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18 juillet 2016

Richard Gaitet : interview pour L'aimant, roman magnétique d'aventures maritimes

richard gaitet,l'aimant,interview,mandorJe lis Richard Gaitet (photo à gauche, Elsa Delula) depuis son premier roman, très introspectif et pas vraiment joyeux, Les heures pâles. Puis, il y a eu un livre, trop court mais complètement  loufoque. Dans Découvrez Mykonos hors-saison, l’auteur racontait les aventures aussi tumultueuses qu’improbables de deux fêtards en goguette à Mykonos.

Je l’avais mandorisé une première fois pour ces deux romans.

Je nourrissais donc beaucoup d’espoir sur le livre qui allait venir. Et bon sang de bois, je ne suis pas déçu. Même complètement fasciné par L'aimant, roman magnétique d'aventures maritimes, ce roman d’aventure maritime délirant, fantastique, absurde, poétique…

On est dans Poe, dans Verne, dans Gaitet, c’est pareil. C’est vif, moderne, efficace, il faut juste se laisser porter par la vague, sans réfléchir. Lire à l’instinct. Une expérience littéraire unique, je vous assure.

Le 27 mai dernier, Richard Gaitet est venu à Webedia pour évoquer ce roman hors norme et essentiel.


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Gabriel est un jeune marin belge, facétieux, fort en gueule mais maladroit. Il veut apprendre à naviguer mais aussi à boire, à se battre et à aimer. Pour sa première traversée transatlantique, le voilà radio sur un cargo, d’Anvers à Buenos Aires. Hélas ! Une escale aux Açores lui révèle qu’une organisation secrète internationale vient de s’accaparer les ressources inespérées d’un recoin du pôle Sud, menaçant l’équilibre géomagnétique mondial…

Saura-t-il conjurer la catastrophe ?

Roman contemporain d’aventures maritimes, récit d’initiation tragi-comique aux accents surnaturels, L’Aimant poursuit l’histoire d’un titre méconnu de Jules Verne, Le Sphinx des glaces, qui reprenait déjà l’intrigue irrésolue de l’unique roman d’Edgar Allan Poe, Aventures d’Arthur Gordon Pym. La conclusion rocambolesque d’un mystère littéraire au long cours.

L’auteur :

Richard Gaitet est né en 1981. Admiré dans toute l’Europe pour sa pratique très personnelle du sirtaki, il anime depuis 2011 l’émission « Nova Book Box » sur Radio Nova. Son premier roman, Les Heures pâles, écrit sous le pseudonyme de Gabriel Robinson, est paru en 2013 aux éditions Intervalles.

L’illustrateur :

Riff Reb’s est né en 1960. Qualifié de « Baron du dessin » par Moebius, il est l’auteur d’une vingtaine d’albums de bande dessinée, dont une remarquée « trilogie maritime » : À bord de l’Étoile Matutine (2009), Le Loup des mers (2012, prix Fnac), Hommes à la mer (2014).

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richard gaitet,l'aimant,interview,mandorInterview :
(vignette de gauche, François Perrin)

Lors de ta première mandorisation, il y a deux ans, tu m’as parlé de ce livre. Tu en étais à la moitié de l’écriture…

Les premiers chapitres remontent à cinq ans, à peu près. J’ai mis au bon coup de collier lors d’une résidence au Diable Vauvert, il y a trois ans. Ça m’a permis de savoir que j’étais prêt à bosser au moins encore deux ans dessus. Il m’a fallu un moment pour boucler l’intrigue. J’avais lancé des pistes dans la narration, elles devaient retomber sur leurs pattes.

C’est quoi ton livre ?

Un roman d’aventures maritimes, même s’il y a de nombreux passages qui se déroulent sur la terre. Ce qui arrive lors des escales est très important. C’est aussi un roman de formation et d’initiation. Le héros à 20 ans et il arrive comme une page blanche. Il a envie d’apprendre à se battre, à tisser de fortes amitiés… il va beaucoup boire, baiser. Je raconte l’histoire d’un garçon ouvert sur le monde qui veut absorber le plus d’aventures possibles.

Je me souviens que tu m’avais dit que tu voulais faire du Jules Verne, mais avec des couilles.Félix_Nadar_1820-1910_portraits_Jules_Verne_(restoration).jpg

Les livres de Jules Verne sont sidérants sur le plan de l’imagination, des connaissances scientifiques, des informations sur les territoires, la topologie, la géologie, la zoologie… mais ses romans n’étaient pas du tout organiques. Ses personnages n’ont jamais faim et n’ont jamais de sens éveillés. C’était complètement asexué. La raison venait du fait qu’il publiait aussi dans des collections pour la jeunesse. Ce n’est pas comme ça que j’envisage les livres. Il faut que les personnages soient vivants, électriques, il faut que je sente ce qui les fait bander, ce qui leur donne de l’appétit... J’ai souhaité remettre au gout du jour tout l’élan vernien : les mystères, les voyages, les rencontres, avec des choses qui n’existent pas dans la réalité. Mais je me suis dit que tout cela devait passer par le corps. Je voulais que celui qui a lu tout Jules Verne soit désarçonné, voire en colère. Jules Verne, pour la France et pour le monde, c’est une statue du Commandeur, intouchable. Il a tellement donné à l’imagination, à l’aventure, aux romans, qu’il en est devenu magnifique. Quand je dis que ça manque d’humour, d’organique, on ne peut pas dire le contraire. On ne lui en veut pas, c’était une question de contexte et d’époque. Tout le reste est tellement foisonnant et brillant sur 50 ans de carrière et 80 romans qu’il force le respect. Aujourd’hui, on ne peut plus faire un Jules Verne au pied de la lettre, sans intégrer des éléments de modernité. J’ai utilisé différents niveaux de langage, de l’humour, de vrais personnages féminins, presque toujours absents de l'univers vernien, du sexe, des beuveries et évoqué beaucoup de thèmes contemporains.

Oui, comme l'amour, la mort, l’amitié, l'hérédité, la condition humaine, la société de consommation, l'anarchie, l'écologie, la politique, la cupidité, l'argent-roi, le besoin d'un retour aux valeurs humaines fondamentales… Ton livre oscille entre l’exactitude des positions géographiques, des faits, des situations et le fantastique, des trucs qui ne peuvent pas se réaliser.

Je considère que pour faire croire à l’invraisemblable il faut être le plus vraisemblable possible. Il faut que le cadre du délire soit rigoureusement exact et colle le plus possible à la réalité.

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richard gaitet,l'aimant,interview,mandorLa vie dans le cargo, c’est comme que tu le racontes ?

J’ai fait des demandes pour passer deux semaines dans un cargo, ça n’a pas abouti, du coup, j’ai lu énormément de récits de personnes qui ont fait des voyages en cargo, qui ont alimenté des blogs extrêmement précis sur leurs sensations…  je voulais que la tapisserie soit fiable. J’ai employé de vrais termes techniques pour que l’on puisse croire à ce que je décrivais et à la réalité de cette fiction. Je me suis beaucoup documenté aussi sur chaque escale que fait le cargo : Dakar, l’Islande, la Patagonie... Je suis parti sur le principe que si tout à l’air vrai, l’extraordinaire peut avoir lieu. Si ma réalité est fragile, on croira moins facilement à l’irréel.

Tu ne t’es jamais donné de limites pour garder une crédibilité maximale à ton histoire ?

Finalement, non. J’ai beaucoup hésité à garder la scène avec le monstre. Je me suis dit qu’à ce niveau-là de l’histoire, si les personnes sont toujours avec moi, ils peuvent accepter l’idée qu’il peut y avoir des créatures extraordinaires. J’ai voulu ouvrir mon imaginaire et accueillir tout ce qui me venait. Dès que j’allais un peu loin, je revenais vite à un cadre terrestre, terrien.

Ton livre est tellement barré que tu as dû te demander jusqu’où tu pouvais te permettre d’aller pour ne pas perdre tes lecteurs, non ?

Complètement. 100% délire, 100% fantaisie, ça n’intéresse qu’une frange microscopique de lecteurs. Personnellement, étant donné le temps que j’ai passé à écrire ce livre, j’ai souhaité qu’il y ait le maximum de lecteurs qui croient aux personnages, à l’intrigue, aux thèmes abordés, à ce que cela peut raconter du monde contemporain. Juste l’imagination, ça ne suffit pas. C’est un roman, genre noble qu’il faut servir comme un page. En travaillant sur la structure, le rythme, le montage, le récit.

Il est beaucoup question d’alcool dans ton livre, comme il en était aussi beaucoup question dans le précédent, Découvrez Mykonos hors-saison.

Je me suis demandé si ce n’était pas un marqueur de mon « œuvre ». En même temps, quel est l’autre moyen de se sociabiliser que les hommes et les femmes ont trouvé pour être ensemble ? Quand les gens sont heureux d'être ensemble, ils boivent. et ce qui leur arrive après un certain nombre de verre est souvent plus drôle, sur le plan romanesque que s’ils étaient restés à boire du thé.

Les illustrations sont signées Riff Reb’s. Comment as-tu eu cette légende du dessin ?Couv_242049.jpg

J’ai souhaité que ce livre soit dans la tradition des livres de Jules Verne, c'est-à-dire avec des illustrations en noir et blanc, légendées, qui accompagnent l'expérience de lecture. Mon éditeur a dit oui tout de suite, il a pris de sacrés risques. J’avais chez moi les deux derniers albums de la trilogie maritime absolument sublime de Riff. Étonnamment, dans ce qui était son dernier album à l’époque, Hommes à la mer, un recueil d’adaptations maritimes, il y avait une double page qui était un très beau dessin tiré du Sphinx des glaces. L’évidence s’est imposée. Je lui ai écrit un mail assez court en lui expliquant je voulais faire la suite du Sphinx, mais modernisée, contemporaine. Il m’a téléphoné deux heures plus tard. J’étais impressionné, il a quand même 25 albums dans les pattes. Il m’a dit que cela faisait des années qu’il attendait ce genre de proposition. Il m’a demandé de lui envoyer le livre. Je n’en avais écrit que 70%, mais ça lui a suffi. Il a accepté après lecture. Il a apprécié que ça parte dans tous les sens et que ce soit rock’n’roll. Je lui ai présenté mon éditeur. Nous avons convenu qu’il fasse 15 dessins pour une somme vraiment modique par rapport à son talent et sa notoriété.

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Comment avez-vous travaillé ensemble ?

De manière fantastique. Je lui envoyais les chapitres au fur et à mesure. Parfois il me faisait des retours en me disant, je suis sûr qu’il va se passer telle et telle chose dans le prochain chapitre. Une fois, ce n’était pas ça, mais son idée était si bonne que je me suis empressé de la noter pour aller dans sa direction et l’ajouter à mon roman (rires).

Ses dessins correspondaient-ils à ce que tu avais dans la tête quand tu as écrit telle ou telle scène ?

Oui, très souvent. En plus, il apporte un trait moderne et nerveux, contrairement aux gravures sérieuses et hyper minutieuses qu’il y avait dans les Jules Verne. Les illustrations vivantes de Riff sont en phase avec l’écriture. Il amène de la chair et c’est ce qu’il fallait. Ça donne de l’incarnation au projet. On était raccord sur la manière d’aborder le genre.

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Ton livre est la suite du Sphinx des glaces de Jules Verne, qui, lui-même, était la suite d’Aventures d’Arthur Gordon Pym d’Edgar Poe.

J’ai fait une suite moins littérale. Je n’ai pas voulu raccrocher immédiatement les wagons aux deux précédents livres parce que je craignais de perdre tous mes lecteurs. Je ne voulais pas m’adresser uniquement aux fans de Verne et de Poe. Il fallait que ma propre mythologie soit mise en place, que j’ai donné de la chair à mes héros et que j’ai développé mes thématiques et ma dramaturgie. C’est la raison pour laquelle ma « suite » arrive à mi-parcours, quand tout est installé.

Tu pars du principe que tout ce qui est dans les deux livres de Poe et de Verne est vrai.

Oui, donc il existe réellement une créature minéralogique et géologique aux propriétés hallucinante, au pôle sud.

Tu ne connaîtrais pas Richard Gaitet, tu l’inviterais dans ton émission de radio ?

Si je n’étais pas moi, je m’inviterais volontiers, bien sûr (rires).

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Pendant l'interview...

Ce livre barré, il te ressemble ?

Il y a dix ans, Philippe Jaenada a dit au petit groupe d’écrivains que nous formons et que tu connais: « il faut écrire des livres qui vous ressemblent ». Il faut y jeter le plus possible de soi.

Tu l’as écouté pour tes deux premiers romans. Ils étaient des morceaux de ta vie. Là, il n’est pas question de toi.

Détrompe-toi. J’y suis tout entier.

Gabriel aurait pu être toi ?

C’est carrément un alter ego. Sans te dire lesquelles, il y a des choses dans le livre que j’ai vécues. Pour qu’un livre soit vivant, qu’il ait l’air fort et mémorable, pour faire vibrer son histoire, il faut puiser dans ses réserves personnelles, ses poches de vies, sa mémoire émotionnelle, même pour bâtir un territoire de fiction farfelu...

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Le 27 mai 2016 sur une terrasse de Webedia, après l'interview.

13 juillet 2016

Katel : interview pour Elégie

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(photo : Frank Loriou)

katel,élégie,interview,fnac,mandorDéfinition d’élégie : Poème aux sujets variés mais le plus souvent mélancoliques, composé de distiques élégiaques.

Une élégie, c’est aussi une œuvre d'inspiration tendre et mélancolique, où l'amour tient en général une large part. Le nouveau disque de Katel porte donc bien son nom.

Entre le deuil d’une relation et celui d’une mère qui a soudainement décidé de partir, on sent qu’il se joue ici, entre les lignes, entre les notes, des choses extrêmement intimes. Si Élégie  parle d’émotions brutes et d’expériences personnelles terribles, Katel a l’élégance de ne jamais nous les jeter au visage. La classe permanente. Comme l’indique le site Indie Musique, « rarement, un album de chanson française aura semblé aussi proche de la perfection mélodique que de l’expérimentation musicale la plus radicale ».

Le 18 mai dernier, j’ai donné rendez-vous à Katel devant la Fnac de Montparnasse. Du coup, nous sommes montés au rayon « disque »… pour une interview non conventionnelle.

La musique selon Katel… qui n’a pas la langue dans la poche.

(Toutes les photos de Katel sont signés par mon photographe préféré, Frank Loriou)

(Sauf celles à la Fnac... je m'y suis collé.)

Argumentaire officiel de l’album Élégie:katel,élégie,interview,fnac,mandor

« Je cherche avant tout à ce que la musique, au moment où on l’écoute, change notre perception du temps. Je n’aime rien tant que donner la sensation qu’il s’est passé beaucoup de choses alors que le temps écoulé est très court. On dit des rêves qu’ils sont faits ainsi, que les longues et intenses histoires que nous y vivons ne durent dans la réalité que quelques fractions de seconde. »

Des rêves et des cauchemars, Katel semble en avoir traversé beaucoup depuis son dernier album, Decorum (2010). Fruit d’un long processus de maturation et de création largement solitaire, Élégie se traverse comme un songe. Chaque morceau, soigneusement composé, méticuleusement arrangé, invite l’auditeur à une sorte de transe introspective, transportant tous ses sens dans une dimension lointaine et proche, pour en sortir finalement plus présent, plus vivant, plus conscient du temps qui passe.

Si le chant de Katel évoque l’image d’une somnambule qui se promène au bord d’un précipice, on ne peut pas dire qu’elle ait passé ces six dernières années à sommeiller. À la fois en tant que réalisatrice (les albums Tropiques de Maissiat et La Cavale de Robi) et que musicienne (avec les groupes Joy et Fiodor Dream Dog), elle a exploré d’autres univers et enrichi le sien.

katel,élégie,interview,fnac,mandorLes claviers et les chœurs ont ainsi remplacé les guitares fougueuses de ses débuts, avec un travail minutieux sur le son, puisque Katel a cette fois enregistré et mixé son album, de l’intimité de son studio à l’espace d’une église cachée, où elle a entrainé aussi le Chœur qui l’accompagne sur scène (Nathalie Réaux, Diane Sorel, Skye, Claire Joseph).

Sa musique évoluant à chaque album, on peut dire que Katel s’inscrit dans une idée originelle de l’artiste pop, qui cherche à trouver des formes en s’inspirant de toutes les musiques, des plus anciennes au plus pointues, pour les transformer en chansons limpides.

L’écriture de Élégie, plus directe que jamais auparavant, s’est faite à l’ombre d’une séparation amoureuse et surtout de la perte violente d’une mère qui a choisi de partir. Il s’agit donc bien d’un chant de deuil, allant parfois jusqu’au cri de douleur (sur la bouleversante « Cyclones » notamment), mais traversé de brillants rayons lumineux (« Hors-Foule »), avec toujours la détermination de transformer la douleur en force, la laideur en beauté.

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katel,élégie,interview,fnac,mandorInterview :

En haut de l’escalator, nous arrivons au rayon « disque » et nous voyons les « mastodons » du moment réunis, bien en évidence.

Comment expliques-tu que ce sont les plus gros vendeurs que l’on met en avant et non ceux qui ont besoin de visibilité ?

On ne prête qu’aux riches. C’est un système pyramidal, un système hiérarchique qui prévaut dans le monde de la musique. Comme dans les festivals, on s’imagine qu’il faut des locomotives pour tirer le reste au lieu de parier sur le reste en se disant que ça peut tout simplement générer du plaisir, générer l’envie d’écouter des nouveaux. On croit toujours qu’il faut s’accrocher aux valeurs sûres.

Dans les trois que nous voyons ici, il y a Renaud, Christophe Maé et Vianney. As-tu une préférence parmi ses artistes ?

Non. Je préfère ne pas écouter de musique (rires). Sans blague, j’ai aimé Renaud comme ce n’est pas permis. Je l’ai trouvé génial et il a fait des chansons incroyables, mais son nouvel album est juste inaudible. J’ai essayé de l’écouter, je n’ai pas réussi. Ça me fait trop mal.

Christophe Maé ?

Ce n’est pas mon truc. Je passe.

Et Vianney ?

Je reconnais tout à fait ses talents de musiciens. Je vois pourquoi il a une place ici, mais je n’ai pas 16 ans, donc ça ne m’intéresse pas du tout.

Nous nous dirigeons à présent vers son disque.katel,élégie,interview,fnac,mandor

Ça te fait quoi de voir ton disque en rayon ?

C’est toujours émouvant. Cela m’arrive peu souvent de voir mes disques exposés, car j’ai arrêté d’aller dans ce genre de magasin. Je me procure et j’écoute de la musique autrement. J’essaie d’acheter ou commander ce que je veux chez des petits disquaires. Cela dit, je n’écoute plus beaucoup de disques en CD, hormis dans ma voiture. J’écoute  beaucoup de musique « dématérialisée ».

A deux rangées, nous remarquons le nouveau disque de Maissiat, Grand Amour.

On a remarqué un truc avec Amandine (le prénom de Maissiat), dans les Fnac on a toujours les étiquettes « Prix vert » collées sur nos têtes. Parfois, on se demande si c’est exprès pour gâcher la pochette.

Parle-moi de Maissiat. Tout le monde sait que tu la connais bien et que tu as réalisé son premier disque Tropiques.

J’ai fait des voix sur le second. Je ne l’ai pas réalisé parce que je trouvais que c’était important qu’elle travaille avec d’autres personnes. Il y avait toute une partie de l’album qui était dans une certaine pop française qui n’est pas du tout dans ma culture.

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Retour sur le show case KATEL/ MAISSIAT du samedi 21 mai 2016 à la Fnac Paris Ternes.
Filmé et monté par Robi, avec pour bande-son les deux chansons-titres des deux albums: GRAND AMOUR et ÉLÉGIE.

katel,élégie,interview,fnac,mandorNous nous baladons dans les rayons…

Vers quels artistes tu as envie d’aller là ?

A la Fnac, on vient trouver, on ne vient pas chercher. C’est la différence avec un disquaire. Je ne viens pas fouiner. Si je vais à la Fnac, c’est que j’ai une idée précise. J’ai énormément découvert dans cet établissement. C’est ici que j’ai écouté et acheté immédiatement le premier album de Bjork, le premier Jeff Buckley, le premier Alanis Morissette, le premier Interpol. J’ai découvert ces artistes après les avoir écouter dans le casque. Aujourd’hui, non seulement on met Maé, Renaud et Vianney en avant, mais on les met aussi en écoute. Je ne vois pas l’intérêt, on les entend partout.

On peut quand même écouter des nouveaux. Regarde, là, on peut écouter Radio Elvis.katel,élégie,interview,fnac,mandor

Oui, c’est vrai. Mais il n’y  a pas beaucoup de bornes « découvertes ». C’est marrant que tu me parles d’eux, parce que j’aime beaucoup Radio Elvis. J’ai d’abord rencontré Pierre (Pierre Guénard, le chanteur et leader du groupe) lors des Rencontres des 40 ans du Printemps de Bourges. Nous avons eu tous les deux le réflexe en rentrant à l’hôtel d’écouter le disque de l’autre. Les Radio Elvis ont vraiment quelque chose d’original. Ils ont un vrai son rock pas emprunté aux anglo-saxons et à la fois des textes lettrés et ludiques. Leurs titres sont dansants et la voix de Pierre est exceptionnelle. Franchement, ils ont tout ! C’est arrangé avec une rare intelligence. J’adore comment les lignes de basses sont conçues par rapport aux batteries. Bref, ça, c’est de la musique !

Quel est le dernier disque que tu as acheté ?

Le dernier PJ Harvey, The Hope Six Demolition Project. J’achète tout de cette artiste. J’avoue que je trouve ce nouvel album moins bon que le précédent, mais l’écouter m’apporte toujours quelque chose.

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(Photo : Frank Loriou)

Je m’arrête devant une compilation de Barbara.

Que penses-tu d’elle ?

Je n’ai pas du tout la culture Barbara, mais à chaque fois que j’écoute, j’apprécie énormément. Je n’ai jamais eu la passion Barbara, contrairement à toutes mes copines chanteuses (rires). Mes parents n’aimaient pas la musique « expressionniste », la musique de l’intime. Il n’y avait pas Barbara, mais il y avait Brassens et Léo Ferré, pas le Ferré pathos, celui qui était acide. Je viens plus de là. Elle me montre un disque de Jimi Hendrix.

katel,élégie,interview,fnac,mandorDe mon côté, je lui présente le disque de Starmania, version 1978, la version originale.

Tu connais ?

Quand j’étais petite, j’avais une passion pour France Gall. J’ai toujours adoré l’écriture de Michel Berger. Il faisait de la musique qui groovait réellement et il avait un art de la mélancolie assez inégalé. Et puis sérieusement, j’aimais bien la voix pseudo candide de France Gall. Je trouve que c’est une chanteuse extraordinaire.

Oui, mais Starmania alors ?

Je trouve complètement dingue le niveau de « glauquitude » qu’il y a dans cet opéra rock. Il était question d’agressions, de violence, de mal de vivre… aujourd’hui, plus personne n’ose aborder ses sujets. Starmania, c’est ce qui n’existe plus en France : de la grande variété, hyper populaire, qui ose aborder des sujets dérangeants. Ca me manque qu’il n’y ait plus aujourd’hui des Balavoine, des Berger-Gall, des Rita Mitsouko…Aujourd’hui, la chanson commerciale ne dit plus rien.

Son regard se pose sur les disques de Kendji Girac et les Fréro Delavega.

On avait aussi nos trucs pourris quand nous étions plus jeunes.

Oui, dans les années 80, nous avions même bien pires.

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(Photo : Frank Loriou)

Je sais que tu aimes bien des artistes comme Bertrand Belin ou Murat par exemple.

Ils ne vendent pas beaucoup, mais ils ont une vie musicale idéale. Ils n’ont pas le prix à payer d’être trop connus, mais ils ne galèrent pas pour autant. Pour son dernier album, Capwaller, je crois que Bertrand va faire ses 200 dates. Pour Murat, c’est pareil. Il n’a pas un tube, ne vend pas, mais fait des concerts souvent et le public suit.

Tout le monde s’accorde à dire de l’album de Bertrand Belin qu’il est aussi classieux qu’exigeant. On katel,élégie,interview,fnac,mandordit la même chose de ton nouvel album, Elégie.

Dans la chanson, on n’est pas obligé de tout comprendre de A à Z. Moi, j’estime cependant que l’on comprend tout dans mes chansons. Je n’ai aucune vocation à être incomprise, Bertrand Belin non plus, d’ailleurs. Nous avons un amour d’une forme de chanson. A ce propos, je veux bien admettre que je ne fais pas de chanson. Dans ce que j’interprète, il n’y a ni couplet, ni refrain…

Tu fais quoi alors, si ce ne sont pas des chansons ?

De la musique qui choisit la langue française. Plus précisément, je fais de la pop qui va chercher d’autres musiques plus savantes. J’écoute beaucoup de musique contemporaine, du jazz, du rock anglais, de la pop anglaise et j’en capture l’essence pour en faire des pièces de 3 ou 4 minutes avec différents mouvements. Je veux faire des disques que les gens vont écouter en entier.

katel,élégie,interview,fnac,mandorTes deux albums étaient plus électriques et là, tu nous proposes presque du piano-voix.

Quand on écoute le premier, Raides à la ville, il y a du rock dans la couleur musicale, mais dans les modulations et la façon d’écrire pas vraiment. Depuis mon premier EP, il y a toujours eu beaucoup  de voix. Là, où j’ai le plus changé, c’est dans l’écriture des textes.

Ta musique est complexe, je trouve très mélancolique, pourtant certains de tes textes sont plus « légers ». « Légers » avec de gros guillemets, car les thèmes ne le sont pas vraiment. C’est un dosage à trouver ?

Quand ma musique était plus brute, j’avais tendance à être dans une écriture très littéraire avec des phrases  longues. C’est en rapport à la scansion, la mélodie et à l’énergie qu’il pouvait y avoir dans ma musique. Il y avait des restes d’amour de la poésie pure. Aujourd’hui, je suis dans une écriture musicale. Ce qui m’intéresse c’est d’aller chercher des textes qui se terminent par la musique. On ne peut pas en saisir l’essence si on n’a pas la musique. C’est la musique qui permet de comprendre le sens du texte.

As-tu déjà fait de fait de la mise en musique de textes.katel,élégie,interview,fnac,mandor

Jamais. Je considère que pour écrire, il faut des phrases qui me viennent en même temps que la musique. J’ai envie qu’il y ait la nécessité absolue entre un texte et sa musique et que les deux ne puissent pas être séparés.

Le texte, finalement, c’est comme un instrument de musique ?

Tout à fait. C’est de la matière plastique. C’est pour ça que j’aime écrire dans ma langue, parce que j’en connais parfaitement sa plastique. Je ne m’aventurerai jamais sur le terrain de l’anglais, langue pourtant que je parle. Je n’ai pas assez de connaissances profondes de l’esthétique de cette langue. Je ne sais pas comment la tordre, ni comment jouer avec elle, alors que ce sont des aspects primordiaux. Il faut que je sois sur un terrain que je puisse explorer.

Parviens-tu à être objective sur ton propre travail ?

Il me semble que j’ai compris des choses en travaillant avec d’autres. Pour Elégie, du coup, j’ai eu du recul sur ma musique avec  une façon radicale de m’auto-juger en ne louvoyant pas. Je suis très exigeante avec les autres, je le suis d’autant plus avec moi.

Saisons (Katel/Katel) - Extrait de l'album Élégie, filmé par le site Le Cargo.

katel,élégie,interview,fnac,mandorOn continue notre balade. Je m’arrête devant un bac ou nous voyons, Christophe, CharlElie Couture et William Sheller. Elle adore. Par contre, juste à côté, on remarque un disque de Louane.

Tu connais ?

Pas bien. Je sais juste que tu as écrit un livre sur elle (rires). Sérieusement, je n’ai rien contre elle. Un jour, j’ai entendu à la radio un titre d’elle et je me suis fait la réflexion que c’est un type de variété que l’on n’a plus. Pour moi, ce n’est pas de la musique, c’est de l’Entertainment.

C’est sûr que ton disque à toi « ratisse » moins large que celui de Louane. Est-ce pour toi une « mission » d’élever les gens ?

Ce n’est pas tant de les élever que d’appuyer à un endroit qui est déjà là. Ma musique peut toucher tout le monde. Regarde, Sheller, Christophe, Couture, c’est de la musique exigeante et ils vendent quand même. Populaire, ce n’est pas une insulte. C’est juste vendre beaucoup de disques. Non, moi je crois, qu’il y a aussi un travail à faire de la part des médias. Il faut permettre aux gens de savoir que cette musique existe, on n’est pas à l’abri qu’ils soient touchés s’ils ont accès à elle. Il ne faut pas prendre des gens pour des cons.

Radio Elvis,  Maissiat, Bertrand Belin et quelques autres, vous avez pourtant de très beaux papiers dans les Inrocks et Télérama… On vous met un peu dans la case intello, du coup. Ça te gêne ?

 Dans le papier de Télérama sur mon nouveau disque, on ne va pas employer le mot « intelligent », mais « cérébral ». C’est-à-dire qu’il y a derrière un petit ton de reproche, alors que le cerveau, pour moi, c’est très sexy. Aujourd’hui, quand on dit que l’on veut faire quelque chose d’exigeant, on est soupçonné de snobisme.

Etre soupçonné de snobisme par Télérama, excuse-moi, mais ça me fait sourire.

Encore une fois, je pense que ce que je fais est très accessible si on veut bien croire que les gens ne sont pas des cons. Quand je vois Bertrand Belin sur scène, je vois de la musique physique. Je suis certaine que si on le programme dans n’importe quel festival de blues l’été, les gens vont danser. Il y a derrière ces divisions musicales que l’on fait, l’idée que chacun doit rester à sa place. Je suis contre cela. J’ai deux clés dans Télérama, alors que M6 et D17 viennent d’acheter le clip de mon premier single, « Cyclones » et que j’ai fait un Plus vite que la musique, module qu’on ne peut pas taxer d’intello.

Clip de "Cyclones".

katel,élégie,interview,fnac,mandorSoudain, nous tombons sur un disque de Souchon et sur le dernier Stromae

Tu en penses quoi de lui ?

Souchon, c’est la quintessence de la chanson. C’est fou de réussir à écrire de manière aussi simple et aussi efficace. Il a l’art de la simplicité.

Et Stromae ?

Musicalement, ça ne m’intéresse pas, mais ce mec arrive à faire des propositions plastiques dérangeantes, presque sous forme d’art contemporain. Ca montre que les gens sont friands d’intelligence. Ce type un peu bizarre, mi-homme, mi-femme, a tout sur le papier pour ne pas plaire aux gens. Mais c’est qui les gens ? On n’est pas un gens. Je suis donc admirative de son culot.

Soudain, je lui mets entre les mains Bruel chante Barbara et Lambert Wilson chante Yves Montant.

J’imagine que c’est ta tasse de thé.

Oh là là ! C’est la France qui pue, la France du patrimoine, des musées, la France qui croit que c’était mieux avant. Aujourd’hui, quand on chante en Français, on a le choix entre le patrimoine ou de la musique préfabriquée pour passer sur les radios leaders. La chose au milieu, c’est le reste. Ceux qui prennent à bras le corps leur langue pour inventer. Notre langue est faite pour être moderne, pour lui casser la gueule, pour lui tirer les oreilles, sinon elle meurt.

Tiens, le retour de Polnareff, tu en penses quoi ?

Dans les vieux Polnareff, il y a un génie musical incroyable et beaucoup d’audaces. En France, nous sommes truffés d’artistes qui avaient des trucs en eux dérangeants, qui faisaient toujours des choses imprévisibles, imprévues… et le public adorait aller vers les gens singuliers. Aujourd’hui, ceux qui marchent sont des produits aseptisés.

Si tu devais acheter un disque avant de quitter ce lieu, tu choisirais quoi ?

Sans hésiter, Radio Elvis.

Bonus: Plus vite que la musique (évoqué plus haut).

07 juillet 2016

Magali : interview pour L'amour des lamentations

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(Photo : Géraldine Sabina/wenty6)

12744086_963287413720082_2155707823714959576_n.jpgRien ne la prédestinait à devenir aussi populaire, mais aujourd'hui, elle est tout simplement incontournable : en quelques années, Magali, musicienne et choriste de N'oubliez pas les paroles, est devenue l'une des personnalités emblématiques de l’émission, grâce à sa fraîcheur et ses (très) nombreuses facéties. Mais Magali a bien d’autres cordes à son arc (voyez sa bio dans sa première mandorisation).

Elle vient de sortir son album solo, L’amour des lamentations, dont elle a écrit et composé la plupart des chansons. Son univers fantaisiste, parfois décalé, donne une tonalité pétillante à ses titres. Elle parvient à moderniser l’accordéon, son premier amour et l’intègre aux musiques actuelles. Magali vous charmera par sa personnalité électriquement naturelle, à la fois femme enfant, drôle et sensible, qui donne à son univers musical et à ses textes une couleur originale.

Le 26 avril dernier, Magali m’a rejoint à Webedia pour une seconde mandorisation.

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(Photo : Géraldine Sabina)

11391286_840814075967417_171635774845982966_n.jpgInterview :

Cet album, tu voulais déjà le faire lors de notre première rencontre, il y a trois ans. Tu te dis, « enfin, il est là ! » ?

J’avais envie de faire un album, mais je ne savais pas trop quelle direction musicale prendre. J’aime tellement de choses différentes et j’ai tant d’influences qu’il a donc fallu que je me canalise et que je sache vers où je voulais aller précisément. J’aime l’accordéon et à la fois j’aime les sonorités pop et rock. Je fais quoi avec tout ça ? Au début, on a commencé à faire ce disque, mais on mettait trois mois par titre, c’était trop laborieux. Du coup, un beau jour, je me suis mise derrière mon ordinateur, j’ai fait « play » et j’ai arrangé et réalisé moi-même mes chansons. J’ai fait basse, clavier, accordéon, mélodica…  Pour avoir une rythmique qui pulse et quelque chose d’un peu bétonnée, j’ai fait appel à mon compagnon, Antoine, qui est batteur et guitariste, mais également très bon programmateur et percussionniste. Il s’est chargé de toutes les formules rythmiques. Aujourd’hui, je vis avec cet album que j’assume et dont je suis très fière.  

C’est un disque que tu as conçu seule et sereinement ?

Oui et c’est pour moi la meilleure façon de travailler. Si cela m’apporte des doutes, en revanche, j’ai une entière liberté. Je peux explorer ce que je veux.

Mais ton compagnon et toi réussissez à être objectifs sur le travail effectué ?11188491_823113474404144_2231590350926403791_n.jpg

Cela peut paraître égoïste et prétentieux, mais je n’avais pas envie d’avoir l’avis de qui que ce soit. J’avais juste envie d’auto-valider mon dossier. En tant qu’artiste, on est confrontés à ses démons, ses peurs, ses fragilités, alors, arriver à se sentir en phase avec son travail et s’assumer, je trouve que c’est une victoire.

Tu as invité des amis musiciens à « opérer » sur tes chansons. Il a bien fallu qu’ils te donnent leur avis, non ?

Je leur ai demandé de ne pas le faire, parce que cela aurait pu m’influencer, me décontenancer  et m’ajouter de nouveaux doutes que je n’avais pas. Même l’ingénieur du son qui est une machine de guerre très productive a réussi à ne jamais me donner son avis, sauf quand je lui demandais. C’est ce qu’il me fallait. J’étais devant mon propre miroir tout le temps.

On ne se dit pas : « si je suis dans l’erreur, qui va me le dire ? »

Je ne me suis jamais posée cette question parce qu’avant de faire cet album, je me suis moi-même interrogée beaucoup de temps sur beaucoup de sujets. J’ai commencé ce disque quand j’étais sure de n’avoir rien à faire de ce qu’on allait me dire dessus. A partir du moment où moi, musicienne, j’étais satisfaite de mes réalisations techniques et théoriques, cela me suffisait.

12004938_897679630280861_2214730553947342097_n.jpgTes années de concerts (pour toi ou d’autres artistes) et de « N’oubliez pas les paroles » t’ont t’ils servi lors de la conception de ton album ?

Quand on est artiste musicien et que l’on accompagne d’autres artistes, on finit par comprendre ce pour quoi on nous appelle. Je sais les choses que je peux faire et celles que  je ne peux pas faire, cela permet de murir. Je me suis servie de cette maturité acquise pour me les intégrer pour ce projet. J’agis avec moi, comme si je travaillais avec un autre artiste. Je me mets au service de mes concerts et de mon projet comme je me mets au service de Charles Aznavour, par exemple.

Tu es plus dans la performance pour toi ou pour les autres ?

Si on parle de performance d’instrumentiste, je suis plus dans la peau d’un performer quand je suis derrière mon accordéon ou derrière Charles Aznavour que quand je suis sur mes chansons. Sur mes chansons, je ne fais pas de prouesses, je suis même plutôt sage par rapport à d’habitude. Je reste simple. Je pense à mon écoute pour pouvoir divulguer mes chansons au public dans toute leur simplicité.

Clip de "L'amour des lamentations".

Tu as l’air de t’être bien éclatée à tourner le clip de « L’amour des lamentations ».20024_823113511070807_8926457406516641779_n.jpg

Je me suis bien amusé, c’est certain. Je suis ravie que cela se voit.

Tu n’es pas toujours glamour dedans.

Evidemment, dans la vraie vie, je suis à l’opposé de cette nana (rires). Comme pour mon disque, je me suis octroyée l’autorisation de faire ce que  je voulais. L’idée de démarrer le clip en me montrant avec de la crème et des concombres sur la figure est arrivée, je l’ai fait. Non seulement, le réalisateur m’a suivi dans tous mes délires sans jamais me freiner, mais en plus, il m’en a proposé des nouveaux. A un moment donné, on s’est dit que l’on commençait à être dans la surenchère. Nous nous sommes calmés (rires).

Sur le dossier de presse, il y a indiqué : « la fofolle de n’oubliez pas les paroles ». C’est une présentation un peu succincte de ce que tu es vraiment.

C’est un peu ce qui est dominant chez moi. Je ne suis pas que ça, mais je suis beaucoup ça. J’aimerais bien que les gens repartent de mon concert, comme s’ils avaient passé une super soirée entre amis où on se change les idées. Ce que l’on me dit souvent, c’est que l’on s’amuse tellement qu’on ne voit pas du tout le temps passer. C’est évidemment le plus beau des compliments.

Dans N'oubliez pas les paroles, Nagui demande à Magali de chanter sa propre chanson, "J'aime pas ta chanson".

valérie cuscito.jpgEnvisages-tu ce métier comme une mission. La mission de divertir, donner du bonheur aux gens.

J’ai effectivement envie de donner du bonheur aux gens, mais aussi de prouver que l’on peut exister par soi-même sans rester dans des cases bien catégorisées.

J’ai aussi l’impression que tu as envie de prouver aussi que l’accordéon n’est pas un instrument ringard. Je me trompe ?

Non, complètement. Je le sors des sentiers battus. J’essaie de montrer toute la modernité de cet instrument.

C’est quoi ta musique, finalement ?

De la chanson française pop rigolote, mais pas seulement.

Es-tu déjà dans la création du prochain ?

Oui, je n’arrête pas de noter des brides de chansons, des titres, des thèmes. J’ai des esquisses de textes, des passages mélodiques et harmoniques sont déjà enregistrés. J’ai déjà une petite ossature sur laquelle je compte me pencher cet été. J’aurai le temps de laisser libre court à cette création-là.

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Malgré ta petite notoriété, c’est difficile de s’imposer dans ce monde de la chanson, non ?11072061_830870413628450_681632984693923750_n.jpg

C’est un travail de titan et rien n’est jamais gagné. Tout reste à faire tout le temps. A aucun moment, je n’ai cru que, parce que j’étais visible dans une émission de télé, on allait me dérouler un tapis rouge en me disant qu’on attendait mon album avec impatience. Cela dit, je n’avais pas mesuré le travail que ça allait nécessiter. Je veux prouver que je suis une artiste en développement au même titre que plein d’autres artistes. J’ai cette chance d’être visible en tant que musicienne dans une émission quotidienne, mais je suis obligée de reconnaître que c’est handicapant auprès des médias qui ne me considère que comme la nana de N’oubliez pas les paroles. Avec mon attachée de presse, Valérie Motté, on essaie de prouver que je suis aussi une artiste avec son répertoire et sa personnalité. Il faut déplacer des montagnes.

photo géraldine sabina.jpgLe succès doit venir quand il doit venir.

Oui, mais j’évite de me rentrer ce genre de discours dans la tête parce que ça peut faire perdre du temps. Il ne faut pas attendre. Il faut être réceptif à tout pour ne pas perdre une occasion d’avancer et de faire découvrir ta musique.


Tu es optimiste pour l’avenir ?

Oui. J’ai la pêche. Quand je me retourne et que je regarde mon petit parcours, je trouve que c’est déjà pas mal… ce qui ne m'empêche pas de me donner les moyens d’aller plus loin. J’ai de grandes ambitions, mais je ne veux pas être esclave d’elles.  

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Le 26 avril 2016 à Webedia.

06 juillet 2016

Nicolas Séguy : interview pour Equilibre Instable

nicolas séguy, s petit nico, équilibre instable, interview

Nicolas Séguy, pianiste de Kery James, compositeur pour le théâtre et le cinéma, et pilier de l'album Midi 20 de Grand Corps Malade en 2006, a sorti il y a 4 mois son troisième album Equilibre instable, un petit bijou inclassable entre slam, musique classique, rap et chanson française.  Antérieurement connu dans les années 2000 sous le sobriquet de S Petit Nico, l’artiste de 33 ans qui qualifie sa musique de hip-hop pianistique. «Entre les arpèges de Frédéric Chopin et les rythmes de Quest Love, entre le groove de DJ Premier et l'audace d'Erik Satie», explique-t-il malicieusement. A travers ses textes, l’auteur nous fait découvrir son monde intérieur dans lequel se côtoient les souvenirs passé, les interrogations du présent et la crainte de l’avenir. Il évoque la paternité, l'amour de sa compagne, les inquiétudes sur les montées des extrémismes dans nos sociétés. Résolument contemporain, Nicolas Seguy balaie les grandes questions qui bousculent sa génération. Cet album est certainement le tremplin qui fera passer Nicolas Séguy de l’ombre des grands à la lumière des nouvelles révélations.

Le 19 avril, l’artiste est venu discuter avec moi sur la terrasse du 5e étage de Webedia pour évoquer son parcours, sa conception de la vie, son nouveau disque, Equilibre Instable, et ses projets. Rien que ça !

nicolas séguy,s petit nico,équilibre instable,interviewBio officielle :

Marqué par la culture Hip-Hop et la musique classique, Nicolas Séguy déclame ses textes en faisant chanter son piano. Entre héritage et transmission, entre la nature et le béton, il s’engage sans choisir de camp.

Riche de ses collaborations avec Grand Corps Malade et Kery James, l’auteur affirme une écriture directe, naïve et sans illusion. Ses textes évoquent la quête d’équilibre dans un monde qui s’effondre, la naissance et le deuil, les rêves réalisés.

Ses compositions pour le Théâtre et le Cinéma l’ont ramené à son piano, un véritable confident qui tient son propre discours. Une batterie poétique et une contrebasse rugueuse accompagnent l’auditeur sur un terrain brut et plein de reliefs.

« Entre Cabrel et Kery, entre le 16ème et Saint-Denis », Nicolas Séguy affronte les genres et les barrières entre les gens.

nicolas séguy,s petit nico,équilibre instable,interview

Inicolas séguy,s petit nico,équilibre instable,interviewnterview :

Pourquoi as-tu repris ta véritable identité ?

C’est une façon de signifier que je repars un peu à zéro. Ma quête musicale est étroitement liée à ma quête personnelle. En abandonnant S Petit Nico, je reviens à qui je suis. C’est comme si je refaisais ce que j’ai toujours fait et ce que j'ai toujours été. Ecrire, c’est ma façon de me sentir à ma place. Je suis quelqu’un qui porte un vrai regard sur le monde qui l’entoure.

De par ton passé musical et tes multiples expériences, tu as prouvé que tu savais tout faire, tout jouer. Dans ce nouvel album, tu reviens au piano de manière plutôt sobre.

Je continue à tout faire, mais avec très peu d’instruments. Avec mon piano, je m’amuse à fouiller le plus loin possible. Après 10 ans de vie professionnelle musicale, je commence seulement à vraiment apprendre. Je n’avais jamais appris l’écriture, ni l’harmonie, j’ai toujours fonctionné au ressenti. C’est d’ailleurs toujours le cas, mais j’ai envie de creuser tout au fond de mes possibilités.

Clip de "J'cogite, j'gamberge", extrait de Equilibre Instable.

Avant tes collaborations avec Grand Corps Malade et Kery James, c’était quoi ton parcours. Je n’ai rien lu nulle part sur la question.

J’ai eu la chance d’être tombé sur une famille qui m’a enveloppé de musique depuis tout petit. J’ai appris le piano et le violon. Mes parents sont profs de math, mais ils sont issus de familles très artistes. Ma mère est bonne pianiste, mon grand-père maternel a séduit ma grand-mère en jouant du Rachmaninov. Du côté de mon père, c’était plus des artistes « picturaux ». J’étais dans un terreau favorable au fait de ne pas trop se poser de question pour faire les choses.

Dans ta jeunesse, ton rock à toi, c’était le hip hop.

J’ai baigné dans cette culture-là. J’ai même taggué le gymnase d’à côté de là où j’habitais, mes parents n’en ont jamais rien su. J’ai découvert plein de gens supers intéressants à l’époque. A l’âge de 14, 15 ans, j’ai commencé à faire de la scène avec des potes. Je faisais partie du  duo Face Caché, puis d’un groupe qui s’appelait Energumène Possy. J’ai vécu des moments extraordinaires à l’époque. La bien-pensance et la norme voulaient que le rap soit de la sous musique, donc quand j’étais gamin, j’y croyais un peu. Mais un jour, j’ai fait un BTS audiovisuel de son pour devenir ingénieur du son et là, j’ai rencontré des mecs qui faisaient du blues, du rock… et je me suis rendu compte que je pouvais quand même communiquer avec eux. Ça m’a conforté dans l’idée folle que je faisais de la musique et que le rap, c’était vraiment de la musique. Ensuite, je suis allé dans plein de directions différentes. Dès 2001, j’ai commencé à composer des pièces pour une compagnie de théâtre. Ca fait plus de 10 ans que je travaille avec eux, on a fait 6 pièces. J’ai aussi composé des musiques de films… Aujourd’hui, ma quête est de chercher des projets qui me donnent envie de créer, de faire, de rencontrer des gens.

Clip de "Ressens", extrait de Equilibre Instable.

Pendant longtemps, tu n’as pas eu confiance en toi…

Oui, c’est vrai… Pour croire un peu plus en moi, cela s’est passé en plusieurs étapes. Les concerts avec Fabien (Grand Corps Malade) qui m’ont vacciné de la peur du piano, le fait de travailler avec Kery James, mon Michael Jordan quand j’étais petit. Que ce grand monsieur de la musique me demande de l’accompagner et de chanter avec lui, m’a beaucoup impressionné et rassuré sur mon talent.

Tu as fait un premier EP sous le nom de S Petit Nico en 2008, qui a donné lieu à un premier album en 2011.

Avant cela, j’ai fait un premier album qui s’appelait S. J’ai dû en vendre 500 de la main à la main. Au final Equilibre Instable est mon troisième album, mais, encore une fois, c’est le premier car le premier sous mon vrai nom.

C’est évidemment ton album le plus personnel. Quand on écoute cet album, on connait bien Nicolas Séguy ?

C’était en tout cas l’objectif. J’ai fait 12 chansons différentes, mais elles ont deux points communs : je dis qui je suis et je m’intéresse au monde dans lequel je vis.

"La Mélodie parfaite", extrait de l'album Equilibre Instable.

Dans « J’ai grandi », tu dis qu’il faut rester soi même.

Il faut assumer qui on est et être soi-même. Ma vie a fait que j’ai fréquenté des milieux extrêmement différents et j’explique dans cette chanson que je suis le fruit de moult environnements.

« Ce que je te dois » est une chanson pour ta compagne ?

C’est une chanson où je parle de nous, mais à la base, ce n’était pas une chanson pour elle. C’était une chanson pour moi et d’autres gars que je connais. Autour de moi, je vois plein de couples qui se séparent, donc je sais que je ne serai jamais à l’abri. Cette chanson, c’est un peu une manière de me dire : « fais gaffe, l’amour ne dure pas forcément toujours, fais attention à savoir le préserver. »

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Tu te remets en question dans ce titre. Tu dis qu’il faut que tu recentres tes centres d’intérêts.

Je me vois, je suis lucide, je fais mille choses à la fois. Je ne suis pas toujours disponible comme je devrais l’être pour les gens que j’aime. Je ne prends jamais le temps parce que je n’ai pas trouvé comment m’organiser. Je suis en permanence dans une course à vouloir toujours plus. Je me rends compte que, du coup, je suis assez nerveux. Ce ne doit pas toujours être agréable pour ma famille ou mes proches.

Cette chanson a-t-elle remplacé une bonne séance de psychothérapie ?

Je sais juste que le chemin musical que j’emprunte depuis des années m’oblige à avancer humainement. Ce métier m’incite à me regarder dans la glace, bien en face. Je ne veux pas lâcher la quête de la perfection et j’accepte enfin de prendre position. Ce que je fais me permet d’être plus ouvert et d’apprendre qui je suis. Bon, je l’admets, mon métier, mes chansons, c’est un peu thérapeutique.

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Tu as des invités comme Ben Mazué et Gaël Faye. Mais il y a aussi Kery James et Grand Corps Malade. C’était symbolique qu’ils soient présents dans le premier album de Nicolas Séguy?

J’aurais pu les inviter plus tôt dans mes précédents albums, mais il n’y avait pas le sens. Avec Fabien (Grand Corps Malade), on attendait le bon moment, le bon texte. Avec Kerry, nous avions très envie de travailler ensemble pour moi. C’est fait.

Dans « Terroriste », tu ne freines pas ce que tu as à dire, j’ai l’impression.

Une vie humaine, c’est une vie humaine. Chaque mort à un poids pour moi. J’ai écrit cette chanson suite au massacre à Charlie Hebdo. J’ai entendu la semaine suivante les gens parler. Je me suis senti extrêmement mal. J’entendais des choses qui étaient en train de recréer des attentats. Claude Guéant qui parle de « choc de civilisation » avec des mots très durs. Il y avait beaucoup de certitudes et pas beaucoup de remises en question dans les discours ambiants. La violence emmène la violence. On est sur un terreau explosif et j’aimerais bien savoir comment on peut faire pour arrêter ce processus. Ce que je dis, je le dis en tant qu’artiste, je ne suis pas géopoliticien, donc je ne dis pas que ce que je chante est la vérité. C’est ma vérité. Je dois juste respecter ce que je ressens. C’est mon travail d’agir ainsi.

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Après l'interview, le 19 avril 2016.

27 juin 2016

Solidays 2016 : Live report d'une soirée...

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(Photo: Matthieu Foucher)

solidays 2016,live report,clara matteraCette année, le festival Solidays s’est tenu du 24 au 26 juin 2016. Sur cinq scènes différentes plusieurs dizaines de têtes d’affiches et de nouveaux talents dont le but sera de faire rimer musique avec solidarité. Au programme de cette 18ème édition : Louise Attaque, Louane, Cypress Hill, M83, Selah Sue, Ibrahim Maalouf, Rover, The Shoes, Mr Oizo, The Avener, Bloc Party, Naive New Beaters, Kezia Jones, Patrice, Oxmo Puccino, Bigflo & Oli, Tiken Jah Fakoly, Jain, Flume, Naâman, Synapson… de quoi attirer quelques milliers de nouveaux festivaliers, collecter des fonds pour la recherche contre le Sida, et rappeler que cette maladie est toujours et malheureusement d’actualité.

Toutes les photos sont ici.

Cette année fut un cru admirable selon le communiqué officiel de Solidays :

Solidays plus « of Love » que jamais !

Il y a à peine quelques jours, Solidarité Sida et toutes ses forces vives ont ouvert à Paris une belle fenêtre musicale et solidaire. Sur scène comme dans les allées de Longchamp, les sourires ont été nombreux et les rencontres toujours fécondes. Les retours des artistes, bénévoles, militants associatifs, partenaires, techniciens et festivaliers rencontrés sont unanimes.

Cette 18ème édition a été exceptionnelle. Même le soleil s’est octroyé l’un des premiers rôles et a permis de booster l’enthousiasme d’un public fidèle.

Durant 3 jours, les concerts, témoignages, conférences et expositions se sont enchainés à un rythme effréné. Une fois de plus, Solidays a fait résonner avec succès les valeurs qui ont motivé sa création.

Pour cette 18ème édition, plus « of Love » que jamais, le record de fréquentation de 2015 a été battu avec 202 786 festivaliers au compteur. Une bonne nouvelle pour toutes les associations que Solidarité Sida accompagne au quotidien de Lomé à Bombay ou de Marseille à Bobigny.

À Solidays, chacun donne le meilleur. Ce n’est pas une promesse. C’est une réalité. Année après année, vous en faites la preuve. Grâce à vous, « notre » festival est unique et précieux.

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(Photo : Marylène Eytier)

solidays 2016,live report,clara matteraN’ayant pu m’y rendre, ne serait-ce qu’une journée, j’ai demandé à une « envoyée spéciale », Clara Mattera (à gauche), presque 20 ans, étudiante en communication (accompagnée d’une amie à elle) d’y aller à ma place. Le deal était qu’elle m’écrive ensuite un petit « live report ».

Le voici :

C’est le vendredi 24 juin, sous un soleil éclatant, que le festival Solidays a ouvert leurs portes cette année. Solidays, c’est 50 hectares, 5 scènes, 75 artistes et plus de 200 000 festivaliers. Nous vous présentons nos plus gros coups de cœur.

Naâman : Cette année c’est le reggaeman Naâman qui ouvre le bal des concerts des Solidays, un premier concert où tous les festivaliers se rendent pour entamer les festivités. Avec ses influences reggae, rap, mais aussi dub et électro ainsi que ses paroles engagées, le jeune français a su enflammer son public. En interprétant ses classiques comme « House of Love » ou « Rebel for life », Naâman crée un concert participatif où des milliers de festivaliers chantent avec lui sourire aux lèvres, et ça on adore.

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Naâman, le 24 juin 2016 à Solidays (Photo : David Gallard/CLACK)

Patrice : Patrice, de son vrai nom Patrice Bart-Williams, accompagné de ses trois musiciens a su se démarquer lors de cette première soirée des Solidays. Dès les premières notes le chanteur fait sauter son public, danser, chanter, crier, tout en offrant sur scène une performance incroyable. Des jeux de lumières et de sons l’accompagnent sur la scène, sa voix nous transporte, et ses rythmes reggae / pop / rock nous font danser jusqu’à la dernière seconde de concert.

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Patrice, le 24 juin 2016 à Solidays

Flume : Flume c’était le rendez-vous électro de ce vendredi soir. Le jeune dj australien était très attendu, et on a pas été déçu ! De « Say it » à « Never be like you » en passant par « Take a chance », Flume a enflammé la scène du début à la fin, pour le plus grand plaisir de son public. Le dj a su adapter ses morceaux plutôt doux à la scène en ajustant les basses, et ainsi faire danser les Solidays.

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Flume le 24 juin 2016 (Photo : Lise Olsen/Soundofbrit)

Salut C’est Cool : De la même façon que la soirée a été très bien ouverte avec Naâman, elle a été parfaitement clôturée avec Salut C’est Cool. Des rythmes techno entraînants, des paroles complètement barrées et quatre artistes déjantés pour faire danser le public de Solidays une dernière fois. Le quatuor a mis le feu à la scène avec un show aussi fou qu’eux et des prestations qui leur sont propres, tout en rappelant la raison de notre présence à tous, la lutte contre le Sida. Et ça, c’est cool!

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Ça C'est Cool, le 24 juin 2016 à Solidays

Bien que nous ayons choisi ces quatre artistes, bien d'autres méritaient leur place dans cet article. Pouvoir Magique, Louisaaaah!!!, Vandal... la plupart des concerts ont été très convaincants, comme l’ensemble du festival qui offrait aussi des manèges, des stands et l’incontournable Green Room ou des DJ set tournaient jour et nuit.

Reportage : Clara Mattera.

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20 juin 2016

Les Escrocs : interview pour le best of Plages privées

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Éric Toulis, Hervé Koury et Didier Morel sont Les Escrocs. Ils se retrouvent sur scène et sur disque avec Plages privées. Une compilation d'anciens morceaux remastérisés, extraits de leurs trois albums (Faites-vous des amis !, C'est dimanche..., Six pieds sur terre) avec, en prime des inédits & lives. Ils chantent « la douceur de vivre dans les îles aux frais de la société, la drague en mobylette, la monotonie des dimanches à Paris tout en regrettant le temps des troubadours ».

Au programme: du hip-hop à la valse-musette en passant par la java, le reggae ou les mélodies arabisantes. Les fidèles seraient bien inspirés d’être au rendez-vous à l'Européen le 23 juin pour célébrer la sortie officielle (le 24 juin) de ce best of.  Des retrouvailles scéniques qui promettent d'être réjouissantes.

Le 12 mai dernier, les Escrocs sont venus à Webedia pour cette première mandorisation. Merci à eux!

les escrocs,Éric toulis,hervé koury,didier morel,plages privées,best of,l'européen,interview,mandorBiographie officielle (signée Benoît Gaudibert):

" Faites-vous des amis !", clamaient les Escrocs sur la pochette de leur premier forfait. Répondant à l'invitation, les amateurs de - bonne - chanson française s'étaient pris de sympathie pour ces trois gaillards multi instrumentistes capables d'épouser tous les styles. Deux décennies plus tard, leur regard plein d'acuité reste plus que jamais d'actualité. D'"Assedic" à Je suis speed " ou "Loukoum et camembert", les rimes et les mélodies joliment troussées des Escrocs sonnent comme si elles avaient été écrites aujourd'hui, et balaient avec humour, swing et humanité les petits alèas du quotidien et les chausse-trappes de la société française. 

Si les artistes ont emprunté des chemins différents ces dernières années, la musique ne les a jamais quittés. Éric Toulis poursuivant sa voie en solo pendant que le professeur Koury prêtait ses talents à Bénabar, à Adamo et d'autres, et que le Dr Morel voguait vers l'Amérique du Sud approfondir sa science infuse des percussions, Les voici de nouveau réunis. En bons vivants qu'ils seront toujours, ils nous offrent aujourd'hui une compilation remastérisée avec des inédits à la clé, et, bien sûr, des concerts, tout un pacifique arsenal taillé pour allonger la liste de leurs très amicales et consentantes victimes.
 

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les escrocs,Éric toulis,hervé koury,didier morel,plages privées,best of,l'européen,interview,mandorInterview :

Avant vos retrouvailles officielles, vous étiez restés en relation ?

Éric Toulis : Oui, notre relation va au-delà de la musique. Toutes ces années, nous nous sommes vus beaucoup.

Et vous jouiez de temps en temps ensemble ?

Éric Toulis : Cela arrivait, mais pas sous ce nom-là. Pour les 20 ans des Escrocs, on s’est dit qu’on allait marquer le coup.

Hervé Koury : Chacun de notre côté, nous avons eu nos expériences musicales, mais on a toujours aimé se retrouver. Il y a 4 ans on a joué quelques morceaux comme ça, pour rien et on a aimé ça. Bon, pour les 20 ans, en effet, cela s’imposait que nous retrouvions officiellement.

Didier Morel : On avait un petit trésor de guerre, il aurait été dommage de ne pas l’exploiter.

Clip de "Assedic".

Les Escrocs ont duré 10 ans. Ce n’est pas rien.les escrocs,Éric toulis,hervé koury,didier morel,plages privées,best of,l'européen,interview,mandor

Éric Toulis : On est tombé dans la bande de Gaza, à la fin du succès de l’alternatif, auquel on a beaucoup été assimilé, et le début de la nouvelle chanson et la vague hip hop. Disons que nous ne sommes pas arrivés au meilleur moment, mais nous nous sommes tout de même bien amusés.

Hervé Koury : Les « alternatifs », Tryo, Louise Attaque, les Têtes Raides, c’était nos potes, mais on ne se sentait pas de cette famille. Nous, on adorait le reggae, la java, la Motown,…  On faisait presque de la musique du monde. Il y avait de l’oriental, de la biguine, du swing manouche… Notre cuisine était très riche.

J’ai réécouté vos chansons et certaines sont encore bien d’actualité.

Hervé Koury : On aimait soulever quelques lièvres, quelques cailloux liés à la société dans laquelle nous vivions. Cette société ne s’est pas arrangée avec le temps.

"Loukoum et camenbert" en live en février 2016 au FGO-Barbara.

les escrocs,Éric toulis,hervé koury,didier morel,plages privées,best of,l'européen,interview,mandorPour faire cette compilation, vous avez procédé comment ?

Didier Morel : On a tout réécouté ensemble.

Éric Toulis : Comme on avait plus le nez dedans, on avait du recul et du coup, de l’objectivité pour mieux juger nos chansons. Il y en a que nous n’avons pas mises, car elles n’ont pas supporté l’épreuve du temps. Il y a des chansons qui n’ont pas été des singles qu’on a trouvés très honorables.

Hervé Koury : Basiquement, on n’a pas fait ça dans la souffrance, on était souvent d’accord, il y a eu même beaucoup d’évidences. On a gardé aussi celles dont nous avions des souvenirs flamboyants sur scène.

Il y a donc des chansons qui vous ont paru obsolètes aujourd’hui ?

Hervé Koury : Je vous donne un exemple. « Vigilance » est une chanson que l’on adore tous les trois, sauf que nous l’avons créé au milieu des années 90. Clairement, on visait les gens qui votaient FN. A cette époque, les choses étaient clivées entre les méchants qui votaient FN et les gentils qui étaient « Touche pas à mon pote ». Aujourd’hui, il y a un flou artistique sur tout ça. Je connais des gens qui vont voter Marine Lepen, qui sont un peu perdus, mais qui sont très gentils. Avant les gens choisissaient leur camp, aujourd'hui, c’est plus nuancé.

Didier Morel : On le dirait d’une autre manière maintenant, même si le fond correspond à nos idées.

Clip de "Mobylette". 

Éric, je me suis laissé dire que sur scène tu laisses la place plus souvent à Hervé en tant que chanteur.les escrocs,Éric toulis,hervé koury,didier morel,plages privées,best of,l'européen,interview,mandor

Éric Toulis : Je suis plus partageur aujourd’hui (rires). Hervé, avec ses différentes expériences, s’est mis à chanter, à écrire et composer beaucoup, donc ça change la donne et je trouve ça super. Du coup, nous avons de nouvelles épices à incorporer dans le show… et c’est super intéressant.

Ce best of est-il aussi conçu pour préparer le terrain à un nouvel album inédit ?

Hervé Koury : Il est en gestation. Nous n’avons pas envie de nous reposer sur notre passé.  Mais, encore une fois, ce disque était un moyen de fêter nos 20 ans. C’est une pierre posée par rapport au fait que nous recommençons.

Éric Toulis : Nous voulions que ceux qui ne nous connaissent pas puissent balayer notre « œuvre » facilement.

C’est bizarre de se glisser de nouveau dans la peau d’un Escroc ?

Éric Toulis : C’est marrant parce que l’on reprend vite sa place et ses marques. Les choses se sont faites naturellement. La seule différence, c’est qu’on a plus d’expérience.

Hervé Koury  : Il faut laisser parler le côté naturel de ce que l’on sait faire. Il n’y a aucune démarche intellectuelle. L’expérience doit rester en toile de fond, mais elle va nous servir à ne pas refaire les erreurs du passé.

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Pendant l'interview (photo : Cathy Baumerder)

Si vous dites souvent des choses fortes, vous n’avez jamais été moralisateurs, c’est ce que j’ai toujours apprécié chez vous.

Hervé Kouris : On propose notre point de vue et les gens prennent ce qu’ils veulent, ce qui ne nous empêchent pas de dire des choses qui nous dérangent.

Et vous maniez l’autodérision comme personne.

Hervé Kouris : C’est la base.

Éric Toulis : C’est le maitre-mot de l’humour. On ne peut se moquer des autres uniquement si on sait se moquer de soi-même.

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Après l'interview, le 12 mai 2016, sur la terrasse de Webedia (photo : Cathy Baumerder).

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16 juin 2016

François Bernheim : interview pour l'ensemble de sa carrière

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7492_108490756197683_6572886381044119432_n.jpgL’auteur-compositeur-interprète François Bernheim est un découvreur de talents comme les Poppys, Louis Chedid (mandorisés et ), Renaud (mandorisé ), Patricia Kaas… faiseurs de tubes comme « Non, non, rien n’a changé », « Mon mec à moi », « Il mio rifugio »… Compositeur de nombreuses musiques de films, il réunit parfois quelques amis musiciens, afin de chanter lui-même les chansons qu’il a écrites et qui sont devenues des succès par la voix des autres. Et si certains de ces autres le croisent dans les parages, François les invite à monter sur scène et à chanter avec lui. Les 22 et 23 juin prochains, François Bernheim et ses amis seront sur la scène du Rond-Point pour deux concerts exceptionnels. Attention, un nouvel album et quelques jeunes talents pourraient bien se mêler à cette fête, où Radio Piiaf sera de la partie.

Les invités : Dani, Benoît Dorémus (mandorisés ici), Anne Etchegoyen, Alexandra KazanIsabelle Nanty, Pierre Palmade…

Les musiciens :

Guitare : Bruno Polius, Romain Roussouliere

Percussions et claviers : Jean-Marie Leau (mandorisé )

Percussions : Marc Chantereau

Chœurs et chant : Marie-Camille Soyer

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Avec François Bernheim et Jean-Michel Ribes, le directeur du Théâtre du Rond Point où se déroulent les soirées François Bernheim & friends les 22 et 23 juin 2016.

bernheim-infrarouge-783x520.jpgInterview :

Quand on épluche votre CV, on constate que votre première expérience musicale est la formation d’un groupe avec les sœurs Sanson, Violaine et Véronique. Musicalement, il n’y a rien avant ?

Je suis catholique, mes parents m’ont fait aller à la messe de façon forcenée. J’ai participé à la chorale et j’y ai pris un goût énorme. C’est là que j’ai appris à l’oreille les harmonies. Je suis un autodidacte total et un instinctif. Je suis devenu Chanteur à la Croix de Bois à 10 ans et c’est là que tout a démarré.

A 10 ans, vous êtes-vous dit que c’était le métier que vous vouliez faire ?

Non, je suis né d’une famille extrêmement simple, ruiné moralement et financièrement par la guerre. Mes parents étaient fonctionnaires et ils ont tout misé sur moi. Ce n’est pas une pression énorme, mais je sais que je suis la chance de la famille de faire quelque chose. Loin de nous l’idée de faire carrière dans la musique. J’ai donc fait des études normales.

Vous étiez en seconde avec Dominique Blanc Francart, je crois.

Oui. Lui avait déjà un groupe et moi, j’en formais un. On a été virés tous les deux pour indiscipline.Ca créé des liens. Je l’ai retrouvé 15 ans après professionnellement.

Au lycée, vous commenciez à être très branché musique.

J’écoutais beaucoup de rock’n’roll et donc j’ai formé un groupe dans le garage de mes parents. C’est banal. Le rock, c’est joyeux. On s’amuse, on n’est pas à l’âge où on parle de la guerre tout de suite. On a fait des petites soirées dans des bars et des clubs de la banlieue ouest.

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Et après ?

J’ai eu une mononucléose, donc j’ai loupé une année scolaire. Pendant cette année-là, j’ai écouté beaucoup de disques et je n’ai pas travaillé du tout. Deuxième chose, j’ai eu un accident très très grave à la suite d’une course poursuite (il me raconte le pourquoi du comment de cette histoire hallucinante… mais il me demande de la taire) qui m’a cloué au lit pendant pas mal de temps et là, on m’a offert une guitare. J’ai encore cette guitare. Mes parents m’ont amené l’année suivante en Espagne en vacances. Là, sur une plage, je suis tombé sur deux jeunes filles superbes, que je ne connaissais pas et qui avaient 16 et 13 ans. La première s’appelle Violaine, la seconde Véronique. Les sœurs Sanson avaient des parents aisés et étaient donc dans un superbe hôtel. Après avoir fait connaissance, très vite, on fait des chansons autour de piano de l’hôtel. Pour la faire courte, nous nous revoyons à Paris. Je découvre ainsi le milieu de la haute bourgeoisie. La maman de Violaine et Véro organise un goûter dans la demeure familiale. Moi, j’ai 17 ans, Véro en a 14. On joue des morceaux tranquillement et un type que nous n’avions pas remarqué, car il était dans le fond du salon, vient nous voir pour nous demander de venir à son bureau le lendemain. C'était le directeur des éditions Pathé Marconi. Le lendemain, on croise Tino Rossi, Henri Tachan et Julien Clerc dans les couloirs et dans le bureau, il y a un jeune mec qui s’appelle Michel Berger, un autre qui s’appelle Claude-Michel Schoenberg et un troisième qui s’appelle Jacques Sclingan. Le rendez-vous se passe magnifiquement et les trois directeurs artistiques nous demandent de venir au studio le lendemain. Là, c’est Gilbert Bécaud que l’on croise, nous sommes émerveillés. On enregistre une quinzaine de titres très maladroitement. Berger et Schoenberg nous font signer un contrat sous le nom de Les Roche Martin. On ne sait même pas pourquoi ce nom.

Les Roche Martin: "Miss Gaffe", maquette studio de 1967 (paroles et musique : François Bernheim). Le trio est composé de Violaine Sanson, Véronique Sanson et François Bernheim.

230291624971.jpgCombien de temps a duré l’aventure Roche Martin ?

Deux ans. Le temps de faire deux Super 45 tours (4 titres chacun). Nous n’avons quasiment rien vendu, mais il est resté dans la mémoire collective comme les débuts de Véronique Sanson. C’était assez nouveau dans les mélanges de voix. Rétrospectivement, je trouve que c’était pas mal. Après le deuxième 45 tours, je me suis fâché avec tout le monde. Je crois que j’étais dépité par la romance qui commençait entre Michel Berger et Véronique Sanson. Il faisait un peu bande à part et ça me mettait hors de moi. J’ai même dit que je m’opposais à la sortie de ce deuxième disque. J’étais susceptible à l’époque, c’était juste un mouvement d’humeur.

C’est à cause de vous que le groupe s’est arrêté ?

Non, ça devait s’arrêter de toute manière. Je le sentais. Violaine m’a suivi, car elle était ma petite amie à l’époque et Véro est restée avec Michel Berger. Ils ont fait une sublime carrière ensemble.

Aujourd’hui, vous êtes encore ami avec les sœurs Sanson ?

Bien sûr. Quand je fais un spectacle, elles viennent souvent. On refait les Roche Martin pour rigoler.

Après, vous êtes rentré chez Barclay.

Quand le groupe explose, je ne sais plus par quel miracle, la secrétaire d’Eddy Barclay m’appelle, alors que j’avais repris mes études à la fac. Il me reçoit à son bureau et on commence à boire du Bordeaux à 11 heures du matin. Il me demande ce que je fais. Je lui réponds que je viens d’accepter un boulot à mi-temps pour payer mes études. Il me demande combien je gagne. Je lui réponds 1500 francs par mois. Il me dit qu’il m’offre la même chose, mais à temps complet, pour devenir son assistant. Il m’a donné 5 minutes pour accepter ou refuser. J’ai dit oui tout de suite, sans prendre le temps de réfléchir. Pour lui, être assistant, c’est être disponible tout le temps. Il aimait me montrer pour dire qu’il avait un assistant. J’ai passé une année à ne rien faire, mais j’ai essayé d’apprendre mon métier.

Et soudain, il vous propose de vous occuper d’une artiste.

Oui… et c’est Brigitte Bardot. Je deviens son directeur artistique. Elle avait 38 ans et elle venait d’arrêter le cinéma. Je suis devenu très pote avec elle. Elle a été très gentille avec moi. Je n’avais pas de sous, elle m’invitait tout le temps et on a beaucoup voyagé tous les deux. Je précise que je n’ai pas eu d’aventure avec elle. Je le dis, parce que c’est rare. Elle n’était pas nympho, mais elle aimait les mecs.

"C'est une bossa Nova", une chanson de François Bernheim pour Brigitte Bardot.

En studio, elle était comment ?R-1658380-1394398906-8972.jpeg.jpg

Extrêmement docile. Dans le choix des chansons et dans la façon de travailler, ça se passait toujours bien. Elle avait le sens de la mesure, elle chantait juste. Elle n’avait aucun caprice. Il n’y a jamais eu aucun problème avec elle.

Diriger Bardot, pour un jeune homme comme vous, ça n’a pas dû être facile.

Il faut être le patron. Comme un directeur d’acteur, un metteur en scène, c’est moi qui disais « c’est bien », « c’est pas bien », « il faut chanter autrement »… Même si je n’étais pas sûr de moi tout le temps, je faisais semblant de l’être. Les artistes ont besoin de ça.

Barclay a voulu vous virer.

Il était en cessation de paiement. Dans les couloirs, on voyait passer des mec avec des attachés-case. Ça ne sentait pas bon, il y avait des audits partout. Et puis, un jour, avec une autre directrice artistique, Jacqueline Herrenschmidt, nous avons décidé de faire chanter l’actualité par des enfants. Je suis parti à fond la caisse dans cette idée. En une heure, j’ai écrit deux chansons, « Noel 70 » et « Non, non, je ne veux pas faire la guerre ». Nous avons eu la chance de tomber sur la chorale d’Asnières. On a sélectionné 17 mômes qu’on a appelé Les Poppys. En 5 ans, on a vendu 5 millions de disques. Pour Eddy Barclay, soudain, avec Jacqueline Herrenschmidt, nous sommes devenus Dieu. On a sauvé sa maison.

Clip des Poppys, "Non, non, rien n'a changé".

114108119.jpgVous avez porté d’autres tubes pour Barclay.

Michel Delpech avec « Whight is whight » et “Pour un flirt”, Nino Ferrer avec “La maison près de la fontaine”, Léo Ferré avec « C’est extra », Esther Galil avec « Le jour se lève », Patrick Juvet avec « la Musica ».

Je crois que Barclay n’aimait pas trop Juvet.

Il me disait qu’il ne voulait pas le garder sous le prétexte que « les français n’aiment pas les pédés ».

On vous a laissé signer des jeunes comme Louis Chédid.

Je le trouvais extraordinaire. Un ovni dans ce paysage. Je l’ai connu, il était chef monteur aux actualités Gaumont. Un copain commun me le présente. Il me fait écouter des maquettes. J’adore sa poésie et sa sorte de folie. On a signé un album, Balbutiements, et il n’a eu aucun succès. Mais c’était la première marche de sa carrière.

Un extrait de l'album de Louis Chédid, Balbutiements, "Enchanté".

Avec Jacqueline Herrenschmidt, du coup, vous avez quitté Barclay.

On a donné notre démission. Nous avions trop donné sans recevoir en retour. Barclay nous a fait un pont d’or pour que nous changions d’avis, mais nous nous sommes drapés dans notre dignité. C’était un homme d’affaire avant tout.

Vous avez monté la société HB. Herrenschmidt Bernheim Productions.

Oui, nous voulions produire en toute indépendance. Grâce à Coluche, on a vu Renaud au Caf’ Conc. Il faisait sa première partie. Nous avons tellement aimé que le lendemain, on le reçoit dans notre bureau. Il est arrivé en poulbot, c’était génial. A ce moment-là, Paul Lederman voulait le signer, mais il a refusé. Par contre, il a signé avec nous. On n’a pas compris pourquoi il nous avait choisis. Amoureux de Paname est sorti en mars 1975 et contient des chansons comme « Hexagone » ou « Société, tu m'auras pas ». La fille qui a accueilli Renaud pour la première fois, c’est Danièle Gilbert. 

Première prestation télévisuelle de Renaud : "Camarade bourgeois" à Midi Première.

Et pas de chance, votre boite a coulé à cause d’un escroc.

Oui, nous avions confié les finances à quelqu’un qui nous a trompés. Il est parti avec l’argent. Il a foutu la merde dans la vie de Jacqueline et dans la mienne d’une façon incroyable. On a été obligé de céder Renaud, alors qu’il commençait à avoir du succès. Pour être honnête avec vous, je peux dire que Renaud a servi à payer nos dettes. Il a fallu 7 ans pour que l’on se remette de ça. Nous vivions dans une honnêteté totale, mais dans une naïveté idiote.

Ça vous a écœuré du métier ?

Un peu évidemment, mais il faut se battre. Avec Jacqueline, nous nous sommes séparés. Il y a eu dans ma vie un long moment de flottement.

Et Phonogram vous appelle.

Le président de cette maison de disque me demande si je suis intéressé pour aller faire une étude au Brésil. J’ai accepté et ça m’a fait un bien fou. Je suis allé essayer de comprendre pourquoi aucun des artistes brésiliens fort talentueux n’arrivaient pas à vendre en dehors de leur pays. Je me suis retrouvé tout seul à Rio et j’ai rencontré des tas d’artistes magnifiques.

Quand vous êtes rentré, on vous a demandé de faire du disco.

Oui, c’était la mode, mais je ne suis pas quelqu’un qui fait danser les autres. J’ai quand même dit que j’avais quatre idées d’albums. J’ai donc monté quatre groupes fictifs avec des chanteurs et des musiciens de studio, ensuite, je suis allé mixer à New York. Je travaillais avec Jean-Pierre Lang pour faire les chansons et les textes étaient signés Boris Bergman. Ces albums ont marchoté.

Vous avez passé un an à New York puis vous revenez vivre à Paris.

Oui, à l’époque, je vivais avec Agathe Godard, journaliste de Paris Match avec laquelle je suis resté 7 ans. Un jour elle m’annonce qu’elle va interviewer Gérard Depardieu. Elle me demande de venir avec elle et j’accepte. On se retrouve à Bougival pour déjeuner. Il y avait Elisabeth Depardieu et ça a été le début d’une amitié de 35 ans.

Elisabeth Depardieu chante "Les hommes de ma vie", extrait de l'album "A Barbara quand j'ai froid" (1983).
Paroles: Elisabeth Depardieu et François Bernheim.

Vous avez travaillé avec elle.

Je lui ai fait deux albums, dont un dirigé par Barbara. Cette dernière était très désagréable avec moi parce qu’elle était jalouse de la relation que j’avais avec Elisabeth. De son côté Elisabeth me fait des chansons pour mes propres albums, mais ils ne marchent absolument pas. C’est normal, en tant que chanteur, je n’ai jamais marché (rires).

Et puis, un jour, Patricia Kaas apparaît dans votre vie.

Un copain artiste, Joël Cartigny, me demande de le rejoindre pour regarder une artiste en vidéo. Plan fixe sur un cabaret de Sarrebruck, le « Rumpelkammer Club », puis arrive une fille de 16 ans qui chante comme personne. J’appelle. Je tombe sur sa mère qui ne parle qu’allemand, je ne parle pas cette langue, mais on arrive à se comprendre. Le lendemain, la petite Patricia fait un concert à la fête de la bière de je ne sais plus trop quelle localité. Je m’y rends et je la vois chanter des chansons comme New York, New York devant 700 personnes alcoolisés. Plus personne ne bronchait. Je l’ai ramené à Paris et je l’ai présenté à Elisabeth Depardieu. Nous décidons de produire le premier album de Patricia Kaas dans la société d’Elisabeth.

Ce premier disque, La musique de la forêt noire, ne fonctionne pas. Moi-même, je n’en ai jamais entendu parler.

Pour les radios, Kaas, ça a été un rejet total. Elisabeth libère Patricia, mais moi, je garde contact avec elle. Je fais écouter ce qu’on a fait à Bertrand de Labbey (qui dirige aujourd’hui la première agence artistique européenne, Artmédia) et il me conseille d’aller voir Didier Barbelivien. Ce que je fais. Il apprécie la voix de la chanteuse et me demande de revenir une semaine plus tard. Le jour J, à l’arrache, il me chante « Mademoiselle chante le blues ». Je me dis immédiatement que c’est génial pour elle. C’est exactement le genre de chanson qu’il lui faut. Cette chanson avait été refusée par Nicoletta et Nicole Croisille. Elle n’a donc pas été écrite pour Patricia. On lui fait signer un contrat chez Polydor et ça été le début de son immense succès. Je lui ai composé « Mon mec à moi », « D’Allemagne », « Les hommes qui passent », « Entrer dans la lumière »…

Clip de Patrica Kaas : "Les hommes qui passent".

Après Patricia Kaas, il se passe quoi pour vous ?

Tout et n’importe quoi. J’ai écrit pour plein de monde. Quand j’y repense, j’ai passé mon temps à faire des trucs très branchouilles ou des trucs très populaires. J’aime me diversifier et être là où on ne m’attend pas forcément.

guillaume-depardieu-post-mortem-album-critique-avis-le-bric.jpgTerminons avec un disque dont vous êtes à l’origine et que j’aime beaucoup : le seul disque de Guillaume Depardieu (mandorisé ), Post Mortem.

Affectivement, c’est une de mes expériences les plus intenses. Les autres artistes que j’ai produits, je ne les ai pas connus quand ils avaient 6 ans. J’avais une relation très tendre avec lui et depuis très longtemps. Il y avait un amour énorme entre nous. J’avais une écoute artistique et sensible différente de celle de son papa et je l’ai toujours suivi dans ces études musicales classiques, dans ses démarches punk ou hip hop. Il allait dans plein de directions, mais il revenait toujours vers moi pour me demander mon avis.

L’intérêt était-il réciproque ?

Oui, il s’intéressait beaucoup à moi et à ce que je faisais artistiquement. Nous nous chambrions beaucoup, mais c’était bon enfant. Nous avions une forte complicité.

Qui a décidé de faire ce disque ?

Un jour, il vient chez moi et me donne des textes. Il repart aussi sec. Je comprends qu’il a  peur de savoir ce que j’en pense. Je trouve ça fort, violent, poétique. Une semaine après il m’appelle pour avoir ma réaction. Je lui dis mon sentiment, mais je le sens déçu. Il finit par me dire : « mais tu n’as rien fait ? ». Il voulait que j’écrive la musique, mais il ne me l’avait pas demandé. Je suis rentré en studio et j’ai fait 11 maquettes. Je lui ai envoyé avec ma voix. Lors de l’enregistrement, il l’a chanté avec ma tonalité. Il n’a rien changé. Il a été d’une fidélité totale à mon travail. On a tout enregistré en deux après-midi. Je n’avais rien à diriger tant il était parfait.

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Guillaume Depardieu et François Bernheim sur la même scène, peu de temps avant le départ du comédien chanteur. 

Comment ont réagi les maisons de disques ?

Chez AZ, Valéry Zeitoun, a été subjugué par le résultat. Mais après trois semaines d’attente, il a fini par dire non parce que son équipe ne voulait pas. Chez Sony, Valérie Michelin écoute 15 secondes et elle me dit : « pourquoi tu me fais écouter des trucs pornos ? » Je suis sorti de ce rendez-vous assez écœuré. Chez Atmosphériques, Marc Thonon, a été subjugué lui aussi. Il le signe, malgré les difficultés financières qu’il traverse. Et Guillaume part tourner un film en Roumanie, L’enfance d’Icare. Là-bas, il contracte une pneumonie et une nouvelle infection à un staphylocoque doré, résistant à la méticilline, qui l'oblige à être rapatrié à l'hôpital de Garches. Il y meurt le 13 octobre 2008.

Clip officiel de "Je mets les voiles".

Comment réagissez-vous ?

Je suis effondré, évidemment. Pas pour le projet, parce qu’il était comme un « fils » pour moi. Et puis ce mort dont l’artistique m’appartenait, je ne savais plus quoi en faire. Il fallait qu’il revienne à sa sœur Julie. Ils étaient fâchés et n’étaient pas réconcilés avant sa mort. Elle a écouté le disque et elle est devenue folle. Dans le sens, folle d’émotion. Elle a développé une parano et une culpabilité totale et infernale et elle a voulu tout prendre en main. J’ai traversé cinq années complètement idiotes et décousues. J’étais rejeté du projet alors que Guillaume avait validé mon travail. Julie, elle, a considéré que je n’étais pas de la bonne génération. Pour elle, il fallait aller voir des gens « branchouilles », comme Benjamin Biolay, auxquels Guillaume n’aurait jamais pensé, évidemment. Tous ont décliné parce que ce n’était pas leur truc ou que certains me connaissaient et ne comprenaient pas pourquoi ce n’était pas moi qui portait ce projet jusqu’au bout. Julie m’a sous-estimée et je suis rentré dans un conflit très dur avec elle. Je ne supporte pas que mon œuvre arrive aux oreilles de tout le monde sans que j’en aie donné l’autorisation. Une tierce personne a débloqué la situation en trouvant une solution commune qui était celle de travailler avec Renaud Létang. Ne voulant pas trop discuter longtemps, je voulais que ce disque finisse par sortir, j’ai donné mon accord. J’ai posé une condition, que ce soit un double album. Un CD du travail que Guillaume avait validé avec moi et un CD de la version de Julie.

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Pendant l'interview...

Quelle histoire !

D’autant qu’il a fallu faire la promo. Elle l’a faite de son côté et moi du mien. Jamais ensemble.

J’ai l’impression que cela vous a blessé.

D’abord la disparition de Guillaume, puis ce que ce projet est devenu. Pour couronner le tout, j’ai sorti un livre avec Sylvie Matton, intitulé Guillaume Depardieu, bande originale dans lequel je racontais notamment l’aventure de ce disque. Ce que j’estime être un beau bouquin a été désavoué complètement par la famille. Je voulais rendre hommage au travail de Guillaume et à l’homme que j’ai connu. Visiblement, ce mort appartient aux autres.

Aujourd’hui, vous travaillez sur quoi ?

Je travaille de nouveau pour Patricia Kaas. Je souhaiterais qu’elle revienne au top de la chanson française.

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Après l'interview, au Café de Flore.

08 juin 2016

Jil is Lucky : interview pour Manon

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jil is lucky,manon,interview roy musicAprès le succès rencontré sur ses deux premiers albums (grâce notamment au titre « The Wanderer » - hymne officiel de Flower by Kenzo -) et de nombreuses tournées en France (Cigale et Casino de Paris sold-out) et dans toute l'Europe, Jil is Lucky se renouvelle en chantant pour la première fois en français. Il a composant un concept-album ambitieux autour d’une rencontre poétique et destructive entre le narrateur et une jeune djette franco japonaise, "Manon". Jeune, blonde, environ 1 mètre 60.

Le concept-album s’impose mais le chanteur tenait aussi à ce que chaque chanson ait son identité et son indépendance. Manon s’écoute comme on regarderait un film. Les titres sont autant de scènes : de la rencontre à la rupture en passant par la passion, la jalousie et les regrets.

La qualité de l’album tient beaucoup aux trouvailles d’écriture de son auteur mais aussi à son ambiance électro pop qui marque un tournant dans la carrière de l’artiste.

Jil is Lucky est venu à Webedia le 12 avril dernier pour me présenter ce nouveau projet.

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jil is lucky,manon,interview roy musicInterview :

Pourquoi avoir choisi la langue française pour ce projet ?

J’ai toujours écrit pour moi de la poésie en français, mais je n’avais jamais passé le cap de notre langue dans les chansons. Je voulais réussir à allier des formes très traditionnelles de poésie comme l’alexandrin, l’octosyllabe à l’ancienne, un langage très parlé, très direct et mélanger tout ça. J’ai écrit deux alexandrins qui sont devenus l’ouverture de l’album. Ca racontait une histoire : « Ça fait des mois que je n’ai plus de nouvelles d’elle, signalement petite blonde un soixante et quelques ». Ça m’a beaucoup inspiré. Qui est cette fille ? Que pouvais-je inventer autour d’elle ?

Ta voix est mixée dans la musique, c’est un procédé plutôt rare en France.

Je viens de l’easy pop. J’ai appliqué les codes de la musique anglaise ç un album en français.

C’est un disque conceptuel.

Je raconte une histoire d’amour, tout ce qu’il y a de plus banal en soi, les prémices, le développement et la rupture. Il est préférable d’écouter l’album dans sa continuité, mais j’ai fait en sorte que chacune des chansons puissent être écoutées indépendamment les unes des autres. C’est un album hors format par rapport à ce qu’il se fait aujourd’hui, je le concède. Il doit s’écouter en prenant son temps. Il n’est pas immédiat. Il a une certaine prétention à vouloir jouer la carte de la profondeur, à jouer sur la réécoute et la durée. Je ne pensais pas qu’on allait pouvoir en retirer un single et pourtant « Le goût de l’aventure » et « A l’envers » sont déjà joués en radio.

Clip de "le goût de l'aventure".

Faire un tel disque, n’est-ce pas une sacrée prise de risque financière ?

Si on sait quelque chose sur les disques conceptuels, c’est que c’est le four assuré (rire). J’ai la chance d’être dans un label indé, Roy Music, qui me suit depuis le premier album. Ils ont confiance en moi, même en sachant que chaque album est à chaque fois radicalement différent. Je suis entièrement libre, ce qui me permet d’aller au bout de mes envies… sans frein.

Comment garde-t-on sa fan base en agissant ainsi ?

On ne la garde pas. Le premier album était très folk, voire tsigane, le deuxième, In the Tiger’s Bed, était beaucoup plus pop, ultra produit et le troisième est en français avec une écriture moderne… ma façon d’envisager ma carrière est anti marketing. Je m’en moque,  à chaque nouveau disque, il y a toujours des nouvelles personnes qui découvrent mon travail.

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Est-ce un besoin vital de ne jamais faire la même chose ?

Ma seule hantise artistique, c’est de me répéter. Ce serait terrible pour moi de resservir deux fois les mêmes formules. J’ai une vision de l’art en perpétuelle mutation, en mouvement constant. Je suis méticuleux, je travaille énormément, dix heures par jour au minimum.

Ce disque permet d’évoquer les facettes les moins reluisantes de l’amour?

Je parle des facettes de l’amour et de la douleur. Ce qui m’intéressait, c’était ce côté irrationnel et passionnel quand on rencontre une lolita. Quand on plonge à corps perdu dans une histoire, on sait très bien, dès les premières minutes, qu’on va morfler. Ce que je voulais faire ressentir dans le ton de la narration, c’était ce côté désabusé du type qui sent qu’il est cuit parce qu’il est face à une gamine qui va le prendre, puis le broyer et le jeter à la poubelle. J’ai voulu faire passer le décalage entre la profondeur des sentiments et le côté ultra superficiel de la gamine.

Manon- VR 360 - The movie (court métrage tourné à 360° et son multidirectionnel.  

Tu as passé deux ans dans ton bureau à décrire Manon. As-tu hésité à lui donner vie ?

Avec mon label, c’est la question que nous nous sommes très vite posés : est-ce que qu’on cherche une fille qui pourrait être elle ? Le but des chansons, au-delà de l’histoire, c’était de ramener chaque personne qui écoute ce disque à sa Manon. On en a tous une. On a tous morflé avec une gonzesse.

Et finalement, vous en avez cherché une.

On a cherché assez longtemps notre Manon quand deux personnes du milieu de la nuit nous ont demandé si on allait prendre Moon pour personnaliser ce projet. On est allé voir sur Instagram et bingo ! C’était bien la fille idéale pour endosser ce rôle. Elle était dans tous les clubs branchés. A la base, elle est directrice artistique, mais elle fait aussi de la sculpture, du dessin… c’est une artiste pure et dure. Elle a une beauté tellement singulière qu’elle fait du mannequinat malgré elle. La première fois qu’on l’a vu dans les bureaux du label, le souffle de tout le monde a été coupé. On s’est dit : « Il y a Manon qui vient d’arriver en personne ».

C’est bizarre de créer un personnage et de trouver sa parfaite représentation ?

C’est le fantasme de pygmalion absolu. Pour un artiste, c’est fantastique. A partir du moment où on a vu cette fille à l’image si forte, on a décidé de décliner le projet en différents clips et un film en 360°.

Clip de "A l'envers".

Moon a accepté facilement de devenir Manon ?

Elle a demandé à écouter les chansons et, après écoute, elle a dit qu’elle voulait être Manon. On l’a prévenu qu’elle allait être très mise en avant dans la presse, sur la pochette. Elle a acquiescé à tout.

Tu es précurseur et c’est bien de l’être, mais tu n’as pas peur que cette histoire de lunettes effraye les gens ?

Comme je ne suis pas du tout dans le circuit mainstream, je peux me permettre à peu près ce que je veux. Je vois ça comme un « goodies » (un objet promotionnel, un cadeau). Je sais que ceux qui s’intéressent à mes disques et à ma musique sont souvent des curieux. Je suis sûr que l’expérience les tentera. Mais l’essence du projet reste le disque. Les films, les lunettes, ce sont des gadgets.

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Pendant l'interview...

jil is lucky,manon,interview roy musicTu as un frère qui est chanteur lui aussi, Bensé. La musique est-elle une histoire de famille ?

Notre oncle avait une radio dans le sud. Il ne passait que de la musique des années 60 et 70. Nous ingurgitions tous ses vinyles comme des biberons. Il nous a appris à jouer de la guitare de la basse et de la batterie. On mettait du Led Zep, Pink Floyd, Hendrix et on jouait là-dessus. Nous sommes partis jouer dans les clubs, les bars toutes les semaines. Mon frère avait 16 ans et moi 12. A 22 ans, j’ai décidé d’arrêter mes études pour faire de la musique avec Julien (prénom de Bensé). Je l’ai accompagné à la basse, mais parallèlement, j’ai écrit des chansons et j’ai eu la chance de signer tout de suite. Aujourd’hui, nous avons nos carrières et nos tournées respectives, mais nous sommes souvent ensemble.

Outre la musique, tu t’adonnes à d’autres activités artistiques. Lesquelles ?

Je suis aussi peintre et sculpteur. En ce moment, je peins des aquarelles. J’ai besoin de varier mes activités artistiques pour trouver un semblant d’équilibre.

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Le 12 avril 2016, après l'interview.

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07 juin 2016

Alors Chante! 30e édition (quatrième et dernière partie) : Yves Jamait et Tony Melvil

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(Photo : MaxPPP)

alors chante! 30e édition, interview, bilan, yves jamait, tony melvil, mandorDernière partie de ma vision de cette édition 2016 d’Alors Chante ! à Castelsarrasin. Sur ce blog, vous le savez, je raconte les festivals à travers ce que je vis et les rencontres que j’y fais.

Pour lire de vrais comptes rendus, je vous propose de nouveau de lire ces liens :

Les points de vue de Patrice Demailly pour RFI Musique (ici), Yannick Delneste pour Sud Ouest (,  et ), Benjamin Valentie pour FrancoFans (ici).

L’après-midi commence (comme de coutume) avec les artistes « découvertes », en l’occurrence, ce jour-là, le groupe La Goutte (mandorisé là) qui offre de belles chansons sociétales de facture traditionnelles, Denis K, chanteur rock’n’romantique qui propose des chansons d’amour (un peu trop bluettes pour moi) et Tony Melvil (mandorisé ici), artiste iconoclaste aussi touchant que cynique. Il a interprété une bonne partie de son troisième et nouvel EP, Plein jour, sorti chez AT(h)ome. Sept titres enthousiasmants qui regorgent d’énergie et d’humour décalé, plus visible sur scène que sur disque.

A l’issue de ces prestations, les membres du jury d’Alors Chante ! se sont réunis pour décerner les différents « Bravos ». Voici quelques photos des délibérations.

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Parfois, les débats continuent après les délibérations. Ici, Corinne Labat, la présidente du Pic d’Or en pleine conversation avec Philippe Albaret, le directeur du Studio des Variétés.

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Une heure plus tard, tout le monde est réuni sous le chapiteau pour la proclamation des résultats. 

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Et le résultat est :

Bravos du Public : Gatshens
Prix des CCAS : 
NORD
Bravos des professionnels : 
Tony Melvil

Les remerciements de Tony Melvil ravi d’avoir remporté le prix du jury (fort mérité).

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J’ai interviewé cet artiste quelques jours après Alors Chante !, le 13 mai dernier, quelques heures avant son passage au Limonaire.

alors chante! 30e édition,interview,bilan,yves jamait,tony melvil,mandorInterview :

J’ai suivi ta prestation à Alors Chante ! avec pas mal de journalistes et tu nous as bluffés. Tu as un énorme potentiel. Par contre, tout le monde s’accorde à dire que ton EP ne transmet pas l’énergie que tu as sur scène et ton côté pince sans rire.

Ce n’est pas agréable à entendre parce que lorsqu’on fait un disque on fait en sorte qu’il soit le mieux possible. Mais je comprends ce que tu me dis. J’ai conscience, par exemple, d’avoir du mal à reproduire mon côté humour noir, ironique.

De manière générale, je crois qu’on ne peut pas retranscrire sur disque ce que l’on fait sur scène. C’est presque une lapalissade ce que je dis là.

Il y a pourtant des gens pour lesquels c’est l’inverse. Il est difficile d’être bon dans les deux cas. Comme je ne suisalors chante! 30e édition,interview,bilan,yves jamait,tony melvil,mandor pas un grand chanteur à voix, c’est compliqué d’atteindre le même niveau sur disque que sur scène. La scène, je maîtrise depuis longtemps et j’ai tendance à être porté par pas mal de paramètres, parmi lesquels le public et l’ambiance. En concert, je suis tranchant, cohérent et je ne fais aucun compromis. En tout cas, en faisant abstraction de mon cas personnel, je trouve ça dingue que les mêmes chansons sur disque ou sur scène ne procurent pas les mêmes sensations. Ce sont des phénomènes psycho-acoustiques que je ne m’explique pas.

Tu bosses sur un premier album actuellement ?

Oui, du coup, avec ce que tu me dis, je ne sais pas trop comment faire pour éviter cette embûche-là. Il va falloir que je fasse tout pour me libérer. C’est une histoire de confiance en moi et le prix que j’ai reçu à Alors Chante ! est hyper important pour cela. Je me dis que je ne suis pas là par hasard et qu’il y a une possibilité que cela dure.

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Tu es le premier primé de la nouvelle version d’Alors Chante !

C’est amusant parce que Thibault Defever (Presque Oui, mandorisé là) avec lequel je travaille depuis le début et qui m’a pris sous son aile, a gagné le même prix en 2008 je crois. J’aime ce genre de symbole.

As-tu eu des répercussions immédiates après le prix ?

Oui, quelques programmateurs m’ont appelé. Il y a des dates qui sont en train de se caler pour la saison prochaine. Ca remotive toute mon équipe. C’est compliqué les projets au long cours. Mes musiciens, mon manager, ma maison de disque ont besoin de récompenses de cette nature. Ça rassure tout le monde.

C’est quoi, pour toi, une bonne chanson?

Je ne connais malheureusement pas la recette précise (rire). Pour moi, c’est quand je parviens à dire des choses sans être trop pesant sur des thèmes qui peuvent être lourds.

alors chante! 30e édition,interview,bilan,yves jamait,tony melvil,mandorTu fais des spectacles jeunes publics (« Quand je serai petit » avec Usmar). Ça t’apporte beaucoup ?

Je me sens bien dans cette mission-là. Le jeune public est franc et tu ne peux pas les gruger avec des artifices. Si tes chansons ne leur plait pas, en trente secondes ils ne t’écoutent plus. On est dans une situation de vérité.

Comment aimerais-tu qu’évolue ta carrière ?

Artistiquement, il faut que je sois vraiment bon. Je veux aller vers des projets de qualité et essayer d’être accepté par tous les publics, même les plus exigeants. Honnêtement, je n’en ai rien à branler de la notoriété, mais je ne fais pas ce métier pour rester dans ma chambre. Je demande juste qu’on me donne les moyens de continuer à jouer sur scène dans des conditions honorables.

Sur scène, tu t’es créé un personnage. Peux-tu nous le décrire ?

J’ai grossi le trait de mon caractère, de mon tempérament. Il y a des trucs punk en moi que je ne montre pas et que je n’ai pas besoin de livrer dans la vie courante puisque je la livre sur scène… c’est aussi une libération pour moi.

A chacune de tes entrées sur scène, je me dis qu’il faut oser faire ce que tu fais.

Il faut le comprendre comme un questionnement : « qu’est-ce que mon rapport au monde ? » Je me sens désarmé, parfois agressif par rapport à la société et au monde que l’on nous propose, alors je dis : « n’attendez-pas de recevoir de ma part ce que vous attendez de moi ! ». Je laisse beaucoup de silence, c’est très désarçonnant parce que normalement, je devrais plutôt occuper l’espace. Le rien que je propose a une signification forte. Ça me fait du bien de sortir tout ce que j’ai en moi sur scène.

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Après la proclamation des résultats, la présidente de Chants Libres, Dominique Janin, a réuni quelques journalistes pour une mini conférence de presse bilan.

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« Dans les conditions où nous l'avons conçue et mise en place, c'est une magnifique édition. Une page est tournée, nous sommes aujourd'hui à Castelsarrasin, accueillie par une ville qui a mis tout en œuvre pour faire renaître le festival. Nous avons bien sûr des ajustements à faire, des enseignements à tirer mais la dynamique est là. Faire vivre Alors chante! dans les salles et chapiteaux mais aussi dans la ville: c'est le défi désormais à relever, après cette édition d'installation" dixit Dominique Janin.

Quelques chiffres :

En tout, 5200 spectateurs, avec des concerts jeune public à succès (1000 personnes dont 500 scolaires) chaque matin.

Dans la salle Jean-Moulin, 800 personnes à Pierre Perret, même affluence pour Vianney  (mandorisé là) et Thomas Dutronc. A la soirée Thiéfaine, on a relevé 600 personnes. Le soir sous le chapiteau, la soirée La Belle Bleue, Chloé Lacan (mandorisé ici) et Yves Jamait n’a pas dépassé 300 personnes. Les quatre après-midis "Découvertes" ont rassemblé à chaque fois une centaine de spectateurs, professionnels et grand public réunis.

En fin d’après-midi, je suis allé à la rencontre d’Yves Jamait (mandorisé là)

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Yves Jamait et un de ses musiciens (échange de couvre-chef). 

alors chante! 30e édition,interview,bilan,yves jamait,tony melvil,mandorInterview :

Alors, ravi de retrouver ce festival ?

J’aime bien l’idée que l’on reprenne ce cépage. Pour moi Alors Chante ! est un cépage. Maintenant, il s’agit de le planter où il faut pour avoir un même bon vin. Ce sera différent, mais il va falloir accepter cette différence. Ce cépage, cela aurait été dommage qu’il crève et qu’on l’oublie. Je n’ai pas du tout envie de comparer avec l’ancien festival, c’est juste une continuité.

Symboliquement, c’était important que vous soyez là pour le retour de ce festival ?

Je suis déjà venu l’année dernière quand ils ont fait la soirée de présentation. Je défends la chanson qu’ils défendent, alors, je me sens bien ici. Être là, c’est une forme de militantisme, mais c’est surtout beaucoup de joie et de plaisir.

A part de la chanson française, vous écoutez quoi comme musique ?alors chante! 30e édition,interview,bilan,yves jamait,tony melvil,mandor

Je ne peux donc pas vous dire que j’écoute pas mal Babx et son Cristal automatique, alors (rire). Sinon, hors hexagone, j’écoute beaucoup Paolo Conte. Je ne suis pas trop anglo-saxon. C’est une histoire de sonorité de langue. J’en ai tellement qui  m’arrive spontanément que je n’ai pas envie de chercher de ce côté-là.  Mais, bon, il m’arrive d’écouter JJ Cale, Léonard Cohen ou Tom Waits. Je ne suis pas très Beatles par exemple. C’est joli, mignon, mais ça ne me touche pas. Je me suis aperçu que ce qui me procurait le plus d’émotion, c’était des chansons françaises.

Vous êtes dans la case « chanson française traditionnelle ». Trouvez-vous que cela est réducteur ?

J’ai une casquette irlandaise, mais j’ai le droit au nom de Gavroche à tire-larigot. Je souffre quand même d’un manque de culture de certains journalistes. Je suis en costume tout le temps, Gavroche alors chante! 30e édition,interview,bilan,yves jamait,tony melvil,mandorn’a jamais été en costume. J’ai 50 balais, Gavroche a donc pris un coup dans la gueule. On me dit que j’ai de la gouaille. Rien n’est plus faux. Il y a des observateurs de cette chanson qui la haïssent et qui, du coup, la travestissent. Si j’étais une autre personne et que je tombais sur un papier sur moi, je n’irais pas me voir. Je me dirais « ça y est, il va nous sortir sa sérénade sous Renaud ». Je suis victime de gros clichetons de bistrot. Il m’arrive de parler de bistrots dans mes chansons, mais j’ai la sensation d’avoir cherché ailleurs. Je trouve qu’on m’enferme dans une caricature dans laquelle je ne parviens pas à sortir. J’en ai marre que l’on dise de moi que je fais de la chanson néo réaliste tendance rock musette. Un peu d’imagination que diable !

En France, il est vrai que les étiquettes sont dures à décoller.

Ça reste. Mon disque a été passé à Didier Varrod à France Inter. Sans l’écouter, il a dit que ce n’était pas pour lui. Si je passais à l’electro, si je me mettais une plume dans le cul, beaucoup continueraient à ne pas le remarquer. Heureusement, mes salles sont pleines, j’ai fait 50 dates depuis le mois de novembre. Je ne fais pas de la chanson pour des gens de la culture tout comme les charcutiers ne font pas de la charcuterie pour les charcutiers. J’ai la chance d’avoir un public qui se retrouve dans une certaine universalité d’émotion que j’essaie de transmettre.

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Voilà, c'est fini.

Merci à Dominique Janin et tous les bénévoles de l'association Chants Libres pour l'organisation sans faille et pour l'accueil chaleureux. Merci à Danièle Molko et toute la sympathique équipe d'Abacaba et enfin merci à Patricia Teglia et Julie Papaye (Aoura, relations presse), les attachées de presse du festival, d'une redoutable efficacité.

A l'année prochaine?

03 juin 2016

Alors Chante! 30e édition (troisième partie) : Hubert-Félix Thiéfaine et Pomme

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(Photo : Francis Vernhet)

alors chante! castelsarrasin,hubert félix thiéfaine,pomme,interview,mandorLe vendredi 6 mai 2016, toujours sous le soleil de Castelsarrasin, Alors Chante ! continue de plus belle sa nouvelle trajectoire, telle une étoile (qui ne sera pas filante) (dites-moi si j’en fais trop !) Dans l’après-midi, les artistes de la scène « découvertes » montrent l’étendue de leur talent. Gatchen’s, Pomme et Minou. Le premier (groupe) propose un voyage en Afrique (magnifique), la seconde (chanteuse) une folk honorable (mais je ne peux pas utiliser un adjectif plus fort, tant le réalisateur personnel de la chanteuse n’a pas été à la hauteur de la situation… la musique s’est parfois transformée en « bruit cacophonique », dommage, car la voix et les textes de la jeune femme semblaient prometteurs), et le troisième (groupe) une pop electro bien ficelé (mais 1000 fois entendues).

J’ai interviewé la jeune Pomme parce que, malgré la difficulté à apprécier son répertoire dans ce contexte-là, j’ai décelé un petit quelque chose qui m’incite à penser qu’elle peut faire un bout de chemin dans le monde de la chanson française.

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alors chante! castelsarrasin,hubert félix thiéfaine,pomme,interview,mandorInterview :

Comment en es-tu venue à faire de la musique ?

Par mes parents qui m'avaient inscrit, ainsi que mes frères et sœurs, au solfège et qui nous ont poussés à jouer d'un instrument de musique. Au départ ce n'était donc pas un choix, mais lorsque mes frères et sœurs ont décidé d'arrêter, de mon côté j'ai souhaité continuer. Au départ c'était vraiment une corvée mais ensuite je me suis rendue compte que j'aimais chanter et jouer des instruments...

C’est important de participer à une scène découverte quand on est un artiste « émergent » ?

Pour moi, c’est une énorme opportunité. Les concerts, c’est ma promotion. Je n’ai aucune radio nationale sur mon projet, donc les concerts, c’est un moyen extraordinaire d’aller voir les gens. C’est intéressant de se mesurer au public et de jouer devant des gens qui ne me connaissent pas. Je suis très fière de participer à ce festival-là, car il est très attaché à la chanson et aux textes.

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(Photo : David Torres)

D’accord, il y avait du public, mais surtout pas mal de personnes du métier.  Programmateurs, directeurs de salles, journalistes… C’est un peu curieux de chanter en sachant que l’on est jugé professionnellement.

J’ai réalisé qu’il y avait des professionnels dans la salle en sortant de scène. Je n’avais pas compris que c’était un concours, donc je n’étais pas dans la compétition. Je suis contente de ne pas l’avoir su avant, ainsi, j’ai pu être zen et chanter comme d’habitude.

alors chante! castelsarrasin,hubert félix thiéfaine,pomme,interview,mandorTu as sorti récemment un EP de quatre titres chez Polydor.

En fait, mon parcours est long. Je ne débarque pas chez Universal par hasard, à 19 ans. En réalité, j’ai commencé les concerts à 14 ans dans des bars lyonnais pendant 3 ans. Je faisais des reprises des Cranberries ou de Dolly Parton, notamment. Les gens ne venaient pas pour m'écouter et j'étais payée en bières (rires), c'était particulier. Un jour, j’ai rencontré le chanteur Matthieu Mendes avec lequel j’ai fait un duo, « Okay ». Il s’est avéré être le single de son album. Beaucoup de gens ont entendu cette chanson et le monde de la musique étant un petit milieu, de fil en aiguille, je me suis retrouvé à avoir un rendez-vous chez Polydor. Avant ce duo, j’écrivais déjà des chansons en français, alors j’ai pu enregistrer cet EP très rapidement.

Si tu écris et composes, tu as aussi des chansons signées Vianney ou Ben Mazué… Pas mal pour un alors chante! castelsarrasin,hubert félix thiéfaine,pomme,interview,mandordébut !

J’avoue, je suis gâtée. Ces chansons sont dans mon répertoire parce qu’elles sont bonnes. Je travaille mon écriture, mais cela ne me dérange pas de chanter les textes des autres quand ils sont meilleurs que les miens et qu’ils me ressemblent et me concernent. Pour dire la vérité, je pourrai faire un album de chansons exclusivement composées et écrites par moi, mais il sortirait dans 5 ou 6 ans. Il faudrait que je sois plus patiente, mais aujourd’hui j’ai envie de vivre mon aventure, alors j’accepte de chanter des chansons que des talentueuses personnes écrivent pour mon projet.

Tu tournes beaucoup en ce moment. Tu fais la première partie de Louane dans les Zénith de France depuis quelques jours. C’est dur de chanter devant des gens qui ne viennent pas pour toi ?

Oui, mais c’est une magnifique expérience. Il faut savoir capter le public avec un univers qui n’a rien à voir avec celui de Louane. Les premières parties, c’est toujours une espèce de défi, mais ce qui est bizarre, c’est que cela me stresse moins que lors de mes propres concerts où les gens ont payé leur place pour me voir… ça me met une pression supplémentaire.

Tu es confiante en ton avenir professionnel?

Non, pas vraiment (gros éclat de rire !) J’ai l’air confiant sur scène, mais en vrai, je suis pleine de doute. J’ai arrêté la fac il y a trois mois pour me consacrer  à la musique, je culpabilise à fond. Je ne sais en aucun cas si ça va durer, si je vais gagner ma vie durablement. Je le fais quand même parce que je trouve que le jeu en vaut la chandelle. C’est un métier hyper incertain.

Ce que j’aime dans ce genre de festival, c’est que nous croisons les artistes du soir, détendus et profitant du temps et du calme régnant. Les Zoufris Maracas, Jules et le Vilain Orchestra, Marcie… et, comme là, les Debout sur le Zinc (bon, ils se font shooter...)

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Après la prestation des jeunes artistes en devenir, une petite cérémonie a été organisée pour remettre le grand prix de l’Académie Charles-Cros à l’immense Hubert-Félix Thiéfaine (le soir, il se produit dans la salle Jean Moulin).

"Quand j'étais jeune, le grand prix de l'Académie Charles-Cros, c'était quelque chose. Il était plus ouvert et des artistes anglo-saxons pouvaient le remporter. Je l'ai eu pour la première fois il y a 20 ans pour "La tentation du bonheur", et j'étais très ému. Je ne savais pas qu'on pouvait l'avoir deux fois!" a dit un Hubert-Félix Thiéfaine, certainement ému, mais qui n’a pas pour habitude de montrer ses sentiments. Ce prix salue son dernier album studio Stratégie de l'inespoir.

Voici quelques photos de la cérémonie…

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A l’issue de cette cérémonie, HF Thiéfaine a bien voulu répondre à mes questions. Et une interview de Thiéfaine n’est jamais très commune.

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(Photo : Francis Vernhet)

alors chante! castelsarrasin,hubert félix thiéfaine,pomme,interview,mandorInterview :

Vous avez été honoré il y a quelques minutes. Est-ce que cela vous touche ?

Il n’y a pas de quoi pavoiser quand on est chanteur, mais bon l’Académie Charles Cros, c’est tout à fait respectable. Elle fait un travail formidable. Depuis l’âge de 15 ans, je suis ceux qu’elle récompense. Mes chanteurs préférés ont tous reçu le Prix de l’Académie Charles Cros.

Votre carrière est extraordinaire. Sans média, vous avez toujours rempli les salles de concert et vendu beaucoup de disques. Etes-vous content de votre sort ?

En règle générale, non. La vie est tellement absurde que c’est difficile de s’en contenter et d’être heureux. Mais quand je me souviens de ma situation quand j’avais 18 ans, avec mes rêves, mes envies, mes premières chansons, je ne pensais pas être là encore aujourd’hui. D’abord, je ne pensais pas vivre aussi longtemps. Je pensais que j’allais avoir une gloire posthume. Ce n’est plus possible aujourd’hui parce qu’on sait que le monde va s’arrêter avec nous.

Vous êtes très optimiste, dites-moi !

On est au bord là ! On ne finit pas le siècle, je vous assure. Autant qu’on le dise aux gens, qu’on les prépare un peu mentalement. Pour revenir à votre dernière question, je me dis, à de rare moment, que j’ai bien bossé… mais je vous rassure, ça me passe très vite.

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Quand vous dites que vous ne pensiez pas vivre longtemps, est-ce que, du coup, chaque jour passé est du bonus ?

C’est un choix pour moi. C’est ma liberté de savoir si je suis vivant ou mort. J’ai choisi de vivre parce que la mort ne m’appartient pas, elle fait ce qu’elle veut. Elle viendra quand elle viendra. Je n’ai pas arrêté mon côté suicidaire, car ça, c’est intrinsèque, mais je le contrôle un peu plus.

Ça veut dire que vous avez acquis une certaine sagesse ?

Non, ça veut dire que je vis pour d’autres, pas pour moi. Plus précisément, j’ai choisi de vivre pour certains autres, pas tous les autres.  Je n’ai pas le cœur assez grand pour accueillir tout le monde dans mon cœur et dans mon âme (rire).

Il y a désormais plusieurs générations qui viennent vous voir et qui vous portent de l’admiration.

Ca me touche terriblement. Pendant toute cette tournée, cela se termine par un standing ovation. Il se passe quelque chose de très fort tous les soirs. Je gémis toujours un peu par rapport aux kilomètres à faire, mais quand je suis arrivé sur le lieu du concert je suis heureux. Je n’échangerais contre rien au monde ce que je ressens quand je suis sur scène.

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(Photo : Francis Vernhet)

Si je vous dis que vous êtes devenu un chanteur populaire, cela vous heurte les oreilles ?

Non, je l’ai toujours été par rapport à mon public. Les jeunes qui viennent parfois avec leurs parents, voire leurs grands-parents, ils ont été bercés par mes chansons. Comme moi j’ai appris les chansons de Berthe Silva quand j’avais trois ans, eux sont tombés dans le Thiéfaine.

alors chante! castelsarrasin,hubert félix thiéfaine,pomme,interview,mandorVous détestez parler de vos chansons. C’est parce qu’elles ne s’expliquent pas ?

J’essaie de mettre en musique ce que je ressens. Ce n’est pas très rationnel, c’est pour ça que j’utilise des chansons. On n’est pas obligé d’être rationnel pour communiquer avec les autres. Le public qui connait par cœur mes textes sait que j’ai choisi les vrais bons mots pour définir les choses dont on ne peut pas parler rationnellement. Ces bons mots, il faut parfois les chercher très profondément en soi. C’est la raison pour laquelle je refuse de parler de mes chansons. Je casserais ce que j’ai réussi à faire avec le texte.

Sortir un album live, ça ne vous gêne pas ?

Si, ça me gêne parce que les maisons de disque deviennent de plus en plus dures avec les artistes. On n’a pas vraiment le choix.

Finalement, vous êtes rentré dans le système ?

Je l’ai toujours été. J’ai toujours vendu mes disques dans de grosses maisons de disques. Par contre, au niveau scène, j’ai ma propre société de production. J’ai trouvé un bon équilibre… au moins dans ma vie professionnelle.

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31 mai 2016

Alors CHANTE! 30e édition (deuxième partie) : Zaza Fournier (et un peu Vianney)

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alors chante!,bilan,zaza fournier,interview,mandorLa deuxième journée d’Alors Chante ! (le 5 mai 2016) a vu arriver un public plus nombreux que la veille. Au programme de la soirée Vianney et Thomas Dutronc dans la salle Jean Moulin et Valerian Renault (remplaçant Maissiat qui n’est pas venue pour des raisons techniques) et la Grande Sophie sous le chapiteau.

Après avoir découvert Danny Buckton Trio et JB Notché et réapprécié à sa juste et énorme valeur la chanteuse K !, je suis allé à la rencontre de Zaza Fournier qui ouvre le spectacle de Vianney et Dutronc fils.

Petit aparté. Dans l’après-midi, j’ai croisé Vianney flânant au bord de la Garonne… et comme je le connais un peu, nous avons discuté… et posé comme deux touristes.

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Camille Fournier, alias Zaza, donc (mandorisée ici le 28 septembre 2008 lors des Muzik’Elles de Meaux). Elle est devenue chanteuse en cours de théâtre, improvisant au cours Florent sur le thème « Qu’est-ce qu’un homme, qu’est-ce qu’une femme ? ». Zaza Fournier, passée à l’accordéon sur le tard, mais à l’accordéon par le biais du rock. Pour son troisième album, Le Départ, elle a recruté le musicien et réalisateur britannique MaJiKer (qui avait produit Le Fil de Camille). Il l’a emmené vers un travail très ludique sur le rythme et la voix. Dans Le Départ, il est question de paupières closes et de nuits blanches, de sentiment d'imposture et de mensonge. Notamment.

alors chante!,bilan,zaza fournier,interview,mandorInterview :

Es-tu déjà venue à  Alors Chante ! ?

Oui, je suis venue à Montauban pour mon deuxième album.  Je ne te cache pas que j’en garde un souvenir mitigé. Cela avait été compliqué pour moi, parce que je n’avais pas la notion que c’était un concours. J’ai compris presque au dernier moment. Ai-je fait un déni ? Je ne sais pas. J’ai un rapport à la compétition un peu compliqué. Ça me tétanise et je ne sais pas pourquoi. A l’époque où je faisais des études de théâtre,  le conservatoire, les grandes écoles, c’était une période dure pour moi.

Tu es revenue l’année dernière pour participer à la soirée de soutien, ici.

Oui, comme j’avais été très déçue par ma participation à Montauban, j’étais ravie de revenir à Castelsarrasin pour la nouvelle vie d’Alors Chante !. Je trouve qu’il y a une vraie famille autour de ce nouveau festival.

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Quelques minutes avant l'interview...

Ton troisième album, Le départ, est dans la même veine que les deux précédents.alors chante!,bilan,zaza fournier,interview,mandor

Je veux une cohérence dans ma discographie. A aucun moment, je n’ai décidé de switcher tout ça pour faire autre chose. Entre le premier album sorti en 2008 et celui-ci, 8 ans se sont écoulés. Je ne me sens pas la même personne et je trouve logique qu’il y ait une évolution, même si elle est discrète.

C’est difficile de durer dans ce métier?

La seule chose que j’ai compris, c’est qu’il n’y a pas de recettes, d’idées à comprendre pour faire en sorte de durer. Moi, je m’efforce de  faire que ce que j’ai envie de faire. Entre la première fois où je me suis mise à faire des chansons et aujourd’hui, je ne fais plus de compromis. Au début, je bossais avec un label, des collaborateurs, je ne comprenais rien à rien, je me laissais un peu diriger sans réfléchir. Aujourd’hui, je me force à écouter la petite voix intérieure… et ce, en toutes circonstances.

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Zaza Fournier sur scène avec son acolyte MaJiKer (piano Beatbox).

alors chante!,bilan,zaza fournier,interview,mandorA quand le quatrième album ?

Je suis en plein dedans. D’ailleurs, cette fois-ci, je ne pense pas en termes d’album. Ce schéma de fonctionnement m’a un peu fatigué. J’aime bien quand les gens partent de mes spectacles en se disant « je ne sais pas trop bien ce que j’ai vu ». Mon envie est d’aller plus loin dans cette idée-là et de monter un spectacle. Je suis en train de l’écrire et de réunir des gens pour le faire avec moi. Je pense que l’année prochaine, je proposerai ça. L’album viendra dans la foulée, mais ce n’est pas lui qui va tirer l’ensemble du projet.

Je te trouve à part des autres chanteuses.

Ce qui compte le plus au monde, pas qu’en musique d’ailleurs, c’est d’être au plus près de sa singularité. Par définition, nous sommes tous uniques. Ce qui nous tue est ce qu’on nous apprend à faire toute la journée. On nous explique comment être socialement acceptable et on nous demande d’être définissables. Ce qui m’angoisse le plus dans la vie, c’est d’avoir à me définir. Je ne le fais donc pas. C’est chiant pour les autres et pour moi-même, mais je me sens plus vivante et plus en mouvement comme ça.

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Zaza Fournier après l'interview.

En fin d'après-midi, un petit pot « à la bonne franquette » a été offert aux membres du jury et quelques professionnels présents. Au programme : saucisson, Saint Nectaire (le meilleur du monde ramené par un membre du jury) et quelques bouteilles de vins (de toutes les couleurs). Moment très convivial. 

Bref, la journée fut bonne...

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Benjamin Valentie, le rédacteur en chef de FrancoFans servant le directeur du festival de Pause Guitare sous l’œil amusé de Dominique Janin, présidente de l'association Chants Libres qui organise cette édition d'Alors Chante!.

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30 mai 2016

Alors CHANTE! 30e édition (première partie) : Pierre Perret.

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(Photo : Rémy Gabalda (AFP) )

alors chante! castelsarrasin,interview,pierre perretAlors... Chante ! nouvelle version a réussi son pari. Passé à la trappe en 2014 (pour d’obscures raisons pas toujours très belles, donc je les tais), ce festival que les amateurs de chansons françaises chérissaient tant, a fait un retour dans une nouvelle ville, Castelsarrasin. Un retour prudent. Cinq concerts ont été annulés pour ne pas déséquilibrer le budget (genre de nouvelle qui ne rassure pas, à priori).Mais bon, Pierre Perret, HF Thiéfaine, Yves Jamait, Thomas Dutronc, Vianney, Alexis HK, La Grande Sophie, Radio Elvis, Zaza Fournier, Debout sur le Zinc, Chloé Lacan et quelques autres étaient de la partie, c’est dire si je n’ai pas perdu mon temps. Au contraire.

Je ne vais pas revenir sur les invités, les concerts, l’ambiance, mes amis journalistes présents ont fait un sacré beau boulot (et ils semblaient plutôt enthousiastes!)

Voici notamment les points de vue de Patrice Demailly pour RFI Musique (ici), Yannick Delneste pour Sud Ouest (, , et ), Benjamin Valentie pour FrancoFans (ici).

Alors Chante ! a réuni 5200 spectateurs. L'opération séduction de cette manifestation a pris timidement, mais sûrement. Au-delà des chiffres, cette édition restera celle d'un renouveau et laisse à penser que celle de 2016 sera prometteuse.

Ce que je peux dire, c’est que j’ai passé quatre jours exceptionnels. J’ai découvert de nombreux artistes « émergents » (qui chaque après-midi jouaient chacun durant 45 minutes). Du bon, du convenu, de l’original, du moderne, du classique… il y en avait pour tous les goûts.

Je ne fais jamais de « live report » n’étant pas très bon dans cet exercice. Raconter un concert, je n’y parviens pas. Un concert ne se raconte pas. Il se voit.  Je vais me contenter de mettre en ligne les différentes interviews réalisées sur place.

Avant cela, je voulais remercier Dominique Janin, la grande ordonnatrice de ce festival (présidente de l’association Chants Libres) qui a eu le courage de reprendre en main Alors Chante !. Je pense aussi à son équipe de bénévoles (seul, on ne fait rien) pour leur professionnalisme, leur engouement, leur accueil et leur amour de la chanson française. Je tire mon chapeau à ce beau monde, mais aussi à l'équipe d'Abacaba pour l'organisation et la programmation. Un grand merci aussi à Patricia Téglia et Julie Papaye, les deux attachées de presse qui ont accédé à tous mes desiderata (raisonnables, je précise).

Première interview, Pierre Perret, l’enfant du pays. L’enfant de la ville, même.

Déjà, en septembre 2015, il était la tête d'affiche d'un concert de soutien et de préfiguration sur la place de la sous-préfecture. Le 4 mai, c’était donc son premier vrai concert à Castelsarrasin. Dans l’après-midi, il a reçu sur place le Grand Prix Chanson In Honorem de l'Académie Charles Cros.

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Le nouveau maire de la ville, Jean-Philippe Besiers, en a profité pour dévoiler le buste du chanteur signé du sculpteur toulousain Sébastien Langloïs (voir plus bas). L'œuvre sera exposée à la galerie municipale.

alors chante! castelsarrasin,interview,pierre perretLe soir, donc, une salle pleine à craquer par 800 personnes acquises à sa cause. Des guests, comme les Blankass, Alexis HK et Nolwenn Leroy l’ont accompagné. Pierre Perret au moment de quitter la scène est aux bords des larmes. Et le public en a eu pour son argent : des tubes, des chansons grivoises, des rires et des sourires… et beaucoup d’émotion. Perret a fait le tour de soixante ans de carrière, vertigineux retour en arrière dans les souvenirs de chacun.

Le lendemain du concert, le 5 mai, il a accepté de s’entretenir avec moi à son hôtel (Le Moulin à Moissac).

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Avant le concert, Pierre Perret accompagné notamment de Nolwenn Leroy et de Dominique Janin. 


alors chante! castelsarrasin,interview,pierre perretInterview :

Pierre Perret qui donne un vrai concert chez lui pour la première fois, après 60 ans de carrière, c’est un évènement que je suis fier d’avoir vu.

Et moi que je suis fier d’avoir enfin pu concrétiser. A cause du précédent maire qui ne m’aimait pas, je n’ai jamais pu chanter ici. C’est incompréhensible, car nous ne nous connaissions pas. C’était le fait du prince. C’est comme ça, c’est tout.

Il y a donc eu une charge émotionnelle supplémentaire de chanter hier à Castelsarrasin ?

Malgré moi, j’ai dit « enfin ! ». Vous l’avez vu vous-même, la salle était debout et très réceptive. C’était tellement magique que j’ai chanté 2 heures 20. On aurait pu continuer longtemps à « communier » ensemble.

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alors chante! castelsarrasin,interview,pierre perretDans l’après-midi, le nouveau maire a dévoilé un nouveau buste de vous. Ça vous a ému ?

Bien sûr. En plus, je n’étais pas au courant. On m’avait bien dit qu’il se préparait quelque chose, mais je ne savais pas quoi. J’étais loin de m’imaginer une telle espièglerie (rire).

Aimez-vous les honneurs ?

Je ne suis pas d’une nature contrariante, mais je n’ai jamais rien demandé. La légion d’honneur, il faut la demander. Moi, je l’ai reçu sans rien demandé. C’est unique je crois. Un jour, mon copain Michel Rocard m’a dit « je te remets la légion d’honneur cette semaine, il n’y a pas à revenir là-dessus ».

Vous avez reçu toutes les récompenses possibles.

Du Grand Prix de la Sacem à l’Ordre du Mérite en passant par la Légion d’honneur. Ce qui m’a le plus touché, c’est la première école qui a porté mon nom. C’est un symbole magnifique. Aujourd’hui, il y en a plus de 30. C’est un record en France pour une personne vivante.

Il faut vous demander l’autorisation pour cela ?

Oui. Ils appellent et ma femme répond toujours que je serai très honoré. Ce qui est vrai. Je vais inaugurer chaque école sans exception et à chaque fois, il y a beaucoup d’émotion. Souvent, les enfants chantent « Mon p’tit loup », « Lili » ou « La cage aux oiseaux »… ça me fait pleurer.

Vos chansons fédèrent toutes les couches de notre société et tous les âges.

Même si les vieux schnocks comme moi m’aiment bien, ça me touche plus quand je sais que je suis apprécié  par les enfants. L’avenir de la France de demain, ce sont les enfants et j’aime l’idée que mes chansons fassent partie de leur vie, les accompagne. Bon, quand je vois arriver des enfants qui me disent « c’est ma grand-mère qui m’a appris tes chansons », ça m’énerve un peu (rire).

Je trouve que vous avez un public très respectueux et attentif quand vous chantez de nouvelles chansons. Ça vous fait plaisir que l’on ne s’attarde pas que sur vos succès ?

Quand je chante « Femme battue » qu’a chantée Nolwenn Leroy hier soir, ou « La femme grillagée », il y a un silence dans la salle et on sent le poids de l’émotion.

alors chante! castelsarrasin,interview,pierre perretNolwenn Leroy vous a rendu un hommage très émouvant.

Elle est mignonne et très gentille.

Debout sur le Zinc, les Blankass, Les Ogres de Barbak se revendiquent de vous. Ils sont fans de vous.

Les Têtes Raides aussi. Ces jeunots aiment mes chansons et ça me fait un plaisir inouï. Ça me touche infiniment d’être une sorte de modèle, même si je sais qu’ils ont d’autres références, je suis déjà bien heureux d’en être une parcelle.

Vous vous habituez au succès, aux salles remplies ?

Quand vous arrivez aux Vieilles Charrues devant 55 000 personnes, croyez-moi, vous recevez une dose d’amour incroyable. Jean-Philippe Quignon, le créateur des Vieilles Charrues, aujourd’hui décédé, a dit un jour à l’AFP que la plus grosse émotion qu’il a eue en 20 ans de Vieilles Charrues, c’était le concert de Pierre Perret et juste après celui de Manu Chao. Ce type de déclaration me conforte dans l’idée que j’ai raison de continuer à faire ce métier.

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Vous ne vous lassez jamais de la scène ?

Si je me lassais un quart de seconde sur scène, je partirais en courant. Je ne peux pas rentrer sur scène impavide, sans envie d’y être. Je fais trois pas sur scène et déjà on me dit qu’on m’aime. J’ai la faiblesse de suivre mon ego.

Vous faites tellement partie de nos vies depuis longtemps.

Il y a une histoire de partage entre le public et moi. De plus, je crois que les gens aiment mon intégrité. Ils savent que je me suis toujours investi tout seul dans ce que j’ai fait. J’ai chéri mon indépendance très tôt et je n’ai rien demandé à personne Je suis un franc-tireur total. Les Ogres de Barbak disent de moi que je suis le punk suprême (rire).

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Parfois, vous vous faites emmerder, notamment par le Nouvel Obs ou même par Guy Béart.

Ce sont des histoires de jalousies et de bêtises à l’état pur. Je ne suis envieux et jaloux de personne. Quelqu’un a du succès, je suis content pour lui.

Avez-vous eu la vie idéale ?

Il faut traverser la vie en vivant la passion qui vous anime… quand on en a une. Ce n’est pas anodin et ce n’est pas donné à n’importe qui. Il y a plein de gens qui s’emmerdent au quotidien à faire des choses qu’ils n’aiment pas faire. J’estime que j’ai eu une grande chance.

Avoir la responsabilité de rendre heureux les gens, c’est lourd à porter ?

Oui, parce qu’à chaque fois que je planche dans l’obscurité  pour écrire avec mon stylo sur mon cahier d’écolier, je me pose toujours la question de savoir si cela va être partagé, compris, apprécié. Parfois, je peux réfléchir à une chanson cinq ans avant d’en être satisfait, avant d’estimer qu’elle peut toucher le public

Vous avez été tricard dans les médias un moment.

Mais je le suis encore. Je suis tricard dans les médias depuis tout le temps, mais le public s’en fout. Les gens suivent les modes et moi, je n’ai jamais été à la mode, donc jamais démodés. J’ai toujours fait les chansons et la musique de mon cœur.

A part vous, qui peut chanter des chansons de cul sans choquer ?alors chante! castelsarrasin,interview,pierre perret

J’ai fait beaucoup de chansons paillardes parce que je n’ai aucune inhibition. Vous savez, c’est très difficile d’aborder ces rivages-là. La chanson qui polarise ce type d’étiquette que je me suis collé, c’est « Le zizi ». C’est vraiment une chanson militante pour moi. Pour la première fois, une chanson évoque un sujet qui est complètement tabou. Je parle de sexe pendant 4 minutes. La seule certitude que j’avais, et là, je me trompais lourdement, c’était de penser que cela ne passerait jamais nulle part. C’était la douzième de l’album, c’est dire si j’y croyais. Europe 1 s’est emparé d’elle et la passait sur toutes les tranches horaires. J’ai vendu des millions de 45 tours. Ce sont les gosses qui ont fait acheter le disque et qui chantait ça à la récrée. Ça les faisait tellement rire de braver l’interdit. Pareil pour Tonton Cristobal. Un copain instituteur me disait qu’à l’école, les enfants chantaient « Il en a le cul cousu, il en a le cul cousu ».

Vous êtes un des chanteurs français les plus subversifs.

Oui, et la subversion a toujours dérangé. J’écris des chansons au cordeau. J’aime quand elles  provoquent des réactions et font réfléchir.  

La question qui tue : votre prochaine chanson choc qui pourrait devenir un standard, ce sera sur quel thème ?

Sur mon prochain album qui verra le jour dans quelques mois, j’ai déjà une chanson intitulée « Le pédophile ». On risque de beaucoup en parler…

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Le 5 mai, après l'interview.

29 mai 2016

Audrey Jougla : interview pour Profession : animal de laboratoire

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(Photo : Lou Sarda)

audrey jougla,profession :animal de laboratoire,interview,mandorAudrey Jougla est une femme de conviction sacrément courageuse. Elle force le respect. Après plusieurs années d'un engagement forcené aux côtés d’associations militant pour les droits des animaux, elle livre dans Profession : animal de laboratoire un récit sans concession sur l'enfer vécu par les animaux de laboratoire. Comme l’explique l’argumentaire de presse, « au risque de se mettre en danger, elle nous embarque en caméra cachée dans les sous-sols interdits des laboratoires publics et privés où se cache une réalité atroce : celle de l'expérimentation animale. Dans ces lieux surprotégés, se pratique une violence quotidienne et systématique souvent ignorée du grand public. Cette année, le débat sur la vivisection a enfin été relancé grâce à l’initiative citoyenne ICE qui a demandé officiellement à la commission européenne de mettre fin aux expérimentations animales en rendant obligatoires les méthodes substitutives qui obtiennent de meilleurs résultats sur l'homme. »

« En 2016, une prise de conscience sur le sujet encore tabou de la souffrance animale est plus que jamais nécessaire. Le citoyen du XXIe siècle ne peut plus ignorer les questions fondamentales de son rapport à l'animal, à la science et aux valeurs humanistes » explique Audrey Jougla

Le 27 avril dernier, Audrey Jougla est passé à Webedia pour une longue interview sur cet essai nourri d'une réflexion très documentée aux révélations impitoyables.

4e de couverture :audrey jougla,profession :animal de laboratoire,interview,mandor

Pendant plus d'un an, Audrey Jougla a enquêté en caméra cachée dans les laboratoires publics et privés français pour comprendre la réalité de l'expérimentation animale.
Quels sont les tests pratiqués aujourd'hui ? Dans quel but ? En Europe, plus de 11,5 millions d'animaux subissent chaque année des tests, qui ne concernent pas seulement les rongeurs mais de nombreuses espèces familières comme les chats, les chiens, les chevaux ou les singes.
En poussant les portes de ces lieux interdits au grand public, où personne n'a encore pu accéder sans effraction, Audrey Jougla nous embarque dans le récit de son aventure aux côtés des militants de la cause animale.
Une enquête inédite et un récit saisissant sur la souffrance infligée aux animaux, qui interroge notre humanité face à l'absurdité de la violence.

L’auteur :

Diplômée de Sciences Po Paris, Audrey Jougla a été journaliste avant de reprendre ses études de philosophie. Passionnée d’éthique animale, elle obtient les félicitations du jury pour son mémoire de recherche sur la question de l’expérimentation animale comme « mal nécessaire ». Elle est co-auteur de Nourrir les hommes, Un dictionnaire (Atlande, 2009).

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(Photo : Romain Lutringer)

audrey jougla,profession :animal de laboratoire,interview,mandorInterview:

Ce qui m’a surpris, c’est que j’ai lu ton livre comme un thriller.

J’ai raconté simplement, chronologiquement l’enquête et toutes les phases par lesquelles je suis passée. Il ne s’agissait ni de faire quelque chose de théorique, ni quelque chose de journalistique. Je voulais qu’il y ait de l’émotion et que ce livre soit incarné.

Cette cause te touche-t-elle depuis longtemps ?

Je suis végétarienne depuis toute petite. Pendant longtemps, je n’ai rien fait pour les animaux, je faisais juste un chèque pour certaines associations. A 25 ans, je me suis dit qu’il fallait que je milite activement. J’ai commencé à tracter et  à manifester.

Tracter t’as apporté beaucoup ?

C’est une excellente formation. On apprend tout en tractant. On a très peu de temps et on est souvent face à des réactions épidermiques chez les gens. On constate les préjugés qui nous reviennent constamment.

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Tracter, défiler...

On vous reproche quoi le plus souvent ?audrey jougla,profession :animal de laboratoire,interview,mandor

On nous demande souvent pourquoi on ne fait pas ça pour les humains.

Ça se tient comme argument, non ?

Non, chacun milite pour les causes qui leur semble les plus adaptés à son combat. Je défends les animaux, ce n’est pas pour autant que j’en n’ai rien à foutre des humains. C’est une question de sensibilité personnelle. Très souvent, les gens qui disent ça ne font pas forcément quelque chose pour les autres.

Te souviens-tu du déclic qui t’as incité à écrire ce livre ?

Oui. Je me suis rendue à une manifestation contre la vivisection organisée par plusieurs associations à Paris et j’ai été choquée par les images. Je n’en avais jamais vu autant et je me suis posée la question de leur véracité. Je me demandais si c’étaient des images d’aujourd’hui ou de vieilles archives. Enquêter pour savoir comment l’expérimentation animale se passait en France de nos jours m’a paru essentiel.

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Le 5 septembre 2015 à l’appel du CCE2A (Collectif Contre l’Expérimentation et l’Exploitation Animales) afin de dénoncer la barbarie de l’expérimentation animale et de mettre en avant les méthodes substitutives. Plus de 30 associations étaient représentées.

Il y a 12 millions d’animaux en Europe, toutes espèces confondues, qui ont été sacrifiés sur l’autel de la science chaque année, alors que tu expliques qu’il y a des solutions de remplacements pour éviter ces carnages.

En infiltrant ce milieu, j’ai assisté à des scènes de violences insoutenables et je n’ai rien pu faire ou dire par peur d’être démasquée. J’ai été révoltée en écoutant les argumentations et justifications à tous ses massacres. Je me suis vite rendu compte que les propos tenus ne tenaient pas la route. En gros, les gens qui expérimentent expliquent qu’ils font le sale boulot que la société ne veut pas faire. Ils disent qu’on ne change pas un protocole qui marche, qu’ils ont toujours fait ainsi… On ne peut pas justifier le mal avec ces arguments. Les laboratoires sont censés utiliser les méthodes alternatives, mais ils n’ont aucune contrainte et incitation à les chercher.

Tu as pris des risques en infiltrant les labos. C’est un vrai travail d’investigation. Tu n’as pas eu peur parfois ?

J’ai eu peur à la publication du livre. Au début, je voulais le publier sous pseudonyme, mais très vite j’ai considéré que ça allait à l’encontre du fait de dévoiler quelque chose. Si je ne mets pas mon nom, ça amoindrit l’impact. Tout ce que je dis est vrai et attesté. J’ai les sources de tout, comme les enregistrements par exemple. Ce qui est surprenant, c’est que j’ai eu une sorte de culpabilité par rapport aux gens à qui j’ai menti, même à ceux qui travaillent dans les labos. Cette sorte de trahison m’a longtemps habité.

Il faut préciser que tu as rencontré pas mal de personnes, parmi lesquelles des gens qui t’ont fait confiance.

Humainement, on noue des relations avec des gens qui ne sont ni des barbares, ni des sadiques. C’est très facile quand on est militant de les diaboliser, mais quand on les côtoie, ce n’est plus du tout pareil. Après, on se ressaisi en se rappelant que ce qu’ils font n’est pas justifiable.

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3 mois jour pour jour après le rejet de l’ICE Stop Vivisection, un happening d’envergure régionale réunissant une centaine de personnes a eu lieu à Lyon le 03 octobre 2015 pour maintenir la pression sur les autorités locales et nationales. Plusieurs stands de sensibilisation au véganisme et à l’expérimentation animale ont également eu lieu partout en France, avec la participation à plusieurs reprises d’Audrey Jougla.

Parfois, certains chercheurs des laboratoires t’ont impressionné, voire ont presque fait vaciller tes convictions.

L’autorité de la blouse blanche impressionne beaucoup. On est face à des « sachant », des gens qui ont une autorité, une expertise. Je me suis souvent demandée qui j’étais pour remettre leur propos en cause. Avec cette situation de messianisme scientifique, le débat est quasi inexistant et le grand public est tout le temps mis en défaut par rapport à ça. C’est détestable parce que l’on se rend compte que l’on confie l’autorité du jugement sur le débat à des gens qui sont juges et parties. Il y a donc très peu de débat public sur l’expérimentation animale parce que c’est très technique.

Qu’as-tu vu en pénétrant dans les laboratoires ?

J’ai vu des singes, des chiens, des chats, des rongeurs. Même si je suis très émotive, j’ai pu résister à la tentation de pleurer, vomir ou m’insurger… c’est l’utilité de ce que je faisais qui a pris le pas.

Tu expliques aussi que ces expériences sont parfois utiles. Ce que j’aime bien dans ton livre, c’est qu’il est très objectif.

La question de l’utilité des expériences est intéressante. Pour certaines expériences utiles et nécessaires à la santé humaine, il n’y a pas de méthodes alternatives, ça n’invalide pas la souffrance et le débat moral.

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Toujours expliquer son combat.

Tu cites des marques, des noms de laboratoires. Tu n’as pas eu de problèmes à la sortie de ton livre ?

Non, je n’ai pas reçu de menaces sur ma personne. Mais il y a eu beaucoup de pressions chez les médias pour ne pas m’inviter. Certains labos sont annonceurs dans certaines chaines de télé ou radio et dans certains magazines.

J’aime le fait que ton livre ne soit pas à charge. Ça le rend crédible.

Pour moi, c’était essentiel d’être le plus honnête possible par rapport à tous ce que j’avais pu entendre et ce que l’on m’avait dit. Ce qui est dramatique dans ce débat-là, c’est qu’il n’y a pas une vérité. Il y a des gens démunis qui travaillent dans des laboratoires qui disent « c’est terrible ce qu’il se passe, mais comment peut-on faire autrement ? » La législation oblige les tests sur les animaux avant de commercialiser les médicaments.

Tu t’es intéressée à la psychologie des gens qui font des expériences parce qu’on est quand même sur de la souffrance quotidienne et quasi permanente.

On entend souvent dire que ce sont des sadiques. Je pense en fait que tout est fait pour qu’il y ait une distance avec l’animal. Il est vraiment considéré comme du matériel.

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La place de la République était remplie de monde le 12 septembre 2015, lors de la journée organisée par la Fuda. Et Jeanne Mas et Raphael Mezrahi faisaient partie des militants présents

Les défenseurs de la cause animale, tes amis, ont fini par se méfier de toi lors de ton enquête.

Il y a eu un moment où c’était compliqué parce que je n’avais mis personne dans la confidence. Mes parents, mon ami, mes amis n’étaient pas au courant. Je me disais qu’ils allaient me décourager et qu’ils allaient avoir peur pour moi. Parmi les deux seuls militants de la cause animale qui étaient au courant, il y a un qui a considéré que j’étais passée de l’autre côté parce que je lui avais fait part de mes doutes. J’en étais arrivée à un point où je me demandais si les chercheurs n’avaient pas finalement raison. Je me suis ressaisie parce que la seule chose sur laquelle tout le monde est d’accord, c’est la souffrance des animaux.

Quelle est la conclusion de ton enquête ?

Sur un sujet comme celui-ci, on a trop tendance à évincer le débat sous prétexte que c’est médical et scientifique. On a tendance à penser que l’expérimentation animale est faite pour le bien être supérieur de l’humanité et on oublie la rentabilité. Les laboratoires ne sont pas des philanthropes, il y a des exigences derrière qui sont commerciales.

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Pendant l'interview...

Que peut-on faire ?

Mutualiser les résultats, créer une plateforme avec les méthodes alternatives en fonction des protocoles, avoir des subventions pour les méthodes sans animaux… Il y a plein de choses qui peuvent se faire.

Tes amis de la cause animale sont-ils rassurés sur tes convictions aujourd’hui ?

Ils m’avaient vu disparaitre pendant pas mal de temps. Le fait de pouvoir les retrouver, de revenir militer sur le terrain, avec le livre, c’est un soulagement. Ils ont compris mon absence et mon silence.

Les droits de ton livre sont versés à quatre associations.

Oui, le Collectif contre l'expérimentation et l'exploitation animale (CCE2A), International Campaigns, Antidote Europe et Pro Anima.

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Le 27 avril 2016, après l'interview.

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24 mai 2016

Emma Daumas : interview pour son roman Supernova et son EP Vivante

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(Photo : Serge Verglas)

emma daumas,supernova,vivante,interview,mandorEmma Daumas est une chanteuse. Mais plus uniquement. Elle est désormais également une auteure. Certes, ce qu’elle raconte dans Supernova (Editions Scrinéo) est proche d’une réalité qu’elle a côtoyée parfois de loin et souvent de très près, il n’en reste pas moins que l’on sent un souffle romanesque et un sens de la narration très prometteur.

J’avais déjà rencontré la chanteuse il y a 10 ans. L’éternelle histoire d’un journaliste qui interviewait une chanteuse de plus à son palmarès et d’une chanteuse qui répondait aux questions d’un énième journaliste. Il ne s’était rien passé humainement.

Et puis, récemment (en avril dernier) nous nous sommes retrouvés au 14e Salon du livre et de la chanson de Randan, tous les deux comme auteurs et pas franchement habitués à être de ce côté-là de la barrière. Une amitié immédiate est née.

Je l’ai donc revu le 29 avril dernier dans le salon du charmant Hôtel Joséphine, au pied de Montmartre, pour évoquer ce livre et son nouvel EP au nom merveilleusement bien choisi : Vivante.

4e de couverture :emma daumas,supernova,vivante,interview,mandor

C’est l’histoire d’Annabelle, seize ans, une jolie petite chanteuse de province et de son avatar, Bella, créature née de sa participation à « Starcatcher », télé-crochet en vogue servant de fusée médiatique aux adolescents en quête de poussière d’étoiles.

Pas de suspense factice dans ce récit où l’extinction violente d’une gloire est programmée à sa naissance. Il est question ici de l’initiation d’une jeune fille à la vie des grands, sous sa forme la plus cynique et exaltante qui soit. Une formation accélérée qui entraîne inexorablement la mort des illusions.

Dans un monde de spectacle et d’exhibition, où l’on confond amour et séduction, narcissisme et respect de soi, comment Annabelle réussira-t-elle à retrouver le chemin vers la vraie lumière, sa lumière intérieure ?

emma daumas,supernova,vivante,interview,mandorL’auteure (photo : Eric Vernazobres) :

Après la Star Academy en 2002, trois albums chez Polydor, un livre-disque pour enfants, Emma Daumas finit par poser ses valises dans sa Provence natale pour y fonder une famille et peaufiner sa démarche d’auteure.

En 2012, elle entame l’écriture de nouvelles chansons sous le regard bienveillant de Maxime Le Forestier, qui lui donne de nombreuses clefs et la confiance qui lui manquaient pour pouvoir écrire, enfin seule. Elle navigue depuis entre la musique, l’écriture et des aventures artistiques en tous genres, notamment dans le monde de l’art contemporain. Du reste un EP (mini album de 6 titres) est prévu en mai 2016, et un album à suivre.

En 2014, sa rencontre avec l’éditeur Jean-Paul Arif lui donne l’élan pour entamer l’écriture d’un roman à partir de son expérience de téléréalité, un texte qui sommeillait en elle depuis longtemps. Supernova est le fruit d’une longue réflexion sur les effets de ce qui fut un grand bouleversement dans sa vie.

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emma daumas,supernova,vivante,interview,mandorInterview :

Ecrire un premier livre, c’est compliqué ?

Ce n’est pas de tout repos. C’est l’éditeur Jean-Paul Arif qui m’a lancé ce challenge. Je lui avais fait lire des fables que j’écrivais et que je voulais publier dans son magazine L’éléphant. Il a aimé, mais mon parcours l’intéressait particulièrement. Il a préféré que j’écrive un roman.

Et tu t’es lancée directement ?

J’ai commencé à écrire sur des personnages et, très vite, j’ai eu ma trame. J’ai eu des visions de scènes importantes, comme des petits flashs. Deux mois plus tard, pour me rassurer, j’ai demandé à Jean-Paul de lire la première partie de mon livre. Il y a eu beaucoup d’évolution dans l’écriture entre le moment où j’ai commencé et celui où j’ai envoyé le résultat pour la première fois. Déjà, je suis passée de la troisième personne à la première. Je voulais l’identification du personnage pour qu’il soit au plus proche d’Annabelle et, ainsi, mieux rentrer dans les émotions. Il ne fallait pas que je craigne la confusion et la schizophrénie. Il y avait une ambiguïté, mais il fallait que je l’assume. En disant « je » et en lui faisant vivre des choses que je n’ai pas vécues, j’ai pu commencer à me détacher d’elle.  Dès que la première partie a été validée, que j’ai assumé et trouvé la forme, c’était parti. J’ai écrit une première version, puis une deuxième largement retravaillée. Il y a eu des suggestions et des discussions avec mon éditeur, puis j’ai pris un peu de recul. Je l’ai posé un petit mois et j’ai fait quelques ajustements. Ce livre m’a pris 14 mois. 

Ecrire un livre demande de la rigueur quotidienne. Tu y es parvenue ?emma daumas,supernova,vivante,interview,mandor

Je t’avoue qu’il y a eu des moments où j’ai plus traîné la patte que d’autres, mais j’ai été sauvée par la discipline. Quand on est maman et qu’en plus on travaille sur de nouvelles chansons, c’est essentiel de s’imposer un cadre d’écriture très strict.

Est-ce que parfois, ça t’a remué de te replonger dans les souvenirs de cette période-là ?

La dynamique a pris le pas sur les émotions que je pouvais ressentir. Cette rigueur que je m’étais imposée m’a permis d’aller au bout sans trop être chamboulée.

Au-delà de l’histoire d’une jeune fille à la notoriété aussi soudaine que stupéfiante qui explose en pleine vol, il est aussi question d’amour, d’amitié, de relation sœur-sœur, fille-mère, fille-beau-père.

Il fallait qu’elle soit confrontée au maximum de problématiques. J’ai essayé d’être réaliste tout en inventant des choses. Il y de nombreuses scènes/évènements/situations vécus par moi, d’autres vus chez les autres.

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Starcatcher = StarAcademy (version 2002) : un peu, mais pas tout à fait. 

emma daumas,supernova,vivante,interview,mandorTu as été très méchante avec ton héroïne.

(Rire). Je ne lui ai rien épargné, je suis d’accord. C’était aussi ça, la jouissance de mon roman.

Le moment où on apprend qui est le beau-père d’Annabelle m’a glacé le sang. Je ne peux pas dire ici pourquoi, mais franchement, c’est très fort.

Quand elle apprend qui est son nouveau beau-père, elle, et les lecteurs, ont une réaction épidermique. Cette intrusion dans son cocon fait froid dans le dos à tout le monde. Dans le cas présent, l’humain reprend le pas sur le mythe. Voilà, je ne peux rien dire de plus pour ne pas spoiler mon propre livre.

Annabelle fait souvent les mauvais choix dans sa vie personnelle et personnelle…

Ce n’est pas un livre uniquement sur le système, mais aussi sur la personne elle-même. Souvent, Annabelle fait effectivement les mauvais choix. Je montre ce qu’une jeune fille est capable ou n’est pas capable de faire pour continuer à alimenter ce système et continuer à en faire partie. Quand tu es projetée dans un monde, un milieu aussi étincelant, et que tu en fais partie, ta seule crainte est de perdre ta place. Même si tu vois que tu n’es pas à la bonne place, même si tu vois que ça te fais du mal, que cela attise tes pulsions destructrices, il y a quand même quelque chose en toi qui t’incite à continuer à faire partie du jeu. Dans le roman, j’ai considéré qu’il fallait qu’elle tombe au plus bas, pour qu’elle puisse rebondir.

Ne m’en veut pas mais, même si j’ai bien compris que tu n’as pas raconté totalement ta propre histoire, quand j’ai lu le livre, je te voyais en Annabelle.

Tu n’es pas le seul à me l’avoir dit et cela m’embête un peu. Je ne peux pas lutter contre ça. Ce que j’ai vécu a été une richesse très importante pour la conception de ce roman. Mon travail a été de me détacher de moi le plus possible pour aller vers une jeune fille d’aujourd’hui, une petite ado très contemporaine, bien ancrée dans notre modernité. Je voulais faire d’Annabelle un personnage générique auquel toutes les adolescentes pouvaient s’identifier.

Tu viens d’un milieu différent que celui de ton héroïne.emma daumas,supernova,vivante,interview,mandor

Nos vies n’ont rien à voir. Je viens d’un milieu particulièrement privilégié, un peu bourgeois. Mes parents m’ont désiré, ils m’ont hyper protégé et choyé. J’ai étudié dans une école catho… Lorsque j’écrivais, j’ai cherché à ce que l’on s’identifie à elle. Je ne suis pas elle et, surtout, je ne me sens pas comme elle.

Tu savais bien qu’on allait te questionner sur cette ambiguïté.

Oui, mais je ne pensais pas que l’on m’identifierait autant à elle. De toute manière, et je sais que tu le sais, certains médias n’entendent que ce qu’ils ont envie d’entendre.

J’imagine que les journalistes te demandent où est la part de réalité et celle du romanesque, non ?

Oui, mais je trouve que ce n’est pas ce qu’il y a d’intéressant dans ce projet. La télé-réalité pour moi, ça a été une expérience, mais c’est fini. A aucun moment, je n’ai eu envie d’écrire ma vie. Elle m’appartient. Mon intimité m’appartient et ce n’est pas ce que j’ai envie de communiquer aux gens. Je crois qu’il y a d’autres façons de parler de soi qui sont plus profondes et plus subtiles. Parler de soi en essayant de faire le pont avec les autres, c’est parler de soi et des autres en même temps.

Et quand on te pose la question avec insistance, tu réponds quoi  au final?

J’essaie de me dépatouiller en disant que tout est réaliste, mais tout n’est pas vrai. Il y a des choses à moi, d’autres aux autres. Je suis allée puiser dans mes bagages affectifs et émotionnels, mais en réalité c’est trouble et j’ai envie que cela le reste. Ce livre est un parcours initiatique, il raconte un cheminement. Il y a plusieurs niveaux de lecture. Ceux qui voudront y voir une autobiographie déguisée pourront le faire, moi, j’y vois des symboles qui représentent mon cheminement intérieur. Pour moi, ce cheminement est à la fois artistique et spirituel.

emma daumas,supernova,vivante,interview,mandorCe n’est pas un livre qui balance sur le métier, il n’élude rien de ce qu’il est, c’est tout.

Merci de le dire. Cette quête de célébrité et de gloire est très intemporelle. Depuis toujours, il y a eu des systèmes qui ont alimenté ce fantasme-là. Les télé-crochets et la télé-réalité sont des systèmes d’aujourd’hui. A l’époque de Star Academy, j’étais comme un cobaye qui vivait quelque chose qui le dépassait complètement. Cette expérience veut dire beaucoup sur les êtres humains et notre rapport à la célébrité, à la reconnaissance et à l’amour. En écrivant, j’avais l’impression de transcender cette expérience en quelque chose de positif. Je n’ai jamais eu la sensation de cracher dans la soupe ou de dénoncer des gens. Au fond, avec le recul, ce que j’ai vécu à la Star Academy est  un accélérateur de particule. Il faut juste puiser au fond de soi les forces nécessaires pour naviguer correctement dans ce milieu.

Je conseillerais aux jeunes artistes qui débutent et qui aimeraient passer dans ce genre d’émission de lire ce roman. Cela pourrait leur signaler deux trois choses…

Cela dit, les ados d’aujourd’hui ont ça dans les mœurs. Ils sont nés avec. Ils connaissent tous les codes de ce genre d’émission et les adoptent immédiatement sans aucun recul. Comme j’ai vécu le début de cette ère, je peux être lucide sur tout ceci. Mais je refuse de me placer dans la position de la moralisatrice. Je n’ai pas de conseils à donner. En plus, on n’a pas tous vécu cette aventure de la même façon. Ça dépend de la sensibilité et des armes que l’on a pour rentrer dans ce monde-là.

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Pendant l'interview... (1)

Ta démarche d’écrire sur cette période-là de ta vie fait-elle sens ?

Profondément. C’est ça « évoluer ». Te servir de ton bagage pour pouvoir naviguer dans d’autres mondes. Ça fait cinq ans que j’ai commencé à aborder le travail artistique de façon très différente. Je me suis beaucoup ouverte à des nouveaux médiums et à des nouveaux genres. Ça a éclaté toutes mes projections et mes codes habituels. Maintenant, je me sens capable de me lancer dans de nombreux projets artistiques différents. Aujourd’hui, je me sens artiste. Et ce livre a beaucoup participé à ce cheminement.

Le regard des gens du métier a-t-il changé envers toi ?emma daumas,supernova,vivante,interview,mandor

De façon notable. Aujourd’hui, je suis interviewée par Technikart (voir à droite) ou Le Grand Journal. Il y a quelques années, c’était inimaginable. Ca me montre que j’ai pris le bon chemin et ça m’encourage. Le regard des médias peut titiller mon ego, certes, mais aujourd’hui, je suis plus flattée que des artistes contemporains me fassent confiance sur des projets sur lesquels personne ne m’attend. Déjà avec Maxime Le Forestier, ça a été une étape. Quand un type comme ça pose les yeux sur ton travail, tu es obligée de prendre ce privilège au sérieux. Grâce à lui, j’ai commencé à être exigeante envers moi-même et à m’ouvrir à d’autres choses.

Le tome deux de Supernova sort l’année prochaine ?

(Rire) Non. Mais je suis en train de réfléchir à un  deuxième livre. J’ai déjà la trame. Les lecteurs de Supernova risquent d’être surpris. Mais, ce n’est pas une suite.

EPK de l'EP, Vivante.

Parlons de ce nouveau disque, Vivante, qui sort le 27 mai.

Le livre et le disque sont deux projets complémentaires. Ils ont été élaborés en même temps. Avec Maxime Le Forestier je m’étais ouverte à une approche beaucoup plus visuelle dans le texte, une approche avec beaucoup plus de contextualisation et moins d’abstraction, tout en gardant une forme de poésie. C’est cette façon d’aborder mes textes de chansons qui m’ont amené à écrire ce livre. Avec le livre, il a fallu que je développe complétement ce territoire visuel imaginaire.

Tu as beaucoup travaillé avec Maxime Le Forestier avant d’enregistrer cet EP.

Oui, et grâce à lui, j’ai pu écrire des textes qui tenaient la route. Il a fallu que je peaufine les musiques, les structures, et que je finisse les textes avec un peu plus de subtilités. On a fait quatre maquettes avec les musiciens de Maxime. Grâce à eux,  j’ai pu commencer à me faire une idée sur ce que je voulais. Mon but était de revenir sur scène avec des chansons qui me correspondent aujourd’hui.

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Pendant l'interview... (2)

Et puis tu as fini par rentrer en studio.

C’est à ce moment-là que Benjamin Constant est intervenu Il a une vision extrêmement visuelle et sensitive des chansons, cela a donc matché immédiatement entre nous. Ces chansons sont le reflet d’une période très vivante de ma vie, d’où le titre de l’EP.

Es-tu heureuse de ce renouveau médiatique ?

Il est fondamental qu’un projet ait de l’impact vers l’extérieur, mais j’ai écrit un livre sur les dangers de la surmédiatisation, alors j’essaie de contrôler le flux. Là, je suis dans une période où je commence à ressentir que je suis rentrée dans un truc hyper mécanique. A la force de parler de soi, très vite, tu peux te vider de ta substance. La promo, c’est un peu devenir le centre de ta vie. Là, cela fait un mois que je ne fais que ça et j’ai vraiment besoin de me ressourcer et de ne pas me nourrir que de moi-même.

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Après l'interview, le 29 avril 2016, à l'Hôtel Joséphine. 

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15 mai 2016

Jérôme Attal : interview pour Les Jonquilles de Green Park

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Cela fait 10 ans que je connais Jérôme Attal.  Depuis 2006, je l’ai mandorisé 12 fois. J’aime ce garçon raffiné, cultivé, drôle, élégant, qui porte en lui un discret vent de folie… je suis très attaché à ce garçon, mais également à son œuvre. A chaque sortie de livre, c’est un rite entre nous, il passe par mon micro. C’est immuable et ça nous fait plaisir.

(Voici ses précédentes mandorisations pour une présentation générale du monsieur, pour L’amoureux en lambeaux, pour Les Beatles, en rouge et en bleu, pour Le garçon qui dessinait des soleils noirs, pour Journal Fictif d’Andy Warhol, pour Pagaille Monstre, pour Folie furieuse, pour L’Histoire de France racontée aux extraterrestres, pour Le voyage près de chez moi, pour Presque la mer et enfin pour Aide-moi si tu peux)

Le 18 avril dernier, Jérôme Attal m’a rendu une énième visite à l’agence pour parler de son nouveau roman Les jonquilles de Green Park.

jérôme attal,les jonquilles de green park,interview,mandorPrésentation de la maison d’édition :

« Si la guerre doit durer une éternité, je voudrais juste pouvoir vivre jusqu'au mois d'avril. Pour voir, une fois encore, les jonquilles de Green Park. Elles se tiennent ensemble, chaque saison. Belles et fières dans le vent puissant et douloureux d'avril. Comme nous autres en ce moment. »
Septembre 1940. Tommy vit avec ses parents et sa grande sœur Jenny. C'est le début des bombardements allemands sur Londres. Ils se préparent tout de même à fêter Noël.
Tommy et ses copains se passionnent pour les super-héros : Superman, Buck Rogers et... Winston Churchill. L'aventure ne serait pas la même sans deux petites frappes : Nick Stonem et Drake Jacobson, aussi vilain que sa jumelle, Mila, est belle.
Dans un Londres en lambeaux, ces jeunes adolescents vont se créer leurs propres histoires et se perdre dans les brumes et le fracas d'une ville enflammée. Mais fêter Noël et revoir les jonquilles en avril restent la plus belle des résistances.jérôme attal,les jonquilles de green park,interview,mandor

L’auteur :

Jérôme Attal est un touche-à-tout : musique, cinéma, littérature. Il est parolier d'un grand nombre d'artistes (Johnny Hallyday, Eddy Mitchell, Vanessa Paradis, Michel Delpech, Florent Pagny, Garou, Jenifer), scénariste et acteur (Alice Island, 2013, et La Fille aux allumettes, 2009 sur Arte), et également l'auteur de neuf romans, dont Pagaille monstre, Folie furieuse et L'Histoire de France racontée aux extra-terrestres, tous trois aujourd'hui chez Pocket. Les Jonquilles de Green Park est son dixième roman.

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jérôme attal,les jonquilles de green park,interview,mandorInterview :

L’action de ton livre se situe à Londres. Tu pars souvent dans cette ville ?

Oui. C’est mon seul luxe. Dès que j’ai un peu d’argent, je pars là-bas. En dessous de la Loire, j’ai tendance à déprimer (rire). J’adore cette ville. Je trouve que les gens sont plus polis et plus éduqués qu’à Paris. J’aime les grands parcs. Green Park est un des endroits où je me sens le mieux. J’aime regarder les écureuils… les canards sauvages aussi, c’est mon côté Michel Delpech (sourire). J’avais donc très envie d’écrire un livre ayant comme décor Londres. De plus, tu le sais, pour chaque livre, j’aime écrire des histoires différentes, dans des endroits différents.

Pourquoi avoir choisi les bombardements à Londres et pas dans une autre ville, voire un autre pays ?

A Londres, à cette époque, il y avait des gens de la trempe de Churchill qui donnaient beaucoup d’espoir à toute une population. Ils donnaient l’idée à ces gens qu’ils faisaient partie d’un destin commun. Enfin, les anglais ont une distance face à l’atrocité traversée. Je suis fan de l’humour anglais et plus généralement du comportement british.

Tu as quelque chose de british en toi. Je te l’ai souvent dit.

Oui, et tu n’es pas le seul. J’ai toujours été très attiré par Londres et j’ai toujours été très amoureux des anglaises.

Ton livre m’a fait penser aux nouvelles de Francis Scott Fitzgerald qui concernent la prime adolescence.jérôme attal,les jonquilles de green park,interview,mandor

J’ai beaucoup lu Fitzgerald, mais je sais que tu le sais puisque je t’en ai parlé souvent. J’écris toujours dans ce registre que j’aime.

Tommy, ton héros, à 13 ans.

Aujourd’hui, à 13 ans, les enfants sont plus adultes. Ils sont déjà un peu brutalisés par le monde. Mais je me souviens qu’à mon époque, quand j’avais cet âge, j’étais encore un peu bébé qui découvrait le vaste monde.

Mais Tommy est quand même pas mal brutalisé par le monde, parce qu’il est en pleine guerre et sous les bombardements. On peut difficilement faire pire.

Oui, mais il a sa famille et ses parents le protègent beaucoup. Il a ses amis, une fille dont il est amoureux et il tente de préserver sa vie de jeune adolescent.

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(Photo : Mathieu Zazzo).

Ses parents sont géniaux. Un père inventeur à la Géo Trouvetou qui pense toujours trouver l’invention du siècle et une maman qui travaille dans une usine d’ampoule.

Le père est un peu illuminé et j’ai trouvé ça marrant que la mère travaille dans une usine d’ampoule. Elle part en vélo tous les jours pour aller au travail. Elle prend tout en charge. Là, j’ai fait ressortir mon côté féministe.

Il est beaucoup question d’abris dans ton roman.

Les abris concrets tels que les abris Anderson, les abris que l’on construisait dans les jardins et les abris un peu métaphoriques, l’abri rêvé, celui que le père a envie de construire pour protéger sa famille. C’est un livre sur du « home » anglo-saxon, sur la maison. Qu’est-ce que fait que l’on se sent chez soi ? Un lieu, Green Park, le désir d’une amoureuse, la famille, la bande d’amis que l’on a ou tout ça à la fois ?

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Pendant l'interview.

Je t’aurais bien vu en Tommy.

C’est un enfant sage et moi, j’étais un enfant sage. C’est parce que je mets beaucoup de moi dans mes héros. J’ai besoin de me mettre complètement dans l’histoire à chaque fois. Bon, pour être sincère, j’aurais été moins téméraire que lui, je pense.

C’est vrai qu’il est gentil et courageux.

Moi, le seul cas de figure où je peux être courageux, c’est si j’ai des gens à protéger.

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jérôme attal,les jonquilles de green park,interview,mandorBombardements à Londres.

"J'ai aperçu des foyers d'incendie dans la carcasse d'un immeuble, et j'ai repensé à l'image du buisson ardent dans la Bible. Sauf qu'ici, c'était un entrepôt de buissons ardents."

Dans ton livre on sourit et il y a de grands moments d’émotion.

Je ne voulais pas faire larmoyant, donner dans le pathos et surtout, j’aime bien faire des vannes dans mes livres. Il y a des choses très importantes, mais elles sont dites avec légèreté. J’ai une écriture assez simple, alors que je pourrais la rendre plus âpre et la travailler encore et encore, mais j’ai peur que cela finisse par devenir de la démonstration. Pour moi le style, c’est ce qu’on met de soi à l’intérieur du livre.

Et ton retour à la musique ?

Je vais revenir avec un nouveau disque. Il me reste deux, trois morceaux à écrire. On a repris les répétitions. Je vais certainement kisskissbankbanker, mais je n’en suis pas sûr, parce que je ne suis pas fan du crowdfunding. Des gens sont intéressés pour produire le disque. D’une manière ou d’une autre, en tout cas, je reviens avec un deuxième disque studio.

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Le 18 avril 2016, après l'interview...