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07 juin 2016

Alors Chante! 30e édition (quatrième et dernière partie) : Yves Jamait et Tony Melvil

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(Photo : MaxPPP)

alors chante! 30e édition, interview, bilan, yves jamait, tony melvil, mandorDernière partie de ma vision de cette édition 2016 d’Alors Chante ! à Castelsarrasin. Sur ce blog, vous le savez, je raconte les festivals à travers ce que je vis et les rencontres que j’y fais.

Pour lire de vrais comptes rendus, je vous propose de nouveau de lire ces liens :

Les points de vue de Patrice Demailly pour RFI Musique (ici), Yannick Delneste pour Sud Ouest (,  et ), Benjamin Valentie pour FrancoFans (ici).

L’après-midi commence (comme de coutume) avec les artistes « découvertes », en l’occurrence, ce jour-là, le groupe La Goutte (mandorisé là) qui offre de belles chansons sociétales de facture traditionnelles, Denis K, chanteur rock’n’romantique qui propose des chansons d’amour (un peu trop bluettes pour moi) et Tony Melvil (mandorisé ici), artiste iconoclaste aussi touchant que cynique. Il a interprété une bonne partie de son troisième et nouvel EP, Plein jour, sorti chez AT(h)ome. Sept titres enthousiasmants qui regorgent d’énergie et d’humour décalé, plus visible sur scène que sur disque.

A l’issue de ces prestations, les membres du jury d’Alors Chante ! se sont réunis pour décerner les différents « Bravos ». Voici quelques photos des délibérations.

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Parfois, les débats continuent après les délibérations. Ici, Corinne Labat, la présidente du Pic d’Or en pleine conversation avec Philippe Albaret, le directeur du Studio des Variétés.

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Une heure plus tard, tout le monde est réuni sous le chapiteau pour la proclamation des résultats. 

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Et le résultat est :

Bravos du Public : Gatshens
Prix des CCAS : 
NORD
Bravos des professionnels : 
Tony Melvil

Les remerciements de Tony Melvil ravi d’avoir remporté le prix du jury (fort mérité).

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J’ai interviewé cet artiste quelques jours après Alors Chante !, le 13 mai dernier, quelques heures avant son passage au Limonaire.

alors chante! 30e édition,interview,bilan,yves jamait,tony melvil,mandorInterview :

J’ai suivi ta prestation à Alors Chante ! avec pas mal de journalistes et tu nous as bluffés. Tu as un énorme potentiel. Par contre, tout le monde s’accorde à dire que ton EP ne transmet pas l’énergie que tu as sur scène et ton côté pince sans rire.

Ce n’est pas agréable à entendre parce que lorsqu’on fait un disque on fait en sorte qu’il soit le mieux possible. Mais je comprends ce que tu me dis. J’ai conscience, par exemple, d’avoir du mal à reproduire mon côté humour noir, ironique.

De manière générale, je crois qu’on ne peut pas retranscrire sur disque ce que l’on fait sur scène. C’est presque une lapalissade ce que je dis là.

Il y a pourtant des gens pour lesquels c’est l’inverse. Il est difficile d’être bon dans les deux cas. Comme je ne suisalors chante! 30e édition,interview,bilan,yves jamait,tony melvil,mandor pas un grand chanteur à voix, c’est compliqué d’atteindre le même niveau sur disque que sur scène. La scène, je maîtrise depuis longtemps et j’ai tendance à être porté par pas mal de paramètres, parmi lesquels le public et l’ambiance. En concert, je suis tranchant, cohérent et je ne fais aucun compromis. En tout cas, en faisant abstraction de mon cas personnel, je trouve ça dingue que les mêmes chansons sur disque ou sur scène ne procurent pas les mêmes sensations. Ce sont des phénomènes psycho-acoustiques que je ne m’explique pas.

Tu bosses sur un premier album actuellement ?

Oui, du coup, avec ce que tu me dis, je ne sais pas trop comment faire pour éviter cette embûche-là. Il va falloir que je fasse tout pour me libérer. C’est une histoire de confiance en moi et le prix que j’ai reçu à Alors Chante ! est hyper important pour cela. Je me dis que je ne suis pas là par hasard et qu’il y a une possibilité que cela dure.

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Tu es le premier primé de la nouvelle version d’Alors Chante !

C’est amusant parce que Thibault Defever (Presque Oui, mandorisé là) avec lequel je travaille depuis le début et qui m’a pris sous son aile, a gagné le même prix en 2008 je crois. J’aime ce genre de symbole.

As-tu eu des répercussions immédiates après le prix ?

Oui, quelques programmateurs m’ont appelé. Il y a des dates qui sont en train de se caler pour la saison prochaine. Ca remotive toute mon équipe. C’est compliqué les projets au long cours. Mes musiciens, mon manager, ma maison de disque ont besoin de récompenses de cette nature. Ça rassure tout le monde.

C’est quoi, pour toi, une bonne chanson?

Je ne connais malheureusement pas la recette précise (rire). Pour moi, c’est quand je parviens à dire des choses sans être trop pesant sur des thèmes qui peuvent être lourds.

alors chante! 30e édition,interview,bilan,yves jamait,tony melvil,mandorTu fais des spectacles jeunes publics (« Quand je serai petit » avec Usmar). Ça t’apporte beaucoup ?

Je me sens bien dans cette mission-là. Le jeune public est franc et tu ne peux pas les gruger avec des artifices. Si tes chansons ne leur plait pas, en trente secondes ils ne t’écoutent plus. On est dans une situation de vérité.

Comment aimerais-tu qu’évolue ta carrière ?

Artistiquement, il faut que je sois vraiment bon. Je veux aller vers des projets de qualité et essayer d’être accepté par tous les publics, même les plus exigeants. Honnêtement, je n’en ai rien à branler de la notoriété, mais je ne fais pas ce métier pour rester dans ma chambre. Je demande juste qu’on me donne les moyens de continuer à jouer sur scène dans des conditions honorables.

Sur scène, tu t’es créé un personnage. Peux-tu nous le décrire ?

J’ai grossi le trait de mon caractère, de mon tempérament. Il y a des trucs punk en moi que je ne montre pas et que je n’ai pas besoin de livrer dans la vie courante puisque je la livre sur scène… c’est aussi une libération pour moi.

A chacune de tes entrées sur scène, je me dis qu’il faut oser faire ce que tu fais.

Il faut le comprendre comme un questionnement : « qu’est-ce que mon rapport au monde ? » Je me sens désarmé, parfois agressif par rapport à la société et au monde que l’on nous propose, alors je dis : « n’attendez-pas de recevoir de ma part ce que vous attendez de moi ! ». Je laisse beaucoup de silence, c’est très désarçonnant parce que normalement, je devrais plutôt occuper l’espace. Le rien que je propose a une signification forte. Ça me fait du bien de sortir tout ce que j’ai en moi sur scène.

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Après la proclamation des résultats, la présidente de Chants Libres, Dominique Janin, a réuni quelques journalistes pour une mini conférence de presse bilan.

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« Dans les conditions où nous l'avons conçue et mise en place, c'est une magnifique édition. Une page est tournée, nous sommes aujourd'hui à Castelsarrasin, accueillie par une ville qui a mis tout en œuvre pour faire renaître le festival. Nous avons bien sûr des ajustements à faire, des enseignements à tirer mais la dynamique est là. Faire vivre Alors chante! dans les salles et chapiteaux mais aussi dans la ville: c'est le défi désormais à relever, après cette édition d'installation" dixit Dominique Janin.

Quelques chiffres :

En tout, 5200 spectateurs, avec des concerts jeune public à succès (1000 personnes dont 500 scolaires) chaque matin.

Dans la salle Jean-Moulin, 800 personnes à Pierre Perret, même affluence pour Vianney  (mandorisé là) et Thomas Dutronc. A la soirée Thiéfaine, on a relevé 600 personnes. Le soir sous le chapiteau, la soirée La Belle Bleue, Chloé Lacan (mandorisé ici) et Yves Jamait n’a pas dépassé 300 personnes. Les quatre après-midis "Découvertes" ont rassemblé à chaque fois une centaine de spectateurs, professionnels et grand public réunis.

En fin d’après-midi, je suis allé à la rencontre d’Yves Jamait (mandorisé là)

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Yves Jamait et un de ses musiciens (échange de couvre-chef). 

alors chante! 30e édition,interview,bilan,yves jamait,tony melvil,mandorInterview :

Alors, ravi de retrouver ce festival ?

J’aime bien l’idée que l’on reprenne ce cépage. Pour moi Alors Chante ! est un cépage. Maintenant, il s’agit de le planter où il faut pour avoir un même bon vin. Ce sera différent, mais il va falloir accepter cette différence. Ce cépage, cela aurait été dommage qu’il crève et qu’on l’oublie. Je n’ai pas du tout envie de comparer avec l’ancien festival, c’est juste une continuité.

Symboliquement, c’était important que vous soyez là pour le retour de ce festival ?

Je suis déjà venu l’année dernière quand ils ont fait la soirée de présentation. Je défends la chanson qu’ils défendent, alors, je me sens bien ici. Être là, c’est une forme de militantisme, mais c’est surtout beaucoup de joie et de plaisir.

A part de la chanson française, vous écoutez quoi comme musique ?alors chante! 30e édition,interview,bilan,yves jamait,tony melvil,mandor

Je ne peux donc pas vous dire que j’écoute pas mal Babx et son Cristal automatique, alors (rire). Sinon, hors hexagone, j’écoute beaucoup Paolo Conte. Je ne suis pas trop anglo-saxon. C’est une histoire de sonorité de langue. J’en ai tellement qui  m’arrive spontanément que je n’ai pas envie de chercher de ce côté-là.  Mais, bon, il m’arrive d’écouter JJ Cale, Léonard Cohen ou Tom Waits. Je ne suis pas très Beatles par exemple. C’est joli, mignon, mais ça ne me touche pas. Je me suis aperçu que ce qui me procurait le plus d’émotion, c’était des chansons françaises.

Vous êtes dans la case « chanson française traditionnelle ». Trouvez-vous que cela est réducteur ?

J’ai une casquette irlandaise, mais j’ai le droit au nom de Gavroche à tire-larigot. Je souffre quand même d’un manque de culture de certains journalistes. Je suis en costume tout le temps, Gavroche alors chante! 30e édition,interview,bilan,yves jamait,tony melvil,mandorn’a jamais été en costume. J’ai 50 balais, Gavroche a donc pris un coup dans la gueule. On me dit que j’ai de la gouaille. Rien n’est plus faux. Il y a des observateurs de cette chanson qui la haïssent et qui, du coup, la travestissent. Si j’étais une autre personne et que je tombais sur un papier sur moi, je n’irais pas me voir. Je me dirais « ça y est, il va nous sortir sa sérénade sous Renaud ». Je suis victime de gros clichetons de bistrot. Il m’arrive de parler de bistrots dans mes chansons, mais j’ai la sensation d’avoir cherché ailleurs. Je trouve qu’on m’enferme dans une caricature dans laquelle je ne parviens pas à sortir. J’en ai marre que l’on dise de moi que je fais de la chanson néo réaliste tendance rock musette. Un peu d’imagination que diable !

En France, il est vrai que les étiquettes sont dures à décoller.

Ça reste. Mon disque a été passé à Didier Varrod à France Inter. Sans l’écouter, il a dit que ce n’était pas pour lui. Si je passais à l’electro, si je me mettais une plume dans le cul, beaucoup continueraient à ne pas le remarquer. Heureusement, mes salles sont pleines, j’ai fait 50 dates depuis le mois de novembre. Je ne fais pas de la chanson pour des gens de la culture tout comme les charcutiers ne font pas de la charcuterie pour les charcutiers. J’ai la chance d’avoir un public qui se retrouve dans une certaine universalité d’émotion que j’essaie de transmettre.

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Voilà, c'est fini.

Merci à Dominique Janin et tous les bénévoles de l'association Chants Libres pour l'organisation sans faille et pour l'accueil chaleureux. Merci à Danièle Molko et toute la sympathique équipe d'Abacaba et enfin merci à Patricia Teglia et Julie Papaye (Aoura, relations presse), les attachées de presse du festival, d'une redoutable efficacité.

A l'année prochaine?

03 juin 2016

Alors Chante! 30e édition (troisième partie) : Hubert-Félix Thiéfaine et Pomme

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(Photo : Francis Vernhet)

alors chante! castelsarrasin,hubert félix thiéfaine,pomme,interview,mandorLe vendredi 6 mai 2016, toujours sous le soleil de Castelsarrasin, Alors Chante ! continue de plus belle sa nouvelle trajectoire, telle une étoile (qui ne sera pas filante) (dites-moi si j’en fais trop !) Dans l’après-midi, les artistes de la scène « découvertes » montrent l’étendue de leur talent. Gatchen’s, Pomme et Minou. Le premier (groupe) propose un voyage en Afrique (magnifique), la seconde (chanteuse) une folk honorable (mais je ne peux pas utiliser un adjectif plus fort, tant le réalisateur personnel de la chanteuse n’a pas été à la hauteur de la situation… la musique s’est parfois transformée en « bruit cacophonique », dommage, car la voix et les textes de la jeune femme semblaient prometteurs), et le troisième (groupe) une pop electro bien ficelé (mais 1000 fois entendues).

J’ai interviewé la jeune Pomme parce que, malgré la difficulté à apprécier son répertoire dans ce contexte-là, j’ai décelé un petit quelque chose qui m’incite à penser qu’elle peut faire un bout de chemin dans le monde de la chanson française.

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alors chante! castelsarrasin,hubert félix thiéfaine,pomme,interview,mandorInterview :

Comment en es-tu venue à faire de la musique ?

Par mes parents qui m'avaient inscrit, ainsi que mes frères et sœurs, au solfège et qui nous ont poussés à jouer d'un instrument de musique. Au départ ce n'était donc pas un choix, mais lorsque mes frères et sœurs ont décidé d'arrêter, de mon côté j'ai souhaité continuer. Au départ c'était vraiment une corvée mais ensuite je me suis rendue compte que j'aimais chanter et jouer des instruments...

C’est important de participer à une scène découverte quand on est un artiste « émergent » ?

Pour moi, c’est une énorme opportunité. Les concerts, c’est ma promotion. Je n’ai aucune radio nationale sur mon projet, donc les concerts, c’est un moyen extraordinaire d’aller voir les gens. C’est intéressant de se mesurer au public et de jouer devant des gens qui ne me connaissent pas. Je suis très fière de participer à ce festival-là, car il est très attaché à la chanson et aux textes.

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(Photo : David Torres)

D’accord, il y avait du public, mais surtout pas mal de personnes du métier.  Programmateurs, directeurs de salles, journalistes… C’est un peu curieux de chanter en sachant que l’on est jugé professionnellement.

J’ai réalisé qu’il y avait des professionnels dans la salle en sortant de scène. Je n’avais pas compris que c’était un concours, donc je n’étais pas dans la compétition. Je suis contente de ne pas l’avoir su avant, ainsi, j’ai pu être zen et chanter comme d’habitude.

alors chante! castelsarrasin,hubert félix thiéfaine,pomme,interview,mandorTu as sorti récemment un EP de quatre titres chez Polydor.

En fait, mon parcours est long. Je ne débarque pas chez Universal par hasard, à 19 ans. En réalité, j’ai commencé les concerts à 14 ans dans des bars lyonnais pendant 3 ans. Je faisais des reprises des Cranberries ou de Dolly Parton, notamment. Les gens ne venaient pas pour m'écouter et j'étais payée en bières (rires), c'était particulier. Un jour, j’ai rencontré le chanteur Matthieu Mendes avec lequel j’ai fait un duo, « Okay ». Il s’est avéré être le single de son album. Beaucoup de gens ont entendu cette chanson et le monde de la musique étant un petit milieu, de fil en aiguille, je me suis retrouvé à avoir un rendez-vous chez Polydor. Avant ce duo, j’écrivais déjà des chansons en français, alors j’ai pu enregistrer cet EP très rapidement.

Si tu écris et composes, tu as aussi des chansons signées Vianney ou Ben Mazué… Pas mal pour un alors chante! castelsarrasin,hubert félix thiéfaine,pomme,interview,mandordébut !

J’avoue, je suis gâtée. Ces chansons sont dans mon répertoire parce qu’elles sont bonnes. Je travaille mon écriture, mais cela ne me dérange pas de chanter les textes des autres quand ils sont meilleurs que les miens et qu’ils me ressemblent et me concernent. Pour dire la vérité, je pourrai faire un album de chansons exclusivement composées et écrites par moi, mais il sortirait dans 5 ou 6 ans. Il faudrait que je sois plus patiente, mais aujourd’hui j’ai envie de vivre mon aventure, alors j’accepte de chanter des chansons que des talentueuses personnes écrivent pour mon projet.

Tu tournes beaucoup en ce moment. Tu fais la première partie de Louane dans les Zénith de France depuis quelques jours. C’est dur de chanter devant des gens qui ne viennent pas pour toi ?

Oui, mais c’est une magnifique expérience. Il faut savoir capter le public avec un univers qui n’a rien à voir avec celui de Louane. Les premières parties, c’est toujours une espèce de défi, mais ce qui est bizarre, c’est que cela me stresse moins que lors de mes propres concerts où les gens ont payé leur place pour me voir… ça me met une pression supplémentaire.

Tu es confiante en ton avenir professionnel?

Non, pas vraiment (gros éclat de rire !) J’ai l’air confiant sur scène, mais en vrai, je suis pleine de doute. J’ai arrêté la fac il y a trois mois pour me consacrer  à la musique, je culpabilise à fond. Je ne sais en aucun cas si ça va durer, si je vais gagner ma vie durablement. Je le fais quand même parce que je trouve que le jeu en vaut la chandelle. C’est un métier hyper incertain.

Ce que j’aime dans ce genre de festival, c’est que nous croisons les artistes du soir, détendus et profitant du temps et du calme régnant. Les Zoufris Maracas, Jules et le Vilain Orchestra, Marcie… et, comme là, les Debout sur le Zinc (bon, ils se font shooter...)

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Après la prestation des jeunes artistes en devenir, une petite cérémonie a été organisée pour remettre le grand prix de l’Académie Charles-Cros à l’immense Hubert-Félix Thiéfaine (le soir, il se produit dans la salle Jean Moulin).

"Quand j'étais jeune, le grand prix de l'Académie Charles-Cros, c'était quelque chose. Il était plus ouvert et des artistes anglo-saxons pouvaient le remporter. Je l'ai eu pour la première fois il y a 20 ans pour "La tentation du bonheur", et j'étais très ému. Je ne savais pas qu'on pouvait l'avoir deux fois!" a dit un Hubert-Félix Thiéfaine, certainement ému, mais qui n’a pas pour habitude de montrer ses sentiments. Ce prix salue son dernier album studio Stratégie de l'inespoir.

Voici quelques photos de la cérémonie…

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A l’issue de cette cérémonie, HF Thiéfaine a bien voulu répondre à mes questions. Et une interview de Thiéfaine n’est jamais très commune.

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(Photo : Francis Vernhet)

alors chante! castelsarrasin,hubert félix thiéfaine,pomme,interview,mandorInterview :

Vous avez été honoré il y a quelques minutes. Est-ce que cela vous touche ?

Il n’y a pas de quoi pavoiser quand on est chanteur, mais bon l’Académie Charles Cros, c’est tout à fait respectable. Elle fait un travail formidable. Depuis l’âge de 15 ans, je suis ceux qu’elle récompense. Mes chanteurs préférés ont tous reçu le Prix de l’Académie Charles Cros.

Votre carrière est extraordinaire. Sans média, vous avez toujours rempli les salles de concert et vendu beaucoup de disques. Etes-vous content de votre sort ?

En règle générale, non. La vie est tellement absurde que c’est difficile de s’en contenter et d’être heureux. Mais quand je me souviens de ma situation quand j’avais 18 ans, avec mes rêves, mes envies, mes premières chansons, je ne pensais pas être là encore aujourd’hui. D’abord, je ne pensais pas vivre aussi longtemps. Je pensais que j’allais avoir une gloire posthume. Ce n’est plus possible aujourd’hui parce qu’on sait que le monde va s’arrêter avec nous.

Vous êtes très optimiste, dites-moi !

On est au bord là ! On ne finit pas le siècle, je vous assure. Autant qu’on le dise aux gens, qu’on les prépare un peu mentalement. Pour revenir à votre dernière question, je me dis, à de rare moment, que j’ai bien bossé… mais je vous rassure, ça me passe très vite.

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Quand vous dites que vous ne pensiez pas vivre longtemps, est-ce que, du coup, chaque jour passé est du bonus ?

C’est un choix pour moi. C’est ma liberté de savoir si je suis vivant ou mort. J’ai choisi de vivre parce que la mort ne m’appartient pas, elle fait ce qu’elle veut. Elle viendra quand elle viendra. Je n’ai pas arrêté mon côté suicidaire, car ça, c’est intrinsèque, mais je le contrôle un peu plus.

Ça veut dire que vous avez acquis une certaine sagesse ?

Non, ça veut dire que je vis pour d’autres, pas pour moi. Plus précisément, j’ai choisi de vivre pour certains autres, pas tous les autres.  Je n’ai pas le cœur assez grand pour accueillir tout le monde dans mon cœur et dans mon âme (rire).

Il y a désormais plusieurs générations qui viennent vous voir et qui vous portent de l’admiration.

Ca me touche terriblement. Pendant toute cette tournée, cela se termine par un standing ovation. Il se passe quelque chose de très fort tous les soirs. Je gémis toujours un peu par rapport aux kilomètres à faire, mais quand je suis arrivé sur le lieu du concert je suis heureux. Je n’échangerais contre rien au monde ce que je ressens quand je suis sur scène.

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(Photo : Francis Vernhet)

Si je vous dis que vous êtes devenu un chanteur populaire, cela vous heurte les oreilles ?

Non, je l’ai toujours été par rapport à mon public. Les jeunes qui viennent parfois avec leurs parents, voire leurs grands-parents, ils ont été bercés par mes chansons. Comme moi j’ai appris les chansons de Berthe Silva quand j’avais trois ans, eux sont tombés dans le Thiéfaine.

alors chante! castelsarrasin,hubert félix thiéfaine,pomme,interview,mandorVous détestez parler de vos chansons. C’est parce qu’elles ne s’expliquent pas ?

J’essaie de mettre en musique ce que je ressens. Ce n’est pas très rationnel, c’est pour ça que j’utilise des chansons. On n’est pas obligé d’être rationnel pour communiquer avec les autres. Le public qui connait par cœur mes textes sait que j’ai choisi les vrais bons mots pour définir les choses dont on ne peut pas parler rationnellement. Ces bons mots, il faut parfois les chercher très profondément en soi. C’est la raison pour laquelle je refuse de parler de mes chansons. Je casserais ce que j’ai réussi à faire avec le texte.

Sortir un album live, ça ne vous gêne pas ?

Si, ça me gêne parce que les maisons de disque deviennent de plus en plus dures avec les artistes. On n’a pas vraiment le choix.

Finalement, vous êtes rentré dans le système ?

Je l’ai toujours été. J’ai toujours vendu mes disques dans de grosses maisons de disques. Par contre, au niveau scène, j’ai ma propre société de production. J’ai trouvé un bon équilibre… au moins dans ma vie professionnelle.

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31 mai 2016

Alors CHANTE! 30e édition (deuxième partie) : Zaza Fournier (et un peu Vianney)

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alors chante!,bilan,zaza fournier,interview,mandorLa deuxième journée d’Alors Chante ! (le 5 mai 2016) a vu arriver un public plus nombreux que la veille. Au programme de la soirée Vianney et Thomas Dutronc dans la salle Jean Moulin et Valerian Renault (remplaçant Maissiat qui n’est pas venue pour des raisons techniques) et la Grande Sophie sous le chapiteau.

Après avoir découvert Danny Buckton Trio et JB Notché et réapprécié à sa juste et énorme valeur la chanteuse K !, je suis allé à la rencontre de Zaza Fournier qui ouvre le spectacle de Vianney et Dutronc fils.

Petit aparté. Dans l’après-midi, j’ai croisé Vianney flânant au bord de la Garonne… et comme je le connais un peu, nous avons discuté… et posé comme deux touristes.

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Camille Fournier, alias Zaza, donc (mandorisée ici le 28 septembre 2008 lors des Muzik’Elles de Meaux). Elle est devenue chanteuse en cours de théâtre, improvisant au cours Florent sur le thème « Qu’est-ce qu’un homme, qu’est-ce qu’une femme ? ». Zaza Fournier, passée à l’accordéon sur le tard, mais à l’accordéon par le biais du rock. Pour son troisième album, Le Départ, elle a recruté le musicien et réalisateur britannique MaJiKer (qui avait produit Le Fil de Camille). Il l’a emmené vers un travail très ludique sur le rythme et la voix. Dans Le Départ, il est question de paupières closes et de nuits blanches, de sentiment d'imposture et de mensonge. Notamment.

alors chante!,bilan,zaza fournier,interview,mandorInterview :

Es-tu déjà venue à  Alors Chante ! ?

Oui, je suis venue à Montauban pour mon deuxième album.  Je ne te cache pas que j’en garde un souvenir mitigé. Cela avait été compliqué pour moi, parce que je n’avais pas la notion que c’était un concours. J’ai compris presque au dernier moment. Ai-je fait un déni ? Je ne sais pas. J’ai un rapport à la compétition un peu compliqué. Ça me tétanise et je ne sais pas pourquoi. A l’époque où je faisais des études de théâtre,  le conservatoire, les grandes écoles, c’était une période dure pour moi.

Tu es revenue l’année dernière pour participer à la soirée de soutien, ici.

Oui, comme j’avais été très déçue par ma participation à Montauban, j’étais ravie de revenir à Castelsarrasin pour la nouvelle vie d’Alors Chante !. Je trouve qu’il y a une vraie famille autour de ce nouveau festival.

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Quelques minutes avant l'interview...

Ton troisième album, Le départ, est dans la même veine que les deux précédents.alors chante!,bilan,zaza fournier,interview,mandor

Je veux une cohérence dans ma discographie. A aucun moment, je n’ai décidé de switcher tout ça pour faire autre chose. Entre le premier album sorti en 2008 et celui-ci, 8 ans se sont écoulés. Je ne me sens pas la même personne et je trouve logique qu’il y ait une évolution, même si elle est discrète.

C’est difficile de durer dans ce métier?

La seule chose que j’ai compris, c’est qu’il n’y a pas de recettes, d’idées à comprendre pour faire en sorte de durer. Moi, je m’efforce de  faire que ce que j’ai envie de faire. Entre la première fois où je me suis mise à faire des chansons et aujourd’hui, je ne fais plus de compromis. Au début, je bossais avec un label, des collaborateurs, je ne comprenais rien à rien, je me laissais un peu diriger sans réfléchir. Aujourd’hui, je me force à écouter la petite voix intérieure… et ce, en toutes circonstances.

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Zaza Fournier sur scène avec son acolyte MaJiKer (piano Beatbox).

alors chante!,bilan,zaza fournier,interview,mandorA quand le quatrième album ?

Je suis en plein dedans. D’ailleurs, cette fois-ci, je ne pense pas en termes d’album. Ce schéma de fonctionnement m’a un peu fatigué. J’aime bien quand les gens partent de mes spectacles en se disant « je ne sais pas trop bien ce que j’ai vu ». Mon envie est d’aller plus loin dans cette idée-là et de monter un spectacle. Je suis en train de l’écrire et de réunir des gens pour le faire avec moi. Je pense que l’année prochaine, je proposerai ça. L’album viendra dans la foulée, mais ce n’est pas lui qui va tirer l’ensemble du projet.

Je te trouve à part des autres chanteuses.

Ce qui compte le plus au monde, pas qu’en musique d’ailleurs, c’est d’être au plus près de sa singularité. Par définition, nous sommes tous uniques. Ce qui nous tue est ce qu’on nous apprend à faire toute la journée. On nous explique comment être socialement acceptable et on nous demande d’être définissables. Ce qui m’angoisse le plus dans la vie, c’est d’avoir à me définir. Je ne le fais donc pas. C’est chiant pour les autres et pour moi-même, mais je me sens plus vivante et plus en mouvement comme ça.

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Zaza Fournier après l'interview.

En fin d'après-midi, un petit pot « à la bonne franquette » a été offert aux membres du jury et quelques professionnels présents. Au programme : saucisson, Saint Nectaire (le meilleur du monde ramené par un membre du jury) et quelques bouteilles de vins (de toutes les couleurs). Moment très convivial. 

Bref, la journée fut bonne...

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Benjamin Valentie, le rédacteur en chef de FrancoFans servant le directeur du festival de Pause Guitare sous l’œil amusé de Dominique Janin, présidente de l'association Chants Libres qui organise cette édition d'Alors Chante!.

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30 mai 2016

Alors CHANTE! 30e édition (première partie) : Pierre Perret.

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(Photo : Rémy Gabalda (AFP) )

alors chante! castelsarrasin,interview,pierre perretAlors... Chante ! nouvelle version a réussi son pari. Passé à la trappe en 2014 (pour d’obscures raisons pas toujours très belles, donc je les tais), ce festival que les amateurs de chansons françaises chérissaient tant, a fait un retour dans une nouvelle ville, Castelsarrasin. Un retour prudent. Cinq concerts ont été annulés pour ne pas déséquilibrer le budget (genre de nouvelle qui ne rassure pas, à priori).Mais bon, Pierre Perret, HF Thiéfaine, Yves Jamait, Thomas Dutronc, Vianney, Alexis HK, La Grande Sophie, Radio Elvis, Zaza Fournier, Debout sur le Zinc, Chloé Lacan et quelques autres étaient de la partie, c’est dire si je n’ai pas perdu mon temps. Au contraire.

Je ne vais pas revenir sur les invités, les concerts, l’ambiance, mes amis journalistes présents ont fait un sacré beau boulot (et ils semblaient plutôt enthousiastes!)

Voici notamment les points de vue de Patrice Demailly pour RFI Musique (ici), Yannick Delneste pour Sud Ouest (, , et ), Benjamin Valentie pour FrancoFans (ici).

Alors Chante ! a réuni 5200 spectateurs. L'opération séduction de cette manifestation a pris timidement, mais sûrement. Au-delà des chiffres, cette édition restera celle d'un renouveau et laisse à penser que celle de 2016 sera prometteuse.

Ce que je peux dire, c’est que j’ai passé quatre jours exceptionnels. J’ai découvert de nombreux artistes « émergents » (qui chaque après-midi jouaient chacun durant 45 minutes). Du bon, du convenu, de l’original, du moderne, du classique… il y en avait pour tous les goûts.

Je ne fais jamais de « live report » n’étant pas très bon dans cet exercice. Raconter un concert, je n’y parviens pas. Un concert ne se raconte pas. Il se voit.  Je vais me contenter de mettre en ligne les différentes interviews réalisées sur place.

Avant cela, je voulais remercier Dominique Janin, la grande ordonnatrice de ce festival (présidente de l’association Chants Libres) qui a eu le courage de reprendre en main Alors Chante !. Je pense aussi à son équipe de bénévoles (seul, on ne fait rien) pour leur professionnalisme, leur engouement, leur accueil et leur amour de la chanson française. Je tire mon chapeau à ce beau monde, mais aussi à l'équipe d'Abacaba pour l'organisation et la programmation. Un grand merci aussi à Patricia Téglia et Julie Papaye, les deux attachées de presse qui ont accédé à tous mes desiderata (raisonnables, je précise).

Première interview, Pierre Perret, l’enfant du pays. L’enfant de la ville, même.

Déjà, en septembre 2015, il était la tête d'affiche d'un concert de soutien et de préfiguration sur la place de la sous-préfecture. Le 4 mai, c’était donc son premier vrai concert à Castelsarrasin. Dans l’après-midi, il a reçu sur place le Grand Prix Chanson In Honorem de l'Académie Charles Cros.

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Le nouveau maire de la ville, Jean-Philippe Besiers, en a profité pour dévoiler le buste du chanteur signé du sculpteur toulousain Sébastien Langloïs (voir plus bas). L'œuvre sera exposée à la galerie municipale.

alors chante! castelsarrasin,interview,pierre perretLe soir, donc, une salle pleine à craquer par 800 personnes acquises à sa cause. Des guests, comme les Blankass, Alexis HK et Nolwenn Leroy l’ont accompagné. Pierre Perret au moment de quitter la scène est aux bords des larmes. Et le public en a eu pour son argent : des tubes, des chansons grivoises, des rires et des sourires… et beaucoup d’émotion. Perret a fait le tour de soixante ans de carrière, vertigineux retour en arrière dans les souvenirs de chacun.

Le lendemain du concert, le 5 mai, il a accepté de s’entretenir avec moi à son hôtel (Le Moulin à Moissac).

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Avant le concert, Pierre Perret accompagné notamment de Nolwenn Leroy et de Dominique Janin. 


alors chante! castelsarrasin,interview,pierre perretInterview :

Pierre Perret qui donne un vrai concert chez lui pour la première fois, après 60 ans de carrière, c’est un évènement que je suis fier d’avoir vu.

Et moi que je suis fier d’avoir enfin pu concrétiser. A cause du précédent maire qui ne m’aimait pas, je n’ai jamais pu chanter ici. C’est incompréhensible, car nous ne nous connaissions pas. C’était le fait du prince. C’est comme ça, c’est tout.

Il y a donc eu une charge émotionnelle supplémentaire de chanter hier à Castelsarrasin ?

Malgré moi, j’ai dit « enfin ! ». Vous l’avez vu vous-même, la salle était debout et très réceptive. C’était tellement magique que j’ai chanté 2 heures 20. On aurait pu continuer longtemps à « communier » ensemble.

alors chante! castelsarrasin,interview,pierre perret

alors chante! castelsarrasin,interview,pierre perretDans l’après-midi, le nouveau maire a dévoilé un nouveau buste de vous. Ça vous a ému ?

Bien sûr. En plus, je n’étais pas au courant. On m’avait bien dit qu’il se préparait quelque chose, mais je ne savais pas quoi. J’étais loin de m’imaginer une telle espièglerie (rire).

Aimez-vous les honneurs ?

Je ne suis pas d’une nature contrariante, mais je n’ai jamais rien demandé. La légion d’honneur, il faut la demander. Moi, je l’ai reçu sans rien demandé. C’est unique je crois. Un jour, mon copain Michel Rocard m’a dit « je te remets la légion d’honneur cette semaine, il n’y a pas à revenir là-dessus ».

Vous avez reçu toutes les récompenses possibles.

Du Grand Prix de la Sacem à l’Ordre du Mérite en passant par la Légion d’honneur. Ce qui m’a le plus touché, c’est la première école qui a porté mon nom. C’est un symbole magnifique. Aujourd’hui, il y en a plus de 30. C’est un record en France pour une personne vivante.

Il faut vous demander l’autorisation pour cela ?

Oui. Ils appellent et ma femme répond toujours que je serai très honoré. Ce qui est vrai. Je vais inaugurer chaque école sans exception et à chaque fois, il y a beaucoup d’émotion. Souvent, les enfants chantent « Mon p’tit loup », « Lili » ou « La cage aux oiseaux »… ça me fait pleurer.

Vos chansons fédèrent toutes les couches de notre société et tous les âges.

Même si les vieux schnocks comme moi m’aiment bien, ça me touche plus quand je sais que je suis apprécié  par les enfants. L’avenir de la France de demain, ce sont les enfants et j’aime l’idée que mes chansons fassent partie de leur vie, les accompagne. Bon, quand je vois arriver des enfants qui me disent « c’est ma grand-mère qui m’a appris tes chansons », ça m’énerve un peu (rire).

Je trouve que vous avez un public très respectueux et attentif quand vous chantez de nouvelles chansons. Ça vous fait plaisir que l’on ne s’attarde pas que sur vos succès ?

Quand je chante « Femme battue » qu’a chantée Nolwenn Leroy hier soir, ou « La femme grillagée », il y a un silence dans la salle et on sent le poids de l’émotion.

alors chante! castelsarrasin,interview,pierre perretNolwenn Leroy vous a rendu un hommage très émouvant.

Elle est mignonne et très gentille.

Debout sur le Zinc, les Blankass, Les Ogres de Barbak se revendiquent de vous. Ils sont fans de vous.

Les Têtes Raides aussi. Ces jeunots aiment mes chansons et ça me fait un plaisir inouï. Ça me touche infiniment d’être une sorte de modèle, même si je sais qu’ils ont d’autres références, je suis déjà bien heureux d’en être une parcelle.

Vous vous habituez au succès, aux salles remplies ?

Quand vous arrivez aux Vieilles Charrues devant 55 000 personnes, croyez-moi, vous recevez une dose d’amour incroyable. Jean-Philippe Quignon, le créateur des Vieilles Charrues, aujourd’hui décédé, a dit un jour à l’AFP que la plus grosse émotion qu’il a eue en 20 ans de Vieilles Charrues, c’était le concert de Pierre Perret et juste après celui de Manu Chao. Ce type de déclaration me conforte dans l’idée que j’ai raison de continuer à faire ce métier.

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Vous ne vous lassez jamais de la scène ?

Si je me lassais un quart de seconde sur scène, je partirais en courant. Je ne peux pas rentrer sur scène impavide, sans envie d’y être. Je fais trois pas sur scène et déjà on me dit qu’on m’aime. J’ai la faiblesse de suivre mon ego.

Vous faites tellement partie de nos vies depuis longtemps.

Il y a une histoire de partage entre le public et moi. De plus, je crois que les gens aiment mon intégrité. Ils savent que je me suis toujours investi tout seul dans ce que j’ai fait. J’ai chéri mon indépendance très tôt et je n’ai rien demandé à personne Je suis un franc-tireur total. Les Ogres de Barbak disent de moi que je suis le punk suprême (rire).

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Parfois, vous vous faites emmerder, notamment par le Nouvel Obs ou même par Guy Béart.

Ce sont des histoires de jalousies et de bêtises à l’état pur. Je ne suis envieux et jaloux de personne. Quelqu’un a du succès, je suis content pour lui.

Avez-vous eu la vie idéale ?

Il faut traverser la vie en vivant la passion qui vous anime… quand on en a une. Ce n’est pas anodin et ce n’est pas donné à n’importe qui. Il y a plein de gens qui s’emmerdent au quotidien à faire des choses qu’ils n’aiment pas faire. J’estime que j’ai eu une grande chance.

Avoir la responsabilité de rendre heureux les gens, c’est lourd à porter ?

Oui, parce qu’à chaque fois que je planche dans l’obscurité  pour écrire avec mon stylo sur mon cahier d’écolier, je me pose toujours la question de savoir si cela va être partagé, compris, apprécié. Parfois, je peux réfléchir à une chanson cinq ans avant d’en être satisfait, avant d’estimer qu’elle peut toucher le public

Vous avez été tricard dans les médias un moment.

Mais je le suis encore. Je suis tricard dans les médias depuis tout le temps, mais le public s’en fout. Les gens suivent les modes et moi, je n’ai jamais été à la mode, donc jamais démodés. J’ai toujours fait les chansons et la musique de mon cœur.

A part vous, qui peut chanter des chansons de cul sans choquer ?alors chante! castelsarrasin,interview,pierre perret

J’ai fait beaucoup de chansons paillardes parce que je n’ai aucune inhibition. Vous savez, c’est très difficile d’aborder ces rivages-là. La chanson qui polarise ce type d’étiquette que je me suis collé, c’est « Le zizi ». C’est vraiment une chanson militante pour moi. Pour la première fois, une chanson évoque un sujet qui est complètement tabou. Je parle de sexe pendant 4 minutes. La seule certitude que j’avais, et là, je me trompais lourdement, c’était de penser que cela ne passerait jamais nulle part. C’était la douzième de l’album, c’est dire si j’y croyais. Europe 1 s’est emparé d’elle et la passait sur toutes les tranches horaires. J’ai vendu des millions de 45 tours. Ce sont les gosses qui ont fait acheter le disque et qui chantait ça à la récrée. Ça les faisait tellement rire de braver l’interdit. Pareil pour Tonton Cristobal. Un copain instituteur me disait qu’à l’école, les enfants chantaient « Il en a le cul cousu, il en a le cul cousu ».

Vous êtes un des chanteurs français les plus subversifs.

Oui, et la subversion a toujours dérangé. J’écris des chansons au cordeau. J’aime quand elles  provoquent des réactions et font réfléchir.  

La question qui tue : votre prochaine chanson choc qui pourrait devenir un standard, ce sera sur quel thème ?

Sur mon prochain album qui verra le jour dans quelques mois, j’ai déjà une chanson intitulée « Le pédophile ». On risque de beaucoup en parler…

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Le 5 mai, après l'interview.

29 mai 2016

Audrey Jougla : interview pour Profession : animal de laboratoire

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(Photo : Lou Sarda)

audrey jougla,profession :animal de laboratoire,interview,mandorAudrey Jougla est une femme de conviction sacrément courageuse. Elle force le respect. Après plusieurs années d'un engagement forcené aux côtés d’associations militant pour les droits des animaux, elle livre dans Profession : animal de laboratoire un récit sans concession sur l'enfer vécu par les animaux de laboratoire. Comme l’explique l’argumentaire de presse, « au risque de se mettre en danger, elle nous embarque en caméra cachée dans les sous-sols interdits des laboratoires publics et privés où se cache une réalité atroce : celle de l'expérimentation animale. Dans ces lieux surprotégés, se pratique une violence quotidienne et systématique souvent ignorée du grand public. Cette année, le débat sur la vivisection a enfin été relancé grâce à l’initiative citoyenne ICE qui a demandé officiellement à la commission européenne de mettre fin aux expérimentations animales en rendant obligatoires les méthodes substitutives qui obtiennent de meilleurs résultats sur l'homme. »

« En 2016, une prise de conscience sur le sujet encore tabou de la souffrance animale est plus que jamais nécessaire. Le citoyen du XXIe siècle ne peut plus ignorer les questions fondamentales de son rapport à l'animal, à la science et aux valeurs humanistes » explique Audrey Jougla

Le 27 avril dernier, Audrey Jougla est passé à Webedia pour une longue interview sur cet essai nourri d'une réflexion très documentée aux révélations impitoyables.

4e de couverture :audrey jougla,profession :animal de laboratoire,interview,mandor

Pendant plus d'un an, Audrey Jougla a enquêté en caméra cachée dans les laboratoires publics et privés français pour comprendre la réalité de l'expérimentation animale.
Quels sont les tests pratiqués aujourd'hui ? Dans quel but ? En Europe, plus de 11,5 millions d'animaux subissent chaque année des tests, qui ne concernent pas seulement les rongeurs mais de nombreuses espèces familières comme les chats, les chiens, les chevaux ou les singes.
En poussant les portes de ces lieux interdits au grand public, où personne n'a encore pu accéder sans effraction, Audrey Jougla nous embarque dans le récit de son aventure aux côtés des militants de la cause animale.
Une enquête inédite et un récit saisissant sur la souffrance infligée aux animaux, qui interroge notre humanité face à l'absurdité de la violence.

L’auteur :

Diplômée de Sciences Po Paris, Audrey Jougla a été journaliste avant de reprendre ses études de philosophie. Passionnée d’éthique animale, elle obtient les félicitations du jury pour son mémoire de recherche sur la question de l’expérimentation animale comme « mal nécessaire ». Elle est co-auteur de Nourrir les hommes, Un dictionnaire (Atlande, 2009).

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(Photo : Romain Lutringer)

audrey jougla,profession :animal de laboratoire,interview,mandorInterview:

Ce qui m’a surpris, c’est que j’ai lu ton livre comme un thriller.

J’ai raconté simplement, chronologiquement l’enquête et toutes les phases par lesquelles je suis passée. Il ne s’agissait ni de faire quelque chose de théorique, ni quelque chose de journalistique. Je voulais qu’il y ait de l’émotion et que ce livre soit incarné.

Cette cause te touche-t-elle depuis longtemps ?

Je suis végétarienne depuis toute petite. Pendant longtemps, je n’ai rien fait pour les animaux, je faisais juste un chèque pour certaines associations. A 25 ans, je me suis dit qu’il fallait que je milite activement. J’ai commencé à tracter et  à manifester.

Tracter t’as apporté beaucoup ?

C’est une excellente formation. On apprend tout en tractant. On a très peu de temps et on est souvent face à des réactions épidermiques chez les gens. On constate les préjugés qui nous reviennent constamment.

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Tracter, défiler...

On vous reproche quoi le plus souvent ?audrey jougla,profession :animal de laboratoire,interview,mandor

On nous demande souvent pourquoi on ne fait pas ça pour les humains.

Ça se tient comme argument, non ?

Non, chacun milite pour les causes qui leur semble les plus adaptés à son combat. Je défends les animaux, ce n’est pas pour autant que j’en n’ai rien à foutre des humains. C’est une question de sensibilité personnelle. Très souvent, les gens qui disent ça ne font pas forcément quelque chose pour les autres.

Te souviens-tu du déclic qui t’as incité à écrire ce livre ?

Oui. Je me suis rendue à une manifestation contre la vivisection organisée par plusieurs associations à Paris et j’ai été choquée par les images. Je n’en avais jamais vu autant et je me suis posée la question de leur véracité. Je me demandais si c’étaient des images d’aujourd’hui ou de vieilles archives. Enquêter pour savoir comment l’expérimentation animale se passait en France de nos jours m’a paru essentiel.

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Le 5 septembre 2015 à l’appel du CCE2A (Collectif Contre l’Expérimentation et l’Exploitation Animales) afin de dénoncer la barbarie de l’expérimentation animale et de mettre en avant les méthodes substitutives. Plus de 30 associations étaient représentées.

Il y a 12 millions d’animaux en Europe, toutes espèces confondues, qui ont été sacrifiés sur l’autel de la science chaque année, alors que tu expliques qu’il y a des solutions de remplacements pour éviter ces carnages.

En infiltrant ce milieu, j’ai assisté à des scènes de violences insoutenables et je n’ai rien pu faire ou dire par peur d’être démasquée. J’ai été révoltée en écoutant les argumentations et justifications à tous ses massacres. Je me suis vite rendu compte que les propos tenus ne tenaient pas la route. En gros, les gens qui expérimentent expliquent qu’ils font le sale boulot que la société ne veut pas faire. Ils disent qu’on ne change pas un protocole qui marche, qu’ils ont toujours fait ainsi… On ne peut pas justifier le mal avec ces arguments. Les laboratoires sont censés utiliser les méthodes alternatives, mais ils n’ont aucune contrainte et incitation à les chercher.

Tu as pris des risques en infiltrant les labos. C’est un vrai travail d’investigation. Tu n’as pas eu peur parfois ?

J’ai eu peur à la publication du livre. Au début, je voulais le publier sous pseudonyme, mais très vite j’ai considéré que ça allait à l’encontre du fait de dévoiler quelque chose. Si je ne mets pas mon nom, ça amoindrit l’impact. Tout ce que je dis est vrai et attesté. J’ai les sources de tout, comme les enregistrements par exemple. Ce qui est surprenant, c’est que j’ai eu une sorte de culpabilité par rapport aux gens à qui j’ai menti, même à ceux qui travaillent dans les labos. Cette sorte de trahison m’a longtemps habité.

Il faut préciser que tu as rencontré pas mal de personnes, parmi lesquelles des gens qui t’ont fait confiance.

Humainement, on noue des relations avec des gens qui ne sont ni des barbares, ni des sadiques. C’est très facile quand on est militant de les diaboliser, mais quand on les côtoie, ce n’est plus du tout pareil. Après, on se ressaisi en se rappelant que ce qu’ils font n’est pas justifiable.

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3 mois jour pour jour après le rejet de l’ICE Stop Vivisection, un happening d’envergure régionale réunissant une centaine de personnes a eu lieu à Lyon le 03 octobre 2015 pour maintenir la pression sur les autorités locales et nationales. Plusieurs stands de sensibilisation au véganisme et à l’expérimentation animale ont également eu lieu partout en France, avec la participation à plusieurs reprises d’Audrey Jougla.

Parfois, certains chercheurs des laboratoires t’ont impressionné, voire ont presque fait vaciller tes convictions.

L’autorité de la blouse blanche impressionne beaucoup. On est face à des « sachant », des gens qui ont une autorité, une expertise. Je me suis souvent demandée qui j’étais pour remettre leur propos en cause. Avec cette situation de messianisme scientifique, le débat est quasi inexistant et le grand public est tout le temps mis en défaut par rapport à ça. C’est détestable parce que l’on se rend compte que l’on confie l’autorité du jugement sur le débat à des gens qui sont juges et parties. Il y a donc très peu de débat public sur l’expérimentation animale parce que c’est très technique.

Qu’as-tu vu en pénétrant dans les laboratoires ?

J’ai vu des singes, des chiens, des chats, des rongeurs. Même si je suis très émotive, j’ai pu résister à la tentation de pleurer, vomir ou m’insurger… c’est l’utilité de ce que je faisais qui a pris le pas.

Tu expliques aussi que ces expériences sont parfois utiles. Ce que j’aime bien dans ton livre, c’est qu’il est très objectif.

La question de l’utilité des expériences est intéressante. Pour certaines expériences utiles et nécessaires à la santé humaine, il n’y a pas de méthodes alternatives, ça n’invalide pas la souffrance et le débat moral.

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Toujours expliquer son combat.

Tu cites des marques, des noms de laboratoires. Tu n’as pas eu de problèmes à la sortie de ton livre ?

Non, je n’ai pas reçu de menaces sur ma personne. Mais il y a eu beaucoup de pressions chez les médias pour ne pas m’inviter. Certains labos sont annonceurs dans certaines chaines de télé ou radio et dans certains magazines.

J’aime le fait que ton livre ne soit pas à charge. Ça le rend crédible.

Pour moi, c’était essentiel d’être le plus honnête possible par rapport à tous ce que j’avais pu entendre et ce que l’on m’avait dit. Ce qui est dramatique dans ce débat-là, c’est qu’il n’y a pas une vérité. Il y a des gens démunis qui travaillent dans des laboratoires qui disent « c’est terrible ce qu’il se passe, mais comment peut-on faire autrement ? » La législation oblige les tests sur les animaux avant de commercialiser les médicaments.

Tu t’es intéressée à la psychologie des gens qui font des expériences parce qu’on est quand même sur de la souffrance quotidienne et quasi permanente.

On entend souvent dire que ce sont des sadiques. Je pense en fait que tout est fait pour qu’il y ait une distance avec l’animal. Il est vraiment considéré comme du matériel.

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La place de la République était remplie de monde le 12 septembre 2015, lors de la journée organisée par la Fuda. Et Jeanne Mas et Raphael Mezrahi faisaient partie des militants présents

Les défenseurs de la cause animale, tes amis, ont fini par se méfier de toi lors de ton enquête.

Il y a eu un moment où c’était compliqué parce que je n’avais mis personne dans la confidence. Mes parents, mon ami, mes amis n’étaient pas au courant. Je me disais qu’ils allaient me décourager et qu’ils allaient avoir peur pour moi. Parmi les deux seuls militants de la cause animale qui étaient au courant, il y a un qui a considéré que j’étais passée de l’autre côté parce que je lui avais fait part de mes doutes. J’en étais arrivée à un point où je me demandais si les chercheurs n’avaient pas finalement raison. Je me suis ressaisie parce que la seule chose sur laquelle tout le monde est d’accord, c’est la souffrance des animaux.

Quelle est la conclusion de ton enquête ?

Sur un sujet comme celui-ci, on a trop tendance à évincer le débat sous prétexte que c’est médical et scientifique. On a tendance à penser que l’expérimentation animale est faite pour le bien être supérieur de l’humanité et on oublie la rentabilité. Les laboratoires ne sont pas des philanthropes, il y a des exigences derrière qui sont commerciales.

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Pendant l'interview...

Que peut-on faire ?

Mutualiser les résultats, créer une plateforme avec les méthodes alternatives en fonction des protocoles, avoir des subventions pour les méthodes sans animaux… Il y a plein de choses qui peuvent se faire.

Tes amis de la cause animale sont-ils rassurés sur tes convictions aujourd’hui ?

Ils m’avaient vu disparaitre pendant pas mal de temps. Le fait de pouvoir les retrouver, de revenir militer sur le terrain, avec le livre, c’est un soulagement. Ils ont compris mon absence et mon silence.

Les droits de ton livre sont versés à quatre associations.

Oui, le Collectif contre l'expérimentation et l'exploitation animale (CCE2A), International Campaigns, Antidote Europe et Pro Anima.

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Le 27 avril 2016, après l'interview.

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24 mai 2016

Emma Daumas : interview pour son roman Supernova et son EP Vivante

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(Photo : Serge Verglas)

emma daumas,supernova,vivante,interview,mandorEmma Daumas est une chanteuse. Mais plus uniquement. Elle est désormais également une auteure. Certes, ce qu’elle raconte dans Supernova (Editions Scrinéo) est proche d’une réalité qu’elle a côtoyée parfois de loin et souvent de très près, il n’en reste pas moins que l’on sent un souffle romanesque et un sens de la narration très prometteur.

J’avais déjà rencontré la chanteuse il y a 10 ans. L’éternelle histoire d’un journaliste qui interviewait une chanteuse de plus à son palmarès et d’une chanteuse qui répondait aux questions d’un énième journaliste. Il ne s’était rien passé humainement.

Et puis, récemment (en avril dernier) nous nous sommes retrouvés au 14e Salon du livre et de la chanson de Randan, tous les deux comme auteurs et pas franchement habitués à être de ce côté-là de la barrière. Une amitié immédiate est née.

Je l’ai donc revu le 29 avril dernier dans le salon du charmant Hôtel Joséphine, au pied de Montmartre, pour évoquer ce livre et son nouvel EP au nom merveilleusement bien choisi : Vivante.

4e de couverture :emma daumas,supernova,vivante,interview,mandor

C’est l’histoire d’Annabelle, seize ans, une jolie petite chanteuse de province et de son avatar, Bella, créature née de sa participation à « Starcatcher », télé-crochet en vogue servant de fusée médiatique aux adolescents en quête de poussière d’étoiles.

Pas de suspense factice dans ce récit où l’extinction violente d’une gloire est programmée à sa naissance. Il est question ici de l’initiation d’une jeune fille à la vie des grands, sous sa forme la plus cynique et exaltante qui soit. Une formation accélérée qui entraîne inexorablement la mort des illusions.

Dans un monde de spectacle et d’exhibition, où l’on confond amour et séduction, narcissisme et respect de soi, comment Annabelle réussira-t-elle à retrouver le chemin vers la vraie lumière, sa lumière intérieure ?

emma daumas,supernova,vivante,interview,mandorL’auteure (photo : Eric Vernazobres) :

Après la Star Academy en 2002, trois albums chez Polydor, un livre-disque pour enfants, Emma Daumas finit par poser ses valises dans sa Provence natale pour y fonder une famille et peaufiner sa démarche d’auteure.

En 2012, elle entame l’écriture de nouvelles chansons sous le regard bienveillant de Maxime Le Forestier, qui lui donne de nombreuses clefs et la confiance qui lui manquaient pour pouvoir écrire, enfin seule. Elle navigue depuis entre la musique, l’écriture et des aventures artistiques en tous genres, notamment dans le monde de l’art contemporain. Du reste un EP (mini album de 6 titres) est prévu en mai 2016, et un album à suivre.

En 2014, sa rencontre avec l’éditeur Jean-Paul Arif lui donne l’élan pour entamer l’écriture d’un roman à partir de son expérience de téléréalité, un texte qui sommeillait en elle depuis longtemps. Supernova est le fruit d’une longue réflexion sur les effets de ce qui fut un grand bouleversement dans sa vie.

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emma daumas,supernova,vivante,interview,mandorInterview :

Ecrire un premier livre, c’est compliqué ?

Ce n’est pas de tout repos. C’est l’éditeur Jean-Paul Arif qui m’a lancé ce challenge. Je lui avais fait lire des fables que j’écrivais et que je voulais publier dans son magazine L’éléphant. Il a aimé, mais mon parcours l’intéressait particulièrement. Il a préféré que j’écrive un roman.

Et tu t’es lancée directement ?

J’ai commencé à écrire sur des personnages et, très vite, j’ai eu ma trame. J’ai eu des visions de scènes importantes, comme des petits flashs. Deux mois plus tard, pour me rassurer, j’ai demandé à Jean-Paul de lire la première partie de mon livre. Il y a eu beaucoup d’évolution dans l’écriture entre le moment où j’ai commencé et celui où j’ai envoyé le résultat pour la première fois. Déjà, je suis passée de la troisième personne à la première. Je voulais l’identification du personnage pour qu’il soit au plus proche d’Annabelle et, ainsi, mieux rentrer dans les émotions. Il ne fallait pas que je craigne la confusion et la schizophrénie. Il y avait une ambiguïté, mais il fallait que je l’assume. En disant « je » et en lui faisant vivre des choses que je n’ai pas vécues, j’ai pu commencer à me détacher d’elle.  Dès que la première partie a été validée, que j’ai assumé et trouvé la forme, c’était parti. J’ai écrit une première version, puis une deuxième largement retravaillée. Il y a eu des suggestions et des discussions avec mon éditeur, puis j’ai pris un peu de recul. Je l’ai posé un petit mois et j’ai fait quelques ajustements. Ce livre m’a pris 14 mois. 

Ecrire un livre demande de la rigueur quotidienne. Tu y es parvenue ?emma daumas,supernova,vivante,interview,mandor

Je t’avoue qu’il y a eu des moments où j’ai plus traîné la patte que d’autres, mais j’ai été sauvée par la discipline. Quand on est maman et qu’en plus on travaille sur de nouvelles chansons, c’est essentiel de s’imposer un cadre d’écriture très strict.

Est-ce que parfois, ça t’a remué de te replonger dans les souvenirs de cette période-là ?

La dynamique a pris le pas sur les émotions que je pouvais ressentir. Cette rigueur que je m’étais imposée m’a permis d’aller au bout sans trop être chamboulée.

Au-delà de l’histoire d’une jeune fille à la notoriété aussi soudaine que stupéfiante qui explose en pleine vol, il est aussi question d’amour, d’amitié, de relation sœur-sœur, fille-mère, fille-beau-père.

Il fallait qu’elle soit confrontée au maximum de problématiques. J’ai essayé d’être réaliste tout en inventant des choses. Il y de nombreuses scènes/évènements/situations vécus par moi, d’autres vus chez les autres.

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Starcatcher = StarAcademy (version 2002) : un peu, mais pas tout à fait. 

emma daumas,supernova,vivante,interview,mandorTu as été très méchante avec ton héroïne.

(Rire). Je ne lui ai rien épargné, je suis d’accord. C’était aussi ça, la jouissance de mon roman.

Le moment où on apprend qui est le beau-père d’Annabelle m’a glacé le sang. Je ne peux pas dire ici pourquoi, mais franchement, c’est très fort.

Quand elle apprend qui est son nouveau beau-père, elle, et les lecteurs, ont une réaction épidermique. Cette intrusion dans son cocon fait froid dans le dos à tout le monde. Dans le cas présent, l’humain reprend le pas sur le mythe. Voilà, je ne peux rien dire de plus pour ne pas spoiler mon propre livre.

Annabelle fait souvent les mauvais choix dans sa vie personnelle et personnelle…

Ce n’est pas un livre uniquement sur le système, mais aussi sur la personne elle-même. Souvent, Annabelle fait effectivement les mauvais choix. Je montre ce qu’une jeune fille est capable ou n’est pas capable de faire pour continuer à alimenter ce système et continuer à en faire partie. Quand tu es projetée dans un monde, un milieu aussi étincelant, et que tu en fais partie, ta seule crainte est de perdre ta place. Même si tu vois que tu n’es pas à la bonne place, même si tu vois que ça te fais du mal, que cela attise tes pulsions destructrices, il y a quand même quelque chose en toi qui t’incite à continuer à faire partie du jeu. Dans le roman, j’ai considéré qu’il fallait qu’elle tombe au plus bas, pour qu’elle puisse rebondir.

Ne m’en veut pas mais, même si j’ai bien compris que tu n’as pas raconté totalement ta propre histoire, quand j’ai lu le livre, je te voyais en Annabelle.

Tu n’es pas le seul à me l’avoir dit et cela m’embête un peu. Je ne peux pas lutter contre ça. Ce que j’ai vécu a été une richesse très importante pour la conception de ce roman. Mon travail a été de me détacher de moi le plus possible pour aller vers une jeune fille d’aujourd’hui, une petite ado très contemporaine, bien ancrée dans notre modernité. Je voulais faire d’Annabelle un personnage générique auquel toutes les adolescentes pouvaient s’identifier.

Tu viens d’un milieu différent que celui de ton héroïne.emma daumas,supernova,vivante,interview,mandor

Nos vies n’ont rien à voir. Je viens d’un milieu particulièrement privilégié, un peu bourgeois. Mes parents m’ont désiré, ils m’ont hyper protégé et choyé. J’ai étudié dans une école catho… Lorsque j’écrivais, j’ai cherché à ce que l’on s’identifie à elle. Je ne suis pas elle et, surtout, je ne me sens pas comme elle.

Tu savais bien qu’on allait te questionner sur cette ambiguïté.

Oui, mais je ne pensais pas que l’on m’identifierait autant à elle. De toute manière, et je sais que tu le sais, certains médias n’entendent que ce qu’ils ont envie d’entendre.

J’imagine que les journalistes te demandent où est la part de réalité et celle du romanesque, non ?

Oui, mais je trouve que ce n’est pas ce qu’il y a d’intéressant dans ce projet. La télé-réalité pour moi, ça a été une expérience, mais c’est fini. A aucun moment, je n’ai eu envie d’écrire ma vie. Elle m’appartient. Mon intimité m’appartient et ce n’est pas ce que j’ai envie de communiquer aux gens. Je crois qu’il y a d’autres façons de parler de soi qui sont plus profondes et plus subtiles. Parler de soi en essayant de faire le pont avec les autres, c’est parler de soi et des autres en même temps.

Et quand on te pose la question avec insistance, tu réponds quoi  au final?

J’essaie de me dépatouiller en disant que tout est réaliste, mais tout n’est pas vrai. Il y a des choses à moi, d’autres aux autres. Je suis allée puiser dans mes bagages affectifs et émotionnels, mais en réalité c’est trouble et j’ai envie que cela le reste. Ce livre est un parcours initiatique, il raconte un cheminement. Il y a plusieurs niveaux de lecture. Ceux qui voudront y voir une autobiographie déguisée pourront le faire, moi, j’y vois des symboles qui représentent mon cheminement intérieur. Pour moi, ce cheminement est à la fois artistique et spirituel.

emma daumas,supernova,vivante,interview,mandorCe n’est pas un livre qui balance sur le métier, il n’élude rien de ce qu’il est, c’est tout.

Merci de le dire. Cette quête de célébrité et de gloire est très intemporelle. Depuis toujours, il y a eu des systèmes qui ont alimenté ce fantasme-là. Les télé-crochets et la télé-réalité sont des systèmes d’aujourd’hui. A l’époque de Star Academy, j’étais comme un cobaye qui vivait quelque chose qui le dépassait complètement. Cette expérience veut dire beaucoup sur les êtres humains et notre rapport à la célébrité, à la reconnaissance et à l’amour. En écrivant, j’avais l’impression de transcender cette expérience en quelque chose de positif. Je n’ai jamais eu la sensation de cracher dans la soupe ou de dénoncer des gens. Au fond, avec le recul, ce que j’ai vécu à la Star Academy est  un accélérateur de particule. Il faut juste puiser au fond de soi les forces nécessaires pour naviguer correctement dans ce milieu.

Je conseillerais aux jeunes artistes qui débutent et qui aimeraient passer dans ce genre d’émission de lire ce roman. Cela pourrait leur signaler deux trois choses…

Cela dit, les ados d’aujourd’hui ont ça dans les mœurs. Ils sont nés avec. Ils connaissent tous les codes de ce genre d’émission et les adoptent immédiatement sans aucun recul. Comme j’ai vécu le début de cette ère, je peux être lucide sur tout ceci. Mais je refuse de me placer dans la position de la moralisatrice. Je n’ai pas de conseils à donner. En plus, on n’a pas tous vécu cette aventure de la même façon. Ça dépend de la sensibilité et des armes que l’on a pour rentrer dans ce monde-là.

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Pendant l'interview... (1)

Ta démarche d’écrire sur cette période-là de ta vie fait-elle sens ?

Profondément. C’est ça « évoluer ». Te servir de ton bagage pour pouvoir naviguer dans d’autres mondes. Ça fait cinq ans que j’ai commencé à aborder le travail artistique de façon très différente. Je me suis beaucoup ouverte à des nouveaux médiums et à des nouveaux genres. Ça a éclaté toutes mes projections et mes codes habituels. Maintenant, je me sens capable de me lancer dans de nombreux projets artistiques différents. Aujourd’hui, je me sens artiste. Et ce livre a beaucoup participé à ce cheminement.

Le regard des gens du métier a-t-il changé envers toi ?emma daumas,supernova,vivante,interview,mandor

De façon notable. Aujourd’hui, je suis interviewée par Technikart (voir à droite) ou Le Grand Journal. Il y a quelques années, c’était inimaginable. Ca me montre que j’ai pris le bon chemin et ça m’encourage. Le regard des médias peut titiller mon ego, certes, mais aujourd’hui, je suis plus flattée que des artistes contemporains me fassent confiance sur des projets sur lesquels personne ne m’attend. Déjà avec Maxime Le Forestier, ça a été une étape. Quand un type comme ça pose les yeux sur ton travail, tu es obligée de prendre ce privilège au sérieux. Grâce à lui, j’ai commencé à être exigeante envers moi-même et à m’ouvrir à d’autres choses.

Le tome deux de Supernova sort l’année prochaine ?

(Rire) Non. Mais je suis en train de réfléchir à un  deuxième livre. J’ai déjà la trame. Les lecteurs de Supernova risquent d’être surpris. Mais, ce n’est pas une suite.

EPK de l'EP, Vivante.

Parlons de ce nouveau disque, Vivante, qui sort le 27 mai.

Le livre et le disque sont deux projets complémentaires. Ils ont été élaborés en même temps. Avec Maxime Le Forestier je m’étais ouverte à une approche beaucoup plus visuelle dans le texte, une approche avec beaucoup plus de contextualisation et moins d’abstraction, tout en gardant une forme de poésie. C’est cette façon d’aborder mes textes de chansons qui m’ont amené à écrire ce livre. Avec le livre, il a fallu que je développe complétement ce territoire visuel imaginaire.

Tu as beaucoup travaillé avec Maxime Le Forestier avant d’enregistrer cet EP.

Oui, et grâce à lui, j’ai pu écrire des textes qui tenaient la route. Il a fallu que je peaufine les musiques, les structures, et que je finisse les textes avec un peu plus de subtilités. On a fait quatre maquettes avec les musiciens de Maxime. Grâce à eux,  j’ai pu commencer à me faire une idée sur ce que je voulais. Mon but était de revenir sur scène avec des chansons qui me correspondent aujourd’hui.

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Pendant l'interview... (2)

Et puis tu as fini par rentrer en studio.

C’est à ce moment-là que Benjamin Constant est intervenu Il a une vision extrêmement visuelle et sensitive des chansons, cela a donc matché immédiatement entre nous. Ces chansons sont le reflet d’une période très vivante de ma vie, d’où le titre de l’EP.

Es-tu heureuse de ce renouveau médiatique ?

Il est fondamental qu’un projet ait de l’impact vers l’extérieur, mais j’ai écrit un livre sur les dangers de la surmédiatisation, alors j’essaie de contrôler le flux. Là, je suis dans une période où je commence à ressentir que je suis rentrée dans un truc hyper mécanique. A la force de parler de soi, très vite, tu peux te vider de ta substance. La promo, c’est un peu devenir le centre de ta vie. Là, cela fait un mois que je ne fais que ça et j’ai vraiment besoin de me ressourcer et de ne pas me nourrir que de moi-même.

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Après l'interview, le 29 avril 2016, à l'Hôtel Joséphine. 

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15 mai 2016

Jérôme Attal : interview pour Les Jonquilles de Green Park

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Cela fait 10 ans que je connais Jérôme Attal.  Depuis 2006, je l’ai mandorisé 12 fois. J’aime ce garçon raffiné, cultivé, drôle, élégant, qui porte en lui un discret vent de folie… je suis très attaché à ce garçon, mais également à son œuvre. A chaque sortie de livre, c’est un rite entre nous, il passe par mon micro. C’est immuable et ça nous fait plaisir.

(Voici ses précédentes mandorisations pour une présentation générale du monsieur, pour L’amoureux en lambeaux, pour Les Beatles, en rouge et en bleu, pour Le garçon qui dessinait des soleils noirs, pour Journal Fictif d’Andy Warhol, pour Pagaille Monstre, pour Folie furieuse, pour L’Histoire de France racontée aux extraterrestres, pour Le voyage près de chez moi, pour Presque la mer et enfin pour Aide-moi si tu peux)

Le 18 avril dernier, Jérôme Attal m’a rendu une énième visite à l’agence pour parler de son nouveau roman Les jonquilles de Green Park.

jérôme attal,les jonquilles de green park,interview,mandorPrésentation de la maison d’édition :

« Si la guerre doit durer une éternité, je voudrais juste pouvoir vivre jusqu'au mois d'avril. Pour voir, une fois encore, les jonquilles de Green Park. Elles se tiennent ensemble, chaque saison. Belles et fières dans le vent puissant et douloureux d'avril. Comme nous autres en ce moment. »
Septembre 1940. Tommy vit avec ses parents et sa grande sœur Jenny. C'est le début des bombardements allemands sur Londres. Ils se préparent tout de même à fêter Noël.
Tommy et ses copains se passionnent pour les super-héros : Superman, Buck Rogers et... Winston Churchill. L'aventure ne serait pas la même sans deux petites frappes : Nick Stonem et Drake Jacobson, aussi vilain que sa jumelle, Mila, est belle.
Dans un Londres en lambeaux, ces jeunes adolescents vont se créer leurs propres histoires et se perdre dans les brumes et le fracas d'une ville enflammée. Mais fêter Noël et revoir les jonquilles en avril restent la plus belle des résistances.jérôme attal,les jonquilles de green park,interview,mandor

L’auteur :

Jérôme Attal est un touche-à-tout : musique, cinéma, littérature. Il est parolier d'un grand nombre d'artistes (Johnny Hallyday, Eddy Mitchell, Vanessa Paradis, Michel Delpech, Florent Pagny, Garou, Jenifer), scénariste et acteur (Alice Island, 2013, et La Fille aux allumettes, 2009 sur Arte), et également l'auteur de neuf romans, dont Pagaille monstre, Folie furieuse et L'Histoire de France racontée aux extra-terrestres, tous trois aujourd'hui chez Pocket. Les Jonquilles de Green Park est son dixième roman.

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jérôme attal,les jonquilles de green park,interview,mandorInterview :

L’action de ton livre se situe à Londres. Tu pars souvent dans cette ville ?

Oui. C’est mon seul luxe. Dès que j’ai un peu d’argent, je pars là-bas. En dessous de la Loire, j’ai tendance à déprimer (rire). J’adore cette ville. Je trouve que les gens sont plus polis et plus éduqués qu’à Paris. J’aime les grands parcs. Green Park est un des endroits où je me sens le mieux. J’aime regarder les écureuils… les canards sauvages aussi, c’est mon côté Michel Delpech (sourire). J’avais donc très envie d’écrire un livre ayant comme décor Londres. De plus, tu le sais, pour chaque livre, j’aime écrire des histoires différentes, dans des endroits différents.

Pourquoi avoir choisi les bombardements à Londres et pas dans une autre ville, voire un autre pays ?

A Londres, à cette époque, il y avait des gens de la trempe de Churchill qui donnaient beaucoup d’espoir à toute une population. Ils donnaient l’idée à ces gens qu’ils faisaient partie d’un destin commun. Enfin, les anglais ont une distance face à l’atrocité traversée. Je suis fan de l’humour anglais et plus généralement du comportement british.

Tu as quelque chose de british en toi. Je te l’ai souvent dit.

Oui, et tu n’es pas le seul. J’ai toujours été très attiré par Londres et j’ai toujours été très amoureux des anglaises.

Ton livre m’a fait penser aux nouvelles de Francis Scott Fitzgerald qui concernent la prime adolescence.jérôme attal,les jonquilles de green park,interview,mandor

J’ai beaucoup lu Fitzgerald, mais je sais que tu le sais puisque je t’en ai parlé souvent. J’écris toujours dans ce registre que j’aime.

Tommy, ton héros, à 13 ans.

Aujourd’hui, à 13 ans, les enfants sont plus adultes. Ils sont déjà un peu brutalisés par le monde. Mais je me souviens qu’à mon époque, quand j’avais cet âge, j’étais encore un peu bébé qui découvrait le vaste monde.

Mais Tommy est quand même pas mal brutalisé par le monde, parce qu’il est en pleine guerre et sous les bombardements. On peut difficilement faire pire.

Oui, mais il a sa famille et ses parents le protègent beaucoup. Il a ses amis, une fille dont il est amoureux et il tente de préserver sa vie de jeune adolescent.

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(Photo : Mathieu Zazzo).

Ses parents sont géniaux. Un père inventeur à la Géo Trouvetou qui pense toujours trouver l’invention du siècle et une maman qui travaille dans une usine d’ampoule.

Le père est un peu illuminé et j’ai trouvé ça marrant que la mère travaille dans une usine d’ampoule. Elle part en vélo tous les jours pour aller au travail. Elle prend tout en charge. Là, j’ai fait ressortir mon côté féministe.

Il est beaucoup question d’abris dans ton roman.

Les abris concrets tels que les abris Anderson, les abris que l’on construisait dans les jardins et les abris un peu métaphoriques, l’abri rêvé, celui que le père a envie de construire pour protéger sa famille. C’est un livre sur du « home » anglo-saxon, sur la maison. Qu’est-ce que fait que l’on se sent chez soi ? Un lieu, Green Park, le désir d’une amoureuse, la famille, la bande d’amis que l’on a ou tout ça à la fois ?

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Pendant l'interview.

Je t’aurais bien vu en Tommy.

C’est un enfant sage et moi, j’étais un enfant sage. C’est parce que je mets beaucoup de moi dans mes héros. J’ai besoin de me mettre complètement dans l’histoire à chaque fois. Bon, pour être sincère, j’aurais été moins téméraire que lui, je pense.

C’est vrai qu’il est gentil et courageux.

Moi, le seul cas de figure où je peux être courageux, c’est si j’ai des gens à protéger.

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jérôme attal,les jonquilles de green park,interview,mandorBombardements à Londres.

"J'ai aperçu des foyers d'incendie dans la carcasse d'un immeuble, et j'ai repensé à l'image du buisson ardent dans la Bible. Sauf qu'ici, c'était un entrepôt de buissons ardents."

Dans ton livre on sourit et il y a de grands moments d’émotion.

Je ne voulais pas faire larmoyant, donner dans le pathos et surtout, j’aime bien faire des vannes dans mes livres. Il y a des choses très importantes, mais elles sont dites avec légèreté. J’ai une écriture assez simple, alors que je pourrais la rendre plus âpre et la travailler encore et encore, mais j’ai peur que cela finisse par devenir de la démonstration. Pour moi le style, c’est ce qu’on met de soi à l’intérieur du livre.

Et ton retour à la musique ?

Je vais revenir avec un nouveau disque. Il me reste deux, trois morceaux à écrire. On a repris les répétitions. Je vais certainement kisskissbankbanker, mais je n’en suis pas sûr, parce que je ne suis pas fan du crowdfunding. Des gens sont intéressés pour produire le disque. D’une manière ou d’une autre, en tout cas, je reviens avec un deuxième disque studio.

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Le 18 avril 2016, après l'interview...

14 mai 2016

Matthias Vincenot : interview pour Hors Cadre

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(Photo : David Desreumaux)

Le poète Matthias Vincenot m’impressionne. Il passe sa vie à défendre la langue française en général et la poésie en particulier à travers de nombreux projets (voir sa mini bio ci-dessous). Cette fois-ci, avec Etienne Champollion et l’ensemble DécOUVRIR, il propose un CD intitulé Hors Cadre dans lequel il réunit 21 textes à lui qu’il dit, trois chantés (par Antoine Coesens, Damien Roquetty et Emily Marsh) et un, où se succèdent les voix de 53 artistes : la « génération deux mille quoi ».

Voilà ce qu’en dit ma collègue (et amie), Stéphanie Berrebi dans le magazine FrancoFans.

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Ecouter l'album .

Pour sa troisième mandorisation (la première ici et la seconde), Matthias Vincenot est venu à Webedia le 5 avril dernier.

matthias vincenot,étienne champollion,ensemble découvrir,hors cadre,interview,mandorLe projet  Hors Cadre :

C’est tout d’abord une histoire d’une rencontre et d’une amitié longues depuis bientôt dix années entre le poète Matthias Vincenot et le musicien Etienne Champollion durant lesquelles les deux artistes collaborent lors de nombreux spectacles et du livre-disque L’âge de mes désirs paru en février 2011.

Hors Cadre, c’est du slam à sa façon, puisque le slam pur n’admet pas de musique. C’est hors catégorie.
De la poésie dite, mise en valeur par un bel habillage. C’est hors format.
Un prolongement de la tradition de l’oralité, dans un esprit de transmission. C’est d’aujourd’hui et de tout temps. C’est hors mode.
De la musique aux influences multiples par des musiciens hors pair.
Une formule singulière qu’on n’a pas l’habitude d’écouter.

C’est Hors cadre.

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(Photo :  Romain Jacquot)
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Les intervenants :

Matthias Vincenot (photo David Desreumaux):

Né en 1981, il a publié, depuis Un autre ailleurs (éditions Lettres du Monde, 1998), quatorze recueils, dont le plus récent, Génération deux mille quoi, est paru en 2015 aux éditions Fortuna. Président de l’association Poésie et Chanson Sorbonne, fondateur et directeur artistique du Festival DécOUVRIR de Concèze, il a créé, avec Thierry Cadet, le Prix Georges Moustaki de l’artiste indépendant et/ou autoproduit. Il est également directeur artistique de Poésie en liberté. Par ailleurs Docteur ès lettres, il est professeur aux Cours de Civilisation française de la Sorbonne. Il donne régulièrement des lectures ou des récitals, accompagné par des musiciens, le plus souvent par Etienne Champollion, et aussi avec l’Ensemble DécOUVRIR. Il organise régulièrement des événements autour de la poésie et de la chanson.

Étienne Champollion (photo Romain Jacquot):matthias vincenot,étienne champollion,ensemble découvrir,hors cadre,interview,mandor

Multi-instrumentiste, il est aussi compositeur et arrangeur. Naviguant de la musique classique à la chanson, il partage également la scène avec différents chanteurs et comédiens tels que Michael Lonsdale, Marie Christine Barrault, Bertrand Burgalat, Emilie Marsh ou Céline Caussimon.

En tant que compositeur, il a déjà rédigé plusieurs cycles de mélodies ainsi que des pièces variées, de l’instrument solo au grand orchestre, qu'il joue actuellement en concert, en Europe et en Amérique du Nord.

matthias vincenot,étienne champollion,ensemble découvrir,hors cadre,interview,mandorL'Ensemble DécOUVRIR (photo Romain Jacquot):

Né lors de la dixième édition du festival DécOUVRIR de Concèze, l’Ensemble DécOUVRIR a décidé de poursuivre avec joie l’aventure musicale au-delà de ce berceau.

L’Ensemble est composé de sept musiciens permanents dont un quintet à cordes, une clarinette et un piano. Il s’enrichit aussi de ses doubles instrumentistes, de son compositeur/arrangeur, de ses membres invités et des artistes qu’il accompagne. Il consiste surtout en la réunion de jeunes musiciens issus de géographie et de cultures musicales différentes. Ainsi, la spécificité de l’Ensemble est de proposer un répertoire et des interventions sur mesure à la rencontre des musiques actuelles et classiques. Il s'est retrouvé aux côtés d'artistes tels que Clarika, Michaël Lonsdale, Jean Fauque, Bertrand Burgalat, Benoit Carré...

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(Photo : David Desreumaux)

matthias vincenot,étienne champollion,ensemble découvrir,hors cadre,interview,mandorInterview :

Le concept de ce disque est simple : tu dis tes propres poèmes tirés de tes différents recueils.

Oui, dont certains tirés d’anciens recueils épuisés… et il y a aussi trois poèmes inédits, le tout sur des musiques d’Etienne Champollion. Ce musicien a un talent fou pour rentrer dans l’univers des gens qu’il accompagne. J’aime quand il joue avec moi car il rentre immédiatement dans l’esprit des textes. Cela fait 10 ans que je travaille avec lui et je le trouve toujours impressionnant.

As-tu choisi les textes aussi en fonction de ce que l’on pourrait en faire musicalement ?

J’ai choisi les poèmes que l’on fait déjà en récital avec Etienne et l’Ensemble DécCOUVRIR. Ce sont ceux que l’on aime le plus jouer. Mais pour garder une certaine cohérence, j’ai conçu ce disque comme un recueil. J’ai fait attention aux thématiques et à l’ordre des poèmes.

"Nous irons", extrait de l'album Hors Cadre.

Que l’on soit clair, ce n’est pas du slam.

Les gens qui ne connaissent pas bien la poésie ont tendance à penser que la poésie, c’est le slam. Non, le slam est une toute petite partie de la poésie d’aujourd’hui et elle est extrêmement inspirée de poésies anciennes. Le slam est la parole dite, nue et qui parle de la société. Le slam a permis de montrer qu’un texte dit, ça peut passer et intéresser.

Parfois, je suis agacé par le ton que prennent les slameurs.

Moi aussi. En fait, je n’aime pas quand ce ton devient une posture. Il y a des choses très bien dans le slam et des choses moins bien, comme dans tout. En plaisantant, Etienne dit que ce disque est du slam de chambre, parce qu’il y a un peu de musique de chambre.

Parle nous de ce poème interprété par 53 artistes, Génération deux mille quoi.

Ce poème était le premier tiré de mon recueil sorti en 2015 aux éditions Fortuna, Génération deux mille quoi. Il est dit par des artistes qui sont plus ou moins de cette génération. J’ai fait parler des artistes entre 30 et 40 ans de notre époque.

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(Photo : David Desreumaux)

Ce disque est aussi une façon de défendre la poésie ?

Pour moi, la poésie doit être partout. Faire des ponts artistiques est une des manières de faire entendre de la poésie. C’est difficile parce que cet art n’est pas à la mode. Avec ce disque, je veux aussi montrer que la poésie n’est pas forcément chiante. Ça ne l’est pas du tout, mais il faut se battre pour le prouver.

Ton disque s’appelle Hors Cadre. Cela correspond à ta personnalité, je trouve.

J’aime sortir des clous. Ce disque ne ressemble pas à ce qu’on entend habituellement. Déjà, la poésie est hors cadre par rapport à ce qu’on lit le plus aujourd’hui. Moi, je veux prouver qu’il s’est passé des choses depuis Victor Hugo. Il y a des centaines de poètes en France et personne ne les connait. Je me bats pour que l’on connaisse, voire reconnaisse ces poètes dans leur diversité.

"Question de voie", extrait de l'album Hors Cadre.

Ça se vend la poésie ?

En général, un poète va vendre tout au plus cinquante recueils en librairie et il sera content. C’est un micro monde, alors tout ce qui peut se passer autour, les rencontres, les festivals, les projets comme le mien, ça permet de montrer que la poésie est autre chose que l’idée que certains peuvent en avoir.

Tu es un garçon très actif. Je ne vais pas revenir sur tout ce que tu as fait et ce que tu prépares, mais quel est ton futur projet le plus important à tes yeux ?

Il y a un truc qui me ferait plaisir. Je ne sais pas si j’y arriverai, mais je vais tenter. J’ai publié mon premier recueil de poèmes le 6 février 1998, ça va donc faire 20 ans. J’adorerais réussir à sortir un livre ou un album le 6 février 2018. J’aime bien les symboles et les boucles bouclées.

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Après l'interview, le 5 avril 2016.

Dans le FrancoFans daté de l'été 2016.

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11 mai 2016

Julien Jouanneau : interview pour La dictature du bien

P1000643.JPG

Si le nouveau livre de Julien Jouanneau, La dictature du bien, était signé Guillaume Musso, il serait immédiatement numéro 1 des ventes (et ce serait mérité). Cette histoire de deux hommes que tout oppose, Antoine et Madji, qui deviennent des justiciers qui œuvrent pour le bien est absolument jouissive. Jouanneau part du postulat simple que l’homme fait plus souvent le mal que le bien. Il a donc mis en scène deux héros qui n’ont plus rien à perdre et souhaitent remettre dans le droit chemin ceux qui sèment le mal sur leurs passages.

Belle idée, belle histoire. Sa dictature, on s’y soumet avec un immense plaisir.

Le 30 mars dernier, Julien Jouanneau est venu à Webedia pour une troisième mandorisation (lire la première ici et la seconde ).

1507-1.jpgRésumé :

C’est à l’hôpital que les destins de ces deux hommes se croisent. L’un est condamné. L’autre est ­convaincu de l’être.

Parce qu’ils n’ont plus rien à attendre, ils ­s’interrogent sur la meilleure façon d’utiliser le temps dont ils disposent. Le romancier nous questionne : que ­ferions-nous si nous étions voués à ne plus rien espérer pour nous-mêmes ?

Antoine et Madji tergiversent peu : ils vont faire le Bien. Démarre ainsi une quête peu ­banale, qui consiste à ­offrir une victoire aux victimes et aux perdants de la vie. Chaque nuit, ils « empruntent » une ambu­lance et partent à l’assaut de la misère, de l’injus­tice et de la vilenie : donner une leçon au type valide qui se gare sur une place réservée aux handi­capés, exaucer le dernier vœu d’un mourant, retrouver un amour Photo Jouanneau 5 couleurs Crédit Pascal Mary.jpgperdu…

Plus rien à perdre ! est leur mantra. On a envie de leur ­répondre Tout à gagner à lire ce livre, qui évoque une  solidarité collective, éclairée et joyeuse.

L’auteur :

Julien Jouanneau est né en 1980. Passionné de cinéma et de télévision, journaliste et écrivain, il est chef des infos du site de L'Express.

Il a publié plusieurs ouvrages, dont le plus récent s’intitule L’effet postillon et autres poisons quotidiens, paru chez Rivages en 2014.

P1000645.JPGInterview :

Tes deux héros veulent faire le bien, mais parfois en faisant du mal. Ce n’est pas un peu paradoxal ?

Quand tout va mal, il faut bien agir, quitte à utiliser des méthodes extrêmes. Et de manière générale, faire le mal est plus facile que faire le bien. En dépit de toutes les tentatives de faire des choses positives, on arrive toujours à une impasse, finalement. J’ai essayé de montrer que dans certaines situations, on peut faire le bien facilement et dans d’autres, moins facilement, dans d’autres encore, plus difficilement. Mais à chaque fois, on peut le faire. Plus généralement, le mal, le bien, ça dépend sous quel angle on se place.

Antoine et Madji, ils sont extrêmes quand même !

Oui, mais extrêmes originaux. J’ai voulu rendre hommage aux « vigilante movies » (films qui mettent en scène unjulien jouanneau,la dictature du bien,interview,mandor ou plusieurs personnages qui vont se substituer à la loi d'un état où pays, et vont juger, condamner et faire appliquer la peine aux criminels hors de tout cadre légal.) J’aime les films de justiciers. On a tous le fantasme de se faire justice soi-même. Je crois que mes lecteurs vont se placer derrière la philosophie de mes deux héros. On a tous en nous une petite étincelle sombre.

Que voulais-tu démontrer ?

Qu’il y a des gagnants parfois, mais qu'il y a toujours des perdants. Est-ce que c’est le mal ou le bien qui triomphe à la fin? 

Ton livre a failli s’appeler Les états généreux. C’est une référence aux états généraux de 1789 ?

Oui, exactement. Il y a dans ce livre beaucoup de discrètes références à la Révolution Française. Le peuple est avec mes deux héros. Il les suivent avec une confiance absolue. Quand l’un d’eux monte sur la table, c’est ce qu’a fait Camille Desmoulins. (Note de Mandor : se promenant dans les jardins du Palais-Royal, apprenant le renvoi de Necker, Desmoulins monte sur une table et, oubliant ses difficultés d'élocution, se met à haranguer la foule, lui donne pour signe de ralliement une feuille verte cueillie sur les arbres et lance l'idée de prendre la Bastille). 

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Je verrais bien ce livre devenir un film.

Une série pour la télé, ce serait pas mal. A chaque épisode, mes deux héros justiciers seraient chargés de régler un problème. Cette histoire est déclinable à souhait.

Il y a un peu de Kubrick dans ton livre.

C’est bien que tu aies vu ça. Le lion, le clown, en effet, c’est très Kubrickien. J’ai distillé plein de références cinématographiques. Mon livre, c’est un mélange de La ligne verte, Terminator et des Valseuses.

julien jouanneau,la dictature du bien,interview,mandorIl y a aussi des références un peu littéraires. J’y ai vu du Vian. Comme lui, tu ajoutes du merveilleux dans le quotidien.

Merci de remarquer cela. C’est tout à fait cela et j’ai souvent pensé à lui.

Que souhaites-tu en tant qu’auteur. Etre reconnu ?

Etre lu serait déjà pas mal. Ce n’est pas un souhait énorme. J’ai envie de faire rêver, d’émouvoir et de captiver mes lecteurs.

J’ai lu tous tes livres et aucun ne ressemble à un autre.

Je cherche mon style, ma voie/voix. J’essaie tout, je tâtonne.

Considères-tu que La dictature du bien est ton meilleur livre ?

Non. Je serai encore plus fier du prochain.

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Le 30 mars 2016, après l'interview.

10 mai 2016

Clio : interview pour son premier album

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clio,chanteuse,interview,mandorEt Clio, tu connais ? Cette question récurrente posée par mes confrères journalistes spécialisés dans la chanson française commençait à m’agacer. A cela, je répondais. « Oui, ce qu’elle fait est plutôt bien troussée ». Réponse un peu vague que l’on peut attribuer à de nombreux artistes. Réponse mensongère, de surcroît. J’aurais dû répondre, vexé comme un pou : « pas du tout, lâchez-moi avec cette Clio que je ne connais ni d’Eve, ni d’Adam », mais ce n’est pas digne d’un journaliste spécialisé dans la chanson française de mon envergure. J’ai ma réputation et une crédibilité professionnelle sans faille à protéger.

Bref, un beau jour (ou peut-être un nuit), je reçois le disque de Clio (non, je n’avais pas eu, entre temps, la curiosité de chercher sur YouTube deux, trois vidéos de la demoiselle, histoire que je me fasse une idée et que je puisse répondre avec honnêteté). Et je l’écoute, donc. Une voix douce et « emportante » (qui nous emporte, quoi !), des chansons empreintes de mélancolie, une écriture subtile, des mélodies discrètement accrocheuses. Je ne sais pas pourquoi j’aime, mais j’aime. Elle sort du lot de la multitude de chanteuse à texte s’accompagnant seule à la guitare. Je lis l’argumentaire qui accompagne le disque de cette diplômée de Lettres Modernes. 

« Il y a autant d’histoires chez Clio que d’introspections. Sans nostalgie. A peine le fond de mélancolie nécessaire à l’hygiène de l’âme. Clio interroge la relation, la questionne du haut de ses 28 ans, de sa langue élégante, de ses métaphores-sémaphores. En noir et blanc, en couleurs, avec subtilité et malice. Avec tantôt un zeste d’ironie à l’encre sympathique, tantôt un humour franc et clairement affiché. »

On ne saurait mieux dire.

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Clio est donc venue le 23 mars dernier dans les locaux de Webedia pour une première mandorisation (quelques jours avant qu’elle ne reçoive les trois f de Télérama, j’ai donc rencontré une chanteuse en devenir encore humble et sans garde du corps (oui, ça va, je plaisante !))

Biographie officielle :clio,chanteuse,interview,mandor

Clio écrit des histoires, et chanter l'amuse.

Avec sa voix unique, elle promène ses jolis textes, poussés par des mélodies qui rentrent dans la tête. Elle parle de balades seule à observer le monde, de garçons pas vraiment les bons, de petits morceaux de vie qui laissent un goût sucré, ou iodé.

Son premier album est sorti le 1er avril 2016 (uGo&Play / L'Autre Distribution).

Clio vient de remporter le 1er Prix du Tremplin Francophone Le Mans Cité Chanson 2016 et fera partie du Mégaphone Tour 2016/2017.
Et un peu avant : Clio a remporté en 2015 le premier prix du Carrefour de la Chanson de Clermont-Ferrand, et le 3ème prix de la médaille d'or de la chanson de Saignelégier. Elle était en juin 2015 dans les 6 finalistes du radiocrochet "Partons en Live #LaReleve" de France Inter présenté par André Manoukian

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clio,chanteuse,interview,mandorInterview :

Ta passion pour la musique vient-elle de ton enfance ?

Pas du tout. Mes parents sont profs et ils ne m’ont pas incité à jouer de la musique étant petite. Mes frères et sœurs eux en faisaient. C’est amusant parce qu’aujourd’hui, je suis la seule à faire faire ce métier.

Quand as-tu envisagé de faire de la musique et de chanter alors ?

Depuis toute jeune, j’écrivais beaucoup et plein de choses différentes dans des cahiers qui trainaient partout. Vers 22 ans, j’ai appris un peu la guitare, du coup, ça m’a incité à chanter. J’ai commencé en interprétant avec deux accords de guitare le répertoire de Georges Moustaki et de Maxime Le Forestier. Ensuite, j’ai essayé de mettre des accords et des mélodies à moi sur certains de mes textes. J’ai beaucoup travaillé parce qu’au départ, ce que je faisais n’était pas encore façonné pour la chanson. Un jour, j’ai estimé que je pouvais me lancer. J’ai tout de suite compris que j’aimais faire ça. Cela m’a surpris parce que c’était inattendu que je me dirige dans cette voie-là.

Et tu aimais chanter ?

En tout cas, je ne me sentais pas légitime. Je n’avais jamais voulu chanter et ça m’intimidait de le faire. Aujourd’hui, j’écris avec l’idée que je vais chanter moi-même mes textes, mais ce n’était pas le cas à l’époque. Je n’envisageais même pas de chanter sur scène, cela me faisait bien trop peur.

"Eric Rohmer est mort".

Quand as-tu sauté le pas ? (Photo à droite : Annie-Claire Hilga)clio,chanteuse,interview,mandor

Il y quatre ans, pour mon anniversaire, mes parents  m’ont offert un petit papier sur lequel était écrit : « Bon pour enjoliver tes chansons ». J’ai vu sur le site de Jérémie Kisling qu’il proposait des ateliers. Je cherchais quelqu’un qui puisse m’aider à faire des arrangements à mes chansons. Cela correspondait à ce qu’il proposait. Grâce à mon bon, j’ai pris deux heures d’atelier avec lui à Paris. Je lui ai fait écouter deux chansons et il a beaucoup aimé. Il m’a dit qu’on allait faire un disque. A partir de là, nous avons travaillé ensemble pendant un an. Après, ça s’est un peu compliqué avec lui, alors nous avons interrompu notre collaboration. J’ai rencontré Ugo Berardi, qui travaillait pour la boite de production de Jérémie. Il a aimé mon travail et en avril 2014, il a envoyé des chansons à moi aux Trois Baudets. Le mois suivant, j’étais programmée. Il a fallu que je trouve un guitariste pour m’accompagner et Ugo m’a présenté Gilles Clément. 

Comment s’est passée ta première scène aux Trois Baudets ?

Je n’étais pas sûre de parvenir à chanter, mais au final, c’était vraiment très bien. Bien sûr, c’était maladroit, mais j’ai vraiment eu l’impression que j’avais donné quelque chose aux personnes présentes dans la salle. C’était une curieuse sensation que de partager avec les gens. C’était fort. La deuxième fois que je suis revenue chanter dans cette salle, j’ai l’impression que c’était moins bien, parce que je n’ai pas retrouvé la magie du premier soir.

Clip de "Des équilibristes".


Tu es en dispo de l’éducation nationale depuis trois ans. Il va falloir que tu finisses par choisir définitivement:

Pour le moment, j’ai fait le choix de laisser mon métier d’institutrice pour me consacrer à 100% à la chanson. On ne peut pas faire ce métier en dilettante, il me semble. Je fais tout pour reculer l’échéance, mais au mois de juin, je vais être obligée de démissionner.

J’ai l’impression que les choses vont vite pour toi, ressens-tu la même chose ?

Je vois comment ça se passe pour les uns et pour les autres, je suis obligée de constater qu’effectivement, il se passe beaucoup de choses pour moi en ce moment. J’ai un début de parcours rapide, voire idéal.

Tu n’es pas passée par la case EP, directement tu sors un album.

On voulait sortir un EP, mais c’est mon attachée de presse, Patricia Espana, qui m’a incitée à sortir directement un album. Elle croyait en moi et elle a considéré qu’elle allait réussir plus facilement à  capter l’attention sur moi si j’avais un album complet.

Que penses-tu de ta voix ?

Je n’ai aucune idée de ce qu’elle peut produire sur les gens. C’est ma voix, je fais avec puisque je veux être l’interprète de mes propres chansons.

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Pendant l'interview...

Alain Cluzeau, le réalisateur de ton album a choisi de mettre en avant ta voix. C’est un grand réalisateurclio,chanteuse,interview,mandor qui a travaillé pour pléthores d’artistes. Comment cela s’est passé avec lui ?

Il a toujours été très réservé. C’est lui qui a choisi les titres qui figurent sur le disque. Plusieurs chansons sont parmi les plus vieilles de mon répertoire, des chansons de jeunesse, des chansons à chutes comme « Le coiffeur ». C’est un peu du gâchis autant de chansons qui ne me correspondent plus aujourd’hui. Bon, j’ai décidé de faire confiance…

Tu ne le regrettes pas aujourd’hui, je suppose ?

Je ne sais pas encore. Les chansons récentes et que j’aime bien seront donc sur un prochain album, j’espère.

Arrives-tu à te considérer comme une chanteuse ?

Je voudrais juste plus assumer le fait d’aller sur scène. J’aimerais bien être plus « fortiche ».

Idéalement, comment envisages-tu la suite ?

Je n’ai jamais été très forte pour me projeter dans l’avenir. Je ne prévois rien, mais ce qui me plairait c’est de pouvoir continuer tranquillement à chanter et à vivre de ce métier.

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Le 23 mars 2016, après l'interview.

01 mai 2016

Gérard de Cortanze : interview pour Zazous

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(Photo : Witi de TERA/Opale/Leemage)

Des adolescents qui ont 15 ans quand la guerre commence, 21 lorsqu'elle prend fin. Ils refusent de voir leur jeunesse confisquée et s’opposent à la barbarie grâce à leur joie de vivre, la danse, les chansons… et le swing, Un véritable fait de société qui a toujours été occulté. Dans ZazousGérard de Cortanze a voulu rendre hommage à ces anticonformistes qui, à leur manière, ont fait de la résistance. J’ai beaucoup aimé ce livre.

Le 24 mars dernier, je suis allé rejoindre l’auteur dans sa maison d’édition, Albin Michel pour une longue mandorisation (merci à Gilles Paris).

gérard de cortanze,zazous,interview,mandor4e de couverture :

On n’est pas sérieux quand on a quinze ans, même en pleine Occupation. Chaque jour, au café Eva, une bande de zazous se retrouve pour écouter du jazz. Josette, Pierre et Jean sont lycéens, Sarah est coiffeuse, Charlie trompettiste, Marie danseuse, Lucienne apprentie mannequin. Dans un Paris morose, ils appliquent à la lettre les mots d’ordre zazous : danser le swing, boire de la bière à la grenadine, lire des livres interdits, chausser en toutes circonstances des lunettes de soleil et enfiler de longues vestes à carreaux.
À mesure que les Allemands montrent leur vrai visage, ces jeunes gens qui ne portent pas encore le nom d’adolescents couvrent les murs de Paris du « V » de la victoire, sèment la panique dans les salles de cinéma et les théâtres, déposent une gerbe le 11 novembre sous l’Arc de Triomphe, arborent, par solidarité et provocation, l’étoile jaune. Traqués par les nazis, pourchassés par les collaborateurs, rejetés par la Résistance, les zazous ne veulent pas tant « changer la vie » qu’empêcher qu’on ne leur confisque leur jeunesse.
 
Dans cet ample roman aux accents de comédie musicale, Gérard de Cortanze nous plonge au cœur d’un véritable fait de société trop souvent ignoré, dans le quotidien d’un Paris en guerre comme on ne l’avait encore jamais vu, et nous fait découvrir la bande-son virevoltante qui, de Trenet à Django Reinhardt, sauva une génération de la peur.

L’auteur :gérard de cortanze,zazous,interview,mandor

Traducteur littéraire, essayiste, poète, éditeur, Gérard de Cortanze a publié 80 livres, parmi lesquels des romans, des récits autobiographiques dont Spaghetti ! et Miss Monde (collection Haute Enfance), ainsi que des essais consacrés à Auster, Semprun, Hemingway, Sollers, Le Clézio... En 2002, il a obtenu le prix Renaudot avec Assam. Descendant d'une illustre famille aristocratique (les Roero Di Cortanze) par son père, et de Michele Pezza (plus connu sous le nom de Fra Diavolo) par sa mère, cet ancien coureur de 800 mètres a fait de l'Italie en général et du Piémont en particulier la matière première de son œuvre littéraire, notamment dans son cycle romanesque des Vice-rois. Il collabore au Magazine littéraire et dirige la collection Folio Biographies aux Éditions Gallimard. Gérard de Cortanze est aussi auteur de nombreux livres, articles et conférences sur le monde hispanique et l'Amérique latine. Il est considéré comme l'un des grands spécialistes de Frida Kahlo. Conseiller lors de l'exposition Frida/Diego, l'art en fusion, qui s'est tenue en 2013 à l'Orangerie, il en a rédigé le catalogue. Auteur aux éditions Albin Michel de Frida Kahlo par Gisèle Freund (2013), il a également publié Frida Kahlo, la beauté terrible (finaliste du Prix Femina 2011).

gérard de cortanze,zazous,interview,mandorInterview :

Comment avez-vous préparé ce livre ?

Mes romans historiques parlent du présent de l’époque traité. Je fais donc beaucoup de recherches sur l’histoire du moment. J’essaie de ne jamais écrire avec tous le bagage d’analyses et le recul qu’on a aujourd’hui sur cette époque. La seule façon d’être le nez sur une période précise, c’est de consulter les journaux de cette période, c’est à dire les nouvelles au jour le jour. Dans ses journaux, il y a aussi des rumeurs et des fausses nouvelles. Je me sers de tout pour avancer dans mon livre. J’ai consulté aussi des journaux intimes et des mémoires.

La musique vous a-t-elle beaucoup aidé ?

Elle a été primordiale. Comme c’est un livre sur les zazous, j’ai écouté et réécouté en boucle pendant plus d’un an entre 200 et 300 morceaux de jazz et de musiques swing.

Pendant l’écriture aussi ?

J’ai beaucoup travaillé à partir de fonds sonores. Ce livre est un peu une comédie musicale. Il y a beaucoup de références à des chansons.  J’en cite de nombreuses d’ailleurs.

Ça vous a amusé de chercher des chansons qui collaient à l’intrigue de votre histoire ?

Beaucoup. J’ai souvent trouvé l’équivalent musical de la scène que j’étais en train d’écrire. Il y avait quelque chose de troublant dans ce phénomène.

D’où vient le mot zazou ?

Cab Calloway vient à Paris en 1934. Il donne un concert à la salle Pleyel. Il chante « Zaz Zuh Zaz ». A la suite de cela, Johnny Hess, qui quitte le duo qu’il formait avec Charles Trenet, chante en solo « Je suis swing »et dans le refrain, il reprend l’expression de Cab Calloway, Zaz Zuh Ze. A partir de là, le mot zazou rentre dans le vocabulaire.

Cab Calloway : "Zaz Zuh Zaz" (1933)

Peut-on dire que les zazous étaient les précurseurs des yéyés ?

C’est exactement ça. Ils se sont regroupés en classe d’âge et pas du tout en classe sociale. Dans mon livre, il y a une modiste, une boulangère, des étudiants, un soldat… Que font des jeunes du même âge qui se regroupent ? Ils s’habillent de la même façon, en l’occurrence des vestes très longues, des pullovers moulant pour les filles, des jupes courtes, des pantalons serrés pour les garçons. Les filles et les garçons ont deux accessoires indispensables : les lunettes de soleil qu’il est de bon ton de porter quand il n’y a pas de soleil et le parapluie Chamberlain que l’on prend toujours avec soi, mais qu’on n’ouvre jamais, encore moins quand il pleut.

Ils avaient des drôles de rites.

Ils mangeaient des carottes rappées, buvaient de la bière grenadine, lisaient des livres comme Rebecca de Daphné du Maurier et Autant en emporte le vent de Margaret Mitchell.

Johnny Hess : "Ils sont Zazous" (1942).

Avant de lire votre roman, j’avais une opinion sur les zazous, complètement erronée. Pour moi, c’était de jeunes écervelés, légers, qui ne pensaient qu’à s’amuser et à écouter du jazz… Or, vous nous les présentez aussi comme des gens très profonds et courageux. On dirait que vous les réhabilitez.

Mais c’est ce que j’ai voulu faire. En rendant hommage aux zazous, je rends hommage à la jeunesse française de ces années-là. Cette jeunesse a refusé qu’on lui confisque leur jeunesse. Ils voulaient continuer d’exister et faire en sorte que Paris continue d’être une fête. Ils refusent ce qu’il se passe avec les armes de leur âge, le chant, la danse, la musique, et une certaine dose d’inconscience. Ce roman est un hymne à la joie et à l’espoir.

On voit vos zazous évoluer. Ils ont 15 ans au début de la guerre et 21 à la fin.

Au fur et à mesure que la situation devient complexe et tendue, avec les assassinats, la barbarie, les trahisons, les dénonciations, les enlèvements, les camps, leurs positions évoluent. Ils se rendent bien compte qu’en continuant à faire les imbéciles, ils sont dans une forme de résistance.

Vous ne niez pas l’autre résistance, évidemment.

J’évoque bien sûr la résistance qui est armée, constituée, De Gaulle, Londres… Mais force est de constater qu’il y a eu aussi une résistance quotidienne très importante menée par des gamins et des gamines.

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A travers eux, on voit ce que devient Paris à cette période-là.

J’y tenais beaucoup. La guerre, ce n’est pas un bloc qui tombe comme ça. La guerre en 39, ce n’est pas la guerre en 44 et 45. En montrant la transformation de Paris, j’ai essayé de ne pas tomber dans les clichés habituels. Un écrivain doit travailler sur les zones grises un peu complexes et ambiguës.

Au début de la guerre, à Paris, la guerre n’était pas perceptible.

Les cinémas, les théâtres et les boites de nuit ont été rouvertes très rapidement. Les allemands sont présents, mais relativement discrets. Il y a même des consignes données par la Kommandantur pour que les soldats soient polis avec les français. Il y a une zone étrange où il ne se passe pas grand-chose et la jeunesse va se déployer dans ce Paris encore endormi. Mais la capitale va vite changer en se trouvant face à tous les travers d’un monde en guerre.

Andrex : "Y'a des zazous" (1944).

La couverture de votre livre montre une jolie fille qui fait de la bicyclette dans les rues de Paris. C’est un acte de résistance, non ?

Oui, parce qu’il y a une loi en 1942 qui interdit aux femmes faisant de la bicyclette de porter un pantalon. Elles doivent porter une jupe. Vous avez raison, c’est une forme de résistance.

Ça manque, aujourd’hui, des jeunes comme les zazous ?

Au lendemain de la tuerie du Bataclan et des terrasses de café, la jeunesse d’aujourd’hui a continué à aller dans d’autres terrasses de café. Finalement, ils se sont comportés comme les zazous d’hier. Mon fils, trois jours après ces terribles évènements, est allé assister à un concert avec ses amis. Je trouve qu’il y a là aussi, à la fois une espèce d’inconscience et une prise de position évidente chez ces ados. Eux aussi ont dit « on ne va pas se laisser faire ! »

gérard de cortanze,zazous,interview,mandorIl y a un coffret sorti chez EPM avec deux CD réunissant 50 morceaux sélectionnés par vous.

Les 50 morceaux figurent, d’une façon ou d’une autre, dans le livre. Elles sont les plus représentatives de cette époque, en versions originales et remasterisées. C’est tellement frais qu’on a l’impression que ces titres ont été enregistrés hier.

Votre maman était une zazoue, c’est une des raisons pour laquelle vous avez écrit ce livre ?

Certainement. Ma mère était à Paris à cette époque-là, elle avait 14 ans. Elle avait la chance d’avoir un père italien qui jouait de l’accordéon dans les bals du samedi soir. Il avait un petit orchestre. Toute son adolescence, elle a dansé. Les dancings et les bals populaires étaient fermés, mais il y a eu un développement des concerts de jazz pendant la guerre qui était absolument hallucinant. Le jazz et le swing étaient interdits, mais on donnait quand même des concerts dans lesquels un monde fou se rendait. C’était gai et festif. Au fond, je voulais que ce livre sur une période sombre soit un livre joyeux. Je voulais rendre la joie de vivre de ces jeunes gens.

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Après l'interview, le 24 mars 2016.

29 avril 2016

Claire Favan : interview pour Serre moi fort.

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Claire Favan, de livre en livre, devient notre Stephen King à nous. Elle ne se contente pas d’écrire des thrillers d’une efficacité redoutable, elle prend un malin plaisir à nous terroriser. Elle l’assume, comme elle me le disait dans sa deuxième mandorisation : « Je pense toujours à ma mère qui, un jour, a refermé un livre de Stephen King en disant : « C’est génial ! C’est l’histoire d’un tueur en série. Je n’avais jamais lu un livre comme ça ! ». Ce jour-là, elle m’a donné une deuxième naissance. » 

(La première mandorisation (où elle n'était pas toute seule) est .)

Dans ce 5e roman, Serre moi fortClaire Favan nous raconte l’enquête du policier Adam Gibson sur un charnier où toutes les victimes sont des femmes. Une fois de plus, Claire ballade le lecteur dans tous les sens. Son nouveau thriller est d'une noirceur à vous couper le souffle. Le 15 mars dernier, je suis allé la rejoindre dans un bar parisien pour évoquer ce nouveau livre (notamment).

claire favan,serre moi fort,interview,mandor4e de couverture :

« Serre-moi fort. » Cela pourrait être un appel au secours désespéré.
Du jeune Nick, d'abord. Marqué par la disparition inexpliquée de sa sœur, il est contraint de vivre dans un foyer brisé par l'incertitude et l'absence. Obsédés par leur quête de vérité, ses parents sont sur les traces de l'Origamiste, un tueur en série qui sévit depuis des années en toute impunité.
Du lieutenant Adam Gibson, ensuite. Chargé de diriger l'enquête sur la découverte d'un effroyable charnier dans l'Alabama, il doit rendre leur identité à chacune des femmes assassinées pour espérer remonter la piste du tueur. Mais Adam prend le risque de trop, celui qui va inverser le sens de la traque. Commence alors, entre le policier et le meurtrier, un affrontement psycho logique d'une rare violence...

Ce qu’ils en disent :

« Monstrueusement magistral, horriblement bon ! » Bruno Lamarque, Librairie de la Renaissance, Toulouse.
« Intime, violente, déroutante, l'intrigue de Claire Favan s'enroule autour du lecteur tel un serpent. » Olivier Norek, auteur de Code 93,de Territoires et Surtensions.claire favan,serre moi fort,interview,mandor
« Une des grandes du polar français ! » Gérard Collard, librairie La Griffe noire, Saint-Maur.

L’auteure :

Née à Paris en 1976, Claire Favan travaille dans la finance et écrit sur son temps libre. Son premier thriller, Le Tueur intime, a reçu le Prix VSD du Polar 2010, le Prix Sang pour Sang Polar en 2011 et la Plume d'or 2014 catégorie nouvelle plume sur le site Plume Libre. Son second volet, Le Tueur de l'ombre, clôt ce diptyque désormais culte centré sur le tueur en série Will Edwards. Elle a également participé aux recueils de nouvelles du Collectif des auteurs du noir : Santé !, Les Aventures du concierge masqué et Irradié. Après les succès remarqués d'Apnée noire et de Miettes de sang, Claire Favan nous revient avec un thriller d'une noirceur absolue : Serre-moi fort.

claire favan,serre moi fort,interview,mandorInterview :

Par rapport à notre précédente rencontre, les choses ont évolué pour toi. Tu commences à te forger une belle réputation. Comment vis-tu cette nouvelle notoriété ?

Je le vis raisonnablement parce que je sais que rien n’est gagné et qu’on ne peut pas plaire à tout le monde. Je prends les bonnes choses comme elles arrivent, mais je reste prudente et je ne me relâche pas. La notoriété t’apporte aussi des regards moins bienveillants, je suis en train de le remarquer.

Je trouve que ça va très vite pour toi. Est-ce que ce qui t’arrive te donne confiance en toi ?

Chaque livre est un nouveau pari. Une fois que ton plus récent roman est cautionné, tu n’as plus qu’à recommencer sur le suivant. Ça donne confiance, certes, mais il y a quand même toujours une part de frissons.  

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claire favan,serre moi fort,interview,mandorEn lisant tes thrillers, j’ai remarqué que tu prends un malin plaisir à manipuler les lecteurs.

C’est le travail d’un auteur de polar. J’écris sur les tueurs en série et, à priori, tout a déjà été écrit sur eux. Quand j’écris je me demande jusqu’où je peux aller pour sortir des sentiers battus. Ma priorité est d’écrire des livres qui parviennent à me surprendre moi-même. Je ne veux pas de sentiments de « déjà lu ».

Pourquoi mets-tu en scène toujours des tueurs en série ?

Ça fait partie un peu de mon image désormais. Et puis, je ne pourrais pas écrire une histoire policière basique… Je n’ai pas fait d’études ou de recherches dans ce domaine, je ne suis pas tueuse en série, mais ces criminels m’intéressent beaucoup, je ne sais pas pourquoi. A chaque livre, je trouve un angle différent pour expliquer le pourquoi du comment des actes commis.

Je sais que tu as rencontré le spécialiste mondial des tueurs en série, Stéphane Bourgoin. Lui as-tu poséclaire favan,serre moi fort,interview,mandor des questions sur ce qu’il y a dans la tête de ce genre de tueur ?

Non, parce que lui est vraiment dans la vérité, moi dans la fiction. Je ne prétends pas être autre chose qu’une romancière, mais je tente de faire en sorte que mes explications tiennent la route psychologiquement parlant. Je fais tout pour être crédible.

Il y a quelques scènes très émouvantes dans ton livre. Notamment quand le fils de la famille s’occupe de ses parents qui se laissent dépérir après la disparition de leur fille.

Stephen King, notre maître à tous, prend toujours des gens dans le quotidien pour tout bouleverser de manière fantastique. Il raconte un peu leur vie, cela permet que tous les lecteurs se sentent concernés. C’est ce que je fais également. Il faut que l’on soit touché par le sort des uns et des autres, que l’on soit presque dans l’empathie.

Mais, tu aimes bien, aussi, traumatiser le lecteur.

Je ne veux pas le traumatiser, mais l’idée de le secouer ne me dérange pas (rire).

Comment vis-tu la phase de création ?

Je ne la vis pas dans la sérénité, ça se rapproche même de la souffrance. Avant, quand j’avais le temps, j’écrivais des livres soupapes non publiés pour me libérer l’esprit. Aujourd’hui, je n’ai plus le temps.

claire favan,serre moi fort,interview,mandorLes histoires qui sont dans ta tête, ne parasitent-elles pas ton quotidien ?

Il y a des auteurs qui disent que quand ils écrivent, ils ne peuvent pas lire. Moi, je peux. Ce que je lis ne va pas m’influencer. La journée, je suis responsable, j’encadre des gens, je construis des dossiers, il faut que je sois concentrée. Le soir je rentre, il faut que je sois disponible pour ma famille. J’ai une bonne faculté à compartimenter. J’arrive devant mon ordinateur, je sais que c’est pour bosser, donc je bosse.

Tu es toujours dans la banque. Il n’y a pas un moment où tu vas devoir faire un choix entre la littérature et la finance ?

Je ne le souhaite pas. Le doute fait partie de mon travail, mais si je n’avais que du doute, j’imploserais en vol. Et puis, pour être sincère, actuellement, je ne vends pas suffisamment pour me le permettre. Je ne me plains pas, mais là, c’est encore un peu tôt (rire).

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Le 15 mars 2016, après l'interview.

Bonus :

La chronique de Gérard Collard sur Serre moi fort.

26 avril 2016

Armelle Dumoulin : interview pour T'avoir Connu

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Armelle Dumoulin est comédienne, auteure de chansons et de pièces de théâtre. Avec T'avoir connu, elle signe un album original, mélange de chansons parfois traditionnelles et souvent très singulières et rock. Elle projette sa voix vers des zones où elle peut se mettre en danger. Armelle Dumoulin a fait des études de littérature et raffole de poésie, à commencer par Henri Michaux. 

Le 14 mars dernier, l’artiste est venue me voir à Webedia, pour une toute première mandorisation.

Armelle-Dumoulin-Simulation-Sticker1.jpgBiographie officielle :

Armelle Dumoulin commence à dire voire jeter ses textes sur scène à Paris vers 2000.
Evoluant entre les univers de la musique et du théâtre, elle multiplie les projets: les Plombiers du réel (Antoine Sahler, Alexandre Leïtao, Michel Taieb, Éric Mouchot) avec lesquels elle fait un 1er album : Est-ce nous ? (2009) ; les Sœurs Sisters, créations de divers spectacles, dont Les magnifiques et Eloge du réel ; l’écriture d’un feuilleton de 10 épisodes pour France Culture ( La vésicule merveilleuse ) avec Benjamin Abitan, Wladimir Anselme et Nicolas Flesch ; la sortie du double album Les magnifiques avec Christian Paccoud et les Sœurs Sisters ; la pièce Le curé de Camaret de Noël Tuot, joué avec Benjamin Abitan et qui tourne à travers la France…
Chanteuse rock et décalée dans la lignée des Rita Mitsouko ou de Brigitte Fontaine, Armelle Dumoulin développe un univers personnel et poétique à travers ses 2 premiers albums, dont le second est coup de cœur du Centre de la Chanson et demi-finaliste du Prix Georges Moustaki. Pour ce 3e album, elle continue son dessein exigeant, portée par une écriture à la fois littéraire et lapidaire et son chant sanguin, intime et balancé. 
Elle invite Yolande Moreau et Bertrand Belin à partager son univers singulièrement familier.

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P1000578.JPGInterview :

Tu as commencé sur scène en disant tes textes plutôt qu’en les chantant.

Je viens de la littérature, j’ai notamment une Maîtrise de Lettres. Quand j’étais petite je voulais devenir écrivain. Alors, effectivement, j’ai commencé au Limonaire en disant mes textes. C’était de la prose, pas des chansons. Peu de temps après, comme je voyais beaucoup de chanteurs et de chanteuses passer, j’ai commencé à chanter a cappella. Je me suis mise à écrire des chansons et, au fil des rencontres, je me suis lancée un peu plus sérieusement. Cela dit, même aujourd’hui, je garde des textes sans musique. Pendant que je m’accorde, j’aime bien dire des poèmes des autres, comme Antonin Artaud par exemple.

Tu aimes chanter ?

Oui, je trouve que la forme de la chanson est hyper dense. J’aime à la fois la contrainte des rimes et de la concision. J’ai une forte exigence dans l’écriture. De plus, je bégaye énormément, je mange facilement mes mots, et la chanson m’a obligé à poser les mots sur les syllabes et sur les notes.

Tu as pris des cours ?

J’ai fait Musique-Etude quand j’étais petite. J’ai fait du solfège pendant 15 ans, beaucoup de hautbois, de musique classique et de chorale. J’ai eu une maîtrise au Conservatoire. J’ai tellement étudié qu’à 22 ans, j’ai décidé d’arrêter de prendre des cours, donc ma voix est naturelle et pas du tout travaillée.

"Honneur" un morceau d'Armelle Dumoulin extrait de l'album "T'avoir connu" (Le Furieux / Musicast)
Réalisation Armel Hostiou / Production Bocalupo Films / avec le soutien du FCM

Ce disque te ressemble-t-il ?

Avec mon équipe de trois personnes, on a pris plus de temps pour cet album. On a beaucoup répété ensemble avant d’enregistrer. Je voulais un disque très épuré, très sobre, un son brut qui va avec ma voix, un album de face et profond. J’apprends la simplicité dans l’écriture. J’ai une ligne d’exigence dans le style, mais je veux parler aux gens. Je ne veux pas rester dans ma tour d’ivoire.

Il y a de la gaité et des titres plus graves.

J’essaie de tirer le fil entre ces deux états.

Comment peut-on qualifier la planète Dumoulin?

Elle est multi schizophrène, pleine de reliefs. J’aime ce qui est minéral… la pierre, la terre, les cailloux, mais sur un terrain avec des trous et des chausse-trappes.

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En écoutant ton disque et en te voyant sur scène, j’ai eu l’image de quelqu’un de fort. L’es-tu réellement ?

Je suis une grande timide, mais sur scène je suis super à l’aise. Avec l’expérience, je contrôle mieux ma timidité et je sais un peu plus ce que je veux. Mais je suis dans le doute. Le doute est un moteur et je crois que c’est la première qualité d’un artiste. A un moment, j'ai compris qu’il ne fallait pas qu’il n’y ait que ça, parce que ça peut devenir paralysant. Il faut donc dompter son doute.

Tu es une littéraire, cela se sent dans ton écriture. Quel écrivain aimes-tu ?

J’ai écrit une chanson sur Henri Michaux dans le précédent album. Il a été un grand choc littéraire et émotif. A 18 ans, j’avais tout lu de lui. Aujourd’hui, j’aime Valère Novarina, un auteur contemporain avec lequel il m’est arrivé de travailler au théâtre.

Bertrand Belin chante avec toi sur « Puisse le jour ». Pourquoi ?

C’est un ami. On se connait depuis longtemps et nous sommes très proches. Il avait déjà fait deux, trois guitares sur l’album précédent. Je suis fière qu’il chante sur une chanson.

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Pendant l'interview.

Les-Armelles-Dumoulin-2-Barbara-Heide.jpgQue penses-tu de la chanson d’aujourd’hui ?

Il y a beaucoup d’artistes qui écrivent comme si Rimbaud n’avait jamais existé, ni Beckett, ni Artaud. Ça me dérange un peu. Certains écrivent de la chanson comme on en faisait il y a cent ans, sans se soucier des bouleversements de la langue ces dernières années. Nous sommes en 2016 ! Avec la modernité, la langue a été déconstruite et pas grand monde n’en tient compte. Je trouve qu’il  y a un certain manque d’audace. Les artistes sont là pour chercher, se mettre en danger!

Deux questions que je pose souvent… qu’est-ce qu’une bonne chanson ?

Une chanson profonde, qui bouscule, bien écrite, mais compréhensible par tous.

Qu’est-ce qu’un artiste ?

C’est quelqu’un qui doit être disponible au monde. Il doit être aux aguets, en alerte permanente et retransmettre aux autres. Il doit voir différentes choses, des images, des mots, les faire s’associer et créer une réflexion autour de ça. Un artiste doit soulever des pierres.

Est-ce dur d’être artiste en 2016 ?

Je m’en sors, mais tout le monde est classifié, donc les milieux sont verrouillés. Après, ma vie me plait beaucoup comme ça. Je n’ai aucun regret, même si ce n’est pas évident de se faire connaitre.

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Le 14 mars 2016, après l'interview.

17 avril 2016

Finale du concours de slam, "Vive la parole libre", 5e édition : photos et bilan

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finale du concours de slam,vive la parole libre,fédération france quebec,corinne tartareCorinne Tartare
, la vice-présidente Commission Culture de la Fédération France-Québec me contacte un jour pour me faire une drôle de proposition. Elle souhaite que je sois l’invité d’honneur de la finale nationale de la 5e édition du concours de slam « Vive la parole libre ! ». J’hésite.

Premièrement, je ne connaissais pas ce concours. Deuxièmement, je ne me sentais pas légitime dans ce rôle d’ « invité d’honneur ». Au nom de quoi  le serais-je ? A part Grand Corps Malade, S Petit Nico (Nicolas Séguy) et Ami Karim, je ne connais rien au slam. Elle me répond que l’idée d’avoir quelqu’un dont l’activité principale est de mettre en avant les livres et les chansons est complètement légitime. Elle ajoute aussi qu’une personnalité extérieure à ce mouvement est plus objective pour juger de la qualité d’un texte. Oui, parce qu’en plus, je deviens juré. Soit. J’accepte.

Ce concours est organisé depuis 2012 par la Fédération France-Québec / francophonie avec le soutien de la Délégation générale du Québec à Paris, de la Délégation générale à la langue française et aux langues de France, de l’Office franco-québécois pour la jeunesse et de la Radio CNRV.  Il est ouvert à tous et vise à promouvoir la richesse de la langue française et l’amitié franco-québécoise. Une sélection a lieu dans 15 régions françaises. Nous avons donc eu la crème de la crème du slam national.

Là, c'était avant que le spectacle ne commence...

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La hyper très sympathique équipe de la radio CNRV a retransmis la cérémonie, mais avant cela, a interviewé notamment l'invité d'honneur (qui a dit tout le bien de cette soirée à venir et du slam). 

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 Nous a rejoints au micro, l’animateur de la soirée, David Goudreault, le premier Québécois à remporter la Coupe du Monde de poésie, à Paris en 2011. Il est travailleur social, poète et romancier. Ce jeune homme a été récipiendaire de la médaille de l’Assemblée nationale du Québec pour ses réalisations artistiques et son implication sociale. Son premier roman, La bête à sa mère, publié aux Éditions Stanké, est un best-seller et il vient de remporter le Grand Prix Littéraire Archambault (l'équivalent du Prix Renaudot en France).

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Avant la finale, avec David Goudreault.

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Pour être clair, je n'ai jamais vu un animateur de ce niveau-là. Le meilleur. David Goudreault est drôle, percutant, insolent, sensible, malin, un sniper de l'impro... j'en passe et des meilleurs. Je suis devenu fan. Ce type-là n'est pas comme tout le monde. Il est supérieurement intelligent et met cette intelligence au service du divertissement ou de la solidarité.

Pour la Semaine des travailleuses sociales et des travailleurs sociaux, qui s'est déroulé du 24 au 30 mars 2013, l'Ordre des travailleurs sociaux et des thérapeutes conjugaux et familiaux du Québec ont lancé une campagne de sensibilisation innovante. Peu importe la diversité des problématiques et leurs interrelations dans le tissu social, le rôle de la travailleuse sociale et du travailleur social, c'est l'accompagnement, c'est de raviver l'espoir.

Paroles et interprétation: David Goudreault
Musique et réalisation: Félix Bernier

En tout cas, je défie quiconque de trouver meilleur animateur que lui. Rien que pour David Goudreault, je suis ravi d'avoir été invité à ce concours. 

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Le public présent ce soir-là au Pan Piper. Et dans la foule, le jury disséminé qui note sur un panneau à la vue de tous. Il peut se faire huer ou applaudir selon la note. Tout ceci dans une ambiance bon enfant. 

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Corinne Tartare, la vice-présidente Commission Culture de la Fédération France-Québec et l'animateur s’apprête à donner le résultat. 

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Présentée par Pays Nantais-Québec, Clo a remporté (assez largement, je dois dire) la finale de « Vive la Parole Libre » 2016. Une virtuose des mots qui avait déjà gagné la Coupe du monde de slam en 2015. Elle a été tout simplement bluffante.

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La lauréate de cette année remercie le public (les organisateurs et le jury).

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Il a fallu que je monte sur scène pour expliquer ce que j'avais pensé des artistes et de la soirée en général. Du bien. Et avec conviction.

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Tous les slameurs ayant participé au concours sont montés sur scène pour dire au revoir (et pour la photo).

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Corinne Tartare et "l'invité d'honneur" (heureux d'être là).

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Autre invité, artiste réputé au Québec, Biz Fréchette du groupe Loco Locass est rappeur, indépendantiste convaincu et écrivain. Son roman, Mort-terrain, a remporté le Prix littéraire France-Québec 2015.

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Biz est le leader de Loco Locass, fondé en 1995. C'est un groupe hip hop québécois surtout connu pour la défense du français et ses prises de position politiques, particulièrement pour son engagement en faveur de la souveraineté du Québec. 

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France Québec mag en parle dans le numéro 175 daté du mois de mai 2016:

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13 avril 2016

Benoît Doremus : interview pour En Tachycardie

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Comparaison n’est pas raison, je sais bien, mais pour moi, Benoît Dorémus est l’héritier légitime de Renaud. En moins écorché vif, il me semble… quoique. Sophie Delassein, dans Le Nouvel Obs, va encore plus loin : « Benoît Dorémus appartient à une lignée que l'on pourrait ainsi présenter : petit-fils adoptif de Brassens, neveu rêvé de Souchon et Le Forestier, fils caché de Leprest, ami d'enfance possible d'Alexis HK, de Vianney, d'Agnès Bihl. » Rien que ça!
Si Benoît Dorémus ne peut nier ces filiations, en trois albums, il propose sa propre poésie et sa propre révolte douce. Le dernier en date est un joyau. Il ressemble bien à son titre En Tachycardie : un cœur qui vibre, qui s’emballe, un peu comme sa vie ces dernières années.

C’était donc le moment de le rencontrer de nouveau (sa première mandorisation en 2007 est ici, la seconde en 2010 est ). Ainsi fut fait le 3 mars dernier, dans un magasin de guitares.

benoît dorémus,en tachycardie,interview,mandorMot (raccourci) de Benoît Dorémus à propos de En Tachycardie :

Ce titre ne reprend pas l’une des chansons, pourtant il leur colle à toutes. Comme si cet état physique, ce symptôme de vigilance et de désarroi était un pays, un continent à part entière, où le cœur bat trop vite et trop fort, et qu’il m’a semblé traverser ces dernières années.

Trop fort, à cause des filles. Enfin, à cause de l’amour. Enfin, à cause de l’amour quand il s’arrête et vous cloue sur place. Trop vite, à cause des questions qui tournent constamment dans nos esprits comme des petits vélos agaçants. Il y a ce que le monde attend de nous, il y a ce qu’on attend de nous-mêmes, il y a ce qu’on attend du monde, et on doit se débrouiller comme ça.

Pour qu’il batte un peu moins durement, on peut être tenté par les anxiolytiques, ils sont là pour ça non ? « 20 milligrammes » est une chanson importante pour moi. J’ai mis du temps à mettre ce thème en chanson, or j’en avais besoin, dans le fond comme dans la forme.

J’ai composé l’intégralité de ces 14 titres, sauf 2, ce qui fait 12. A ma grande fierté, je dois la musique de « Ton petit adultère » à Maxime Le Forestier et celle de « Lire aux chiottes » au duo d’Archimède.

Il faut que j’évoque le plaisir que j’ai eu à travailler avec benoît dorémus,en tachycardie,interview,mandorPolérik Rouvière, qui signe la réalisation de ce disque. Je lui parlais de Rodriguez pour les cuivres, d’Eminem pour l’intensité, des Beatles pour les batteries, de Gainsbourg pour les basses, de MGMT pour les claviers, de Dylan, d’Ennio Morricone, de Feist, que sais-je encore... Son travail a été de me faire taire au bout d’un
moment, et de faire en sorte que mes chansons ne ressemblent qu’à moi. J’ai trouvé avec lui le son que je cherchais depuis longtemps.

Pour finir, je ne peux passer sous silence ce jour d’août 2015 où j’ai trouvé Alain Souchon en personne sur mon paillasson ! J’explique. Avec une gentillesse déconcertante, il avait accepté de venir expressément dans mon petit appartement enregistrer sa si belle phrase « Tu la voyais grande et c’est une toute petite vie », pour le titre « Dernièrement (acte V) ».

De battre, mon cœur ne s’est pas arrêté.

benoît dorémus,en tachycardie,interview,mandorInterview :

Cinq ans entre ton dernier disque et celui-ci. As-tu trouvé le temps long ?

Oui. S’il y a eu un peu de frustration, il y a eu aussi plein d’évènements qui ont ponctué cette attente. J’ai notamment fait beaucoup de concerts. Mais discographiquement parlant, ce n’est pas passé vite. Je ne peux pas dire que j’ai passé cinq années délicieuses à attendre.

Je te le dis à chaque fois que je te vois, mais je ne comprends pas que tu ne sois pas plus reconnu et soutenu.

Je me suis longtemps demandé pourquoi il en était ainsi, mais franchement, aujourd’hui, je cesse de me poser la question. J’ai une très belle reconnaissance des gens qui font ce métier, Renaud dans un premier temps, puisque c’est lui qui a produit mon premier album Jeunesse se passe, puis Francis Cabrel quelques années plus tard. J’ai tendance à dire que Renaud m’a découvert et que Cabrel m’a relancé. « Il a découvert mon travail lors des Rencontres d’Astaffort auxquelles j’ai participé en 2013, puis a eu dans les mois qui ont suivi d’autres occasions de m’écouter. Il m’a alors invité à passer une semaine avec lui dans son studio. Rien que ça. J’ai profité de ses suggestions très avisées, de ses guitares très avisées aussi, de sa gentillesse. Francis joue du banjo sur « Aïe ouille » et chante avec moi en clin d’œil dans le dernier refrain de « Dernièrement (acte V) ». Il faut dressez l’oreille… Non seulement on a travaillé dur, mais en plus, on a bien rigolé. Et rigoler, y compris de moi-même, c’est peut-être ce que je préfère au monde, vous savez. Peu après, lorsqu’il m’a proposé d’assurer toutes les premières parties de sa nouvelle tournée, j’ai tout fait pour que l’album soit prêt pour ce rendez-vous avec son public. J’ai cessé d’attendre les maisons de disque qui ne l’ont d’ailleurs pas vraiment remarqué ».

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Benoît Dorémus chez et avec Francis Cabrel.

benoît dorémus,en tachycardie,interview,mandorOn s’habitue à côtoyer ces deux légendes de la chanson française ?

Il y a toujours un moment dans la journée où je fais un pas de côté et où je me dis « tu réalises ce que tu es en train de vivre ? » Je sais qu’il y a plein de gens qui donneraient beaucoup pour vivre ça, ne serait-ce qu’une heure. Cela dit, je ne suis pas tétanisé par le trac, l’enjeu ou qui ils sont, au contraire. Je ne dis pas oui à tout. Cabrel et Renaud aiment bien qu’on leur résiste un peu. Très vite, avec Renaud, nous nous sommes engueulés et boudés plein de fois. Cabrel, lui, est économe en mot. Il est plus calme. Ce sont des gens que j’admire énormément, mais une fois que nous sommes dans le concret, on ne peut pas être dans un état de vénération totale sinon, il est impossible de travailler. Je tiens également à préciser qu'il y a un autre grand artiste qui est très présent dans ma vie, c'est Maxime Le Forestier. Il est  toujours là quand j'ai besoin de conseils...

Justement, tu as fait récemment la première partie de Francis Cabrel pendant trois mois et cela s’est super bien passé.

J’ai fait 45 dates avec lui. C’était énorme !

Bande annonce d'En Tachycardie.

Ressens-tu de la douleur de ne pas être plus accepté et aimé ?benoît dorémus,en tachycardie,interview,mandor

J’ai surtout ressenti de la culpabilité quand j’étais dans de grosses maisons de disque. Eux te parlent de ventes de disques et ça te met une pression de dingue. J’ai très mal vécu ça. Je fais partie des 95 % de chanteurs de ma génération qui font leur métier en vivant bon an mal an de leur métier. Et il y a les 5% qui cartonnent.

Au final, n’est-ce pas mieux de faire tout soi-même ?

Il y a le pour et le contre. C’est difficile de se passer de tout un tas de métier. Franchement, les métiers des maisons de disques me manquent. Je fais tout moi-même et quand je dis tout, c’est tout. Je suis allé chercher les disques à l’usine, je les ai envoyés aux 800 personnes qui l’ont préacheté sur KissKissBankBank, alors que j’étais en pleine tournée avec Cabrel. Cela fait neuf mois que j’ai des  journées de 12 à15 heures par jour. Je donne physiquement de ma personne. Je me transforme en producteur, en juriste, en attaché de presse, en administrateur, je signe les chèques… j’en passe et des bien pires.

Quelle énergie bousillée au lieu de créer !

C’est vrai que tout ceci est au détriment de la création. Je t’avoue que j’ai hâte de retrouver l’artiste qui sommeille en moi, qui a envie d’écrire, de trouver l’inspiration. Pour nous, chanteurs des années 2010, il faut tout faire soi-même.

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Benoît Doremus, Gaël Faure et Mandor. Interview en avril 2015.

As-tu eu la tentation de baisser les bras ?

Oui, il y a trois ans, quand j’ai vu que personne ne s’intéressait à cet album, qu’aucune maison n’en voulait. Je ne voyais pas comment l’enregistrer. Il faut de l’argent pour faire les choses bien, c’est le nerf de la guerre. « Après deux albums en major, j’ai mis un moment à m’adapter aux évolutions de mon métier. Je me suis senti perdu et découragé bien des fois, j’ai mal vécu cette attente compliquée commune à bien des chanteurs de ma génération. Heureusement, il y a la scène pour faire vivre les chansons, il y a le soutien du public, et les coups de pouces de compères comme Renan Luce, Alexis HK ou Oldelaf. »

Je sais que tu as hésité à demander de l’argent sur un site participatif.

Oui, mais c’est mon manager qui a eu les mots qu’il fallait pour me décoincer. Il m’a dit : « Benoît, c’est juste du préachat. Les gens qui t’aiment bien, qui te connaissent, achètent maintenant ton disque et il ne sort que dans six mois. Rien de plus. S’ils ont envie de donner plus des 15 euros qu’ils auraient donnés à la Fnac, ils le peuvent. Ils ont la possibilité d’avoir des petits cadeaux de ta part, tu ne voles personne… » Il a fini par me décomplexer et j’ai accepté de rentrer dans ce système. J’ai remarqué que les gens sont contents d’avoir ce lien avec l’artiste…  J’ai atteint en 24 heures une somme que j’attendais sur un mois. Ca fait énormément de bien et c’est très gratifiant. « La somme finale m’a non seulement permis d’enregistrer en toute indépendance mais m’a aussi fait prendre la mesure de l’attente du public pour la suite de mes histoires. J’ai foncé en studio ».

Clip de "Bêtes à chagrin", réalisé par Thierry Teston avec Valentine Atlan. Montage Nicolas Elie.

Les chanteurs sont-ils tous des « bêtes à chagrin » ?

Dans cette chanson, je mets en garde. Attention ! Les artistes dans leur quotidien, hors micro et hors caméra ne sont pas forcément ceux que l’on fantasme. Ils peuvent faire du mal car un artiste est quelqu’un qui est hanté, qui est un peu prisonnier de son intériorité et de ses questionnements. Y a-t-il de la place pour de l’amour dans le cerveau déjà bien encombré d’un artiste ? J’ai essayé de mettre de l’humour, de la tendresse et de l’autodérision dans cette chanson. Il y a des clins d’œil à des artistes que je fréquente.

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Benoît Dorémus et Renaud.

J’ai pensé à Renaud, évidemment.

Renaud est clairement une bête à chagrin. C’est la personne la plus complexe que j’ai croisé dans ma vie. Francis Cabrel, lui, a l’air plus maître de ses émotions.

Un artiste est différent des autres ?

Oui, mais ça devient une douleur. J’utilise cette douleur et j’en fais du second degré pour que mes chansons ne soient pas plombantes. Un artiste est quelqu’un qui est plus sensible que la moyenne, dont le boulot est de faire en sorte que cette sensibilité résonne chez ceux qui l’écoutent. On transforme notre sensibilité en art.

Ton album sort des sentiers battus et il est très varié.

J’essaie de varier les plaisirs et de ne pas faire que de la chanson française en octosyllabe tout le temps, d’une chanson à l’autre. Même si ma famille reste la chanson, j’aime me diriger vers le hip-hop ou explorer d’autres planètes musicales. Je fais en sorte qu’on ne s’emmerde pas, ce qui me fait chercher des astuces dans la forme.

"Brassens en pleine poire", live en première partie de Francis Cabrel.

Dans certaines chansons, il faut gratter pour saisir le propos. On y parvient toujours, mais au bout de quelques écoutes.

J’aime bien qu’il y ait à manger au niveau du texte et que l’on n’ait pas tout compris à la première écoute. J’y tiens. Il y a toujours une histoire, un fil conducteur et une chute… mais toujours une deuxième couche.

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Pendant l'interview...

Tu t’amuses en écrivant ?

Je m’éclate. C’est le moment que je préfère. Parfois, c’est un peu dur parce que je ne trouve pas, alors je cherche, je retourne… et je finis par trouver. Tant que je sais que je suis sur une bonne chanson, le temps, le travail et la patience ne me dérangent pas. Au contraire.

benoît dorémus,en tachycardie,interview,mandorSais-tu quand une chanson est terminée ?

Quand j’estime qu’une chanson est terminée, je la joue à trois copains. J’ai des cobayes comme Renan Luce, Alexis HK (voir photo à gauche), Renaud et même Cabrel. Leur opinion compte énormément. Mais après ces appréciations, elle est validée, tamponnée, cachetonnée, quand la chanson traverse et réussit l’épreuve de la scène.

Un artiste fait du bien au gens. As-tu conscience  de l’importance de son rôle dans la société?

Pas assez, même si on me le dit parfois. C’est vrai que si je pense au bien que m’ont fait Alain Souchon, Renaud, Eminem, les Beatles ou Dylan, je ne me dis jamais que moi, je peux procurer la même chose à des gens. J’ai l’impression que c’est trop beau pour être vrai. Si mon travail peut faire du bien, je suis le plus heureux des hommes.

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Après l'interview, le 3 mars 2016.

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