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09 février 2019

Maryline Martin : interview pour La Goulue, Reine du Moulin Rouge

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Louise Weber, dite La Goulue, est une figure emblématique de Paris, du Moulin Rouge et du French Cancan. Elle a su s’imposer dans le milieu mondain et côtoyer les plus grandes personnalités de son temps avant de tomber en disgrâce. A l'occasion du 90e anniversaire de sa mort, découvrez l’histoire de cette danseuse, de cette muse, de cette icône du Paris de la Belle Epoque grâce au magnifique livre de Maryline Martin (déjà mandorisée là et un jour, c'est elle qui m'a invité), La Goulue, Reine du Moulin Rouge. Nous nous sommes retrouvés dans un bar de la capitale le 28 janvier dernier.

maryline martin,la goulue,reine du moulin rouge,interview,mandor4e de couverture :

À seize ans, la future reine du cancan est blanchisseuse. Mais le soir, Louise Weber « emprunte » les robes des clientes pour courir à l'Élysée Montmartre. Celle que l'on va surnommer La Goulue se fait rapidement remarquer par sa gouaille et son appétit de vivre. Au Moulin Rouge, elle bouscule les codes en arrivant avec un bouc en laisse, détournant ainsi l'interdiction faite aux femmes d'entrer dans un lieu public sans être accompagnées par un mâle ! Immortalisée par Toulouse-Lautrec et Renoir, elle va également s'imposer dans le milieu mondain et côtoyer les plus grandes personnalités de son temps – le prince de Galles, le shah de Perse, le baron de Rothschild, le marquis de Biron… – avant de tomber en disgrâce.

Pour mener à bien cette biographie, Maryline Martin s'est plongée dans le journal intime de la danseuse, conservé au Moulin Rouge. Elle a également consulté les archives de la société des amis du Vieux Montmartre, le service de la mémoire et des affaires culturelles de la préfecture de Police et les divers documents des bibliothèques spécialisées de la Ville de Paris. À partir de ses recherches, elle a pu dessiner le portrait tendre et intimiste d'une figure incontournable de la Butte Montmartre : une femme libre, fantasque, généreuse et attachante.

L’auteure :

Journaliste littéraire, Maryline Martin a écrit des nouvelles et des romans dans lesquels elle s'interroge sur la place et le rôle des femmes dans l'histoire.

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(La  Goulue)

maryline martin,la goulue,reine du moulin rouge,interview,mandorInterview :

Avec ce livre, tu as voulu réhabiliter l’image et la mémoire de La Goulue ?

Oui, c’est exactement ça. C’est une femme dont l’image a été malmenée par des clichés réducteurs : vicieuse dénuée d’intelligence, perle sortie d’une fosse d’aisance, chair à plaisir… Personnellement, j’ai fait sa connaissance par le biais du peintre Henri de Toulouse-Lautrec. Dans sa biographie, j’ai lu qu’il avait été nommé « le peintre officiel de La Goulue ». J’ai donc eu envie d’en savoir plus sur elle. J’ai voulu feuilleter des bouquins qui parlaient de Louise Weber, son vrai patronyme, et j’ai constaté qu’il y en avait très peu. En faisant des recherches sur Internet, j’ai visionné un film sur le Moulin Rouge où il était mentionné l’existence d’un journal écrit de sa main. J’ai pris rendez-vous avec le chargé de communication du Moulin Rouge, Jean-Luc Péhau-Ricau. Je me suis présentée et lui ai exposé mon projet d’écriture. Au terme de cet entretien, riche en émotions, il m’a permis de repartir avec une copie du journal. Lui et moi avons beaucoup d’empathie pour cette femme.

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(La Goulue par Henri de Toulouse-Lautrec).

Ce n’est pas le seul document que tu as pu avoir.maryline martin,la goulue,reine du moulin rouge,interview,mandor

Non, en effet. La directrice du Musée du Vieux Montmartre, Isabelle Ducatez, m’a permis d’accéder à des documents, des photos, des extraits de journaux… En regroupant tous ces  éléments riches en informations je me suis rapidement aperçue qu’il y avait chez La Goulue autre chose qu’une personne fantasque, légère et peu cultivée. Elle était bien plus complexe que cela.

Je me suis dit en lisant ton livre que La Goulue aurait pu être une people d’aujourd’hui. Il y avait des gazettes qui parlaient des vedettes de l’époque, pas toujours de manière bienveillante, comme aujourd’hui dans Voici par exemple.

Tu as tout compris. Le Gil Blas, le quotidien dans lequel elle est le plus citée, était le Closer de l’époque. Louise Weber était très intelligente. Elle n’avait pas forcément les mots qu’il fallait pour s’exprimer à cause de son éducation, mais elle s’est beaucoup servie de la presse. Elle faisait souvent des procès, ce qui lui permettait d’avoir de la publicité dans les journaux. 

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maryline martin,la goulue,reine du moulin rouge,interview,mandorDans la relation homme-femme, La Goulue a toujours mené la danse, au propre comme au figuré.

Dans le quadrille naturaliste, plus communément appelé le French-Cancan, les femmes se démarquaient des hommes. Les hommes étaient des coqs dans un poulailler. Les femmes, elles, menaient le cavalier seul. Même si elle était en couple, elle souhaitait mener ses affaires en solo.

Au niveau de la pudibonderie, elle a été victime d’une certaine hypocrisie, non ?

Si elle levait trop haut son jupon, elle était mise à l’amende parce qu’il ne fallait pas montrer trop de chair, mais si elle ne levait pas assez haut la jambe, elle était aussi mise à l’amende parce qu’on considérait qu’elle n’exerçait pas son rôle de danseuse professionnelle. Ceci dit, on lui doit son fameux « coup de cul » (où elle montrait en retroussant ses jupons, le cœur brodé sur sa culotte) et le coup de pied  au chapeau, quand elle décoiffait d’un coup de pied le chapeau d’un spectateur qu’elle avait repéré dans l’assistance.

Sa façon de communiquer passait par la vulgarité et par les gestes.

Elle ne savait pas faire autrement, elle n’avait ni les mots, ni les codes. Elle s’était d’ailleurs vite affranchie des codes sociaux. Ce n’était pas facile d’être une femme à la Belle Epoque. L’article 213 (du code pénal) proclamait l’obéissance des femmes à leur mari et celles-ci ne pouvaient pas exercer une profession sans demander leur permission. Comme toute femme devant se rendre dans une administration devait être accompagnée d’un homme, elle a pris un bouc qu’elle promenait au bout d’une laisse. Elle portait autour du cou un petit collier de chien, c’était une de ses manières de dire « je n’appartiens à personne ». Dans le livre, je lui fais dire : « Ni dieu, ni maître ! »

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Ce n’est ni une courtisane, ni une demi-mondaine. maryline martin,la goulue,reine du moulin rouge,interview,mandor

Non, elle n’a ruiné personne et personne ne s’est suicidé pour elle. La preuve qu’elle n’était pas vénale, elle avait aussi des amants qui n’étaient pas fortunés.

Elle en avait beaucoup ?

Oui. Ça n’en faisait pas une prostituée pour autant. Quand les hommes qui collectionnent les femmes, on les considère comme des Don Juan et les femmes se font traiter de « trainées ». Je n’ai jamais compris ça.

Elle aime le sexe… avec les hommes et avec les femmes.

Elle aimait bien les femmes parce que ça la reposait des hommes.

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maryline martin,la goulue,reine du moulin rouge,interview,mandorQu’est ce qui faisait craquer les hommes chez La Goulue ?

Son petit côté borderline devait les émoustiller. Quand le bourgeois rentrait chez lui, il avait une femme clean, avec les codes de l’époque. Il avait besoin de s’encanailler, donc il allait voir un spectacle peu orthodoxe.

Beaucoup pensent que c’est elle qui a inventé le French-Cancan.

Non, elle l’a juste fait évoluer. Le chahut est devenu cancan dans  l’art de manipuler le jupon et de lever la  jambe. Grace à elle, on ne venait plus au bal pour danser, mais pour regarder danser. C’est elle qui a amené la professionnalisation de la danse. Elle était payée pour danser, ce qui était nouveau.

En te lisant, on comprend qu’elle avait un caractère bien trempé.

Au Moulin Rouge, elle menait son monde à la baguette. Avec ses copines danseuses, ce n’était pas toujours rose. Elle était la reine du Moulin Rouge et le montrait bien. Il y avait beaucoup de jalousie, mais elle voulait garder sa place. Parfois, elle pouvait en découdre avec une danseuse après le spectacle devant témoins. Un jour, elle est tombée sur plus forte qu’elle. C’était Aïcha, une femme qui allait enfanter de la mère d’Edith Piaf.

Pourquoi quitte-t-elle le Moulin Rouge ?

Elle avait pratiquement 30 ans, elle était fatiguée et en plus, elle était enceinte. Elle a accouché et très vite, Charles Zidler, l’un des deux créateurs du Moulin Rouge avec Joseph Oller, lui a intenté un procès parce qu’il l’accusait de concurrence déloyale. En effet, elle continuait à danser… même si c’était de la danse orientale.

Gros coup de cœur de Gérard Collard.

Après les années fastes du Moulin Rouge, elle s’essaie à pas mal d’activité.

Elle va danser dans une cage avec des animaux, puis carrément devenir dompteuse.

Elle était complètement inconsciente du danger. Elle a failli se faire manger par un puma.

C’est quelqu’un qui vivait l’instant présent. C’était une intuitive, une instinctive. C’était une performeuse de son époque et elle aimait attirer l’attention sur elle.

Elle a toujours été proche des animaux.

Même à la fin de sa vie, elle préférait nourrir ses animaux qu’elle-même. Elle a longtemps vécu avec une petite guenon qui est morte de pleurésie.

Symboliquement, c’est parce qu’elle n’a jamais été déçue des animaux, je suppose. Pourtant, elle a dompté tous les hommes qui ont traversé sa vie.

Le seul homme qu’elle n’a jamais réussi à dompter, c’est son fils… c’est lui qui va la mener à la ruine.

La Goulue au début des années 20, devant sa roulotte à Saint-Ouen (cette archive exceptionnelle ne contient pas de son). 

Elle a aimé son fils?maryline martin,la goulue,reine du moulin rouge,interview,mandor

Oui, à sa façon. Déjà, elle ne l’a pas élevé. Elle s’en est lassée très vite. Elle l’a donc mis en nourrice, puis en pension. Quand il est revenu vivre avec elle, c’était un jeune ado. Je subodore qu’il était jaloux de son cousin Louis, le fils de la sœur de Louise, Victorine. Elle s’en est occupée de sa naissance jusqu’à l’âge de 7 ans.

Ce fils a fait pas mal de conneries.

Pendant la Grande Guerre, en 1917, il a été condamné pour faux et usage de faux.  Il s’est battu, commis des vols. Des faits qui l’ont conduit au pénitencier… Ces informations m’ont été transmises par les Archives de Paris que je remercie d’ailleurs vivement.

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Louise Weber, à la fin de sa vie.

A la fin de sa vie, malgré elle, Louise Weber a perdu de sa superbe et est devenue, malgré elle, un peu pathétique.

Elle m’émeut beaucoup parce qu’au fond, c’est une femme qui n’a pas eu de veine. Elle n’a pas eu l’éducation lui permettant de se reposer sur des valeurs et de se construire. Elle s’est faite toute seule et à un moment donné elle a tout lâché. Ça devenait trop compliqué. Elle a épongé les dettes de son fils et a vécu d’expédients. C’est moche parce qu’elle ne méritait une fin comme ça.

"Entrée Libre" sur la 5 parle du livre de Maryline Martin.

Tu parles de déterminisme quand tu évoques Louise Weber.

Elle n’est partie de rien du tout, ensuite elle a côtoyé les grands de ce monde, puis elle a fini de là où elle venait.

Tu es romancière, as-tu inventé certaines situations ?

L’époque (de la Belle Epoque aux années folles) et le décor, je ne les invente pas. Quand Louise est dans l’atelier de Renoir, tu t’imagines bien qu’il n’y avait pas de témoins de leurs conversations et de leurs actes, donc là, je fais fonctionner mon imagination. Mais comme je n’aime pas l’à peu près, au contraire je suis d’une grande rigueur, je ne balade pas le lecteur et l’atelier du peintre, je le restitue d’après mes lectures de plusieurs biographies liées à Renoir.

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Pendant l'interview…

Du coup, ta biographie se lit comme un roman.

Je ne voulais pas faire un catalogue de coupure de journaux et d’extraits du journal de Louise. J’ai juste pris de ce que jugeais essentiel et j’ai souhaité raconter son histoire dans l’Histoire.

Je crois savoir que le Moulin Rouge continue à entretenir la tombe de La Goulue.

Oui. Ils ne l’ont pas oublié. Elle a été la plus grande vedette de ce formidable établissement.

Christophe Hondelatte raconte l'histoire de La Goulue d'après le livre de Maryline Martin (qui est interviewée par lui à l'issue de sa narration).

Ce livre va-t-il déclencher des choses en faveur de Louise Weber ?

Tant que rien n’est fait, je ne préfère pas en parler.

Quel beau film ça ferait !

Tu n’es pas le seul à me le dire…Ce serait mon rêve parce que c’est un personnage, une gouaille. Je verrais bien Myriam Boyer ou Anne Benoit dans le rôle de La Goulue… 

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Après l'interview, le 28 janvier dernier.

23 janvier 2019

Julien Blanc-Gras : interview pour Comme à la guerre

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(© Corentin Fohlen)

julien blanc-gras,comme à la guerre,stock,interview,mandorDepuis In Utero, on a bien compris que l’écrivain-voyageur Julien blanc-Gras n’allait plus se « contenter » (avec de gros guillemets) de nous trimballer aux quatre coins de la planète. Il sait parfaitement poser ses valises à Paris et en tirer des livres/romans/récits tout aussi jouissifs. Dans Comme à la guerre, il est question, de paternité et de transmission générationnelle dans un contexte de guerre et d’attentats. L’auteur est inquiet de la tournure que prend le monde, mais il élève son enfant à Paris en lui montrant le beau, ce qui donne un nouveau livre teinté d’humour, d’amour, d’émotion et de gravité (la patte Blanc-Gras quoi !)

J’apprécie tant cet auteur que je l’ai mandorisé maintes fois (la première en 2008,  la seconde en 2013… il y a un peu de lui aussi ici, la troisième en 2015 et la quatrième en 2017.)

Cette 5eme interview a été réalisée dans un bar de la rue des Petites-Ecuries, le 17 décembre dernier.

4e de couverture :julien blanc-gras,comme à la guerre,stock,interview,mandor

« Le jour de la naissance de mon fils, j’ai décidé d’aller bien, pour lui, pour nous, pour ne pas encombrer le monde avec un pessimisme de plus. Quelques mois plus tard, des attentats ont endeuillé notre pays. J’en étais à la moitié de ma vie, je venais d’en créer une et la mort rôdait. L’Enfant articulait ses premières syllabes avec le mot guerre en fond sonore. Je n’allais pas laisser l’air du temps polluer mon bonheur. » Roman d’une vie qui commence, manuel pour parents dépassés, réflexion sur la transmission, cette chronique de la paternité dans le Paris inquiet et résilient des années 2015-2018 réussit le tour de force de nous faire rire sur fond de tragédie.

L’auteur (mini bio de sa maison d’édition, Stock):

Journaliste, romancier, globe-trotter, Julien Blanc-Gras est né en 1976 à Gap. Il est l’auteur d’une dizaine d’ouvrages, dont Touriste et In utero.

Ce qu’ils disent de Comme à la guerre :

« Très juste, très touchant, Julien Blanc-Gras est en train de devenir un écrivain très important. » Frédéric Beigbeder

« Son livre est un impeccable antidote au désespoir et à la bêtise. » L’Obs

julien blanc-gras,comme à la guerre,stock,interview,mandor« Notre guerrier des temps modernes nous parle d'hier et d'aujourd'hui avec tendresse et un humour fou. » Marianne

« Hilarant, très juste, infiniment de tendresse. Julien Blanc-Gras est un vrai grand écrivain, découvrez-le. » Olivia de Lamberterie, Télématin

« Une plume frétillante et maîtrisée. » Causette

 « Un savoureux mélange d’humour et de gravité ! » Librairie au fil des pages

L’interview : julien blanc-gras,comme à la guerre,stock,interview,mandor

Est-ce que je peux dire qu’après In Utero, Comme à la guerre est ton deuxième livre « parisien » ?

Oui, cela veut dire que j’ai deux veines dans mes romans : ceux de voyages et ceux un peu plus « domestiques ». Il y a ma part aventurière et ma part de papa à la maison. J’aime bien écrire sur la partie banale de ma vie, car elle permet à beaucoup de s’identifier.

Et en même temps, dans tes livres d’écrivain-voyageur-reporter, tu vends du rêve… ce n’est pas négligeable.

Les gens se disent qu’ils ne pourront jamais faire ce que je raconte, donc ils le vivent par procuration.

Expliquons le titre de ce nouveau livre. Tu évoques cette atmosphère guerrière qui s’est déroulée à Paris lors des attentats et la Seconde Guerre Mondiale vécue par tes grands-pères.

J’ai commencé ce livre au moment des attentats. Parallèlement, je tenais, juste pour moi, le journal de l’évolution de mon fils. A un moment, je me suis dit que si je mélangeais tout ça, peut-être que je parviendrais à en faire de la matière littéraire. Un troisième élément s’est ajouté là-dessus. En l’an 2000, mon grand-père maternel, Marcel Gibert, m’a donné le journal intime qu’il avait tenu au début de la Seconde Guerre Mondiale.

Comme tu l’indiques dans ton livre, « c’était un récit factuel, minutieux, haletant et atroce ».

Oui. Je me suis dit que c’était le moment d’exploiter cette parole-là. J’ai mélangé ces trois fils narratifs pour construire Comme à la guerre. Du coup, sa structure est un peu plus complexe que ce que je fais habituellement.

C’était inespéré que tu aies en main ce carnet.

A l’âge de 24 ans, mon grand-père maternel m’a tendu un carnet en me disant : « ça n’est pas intéressant, mais si tu veux y jeter un coup d’œil… » Quand il est parti, j’ai lu un peu et je suis resté ébahi parce que je me suis rendu compte qu’il m’avait donné un journal intime qui commençait le 1er septembre 1940. C’était bouleversant à titre personnel parce que l’histoire racontée était très forte. Il m’a donné son journal à 24 ans et c’est l’âge qu’il avait quand a débuté cette guerre. J’ai relativisé immédiatement ma vie d’étudiant. Pendant que je faisais ma petite vie tranquille, lui se prenait des obus sur la tronche… J’ai fait un saut de maturité. Et puis, c’était la julien blanc-gras,comme à la guerre,stock,interview,mandordernière fois que j’ai vu mon grand-père. J’ai eu le temps de lui écrire une longue lettre pour lui expliquer ce que j’avais ressenti à la lecture de son carnet. Il me l’a donné l’air de rien, mais il y avait clairement un geste de transmission assez fort. Un an après ça, j’ai écrit mon premier livre.

Tu es allé piocher aussi du côté de ton grand-père paternel, Raphaël Blanc-Gras.

Il avait lui aussi beaucoup de choses à raconter. Mes deux grands-pères ont apporté à ce livre une dimension romanesque. Cela m’a permis de développer une réflexion sur la transmission  familiale de la violence. Il y a eu presque deux millions de prisonniers de guerre, il y a donc beaucoup de gens qui peuvent trouver des accointances avec ce que racontent mes deux papis.

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Deux pages du livret militaire de Raphaël Blanc-Gras. (Document familial).

Quelle a été la plus grosse difficulté pour écrire ce livre ?

La principale était d’articuler le récit contemporain et le récit du passé dans une certaine fluidité et cohérence. Pour intégrer les deux époques, ça a été beaucoup de travail.

Au final, le texte se lit très agréablement.

La première qualité d’un livre, il me semble, c’est qu’il ne tombe pas des mains. Je travaille donc beaucoup le rythme et le style pour qu’il soit limpide.

Tu abordes beaucoup de sujet. Il y a une réflexion du monde dans lequel on vit, la vie d’un père de famille, le terrorisme… mais rien n’est plombant. C’est grave en étant drôle. C’est la touche Blanc-Gras ?

Je pense que l’on peut parler de choses sérieuses sur un ton léger.

Tu as vécu les attentats parisiens de quelle manière ?

J’habite dans le 19e. J'ai entendu les rafales depuis mon balcon. Ca faisait tac tac tac tac tac.  Je le raconte dans le livre. Ma compagne m’a demandé s’il y avait un feu d’artifice de prévu ce soir-là. On a vite compris que ça ne faisait pas le même bruit qu’un feu d’artifice.

julien blanc-gras,comme à la guerre,stock,interview,mandorCe n’est pas la première fois que tu écris sur les attentats, je crois.

Après celui de Charlie Hebdo,  Le Livre de Poche a sorti un recueil de nouvelles intitulées Nous sommes Charlie. Comme 60 autres écrivains, j’ai écrit un texte de deux pages. J’ai aussi fait un petit texte pour Bibliobs (Nouvel obs). Ces deux textes-là sont une des matrices de Comme à la guerre.

Tu parles beaucoup de Paris.

Je voulais que ce livre soit aussi un portrait du quartier où j’habite. J’ai voulu traiter Paris comme je le fais dans mes récits de voyage.

C’est un livre positif ?

La première phrase du livre est : « Le jour de la naissance de mon fils, j’ai décidé d’aller bien... » On vit dans un monde de merde, essayons de ne pas sombrer avec l’ensemble des nouvelles dramatiques qui nous assaillent. Essayons de voir le verre à moitié plein, malgré l’atmosphère délétère. Il y a dans ce livre du volontarisme d’optimisme en rapport à la naissance d’un enfant. On n’a pas envie de se dire qu’on a fait un enfant qui va vivre dans un monde catastrophique.

Tu dis aussi dans ton livre que tu ne veux pas "encombrer le monde avec un pessimiste de plus". C’est joli dans un texte, mais y parviens-tu dans la réalité ?

Je fais tout ce qui est possible de faire pour ne pas contribuer au pessimisme ambiant et je suis heureux de constater que c’est ça que les gens retiennent de ce livre. Un journaliste du Nouvel Obs a écrit que mon bouquin était un antidote au désespoir. Rien ne peut me faire plus plaisir. Ce n’est quand même pas un manuel de développement pour savoir comment aller bien (rires).

Tu écris aussi : « Je n’allais pas laisser l’air du temps polluer mon bonheur. »

Je raconte juste ma façon d’appréhender les choses, ensuite, les lecteurs se servent, ou pas, de la posture que j’ai par rapport au monde.

Présentation du livre Comme à la guerre par l'auteur pour Hachette France.

Je trouve que tu as une écriture qui « adoucit » les évènements.

Ce n’est pas conscient, mais concernant ce livre, plusieurs fois les mots « douceur » et « tendresse » sont revenus. Je pense que c’est parce que je parle de mon enfant avec émerveillement, malgré son petit côté agaçant parfois (rires). J’ai décrit certaines situations qui en vrai peuvent être compliquées à vivre en les transformant en tranches de vies burlesques et en scènes cocasses… ce par la magie de l’autodérision.

Les nuits étaient courtes avec ton fils.

Oui, j’avoue. Et le manque de sommeil est une méthode  de torture pratiquée par les plus grands tortionnaires.

Tes premiers livres étaient assez désabusés. Beaucoup moins aujourd’hui. Que s’est-il passé ?

A 25 ans ou à 40 ans, on n’est plus tout à fait la même personne. La naissance de l’enfant change ton rapport à l’existence. Je ne peux plus me contenter d’une attitude un peu narquoise vis à vis des évènements. La fin du monde, « what the fuck ! » Ben, non, pas « what the fuck ! » parce que j’ai un enfant et que c’est important.

Tu prends plus de plaisir à écrire des livres d’écrivain voyageur ou de père de famille à Paris ?

J’aime les deux. La beauté de notre métier de journaliste et d’auteur, c’est la diversité des sujets que tu peux aborder. Ce que j’essaie de fuir, c’est la routine. J’essaie donc de passer d’un sujet à un autre.

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Julien Blanc-Gras en 4e de couv' de Libération et à côté de moi. (Pour lire son portrait, cliquez là!)

julien blanc-gras,comme à la guerre,stock,interview,mandorPour finir cette interview, je me suis laissé dire que tu écrivais des chansons.

J’aime la musique et j’aime la chanson française. J’aimerais bien écrire pour de jeunes chanteurs.teuses. Les artistes qui ont nourri mon enfance sont Gainsbourg, Renaud et Brassens. J’ai aussi une petite marotte pour Joe Dassin. Il cachait une âme torturée.

Dans tous tes livres, tu glisses des paroles de chansons.

J’en ai toujours plein dans la tête, il m’arrive donc, en effet, d’en glisser pour  m’amuser. Ce sont souvent des paroles de « classiques ». Dans celui-ci, je suis dans le train et je dis que je suis « bercé par les ronrons de l’air conditionné »…

Ah oui ! Téléphone !

Tu es fort (rires). Dans Touriste, j’ai glissé « une nuit que j'étais à me morfondre dans quelques pubs anglais du cœur de Londres… » Ça te dit quelque chose ?

(Après un  long temps de réflexion.) C’est du Gainsbourg ? Je ne me souviens plus du titre.

« Initials BB ».

Ah oui, c’est ça ! Bon, si un artiste veut te contacter pour avoir tes textes, il le peut ?

Mais absolument. Je le souhaite ardemment.

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Après l'interview, le 17 janvier 2018.

03 janvier 2019

Stéphanie Berrebi : interview pour Les nuits d'une damoiselle "Après vous Messieurs"

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Quel livre ! Il devrait être lu par tous pour comprendre les finesses des relations hommes-femmes… qui ne sont pas toujours simples. A travers les chansons qui ont rythmé ses jours et ses nuits, ma collègue journaliste musicale (et néanmoins amie, ne le cachons pas), Stéphanie Berrebi, se livre comme jamais. Il est certain que je porte un autre regard sur sa personne depuis que j’ai lu son récit. Celui d’une femme moderne, libre et libérée. Mais aussi celui d’une femme sincère qui n’a jamais eu la langue de bois. Les nuits d’une damoiselle « Après vous Messieurs ! » tient des propos qui ne vont pas toujours dans le sens de la marche féminine tant entendue après l’apparition des mouvements #metoo et #balancetonporc. Et c’est bien parce que, personnellement, je ne crois pas beaucoup au manichéisme des êtres.

Rendez-vous le 20 décembre dernier avec Stéphanie Berrebi dans un bureau du Studio des Variétés.

stéphanie berrebi,les nuits d'une damoiselle,vox scriba,interview,mandorL’auteure (photo de Cédric Nöt):

Journaliste culturelle, elle travaille pour le magazine FrancoFans. Elle représente également le magazine au sein de nombreux jury de tremplins d'artistes (Mans Cité Chanson, Grand Zebrock, Prix Georges Moustaki, Mégaphone Tour, Pic d’Or ...)

Stéphanie Berrebi est aussi co-animatrice de l’émission TriFaZé sur Radio Campus où elle accueille des artistes qui brillent dans la chanson française. En parallèle, elle écrit pour les Editions First 3 Livres (Le petit livre illustré de ceux qui sont nés en 1961, 1985 et 1986). Sortie en 2018 de son premier roman, Les Nuits d'une damoiselle (chez Vox Scriba).

Extrait de l’avant-propos : stéphanie berrebi,les nuits d'une damoiselle,vox scriba,interview,mandor(Photo de la couverture : "Musica Nuda/Cédric Nöt)

« Dans ce qui est devenu une grande foire tout à la fois de la guerre des sexes, du retour au puritanisme et un règlement de compte entre « people », j’étais une anonyme qui ne se retrouvait nulle part, à qui on ne donnait pas la parole Aujourd’hui, je la prends ! J’avais l’impression d’être face à des robots, qui avaient catégorisé le monde en deux parties : hommes = porcs, femmes = saintes. Je suis de celles qui voguent dans cette zone grise, se retrouvant dans un discours médiatiquement minimisé, celui de l’ambiguïté.

Oui, j’ai été victime, non, je ne suis pas qu’une petite chose fragile victime des hommes ! J’aime séduire et je sais en jouer quand ça m’arrange. Le sexe est devenu mon arme ! Viol, pervers narcissique, tromperies, homme marié… J’ai dans ma vie cumulé le tout, accompli le combo gagnant. Est-ce seulement de leur faute si j’ai laissé tous ces hommes entrer dans ma vie ? »

Vous pouvez commander le livre .

stéphanie berrebi,les nuits d'une damoiselle,vox scriba,interview,mandorInterview :

Pourquoi as-tu décidé de livrer un récit aussi intime ?

Lors de ma dernière rupture avec un homme marié, la première chose que je me suis dite c’est qu’il fallait que j’écrive un livre sur le fait qu’être maîtresse, ce n’est pas nécessairement être une salope. Je voulais exprimer ce que l’on est quand on est avec un homme qui n’est pas libre. Je voulais signifier que ce n’est pas obligatoirement « chercher à détruire un couple ». Avant d’attaquer ce projet, des amis m’ont conseillé de prendre un peu de recul. J’ai commencé une psychothérapie parce que cette relation était la conséquence d’une vie qui n’allait pas.

Tu as suivi ta psychothérapie alors qu’arrivaient les #metoo et #balancetonporc.

Ça m’a donné encore plus envie de prendre la parole, mais je voyais bien que sur les réseaux sociaux, je ne pouvais pas me permettre parce que je n’étais pas dans la parole dominante. J’avais cette sensation qu’il fallait avoir une vision des rapports hommes-femmes. Dès qu’on en sortait, on se faisait insulter, laminer… ce qui a été le cas pour Brigitte Lahaie, Catherine Deneuve ou Christine Angot.

Il n’y aurait pas eu ces mouvements #metoo et #balancetonporc, aurais-tu songé à écrire ce livre ?

Oui, parce que ça n’a rien à voir. Je te le répète, il y a deux ans, je voulais écrire un livre sur le rôle de la maîtresse. Je pense qu’il serait sorti de la même manière après la thérapie. Je l’écris au début du livre, quand j’ai rompu avec mon amant, j’ai passé mes nuits à lui écrire. C’était compulsif. Finalement, on retrouve pas mal de ce que je lui ai écrit dans le livre. Les débats d’après les mouvements #metoo et #balancetonporc m’ont juste aidé à trouver comment raconter cette histoire.

Tu expliques bien dans ton récit que tu n’es pas la femme parfaite, que tu n’es pas innocente de tout stéphanie berrebi,les nuits d'une damoiselle,vox scriba,interview,mandoret que tu as ta part de responsabilité dans ce qu’il t’est arrivée avec les hommes.

C’est ça. Il y a par exemple toute une partie sur un pervers narcissique, que j’appelle « le salaud » dans le bouquin. J’aurais très bien pu prendre mes responsabilités pour ne pas vivre cette vie-là avec lui. Je ne l’ai pas fait. Je l’ai laissé me bouffer, comme beaucoup de femmes se font bouffer en laissant faire. Ce que je n’ai pas aimé dans les débats, c’est que l’on plaçait les femmes comme sexe faible, éternelles victimes des hommes. Non, nous ne sommes pas des petits anges envoyés sur cette Terre, en souffrance permanente.

Tu racontes que ta vie sexuelle a commencé à l’âge de 18 ans par un viol. Est-ce déterminant pour tout le reste ?

C’est ce que j’ai essayé de raconter. Le viol en soi, je n’en étais pas responsable. Ma responsabilité, c’était d’avoir été dans le déni pendant plus de 15 ans.

Comment peut-on être dans le déni d’un viol ?

Pendant longtemps, je n’ai pas considéré avoir été violée. J’ai trouvé ces instants bizarres et pas vraiment normaux. On a toujours l’image d’un viol comme quelque chose de violent, mais ce n’est pas toujours le cas. Là, j’étais chez une personne alors que j’étais dans une situation de faiblesse, j’avais un bras dans le plâtre. Je pensais que cette personne allait m’aider, mais elle m’a enfermé chez elle. J’ai dit non, non, non, plusieurs fois, mais quand j’ai vu que l’homme était déterminé, j’ai fini par accepter cet état de fait.

Quel a été le déclic pour que tu prennes conscience que c’était un viol ?

Après une conversation avec une amie à qui j’ai raconté l’histoire il y a 10 ans. C’est elle qui m’a fait prendre conscience que c’était un viol. Malgré cela, j’ai encore mis 5 ans pour accepter l’idée. Par fierté mal placée, je ne voulais pas être une victime. C’est en grande partie pour cela que pour moi, le sexe est devenu une espèce de guerre. Pour être plus précise, une espèce de jeu qui est devenu une guerre contre moi-même.

stéphanie berrebi,les nuits d'une damoiselle,vox scriba,interview,mandorTu expliques aussi que tu as toujours su jouer de ton corps.

Oui, mais jamais dans le cadre professionnel. Je n’ai jamais couché avec qui que ce soit pour obtenir quelque chose ou pour me faire avancer professionnellement. J’ai utilisé mon corps pour charmer les hommes que je voulais pour le plaisir. Je te le redis, ça devenait un jeu qui s’est transformé en arme contre moi-même. C’est tellement facile de conquérir un homme. Les hommes qui disent non ne sont pas très nombreux au final. Les femmes ont cette supériorité sur les hommes.

Ce qui est fou, c’est que tu ne choisis jamais un prince charmant, mais toujours des hommes dans un certain schéma, à part l’homme dont tu as été la maitresse pendant des années, qui est quelqu’un de normal. 

La conséquence du viol, c’est que je suis allée vers de mauvaises relations et de mauvaises personnes. C’est un manque de confiance en soi, une espèce de haine de soi. Pendant 15 ans, j’ai reproduit les mêmes schémas, c’est pour ça que j’ai suivi une psychothérapie. Ça me rappelle une chanson d’Orelsan qui dit que « si tu as des problèmes avec tout le monde, c’est peut-être toi le problème ? »

Professionnellement, tu es considérée comme quelqu’un qui brille, de toujours joyeuse…

Alors qu’en fait, quand cette fille rentrait chez elle, elle pleurait tout le temps parce qu’elle n’allait pas. J’ai beaucoup fait semblant.

Tu as eu ton premier coup de foudre à l’âge de 11 ans.

Je le dis dans le livre, il n’y a pas d’âge pour aimer. C’était le meilleur ami de mon grand frère. Celui-là n’a pas joué avec mon corps, mais il a joué avec mes sentiments et ça a été déjà une vraie blessure dont j’ai eu du mal à me remettre.

Avoir suivi une thérapie et avoir écrit ce livre font que tu vas mieux aujourd’hui ? stéphanie berrebi,les nuits d'une damoiselle,vox scriba,interview,mandor

Le travail que j’ai fait sur moi pour reprendre confiance à fonctionné. J’ai réussi à détruire mes mécanismes pour aller vers d’autres. Lors d’une première séance, ma psychologue m’a expliqué que même si mes mécanismes étaient mauvais, ce sont les seuls que je connaissais alors je m’y confortais. J’ai réussi à passer à autre chose. Le fait est qu’aujourd’hui je viens de sortir ce bouquin et j’ai quelqu’un dans ma vie depuis quelques mois… et tout se passe bien.

Au début ce livre devait s’appeler « une vie cachée ».

Oui parce que c’était d’une régularité déconcertante. Les hommes et les cadres n’étaient pas les mêmes, mais c’était des relations qui devaient rester cachées. Finalement, les quinze dernières années, j’étais la célibataire de service.

Avais-tu une piètre opinion des hommes ?

Même pas. Non, j’avais juste une piètre opinion de moi-même.

Est-ce un livre pour les femmes uniquement ?

C’est un livre qui fait réfléchir les femmes en tout cas concernant leur part de responsabilité dans leurs histoires foireuses. Les hommes devraient aussi le lire. Certains ne se rendent pas compte de leur comportement. Je crois que ce livre permet de mieux comprendre le mécanisme féminin. En règle générale, c’est un bouquin qui fait réfléchir sur notre relation à l’autre.

Tu es un peu un personnage public, n’as-tu pas peur que les gens qui lisent ton  livre te regardent autrement ?

J’ai tellement vécu cachée que le fait de tout lâcher ne m’est pas désagréable. Ça m’a même fait du bien. J’ose espérer que les regards qui changent sur moi seront pour des regards plus bienveillants. Beaucoup ne comprenaient pas certains de mes comportements et certaines de mes souffrances, j’espère qu’avec ce livre, ils auront quelques explications.

Tes parents ont-ils lu le livre ?

Ils l’ont acheté pour me soutenir. Ma mère n’a pas commencé, mon père a commencé mais comme je suis sa fille, il n’a pas pu continuer. Il n’était pas prêt. Je me demandais s’ils allaient le lire, mais je crois que ce n’est pas possible. Il y a toujours beaucoup de pudeur entre les parents et les enfants… et vice versa.

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Pendant l'interview...

Dans ce livre, la musique est très présente. C’est bien raccord avec ton métier de journaliste musical.

J’ai ajouté des extraits de chansons, souvent populaires, qui correspondaient aux propos tenus. Ça met une distance, une respiration par rapport au livre et ça permet aussi d’universaliser le discours. Je n’ai pas réfléchi  une seconde à ce procédé, ça m’est venu immédiatement. Quand je me suis fait plaquer, les chansons « Je déteste ma vie » de Pierre Lapointe et « Amoureuse » de Véronique Sanson étaient devenues mes refuges. 

stéphanie berrebi,les nuits d'une damoiselle,vox scriba,interview,mandorTu cites souvent Georges Brassens. Il est vrai qu’il a souvent parlé de cul.

Oui et on l’a souvent taxé de misogyne alors qu’il me semble que c’est un des mecs qui a le mieux compris les femmes… et les femmes frivoles. Quand il chante des chansons comme « Embrasse-les tous » ou « Le mouton de Panurge » c’était à une époque où on ne parlait pas beaucoup de la sexualité féminine. Il m’a beaucoup appris. Brassens m’a fait comprendre qu’aimer le sexe, ce n’était pas grave.

Es-tu féministe et est-ce un livre féministe?

Je pense être féministe, mais je ne me reconnais pas dans tous les discours féministes. Je n’arrive pas à adhérer aux discours des femmes qui engagent une guerre virulente contre les hommes. Après, j’ai une conscience de femme, je suis quelqu’un d’engagé et d’humaniste, donc je vais revendiquer l’égalité des droits. Par exemple, ça me fait poser la question suivante : pourquoi tant d’hommes sur la scène française et pas assez de femmes ? Quant au livre, est-il féministe ? Je dirais que c’est un livre féministe, mais un peu à contre-courant de la pensée actuelle. En tout cas, c’est une autre voix de femme…

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Après l'interview, le 20 décembre 2018, au Studio des Variétés.

22 décembre 2018

Vincent Brunner : interview pour Le rock est mort (vive le rock!) et pour Les super-héros : un panthéon moderne

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vincent brunner,terreur graphique,interview,le rock est mort,les super héros un panthéon moderneVincent Brunner est auteur et journaliste. Je l’ai déjà dit ici, j’ai travaillé avec lui dans un journal culturel. J’aimais bien le croiser et j’avais beaucoup de respect pour ce qu’il écrivait. Je suis donc de près ses publications littéraires.

Vincent écrit sur la musique ou la BD pour Les Inrockuptibles, Libération, Telerama.fr, Topo, Tsugi ou Slate. Il est cocréateur de Tout est vrai (ou presque), programme court diffusé sur Arte qui raconte la vie des grandes personnalités en utilisant des figurines et des objets. Pour Flammarion, il a dirigé Rock Strips et Rock Strips Come Back, deux histoires du rock en BD, et publié En quarantaine avec Miossec et Sex & Sex & Rock & Roll avec Luz. Il a publié en 2014 son premier roman-jeunesse, Platine (mandorisation à lire là), toujours chez Flammarion. En 2010, chez City Editions, il a sorti Jimi Hendrix, electric life (mandorisation à lire ici).

Le 5 décembre dernier, dans un bar de la capitale, j’ai de nouveau mandorisé Vincent Brunner pour son nouveau livre Le rock est mort (vive le rock !) avec des dessins de Terreur Graphique et pour son précédent livre sorti l’année dernière, un essai intitulé Les super-héros : un panthéon moderne.

vincent brunner,terreur graphique,interview,le rock est mort,les super héros un panthéon moderneLe rock est mort (Vive le rock!)

À l’heure où les patriarches du rock remplissent des stades et font la une des journaux, il est temps de dresser un bilan… de leur état de santé! Avec la complicité de Terreur Graphique et de ses dessins mordants, Vincent Brunner dresse le portrait mi-ironique, mi-attendri de ces vieilles canailles, déglingos, mystiques, sourdingues… Entre les pages de ce livre, se côtoient parmi une centaine d’autres Patti Smith et Catherine Ringer, Roger Waters et David Gilmour, Robert Smith et Boy George!

Interview :

Tu as eu l’idée de ce livre quand, en 2016, ont disparu Prince, George Michael, Leonard Cohen, David Bowie et bien d’autres, ce qui a provoqué des innombrables RIP dans les réseaux sociaux.

J’ai eu l’impression que nous étions devenus des caisses enregistreuses à nécrologie. Ça m’agace un peu, même si je le comprends. Quand des gens si talentueux et ayant des années de carrière disparaissent, il faut prendre conscience que c’est une partie de nous-mêmes que l’on enterre. Ce sont nos souvenirs… Bref, je me suis dit à ce moment-là que ça pouvait être intéressant qu’il existe un objet, en l’occurrence un livre, pour se consoler et se préparer mentalement aux prochaines disparitions, tout en se marrant. On imagine les artistes immortels parce qu’ils continuent albums et tournées…

Tu as procédé comment pour choisir les artistes dont tu parles ?

J’ai commencé par ceux qui étaient âgés. Plus les rockers sont vieux, plus on risque de les pleurer dans peu de temps. J’ai commencé à noter des noms dans un carnet. A un  moment, je n’arrêtais plus de peur d’oublier quelqu’un. Cela m’obsédait et en même temps, je me demandais pourquoi je faisais ce livre (rires).

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(Crédits : Vincent Brunner et Terreur Graphique)

Il n’y a pas que des vieux dans ce livre… il y a Pete Doherty quand même !

Tout le monde sait qu’il joue avec le feu depuis des années. C’est sûr, il fait baisser la moyenne drastiquement. 

Il y a deux artistes évoqués morts après le bouclage.

Aretha Franklin, morte deux jours après le bouclage et Rachid Taha.

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 (Crédits : Vincent Brunner et Terreur Graphique)

Il y a plusieurs catégories : « Les déglingos », « les icones des années 80 », « les mystiques », « les vieux conservateurs »…

Il fallait bien que je les classe pour rendre l’ouvrage ludique. Là aussi, c’était amusant de placer les artistes dans une catégorie.

C’est un livre très drôle et absolument pas morbide. L’humour noir est présent à chaque page.

Avec une thématique comme celle-ci, on ne pouvait pas faire dans le premier degré. Il fallait que cela fasse sourire. J’ai écrit des fausses unes et des fausses nécrologies, hormis cela, tout est vrai. J’ai été très influencé par mon expérience d’auteur pour les pastilles diffusées sur ARTE, « Tout est vrai (ou presque) ». On part d’une biographie et on en fait quelque chose d’humoristique.

Il y a du mordant dans les textes, mais également dans les dessins de Terreur Graphique.

Pour ce livre, je l’ai contacté parce que je savais qu’il était capable de partir en vrille. C’est un héritier de Gérard Lauzier et de Claire Brétecher. Je le rapproche aussi de Luz. Il parle de la société par le prisme de l’humour.

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(Crédits : Vincent Brunner et Terreur Graphique)

Il faut bien regarder les dessins, car ils sont truffés de détails, souvent hilarants.

Oui, tu as raison. Les dessins sont aussi importants que le texte. Terreur Graphique se basait sur ce que j’avais écrit, il regardait des photos récentes de l’artiste en question et son imagination à fait le reste. Je veux préciser que nous ne sommes jamais méchants. Nous sommes toujours tendres dans nos traits d’humour un peu sarcastiques.

Tu as établi un « état de santé » pour chaque artiste évoqué.

J’ai mené l’enquête… Parfois, je n’ai pas pu le faire. Quand je parle de Gérard Manset, on sait tellement peu de choses sur lui qu’il est difficile de dire quelque chose sur sa santé.

Tu as enquêté comment ?

Pour beaucoup, il existe des biographies ou des autobiographies, ça m’a bien aidé, même si je sais qu’il faut se méfier de ce genre de bouquins où les angles sont parfois arrondis. J’ai fait aussi des recherches sur Internet pour savoir si les artistes dont je parle ont eu des problèmes de santé, s’ils ont été hospitalisés, s'ils ont annulé des concerts. J’ai vérifié leurs dernières apparitions publiques. Je n’ai jamais autant consulté les sites « people » que ces deux dernières années, parce qu’à un moment, j’ai été obligé d’en passer par là.

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(Crédits : Vincent Brunner et Terreur Graphique)

Vous touchez parfois à des intouchables, Terreur Graphique et toi. Vous n’avez pas eu de plaintes de différents fan-clubs ?

Pas encore. Je suis surpris de ne pas avoir d’insultes sur Twitter ou Facebook. Il semblerait que les lecteurs de cet ouvrage un peu provocateur aient compris le concept et le second degré. Nous rendons humains ces icones. Les désacraliser, ce n’est pas leur manquer de respect, au contraire. Leur œuvre est immortel, nous n’y touchons pas.

On apprend que pas mal d’artistes qui ont beaucoup fait d’excès ont désormais une hygiène de vie irréprochable.

Oui, c’est le cas de Madonna, Nina Hagen, Elton John ou Iggy Pop. Ce dernier a arrêté de prendre des acides chaque jour, il fait de la gym et mange du Tofu. Les rock stars qui sont encore là alors qu’ils se sont bien cramés la gueule pendant des années, c’est parce qu’à un moment, ils se sont repris en main. C’était une question de vie ou de mort.

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Vincent Brunner et Terreur Graphique en dédicace à la librairie Le Merle Moqueur.

Est-ce que le rock est mort ?

Tu es fou ! Le rock sera toujours vivant tant qu’il y aura encore trois gamins qui jouent cette musique dans un garage. Ce sont les figures mythologiques du rock qui sont en train de disparaitre, pas cette musique.

Aujourd’hui, les jeunes s’identifient plus à la musique dite « urbaine ». Rap, RN’B…

Les jeunes qui jouent du rock, et je ne vais pas les citer, sont très bons, mais au niveau du charisme, ce n’est pas hyper intense par rapport aux anciens. Ils ne délivrent plus de messages et n’ont plus d’influence sociale. Ce sont effectivement certains rappeurs ou chanteurs de RN’B qui ont pris le relais. Avant, les rockeurs faisaient bouger les lignes, ce n’est plus le cas aujourd’hui.

Quelques regrets concernant ce livre ?

Johnny est parti trop tôt. Terreur Graphique et moi, nous aurions adoré nous occuper de son cas.

Le 23 décembre 2018, Vincent Brunner interviewé sur le plateau du "64 minutes le monde en français" sur TV5 Monde. 

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Pendant l'interview...

vincent brunner,terreur graphique,interview,le rock est mort,les super héros un panthéon moderneLes super-héros : un panthéon moderne.

Argumentaire de presse :

Spider-Man et Captain America auraient-ils remplacé Zeus ou Hercule dans l’inconscient collectif ? Umberto Eco voyait déjà en Superman un personnage mythologique. Longtemps méprisés avant d’être réhabilités, désormais omniprésents au cinéma et dans la pop culture, les super-héros ont élargi leur public au-delà des seuls geeks. Hors du domaine du divertissement, ils servent de modèles fantasmés à une humanité en quête de repères. Mais que signifie cet attrait croissant pour ces archétypes ? Et si ces justiciers costumés incarnaient un nouveau panthéon laïc ? En convoquant des penseurs tels que Nietzsche, avec son concept de surhomme, ou Lévi-Strauss, avec les mythes primitifs, Vincent Brunner analyse l’évolution de la figure du super-héros et démontre que Wonder Woman ou les X-Men constituent dorénavant une véritable mythologie contemporaine.

Mini interview :vincent brunner,terreur graphique,interview,le rock est mort,les super héros un panthéon moderne

Tu es fan des super-héros ?

J’en lisais quand j’étais ado. Après j’ai décroché, puis j’ai repris il n’y a pas très longtemps. Je me suis rendu compte que je découvrais une vraie dimension intéressante que je n’avais pas capté jeune. Les histoires des super-héros sont le reflet de la société. Il y a beaucoup d’antagonismes raciaux et d’extrémismes. Les histoires parviennent à te divertir, tout en te faisant réfléchir. De bons auteurs utilisent ce format qui parait ultra balisé pour en faire quelque chose de très riche et profond. Les personnages de ces comics ont remplacé les Dieux de l’Olympe. Ce sont des totems auxquels tu ne peux pas toucher.

Tu es fasciné par eux ?

Quand j’ouvre une histoire de super-héros, il y a quelque chose du domaine du rêve qui me ramène à l’enfance. Il y a quelque chose d’immédiat qui me met dans un état d’esprit onirique.

vincent brunner,terreur graphique,interview,le rock est mort,les super héros un panthéon moderneLes super-héros ont véhiculé de la propagande, non ?

Lors de la seconde Guerre Mondiale, c’était effectivement des outils de propagande. Les premiers super-héros sont nés un peu avant, mais beaucoup sont apparus lors de cette guerre. Il fallait montrer des images de surhommes qui puissent rassurer le peuple.

Ton essai est sérieux et très bien documenté… et il est lisible par tous.

Je sais que des professeurs de 3e l’utilisent pour leur classe. J’ai fait en sorte que ce livre puisse répondre aux questions des spécialistes, mais qu’il soit accessible à tout le monde. J’ai eu la chance de m’appuyer sur des penseurs comme Friedrich Nietzsche, Edgar Morin ou Umberto Eco. Cet essai raconte l’histoire des super-héros, l’évolution de notre regard sur eux et les fondations du panthéon. J’ai souhaité aussi donner des pistes de lecture.

En décembre 2015, Vincent Brunner interviewé sur TV5 Monde pour évoquer Les super-héros, un panthéon moderne.

14 décembre 2018

Christophe Misraki : interview pour l'année hommage à son père Paul Misraki

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christophe misraki, paul misraki, compositeur, interview, mandorEn 66 ans de carrière, le répertoire du compositeur français Paul Misraki contient plus de 790 titres incluant pas moins de 350 chansons, dont la plupart font partie du patrimoine culturel français du XXè siècle (« Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux », « Tout va très bien Madame la Marquise » pour l'orchestre de Ray Ventura, « Je Chante » pour Charles Trenet… mais Edith Piaf, Yves Montand et les plus grands interprètes ont chanté sur les compositions de Paul Misraki). Le compositeur et pianiste de l'orchestre de Ray Ventura est aussi à l’origine de 185 musiques de films pour les plus grands cinéastes (Et Dieu créa la femme de Vadim, Le Doulos de Melville, Alphaville de Godard, mais aussi pour Buñuel, Chabrol, Welles, Clouzot, Becker…). Ce n’est pas tout, Paul Misraki a aussi composé 7 comédies musicales et opérettes, deux symphonies… et il a écrit quatorze romans et essais autobiographiques, philosophiques et religieux (dont l’un a été couronné par l’Académie Française).

Son site officiel.

Sa page YouTube.

Sa page Wikipédia (très complète).

"Tout va très bien, Madame la Marquise" par Sacha Distel, Jean-Pierre Cassel, Roger Pierre et Jean-Marc Thibault 

Ray Ventura et ses collégiens : "Qu'est-ce qu'on entend pour être heureux".

Charles Trenet : "Je chante".

2018 est une année riche en anniversaires de Paul Misraki :

Né il y a 110 ans, le 28 janvier 1908,

Mort il y a 20 ans, le 30 octobre 1998,

Il a composé l’un de ses plus grands succès, « Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux ? », en 1938, il y a 80 ans exactement.

Pour célébrer ces multiples anniversaires, une formidable année Paul Misraki 2018 vous est proposée, regorgeant d’événements rendant hommage à l’œuvre de l’artiste entre septembre 2018 et juin 2019.

Citons les plus proches :

-Qu’est-ce qu’on attend pour être mômes ?christophe misraki, paul misraki, compositeur, interview, mandor

200 enfants et adolescents sur scène, chansons et musiques de films. Christophe Misraki sera sur scène pour des interludes joués. Parrainage par le Grand Orchestre du Splendid.

Au Théâtre Déjazet, les 17 décembre 2018 et 25 mars 2019.

-Conférence de Christophe Misraki : La naissance du thème musical christophe misraki, paul misraki, compositeur, interview, mandordans un film.

A la Médiathèque Municipale de Paris, le 19 décembre, de 19h à 20h30.

-NORMANDIE : comédie musicale en deux actes, de Paul Misraki, Henry Decoin et André Hornez, présentée au public pour le première fois en 1936, est jouée avec l’Orchestre des Frivolités Parisiennes au Théâtre Impérial de Compiègne, en Première le 7 février 2019.

J’ai rencontré dans la maison familiale son fils, Christophe Misraki, grand chef d’orchestre de l’invocation de la mémoire de son père.

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Paul Misraki, chez lui, à la fin de sa vie.

christophe misraki,paul misraki,compositeur,interview,mandorInterview :

Pouvez-vous nous présenter votre père en quelques mots, ce qui doit être extrêmement difficile étant donné la multitude d’activité qu’il avait.

C’est effectivement très dur. Mon père est un compositeur qui a vécu 90 ans dans le XXe siècle, de 1908 à 1998. Il a déposé son œuvre à la SACEM  de 1928 à 1994, il a donc 66 ans de carrière. Il avait un talent fou parce que c’était naturel. La musique lui venait comme ça, instinctivement.

Ce qui est fou, c’est qu’il n’a même pas fait le Conservatoire.

Il n’a pas appris la musique, ça lui venait tout seul. Après, il y a un boulot de fou derrière son œuvre et ses partitions sont hyper complexes. C’est un musicien qui a duré très longtemps parce qu’il avait la possibilité de s’adapter… et il a accepté de s’adapter. Il était aussi moderne en 1972 qu’en 1928. Il était capable de faire une musique de film pour un réalisateur aussi classique que Jean Delannoy, que pour ceux de la Nouvelle Vague.

Votre père était, parait-il, quelqu’un de très gentil.

Je ne vais pas employer mes mots pour parler de comment était mon père. Je vais utiliser ceux de Martin Pénet qui a fait tout une série d’émission sur mon père (à écouter ici) sur France Musique : « Paul Misraki est un musicien surdoué qui a marqué l’histoire de la chanson et de la musique de films de façon indélébile. D’une gentillesse proverbiale, il avait en outre le talent d’aligner les tubes avec une régularité déconcertante. »

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UTOPIA (aka K), en 1951 avec de gauche à droite : Paul Misraki - compositeur, Suzy Delair, Max Elloy (debout), Oliver Hardy, Adriano Rimoldi Designer, Stan Laurel. Bref avec Laurel et hardy, quoi!

Vos grands-parents ne souhaitaient pas que votre père devienne musicien, mais plutôt assureur. Pour quelqu’un qui a composé sa première valse à 8 ans, ça devait être impossible d’emprunter une autre trajectoire que celle de la musique.

Evidemment qu’il ne pouvait pas faire autre chose. Il vivait pour la musique. Il n’a jamais compris comment les notes, voire des orchestrations complètes, lui venaient à n’importe quelle heure du jour et de la nuit.

Vous avez vécu dans une atmosphère musicale constante.

Justement pas. Mon père essayait deux trois notes, après il pouvait y avoir une heure et demie de silence total pendant lesquelles il écrivait ce qu’il entendait dans sa tête. Il y avait de longs silences à la maison, parce que dans ces moments-là, il ne fallait pas faire de bruit.

3 musiques de films composées par Paul Misraki.

Le doulos de Jean-Pierre Melleville. 

Chien perdu sans collier de Jean Delannoy.

"Les volets clos" de Jean-Claude Brialy.

Quand il créait, il était dans une certaine fragilité ?

Oui, absolument. C’est pour ça qu’il ne fallait faire aucun bruit. S’il entendait un peu fort un disque à moi, je détruisais le château de cartes qu’il y avait dans sa tête.

Il écoutait de la musique moderne ?

Il était obligé pour rester à la page et écrire des musiques de films modernes. Il écoutait mon disque des Pink Floyd, The Dark Side of the Moon, les Beatles, Simon & Garfunkel… Il essayait de comprendre cette musique électrique et électronique qui apparaissait. Il devait s’adapter constamment. La musique, dans cet appartement où nous sommes, c’était du boulot. Il n’en écoutait jamais pour lui, car ça lui donnait l’impression de travailler.

Vous tentiez vous-même de lui faire écouter des disques que vous appréciez ?

Oui, mais il considérait que c’était de la musique de sauvage. Je me souviens de ce fauteuil à côté de vous où il écoutait Wind and Wuthering de Genesis en 1976. Je ne peux pas vous dire qu’il s’en délectait.

Pourquoi défendez-vous la mémoire artistique de votre père ?

J’ai découvert l’univers de mon père il y a dix ans. Quand j’ai commencé à mettre mon nez dedans, j’ai trouvé que son œuvre était hallucinante. Je m’y suis immergé avec plaisir et j’ai vu arriver 2018, j’ai bien compris qu’il fallait qu’il se passe des choses autour de mon père. Je viens du marketing donc je sais ce que c’est que de créer un évènement ou des actus pour intéresser le public et les journalistes.

Que préférez-vous dans l’œuvre de votre père ?

J’aime bien ses chansons sentimentales avec une petite touche d’humour comme « Le petit souper aux chandelles » interprété par Henri Salvador. Mon père, lui, préférait « Insensiblement » et tout le monde est d’accord avec ça. Dans les musiques de films, on trouve aussi des joyaux. Pour le moment, j’ai un coup de cœur pour le final du film de Godard Alphaville.

Henri Salvador: "Un petit souper aux chandelles".

Alphaville de Jean-Luc Godard : Thème d'amour.

Renée Lebas : "Insensiblement".

Il n’était pas très mondain votre papa…

Il était timide. Quand il parlait musique avec des professionnels, pas de souci, mais dès qu’il s’agissait de faire des mondanités, c’était compliqué pour lui. Parler de son univers à des journalistes, par exemple, ça ne le dérangeait pas. Je suis allé sur le site de l’INA, j’ai vu qu’il y avait 351 extraits d’émissions de télé avec lui.

Lundi prochain, le 17 décembre 2018, il y a un premier spectacle, « Qu’est-ce qu’on attend pour être mômes », un cabaret musical autour des œuvres de Paul Misraki. 200 enfants et adolescents chanteront et joueront des compositions de votre père, tous gens confondus, c’est ça ?

Il y a plusieurs formations musicales d’enfants et d’adolescents qui sont impliquées. Il y aura une première partie « chansons » avec une formation orchestrale ensuite avec un big band d’enfants et d’ados. La deuxième partie, ce sera les musiques de films avec l’Orchestre des Petites Mains Symphoniques.

Vous-même, vous participez au spectacle.

Au lieu de me faire parler devant le public, on me fait jouer un rôle avec deux garçons de 13 ans qui me donnent la réplique. Ce sera un semblant de conflit de générations sur un mode humoristique pour annoncer et raconter les chansons qui vont venir. Je ne suis jamais monté sur scène pour jouer un rôle, c’est donc une grande première pour moi.

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Pendant l'interview...

christophe misraki,paul misraki,compositeur,interview,mandorVotre père écrivait beaucoup de livres sur le questionnement existentiel.

L’ensemble des livres de mon père est cohérent. On ne peut pas prendre un de ses bouquins de façon isolée, je trouve que ça a moins de sens. Le problème de Paul Misraki, c’est qu’il est né dans une famille d’assureurs. Son père voulait qu’il soit dans les assurances et lui ne vivait que pour la musique. A un moment donné, il y a eu un vrai conflit père-fils. A partir de là, il s’est posé beaucoup de questions. Qui suis-je ? A quoi ça sert que je sois ici ? Quel est le sens de tout ça ? Il a rencontré des hommes de religions diverses, il a beaucoup lu… il a fini par se convertir au catholicisme. Ses livres ont tous un rapport avec ça.

Vous les avez lus?

Oui, mais je ne suis pas un grand spécialiste de ses ouvrages. Ma sœur est beaucoup plus intéressée par cet aspect-là de sa création.

Vous êtes fier de votre papa ?

On aurait du mal à ne pas l’être. Mais, pour moi, c’est une découverte tardive. Je n’avais pas pris la mesure de son œuvre. Il a composé 180 musiques de films. Il y a des années, je ne comprends même pas comment c’est possible. En 1956, 1957 et 1958, il fait 12 musiques de films avec des partitions écrites la main, comme je vous les ai montrés dans le placard. Comment on fait ça ? Un par mois… C’est fou ! 

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Avec Christophe Misraki, dans la maison familiale, le 12 décembre 2018.

Bonus : Après mon interview, est arrivé le très sympathique Alain Leroy pour L'œil du spectacle. Voici le fruit de son travail  (parfaitement complémentaire du mien). 

18 novembre 2018

Fabien Lecoeuvre : interview pour 50 tubes de Johnny Hallyday

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Spécialiste de la chanson française, Fabien Lecœuvre est aux côtés de Patrick Sébastien depuis plus de dix ans dans l’émission Les Années Bonheur sur France 2.

Il est auteur de nombreux ouvrages consacrés à la chanson. Ses livres rassemblent d’incroyables histoires et de fabuleuses anecdotes. Des ouvrages référentiels, richement illustré, qui se classent régulièrement dans les meilleures ventes de livres. Le dernier en date s'intitule 50 tubes de Johnny Hallyday racontés par Johnny Hallyday. Interview téléphonique pour Le magazine des Loisirs Culturels Auchan (daté des mois de novembre et décembre 2018).

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Quelques tubes inoubliables de Johnny Hallyday (INA.fr).

01 novembre 2018

Françoise Bourdin : interview pour Gran Paradiso

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françoise bourdin,gran paradiso,le magazine des loisirs culturels auchan,mandorNée à Paris en 1952 de parents chanteurs lyriques, Françoise Bourdin est plongée dès son plus jeune âge dans le monde artistique. Passionnée d'équitation depuis l'adolescence, elle l'est aussi par la littérature. Elle commence, dès quinze ans, à écrire des nouvelles et publie son premier roman, Les Soleils mouillés, à l'âge de vingt ans. Plusieurs grands succès littéraires font d'elle une romancière reconnue. Elle a également signé de grandes sagas télévisées à succès : Un été de canicule et Terre indigo. Mère de deux filles, Françoise Bourdin vit en Normandie. Pour Le magazine des Loisirs Culturels Auchan daté des mois de septembre/octobre 2018, j'ai interviewé à la fin du mois d'août l'auteure pour évoquer son nouveau roman, Gran Paradiso.

 

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Archives:

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Photo datant du 3 juin 1999 à Radio Notre Dame… (donc 19 ans avant cette interview).

28 octobre 2018

Absol Vidéos, Anthox Colaboy, Sir Gibsy et Le DESSINATOR : interview pour leur BD Tubonia (tome 1)

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Vous le savez, j’ai passé beaucoup de moments dans les bureaux de l’agence Mixicom. Pendant ce temps-là, je n’ai cessé de rencontrer des YouTubers de tout poil. Des plus connus à de plus confidentiels. Un samedi, alors que je travaillais dans mon bureau, je vois arriver quelques personnes pour un tournage. Il y avait notamment les 3 vidéastes critiques sur YouTube : Absol Vidéos, Anthox Colaboy et Sir Gibsy. Ils venaient tourner un teaser pour un projet de BD. Je leur demande quelques explications et je comprends que cette bande dessinée leur permettra de prolonger leurs analyses de YouTube, sous un ton léger et un angle différent.

Après le tournage, en compagnie de LeDESSINATOR, ils sont venus m’en dire plus. C’était le 14 avril dernier. Je ne publie qu’aujourd’hui cette mandorisation parce que la BD  n’est livrée que depuis le début du  mois d’octobre.

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Le projet :

Les FDP de Tubonia ! Ou plutôt les Forces De Protection de Tubonia, est une BD mettant en scène une métaphore de YouTube dans un univers d'Heroic Fantasy.

C'est sous le crayon d'un 4e vidéaste, leDESSINATOR (Julien Parra), que Absol Vidéos, Anthox Colaboy et Sir Gibsy incarnent en BD 3 héros, Sir Gibsy, Anthox Colle-à-Bois et le Chevalier Mage Absol et ils s’apprêtent à sauver le Royaume de Tubonia d'un mal mystérieux qui ronge ses habitants !

Les porteurs du  projet :

-Absol Vidéos, un Youtuber qui fait des analyses des phénomènes liés à YouTube. www.youtube.com/absolvideos

-Anthox Colaboy, qui lui propose sous une forme humoristique des critiques de chaînes YouTube. www.youtube.com/wildesyde

-Sir Gibsy, qui à travers des coups de gueule donne son avis sur YouTube et les autres chaînes. www.youtube.com/AddictiVideoGibz

-leDESSINATOR, le dessinateur de la BD qui possède une chaîne de tuto de dessin. www.youtube.com/leDESSINATOR

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De gauche à droite, Anthox Colaboy, Sir Gibsy, LeDESSINATOR et Absol Vidéos dans mon bureau de Mixicom.

Iabsol vidéos,anthox colaboy,sir gibsy,le dessinator,tubonia,fdp,bande dessinéenterview :

Je crois que c’est Anthox qui est à l’origine de ce projet ?

Anthox : Quand leDESSINATOR a fait nos bannières, j’ai eu envie d'aller plus loin encore. Je lui ai demandé qu'il nous fasse un fan art (un poster) où nous serions tous les trois en mode Chevaliers de la Table Ronde, tel les justiciers de YouTube. C’est ainsi qu’on nous appelle. LeDESSINATOR m’a répondu qu’il n’avait pas le temps car il était très occupé. Le lendemain, il m’appelle et me dit : « Mec, on va faire mieux. On va faire une BD! »

LeDESSINATOR : J’ai pensé que décliner Anthox, Gibsy et Absol en personnages de bande dessinée était une bonne idée. Une fois que l’on a décidé d’ouvrir un financement participatif avec Ulule (voir là), nous sommes allés chez Absol pour écrire le tome 1.

(M’adressant aux trois YouTubers). L’idée de la BD, ça vous a plu immédiatement ?

Sir Gibsy : Tu m’étonnes, mégalos comme nous sommes ! (Rires) Ce qui nous a intéressé, c’est que personne n’avait eu l’idée de retranscrire l’univers de YouTube en BD.

Absol : Ce qui est fou, c’est qu’au départ, c’était un délire entre potes. Nous nous étions fixés de sortir au maximum 1000 exemplaires, donc sur Ulule, nous espérions obtenir 15 000 euros.

Mais la machine s’est emballée !

Absol : On a obtenu 521 825 euros grâce à 26 122 contributeurs. On a été le premier projet européen en termes de contributeurs en financement participatif. On a battu le record.

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Le 12 octobre 2018, tous réunis chez Anthox  pour dédicacer les bandes dessinées.

Comment expliquez-vous ce succès inouï ?

Absol : Comme le sujet évoquait YouTube, ça a intéressé les YouTubers d’en être et du coup, beaucoup, et pas des moindre, nous ont fait de la pub.

Anthox : Comme l’a dit Sir Gibsy, au départ, personne n’avait fait une BD parodiant YouTube France dans son intégralité, en plus, dans un univers médiéval fantastique. Des YouTubers ont déjà fait des bandes dessinées mais c’était des histoires fictives ou des histoires centrées sur eux. Dans notre BD à la Game of Thrones, certes, il y a nous, mais tous les YouTubers préférés des français. De plus, il y a pleins de clins d’œil à la pop culture.

LeDESSINATOR : Anthox Colaboy, Absol Vidéos et Sir Gibsy étaient déjà regroupés et considérés par le public comme les justiciers du Net. D’une certaine manière, il ne restait qu’un pas à faire pour créer une véritable histoire ancrée dans l’univers de Youtube. Les trois personnages des Forces de Protection (FDP) de Tubonia étaient là, sous mes yeux, bien vivants. Toutes les idées du scénario viennent de nos quatre expériences partagées, remaniées...

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Est-ce que tous les YouTubers figurant dans la BD ont donné leur accord ?

LeDESSINATOR : Bien sûr. Les trois personnages principaux sont Absol, Anthox et Sir Gibsy, mais nous voulions inclure des cameos. Et il était hors de questions qu’on ne leur demande pas l’autorisation. J’ai donc envoyé de nombreux mails à des YouTubers. Le premier qui m’a répondu positivement était Cyprien, ensuite Kevin Tran du Rire Jaune. C’est amusant parce que le premier est auteur de bande-dessinée et le second de manga. Ils ont été très curieux du projet. Tous les autres ont accepté et en ont parlé sur leur chaine. Ça a fait boule de neige.

Anthox et Sir Gibsy, votre spécialité dans vos videos, c’est de critiquer YouTube… enfin de donner votre avis sans langue de bois. Pourtant, les gens qui vous regardent vous aiment bien j’ai l’impression.

Sir Gibsy : Je me sens obligé de répondre. En fait, j’énerve un peu plus que les autres, je le sais. Dans la BD, qui n’est pas du tout polémique, on a mis aussi des YouTubers qu’on a nous-même critiqué. Il n’y a pas de rancœur.

LeDESSINATOR : Dans la  BD, il y a beaucoup d’autodérision dans le personnage de Sir Gibsy. Il est le gueulard, le gros bourrin qui fait parfois foirer la mission. On caricature ce que représentent Sir Gibsy, Anthox et Absol dans la tête des gens. Absol, c’est le sage par excellence, Anthox, c’est un mélange de fouine et de pile électrique. En tout cas, il n’y a aucune attaque ad hominem, ni aucun clash. D’ailleurs, le sujet du tome 1, ce sont les haters.

Définition d’haters : expression pour désigner un groupe de personnes qui, en raison d'un conflit d'opinion ou parce qu'ils détestent une personne, passe son temps à dénigrer une cible, par exemple les célébrités (ou des émissions de télévisions ou des films ou éventuellement des youtubers) grâce aux réseaux sociaux ou en commentant des articles sur internet ».

Anthox : Dans la BD, les haters ne sont pas des êtres humains à part entière. Pour répondre à ta question, j’ai l’impression que les gens aiment bien le recul et le cynisme que je mets dans mes vidéos. Les gens savent que je critique le contenu des chaines et pas les personnes. Cela dit, il m’arrive aussi de déborder de ce côté-là, mais je tente de faire attention.

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Tournage du teaser de la BD, le jour de l'interview, le 14 avril 2018.

Vous avez des personnalités clairement différentes. Ça a été facile d’écrire ensemble ? absol vidéos,anthox colaboy,sir gibsy,le dessinator,tubonia,fdp,bande dessinée

Absol : Nous sommes différents, mais très complémentaires. En écrivant, nous nous stimulions.

Anthox : On arrivait avec nos idées et les autres les rendaient encore meilleure.

Il fallait l’unanimité pour chaque gag ?

Absol : Oui. C’est arrivé que l’on perde deux heures pour un petit détail.

Qui était le plus chiant ?

Sir Gibsy : Absol, justement.

Anthox : Je vais dire aussi Absol. Ce n’est pas qu’il est chiant, mais il est perfectionniste. Il y a des détails qu’il voulait absolument ajouter et, du coup, on a perdu beaucoup de temps à le convaincre qu’il ne fallait pas en faire plus.

LeDESSINATOR : Moi, j’ai trouvé très intéressant toutes ces discussions. De plus, chacun a mis son ego de côté. Même si une personne trouvait son idée hyper drôle et que les autres n’étaient pas d’accord, chacun respectait la décision commune. C’est normal de défendre son bout de gras, mais il faut l’intelligence de céder.

Anthox : LeDESSINATOR était là aussi pour calmer nos ardeurs. Lui, il sait ce que c’est une BD. Il connait les difficultés, alors il nous disait parfois que telle ou telle idée n’était pas possible, car cela prendrait trop de pages par exemple. Il était notre modérateur.

Sir Gibsy : Pour nous, un combat, ça prend 3 cases, mais en vrai, ça prend 8 pages (rire collectif).

LeDESSINATOR : Comme j’ai une vision personnelle, si je n’arrive pas à visionner celle des autres, je ne peux pas la dessiner.

absol vidéos,anthox colaboy,sir gibsy,le dessinator,tubonia,fdp,bande dessinéeVous trois, être personnages de BD, ça vous fait quoi ?

Anthox : Mais jamais de la vie je n’aurais pensé devenir un personnage de bande dessinée. C’est juste ahurissant.

Sir Gibsy : Bien souvent, les gens voient YouTube comme un moyen de subvenir à ses besoins en faisant des vidéos. Personnellement, pour moi, YouTube, c’est un tremplin. Tu commences à faire tes vidéos, tu fais tout toi-même au départ, ensuite tu rencontres d’autres personnes, tu envisages des projets… et c’est comme ça que tu finis par aller au-delà de YouTube. C’est ainsi que nous nous sommes retrouvés dans cet étrange état : personnage de bande dessinée.

Absol : Moi, je suis surtout content parce que c’est un objet physique. On fait des vidéos YouTube, c’est numérique, alors je trouve génial d’avoir quelque chose de physique, de concret entre les mains.

Et, mine de rien, ça vous réunit ad vitam aeternam !

Absol : Mais, je vais plus loin. Ca réunit tout YouTube ! C’est un univers qui n’appartient pas qu’à nous trois. Après le tome 2, on a même envie de faire une série de spin-off avec d’autres YouTubers. Il y a énormément de YouTubers qui sont partants pour faire leur propre spin-off avec leur univers.

LeDESSINATOR : Et avec des dessinateurs différents, je précise.

Pourquoi avez-vous décidé que les histoires se déroulent dans un univers héroïco-médiéval ?

LeDESSINATOR : A la base, nous sommes partis sur l’idée d’Anthox, les Chevaliers de la Table Ronde, mais quand nous nous sommes donné rendez-vous chez Absol pour écrire le premier tome, on a hésité entre le médiéval, la SF ou le contemporain. On a choisi le médiéval.

Anthox : Je pense que le médiéval est ce qui touche le plus de monde. On pensait à Donjons et Dragons, les jeux de rôles papier, Kaamelott, Game of Thrones,  Le Seigneur des anneaux…

Absol : C’est très geek tout ça.

LeDESSINATOR : De plus, je suis moins bon en SF.

Sir Gibsy : Et j’ai l’impression que les métaphores sont plus faciles à faire dans l’univers médiéval. Je ne sais pas pourquoi.

Ce projet de BD peut-être déclinable en série télé ou dessin animé…absol vidéos,anthox colaboy,sir gibsy,le dessinator,tubonia,fdp,bande dessinée

LeDESSINATOR : Ce projet plait beaucoup. Il faut que l’on transforme l’essai avec un tome 2 plus percutant et spectaculaire.

Absol : Il n’y aura plus le phénomène de nouveauté, de curiosité, alors il va falloir faire beaucoup mieux encore. Même sur Ulule, il va y avoir des contreparties encore plus folles dont une qui n’a jamais été proposée de par le monde.

Anthox : On ne peut pas en dire plus, c’est trop gros !

Sir Gibsy : Nous avons conscience que si le tome 2 marche comme on le souhaite, ce sera déclencheur de beaucoup de choses. Pour l’instant, le plus dur est de se tempérer.

Dernière question. Pourquoi ce livre n’est pas vendu en magasin ?

LeDESSINATOR : Je viens du milieu de la bande dessinée. Le constat que je fais est clair : les auteurs/dessinateurs ne sont plus respectés, ils sont mal payés. Depuis 2012, j’ai arrêté avec ce système. Je voulais revenir dans ce milieu-là, mais dans un circuit alternatif ou les auteurs sont rémunérés à leur juste valeur. Il n’y a pas de grands méchants dans les circuits traditionnels. Les libraires sont cools, mais ils prennent 36%, les diffuseurs distributeurs prennent 20%, après, pour l’auteur, il ne reste plus grand-chose. Si on élimine ces intermédiaires-là, tout le travail revient aux auteurs. Je voulais donc passer par un système comme ça. De plus, avec YouTube, il y a un relais pas possible pour ce livre, que ferait de plus un éditeur ? J’ai donc créé ma maison d’édition personnelle pour ces deux premiers livres, pour les spin-off avec d’autres dessinateurs. Je veux lancer un circuit parallèle avec une meilleure économie. L’auteur, au lieu de toucher 8% va toucher 80%. Ce que je fais est aussi idéologique.

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De gauche à droite, Absol Vidéos, LeDESSINATOR, bibi, Anthox Colaboy et Sir Gibsy.

Pour finir, voici les 3 premières pages de la bande dessinée.

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26 octobre 2018

Gilles Paris : Interview pour La lumière est à moi et autres nouvelles

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(Photo : Didier Gaillard-Hohlweg) 

gilles paris,la lumière est à moi,interview,collection haute enfance,mandor,gallimardDans la lignée de son roman devenu culte, Autobiographie d'une courgette (Plon, 2002), adapté au cinéma en 2016 et récompensé par deux césars, Gilles Paris signe chez Gallimard (dans la collection « Haute enfance » dirigée par Colline Faure-Poirée) le recueil de nouvelles, La lumière est à moi. Une fois de plus, la plupart de ses personnages sont entre le monde de l’enfance et celui des adultes. Comme souvent chez Gilles Paris, ses histoires sont habitées par la perte et le manque d’une mère, d’un père, d’un frère ou d’une sœur. C’est beau, poignant, émouvant parfois noir... même si la lumière n’est jamais loin.

Avec ce recueil, est organisé une exposition (photographies : Didier Gaillard-Hohlweg/textes : Gilles Paris). "Des paysages saisis dans la fugacité, cet 1/125s entre ombres et lumières, comme une ouverture vers le champs des possibles, espace-temps où tout se décide. Issus de la chambre-noire, des portraits rouges, incarnations des émotions interdites. celles des personnages de Gilles Paris dans son nouvel opus La lumière est à moi.
Des extraits de textes qui ponctuent le parcours, donnant vie au tout."

Teaser de l'exposition La lumière est à moi.

J’apprécie beaucoup humainement Gilles Paris. Ses romans aussi. Ce n’est pas pour rien que je l’ai mandorisé déjà trois fois (là en 2012, là en 2014 et là en 2017). Je pense pouvoir affirmer qu’on aime bien notre rendez-vous « interview » à chaque sortie d’un de ses livres. Pour ce recueil de nouvelles, il s’est tenu le 10 octobre dernier dans le salon jaune de sa nouvelle maison d’édition, Gallimard.

4e de couverture : Anton, Eytan, Angus, Julian, Aaron, Lior, Ethel, Anna, Ruth, Ambre, Brune... Les hérosgilles paris,la lumière est à moi,interview,collection haute enfance,mandor,gallimard romanesques de Gilles Paris ont tous en commun une part d'enfance déchue, le   désir de s'échapper, happés par l'espoir d'une vie plus lumineuse. Des bords de Seine aux rivages du lac Léman, de la mer des Éoliennes à l'océan Atlantique, leurs destins intranquilles se nouent et se dénouent, à l'heure où les paysages s'incendient en fin de journée.

L’auteur : Gilles Paris travaille dans le milieu de l’édition depuis plus de 30 ans. Il a publié 5 romans, parmi lesquels Autobiographie d’un Courgette dont l’adaptation cinématographique en octobre 2016, sélectionnée aux Oscars, a reçu 20 prix dans le monde entier et deux Césars.

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(Photo : Didier Gaillard-Hohlweg) 

Igilles paris,la lumière est à moi,interview,collection haute enfance,mandor,gallimardnterview :

Tu viens de sortir un recueil de 19 nouvelles. En fait, tu as commencé l’écriture par ce genre-là.

J’en écris depuis l’âge de 12 ans. Chaque fois que j’ai signé un contrat dans une maison d’édition,  j’ai demandé si, après, je pouvais sortir un recueil de nouvelles et tous m’ont répondu non. A commencer par mon premier éditeur, Jean-Marc Roberts, qui m’a confirmé que mes nouvelles étaient superbes, qu’il y avait une atmosphère, mais qu’il préférait que j’en étire une pour en faire un roman. Il en résulte que mes deux premières nouvelles « Papa et maman sont morts » et « Icare et Camille » sont devenus mes deux premiers romans. « Icare et Camille » a été débaptisé pour devenir « Autobiographie d’une courgette ». Les éditeurs ont toujours été frileux pour publier des nouvelles, car les recueils se vendent moins bien que les romans.

La belle histoire c’est que tu as été contacté par Gallimard quand tu étais en pleine promotion de Le vertige des falaises l’année dernière.

Ils ont adoré Autobiographie d’une courgette et L’été des lucioles et ils m’ont demandé si j’accepterais d’écrire un recueil de nouvelles. Pour moi, c’était le rêve total qui se réalisait.

C’est agréable d’être demandé ?

Ça n’arrive pas souvent  parce que le milieu de l’édition est un milieu très conservateur, très hypocrite, à quelques exceptions près. Il faut vraiment trouver les bonnes personnes pour avoir une confiance mutuelle. Aujourd’hui, beaucoup d’éditeurs, pour des raisons économiques compréhensibles, font moins de paris et s’enthousiasment beaucoup plus pour des succès colossaux. Il faut faire son petit bonhomme de chemin au milieu de tout ça, ce qui n’est jamais évident. On demande davantage aux auteurs aujourd’hui qu’on ne le faisait il y a 30 ou 40  ans.

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Gilles Paris dans le salon jaune de chez Gallimard.

Il y a quelque chose qui m’interpelle sur le fait de te demander de rallonger tes nouvelles. Une gilles paris,la lumière est à moi,interview,collection haute enfance,mandor,gallimardnouvelle se suffit à elle-même. Tout y est dit, normalement. Tu n’as pas l’impression de faire du remplissage ?

Non, vraiment pas. Papa et maman sont morts, par exemple, était une longue nouvelle, voire un très court roman si j’y réfléchis. Dans mon recueil La lumière est à moi, les deux nouvelles qui font l’ouverture,  « Les pins parasols »  et « Anton-Les pins parasols », je pourrais tout à fait aller bien au-delà de ce que j’ai écrit. Ce sont deux nouvelles qui se déroulent sur près de 40 ans, je me sentirai très bien le transformer en roman.

Quel plaisir prends-tu à écrire ?

J’aime prendre le lecteur et l’emmener dans une histoire forte, passionnante, passionnelle ou l’amour et l’enfance sont très présents. J’aime l’emmener vers quelque chose qui soit de l’ordre de la lumière et du vivant. Le vivant étant quelque chose qui nous fait battre le cœur et qui nous fait avancer dans la vie.

Dans ce recueil de nouvelles, tu t’es beaucoup intéressé aux étymologies des prénoms.

L’étymologie est intéressante parce qu’elle définit le prénom. Il parait que mon prénom, Gilles, vient d’un vieux nom allemand qui veut dire otage. C’est intéressant d’apprendre ça (rires).

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"Il y a une brisure nette entre les pierres, en bas de l’avenue. Les pavés écorchés semblent suspendus au-dessus de la flaque d’eau, où se reflètent les feuilles des arbres, en ombres noires et mobiles. Une herbe humide et résistante pousse entre les pierres. J’y vois comme une promesse." 
Gilles Paris « Le fleuve des oiseaux peints » - Extrait du livre La lumière est à moi et autres nouvelles.

gilles paris,la lumière est à moi,interview,collection haute enfance,mandor,gallimardL’ombre et la lumière sont dans tous tes romans.

Les deux vont ensemble. On ne peut pas traverser une vie guilleret, léger, insouciant, à moins d’avoir un pois chiche dans la tête. La vie n’est pas comme ça. On traverse tous des épreuves qui peuvent nous affaiblir, mais si nous les affrontons, les supportons et les dépassons, ça nous rend plus grands et forts. Et ça nous emmène justement vers la lumière. 

Une des nouvelles qui m’a le plus touché dans ton recueil, c’est « La petite dernière ». L’histoire d’une petite peste qui fait ce qu’elle veut car ses parents, les élèves et le professeur à l’école, lui passent tout… il y a évidemment une triste raison à cela.

Elle a semé la terreur partout et tout le monde se tait. La chute de l’histoire est encore plus terrible que ce que l’on pouvait imaginer. Dans « Incendie » aussi, il y a une petite peste qui accuse son professeur de l’avoir violé… sauf que.

Sauf que ce n’est pas possible. Et pour cause. Bref, on ne dira rien de plus, mais bravo parce que tu nous retournes toujours à la fin de chaque nouvelle.

Quand je trouve ce qui va faire le sel de ma nouvelle, je suis entre la jubilation et la jouissance. Ecrire, c’est comme faire l’amour. Tu peux écrire machinalement, mais quand ton texte prend une sorte de relief, comme une envolée lyrique, tu ressens presque une excitation.

Je crois savoir que tu n’es jamais totalement satisfait de ce que tu écris.

C’est parce que je me dis toujours que je peux faire encore mieux. Parce que je doute perpétuellement de moi, cela m’incite à beaucoup travailler mes textes.

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"Thomas, photographe, venu pour ces montagnes roses, ce ciel qu’il dépeint d’un bleu insolent, ces gens aussi rêches que la pierre, ce vide abyssal, ce rien loin du monde. Il m’a demandé si j’accepterais d’être photographiée par lui. J’ai haussé les épaules. Une insouciance pareille n’a pas sa place dans mon monde." 
Gilles Paris « Sur le toit du monde » - Extrait du livre La lumière est à moi et autres nouvelles.

On voyage beaucoup dans ton livre. gilles paris,la lumière est à moi,interview,collection haute enfance,mandor,gallimard

Oui. A Nice, aux Etats-Unis et en Italie notamment. Je trouvais intéressant de montrer différents décors,  différents lieux. Je voulais montrer que les sentiments et les émotions  restent les mêmes où que l’on soit.

Dans ton recueil, il y a des histoires racontées par des enfants, ça chez toi, c’est systématique, mais il y a aussi, pour la première fois, des histoires racontées par des adultes.

Les nouvelles « adultes », je les ai écrites spécifiquement pour Gallimard. Elles sont sorties de moi entre juillet et octobre dernier. Il y a quelques nouvelles « enfants » qui étaient déjà écrites depuis quelques années. On a convenu avec la directrice de la collection « Haute enfance », Colline Faure-Poirée, de faire une sorte d’alternance entre les adultes et les enfants, ce qui a donné une forme de respiration, de souffle. Malgré tout, chez les adultes qui racontent, l’enfance et l’adolescence sont primordiales. Soit, ils ont vécu quelque chose pendant cette période qui ne cesse de décrire leur destinée, soit ils sont observés par un neveu, une nièce, un fils ou une fille comme un personnage presque de fiction.

Tu vas finir par l’écrire ton roman dans le registre adulte ?

Oui, ce sera le prochain roman sur lequel je travaille depuis un an. C’est un gros livre, touffu, complexe, avec beaucoup de personnages, qui va me demander encore deux ans de travail. Il sera bien sûr question de l’enfance et de l’adolescence. Ça, je ne pourrai jamais l’enlever.

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"On fait du mal sans le vouloir. On sauve des vies, on en perd d’autres. On apprend à nuancer, à ne plus s’emporter autant. C’est sûrement cela être adulte : additionner les petites lâchetés et les sentiments qui nous paraissent les plus justes."
Gilles Paris « Les pins parasols » - Extrait du livre La lumière est à moi et autres nouvelles.

gilles paris,la lumière est à moi,interview,collection haute enfance,mandor,gallimardDans ton recueil, j’ai trouvé une définition sur le fait d’être adulte exprimé par ton personnage Anton : « C’est sûrement cela être adulte : additionner les petites lâchetés et les sentiments qui nous paraissent les plus justes. »

Je fais mienne cette phrase. Quand je dis additionner les petites lâchetés, je veux parler des petits coups bas que l’on fait dont on ne parle jamais parce que l’on en est pas très fier. Ils s’additionnent les uns après les autres et en même temps, ça nous aide à grandir parce que l’on est passé à autre chose. Personne n’a été le meilleur amant, le meilleur ami, la meilleure relation possible… je parle aussi de cette petite satisfaction que l’on peut avoir de soi-même qui est un peu agaçante. Mais, il faut bien l’avouer, l’autosatisfaction, nous aide aussi à grandir.

Tu refuses d’être adulte ?

Non, parce qu’on est obligé de l’être. J’ai un appartement, je paye un loyer, des impôts… Etre adulte, c’est ça aussi malheureusement. Mais l’année prochaine, j’ai 60 ans… je n’ai pas l’impression de les avoir. Dans ma tête, j’en ai toujours 30 ans. Bref, je n’ai pas le sentiment de n’être qu’un adulte.

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Le vernissage de l'exposition "La lumière est à moi" le 2 octobre à la galerie 55 Bellechasse.

Parlons de cette histoire de photo  avec Didier Gaillard-Hohlweg. Il y a une exposition parallèlement gilles paris,la lumière est à moi,interview,collection haute enfance,mandor,gallimardà la sortie de ton livre.

Je suis très attiré par la photographie depuis longtemps et je connais le travail de Didier depuis un an et demi. J’ai vu la plupart des reportages qu’il a faits. Il a travaillé longtemps dans le domaine de la mode, ensuite comme la mode ne lui plaisait pas, il est allé couvrir des pays en conflit, en Serbie, en Bosnie, en Israël… Au lieu de photographier les gens, il a photographié les lieux. Les murs criblés de balles, des affiches de propagandes déchirées, des traces de mémoires de ce qu’il reste finalement. Il a aussi beaucoup travaillé sur la seconde guerre mondiale et ses lieux de mémoires qui existent notamment en Allemagne et en Argentine. A un moment donné, j’ai vu un reportage qu’il avait fait en Uruguay, à Colonia, et  je lui ai demandé de me passer 5 photos. Je les ai regardé un quart d’heure chez moi et j’ai inventé une histoire autour.

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"Je viens d’arriver à Colonia del Sacramento. Je suis restée longtemps sous la douche, les yeux fermés, appuyée contre le carrelage frais. Je sors de l’hôtel et marche au hasard dans cette ville d’Uruguay où j’ai vécu autrefois."
Gilles Paris « Le fleuve des oiseaux peints » - Extrait du livre La lumière est à moi et autres nouvelles.

Comment se présente cette exposition ?

Il y a des photos de paysages prisent par exemple à Malte, en Urugay, en Bretagne, en Argentine… L’idée, c’était que l’on accorde nos émotions. Le texte que l’on a mis sous chaque photo résonne sur l’émotion propre à elle. On a choisi 100 phrases tirées de mon recueil, on en a gardé 16. Lors du vernissage à la galerie 55 Bellechasse à Paris, nous étions contents, car les visiteurs regardaient autant les photos que les textes qui correspondaient. Il y avait une totale adéquation.

Tu as un deuxième livre en préparation pour ton éditrice Colline Faure-Poirée.

On a signé pour deux livres. Ce recueil de nouvelles et un livre jeunesse illustré, Inventez les couleurs, qui sortira en mars 2019 au moment du Salon du livre de Paris.

As-tu le sentiment de construire une œuvre ?

Non. De par mon métier d’attaché de presse, j’ai défendu de grands écrivains depuis 35 ans, donc je sais rester à ma place. J’estime qu’une œuvre, c’est quand tu as publié au moins 50 livres.

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Après l'interview, le 10 octobre 2018, dans les jardins de chez Gallimard.

08 octobre 2018

Adeline Dieudonné : interview pour La vraie vie

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Tous les médias spécialisés en littérature (et les autres également) le disent avec force conviction : le premier livre d’Adeline Dieudonné est un bijou finement ciselé. Qu’il provoque toutes sortes adeline dieudonné,la vraie vie,interview l'iconoclaste,mandor,fnacd’émotions oscillant entre peur, rire, tristesse…et espoir. La Vraie Vie touche tout le monde sans exception. Perso, je suis resté scotché du début à la fin. Coup de poing au cœur et à l'âme. Ce roman est un petit miracle comme on en fait peu.

J’ai interviewé Adeline Dieudonné pour le catalogue de Noël 2018 de la FNAC (voir photo à droite). Je vous propose l'article placé dans le contexte, à la fin de l'interview complète. Par souci d’honnêteté, je précise que nous avons échangé par mail, l’auteure étant en promotion (vrai tourbillon médiatique, devrais-je dire) dans toute la France, nous ne sommes pas parvenus à caler un tête à tête avant ma deadline (date à laquelle je dois rendre mon interview à ma rédaction).

adeline dieudonné, la vraie vie, interview l'iconoclaste, mandor, fnacArgumentaire de presse :

LA CONDITION PAVILLONNAIRE

Chez eux, il y a quatre chambres. Celle du frère, la sienne, celle des parents. Et celle des cadavres. Le père est chasseur de gros gibier. Un prédateur en puissance. La mère est transparente, amibe craintive, soumise à ses humeurs.

Avec son frère, Gilles, elle tente de déjouer ce quotidien saumâtre. Ils jouent dans les carcasses des voitures de la casse en attendant la petite musique qui annoncera l’arrivée du marchand de glaces. Mais un jour, un violent accident vient faire bégayer le présent. Et rien ne sera plus jamais comme avant.

LA POÉTIQUE DU CAUCHEMAR

La Vraie Vie est un roman initiatique détonant où le réel vacille. De la plume drôle, acide et sans concession d’Adeline Dieudonné jaillissent des fulgurances. Elle campe des adeline dieudonné,la vraie vie,interview l'iconoclaste,mandor,fnacpersonnages sauvages, entiers. Un univers à la fois sombre et sensuel dont on ne sort pas indemne.

L’auteure (photo à droite : Jean-François Robert):

Adeline Dieudonné est née en 1982. Elle habite Bruxelles. Dramaturge et nouvelliste, elle a remporté grâce à sa première nouvelle, Amarula, le Grand Prix du concours de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Elle a publié une nouvelle, Seule dans le noir aux éditions Lamiroy, et une pièce de théâtre, Bonobo Moussaka, en 2017. La Vraie Vie est son premier roman.

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(Photo : Stéphane Remael)

adeline dieudonné, la vraie vie, interview l'iconoclaste, mandor, fnacInterview :

On suit votre héroïne de 10 à 15 ans. Pourquoi avoir écrit sur la perte de l’innocence d’une jeune fille en construction ?

Je ne sais pas trop. Cette histoire est née toute seule, je n’avais pas de volonté de parler d’un sujet en particulier. Mais l’adolescence est une période qui me fascine, c’est le moment des grandes métamorphoses, des émotions brûlantes…

Peut-on dire que votre roman est une fable sur la violence et la maltraitance ?

Oui, il y a de ça. J’aime bien l’aspect fable ou conte, ça permet de prendre du recul sur la violence, tout en la restituant avec beaucoup d’intensité. Mais de nouveau, ce sont des sujets qui se sont imposés à moi, je n’ai pas prémédité l’écriture…

Le père qui a trois passions (la chasse, la télé et le Whisky) lui propose deux alternatives dans la vie: adeline dieudonné,la vraie vie,interview l'iconoclaste,mandor,fnacêtre prédatrice ou une proie. Où trouve-t-elle la force de s’opposer à cette vision binaire ? (Photo de droite : Gael Maleux)

C’est une bonne question. Probablement dans l’amour qu’elle ressent pour son petit frère. Peut-être aussi qu’il y a une forme d’instinct de survie là-dedans. Et puis elle a le modèle de sa mère, auquel elle ne veut surtout pas ressemble. Son amie Monica arrive au bon moment avec la figure de Marie Curie, qui fait mouche. Avec Marie Curie ma jeune héroïne comprend que rien n’est joué d’avance, que ce sera certainement plus compliqué pour elle parce qu’elle est une fille mais qu’elle a la possibilité d’échapper au déterminisme de son père.

La narratrice aime son frère avec la tendresse d’une mère. Pourquoi se sent elle obligée de tout faire pour le sauver du traumatisme dont il fait l’objet ?

Parce que leurs parents font défaut. Et qu’elle sait que le petit ne peut compter que sur elle. Elle a peur de la solitude. Si elle perd son petit frère, elle sera complètement seule dans cette famille. Socialement, il est tout ce qu’elle a. Du moins au début de l’histoire…

adeline dieudonné,la vraie vie,interview l'iconoclaste,mandor,fnacL’accident du glacier est à la fois épouvantable et presque drôle. Il fallait envisager l’humour pour décrire l’horreur ? (Photo de gauche : Gael Meleux.)

Oui, je crois que c’est indispensable. En tout cas, je ne pouvais pas imaginer raconter cette scène autrement. C’est tellement atroce que sans humour, on tombait vite dans le pathos. Et puis j’aime bien mélanger les émotions, c’est là que le travail d’écriture devient intéressant.  Jusqu’où des mélanges atypiques peuvent rester harmonieux? C’est un peu comme en cuisine…

Tout le monde s’accorde à dire que votre écriture est au scalpel. « Il n’y a pas un mot en trop et pas un mot qui manque ». C’est difficile de trouver l’efficacité immédiate ?

Ça n’est pas difficile mais ça m’oblige à être extrêmement connectée à mes émotions. Et puis c’est aussi du travail de réécriture, je dois repasser sur le texte et le nettoyer de tout ce qui est superflu.

François Busnel a dit que ce roman était à ranger entre Stephen King et Amélie Nothomb. Ce sont deux références qui vous conviennent ?

Oui et elles sont extrêmement flatteuses! Mais j’ajouterais Thomas Gunzig, qui m’influence aussi énormément. Si on parle du mélange d’émotions, de l’étrangeté, du ton grinçant, de la jubilation dans la noirceur, ce sont des choses que j’ai puisées dans son écriture.

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Adeline Dieudonné a reçu son prix des mains de Daniel Pennac, invité d'honneur du 3e salon Fnac Livres, lors de l’inauguration de la manifestation le 14 septembre à Paris à la Halle des Blancs-Manteaux.

adeline dieudonné, la vraie vie, interview l'iconoclaste, mandor, fnacQu’avez-vous ressenti en apprenant que vous aviez remporté le prix du roman Fnac ?

Tout d’abord l’incrédulité. J’avoue que je n’avais pas envisagé cette possibilité. Puis j’ai pleuré comme une gamine avec mon éditrice… C’est incroyable d’être choisie par des libraires et des lecteurs, dans un contexte extrêmement démocratique et ce, parmi d’autres romans exceptionnels. Avec toute l’équipe de l’Iconoclaste, on est sur un petit nuage…

Vous êtes nommés pour de nombreux prix donc les prix Goncourt et Renaudot. Vous en revenez ?

Non. Pas du tout. Au mois de mai, quand mon éditrice m’a dit qu’elle allait envoyer La Vraie Vie pour les prix littéraires, j’ai rigolé. Je n’aurais jamais imaginé que les jurys de ces grands prix puissent se pencher sur mon petit roman.

Voici donc l'interview telle qu'elle est parue dans le catalogue de Noël 2018 de la FNAC.

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20 septembre 2018

16e salon du livre et de la chanson de Randan : Photos et commentaires

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salon du livre et de la chanson,randan,mandor,l'aventure starmaniaLa Chanson des Livres est le premier salon entièrement consacré à la chanson francophone. Il se tient à Randan, dans le Puy-de-Dôme. Inauguré en 2003, ce salon invite en Auvergne, face à l’orangerie du château de Randan, une vingtaine d’auteurs, artistes, biographes et chroniqueurs pour deux journées de rencontres, de débats et de dédicaces avec un public passionné par la chanson française.

J’avais déjà été invité il y a deux ans pour présenter mon livre sur Louane (voir là).

Les 15 et 16 septembre dernier, la seizième édition de ce salon a reçu Anne Sylvestre, Nilda Fernandez, l’immense parolière Vline Buggy (50 chansons pour Claude François, "Céline" pour Hugues Aufray, "Les bals populaires" pour Michel Sardou, "Pour le plaisir" pour Herbert Léonard, etc. etc.), Corine Marienneau (ex-Téléphone), Jacqueline Boyer, Richard Gotainer, Emma Daumas, Chris Evans, parmi d’autres auteurs et quelques spécialistes de la chanson (Stéphane Loisy et Baptiste Vignol pour leur nouvel ouvrage sur Jacques Brel, "40 ans, 40 chansons", rédigé avec Bruno Brel et moi pour mon livre-référence sur Starmania,).

Voici donc quelques photos commentées de ces deux journées fort sympathiques.

Le 15 septembre d’abord :

Comme nous respectons la nature et l'écologie, nous sommes partis de Paris en covoiturage, la chanteuse Jacqueline Boyer, l'attaché de presse Eric Durand et moi-même. C'est Alexandre Deffrenne qui conduisait. Merci à lui! Voici une photo à mi-parcours sur une aire d'autoroute.

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La salle nous accueillant était encore vide à notre arrivée. Normal, le salon ouvrait deux heures après. J'étais ravi de constater que ma place était à côté de celle de Nilda Fernandez, dont j'aime beaucoup les chansons et la personnalité.

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Ce livre me dit vaguement quelque chose...

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Avec mon ami, Olivier Vadrot, un fidèle compagnon de ma vie littéraire. 

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Papotage entre voisins de table. Nilda Fernandez, la grande classe!

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De longues heures de discussions...

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Ici, Corinne Marienneau et Emma Daumas (en arrière plan, toujours Nilda et moi.)

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On se connait depuis une heure, mais nous, c'est quand même à la vie à la mort quoi!

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Ici, Doune Corbier, la femme de François Corbier (disparu l'année dernière et qui était un fidèle de ce salon). A côté, Richard Gotainer (une de mes idoles dans la chanson française).

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Notre chauffeur, Alexandre Deffrenne se faisant dédicacer un disque par Richard Gotainer, seul artiste à ne pas présenter de livres. L'exception qui confirme la règle. 

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Vue d'ensemble du salon.

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Une petite visite d'une amie amatrice de chansons, Edalina. Et hop! Un exemplaire vendu (même pas, elle l'avait déjà acheté à sa sortie).

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Jacqueline Boyer, Anne Sylvestre en moi, sagement, devant nos tables...

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Jacqueline François et Nilda Fernandez.

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La salle de l’Ancien Marché, où se tient le salon, se situe juste en face de l’entrée du Chateau de Randan, dont le parc, ce week-end là, était ouvert pour les journées du patrimoine. Qu'avons nous fait à la fin de la première journée? Nous sommes allés le visiter avec un guide (très prolixe). Ici, de gauche à droite, Olivier Vadrot, Richard Gotainer et la femme qu'il aime, un bout de je ne sais pas qui et Corine Marienneau.

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Olivier Vadrot et Richard Gotainer.

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Tout le groupe écoute religieusement le guide.

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Richard Gotainer et Corinne Marienneau.

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Les mêmes…

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Richard Gotainer et Al Pacino.

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Le soir, l'apéro avant le somptueux diner. Quelques auteurs…

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Tout ce beau monde le refait (le monde).

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Le diner se passe bien. Vous reconnaitrez à cette table notamment la parolière Vline Buggy, Emma Daumas, Corinne Marienneau, Richard Gotainer, Baptiste Vignol et bibi.

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Les mêmes… de loin.

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Richard Gotainer, Baptiste Vignol, Vline Buggy et moi.

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Petit trinquage de fin de soirée entre Anne Sylvestre et Richard Gotainer.

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Deux artistes importants de la chanson française dans deux genres différents. Privilège d'être là et d'assister à cette rencontre.

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Passons à présent au 16 septembre. Le monde arrive. Ici Jacqueline Boyer et Anne Sylvestre.

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Jacqueline Boyer et Anne Sylvestre, tout sourire (enfin, surtout l'une des deux).

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Petite pause entre collègues de salon. (La grande Anne Sylvestre quoi!)

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Entre deux charmantes personnes, Vline Buggy et Jacqueline Boyer (deux rayons de soleil). Et Corine Marienneau qui court derrière pour figurer sur la photo (même pas vrai, elle rejoignait simplement sa place).

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Vline Buggy et Corinne Marienneau.

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Petite pause entre collègues de salon (bis). Notez la mise en scène, l'ex Téléphone, Corinne Marienneau montrant son téléphone. C'est très fort. Symboliquement, je veux dire. 

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Alexandre Deffrenne et Emma Daumas photographiés par Kevin Escudero.

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La lumineuse et positive Emma Daumas avec Olivier Vadrot.

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Avec Olivier Vadrot et Nilda Fernandez (grand monsieur de la chanson et grand monsieur tout court).

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Avec Pascal Pacaly et Chris Evans, voisins de table également.

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Edda Mathillon et Kevin Lescudero. D'ailleurs, j'en profite pour dire un grand merci à Edda qui est l'organisatrice principale de ce salon. Elle est d'une grande gentillesse, ainsi que toute son équipe. Nous sommes toujours reçu comme des rois avec beaucoup de bienveillance. C'est rare. 

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A la prochaine édition, j'espère!

03 septembre 2018

Daniel Pennac : interview pour Mon frère et le Salon Fnac Livres

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daniel pennac,salon fnac livres,mon frère,interview,mandorLa troisième édition du Salon Fnac Livres se déroulera du 14 au 16 septembre 2018, à la Halle des Blancs Manteaux, à Paris. L’invité d’honneur de cette année est Daniel Pennac. Il remettra le 17ème Prix du Roman Fnac lors de la cérémonie d’ouverture, vendredi 14 septembre à 17h00. L’occasion de l’interviewer le 12 juillet dernier pour le journal des abonnés de la FNAC, Contact (tirage: 1 million 500 000 exemplaires), pour qu’il nous parle notamment de son nouveau roman, Mon frère et du Salon Fnac Livres 2018. Dans ce récit tendre, drôle et parfois cinglant, il dresse le portrait de son grand frère, Bernard, disparu il y a une dizaine d’années, entrecoupé d’extraits de la pièce Bartleby, le scribe, d’après une nouvelle d’Herman Melville.

(Rappel : En 2009, à Paris, Daniel Pennac donnait une série de lectures-spectacles de la nouvelle de Melville, Le Scribe, où il interprétait le rôle du scribe, Bartleby, cet employé aux écritures qui se dérobe aux consignes, aux invites et sommations de son employeur par une formule polie et désolée, toujours la même : «I would prefer not to», une esquive intraduisible dans les idiomes besogneux. Quelque chose comme : «Je préférerais ne pas», «Je ne préférerais pas», ou «J'aimerais autant pas».)

Voici ce qui est paru dans le journal Contact :

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Vous voyez, c'est assez court, alors je vous propose ici la version longue de l’interview (parce qu’avec Mandor, rien ne se perd).

Idaniel pennac,salon fnac livres,mon frère,interview,mandornterview: 

Il a fallu 10 ans après la mort de votre frère pour que vous écriviez ce livre sur lui.

C’était le 12 juillet 2017, à 5 heures et demi… (Daniel Pennac s’interrompt) Tiens ! Ca fait juste un an aujourd’hui, c’est amusant cette coïncidence… Bref, je me suis réveillé avec ce fort désir d’écrire sur Bernard et, en tête, la structure du livre telle que vous l’avez lu. J’avais essayé plusieurs fois sans y parvenir, parce que l’émotion était trop grande et les sensations de tristesse et de mélancolie empêchaient le souvenir. Mais ce matin-là, cela m’a paru comme une évidence narrative absolue de mettre en rapport Bernard et mon envie de monter au théâtre Bartleby de Melville. Vraiment, j’insiste, il y avait organiquement un rapport consubstantiel, un rapport de vitalité pure, entre le fait d’avoir monté Bartleby et le fait d’avoir écrit ce livre. C’est la même chose.

Votre adaptation de Bartleby et vos souvenirs de Bernard se sont entremêlés selon un rythme qui s’est imposé de lui-même?

Tout cela est tissé, absolument indémêlable, aussi mécaniquement enchaîné que le « marabout-bout de ficelle ». Et pourtant, après l’avoir réécrit et relu cinquante fois, je ne m’attends jamais au chapitre qui va suivre.

Il y avait du Bartleby chez votre frère ?

Mon frère avait en tout cas une forte résistance au monde consumériste et à toutes les idioties qui vont avec, c’est-à-dire le désir de carrière, les mondanités, la consommation… Les gros consommateurs, les grands carriéristes, les mondains frénétiques considèreraient cela comme du Bartlebyste chez Bernard, moi, je considère ça comme une grande sagesse. S’il était un personnage littéraire, il serait à classer du côté des non-désirants.

Qu’aimez-vous chez Bartleby ?daniel pennac,salon fnac livres,mon frère,interview,mandor

Par le biais de Melville, Bartleby a profondément interrogé le 20e siècle à partir des années 50. Dans notre société de satiété, d’explications permanentes, ce refus absolu de jouer le jeu et de donner la moindre explication à ses décisions et au refus lui-même m’impressionne.

Vous écrivez dans votre livre « Melville, c’est de la pâte à pain, c’est épais sans être lourd, c’est gorgé de sens et de silence ». L’écriture de Pennac, c’est la même chose ?

Pas vraiment. L’écriture de Melville est une écriture spécifique, extrêmement travaillée, comme la pâte à pain est travaillée. Ce qu’il raconte est une analyse sociétale, de milieu, d’éducation. C’est ça qui est extraordinaire chez Melville… et ce n’est pas du tout mon écriture à moi.

Votre livre donne envie de relire Bartleby.

Tant mieux, parce que j’espérais bien qu’après lecture de mon livre, ça donne envie au plus grand nombre possible de lire ou relire cette nouvelle essentielle.

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Daniel Pennac, 3 ans, et son frère Bernard, 8 ans.

(Photo : Gallimard)

daniel pennac,salon fnac livres,mon frère,interview,mandorVous dites que vous avez aimé votre frère comme personne d’autre, mais qu’au fond, vous ne savez pas qui vous avez perdu. Est-ce que vous le connaissez mieux après l’écriture de ce livre ?

Ca a ressuscité une connivence. En matière de connaissance humaine, avec lui, la connivence me suffit. J’ai retrouvé notre fraternité.

Vous vous aimiez, mais vous ne communiquiez pas beaucoup. D’ailleurs, vous expliquez dans le livre que vous étiez « les derniers représentants du monde du silence ». Le monde du silence, ça ne vous concerne plus. Vous communiquez beaucoup depuis quelques années.

J’ai d’abord été professeur de littérature. J’ai toujours refusé de faire de la psychologie avec mes élèves parce que je ne pense pas que ce soit le bon moyen de  pédagogie, mais effectivement, un professeur est dans la communication permanente avec l’élève. Il transmet un type de savoir, la littérature, qui est lui-même la trace du désir permanent de communiquer de l’humanité. De ce point de vue, je suis communiquant, même si je déteste ce mot. J’ai donc des rapports avec les gens, mais au plan strictement privé, je suis très réservé. Vous entendrez assez peu de chose sur mon intimité. L’intimité est une valeur.

Vous expliquez qu’à la mort de votre frère, vous n’avez plus eu peur de votre propre mort.

Après sa mort, j’ai eu plein d’accidents. Pendant 6 mois, je n’ai pas été suicidaire, mais j’étais déconnecté du danger. Je ne faisais attention à rien en matière de précaution. Je n’avais conscience de rien, je prenais donc des risques non calculés. Je traversais la route sans regarder par exemple, je suis tombé d'une falaise, des choses comme ça. Ma tête, mon esprit et mon corps n’étaient plus reliés… Ça a été un des effets du deuil sur moi daniel pennac,salon fnac livres,mon frère,interview,mandor

Est-ce que ça vous a fait du bien d’écrire ce livre ?

En ce qui me concerne, ça me fait toujours du bien d’écrire. Comme je vous le disais tout à l’heure, ce livre-là en particulier m’a juste installé dans une connivence retrouvée avec mon frère et ça m’a fait beaucoup de bien. J’ai ressenti de la douceur et de la tranquillité.

Aimeriez-vous refaire ce spectacle-lecture sur Bartleby ?

Ce qui m’empêche de refaire ce spectacle c’est le désir de faire des choses nouvelles. Là, par exemple, je suis en train d’adapter à la scène la bande dessinée que j’ai faite avec Florence Cestac, Un amour exemplaire. Nous le jouerons cet automne au Théâtre du Rond Point avec des comédiens.

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Vous êtes l’invité d’honneur du Salon Fnac Livres. C’est un honneur ?

J’en suis très heureux, bien sûr. C’est une des modalités de la vie littéraire d’aujourd’hui. Les lecteurs se rassemblent, se rencontrent et rencontrent des auteurs, c’est une forme de vie formidable.

Ce statut d’écrivain populaire, vous le vivez comment ?

Je ne sais pas quoi vous dire là-dessus. Ma vie s’est faite ainsi. C’est comme ça. C’est bien. Le rapport à la littérature est un rapport avec la littérature. Qu’on soit lu ou pas lu, dès lors qu’on a affaire avec la langue, on a un rapport à la littérature. Qu’ensuite ce rapport fasse que vous ayez ou non du succès, cela est dû à des paramètres qui nous échappent. Moi, le succès, ça me simplifie juste la vie matériellement… c’est assez trivial comme réponse, j’en ai conscience.

Pouvez-vous nous donner deux coups de cœur littéraires impératifs?

Philippe Videlier avec Dernières nouvelles des bolcheviks. Ce sont 14 nouvelles émouvantes, tragiques ou drôles, qui racontent la Russie de l’époque soviétique et les événements ou les acteurs majeurs de la révolution. Il y a aussi Antonio Moresco  avec La petite lumière. Un livre destiné aux lecteurs qui croient encore que la littérature est une entreprise dont la portée se mesure dans ses effets sur l’existence.

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27 août 2018

Matthias Jambon-Puillet : interview pour son premier roman Objet trouvé

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(Photo : Pauline Darley)

31924563_10155522259542944_3166127591417446400_n.jpgUn des romans chocs de cette rentrée est celui de Matthias Jambon-Puillet, Objet trouvé. Il pose de nombreuses questions sur le désir, sur l’amour à travers le prisme de la soumission. Quand j’ai dit cela, je n’ai rien dit. C’est un livre qui interroge aussi sur la sexualité, sur les émotions qu’elle engendre. Et l’on comprend que rien n’est simple, qu’il est difficile d’aimer et que parfois, pour y parvenir, l’être humain peut envisager des solutions qui peuvent paraître radicales aux yeux de certains et finalement normales pour d’autres. On ressort de la lecture de ce premier roman un peu bouleversé et moins sûr de nos certitudes sur les choses de l’amour.

Le 11 août dernier, intrigué par la lecture de ce livre très bien écrit, je l’ai mandorisé sur la terrasse d’un café parisien.

Argumentaire de l’éditeur : Objet-trouve.jpg

« Disparaître n'est jamais le plus compliqué. On peut s'effacer comme on appuie sur un interrupteur. Il suffit de ne plus sortir, de ne plus parler, de ne plus penser. Un coup tu me vois, un coup tu me vois plus. Non, la véritable épreuve, c'est de refaire surface, de naître une seconde fois, prendre de nouveau sa première inspiration. »

Le soir de son enterrement de vie de garçon, Marc disparait, laissant seule sa fiancée, Nadège, enceinte de leur premier enfant. Trois ans plus tard, alors que Nadège a refait sa vie, on retrouve Marc : nu, dans une salle de bain, bras menottés dans le dos. Dans la pièce voisine, quelqu’un est mort – une femme gainée de cuir. Qui était-elle ? Que s’est-il passé durant ces années ? Et, surtout, quel futur pour Marc et Nadège ?

Derrière l’énigme apparente se cache une histoire simple qu’il faut reconstituer, celle de trois personnes qui se cherchent, se frôlent, et doivent choisir comment mener leur vie.

Dans ce roman, Matthias Jambon-Puillet donne à voir un triangle amoureux atypique, qui trouve sa réalisation dans l’exploration des sexualités alternatives. C’est aussi, en filigrane, une réflexion sur la masculinité, l’engagement et la quête de la jouissance.

L’auteur :

Matthias Jambon-Puillet est titulaire d'un Master 2, Communication Stratégique et Marketing de l'École des hautes études en sciences de l'information et de la communication - Celsa (2008-2011).

Il travaille dans le milieu du divertissement et des nouvelles technologies.

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(Photo : Pauline Darley)

matthias jambon-puillet,objet trouvé,interview,anne carrière,mandorInterview :

Je lis ton blog The best place depuis qu’il existe et j’ai toujours aimé ta plume. L’écriture a toujours fait partie de ta vie ?

J’écris depuis l’âge de 6 ans. En colonie de vacances, l’été, les moniteurs nous faisaient écrire des nouvelles pour nous occuper. J’écrivais des histoires qui faisaient peur avec des loups-garous, du sang… c’était un peu dark pour un gamin.

Comment expliques-tu cela ?

J’ai grandi sans télé jusqu’à 13 ans et je n’avais pas non plus Internet. J’avais juste le droit d’accéder à la bibliothèque et de choisir les livres que je souhaitais. J’ai lu jusqu’à satiété. En  primaire et au collège, je lisais de la littérature générale parce que j’avais épuisé la littérature ado. Par survie, pour lutter contre l’ennui, je lisais donc tout.

Il y a des gens qui aiment lire et qui n’écrivent pas pour autant.

Moi, j’aime raconter les histoires. Faire des récits, inventer des intrigues, mettre des éléments narratifs en place, ça m’a toujours passionné. L’imaginaire était tout pour moi. J’étais très porté sur l’heroic fantasy, la science-fiction, parce que c’était des dimensions supplémentaires.

Tu montrais tes textes ?

Oui, et c’était même primordial. Je pouvais créer en sortant des choses de moi et le montrer à quelqu’un. C'était ma famille, mes amis, mes profs. Ainsi, je pouvais avoir un retour sur mon travail. Il y a avait une espèce de cercle vertueux, presque social.

Il y a des gens qui n’écrivent que pour eux. matthias jambon-puillet,objet trouvé,interview,anne carrière,mandor

Cela m’est étranger. Personnellement, je n’ai jamais rien écrit sans avoir eu pour objectif de le montrer à un moment.

Y a-t-il une part de calcul dans tes écrits ?

A partir du moment où tu sais que tu n’écris pas uniquement pour toi, mais pour être lu par d’autres, tu réfléchis dès l’inception du projet à comment il va être reçu. Mine de rien, tu as quelques contraintes qui viennent se greffer par rapport à quelqu’un qui écrit juste pour écrire.

Jeune, tu écrivais déjà des romans.

Non. J’ai commençé par écrire des nouvelles jusqu’à mes 15 ans. Ensuite, jusqu’à 20 ans, je me suis lancé dans les scénarios de bande dessinée, je dessinais aussi des petits strips. C’est à partir de 20 ans, que j’ai commencé à faire de la prose en m’intéressant à des sujets plus proches de la littérature générale. Mon premier vrai manuscrit de roman, je crois qu’il date d’il y a dix ans.

Là, tu as franchi une nouvelle étape.

Il y avait un peu de ça, en effet. Le medium influe sur le type d’intrigue et l’univers que je dépeins. Quand je faisais de la BD, j’avais des histoires très visuelles qui me venaient avec des bagarres, des vaisseaux, des choses souvent très spectaculaires. En faisant de la prose et du texte, j’allais plus vers l’intimiste. A 20 ans, j’avais des préoccupations autres que le divertissement pur. J’ai commencé à avoir des questionnements sur ma propre vie, mes relations, mon rapport aux autres. C’est par évolution naturelle que j’ai écrit de la littérature générale.

A quel moment tu te dis : « Tiens ! Si j’étais publié ! » ?

Mon premier manuscrit, je l’ai soumis à la publication. Tous les textes que j’ai écrits dans ma vie, je les trouvais supérieurs aux précédents, donc j’ai continué à les soumettre aux maisons d’édition. C’est rétrospectivement que tu comprends que tu n’étais pas encore au point pour telle ou telle raison.

matthias jambon-puillet,objet trouvé,interview,anne carrière,mandorTu as mis 10 ans avant d’être publié pour la première fois.

Oui. Objet trouvé est le 4e que j’ai soumis à tout  le monde dans l’espoir d’être publié.

Quel est le sujet de ton livre ?

Il parle de la masculinité contemporaine. On est actuellement sur une charnière entre les modèles traditionnels de masculinité et la possibilité de faire autre chose. Depuis quelques années, on peut inventer d’autres masculinités hétérosexuelles sans que cela pose de problème, tout en étant encore dans un milieu ou, pour des gens, ça en pose. C’est aussi un livre qui parle de fuite, de la fatigue d’être soi, de l’envie de se reposer.

Ton héros, Marc, se laisse dominer complètement par une femme, mais vraiment de manière extrême.

Il se repose de sa propre identité. Il s’est dit : « Voilà qui je suis. Voilà le rôle que la société me donne et que j’accepte. » Il y a des moments, ce rôle est épuisant. Dans le livre, il y a trois histoires avec trois personnages différents, et les trois se demandent quelle modalité de couple ils sont prêt à explorer, à accepter, pour être heureux. Ces trois personnages cherchent un équilibre qu’ils ne trouvent pas là où ils auraient pensé le trouver.

C’est un roman qui tombe à pic, je trouve, socialement parlant. C’est le moment de parler de ces choses-là.

Dans les milieux militants du genre, des rapports hommes-femmes ou globalement des avancées sur la société, on parle beaucoup de la notion de « déconstruction ».

C’est quoi cette notion ?

C’est oublier ce que l’on nous a appris pour pouvoir construire sur de nouvelles bases. Pourquoi le rose est pour les filles et le bleu pour les garçons ? C’est une construction sociale, il faut donc déconstruire cela pour pouvoir avancer. Dans Objet trouvé, Marc se déconstruit mentalement, mais aussi physiquement, en renonçant à toutes prises de décisions. Il revient à un état, pas amorphe, mais assez neutre à tous les niveaux.

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Après l'interview.

Dans la troisième partie du livre, on assiste au détricotage de Marc.

Il se rend compte qu’on ne peut pas ne rien être. Il faut reconstruire. Ce personnage va essayer de se reconstruire en faisant la paix entre ce qu’il pensait qu’il était et ce qu’il peut être. Pour moi, ça sert à ça la déconstruction : il faut voir ce que l’on garde, ce que l’on jette et ce que l’on remplace.

Ce roman interroge, mais il ne donne pas de réponse.

Ce n’est pas un manuel. Ce qu’il se passe ne s’applique qu’aux personnages de mon roman. Je propose une façon, parmi d’autres, de s’en sortir, de trouver un équilibre. Comme cette façon va à l’encontre de ce que l’on nous apprend, elle devient une réflexion. J’aimerais que le lecteur prenne du recul et comprenne qu’il y a aussi cela qui existe.

A un moment, tu parles de la masculinité toxique. C’est quoi ?

Ce sont tous les aspects de la masculinité telle que communément définie qui sont destructeurs ou blessants. C’est, entre autres et par exemple, tout ce qui est injonctions négatives et rappels à l’ordre, liés à la masculinité que tu renvoies.

matthias jambon-puillet,objet trouvé,interview,anne carrière,mandorPourquoi avoir abordé tous ces sujets dans un roman ?

Jeune, je n’ai pas subit des choses ou vexations terribles, mais j’ai toujours été très conscient des rappels à l’ordre sur la masculinité. Je ne suis pas grand, je n’étais pas très sportif,  j’ai mis 25 ans à avoir des muscles, j’ai toujours un peu flirté avec la marge. J’ai toujours trouvé absurde que l’on puisse commenter ou juger ma masculinité et avec le temps, j’ai découvert des outils pour qualifier cette absurdité. Je trouve que nous sommes dans une période de remise en question des frontières de la masculinité. C’est un vrai sujet.

C’est un livre qui sera clivant.

Oui, je le sais. Il y a déjà des gens qui ne comprennent pas du tout ma démarche et mes propos. Il y a eu aussi des retours de gens très enthousiastes. Je pense que c’est lié au vécu des personnes. On m’a laissé entendre que certains avaient détesté car ils ont trouvé ce livre amoral, choquant et malvenu. Les voix discordantes ne me dérangent pas.

C’est bien d’être clivant, non ?

Ça m’inquiète un peu parce que je préfèrerais que les gens aiment mon livre et le comprennent. Il n’est pas du tout trash, il est même bienveillant. J’ai beaucoup de tendresse pour tous les personnages parce qu’ils font tous de leur mieux.

Il y a des scènes dures quand même.

Oui, mais elles sont toutes réalisées dans le consentement mutuel de tout le monde. Le livre met en scène des rapports et des actes qui sont peu communs et qui vont chatouiller certaines perceptions ou logiques du couple traditionnel, mais aussi la masculinité et la féminité traditionnelles.

Sur le BDSM (Bondage, Discipline, Sado-Masochisme) dont il est question dans le roman, tu t’es renseigné auprès de gens très compétents ?

Le SM n’est pas le thème du livre, mais le révélateur du thème. Ce sont des pratiques suffisamment fortes pour faire ressortir le sel de tous les personnages et c’est cela qui m’intéressait. Je n’avais pas l’expérience nécessaire pour écrire ces choses-là, du coup, je me suis inscris sur des forums. J’ai lu des articles, des journaux intimes en ligne sur leurs expériences dans ce domaine, j’ai interviewé plusieurs personnes, dont une dominatrice qui est remerciée à la fin du livre. Je voulais que ce que je raconte sur le sujet soit juste et respectueux.

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Après l'interview, le 11 août 2018.

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04 juillet 2018

Jérémie Bossone : interview pour son roman Crimson Glory

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(© David Desreumaux-Lamao Editions)

jérémie bossone,crimson  glory,lamao éditions,interview,mandorSi on connait l’œuvre de Jérémie Bossone (mandorisé une première fois ici en 2015), on n’est pas étonné de le voir arriver sur ce terrain-là. Celui de la littérature. La belle en plus. Bossone n’est pas un  chanteur qui écrit, il est écrivain. Il chante aussi. Point barre. On a le droit de bien maîtriser ces deux arts. Dans Crimson Glory, il ne raconte pas sa vie. Il livre une histoire originale où l’on fait la connaissance du facétieux pirate Sean Fountain. Certes, il distille quelques parcelles de son monde à lui, principalement celles liées à son métier d’artiste. Il y a même quelques considérations bien senties sur le petit milieu de la chanson française qui pourront amuser ceux qui en font partie ou ceux qui le connaissent. Hormis cela, l’auteur nous livre un « page turner » palpitant et souvent drôle.

Rendez-vous avec Jérémie Bossone le 14 juin dernier, sur une terrasse de Belleville pour parler littérature et chansons.

4e de couverture : jérémie bossone,crimson  glory,lamao éditions,interview,mandor

Chanteur à la carrière fluctuante, le narrateur voit sa vie bousculée sur une plage lorsqu’une bouteille s'échoue entre ses pieds. A l'intérieur, un message de 1823 l'invite à une chasse au trésor insolite.

Un chassé-croisé mouvementé entre cette nouvelle aventure et sa vie de songwriter s'engage alors.

Aventures imaginaires, autobiographies romancées ?

Un jeu d'équilibriste envoutant !

L’auteur :

Après un passage par le monde du théâtre (Prix du Meilleur Acteur Florent 2004), Jérémie Bossone, auteur-compositeur-interprète, a remporté de nombreux prix (Grand Prix du Centre de la Chanson, Prix Sacem, Prix Adami...).

En 2015 son album Gloires reçoit le Coup de Cœur de l'Académie Charles Cros.

Crimson Glory est son premier roman. 

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(© Lamao Editions)

jérémie bossone,crimson  glory,lamao éditions,interview,mandorInterview :

Crimson Glory n’est pas ton premier roman je crois.

C’est le 10e que j’écris et c’est le premier publié. Pour moi, le roman est une forme d’écriture complémentaire à la chanson, ce format court où il faut tout dire en quatre couplets. Le roman me permet de dispatcher l’action, la narration, sur du plus long terme. Pour être sincère, j’ai commencé à écrire des romans bien avant ma première chanson.

Que fais-tu de ces romans ?

Je les range dans un tiroir, parce que je n’ai pas envie de me battre pour m’imposer dans le milieu de l’édition, comme je me bats pour m’imposer dans le milieu de la chanson.

Alors pourquoi Crimson Glory sort-il ?

Celui-là, j’ai voulu tenter le coup. J’avais fini le précédent qui faisait 700 pages et je le savais invendable. Crimson Glory, je le sentais plus donc, je l’ai envoyé à quelques maisons d’édition. J’ai eu des réponses presque positives, mais pas tout à fait, y compris dans de grosses maisons. Chez Albin Michel, je suis même arrivé au dernier comité de lecture, mais quelqu’un est passé devant moi. Au même moment, je reçois un mot de Fany Souville m’expliquant qu’un journaliste Bordelais avait écrit un article sur sa maison d’édition, Lamao Editions, dans lequel il était indiqué par erreur que j’avais écrit un livre chez elle. Je lui réponds, un peu sous forme de boutade, que j’aurais pourtant bien aimé.

Et du coup, tu lui as envoyé ton manuscrit par mail, c’est ça ? jérémie bossone,crimson  glory,lamao éditions,interview,mandor

Exactement. Fany (voir photo à droite) l’a lu dans la nuit.

Elle me l’a raconté récemment. Elle l’a lu sur son téléphone et elle n’a pu le lâcher.

Oui, et c’était bon signe.

Bref, vous avez fait affaire. Comment t’es venu l’idée de ce livre ?

Je marchais sur une plage avec un pote, j’étais en train de lui dire que j’étais au bout de mon roman, celui de 700 pages, que je l’avais recommencé trois fois, que ça m’avait demandé cinq ans de travail et que je n’en pouvais plus. Et soudain mon pied cogne une bouteille. Illico, ça a déclenché tout un processus. Celui d’en écrire un autre avec ce point de départ de bouteille sur une plage. En revenant dans le train qui me ramène de Toulon à Paris, je prends quelques notes, même si Proust disait que ça ne servait à rien d’accumuler les notes… Pendant deux ans, j’ai laissé murir tout ça. Un jour, j’ai dit : « C’est maintenant ». J’avais la narration et le schéma, ensuite, ça m’a pris quatre semaines de rédaction. En l’écrivant, j’ai souhaité qu’à chaque fin de page, le lecteur ait envie de tourner la suivante.

Le personnage principal du livre te ressemble beaucoup, non ?

C’est ce que me disent les gens.

Tu parles de ta vie de chanteur, de ton disque, du milieu de la musique… tu t’es un peu amusé à glisser des clefs.

Je savais que le public « chanson » qui me suit depuis quelques années allait éventuellement s’intéresser à ce disque, c’est une sorte de clin d’œil.

Clip de P-P-Patricia.

Tu n’es pas très tendre avec ce milieu.

Pas très, en effet. Il n’a pas toujours été très tendre avec moi non plus.

C’est bizarre parce que j’ai l’image d’un Jérémie Bossone aimé de ce milieu.

Ca dépend, mais globalement, je n’ai pas à me plaindre comparé à d’autres. Maintenant, on va peut-être apprendre à me détester parce que je tente d’autres aventures. En France, on aime un artiste pour une chose, un genre. On l’aime une fois pour quelque chose, on aimerait qu’il continue à faire ce pour quoi on l’a aimé. Le problème, c’est que c’est aux antipodes de ce que je suis. Faire constamment la même chose m’est proprement insupportable. Je ne peux pas. J’ai besoin de changer. J’ai besoin de métamorphoses, de passer par plusieurs formes et je sais que, fatalement, je perds des gens.

Tu as envie de chanter autre chose, avec des textes moins consensuels ?

J’aimerais chanter des sujets différents, scabreux, douteux… j’aimerais être le Roger Nimier de la chanson. J’hésite parce que je sais que les gens ne veulent pas entendre certaines choses. Faut-il leur donner tort ? A la base, la chanson est un art populaire. Si on vogue vers des choses non populaires, ont elles leur raison d’être ? Moi, je pense que oui. Il faut proposer d’autres alternatives.  Il y aura toujours des chansons sur l’amour, sur l’amitié, sur le temps qui passe, mais il ne faut plus qu’il n’y ait que ça. Il y a un continent à explorer et j’ai tendance à vouloir le rejoindre.

Clip de "Playmobil".

Revenons au livre. Il y a toi et il y a le « pirate » Sean Fountain. Par son attitude, lui aussi pourrait être un double de Jérémie Bossone, non ?

Il y a beaucoup de moi dans ce personnage, bien sûr. Je le considère  comme un grand frère, une espèce de modèle. A part que je ne vis pas au XVIIIe siècle, on a effectivement beaucoup de choses en commun.

Ce côté joueur, tu l’as ?

Oui, même s’il va très loin dans le jeu et les facéties. J’aime les gens qui vont loin, même s’ils finissent par être mal vus par une société qui a d’autres manières de fonctionner.

Il est sacrément égoïste.

Très. Je le revendique aussi chez moi, à la fois comme une force et comme une énorme faiblesse. Ce n’est pas un égoïsme qui va dans le mur, il doit être orienté vers quelque chose. C’est comme l’orgueil. Pour moi, l’orgueil est une grande valeur.

Et la vanité ?

C’est le travers de l’orgueil.

Un artiste n’est pas un homme comme tout le monde ?

C’est ce que les gens attendent. Si c’est pour être comme tout le monde, ça ne sert à rien. Il faut aller plus loin quitte à déranger, bousculer, choquer. C’est important parce que ça peut déclencher un réveil chez le public. L’artiste doit donner un coup de pied à l’ordre établi sinon, il n’a aucun intérêt.

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Quelle image penses-tu donner au public ?

Après 10 années de chansons, j’ai été enfermé dans une image d’artiste écorché vif, romantique. C’est de ma faute parce que cela doit être une part de moi que j’ai mis un peu trop en avant. J’aime déconner et rire, mais je n’arrive pas à exprimer ça dans ce que je chante. Quand je tente, ce ne sont pas mes chansons les plus réussies. Proust, encore lui, écrivait que le bonheur n’était pas fait pour être écrit, mais pour être vécu. Ce qui s’écrit, c’est le malheur.

Dans le roman, l’humour est là en tout cas. Un peu noir, second degré, sarcastique.

Je veux tirer dans le tas tout en restant élégant. J’aime les sourires qui dézinguent.

Le narrateur, il ne fait pas bon vivre avec lui quand on est une femme amoureuse.

Dans le livre, Suzanne a eu raison de partir, en effet.  La patience a des limites, j’ai les miennes. Euh… le narrateur à les siennes. A un moment donné, chacun retourne à sa place.

Est-ce que ce livre a été écrit aussi pour que les gens, voire tes proches, te comprennent, te connaissent un peu mieux ?

Je voulais montrer une forme de cynisme qui est en moi et que ne véhiculent pas mes chansons. Je le regrette, mais le peu de fois où j’ai essayé, je me suis ramassé. Ce livre me permet peut-être inconsciemment de faire voler en éclat le romantisme qui me colle à la peau.

Comme ton nouveau personnage musical Kapuche.

Oui, il se moque de tout et de tout le monde. Il n’a pas de place à défendre dans ce milieu musical… il se contente de survivre sur un radeau, et ce n’est pas facile. J’aime beaucoup ce double parce qu’il dit ce qu’il veut, comme il veut.

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Bossone et Kapuche.

jérémie bossone,crimson  glory,lamao éditions,interview,mandorAvec le projet Kapuche, tu veux balayer Jérémie Bossone ?

C’est ça. C’est moi derrière le masque, mais quand je l’endosse, je ne suis réellement plus le même. En termes d’écriture, ça m’envoie encore ailleurs, comme tu pourras le constater quand tu auras écouté le prochain album (dont voici la pochette à gauche). J’ai besoin de ça. 

Tu passes de guitare-voix à du rap insolent.

Le changement est violent, je te l’accorde. J’aimerais pourtant que l’on m’apprécie pour ma manière de passer d’un projet à un autre.

Comme dans tes chansons, dans le livre, tu parles aussi beaucoup d’alcool. Je te cite : « Quand  je pense qu’il existe des gens qui sont réfractaires aux lumières de l’alcool, je n’arrive pas à me figurer une telle étroitesse de vue ».

Je me suis fait remonter les bretelles à cause de cette phrase (rires). Il y a un bouquin à écrire sur l’alcool, sur son panache, sur ce que cela permet…

Blondin a écrit sur l’alcool.

Comme toute la bande des Hussards, ils ont fait un premier pas, il manque la dimension épique.

Tu évoques aussi l’écriture : « Or, ce qui prime en écriture, c’est la puissance ludique. C’est ce plaisir du jeu que procure l’agencement des images et des sonorités. Sans lui, nulle catharsis et les émotions retournent comme des baudruches dégonflées… ». L’écriture est ta passion absolue ?

Elle a une part prépondérante dans ma vie, c’est clair et net. Mais, ma passion absolue est de raconter des histoires. Soit en chanson, en poème, en roman, en série, ou avec des outils vidéo. 

Des outils vidéo ?

On a publié sur YouTube deux épisodes en vidéo sous forme de dessin animé avec Kapuche. Les dessins animés m’ont énormément impactés aussi, et notamment les mangas. Pour moi, c’est la dernière forme d’art qui défend une valeur épique de la narration.

Trailer de Kapuche : La Sparkle Rose.

Je sais que tu ingurgites beaucoup de séries télévisées et que tu lis des mangas. Est-ce que cela peut influencer ta façon d’écrire tes chansons ?

Absolument. Déjà, mon schéma narratif à tendance à se modifier continuellement. Ces derniers temps, contrairement à avant, je suis très porté vers la rime riche. A travers Kapuche, le rap me permet de m’y adonner.

Le rap, ce n’est pas un nouvel amour pour toi.

Non, c’est loin d’être une lubie. Ça fait  20 ans que j’en écoute et ça fait un moment que j’avais envie de m’y mettre. Déjà, pour faire comprendre au milieu « chanson » que l’on pouvait marier la chanson et le rock, ça m’a pris 10 ans. J’estime avoir fait mon job. Il faut que je fasse pareil avec le rap.

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Pendant l'interview...

Pourquoi es-tu pour la violence dans l’art ?

S’il y avait plus de violences dans l’art, il y en aurait moins dans la vie. Je ne dis pas que l’art doit se restreindre à n’être que de la violence, mais allons loin dans la violence dans l’art. Il y aura moins de guerre…

Dans Crimson Glory tu évoques aussi la morale : « Depuis que j’ai une conscience, je me suis toujours essuyé les pieds sur la morale. C’est la moindre des politesses à l’égard de la poésie. « La morale, c’est la faiblesse de la cervelle » dit le frangin Rimbaud et l’ami Proust de surenchérir « on devient moral quand on est malheureux » ». Tu aimes aller à l’encontre de la morale ?

Par posture, un peu, par essence même, par profondeur, oui. Faut dézinguer la sacro-sainte morale. Comme disait Brassens : « Je préfère me tromper tout seul qu’avoir raison avec tout le monde ». J’ai un côté sale gosse qui a envie d’avoir sa place. Une  place différente.

Un artiste, c’est un grand enfant ?

Il faudrait qu’il le soit, malheureusement, ce n’est pas toujours le cas.

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Après l'interview, le 14 juin 2018.

18 juin 2018

Eddy la Gooyatsh : interview pour le livre-disque Pull Over

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(Photo : Jean Elliot Senior)

L'artiste nancéen Eddy la Gooyatsh, chanteur à guitare et à texte, réalisateur pour d’autres artistes comme Chet et Camille (entre autres) et créateur de spectacles jeunes publics (M le Méchant, Rio Clap Clap Clap...), vient de sortir un livre-disque comportant 13 titres inédits, Pull Over (LamaO Editions).

Vous pouvez l'écouter ici.

Tendre iconoclaste rêveur, Eddy la Gooyatsh, nous propose des textes animés par une verve habile et délicate. De la pop qui redore le paysage musical français dont la langue française est bien souvent mise de côté au profit de l’anglais plus mélodique.

Le 4 juin dernier, de passage à Paris pour jouer en première partie du groupe Ange au Café de la Danse, je l’ai mandorisé dans un bar à proximité de la salle.

eddy la gooyatsh,pull over,livre-disque,lamao éditions,interview,mandorArgumentaire officiel (par Olivier Bas), légèrement raccourci :

Quand on cherche un pull-over, on aimerait qu’il soit beau, doux, élégant, chic, rock, original, saillant. Il devrait être de qualité irréprochable et passer au lavage sans rétrécir ni pelucher. On souhaite pouvoir le porter en toute circonstance, qu’il nous tienne chaud les soirs d’hiver et qu’il soit léger les nuits d’été. Qu’il devienne notre pull-over préféré.

Le Pull Over d’Eddy La Gooyatsh est tout ça à la fois ! Doux, élégant, brillant, chaud, original et rock !

Un livre dans lequel on se plonge comme un enfant en s’émerveillant des illustrations et un Album qu’on passe et repasse en boucle, maille après maille, sans s’effilocher.

Eddy La Gooyatsh nous offre avec son 4ème album le pull-over idéal ! 

Ni miaulant, ni rugissant, Eddy la Gooyatsh est le carrefour de ses influences. Des Beatles à Chet Baker en passant par la musique surf, cubaine, hawaiienne, le post-rock ou la noise, cette voix qu’il pensait être un brin n’est pas à mettre au filet, bien au contraire.

Auteur-compositeur-interprète, avec déjà deux livre-disque à son actif pour les enfants, il se dévoile en chanson pour le plaisir des plus grands (mais pas que).

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eddy la gooyatsh,pull over,livre-disque,lamao éditions,interview,mandorInterview :

La question originale. Pourquoi ce livre-disque ?

J’en avais déjà fait deux pour les enfants, M le Méchant et Rio clap clap clap, chez LamaO Editions et j’ai bien aimé l’expérience. De plus,  je ne voulais plus faire de disques pour « adultes ». Mon précédent album, Beaurivage, avait été si compliqué à sortir que je n’avais pas le courage de recommencer une telle bataille. Sortir des disques dans des conditions difficiles, je trouve ça un peu vain. C’est donc mon éditrice, Fany Souville, qui m’a suggéré de faire un livre-disque. Au moment où elle m’en a parlé, je n’étais pas sûr d’avoir des choses à dire. Plus tard, nous en avons rediscuté et, à ce moment-là, j’étais en train de perdre quelqu’un de proche. J’avais de nouveau des choses à dire.

Pourquoi as-tu enregistré Pull Over très vite.

Je connaissais les thématiques que je souhaitais aborder, mais je ne voulais pas trop réfléchir à ce que j’allais écrire. Du coup, par soucis d’authenticité, d’honnêteté, de spontanéité et de justesse, j’ai écrit assez vite et on a enregistré dans la foulée dans des conditions live dans une vieille boite de nuit désaffectée.

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L’ambiance du décor est importante pour toi quand tu enregistres ?

Oui. J’ai fait exprès de choisir ce lieu. J’ai un studio chez moi, je pouvais donc très bien rester à la maison. J’ai déplacé mon studio là-bas pour que l’on puisse jouer tous ensemble. J’ai bien fait parce qu’il s’est passé quelque chose entre tous les musiciens.

Il y a dans Pull Over des images, des illustrations, des  collages, des photos…  

J’ai demandé à des artistes que j’aime bien de travailler autour de mes nouvelles chansons. Ensuite, je leur ai proposé de m’envoyer une image pour illustrer celle qu’ils préféraient. J’ai tout gardé, je n’ai rien eu à rediscuter avec quiconque. Pour moi, tout était parfait. J’ai laissé toute liberté à chacun, car j’avais l’impression d’avoir suffisamment donné de moi-même dans chaque chanson.

Dans les studios de France Bleu Lorraine, Eddy La Gooyatsh interprète une version acoustique de " Trompe la mort ", un titre issu de Pull over.

Tu as fait la couverture et quelques dessins à l’intérieur.

(Rires) Je n’ai pas été très courageux. J’en ai fait moins que ce que j’envisageais au départ.

Quand tu étais plus jeune, tu voulais être illustrateur.

Oui, jusqu’à l’âge de 20 ans. A la base, je voulais faire de la bande dessinée. J’ai suivi des études dans un collège spécialisé en art plastique. Finalement, ça ne s’est pas passé comme ça, je suis devenu musicien. Je suis très content de l’être. Cela dit, depuis l’adolescence je faisais aussi de la musique. J’avais des groupes, j’écrivais des chansons. Mais vraiment, je n’avais pas envisagé que musicien devienne mon métier principal.

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Eddy la Gooyatsh au Café de la Danse, une heure après l'interview.

(Photo : Mandor avec son iPhone)

Dans ce livre-disque,  je pensais qu’il y aurait un fil conducteur. En fait, non. Il y a plein de petites histoires indépendantes.

L’album tourne autour du souvenir et de ce que l’on en fait. Plus précisément, que fait-on de la disparition de quelqu’un ? Est-ce que quand les gens ne sont plus là, il n’y a que les bons souvenirs qui restent ? Est-ce qu’au bout d’un moment, cela devient des souvenirs douloureux ? J’ai voulu montrer qu’il faut garder les bons souvenirs comme quelque chose de réconfortant, comme un vêtement qui tient chaud. D’où le nom de l’album, Pull Over.

Il y a évidemment une gravité sous-jacente, mais ce n’est pas un album « grave ».

Je n’ai pas fait des ritournelles pour rigoler, c’est sûr, mais je n’étais pas dans l’état d’esprit de me perdre dans un état de tristesse stérile. Bien sûr, c’est triste de perdre des gens, mais ce que l’on garde, je le répète, il faut que cela soit réconfortant.

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Pendant l'interview... (photo : Fany Souville).

eddy la gooyatsh,pull over,livre-disque,lamao éditions,interview,mandorEcrire, ça aide à supporter les choses ?

Ce livre-disque est ce que j’ai fait de plus personnel depuis le début de ma « carrière ». Ça m’a obligé à réfléchir, à me poser des questions. Concernant l’écriture, je ne pars jamais forcément avec un projet hyper structuré. Je pars toujours en écriture comme je pars me balader, sans trop savoir où je vais. Il m’arrive de découvrir des choses de moi-même par le biais de mes textes.

Tu aimes prendre des risques dans la musique ? Chacun de tes albums est différent.

Disons que j’aime me renouveler. Je ne veux pas refaire éternellement ce que je sais faire et qui fonctionnent. C’est ennuyeux. Je me suis toujours dis que j’allais faire chaque disque comme j’en ai envie, en  ne me souciant pas des conseils des uns et des autres.

Tu es venu à la chanson par le biais de la littérature.

Oui, et pas du tout par celui de la chanson française. Ma culture musicale, c’est la pop, la musique instrumentale de toutes sortes comme le jazz ou la world music… J’ai découvert la chanson française en travaillant avec des chanteurs français. C’est ainsi que je me suis forgé ma culture dans ce domaine. J’ai découvert Brel, Brassens, Ferré, Gainsbourg hyper tard. Pour te dire la vérité, l’influence que j'aurais pu avoir de la chanson francophone, elle aurait pu venir plus de Goldman ou de France Gall, mais il me semble que ça ne s'entend pas dans ma création . Ma mère écoutait ce genre de 45 tours, mais au final, ça ne m'a pas beaucoup influencé.

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(Le 4 juin 2018, à l'issue de l'interview)

(Photo : Fany Souville).