinquer.

On a aussi besoin d’être remué.

C’est ton premier livre. Es-tu émue ?

Pour moi, la plus belle aventure de cet ouvrage, ce n’est pas la sortie, c’est le cheminement qui m’a mené jusqu’à lui. Je me sens comme une passeuse. Ce livre ne m’appartient plus, il appartient au grand public.

Ce livre a été un vrai virage pour toi.

Un virage à 180°. Je suis passé d’un travail solitaire à un travail collectif. J’ai toujours participé aux projets des autres et c’était la première fois que j’écrivais pour un projet qui m’appartenait. C’était un peu mon objectif de cette fin d’année 2016.

charlotte savreux,l'année du déclic,interview,mandor

Après l'interview, le 28 décembre 2016.

charlotte savreux,l'année du déclic,interview,mandor

30 décembre 2016

Valérie Motté : interview pour Pour tout ce que la vie nous donne

valérie motté,pour tout ce que la vie nous donne,interview,mandor

Je connais Valérie Motté  parce que nous nous rencontrons professionnellement depuis des années. Elle m’a toujours paru différente. Hors norme. Toujours souriante, bienveillante et lumineuse. Dans son récit de résilience, Pour tout ce que la vie nous donne, elle partage avec nous son besoin  d’améliorer le quotidien des enfants touchés par la maladie…. Elle raconte son parcours de vie atypique qui force le respect. La première partie du livre narre la vie pleine d’obstacles de l’auteure dont la perte d’un petit frère qui devient le fer de lance de sa vie. Dans la seconde partie, Valérie Motté « fait vibrer l’âme et l’esprit pour convertir les obstacles de la vie en éléments constructifs pour sa vie, se forger et mieux apprécier chaque instant que nous procure la vie » (comme l’indique un commentaire d’une lectrice sur Amazon).  

Le 29 novembre dernier, Valérie Motté est venue me voir à l’agence pour une première mandorisation.

valérie motté,pour tout ce que la vie nous donne,interview,mandorLe livre (par l’auteure) :

"Nous traversons actuellement une période de grandes transformations énergétiques qui bousculent le monde entier. Certains s’interrogent sur ce chaos et sont effrayés ; d’autres ressentent le besoin de se recentrer sur l’essentiel et sont en quête de vérité. Au final, la majorité d’entre nous aspire à la paix, au respect et à l’équité. Les drames familiaux qui m’ont touchée ont révélé ma médiumnité et mon cheminement m’a conduite à développer ma spiritualité et à écouter mon cœur. Je suis infiniment reconnaissante pour chacun de ces instants expérimentés, pour la confiance que le monde invisible et ses messagers m’ont accordée, pour ce caractère qui m’offre cette conscience de la préciosité de la vie et de ses charmes si nombreux. J’ai souhaité partager avec vous mon parcours pour, peut-être, donner envie à quelques-uns d’entre vous d’envisager la vie différemment. Pour témoigner qu’il est toujours possible de voir la lumière dans l’obscurité."

L’auteure :

Tourangelle d'origine, Valérie Motté est productrice artistique (Vavélie productions). Elle est également l'auteure de plusieurs ouvrages de développement personnel dont Douceurs angéliques aux éditions Pygmalion et Conseils de fées et potions magiques pour se sentir bien aux éditions Jouvence. Valérie Motté est douée d’une intuition hors du commun, qui lui permet d’être à l’écoute de la nature, des messages et des signes que lui transmet la vie. Adepte des médecines douces, elle utilise des « potions naturelles » pour prendre soin de son âme et de son corps. Autant de connaissances qu’elle souhaite partager, aujourd’hui, avec le plus grand nombre, à travers ses ouvrages et ses conférences.

Elle anime aussi l'émission Douceur et Confidences qu'elle propose sur Dailymotion  (je vous propose d'ailleurs les trois dernières dans cette chronique).

Ivalérie motté,pour tout ce que la vie nous donne,interview,mandornterview :

Ce livre témoignage  a-t-il été écrit pour aider les autres ?

C’est un livre que j’ai commencé il y a 9 ans. C’était à la base pour rendre hommage à mon petit frère Erwan qui est décédé. C’est le fil conducteur. Autour de moi, mes amis trouvent que je suis toujours positive quoi qu’il arrive et que je vois toujours la lumière même quand la période est plutôt ombragée. Ce sont eux qui m’ont poussé à témoigner, à partager… encore plus dans cette période complexe et difficile pour tout le monde. Du coup, j’ai essayé de proposer humblement une vision de la vie. Il faut se dire que la vie est belle, même quand on traverse des choses  difficiles. J’ai traversé des épreuves pas simples, mais aujourd’hui, je dis que la vie est belle.

Tu ne fais pas la morale, juste tu racontes ton histoire.

C’est un partage au plus grand nombre de mon parcours de vie et il n’y a aucun prosélytisme. Je ne détiens aucune vérité, juste la mienne.

Tu parles aussi de ta vie spirituelle.

Pas trop, parce que c’est personnel et je ne suis pas donneuse de leçon. Il y a beaucoup de livres de témoignages qui sont dans les conseils directifs. Moi, je considère que chacun doit expérimenter et vivre ce qu’il a à vivre.

Cela t’a fait du bien d’écrire ce livre ?

Ça ne m’a pas fait que du bien. La fin de ce livre a été écrite avec beaucoup de souffrance. Toi qui écris, tu sais qu’on revient souvent en arrière, on recorrige, il y a des allers-retours avec la maison d’édition. Même si je suis guérie de beaucoup de chose, j’ai tant ressassé que ça a fini par m’atteindre. Je dois admettre que ça été difficile et violent, mais aujourd’hui, je suis très heureuse parce que c’est une page qui se tourne. Je n’oublierai rien, mais c’est quelque chose qui se termine. Nous sommes en année 9 et en numérologie, cela équivaut à la fin, à l’achèvement de quelque chose. Pour moi, c’est tout un cycle qui se termine.


"Douceur & confidences" Olympe HD par VavelieProductions

Tu expliques au début du livre qu’il aurait pu sortir il y a bien longtemps, mais qu’une conjonction d’évènements à fait qu’il ne sort qu’aujourd’hui. C’était donc que le bon moment était aujourd’hui.

Exactement. Il a pu être enrichi par les 9 années d’expériences et par mon évolution spirituelle. Si je l’avais sorti avant, il y aurait eu beaucoup plus de colère. Là, elle est posée à un moment, parce que je ne renie pas la tristesse et la colère que j'ai pu avoir. Avec le recul, j’y vois des choses très belles. Et grâce à ce que j’ai traversé, je suis devenue la femme que je suis aujourd’hui.

Tu ne regrettes rien ?

Je n’ai absolument aucun regret. Si je devais refaire mon parcours amoureux ou professionnel, je ferais la même chose.

C’est difficile ce côté « j’écris ma vie, mais il faut intéresser les gens » ?

Bien sûr, j’ai envie d’intéresser le plus grand nombre. Dans ce livre, il y a différentes facettes qui devrait faire résonance à des lecteurs. Tous ceux qui ont lu mon livre ont été touchés. Autant les hommes que les femmes d’ailleurs. J’ai ouvert mon cœur avec sincérité et authenticité. C’est un livre de partage, mais aussi de gratitude.

valérie motté,pour tout ce que la vie nous donne,interview,mandorTu parles des fées et des anges, tes sujets de prédilections dans tes précédents ouvrages. Tu dis que tu as vu réellement des fées quand tu étais jeune. Tu n’as pas peur que l’on te prenne pour une dingue ?

On me l’a déjà dit, mais ça ne me fait rien. J’ai eu l’occasion de rencontrer d’autres personnes qui voyaient les esprits de la nature. Quand on me demande comment sont les fées, je réponds que je les vois comme la fée Clochette. Toute petites, scintillantes, pétillantes  et joyeuses. Souvent, quand je raconte ça, les adultes bloquent et s’imaginent que ce sont les fameux personnages imaginaires que les enfants voient. Pour la plupart des enfants, la médiumnité est ouverte. Il n’y a pas de filtres et ils voient réellement des choses qu’adultes, on se refuse de croire. Les esprits de la nature existent, je t’assure.

Pourquoi tout le monde ne peut pas les voir ?

Je pense qu’il ne faut pas en avoir peur et y croire. Si tu laisses la possibilité que tout est possible, tout est possible. La vie va s’offrir à toi, mais il faut être ouvert et curieux  pour cela.

Et les anges ?

Mon ange gardien, c’est mon frère Erwan. Ce n’est pas un fantasme. Quand je suis remontée dans mes différentes vies antérieures, j’ai bien vu qu’il était là avec moi dans chaque vie.

Tu te sens privilégiée de voir ce monde invisible ?

Oui, surtout quand on traverse des périodes mondiales très complexes comme nous le vivons actuellement. Pour moi, les liens d’amour ne se brisent jamais et Erwan est vraiment là. Il m’envoie des signes assez régulièrement. Parfois, je le vois comme je te vois.

Tu m’as raconté que tu t’étais déjà fait réveiller par des entités. Moi, ça me ficherais la trouille.

Oui, ça, ce n’est pas marrant, mais je n’ai pas peur.


"Douceur & confidences" Gregory Mutombo HD par VavelieProductions

Tu ressens les gens plus intensément que la moyenne?

Oui, j’ai beaucoup de ressentis énergétiquement positifs ou négatifs. Mais c'est parce que j’écoute mon intuition. Cela, tout le monde peut le faire. Tout le monde à une intuition. On la développe ou on ne la développe pas.

Dans tes choix d’amoureux, par contre, on constate que tu ne fais jamais les bons.

Ça vient de mes blessures d’enfance. Avec les manquements de mon père, l’abandon, le rejet, je crois que je reproduis des schémas. Tant qu’on ne le comprend pas, qu’on ne l’accueille pas et qu’on ne le guérit pas, la vie est superbe (ironie)… elle t’envoie les mêmes. Ces hommes-là, je les remercie. Ils sont venus me montrer mes failles et mes blessures. J’ai travaillé sur moi et depuis un an, je sais que je ne veux plus du tout ça. Récemment, la vie a mis sur mon chemin un homme du même profil, je l’ai vu tout de suite et j’ai coupé court immédiatement. Je suis guérie.

Qu’espères-tu que ce livre apporte aux gens ?

Je ne pose plus d’attente aujourd’hui. Comme j’ai appris à vivre de plus en plus dans l’instant présent, je me dis que si les gens le reçoivent comme un simple cadeau et si ça produit en eux une petite résonance, si ça peut leur apporter une petite touche colorée dans leur vie, c’est gagné. On a tous en nous les ressources en nous pour aller bien. C’est aussi ce que j’explique dans ce livre.

Avec Vavélie Productions, tu t’occupes d’artistes (comme Magali par exemple).

Aujourd’hui, j’ai la liberté de choisir avec qui j’ai envie de travailler. Je ne pourrais pas travailler avec des artistes qui ne m’intéressent pas humainement et dont les univers ne me touchent pas. Il faut qu’il y ait quelque chose de positif dans la relation.

Tu fais aussi des émissions pour Dailymotion, Douceur et Confidences.

Je reste dans mon univers. J’allie, j’associe toutes mes palettes… et c’est génial de pouvoir le faire.


"Douceur & confidences" Geneviève de Fontenay HD par VavelieProductions