Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

20 octobre 2011

Salon: "A la rencontre des auteurs" à Avon

salon du livre,avon,à la rencontre des auteursOK, dimanche dernier, j’ai fait des infidélités à mes deux salons préférés (entendez que j’anime depuis plus de trois ans), ceux d’Ozoir-la-Ferrière et de Provins !

J’ai été contacté pour animer le Salon du livre d’Avon, intitulé fort judicieusement, « À la rencontre des auteurs ». Je ne sais pas résister. Si on me demande d’aller dans un endroit pour rencontrer/interviewer une pléiade d’auteurs, je rapplique. (Je veux dire, si on me demande poliment et si on veut bien rétribuer mon immense talent d’intervieweur professionnel. Aheum…).

En tout, une cinquantaine d’auteurs de Seine-et-Marne et des environs ont échangé avec le public, dédicacé leurs ouvrages et à une dizaine d’exceptions près, sont passés par mon micro.

Voici quelques clichés…

salon du livre, avon, à la rencontre des auteurs

salon du livre, avon, à la rencontre des auteurs

salon du livre, avon, à la rencontre des auteurs

salon du livre, avon, à la rencontre des auteurs

salon du livre, avon, à la rencontre des auteurs

Ici, Jean-Pierre Le Poulain, le maire de la ville et 1er vice-président de la Communauté de Communes du Pays de Fontainebleau.

salon du livre, avon, à la rencontre des auteurs

salon du livre, avon, à la rencontre des auteurs

salon du livre, avon, à la rencontre des auteurs

09 octobre 2011

Kaoutar Harchi: interview pour "L'ampleur du saccage"

kaoutar harchi, l'ampleur du saccage, interview, mandor

Kaoutar Harchi sort un second livre-choc et poignant. J’avais beaucoup apprécié son premier, Zone cinglée, j’avais donc hâte de découvrir L’ampleur du saccage. Il se pourrait bien que cette jeune auteure (24 ans) soit en train de construire une œuvre. Une œuvre à vous couper le souffle. Le 20 septembre dernier, nous nous sommes retrouvés au Café Livres, son QG.

kaoutar harchi, l'ampleur du saccage, interview, mandor4e de couverture :

Héritiers maudits d'un effrayant geste collectif attisé par une féroce répression sexuelle qui, trente ans plus tôt, a profané le corps d'une femme et marqué leurs destins respectifs du sceau de la désespérance, quatre hommes liés par la fatalité du sacrilège traversent la Méditerranée pour connaître, sous le ciel algérien, l'ultime épisode de leur inconsolable désastre. Sur un motif de tragédie antique, de crimes réitérés et d'impossible expiation, Kaoutar Harchi retrace, de la nuit d'une prison française à la quête des origines sous les cieux de l'Algérie, la fable funeste d'une humanité condamnée à s'entredéchirer dès lors que ceux qui la composent, interdits de parole ou ligotés par le refoulement de leur mémoire, sont rendus incapables d'exorciser les démons qui gouvernent leur chair animale.

L’auteur :

Née à Strasbourg en 1987, de parents Marocains, Kaoutar Harchi, titulaire d'une licence de lettres modernes, d'un master de socio-anthropologie et d'un master de socio-critique est, depuis 2010, doctorante-monitrice à la Sorbonne, où elle assure des enseignements en littérature et sociologie. Elle vit aujourd'hui dans la région parisienne.
Elle est l'auteure des deux romans : Zone cinglée (Sarbacane; 2009) et L'Ampleur du saccage (Actes Sud ; 2011).

kaoutar harchi,l'ampleur du saccage,interview,mandorInterview:

J’ai lu ton précédent roman Zone Cinglée et je trouve qu’il y a beaucoup de points communs avec L’ampleur du saccage. D’abord, le narrateur est encore un homme.

J’ai beaucoup de mal à me défaire de ce procédé. Pour mon premier roman, je ne me suis pas posée de question. C’était une option, je l’ai choisi. Pour le deuxième roman, effectivement, je réitère l’expérience d’un « je » masculin. Mais, aujourd’hui, je me demande où ça va me mener. Je pense que si je parlais en tant que femme, j’aurais beaucoup de difficultés à exprimer mes idées et mes histoires, par rapport aux univers dans lesquels j’inscris mes romans, l’univers algérien, et plus généralement, l’univers arabo-musulman. Je dis qu’effectivement, il y a une condition féminine qui existe, qui est très compliquée et sur laquelle il faut continuer à écrire. Je pense qu’il y a aussi, parallèlement à ça, ce que j’appelle une condition masculine, c'est-à-dire qu’il existe aussi, pour les hommes, des difficultés à gérer leur propre corps, des difficultés à gérer, à supporter le corps féminin, et des difficultés à mettre en place un dialogue avec les êtres de l’autre sexe. Pour moi, c’est aussi intéressant de voir du côté des hommes, parce qu’ils sont très souvent caricaturés ou placés dans des positions qui sont effectivement les leurs à un moment donné, mais qui, en tout cas, possèdent des liens, des explications, qui échappent totalement à la dualité « femmes victimes » et « hommes dominants ».

Mais, en étant une femme, n’est-ce pas un peu biaiser la réalité que de parler à leur place?

Je ne sais pas si je parviens bien à décrire la psychologie masculine, mais ce n’est pas ça qui m’intéresse. Ce qui m’intéresse le plus c’est de réussir à raconter une histoire en mettant en place des personnages masculins qui ont des rapports complexes avec les femmes et qui, à partir de là, se retrouvent avec une existence et un destin qui les accablent totalement. C’est la fatalité qui pèse sur ses destins qui me passionne !

Dans ce roman, il y a la notion de filiation, de l’inceste, la répression sexuelle des hommes envers les femmes, thèmes déjà abordés dans le précédent. C’est une obsession chez toi ?

Ça me travaille depuis longtemps. Le fait d’inverser les polarités aussi. Faire des hommes l’objet du discours et moi, la femme celle qui tient ce discours, c’est aussi une manière de m’émanciper de ce regard masculin. C'est-à-dire, qu’à un moment donné, la femme n’est plus ce qui est décrit, jugé ou observé, mais c’est le masculin qui est passé au microscope. C’est une manière de rééquilibrer les regards et le poids des regards, plus particulièrement. Une manière aussi de m’insérer au sein du monde masculin et d’en dire quelque chose.

Excuse-moi cette question personnelle, mais, du coup, dans la vie, tu n’as pas peur de faire peur aux hommes ?

Je ne pense pas. Les hommes en général ou les hommes maghrébins en particulier sont très empêtrés dans leurs propres problèmes et questionnements. Il y a cette espèce de poids très lourd qui est celui de la masculinité et de la virilité, de se définir comme puissant et surpuissant. Je ne pense pas que dans l’esprit des hommes, les choses soient aussi figées et aussi solides que ça. Il me semble que, de leur côté, il y a aussi beaucoup de fragilité, de peur, d’angoisse à l’égard de ce que les femmes peuvent penser d’eux. Donc, effectivement, même si j’y vais de manière un peu brutale, j’ai quand même le sentiment de leur tendre une perche. Finalement, je ne fais que tenter d’ouvrir un dialogue sur ce que, eux, ressentent, même si les questions liées à la sexualité sont particulièrement dures à soulever dans ce type de culture là.

kaoutar harchi,l'ampleur du saccage,interview,mandor

Tu fais un distinguo entre les hommes en général et les hommes maghrébins.

Je pense que la culture arabo-musulmane fait jouer des rôles à l’homme, à la figure du père ou du frère et que, finalement, la culture occidentale laisse des marges de liberté beaucoup plus grandes. La question de la possibilité de se présenter en tant qu’homme ayant des faiblesses ou ne souhaitant pas se marier ou n’étant pas soucieux d’épouser une femme vierge, il y a des choses comme ça qui pèsent beaucoup dans l’imaginaire arabo-musulman et qui sont liées à une culture très forte et à une dimension plus ou moins sclérosée de ces sociétés-là. La question religieuse y est particulièrement forte, donc, à partir de là, le modèle social est particulièrement rigide. Les écarts, car écarts il y a, sont réprimandés. L’homosexualité est un sujet à fleur de peau, pour ne pas dire tabou, dans la société algérienne, Marocaine et Tunisienne. Dans mon livre, entre deux des héros, Si Larbi et Riddah, il y a une atmosphère ambigüe. On ne sait pas bien si leur relation est homosexuelle ou pas. J’étais intéressée par la possibilité d’installer ce que j’appelle une forme d’homo-érotisme. Il y a quelque chose dans l’air qui pourrait faire penser à une relation amoureuse ou charnelle entre ces deux hommes, tout en laissant le lecteur libre d’imaginer ce qu’il veut. Dans la société que j’ai voulu décrire, il y a une disparition croissante des femmes, parce que parties, parce que plus émancipées, parce que plus libres, parce que déjà mariées, et une forme de peuple masculin qui se retrouve seul et qui se demande comment il est possible à son corps d’évoluer sans femmes.

C’est une manière de ne pas assumer son homosexualité ?

Oui. C’est une sexualité qui se construit à défaut. Ce n’est pas tant le corps masculin qui est attirant, que  le corps féminin qui brille par son absence. C’est à ça que je suis particulièrement sensible. Comment des hommes maghrébins qui viennent pour travailler en France et qui ne connaissent personne gèrent leur sexualité. Lorsque je parle de sexualité, je ne parle pas juste du rapport sexuel, je parle aussi de la capacité d’aimer et de se faire aimer et de se créer des situations d’échanges pour ces temps-là.

kaoutar harchi,l'ampleur du saccage,interview,mandorÀ part Tahar Ben Jennoun dans La plus haute des solitudes et toi, aucun auteur n’a traité ce sujet.

Ce sont des questions qui sont taboues. Moi, j’y suis allée avec une forme d’innocence, même si après, je me suis dit que peut-être, c’était un terrain un peu dangereux. Ma parole n’est pas politique, j n’ai pas de mandat, je ne suis pas élue, ma liberté d’expression est donc sans limites.

Tu n’as pas peur que certains te reprochent de raconter ce genre d’histoire?

Ça dépend des reproches. J’entends parfois : « cette image que tu donnes de nous, ce n’est pas soutenir le pays ou l’ensemble culturel que de dire des choses pareilles. » Oui, mais en même temps, ce n’est pas mon problème. J’ai cette envie et ce besoin d’aller vers les choses qui sont sensibles. Je trouve que la question du corps féminin dans la culture arabo-musulmane est une question qui fait encore débat, alors je débats.

Toi qui es une jeune fille moderne, tu sens ce poids culturel ?

À une époque, je l’ai senti très fortement. L’adolescence, c’est une époque que j’ai trouvé très compliquée par rapport à ça, par rapport au regard de la mère et au regard du père. Ils sont encore dans une culture très traditionnelle et ils sont un peu effrayés par la modernité et par comment vivent leurs enfants. À un moment donné, ça m’a touché. Il est possible qu’en raison du fait que je sois une fille, il y ait des choses qui ne me soient pas permises, alors qu’en étant un garçon, j’aurais pu les posséder sans problème. Je m’en suis très rapidement émancipée par les études et par la capacité à aller au combat. J’y reviens sur le plan littéraire aujourd’hui parce qu’il y a matière à dire les choses, à créer un dialogue, un échange et même du conflit. Le conflit est très structurant si on accepte de le mener de manière intelligente et sans préjugé.

La littérature, c’est aussi pour mener un combat.

Moi, je le vis beaucoup comme ça. Mais, c’est sûrement lié à mon histoire et mes études. J’entends parfois des gens qui vivent et racontent tout ça de manière plus légère, plus divertissante et il faut aussi ce type de point de vue. Nous en avons discuté assez souvent tous les deux. Moi, je ne suis pas un clown, je n’ai pas envie spécialement de faire rire les gens. C’est en tout cas, en écrivant de cette nature que je trouve un sens à mon existence.

Soit tu écris des actes de manière frontale et brut, soit tu suggères.

Il y a des scènes qui imposent la violence d’elle-même, ça devient donc compliqué d’éluder ou de contourner le problème en suggérant les choses. Quand, par exemple, le viol est décrit, c’est un des moments forts du roman, j’y vais frontalement. Je trouve que c’est la possibilité de faire imaginer ça à quelqu’un d’autre que soi même qui est en soi une violence. Je ne veux pas être constamment dans quelque chose de trash, de très évasif ou fuyant. J’essaie de moduler les scènes qui méritent d’être dites et qui méritent d’être imposées aux lecteurs. J’oscille entre réalité et atmosphérique. C’est un jeu d’ajustement habile.

Je t’ai connu alors que tu étais chez Sarbacane, maison spécialisée dans la littérature adolescente, et te voilà chez Actes Sud. Pourquoi avoir choisi cette honorable maison ?

Parce que c’est une maison d’édition qui a une ligne éditoriale très cohérente. C’est l’ouverture sur le monde et particulièrement sur le monde arabe et le Proche Orient. Son catalogue fait aussi tourner la tête. C’est aussi une manière de créer des filiations avec des auteurs que j’apprécie tout particulièrement. J’aime l’idée d’intégrer cette forme de famille là, ce cousinage imaginaire…

Et tu acquiers une certaine légitimité en intégrant cette maison. 

J’avais le sentiment qu’il me manquait quelque chose et ce quelque chose, c’était l’ouverture sur un public généraliste. Comme tu le disais, je viens de la littérature dite « pour ado », je voulais me confronter au public plus large et complexe de la littérature adulte. Je prends ce deuxième roman comme un deuxième nouveau départ. Je te dis, j’ai besoin d’aller au combat.


Kaoutar Harchi : "Arezki va se rendre compte... par ActesSud

Voici aussi l'avis toujours (éclairé) de Carole Zalberg...

Et après l'interview...

kaoutar harchi,l'ampleur du saccage,interview,mandor

29 août 2011

Estelle Penain: interview pour Miami sous les éclairs

est5.jpg

J’ai rencontré Estelle Penain au Salon du Livre de Châteauroux. Nous étions deux des nombreux auteurs invités. Comme elle logeait dans le même hôtel que la petite bande que nous formions avec… (bon, si vous voulez jeter un coup d’œil, c’est ici), la jeune femme a su très facilement s’intégrer à elle. Déjeuner, diner, sortie nocturne, conversations… mais je n’avais pas lu son livre Miami sous les éclairs. J’avais un peu peur d’être déçu et de ne pas oser lui dire ensuite (cela arrive parfois quand on fréquente des auteurs). Mais, récemment, envahi par mon insatiable curiosité, je me suis plongé dans son roman… au début, un peu dérouté, rapidement, j’ai suivi avec plaisir et intérêt les aventures amoureuses de Cristiana. Évidemment, une mandorisation s’est tenue après lecture. Le 25 juillet 2011, Estelle m'a rendu visite à l’agence dans laquelle je travaille... je lui ai posé quelques questions.

est4.jpg4e de couverture :

Après des années à se mentir, cachée derrière des masques pour supporter la vie, Cristiana part à la conquête de sa nature profonde. Au fil des pages et des rencontres, l’amour se métamorphose. Ce livre est le message d’espoir d’une femme ayant pris son destin en main. Un parcours initiatique où l’amour dévoile ses multiples facettes, passant de la noirceur à la clarté de son âme, de la prison de l’ignorance à la liberté d’être. C’est un roman traitant de la quête de soi à travers les relations amoureuses. Un reflet de la génération actuelle, un retour vers des valeurs essentielles.

L’auteur :

Estelle Penain a vu naître son goût de l’écriture dès l’enfance en posant sa plume dans un journal intime, un carnet de poésie et des réflexions sur les sentiments et la société. Puis, elle découvre la radio et anime une émission pendant ses années collège. Diplômée du conservatoire de musique, le piano lui apporte l’expression artistique. Un diplôme littéraire en poche et quatre ans d’université plus tard, la musicienne devient choriste et chante en France et à l’étranger pendant dix ans, passant de scènes prestigieuses à des représentations dans la rue au contact du public. La scène lui apporte de grands moments de bonheur. Elle suit également des cours de théâtre, participe à des ateliers permettant l’expression corporelle et exprime sa créativité lors d’improvisations théâtrales. Elle s’initie ensuite à la réalisation de film et à l’écriture de scénario avec l’ambition d’instruire, de divertir, d’informer.

est3.jpgDans le même temps, Estelle se passionne pour le développement personnel et suit des séminaires, apprend par la lecture les notions de psychologie, de sociologie, de spiritualité, rencontre des médecins parlant de thérapies ouvrant la conscience vers d’autres dimensions et se passionne pour cette quête de soi. Elle suit l’enseignement d’un maître depuis quelques années, apprenant à se servir de techniques de soin. Et également l’enseignement d’un scientifique avec l’approche de la dynamique matricielle et ses techniques de guérison par les sons.

Estelle Penain a écrit un premier roman « Miami sous les éclairs », ainsi que d’autres écrits (scénario, texte théâtral, chroniques, contenus) afin de partager l’enseignement que la Vie lui a offert. Estelle Penain est membre de la Société des Gens de Lettres.

Interview :

Dans ta biographie, il est indiqué que tu écris depuis toujours…  ?

C’est tout à fait vrai ! Petite, ma mère me racontait que je faisais faire des vraies rédactions à des élèves imaginaires et que je passais du temps à écrire sur leurs cahiers et les corriger. Ça m’a occupé bien des après-midi. Il parait aussi que j’écrivais de la poésie. Je serai curieuse de remettre la main sur ces chefs-d'œuvre… 3 petites phrases qui se suivaient et qui rimaient, pour moi, ça en jetait ! Aujourd'hui, j’écris régulièrement avec parfois de grandes vagues d’inspirations alternées par des moments de pause, de réflexion, de lectures. C’est une expérience très prenante qui est aussi matière à remise en question. Être lue, c’est prendre le risque de plaire ou pas et donc d’être critiqué. En ce sens, cela demande de dépasser certaines peurs.

Dans ta vie, j’ai l’impression que tu es allée dans plein de directions différentes.

Pas tant que ça ! J’ai une qualité qui parfois peut être un défaut, je suis très curieuse et j’ai la particularité de vouloir expérimenter ce que j’ai envie de vivre. Je ne veux pas me contenter de lire uniquement, mais je veux vraiment essayer de moi-même. Au début, dans le domaine culturel puis plus tard dans celui du développement personnel. Aujourd’hui, je fais un mixage des deux. Chez n’importe quel artiste, il y a de l’introspection à un moment ou à un autre. Pour un comédien, par exemple, plus tu  te connais, plus tu es à l’aise dans le jeu. J’ai essayé tous les milieux artistiques pour voir où j’étais à ma place. J’ai été chanteuse pendant 10 ans. Chanteuse/choriste, jamais leader à cause d’un manque probant de confiance. C’est mon grand regret d’ailleurs. Il n’est pas exclu que je me remette à chanter dans un groupe un jour prochain.

est2.jpgL’écriture de ce livre a commencé il y a combien de temps…

Il y a quatre ans. Un vrai coup de foudre sentimental a déclenché l’envie d’analyser la relation amoureuse. Tenter de comprendre cette souffrance que l’on rencontre parfois dans les histoires d’amour en était le moteur. L’amour se cultive, se travaille, se cherche, s’apprivoise et aimer cela s’apprend, cela peut prendre une vie…

 « Miami sous les éclairs » raconte une histoire d’amour complètement dingue qui a duré des années et des années. C'est la tienne et donc, dans le livre, celle de Cristiana qui aime Samy.  Il y a beaucoup de toi dans ton héroïne ?

Autant les autres personnages n’ont pas tous existé dans la vie, autant Samy, lui, a vraiment existé. Et effectivement, il y a beaucoup de moi dans Cristiana. Mais, il ne faut pas perdre de vue qu’il s’agit d’un roman.

Il est question de la violence physique que peuvent vivre les femmes…

Moi, j’ai vécu la violence chez une personne. Ça m’a suffi, j’ai vu ce que c’était. L’homme qui m’a fait subir ça pourrait être incarné par le Fabio de mon livre, mais pas tout à fait quand même… Bref, j’ai vu des femmes se faire battre et qui ne partent pas. C’est incroyable de rester quand on est malheureux! Qu’est-ce qui fait que tu restes avec quelqu’un alors que tu sais que tu n’es pas heureux ? Moi, j’ai été une victime et j’ai mis un moment à m’en rendre compte. Je suis partie quand j’ai enfin compris ça. Je ne sais pas qui a écrit : « l’âme a profondément horreur du vide ». Si toi, on t’a appris l’amour, à priori, tu as une conscience de l’amour, mais si on ne t’a pas appris, pour toi « aimer », ça peut être la violence. Si tu es né dans une famille qui se tapait dessus, tu auras beau vouloir être aimé normalement, tu as de grandes choses d’attirer vers toi quelqu’un dans ce que tu connais. Donc, effectivement, exister violemment aux yeux de quelqu’un, c’est quand même exister. C’est mieux que rien.

Dans ce livre, tu abordes toutes les formes d’amour.

Mon livre parle d’une rédemption. Donc pour avoir une rédemption, il faut passer par différents stades. Là où il y a beaucoup de mon parcours, ce sont les passages sur les souffrances. Autant ça n’a pas toujours été facile, autant aujourd’hui, ça m’a donné une palette d’émotion que j’ai pu traduire comme ça. Ca n’a pas été tout rose, certes, mais le but n’était pas de m’apitoyer. Je me sers de ces émotions aujourd’hui pour raconter des histoires.

Ton roman est lié au développement personnel. Quand as-tu découvert cette nouvelle forme de philosophie/façon de vivre ?

C’était en 2000, quand j’étais à New York. Là-bas, j’ai rencontré pour la première fois quelqu’un qui travaillait à la fois dans la culture et sur les énergies. Il m’a interpellé et nous sommes devenus amis. Il m’a montré des choses et nous avons commencé à travailler ensemble sur des techniques de méditation. C’est lui qui m’a ouvert la porte. Là, je me suis dit : « Arrête de te plaindre et de te chercher, et tente de trouver des solutions ! ».

Estelle Penain 25.07.11 1.JPG

Pour aider les autres, faut-il parfaitement se connaître soi-même ?

Disons qu’on n’est pas thérapeute par hasard. Un bon thérapeute, c’est quelqu’un qui sait qu’il est toujours dans le cheminement et qui ne prétend pas avoir la vérité. Cela dit, tu peux aider les autres, si dans ta vie, tu as trouvé une forme de sérénité. Quand tu as une déontologie, tu as au moins dix ans de travail en analyse et, à priori, avoir suivi des formations. Pour moi, la formation, c’est aussi un art de vivre.

Au fond, pourquoi écrire ?

J’ai envie de raconter des histoires et dans ces histoires, utiliser mon parcours, mon expérience. J’aime bien délivrer des messages et que chacun en fasse ce qu’il veut. Ainsi, j’ai l’impression d’avoir trouvé une façon de servir.

Comment a été accueilli ton livre ?

Je suis toujours preneuse de critiques constructives. Il a déclenché des choses chez certaines personnes. J’aime écrire en me disant que je partage un bout d’expérience. Je le romance, mais dedans, je place mes pensées, ma façon d’envisager la vie, ma « philosophie » personnelle. Je ne suis pas une donneuse de leçon, je ne dis pas que c’est comme ça qu’il faut faire, je me contente juste de transmettre des messages et mon point de vue.

Estelle Penain 25.07.11 3.JPG

21 août 2011

Annabelle Léna: interview pour A tort ou à raison

annabelle lena,a tort ou à raison,interview

« Cette fille là, mon vieux, elle est terrible » chantait naguère, le chanteur à texte, Johnny Hallyday, dans les années 60. Annabelle Léna, c’est l’impression qu’elle me donne. Une frimousse d’ange, mais des textes torturés à l’écriture particulièrement noire et explicite. Son thriller, A tort ou à raison, est implacable, prenant et n’épargne personne. Forte personnalité, franchise et humour corrosif, il me semblait intéressant de lui poser quelques questions pour tenter de comprendre qui se cache derrière Annabelle, la rebelle.

annabelle lena,a tort ou à raison,interview4eme de couverture :

 

Prise d’otages dans un entrepôt.

La violence et l’incompréhension s’abattent sur le quotidien d’innocents.

Ce que veulent les malfrats ? La libération de compatriotes retenus à l’étranger.

Entre forces de l’ordre et bandits, le duel s’envenime. Une femme étrange est coincée dans ce cauchemar. Son corps et son esprit doivent s’adapter pour survivre : prendre le parti de ses ravisseurs ?

Pourquoi pas, si cela permet d’éviter le bain de sang…

Oubliez la morale à travers les pages de ce thriller nerveux. Lorsque le monde bascule, on ne peut que basculer avec lui.

annabelle lena,a tort ou à raison,interviewL’auteur :

Annabelle Léna est née en juillet 1979 à Marseille, par une journée particulièrement chaude et sans mistral. Elle grandit à la campagne où, à l’abri d’un saule pleureur, elle s’assoit et rêvasse des heures durant. Après des études bien ennuyeuses, elle devient contrôleur de gestion mais trop d’histoires se bousculent dans sa petite tête en réclamant à sortir. Annabelle se fâche alors avec les chiffres pour acheter un stylo quatre couleurs et écrire. Écrire, encore écrire. Elle fait ainsi la fortune de certaines papeteries et remplit ses tiroirs de feuillets fiévreusement raturés. Très vite elle est publiée en revue avec des nouvelles nerveuses. Puis elle décide de se consacrer à l’écriture de son premier roman À tort ou à raison. Plus qu’un thriller, ce roman est une course effrénée entre folie et criminalité. Le narrateur y est atypique, tantôt externe, tantôt interprète des personnages. Le ton est incisif ; certains disent, assassin. Désormais Annabelle habite Gardanne, entourée de ses histoires et de ses lectures. Plus les années passent, plus elle parle à ses chats mais à part ça, vous verrez, c’est quelqu’un de très fréquentable.

Interview :

-L’idée d’« À tort ou à raison » est partie d’un soir où tu regardais le journal télévisé. L’appétit coupé et une envie « de vomir ou d’écrire ». Raconte-nous ce qu’il s’est passé exactement.

Un journal télévisé comme les autres, malheureusement. Un sujet sur une jeune fille qui était allée trop loin pour être aimée ou pour être populaire certainement. Ça m’a filé mal au ventre. Marre de voir des filles conditionnées qui se sentent libres et épanouies en se foutant à poil ou en ne respectant plus leur corps. Henri-Frédéric Blanc a écrit dans Cloaque « Bordel de Dieu, mes biens chères sœurs, quand comprendrez-vous que ce sont de vieux vicelards vermoulus qui façonnent votre cervelle, et qu’ils ont intérêt à vous transformer en truies ? ». C’était ce que j’avais sous les yeux, encore une fois. Ras-le-bol. Je ne vis pas dans le monde du 20 heures. Du moins, je refuse qu’il soit ma réalité. Alors, j’ai tiré ce fait divers à l’extrême. La pression des magazines féminins, j’en ai fait la pression d’un gun sur la tempe d’une femme et voyons ce que ça donne.

-Tu dis qu’« À tort ou à raison est une course folle dans un monde fou ». Hormis l’histoire fil rouge de ton livre, c’est aussi une charge contre la société actuelle en général et les médias en particulier. C’était important pour toi d’exprimer ton point de vue sur la question avec véhémence ?

Oui. Je me suis dit qu’il fallait choisir entre humour et violence pour faire réagir. Et en fait, cette histoire, je l’ai sentie plutôt dans un registre violent. Comme c’est un sujet qui me scandalise, je ne pouvais pas masquer ma révolte. Ça se traduit par une écriture très nerveuse.

annabelle lena,a tort ou à raison,interview

-Tu as répondu à une question posée par un journaliste que « ce thriller est un coup de poing pour réfléchir à la différence ignoble qui existe entre résignation, conditionnement et consentement ». La frontière est mince entre les trois ?

C’est émouvant, c’est mon premier « Tu as dit que… ». Bref ! Oui, la frontière est mince, très mince. Quand une jeune fille pose nue sur le net, il y a de fortes chances, à mon avis, pour qu’elle ne soit pas consentante. Être consentante, c’est être armée pour réfléchir et décider or aujourd’hui beaucoup de filles sont lobotomisées par les clips vidéos, les magazines, etc. Il FAUT être parfaite physiquement, être performante sexuellement, etc. Je ne suis pas d’accord avec cette vérité et je pense qu’obéir à ça n’est pas du consentement, mais plutôt une sorte de conditionnement pervers ou une résignation pour être aimé.

-Ce thriller est un huis clos psychologique très nerveux. Tout commence avec une prise d’otage dans laquelle Angèle se trouve impliquée. Présente-nous ton héroïne…

Certains diront qu’Angèle est une pauvre fille, mais elle est trop seule, tout simplement. En fait, c’est une idéaliste. Les rapports humains l’ont tellement déçue qu’elle s’est résignée à sa solitude. C’est sa faille, les autres. Alors, elle s’est créée des mondes parallèles où elle peut vivre avec eux, sans qu’ils ne la blessent plus.

-« Suffisait d’être dans un autre monde pour que les gens bien souhaitent le mal… l’entrepôt était un monde aberrant ». Est-ce que tu considères que chacun peut basculer « de l’autre côté »?

Tout à fait. Ce bouquin c’est aussi un peu pour oublier les « moi, j’aurais fait ça ». Sous pression ou dans un contexte particulier, personne n’est à l’abri d’agir d’une manière contraire à ce qu’il aurait aimé être. Les leçons de courage, c’est beau en théorie, mais la vie, c’est pour de vrai. Donc il me semble que l’indulgence et l’humilité seraient des choix intelligents.

annabelle lena,a tort ou à raison,interview

-Dans l’horreur et l’aberration de la situation, tu explores les méandres du cerveau humain. Comment t’es-tu projetée les réactions d’Angèle ?

Sans trop de difficulté, car je suis fascinée par les mécanismes du cerveau. J’ai éprouvé beaucoup de sympathie pour ce personnage. J’ai juste essayé de la penser humaine, avec ses erreurs, ses contradictions et ses illusions.

-Est-ce qu’on peut dire que tu combats les atrocités par les atrocités (littéraires) ? (Le mal par le mal quoi !) / La folie pour contrer la folie des hommes… j’ai lu ton livre avec ce sentiment. Qu’en penses-tu ?

Oui, combattre la folie par la folie pour qu’elle saute aux yeux. C’est vraiment gnangnan de dire ça, je sais, mais le monde devient fou et ça paraît normal… L’habitude rend aveugle. J’ai juste placé ce qui est, je trouve, notre quotidien un cran au dessus sur l’échelle de la violence. Et d’un coup, les choses se révèlent.

-Il y a de la violence psychologique et physique. Ça t’énerve si je te demande comment une jeune femme comme toi peut écrire/décrire tous ses actes horribles…

Non. C’est une question très fréquente vu mon petit gabarit et mon, paraît-il, grand sourire. Puisque je voulais emmener le lecteur dans cet enfer, il fallait d’abord que j’y entre. Et puis, j’ai mon côté obscur, de toute évidence. Même si, le côté « cervelles qui explosent », ce ne ne sont pas les passages que j’ai préféré écrire.

Ceci étant, on ne se connait pas, si ça se trouve, tu es une sérial killeuse dans la vie ! 

Promis juré, je ne tue en série que les araignées. D’ailleurs si certaines lisent ces quelques lignes je vous préviens que je vais vous biiiiip avec un biiiiiiip dans le biiiip !!!!

-C’est aussi un thriller sur le fameux binôme : pouvoir/domination. Là, c’est dans une situation extrême, mais dans une moindre mesure, ça se passe comme ça dans la vie en général, non ?

Tout à fait. Tout est question d’équilibre et de déséquilibre dans les rapports humains. Sous domination, sous influence, jusqu’où peut-on aller ? Comment tombent les limites, cette sécurité qui nous donne bonne conscience (moi, jamais je…). Jamais vous… ? En êtes-vous si sûrs ?

-Angèle est « une professionnelle de changement de monde ». Elle s’est créé son propre univers. Elle navigue entre les deux à chaque mauvais moment de sa vie. Est-ce qu’Annabelle a aussi deux mondes ?

Heureusement, Annabelle possède des millions de mondes pour échapper à la / sa réalité.

-Parlons de ta passion pour l’écriture. Tu as chopé le virus à quel moment de ta vie ?

Très très tard ! Je suis du genre rebelle et j’ai détesté le français pendant toute ma scolarité. Après le Bac, quand on a arrêté de m’obliger à lire, je m’y suis mise et ça a été une réelle découverte. J’ai dévoré tout ce qui me tombait sous la main. Et puis, un jour, j’ai pris un stylo et j’ai essayé. C’était il y a dix ans. Depuis, ça a pris le pas sur tout. Maintenant c’est devenu « il faut que j’écrive », un besoin comme un autre.

annabelle lena,a tort ou à raison,interview

-Quels genres de nouvelles écrivais-tu dans les revues ?

En nouvelles, je suis assez « diversifiée ». Ça peut aussi bien être du suspens, du conte et parfois même de l’humour ! Bon… mon humour à moi, mais de l’humour quand même ! Sur des textes plus longs, va savoir pourquoi, c’est systématiquement des histoires sombres. Évidemment, on retrouve pas mal de mes textes sur mon blog www.annabellelena.com/ (ça va, ça se voit pas trop que je me fais de la pub ?)

-Peux-tu nous présenter la maison qui t’édite (Piaf)?

Je suis chez Eastern Éditions. C’est une petite maison créée en 2010 par Sébastien Bouchery pour miser sur des jeunes auteurs. Quel que soit leur genre littéraire, l’ambition est que chacun puisse raconter son histoire, à sa manière, tel que lui-même aurait aimé la lire, partager les fictions, les mémoires, les passions. Il y a un site web pour tout savoir : http://www.eastern-editions.com/ (mais, oui, je suis toujours discrète avec ma pub, là…)

-Je déteste faire des interviews par mail. J’aime la rencontre, la vraie, la physique. Je ne sais pas pourquoi j’ai cédé. Te rends-tu compte de la chance incommensurable que tu as ?

Vi, bien sûr mon grand seigneur Mandor mais d’ailleurs vous le désirez de quelle couleur, le marbre, pour la statue en votre honneur ?

Moi aussi j’aurais préféré une vraie rencontre, mais que veux-tu, je suis une fille de la campagne. Je ne suis pas prête encore émotionnellement à parler à un Parisien, en vrai. Et au final, je me rends compte que, l’interview écrite laissant plus de temps à la réflexion, elle permet d’aller plus en profondeur. Bon en fait, faudrait que tu ne fasses plus que ça !

 

L'avis du Point.fr

19 août 2011

Nicole Dubroca: Interview pour La petite fille qui voulait Remourir

La petite fille qui voulait Remourir est un très beau roman de Nicole Dubroca (Morey Editions). J’ai eu un véritable coup de cœur pour ce livre qui touche profondément l’âme. Un parfum d’enfance, un brin de surnaturel (qui n’en est pas forcément), des personnages attachants, la petite histoire dans la grande histoire… une interview s’imposait.

Nicole Dubroca a joué le jeu le plus sincèrement possible, sans rien éluder. Disons donc qu’elle m’a offert là une jolie interview/confession. Merci à elle !

9791900150124.jpgL’histoire :

Une ferme landaise durant la seconde guerre mondiale. Mariane, petite fille de deux ans, est confiée par ses parents aux soins d’une grand-mère austère. Proche de son grand-père, elle tissera un lien secret avec cet homme réfléchi et modeste qui comprendra très vite qu’elle possède un don extraordinaire. Il lui apprendra les choses simples de la vie et l’aidera à trouver un équilibre entre ses perceptions et les petits bonheurs terrestres.

La petite fille qui voulait Remourir relate les ressentis d’une enfant surprenante et d’un monde secret dont elle seule à l’accès. Elle seule ? Pas si sûr. Quel enfant avons-nous été ? Qu’avons-nous gardé de notre enfance et des extraordinaires capacités que nous avions peut-être ? N’y a-t-il pas autour de nous, aujourd’hui encore, une petite fille qui voudrait Remourir ?

184335_1714096784944_1613917047_1603488_7420148_n.jpgL’auteur :

Professeur des écoles puis enseignante dans le secondaire, Nicole Dubroca décide un jour de se consacrer à l’écriture romanesque pour d’autres lecteurs que ses élèves. Cette femme étonnante et passionnée s’inspire de ses propres expériences extrasensorielles.

La petite fille qui voulait Remourir fait partie de sa vie. Témoigner par l’écriture du bonheur ressenti au contact de l’Extraordinaire avec les lecteurs qui se retrouveront en Mariane est l’un de ses plus grands souhaits : « nous avons tous des capacités extraordinaires, il suffit juste d’être attentifs aux petits messages venus d’ailleurs. »

Interview :

«  La petite fille qui voulait Remourir » est votre premier roman. Portiez-vous en vous cette histoire depuis longtemps ?

«  La petite fille qui voulait Remourir… » est mon premier roman édité. Par contre j’ai dans mes tiroirs des dizaines de petits cahiers à carreaux d’écoliers remplis de contes, nouvelles et romans à terminer. La suite de « La petite fille …» est tapée, corrigée, prête à éditée. Cette histoire je la porte en moi depuis la naissance de ma première petite fille qui va bientôt avoir 15 ans. Trois autres enfants sont venus depuis me conforter dans l’idée d’écrire, non pas un roman mais une suite d’histoires qui leur parleraient de leurs racines landaises, de leurs arrières grands-parents, de la rude vie de métayers. Et Mariane a pointé le bout de son nez, toujours aussi curieuse et malicieuse : « Et moi, tu ne parles pas de moi, n’oublie pas que je suis toi. » Comment lui résister ? Il m’en a fallu du temps avant de trouver le style du roman qui laisserait croire au lecteur que Mariane est la narratrice. Ce livre-là, je l’ai détricoté une dizaine de fois avant d’être à peu près satisfaite de la forme à lui donner.

Votre héroïne Mariane, a des dons. Elle est différente. « Si elle fait attention, elle est capable de percevoir l’état des gens qui l’entourent, leur inquiétude, leur joie, leur tristesse et aussi à quoi ils pensent. » Elle sait aussi quand quelqu’un va mourir ou vivre longtemps ou arriver dans l’instants, bref, elle sait.

Mariane a des dons, comme beaucoup d’enfants. Je dirais qu’elle est dotée d’une sensibilité différente, due, peut-être, au fait qu’elle vit en pleine nature au milieu des arbres et des animaux, sans contraintes. C’est elle qui choisit d’aller à l’école. Elle apprend à lire toute seule. Elle se promène où elle veut. Elle est en communication permanente avec la terre et le ciel. Peut-on parler de supranormal ? Est-ce que les enfants ont la faculté de « savoir » très tôt ? Est-ce que les contraintes de la vie, l’éducation des parents, la sociabilisation à outrance effacent tous ces « savoirs » venus d’ailleurs ? Il m’arrive de le croire.

201004181055_zoom.jpg

Mariane est dotée d’une mémoire phénoménale. Comme si son cerveau était capable de tout enregistrer, et de restituer au moment voulu. Une surdouée en somme ?

Surdoué, précoce, haut potentiel, les qualificatifs sont légion pour désigner les enfants dont les capacités intellectuelles dépassent la norme établie. J’ai rencontré dans ma carrière d’enseignante nombre de parents qui prétendaient que leurs enfants étaient surdoués et demandaient qu’ils passent  au niveau supérieur. Ils avaient tous des capacités intellectuelles plus élevées que la moyenne mais ils étaient rarement « surdoués ». Les vrais « surdoués » sont, pour beaucoup, en échec scolaire. Le système n’est pas fait pour eux. Ils s’intéressent à tout et possèdent une mémoire impressionnante, une culture générale hors du commun qu’ils vont piocher dans des livres, des émissions de télé (internet de nos jours est la « bible » des enfants précoces) ou encore auprès d’adultes bienveillants qui prennent le temps de les écouter et de leur enseigner leur savoir. Ils sont difficiles à cerner et d’un tempérament anxieux et solitaire. Il faut gagner leur confiance et toujours les rassurer. Ils sont dotés d’un humour décapant. Je suis persuadée que Pierre Desproges en faisait partie. Ce type d’enfant est souvent en souffrance. Leur empathie est infinie cependant ils ont beaucoup de difficultés à s’adapter à la société et à ses préceptes. Pour en revenir à Mariane, elle a eu beaucoup de chance d’avoir eu un grand-père aussi aimant et prévenant. Je le soupçonne d’avoir été, lui aussi, un « surdoué ».

207281_1796666969147_1613917047_1719193_4460166_n.jpgVous êtes-vous inspirée de vos propres expériences extrasensorielles et si oui, précisément quels sont vos dons à vous ?

J’imagine que vous avez déjà compris que toutes ressemblances entre l’auteure et son héroïne ne sont pas fortuites. Mes perceptions extrasensorielles je les ai prêtées à Mariane tout en lui en rajoutant quelques unes. Que dire de mes propres perceptions ? Comme je n’ai pas souhaité les développer, elles sont restées à l’état embryonnaire mais elles me rattrapent souvent et au moment où je m’y attends le moins. Elles se présentent sous forme de flashs, de rêves prémonitoires ou tout simplement de pressentiments. Celle qui m’a le plus marquée est ce que les américains appellent  une NDE (Near Death Expérience) ou, pour faire simple, une sortie du corps. Hospitalisée d’urgence, j’ai fait une syncope qui m’a expédiée dans une autre dimension. Lors de ce voyage fabuleux j’ai éprouvé et recueilli des « sentiments » hors du commun : de l’AMOUR à l’état pur. Quand je suis revenue à la réalité, j’ai demandé combien de temps avait duré mon malaise. « Quelques minutes m’a-t-on répondu. » J’avais eu l’impression d’être restée absente bien plus longtemps. Je n’ai rien dit. Plusieurs mois se sont passés, après que je me sois mise à lire tout ce qui avait un rapport avec mon expérience, pour que j’ose la raconter autour de moi. Etonnamment, tout le monde avait entendu parler de NDE, sans trop y croire. À ceux qui me disent, à présent, que ce n’était qu’une hallucination, je réponds en souriant, que des hallucinations de ce style j’aimerais en avoir toutes les semaines. À quoi bon essayer de convaincre. J’ai vécu cela et je l’ai reçu comme un cadeau. C’est une grande chance que d’avoir tutoyé le domaine de la mort. La vie prend une dimension différente lorsqu’on est débarrassé de cette angoisse existentielle.

Pensez-vous que les hommes n’exploitent pas assez toutes les capacités de leur cerveau ? Que nous avons tous des dons inexplorés ou que c’est tout simplement une loterie de la vie ?

Les scientifiques semblent avoir démontré que nous n’utilisons que 10 à 20% des facultés de nos cerveaux. Il reste une sacrée place pour tous les dons à exploiter. Je suis persuadée qu’à notre époque, dans les pays dits « développés », les humains ont perdu le vrai sens de la vie. J’entends par là, le goût de regarder, d’écouter, de réfléchir, de créer. Ils sont tirés vers le bas, par les médias, la téléréalité et autres stupidités. Certaines contrées lointaines ont conservé, par tradition, ces savoirs venus d’une lointaine époque transmis de génération en génération. Je pense effectivement que nous avons tous en nous des « territoires » inexplorés. Il n’est pas impossible qu’une minorité ait conservé dans leurs chromosomes un potentiel que les autres n’ont pas. Je ne crois pas au hasard.

Patrick.jpg

La vraie grand-mère de l'auteure qui est aussi la grand-mère de Mariane dans le roman (photo personnelle de Nicole Dubroca).

La famille de Mariane doit garder ce secret. Quand on a ce genre de dons, pourquoi ne faut-il rien divulguer à l’extérieur.

Dans les années 40 l’église avait encore une grande influence sur les âmes humaines. Il ne faisait pas bon voler la vedette au Dieu tout puissant. Si l’on s’en réfère à l’époque de l’Inquisition toutes pratiques qui étaient considérées comme surnaturelles sans appartenir à la religion étaient assimilées au culte du diable. Aussi fallait-il peu de chose, voire rien du tout, pour être accusé de sorcellerie et périr sur un bûcher. Ces condamnations étaient peut-être encore présentes dans les mémoires collectives. De nos jours, des charlatans ont trouvé un bon créneau pour gagner de l’argent. Il vaut mieux s’en méfier.

m-zos.jpg

La vraie maison des Landes où s'est située l'action (photo personnelle de Nicole Dubroca).

Mariane réfléchit en permanence sur la guerre, la vie, la mort. Ce sont des sujets qui vous touchent particulièrement ?

Mariane est née le jour où les troupes allemandes ont envahi la France. Son oncle Edmond, le frère aîné de son père, a été tué sur la ligne Magino un mois après sa naissance. La mort, la guerre étaient des mots familiers et mystérieux qu’elle entendait depuis sa toute petite enfance. En parler était un sujet tabou. Les questions qu’elle posait à sa grand-mère étaient toujours éludées, elle n’obtenait pas les réponses qu’elle désirait. « L’oncle Edmond était monté au ciel, auprès du Bon Dieu. »,   « La guerre, c’était la faute des « sales boches. » Or, les boches n’étaient pas sales mais plutôt gentils, du moins celui qui lui avait offert un cadeau et lorsqu’elle était « monté au ciel » elle n’avait pas vu le Bon Dieu. En ce qui me concerne c’était encore pire, mon grand-père paternel était mort à la guerre à Verdun, et ma grand-mère, deux ans plus tard, emportée par la grippe espagnole. Ils avaient 24 ans. Ma mère, pupille de la nation, ne s’est jamais remise de ce traumatisme. J’ai mis beaucoup de temps à me débarrasser de cette angoisse d’abandon qui était la sienne et qu’elle m’avait transmise. J’avoue que, même aujourd’hui, j’ai du mal à regarder un film de guerre. Le livre de Tatiana de Rosnay, « Elle s’appelait Sarah », m’a bouleversée. Je n’ai pas pu me décider à aller voir le film. Pour la mort c’est différent, mon NDE m’a complètement libérée. Pendant cinq années, j’ai participé, à titre bénévole, à l’accompagnement de personnes en fin de vie dans une unité de soins palliatifs. Les malades et leurs familles étaient traités humainement, physiquement et moralement. J’ai énormément appris. Il se passe des choses étonnantes dans les tout derniers instants d’une vie. Par manque de personnel et d’argent ces unités sont en voie de disparition. Je ne sais que penser de l’euthanasie, mais mon point de vue a beaucoup évolué à ce sujet.

227468_1842919085421_1613917047_1783300_2534774_n.jpgMariane est souvent déçue par les grandes personnes. Leurs mensonges, leurs violences… Elle préfère, parfois se murer derrière une fausse indifférence qui l’aide à se maintenir en vie. Pourquoi refuse-telle d’affronter la souffrance ?

Là, je crois qu’il faudrait faire appel aux écrits de Françoise Dolto. Les enfants ont plusieurs moyens d’affronter la souffrance dont les plus courants sont, soit de se renfermer dans une bulle protectrice, de se créer un univers qui les apaise, soit de faire preuve d’agressivité et de décharger leur colère. Ces attitudes ne sont d’ailleurs pas propres aux enfants. Beaucoup d’adultes agissent ainsi. Dans le domaine de la souffrance Mariane n’est pas exceptionnelle. Elle se protège comme elle peut.

Quand Mariane est désespérée, elle voudrait « remourir » et que la grande lumière vienne la chercher. Dites-vous que quand on a des dons de cette nature, on est plus fragile que les gens dits « normaux ».

Mariane, du fait de sa précocité est une enfant hypersensible, une petite éponge qui absorbe tous les événements heureux ou malheureux de son entourage. Elle peut être très joyeuse ou complètement désespérée. REmourir, pour elle, ne signifie pas qu’elle veuille mettre fin à ses jours. Elle voudrait repartir dans l’astral pour y retrouver l’homme bleu qui, croit-elle, l’a abandonnée. Elle se demande même s’il a existé. Les retrouvailles avec ses parents l’ont profondément déçue. Elle se sent déracinée, les grands arbres lui manquent, son grand-père lui manque. Elle est privée de tout ce qui alimentait ses perceptions. Le contact avec la nature est primordial pour les personnes qui possèdent des capacités extrasensorielles. Elles ont besoin de se « recharger » pour ne pas tomber malades. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle j’ai cessé de fréquenter ce milieu très particulier.

L’action se situe lors de la Deuxième Guerre mondiale période trouble de l’histoire. Dans votre livre, les soldats allemands ne sont pas forcément tous méchants et les résistants pas tous exempt de reproches. L’occasion de préciser que le monde n’est pas manichéen ?

Si tous les événements relatés dans mon roman ne sont pas réels, l’épisode où Hans offre une paire de sandalette à Mariane a bien eu lieu. Je ne peux pas dire que je m’en souvienne vraiment mais on me l’a raconté tant de fois que j’ai souhaité en faire état. C’est une si belle histoire. La relation entre Mado et un officier allemand, je ne l’ai apprise que bien plus tard. Elle m’a émue. Ils se seraient rencontrés en temps de paix, ils auraient pu vivre leur amour au grand jour. Ils ne se sont jamais revus et j’imagine que pour lui, comme pour Hans, la guerre s’est arrêtée sur le front de l’est .La bataille de Kourks, en Ukraine entre juillet et aout 1943 a couté la vie à plus de 1 500 000 allemands. Qui peut dire de quel côté étaient « les gentils » et les « méchants » ? Quant aux exactions perpétrées par certains prétendus résistants à la libération, elles sont loin d’être glorieuses. «  Quelle connerie, la guerre ! »

Parlons littérature. Quels sont vos auteurs fétiches et vos livres de chevet ?

J’ai lu énormément de livres depuis mon adolescence. Il m’est très difficile de faire un choix. Mes livres fétiches, ceux que j’emporterais sur une île déserte, sont à coup sûr : Les fleurs du mal, Cyrano de Bergerac, Belle du seigneur, L’œuvre au noir, Manuel du savoir vivre à l’usage des rustres et des mal polis et toute la série des Rougon-Macquart. Tout ceci me résume assez bien je crois. Mes livres de chevets varient en fonction de mes coups de cœur du moment. Facebook m’a procuré de très jolis surprises ces derniers temps et ne voulant vexer personne, je n’en citerai aucun. Je dirai simplement que je me suis régalée en lisant deux thrillers décapants, une nouvelle saisissante, un joli roman rempli d’humour qui évoque la vie au quotidien d’une famille recomposée et un récit qui m’a permis de revisiter Paris d’une autre manière. Comprend qui peut (sourire). Je ne voudrais pas clore ce chapitre sans évoquer Tatiana de Rosnay dont j’ai lu tous les livres. Une belle personne. 

Racontez-nous comment vous avez rencontré avec votre éditrice, Florence Dell’aiera.

En décembre 2009 j’avais envoyé un manuscrit (pas celui de «  La petite fille… ») pour participer à un concours et je cherchais les blogs de personnes qui participaient à ce même concours. Je suis tombée sur celui de Forence et très vite nous avons sympathisé. Malgré notre différence d’âge nous avons beaucoup d’idées communes dans de nombreux domaines. Ni l’une ni l’autre n’avons été retenues comme finalistes. Florence a décidé de s’auto-éditer, je l’y ai encouragée. Elle a monté sa maison d’édition  Morey éditions et son roman « Catharsis » est paru en mars 2010. Une sacrée performance. Par la suite, elle s’est jetée à corps perdu dans cette entreprise qui la passionnait. Fin 2010 elle m’a proposée d’éditer mon roman qui est sorti en juin 2011. Une belle histoire que notre amitié.

DSC_0332(1).jpg

Pouvez-vous me parler du livre que vous écrivez avec elle ?

Au départ, « Catharsis », le roman de Florence, devait être le premier tome d’une série fantastique. Son entreprise lui laissait peu de temps à consacrer à l’écriture. Elle m’a demandé si j’acceptais de coécrire le deuxième tome. J’ai tout de suite accepté, l’aventure me tentait. Nous nous sommes rencontrées pour la première fois en juillet et nous nous sommes mises au travail : quinze jours à mettre au point la structure du roman et à nous interroger sur la suite à donner en fonction des événements qui avaient précédés. Nous avons décidé qu’une partie de du livre se situerait en Angleterre à l’époque où le christianisme l’emportait sur le paganisme, la tradition celtique. Parallèlement l’empreinte du passé aurait des répercutions sur les personnages de notre temps. Dans ce travail nous sommes complémentaires. Florence est dotée d’une belle imagination que je tempère parfois afin de rendre crédible une histoire « Extra-Ordinaire ». L’alliance de la jeunesse et de la sagesse en somme. (Sourire)

DSC_0331.jpg

Florence Dell'aiera, coïncidence (?) a elle aussi été mandorisée...

12:12 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (2)

18 juillet 2011

Sophie Adriansen: interview sur un début de carrière littéraire

sophie andriansen,je vous emmene au bout de la ligne,six façons de le dire,interview,mandor

Sophie Adriansen est la Sophie du blog Sophielit (qui connait un bien beau succès depuis deux ans que ce blog (et donc Sophie) donne son avis éclairé sur de nombreux livres). Je ne peux pas le cacher, nous nous connaissons un peu. Pas beaucoup, on se croise, mais souvent (salons du livre et autres soirées littéraires). J’ai même animé une rencontre publique dont le but était de présenter son premier livre (co-écrit avec Rodolphe Macia), Je vous emmène au bout de la ligne.

Elle vient de publier une nouvelle dans le recueil Six façons de le dire au côté d’écrivains qui n’ont plus rien à prouver (Hein ? Quoi ? Qui n’a plus rien à prouver dans ce bas monde?). Le 1er juillet dernier, l’occasion était belle de se retrouver pour faire un premier point sur ses premiers pas dans le monde de la littérature (dans le seul bar ouvert près de mon boulot… certainement pas le plus glamour en tout cas.)

Les deux livres :

livre-je-vous-emmene-au-bout-de-la-ligne-metro1.jpgJe vous emmène au bout de la ligne :

Le métro parisien, ce n’est pas le pont d’Avignon : on y dort plutôt qu’on y danse. Et pourtant, il suffirait d’ouvrir les yeux pour découvrir un monde différent et riche. Rodolphe, conducteur sur la ligne 2, nous y entraîne. Il a derrière lui vingt ans de vie sous terre. Avec drôlerie et gourmandise, il nous raconte ce territoire tel qu’il se livre à l’homme dans la cabine: les créatures qu’il y croise, les rituels qu’il observe, les aventures les plus inattendues qui ébranlent la routine. Entre Nation et Porte Dauphine, faune et flore sont examinées avec un regard tendre et affûté : fêtards, contrôleurs, suicidaires, érotomanes, musiciens ou mendiants...
À Paris, plus de 5 millions de personnes prennent le métro chaque jour. À l’heure de pointe, en fin de journée, 540 trains circulent simultanément sur tout le réseau. Tout le monde semble pressé de remonter à la surface. Et pourtant, les coulisses de ce monde underground ont de quoi fasciner et la mission du conducteur peut parfois s’avérer héroïque. Sophie Adriansen, qui a co-écrit ce livre avec Rodolphe Macia, ne s’y est pas trompée en tombant amoureuse de l’homme autant que de son métier.

Six-facons-de-le-dire_couverture.jpgSix façons de le dire :

Avec Bernard, David Foenkinos signe une comédie hilarante sur la difficulté de retourner vivre chez ses parents après cinquante ans. Nicolas d'Estienne d'Orves, lui, commet Coup de Fourchette, un polar déjanté sur l'univers de la gastronomie, tandis que Yasmina Khadra nous offre La Longue Nuit d'un repenti, un texte engagé sur les grands thèmes qui ont fait son succès. Mercedes Deambrosis a, quant à elle, choisi le genre historique pour aborder la condition des femmes au début du XXe siècle dans son très joli De naissance, et Christophe Ferré le drame psychologique pour nous raconter un amour fou à la veille du 11 septembre : La Photographe qui a reçu le Grand prix de la nouvelle de l'Académie française. Il ne restait plus que la comédie romantique, dont Sophie Adriansen s'est emparée avec brio dans Santé !, pour traiter de l'amour à l'épreuve de l'erreur médicale.

Interview :

Mandor : Tu viens de l’univers des chiffres, plus particulièrement celui de la banque. Comment passe-t-on du monde des chiffres à celui des lettres ?

Sophie Adriansen : Dans la banque, j’étais déjà dans la communication. Je n’étais pas dans une salle des marchés. J’ai créé le journal interne de la filiale dans laquelle j’officiais, je faisais du journalisme d’entreprise tous les mois. Il y avait déjà ce truc de partager. C’est le mot clef de ma vie : partager.

sophie andriansen, je vous emmene au bout de la ligne, six façons de le dire, interview, mandor-Comment as-tu eu l’idée de créer ton blog Sophielit ?

-J’ai toujours beaucoup lu et quand j’aime un livre, j’ai tendance à saouler tout le monde avec. J’ai toujours fait en sorte que tous mes proches lisent les livres que j’ai aimés. A un moment donné, je me suis dit qu’au lieu de saouler mes amis, je pouvais aussi mettre mes goûts à disposition afin que même des gens que je ne connaissais pas puissent profiter de mes conseils.

-Le but de ton blog est d’inciter les gens à lire les livres que tu as appréciés.

-Oui, et je n’ai pas de méthode. Au début, mes billets étaient très courts. Je me contentais de donner mon avis positif,  sans trop étayer. Juste une phrase ou deux. Bon, plus on lit, plus on aiguise son jugement, plus on compare les livres, les uns par rapport aux autres. Pour donner envie, il faut faire ressortir ce qui peut toucher les gens en termes d’émotion. Faire ressortir quelque chose d’universelle d’une histoire particulière. J’essaie de faire comprendre ce qui m’a touché de façon à ce que d’autres puissent être touchés par la même chose.

-As-tu des retours des auteurs que tu « critiques » sur ton blog ?

-Cela arrive. Les retours viennent plus naturellement quand les billets sont positifs. C’est facile d’envoyer un message de remerciement.

-As-tu parfois la dent dure ?

-Je dis ce que je pense, en tout cas. Ça me vaut parfois des commentaires injurieux. Pas de la part des auteurs, mais de la part des lecteurs qui, eux, ont aimé. Cela dit, ça m’arrive aussi d’avoir des commentaires injurieux de la part des gens qui ont détesté un livre que j’ai aimé. On ne peut pas convaincre. Mon but n’est d’ailleurs pas de convaincre, mais de proposer, de partager ce que j’ai ressenti.

sophie andriansen, je vous emmene au bout de la ligne, six façons de le dire, interview, mandor

-Quand on parle des livres, on a envie d’écrire, on a envie d’être édité. Toi, tu as déjà deux actualités : Je vous emmène au bout de la ligne d’abord et Six façons de le dire, ensuite.

-J’écris depuis plus longtemps que je tiens mon blog. Pour le premier livre, je trouvais que Rodolphe Macia avait une matière. Un témoignage, on s’en fout, si c’est creux, vide et inconsistant. Le témoignage d’un conducteur de métro proposé aux usagers, et plus largement, au public, était une idée enthousiasmante. La difficulté était d’intéresser le lecteur.

-Tu as réussi parce que l’accueil a été très bon. De la part des critiques littéraires et des lecteurs.

-Je suis assez satisfaite, en effet. Tous les retours sont assez positivement unanimes. Et parce qu’on a eu pas mal de retours de retraités ou de conducteurs en activité qui nous ont remerciés et qui ont eu l’impression qu’on leur donnait la parole avec ce livre. Comme quoi, une trajectoire personnelle peut résonner chez plein de gens. Ce livre a eu chez eux un effet haut-parleur positif.

-Ça t’a fait quoi de voir ce livre la première fois ?

-Ça s’est passé chez l’éditeur, c’était encore un peu « hors-circuit ». Par contre, quand je l’ai vu la première fois au Virgin des Grands Boulevards le jour de sa sortie, au milieu d’autres livres, là, c’est devenu concret. 

sophie andriansen,je vous emmene au bout de la ligne,six façons de le dire,interview,mandor-Dans ton deuxième livre, tu es au milieu de 5 autres auteurs beaucoup plus réputés que toi : David Foenkinos, Mercedes Deambrosis, Christophe Ferré, Nicolas d'Estienne d’Orves et Yasmina Khadra. Par quel prodige es-tu arrivé à ce résultat ?

-Les éditions Moteur sont spécialisées dans les nouvelles « prêt à adapter ». Moi, j’ai découvert Émilie Frèche, qui est l’une des deux fondatrices de la maison d’édition et aussi romancière, quand j’étais blogueuse. Un jour, je lui ai demandé si je pouvais essayer de lui envoyer un texte.Moteur manquait de comédies romantiques, je lui en ai donc envoyé une.  Elle n’a pas été convaincue par mon texte. Du coup, quand est arrivé ce projet de compilation, elle savait comment j’écrivais et elle m’a proposé d’en faire partie, avec une contrainte de délais. J’ai accepté sous réserve que je trouve une bonne idée.

-Ta nouvelle est une comédie romantique, certes, mais pas que ça. Je la trouve même sarcastique et  très noire.

-Ah bon ? Mais l’histoire d’amour du couple, Monique et Yann, qui est le fil conducteur de ma nouvelle, se termine bien.

-D’accord, mais il y a beaucoup de messages sous-jacents… Tu as un côté très obscur.

-La principale violence que j’ai dû me faire, c’est de trouver des choses drôles à écrire et de mettre de l’amour aussi. Si je m’écoutais, je n’écrirais que des choses noires. 

-Ta nouvelle est difficile à résumer… ce qui est le cas de toutes les nouvelles en général.

-Il y a dans la mienne tellement de rebondissements que j’ai du mal à en parler. Lorsque je dois la résumer, j’ai toujours envie d’aller jusqu’au rebondissement d’après et, à un moment donné, tout est dévoilé.

sophie andriansen,je vous emmene au bout de la ligne,six façons de le dire,interview,mandor-Tu es en compagnie d’auteurs que tu apprécies vraiment. C’est une belle coïncidence !

-Le livre existe depuis 3 mois et j’ai toujours du mal à croire à cet assemblage de nom sur la couverture. Forcément, c’est hyper flatteur. Les cinq autres sont sortis en petit volume l’année dernière, je les avais donc déjà lus. Je connaissais la qualité des textes, donc j’ai pris ma participation comme un énorme challenge. Émilie Frèche m’a d’ailleurs mis de la pression en me rappelant qu’étant donné la qualité des textes, il fallait que le mien soit à niveau.

-La pression ne te bloque donc pas dans la création littéraire ?

-La pression tu en fais ce que tu veux. Soit elle t’écrase et tu n’avances pas, soit tu décides que tu y arriveras. En même temps, je n’y serais pas arrivée sans l’éditrice qui a fait un vrai boulot d’éditrice. Elle a eu un vrai regard extérieur pour me guider et m’amener au texte final.

-Y-a-t-il  eu beaucoup d’échanges avec elle, beaucoup d’aller-retour du texte ?

-Oui, pas mal. Mais, en même temps, il fallait faire vite, nous étions limitées par le temps.

-Du coup, quand il faut retoucher son texte, est-ce que l’on se remet sérieusement en question ?

-Je me suis dit que l’éditrice à un paquet de romans à son actif, elle a un paquet d’auteurs dont elle a fait sortir des textes en tant qu’éditrice. Moi, je suis apprentie écrivain, juste je ferme ma gueule et j’apprends. En si peu de temps, du coup, j’ai appris énormément. La contrainte de signes à fait que j’ai taillé et retaillé mon texte pour ne recueillir que la substantifique moelle. Émilie Frèche m’a fait grandir sur le plan de l’écriture.

-A quand une histoire longue… un roman quoi ?

-J’en ai écrit plein. Un devrait voir le jour bientôt.

-Tu commences à te faire un nom dans le milieu…

-Oui, mais le combat est rude pour parvenir à ce que je souhaite, parce qu’il y a autant de personnes qui lisent que de personnes qui écrivent. De plus, le milieu de l’édition est un monde impitoyable. Mais, j’avance, pas à pas. Je vais prendre mon temps et j’espère parvenir à aboutir à ce que je veux. Vivre de ma plume en tant qu’écrivain.

sophie andriansen, je vous emmene au bout de la ligne, six façons de le dire, interview, mandor

12 juillet 2011

Ariane Charton: interview pour "Marie d'Agoult, une sublime amoureuse"

ariane charto,marie d'agoult,interview,mandor

J’ai rencontré Ariane Charton le 16 juin dernier, dans un café littéraire où j'ai mes habitudes, afin d’évoquer son dernier livre en date, Marie d’Agoult, une sublime amoureuse. Cette spécialiste du romantisme narre la relation amoureuse entre elle et le compositeur Franz Liszt. Curieusement, cette liaison n’est pas aux antipodes d’une relation d’aujourd’hui. Les mœurs sont restées les mêmes malgré le changement d’époque. Il me semblait intéressant d’en savoir plus…

charton cover.jpg4e de couverture :

Une femme, grande aristocrate et mère de deux enfants, s’éprend d’un musicien plus jeune qu’elle et quitte tout pour lui. Ce pourrait être un roman, c’est une histoire vraie. Celle de Marie d’Agoult, maîtresse du génial Franz Liszt. Leur passion durera dix ans et verra naître trois enfants, dont la future Cosima Wagner.

Ariane Charton, spécialiste du romantisme, brosse avec ferveur ce portrait d’une femme qui osa vivre son amour jusqu'à l'absolu tout en restant une intellectuelle exigeante, soucieuse de défendre ses idées politiques et féministes. Par les élans de son cœur comme par ses préoccupations, cette comtesse romantique nous parle toujours aujourd’hui.

Précision sur le site de la maison d’édition :

Ariane Charton analyse cette liaison célèbre pour montrer que Marie d’Agoult a été bien plus que la mère des enfants de Liszt, dont la fameuse Cosima, future Mme Wagner. Elle fut aussi une inspiratrice pour un jeune musicien qui sans elle n'aurait jamais vécu et composé ses magnifiques Années de pèlerinage. Si Marie incarne à merveille certaines valeurs féminines faites de douceur et d'hypersensibilité, elle a eu aussi à cœur de montrer, par ses écrits, que la femme devait conquérir  une place dans la société. Être une alliée pour l'homme non une esclave. Marie d'Agoult a été une féministe romantique qui mérite  sa place au côté de George Sand et de Simone de Beauvoir, deux autres grandes amoureuses éprises aussi de liberté et d'absolu.

ariane charto,marie d'agoult,interview,mandorL'auteure :

Ariane Charton s’est spécialisée dans l’étude de l’époque romantique. Elle a publié Le Roman d’Hortense (Albin Michel, prix littéraire de la ville de Mennecy 2010), consacré à Hortense Allart, la dernière maîtresse de Chateaubriand et a établi l’édition de la correspondance amoureuse entre Marie Dorval et Vigny (Mercure de France, coll. Le Temps retrouvé). Elle est aussi l’auteur de pièces radiophoniques et d’une anthologie, Cher papa, les écrivains parlent du père (J.-C. Lattès).
En 2010, à l’occasion du bicentenaire de sa naissance, elle a publié une biographie d’Alfred de Musset (Gallimard, coll. Folio biographies).
En 2011, elle publie Marie d’Agoult, une sublime amoureuse (éditions Kirographaires).

ariane charto,marie d'agoult,interview,mandorInterview:

Marie d’Agoult/Franz Liszt, c’est une histoire d’amour finalement très moderne.

Marie d’Agoult et Franz Liszt sont l’incarnation d’un couple. Ils représentent les constances des relations amoureuses entre un homme et une femme. La passion amoureuse ne change pas avec les époques.

Marie d’Agoult est une femme en avance sur son temps.

Elle fait partie des féministes un petit peu romantiques, comme George Sand, comme Hortense Allart, c'est-à-dire des femmes qui assument leur destin et qui écrivent aussi pour que d’autres femmes se libèrent et réfléchissent à une autre société où la femme aurait plus de place.

Elle était supérieurement intelligente par rapport à la moyenne…

Elle était plus douée que Georges Sand, qui d’ailleurs avouait elle-même qu’elle n’avait pas fait énormément d’étude. Marie d’Agoult lit et parle très bien allemand et anglais, elle lit l’italien, elle est capable de tenir une conversation avec un philosophe allemand comme avec un écrivain français. Elle ressent d’ailleurs une petite pesanteur de cette culture.

Est-ce une des raisons pour lesquelles elle était tant jalousée ?

Ce qui a été écrit sur elle n’a pas toujours été très sympathique, c’est vrai. Au profit de Liszt d’ailleurs. Bon, son caractère y était aussi pour quelque chose. Elle était par moment assez froide, assez rigide, avec un comportement d’aristocrate. Paradoxalement, elle défend des valeurs démocratiques. Elle a écrit par exemple un livre sur la révolution de 1848. Littérairement, c’est vrai qu’elle réussit moins bien que George Sand, or, elle avait des prétentions, du coup, on l’a traitée de prétentieuse. Je pense qu’il y a un ensemble de malentendus à son égard. Elle n’a rien fait pour les dissiper, considérant qu’elle devait être prise comme elle était et qu’elle n’avait pas besoin de faire sa propre promotion.

ariane charto,marie d'agoult,interview,mandorS’il fallait simplifier, Marie d’Agoult passait pour la méchante et Franz Liszt pour le gentil?

Je pense que dans le cas d’un artiste homme qui est avec une femme qui a sacrifié beaucoup, sans vouloir faire la féministe exacerbée, on donnerait plutôt raison à l’homme qui est un artiste. Marie d’Agoult s’est plus sacrifiée pour Liszt que lui ne s’est sacrifié pour elle.

Dans cette relation, il y a un mélange de mysticisme, de culture, de sensualité, voire de sexe. Est-ce paradoxal qu’il y ait tout cela ?

C’est étrange parce que dans les autres liaisons romantiques que j’ai étudiées, il y avait quelque chose de moins complexe, de plus unifié. Avec eux, il y a un mélange de quelque chose de sublime, de chose très terre-à-terre, de sensualité et d’esprit. C’est peut-être lié à leur personnalité et à leur orgueil. Ce sont deux êtres très orgueilleux qui rivalisent d’esprit pour s’imposer l’un à l’autre.

Ils voulaient que leur amour approche le divin…

Marie d’Agoult représente un peu  pour Liszt la muse divine et elle, elle rêve une solitude à deux qui rendrait leur amour unique et divin.

Marie d’Agoult n’était pas très bien dans sa peau.

Elle est dépressive, elle a fait des tentatives de suicide. Elle a une lourde hérédité qui aurait beaucoup intéressé Zola parce qu’il y a beaucoup de suicides dans sa famille. Ça vient aussi de sa nature mélancolique allemande. Par moment, elle aurait toutes les raisons d’être heureuse, mais elle ressent tout de même toutes les pesanteurs de l’existence et elle a conscience d’empoisonner son entourage à cause de cet état.

Quelle est votre approche littéraire du romantisme ?

C’est d’utiliser les textes de l’époque, c'est-à-dire les correspondances, les journaux intimes, les témoignages des gens qui ont vécu cette époque précise. Pour plus d’exactitude sur ce qu’est vraiment le romantisme, je vais toujours vers les textes et documents de l’époque. C’est comme ça qu’on a une vision réelle d’une période.

Pourquoi vous êtes-vous penchée vers le romantisme ?

Nous sommes peu nombreux à nous intéresser à la littérature romantique, parce que c’est passé de mode. C’est aussi une époque sur laquelle on a beaucoup de lieux communs. On assimile le romantisme à quelque chose de fleur bleue, pour tout public, une histoire d’amour un peu naïve.

ariane charto,marie d'agoult,interview,mandor

ariane charto,marie d'agoult,interview,mandorC’est quoi votre définition personnelle du romantisme ?

C’est compliqué. Je ne peux pas vous en donner une claire et nette. Même dans la liaison entre Marie d’Agoult et Frant Liszt, il se pose un tas de problématiques par exemple sur la démocratie, l’art dans une société qui devient industrielle et capitaliste. À partir de cette histoire d’amour, c’est au fond réfléchir  sur une époque qui ressemble beaucoup à la nôtre et qui l’annonce. Les problématiques des écrivains  et des artistes à l’époque romantique sont les mêmes que ceux qu’ils connaissent aujourd’hui… à un niveau plus mondialisé et plus industriel, mais c’est la même chose. C’est une période qui a beaucoup à nous dire sur le monde d’aujourd’hui et que l’on devrait étudier sans a priori.

Qu’a-t-elle à nous dire, cette époque ?

Elle doit nous apprendre à relativiser sur aujourd’hui. Ce n’était pas mieux avant. Par exemple, le problème de la place de la littérature qui devient un produit commercial, ce n’est pas nouveau. Dans « L’illusion perdue » de Balzac, quelqu’un dit à un jeune homme : « si vous voulez réussir en littérature, il faut écrire quelque chose qui se vend, pas quelque chose de beau » C’est exactement ce qu’il se passe aujourd’hui. Le pouvoir de la presse aussi. Il peut être très bon et avoir des effets pervers, c’était les prémices de cela lors du romantisme. C’est toute une société moderne qui se met en place à cette époque-là.

Vous-même, vous sentez-vous bien en 2011 ?

Pour un certain nombre de conforts matériels, c’est plus agréable de vivre aujourd’hui qu’en 1830, mais intellectuellement, j’aurais préféré vivre à cette époque-là. J’aurais aimé croiser Musset, Liszt, Chopin…

Je sais que vous n’aimez pas cette question, mais franchement, c’était mieux avant ?

(Silence). Oui (silence). Oui, sans doute.

Vous arrivez facilement à vous extirper de la fin de l’écriture de vos livres ?

C’est toujours très difficile de finir un livre. À la fois on est content quand on voit qu’il est publié parce que c’est l’aboutissement d’un travail  et en même temps, c’est au fond s’en arracher un peu.  Après, il ne vous appartient plus complètement. On est obligé de  se séparer d’un personnage avec lequel on a vécu des semaines, des mois, voire des années.

Vous vous sentez proche des femmes dont vous racontez la vie ?

Oui, déjà parce que lorsque l’on vit avec quelqu’un, même de cette façon-là, on arrive à voir et avoir  des affinités. Dans la vie d’Hortense Allart que j’ai racontée dans un roman, j’ai comblé les trous « historiques » en mettant beaucoup de moi-même, tout en respectant le fil de son existence. J’ai plus accentué les moments mélancoliques de son existence, plutôt que les moments d’énergie et d’indépendance.

Comment est venu ce goût pour cette période ?

J’ai commencé à m’y intéresser au lycée. J’avais un bon professeur qui nous avait fait apprendre par cœur « Le Lac » de Lamartine en entier, en seconde. Il aimait beaucoup Chateaubriand. Il m’a vraiment donné envie de lire des textes. Moi, le premier, c’était Musset. Mon intérêt pour la période romantique provient donc à la fois d’un bon professeur et d’un environnement familial favorable. De plus, faisant du piano, je connaissais le répertoire romantique, notamment Chopin et de Liszt…

Vous animez des « mercredis littéraires ».

Je les organise et présente avec Lauren Malka. Au fait, au lieu d’inviter des romanciers, on a choisi de mettre en valeur le patrimoine français ou étranger et d’inviter, soit des essayistes, soit des personnes ayant fait une édition d’œuvre un peu ancienne. Nous avons abordé des thèmes comme les parents d’écrivains, le centenaire de Gallimard, les fables ou encore, les écrivains et la bible…

Vous travaillez sur quel personnage « romantique », en ce moment.

Je termine ma biographie de Debussy. 

ariane charto,marie d'agoult,interview,mandor

A découvrir, le blog d'Ariane Charton. A son image...

"Les âmes sensibles" ne doivent surtout pas s'abstenir!

15 juin 2011

Dominique Dyens: interview pour "Intuitions"

dyens portrait.jpg

La question de l’amour dans le temps, voilà un questionnement pour le moins universel.  Les conflits de génération, les équilibres familiaux qui s’effondrent, les fantômes du passé (pas si lisse que ça) qui ressurgissent, les grains de sable qui se glissent dans un quotidien trop beau pour être vrai. Mais aussi, la lassitude, le délaissement, l’usure du couple, l’adultère, les faux semblants… autant de sujets que l’on retrouve constamment dans l’œuvre de Dominique Dyens.

J’aime lire cette auteure.

Nous nous sommes rencontrés le 6 juin dernier, à l’occasion de la sortie de son 5e roman, Intuitions (Editions Héloïse d’Ormesson). Les lecteurs assidus de ce blog  le savent bien, ce n’est pas la première fois qu’elle apparaît ici, mais c’est la première « vraie » mandorisation.

cover dyens.jpg4e de couverture :

Un pavillon cossu dans une banlieue résidentielle, de belles situations, des enfants superbes : les Royer semblent comblés. Mais lorsque leur fils annonce par SMS son prochain mariage, l’image de la famille idéale se fissure. Guidée par une intuition paranoïaque, Nathalie, mère protectrice, décide de mener une enquête sur sa future belle-fille et d’infiltrer son intimité, au risque de faire voler en éclats une vie bien rangée. Car, chez ces gens-là, renoncer à sauver les apparences, c’est se mettre en péril.
Avec un sens aigu du suspense et une délicieuse ironie, Dominique Dyens craquelle le vernis lisse du microcosme bourgeois et épingle ses valeurs et ses bonnes manières.

L’auteur :

Si la femme est le sujet Dominique Dyens, elle n'avait jamais écrit de texte à l'humour aussi débridé que son Éloge de la cellulite et autres disgrâces (2006). Avec Délit de fuite et Intuitions, elle renoue avec le suspense psychologique qui fit le succès de son premier roman, La Femme éclaboussée. Elle vit à Paris.

Dyens-Dominique-06.jpgOn vous considère comme une spécialiste du suspense psychologique. Cela vous convient-il?

Le premier roman que j’ai publié, La femme éclaboussée était déjà du suspense psychologique.  C’est le seul livre dans lequel il y eu un meurtre et donc, où il y a intervention de la police. Mais, en règle général, mes livres ne sont  ni des polars, ni des thrillers. Spontanément, je me suis rendu compte que je faisais quelque chose entre le thriller psychologique et la peinture de société.

Comment définissez-vous votre style ?

Il m’a fallu sortir six livres pour constater que j’ai un style, alors que je croyais que j’écrivais très différemment, d’un livre à l’autre. J’ai toujours trouvé idiot de prétendre que, finalement, un auteur écrit le même livre toute sa vie. Mais avec le recul, je suis obligée de reconnaître que ce n’est pas si éloigné de la réalité. Moi, j’ai des thématiques qui reviennent régulièrement. Je me sens bien dans le drame bourgeois et le drame psychologique.

Vous dépeignez avec beaucoup d’ironie le dérèglement d’un couple. Pourquoi aimez-vous gratter, aller voir ce qui se cache derrière les façades d’un couple?

Je ne sais pas pourquoi, mais ça me fascine. Si on me demandait de faire un vœu, je crois que je demanderais à être transparent un petit moment et savoir comment vivent les gens. Comme tous les romanciers, j’adore observer les gens, imaginer leur vie. Je m’invente complètement des histoires sur les gens que je croise. Je ne m’ennuie jamais. J’aime partir d’une situation lisse, parce que ça cache toujours quelque chose de louche. Un couple qui ne s’engueule jamais par exemple, à mon avis, ce n’est pas sain.

Dominique Dyens 06.06.11 1ee.jpg

Le couple Royer implose à cause des non-dits et d’un secret de famille.

Il y a toujours des petits secrets de famille. Dans la mienne, il y en a un qui me concernait, mais je l’ai su très vite dans ma jeunesse et ce n’était pas du tout traumatisant.  Il y a beaucoup de gens qui cultivent les non-dits et les secrets de famille et qui ne se rendent pas compte du mal que ça peut faire, même sur plusieurs générations. Ce n’est pas tant que les gens connaissent la vérité, c’est le fait de sentir qu’il y a une chape de silence et quelque chose qui plane au-dessus de leur entourage. Ils devinent des choses et l’interprétation qu’ils en font est parfois pire que la vérité. Je prône vraiment le dialogue. Je ne prône pas l’explication à tout prix. On n’est pas obligé de tout expliquer, mais dialoguer c’est permettre l’ouverture et d’entendre ce que dit l’autre.

Nathalie et Patrice Royer ne dialoguent pas du tout. Parlez-moi de Nathalie, la mère de famille et l’épouse fragile ?

Elle est insatisfaite de sa vie. Son mari ne la désire plus du tout, ne la touche plus depuis des années. Elle n’a jamais été très portée sur la chose, mais avec les années, ses sens s’éveillent.  On sent, en tout cas, que c’est une femme fragile. Dans tous mes romans, il y a et il y aura une femme fragile ou fragilisée par quelque chose dans sa vie. J’aime quand il y a une petite brèche dans laquelle s’engouffrer.

Et Patrice, son mari ?

L’adultère, c’est très romanesque, donc, oui, il a une maîtresse. Il ne se pose pas de questions du moment que les apparences sont sauves. Il est un peu lâche, pas très sensible et égoïste.

Mais est-ce que sa femme l’a rendu heureux ?

Très bonne question. J’aime bien que mes personnages soient complexes. On est tous fait avec plusieurs facettes. Ce qui est sûr, c’est qu’il n’est pas le seul fautif de cette situation. 

Pourquoi Grégoire, le fils Royer, annonce-t-il son mariage avec Gala par SMS ?

C’est volontaire. C’est une famille qui manque de chaleur et lui, c’est un garçon qui rêve  d’échapper à sa condition. En même temps, comme par hasard, il va rencontrer une fille qui est exactement du même milieu que lui. Il la rencontre à New York, alors que les parents de la jeune fille  habitent à quelques kilomètres de ses parents à lui.

Les doutes et la peur de Nathalie commencent lors du repas de présentation aux parents des deux futurs mariés.

A un moment donné, Nathalie apprend par hasard que les parents de Gala ont habité à Bois-Joli pendant plusieurs années. La famille Mallet de Puysere élude toutes les questions sur cette période.  Elle ne sait pas ce qu’il se passe et surprend le regard de Gala. Ce regard lui fait penser à quelque chose. Elle l’associe clairement au mal et au danger. Cela éveille en elle une terreur profonde. La mémoire de Nathalie n’est pas une mémoire de fait, mais une mémoire de sensation.

dominique dyens,interview,intuitionsVous êtes toujours souriante, charmante, bienveillante à chaque fois que je vous croise. Et vous écrivez des livres très noirs… c’est le paradoxe des écrivains.

Je suis très gaie comme ça, mais je suis quelqu’un de très inquiet de nature. Mes personnages sont toujours borderline. Je suis persuadée qu’on a tous un potentiel de folie en nous et que si on n’a pas une structure personnelle, familiale, amicale… un terrain un peu solide, on peut tous basculer de l’autre côté. Je suis fasciné par la folie.

Avant d’être écrivain, vous exerciez quel métier ?

Quand j’étais jeune, j’étais directrice de la publicité de la presse jeune chez Hachette Filipacchi. Il y avait OK !, Salut, Podium et Jeune et Jolie. J’ai aussi travaillé dans la presse professionnelle, sur les voyages d’affaires, des choses comme ça…  J’ai donc eu une vie professionnelle pendant 17 ans. Un jour, je n’en pouvais plus. J’ai tout lâché. Parfois, on prend des décisions liées à la tranche d’âge dans laquelle on pénètre. Il fallait que j’arrête ce travail, c’était vital, sinon je crevais. Je me sentais devenir vieille. Le marketing et le commerce, c’est un métier qui use jusqu’à la corde. Et puis, au fond de moi, j’ai toujours eu envie d’écrire. Quand j’ai été enceinte de mon troisième enfant, j’ai tenté le coup avec La femme éclaboussée. Et ça a marché.

Comment vivez-vous votre vie de femme écrivain?

Je pense que dans ce métier, on n’est strictement rien. La chose positive, c’est quand on sait que l’on apporte du plaisir aux gens. Dans la vie, il ya les métiers utiles et il y a les métiers inutiles. Quand j’étais dans la pub, je faisais un métier inutile qui ne faisait que susciter les besoins. La question c’est : "quand tu es artiste, est-ce que tu fais un métier utile ?" Après réflexion sur le sujet, j’en ai tiré la conclusion que oui, parce que tu donnes quelque chose. Un jour une femme est venue me voir lors d’un salon du livre et m’a dit : « Écoutez, votre livre m’a sauvé ».  J’étais bouleversé.

dominique dyens,interview,intuitionsDans Thé ou Café, Tatiana de Rosnay a présenté votre livre. Sacré coup de pub !

Extraordinaire ! Ça m’a touché à un point... Je pourrais presque en pleurer en y repensant, c’est idiot. Je sais que Tatiana aime beaucoup ce que je fais et c’est réciproque.  Nous avons des champs très proches dans nos thématiques, dans la façon d’aborder les drames et les femmes que nous évoquons. Avant d’être dans la même maison d’édition, nous suivions nos carrières littéraires respectives, mais nous nous sommes connues assez tard finalement. Ce qu’elle a fait dans Thé ou Café, c’était d’une grande générosité. J’étais bouleversée par cette marque d’amitié. Elle m’a donné quelque chose par cet acte.  Je ne m’y attendais pas du tout. Il y a très peu de gens avec une telle notoriété qui auraient fait ça. Tatiana est resté comme elle était avant le tourbillon Elle s’appelait Sarah, je ne sais pas comment elle fait. Avoir autant les pieds sur Terre et garder autant de simplicité, c’est assez bluffant.

D’autres livres déjà en préparation après Intuitions ?

Là, je vais sortir un recueil de nouvelles pour adolescents chez Thierry Magnier/Actes Sud. Il va s’appeler Par cœurs. J’aimerai aussi beaucoup écrire pour le cinéma. Quant à mon prochain roman, il commence à couver dans ma tête.

Dominique Dyens 06.06.11 9fff.jpg

11 juin 2011

Tonie Behar : interview pour "En scène les audacieuses!"

Pour en savoir un peu plus sur le milieu de l’industrie du disque (mais pas que)… le roman de Tonie Behar est idéal. J’ai rencontré l’auteure dans les locaux de l’agence pour laquelle je travaille, le 30 mai dernier. Voici l’article publié dans Addiction, le mag daté du mois de juin 2011.

Scan10024.JPG

Scan10026.JPG

Scan10028.JPG

21 mai 2011

Nathalie Six : interview pour "Pas d'enfants, ça se défend"

nathalie six,pas d'enfant ça se défend,interview,mandorNathalie Six est une journaliste littéraire dont je lis toujours les critiques, chroniques et interviews avec intérêt. J’aime son style d’écriture et suis souvent d’accord avec ce qu’elle écrit (et quand je ne le suis pas, elle avance suffisamment d’arguments pour que mon avis ne soit plus tout à fait définitif). La toute jeune maman vient de sortir un livre, Pas d’enfants, ça se défend !. Je sais, c’est paradoxal… et du coup,  l’occasion était trop belle de la mandoriser… Nous nous sommes retrouvés le 4 mai dernier dans mon restaurant habituel. Avant de lire le fruit de mon entretien, je vous propose l’article sur son livre que j’ai écrit pour Addiction, le mag (daté du mois de mars 2011).

nathalie six, pas d'enfant ça se défend, interview, mandor

Mandor : Est-ce que tes témoins se sont livrés facilement ?

Nathalie Six : J’ai été franche et directe là dessus, j’allais travestir l’identité de mes témoins.J’ai laissé les vrais prénoms de ceux qui en avaient envie, mais la plupart ont préféré me parler anonymement. Ce qui montre qu’il y a un tabou et un malaise sur ce sujet.

Tu as eu l’idée d’écrire ce livre à l’âge de 29 ans. La trentaine fait réfléchir les femmes (et les hommes) sur la question d’avoir un enfant ou non ?

Moi, ça m’a ramené à des questions que je pensais désuètes. J’ai des frères, mais nous avons été éduqués de la même manière. J’ai une mère qui n’aime pas le mot « féministe », mais qui l’est dans les actes. Elle a toujours bossé, elle bosse encore maintenant. J’ai été élevée avec l’idée que ma vie allait se dérouler comme celle d’un homme. En fait, là, maintenant que je suis moi aussi maman, je n’arrête pas de découvrir des différences. Je trouve par exemple que la maternité en est une. Autour de moi, j’ai des amies entre 32 et 40 ans qui n’ont pas d’enfant et qui me confient leur malaise et leur mal-être là-dessus. Elles ont une pression culturelle, amicale, familiale énorme. Elles me remercient d’avoir écrit ce livre parce qu’elles n’en peuvent plus de cette pression. Leur discours est le suivant : « On n’en peut plus de ces questions indiscrètes, on n’en peut plus de ces gens qui se mêlent de notre vie, on n’en peut plus d’être montrée du doigt, on n’en peut plus d’être considérée comme des anormaux ». Moi aussi ça m’énervait que quelqu’un m’oblige. Si aujourd’hui, je suis moi-même maman, c’est parce que je l’ai décidé, ce n’est pas parce que la pression sociale a fait que je me suis résolue à ça.

Il y a autant de personnes que de raisons de ne pas vouloir d’enfants. Peut-on tout de même trouver une raison commune ?

J’ai écrit le livre pour expliquer justement qu’il y a beaucoup de cas. Bien sûr, il y a au moins deux/trois grandes familles. Il y a ceux qui ont été pendant leur enfance psychologiquement mal traités. Je parle beaucoup de l’enfant intérieur. C’est très important de comprendre que quand ton enfant intérieur n’a pas pu grandir correctement, qu’il a été maltraité, soit par des agressions physiques, soit par des agressions morales ou verbales, il y a une grande difficulté à vouloir procréer. Peur de reproduire un schéma similaire. Mais, je précise tout de même que parmi ces enfants-là, on va en trouver autant qui veulent devenir parents que d’autres qui ne le souhaitent pas. D’avoir ses propres enfants, ça peut être une manière de réparer.

nathalie six,pas d'enfant ça se défend,interview,mandor

Les choses ont-elles changé depuis que les femmes peuvent avorter ?

Ca ne fait pas si longtemps que l’avortement est légal.Pour moi, c’est la clé du problème. A partir du moment où tu peux décider de ne plus procréer, que tu peux te protéger, la question émerge.  Avant, même ceux qui n’avaient pas envie d’enfants, c’était comme ça, on assumait. Sinon, il y a de plus en plus de gens qui sont « égoïstes », pas forcément dans le mauvais sens du terme. Ils vont construire un schéma de vie qui leur plait et ils vont se demander pourquoi ils chambouleraient tout ça, alors qu’ils ont réussi à avoir un boulot qui les passionne, à gagner leur vie suffisamment pour pouvoir voyager, à avoir une vie culturellement riche. Ils sont mariés avec quelqu’un qui leur consacre du temps et vice versa… et si un enfant arrive, tout ça va s’effondrer. Les gens sont flippés de se dire que l’enfant va tout détruire.

Les hommes et les femmes qui assument le choix de ne pas avoir d’enfant se sentent quand même « différents ».

Oui, mais il y a aussi des gens qui assument parfaitement. Par exemple, je cite le cas du Belge Théophile de Giraud. Il a inventé la fête des non-parents. Lui, il va au-delà de tout. Il a créé une charte dans laquelle il dit que les non-parents doivent être fiers de ne pas enfanter. Il dit en substance que ce ne sont pas eux les égoïstes. Ils évitent juste à un petit être de devoir se battre, de devoir trouver sa place dans un monde où il n’y a pas de travail, où il y a des guerres tout le temps, de plus en plus de pollutions, de plus en plus de maladies. Effectivement, on peut quand même se poser des questions sur le fait de faire des enfants par les temps qui courent.

nathalie six,pas d'enfant ça se défend,interview,mandorT’es-tu comprise un peu mieux en écoutant les autres ?

La femme qui parle dans le livre, c’est Nathalie Six, certes, mais en même temps, j’ai voulu en faire un modèle de la trentenaire sans toutefois rentrer dans la sphère de l’intime, qui pourrait me dévoiler.  J’ai mis des choses que j’avais ressenties, ou que j’avais vues dans mon entourage proche. Moi, j’ai toujours voulu avoir des enfants, en revanche, je ne savais pas à quel moment. Je savais que ça bouleverserait ma vie. Maintenant que je suis maman, je peux te confirmer que c’est très difficile de gérer une carrière et une vie de maman. Continuer à bosser, alors qu’il faut aller chercher son enfant tous les soirs à 18h, qu'il se réveille la nuit, qu'il t’empêche de lire comme avant… oui, mon boulot en prend un énorme coup.

Les hommes et les femmes ont-ils les mêmes raisons de ne pas faire d’enfants ?

Souvent, elles se rejoignent. Avant, les hommes, ça les touchait moins, parce qu’un homme qui avait un enfant, il n’allait pas forcément devoir adapter son emploi du temps. Mon grand-père a eu une réflexion que j’ai trouvée très pertinente: « En lisant ton livre, j'ai trouvé que vous étiez une génération très pessimiste. A ma génération, on ne se posait jamais la question car nous savions que nous allions trouver des solutions. On y allait, on fonçait dans le boulot, on fonçait dans la vie. On faisait des enfants et c’est seulement après coup qu’on arrangeait les choses. » Et maintenant que je regarde mon livre avec de la distance, je trouve qu’il a raison.

Oui, c’est un livre générationnel. Ton enquête n’aurait pas eu les mêmes résultats, il y a 30 ans.

On est une génération qui a peur. On a peur pour notre boulot, on a peur pour la planète, pour l’écologie, on a peur des guerres. On pourrait voir les choses autrement en se disant : on va faire des enfants qui, eux-mêmes, trouveront des solutions à tous les problèmes d’aujourd’hui. Et bien, non la tendance générale est de se dire que si on fait des enfants, ils ne feront que grossir le nombre de personnes qui ne vont déjà pas bien.

Comment tu vis le fait de sortir un livre ?

Je suis éberluée de voir que j’ai réussi à mener ce livre jusqu’au bout. J’ai terminé ce livre en même temps que j’ai accouché de mon petit garçon. J’ai un peu accouché de deux bébés en même temps.

Au niveau psychanalytique, c’est intéressant ton histoire…nathalie six,pas d'enfant ça se défend,interview,mandor

(En souriant) Il faut qu’un psy ce penche sur mon cas, tu n'as pas tort. J’ai accouché au sens propre, physiquement, d’un bébé qui est sorti de mon corps. Et j’ai accouché au sens figuré, intellectuellement, d’un livre qui est sorti de ma tête.  Je pense que je me sens complète aujourd’hui. Si j’avais fait l’un sans l’autre, il m’aurait manqué un truc. Du point de vue psychanalytique, je pense que je pourrai l’expliquer à mon fils plus tard. J’avais envie que les choses soient très très claires dans ma tête. Il n’y a pas de doute, je sais pourquoi je suis maman.

Avec ce livre, tu vas devenir une référence sur ce thème là.

Je ne me sens pas une référence, car je ne suis ni psy, ni sociologue de métier et de formation.  En revanche, ma force, c’était d’enquêter et de poser des questions. J’ai parlé de moi de temps en temps pour évoquer la trentenaire qui se pose des questions. Je ne voulais pas jouer à la psy de service parce que j’ai lu trois-quatre livres sur la question.  Je me contente de faire accoucher des gens en leur posant des questions qui les emmènent à se livrer. Tu vois, je viens encore d’utiliser le terme « accoucher »…

Pas d'enfants, ça se défend sur Amazon et sur le site de la FNAC.

Quand Nathalie Six présente elle-même son livre.

16 mai 2011

Frédéric Staniland : interview pour Aponi.

frédérci staniland,aponi,interview,mandor

Frédéric Staniland, je l’ai lu parce que je lis la plupart des ouvrages que sort mon éditrice, Laura Mare. Je m’efforce de ne pas « trop » mandoriser ses auteurs (mes collègues, donc). Mais, dans le cas de ce jeune auteur, je n’ai pu m’empêcher de céder à la tentation. Le sujet d'Aponi m’intéressait, l’histoire était bien menée (tant est si bien qu’on ne le lâche pas sans en connaître l’issue). De plus, j’ai rencontré Frédéric Staniland au Salon du Livre de Paris 2011puisque nous nous succédions en dédicaces. Et si humainement, ça fonctionne, j’ai encore moins de mal à donner un coup de projecteur sur un livre.

Et sur un homme.

staniland.jpgPrésentation de l'éditeur

Eté 2012, Jean-Paul, journaliste débonnaire pour Worldnews, se lance dans une enquête peu ordinaire : la fin du monde prévue six mois plus tard, le 21 décembre 2012. Épaulé par son cercle d'amis hétéroclites, un vrai « club des cinq », il n'a que six mois pour aller au bout de ses recherches. Marcel, quant à lui, termine dans l'Aveyron sa quête amérindienne, puisant au cœur de la nature la vérité profonde sur sa vie. Une vérité qui va le dépasser. Au cours de ces deux parcours, drôles et singuliers, un lien va se créer. Mais lequel ? À la croisée de ces deux itinéraires, va naître une légende inattendue. Mais laquelle ? De cette fin du monde annoncée va surgir un espoir. Le 21/12/2012 sera-t-il la fin de notre monde ou le début d'une autre ère ?

frederic.jpgBiographie de l'auteur

« Il est grand temps de rallumer les étoiles » disait Apollinaire et Frédéric Staniland a bien retenu la leçon du poète. À 14 ans, il découvre la littérature grâce à Marguerite Yourcenar. À 17, il abandonne une section Sport-Etudes, quitte le cocon familial et s'enrichit de Süsking autant que de « Fluide Glacial ». Puis il se passionne pour la musique, travaille dans la tuyauterie industrielle, avant de bifurquer vers l'audiovisuel. Au travers de l'écriture, cet auteur attachant nous fait découvrir toute sa diversité dans cette histoire initiatique. Fidèle lecteur de Christopher Moore et de Fred Vargas, Frédéric Staniland nous livre son premier roman, APONI.

 Frédéric Staniland habite à Lyon. Il s’est arrangé pour venir à Paris. Nous nous sommes retrouvés à « mon » agence le 27 avril dernier.

Frédéric Staniland 27.04.11 3.JPG

Mandor : Ton activité professionnelle a un rapport direct avec celui d'un de tes deux héros, Jean-Paul?

Frédéric Staniland : Oui, en effet. Je travaille à France Télévisions en tant que monteur dans une rédaction nationale qui est à Lyon. On s’occupe de tous les programmes de France 3 Satellite.

-Tu écris en parallèle de ce métier. Considères-tu cette activité comme un loisir ?

-Non, comme un bonheur. Pique-niquer, c’est un loisir, se promener, aussi. Écrire, c’est du travail et je n’y trouve pas la même forme de jubilation. Créer, inventer, écrire, c’est vraiment du bonheur.

-Jean-Paul, le héros est journaliste dans une rédaction qui s’appelle World News. On sent que tu aimes ces ambiances de rédaction.

-C’est un milieu que je connais, que j’aime bien et c’est plaisant à raconter, mais c’est surtout un milieu où il y a plein de personnages différents et donc sources d’inspirations…

-Dans Aponi, l’action se situe à 6 mois de la date fatidique de la fin du monde, selon le calendrier maya, le 21 décembre 2012. Tu explores aussi toutes les autres croyances concernant la fin du monde. Tu y crois en cette fin du monde ?

-Je ne crois pas à cette fin du monde. Je rejoins le deuxième personnage de l’histoire, qui s’appelle Marcel. L’humanité d’aujourd’hui ne me plait pas beaucoup. Le monde occidental tel qu’il est n’est pas exempt de tout reproche. Cette prophétie, si je voulais être totalement honnête, je dirais que ce serait bien qu’elle se réalise. Je suis très heureux dans ce monde-là et tout va bien pour moi, mais au fond, je me dis que si ça arrivait, le monde repartirait peut-être sur d’autres bases.

-C’est peut-être égoïste, mais moi je ne suis pas prêt à me sacrifier pour les générations futures. Je veux dire, complètement disparaître de la surface du monde.

-Et bien, moi si. Mais au fond, la base de mon livre, ce n’est pas la prophétie, mais l’histoire amérindienne. Je me sens plus proche de Marcel que de Jean-Paul. L’histoire de ce type qui se lève un jour en pleine nature et qui entend des coups de feu, des femmes et des enfants crier…

-Marcel poursuit sa quête amérindienne. II doit effectuer des rites pendant 4 ans, une semaine par an. Tu as fait ça toi-même ?

-Non, moi, je n’ai fait ça qu’une nuit. Tous les ans en tout cas, je fais ce camp, parce que ma femme le fait. La culture amérindienne est une culture que je trouve intéressante et respectueuse. Dans ces camps, il y a les quêteurs, ça, c’est l’histoire de Marcel, mais il y a aussi des rites de passage pour les enfants de 7 ans et pour les enfants de 14 ans.

-Les tiens ont fait ces rites ?

-Mes deux filles, oui. Moi, je suis plus romancier que quêteur. Mais dans les camps, les jeunes hommes qui font ce rite de passage doivent monter une journée. Imagine, tu te lèves le jeudi matin, tu  ne déjeunes pas. À midi tu pars dans la nature dans un emplacement précis et tu restes jusqu’au vendredi midi sans boire et sans manger. Quand on fait un camp et qu’un jeune garçon doit effectuer ce rite, il faut que les hommes qui ne sont pas encore passés par cette expérience puissent le faire pour ensuite en parler avec lui. C’est une association, Les plume de l’aigle, qui organise ces camps.

Frédéric Staniland 27.04.11 2.JPG

-Quel est le but de ce livre ?

-Faire passer des messages. Ce qu’il y a d’important à savoir, c’est que dans le monde, il y a un enfant qui meurt de malnutrition toutes les six secondes. Je trouve grave qu’en 2011 ça existe encore. Mon livre remet en question l’humanité, toute proportion gardée, bien sûr. S’il y avait plus d’humanité entre nous tous, déjà le monde serait plus vivable.

-Ton livre se lit comme un polar, mais dans lequel on peut puiser ce que l’on veut. Des philosophies de vie par exemple. Est-ce que tu as eu peur de ne pas être compris en écrivant un livre comme le tien ?

-On n’est pas vraiment compris. En tout cas, quand on me parle du livre, personne ne me parle du message en lui-même.

-Je vais te dire franchement, moi, je me suis dit qu’il rentrait insidieusement dans ma tête. Je ne l’ai pas compris tout de suite. En tout cas, pour un premier roman, je trouve qu’il est ambitieux.

-Quand j’ai écrit ce roman, à aucun moment, je ne me suis douté qu’il allait être édité. Au début tu te dis « j’ai envie de raconter une histoire », et ensuite tu te demandes si tu en es capable. Une fois que tu as le premier contentement, « ça y est, j’y suis arrivé !», tu cherches un éditeur parce qu’après tout, ton livre existe, autant qu’il soit lu par d’autres.

-Tu es déjà en train d’écrire un deuxième livre…

-C’est un livre qui évoque la Deuxième Guerre mondiale. Dans la littérature, il y a deux choses que je trouve très difficiles, c’est de trouver la bonne histoire, je veux dire, intéressante, profonde, plaisante, avec des messages à l’intérieur et puis l’écriture en elle-même. C’est un peu bête à dire, mais moi, à la base, je suis plus un matheux.

-Si tes romans cartonnaient, tu te verrais tout abandonner pour passer ta vie à écrire.

-Non, parce que je suis un humaniste, alors j’aime bien être entouré de gens. Être écrivain à part entière, c’est aussi être solitaire et ça, je ne le peux pas. Je n’aime pas l’idée non plus d’être obligé d’écrire. Dans mon cas de figure actuel, c’est plaisant, tu n’es obligé à rien.

-Est-ce que la morale de ton livre, c’est celle de Luis Ansa ? « Les humains sont pareils à des poissons qui se demanderaient où il y a de l’eau, alors qu’ils sont dedans ».

-Oui, c’est le problème de tout le monde depuis tout le temps. Il faut être optimiste dans sa réalité.

Frédéric Staniland 27.04.11 4.JPG

Bien... un livre qui n'a rien à voir avec le sujet s'est glissé dans cette photo (encore une fois!).

06 mai 2011

Rencontre avec Eva Lunaba pour "Les coucous"

carte_postale_les_coucous.jpg

Les coucous de Eva Lunaba est le premier ouvrage de la collection « Les belles Nouvelles chez Volpilière ». Cette jeune et dynamique maison d’édition s’attache ainsi à remettre les Nouvelles au goût du jour dans un aspect contemporain. Pas de recueils, chaque ouvrage sera composé d’une seule nouvelle et réalisé par un seul auteur.

BN Coucous Envolée des Livres Châteauroux 2-3 avril 2011.jpgL'auteur :

Eva Lunaba magnifie le verbe comme on aime être aimé avec douceur et écoute. A contre courant, elle est et reste une romantique. Tout le monde cherche une belle histoire d'amour, mais personne ne veut la vivre, par égoïsme, peur ou lâcheté. On est pourtant plus vivant quand on meurt d'amour. Eva Lunaba écrit ces histoires d'amour démodées qui vivent sur du papier par défaut...

Dans Les coucous, on découvre à quel point l’amour et la jalousie peuvent amener à bien des pièges. « Audrey aime Maxence, mais aussi les plantes. Son jardin d’hiver vengera son jardin secret, piétiné par un Maxence volage. On y croise satura, ellébore et aconit...».

J’ai rencontré Eva Lunaba lors du Salon du livre de Châteauroux de cette année. J’avais lu son livre et, coup de bol, nous étions dans le même hôtel. Le matin du 3 avril dernier, avant d’aller signer nos ouvrages respectifs, je l’ai mandorisé. Nous étions sortis en bande un peu tard la veille… d’où une admiration sans borne des autres auteurs présents dans l’hôtel constatant que nous nous adonnions à une interview si tôt dans la journée.

16.JPG

Mandor : Peux-tu te présenter en quelques mots?

Eva Lunaba : J’ai fait un cursus littéraire, maîtrise de lettres, un DEA d’information, etc… Depuis 2003, je suis me suis spécialisée dans l’écriture de nouvelles. Ce qui m’intéresse dans cette forme d'écriture, c’est de travailler la psychologie, l’intérieur, les sentiments des personnages, je ne m’attache pas du tout au décor.

Comment as-tu travaillé cette nouvelle finement ciselée ?

Au début, Les coucous faisait 400 pages et après, je l’ai peaufiné, à la virgule, au souffle, à l’écoute. Je fais toujours lire mes textes par plusieurs personnes différentes avec des voix différentes, et à chaque fois, j’écoute la mélodie... J’entretiens mon texte comme un bonsaï. Je coupe, j’élague, branche après branche. J’arrête quand j’estime que le texte n’a retenu que l’essentiel est qu’il est capable de happer le lecteur. Cette nouvelle m’a pris une bonne année.

couv_les_coucous.jpgC’est en lisant Stefan Zweig que tu as eu envie d’écrire des nouvelles.

Oui, c’est exactement ça. La nouvelle est quelque chose de très particulier. Je trouve qu’écrire une bonne nouvelle est jouissif. On va au plus profond de ce que l’on a à dire. Mon travail est vraiment très précis. À la virgule près, je suis capable de t’enlever toute une phrase.

Tu as écrit de nombreux recueils de poésies érotiques ?

C’est une composition sur le sentiment. J’ai essayé de montrer que le sentiment n’est pas forcément lié à une rencontre particulière, des personnes qui se voient. Le téléphone pour Allo ! Ou les mots d’amour, internet pour Intime évidence, l’épistolaire pour Tant que c’est toi, le boudoir, le paravent pour Chaîrami. Je suis même très très très méchante avec mes personnages parce que je fais en sorte qu’ils ne se voient pas. La difficulté, c’est de faire sentir le sentiment pendant toute l’histoire, de le faire vivre, de le faire palpiter, de le faire vibrer. D’utiliser tout ce qui peut être leur sensualité et autre. La subtilité, c’est de provoquer la frustration, même s’ils ne se rencontrent pas, ils auront vécu des sentiments intenses.

La première et la dernière phrase sont-elles les plus importantes dans une nouvelle ?

Oui, mais en premier, c’est le titre. Moi, je veux que le lecteur se demande pourquoi mon livre s’intitule comme il s’intitule. La fin aussi est primordiale. Je dois bien travailler trois mois juste sur la fin.

Es-tu objective sur ton propre travail ?

Je me mets en danger souvent. Pour Les coucous, à la base, c’était pour un concours du magazine Elle. Je savais que je n’allais pas gagner parce que j’étais hors format. Je ne peux pas écrire en me limitant à un nombre défini de signes et là, je n’avais pas respecté cette règle. Le but était simplement d’avoir un lectorat qui n’est pas celui qui me suit depuis 10 années. Avoir un autre retour m’intéressait, un qui n’irait pas forcément dans le sens du poil.

18.JPG

As-tu un public qui te suit ?

Oui, c’est à la fois très sympathique parce que je sais qu’ils seront toujours là, en même temps, ça ne te donne pas ce petit plus qu’il te faut pour te motiver. Là, j’ai changé de maison d’édition. Avec la précédente, j’avais carte blanche pour tout, j’étais même particulièrement chouchoutée… avec Volpilière, j’ai tout à prouver. Elizabeth Robert Mozzanini, avec tact et diplomatie, ne me laisse rien passer et c’est bien.

Les coucous est une nouvelle très caustique. Audrey se rend compte que son mari Maxence le trompe. Une fois que l’on sait cela, que peut-on dire ?

Je peux dire que c’est une nouvelle sur la trahison. La trahison sentimentale. Qu’est-ce que la trahison amoureuse peut engendrer ? Les inconstances à la base et les conséquences qui peuvent découler de cette trahison. Elles peuvent paraître anodines  et pardonnables… mais les lecteurs verront que les conséquences nous emmèneront très loin dans la folie. Je préviens les hommes qui viendraient éventuellement me voir dans les salons du livre où je signe Les coucous, je ne suis pas responsable des recettes qu’il y a dans le livre. Je ne veux pas porter la responsabilité des éventuels prochains meurtres.

Le blog officiel d'Eva Lunaba.

Le blog de La liseuse (Eva lit des extraits de livres).

02 mai 2011

Rencontre avec Sophie Adriansen et Rodolphe Macia

sophie.jpg

Mardi soir dernier, j'ai animé une soirée dans le cadre des mardis littéraires du Café de la Marie, Place Saint Sulpice. Il s’agissait d’une rencontre débat autour du livre "Je vous emmène au bout de la ligne" en présence de ses auteurs Rodolphe Macia et Sophie Adriansen...

http://www.auboutdelaligne.fr/

métro-petit.jpgPrésentation de l’éditeur :

Le métro parisien, ce n’est pas le pont d’Avignon : on y dort plutôt qu’on y danse. Et pourtant, il suffirait d’ouvrir les yeux pour découvrir un monde différent et riche. Rodolphe, conducteur sur la ligne 2, nous y entraîne. Il a derrière lui vingt ans de vie sous terre. Avec drôlerie et gourmandise, il nous raconte ce territoire tel qu’il se livre à l’homme dans la cabine : les créatures qu’il y croise, les rituels qu’il observe, les aventures les plus inattendues qui ébranlent la routine. Entre Nation et Porte Dauphine, faune et flore sont examinées avec un regard tendre et affûté : fêtards, contrôleurs, suicidaires, érotomanes, musiciens ou mendiants…


À Paris, plus de 5 millions de personnes prennent le métro chaque jour. À l’heure de pointe, en fin de journée, 540 trains circulent simultanément sur tout le réseau. Tout le monde semble pressé de remonter à la surface. Et pourtant, les coulisses de ce monde underground ont de quoi fasciner et la mission du conducteur peut parfois s’avérer héroïque… Sophie Adriansen, qui a co-écrit ce livre avec Rodolphe Macia, ne s’y est pas trompé en tombant amoureuse de l’homme autant que son métier.

Soirée Café de la mairie 26.04.11 1.JPG

C’est justement Sophie Adriansen, (la "Sophielit" du blog littéraire fort populaire), qui m’a demandé de converser avec eux devant le public présent.

(Elle savait que j'avais lu le livre quelques semaines auparavant. Je lui avais communiqué mon enthousiasme...)

En l’occurrence, ce soir-là, le public était composé, pour la majeure partie, d’écrivains de nos connaissances respectives et d’habitués de ces « mardis littéraires » (conçus par Jean-Lou Guérin que je tiens à remercier pour l’accueil).

Soirée Café de la mairie 26.04.11 2.JPG

De gauche à droite, la comédienne Marie Talon (qui a lu avec talent quelques extraits du livre), bibi, Sophie Adriansen et Rodolphe Macia...

Soirée Café de la mairie 26.04.11 3.JPG

Outre un serveur peu soucieux d’utiliser la case « tact/diplomatie » que pourtant chacun porte en soi et plus porté sur les consommations que sur la littérature hongroise du XVIIIe siècle (absolument pas le sujet de la soirée, ceci étant), la soirée fut très chaleureuse. Des êtres humains bienveillants, parfois taquins, des regards de connivence, de jolis sourires, des présences solaires, parfois des questions surréalistes… bref, un très agréable moment.

Après la rencontre, nous avons bu un coup sur la terrasse de cet établissement, puis chacun est rentré (sagement?) chez soi.

Quant à moi, j'ai pris le métro avec les deux héros de la soirée...

Prendre le métro avec deux auteurs qui ont écrit un livre sur les coulisses du métro... vous me connaissez, j'ai estimé que cela méritait une immortalisation.

(Il ne m'en faut pas beaucoup... je suis au courant, merci!)

Soirée Café de la mairie 26.04.11 6.JPG

mardis littéraires,café de la mairie,je vous emmene au bout de la ligne,rodolphe macia,sophie adriansenDernière précision: Sophie Adriansen a une autre actualité littéraire. Elle participe a un ouvrage collectif, en compagnie de David Foenkinos, Mercedes Deambrosis, Christophe Ferré, Nicolas d'Estienne d'Orves (excusez du peu!).

Il s'appelle Six façons de le dire.

"Des moments de bonheur aux instants de révolte il n’y a souvent qu’un pas, une petite marche si difficile à escalader qu’elle finit par pourrir la vie. Six auteurs de talent vont, chacun à sa manière, vous en faire la preuve. Loin du Vaudeville, chacun saura se reconnaître, un peu…"

Ca donne envie!

Sacrément!

26 avril 2011

Lionel Emery : interview pour "Et qu'elle ne se relève pas"

_MG_2492.JPG

Pour la première fois dans l’histoire de ce blog, j’ai rencontré un auteur pour un livre qui n’est pas encore publié. Le livre de Lionel Emery s’intitule Et qu’elle ne se relève pas. C’est un ami commun (libraire dont l’avis m’est toujours précieux) qui m’a conseillé de m’intéresser à ce manuscrit.

J’ai lu.

Je suis très largement convaincu.

Et je ne comprends pas pourquoi cet écrivain n’a encore trouvé aucun éditeur.

Un livre de cette nature-là manque dans le paysage littéraire français. Il s’agit d’un vrai livre romanesque aux retombées cinématographiques évidentes, je vous assure… Pour moi, c’est un opéra, c’est Shakespeare, c’est un western hollywoodien, mais bien plus encore. Il est notamment question de la conscience de l’humain, du bon usage de la violence, qu’est-ce qu’une femme est capable de faire pour un homme…

En refermant ce manuscrit, j’en avais le souffle coupé. Il fallait que je mandorise l’auteur Lionel Emery. Ce qui fut fait la semaine dernière…

Lionel Emery 04.04.11 3.JPG

4e de couverture (qui n’existe pas encore, donc) :

Le 28 juin 1914, à SARAJEVO, l’Archiduc François-Ferdinand d’Autriche est abattu par un homme étrange à l’allure juvénile, Gavrilo Princip, qui tente de se suicider sur place immédiatement après son geste. Arrêté, le meurtrier qui se dit étudiant serbe mourra quatre ans plus tard sans que la vérité n’ait pu être faite sur son identité et ses mobiles réels.

Ce coup de feu, suivi de celui qui tuera Jaurès quelques semaines plus tard, feront basculer l’Europe puis le monde dans la première plus grande guerre de l’humanité. Elle va durer quatre années et coûter dix millions de vies… mais aussi, rapporter énormément et changer, en quelques mois, les axes d’influence en place depuis des siècles.

Qui a fait tirer Gavrilo Princip puis l’assassin de l’artisan de la paix ? Quels étaient les enjeux planifiés de ces attentats ?

Le secret se désépaissit aux Etats-Unis, où, au printemps 1914, une jeune femme, Carroll, assiste au massacre des siens et à l’enlèvement de son enfant.

Aidée par un jeune prêtre aux méthodes radicales et par un vétéran des guerres indiennes désabusé de tout, Caroll part à la recherche de son fils.

Leur quête va les conduire jusqu’à une puissante société occulte et des hommes qui  répandent  le pire aux dépends de tous les autres.

lionel.jpgL’auteur :

Parcours un peu éclectique et chaotique que celui d’un fils de paysan gardant toujours une main dans la terre mais qui passe, et pas toujours impunément, de la cuisine et sommellerie au droit bien sérieux qu’est celui des notaires pour devenir acteur (télévision, cinéma et théâtre y compris sur Inter et France Culture…) et finalement (mais tout ceci se tient et se tient bien…) auteur.

Si la vie est aussi un jeu, Lionel Emery n’en n’a pas choisi qu’un… et ne compte pas s’arrêter là. Aujourd’hui, c’est un roman, son premier qui se présente à l’horizon.

Il y a eu les « personnages en quête d’auteur », il y a un auteur-acteur en quête d’éditeur… mais du bon éditeur… pourquoi le bon ? Le bon, rien que ça, non mais des fois ! Parce que ce livre là est populaire dans le sens original et originaire du terme.

Interview :

Mandor : Ton parcours est particulier…

Lionel Emery : J’ai arrêté les métiers de notaire, puis de sommelier restaurateur parce qu’un démon me poursuivait depuis mes 12 ans. A cause de certains films, je voulais faire l’acteur. Et immanquablement, l’écriture a pris le dessus et est devenu l’axe majeur. Ceci étant, je continuerai à être acteur parce que j’adore ça. J’ai joué au théâtre et dans une vingtaine de téléfilms, 5 films de cinéma avec des rôles plus ou moins conséquents.

Lionel Emery 04.04.11 1.JPG-C’est le fait de lire des scénarios à foison dans le cadre de ton activité de comédien qui t’a donné envie de t’y mettre ?

-Il y a deux choses : j’interprète des personnages pour des pièces radiophoniques de France Inter ou France Culture et je n’ai jamais eu le sentiment de me dire que c’était mal écrit. Au contraire… mais, parfois, je reçois des scénarios pour la télévision ou le cinéma hyper mal écrits et je suis fou de rage. Parfois, quand je tourne, je modifie discrètement mes dialogues et généralement, les réalisateurs me laissent faire. Il faut juste ne pas abuser.

-Comment as-tu eu l’idée de ce roman ?

-C’est un roman d’aventure. Le cadre est celui d’un western, mais ça va beaucoup plus loin. Ce livre pose des questions d’humanisme. Il y a beaucoup de violence et de cruauté, mais le monde est ainsi fait. Je me suis réveillé un matin, à quatre heures, avec toute l’histoire en film accéléré. Après, il a fallu que je me force à ne pas me rendormir. J’ai pris du papier et j’ai écrit ce rêve éveillé. J’ai noté 40 articulations majeures de l’histoire pour que rien ne m’échappe. Ensuite, j’en ai fait un scénario pour un ami réalisateur, puis à d’autres comme Tavernier qui a trouvé ça énorme, mais qui m’a dit qu’il ne pouvait le produire lui-même. Robert Hossen, qui l’a lu deux fois, m’a dit : « T’es fou ! Tu as combien de cerveau ? ». Le producteur Nicolas Vannier m’a dit qu’il avait adoré mais que, tout seul, il ne pouvait pas le produire. Il m’a conseillé de le faire traduire et de l’envoyer aux Etats-Unis. Là-bas, c’est tout à fait le genre de scénario dont les producteurs raffolent. C’est lui qui m’a conseillé d’en faire un roman d’abord. Parce que si le roman existe, le reste suivra…

-As-tu proposé ton roman à des maisons d’édition ?

-Oui,  je me suis fait banané partout, mais je me suis laissé dire que personne ne l’avait lu ou alors, les cinq premières pages. Ils ont dû se dire : "OK ! C’est un Tarantino mélangé à du Sergio Leone et terminé, merci, au revoir !"

-Tu évoques les atrocités contre les indiens…

-Ce sont les services secrets avant l’heure. Ce qu’il faut savoir quand même, c’est que les guerres indiennes ont été créées pour avoir le territoire américain sans les indiens ou alors les garder quelque part dans des réserves. C’est littéralement ce qu’Hitler a fait avec les juifs. Le massacre des indiens, on oublie que c’est le plus grand génocide de l’humanité.

-Il est aussi question des génocides arméniens et juifs…

-Ce livre est un vrai réquisitoire contre la folie des hommes et leurs atrocités. Juste, par le biais d’un roman d’aventures, je tente de mettre en garde. Je crie en substance : « vous n’avez pas encore compris qu’à force de mettre le couvert dans tous les sens, on va tout faire péter ». Je fais une sorte de militantisme par les lettres.

- Ton livre est tristement d’actualité…

-Il s’appelait au départ « Crépuscule » (qui rimait avec groupuscule), et ensuite « D’un monde à l’autre », parce qu’en 1914 et 1918, on est vraiment passé d’un monde à l’autre sur le plan géopolitique. Ce qu’il s’est passé en Allemagne, en Europe ensuite puis aujourd’hui, dans le conflit israélo-palestinien, tout est connecté, tout est lié.

- La rédemption est très présente…_MG_2533.JPG

-On passe sa vie, même quand on n’est pas dans la même extrémité que mes personnages, à être dans la rédemption.

-C’est aussi un livre sur le fanatisme.

-C’est la fabrication des âmes d’enfants par le conditionnement psychologique. Le XXe siècle était très riche de cela, plus que n’importe quel autre siècle. Il n’y a pas de peuple avec une prédilection pour… peut-être une culture, en encore, je n’en suis pas sûr. Le XXe siècle était à son apogée du conditionnement.

-Il y a un peu de toi dans ce roman ?

-Apparemment, oui. Principalement dans les passages qui décrivent la nature, l’agriculture, et dans les passages évoquant la foi. Est-ce que la foi est sérieuse ? Est-ce que Dieu existe ? Je décris l’horreur qui existe réellement et je me demande ou est Dieu dans tout cela. Il faut croire en l’homme en tout cas.

-Tu es dans quel état d’esprit quand tu écris ?

-C’est très étrange, les scènes de rédemption, les scènes où mon héros Franck se rend compte de ce qu’a été sa vie, ça me bouleversait. Un peu comme si j’étais lui. Il y a eu une forme de dédoublement tant je le sens proche de moi. Les scènes qui me bouleversent le plus, ce sont celles de ses remises en causes personnelles, de ses questionnements sur le sens de sa vie, quand il s’enivre tout seul… Son amitié forte avec Garonn, un homme beaucoup plus âgé. Ca aussi me bouleverse. Il y a aussi la montée en amour, l’érotisme immanent entre Carole et Franck, alors qu’ils sont le contraire l’un de l’autre.

-Il y a des scènes de violence très fortes, limite insoutenables!

-Ceux qui ont lu mon livre me le reprochent parfois. En les écrivant, ça m’a fait une chaleur très désagréable dans le corps et parfois même, j’avais les larmes aux yeux. Quand je raconte quelque chose, j’y vais à fond. Je ne veux pas être complaisant. Sans faire de voyeurisme, je voulais que ce soit aussi fort que si j’avais été au milieu de l’évènement.

-Toute cette violence s’explique.

-N’oublions pas que les exactions dont je parle se font par des experts tarés devant des mômes qui ont entre 10 et 14 ans. On leur apprend le détachement. Il y a une grande théorie dans tout ça : Si on enseigne à des enfants que l'on a pris soin de voler ailleurs préalablement, alors qu'ils n'ont plus aucun lien de famille, de culture, de religion et d'attachement au sol, alors qu'ils sont si manipulables, si conditionnés à ne commettre que des atrocités, on finit par en faire des experts, de redoutables experts.( Kmers rouges, jeunesses SS et j'en passe...)... J’évoque aussi en filigrane quelques conspirations. Je ne suis pas dans la théorie du complot permanent, mais je suis toujours un peu méfiant. Il y a beaucoup d’évènements mondiaux, de guerres, dont on apprend 50 ans plus tard des vérités qui ne sont pas celles énoncées à l’époque.

-C’est une forme de lecture engagée…

-Je préfère celle-ci à celle du moment. On ne lit plus que des biographies de jeunes parisiens, pseudo-bourgeois à brushing mal dans leurs converses. Il n’y a quasiment plus rien qui ait un quelconque rapport avec le voyage, l’aventure et la force. Ca me désespère !

-Le mot de la fin…

-Je voudrais que Et qu’elle ne se relève pas soit un roman que l’on lise comme un livre et que l’on vive comme un film. L’exercice de style à part, je voulais que le lecteur ressente aussi bien la chaleur, les odeurs, la soif, la crasse, le bonheur des draps frais que le sang qui sèche sur la peau et la sensualité qui déborde de ce roman.

-Et si un éditeur souhaite te contacter pour ce manuscrit, comment peut-il te joindre?

-Et bien, je suis dans l'annuaire, à Paris, comme sur Facebook à Lionel Emery (attention, il y en a deux !)

(Ou alors, envoyez-moi un message, je transmettrai…)

Lionel Emery 04.04.11 6.JPG

07 avril 2011

Dominique Maisons: chronique et interview pour Le psychopompe

dominique maisons,le psychopompe,interview,chroniqueAujourd’hui, coup de projecteur sur un livre qui m’a carrément emballé/embarqué. Et quand un livre m’emballe/m'embarque, je sors la grosse artillerie (quand c’est possible).

Interview pour l’un des journaux pour lequel je travaille et chronique pour un deuxième.

(J'ai tenté sans succès pour le troisième.)

J’ai fait venir Dominique Maisons dans les locaux de l’agence pour laquelle je travaille et je l’ai cuisiné sur son polar "hallucinant", Le  psychopompe.

L'homme est aussi sympathique que disert...

Voici la chronique pour Addiction, le mag, daté du mois d’avril 2011.

Scan10008.JPG

Dominique Maisons 24.03.11 3.JPG

 Voici à présent mon interview pour le Magazine des espaces culturels Leclerc daté également du mois d’avril 2011.

Scan10015.JPG

Scan10016.JPG

Scan10017.JPG

Désolé, je n’ai pas pu m’empêcher…

En même temps, Dominique Maisons me fait un peu de pub sur son site perso. Merci à lui!

Dominique Maisons 24.03.11 5.JPG