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03 janvier 2013

Jennifer Murzeau : interview pour Les grimaces

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(Photo : Diane Pol-Lajaima)

J’ai rencontré Jennifer Murzeau au Salon du livre d’Ozoir-la-Ferrière 2012 que j’ai animé. Elle a fait partie de la cinquantaine d’auteurs interviewés dans la journée. Parfois, dans ce genre de contexte, je tombe sur quelqu’un qui me parle de son livre avec passion/enthousiasme et qui provoque chez moi un vif intérêt. À la fin de ma courte interview, je lui ai demandé de me faire parvenir son roman, Les grimaces.

Six jours plus tard, je l’ai reçu.

Deux jours plus tard, je l’avais lu.

Quelques jours plus tard, le 20 décembre dernier, j’ai demandé à Jennifer Murzeau de venir à l’agence…

jennifer murzeau,les grimaces,interview,mandor4e de couverture :

Angelina est chargée de production pour une chaîne de télé du câble. Depuis plus de trois ans, elle subit la perfidie de sa collègue, assiste aux batailles d’égo qui l’excluent, observe toutes ces grimaces qu’elle ne sait pas faire. Éternelle anonyme, elle souffre en silence de son intégration ratée dans le monde du travail jusqu’au jour où elle décide de se venger. Il lui faut une victime qui paye pour ce trop-plein d’humiliations. Elle choisit Marie. Puis elle laisse vaciller sa raison et grandir son obsession pour cette jeune et belle présentatrice qui semble avoir le monde à ses pieds.

À travers les yeux de ses personnages, Jennifer Murzeau détaille un quotidien fait de petites violences et de grands ridicules. Elle dépeint avec un humour caustique un univers où finalement chacun se débat pour exister dans une compétition sans pitié.

L’auteure :

Jennifer Murzeau est journaliste. Elle a travaillé pour France 2, Direct 8 et France Culture. Elle collabore aujourd’hui au magazine Glamour. Les grimaces est son premier roman.

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jennifer murzeau,les grimaces,interview,mandorInterview:

Dans ce livre, tu évoques le milieu de la télévision, la vie en entreprise, mais aussi la société en général.

L’action se situe dans le monde des médias parce que c’est un milieu que je connais bien. Ça a été un terrain d’observation extrêmement fertile, extrêmement intéressant, parce que c’est un milieu où les egos sont beaucoup plus exacerbés. C’est donc un beau matériau romanesque. Après, il est vrai que le monde de l’entreprise m’intéresse au premier chef. Ça se passe dans le monde des médias, mais je n’avais pas pour ambition d’épingler particulièrement ce milieu. Je ne considère pas qu’il soit pire qu’un autre. Je pense juste qu’il est plus haut en couleur et qu’il met certaines choses plus en valeur. Ce qui m’intéresse fondamentalement, c’est le monde de l’entreprise, son côté un peu coercitif, âpre, le fait qu’il durcit énormément le rapport entre les gens, surtout depuis quelques années avec la crise… Je me suis beaucoup documentée sur la question, j’ai regardé pas mal de documentaires ou de films. C’est un sujet passionnant parce qu’on a là tous les travers humains et toute la difficulté d’être au monde qui s’exprime quotidiennement.

Ton héroïne, Angélina, est une pauvre fille, pas très gâtée par la nature.

Elle fait son travail comme un petit soldat. Elle est très consciencieuse, mais ça ne suffit pas. La méritocratie, dans la vraie vie, j’y crois de moins en moins. C’est vrai que si on ne se positionne pas avec la conviction qu’on est un gagnant et qu’on est très bon, ça marche moins bien. Elle a été parachutée là par piston grâce à son père qui s’inquiétait de son désœuvrement. Ce n’est donc pas une vocation pour Angélina. Elle veut juste honorer le fait d’avoir un boulot. Elle maîtrise mal les codes pour être comme un poisson dans l’eau dans ce bocal-là. Ce livre est aussi une réflexion sur l’image que l’on renvoie. Si on se forge une image qui n’est pas très valorisante et efficace, elle nous suit comme une mauvaise odeur.

Il y a le pendant d’Angélina. Marie, une très jolie jeune femme qui semble avoir beaucoupjennifer murzeau,les grimaces,interview,mandor d’aisance et affronter ce milieu avec une certaine assurance.

Pourtant, on va vite comprendre qu’elle aussi est esclave de son image. Angelina, elle, je la montre au moment où elle pète les plombs. Elle a toujours été lucide, mais il y a un moment ou la lucidité lui a été trop pesante. La violence qu’elle avait en elle, assez contenue, émerge d’un coup. Marie, elle, a cherché à escamoter cette lucidité pour avancer. Du coup, elles sont toutes les deux à un point de croisement. Effectivement, l’une est le contraire de l’autre, mais toutes les deux sont finalement des jeunes femmes qui galèrent.

Au début, Marie joue de sa séduction…

Ça lui a servi et puis ça a fini par la desservir. Quand on est une femme, trop jouer avec les codes de la séduction, je crois que sur le long court c’est un handicap. Je pense que les femmes ont une responsabilité et qu’il ne faut pas trop jouer là-dessus si on veut qu’il y ait une réelle égalité homme femme. On sait que les hommes peuvent être subjugués et faibles face à la beauté et la séduction féminine et faire intervenir ça dans la sphère professionnelle, c’est contre-productif à long terme. Il faut que les rapports de séductions soient assez contenus sinon, c’est très casse-gueule. Marie, elle a commencé comme ça, à battre des cils, à jouer de sa plastique. Au final, elle a été cataloguée. C’est très pernicieux comme genre de schéma. En plus, comme elle ne couche pas, elle devient aux yeux de toute l’entreprise, l’allumeuse de service. Je tiens à préciser que je ne dis pas qu’il faut cacher toute forme de séduction chez une femme, je dis juste qu’il ne faut pas en faire un outil, une arme pour gravir les échelons de l’entreprise.

Avec toi, le monde de l’entreprise en prend un sérieux coup. Tu dis que finalement, elle nous rend faibles. Nous sommes tous plus ou moins des prisonniers…

L’entreprise infantilise un peu. Les choses y sont cadrées, elle offre des horaires, une mutuelle, des objectifs. Ca peut-être réconfortant, mais ça peut vite être un piège. Parce qu’elle offre aussi une compétition, crée des rivalités. Si on s’investit trop, si on donne trop de temps à l’entreprise, si on sacrifie sa vie privée, on peut y laisser des plumes. Existentiellement parlant, la vie finit par ne plus avoir beaucoup de sens, on se venge en consommant plus que de raison, on gobe des sédatifs…

Actuellement, tu travailles en Freelance. La vie en entreprise ne te tente plus ?

J’y étais pas mal de temps. Si on me proposait vraiment un job qui me plait, je pourrais revenir dans une entreprise, mais il faudrait vraiment que ce soit quelque chose qui m’excite. Moi, je suis contente d’être en freelance. C’est une liberté qui a un prix, puisque c’est précaire et que je gagne moins bien ma vie qu’avant, mais je me suis extirpée de ce monde-là pour écrire. J’étais incapable d’écrire quand je bossais en entreprise. Je rentrais chez moi le soir, j’étais trop fatiguée. Aujourd’hui, il y a des journées que je dédie entièrement à la lecture et à l’écriture.

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(Photo : Diane Pol-Lajaima)

Ce livre n’est donc pas un one shot. Tu as la volonté de devenir écrivain.

Oui, même si je trouve à ce premier livre quelques imperfections. Quelques erreurs dans la forme et le style. Ce sont des erreurs de premier roman. Il faut bannir autant que possible, les adjectifs, les adverbes et pourtant j’ai le sentiment d’avoir beaucoup élagué. Dans un premier roman, on a toujours peur de ne pas être compris, donc on veut caractériser au maximum pour qu’il n’y ait pas d’ambigüité.

Tu écris le deuxième en ce moment ?

Je considère qu’il faut que je fabrique des frères et sœurs à mon premier roman et qu’ils soient mieux que lui. J’ai ce réel désir d’écrire. Oui, je veux devenir écrivain. Ça me parait très pompeux de le dire, mais c’est mon ambition.

C’est un désir qui remonte à loin ?

Oui, à l’adolescence. Mon amour de l’écriture vient de mon amour de la littérature, tout simplement. Si je ne lis pas un certain temps, je me sens un peu vide et le désir d’écrire s’émousse.

La littérature, c’est ton carburant.

Complètement. Je ne prends pas beaucoup de risques parce que je lis beaucoup de classiques. Et puis aussi un peu de romans contemporains. Dernièrement, j’ai découvert Éric Reinhardt et je trouve ses écrits absolument géniaux. Il explore des thèmes qui me sont chers liés au social et à l’entreprise. Quand je le lis, ça me donne énormément envie d’écrire.

Écris-tu facilement ?

Non, c’est du travail. Quand je suis attelée à la tâche, les mots viennent, mais d’abord il faut s’y mettre, ce qui peut prendre du temps et ensuite il faut rester concentrée, il faut y croire, il faut avancer, c’est dur. Il y a un truc qui m’agace fortement quand je lis des interviews de pas mal d’écrivains. Ils ont tendance à entretenir un mythe de l’écrivain qui aurait été touché du doigt de dieu, désigné pour écrire et qui accoucherait comme ça de son œuvre. Je n’y crois pas. C’est du boulot, c’est de l’acharnement et c’est de la foi.

Ton deuxième roman se passe dans le milieu de l’entreprise ou tu changes de cap ?

Je tourne autour des mêmes thèmes, mais ça ne se passera pas à proprement parler en entreprise. Je vais essayer d’explorer le thème de la désocialisation. Comment ça se passe quand on ne joue plus le jeu.

Dans le monde de la télévision, tu préfères être devant la caméra, ou derrière ?

Avant je préférais être derrière. Aujourd’hui, être devant m’intéresserait.

Je te verrais bien chroniqueuse littéraire.

J’aimerais bien faire ça parce que j’aime beaucoup défendre les œuvres et faire découvrir les choses. Ce sont malheureusement des circuits hyper fermés. Si quelqu’un a la clé… je suis sur joignable sur Facebook.

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27 décembre 2012

Myriam Thibault et Kevin Juliat : interview croisée pour Plagiat

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Ca faisait un moment que je voulais réunir ces deux amis, Myriam Thibault, 19 ans et Kevin Juliat, 23 ans. L’une est auteure de deux romans et d’un recueil de nouvelles, l’autre travaille dans l’édition. Leur point commun : réussir dans le milieu de l’édition et travailler assidument pour.

L’excuse (parce qu’il en faut une) pour organiser cette rencontre est la sortie du deuxième roman de Myriam Thibault, Plagiat. Le 14 décembre dernier, Myriam (déjà mandorisée là) et Kevin sont passés à l’agence.

myriam thibault,kevin juliat,plagiat,interview,prix raymond radiguet4e de couverture :

Formant avec sa femme un couple bourgeois empêtré dans la routine, le narrateur de Plagiat, acteur et écrivain sûr de lui quoique légèrement désabusé, ne voit pas la catastrophe arriver  : par une sorte de paresse affective, il se laisse surprendre par le départ soudain de sa femme. Désormais seul dans leur maison, il commence à fouiller dans de vieux papiers et découvre la correspondance qu’ils avaient échangée au début de leur relation. Lui qui pensait n’avoir aucune inspiration pour son nouveau livre se décide alors à raconter leur histoire à partir de ces lettres. Mais lorsque le livre paraîtra, et connaîtra le succès, ce geste vengeur se retournera contre lui.
Amplifiant ce qu’elle avait ébauché avec ses deux premiers livres, Myriam Thibault pose la question de l’authenticité des sentiments à travers la figure d’un homme qui, en cherchant à tout prix la gloire, précipite sa propre chute.

myriam thibault,kevin juliat,plagiat,interview,prix raymond radiguetInterview :

Je vous ai réuni parce que je sais que vous vous connaissez et qu’il y a une solide amitié entre vous. Comment est-elle née ?

Kevin : Nous avions chacun un blog littéraire respectif. Quand Myriam est arrivée à Paris, nous nous sommes vus rapidement.

Vous avez quasiment le même parcours. Vous venez de province et vous êtes venus à Paris pour réussir dans le milieu littéraire, et ce, de manière parfaitement assumée. Myriam comme écrivain et Kevin comme, je n’ai pas encore tout à fait compris… mais en tout cas pour travailler dans le milieu de l’édition. Bref, vous vous êtes reconnus.

Kevin : Sauf que Myriam est beaucoup plus précoce que moi.

Myriam : Non, c’est juste que nous ne faisons pas la même chose. Au final, ça revient au même. Toi tu es dans l’édition, moi dans l’écriture.

Vous vous connaissez depuis combien de temps ?

Myriam : Depuis 3 ans… finalement depuis la sortie de mon premier livre.

Donc, quand tu es arrivée à Paris, Myriam, c’était rassurant d’avoir un ami comme Kevin ?

Myriam : Oui. C’est d’ailleurs un des rares que je connais dans le milieu qui a mon âge. Il y a peu de jeunes d’une vingtaine d’années aussi motivés que nous.

Myriam, qu’apprécies-tu chez Kevin ?

Myriam : Plein de choses. Il est super impliqué dans ce qu’il fait. Il sait ce qu’il veut faire. Nous avons à peu près les mêmes attentes et les mêmes envies. Pas au millimètre près, mais ça se recoupe.

Moi, je vous aime bien parce que vous êtes tous les deux très sympathiques, vous savez où vous voulez aller et vous vous en donnez les moyens. Vous avez une soif de réussir,  mais sans le côté arriviste qui m’exaspère habituellement.

Kevin : Quand j’explique que je suis venu à Paris pour réussir dans le milieu littéraire, c’est la première crainte que j’ai. Passer pour un arriviste. Toi-même, tu m’appelles Rastignac, ce n’est pas pour rien.

C’est au second degré Kevin.

Kevin : Je reconnais qu’au début, j’ai un peu joué à ça parce que j’ai fait des rencontres dans ce but, mais ça n’a pas été concluant. Certains ont voulu me mener vers des chemins où je ne voulais pas aller. D’autres m’ont dit de faire attention à ce milieu. J’ai écouté leurs conseils et effectivement, je ne dois pas faire n’importe quoi. Quand j’ai signé mon premier contrat dans l’édition, j’ai eu plus confiance en moi et je me suis calmé.

Tu fais quoi actuellement ?

Kevin : Je suis assistant commercial dans l’édition.

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Myriam, toi, tu viens de sortir ton troisième livre, Plagiat, toujours chez Léo Scheer. J’arrive à peine à suivre ton rythme de parution, dis donc !

Myriam : Ma fréquence de publication va peut-être s’amoindrir. Et je suis toujours chez Léo Scheer, parce que je m’entends bien avec lui. Je m’entends aussi très bien avec Angie David, l’éditrice qui s’occupe de moi. Elle a une trentaine d’années et elle comprend parfaitement ce que j’ai envie de faire. Elle me corrige, me conseille, me suggère, mais dans l’ensemble, le texte de base n’est pas trop modifié. Je me sens assez libre et c’est fort plaisant.

Pour ce livre, tu t’es inspirée de ce que tu vois dans le milieu?

Myriam : Le personnage principal est inspiré de Patrick Poivre d’Arvor. Ce n’est pas lui complètement, mais le fond est inspiré de lui.

Le plagiat, en 2012, c’est quand même pas mal jouer avec le feu.

Myriam : Oui, c’est complètement dingue de s’adonner à ça. Cela étant, je me suis moi-même un peu amusée. J’ai mis en exergue de mon livre une phrase de Jean-Jacques Schuhl. J’ai placé la même citation à la fin, mais sans le citer. Personne ne m’en a fait la remarque. Je ne sais pas si les gens l’ont remarqué. J’ai fait du plagiat pour m’amuser et je joue avec ça.

En tout cas, c’est un sujet intéressant le plagiat.

Myriam : Oui. L’année dernière, j’ai l’impression que l’on a parlé que de ça. Il y a eu les « affaires »  Rama Yade, PPDA avec Hemingway, Joseph Macé-Scaron…

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Dans Plagiat, on sent, une fois encore, que les coulisses de ce monde-là te passionnent. J’ai l’impression que tu ne peux écrire que sur ce sujet.

Myriam : Oui, c’est vrai. Je pense que je ne pourrais pas consacrer du temps et de l’énergie à un sujet qui ne me passionnerait pas. Pour écrire ce livre, j’ai lu tous les comptes rendus d’audience de PPDA, j’ai lu tous les articles qui ont été publiés sur le plagiat Camille Laurens-Marie Darrieussecq, le fameux plagiat « psychique »… bref, j’ai enquêté et ça m’a appris plein de choses.

As-tu envoyé ton livre à PPDA ?

Myriam : Non.

Penses-tu qu’il l’a lu ?

Myriam : Je ne sais pas. Je ne pense pas.

Dans ton livre, tu as délocalisé l’action. Fini Paris ?myriam thibault,kevin juliat,plagiat,interview,prix raymond radiguet

Myriam : Tout le monde m’avait fait la remarque, Kevin compris, que mes héros et l’histoire évoluaient toujours à Paris. On m’a fait comprendre que ce serait bien de me libérer de la capitale.

Kevin : J’avais peur que ça fasse trop « provinciale qui arrive à Paris ». Si on t’a dit de changer de ville, c’est pour que tu ne te fasses pas allumer au prochain livre.

Myriam : J’en ai marre que l’on me parle de ça. Cela dit, le fait de vivre à Paris me donne moins envie d’écrire dessus.

Mon avis est que le lieu n’a aucune espèce d’importance si le livre est bon. Kevin, je sais que tu es gêné de donner ton avis sur Plagiat. Donc, je vais te demander de le faire.

Kevin : Je l’ai lu avec plaisir. Mais je savais que c’était elle qui l’avait écrit, j’avais donc sa voix dans la tête. Je trouve que le style s’est enrichi par rapport au précédent roman. Je pense qu’elle a bien évolué et que son année en Lettres à Paris lui a beaucoup apporté. (S’adressant à Myriam). Pour avoir lu tes interviews quand tu avais 17 ans, les références littéraires que tu donnais, Nicolas Rey, Frédéric Beigbeder par exemple, ne sont plus les mêmes aujourd’hui. Je ne crache pas du tout sur celles-ci, mais tes goûts ont évolué. En te lisant, je vois que tu as commencé à apprendre de la littérature…disons plus classique. Il y a une nette évolution en termes de références. Sinon, je trouve que tu mènes bien ton histoire du début à la fin. Il n’y a pas de temps mort. J’ai aimé, mais je continue à croire que le prochain sera toujours meilleur. J’ai hâte de lire ce que tu écriras quand tu auras trente ans.

Myriam : Moi, je ne me rends pas compte de cette évolution dont tu parles, mais c’est vrai que mon éditeur me dit la même chose. Quand Léo à lu Plagiat, il m’a dit que c’était incomparable avec les précédents.

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C’est bien que tu sois tombé sur un éditeur qui te laisse évoluer comme ça. C’est très rare.

Myriam : C’est pour ça que je reste avec lui.

Kevin : Sinon, Myriam, tu t’es encore une fois mise dans la peau d’un homme… moi, j’attends vraiment que tu écrives avec la voix d’une femme.

C’est intéressant ce que tu dis Kevin. Le fait d’écrire à la place d’un homme, c’est quand même un peu éviter d’écrire en ton nom.

Myriam : Mais c’est complètement ça. Je n’ai pas encore envie d’écrire sur moi, et si j’écris en me mettant dans la peau d’une femme, j’ai l’impression que c’est ce que je vais faire. Dans la peau d’un homme, je m’échappe un peu. J’ai plus de facilité à être cynique et sarcastique.

myriam thibault,kevin juliat,plagiat,interview,prix raymond radiguetCe que je remarque aussi, c’est que tu écris des histoires de personnes qui ne sont pas de ton âge. Ce sont des quarantenaires généralement… et il est beaucoup question de tromperies, de coucheries.

Je n’ai pas envie de raconter des histoires de personnes de mon âge. Je ne vois pas qui ça peut intéresser. Si je raconte que j’ai 18 ans, que je suis étudiante à la fac à la Sorbonne, qu’il se passe telle ou telle chose… personne ne va me lire. Moi, en tout cas, ça ne m’intéresse pas du tout. Au départ, j’ai été étiquetée « plus jeune romancière française », aujourd’hui j’essaie de sortir un peu de ce truc.

Kevin : Je peux aussi te dire que je suis ravi de ne plus lire de name dropping dans Plagiat. Avant, tu en faisais trop.

Myriam : Je sais, tout le monde me l’a dit aussi. Je tiens compte des remarques quand elles reviennent constamment et que je les trouve pertinentes.

Ceci dit, dans Plagiat, le chien s’appelle Truffaut, ce n’est pas un hasard, tu évoques aussi Patrick Dewaere…

Myriam : Oui, mais c’est du name dropping un peu différent, beaucoup plus discret.

Je trouve que les journalistes qui écrivent sur tes livres sont plutôt bienveillants. Comme s’ils savaient que l’évolution de ton écriture allait exploser un jour et qu’il fallait encore un peu patienter.

Myriam : Oui, je me sens privilégiée. J’ai eu l’année dernière un article dans Le Monde, cette année, le Figaro Littéraire. Même Beigbeder, l’année dernière, avait été gentil. Il m’attaquait un peu, mais il m’encourageait.

myriam thibault,kevin juliat,plagiat,interview,prix raymond radiguetKevin, de ton côté, tu es en train d’écrire un livre en ce moment, non ?

Kevin : Enfin, pas tout à fait. C’est une étudiante à Rennes, qui était à la Sorbonne l’an passé, qui adorait que je raconte sur mon blog mes petites aventures dans l’édition. Elle a 7 livres à éditer pour la fin de l’année. Elle doit trouver les auteurs, les illustrateurs, faire la fabrication. Elle a pensé à moi pour être l’un des 7 auteurs. Elle veut que j’écrive sur l’histoire d’un provincial qui débarque à Paris pour réussir dans le monde de l’édition…

Ça me rappelle quelque chose…

Kevin : Oui, enfin, ça ne sera pas complètement ma vie et ça ne sera pas du tout trash. Et puis, ça sort très confidentiellement. Il sera tiré à 200 exemplaires. C’est vraiment un exercice. Ça me force aussi à écrire, parce que, contrairement à Myriam, je suis un peu une grosse feignasse. J’ai un roman en cours, qui n’a rien à voir avec ma vie, et j’en suis à plus de la moitié. Mais je procrastine à mort.

Vous avez un projet commun de prix littéraire. Ce que j’en sais, c’est qu’il sera destiné à des auteurs de moins de 30 ans. 

Kevin : On s’est mis d’accord sur les gens avec lesquels on avait de bosser pour le jury, par exemple. Tu es dans la liste d’ailleurs, mais on en reparlera plus tard… pour les autres membres, on ne dit rien encore. On monte une association pour mener à bien ce projet-là.

Comment s’appellera ce prix ?

Kevin : Le Prix Raymond Radiguet. Sa nièce, Chloé Radiguet, avec laquelle j’ai des échanges de mails, semble favorable pour qu’on utilise ce nom. On aimerait remettre ce prix, fin avril, début mai.

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Les blogs de Myriam Thibault (ici) et de Kevin Juliat ().

22 décembre 2012

Sandra Reinflet : interview pour Je t'aime [maintenant]

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© Farid Karioty

La première fois que j’ai rencontré Sandra Reinflet, c’était il y a deux ans, au Salon du livre de Châteauroux (voir là). Elle chantait accompagnée de sa guitare au lieu de signer ses livres (mais, bon, en vrai, elle alternait ses deux activités). C’est sûr, quand on croise son chemin, on s’arrête, on l'observe et on finit par vouloir communiquer avec elle.

Deux ans plus tard (donc), la jeune femme sort un livre très original, à la fois personnel et finalement sacrément universel. Il m’a paru normal de la recevoir pour en parler.

C’est ce que j’ai fait le 5 décembre dernier à « l’agence ».

sandra reinflet,je t'aime maintenant,interview,mandorNote de l’éditeur :

Sandra Reinflet a aimé vingt-quatre fois. Au moins. Son père, celui du premier baiser, son premier amant, l'homme qui n'a pas voulu, une attirance homosexuelle, celui avec lequel elle a vécu... Je t'aime [maintenant] retrace un cadran amoureux composé de 24 heures distinctes et liées par un fil : l'Histoire d'amour de l'auteure. Pour chacune des personnes, elle a choisi une heure correspondant à un moment fort. En un court texte et une photographie, elle retranscrit ce que la mémoire en a conservé. Elle est ensuite partie en quête de ces hommes parfois perdus de vue depuis des années, pour confronter le souvenir au réel, et les a photographiés chez eux. Cette histoire pourrait tout aussi bien être la nôtre. Un jeu de miroir subtil, qui dresse le portrait d’une génération. Une génération qui tarde à s’installer dans la vie adulte, refuse la contrainte, et pourtant, semble encore chercher l’éternelle rime de l’amour avec toujours.

L’auteure :

Sandra Reinflet est née en 1981. De ses rencontres avec 81 femmes autour du monde, elle en a tiré un premier livre Same same but different  (éditions Michalon), mais surtout une expérience inoubliable. Aujourd'hui, sous le pseudonyme de Marine Goodmorning, elle écrit, compose, interprète et travaille à la réalisation de son deuxième album.

Rencontre avec une jeune femme qui croque la vie !

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Interview :

J’ai lu quelque part que tu as conçu ce projet « pour interroger notre rapport à l’instantané et à l’exclusivité dans l’histoire d’amour. » Comment en as-tu eu l’idée ?

J’étais célibataire, je rentrais du Canada où j’avais passé deux mois. Je venais de vivre une histoire très poétique avec un québécois. Il était venu me voir à un concert. Quand on sort et qu’on arrive à sa voiture, on constate que son pare-brise est explosé. Il y a plein de bouts de verre partout. Il en ramasse un, me le met sur le doigt et me dit « je te fabriquerai une bague avec ». Il était aussi du genre à faire 400 kilomètres pour venir me chercher, m’accompagner à l’aéroport et me dire au revoir… C’était très platonique, mais hyper joli. En rentrant, j'ai raconté ça à mes copines qui semblaient impressionnées. Considérant que c’est un prince charmant, elles m’ont demandé si j’allais le revoir après. Quand j’ai répondu non, elles ont été déçues. Il y avait un côté « ça n’a plus de valeur parce que ce n’est pas un truc pérenne ». C’était trop ancré dans le temps. Après la réaction de mes amies, je n’ai pas beaucoup dormi. Je me suis réveillée au milieu de la nuit avec l’idée de ce projet. Cette histoire m’a marqué autant qu’une autre qui a duré 3 ans.

Il y a 24 histoires. Il a fallu sélectionner ? (Sourire).

Tu crois quoi ? Qu’il y en a beaucoup plus ? (Rire) Au début, je ne mangeais plus, je ne dormais plus. C’est le genre de projet qui prend toute ton énergie. Je n’arrêtais pas d’y réfléchir. C’est une sorte d’introspection. On se rappelle de toutes les histoires, pas forcément des plus récentes. Les souvenirs d’enfance et d’adolescence, ça te marque pour toujours.

Partir à la recherche de son passé, des gens qui ont traversé sa vie, c’est risqué. Un peu casse-gueule même. On peut être sacrément déçu !

Tu as raison. Ce qui est bien c’est que l’expérience a initié l’idée du livre, mais l’idée du livre recrée l’expérience. En même temps, tu sais que tu vas abîmer ton souvenir. J’y ai beaucoup pensé. Tu sais, il y a des gens qui ont refusé de me voir parce que pour certains, une fois que c’est fini, c’est fini. Il y en a un qui m’a dit non parce que l’histoire est enfermée dans un tiroir et qu’il n’a pas envie de l’ouvrir.

Lecture de "10:00"
Soirée de lancement de "Je T'aime [maintenant]" de Sandra Reinflet. Le 29 novembre 2012 at Le Thé des écrivains.

sandra reinflet,je t'aime maintenant,interview,mandorEn allant voir un comédien que tu aimais quand tu avais 10 ans parce que tu le regardais à la télévision, il était prévisible que ça allait ternir tes souvenirs.

Tu parles de l’acteur Patrick Bach qui jouait le rôle de Silas. Évidemment, c’était un héros, il avait 10 ans, il faisait du cheval, il était à la télé… je me doutais bien qu’en le voyant 25 ans plus tard, je n’allais pas être aussi enthousiaste. L’idée était de se demander si le cerveau est capable de faire la part des choses entre ce que tu as gardé et ce que tu vois aujourd’hui. Quand je vais penser à Silas sur son cheval, je vais forcément avoir en filigrane le visage de Patrick Bach devant. Mais, je ne trouve pas que le réel soit laid. D’ailleurs, je ne sais pas si tu as lu une remarque qu’une des personnes que j’ai photographiées m’a formulée. Il m’a dit : "je ne suis pas d’accord avec ton projet parce que tu ne m’as pas demandé de me maquiller, tu ne m’as pas rendu beau, tu n’as pas changé la lumière…". C’est vrai. C’était l’idée de ce projet. Ne pas rendre le réel esthétisant. Je les ai pris chez eux tels quels, à l’heure qui correspondait aux souvenirs. Je voulais faire du brut. Les regarder droit dans les yeux, face à l’objectif, sans artifice.

Tu as eu peur d’être déçue, certes, mais a contrario, n’as-tu pas eu peur de retomber amoureuse ?

Le premier portrait du livre, c’est celui d’un garçon dont l’histoire d’amour que je vivais avec lui n’était pas terminée. Tu sais, il y a beaucoup d’histoires qui se terminent de manière contextuelle. Moi, je voyageais beaucoup, donc parfois, la fin provenait d’un départ. Alors, quand tu revois quelqu’un dont l’histoire d’amour avec lui n’était pas achevée, tu ne sais jamais ce qui va se produire quand tu les ravives un petit peu. Je me suis dit que ce livre allait être compliqué si dès le premier homme revu, c’était aussi dur. Et puis non. Les pages avec les autres hommes étaient vraiment tournées.

sandra reinflet,je t'aime maintenant,interview,mandor

sandra reinflet,je t'aime maintenant,interview,mandorTu racontes tes histoires avec ces hommes-là. Ensuite, il y a la rencontre, et là où je trouve que tu pousses loin le bouchon,  c’est que tu leur demandes de raconter une histoire avec une autre femme.

Eux acceptent d’être 1 parmi 24, ce qui n’est pas facile pour quelqu’un avec lequel tu es resté longtemps. Je ne voulais pas qu’ils se sentent seulement une de mes heures et que moi, je leur donne l’impression de penser que je suis la seule dans leur vie.

Parfois, il y a de la jalousie de ta part quand tu entends ces histoires qui ne te concernent pas ?

Ce n’est pas toujours facile d’entendre un homme que tu as aimé te raconter un moment intime avec une autre femme. Ça dépend des gens. Il y en a qui sont devenus des amis et avec lesquels il y a beaucoup de distance, mais il y en a d’autres, ça pique encore un petit peu. Je ne suis pas très jalouse en général, mais j’ai été confrontée à la jalousie des autres. Il y a des hommes qui ont accepté cette expérience, mais en cachette de leur compagne. Certains m’ont demandé de ne pas leur envoyer le livre pour qu’il ne soit pas dans sa maison. J’ai donc constaté qu’il y a des gens qui veulent occulter le passé de l’autre. Moi, j’aime bien prendre quelqu’un en totalité, avec sa petite charrette de souvenirs.

À ces hommes, tu leur demandes aussi de raconter comment ils voient votre histoire…

Souvent, ils m’ont demandé ce que j’avais choisi moi comme moment avec eux. Parfois, ils ne sont pas d’accord. Ils m’ont dit : « Mais moi, je ne m’en rappelais pas de ce moment ! ». Les souvenirs sont très sélectifs et subjectifs. Ce sont plus des bribes de conversation que j’ai gardées parce que ça m’a marqué. Mais, ça ne parle pas toujours de moi. Parfois, ça parle de leur conception de l’amour. Mon père qui me dit par exemple : « Il faut toujours être celui qui aime le moins ».

Tiens ! Tu parles de ton père. Qu’est-ce que tes proches ont pensé de ce projet, quand même très intime ?

C’était difficile et c’était même une de mes angoisses par rapport à ce livre. Mais je ne pouvais pas traiter ce sujet sans parler d’intime. Je ne pouvais pas en parler « en général ». J’avais envie d’une implication et pour toucher les gens il faut être touché soi-même. Pour Erwan, mon compagnon d'aujourd'hui, ça ne me gêne pas du tout. Parce qu’on a une relation équilibrée, on n’est pas jaloux ni l’un ni l’autre. On est assez fataliste.

Tu as de la chance d’être tombé sur quelqu’un comme lui.

Tu te rends compte, je rencontre quelqu’un et je lui dis que pendant un an je vais voyager pour aller photographier mes ex aux quatre coins du monde. Il m’a toujours dit : « Ecoute, s’il doit se passer un truc, je n’y pourrai rien. Alors, je te fais confiance et si tu es plus heureuse avec quelqu’un d’autre qu’avec moi, tant mieux, et si ce n’est pas le cas, je préfère que tu ailles au bout et pas que tu idéalises et que tu fantasmes un truc ». Par contre mon père, il a dit oui pour me faire plaisir, mais tout ça lui passe au-dessus. Il est très « terrien », pas du tout dans l’art ou la culture. Quand je lui ai parlé de ce projet la première fois il m’a dit : « Parfois, je me demande si je suis vraiment ton père !». Nos idées sont éloignées. Je lui ai donné le livre, mais il n’arrive pas à le lire.

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© Ramez El Said

En lisant, je me disais que c’était un projet malin. On a tous le fantasme d’aller à la recherche de ses anciens amours. Du coup, ton livre touche tout le monde.

Je suis très contente quand on me dit qu’on s’y reconnait. Un ami m’a envoyé un mail en me disant : « Tu parles tellement bien du JE que ça devient un NOUS. » Ça me fait vraiment plaisir parce que c’était le but de ce livre. Ce n’était pas une autothérapie, je voulais que tout le monde se sente concerné. J’espère que ça agira comme un miroir, que chacun se posera des questions, que ça rappellera des souvenirs, que ça fera rigoler, que ça fera pleurer… on écrit pour que ça fasse un écho à l'histoire des lecteurs.

Tu n’as jamais eu peur que ton livre soit trop egocentré ?

J’ai eu très peur des réactions des gens. Moi, je savais pourquoi je le faisais, mais une question m’interpellait : est-ce que j’aurai la force de supporter les critiques, les réflexions, les réticences, les jugements de valeur des uns et des autres. J’ai essayé d’élargir le champ en allant de mon histoire à l’histoire des hommes dont je parle, jusqu’à l’histoire du lecteur. Ce sont des cercles concentriques.

As-tu eu la tentation de romancer l'histoire pour le plaisir littéraire ?

J’ai vraiment cherché à ne jamais trafiquer le réel. J’aurais pu avoir envie de le faire, mais non. Ça aurait été mentir à moi, aux hommes dont il est question dans le livre et aux lecteurs.

Il y a des passages où les hommes qui parlent de toi le font dans leur langue. Tu ne traduis pas.

C’est une réflexion qu’on a eue avec mon éditeur. Parfois, il y a des gens qui ne comprendront pas les rares passages en anglais et le passage en allemand. Je trouvais ça intéressant parce que moi aussi ça m’arrive de ne pas comprendre. On ne se comprend pas toujours en amour. J’aime bien cette petite ambigüité du langage. On n’est pas toujours sur la même longueur d’onde.

sandra reinflet,je t'aime maintenant,interview,mandorCe n’est pas la première fois que tu te bases sur ta vie pour écrire un livre. Dans Same Same but different (déjà chez Michalon), tu en as fait autant. Du 5 avril 2006 au 3 juin 2007, tu as passé 14 mois avec ton amie Yuki à sillonner la planète du Bostwana à l’Inde, en passant par le Chili, l’Australie, l’Indonésie ou encore le Japon et le Népal. Vous êtes partis à la rencontre de 81 femmes de 25 ans, toutes porteuses d’un projet fort ou l’ayant réalisé. Et nées, pour la plupart, en 1981. Un bel hommage à l’importance de croire en soi et de réaliser ses rêves.

J’adore l’aventure, j’adore l’expérience, donc j’aime bien quand la création provoque quelque chose, quand les deux sont interconnectés. « 81 femmes », c’était plus du reportage qu’artistique.

Il y a un côté sériel dans ton œuvre. Tu as d’abord rencontré 81 femmes, puis 24 hommes…

Oui, mais là, j'arrête ce procédé, involontaire en plus. Je travaille sur un nouveau projet photos/textes qui s’intitule Qui a tué mon école Jacques Prévert. J’ai retrouvé mon ancienne école primaire grâce au livre Je t’aime [maintenant]. C’est drôle comme les choses sont liées parfois. Je suis allée prendre une photo de la cour d’école, et je l’ai retrouvée à l’abandon, les vitres explosées. Elle avait été squattée. J’ai pris des photos de l’intérieur de l’école et j’ai trouvé très esthétique l’état dans lequel elle est désormais. À côté de chaque photo, je raconte juste un souvenir. Ce projet existe pour ranimer les murs et pour questionner le problème des écoles en province qui ferment. J’ai traité ce phénomène artistiquement.

Il y a toujours un travail photographique dans tes livres. Tes activités artistiques sont souvent associées…

Parfois, ça me pose des problèmes parce qu’en France, on aime bien les spécialistes. Quand j’ai fait ce voyage, ces articles et ce livre, on m’a dit « c’est super, tu peux en refaire à droite à gauche… ». Moi, le problème, c’est que je ne veux jamais faire deux fois la même chose. Je veux m’essayer à quelque chose que je ne sais pas faire. J’aime bien être nouvelle, avoir un regard neuf, pour inventer mieux. J’ai toujours voulu toucher à plein de choses. Quand j’étais gosse, je disais toujours que je serais chanteuse, voyageuse, écrivain, photographe. J’aime utiliser un autre outil pour exprimer la même chose.

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Cet été, tu es partie avec une amie, Aurélie Streiff, faire Paris-Istambul en autostop. Il y a d’ailleurs un blog qui raconte cette aventure.

Il faut que la vie soit un jeu. Après, il y a des grosses phases de travail parce que c’est laborieux d’écrire un bouquin ou de bosser sur un album. Tu sais, le temps passe vite. J’ai eu un accident de voiture quand j’avais 20 ans. J’ai réalisé que j’étais mortelle alors que c’est une considération très abstraite quand on a cet âge. Ça a été le déclic qui m’a fait réaliser qu’il fallait vivre ses rêves et qu’on n’avait pas forcément 60 ans devant nous pour les réaliser. J’ai la chance depuis l’enfance de savoir ce que je veux faire, mais au début, j’ai été lâche… j’ai fait des études. Un master de commerce. J’étais dans ce domaine et j’aurais pu facilement me laisser couler dans cette voie toute tracée.

C’est difficile de concrétiser ses envies ? Il y a tellement de paramètres dans la vie qui empêche de faire ce que l’on veut…

Moi, je pense que c’est plus dur de ne pas suivre ses envies. C’est une question de tempérament. Je m’épanouis dans l’instabilité. Il faut se connaitre soi-même et tout le monde ne peut pas supporter cette vie. Je n’ai jamais une vision à plus de trois mois de et où je vais être, de ce que je veux faire, de est-ce que j’aurai un peu de fric ou pas. C’est super précaire. Mais moi j’aime bien ça. Ça m’anime le fait de ne pas savoir, d’avoir des surprises.

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© Sommeil Paradoxal (http://www.sommeilparadoxal.com/)

Tu n’as pas l’impression que tu es une fille énervante ?

Dans quel sens ?

Tu es une femme libre, heureuse, belle, qui fait ce qu’elle veut, et qui est toujours souriante.

Ce n’est qu’en surface. S’ils viennent chez moi, ils verront que c’est galère. Je le répète, il y a des côtés précaires qui ne sont pas toujours faciles à assumer. Quand ça ne va pas, je ne m'épanche pas. Mais comme je n'ai aucun contrôle sur mes émotions, je suis capable de pleurer en une seconde dans la rue. C’est facile de faire croire que tout va bien, mais tout ne va pas bien tout le temps.

Tu es quelqu’un de très indépendant en tout cas.

Oui. Et les projets viennent de moi, c’est d’ailleurs une des difficultés. C’est difficile, mais je ne veux pas m’apitoyer là-dessus, parce que c’est aussi une grande liberté. Il faut se lever tout seul, se motiver tout seul, personne ne t’attend. Tu as envie de ne rien foutre et bien tu n’existes pas socialement. Et tant que ton livre n’est pas publié, pour les autres, tu ne fais rien. Quand tu écris, tu peux dire à tes amis, « j’écris un bouquin », mais tant qu’il n’est pas publié, ça compte pour du beurre… et les gens te disent « oui, OK ! Tu ne fous rien ! ». Il faut une force de caractère pour assumer ça.

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Sandra Reinflet en concert au Bus Palladium (Crédit : Dominique Gellez)

Quel est ton ambition littéraire et musicale?

Ce que j’espère, c’est d’avoir une reconnaissance suffisante pour que chaque projet soit moins compliqué à monter que le précédent.

À quand un roman ? Un vrai.

Je n’ai jamais voulu faire de la fiction. Je me suis toujours dit que ce n’était pas pour moi. C’est un travail de perfectionniste, ce que je ne suis pas. Mais j’écoute beaucoup mes rêves. J’ai rêvé d’une histoire, au printemps dernier. Juste après, je suis allé au Salon du livre et du vin de Saumur et j’ai rencontré plusieurs auteurs, dont Bernard Werber avec qui j’ai déjeuné. À la fin du déjeuner, il me dit : « Sandra, tu sais pourquoi on se rencontre ? ». Je réponds que non et il me dit : « parce que je sens qu’il faut que je te passe un message. Il faut que tu écrives de la fiction… et sans attendre ».  Ça me va très bien ce genre de signe...

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16 décembre 2012

Rodolphe Fontaine : interview pour "Nostalgie, quand tu nous tues"

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(Crédit : Yann Cielat)

Rodolphe Fontaine vient de sortir un deuxième roman, Nostalgie, quand tu nous tues. Un polar très bien mené avec deux héros enquêteurs attachants. Partant du principe élémentaire qu’une personne qui écrit tous les jours (sans exception) progresse de livre en livre, il n’est pas interdit de penser que cet auteur encore confidentiel deviennent  un jour un maître du polar. Le 29 novembre dernier, j’ai reçu Rodolphe Fontaine dans les locaux de « l’agence ».

rodolphe fontaine,nostalgie quand tu nous tues,interview,mandor4e de couverture :

Lorsqu’un corps sans vie est retrouvé à Rouen, au pied du pont Flaubert, le commandant de police Marius Korda est persuadé d’une chose : il a déjà croisé la victime lorsqu’il était en compagnie de son meilleur ami, Hippolyte Delyon. Alors que l’enquête n’en est qu’à ses balbutiements, un nouveau meurtre est commis et les deux amis se rendent compte que le passé des victimes est lié au leur. Peu à l’aise dans cette affaire, Marius n’hésite pas à mandater Hippolyte pour mener des investigations non officielles.
Mais le résultat de ces dernières pose un véritable problème : celui par qui les crimes sont perpétrés semble être la première victime de cette série de meurtres…

L’auteur :

Né en 1979 dans la Drôme, Rodolphe Fontaine aspirait à devenir l'enquêteur des romans policiers qu'il dévorait adolescent. Finalement, ses études de droit l'ont conduit vers le « social », milieu dans lequel il a évolué pendant plus de sept ans. Passionné depuis son plus jeune âge de lecture et d'écriture, c'est au cours d'une énième nuit d'insomnie, en juillet 1998, qu'il prend la décision d'écrire son premier roman. Mais c'est seulement en 2008, à la suite d’événements personnels ayant radicalement changé sa vision de la vie, qu'il décide de partager ses écrits. Il signe ici un excellent roman, réunissant tous les ingrédients du bon polar : suspense à volonté, psychologie, et de surcroît non dépourvu de culture littéraire !

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rodolphe fontaine,nostalgie quand tu nous tues,interview,mandorInterview :

C’est une nuit de l’année 1998 que tu as décidé d’écrire sérieusement.

C’était une nuit d’insomnie, suite à la lecture d’un roman de Stephan King, Salem, un roman qui m’a donné envie de passer le cap. Je me suis dit « pourquoi pas moi ? ». À l’époque, je me suis lancé dans un roman fantastique. Il n’a jamais été édité, j’ai dû écrire 150 pages. Pour les avoir relu il n’y a pas longtemps, je trouve que ça ressemble beaucoup à du Stephen King, le talent en moins (rires). Je tentais d’employer les mêmes ficelles.

Tu ne lisais que de la littérature fantastique à l’époque ?

Au début oui. Et puis aussi des romans policiers, les grands classiques comme les Agatha Christie, et puis petit à petit, je me suis plus orienté vers les thrillers. Aujourd’hui, par contre je dévore les romans policiers.

De toutes ces lectures, as-tu acquis des automatismes littéraires, des ficelles pour mener l’intrigue par exemple ?

Oui, mais je me dis aussi souvent : « Tiens ! Les choses sont amenées comme ça, moi, je ne serais pas allé dans la même direction, j’aurais utilisé un effet différent… ». Oui, le cerveau travaille pas mal quand je lis mes confrères.

Tu lis beaucoup ?

Oui. Et ça me stimule. Ça me donne envie de faire mieux (rires). Je lis vraiment de tout. Des romans autoédités, mais aussi des classiques du roman policier. Je suis un grand fan de Fred Vargas par exemple, de Brigitte Aubert, Exbrayat aussi. De temps en temps, je me replonge aussi dans PD James ou Agatha Christie. Je lis aussi du Houellebecq, Jean Teulé. Là, en ce moment, je suis dans ma période Bret Easton Ellis…

Bon, un jour tu écris Mortelle Tutelle. Et tu le sors en autoédition…, comme Hippolyte rodolphe fontaine,nostalgie quand tu nous tues,interview,mandorDelyon, ton héros écrivain détective de Nostalgie, quand tu nous tues.

Oui, c’est vrai. Nous avons ce point commun avec Hippolyte (sourire). J’ai évidemment tenté de me faire éditer dans des maisons d’édition, mais sans succès.

Comme c’est le cas pour bon nombre d’écrivains au début de leur carrière.

J’assume parfaitement d’être passé par là. Je m’étais lancé via The Book Edition, qui est un site qui permet d’imprimer à la demande. Grâce à Internet et le bouche à oreille, le livre a fini par trouver ses lecteurs. J’ai réussi à le placer dans quelques librairies.

Tu as joué la carte de « je suis un auteur régional » ?

Non, je ne me suis jamais basé là-dessus. Comme j’habite à côté de Rouen, on me demande si  j’ai fait exprès d’avoir situé l’action dans cette ville. C’est simplement la volonté d’écrire sur des lieux que je connais, voire que je fréquente. Je n’ai pas la volonté de me dire "comme ça, j'en vendrai beaucoup à Rouen". Ce n'est pas du tout ma démarche.

Mais ton roman a quand même du succès dans cette ville ?

Oui, les gens aiment bien s’identifier à certains personnages ou reconnaître des lieux. Bon, mais soyons clair, je n’ai pas voulu écrire un guide touristique. Je connais des auteurs qui publient chez des éditeurs régionaux, on leur demande plus de description de lieux, de monuments de la ville. Moi, je ne voulais pas tomber dans ce cliché-là. Je suis plus sur des ambiances…

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(Crédit : Yann Cielat)

J’en reviens à l’autoédition. Tu sais qu’un auteur publié ainsi est plutôt mal considéré.

Je le vis plutôt bien. Le lecteur en lui-même, il s’en moque que ce soit autoédité. Lui, il a un livre entre les mains. C’est plus par rapport aux gens de l’extérieur, qui d’ailleurs généralement n’ont pas lu le livre, qui disent que le livre est mauvais parce qu’il n’a pas trouvé preneur dans une maison d’édition.

Je vais te dire franchement, je suis aussi un peu comme ça. Quand je reçois un livre autoédité, j’ai un à priori. Mais je commence à le lire quand même pour valider ou non mon jugement facile.

C’est un réflexe classique, je te comprends. Encore une fois, il y a beaucoup d’auteurs qui commencent par l’autoédition et qui finissent par être publiés dans une vraie maison d’édition. La preuve, c’est le cas pour mon second livre, Nostalgie, quand tu nous tues.

Comment as-tu trouvé un éditeur ?

Au hasard de discussions sur internet. Une blogueuse littéraire ma parlé d’une maison d’édition de taille moyenne, Les 2 encres. Je leur ai envoyé mon manuscrit et ils m’ont appelé trois semaines après et m’ont proposé de manière enthousiaste de m’éditer .

À ce moment-là, on a l’impression de franchir un cap supérieur ?

Je croyais en ce roman parce que je n’ai pas eu des lettres de refus impersonnels comme pour le précédent. Les lettres étaient plus explicatives et personnalisées. Souvent je suis passé en deuxième lecture de comités de lecture de maisons qui ont pignon sur rue. Je me dis que ce n’est pas encore, mais ça accroche.

Et quand tu reçois le carton de livre chez toi ?

Quand on a le livre entre les mains on est content, mais en fin de compte, c’est à ce moment que tout commence.

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(Crédit : Yann Cielat)

Parlons du livre. Hippolyte Delyon est écrivain. Il aide son pote Marius Korda dans ses enquêtes policières. Pourquoi en as-tu fait un écrivain autoédité ?

Parce que j’ai voulu parler de ce monde-là qui était moins connu. Celui des gens qui écrivent, mais qui galèrent pour être édités. Je voulais parler de ce que j’avais vécu. Les lettres de refus, le stress quand on envoie son manuscrit. Il y a un peu de moi dans Hippolyte, mais il y a aussi un peu de moi dans Marius.

Marius Korda, lui, est commandant de police. Il a un jeu littéraire avec Hippolyte. L’un des deux cite une phrase d’un livre et l’autre doit deviner de quel livre est tiré la citation… ça intellectualise tes héros.

Oui, c’est vrai. Ce jeu, sorte de gimmick durant tout le livre, je le trouvais intéressant. Hippolyte est plus cultivé que Marius, mais Marius tente d’arriver au niveau de son copain. Peut-être aussi que ça peut donner envie aux lecteurs d’aller découvrir les auteurs cités. Le plus dur, c’est de trouver la citation qui est cohérente dans l’histoire.

rodolphe fontaine,nostalgie quand tu nous tues,interview,mandorQuelle est la difficulté pour bien mener une intrigue policière ?

C’est que tout soit cohérent sur toute la longueur du livre et qu’il y ait du rythme. Concernant l’intrigue, je fonctionne toujours de la même façon. J’ai une idée en tête, je commence à écrire et au bout de 150 pages, je me dis que le coupable que j’ai en tête, et  bien, ce ne sera pas lui. Après, évidemment, je reviens sur mon texte en modifiant ce qu’il faut, toujours pour obtenir la cohérence maximale. Je ne veux pas que l’on devine l’intrigue avant que l’on atteigne les dix dernières pages. J’ai le syndrome Agatha Christie.

Tu es en cours d’écriture du troisième roman ?

Je pars de Rouen, mais on va se promener du côté de la Grèce et de la Tunisie. Ce seront deux nouveaux personnages. Un détective privé et un prof de fac qui vont partir à la recherche de l’ex-femme du prof de fac. J’avais envie de faire voyager les lecteurs, sortir un peu de mes lieux habituels.

Tu n’aimerais pas avoir des héros récurrents ? Parce que je trouve qu’Hippolyte et Marcus sont des héros intéressants.

Eux vont revenir. Ce ne sera pas une suite de Nostalgie, quand tu nous tues, mais une toute nouvelle aventure.

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(Crédit : Yann Cielat)

Tu as un travail dit « alimentaire » ?

Je mets en œuvre des politiques publics à un niveau régional. Je m’occupe du financement et du pilotage de centres d’hébergement dans la réinsertion sociale.

Comment tes collègues prennent-ils ton activité d’écrivain?

Ça les intrigue et les interpelle. Moi, je ne leur en avais jamais parlé. C’est le hasard qui a fait qu’ils l’ont découvert. Ils achètent, ils lisent et d’après ce qu’ils me disent, ça leur plait.

As-tu confiance en ta destinée d’écrivain ?

Concrètement, j’aimerais bien en faire ma vie. Écrire toute la journée et en vivre. Mais je ne cherche, ni la notoriété, ni la richesse, je veux juste exercer ce métier dans de bonnes conditions. Aujourd’hui, j’écris de 23h à 3h du matin, j’aimerais avoir les moyens d’écrire plus. Il y a des jours où je me dis que j’y arriverai, parce que j’ai plein d’idées d’histoires. J’espère un jour trouver un éditeur national qui ait confiance en moi. J’écris ce qui me plait, j’essaie d’être honnête avec moi-même et de ne pas suivre des courants opportunistes. Si je m’étais lancé dans des romans de vampires pour ados, par exemple, j’aurais plus de chance d’être publié, je suppose.

Cela étant, les romans policiers, ça marche bien.

Oui, mais il y a beaucoup de concurrence.

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Merci à Yann Cielat pour toutes les photos (sauf les deux prises à l'agence).

Pour découvrir le travail de ce photographe fort talentueux, cliquez ici!

Et découvrez sa page Facebook.

14 décembre 2012

Joël Dicker : interview pour La vérité sur l'Affaire Harry Quebert

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© Jeremy Spierer

L'écrivain genevois, Joël Dicker, a séduit le jury du Prix Goncourt des lycéens 2012, composé de centaines de lycéens français avec La Vérité sur l'affaire Harry Quebert, un roman complexe au souffle américain. Quatre autres auteurs figuraient en finale de ce prix organisé par la Fnac : Gwenaëlle Aubry pour Partages (Mercure de France), Jérôme Ferrari pour Le sermon sur la chute de Rome (Actes Sud), Linda Lê pour Lame de fond (Bourgois) et Joy Sorman pour Comme une bête (Gallimard).

Large favori, le jeune auteur suisse, déjà couronné cet automne par le Grand prix du roman de l'Académie française, a été choisi par 9 voix contre 4 à Joy Sorman par un jury de quatre garçons et neuf filles réunis à Rennes, au terme d'un processus de sélection qui a mobilisé une cinquantaine de lycées et près de 2000 élèves. L'an passé, c'est le livre de Carole Martinez, Du domaine des murmures (Gallimard) qui avait obtenu le prix.

Comme je travaille pour le journal gratuit de la FNAC, j’ai eu pour agréable mission de rencontrer Joël Dicker.Le 21 novembre 2012, rendez-vous est pris dans un hôtel parisien. Malgré le tourbillon médiatique qui le célèbre alors, l’auteur semble détendu. Il arrive souriant et avenant. Et je me rends vite compte qu’il est parfaitement lucide sur ce qui lui arrive. Ça me le rend particulièrement sympathique. Voici le fruit de notre entretien pour ActuFnac (daté du mois de décembre 2012/janvier 2013).

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La remise du Prix Goncourt des lycéens à Joël Dicker.

Interview bonus:

joël dicker,la vérité sur l'affaire harry quebert,interview,mandor,actufnacRevenons sur vos débuts dont on parle peu finalement et qui expliquent pourtant comment vous en êtes venu à écrire La vérité sur l’Affaire Harry Quebert.

J’avais écrit un précédent roman, Le dernier jour de nos pères, qui est sorti dans les librairies en janvier 2012, mais qui existait depuis juin 2009. Cela faisait en fait 3 ans que j’avais terminé ce roman et je n’avais trouvé personne qui voulait le faire paraître. Je me suis senti un peu déçu, un peu triste en recevant les lettres de refus des éditeurs. J’étais réellement triste que le livre ne puisse pas exister au-delà du manuscrit que j’avais écrit. Je me suis dit que c’était dommage de rester sur un sentiment qui soit celui de la déception, de l’erreur. Après tout, la vocation du livre, c’est aussi peut-être simplement quelque chose que tu écris pour toi, quelque chose qui te permette de grandir, de comprendre et d’avancer. Je me suis remis immédiatement au travail et c’est comme ça que j’ai commencé ce livre, La vérité sur l’affaire Harry Quebert. Je me dis, « écris un livre qui te donne du plaisir, écris un livre qui t’offre du plaisir et qui t’apporte quelque chose à toi de façon à ce que, si par hasard, lorsque tu l’auras terminé personne n’en veut, tu sois quand même heureux et qu’il se soit passé quelque chose en toi ». C’était vraiment le but du livre, ce qui explique au fond pourquoi il est peut-être si gros, pourquoi il y a parfois un tel mélange des genres. C’est qu’il y a eu  un plaisir et un amusement tout au long de son écriture.

En tout cas, toute la presse et les lecteurs louent l’originalité de votre livre… ces différentes strates dont nous parlions plus haut…

Cette originalité, j’avais peur que ce soit la faiblesse du livre. J’avais peur que l’on me reproche que ce livre soit à contre-courant de ce qui se fait, de ce qui se lit. Le monde de l’édition, quand il traverse des moments difficiles, a tendance à vouloir qu’un livre reste dans un certain créneau pour assurer à un livre de marcher plus ou moins. Mon livre, c’était vraiment quitte ou double.

Outre vos deux prix, vous êtes passé à deux doigts du Goncourt. Cela fait de vous un phénomène d’édition. Comment vit-on ce statut ?

On le vit de façon très calme. C’est un bonheur, mais c’est un bonheur qui est très éphémère. En France, on a la chance, entre fin août et fin novembre, d’avoir cette rentrée littéraire, avec ces prix et toutes ces excitations générées autour des livres et qui les mettent très en avant. Quand vous avez la chance et le bonheur d’avoir un livre qui figure dans ces prix, il est particulièrement relayé et très vu et donc, du coup, on parle beaucoup de vous. Au mois de janvier, il y a la deuxième rentrée littéraire qui balaye la première, qui sera balayée par la troisième rentrée, celle d’avril-mai, les romans de l’été, qui eux même seront balayés à leur tour par la rentrée de septembre 2013. Tout ça pour vous dire qu’on est perpétuellement remplacé.

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Vous êtes en train de relativiser ce que vous êtes en train de devenir dans le monde des lettres.

Je relativise parce qu’il faut relativiser. Je reste calme parce que j’ai conscience que c’est un moment très éphémère et que c’est important de le prendre comme ça. Mais, tout ceci me permet de mieux respirer sur ma condition d’écrivain et m’encourage fortement.

Votre livre est aussi une réflexion sur l’acte d’écrire, sur le monde de l’édition et sur la littérature en général. Vous êtes d’ailleurs assez impitoyable. Qu’en pensent vos propres éditeurs ?

Mes éditeurs n’ont rien de commun avec ceux qui figurent dans mon livre, soyez-en certain. C’est marrant, vous êtes le premier à me poser cette question. A priori, ils ne se sont heureusement pas sentis concernés.

Vous avez du mal à rendre votre texte ?

C’est compliqué en effet. Il faut le rendre quand on pense qu’il est aboutit et qu’on ne peut pas faire mieux. À un moment, on sent qu’on ne peut pas aller plus loin, il se passe quelque chose. On a tout fait, on a lu, relu, on sent que c’est terminé. Ensuite, on le soumet à son éditeur. Et puis le temps passe et on se met à réécrire certains passages. On pourrait passer sa vie à réécrire éternellement le même livre et ne jamais en être satisfait. On peut toujours faire mieux, c’est un fait établi. Il faut savoir être raisonnable. Juste, il faut se dire que le prochain sera mieux parce qu’on aura plus d’expérience. C’est important si on veut avoir l’impression d’une évolution dans son  écriture et dans son travail.

Vous êtes serein pour attaquer le prochain roman ?

Vous savez, ce qui me plait le plus, c’est d’écrire. C’est important de faire la promo des livres, mais j’ai peu de temps pour écrire le prochain. Je me réjouis beaucoup de rentrer chez moi pour me remettre au travail. 

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Avec Joël Dicker, le 21 novembre à l'hôtel d'Aubusson, après l'interview.

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12 décembre 2012

Carole Aurouet : si Prévert m'était conté....

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carole aurouet,l'amitié selon prévert,le cinéma dessiné de jacques prévert,interview,mandorCarole Aurouet est maître de conférence à l’université Paris-Est-Marne-La-Vallée et spécialiste de Jacques Prévert. Je l’ai connu il y a une dizaine d’années. Elle était mon invité pour Le livre à la page une émission diffusée uniquement sur le net (cinema-tv.com était alors précurseur dans ce domaine). Elle est venue présenter un ouvrage collectif sur Prévert et le cinéma. Une amitié est née alors.

Depuis, Carole Aurouet a participé au catalogue d’exposition Jacques Prévert, Paris la belle (Flammarion, 2008) et a écrit bon nombre de livres sur Prévert, dont Jacques Prévert. L’humour de l’art (Naïve, 2007), Prévert. Portrait d’une vie (Ramsay, 2007) et Les Scénarios de Jacques Prévert (Dreamland, 2008).

Le 26 novembre dernier, je l’ai reçu à l’agence pour deux ouvrages sortis simultanément ce mois-ci (et qui feront de beaux cadeaux de Noël).

Ce qu’en dit l’éditeur, Textuel (en version réduite) :

carole aurouet,l'amitié selon prévert,le cinéma dessiné de jacques prévert,interview,mandorL'amitié selon Prévert :

Anniversaire, rendez-vous, dîners entre amis, Prévert plaçait l’amitié au centre de sa vie. À partir de la fin des années 1950, installé cité Véron, il prend l’habitude d’y consacrer chaque jour une belle éphéméride : une fleur dessinée au feutre et vivement colorée aux côtés de laquelle il notait les noms et souvent l’occasion de ses rendez-vous. Le geste est superbe, le défilé des noms vertigineux…  Fidèle à lui-même, Prévert y apparaît taquin et attachant.

Dans une galerie de seize courts portraits, Carole Aurouet raconte les liens qui attachaient Prévert à chacun de ses amis. Au fil des pages, on retrouvera donc les compères, les intimes, les inséparables : Arletty, Maurice Baquet, René Bertelé, Pierre Brasseur, Henri Crolla, Robert Doisneau, Marcel Duhamel, Jean Gabin, Paul Grimault, Joan Mirò, Aimé Maeght, Édith Piaf, Marcel Mouloudji, Pablo Picasso, Pierre Prévert, Simone Signoret, Alexandre Trauner et Boris Vian. C’est toute une époque qui défile ainsi sous nos yeux, bouillonnante, créative, éclectique.

Le cinéma dessiné de Jacques Prévert :

Dans ce livre, Carole Aurouet retrace de manière exhaustive les rapports de Jacques Prévert au carole aurouet,l'amitié selon prévert,le cinéma dessiné de jacques prévert,interview,mandorcinéma : sa petite bande d'acteurs composée d'Arletty, Brasseur, Bussières, Gabin, Morgan, Reggiani et les autres, son tandem avec son frère Pierre, ses nombreuses collaborations avec Carné, sa tendresse sans borne pour les personnages humbles et son esprit de résistance... Mais cet ouvrage montre aussi sa création à l'œuvre. Sont ainsi présentées, pour la première fois, les planches scénaristiques dessinées de l'auteur. Cet ensemble iconographique exceptionnel est complété par des fragments de scénarios autographes mis en lumière par Carole Aurouet, proposant ainsi un aperçu complet des traces et supports de la création scénaristique de Jacques Prévert. Dans un texte richement documenté, l’auteure raconte le parcours cinématographique de Jacques Prévert depuis ses premières émotions de spectateur en culotte courte, dans les années 1910, à ses derniers films, dans les années 1970. Cette présentation est illustrée de nombreuses photographies incomparables, certaines étant l'œuvre de Savitry, toutes prises durant les tournages ou au moment de la création elle-même.

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Interview :

Je t’ai interviewé la première fois il y a plus de 10 ans et c’était déjà pour un livre sur Prévert.

Oui, je n’avais pas encore soutenu ma thèse. C’était un ouvrage collectif sur Prévert et le cinéma que je dirigeais.

carole aurouet,l'amitié selon prévert,le cinéma dessiné de jacques prévert,interview,mandor10 ans après, tu as toujours la même passion. D’où t’es venue cette passion que tu ne lâches pas ?

Au début, c’était un peu un hasard. Je l’ai rencontré à l’école quand j’étais petite, comme tout le monde. Je sais que je l’ai aimé à cette période-là, parce que j’ai retrouvé des ouvrages de Paroles dans lesquels j’essayais de recopier les poèmes. Après, je l’ai un peu perdu de vue parce qu’à l’école, on le perd de vue au bout d’un moment. Quand j’ai commencé à chercher un sujet de maîtrise, qu’on appelle maintenant un master 1, j’avais envie d’allier mes deux passions, en l’occurrence, la littérature et le cinéma. J’ai trouvé un poète scénariste que j’aimais beaucoup, donc j’ai commencé ma maîtrise en travaillant sur Prévert et puis ça m’a passionné.

Ensuite, tu as continué dans le cadre de tes recherches universitaires en master 2 et en thèse.
Oui et depuis, j’ai écrit une dizaine d’ouvrages sur Prévert. Prévert, c’est à la fois, le cinéma, la poésie, la littérature pour les enfants, les collages, le théâtre, la chanson… il y a donc énormément de choses à faire et découvrir autour de son œuvre. On ne s’ennuie jamais. Je pense que d’ici deux, trois ans, j’aurai fait un peu le tour, mais là, il me reste encore des pans à fouiller.

Continues-tu d’apprendre des choses sur lui ?

Oui, constamment, sinon je m’arrêterais. En fait, c’est tout le paradoxe de Prévert. On a l’impression de bien le connaître, c’est censé être le poète le plus connu et préféré des Français, mais en fait, ce que l’on connait de lui, c’est surtout Paroles et quelques grands films comme Les enfants du Paradis. Il faut quand même savoir qu’il a écrit une centaine de scénarios et qu’il y en a plein qui sont restés sur le papier sans avoir été tournés et qui sont encore à découvrir. Ça fait partie des pans de son œuvre à fouiller. Je suis en plein dedans, parce que je prépare l’édition de ses œuvres scénaristiques pour Gallimard. Elle devrait paraître vers 2014-2015.

Bande annonce de "Les enfants du paradis".

Son oeuvre est un puit sans fond...

Oui, c'est exact. Sur le cinéma, évidemment, mais j’apprends aussi sur ses pièces de théâtre qui est une partie que je connaissais moins. Il y a beaucoup de choses à découvrir, mais c’est quelqu’un qui ne nous a pas facilité la tâche. Il ne conservait rien, alors il faut toujours partir en quête de tous les documents, que ce soit des manuscrits ou des textes. J’ai aussi initié ce qu’on appelle la génétique scénaristique. C’est l’étude de ses brouillons de scénarios qui sont très très particuliers, pour comprendre comment il crée une œuvre. Non, mais vraiment, il y a beaucoup de choses à faire.

Du coup, tu es devenue la spécialiste française, voire mondiale, de Jacques Prévert. Dès qu’il y a un livre à écrire sur lui, on fait appel à toi. C’est flatteur ?

Oui. D’avoir une reconnaissance sur son travail, c’est tout à fait agréable. Dans l’optique d’une reconnaissance, il y a aussi Le cinéma dessiné de Jacques Prévert qui concoure pour le Prix du livre de cinéma 2013. Je ne sais pas si je l’aurai, mais il sera décerné au mois de février. Il y a un engouement de la part des lecteurs, de la part des éditeurs, de la part de la famille Prévert pour mon travail… et j’en suis fière.

carole aurouet,l'amitié selon prévert,le cinéma dessiné de jacques prévert,interview,mandorCette crédibilité acquise depuis des années t’a ouvert les archives familiales de Prévert. Pour L’amitié selon Prévert,  par exemple, tu as puisé dedans. Parlons de cet ouvrage, véritable célébration de l’amitié.

L’amitié chez Prévert avait déjà été abordée, mais ponctuellement, dans des biographies, mais jamais dans un ouvrage tout seul. Comme c’est quelque chose qui est capital pour lui, il me semblait nécessaire de lui consacrer un livre. À partir de l’année 1955, Jacques Prévert, tous les matins, dessine des grandes pages d’agenda. Il commence à esquisser une immense fleur, jamais la même, puis il note le jour de la semaine… malheureusement, il ne met jamais le mois et l’année. C’est assez difficile de les classer chronologiquement.

Il était bordélique ?

Non, mais en fait, il ne sacralisait pas ses créations et ne pensait pas du tout à la postérité et à la manière dont on allait pouvoir les agencer plus tard. Après, il notait tous ses rendez-vous de la journée. C’est très amusant parce qu’on va retrouver tous ses amis, pour la plupart très célèbre, même si lui, il avait comme ami aussi bien la concierge que Picasso.

Il n’y avait pas de hiérarchie selon l’importance de la personne.

Aucune. Ce sont des éphémérides qui nous permettent de reconstituer toute la galaxie amicale de carole aurouet,l'amitié selon prévert,le cinéma dessiné de jacques prévert,interview,mandorPrévert, donc on va trouver Picasso, Miro, Arletty, Doisneau… la famille du cinéma, la famille des photographes, la famille des musiciens, la famille des comédiens. Ce qui est amusant c’est que, comme il ne se prend jamais au sérieux, on trouve beaucoup de blagues sur ses éphémérides. Elles sont aussi instructives qu’émouvantes et drôles. On retrouve son esprit qui ne veut jamais se prendre au sérieux. Il utilise aussi une orthographe phonétique qui, je trouve, préfigure les SMS.

J’ai lu qu’il savait en un clin d’œil reconnaitre ou non un ami ?

Il ne s’est jamais trompé. Comme il est quelqu’un de très entier, il peut être très amical et chaleureux, comme il peut être exécrable d’un coup, s’il n’aime pas la personne. Ce qu’il faut préciser, c’est qu’il est très fidèle en amitié et c’est un véritable engagement que Prévert demande en retour. Lui, par exemple a commis des actes extrêmement courageux. Il a aidé le compositeur Joseph Kosma et le décorateur Alexandre Trauner pendant la guerre. Ils étaient juifs et n’avaient pas le droit de travailler. Il les a cachés dans une demeure et il leur a permis de travailler clandestinement pour Les visiteurs du soir et Les enfants du Paradis. Prévert a une amitié qui s’implique et qui est courageuse.

Prévert était-il l’homme parfait ?

Non, certainement pas un homme parfait, mais il était toujours entier, honnête et juste. Il avait la vérité des sentiments et  les choses étaient dites.

Comment as-tu fait pour obtenir tous les dessins qui illustrent L’amitié selon Prévert ?

Ils sont mélangés dans des cartons des archives de la succession Fatras/ Jacques Prévert. L’ayant droit de Jacques Prévert, c’est sa petite-fille, Eugénie Bachelot-Prévert. C’est elle qui m’a donné accès aux éphémérides. On les a choisis avec l’éditeur pour essayer de montrer le panel des amis de Prévert. 

Ça continue à t’émouvoir quand tu tombes sur ce genre d’archive ?

Bien sûr. A chaque fois que je découvre quelque chose de nouveau qui me permet d’éclairer un aspect de l’art de Jacques Prévert, ça continue à m’émouvoir. Et j’en découvre toujours… j’ai l’impression que la source est intarissable.

Dans L’amitié selon Prévert, tu portraitises certains de ses amis.

J’ai essayé de prendre ceux qui étaient incontournables, ceux qui apparaissaient sur les éphémérides. Il fallait que ce soit éclectique pour qu’il y ait des gens de la littérature, du cinéma et de la chanson.

C’est une bonne manière de montrer l’art de cette époque sous toutes ses formes.

Oui, c'est vrai. Quoi qu'il fasse artistiquement, Prévert n’aimait travailler qu’avec des copains sinon, il n’avait pas envie. Il était toujours dans l’idée d’équipe, de partage, de respect, de créations communes sans se soucier des normes, de non hiérarchie entre les membres d’un même projet.

Pourquoi l’amitié était si importante pour Prévert ?

C’est quelqu’un qui s’est construit jeune avec des bandes, notamment celle des « surréalistes ». C’est quelque chose qui l’a forgé de 1924 à 1930. Ensuite, il a participé au groupe Octobre, la troupe de théâtre révolutionnaire. C’est quelqu’un qui s’est forgé, qui s’est formé comme ça.

carole aurouet,l'amitié selon prévert,le cinéma dessiné de jacques prévert,interview,mandorAbordons Le cinéma dessiné de Jacques Prévert. Le quidam moyen, quand il pense à Prévert et le cinéma, il pense à Quai des brumes, Les visiteurs du soir, Les enfants du paradis, Les portes de la nuit, Les amants de Vérone… alors qu’il a signé ou co-signé les scénarios de 100 films.

Il y a une vingtaine de films très connus qui sont passés à la postérité. Il y a des dialogues cultes comme « T’as de beaux yeux, tu sais » ou « Moi j’ai dit bizarre, comme c’est bizarre »… Il a travaillé avec les grands réalisateurs de l’époque, Carné et Cayatte, parmi les plus célèbres, mais, effectivement,  il a écrit en tout plus d’une centaine de projets. Je dis projets, parce que parfois, ça peut être simplement un synopsis de 4 pages qui n’a jamais abouti. On parlait d’émotion tout à l’heure, mais je me suis retrouvée à décacheter des enveloppes de 1932 dans lesquelles il y avait des scénarios qui étaient dans ses enveloppes depuis. J’ai aussi retrouvé des scénarios qu’il avait écrits et que personne ne connaissait.

Pourquoi certains scénarios n’ont pas dépassé le stade de projet ?

Souvent, c’est la censure officielle qui a sévi. Il y a par exemple un projet que Prévert tenait absolument à porter à l’écran et qui évoquait les bagnes d’enfants. Parfois c’est une censure plus officieuse. C’est la volonté des producteurs  ou des vedettes et comme Prévert ne voulait pas faire de concessions, s’il fallait qu’il modifie son scénario, il refusait. Je pense qu’il pouvait être à l’écoute. Si la remarque était constructive, il était prêt à retravailler, mais s'il l’a jugeait inopportune, il ne transigeait pas. J’ai aussi retrouvé des scénarios qui ont été tournés, mais qu’il a refusé de signer parce que justement le scénario avait été modifié. Quand on essaie de reconstituer sa filmographie, finalement on trouve plein de choses inattendues. J’espère que l’édition des scénarios que je prépare permettra ou donnera envie à certains réalisateurs d’aujourd’hui de les porter à l’écran.

Ce serait formidable que grâce à ton travail, on remette Jacques Prévert à l’honneur.

Oui. J’essaie modestement de le faire depuis 15 ans, parce qu’il me semble qu’on a une image de Prévert qui n’est pas juste. On a tendance à le minimiser et à l’édulcorer. Prévert, on essaie de le cantonner au « cancre » et à « En sortant de l’école », des poèmes plus doux et rêveurs pour les enfants, alors qu’il a écrit des textes très engagés, très crûs, anti cléricaux, anti militariste. Ce n’était pas seulement le gentil monsieur à casquette et cigarette. Si on voulait être percutant dans les images, Prévert c’est deux volumes dans La Pléiade. « Paroles », c’est une centaine de pages dans La Pléiade, donc Prévert, c’est une œuvre immense et diversifiée.

Tu as l’impression que ton travail commence à porter ses fruits.

Oui, j’ai l’impression. Mais le « combat » est encore long. Au niveau du collage et du théâtre, il me semble qu’il y a encore beaucoup de choses à faire.

Dans Le cinéma dessiné de Jacques Prévert, j’ai vu des superbes scénarios. Ce sont de véritables œuvres d’art.

Quand on les met à côté de tableau de Miro, il y a certaines similitudes. Ses planches sont la première étape de ses brouillons de scénario. Il fonctionne toujours de la même manière. Il prend deux grands bristols qu’il scotche ensemble. Il trace des lignes à main levée. Dans ces lignes, il va créer les personnages, ils mentionnent les principaux, toujours des plus importants au moins importants, il commence à préciser leurs caractéristiques et puis parfois des écrits des bribes de dialogues. Ensuite il ajoute ses fameux petits dessins qui permettent soit de montrer des accessoires, soit de donner à voir des costumes des personnages ou alors, certaines scènes. Il y a des dessins qui servent le propos, mais il y en a d’autres qui sont là par pur plaisir.

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Une planche du scénario d'"Une partie de campagne".

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"Les enfant du paradis".

Il écrit des bêtises parfois sur ses planches…

Prévert ne pouvait pas s’empêcher de faire des facéties. Sur l’une d’elles, il écrit « merde à celui qui lira » ou bien encore « Jésus Christ est parti sans laisser d’adresse »…

Penses-tu qu’il était conscient de la qualité de son œuvre.

S’il en avait une conscience intime, en tout cas, il l’a rejeté. Il ne se prenait pas au sérieux, il ne conservait pas ses brouillons. Il ne voulait pas que Paroles soit édité. Quand il est sorti en 1946, ça a été un succès inégalé. 5000 exemplaires d’un recueil de poésie en une semaine, ça laisse rêveur tout le monde, même aujourd’hui. C’est le recueil de poèmes français le plus traduit et le plus vendu dans le monde.

Il ne voulait recevoir aucun prix, je crois ?

Ça ne l’intéressait pas du tout. L’éditeur de Paroles a voulu le présenter à un prix littéraire. Prévert lui a envoyé un télégramme, qui est dans les archives, et qui n’était pas piqué des hannetons. Il lui a dit que la poésie n’avait pas de prix, même la sienne, et que c’était hors de question qu’il soit présenté à un prix. Il refusait prix, hiérarchie et classement. Il écrivait pour faire plaisir à certains et pour en emmerder d’autres.

carole aurouet,l'amitié selon prévert,le cinéma dessiné de jacques prévert,interview,mandorIl est beaucoup question de son frère Pierre dans ce livre.

Oui, j’aimerais aussi le réhabiliter. Il a 6 ans de moins que Jacques. Alors que petits, ils ne s’entendaient pas vraiment, quand Jacques Prévert revient de son service militaire, ils deviennent inséparables. Ils sont tous les deux passionnés de cinéma, mais c’est Pierre qui amène Jacques vers cet art-là. Ils vont réaliser trois films ensemble, après ils travailleront aussi pour des courts métrages et pour la télévision. C’est une grande amitié et une grande collaboration entre les deux frères.

Le cinéma dessiné de Jacques Prévert est sorti récemment et c’est bientôt Noël… ça tombe bien. C’est un beau cadeau.

C’est le livre de mes rêves. La qualité des reproductions, le papier, la mise en page, le travail de la graphiste… tout est extraordinaire ! Je trouve ce livre magnifique !

J’espère te revoir avant dans 10 ans, en tout cas…

D’accord (rires).

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03 décembre 2012

Patrick Dupuis : interview pour la sortie de Passés imparfaits

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Patrick Dupuis, je l’ai croisé dans des salons du livre. Lui était là comme éditeur venant de Belgique. Moi comme animateur. Quand j’ai appris qu’il était aussi auteur, je me suis intéressé de près à son dernier ouvrage, Passés imparfaits. Après lecture, il m’a semblé évident de l’accueillir à « l’agence » pour une mandorisation en règle. Rendez-vous pas facile à caler, car l’homme vivant en Belgique, il a fallu attendre qu’une opportunité de visite parisienne se profile. Ainsi fut fait le 8 novembre dernier.

patrick dupuis,passés imparfaits,luce wilquin,mandor,interviewLe recueil selon l’éditeur :

Vingt et une nouvelles courtes qui explorent le passé de personnages divers et attachants. Ils ont tous des souvenirs, des regrets qui rejaillissent sur la vie qu’ils mènent. En bien, en mal, c’est selon.

Biographie officielle :

Voilà plus de 10 ans que Patrick Dupuis se consacre totalement à la nouvelle. Il est l’une des chevilles ouvrières de Quadrature, une maison d’édition dédiée à ce genre littéraire. Passés imparfaits est son troisième recueil est sort aux Editions Luce Wilquin.

Bibliographie :

Le Conseiller (roman), Ed. Quorum, Ottignies, 1993.
- Le Maître immobile (roman), Ed. Quorum, Ottignies, 1996.
- Un siècle de mouvement wallon (1890-1997) Recueil de textes commentés, Ed. Quorum, Gerpinnes, 1998 (deuxième édition, 1999).
- Ceux d’en Face (nouvelles), Ed. de l’Acanthe, Tournai, 2003.
- Nuageux à serein (nouvelles), Ed. Luce Wilquin, Avin, 2009.
- Passés imparfaits (nouvelles), Ed. Luce Wilquin, Avin, 2012.

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Interview :

Je te connais comme éditeur pour la maison d’édition belge Quadrature. J’aime d’ailleurs  beaucoup certains auteurs que publie cette maison. Mais, tu es aussi auteur de romans et de recueils de nouvelles, ce que je ne savais pas quand je t’ai connu.

Oui, j’ai aussi écrit des bouquins pédagogiques et un essai sur le mouvement wallon. Je reviens sur le fait que je suis éditeur pour Quadrature. Je ne suis pas le seul puisque nous sommes 8 et d’égales importances. Nous sommes une ASBL, une association sans but lucratif, ce qui en France est l’équivalent d’une association loi 1901. Quadrature est une structure dont le but premier n’est pas de faire de l’argent. Nous sommes tous bénévoles. C’est une danseuse qui ne nous coûte rien dans la mesure où l’on gère cela de manière tout à fait professionnelle, tant sur le plan financier qu’artistique. Ça fonctionne vraiment bien depuis 2005. On ne pensait pas que ça allait prendre autant d’importance…

Tu passes ton temps à ça aujourd’hui.

Oui, depuis que je suis à la retraite, c'est-à-dire depuis plus de 5 ans, c’est mon boulot… mais sans salaire. La maison est bénéficiaire et ça suffit à notre bonheur. On a un avantage par rapport aux autres. Nous sommes les seuls à faire que de la nouvelle.

Quadrature, c’est aussi une histoire d’amitié ?

Oui, ça ne pourrait pas marcher sans ça. Ce qui ne nous empêche pas de nous engueuler tout le temps. On a des critères de choix et chacun défend son point de vue, parfois avec véhémence. On se réunit tous les deux mois, chez les uns ou chez les autres. D’abord, il y a un apéro et après, on passe à table. Et on commence à s’engueuler sur les manuscrits.

Chez Quadrature, vous éditez 4 livres par an. Je trouve ça idéal.

Ça nous permet de chouchouter nos auteurs. Cette année, nous avons examiné 113 recueils sur 170 reçus.

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Patrick Dupuis, dans un salon du livre.

Pourquoi n’es-tu pas édité chez Quadrature ?

C’est un choix que nous avons fait dès le départ. Ce serait du grand n’importe quoi que de s’auto éditer. Comment faire passer son propre manuscrit au crible d’un comité de lecture en étant sûr que les autres feront leur travail convenablement. C’est vraiment le type de situation qui peut emmener des tensions.

D’où ta présence chez Luce Wilquin.

Luce Wilquin, c’est le plus gros éditeur indépendant francophone de Belgique. C’est quand même 25 titres par an. Bref, cette maison est une institution.

Tu es fier d’y être.

Oui, franchement. En Belgique, on ne peut pas être mieux loti. Dans mon pays, si on veut éditer des nouvelles, c’est Luce Wilquin ou nous.

T’es-tu demandé si elle avait accepté de publier ton livre parce que toi aussi tu espatrick dupuis,passés imparfaits,luce wilquin,mandor,interview éditeur ?

Non.  Parce qu’elle ma déjà refusé. Elle m’a jeté même. Quand je lui ai remis mon premier recueil,  Nuageux à serein, ça a été cinglant. Après, j’ai dû le retravailler et là, elle l’a accepté. Pour le deuxième, je n’étais donc pas assuré qu’elle me le prenne. Ça c’est mieux passé que pour le premier.

Dans tes nouvelles, tes fins sont très ouvertes… je suis un peu gêné par ça. J’aime bien connaître la fin d’une histoire.

Des nouvelles fermées, pour moi, ce n’est jamais qu’un synopsis de roman. Il faut regarder ça du point de vue du lecteur. On peut considérer que le lecteur de romans est un lecteur faignant. Je caricature volontairement… L’histoire se termine et il y a le mot fin en dessous. Pour moi, la nouvelle ce n’est jamais qu’un instant, qu’une période qui débouche sur… et bien, c’est aux lecteurs de l’imaginer, c’est aux lecteurs de bosser un petit peu. C’est ma vision de la nouvelle et ça permet des interprétations tout à fait différentes.

Ça provoque chez moi de la frustration.

C’est pour ça que dans le monde francophone, la nouvelle est un genre littéraire considéré comme mineur et relativement méprisé. Je comprends qu’il y ait des gens que ça désarçonne et qui n’aiment pas ça.

Tu parles beaucoup de la solitude, des relations de couple, qui ne sont pas très positives d’ailleurs. Ce n’est pas la première fois que tu écris sur ces sujets. Ils te fascinent ?

Aujourd’hui, j’ai envie d’écrire autrement. J’ai l’impression d’être arrivé à la fin d’un cycle. Peut-être pas, je n’en sais rien. Ce qui m’intéresse dans un conte de fées, c’est qui est juste derrière la fin. Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants. Comment vivent-ils après ? Dans le quotidien des gens, qu’est-ce qu’il y a de plus essentiel que les relations de couples. Il y a plus à dire, il y a plus à réfléchir sur des relations boiteuses ou qui posent problème. Moi, je suis en couple depuis 28 ans et ça se passe bien. Mes nouvelles ne sont pas du tout le reflet de ma vie personnelle.

Parfois, tu évoques les choses en surface, mais on les comprend en profondeur. Ça m’a bluffé cet aspect de ton écriture.

Pour moi, le texte idéal serait la page blanche. Je n’arrête pas de barrer, jeter, réécrire tout ce qui est trop explicatif. Le pire ennemi de celui qui écrit, c’est l’adjectif. La nouvelle, c’est une question d’atmosphère.

Tu retravailles beaucoup tes textes. Tu dis même que l’écriture n’est pas particulièrement plaisante, mais par contre, l’amélioration est jubilatoire.

Je suis plus à mon aise dans la réécriture que dans l’écriture. Il y a des moments de grâce dans l’écriture, mais ils sont rares. Le travail de réécriture, j’aime vraiment beaucoup.

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Es-tu un éditeur exigeant?

Autant avoir un texte qui soit le mieux possible, alors oui, il y a souvent beaucoup d’aller-retour. Le gros problème quand on écrit, c’est qu’on a trop le nez dans son texte. La construction d’un recueil, c’est horriblement compliqué, il faut absolument des regards extérieurs, en l’occurrence, ceux des éditeurs. Le regard extérieur est toujours un regard inquisiteur, très clairement. Dans le respect de l’auteur, toujours.

Dans ton recueil, il y a beaucoup de personnages. Il faut adopter un style particulier pour chacun d’eux.

J’essaie de me mettre dans la peau du personnage et de parler comme il parlerait s’il existait vraiment. Le reste vient naturellement.

Quand on est éditeur et aussi auteur, ça ne met pas une petite pression d’être publié ? Genre, tous mes auteurs à moi vont me lire et ils pourront, eux aussi, me juger.

Je ne suis pas un perdreau de l’année, je ne suis certes pas Mérimée, mais je sais que ce que j’écris est correct. Les gens aiment ou n’aiment pas, c’est tout à fait leur droit. Il y a un journaliste qui m’a fait vraiment plaisir. Il a comparé ma prose à celle de Simenon. Je suis un inconditionnel du monsieur.

Tu écris tout le temps ?

Non.

Par période ?

Non plus. Je n’ai pas de règle. J’écris peu et je jette beaucoup. Entre 2009 et aujourd’hui, j’ai écrit les nouvelles de Passés imparfaits. C’est tout. Ce n’est pas beaucoup. Par contre, du coup, j’ai le temps de fignoler mes textes.

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27 novembre 2012

Salon du livre d'Ozoir-la-Ferrière 2012 : Bilan et photos

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C'est la quatrième fois que j'anime le salon du livre d'Ozoir-la-Ferrière. (Voir là en 2009, ici en 2010 et enfin en 2011). Toujours aussi fatigant, mais toujours aussi exaltant, dis-je chaque année. Plus de 40 interviews, un quizz littéraire et je ne sais pas combien de kilomètres parcourus...

Comme chaque année, j'en rapporte quelques souvenirs photographiques.

Ici, avec François Bégaudeau (qui prend goût à Ozoir-la-Ferrière et à mes interviews...)

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Eric Holder a reçu le Prix Ozoir'Elles 2012, pour son livre Embrasez-moi. Ce discret auteur n'aime ni les photos, ni les interviews... mais cède toujours à mes caprices parce qu'il est très gentil et poli.

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 Philippe Grimbert, que je rencontre ici une énième fois, est un homme que je respecte profondément, pour son œuvre et ses qualités humaines.

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Philippe Grimbert avec Véronique Genest.

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L'invité d'honneur du salon était David Foenkinos. Malgré son succès considérable, cet auteur est resté simple, abordable et très sympathique. Je m'en étais déjà rendu compte récemment quand je l'ai reçu à Provins.

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Je retrouve avec plaisir mon amie Gaëlle Pingault, mandorisée récemment (qui vient d'ailleurs de sortir un très joli livre, Bref, ils ont besoin d'un orthophoniste).

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Oui, ben, mon statut d'animateur officiel de ce salon m'apporte quelques avantages. Il n'y a aucun commentaire à faire. J'en profite, c'est tout. Merci à Sophie Adriansen et Gaëlle Pingault...

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Plus sérieusement, Sophie Adriansen était là pour signer ses livres dont son petit dernier, un roman jeunesse, J'ai passé l'âge de la colo.

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Avec Daniel Henocq, pour son roman jeunesse Le joueur de cartes.

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Sur le stand des éditions Volpilière avec Sophie Adriansen et Daniel Henocq.

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Giulia Salvatori, la fille d'Annie Girardot venue présenter son nouveau livre sur sa mère, tout comme l'année dernière.

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Avec Dominique Vautier pour son roman La roue du silence.

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Mon métier est parfois un peu difficile. Heureusement, je peux compter sur le soutien d'Aude Walker et Victoria Bedos.

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Le maire d'Ozoir-la-Ferrière, Jean-François Oneto, et certains auteurs et membres du jury Ozoir'elles.

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David Foenkinos vient de recevoir la médaille de la ville... (Le plus beau jour de sa vie. Je suppose. Donc.)

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Avec Simonetta Greggio, présidente du jury Ozoir'Elles, qui vient chaque année au Salon du Livre d'Ozoir-la-Ferrière.

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Avec Jennifer Murzeau, dont je pressens qu'on va très vite beaucoup en entendre parler. Son roman Les grimaces est très prometteur. (Et si elle devient une personnalité du petit écran pour parler "livres", je n'en serais pas surpris).

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Pour finir, petit bilan de cette journée avec l'organisateur du salon (et néanmoins ami) Luc-Michel Fouassier. Merci à lui pour sa confiance, d'année en année...

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04 novembre 2012

Pia Petersen : interview pour Le chien de Don Quichotte

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DSC03016.JPGLa première fois que j’ai rencontré Pia Petersen, c’était Au Père Tranquille, le 23 janvier 2012. J’avais rendez-vous avec Alain Mabanckou pour une interview (que vous pouvez lire ici). Il était en train de déjeuner avec sa collègue auteure. Ils se connaissent depuis longtemps et se respectent beaucoup.

Nous avons beaucoup parlé avec Pia après l’interview et, très vite, j’ai eu envie de mieux la connaître. Nous avons donc convenu que je la mandoriserais pour son prochain livre, si celui-ci m’intéressait. J’ai reçu au mois de mars dernier Le chien de Don Quichotte, mais je ne l’ai lu que récemment. Un livre qui m’a passionné et qui m’a beaucoup étonné. Tant de choses dites à travers un roman noir. Ce livre n’est pas qu’un thriller, c’est un livre philosophique déguisé. L’écriture de Pia Petersen est beaucoup plus maline qu’on pourrait éventuellement le supposer si on ne creuse pas profondément son texte. Le chien de Don Quichotte est un livre sur le changement comportemental. Notamment. Comment passer du mal au bien ? Le peut-on réellement ?

395276_3116797203916_1354301411_n.jpgL’histoire :

Hugo est le porte-flingue heureux d'un patron véreux. Une vie bien réglée, qui bascule furieusement quand un prêtre imbibé jusqu'à l'os donne à Hugo un livre, dont le héros est un homme bon, prêt à tout pour protéger les faibles. Cette lecture bouleverse Hugo : lui aussi veut faire le bien. II ne veut plus tuer.
Oui, mais voilà, il n'est pas simple de protéger les gens quand on a pour mission de dézinguer... Et cette bande de hackers, les «vendredi 13», ne lui facilitent pas la tâche : en piratant les comptes de son patron, ils déclarent la guerre ouverte. Les hostilités doivent commencer. Quelle galère !

L’auteure:

Née à Copenhague, Pia Petersen s'installe en France afin d'écrire en français. Elle y fait des rencontres, des petits boulots, des études de philo, monte une librairie puis, en 2000, se lance enfin dans l'écriture. Elle a notamment reçu le Prix de la Bastide 2011 pour Une livre de chair, et le Prix marseillais du polar 2009 pour louri, parus chez Actes Sud.

Le chien de Don Quichotte est sorti dans la collection "Vendredi 13" aux Éditions La Branche (le 29 mars 2012). Le concept de cette collection : 13 auteurs, 13 titres, 13 histoires, une publication mensuelle pendant 13 mois. Chaque écrivain de la collection doit donc écrire autour de cette date, "Vendredi 13".

Pia Petersen est venue à l’agence le 12 octobre dernier. Elle s’est beaucoup livrée dans cet entretien. Il me semble que vous pourriez lire un résumé de sa vie ici pour, peut-être, mieux comprendre certains aspects de sa vie évoquée avec moi…

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pia petersen,le chien de don quichotte,interview,mandorInterview :

À 7 ans, vous avez dit à vos parents que vous alliez devenir écrivain et que vous alliez révolutionner la langue.

J’ai écrit sur une carte postale destinée à mon père que j’allais libérer le verbe. À cet âge-là, j’avais un langage d’adulte.

Ma petite fille à moi à 7 ans, justement. Elle ne pense pas encore à devenir écrivain et libérer le verbe.

Si on ne m’avait pas montré la carte, j’avoue que je n’aurais pas cru que j’avais écrit ça. Dès que j’ai commencé à écrire l’alphabet, je me suis intéressée aux livres. J’étais plutôt précoce. J’ai eu une expérience de mort imminente à l’âge de 4 ans. Ça m’a fait murir beaucoup plus vite et débloquer quelque chose en moi. Je ne sais pas trop quoi, mais j’ai toujours été attirée par l’essentiel et j’ai toujours suivi ce que j’ai voulu faire. Sans frein.

Vous avez voyagé partout, vous avez traîné avec toutes sortes de gens et pas mal de personnes « bizarres »…

Je n’avais aucun soutien de la part de ma famille. Je me suis vraiment battue pour m’en sortir. Le paradoxe, c’est que je viens du pays le plus heureux du monde et je suis partie pour faire la manche en France. C’est plus facile de partir d’un pays qui est en guerre que partir d’un pays où vous avez tout.

Quand vous êtes arrivée en France, vous ne parliez pas la langue du pays.

J’ai pris la fuite du Danemark à l’âge de 16 ans. J’ai commencé à apprendre le français en arrivant, effectivement. Mon apprentissage de la langue s’est déroulé en lisant Stendhal.

Vous avez vécu des choses difficiles dans votre vie. C’est difficile de résumer ce qu’il pia petersen,le chien de don quichotte,interview,mandors’est passé.

D’abord, je suis passée par la Grèce et j’étais dans un état tout à fait secondaire. Après je suis revenu au Danemark, j’ai travaillé dans un hôtel, mais je me suis fait licencier à cause d’une affaire assez sombre. Ensuite, je me suis fait récupérer par une espèce de secte. Ça a duré un an, mais j’étais la cible du gourou qui voulait m’intégrer à son harem. J’étais devenu autiste, je ne répondais plus à rien. J’ai rencontré quelqu’un qui m’a donné la possibilité de partir de la secte, mais du coup, je me suis retrouvée dans un milieu un peu délinquant. J’ai connu beaucoup de truands…

Je vais faire de la psychologie de comptoir. Est-ce que la littérature et l’écriture vous a permis de vous en sortir ?

Je ne sais pas. Ce que je sais, c’est que, quand j’étais gosse, j’ai eu une professeure qui a complètement flippé en lisant ce que j’écrivais. La mort était très présente dans mes écrits, mais personnifiée. La mort, pour moi, était quelqu’un, une personne qui me suivait, qui me courait après. Mes textes étaient d’une violence très adulte. Cette professeure avait peur de moi et de mon tel besoin de liberté. Elle n’arrivait pas à gérer ma façon de pensée philosophique. Comme tout le monde me trouvait « bizarre », « différente », « pas comme les autres », du coup, j’avais peur d’écrire mes réflexions profondes. En plus, mes deux yeux de couleurs différentes ne m’ont pas beaucoup aidé. J’ai commencé à avoir peur de moi-même et de ce que j’étais. J’étais dans la fuite perpétuelle de moi-même parce que j’avais peur de ce que je pouvais faire.

Quand on n’est pas français et que l’on écrit en français, a-t-on envie d’écrire mieux ?

J’ai toujours eu une personnalité très forte et une écriture qui m’est propre, quelle que soit la langue. Mon rêve c’était d’écrire des textes à la Chateaubriand, Victor Hugo, des textes flamboyants. Des textes dont on m’aurait dit qu’ils sont somptueux. Je me suis rendu compte que mon style n’était pas celui-là et qu’il fallait que j’assume mon écriture telle qu’elle était. J’ai commencé à travailler pour apprendre à être ce que j’étais. C’était un processus assez long. En même temps, quand j'ai étudié la philosophie, j'ai assez vite compris qu'on apprend à maquiller avec des beaux mots le fait qu’on n’a rien à dire.Comme j’étais passée à travers beaucoup de choses avec un rapport décalé à la vie,  je ne voulais pas masquer, je préférais aller vers quelque chose de plus simple. J’ai préféré travailler sur le rythme et l’articulation pour faire ressortir  le fond.

41V0R3VSPSL._SL500_AA300_.jpgEst-ce que vos éditeurs ont tenté de vous ramener vers un style plus… disons plus conventionnel ?

Oui, Hubert Nyssen (éditeur de la maison d’édition Actes Sud) pour Le jeu de la facilité était stupéfait. Je dois dire que pour l’inciter à me publier, je lui avais envoyé tout ce que j’avais écrit. Il a tout lu deux fois, il  m’a demandé que je reste à sa proximité pour qu’il puisse voir comment j’évolue. Pour mes deux premiers romans, il a tenté de rentrer dans mon écriture. Ce n’est pas évident, parce que j’ai une syntaxe un peu  à part. Il voulait arranger ça, il avait l’impression qu’il fallait mettre de l’ordre. Au bout de 15 pages, il s’est rendu compte que s’il déplaçait quoi que ce soit, il n’y avait plus de roman. Tout s’effondrait. Indéniablement, il n’y a que moi qui pouvais rentrer dans mon texte, voir où on pouvait rectifier le tir et savoir ou on pouvait éliminer quelque chose. C’est magnifique d’avoir un éditeur qui reconnait qu’il ne peut rien faire lui-même. Il a su voir qu’en moi, il n’y avait pas que du romanesque.

Dans votre œuvre, peut-on dire qu’il y a une suite « logique », que tout se rejoint ?

Un peu à la manière d’une comédie humaine, mais avec les préoccupations d’aujourd’hui. J’ai une suite d’idées développée dans chaque roman. Je pose un peu des « problématiques » et dans chaque roman j’aborde la chose différemment, selon un certain angle de vue.

Dans Le chien de Don Quichotte, quel est le thème qui vous préoccupe ?

C’est le changement de vie. C’est un vrai fil conducteur dans mes romans… et je suis bien placée pour en parler. Au démarrage, on est éduqué, on suit notre scolarité, on suit une voie un peu automatique que l’on n’a pas forcément soi-même choisie et à un moment donné, il y a toujours une rupture. Quelqu’un qui veut vous inciter à aller vers autre chose.

Vous me disiez tout à l’heure, en off, qu’en ce moment, vous circulez beaucoup autour depia petersen,le chien de don quichotte,interview,mandor l’idée de héros.

Robin des Bois et aussi Superman sont mes héros préférés. Il manque aujourd’hui des gens présents pour nous aider à avancer. J’ai remarqué que la littérature a un peu détruit l’idée de héros, en mettant en place beaucoup d’anti héros. C’est séduisant parce qu’on peut aller très loin, mais en même temps c’est dangereux parce qu’après, on n’a plus rien. L’espoir qu’on a pour s’en sortir et faire quelque chose de sa vie, n’est pas évident dans les romans d’aujourd’hui. Je me suis demandé comment je pouvais remettre en avant l’espoir. Du coup, j’ai travaillé sur Robin des bois et Don Quichotte.

Dans votre livre, un prêtre offre un livre à un tueur à gages. À partir de ce moment-là, ce dernier va décider de changer de vie et de tenter de faire le bien.

Hugo est un fonctionnaire de la mort, mais privatisé. Il travaille pour un grand patron qui le charge d’éliminer ceux qui le gênent dans ses entreprises. Malgré son envie de faire le bien, les gens qu’ils croisent meurent les uns après les autres. Une question s’impose : est-il facile de changer ?

Comment jugez-vous votre écriture ?

C’est une écriture contemporaine qui a des échos. Elle est proche de celle de James Frey et de Comac McCarthy dans laquelle on retrouve le même type d’ambiance. Je suis tout le temps dans l’oralité, il y a une musique. Je n’écoute jamais de musique chez moi, mais j’écoute beaucoup la musique de la langue. Je ne veux pas surcharger avec un vocabulaire qui ne sera pas forcément utile.

Il y a beaucoup d’humour noir dans votre roman.

Je suis danoise, ne l’oubliez pas. L’humour danois est plus noir que l’humour anglais. C’est un peu le même type d’humour, mais il va encore plus loin.

Dans ce livre, on en apprend beaucoup sur les rapports humains, sur la société... mais de manière sous-jacente.

Je me rendais compte, déjà quand je faisais de la philo, que mes collègues étudiants étaient très réticents à l’idée de penser, très réticents aussi à se poser des questions, à contrarier ses propres points de vue. Aujourd’hui, en règle générale, on ne peut pas penser directement, alors j’utilise le roman pour poser des questions très importantes sur la société, sur le bien, le mal… le bien et le mal d’aujourd’hui ne sont pas les mêmes qu’il y a 50 ans. Comment peut- on amener les gens à s’interroger sur tout ça ? Par le roman. De manière cachée, donc, et pas frontale, pas visible. Il faut que les gens rentrent dans une démarche de pensée sans s’en rendre compte. Moi, je ne donne pas mes idées dans mes livres, je ne prends pas non plus position, je veux juste provoquer le débat.

Vous posez en tout cas une question que je juge importante. Peut-on sacrifier sa vie pour 223349_1059621895819_2122_n.jpgses idéaux ?

J‘ai déjà écrit un livre sur la question, Iouri. Iouri est un brillant artiste plasticien hostile aux mesures sécuritaires de notre époque, qui décide de s'engager dans une démarche artistique radicale. Dans ce livre, en même temps, je justifie aussi l’acte de terrorisme comme étant quelque chose d’important pour l’humanité parce que si personne n’est capable d’aller aussi loin, à mon avis, il n’y a plus d’humanité possible. J’explique cela clairement dans Iouri, mais jamais personne ne l’a relevé, alors que c’est écrit noir sur blanc. Les gens ont parfois des œillères lorsqu’ils lisent.

Vous écrivez tout le temps ?

Oui.

Dans le but d’être publiée systématiquement ?

Oui, parce que je veux être lue. J’ai beaucoup de travail en cours. J’ai un roman qui sort au mois de janvier 2013, « Un écrivain, un vrai ». C’est l’histoire d’un écrivain français qui vit aux États-Unis depuis  des années et qui vient de recevoir « l’International Book Prize ». Il est donc au summum de sa gloire et il a accepté, dans la foulée, une émission de télé-réalité chez lui, dont il est le principal acteur. C’est le début du roman participatif. Il va écrire un roman sous l’œil des caméras et avec l’intervention sur l’histoire de son livre en cours. Tous les jours ce qu’il a écrit dans la journée va être montré tout de suite à la télé.Il voudrait rendre la littérature accessible à tous, mais c’est lui qui risque d’y perdre sa puissance créatrice… Une dénonciation du règne du storytelling au détriment de la pensée.

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26 octobre 2012

Prix Ozoir'Elles 2012

prix ozoir'elles 2012,eric holder,embrasez-moi

prix ozoir'elles 2012,eric holder,embrasez-moiLe Prix Ozoir'elles 2012 a été attribué, mardi dernier (le 23 octobre), à Éric Holder pour son recueil intitulé Embrasez-moi (éditions Le Dilettante). Ce prix récompense un recueil de nouvelles parmi 4 ouvrages publiés par une maison d’édition de renom.
Le jury exclusivement féminin est composé de : Simonetta Greggio (présidente), Victoria Bedos (malheureusement absente ce jour-là pour cause de préparation de concert), Astrid Eliard, Véronique Genest, Macha Méril et Colombe Schneck… ainsi que quelques Ozoiriennes triées sur le volet.
Éric Holder sera présent au Salon du livre d'Ozoir-la-Ferrière le samedi 24 novembre prochain.

Ceux qui me suivent ici le savent, je suis l’animateur de ce salon depuis quatre ans, c’est la raison pour laquelle je me suis rendu aux délibérations de ce Prix. (Comme en 2009, en 2010 et en 2011…)

Cette remise de prix s’est tenue de nouveau au Café des Éditeurs, à Paris. Mon amie, l’auteure et blogueuse Sophie Adriansen, qui est aussi l’une des invitées de ce salon, est venue jeter un coup d’œil aux coulisses de cette délibération. (Voir là).

L’artisan de ce prix est Luc-Michel Fouassier, conseiller municipal chargé de l’événementiel littéraire et lui-même nouvelliste et romancier (par la même occasion, très bon ami de Mandor), sous l’impulsion de Jean-François Oneto, maire d’Ozoir-La-Ferrière.

Voici mon portfolio de ce moment toujours aussi convivial.
De gauche à droite : Colombe Schneck, Simonetta Greggio (présidente), Véronique Genest et Macha Méril avant la délibération...

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Les mêmes (prises par Sophie Adriansen).

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Top départ pour les délibérations!

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Les délibérations se poursuivent sous le regard de Jean-François Oneto et Luc-Michel Fouassier.

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La délicieuse Simonetta Greggio (présidente du jury), justifiant son choix.

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Sophie Adriansen et son oeil avisé...

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Comme chaque année, la photo de "famille" concluant cette délibération.

De gauche à droite : Macha Méril, Colombe Schneck, Jean-François Oneto, Véronique Genest, Astrid Eliard, Luc-Michel Fouassier et Simonetta Greggio (présidente).

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L'animateur du salon s'est glissé subrepticement sur cette photo...

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Les membres du jury et les Ozoiriennes ayant participé (activement et très sérieusement) aux votes...

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L'envers du décor... (merci à Sophie Adriansen)

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03 octobre 2012

Jérôme Ferrari : interview pour Le serment sur la chute de Rome

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« Je n’avais aucune raison de croire que mon roman était très attendu pour cette rentrée, ça a donc été une grande et bonne surprise pour moi de voir ça. Être à Abu Dhabi me permet effectivement d’avoir d’autres préoccupations que la rentrée littéraire. C’est plutôt sain pour ma santé psychologique » me dit Jérôme Ferrari en préambule alors qu’il sait pertinemment que son Sermon sur la chute de Rome est en lice pour le Goncourt et l'Interallié. Vous l’avez compris, l’auteur  m’a accordé cet entretien des Émirats arabes unis (il y habite désormais pour exercer son métier d'enseignant) par téléphone pour Le magazine des espaces culturels Leclerc (daté du mois d’octobre 2012).

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15 septembre 2012

Pierre Szalowski : interview pour Mais qu'est-ce que tu fais là, tout seul?

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Pierre Szalowski est un auteur qui vit au Québec. Il est actuellement en France pour promouvoir son deuxième roman, Mais qu’est-ce que tu fais là, tout seul ?. J’ai lu ce livre cet été, tranquillement durant mes vacances. J’ai été réellement charmé et ému par ce roman, sorte de fable jubilatoire. J’avais entendu parler de cet auteur, mais je n’avais pas lu son fameux Le froid modifie la trajectoire des poissons (traduit dans de nombreux pays). J'ai reçu Pierre Szalowski le 12 septembre dernier à l’agence et j’ai également été conquis par la personnalité de cet homme étonnant et très attachant.

pierre szalowski,mais qu’est-ce que tu fais là,tout seul ?,interview,mandor4e de couverture :

Le 24 décembre, dans un palace déserté de Montréal, Martin Ladouceur, célibataire endurci, s’apprête à passer le pire réveillon de sa vie. Avec pour seule compagnie un concierge protocolaire, un groom débutant et une femme de chambre timide, l’ex-légende du hockey canadien se retrouve en prime au régime sec, sans strip-teaseuses ni grands crus.

Mais, contre toute attente, en cette nuit de Noël, un petit bonhomme va lui offrir le plus beau des cadeaux. Et, comme par magie, la terreur des patinoires découvrira un sentiment qu’il ignorait jusqu’alors.

Petite philosophie du bonheur, Mais qu’est-ce que tu fais là, tout seul ? est une fable tendre et drôle, remède absolu contre la morosité.

L’auteur :

Ancien photographe de presse, journaliste, directeur de création dans la publicité et vice-président d’Ubisoft Canada, Pierre Szalowski est aujourd’hui scénariste et auteur, mais avant tout « bonheuraturge ». Après le succès international du Froid modifie la trajectoire des poissons, Mais qu’est-ce que tu fais là, tout seul ? est son second roman. Il vit à Montréal.

pierre szalowski,mais qu’est-ce que tu fais là,tout seul ?,interview,mandor

pierre szalowski,mais qu’est-ce que tu fais là,tout seul ?,interview,mandorInterview :

Tu es un personnage étonnant, aux mille vies. Qu’est-ce qui t’anime ?

Le fait de ne pas m’ennuyer. Je vais te donner un exemple qui est révélateur. Quand j’étais à Ubisoft, il y avait des chasseurs de têtes qui tournaient autour de moi. Dans la liste des questions qu’ils me posaient pour mesurer mon ambition, il y en avait une qui revenait toujours : « dans quelle position vous voyez-vous dans 5 ans ? » Je répondais : « la position dans laquelle je me vois dans 5 ans, c’est allongé et content de me lever le matin. » Le métronome de ma vie est la joie de vivre la journée que j’ai à vivre. Je ne suis pas capable de faire une concession à l’ennui. Je ne m’ennuie pas, je ne triche pas. Je peux faire semblant d’aimer quelque chose, mais ça ne va pas durer très longtemps.

Raconte-moi ton parcours pour le moins original.

J’ai voulu être photographe de presse à 15 ans, je le suis devenu. Je voyageais, je faisais plein de choses, mais un jour je me suis rendu compte que je n’avais pas d’amis. Je n’étais jamais là. Donc, je suis devenu photographe de mairie. À la mairie, je commençais à légender les photos. Le journal local m’a repéré et m’a embauché. J’ai fait deux ans dans le journalisme régional à L’Écho régional. J’ai ensuite ouvert  une agence de communication en me rendant compte qu’il y avait un besoin des municipalités. On a eu la Guerre du Golf qui a mis à mal notre activité en 1992. C’était, à ce moment-là, le début de l’informatique, du PC Personnal Computer,  j’ai donc eu l’idée de faire des logiciels. J’ai créé un logiciel de gestion de caves à vins qui a rencontré un succès considérable. On en a vendu des dizaines de milliers d’exemplaires. J’ai aussi inventé un logiciel de gestion de parties de golf qui a fait un bide total. Et enfin, j’ai aussi fait un logiciel intitulé « Drague aux nanas » avec vent d’Ouest et c’est là qu’Ubisoft m’a repéré. Au bout de 7 ans de jeux vidéo, j’ai trouvé que ça devenait ennuyeux de rester dans ce milieu.

J’ai bien compris que tu changes d’activité régulièrement et qu’il te faut toujours être en pierre szalowski,mais qu’est-ce que tu fais là,tout seul ?,interview,mandoraction. Tu es aujourd’hui écrivain. Tu n’as pas peur de t’en lasser également ?

Si. Le risque que je me lasse est permanent. En fait,  j’ai seulement écrit deux romans en 5 ans, parce qu’il fallait que je retrouve l’envie, que je retrouve la pureté. Si je peux ensuite gérer un livre comme une activité professionnelle, au moment où je l’écris, il faut que je sois dans un réel état de pureté. Mon nouveau roman délivre beaucoup d’émotion et je ne peux pas en délivrer sur commande. Il faut que mes capteurs et mes émetteurs d’émotions ne soient pas pollués par une situation financière difficile, par des soucis personnels ou professionnels. La deuxième difficulté, c’est de revivre ce que tu as déjà vécu. Par exemple, ce voyage en France me faisait très peur. Je m’en suis ouvert auprès de mes proches parce que j’allais refaire ce que j’avais déjà fait il y a deux ans. Moi, refaire les choses, ce n’est pas tout à fait mon truc.

Et du coup ?

Contre toute attente, ça me fait plaisir, car je sens une vraie évolution. Je sens que le premier roman a touché des personnes. J’ai déjà fait quelques salons et j’ai rencontré beaucoup de lecteurs qui m’en ont parlé et qui sont venus les bras ouverts prendre le second sans même ne pas savoir de quoi il parle. Je suis en train de découvrir ce qu’un écrivain peut représenter pour d’autres personnes. Je dirais que ce voyage-ci est une initiation à prendre la dimension de ce que peut représenter d’être écrivain.

pierre szalowski,mais qu’est-ce que tu fais là,tout seul ?,interview,mandor

Tu n’aimerais pas simplement pouvoir te laisser entraîner par les choses de temps à autre ? Ne pas toujours tout contrôler…

J’ai eu dans ma période de créateur de logiciels des moments où le succès m’a fait prendre le melon. Et ces périodes-là n’ont pas été celles où j’étais le plus performant, bien au contraire. J’en ai tiré une grande leçon. Aujourd’hui, je tente de redescendre de mon petit nuage, de bien voir où j’en suis avec un certain recul. Comme tout le monde, je me rêve ceci, je me rêve cela, mais j’essaie de ne pas me prendre pour « plus que untel », ou « moins que » aussi, d’ailleurs. Il faut juste être lucide parce que c’est comme ça que l’on reste vrai. Dans ce que je fais et ce que j’écris, j’essaie d’être dans la vérité des sentiments, dans la vérité des émotions. Il faut que je me mette dans une condition me permettant d’écrire en ressentant ce que j’écris.

Au début, ton personnage, Martin Ladouceur, n’est pas très sympathique, mais il devient vite attachant.

À un moment, j’ai planté des petits clous qui font comprendre aux lecteurs qu’il n’a pas eu une vie facile ce garçon-là. C’est ma façon de voir les choses. Une personne qui me parait parfaite m’inquiète immédiatement. Une personne que je connais un peu, je vais détecter ses qualités et ses défauts. Mais ses défauts ne me gênent pas. Personne n’est parfait. On est une balance entre les deux. Je considère qu’on a tous du bon en soi et du mauvais. Pour Martin, je montre d’abord le mauvais qui n’est finalement pas moins que ce que l’on a voulu faire de lui. Il est comme un artichaut. Le cœur, il est au milieu. Pour l’atteindre, on l’épluche petit à petit.

pierre szalowski,mais qu’est-ce que tu fais là,tout seul ?,interview,mandorLe succès de ton premier roman, Le froid modifie la trajectoire des poissons (qui est sorti en poche chez J'ai Lu le mois dernier), t’a-t-il donné confiance pour le second ?

Non. Je t’explique. Le premier, tu es prêt à le publier à compte d’auteur tellement tu as envie qu’il sorte. J’avais touché le cachet de la production d’un film, je n’étais donc pas dans le besoin. Écrire trois-quatre mois était le fun et j’étais même dans une certaine naïveté. Bon, il se trouve qu'au final, il est publié et traduit dans plein de pays… la donne change. Pour le second, du coup, tu as des éditeurs qui te mettent un peu la pression. Le danger, c’est de penser que tu as raison. Quand tu as du succès une fois, tu penses que ce que tu écris devient mécaniquement intelligent, alors que ce n’est pas vrai. Quand tu te trouves bon, tu en fais trop. Il ne faut surtout pas devenir putassier. Tu sais ce qui a fonctionné dans le premier, alors tu refais les mêmes choses. Moi, je pense que j’ai évolué entre les deux romans. J’ai tenté d’aller plus loin.

Explique-moi ton concept de « bonheuraturge ». Ce terme ne fait-il pas d’ailleurs un peu gnan gnan ?

Tu travailles avec Antidote ?

Oui.

Tu prends le mot « bonheur » ou un autre mot positif. Essaies-en plusieurs, tu verras, il y a plus de synonymes pour les mots négatifs que pour les mots positifs.

Et alors ?

Et bien, pour la forme, c’est vrai, tu as l’air con quand tu écris des livres sur le bonheur, car tu as moins de mots. Pour le fond, chacun est pudique de son bonheur. Par exemple, 95% des gens disent « mon meilleur ami, c’est celui que je peux appeler quand ça va mal ». Moi, mon meilleur ami, c’est celui que je peux appeler quand ça va bien. Avec mes amis, on se dit souvent : « qu’est-ce qui t’es arrivé de bon cette semaine ? ».

Bon, en fait, tu m’expliques que c’est une philosophie de vie.

C’est exactement ça. C’est toujours le prisme. Je pense que l’on peut parler de grandes douleurs et de la douleur du monde de manières parfaitement idiotes. Je crois toujours au contraire. Un mot qui n’a pas de contraire me fait peur. Donc, la situation contraire est valable. Je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas parler du bonheur sans le faire avec délicatesse et intelligence. Personnellement, j’estime que je ne le fais pas de façon gan-gnan, comme tu dis, parce que j’y amène de l’humour, du second degré et la force des mots.

pierre szalowski,mais qu’est-ce que tu fais là,tout seul ?,interview,mandor

Et tu donnes de l’espoir pour le genre humain. Dans ton livre, tu racontes finalement comment une « ordure » peut devenir quelqu’un de beau.

Complètement. Martin Ladouceur, on l’a mal fait pousser, c’est tout. Ce roman aurait pu être écrit de façon beaucoup plus tragique, noire et terne, mais moi, je suis un résilient naturel. C'est-à-dire que je n’aurais jamais mal plus d’une soirée.

Quel que soit l’événement ?

Oui. Tu sais François, j’ai attaqué l’écriture le lendemain de la mort de ma mère. C’était la seule réponse que j’avais à donner à la mort. Répondre par la vie.

Ce soir, c’est ta soirée de lancement (note de Mandor : nous sommes le 12 septembre)… on va te « célébrer ». Tu aimes ça ?

Oui. C’est très plaisant parce que c’est ma fête. J’entrevois ce genre de moment pour les bonnes choses et les bonnes raisons. De plus, on fait ça dans la librairie Le livre écarlate, d’un libraire qui m’avait beaucoup touché il y a deux ans. Quand on m’a proposé cette soirée de lancement, j’ai proposé que cela se fasse chez lui parce qu’il avait été formidable. Il avait été juste gentil, mais vraiment gentil. Je n’oublie jamais les gens qui m'ont aidé. Jamais.

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05 septembre 2012

Jean-Christophe Grangé : interview pour Kaïken

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Cela devient un rite. À chaque début septembre, un nouveau thriller de Jean-Christophe Grangé. À chaque nouveau thriller de Grangé, une nouvelle interview (voir celle de l’année dernière).

Jean-Christophe Grangé ne donne pas beaucoup d’entretiens, mais il me fait l’amitié de me faire confiance.Merci à lui.

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04 septembre 2012

Thierry Brun : interview pour La ligne de tir

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Thierry Brun écrit des polars noirs. Noirs très foncés. Puissants, implacables. On met un peu de temps à s’en remettre. Dans son nouveau (et second) roman particulièrement. La ligne de tir est un des meilleurs polars de cette année. Une seconde mandorisation s’imposait (la première est ici).

thierre brun,la ligne de tir,interviewPrésentation de l'éditeur :

Le commissaire Fratier est sur le point d'être mis en examen. Depuis trop longtemps, il est lié à la pègre dans sa ville de Nancy et le témoignage de Loriane Ornec, qu'il a corrompue quand elle était dans son service, pourrait bien l'envoyer en prison. Il décide de la supprimer et contraint une ancienne terroriste de la mouvance gauchiste instrumentalisée par le pouvoir à exécuter cette tâche. Mais Loriane Ornec disparaît. Rival de Fratier, Shadi Atassi, qui règne sur le crime organisé nancéien, est amoureux de la jeune femme et mobilise ses troupes à sa recherche. II soupçonne Fratier d'être mêlé à sa disparition... mais surtout Patrick Jade, un homme glacé, au passé de tueur, qui représente pour eux tous, Fratier, Ornec, Atassi, une menace terrifiante. Roman de la nuit et de la corruption, La Ligne de tir, mécanique implacable, nous entraîne imperceptiblement d'un univers à un autre, du roman noir au thriller, et nous invite à une plongée oppressante dans le repaire de Jade, homme granitique, citadelle imprenable, point sombre dont chacun subit l'attraction et vers lequel tous convergent.

Biographie de l'auteur :

Thierry Brun vit et travaille à Paris. Il est l'auteur de Surhumain (Plon, 2010).

 

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La ligne de tir n’a pas tout à fait la même écriture que Surhumain. Les phrases sont plus saccadées, vives, rythmées. Les chapitres sont très courts, et donc, tu as gommé toutes fioritures.

Ce style est plus dans ce que j’aime écrire. J’aime l’ellipse. Yann Briand, mon nouvel éditeur m’a poussé dans mes retranchements. Il m’a demandé de me lâcher quitte à rectifier le tir ensuite. On a beaucoup travaillé ensemble. Certains passages, quasiment pas, d’autres, un peu plus. Il a fait un gros boulot sur les lieux et les ambiances. Moi, j’avais tendance à en faire trop.

Dans un thriller, il y a généralement deux- trois personnages durs, écorchés vifs. Dans tes deux livres, ils le sont tous. Personne n’est « normal ».

Tu sais, tous les gens qui sont dans ce milieu sont dans l’action permanente. Ils ont des choses à se prouver, souvent ils traînent de grosses casseroles familiales. Avec tout cela à gérer, ils ont des objectifs et ils se donnent les moyens d’y parvenir. Ils descendent tous dans les abymes. Et je trouve intéressant que tout le monde ait sa part d’ombre… mais dans l’excès.

Ton flic, Fratier, c’est un Michel Neyret puissance 10 ?

Fratier n’est pas Neyret, contrairement à ce qu’à écrit le journal Marianne. J’ai pris exemple sur deux autres qui existent aussi et dont je tairailes noms. Fratier, pour tenir le coup, il prend de la coke… mais je n’invente rien et c’est même plutôt commun.

Je me demande toujours ce qu’ont dans la tête les auteurs de thrillers pour écrire des histoires comme ça. Pour les côtoyer parfois, je constate que les plus violents dans leurs textes sont les plus doux et gentils dans la vie.

Je ne sais pas quoi te répondre à ça. Peut-être qu’on expulse des choses qu’on a en nous. Et encore, je n’en suis pas sûr. Bon, je rectifie un truc. Dans ma tête, je n’écris pas des thrillers. Mes personnages sont peut-être des personnages qui sont en moi en permanence. En tout cas, je serai incapable d’écrire autre chose. Un roman dit « blanc » avec des personnages normaux me paraît impossible à écrire.

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Pourquoi dis tu que tu n’écris pas de thriller, mais des romans noirs ?

Dans le thriller, il y a des mécanismes que pour l’instant je n’utilise pas. Je n’en ai rien à foutre que le mec sauve le monde et aucun de mes personnages n’est spécialiste de quelque chose.  À part de la mort. Pour moi, un thriller, c’est l’articulation d’un récit. Pour résumer, j’essaie d’écrire des romans noirs avec des clefs des thrillers.

Il y a des moments drôles dans ton livre.

Je l’ai voulu. Pour le personnage du financier de Patrick Jade, je me suis souvenu d’un type avec lequel j’ai bossé quelques années. Je l’ai caricaturé et, du coup, il en fait des tonnes. C’est un peu la bulle d’oxygène dans le bouquin.

Comme dans Surhumain, l’action se situe à Nancy. Ils doivent être contents de savoir que tous les flics sont corrompus là-bas. Tu ne vas jamais leur lâcher la grappe aux flics de Nancy ?

C’était le dernier livre qui se situe dans cette ville. Je souris parce que je vais prochainement signer mon livre dans un salon à Nancy. Je pense que je vais avoir quelques commentaires sur la question. Au départ, je voulais une ville comme Angers. Une ville au passé bourgeois, industriel, avec des familles riches qui habitent là depuis des générations. Comme je connaissais Nancy un peu, je me suis reporté sur cette ville.

Lis-tu des thrillers, toi ?thierre brun,la ligne de tir,interview

Je n'en lis aucun. J’en ai lu un peu il y a longtemps, mais je lis par contre beaucoup de roman noir des années 70 et 80. Je suis nourri de ça. Il y a des tics dont j’essaie de me débarrasser, mais que j’aime.

Lesquels ?

Il y a un mot que j’adore écrire, c’est « L’homme », au lieu de citer les prénoms des personnages. Ça met une distance et d’un seul coup le héros est capable de faire autre chose que ce qu’il est. Ça c’est un truc purement de chez Dashiell Hammett.

Tu veux mettre une distance pour le lecteur ou pour toi.

Les deux. Comme dans le film, Drive. Tu suis le héros, d’un seul coup, il devient comme une personne étrangère grâce à un effet caméra. C’est ce que j’essaie de faire.

Tu les aimes, toi, tes personnages qui sont pourris jusqu’à la moelle.

Oui, et j’ai une grosse tendresse pour Fratier. Lui il écrase Résilia, mais lui-même est écrasé par des évènements et des gens qui le dépassent. Il faut qu’ils tiennent dans le tas de boue qu’il a lui-même fait. Pour tous mes personnages, c’est la même chose.

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Il y a un truc qui m’étonne. Il n’y a que des personnages principaux dans ton livre. Tu vois, j’ai été étonné par la 4e de couverture. Il manque Patrick Jade par exemple. Il n’est pas évoqué alors qu’il a autant d’importance que les autres.

Pour l’instant, très franchement, c’est mon souci d’écriture. J’aime bien amener des éléments qui font que l’on finit par aimer mes personnages. Je leur crée, à tous, de vraies personnalités, du coup, on a du mal à les départager.

Mais, tu cherches quand même à les mettre sur un même pied d’égalité. Que l’on ne laisse pas tomber un personnage pour un autre.

Oui, c’est exactement ça.

Il y a beaucoup de toi dans ces personnages…

Dans mon 5e bouquin, si on se revoit, je te dirai qu’il n’y a plus rien de moi. Là, je ne peux pas te le dire.

Tes influences ne sont pas uniquement littéraires, je remarque...

Je me rends compte que quand j’écris, je balance toutes mes influences. Plus de la moitié de mes personnages sont des personnages très cinématographiques. Je suis un grand fan de Melville, je ne peux pas renier cette influence-là. Si on creuse un peu mon livre, on y reconnaîtra aussi du Truffaut, du Godard, du Sautet.

Tu te sens bien dans ta peau d’auteur ?

Pas du tout. J’ai l’impression d’être un imposteur. Moi, je suis plutôt attiré par la musique, par les musiciens, par le cinéma, l’image, le son… tout ça. Ça me touche énormément. Et pour être touché par un bouquin, j’ai besoin d’aller vers des bouquins très anciens, soit par des gens comme Delphine de Vigan, Doa qui écrit chez Gallimard Noire, Antoine Chainas aussi.

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16 août 2012

Frédéric Mars : interview pour Comment j'ai arrêté de CONsommer

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frédéric mars,comment j'ai arrêté de consommer,interview,mandorFrédéric Mars est un auteur que je suis depuis 2006 et que je rencontre à chacun de ses nouveaux livres (ou presque).A chaque fois, son livre n'a strictement rien à voir avec le précédent.

Il a été mandorisé 7 fois.

(Lire ou voir : la première, la deuxième, la troisième, la quatrième, la cinquième et la sixième).

Le 26 juillet dernier, je lui demandé de me rejoindre à « l’ agence » pour évoquer son nouveau livre, Comment j’ai arrêté de CONsommer : journal d’une année de lutte contre l’enfer marchand.

Présentation de l'éditeur :

" On est foutus, on mange trop. " Vous vous souvenez de cette chanson d'Alain Souchon ? frédéric mars,comment j'ai arrêté de consommer,interview,mandorAujourd'hui, il faudrait en actualiser les paroles : on est foutus, on consomme trop. On achète de tout, tout le temps, et n'importe comment. On CONsomme, on dépense, on accumule, sans jamais se demander ce que ces objets supplémentaires nous apportent réellement. Pendant une année, l'auteur a tenu un pari avec sa famille : deux adultes et un enfant qui ont tenté de déconsommer. De ne plus se gaver en pilote automatique, de reprendre en fait le contrôle de leur vie. Pour répondre (enfin) à cette vraie question : " Parmi tous les instants de mon bonheur, lesquels dois-je à ces choses que j'achète à longueur de temps ? " Sans soldes. Sans hypermarchés. Sans abonnements. Sans carte bleue. Sans crédit ni découvert. Sans publicité. Sans marques. On imagine les difficultés, notamment à Noël, lors de la fête des Mères, pour le choix des vacances, à la rentrée des classes ! Comment s'en sortir ? Très drôle et pragmatique, Comment j'ai arrêté de CONsommer est le journal de bord d'un résistant à la fièvre acheteuse, sans idéologie ni moralisme.

Biographie de l'auteur :

Frédéric Mars, journaliste et écrivain, a publié plusieurs romans : Son parfum (Ramsay, J'ai Lu), L'amour est une femme (Le Rocher), Le Sang du Christ (Michel Lafon), NonStop (Black Moon). Sous pseudonyme, il est par ailleurs l'auteur de plus d'une cinquantaine d'ouvrages tous genres confondus (essais, documents, romans, etc.).

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Interview :

En recevant ton livre, puis en le lisant, je me suis dit que nous nous étions croisés, parfois, quand tu vivais cette expérience… et je n’ai pourtant rien décelé.

Quand j'ai vécu cette expérience, je ne le criais pas forcément sur tous les toits. Le propos n’était pas ni dans l’expérience, ni dans le bouquin, de tenir une position radicale. Il ne faut pas se leurrer, je suis un pseudo bobo de proche banlieue, plutôt favorisé avec des revenus corrects. Si tu as moins que le SMIC pour vivre chaque mois, si tu as le RSA, évidemment, tu ne t’adonnes pas à ce genre d’expérience,  j’en ai parfaitement conscience. Mon livre a un point de vue de bourgeois, d’ailleurs je vois bien que les gens qui réagissent avec le plus d’enthousiasme à mon livre sont des gens qui n’ont pas de problème d’argent. Du coup, ils se sentent plus en position de se défaire de certaines possessions.

Quand on parle de « déconsommation », souvent les gens entendent des trucs plus radicaux de décroissances revendicatives et militantes où les personnes qui s’adonnent à cet exercice arrêtent tout.

Je le dis dès le départ, je suis un consommateur, je reste un consommateur. L’idée n’est pas de ne plus consommer du tout, mais c’est de consommer de manière moins automatique, moins débile, moins asservissante et moins aliénante. Dans ce cadre limité, j’ai eu envie d’essayer tout ce qu’il était possible de faire.

Les choses se sont mises en place au fur et à mesure, je crois.

J’ai fait une brocante, j’ai donc vidé ma cave… tout à commencé ainsi. Les choses se sont enquillées dans une certaine improvisation. Je n’ai pas fait un grand plan sur un an. Je le raconte comme ça parce que c’est une facilité narrative, mais les différentes étapes se sont enchaînées un peu au jour le jour. Avec ma femme, on a un peu fait de la navigation à vue.

Quand on décide de « déconsommer », quand on s’astreint à des règles, on perd beaucoup de temps et de disponibilité dans la tête…

C’est un paradoxe. À vouloir « déconsommer », on est tributaire de la consommation. L’autre paradoxe, c’est que les gens qui achètent ce livre achètent quelque chose qui évoque le fait de ne pas acheter des choses non essentielles. Dès que tu abordes la question de la consommation et de la « déconsommation », tu te cognes en permanence à des paradoxes et à des incohérences. À un moment, il faut faire fi de ces paradoxes sinon, on ne fait plus rien.

frédéric mars,comment j'ai arrêté de consommer,interview,mandorTu constates qu’il vaut mieux acheter un nouveau téléviseur plasma que de tenter de le faire réparer. Voilà un autre paradoxe.

Rien que pour la laisser au réparateur, par exemple, il faut déjà donner de l’argent. En permanence, quand tu fais cette expérience. Tu es rattrapé par la culotte. Tu te rends compte que tu es attaché à la consommation avec un élastique et plus tu tends l’élastique, plus tu risques violemment d’y être ramené. Notre but à ma femme et moi n’était pas de couper l’élastique parce que c’est impossible, l’élastique sera toujours là.

On te rétorque souvent qu’en « déconsommant », on fait péter le système.

Je ne dis pas qu’il ne faut plus consommer. On ne cherchait pas à être plus malin, on cherchait à être mieux, plus à l’aise et plus heureux avec ce que l’on achète. D’ailleurs, c’est une suprême ruse des gens qui cherchent à nous vendre des choses de nous rendre malins. On en revient à ce que tu me disais sur l’occupation de l’esprit, plus on cherche à être malin, plus on a en tête en permanence les actes de consommation. On ne pense qu’à ça, ça devient obsessionnel. Nous on cherchait à s’en enlever de la tête.

Toute cette somme d’effort et de minis expériences ont-elles porté ses fruits ? Les as-tu frédéric mars,comment j'ai arrêté de consommer,interview,mandortous pérennisés ?

Non. Très honnêtement, j’ai repris une Carte Bleue par exemple. Vivre sans carte de crédit, dans le monde d’aujourd’hui, si on se veut être intégré, c’est impossible. Je rappelle que je ne cherchais pas  à montrer l’expérience de quelqu’un de complètement sorti de la société. Ça me semblait plus pertinent que l’expérience du type qui va vivre sans rien au fin fond de la campagne. Il y a un côté Robinson Crusoë très palpitant, mais pour nous, ça apporte quoi ? Qu’est-ce que ça va prouver ? Qu’est-ce que ça va donner envie de faire au quotidien à la personne qui, elle, est engluée dans son quotidien et qui veut faire un petit effort ? Rien. Elle ne va pas faire la même chose. Alors que moi, je voulais donner, à travers notre expérience, quelques minis outils aux gens qui pourraient se dire qu’ils pourraient essayer aussi sans se désocialiser.

Tu dis souvent « nous » dans cette interview. Tu inclus ta femme.

Ma femme a vraiment du mérite parce qu’elle travaille dans le luxe. Elle est spontanément attirée par ce qui est beau et donc cher. Elle est formatée ainsi, c’est son métier. Mais, elle a joué le jeu le mieux possible. Notre fils aussi. On a eu la chance de tenter cette expérience à une époque où il était encore assez petit. Il avait 5 ans. Trois ans plus tard, on n’aurait pas pu. Honnêtement, c’est moi qui ai le plus souffert de l’aspect désocialisant de cette expérience.

Au début, tes amis se sont tous dit que tu avais des problèmes d’argent.

Tous. Parce que mes amis savent que ma femme et moi sommes des  travailleurs « indépendants ». Ni elle, ni moi ne sommes salariés, donc en l’occurrence, ils pouvaient se dire qu’on traversait une période creuse, qu’il y avait un gros trou dans nos activités et qu’on n’osait pas le dire.

C’est vexant ?

Non, parce que ça peut arriver. Je n’aurais pas eu honte de dire que la période était plutôt calme et qu’il fallait que l’on fasse attention. Nos amis ont projeté sur nous une fierté que nous n’avons pas. Ce qui est plus gênant finalement, c’est de savoir que pour tout notre entourage, si on ne consomme plus autant qu’avant, c’est que nous ne sommes plus dans une forme de normalité qu’eux peuvent enregistrer et percevoir. On devient alors hors norme.

Culturellement parlant, « déconsommer », c’est un gros problème.

Oui, toi tu es un gros consommateur de produits culturels, tu vas comprendre ce que je vais dire. Quand j’ai arrêté d’acheter des produits culturels « mainstream », c'est-à-dire, ceux qui font l’actualité, j’ai été complètement désociabilisé. Tu n’es plus intéressant parce que dans la conversation, tu ne peux plus en parler parce que toi tu ne les consommes plus. Dans notre milieu commun, François, si tu ne maîtrises pas l’actualité culturelle, tu n’es plus rien aux yeux des autres. C’est dur, mais c’est vrai.

frédéric mars,comment j'ai arrêté de consommer,interview,mandorTu m’as fait marrer dans les pages où tu racontes que tu as décidé de n’aller voir que des spectacles gratuits.

Si tu regardes les programmes des manifestations culturelles gratuites à Paris, ce sont essentiellement des concerts de musique classique dans les églises. Et au départ, tu ne peux pas t’empêcher de te dire que si c’est gratuit, ça veut dire que c’est un sous spectacle, que ça sera de moindre qualité, que ce ne seront pas de vrais pros. Après tout, s’ils sont moins payés, c’est qu’ils ne le méritent pas finalement. C’est là que tu constates que dans notre mode de réflexion ordinaire, il y a cette équation : pour qu’une chose ait une valeur humaine, artistique ou culturelle, il faut qu’elle ait un prix. Si on ne paye pas, ça ne sera pas bon. Ce qui est complètement battu en brèche par certains festivals d’été qui sont gratos… évidemment, cet a priori est archi faux.

Quand tu racontes que lorsque tu es invité chez quelqu’un, tu ne viens plus avec une bouteille de vin ou des fleurs, là, je me suis dit que c’était ma limite à moi… Ça m’a fait comprendre que quand on vient chez quelqu’un, il y a la notion d’échange. Tu m’invites, mais je t’offre un truc.

Oui, et quand tu ne fais plus ça, la première fois tout le monde rigole, la deuxième, on rit un peu jaune, la troisième, tu sens qu’il y a un malaise. Un vrai malaise. C’est la valeur marchande de l’objet qui va faire le lien. Je ne peux même pas ramener un objet qui a une valeur sentimentale ou familiale… c’est incongru dans cette situation, sauf si je vais chez quelqu’un de ma famille. Je n’avais pas mesuré quel malaise durable ça pouvait générer et à quel point cette notion d’échange est vraiment structurelle dans les relations amicales. Si on ne le fait pas, l’amitié peut se désintégrer… j’exagère à peine.

As-tu eu l’impression d’avoir pris des risques en écrivant ce livre ?

Non, ce livre n’a rien cassé avec mes amis. Ce sont des gens intelligents, malgré les tensions qu’il y a eu parfois et que je raconte dans le livre. Aujourd’hui tout va bien avec eux. Les risques que j’ai pris ne sont pas graves socialement. Par contre, quand j’ai décidé de fermer des comptes, de ne plus avoir de CB, je suis presque devenu parano tellement je ne me sentais plus dans la normalité. Je me disais qu’on allait me le faire payer.


Comment j'ai arrêté de consommer JT 20 heures... par fredmars2

frédéric mars,comment j'ai arrêté de consommer,interview,mandorMoi, j’ai suivi tes conseils à propos des placards remplis de victuailles jamais mangées, mais toujours rachetés…

C’est la mesure la plus simple à mettre en place et celle qui est la plus frappante parce qu’elle saute aux yeux de tout le monde. Il y a des aliments que tu achètes tout le temps et que tu ne consommes quasiment jamais. Rien que ça, c’est énorme en volume et en valeur. Les fruits et légumes, par exemple, on en jette constamment. C’est le syndrome d’après-guerre… le stockage. Qui n’a pas des packs de lait dans sa cave, des conserves permettant de tenir un siège ? Quand tu consommes ce que tu as avant de consommer de nouveau, je t’assure que ça t’allège déjà pas mal. Le temps d’après c’est de se poser une question : à qui et dans quels canaux tu achètes ces produits-là ? Nous, on achète plus un seul produit de la terre dans un supermarché qui, lui-même, l’a acheté à Rungis qui, lui-même, l’a importé de je ne sais où. On achète 100% de nos fruits et légumes à un producteur local qui habite à une dizaine de kilomètres de chez nous. Et du coup, on ne consomme plus que des produits de saisons. Tout ça, c’est très simple à faire et ça n’a rien de radical. Si tout le monde fonctionnait comme ça, est-ce que déjà on ne progresserait pas beaucoup ?

Au niveau du style, ce livre est un journal de bord.

Je ne l’ai pas écrit au fil de l’eau. J’ai pris des notes et j’ai écrit après. Je voulais le temps de mûrir tout ça.

Il y a beaucoup d’humour, de second degré.

C’est « enrobage » humoristique permet de mieux faire passer le message. J’ai vite compris que, de cette expérience, il y avait plus vertu à écrire une histoire un peu vivante et marrante. Je voulais éviter l’essai un peu pontifiant.

Si tu n’avais pas eu l’objectif d’écrire ce livre, aurais-tu fait cette expérience ?

Très honnêtement, ça aide à la motivation. Je ne suis pas sûr à 100% que je l’aurais fait si je n’avais pas eu la carotte de la publication de ce livre.

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