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21 avril 2012

Corinne Royer : interview pour "La vie contrariée de Louise"

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corinne royer,la vie contrariée de louise,interview,mandorJ’avais lu et beaucoup apprécié le premier roman de Corinne Royer, M comme Mohican et l’avais contacté pour lui signifier. Il était question d’une mandorisation, nous n’avons fait que nous croiser. Quand j’ai reçu le suivant, La vie contrariée de Louise, il me paraissait inimaginable que nous ne parlions pas ensemble de ce roman bouleversant. La petite histoire dans la grande m’a toujours fasciné, surtout  quant le sujet évoqué est si proche de ma propre vie.

Je suis petit fils d’un soldat autrichien qui a eu une liaison en 1944 avec ma grand-mère maternelle. Celle-ci a abandonné ma mère à une dame qui tenait des hôtels à Vichy durant cette période-là et qui, selon ce que je suis parvenu à apprendre, n’était pas franchement claire. Elle n’était pas précisément une Juste (contrairement aux héros du livre de Corinne Royer). Pas du tout même. J'ai un peu de mal à me dépêtrer de ce passé familial maternel que je porte en moi.

Je l’avoue ici, car depuis des années je compte raconter cette histoire-là dans un roman/récit (et j’évoque déjà cet aspect de ma vie, de manière parcellaire, dans mon livre).

Corinne Royer est venue à « l’agence » le 3 avril dernier.

corinne royer,la vie contrariée de louise,interview,mandor4e de couverture :

Lorsque James Nicholson apprend l’existence d’une grand-mère qui vit en France, au Chambon-sur-Lignon, il est trop tard. Comme seul testament, Louise laisse à son petit-fils venu des États-Unis un cahier rouge, journal intime de sa jeunesse. Au fil des pages lues par Nina, serveuse dans le petit hôtel où il séjourne, l’Américain découvre que le village protégea des milliers de réfugiés sous l’Occupation.  Pourtant, même les plus belles histoires recèlent leur part d’ombre et de mystère. De la liaison de Louise avec Franz jusqu’au terrible secret des enfants cachés, James plonge dans un passé familial où la barbarie bouscule l’innocence et l’amour. Nul ne peut tout à fait se soustraire à son destin, mais il appartiendra à Nina, la lectrice, de décider si toute vérité est, ou non, bonne à dire.

Réminiscences du Liseur, désirs clandestins, sensualité de la lecture, La Vie contrariée de Louise est un suspense bouleversant.

Auteure :

Originaire de Saint-Étienne, Corinne Royer est directrice d’une agence de communication. Elle est également réalisatrice de documentaires et auteur d’un 1er roman publié en 2009, M comme Mohican. En 2012, elle revient dans les rayons avec son nouveau roman, La Vie contrariée de Louise. Ses deux livres ont été publiés aux Editions Héloïse d'Ormesson.

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corinne royer,la vie contrariée de louise,interview,mandorInterview :

Ce roman est une histoire que tu portais depuis longtemps ?

Je n’habite pas très loin. Je suis dans le Parc du Pilat, à 30 kilomètres de La Chambon-sur-Lignon. C’est un lieu très connu des Stéphanois et des gens de la région. Je connaissais cette histoire depuis très longtemps. Elle n’est connue que localement, mais aussi aux États-Unis, en Suisse, mais pas en France.

Le Chambon-sur-Lignon est le seul village français à avoir reçu le titre de « Justes parmi les Nations ».

Le mythe, c’était de dire « 5000 enfants  sauvés au Chambon ». On est seulement en train de recenser réellement les enfants qui sont passés par le village pendant la Seconde Guerre mondiale. On est à peu près à 3600 noms pour l’instant. Le village comptait à l’époque en 1943/1944 à peu près 2900 habitants. Pour 2900 habitants, en sauver 3600, c’était déjà quelque chose de particulier et de très fort.

Tu racontes l’histoire de ce village pendant cette période-là, à travers une histoire inventée. C’est là qu’intervient la romancière.

Moi, j’ai toujours plein d’idées dans la tête. À un moment, il y en a une qui va s’imposer, qui va chasser les autres et qui va prendre toute la place. J’avais celle-ci dans la tête depuis longtemps. Je savais que j’allais écrire sur ce sujet, sans savoir si cela allait être un roman ou autre chose. Ce qui fait basculer, ce sont des rencontres… fortuites en général. Dans le cas de Louise, j’ai effectivement rencontré une vieille dame du Chambon avec qui j’ai sympathisé. Que j’ai vu et revu et avec laquelle j’ai beaucoup parlé. On peut dire que cette vieille dame m’a inspiré Louise. Elle m’a surtout donné envie de devenir une passeuse de mémoire par rapport à cette histoire.

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Pour « le Dictionnaire des Justes de France » de Yad Vashem, le mémorial israélien de la Shoah, la région du Chambon « occupe une place unique dans l’histoire de la France : nulle part ailleurs les Juifs ne furent accueillis et sauvés en aussi grand nombre et avec pareille générosité ».  Fait exceptionnel, c’est collectivement que la région du Chambon-sur-Lignon a été honorée par Yad Vashem, qui ne reconnaît généralement que des individus.  Dans toute l’Europe occupée, une seule autre commune (Nieuwlande, aux Pays-Bas) a également été honorée comme commune de Justes.

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Groupe d’enfants mis à l’abri au Chambon-sur-Lignon, août 1942.
source photo : United States Holocaust Memorial Museum
crédit photo : USHMM

Une fois que l’idée d’écrire sur ce sujet arrive, tu enquêtes plus profondément ?

J’ai lu énormément de livres, j’ai regardé tous les films réalisés sur le sujet. Au lieu de m’intéresser à la grande histoire, je suis aussi allé chercher les petites histoires. Parfois, j’ai lu 300 pages pour en tirer 4 lignes. Ce qui m’intéressait, c’était de toucher à l’intime des gens qui avaient pu vivre à cet endroit-là, à cette époque-là, dans ce contexte très particulier.

T’es-tu demandée ce qu’allaient penser les historiens de ton livre ?

Quand j’écris, je suis vraiment portée par mes personnages, par mon travail d’écriture et vraiment, je n’ai que faire de ce que va en penser les historiens, les éditeurs, les lecteurs, etc. C’est une question que je me pose uniquement quand le livre est édité et qu’il va être confronté au regard du lecteur.

Tu mets en évidence que ce qu’il s’est passé dans le village à cette époque a des répercussions sur la vie d’aujourd’hui… l’histoire est passée, mais elle est toujours là.

La Deuxième Guerre mondiale n’est pas si loin derrière nous, c’est une première chose. Et puis, j’ai voulu faire un roman qui parle à la génération d’aujourd’hui. Je ne présente pas ce livre comme un roman historique, il reste un roman contemporain avec un fort suspense. J’avais envie d’interpeller les jeunes d’aujourd’hui sur toutes ces questions-là. Le legs identitaire en particulier. Des enfants cachés dans le village en 1943, certains ont continué de vivre sous leur fausse identité. Certains ont découvert qu’ils étaient juifs à l’âge de 40 ans. J’ai rencontré des gens dont les parents venaient au Chambon-sur-Lignon tous les étés, ils se demandaient pourquoi ils venaient là et un jour, ils ont découvert que leurs parents ont été cachés pendant la guerre. Ce n’est pas une histoire d’une époque, c’est une histoire que l’on transmet de génération en génération. Et avec des bouleversements qui sont phénoménaux.

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Tu ne laisses pas la place au manichéisme. Le bien le mal… comment on fait pour s’en sortir…

Tous mes personnages portent ça. Ils sont tous ambigus par rapport à cette question-là. Personne ne peut dire : « Moi, si j’avais vécu à ce moment-là, dans cette situation-là, j’aurais fait tel choix ». Je ne crois pas que l’on puisse se positionner.

Dans ce livre, il y a aussi le poids de la religion, puisque c’est un village protestant.

Les gens qui protégeaient dans des fermes des enfants juifs mettaient en péril leur propre famille, c’était des choix vraiment difficiles. Ce qu’il y a d’étonnant et de remarquable c’est que c’est vraiment l’engagement de toute une communauté. Ceux qui n’étaient pas d’accord se taisaient. Il n’y a eu aucune délation dans ce village.

Tu insistes sur le fait que ce village n’a pas traversé la guerre de manière légère…

Il y a eu des rafles. Ils n’ont pas vécu à l’abri des difficultés de cette période. 18 enfants ont été emmenés et les trois quarts sont morts dans les camps. Des professeurs ont été arrêtés… Je voulais vraiment rétablir la vérité. On a un peu mystifié l’histoire de ce village, mais tout ça s’est fait dans la difficulté, la souffrance et des douleurs abominables. 

Il y a des personnages dans ton livre qui ont réellement existé. Ils sont mélangés à corinne royer,la vie contrariée de louise,interview,mandord’autres qui sont le fruit de ton imagination.

Dans la partie contemporaine du roman, tous les personnages sont imaginaires, par contre, dans la partie historique, il y a des personnages réels. J’ai travaillé de façon solitaire la partie historique, donc j’ai essayé de respecter une sorte de contrat moral avec les personnages vrais, c'est-à-dire de ne pas leur faire dire et leur faire faire des choses qu’ils n’auraient pas pu dire ou faire. Je n’ai pas voulu travailler avec des historiens, des biographes ou des sociologues pour ne pas amputer mon imaginaire et mon travail de romancière. Une fois la première version de mon roman écrite, là, j’ai rencontré de visu des historiens et des biographes. Nous avons parlé de ce que j’ai écrit et je leur ai fait lire certains passages, mais uniquement pour qu’ils me confirment que je respectais bien ce contrat moral. Ils ont été très émus par le livre et m’ont dit que la dimension historique a été parfaitement respectée.

Tu poses la question essentielle de la vérité. Toutes les vérités sont-elles bonnes à dire ?

Mon héros, cet américain de 40 ans, James Nicholson, est dans une quête identitaire, donc lui, il cherche toute la vérité sur ces origines. Nina, la serveuse qui lui lit le cahier rouge de sa grand-mère, elle est là pour lui transmettre cette vérité. Au bout d’un moment, ce qu’elle va lire sera tellement lourd à ses yeux qu’elle va devoir décider ou non de transmettre cette vérité. Elle va devoir faire le choix de transmettre l’Histoire avec un grand H ou le choix d’épargner celui qu’elle commence à aimer.

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Il n’y a, à priori, aucun rapport entre tes deux livres… mais j’en ai trouvé un. Une sacrée sensualité.

Dans le premier c’était plus immédiat puisque le thème était le désir et la passion. Il y avait matière… Sur ce sujet-là, c’est l’écriture qui est sensuelle.

Des scènes aussi.

Oui, c’est aussi une des choses que je voulais rétablir. Pendant les périodes de grands troubles, notamment en période de guerre, l’humanité s’exprime clairement, je dirais… l’humanité avec tous ses débordements. La sensualité, la sexualité sont exacerbées dans ces moments-là.

Tu es directrice d’une agence de communication, comment en es-tu venu à écrire des livres ?

Ma vie de romancière a commencé bien avant ma vie de directrice d’une agence de communication. J’ai vraiment toujours écrit. Des poèmes quand j’avais 8 ans, des nouvelles quand j’en avais 12. Ensuite, j’ai écrit des nouvelles un peu plus longues et je me suis mise aux romans, que je n’ai pas cherché à faire publier, soit dit en passant. Ça me paraissait inatteignable et ce n’était pas mon objectif, c’était vraiment le plaisir de l’écriture. La diffusion, le regard du public, ce n’est pas ce qui me questionnait, m’intéressait. Mes amis m’ont incité à essayer d’être publié. J’ai envoyé le premier manuscrit  que j’avais sous la main et il est tombé dans celles d’Héloïse d’Ormesson et de Gilles Cohen-Solal.  L’aventure de l’édition a commencé comme ça.

corinne royer,la vie contrariée de louise,interview,mandorTu es sur un troisième roman en ce moment ?

C’est une sorte de conte pour adulte, un conte un peu fantasque dont une partie se passe en France en territoire rural et dont l’autre partie devrait se passer en Haïti.

Tu aimes ta vie d’écrivain ?

L’écriture solitaire dans mon petit bureau, c’est vraiment quelque chose dont j’ai besoin. Ça participe à mon équilibre quotidien. C’est indépendant de l’édition. La période d’interviews, la promo du bouquin, c’est quelque chose que j’appréhende toujours, mais une fois que j’y suis, je suis plutôt heureuse d’y être. Ce sont des rencontres qui vont souvent au-delà du livre. Ce sont souvent deux personnes qui se rencontrent, mais ce n’est pas à toi que je vais apprendre ça.

Et pour info... ça se passe cet après-midi.

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15 avril 2012

Eli Esseriam (et un peu Fred Ricou) : interview pour le cycle "Apocalypsis"

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Apocalypsis est un cycle de 5 livres signé Eli Esseriam. Les quatre premiers tomes sont écrits à la première personne, présentent chacun l’un des quatre cavaliers de l’Apocalypse et peuvent être lus indépendamment. Le cinquième tome clôt le cycle avec la rencontre des quatre héros et la narration des événements qui conduisent à l’Apocalypse.

C’est mon ami Fred Ricou, fondateur du site Les histoires sans fin (et mandorisé ici), qui m’a fait parvenir les deux premiers tomes de cette série. J’ai lu le premier volet, Alice, malgré le peu d’intérêt que je porte à ce genre littéraire. Un livre pour ado, de plus de l’héroic fantasy… c’était mal barré pour que j’accepte de recevoir l’auteur(e). Sauf rien en s’est passé comme prévu quand j’ai entamé ce premier volet. Plus j’avançais, plus le ton, l’humour et le style d’Eli Esseriam m’a subjugué. Rien de moins. Le 23 mars dernier, Eli (qui habite Strasbourg) et son « mentor » Fred sont passés à « l’agence » pour une interview sans langue de bois.

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La série :

2012. Selon plusieurs croyances et mythologies, la Fin du Monde arrive à grands pas.
Ils sont quatre adolescents d’apparence ordinaire. Alice, Edo, Maximilian et Elias. Ils ne se ressemblent pas et n’ont, à première vue, rien en commun. Leurs vies vont pourtant s’entremêler d’étranges manières. Chacun va se découvrir un rôle dans ce cataclysme planétaire et apprendre à dominer son pouvoir unique. Ils vont devoir s’unir et sceller le Jugement Dernier. Ils sont les Cavaliers de l’Apocalypse.
Ils devront tuer, mais aussi épargner, maîtriser le sort des Hommes tout en se soumettant à leur propre destin.
Seules 144 000 âmes pourront être sauvées. En ferez-vous partie ? Ou serez-vous un de leurs mystérieux opposants, déterminés et prêts à tout pour sauver le Monde ?


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Eli Esseriam et Fred Ricou.

Interview :

Eli, tu lis depuis toujours et écris depuis longtemps. Raconte-nous comment ce cycle Apocalypsis est né. Fred (ton conseiller artistique/agent/frère de fortune) y est un peu pour quelque chose, je crois…

Quand j’ai rencontré Fred, j’étais juste infirmière. J’écrivais dans mon coin des petites histoires pour enfants et on a eu des atomes crochus assez rapidement, avec des affinités littéraires évidentes. Je lui ai montré certains textes qu’il aimait beaucoup. Il voulait depuis le début que j’écrive pour les adolescents et je refusais obstinément. Mais, il m’a aussi proposé d’être chroniqueuse pour son site Les histoires sans fin. J’étais contente parce que j’allais avoir des livres gratuits et ça allait soulager ma banque.

Tu aimes lire les livres pour enfants ? Quand on est adulte, c’est intéressant de lire ce genre-là ?

Sans doute parce que j’ai une relation particulière avec les livres depuis que je suis toute petite. A l’adolescence, je me suis mise à rechercher les livres que je lisais enfant et à explorer cet univers-là. Ces livres sont constructeurs de tout notre avenir de lecteur. Je trouve ça passionnant.

Mais tu es déjà construite en tant que lectrice. Alors, quel intérêt trouves-tu à lire de nouveaux livres jeunesse ?

C’est certainement de la nostalgie pure. C’est avoir envie de retrouver des sensations complètement oubliées que l’âge adulte ne permet plus. Ce sont de petites bouffées d’air frais.

Fred, qu’as-tu trouvé dans les textes d’Eli ?

Fred : Je trouvais que dans ces textes d’albums, elle avait une écriture vraiment belle, poétique et que je ne retrouvais pas forcément dans d’autres albums. Je lui ai demandé d’essayer d’écrire un roman d’ado. Eli, tu peux continuer l’histoire…

Eli : Je ne cherchais pas particulièrement d’histoire parce que je n’envisageais pas une seconde de me mettre à ce projet. Un matin, j’ai eu cette idée-là et j’en ai parlé naturellement à Fred. On s’est mis d’emblée à faire des recherches là-dessus et à projeter des choses…

5 livres pour commencer une carrière littéraire, tu n’as pas choisi la facilité !

Eli : Fred avait cette crainte. Pour un auteur jamais publié, pas du tout connu, sans relation, ça allait être compliqué. Il y a un cavalier par tome, qui lui-même se retrouve dans le cinquième. Je tenais à cette découpe-là. Fred a essayé de négocier en me proposant un tome pour deux cavaliers, par exemple. Je n’ai pas cédé. C’est de l’inconscience et de l’innocence totale, je le sais bien.

DSC03425.JPGIl a fallu donc que tu inventes 4 cavaliers, avec chacun leur personnalité. La seule fille de la bande, Alice, qui est l’héroïne du premier volet, je me suis laissé dire qu’elle te ressemble beaucoup…

Au début, je n’envisageais pas de mettre une fille. Je voyais 4 cavaliers, 4 garçons. C’est encore Fred qui m’a conseillé judicieusement d’ajouter une touche féminine. Pour élargir le lectorat. Fred est pragmatique. Du coup, Alice est le cavalier le plus intelligent et qui a la meilleure représentation symbolique. J’avoue qu’elle me ressemble pas mal adolescente. C’est ce que mes proches disent en tout cas.

A l’âge de 10 ans, son QI est supérieur de 4 points à celui d’Einstein… toi aussi tu es surdouée ?

Je lui ai donné quelques points de plus que moi au même âge. J’ai suivi une scolarité normale, j’ai même été très très mauvaise en seconde, par pure paresse scolaire. Mais, c’est vrai que je lui ai donné beaucoup de ma personnalité et de mon histoire personnelle.

Tu es solitaire, comme Alice ?

Oui. J’étais comme ça. J’étais asociale, très sarcastique, très cynique.

Ça se sent terriblement dans ton écriture. Le sarcasme et le cynisme. Fred, je crois que9782354501785.jpg ça ne t’a pas dérangé.

Fred : Non bien au contraire. Pour une fois, il y avait ce cynisme qu’on ne retrouve pas en littérature adolescente. Même dans les romans où il y a des anti-héros, au fond d’eux, ils sont profondément gentils finalement. Et là, Alice, elle s’en fout d’être gentille.

Alice n’est pas capable d’empathie.

Eli : Elle est pragmatique. Elle s’empêche de pas mal de choses. Comme tout le monde, quand on est un être humain, on a de l’empathie. Les émotions humaines, on les a tous, après on choisi de les exploiter, d’accepter de les ressentir, de les contrôler ou de les mesurer. Alice, elle est dans le refus de tout ça. Elle veut rester en permanence froide et sensée. Il faut que tout soit intelligent et cohérent.

On ne sait pas d’où elle vient, ce ne sont pas ses vrais parents. Cela instaure déjà un premier mystère.

Moi aussi, j’étais une enfant adoptée. J’ai juste transposé certains traits me correspondant parce que je pensais que ça pouvait nourrir le personnage.

Dans sa vie de tous les jours, Alice se rend compte d’abord avec effroi, puis avec une espèce de jubilation qu’elle peut manipuler les pensées de tout le monde. Tu ne peux quand même pas changer la perception des gens, lire dans les pensées, leur faire faire ce que tu souhaites ? Tu me fais peur là !

Rassure-toi, pendant cet entretien, je ne ferai rien qui ne te nuise.

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Avant de commencer le premier tome d’une série qui en comprendra cinq, il faut que tu saches où tu vas jusqu’au bout. Il te faut un sacré squelette avant de commencer et une bible à suivre, je suppose.

Le terme « une bible » est particulièrement bien approprié. Comme je suis quelqu’un de psycho rigide, il faut effectivement que tout soit bien structuré. Je suis infirmière de profession, ça se sent dans ma manière de travailler, je pense.

J’ajoute que c’est dans le monde psychiatrique. C’est important pour comprendre ton œuvre.

Je n’ai pas fait que de la psy. J’étais aussi une puriste des urgences et aussi de la recherche en laboratoire.

Pour un journaliste, c’est très facile de faire le lien entre ta profession et ce que l’on peut lire dans cette saga. Il est beaucoup question de psychologie…

C’est mon univers, mon quotidien, ma normalité.

Quand on écrit un roman pour les adolescents, est-ce que l’on se dit qu’il faut faire attention à ce que l’on écrit pour ne pas les heurter ? Non, parce que tu parles de suicide et de viol, notamment.

J’ai du mal à écrire si je commence à penser à ce que les lecteurs vont eux même penser, ressentir ou en retirer. Je préfère écrire avec mes œillères. Après, c’est vrai que Fred, derrière me dit : « euh… là, ce n’est pas sûr que ça passe ». J’ai la chance d’avoir un éditeur qui aime ça et qui, au contraire, me demande de ne rien m’interdire. En même temps, je pense que les adolescents sont beaucoup plus hardcore que nous trois réunis.

Je crois savoir que tu as le besoin du regard de Fred sur tes textes assez régulièrement.

Il faut savoir que je suis quelqu’un de très impatient et effectivement très dur et très intransigeant. Quand j’ai commencé Alice, j’étais dans une situation professionnelle différente  et au moins 72 fois, j’ai eu envie de renoncer pendant l’écriture de ce premier tome. Fred étant un excellent manipulateur, se contentait de me demander d’écrire encore deux, trois pages, juste pour lui. Il me disait qu’il voulait lire la suite. Comme ça, il m’a amené au bout d’Alice. Il savait qu’au bout d’Alice, j’allais avoir envie d’explorer un autre personnage.

Quand Fred m’a parlé de ton livre, je lui ai répondu que l’héroic fantasy, ce n’était pas du tout ma tasse de thé.

Ce n’est pas la mienne non plus…

artoff295.jpgC’est ce que j’ai cru comprendre aussi. Je n’ai pas lu ton premier tome comme un livre de ce genre -là. J’étais captivé par le personnage d’Alice. Elle m’a embarqué dans son  monde un peu « spécial » grâce à sa personnalité très trash.

Tu devrais aimer le deuxième cavalier, Edo.C’est un personnage qui est aussi brut de décoffrage et aussi sarcastique qu’Alice. Il est encore plus cru. Finalement, inconsciemment, les quatre cavaliers ont quelque chose de moi.

Tu veux encore me faire peur ou quoi ? Bon si je comprends bien, pour te connaître parfaitement, il faut faire un condensé des personnalités des 4 cavaliers ?

On projette toujours des choses. Alice, c’est le côté de moi que l’on connait le plus socialement, les trois autres, ce sont les choses que je refoule et que je n’assume pas forcément. Ce sont mes traits de caractère les moins avouables.

Est-ce que l’on est maître de ce que l’on a envie d’écrire ?

Je ne pense pas. Je n’ai jamais eu l’impression de décider. Les choses et l’action se sont simplement enclenchées. Je n’assume pas trop. J’ai fait des études littéraires, tu sais. On est un peu élitistes, un peu prétentieux. Mais, bon,  j’adore les comics, même si je le dis moins volontiers. Je fais semblant quand je dis que Kundera est mon auteur préféré. En vrai, j’ai un gros penchant pour la littérature fantastique.

Lâcherais-tu tout pour la littérature si le succès était au rendez-vous ?

Je prends beaucoup de plaisir à écrire, mais j’ai trop besoin de mon métier d’infirmière. J’en aurais toujours besoin. Pour rééquilibrer, pour avoir un pied dans la réalité. L’un et l’autre doivent coexister. Je n’ai pas envie d’écrire pour écrire. Il y a beaucoup de personnes qui le font et ça se sent dans la qualité de leurs ouvrages. Plus le temps passe, plus ça perd en substance, en intérêt. Il y a des redites. J’aurais trop peur de faire de l’Apocalypsis ad vitam æternam.

Dans ton milieu professionnel, cela se sait que tu écris ?

Non. C’est pour ça que j’ai pris un pseudo. Quand on travaille en psychiatrie, par rapport aux patients, ce n’était pas possible de cumuler ces deux existences-là. On peut être sujet à projection. Je travaille avec une patientèle très spécifique. Certains font des délires mystiques, alors, avec ce que j’écris…

Ce doit être sacrément source d’inspiration…

C’est énorme, tu n’imagines pas. Moi, j’ai toujours aimé me retrouver au milieu d’une équipe de soignant, écouter leurs anecdotes, leurs moments forts dans le métier. On vit des choses inimaginables, aux frontières du réel…

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Écrire sur l’Apocalypse… tu n’as pas eu peur que l’on considère que c’est opportuniste ?

J’aime bien les challenges où l’on est perdant d’avance. En plus, je déteste tout ce qui est prédiction apocalyptique.

Et pourtant, tu as écrit 5 livres sur ce sujet…

Je ne suis que paradoxe. Mais pour rentrer un peu plus dans le fond de l’histoire, sache que les 4 cavaliers doivent épargner 144 000 personnes, parmi les vivants et les morts. Ce sont des âmes, pas des vies.

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Quelle est ton opinion sur l’apocalypse ?

Je suis censée y croire. Je suis chrétienne et croyante. Je suis censée croire dur comme faire aux 4 cavaliers. Ce que j’aime dans la bible, c’est que c’est très romanesque, très métaphorique.

Si tu es croyante, tu ne culpabilises pas de transformer « les écrits » ?

Je ne te le cache pas. C’est un truc auquel je pense régulièrement. J’espère que Dieu ne m’en voudra pas.

Transgresser fait partie de ta personnalité, finalement.

Voilà. Dieu m’a fait comme ça… il doit m’aimer comme ça, sinon, il m’aurait fait différemment. C’est ce que je me dis pour me consoler.

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L'auteur, l'éditeur et le conseiller artistique : Hicham Matagot, Eli Esseriam et Fred Ricou, à la librairie L'Antre Monde, le lendemain de cette interview...

Une autre interview d'Eli Esseriam, très complémentaire, celle d'Archessia (qui rentre un peu plus en profondeur dans le cycle en lui-même...)

10 avril 2012

Stéphanie Hochet : interview pour "Les éphémérides"

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(Photo : Cécile Duclos)

Lire Stéphanie Hochet a été un choc.

Pas seulement littéraire. Le fond et la pensée aussi.

Il faut dire… c’était ma première fois. On m’avait pourtant prévenu, mais j’y suis allé sans me méfier. Que Stéphanie Hochet soit une auteure « dérangeante » ne m’impressionnait pas outre mesure. Des auteurs licencieux, j’en ai lu bons nombres…

Mais, effectivement, quand on se plonge dans Les éphémérides, difficile d’en ressortir indemne tant les méandres de l’âme humaine sont décortiqués presque à l’extrême (et dans son côté pas toujours reluisant), mais avec délicatesse (ce n'est pas le moindre de ses paradoxes).

Rien ne m’a choqué, tout m’a bouleversé.

La fragilité de l’amour et de la vie se confond avec la mort inéluctable. Je n’ai pas envie d’en dire plus. Ce roman ne se raconte pas, il se lit/vit.

J’ai souhaité rencontrer Stéphanie Hochet pour tenter de savoir ce qui se cachait derrière ce texte fort, noir et prenant.

Ephemerides---couverture.jpg4e de couverture :

Le gouvernement anglais vient d'annoncer qu'un événement exceptionnel aura lieu le 21 mars. Chacun est sur le qui-vive. Tara et Patty dans leur ferme d'Ecosse, le peintre Simon Black à Londres, son amante Ecuador, Alice qui retourne à son premier amour et n'est pas au bout de ses surprises. Pendant trois mois, avant la date fatidique, un climat d'insurrection s'installe, c'est l'heure du dévoilement.

Le passage de l'hiver au printemps n'a jamais été aussi prometteur.

L’auteur :

Titulaire d’une maîtrise sur le théâtre élizabéthain, Stéphanie Hochet a enseigné le français en Angleterre et l’anglais en France.

Stéphanie Hochet est romancière. Elle est l'auteur de Moutarde douce (Robert laffont, 2002), Le Néant de Léon (Stock, 2003), L'Apocalypse selon embrun (Stock, 2004), Les Infernales (Stock, 2005), Je ne connais pas ma force (Fayard, 2007), Combat de l’amour et de la faim (Fayard, 2009, Prix Lilas) et La distribution des lumières (Flammarion, 2010, Prix Thyde Monnier de la Société des Gens de Lettres).

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Interview :

Je me suis demandé ce qu’il y avait dans ta tête pour écrire un livre comme ça…

Il y a un critique que je trouve assez talentueux, Pierre Cormary, qui a écrit sur ce livre : « je serais à la place de Stéphanie Hochet, je me méfierais de mon inconscient »… il a ajouté, « mais pas de mon style ».

Je partage cette réflexion... Du coup, sais-tu pourquoi tu écris ce « genre » de livre?

Sans doute que j’explore des zones sombres de ma psyché. Il me semble que ce qu’il y a d’intéressant, c’est d’aller creuser, d’aller chercher les bizarreries en soi et celles des autres… je suis intéressée par les marges. Régulièrement dans mes livres, on trouve des thèmes forts et même si le terme est assez cliché, je dirais dérangeants. Je ne connais pas ma force, un livre que j’ai publié en 2007, c’était une histoire tirée d'un livre de pédopsychiatrie sur un jeune malade d’un cancer qui avait 15 ans. Il était en stade de rémission et était devenu complètement obsédé par l’idéologie de l’extrême force et en particulier l’idéologie fasciste. Je suis allée creuser ça et je l’ai fait parler à la première personne. Pas mal de gens ont été gênés par le livre. J’ai été intéressée par la tentation de l’extrême violence, la tentation du mal, mais en même temps, c’était quelqu’un qui était dans l’hésitation et dans le questionnement.Je recherchais l’humain derrière tout ça.

Cela rejoint les personnalités de certains de tes personnages dans Les éphémérides. Tara, par exemple, elle travaille dans un club sado maso…

Elle travaille dans une maison close plutôt classique, juste, elle s’est spécialisée dans un certain domaine. Dans le domaine, on va dire des femmes puissantes. Les hommes viennent la voir et la payent grassement pour retrouver une place de petit enfantdevant une mère surpuissante qui leur permet de livrer leur culpabilité. C’est presque une séance de psychanalyse, sauf que ça se fait avec un certain schéma que l’on trouve généralement dans le sado masochisme. Je précise qu’elle, elle a de la tendresse pour ses clients.

Stephanie-Hochet-2--Copyright-Cecile-Duclos.jpgEn règle générale, tu n’aimes pas les gens lisses ?

Je me méfie du lisse. Si on pense que quelqu’un est lisse, c’est qu’on a pas bien regardé. Même quand on regarde des familles classiques, dites « harmonieuses », il faut observer encore plus attentivement et on s’apercevra que ce n’est jamais réellement le cas.

Ce que j’aime dans ton livre, c’est que tout n’est pas expliqué, mais que l’on se fait sa propre opinion en étant sûr de comprendre les situations. C’est rare que je ressente cela à la lecture d’un livre.

J’aime que mon lecteur développe aussi une part d’imagination. Je considère que je ne suis pas là pour lui expliquer le monde. J’aime que lui-même soit presque dans une situation d’inventer des choses. Je ne veux pas lui donner toutes les clés, toutes les explications. Je pense que c’est une grande marque de respect, car je le prends pour un adulte. Par rapport à ce livre là, il est question de mystère, d’annonce, d’évènements étranges, du coup, j’ai créé ce climat. Une espèce de climat d’effroi à la Ann Racliffe.

Ton style narratif consiste à passer d’un cerveau à l’autre de tes 3 personnages principaux…

J’ai commencé à écrire à la première personne à partir de Je ne connais pas ma force. Sans doute que dans mon histoire personnelle, ce n’est pas un hasard. Cela a correspondu au début de ma psychanalyse. A partir du moment où je me suis allongée sur un divan, j’ai dit « je » et étonnamment, depuis, j’écris « je ». Rentrer dans le cerveau de quelqu’un apporte le son de la voix. Tout d’un coup le personnage sonne. On l’entend. Dans ce livre, j’ai aimé développer la voix de Tara parce qu’elle est un personnage très ambigu. Elle a une voix à la fois populaire, mais avec de la finesse.

On passe facilement d’une voix à l’autre ?

C’est très difficile. De toute façon, pour moi, dans l’écriture, tout est difficile. Je dis souvent à mon éditeur : « Tu sais, ce n’est pas parce que j’ai déjà écrit des livres que je vais être capable d’en écrire d’autres. » J’ai toujours l’impression que je ne vais pas pouvoir. Je suis toujours face à cette impuissance jusqu’au moment où éventuellement ça fonctionne.

Et pourtant, tu te remets à l’ouvrage systématiquement…

Oui, je finis par m’y remettre. De toute façon, si je ne commence pas un nouveau livre, je deviens insupportable pour mon entourage, donc on me fait comprendre qu’il est temps que j’écrive. Je parviens à cohabiter avec moi-même que lorsque je suis assez contente de ce que j’ai écrit.

Il y a des moments où tu n’écris pas ?

Je peux être en jachère pendant des mois. Je ne retrouve pas l’inspiration comme ça.

Ton  livre n’est pas un roman sur l’apocalypse. C’est plus intense et profond que cela.Stephanie-Hochet-Copyright-Fred-Postel.jpg

Comment parler de la vie, sans parler de la mort ? Il y a une phrase de Lacan que j’aime beaucoup : « La mort est du domaine de la foi. Vous avez raison de croire que vous allez mourir. D’ailleurs, comment supporteriez-vous cette vie, si vous pensiez que vous n’alliez pas mourir ? » Fixer la date de sa mort, c’est savoir qu’on est vraiment en vie. Si je voulais développer totalement la vitalité des personnages, il fallait qu’il y ait une date et une mort certaine.

Les autorités annoncent le jour de l’apocalypse avec certitude, pourtant, il n’y a pas d’affolements, de débordements, contrairement à l’imagerie populaire habituelle. Au cinéma et dans les livres, les jours qui précèdent la fin du monde, c’est généralement le bordel. Pas dans ton livre.

Comme il y a beaucoup d’intox aux infos, il y a des gens qui n’y croient pas. Ce livre se situe aussi sur une base de théorie du complot. Il y a également ceux qui acceptent l’annonce, mais qui décident de transmettre la vie quand même. Mes personnages sont obsédés par la vie et par la transmission de la vie

Comment réagirais-tu si on t’annonçait la date de la fin du monde avec certitude ?

Je pense que c’est intéressant de fixer des dates dans sa vie. Choisir la date de sa mort, c’est le fantasme de l’écrivain. Le fantasme de maîtrise absolu sur la vie et la mort. Fixer la date de sa mort, c’est contrôler parfaitement son existence et se déclarer Dieu pour soi. Je respecte ça et je ne méprise aucunement les gens qui pratiquent le suicide, mais moi, je n’irai pas jusque-là.

Oui, mais toi, crains-tu la fin du monde ?

Symboliquement, la fin du monde, on va tous la vivre. C’est sa propre mort.

J’ai bien compris, mais celle que l’on annonce, celle que l’on fantasme ?

Je pense que l’on va être surpris par les dérèglements climatiques. Dans mon livre, j’ai essayé de travailler la temporalité. J’ai travaillé un jeu de mot entre « time » et « weather », en anglais. Le temps est détraqué dans le livre. Mais tout se passe sur des détails.

Sans faire de psychologie de comptoir, l’amour est associé à la mort dans ton roman. C’est très sensuel, voire même un peu sexuel.

Moi, j’aime désirer mes personnages. Je pense qu’il faut être dans l’amour, même quand on créé des monstres. C’est une attitude facile et assez minable de mépriser ses personnages, même s’ils sont potentiellement épouvantables. C’est comme mépriser ses enfants, je trouve.

Créer des monstres, ça empêche d’être monstre soi-même ?

Au moins, c’est s’interroger sur la monstruosité. Quand on s’interroge sur les marges et la monstruosité, c’est déjà qu’on a fait le distinguo entre l’humain et le monstrueux.

Quand tu es arrivée au bout de ce livre, tu étais dans quel état ?

J’étais contente parce que, je te le répète, jusqu’à la fin, je ne suis jamais sûre de parvenir à terminer mon histoire.

Qu’est-ce que ça te fait que l’on parle de ton œuvre une fois qu’elle est écrite ?

Quand ce sont des gens comme Amélie Nothomb, Carole Zalberg, Pierrette Fleutiaux, Annie Ernaux, Alain Mabanckou qui ont écrit des choses magnifiques sur certains de mes livres, je ne peux qu’être ravie. Des écrivains de talents qui lisent et qui apprécient mes livres est une immense satisfaction.  Mais chaque avis de lecteur m’intéresse et m’interpelle. On a terriblement besoin de ça.

Tu es réellement une nouvelle voix de la littérature française. Pour te découvrir plus amplement, quels livres de toi conseillerais-tu aux lecteurs ?

Les deux derniers : Combat de l’amour et de la faim  et La distribution des lumières. Ce sont mes deux livres les plus aboutis et certainement pas les moins dérangeants. Quand on aborde la perversité, ça peut un peu choquer les lecteurs. Sans ces deux livres-là, je n’aurais peut-être pas pu écrire Les éphémérides. Tous mes livres permettent au suivant d’exister. 

En termes d’écriture, il y a beaucoup d’exploration dans Les éphémérides.

Entrer dans la tête des personnages, tous les écrivains le font. Mais, là, je voulais jouer avec des choses un peu plus subtiles, créer une espèce de temporalité et en même temps créer une accélération du temps et une accélération des saisons. J’ai fait un choix très poétique.

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Stéphanie Hochet et Mandor, le 30 mars 2012...

(Merci à Cécile Duclos et Fred Postel pour les photos professionnelles).

(Merci à Nathalie Dias Fernandez pour les photos à l'agence).

03 avril 2012

Laetitia Chazel : interview pour son livre "Dégoût"

laetitia chazel,dégoût,interview,magazine des espaces culturels leclerc,mandor Laetitia Chazel sort son premier roman, Le dégoût. Il vient de recevoir le Prix du roman du mois des Espaces culturels Leclerc et Télé 7 Jours. L’occasion pour moi de découvrir ce livre particulièrement prenant et sulfureux mettant en scène un "renifleur du mal". J'ai beaucoup aimé son écriture à la fois singulière et fédératrice. Du coup, je l’ai interviewé pour Le magazine des espaces culturels Leclerc daté du mois d’avril 2012 (en magasin depuis hier). C'était sa toute première interview, mais elle ne m'a pas semblé impressionnée... elle était même plutôt à l'aise. Il y a une forte probabilité qu'on assiste là à la naissance d'une auteure à succès. Je le sens ainsi. Nous verrons bien. Quoi qu'il en soit, voici la substantifique moelle de notre entretien.

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Edit : Un an plus tard, le 24 avril 2013, Laetitia Chazel est venue à l'agence m'offrir le vin de la propre cuvée qu'elle commercialise. (http://www.midilibre.fr/2012/08/14/laetitia-chazel-de-ret...). Merci à elle!

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02 avril 2012

Jérome attal : Interview pour "L'histoire de France racontée aux extra-terrestres"

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jérôme attal,l'histoire de france racontée aux extra-terrestres,interview,mandor8e mandorisation de Jérôme Attal. (Les précédentes mandorisations : pour une présentation générale du monsieur, pour L’amoureux en lambeaux, pour Les Beatles, en rouge et en bleu, pour Le garçon qui dessinait des soleils noirs, pour Journal Fictif d’Andy Warhol , pour Pagaille Monstre et enfin pour Folie furieuse. On ne pourra pas dire que je ne crois pas en son talent.

Avec ce 7e roman, Jérôme Attal raconte l’histoire de France aux extra-terrestres. Toujours avec son style : humoristico-poético-romantique... et forcément jubilatoire!

L’auteur :

Jérôme Attal est l’un des paroliers les plus prisés de la scène musicale française (Pierre Guimard - Florent Pagny - Johnny Hallyday - Eddy Mitchell - Michel Delpech - Jenifer - Mareva Galanter - William Rousseau - Constance Amiot - Marie Amélie Seigner - Chimène Badi ...). Il poursuit également une carrière d’auteur, compositeur, interprète. Il a écrit 7 romans.

jérôme attal,l'histoire de france racontée aux extra-terrestres,interview,mandorLe livre selon l’éditeur :

Suite à une rupture amoureuse, le narrateur se retrouve sur une planète inconnue : Zyproxia.

Les Zyproxiens, qui évoluent dans un éternel présent, sont dépourvus de souvenirs comme d’imagination. Un problème pour les enfants qui réclament toujours des histoires avant de s’endormir ! Le chef des Zyproxiens voit donc comme une aubaine l’arrivée de notre héros, et lui demande s’il aurait la gentillesse de raconter à son fiston de merveilleuses histoires de là d’où il vient.

L’histoire de France racontée aux extra-terrestres se compose de plus d’une trentaine de courts chapitres parmi lesquels : La faute à Saint-Ex. Le Go fast de la révolution française. Et si le vase de Soissons avait été made in China ? L’histoire de France doit-elle avoir peur des jeunes filles au pair ? Les conversations secrètes entre François Mitterrand et Andy Warhol. Le Journal intime de Louis XIV. Pourquoi nos cousins du Québec sont-ils toujours enthousiastes ? Confessions d’une accro à l’Histoire de France... Et vous assisterez même à un concours de drapeaux français réalisés par des extra-terrestres. Vous découvrirez tout cela et davantage dans ce roman jubilatoire et poétique, inventif et malin.

Interview (à lire souvent avec un second degré qui, j'en suis sûr, ne vous échappera pas) :

jérôme attal,l'histoire de france racontée aux extra-terrestres,interview,mandorAprès les Livres dont vous êtes le héros, Pagaille monstre et Folie furieuse,  voici un livre qui s’adresse aux extra-terrestres. Deviens-tu un auteur « conceptuel » ?

Non, mais je trouve que c’est une proposition intéressante et plaisante d’écrire des livres plutôt rigolos dans lesquels je peux me permettre d’y inclure des choses plus intimes. Il y a une belle texture au final, j’espère. Ça m’aide en interview et dans les salons du livre. Je suis plus à l’aise avec des propositions décontractées, même si je garde une exigence littéraire. Ce procédé ouvre le champ des lecteurs. Il y a des choses profondes et des choses plus marrantes d’instinct et d’emblée.

Tu n’aimes pas vraiment être cloisonné.

Quand j’ai fait mon disque, on m’a dit que ça faisait trop « parisien », alors que les gens à Paris ne le soutenaient pas du tout. Par contre les radios francophones se demandaient pourquoi je n’avais pas rencontré le succès à Paris. Bref, j’essaie de tout décloisonner à présent. Je souhaite que ce que j’écris plaise à des jeunes gens de 17-18 ans, comme aux gens plus âgés.

Tu décloisonnes tellement que tu nous embarques sur la planète Zyproxia.

Je prends de la hauteur, en effet. Quand j’ai eu l’idée de ce livre, j’étais dans un grand moment de lecture de Richard Brautigan. Il a fait un livre qui s’appelle La pêche à la truite en Amérique, qui est son grand succès. Il prend la pêche à la truite en Amérique et en fait un personnage, Baduc…  et il part dans un délire. De plus, je savais que le livre sortirait pendant une période grave en politique où les gens allaient s’accaparer la nation, la patrie… tout ça. J’évoque une patrie de souvenirs en commun ou de visages rencontrés plutôt qu’une patrie nationale. J’aime bien le fait que Louis XIV se demande comment il va faire pour renouveler sa carte d’identité parce que sa mère s’appelle Anne d’Autriche et qu’elle habite en Espagne.  Ca m’a fait marrer de prendre le biais de personnages historiques pour raconter des choses plus contemporaines.Ceux qui aiment La folle histoire du monde de Mel Brooks ou Sacré Graal ! des Monthy Python ne seront pas dépaysés, en tout cas.

L’histoire de France te passionne depuis tout petit, je crois.

J’aimais beaucoup l’histoire de France pour en faire des héros avec lesquels je pouvais jouer. Je recréais des scènes avec des Playmobil dans ma chambre. L’histoire de France, c’était un immense bac à sable. Chacun avait ses héros favoris, Napoléon, Vercingétorix par exemple, et on pouvait les tenir entre les mains et imaginer des situations inédites. On se constitue aussi par les héros que l’on a dans sa jeunesse. Ce livre, oui, finalement est très lié à l’enfance.

Dans ce livre, on retrouve les thèmes présents dans tous tes livres : les filles, la littérature et Andy Warhol en particulier. Est-ce que ce roman est le condensé de ton œuvre ? Es-tu allé au maximum de tes possibilités ?

Non, je ne suis pas allé au maximum, car il faut toujours garder des cartouches pour la suite. J’adore Jean-René Huguenin qui est un auteur qui n’a écrit qu’un seul roman. Il est mort à 26 ans d’un accident  de voiture. Son roman est tellement parfait que par superstition, je garde toujours des cartouches pour la suite. Tu sais, j’écris toujours pour améliorer les livres d’avant. Je n’ai pas trop l’angoisse de la page blanche, parce que je suis insatisfait. Je suis toujours insatisfait du livre précédent, donc j’écris le suivant pour essayer de réparer les erreurs du précédent.

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A un moment, tu écris : « les lois de la fiction sont parfois bien étranges ».

Pourquoi, j’ai dit ça ?

Je ne sais plus. Mais tu es d’accord avec ce que tu as écrit ?

Hors contexte, je suis rarement d’accord avec moi-même. C’est mon côté Deleuzien. Ce qui est important, c’est le contexte. Je suis pour le contexte. Retrouve-moi le contexte et je valide cette phrase.

Non, j’aime bien ta réponse. Je ne cherche pas plus loin.

Cela étant, quand je vais en librairie et que je feuillette des livres, je me dis, qu'effectivement, les lois de la fiction et de l’édition sont parfois bien étranges.

jérôme attal,l'histoire de france racontée aux extra-terrestres,interview,mandorAs-tu peur que l’on ne comprenne pas ton œuvre ?

Je suis toujours en train d’être en colère contre des gens qui m’ignorent et qui se foutent de mon existence. Je préfère que des lecteurs et que des gens comme toi, qui me soutiennent depuis le début, trouvent une cohérence à tout ce que j’entreprends artistiquement, plutôt que d’être compris par ce qui fait mode et ce qui fait l’actualité. Je suis revenu de ça depuis très longtemps.

Tout artiste recherche la reconnaissance.

Oui, mais la reconnaissance dépend aussi souvent d’un contexte. On y revient, tu vois. Je préfère avoir des gens qui trouvent ça bien de manière spontanée. Moi, je suis mon premier client. Très vite, il faut que je plaise aussi au goût que j’ai et, du coup, je tente de faire le mieux possible en conséquence.

Tu te demandes pourquoi il n’y a pas plus d’éclairages sur les livres que tu fais, je le sais.

Bien sûr. C’est mon 7e livre, je n’ai jamais été aidé par un organisme. À chaque fois, je pose des dossiers à droite et à gauche pour avoir des bourses et ça ne marche jamais. Par contre c’est vrai qu’il y a de nombreux libraires qui me soutiennent et ça, c’est inestimable.

Il y a aussi ton éditeur, Stéphane Million.

Oui, c’est lui qui, a un moment donné, m’a proposé d’écrire un livre. C’est lui qui m’a donné confiance. Il a accepté tous mes projets littéraires les plus surréalistes. Il est toujours enthousiaste. C’est un sacré luxe.

Est-ce que l’on peut dire que plus tu écris, moins tu deviens grave ?

Parce que je suis plus heureux. Le livre le plus grave, c’était Le garçon qui dessinait des soleils noirs, mais je sortais vraiment de cette expérience de la musique où j’avais été très malheureux en tant que chanteur par rapport à ma façon de voir les choses. Par contre, je suis ennemi de la pesanteur. Même dans mes écrits un peu tristes, je fais en sorte qu’il y ait un peu de distance. Il faut toujours avoir une distance par rapport à sa colère et à son désespoir. Ce n’est pas pour rien que j’ai toujours aimé l’œuvre de Cioran.

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Ça n’a rien à voir, mais tu regardes The Voice ? Je te demande ça, car il y a dans le jury Jenifer et Florent Pagny pour lesquels tu as écrit de beaux textes…

Ce sont les deux artistes qui ont sorti cette année un single avec une de mes chansons. Jennifer pour « L’envers du paradis » et Florent Pagny pour « Tout et son contraire ». J’ai trouvé cette émission plutôt bien et très fraiche par rapport aux émissions du même genre. Je n’ai pas encore regardé les « battles », mais à priori, le succès n’est pas volé.

J’ai entendu unenouvelle chanson écrite par toi et chantée par Daran, « Kennedy ».

Je  ne sais pas si le nouvel album de Daran sera en vente en France étant donné qu’il s’est exilé au Québec. Le disque est sorti là-bas en tout cas et on peut le trouver sur ITunes.

À quand un nouveau concert de Jérôme Attal ?

Pour l’instant, je n’y songe pas. Je préfère que les gens achètent mon livre plutôt qu’ils viennent me voir chanter alors que je n’ai pas de nouveau disque. La littérature est vraiment ma priorité du moment. Cela étant, je vais t’avouer un truc qui me trotte dans la tête depuis quelques temps. J'aimerais proposer aux salons du livre de pouvoir faire un concert avec mes musiciens qui mêlerait pourquoi pas quelques lectures de participants au salon, ou alors un concert seul. Puisque je fais le tour des salons du livre quasiment toute l'année, et que je cherche la cohérence entre mes divers travaux, ce serait top de pouvoir proposer un concert le samedi soir aux organismes qui nous reçoivent. Un concert ouvert à tous les participants, les bénévoles et le public.

Pour revenir à ton livre L’histoire de France racontée aux Extra-terrestres, peut-on dire que c’est Le Petit Prince des années 2010 ?

(Rires). Elle est super celle-là ! Est-ce que tu pourrais faire un bandeau ? En fait, je ne suis pas d’accord. Saint Exupéry, il dit que « s’aimer, c’est regarder ensemble dans la même direction », et moi je dis « s’aimer c’est, se tenir la main et regarder où bon nous semble ». Et puis, mon livre est plus cultivé que Le Petit Prince. Après tout, le petit prince ne cultive que sa rose…

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(Merci à Pierre-Yves Mattera pour être devenu l'espace d'un instant un Zyproxien plus vrai que nature...)

A noter : Ce soir, (lundi 2 avril), Jérôme Attal est l'un des invités de l'émission AU FIELD DE LA NUIT, sur TF1.

26 mars 2012

Sandrine Roudeix : interview pour "Les petites mères"

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C’est un joli roman que celui de Sandrine Roudeix. La famille, les non-dits, la communication difficile, la transmission qui ne l’est pas moins… Les Petites Mères chamboulent le lecteur. M’ont chamboulé moi, en tout cas.

Après avoir chroniqué ce livre aussi noir que délicat, j’ai donc souhaité rencontrer cette auteur(e) (néanmoins photographe réputée), le 9 mars dernier, pour une mandorisation en règle dans "mon" agence.

Portrait :

D'origine espagnole par son arrière-grand-mère, Sandrine Roudeix passe son enfance à Toulouse, fait ses études à Bordeaux et sa vie professionnelle à Paris. Elle travaille d’abord dans l’édition avant de devenir journaliste, puis photographe et romancière, ses deux passions.

Après un premier roman, Attendre, où Sandrine Roudeix abordait la question de l'identité à travers les enjeux d’une naissance, elle explore dans Les Petites Mères, son dernier titre paru aux éditions Flammarion, les conséquences de la transmission mère-fille.

Voici ma chronique de Les Petites Mères paru dans Le Magazine des Espaces Culturels Leclerc (daté du mois de Mars 2012).

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sandrine roudeix,les petites mères,interview,mandorInterview :

Revenons sur votre parcours, en quelques mots.

J’ai fait un bac scientifique, math-physique, plus une prépa HEC, plus une école de commerce, plus une fac de Lettres. En fait, dès le départ, je voulais travailler dans la littérature. Je suis issue d’une famille un peu populaire, un peu modeste qui disait : « Travaille ma fille, la littérature, ça ne fait pas vivre !  Le commerce, c’est bien. » Tout ce qui est associé à la culture n’était ni la culture de la maison, ni l’espoir de la maison.

Vous êtes rentrée chez Gallimard après vos études en 1996.

J’ai travaillé un an dans cette maison, je m’occupais du marketing chez Folio. J’ai fait d’ailleurs du marketing pendant 10 ans, chez Gallimard, chez 10-18 et au Seuil. Au bout de 10 ans, j’ai fini par me rendre compte que je m’étais trompée de voie. Je suis devenue journaliste pendant un an à Livres Hebdo, après j’ai fait des portraits d’écrivains et de musiciens pour le Nouvel Obs Paris. Toujours dans la culture, quoi !

Ça se tient comme parcours (que l’on peut découvrir plus en détail là !).

Je suis partie d’un entonnoir, j’ai tâtonné parce que  je n’osais pas encore m’avouer que je voulais aller vers la littérature directement.

Mais comment en êtes-vous venue à la photo ?

Au bout de six mois au Nouvel Obs Paris, je leur ai dit que je pouvais aussi leur faire des photos. Ils ont accepté. Je n’ai pas de formation photo. Je suis juste partie voyager autour du monde toute seule avec mon appareil photo, après ma cassure du monde du marketing et de l’édition.

Vous avez photographié Raymond Depardon et vous connaissez bien Jean d’Ormesson. Vous ne vous mettez pas un peu de pression dans chacun de vos domaines de prédilection ?

C’est très motivant, au contraire. Et moi, venant d’un autre milieu et d’un peu loin, cette reconnaissance est la preuve que tout est possible. En toute modestie, j’ai envie de suivre leur chemin. Pour Les petites mères, Jean d’Ormesson a été le deuxième à m’appeler, après ma mère. Il m’a dit avec sa petite voix chevrotante : « Sandrine, j’ai trouvé ça déchirant, mais déchirant ».

sandrine roudeix,les petites mères,interview,mandorVotre premier roman, Attendre, vient tout juste de sortir en poche.

C’est génial. Je connais très bien les rouages d’une maison d’édition. Ça veut dire que ce livre va durer un peu plus longtemps. Attendre, c’est mon premier roman, mais Les Petites Mères, c’est encore plus mes tripes.

Dans vos deux romans, il n’y a pas de grands paysages, on est plutôt enfermé.

J’aime les espaces clos dans les romans. Dans la contrainte, je trouve qu’on est beaucoup plus créatif. La difficulté avec Les petites mères, c’est que je voulais raconter cette malédiction familiale, matriarcale, transmission mère/fille qui ne se passait pas très bien, dans une seule et même journée. Je ne voulais pas que les gens s’emmerdent parce qu’elles sont beaucoup dans les réminiscences du passé et dans les télescopages de leurs espoirs et leurs déceptions. Il fallait que ça soit tendu, j’ai donc travaillé cette tension-là en essayant, pour chacune des petites mères, d’avoir un enjeu dès le départ, une interrogation. Yann Queffelec m’avait dit un jour : « S’il n’y a pas d’énigme dans un livre, c’est du foutage de gueule pour les lecteurs ». Ça m’a marqué, moi qui ne suis intéressée que par le côté psychologique et les liens, du coup, dans mes romans immobiles, j’ai décidé d’inclure énigmes et résolutions.

Vous parlez dans vos romans de transmission, certes, mais aussi du poids de l’héritage et sandrine roudeix,les petites mères,interview,mandordes répétitions de génération et génération.

Les parents et les grands-parents font ce que l’on est aujourd’hui. Si on ne comprend  pas ça, on n’a rien compris à la vie. Dans Les petites mères, j’ai voulu montrer que chaque petite mère ne fera pas pareil que sa propre mère avec sa fille. Je dresse le constat que, finalement, on ne fait jamais bien.

Il n’est pas exagéré de dire que ce que vous écrivez est très largement inspiré des évènements de votre vie personnelle.

En fait, comme pour Attendre, il y a un gros côté autobiographique, mais je suis issue d’une famille de taiseux, j’ai des bribes, mais tout n’est pas dévoilé sur mon histoire familiale. La littérature m’a permis d’inventer les fils qui relient chaque information que j’ai pu glaner petite ou plus récemment. Dans Attendre, je raconte une naissance non désirée. Je me mets tout à tour à la place de la petite fille qui attend son père qu’elle ne connait pas, de la mère qui, deux ans plus tôt, veut dire à sa fille qui est son père. Je traite la question de l’identité. Qui on est par rapport à un père et une mère qui ne nous ont pas voulu. La fin du livre se termine au moment zéro de la naissance. En vrai, je connais la conséquence, je connais le fait, mais je ne connais pas l’entourage. J’invente donc.

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Est-ce que votre mère à lu Les Petites Mères ?

Oui. Elle a été bluffée que j’écrive des choses dont elle était certaine que je ne savais pas et que la littérature m’a fait découvrir, mais sans m’en rendre compte. On sait toujours ce que l’on porte en soi.

Était-elle au courant que vous écriviez ce genre de livre ?

Oui, je ne lui ai jamais caché, mais je ne lui ai pas fait lire avant, ni l’un, ni l’autre. Toute modeste qu’elle soit, c’est une grande lectrice. Elle a tout à fait compris que mes livres étaient des objets littéraires, que c’était des livres et qu’il fallait les prendre comme tels. Du coup, elle ne se sent presque pas visée. J’ai trouvé cela très intelligent.

Parlons des hommes dans Les petites mères. Ils n’ont pas le beau rôle…

C’était le sujet puisque je voulais traiter le matriarcat. Le matriarcat = pas d’homme. Soit parce que les hommes sont absents, soit parce qu’ils sont méchants. Les petites mères ont choisi les mauvaises personnes et elles ont été très abimées. Je ne dis pas que tous les hommes sont des salauds, mais dans cette famille-là, ils l’étaient tous. La plupart des gens disent à mon éditeur et à mon attachée de presse que c’est hyper sombre et hyper noir. Je pense plutôt que mon roman est très noir, mais surtout qu’il est très proche du commun des mortels et que c’est un peu dérangeant. Si on gratte dans chaque famille, on peut trouver des accointances avec ce que je raconte dans ce roman. En fait, dans mon livre, il y a un message d’espoir : on peut croire qu’il y a une répétition et une malédiction, mais malgré tout, on peut s’en sortir et avoir une prise de conscience pour ne pas reproduire le schéma. Chacun fait comme il peu, mais chacun peu, à un moment donné, s’échapper.

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Avez-vous peur qu’on ne comprenne pas ce que vous avez voulu exprimer.sandrine roudeix,les petites mères,interview,mandor

Non. Ça ne se dit pas, mais je n’écris pas pour le lecteur, j’écris pour moi. J’écris parce que ça me semble important. J’ai voulu comprendre le processus de la transmission mère/fille. J’ai voulu tout désarticuler sur ce sujet pour essayer d’en saisir les nuances et tout mettre à plat.

Et ça va mieux aujourd’hui ?

Je comprends que vous insinuez que ce roman a remplacé un psy. Ce n’est pas tout à fait exact dans mon cas, parce que je ne peux écrire sur un sujet que lorsqu’il est réglé pour moi. C’est le seul moyen, encore une fois, d’en faire un objet littéraire.

Y a-t-il un rapport entre votre façon de photographier et votre façon d’écrire ?

Vous ne croyez pas si bien dire. Quand j’écris une scène avec plusieurs personnages, je m’amuse à les faire tous parler à tour de rôle, à la première personne du singulier. C’est vraiment comme un travail photographique. J’ai mon appareil photo. Je fais une photo d’un côté, et comme un chat, je tourne autour de mon sujet. En littérature, c’est pareil, j’essaie de me mettre dans tous les angles de vues possibles pour comprendre une psychologie et qu’il y ait à la fois de l’adhésion et du rejet.

sandrine roudeix,les petites mères,interview,mandor

Portrait en ouverture d'interview : Alain Delorme

Les autres portraits : Sandrine Roudeix

Les photos à l'agence: bibi

27 février 2012

Bertrand Guillot : interview pour "Le métro est un sport collectif"

bertrand guillot,le métro est un sport collectif,interview mandor

Troisième mandorisation pour Bertrand Guillot (voir et, les deux premières). Son nouveau livre, Le métro est un sport collectif, m’a charmé par son écriture et par l'originalité du sujet. Ce n'était pas gagné d'avance. Du coup, je l’ai chroniqué dans le Addiction, le mag (daté du mois de février 2012). Puis nous nous sommes vus le 10 février 2012 pour une séance photo dans le métro (vous noterez l’originalité saisissante de l’idée), puis pour une interview.

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bertrand guillot,le métro est un sport collectif,interview mandorInterview:

Sur le papier, des moments de vies dans le métro... bon, il y a plus sexy. Et pourtant, on se laisse happer par tes tranches de vies.

Très souvent, je notais ce qu’il m’arrivait et ce que je voyais dans le métro. La toute première fois, c’était il y a pas mal d’années. Je venais juste d’ouvrir un blog, Prix de Flore 2006. J’y avais écrit une longue nouvelle et après, je ne savais plus quoi écrire. Un jour je rentre du boulot, j’avais passé une sale journée, et dans le métro, sur le rebord de la poubelle, il y avait le journal L’Équipe qui avait été posé là. Ce devait être un type qui l’avait lu et qui avait dû se dire qu’il allait faire plaisir à quelqu’un. En rentrant, je lui ai rendu hommage sur mon blog. Du coup, j’ai écrit de temps en temps des chroniques sur le métro. Elles avaient toutes en commun d’évoquer des petits riens. Mais un petit rien dans un endroit comme le métro ou la promiscuité inégalée et où chacun est dans sa bulle, dès qu’il se passe quelque chose, ça prend des proportions énormes… et ça peut changer le cours d’une journée ou son état d’esprit.

Pour ce recueil, tu  as ressorti des anciens textes ou tout est inédit ?

Il y a une petite moitié d’histoires qui était déjà écrite et que j’ai retravaillée pour le livre. L’autre moitié est constituée de notes éparses récentes que j’ai reconstituées.

Quand tu as décidé d’écrire cet ouvrage, ton acuité, dans le métro, s’est-elle renforcée ?

Pas vraiment. Comme souvent, quand on veut trouver quelque chose, ça ne vient pas. Pendant 3 semaines, j’allais dans le métro en me demandant s’il allait se passer quelque chose que je pourrais utiliser. J’ai arrêté d’attendre les choses, et finalement, d’autres évènements sont arrivés.

Teaser "Le métro est un sport collectif".

Je me disais en te lisant que ceux qui ne te connaissent pas vont savoir qui tu es. Ce livre permet de lire en toi, si je peux dire. Tu te montres sous toutes tes facettes.

Je me suis concentré sur le lien a donner entre chaque chronique. C’est à chaque fois mon ressenti et je n’ai pas cherché à donner une image de moi particulière. Le jeu est sans filtre.

Dans ces chroniques, tu es observateur, mais aussi acteur.

C’est lié à l’écriture. Quand j’écris une histoire, si je ne suis que spectateur/narrateur, l’histoire aura moins de force que si je m’implique aussi dedans. La dynamique que je lui donne va lui apporter aussi un angle, ce n’est pas juste une description plate de quelque chose qui s’est passé. J’avais des chroniques qui manquaient de dynamisme, elles ne sont pas dans le livre. L’idée c’était que le lecteur voyage dans le métro avec moi sans s’ennuyer.

Dans deux-trois chroniques, tu parles d’ions, d’énergie, d’ondes qui pourraient presque influencer quelques situations…

Qu’est-ce qui va faire que dans un wagon, dans la même situation, d’un jour à l’autre, les gens vont être plus ou moins énervés ou plus ou moins souriants ? Je pense vraiment que c’est une question d’ondes avec lesquels on arrive. Quand j’ai pris conscience de ça, je me suis rendu compte que quand je rentrais dans le métro, j’arrivais avec mes ondes positives ou négatives.

bertrand guillot, le métro est un sport collectif, interview mandor

Bertrand Guillot aime les jeunes filles qui lisent (son livre... ou pas).

Ce que j’aime bien, c’est que tu ne te donnes pas le beau rôle. Tu es parfois couard.

Notamment à Paris, je suis persuadé qu’on aime bien se faire des nœuds au ventre pour rien. Tu peux avoir 3 personnes qui regardent la même scène en se disant qu’il faudrait qu’ils interviennent… ils ne le font pas. Quelque part, ces 3 personnes se font du mal. Toutes les fois où on n’agit pas dans une situation, alors qu’on devrait faire quelque chose, quelque part on dépense de l’énergie négative. Ce n’est pas juste une neutralité. On se laisse bouffer par plein de trucs que l’on ne dit pas.

Je suis le prototype même du mec qui s’isole dans le métro, qui ne communique pas du tout, alors que dans la vie, je suis un communicant. Du coup, tu m’as fait culpabiliser parce que j’ai l’impression que toi, tu essaies de « vivre » le métro.

Je vais te déculpabiliser. D’abord, je ne fais pas une chronique à chaque fois que je prends le métro. La plupart du temps, je suis avec un bouquin ou mon journal et il ne se passe rien. Et parfois, je suis le nez au vent, et je regarde. Ça m’amuse d’essayer d’imaginer ce que font les gens. Et j’adore choper des conversations. Même toi, si tu es isolé avec tes écouteurs et ton bouquin, s’il se passe quelque chose, tu es quand même un peu aux aguets, non.

Je t’assure que pas toujours. Bref, ce livre m’a vraiment beaucoup enthousiasmé. Je t’ai envoyé un SMS dès la fin de ma lecture. J’ai aimé ton style et la façon dont tu racontes les histoires avec humanité, poésie et humour…

Merci, ça m’a touché, j’ai gardé ton message.  J’ai écrit ce livre pour faire sourire les lecteurs, pour les détendre. Peut-être aussi pour les faire réfléchir.

bertrand guillot, le métro est un sport collectif, interview mandor

Bertrand Guillot n'aime pas les connards qui écoutent de la musique trop fort!

Tu prends du plaisir à aller dans le métro ?

Pour moi, c’est assez neutre, c’est juste mon moyen de transport. Je prends très peu le bus, je déteste le taxi. Je sais que dans le métro, je peux lire tranquillement et regarder les gens.

Pourquoi le métro est-il un sport collectif ?

J’ai cherché plein de titres et je n’en ai trouvé aucun de satisfaisant. Je pense qu’il y a une référence subliminale et inconsciente à La sociologie est un sport de combat. Mon livre n’est pas un livre de sociologie. Quoique. Quelques fragments.

(Merci à Eva Gomez, la jeune fille qui lit le livre de Bertrand Guillot sur la photo...)

08 décembre 2011

Salon du Livre d'Ozoir-la-Ferrière 2011: bilan et photos

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C'est la troisième fois que j'anime le salon du livre d'Ozoir-la-Ferrière. (Voir là en 2009 et ici en 2010). Toujours aussi fatigant, mais toujours aussi exaltant, dis-je chaque année. Plus de 40 interviews, un quizz littéraire et 1 table ronde (interview approfondie et participative). Cette année avait ceci de particulier que, pour la première fois, j’ai emmené ma femme avec moi. J’ai tendance à compartimenter mes vies (le boulot et la vie privée), alors ce fait est suffisamment rare pour que je le signale au passage. Pour la première fois, ils se sont scindés... pour la bonne cause. L’organisateur du salon, Luc-Michel Fouassier, nous a permis (grand merci à lui !) de faire connaître l’association Les P’tits Courageux (dont je suis le responsable communication) lors de cette journée littéraire. Ma femme, Hilda, a donc tenu le stand. Merci à elle (qui en a profité pour comprendre ce que fait son animateur de mari dans ce genre de contexte).

(Pour mémoire, J’explique ici pourquoi notre couple est concerné par cette association).

Comme chaque année, voici un port-folio de cette manifestation.

Pour commencer, l'invitée d'honneur du salon, le Prix Goncourt des Lycens 2011 (et finaliste du Prix Goncourt 2011), Carole Martinez.

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(photo: Philippe Schroeder) 

Rencontre de Carole Martinez avec ses lecteurs...

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(photo: Philippe Schroeder)

Du monde sur le stand de Giulia Salvatori, la fille d'Annie Girardot venue présenter son livre sur sa mère, vendu au profit d'une association qui lutte contre la maladie d'Alzheimer.

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(photo: Philippe Schroeder)

Véronique Genest, membre du jury "Ozoir'Elles" (dont j'ai consacré une note récente ici) et fidèle du salon, est passée rendre une petite visite à Giulia Salvatori. (Devant Nathy Vivien).

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(photo: Philippe Schroeder)

Le stand des P'tits Courageux!

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Hilda Alquier Capkan explique à Giulia Salvatori ce qu'est l'association Les P'tits Courageux.Toute l'association tient à remercier Giulia qui s'est empressée de faire un chèque "conséquent".

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Quand deux âmes généreuses posent ensemble... sous l'oeil mélancolique d'une troisième.

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Elisabeth Robert Mozzanini derrière son stand des éditions Volpilière (sa maison à elle).

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(photo: Philippe Schroeder)

Une caméra nous surprend lors de l'interview...

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(photo: Philippe Schroeder)

Elisabeth n'est pas loin d'être ma meilleure amie... soit dit en passant.

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Du monde...

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(photo: Philippe Schroeder)

Isabelle Minière.

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(photo: Philippe Schroeder)

Interview de la délicieuse Isabelle Bary pour La Prophétie du Jaguar.

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(photo: Philippe Schroeder)

Gaëlle Pingault (à gauche) présente toute son oeuvre... deux magnifiques recueils de nouvelles.

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(photo: Philippe Schroeder)

Interview de Gaëlle Pingault pour Ce qui nous lie.

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(photo: Philippe Schroeder)

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Eric Fouassier, pointe le doigt sur un extrait d'un article élogieux que Mandor avait écrit pour son roman Le Traducteur (je ne fournis pas la loupe).

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Trois membres du Prix Ozoir'Elles. De gauche à droite, Simonetta Greggio (présidente), Macha Meryl et Véronique Genest.

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(photo: Philippe Schroeder)

Les mêmes avec en plus, à gauche Luc-Michel Fouassier, organisateur du salon et écrivain et Astrid Eliard (membre du jury du Prix Ozoir'Elles) et à droite Michel Lambert, le lauréat 2011  pour Dieu s'amuse et Jean-François Oneto, maire d'Ozoir-La-Ferrière.

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(photo: Philippe Schroeder)

Interview de Véronique Genest...

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(photo: Philippe Schroeder)

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Hilda Alquier Capkan expliquant l'association Les P'tits Courageux au maire de la ville, Jean-François Oneto.

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Interview de Simonetta Greggio.

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Interview de Gisèle Meunier.

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(photo: Philippe Schroeder)

La table ronde de la journée avec le caustique et drôle Franz Bartelt, Prix Goncourt de la nouvelle en 2006 et président du jury du concours de nouvelles 2011 d'Ozoir-la-Ferrière.

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Ma femme Hilda, Elisabeth Robert Mozzanini et son mari Franck.

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23 octobre 2011

Prix Ozoir'Elles 2011

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Michel Lambert avec Dieu s'amuse, paru aux éditions Pierre-Guillaume de Roux a reçu jeudi le Prix Ozoir’Elles 2011.Ce prix récompense un recueil de nouvelles parmi 4 ouvrages publiés par une maison d’édition de renom.

Ceux qui me suivent ici le savent, je suis l’animateur du Salon du Livre d’Ozoir-la-Ferrière depuis trois ans (prochaine édition, le samedi 19 novembre de 10h à 19h), c’est la raison pour laquelle je me suis rendu aux délibérations de ce Prix.

Au Café des Éditeurs, carrefour de l’Odéon à Paris.

(Comme l’année dernière à la même époque, et l’année précédente…)

L’artisan de ce prix est Luc-Michel Fouassier, conseiller municipal chargé de l’événementiel littéraire et lui-même nouvelliste et romancier (par la même occasion, très bon ami de Mandor), et sous l’impulsion de Jean-François Oneto, Maire d’Ozoir-la-Ferrière.

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Le jury était composé de : Simonetta Greggio (présidente), Victoria Bedos, Astrid Eliard, Véronique Genest, Macha Méril et Colombe Schneck. Certaines Ozoiriennes ont, elles aussi, participé en votant. Voir la photo ci-dessus (en présence du maire de la ville).

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Ci-dessus, Simonetta Greggio interviewée juste avant la délibération.

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Luc-Michel Fouassier (Charlie) et ses trois drôles de dames. De gauche à droite: Colombe Schneck, Macha Méril et Victoria Bedos.

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De gauche à droite, Simonetta Greggio, Macha Méril, Victoria Bedos et Astrid Eliard.

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En haut et en bas: il faut des forces pour délibérer...

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Merci à Simonetta Greggio d'avoir choisi le bon objectif! :-)

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Ci-dessous: photo de "famille" avant l'annonce du lauréat du prix. En haut, de gauche à droite, Jean-François Oneto, maire d'Ozoir-la-Ferrière, Colombe Schneck, Simonetta Greggio (Présidente), Mandor. En bas: Macha Méril, Victoria Bedos et Astrid Eliard. Manquait Véronique Genest (retenue sur un tournage).

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Enfin, photo finale, le lauréat 2011 du Prix Ozoir'Elles: Michel Lambert avec Dieu s'amuse, paru aux éditions Pierre-Guillaume de Roux (et la boucle de cette chronique est bouclée).

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Important: Au Salon du livre d'Ozoir-la-Ferrière, le samedi 19 novembre prochain, il y aura un espace réservé aux "P'tis Courageux" (étant papa d'une petite fille atteinte de la maladie de Crouzon, j'en suis devenu naturellement le responsable communication) pour faire connaître l’association et éventuellement permettre d'adhérer, à ceux qui le souhaitent. Merci à l’organisateur du salon, Luc-Michel Fouassier, d’ouvrir ses portes à l’association. C’est plus important pour nous qu’il peut l’imaginer.

20 octobre 2011

Salon: "A la rencontre des auteurs" à Avon

salon du livre,avon,à la rencontre des auteursOK, dimanche dernier, j’ai fait des infidélités à mes deux salons préférés (entendez que j’anime depuis plus de trois ans), ceux d’Ozoir-la-Ferrière et de Provins !

J’ai été contacté pour animer le Salon du livre d’Avon, intitulé fort judicieusement, « À la rencontre des auteurs ». Je ne sais pas résister. Si on me demande d’aller dans un endroit pour rencontrer/interviewer une pléiade d’auteurs, je rapplique. (Je veux dire, si on me demande poliment et si on veut bien rétribuer mon immense talent d’intervieweur professionnel. Aheum…).

En tout, une cinquantaine d’auteurs de Seine-et-Marne et des environs ont échangé avec le public, dédicacé leurs ouvrages et à une dizaine d’exceptions près, sont passés par mon micro.

Voici quelques clichés…

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Ici, Jean-Pierre Le Poulain, le maire de la ville et 1er vice-président de la Communauté de Communes du Pays de Fontainebleau.

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09 octobre 2011

Kaoutar Harchi: interview pour "L'ampleur du saccage"

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Kaoutar Harchi sort un second livre-choc et poignant. J’avais beaucoup apprécié son premier, Zone cinglée, j’avais donc hâte de découvrir L’ampleur du saccage. Il se pourrait bien que cette jeune auteure (24 ans) soit en train de construire une œuvre. Une œuvre à vous couper le souffle. Le 20 septembre dernier, nous nous sommes retrouvés au Café Livres, son QG.

kaoutar harchi, l'ampleur du saccage, interview, mandor4e de couverture :

Héritiers maudits d'un effrayant geste collectif attisé par une féroce répression sexuelle qui, trente ans plus tôt, a profané le corps d'une femme et marqué leurs destins respectifs du sceau de la désespérance, quatre hommes liés par la fatalité du sacrilège traversent la Méditerranée pour connaître, sous le ciel algérien, l'ultime épisode de leur inconsolable désastre. Sur un motif de tragédie antique, de crimes réitérés et d'impossible expiation, Kaoutar Harchi retrace, de la nuit d'une prison française à la quête des origines sous les cieux de l'Algérie, la fable funeste d'une humanité condamnée à s'entredéchirer dès lors que ceux qui la composent, interdits de parole ou ligotés par le refoulement de leur mémoire, sont rendus incapables d'exorciser les démons qui gouvernent leur chair animale.

L’auteur :

Née à Strasbourg en 1987, de parents Marocains, Kaoutar Harchi, titulaire d'une licence de lettres modernes, d'un master de socio-anthropologie et d'un master de socio-critique est, depuis 2010, doctorante-monitrice à la Sorbonne, où elle assure des enseignements en littérature et sociologie. Elle vit aujourd'hui dans la région parisienne.
Elle est l'auteure des deux romans : Zone cinglée (Sarbacane; 2009) et L'Ampleur du saccage (Actes Sud ; 2011).

kaoutar harchi,l'ampleur du saccage,interview,mandorInterview:

J’ai lu ton précédent roman Zone Cinglée et je trouve qu’il y a beaucoup de points communs avec L’ampleur du saccage. D’abord, le narrateur est encore un homme.

J’ai beaucoup de mal à me défaire de ce procédé. Pour mon premier roman, je ne me suis pas posée de question. C’était une option, je l’ai choisi. Pour le deuxième roman, effectivement, je réitère l’expérience d’un « je » masculin. Mais, aujourd’hui, je me demande où ça va me mener. Je pense que si je parlais en tant que femme, j’aurais beaucoup de difficultés à exprimer mes idées et mes histoires, par rapport aux univers dans lesquels j’inscris mes romans, l’univers algérien, et plus généralement, l’univers arabo-musulman. Je dis qu’effectivement, il y a une condition féminine qui existe, qui est très compliquée et sur laquelle il faut continuer à écrire. Je pense qu’il y a aussi, parallèlement à ça, ce que j’appelle une condition masculine, c'est-à-dire qu’il existe aussi, pour les hommes, des difficultés à gérer leur propre corps, des difficultés à gérer, à supporter le corps féminin, et des difficultés à mettre en place un dialogue avec les êtres de l’autre sexe. Pour moi, c’est aussi intéressant de voir du côté des hommes, parce qu’ils sont très souvent caricaturés ou placés dans des positions qui sont effectivement les leurs à un moment donné, mais qui, en tout cas, possèdent des liens, des explications, qui échappent totalement à la dualité « femmes victimes » et « hommes dominants ».

Mais, en étant une femme, n’est-ce pas un peu biaiser la réalité que de parler à leur place?

Je ne sais pas si je parviens bien à décrire la psychologie masculine, mais ce n’est pas ça qui m’intéresse. Ce qui m’intéresse le plus c’est de réussir à raconter une histoire en mettant en place des personnages masculins qui ont des rapports complexes avec les femmes et qui, à partir de là, se retrouvent avec une existence et un destin qui les accablent totalement. C’est la fatalité qui pèse sur ses destins qui me passionne !

Dans ce roman, il y a la notion de filiation, de l’inceste, la répression sexuelle des hommes envers les femmes, thèmes déjà abordés dans le précédent. C’est une obsession chez toi ?

Ça me travaille depuis longtemps. Le fait d’inverser les polarités aussi. Faire des hommes l’objet du discours et moi, la femme celle qui tient ce discours, c’est aussi une manière de m’émanciper de ce regard masculin. C'est-à-dire, qu’à un moment donné, la femme n’est plus ce qui est décrit, jugé ou observé, mais c’est le masculin qui est passé au microscope. C’est une manière de rééquilibrer les regards et le poids des regards, plus particulièrement. Une manière aussi de m’insérer au sein du monde masculin et d’en dire quelque chose.

Excuse-moi cette question personnelle, mais, du coup, dans la vie, tu n’as pas peur de faire peur aux hommes ?

Je ne pense pas. Les hommes en général ou les hommes maghrébins en particulier sont très empêtrés dans leurs propres problèmes et questionnements. Il y a cette espèce de poids très lourd qui est celui de la masculinité et de la virilité, de se définir comme puissant et surpuissant. Je ne pense pas que dans l’esprit des hommes, les choses soient aussi figées et aussi solides que ça. Il me semble que, de leur côté, il y a aussi beaucoup de fragilité, de peur, d’angoisse à l’égard de ce que les femmes peuvent penser d’eux. Donc, effectivement, même si j’y vais de manière un peu brutale, j’ai quand même le sentiment de leur tendre une perche. Finalement, je ne fais que tenter d’ouvrir un dialogue sur ce que, eux, ressentent, même si les questions liées à la sexualité sont particulièrement dures à soulever dans ce type de culture là.

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Tu fais un distinguo entre les hommes en général et les hommes maghrébins.

Je pense que la culture arabo-musulmane fait jouer des rôles à l’homme, à la figure du père ou du frère et que, finalement, la culture occidentale laisse des marges de liberté beaucoup plus grandes. La question de la possibilité de se présenter en tant qu’homme ayant des faiblesses ou ne souhaitant pas se marier ou n’étant pas soucieux d’épouser une femme vierge, il y a des choses comme ça qui pèsent beaucoup dans l’imaginaire arabo-musulman et qui sont liées à une culture très forte et à une dimension plus ou moins sclérosée de ces sociétés-là. La question religieuse y est particulièrement forte, donc, à partir de là, le modèle social est particulièrement rigide. Les écarts, car écarts il y a, sont réprimandés. L’homosexualité est un sujet à fleur de peau, pour ne pas dire tabou, dans la société algérienne, Marocaine et Tunisienne. Dans mon livre, entre deux des héros, Si Larbi et Riddah, il y a une atmosphère ambigüe. On ne sait pas bien si leur relation est homosexuelle ou pas. J’étais intéressée par la possibilité d’installer ce que j’appelle une forme d’homo-érotisme. Il y a quelque chose dans l’air qui pourrait faire penser à une relation amoureuse ou charnelle entre ces deux hommes, tout en laissant le lecteur libre d’imaginer ce qu’il veut. Dans la société que j’ai voulu décrire, il y a une disparition croissante des femmes, parce que parties, parce que plus émancipées, parce que plus libres, parce que déjà mariées, et une forme de peuple masculin qui se retrouve seul et qui se demande comment il est possible à son corps d’évoluer sans femmes.

C’est une manière de ne pas assumer son homosexualité ?

Oui. C’est une sexualité qui se construit à défaut. Ce n’est pas tant le corps masculin qui est attirant, que  le corps féminin qui brille par son absence. C’est à ça que je suis particulièrement sensible. Comment des hommes maghrébins qui viennent pour travailler en France et qui ne connaissent personne gèrent leur sexualité. Lorsque je parle de sexualité, je ne parle pas juste du rapport sexuel, je parle aussi de la capacité d’aimer et de se faire aimer et de se créer des situations d’échanges pour ces temps-là.

kaoutar harchi,l'ampleur du saccage,interview,mandorÀ part Tahar Ben Jennoun dans La plus haute des solitudes et toi, aucun auteur n’a traité ce sujet.

Ce sont des questions qui sont taboues. Moi, j’y suis allée avec une forme d’innocence, même si après, je me suis dit que peut-être, c’était un terrain un peu dangereux. Ma parole n’est pas politique, j n’ai pas de mandat, je ne suis pas élue, ma liberté d’expression est donc sans limites.

Tu n’as pas peur que certains te reprochent de raconter ce genre d’histoire?

Ça dépend des reproches. J’entends parfois : « cette image que tu donnes de nous, ce n’est pas soutenir le pays ou l’ensemble culturel que de dire des choses pareilles. » Oui, mais en même temps, ce n’est pas mon problème. J’ai cette envie et ce besoin d’aller vers les choses qui sont sensibles. Je trouve que la question du corps féminin dans la culture arabo-musulmane est une question qui fait encore débat, alors je débats.

Toi qui es une jeune fille moderne, tu sens ce poids culturel ?

À une époque, je l’ai senti très fortement. L’adolescence, c’est une époque que j’ai trouvé très compliquée par rapport à ça, par rapport au regard de la mère et au regard du père. Ils sont encore dans une culture très traditionnelle et ils sont un peu effrayés par la modernité et par comment vivent leurs enfants. À un moment donné, ça m’a touché. Il est possible qu’en raison du fait que je sois une fille, il y ait des choses qui ne me soient pas permises, alors qu’en étant un garçon, j’aurais pu les posséder sans problème. Je m’en suis très rapidement émancipée par les études et par la capacité à aller au combat. J’y reviens sur le plan littéraire aujourd’hui parce qu’il y a matière à dire les choses, à créer un dialogue, un échange et même du conflit. Le conflit est très structurant si on accepte de le mener de manière intelligente et sans préjugé.

La littérature, c’est aussi pour mener un combat.

Moi, je le vis beaucoup comme ça. Mais, c’est sûrement lié à mon histoire et mes études. J’entends parfois des gens qui vivent et racontent tout ça de manière plus légère, plus divertissante et il faut aussi ce type de point de vue. Nous en avons discuté assez souvent tous les deux. Moi, je ne suis pas un clown, je n’ai pas envie spécialement de faire rire les gens. C’est en tout cas, en écrivant de cette nature que je trouve un sens à mon existence.

Soit tu écris des actes de manière frontale et brut, soit tu suggères.

Il y a des scènes qui imposent la violence d’elle-même, ça devient donc compliqué d’éluder ou de contourner le problème en suggérant les choses. Quand, par exemple, le viol est décrit, c’est un des moments forts du roman, j’y vais frontalement. Je trouve que c’est la possibilité de faire imaginer ça à quelqu’un d’autre que soi même qui est en soi une violence. Je ne veux pas être constamment dans quelque chose de trash, de très évasif ou fuyant. J’essaie de moduler les scènes qui méritent d’être dites et qui méritent d’être imposées aux lecteurs. J’oscille entre réalité et atmosphérique. C’est un jeu d’ajustement habile.

Je t’ai connu alors que tu étais chez Sarbacane, maison spécialisée dans la littérature adolescente, et te voilà chez Actes Sud. Pourquoi avoir choisi cette honorable maison ?

Parce que c’est une maison d’édition qui a une ligne éditoriale très cohérente. C’est l’ouverture sur le monde et particulièrement sur le monde arabe et le Proche Orient. Son catalogue fait aussi tourner la tête. C’est aussi une manière de créer des filiations avec des auteurs que j’apprécie tout particulièrement. J’aime l’idée d’intégrer cette forme de famille là, ce cousinage imaginaire…

Et tu acquiers une certaine légitimité en intégrant cette maison. 

J’avais le sentiment qu’il me manquait quelque chose et ce quelque chose, c’était l’ouverture sur un public généraliste. Comme tu le disais, je viens de la littérature dite « pour ado », je voulais me confronter au public plus large et complexe de la littérature adulte. Je prends ce deuxième roman comme un deuxième nouveau départ. Je te dis, j’ai besoin d’aller au combat.


Kaoutar Harchi : "Arezki va se rendre compte... par ActesSud

Voici aussi l'avis toujours (éclairé) de Carole Zalberg...

Et après l'interview...

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29 août 2011

Estelle Penain: interview pour Miami sous les éclairs

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J’ai rencontré Estelle Penain au Salon du Livre de Châteauroux. Nous étions deux des nombreux auteurs invités. Comme elle logeait dans le même hôtel que la petite bande que nous formions avec… (bon, si vous voulez jeter un coup d’œil, c’est ici), la jeune femme a su très facilement s’intégrer à elle. Déjeuner, diner, sortie nocturne, conversations… mais je n’avais pas lu son livre Miami sous les éclairs. J’avais un peu peur d’être déçu et de ne pas oser lui dire ensuite (cela arrive parfois quand on fréquente des auteurs). Mais, récemment, envahi par mon insatiable curiosité, je me suis plongé dans son roman… au début, un peu dérouté, rapidement, j’ai suivi avec plaisir et intérêt les aventures amoureuses de Cristiana. Évidemment, une mandorisation s’est tenue après lecture. Le 25 juillet 2011, Estelle m'a rendu visite à l’agence dans laquelle je travaille... je lui ai posé quelques questions.

est4.jpg4e de couverture :

Après des années à se mentir, cachée derrière des masques pour supporter la vie, Cristiana part à la conquête de sa nature profonde. Au fil des pages et des rencontres, l’amour se métamorphose. Ce livre est le message d’espoir d’une femme ayant pris son destin en main. Un parcours initiatique où l’amour dévoile ses multiples facettes, passant de la noirceur à la clarté de son âme, de la prison de l’ignorance à la liberté d’être. C’est un roman traitant de la quête de soi à travers les relations amoureuses. Un reflet de la génération actuelle, un retour vers des valeurs essentielles.

L’auteur :

Estelle Penain a vu naître son goût de l’écriture dès l’enfance en posant sa plume dans un journal intime, un carnet de poésie et des réflexions sur les sentiments et la société. Puis, elle découvre la radio et anime une émission pendant ses années collège. Diplômée du conservatoire de musique, le piano lui apporte l’expression artistique. Un diplôme littéraire en poche et quatre ans d’université plus tard, la musicienne devient choriste et chante en France et à l’étranger pendant dix ans, passant de scènes prestigieuses à des représentations dans la rue au contact du public. La scène lui apporte de grands moments de bonheur. Elle suit également des cours de théâtre, participe à des ateliers permettant l’expression corporelle et exprime sa créativité lors d’improvisations théâtrales. Elle s’initie ensuite à la réalisation de film et à l’écriture de scénario avec l’ambition d’instruire, de divertir, d’informer.

est3.jpgDans le même temps, Estelle se passionne pour le développement personnel et suit des séminaires, apprend par la lecture les notions de psychologie, de sociologie, de spiritualité, rencontre des médecins parlant de thérapies ouvrant la conscience vers d’autres dimensions et se passionne pour cette quête de soi. Elle suit l’enseignement d’un maître depuis quelques années, apprenant à se servir de techniques de soin. Et également l’enseignement d’un scientifique avec l’approche de la dynamique matricielle et ses techniques de guérison par les sons.

Estelle Penain a écrit un premier roman « Miami sous les éclairs », ainsi que d’autres écrits (scénario, texte théâtral, chroniques, contenus) afin de partager l’enseignement que la Vie lui a offert. Estelle Penain est membre de la Société des Gens de Lettres.

Interview :

Dans ta biographie, il est indiqué que tu écris depuis toujours…  ?

C’est tout à fait vrai ! Petite, ma mère me racontait que je faisais faire des vraies rédactions à des élèves imaginaires et que je passais du temps à écrire sur leurs cahiers et les corriger. Ça m’a occupé bien des après-midi. Il parait aussi que j’écrivais de la poésie. Je serai curieuse de remettre la main sur ces chefs-d'œuvre… 3 petites phrases qui se suivaient et qui rimaient, pour moi, ça en jetait ! Aujourd'hui, j’écris régulièrement avec parfois de grandes vagues d’inspirations alternées par des moments de pause, de réflexion, de lectures. C’est une expérience très prenante qui est aussi matière à remise en question. Être lue, c’est prendre le risque de plaire ou pas et donc d’être critiqué. En ce sens, cela demande de dépasser certaines peurs.

Dans ta vie, j’ai l’impression que tu es allée dans plein de directions différentes.

Pas tant que ça ! J’ai une qualité qui parfois peut être un défaut, je suis très curieuse et j’ai la particularité de vouloir expérimenter ce que j’ai envie de vivre. Je ne veux pas me contenter de lire uniquement, mais je veux vraiment essayer de moi-même. Au début, dans le domaine culturel puis plus tard dans celui du développement personnel. Aujourd’hui, je fais un mixage des deux. Chez n’importe quel artiste, il y a de l’introspection à un moment ou à un autre. Pour un comédien, par exemple, plus tu  te connais, plus tu es à l’aise dans le jeu. J’ai essayé tous les milieux artistiques pour voir où j’étais à ma place. J’ai été chanteuse pendant 10 ans. Chanteuse/choriste, jamais leader à cause d’un manque probant de confiance. C’est mon grand regret d’ailleurs. Il n’est pas exclu que je me remette à chanter dans un groupe un jour prochain.

est2.jpgL’écriture de ce livre a commencé il y a combien de temps…

Il y a quatre ans. Un vrai coup de foudre sentimental a déclenché l’envie d’analyser la relation amoureuse. Tenter de comprendre cette souffrance que l’on rencontre parfois dans les histoires d’amour en était le moteur. L’amour se cultive, se travaille, se cherche, s’apprivoise et aimer cela s’apprend, cela peut prendre une vie…

 « Miami sous les éclairs » raconte une histoire d’amour complètement dingue qui a duré des années et des années. C'est la tienne et donc, dans le livre, celle de Cristiana qui aime Samy.  Il y a beaucoup de toi dans ton héroïne ?

Autant les autres personnages n’ont pas tous existé dans la vie, autant Samy, lui, a vraiment existé. Et effectivement, il y a beaucoup de moi dans Cristiana. Mais, il ne faut pas perdre de vue qu’il s’agit d’un roman.

Il est question de la violence physique que peuvent vivre les femmes…

Moi, j’ai vécu la violence chez une personne. Ça m’a suffi, j’ai vu ce que c’était. L’homme qui m’a fait subir ça pourrait être incarné par le Fabio de mon livre, mais pas tout à fait quand même… Bref, j’ai vu des femmes se faire battre et qui ne partent pas. C’est incroyable de rester quand on est malheureux! Qu’est-ce qui fait que tu restes avec quelqu’un alors que tu sais que tu n’es pas heureux ? Moi, j’ai été une victime et j’ai mis un moment à m’en rendre compte. Je suis partie quand j’ai enfin compris ça. Je ne sais pas qui a écrit : « l’âme a profondément horreur du vide ». Si toi, on t’a appris l’amour, à priori, tu as une conscience de l’amour, mais si on ne t’a pas appris, pour toi « aimer », ça peut être la violence. Si tu es né dans une famille qui se tapait dessus, tu auras beau vouloir être aimé normalement, tu as de grandes choses d’attirer vers toi quelqu’un dans ce que tu connais. Donc, effectivement, exister violemment aux yeux de quelqu’un, c’est quand même exister. C’est mieux que rien.

Dans ce livre, tu abordes toutes les formes d’amour.

Mon livre parle d’une rédemption. Donc pour avoir une rédemption, il faut passer par différents stades. Là où il y a beaucoup de mon parcours, ce sont les passages sur les souffrances. Autant ça n’a pas toujours été facile, autant aujourd’hui, ça m’a donné une palette d’émotion que j’ai pu traduire comme ça. Ca n’a pas été tout rose, certes, mais le but n’était pas de m’apitoyer. Je me sers de ces émotions aujourd’hui pour raconter des histoires.

Ton roman est lié au développement personnel. Quand as-tu découvert cette nouvelle forme de philosophie/façon de vivre ?

C’était en 2000, quand j’étais à New York. Là-bas, j’ai rencontré pour la première fois quelqu’un qui travaillait à la fois dans la culture et sur les énergies. Il m’a interpellé et nous sommes devenus amis. Il m’a montré des choses et nous avons commencé à travailler ensemble sur des techniques de méditation. C’est lui qui m’a ouvert la porte. Là, je me suis dit : « Arrête de te plaindre et de te chercher, et tente de trouver des solutions ! ».

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Pour aider les autres, faut-il parfaitement se connaître soi-même ?

Disons qu’on n’est pas thérapeute par hasard. Un bon thérapeute, c’est quelqu’un qui sait qu’il est toujours dans le cheminement et qui ne prétend pas avoir la vérité. Cela dit, tu peux aider les autres, si dans ta vie, tu as trouvé une forme de sérénité. Quand tu as une déontologie, tu as au moins dix ans de travail en analyse et, à priori, avoir suivi des formations. Pour moi, la formation, c’est aussi un art de vivre.

Au fond, pourquoi écrire ?

J’ai envie de raconter des histoires et dans ces histoires, utiliser mon parcours, mon expérience. J’aime bien délivrer des messages et que chacun en fasse ce qu’il veut. Ainsi, j’ai l’impression d’avoir trouvé une façon de servir.

Comment a été accueilli ton livre ?

Je suis toujours preneuse de critiques constructives. Il a déclenché des choses chez certaines personnes. J’aime écrire en me disant que je partage un bout d’expérience. Je le romance, mais dedans, je place mes pensées, ma façon d’envisager la vie, ma « philosophie » personnelle. Je ne suis pas une donneuse de leçon, je ne dis pas que c’est comme ça qu’il faut faire, je me contente juste de transmettre des messages et mon point de vue.

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21 août 2011

Annabelle Léna: interview pour A tort ou à raison

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« Cette fille là, mon vieux, elle est terrible » chantait naguère, le chanteur à texte, Johnny Hallyday, dans les années 60. Annabelle Léna, c’est l’impression qu’elle me donne. Une frimousse d’ange, mais des textes torturés à l’écriture particulièrement noire et explicite. Son thriller, A tort ou à raison, est implacable, prenant et n’épargne personne. Forte personnalité, franchise et humour corrosif, il me semblait intéressant de lui poser quelques questions pour tenter de comprendre qui se cache derrière Annabelle, la rebelle.

annabelle lena,a tort ou à raison,interview4eme de couverture :

 

Prise d’otages dans un entrepôt.

La violence et l’incompréhension s’abattent sur le quotidien d’innocents.

Ce que veulent les malfrats ? La libération de compatriotes retenus à l’étranger.

Entre forces de l’ordre et bandits, le duel s’envenime. Une femme étrange est coincée dans ce cauchemar. Son corps et son esprit doivent s’adapter pour survivre : prendre le parti de ses ravisseurs ?

Pourquoi pas, si cela permet d’éviter le bain de sang…

Oubliez la morale à travers les pages de ce thriller nerveux. Lorsque le monde bascule, on ne peut que basculer avec lui.

annabelle lena,a tort ou à raison,interviewL’auteur :

Annabelle Léna est née en juillet 1979 à Marseille, par une journée particulièrement chaude et sans mistral. Elle grandit à la campagne où, à l’abri d’un saule pleureur, elle s’assoit et rêvasse des heures durant. Après des études bien ennuyeuses, elle devient contrôleur de gestion mais trop d’histoires se bousculent dans sa petite tête en réclamant à sortir. Annabelle se fâche alors avec les chiffres pour acheter un stylo quatre couleurs et écrire. Écrire, encore écrire. Elle fait ainsi la fortune de certaines papeteries et remplit ses tiroirs de feuillets fiévreusement raturés. Très vite elle est publiée en revue avec des nouvelles nerveuses. Puis elle décide de se consacrer à l’écriture de son premier roman À tort ou à raison. Plus qu’un thriller, ce roman est une course effrénée entre folie et criminalité. Le narrateur y est atypique, tantôt externe, tantôt interprète des personnages. Le ton est incisif ; certains disent, assassin. Désormais Annabelle habite Gardanne, entourée de ses histoires et de ses lectures. Plus les années passent, plus elle parle à ses chats mais à part ça, vous verrez, c’est quelqu’un de très fréquentable.

Interview :

-L’idée d’« À tort ou à raison » est partie d’un soir où tu regardais le journal télévisé. L’appétit coupé et une envie « de vomir ou d’écrire ». Raconte-nous ce qu’il s’est passé exactement.

Un journal télévisé comme les autres, malheureusement. Un sujet sur une jeune fille qui était allée trop loin pour être aimée ou pour être populaire certainement. Ça m’a filé mal au ventre. Marre de voir des filles conditionnées qui se sentent libres et épanouies en se foutant à poil ou en ne respectant plus leur corps. Henri-Frédéric Blanc a écrit dans Cloaque « Bordel de Dieu, mes biens chères sœurs, quand comprendrez-vous que ce sont de vieux vicelards vermoulus qui façonnent votre cervelle, et qu’ils ont intérêt à vous transformer en truies ? ». C’était ce que j’avais sous les yeux, encore une fois. Ras-le-bol. Je ne vis pas dans le monde du 20 heures. Du moins, je refuse qu’il soit ma réalité. Alors, j’ai tiré ce fait divers à l’extrême. La pression des magazines féminins, j’en ai fait la pression d’un gun sur la tempe d’une femme et voyons ce que ça donne.

-Tu dis qu’« À tort ou à raison est une course folle dans un monde fou ». Hormis l’histoire fil rouge de ton livre, c’est aussi une charge contre la société actuelle en général et les médias en particulier. C’était important pour toi d’exprimer ton point de vue sur la question avec véhémence ?

Oui. Je me suis dit qu’il fallait choisir entre humour et violence pour faire réagir. Et en fait, cette histoire, je l’ai sentie plutôt dans un registre violent. Comme c’est un sujet qui me scandalise, je ne pouvais pas masquer ma révolte. Ça se traduit par une écriture très nerveuse.

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-Tu as répondu à une question posée par un journaliste que « ce thriller est un coup de poing pour réfléchir à la différence ignoble qui existe entre résignation, conditionnement et consentement ». La frontière est mince entre les trois ?

C’est émouvant, c’est mon premier « Tu as dit que… ». Bref ! Oui, la frontière est mince, très mince. Quand une jeune fille pose nue sur le net, il y a de fortes chances, à mon avis, pour qu’elle ne soit pas consentante. Être consentante, c’est être armée pour réfléchir et décider or aujourd’hui beaucoup de filles sont lobotomisées par les clips vidéos, les magazines, etc. Il FAUT être parfaite physiquement, être performante sexuellement, etc. Je ne suis pas d’accord avec cette vérité et je pense qu’obéir à ça n’est pas du consentement, mais plutôt une sorte de conditionnement pervers ou une résignation pour être aimé.

-Ce thriller est un huis clos psychologique très nerveux. Tout commence avec une prise d’otage dans laquelle Angèle se trouve impliquée. Présente-nous ton héroïne…

Certains diront qu’Angèle est une pauvre fille, mais elle est trop seule, tout simplement. En fait, c’est une idéaliste. Les rapports humains l’ont tellement déçue qu’elle s’est résignée à sa solitude. C’est sa faille, les autres. Alors, elle s’est créée des mondes parallèles où elle peut vivre avec eux, sans qu’ils ne la blessent plus.

-« Suffisait d’être dans un autre monde pour que les gens bien souhaitent le mal… l’entrepôt était un monde aberrant ». Est-ce que tu considères que chacun peut basculer « de l’autre côté »?

Tout à fait. Ce bouquin c’est aussi un peu pour oublier les « moi, j’aurais fait ça ». Sous pression ou dans un contexte particulier, personne n’est à l’abri d’agir d’une manière contraire à ce qu’il aurait aimé être. Les leçons de courage, c’est beau en théorie, mais la vie, c’est pour de vrai. Donc il me semble que l’indulgence et l’humilité seraient des choix intelligents.

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-Dans l’horreur et l’aberration de la situation, tu explores les méandres du cerveau humain. Comment t’es-tu projetée les réactions d’Angèle ?

Sans trop de difficulté, car je suis fascinée par les mécanismes du cerveau. J’ai éprouvé beaucoup de sympathie pour ce personnage. J’ai juste essayé de la penser humaine, avec ses erreurs, ses contradictions et ses illusions.

-Est-ce qu’on peut dire que tu combats les atrocités par les atrocités (littéraires) ? (Le mal par le mal quoi !) / La folie pour contrer la folie des hommes… j’ai lu ton livre avec ce sentiment. Qu’en penses-tu ?

Oui, combattre la folie par la folie pour qu’elle saute aux yeux. C’est vraiment gnangnan de dire ça, je sais, mais le monde devient fou et ça paraît normal… L’habitude rend aveugle. J’ai juste placé ce qui est, je trouve, notre quotidien un cran au dessus sur l’échelle de la violence. Et d’un coup, les choses se révèlent.

-Il y a de la violence psychologique et physique. Ça t’énerve si je te demande comment une jeune femme comme toi peut écrire/décrire tous ses actes horribles…

Non. C’est une question très fréquente vu mon petit gabarit et mon, paraît-il, grand sourire. Puisque je voulais emmener le lecteur dans cet enfer, il fallait d’abord que j’y entre. Et puis, j’ai mon côté obscur, de toute évidence. Même si, le côté « cervelles qui explosent », ce ne ne sont pas les passages que j’ai préféré écrire.

Ceci étant, on ne se connait pas, si ça se trouve, tu es une sérial killeuse dans la vie ! 

Promis juré, je ne tue en série que les araignées. D’ailleurs si certaines lisent ces quelques lignes je vous préviens que je vais vous biiiiip avec un biiiiiiip dans le biiiip !!!!

-C’est aussi un thriller sur le fameux binôme : pouvoir/domination. Là, c’est dans une situation extrême, mais dans une moindre mesure, ça se passe comme ça dans la vie en général, non ?

Tout à fait. Tout est question d’équilibre et de déséquilibre dans les rapports humains. Sous domination, sous influence, jusqu’où peut-on aller ? Comment tombent les limites, cette sécurité qui nous donne bonne conscience (moi, jamais je…). Jamais vous… ? En êtes-vous si sûrs ?

-Angèle est « une professionnelle de changement de monde ». Elle s’est créé son propre univers. Elle navigue entre les deux à chaque mauvais moment de sa vie. Est-ce qu’Annabelle a aussi deux mondes ?

Heureusement, Annabelle possède des millions de mondes pour échapper à la / sa réalité.

-Parlons de ta passion pour l’écriture. Tu as chopé le virus à quel moment de ta vie ?

Très très tard ! Je suis du genre rebelle et j’ai détesté le français pendant toute ma scolarité. Après le Bac, quand on a arrêté de m’obliger à lire, je m’y suis mise et ça a été une réelle découverte. J’ai dévoré tout ce qui me tombait sous la main. Et puis, un jour, j’ai pris un stylo et j’ai essayé. C’était il y a dix ans. Depuis, ça a pris le pas sur tout. Maintenant c’est devenu « il faut que j’écrive », un besoin comme un autre.

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-Quels genres de nouvelles écrivais-tu dans les revues ?

En nouvelles, je suis assez « diversifiée ». Ça peut aussi bien être du suspens, du conte et parfois même de l’humour ! Bon… mon humour à moi, mais de l’humour quand même ! Sur des textes plus longs, va savoir pourquoi, c’est systématiquement des histoires sombres. Évidemment, on retrouve pas mal de mes textes sur mon blog www.annabellelena.com/ (ça va, ça se voit pas trop que je me fais de la pub ?)

-Peux-tu nous présenter la maison qui t’édite (Piaf)?

Je suis chez Eastern Éditions. C’est une petite maison créée en 2010 par Sébastien Bouchery pour miser sur des jeunes auteurs. Quel que soit leur genre littéraire, l’ambition est que chacun puisse raconter son histoire, à sa manière, tel que lui-même aurait aimé la lire, partager les fictions, les mémoires, les passions. Il y a un site web pour tout savoir : http://www.eastern-editions.com/ (mais, oui, je suis toujours discrète avec ma pub, là…)

-Je déteste faire des interviews par mail. J’aime la rencontre, la vraie, la physique. Je ne sais pas pourquoi j’ai cédé. Te rends-tu compte de la chance incommensurable que tu as ?

Vi, bien sûr mon grand seigneur Mandor mais d’ailleurs vous le désirez de quelle couleur, le marbre, pour la statue en votre honneur ?

Moi aussi j’aurais préféré une vraie rencontre, mais que veux-tu, je suis une fille de la campagne. Je ne suis pas prête encore émotionnellement à parler à un Parisien, en vrai. Et au final, je me rends compte que, l’interview écrite laissant plus de temps à la réflexion, elle permet d’aller plus en profondeur. Bon en fait, faudrait que tu ne fasses plus que ça !

 

L'avis du Point.fr

19 août 2011

Nicole Dubroca: Interview pour La petite fille qui voulait Remourir

La petite fille qui voulait Remourir est un très beau roman de Nicole Dubroca (Morey Editions). J’ai eu un véritable coup de cœur pour ce livre qui touche profondément l’âme. Un parfum d’enfance, un brin de surnaturel (qui n’en est pas forcément), des personnages attachants, la petite histoire dans la grande histoire… une interview s’imposait.

Nicole Dubroca a joué le jeu le plus sincèrement possible, sans rien éluder. Disons donc qu’elle m’a offert là une jolie interview/confession. Merci à elle !

9791900150124.jpgL’histoire :

Une ferme landaise durant la seconde guerre mondiale. Mariane, petite fille de deux ans, est confiée par ses parents aux soins d’une grand-mère austère. Proche de son grand-père, elle tissera un lien secret avec cet homme réfléchi et modeste qui comprendra très vite qu’elle possède un don extraordinaire. Il lui apprendra les choses simples de la vie et l’aidera à trouver un équilibre entre ses perceptions et les petits bonheurs terrestres.

La petite fille qui voulait Remourir relate les ressentis d’une enfant surprenante et d’un monde secret dont elle seule à l’accès. Elle seule ? Pas si sûr. Quel enfant avons-nous été ? Qu’avons-nous gardé de notre enfance et des extraordinaires capacités que nous avions peut-être ? N’y a-t-il pas autour de nous, aujourd’hui encore, une petite fille qui voudrait Remourir ?

184335_1714096784944_1613917047_1603488_7420148_n.jpgL’auteur :

Professeur des écoles puis enseignante dans le secondaire, Nicole Dubroca décide un jour de se consacrer à l’écriture romanesque pour d’autres lecteurs que ses élèves. Cette femme étonnante et passionnée s’inspire de ses propres expériences extrasensorielles.

La petite fille qui voulait Remourir fait partie de sa vie. Témoigner par l’écriture du bonheur ressenti au contact de l’Extraordinaire avec les lecteurs qui se retrouveront en Mariane est l’un de ses plus grands souhaits : « nous avons tous des capacités extraordinaires, il suffit juste d’être attentifs aux petits messages venus d’ailleurs. »

Interview :

«  La petite fille qui voulait Remourir » est votre premier roman. Portiez-vous en vous cette histoire depuis longtemps ?

«  La petite fille qui voulait Remourir… » est mon premier roman édité. Par contre j’ai dans mes tiroirs des dizaines de petits cahiers à carreaux d’écoliers remplis de contes, nouvelles et romans à terminer. La suite de « La petite fille …» est tapée, corrigée, prête à éditée. Cette histoire je la porte en moi depuis la naissance de ma première petite fille qui va bientôt avoir 15 ans. Trois autres enfants sont venus depuis me conforter dans l’idée d’écrire, non pas un roman mais une suite d’histoires qui leur parleraient de leurs racines landaises, de leurs arrières grands-parents, de la rude vie de métayers. Et Mariane a pointé le bout de son nez, toujours aussi curieuse et malicieuse : « Et moi, tu ne parles pas de moi, n’oublie pas que je suis toi. » Comment lui résister ? Il m’en a fallu du temps avant de trouver le style du roman qui laisserait croire au lecteur que Mariane est la narratrice. Ce livre-là, je l’ai détricoté une dizaine de fois avant d’être à peu près satisfaite de la forme à lui donner.

Votre héroïne Mariane, a des dons. Elle est différente. « Si elle fait attention, elle est capable de percevoir l’état des gens qui l’entourent, leur inquiétude, leur joie, leur tristesse et aussi à quoi ils pensent. » Elle sait aussi quand quelqu’un va mourir ou vivre longtemps ou arriver dans l’instants, bref, elle sait.

Mariane a des dons, comme beaucoup d’enfants. Je dirais qu’elle est dotée d’une sensibilité différente, due, peut-être, au fait qu’elle vit en pleine nature au milieu des arbres et des animaux, sans contraintes. C’est elle qui choisit d’aller à l’école. Elle apprend à lire toute seule. Elle se promène où elle veut. Elle est en communication permanente avec la terre et le ciel. Peut-on parler de supranormal ? Est-ce que les enfants ont la faculté de « savoir » très tôt ? Est-ce que les contraintes de la vie, l’éducation des parents, la sociabilisation à outrance effacent tous ces « savoirs » venus d’ailleurs ? Il m’arrive de le croire.

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Mariane est dotée d’une mémoire phénoménale. Comme si son cerveau était capable de tout enregistrer, et de restituer au moment voulu. Une surdouée en somme ?

Surdoué, précoce, haut potentiel, les qualificatifs sont légion pour désigner les enfants dont les capacités intellectuelles dépassent la norme établie. J’ai rencontré dans ma carrière d’enseignante nombre de parents qui prétendaient que leurs enfants étaient surdoués et demandaient qu’ils passent  au niveau supérieur. Ils avaient tous des capacités intellectuelles plus élevées que la moyenne mais ils étaient rarement « surdoués ». Les vrais « surdoués » sont, pour beaucoup, en échec scolaire. Le système n’est pas fait pour eux. Ils s’intéressent à tout et possèdent une mémoire impressionnante, une culture générale hors du commun qu’ils vont piocher dans des livres, des émissions de télé (internet de nos jours est la « bible » des enfants précoces) ou encore auprès d’adultes bienveillants qui prennent le temps de les écouter et de leur enseigner leur savoir. Ils sont difficiles à cerner et d’un tempérament anxieux et solitaire. Il faut gagner leur confiance et toujours les rassurer. Ils sont dotés d’un humour décapant. Je suis persuadée que Pierre Desproges en faisait partie. Ce type d’enfant est souvent en souffrance. Leur empathie est infinie cependant ils ont beaucoup de difficultés à s’adapter à la société et à ses préceptes. Pour en revenir à Mariane, elle a eu beaucoup de chance d’avoir eu un grand-père aussi aimant et prévenant. Je le soupçonne d’avoir été, lui aussi, un « surdoué ».

207281_1796666969147_1613917047_1719193_4460166_n.jpgVous êtes-vous inspirée de vos propres expériences extrasensorielles et si oui, précisément quels sont vos dons à vous ?

J’imagine que vous avez déjà compris que toutes ressemblances entre l’auteure et son héroïne ne sont pas fortuites. Mes perceptions extrasensorielles je les ai prêtées à Mariane tout en lui en rajoutant quelques unes. Que dire de mes propres perceptions ? Comme je n’ai pas souhaité les développer, elles sont restées à l’état embryonnaire mais elles me rattrapent souvent et au moment où je m’y attends le moins. Elles se présentent sous forme de flashs, de rêves prémonitoires ou tout simplement de pressentiments. Celle qui m’a le plus marquée est ce que les américains appellent  une NDE (Near Death Expérience) ou, pour faire simple, une sortie du corps. Hospitalisée d’urgence, j’ai fait une syncope qui m’a expédiée dans une autre dimension. Lors de ce voyage fabuleux j’ai éprouvé et recueilli des « sentiments » hors du commun : de l’AMOUR à l’état pur. Quand je suis revenue à la réalité, j’ai demandé combien de temps avait duré mon malaise. « Quelques minutes m’a-t-on répondu. » J’avais eu l’impression d’être restée absente bien plus longtemps. Je n’ai rien dit. Plusieurs mois se sont passés, après que je me sois mise à lire tout ce qui avait un rapport avec mon expérience, pour que j’ose la raconter autour de moi. Etonnamment, tout le monde avait entendu parler de NDE, sans trop y croire. À ceux qui me disent, à présent, que ce n’était qu’une hallucination, je réponds en souriant, que des hallucinations de ce style j’aimerais en avoir toutes les semaines. À quoi bon essayer de convaincre. J’ai vécu cela et je l’ai reçu comme un cadeau. C’est une grande chance que d’avoir tutoyé le domaine de la mort. La vie prend une dimension différente lorsqu’on est débarrassé de cette angoisse existentielle.

Pensez-vous que les hommes n’exploitent pas assez toutes les capacités de leur cerveau ? Que nous avons tous des dons inexplorés ou que c’est tout simplement une loterie de la vie ?

Les scientifiques semblent avoir démontré que nous n’utilisons que 10 à 20% des facultés de nos cerveaux. Il reste une sacrée place pour tous les dons à exploiter. Je suis persuadée qu’à notre époque, dans les pays dits « développés », les humains ont perdu le vrai sens de la vie. J’entends par là, le goût de regarder, d’écouter, de réfléchir, de créer. Ils sont tirés vers le bas, par les médias, la téléréalité et autres stupidités. Certaines contrées lointaines ont conservé, par tradition, ces savoirs venus d’une lointaine époque transmis de génération en génération. Je pense effectivement que nous avons tous en nous des « territoires » inexplorés. Il n’est pas impossible qu’une minorité ait conservé dans leurs chromosomes un potentiel que les autres n’ont pas. Je ne crois pas au hasard.

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La vraie grand-mère de l'auteure qui est aussi la grand-mère de Mariane dans le roman (photo personnelle de Nicole Dubroca).

La famille de Mariane doit garder ce secret. Quand on a ce genre de dons, pourquoi ne faut-il rien divulguer à l’extérieur.

Dans les années 40 l’église avait encore une grande influence sur les âmes humaines. Il ne faisait pas bon voler la vedette au Dieu tout puissant. Si l’on s’en réfère à l’époque de l’Inquisition toutes pratiques qui étaient considérées comme surnaturelles sans appartenir à la religion étaient assimilées au culte du diable. Aussi fallait-il peu de chose, voire rien du tout, pour être accusé de sorcellerie et périr sur un bûcher. Ces condamnations étaient peut-être encore présentes dans les mémoires collectives. De nos jours, des charlatans ont trouvé un bon créneau pour gagner de l’argent. Il vaut mieux s’en méfier.

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La vraie maison des Landes où s'est située l'action (photo personnelle de Nicole Dubroca).

Mariane réfléchit en permanence sur la guerre, la vie, la mort. Ce sont des sujets qui vous touchent particulièrement ?

Mariane est née le jour où les troupes allemandes ont envahi la France. Son oncle Edmond, le frère aîné de son père, a été tué sur la ligne Magino un mois après sa naissance. La mort, la guerre étaient des mots familiers et mystérieux qu’elle entendait depuis sa toute petite enfance. En parler était un sujet tabou. Les questions qu’elle posait à sa grand-mère étaient toujours éludées, elle n’obtenait pas les réponses qu’elle désirait. « L’oncle Edmond était monté au ciel, auprès du Bon Dieu. »,   « La guerre, c’était la faute des « sales boches. » Or, les boches n’étaient pas sales mais plutôt gentils, du moins celui qui lui avait offert un cadeau et lorsqu’elle était « monté au ciel » elle n’avait pas vu le Bon Dieu. En ce qui me concerne c’était encore pire, mon grand-père paternel était mort à la guerre à Verdun, et ma grand-mère, deux ans plus tard, emportée par la grippe espagnole. Ils avaient 24 ans. Ma mère, pupille de la nation, ne s’est jamais remise de ce traumatisme. J’ai mis beaucoup de temps à me débarrasser de cette angoisse d’abandon qui était la sienne et qu’elle m’avait transmise. J’avoue que, même aujourd’hui, j’ai du mal à regarder un film de guerre. Le livre de Tatiana de Rosnay, « Elle s’appelait Sarah », m’a bouleversée. Je n’ai pas pu me décider à aller voir le film. Pour la mort c’est différent, mon NDE m’a complètement libérée. Pendant cinq années, j’ai participé, à titre bénévole, à l’accompagnement de personnes en fin de vie dans une unité de soins palliatifs. Les malades et leurs familles étaient traités humainement, physiquement et moralement. J’ai énormément appris. Il se passe des choses étonnantes dans les tout derniers instants d’une vie. Par manque de personnel et d’argent ces unités sont en voie de disparition. Je ne sais que penser de l’euthanasie, mais mon point de vue a beaucoup évolué à ce sujet.

227468_1842919085421_1613917047_1783300_2534774_n.jpgMariane est souvent déçue par les grandes personnes. Leurs mensonges, leurs violences… Elle préfère, parfois se murer derrière une fausse indifférence qui l’aide à se maintenir en vie. Pourquoi refuse-telle d’affronter la souffrance ?

Là, je crois qu’il faudrait faire appel aux écrits de Françoise Dolto. Les enfants ont plusieurs moyens d’affronter la souffrance dont les plus courants sont, soit de se renfermer dans une bulle protectrice, de se créer un univers qui les apaise, soit de faire preuve d’agressivité et de décharger leur colère. Ces attitudes ne sont d’ailleurs pas propres aux enfants. Beaucoup d’adultes agissent ainsi. Dans le domaine de la souffrance Mariane n’est pas exceptionnelle. Elle se protège comme elle peut.

Quand Mariane est désespérée, elle voudrait « remourir » et que la grande lumière vienne la chercher. Dites-vous que quand on a des dons de cette nature, on est plus fragile que les gens dits « normaux ».

Mariane, du fait de sa précocité est une enfant hypersensible, une petite éponge qui absorbe tous les événements heureux ou malheureux de son entourage. Elle peut être très joyeuse ou complètement désespérée. REmourir, pour elle, ne signifie pas qu’elle veuille mettre fin à ses jours. Elle voudrait repartir dans l’astral pour y retrouver l’homme bleu qui, croit-elle, l’a abandonnée. Elle se demande même s’il a existé. Les retrouvailles avec ses parents l’ont profondément déçue. Elle se sent déracinée, les grands arbres lui manquent, son grand-père lui manque. Elle est privée de tout ce qui alimentait ses perceptions. Le contact avec la nature est primordial pour les personnes qui possèdent des capacités extrasensorielles. Elles ont besoin de se « recharger » pour ne pas tomber malades. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle j’ai cessé de fréquenter ce milieu très particulier.

L’action se situe lors de la Deuxième Guerre mondiale période trouble de l’histoire. Dans votre livre, les soldats allemands ne sont pas forcément tous méchants et les résistants pas tous exempt de reproches. L’occasion de préciser que le monde n’est pas manichéen ?

Si tous les événements relatés dans mon roman ne sont pas réels, l’épisode où Hans offre une paire de sandalette à Mariane a bien eu lieu. Je ne peux pas dire que je m’en souvienne vraiment mais on me l’a raconté tant de fois que j’ai souhaité en faire état. C’est une si belle histoire. La relation entre Mado et un officier allemand, je ne l’ai apprise que bien plus tard. Elle m’a émue. Ils se seraient rencontrés en temps de paix, ils auraient pu vivre leur amour au grand jour. Ils ne se sont jamais revus et j’imagine que pour lui, comme pour Hans, la guerre s’est arrêtée sur le front de l’est .La bataille de Kourks, en Ukraine entre juillet et aout 1943 a couté la vie à plus de 1 500 000 allemands. Qui peut dire de quel côté étaient « les gentils » et les « méchants » ? Quant aux exactions perpétrées par certains prétendus résistants à la libération, elles sont loin d’être glorieuses. «  Quelle connerie, la guerre ! »

Parlons littérature. Quels sont vos auteurs fétiches et vos livres de chevet ?

J’ai lu énormément de livres depuis mon adolescence. Il m’est très difficile de faire un choix. Mes livres fétiches, ceux que j’emporterais sur une île déserte, sont à coup sûr : Les fleurs du mal, Cyrano de Bergerac, Belle du seigneur, L’œuvre au noir, Manuel du savoir vivre à l’usage des rustres et des mal polis et toute la série des Rougon-Macquart. Tout ceci me résume assez bien je crois. Mes livres de chevets varient en fonction de mes coups de cœur du moment. Facebook m’a procuré de très jolis surprises ces derniers temps et ne voulant vexer personne, je n’en citerai aucun. Je dirai simplement que je me suis régalée en lisant deux thrillers décapants, une nouvelle saisissante, un joli roman rempli d’humour qui évoque la vie au quotidien d’une famille recomposée et un récit qui m’a permis de revisiter Paris d’une autre manière. Comprend qui peut (sourire). Je ne voudrais pas clore ce chapitre sans évoquer Tatiana de Rosnay dont j’ai lu tous les livres. Une belle personne. 

Racontez-nous comment vous avez rencontré avec votre éditrice, Florence Dell’aiera.

En décembre 2009 j’avais envoyé un manuscrit (pas celui de «  La petite fille… ») pour participer à un concours et je cherchais les blogs de personnes qui participaient à ce même concours. Je suis tombée sur celui de Forence et très vite nous avons sympathisé. Malgré notre différence d’âge nous avons beaucoup d’idées communes dans de nombreux domaines. Ni l’une ni l’autre n’avons été retenues comme finalistes. Florence a décidé de s’auto-éditer, je l’y ai encouragée. Elle a monté sa maison d’édition  Morey éditions et son roman « Catharsis » est paru en mars 2010. Une sacrée performance. Par la suite, elle s’est jetée à corps perdu dans cette entreprise qui la passionnait. Fin 2010 elle m’a proposée d’éditer mon roman qui est sorti en juin 2011. Une belle histoire que notre amitié.

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Pouvez-vous me parler du livre que vous écrivez avec elle ?

Au départ, « Catharsis », le roman de Florence, devait être le premier tome d’une série fantastique. Son entreprise lui laissait peu de temps à consacrer à l’écriture. Elle m’a demandé si j’acceptais de coécrire le deuxième tome. J’ai tout de suite accepté, l’aventure me tentait. Nous nous sommes rencontrées pour la première fois en juillet et nous nous sommes mises au travail : quinze jours à mettre au point la structure du roman et à nous interroger sur la suite à donner en fonction des événements qui avaient précédés. Nous avons décidé qu’une partie de du livre se situerait en Angleterre à l’époque où le christianisme l’emportait sur le paganisme, la tradition celtique. Parallèlement l’empreinte du passé aurait des répercutions sur les personnages de notre temps. Dans ce travail nous sommes complémentaires. Florence est dotée d’une belle imagination que je tempère parfois afin de rendre crédible une histoire « Extra-Ordinaire ». L’alliance de la jeunesse et de la sagesse en somme. (Sourire)

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Florence Dell'aiera, coïncidence (?) a elle aussi été mandorisée...

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18 juillet 2011

Sophie Adriansen: interview sur un début de carrière littéraire

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Sophie Adriansen est la Sophie du blog Sophielit (qui connait un bien beau succès depuis deux ans que ce blog (et donc Sophie) donne son avis éclairé sur de nombreux livres). Je ne peux pas le cacher, nous nous connaissons un peu. Pas beaucoup, on se croise, mais souvent (salons du livre et autres soirées littéraires). J’ai même animé une rencontre publique dont le but était de présenter son premier livre (co-écrit avec Rodolphe Macia), Je vous emmène au bout de la ligne.

Elle vient de publier une nouvelle dans le recueil Six façons de le dire au côté d’écrivains qui n’ont plus rien à prouver (Hein ? Quoi ? Qui n’a plus rien à prouver dans ce bas monde?). Le 1er juillet dernier, l’occasion était belle de se retrouver pour faire un premier point sur ses premiers pas dans le monde de la littérature (dans le seul bar ouvert près de mon boulot… certainement pas le plus glamour en tout cas.)

Les deux livres :

livre-je-vous-emmene-au-bout-de-la-ligne-metro1.jpgJe vous emmène au bout de la ligne :

Le métro parisien, ce n’est pas le pont d’Avignon : on y dort plutôt qu’on y danse. Et pourtant, il suffirait d’ouvrir les yeux pour découvrir un monde différent et riche. Rodolphe, conducteur sur la ligne 2, nous y entraîne. Il a derrière lui vingt ans de vie sous terre. Avec drôlerie et gourmandise, il nous raconte ce territoire tel qu’il se livre à l’homme dans la cabine: les créatures qu’il y croise, les rituels qu’il observe, les aventures les plus inattendues qui ébranlent la routine. Entre Nation et Porte Dauphine, faune et flore sont examinées avec un regard tendre et affûté : fêtards, contrôleurs, suicidaires, érotomanes, musiciens ou mendiants...
À Paris, plus de 5 millions de personnes prennent le métro chaque jour. À l’heure de pointe, en fin de journée, 540 trains circulent simultanément sur tout le réseau. Tout le monde semble pressé de remonter à la surface. Et pourtant, les coulisses de ce monde underground ont de quoi fasciner et la mission du conducteur peut parfois s’avérer héroïque. Sophie Adriansen, qui a co-écrit ce livre avec Rodolphe Macia, ne s’y est pas trompée en tombant amoureuse de l’homme autant que de son métier.

Six-facons-de-le-dire_couverture.jpgSix façons de le dire :

Avec Bernard, David Foenkinos signe une comédie hilarante sur la difficulté de retourner vivre chez ses parents après cinquante ans. Nicolas d'Estienne d'Orves, lui, commet Coup de Fourchette, un polar déjanté sur l'univers de la gastronomie, tandis que Yasmina Khadra nous offre La Longue Nuit d'un repenti, un texte engagé sur les grands thèmes qui ont fait son succès. Mercedes Deambrosis a, quant à elle, choisi le genre historique pour aborder la condition des femmes au début du XXe siècle dans son très joli De naissance, et Christophe Ferré le drame psychologique pour nous raconter un amour fou à la veille du 11 septembre : La Photographe qui a reçu le Grand prix de la nouvelle de l'Académie française. Il ne restait plus que la comédie romantique, dont Sophie Adriansen s'est emparée avec brio dans Santé !, pour traiter de l'amour à l'épreuve de l'erreur médicale.

Interview :

Mandor : Tu viens de l’univers des chiffres, plus particulièrement celui de la banque. Comment passe-t-on du monde des chiffres à celui des lettres ?

Sophie Adriansen : Dans la banque, j’étais déjà dans la communication. Je n’étais pas dans une salle des marchés. J’ai créé le journal interne de la filiale dans laquelle j’officiais, je faisais du journalisme d’entreprise tous les mois. Il y avait déjà ce truc de partager. C’est le mot clef de ma vie : partager.

sophie andriansen, je vous emmene au bout de la ligne, six façons de le dire, interview, mandor-Comment as-tu eu l’idée de créer ton blog Sophielit ?

-J’ai toujours beaucoup lu et quand j’aime un livre, j’ai tendance à saouler tout le monde avec. J’ai toujours fait en sorte que tous mes proches lisent les livres que j’ai aimés. A un moment donné, je me suis dit qu’au lieu de saouler mes amis, je pouvais aussi mettre mes goûts à disposition afin que même des gens que je ne connaissais pas puissent profiter de mes conseils.

-Le but de ton blog est d’inciter les gens à lire les livres que tu as appréciés.

-Oui, et je n’ai pas de méthode. Au début, mes billets étaient très courts. Je me contentais de donner mon avis positif,  sans trop étayer. Juste une phrase ou deux. Bon, plus on lit, plus on aiguise son jugement, plus on compare les livres, les uns par rapport aux autres. Pour donner envie, il faut faire ressortir ce qui peut toucher les gens en termes d’émotion. Faire ressortir quelque chose d’universelle d’une histoire particulière. J’essaie de faire comprendre ce qui m’a touché de façon à ce que d’autres puissent être touchés par la même chose.

-As-tu des retours des auteurs que tu « critiques » sur ton blog ?

-Cela arrive. Les retours viennent plus naturellement quand les billets sont positifs. C’est facile d’envoyer un message de remerciement.

-As-tu parfois la dent dure ?

-Je dis ce que je pense, en tout cas. Ça me vaut parfois des commentaires injurieux. Pas de la part des auteurs, mais de la part des lecteurs qui, eux, ont aimé. Cela dit, ça m’arrive aussi d’avoir des commentaires injurieux de la part des gens qui ont détesté un livre que j’ai aimé. On ne peut pas convaincre. Mon but n’est d’ailleurs pas de convaincre, mais de proposer, de partager ce que j’ai ressenti.

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-Quand on parle des livres, on a envie d’écrire, on a envie d’être édité. Toi, tu as déjà deux actualités : Je vous emmène au bout de la ligne d’abord et Six façons de le dire, ensuite.

-J’écris depuis plus longtemps que je tiens mon blog. Pour le premier livre, je trouvais que Rodolphe Macia avait une matière. Un témoignage, on s’en fout, si c’est creux, vide et inconsistant. Le témoignage d’un conducteur de métro proposé aux usagers, et plus largement, au public, était une idée enthousiasmante. La difficulté était d’intéresser le lecteur.

-Tu as réussi parce que l’accueil a été très bon. De la part des critiques littéraires et des lecteurs.

-Je suis assez satisfaite, en effet. Tous les retours sont assez positivement unanimes. Et parce qu’on a eu pas mal de retours de retraités ou de conducteurs en activité qui nous ont remerciés et qui ont eu l’impression qu’on leur donnait la parole avec ce livre. Comme quoi, une trajectoire personnelle peut résonner chez plein de gens. Ce livre a eu chez eux un effet haut-parleur positif.

-Ça t’a fait quoi de voir ce livre la première fois ?

-Ça s’est passé chez l’éditeur, c’était encore un peu « hors-circuit ». Par contre, quand je l’ai vu la première fois au Virgin des Grands Boulevards le jour de sa sortie, au milieu d’autres livres, là, c’est devenu concret. 

sophie andriansen,je vous emmene au bout de la ligne,six façons de le dire,interview,mandor-Dans ton deuxième livre, tu es au milieu de 5 autres auteurs beaucoup plus réputés que toi : David Foenkinos, Mercedes Deambrosis, Christophe Ferré, Nicolas d'Estienne d’Orves et Yasmina Khadra. Par quel prodige es-tu arrivé à ce résultat ?

-Les éditions Moteur sont spécialisées dans les nouvelles « prêt à adapter ». Moi, j’ai découvert Émilie Frèche, qui est l’une des deux fondatrices de la maison d’édition et aussi romancière, quand j’étais blogueuse. Un jour, je lui ai demandé si je pouvais essayer de lui envoyer un texte.Moteur manquait de comédies romantiques, je lui en ai donc envoyé une.  Elle n’a pas été convaincue par mon texte. Du coup, quand est arrivé ce projet de compilation, elle savait comment j’écrivais et elle m’a proposé d’en faire partie, avec une contrainte de délais. J’ai accepté sous réserve que je trouve une bonne idée.

-Ta nouvelle est une comédie romantique, certes, mais pas que ça. Je la trouve même sarcastique et  très noire.

-Ah bon ? Mais l’histoire d’amour du couple, Monique et Yann, qui est le fil conducteur de ma nouvelle, se termine bien.

-D’accord, mais il y a beaucoup de messages sous-jacents… Tu as un côté très obscur.

-La principale violence que j’ai dû me faire, c’est de trouver des choses drôles à écrire et de mettre de l’amour aussi. Si je m’écoutais, je n’écrirais que des choses noires. 

-Ta nouvelle est difficile à résumer… ce qui est le cas de toutes les nouvelles en général.

-Il y a dans la mienne tellement de rebondissements que j’ai du mal à en parler. Lorsque je dois la résumer, j’ai toujours envie d’aller jusqu’au rebondissement d’après et, à un moment donné, tout est dévoilé.

sophie andriansen,je vous emmene au bout de la ligne,six façons de le dire,interview,mandor-Tu es en compagnie d’auteurs que tu apprécies vraiment. C’est une belle coïncidence !

-Le livre existe depuis 3 mois et j’ai toujours du mal à croire à cet assemblage de nom sur la couverture. Forcément, c’est hyper flatteur. Les cinq autres sont sortis en petit volume l’année dernière, je les avais donc déjà lus. Je connaissais la qualité des textes, donc j’ai pris ma participation comme un énorme challenge. Émilie Frèche m’a d’ailleurs mis de la pression en me rappelant qu’étant donné la qualité des textes, il fallait que le mien soit à niveau.

-La pression ne te bloque donc pas dans la création littéraire ?

-La pression tu en fais ce que tu veux. Soit elle t’écrase et tu n’avances pas, soit tu décides que tu y arriveras. En même temps, je n’y serais pas arrivée sans l’éditrice qui a fait un vrai boulot d’éditrice. Elle a eu un vrai regard extérieur pour me guider et m’amener au texte final.

-Y-a-t-il  eu beaucoup d’échanges avec elle, beaucoup d’aller-retour du texte ?

-Oui, pas mal. Mais, en même temps, il fallait faire vite, nous étions limitées par le temps.

-Du coup, quand il faut retoucher son texte, est-ce que l’on se remet sérieusement en question ?

-Je me suis dit que l’éditrice à un paquet de romans à son actif, elle a un paquet d’auteurs dont elle a fait sortir des textes en tant qu’éditrice. Moi, je suis apprentie écrivain, juste je ferme ma gueule et j’apprends. En si peu de temps, du coup, j’ai appris énormément. La contrainte de signes à fait que j’ai taillé et retaillé mon texte pour ne recueillir que la substantifique moelle. Émilie Frèche m’a fait grandir sur le plan de l’écriture.

-A quand une histoire longue… un roman quoi ?

-J’en ai écrit plein. Un devrait voir le jour bientôt.

-Tu commences à te faire un nom dans le milieu…

-Oui, mais le combat est rude pour parvenir à ce que je souhaite, parce qu’il y a autant de personnes qui lisent que de personnes qui écrivent. De plus, le milieu de l’édition est un monde impitoyable. Mais, j’avance, pas à pas. Je vais prendre mon temps et j’espère parvenir à aboutir à ce que je veux. Vivre de ma plume en tant qu’écrivain.

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