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24 octobre 2016

Dick Annegarn : interview pour Twist

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Dick Annegarn sublime son retour au disque avec Twist. Un opus à l'humeur légère. Face à la terreur ambiante que traverse notre monde d’aujourd’hui, il répond par la pop, une poésie espiègle et lumineuse et des chansons gorgées de soleil, pour rire, danser, chanter en chœur, tout simplement. Bonne idée !

Je m’étonne que nos chemins ne se soient pas croisés plus tôt. Mais enfin, la rencontre fut belle, l’interview parfois surréaliste. Il est parfois un peu provocateur, ne réponds pas toujours aux questions et j’aime ça. Un doux qui joue au dur.

Le 28 septembre dernier, nous nous sommes donné rendez-vous dans un hôtel parisien. En terrasse, à la fraiche.

Mini bio officielle :

Des années 70 qui ont vu ses débuts, Benedictus Albertus Annegarn, dit Dick, réinvente le meilleur : les musiques qui font l’amour pas la guerre, les mots-sésames, les frontières ouvertes aux esprits assortis. C’est tout lui - voix nomade, éclusier européen, citoyen libertaire du monde. Pendant que les enfants d’hier apprennent aux enfants de demain Ubu et Bébé éléphant, lui poursuit ses voyages de port gascon en oasis marocaine, balisant son parcours de chansons magiciennes. Sorcier, sourcier.

dick annegarn,twist,interview,mandorArgumentaire officiel :

Dick est twist. Dick est allègre, festif, gourmand.

Cela fait belle lurette que Dick Annegarn n’avait pas livré un album aussi radieux. « Un disque du matin », dit-il. Le matin pour l’élan, le souffle, l’envie, le grand « allons-y » de la joie. Car Twist ne se cache pas d’avoir voulu dire autre chose que ce que soufflent les vents du moment.

Ses nouvelles chansons ont l’humeur légère. Même quand il évoque une noirceur, les pieds bougent et le corps vibre. C’est une affaire de pulsion ; de pulsion de vie.

Certains vous diront « la vie continue » avec un sourire malheureux. Dick Annegarn, quant à lui, fait continuer la vie. Il sait la valeur de la légèreté, du plaisir, de l’ivresse. Quand il parle de cultiver son jardin, ce n’est pas en égoïste derrière une haute haie, mais parce que la paix se construit par la culture, parce que la terreur vise d’abord la légèreté, l’ivresse, le plaisir. Alors il a cultivé une douzaine de chansons qui sentent le soleil et le partage.

Oui, il a choisi de répondre par la pop, par le sourire, par l’envie primale d’un bonheur qui se chante. Il confesse avoir été bouleversé par le « Vous n’aurez pas ma haine » d’Antoine Leiris après le 13 novembre, et il a voulu qu’ils n’aient pas non plus son angoisse, son stress, sa rage. À la place, ce sera Twist, l’album le plus souriant de sa carrière.

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dick annegarn,twist,interview,mandorInterview :

Vous venez de découvrir à l’instant, devant moi, votre nouveau disque en physique… Au bout de 22 disques et 43 ans de carrière, c’est toujours un moment émouvant ?

Non. Je suis juste curieux de voir ce que donne la photo. Je trouve que le moment le plus émouvant quand on travaille sur un nouveau disque, c’est quand on sort de la cabine d’enregistrement pour aller dans la cabine du technicien. C’est là que l’on va décider des arrangements, de ce qui va rester ou disparaitre. 5 mois après, la pochette, ça ne me fait pas grand-chose. Je sais ce qu’il y a dans le disque…

Vous avez aimé tous vos disques avec la même intensité ?

Pas du tout. Certains de mes disques, j’aurais même préféré qu’ils ne sortent pas. Je ne m’émerveille pas à dick annegarn,twist,interview,mandorchacune de mes productions. Celui-ci, je l’aime beaucoup. Presque autant que Soleil du soir qui est le seul disque que j’écoute avec bonheur plusieurs fois.

En écoutant ces deux albums, vous arrivez à oublier que c’est vous le chanteur ?

Oui. « Je est un autre », comme dirait Rimbaud. Quand j’écoute Soleil du soir et Twist, j’entends beaucoup de choses. Quand on met une émotion dans une chanson, on la retrouve éternellement.

Sur la pochette, on voit un magnifique sourire de vous et vos dernières chansons sont lumineuses… En ces temps troublés, on a l’impression que c’est pour faire un pied de nez au malheur.

Je tends vers la lumière. Je me lève très tôt le matin pour voir la lumière arriver. Tous les soirs, à 21h30, je suis au lit. Quand la vraie lumière s’éteint, je retrouve une autre lumière, j’aime bien rêver aussi.

Vous ne répondez pas à ma question.

C’est ma réponse.

Une chanson comme « Roule ma poule », qui raconte l’histoire d’un couple qui n’a pas d’argent pour se marier, est musicalement enjoué, mais le texte est terrible.

C’est une vraie catastrophe. Un mariage, ça coûte une blinde. Si tu n’as pas d’argent, tu ne peux pas te marier. Dans ce nouveau disque, je raconte l’histoire du monde entier en version tragi-comique. Je ris du malheur des autres. Dans Les Temps Modernes, quand Chaplin est coincé dans la machine, tout le monde rit. Un rire exaspéré ou désespéré. Moi, je suis comme ça. J’ai le rire mélancolique, un mélange d’amusement et de tristesse.

dick annegarn,twist,interview,mandorVous vous considérez comme un amuseur ?

Les artistes sont des bouffons. Des bouffons du roi. Et le roi a besoin de nous. Et parfois, ils gênent. Coluche, par exemple, est un bouffon qu’on a probablement aidé à disparaitre.

Ah bon ? Vous êtes convaincu qu’on l’a tué ?

Oui. A mon avis, les rois ont intérêt à ce que certains bouffons disparaissent.

Vos chansons peuvent paraître anodines, mais en fait, elles ont beaucoup de fond.

Toutes mes chansons ne sont pas lourdes de sens, parfois, elles ne sont que cartes postales et paysages. Je n’écris pas des chansons vérités.

Si parfois. Mais bref, quelles genres de chansons vous souhaitez écrire ?

J’aimerais écrire un « Joyeux anniversaire » ou un « Au clair de la lune » 2.0. Je parle sérieusement. Il faut que l’on écrive des chansons qui accompagnent la vie et qui soient inoubliables, c’est ça notre travail. C’est facile d’être imbitable. C’est facile d’être un poète obscur.

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Vous vous situez où dans tout ça ?

Dans la pénombre (rires)… encore à 64 ans, j’essaie de sortir de l’ombre, j’essaie d’approcher la lumière.

Vous essayez de devenir « commercial ».      

Oui, je suis même une pute commerciale ratée. J’aurais voulu mieux vendre, être plus chanté par les autres.

Vous n’avez pas l’impression d’être reconnu à votre juste valeur ?

C’est la réalité. Ce sont mes chansons qui sont reconnues, moi moins.

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dick annegarn,twist,interview,mandorEn 22 albums, a-t-on fait le tour des sujets ?

L’autobiographie ne me suffit pas en tout cas. Je ne suis pas avec un thermomètre dans le cul pour savoir si j’ai chaud ou si j’ai froid. Ce n’est pas moi le sujet. Il faut que je voyage, il faut que je marche. Je parle aussi de voyage intérieur à travers les rêves. J’écris en dormant.

Comment cela ?

Je m’oblige à rêver la même chose plusieurs fois. Le matin, quand je me réveille, il me reste des choses.

Pour cet album, enregistré en quasi live en 10 jours au studio Ferber, il n’y a pas d’arrangeur, ni de réalisateur.

Mon premier disque a été enregistré en trois jours. Je n’aime pas trop le studio, c’est une espèce de centrale nucléaire avec des portes blindées. Un concentré de musique en 10 jours, ce n’est pas la vie. C’est un tue l’amour un studio, ce n’est pas très sexy.

Raphael chante un duo avec vous dans votre album.dick annegarn,twist,interview,mandor

Il n’est pas qu’un chanteur à minettes. Il a une culture pop terrible. Il vous chante « Cortez The Killer » de Neil Young par cœur. Lui, comme Christophe, ne fait plus de concessions dans leurs albums. Je respecte beaucoup cela.

Quand vous n’écrivez pas, ne composez pas, ne chantez pas, que faites-vous ?

Je gère ma page Facebook, mon site perso, j’ai trois numéros Siret à moi tout seul, j’ai une association, j’ai 14 hectares avec un tracteur, je fais le ménage, les courses, la vaisselle… je ne suis pas désœuvré. Poète ne veux pas dire être inspiré du matin au soir. D’ailleurs, je jette très peu de choses. J’écris 10 chansons pour en sortir 12 (rires). Je ne suis pas si prolixe que cela.

Pourquoi avoir changé de label ?

Parce que TôtOuTard était plutôt tard que tôt. Mais notre séparation s’est faite à l’amiable. Les gens du label et moi, nous nous revoyions de temps en temps.

Un concert, c’est du pur plaisir ?

Quand je franchis le rideau, je suis dans un état second. Quand je suis à la maison, je tire la chasse et c’est fini. Je n’ai pas le trac et ne crains pas le public. Soyons prétentieux. Souvent, le public n’est pas à la hauteur. Il ne suffit pas d’applaudir. Je demande un public qui rit, qui se manifeste, qui participe… Le public étant exigeant avec moi, je suis exigeant avec le public, c’est logique. Si le public n’est pas bon, nous non plus et vice versa. C’est comme en amour, il faut se stimuler mutuellement. Je vous rassure, la plupart du temps, le public est bon.

Et le public, généralement, veut écouter les tubes. Vous ne devez pas échapper à « Ubu », « Bruxelles », « Sacré géranium », « Mireille »…

Le public qui souhaite que je repeigne le même tableau, il a le même tableau en moins bien. Le côté revival, vintage, nostalgique, remember… m’emmerde.

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Le 28 septembre 2016, après l'interview.

22 octobre 2016

Louis Arlette : interview pour la sortie de son album eponyme

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louis arlette,interview,air,nicolas godin,jean-benoît dunckel,mandorLouis Arlette vient de sortir un premier EP, sorte de « chanson française électro à tendance industrielle ». Le disque propose cinq titres aux textes soignés, évoluant au sein d’une instrumentation vintage, mais résolument moderne On navigue entre pop, indus et quelque chose de slave qui remonte aux origines de l’artiste. Son monde est assez dark mais fascinant. Ce nouveau prodige (qui est loin d’être un débutant) a tout d’un grand.

Le 27 septembre dernier, Louis Arlette est venu à l’agence pour sa première mandorisation… d’un assez haut niveau.

Biographie officielle (signé Christian Eudeline), mais largement écourtée (par moi) :

30 ans à peine, mais déjà une bonne dizaine d’années au service de la musique. Voire plus, car Louis est d’abord un musicien. Après des années passées au Conservatoire, section violon et piano, à 17 ans, il intègre un orchestre qui désire constituer un répertoire allant des grands compositeurs classiques à la musique issue des folklores du Caucase. Etudiant à la faculté de Paris 8 en musicologie, la découverte de la création électro-acoustique sera révélatrice, Louis commence à se monter son propre studio d’enregistrement. Il a 18 ans. Puis il s’inscrit dans une école d’ingénieur du son, la SAE. Au bout de six mois, le Directeur contacté par l’agent du groupe Air à la recherche du meilleur élève de sa promotion lui propose un stage. Au début il était l’assistant, sur les sessions de Love 2 tout d’abord, puis il a mixé le suivant Le Voyage Dans La Lune. Dix ans plus tard, Louis accompagne toujours Nicolas Godin et a mixé récemment son disque solo Contrepoint sorti l’année dernière.

Entre temps, il a aussi travaillé sur de nombreuses publicités avec Jean-Paul Goude, pour Chanel, Kenzo,louis arlette,interview,air,nicolas godin,jean-benoît dunckel,mandor H&M, plusieurs défilés de mode…

En parallèle de ce travail que l’on imagine extrêmement prenant avec Air, d’homme assez talentueux pour tout faire, Louis Arlette commence à composer pour lui. En fait il l’a toujours fait, mais hésite encore sur la forme. Au début, il a commencé en anglais avec un groupe, mais ce n’était pas son truc. C’était une souffrance de chanter en anglais, ce n’est pas sa langue natale…Rien à voir avec cette musique qu’il nous livre désormais. Une musique picturale, déclinée en français.

La pop de Louis est un mélange de deux mondes, celui d’un savoir-faire vintage, il s’accompagne d’un matériel d’époque, un authentique Rhodes de 1979, mais définitivement ancré dans son époque par ces habillages électroniques qu’il envoie entre deux phrases. Des bidouillages qui éclairent ces chansons d’une lueur sombre mais profondément éblouissante.

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louis arlette,interview,air,nicolas godin,jean-benoît dunckel,mandorInterview :

As-tu été élevé dans un environnement où la musique a été importante ?

Mes parents ne sont pas musiciens, mais j’ai des souvenirs liés à la musique quand j’étais très jeune. Ma mère avait une collection assez restreinte de vinyle. J’ai appris bien plus tard que c’était des mecs qui lui offraient pour la draguer. Elle était étudiante, agrégée de Lettres. Bref, dans ces vinyles-là, il y avait Sergent Pepper’s Lonely Hearts Club Band des Beatles et Wish You Were Here des Pink Floyd. Je me souviens très clairement de la sensation que j’ai ressentie quand j’ai écouté ces espèces de chocs musicaux. Il s’est passé quelque chose en moi que je n’arrive pas à expliquer. J’ai été happé sans pouvoir lutter. J’avais la tête qui arrivait à la hauteur de la platine, mais j’avais déjà compris l’importance qu’allait prendre la musique dans ma vie.

A l’âge de 11 ans, ta maman t’a ramené une machine très curieuse avec plein de boutons…

C’était une machine qui permettait de faire des sons. Quand je me suis aperçu de tous ceux que l’on pouvait faire avec, violons, orgues, boite à rythme, je me suis mis à tourner sur moi-même dans ma chambre. De bonheur. A ce moment-là, j’ai été heureux comme jamais. Aujourd’hui, j’essaie toujours de me rapprocher le plus possible de cette sensation-là.

Cela t’a donné des perspectives d’avenir ?

Inconsciemment. C’est la première fois de ma vie que j’ai été confronté à la notion de bonheur. Je me suis rendu compte que j’avais besoin de machines autour de moi. Aujourd’hui, je ne peux pas passer trop de temps en dehors d’un studio.

Ce sont tes parents qui t’ont encouragé à te mettre à la musique, à l’éveil musical. louis arlette,interview,air,nicolas godin,jean-benoît dunckel,mandor

Ils m’ont aussi encouragé à rentrer au Conservatoire. J’y ai étudié le piano, le violon et le chant. Après, j’ai eu la chance de rencontrer un prof de violon qui était arménien. Il m’a beaucoup appris sur la discipline et la rigueur. C’était quelqu’un de très exigeant.

Le Conservatoire, tu as aimé ?

Il peut être non seulement conventionnel et parfois même assez médiocre. L’enseignement de la musique au Conservatoire n’est pas très exigeant. Le petit Conservatoire de commune avec le petit professeur qui est rigide dans sa façon de faire, qui n’a pas d’ambition, qui n’a pas d’oreilles musicales et qui s’emmerde avec ses élèves, on en croise assez souvent.  Le professeur arménien dont je te parle était presque une exception.

Tu as vite souhaité sortir des chemins bien balisés de la musique…

J’ai fait un peu de jazz à 16 ans et un jour, j’ai vu Didier Lockwood. Ses prestations m’ont fasciné. Je suis donc passé au violon électrique. J’ai découvert les effets et la réverbération. J’ai trouvé ça génial et j’ai compris que ça m’ouvrait le champ du possible musicalement.

Tu as fait des études de musicologie à Paris VIII.

Un super souvenir.

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Si je comprends ton parcours, tu as souhaité tout maitriser de la musique pour, ensuite, en faire ce que tu voulais ?

Je suis très touché par cette remarque parce que c’est exactement ça. Je ne prétends pas avoir la connaissance globale de la musique, mais mon souhait est de comprendre cet art le mieux possible. L’enregistrement, la sensation, l’émotion, tout me fascine dans la musique. J’ai besoin de tout pouvoir saisir et maitriser… Ce n’est pas pour rien que j’ai travaillé 10 ans avec d’autres artistes en studio avant de me sentir prêt à aborder mon projet solo.

Tu t’es fait remarquer alors que tu faisais des études dans une école d’ingénieur du son, dans laquelle tu étais le meilleur de ta promo.

C’est la première fois de ma vie que j’étais fasciné par les études. J’ai toujours été studieux, mais jamais passionné. Là, j’aimais aller en cours. Il y a des compositeurs qui venaient, qui nous faisaient écouter leurs œuvres et après, nous commentions. C’était génial.

Mais toi, ton truc, c’était les synthétiseurs.

 Oui. Et j’étais authentiquement fasciné par l’univers des studios, les professeurs s’en sont vite rendu compte. Quand Air a contacté l’école pour chercher un nouvel assistant, ils m’ont proposé. C’est aussi simple que cela.

Tu aimais bien Air ?

Très honnêtement, je ne connaissais pas à fond. J’avais beaucoup aimé la BO de The Virgin Suicides. Ce disque m’avait interrogé. Je le trouvais étrange. Quand j’ai écouté l’album Moon Safari, là, j’ai été pris par la magie. Quand j’ai rencontré Nicolas Godin et Jean-Benoît Dunckel pour la première fois, j’étais très anxieux. Je savais que c’était important. Très vite, je suis devenu leur ingénieur du son.

louis arlette,interview,air,nicolas godin,jean-benoît dunckel,mandorTu es devenu l’assistant sur l’album Love 2. Cela consistait en quoi ?

Dès le premier jour, j’ai placé les micros, j’ai enregistré et j’ai eu carte blanche. Cela m’avait étonné. J’étais un stagiaire, disons efficace.

Tu es resté pour le suivant.

On s’était bien entendu à plein de niveaux. Quand on passe autant de temps en studio avec les mêmes personnes, il y a forcément des accointances. Mais j’ai aussi assisté à des tensions et des frictions. Ce n’est pas un scoop, sur Le voyage dans la lune, le duo a eu de sérieuses engueulades, au point que Jean-Benoît nous a laissé terminer le disque avec Nicolas. On a mixé cet album tous les deux.

Tu débutes avec un duo de légende, tu t’en rends compte à ce moment-là?louis arlette,interview,air,nicolas godin,jean-benoît dunckel,mandor

Oui, bien sûr. Je l’ai toujours pris comme un cadeau de la vie. Je me suis tellement senti à ma place le premier jour où je suis arrivé au studio que je ne me suis posé aucune question. Je savais l’importance de ce duo.  Je voyais les journalistes défiler, la maison de disque aussi,  avec le champagne, mais je m’en moquais. Pour le coup, moi, je ne me sentais pas très à l’aise dans cet élément-là plus lié à l’industrie musicale qu’à la musique elle-même.  

Tu participais à des concerts ?

On préparait les concerts en studio, mais je n’ai jamais fait de tournée avec eux. Par contre aujourd’hui, j’accompagne Nicolas sur scène. Je m’occupe de tous les sons synthétiques. J’ai beaucoup travaillé avec lui sur son album solo Contrepoint. J’ai « assisté » Air pendant huit louis arlette,interview,air,nicolas godin,jean-benoît dunckel,mandorans, je commence à bien le connaître. J’ai pris des habitudes et on savait de quoi on parlait.

Que représentent pour toi les machines ?

Elles me permettent de résumer ma démarche musicale, un mélange de musique électronique et de musique acoustique. Les machines sont une extension de mon corps. Nous, êtres humains, on a des mains, des pieds, mais on peut les étendre.

On va revenir à tes débuts à toi en solo. Tu as commencé avec un projet en langue anglaise. Je ne te félicite pas.

(Rires) C’était une torture absolue à tous les niveaux. J’ai commencé à chanter en anglais dans un groupe, je ne sais même pas pourquoi… un réflexe masochiste. Je ne m’exprimais pas personnellement, je passais des messages qui n’étaient pas les miens, que je ne ressentais pas. Je ne retrouvais aucune sincérité dans ce que je faisais, alors que c’est primordial quand on fait de la musique.

Pour toi, tout part du texte.

Oui, j’ai un message à faire passer. C’est pour cela que je me revendique de la chanson française. Je place le son en fonction du texte. Si je veux parler de la rivière, de l’or et de la mort, le texte autour de moi doit m’entourer, me submerger, faire des vagues autour de moi…

Clip officiel de "Jeux d'or".

Cet amour que tu as des beaux textes ne viendrait-il pas de ta maman, professeur de Lettres louis arlette,interview,air,nicolas godin,jean-benoît dunckel,mandorAnciennes ? Et je vais plus loin… As-tu quelque chose à prouver à tes parents en voulant toujours toucher l’excellence musicalement et textuellement ?

On a toujours quelque chose à prouver à ses parents. Je ne vais pas approfondir la question. J’ai aussi à me prouver à moi-même, mais c’est les parents qui transmettent cette envie de se prouver les choses. Jeune, ma mère m’a fait découvrir beaucoup d’auteurs classiques et cela m’est resté. J’ai toujours eu une fascination pour les auteurs classiques.

Qui ?

Proust est un auteur qui m’écrase de son génie. Je ne trouverais pas ça scandaleux de ne lire que son œuvre  jusqu’à la fin de ma vie.

A chaque lecture de Proust, tu trouves quelque chose de non explorée dans la lecture précédente ?

Tout à fait. Ça parle de tout. C’est à la fois une réflexion sur une société, sur l’art, sur l’amour, sur ce que l’on a au plus profond de soi. Il est capable d’étendre dans le temps une sensation qu’il a eu et de l’approfondir jusqu’à l’essence même que l’on retrouve nulle part ailleurs.

Proust n’arrivait pas à s’exprimer à la première personne. Tu aimais bien son narrateur ?

Mais, je m’identifie tellement, et humblement, à ce narrateur. Il se voudrait artiste, mais il sent qu’il n’est pas prêt. Il se sent écrasé par les artistes géniaux qu’il apprécie. Il réussit à la fin à comprendre qu’il a le droit d’exprimer sa personnalité à partir du moment où il le fait sincèrement. Chacun a le droit de s’exprimer et l’art est le seul moyen d’expression qui permet de le faire. Il ne faut surtout pas s’en priver.

"L'avalanche", version live en avril 2016.

Les auteurs de chansons te fascinent moins que les auteurs de romans ?

La new wave de The Cure et Depeche Mode m’a beaucoup influencé. La pop des Beatles et de Radiohead aussi. Je suis un fan de la musique industrielle. Des groupes les plus connus à ceux nettement plus confidentiels.

(Là, j’avoue, Louis Arlette m’a donné des noms, tous à consonances germaniques assez compliquées et à rallonge. J’ai renoncé à faire des recherches sur le net pour les orthographier correctement. Pardon.)

Et dans la pop francophone ?

J’adore Indochine, les Rita Mitsouko, Taxi Girl, Etienne Daho.

Et dans les classiques ?

Brel, Brassens, Gainsbourg, Vian. Et puis, j’ai une tendresse pour Henri Salvador et Yves Duteil. Ma maman me faisait écouter leurs chansons le soir, avant de m’endormir.

Quand j’entends ta musique, j’entends aussi un peu le Christophe d’aujourd’hui.

Nous avons effectivement la même démarche. C’est drôle parce que, récemment, je lisais une interview de lui dans laquelle il disait que son souhait serait de collaborer avec Trent Reznor, le chanteur de Nine Inch Nails. Donc, il est proche de la mouvance  musique industrielle. Là où on diffère, c’est qu’il a aussi dit qu’il considérait sa voix comme du son. Il chante comme s’il jouait d’un synthétiseur. Personnellement, je me considère comme chanteur. Lui, il se considère comme un instrument, une expérimentation.

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Pendant l'interview...

Comment as-tu sélectionné les 4 titres de ton EP ?

C’était les morceaux tout à fait prêts, présentables, digérés. C’est un point de départ qui  formait un ensemble, une belle cohérence. Il y a suffisamment de matière dans ces 4 titres pour résumer l’essentiel de la démarche de mon projet

Que pensent tes parents de ces chansons ? (Je l’agace).

(Rire gêné). Je ne sais pas ce qu’ils pensent exactement. Je ne suis pas dans leur tête. Rilke disait qu’il fallait se situer de façon assez distante par rapport à ses parents et ne pas trop leur demander de soutien. J’essaie de vivre ma vie en coupant le cordon. J’ai envie de croire qu’ils sont fiers, d’une certaine façon.

Et Nicolas Godin ?

Nicolas a 20 ans derrière lui, il a des millions d’albums vendus, je ne veux pas tout mélanger pour ne pas tomber dans un schéma un peu compliqué. En tant qu’artiste en développement, je ne voulais pas avoir l’air de quémander quoi que ce soit. Je me suis contenté de me nourrir de ce que l’on pouvait vivre ensemble professionnellement. Il a écouté le disque à sa sortie. Il a été très encourageant et très bienveillant. Il m’a encouragé à continuer en me disant notamment que cela ne faisait aucun doute qu’il fallait que cela sorte. J’ai beaucoup apprécié, parce que c’est quelqu’un qui n’a pas de mal à dire « arrête ». Comme toi, il a salué l’identité et la personnalité artistique et ça, ça me touche beaucoup.

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Après l'interview, le 27 septembre 2016.

21 octobre 2016

François Staal : interview pour la sortie de L'incertain et pour son Trianon

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©Photo : Marylène Eytier - Aubondeclic.com

françois staal,l'incertain,trianon,émilie marsh,interview,mandorPour fêter son 5e album L’Incertain, qui vient de sortir, François Staal (déjà mandorisé ici en compagnie de Jean Fauque) donnera un concert exceptionnel au Trianon le 23 Octobre 2016 (ce dimanche, donc). Il proposera un spectacle inédit dans lequel il dévoilera la majeure partie de ce nouvel album et d’autres chansons de son répertoire. Elles sont profondes, graves, mais jamais plombantes. La lueur d’espoir est visible, au loin, mais elle est là.

Le 5 octobre, ce brillant artiste, encore trop méconnu, est venu une nouvelle fois à ma rencontre, à l’agence.

Biographie officielle :

L’univers de François Staal, «rockeur à texte» en français s’apparente à celui  de Gérard Manset, Alain BashungArno, CharlÉlie CoutureJacques DutroncHubert-Félix Thiéfaine, Dominique A, Rodolphe Burger... Jean Fauque (Bashung) et CharlElie Couture ont collaboré avec lui dans le cadre de ses albums.

Au travers de ces compositions on retrouve cette ambiance sensuelle, irrespectueuse, ronde, exaltée, ces invitations au voyage, raffinées, de la poésie rock française. C’est sur une musique plutôt anglo-saxonne, qu’il écrit ses textes en cherchant une «certaine abstraction» et un sens ouvert à l’auditeur. 

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©Photo : Marylène Eytier - Aubondeclic.com

Depuis ses débuts en cabaret Montmartrois, jusqu’à L’Olympia, il aime autant donner des concerts dans les petits lieux intimes que dans les larges salles, l’extérieur, l’intérieur comme le théâtre à l’italienne ou les salles modernes.

Notez enfin que François Staal a composé plus de 60 musiques de films et téléfilms sans compter les musiques de documentaires, pubs et court métrages notamment pour Arte.
Il a écrit pour le cinéma et pour toutes les chaînes. Il collabore principalement avec Laurent Jaoui, Didier Le pêcheur, Laurent Dussaux, Arnaud Sélignac, Luc Berault, Phillipe Triboit, Gabriel Aghion pour ne citer qu’eux...

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©Photo : Marylène Eytier - Aubondeclic.com

françois staal,l'incertain,trianon,émilie marsh,interview,mandorInterview :

Je suis épaté par les initiatives très risquées financièrement que tu prends pour te faire connaître. Tu as loué deux fois l’Olympia et une fois le Trianon qui sont des salles réservées habituellement aux artistes à « forte » notoriété.

Pour être tout à fait franc, je me considère comme un résistant comme en 39-45. Mon but est de faire vivre ma musique, alors j’emploie les gros moyens. J’ai de bonnes critiques, mais les portes ne s’ouvrent pas, alors, je me débrouille tout seul. Je pense qu’il y a une raison à ça. Je suis un artiste underground, j’ai volontairement des choix artistiques qui ne sont pas « mainstream ». Je fais de la musique de film, alors, si je voulais proposer des chansons qui sont évidentes du premier coup, voire populaires, je pourrais le faire. Comme je trouve que tout est un peu trop formaté, j’essaie de proposer un travail propre, original, sans concession. Que me reste-t-il à faire ? Comme un résistant, j’ai mon réseau et je mène des opérations « coups de poing » pour exister.

Nouvel album de François Staal, L'incertain - Teaser officiel - Concert au Trianon.

Le premier Olympia s’était monté au début des réseaux sociaux.

A l’époque, demander de l’aide financière aux internautes, ça n’existait pas, j’étais précurseur. Aujourd’hui avec les sites participatifs, c’est devenu courant.

Ton deuxième Olympia, c’était différent.

Quand j’ai sorti mon deuxième album, je me suis dit que ce serait bien de récidiver dans cette salle. J’ai contacté l’Olympia qui s’est montré de nouveau intéressé. Un peu plus tard, j’ai considéré que c’était trop risqué, trop gros. J’ai rappelé pour annuler. Ils m’ont répondu que ça les embêtaient, qu’ils allaient m’estampiller « coup de cœur », du coup, j’ai eu des conditions qu’ils n’ont jamais fait pour personne et dont je n’ai pas le droit de parler plus en détail.

Et le Trianon ?

J’ai obtenu enfin une subvention de la SPPF (Société Civile des Producteurs de Phonogrammes en France) et de la Sacem. Je suis donc dans une situation où le risque est artistique, mais pas financier. Avec les ventes de places que j’ai aujourd’hui, on est déjà rentré dans nos frais.

François Staal & Emilie Marsh - "Sur un trapèze" (Cover Alain Bashung/ Gaëtan Roussel)

Au Trianon, il y aura Emilie Marsh en première partie. Pourquoi elle ?

Je veux travailler avec des gens qui ont du talent, qui chantent en français sur des textes qui tiennent la route, qui sont un peu rock et rebelles… et qui sont sympas. Emilie réunit tout ça. Elle est une fille formidable. Elle va jouer 40 minutes.

Tu t’estimes « underground », mais ta musique n’est pas éloignée de celles de Bashung, Thiéfaine, Nick Cave et autre Couture. Eux ne sont pas « mainstream », mais ils ont vendu pas mal de disques et remplissaient les salles.

En France, contrairement à d’autres pays, on est catégorisé. C’est très franco-français de penser qu’un artiste ne sait faire qu’une seule chose. Si tu composes de la musique de film, tu ne fais pas de chanson, si tu fais de la chanson, tu ne composes pas de musique de film. Il y a une autre différence avec ceux que tu cites dans ta question… je n’ai pas fait un tube. Même si aujourd’hui, ça ne veut plus dire grand-chose, à leur époque, ça voulait dire beaucoup. Et puis, je peux aussi me dire que je n’ai pas le talent suffisant pour devenir aussi populaire qu’eux. Il faut bien aussi se remettre en question.

François Staal - "Où Que J'aille" [Clip officiel]

Cela dit, tu n’es jamais allé voir une maison de disque.

Je n’ai pas envie. J’aime mon métier à un point tel que je ne peux pas concevoir de ne pas le faire comme je l’entends complètement. Si je fais des concessions, je perds ma raison de vivre et je me perds moi-même. C’est peut-être excessif ce que je te dis là, mais c’est la pure réalité. J’ai la volonté de proposer autre chose musicalement. Rien que ça, c’est un succès d’y parvenir… c’est une résistance.

Souffres-tu de ce manque de reconnaissance ?

Aussi bizarre que cela puisse paraître, pas du tout pour mon ego. J’ai vécu beaucoup de choses avec mes musiques de films, je n’ai donc aucune frustration. Le manque de reconnaissance pour la chanson, j’en souffre pour une raison. Mes amis musiciens, techniciens qui se donnent à fond en m’accompagnant, j’aimerais pouvoir les rémunérer correctement. Là, je suis juste dans un système d’échange avec eux. Je n’ai pas les moyens de faire plus.

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Pendant l'interview...

Tu te décrètes « poète rock ». Tu n’as pas peur que cela fasse prétentieux ?

A un moment donné, j’ai décidé d’assumer le fait d’être un poète. Parfois, je sens bien qu’on me trouve prétentieux, mais je m’en moque. Je suis un poète parce que j’écris de la poésie. Je n’ai pas dit que j’étais un bon poète, mais je suis poète. Il n’y a pas à y revenir.

Ce qui est sûr, c’est que tes textes ne sont pas frontaux.

Je n’aime pas ça chez moi. J’aime ça chez les autres comme Brassens ou Brel. Personnellement, je ne suis pas à l’aise avec les chansons trop directes. J’aime la poésie baudelairienne. C’est une manière de transposer les choses métaphoriquement. J’apprécie que les gens puissent s’approprier le sens de mes chansons. A la base, il y a toujours un sens précis, mais je m’arrange pour qu’il ne soit pas compris clairement. Pour être honnête, dans mes écrits, je laisse aussi une part de mon inconscient. Parfois, je pars dans un sens qui ne m’est même pas complètement ouvert.

François Staal - "Arctic Bay" [Clip officiel]

Considères-tu écrire des chansons subversives ?

Oui, justement pour la raison qu’on ne comprend pas forcément du premier coup ce que j’ai voulu dire. Il y a des sens cachés qui dissimulent des propos pas toujours lisses en résonance avec le monde d’aujourd’hui.

L’incertain est un album magnifique.

Merci de me le dire, j’ai souvent plein de doutes et ça fait du bien de se l’entendre dire…

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Après l'interview, le 5 octobre 2016.

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15 octobre 2016

Fabrice Pichon : interview pour plusdeprobleme.com

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Depuis quelques mois, je voyais le nom et le visage de Fabrice Pichon très souvent sur mon mur Facebook. Nous avons des amis communs (bizarrement, tous auteurs de polars). Je n’en entendais que du bien, humainement et littérairement aussi. Au bout d’un moment, la curiosité finit par l’emporter. J’ai fait en sorte de recevoir plusdeprobleme.com. J’ai lu et j’ai été convaincu. Comment diable suis-je passé à côté de cet écrivain de polar ? Avant celui-ci, j’en ai laissé quatre me passer sous le nez.

plusdeprobleme.com flirte entre le roman policier, le roman social et le thriller. Vous ouvrez ce livre, il est extrêmement difficile de le refermer. Un véritable page turner.

Pour le recevoir, il a fallu qu’un Dijon-Paris se présente. Le 26 septembre dernier, nous nous sommes donc donné rendez-vous dans un bar à proximité de l’agence. Une première mandorisation qui ne sera sans doute fabriche pichon,plusdeprobleme.com,interview,mandorpas la dernière.

4e de couverture :

C’est la curieuse histoire d’un cadre criblé de dettes, harcelé par ses créanciers, humilié par le juge du surendettement, méprisé par sa famille mais chéri par sa maîtresse, qui se décide à se lancer dans l’élimination de ses semblables…

C’est aussi la drôle d’enquête d’un commissaire qui, traquant un immonde pourvoyeur de chair fraîche, croise la route d’un insaisissable tueur à gages… C’est donc, mais pas que, l’histoire de Sylvie, Marc, Marie et… Walter.

plusdeprobleme.com est un roman haletant, diablement bien construit et bigrement original. Les héros ? Le narrateur (un sacré schizo, grand amateur de whisky), le commissaire (une jeune femme, branchée demoiselle) et une ribambelle de seconds couteaux qui mènent l’enquête à un train d’enfer…

L’auteur :

Fabrice Pichon est né à Besançon.

C’est après de brèves études de droit qu’il se lance dans l’écriture, se souvenant des encouragements de l’un de ses professeurs de français. En 2000 il remporte un concours littéraire et voit son premier roman publié sous forme de feuilleton, six mois durant, dans Le Bien Public. Ce grand amateur de polars vit à Dijon. plusdeprobleme.com est son cinquième roman.

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fabriche pichon,plusdeprobleme.com,interview,mandorInterview :

C’est vraiment une prof qui t’a encouragé à écrire en 5?

En cours de français, je finissais toujours en premier, alors je lisais. Un jour, j’avais le livre de la collection Les Anti Gang de Georges Pierquin sous la table. La prof me voit le lire discrètement. Je pense immédiatement que je vais passer un sale quart d’heure. En fait, elle me fait un grand sourire en me disant qu’elle connait bien ce livre-là. Elle me montre la dédicace du livre. Je découvre avec stupeur qu’elle lui est adressée. Pierquin est un copain à elle. Du coup, elle m’a conseillé d’essayer d’écrire. C’était il y a 35 ans et elle s’appelait madame Richard.

Tu as donc écrit des premiers textes ?

C’était des petits romans de SF. J’étais survitaminé aux BD, aux DC Comics, Pif, le Journal de Mickey, Batman, Strange… alors il y avait des influences de tout ça.

Mais tu étais aussi un grand consommateur de livres.

Je passais mon temps à ça. On a découvert ma myopie à 12 ans. Mon père ne comprenait pas qu’en voiture je bouquine au lieu de regarder le paysage. Je ne voyais pas de loin. Ça tient à peu de choses l’intérêt pour la lecture (rires).

Quand t’es-tu dis que tu allais écrire sérieusement ?

En 1996, j’ai écrit un roman dont j’étais persuadé que c’était un chef d’œuvre. Je l’ai envoyé à de grosses maisons d’édition, j’ai rapidement compris que tel n’était pas le cas. En 2000, j’ai remporté un concours régional pour le journal Le Bien Public. J’ai écrit un feuilleton qui parlait d’une chasse au trésor en Bourgogne. Ça m’a un peu redonné envie de continuer…

Mais ?

Mais j’ai eu soudain d’autres priorités personnelles et professionnelles. En 2010, j’ai changé de territoire professionnel. Dans mon nouveau boulot, j’ai fait la connaissance d’une collègue. Quand je l’ai vu, je me suis dit que j’allais me servir d’elle pour créer mon personnage féminin, le commissaire Nicole Desvignes. C’est à ce moment que j’ai pu écrire mon premier roman, Vengeance sans visage, qui est sorti en 2012.

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Après en 2013, il y a eu Le complexe du prisme, en 2014, Le mémorial des anges et en 2016, Le sang du  fabriche pichon,plusdeprobleme.com,interview,mandorpassé.

Le sang du passé est le texte retravaillé du concours que j’avais gagné en 2000.

Tes enquêtes sont toujours menées pas des flics femmes, pourquoi ?

Les mecs ne m’inspirent pas. Il y a tellement de stéréotypes de flics hommes dans ce genre de littérature que je ne saurais quoi apporter de neuf. Marianne Bracq, que j’ai fait vivre deux fois dans mes romans, je me demande si je n’en suis pas frappadingue. Je n’en ai pas fait un fantasme, mais une femme crédible. La représentation d’une femme moderne.

Plusdeprobleme.com n’est pas qu’un roman policier.

Il s’attaque à un problème de société, le surendettement. Ce souci a touché mon héros Marc. C’est un type lambda, cadre moyen dans une boite, monsieur tout le monde en quelque sorte, mais qui est pris à la gorge financièrement. Il vit une véritable descente aux enfers et ne sait pas quoi faire. Petit à petit, il va essayer de trouver un moyen pour s’en sortir. Il finira par devenir schizophrène. Son autre lui, Walter, est celui qui est fort, qui peut aller jusqu’au bout, qui peut même aller très loin.

Ce qui intéressant, c’est que l’on peut faire le parallèle avec la vraie vie. C’est facile de tomber dans le côté obscur de soi-même, de basculer du mauvais côté de la loi et de la morale.

Poussé à bout, n’importe qui peut, à un moment donné, péter les plombs.

Est-ce que parfois, tes personnages te dépassent ?

Oui. Avant d’écrire ce livre-là, j’avais le sujet, le héros du livre était clairement déterminé, j’avais une vague idée des autres personnages. Je suis nul pour faire un plan, je pars donc sur une idée et les choses se mettent en place au fur et à mesure de l’écriture. Après, il y a un grand travail de réécriture afin d’avoir quelque chose de cohérent au final. L’imagination me fait partir dans des terrains inconnus. C’est génial de voir les choses prendre corps presque malgré soi.

Personne n’est manichéen dans ton roman.

Dans aucun de mes romans tu ne trouveras un personnage tout blanc ou tout noir. Personne ne l’est dans la vie. On a tous nos côtés sombres, qu’on ne montre pas forcément. Je te rappel que j’ai été influencé par les Comics. Regarde Batman, il a deux personnalités qui s’opposent…

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Fabrice Pichon cette année au premier salon du livre de Nemours avec Jacques Saussey, Franck Thilliez, Olivier Norek, Claire Favan, Armelle Carbonel et Sandra Martineau.

Ce livre est celui dont tu es le plus fier ?

Oui, sans conteste. Parce que j’ai enquêté à fond. Je suis allé voir comment cela se passait au tribunal d’instance, je me suis mis dans la tête de mon personnage principal, je me suis donné à fond. Ma femme me trouvait fourbu comme jamais je ne l’avais été après chaque longue séance d’écriture. En plus, c’était la première fois que j’employais la première personne et ça, ça implique l’auteur d’une manière incroyable.

Je crois que tu écris au minimum deux heures par jour.

Selon les périodes, mais le plus souvent, en effet. Je peux même écrire deux livres en même temps jusqu’aux dix premiers chapitres, après, il y en a un qui prédomine. Quand je suis en panne sur l’un, je relis ce que j’ai écrit pour l’autre et le mécanisme se remet en place. C’est curieux.

fabriche pichon,plusdeprobleme.com,interview,mandorTu sors le 27 janvier prochain un nouveau livre, Retours amers, avec une préface de Danielle Thiery.

J’adore ses bouquins et je regardais ses séries pour la télé. De salon en salon s’est créé entre nous une espèce de connivence. Je lui ai demandé de lire Retours amers avant tout le monde afin que l’on puisse faire un bandeau. Elle a accepté de le lire, elle m’a donné des conseils et au final, plutôt qu’un bandeau, elle m’a proposé d’écrire la préface parce qu’elle a trouvé ce livre « super bon ». J’ai été touché et je suis fort honoré.

Tu fais beaucoup de salons du polar. Tu te situes où dans ce milieu ?

Je me situe à ma place. Je fais mon petit bonhomme de chemin tranquillement. Ce que je peux dire, c’est qu’à force de faire des salons, on se crée des affinités. Il y a même des auteurs que je lisais avec assiduité qui sont devenus des amis. Jean-Hugues Oppel par exemple. Romain Slocombe aussi (dans la première sélection du Prix Goncourt 2016). C’est un régal de rencontrer des gens que l’on admire dans un contexte où nous sommes à peu près d’égal à égal.

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Le 26 septembre 2016, après l'interview.

13 octobre 2016

Scotch&Sofa : interview pour Ailleurs

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(Photo : Lisa Roze)

Formé il y a un peu plus de dix ans, le duo montpelliérain Scotch&Sofa publie un deuxième disque, Ailleurs. Romain Preuss (Scotch) et Chloé Monin (Sofa) ont clairement pris un chemin électro-pop. Pour les textes, le duo fait appel à des paroliers peu connus du grand public, comme Fabien Boeuf, Brazùk ou leur indispensable Céline Righi. Il est beaucoup question d'amour et de ses conséquences, mais rassurez-vous, ils sont très forts,  ils ne tombent jamais dans la guimauve. Il y a même beaucoup de profondeur. Sachez lire entre les lignes et découvrir les différentes strates textuelles et musicales.

Le 15 octobre, Scotch&Sofa seront au Divan du Monde pour la soirée de lancement de leur album.

Le 14 septembre dernier, j’ai reçu pour la seconde fois à l'agence (voir la première mandorisation là) ces deux artistes aussi talentueux que sympathiques.

scotch et sofa, ailleurs, romain preuss, chloé monin, interview, mandorBiographie officielle :

Après Par petits bouts, premier album raffiné qui posait les bases de leur univers, le duo Scotch&Sofa revient avec un disque aux allures d’invitation.

Invitation à découvrir ce genre de lieux qu’on aime garder précieusement secrets, autant qu’on souhaite les partager fièrement avec le plus grand nombre.

Réalisé par le duo et mixé par Yann Arnaud (Air, Syd Matters, Micky Green), Ailleurs se fraye de nouveau un chemin vers une pop élégante, luxuriante et immédiate.

Affranchi des formats traditionnels, le deuxième album de Scotch&Sofa ose les espaces instrumentaux épiques, et propose des textes explorateurs, aux niveaux de lecture multiples, ludiques ou poétiques, mais toujours touchants.

Producteur de ses albums, gourmand de rencontres avec le public (au travers notamment de passages répétés sur de grandes scènes : Muzik’elles de Meaux, Francofolies de la Rochelle, etc.), le duo montpelliérain est toujours resté attentif au sens de sa démarche musicale.scotch et sofa, ailleurs, romain preuss, chloé monin, interview, mandor

Il s’est également construit une famille artistique ; On y retrouve Ours, Ben Mazué, Pauline Croze, Fabien Boeuf ou encore Nathanaël Coste, réalisateur engagé du docu-phénomène En quête de sens (plus de 100.000 entrées du seul fait d’un bouche-à-oreille enthousiaste) dont la musique de Scotch&Sofa illumine la bande-son.

L’Ailleurs, titre de ce nouvel album, c’est la poésie, l’amour, ces choses fugitives et éphémères comme des petits paradis encore préservés, à une époque où tout s’achète et se vend.

Cet Ailleurs, c’est une suggestion et peut-être un repaire.

Et c’est surtout un album sincère et accessible, qui devrait permettre au duo Scotch&Sofa de toucher un très large public.

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scotch et sofa,ailleurs,romain preuss,chloé monin,interview,mandorInterview :

Nous nous sommes vus pour la première fois pour le premier album, il y a quatre ans.

Scotch : J’ai l’impression que nous n’avons pas chômé en quatre ans.

Sofa : Nous sommes souvent en tournée. Par moment, ça s’arrête, puis nous reprenons. Dans les moments creux, nous créons nos chansons, nous les pré-produisons, on les passe en studio, on les mixe, on les masterise, il faut qu’on trouve les gens qui fassent la pochette, le clip… bref, il faut bien toutes ces années entre deux albums.

Selon l’argumentaire de presse, vous avez 10 ans de carrière. Vous ne le fêtez pas ?

Scotch : Je pense que cela fait plus de 10 ans. Ca fait quelques années que l’on dit 10 ans. Une sorte de coquetterie.

Sofa : En vrai, cela fait13 ans. On a commencé, j’avais 20 ans. J’en ai 33 aujourd’hui.

Le temps est vite passé ?

Scotch : Je me souviens de tout et de rien à la fois. Mais, j’ai l’impression qu’on est toujours dans la même humeur. On aime ce que l’on fait, on aime le faire et on a toujours cette niaque de groupe en développement… que nous sommes encore.

C’est difficile de sortir de cet état de « groupe en développement » ?scotch et sofa,ailleurs,romain preuss,chloé monin,interview,mandor

Sofa : On fait notre métier, même si nous n’avons pas le succès d’un Stromae  ou de Christine & The Queens. Depuis plus de dix ans, on ne fait que ça.

Scotch : On a beaucoup de chance. On joue de la musique toute la journée et c’est le projet que nous avons choisi. Je n’ai pas grand-chose de plus à vouloir.

Sofa : Je sais aussi qu’il y a plein de gens qui ne pourraient pas faire ce que l’on fait parce qu’on n’a pas la sécurité de l’emploi. Il y a un côté excitant à ne pas savoir de quoi demain sera fait.

Vous avez vécu plein d’expériences passionnantes et vous allez en vivre encore beaucoup.

Sofa : Grace au premier album, on avait pu rencontrer de nombreuses personnalités géniales du monde de la musique, quelques-unes que l’on écoutait à la radio ou à la télé. Rien que de faire la première partie de Pauline Croze, c’était déjà énorme. Rencontrer des gens comme Renan Luce, Oxmo Puccino, Ours et qui deviennent des amis après, c’est extraordinaire. Et que notre chanson « Je glisse » soit intégré au film documentaire « En quête de sens »  nous a permis de jouer au Cabaret Sauvage avec Mathieu Chédid, d’être en première partie de Zaz sur certains Zénith et à l’Olympia… A chaque fois qu’il se passe quelque chose d’important musicalement, nous sommes toujours surpris.

Quand vous jouez en première partie de stars françaises, vous ressentez quoi ?

Scotch : Depuis le temps, nous sommes habitués à ce grand huit. On peut jouer devant 6000 personnes un mardi et le mercredi devant 92. Moi, j’ai toujours plus peur de jouer devant mes potes ou en appartement que devant une foule énorme.

Sofa : Chaque version est enrichissante pour nous.

Vous apprenez des autres ?

Sofa : On apprend tout le temps et de chaque artiste. Ca ne s’arrête jamais. Je ne me lasserai jamais d’être invité pour faire des premières parties. C’est toujours enrichissant et nourrissant que ce soit musicalement ou humainement.

Scotch : On adore ce format. On joue 30 minutes. On est dans une situation d’outsider et il faut convaincre.

Sofa : On a  le challenge de se mettre le public dans la poche alors qu’il ne vient pas pour nous. Le public des autres et souvent bienveillant avec nous.  

Clip officiel de "Ca ne m'amuse pas", extrait de l'album Ailleurs.

Il y a une sacrée belle évolution musicale dans ce deuxième album. Vous allez désormais vers une pop électro très élégante.

Scotch : C’est un chemin prit naturellement en composant tous les deux et moi en arrangeant. Avant j’écoutais beaucoup de jazz soul hip-hop avec un peu de chanson. Aujourd’hui, c’est toujours un peu de chanson avec beaucoup de pop.

Sofa : Il y a nos nouvelles influences, mais il y avait aussi l’envie d’ouvrir  notre univers. On nous disait qu’il était très intimiste et on ne le sentait pas comme ça. Aujourd’hui, on a grandi, évolué, on a envie de plus se lâcher sur scène. Certaines de nos nouvelles chansons permettent de le faire. On s’est aperçu que le public peut désormais aussi danser lorsqu’il vient nous voir.

Scotch : Je crois véritablement que l’on ne choisit pas ce que l’on fait.

Extrait de "Je, tu, il" filmé par Lisa Roze, tiré de l'album Ailleurs.

Sofa, tu t’es essayée aux textes pour la première fois.

Sofa : J’ai co-écrit avec Céline Righi certaines chansons. Je pense que je m’y mettrai encore plus pour les suivants.

Fabien Bœuf fait un duo avec vous, « Tu es le roi » et a écrit des textes.

Sofa : Cela fait huit ans qu’on le connait. Dans les auteurs français, je n’avais pas beaucoup de coups de cœur, il en a fait partie, même s’il n’est pas très connu du grand public. Et puis, humainement, nous sommes sur la même longueur d’onde.

Scotch : J’aime la manière dont il mène sa carrière. Il habite à la campagne, il est simple et sympathique. C’est marrant, je pensais à lui et je me disais que c’était un garçon qui ne se regarde pas écrire. Il ne va jamais chercher un effet. Ce n’est pas prétentieux. Il n’y a pas de narcisse dans son écriture. Il va droit au but.

Clip officiel de "Qui fait ça?", extrait de l'album Ailleurs.

Dans ce deuxième album, on sent déjà qu’il y a une patte Scotch&Sofa.

Sofa : Ce nouveau disque est différent et, en même temps, il reste nous, même si je le trouve plus abouti.

Scotch : J’ai l’impression que ce qui nous a aidé à faire ce disque, c’est de se détacher du bizness de la musique au moment où on le faisait. Ça m’a fait du bien de mettre le milieu de la musique un peu de côté.

Vous savez quand une chanson est terminée ?

Scotch : On n’y arrive jamais, mais j’ai l’impression qu’on y arrive de plus en plus.

Sofa : C’est un peu moins douloureux pour moi que pour Romain de dire « là, c’est bon, stop, c’est fini, on n’en fait pas une énième version ».

Scotch : Je me suis calmé par rapport à avant.

Sofa : Oui, c’est vrai. Il lâche du lest. Sur le premier, j’étais obligé de prendre la décision d’arrêter sinon, on pouvait y rester 15 ans et demi.

Scotch : Pour le premier disque, on y a passé 7 ans (rires). Sur celui-là, tout est allé dans le même et bon sens. On avait de la pression, mais on la mise de côté. On a enregistré à la campagne dans un très joli endroit avec des amis. Un truc un peu famille, calme, lumière du jour, cool.

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Pendant l''interview...

Le lieu influe vraiment l’ambiance dans laquelle on travaille ?

Sofa : Je le ressens. On l’a vécu.

Scotch : Je l’ai senti physiquement. On a eu beaucoup de préparation, il a fallu « timé » plein de choses, pousser les pré-productions à fond pour essayer de perdre le moins de temps possible en studio donc j’étais très tendu des mois avant. Je suis arrivé en studio, mon dos s’est débloqué en une heure.

Sofa : Avec Romain, je sais qu’il faut se ménager de vraies pauses. Donc, on cuisinait pour se faire plaisir. On mangeait de bonnes choses. On pouvait aussi faire des petites marches dehors…

Scotch : On a fait un album de babas-cool en fait (rires).

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(Photo : Lisa Roze)

Quel a été le rôle de Yann Arnaud sur cet album ?

Scotch : Il a mixé le disque. On l’a sollicité pour avoir une lecture supplémentaire quand le disque était fini. Il a « lu » ce disque de façon merveilleuse. Je l’ai encore appelé récemment pour le remercier tant nous sommes ravis de son travail. Il sait faire de la pop un peu chic. Lui et son matériel sont impressionnants.

Sofa : Moi, au début, j’étais fermée. J’avais la peur du changement. J’ai fini par comprendre qu’il fallait que je m’ouvre et je ne le regrette pas. Yann avait raison très souvent. C’est sain d’avoir un regard extérieur.

Ce deuxième disque est-il pop comme « populaire » ?

Sofa : On ne sait pas, mais si les gens considèrent qu’il l’est tant mieux. Peut-être que nous allons élargir notre auditoire.

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Le 14 septembre 2016, après l'interview.

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01 octobre 2016

Deborah Elina : interview pour la sortie de Les bruits du cœur

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(Gianni Soglia)

La première fois que j’ai vu Deborah Elina, je m’en souviens parfaitement, c’était le 19 mai 2016. J’étais dans le train Paris-Tarbes. Je me rendais au Pic d’Or. Elle aussi. La jeune femme comme artiste se présentant à ce tremplin, moi comme membre du jury. Me sustentant au bar TGV (déjà occupé par un groupe de « chanteurs amateurs » bien alcoolisé), je la vois arriver avec une guitare. Je me doutais que c’était une concurrente du Pic d’Or. Sa tête me rappelait quelque chose. Elle s’est mise à chanter. Et a calmé tout le monde. Je me suis fait la réflexion qu’elle avait une sacrée personnalité. Je l’ai observée quelques minutes et je suis retourné à ma place. Je l’ai donc revue le lendemain lors des auditions. Elle est arrivée jusqu'en finale, mais est repartie bredouille, certes, (le niveau de cette année était particulièrement élevé) mais a convaincu plusieurs membres du jury. Moi en particulier.

Elle m’a envoyé son premier album, Les bruits du cœur. Des chansons diablement efficaces, une bonne dose de sensualité, de jolies mélodies et une voix séduisante. Le 12 août dernier, Deborah Elina est venue à l’agence pour sa première mandorisation.

Biographie officielle (raccourcie) :

C’est un album de chanson française, aux sonorités pop, intenses et colorées, parfois mélancoliques, que Deborah Elina a écrit et composé. Mêlant force et douceur, profondeur mais légèreté, elle nous présente des chansons pleines de relief et d’émotions. Déjà reconnue pour son talent d’écriture et la singularité de sa voix douce, unique, qui a attiré plusieurs artistes (On peut l’entendre dans les albums de Marc Lavoine et Gérard Darmon), elle nous touche par la justesse de ses propos et la force de son interprétation. 

Le théâtre et le cinéma est aussi source d’inspiration. Formée à Londres puis aux cours Florent à Paris, elle découvre la richesse des différentes formes d’écritures et commence à écrire ses premières chansons.

Artiste incontestable, elle est sélectionnée par Voix du Sud en 2014, pour participer aux 39e rencontres d’Astaffort (Voix du Sud), sous la direction de Francis Cabrel.

Le titre « Laquelle est-ce » y est créé lors d’une séance de travail, avec Pierre Riess et Pierre Souchon pour déborah elina,les bruits du cœur,intervie,mandorla composition. Trois mois après, elle rencontre Greg Parys (qui a collaboré entre autre, avec Zaho, Willy William, DJ Assad, Davidson, Red One). L’entente est immédiate. Convaincu par sa différence et son talent, par le charme et l’authenticité de ses chansons, il décide de produire son album.

L’album :

Dix titres qui laissent parler le cœur et qui écoutent ses moindres bruits. Un album d’amour aux allures cinématographiques dans lequel chaque chanson éveille nos sens en plusieurs dimensions. A travers des thèmes forts qui lui sont chers, Deborah Elina nous livre un message d’amour charnel et sensuel. Elle dit avec élégance ce que les autres ne disent pas, et nous ouvre une porte vers le chemin du désir et de l’apaisement.

NB: Toutes les photos qui ornent cette mandorisation (sauf celles à l'agence) sont de Gianni Soglia.

Le visuel de l'album est signé Jean-Lionel Dias et Maïtéa Moraglia.

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déborah elina,les bruits du cœur,intervie,mandorInterview :

En quoi te démarques-tu de tes consœurs chanteuses ?

Difficile de répondre à cette question. J’ai juste envie de me ressembler. J’ai longtemps été dans une direction très acoustique. J’ai été inspirée par de grandes chanteuses telles que Piaf et Barbara. Ce sont des artistes qui mettent leur Etre au service de la musique. Avant, je n'arrivais pas à défendre mes chansons sur scène. Je sentais que ce n'était pas complètement moi et ne comprenais pas pourquoi. Je suis moins mélancolique qu'avant, j'avais besoin d'arrangements qui reflètent mon côté acoustique, mais qui traduisent également ma joie de vivre. Un directeur artistique m’a dit un jour : « c’est étrange parce que, quand on te voit dans la vie tu es quelqu’un d’hyper dynamique, souriant, drôle et quand on écoute tes chansons, tu n’es pas la même femme. J’ai compris avec le temps que cette personne avait raison.

Aujourd’hui, tu te sens plus en phase avec toi-même ?

Oui, c’est une question de temps et de rencontre. Mais je me suis fait violence pour aussi changer ma direction artistique.

Tu donnes tout de toi dans cet album ?

Je ne sais pas si l'on peut tout donner de soi, mais j'ai donné beaucoup pour cet album. Ca a été plus de 3 ans de travail. J'ai appris à mettre mes peurs de côté, mais je me souci des limites que je peux ou ne dois pas dépasser. Finalement, c’est quand même dans mes chansons que je me dévoile le plus.

Le premier clip officiel de l'album : "Les bruits du cœur" (avec la participation exceptionnelle de Michel Cymes). 

Tu racontes des moments de ta vie intime, voire amoureuse. Mais avec une écriture très personnelle.déborah elina,les bruits du cœur,intervie,mandor

Ce que j’écris aujourd’hui est très différent de ce que j’écrivais au tout début. Je m‘autorise plus de choses. J'assume de raconter ce qui m'anime, mais j'essaye toujours de trouver un rapport équilibré entre l'intimité silencieuse et la parole publique. En ce qui concerne l'écriture, j'ai commencé par faire du théâtre. J’ai pris conscience de l’écriture grâce aux auteurs de théâtre. J’ai lu tous les auteurs français. Il y a une richesse d’écriture impressionnante. J’étais évidemment complexée, mais grâce aux artistes comme Keren Ann, je me suis dit que c’était possible.

Je t’ai connu au Pic d’Or. Fais-tu souvent des tremplins ?

Très peu. Mais ce projet est une renaissance artistique pour moi. C’est le premier avec lequel je me sens bien, avec moi, dans mon temps. J’ai su que je pouvais me présenter avec ces chansons, car elles me représentent parfaitement. Elles sont comme je suis. Avant je n’étais pas prête à encaisser des réflexions qui pouvaient éventuellement me faire du mal. Je voulais déjà faire le Pic d’Or l’année d’avant, mais je n’avais pas osé. Cette année, je me suis bousculée.

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Deborah Elina au Pic d'Or 2016 (photo Nöt)

déborah elina,les bruits du cœur,intervie,mandorPourquoi ce tremplin-là ?

Parce qu’il m’a semblé qu’il y avait un côté « famille ». Les artistes sont ensemble plusieurs jours au même endroit. Cela crée des liens et c’est quelque chose de rassurant.

Tu es aussi passée par les Rencontres d’Astaffort.

C'est une très belle expérience. Très enrichissante et aussi très troublante. Il faut accepter les mots des autres, accepter d’aller dans des endroits de soi vers lesquels je ne serais pas allée seule. Je n’avais pas l’habitude de travailler avec les autres. C’était une première de co-composer et coécrire. J’en ai gardé une chanson, « Laquelle est-ce ? » C’est comme dans la vie, il faut s’aimer soi-même pour pouvoir aimer les autres, il faut être bien avec soi pour être bien avec les autres… artistiquement, c’est la même chose.

Tu connais bien les hôpitaux… pour des raisons professionnelles que je ne vais pas développer ici. Mais, toi, es-tu dans l’urgence professionnelle?

Je suis dans l’urgence, mais je ne suis pas pressée. Etre dans l’urgence signifie avoir du sang froid, prendre des décisions  immédiates et avoir un certain bon sens. Quand tu es pressée, tu te disperses, tu fais tout et n’importe quoi. C’est moins précis et moins concis.

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Pendant l''interview...

Je trouve que tu vas loin dans tes chansons… surtout quand tu parles d’amour.déborah elina,les bruits du cœur,intervie,mandor

J’ai toujours parlé d’amour dans mes chansons. Je n’ai plus envie de parler des choses de manière aseptisée. Dans la vie, je suis quelqu’un qui dit les choses. Je ne veux plus me cacher. Ne pas oser dire, ce sont des peurs.

J’ai rarement écouté un disque où il était autant question de désir.

Je suis quelqu’un de vivant, de tous mes sens. Le désir est le thème fort de l'album en effet, mais toujours avec un sujet différent, parfois plus léger, parfois plus dur. Le mot Désir est un mot magnifique et vivant. A trop l'enfouir, on ne le ressent plus.

Reprise de Barbara : "Gare de Lyon" par Deborah Elina.

déborah elina,les bruits du cœur,intervie,mandorIl y a un duo avec un artiste que j’aime beaucoup : Bertrand Louis (mandorisé là).

Ce texte de Baudelaire qui traite du désir était déjà présent dans mon premier projet. Un jour, je tombe sur un article de Bertrand qui parle de son futur projet d’album. Il va mettre en musique et interpréter des textes Baudelaire. Tout de suite, ça me parle. Je l’ai contacté sur Facebook. Nous nous sommes rencontrés. Il était assez agréablement surpris de cette démarche, et curieux. Il voulait savoir de quel poème il s’agissait. Il m’a répondu qu’il acceptait ce duo s’il se retrouvait dans la mélodie que j’allais composer. Je suis très heureuse de cette collaboration.

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Pendant l'interview (2).

Tes chansons sont, mélodiquement, d’une redoutable efficacité.

J'ai toujours été très à l'écoute des autres et de la nature. Je fais attention au temps qui passe, à l’environnement musical, à l’attente des gens (le public ou les professionnels). J’ai essayé de tout prendre en considération. Si je n’avais pas eu cette écoute, certaines chansons auraient différentes. J’ai essayé de répondre à toutes les exigences tout en étant fidèle à moi-même.

Ton disque est-il féministe ?

Non. Je ne suis pas dans la revendication. Pour moi, c’est un album féminin, mais pour les femmes et pour les hommes.

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Après l'interview, le 12 août 2016.

29 septembre 2016

Hildebrandt : interview pour Les Animals

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Des chansons électro pop dance, certaines hypnotiques, côtoient des ballades aux mélodies d’une redoutable efficacité.  … un brin mélancolique, mais jamais désenchantée, ce premier disque d’Hildebrandt est remarquable. Musicalement et textuellement, une bonne claque dans la fourmilière « chanson française » (il n’est pas le seul en ce moment, mais ils sont tout de même rares à dépoussiérer avec vigueur ce milieu…)

Comme l’indique le dossier de presse : « A chacun de l’écouter, de le vivre, de s’y projeter en imaginant peut-être Les Animals en concept album : comme une longue marche depuis la rupture vers la nouvelle rencontre : la rencontre de son propre corps "animal". Vers la rencontre de soi ! »

Pour ma part, j’ai rencontré Wilfried Hildebrandt dans un bar de la capitale le 13 septembre dernier.

hildebrandt,les animals,interview,mandorBiographie officielle (mais raccourcie) :

Il a longtemps roulé sa bosse un peu planqué derrière une formation dans laquelle il n‘était que Wilfried. Quatre albums à tendance chanson française. Et puis il est passé à l’acte. En solo, après une vie de groupe, comme s’il fallait à un moment de sa vie se dévoiler, assumer ce qui ne vient que de soi. Parce que le temps presse… certainement.

Mais il aura pris son temps. Le temps de construire son monde personnel, de composer en miniature, dans une écriture plus intime, où les mots pèsent moins quand l’espace sonore s’enrichit de couleurs feutrées, de tonalités mineures, de terres sèches et de vapeurs électroniques. Les premières pierres angulaires de son répertoire, « Vos Gueules », « C’est jamais loin », « Déjà », « Coup d’Caillou » et « L’Essentiel à t’apprendre », ont été sculptées avec ses anciens comparses (Nicolas Barbaud et Pierre-Philippe Dangaly). Hildebrandt les a emportées dans son baluchon de voyageur solitaire, et les voici remodelées par les pattes félines de Lucas Thiéfaine et Dominique Ledudal.

Hildebrandt vogue au large, il s'est éloigné des rives de la chanson française et cela s’entend. Parce que les mots ne sont plus chez lui soutenus par la musique mais qu’ils s’insèrent comme une deuxième musique dans le décor orchestral. Comme un acteur se fond dans la scène, Hildebrandt chante dans l’écrin sonore, et il y mène un jeu de rôle avec les instruments au service du tableau final. Là où il n’est souvent question que d’espace, il crée le volume : voilà la force de son album Les Animals.

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hildebrandt,les animals,interview,mandorInterview :

Est-ce que dans ta famille on écoutait beaucoup de musique ?

Mes parents viennent d’un milieu très ouvrier. A la maison, il n’y avait pas énormément de place pour la culture. Nous n’étions penchés ni vers la littérature, ni vers la musique. Ma mère avait gardé quelques 45 tours de l’époque yéyé. Il y a avait aussi une compilation d’Elvis. Ce disque doit être une de mes premières émotions musicales. Mais surtout, un jour, mon cousin a oublié une cassette des Beatles et j’ai passé une grosse partie de mon adolescence à écouter ce groupe. Si je fais de la musique aujourd’hui, c’est parce que, vraiment, j’ai beaucoup écouté les Beatles.

Tu as commencé la musique assez tard.

Effectivement,  j’ai commencé la guitare à 18 ans.

Et tu es venu à la chanson à 20 ans.

Oui, parce que ma chérie d’alors, qui est ma femme aujourd’hui, a grandi dans la chanson. Je me suis mis sérieusement à la chanson, alors que ma culture musicale était plus de la pop. Cela dit, j’avais l’impression de découvrir quelque chose que j’avais ignoré pendant des années. Chanter en Français m’a permis enfin de me raconter. Je me suis rendu compte que la langue française m’autorisait à chanter des choses intimes… et ça m’a donné l’impression d’exister aux yeux des autres.

Quand as-tu décidé d’en faire ton métier ?

Je n’ai pas décidé, cela s’est imposé. A l’époque, il y a une quinzaine d’années, je bossais dans l’éducation nationale, j’étais aide-éducateur. On avait déjà beaucoup d’activités avec mon groupe, Coup d’Marron, et à un moment, on a tous décidé d’arrêter nos activités respectives pour essayer de devenir intermittents du spectacle et de continuer plus activement la musique via ce groupe-là.

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Tu as commencé par la chanson française dite « traditionnelle », puis aujourd’hui, tu es revenu à tes premiers amours, la pop. Tu as fait les choses à l’envers.

Je suis toujours à la bourre (rires). Le fait d’approcher la quarantaine fait que j’ai voulu assumer ce pour quoi j’ai voulu faire de la musique quand j’étais plus jeune. Je m’amuse et m’assume plus aujourd’hui qu’hier. J’ai concilié tous mes élans mélancoliques qui font que je suis rêveur depuis que je suis né. En même temps, j’ai des envies de légèreté et de danse. J’ai envie de danser sur scène, de parler de ce que cela évoque. La musique que je joue maintenant me permet de concilier tout ça.

Le fait d’être dans un groupe bride un peu ?

Je ne me sentais pas bridé du tout, je n’avais tout simplement pas conscience de ce que je voulais. Personnellement, je sais que ce qui a changé ma vision des choses dans la vie et dans la musique, c’est la paternité. Le fait d’avoir des enfants fait que je joue ce que je joue aujourd’hui.

Pourquoi avoir quitté le groupe ?

J’ai pris la décision de quitter le groupe et de repartir sous mon nom parce que nous étions arrivés à un stade où on avait encore envie de vivre des choses ensemble, mais pas de la même manière, ni sous le même nom, ni sous la même forme artistique. Comme les choses tournaient beaucoup autour de moi, ça m’a paru naturel de repartir sur une histoire solo. Les autres membres voulant se dédouaner d’une responsabilité de groupe, ils ont accepté de me suivre.

Clip de "J'ai plein de pas".

Encore, une fois, tu as fait les choses à l‘envers. Hildebrandt a commencé par l’enregistrement d’un album… qui n’est pas sorti.

Oui, mais on a retiré quatre chansons de cet album pour en faire un EP il y a trois ans.

Et elles sont de nouveau dans l’album.

Je ne tourne pas les pages facilement. C’est valable aussi dans mes constructions du quotidien, mes amitiés et en amour. J’ai besoin de longueur de temps. J’avais enregistré ces chansons-là, mais je voulais les assumer encore parce que je les aimais et que je ne m’en lassais pas. Et comme l’EP était resté confidentiel, j’ai voulu leur redonner une vie honorable.

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Hildebrandt a reçu le Grand Prix Découverte 2016 de l'Académie Charles Cros. I was here. 

On a l’impression que tu prends ton temps pour tout.

Je milite pour les constructions lentes, mais qui durent. Pour moi, il n’y a pas de fulgurances. Quand j’étais petit, je jouais au légo. Là, c’est pareil, j’ajoute une pièce, puis une autre… Comme ça fait longtemps que je construis cet album, j’aimerais qu’il trouve un écho favorable.

Ton album est moderne, si ce n’est novateur. Ça fait du bien.

Ça fait partie de moi et de ma volonté d’aller dans des directions pop moderne. J’ai voulu sortir du carcan inusable de la chanson française, mais je n’avais pas l’ambition de révolutionner la chanson. J’avais vraiment envie de concilier ce qui me touche au quotidien et la vision de ce qui me plait dans la musique.

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Tu te sens ancré dans ton époque ?

Oui, parce que je suis sensible à ce qu’il se passe au quotidien et je suis critique et lucide sur ma manière d’accueillir ce qu’il se passe au quotidien. J’enfonce des portes ouvertes, mais il faut être le plus sincère possible.

Tu as fait de nombreux teasers dans lesquels tu apparais mouillé et pas au meilleur de toi.

Il y a beaucoup d’autodérision. J’aime bien paraître beau et moche à la fois. J’aime bien quand le corps est mis dans une situation à laquelle on ne s’attend pas. Qu’il soit déstabilisé, maladroit, adroit, sale, vivant, ou dans la survie, qu’il se démène pour avancer. Le corps dans l’eau est renvoyé à ce qu’il est : un corps animal. C’est pour ça que j’ai appelé cet album Les Animals.

Le clip de "Les Animals".

C’est quoi être un artiste ?

Pour moi, c’est une impression d’exister explosive. Ça me permet d’être dans ma bulle chez moi et d’être plus ouvert avec les autres.

Et c’est quoi faire de l’art ?

C’est une production humaine qui n’a qu’un seul but : être esthétique. Etre artiste, c’est donner de l’esthétique aux gens en espérant que cela leur procure des émotions.

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Un artiste est un être à part, j’ose dire « différent ».

J’ai toujours peur d’être prétentieux, alors je tente de rester humble. C’est une question que j’aborde parfois avec mon copain Lescop. Je me pose trop de questions sur l’humilité et lui, ça l’exaspère. On se rejoint sur la fonction de l’artiste. C’est un métier et nous devons l’assumer. Moi, je suis peut-être un peu trop dans la retenue. Être expansif ne fait pas partie de ma personnalité. Mes parents sont des ouvriers complexés, j’ai donc encore ça en moi.

Tu as analysé le fait de vouloir être sous la lumière?

Il y a forcément du narcissisme là-dessous. Je me rends compte que j’ai beaucoup d’ego, alors j’essaie de le canaliser.

L’esthétique a une importance dans ton « œuvre » ?

Avant, je me disais que je ne savais pas faire et que je n’avais pas les moyens. Maintenant, je me rends compte que je sais un peu faire et que même sans beaucoup de moyens, on peut avancer. Avec mon nouveau label AtHome, j’ai plus de moyens.

As-tu besoin de la rencontre avec toutes formes d’arts.

J’aime la pluridisciplinarité, la rencontre entre la musique, le théâtre et la danse. Ces derniers mois, je me suis beaucoup intéressé à tout cela. J’ai besoin de diversité artistique pour avancer.

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Pendant l'interview...

Qui aimes-tu dans la chanson française ?

Je suis très admiratif de la carrière de Bashung. Pour ce qu’il a fait au tout début, les risques qu’il a pris pendant des années et ce qu’il a fait à la fin… qui est majestueux. Je suis fasciné par la constance et l’honnêteté d’un Christian Olivier, alors que les derniers concerts de lui que j’ai vu, il y avait peu de monde dans la salle. J’en ai chialé.

Vraiment ?

Oui. J’en ai chialé parce que ça me renvoyait à mes premiers émois devant mes premiers concerts de Têtes Raides. De voir que cette poésie-là, cette honnêteté artistique, cette présence sur scène ne fédéraient plus, ça m’a foutu en colère.

Tu l’as senti touché ?

Non. Il continue son bonhomme de chemin. J’admire ce mec. J’admire son œuvre. Il ne le sait pas, mais si j’ai commencé à faire de la chanson, c’est suite à une rencontre avec Têtes Raides. Une semaine avant d’aller les voir à un concert, on avait monté mon groupe. Cela nous a donné des ailes.

D’autres artistes encore ?

Oui. Imbert Imbert. J’adore ce qu’il dégage, j’adore la mélancolie et la fragilité qu’il cultive. Sans concession. Je reste aussi fan de Miossec.

Je t’ai vu chanter du Bowie. Tu es capable d’avoir une voix de tête, ce que je ne savais pas.

Quand tu chantes du Bowie, tu peux te permettre des choses que tu ne peux pas te permettre dans la chanson française. Pour tous, la chanson française, c’est plus la voix de Brel que celle de Goldman. Les voix aiguës et androgynes amènent quelque chose de plus érotique qui nous éloigne de cet héritage des troubadours qu’on a dans la chanson. Mais, j’ai pour ambition prochaine de concilier la voix de tête sur de la pop française…

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Après l'interview, le 13 septembre 2016.

Bonus : Tous les teasers...

...mouillés.

...et en studio.

21 septembre 2016

Olympe : interview pour son EP

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Olympe vient d’une émission de télé-crochet. Il y a fait un beau parcours. Puis il est parti en tournée avec ses collègues de l’émission de TF1. Un album de reprises et un album formaté à la « Universal » plus tard, le revoilà enfin avec des chansons qui lui ressemblent vraiment. Son EP (à découvrir ici) touche au cœur et à l’âme. Seul au piano (et quelques violoncelles de-ci de-là), avec une voix exceptionnelle, il nous transporte dans ses histoires (romantiques mais pas neuneus) aussi émouvantes qu’intenses. Emotionnellement parlant, Olympe ne fait pas dans la demi-mesure. Le jeune homme présentera pour la première fois ses titres en solo, le samedi 8 octobre aux Trois Baudets à Paris. Vous seriez bien inspirés d’aller y jeter une oreille.

En attendant, je l’ai mandorisé pour la seconde fois  le 13 septembre dernier (voir la première mandorisation là). Je voulais notamment savoir qui se cachait derrière cette boule d’émotion…

(Merci à son manager Thierry Lecamp)

Bolympe,ep,thierry lecamp,interview,mandoriographie officielle :

L’ancien finaliste de The Voice, saison 2 a grandi depuis l’émission de télévision qui l’a révélé. Après le tourbillon médiatique et des débuts discographiques prometteurs, Olympe a  choisi une nouvelle voie, où plutôt la voie qu’il a toujours voulu prendre, afin de donner à son public ce qu’il lui a offert ces dernières années : une relation à cœur ouvert.

Cet EP sonne donc comme un premier épisode, car désormais Olympe se raconte, sans détour. Marqué par un parcours émotionnel chaotique, il a choisi de livrer derrière son sourire et sa nature enjouée, ses fêlures et ses tourments, comme pour tenter de faire disparaître certaines cicatrices qui restent sensibles… Chanter, pour tourner une page. Avancer pour passer à autre chose.

C’est assis à son piano qu’il a composé les mélodies qui traduisent qui il est réellement. C’est avec Julien Maillet, désormais son auteur, qu’il a choisi les thèmes, lui laissant le choix des mots le plus souvent, précisant parfois de sa plume certaines situations…

Il a invité Yseult sur le titre « Je Cours » comme on partage une quête, retrouvé le pianiste Vincent Lanty (Florent Pagny, Garou, Chef D’Orchestre du spectacle musical Résiste) qui l’avait déjà accompagné sur scène, et rencontré une violoncelliste de rêve : Christelle Heinen (William Sheller). Ensemble, ils ont cherché comment traduire cette sensibilité qui l’habite, souhaité s’inscrire dans le sillon d’une variété élégante, qui va chercher dans le chant et les instruments l’essence même de la sincérité…

Et puis une chanson est arrivée in extremis, après le massacre qui a touché la population homosexuelle d’Orlando ces dernières semaines. Alors, Olympe s’est installé face à un clavier et la livre aujourd’hui dans une première version, à fleur de peau : « Aimer n’est pas un crime. »

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olympe,ep,thierry lecamp,interview,mandorInterview :

Nous nous sommes vus la première fois il y a trois ans, alors que tu étais en plein maelstrom professionnel. Tu sortais de The Voice et on avait l’impression que le monde était à tes pieds. Comment as-tu vécu la période où le succès s’est soudainement calmé ?

J’ai toujours été très lucide. Je savais que ça allait redescendre parce que lorsque l’on passe devant 9 millions de téléspecteurs toutes les semaines et qu’après on est moins médiatisés, l’intérêt s’émousse forcément. Je l’ai bien vécu et pas bien en même temps. Je me disais que j’allais redevenir ce que j’étais et que j’allais retrouver un peu de liberté dans la vie de tous les jours. Et puis parfois, comme on parlait beaucoup moins de moi, je me demandais si j’allais pouvoir continuer à faire de la musique toute ma vie. Le doute prend le pas.

Pendant la période de calme, tu t’es mis à la composition.

Oui, et du coup, je pouvais aussi évoquer des choses qui m’avaient touché pendant mon enfance, mon adolescence et ma vie aujourd’hui. Dans les périodes de doutes, on est plus dans un état d’esprit propice à l’écriture et à la composition.

Tu as eu une enfance, disons compliquée. La musique a tenu un rôle important à ce moment-là, je crois.

A l’âge de cinq ans, j’ai été placé chez mon grand-père avec mon petit frère et ma petite sœur parce que ma mère faisait une dépression quand mon père s’est séparé d’elle. Il était militaire et il a dû partir en Nouvelle Calédonie. Du coup, je n’avais pas trop les repères paternels et maternels. J’étais assez timide et c’est vrai que je n’ai pas très bien vécu mon enfance et mon adolescence. Le collège était une période que je détestais. Je chantais tout le temps. C’était le seul moyen que j’avais pour extérioriser ce que je traversais. Je ne me confiais à personne. C’était la bulle dans laquelle je me sentais bien et où j’aimais me réfugier.

Ton grand-père t’a aidé à faire de la musique.

Un jour, je lui ai dit que j’aimerais bien faire du piano. Il m’a acheté un piano. Ensuite, il m’a inscrit à des cours. Lors du premier cours, ma prof m’a suggéré d’arrêter cet instrument parce que, selon elle, je n’étais pas fait pour ça. Du coup, j’ai appris le piano tout seul. A onze ans, mon grand-père m’a inscrit à un concours de chant sans me prévenir. J’ai accepté d’y participer et j’ai gagné en chantant « D’amour ou d’amitié » de Céline Dion. Après, j’ai été intégré dans une troupe de chanteurs vers Amiens. Je faisais des petits concerts, des cabarets… c’était bien, même si on ne chantait pas ce que l’on voulait. Je suis ensuite parti dans le sud pour participer à un projet musical qui n’a pas eu lieu, du coup, après, je suis revenu à Amiens. Je voulais reprendre des études d’audiovisuel pour créer une boite de montage de clips vidéo. Comme je n’avais pas de contact pour l’alternance, j’ai trouvé un petit job en attendant.

Clip officiel de "Si demain".

C’est à ce moment que tu décides de poser des vidéos sur YouTube.olympe,ep,thierry lecamp,interview,mandor

Oui et un soir, on m’a contacté pour me demander si je voulais passer une audition. Au début, on ne m’avait pas dit que c’était pour The Voice. Ensuite, tout s’est enchaîné à une vitesse folle.

Tu as enfin vu les paillettes…

Quand tu arrives sur le plateau de The Voice, tu ne comprends pas ce qu’il t’arrive.

Ensuite, tu as sorti un disque de reprises et un disque « original » mais marketé Universal.

J’écrivais et composais déjà, mais on ne m’a pas laissé la possibilité de placer au moins une de mes chansons.

Ce qui est le comble. Là, enfin, tu reviens avec tes propres chansons, entièrement composées par toi et écrites par Julien Maillet.

Ça fait du bien. J’avais des mélodies depuis très longtemps et j’avais l’impression qu’elles n’existaient pour rien. Enfin, j’ai pu les utiliser. Cela dit, c’est aussi stressant. Quand j’ai commencé à faire écouter à mon agent, Thierry Lecamp, et à Julien Maillet mes musiques, j’avais peur qu’ils trouvent cela méga nul. Quand l’EP est sorti, ma deuxième appréhension était les commentaires du public. Pour moi, ce disque est la liberté de pouvoir chanter ce que l’on a envie de chanter, de pouvoir mettre en avant ce qui sort des tripes. C’était salvateur de pouvoir sortir tout ce que je raconte dans ces nouvelles chansons.

Live France Bleu de "Aimer n'est pas un crime". Une chanson écrite à la suite de l'attentat qui a touché la communauté homosexuelle à Orlando.

olympe,ep,thierry lecamp,interview,mandorTu évoques la séparation de tes parents, la disparition de ta grand-mère, tes histoires d’amour… des histoires très personnelles. J’imagine que tu as beaucoup raconté ta vie à Julien Maillet pour qu’il écrive des textes qui te correspondent parfaitement.

Il est venu chez moi à Paris avec une bouteille de vin rouge. Nous nous sommes mis à table, puis nous nous sommes servis un verre et j’ai commencé à lui raconter ma vie. Quand je me livre, je me livre à fond. Je ne fais pas les choses à moitié. Pendant ce temps, il a pris des notes. C’était particulier parce que je ne connaissais pas Julien depuis longtemps. J’espérais qu’il ne me prenne pas pour un taré et que ce que je lui racontais l’inspire. Ça l’a inspiré. Il s’est beaucoup rapproché de ce que je voulais dire. Moi, quand quelque chose me touche trop, je suis incapable de trouver les mots. J’ai toujours peur de ne pas être assez juste.

Ce sont des thèmes qui peuvent toucher beaucoup de personnes.

Si ce ne sont pas leurs histoires personnelles, je m’arrange pour que tout le monde puisse plus ou moins se retrouver dans mes chansons.

Ce sont des textes d’un homme torturé aux multiples blessures. La chanson te permet de tenter de cicatriser?

Pour que j’avance dans la vie, j’ai besoin de tourner les pages. Pour moi, une chanson, c’est une page qui se tourne. De mettre des mots sur mes maux me fait du bien.

Ta musique est très dépouillée. Piano, voix et parfois violoncelle.

Je voulais que l’on soit à l’essence même des mots, que l’on entende bien la mélodie, que mes refrains soient entêtants. Je ne voulais pas surproduire et que l’on entende 50 000 instruments. Ce que j’ai fait est un peu culotté parce que si on part dans l’optique de passer en radio, ce n’est pas la meilleure formule musicale (rires). Je ne voulais pas faire de la musique pour la radio, mais parce que j’aime la musique.

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Toute proportion gardée, si je dis qu’il y a du Sheller en toi, tu en penses quoi ?olympe,ep,thierry lecamp,interview,mandor

Que c’est un compliment. Il fait partie des artistes français que j’apprécie vraiment. Il y en a peu. J’ajoute Polnareff, Calogero et Zazie et c’est à peu près tout.

Et dans les internationaux ?

J’aime beaucoup Kate Bush, Tori Amos, Adele. Elles ont toutes des voix et des mélodies exceptionnelles. Musicalement et vocalement, il y a toujours des rebondissements dans leurs chansons. Elles n’interprètent pas, elles vivent ce qu’elles chantent.

Tu as une fanbase importante depuis The Voice. Elle te suit sur ce projet ?

Étonnamment, elle préfère même ce que je fais actuellement. Les gens qui m’aimaient depuis le début comprennent que cet EP représente le vrai Olympe. Ils décèlent la sincérité qui émane de toutes ses chansons. Ils disent qu’ils apprécient que je me confie et que je sois dans l’émotion.

Je pense que cet EP te rendra ta légitimité et qu’on arrêtera de te parler de The Voice.

Que Dieu t’entende (rires). The Voice, c’est une super vitrine, ça t’ouvre plein de portes et je ne serais sans doute pas là pour parler avec toi si je n’étais pas passé par cette émission. Le souci est que, quand tu es estampillé The Voice, tout le monde considère que tu n’es qu’une voix et que tu ne peux pas être également auteur et compositeur.

Tu repars donc à zéro.

Oui et c’est très bien. Je redéfinis mon univers.

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Pendant l'interview.

olympe,ep,thierry lecamp,interview,mandorÇa doit être le bon moment pour que les gens te découvrent tel que tu es.

En effet. Peut-être que je n’avais pas encore assez de maturité à l’époque pour sortir les chansons qui figurent sur mon EP.

Tu es toujours dans le doute ?

Oui et heureusement. Si je n’ai pas le doute en moi, je n’arriverais pas à me surpasser.

Continues-tu à écrire et composer, même en période de promo ?

Je suis toujours à fond. J’ai plein d’idées en permanence. J’ai déjà 35 compositions et nous avons le projet de faire un album. Dans le même style que l’EP, avec peut-être un peu plus de cordes.

Pour conclure, qu’as-tu envie de dire ?

Il faut toujours suivre la petite voix qui nous guide à l’intérieur de nous. Il faut s’accrocher et ne jamais baisser les bras.

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Après l'interview, le 13 septembre 2016.

17 septembre 2016

Sophie Adriansen : interview pour Le syndrome de la vitre étoilée

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Sophie Adriansen est une auteure que je suis depuis un moment (comme en témoigne ses nombreuses mandorisations). Elle écrit des romans, des livres pour enfants, des nouvelles, des biographies, des essais. Bref, elle a la plume dans la peau.

Je ne la mandorise pas à chaque livre, elle publie beaucoup. Mais soudain, je vois passer une pépite et je m’arrête. C’est le cas avec ce livre, Le syndrome de la vitre étoilée, sur un sujet absolument pas évoqué dans la littérature. Le syndrome de la vitre étoilée raconte l'histoire  d'un couple qui tente d’avoir un enfant par PMA (voir plus bas). Mais ce livre est bien plus que cela. C’est surtout un roman sur la place de la femme dans la société. Et le constat n’est pas beau à voir.

Sophie Adriansen est passée me voir une nouvelle fois à l’agence, le 7 septembre dernier.

sophie adriansen,le syndrome de la vitre étoilée,interview,mandor4e de couverture :

Un garçon, une fille, dix ans de vie commune. De cette équation parfaite naît le désir d’enfant. Puis les difficultés arrivent. Le désir se transforme. Le garçon et la fille aussi. Un couple sur cinq connaît des difficultés pour avoir un enfant.

Derrière cette proportion, combien d’autres statistiques ? De formules intrusives ? De conseils « bienveillants » ? De boîtes de tampons ? De pieds dans les étriers ? D’amis auxquels on ment ? De bouteilles éclusées ? Combien de pensées magiques pour conjurer le sort et cette foutue proportion ?

Voilà des questions – des obsessions – que la narratrice de ce roman tente d’éclairer sous un jour nouveau en découpant sa pensée comme on range la commode de son adolescence.

Ce qui démarrait comme un chemin de croix frappe par sa lucidité, sa drôlerie,
sa cruauté et prend la forme du journal rétroéclairé d’une jeune femme qui découvre le pouvoir d’être libre

L’auteure (biographie du site Babelio) :

Sophie Adriansen est l’auteur d'une quinzaine d'ouvrages en littérature générale et jeunesse ainsi qu'en non-fiction. Elle a signé deux biographies, cosigné des témoignages et été formée à l’écriture de scénario à la Fémis.
Elle anime des ateliers d'écriture en milieu scolaire.

Elle tient depuis 2009 le blog Sophielit, finaliste du Prix ELLE 2011, anime des discussions autour des livres et collabore à plusieurs sites littéraires.

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(Photo : Mélania Avanzato)

Interview :

Dois-je t’appeler la nouvelle Christine Angot ? (A lire avec un ton taquin.)

Pourquoi dis-tu cela ?

Ce n’est pas un livre dans lequel tu racontes ta vie ?

Il y a la mention « roman » sur la couverture, ça n’a pas dû t’échapper. Par contre, je ne cache pas le fait que je ne serais jamais partie dans cette direction-là si je n’avais pas fait de la PMA (procréation médicalement assistée). Il y a quelques années, j’ai fait un début de parcours médical pour essayer d’avoir un enfant. A ce moment-là, j’ai noté plein de choses pour, à la fois me prouver que je l’avais fait et aussi pour m’en débarrasser une bonne fois. Ce n’était pas dans l’idée d’en faire quelque chose de littéraire ou romanesque, c’était juste pour évacuer les choses et en conserver une trace. Mais il fallait que la trace soit extérieure à moi afin que ça ne m’alourdisse pas, ni ne me pèse.

Mais à partir de ce matériau, tu as fini par construire un roman.

Oui, sur une base autofictive. Je n’ai aucun problème avec ça.

Tu évoques la pression sociale sur le fait d’avoir un enfant passé l’âge de 20 ans.

Moi, en tant que jeune femme dans la trentaine, cela fait des années que je reçois cette injonction à me reproduire. Je la reçois directement par des personnes physiques et indirectement par la presse et la société… J’avais envie de parler de ça parce que, pour moi, faire un enfant doit être un choix et une envie. Il y a des femmes qui sont en capacité physique de faire un enfant, qui ont le partenaire avec lequel elle pourrait le faire et qui font le choix de ne pas en faire. Et ces femmes sont jugées.

Ça arrive aux femmes en couple et aux femmes seules ?

Encore plus aux femmes en couple parce que l’on considère qu’elles n’ont aucune excuse pour ne pas faire d’enfant. Il faut se justifier et avoir une bonne raison. La carrière est une des réponses les plus souvent données. Il y a une phrase ultra banale qui me rend dingue : « Et toi, c’est pour quand ? »

Il est vrai qu’on ne pense pas à mal quand on demande cela, mais c’est très maladroit.

Ça pose un peu la question : « comment va ta vie sexuelle ? » Cette question touche au plus intime et personne ne s’en rend compte. Cette question évoque aussi ton projet de vie, ton projet professionnel, les perspectives que tu envisages avec ton partenaire. Bref c’est une question très personnelle, la réponse ne regarde que la personne concernée, pourtant n’importe qui la pose à n’importe qui.

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(Photo : Mélania Avanzato)

Tu parles de la bible dans ton livre. Tu expliques que tout vient de là.

S’il y a cette injonction, c’est parce que, dans les textes fondateurs, on dit aux femmes qu’elles seront des ventres pour procréer. Puisque la vocation de la femme, c’est faire un ou des enfants, si tu n’en fais pas, cela insinue que tu es inutile. C’est le message que la société renvoie beaucoup. Il y a pourtant un couple sur cinq qui a des difficultés à faire un enfant. 20%, c’est quand même beaucoup. Il n’y a donc aucune culpabilité à avoir.

C’est un livre qui peut aider ceux qui passent par ce que tu as vécu.

Quand la narratrice, Stéphanie, fait ce parcours, elle n’arrive presque plus à en parler à son conjoint. Je me dis que si des personnes lisent ce livre en étant dans cette situation, ça peut, peut-être, leur faire du bien de savoir qu’ils ne sont pas seuls. Ce qu’ils sont en train de ressentir et vivre, d’autres sont passés par là. Stéphanie se sent super seule parce que personne ne lui a jamais dit que ça allait être si compliqué.

Comment ont réagi tes proches à la lecture de ton livre ?

Il y a ceux qui savent ce qu’est l’autofiction et les autres. Ceux qui connaissent l’autofiction savent que l’on peut écrire une œuvre à partir de quelque chose de personnel sans que tout soit forcément vrai. Les autres considèrent que c’est un témoignage, un récit dans lequel simplement les prénoms ont été modifiés. Parce qu’ils ont repéré un truc dont ils savent que ça correspond à la réalité, tout le reste est forcément véridique. Pourtant, j’aurais publié un témoignage si j’avais voulu raconter mon parcours à moi. J’ai choisi de publier un roman parce que ce livre est malgré tout une fiction.

Le lecteur ne doit donc pas se poser la question de savoir si l’héroïne est l’auteure ?

Le lecteur fait ce qu’il veut. Toi, je sais que tu n’as pas pu t’empêcher de voir en moi l’héroïne du livre, mais d’autres, par exemple notre ami commun Bertrand Guillot (voir sa chronique sur Le syndrome de la vitre étoilée), ont lu l’histoire de Stéphanie et Guillaume sans penser à Sophie Adriansen. Je n’ai pas à donner un mode d’emploi pour lire ce livre.

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(Photo : Mélania Avanzato)

J’aime la construction de ton livre. Ce sont des chapitres courts et variés. On ne s’ennuie jamais.

En fait, ma narratrice est complètement perdue. Elle essaie de récupérer son moi en morceau. J’avais envie de rendre compte de ce bordel là. J’ai voulu que le livre soit à l’image de la narratrice, donc je ne suis pas allée sur quelque chose de linéaire. Le cerveau est toujours traversé par plein de choses, j’ai voulu transposer cela littérairement.

En tant qu’homme, j’ai beaucoup apprécié ce livre. Il m’a aidé à mieux comprendre les femmes… et toi, tu es très bienveillante envers le compagnon de ta narratrice.

Il n’y a aucune mauvaise intention de la part de la narratrice. Elle est amoureuse de son homme. Il se trouve que dans l’histoire il est hypofertile, mais ça aurait pu être elle.

Il y a une sacrée injustice. Dans ce genre de souci médical, on ne s’intéresse qu’à la femme, très peu à l’homme.

Je suis heureuse de te l’entendre dire. Quoiqu’il se passe chez l’homme, c’est de toute façon la femme que l’on scrute, que l’on observe. La narratrice se retrouve dépossédée de son corps. Ça n’arrive pas à un homme. Guillaume ne fait qu’un examen et il donne son sperme. C’est tout. Elle, en permanence, elle doit se déshabiller et montrer son intimité à des gens qu’elle ne connait pas. En plus, il n’est pas question qu’elle se plaigne. Pour couronner le tout, souvent, les médecins sont des hommes qui lui affirment qu’elle ne va rien ressentir, que l’examen n’est pas douloureux, alors qu’ils n’en savent rien car ils ne sont pas constitués comme une femme.

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Pendant l'interview...

Tu évoques beaucoup l’aspect psychologique qui n’est jamais pris en compte.

La sécurité sociale te rembourse tous les examens, mais il n’y a pas d’accompagnement psychologique, alors que cela me paraît indispensable. La gynéco dit à Stéphanie « n’y pensez pas ! » ; mais quand tu as envie d’avoir un enfant, que cela devient ton obsession, comment veux-tu ne pas y penser ? A aucun moment tu ne peux déverser ton trop plein.

Stéphanie reviendra dans un prochain « roman » ?

Oui. Mon héroïne me permet de dire ce que j’ai sur le cœur. J’ai envie de lui faire vivre d’autres choses et de me servir d’elle pour raconter ce qui m’agace dans la société. Je suis partie sur quelque chose d’un peu militant autour du corps de la femme. Je suis fasciné par le rapport entre le corps et l’esprit et le pouvoir de l’esprit sur le corps. Je raconterai une autre pression sociale.

Je n’aime pas ce mot, mais en t’écoutant, je trouve qu’il y a quelque chose de féministe en toi.

Je te dirai oui très volontiers si on ne faisait pas n’importe quoi du mot « féministe ». Tout de suite, on pense aux chiennes de garde. Moi, j’aime le féminisme de Martin Winckler, l’auteur de « Le cœur des femmes ». Il a été un médecin féministe, il est maintenant un auteur féministe. Ce féminisme-là je le chéris, je m’en réclame. Si je peux écrire dans cette veine-là, je serais très satisfaite.

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Après l'interview, le 7 septembre 2016.

06 septembre 2016

Dani Terreur : interview pour l'EP Gri-Gri

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(Photo : Severin)

La nouvelle idole des jeunes pourrait bien s’appeler Dani Terreur. Le Parisien joue de la pop à l’aide de synthétiseurs analogiques, guitares cristallines et quelques boîtes à rythme. Après avoir joué au sein (notamment) de la formation parisienne Yucca Veluxil s’émancipe en solo dans un premier EP, Gri-Gri. Ce jeune homme mélange habilement pop anglo-saxonne, musique électronique et chanson française, le tout sur des textes caustico-poétiques.

Le 5 septembre dernier, il est venu à l’agence (merci à son manager, Thierry Lecamp) pour une première mandorisation (qui ne sera sans doute pas la dernière).


dani terreur,gri-gri,interview,thierry lecamp,mandorBiographie officielle 
(un peu écourtée):

Magnétique et passionné sur scène, Dani Terreur se transforme en chasseur de sons en studio, traquant les mélodies fortes, les harmonies chaudes et électriques, en quête d’un groove qui oscille entre turbulences synthétiques et cristallines. Pour en arriver là, il s’est nourri dès l’enfance de mélodies pop anglo-saxonnes et de musique électronique. Pour les textes, Dani Terreur observe la vie, s’abreuve de littérature et de cinéma pour satisfaire son esprit assoiffé. C’est ainsi qu’il peint un monde qui déborde de sentiments exacerbés, de passion, de lutte intérieure entre le bien et le mal… On retrouve la vengeance dans « A bout de souffle », le plongeon vers l’inconnu dans « Fleuve », l’errance d’une génération dans « Paris », l’instinct animal dans « Amour Chienne » ou le vernis social qui explose définitivement dans « La Nuit du chasseur »…  Le résultat est à découvrir dans cet EP baptisé Gri-Gri : une première série de chansons talismans dans lesquelles Dani Terreur enferme une histoire, l’esprit d’un instant, à la recherche de l’étincelle pour atteindre le « sacré ». Des titres tendus sur le fil, habités par le spleen urbain, les tourbillons de l’âme, les rêves éveillés et le voyage introspectif.  Tapi dans la pénombre, il attrape tout ce qui passe à sa portée de jour comme de nuit, afin d’aller chercher dans des mélodies accrocheuses, habillées de sons électroniques et d’énergie électrique, cette magie qui vous attrape et ne nous quitte plus.

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dani terreur,gri-gri,interview,thierry lecamp,mandorInterview :

J’ai lu plusieurs fois que tu as un papa musicien. Il faisait quoi exactement ?

Il était compositeur pour un metteur en scène qui, par ailleurs, est mon oncle, Jérôme Savary. Parallèlement, il faisait de la variété. Il était musicien de studio pour des gens comme Jimmy Cliff ou Véronique Sanson. Comme il a plus de 60 ans, il est désormais à la retraite. Il continue à jouer pour lui parce que l’amour qu’il a pour la musique ne le quitte pas.

Ton père te soutient ?

Oui, ma mère aussi. Je ne fais pas écouter à mon père ce que je fais avant que ce soit terminé. Quand ça lui plait, je suis hyper content. Bon, cela dit, est-ce qu’un père est le plus objectif pour critiquer son fils ? Il apprécie et il est derrière moi, c’est le principal.

Tu as écouté beaucoup de pop, puis de la musique groovy et de la chanson française. Cela t’a influencé ?

J’essaie en tout cas de ne pas copier ceux que j’ai beaucoup écoutés. J’ai l’impression que je les intègre, mais que je les ressors après les avoir passé dans mon filtre, mon style personnel.

Clip de "A bout de souffle".

Si je dis que tu fais de la pop electro, j’ai bon ?dani terreur,gri-gri,interview,thierry lecamp,mandor

Oui, mais tout le monde fait de la pop électro maintenant, même dans la très grosse variété. Disons que je fais des chansons pop que l’on peut retenir et chanter, avec des arrangements electro.

J’ai lu que tu t’inspirais de certains livres et films lus ou vus pour écrire. C’est vrai ?

Je m’en sers comme un tremplin pour commencer la chanson. Il y a des films qui m’ont tellement marqué que quand je me mets à écrire, l’histoire me hante et j’ai envie de l’utiliser comme base. Ce n’est pas systématique, mais ça me rend souvent service. Recréer de la matière par rapport à un film ou à un livre est exaltant.

Tu y ajoutes des choses personnelles ?

« Paris » et « A bout de souffle » sont des moments de ma vie, en un peu plus romancés, sinon, ma vie serait bizarre.

Tu as fait partie de quelques groupes. Tu les as quittés car tu souhaitais chanter en français ?

Avec le groupe Canyon Cosmos, je chantais en anglais parce que j’avais peur de chanter vraiment. Ne pas chanter dans sa langue, c’est se planquer. A un moment, je ne pouvais plus le faire, j’avais l’impression d’être un charlatan. Pour faire ce métier, ça devenait essentiel de montrer comment je pouvais écrire, de montrer que je pouvais appuyer le texte sur la mélodie pour que tout soit bien intelligible. Je ne vois pas comment on peut chanter des choses si on n’y croit pas, s’il n’y a aucune incarnation.

Il faut impérativement croire en ce que l’on chante ?

Il faut un minimum d’implication et être touché par ce que l’on raconte, d’une manière ou d’une autre. Une chanson n’est pas une récitation. Il faut capter celui qui t’écoute.

dani terreur,gri-gri,interview,thierry lecamp,mandorA quelle famille te sens-tu le plus proche dans le milieu de la chanson ?

Quelqu’un comme Christophe me plait beaucoup. Je sens des points communs, même si je n’ai pas son talent et que nous ne sommes pas de la même époque. Chez les jeunes, il y a pas mal d’artistes qui recommencent à chanter en français. On est tous plus ou moins dans la même veine, avec un discours similaire.

Tu penses à des groupes comme Feu ! Chatterton ou Radio Elvis ?

Oui, j’aime bien ces deux groupes. Mais plus récemment encore, des types comme Adrien Soleiman ou Flavien Berger. On ne fait pas la même musique, mais je me sens proche de ces artistes-là.

Ton EP est très bien accueilli. Tu le ressens comment ?

Il y a du frémissement. J’espère que ça va continuer et s’amplifier. J’aimerais surtout que cela frétille au niveau du public.

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Je parle très peu des pochettes habituellement, mais celle-ci mérite quelques explications.dani terreur,gri-gri,interview,thierry lecamp,mandor

Elle est surtout esthétique. Chez une amie, j’ai vu des images de bondieuseries avec la Vierge ainsi représentée. Elle avait le même genre d’image avec Elvis Presley et j’ai trouvé ça amusant. Comme mon EP s’appelle Gri-Gri, comme quelque chose de sacré et de superstitieux, je me suis dit qu’il y avait un sens avec les propos du disque.

Et toi, tu es superstitieux ?

Oui. Je ne suis pas croyant, mais il y a des trucs qui me font flipper, comme la magie ou des trucs qui nous dépassent.

Tu fais un métier où il y a un gros mystère. Celui de  la création.

Moi, je m’exerce à écrire des chansons. Je me force souvent. Je jette 70% de ce que je fais. Dans l’écriture, il y a toujours cette part de magie et de sacrée. J'ai remarqué que mes meilleures chansons naissent quand elles me tombent dessus... et là, il y a une part de mystère. C’est à la fois insaisissable et très agréable.

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Est-ce qu’il t’arrive de ne pas comprendre parfaitement ce que tu as écrit ?

Ça m’est arrivé, mais après, je peux toujours y trouver un sens. Dans la chanson « Paris », il y a des images que je n’ai pas comprises directement. La journaliste des Inrocks qui m’a interviewé (lire là) était persuadée qu’elle avait été écrite après les attentats, ce qui n’était pas le cas. Après coup, en réécoutant la chanson, effectivement, on pourrait croire que cela  raconte ce qu’il s’est passé.

Tu aimes préciser ce que tu as voulu dire dans tes textes ?

Je préfère garder un halo de mystère autour de mes chansons.

Comment vis-tu ta vie d’artiste ?

C’est un combat et une lutte, mais j’essaie de ne pas le ressentir ainsi. Il faut faire ce métier sans se dire que c’est difficile, sinon on commence à se plaindre et c’est là le danger. Je sais qu’il y a des gens qui sont fait pour ça, mais qui abandonnent parce qu’ils sont découragés. Je me concentre sur le positif de ce métier. Ce sont surtout les professionnels de la musique qui souffrent, du coup, ça déteint sur les artistes.

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Tu as fait ce disque seul. C’était par souci économique ou parce que tu préfères la solitude dans la création ?

Il y a quelque chose qui me fascine chez les gens qui font tout tout seul. Je suis admiratif de Prince, mais aussi de Daft Punk, Air, par exemple… j’aime transposer cette manière de travailler au monde de la pop.

L’idéale d’une carrière pour toi, c’est quoi ?

C’est qu’elle soit longue et très diversifiée. Le renouvellement permanent est essentiel. Un peu comme Christophe. Il a traversé les années en se renouvelant, en accumulant les tubes et sans céder à aucun diktat du métier. Ces derniers albums sont carrément sans concession. Chez les anglo-saxons, Prince a eu la carrière idéale.

Es-tu confiant en l’avenir ?

Oui, ça va. Il ne faut pas trop y réfléchir, mais je me dis que tant que je fais de la musique et que j’ai de l’inspiration, tout va bien.

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Après l'interview, le 5 septembre 2016 (guest star : Thierry Lecamp, son manager).

02 septembre 2016

Louis-Jean Cormier : interview pour Les grandes artères

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Les Grandes Artères est le deuxième album solo de Louis-Jean Cormier. Il est disponible en France depuis le 26 août. S'il peut encore se promener incognito en France, ce n'est absolument pas le cas au Québec où il est une véritable star. Avant de lancer en 2012 sa carrière en solo, il était le chanteur du groupe Karkwa, méga populaire de l'autre côté de l'Atlantique. L’homme collectionne une impressionnante série de prix et de distinctions, comme par exemple les Felix (qui ne sont autre que les équivalents canadiens des Victoires de la Musique). En tout, avec son groupe et son dernier album, il en compte déjà 17. Dans son nouveau disque, le trentenaire nous fait vibrer avec des textes magnifiques sur la séparation, l'amour ou encore l'engagement citoyen.

Du 13 au 22 octobre, Louis-Jean Cormier se produira avec son groupe dans six villes, dont Paris, Bruxelles, Nantes et Lyon. Une deuxième tournée sur "le Vieux Continent" est également en chantier et devrait avoir lieu au printemps.

Le 24 août dernier, rencontre dans un petit studio parisien avec celui qui devient peu à peu un monument de la chanson francophone. Mine de rien, il marque toute une génération québécoise depuis une décennie.

Biographie officielle :louis-jean cormier,les grandes artères,mandor,interview,karkwa

De ses années d'études dans une école musicale de Sept-Îles à ses premiers pas comme chanteur à l'adolescence sans oublier les étés passés au Festival en chanson de Petite-Vallée, la vocation d'auteur-compositeur-interprète de Louis-Jean Cormier remonte à loin. Arrivé à Montréal à 17 ans pour étudier la musique au cégep, il se lie d'amitié avec quatre musiciens qui formeront avec lui Karkwa, un groupe qui se fait vite remarquer. En l'espace de quatre albums qui rallient la critique et les foules, Karkwa devient l'un des groupes phare du rock indépendant québécois et la première formation francophone à remporter le Prix Polaris pour Les chemins de verre (2010). Parallèlement à son rôle de chanteur-guitariste, Louis-Jean devient l'un des 12 hommes rapaillés, un projet d'envergure inspiré par la poésie de Gaston Miron dont il signe la réalisation et les arrangements. Il réalise les premiers albums de Marie-Pierre Arthur (mandorisée là), David Marin, Lisa LeBlanc et accepte la chaise de coach à La voix le temps d'une saison. Auteur-compositeur prolifique, il écrit dans ses temps libres des chansons plus personnelles. Une voix et une sensibilité s'affirment; un premier album à son nom paraît en 2012, Le treizième étage (Félix de l'Auteur ou Compositeur, Album rock et Choix de la critique) suivi en 2015 (au Québec) d'un deuxième intitulé Les grandes artères.

louis-jean cormier,les grandes artères,mandor,interview,karkwaLes Grandes Artères vu par:

Longueurs d’Ondes.

La poésie de Miron n’aurait pas à rougir de celle déployée avec panache et simplicité sur cet album. On retrouve un auteur sensible qui construit des moments d’intensité et de rêveries sombres, mais toujours en partant du cœur. Musicalement, il nous berce dans un mouvement orchestral, côtoyant le folk, le rock sauce Karkwa ou psychédélique, les moments symphoniques et des ambiances plus douces, parfois même pop. Une grande légèreté se déploie sous la voix douce de Louis-Jean Cormier qui berce l’auditeur dans un tableau onirique poignant, à la fois subtil et sublime.

Télérama (TTT):

Voilà belle lurette que la chanson québécoise francophone ne se résume plus à un concours de décibels vocaux et qu'elle marie, souvent plus que les Français, sonorités américaines et souci du texte. Karkwa, par exemple. C'est justement son chanteur qui le prouve ici, dans un deuxième album solo - le premier avait été couvert de prix chez lui. Soyons francs : son atout majeur reste sa musicalité, pop-rock mélodique aux sons clairs, aux lignes fluides soutenues à la fois par des guitares old school et des programmations très tendance. Quant aux textes, s'ils sont naïfs quand ils sont amoureux – malheureux -, ils attirent l'attention lorsqu'ils évoquent les aspirations d'une génération qui réclame son droit au rêve (« La Fanfare ») ou ses envies d'échappées belles : « Tête première », au fort parfum d'évasion ; « Complot d'enfants », linéaire et entraînant comme un chant d'espoir ; « Deux saisons trois quarts », à l'esprit road movie. Jolies chansons, qui prennent le large et nous invitent à les suivre.

Valérie Lehoux

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(Photo : Longueur d'Ondes)

louis-jean cormier,les grandes artères,mandor,interview,karkwaInterview :

Qu’elle est ta culture musicale ?

Je viens d’une famille de musiciens, de chefs de cœur, de mélomanes, mon frère est premier violon à l’orchestre symphonique du Québec. J’ai passé ma jeunesse à écouter de la musique classique. Le rock n’roll est entré dans ma vie alors que j’étais ado par le biais des Beatles. D’ailleurs, on dit souvent que je suis un mélange de Gilles Vigneault et des Beatles. Ensuite, j’ai été happé par le jazz, j’ai même fait des études de jazz à Montréal. J’ai fini par créer le groupe Karkwa avec lequel je suis resté quinze années complètement folles. Aujourd’hui, je continue à peaufiner mon métier d’auteur compositeur, de songwriter. Je suis arrivé à un moment de ma vie où je m’amuse vraiment. J’ai l’impression d’avoir enfin trouvé mon identité.

Karkwa : clip de "Pyromane" (2010).

Quand tu as quitté Kwarka, ton premier album solo a cartonné immédiatement.louis-jean cormier,les grandes artères,mandor,interview,karkwa

Les planètes ne pouvaient pas être plus alignées que cela. S’affranchir de Karkwa a été essentiel. J’ai voulu être seul pour entamer une nouvelle démarche artistique et retrouver mon identité musicale. Peu importe ce que l’artiste peut avoir comme vision de son art, de sa création, il a toujours besoin de se définir pour que les gens puissent l’identifier facilement. Il est beau de se renouveler et aller ailleurs tout en restant reconnaissable, comme l’a fait David Bowie tout au long de sa carrière.

T’es-tu trouvé alors ?

Oui. J’ai réussi à sortir ce qui devait sortir de moi.

Tu sens l’enthousiasme du public français et des gens du métier envers toi ?

J’ai toujours été sous une bonne étoile. Au Québec, les gens du métier ont toujours été magnanimes et gentils envers mon travail et envers moi. J’ai l’impression qu’ici, c’est la même chose.

Tu viens en France pour quoi ?

J’ai une carrière qui marche très bien chez moi. J’entrevois la commercialisation à l’étranger avec amusement et comme un défi. J’ai l’impression que ceux qui connaissent mes chansons ici les aiment bien, ce qui m’encourage à espérer.

Clip de "Traverser les travaux", chanson tirée de Les Grandes Artères.

louis-jean cormier,les grandes artères,mandor,interview,karkwaTu es une vraie star au Québec. Ici, tu peux marcher tranquillement dans la rue, personne ne te reconnait… c’est déroutant ?

C’est plaisant. On dirait un retour à la case départ avec un rictus en coin. L’expérience que j’ai me permet d’éviter les erreurs que j’ai faites dans le passé. J’ai essuyé des revers et j’ai souvent donné des coups d’épée dans l’eau. Aujourd’hui, je suis dans une démarche zen et relax. Je pense que c’est dans cette attitude-là que finalement les choses se passent au mieux.

Ta machine est huilée de toute façon.

En France, en octobre, je vais jouer avec des musiciens avec lesquels j’ai fait plus de 500 spectacles. Je repars à zéro, mais avec un aplomb que je n’avais pas au départ.

Tout est pensé dans ton disque Les grandes artères ?

Oui, je voulais embarquer les gens comme dans un bon livre ou un bon film. J’aime les arrangements qui ont de l’amplitude, parfois escarpés. J’aime les cassures. Je passe d’une chanson très rock, avec parfois des cuivres, et ensuite, il y a une chanson guitare-voix. Ça donne du mouvement, mais je fais en sorte qu’il y ait un fil conducteur.

Clip de "Si tu reviens", chanson tirée de Les Grandes Artères.

En France, il y a beaucoup de chanteurs talentueux, mais peu apportent un son nouveau, un stylelouis-jean cormier,les grandes artères,mandor,interview,karkwa original, comme l'apportent des gens comme Ariane Moffatt, Pierre Lapointe ou toi, tous québécois.

Je ne sais pas pourquoi. J’ai la sensation que ce qui impressionne ici, c’est la façon dont on chante en français dans un habitacle plutôt américain ou anglo-saxon. Ce que j’aime de la France, c’est la vague gainsbourienne, représentée par des gens comme Benjamin Biolay ou Bertrand Belin. J’ai longtemps déploré qu’il y ait au Québec comme en France des gens qui chantaient en anglais avec des textes qui n’étaient pas élaborés comme s’ils les avaient écrits en français.

Pourquoi chantes-tu en français ?

Parce que c’est la langue que je maîtrise le mieux. J’aime la poésie d’un texte, ses jeux de mots, ses doubles sens, sa complexité.

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louis-jean cormier,les grandes artères,mandor,interview,karkwaPasses-tu du temps à écrire un texte ?

Pas tant que ça. Des images poétiques me viennent de manière fulgurante. J’écris instinctivement. J’aime beaucoup voir un disque comme étant une œuvre en soi, passée au peigne fin. Il n’y a rien qui est laissé à la légère. Un disque, c’est un casse-tête qu’il faut résoudre le plus poétiquement possible.

Parfois, te demandes-tu d’où te vient ton inspiration ?

Le meilleur de ce que je sors me donne l’impression que c’est sorti de quelqu’un d’autre. C’est une question de pulsion créative. Parfois, j’ai l’impression d’être un charlatan devant les journalistes quand je dis que cette chanson-là veut dire telle ou telle chose. Je colle une explication après coup, parce que quand c’est sorti, c’était très abstrait.

Psychologiquement, tu règles tes problèmes par le biais de tes chansons ?

Mais tu as raison. Quand je faisais la campagne promo pour ce disque au Québec, je disais haut et fort que ce n’était pas tant que ça autobiographique, que c’était aussi la vie des autres. Aujourd’hui, je me rends compte, en analysant tout ce qui est arrivé dans ma vie pendant et par la suite, que c’était vraiment autobiographique. Il est difficile de s’extirper de son œuvre.

Clip de "Saint-Michel", chanson tirée de Les Grandes Artères.

Je suis fou de ta chanson "Saint-Michel".louis-jean cormier,les grandes artères,mandor,interview,karkwa

C’est la chanson qui était censé donner le ton au disque. Quand je suis arrivé au studio, j’avais vraiment envie de faire un disque de rock progressif. Saint-Michel collait parfaitement à ce que je voulais faire. Puis me sont venues des chansons de réflexions amoureuses, de questionnements sur la liberté, du coup, je ne pouvais pas leur mettre ce genre de musique. Le banjo est sorti tout seul de son coffre, Ennio Morricone est arrivé, Debussy est passé nous voir… (rires). Inconsciemment, j’ai fait du folk orchestral cinématographique. C’est la première fois de ma vie qu’une direction artistique s’impose d’elle-même. Les chansons ont décidé de la direction musicale, ce n’est pas moi, ni le réalisateur.

Fais-tu partie d’une « école » musicale ?

Je fais partie d’une communauté. Je croyais que c’était un truc générationnel, finalement en faisant des projets collectifs, ils se sont avérés intergénérationnels. J’ai l’impression de faire partie d’une communauté d’artistes qui vivent de leur musique malgré la métamorphose du marché et la descente aux enfers de l’industrie de la musique.

Qui fait partie de cette communauté d’artistes dont tu me parles?

Galaxie, Ariane Mofatt, Marie-Pierre Arthur, avec lesquels j’étais à l’école. Il y a aussi Martin Léon, Patrice Michaud, Klo Pelgag, Philippe Brach, Pierre Lapointe… ce sont des gens que je croise souvent, étant donné la petitesse du marché. On sent qu’il y a l’esprit de communion entre nous. Les uns invitent les autres dans leurs spectacles respectifs et nous avons beaucoup de respects les uns envers les autres.

Des artistes come Félix Leclerc ou Gilles Vigneault ont compté pour toi ?

Ce n’est pas qu’ils ont compté, c’est qu’ils sont à l’intérieur de moi, de par mon foyer familial et de par la vision de la chanson.

Extraits des Francofolies de Montréal, cet été.

louis-jean cormier,les grandes artères,mandor,interview,karkwaToi-même, tu deviens une référence.

Parfois, des jeunes sortent des disques au Québec et j’entends qu’on les compare à Karkwa ou à moi, en cela je deviens une référence. J’ai le sentiment d’être accepté autant par mes compatriotes que par la presse et les médias. Quand j’étais coach à The Voice (La Voix au Québec), ça a été comme une explosion de notoriété. Je me suis retrouvé à faire tous les talk-shows qui ne m’avaient jamais invités avant. Je suis arrivé avec mon discours de petit créateur et ça a secoué les gens. J’aime aller dans le moule et le casser de l’intérieur.

En écoutant ton album, j’ai ressenti un homme tourmenté. Dans la vie, tu es toujours souriant et volubile. Qui est le vrai Louis-Jean Cormier ?

Je ne le sais pas moi-même. En tout cas, j’aime beaucoup la notion de mélancolie dans la vie. Victor Hugo disait de la mélancolie que c’était « le bonheur d’être triste ».

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Le 24 août 2016, après l'interview.

31 août 2016

Leïla Ssina : interview pour l'album Sympa

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Voilà déjà dix ans que Leïla Ssina, née de parents algériens, sillonne la France avec son groupe. Elle vient de sortir son tout premier album Sympa. Elle y évoque à travers des textes poignants, bourrés d’ironie et d’humour, les travers de notre société actuelle de consommation, où l’argent est roi, mais aussi les rapports hommes/femmes. Sa musique pop entraînante se mêle aisément à sa voix pleine de charme, douce et jazzy. Je mandorise une deuxième fois Leïla Ssina (la première mandorisation est ici), car je lui trouve un talent conséquent et une forte originalité (pour découvrir un peu de sa musique). J’ai du mal à comprendre le silence de mes confrères…

Dans ce milieu de la chanson française, le soleil, le groove, la funk, n’a pas bonne presse. Mettons là à l’honneur.

Sa page sur ITunes.

Le 12 août dernier, la chanteuse est venue à l’agence…

Bleïla ssina,sympa,interview,mandoriographie officielle :

Cette auteure, mélodiste et interprète a suivi un cursus professionnalisant de deux ans aux ACP-Manufacture Chanson où lui seront dispensés des cours de technique vocale, d’expression scénique, d’écriture, etc...Mais, au-delà de la formation, cette école lui apportera un élément essentiel : les rencontres, avec des artistes venus d’horizons musicaux divers, qui vont lui permettre d’enrichir son propre univers.

Dans ce domaine, LA rencontre déterminante est celle avec Edouard Coquard, musicien multi-instrumentiste et arrangeur de grand talent, avec qui elle collabore depuis, sur scène comme sur disque (EP éponyme paru le 27 février 2014 et l'album Sympa dont la sortie est prévue pour le 27 mai 2016).

De coups de griffes en coups du sort, de coups de gueule en coups de soleil, Leïla Ssina nous croque le tableau sans fards de sa vie et de son univers, avec ses beautés et ses travers. Ses textes, faits d’ironie et d’optimisme mêlés, montrent la seule posture possible face à ce monde perturbé : rester soi-même, avec sa musique pop-groove acide mais nécessaire, et en français dans le texte. Entourée de ses trois musiciens complices (Edouard Coquard à la batterie, Laurent Avenard-Kohler à la guitare et Jalil Kherbachy à la basse) qui posent le cadre mouvant de cet univers de travers, Leïla Ssina joue franc jeu avec une énergie brute et magnétique.

Le jury du Pic d’Or ne s’y est pas trompé, et lui a décerné en 2013 le prix d’interprétation et le prix ACP-Manufacture Chanson. Quant à celui du Grand Zebrock, il l’a sélectionnée pour participer au tremplin en 2014 et lui a décerné le Prix spécial du jury ainsi que le prix France Bleu 107.1 ce qui l’a propulsé sur la scène Zebrock pour la dernière édition de la fête de l’Humanité. Les titres « A payer » et « L’hiver en été » extraits du premier EP de Leïla Ssina ont été respectivement classé « coup de cœur Francophone » de la radio nationale Suisse Canal 3.

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leïla ssina,sympa,interview,mandorInterview :

Depuis notre première rencontre il y a trois ans, que s’est-il passé pour toi, professionnellement ?

J’ai beaucoup travaillé pour cet album qui vient de sortir et j’ai fait beaucoup de tremplins pour continuer à me faire connaître.

A ce propos, tu as remporté notamment le prix France Bleu lors du tremplin le Grand Zebrock. Tu aurais dû, grâce à ce prix, être diffusée sur le réseau France Bleu… il n’en a rien été.

J’ai fait quelques interviews, des émissions live, mais au moment de la sortie de l’album, plus rien. Je leur ai donc demandé en quoi consistait notre partenariat. Je n’ai pas eu de réponse claire, ils m’ont juste demandé d’estampiller leur logo sur mon album.

Ce que tu as fait ?

Oui. Mais ça n’a rien changé. On m’a expliqué que comme France Bleu est connecté à 143 réseaux dans toute la France, c’était un peu compliqué. J’ai répondu que justement, cela aurait été pour moi une belle opportunité de me faire entendre. On parle de problèmes dans les radios avec le quota français, je suis donc étonnée.

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Ce que j’aime chez toi, c’est que tu ne fais pas la même musique que la plupart de tes consœurs. C’est groove, funky, soul à fond. Peut-être que cette radio est frileuse pour tenter la différence.

Ce n’est pas uniquement cette radio, c’est vraiment un état d’esprit général. Avant je me cachais derrière l’excuse que je n’avais qu’un EP et que les radios ne diffusaient pas d’EP. Là, je me suis donné les moyens de sortir un album et il y a eu zéro prise de risque des médias. Je ne corresponds pas aux critères et à la mode musicale actuelle, j’en ai conscience. Je veux me démarquer, mais cela me joue des tours puisque aucun média ne tente de sortir du carcan habituel. Je considère que c’est anti artistique de faire quelque chose pour plaire. Je ne me préoccupe donc plus de ça.

Tu parviens à vivre de ta musique ?

Non, toujours pas, mais j’ai réussi à sortir ce disque sans avoir dépensé un centime de ma poche. Pour moi, c’est déjà franchir une belle étape.

Comment as-tu fait pour financer ton disque alors ?

J’ai eu une très belle subvention de la SCPP (la Société civile des Producteurs Phonographiques) et j’ai gagné pas mal de tremplins. Ça m’a permis de sortir cet album et de me payer une attachée de presse et de louer les Trois Baudets pour mon concert de lancement du disque.

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C’est compliqué la vie d’artiste aujourd’hui. Quelles armes on prend pour se battre ?

On prend l’amour qu’on a pour la musique. Et aujourd’hui, j’ai une manageuse, alors quand je n’y crois plus, elle y croit encore. Ce métier, c’est une sorte de montagne russe permanente. Un jour, tu es au fond du trou, tu ne vois plus d’issue, tu te dis que tu vas faire autre chose parce que tu sais que ça te grise beaucoup trop. Un autre jour, quelque chose te tombe du ciel et cette chose te dit que tu es sur la bonne voie. Il faut juste s’accrocher. On est dans une époque très compliquée pour développer des projets musicaux, parce que les maisons de disque ne jouent plus le jeu et que certains médias jouent le jeu des maisons de disques. C’est le serpent qui se mord la queue. Soit tu laisses faire les choses comme ça, soit tu t’enveloppes dans une sorte de militantisme qui t’incite à continuer à exister malgré cela… et advienne que pourra. Il faut savoir déceler les signaux qui te prouvent que tu ne t’es pas trompé.

Tu as un problème avec l’image ?

Non. Pourquoi me demandes-tu cela ?

Parce que tu ne fais pas beaucoup de clips.

C’est parce que je n’ai pas trouvé le partenaire idéal pour transposer ma musique en images. Je vois beaucoup de camarades artistes qui sortent des clips à la pelle, mais sans intérêt. Sortir un clip pour sortir un clip, ça ne m’intéresse pas. Je vais en faire un, mais je vais prendre le temps pour le faire bien. Tout le monde te met une pression insupportable pour que tout aille très vite et que l’emballage soit plus important que le contenu. Moi, j’ai l’impression de me trahir si je pars dans cet esprit-là et si je participe à cette dictature-là. Pour moi, le contenu est le plus important. Une fois que le contenu me satisfait, je peux passer à autre chose.

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Il y a deux ans, à la Fête de l'Humanité (Marylène Eytier).

Tu as testé certaines chansons de ton album sur scène ?

Oui. Le public sert à m’influencer, mais pas à me guider. Par exemple, j’avais hésité à mettre ma chanson « Touché coulé » parce que j’estimais qu’elle était un peu trop personnelle, mais le public l’a tant apprécié que, du coup, il n’était pas question que je ne la mette pas.

Tu es insolente, irrévérencieuse sur certaines chansons. Tu pointes du doigt les travers de la société et déglingues parfois les relations hommes/femmes.

Je me moque de tout le monde et des choses graves, mais avec le sourire. Et puis, j’ai un côté « j’vais te casser la gueule avec mon stylo ».

Ta musique te ressemble-t-elle ?

Je ne vois pas comment on peut faire de la musique autrement. Je fais celle qui me correspond, qui me ressemble, que j’ai envie d’entendre, le tout en langue française. Je me fiche si elle plaira aux Inrocks ou à Télérama, contrairement à certains de mes confrères chanteurs.

Si on écoute cet album, connaît-on mieux Leïla Ssina ?

Oui, je peux dire que c’est une belle biographie chantée. Contrairement à l’EP, dans cet album, il y a beaucoup de textes personnels. Je parle un peu plus de moi.

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leïla ssina,sympa,interview,mandorTu n’es pas la même dans la vie que sur scène, je présume ?

Les trois quarts des artistes que je connais sont des gens soit timides, soit réservés, mais quand tu les vois sur scène, ils sont transcendés. Je pense que chaque artiste à des choses à régler avec lui-même. J’avais lu une interview de Vincent Baguian dans laquelle il disait que depuis 10 ans qu’il travaille avec gens sur des cours d’écriture, il n’avait jamais vu un élève qui allait bien dans sa tête. Il a conclu à la fin de l’interview que quand tu vas bien, tu n’as pas besoin de te faire applaudir.

Tu es d’accord avec ça ?

Oui, je me sens appartenir à cette catégorie-là.

Chanter, c’est un médicament ?

C’est une thérapie. Je pense qu’on ne chante pas tous pour les mêmes raisons, mais qu’au final, c’est un besoin de reconnaissance et un besoin de partager quelque chose.

Te sens-tu artiste ?

Je me sens plus artiste qu’autre chose. Aujourd’hui, on est obligé de tout faire plus ou moins: artiste, manager, attachée de presse… je me sens plus artiste que tout ce que l’on me demande d’être.

Et qu’est-ce qui détermine qu’on est artiste ou pas ?

C’est d’avoir des choses à dire et d’arriver à en faire des œuvres. Ça peut être des livres, des films, ou dans mon cas, des chansons. Tout le monde à une histoire et des choses à dire, mais tout le monde n’a pas les armes pour en faire quelque chose.

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Pendant l'interview...

As-tu toujours voulu être chanteuse ?

Oui, depuis que je suis toute petite. Je n’ai jamais voulu faire autre chose. Il m’est arrivé de travailler pour gagner ma vie, mais je ne me sentais pas à ma place. Un jour, j’ai quitté mon boulot pour sauter dans le vide et sans filet. Aujourd’hui, je ne le regrette et je suis persuadée que j’ai bien fait de tout arrêter pour la musique. J’ai eu le déclic quand mon frère est décédé à 37 ans. J’ai compris que la vie passait beaucoup trop vite et qu’il ne fallait pas passer à côté de ses envies et de ses rêves.

Tu écris parfois pour les autres il me semble.

Je travaille pour des artistes groove qui chantent en anglais et qui souhaitent chanter en français, mais qui ne savent pas écrire dans cette langue.

C’est difficile de coller des mots français sur du groove ?

Je ne trouve pas. Véronique Sanson le fait parfaitement. Les titres de France Gall des années 70 et 80, ça groove à mort. Je ne sais pas pourquoi, après Michel Berger, plus personne n’a groové dans la chanson française. Moi, j’essaie et j’y mets tout mon cœur.

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Après l'interview, le 12 août 2016.

 

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29 août 2016

Lise Martin : interview pour son double album Déments songes

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(Photo : Lucille Chauchat)

Lise Martin occupe une place à part dans la scène française actuelle. Elle écrit, compose et interprète des chansons graves, intelligentes, justes, parfois sombres… et exigeantes. Paradoxalement, elles sont toutes abordables tant les sujets traités concernent tout le monde. « Dans ses chansons », comme l’explique le site Hexagone (qui a fait un sacré dossier sur elle), « elle traque les illusions sur l’amour naissant et qui vont se briser au fur et à mesure… La voix de Lise résonne comme un appel à la liberté, à une libération d’une parole trop longtemps murée dans le silence. Le propos n’est pas d’une gaieté absolue mais le bonheur sied-il à la chanson ? »

lise maartin,déments songes,interview,mandorJudicieuse question.

J’ai rencontré Lise Martin pour la première fois, un beau soir de l’année dernière. J’étais avec mon ami Fabien Martin (je souligne la coïncidence patronymique) aux Trois Baudets,  quand elle s’est présentée à nous. Je suis reparti avec son double album dans les mains. J’ai attendu quelques mois pour la mandoriser. Pourquoi ? Je ne sais pas. Acte manqué.

Le 22 juillet dernier, elle est passée à l’agence et nous avons longuement discuté.

Biographie officielle :

Lise Martin est une jeune auteur-compositeur-interprète, accompagnée de quatre talentueux musiciens.lise maartin,déments songes,interview,mandor

Dans un style folk "à la française", la voix vibrante et singulière de la chanteuse, soutenue par la puissance et la subtilité des instruments à cordes (guitare, violon, violoncelle) et de la percussion, porte des textes particulièrement profonds et poétiques.

Lauréate de la Finale Nationale de la Chanson Francophone 2011 organisée par la CSO, elle fut sélectionnée au Grand Zebrock 2012, puis reçut ex-æquo le Prix spécial du Jury au Tremplin Chanson Reims-Oreille 2013. En juin, elle s’est vu remettre le 1er prix de la catégorie Auteur-Compositeur-Interprète du concours Love Music 2013, et a remporté, lors de la 19e édition du Tremplin Vive la reprise, le Grand Prix du Centre de la Chanson, le Prix du Public, ainsi que les prix Ecoutez-voir (Belgique) et Chanson de Parole (Barjac).

Après un premier EP, Gare des Silences, Lise Martin a sorti son premier album (un double), Déments Songes, en 2014.

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(Photo : Lucille Chauchat)

lise maartin,déments songes,interview,mandorInterview :

Tu as évolué, grâce à tes parents dans un univers très chanson française. Ils écoutaient les grands classiques.

J’ai su parler assez tôt. Les mots et le langage me plaisaient. Les chansons m’intéressaient donc, car je comprenais les paroles. Dès que j’ai su lire, j’ai lu les textes de chansons dans les disques. Moustaki, Le Forestier par exemple.

Tu essayais de comprendre ce qu’ils chantaient ?

Oui, et c’est quelque chose que je continue toujours aujourd’hui. Quand j’écoute une chanson pour la première fois, je prends toujours le temps d’en comprendre le sens. Je me pose du début à la fin pour saisir le sens précis. Quand je m’aperçois au final qu’une chanson à des beaux mots, mais qu’elle ne veut rien dire, je suis très triste (rires). Pour moi, c’est important d’analyser ce qui est en train d’entrer dans mon cerveau.

Quand tu écoutes une chanson, tu ne peux donc pas t’abandonner directement ?

Je peux m’abandonner à la musique parce que je suis en train de faire autre chose, du coup mon attention ne peut pas se fixer sur les paroles, mais à un moment, je sais que je vais réécouter la chanson ou chercher les paroles sur Internet.

Mais chez quelqu’un comme Bashung, tu n’as pas toujours une compréhension directe du texte…

Bashung, j’ai lu, relu, rerelu, réécouté… il fait partie des rares artistes qui m’incitent à tirer des histoires personnelles de ses textes. Donc, j’y trouve un sens. Ferré avec « La mémoire et la mer » me procure la même chose. Comme il y a plusieurs lectures possibles, il y a de nombreuses possibilités de s’approprier ces textes-là.

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(Photo : Lucille Chauchat)

Quand j’interviewe un artiste, je n’aime pas trop parler de ses textes, même si je le fais parfois… J’aime bien l’idée que les gens découvrent et se les approprient de manière « vierge ».

Moi, je n’aime pas trop parler de mes chansons. Ça me gêne parce que j’ai envie de laisser de l’espace à chaque personne pour qu’il se l’approprie. Une chanson sublime un événement plus ou moins douloureux ou violent qui s’est inscrit dans le quotidien. Je n’ai pas envie de raconter le pourquoi du comment de sa création. J’ai peur que cela la « désacralise », terme que j’emploie avec des gros guillemets.

Certaines de tes chansons parlent clairement de toi. Fais-tu en sorte de « généraliser » l’histoire pour que tout le monde se sente concerné ?

Il y a absolument cette volonté. Je ne veux pas que mes chansons soient marquées dans le temps, parce que les œuvres phares de ma vie sont souvent intemporelles. Mes chansons partent toujours de quelque chose que j’ai vécue, mais je pousse toujours plus loin. Par exemple, après une rupture, je souffre. Je retranscris donc ce que je traverse comme état émotionnel. J’adore décortiquer les sentiments et les émotions. La meilleure manière de le faire est d’écrire une chanson. Mes chansons sont des investigations, donc je peux les partager avec les autres. Il n’y aucune solution dedans, juste des pistes de réflexions. Cela dit, ce n’est jamais complètement ma vie, jamais complètement ce que j’ai vécue. Ce que je vis donne juste le départ, une phrase ou deux. Après, l’idée se déroule jusqu’à la chute. Parfois, une chanson me dépasse, elle peut aller là où je ne m’attendais pas. Les mystères de la création…

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(Photo : Lucille Chauchat)

Tu dis à Hexagone que tu chantes « pour faire taire le silence car tu ne l’interprètes pas favorablement ». C’est un tel chaos en toi qu’il faut l’expulser ? 

Je chante pour faire taire le silence, c’est vrai, mais c’est aussi pour attendrir le cri. Je n’aime pas les cris, ni la violence, ni le silence. Quand les mots sont chantés, c’est plus doux que les cris et pourtant, ça sort quand même…

C’est vital pour toi d’écrire alors ?

Si je n’avais pas ça, peut-être que je hurlerais, peut-être que je me tairais, mais aucune de ces deux solutions ne me convient… donc j’écris et je chante ce que j’écris.

C’est une façon de ne pas craquer ?

Il y a tellement de choses que je ne comprends pas dans ce monde. Du coup, je cherche des solutions pour vivre ici et maintenant le mieux possible. J’aime profondément la vie, donc je veux trouver comment je peux faire le plus de bien possible… ou le moins de mal possible.

Tu fais du bien puisque c’est le rôle d’un artiste : divertir l’âme et le cœur des autres.

J’en ai conscience parce que moi aussi je suis auditrice et qu’il y a des chansons qui m’accompagnent, me soignent, me font du bien. La musique des autres à une place prépondérante dans ma vie.

lise maartin,déments songes,interview,mandorNous nous sommes croisés au Festival Pause Guitare d’Albi. Tu es allée voir Joan Baez. Elle fait partie des socles de ta culture musicale ?

Ma mère écoutait aussi Joan Baez, Cat Stevens et léonard Cohen. Ce sont des immenses sources d’inspiration. Musicalement, je pense que je m’inspire plus de la folk anglo-américaine que de la chanson française, dont le point fort est plus souvent le texte que la musique.

Tu tentes de te situer où dans la musique ?

C’est compliqué. J’observe ce qu’il y a autour de moi pour voir où je veux aller. Il y en a qui se compose un personnage et d’autres qui sont comme dans la vie. J’essaie de faire partie de la deuxième catégorie. En voyant Joan Baez sur scène, j’ai pu constater à quel point elle est sincère et elle-même. Une guitare, sa voix… et elle te transporte avec des chansons qui disent des choses importantes.

Il y a eu Sanseverino après Joan Baez. Lui aussi est quelqu’un de sincère.

Je suis d’accord avec toi. Il est dans l’instant. Son spectacle est travaillé, mais tout n’est pas écrit de A à Z. Il y a de la place pour de l’improvisation, pour être dans le présent. C’est un peu ça ma quête : être dans le présent le plus possible dans la vie et sur scène.

Avec le genre de chanson que tu fais, tu sais que tu n’es pas prête de passer à la radio ou à la télé.

Je décèle l’ironie dans ta question… Pour moi, actuellement, il y a un lien qui n’est pas fait entre les artistes et le public. Les médias, notamment la télévision, devrait remplir ce trou, mais ils ne le font pas. Comme nous, à priori, nous ne sommes pas censés rapporter beaucoup d’argent, ça n’a pas d’intérêt de faire de la pub pour notre travail.

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(Photo : Lucille Chauchat)

La chanson fait pourtant partie de la vie de tout le monde.

Oui, même si les gens ne s’en rendent pas compte. Si un soir, par hasard, ils se retrouvent à un concert, souvent, ils vont être troublés et ça va provoquer chez eux des émotions qu’à mon avis, Christophe Maé ne provoque pas. Je ne sais pas quel degré de sincérité à ce garçon, mais je ne suis pas du tout touchée par ce qu’il fait.

Je comprends ce que tu me dis, mais Maé, que je connais un peu, est le chanteur le plus lucide et gentil de ce milieu.

Je le cite lui, mais je ne le connais pas. Mais « Il est où le bonheur », vraiment, je ne peux pas. 

Pourtant ça marche et ça touche beaucoup de personnes. Comment peux-tu l’expliquer ?

Il a des mélodies efficaces et on retient facilement ses refrains, qui sont d’ailleurs fait pour ça. Mais en plus, on l’entend à la télé et à la radio toute la journée. Si on proposait aussi d’autres artistes, je suis sûr que les gens aimeraient aussi. Là, je pense à ma copine Garance par exemple. Je suis sûr que si elle était diffusée de temps en temps, ses albums se vendraient beaucoup.

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Garance et Lise Martin au Limonaire, le soir de l'entretien.

La façon dont tu vis ton métier actuellement te convient-elle ?

Je souhaite faire plus de concerts. J’ai vraiment envie de voyager avec la musique. J’ai d’ailleurs un projet avec Garance. Au mois de septembre 2017, nous aimerions partir sur les routes de France pendant un an. On a envie de faire des concerts dans les milieux associatifs, des concerts à domicile aussi. Puisque le relais n’est pas fait entre les artistes et le public, on a décidé d’aller vers les gens nous-mêmes. Après, j’aurais une idée plus précise de pourquoi les choses sont compliquées pour des artistes comme nous.

Quand tu as commencé la chanson, il n’y avait pas beaucoup de chanteuses dans le circuit. Aujourd’hui, vous êtes très nombreuses.  

Dans mes moments de désespoirs (rires), ça pourrait m’embêter, mais quand je suis lucide, je sais bien qu’il y a de la place pour tout le monde. Si on était moins, ça ne marcherait pas forcément plus pour moi.

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Pendant l'interview...

lise maartin,déments songes,interview,mandorTu as fait la une d’Hexagone, tu as de nombreux papiers hyper positifs dans la presse spécialisée… ça t’encourage ?

Ça m’incite à pener que je ne me suis pas trompée de métier et ça me donne du courage pour continuer à me battre. J’ai l’impression que je fais tout ça pour quelque chose. Je détesterais faire quelque chose d’inutile. Quand j’ai des retours de gens qui sont touchés, ça me donne envie de continuer. Si je me retourne en arrière, je vois que je suis dans la progression, même si elle est lente.

As-tu peur de basculer dans l’aigreur si ça ne fonctionne pas plus que cela ?

Aujourd’hui, ça ne pourrait plus m’arriver. J’ai muri et je suis beaucoup plus détendue sur plein de choses, notamment sur la notion d’échec et de réussite. Parfois, je croise des artistes qui sont amers, mais je peux les comprendre. Moi, j’aimerais arrêter avant de le devenir. Il y a tellement de choses qui me passionnent que je pense que cela se ferait tout seul. Je n’ai pas envie de m’accrocher éternellement.

Tu prépares un album que tu espères sortir au printemps 2017.

Depuis mon précédent double album en 2014, j’ai beaucoup évolué et beaucoup de choses se sont passées dans ma vie. Je veux raconter d’autres histoires. Les chansons sont quasiment toutes finies, mais sortir un album est long à mettre en place.

Ce sera un album simple ?

Oui, et il y aura moins de cordes qu’auparavant. Je vais me recentrer sur un disque plus guitare-voix avec un son très travaillé et des chansons plus légères. Je reviens vers quelque chose de sobre et essentiel… et je l’espère, qui devrait toucher.

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Après l'interview, le 22 juillet 2016.

22 août 2016

Festival Pause Guitare 2016 : Bilan, interviews, photos...

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pause guitare 2016,20e anniversaire,alain navarro,interviews,bilan,mandorPause Guitare a fêté cette année sa 20e édition, à Albi. C'est le premier événement du Tarn et certainement un des festivals les plus fédérateurs dans le grand sud (ici, vous pourrez lire les valeurs de Pause Guitare). C'est un événement unique de par le nombre de personnes reçues, sa qualité artistique et ses conditions d'accueil, tout public confondu. La ville se retrouve aux couleurs du festival, le temps d'une semaine. Précisons que c'est l'association Arpèges et Trémolos, dirigé par Alain Navarro, qui organise cet événement.

Artistes nationaux et internationaux de qualité incontestable, accueil comme j'en ai rarement vu, organisation sans faille, passion et positivisme à tous les coins. Impressionnant!

Elton John, John Baez, Francis Cabrel, Mika, Dionysos, The Avener, Michel Fugain, Dionysos, Louane.... Ils ont été plus de 70 artistes en 2016 à venir à Pause Guitare pour plus de 80 concerts, répartis sur les 7 scènes de l'événement (dont 4 gratuites). Avec 4 artistes par soir sur la grande scène, la programmation a été éclectique et pointue, proposant tantôt des artistes ayant marqué l'Histoire de la musique, tantôt de jeunes pousses prometteuses. Le festival, c'est du rock, de la pop... mais aussi de la chanson, car Pause Guitare, c'est aussi des scènes découvertes avec des artistes internationaux, où le Canada francophone tient la dragée haute ! Accélérateur de talents, le festival albigeois travaille activement à l'émergence et à l'accompagnement de nouveaux artistes. Enfin, avec ses 4 scènes gratuites, dont 1 soirée dans les bars d'Albi, Pause Guitare se voulait être un événement populaire et accessible, avec une programmation néanmoins hypra-qualitative !

Cette année (et ce pour la deuxième fois consécutive, la première est là) je vous raconte "mon" Pause Guitare avec "mon"regard personnel... très subjectif. Ce que j'ai vu, ce que j'ai fait, ceux que j'ai interviewés... le tout enrichi de photos des concerts (merci aux photographes du festival). 

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(Sinon, voilà le compte rendu de Longueur d'Ondes, celui d'Hexagone et tous les articles de La Dépêche sur Pause Guitare 2016)

Zapping du mercredi :

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A peine arrivé, le jeudi 7 juillet, je déjeune notamment avec Barcella, le musicien des mots, le comédien des notes, pour lequel j’ai une grande admiration. La veille, il présentait son premier conte musical pour enfant à l’Athanor, Tournepouce. L’occasion pour moi de lui poser des questions à la fin de nos agapes.

pause guitare 2016,20e anniversaire,alain navarro,interviews,bilan,mandorInterview :

Pourquoi te lances-tu dans le spectacle pour enfant ?

Il m’a fallu une pause dans mes différentes tournées pour m’octroyer cette jolie parenthèse. J’ai monté beaucoup d’ateliers « chansons » dans ma ville de Reims. Je fabrique des chansons avec des écoles, des collèges, des lycées, parfois avec des prisons, des maisons de retraites… mais les petits ont un imaginaire très fécond, une espèce d’innocence qui me plait par-dessus tout. Avec leur insouciance, ils verront toujours une fabrique à nuages plutôt qu’une centrale nucléaire. La poésie qui est en eux m’a donné envie d’écrire un spectacle qui leur est destiné.

Le thème principal de cette fresque enchanteresse poétique est  la solitude.

Oui, quand on est petit, on a tendance inconsciemment à se refermer sur soi-même. Je raconte l’histoire d’un jeune orphelin qui vit en haut d’une montagne, sur les nuages, et qui fabrique des chapeaux pour protéger ses rêves. Son premier réconfort, son premier refuge puisqu’il est seul, c’est de rêver en se tournant les pouces. Il passe ses journées à somnoler, nourrissant son imaginaire d’épopées fantaisistes pour lutter contre l’ennui. Un jour, sur les conseils du vent (qui fait office de voix intérieure), il va redescendre sous les nuages pour retrouver sa communauté. La communauté des enfants réels. Tout le chemin de ce conte, c’est finalement d’expliquer aux plus petits qu’on ne peut pas vivre seul. Le rêve, cette capacité à inventer le monde dans sa tête, se doit d’être au service de l’humanité. Il va donc franchir la mystérieuse barrière de nuages, et donc s’affranchir de cette seconde peau qui l’étouffe un peu.

Je comprends l’image. Les nuages nous empêchent de voir ce qu’’il y a devant nous.

Exactement ! Devant nous, c’est l’ouverture vers les autres. Tournepouce va donc s’ouvrir et découvrir que ses parents ne l’ont peut-être pas laissé là-haut par hasard. Sortir de son nuage, c’est accepter de grandir, c’est comprendre qu’on ne peut pas avancer seul. Tout ce qu’un enfant sait au fond de lui, mais ne sait pas dire. Les adultes aussi oublient un peu cela. Parce que la société, les rythmes que l’on a nous obligent à construire des couches. On s’éloigne et nous devenons durs avec le temps. En voyant ce spectacle, l’adulte comprend très bien que c’est un chemin que l’on doit réapprendre.

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Ecrit-on différemment pour les enfants que pour les adultes ?

Personnellement, je n’ai pas eu envie d’adapter mon langage. Il y a une adaptation simplement dans la densité du texte. Je ne donne pas trop d’informations. J’ai choisi de faire un spectacle pour les petits qui reste exigeant. J’emploie des mots un peu surannés comme « tarabiscoté », « capilotracté »… J’aime faire vivre ce genre de mots qui sont agréables à la prononciation. L’inconscient des enfants comprend. Même s’ils passent à côté d’une phrase ou deux, entre l’image, les dessins qui viennent servir l’image, ils finissent par saisir le propos. Si un mot les a heurtés, ils arriveront en classe et demanderont à leur professeur ce qu’il veut dire. Plus tard, ils auront une seconde lecture de ce conte, un peu comme on peut nous en avoir de Peter Pan aujourd’hui.

As-tu gardé ton âme d’enfant ?

Je pense que je me nourris encore énormément de mon âme d’enfant, mais je suis complètement adulte. Je ne me sens pas du tout enfant au sens « infantilisé ». Je suis absolument autonome. Mon projet emploie huit personnes, j’ai monté un festival… je suis tout à fait terre à terre par rapport à la vie. Je valorise l’idée de l’entreprise, je suis pour la solidarité et l’entraide, mais l’assistanat systématique est quelque chose qui n’encourage pas l’entreprise. Il faut se lever le matin et se donner les moyens de réaliser ses rêves. Par contre, je me bats pour conserver mon regard d’enfant  sur le monde qui m’entoure, c’est-à-dire à m’émerveiller des choses, parce que c’est là que l’on trouve la poésie. Il faut rester attentif au monde qui nous entoure et l’écouter.

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Comment fais-tu, toi, pour rester attentif au monde ?

Pour moi, ça a commencé avec des choses très simples. Ça fait 10 ans que je n’ai plus de télé. Je marche très souvent en montagne, de ce fait, je rencontre spontanément des gens à qui j’ai envie de parler. Par mon métier aussi, beaucoup de gens viennent vers moi et j’adore les écouter. C’est vrai que les yeux ne voient pas, c’est le cœur qui sent les choses. Pour en revenir à Peter Pan, l’histoire explique qu’il faut accepter de grandir. Il ne s’agit pas du tout d’enterrer l’enfant, mais d’avancer avec en le regardant comme ce qu’il a été et ce qu’il nous aide à être aujourd’hui.

Ta carrière a démarré en 2004. Es-tu content de sa progression et de son cheminement ?

Je sens bien que j’ai la satisfaction de mes pairs. J’ai reçu le 3e prix Barbara du ministère de la Culture et de la Communication, j’ai été récompensé trois fois par l’Académie Charles Cros, mon album La boite à musique a été décerné « album de l’année » par FrancoFans en 2010, le Prix Jacques Brel de Vesoul en 2009… Faire partie de ce paysage de la chanson française et des amoureux des mots, oui, ça me fait très plaisir. La chanson a encore parfois, malheureusement, une image poussiéreuse. On a de moins en moins de créneau pour parler de notre travail. L’émission de Thierry Lecamp sur Europe 1 n’existe plus, sur France Inter n’en parlons pas. Tout se réduit pour nous. La culture anglophone a pris une place très forte.

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De quoi es-tu le plus fier ?

Ma première fierté et d’avoir un public sur quatre générations. Avoir majoritairement des gens de mon âge à mes concerts fait qu’ils viennent avec leurs enfants, voire avec leurs parents. Ca me touche beaucoup. Et je suis fier de rencontrer différentes familles de chansons. Très souvent, on nous classe dans une catégorie de chansons. Moi, je ne suis pas d’une famille, je suis de l’humanité. Aujourd’hui, je vis une aventure avec le collectif 13 comprenant des membres de Tryo, la Rue Kétanou, Le pied de pompe… cette famille de chansons alternatives, je suis ravi d’y appartenir, moi qui vient de la famille de la chanson un peu théâtralisée, comme Emily Loizeau. Parfois, je fais un détour par ma famille pop, urbaine, et par ma famille festive, comme Aldebert, Debout sur le Zinc…  Je croise tous ses artistes assez souvent et j’ai le sentiment d’être de tous ces horizons-là. Pour moi, ça n’a jamais posé de problème, par contre, ça peut en poser à un journaliste spécialisé. On s’abreuve de ce qu’il y a autour de nous, ensuite, il faut construire son chemin. Les médias m’identifie, non pas comme un ovni, mais comme un artiste singulier. Cela me convient totalement.

Rougis-tu en écoutant tes vieux albums ?

Oui. J’ai commencé avec une voix qui n’était pas la mienne, j’avais des costumes en queue de pie… on va dire que je cachais ma pudeur derrière des artifices, mais tant mieux, c’est mon chemin. Aujourd’hui, je commence à trouver ma voix. Elle est beaucoup plus naturelle. Ma voix restera toujours mon complexe. J’écris, je compose, mais j’interprète par défaut. Ma voix ne me fait rien, elle est très commune. Mais ce que je raconte, je sais que cela peut rencontrer la sensibilité des gens au-delà de mon complexe.

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Ce que tu racontes et la façon de raconter sont pour beaucoup dans ton originalité.

Ça vient de ma maman, prof de Lettres. Elle m’a appris à savourer les mots et à ne pas les dire par hasard. Le mot a évidemment une vibration, mais aussi un gout. Je m’emploie à révéler le gout des mots.

Tu travailles beaucoup, à tel point que tu viens de faire un burn-out.

J’écris pour d’autres, je travaille pour des collectifs, j’ai la chanson pour enfants, j’ai mon projet personnel assez piquant et introspectif, j’avais une émission sur France Bleue, j’ai monté mon premier festival L’estival du Charabia à Reims, j’ai une vie de famille … tout cela m’épanouit, mais a fini par me terrasser. Il y a un mois, comme tu viens de le dire, j’ai fait un burn-out. Un burn-out pas moral, mais physique. Mon corps m’a dit « stop ». Je suis en train de m’en remettre doucement, c’est pour cela que je ne bois plus. Au final, je considère que c’était un très bon signal. Ça me dit : « si tu veux continuer à bien voyager, ménage ta monture ». Aujourd’hui, je me recentre.

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Coffee time with Barcella.

Allez, on démarre l'aventure Pause Guitare 2016...

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Soyons franc, je n'ai assisté quasiment qu'aux concert qui se sont tenus sur la Grande Scène de Pratgraussals (à quelques exceptions près que j'évoquerai plus bas).

JainCette graphiste, chanteuse, auteur, compositeur  a sorti son premier album, Zanaka (enfant en malgache) qui contient 10 titres éclectiques qui oscillent entre world music, electro, reggae, soul, hip-hop, indie et pop... Elle a passé son enfance à sillonner l’Europe, l’Afrique et le Moyen-Orient pour suivre son père, ses influences musicales s’en ressentent et rendent son style unique. Seule sur scène (mais accompagnée de quelques machines), elle occupe parfaitement l'espace et est très à l'aise avec le public. Franchement, on aimerait la voir avec des musiciens, mais elle a tout de même assuré le show. 

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Louane : Que dire de cette demoiselle? (Personnellement, j'ai déjà tellement tout dit sur elle, que je n'ai plus rien à ajouter). La chanteuse comédienne la plus populaire du moment a fait une prestation quelconque. On sentait qu'elle était fatiguée, il faut dire qu'elle était quasiment à la fin de sa tournée. Les 8-12 ans ont visiblement apprécié. Quant aux autres, je n'ai pas décelé chez eux une ferveur incommensurable. 

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Louise Attaque : Formé en 1994, ce groupe de rock a vendu près de 3 millions de copies de son premier album éponyme. Le 4e album met fin à une pause démarrée en 2007. Gaëtan Roussel (chant, guitare), accompagné d’Arnaud Samuel et Robin Feix ont repris à trois le chemin de la création pour ce disque enregistré entre le sud de la France, Londres et Berlin. Louise Attaque a interprété sur scène quelques morceaux de ce dernier opus, sans oublier tous leurs tubes (nombreux). Prestation exceptionnelle qui m'a fait prendre conscience que j'aimais  vraiment beaucoup l'oeuvre de ce groupe. 

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Il y avait du monde...

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Beaucoup de monde même!

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The AvenerCe DJ compose, mais il déambule aussi dans les allées secrètes de sa mémoire : il reprend Sixto Rodriguez, John Lee Hooker, Mazzy Star, The Be Good Tanyas, Andy Bey, Adam Cohen. Nous sommes ici dans le blues séminal, le folk underground, la pop nocturne, le rock iconique et il rend hommage à quelques artistes oubliés des années 70 et 80… The Avener est le chaînon manquant entre l’émotion harmonique et la pulsion de danse. Voilà pour les compliments. Passons à sa prestation. Je n'ai rien contre l'artiste (comme vous venez certainement de le comprendre), mais voir un type derrière une console gigoter en faisant semblant de pousser ou baisser des cursers, lever les bras, haranguer la foule, alors que tout est préenregistré... j'ai un peu de mal. Le cinéma des DJs me gonfle au plus haut point. A mon avis, ce genre d'artiste n'a rien à faire dans un festival de ce genre. Place aux vrais musiciens qui jouent en live. 

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(Photo : Marylène Eytier)

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(Photo : La Dépêche)

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(Photo : Sylvie Bosc)

Zapping du jeudi.

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Boulevard des Airs:  Avec déjà plus de 60 000 albums vendus, le dernier album de la formation tarbaise est certifié disque d’or depuis déjà un bout de temps. Pour fêter l’événement, il est même ressorti dans une nouvelle édition comprenant 7 titres bonus dont « Emmène-moi » feat. L.E.J, quelques morceaux en live (« Demain de bon matin », « Tu danses et puis tout va »), des remix (« Ce gamin-là » et « Bruxelles ») et deux versions acoustiques (« Bruxelles » et « Cielo ciego »). Le groupe interprète des mélodies solaires, imparables avec une touche de modernité. Boulevard des Airs, parcourt les routes depuis 10 ans, c'est dire s'ils savent maîtriser la scène. Je ne les avais encore jamais vu sur scène, mais alors, ils m'ont bluffé. Quelle pêche! Ces transmetteurs de bonne humeur mettent une ambiance de feu de Dieu!

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Après le concert, je suis allé leur faire un petit coucou dans les coulisses. Mais pas seul. Le maire de Tarbes, Gérard Trémège et son directeur de cabinet, Michel Garnier (dont l'un de ses enfants est membre de Boulevard des Airs), avaient fait le déplacement pour soutenir une nouvelle fois ce groupe tarbais qui devient de plus en plus populaire dans l'Europe entière. Accompagné par la directrice du Pic d'Or, Corinne Labat, nous avons fait une photo souvenir.  

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Bigflo & Oli Florian 23 et Olivier 19 ans, d’origine argentine et algérienne, ont sorti leur premier album l'année dernière. Il en dit long sur le chemin parcouru par ces deux frères toulousains, adeptes d’un rap qui ne se la pète pas. Ce premier opus, enregistré entre Toulouse, Paris et New York, alterne titres sombres et plus légers. Ils ont entièrement écrits les textes des 18 titres et composé tous les instrumentaux. Ils ont ensuite été retravaillés avec Animalsons, un "beatmaker" qui a notamment collaboré avec le rappeur Booba. Drôles et humains, techniques et dotés d’une sacrée écriture, Big Flo & Oli créent la bonne surprise du moment. Leur prestation nous l'ont prouvé, ils ont déjà la force et la puissance des plus grands, et du talent à revendre. Pas de doute, Big Flo & Oli font leur entrée par la grande porte.

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Alain Navarro, le boss de Pause Guitare, m'a permis de jeter un coup d’œil sur le concert directement d'un côté de la scène.  

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Kendji GiracFort du million de ventes de son premier album, Kendji est revenu sans perdre trop de temps avec un second disque bien produit et accrocheur.  L’artiste, qui a conservé son âme gipsy, a une seconde fois cartonné, grâce à ses chansons dans lesquelles ont été intégrées des titres pop et variétés, voire funk et R'n'B​​LE phénomène de l'année 2015 a lui aussi rempli son contrat à Albi. Il n'économise pas son énergie et  joue de la guitare comme personne. Ses musiciens ne sont pas manchots eux non plus. Bref, pas pour moi, mais efficace pour son public, hyper nombreux ce soir-là.

(Je vous invite à lire l'excellent et drôle compte-rendu de Patrice Demailly sur ce concert pour le site d'RFI.)

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Toujours sur la scène, je constate qu'avec Kendji, le festival porte bien son nom : Pause Guitare.

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Mika : Avec des millions d'albums vendus dans le monde, Mika est une star internationale applaudie par des foules de fans pour ses chansons pop, parfois très acidulées. Il est aussi l'un des jurys de The Voice depuis 4 ans, rôle qu'il tient à merveille et qui lui a donné en France un regain de notoriété. Son show est d'une redoutable efficacité. Là encore, en regardant sa prestation, je me suis rendu compte que ce showman emmagasinait des tubes par dizaines et qu'il savait les mettre en valeur. C'est parfois kitsch et excessif, mais force est de constater que le kitsch et l'excessif, en ces temps perturbés, on aime s'y plonger. Plouf!

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Coulisses au clando (lieu tenu secret, hum hum, dans l'espace VIP, par les bénévoles pour les bénévoles, où l'on peut boire pour pas cher et surtout s'amuser avec des jeunes positifs et enthousiastes). Ce soir-là, après les concerts, nous avons formé une équipe d'amis pour participer à un blind test. Le prix : une bouteille de Mojito. Qui a gagné, selon vous?

(Nous étions plus nombreux, mais seuls figurent sur cette photo de gauche à droite, Corinne Labat (présidente du Pic d'Or), Dominique Janin (présidente d'Alors Chante!), Stéphanie Berrebi (FrancoFans), Florence Cortes (cabinet Vox Scriba et Pic d'Or), moi (Mandor) et notre "trophée".)

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Zapping du vendredi.

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Le samedi 9 juillet, dans l'après-midi, Emilie Marsh a remporté le tremplin de Pause Guitare, les « Découvertes Chanson » dont le principe est simple : cinq artistes issus de toute la francophonie, choisis pour leur talent, jouent durant 25 minutes chacun. L’ordre de passage est effectué par tirage au sort. 3 jurys votent ensuite : les professionnels, le public et le jury La Dépêche du Midi. A l’issue des délibérations, chaque jury délivrera sa propre récompense : un accompagnement d’Arpèges et Trémolos de la part des professionnels, un soutien en communication de la Dépêche du Midi et un prix de 1000 euros offert par La Poste pour le vote du public.

Voici les différents concurrents :

Léon : Issu de l’école rock indé Leon nous propose une musique entre Mathias Malzieu et -M-, une alchimie bien dosée de pop à l’anglaise et de textes en français, et nous offre des compositions typées, riches et touchantes, fédératrices et intimes à la fois.

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Simon Daniel : Simon Daniel, auteur-compositeur-interprète, fraye son chemin dans la relève musicale acadienne. Originaire de Dieppe au Nouveau-Brunswick, ce jeune autodidacte se démarque par sa voix puissante et son timbre unique. Son style d’écriture original et éclectique s’inspire du folk, du jazz et du rock progressif.

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Zob : Ne vous y trompez pas : l’univers de zoB’ ne se réduit pas à son pseudonyme. Il y a dans l’apparente provocation une élégante manière de lutter contre le désenchantement, la léthargie et autre politesse totalitaire dont joue ce poète invertébré version Cyrano : «toujours avec panache».

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Sages comme des Sauvages : Ava Carrère et Ismaël Colombani sont Sages Comme des Sauvages, un duo franco-américano-greco-corso-bruxellois. De l’Île de la Réunion à celle de Cythère, ils récoltent des chansons et des instruments qu’ils mêlent à leurs propres compositions. Sages Comme Des Sauvages est lauréat de la biennale de la chanson française de Belgique 2014.

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Emilie Marsh : Poésie dans les mots, rock n’roll dans l’attitude. Sensible et sauvage. Emilie Marsh c’est la douceur d’une voix mêlée à l’énergie scénique d’une GuitarHeroin. Une chanson qui parcourt l’échine comme une décharge électrique et qui sait rendre hommage à ses icônes féminines (Virginia Woolf, Patti Smith...).

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(Photo : Marylène Eytier)

A l'issue de la prestation des artistes, Alain Navarro et Lilian Goldstein (de la Sacem) annoncent les résultats.

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(Photo: Marylène Eytier)

Photo de famille avec la lauréate, Emilie Marsh et aussi Annie Navarro, Alain Navarro, Zob et Dominique Janin (Alors Chante!)

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(Photo : Hexagone)

pause guitare 2016,20e anniversaire,alain navarro,interviews,bilan,mandorInterview d’Emilie Marsh (au Clando):

Tu viens de gagner le concours « Découverte Chanson ». Bravo !

Je suis toujours surprise de gagner. Pour moi, ce sont surtout des prestations scéniques. Bien sûr que l’on pense à l’enjeu. Je prends cela comme une bonne récompense pour beaucoup de travail. Ce qui est important pour moi quand je fais un tremplin, c’est de montrer ce que je fais aujourd’hui. Je veux montrer mon évolution, car la musique que je joue aujourd’hui n’a rien à voir avec celle que je faisais quand j’ai commencé.

On sait que les artistes doutent beaucoup. Les tremplins, ça sert aussi à se rassurer ?

Je le répète, c’est surtout une reconnaissance du travail effectué, mais c’est aussi une visibilité supplémentaire. Les pros et le public saluent l’évolution de mon projet et j’en suis ravie. Mon principe c’est qu’un artiste doit être toujours en mouvement, alors le fait qu’on me dise que j’évolue fait plaisir à entendre. Je  ne veux surtout pas rester figée.

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Avant tu étais plus dans la chanson française traditionnelle, ces dernières années, tu as pris un virage rock. Pourquoi ?

Parce que c’est ce qui me plait aujourd’hui. Je me sens bien dans ce répertoire-là. Tous les artistes commencent par se chercher et, à un moment donné, ils finissent par se trouver. Moi, j’ai mis un peu de temps à trouver mon chemin, mais là, j’ai vraiment trouvé la couleur et le style de ce que je veux jouer. Il n’en reste pas moins que, pour moi, un artiste est toujours en évolution. C’est du temps, du travail et de la recherche.

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Pourquoi prends-tu autant de temps à sortir ton deuxième album.

Je cherchais l’équipe idéale avec laquelle j’avais envie de faire mon disque. Je l’ai enfin trouvé et donc, la machine est en route. Par contre, comme ce n’est pas signé, je préfère ne pas te donner encore les noms de mes trois réalisateurs. En tout cas, tous les albums qu’ils ont faits m’ont plu. Ils ont un côté efficace, trip-hop et très subtil. Avec eux, je sais que je suis dans la bonne direction. J’ai commencé et je pense qu’il sera terminé à l’automne.

Tu as hâte de l’avoir en main ?

J’ai super hâte. J’ai hâte aussi de continuer les enregistrements. Maintenant je suis prête.

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Après l'interview.

Emilie Marsh (Pic d'Or 2015) en compagnie de K! (Pic d'Argent au Pic d'Or 2014) qui avait été récompensée l'année dernière lors du tremplin 2015, ce qui lui a permis de venir jouer cette année en tant qu'artiste invité. A noter que, visiblement, le Pic d'Or porte chance à ses artistes récompensés car Jesers (présent cette année, mais en tant que spectateur privilégié), le Pic d'Argent et Prix du public 2013 a été, lui aussi, le vainqueur du tremplin "Découverte Chanson" Pause Guitare 2014. Le contraire est aussi exact. Pause Guitare porte chance aux artistes puisque la lauréate de l'année dernière, Barbara Weldens, est la gagnante du Pic d'Or de cette année. Comme quoi!

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Les mêmes avec Corinne Labat (présidente du Pic d'Or).

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Moment de détente avant les premiers concert. De gauche à droite, Éric Kieser (Pic d'Or), Stéphanie Berrebi (FrancoFans), JB Bullet (chanteur) et Caroline Guaine (Mégaphone Tour).

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Plus tard, dans la soirée, toujours au Clando, Corinne Labat a tenté de réunir les membres du jury du Pic d'Or ainsi que des bénévoles et quelques artistes ayant participé à ce tremplin (en guest, Dominique Janin, la grande prêtresse d'Alors Chante!)

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Vianney : Mélodiste subtil autant que fin styliste, il pratique, comme une seconde nature, l’art du gimmick musical. Ses textes empreints de fausse simplicité frappent aussi par leur naturelle bienveillance et une constante acuité portée sur l’autre. Au carrefour de la pop et d’une folk vivace, au gré parfois aussi de méandres électro, le résultat de ces sessions studio est organique et très rond. Par contre, sur scène, l'homme est seul avec sa guitare. Et ça marche. Le public aime, applaudit et en redemande. Vianney parle à son public, le titille gentiment... et surtout le transporte dans son monde. Vianney est là pour longtemps. (Lire sa mandorisation).

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Francis Cabrel : Après 7 longues années d'absence, la figure incontournable de la chanson française retrouve son fidèle public. "L'encre de tes yeux", "Je l'aime à mourir", "La dame de Haute-Savoie", "Je t'aimais, je t'aime et je t'aimerai", "La corrida", "La cabane du pêcheur"... autant de mélodies et de refrains qui font partie désormais du patrimoine musical hexagonal. D'album en album, Francis Cabrel inspire, enchante et dénonce avec intelligence et finesse les injustices. Ce soir-là, il a chanté quelques chansons de son dernier album In Extremis (lire sa mandorisation ici à propos de ce disque) et ses plus grands tubes (sus cités).

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Joan Baez : Cette artiste légendaire symbolise à elle toute seule une génération d'artistes politiquement engagés. Elle est une icône de la contestation et de la protestation. Joan Baez trouve dans la folk un moyen d'exprimer sa critique sociale. Pendant cinq décennies, en tant que chanteuse, activiste, et ambassadrice de bonne volonté, Joan Baez a chanté avec le même état d'esprit. Sur scène, elle a été lumineuse, généreuse, émouvante. Une vraie claque émotionnelle! Chapeau madame!

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SanseverinoL'année dernière, Sanseverino a dévoilé Papillon sur lequel il revisite en chansons le roman du même nom d’Henri Charrière, vendu à plus d’1 million d’exemplaires. Depuis la sortie de son album Les Sénégalaises en février 2004, l'artiste est sur scène sans discontinuer. Aujourd'hui, le swing est toujours présent, même si les guitares ont laissé place à d’autres instruments : piano, cuivres, xylophone... Une formation de jazz qui illustre l’évolution de l’artiste, vers davantage de musique improvisée. Entouré de musiciens de talent, le guitariste chanteur continue de jouer avec le public, n’hésitant pas à reprendre certains standards de la chanson française.

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Le zapping du samedi (qui n'est pas visible sur YouTube).

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Le dimanche 10 juillet, Zaza Fournier et La Maison Tellier étaient programmés au Grand Théâtre d’Albi. Ayant interviewé récemment Zaza Fournier lors du festival Alors Chante, j’ai préféré aller à la rencontre de La Maison Tellier dont je suis très amateur (et que j’ai déjà mandorisé là en 2014 et ici en avril 2016).

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(Photo : Marylène Eytier)

La Maison Tellier : Dès le premier titre La Maison Tellier donne le ton de ce nouvel album : « Cinq est le numéro parfait ». Cinq musiciens à l’heure de leur cinquième album. Le précédent glorifiait le combat pour la beauté. Celui-ci témoigne d’une quête. Une quête vers la joie. Comme certains sont en quête de la foi. Une quête semée d’embûches, de doutes et d’angoisses

Rendez-vous, tôt le matin, au Grand Théâtre avec Yannick Marais dit Helmut Tellier (chant et guitare) et Sébastien Miel dit Raoul Tellier (guitare, clavier et banjo).

pause guitare 2016,20e anniversaire,alain navarro,interviews,bilan,mandorInterview :

Le public et les médias ont été beaucoup plus nombreux à vous découvrir grâce à vos deux derniers albums. Vous vous rendez compte que quelque chose a changé depuis Beauté pour tous ?

Raoul Tellier : Oui, bien sûr. Ça a même été assez radical. C’était notre espoir. Chaque nouvel album est le plus important, mais celui-ci était un disque où on s’est révélés, frottés à nous-mêmes. Le disque qui nous intéressait, pas celui qu’on pouvait attendre de nous. On a désormais une image plus positive dans les médias et le public nous perçoit autrement. Je crois que les gens aiment l’idée de cinq mecs qui font de la musique ensemble et qui ne vendent jamais autre chose que cela.

Dans Avalanche, votre dernier album, il y a une chanson, « Cinq est le numéro parfait »  qui vous présente comme cinq chevaliers qui partent à la conquête. Mais à la conquête de quoi ?

Helmut Tellier : A la conquête de la beauté et du futile.

Raoul Tellier : C’est une manière comme une autre de donner un sens à une vie. Il y a des gens à qui ça fait plaisir d’écouter notre musique, et c’est ultra touchant de les entendre nous le dire.

Helmut Tellier : C’est un peu un moyen d’assouvir notre envie d’exister.

Raoul Tellier : Quand on a enregistré Beauté pour tous, c’était aussi un moyen de laver tout un tas de péchés originels.

Helmut Tellier : On a donné à entendre plus clairement ce que des gens percevaient déjà en nous dans nos embryons précédents. On a resserré les boulons et pris des directions plus claires.

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Vous aviez l’impression d’aller dans toutes les directions ?

Helmut Tellier : Au début oui. Sur L’art de la fugue, ça partait vraiment dans tous les sens. Ça manquait d’un gouvernail sérieux.

Raoul Tellier : Ce n’était pas forcément intelligible alors que sur Beauté pour tous, vraiment on a tout fait pour se faire comprendre enfin. Ça s’est traduit par plus de reconnaissances, de notoriétés ou de côtes de sympathie.

La formule que vous avez trouvée pour Beauté pour tous, vous l’avez appliqué pour le suivant, Avalanche ?

Helmut Tellier : Le champ du possible est gigantesque, si on a choisi  un chemin, autant l’emprunter le mieux possible.

Si vous n’êtes pas populaires, au sens large du terme, je trouve que vous avancez lentement, mais sûrement.

Helmut Tellier : Ce projet de vie ne cesse d’avancer à son rythme. La force tranquille que nous avons à un côté rassurant pour nous. C’est limite à contre-courant de l’air du temps.

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Cet après-midi, ce sera la première fois que je vous verrai en concert. J’imagine que les chansons de vos deux derniers albums seront un peu plus rocks sur scène…

Raoul Tellier : Oui. C’est un peu comme quand tu achètes de nouveaux habits. Tu les admires dans la vitrine. Après, tu les portes. Ton habit va s’adapter à ton corps. On a enregistré nos nouvelles chansons il y a pile un an. Il y en avait plein que l’on n’avait jamais joué. Là, on en est à notre quarantième concert et j’ai l’impression que l’on est bien dans nos chaussons. Nos chansons sont différentes puisque maintenant elles sont bien portées.

Vous faites des disques pour faire de la scène ?

Raoul Tellier : Je ne vois pas les choses ainsi. Nous, on a la culture de l’album. On a aimé la musique en écoutant des albums. Personnellement, j’ai le format album inscrit dans mon ADN. Je pense que l’on fait des disques surtout pour exister en tant qu’artiste. Après, pour pouvoir vivre en tant qu’artiste, il faut faire de la scène.

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Qu’est-ce qu’il faudrait pour que tout soit parfait dans votre carrière ?

Raoul Tellier : Moi, ce que j’aimerais, c’est collaborer avec d’autres artistes. J’ai atteint un stade où j’en ai un réel besoin.

Helmut Tellier : On se rend compte que c’est ultra cloisonné de travailler pour les autres. C’est un monde timoré qui a du mal à accepter de changer des règles, un monde qui avance très prudemment. La musique devrait être un champ d’expérimentation musical. Nous, on est à la croisée des chemins du commercial et de l’éthique. On a la réputation d’avoir un son très typé. On ne veut pas non plus se tirer une balle dans le pied. C’est un juste équilibre à trouver.

Raoul, tu as pourtant composé une grande partie des chansons du nouvel album de Clarika.

Raoul Tellier : J’ai adoré faire ça. Je suis allé chercher des trucs que je n’exploite pas dans La Maison Tellier. C’était libérateur et j’ai fortement envie de recommencer.

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Après l'interview dans les loges du Grand Théâtre, avec Raoul et Helmut Tellier. 

Vers midi, je suis allé à la conférence de presse « bilan » de cette 20e édition.

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Voici quelques morceaux choisis du directeur de Pause Guitare d’Alain Navarro :

« La 20e édition est allée bien au-delà de nos espérances et de nos prévisionnelles. C’est le record absolu. On sait que l’équilibre financier est atteint depuis trois semaines. On est autour de 50 000 entrées pour les sites payants. On était à 38 000 l’année dernière.  Concernant le off, il y aurait à peu près 25 000 personnes qui y auraient participé. C’est bien d’être dans cette situation pour l’avenir du festival. Il y aura forcément une 21e et une 22e édition. » 

« Les français ont subi une forme de maltraitance psychique. Je n’ai jamais autant ressenti leur besoin de vivre des moments de soleil autour d’une manifestation comme notre festival. Nous avons vérifié que les gens ont besoin d’être bien dans leur peau. La politique et les médias doivent entendre qu’il y a un ras le bol des français. »

« Il n’y a aucun mépris dans la manière d’aborder la programmation. J’ai vu quelques professionnels qui avaient quelque doutes par rapport à des choix artistiques me dire, une fois qu’ils sont dans le vécu sur le site, « je comprends mieux ta démarche ». C’est presque un acte militant que de faire en sorte que cette magie de rencontres entre tous les publics se fasse. Ça donne envie aux individus d’être dans le partage et la tolérance. »

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Pendant la conférence de presse.

« Ce que je programme n’est pas du tout ce que j’écoute. L’idée n’est pas de me retrouver avec moi-même. Je n’en ai rien à foutre. Si je veux un peu m’enrichir dans la vie, c’est en allant vers les autres, pas en allant vers moi. »

 « Les bénévoles sont l’âme du festival. Quand j’arrive sur le site, j’essaie de faire le maximum de bises tous les jours parce que je ne sais jamais comment remercier toutes ces personnes qui sont là. Sans elles, l’histoire n’existerait pas. On voit bien que le moindre espace est travaillé, le moindre espace est pensé. Il n’est pas pensé par moi. Mon boulot à moi est une somme d’incompétences. Je n’ai pas 20% des qualités de mes collaborateurs. Je ne sais pas faire leur boulot. Je suis admiratif d’eux. »

« On est chaque année selon un sondage du public à 95% de satisfaction et 5% d’insatisfaction. Il faut continuer à travailler pour rester au moins à ce niveau. »

« On s’intègre complètement dans les futurs projets de la ville. Ils vont nous emmener quelques belles perspectives de développement sur les deux ans à venir. 

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Avec mon ami et collègue, Patrice Demailly (Libération, RFI...), on a été sage et attentif (photo : Patricia Téglia).

Jeanne AddedBe Sensational, son premier album a imposé la jeune femme parmi les plus belles révélations musicales de l'année 2015. Auteure, compositrice et interprète, cette native de Reims est passée habilement du jazz, dans lequel elle s'est illustrée pendant quelques années, à un rock électro érudit et excitant à la fois. Sous une chaleur infernale, la chanteuse musicienne n'a rien perdu de sa superbe. 

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Feu! ChattertonLes cinq musiciens parisiens se sont exilés en Suède pour accoucher d’un album riche, envoûtant, complexe, alliant post-rock et musiques électroniques sur des textes littéraires évoquant la poésie française comme le romain noir américain. Feu! Chatterton s’impose aujourd’hui comme la relève moderne et élégante du rock français. Au programme : électricité, romantisme et vertige. 

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Elton John : Figure emblé­ma­tique de la pop inter­na­tio­nale, le chanteur, pianiste et compositeur britannique de génie, Elton John, est un faiseur de tubes depuis près de 50 ans. "Your Song", "I’m Still Standing", "Don’t Go Breaking My Heart", "Sorry Seems To Be The Hardest Word"... Aujourd'hui, il continue ses concerts dans le monde entier et reste une référence et une inspiration pour toute une nouvelle génération d’artistes. Un chouia énervé par son piano, selon lui pas parfaitement accordé, il a eu quelques accès d'humeur. Il a joué beaucoup de titres que le public ne connaissaient pas, du coup, beaucoup ont été déçu. C'est lors du dernier quart du concert qu'il a enfin aligné les tubes. Dommage. Personnellement, j'ai quand même beaucoup apprécié sir Elton John, remarquable musicien, entouré d'autres remarquables musiciens.

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Pour finir, je voudrais remercier tous les bénévoles pour leur gentillesse et leur efficacité, Patricia Téglia et Julie Papaye, les deux attachées de presse du festival, et surtout Alain et Annie Navarro, qui ont œuvré une nouvelle fois pour que cette nouvelle édition de leur festival soit une parfaite réussite humaine et musicale. Annie et Alain, vous êtes formidables (ce ne sont pas vos bénévoles qui diront le contraire).

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09 août 2016

Radio Elvis : interview pour leur premier album

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Un des plaisirs de ce métier est de suivre un artiste que l’on a connu aux prémices de sa carrière et de le voir s’envoler. Il y a deux ans, Pierre Guénard, le leader de Radio Elvis, était venu me voir à l’agence pour une première mandorisation (il y en a eu une seconde l’année dernière). Il avait à l’époque une notoriété toute relative. Très peu de temps après, avec ses deux acolytes Colin Russeil et Manu Ralambo, il a explosé. Deux EP et un album plus tard, Radio Elvis (Pic d'Or 2014) est le groupe pop rock dont tout le monde parle. Le 27 juin dernier, je suis allé à leur rencontre dans un bar parisien. Juste comme ça, pour prendre de leurs nouvelles.

radio elvis,album,interview,pierre guénard,colin russeil,manu ralambo,mandorArgumentaire officiel de l’album :

Pierre Guénard, auteur chanteur, slameur par le passé, Colin Russeil, batteur et clavier, rencontré au lycée, et Manu Ralambo, guitariste embarqué plus tard, se sont soudés il y a trois ans autour de leur projet Radio Elvis. Après deux EP, ils sortent leur premier album Les Conquêtes, réalisé par Antoine Gaillet (Arman Méliès, Julien Doré). Une bonne centaine de concerts à leur actif, repérés par le FAIR et le printemps de Bourges en 2015. Ils ont composé ensemble, arrangé sur scène, et peaufiné leurs chansons en studio, et ils voient avec émotion ce premier opus arriver dans les bacs. Des sons de guitare puissants et variés qui sont venus à Manu naturellement au gré des mots écrits par Pierre. Une logique pour affirmer une envie frénétique de partir ailleurs. Des guitares pleines de force, de mélodies et d’aspérités. Les tempos ne sont jamais les mêmes. Colin, à la batterie et aux claviers, propose une multitude de contraste comme les lumières changeantes de leurs pays imaginaires. Cet album tient en éveil. Nul repos possible au cours du voyage, mais l’envie perpétuelle de l’écouter sans arrêt. Toutes les chansons sont essentielles. Les conquêtes sont des aventures qui entrainent sur les chemins de l’errance, les sens en alerte, au gré du vent, du sable, du soleil… Métaphores amoureuses, aventureuses, exploration de soi ou quête spirituelle, chacun y trouvera sa propre conquête.

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Interview :

C’est notre premier rendez-vous fixé par une attachée de presse. C’est anecdotique, mais c’est aussi la preuve que le groupe évolue et que vous ne pouvez plus gérer tout seul quoi que ce soit.

Pierre : Nous ne sommes plus maîtres de nos emplois du temps et c’est plutôt agréable. Si nous nous occupions du planning promo, ce serait un sacré bazar, je t’assure.

Colin : Cela dit, nous restons maîtres de ce qui nous intéresse et c’est le principal. A part nous, personne ne touche aux textes et à la musique. Les histoires de planning ne nous passionnent pas forcément, alors il y a désormais des personnes qui s’occupent de ça.

Vous revenez d’une tournée récente aux Etats-Unis et au Canada. Racontez-moi comment cela s’est passé.

Pierre : On a fait une date à New York et après, nous sommes allés au Canada dans la cadre du Festival Franco Ontarien. Nous nous sommes produits à Québec, à Montréal, à Toronto et à Ottawa devant des publics anglophones et francophones selon les régions. C’était une superbe expérience parce que, la plupart du temps, c’était sur de grosses scènes. Nous étions contents car notre musique a bien été accueillie bien que nous chantions en français. Ça nous rassure de constater que nous ne sommes pas qu’un groupe de chansons à textes.

Clip de "Au loin les pyramides".

Je me suis laissé dire qu’il y avait au Québec, un public différent de celui d’ici.

Manu : J’ai l’impression qu’il y a une autre manière de consommer la musique. Le public est plus en mode Entertainment, plus dans le divertissement. Il danse plus facilement par exemple. On a fait la première partie de Louise Attaque. Pendant notre session, il y avait des barmans qui passaient dans le public pour servir des bières. Le public est très vivant, il n’est pas seulement dans l’écoute.

Pierre : A New York, c’était aussi un peu ça. L’ambiance est moins cérémonieuse qu’en France.

Je vous ai vu sur scène plusieurs fois et à chaque concert, j’ai vu dans gens danser.

Pierre : Je persiste à dire qu’en France, le public est plus souvent assis. Les gens sont beaucoup plus dans le silence parce que dans l’écoute. Au Canada, le public est plus dans l’instant, dans le rock. Ils ne sont pas forcément attentifs aux textes. Ils viennent voir un groupe et pas un chanteur qui chantent des textes.

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Le 17 juillet 2016, aux Francofolies de La Rochelle (photo : Loll Willems).

Au Canada, les journalistes qui vous interviewent vous parlent de quoi ?

Pierre : Dans le métier, j’ai remarqué qu’il ne faut jamais foirer la première interview du pays dans lequel tu vas, car elle est reprise par tout le monde (rires). Les journalistes ont répété tout ce que j’ai raconté lors de mon premier phoner au Québec. J’ai dit qu’on était un groupe de rock symboliste, ils nous l’ont tous ressorti. En revanche, j’ai trouvé qu’ils s’adressaient plus à Colin et Manu pour parler aussi musique, ce qui est moins fréquent chez les journalistes français. Les journalistes québécois sont plus dans la globalité. Ils ne séparent pas le chanteur des musiciens.

Colin et Manu, vous vivez comment le fait d’être mis un peu de côté en France ?

Colin : Je le vis très bien.

Manu : D’abord, je ne trouve pas qu’il y ait un écart si important entre nous, mais c’est le projet de Pierre, je trouve normal qu’il en parle plus que nous. De plus, on n’a pas tous le même répondant en interview. Pierre est le plus doué.

Clip de "Les moissons".

Tu aimes bien les interviews Pierre ?

Pierre : Oui, ça me permet de réfléchir à ce que l’on fait, ce que l’on dit, ce que l’on joue. Cela force la réflexion.

Et si on te demande d’expliquer tel ou tel texte ?

Pierre : Je ne le fais pas. Je peux en parler sans les démystifier. Je parle des textes comme Colin et Manu pourraient parler de la musique. Ce qui me pose problème, c’est que l’on met toujours l’écriture en avant, comme si la musique était un art un peu plus évident. On a l’impression que c’est plus noble d’écrire des textes.  Tu sais, je n’écris que pour Radio Elvis. Sans Radio Elvis, je n’écrirais pas ce que j’écris là. Sans le groupe, mes textes n’auraient rien à voir. La musique que jouent Colin et Manu m’inspirent des mots. C’est une question de rythme, de structure, d’ambiance… C’est vraiment un travail collectif et complémentaire.

Manu : Je crois que pour les journalistes, c’est plus simple de se référer au mot qu’au ressenti de la musique. Une musique c’est hyper personnelle. On ne peut pas dire « vous avez écrit celle mélodie-là en mineur qui monte vers le sol pour exprimer le voyage… » Personne ne va te raconter ça. C’est compliqué d’expliquer ou d’analyser la technique musicale.

Pierre : Je dis toujours que mon texte, c’est mon instrument. Ce n’est pas supérieur à la batterie ou à la guitare. C’est juste ma partie.

Ta voix est aussi un instrument.

Pierre : Quand dans la voix il y a les mots.

Radio Elvis, c’est une fusion de trois personnes ?

Pierre : L’histoire de notre groupe s’écrit en avançant. Plus le temps passe, plus on sent que l’on devient une hydre à trois têtes.

Radio Elvis prend « La Route » en exclusivité pour Figaro TV.

Cet album a été accueilli de manière dithyrambique.

Colin : En tout cas, ceux qui n’aiment pas ne se sont pas exprimés.

Pierre : On ne s’est pas fait tirer dessus, c’est vrai. Nous sommes un groupe dont on parle, mais discrètement, ce qui nous permet d’avancer tranquillement, sûrement et très sereinement. On aimerait parfois que cela aille un peu plus vite, mais en même temps, tout se fait sur des bases saines.

Moi, j’ai l’impression  que les choses vont vite, que vous êtes plutôt bien médiatisés.

Pierre : Nous n’en sommes qu’au début. Il fallait confirmer quelque chose. Non, il fallait affirmer quelque chose plutôt. Après nos EP, tout le monde attendait d’écouter la suite. Entre le premier et le deuxième, il y a une direction inattendue en termes de productions et de compositions. On a bien senti que les gens étaient curieux de voir la tournure qu’allait prendre notre premier album.

Vous vous êtes complètement trouvés ?

Pierre : Non, on se cherche encore beaucoup… et heureusement.

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Le 17 juillet 2016, aux Francofolies de la Rochelle (photo : Loll Willems)

Vous avez un caractère similaire tous les trois ? Faut-il se ressembler pour s’assembler ?

Manu : On est très différents dans nos vies, dans nos références et dans nos façons de composer, mais à mon avis, c’est pour cela que ça marche.

Pierre : On se complète tous beaucoup. On a tous un rôle que l’on tient, que l’on a plus ou moins compris.

Ce triangle équilatéral permet-il de vivre les événements de manière sereine et de rester raisonnable ?

Les trois, de concert : Faut-il rester raisonnable ?

Manu : Ce serait d‘un ennui terrible.

"Les Moissons", le 17 juillet 2016 aux Francofolies de La Rochelle.

Cet été, lors d'un festival de chanson française, je vous ai vu jouer devant 80 personnes, tandis qu'aux Francofolies de La Rochelle, vous avez joué devant 16 000 personnes C’est curieux de passer de l’un à l’autre ?

Colin: C’est essentiel de ne jamais s’installer dans un confort ou dans la routine. Je détesterais ne faire que des Zéniths dans ma vie.

La notion de danger est-elle essentielle dans une carrière ?

Pierre : Un concert sans danger, c’est souvent un concert chiant. L’année dernière, on a fait 98 dates et on avait toujours l’impression de faire la même setlist, alors que ce n’était pas le cas. On savait que nous devions passer un cap parce que nous étions arrivés au bout d’un truc. On avait l’impression d’être un peu des fonctionnaires.

Comment chasse-t-on la routine ?

Pierre : Nous réfléchissons à changer notre attitude scénique, à modifier notre façon d’aborder la scène… bref, justement, nous prenons des risques. On essaie des choses. On a envie de donner des concerts subversifs, des concerts un peu durs, un peu brutes.

Je comprends le subversif dans le texte, mais pas dans la musique.

Manu : Faire de la musique plus « sale ».

Pierre : Je trouve que la guitare de Manu est transgressive, inédite, osée et inattendue. On essaie de faire en sorte que Radio Elvis soit également tout cela.

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Après l'interview, le 27 juin 2016.