Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

11 décembre 2017

Kevin Tran : interview pour le manga Ki et Hi (tome 2)

Auchan-Tran01.jpg

En décembre 2016, j’avais ici réalisé une première interview du YouTuber star et désormais auteur de manga à succès, Kevin Tran (Le Rire Jaune). C’est un garçon que j’apprécie beaucoup humainement et j’ose dire « intellectuellement ».

Il sort le deuxième tome de sa série Ki & Hi, intitulé Une famille de fous. Pour Le magazine des loisirs culturels Auchan (daté des mois de décembre 2017 et janvier 2018), je l’ai interviewé de nouveau.

Auchan-Tran02.jpg

Auchan-Tran02s.jpg

Auchan-Tran02ss.jpg

01 décembre 2017

Matthias Vincenot : interview pour Poésie et chanson, stop aux a priori

matthias vincenot,poète,recueil,poésie et chanson stop aux a priori,interview,mandor

(Photo : David Desreumaux)

« Matthias Vincenot pose en une centaine de pages la petite encyclopédie qui va donner aux amoureux de la chanson de quoi discuter, sans disputer, du bien-fondé de la chanson « à texte » de la ritournelle anodine, de la comptine naïve, de la chanson rebelle, de tous ces moments qui font naître la tendresse, ou la rage de vivre, ou un certain regard bienveillant sur la vie, même quand elle est rugueuse, difficile » explique le blog Le doigt dans l’œil. On ne saurait mieux dire.

Sur le rapport entre la poésie et la chanson, on ne peut trouver plus clair et précis que ce court essai de Matthias Vincenot, Poésie et chanson, stop aux a priori, publié aux éditions Fortuna. Comme il l’écrit lui-même, il réfute  « le simplisme déguisé en évidence, les idées reçues ou ce qu’il serait convenu de croire ou de penser ».

Le 13 septembre dernier, Matthias Vincenot est venu chez moi pour évoquer ce formidable et passionnant sujet. C’était sa quatrième mandorisation (la première en 2013 pour son recueil de poèmes Les années aperçues, la deuxième en 2014 pour son Almanach insolite et son essai Le mot et la note et la troisième en 2016 pour le projet d’album Hors cadre.)

matthias vincenot,poète,recueil,poésie et chanson stop aux a priori,interview,mandor4e de couverture :

Poésie et chanson, stop aux a priori ! Il était temps de remettre les pendules à l’heure, à l’écart des raccourcis commodes, des jugements de valeur, des fausses prétentions et des vraies confusions.

Ce livre s’adresse à tous ceux qui aiment soit la chanson, soit la poésie soit les deux, connaisseurs ou non.

Il s’agit d’une promenade à travers le plaisir des mots, le long de « la bande originale de nos vies ».

L’auteur :

Poète, président de l’association Poésie et Chanson Sorbonne, fondateur et directeur artistique du Festival DécOUVRIR de Concèze, directeur artistique de Poésie en liberté, sociétaire de l’Académie Charles Cros, il a aussi créé, avec Thierry Cadet, le Prix Georges Moustaki de l’artiste indépendant et/ou autoproduit.

Docteur ès lettres, Chevalier des Arts et des Lettres, il est par ailleurs professeur aux Cours de Civilisation française de
la Sorbonne.

Ses ouvrages les plus récents sont Le mot et la note (éditions de l’Amandier, avec un prologue de Georges Moustaki, 2014) et Génération deux mille quoi (éditions Fortuna, 2015).

Il dirige L’Almanach insolite, paru en octobre 2014, qui rassemble 300 participants (avec des photos de Pascal et Nicolas Rabot et des éphémérides de Christophe Tastet, éditions Mines de rien).

matthias vincenot,poète,recueil,poésie et chanson stop aux a priori,interview,mandor

matthias vincenot,poète,recueil,poésie et chanson stop aux a priori,interview,mandorInterview :

Pourquoi ce livre ?

Déjà parce que j’aime la poésie et la chanson. Par contre, je ne mélange pas les deux, même si les frontières entre ces deux arts ne sont pas rigides. J’ai fait tout un doctorat sur ce sujet, s’en est suivi un gros livre. C’était plus un ouvrage de spécialiste. J’ai souhaité que cette  nouvelle version soit plus grand public, précise et digeste. 

Tu as d’ailleurs eu plus de mal à l’écrire que le pavé…

Je ne voulais pas enlever la moindre idée. Il fallait donc que j’arrive à condenser sans perdre en densité, mais en gagnant en lisibilité. C’était beaucoup plus difficile. Je tenais à ce que ce soit un livre qui parle de la poésie de tous les styles et de la chanson de tout temps, mais qui soit bien ancré dans l’actualité. Il a fallu repenser les choses sur cet axe-là. Il fallait devenir plus simple sans perdre en exigence. Poésie et chanson, stop aux a priori est un autre livre, pas seulement un résumé du précédent.

Tu en as fait neuf versions.

Oui, mon éditeur a été très courageux. Je lui ai envoyé neuf manuscrits définitifs dans un délai très court. Ça devenait compliqué pour lui.

Pour toi, les textes de Brassens, Brel ou Ferré ne sont pas de la poésie ?matthias vincenot,poète,recueil,poésie et chanson stop aux a priori,interview,mandor

Je fais un distinguo entre écrire de la poésie et écrire des chansons poétiques. Il ne faut pas confondre le point de départ et le point d’arrivée. Il y a des chansons de nombreux artistes qui peuvent s’apparenter à des poèmes, mais il n’empêche que quand on écrit un simple poème, on n’est pas attentif aux mêmes éléments que quand on écrit une chanson. Si j’écris une chanson, je sais qu’elle va être chantée, si j’écris un poème, je sais qu’à priori, il ne sera pas chanté.

Tu veux dire que si on écrit en sachant qu’il y a aura de la musique derrière, ça fausse l’écriture d’un poème ?

On n’écrit pas dans le même but et on n’écrit pas la même chose. Personnellement, à chaque fois que j’ai essayé, je n’y suis pas parvenu. Il faut avoir quelques notions de tempo, de régularité, de longueur. On m’a donné un jour une musique pour que je tente d’écrire un texte, mais ça a été une catastrophe. On ne peut pas mettre tout mot sur tout son. Mais j’aimerais beaucoup réessayer !

Tu insistes sur le fait que tu ne fais pas de hiérarchie entre la poésie et la chanson.

Ce sont deux arts différents qui peuvent se rencontrer, qui ont des liens de cousinage. Il y a des poètes qui rêveraient d’écrire des chansons et il y a des chanteurs qui rêveraient d’écrire des poèmes. Je connais des poètes qui ont décidé d’écrire des chansons parce qu’ils espéraient être plus entendus.

matthias vincenot,poète,recueil,poésie et chanson stop aux a priori,interview,mandor

Est-ce que tout poème peut devenir une chanson ?

Non. Ou alors, pas de la même façon et pas dans le même univers. Il peut y avoir une régularité dans le poème qui n’est pas la même dans la chanson. La  musicalité du poème et de la chanson aussi peut différer.

Il y a des chanteurs qui estiment faire de la poésie.

Ils peuvent avoir raison, mais ils font quand même des chansons. J’espère qu’ils n’estiment pas cela parce qu’ils considèrent que ce n’est pas assez noble de faire de la chanson. En disant que l’on fait des poèmes, il ne faut pas qu’on ait l’impression que l’on dévalorise son propre art.

matthias vincenot,poète,recueil,poésie et chanson stop aux a priori,interview,mandorCharlElie Couture a appelé un de ses meilleurs albums « Poèmes rock ».

Je trouve que c’est audacieux. Les frontières sont poreuses et certains artistes sont proches de la poésie. Encore une fois, le résultat d’une chanson peut être un poème, mais pas le point de départ.

Toute chanson à texte n’est donc pas forcément poétiqus ?

Quand des artistes sont un peu trop attentifs aux textes, ils peuvent en oublier la musique. Il faut faire attention au risque d’en dire trop. C’est comme les chansons à message, tu mets le message, mais tu oublies la chanson, c’est pareil pour les poèmes. Il ne faut pas que le fond écrase la forme. Il faut faire attention au danger de l’explicitation de tout. Le poétique que l’on trouve dans les chansons, c’est aussi la suggestion, le mystère… j’appelle ça la chair des mots, c’est-à-dire, ce que les mots suscitent en soi et qui n’est pas seulement leur sens. S’il n’y a que du sens dans les mots, ce n’est plus du poétique, on est dans le récit.

Tu expliques dans ton livre que quand un artiste disparait, on dit de lui que c’était « un grand poète ».

La société met le poète très haut sur un piédestal, du coup, elle le voit plus. Quand un chanteur décède, on dit que c’était un poète, même quand il n’écrivait pas ses textes d’ailleurs. C’est la qualité suprême.

La poésie contemporaine, dans un certain nombre de vecteurs de diffusion, a un peu de mal.

C’est toujours amusant d’entendre parfois ceux qui ignorent totalement la poésie dire au moment du décès de l’un ou de l’autre, que c’était un poète. Ils ne connaissent pas les poètes d’aujourd’hui. Moi, je me bats beaucoup pour faire entendre la parole des poètes contemporains.

matthias vincenot,poète,recueil,poésie et chanson stop aux a priori,interview,mandor

matthias vincenot,poète,recueil,poésie et chanson stop aux a priori,interview,mandorDans toutes tes actions, ta façon de présenter la poésie, c’est souvent à travers le mélange de la poésie et de la chanson.

Un animateur d’une émission culturelle me disait que quand il fait une émission sur la poésie, il perd de l’audience. Si, dans son émission, il y a d’autres personnes que des poètes, il ne perd pas d’audience. Moi, effectivement, j’essaie de mettre dans mes  différentes  programmations, des poètes, des comédiens et des chanteurs. Ça permet de surprendre, de se faire surprendre et de mêler les publics.

Est-ce que je peux prétendre que tu « vulgarises » la poésie, pour que l’on y accède ?

Je n’aime pas trop le terme « vulgariser », je rends l’accès à la poésie plus facile. Je montre ce que c’est en exposant à la vue ses différentes facettes à un maximum de gens.

Tu as sorti ton premier livre à l’âge de 17 ans, en 1998. Dis donc, cela va faire 20 ans !

Je vais sortir mon prochain recueil de poèmes le 6 février 2018 aux éditions Fortuna. Il va s’intituler J’ai 20 ans. Pour fêter ce nouveau livre, il y aura même une soirée de lectures de certains nouveaux poèmes ce soir-là à l’Entrepot. Je serai accompagné au piano par Etienne Champollion et Éric Guilleton sera là, pour chanter quelques chansons. Ça fera exactement 20 ans, jour pour jour, que mon premier recueil est sorti. J’aime bien ce symbole.

matthias vincenot,poète,recueil,poésie et chanson stop aux a priori,interview,mandor

matthias vincenot,poète,recueil,poésie et chanson stop aux a priori,interview,mandor

Après l'interview, le 13 septembre 2017.

11 novembre 2017

Philippe Jaenada : interview pour La serpe

AUCHAN37 - P05 - LIVRE.jpg

Le prix Femina 2017 a été décerné le 8 novembre 2017 à Philippe Jaenada (déjà un peu mandorisé là) pour son roman La serpe (Julliard). Il a élu au 5e tour par 6 voix contre 4 à Véronique Olmi (Bakhita, Albin Michel). Après La petite femelle, son précédent roman où l'écrivain-justicier réhabilitait Pauline Dubuisson, condamnée lourdement en 1953 pour le meurtre de son petit ami sans bénéficier de circonstances atténuantes, Philippe Jaenada s'est cette fois penché sur un triple meurtre commis à coups de serpe dans un château de Dordogne en octobre 1941. L’accusé numéro 1 est Henri Girard, connu sous le nom de Georges Arnaud, l’auteur de Le salaire de la peur.

Deux mois auparavant, le 7 septembre 2017, pour Le magazine des loisirs des magasins Auchan (daté des mois de septembre/octobre 2017) et pour Les chroniques de Mandor, Philippe Jaenada m’a donné rendez-vous dans son fief, Le bistrot Lafayette.

Et pour la première fois, le petit-fils d’Henri Girard, Emmanuel Girard, a accepté de donner son point de vue sur le livre et sur son auteur. Il nous a donc rejoints, avec son propre fils, Simon

philippe jaenada,la serpe,prix fémina

philippe jaenada,la serpe,prix fémina

philippe jaenada,la serpe,prix fémina

philippe jaenada,la serpe,prix féminaBonus mandorien (avec, je vous préviens, un peu de spoil dedans)

Aurais-tu aimé être pote avec Henri Girard ?

Oui. Je pense que c’était un bon gars au départ. Il était plutôt timide et contrairement à ce qu’on a dit, il était très féministe. Dans la deuxième partie de sa vie, il était carrément altruiste. A partir des années 60, il arrête d’écrire des romans pour mettre toute son énergie à défendre des gens injustement attaqués. Il était très impressionnant, il faisait très peur, disons qu’il n’avait pas un visage avenant, mais il était d’une très grande gentillesse.

Revenons à toi, un instant. Ta vie professionnelle te convient-elle comme elle est ?

Oui, parfaitement, car elle est simple. Je bosse à Voici, je fais les cinq pages de potins de chaque numéro, et j’écris des livres sans aucune pression.

Pourquoi continues-tu à écrire pour Voici ?

Grâce à ce travail que j’ai depuis 20 ans, je garde un équilibre financier. Si j’étais sûr que tous mes prochains livres se vendent autant que « La petite femelle » (plus de 150.000 exemplaires), je pourrais arrêter, sauf qu’on n’est jamais sûr de rien. Là, si je vends cinq exemplaires de La Serpe, je peux continuer à vivre normalement.

(A ce moment, là, Emmanuel Girard, petit-fils du héros du livre de Philippe Jaenada, Henri Girard, nous rejoint. Le fils d'Emmanuel, Simon, aussi).

philippe jaenada,la serpe,prix fémina

Emmanuel Girard, Simon Girard et Philippe Jaeanada.

Philippe Jaenada : Manu, tu peux répondre à François, mais n’oublie pas que c’est moi la vedette.philippe jaenada,la serpe,prix fémina

Vous avez lu le livre, je suppose ?

Emmanuel Girard : Oui, j’ai même eu l’honneur de le lire en premier. J’ai évidemment adoré.

Vous l’avez « harcelé » 10 ans pour que Philippe accepte de parler de votre grand-père. Vous devez être content que ce soit fait.

Emmanuel Girard : J’étais effectivement un peu lourd pour qu’il accepte de se pencher sur le cas de mon grand-père. Je connais Philippe depuis longtemps, j’ai lu ses livres, je connais donc ses qualités d’écrivain.  C’est quelqu’un qui analyse beaucoup, qui cherche à comprendre. Je sentais que ce serait une bonne création au final.

Philippe m’a dit qu’il n’aurait jamais pu écrire ce livre s’il avait été convaincu que votre grand-père était coupable.

Emmanuel Girard : J’étais sûr de mon fait. Mon grand-père a passé la deuxième moitié de sa vie à aider les autres, à combattre les injustices, alors, je ne le croyais pas coupable. Je savais que Philippe, avec sa manière d’enquêter, allait finir par s’en rendre compte. Tout était à charge contre lui lors du procès, je savais que la première impression de Philippe allait rejoindre le sens de tout le monde, mais j’étais certain que derrière, il allait  prouver le contraire.

Dans la première partie du livre, il n’est pas tendre avec votre grand-père.

Emmanuel Girard : Philippe est dans le sens de l’instruction. Mais, je savais que ça allait être contrebalancé par son enquête à lui.

Vous avez lu ce livre comment ?

Emmanuel Girard : Lire un livre sur son grand-père n’est pas anodin. Philippe m’a appris des tas de choses que je ne savais pas sur ma famille, sur cette histoire dans laquelle je n’étais jamais vraiment rentré. Mon grand-père, que j’ai connu de son vivant, n’en avait jamais parlé. Il avait fait une croix sur ce passé. C’était très douloureux pour lui. Dans la famille, on ne savait rien sur son histoire à lui et ce qu’il s’était réellement passé ce fameux soir de tuerie. J’ai lu le livre de Philippe en me focalisant sur les faits. Je n’étais pas dans la lecture « détente ». Je suis ravi car ce livre est hyper fort. Il a raconté des choses sur la relation père-fils magnifiques.

L’acte d’écrire ce livre vous a touché ?

Emmanuel Girard : Très profondément. D’ailleurs, j’ai dit à Philippe que c’était un moment formidable de ma vie. J’ai l’impression que ce livre règle les choses, réhabilite mon grand-père. C’est le seul à avoir essayé. Notre famille a gagné un truc très fort dans cette histoire. Après avoir lu ce bouquin, je ne vois pas comment on peut encore avoir le moindre doute sur son innocence. 

La thèse finale émise par Philippe, qui n’est pas la version officielle, vous convient-elle ?

Il y a pas mal de points dont parle Philippe qui donnent à réfléchir. Je ne suis pas loin de penser que sa thèse est la bonne.

Vous avez connu votre grand-père jusqu’à l’âge de 19 ans.

Je n’ai jamais eu de grandes conversations avec lui, d’ailleurs, c’est quelqu’un qui ne parlait pas beaucoup. Aujourd’hui, je regrette de ne pas avoir eu certaines discussions.

philippe jaenada,la serpe,prix fémina

Emmanuel Girard, Simon Girard et Philippe Jaeanada.

philippe jaenada,la serpe,prix féminaIl était comment avec vous Henri Girard (photo à gauche)?

Ce n’était pas un grand-père classique, mais il était sympa. Je me souviens qu’à 10 ans, il était venu à Noël. Avec mes deux sœurs, il nous a emmenés dans un magasin et nous a dit de choisir tout ce que l’on voulait. Sans modération. Je l’ai connu généreux.

Philippe Jaenada : Tu me disais qu’il te faisait un peu peur.

Emmanuel Girard : Il était assez impressionnant physiquement, même s’il était tout fin. Il était assez marqué. Je ne le connaissais pas bien. C’était pour nous l’écrivain au passé mystérieux et il y avait tout de même une distance entre nous.

Philippe Jaenada : Il a quand même abandonné ton père…

Emmanuel Girard : Encore une fois, c’est la vie de chacun. Quand on a vécu ce qu’il a vécu, que vais-je juger ? Il abandonne mon père à six mois. Il était certainement dans un mal-être incommensurable.

Il n’a choisi que des femmes chiantes dans sa vie.

Emmanuel Girard : Il a eu des carences affectives, cela a forcément tronqué sa relation avec les femmes. Ce qui est certain, c’est qu’il ne savait pas les choisir. Elles étaient très belles, mais elles étaient des bourriques. D’ailleurs, mon père faisait des choix similaires.

Qu’est-ce qui plaisait aux femmes chez lui ?

Philippe Jaenada : Il avait l’air sérieux, inquiétant, sûr de lui. Les femmes adorent cela.

Emmanuel Girard : J’ajoute qu’il était intelligent et charismatique. Et puis, il a souvent eu  beaucoup d’argent, il ne faut pas mésestimer ce détail.

philippe jaenada,la serpe,prix fémina

Henri Girard (alias Georges Arnaud).

Moi, en lisant le livre, j’ai ressenti beaucoup d’affection pour cet homme-là. Il était ce qu’il était, mais il était libre. Il faisait ce qu’il voulait.

Emmanuel Girard : C’est vrai que quand tu vois les romans que Philippe a écrit sur Sulack, Pauline Dubuisson et sur mon père, à chaque fois, tu réalises qu’il arrive a créé de l’affection pour les personnages.

Philippe Jaenada : Avec ton grand-père, c’était plus dur. Ce n’était pas gagné.

Emmanuel Girard : Oui, mais tu y es parvenu avec brio.

Philippe, je suis sûr que tu t’es amusé à le rendre antipathique dans la première partie du livre.

Philippe Jaenada : Je voulais refléter ce que je ressentais de lui au début. C’est vrai que j’ai tout fait pour qu’on ne l’aime pas et qu’on pense qu’il était rréellement coupable.

Emmanuel, avez-vous quelque chose d’Henri Girard dans votre personnalité?

Je ne sais pas. Philippe, en creusant tout ça, m’en a appris beaucoup sur lui et ma famille, ça m’a ramené à une compréhension et une explication de ce que je suis. Quand tu n’as pas tes racines, quand on ne t’explique pas d’où tu viens, tu as une façon de réagir par rapport aux choses que tu ne sais pas toujours bien comprendre.

Philippe Jaenada : Lors de diners chez toi, quand d’une manière ou d’une autre on attaque ton grand-père, tu peux devenir mauvais.

Emmanuel Girard : Comme mon grand-père, l’injustice me fait réagir au quart de tour. Mes sœurs aussi sont comme ça.

Toute votre famille a lu le livre ?

Quasiment. Ils ont tous apprécié et ils remercient Philippe pour les mêmes raisons que les miennes. Seule la fille d’Henri, Catherine, n’a pas réussi à le commencer. Elle a du mal…

Vous avez aidé Philippe ?

Emmanuel Girard : Mais c’était impossible de l’aider. Il en savait bien plus que moi.

Philippe Jaenada : Bien sûr que tu m’as aidé.

Emmanuel Girard : Je lui ai raconté ce que je savais, pas grand-chose, et ce qui se disait dans la famille. Non, franchement, Philippe, ton travail a été phénoménal. Merci encore !

philippe jaenada,la serpe,prix fémina

A l'issue de l'interview, avec Emmanuel Girard, Simon Girard et Philippe Jaeanada, le 7 septembre 2017.

26 octobre 2017

Clément Bénech : interview pour Un amour d'espion

22007512_10155061275913067_880881581910965713_n.jpg

(Photo : Patrice Normand)

Depuis 2013, je suis la carrière littéraire de Clément Bénech. Je l’ai déjà reçu pour son premier roman L’été Slovène, puis pour son second, Lève-toi et charme. J’aime sa prose, son regard sur la société, son humour, la subtilité de ses réflexions sur le quotidien et la vie en générale. 

Dans ce troisième roman, Un amour d’espion, l'auteur nous embarque à New-York où il retrouve Augusta, une amie qui l'a chargé d'une mission : filer son « boyfriend », un roumain, critique d'art, au passé trouble. Clément Bénech signe ici un roman contemporain, hyper «  connecté ». Il ne se contente pas d’enquêter sur ce mystérieux personnage, il pointe aussi les dérives, les dangers, les déconvenues des réseaux sociaux (Tinder et autre Facebook). Un  roman moderne qui en dit plus qu’il n’y parait sur nous, notre époque et notre façon de vivre.

Le 19 septembre dernier, nous sommes allés déjeuner ensemble pour une troisième mandorisation.

9782081393264.jpg4e de couverture :

 « Au fond, j’ai l’impression que nous ne sommes plus que des Marco Polo parodiques », autant dire de simples touristes. C’est le constat un brin désenchanté que cet étudiant en géographie partage avec son amie Augusta au détour d’une conversation Facebook. Il n’en faut pas plus à la jeune femme, fraîchement débarquée aux États-Unis, pour lui proposer le plus fou des séjours, un « voyage à dessein ». Direction : New York, où Augusta l’attend pour percer à jour l’identité de son petit ami, rencontré via une application pour smartphone. Pourquoi ce critique d’art venu de Roumanie se fait-il inlassablement accuser de meurtre par un internaute anonyme ? C’est ici que commence la filature de notre apprenti détective, qui n’est peut-être pas le seul à suivre la piste du mystérieux Dragan.
À la faveur des péripéties new-yorkaises de cet « amour d’espion », Clément Bénech pose un regard plein d’esprit et de malice sur les rencontres sentimentales à l’ère de l’espionnage amoureux. Si le virtuel s’invite dans le réel, qui espionne qui ?

L’auteur :

Clément Bénech est né en 1991. Après L’Été slovène (2013) et Lève-toi et charme (2015), il a publié en août 2017 Un amour d’espion aux Éditions Flammarion. Il tient également une chronique dans Libération (ici, une belle interview de lui avec Oxmo Puccino)

IMG_6993.JPG

rencontre-clement-benech-un-amour-d-espion.jpgInterview :

Je trouve que tu écris des romans modernes et la modernité  est rare dans la littérature.

Je traite d’objet, comme Tinder ou Facebook, qui sont considérés comme pas littéraires. Un objet pas littéraire, c’est bas et quelque chose qui est bas, on a envie de l’élever. Les dialogues que l’on peut avoir sur les réseaux sociaux m’intéressent comme forme d’écriture parce qu’elle donne un sentiment de liberté. J’ai l’impression que cela me permet de parler de choses plus élevées, plus profondes, justement parce qu’elles ont une forme qui parait plus légère. J’aurais un problème éthique à écrire une phrase dont je sais qu’elle m’ennuierait si je la lisais chez un autre auteur.

Dans ce que tu écris sur Facebook, sur ton blog et dans tes livres, il n’y a jamais une phrase de trop. Et surtout, il y a une identité Clément Bénech reconnaissable .

Il y a des différences. Il y a des idées courtes qui vont devenir un tweet ou un statut Facebook et il y a des idées qui sont plus prenantes, qui demandent à être développées, et qui peuvent devenir un roman. Mais derrière, il y a la même personne. Avec mon copain François-Henri Désérable, on se demande souvent si nous avons une spécificité, quelque chose qui fait que nous puissions être reconnaissables. A mon avis, c’est dangereux quand on cherche en premier lieu à avoir une identité forte. Pour moi, c’est intéressant si ça ressort en second lieu.

21742837_10155028294728067_5283902675679502109_n.jpg

Clément Bénech dans Quotidien trois jours avant cette interview.

Il y a encore beaucoup d’humour, d’ironie, de second degré dans ce troisième roman.

Je crains parfois de mettre trop d’humour dans mes livres. Du coup, j’ai peur de ne pas être pris au sérieux… mais en même temps, je ne peux pas m’en empêcher.

Je crois savoir que l'un de tes auteurs préférés est Éric Chevillard. Il ne te fait pas rire lui ?

Il me fait exploser de rire.

Et Desproges, que tu adores aussi, il te fait rire ?

Evidemment.

Alors, pourquoi veux-tu arrêter d’être drôle ?

C’est vrai, c’est ma veine et je ne peux pas aller contre ça. Tu as raison de souligner que j’aime beaucoup les écrivains qui ont tous une forme de comique. Chevillard, bien sûr, mais aussi Oscar Wilde, Jean-Philippe Toussaint et même Proust. Proust a été important pour moi quand j’avais 18 ans. Il y a des scènes vraiment hilarantes dans son œuvre, ce qu’on dit assez peu quand on parle de lui.

Tu évoques beaucoup Tinder dans Un espion d’amour. Quelle est ta vision de ce réseau social ?12825965_591764600970649_1718347343_n.jpg

A un moment, je suis allé sur Tinder.

Pour enquêter uniquement, je suppose.

Voilà, bien sûr. Pour me documenter sur la question, tel un anthropologue. Appelle-moi  Claude Levi-Straus (sourire ironique). Non, en vrai, j’ai été un court moment « utilisateur ». Si j’ai écrit ce roman, c’est aussi parce que je n’arrive pas à trancher. Est-ce que Tinder est bien ou mal. J’ai beaucoup d’arguments pour et beaucoup d’arguments contre.

Quels sont les arguments pour ?

Ce qu’il y a de nouveau, c’est que cela crée un vrai brassage des populations, des nationalités. On observe dans la société une forme de reproduction des élites, des classes sociales, ce qui n’est  pas le cas sur Tinder. Je trouve bien que le fait de posséder un iPhone soit la seule condition requise et c’est une condition qui, aujourd’hui, n’est plus socialement connotée. Dans la plupart des cas, ça peut créer des rencontres qui n’auraient pas eu lieu dans la vie réelle. C’est un enrichissement de la vie telle qu’elle est plutôt qu’un appauvrissement.

Et les arguments contre ?

Tinder dessine une trajectoire trop rapide, une utopie. Dans mon livre, c’est ce que j’appelle « l’utopie du direct », c’est-à-dire un monde où tout serait disponible au bout de l’index. Tous les intermédiaires sont coupés, toutes les formes d’attente et de latence passent à la trappe, alors qu’il faut reconnaître que ce qu’on a appelé depuis des siècles « l’amour » tient à une certaine sinuosité, aux complications et à la nécessité du temps.

Quand je te lis, je te vois en train d’écrire en souriant de jubilation.

Tu n’es pas le premier à me le dire. J’étais ce week-end à un salon du livre à Besançon avec quelques amis écrivains. Nous avions une table ronde avec François-Henri Désérable, Arthur Dreyfus et Victor Pouchet. Pendant ce débat, Christine Ferniot, de Télérama, m’a dit la même chose : « on sent que vous avez un petit sourire en coin quand vous écrivez ».  

La société te fait marrer ?

Mon angle d’écriture est de voir ce qu’il y a de comique dans notre façon de vivre, un peu à la manière d’un écrivain que j’aime beaucoup, Michel Houellebecq, avec évidemment un style différent et toute proportion gardée. Disons que la fonction un peu descriptive de Houellebecq, qui ne va jamais sans une certaine ironie, me plait pas mal. Si j’étais sociologue, j’observerais notre société d’un œil plus clinique je pense.

21462761_10155009282018067_6837690658761206446_n.jpg

La presse aime Clément Bénech.

Dans tous tes livres, il y a des personnages secondaires qui n’apportent pas grand-chose à l’histoire en elle-même, mais que l’on suit avec plaisir.

Pour moi, un roman c’est un train qui va très vite, mais dans lequel on peut être immobile. J’aime beaucoup l’idée qu’une fois la vitesse de croisière atteinte, on peut se permettre des espèces de petites digressions, d’arabesques. Le récit est en pause et, en même temps, il a pris assez d’élan pour que ça ne ralentisse pas tellement. Cela me permet de placer des petites choses sur l’époque que j’ai observée, que l’on m’a racontée et qui m’amuse.

Pour la première fois, il y a une enquête policière dans un de tes romans.

Pour la première fois, j’ai écrit un synopsis du livre. J’ai eu pendant quelques temps cette idée saugrenue selon laquelle dans un roman, il fallait un meurtrier (rires). Aujourd’hui, j’ai un peu changé d’avis. Des œuvres qui ont forgé mon imaginaire m’ont aussi sans doute influencé. Un privé à Babylone, de Richard Brautigan m’avait fait pas mal d’effet. Quand j’avais 18 ans, je lisais beaucoup Mondiano et chez lui, il y a très souvent une sorte d’intrigue policière, tout comme dans la trilogie New Yorkaise de Paul Auster.

Après ce troisième livre, sais-tu désormais où tu veux aller ?

Honnêtement, pas du tout. J’ai tellement l’impression de tâtonner, de faire encore mes gammes que je ne peux pas du tout deviner la trajectoire que vont prendre mes livres. Dans la forme, entre le texte et les images, je pense m’acheminer vers une forme d’équilibre. J’ai l’impression d’avoir trouvé ma propre expression pour raconter des histoires.

21687905_10155050785388067_72551277242927821_n.jpg

Clément Bénech et François-Henri Désérable.

On te considère comme faisant partie de la jeune garde de la littérature française. Quand tu te retrouves avec Désérable chez Yann Barthès dans Quotidien, j’imagine que tu n’es pas dupe de tout ça.

(Rires) La question que je me pose toujours c’est : « est-ce que c’est bon pour le livre ? » On voit ma gueule, c’est sympa, j’ai mes cousins qui m’appellent. Je sais qu’après être passé dans cette émission beaucoup ont acheté mon livre et celui de François-Henri.

Dans le monde littéraire, ton amitié avec Désérable est une chose un peu plus rare qu’on ne le pense.

Je prends cela comme une bénédiction, car cela crée un effet de groupe ou d’école littéraire. Il n’y en a plus depuis longtemps. On échange beaucoup sur l’écriture, nous lisons nos livres respectifs avant qu’ils ne soient publiés et nous nous conseillons.

Dans le milieu, vous pouvez peut-être énerver les autres par votre jeunesse, votre talent et votre médiatisation.

Au-delà de nos livres, toute façon d’être suscite des gens qui aiment ou qui détestent.

Tu réfléchis à un prochain livre ?

En ce moment, je prends des notes pour un éventuel essai autour de l’image, plus précisément autour de la question du texte et de l’image.

Ça te travaille ce sujet, dis donc !

Oui, un peu.

IMG_6994.JPG

Pendant l'interview...

Quand tu n’écris pas des romans, tu es assistant d’édition dans l’édition jeunesse. Cela consiste en quoi ?

J’ai un droit de regard sur les textes que l’on publie, mais je fais surtout de la coordination avec la fabrication, le graphisme et les correcteurs, pour faire aboutir des projets qu’on nous présente.

Il y a encore des rapports à l’image dans ce métier.

Exactement. 

Tout se tient dans ce que tu fais.

Dans mon cursus d’édition à la Sorbonne, on n’était pas tant que ça à s’intéresser à l’illustré. Je suis très intéressé par l’image et j’apprends beaucoup de choses en jeunesse sur les techniques de fabrication et sur comment on fait un livre. J’ai l’impression que je serai un meilleur écrivain en connaissant intimement l’objet livre dans tous ses aspects. Ça rend plus modeste aussi. On comprend qu’on n’est pas seul dans l’univers. Un éditeur s’occupe de plusieurs auteurs pas que d’un seul.

Tu étais comment avec ton éditeur ?

Tu sais, chez Flammarion, ils ont Michel Houellebecq, Olivier Adam et  Christine Angot, alors, pour le moment, le cas Bénéch, il faut avoir la lucidité de savoir qu’il n’est pas la priorité.

IMG_7008.JPG

Le 19 septembre 2017, après l'interview.

09 octobre 2017

Erwan Larher : interview pour Le livre que je ne voulais pas écrire

erwan larher,le livre que je voulais pas écrire,interview,mandor

(Photo : Dorothy-Shoes)

Erwan Larher était au Bataclan le 13 novembre 2015. Erwan Larher est écrivain. Erwan Larher est un écrivain que j’ai rencontré bon nombre de fois (voir/lire ses différentes mandorisations là en 2010ici en 2012 et encore là en 2013). Erwan Lahrer est un écrivain que j’ai rencontré bon nombre de fois avant l'attentat du Bataclan. Après le drame, je n’ai pas su comment gérer l’amitié et la considération que je lui porte, je n’ai pas su comment me comporter pour lui témoigner mon affection (je n’ai donc rien fait. C’est génial non ?), je n’ai pas su lui rendre visite à l’hôpital, lui envoyer au moins un message gentil et compatissant (comme l’ont fait tous ses amis. Bravo François ! Pour un type dont tu dis depuis toujours qu’il va devenir un auteur culte un jour et que tu as toujours apprécié humainement, c’est bien joué !), bref, je n’ai pas franchement été à la hauteur. Je n’ai jamais bien su me comporter devant l’indicible (rencontré pourtant souvent). Bref, alors que je l’avais reçu pour la plupart de ses ouvrages, et ce, depuis le premier, je n’ai même pas été capable de le contacter en 2016 pour la sortie de son livre précédent Marguerite n’aime pas ses fesses. J’avais peur de passer pour un opportuniste (ce qui est particulièrement con puisque je l’ai toujours défendu avant « les événements »). Lui, par contre, m‘a-t-il dit, pensait que je me désintéressais de ce livre (quiproquo mon amour). Et puis, j’ai fini par le recroiser dans quelques soirées littéraires d’amis communs. Moi, toujours pas tout à fait à l’aise, sans aucune raison. Puis, j’ai lu Le livre que je ne voulais pas écrire. Un choc. Uppercut en plein cœur.

J’ai pris sur moi de « renormaliser » ma relation avec Erwan (qui, je le rappelle, n’avait aucune raison de ne plus être normale. Je vous laisse, je file voir un psy ! Je n’ai peut-être pas tout à fait trouvé ma place dans la vie et la société en général.) Je me suis rendu le 8 septembre dernier à la soirée de lancement de son dernier livre et je lui ai fait part de tout ça. Il m’a regardé m’expliquer pathétiquement. J’ai lu dans son regard, « t’es con », mais ce n’est pas ce qu’il m’a dit. Il est gentil Erwan. Bref, le 15 septembre dernier, nous nous sommes revus, comme en 40 (quelle belle expression!) pour une mandorisation... à l’ancienne, donc.

Je l'aime Erwan  Larher. 

erwan larher,le livre que je voulais pas écrire,interview,mandor4e de couverture :

Je suis romancier. J’invente des histoires. Des intrigues. Des personnages. Et, j’espère, une langue. Pour dire et questionner le monde, l’humain.
Il m’est arrivé une mésaventure, devenue une tuile pour le romancier qui partage ma vie : je me suis trouvé un soir parisien de novembre au mauvais endroit au mauvais moment ; donc lui aussi.

L’auteur :

Erwan Larher est né à Clermont-Ferrand – hasard d’une affectation militaire paternelle. Un jour, suite à ce qui pourrait ressembler à une crise de la trentaine, il quitte l’industrie musicale dans laquelle il travaille pour se consacrer à l’écriture. Mais continue à écouter du rock avec plein de guitare dedans, écrire des paroles de chansons, des séries TV et jouer au squash. Récemment, il s’est aussi lancé dans la déraisonnable aventure de réhabiliter un ancien logis poitevin du XVe siècle pour en faire une résidence d’écriture. 
Après Qu’avez-vous fait de moi ? et Autogénèse (Michalon, 2011, 2012), il a publié L’Abandon du mâle en milieu hostile et Entre toutes les femmes (Plon, 2013 et 2015).  
L’Abandon du mâle en milieu hostile a reçu les prix Claude Chabrol et Louis Barthou (de l’Académie française) en 2013.

erwan larher,le livre que je voulais pas écrire,interview,mandor

(Photo : Emma Picq)

erwan larher,le livre que je voulais pas écrire,interview,mandorInterview :

T’attendais-tu à ce que ce livre génère autant de belles choses ?

Non, d’autant que dans mon esprit, ce livre ne devait pas sortir. Il est finalement devenu un objet entre deux livres souhaités et réfléchis. Mon éditeur m’a incité à le sortir. Dès le mois de mai, j’ai commencé à avoir des retours plus que positifs des libraires.

Avais-tu peur que ton livre soit un succès pour les mauvaises raisons ?

Bien sûr. Mais, il ne faut pas se mentir, si les gens s’intéressent à lui, ce n’est pas que pour ses qualités littéraires, c’est aussi parce qu’il est question de la tragédie du Bataclan. Mais, je suis frappé de voir que les lecteurs y trouvent autre chose, qu’ils y voient ce que j’ai voulu y mettre, c’est-à-dire mon travail d’écrivain. Après, le sujet, c’est le sujet.

Au fond, pourquoi as-tu écrit ce livre ?

Parce que c’est finalement l’histoire de chacun d’entre  nous. Je crois que les gens lisent ce livre comme s’ils lisaient une part de leur histoire, presque avec un H majuscule. C’est curieux parce que j’ai remarqué que cela génère de l’amour.

Tu t’imaginais bien que ce sujet allait intéresser beaucoup de monde.

Je me suis dit que ce sujet n’allait intéresser personne, au contraire.

Tu racontes que tes amis t’ont poussé avec insistance, quitte à te froisser, à écrire ce livre. Tu étais le seul écrivain présent au Bataclan ce soir-là.

Entre tes proches qui ont envie d’avoir ta lecture, ton œil, ta plume et là, l’espèce de bouche à oreille qui est en train de se passer, il y a un monde.

Tu as bien fait de céder.

Je n’ai pas cédé. Je le raconte dans le livre. Un matin, c’est venu tout seul, j’ai écrit. L’écriture a précédé la décision d’écrire.

erwan larher,le livre que je voulais pas écrire,interview,mandor

Le 8 septembre dernier à la soirée de lancement de "Le livre que je ne voulais pas écrire". Ici Erwan Larher et Sigolène Vinson.

J’ai souvent eu les larmes aux yeux. Principalement à la lecture des « Vu de dehors », les témoignages de tes proches.

Ce livre ne serait pas ce qu’il est sans ces témoignages-là. Quand j’ai eu cette idée, j’ai dit aux personnes concernées que je ne savais pas si j’allais réellement utiliser leur récit. En fait, j’ai considéré que cela me permettait de me décentrer de ce qui me faisait peur : le nombrilisme et l’auto-apitoiement. J’ai donc dit « banco » !

Tu as dû être ému en lisant ces témoignages, non ?

Evidemment. J’ai essayé de ne pas me laisser envahir par l’émotion en me disant que cela faisait partie du projet littéraire. Maintenant, te dire que j’y suis parvenu…

Tous les gens que tu as sollicités ont accepté ?

Certains ont écrit, mais ont finalement décidé de ne pas être dans le livre C’est le cas d’Emilie de Turckheim. Elle m’a écrit un très beau texte : « voilà, c’est juste pour toi ! » C’est beau, ça aussi. J’ai également sollicité Philippe Jaenada, qui a été très présent quand il m’est arrivé ce qu’il m’est arrivé. Mais il était déjà très en retard sur l’écriture de son dernier livre, La serpe. Il en a été franchement désolé, mais c’était impossible pour lui de dégager du temps.

erwan larher,le livre que je voulais pas écrire,interview,mandor

Le 8 septembre dernier à la soirée de lancement de "Le livre que je ne voulais pas écrire". Ici Erwan Larher avec notamment Bertrand Guillot et Jérôme Attal.

Dans la vie, on ne sait pas toujours à quel point les proches nous aiment. Toi, tu en as la preuve manifeste avec les textes qu’ils t’ont envoyés.

Ce n’est pas faux. Mais, je l'ai écrit dans le livre, ça fait des années que je dis aux gens que je les aime. Quand tu dis aux gens que tu les aimes, il y a un retour d’amour. Quand tu donnes, tu reçois. Dans mon cas, effectivement, grâce au livre, c’est dit, c’est écrit, cela se voit c’est comme gravé dans le marbre.

Ce qui m’a agacé, c’est que l’on ne sache pas qui a écrit quoi.

Où est l’importance de savoir qui a écrit tel ou tel témoignage ? J’ai pris cette décision immédiatement. J’ai prévenu tout le monde que j’allais incérer les textes, mais qu’ils n’allaient pas être signés. Tout simplement parce que je trouvais que cela aurait nuit à la fluidité du roman. Une signature aurait cassé cette fluidité. Je voulais aussi que l’on soit tous ensemble, sans singularité.

C’est toi qui as sollicité tout le monde ?

Oui, j’ai demandé à une vingtaine de personnes. Des proches et des moins proches. Il y a même des gens que je connaissais peu, qui ont juste manifesté l’envie de venir me voir à l’hôpital et qui ont été touchés par ce qui m’est arrivé. Ils ont écrit de très belles choses.

Tu as relancé les gens ?

Non, il y avait de ma part une invitation et une deadline, soit ils disaient oui et ils écrivaient, soit il n’y avait pas de réponse ou des impossibilités temporaires, là, je ne relançais jamais.

erwan larher,le livre que je voulais pas écrire,interview,mandorIl y a aussi un texte de Loulou Robert, ton amoureuse.

Je ne lui ai pas demandé de texte. Je trouvais ça déplacé et indécent par rapport à ma compagne d’avant. Avec Loulou, nous estimions que ce n’était ni opportun, ni approprié, car elle est arrivée dans ma vie après ces événements. Il se trouve que la veille de faire partir les épreuves à l’éditeur, je reçois un mail d’elle avec une pièce jointe. Je lis son texte qu’elle estimait évidemment mauvais parce qu’elle doute toujours (et à tort) de ses talents littéraires et il m’impressionne. J’appelle mon éditeur et je lui demande de le lire aussi. Il me répond immédiatement en me disant que c’est magnifique, magique même. Il a donc fallu réorganiser la fin du livre pour que ça se termine sur le texte de Loulou. Il avait sa place pleine et entière. De toute manière, ce livre est une suite de coïncidences heureuses. Chaque fois que j’étais dans une impasse en termes d’écriture, il se passait quelque chose qui débloquait la situation.

Avec ce livre, as-tu l’impression d’avoir fait quelque chose qui te dépasse ?

J’ai l’impression que ce projet ne m’appartient plus. C’est très étrange comme sensation, parce que jusqu’à présent, j’écrivais des romans qui trouvaient plus ou moins leur public. Là, je suis dépossédé parce que tout le monde s’approprie le livre. Je trouve que cela ne fait qu’enrichir plus encore le projet parce que cela tisse de jolis liens.

Je te connais depuis pas mal de temps, plus en ta qualité d’écrivain que personnellement. Je sais qu’un de tes objectifs, en tant que romancier, c’est de questionner le monde. Je me trompe ?

Non, c’est tout à fait ça. Je souhaite que le lecteur ne soit pas tout à fait le même quand il a fini un de mes livres. Si les lignes de chacun ont un peu bougé, j’ai fait mon boulot de romancier.

erwan larher,le livre que je voulais pas écrire,interview,mandor

Admets-tu  que l’on ne peut pas lire ce livre-là, comme on lisait tes précédents romans. 

Je me rends compte de cela d’interview en interview. Mais qu’est-ce que cela changerait à la qualité du texte si j’avais tout inventé, si je n’avais pas été au Bataclan ?

Déjà que dans un roman lambda, on tente de savoir ce qu’il y a de l’auteur dans l’histoire, alors avec ce sujet précis, il me semble compliqué d’y faire abstraction.

Mais qu’est-ce que cela changerait ?

Tout.

Imagine qu’un jour, on apprend que je n’y étais pas. Est-ce que cela voudrait dire que mon livre est moins bon. J’espère que non.

Ce serait au minimum du mauvais goût et de l’imposture.

Est-ce qu’on en a voulu à Romain Gary d’avoir été Emile Ajar et d’avoir trompé son monde ?

Ce n’est pas pareil. Ce qui est arrivé au Bataclan a touché au cœur et traumatisé tout le monde.

D’accord, ce n’est pas tout à fait la même chose, mais je pense que tu as compris l’idée.

erwan larher,le livre que je voulais pas écrire,interview,mandor

(Photo : Laetitia Nabrin, à la Forêt des Livres 2017)

Le regard des autres a changé envers toi ?

Les premiers mois après l’attaque, quand les gens ont appris que j’y étais, les gens étaient choqués, estomaqués, en empathie immédiate. Ca s’estompe aujourd’hui.

Et dans le milieu littéraire ?

Bonne question ! Aujourd’hui, ce que je trouve drôle, dans les salons du livre par exemple, c’est le regard de mes collègues parce que le livre fait parler de lui et qu’il trouve son public. Tu connais ce milieu, c’est symbolique tout ça. Chacun à sa petite place, chacun se juge par rapport aux autres. D’auteur échevelé un peu sympathique, qu’on aime bien avoir en salon, d’un coup, j’ai senti une forme de respect de la part de mes collègues. Beaucoup de ceux qui ne me calculaient pas avant, viennent désormais me saluer.

Tu es passé dans la catégorie supérieure ?

Je trouve ça tellement ridicule. Moi, je continue à ne pas me prendre au sérieux. On écrit des livres, nous ne sommes pas des chirurgiens, on ne sauve pas le monde. Ça va quoi ! Restons calme !

Non, je pense que le nouveau respect dont tu fais l’objet vient aussi du fait que tu as vécu une situation hors du commun, comme tu le disais tout à l’heure, à dimension historique. Cela peut impressionner.

Je n’ai pas choisi d’être là où j’étais à ce moment-là. Je ne suis pas un héros. Je n’ai aucun mérite.

Comme tu l’expliques dans le livre, tu as cumulé les signes du destin pour te retrouver dans cette situation au Bataclan.

Entre les potes qui devaient venir et qui ne sont pas venus, ma compagne d’alors, Jeanne, qui devait me rejoindre et qui ne vient pas non plus, la balle qui, à cinq centimètres près, pouvaient me tuer sur le champ… c’est fou !

Il transpire de ton livre que tu n’en veux à personne.

C’est marrant, c’est une question qui revient assez souvent. Je ne la comprends pas. J’en veux plus à la société, au monde dans lequel on vit, aux gens qui l’organisent comme ça, à nous qui ne faisons rien pour que cela change. Là, nous avons à faire à trois décérébrés qui arrivent et qui tirent dans le tas. Je ne sais même pas qui ils sont, je ne les nomme jamais dans le livre. Je ne leur en veux pas personnellement, j’en veux au monde qui les a produits et qui a permis que cela arrive. C’est nous, puisque nous sommes en démocratie. Il y a une responsabilité collective, eux ne sont que le fruit de nos lâchetés, de la démission de l’état sur les questions de l’éducation, de la faillite du vivre ensemble. Très profondément, et je te jure que ce n’est pas une posture, je n’ai aucun ressentiment.

Tu expliques aussi que tu n’as pas cette culpabilité qu’on les gens qui se sortent d’un drame sachant que d’autres n’ont pas eu cette chance.

Je ne ressens pas de la culpabilité, je ne sais d’ailleurs pas trop mettre de mot sur ce que je ressens. Il est certain que si je me retrouvais en face de parents de victimes, j’en aurais un peu. Je ressentirais un profond sens de l’injustice et de l’empathie face à cette injustice… mais pas vraiment de la culpabilité, parce que je n’y suis pour rien.

erwan larher,le livre que je voulais pas écrire,interview,mandorEst-ce plus fluide d’écrire un livre d’une histoire vécue que d’un roman en tout point inventé ?

Non. C’est tout le contraire. Quelqu’un comme Philippe Jaenada (photo à gauche) a besoin de la réalité. C’est sa base de travail et il est extrêmement doué pour s’arranger avec ça. Pour ma part, j’aime bien l’analogie du cookie. Ma vie dans les romans, ce sont les bouts de chocolat sur un cookie. Le livre que je ne voulais pas écrire, c’est le cookie et la fiction, ce sont les bouts de chocolat. C’est l’inverse de ma manière d’écrire habituelle. Contrairement aux apparences, je ne suis pas très exhibitionniste de ma vie. Je n’aime pas parler de moi, en fait. Il a fallu trouver des artifices, des ruses, du coup, il y avait un côté excitant pour le romancier que je suis. Il y a eu les « vu de dehors » et les passages du je au tu. J’avais un autre souci, je n’avais pas de fin. Quand on écrit un roman, on a une trame et je sais globalement où je vais, même si ça peut changer en cours de route. Soudain, j’ai eu une fin qui m’est tombée dessus. C’est la magie de l’écriture. Pour résumer, celle de ce livre a été très étrange, inconfortable, laborieuse, pénible parfois, décourageante, mais très excitante.

Je connais ton exigence littéraire.

Je suis très ambitieux en termes de littérature, maintenant est-ce que je parviens à être aussi bon que je le souhaiterais ? Ce n’est pas à moi d’en juger. Par contre, cela peut paraître paradoxal, mais ça ne l’ai pas, je suis immodeste par rapport à mon travail et j’estime que je suis mon seul juge.

Tu as évité l’écueil de ce genre de livre : le pathos. Il y a même des scènes drôles…  c’est évidemment pour désamorcer la tragédie.

J’ai essayé d’être au ras de l’humain tout en ayant conscience que j’étais dans un moment d’Histoire qui me dépassait. Un peu de légèreté ne nuit pas. Si ça touche, si ça parle, je suis content.

erwan larher,le livre que je voulais pas écrire,interview,mandor

Pendant l'interview...

Sans faire de la psychologie de comptoir à la con, mais après avoir écrit ce livre, après en avoir parlé dans de nombreuses interviews, de rencontres dans des librairies, des salons du livre, tu vas pouvoir passer à autre chose, non ?

Je suis passé à autre chose depuis longtemps, je t’assure. Les gens ont du mal à le comprendre. Bien sûr qu’il doit y avoir une part d’inconscient, de subconscient, de je ne sais pas quoi qui incite à faire les choses malgré nous. Je sais bien que l’on ne contrôle pas tout. Certainement, ce livre m’aide, m’a aidé à vivre le mieux possible.  Certainement, c’est un processus de reconstruction, mais je ne l’ai pas écrit dans ce but. Ma démarche n’a jamais été celle-ci en tout cas. Ce livre est pour moi avant tout un travail littéraire.

Ce livre « que tu ne voulais pas écrire », tu es content de l’avoir écrit au final ?

Bien sûr. Je suis très content. C’est même une fierté car le processus n’était pas évident. J’ai l’impression que ce livre a une utilité dans la cité, parce qu’il crée du lien, du partage et il fait même du bien, je crois. C’est un peu grandiloquent, mais quand je parle de mon travail, c’est toujours grandiloquent.

erwan larher,le livre que je voulais pas écrire,interview,mandor

Après l'interview, le 15 septembre 2017.

30 septembre 2017

Thomas Chaline : interview pour son livre Zaz, le long de la route

thomas chaline,zaz,interview,mandor

thomas chaline,zaz,interview,mandorOn pourrait s'interroger sur l’intérêt d’écrire une biographie sur Zaz (dit celui qui a écrit un livre sur Louane, la bonne blague, et qui (voyez comme je suis transparent) a participé au livre dont il est question aujourd’hui en témoignant longuement). Thomas Chaline répond dans l’introduction de son livre Zaz, au long de la route.

« Pourquoi un tel ouvrage sur une artiste connue du grand public depuis seulement 7 ans ?

Justement parce que son arrivée dans le paysage cathodique et radiophonique a bousculé les modes et les habitudes des années précédentes. Elle a redonné un souffle à la chanson française et y a accroché ses propres lettres de noblesse… aujourd’hui, elle est la meilleure vendeuse de disques de chansons françaises en France et à l’étranger où elle est devenue malgré elle une véritable icone. Un  exploit imprévisible et un phénomène que personne n’avait retrouvé depuis la môme Edith Piaf. »

Le 31 août 2017, j’ai convié Thomas Chaline chez moi afin d’évoquer la chanteuse et le métier de «biographe ». Un débat s’en est suivi entre nous.

thomas chaline,zaz,interview,mandor

4e  de couverture :

Audacieuse, gouailleuse, authentique. Depuis presque dix ans qu’elle promène sa silhouette bohème sur les scènes, Zaz s’est imposée comme la digne héritière des grands noms de la chanson française. L’auteur est parti à la rencontre de cette artiste discrète grâce à des entretiens inédits. On découvre une adolescente écorchée vive et solitaire après le divorce de ses parents. Une artiste qui a mûri sa voix pendant des années difficiles à chanter dans la rue, le métro et les cabarets parisiens. Ce sont ces blessures intérieures qui donnent aux chansons de Zaz leur authenticité. Amoureuse de la nature, adepte de la méditation, les critiques bien-pensants la disent « bobo ». Alors que tout simplement, Zaz trace sa route. Sincère et passionnée.

La première biographie d’une artiste authentique.

L’auteur :

Thomas Chaline est auteur-compositeur et musicien. Parallèlement à sa carrière musicale, il a publié des articles dans des revues culturelles, et édité des recueils de poésies et de chansons.

thomas chaline,zaz,interview,mandor

thomas chaline,zaz,interview,mandorInterview :

Pourquoi un livre sur Zaz ?

A l’heure de The Voice, elle est le parfait exemple qui prouve que la voie traditionnelle pour réussir dans la chanson fonctionne encore. Elle a fait des cabarets, des bals, la rue, de nombreux tremplins, elle a beaucoup tourné dans des endroits en tout genre, il n’y a pas plus formateur que ça. Elle explose à 30 ans. Je trouve que c’est un bel exemple pour les chanteuses en herbe qui ne croient pas que le chemin d’avant est encore possible. Si tu as du talent, à un  moment donné, il se remarque. Il faut juste se donner à fond pour réussir.

Qui est Zaz en une phrase ?

Une femme qui n'a pas froid aux yeux, sait ce qu’elle veut et le fait, qui gère bien ses affaires, qui se donne pour tout ce qui lui tient à cœur, mais qui est une écorchée vive.

Tu l’as rencontré ?

Non, je l’ai eu une fois au téléphone au début du travail. Il y a eu des hauts et des bas entre nous. Au début, elle m’a laissé libre d’écrire ce que je souhaitais, elle m’a signifié qu’elle comprenait que j’étais quelqu’un de clean mais qu'elle n'en ferait pas publicité, plus tard, le discours a un peu changé. 8 mois après, par mail, elle a fini par me dire qu’elle ne m’autorisait pas à écrire le livre. Son « bras droit » m’a expliqué qu’elle se méfiait et qu’elle considérait que je voulais me faire de l’argent sur son dos. Ce double discours m’a un peu chagriné.

thomas chaline,zaz,interview,mandor

Juin 2010, tournage interview pour MusiqueMag.com

thomas chaline,zaz,interview,mandor

Juin 2010, tournage interview pour MusiqueMag.com

thomas chaline,zaz,interview,mandor

Juin 2010, tournage interview pour MusiqueMag.com

J’ai écrit un livre sur Louane qui a fait couler beaucoup d'encre. Comme tu le sais, elle n’a pas donné son feu vert, je comprends donc ce que tu as vécu. Je n’ai jamais compris que cette artiste ne souhaite pas me rencontrer pour écouter mes intentions.

Ils sont entourés de gens « d’affaire ». Dès lors qu’un projet les concernant est indépendant de leur volonté, ils ne peuvent pas y adhérer parce que les gens autour savent que ça ne leur rapportera rien. Or, je crois qu'une biographie contribue à maintenir la notoriété de l'artiste d'une façon, à condition qu'elle ne soit pas à charge évidemment. Ils veulent tout gérer et avoir  la main mise sur tout, ça peut se comprendre. Ils ne parviennent pas à intégrer le côté public de leur image. Des artistes comme Johnny Hallyday ou Nicola Sirkis s’en foutent. Ils ont intégré qu’ils étaient célèbres. A chaque nouveau disque, il y a dix livres qui sortent sur eux, ils savent que ça fait partie du truc. D'autant que ma démarche n'est pas d'aller fouiller dans les poubelles mais d'une façon rendre hommage au talent et analyser les clés du succès.

Tu as pourtant proposé à Zaz un droit de regard sur ce que tu as écrit.

Oui. Et je tiens à préciser que très peu de biographes le font avec le sujet de leur livre. Moi, je me suis mis à sa disposition, je lui ai  proposé de retoquer d’éventuelles informations injustes. Elle était d'accord sur le principe. Je ne comprends pas pourquoi, elle s’est braquée soudainement. Avec Zaz, un coup, c’était oui, un coup c’était non. Je l’ai mal vécu.

thomas chaline,zaz,interview,mandor

Juin 2010, tournage interview pour MusiqueMag.com

thomas chaline,zaz,interview,mandor

Juin 2010, tournage interview pour MusiqueMag.com

Moi, j’ai eu des portes fermées de proches à cause de Louane (ou de son entourage). Et toi ?

Bien sûr. Beaucoup m’ont dit qu’ils ne parleraient pas sans son autorisation. Certains ont annulé le jour J sans explication. Il y en a qui m’ont parlé mais en me demandant de ne pas citer leur nom. Par exemple, tous les groupes du début par lesquels elle est passée étaient frileux. A l'inverse, d'autres n'ont eu aucun mal à me parler car ils savaient où se situaient leurs limites.

Tu as eu Hugues Aufray, Francis Lalanne, Didier Barvelivien, Pétula Clark, Charles Dumont, Marie-Paule Belle, Charles Aznavour… du beau monde.

J’ai eu Charles Dumont (qui a écrit « Non, je ne regrette rien » et « Mon Dieu » d’Edith Piaf) parce qu’à l’étranger, elle est considérée comme la nouvelle Piaf, Marie-Paule Belle parce que Zaz à repris « La parisienne » sur son album Paris, Petula Clark parce qu’elle avait fait des déclarations sur elle dithyrambiques. Aznavour a fait un duo avec Zaz sur l’album Paris. Bref, il y a toujours un rapport, un lien, entre les gens interviewés et l’artiste.

Faut-il aimer son personnage pour écrire un livre sur lui ?

Un minimum, parce qu’on vit beaucoup de temps avec lui. Écrire une biographie, c'est vivre plusieurs mois avec l'artiste, écouter ses disques, ses interviews, donc il est préférable de l'apprécier un minimum sinon c'est compliqué je pense. C’est une forme d’engagement quand on écrit sur quelqu’un. Il faut apporter quelque chose de nouveau dans l'analyse et l'information quand le sujet fait déjà l’objet de plusieurs bouquins, sinon, ça devient une arnaque maquillée.

A une semaine d’écart, nous avons commencé dans la même maison d’édition les livres sur les artistes. Depuis que j’ai pénétré dans  ce milieu, j’ai constaté qu’il y avait une « mafia » des biographes. Je ne suis pas certain que l’on nous considère d’un bon œil.

J’ai remarqué que devant, ça pouvait faire des courbettes, mais que derrière, ça cassait un peu. Moi, je me suis lancé là-dedans sans penser que c’était un métier. Je pensais que c’était une activité annexe au journalisme ou autres, un vrai truc dilettante. J’ai constaté que certains en vivaient, souvent difficilement. Beaucoup n’acceptent pas que des nouveaux rentrent dans la ronde. Mais faut bien se l'avouer, écrivain ou biographe comme artiste, ce sont des métiers très individualistes. Il faut l'intégrer. On peut nouer des sympathies les uns les autres mais le combat ou la lutte pour courir derrière les contrats d'éditions est le même. Une fois qu'on a compris, c'est sans rancune.

thomas chaline,zaz,interview,mandor

Pendant l'interview...

Tu écris sur qui en ce moment ?

Sur Alain Souchon.

Il y a déjà des livres sur lui. Qu’apportes-tu de plus que les autres ?

J’apporte la vue d’un jeune homme né dans les années 80 qui est fan de Souchon. J’ai beaucoup enquêté et j’ai eu de nombreux témoignages de personnes ayant travaillé longtemps avec lui. Il y a eu un livre paru sur lui, il y a deux ans, tout n’a pas été dit. C’est peu de le dire, tout juste les « grandes lignes » de sa carrière. 

Que faut-il pour être un bon biographe ?

Il faut être un peu audacieux. Il faut s’atteler à fouiller chaque période de la vie de l‘artiste sur lequel tu travailles. Il faut éclairer chaque moment fort, pousser l’information à son paroxysme.

thomas chaline,zaz,interview,mandor

Avec  Thomas Chaline, chez moi, le 31 août 2017, chez moi. 

12 août 2017

Thomas Gunzig : interview pour La vie sauvage

thomas gunzig,la vie sauvage,interview,au diable vauvert,mandor

(Photo : Colerebelge Branden)

Thomas Gunzig est depuis quelques années une figure littéraire et médiatique majeure en Belgique. Après l’excellent Manuel de survie à l’usage des incapables (pour lequel je l’avais mandorisé, ) le voici de retour  avec un livre formidable, La vie sauvage. Un magnifique roman d’amour, drôle, lyrique, cruel, sombre et optimiste (oui, oui, aussi) qui revisite le mythe du bon sauvage qui découvre la civilisation. Une réflexion profonde sur la sauvagerie de notre époque qui ne laissera personne indifférent.

Le 15 juin 2017, je suis allé à la rencontre de Thomas Gunzig, dans les locaux de ses attachées de presse. Rencontre avec un homme toujours en colère… mais un peu apaisé.

thomas gunzig,la vie sauvage,interview,au diable vauvert,mandor4e de couverture :

Seul survivant d’un accident d’avion recueilli par des mercenaires, Charles vit durant quinze ans dans la jungle d’Afrique centrale. Lorsqu’il est retrouvé grâce à – ou à cause de – la toute-puissance de Google Maps et des réseaux sociaux, il part retrouver ce qu’il reste de sa famille en Belgique.

Là-bas, il découvre une autre sorte de vie sauvage, urbaine et polluée à laquelle il doit s’acclimater mais également une nouvelle famille qu’il doit apprivoiser. Entre sa tante obsédée par son corps et la consommation, son oncle petit politicien suffisant et véreux, son cousin ado perdu dans les tréfonds d’internet et sa cousine boudeuse et disgracieuse, il tente de comprendre ce nouveau monde.

Mais alors qu’il s’intègre doucement à la société́ civilisée grâce à ses camarades de classe et une équipe pédagogique qui rivalise d’attention pour l’aider, il met en place son plan pour retourner en Afrique retrouver Septembre, son grand amour.

L’auteur :

Thomas Gunzig est né en 1970 à Bruxelles où il vit. Nouvelliste et romancier traduit dans le monde entier, lauréat du Prix Victor Rossel, du Prix des Éditeurs et du Prix triennal du roman, il est chroniqueur à la radio RTBF et écrit pour la scène. Coscénariste du Tout Nouveau Testament récompensé par le Magritte du meilleur scénario, il travaille également pour le cinéma.

thomas gunzig,la vie sauvage,interview,au diable vauvert,mandor

thomas gunzig,la vie sauvage,interview,au diable vauvert,mandorInterview :

Comment est venue l’idée de Charles, ce personnage atypique ?

Mon précédent livre « Manuel de survie à l’usage des incapables » était une sorte de road movie qui bougeait beaucoup, là, j’ai eu envie d’un livre plus confiné avec des situations plus fermées. En lisant Le journal d’une femme de chambre d’Octave Mirbeau, j’ai été bluffé par la façon qu’il a eu de relater un milieu, un univers clôt et étouffant. J’ai ressenti le besoin d’essayer de faire quelque chose de similaire.

Pourtant, tu as toujours été fasciné par les super-héros qui ont des supers pouvoirs.

J’adore ces gens qui n’ont l’air de rien, dont on ne se méfie pas, mais qui ont une double identité. J’ai eu l’idée de cet accident d’avion, de ce bébé élevé par des militaires locaux en Afrique centrale en pleine guerre et qui finit par posséder un super pouvoir original : une super culture, une connaissance presque surnaturelle de la littérature et des sciences humaines.

Charles est aussi un adolescent qui est en proie à tous les tourments et les émotions liés à son âge.

Même s’il a été entrainé à faire la guerre, s’il a vécu beaucoup de violence, il reste un ado « normal ». Toutes ses opinions, il va les puiser dans cette culture insensée qu’il possède.

Son rapport avec les psys n’est pas brillant.

Tous les personnages du roman pensent que ce garçon est malheureux, traumatisé parce qu’il a vécu des choses terribles. J’ai l’impression un peu intuitive qu’en règle générale les gens ne réagissent jamais comme on l’imagine. Lui a traversé tout ça, mais n’a pas plus de raison d’être traumatisé par ce qu’il a vécu par rapport à ce qu’a vécu un élève du lycée.

Charles pense même que la civilisation est beaucoup plus dure que ce que lui a vécu.

Il considère que le monde et la violence qu’il a connu ne sont pas pires que celle sourde, insidieuse et quotidienne de notre monde à nous. Ici, la violence ne dit jamais véritablement son nom : la violence sociale. La violence du patron envers son employé, celle du prof envers l’élève, du psy envers son patient qui ne va pas très bien. Je trouve que toutes ces violences-là sont aussi abominables et difficiles à vivre que la violence claire et  nette de la guerre. Notre civilisation nous fait une guerre permanente et je pense que l’on peut plus ou moins essayer de résister.

thomas gunzig,la vie sauvage,interview,au diable vauvert,mandor

Un auteur, des livres et des chouquettes!

Charles arrive à s’adapter à n’importe quelle situation. Il est apprécié par tous.

Il a effectivement un talent d’adaptation important. Le fait qu’il dégage une impression de liberté par rapport au monde dans lequel il est le rend assez fascinant par rapport aux autres ados. Il devient vite le centre d’intérêt des garçons de la classe et objet de convoitises des filles.

Il lui faut de l’argent et il est prêt à tout pour en avoir.

Il est terriblement déterminé par rapport à sa volonté de retourner en Afrique et de mener à bien le plan qu’il a fomenter. Il doit gagner de l’argent, même si ce n’est pas de manière très noble.

Une de ses méthodes pour endormir tout le monde, c’est de faire semblant d’être naïf.

Disons qu’il ne dévoile pas son jeu immédiatement. Il en sait plus que tout le monde, mais ne dit rien en conséquence. Du coup, personne ne se méfie de lui. Aucun super héros n’arrive à un rendez-vous en disant « Batman, c’est moi ! »

C’est aussi un sacré manipulateur !

Il l’est, mais n’aime pas l’être. C’est un personnage qui a une notion très profonde de ce qui est bien et de ce qui est mal. Il sait parfaitement quand il transgresse, quand il passe la frontière du bien, mais il le fait sans hésiter si c’est pour atteindre son but.

thomas gunzig,la vie sauvage,interview,au diable vauvert,mandor

Pendant l'interview...

Quand son « nouveau » frère lui monte le Dark Web et ce que l’on y voit, Charles est presque choqué alors que lui a connu la vraie violence.

Il a connu la violence guerrière, une violence qui a un but. Sur le Dark Web, c’est du voyeurisme malsain. On est dans quelque chose de pathologique qui dégoute profondément Charles. On devient le spectateur des monstruosités et des perversions du monde pour des petits plaisirs pervers personnels.

Tu en as vu ?

Oui, mais j’ai très vite arrêté tant cela était écœurant et insoutenable.

Selon toi, la société devient-elle complètement tarée?

La civilisation est comme un vernis. Sous ce vernis, il y aura toujours un grouillement bizarre de phantasmes, d’égoïsme et de la noirceur de l’âme humaine. Sous ses dehors reluisants, il se passe des choses sombres et terrifiantes.

Charles a-t-il de la morale ?

Il a en a beaucoup, mais il n’est pas coincé dessus. Il peut la transgresser s’il n’a pas le choix.

Y a-t-il un point commun entre ton jeune héros, Charles, et toi ?

Quand j’étais petit on m’avait diagnostiqué dyslexique. On m’avait dit que je ne pourrais pas faire des études normales. Des psys me regardaient en me disant « mon pauvre enfant ! » Je garde contre les psys une certaine rancœur parce qu’ils m’ont mis dans un enseignement spécial. Ils ont eu tort. J’aurais été très heureux de faire des études normales. Ce qui est terrible quand on est enfant, c’est de se prendre dans la figure toute cette assurance théorique et bienveillante de quelqu’un qui sait mieux que toi ce qui est bon pour toi. Cette bienveillance douce, à l’image de cette société, va t’expliquer ce qui est bien, ce qui n’est pas bien, ce que l’on fait, ce que l’on ne fait pas. C’est d’une violence incroyable, un écrasement psychique complet. Quand tu es jeune, tu ne t’en rends pas compte, mais ça te met dans une rage terrible. Tu te sens mal, tu te sens triste, tu te sens minable, tu te sens comme une petite merde.

Je comprends mieux certains passages de ton livre. L’écriture te permet d’exorciser pas mal de choses négatives alors ?

Toute émotion est intéressante si elle sert ton travail. Même les émotions négatives. La jalousie, la vengeance, la colère, l’avidité sont des émotions qui te mobilisent intérieurement et qui peuvent être un bon moteur créatif.

Paradoxalement à ce que l’on vient d’évoquer, ton livre est finalement un formidable roman d’amour.

C’est ce que j’avais envie de faire. Ça fait un quart de siècle que j’écris des bouquins et je n’ai jamais écrit d’histoire d’amour. Cela me démangeait.

La vie sauvage sort un peu du lot. Il est plus « classique », même s’il ne l’est pas totalement. As-tu eu l’impression de tourner en rond ?

Non, mais j’en ai eu assez d’écrire des livres à l’imaginaire très barrés, avec de la science-fiction, beaucoup de cynisme et d’ironie noire. J’ai eu envie de creuser un peu plus loin et de me tester à une écriture plus « classique ».

Il y a tout de même une toute petite goutte de magie et de mystère…

Je ne peux pas m’en empêcher parce que j’y crois un peu. Je suis même allé voir un sorcier qui habite à Bruxelles avec mon manuscrit Je lui ai dit qu’il fallait que ce bouquin fonctionne bien et que je passe au niveau supérieur pour que je puisse m’acheter ma maison. Le professeur Malik a fait une petite cérémonie.

Tu te moques de moi, là ?

Non, je te jure que c’est vrai. Ça m’a coûté 20 euros (rires).

La première fois que l’on s’est vu, il y a quatre ans, tu me parlais déjà de la volonté que tes livres se vendent.

Grace au cinéma, aujourd’hui, je vis mieux. Je suis moins angoissé.  Quand mon ordinateur tombe en panne, je peux m’en acheter un autre, ce qui est pour moi le luxe suprême. Maintenant, je n’ai pas encore le luxe formidable d’avoir de l’argent de côté pour me dire que si je ne gagne pas d’argent pendant trois mois, ce n’est pas grave. L’angoisse du manque d’argent est encore en moi.

Tu as donc co-scénarisé le film Le tout nouveau testament de Jaco Van Dormael qui est allé au Golden Globe.

Nous étions contents parce qu’avec Jaco, on a beaucoup bossé dessus. On a eu de nombreux prix et le film a eu un succès public et critique. Cela m’a permis de travailler sur d’autres scénarios.

Bande annonce de Le Tout Nouveau Testament.

Scénariste, ce n’est pas frustrant ?

Terriblement. Un scénario n’est jamais qu’une étape de travail, tandis qu’un roman se suffit à lui-même. C’est gai à imaginer, à rêver, mais ce n’est pas gai à écrire. C’est même ennuyeux.

Tu écris aussi pour le théâtre. Quel est le point commun entre toutes ses formes d’écriture ?

Le grand point commun, c’est qu’il y a toujours un spectateur ou un lecteur. J’essaie d’employer toutes les stratégies pour qu’il ne s’ennuie pas et que je le fasse voyager. Robert Louis Stevenson disait : « Tout auteur digne de ce nom doit vous arracher à vous-même ».

Il parait que tu écris pendant les heures de bureau. C’est vrai ?

Absolument. De 10 heures à 18 heures avec une pause à midi. Et je bosse aussi le week-end.

Ton cerveau a du mal à s’arrêter, à ne plus être productif.

Parfois, il a envie de s’arrêter. Depuis quelques temps, je fais beaucoup de sport. C’est ce que je fais pendant ma pause.

Intellectuellement, ça change quelque chose ?

C’est un gros shoot de bonheur intellectuel. Sur le moment, c’est un vide total mais après, sous la douche, toutes les idées se mettent en place. Mon heure de sport intense réinitialise mon cerveau.

L’hygiène de vie est importante pour écrire ?

Oui, je m’en rends compte aujourd’hui. Je fais très attention à ce que je mange. Le vin, par contre, je me dis que c’est bon pour la santé. La vie sans vin ne serait pas une vie.

Quel le but que tu veux atteindre quand tu écris une histoire ?

Je veux juste que les gens aient envie de tourner la page pour connaitre la suite de mon histoire. Rien de plus.

Tu travailles sur quoi actuellement ?

Sur une BD. Ce sera un manga « comics » dessiné par l’excellent Andréa Mutti. Je devrais avoir fini le premier tome à la fin de l’été.

thomas gunzig,la vie sauvage,interview,au diable vauvert,mandor

Avec Thomas Gunzig, pendant l'entretien, le 15 juin 2017.

thomas gunzig,la vie sauvage,interview,au diable vauvert,mandor

07 juillet 2017

Pause Guitare (2) : interview Annie Soum-Navarro pour le livre Pause guitare, un air de famille

photo-couv-pour-article-site-v2.jpg

Alors que Pause Guitare bat son plein, nous allons nous arrêter sur un livre qui retrace l’aventure de ce festival, Pause Guitare, un air de famille. Pour célébrer son vingtième anniversaire l’année dernière, Annie Soum-Navarro a retracé son histoire et fait revivre les grands moments de cette saga musicale et humaine dans un superbe ouvrage riche en iconographie. En mai dernier, lors du précédent Pic d’Or, tremplin dont elle est membre du jury avec son mari Alain Navarro, nous nous sommes isolés pour parler de cet ouvrage qui lui tient particulièrement à cœur.

20-ans-pause-guitare.jpgArgumentaire :

Cet ouvrage fait revivre la grande aventure humaine qu’est le festival Pause Guitare en revenant sur son histoire et ses débuts, il y a 20 ans. A cette époque Annie Soum-Navarro n’aurait jamais pensé « être aujourd’hui à la tête d’un événement d’une aussi grande ampleur ».

Elle égrène au fil des pages ses souvenirs, ses rencontres avec des milliers d’artistes, connus ou moins connus. Elle raconte les débuts balbutiants, l’évolution d’un festival devenu aujourd’hui incontournable, les petites et grandes aventures qui ont marqué ces 20 ans.

En livrant cette tranche de vie, elle invite le lecteur à entrer dans l’univers de Pause Guitare, à revivre des moments forts avec ces grands noms du rock, de la pop ou de la chanson, comme Elton John, Francis Cabrel, Mika, Dionysos et bien d’autres artistes qui ont donné vie au festival. Elle donne aussi les clés du festival et rend hommage à tous les bénévoles qui permettent à cette grande fête musicale d’avoir lieu tous les étés au cœur de la cité d’Albi.

En fermant l’ouvrage, le lecteur n’aura qu’une envie: assister à Pause Guitare et partager le bonheur du public toujours plus nombreux et enthousiaste !

1076342017.jpg

201607020321-full.jpgInterview :

Qui a eu l’idée d’écrire ce livre ?

En décembre 2015, Alain m’appelle dans son bureau. Il me dit qu’il aimerait que l’on fasse un livre pour les 20 ans du festival. Je lui réponds que je ne trouve pas l’idée originale et que je n’ai vraiment pas le temps de m’occuper de ça. Il m’indique alors qu’il a pris rendez-vous avec les éditions Privat et que ça n’engage à rien. Deux jours plus tard, on s’est retrouvé avec l’éditricee et quelques minutes plus tard, j’avais déjà la moitié du bouquin dans la tête. Je suis quelqu’un qui aime beaucoup écrire.

Ecrire un livre ne s’improvise pas.

J’écrivais beaucoup  pour moi. Des poèmes pour enfants. A 14 ans, j’ai même écrit un petit roman d’amour à l’eau de rose, un livre où l’héroïne cherche le prince charmant… bref,  tu vois le genre. Plus sérieusement, j’ai écrit pendant des années et des années pour exorciser ce que j’avais en moi, mais depuis la création de Pause Guitare il y a 20 ans, je n’écris plus.

sting_paus_guitare.jpg

Pourquoi as-tu dit non au départ ?NavarroAlainAnnie.jpg

Parce que je savais la masse de travail que cela représentait. Je me doutais bien que ça allait être énorme. Je ne voyais pas quand je pouvais aménager du temps pour ce projet. J’avais la trouille quoi !

Et puis, à partir du moment où tu as commencé, tu as eu du mal à t’arrêter, je crois.

Le plus douloureux dans cette mission-là, c’est de terminer le livre. Je me suis éclaté pendant un an à écrire, traiter les photos, à mettre  tout ça en place, mais un jour, on m’a dit d’arrêter parce qu’il fallait le sortir pour le vendre. J’avais l’impression que c’était une part de moi qu’on arrachait. J’ai eu l’impression de laisser à la postérité quelque chose de très intime de moi. Ça ne me ressemble pas de me livrer, alors c’est déstabilisant.

Comment as-tu conçu le livre?

J’ai commencé l’histoire par moi qui me suis fait licencier, ce qui nous a incités à créer notre association, et j’ai raconté comment ça a évolué jusqu’à aujourd’hui. Je ne l’ai pas fait année par année, mais au fil des souvenirs qui me revenaient en tête.

En combien de jours as-tu écrit ce livre ?

En trois semaines, mais je n’ai fait que ça. Je me suis mise dans une bulle d’écriture. J’ai fermé mes écoutilles, je me suis aménagée un petit coin chez moi dans lequel j’ai travaillé de 6 heures à deux heures du matin. Parfois, je ne prenais même pas le temps de manger ou de fumer.

photos_pause_guitare.jpg

original.jpgTu as choisi les photos en fonction de l’écrit ?

Oui, tout à fait ! Il y avait énormément d’archives. On a de très bons photographes, bénévoles, mais professionnels, sauf que les deux premières années, on avait quasiment pas de photos. Au début, immortaliser les concerts et les artistes ne nous avaient pas effleuré l’esprit. Dans le livre, les plus anciennes photos sont touchantes parce qu’on sent que 20 ans ont passé. Pour les années récentes, le choix a été compliqué car il y a de très nombreuses photos d’excellentes qualités. J’ai beaucoup travaillé avec deux des photographes de l’équipe qui sont les responsables des photos sur le festival. Le bouquin est sorti en décembre 2016, on a passé une semaine à la maison en septembre. J’avais vraiment besoin de leur regard de pros sur l’image.

Est-ce que des artistes ont participé ?

Il y a uniquement Cali. Je voulais absolument qu’il fasse l’ouverture du livre. J’avais besoin de son petit texte pour démarrer.

Le titre du livre est : Pause Guitare, un air de famille. Pourquoi ?

Il y a 950 bénévoles, ce n’est pas rien. J’en ai d’ailleurs sollicité pour qu’ils me racontent des histoires. J’en ai reprises certaines. Ce livre, sans démagogie aucune, j’ai eu le sentiment de l’avoir écrit pour les bénévoles avant tout.

Alain t’a-t-il aidé ?

Un jour je relisais les vingtaines de pages que j’avais écrites, mais je trouvais ça vraiment nul. Au point que je voulais prévenir mon éditrice que j’arrêtais tout. Elle m’a demandé de lui envoyer ce que j’avais écrit pour qu’elle me fasse son retour très vite. Elle a laissé passer 10 jours avant de me rappeler. C’était 10 jours horribles. Alain tentait de me rassurer en me disant que j’écrivais bien. Un jour, j’ai reçu son mail et j’ai hurlé de joie. L’éditrice m’a répondu que c’est super bien écrit et qu’elle s’était régalée à lire tout ça. En plus, ça lui a donné envie d’aller au festival. J’avais l’impression d’avoir tout gagné. J’ai ressenti le besoin de lire mes textes à Alain. Il n’était pas très attentif et ça m’a vexé. Il me disait juste « c’est bon, c’est bien, de toute façon, tu écris bien… » J’avais besoin d’autre chose. C’est quand je l’ai fini  qu’il m’a avoué qu’il ne souhaitait pas intervenir car il savait que sinon il allait être trop chiant. Il avait conscience qu’il aurait pu bousiller mon travail. Par contre il m’a dit qu’il allait prendre le temps de le lire avec un grand bonheur.

Et ?

Il s’est régalé…

C’est bien d’avoir un objet qui concrétise 20 ans de votre vie.

Symboliquement, oui, c’est très joli… et ça nous rend immortel (rires).

 

Le livre est en vente notamment auprès d’Arpèges & Trémolos – 05 63 60 55 90 et de la librairie Privat: www.editions-privat.com ( Toulouse ).

En attendant, le festival se poursuit...

19401812_1467673126588835_7994634188641489429_o.jpg

02 juillet 2017

Benjamin Valliet : interview pour 400 questions complètement à la con (et aucune réponse)

benjamin viallet,mascarade,400 questions complètement à la con (et aucune réponse),interview,mandor

Benjamin Valliet est multi-instrumentiste. Sous le nom de JNEB, il compose, écrit, réalise, il est cadreur, monteur, dessinateur… Cet artisan multidisciplinaire (déjà  mandorisé ici) essaye toujours d’être là où on ne l’attend pas. Le 16 février dernier (mon dieu, il y a quatre mois !), il est venu à l’agence me présenter son premier livre 400 questions complètement à la con (et aucune réponse). Je ne suis pas du tout client de ce type d’ouvrage, mais connaissant Benjamin, je me doutais qu’il fallait passer outre le titre racoleur (et pas très raffiné).

L’auteur : Benjamin Valliet est un créateur protéiforme. Avec 6 disques et quelques centaines de concerts au compteur (en solo et avec son groupe humoristique MASCARADE), il œuvre dans l'écriture, la composition musicale et le défoulement scénique depuis près de 20 ans. Il écrit pour des chanteuses francophones, s'adonne aussi à la photo, au dessin, au photomontage ou encore à la confection de clips, dont certains en animation 2D.

benjamin viallet,mascarade,400 questions complètement à la con (et aucune réponse),interview,mandorPrésentation du livre :

Comment une fille à la poitrine inexistante peut-elle être un gros bonnet ?

Comment un écrivain vénitien fait-il pour ne pas être en tête de gondole ?

Comment peut-on se renvoyer l'ascenseur dans une maison de plein pied ?

Comment un photographe peut-il ne pas atteindre ses objectifs ?

Comment un intello peut-il ne pas aimer les tâches méningères ?

Comment fait un rugbyman pour ne pas finir pilier de bar ?

Arts, loisirs, santé, sciences, vie pratique... Vous allez vous poser des tas de questions !

benjamin viallet,mascarade,400 questions complètement à la con (et aucune réponse),interview,mandor

benjamin viallet,mascarade,400 questions complètement à la con (et aucune réponse),interview,mandorInterview :

C’est quoi exactement le concept de ton livre ?

C’est un recueil de pensées débiles qui ne sont pas vraiment des pensées et qui ne sont pas forcément débiles.

Sous l’humour, on décèle parfois de la profondeur.

Il y a des phrases plus subtiles qu’elles n’y paraissent. Il faut parfois gratter et comprendre ce qu’il y a en dessous de la première couche. Quelqu’un m’a même dit qu’il y avait des phrases à teneur philosophiques.

Le titre du livre peut laisser présager un truc un peu gnangnan, voire con con…

Oui, mais ça  ne me dérange pas. J’aime jouer au con et, comme tu le sais, être là où on ne m’attend pas.

Tu n’es pas con, mais tu aimes jouer aux cons.

Je fais les choses sérieusement sans me prendre au sérieux, comme dirait l’autre.

Ces phrases ont été créées uniquement pour ce livre ?

J’aime l’absurdité. Il y a quelques années, j’ai écrit une cinquantaine de phrases un peu absurdes, dans le cadre d’un projet que j’ai appelé : « Je ne comprends pas ». J’ai déclamé ces phrases sur une vidéo musicale et les gens ont plutôt apprécié. Un matin, je me suis réveillé et je me suis demandé quoi faire avec ça. C’était à une période où j’avais des difficultés personnelles et des difficultés musicales. J’avais surtout envie de trouver un projet qui ne tenait qu’à moi, un projet où personne d’autre ne pourrait ralentir mon travail, mon engagement et ma volonté. J’ai donc trouvé cette idée de livre. J’ai rassemblé dans ma tête toutes les expressions idiomatiques que je connaissais, tous les mots qui répondaient à la polysémie (note de Mandor : caractéristique d'un mot ou d'une expression qui a plusieurs sens ou significations différentes). Pendant plusieurs semaines, j’étais sur le qui-vive en permanence. Dès que j’entendais des gens parler, que je regardais une série, que j’écoutais une chanson, dès que j’entendais des expressions, j’essayais tout de suite de rebondir dessus dans le schéma de mon livre qui joue sur la contradiction des mots.

Ça ne devenait pas obsessionnel au bout d’un moment ?

Si, mais déjà, je suis un obsessionnel. J’ai même un trouble de l’attention avec hyper activité. Mon côté hyper actif peut être très chiant pour mon entourage, mais c’est aussi un peu chiant pour moi à vivre.

Le clip du premier extrait du futur album de JNEB (Benjamin Valliet), L'inertie du désespoir.

Pour être publié, tu as entrepris quelles démarches ?benjamin viallet,mascarade,400 questions complètement à la con (et aucune réponse),interview,mandor

J’ai mis la charrue avant les bœufs. J’ai dû écrire 150 ou 200 phrases. J’ai ensuite tapé sur google : « maison d’édition humour ». J’ai contacté par mail une quinzaine de maisons d’édition, j’ai eu quelques réponses négatives et celle des éditions Leducs qui regroupent plusieurs pôles, dont un pôle « humour ». Comme la collection en question s’intitule Tut-Tut,  j’ai écrit un mot du genre : « Bonjour bonjour, je je me me présente présente…etc. » Ca les a fait rire. On m’a répondu que le projet était intéressant. Un mois après, j’ai relancé. L’éditrice m’a donné rendez-vous dans les locaux, j’y suis allé et l’affaire s’est faite. J’avais 100 phrases à écrire en plus pour pouvoir être édité. Ça me paraissait énorme et je n’étais pas sûr d’y parvenir. Finalement, le surlendemain, je les avais. J’étais sur ma lancée, je n’arrêtais pas d’en trouver. Du coup, il y a 400 phrases en tout.

Il n’y a pas eu de censure de la part de ton éditrice ?

Au contraire, je l’ai prévenu qu’il y avait certaines phrases pour le moins « tendancieuses » et elle a trouvé que c’était bien. J’arrive à 40 ans, j’ai toujours fait des choses alternatives, je ne me suis jamais soucié de choquer. Aujourd’hui j’évolue, je fais peut-être un peu plus de concessions. Par exemple, j’aurais préféré que mon livre s’appelle « Je ne comprends pas », l’éditrice a trouvé que son titre était plus vendeur. Je n’ai jamais voulu m’entourer, mais à partir du moment où je l’ai fait, je me suis dit qu’il fallait que je fasse confiance aux gens et que je sache déléguer un peu.

benjamin viallet,mascarade,400 questions complètement à la con (et aucune réponse),interview,mandor

Pendant l'interview...

benjamin viallet,mascarade,400 questions complètement à la con (et aucune réponse),interview,mandorTu viens de sortir un autre livre, Les perles du covoiturage.

Oui, c’est chez Fortuna Editions. J’ai envoyé des projets de création à cette maison basée en  Belgique. L’éditeur m’a répondu gentiment que ça ne les intéressait pas. J’ai regardé ce que je leur avais envoyé et j’ai réfléchi à quelque chose d’autre. Je faisais du covoiturage à l’époque et je demandais aux gens s’ils avaient vécu des histoires insolites. Tout de suite on m’a raconté des anecdotes hallucinantes. Cette nouvelle manière de voyager est la source de dérapages divers et variés et de perles plus délirantes les unes que les autres. J’ai compilé toutes ses histoires et j’ai proposé ça à l’éditeur. Il était étonné parce que sa maison était en train de réfléchir sur  ce même sujet. J’ai réussi à obtenir suffisamment de matière et nous avons signé.

Tu es dans un cheminement littéraire ?

Oui, mais je n’abandonne pas la musique. Je suis sur un projet solo en ce moment sous mon nom de chanteur, JNEB. Il y a aura treize titres et treize clips correspondants. C’est du « it yourself ». Seul mon compère de Mascarade,  JB participe. Il joue de la guitare mieux que  moi, alors, il m’a filé un coup de main. C’est un projet complètement artisanal, je ne fais pas de pressage industriel. Je vais faire un package moi-même, confectionné à la main.

Et Mascarade ?

Pour le moment, on se pose beaucoup de questions.

benjamin viallet,mascarade,400 questions complètement à la con (et aucune réponse),interview,mandor

Après l'interview le 16 février 2017.

28 juin 2017

Fabienne Blanchut : interview pour 1749 miles et un peu plus encore...

fabienne blanchut,zoé princesse parfaite,1749 miles,interview,mandor

fabienne blanchut,zoé princesse parfaite,1749 miles,interview,mandorFabienne Blanchut prend de plus en plus d’importance dans le milieu de la littérature « jeunesse ». Connue principalement pour sa série Princesse Parfaite (illustrée par Camille Dubois), elle écrit désormais aussi pour les ados et dirige une collection de livres (tout en continuant sa brillante carrière de conceptrice d’émissions pour la télévision)…  

Dans 1749 miles (aux éditions De plaines en vallées), elle imagine avec talent et sensibilité l'amitié entre un chimpanzé pas comme les autres et un adolescent. Une longue amitié, sincère et fidèle, de celles qui changent une vie. Un roman plein d'intelligence et d'humanité, dont la lecture fait un bien fou aux jeunes et aux moins jeunes.

Voici donc la première mandorisation de Fabienne Blanchut réalisée à l'agence le 13 avril 2017. Ce ne sera sans doute pas la dernière.

Résumé du livre : fabienne blanchut,zoé princesse parfaite,1749 miles,interview,mandor

Janvier 2013, Alamogordo au Nouveau-Mexique. Joshua Shapiro revient sur les traces de son passé. Juin 1957, base du Holloman Aerospace Medical Center. À 13 ans, il se prend d'affection pour un bébé chimpanzé apeuré et maladif. À force de patience et d'amour, Ham puisque c'est le nom que Josh lui a donné, révèle une intelligence hors-norme et des qualités extraordinaires. Repéré par les ingénieurs de la NASA, il est choisi pour intégrer le programme des singes astronautes. Une aventure qui va changer à jamais leur destinée et celle de l'Humanité. [source éditeur] 

L’auteure : par le site Babelio.

Fabienne Blanchut est une auteure de livres pour enfants et scénariste de télévision française. Après une maîtrise d’histoire à l'Université de Grenoble, elle "monte" à Paris. Elle entreprend un DEA de sciences sociales à Jussieu, mais ne trouvera finalement sa voie qu'après un DESS en audiovisuel et édition à la Sorbonne. En stage de fin d'études à TF1, elle reçoit une proposition d'emploi au CSA (Conseil Supérieur de l'Audiovisuel). Elle y restera un an avant d'être rappelée par TF1 qui lui propose le poste d'observatoire de la concurrence au service de la programmation. Elle commence alors à proposer divers projets d'émissions. 
La littérature jeunesse lui tend alors les bras. Pendant deux ans, Fabienne Blanchut a travaillé en tant que libraire à Bruxelles (Libraire Jeunesse Amstramgram). Depuis 2008, elle remplit des missions de conseil dans les media et pour différentes sociétés de productions télévisuelles (en Belgique et en France).
Parallèlement, elle conçoit des émissions pour la télévision (téléfilms, séries, programmes courts, magazines, documentaires). Actuellement, plusieurs de ses émissions « tournent » sur les antennes.

fabienne blanchut,zoé princesse parfaite,1749 miles,interview,mandor

fabienne blanchut,zoé princesse parfaite,1749 miles,interview,mandorInterview :

Tu écris pour la jeunesse depuis 12 ans. Comment en es-tu arrivée à prendre ce chemin ?

Je travaillais à la programmation à TF1 sous l’ère d’Etienne Mougeotte et de Patrick Lelay. Je m’occupais spécifiquement de l’observatoire de la concurrence. Je regardais ce que faisaient les autres et je rapportais à mes supérieurs. A ce moment-là, avec Catherine Locandro, que j’avais connu en stage à la programmation d’M6, on a monté notre société de production télé. Ensemble, on a imaginé des concepts d’émissions, notamment des concepts autour de la nourriture. Mougeotte, qui avait du nez, m’a dit : « Tu es gentille Fabienne, mais la bouffe, en télé, ça ne marchera jamais ! » Prenant acte que nos projets ne l’intéressaient pas, je lui ai dit que j’allais les proposer sur d’autres chaines. Il a accepté, persuadé que personne n’allait être intéressé. Cuisine TV nous a pourtant pris notre premier concept qui s’appelait « Vous prendrez bien du fromage ?» A partir de ce moment-là, j’ai commencé à écrire et à réfléchir à d’autres concepts.

C’est l’époque aussi où Catherine Locandro commençait à écrire son premier roman, « Clara la nuit », je crois.

Oui, et je voyais qu’elle prenait beaucoup de plaisir à faire ça. Moi, en me projetant, je me suis dit que je n’écrirais jamais toute seule. J’ai un tempérament à m’associer. D’un coup, la littérature jeunesse s’est imposée à moi. J’aime l’idée d’écrire et qu’un illustrateur ou  une illustratrice s’empare de mon histoire et la transforme pour la mettre en image. Un jour, mon frère m’a fait rencontrer mon illustratrice « premium », Camille Dubois, qui est celle avec laquelle j’ai fait le plus d’albums à ce jour. Nos univers ont matché immédiatement. On est parti avec Zoé, la Princesse Parfaite.

Ça rassure d’être à deux ?

A l’époque oui, en tout cas. En plus, on se lançait. C’était la première publication pour elle et pour moi. Nous nous sommes épaulées et, aujourd’hui, c’est une amitié qui dure. En règle générale, c’est important de partager les succès comme les échecs… cela remet les pieds sur terre. Dans ce milieu-là, on peut vite avoir des ego démesurés. Princesse Parfaite, c’est 2 millions d’exemplaires vendus… on pourrait vite se prendre la tête.

Tu étais une grande lectrice ?

Oui. J’ai grandi sans télévision, du coup les livres ont toujours eu une importance incroyable dans ma vie.  J’ai commencé avec les Comtesse de Ségur, les Jules Verne, des livres comme ça.

Aujourd’hui, tu lis beaucoup de littérature jeunesse ?

Oui, je trouve que c’est une littérature beaucoup plus sensible et dense que la littérature « adulte ».

fabienne blanchut,zoé princesse parfaite,1749 miles,interview,mandorTon best-seller, c’est ta série Princesse parfaite. Tout le monde a lu une Princesse Parfaite à sa fille. Moi par exemple. Tu as l’habitude que les gens te disent ça ?

Oui, mais hormis quand je suis dans les salons du livre, je ne me rends pas compte de l’impact de cette série. J’ai parfois des ados de 17 ans qui viennent et qui me disent : « Ah ! Mais ce sont des livres de quand j’étais petite ! » C’est impressionnant parce que tu te rends compte que ce que tu écris traverse les générations. Je remarque que tous les enfants sont les mêmes. Depuis 12 ans que la série existe, c’est toujours le même regard, le même sourire, le même attachement à Zoé.

Il y a déjà 33 aventures de Princesse Parfaite publiées. Camille Dubois et toi, vous êtes pourtant beaucoup moins connues que Zoé.

La star, c’est vraiment Zoé. Sur la couverture des albums, nos noms n’apparaissent même pas. Juste à l’intérieur. De toute manière je préfère que le regard des autres soit attiré par mes personnages que par moi. Ils sont beaucoup plus intéressants et foisonnants. Je suis juste là pour tenir le crayon quand ils me racontent leurs histoires. J’invente les personnages et, ensuite, tout se met en place de manière mystérieuse et magique. Je leur laisse les portes ouvertes et toutes les possibilités. La littérature jeunesse offre cette chance-là, beaucoup plus que la littérature généraliste.

fabienne blanchut,zoé princesse parfaite,1749 miles,interview,mandor

C’est dur de se renouveler dans ce concept-là ?

Franchement non. Il suffit de décliner un thème sur  neuf scénettes. Sur la page de gauche, elle fait comme toutes les petites filles du monde et sur la page de droite, elle devient une princesse parfaite.  Pour le moment, je n’ai pas le syndrome de la page blanche. J’ai au moins une vingtaine d’histoires à écrire sans trop me torturer l’esprit.

Tu savais depuis longtemps que tu aimais raconter des histoires ?

Oui, j’adorais les rédactions quand j’étais à l’école primaire. Mon instituteur de CM1 lisait mes rédactions en classe. Il était comme transporté. Parfois, je piquais un fard, c’était un peu gênant. Aujourd’hui, il continue à me suivre et me laisse des messages sur les réseaux sociaux, c’est assez amusant. Il me lit et me donne son avis.

Aujourd’hui, tu es toujours à la télé. A la programmation d’une chaine belge.

Je suis consultante. Mais, j’ai d’autres activités encore. Je scénarise certains de mes projets en dessin-animé, je suis directrice de collection et je continue à écrire. J’aime avoir plusieurs cordes à mon arc. Dans la vie, j’ai une peur panique de m’ennuyer. Je mets un peu de moi dans chaque chose que je fais. J’ai la chance de pouvoir choisir mes projets et que l’on ne m’impose plus rien.

Même dans tes albums « jeunesse » il y a un peu de toi ?

Certainement. Zoé, ma mère te dirait que c’est un peu moi.

Toi jeune ou toi aujourd’hui ?

Un peu les deux (rires). Nos traits de caractères grandissent avec nous, je crois.

fabienne blanchut,zoé princesse parfaite,1749 miles,interview,mandor

Tu viens de signer une nouvelle collection chez Albin Michel. Peux-tu m’en parler ?

C’est une collection qui commencera en 2018. J’ai la chance d’avoir les illustrateurs avec lesquels j’ai envie de travailler depuis longtemps.

Tu es venue aussi pour me parler de ton premier roman, 1749 miles.

Je n’ai pas fait un album de cette histoire parce que le sujet était plus long à développer. De plus, je m’adresse à la tranche d’âge supérieure à laquelle je m’adresse habituellement.

C’est vrai que la littérature jeunesse est très cadrée.

Tu as des albums pour les 1-2 ans, pour les 2-4 ans, pour les 3-5 ans… etc. Clairement l’histoire de 1749 miles s’adressait à des ados, voire des adultes. J’ai beaucoup de quarantenaires qui se sont emparés de ce roman-là. Je raconte des choses qui nous ont marquées et nourries. Nous faisons partie d’une génération qui a rêvé les Etats-Unis. Ham, le chimpanzé astronaute est un parfait personnage de roman, je n’ai d’ailleurs pas romancé grand-chose.

fabienne blanchut,zoé princesse parfaite,1749 miles,interview,mandor

fabienne blanchut,zoé princesse parfaite,1749 miles,interview,mandorHam est un chimpanzé qui devient astronaute par la force des choses.

Le narrateur, Joshua Chapiro, est âgé de 70 ans et il fait un retour dans son passé en évoquant son amitié avec ce chimpanzé. Comme je suis historienne de formation, je voulais faire rejoindre la grande et la petite histoire. Je suis toujours touchée par l’amour que les animaux peuvent porter à l’être humain. Cette histoire d’amour entre Joshua et Ham est complètement pure et c’est cette pureté-là qui m’intéresse. On a tous rencontré quelqu’un qui nous a fait changer. Je pense qu’il y a des animaux qui peuvent nous rendre meilleur. A travers le personnage de Joshua, j’ai voulu raconter que ce chimpanzé a bouleversé sa vie, mais aussi l’histoire de l’humanité.

As-tu travesti la réalité historique ?

Pas beaucoup. Tout ce qui arrive au chimpanzé est vrai. La manière dont il a été trouvé au Cameroun alors qu’il se laissait mourir parce que sa mère venait de se faire tuer, le nombre d’heures d’entrainement, comment on a décidé de l’envoyer dans l’espace… tout est strictement véridique.

Ça t’a donné envie de continuer à écrire pour les ados ?

Pas forcément. Quand il y a une bonne histoire qui s’impose à moi, j’écris. Après je vois le meilleur moyen de la raconter. Dans mon écriture, rien n’est préméditée et je ne fais aucune concession pour rentrer dans des catégories d’âge ou de genre.

Tu as sorti un autre livre récemment, K comme Carafouille.fabienne blanchut,zoé princesse parfaite,1749 miles,interview,mandor

C’est une trilogie. Je suis partie dans l’idée d’écrire un album sur une petite sorcière et très vite m’est apparue un univers foisonnant autour de ce personnage. Au bout de 150 pages, j’ai compris que ce n’était pas un album illustré qui allait pouvoir accueillir mon histoire. Je suis arrivé à 200 pages pour chacun des trois livres. La trilogie s’est imposée.

Si un dessin animé est tiré d’une de tes séries, c’est la consécration suprême ?

J’avoue que ce serait pas mal. Il y a beaucoup d’appelé pour le passage de l’album à l’animation et très peu d’élus.

Il se passe beaucoup de choses autour de toi en ce moment. Nous sommes à une période charnière de ta carrière ?

Je suis en train de récolter le fruit de 15 ans de travail et d’hameçons lancés. Au fur et à mesure que ton nom commence à vouloir dire quelque chose dans ce milieu-là, certains qui t’avaient fermé la porte au nez il y a quelques années, viennent frapper à la tienne. Quand cela arrive, tu mesures le chemin parcouru.

fabienne blanchut,zoé princesse parfaite,1749 miles,interview,mandor

Pendant l'interview...

fabienne blanchut,zoé princesse parfaite,1749 miles,interview,mandorTu es depuis quelques semaines directrice de collection chez Leducs Jeunesse.

J’aime faire bouger les lignes. Jessica L. Nelson connaissait mon envie de mettre un pied dans le monde de l’édition, mais de l’autre côté de la barrière. Avec elle, nous avons contacté différentes maisons et nous avons choisi celle qui était la plus correcte en terme d’à valoir pour les auteurs et celle qui me laissait une bonne place pour accompagner les auteurs choisis. On vient de lancer la collection « Destins extraordinaires ».

Peux-tu me présenter cette collection ?fabienne blanchut,zoé princesse parfaite,1749 miles,interview,mandor

Ce sont des romanciers connus et reconnus qui s’emparent de l’enfance d’un personnage historique au moment où son destin bascule et où l’histoire va pour toujours retenir son nom. Gilbert Sinoué nous a fait l’extrême honneur d’en être le parrain. Il a écrit Je m’appelle Jeanne d’Arc et Jessica L. Nelson a été mon auteur numéro un avec Les sortilèges de Cléopâtre.

Je sais qu’il y a aussi Michel Quint qui participe à cette aventure éditoriale dédié aux 9-12 ans. Ce n’est pas compliqué de corriger ou faire des remarques littéraires à des écrivains aussi talentueux et chevronnés ?

Non, ce n’est pas compliqué. Ils le prennent très bien. Ils considèrent que cela fait partie du métier. Ils sont en demande parce que ce n’est pas un exercice qu’ils ont l’habitude de faire. Parce qu’ils me savaient « auteure jeunesse », ils se sont autorisé des questions que des auteurs jeunesse n’auraient certainement jamais osé me poser. Ils ont tous retravaillé leur texte. Il y eu parfois des versions deux, des versions trois et ils s’y sont attelés avec beaucoup d’enthousiasme et beaucoup de bonne humeur.

fabienne blanchut,zoé princesse parfaite,1749 miles,interview,mandor

Après l'interview, le 13 avril 2017, à l'agence.

06 juin 2017

Gilles Paris : interview pour Le vertige des falaises

gilles paris,le vertige des falaises,interview,le magazine des loisirs culturels auchan,mandor

(Photo : Jean-Philippe Baltel)

gilles paris,le vertige des falaises,interview,le magazine des loisirs culturels auchan,mandorCeci est la quatrième mandorisation de Gilles Paris, (la première en 2012, pour évoquer son livre Le pays des kangourous, la seconde en 2013 pour la réédition d'Autobiographie d’une courgette (qui a connu une autre vie artistique phénoménale depuis) et en 2014 pour son roman L’été des Lucioles). Gilles Paris est une figure incontournable du milieu littéraire depuis de nombreuses années. Il n’est pas seulement auteur, il est également l’un des attachés de presse les plus importants de France. On ne compte plus les écrivains qu’il défend.

Pour en savoir plus sur Gilles Paris, lisez l'excellent article du Parisien, paru récemment.

Je lui suis fidèle parce que, même si nous ne sommes pas des amis proches, nous avons des liens suffisamment forts pour que je sois très attaché à lui et à son œuvre. Elle (son œuvre) me touche profondément. Les secrets de familles, l’enfance un peu cabossée... ne me laissent pas indifférent…

Le 11 avril 2017, pour Le magazine des loisirs culturels Auchan (daté des mois d’avril et mai 2017), j’ai interviewé Gilles Paris une nouvelle fois, à l’agence. Voici ce que j’en ai retenu pour le consumer… et ensuite, je vous propose, comme souvent, un bonus mandorien.

Pages de NEWauchanBAT-1 (1).jpg

Pages de NEWauchanBAT-1 (1)2.jpg

Pages de NEWauchanBAT-1 (1)3.jpg

gilles paris,le vertige des falaises,interview,le magazine des loisirs culturels auchan,mandor

(Photo : Jean-Philippe Baltel)

gilles paris,le vertige des falaises,interview,le magazine des loisirs culturels auchan,mandorBonus mandorien :

Le succès mondial de l’adaptation cinématographique d’Autobiographie d’une courgette est-il un conte de fées ?

Oui, dans lequel il y a eu des montagnes russes. J’ai vécu des émotions fortes. Autobiographie d’une courgette, il faut le rappeler, est mon deuxième roman. Il est paru en  2002, c’est à dire il y a 15 ans. Il a déjà eu en 2007, une adaptation à la télévision  pour France 3 (sous le titre C’est mieux la vie quand on est grand), réalisé par Luc Béraud, produit par Pascale Breugnot, avec Daniel Russo qui jouait le gendarme.

Mais l’aventure du film d’animation réalisé par Claude Barras est tout à fait incroyable.

Tu peux le dire ! Je l’ai suivi de près et de loin. Je regardais un peu ce qui se disait, mais pas tout. Cette aventure incroyable m’a rendu très heureux. Nous sommes allés jusqu’à deux César, une nomination aux Oscars et à peu près 20 prix dans le monde entier. Mais pour moi, la plus importante des victoires est celle du public. Il y a eu plus de 800 000 entrées en France et  le DVD qui vient de sortir se vend très bien. C’est un peu le succès de David contre Goliath. Je rappelle que c’est un film d’auteur avec un budget correct, mais modeste par rapport aux productions américaines. Il s’est pourtant hissé vers les plus hautes sphères. Je remercie encore Claude Barras d’avoir su garder l’esprit du livre.

As-tu suivi l’élaboration de ce film d’animation ?

Non. J’ai suivi tout ça comme un fan. Je regardais les teasers, les premières images, je lisais les articles paraissant sur le projet… je n’étais pas encore en contact avec la production à ce moment-là.

La première fois que tu t’es assis pour voir le résultat final, il s’est passé quoi dans ta tête ? gilles paris,le vertige des falaises,interview,le magazine des loisirs culturels auchan,mandor

Tout ce que j’avais vu et lu au préalable m’avait rassuré. Mais c’est toujours un peu étrange de voir un film tiré d’un de ses livres. C’était une projection faite pour les partenaires du film, en avril dernier. Je me suis recroquevillé dans mon fauteuil, mais à la fin, les réactions étaient tellement bonnes que j’ai été rassuré. Depuis,  j’ai vu le film une vingtaine de fois et à chaque fois, j’ai découvert quelque chose de nouveau que je n’avais pas vu auparavant. Par exemple, j’ai remarqué qu’une de mes héroïnes, Camille, lisait Kafka, que la grenadine était rose… des détails comme ça.

Peut-on être ému par une histoire qu’on a écrit soi-même finalement ?

Pas vraiment par l’histoire, mais par le contexte, par ce que ce film a véhiculé dans ma vie. J’étais très ému à cette projection et encore plus à Cannes. Cannes, c’était la première projection publique payante. C’était une très grande salle et nous étions tous réunis. Quand le film s’est terminé, il s’est passé quelque chose de très inattendue : des applaudissements pendant 20 minutes. C’est très long 20 minutes ! J’avais ce sentiment étrange de me dire que si je n’avais pas écrit ce livre, dans cette salle, ce serait d’autres gens, une autre histoire, un autre livre, un autre film. Tatiana de Rosnay m’a raconté qu’elle a eu le même sentiment quand elle a vu pour la première fois Elle s’appelait Sarah en projection.

T’es-tu expliqué l’émotion qu’a suscitée ce film ?

Non. On explique plus les échecs que les réussites. Si on connaissait le secret d’une réussite, on ne ferait que ça. Dans le cas du film, le bouche à oreille a été très important.

gilles paris,le vertige des falaises,interview,le magazine des loisirs culturels auchan,mandor

Pendant l'interview...

Ce succès a-t-il changé ta vie ?

Ma vie s’est améliorée. Depuis toujours,  je suis quelqu’un qui n’a pas une super grande confiance en lui, mais le succès de la courgette m’a un peu galvanisé et m’a indéniablement apporté du bien-être.

Il y a quelques années, je te demandais si le fait d’être écrivain toi-même n’était pas un problème pour être attaché de presse d’autres écrivains. Aujourd’hui, tu es plus connu que beaucoup d’entre eux…

En ce moment, j’ai la chance d’avoir des auteurs qui sont extrêmement heureux pour moi et qui m’envoient régulièrement des textos et des messages d’affection. Je reste quelqu’un d’extrêmement discret.

Je peux en témoigner, tu n’as absolument pas changé.

Je ne changerai jamais tu sais. Quand on est heureux, que la réussite est là, il ne faut jamais oublier qu’il y a toujours quelqu’un pour te rappeler de descendre les poubelles.

gilles paris,le vertige des falaises,interview,le magazine des loisirs culturels auchan,mandor

Après l'interview, le 11 avril 2017.

06 avril 2017

Marc Moritz : interview pour Le roi du plaquage

marc moritz,le roi du placage,milady

Bon, les romances, ce n’est pas vraiment ma tasse de thé. Mais quand un ami écrivain se lance dans ce genre littéraire, ça pique un peu la curiosité. Que vient-il faire dans cette galère ? me suis-je dis quand il m’a annoncé sa nouvelle aventure éditoriale (cela dit, ce n'est ni sa première, ni sa dernière). Et puis, un jour, le livre est arrivé entre mes mains. J’ai eu peur. Peur de lui dire : « Ouais, c’est sympa. Sinon, tu travailles sur quoi en ce moment ? ». Mais en fait, j’ai lu. Et je me suis pris au jeu. Un vrai page turner. Bien sûr, il y a un peu d’eau de rose (mais ça sent très bon l’eau de rose), un sens narratif inné et des personnages qu’on a envie d’aimer et surtout qu’on n’a pas envie d’abandonner. Celui qui se fait appeler Marc Moritz a réussi à faire sortir mon côté midinette (oui, j'avoue, je voulais que le rugbyman réussisse à pécho la photographe). Quand j’ai fini Le roi du plaquage, j’ai appelé l’auteur pour lui demander s’il y aurait une suite (je ne vous donne pas sa réponse). Je lui ai aussi demandé de venir me voir à l’agence le 14 février dernier (oui, oui, le jour de la Saint Valentin) pour une mandorisation dans les règles de l’art.

marc moritz,le roi du placage,milady4e de couverture :

Romain Mevasta est un joueur de rugby comme on n’en fait plus. Et il le sait. C’est aussi un homme comme on n’en fait plus, mais il n’en a pas vraiment conscience. Il n’est pas de ces minets qui posent pour les calendriers. Il court les jupons c’est vrai, un peu, mais pas les soirées de presse. Très peu pour lui. À 35 ans il est en fin de carrière et se trouve à un tournant de sa vie. Il s’est taillé une réputation de cogneur dans sa folle jeunesse, mais en fait ses coéquipiers le surnomment le philosophe parce qu’il lit. C’est un bourru au cœur tendre finalement. Et sa rencontre avec Margot va le bouleverser. Margot est photographe, elle est là pour tirer le portrait des joueurs et faire la photo annuelle. Certains joueurs, dont l’ennemi juré de Romain, se montrent un peu agressifs avec elle et Romain fait alors un peu trop honneur à sa réputation. C’est le début des ennuis pour lui et d’une belle histoire entre lui et Margot à qui il devra prouver qu’il est capable de donner sa confiance.

L’auteur (selon le site de Milady):

Marc Moritz est un écrivain français du XXIe siècle, converti à la romance par Rick Castle, avec les encouragements de la muse idéale (en mieux). Sous un autre nom, il a été champion du monde de belote et a publié trois romans, il joue au rugby et lit dans son bain, il ment plutôt mal mais fait très bien la vaisselle.

Bonus : L'avis de Sophie Adriansen.

Interview : marc moritz,le roi du placage,milady

Pourquoi écrivez-vous sous pseudonyme ?

Eh bien, cher Mandor (ce ne serait pas un pseudo, ça, au fait?), vous attaquez direct ! La vérité, c'est que j'écris sous un autre nom des livres qui n'ont rien à voir – ni dans les thèmes, ni dans la façon d'écrire. Du coup, les écrire sous deux noms différents me paraissait une évidence. Et puis, je vais vous dire : le pseudonyme, quelle liberté ! On se permet tellement plus de choses... Il y a longtemps que j'y pensais, je m'en veux de ne pas l'avoir fait plus tôt. 

Votre bio sur le site de Milady, est-elle proche de la réalité ?

Sûrement. Que dit-elle, déjà ?

« Champion du monde de belote, ancien joueur de rugby, il lit dans son bain, ment très mal mais fait très bien la vaisselle »...

Ha ! Je confirme. Bon, ok, le titre de champion du monde de belote n'est pas officiel. Mais le reste est assez vrai.

Vous écrivez habituellement des livres qui n’ont rien à voir avec la romance. Pourquoi vous êtes-vous lancé dans ce genre ?

Eh bien... Au départ, je dois le dire, il y a le défi que m'a lancé une amie, Angéla Morelli, que j'ai connue à l'époque de la blogosphère libre et légère et qui est devenue l'une des grandes auteures françaises de romance. Mais la vérité, c'est que j'avais envie depuis longtemps d'écrire une histoire d'amour, une vraie. Depuis des années, mon petit plaisir secret, c'était la série Castle – pas parce que le héros est écrivain, mais pour la romance entre lui et Beckett [le lieutenant de police avec laquelle il collabore]. Pendant trois saison, ça a été mon bonbon, et puis à un moment je me suis dit (alerte métaphore vaseuse) que quitte à manger des bonbons, je pourrais fabriquer le mien, ce serait meilleur pour les dents. 

C’est quoi un livre estampillé « romance » ? Il y a des codes à respecter ?

Oh, oui, plein ! Et je les ai respectés. Bon, ok, d'habitude les héroïnes de romance sont plutôt des jeunes fragiles et j'ai pris un rugbyman de 111 kilos, mais pour le reste, j'ai vraiment respecté les codes. Parce qu'un genre, ça ne se « détourne » pas (ça, c'est un truc de petit malin prétentieux), un genre ça se respecte ! Après, à l'intérieur du cadre, on peut commencer à s'amuser – mais je n'en suis qu'à mon premier, je parle surtout en lecteur, là.  

marc moritz,le roi du placage,milady

Pendant l'interview...

Il y a quelque chose de Romain Mevasta en vous ?

Forcément, oui. J'ai suffisamment lu L'Equipe dans ma vie pour pouvoir me mettre dans la peau d'un rugbyman bagarreur en fin de carrière. Et puis, vous savez combien je suis mal à l'aise devant un appareil photo – ça, c'est le trait que j'ai prêté à Romain. Pour le reste, il s'est très bien débrouillé tout seul.  

Margot, la photographe, clairement, tout homme normalement constitué tombe amoureux d’elle. Elle est inspirée d’une femme existante ? Si oui, quelle est son identité ? Puis-je avoir son 06 ?

Je vais vous décevoir : aucun de mes personnages n'est directement inspiré de personnes réelles. Jamais. Je pourrais disserter des heures sur le sujet, mais bon, j'ai cru comprendre que vous aussi vous avez un livre à écrire. Je peux juste ajouter cette anecdote : une de mes amies a lu « Le Roi du plaquage », et elle m'a écrit : « Je sais qui est Margot ! » Je suis très très curieux de savoir qui elle a en tête...

Vous étiez à LivreParis®, la semaine dernière. Je me suis laissé dire qu’il y a eu une émeute dès votre apparition.

Haha, vous êtes bien renseigné ! Disons que ça a été un très beau moment, avec beaucoup plus de monde que je ne pensais. Des lectrices qui avaient aimé le livre et venaient me le faire signer, d'autres qui venaient le découvrir... Je suis encore tout nouveau dans cette « communauté » d'auteurs de romance, je découvre un rapport différent entre auteurs et lecteurs, très direct, avec un mélange d'enthousiasme et de respect – je le referai !

marc moritz,le roi du placage,milady

Au fond, Marc Moritz, lors de la soirée de lancement de son livre à la librairie "L'humeur vagabonde", le 14 février 2017.

A ce propos, vous perdez l’anonymat si vos lecteurs peuvent vous rencontrer. Je ne comprends rien.

Très pertinente question... Pour commencer, on peut dire (attention scoop !) que je ne suis ni Eric-Emmanuel Schmitt, ni Jean d'Ormesson. Du coup, pour les lecteurs qui me rencontrent, je suis Marc Moritz et personne d'autre. Et puis, quand bien même : je crois vraiment que les gens savent faire la part des choses. On ne lit pas une romance comme on lit un Houellebecq (scoop bis : je ne suis pas Michel Houellebecq). Du coup, j'ai fini par me dire que tout ça n'était pas bien grave. Ce qui ne m'empêche pas de refuser qu'il existe pour l'instant une « photo officielle » de Marc Moritz. Un jour peut-être, mais pas maintenant !

Ok, ok... Et maintenant, allons au fond des choses. Un homme qui écrit de la romance, ça émoustille les femmes ?

Joker !

Et écrire des scènes érotiques, ça vous a émoustillé ?

Imaginer une scène érotique, ça c'est émoustillant. L'écrire, hum... Ça doit pouvoir l'être – il faudra que je gagne en expérience pour ça, que j'arrive à les écrire en même temps que je les imagine. On en reparle dans trois ans ?  

On découvre les coulisses d’un club de  rugby. C’est un univers que vous connaissez bien. Pourquoi l’aimez-vous ?

Le côté sport d'équipe, la tension qu'il y a entre la dimension physique du combat et la nécessité de se maîtriser sur le terrain... Pour les coulisses, j'ai été moi-même joueur et entraîneur dans plusieurs sports collectifs, j'ai un ami agent de joueurs – sans parler de la lecture quotidienne de L'Equipe ! Tout ça est venu assez naturellement.  

Allez-vous continuer à écrire des romances ?

Oui ! Le plus important pour moi, avec le Roi du plaquage, c'est qu'il m'a fait retrouver le plaisir d'écrire. Du coup, oui, j'écrirai d'autres romances. Des polars, aussi - peut-être sous un autre nom, allez savoir. Mais comme je disais tout à l'heure un genre, ça se respecte. Si je veux écrire un polar, j'en lirai d'abord plein. On a le temps, hein ! Tenez, vous faites quoi, en 2022 ? 

marc moritz,le roi du placage,milady

Après l'interview... un peu de détente.

30 mars 2017

Eric Fouassier : interview pour Le piège de verre

éric fouassier,piège de verre,interview,mandor,le magazine des loisirs culturels auchan

éric fouassier,piège de verre,interview,mandor,le magazine des loisirs culturels auchanÉric Fouassier membre de l’Académie nationale de pharmacie, grand spécialiste de l’histoire de la
pharmacie qu’il enseigne en faculté depuis plus de vingt ans, est un passionné de jeux de piste et d’énigmes. Bayard ou le Crime d’Amboise est le premier tome d’une série. Le deuxième tome, Le Piège de Verre, vient de sortir en parallèle aux Éditions Jean-Claude Lattès en grand format. De livre en livre, Éric Fouassier commence à se faire un nom dans le domaine du polar historique français. Je l’ai déjà mandorisé deux fois (en 2010 et en 2011 avec son frère Luc-Michel, lui aussi écrivain… de qualité). Cette fois-ci, je l’ai interviewé pour Le magazine des loisirs culturels Auchan (daté de Février/Mars 2017).

EricFouassier.jpg

EricFouassier1.jpg

EricFouassier2.jpg

23 mars 2017

Beatrice Alemagna : interview pour Un grand jour de rien (Prix Landerneau 2017 Album Jeunesse)

alemagna-web.png

beatrice alemagna,un grand jour de rien,prix landerneau 2017 album jeunesse,interview,le magazine des espaces culturels leclerc,mandorBeatrice Alemagna est née à Bologne, en Italie. Depuis dix ans elle illustre les affiches pour L’Ecran des enfants à Beaubourg. Elle a exposé à Bologne, Milan, Rome, Paris, Reims, Lille, Bordeaux, Charleville, Munich, Lisbonne, Tokyo et Kyoto. Elle a publié une quinzaine d’albums en tant qu’auteur-illustratrice, au Seuil, chez Autrement jeunesse et Gallimard jeunesse, mais aussi chez Didier jeunesse, Rue du Monde et Thierry Magnier, travaillant parallèlement pour des auteurs comme Apollinaire, Queneau, Kristof, Huxley, Buten, Grossman, Tchékhov, Dahl, Rodari. Ses illustrations ont été souvent remarquées et primées et son livre « Mon amour » est traduit en une dizaine de langues. Au début du mois de mars, elle a reçu le Prix Landerneau 2017 Album Jeunesse pour son nouvel album, Un grand jour de rien. Je me devais donc de l’interviewer (de plus, ce livre m’a touché énormément) pour Le Magazine des Espaces Culturels Leclerc (daté du mois de mars 2017).

BeatriceAlemagna1.jpg

BeatriceAlemagna2.jpg

alemagna 2.jpg

BeatriceAlemagna3.jpg

BeatriceAlemagna.jpg

ob_d29bf1_prix-landerneau.png

22 février 2017

Fabien Muller : interview pour son roman La vitre

fabien muller,jean fabien,la vitre,édition olivier morattel,interview,mandor

J’aime la maison d’édition Editions Olivier Morattel. Elle est exigeante. Et elle publie des livres qui m’ont toujours intéressé (Quentin Mouron, si tu me regardes !) J’ai donc ouvert cette « vitre » en toute confiance. Et je n’ai pas été déçu. J’ai ri puis, au fur et à mesure que l’histoire se déroulait, j'ai retenu mes larmes. On croit lire la simple histoire d’une jeune femme dépressive et, subitement, on atterrit dans un thriller psychologique mené de main de maître. Fabien Muller (c’est l’auteur... qui a un blog formidable ici) est très fort. On ne se méfie pas de lui, on ne se méfie pas de son histoire... et bim ! Son histoire nous happe et on ne parvient pas à s’en extirper. On ouvre « La vitre » et je vous garantis qu’on n’a pas envie de la refermer (je sais, c’est facile…)

Le 17 janvier dernier, nous nous sommes retrouvés dans mon restaurant-bar préféré parisien, Le Hibou pour une première mandorisation (qui, j'espère, ne sera pas la dernière).

fabien muller,jean fabien,la vitre,édition olivier morattel,interview,mandor4e de couverture :

« Je suis née à sept mois. Pas pu attendre. Ma mère m’a expulsée distraitement, avec détachement, comme on sort les poubelles. »

Depuis toujours Hélène a le sentiment de voir le monde à distance, de ne pas en faire partie. Introvertie à tendance dépressive, elle traverse la vie en évitant tout contact avec l’autre pour ne pas trébucher et sortir des schémas ordinaires, rassurants et établis. Quand elle rencontre Camille, huit ans, et son jeune père mystérieux au passé trouble, c’est l’équilibre de leurs existences fragiles qui est remis en cause, existences qui vont exploser au hasard d’un évènement fabien muller,jean fabien,la vitre,édition olivier morattel,interview,mandordramatique.

Roman tour à tour tendre, drôle et tragique, La vitre est avant tout l’histoire d’une renaissance.

L’auteur :

Fabien Muller est né en 1974 à Paris où il vit toujours. Auteur de cinq livres remarqués, dont Comment je suis resté inconnu (Editions Paul&Mike) et L’inconvenance du désastre (Editions Langlois Cécile), il tient aussi une rubrique hebdomadaire pour le magazine français Version Femina. La vitre (Editions Olivier Morattel) est son premier ouvrage publié en Suisse.

fabien muller,jean fabien,la vitre,édition olivier morattel,interview,mandor

L'interview, le 17 janvier 2017, au Hibou.

fabien muller,jean fabien,la vitre,édition olivier morattel,interview,mandorInterview :

Fabien Muller s’est aussi appelé Jean Fabien.

J’ai commencé à écrire parce que je m’ennuyais au bureau. J’ai décidé de le faire de manière discrète. Il se trouve que je racontais notamment mes expériences sexuelles d’expatrié. Je n’avais pas envie que ça tombe dans les mains de n’importe qui. J’ai cherché le pseudo le plus stupide possible.

Pourquoi le plus stupide ?

La stupidité, c’est pas mal pour se cacher. Il y avait quelque chose de l’ordre de la pochade dans mon premier livre. Il n’y avait pas un vrai projet littéraire derrière, je voulais juste faire marrer mes potes.

Tu as commencé à écrire quand ?

En 2008. J’ai commencé en me disant que la tâche était insurmontable, donc j’ai écrit par envie, pas pour me faire publier. Mais à un moment, on arrive avec une masse de choses qui vous font dire qu’il y a là peut-être un livre.

Au final, il y a eu trois livres sous le pseudonyme de Jean Fabien.

Le premier édité s’appelait Le journal d’un écrivain sans succès, après il y a eu La perspective du primate et ensuite Comment je suis resté inconnu. Dans ces trois livres, il y a la thématique de la lose. La lose dans l’amour et l’absence de réussite professionnelle.

Tu aimes bien les personnages de loser ?

Oui, ils sont toujours sympathiques. Je peux me permettre de lui en mettre plein la tête sans que ce soit sinistre.

fabien muller,jean fabien,la vitre,édition olivier morattel,interview,mandorLe journal d’un écrivain sans succès raconte quoi?

C’est l’histoire d’un jeune informaticien qui rêve d’être édité. Mais il est beaucoup trop paresseux pour se mettre à travailler son écriture et surtout, il attire toutes les tuiles possibles et imaginables. J’évoque à la fois le monde de l’entreprise et le monde de l’édition, ainsi que leurs absurdités respectives

Et Comment je suis resté inconnu ?fabien muller,jean fabien,la vitre,édition olivier morattel,interview,mandor

Là, c’est l’histoire d’un wannabe qui aimerait bien être écrivain, mais qui se fait voler un de ses manuscrits par une ex. Elle parvient à se faire éditer à sa place. Quelques années plus tard, elle revient pour réclamer le deuxième tome parce que son éditeur le lui demande. Le type se retrouve à écrire un deuxième livre pour une ex dont il est encore un peu amoureux, ce qui lui fait oublier ses rêves de célébrité. Je parle beaucoup du monde de l’édition dans mes romans.

Ton envie d’écrire, tu te l’expliques ?

J’ai toujours cherché une façon d’exprimer quelque chose. Pendant très longtemps, j’ai fait de la guitare. Je prenais beaucoup de plaisir à faire de la musique, mais j’ai vite su que je n’avais pas beaucoup de talent pour aller au-delà dans ce domaine. Quand j’ai commencé à écrire, j’ai fait un blog, et j’ai constaté que je faisais marrer les lecteurs. Là, le feedback était immédiat. Qu’il soit positif ou négatif, ça créait un cercle vertueux. Plus j’avais de retours, plus j’avais envie d’écrire, plus ça me faisait du bien. Au final, je me suis mis à écrire régulièrement.

fabien muller,jean fabien,la vitre,édition olivier morattel,interview,mandor

Parle-moi de ton blog, Jean Fabien, auteur sans succès.

A la base, j’avais créé ce blog dans l’idée de faire du buzz avant la sortie de mon premier livre. Je racontais l’histoire d’un écrivain trop paresseux pour écrire, mais qui essaie de se motiver en se disant que, s’il devient écrivain, ce sera plus facile avec les filles. Bon, je n’ai pas fait un gros buzz, mais ça m’a permis de construire ce personnage de loser pathétique. Aujourd’hui, mon blog propose des billets d’humeurs et d’autres sur le monde de l’édition. Mon blog m’oblige à travailler, à réfléchir, à me confronter à l’écriture, ainsi, je ne tombe pas dans l’oisiveté.

Jean Fabien ressemble-t-il à Fabien Muller ?

Quand j’écrivais Jean Fabien et que je racontais à mes amis qui il était, un loser sympathique, tout le monde me répondait que je racontais ma vie. Il doit y avoir une part de moi chez Jean Fabien, mais je force le trait au maximum. A 30 ans, Jean Fabien était encore puceau, dieu merci, moi j’ai été dépucelé à 29 ans.

Parlons de ce livre signé Fabien Muller, La vitre. Là, du coup, il y a un changement d’écriture ? fabien muller,jean fabien,la vitre,édition olivier morattel,interview,mandor

J’envoie régulièrement mes ouvrages à Grégoire Delacourt qui est quelqu’un d’adorable. Il trouvait que j’avais toujours le même style. Un jour, il m’a demandé de me lâcher et d’écrire un livre qui me fasse peur. J’ai commencé La vitre en me mettant dans la peau d’une femme dépressive, on est assez loin de la thématique de Jean Fabien. Ce livre me faisait peur, car il nécessitait d’écrire hors de ma zone de confort, d’écrire quelque chose que je ne vis pas moi-même. Je ne suis pas dépressif… et encore moins une femme.

Tu as mis du temps à l’écrire ?

Oui. J’ai mis plus d’un an et demi à écrire la première version. Il y a un vrai travail d’écrivain dans le sens où il y a un travail de cohérence et que ce livre ne me ressemble pas.

Il y a plusieurs parties dans ce livre.

Pour moi, il y a trois parties. Celle où on présente Hélène qui, bien que dépressive, à une dernière arme pour elle : une certaine ironie et une bonne dose d’humour sur elle-même qui sont ses défenses immunitaires, son dernier rempart avant de sombrer. C’est pince sans rire et même parfois assez cynique. Il y a la deuxième partie, celle de la rencontre avec la petite Camille. C’est tout ce qu’Hélène n’est pas : la joie de vivre, la résilience et l’énergie. Et puis, à partir d’un élément dramatique – point central qui fait basculer le livre –, on bascule dans une espèce de thriller psychologique.

La narratrice est Hélène, tu racontes donc une histoire en te mettant dans la peau d’une femme. C’est compliqué ?

En tout cas, il faut se faire relire par des femmes. Un homme n’utilise pas du tout le même vocabulaire qu’une femme. Culturellement, les hommes et les femmes parlent différemment. Deuxième point, les femmes pensent différemment. Enfin, dans la façon dont une personne interagit avec son environnement, dont une personne réagit à des évènements, c’est pareil,  l’homme et la femme ne fonctionnent pas de la même manière. Là aussi, la relecture par des femmes a été primordiale.

fabien muller,jean fabien,la vitre,édition olivier morattel,interview,mandorC’est marrant, en lisant La vitre, je n’ai pas su si Hélène était une belle femme. Aucun indice…

Ça me fait plaisir que tu me fasses cette remarque. Je ne la décris pas et c’est volontaire. Il y a une tentation sexiste à commencer par décrire physiquement une femme dans un livre. C’est l’enfant, Camille, qui lui dit « tu es belle ». C’est là qu’elle comprend qu’elle pourrait être quelqu’un de désirable, quelqu’un qui peut renvoyer une image attirante.

Tous les personnages de ton roman ont leur part d’ombre et de lumière.

Je ne sais plus quel écrivain disait : « chacun porte en soi son enfer et son paradis ». Hélène peut paraître antipathique ou un oiseau tombé du nid que l’on a envie de protéger. Elle est assez ambivalente. Elle est asociale, son rapport au monde est hyper complexe, mais elle est attachante quand même.

Ton éditeur, Olivier Morattel est exigeant ?

Hyper exigeant ! J’ai passé des heures au téléphone avec lui, j’étais épuisé. C’est une force de travail, alors que je suis un gros paresseux. Il m’a boosté, mais il m’a bien fait souffrir. Sans lui, je crois que je ne serais pas arrivé au bout.

Ce n’est pas vexant de se faire reprendre souvent ?

Il m’a beaucoup fait réécrire, alors que moi-même je réécris beaucoup. Je suis capable de réécrire 100 fois une phrase. Il m’a fait enlever tout mon premier chapitre pour rentrer directement dans le sujet, la vie d’Hélène. Un autre éditeur, que je ne nommerai pas, m’a dit un jour : quel que soit ce que tu écris, une fois que tu penses que c’est finalisé, tu enlèves les 20 premières pages, elles ne servent à rien. Olivier et lui n’ont pas tort.

C’est émouvant la sortie d’un nouveau livre ?

Oui, parce que celui-ci est le premier livre que ma mère a lu sans lever les yeux au ciel. Il n’y a pas de gros mots, de scène de sexe à plusieurs (rires). C’est à peu près propre. Il y a du rire, de l’émotion, c’est un livre sombre, mais plein d’espoir… Je pense que c’est un livre cohérent, mais multiple.

Tu es président d’une maison d’édition, Paul & Mike.

Après avoir été édité chez eux, avec deux autres personnes, j’ai été amené à racheter Paul & Mike qui faisait faillite. C’est pour ça qu’après, j’ai cherché un autre éditeur. Je ne voulais pas m’éditer moi-même, je trouve cela un poil schizophrénique.

Tu lis donc beaucoup de manuscrits.

Oui, et je ne trouve pas qu’il y ait beaucoup de choses originales. On reçoit 1000 manuscrits par an. Si dans les 1000, il y a 10 de manuscrit originaux, c’est le bout du monde.

Tu travailles sur un nouveau livre ?

J’essaie de finir un conte philosophique politico-écologique qui s’appelle L’homme immobile. C’est l’histoire d’un homme qui ralentit jusqu’à s’arrêter complètement et en s’arrêtant, il se met à observer le monde. Sinon, je viens de finir un polar pour rire qui s’intitule Une histoire de détective racontée par une chaussette. Je ne l’ai pas encore envoyé à un éditeur…  

fabien muller,jean fabien,la vitre,édition olivier morattel,interview,mandor

Après l'interview, le 17 janvier 2017.