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30 janvier 2018

Laurent Fialaix : interview pour Toutes griffes dedans

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(Photo : Anne Kurenai)

Le journaliste et auteur Laurent Fialaix sort un livre particulièrement prenant tiré d’une histoire vraie (mais un peu transformée, sinon, quelle serait l’utilité d’être écrivain ?) Toutes griffes dedans se lit d’une traite. Comme le dit une lectrice sur Amazon : « Une sorte de schizophrénie, de folie harceleur-harcelé, amour-violence, admiration-haine... » C’est en tout cas un thriller psychologique percutant !

J’ai rencontré Laurent Fialaix lors d’un de ses récents passages à Paris  au début du  mois de janvier 2018.

laurent fialaix, toutes griffes dedans, interview, mandorPrésentation de l'éditeur :

Il s'appelle Laurent. Il est journaliste indépendant dans une petite ville perdue. Laurent se sent seul. Il travaille peu. Alors, pour combler sa solitude, il se plonge dans les livres. C'est qu'il aime les auteurs, Laurent. Passionnément. Il leur écrit souvent. Pour leur dire son admiration, tenter un dialogue. Rarement ils répondent. Il s'est fait une raison... 
Jusqu'au jour où il découvre le livre de Ronan Fardeze. Un récit fait d'amour et de mort qui le bouleverse, et dans lequel il trouve un peu de sa vie, ses combats, beaucoup de ses douleurs passées. Dans les mots du romancier, Laurent se voit en transparence. Cette fois, il en est sûr : l'écrivain et lui pourront s'aider, se comprendre, devenir proches. Ils ont rendez-vous, comment en douter ? Reste à le faire savoir à celui qu'il attend... Téléphone, SMS, réseaux sociaux... Laurent est prêt à tout pour attirer Fardeze jusqu'à lui. Y compris à s'arranger avec ses vérités...

"Toutes Griffes Dedans" est le roman noir d'une folie qui rampe et qui explose. Celle d'un obsessionnel chez qui la schizophrénie trouve son écrin. Ce roman (librement adapté d'une histoire vraie) retrace le parcours d'un homme désespéré, brisé par ses différences et par une enfance faite de rejets et de drames. Un homme dont on ne saura jamais si on doit le plaindre ou bien le détester...laurent fialaix, toutes griffes dedans, interview, mandor

L’auteur :

Laurent Fialaix est auteur et journaliste. Le très autobiographique Nos Bonheurs Fragiles, est paru aux éditions Léo Scheer en 2009. Entre récit autobiographique et fiction, ce livre traite notamment des thèmes du deuil et de la reconstruction, d’amour, de solitude, d’abandon et de différences, le tout dans une quête perpétuelle du bonheur. Malgré tout.  Il reçut à l’époque un très bel accueil public et critique. Toutes Griffes Dedans est son deuxième roman. Dans l'ombre il écrit aussi pour d'autres, et co-signe parfois quelques autobiographies ou documents.
Après quelques 25 années passées à Paris et quatre en Provence (mais n'en parlons plus!), il est de retour dans sa ville d’origine, Auxerre. Jamais loin de Paris...

laurent fialaix,toutes griffes dedans,interview,mandorInterview :

Toutes griffes dedans à une résonance avec Nos bonheurs fragiles.

Quelques mois après la parution de mon premier livre, j’ai été contacté par mail par quelqu’un qui me tutoie d’emblée. Il me dit le plus grand bien de mon livre et me donne son numéro comme si nous étions amis de longue date. Il s’exprimait vraiment de manière à me faire croire que nous étions intimes. Moi, je me demandais quelle était cette personne. Elle avait un prénom mixte, je ne savais donc même pas si c’était un homme ou une femme. J’ai fait une petite enquête sans succès. J’ai donc appelé de mon bureau avec un numéro masqué pour savoir si je reconnaissais sa voix. Je pensais que j’allais tomber sur son répondeur, or, je suis tombé sur lui, alors j’ai raccroché.

Que s’est-il passé après ?

Tout de suite après, il a rappelé, ça voulait dire qu’il avait mon numéro au bureau. Je ne connaissais pas cette personne, c’était maintenant clair. Il s’en est suivi trois semaines de harcèlement étouffant intense. Ça m’a fait très peur, je devenais parano. Je sortais dans la rue, j’avais peur de le rencontrer, je faisais une séance de dédicace, j’avais peur qu’il débarque… Je te passe les détails, mais j’en ai fait ce livre. C’est expiatoire.

Ce qui est intéressant, c’est que dans ton livre, le narrateur est celui qui harcèle l’écrivain.

J’ai voulu jouer en me mettant à sa place. J’ai fait exprès d’appeler le harceleur par mon prénom et j’en ai fait un journaliste pour que l’on pense que c’est moi. J’aime créer la confusion.

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(Photo : Anne Kurenai)

Tu démontres bien qu’un « fan » peut très vite se transformer en un ennemi farouche s’il est déçu par laurent fialaix,toutes griffes dedans,interview,mandorcelui qu’il admire.

C’est un grand classique. Mais ce genre de personne est généralement quelqu’un qui est seul, différent, schizophrène ou bipolaire. C’est toujours quelqu’un dont la différence est trop lourde à porter. Il comble ce vide abyssal par le harcèlement qui confine à la folie. Quelque part, il n’est pas fautif de ses actes. Je comprends que l’on puisse prendre le Laurent de mon livre en sympathie. A ce  propos, le retour des lecteurs est étonnant. Beaucoup l’apprécient, les autres le détestent, il ne laisse personne indifférent. Ça me plait bien qu’il soit perçu différemment.

En vrai, tu sais qui t’a harcelé ?

Oui, parce qu’un jour, il m’a envoyé une carte de visite à son nom. Et  puis il m’envoyait des messages avec sa vraie boite mail. Avec Google, c’est très simple de retrouver quelqu’un.

La scène où  il t’appelle alors qu’il fait l’amour à un homme, c’est arrivé ?

Oui. Je  sortais d’une séance de cinéma. Je rallume le portable et j’entends un message très explicite. C’était comme si j’assistais à un film porno, mais sur mon répondeur.

Tu as gardé tous ses messages ?

Oui, au cas où ça dégénère. Pour le livre, j’ai inventé des histoires autour de ces messages

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(Photo : Anne Kurenai)

laurent fialaix,toutes griffes dedans,interview,mandorLes réseaux sociaux ont une part importante dans ton livre.

Ca a changé la société et le rapport aux autres. Ca a cassé la distance entre l’artiste et le fan. Je trouvais que ce moyen très simple pour approcher n’importe qui était intéressant à aborder. Il n’y a plus d’armure.

Il  y a de toi dans les deux personnages, le harceleur et le harcelé ?

Oui, j’avoue, le harceleur aussi parfois me ressemble. J’ai relu une partie du livre dans le train et c’est ce que je me suis dit. Pas dans le harcèlement, mais dans certains traits de caractère et dans sa sensibilité. Dans tous les romans qu’un écrivain écrit, il met de lui.

Ça t’a replongé dans cette histoire d’écrire ce livre ?

Oui, mais avec une certaine distance. La peur a complètement disparu. Du temps est passé.

Tu es journaliste et tu es devenu écrivain.  C‘est quoi le cheminement ?

J’ai toujours voulu être auteur. Depuis tout petit j’écris. J’étais mauvais, mais j’avais besoin de m’exprimer par ce biais-là. C’était une nécessité. J’ai traversé quelques épreuves que j’ai racontées dans Nos bonheurs fragiles et ça m’a fait du bien de les raconter dans un livre. C’est une forme de thérapie.

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Après l'interview, un soir de janvier 2018...

11 janvier 2018

Baptiste Vignol : interview pour Claude François, je reviendrai comme d'habitude

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Baptiste Vignol est un journaliste et biographe pour lequel j’ai beaucoup de respect (son blog). Dès qu’il « attaque » un sujet, il ne laisse strictement rien passer. Pas question pour lui de se laisser aller à une quelconque hagiographie. Il brosse le portrait  le plus précis de l’artiste, sans concession, sans exagération (pour vendre) non plus. Il est pointilleux, précis et obtient des informations souvent  inédites.

(Baptiste Vignol est déjà passé par ici, mais très rapidement, pour son livre Les tubes, ça s'écrivait comme ça.)

Là, il s’est occupé du cas Claude François. « Quoi ? Encore ! » répondit l’écho.

Baptiste Vignol a  tout simplement réalisé LE livre sur Cloclo. Vous pouvez oublier tout ce que vous avez lu/vu avant. Si vous ne deviez posséder qu’un seul ouvrage sur sa vie et sa carrière, ce serait Claude François,  je reviendrai comme d’habitude.

Une bible.

baptiste vignol,claude françois,gründ,cloclo,interview,mandorArgumentaire de presse :

Depuis ses débuts, en octobre 1962, " Cloclo" est resté l'un des plus gros vendeurs de disques en France avec Johnny Hallyday, Michel Sardou, Jean-Jacques Goldman, Mylène Farmer, Francis Cabrel et Renaud. Même si sa carrière n'a duré que quinze ans (rappelons qu'il est mort à l'âge de 39 ans), sa discographie compte 23 albums studio, chacun s'étant, du vivant de l'artiste, écoulé à plus de 500 000 exemplaires ! Chanteur culte et vénéré, Claude François n'a rien perdu de son statut d'idole absolue. 
Quarante ans après sa mort, quelques-unes de ses chansons figurent encore parmi les tubes (" Alexandrie Alexandra ", " Je vais à Rio ", " Le lundi au soleil ", " Magnolias for ever ") les plus joués dans les boîtes de nuit du pays ! 
Ce livre est le dictionnaire de sa vie, qu'il mena comme une bataille, folle et tumultueuse. Il permettra aux fans historiques de découvrir quelques anecdotes inédites sur cet éternel séducteur et aux curieux de faire connaissance avec un homme infiniment plus cultivé que ses détracteurs l'affirmèrent. 
Cloclo for ever !

L’auteur :

En parallèle de son activité d'éditeur à l'île de La Réunion où il est installé, Baptiste Vignol, ancien programmateur de La Chance aux chansons, a écrit une dizaine d'ouvrages sur la chanson française, parmi lesquels Cette chanson que la télé assassine (Pirot), Cette chanson qui emmerde le Front national (Tournon), Le Top 100 des chansons que l'on devrait tous connaître par cœur (Carpentier), Guy Béart, il n'y a plus d'après (L'Archipel). 
En 2016, il signe Renaud, chansons d'enfer et Téléphone, 3400 nuits, tous deux aux Éditions Gründ.

baptiste vignol,claude françois,gründ,cloclo,interview,mandorInterview: 

Quand on décide d’écrire sur un artiste qui a déjà été l’objet de nombreuses biographies, quelle est la première question que l’on se pose avant de commencer  le travail ?

Quel est le livre que je souhaiterais lire ? Quelles informations voudrais-je y découvrir ? Et on se lance, avec appétit.

Lit-on les précédents ouvrages sur l’artiste pour s’informer et trouver des informations?

Bien sûr. On commence même par ça. En annotant, en recoupant les informations, en dénichant les erreurs, ou les confusions, nombreuses hélas, en vérifiant les sources, les dates pour établir l’exacte chronologie des événements…

Il y a beaucoup d’interviews de personnalités ayant travaillé ou ayant connu l’artiste. Les témoignages inédits, c’est ça le secret d’une bonne biographie ?

C’est en tout cas une valeur ajoutée ! Et j’étais très étonné de constater que trente-neuf après sa mort, il restait des artistes, des auteurs, des collaborateurs de Claude François qui n’avaient pas été consultés, en tout cas pas avec le sérieux qu’ils méritaient. Je pense à Frank Thomas, Jean-Michel Rivat, ces paroliers de génie, par exemple. À Jeff Barnel. Qui enregistra son premier 45 tours chez Flèche, avant de devenir parolier pour Claude François, puis Dalida. À Gilbert Sinoué aussi, qui a signé deux chansons pour Cloclo avant de devenir l’écrivain qu’on connait. Ou à Jean-Pierre Sabar, qui « lança » Claude François en l’engageant comme percussionniste à Paris en 1961, puis travailla avec lui sur d’innombrables chansons en studio.

Ce n’est pas un ouvrage hagiographique. Tu n’épargnes pas Claude François. Penses-tu avoir été baptiste vignol,claude françois,gründ,cloclo,interview,mandortotalement objectif… et est-ce facile de l’être ?

Les hagiographies n’ont aucun intérêt et l’immense majorité des livres parus sur Claude François, mis à part ceux rédigés par Isabelle Forêt, la mère de ses enfants, ou Janette, sa première épouse, ont travesti la réalité des événements pour mettre l’histoire de son côté. Comme s’il fallait épargner la légende. Claude François était un homme complexe, à la fois incroyablement généreux et tyrannique. Pourquoi ne pas le dire ? Et chercher d’en comprendre les raisons. Cela fait aussi la richesse de sa personnalité. Mais je rappelle aussi dans mon livre qu’il était très cultivé et, disons, ouvert d’esprit, puisqu’il fut le premier à imposer des danseuses Noires à ses côtés à la télévision.

Même les interviewés ne sont pas toujours tendres avec Claude François. Le souci de la vérité implique l’effritement de la statue du commandeur ?

Chacun sait depuis la sortie du  film « Cloclo » que Claude François était un être « spécial » comme le dit Vline Buggy, sa parolière et amie, qui cosigna avec lui 80 chansons, dont les premiers tubes. Prétendre le contraire ou effacer ses emportements, voire ses travers, pour ne pas dire ses excès, c’est prendre le lecteur pour un gogo.

"Le chanteur malheureux".

baptiste vignol,claude françois,gründ,cloclo,interview,mandorCe livre fourmille d’anecdotes. Est-ce que les anecdotes sur un artiste finissent par décrire une personnalité ?

Les anecdotes, les faits anecdotiques, ceux dont les témoins se souviennent, ont l’avantage de mettre en lumière le caractère, les façons de vivre, les caprices, les angoisses d’un artiste.

Tu as disséqué toutes les chansons. Honnêtement, as-tu tout réécouté pour écrire ce livre ?

Évidemment ! Quelle question ! (Rires) Et plutôt deux fois qu’une. Et je me suis éclaté ! Car la discographie de Claude François est magnifique, riche, dense, novatrice, pointue, populaire, malgré les inévitables « mauvaises » chansons qui polluent tous les répertoires, à l’exception d’un Brassens qui, lui, n’en comptait aucune.

L’iconographie est impressionnante. J’ai rarement vu autant d’archives photographiques inédites… qui s’est occupé de cette partie-là et comment as-tu fait pour obtenir autant d’exclusivité ?

Je m’en suis occupé, et c’était là encore un vrai bonheur. Bizarrement, on retrouve toujours les mêmes clichés dans les livres sur Claude François ! Alors qu’il existe, notamment « chez » Jean-Marie Périer, des photos absolument superbes. Il y en a plein d’ailleurs de Périer qu’on n’a pas pu mettre, faute de place, alors que le livre fait plus de 300 pages…

"Je viens dîner ce soir".

Peut-on écrire sur un artiste que l’on n’apprécie pas ?baptiste vignol,claude françois,gründ,cloclo,interview,mandor

Oui, à condition d’être objectif et de ne pas avoir peur de reconnaître ses mérites, sa constance, son instinct, son sens du tube. Je ne suis pas fan de Johnny Hallyday, par exemple, mais j’aurais beaucoup aimé travailler sur son répertoire.

Au fond, que représente Claude François pour toi ?

Mon enfance, puisque c’est le premier chanteur français dont j’ai écouté les chansons lorsque je suis rentré de Tunisie. Et c’était à l’occasion de sa mort, sans que nous ayons la télévision… Mais sa mort a fait un tel boum qu’avec ou sans télé, on était forcément au courant. Tout ne parlait que de ça. Il est donc devenu mon idole. J’avais 7 ans. Jusqu’alors, j’étais fan des Frères Jacques, que j’adore toujours. Après Cloclo, vers 9-10 ans, je suis tombé dingue de Renaud, de Luis Mariano, de Georges Brassens, de Christophe (à l’époque, au milieu des années 80, on se foutait de moi parce que j’écoutais Christophe) et puis de Charles Trenet, à 17 ans, que je vénère encore. Tu sais tout.

"Cette année-là".

baptiste vignol,claude françois,gründ,cloclo,interview,mandorLe livre est sous-titré « Je reviendrai comme d’habitude », cela sous-entend qu’il sera là éternellement ?

On va « fêter » en mars prochain les quarante ans de sa disparition. Combien tu paries qu’en 2028, on fêtera les cinquante ? Ça ne fait aucun doute. Pourquoi ? Parce qu’on dansera toujours sur « Alexandrie Alexandra », « Magnolias for ever » et « Je vais à Rio ». Ils ne sont pas bezef les chanteurs français qui provoquent ça.

Comment expliques-tu le succès de l’album et la tournée hommage à Claude François de M Pokora ?

M Pokora, dont je ne connais pas les chansons, avait déjà du succès, me semble-t-il, et depuis quelques années, lorsqu’il a enregistré cet album. Il ne sortait pas de nulle part. Et il a eu l’idée, ce qui prouve qu’il a du nez, de reprendre à sa sauce Claude François, et ça a cartonné. Je ne sais pas si c’est bien pour les chansons de Claude François, mais c’est chouette pour les ayant-droits. Frank Thomas, qui avait signé le texte de « 17 ans » qu’a repris M Pokora, m’avait dit, en souriant : « Ça paie l’électricité ! »

Y a –t-il un nouveau Claude François en 2018 ?

Il n’y en a pas eu depuis 1978, si ?… Je crois qu’il n’y aura jamais un nouveau Claude François, avec cette exigence du détail, ce talent de danseur, ce sens du spectacle, je pense aux Clodettes… Et ce don de dénicher le tube imparable, et d’en être souvent à la source.

Medley ("Chanson Française"-"Je vais à Rio"-"Le téléphone pleure"-"Magnolias for ever"-"Alexandri Alexandra").

20 décembre 2017

François Alquier : interview par Fabien Martin pour L'aventure Starmania +promos

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françois alquier,mandor,interview,l'aventure starmaniaFabien Martin est un ami auteur compositeur interprète dont j’apprécie le travail depuis qu’il enregistre des disques. Il a été un des tout premiers mandorisés il y a 11 ans, en juillet 2006, puis il est revenu en 2014. Nous sommes devenus amis au fil des années.

Un jour, il m’envoie un message.

Lui :
-Pour ton livre, L'aventure Starmania, tu veux bien que je te mandorise?
Moi :
-Euh...
Lui : Tu fais la promo des autres tout le temps, je ne te laisse pas le choix. Je vais m'occuper de ton cas, point barre!
(Ainsi, le 29 septembre dernier, dans son studio d'enregistrement, un de mes chanteurs préférés a fait son boulot d'intervieweur impeccablement. Il avait bien lu le livre et m'a posé une série de questions très intéressantes. 
(Fabien, reste dans la chanson, je ne veux pas que tu me piques mon job!) 
(Et merci pour tout!)

Interview :françois alquier,mandor,interview,l'aventure starmania

Bonjour François.

Bonjour Fabien.

Il y a environ deux ans, tu sortais un livre sur la chanteuse Louane, et aujourd’hui nous sommes ici pour parler de la parution de ton ouvrage sur l’aventure Starmania.

Tout d’abord, toi qui as l’habitude d’interviewer des chanteurs, qu’est-ce que ça te fait d’être interviewé par un chanteur ?

Etre interviewé n’est pas l’exercice dans lequel je me trouve le meilleur. Par un chanteur, qui plus est, c’est la première fois. Donc je ne sais pas. Je vais vivre cette expérience, et je t’en parlerai à la fin.

Alors ce sera notre première fois pour tous les deux. Tu as bien dormi ?

J’ai… moyennement dormi, mais pas à cause de ça.

La première question que je vais te poser sera la dernière à laquelle tu répondras, parce qu’elle n’est pas simple, et qu’elle va te demander un peu de réflexion et d’imagination. Tu vas donc y penser durant l’interview et j’y reviendrai à la fin.

Nous sommes donc en 2017, la dernière édition de Starmania a eu lieu en 1993 et, comme tu le sais, une nouvelle édition verra vraisemblablement le jour en 2018, sous la houlette de son auteur.

Ce que tu ne sais pas encore, en revanche, c’est que Luc Plamondon va t’appeler d’ici la fin de la semaine pour te proposer le poste de Directeur de Casting, poste que tu ne peux pas refuser évidemment.

Evidemment.

Qui verrais-tu dans chacun des rôles aujourd’hui ? Evidemment, on a besoin d’un casting franco-québécois, c’est le désidérata de monsieur Plamondon. Alors tu y réfléchis et on y revient dans trente minutes. Ok pour toi ?

OK.

françois alquier,mandor,interview,l'aventure starmaniaQuel âge avais-tu au moment de la première mouture de Starmania ?

J’avais onze ans, je m’en souviens parfaitement. J’avais fait acheter le disque bleu de 1978 par mes parents, pour la seule et unique raison qu’il y avait à l’intérieur un chanteur que j’entendais de plus en plus, Daniel Balavoine. « Le Chanteur » était joué sur toutes les radios. Et cette voix-là m’avait complètement… bouleversé. Je l’adorais.

Donc tu as acheté l’album de Starmania juste…

… Juste parce qu’il y avait Balavoine, exactement !

C’est un spectacle que tu as vu ou que tu as fantasmé ?

Oui je l’ai vu, mais uniquement la dernière version.

Je voulais savoir si tu avais vu l’original.

Malheureusement, non. Et c’est vraiment ma version préférée. J’ai aimé Starmania avec la première version. D’abord l’album bleu, enregistré en studio, puis la version live, un an plus tard, qui est, à mon avis, la plus complète. Le vrai Starmania c’est cet album-là, puisqu’il y a toutes les chansons, ainsi que les intermèdes qui racontent l’histoire.

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Avec Daniel Balavoine (Johnny Rockfort) en 1984 au Palais des Sports de Paris.

Donc c’est par le truchement de Balavoine que tu arrives à Starmania, mais tu y découvres d’autres chanteurs…

Oui, et j’ai fini par aimer toutes les chansons très rapidement. Je ne comprenais pas vraiment ce qu’elle racontait, parce que les thèmes abordés à l’époque ne me parlaient pas vraiment, mais j’aimais les voix. Et j’adorais la musique de Michel Berger. D’autant plus que toutes les chansons se suffisaient à elles-mêmes. On pouvait les écouter sans forcément penser à l’histoire.

Justement, c’était ma question suivante… Penses-tu que le public ait à ce point conscience de ce que raconte Starmania, au-delà des chansons ? Ne crois-tu pas que la redoutable efficacité et popularité de chacune des chansons n’a pas un peu éclipsé l’ensemble de la comédie musicale, son livret, son propos ?

Je partage ton avis. Les chansons ont éclipsé l’histoire et, j’irai même plus loin, elles ont éclipsé les interprètes.  En France, peu de gens savent que c’est Claude Dubois qui chante « Le Blues du Businessman » par exemple. Et encore, là, je te parle de la première version…

C’est ce que tu écris dans ton livre d’ailleurs, ce sont les chansons qui sont au service des interprètes et non pas l’inverse…

C’est ce que me disait le directeur de Radio Nostalgie. Quand la radio diffuse ces chansons, personne ne sait qui les chante, à part Balavoine et Fabienne Thibault.

Oui quand même… Dans ton avant-propos, tu mentionnes une personne que tu as interviewée pourfrançois alquier,mandor,interview,l'aventure starmania ton livre et qui te demande pourquoi tu aimes Starmania depuis toujours. Tu dis te retrouver dans l’incapacité de répondre. Depuis que tu as terminé le livre, j’imagine que tu as eu le temps de réfléchir à la question… As-tu une réponse à lui donner aujourd’hui ?

Je ne sais pas, j’imagine que toi aussi tu as des albums de référence, que tu as écouté toute ta vie, que tu aimes, mais tu ne sais pas vraiment pourquoi. Starmania, c’est un truc qui m’a toujours touché. Chaque chanson raconte une histoire dans laquelle tout le monde peut se retrouver.

Justement, est-ce qu’il y a une chanson qui te tient particulièrement à cœur ? Un personnage auquel tu t’identifies ? Ne me dis pas « Balavoine », attention! Je ne parle pas d’un chanteur en particulier, mais d’un personnage.

Je serai tenté, effectivement, de te dire que ma chanson préférée est « S.O.S. d’un terrien en détresse », car je la trouve superbe, mais Johnny Rockfort n’est pas le personnage dans lequel je me retrouve ; c’est un terroriste, il est plutôt faible, il se fait un peu mener par le bout du nez par Sadia puis par Cristal… De fait, en réalité, je trouve qu’il n’a pas tant de personnalité que cela.

Comme la plupart des terroristes aujourd’hui.

Oui, c’est vrai. Ma sensibilité m’amènerait donc plutôt vers le rôle de Marie-Jeanne, la serveuse automate. Je crois que c’est le rôle le plus universel. Elle raconte la solitude, les déceptions amoureuses, l’interrogation sur ce que l’on fait sur Terre, sur où est notre place… Marie-Jeanne se pose des tas de questions que l’on se pose tous. Les autres personnages sont davantage segmentants.

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Avec Maurane (Marie-Jeanne), le 30 mars 1993 au Palais des Congrès de Strasbourg.

En lisant ton livre, j’ai eu la sensation que le succès et la réussite de Starmania, tant commerciale qu’artistique, tenaient au fait que Berger et Plamondon n’étaient pas du même continent. Un compositeur du Vieux Continent, et un auteur du Nouveau, avec tout ce que cela implique de modernité. Je ne sais pas si Starmania aurait été si visionnaire à l’époque, et donc autant d’actualité quelques décennies plus tard, si Luc Plamondon avait été européen. Qu’en penses-tu ?

Effectivement, Luc Plamondon est arrivé avec sa culture, et la culture nord-américaine, tu le sais, n’est pas la même que la nôtre. Et ce choix, Michel Berger l’a fait volontairement. Il savait qu’il n’allait pas trouver les mots, il sentait qu’il manquait quelque chose. Il n’avait pas la virulence de Plamondon, la même culture, ni forcément la même vision du monde. Cette association a été comme une étincelle, ils se sont trouvés. Et ils n’ont jamais pu refaire aussi bien, même s’ils ont remis le couvert par la suite avec « La Légende de Jimmy »…

Oui, un peu comme un vieux couple qui se remet ensemble des années après, mais ce n’est plus la même magie.

Ça n’a pas matché de la même façon. Je ne sais pas, il devait y avoir toutes les conditions réunies en 78 pour faire ce chef-d’œuvre.

françois alquier,mandor,interview,l'aventure starmaniaLes planètes étaient alignées.

Voilà, c’est ça!

Je voudrais revenir un peu sur ton livre, sur la façon dont tu l’as écrit. Quelles ont été les premières étapes ?

J’ai commencé par les entretiens. Comme tu le sais, c’est mon métier, et j’aime beaucoup ça. Tous les livres que j’écris sont à base d’interviews, je trouve que c’est le bon matériel pour commencer un livre. Donc j’en ai fait beaucoup, beaucoup, beaucoup… Et le problème c’est que quand tu as autant de témoignages, et là j’en avais quand même trente ou trente-cinq, c’est qu’il faut déjà les retranscrire. Savoir où tu vas situer telle phrase, telle citation, tel thème… et cela devient vite un casse-tête, un véritable enfer même ! J’avais tout imprimé, tout disposé par terre, je relisais, je me disais : « tiens, ça, ça peut aller là, ça ici », etc… C’était ludique, mais difficile.

Combien de temps t’a demandé l’écriture de ce livre ? A quelle fréquence, à quels moments de la journée ?

Ça m’a pris un an en tout, dont véritablement trois mois à temps complet, où je ne faisais quasiment que ça. 

Es-tu parvenu à sacrifier ta vie de famille et à laisser tomber tes amis afin de te consacrer pleinement à l’écriture ?

Les gens qui me sont proches ont eu la gentillesse de ne pas m’en vouloir quand j’avais beaucoup de boulot. Mais c’est vrai qu’on n’est pas disponible, ni dans le temps, ni dans sa tête. Mais je suis sûr que c’est pareil pour toi, qui est chanteur et musicien, quand on est dans son truc, on a du mal à s’en extirper. Starmania a occupé un an de ma vie ; je ne vivais que Starmania, je ne pensais que Starmania. Ça m’a fait pareil avec Louane. Quand tu prends un sujet,  tu vis avec, tu t’endors avec, tu te réveilles avec.

En tout cas, bravo, le livre est vraiment beau, bien documenté, très fourni en photos et en témoignages. J’ai appris par exemple que Michel Jonasz avait décliné l’offre de chanter « Le Blues du Businessan ». C’est fou !

Oui, mais comme je sais que c’est quelqu’un de ta famille, il faudra quand même lui demander si c’est vrai.

On lui demandera. Cela dit, puisqu’on est entre nous tu peux me le dire, de quels protagonistes aurais-tu aimé avoir les témoignages, t’entretenir, et qui n’ont pas voulu te répondre ? Ou peut-être que tu n’as pas osé contacter ? Evidemment, on pense à France Gall, Luc Plamondon…

Ce sont ces deux-là justement ! Luc Plamondon, je voulais que ce soit lui qui fasse la préface.

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Avec Luc Plamondon, l'auteur de Starmania, le 20 novembre 1998 à Radio Notre Dame.

C’est Maurane qui va être contente (Maurane signe la préface, NDLR)…

Je pense qu’elle le sait et qu’elle le comprend. Donc, concernant Plamondon, je n’ai pas eu de réponse. Ou plutôt une fin de non-recevoir de la part de son entourage, qui m’a expliqué qu’il ne participait jamais à ce genre de chose... France Gall, c’est une toute autre histoire. C’est quelqu’un de tout à fait admirable professionnellement, mais lorsque sort un projet concernant Michel Berger, je crois qu’elle aime bien avoir l’œil dessus, et moi je ne souhaitais personne qui veille sur ce que je faisais. Je voulais de la liberté et de la sérénité.

Donc tu ne lui as même pas demandé…

Pour être franc, j’ai hésité. Je me suis dit « soit je l’appelle », au risque d’être un peu embêté pendant l’écriture, soit je fais sans. Et il y avait suffisamment de témoignages d’elle à droite et à gauche sur le sujet pour que je puisse m’en passer.

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Avec France Gall (Cristal), le 3 septembre 2015. ®Bruck Dawit

françois alquier,mandor,interview,l'aventure starmaniaLa ou les personnes que tu as été le plus heureux de rencontrer ?

J’étais heureux de les voir tous, car ce sont des personnes qui ont fait partie d’une aventure qui me fascine. Donc passer un après-midi avec les uns et les autres, c’était génial. Maintenant, la rencontre qui m’a le plus intéressée, c’était quand même Bernard de Bosson (photo à gauche)

Ça ne m’étonne pas. Un grand monsieur du métier.

Un grand monsieur sans qui Starmania n’aurait certainement pas existé puisque, comme je l’explique dans le livre, c’est lui-même qui a insisté auprès de Michel Berger, alors encore un peu frileux, pour financer le projet… et sans avoir entendu une seule note de musique ! C’est une anecdote assez connue, mais je la trouve incroyable. Prendre ce pari…

… avec la maison-mère américaine, qui demandait des comptes et lui mettait la pression !

Oui, mais Warner USA finançaient aussi les albums de Quincy Jones sans non plus avoir entendu quoique ce soit, ce que ne manquait pas de leur rappeler Bernard de Bosson. C’est quelqu’un qui a été à la tête de Warner pendant 17 ans, il a tout vu, tout connu, découvert Véronique Sanson, Berger… Alors quand je suis en face d’un gars comme ça, qui me reçoit chez lui à grand renfort de whisky et qui me raconte tout ça, je me dis que je suis un peu privilégié. Et je me dis aussi que sans lui, il y a de fortes chances que Starmania, on n’en ait jamais entendu parler.  

Il faut parfois des gens un peu fêlés également pour suivre les artistes dans ce genre d’entreprise.

Exactement.

D’autres personnes ?

Je suis devenu assez proche de Sabrina Lory qui jouait Stella Spotlight dans la deuxième version, Peter Lorne également, qui était une des étoiles noires. Ce sont des gens qui m’ont beaucoup aidé, qui m’ont donné des photos personnelles inédites. Ils m’ont proposé de venir chez eux et on a sélectionné ensemble tout un tas de photos. Les frères Groulx, Richard et Norman respectivement Zéro Janvier et Johnny Rockfort, se sont réunis un après-midi pour retrouver et sélectionner plein de photos et me les envoyer par mail. Wenta, une formidable Sadia, aussi m’a envoyé des photos de sa collection personnelle. Tout ça fait une somme de documents que personne n’a jamais vu ! Je voulais absolument que le fan de Starmania y trouve son compte.

François, toi qui est un peu un des grands spécialistes de la chanson francophone, penses-tu qu’un opéra rock aussi puissant que Starmania puisse être créé d’ici disons… les 300 prochaines années ?

Je n’y crois pas du tout en fait. Mais je l’espère bien sûr, j’aimerais bien que quelqu’un détrône Starmania un jour. J’ai vu beaucoup de comédies musicales, ça n’a jamais, jamais le niveau de Starmania. Ni dans les thèmes abordés, ni dans les voix. Peut-être dans le décor, dans la scénographie, mais ça ne me touche pas. Même « Notre-Dame-de-Paris », pourtant écrite par Luc Plamandon… je trouve ça tellement insipide…

Et encore, au niveau des compositions, tu ne cites pas la pire de ces vingt dernières années… Pour le reste, c’est vrai qu’en général on sent que tout a été lissé et raboté afin de plaire au maximum de personnes mais que plus personne ne s’en souvienne.

Et c’est l’erreur. Dans la première version de Starmania, il n’y a rien d’édulcoré. D’ailleurs, lors de la deuxième version, ce n’est déjà plus pareil…

françois alquier,mandor,interview,l'aventure starmaniaEn ce qui te concerne, tu es plutôt version 1979, 1988 ou 1994 ?

79 et sans conteste. 

Ce qui est dit en sous-texte dans ton livre, c’est que l’ambiance des représentations de Starmania en 79  n’est pas fofolle… c’est un peu la lutte des egos. On sent qu’ils ne vont pas partir ensemble en vacances… Contrairement aux versions suivantes d’ailleurs.

Cette réunion entre les Québécois et les Français était une première, et on m’a souvent dit qu’ils ne s’entendaient pas forcément bien entre eux. Mais également entre musiciens américains et chanteurs canadiens ! Il y avait pas mal de mics-macs en coulisses. Les petits conflits, l’esprit de compétition, etc…  Quant à France Gall, elle avait une place un peu particulière, puisqu’elle était également la femme du compositeur, en plus d’être déjà une star. Balavoine, lui, ne voulait pas vraiment en être. Ces histoires de comédies musicales, son personnage de terroriste, il avait vraiment peur que ça parasite sa carrière qui commençait à décoller. Ce manque d’envie, ça ne facilite pas vraiment l’adhésion. Et puis il y avait le metteur en scène, Tom O’Horgan, un Américain un peu déjanté, qui n’aidait pas à l’ambiance.

Qu’est-ce que tu reproches aux versions suivantes ?

J’aime beaucoup la deuxième version,  celle de 1988. J’aime beaucoup Sabrina Lory, Renaud Hantson, Wenta, les frères Groulx et bien sûr Maurane. Même la mise-en-scène est pas mal du tout. Je déplore juste le fait qu’ils aient retiré certaines chansons. Et je regrette vraiment les arrangements musicaux, très marqués années 80. Ils étaient très dans l’époque, et forcément, ça a mal vieillit.

C’est vrai que les versions qu’on entend aujourd’hui sont toujours celles de 79.françois alquier,mandor,interview,l'aventure starmania

Toujours ! Starmania, on entend toujours la première version. Quant à celle de 1994, mise en scène par Lewis Furey et tant décriée par France Gall, c’est la seule que j’ai vue en vrai. C’était un peu déroutant, car le délire de Lewis Furey n’était pas du tout celui de Berger ou de Plamandon, mais je ne l’ai pas trouvé non plus catastrophique. C’était spectaculaire, avec cascadeurs, jongleurs… On en avait plein les mirettes, c’était vraiment la grosse artillerie. Mais plus le temps passait, moins il y avait de décor, de personnes sur scène… ça devenait un peu n’importe quoi à la fin.

Et toi, est-ce que tu aurais aimé chanter dans Starmania ?

Je ne sais pas, et puis aujourd’hui c’est moi qui pose les questions. En plus, tu sais que c’est ma première interview alors c’est important de s’inspirer de ce qui a été fait avant, par les maîtres. Je vais donc, pour terminer, te poser trois questions « à la manière de ».

OK, allons-y.

On va commencer à la manière de Thierry Ardisson.

Tu as pris beaucoup de cocaïne pour écrire ce livre ? Peut-être même avec certains interprètes de Starmania ?

Avec les interprètes de Starmania, je n’ai bu que du thé ou du café. Ah! Aussi un Coca Light un jour. 

Quelle tristesse cette époque…

Maintenant, à titre personnel, je ne prends pas de drogue, mais il m’est arrivé d’être accompagné d’un bon verre de vin. Ça me détendait et finissait par débloquer la situation quand je me retrouvais dans une impasse.

françois alquier,mandor,interview,l'aventure starmaniaA la Manière de Yann Moix.

L’impossible n’étant pas le contraire du possible, mais plutôt une sorte de possible qui serait arrivé à son incandescence, penses-tu que c’est justement parce qu’une telle comédie musicale était impossible à réaliser en France que Luc Plamondon et Michel Berger l’ont fait ?

Euh… oui. T’as pas un aspirine, s’il te plait ? 

Et enfin à la manière de Jacques Chancel. Et Dieu dans tout ça ?

Dieu n’a pas sa place dans Starmania. Etonnamment, il n’est pas du tout question de religion. Il y a juste eu dans la première version un gourou d’une secte.

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Pendant l'interview...

Je reviens donc à ma première question. Tu as fait ton casting ?

Qui verrais-tu dans le rôle de Johnny Rockfort ?

C’est compliqué pour moi qui suis toujours à la recherche du nouveau Balavoine. Mais je dirai Pierre Lapointe.

J’en étais sûr. Zero Janvier ?

Renaud Hantson. Il a participé aux versions 88 et 94, il serait parfait pour faire le raccord. Et il a l’âge du rôle à présent.

Stella Spotlight?

Une québécoise aussi foldingue que Diane Dufresne à l’époque : Klo Pelgag. Elle est peut-être trop jeune, mais elle serait très bien, excentrique comme il faut. Son show est une folie totale.

Ziggy?

Eddy de Pretto.

Cristal?

Louane, tiens!

Oui, enfin si France Gall accepte. Sadia?

Je ne vois pas à quoi tu fais référence (rires). Mais ma réponse est Fishbach.

Et enfin Marie-Jeanne ?

Buridane.

Très bon casting. Merci.

Merci, c’était ta dernière question ?

Oui, et je te remercie de tes réponses.

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Pendant l'interview (bis). 

Quelques personnalités présentes dans le livre... avec le livre.

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Renaud Hantson (Ziggy en 1988 et 1989 et Johnny Rockfort en 1989).

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Grégoire Colard (attaché de presse de Starmania 1979 et de Michel Berger et France Gall pendant 16 ans).

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Fabienne Thibeault (Marie-Jeanne 1978 et 1979).

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Norman Groulx au Québec (Johnny Rockfort dans les versions de 1988 et 1993)

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Roddy Julienne, le grand gourou dans les version 1978 et 1979.

Et oui, il y a eu une merveilleuse soirée de lancement le 17 novembre dernier, à Paris, à la librairie Les nouveautés. Beaucoup de monde, dont quatre artistes de Starmania. Voici quelques photos.

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Avec René Joly, L'extra-terrestre dans la version 1978 et Roger-Roger dans la version live de 1979.

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René Joly (voir photo précédente), Roddy Julienne (le grand gourou dans la version public de 1979), Fabienne Thibeault (Marie-Jeanne en 1978 et en 1979) et Peter Lorne (une étoile noire dans la version 1988).

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Les mêmes avec le chanteur Thomas Caruso.

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Quelques invités, en début de soirée...

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En mode sérieux.

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Avec la chanteuse Céline Lenfant, le chanteur Thomas Caruso et le découvreur de talent, Olivier Bas...

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...à qui je me demande bien ce que je racontais. 

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Avec Jérôme Collet (Spartacus, Notre-Dame de Paris...) et Roddy Julienne (Starmania, Notre-Dame de Paris...)

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Les mêmes avec Corinne Labat, la présidente du Pic d'Or. 

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Avec les chanteuses et chanteurs, Geneviève Morissette, K!, Fabien Martin, Sophie Le Cam, Carole Masseport et Jean-Jacques Nyssen.

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Avec mes amis, Patrice Demailly (journaliste) et Arnold Turboust (auteur-compositeur-interprète).

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Avec Laurent Balandras (éditeur, manager, auteur...)

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Avec mon ami, le chanteur Caruso.

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Les chanteuses Céline Lenfant (à gauche) et Déborah Elina, entourant Stéphane Violas et Alexei Smigielski (ASV Chansons).

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Quelques invités...

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La présidente du Pic d'Or, Corinne Labat, avec deux Pic d'Argent K! et Thomas Caruso.

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Avec les deux humoristes, comédiens, auteurs, Jonathan O'Donnell et Akim Omiri.

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Avec mes potes comédiens et auteurs, Kaza, Vincent Scalera et Guillaume Gamand.

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Mon attachée de presse, Clémentine Duguay, Fabienne Thibeault et Jean-Louis Hocq, directeur adjoint du pôle Tourisme - Pratique- Livres illustrés (marques Lonely Planet, Solar, Hors Collection, Acropole, Pré aux clercs) de Place des éditeurs (groupe Editis).

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Boris Gasiorowski (animateur et manager), Roddy Julienne et Peter Lorne.

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Avec Stéphane Violas (organisateur de spectacle) et la chanteuse Sophie Le Cam.

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Avec les quatre artistes de Starmania et mon pote de toujours, l'animateur de Nostalgie, Olivier Louvet. 

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Petit melting pot de photos. Merci à tous d'être passés, vous dire que l'émotion était là est un euphémisme...

Le livre se vend bien. Il est souvent très bien classé dans les ventes du site d'Amazon (même si la mort de Johnny, le 5 décembre 2017, a un peu biaisé les résultats.)

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On parle du livre là:

Dans la presse écrite : 

FrancoFans (le bimestriel indé de la scène francophone, décembre/janvier 2018, n°68): 

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Open Mag (le journal gratuit de la FNAC, n°201, décembre 2017, janvier 2018):

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Gala (n°1278, du 6 décembre 2017):

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Hexagone (janvier-février-mars 2018 n°06) :

Dans sa version en ligne.

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France Dimanche (N°3722, 29  décembre 2017).

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Longueur  d'Ondes (N°84 Hiver 2017/2018):

Dans sa version en ligne.

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Apollo Magazine, trimestriel masculin haut de gamme (N°21 avril 2018):

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Jukebox Magazine, le mensuel musical des passionnés de musique et collectionneurs de disques (N°377- mai 2018):

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Le Figaro (N°22950-26 mai 2018):

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Sur le net :

Chez TouteLaCulture.com.

Sur le site de  France  Bleu.

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France Bleu avec Julien Baldacchino. 

Sur le site de TV Melody.

Sur le blog consacré aux biographie, Bios enchantées.

Sur le site consacré aux comédies musicales, Musicale Avenue.

Sur un autre de même type, Regard en coulisses.

Sur le site culturel Art Six Mic.

Sur le site culturel, Culturellement Vôtre  (l'article certainement le plus détaillé de tous.)

Sur le site culturel Week-People.

Sur le site culturel FanMuzik.

Sur le site culturel France Net Infos.

Sur le "quotidien des professionnels des médias" Médias+.

Sur le site culturel Fenêtres sur blog (Music Box).

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Avec Gérard Quentin de Music Box.

Sur la page YouTube du Monde du ciné (dans la hotte du Père Noël).

Sur le site consacré à la chanson française, Chanter, c'est lancer des balles.

Sur un autre site consacré à la chanson française (et pas des moindres), Nos Enchanteurs

Sur la page Facebook de Broadway à Paris.

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Avec Mickael Obry de Broadway à Paris.

Le livre est aussi conseillé comme cadeau de Noël par le site Culture Hebdo, le carrefour d'information du livre au Québec et dans le monde, La Presse, site d'info de Montréal,  Le Journal de Montréal et par le site consacré  aux livres et aux films, Baz'Art.

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Le Journal de Montréal (25 novembre 2017).

Une idée de cadeau en or et un jeu concours dans le n° spécial fêtes de Maxi (n°1624, du 11 au 17 décembre 2017).

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Un  autre jeu concours avec la radio partenaire du  livre, Nostalgie, sur leur site, du 4 au 10 décembre 2017. 

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Et, malheureusement, la presse people et leurs extraits non contextualisés.

Le pompon avec Voici, puis Yahoo qui copie-colle, et ceux qui suivent, GalaNon Stop People, OrangePure People, Free, Télé Loisirs, Le Gossip, People no limit, Femme Actuelle, 7 sur 7Le Point (oui, même eux!), Le Figaro, Pure Break...

En pleine promo de ce livre, France Gall est décédée... j'ai écrit "mon rendez-vous manqué" avec elle pour le Huffingtonpost. A lire ici. 

Et quelques mois plus tard, c'est au tour de Maurane de partir. Voici des articles qui font référence au livre:

Le Huffpost édition Québec , PureBreak Charts...

Quelques médias:

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MOI FM (le podcast de l'interview est là!), le 16 octobre 2017, dans L’œil de Sab animé par Sabrina Fraty. Emission avec Fabienne Amiach (présentatrice de la météo sur France 3 depuis 28 ans) pour son livre "Les potagers des grosses légumes" aux éditions Fortuna.

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Sabrina Fraty, Fabienne Amiach et moi.

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Sabrina Fraty, Fabienne Amiach et moi.

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Fabienne Amiach et moi interprétant en direct, "Le monde est stone".

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Photo d'après émission avec Sabrina Fraty, le rappeur Alibi Montana (directeur de la radio), Fabienne Amiach et moi. 

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Ici avec Olivier Vadrot (manager d'artistes), Sabrina Fratry, Fabienne Amiach et son éditeur François Michalon

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Radio Air Show, le 27 octobre 2017, dans Le Kiosque, animé par Arno Koby. (Le podcast est là).

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Face à toute l'équipe de l'émission Le kiosque

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En pleine écoute.

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Présentation de l'ouvrage. 

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L'auteur compositeur interprète et humoriste Show Man, William Klank (http://william-klank.com/) présente l'objet.

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Jacky lave plus propre (JLPP), présenté par Jacky sur IDF1, le 7 novembre 2017. (Le podcast de l'interview est là. Commencer à 24'16'')

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Avant l'interview, le divertissement (tout est visible ici en replay). Ici Jonglage.

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Là, dessin.

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Si. Ceci est bien une chaise. 

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Sauter à cloche-pied en épelant un mot à l'envers. La promo d'aujourd'hui.

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Et enfin, la promo…

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Avec les deux autres invités (très sympathiques), la chanteuse Noon et le chanteur Olivier Saf.

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Radio Campus Paris (93.9 FM) le vendredi 10 novembre 2017 de 21h à 22h30, l'émission TriFaZé avec Buridane, Alysce (en direct) et moi (en différé) animée par l'excellente Cécile Goguely et la participation de Cyril Adda. Le podcast de l'émission est là (début d'interview sur le livre à 58'29''). 

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Enregistrement de l'interview par Cécile Goguely, le 5 novembre 2017 à l'agence Mixicom.

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Le 15 novembre 2017, dans les matinales d'IDFM (Radio Enghien), présenté par Christophe Caron. (Pas de podcast).

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Dans l'émission de François JoyeuxUne heure avec... (à écouter là) sur différentes radios provinciales (voir bandeau ci-dessus).

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Avec François Joyeux, lors de l'enregistrement de "Une heure avec...", le 17 janvier 2018.

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Dans l'émission Que faire des mômes présentée par Eric Coudert et diffusé sur plus de 30 radios. (A écouter là à partir de 26 mn 10 secondes).

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Avec Eric Coudert, lors de l'enregistrement de "Que faire des mômes", le 19 janvier 2018.

 

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Sur France Musique, le dimanche 10 décembre dans l'émission, 42e Rue, présentée par Laurent Valière, le livre est chroniqué. 

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Le 30 novembre 2017, dans l'émission 18h-Minuit présenté par David Khalifa, sur la chaîne de télévision Non Stop People

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En régie...

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Avec le journaliste David Khalifa après l'interview.

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Le 4 décembre 2017, sur la télé des Pyrénées HPyTv dans l'émission présentée par Steeve, HpyHour (#136). A partir de 4'18''

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Le 15 janvier 2018 dans l'émission "Loft Music" sur Sud Radio présenté par Yvan Cujious, depuis le studio Luna Rossa à Paris avec les artistes Noon, Geneviève Morissette et Cyril Adda. L'émission en podcast est là

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Noon, Cyril Adda, Geneviève Morissette, moi et Yvan Cujious.

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Cyril Adda, Noon et Geneviève Morissette. 

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Après l'émission, Cyril Adda, Geneviève Morissette, Noon, moi et Yvan  Cujious.

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A Europe 1, pour Europe Week-end présentée par Wendy Bouchard. Je suis le coup de cœur culturel du 4 mars 2018. Ecouter le podcast ici.

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Avec Wendy Bouchard, pendant et après l'enregistrement de l'interview, le 26 janvier 2018.

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Frédéric Zeitoun a interviewé Fabienne Thibeault et moi pour l'émission de France 2, C'est au programme, présentée par Sophie Davant. Ce reportage a été diffusée le vendredi 9 février 2018. Le voici.

Voici quelques photos pendant l'enregistrement de ce reportage.

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Avec une maquilleuse de choix... #générositédelartiste

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En pleine interview de Frédéric Zeitoun.

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Hop! Raccord maquillage. Fabienne Thibeault, toujours aussi prévenante et généreuse. 

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Fabienne Thibeault, elle aussi interviewée pour ce spécial Starmania. 

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Avec Fabienne Thibeault, à la fin de l'enregistrement.

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Avec Frédéric Zeitoun, à la fin de l'enregistrement.

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L'excellente journaliste Véronique de la Maisonneuve m'a reçu le 27 mars 2018 dans le mag culture de Radio Sensations (à Elancourt), la radio des Yvelines. L'émission a été diffusé le samedi 31 mars 2018. Le podcast est là.

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Pendant l'enregistrement...

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Après l'émission.

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Le 17 avril 2018, le journaliste culturel de France 2, Laurent Hakim, m'a interviewé dans les locaux de France Télévisions pour le journal télévisé du Week-end présenté par Thomas Sotto. Le reportage a été diffusé le samedi 16 juin 2018. Vous pouvez le voir ici.

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Quelques photos des coulisses du tournage.

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Yves Lecoq m'a interviewé le 4 mai 2018 pour l'émission de France 3, Les grands du rire. L'émission a été diffusée le 15 septembre 2018.

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Avant l'interview. Plateau vide.

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En place.

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En régie...

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Après l'enregistrement.

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Le 29 août 2018, j'ai été l'invité de Sidonie Bonnec et Thomas Hugues sur RTL dans l'émission La curiosité est un vilain défaut pendant 45 mn. Le podcast est écoutable là.

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(Photo : Isabelle Piana/RTL)

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En direct...

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Avec Sidonie Bonnec et Thomas Hugues, à la fin de l'émission.

Quelques signatures: 

Dédicace (en toute discrétion) au Rivoli 59, dans le cadre de la journée de présentation du Mégaphone Tour 2017-2018.

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Sur mon stand, j'ai reçu la visite de la journaliste de FrancoFans, Stéphanie Berrebi...

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...qui m'a offert un joli autocollant. 

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Martin Luminet est passé aussi.

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Siau.

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Avec Geneviève Morissette.

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Une Camille Hardouin se cache derrière mon livre. Sachez la retrouver.

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Fred Nevché

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...et enfin Jeanne Rochette. Merci à tous d'être venus faire un coucou.

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Séance de dédicaces du livre à l'Espace Culturel Leclerc du Méridien à Ibos (à coté de Tarbes).

La Nouvelle République des Pyrénées a annoncé l'événement. 

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Pyrénées infos Tarbes, aussi (lire là).

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Des anonymes fans de Starmania...

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...et des amis.

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La Nouvelle République des Pyrénées du mardi 21 novembre 2017 est revenu sur cette signature.

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J'étais invité au 16e Salon du Livre et de la Chanson à Randan les 15 et 16 septembre 2018. De bons moments malgré le peu de public (c'était aussi les Journées du Patrimoine).

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Quelques minutes avant l'ouverture...

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Avec Olivier Vadrot, mon attaché de presse/manager préféré qui s'est bien occupé de moi durant ces deux jours. 

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Mon voisin de table durant ces deux journées, Nilda Fernandez. Un lien s'est créé entre nous.

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Avec Oliver Vadrot et Nilda Fernandez. Le trio de choc!

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Une fan (très austère) de Starmania.

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Jacqueline Boyer, Anne Sylvestre et moi (attendant les lecteurs).

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L'orchestre de l'Université de Limoges, le chœur de l'Université et des artistes professionnels ont interprété "Les chansons de Starmania" à l'Opéra de Limoges  le 22 septembre 2018. J'ai été invité à et évènement par la directrice du service culturel de l'Université de Limoges, Nadine Gogne. Ce jour-là, l'occasion m'a été donné de me livrer à deux séances de dédicaces.

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La presse locale en a parlé…

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Pour lire l'article ci-dessous, cliquez sur l'image (ou achetez-vous une bonne loupe).

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Un article très sympa sur le site de France 3 Nouvelle Aquitaine.

La librairie Anecdotes avait fait les choses en grand.

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Avant ces deux dédicaces, j'ai fait un peu de promo à France Bleu Limousin avec Christophe Besson (animateur et responsable des programmes).

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Avant la dédicace à la Libraire Anecdotes, un peu de repos devant l'entrée…  genre, je suis là par hasard.

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C'est parti pour une après-midi de dédicaces.

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Jean-Michel Gillet, le bienveillant maître des lieux.

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Une fan de Starmania...

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Avant de partir, pot de l'amitié avec certains membres de ma famille et des amis limougeauds. 

Le soir, la représentation de "Les chansons de Starmania" s'est parfaitement déroulée à l'Opéra de Limoges. (Photo : Isabelle Rio).

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Ici, avec Nadine Cogne, la directrice du service culturel de l'Université de Limoges et organisatrice de l'évènement, ici en "étoile noire". 

Il est temps de signer…

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11 décembre 2017

Kevin Tran : interview pour le manga Ki et Hi (tome 2)

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En décembre 2016, j’avais ici réalisé une première interview du YouTuber star et désormais auteur de manga à succès, Kevin Tran (Le Rire Jaune). C’est un garçon que j’apprécie beaucoup humainement et j’ose dire « intellectuellement ».

Il sort le deuxième tome de sa série Ki & Hi, intitulé Une famille de fous. Pour Le magazine des loisirs culturels Auchan (daté des mois de décembre 2017 et janvier 2018), je l’ai interviewé de nouveau.

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01 décembre 2017

Matthias Vincenot : interview pour Poésie et chanson, stop aux a priori

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(Photo : David Desreumaux)

« Matthias Vincenot pose en une centaine de pages la petite encyclopédie qui va donner aux amoureux de la chanson de quoi discuter, sans disputer, du bien-fondé de la chanson « à texte » de la ritournelle anodine, de la comptine naïve, de la chanson rebelle, de tous ces moments qui font naître la tendresse, ou la rage de vivre, ou un certain regard bienveillant sur la vie, même quand elle est rugueuse, difficile » explique le blog Le doigt dans l’œil. On ne saurait mieux dire.

Sur le rapport entre la poésie et la chanson, on ne peut trouver plus clair et précis que ce court essai de Matthias Vincenot, Poésie et chanson, stop aux a priori, publié aux éditions Fortuna. Comme il l’écrit lui-même, il réfute  « le simplisme déguisé en évidence, les idées reçues ou ce qu’il serait convenu de croire ou de penser ».

Le 13 septembre dernier, Matthias Vincenot est venu chez moi pour évoquer ce formidable et passionnant sujet. C’était sa quatrième mandorisation (la première en 2013 pour son recueil de poèmes Les années aperçues, la deuxième en 2014 pour son Almanach insolite et son essai Le mot et la note et la troisième en 2016 pour le projet d’album Hors cadre.)

matthias vincenot,poète,recueil,poésie et chanson stop aux a priori,interview,mandor4e de couverture :

Poésie et chanson, stop aux a priori ! Il était temps de remettre les pendules à l’heure, à l’écart des raccourcis commodes, des jugements de valeur, des fausses prétentions et des vraies confusions.

Ce livre s’adresse à tous ceux qui aiment soit la chanson, soit la poésie soit les deux, connaisseurs ou non.

Il s’agit d’une promenade à travers le plaisir des mots, le long de « la bande originale de nos vies ».

L’auteur :

Poète, président de l’association Poésie et Chanson Sorbonne, fondateur et directeur artistique du Festival DécOUVRIR de Concèze, directeur artistique de Poésie en liberté, sociétaire de l’Académie Charles Cros, il a aussi créé, avec Thierry Cadet, le Prix Georges Moustaki de l’artiste indépendant et/ou autoproduit.

Docteur ès lettres, Chevalier des Arts et des Lettres, il est par ailleurs professeur aux Cours de Civilisation française de
la Sorbonne.

Ses ouvrages les plus récents sont Le mot et la note (éditions de l’Amandier, avec un prologue de Georges Moustaki, 2014) et Génération deux mille quoi (éditions Fortuna, 2015).

Il dirige L’Almanach insolite, paru en octobre 2014, qui rassemble 300 participants (avec des photos de Pascal et Nicolas Rabot et des éphémérides de Christophe Tastet, éditions Mines de rien).

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matthias vincenot,poète,recueil,poésie et chanson stop aux a priori,interview,mandorInterview :

Pourquoi ce livre ?

Déjà parce que j’aime la poésie et la chanson. Par contre, je ne mélange pas les deux, même si les frontières entre ces deux arts ne sont pas rigides. J’ai fait tout un doctorat sur ce sujet, s’en est suivi un gros livre. C’était plus un ouvrage de spécialiste. J’ai souhaité que cette  nouvelle version soit plus grand public, précise et digeste. 

Tu as d’ailleurs eu plus de mal à l’écrire que le pavé…

Je ne voulais pas enlever la moindre idée. Il fallait donc que j’arrive à condenser sans perdre en densité, mais en gagnant en lisibilité. C’était beaucoup plus difficile. Je tenais à ce que ce soit un livre qui parle de la poésie de tous les styles et de la chanson de tout temps, mais qui soit bien ancré dans l’actualité. Il a fallu repenser les choses sur cet axe-là. Il fallait devenir plus simple sans perdre en exigence. Poésie et chanson, stop aux a priori est un autre livre, pas seulement un résumé du précédent.

Tu en as fait neuf versions.

Oui, mon éditeur a été très courageux. Je lui ai envoyé neuf manuscrits définitifs dans un délai très court. Ça devenait compliqué pour lui.

Pour toi, les textes de Brassens, Brel ou Ferré ne sont pas de la poésie ?matthias vincenot,poète,recueil,poésie et chanson stop aux a priori,interview,mandor

Je fais un distinguo entre écrire de la poésie et écrire des chansons poétiques. Il ne faut pas confondre le point de départ et le point d’arrivée. Il y a des chansons de nombreux artistes qui peuvent s’apparenter à des poèmes, mais il n’empêche que quand on écrit un simple poème, on n’est pas attentif aux mêmes éléments que quand on écrit une chanson. Si j’écris une chanson, je sais qu’elle va être chantée, si j’écris un poème, je sais qu’à priori, il ne sera pas chanté.

Tu veux dire que si on écrit en sachant qu’il y a aura de la musique derrière, ça fausse l’écriture d’un poème ?

On n’écrit pas dans le même but et on n’écrit pas la même chose. Personnellement, à chaque fois que j’ai essayé, je n’y suis pas parvenu. Il faut avoir quelques notions de tempo, de régularité, de longueur. On m’a donné un jour une musique pour que je tente d’écrire un texte, mais ça a été une catastrophe. On ne peut pas mettre tout mot sur tout son. Mais j’aimerais beaucoup réessayer !

Tu insistes sur le fait que tu ne fais pas de hiérarchie entre la poésie et la chanson.

Ce sont deux arts différents qui peuvent se rencontrer, qui ont des liens de cousinage. Il y a des poètes qui rêveraient d’écrire des chansons et il y a des chanteurs qui rêveraient d’écrire des poèmes. Je connais des poètes qui ont décidé d’écrire des chansons parce qu’ils espéraient être plus entendus.

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Est-ce que tout poème peut devenir une chanson ?

Non. Ou alors, pas de la même façon et pas dans le même univers. Il peut y avoir une régularité dans le poème qui n’est pas la même dans la chanson. La  musicalité du poème et de la chanson aussi peut différer.

Il y a des chanteurs qui estiment faire de la poésie.

Ils peuvent avoir raison, mais ils font quand même des chansons. J’espère qu’ils n’estiment pas cela parce qu’ils considèrent que ce n’est pas assez noble de faire de la chanson. En disant que l’on fait des poèmes, il ne faut pas qu’on ait l’impression que l’on dévalorise son propre art.

matthias vincenot,poète,recueil,poésie et chanson stop aux a priori,interview,mandorCharlElie Couture a appelé un de ses meilleurs albums « Poèmes rock ».

Je trouve que c’est audacieux. Les frontières sont poreuses et certains artistes sont proches de la poésie. Encore une fois, le résultat d’une chanson peut être un poème, mais pas le point de départ.

Toute chanson à texte n’est donc pas forcément poétiqus ?

Quand des artistes sont un peu trop attentifs aux textes, ils peuvent en oublier la musique. Il faut faire attention au risque d’en dire trop. C’est comme les chansons à message, tu mets le message, mais tu oublies la chanson, c’est pareil pour les poèmes. Il ne faut pas que le fond écrase la forme. Il faut faire attention au danger de l’explicitation de tout. Le poétique que l’on trouve dans les chansons, c’est aussi la suggestion, le mystère… j’appelle ça la chair des mots, c’est-à-dire, ce que les mots suscitent en soi et qui n’est pas seulement leur sens. S’il n’y a que du sens dans les mots, ce n’est plus du poétique, on est dans le récit.

Tu expliques dans ton livre que quand un artiste disparait, on dit de lui que c’était « un grand poète ».

La société met le poète très haut sur un piédestal, du coup, elle le voit plus. Quand un chanteur décède, on dit que c’était un poète, même quand il n’écrivait pas ses textes d’ailleurs. C’est la qualité suprême.

La poésie contemporaine, dans un certain nombre de vecteurs de diffusion, a un peu de mal.

C’est toujours amusant d’entendre parfois ceux qui ignorent totalement la poésie dire au moment du décès de l’un ou de l’autre, que c’était un poète. Ils ne connaissent pas les poètes d’aujourd’hui. Moi, je me bats beaucoup pour faire entendre la parole des poètes contemporains.

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matthias vincenot,poète,recueil,poésie et chanson stop aux a priori,interview,mandorDans toutes tes actions, ta façon de présenter la poésie, c’est souvent à travers le mélange de la poésie et de la chanson.

Un animateur d’une émission culturelle me disait que quand il fait une émission sur la poésie, il perd de l’audience. Si, dans son émission, il y a d’autres personnes que des poètes, il ne perd pas d’audience. Moi, effectivement, j’essaie de mettre dans mes  différentes  programmations, des poètes, des comédiens et des chanteurs. Ça permet de surprendre, de se faire surprendre et de mêler les publics.

Est-ce que je peux prétendre que tu « vulgarises » la poésie, pour que l’on y accède ?

Je n’aime pas trop le terme « vulgariser », je rends l’accès à la poésie plus facile. Je montre ce que c’est en exposant à la vue ses différentes facettes à un maximum de gens.

Tu as sorti ton premier livre à l’âge de 17 ans, en 1998. Dis donc, cela va faire 20 ans !

Je vais sortir mon prochain recueil de poèmes le 6 février 2018 aux éditions Fortuna. Il va s’intituler J’ai 20 ans. Pour fêter ce nouveau livre, il y aura même une soirée de lectures de certains nouveaux poèmes ce soir-là à l’Entrepot. Je serai accompagné au piano par Etienne Champollion et Éric Guilleton sera là, pour chanter quelques chansons. Ça fera exactement 20 ans, jour pour jour, que mon premier recueil est sorti. J’aime bien ce symbole.

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Après l'interview, le 13 septembre 2017.

11 novembre 2017

Philippe Jaenada : interview pour La serpe

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Le prix Femina 2017 a été décerné le 8 novembre 2017 à Philippe Jaenada (déjà un peu mandorisé là) pour son roman La serpe (Julliard). Il a élu au 5e tour par 6 voix contre 4 à Véronique Olmi (Bakhita, Albin Michel). Après La petite femelle, son précédent roman où l'écrivain-justicier réhabilitait Pauline Dubuisson, condamnée lourdement en 1953 pour le meurtre de son petit ami sans bénéficier de circonstances atténuantes, Philippe Jaenada s'est cette fois penché sur un triple meurtre commis à coups de serpe dans un château de Dordogne en octobre 1941. L’accusé numéro 1 est Henri Girard, connu sous le nom de Georges Arnaud, l’auteur de Le salaire de la peur.

Deux mois auparavant, le 7 septembre 2017, pour Le magazine des loisirs des magasins Auchan (daté des mois de septembre/octobre 2017) et pour Les chroniques de Mandor, Philippe Jaenada m’a donné rendez-vous dans son fief, Le bistrot Lafayette.

Et pour la première fois, le petit-fils d’Henri Girard, Emmanuel Girard, a accepté de donner son point de vue sur le livre et sur son auteur. Il nous a donc rejoints, avec son propre fils, Simon

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philippe jaenada,la serpe,prix féminaBonus mandorien (avec, je vous préviens, un peu de spoil dedans)

Aurais-tu aimé être pote avec Henri Girard ?

Oui. Je pense que c’était un bon gars au départ. Il était plutôt timide et contrairement à ce qu’on a dit, il était très féministe. Dans la deuxième partie de sa vie, il était carrément altruiste. A partir des années 60, il arrête d’écrire des romans pour mettre toute son énergie à défendre des gens injustement attaqués. Il était très impressionnant, il faisait très peur, disons qu’il n’avait pas un visage avenant, mais il était d’une très grande gentillesse.

Revenons à toi, un instant. Ta vie professionnelle te convient-elle comme elle est ?

Oui, parfaitement, car elle est simple. Je bosse à Voici, je fais les cinq pages de potins de chaque numéro, et j’écris des livres sans aucune pression.

Pourquoi continues-tu à écrire pour Voici ?

Grâce à ce travail que j’ai depuis 20 ans, je garde un équilibre financier. Si j’étais sûr que tous mes prochains livres se vendent autant que « La petite femelle » (plus de 150.000 exemplaires), je pourrais arrêter, sauf qu’on n’est jamais sûr de rien. Là, si je vends cinq exemplaires de La Serpe, je peux continuer à vivre normalement.

(A ce moment, là, Emmanuel Girard, petit-fils du héros du livre de Philippe Jaenada, Henri Girard, nous rejoint. Le fils d'Emmanuel, Simon, aussi).

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Emmanuel Girard, Simon Girard et Philippe Jaeanada.

Philippe Jaenada : Manu, tu peux répondre à François, mais n’oublie pas que c’est moi la vedette.philippe jaenada,la serpe,prix fémina

Vous avez lu le livre, je suppose ?

Emmanuel Girard : Oui, j’ai même eu l’honneur de le lire en premier. J’ai évidemment adoré.

Vous l’avez « harcelé » 10 ans pour que Philippe accepte de parler de votre grand-père. Vous devez être content que ce soit fait.

Emmanuel Girard : J’étais effectivement un peu lourd pour qu’il accepte de se pencher sur le cas de mon grand-père. Je connais Philippe depuis longtemps, j’ai lu ses livres, je connais donc ses qualités d’écrivain.  C’est quelqu’un qui analyse beaucoup, qui cherche à comprendre. Je sentais que ce serait une bonne création au final.

Philippe m’a dit qu’il n’aurait jamais pu écrire ce livre s’il avait été convaincu que votre grand-père était coupable.

Emmanuel Girard : J’étais sûr de mon fait. Mon grand-père a passé la deuxième moitié de sa vie à aider les autres, à combattre les injustices, alors, je ne le croyais pas coupable. Je savais que Philippe, avec sa manière d’enquêter, allait finir par s’en rendre compte. Tout était à charge contre lui lors du procès, je savais que la première impression de Philippe allait rejoindre le sens de tout le monde, mais j’étais certain que derrière, il allait  prouver le contraire.

Dans la première partie du livre, il n’est pas tendre avec votre grand-père.

Emmanuel Girard : Philippe est dans le sens de l’instruction. Mais, je savais que ça allait être contrebalancé par son enquête à lui.

Vous avez lu ce livre comment ?

Emmanuel Girard : Lire un livre sur son grand-père n’est pas anodin. Philippe m’a appris des tas de choses que je ne savais pas sur ma famille, sur cette histoire dans laquelle je n’étais jamais vraiment rentré. Mon grand-père, que j’ai connu de son vivant, n’en avait jamais parlé. Il avait fait une croix sur ce passé. C’était très douloureux pour lui. Dans la famille, on ne savait rien sur son histoire à lui et ce qu’il s’était réellement passé ce fameux soir de tuerie. J’ai lu le livre de Philippe en me focalisant sur les faits. Je n’étais pas dans la lecture « détente ». Je suis ravi car ce livre est hyper fort. Il a raconté des choses sur la relation père-fils magnifiques.

L’acte d’écrire ce livre vous a touché ?

Emmanuel Girard : Très profondément. D’ailleurs, j’ai dit à Philippe que c’était un moment formidable de ma vie. J’ai l’impression que ce livre règle les choses, réhabilite mon grand-père. C’est le seul à avoir essayé. Notre famille a gagné un truc très fort dans cette histoire. Après avoir lu ce bouquin, je ne vois pas comment on peut encore avoir le moindre doute sur son innocence. 

La thèse finale émise par Philippe, qui n’est pas la version officielle, vous convient-elle ?

Il y a pas mal de points dont parle Philippe qui donnent à réfléchir. Je ne suis pas loin de penser que sa thèse est la bonne.

Vous avez connu votre grand-père jusqu’à l’âge de 19 ans.

Je n’ai jamais eu de grandes conversations avec lui, d’ailleurs, c’est quelqu’un qui ne parlait pas beaucoup. Aujourd’hui, je regrette de ne pas avoir eu certaines discussions.

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Emmanuel Girard, Simon Girard et Philippe Jaeanada.

philippe jaenada,la serpe,prix féminaIl était comment avec vous Henri Girard (photo à gauche)?

Ce n’était pas un grand-père classique, mais il était sympa. Je me souviens qu’à 10 ans, il était venu à Noël. Avec mes deux sœurs, il nous a emmenés dans un magasin et nous a dit de choisir tout ce que l’on voulait. Sans modération. Je l’ai connu généreux.

Philippe Jaenada : Tu me disais qu’il te faisait un peu peur.

Emmanuel Girard : Il était assez impressionnant physiquement, même s’il était tout fin. Il était assez marqué. Je ne le connaissais pas bien. C’était pour nous l’écrivain au passé mystérieux et il y avait tout de même une distance entre nous.

Philippe Jaenada : Il a quand même abandonné ton père…

Emmanuel Girard : Encore une fois, c’est la vie de chacun. Quand on a vécu ce qu’il a vécu, que vais-je juger ? Il abandonne mon père à six mois. Il était certainement dans un mal-être incommensurable.

Il n’a choisi que des femmes chiantes dans sa vie.

Emmanuel Girard : Il a eu des carences affectives, cela a forcément tronqué sa relation avec les femmes. Ce qui est certain, c’est qu’il ne savait pas les choisir. Elles étaient très belles, mais elles étaient des bourriques. D’ailleurs, mon père faisait des choix similaires.

Qu’est-ce qui plaisait aux femmes chez lui ?

Philippe Jaenada : Il avait l’air sérieux, inquiétant, sûr de lui. Les femmes adorent cela.

Emmanuel Girard : J’ajoute qu’il était intelligent et charismatique. Et puis, il a souvent eu  beaucoup d’argent, il ne faut pas mésestimer ce détail.

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Henri Girard (alias Georges Arnaud).

Moi, en lisant le livre, j’ai ressenti beaucoup d’affection pour cet homme-là. Il était ce qu’il était, mais il était libre. Il faisait ce qu’il voulait.

Emmanuel Girard : C’est vrai que quand tu vois les romans que Philippe a écrit sur Sulack, Pauline Dubuisson et sur mon père, à chaque fois, tu réalises qu’il arrive a créé de l’affection pour les personnages.

Philippe Jaenada : Avec ton grand-père, c’était plus dur. Ce n’était pas gagné.

Emmanuel Girard : Oui, mais tu y es parvenu avec brio.

Philippe, je suis sûr que tu t’es amusé à le rendre antipathique dans la première partie du livre.

Philippe Jaenada : Je voulais refléter ce que je ressentais de lui au début. C’est vrai que j’ai tout fait pour qu’on ne l’aime pas et qu’on pense qu’il était rréellement coupable.

Emmanuel, avez-vous quelque chose d’Henri Girard dans votre personnalité?

Je ne sais pas. Philippe, en creusant tout ça, m’en a appris beaucoup sur lui et ma famille, ça m’a ramené à une compréhension et une explication de ce que je suis. Quand tu n’as pas tes racines, quand on ne t’explique pas d’où tu viens, tu as une façon de réagir par rapport aux choses que tu ne sais pas toujours bien comprendre.

Philippe Jaenada : Lors de diners chez toi, quand d’une manière ou d’une autre on attaque ton grand-père, tu peux devenir mauvais.

Emmanuel Girard : Comme mon grand-père, l’injustice me fait réagir au quart de tour. Mes sœurs aussi sont comme ça.

Toute votre famille a lu le livre ?

Quasiment. Ils ont tous apprécié et ils remercient Philippe pour les mêmes raisons que les miennes. Seule la fille d’Henri, Catherine, n’a pas réussi à le commencer. Elle a du mal…

Vous avez aidé Philippe ?

Emmanuel Girard : Mais c’était impossible de l’aider. Il en savait bien plus que moi.

Philippe Jaenada : Bien sûr que tu m’as aidé.

Emmanuel Girard : Je lui ai raconté ce que je savais, pas grand-chose, et ce qui se disait dans la famille. Non, franchement, Philippe, ton travail a été phénoménal. Merci encore !

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A l'issue de l'interview, avec Emmanuel Girard, Simon Girard et Philippe Jaeanada, le 7 septembre 2017.

26 octobre 2017

Clément Bénech : interview pour Un amour d'espion

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(Photo : Patrice Normand)

Depuis 2013, je suis la carrière littéraire de Clément Bénech. Je l’ai déjà reçu pour son premier roman L’été Slovène, puis pour son second, Lève-toi et charme. J’aime sa prose, son regard sur la société, son humour, la subtilité de ses réflexions sur le quotidien et la vie en générale. 

Dans ce troisième roman, Un amour d’espion, l'auteur nous embarque à New-York où il retrouve Augusta, une amie qui l'a chargé d'une mission : filer son « boyfriend », un roumain, critique d'art, au passé trouble. Clément Bénech signe ici un roman contemporain, hyper «  connecté ». Il ne se contente pas d’enquêter sur ce mystérieux personnage, il pointe aussi les dérives, les dangers, les déconvenues des réseaux sociaux (Tinder et autre Facebook). Un  roman moderne qui en dit plus qu’il n’y parait sur nous, notre époque et notre façon de vivre.

Le 19 septembre dernier, nous sommes allés déjeuner ensemble pour une troisième mandorisation.

9782081393264.jpg4e de couverture :

 « Au fond, j’ai l’impression que nous ne sommes plus que des Marco Polo parodiques », autant dire de simples touristes. C’est le constat un brin désenchanté que cet étudiant en géographie partage avec son amie Augusta au détour d’une conversation Facebook. Il n’en faut pas plus à la jeune femme, fraîchement débarquée aux États-Unis, pour lui proposer le plus fou des séjours, un « voyage à dessein ». Direction : New York, où Augusta l’attend pour percer à jour l’identité de son petit ami, rencontré via une application pour smartphone. Pourquoi ce critique d’art venu de Roumanie se fait-il inlassablement accuser de meurtre par un internaute anonyme ? C’est ici que commence la filature de notre apprenti détective, qui n’est peut-être pas le seul à suivre la piste du mystérieux Dragan.
À la faveur des péripéties new-yorkaises de cet « amour d’espion », Clément Bénech pose un regard plein d’esprit et de malice sur les rencontres sentimentales à l’ère de l’espionnage amoureux. Si le virtuel s’invite dans le réel, qui espionne qui ?

L’auteur :

Clément Bénech est né en 1991. Après L’Été slovène (2013) et Lève-toi et charme (2015), il a publié en août 2017 Un amour d’espion aux Éditions Flammarion. Il tient également une chronique dans Libération (ici, une belle interview de lui avec Oxmo Puccino)

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rencontre-clement-benech-un-amour-d-espion.jpgInterview :

Je trouve que tu écris des romans modernes et la modernité  est rare dans la littérature.

Je traite d’objet, comme Tinder ou Facebook, qui sont considérés comme pas littéraires. Un objet pas littéraire, c’est bas et quelque chose qui est bas, on a envie de l’élever. Les dialogues que l’on peut avoir sur les réseaux sociaux m’intéressent comme forme d’écriture parce qu’elle donne un sentiment de liberté. J’ai l’impression que cela me permet de parler de choses plus élevées, plus profondes, justement parce qu’elles ont une forme qui parait plus légère. J’aurais un problème éthique à écrire une phrase dont je sais qu’elle m’ennuierait si je la lisais chez un autre auteur.

Dans ce que tu écris sur Facebook, sur ton blog et dans tes livres, il n’y a jamais une phrase de trop. Et surtout, il y a une identité Clément Bénech reconnaissable .

Il y a des différences. Il y a des idées courtes qui vont devenir un tweet ou un statut Facebook et il y a des idées qui sont plus prenantes, qui demandent à être développées, et qui peuvent devenir un roman. Mais derrière, il y a la même personne. Avec mon copain François-Henri Désérable, on se demande souvent si nous avons une spécificité, quelque chose qui fait que nous puissions être reconnaissables. A mon avis, c’est dangereux quand on cherche en premier lieu à avoir une identité forte. Pour moi, c’est intéressant si ça ressort en second lieu.

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Clément Bénech dans Quotidien trois jours avant cette interview.

Il y a encore beaucoup d’humour, d’ironie, de second degré dans ce troisième roman.

Je crains parfois de mettre trop d’humour dans mes livres. Du coup, j’ai peur de ne pas être pris au sérieux… mais en même temps, je ne peux pas m’en empêcher.

Je crois savoir que l'un de tes auteurs préférés est Éric Chevillard. Il ne te fait pas rire lui ?

Il me fait exploser de rire.

Et Desproges, que tu adores aussi, il te fait rire ?

Evidemment.

Alors, pourquoi veux-tu arrêter d’être drôle ?

C’est vrai, c’est ma veine et je ne peux pas aller contre ça. Tu as raison de souligner que j’aime beaucoup les écrivains qui ont tous une forme de comique. Chevillard, bien sûr, mais aussi Oscar Wilde, Jean-Philippe Toussaint et même Proust. Proust a été important pour moi quand j’avais 18 ans. Il y a des scènes vraiment hilarantes dans son œuvre, ce qu’on dit assez peu quand on parle de lui.

Tu évoques beaucoup Tinder dans Un espion d’amour. Quelle est ta vision de ce réseau social ?12825965_591764600970649_1718347343_n.jpg

A un moment, je suis allé sur Tinder.

Pour enquêter uniquement, je suppose.

Voilà, bien sûr. Pour me documenter sur la question, tel un anthropologue. Appelle-moi  Claude Levi-Straus (sourire ironique). Non, en vrai, j’ai été un court moment « utilisateur ». Si j’ai écrit ce roman, c’est aussi parce que je n’arrive pas à trancher. Est-ce que Tinder est bien ou mal. J’ai beaucoup d’arguments pour et beaucoup d’arguments contre.

Quels sont les arguments pour ?

Ce qu’il y a de nouveau, c’est que cela crée un vrai brassage des populations, des nationalités. On observe dans la société une forme de reproduction des élites, des classes sociales, ce qui n’est  pas le cas sur Tinder. Je trouve bien que le fait de posséder un iPhone soit la seule condition requise et c’est une condition qui, aujourd’hui, n’est plus socialement connotée. Dans la plupart des cas, ça peut créer des rencontres qui n’auraient pas eu lieu dans la vie réelle. C’est un enrichissement de la vie telle qu’elle est plutôt qu’un appauvrissement.

Et les arguments contre ?

Tinder dessine une trajectoire trop rapide, une utopie. Dans mon livre, c’est ce que j’appelle « l’utopie du direct », c’est-à-dire un monde où tout serait disponible au bout de l’index. Tous les intermédiaires sont coupés, toutes les formes d’attente et de latence passent à la trappe, alors qu’il faut reconnaître que ce qu’on a appelé depuis des siècles « l’amour » tient à une certaine sinuosité, aux complications et à la nécessité du temps.

Quand je te lis, je te vois en train d’écrire en souriant de jubilation.

Tu n’es pas le premier à me le dire. J’étais ce week-end à un salon du livre à Besançon avec quelques amis écrivains. Nous avions une table ronde avec François-Henri Désérable, Arthur Dreyfus et Victor Pouchet. Pendant ce débat, Christine Ferniot, de Télérama, m’a dit la même chose : « on sent que vous avez un petit sourire en coin quand vous écrivez ».  

La société te fait marrer ?

Mon angle d’écriture est de voir ce qu’il y a de comique dans notre façon de vivre, un peu à la manière d’un écrivain que j’aime beaucoup, Michel Houellebecq, avec évidemment un style différent et toute proportion gardée. Disons que la fonction un peu descriptive de Houellebecq, qui ne va jamais sans une certaine ironie, me plait pas mal. Si j’étais sociologue, j’observerais notre société d’un œil plus clinique je pense.

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La presse aime Clément Bénech.

Dans tous tes livres, il y a des personnages secondaires qui n’apportent pas grand-chose à l’histoire en elle-même, mais que l’on suit avec plaisir.

Pour moi, un roman c’est un train qui va très vite, mais dans lequel on peut être immobile. J’aime beaucoup l’idée qu’une fois la vitesse de croisière atteinte, on peut se permettre des espèces de petites digressions, d’arabesques. Le récit est en pause et, en même temps, il a pris assez d’élan pour que ça ne ralentisse pas tellement. Cela me permet de placer des petites choses sur l’époque que j’ai observée, que l’on m’a racontée et qui m’amuse.

Pour la première fois, il y a une enquête policière dans un de tes romans.

Pour la première fois, j’ai écrit un synopsis du livre. J’ai eu pendant quelques temps cette idée saugrenue selon laquelle dans un roman, il fallait un meurtrier (rires). Aujourd’hui, j’ai un peu changé d’avis. Des œuvres qui ont forgé mon imaginaire m’ont aussi sans doute influencé. Un privé à Babylone, de Richard Brautigan m’avait fait pas mal d’effet. Quand j’avais 18 ans, je lisais beaucoup Mondiano et chez lui, il y a très souvent une sorte d’intrigue policière, tout comme dans la trilogie New Yorkaise de Paul Auster.

Après ce troisième livre, sais-tu désormais où tu veux aller ?

Honnêtement, pas du tout. J’ai tellement l’impression de tâtonner, de faire encore mes gammes que je ne peux pas du tout deviner la trajectoire que vont prendre mes livres. Dans la forme, entre le texte et les images, je pense m’acheminer vers une forme d’équilibre. J’ai l’impression d’avoir trouvé ma propre expression pour raconter des histoires.

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Clément Bénech et François-Henri Désérable.

On te considère comme faisant partie de la jeune garde de la littérature française. Quand tu te retrouves avec Désérable chez Yann Barthès dans Quotidien, j’imagine que tu n’es pas dupe de tout ça.

(Rires) La question que je me pose toujours c’est : « est-ce que c’est bon pour le livre ? » On voit ma gueule, c’est sympa, j’ai mes cousins qui m’appellent. Je sais qu’après être passé dans cette émission beaucoup ont acheté mon livre et celui de François-Henri.

Dans le monde littéraire, ton amitié avec Désérable est une chose un peu plus rare qu’on ne le pense.

Je prends cela comme une bénédiction, car cela crée un effet de groupe ou d’école littéraire. Il n’y en a plus depuis longtemps. On échange beaucoup sur l’écriture, nous lisons nos livres respectifs avant qu’ils ne soient publiés et nous nous conseillons.

Dans le milieu, vous pouvez peut-être énerver les autres par votre jeunesse, votre talent et votre médiatisation.

Au-delà de nos livres, toute façon d’être suscite des gens qui aiment ou qui détestent.

Tu réfléchis à un prochain livre ?

En ce moment, je prends des notes pour un éventuel essai autour de l’image, plus précisément autour de la question du texte et de l’image.

Ça te travaille ce sujet, dis donc !

Oui, un peu.

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Pendant l'interview...

Quand tu n’écris pas des romans, tu es assistant d’édition dans l’édition jeunesse. Cela consiste en quoi ?

J’ai un droit de regard sur les textes que l’on publie, mais je fais surtout de la coordination avec la fabrication, le graphisme et les correcteurs, pour faire aboutir des projets qu’on nous présente.

Il y a encore des rapports à l’image dans ce métier.

Exactement. 

Tout se tient dans ce que tu fais.

Dans mon cursus d’édition à la Sorbonne, on n’était pas tant que ça à s’intéresser à l’illustré. Je suis très intéressé par l’image et j’apprends beaucoup de choses en jeunesse sur les techniques de fabrication et sur comment on fait un livre. J’ai l’impression que je serai un meilleur écrivain en connaissant intimement l’objet livre dans tous ses aspects. Ça rend plus modeste aussi. On comprend qu’on n’est pas seul dans l’univers. Un éditeur s’occupe de plusieurs auteurs pas que d’un seul.

Tu étais comment avec ton éditeur ?

Tu sais, chez Flammarion, ils ont Michel Houellebecq, Olivier Adam et  Christine Angot, alors, pour le moment, le cas Bénéch, il faut avoir la lucidité de savoir qu’il n’est pas la priorité.

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Le 19 septembre 2017, après l'interview.

09 octobre 2017

Erwan Larher : interview pour Le livre que je ne voulais pas écrire

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(Photo : Dorothy-Shoes)

Erwan Larher était au Bataclan le 13 novembre 2015. Erwan Larher est écrivain. Erwan Larher est un écrivain que j’ai rencontré bon nombre de fois (voir/lire ses différentes mandorisations là en 2010ici en 2012 et encore là en 2013). Erwan Lahrer est un écrivain que j’ai rencontré bon nombre de fois avant l'attentat du Bataclan. Après le drame, je n’ai pas su comment gérer l’amitié et la considération que je lui porte, je n’ai pas su comment me comporter pour lui témoigner mon affection (je n’ai donc rien fait. C’est génial non ?), je n’ai pas su lui rendre visite à l’hôpital, lui envoyer au moins un message gentil et compatissant (comme l’ont fait tous ses amis. Bravo François ! Pour un type dont tu dis depuis toujours qu’il va devenir un auteur culte un jour et que tu as toujours apprécié humainement, c’est bien joué !), bref, je n’ai pas franchement été à la hauteur. Je n’ai jamais bien su me comporter devant l’indicible (rencontré pourtant souvent). Bref, alors que je l’avais reçu pour la plupart de ses ouvrages, et ce, depuis le premier, je n’ai même pas été capable de le contacter en 2016 pour la sortie de son livre précédent Marguerite n’aime pas ses fesses. J’avais peur de passer pour un opportuniste (ce qui est particulièrement con puisque je l’ai toujours défendu avant « les événements »). Lui, par contre, m‘a-t-il dit, pensait que je me désintéressais de ce livre (quiproquo mon amour). Et puis, j’ai fini par le recroiser dans quelques soirées littéraires d’amis communs. Moi, toujours pas tout à fait à l’aise, sans aucune raison. Puis, j’ai lu Le livre que je ne voulais pas écrire. Un choc. Uppercut en plein cœur.

J’ai pris sur moi de « renormaliser » ma relation avec Erwan (qui, je le rappelle, n’avait aucune raison de ne plus être normale. Je vous laisse, je file voir un psy ! Je n’ai peut-être pas tout à fait trouvé ma place dans la vie et la société en général.) Je me suis rendu le 8 septembre dernier à la soirée de lancement de son dernier livre et je lui ai fait part de tout ça. Il m’a regardé m’expliquer pathétiquement. J’ai lu dans son regard, « t’es con », mais ce n’est pas ce qu’il m’a dit. Il est gentil Erwan. Bref, le 15 septembre dernier, nous nous sommes revus, comme en 40 (quelle belle expression!) pour une mandorisation... à l’ancienne, donc.

Je l'aime Erwan  Larher. 

erwan larher,le livre que je voulais pas écrire,interview,mandor4e de couverture :

Je suis romancier. J’invente des histoires. Des intrigues. Des personnages. Et, j’espère, une langue. Pour dire et questionner le monde, l’humain.
Il m’est arrivé une mésaventure, devenue une tuile pour le romancier qui partage ma vie : je me suis trouvé un soir parisien de novembre au mauvais endroit au mauvais moment ; donc lui aussi.

L’auteur :

Erwan Larher est né à Clermont-Ferrand – hasard d’une affectation militaire paternelle. Un jour, suite à ce qui pourrait ressembler à une crise de la trentaine, il quitte l’industrie musicale dans laquelle il travaille pour se consacrer à l’écriture. Mais continue à écouter du rock avec plein de guitare dedans, écrire des paroles de chansons, des séries TV et jouer au squash. Récemment, il s’est aussi lancé dans la déraisonnable aventure de réhabiliter un ancien logis poitevin du XVe siècle pour en faire une résidence d’écriture. 
Après Qu’avez-vous fait de moi ? et Autogénèse (Michalon, 2011, 2012), il a publié L’Abandon du mâle en milieu hostile et Entre toutes les femmes (Plon, 2013 et 2015).  
L’Abandon du mâle en milieu hostile a reçu les prix Claude Chabrol et Louis Barthou (de l’Académie française) en 2013.

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(Photo : Emma Picq)

erwan larher,le livre que je voulais pas écrire,interview,mandorInterview :

T’attendais-tu à ce que ce livre génère autant de belles choses ?

Non, d’autant que dans mon esprit, ce livre ne devait pas sortir. Il est finalement devenu un objet entre deux livres souhaités et réfléchis. Mon éditeur m’a incité à le sortir. Dès le mois de mai, j’ai commencé à avoir des retours plus que positifs des libraires.

Avais-tu peur que ton livre soit un succès pour les mauvaises raisons ?

Bien sûr. Mais, il ne faut pas se mentir, si les gens s’intéressent à lui, ce n’est pas que pour ses qualités littéraires, c’est aussi parce qu’il est question de la tragédie du Bataclan. Mais, je suis frappé de voir que les lecteurs y trouvent autre chose, qu’ils y voient ce que j’ai voulu y mettre, c’est-à-dire mon travail d’écrivain. Après, le sujet, c’est le sujet.

Au fond, pourquoi as-tu écrit ce livre ?

Parce que c’est finalement l’histoire de chacun d’entre  nous. Je crois que les gens lisent ce livre comme s’ils lisaient une part de leur histoire, presque avec un H majuscule. C’est curieux parce que j’ai remarqué que cela génère de l’amour.

Tu t’imaginais bien que ce sujet allait intéresser beaucoup de monde.

Je me suis dit que ce sujet n’allait intéresser personne, au contraire.

Tu racontes que tes amis t’ont poussé avec insistance, quitte à te froisser, à écrire ce livre. Tu étais le seul écrivain présent au Bataclan ce soir-là.

Entre tes proches qui ont envie d’avoir ta lecture, ton œil, ta plume et là, l’espèce de bouche à oreille qui est en train de se passer, il y a un monde.

Tu as bien fait de céder.

Je n’ai pas cédé. Je le raconte dans le livre. Un matin, c’est venu tout seul, j’ai écrit. L’écriture a précédé la décision d’écrire.

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Le 8 septembre dernier à la soirée de lancement de "Le livre que je ne voulais pas écrire". Ici Erwan Larher et Sigolène Vinson.

J’ai souvent eu les larmes aux yeux. Principalement à la lecture des « Vu de dehors », les témoignages de tes proches.

Ce livre ne serait pas ce qu’il est sans ces témoignages-là. Quand j’ai eu cette idée, j’ai dit aux personnes concernées que je ne savais pas si j’allais réellement utiliser leur récit. En fait, j’ai considéré que cela me permettait de me décentrer de ce qui me faisait peur : le nombrilisme et l’auto-apitoiement. J’ai donc dit « banco » !

Tu as dû être ému en lisant ces témoignages, non ?

Evidemment. J’ai essayé de ne pas me laisser envahir par l’émotion en me disant que cela faisait partie du projet littéraire. Maintenant, te dire que j’y suis parvenu…

Tous les gens que tu as sollicités ont accepté ?

Certains ont écrit, mais ont finalement décidé de ne pas être dans le livre C’est le cas d’Emilie de Turckheim. Elle m’a écrit un très beau texte : « voilà, c’est juste pour toi ! » C’est beau, ça aussi. J’ai également sollicité Philippe Jaenada, qui a été très présent quand il m’est arrivé ce qu’il m’est arrivé. Mais il était déjà très en retard sur l’écriture de son dernier livre, La serpe. Il en a été franchement désolé, mais c’était impossible pour lui de dégager du temps.

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Le 8 septembre dernier à la soirée de lancement de "Le livre que je ne voulais pas écrire". Ici Erwan Larher avec notamment Bertrand Guillot et Jérôme Attal.

Dans la vie, on ne sait pas toujours à quel point les proches nous aiment. Toi, tu en as la preuve manifeste avec les textes qu’ils t’ont envoyés.

Ce n’est pas faux. Mais, je l'ai écrit dans le livre, ça fait des années que je dis aux gens que je les aime. Quand tu dis aux gens que tu les aimes, il y a un retour d’amour. Quand tu donnes, tu reçois. Dans mon cas, effectivement, grâce au livre, c’est dit, c’est écrit, cela se voit c’est comme gravé dans le marbre.

Ce qui m’a agacé, c’est que l’on ne sache pas qui a écrit quoi.

Où est l’importance de savoir qui a écrit tel ou tel témoignage ? J’ai pris cette décision immédiatement. J’ai prévenu tout le monde que j’allais incérer les textes, mais qu’ils n’allaient pas être signés. Tout simplement parce que je trouvais que cela aurait nuit à la fluidité du roman. Une signature aurait cassé cette fluidité. Je voulais aussi que l’on soit tous ensemble, sans singularité.

C’est toi qui as sollicité tout le monde ?

Oui, j’ai demandé à une vingtaine de personnes. Des proches et des moins proches. Il y a même des gens que je connaissais peu, qui ont juste manifesté l’envie de venir me voir à l’hôpital et qui ont été touchés par ce qui m’est arrivé. Ils ont écrit de très belles choses.

Tu as relancé les gens ?

Non, il y avait de ma part une invitation et une deadline, soit ils disaient oui et ils écrivaient, soit il n’y avait pas de réponse ou des impossibilités temporaires, là, je ne relançais jamais.

erwan larher,le livre que je voulais pas écrire,interview,mandorIl y a aussi un texte de Loulou Robert, ton amoureuse.

Je ne lui ai pas demandé de texte. Je trouvais ça déplacé et indécent par rapport à ma compagne d’avant. Avec Loulou, nous estimions que ce n’était ni opportun, ni approprié, car elle est arrivée dans ma vie après ces événements. Il se trouve que la veille de faire partir les épreuves à l’éditeur, je reçois un mail d’elle avec une pièce jointe. Je lis son texte qu’elle estimait évidemment mauvais parce qu’elle doute toujours (et à tort) de ses talents littéraires et il m’impressionne. J’appelle mon éditeur et je lui demande de le lire aussi. Il me répond immédiatement en me disant que c’est magnifique, magique même. Il a donc fallu réorganiser la fin du livre pour que ça se termine sur le texte de Loulou. Il avait sa place pleine et entière. De toute manière, ce livre est une suite de coïncidences heureuses. Chaque fois que j’étais dans une impasse en termes d’écriture, il se passait quelque chose qui débloquait la situation.

Avec ce livre, as-tu l’impression d’avoir fait quelque chose qui te dépasse ?

J’ai l’impression que ce projet ne m’appartient plus. C’est très étrange comme sensation, parce que jusqu’à présent, j’écrivais des romans qui trouvaient plus ou moins leur public. Là, je suis dépossédé parce que tout le monde s’approprie le livre. Je trouve que cela ne fait qu’enrichir plus encore le projet parce que cela tisse de jolis liens.

Je te connais depuis pas mal de temps, plus en ta qualité d’écrivain que personnellement. Je sais qu’un de tes objectifs, en tant que romancier, c’est de questionner le monde. Je me trompe ?

Non, c’est tout à fait ça. Je souhaite que le lecteur ne soit pas tout à fait le même quand il a fini un de mes livres. Si les lignes de chacun ont un peu bougé, j’ai fait mon boulot de romancier.

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Admets-tu  que l’on ne peut pas lire ce livre-là, comme on lisait tes précédents romans. 

Je me rends compte de cela d’interview en interview. Mais qu’est-ce que cela changerait à la qualité du texte si j’avais tout inventé, si je n’avais pas été au Bataclan ?

Déjà que dans un roman lambda, on tente de savoir ce qu’il y a de l’auteur dans l’histoire, alors avec ce sujet précis, il me semble compliqué d’y faire abstraction.

Mais qu’est-ce que cela changerait ?

Tout.

Imagine qu’un jour, on apprend que je n’y étais pas. Est-ce que cela voudrait dire que mon livre est moins bon. J’espère que non.

Ce serait au minimum du mauvais goût et de l’imposture.

Est-ce qu’on en a voulu à Romain Gary d’avoir été Emile Ajar et d’avoir trompé son monde ?

Ce n’est pas pareil. Ce qui est arrivé au Bataclan a touché au cœur et traumatisé tout le monde.

D’accord, ce n’est pas tout à fait la même chose, mais je pense que tu as compris l’idée.

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(Photo : Laetitia Nabrin, à la Forêt des Livres 2017)

Le regard des autres a changé envers toi ?

Les premiers mois après l’attaque, quand les gens ont appris que j’y étais, les gens étaient choqués, estomaqués, en empathie immédiate. Ca s’estompe aujourd’hui.

Et dans le milieu littéraire ?

Bonne question ! Aujourd’hui, ce que je trouve drôle, dans les salons du livre par exemple, c’est le regard de mes collègues parce que le livre fait parler de lui et qu’il trouve son public. Tu connais ce milieu, c’est symbolique tout ça. Chacun à sa petite place, chacun se juge par rapport aux autres. D’auteur échevelé un peu sympathique, qu’on aime bien avoir en salon, d’un coup, j’ai senti une forme de respect de la part de mes collègues. Beaucoup de ceux qui ne me calculaient pas avant, viennent désormais me saluer.

Tu es passé dans la catégorie supérieure ?

Je trouve ça tellement ridicule. Moi, je continue à ne pas me prendre au sérieux. On écrit des livres, nous ne sommes pas des chirurgiens, on ne sauve pas le monde. Ça va quoi ! Restons calme !

Non, je pense que le nouveau respect dont tu fais l’objet vient aussi du fait que tu as vécu une situation hors du commun, comme tu le disais tout à l’heure, à dimension historique. Cela peut impressionner.

Je n’ai pas choisi d’être là où j’étais à ce moment-là. Je ne suis pas un héros. Je n’ai aucun mérite.

Comme tu l’expliques dans le livre, tu as cumulé les signes du destin pour te retrouver dans cette situation au Bataclan.

Entre les potes qui devaient venir et qui ne sont pas venus, ma compagne d’alors, Jeanne, qui devait me rejoindre et qui ne vient pas non plus, la balle qui, à cinq centimètres près, pouvaient me tuer sur le champ… c’est fou !

Il transpire de ton livre que tu n’en veux à personne.

C’est marrant, c’est une question qui revient assez souvent. Je ne la comprends pas. J’en veux plus à la société, au monde dans lequel on vit, aux gens qui l’organisent comme ça, à nous qui ne faisons rien pour que cela change. Là, nous avons à faire à trois décérébrés qui arrivent et qui tirent dans le tas. Je ne sais même pas qui ils sont, je ne les nomme jamais dans le livre. Je ne leur en veux pas personnellement, j’en veux au monde qui les a produits et qui a permis que cela arrive. C’est nous, puisque nous sommes en démocratie. Il y a une responsabilité collective, eux ne sont que le fruit de nos lâchetés, de la démission de l’état sur les questions de l’éducation, de la faillite du vivre ensemble. Très profondément, et je te jure que ce n’est pas une posture, je n’ai aucun ressentiment.

Tu expliques aussi que tu n’as pas cette culpabilité qu’on les gens qui se sortent d’un drame sachant que d’autres n’ont pas eu cette chance.

Je ne ressens pas de la culpabilité, je ne sais d’ailleurs pas trop mettre de mot sur ce que je ressens. Il est certain que si je me retrouvais en face de parents de victimes, j’en aurais un peu. Je ressentirais un profond sens de l’injustice et de l’empathie face à cette injustice… mais pas vraiment de la culpabilité, parce que je n’y suis pour rien.

erwan larher,le livre que je voulais pas écrire,interview,mandorEst-ce plus fluide d’écrire un livre d’une histoire vécue que d’un roman en tout point inventé ?

Non. C’est tout le contraire. Quelqu’un comme Philippe Jaenada (photo à gauche) a besoin de la réalité. C’est sa base de travail et il est extrêmement doué pour s’arranger avec ça. Pour ma part, j’aime bien l’analogie du cookie. Ma vie dans les romans, ce sont les bouts de chocolat sur un cookie. Le livre que je ne voulais pas écrire, c’est le cookie et la fiction, ce sont les bouts de chocolat. C’est l’inverse de ma manière d’écrire habituelle. Contrairement aux apparences, je ne suis pas très exhibitionniste de ma vie. Je n’aime pas parler de moi, en fait. Il a fallu trouver des artifices, des ruses, du coup, il y avait un côté excitant pour le romancier que je suis. Il y a eu les « vu de dehors » et les passages du je au tu. J’avais un autre souci, je n’avais pas de fin. Quand on écrit un roman, on a une trame et je sais globalement où je vais, même si ça peut changer en cours de route. Soudain, j’ai eu une fin qui m’est tombée dessus. C’est la magie de l’écriture. Pour résumer, celle de ce livre a été très étrange, inconfortable, laborieuse, pénible parfois, décourageante, mais très excitante.

Je connais ton exigence littéraire.

Je suis très ambitieux en termes de littérature, maintenant est-ce que je parviens à être aussi bon que je le souhaiterais ? Ce n’est pas à moi d’en juger. Par contre, cela peut paraître paradoxal, mais ça ne l’ai pas, je suis immodeste par rapport à mon travail et j’estime que je suis mon seul juge.

Tu as évité l’écueil de ce genre de livre : le pathos. Il y a même des scènes drôles…  c’est évidemment pour désamorcer la tragédie.

J’ai essayé d’être au ras de l’humain tout en ayant conscience que j’étais dans un moment d’Histoire qui me dépassait. Un peu de légèreté ne nuit pas. Si ça touche, si ça parle, je suis content.

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Pendant l'interview...

Sans faire de la psychologie de comptoir à la con, mais après avoir écrit ce livre, après en avoir parlé dans de nombreuses interviews, de rencontres dans des librairies, des salons du livre, tu vas pouvoir passer à autre chose, non ?

Je suis passé à autre chose depuis longtemps, je t’assure. Les gens ont du mal à le comprendre. Bien sûr qu’il doit y avoir une part d’inconscient, de subconscient, de je ne sais pas quoi qui incite à faire les choses malgré nous. Je sais bien que l’on ne contrôle pas tout. Certainement, ce livre m’aide, m’a aidé à vivre le mieux possible.  Certainement, c’est un processus de reconstruction, mais je ne l’ai pas écrit dans ce but. Ma démarche n’a jamais été celle-ci en tout cas. Ce livre est pour moi avant tout un travail littéraire.

Ce livre « que tu ne voulais pas écrire », tu es content de l’avoir écrit au final ?

Bien sûr. Je suis très content. C’est même une fierté car le processus n’était pas évident. J’ai l’impression que ce livre a une utilité dans la cité, parce qu’il crée du lien, du partage et il fait même du bien, je crois. C’est un peu grandiloquent, mais quand je parle de mon travail, c’est toujours grandiloquent.

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Après l'interview, le 15 septembre 2017.

30 septembre 2017

Thomas Chaline : interview pour son livre Zaz, le long de la route

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thomas chaline,zaz,interview,mandorOn pourrait s'interroger sur l’intérêt d’écrire une biographie sur Zaz (dit celui qui a écrit un livre sur Louane, la bonne blague, et qui (voyez comme je suis transparent) a participé au livre dont il est question aujourd’hui en témoignant longuement). Thomas Chaline répond dans l’introduction de son livre Zaz, au long de la route.

« Pourquoi un tel ouvrage sur une artiste connue du grand public depuis seulement 7 ans ?

Justement parce que son arrivée dans le paysage cathodique et radiophonique a bousculé les modes et les habitudes des années précédentes. Elle a redonné un souffle à la chanson française et y a accroché ses propres lettres de noblesse… aujourd’hui, elle est la meilleure vendeuse de disques de chansons françaises en France et à l’étranger où elle est devenue malgré elle une véritable icone. Un  exploit imprévisible et un phénomène que personne n’avait retrouvé depuis la môme Edith Piaf. »

Le 31 août 2017, j’ai convié Thomas Chaline chez moi afin d’évoquer la chanteuse et le métier de «biographe ». Un débat s’en est suivi entre nous.

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4e  de couverture :

Audacieuse, gouailleuse, authentique. Depuis presque dix ans qu’elle promène sa silhouette bohème sur les scènes, Zaz s’est imposée comme la digne héritière des grands noms de la chanson française. L’auteur est parti à la rencontre de cette artiste discrète grâce à des entretiens inédits. On découvre une adolescente écorchée vive et solitaire après le divorce de ses parents. Une artiste qui a mûri sa voix pendant des années difficiles à chanter dans la rue, le métro et les cabarets parisiens. Ce sont ces blessures intérieures qui donnent aux chansons de Zaz leur authenticité. Amoureuse de la nature, adepte de la méditation, les critiques bien-pensants la disent « bobo ». Alors que tout simplement, Zaz trace sa route. Sincère et passionnée.

La première biographie d’une artiste authentique.

L’auteur :

Thomas Chaline est auteur-compositeur et musicien. Parallèlement à sa carrière musicale, il a publié des articles dans des revues culturelles, et édité des recueils de poésies et de chansons.

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thomas chaline,zaz,interview,mandorInterview :

Pourquoi un livre sur Zaz ?

A l’heure de The Voice, elle est le parfait exemple qui prouve que la voie traditionnelle pour réussir dans la chanson fonctionne encore. Elle a fait des cabarets, des bals, la rue, de nombreux tremplins, elle a beaucoup tourné dans des endroits en tout genre, il n’y a pas plus formateur que ça. Elle explose à 30 ans. Je trouve que c’est un bel exemple pour les chanteuses en herbe qui ne croient pas que le chemin d’avant est encore possible. Si tu as du talent, à un  moment donné, il se remarque. Il faut juste se donner à fond pour réussir.

Qui est Zaz en une phrase ?

Une femme qui n'a pas froid aux yeux, sait ce qu’elle veut et le fait, qui gère bien ses affaires, qui se donne pour tout ce qui lui tient à cœur, mais qui est une écorchée vive.

Tu l’as rencontré ?

Non, je l’ai eu une fois au téléphone au début du travail. Il y a eu des hauts et des bas entre nous. Au début, elle m’a laissé libre d’écrire ce que je souhaitais, elle m’a signifié qu’elle comprenait que j’étais quelqu’un de clean mais qu'elle n'en ferait pas publicité, plus tard, le discours a un peu changé. 8 mois après, par mail, elle a fini par me dire qu’elle ne m’autorisait pas à écrire le livre. Son « bras droit » m’a expliqué qu’elle se méfiait et qu’elle considérait que je voulais me faire de l’argent sur son dos. Ce double discours m’a un peu chagriné.

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Juin 2010, tournage interview pour MusiqueMag.com

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Juin 2010, tournage interview pour MusiqueMag.com

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Juin 2010, tournage interview pour MusiqueMag.com

J’ai écrit un livre sur Louane qui a fait couler beaucoup d'encre. Comme tu le sais, elle n’a pas donné son feu vert, je comprends donc ce que tu as vécu. Je n’ai jamais compris que cette artiste ne souhaite pas me rencontrer pour écouter mes intentions.

Ils sont entourés de gens « d’affaire ». Dès lors qu’un projet les concernant est indépendant de leur volonté, ils ne peuvent pas y adhérer parce que les gens autour savent que ça ne leur rapportera rien. Or, je crois qu'une biographie contribue à maintenir la notoriété de l'artiste d'une façon, à condition qu'elle ne soit pas à charge évidemment. Ils veulent tout gérer et avoir  la main mise sur tout, ça peut se comprendre. Ils ne parviennent pas à intégrer le côté public de leur image. Des artistes comme Johnny Hallyday ou Nicola Sirkis s’en foutent. Ils ont intégré qu’ils étaient célèbres. A chaque nouveau disque, il y a dix livres qui sortent sur eux, ils savent que ça fait partie du truc. D'autant que ma démarche n'est pas d'aller fouiller dans les poubelles mais d'une façon rendre hommage au talent et analyser les clés du succès.

Tu as pourtant proposé à Zaz un droit de regard sur ce que tu as écrit.

Oui. Et je tiens à préciser que très peu de biographes le font avec le sujet de leur livre. Moi, je me suis mis à sa disposition, je lui ai  proposé de retoquer d’éventuelles informations injustes. Elle était d'accord sur le principe. Je ne comprends pas pourquoi, elle s’est braquée soudainement. Avec Zaz, un coup, c’était oui, un coup c’était non. Je l’ai mal vécu.

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Juin 2010, tournage interview pour MusiqueMag.com

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Juin 2010, tournage interview pour MusiqueMag.com

Moi, j’ai eu des portes fermées de proches à cause de Louane (ou de son entourage). Et toi ?

Bien sûr. Beaucoup m’ont dit qu’ils ne parleraient pas sans son autorisation. Certains ont annulé le jour J sans explication. Il y en a qui m’ont parlé mais en me demandant de ne pas citer leur nom. Par exemple, tous les groupes du début par lesquels elle est passée étaient frileux. A l'inverse, d'autres n'ont eu aucun mal à me parler car ils savaient où se situaient leurs limites.

Tu as eu Hugues Aufray, Francis Lalanne, Didier Barvelivien, Pétula Clark, Charles Dumont, Marie-Paule Belle, Charles Aznavour… du beau monde.

J’ai eu Charles Dumont (qui a écrit « Non, je ne regrette rien » et « Mon Dieu » d’Edith Piaf) parce qu’à l’étranger, elle est considérée comme la nouvelle Piaf, Marie-Paule Belle parce que Zaz à repris « La parisienne » sur son album Paris, Petula Clark parce qu’elle avait fait des déclarations sur elle dithyrambiques. Aznavour a fait un duo avec Zaz sur l’album Paris. Bref, il y a toujours un rapport, un lien, entre les gens interviewés et l’artiste.

Faut-il aimer son personnage pour écrire un livre sur lui ?

Un minimum, parce qu’on vit beaucoup de temps avec lui. Écrire une biographie, c'est vivre plusieurs mois avec l'artiste, écouter ses disques, ses interviews, donc il est préférable de l'apprécier un minimum sinon c'est compliqué je pense. C’est une forme d’engagement quand on écrit sur quelqu’un. Il faut apporter quelque chose de nouveau dans l'analyse et l'information quand le sujet fait déjà l’objet de plusieurs bouquins, sinon, ça devient une arnaque maquillée.

A une semaine d’écart, nous avons commencé dans la même maison d’édition les livres sur les artistes. Depuis que j’ai pénétré dans  ce milieu, j’ai constaté qu’il y avait une « mafia » des biographes. Je ne suis pas certain que l’on nous considère d’un bon œil.

J’ai remarqué que devant, ça pouvait faire des courbettes, mais que derrière, ça cassait un peu. Moi, je me suis lancé là-dedans sans penser que c’était un métier. Je pensais que c’était une activité annexe au journalisme ou autres, un vrai truc dilettante. J’ai constaté que certains en vivaient, souvent difficilement. Beaucoup n’acceptent pas que des nouveaux rentrent dans la ronde. Mais faut bien se l'avouer, écrivain ou biographe comme artiste, ce sont des métiers très individualistes. Il faut l'intégrer. On peut nouer des sympathies les uns les autres mais le combat ou la lutte pour courir derrière les contrats d'éditions est le même. Une fois qu'on a compris, c'est sans rancune.

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Pendant l'interview...

Tu écris sur qui en ce moment ?

Sur Alain Souchon.

Il y a déjà des livres sur lui. Qu’apportes-tu de plus que les autres ?

J’apporte la vue d’un jeune homme né dans les années 80 qui est fan de Souchon. J’ai beaucoup enquêté et j’ai eu de nombreux témoignages de personnes ayant travaillé longtemps avec lui. Il y a eu un livre paru sur lui, il y a deux ans, tout n’a pas été dit. C’est peu de le dire, tout juste les « grandes lignes » de sa carrière. 

Que faut-il pour être un bon biographe ?

Il faut être un peu audacieux. Il faut s’atteler à fouiller chaque période de la vie de l‘artiste sur lequel tu travailles. Il faut éclairer chaque moment fort, pousser l’information à son paroxysme.

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Avec  Thomas Chaline, chez moi, le 31 août 2017, chez moi. 

12 août 2017

Thomas Gunzig : interview pour La vie sauvage

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(Photo : Colerebelge Branden)

Thomas Gunzig est depuis quelques années une figure littéraire et médiatique majeure en Belgique. Après l’excellent Manuel de survie à l’usage des incapables (pour lequel je l’avais mandorisé, ) le voici de retour  avec un livre formidable, La vie sauvage. Un magnifique roman d’amour, drôle, lyrique, cruel, sombre et optimiste (oui, oui, aussi) qui revisite le mythe du bon sauvage qui découvre la civilisation. Une réflexion profonde sur la sauvagerie de notre époque qui ne laissera personne indifférent.

Le 15 juin 2017, je suis allé à la rencontre de Thomas Gunzig, dans les locaux de ses attachées de presse. Rencontre avec un homme toujours en colère… mais un peu apaisé.

thomas gunzig,la vie sauvage,interview,au diable vauvert,mandor4e de couverture :

Seul survivant d’un accident d’avion recueilli par des mercenaires, Charles vit durant quinze ans dans la jungle d’Afrique centrale. Lorsqu’il est retrouvé grâce à – ou à cause de – la toute-puissance de Google Maps et des réseaux sociaux, il part retrouver ce qu’il reste de sa famille en Belgique.

Là-bas, il découvre une autre sorte de vie sauvage, urbaine et polluée à laquelle il doit s’acclimater mais également une nouvelle famille qu’il doit apprivoiser. Entre sa tante obsédée par son corps et la consommation, son oncle petit politicien suffisant et véreux, son cousin ado perdu dans les tréfonds d’internet et sa cousine boudeuse et disgracieuse, il tente de comprendre ce nouveau monde.

Mais alors qu’il s’intègre doucement à la société́ civilisée grâce à ses camarades de classe et une équipe pédagogique qui rivalise d’attention pour l’aider, il met en place son plan pour retourner en Afrique retrouver Septembre, son grand amour.

L’auteur :

Thomas Gunzig est né en 1970 à Bruxelles où il vit. Nouvelliste et romancier traduit dans le monde entier, lauréat du Prix Victor Rossel, du Prix des Éditeurs et du Prix triennal du roman, il est chroniqueur à la radio RTBF et écrit pour la scène. Coscénariste du Tout Nouveau Testament récompensé par le Magritte du meilleur scénario, il travaille également pour le cinéma.

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thomas gunzig,la vie sauvage,interview,au diable vauvert,mandorInterview :

Comment est venue l’idée de Charles, ce personnage atypique ?

Mon précédent livre « Manuel de survie à l’usage des incapables » était une sorte de road movie qui bougeait beaucoup, là, j’ai eu envie d’un livre plus confiné avec des situations plus fermées. En lisant Le journal d’une femme de chambre d’Octave Mirbeau, j’ai été bluffé par la façon qu’il a eu de relater un milieu, un univers clôt et étouffant. J’ai ressenti le besoin d’essayer de faire quelque chose de similaire.

Pourtant, tu as toujours été fasciné par les super-héros qui ont des supers pouvoirs.

J’adore ces gens qui n’ont l’air de rien, dont on ne se méfie pas, mais qui ont une double identité. J’ai eu l’idée de cet accident d’avion, de ce bébé élevé par des militaires locaux en Afrique centrale en pleine guerre et qui finit par posséder un super pouvoir original : une super culture, une connaissance presque surnaturelle de la littérature et des sciences humaines.

Charles est aussi un adolescent qui est en proie à tous les tourments et les émotions liés à son âge.

Même s’il a été entrainé à faire la guerre, s’il a vécu beaucoup de violence, il reste un ado « normal ». Toutes ses opinions, il va les puiser dans cette culture insensée qu’il possède.

Son rapport avec les psys n’est pas brillant.

Tous les personnages du roman pensent que ce garçon est malheureux, traumatisé parce qu’il a vécu des choses terribles. J’ai l’impression un peu intuitive qu’en règle générale les gens ne réagissent jamais comme on l’imagine. Lui a traversé tout ça, mais n’a pas plus de raison d’être traumatisé par ce qu’il a vécu par rapport à ce qu’a vécu un élève du lycée.

Charles pense même que la civilisation est beaucoup plus dure que ce que lui a vécu.

Il considère que le monde et la violence qu’il a connu ne sont pas pires que celle sourde, insidieuse et quotidienne de notre monde à nous. Ici, la violence ne dit jamais véritablement son nom : la violence sociale. La violence du patron envers son employé, celle du prof envers l’élève, du psy envers son patient qui ne va pas très bien. Je trouve que toutes ces violences-là sont aussi abominables et difficiles à vivre que la violence claire et  nette de la guerre. Notre civilisation nous fait une guerre permanente et je pense que l’on peut plus ou moins essayer de résister.

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Un auteur, des livres et des chouquettes!

Charles arrive à s’adapter à n’importe quelle situation. Il est apprécié par tous.

Il a effectivement un talent d’adaptation important. Le fait qu’il dégage une impression de liberté par rapport au monde dans lequel il est le rend assez fascinant par rapport aux autres ados. Il devient vite le centre d’intérêt des garçons de la classe et objet de convoitises des filles.

Il lui faut de l’argent et il est prêt à tout pour en avoir.

Il est terriblement déterminé par rapport à sa volonté de retourner en Afrique et de mener à bien le plan qu’il a fomenter. Il doit gagner de l’argent, même si ce n’est pas de manière très noble.

Une de ses méthodes pour endormir tout le monde, c’est de faire semblant d’être naïf.

Disons qu’il ne dévoile pas son jeu immédiatement. Il en sait plus que tout le monde, mais ne dit rien en conséquence. Du coup, personne ne se méfie de lui. Aucun super héros n’arrive à un rendez-vous en disant « Batman, c’est moi ! »

C’est aussi un sacré manipulateur !

Il l’est, mais n’aime pas l’être. C’est un personnage qui a une notion très profonde de ce qui est bien et de ce qui est mal. Il sait parfaitement quand il transgresse, quand il passe la frontière du bien, mais il le fait sans hésiter si c’est pour atteindre son but.

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Pendant l'interview...

Quand son « nouveau » frère lui monte le Dark Web et ce que l’on y voit, Charles est presque choqué alors que lui a connu la vraie violence.

Il a connu la violence guerrière, une violence qui a un but. Sur le Dark Web, c’est du voyeurisme malsain. On est dans quelque chose de pathologique qui dégoute profondément Charles. On devient le spectateur des monstruosités et des perversions du monde pour des petits plaisirs pervers personnels.

Tu en as vu ?

Oui, mais j’ai très vite arrêté tant cela était écœurant et insoutenable.

Selon toi, la société devient-elle complètement tarée?

La civilisation est comme un vernis. Sous ce vernis, il y aura toujours un grouillement bizarre de phantasmes, d’égoïsme et de la noirceur de l’âme humaine. Sous ses dehors reluisants, il se passe des choses sombres et terrifiantes.

Charles a-t-il de la morale ?

Il a en a beaucoup, mais il n’est pas coincé dessus. Il peut la transgresser s’il n’a pas le choix.

Y a-t-il un point commun entre ton jeune héros, Charles, et toi ?

Quand j’étais petit on m’avait diagnostiqué dyslexique. On m’avait dit que je ne pourrais pas faire des études normales. Des psys me regardaient en me disant « mon pauvre enfant ! » Je garde contre les psys une certaine rancœur parce qu’ils m’ont mis dans un enseignement spécial. Ils ont eu tort. J’aurais été très heureux de faire des études normales. Ce qui est terrible quand on est enfant, c’est de se prendre dans la figure toute cette assurance théorique et bienveillante de quelqu’un qui sait mieux que toi ce qui est bon pour toi. Cette bienveillance douce, à l’image de cette société, va t’expliquer ce qui est bien, ce qui n’est pas bien, ce que l’on fait, ce que l’on ne fait pas. C’est d’une violence incroyable, un écrasement psychique complet. Quand tu es jeune, tu ne t’en rends pas compte, mais ça te met dans une rage terrible. Tu te sens mal, tu te sens triste, tu te sens minable, tu te sens comme une petite merde.

Je comprends mieux certains passages de ton livre. L’écriture te permet d’exorciser pas mal de choses négatives alors ?

Toute émotion est intéressante si elle sert ton travail. Même les émotions négatives. La jalousie, la vengeance, la colère, l’avidité sont des émotions qui te mobilisent intérieurement et qui peuvent être un bon moteur créatif.

Paradoxalement à ce que l’on vient d’évoquer, ton livre est finalement un formidable roman d’amour.

C’est ce que j’avais envie de faire. Ça fait un quart de siècle que j’écris des bouquins et je n’ai jamais écrit d’histoire d’amour. Cela me démangeait.

La vie sauvage sort un peu du lot. Il est plus « classique », même s’il ne l’est pas totalement. As-tu eu l’impression de tourner en rond ?

Non, mais j’en ai eu assez d’écrire des livres à l’imaginaire très barrés, avec de la science-fiction, beaucoup de cynisme et d’ironie noire. J’ai eu envie de creuser un peu plus loin et de me tester à une écriture plus « classique ».

Il y a tout de même une toute petite goutte de magie et de mystère…

Je ne peux pas m’en empêcher parce que j’y crois un peu. Je suis même allé voir un sorcier qui habite à Bruxelles avec mon manuscrit Je lui ai dit qu’il fallait que ce bouquin fonctionne bien et que je passe au niveau supérieur pour que je puisse m’acheter ma maison. Le professeur Malik a fait une petite cérémonie.

Tu te moques de moi, là ?

Non, je te jure que c’est vrai. Ça m’a coûté 20 euros (rires).

La première fois que l’on s’est vu, il y a quatre ans, tu me parlais déjà de la volonté que tes livres se vendent.

Grace au cinéma, aujourd’hui, je vis mieux. Je suis moins angoissé.  Quand mon ordinateur tombe en panne, je peux m’en acheter un autre, ce qui est pour moi le luxe suprême. Maintenant, je n’ai pas encore le luxe formidable d’avoir de l’argent de côté pour me dire que si je ne gagne pas d’argent pendant trois mois, ce n’est pas grave. L’angoisse du manque d’argent est encore en moi.

Tu as donc co-scénarisé le film Le tout nouveau testament de Jaco Van Dormael qui est allé au Golden Globe.

Nous étions contents parce qu’avec Jaco, on a beaucoup bossé dessus. On a eu de nombreux prix et le film a eu un succès public et critique. Cela m’a permis de travailler sur d’autres scénarios.

Bande annonce de Le Tout Nouveau Testament.

Scénariste, ce n’est pas frustrant ?

Terriblement. Un scénario n’est jamais qu’une étape de travail, tandis qu’un roman se suffit à lui-même. C’est gai à imaginer, à rêver, mais ce n’est pas gai à écrire. C’est même ennuyeux.

Tu écris aussi pour le théâtre. Quel est le point commun entre toutes ses formes d’écriture ?

Le grand point commun, c’est qu’il y a toujours un spectateur ou un lecteur. J’essaie d’employer toutes les stratégies pour qu’il ne s’ennuie pas et que je le fasse voyager. Robert Louis Stevenson disait : « Tout auteur digne de ce nom doit vous arracher à vous-même ».

Il parait que tu écris pendant les heures de bureau. C’est vrai ?

Absolument. De 10 heures à 18 heures avec une pause à midi. Et je bosse aussi le week-end.

Ton cerveau a du mal à s’arrêter, à ne plus être productif.

Parfois, il a envie de s’arrêter. Depuis quelques temps, je fais beaucoup de sport. C’est ce que je fais pendant ma pause.

Intellectuellement, ça change quelque chose ?

C’est un gros shoot de bonheur intellectuel. Sur le moment, c’est un vide total mais après, sous la douche, toutes les idées se mettent en place. Mon heure de sport intense réinitialise mon cerveau.

L’hygiène de vie est importante pour écrire ?

Oui, je m’en rends compte aujourd’hui. Je fais très attention à ce que je mange. Le vin, par contre, je me dis que c’est bon pour la santé. La vie sans vin ne serait pas une vie.

Quel le but que tu veux atteindre quand tu écris une histoire ?

Je veux juste que les gens aient envie de tourner la page pour connaitre la suite de mon histoire. Rien de plus.

Tu travailles sur quoi actuellement ?

Sur une BD. Ce sera un manga « comics » dessiné par l’excellent Andréa Mutti. Je devrais avoir fini le premier tome à la fin de l’été.

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Avec Thomas Gunzig, pendant l'entretien, le 15 juin 2017.

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07 juillet 2017

Pause Guitare (2) : interview Annie Soum-Navarro pour le livre Pause guitare, un air de famille

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Alors que Pause Guitare bat son plein, nous allons nous arrêter sur un livre qui retrace l’aventure de ce festival, Pause Guitare, un air de famille. Pour célébrer son vingtième anniversaire l’année dernière, Annie Soum-Navarro a retracé son histoire et fait revivre les grands moments de cette saga musicale et humaine dans un superbe ouvrage riche en iconographie. En mai dernier, lors du précédent Pic d’Or, tremplin dont elle est membre du jury avec son mari Alain Navarro, nous nous sommes isolés pour parler de cet ouvrage qui lui tient particulièrement à cœur.

20-ans-pause-guitare.jpgArgumentaire :

Cet ouvrage fait revivre la grande aventure humaine qu’est le festival Pause Guitare en revenant sur son histoire et ses débuts, il y a 20 ans. A cette époque Annie Soum-Navarro n’aurait jamais pensé « être aujourd’hui à la tête d’un événement d’une aussi grande ampleur ».

Elle égrène au fil des pages ses souvenirs, ses rencontres avec des milliers d’artistes, connus ou moins connus. Elle raconte les débuts balbutiants, l’évolution d’un festival devenu aujourd’hui incontournable, les petites et grandes aventures qui ont marqué ces 20 ans.

En livrant cette tranche de vie, elle invite le lecteur à entrer dans l’univers de Pause Guitare, à revivre des moments forts avec ces grands noms du rock, de la pop ou de la chanson, comme Elton John, Francis Cabrel, Mika, Dionysos et bien d’autres artistes qui ont donné vie au festival. Elle donne aussi les clés du festival et rend hommage à tous les bénévoles qui permettent à cette grande fête musicale d’avoir lieu tous les étés au cœur de la cité d’Albi.

En fermant l’ouvrage, le lecteur n’aura qu’une envie: assister à Pause Guitare et partager le bonheur du public toujours plus nombreux et enthousiaste !

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201607020321-full.jpgInterview :

Qui a eu l’idée d’écrire ce livre ?

En décembre 2015, Alain m’appelle dans son bureau. Il me dit qu’il aimerait que l’on fasse un livre pour les 20 ans du festival. Je lui réponds que je ne trouve pas l’idée originale et que je n’ai vraiment pas le temps de m’occuper de ça. Il m’indique alors qu’il a pris rendez-vous avec les éditions Privat et que ça n’engage à rien. Deux jours plus tard, on s’est retrouvé avec l’éditricee et quelques minutes plus tard, j’avais déjà la moitié du bouquin dans la tête. Je suis quelqu’un qui aime beaucoup écrire.

Ecrire un livre ne s’improvise pas.

J’écrivais beaucoup  pour moi. Des poèmes pour enfants. A 14 ans, j’ai même écrit un petit roman d’amour à l’eau de rose, un livre où l’héroïne cherche le prince charmant… bref,  tu vois le genre. Plus sérieusement, j’ai écrit pendant des années et des années pour exorciser ce que j’avais en moi, mais depuis la création de Pause Guitare il y a 20 ans, je n’écris plus.

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Pourquoi as-tu dit non au départ ?NavarroAlainAnnie.jpg

Parce que je savais la masse de travail que cela représentait. Je me doutais bien que ça allait être énorme. Je ne voyais pas quand je pouvais aménager du temps pour ce projet. J’avais la trouille quoi !

Et puis, à partir du moment où tu as commencé, tu as eu du mal à t’arrêter, je crois.

Le plus douloureux dans cette mission-là, c’est de terminer le livre. Je me suis éclaté pendant un an à écrire, traiter les photos, à mettre  tout ça en place, mais un jour, on m’a dit d’arrêter parce qu’il fallait le sortir pour le vendre. J’avais l’impression que c’était une part de moi qu’on arrachait. J’ai eu l’impression de laisser à la postérité quelque chose de très intime de moi. Ça ne me ressemble pas de me livrer, alors c’est déstabilisant.

Comment as-tu conçu le livre?

J’ai commencé l’histoire par moi qui me suis fait licencier, ce qui nous a incités à créer notre association, et j’ai raconté comment ça a évolué jusqu’à aujourd’hui. Je ne l’ai pas fait année par année, mais au fil des souvenirs qui me revenaient en tête.

En combien de jours as-tu écrit ce livre ?

En trois semaines, mais je n’ai fait que ça. Je me suis mise dans une bulle d’écriture. J’ai fermé mes écoutilles, je me suis aménagée un petit coin chez moi dans lequel j’ai travaillé de 6 heures à deux heures du matin. Parfois, je ne prenais même pas le temps de manger ou de fumer.

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original.jpgTu as choisi les photos en fonction de l’écrit ?

Oui, tout à fait ! Il y avait énormément d’archives. On a de très bons photographes, bénévoles, mais professionnels, sauf que les deux premières années, on avait quasiment pas de photos. Au début, immortaliser les concerts et les artistes ne nous avaient pas effleuré l’esprit. Dans le livre, les plus anciennes photos sont touchantes parce qu’on sent que 20 ans ont passé. Pour les années récentes, le choix a été compliqué car il y a de très nombreuses photos d’excellentes qualités. J’ai beaucoup travaillé avec deux des photographes de l’équipe qui sont les responsables des photos sur le festival. Le bouquin est sorti en décembre 2016, on a passé une semaine à la maison en septembre. J’avais vraiment besoin de leur regard de pros sur l’image.

Est-ce que des artistes ont participé ?

Il y a uniquement Cali. Je voulais absolument qu’il fasse l’ouverture du livre. J’avais besoin de son petit texte pour démarrer.

Le titre du livre est : Pause Guitare, un air de famille. Pourquoi ?

Il y a 950 bénévoles, ce n’est pas rien. J’en ai d’ailleurs sollicité pour qu’ils me racontent des histoires. J’en ai reprises certaines. Ce livre, sans démagogie aucune, j’ai eu le sentiment de l’avoir écrit pour les bénévoles avant tout.

Alain t’a-t-il aidé ?

Un jour je relisais les vingtaines de pages que j’avais écrites, mais je trouvais ça vraiment nul. Au point que je voulais prévenir mon éditrice que j’arrêtais tout. Elle m’a demandé de lui envoyer ce que j’avais écrit pour qu’elle me fasse son retour très vite. Elle a laissé passer 10 jours avant de me rappeler. C’était 10 jours horribles. Alain tentait de me rassurer en me disant que j’écrivais bien. Un jour, j’ai reçu son mail et j’ai hurlé de joie. L’éditrice m’a répondu que c’est super bien écrit et qu’elle s’était régalée à lire tout ça. En plus, ça lui a donné envie d’aller au festival. J’avais l’impression d’avoir tout gagné. J’ai ressenti le besoin de lire mes textes à Alain. Il n’était pas très attentif et ça m’a vexé. Il me disait juste « c’est bon, c’est bien, de toute façon, tu écris bien… » J’avais besoin d’autre chose. C’est quand je l’ai fini  qu’il m’a avoué qu’il ne souhaitait pas intervenir car il savait que sinon il allait être trop chiant. Il avait conscience qu’il aurait pu bousiller mon travail. Par contre il m’a dit qu’il allait prendre le temps de le lire avec un grand bonheur.

Et ?

Il s’est régalé…

C’est bien d’avoir un objet qui concrétise 20 ans de votre vie.

Symboliquement, oui, c’est très joli… et ça nous rend immortel (rires).

 

Le livre est en vente notamment auprès d’Arpèges & Trémolos – 05 63 60 55 90 et de la librairie Privat: www.editions-privat.com ( Toulouse ).

En attendant, le festival se poursuit...

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02 juillet 2017

Benjamin Valliet : interview pour 400 questions complètement à la con (et aucune réponse)

benjamin viallet,mascarade,400 questions complètement à la con (et aucune réponse),interview,mandor

Benjamin Valliet est multi-instrumentiste. Sous le nom de JNEB, il compose, écrit, réalise, il est cadreur, monteur, dessinateur… Cet artisan multidisciplinaire (déjà  mandorisé ici) essaye toujours d’être là où on ne l’attend pas. Le 16 février dernier (mon dieu, il y a quatre mois !), il est venu à l’agence me présenter son premier livre 400 questions complètement à la con (et aucune réponse). Je ne suis pas du tout client de ce type d’ouvrage, mais connaissant Benjamin, je me doutais qu’il fallait passer outre le titre racoleur (et pas très raffiné).

L’auteur : Benjamin Valliet est un créateur protéiforme. Avec 6 disques et quelques centaines de concerts au compteur (en solo et avec son groupe humoristique MASCARADE), il œuvre dans l'écriture, la composition musicale et le défoulement scénique depuis près de 20 ans. Il écrit pour des chanteuses francophones, s'adonne aussi à la photo, au dessin, au photomontage ou encore à la confection de clips, dont certains en animation 2D.

benjamin viallet,mascarade,400 questions complètement à la con (et aucune réponse),interview,mandorPrésentation du livre :

Comment une fille à la poitrine inexistante peut-elle être un gros bonnet ?

Comment un écrivain vénitien fait-il pour ne pas être en tête de gondole ?

Comment peut-on se renvoyer l'ascenseur dans une maison de plein pied ?

Comment un photographe peut-il ne pas atteindre ses objectifs ?

Comment un intello peut-il ne pas aimer les tâches méningères ?

Comment fait un rugbyman pour ne pas finir pilier de bar ?

Arts, loisirs, santé, sciences, vie pratique... Vous allez vous poser des tas de questions !

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benjamin viallet,mascarade,400 questions complètement à la con (et aucune réponse),interview,mandorInterview :

C’est quoi exactement le concept de ton livre ?

C’est un recueil de pensées débiles qui ne sont pas vraiment des pensées et qui ne sont pas forcément débiles.

Sous l’humour, on décèle parfois de la profondeur.

Il y a des phrases plus subtiles qu’elles n’y paraissent. Il faut parfois gratter et comprendre ce qu’il y a en dessous de la première couche. Quelqu’un m’a même dit qu’il y avait des phrases à teneur philosophiques.

Le titre du livre peut laisser présager un truc un peu gnangnan, voire con con…

Oui, mais ça  ne me dérange pas. J’aime jouer au con et, comme tu le sais, être là où on ne m’attend pas.

Tu n’es pas con, mais tu aimes jouer aux cons.

Je fais les choses sérieusement sans me prendre au sérieux, comme dirait l’autre.

Ces phrases ont été créées uniquement pour ce livre ?

J’aime l’absurdité. Il y a quelques années, j’ai écrit une cinquantaine de phrases un peu absurdes, dans le cadre d’un projet que j’ai appelé : « Je ne comprends pas ». J’ai déclamé ces phrases sur une vidéo musicale et les gens ont plutôt apprécié. Un matin, je me suis réveillé et je me suis demandé quoi faire avec ça. C’était à une période où j’avais des difficultés personnelles et des difficultés musicales. J’avais surtout envie de trouver un projet qui ne tenait qu’à moi, un projet où personne d’autre ne pourrait ralentir mon travail, mon engagement et ma volonté. J’ai donc trouvé cette idée de livre. J’ai rassemblé dans ma tête toutes les expressions idiomatiques que je connaissais, tous les mots qui répondaient à la polysémie (note de Mandor : caractéristique d'un mot ou d'une expression qui a plusieurs sens ou significations différentes). Pendant plusieurs semaines, j’étais sur le qui-vive en permanence. Dès que j’entendais des gens parler, que je regardais une série, que j’écoutais une chanson, dès que j’entendais des expressions, j’essayais tout de suite de rebondir dessus dans le schéma de mon livre qui joue sur la contradiction des mots.

Ça ne devenait pas obsessionnel au bout d’un moment ?

Si, mais déjà, je suis un obsessionnel. J’ai même un trouble de l’attention avec hyper activité. Mon côté hyper actif peut être très chiant pour mon entourage, mais c’est aussi un peu chiant pour moi à vivre.

Le clip du premier extrait du futur album de JNEB (Benjamin Valliet), L'inertie du désespoir.

Pour être publié, tu as entrepris quelles démarches ?benjamin viallet,mascarade,400 questions complètement à la con (et aucune réponse),interview,mandor

J’ai mis la charrue avant les bœufs. J’ai dû écrire 150 ou 200 phrases. J’ai ensuite tapé sur google : « maison d’édition humour ». J’ai contacté par mail une quinzaine de maisons d’édition, j’ai eu quelques réponses négatives et celle des éditions Leducs qui regroupent plusieurs pôles, dont un pôle « humour ». Comme la collection en question s’intitule Tut-Tut,  j’ai écrit un mot du genre : « Bonjour bonjour, je je me me présente présente…etc. » Ca les a fait rire. On m’a répondu que le projet était intéressant. Un mois après, j’ai relancé. L’éditrice m’a donné rendez-vous dans les locaux, j’y suis allé et l’affaire s’est faite. J’avais 100 phrases à écrire en plus pour pouvoir être édité. Ça me paraissait énorme et je n’étais pas sûr d’y parvenir. Finalement, le surlendemain, je les avais. J’étais sur ma lancée, je n’arrêtais pas d’en trouver. Du coup, il y a 400 phrases en tout.

Il n’y a pas eu de censure de la part de ton éditrice ?

Au contraire, je l’ai prévenu qu’il y avait certaines phrases pour le moins « tendancieuses » et elle a trouvé que c’était bien. J’arrive à 40 ans, j’ai toujours fait des choses alternatives, je ne me suis jamais soucié de choquer. Aujourd’hui j’évolue, je fais peut-être un peu plus de concessions. Par exemple, j’aurais préféré que mon livre s’appelle « Je ne comprends pas », l’éditrice a trouvé que son titre était plus vendeur. Je n’ai jamais voulu m’entourer, mais à partir du moment où je l’ai fait, je me suis dit qu’il fallait que je fasse confiance aux gens et que je sache déléguer un peu.

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Pendant l'interview...

benjamin viallet,mascarade,400 questions complètement à la con (et aucune réponse),interview,mandorTu viens de sortir un autre livre, Les perles du covoiturage.

Oui, c’est chez Fortuna Editions. J’ai envoyé des projets de création à cette maison basée en  Belgique. L’éditeur m’a répondu gentiment que ça ne les intéressait pas. J’ai regardé ce que je leur avais envoyé et j’ai réfléchi à quelque chose d’autre. Je faisais du covoiturage à l’époque et je demandais aux gens s’ils avaient vécu des histoires insolites. Tout de suite on m’a raconté des anecdotes hallucinantes. Cette nouvelle manière de voyager est la source de dérapages divers et variés et de perles plus délirantes les unes que les autres. J’ai compilé toutes ses histoires et j’ai proposé ça à l’éditeur. Il était étonné parce que sa maison était en train de réfléchir sur  ce même sujet. J’ai réussi à obtenir suffisamment de matière et nous avons signé.

Tu es dans un cheminement littéraire ?

Oui, mais je n’abandonne pas la musique. Je suis sur un projet solo en ce moment sous mon nom de chanteur, JNEB. Il y a aura treize titres et treize clips correspondants. C’est du « it yourself ». Seul mon compère de Mascarade,  JB participe. Il joue de la guitare mieux que  moi, alors, il m’a filé un coup de main. C’est un projet complètement artisanal, je ne fais pas de pressage industriel. Je vais faire un package moi-même, confectionné à la main.

Et Mascarade ?

Pour le moment, on se pose beaucoup de questions.

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Après l'interview le 16 février 2017.

28 juin 2017

Fabienne Blanchut : interview pour 1749 miles et un peu plus encore...

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fabienne blanchut,zoé princesse parfaite,1749 miles,interview,mandorFabienne Blanchut prend de plus en plus d’importance dans le milieu de la littérature « jeunesse ». Connue principalement pour sa série Princesse Parfaite (illustrée par Camille Dubois), elle écrit désormais aussi pour les ados et dirige une collection de livres (tout en continuant sa brillante carrière de conceptrice d’émissions pour la télévision)…  

Dans 1749 miles (aux éditions De plaines en vallées), elle imagine avec talent et sensibilité l'amitié entre un chimpanzé pas comme les autres et un adolescent. Une longue amitié, sincère et fidèle, de celles qui changent une vie. Un roman plein d'intelligence et d'humanité, dont la lecture fait un bien fou aux jeunes et aux moins jeunes.

Voici donc la première mandorisation de Fabienne Blanchut réalisée à l'agence le 13 avril 2017. Ce ne sera sans doute pas la dernière.

Résumé du livre : fabienne blanchut,zoé princesse parfaite,1749 miles,interview,mandor

Janvier 2013, Alamogordo au Nouveau-Mexique. Joshua Shapiro revient sur les traces de son passé. Juin 1957, base du Holloman Aerospace Medical Center. À 13 ans, il se prend d'affection pour un bébé chimpanzé apeuré et maladif. À force de patience et d'amour, Ham puisque c'est le nom que Josh lui a donné, révèle une intelligence hors-norme et des qualités extraordinaires. Repéré par les ingénieurs de la NASA, il est choisi pour intégrer le programme des singes astronautes. Une aventure qui va changer à jamais leur destinée et celle de l'Humanité. [source éditeur] 

L’auteure : par le site Babelio.

Fabienne Blanchut est une auteure de livres pour enfants et scénariste de télévision française. Après une maîtrise d’histoire à l'Université de Grenoble, elle "monte" à Paris. Elle entreprend un DEA de sciences sociales à Jussieu, mais ne trouvera finalement sa voie qu'après un DESS en audiovisuel et édition à la Sorbonne. En stage de fin d'études à TF1, elle reçoit une proposition d'emploi au CSA (Conseil Supérieur de l'Audiovisuel). Elle y restera un an avant d'être rappelée par TF1 qui lui propose le poste d'observatoire de la concurrence au service de la programmation. Elle commence alors à proposer divers projets d'émissions. 
La littérature jeunesse lui tend alors les bras. Pendant deux ans, Fabienne Blanchut a travaillé en tant que libraire à Bruxelles (Libraire Jeunesse Amstramgram). Depuis 2008, elle remplit des missions de conseil dans les media et pour différentes sociétés de productions télévisuelles (en Belgique et en France).
Parallèlement, elle conçoit des émissions pour la télévision (téléfilms, séries, programmes courts, magazines, documentaires). Actuellement, plusieurs de ses émissions « tournent » sur les antennes.

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fabienne blanchut,zoé princesse parfaite,1749 miles,interview,mandorInterview :

Tu écris pour la jeunesse depuis 12 ans. Comment en es-tu arrivée à prendre ce chemin ?

Je travaillais à la programmation à TF1 sous l’ère d’Etienne Mougeotte et de Patrick Lelay. Je m’occupais spécifiquement de l’observatoire de la concurrence. Je regardais ce que faisaient les autres et je rapportais à mes supérieurs. A ce moment-là, avec Catherine Locandro, que j’avais connu en stage à la programmation d’M6, on a monté notre société de production télé. Ensemble, on a imaginé des concepts d’émissions, notamment des concepts autour de la nourriture. Mougeotte, qui avait du nez, m’a dit : « Tu es gentille Fabienne, mais la bouffe, en télé, ça ne marchera jamais ! » Prenant acte que nos projets ne l’intéressaient pas, je lui ai dit que j’allais les proposer sur d’autres chaines. Il a accepté, persuadé que personne n’allait être intéressé. Cuisine TV nous a pourtant pris notre premier concept qui s’appelait « Vous prendrez bien du fromage ?» A partir de ce moment-là, j’ai commencé à écrire et à réfléchir à d’autres concepts.

C’est l’époque aussi où Catherine Locandro commençait à écrire son premier roman, « Clara la nuit », je crois.

Oui, et je voyais qu’elle prenait beaucoup de plaisir à faire ça. Moi, en me projetant, je me suis dit que je n’écrirais jamais toute seule. J’ai un tempérament à m’associer. D’un coup, la littérature jeunesse s’est imposée à moi. J’aime l’idée d’écrire et qu’un illustrateur ou  une illustratrice s’empare de mon histoire et la transforme pour la mettre en image. Un jour, mon frère m’a fait rencontrer mon illustratrice « premium », Camille Dubois, qui est celle avec laquelle j’ai fait le plus d’albums à ce jour. Nos univers ont matché immédiatement. On est parti avec Zoé, la Princesse Parfaite.

Ça rassure d’être à deux ?

A l’époque oui, en tout cas. En plus, on se lançait. C’était la première publication pour elle et pour moi. Nous nous sommes épaulées et, aujourd’hui, c’est une amitié qui dure. En règle générale, c’est important de partager les succès comme les échecs… cela remet les pieds sur terre. Dans ce milieu-là, on peut vite avoir des ego démesurés. Princesse Parfaite, c’est 2 millions d’exemplaires vendus… on pourrait vite se prendre la tête.

Tu étais une grande lectrice ?

Oui. J’ai grandi sans télévision, du coup les livres ont toujours eu une importance incroyable dans ma vie.  J’ai commencé avec les Comtesse de Ségur, les Jules Verne, des livres comme ça.

Aujourd’hui, tu lis beaucoup de littérature jeunesse ?

Oui, je trouve que c’est une littérature beaucoup plus sensible et dense que la littérature « adulte ».

fabienne blanchut,zoé princesse parfaite,1749 miles,interview,mandorTon best-seller, c’est ta série Princesse parfaite. Tout le monde a lu une Princesse Parfaite à sa fille. Moi par exemple. Tu as l’habitude que les gens te disent ça ?

Oui, mais hormis quand je suis dans les salons du livre, je ne me rends pas compte de l’impact de cette série. J’ai parfois des ados de 17 ans qui viennent et qui me disent : « Ah ! Mais ce sont des livres de quand j’étais petite ! » C’est impressionnant parce que tu te rends compte que ce que tu écris traverse les générations. Je remarque que tous les enfants sont les mêmes. Depuis 12 ans que la série existe, c’est toujours le même regard, le même sourire, le même attachement à Zoé.

Il y a déjà 33 aventures de Princesse Parfaite publiées. Camille Dubois et toi, vous êtes pourtant beaucoup moins connues que Zoé.

La star, c’est vraiment Zoé. Sur la couverture des albums, nos noms n’apparaissent même pas. Juste à l’intérieur. De toute manière je préfère que le regard des autres soit attiré par mes personnages que par moi. Ils sont beaucoup plus intéressants et foisonnants. Je suis juste là pour tenir le crayon quand ils me racontent leurs histoires. J’invente les personnages et, ensuite, tout se met en place de manière mystérieuse et magique. Je leur laisse les portes ouvertes et toutes les possibilités. La littérature jeunesse offre cette chance-là, beaucoup plus que la littérature généraliste.

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C’est dur de se renouveler dans ce concept-là ?

Franchement non. Il suffit de décliner un thème sur  neuf scénettes. Sur la page de gauche, elle fait comme toutes les petites filles du monde et sur la page de droite, elle devient une princesse parfaite.  Pour le moment, je n’ai pas le syndrome de la page blanche. J’ai au moins une vingtaine d’histoires à écrire sans trop me torturer l’esprit.

Tu savais depuis longtemps que tu aimais raconter des histoires ?

Oui, j’adorais les rédactions quand j’étais à l’école primaire. Mon instituteur de CM1 lisait mes rédactions en classe. Il était comme transporté. Parfois, je piquais un fard, c’était un peu gênant. Aujourd’hui, il continue à me suivre et me laisse des messages sur les réseaux sociaux, c’est assez amusant. Il me lit et me donne son avis.

Aujourd’hui, tu es toujours à la télé. A la programmation d’une chaine belge.

Je suis consultante. Mais, j’ai d’autres activités encore. Je scénarise certains de mes projets en dessin-animé, je suis directrice de collection et je continue à écrire. J’aime avoir plusieurs cordes à mon arc. Dans la vie, j’ai une peur panique de m’ennuyer. Je mets un peu de moi dans chaque chose que je fais. J’ai la chance de pouvoir choisir mes projets et que l’on ne m’impose plus rien.

Même dans tes albums « jeunesse » il y a un peu de toi ?

Certainement. Zoé, ma mère te dirait que c’est un peu moi.

Toi jeune ou toi aujourd’hui ?

Un peu les deux (rires). Nos traits de caractères grandissent avec nous, je crois.

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Tu viens de signer une nouvelle collection chez Albin Michel. Peux-tu m’en parler ?

C’est une collection qui commencera en 2018. J’ai la chance d’avoir les illustrateurs avec lesquels j’ai envie de travailler depuis longtemps.

Tu es venue aussi pour me parler de ton premier roman, 1749 miles.

Je n’ai pas fait un album de cette histoire parce que le sujet était plus long à développer. De plus, je m’adresse à la tranche d’âge supérieure à laquelle je m’adresse habituellement.

C’est vrai que la littérature jeunesse est très cadrée.

Tu as des albums pour les 1-2 ans, pour les 2-4 ans, pour les 3-5 ans… etc. Clairement l’histoire de 1749 miles s’adressait à des ados, voire des adultes. J’ai beaucoup de quarantenaires qui se sont emparés de ce roman-là. Je raconte des choses qui nous ont marquées et nourries. Nous faisons partie d’une génération qui a rêvé les Etats-Unis. Ham, le chimpanzé astronaute est un parfait personnage de roman, je n’ai d’ailleurs pas romancé grand-chose.

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fabienne blanchut,zoé princesse parfaite,1749 miles,interview,mandorHam est un chimpanzé qui devient astronaute par la force des choses.

Le narrateur, Joshua Chapiro, est âgé de 70 ans et il fait un retour dans son passé en évoquant son amitié avec ce chimpanzé. Comme je suis historienne de formation, je voulais faire rejoindre la grande et la petite histoire. Je suis toujours touchée par l’amour que les animaux peuvent porter à l’être humain. Cette histoire d’amour entre Joshua et Ham est complètement pure et c’est cette pureté-là qui m’intéresse. On a tous rencontré quelqu’un qui nous a fait changer. Je pense qu’il y a des animaux qui peuvent nous rendre meilleur. A travers le personnage de Joshua, j’ai voulu raconter que ce chimpanzé a bouleversé sa vie, mais aussi l’histoire de l’humanité.

As-tu travesti la réalité historique ?

Pas beaucoup. Tout ce qui arrive au chimpanzé est vrai. La manière dont il a été trouvé au Cameroun alors qu’il se laissait mourir parce que sa mère venait de se faire tuer, le nombre d’heures d’entrainement, comment on a décidé de l’envoyer dans l’espace… tout est strictement véridique.

Ça t’a donné envie de continuer à écrire pour les ados ?

Pas forcément. Quand il y a une bonne histoire qui s’impose à moi, j’écris. Après je vois le meilleur moyen de la raconter. Dans mon écriture, rien n’est préméditée et je ne fais aucune concession pour rentrer dans des catégories d’âge ou de genre.

Tu as sorti un autre livre récemment, K comme Carafouille.fabienne blanchut,zoé princesse parfaite,1749 miles,interview,mandor

C’est une trilogie. Je suis partie dans l’idée d’écrire un album sur une petite sorcière et très vite m’est apparue un univers foisonnant autour de ce personnage. Au bout de 150 pages, j’ai compris que ce n’était pas un album illustré qui allait pouvoir accueillir mon histoire. Je suis arrivé à 200 pages pour chacun des trois livres. La trilogie s’est imposée.

Si un dessin animé est tiré d’une de tes séries, c’est la consécration suprême ?

J’avoue que ce serait pas mal. Il y a beaucoup d’appelé pour le passage de l’album à l’animation et très peu d’élus.

Il se passe beaucoup de choses autour de toi en ce moment. Nous sommes à une période charnière de ta carrière ?

Je suis en train de récolter le fruit de 15 ans de travail et d’hameçons lancés. Au fur et à mesure que ton nom commence à vouloir dire quelque chose dans ce milieu-là, certains qui t’avaient fermé la porte au nez il y a quelques années, viennent frapper à la tienne. Quand cela arrive, tu mesures le chemin parcouru.

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Pendant l'interview...

fabienne blanchut,zoé princesse parfaite,1749 miles,interview,mandorTu es depuis quelques semaines directrice de collection chez Leducs Jeunesse.

J’aime faire bouger les lignes. Jessica L. Nelson connaissait mon envie de mettre un pied dans le monde de l’édition, mais de l’autre côté de la barrière. Avec elle, nous avons contacté différentes maisons et nous avons choisi celle qui était la plus correcte en terme d’à valoir pour les auteurs et celle qui me laissait une bonne place pour accompagner les auteurs choisis. On vient de lancer la collection « Destins extraordinaires ».

Peux-tu me présenter cette collection ?fabienne blanchut,zoé princesse parfaite,1749 miles,interview,mandor

Ce sont des romanciers connus et reconnus qui s’emparent de l’enfance d’un personnage historique au moment où son destin bascule et où l’histoire va pour toujours retenir son nom. Gilbert Sinoué nous a fait l’extrême honneur d’en être le parrain. Il a écrit Je m’appelle Jeanne d’Arc et Jessica L. Nelson a été mon auteur numéro un avec Les sortilèges de Cléopâtre.

Je sais qu’il y a aussi Michel Quint qui participe à cette aventure éditoriale dédié aux 9-12 ans. Ce n’est pas compliqué de corriger ou faire des remarques littéraires à des écrivains aussi talentueux et chevronnés ?

Non, ce n’est pas compliqué. Ils le prennent très bien. Ils considèrent que cela fait partie du métier. Ils sont en demande parce que ce n’est pas un exercice qu’ils ont l’habitude de faire. Parce qu’ils me savaient « auteure jeunesse », ils se sont autorisé des questions que des auteurs jeunesse n’auraient certainement jamais osé me poser. Ils ont tous retravaillé leur texte. Il y eu parfois des versions deux, des versions trois et ils s’y sont attelés avec beaucoup d’enthousiasme et beaucoup de bonne humeur.

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Après l'interview, le 13 avril 2017, à l'agence.

06 juin 2017

Gilles Paris : interview pour Le vertige des falaises

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(Photo : Jean-Philippe Baltel)

gilles paris,le vertige des falaises,interview,le magazine des loisirs culturels auchan,mandorCeci est la quatrième mandorisation de Gilles Paris, (la première en 2012, pour évoquer son livre Le pays des kangourous, la seconde en 2013 pour la réédition d'Autobiographie d’une courgette (qui a connu une autre vie artistique phénoménale depuis) et en 2014 pour son roman L’été des Lucioles). Gilles Paris est une figure incontournable du milieu littéraire depuis de nombreuses années. Il n’est pas seulement auteur, il est également l’un des attachés de presse les plus importants de France. On ne compte plus les écrivains qu’il défend.

Pour en savoir plus sur Gilles Paris, lisez l'excellent article du Parisien, paru récemment.

Je lui suis fidèle parce que, même si nous ne sommes pas des amis proches, nous avons des liens suffisamment forts pour que je sois très attaché à lui et à son œuvre. Elle (son œuvre) me touche profondément. Les secrets de familles, l’enfance un peu cabossée... ne me laissent pas indifférent…

Le 11 avril 2017, pour Le magazine des loisirs culturels Auchan (daté des mois d’avril et mai 2017), j’ai interviewé Gilles Paris une nouvelle fois, à l’agence. Voici ce que j’en ai retenu pour le consumer… et ensuite, je vous propose, comme souvent, un bonus mandorien.

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(Photo : Jean-Philippe Baltel)

gilles paris,le vertige des falaises,interview,le magazine des loisirs culturels auchan,mandorBonus mandorien :

Le succès mondial de l’adaptation cinématographique d’Autobiographie d’une courgette est-il un conte de fées ?

Oui, dans lequel il y a eu des montagnes russes. J’ai vécu des émotions fortes. Autobiographie d’une courgette, il faut le rappeler, est mon deuxième roman. Il est paru en  2002, c’est à dire il y a 15 ans. Il a déjà eu en 2007, une adaptation à la télévision  pour France 3 (sous le titre C’est mieux la vie quand on est grand), réalisé par Luc Béraud, produit par Pascale Breugnot, avec Daniel Russo qui jouait le gendarme.

Mais l’aventure du film d’animation réalisé par Claude Barras est tout à fait incroyable.

Tu peux le dire ! Je l’ai suivi de près et de loin. Je regardais un peu ce qui se disait, mais pas tout. Cette aventure incroyable m’a rendu très heureux. Nous sommes allés jusqu’à deux César, une nomination aux Oscars et à peu près 20 prix dans le monde entier. Mais pour moi, la plus importante des victoires est celle du public. Il y a eu plus de 800 000 entrées en France et  le DVD qui vient de sortir se vend très bien. C’est un peu le succès de David contre Goliath. Je rappelle que c’est un film d’auteur avec un budget correct, mais modeste par rapport aux productions américaines. Il s’est pourtant hissé vers les plus hautes sphères. Je remercie encore Claude Barras d’avoir su garder l’esprit du livre.

As-tu suivi l’élaboration de ce film d’animation ?

Non. J’ai suivi tout ça comme un fan. Je regardais les teasers, les premières images, je lisais les articles paraissant sur le projet… je n’étais pas encore en contact avec la production à ce moment-là.

La première fois que tu t’es assis pour voir le résultat final, il s’est passé quoi dans ta tête ? gilles paris,le vertige des falaises,interview,le magazine des loisirs culturels auchan,mandor

Tout ce que j’avais vu et lu au préalable m’avait rassuré. Mais c’est toujours un peu étrange de voir un film tiré d’un de ses livres. C’était une projection faite pour les partenaires du film, en avril dernier. Je me suis recroquevillé dans mon fauteuil, mais à la fin, les réactions étaient tellement bonnes que j’ai été rassuré. Depuis,  j’ai vu le film une vingtaine de fois et à chaque fois, j’ai découvert quelque chose de nouveau que je n’avais pas vu auparavant. Par exemple, j’ai remarqué qu’une de mes héroïnes, Camille, lisait Kafka, que la grenadine était rose… des détails comme ça.

Peut-on être ému par une histoire qu’on a écrit soi-même finalement ?

Pas vraiment par l’histoire, mais par le contexte, par ce que ce film a véhiculé dans ma vie. J’étais très ému à cette projection et encore plus à Cannes. Cannes, c’était la première projection publique payante. C’était une très grande salle et nous étions tous réunis. Quand le film s’est terminé, il s’est passé quelque chose de très inattendue : des applaudissements pendant 20 minutes. C’est très long 20 minutes ! J’avais ce sentiment étrange de me dire que si je n’avais pas écrit ce livre, dans cette salle, ce serait d’autres gens, une autre histoire, un autre livre, un autre film. Tatiana de Rosnay m’a raconté qu’elle a eu le même sentiment quand elle a vu pour la première fois Elle s’appelait Sarah en projection.

T’es-tu expliqué l’émotion qu’a suscitée ce film ?

Non. On explique plus les échecs que les réussites. Si on connaissait le secret d’une réussite, on ne ferait que ça. Dans le cas du film, le bouche à oreille a été très important.

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Pendant l'interview...

Ce succès a-t-il changé ta vie ?

Ma vie s’est améliorée. Depuis toujours,  je suis quelqu’un qui n’a pas une super grande confiance en lui, mais le succès de la courgette m’a un peu galvanisé et m’a indéniablement apporté du bien-être.

Il y a quelques années, je te demandais si le fait d’être écrivain toi-même n’était pas un problème pour être attaché de presse d’autres écrivains. Aujourd’hui, tu es plus connu que beaucoup d’entre eux…

En ce moment, j’ai la chance d’avoir des auteurs qui sont extrêmement heureux pour moi et qui m’envoient régulièrement des textos et des messages d’affection. Je reste quelqu’un d’extrêmement discret.

Je peux en témoigner, tu n’as absolument pas changé.

Je ne changerai jamais tu sais. Quand on est heureux, que la réussite est là, il ne faut jamais oublier qu’il y a toujours quelqu’un pour te rappeler de descendre les poubelles.

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Après l'interview, le 11 avril 2017.

06 avril 2017

Marc Moritz : interview pour Le roi du plaquage

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Bon, les romances, ce n’est pas vraiment ma tasse de thé. Mais quand un ami écrivain se lance dans ce genre littéraire, ça pique un peu la curiosité. Que vient-il faire dans cette galère ? me suis-je dis quand il m’a annoncé sa nouvelle aventure éditoriale (cela dit, ce n'est ni sa première, ni sa dernière). Et puis, un jour, le livre est arrivé entre mes mains. J’ai eu peur. Peur de lui dire : « Ouais, c’est sympa. Sinon, tu travailles sur quoi en ce moment ? ». Mais en fait, j’ai lu. Et je me suis pris au jeu. Un vrai page turner. Bien sûr, il y a un peu d’eau de rose (mais ça sent très bon l’eau de rose), un sens narratif inné et des personnages qu’on a envie d’aimer et surtout qu’on n’a pas envie d’abandonner. Celui qui se fait appeler Marc Moritz a réussi à faire sortir mon côté midinette (oui, j'avoue, je voulais que le rugbyman réussisse à pécho la photographe). Quand j’ai fini Le roi du plaquage, j’ai appelé l’auteur pour lui demander s’il y aurait une suite (je ne vous donne pas sa réponse). Je lui ai aussi demandé de venir me voir à l’agence le 14 février dernier (oui, oui, le jour de la Saint Valentin) pour une mandorisation dans les règles de l’art.

marc moritz,le roi du placage,milady4e de couverture :

Romain Mevasta est un joueur de rugby comme on n’en fait plus. Et il le sait. C’est aussi un homme comme on n’en fait plus, mais il n’en a pas vraiment conscience. Il n’est pas de ces minets qui posent pour les calendriers. Il court les jupons c’est vrai, un peu, mais pas les soirées de presse. Très peu pour lui. À 35 ans il est en fin de carrière et se trouve à un tournant de sa vie. Il s’est taillé une réputation de cogneur dans sa folle jeunesse, mais en fait ses coéquipiers le surnomment le philosophe parce qu’il lit. C’est un bourru au cœur tendre finalement. Et sa rencontre avec Margot va le bouleverser. Margot est photographe, elle est là pour tirer le portrait des joueurs et faire la photo annuelle. Certains joueurs, dont l’ennemi juré de Romain, se montrent un peu agressifs avec elle et Romain fait alors un peu trop honneur à sa réputation. C’est le début des ennuis pour lui et d’une belle histoire entre lui et Margot à qui il devra prouver qu’il est capable de donner sa confiance.

L’auteur (selon le site de Milady):

Marc Moritz est un écrivain français du XXIe siècle, converti à la romance par Rick Castle, avec les encouragements de la muse idéale (en mieux). Sous un autre nom, il a été champion du monde de belote et a publié trois romans, il joue au rugby et lit dans son bain, il ment plutôt mal mais fait très bien la vaisselle.

Bonus : L'avis de Sophie Adriansen.

Interview : marc moritz,le roi du placage,milady

Pourquoi écrivez-vous sous pseudonyme ?

Eh bien, cher Mandor (ce ne serait pas un pseudo, ça, au fait?), vous attaquez direct ! La vérité, c'est que j'écris sous un autre nom des livres qui n'ont rien à voir – ni dans les thèmes, ni dans la façon d'écrire. Du coup, les écrire sous deux noms différents me paraissait une évidence. Et puis, je vais vous dire : le pseudonyme, quelle liberté ! On se permet tellement plus de choses... Il y a longtemps que j'y pensais, je m'en veux de ne pas l'avoir fait plus tôt. 

Votre bio sur le site de Milady, est-elle proche de la réalité ?

Sûrement. Que dit-elle, déjà ?

« Champion du monde de belote, ancien joueur de rugby, il lit dans son bain, ment très mal mais fait très bien la vaisselle »...

Ha ! Je confirme. Bon, ok, le titre de champion du monde de belote n'est pas officiel. Mais le reste est assez vrai.

Vous écrivez habituellement des livres qui n’ont rien à voir avec la romance. Pourquoi vous êtes-vous lancé dans ce genre ?

Eh bien... Au départ, je dois le dire, il y a le défi que m'a lancé une amie, Angéla Morelli, que j'ai connue à l'époque de la blogosphère libre et légère et qui est devenue l'une des grandes auteures françaises de romance. Mais la vérité, c'est que j'avais envie depuis longtemps d'écrire une histoire d'amour, une vraie. Depuis des années, mon petit plaisir secret, c'était la série Castle – pas parce que le héros est écrivain, mais pour la romance entre lui et Beckett [le lieutenant de police avec laquelle il collabore]. Pendant trois saison, ça a été mon bonbon, et puis à un moment je me suis dit (alerte métaphore vaseuse) que quitte à manger des bonbons, je pourrais fabriquer le mien, ce serait meilleur pour les dents. 

C’est quoi un livre estampillé « romance » ? Il y a des codes à respecter ?

Oh, oui, plein ! Et je les ai respectés. Bon, ok, d'habitude les héroïnes de romance sont plutôt des jeunes fragiles et j'ai pris un rugbyman de 111 kilos, mais pour le reste, j'ai vraiment respecté les codes. Parce qu'un genre, ça ne se « détourne » pas (ça, c'est un truc de petit malin prétentieux), un genre ça se respecte ! Après, à l'intérieur du cadre, on peut commencer à s'amuser – mais je n'en suis qu'à mon premier, je parle surtout en lecteur, là.  

marc moritz,le roi du placage,milady

Pendant l'interview...

Il y a quelque chose de Romain Mevasta en vous ?

Forcément, oui. J'ai suffisamment lu L'Equipe dans ma vie pour pouvoir me mettre dans la peau d'un rugbyman bagarreur en fin de carrière. Et puis, vous savez combien je suis mal à l'aise devant un appareil photo – ça, c'est le trait que j'ai prêté à Romain. Pour le reste, il s'est très bien débrouillé tout seul.  

Margot, la photographe, clairement, tout homme normalement constitué tombe amoureux d’elle. Elle est inspirée d’une femme existante ? Si oui, quelle est son identité ? Puis-je avoir son 06 ?

Je vais vous décevoir : aucun de mes personnages n'est directement inspiré de personnes réelles. Jamais. Je pourrais disserter des heures sur le sujet, mais bon, j'ai cru comprendre que vous aussi vous avez un livre à écrire. Je peux juste ajouter cette anecdote : une de mes amies a lu « Le Roi du plaquage », et elle m'a écrit : « Je sais qui est Margot ! » Je suis très très curieux de savoir qui elle a en tête...

Vous étiez à LivreParis®, la semaine dernière. Je me suis laissé dire qu’il y a eu une émeute dès votre apparition.

Haha, vous êtes bien renseigné ! Disons que ça a été un très beau moment, avec beaucoup plus de monde que je ne pensais. Des lectrices qui avaient aimé le livre et venaient me le faire signer, d'autres qui venaient le découvrir... Je suis encore tout nouveau dans cette « communauté » d'auteurs de romance, je découvre un rapport différent entre auteurs et lecteurs, très direct, avec un mélange d'enthousiasme et de respect – je le referai !

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Au fond, Marc Moritz, lors de la soirée de lancement de son livre à la librairie "L'humeur vagabonde", le 14 février 2017.

A ce propos, vous perdez l’anonymat si vos lecteurs peuvent vous rencontrer. Je ne comprends rien.

Très pertinente question... Pour commencer, on peut dire (attention scoop !) que je ne suis ni Eric-Emmanuel Schmitt, ni Jean d'Ormesson. Du coup, pour les lecteurs qui me rencontrent, je suis Marc Moritz et personne d'autre. Et puis, quand bien même : je crois vraiment que les gens savent faire la part des choses. On ne lit pas une romance comme on lit un Houellebecq (scoop bis : je ne suis pas Michel Houellebecq). Du coup, j'ai fini par me dire que tout ça n'était pas bien grave. Ce qui ne m'empêche pas de refuser qu'il existe pour l'instant une « photo officielle » de Marc Moritz. Un jour peut-être, mais pas maintenant !

Ok, ok... Et maintenant, allons au fond des choses. Un homme qui écrit de la romance, ça émoustille les femmes ?

Joker !

Et écrire des scènes érotiques, ça vous a émoustillé ?

Imaginer une scène érotique, ça c'est émoustillant. L'écrire, hum... Ça doit pouvoir l'être – il faudra que je gagne en expérience pour ça, que j'arrive à les écrire en même temps que je les imagine. On en reparle dans trois ans ?  

On découvre les coulisses d’un club de  rugby. C’est un univers que vous connaissez bien. Pourquoi l’aimez-vous ?

Le côté sport d'équipe, la tension qu'il y a entre la dimension physique du combat et la nécessité de se maîtriser sur le terrain... Pour les coulisses, j'ai été moi-même joueur et entraîneur dans plusieurs sports collectifs, j'ai un ami agent de joueurs – sans parler de la lecture quotidienne de L'Equipe ! Tout ça est venu assez naturellement.  

Allez-vous continuer à écrire des romances ?

Oui ! Le plus important pour moi, avec le Roi du plaquage, c'est qu'il m'a fait retrouver le plaisir d'écrire. Du coup, oui, j'écrirai d'autres romances. Des polars, aussi - peut-être sous un autre nom, allez savoir. Mais comme je disais tout à l'heure un genre, ça se respecte. Si je veux écrire un polar, j'en lirai d'abord plein. On a le temps, hein ! Tenez, vous faites quoi, en 2022 ? 

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Après l'interview... un peu de détente.