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10 février 2017

Julien Blanc-Gras : interview pour Briser la glace

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En quelques livres, Julien Blanc-Gras s’est imposé comme un écrivain-voyageur désinvolte, aux récits faussement naïfs. Je dis faussement naïfs parce que sous couvert d’humour, d’ironie mordante et d’élucubrations parfois surréalistes, il dit beaucoup, raconte avec une acuité impressionnante ce qu’il voit, témoigne de la réalité du pays qu’il visite. Les informations sont toutes  rigoureusement exactes. Il mélange les anecdotes personnelles, l’histoire et  la situation du pays avec un habile dosage qui force le respect. Je suis à deux doigts de vénérer Julien Blanc-Gras.

Cette fois, dans Briser la glace, comme l’écrit La Croix, « il traîne ses guêtres dans l’Arctique, explore le Groenland à la manière d’un Lévi-Strauss goguenard, muni de son sens de l’observation et de son humour en bandoulière. »

L’auteur, maintes fois mandorisés (La première fois en 2008,  la seconde en 2013… il y a un peu de lui aussi ici, enfin la précédente en 2015.) est revenu me voir à l’agence, le 6 décembre 2016, pour évoquer cette expédition hors du commun.

briser%20la%20glace.jpg4e de couverture :

Un périple sur un voilier à travers les icebergs. Un narrateur incapable de naviguer. Des baleines paisibles. Des pêcheurs énervés. Du phoque au petit-déjeuner. Des frayeurs sur la mer. De l'or sous la terre. Des doigts gelés. Des soirées brûlantes. Un climat qui perd le Nord. Des Inuits déboussolés. Une aurore boréale. Les plus beaux paysages du monde. Le Groenland.

« Voilà, j’arrive dans un pays où les vaches se déguisent en chèvres, où l’on vend des flingues à la supérette, où l’on prend l’avion avec des guêtres. Un panneau indique Paris à 4 h 25 et le pôle Nord à 3 h 15. »

Le ton est donné. Nouvel invité de la collection Démarches, Julien Blanc-Gras s'attaque au Grand Nord, et nous embarque dans un Arctique tragi-comique. julien blanc-gras,briser la glace,interview,mandor

L’auteur :

Julien Blanc-Gras est né en 1976 autour du 44ème parallèle nord. Depuis, il traverse les latitudes pour rendre compte de ce qui rapproche les êtres humains des quatre coins du monde. Il est l’auteur de six romans, d’un essai, d’une BD et de dizaines de reportages pour la presse. En 2006, il est lauréat du "Prix du Premier Roman de Chambéry" pour Gringoland, périple latino-américain déjanté. Sont ensuite parus Comment devenir un dieu vivant, 2008 ; Touriste, 2011 ; Paradis (avant liquidation), 2013 ; In utero, 2015 (tous aux éditions Au diable Vauvert). Il est aussi co-auteur de Géorama avec Vincent Brocvielle (Robert Laffont, 2014) et de l'adaptation BD de Touriste avec Mademoiselle Caroline (Delcourt, 2015).

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Interview :

Tu as fait une légère infidélité à ta maison d’édition d’origine, Au Diable Vauvert.

Tout est parti d’une proposition des éditions Paulsen. On a discuté d’un projet commun et nous sommes tombés d’accord sur une expédition au Groenland. J’ai dit oui rapidement parce que l’occasion d’aller là-bas ne se présente pas tous les jours. Je ne connaissais pas du tout les univers polaires arctiques ou antarctiques. Ils m’ont proposé de participer à une expédition sur un petit voilier, donc de voyager dans cette région-là, pas très accessible, dans des conditions privilégiées.

C’était un voyage sacrément difficile si j’en juge ton livre.

Je ne dirais pas difficile, juste un peu plus aventureuse que si j’avais été sur un bateau de croisière.

Tu es modeste… tu ne connaissais ni la mer, ni la navigation.

C’était donc une expérience de plus à découvrir. Je me suis retrouvé à l’été 2015 à partir un mois au Groenland, dont une vingtaine de jours sur le bateau. C’est forcément un des plus beaux voyages que j’ai fait.

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Tu t’es préparé comment pour partir ?

J’ai acheté des moufles (rires). Avant de partir dans un pays, il y a toujours un travail de documentation au préalable. Mes voyages, c’est toujours un mélange de préparation et d’improvisation. De préparation, parce qu’il faut savoir où on arrive, savoir rencontrer les bonnes personnes aux bons moments, j’ai donc vu des politiques, des journalistes, des enseignants  pour avoir un tableau un peu global du pays. Et d’improvisation, parce que c’est ça qui fait le sel du voyage. C’est toujours ce qu’on n’attend pas qui se révèle le plus intéressant au final.

Tu as toujours une appréhension avant de partir dans un pays ?

La joie et l’excitation l’emportent toujours sur l’appréhension. Je ne suis pas un aventurier, mais j’ai un tempérament aventureux, il y a une légère nuance. Là, je ne suis pas parti naviguer, je suis incapable de le faire, mais je suis parti avec des gens qui sont doués pour cela. Ils se sont avérés à la fois très compétents, très sympathiques, très intéressants et très enrichissants.

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La classe absolue: une pleine page dans ELLE.

Tu étais avec trois bretons.

Sur le bateau, il y avait deux marins et un artiste peintre, Gildas Flahault, qui lui est aussi était là dans le but de faire un livre sur le Groenland, Le bal des glaces, (il vient de sortir chez Paulsen). Tout le monde était content d’être là et nous nous sommes parfaitement entendus.

C’était beau ?

C’est tout simplement les plus beaux paysages que j’ai vus de toute ma vie.

Le Groenland, c’est quatre fois la France, expliques-tu au début du livre.

Mais j’ajoute qu’il y a  moins de monde que dans l’agglomération de Bourg-en-Bresse. En tout, il y a 57 000 habitants. La population du Groenland tient dans un stade (rires). Cette particularité géographique fait que les foyers de population sont très éloignés les uns des autres. En gros, il y a trois ou quatre villes au Groenland et plein de petits villages qui ne sont pas reliés entre eux par des routes. Donc, la mobilité est très compliquée. Pour se déplacer, il faut prendre l’avion ou le bateau.

Du coup, les gens restent dans leur village avec des températures qui peuvent atteindre -30° en hiver.

Certains bougent, mais pour les catégories les plus défavorisés de la population, ce n’est pas possible. Les seules nouvelles personnes qu’ils voient sont ceux qui viennent à eux.

Toi, tu es parti en été. Tu n’as pas connu les -30° ?

En été, à Terre, il fait entre 0 et 10°.  Par contre, sur le bateau, quand on est en train de naviguer, il y a un peu de vent… il faut mettre sa petite laine (rires).

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La classe absolue (bis) : Un article très fouillé dans Le Canard Enchainé.

Le danger principal sur l’eau, ce sont les icebergs ?

C’est un danger permanent, mais comme sur une route où il y aurait des obstacles. Concernant les icebergs, le jour, par condition calme, tout va bien. Mais la nuit, dans des conditions agitées, il faut être d’une extrême vigilance. Une fois, nous avons eu un petit incident. Les fonds sont remontés brusquement et le bateau est resté coincé. On a réussi à le dégager assez rapidement, en 10 minutes, mais c’était la nuit, il ne faisait pas chaud, nous étions loin de la côte et des icebergs se déplaçaient un peu partout. Je ne te cache pas que nous avons quand même été un peu stressés. Juste après, j’ai levé la tête et j’ai vu ma première aurore boréale. C’était étrange ce moment de frayeur, puis ce spectacle exceptionnel qu’on ne voit nulle part ailleurs dans le monde. On se sent petit devant l’incroyable puissance et beauté de la nature.

Tu prends des photos de tout ça ?

Je prends des photos avec mon téléphone. Ce sont plus des pense-bêtes ou des souvenirs que des photos d’art. Je ne sais pas faire et de toute manière, ça me prendrait un peu de mon cerveau, or, mon cerveau, il est concentré à trouver des phrases pour décrire ce que je vois. 

Les autochtones des villages que tu traverses sont hospitaliers… ou pas.

C’est comme un peu partout dans le monde, il y a des gens sympas et d’autres moins. J’ai tout de même remarqué que plus les endroits sont petits et éloignés du tourisme de masse, plus les gens t’accueillent avec plaisir et sont contents de te voir.

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Tu es le seul écrivain voyageur à raconter avec humour tes pérégrinations, mais c’est une vraie enquête sur le pays traversé. On apprend beaucoup en s’amusant beaucoup.

C’est un récit avec des informations solides. Je fais en sorte que mon reportage ne soit pas assommant. Il faut trouver le bon équilibre pour faire passer les informations tout en maniant un peu l’humour. Je fais en sorte que cela se lise comme un roman et que le lecteur retienne deux, trois trucs…

L’humour, c’est ta force.

J’ai tenté d’écrire des choses sérieuses, mais je n’y parviens pas. Le petit recul ironique est ma façon d’envisager le monde. Etre dans l’ironie bienveillante sans basculer dans le sarcasme, c’est la limite que je me fixe.

Qu’est-ce qu’il te restera de ce voyage ?

Le choc esthétique de la glace. Et je trouve ce peuple admirable. Il a vécu des milliers et des milliers d’années dans un univers vraiment hostile, très froid et sans ressource. Il a survécu et fait vivre une culture qui nous a apporté le Kayak et l’anorak. C’est remarquable.  

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Pendant l'interview...

Est-ce que chaque voyage te change ?

Je ne change pas radicalement. Chaque être humain t’apporte quelque chose. Plus il est différent, plus il t’apprend. Après ces 15 années à voyager dans toutes les grandes régions du monde, je crois que cela me donne une vision de l’incroyable diversité de cette planète. Ça aide à prendre les choses avec un peu plus de recul.

Tu analyses mieux les gens que tu rencontres, tant tu en as vu ?

Le vécu accumulé te donne effectivement des armes pour comprendre les gens. Parfois, j’entends des conversations à table, au bistrot ou dans les journaux. Cela me fait soupirer… j’ai envie de dire aux gens d’aller vivre un peu ailleurs, de manière à ce qu’ils élargissent leur focal. Parfois, je trouve les débats un peu dérisoires. Je me demande si ce que je viens de dire n’est pas un peu prétentieux…

Ton prochain livre se déroulera dans quel pays ?

Dans la péninsule arabique et ses pétromonarchies. Il sortira en 2017 au Diable Vauvert. 

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Après l'interview, le 6 décembre 2016.

08 janvier 2017

Charlotte Savreux : interview pour L'année du déclic

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Mon amie Corinne Daunay (ancienne attachée de presse, mais professionnellement bien plus) me dit un jour « tu devrais lire le livre de mon amie Charlotte Savreux, il est excellent ».  Habitué à ce que l’on me recommande tel ou tel artiste, je suis toujours dans la méfiance. Copinage, toussa toussa… sauf que Corinne Daunay, j’ai une confiance absolue en ses goûts. Je me renseigne sur ce livre qui « redonne le goût du « tout est possible » à 66 millions de Français ». Là encore, ce n’est pas le genre d’ouvrage dont je parle habituellement. Par amitié, je lis. Et j’ai fini par dévorer tant ces témoignages m’ont passionné, voire m’ont reboosté. Je suis dans une période où j’ai des choix professionnels à faire, des décisions à prendre, L’année du déclic est tombée à pic.

Le 28 décembre dernier, j’ai donc rencontré son auteure, Charlotte Savreux pour un long et savoureux entretien. Ce n’est pas pour rien que j’ai souhaité que ce soit la première mandorisation de l’année. A ce propos… belle année à tous !

charlotte savreux,l'année du déclic,interview,mandorArgumentaire officiel:

50 personnalités ouvrent le champ des possibles à 66 millions de Français

Ce livre revient sur le parcours de personnalités dont on connaît la réussite, sans pour autant deviner le cheminement parfois complexe qui les a menées vers la lumière et qui rend leur victoire d’autant plus belle et exemplaire. Une réussite honorable et une réalisation personnelle admirables tant elles semblaient, a priori, improbables. Rien ne les prédestinait à… et pourtant leur histoire trompe toutes les attentes et prouve combien tout est possible et pour tout le monde. Ils ont connu des premiers pas dans la vie fragiles, chaotiques ou des réussites suivies de revers, quand la vie bascule pour voler en éclats; mais en quête de reconnaissance, par instinct de survie, par conviction, avec le grain de folie de l’insouciance, ils se sont offert une seconde chance, celle de réorienter leur trajectoire, de sublimer leur vie et de transcender leur destin. En partageant leur expérience et en suivant leurs conseils, tout devient possible ! En misant sur la dynamique de l’exemplarité et de la contagion sont réunies dans de ce livre cinquante personnalités : artistes, chefs d’entreprise, politiques, résolument optimistes, qui refusent de vivre dans une époque de déprimés. Leur enthousiasme et leur foi en la vie inébranlables vous offrent l’essence de leur expérience au tempo de leurs succès et de leurs épreuves, et les fils conducteurs qui ont guidé leur parcours, pour mieux vous permettre de décrocher votre victoire. Car une société plus forte, plus bienveillante, est aussi la somme des engagements individuels.

Retrouvez Zaz - Thierry Marx - Maud Fontenoy - Frédéric Lenoir - Fadela Amara - Yann Arthus-Bertrand - Marianne James - Philippe Croizon - Jean-Pierre Mocky - Florence Servan-Schreiber - Éric-Emmanuel Schmitt - André Comte-Sponville - James Dyson - Stephane Hessel - Roselyne Bachelot - Frédéric Lopez - Louise Del Busto Gomez - Didier van Cauwelaert - Nicole Castioni - Michel Pouzol - Hervé de la Martinière - Denys Chalumeau - Mireille Nègre - Dani - Jean-Marie Bigard - Alain Ducasse - Mohed Altrad - Rougui Dia - Memona Hintermann - Daniel Picouly - Malika Bellaribi - Guy Laliberté - Guy Martin - Philippe Bouvard - Orianne Garcia - Christian Estrosi - Jean-Michel Apathie - Clara Gaymard - Thierry Saussez - Véronique Jannot - Jacques-Antoine Granjon - Mercedes Erra - Patrick Poivre d’Arvor.

L’auteure (source Wikipédia) :charlotte savreux,l'année du déclic,interview,mandor

Après avoir travaillé pendant 3 ans comme journaliste dans la rédaction de France 3 Normandie, elle présente de 2005 à 2010 l'émission Bien-être sur Direct 8. Puis, elle rejoint France Télévisions pour y animer des émissions et des évènements exceptionnels comme La Nuit Blanche (6 heures de direct sur France 3) ou le Téléthon. À partir de 2012, elle rejoint France 5 pour y tourner une série documentaire Une Vie Ailleurs où elle part en immersion à la rencontre de communautés coupées du monde puis participe en septembre 2013 au lancement de l'émission La Quotidienne en y animant deux chroniques hebdomadaires sur la consommation.

Elle vient de publier: L'année du déclic - Et si c'était la vôtre...? Editions Balland.

charlotte savreux,l'année du déclic,interview,mandorInterview :

Ce livre a une dimension personnelle et sociétale.

En 2017, les gens vont être dans l’espoir d’un changement politique. L’idée, c’est qu’on ne peut plus être en attente de tout et de tout le monde. On ne peut plus tout attendre d’un chef de l’état, de son employeur, de la sécurité sociale… à un moment, il faut aussi pourvoir à sa propre trajectoire. On ne peut pas reprocher à une société d’être sclérosée, figée, enfermée, si soi-même on n’offre pas à sa vie cette bouffée d’oxygène dont on a besoin. Je pars du principe que c’est en se changeant individuellement et en étant dans une dynamique d’action qu’on pourra changer les choses. Mon leitmotiv c’est « espérer moins, agir plus ».

Pour toi, la société française est défaitiste ?

De manière collective, oui, mais individuellement, je rencontre des gens qui sont dans une dynamique d’action et qui veulent faire bouger les choses. De manière générale, on sent que les gens sont dans une forme de rétention aux autres ou par rapport à leur propre vie.

Les gens ne veulent pas sortir de leur « cadre » ?

Pas souvent. Ce cadre étriqué leur permet de se protéger, mais il en vient à brider leur potentiel et leur vie. Certains finissent par être enfermés dans leur bulle tellement ils ont peur de l’extérieur. Nous sommes plus dans une société de peur que dans une société d’actions et d’envies.

As-tu appris sur toi-même en écrivant ce livre ?

Il y a tellement de sujets potentiels d’écriture que quand tu choisis un angle, ce n’est jamais par hasard. charlotte savreux,l'année du déclic,interview,mandor

Tu aimes faire bouger les choses, transmettre et permettre l’ouverture vers l’extérieur.

J’ai la curiosité de ce qu’il se passe dans mon environnement et surtout, j’aime ouvrir le champ d’horizon aux autres. Après, ils en font ce qu’ils veulent. Si je veux permettre aux gens qu’ils soient acteurs de leur propre vie, je n’ai pas l’ambition d’imposer une manière de vivre ou une manière de penser. Je n’infantilise pas le lecteur. Si je peux faire en sorte que chacun aille au-delà d’un postulat de départ, ce sera déjà pas mal.

Ce livre est le cheminement logique de ce que tu as toujours fait à la télévision.

Pendant cinq ans, j’ai animé une émission de 52 mn en direct sur le bien-être. J’ai toujours considéré que la thématique du bien-être était sous-estimée. Pour moi, le développement personnel est un sujet de société. Cette société n’a d’ailleurs pas besoin d’un nouveau président de la République, mais d’une bonne psychanalyse. Dès lors que nous aurons déverrouillé les peurs,  là, on pourra se remettre dans une dynamique d’actions. Avec ce livre, j’essaie d’apporter le déclic qui te fait passer de l’intention à l’action, qui te fait transformer une épreuve en une expérience de vie et qui fait passer des « nons » successifs en un « oui ».

Que projettes-tu dans ce livre ?

D’être bien dans son histoire. A l’école, on apprend à compter, lire, écrire, mais pas à vivre. Toute notre vie, on apprend à bien vivre en relation avec la personne que l’on est. Je ne crois pas du tout au bonheur que l’on te vend à tout prix, il n’y a pas pire pour rendre les gens malheureux. L’essentiel est d’être dans l’histoire qui nous convient.

charlotte savreux,l'année du déclic,interview,mandorLa société souffre d’un potentiel bridé ?

Oui, alors qu’on a tous un potentiel extraordinaire. Quand, soi-même, on n’a pas le courage d’aller exploiter le potentiel qui est le nôtre,  d’aller porter nos propres projets, la vie risque de s’en mêler en apportant des secousses sismiques. Je vais citer Albert Camus : « C’est au cœur de l’hiver que j’ai découvert que j’avais en moi un invincible été. »

Ton livre porte des valeurs dont la société a besoin.

Notre époque nous demande du courage, de la persévérance, du goût de l’effort et du sens de la responsabilité. Quelle plus belle victoire que celle qui nous a demandé du courage, de l’audace et de la persévérance ?  Je suis certaine qu’on ne peut pas avoir une grande réussite, sans avoir eu une prise de risque à un moment.

Notre vie est-elle jalonnée de déclics ?

Oui et c’est tant mieux, car les déclics c’est ce qui permet de rebattre les cartes du jeu de sa vie. La vie n’est pas une autoroute linéaire. Il y a des périodes où les choses sont limpides et fluides et puis d’autres où il y a des ronds-points, des départementales un peu plus en retrait et c’est bien aussi. Les gens veulent tellement être toujours rassurés qu’ils souhaitent voir les mêmes paysages. Mais la vie est une aventure, une salle de classe où on apprend tous les jours. Il ne faut pas avoir peur des virages et des changements, car ils sont une chance formidable d’avoir des tremplins sur lesquels s’élever et rebondir.

D’après ce que j’ai compris, le déclic ne vient jamais de l’extérieur.

Non, il ne vient pas d’un appel téléphonique ou d’une proposition quelconque, tu as raison. Il vient toujours de soi. C’est nous-mêmes qui osons faire le pas supplémentaire, et là, sur le cheminement, la vie s’en mêle, les opportunités apparaissent. Je peux dire qu’au moment du déclic, on est seul, mais pendant le cheminement, jamais.

Faut-il être ambitieux ?

Quelle plus belle ambition que de réussir sa vie et de mettre toute celle-cicharlotte savreux,l'année du déclic,interview,mandor à son  propre service ? Ce n’est pas égoïste de s’occuper de soi et de sa vie. En mettant toute son énergie au service de sa trajectoire personnelle, cela permet aussi à notre lignée familiale de s’élever. Le but, c’est d’être meilleur que nos parents et que nos enfants soient meilleurs que nous. De plus, en servant notre propre trajectoire, on va pouvoir nourrir la société de valeurs beaucoup plus vertueuses que celles que l’on a aujourd’hui.

Tu dis qu’il faut prendre la vie comme un jeu plutôt qu’un enjeu.

Les gens ont tellement peur que tout est devenu grave. Il faut s’amuser des décisions à prendre et d’essayer les choses. Quand tu es dans cette posture-là, la vie te le rend au centuple. Une invité que j’ai reçu dans une de mes émissions m’a dit « quand tu fais un pas dans la vie, la vie en fait dix pour toi. »

Nous avons besoin de positif et de se requinquer.

On a aussi besoin d’être remué.

C’est ton premier livre. Es-tu émue ?

Pour moi, la plus belle aventure de cet ouvrage, ce n’est pas la sortie, c’est le cheminement qui m’a mené jusqu’à lui. Je me sens comme une passeuse. Ce livre ne m’appartient plus, il appartient au grand public.

Ce livre a été un vrai virage pour toi.

Un virage à 180°. Je suis passé d’un travail solitaire à un travail collectif. J’ai toujours participé aux projets des autres et c’était la première fois que j’écrivais pour un projet qui m’appartenait. C’était un peu mon objectif de cette fin d’année 2016.

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Après l'interview, le 28 décembre 2016.

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30 décembre 2016

Valérie Motté : interview pour Pour tout ce que la vie nous donne

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Je connais Valérie Motté  parce que nous nous rencontrons professionnellement depuis des années. Elle m’a toujours paru différente. Hors norme. Toujours souriante, bienveillante et lumineuse. Dans son récit de résilience, Pour tout ce que la vie nous donne, elle partage avec nous son besoin  d’améliorer le quotidien des enfants touchés par la maladie…. Elle raconte son parcours de vie atypique qui force le respect. La première partie du livre narre la vie pleine d’obstacles de l’auteure dont la perte d’un petit frère qui devient le fer de lance de sa vie. Dans la seconde partie, Valérie Motté « fait vibrer l’âme et l’esprit pour convertir les obstacles de la vie en éléments constructifs pour sa vie, se forger et mieux apprécier chaque instant que nous procure la vie » (comme l’indique un commentaire d’une lectrice sur Amazon).  

Le 29 novembre dernier, Valérie Motté est venue me voir à l’agence pour une première mandorisation.

valérie motté,pour tout ce que la vie nous donne,interview,mandorLe livre (par l’auteure) :

"Nous traversons actuellement une période de grandes transformations énergétiques qui bousculent le monde entier. Certains s’interrogent sur ce chaos et sont effrayés ; d’autres ressentent le besoin de se recentrer sur l’essentiel et sont en quête de vérité. Au final, la majorité d’entre nous aspire à la paix, au respect et à l’équité. Les drames familiaux qui m’ont touchée ont révélé ma médiumnité et mon cheminement m’a conduite à développer ma spiritualité et à écouter mon cœur. Je suis infiniment reconnaissante pour chacun de ces instants expérimentés, pour la confiance que le monde invisible et ses messagers m’ont accordée, pour ce caractère qui m’offre cette conscience de la préciosité de la vie et de ses charmes si nombreux. J’ai souhaité partager avec vous mon parcours pour, peut-être, donner envie à quelques-uns d’entre vous d’envisager la vie différemment. Pour témoigner qu’il est toujours possible de voir la lumière dans l’obscurité."

L’auteure :

Tourangelle d'origine, Valérie Motté est productrice artistique (Vavélie productions). Elle est également l'auteure de plusieurs ouvrages de développement personnel dont Douceurs angéliques aux éditions Pygmalion et Conseils de fées et potions magiques pour se sentir bien aux éditions Jouvence. Valérie Motté est douée d’une intuition hors du commun, qui lui permet d’être à l’écoute de la nature, des messages et des signes que lui transmet la vie. Adepte des médecines douces, elle utilise des « potions naturelles » pour prendre soin de son âme et de son corps. Autant de connaissances qu’elle souhaite partager, aujourd’hui, avec le plus grand nombre, à travers ses ouvrages et ses conférences.

Elle anime aussi l'émission Douceur et Confidences qu'elle propose sur Dailymotion  (je vous propose d'ailleurs les trois dernières dans cette chronique).

Ivalérie motté,pour tout ce que la vie nous donne,interview,mandornterview :

Ce livre témoignage  a-t-il été écrit pour aider les autres ?

C’est un livre que j’ai commencé il y a 9 ans. C’était à la base pour rendre hommage à mon petit frère Erwan qui est décédé. C’est le fil conducteur. Autour de moi, mes amis trouvent que je suis toujours positive quoi qu’il arrive et que je vois toujours la lumière même quand la période est plutôt ombragée. Ce sont eux qui m’ont poussé à témoigner, à partager… encore plus dans cette période complexe et difficile pour tout le monde. Du coup, j’ai essayé de proposer humblement une vision de la vie. Il faut se dire que la vie est belle, même quand on traverse des choses  difficiles. J’ai traversé des épreuves pas simples, mais aujourd’hui, je dis que la vie est belle.

Tu ne fais pas la morale, juste tu racontes ton histoire.

C’est un partage au plus grand nombre de mon parcours de vie et il n’y a aucun prosélytisme. Je ne détiens aucune vérité, juste la mienne.

Tu parles aussi de ta vie spirituelle.

Pas trop, parce que c’est personnel et je ne suis pas donneuse de leçon. Il y a beaucoup de livres de témoignages qui sont dans les conseils directifs. Moi, je considère que chacun doit expérimenter et vivre ce qu’il a à vivre.

Cela t’a fait du bien d’écrire ce livre ?

Ça ne m’a pas fait que du bien. La fin de ce livre a été écrite avec beaucoup de souffrance. Toi qui écris, tu sais qu’on revient souvent en arrière, on recorrige, il y a des allers-retours avec la maison d’édition. Même si je suis guérie de beaucoup de chose, j’ai tant ressassé que ça a fini par m’atteindre. Je dois admettre que ça été difficile et violent, mais aujourd’hui, je suis très heureuse parce que c’est une page qui se tourne. Je n’oublierai rien, mais c’est quelque chose qui se termine. Nous sommes en année 9 et en numérologie, cela équivaut à la fin, à l’achèvement de quelque chose. Pour moi, c’est tout un cycle qui se termine.


"Douceur & confidences" Olympe HD par VavelieProductions

Tu expliques au début du livre qu’il aurait pu sortir il y a bien longtemps, mais qu’une conjonction d’évènements à fait qu’il ne sort qu’aujourd’hui. C’était donc que le bon moment était aujourd’hui.

Exactement. Il a pu être enrichi par les 9 années d’expériences et par mon évolution spirituelle. Si je l’avais sorti avant, il y aurait eu beaucoup plus de colère. Là, elle est posée à un moment, parce que je ne renie pas la tristesse et la colère que j'ai pu avoir. Avec le recul, j’y vois des choses très belles. Et grâce à ce que j’ai traversé, je suis devenue la femme que je suis aujourd’hui.

Tu ne regrettes rien ?

Je n’ai absolument aucun regret. Si je devais refaire mon parcours amoureux ou professionnel, je ferais la même chose.

C’est difficile ce côté « j’écris ma vie, mais il faut intéresser les gens » ?

Bien sûr, j’ai envie d’intéresser le plus grand nombre. Dans ce livre, il y a différentes facettes qui devrait faire résonance à des lecteurs. Tous ceux qui ont lu mon livre ont été touchés. Autant les hommes que les femmes d’ailleurs. J’ai ouvert mon cœur avec sincérité et authenticité. C’est un livre de partage, mais aussi de gratitude.

valérie motté,pour tout ce que la vie nous donne,interview,mandorTu parles des fées et des anges, tes sujets de prédilections dans tes précédents ouvrages. Tu dis que tu as vu réellement des fées quand tu étais jeune. Tu n’as pas peur que l’on te prenne pour une dingue ?

On me l’a déjà dit, mais ça ne me fait rien. J’ai eu l’occasion de rencontrer d’autres personnes qui voyaient les esprits de la nature. Quand on me demande comment sont les fées, je réponds que je les vois comme la fée Clochette. Toute petites, scintillantes, pétillantes  et joyeuses. Souvent, quand je raconte ça, les adultes bloquent et s’imaginent que ce sont les fameux personnages imaginaires que les enfants voient. Pour la plupart des enfants, la médiumnité est ouverte. Il n’y a pas de filtres et ils voient réellement des choses qu’adultes, on se refuse de croire. Les esprits de la nature existent, je t’assure.

Pourquoi tout le monde ne peut pas les voir ?

Je pense qu’il ne faut pas en avoir peur et y croire. Si tu laisses la possibilité que tout est possible, tout est possible. La vie va s’offrir à toi, mais il faut être ouvert et curieux  pour cela.

Et les anges ?

Mon ange gardien, c’est mon frère Erwan. Ce n’est pas un fantasme. Quand je suis remontée dans mes différentes vies antérieures, j’ai bien vu qu’il était là avec moi dans chaque vie.

Tu te sens privilégiée de voir ce monde invisible ?

Oui, surtout quand on traverse des périodes mondiales très complexes comme nous le vivons actuellement. Pour moi, les liens d’amour ne se brisent jamais et Erwan est vraiment là. Il m’envoie des signes assez régulièrement. Parfois, je le vois comme je te vois.

Tu m’as raconté que tu t’étais déjà fait réveiller par des entités. Moi, ça me ficherais la trouille.

Oui, ça, ce n’est pas marrant, mais je n’ai pas peur.


"Douceur & confidences" Gregory Mutombo HD par VavelieProductions

Tu ressens les gens plus intensément que la moyenne?

Oui, j’ai beaucoup de ressentis énergétiquement positifs ou négatifs. Mais c'est parce que j’écoute mon intuition. Cela, tout le monde peut le faire. Tout le monde à une intuition. On la développe ou on ne la développe pas.

Dans tes choix d’amoureux, par contre, on constate que tu ne fais jamais les bons.

Ça vient de mes blessures d’enfance. Avec les manquements de mon père, l’abandon, le rejet, je crois que je reproduis des schémas. Tant qu’on ne le comprend pas, qu’on ne l’accueille pas et qu’on ne le guérit pas, la vie est superbe (ironie)… elle t’envoie les mêmes. Ces hommes-là, je les remercie. Ils sont venus me montrer mes failles et mes blessures. J’ai travaillé sur moi et depuis un an, je sais que je ne veux plus du tout ça. Récemment, la vie a mis sur mon chemin un homme du même profil, je l’ai vu tout de suite et j’ai coupé court immédiatement. Je suis guérie.

Qu’espères-tu que ce livre apporte aux gens ?

Je ne pose plus d’attente aujourd’hui. Comme j’ai appris à vivre de plus en plus dans l’instant présent, je me dis que si les gens le reçoivent comme un simple cadeau et si ça produit en eux une petite résonance, si ça peut leur apporter une petite touche colorée dans leur vie, c’est gagné. On a tous en nous les ressources en nous pour aller bien. C’est aussi ce que j’explique dans ce livre.

Avec Vavélie Productions, tu t’occupes d’artistes (comme Magali par exemple).

Aujourd’hui, j’ai la liberté de choisir avec qui j’ai envie de travailler. Je ne pourrais pas travailler avec des artistes qui ne m’intéressent pas humainement et dont les univers ne me touchent pas. Il faut qu’il y ait quelque chose de positif dans la relation.

Tu fais aussi des émissions pour Dailymotion, Douceur et Confidences.

Je reste dans mon univers. J’allie, j’associe toutes mes palettes… et c’est génial de pouvoir le faire.


"Douceur & confidences" Geneviève de Fontenay HD par VavelieProductions

28 décembre 2016

Thierry Brun : Interview pour Les Rapaces

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Thierry Brun est un auteur de roman noir très poli et discret. On se demande d’ailleurs si c’est bien lui qui écrit les histoires qu’il raconte tant il laisse KO le lecteur. Ses héros sont sans pitié ni état d’âme. Dans son monde animal, c’est dur, puissant, sans concession. Quand on lit un livre de Brun, on a l’impression de recevoir de véritables coups de poing dans la tronche et dans le cœur. Les rapaces n’échappent pas à cette règle.

Le 6 octobre dernier, Thierry Brun est venu à l’agence pour une troisième mandorisation (voir la première ici, et la seconde là).

thierry brun,les rapaces,interview,mandorLa 4e de couverture :

Ancien bras droit du narcotrafiquant Arthus Graham, respectée de la profession, Alexandra Blaque, jeune femme qui a laissé derrière elle les trottoirs de Vitry-sur- Seine pour gravir les marches des palaces de Paris à Ibiza, purge aujourd’hui une longue peine de prison.

Appartements transformés en ateliers de production de pains de coke, caves et escaliers gangrenés par le deal, policiers désabusés, caïds hyperviolents à peine sortis de l’enfance… Même si la menace du gang la hante souvent, celle qui déclarait encore quelques années auparavant : « J’ai seize ans et la médiocrité me terrorise. Je sais menacer, mettre à exécution » a décidé de tirer un trait sur sa jeunesse de soldat pour commencer une nouvelle vie et aller vers le soleil.

Mais on ne trahit jamais impunément. Et à sa sortie de prison, Alexandra voit son passé ressurgir avec violence.

Avec l’aide d’une journaliste d’investigation farouchement déterminée à faire toute la lumière sur ce monde interlope, elle va affronter la vengeance des clans et tenter de retrouver Nicolas, celui qui lui a appris l’amour, le seul à qui elle n’a rien à cacher, le seul à être craint de tous. Ses vieux démons réveillés, Alexandra se lance dans cette quête dangereuse, entre amour, paradis perdus et vendettas fratricides, avec la détermination de celle qui n’a plus rien à perdre.

L’auteur :

Thierry Brun vit et travaille à Paris. Il est l’auteur de Surhumain (Plon, 2010), La Ligne de tir (Le Passage, 2012) et Les Rapaces (Le Passage, 2016).

thierry brun,les rapaces,interview,mandorInterview :

C’est en écoutant la chanson de Maissiat, « Le départ » que tu as eu l’envie de créer le couple Alexandra/Nicolas.

Dans ce livre, j’ai voulu écrire sur mon enfance, mon adolescence, les amis que j’ai pu côtoyer à Garges-lès-Gonesse, à Sarcelles et à Vitry, mais je voulais aussi un couple qui s’aime vraiment. Et effectivement, les paroles de cette chanson de Maissiat ont tout déclenché. Elles m’ont inspiré le sentiment d’abandon, de perte, d’envie de revivre… qui collait parfaitement à mes deux héros. J’ai tout de suite eu le scénario de ce couple séparé par les événements et qui endure la chienlit pour se reformer, contre vents et marées. Merci Maissiat !

Qui sont les Rapaces ?

Ce sont des criminels, des trafiquants, toujours en mouvement. Ils n’ont aucune excuse, ne s’en cherche pas. Ils avancent, font du fric, tombent (prison, blessures) et se relèvent. Entre deux coups de pression, ils essaient de s’aimer le mieux qu’ils peuvent; sans trop se blesser. Choisir le monde qui te verra grandir n’est pas donné à tout le monde. Ils auraient pu prendre une autre voie et ne se cachent pas derrière leur petit doigt. Ce ne sont pas des anges sous des airs menaçants. Ils dealent, menacent, et aucune de leurs actions ne vient les racheter.

Ce livre est très documenté !

Il y a eu beaucoup d’interviews, de recherches, de souvenirs personnels qu’il a fallu faire remonter à la surface… J’ai bien connu beaucoup de personnes et d’évènements dont je parle dans mon roman, mais j’ai repris aussi des histoires que l’on m’a racontées.

Gamin, tu aurais pu basculer du mauvais côté ?thierry brun,les rapaces,interview,mandor

Je n’ai pas fait ce que font les jeunes dans mon livre, mais j’ai eu des problèmes. C’était plus à cause de mon comportement avec les autorités. Je n’étais pas le garçon policé que je suis maintenant. J’étais un peu rebelle, un peu dingue, mais j’ai rencontré les bonnes personnes, dont un prof de musique et un flic. Le prof de musique m’avait dit un jour : « On se démet ou on se soumet, mais se soumettre, c’est un apprentissage. »

Dans tous tes livres, il y a cette part d’enfance que tu as vécue. Tu n’arrives pas à t’en détacher ?

J’ai eu une enfance nomade. Mon père était itinérant. Il vivait dans une caravane et travaillait sur les chantiers dans toute la France. Je pensais que je m’en étais bien affranchi quand  je suis devenu papa. Mais quand j’ai commencé à écrire, tout est revenu. C’était un ciment qui était beaucoup plus solide que je ne le pensais.

Tes personnages sont tous très forts. Même ceux qui ont moins d’importance que les autres.

En fait, je suis amoureux de tous mes personnages. Il n’y en a aucun que je considère anodin. Je tiens beaucoup à eux. Mais je ne voulais pas qu’ils soient sympathiques. Alexandra est une enfoirée, elle fait les choix les moins sympathiques et ses actions sont souvent cruelles. Mais, sans l’excuser, elle a des raisons d’être comme elle est.

thierry brun,les rapaces,interview,mandorDans le chaos le plus total, tu as écrit une histoire d’amour… et, du coup, on s’attache presque à Alexandra et Nicolas.

J’ai voulu montrer que même les plus pourris étaient capables d’amour. S’il ne reste plus qu’une chose, c’est l’amour.

Tes romans deviennent  de plus en plus noirs, je trouve.

Oui, et il y a de moins en moins d’espoir dans ce que j’écris. Ça doit venir de mon état d’esprit (rires).

Les Rapaces sort en poche. C’est une seconde vie pour ton livre.

Oui, c’est une bonne nouvelle. Quand un livre est acheté pour sortir en poche, on est rassuré sur sa qualité.

Dans tes livres, tu aimes bien jouer avec la psychologie de tes personnages.

C’est ce qui m’intéresse le plus. Rentrer dans la tête de mes héros et développer leur pensée et leurs actions.

Tu écris déjà ton prochain livre ?

Oui. Ce sera la suite des Rapaces, mais on pourra le lire indépendamment. Il y aura moins de personnages et je développerai la relation Alexandra et son père. Je considère que le passé nous rattrape tout le temps et je ne peux m’empêcher d’en faire un sujet récurrent dans mes romans.

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Après l'interview, le 6 octobre 2016.

13 décembre 2016

Kevin Tran (Le Rire Jaune) : interview pour Ki & Hi

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(Photo : Christophe Panepinto)

Kevin Tran est un YouTuber français de 25 ans. Il compte près de 3,4 millions d'abonnés sur sa chaîne YouTube, Le Rire Jaune. Lancée en 2012, elle compile des vidéos humoristiques, réalisées en solo ou en duo avec son frère.

Le jeune homme a sorti il y a près de deux mois un manga. Son premier manga, Ki & Hi. Il  s'est écoulé en quelques jours à près de 50 000 exemplaires : un record absolu pour un manga français, et peut-être même pour un manga tout court. Dans le classement Edisat des meilleures ventes, tous livres confondus, semaine du 17 au 23 octobre, le titre se classe en 7e position. Au bout de trois jours, les libraires étaient en rupture de stock. Un retirage de 100 000 exemplaires a dû être effectué, soit autant que pour un tome de « Naruto », le 2e manga japonais le plus vendu en France...

Ce qu'en dit BFMTV.

Bref, Kevin passe à l’agence régulièrement. Il a son studio perso… On se voit, on discute, je l’apprécie. Il a la tête sur les épaules et une humilité.

Il a accepté que je le mandorise. De fil en anguille, j’ai utilisé une partie de cette interview pour Le magazine des loisirs culturels Auchan (daté du mois de novembre 2016).

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Le Rire Jaune : "J'ai écrit un manga".

kevin tran,le rire jaune,interview,mandor,le magazine des loisirs culturels auchanBonus mandorien:

Tu as commencé tes activités de YouTuber en 2012 ? Qu’est-ce qui t’as donné envie de faire des vidéos ?

Je ne suis pas quelqu’un de communautariste, mais on a tous besoin d’une idole en qui on pourrait se reconnaitre. Dans ma jeunesse, je n’en voyais aucune d’origine asiatique en France ou même dans le monde, à part les comédiens qui font des arts martiaux. Je n’ai donc pas eu de français d’origine asiatique en qui me reconnaitre. Ceux qui avaient des rôles, c’était pour des compositions très clichés, avec l’accent qu’il faut : le traiteur chinois, le magouilleur… bref, des choses dans lesquelles je ne me reconnaissais absolument pas. J’ai eu très envie de changer les choses. Avec YouTube, ça devenait possible. J’ai décidé de partagé mon point de vue sur cette plateforme et prouver que l’on pouvait faire rire sans utiliser l’accent.

Ses caricatures sur le français d’origine asiatique, ça te blessait ?

Ça m’atteignait. Je peux comprendre que des personnes qui ont 35-40 ans acceptent ce genre de rôle parce qu’ils ont effectivement vécu ça… L’accent ne me dérange pas, mais quand on décide de faire des blagues qui sont de l’autodénigrement, je n’aime pas.

Tu t’es dit qu’il fallait combattre cela.

Oui, en maitrisant le français comme n’importe qui. Après, je suis asiatique et je suis fier de l’être. C’est une appartenance que je n’ai jamais nié et que, forcément, j’utilise dans mes vidéos. Je ne pense pas qu’une personne asiatique qui regarde une de mes vidéos se soit dit une seule fois : « cette personne nous fait honte ». Si on doit aller dans le cliché ou dans la culture asiatique, il faut parler de choses irréfutables. La sévérité des mères asiatiques, ça c’est vrai. J’en ai parlé souvent et ça fait toujours marrer les asiatiques parce qu’ils savent que c’est un phénomène rigoureusement exact.

Le Rire Jaune : "La langue chinoise".

Ta mère, tu ne l’épargnes pas beaucoup.

Je la taquine un petit peu. Quand elle voit un sketch dans lequel je la mets en scène, elle trouve que j’exagère trop les traits.

Elle te regarde ?

Elle regarde tout ce que je fais.

Et la relation avec ton petit frère, là aussi tu exagères le trait ?

Quand on était petit, on se chamaillait tout le temps. Je le frappais souvent. J’étais un grand frère très possessif, très dominateur, très contrôleur. Maintenant, je le suis beaucoup moins.

Et aujourd’hui ?

Tu sais, c’est comme quand on joue à la console, à un moment, on passe à autre chose. Je me suis lassé de le frapper. Je l’ai frappé avec toutes les techniques de main possibles et sous tous les angles. A un moment, je me suis dit : « c’est un art que je maitrise, je peux passer à autre chose » (rires).

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Kevin  Tran et son illustratrice Fanny Antigny (photo : Christophe Panepinto)

Avant de commencer tes vidéos, tu avais des idoles YouTubers ?

Je regardais beaucoup de YouTubers américains comme Ryanhiga. Ça fait 10 ans qu’il fait des vidéos d’un contenu extrêmement créatif et il est encore en activité. En France, il y avait Le Joueur du Grenier que j’aimais beaucoup. C’est d’ailleurs toujours celui que je préfère.  Après, je regardais les blockbusters français comme Norman et Cyprien.

Tu as tout de suite su ce que tu allais faire ?

Oui. Le face caméra s’est imposé à moi immédiatement. Ca me paraissait le plus simple pour raconter ce que j’avais envie de raconter. Je suis la dernière personne à avoir réussi en faisant du face caméra. En termes de positionnement, il suffit d’être plus drôle que les autres, c’est tout (sourire). Je me suis beaucoup appliqué sur la qualité des textes.

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Kevin  Tran et son illustratrice Fanny Antigny (photo : Christophe Panepinto)

Ton contenu est drôle et souvent très fin. C’est ça le secret de ta réussite ?

C’est de travailler beaucoup. Pour cela, il faut profondément aimer ce que l’on fait. Faire des videos, créativement parlant, c’est très complet. Il y a l’écriture, le jeu, la technique (montage et réalisation), il y  a des rencontres avec d’autres esprits créatifs, des collaborations… tout cela est très stimulant et épanouissant. Quand on goûte à ça, on a envie que cela dure pour toujours et donc, il faut travailler énormément.

Quel rapport as-tu à la notoriété ?

Accéder à elle peut être considéré comme génial. Mais une fois que l’on s’est fait reconnaitre dans la rue, ça devient banal. Après, je t’assure, c’est plus des problèmes qu’autre chose. Quand on est connu, il y a des gens qui trainent avec toi juste pour obtenir quelque chose de toi. Il faut gérer cette situation seul. Tes proches ne peuvent pas comprendre ce que tu vis. On peut vite péter un câble. Faire des vidéos sur Internet demande beaucoup de maturité si on veut durer.

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(Photo : Christophe Panepinto)

Tu as l’air très pudique.

Ca dépend. Je dévoile les parties que j’ai envie de dévoiler. Quand je les dévoile, je le dévoile à fond. Il y a des parties de ma vie que j’ai envie de garder privée, comme chacun d’entre nous.

Nous nous sommes croisés dans la rue récemment. Tu marchais avec une capuche pour que les jeunes ne te reconnaissent pas…

Parfois, je suis pressé, je n’ai pas forcément envie de me faire reconnaître dans la rue parce qu’ils vont me retarder. Je ne refuse jamais un autographe ou une selfie. Il y a dans ces jeunes certains qui font partie de mes abonnés. Du coup, je suis obligé de mettre une capuche ou une casquette et tracer en baissant la tête.

Tu t’es expliqué le fait d’avoir du succès ?

Pour réussir, j’ai regardé beaucoup de vidéos avant de commencer. J’ai essayé d’analyser ce qui marchait le plus sur YouTube. J’ai la chance que ce qui fonctionne le mieux correspond à ce que j’ai envie de faire. Il faut trouver le juste milieu entre ce que j’ai envie de faire et ce qu’attend le public de toi. L’humour, ça marche toujours et j’adore ça. Même si dans la vie, je suis beaucoup moins drôle quand dans mes vidéos.

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Pendant l'interview...

Quand je te vois évoluer ici à l’agence, je te trouve  toujours calme, posé et tu sembles avoir un recul énorme sur ce qu’il t’arrive. Rien n’a voir avec le Kevin des vidéos !

A partir du moment où une vidéo est publiée sur ma chaine, je considère qu’elle est là pour divertir le public, donc forcément, je rentre dans mon rôle de « divertisseur », d’humoriste et de comédien. Pour cela, je vais tenter de diffuser des bonnes ondes et j’essaie de transmettre de bons messages. Je vais forcément être différent du Kevin de tous les jours, mais ce n’est pas pour autant que je vais manquer d’authenticité dans mes vidéos. Ce que je raconte dans mes vidéos avec un grand sourire et en parlant super vite, c’est ce que je pense dans la vraie vie en parlant plus lentement et posément.

Ta lucidité sur ton succès m’impressionne. J’ai l’impression que tu n’es pas dupe sur la fragilité de ce genre de notoriété.

Je ne suis pas dupe, mais je ne suis pas résigné non plus. Je sais que tout peut s’arrêter du jour au lendemain, mais en même temps, je sais aussi que ça ne s’arrête pas si tu continues à fournir du bon contenu.

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Le 27 octobre 2016, après l'interview...

11 décembre 2016

Doc Seven : interview pour Le tour du monde des infos insolites

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Né en Guyane, William Van de Walle, 24 ans, est désormais connu sous le nom de Doc Seven. Titulaire d'un master de cinéma, curieux de nature, passionné par les voyages et fan du chiffre 7, il a lancé sa chaîne éducative sur Youtube en 2015, se proposant de présenter des listes ( 7 lieux, 7 choses ou 7 personnages sur des thèmes variés (économie, histoire, géographie,  technologie...) de façon à promouvoir la culture encyclopédique tout en restant décontracté dans le ton. Très éducatif, très bien réalisé et sérieusement documenté. Doc Seven se consacre désormais à plein temps à sa chaîne qui réunit dorénavant près d’1 210 000 abonnés.

Il vient de sortir un livre intitulé Le tour du monde des infos insolites

Comme Doc Seven travaille dans le même bureau que le mien, je ne lui ai pas donné rendez-vous pour évoquer son livre, j’ai juste sorti mon enregistreur et je l'ai obligé de me répondre. Pas le choix. Je suis comme ça. :)

C’était le 8 novembre dernier.

doc seven,william van de walle,le tour du monde des infos insolites.Argumentaire officiel :

Doc Seven aime les 7, apprendre des choses et voyager à travers le monde. Et comme il aime encore plus partager ce qu'il aime, voici une invitation au voyage et à la curiosité à travers son carnet de bord ! Découvrez des tops 7 aussi divers et variés que drôles et décalés :
Connaissez-vous les 7 lieux les plus hantés du monde ?
Sauriez-vous citer 7 objets cultes des années 1990 ?
Saviez-vous qu'il existait une école pour apprendre à embrasser aux États-Unis ?
Ou encore que le Viagra a été inventé par hasard par des chercheurs en quête d'un remède contre l'angine de poitrine ?
Histoire, sciences, technologie, géographie, arts, société...
Faites le tour du monde des infos insolites !

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doc seven,william van de walle,le tour du monde des infos insolites.Interview :

Tu es né en Guyane, à Saint-Laurent du Maroni. A ton adolescence, tu as décidé de quitter ce département. Pourquoi ?

A cette époque-là, j’avais l’idée bien ancrée en moi que je voulais devenir réalisateur de films à Hollywood. C’était mon rêve absolu.

Hollywood, carrément !

Ça ne sert à rien d’avoir un rêve s’il n’est pas à fond ! Je me suis dit qu’il fallait connaître le cinéma et apprendre l’anglais. J’ai trouvé un lycée français à Sidney en Australie (j’ai trouvé un article intéressant, voire surprenant, sur la présence de William en Australie). Je suis parti un an en famille d’accueil. J’ai appris l’anglais et ensuite, je suis allé à Paris pour suivre des études de cinéma pendant 5 ans.

Comment en es-tu arrivé à devenir YouTuber ?

En sortant de l’école, j’avais quelques contacts. J’ai réussi à travailler pendant six mois en stage pour la série Versailles sur Canal+. J’étais assistant réalisateur. Ça m’a appris plus qu’en cinq ans d’étude. C’était dur, je bossais du matin au soir très tard pour des clopinettes. C’est pendant cette période que j’ai rencontré Chris, plus connu aujourd’hui sous le nom de Poisson Fécond. C’est un YouTuber qui a lui aussi, aujourd’hui, plus d’un million d’abonnés. Quand nous nous sommes connus, il avait déjà une certaine notoriété sur YouTube. Nous avons vraiment beaucoup sympathisé. Il m’a expliqué qu’il vivait de ses vidéos. J’ai donc fait un deal avec mes parents qui me soutenaient encore financièrement. Ils m’ont permis de tenter l’aventure YouTube durant 6 mois pour constater ou non si je pouvais en vivre. En 3 mois, j’ai pu commencer à en vivre.

C’est hyper rapide, je trouve.doc seven,william van de walle,le tour du monde des infos insolites.

Oui, je n’en revenais pas. A la base, ce n’était pas pour en vivre. Pour être réalisateur tu as trois options : soit tu grimpes les échelons, mais ça peut prendre trente ans, soit tu as des pistons, ce qui n’est pas mon cas, soit tu arrives à apporter un truc en plus. Moi, je me suis dit que si j’arrivais à faire une audience d’un million de personnes en 3 ans sur YouTube, je pouvais aller voir un producteur en lui disant que je lui garantissais 500 000 entrées et, donc, qu’il pouvait produire mon film sans risque. J’envisageais ma participation à YouTube juste pour accumuler une audience, rien de plus. Au final, plus je fais des vidéos sur YouTube, plus je me dis que c’est un média à part entière.

Ta pensée a évolué avec l’expérience.

Ça marche tellement bien que, même si je veux toujours faire des films, concevoir des vidéos est aujourd’hui mon activité principale.

Ça n’a pourtant rien à voir avec des films !

Détrompe-toi. Avant, je voulais faire des films pour raconter des histoires. J’ai toujours été attiré par les documentaires. Que ce soit fictif ou pas, je veux avoir une histoire à dire et à transmettre d’une façon audiovisuelle.

Comment as-tu eu l’idée de décliner un sujet en sept points ?

Poisson Fécond était mon seul repère. Il était dans «  l’éducation divertissante ». Je voulais pouvoir changer de sujet d’une vidéo à l’autre. Il y a des chaines purement scientifiques ou historiques et ça, ça ne m’intéressais pas. Je n’ai pas trouvé mieux qu’un système de top liste pour être éclectique.

Tu as commencé quand ?

Le 21 janvier 2015.

Une des premières vidéos de Doc Seven, le 13 février 2015 (elle totalise 2 804 339 vues).

doc seven,william van de walle,le tour du monde des infos insolites.Avant que tu te lances là-dedans les tops existaient déjà je crois.

En Anglais, oui. Je l’ai toujours dit, je me suis pas mal inspiré d’eux, mais j’ai essayé de trouver des sujets très originaux. En France, quatre mois avant moi, il y avait déjà Taupe 10. Nous n’avons été que tous les deux pendants quelques mois et c’est quand Doc Seven a explosé que d’autres ont fait des tops.

Quelle est ta différence par rapport aux autres ?

C’est difficile à expliquer. Techniquement, j’ai essayé d’apporter la plus-value de mes études. Tout ce que je raconte est écrit, il n’y a aucune improvisation. J’essaie de choisir des sujets qui sont rares et intéressants.

Au départ, Doc Seven ne se montrait absolument pas.

Nous sommes peu nombreux de YouTubers à plus d’un million d’abonnés à avoir un pseudo et à peu se montrer.

J’imagine que cela a ses bons et ses mauvais côtés ?

Les bons côtés, c’est que je suis tranquille dans la rue, ce qui n’est pas le cas de beaucoup de YouTubers… et que je suis sûr que les gens qui viennent voir mes vidéos s’intéressent au contenu et à rien d’autre. Beaucoup sont connus parce qu’ils sont eux-mêmes et les gens les aiment parce qu’ils se présentent tels qu’ils sont.

Et le mauvais côté ?

Si je fais un bouquin, comme c’est le cas justement, je vais faire moins de ventes que si j’étais une star du net identifiable. On n’est pas dans le people, mais dans la connaissance.

La vidéo la plus récente de Doc Seven, le 27 novembre 2016.

Ton écriture a évolué en presque deux ans ?doc seven,william van de walle,le tour du monde des infos insolites.

Clairement. J’en suis même arrivé à écrire mes hésitations. Tout est écrit noir sur blanc. Pas mal de personnes m’ont dit qu’en lisant mon livre, ils entendaient ma voix. Ce n’est pas de l’écriture conventionnelle. J’ai une certaine marque de fabrique et c’est impératif pour être identifiable.

Tu mets plus d’humour aujourd’hui, non ?

Oui. Au début, j’étais parti dans un délire un peu mystérieux. Je parlais des mythologies Grecques, les centaures, des trucs un peu mystiques… en chuchotant. Après, j’ai trouvé ça relou. Ça me bloquait sur plein de sujets. Très vite, j’ai impliqué l’audience. Pour que la personne se sente impliquée dans ma vidéo, j’ai expliqué mon sujet comme si je parlais à un pote. J’ai compris que c’était la règle absolue.

Tu es parfois sarcastique.

Avec ce ton-là, j’arrive à faire passer beaucoup de choses. L’humour permet de tout dire. Et puis, curieusement, plus mon audience grossit, moins je mets de barrière.

Avoir une chaine « éducative » implique une certaine responsabilité, non ?

Je n’ai jamais eu la prétention de faire apprendre des choses, le but est d’éveiller la curiosité. Je suis heureux de prouver que tous les sujets peuvent être intéressants.

Tu trouves facilement tes sujets ?

Oui, c’est très simple. Tout le monde m’en propose tout le temps, principalement dans les commentaires de mes vidéos. Quand j’en vois un qui m’intéresse, je le développe. J’ai quatre pages de sujets…

doc seven,william van de walle,le tour du monde des infos insolites.Une fois le sujet choisi, tu opères comment ?

Je commence toujours par Wikipédia. Ça m’aiguille dans pas mal de directions. Après, je vérifie les informations données. Je crois n’avoir jamais dit quelque chose de faux. J’ai parfois de petites approximations sur des petites conneries, mais rien de grave. Par contre, sur YouTube, il faut savoir que l’on se fait souvent allumer pour pas grand-chose. Il y a même des gens qui sont abonnés à toi parce qu’ils ne t’aiment pas. Ils « dislike » à peine la nouvelle vidéo publiée. Moi, aujourd’hui, je m’en fous, mais il y a plein de jeunes YouTubers qui arrêtent parce qu’ils se font harceler continuellement. Moi, je me protège à mort.

Tu te sens intégré dans le milieu des YouTubers ?

Oui, mais comme dans chaque milieu, il y a des clans. Des groupes qui s’aiment bien, d’autres qui ne s’aiment pas. A terme, mon but n’est pas de rester YouTuber. Tu vois, là j’ai le bouquin, j’ai envie de faire des films, de créer et d’être même entrepreneur s’il le faut.

Avant chacune de tes vidéos, tu mets un jeune YouTuber en avant.

Je me souviens du moment où quand j’avais 300 abonnés, Poisson Fécond a parlé de moi sur Twitter, j’ai pris 700 abonnés directement. 1000 abonnés je trouvais ça fou à l’époque. Quand d’un seul coup, tu sens qu’il y a du monde sur ta chaine, c’est une sensation indescriptible. Pour moi, ça a été plus émouvant que quand j’ai dépassé le million. Certains des YouTubers que j’ai présentés ont pris 150 000 abonnés dans la foulée.

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Pendant l'interview...

Regardes-tu tes stats régulièrement, voire tout le temps, comme tout bon YouTuber ?

Oui et c’est normal. Comme tout bon chef d’entreprise, on regarde les chiffres.

Tous les YouTubers sortent des livres. C’est la mode. Tu n’échappes donc pas à cette règle.

Qui n’a pas envie d’écrire un livre ? Pour moi, c’est un rêve de gosse. En plus, mon format s’adaptait directement en bouquin. Il y a 70 Top 7.

Du coup, tu rencontres ton public dans les séances de dédicaces… c’est plaisant ?

C’est là que l’on se rend compte que derrière les chiffres des stats, il y a de vraies personnes. Quand j’arrive dans une Fnac et qu’il y a une queue de malade, c’est vertigineux. Mais j’ai un public super cool. Il n’y a pas de hurlement, ils sont tranquilles et bien organisés.

Doc Seven parle de son livre.

Dans la vie, tu m’as l’air toujours en retrait. Tu n’aimes pas le star system. Un jour, je t’ai presque obligé à faire des selfies avec des enfants qui sont venus ici.

Je n’aime pas ça. Je ne comprends pas que l’on soit fan pour être fan. Ce n’est pas intéressant. Moi quand je suis fan de quelqu’un, je suis fan de son travail, pas de la personne. Cela dit, quand Cyprien passe à l’agence, je fais un peu mon fan boy… Bon, Cyprien, c’est devenu une icône.

Doc Seven devient presque une marque, j’ai l’impression.

C’est que je tente de faire. Je ne sais pas ce qu’il adviendra de moi dans 5 ans sur YouTube. Le public peut s’essouffler… ou moi d’ailleurs. Il faut donc que je capitalise mon nom…

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Après l'interview, le 8 novembre 2016.

21 novembre 2016

Karine Tuil : Prix Landerneau des lecteurs 2016 pour L'insouciance

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Le jury du Prix Landerneau des lecteurs a décerné sa première récompense de la saison, le mercredi 5 octobre  dernier, à Karine Tuil pour son roman L’Insouciance, paru le 18 août chez Gallimard. Créé en 2008 par Michel-Edouard Leclerc, le prix Landerneau était jusqu'ici décerné par un jury de libraires. Mais, ce nouveau prix Landerneau des lecteurs a fait appel à un jury de 200 lecteurs sélectionnés dans toute la France (présidé par Philippe Claudel, mandorisé ici pour l’occasion), associés aux choix littéraires de 1170 libraires des Espaces culturels de l’enseigne. Le lendemain de la remise du prix, Karine Tuil a répondu à mes questions pour le Magazine des Espaces Culturels Leclerc (daté du mois de Novembre 2016). Et hop! Du bonus pour ce blog si passionnant.  

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karine tuil,l'insouciance,prix landerneau des lecteurs 2016,interview,le magazine des espaces culturels leclerc,mandorBonus mandorien:

Vous décrivez une société où l'image prédomine, où la communication est reine, où le pouvoir se gagne et se perd en un rien de temps sur le terrain médiatique, où les apparences comptent plus que le mérite. Comment avez-vous enquêté sur tous ces sujets ?

J’ai à la fois lu des documents, des témoignages, vu des films, des documentaires et rencontré des spécialistes du milieu militaire, des soldats, des personnalités du monde économique, mais également des conseillers et des plumes qui ont travaillé avec des présidents de la république. Le monde politique est un monde qui me fascine, j’avais donc envie d’en raconter les coulisses, ce que j’ai fait à travers l’ascension d’un jeune homme politique issu d’une minorité qui devient une valeur montante au lendemain des émeutes de 2005. C’était vraiment dans la continuité du travail que j’avais commencé avec mon précédent roman, L’invention de nos vies.

Vous mettez en scène également le pouvoir de l’attraction sexuelle. La volonté de s’y plier  ou de s’en détacher. Les deux personnages s’interrogent sur l’utilité d’une liaison uniquement portée sur le sexe, même s’il y a de l’amour entre eux.

Je voulais montrer que l’amour et le désir étaient les derniers espaces de la perte de contrôle, les derniers espaces ou les individus devenaient enfin eux-mêmes. On voit Marion et Romain se reconstruire, dans un premier temps par le désir et l’acte sexuel et peu à peu, à travers une véritable histoire d’amour qui se construit malgré le chaos environnant. Les liens affectifs, sentimentaux, permettent à mes personnages de supporter les épreuves auxquelles ils vont être confrontés. 

Peut-on dire que L’insouciance est un roman à clef ? On reconnait des personnalités, mais ce ne sontkarine tuil,l'insouciance,prix landerneau des lecteurs 2016,interview,le magazine des espaces culturels leclerc,mandor pas vraiment eux…

Les personnages ne sont pas identifiés car j’ai tenu à ce que ce livre reste un roman, mais j’aime beaucoup m’inspirer d’éléments issus de la réalité ou de propos que j’ai entendus. Mêler la fiction et la réalité est extrêmement intéressant du point de vue romanesque ; cela permet d’aborder avec précisions des sujets de société tout en conservant un souffle, une densité, et surtout une liberté que seuls autorisent la fiction.

L’état du monde vous démoralise-t-il ?

Malgré les difficultés, il faut rester combatif. C’est le rôle des écrivains d’être des passeurs, de transmettre leur vision du monde à leurs lecteurs, qu’elle soit optimiste ou pessimiste. Il faut que le livre soit l’espace du questionnement, de la réparation, voire de la consolation.

J’ai lu que ce livre était si précis sur le 21ème siècle qu'il risque d'en devenir un témoignage de référence pour les générations à venir. Je suppose que ce commentaire vous fait plaisir.

Oui, bien sûr.  Quand on écrit, il y a une forme d’inconscience. On écrit sur ses obsessions, mais on ne sait absolument pas où le livre va nous mener, quelle va être la réaction des lecteurs. Il y a un moment où le texte vous échappe. Le livre me permet de circonscrire le territoire de mes propres angoisses, de mes peurs et je suis très touchée quand les gens me disent qu’ils y ont trouvé un écho à leur propre vie, à leurs propres peurs et interrogations.

Skarine tuil,l'insouciance,prix landerneau des lecteurs 2016,interview,le magazine des espaces culturels leclerc,mandorelon vous, L’insouciance est-il votre plus grand livre ?

Mon dernier livre est toujours le texte qui est le plus important pour moi, celui qui correspond le mieux à mon projet littéraire. Et puis ce livre est très particulier pour moi parce qu’il aborde des questions qui touchent à la condition humaine.

Avec tout ce qu’il se passe autour de L’insouciance, êtes-vous une auteure heureuse ?

Je suis très heureuse de l’accueil que mon livre a reçu, en effet, mais il faut savoir aussi que le doute fait partie inhérente du travail d’écriture. On crée avec pour seul matériau, le mot. Il y a une vulnérabilité constitutive de l’écrivain qui fait qu’il n’est jamais totalement léger et insouciant. L’écrivain Orhan Pamuk dit d’ailleurs qu’il écrit pour être heureux. En tout cas, être lauréate du prix Landerneau est une très grande chance et je remercie tous ceux qui ont lu et aimé mon livre.

04 novembre 2016

Le mook Hexagone : interview de David Desreumaux, Garance et Valentin Vander

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Je le fais rarement, voire jamais. Parler d’un magazine qui sort. Mais là, je ne pouvais passer sous silence cette arrivée fracassante dans le monde des magazines consacrés à la chanson (si peu nombreux). Depuis la mort de Chorus, on attendait une revue trimestrielle similaire, sorte de bible de la chanson d’aujourd’hui. Heureusement, il y a aussi FrancoFans, le bimestriel indé de la scène francophone, (dont je suis absolument fan et qui défend à merveille ce même petit monde). Mais c’est tout. FrancoFans était seul, voici un grand frère différent, mais complémentaire.

David Desreumaux, le boss d’Hexagone (puisqu’il s’agit de ce magazine), Garance (déjà mandorisée ici en 2012) et Valentin Vander, deux des artistes qu’il a mis en avant dans le numéro 1, sont venus me voir le 3 octobre dernier à l'agence pour parler de ce « mook » et de... chansons françaises.

hexagone,mook,david desreumaux,garance,valentin vander,interview,mandorHexagone (expliqué par Hexagone) :

Au départ, Hexagone est un site internet dédié à la chanson. Il voit le jour sur la toile le 14 avril 2014.

Hexagone s'intéresse à la chanson. A toute la chanson et plus précisément à celle qui est peu présente dans les grands médias nationaux. Ce site rencontre rapidement le succès auprès de son lectorat comme auprès des artistes. Fort de sa première année pleine et réussie, Hexagone, toujours dans sa logique de main tendue à la scène chanson, crée en avril 2015 une salle de concert privée. Un concert par mois, pour une petite jauge de 40 personnes assises. A nouveau, succès immédiat.

Pour son second anniversaire, en 2016, Hexagone décide de lancer une revue sur papier ! Dans un secteur économique en berne, l'idée a de quoi surprendre. Et elle surprend. Mais elle séduit également la frange de passionnés amoureux des mots couchés sur papier. Elle séduit les amoureux du livre et du Beau dans la mesure où Hexagone donne de l'ambition à son projet. 

En effet, quitte à créer une revue sur papier, autant faire en sorte que cette revue soit belle ! Deux cents pages imprimées sur un beau et gros papier autour d'une maquette sobre et élégante. Deux cents pages d'articles de fond où la photo originale et inédite est omniprésente. 

Autant préciser qu’Hexagone ressemble davantage à un livre qu’à un magazine classique. On appelle ça un « mook » dans le jargon. Quelque chose entre le livre et le magazine. Il parle de la scène chanson dans toute sa diversité, questionne le métier et l’analyse, aborde ses tendances, ses dérives, son avenir. Avec un ton. Faussement désinvolte. Vraiment concerné mais avec le sourire.

Pour s'abonner à Hexagone (un tour ici!) et (dernière minute!) pour recevoir le n°0 (collector de chez collector), cliquez là!

Les forces en présence :

David Desreumaux : Fondateur et rédacteur en chef du mook Hexagone et du webzine hexagone.me consacrés à la chanson.

Garance : Chanteuse fort talentueuse, très récompensée par divers tremplins, et qui pose avec Anne Sylvestre sur la couverture du n°1 d’Hexagone.

Valentin Vander : Chanteur ironique et tendre, qui part souvent en goguette, et qui s’est vu attribué un long portrait de 6 pages dans le n°1 d’Hexagone.

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hexagone,mook,david desreumaux,garance,valentin vander,interview,mandorInterview :         

David, ce magazine est tout simplement la continuité de ton travail autour de la chanson française commencé il y a longtemps. 

David : Je suis parti de mon site consacré à la chanson lancé en 2014. Hexagone m’a permis de conjuguer mes différentes passions : le journalisme, l’écriture, la chanson et la photo.

C’est d’ailleurs un retour à tes premiers amours puisque tu avais créé en 2000 un des sites pionniers autour de la chanson, du rock et de la culture alternative, L’art-scène.

Oui, mais cette activité s’est interrompue au bout d’un moment par la force des choses. Pour faire des enfants et fabriquer une maison, par exemple. A un moment, tu te fais toujours rattraper par ton virus/ta passion. Je souhaitais reprendre une parole dans le secteur de la chanson, car cela me manquait terriblement.

C’était un manque personnel, mais aussi un manque tout court d’organe de presse spécialisé dans la chanson française, non ?

David : Il faut bien reconnaître qu’il y a peu de médias qui relatent l’activité chanson. A Hexagone, ce qui nous intéresse, ce n’est pas la chanson qui est sous les feux de la rampe, mais l’autre, « la chanson d’art et d’essai », comme l’a dit Jean-Claude Barens. Aujourd’hui, nous sommes peu de combattants à parler des artistes qui font partie de cette branche-là. Sur le net  il y a Nos Enchanteurs, Chanter, c’est lancer des balles et toi avec Mandor… nous ne sommes pas nombreux. Sur papier, il y a FrancoFans, Vinyl et point barre. Donc, je me suis dis : "merde, il faut s’y coller !" J’ai décidé de faire cette revue, avec ma couleur assez singulière et ma patte qu’on aime ou qu’on n’aime pas. Je traite cette actualité spécifique avec une fausse désinvolture et de l’humour. Je veux vraiment déringardiser la chanson. La chanson est mal vue, passe pour être ringarde, mais c’est tellement l’inverse que j’ai pour ambition de le prouver.

Valentin : C’est vrai que la présentation du mook donne un aspect très moderne au contenu traité. C’est valorisant pour nous, jeunes artistes qui nous adonnons à la chanson.

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Garance (photo : David Desreumaux/Hexagone).

hexagone,mook,david desreumaux,garance,valentin vander,interview,mandorJe m’adresse à vous deux, Garance et Valentin. Vous trouvez qu’il n’y a pas assez de médias qui parlent de vous ?

Garance : Clairement. Même France Inter a arrêté de défendre la chanson comme cette radio publique le faisait avant. Ils ont enlevé toutes les émissions consacrées à elle. Nous n’avons plus aucune passerelle pour venir présenter notre travail. Et au niveau papier, il n’y effectivement plus que FrancoFans et aujourd’hui Hexagone qui propose autre chose. Je trouve que les articles de ce magazine sont longs, denses et fournis comme rarement. J’ai l’impression d’apprendre des choses sur les artistes. Moi, je lis ce « mook » comme un livre. Je ne parle même pas des photos qui sont magnifiques. Ca fait une semaine qu’il est posé chez moi sur une table basse, tous les potes qui passent sont impressionnés par la beauté de ce magazine.

En plus, toi tu es sur la couverture du n°1 avec Anne Sylvestre (mandorisée là). Mais la classe, quoi !

Garance : Tu m’étonnes. Je n’avais pas vu le résultat de la séance photos avec Anne Sylvestre avant de découvrir la couverture à la cérémonie de lancement au Forum Léo Ferré. Quand je l’ai vu, j’ai été immensément émue. Déjà, je me demandais quelle était ma légitimité à être en couverture du numéro 1, mais en plus avec Anne Sylvestre… le rêve absolu. Je suis tellement admirative de cette grande dame de la chanson !

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Autoportrait de David Desreumaux.

(Ironique.) Je suis censé être un spécialiste de la chanson française et, pourtant, quand je lis hexagone,mook,david desreumaux,garance,valentin vander,interview,mandorHexagone, j’ai l’impression de ne connaître pas grand monde. Toi Valentin, par exemple, je ne te connaissais pas et tu as le droit à 6 pages. Mazette !

Valentin : Comme tu dis. Ca me parait complètement impossible que l’on parle de moi dans un journal comme celui-ci, sur 6 pages en plus. Je suis plus habitué à avoir des entrefilets dans des bulletins associatifs ou des journaux locaux. Quand David et Flavie (note de Mandor : la femme de David, sans qui pas grand-chose ne serait possible) m’ont invité pour faire cette interview, j’étais surpris et très ému de constater que l’on pouvait s’intéresser à mon travail et le comprendre si justement. Je n’avais jamais connu ça.

David, c’est ça qui est intéressant. Tu mets en avant des artistes comme Melissmell, Emilie Marsh, Agnès Bihl, Klo Pelgag aussi bien que des artistes moins réputés tel que Chouf, Jack Simard, Govrache et Valentin…

David : C’est un choix éditorial. Il y a plusieurs critères. Un des premiers est d’essayer de couvrir le plus largement possible les différents aspects de la chanson. Nous essayons de ne laisser personne sur le carreau dans le genre qu’il représente. Il faut aussi que nous jouions sur les aspects de notoriété. Pour susciter un intérêt, on a besoin de parler d’artistes qui ont un peu ou beaucoup de notoriété, comme Anne Sylvestre. Cela permet de déclencher l’envie du lecteur. Je rappelle que l’objet de l’association qui est déposée en préfecture, c’est de favoriser la découverte des artistes émergents. C’est ce que nous faisons. Les artistes présents dans Hexagone ont tous une légitimité à y figurer… par leur talent et leur œuvre.

Nous sommes dans une société qui réclame de la chanson française et j’ai l’impression que personne ne l’écoute…

David : Je pense qu’il y a des responsabilités à trouver chez chacun : les médias, les artistes, les programmateurs, le public…

Tu reproches quoi aux artistes ?

David : Rien. Chacun doit rester comme il veut, comme il le sent. Mais si je dois te donner une réponse je dirais que, globalement, il y a une image pas très « sexy » qui est véhiculée autour de la chanson. Peut-être à tort, mais c’est l’image qu’elle a.

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Valentin Vander (photo : David Desreumaux/Hexagone).

hexagone,mook,david desreumaux,garance,valentin vander,interview,mandorNe faut-il pas aussi susciter de la curiosité chez le spectateur en dépoussiérant son répertoire ?

David : Si, bien sûr. Mais, sur l’échelle des responsabilités, je mettrais les médias en premier. Ce sont eux qui ont le pouvoir d’exposer les artistes. Les médias « grand public » ne font pas grand chose pour la chanson.

Garance : Clémence Mèche dans l’article avec Anne Sylvestre dit à un moment : « Si Anne n’est pas connue du grand public, c’est peut-être parce que le grand public n’est pas au bon endroit. » Quand je vais dans des petits villages, dans de petits lieux, je me rends compte que les gens sont contents d’entendre des chansons comme les nôtres.  Ils nous le disent. Ils aiment cette chanson que nous défendons, mais ne savent pas qu’elle existe car elle est peu ou pas médiatisée. Quand je dis à des personnes que je rencontre le métier que je fais, souvent, ils me demandent si j’en vis. Comme ce que je fais n’est pas exposé, pour eux, ça n’existe pas.

Valentin : Avant, il y avait des structures de salles, de lieux et de réseaux qui accueillaient des artistes comme nous, ce qui permettait d’agrandir leur public beaucoup plus facilement qu’aujourd’hui.

David : Ça passait aussi par le biais de producteurs, de directeurs artistiques qui faisaient un vrai travail de découverte. Il y avait différents intervenants à différents stades de la création. Les grands d’hier étaient suivis par des gens comme Jacques Canetti. Aujourd’hui, les artistes se retrouvent seuls et ne savent pas toujours comment procéder pour se faire connaître.

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De gauche à droite : Valentin Vander, Garance et David Desreumaux.

David, tu vas aimer cette question. Qu’aimes-tu chez Garance et chez Valentin ?

David : Leur regard sur la chanson et leur façon de l’aborder. Ils ont su déclencher l’étincelle pour que je m’intéresse à eux.  Ce qui m’intéresse dans la chanson, c’est la façon dont on la regarde et on la considère. Selon le cantologue, Stéphane Hirschi, « la chanson, c’est l’art de fixer le temps. » La chanson doit signifier quelque chose et s’inscrire dans notre histoire commune. Les chansons de Garance et de Valentin me procurent de réelles émotions.

Garance et Valentin, faire votre métier, c’est un combat ?

Valentin : C’est dur, mais je ne le perçois pas du tout ainsi. Je suis hyper content de ce que je fais et de ce que j’arrive à faire. Je m’en sors parce que j’ai plein de projets différents, du coup, tout ça accumulé, je peux en vivre.

Tu mets le doigt sur quelque chose d’important. Pour s’en sortir, il faut avoir plusieurs projets.

Valentin : C’est comme ça que je m’en sors et que je suis libre.

Garance : Moi aussi, je fais des spectacles pour enfants à côté. Ce métier, je ne le vois pas non plus comme un combat, j’ai peur de faire un peu trop militant. Evidemment que c’est dur. Le statut d’intermittent, tu ne l’as pas la première année. Tu as de bonnes années de galères avant. Le combat, c’est plus de se motiver tous les jours. Je me dis souvent : « Je suis toute seule. Si je m’arrête, personne ne va venir me chercher. » C’est toujours à moi de nourrir le feu. Les artistes comme nous avancent au jour le jour en déposant des pierres.

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(Pendant l'interview...)

David, parlons de la viabilité de ton mook. On se souvient de l’expérience de la revue de Didier Varrod, Serge, qui n’a pas duré longtemps…

David : La question est au centre du problème. Le financement est le nerf de la guerre. Aujourd’hui, nous n’avons quasiment pas de visibilité. On est sur du court terme. On sait juste que la sortie papier du numéro 2 est assurée. Au-delà, on ne sait pas.

Tu m’impressionnes réellement, car tu portes plusieurs casquettes. Lesquelles précisément ?

David : Celle de journaliste, celle du type qui vient faire sa promo (rires), celle de photographe, celle de chercheur d’abonnés et d’annonceurs. S’il n’y pas de pépettes qui rentrent, il n’y pas de revue qui sort.

Tu remercieras Flavie, ta femme, pour la maquette de cette revue !

David : Tous les deux, on essaie de faire le plus de choses possible nous-mêmes. Notre économie fragile ne nous permet pas d’embaucher quiconque. On est tous bénévoles. Il y a juste l’impression et les envois qui sont à payer pour le moment.

David, dis-moi franchement, tires-tu une certaine fierté à sortir ce mook, à avoir ta petite réputation dans le milieu ?

David : Oui, j’en tire une fierté, sans que cela soit de l’orgueil. Ce serait de la fausse modestie que de dire que je m’en fous. Je suis content que notre travail soit salué. Ça veut dire que nous ne nous sommes pas trop trompés. Encore une fois, nous sommes lucides. Nous savons que ce projet audacieux peut ne pas durer, ça nous rend humble. Ce qui est certain, c’est que la chanson que nous défendons mérite que l’on tente cette aventure. Je suis fier d’en être l’instigateur, mais derrière, je suis dans un collectif. Je pense aux journalistes qui collaborent au mook, aux artistes dont nous parlons, puis, plus globalement, le monde de la chanson. Je souhaite encore longtemps fédérer un maximum de personnes, de toutes sensibilités de la chanson.

Quand sort le prochain Hexagone ?

Le 20 décembre. Nous travaillons dessus déjà depuis quelques semaines.

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Le 3 octobre 2016, après l'interview.

15 octobre 2016

Fabrice Pichon : interview pour plusdeprobleme.com

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Depuis quelques mois, je voyais le nom et le visage de Fabrice Pichon très souvent sur mon mur Facebook. Nous avons des amis communs (bizarrement, tous auteurs de polars). Je n’en entendais que du bien, humainement et littérairement aussi. Au bout d’un moment, la curiosité finit par l’emporter. J’ai fait en sorte de recevoir plusdeprobleme.com. J’ai lu et j’ai été convaincu. Comment diable suis-je passé à côté de cet écrivain de polar ? Avant celui-ci, j’en ai laissé quatre me passer sous le nez.

plusdeprobleme.com flirte entre le roman policier, le roman social et le thriller. Vous ouvrez ce livre, il est extrêmement difficile de le refermer. Un véritable page turner.

Pour le recevoir, il a fallu qu’un Dijon-Paris se présente. Le 26 septembre dernier, nous nous sommes donc donné rendez-vous dans un bar à proximité de l’agence. Une première mandorisation qui ne sera sans doute fabriche pichon,plusdeprobleme.com,interview,mandorpas la dernière.

4e de couverture :

C’est la curieuse histoire d’un cadre criblé de dettes, harcelé par ses créanciers, humilié par le juge du surendettement, méprisé par sa famille mais chéri par sa maîtresse, qui se décide à se lancer dans l’élimination de ses semblables…

C’est aussi la drôle d’enquête d’un commissaire qui, traquant un immonde pourvoyeur de chair fraîche, croise la route d’un insaisissable tueur à gages… C’est donc, mais pas que, l’histoire de Sylvie, Marc, Marie et… Walter.

plusdeprobleme.com est un roman haletant, diablement bien construit et bigrement original. Les héros ? Le narrateur (un sacré schizo, grand amateur de whisky), le commissaire (une jeune femme, branchée demoiselle) et une ribambelle de seconds couteaux qui mènent l’enquête à un train d’enfer…

L’auteur :

Fabrice Pichon est né à Besançon.

C’est après de brèves études de droit qu’il se lance dans l’écriture, se souvenant des encouragements de l’un de ses professeurs de français. En 2000 il remporte un concours littéraire et voit son premier roman publié sous forme de feuilleton, six mois durant, dans Le Bien Public. Ce grand amateur de polars vit à Dijon. plusdeprobleme.com est son cinquième roman.

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fabriche pichon,plusdeprobleme.com,interview,mandorInterview :

C’est vraiment une prof qui t’a encouragé à écrire en 5?

En cours de français, je finissais toujours en premier, alors je lisais. Un jour, j’avais le livre de la collection Les Anti Gang de Georges Pierquin sous la table. La prof me voit le lire discrètement. Je pense immédiatement que je vais passer un sale quart d’heure. En fait, elle me fait un grand sourire en me disant qu’elle connait bien ce livre-là. Elle me montre la dédicace du livre. Je découvre avec stupeur qu’elle lui est adressée. Pierquin est un copain à elle. Du coup, elle m’a conseillé d’essayer d’écrire. C’était il y a 35 ans et elle s’appelait madame Richard.

Tu as donc écrit des premiers textes ?

C’était des petits romans de SF. J’étais survitaminé aux BD, aux DC Comics, Pif, le Journal de Mickey, Batman, Strange… alors il y avait des influences de tout ça.

Mais tu étais aussi un grand consommateur de livres.

Je passais mon temps à ça. On a découvert ma myopie à 12 ans. Mon père ne comprenait pas qu’en voiture je bouquine au lieu de regarder le paysage. Je ne voyais pas de loin. Ça tient à peu de choses l’intérêt pour la lecture (rires).

Quand t’es-tu dis que tu allais écrire sérieusement ?

En 1996, j’ai écrit un roman dont j’étais persuadé que c’était un chef d’œuvre. Je l’ai envoyé à de grosses maisons d’édition, j’ai rapidement compris que tel n’était pas le cas. En 2000, j’ai remporté un concours régional pour le journal Le Bien Public. J’ai écrit un feuilleton qui parlait d’une chasse au trésor en Bourgogne. Ça m’a un peu redonné envie de continuer…

Mais ?

Mais j’ai eu soudain d’autres priorités personnelles et professionnelles. En 2010, j’ai changé de territoire professionnel. Dans mon nouveau boulot, j’ai fait la connaissance d’une collègue. Quand je l’ai vu, je me suis dit que j’allais me servir d’elle pour créer mon personnage féminin, le commissaire Nicole Desvignes. C’est à ce moment que j’ai pu écrire mon premier roman, Vengeance sans visage, qui est sorti en 2012.

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Après en 2013, il y a eu Le complexe du prisme, en 2014, Le mémorial des anges et en 2016, Le sang du  fabriche pichon,plusdeprobleme.com,interview,mandorpassé.

Le sang du passé est le texte retravaillé du concours que j’avais gagné en 2000.

Tes enquêtes sont toujours menées pas des flics femmes, pourquoi ?

Les mecs ne m’inspirent pas. Il y a tellement de stéréotypes de flics hommes dans ce genre de littérature que je ne saurais quoi apporter de neuf. Marianne Bracq, que j’ai fait vivre deux fois dans mes romans, je me demande si je n’en suis pas frappadingue. Je n’en ai pas fait un fantasme, mais une femme crédible. La représentation d’une femme moderne.

Plusdeprobleme.com n’est pas qu’un roman policier.

Il s’attaque à un problème de société, le surendettement. Ce souci a touché mon héros Marc. C’est un type lambda, cadre moyen dans une boite, monsieur tout le monde en quelque sorte, mais qui est pris à la gorge financièrement. Il vit une véritable descente aux enfers et ne sait pas quoi faire. Petit à petit, il va essayer de trouver un moyen pour s’en sortir. Il finira par devenir schizophrène. Son autre lui, Walter, est celui qui est fort, qui peut aller jusqu’au bout, qui peut même aller très loin.

Ce qui intéressant, c’est que l’on peut faire le parallèle avec la vraie vie. C’est facile de tomber dans le côté obscur de soi-même, de basculer du mauvais côté de la loi et de la morale.

Poussé à bout, n’importe qui peut, à un moment donné, péter les plombs.

Est-ce que parfois, tes personnages te dépassent ?

Oui. Avant d’écrire ce livre-là, j’avais le sujet, le héros du livre était clairement déterminé, j’avais une vague idée des autres personnages. Je suis nul pour faire un plan, je pars donc sur une idée et les choses se mettent en place au fur et à mesure de l’écriture. Après, il y a un grand travail de réécriture afin d’avoir quelque chose de cohérent au final. L’imagination me fait partir dans des terrains inconnus. C’est génial de voir les choses prendre corps presque malgré soi.

Personne n’est manichéen dans ton roman.

Dans aucun de mes romans tu ne trouveras un personnage tout blanc ou tout noir. Personne ne l’est dans la vie. On a tous nos côtés sombres, qu’on ne montre pas forcément. Je te rappel que j’ai été influencé par les Comics. Regarde Batman, il a deux personnalités qui s’opposent…

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Fabrice Pichon cette année au premier salon du livre de Nemours avec Jacques Saussey, Franck Thilliez, Olivier Norek, Claire Favan, Armelle Carbonel et Sandra Martineau.

Ce livre est celui dont tu es le plus fier ?

Oui, sans conteste. Parce que j’ai enquêté à fond. Je suis allé voir comment cela se passait au tribunal d’instance, je me suis mis dans la tête de mon personnage principal, je me suis donné à fond. Ma femme me trouvait fourbu comme jamais je ne l’avais été après chaque longue séance d’écriture. En plus, c’était la première fois que j’employais la première personne et ça, ça implique l’auteur d’une manière incroyable.

Je crois que tu écris au minimum deux heures par jour.

Selon les périodes, mais le plus souvent, en effet. Je peux même écrire deux livres en même temps jusqu’aux dix premiers chapitres, après, il y en a un qui prédomine. Quand je suis en panne sur l’un, je relis ce que j’ai écrit pour l’autre et le mécanisme se remet en place. C’est curieux.

fabriche pichon,plusdeprobleme.com,interview,mandorTu sors le 27 janvier prochain un nouveau livre, Retours amers, avec une préface de Danielle Thiery.

J’adore ses bouquins et je regardais ses séries pour la télé. De salon en salon s’est créé entre nous une espèce de connivence. Je lui ai demandé de lire Retours amers avant tout le monde afin que l’on puisse faire un bandeau. Elle a accepté de le lire, elle m’a donné des conseils et au final, plutôt qu’un bandeau, elle m’a proposé d’écrire la préface parce qu’elle a trouvé ce livre « super bon ». J’ai été touché et je suis fort honoré.

Tu fais beaucoup de salons du polar. Tu te situes où dans ce milieu ?

Je me situe à ma place. Je fais mon petit bonhomme de chemin tranquillement. Ce que je peux dire, c’est qu’à force de faire des salons, on se crée des affinités. Il y a même des auteurs que je lisais avec assiduité qui sont devenus des amis. Jean-Hugues Oppel par exemple. Romain Slocombe aussi (dans la première sélection du Prix Goncourt 2016). C’est un régal de rencontrer des gens que l’on admire dans un contexte où nous sommes à peu près d’égal à égal.

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Le 26 septembre 2016, après l'interview.

27 septembre 2016

Nina Bouraoui : interview pour Beaux rivages

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(Photo : Raphaël Devynck Sauvilliers)

Le sujet de la rupture amoureuse et du chagrin d'amour en littérature a été ausculté sous toutes les formes depuis des siècles, et ce, par une multitude d'auteurs. Aborder de nouveau ce sujet sans souffrir de la comparaison, sans ressentir du déjà lu, était une véritable gageure. Dans Beaux rivages, Nina Bouraoui a gagné son pari. On plonge dans les eaux de la souffrance intérieure que chacun de nous a déjà connue. Son écriture lumineuse et subtile nous emporte au tréfonds de l’âme humaine. Nina Bouraoui est venue à l’agence le 23 mars dernier pour nous parler de son livre, de la vie, de l’amour… et de musique. Voici le résultat de cette heure passée ensemble pour Le magazine des loisirs culturels Auchan (daté des mois de septembre et octobre 2016) + un bonus mandorien.

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nina bouraoui,beaux rivages,interview,le magazine des loisirs culturels auchan,mandorBonus mandorien:

A. et Adrian habitent loin l’un de l’autre, est-ce aussi une des raisons de la fin de leur histoire ?

Non, je ne pense pas que leur échec vienne de la distance. Ce n’est pas parce qu’ils ne sont pas dans deux lieux géographiques identiques qu’ils se quittent. Dans cette distance, il y avait un contrat de confiance : on est loin, mais on se fait confiance. C’est un peu la double peine.  Pour l’avoir vécu, un amour à distance c’est difficile. Les trains, les avions, la peur, la frustration de ne pas avoir l’autre tout de suite, près de soi. Si on est bien organisé, ça peut marcher (rires). A. et Adrien ont tenu huit ans en s’aimant comme des fous. Leur rupture vient simplement d’une troisième personne.

Cette troisième personne est d’ailleurs très méchante et Adrian ne veut pas s’en rendre compte.

Elle tient un blog où elle s’adresse par images à la femme abandonnée. Elle va la harceler. De son côté, Adrian ne veut pas mesurer la toxicité de cette femme pour laquelle il abandonne A. Il ne veut pas se dire qu’il l’a quitté pour une femme aussi perverse.

A. ne peut pas s’empêcher d’aller consulter ce blog alors qu’elle sait que cela va la faire souffrir. A l’heure des réseaux sociaux, on n’a pas le droit de ne pas savoir ce que fait l’autre.

On n’a plus le droit à l’oubli, au silence, à l’indifférence… C’est si humain d’être tenté de savoir ce que fait la personne qui est partie, ce qu’elle devient. C’est une addiction masochiste qui fait mal. A. ne peut absolument pas s’en passer. Elle va vivre par le prisme de ce blog, l’autre le sait et va en abuser. D’ailleurs, je tiens à dire que j’ai minimisé les actes de cette femme par rapport à la réalité. Ce qui m’intéressait aussi, c’était de démontrer que les réseaux sociaux, donc l’irréel, sont devenus presque plus fort que le réel. C’est aussi effrayant que subjuguant. Ils ont dématérialisé ce que nous sommes.

Adrian est juste tombé amoureux d’une autre femme. Au fond il n’y peut rien.

On a le droit de tomber amoureux d’une autre personne. C’est la loi de l’amour. Elle fait mal. Elle est cruelle, terrible, mais il faut l’accepter. C’est le jeu. Adrian n’est pas un monstre, j’ai beaucoup de tendresse pour lui. C’est un gentleman un peu bourru. C’est très masculin d’être maladroit.

Quand on a un chagrin d’amour, on est très seul. On est incapable d’avoir une vie sociale.nina bouraoui,beaux rivages,interview,le magazine des loisirs culturels auchan,mandor

C’est vrai. Et on n’écoute pas les conseils des autres. On dit oui, mais on ne les applique pas. Rien ne peut guérir cette peine et chaque seconde est vouée à la cruauté. Quand on a un chagrin d’amour, on ne pense qu’à ça.

Avez-vous traversé des chagrins d’amour ?

Oui… et des épouvantables. J’étais à terre et j’avais l’impression que le ciel allait s’effondrer. Vous savez, les amoureux éconduits forment une belle communauté.

Votre écriture est extrêmement ciselée, comme toujours.

J’ai essayé d’écrire un livre très lisible, mais quand même poétique. Quand j’écris, je chante en même temps. La musicalité est toujours au centre de mon travail. Je ne dis pas que je suis à la recherche de l’hyper style, mais je suis à la recherche de la vérité dans une forme d’esthétisme pure. Je suis obsédée par la pureté dans l’écriture.

Vous écrivez souvent ?

J’ai des phases de non écriture, mais qui font partie de la phase d’écriture. Mes temps d’écriture durent un mois. Ensuite, il y a quatre ou cinq mois de latence, puis un mois de construction et enfin cinq mois d’écriture intense.

Quand on écrit sur un chagrin d’amour, on n’a pas peur de tomber dans les clichés ?

Oui, j’ai craint de me vautrer dans un romantisme souffreteux ou dans quelque chose de larmoyant. Raconter une rupture amoureuse, c’est le truc le plus banal du monde, alors il fallait que je trouve les mots justes.

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Pendant l'interview...

J’aimerais aborder un côté de vous que les gens ne connaissent pas beaucoup. Vous écrivez des chansons pour certains artistes.

J’en suis très fière. C’est fabuleux d’écrire des textes portés par quelqu’un d’autre. Je suis en retrait, je n’existe pas et j’adore ça.

Vous avez écrit pour qui ?

Notamment pour Céline Dion et pour deux de ses albums. J’ai écrit « Immensité », « Celle qui m’a tout appris » et « Les paradis ». En 2012, je l'ai vu chanter à Bercy deux de mes chansons, c’était un truc de fou. J’ai vu 15 000 personnes reprendre « Immensité ».

Clip de "Immensité".

Comment vous êtes-vous retrouvée à écrire pour la plus grande chanteuse du monde ?

Après mon prix Renaudot, j’ai été invitée dans une émission de Guillaume Durand. Jean-Jacques Goldman regardait l’émission. A l’époque, Céline Dion ne cherchait que des auteurs féminins pour son album D’elles. Goldman appelle mon éditeur Jean-Marc Roberts. Il lui demande si j’ai déjà écrit des chansons, Jean-Marc dit oui, alors qu’il savait que je n’en avais jamais écrit. Le chanteur m’a envoyé un fax et j’ai accepté le pari. Du coup, il a écrit à Céline Dion au sujet de mes textes. Pendant un mois, je me suis pris la tête. Je me suis rendu compte que c’était compliqué d’écrire une chanson.

Vous avez écrit pour qui encore ?

« Une  arrière-saison » pour Johnny Hallyday, mais la chanson est restée dans un tiroir. Finalement, c’est Sheila qui l’a interprété. J’ai écrit aussi pour Garou et pour Chimène Badi… et là, je viens d’écrire 6 textes pour un grand chanteur français. Je croise les doigts…

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Le 23 mars 2016, après l'interview. 

17 septembre 2016

Sophie Adriansen : interview pour Le syndrome de la vitre étoilée

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Sophie Adriansen est une auteure que je suis depuis un moment (comme en témoigne ses nombreuses mandorisations). Elle écrit des romans, des livres pour enfants, des nouvelles, des biographies, des essais. Bref, elle a la plume dans la peau.

Je ne la mandorise pas à chaque livre, elle publie beaucoup. Mais soudain, je vois passer une pépite et je m’arrête. C’est le cas avec ce livre, Le syndrome de la vitre étoilée, sur un sujet absolument pas évoqué dans la littérature. Le syndrome de la vitre étoilée raconte l'histoire  d'un couple qui tente d’avoir un enfant par PMA (voir plus bas). Mais ce livre est bien plus que cela. C’est surtout un roman sur la place de la femme dans la société. Et le constat n’est pas beau à voir.

Sophie Adriansen est passée me voir une nouvelle fois à l’agence, le 7 septembre dernier.

sophie adriansen,le syndrome de la vitre étoilée,interview,mandor4e de couverture :

Un garçon, une fille, dix ans de vie commune. De cette équation parfaite naît le désir d’enfant. Puis les difficultés arrivent. Le désir se transforme. Le garçon et la fille aussi. Un couple sur cinq connaît des difficultés pour avoir un enfant.

Derrière cette proportion, combien d’autres statistiques ? De formules intrusives ? De conseils « bienveillants » ? De boîtes de tampons ? De pieds dans les étriers ? D’amis auxquels on ment ? De bouteilles éclusées ? Combien de pensées magiques pour conjurer le sort et cette foutue proportion ?

Voilà des questions – des obsessions – que la narratrice de ce roman tente d’éclairer sous un jour nouveau en découpant sa pensée comme on range la commode de son adolescence.

Ce qui démarrait comme un chemin de croix frappe par sa lucidité, sa drôlerie,
sa cruauté et prend la forme du journal rétroéclairé d’une jeune femme qui découvre le pouvoir d’être libre

L’auteure (biographie du site Babelio) :

Sophie Adriansen est l’auteur d'une quinzaine d'ouvrages en littérature générale et jeunesse ainsi qu'en non-fiction. Elle a signé deux biographies, cosigné des témoignages et été formée à l’écriture de scénario à la Fémis.
Elle anime des ateliers d'écriture en milieu scolaire.

Elle tient depuis 2009 le blog Sophielit, finaliste du Prix ELLE 2011, anime des discussions autour des livres et collabore à plusieurs sites littéraires.

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(Photo : Mélania Avanzato)

Interview :

Dois-je t’appeler la nouvelle Christine Angot ? (A lire avec un ton taquin.)

Pourquoi dis-tu cela ?

Ce n’est pas un livre dans lequel tu racontes ta vie ?

Il y a la mention « roman » sur la couverture, ça n’a pas dû t’échapper. Par contre, je ne cache pas le fait que je ne serais jamais partie dans cette direction-là si je n’avais pas fait de la PMA (procréation médicalement assistée). Il y a quelques années, j’ai fait un début de parcours médical pour essayer d’avoir un enfant. A ce moment-là, j’ai noté plein de choses pour, à la fois me prouver que je l’avais fait et aussi pour m’en débarrasser une bonne fois. Ce n’était pas dans l’idée d’en faire quelque chose de littéraire ou romanesque, c’était juste pour évacuer les choses et en conserver une trace. Mais il fallait que la trace soit extérieure à moi afin que ça ne m’alourdisse pas, ni ne me pèse.

Mais à partir de ce matériau, tu as fini par construire un roman.

Oui, sur une base autofictive. Je n’ai aucun problème avec ça.

Tu évoques la pression sociale sur le fait d’avoir un enfant passé l’âge de 20 ans.

Moi, en tant que jeune femme dans la trentaine, cela fait des années que je reçois cette injonction à me reproduire. Je la reçois directement par des personnes physiques et indirectement par la presse et la société… J’avais envie de parler de ça parce que, pour moi, faire un enfant doit être un choix et une envie. Il y a des femmes qui sont en capacité physique de faire un enfant, qui ont le partenaire avec lequel elle pourrait le faire et qui font le choix de ne pas en faire. Et ces femmes sont jugées.

Ça arrive aux femmes en couple et aux femmes seules ?

Encore plus aux femmes en couple parce que l’on considère qu’elles n’ont aucune excuse pour ne pas faire d’enfant. Il faut se justifier et avoir une bonne raison. La carrière est une des réponses les plus souvent données. Il y a une phrase ultra banale qui me rend dingue : « Et toi, c’est pour quand ? »

Il est vrai qu’on ne pense pas à mal quand on demande cela, mais c’est très maladroit.

Ça pose un peu la question : « comment va ta vie sexuelle ? » Cette question touche au plus intime et personne ne s’en rend compte. Cette question évoque aussi ton projet de vie, ton projet professionnel, les perspectives que tu envisages avec ton partenaire. Bref c’est une question très personnelle, la réponse ne regarde que la personne concernée, pourtant n’importe qui la pose à n’importe qui.

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(Photo : Mélania Avanzato)

Tu parles de la bible dans ton livre. Tu expliques que tout vient de là.

S’il y a cette injonction, c’est parce que, dans les textes fondateurs, on dit aux femmes qu’elles seront des ventres pour procréer. Puisque la vocation de la femme, c’est faire un ou des enfants, si tu n’en fais pas, cela insinue que tu es inutile. C’est le message que la société renvoie beaucoup. Il y a pourtant un couple sur cinq qui a des difficultés à faire un enfant. 20%, c’est quand même beaucoup. Il n’y a donc aucune culpabilité à avoir.

C’est un livre qui peut aider ceux qui passent par ce que tu as vécu.

Quand la narratrice, Stéphanie, fait ce parcours, elle n’arrive presque plus à en parler à son conjoint. Je me dis que si des personnes lisent ce livre en étant dans cette situation, ça peut, peut-être, leur faire du bien de savoir qu’ils ne sont pas seuls. Ce qu’ils sont en train de ressentir et vivre, d’autres sont passés par là. Stéphanie se sent super seule parce que personne ne lui a jamais dit que ça allait être si compliqué.

Comment ont réagi tes proches à la lecture de ton livre ?

Il y a ceux qui savent ce qu’est l’autofiction et les autres. Ceux qui connaissent l’autofiction savent que l’on peut écrire une œuvre à partir de quelque chose de personnel sans que tout soit forcément vrai. Les autres considèrent que c’est un témoignage, un récit dans lequel simplement les prénoms ont été modifiés. Parce qu’ils ont repéré un truc dont ils savent que ça correspond à la réalité, tout le reste est forcément véridique. Pourtant, j’aurais publié un témoignage si j’avais voulu raconter mon parcours à moi. J’ai choisi de publier un roman parce que ce livre est malgré tout une fiction.

Le lecteur ne doit donc pas se poser la question de savoir si l’héroïne est l’auteure ?

Le lecteur fait ce qu’il veut. Toi, je sais que tu n’as pas pu t’empêcher de voir en moi l’héroïne du livre, mais d’autres, par exemple notre ami commun Bertrand Guillot (voir sa chronique sur Le syndrome de la vitre étoilée), ont lu l’histoire de Stéphanie et Guillaume sans penser à Sophie Adriansen. Je n’ai pas à donner un mode d’emploi pour lire ce livre.

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(Photo : Mélania Avanzato)

J’aime la construction de ton livre. Ce sont des chapitres courts et variés. On ne s’ennuie jamais.

En fait, ma narratrice est complètement perdue. Elle essaie de récupérer son moi en morceau. J’avais envie de rendre compte de ce bordel là. J’ai voulu que le livre soit à l’image de la narratrice, donc je ne suis pas allée sur quelque chose de linéaire. Le cerveau est toujours traversé par plein de choses, j’ai voulu transposer cela littérairement.

En tant qu’homme, j’ai beaucoup apprécié ce livre. Il m’a aidé à mieux comprendre les femmes… et toi, tu es très bienveillante envers le compagnon de ta narratrice.

Il n’y a aucune mauvaise intention de la part de la narratrice. Elle est amoureuse de son homme. Il se trouve que dans l’histoire il est hypofertile, mais ça aurait pu être elle.

Il y a une sacrée injustice. Dans ce genre de souci médical, on ne s’intéresse qu’à la femme, très peu à l’homme.

Je suis heureuse de te l’entendre dire. Quoiqu’il se passe chez l’homme, c’est de toute façon la femme que l’on scrute, que l’on observe. La narratrice se retrouve dépossédée de son corps. Ça n’arrive pas à un homme. Guillaume ne fait qu’un examen et il donne son sperme. C’est tout. Elle, en permanence, elle doit se déshabiller et montrer son intimité à des gens qu’elle ne connait pas. En plus, il n’est pas question qu’elle se plaigne. Pour couronner le tout, souvent, les médecins sont des hommes qui lui affirment qu’elle ne va rien ressentir, que l’examen n’est pas douloureux, alors qu’ils n’en savent rien car ils ne sont pas constitués comme une femme.

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Pendant l'interview...

Tu évoques beaucoup l’aspect psychologique qui n’est jamais pris en compte.

La sécurité sociale te rembourse tous les examens, mais il n’y a pas d’accompagnement psychologique, alors que cela me paraît indispensable. La gynéco dit à Stéphanie « n’y pensez pas ! » ; mais quand tu as envie d’avoir un enfant, que cela devient ton obsession, comment veux-tu ne pas y penser ? A aucun moment tu ne peux déverser ton trop plein.

Stéphanie reviendra dans un prochain « roman » ?

Oui. Mon héroïne me permet de dire ce que j’ai sur le cœur. J’ai envie de lui faire vivre d’autres choses et de me servir d’elle pour raconter ce qui m’agace dans la société. Je suis partie sur quelque chose d’un peu militant autour du corps de la femme. Je suis fasciné par le rapport entre le corps et l’esprit et le pouvoir de l’esprit sur le corps. Je raconterai une autre pression sociale.

Je n’aime pas ce mot, mais en t’écoutant, je trouve qu’il y a quelque chose de féministe en toi.

Je te dirai oui très volontiers si on ne faisait pas n’importe quoi du mot « féministe ». Tout de suite, on pense aux chiennes de garde. Moi, j’aime le féminisme de Martin Winckler, l’auteur de « Le cœur des femmes ». Il a été un médecin féministe, il est maintenant un auteur féministe. Ce féminisme-là je le chéris, je m’en réclame. Si je peux écrire dans cette veine-là, je serais très satisfaite.

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Après l'interview, le 7 septembre 2016.

01 septembre 2016

Jonathan Franzen : interview pour Purity

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forum-fnac-livre.jpgLa rentrée littéraire 2016 a un petit goût de salon du livre puisque la FNAC lance son premier forum du livre du 2 au 4 septembre 216 au Carreau du Temple à Paris

Cette manifestation gratuite et ouverte à tous, invite les lecteurs à venir à la rencontre des livres de cette rentrée.
Débats, dialogues croisés, questionnaires mystères, rencontres, et séances de dédicaces… seront également proposées, en partenariat avec la RATP, des balades littéraires à bord d’un bus des années 1930 qui sillonnera la capitale le 3 septembre, en compagnie de quatre auteurs : Sorj Chalandon, Timothée de Fombelle, Olivier Bourdeaut et Benoît Duteurtre.

A côté de l’invité d’honneur Jonathan Franzen, dont le roman a paru avant l'été, sont attendus, entre autres, Andreï Makine, Laurent Mauvigner, Karine Tuil ou encore Valentine Gobi.

L’inauguration du Forum, ce soir, sera également l’occasion pour l’enseigne de remettre son Prix  du roman Fnac qui, depuis 15 ans, couronne un auteur de la rentrée littéraire. En l'occurrence, cette année, Gaël Faye pour son premier roman Petit pays chez Grasset (mandorisé là en 2013)

Pour en savoir plus sur le Forum Fnac Livres, vous pouvez cliquer ici !

Pour le journal Contact (le gratuit envoyé aux adhérents de la FNAC), j’ai interviewé l'invité d'honneur Jonathan Franzen. Je mesure ma chance. Son nouveau livre Purity est un monument littéraire.

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25 juillet 2016

Quentin Mouron : interview pour L'âge de l'héroïne

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(Photos : Daniella Carbunova)

quentin mouron, l'âge de l'héroïne, interview, mandorAmateurs de polars "classiques", de romans noirs ou de thrillers, il est possible que vous soyez un peu déroutés par le style de Quentin Mouron. Dans L’âge de l’héroïne, il y a tout de même un trafic de drogue ayant mal tourné et des rancœurs supposant une vengeance. L'ambiance générale correspond aux critères du bon petit polar dans un décor américain.

Mais, le véritable moteur de l'histoire, c'est le héros, Franck. Un homme hors du temps, ne dédaignant ni une partie de jambes en l’air improvisée (et pas très romantique), ni l'alcool, ni une ligne de coke de temps à autre.

Franck est autant une tête à claque qu’attachant.
Pas de romantisme dans ce pastiche noir. Pas de tendresse gratuite dans ces bas-fonds. Il n’en reste pas moins un roman sulfureux et décapants.

Ceci est ma troisième mandorisation de Quentin Mouron (la première ici et la seconde là), vous vous imaginez donc tout le bien que je pense de cet écrivain suisse, peut-être le plus insolent/turbulent/innovant de sa génération.

Je l’ai reçu à l'agence le jour de mes 49 ans, le 20 juin dernier. Alors que je déprimais d’être sur la pente descendante de ma vie, pourquoi me suis-je infligé le fait de recevoir ce jeune homme fringant, au talent fou, qui a encore toute la vie devant lui ? Je ne sais pas (l’homme ne serait-il pas paradoxal ?) Au fond, peut-être que c’est parce que je l’aime bien. Tout simplement. Et que chacune de nos rencontres me font du bien, voire m’élève.

4e de couverture :quentin mouron, l'âge de l'héroïne, interview, mandor

Franck, dandy sur le retour, détective à ses heures, bibliophile, collectionneur de livres anciens, est chargé de retrouver une cargaison de drogue volée. Son enquête le mène jusqu’à Toponah, petite ville américaine située dans l’État du Nevada. Sur sa route se dresse Léah, adolescente mystérieuse tenant autant de la gueule cassée que de l’héroïne cornélienne. Parmi les existences ployées et amoindries, la jeune femme scintille, détonne ; elle incarne quelque chose que Franck ose enfin nommer la vie.

L’auteur :

Quentin Mouron, poète, novéliste et romancier naît en 1989 à Lausanne. Il possède la double nationalité suisse et canadienne. Il est très remarqué dès 2011 avec Au point d’effusion des égouts (prix Alpes-Jura), puis avec Notre-Dame-de-la-Merci (2012) et La Combustion humaine (2013). L’Âge de l’héroïne est son deuxième roman publié en France après Trois gouttes de sang et un nuage de coke (2015) qui vient de sortir en poche chez 10/18.

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quentin mouron, l'âge de l'héroïne, interview, mandorInterview:

Ça y est, tu as un héros récurrent. Franck revient dans un second livre.

Je ne sais pas s’il va tenir très longtemps à ce rythme-là (rires). Je précise que Trois gouttes de sang et un nuage de coke et L’âge de l’héroïne se lisent indépendamment et que l’on peut commencer par celui que l’on veut. Je conseillerais presque de commencer par le second, L’âge de l’héroïne. Il est plus direct et va plus à l’essentiel. Il ouvre une belle porte pour découvrir mes livres.

Es-tu plus fier de ce livre, stylistiquement parlant, parce que tu t’améliores de livre en livre?

Oui. J’ai toujours l’impression que le dernier livre est le meilleur. Je crois que dans celui-ci, il y a moins de fioritures.

Pas de phrases, pas de mots inutiles. C’est épuré au maximum.

Ca vient de ma fréquentation avec certains auteurs américains. Souvent, je me dis: “est-ce qu’on a vraiment besoin d’avoir cette scène?” Je trouve qu’il y a dans leurs polars des descriptions dont on pourrait se passer.

En lisant des gens que tu aimes bien, tu te dis qu’il y a quand même des longueurs ?

Il m’arrive de passer des pages et de trouver que le livre redevient brillant. Les descriptions physiques des gens sont toujours trop détaillées. Moi, j’en fais le minimum. Plus généralement, pour ce livre, j’ai suivi le chemin des ellipses.

Léa, ton héroïne, est elle aussi particulière. Elle est serveuse dans un bar au bord d’une route. Il lui quentin mouron,l'âge de l'héroïne,interview,mandorarrive de donner son corps pour de l’argent. Mais elle ne veut sucer que les cas sociaux, pas les hommes normaux.

Il y a chez elle, un esprit du renoncement que l’on peut trouver encore au 17e siècle, chez certaines héroïnes cornéliennes. Léa, elle nie le monde, elle nie la vie. Pour Franck qui l’observe sous son regard à lui, c’est le contraire. Il l’a perçoit comme une affirmation.

Léa amène quand même une certaine lumière, je trouve.

Quand elle fait irruption dans l’histoire, ça modifie les choses. Franck, personnage toujours désabusé, arrive enfin à voir quelque chose de positif dans le monde dans lequel il évolue.

Ce livre est un western moderne.

Je n’y ai pas du tout pensé en l’écrivant. Mes premiers lecteurs m’ont fait remarquer qu’il y avait un côté western déglingué, un peu bizarre. J’ai pourtant tenté de ne pas trop incarner le lieu et le temps.

Pourquoi te sers-tu du polar pour aborder des sujets profonds ?

Ce n’est pas une stratégie commerciale pour donner envie d’acheter. Le prétexte du polar rassure le lecteur et rassure aussi l’auteur. Il y a un cadre, des actions qui sont assez traditionnelles. Il y a un trafic de drogues, ça va vite. Ça permet un point de repère et une mobilité. Dans le polar, les personnages et les situations circulent. On peut aborder des thèmes qui ne sont pas ceux habituellement abordés dans le polar, sans que les lecteurs ne soient perturbés. 

L’intrigue est minimale, pourtant, on ne peut pas lâcher ce livre une fois commencé.

Merci. Ne pas m’étendre sur l’intrigue me permet surtout de mettre mes angoisses d’écrivains ailleurs. Dans le style par exemple, dans les propos, dans la qualité des dialogues…

Il y a deux parties dans ton livre. Une « ouverture baroque » et la « suite classique ».

Mon héroïne appartient presque au théâtre classique. Il y a une unité, pas tout à fait de lieu, pas tout à fait de temps, mais presque. Dans la deuxième partie, l’écriture est moins explosive que dans la première où tout est baroque, mélangé et ou s’imbrique toutes sortes d’informations et d’éléments.

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(Photo : Blaise Kormann pour #L'illustré).

Pour les besoins de la photo, Quentin Mouron a adoré se faire décapiter. Un clin d’œil à son roman.

Est-ce que ton héros récurrent, Franck, a du cœur ?

C’est difficile à dire. Il a beaucoup de choses qui remplacent et qui masquent  le cœur.

Quand il voit la libraire décapitée peu de temps après l’avoir troussé, il n’a pas l’air plus ému que cela.

Oui, tu as raison, il s’en fout un peu. C’est sa rencontre avec Léa qui va le rendre plus humain, qui va lui faire sortir des sentiments. Dans toute la première partie, Franck est un personnage très froid.

Tu en es à ton cinquième livre et les journalistes continuent à te comparer à d’autres auteurs. Pour ce livre, on te situe entre Flaubert et Céline.

Je suis bien calé là.

J’ai lu aussi : « le cynisme d’Oscar Wilde, la beauté de Marlène Dietrich et la violence de Tarantino ».

Il y a pire comme référence. Je suis plus d’accord avec ce triplé qu’avec le premier binôme.

Tu comprends pourquoi on te compare à Céline ?

J’espère que c’est pour le style. Dans mon premier livre, il y avait pas mal d’argots. On retrouve des volumes de textes explosifs dans certains de mes dialogues. Mon côté apocalyptique de certaines visions doit également y être pour quelque chose.

Céline, idéologiquement, ça te convient aussi ?

Ah oui, tout à fait ! (Rires). Evidemment, je m’en éloigne sur certains points.

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Franck, tu vas le garder ou l’abandonner ?

Je me pose la question. Je suis en train de réfléchir dans quelle mesure il peut revenir. Comme j’ai décidé de mettre l’intrigue au second plan, il faut que Franck trouve sa place quelque part.

Un héros récurrent, ça sécurise et donc fidélise le lecteur.

Si je peux explorer une nouvelle dimension à son personnage, s’il apporte quelque chose à l’histoire, si certains thèmes peuvent se greffer par rapport à ce personnage, je pense que je peux le faire revenir. Je l’aime bien.

Tu n’écris jamais le même livre. Je vais plus loin. Tu aimes aller là où on ne t’attend pas.

En Suisse, en ce moment, il y a beaucoup de très bons polars qui fleurissent. Du coup, ça m’incite à aller vers autre chose. Avec L’âge de l’héroïne, j’ai essayé d’écrire autre chose que Trois gouttes de sang et un nuage de coke. Si on retrouve Franck, ce n’est pas du tout le même ivre, j’insiste sur ce point.

Tu énerves un peu le milieu littéraire, il me semble.

Oui, je crois. Il y a toujours quelques petits agacements.

Il y a chez toi un côté, « je suis sûr de moi ».

Mon meilleur ami m’a fait remarquer que j’étais beaucoup plus sûr de moi devant un micro que dans la vie. C’est une forme d’aliénation.

Ne rentres-tu pas dans le personnage de « l’auteur » ?

Peut-être. Le micro s’est rassurant je trouve. Vous dites ce que vous voulez sans que l’on vous interrompe beaucoup. Un studio, c’est feutré, c’est plus rassurant qu’une table de bistrot où je pourrais boire un café avec une fille.

Quentin Mouron parle de L'âge de l'héroïne pour la librairie Mollat.

A la télé, tu faisais des chroniques dans lesquelles tu cassais le pouvoir en place.

Oui, c’est un bon exercice la chronique. Ça me permet de sortir de mon territoire.

En France, tu n’es pas encore très connu, mais je suis sûr que ça ne va pas pas tarder.

Le précédent livre, Trois gouttes de sang et un nuage de coke avait reçu un bon accueil et avait provoqué pas mal de choses. Il vient de sortir en poche chez 10/18 et il va être traduit dans certains pays. Mon éditeur, La Grande Ourse, fait bien son boulot. Il me pousse le plus loin et le mieux possible. Si j’espère un jour avoir la même notoriété en France qu’en Suisse, pour l’instant, je n’ai pas à me plaindre, ni des ventes, ni de la presse française.

Aimes-tu la notoriété ?

Oui, assez. Ce n’est pas désagréable en tout cas. Cela permet de survivre mieux, car cela permet de créer des opportunités de boulots. Tout est lié.

Tu es un « bon client » dans les médias.

Il parait. Mais tout dépend quel journaliste est en face de moi. Les journalistes ne sont pas les plus cons de la chaîne du livre (merci Quentin !) Je passe souvent de bons moments sur les plateaux.

Est-ce que discuter avec un journaliste te permet de mieux appréhender ton œuvre ?

On produit un discours que l’on ne s’attend pas à produire. Parfois, je sens que j’ai tenu un discours pertinent sur mon propre livre, parfois, au contraire, je me rends compte que j’ai dit d’énormes conneries.

Tu n’es pas un écrivain maudit en tout cas.

Non. Bon, il est vrai qu’en Suisse, au niveau prix, bourses, subventions, je ne suis jamais le grand gagnant.

quentin mouron, l'âge de l'héroïne, interview, mandor

Pendant l'interview...

Tu écris tout le temps ?

J’écris souvent, à part quand je suis en promotion.

Ecrire cela n’a d’intérêt que si c’est pour dire des choses importantes ?

On peut écrire aussi des choses belles, des choses amusantes. Cela dit les choses belles et les choses amusantes peuvent être des choses importantes. Il y a un peu d’ironie dans mes livres, mais pas trop de second degré, ni d’humour douteux. On a suffisamment l’occasion d’être futile dans une conversion que nous ne sommes pas obligés de l’être aussi dans les bouquins. Quand j’ouvre un livre, j’aime bien avoir quelque chose de consistant, de profond. Le lecteur, qui a acheté ton livre a le droit à ce qu’on ne se foute pas de sa gueule.

Dans tes livres, quels sont les sujets de prédilections ?

Il y a un thème qui est revenu souvent et qui est  juste en clin d’œil  dans L’âge de l’héroïne, c’est la question du masque, de la manière dont on se ment soi-même et dont on ment aux autres. Dans mon dernier roman, je traite de la notion d’héroïsme, de la notion du langage aussi. A partir de quel moment sa propre langue, sa propre voix, ne porte plus parce qu’il y a trop de parasitages ou personne pour l’entendre. Je n’avais jamais problématisé la question de la parole. Que signifie une parole et à quelle condition elle peut signifier quelque chose ? Ce n’est pas une thèse que je défends, mais par me personnages, j’essaie d’amener une discussion. Le livre sert à provoquer les discussions.

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Après l'interview, le 20 juin 2016.

19 juillet 2016

Maxime Chattam : interview pour Le coma des mortels

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Troisième  mandorisation de Maxime Chattam (la première ici, la deuxième ). Pour Le magazine des Loisirs Culturels Auchan (daté de juillet-août 2016), je l'ai interrogé sur son nouveau livre, Le coma des mortels

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18 juillet 2016

Richard Gaitet : interview pour L'aimant, roman magnétique d'aventures maritimes

richard gaitet,l'aimant,interview,mandorJe lis Richard Gaitet (photo à gauche, Elsa Delula) depuis son premier roman, très introspectif et pas vraiment joyeux, Les heures pâles. Puis, il y a eu un livre, trop court mais complètement  loufoque. Dans Découvrez Mykonos hors-saison, l’auteur racontait les aventures aussi tumultueuses qu’improbables de deux fêtards en goguette à Mykonos.

Je l’avais mandorisé une première fois pour ces deux romans.

Je nourrissais donc beaucoup d’espoir sur le livre qui allait venir. Et bon sang de bois, je ne suis pas déçu. Même complètement fasciné par L'aimant, roman magnétique d'aventures maritimes, ce roman d’aventure maritime délirant, fantastique, absurde, poétique…

On est dans Poe, dans Verne, dans Gaitet, c’est pareil. C’est vif, moderne, efficace, il faut juste se laisser porter par la vague, sans réfléchir. Lire à l’instinct. Une expérience littéraire unique, je vous assure.

Le 27 mai dernier, Richard Gaitet est venu à Webedia pour évoquer ce roman hors norme et essentiel.


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Gabriel est un jeune marin belge, facétieux, fort en gueule mais maladroit. Il veut apprendre à naviguer mais aussi à boire, à se battre et à aimer. Pour sa première traversée transatlantique, le voilà radio sur un cargo, d’Anvers à Buenos Aires. Hélas ! Une escale aux Açores lui révèle qu’une organisation secrète internationale vient de s’accaparer les ressources inespérées d’un recoin du pôle Sud, menaçant l’équilibre géomagnétique mondial…

Saura-t-il conjurer la catastrophe ?

Roman contemporain d’aventures maritimes, récit d’initiation tragi-comique aux accents surnaturels, L’Aimant poursuit l’histoire d’un titre méconnu de Jules Verne, Le Sphinx des glaces, qui reprenait déjà l’intrigue irrésolue de l’unique roman d’Edgar Allan Poe, Aventures d’Arthur Gordon Pym. La conclusion rocambolesque d’un mystère littéraire au long cours.

L’auteur :

Richard Gaitet est né en 1981. Admiré dans toute l’Europe pour sa pratique très personnelle du sirtaki, il anime depuis 2011 l’émission « Nova Book Box » sur Radio Nova. Son premier roman, Les Heures pâles, écrit sous le pseudonyme de Gabriel Robinson, est paru en 2013 aux éditions Intervalles.

L’illustrateur :

Riff Reb’s est né en 1960. Qualifié de « Baron du dessin » par Moebius, il est l’auteur d’une vingtaine d’albums de bande dessinée, dont une remarquée « trilogie maritime » : À bord de l’Étoile Matutine (2009), Le Loup des mers (2012, prix Fnac), Hommes à la mer (2014).

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richard gaitet,l'aimant,interview,mandorInterview :
(vignette de gauche, François Perrin)

Lors de ta première mandorisation, il y a deux ans, tu m’as parlé de ce livre. Tu en étais à la moitié de l’écriture…

Les premiers chapitres remontent à cinq ans, à peu près. J’ai mis au bon coup de collier lors d’une résidence au Diable Vauvert, il y a trois ans. Ça m’a permis de savoir que j’étais prêt à bosser au moins encore deux ans dessus. Il m’a fallu un moment pour boucler l’intrigue. J’avais lancé des pistes dans la narration, elles devaient retomber sur leurs pattes.

C’est quoi ton livre ?

Un roman d’aventures maritimes, même s’il y a de nombreux passages qui se déroulent sur la terre. Ce qui arrive lors des escales est très important. C’est aussi un roman de formation et d’initiation. Le héros à 20 ans et il arrive comme une page blanche. Il a envie d’apprendre à se battre, à tisser de fortes amitiés… il va beaucoup boire, baiser. Je raconte l’histoire d’un garçon ouvert sur le monde qui veut absorber le plus d’aventures possibles.

Je me souviens que tu m’avais dit que tu voulais faire du Jules Verne, mais avec des couilles.Félix_Nadar_1820-1910_portraits_Jules_Verne_(restoration).jpg

Les livres de Jules Verne sont sidérants sur le plan de l’imagination, des connaissances scientifiques, des informations sur les territoires, la topologie, la géologie, la zoologie… mais ses romans n’étaient pas du tout organiques. Ses personnages n’ont jamais faim et n’ont jamais de sens éveillés. C’était complètement asexué. La raison venait du fait qu’il publiait aussi dans des collections pour la jeunesse. Ce n’est pas comme ça que j’envisage les livres. Il faut que les personnages soient vivants, électriques, il faut que je sente ce qui les fait bander, ce qui leur donne de l’appétit... J’ai souhaité remettre au gout du jour tout l’élan vernien : les mystères, les voyages, les rencontres, avec des choses qui n’existent pas dans la réalité. Mais je me suis dit que tout cela devait passer par le corps. Je voulais que celui qui a lu tout Jules Verne soit désarçonné, voire en colère. Jules Verne, pour la France et pour le monde, c’est une statue du Commandeur, intouchable. Il a tellement donné à l’imagination, à l’aventure, aux romans, qu’il en est devenu magnifique. Quand je dis que ça manque d’humour, d’organique, on ne peut pas dire le contraire. On ne lui en veut pas, c’était une question de contexte et d’époque. Tout le reste est tellement foisonnant et brillant sur 50 ans de carrière et 80 romans qu’il force le respect. Aujourd’hui, on ne peut plus faire un Jules Verne au pied de la lettre, sans intégrer des éléments de modernité. J’ai utilisé différents niveaux de langage, de l’humour, de vrais personnages féminins, presque toujours absents de l'univers vernien, du sexe, des beuveries et évoqué beaucoup de thèmes contemporains.

Oui, comme l'amour, la mort, l’amitié, l'hérédité, la condition humaine, la société de consommation, l'anarchie, l'écologie, la politique, la cupidité, l'argent-roi, le besoin d'un retour aux valeurs humaines fondamentales… Ton livre oscille entre l’exactitude des positions géographiques, des faits, des situations et le fantastique, des trucs qui ne peuvent pas se réaliser.

Je considère que pour faire croire à l’invraisemblable il faut être le plus vraisemblable possible. Il faut que le cadre du délire soit rigoureusement exact et colle le plus possible à la réalité.

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richard gaitet,l'aimant,interview,mandorLa vie dans le cargo, c’est comme que tu le racontes ?

J’ai fait des demandes pour passer deux semaines dans un cargo, ça n’a pas abouti, du coup, j’ai lu énormément de récits de personnes qui ont fait des voyages en cargo, qui ont alimenté des blogs extrêmement précis sur leurs sensations…  je voulais que la tapisserie soit fiable. J’ai employé de vrais termes techniques pour que l’on puisse croire à ce que je décrivais et à la réalité de cette fiction. Je me suis beaucoup documenté aussi sur chaque escale que fait le cargo : Dakar, l’Islande, la Patagonie... Je suis parti sur le principe que si tout à l’air vrai, l’extraordinaire peut avoir lieu. Si ma réalité est fragile, on croira moins facilement à l’irréel.

Tu ne t’es jamais donné de limites pour garder une crédibilité maximale à ton histoire ?

Finalement, non. J’ai beaucoup hésité à garder la scène avec le monstre. Je me suis dit qu’à ce niveau-là de l’histoire, si les personnes sont toujours avec moi, ils peuvent accepter l’idée qu’il peut y avoir des créatures extraordinaires. J’ai voulu ouvrir mon imaginaire et accueillir tout ce qui me venait. Dès que j’allais un peu loin, je revenais vite à un cadre terrestre, terrien.

Ton livre est tellement barré que tu as dû te demander jusqu’où tu pouvais te permettre d’aller pour ne pas perdre tes lecteurs, non ?

Complètement. 100% délire, 100% fantaisie, ça n’intéresse qu’une frange microscopique de lecteurs. Personnellement, étant donné le temps que j’ai passé à écrire ce livre, j’ai souhaité qu’il y ait le maximum de lecteurs qui croient aux personnages, à l’intrigue, aux thèmes abordés, à ce que cela peut raconter du monde contemporain. Juste l’imagination, ça ne suffit pas. C’est un roman, genre noble qu’il faut servir comme un page. En travaillant sur la structure, le rythme, le montage, le récit.

Il est beaucoup question d’alcool dans ton livre, comme il en était aussi beaucoup question dans le précédent, Découvrez Mykonos hors-saison.

Je me suis demandé si ce n’était pas un marqueur de mon « œuvre ». En même temps, quel est l’autre moyen de se sociabiliser que les hommes et les femmes ont trouvé pour être ensemble ? Quand les gens sont heureux d'être ensemble, ils boivent. et ce qui leur arrive après un certain nombre de verre est souvent plus drôle, sur le plan romanesque que s’ils étaient restés à boire du thé.

Les illustrations sont signées Riff Reb’s. Comment as-tu eu cette légende du dessin ?Couv_242049.jpg

J’ai souhaité que ce livre soit dans la tradition des livres de Jules Verne, c'est-à-dire avec des illustrations en noir et blanc, légendées, qui accompagnent l'expérience de lecture. Mon éditeur a dit oui tout de suite, il a pris de sacrés risques. J’avais chez moi les deux derniers albums de la trilogie maritime absolument sublime de Riff. Étonnamment, dans ce qui était son dernier album à l’époque, Hommes à la mer, un recueil d’adaptations maritimes, il y avait une double page qui était un très beau dessin tiré du Sphinx des glaces. L’évidence s’est imposée. Je lui ai écrit un mail assez court en lui expliquant je voulais faire la suite du Sphinx, mais modernisée, contemporaine. Il m’a téléphoné deux heures plus tard. J’étais impressionné, il a quand même 25 albums dans les pattes. Il m’a dit que cela faisait des années qu’il attendait ce genre de proposition. Il m’a demandé de lui envoyer le livre. Je n’en avais écrit que 70%, mais ça lui a suffi. Il a accepté après lecture. Il a apprécié que ça parte dans tous les sens et que ce soit rock’n’roll. Je lui ai présenté mon éditeur. Nous avons convenu qu’il fasse 15 dessins pour une somme vraiment modique par rapport à son talent et sa notoriété.

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Comment avez-vous travaillé ensemble ?

De manière fantastique. Je lui envoyais les chapitres au fur et à mesure. Parfois il me faisait des retours en me disant, je suis sûr qu’il va se passer telle et telle chose dans le prochain chapitre. Une fois, ce n’était pas ça, mais son idée était si bonne que je me suis empressé de la noter pour aller dans sa direction et l’ajouter à mon roman (rires).

Ses dessins correspondaient-ils à ce que tu avais dans la tête quand tu as écrit telle ou telle scène ?

Oui, très souvent. En plus, il apporte un trait moderne et nerveux, contrairement aux gravures sérieuses et hyper minutieuses qu’il y avait dans les Jules Verne. Les illustrations vivantes de Riff sont en phase avec l’écriture. Il amène de la chair et c’est ce qu’il fallait. Ça donne de l’incarnation au projet. On était raccord sur la manière d’aborder le genre.

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Ton livre est la suite du Sphinx des glaces de Jules Verne, qui, lui-même, était la suite d’Aventures d’Arthur Gordon Pym d’Edgar Poe.

J’ai fait une suite moins littérale. Je n’ai pas voulu raccrocher immédiatement les wagons aux deux précédents livres parce que je craignais de perdre tous mes lecteurs. Je ne voulais pas m’adresser uniquement aux fans de Verne et de Poe. Il fallait que ma propre mythologie soit mise en place, que j’ai donné de la chair à mes héros et que j’ai développé mes thématiques et ma dramaturgie. C’est la raison pour laquelle ma « suite » arrive à mi-parcours, quand tout est installé.

Tu pars du principe que tout ce qui est dans les deux livres de Poe et de Verne est vrai.

Oui, donc il existe réellement une créature minéralogique et géologique aux propriétés hallucinante, au pôle sud.

Tu ne connaîtrais pas Richard Gaitet, tu l’inviterais dans ton émission de radio ?

Si je n’étais pas moi, je m’inviterais volontiers, bien sûr (rires).

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Pendant l'interview...

Ce livre barré, il te ressemble ?

Il y a dix ans, Philippe Jaenada a dit au petit groupe d’écrivains que nous formons et que tu connais: « il faut écrire des livres qui vous ressemblent ». Il faut y jeter le plus possible de soi.

Tu l’as écouté pour tes deux premiers romans. Ils étaient des morceaux de ta vie. Là, il n’est pas question de toi.

Détrompe-toi. J’y suis tout entier.

Gabriel aurait pu être toi ?

C’est carrément un alter ego. Sans te dire lesquelles, il y a des choses dans le livre que j’ai vécues. Pour qu’un livre soit vivant, qu’il ait l’air fort et mémorable, pour faire vibrer son histoire, il faut puiser dans ses réserves personnelles, ses poches de vies, sa mémoire émotionnelle, même pour bâtir un territoire de fiction farfelu...

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Le 27 mai 2016 sur une terrasse de Webedia, après l'interview.