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01 mars 2018

Frédéric Quinonéro : interview pour deux biographies sur Goldman et Hallyday

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Depuis que  j’écris des livres sur des artistes et la musique en général, je suis beaucoup plus sensible au travail des biographes (voir et ). J’en rencontre parfois pour parler des spécificités de ce métier. Il y a des questions que j’aime leur poser. Je me demande, par exemple, comment on peut écrire sur une personnalité qui a déjà été traité maintes fois par d’autres. Personnellement, j’en serais incapable. Comment écrire plusieurs livres sur le même artiste? Comment ne pas écrire la même histoire, alors que l’histoire est la même?

Le 14 février dernier, j’ai rencontré dans une brasserie parisienne, l’un des plus brillants et prolifiques biographes français, Frédéric Quinonéro. Il vient de sortir coup sur coup un Goldman et un Hallyday.

Les livres :

9782824647784.jpgJean-Jacques Goldman, vivre sa vie (City Editions) :

Qui est vraiment Jean-Jacques Goldman ? Un incroyable faiseur de tubes ayant vendu près de 40 millions de disques ? Un auteur-compositeur qui a créé des classiques indémodables, de Je te donne à Envole-moi, Comme toi ou Là-bas ? Certes. Mais il est impossible de résumer Jean-Jacques à cette seule - formidable - carrière. Cette biographie nous entraîne sur les traces d’un Goldman qui a toujours cultivé la discrétion et l’authenticité. On découvre un enfant solitaire, ancien scout et fils de résistant. Un homme profondément marqué par le parcours de sa famille d’immigrés juifs et par la disparition de son frère, à 35 ans. Loin des paillettes du show-business, c’est l’histoire d’un artiste resté présent dans le cœur du public. Une exceptionnelle histoire d’amour qui dure depuis 40 ans…

La biographie vérité d’un artiste unique.

Johnny, immortel (L’Archipel) : Johnny-immortel.jpg

« J’ai oublié de vivre », chantait Johnny Hallyday en 1977. Le 6 décembre 2017, quarante ans plus tard, au terme d’une carrière phénoménale – plus de mille chansons enregistrées, plus de 110 millions de disques vendus –, l’enfant prodige a quitté la scène. Mais sa voix allume encore le feu dans le cœur des Français. « Que je t’aime », « Le Pénitencier », « Quelque chose de Tennessee », « Laura », « Noir c’est noir », « Je te promets »… Un demi-siècle de succès a bâti la légende d’un enfant de la balle, devenu « idole des jeunes » avant de s’élever au firmament du rock. De triomphes en disques de platine, Johnny a tracé sa route, entraînant dans son sillage des admirateurs de toutes les générations. « M’arrêter ? disait-il. C’est impossible, je ne sais rien faire d’autre. » Jusqu’à la fin, il aura continué à y croire, souhaitant toujours enregistrer et remonter sur scène. Le public était sa raison de vivre. Et il aura vécu intensément.

Cette biographie – la plus complète à ce jour – retrace la vie et l’exceptionnelle carrière d’une légende de la chanson française.

L’auteur :

Né à Béziers en 1963, Frédéric Quinonero a passé son enfance dans les Cévennes ; il vit près d’Alès. Spécialiste de musique et de cinéma, il est l’auteur de nombreuses biographies d’artistes dont Johnny Hallyday, Jane Birkin, Julien Doré, Jean-Jacques Goldman, Edith Piaf, Juliette Binoche, Michel Sardou, Sheila, Sophie Marceau  

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IMG_0605.JPGL’interview :

Pourquoi as-tu accepté d’écrire un livre sur Goldman, alors qu’il y a eu un pavé sur lui par Fred Hidalgo l’année dernière ?

J’ai accepté parce qu’on est venu me chercher. En principe, c’est un auteur qui part en quête d’un éditeur, là, ça a été le contraire.... et c’est flatteur. On ne peut pas refuser, surtout quand les conditions sont bonnes. De plus, Jean-Jacques Goldman est un artiste sur lequel j’avais envie d’écrire depuis toujours. C’est quelqu’un qui a marqué mon adolescence. De moi-même, je n’aurais pas décidé d’écrire un livre sur lui, car je trouvais qu’il y en avait déjà beaucoup. Après, il faut trouver un angle original pour l’aborder.

Savais-tu tout de suite ce que tu allais apporter de neuf ?

Non, il a fallu que je trouve comment apporter un plus pour « parler de sa vie ». On peut écrire trente livres sur un artiste, ce n’est pas un problème. Il faut se faire confiance. On est biographe, on sait écrire, on a un style. Si on n’a pas de style, on est journaliste, pas écrivain. Même si je tiens à préciser qu'il y a des journalistes qui ont de sacrées plumes. 

Tous les biographes ne sont pas des écrivains ?

Certainement pas. Il y a des biographes qui sont à la recherche du scoop, parce que le scoop permet de faire du buzz et le buzz permet à un livre de se vendre. Le problème aujourd’hui, c’est que l’on va davantage dans cette direction au détriment d’une plume. On s’en fout un peu du style, l’important, c’est de faire vendre. Ça m’inquiète tellement que je me dis qu’un jour, je pourrais faire un autre boulot. Je n’ai pas envie de céder à ça. Je n’ai pas envie de faire les poubelles. J’ai une éthique et je préfère lui rester fidèle. Je préfère écrire un livre sur Goldman en sachant qu’il me fait confiance et qu’il le valide. Il me l'a écrit. Là, je viens de finir un livre sur Michel Sardou. C'est sa femme, Anne-Marie Périer qui l’a lu, parce que Sardou, lui, ne lit rien le concernant... pour se protéger. Elle m’a fait changer deux, trois petites choses, mais elle a trouvé le livre très bien écrit. Je prends cela comme une sorte de validation. 

Je trouve ça plus confortable d’écrire un livre avec la permission, ou mieux, la collaboration de IMG_0589 (2).JPGl’artiste.

On écrit sur un être humain. Même si on est souvent seul avec ses archives et ses documents, on rencontre aussi des témoins. A la base, c’est quand même une aventure humaine, un échange. Je n’ai pas suffisamment d’ego pour que je prenne ombrage qu’un artiste me dise d’ôter ou de préciser tel ou tel évènement. Ce sur quoi, je ne transigerais pas, c’est mon style. Si mon style ne plaît pas à l’artiste, je n’y peux rien.

C’est quoi ton style ?

J’essaie de rendre mes biographies un peu littéraires. Encore une fois, j’essaie de m’élever au-dessus de l’écriture journalistique ou de la biographie basique.

Comment commence-t-on un livre sur une personnalité déjà traitée maintes fois ?

Je ne lis pas les autres biographies pendant mon travail, parce que je n’ai pas envie d’avoir une musique qui ne va pas avec la mienne. Avant mon travail rédactionnel, j’en lis certaines, pas toutes, pour prendre des notes. Mais pour ne pas faire du plagiat, je privilégie quand même les interviews, les documents filmés, les vidéos, les journaux,  bref, les archives de ce genre. Pour Goldman,  j’ai lu notamment le livre de Didier Varrod. Il a d’ailleurs écrit la préface de mon livre et m’a livré un témoignage précieux pendant deux ou trois heures. Il m'a permis de nourrir mon récit.

Comment travailles-tu ?

Je fais un plan chronologique avec toutes les notes et les citations que j’ai trouvées. Pour Goldman, je me suis retrouvé avec 180 pages de tout ça. Je suis très ordonné et logique quand j’écris. Quand je suis parti dans le récit, je lis des romans très stylés d’auteurs que j’aime pour avoir leur musique dans la tête. Le fait d’avoir un vocabulaire plus riche me permet vraiment de sortir du langage journalistique.

Contrairement à moi, toi, tu écris l’histoire et ensuite, tu ajoutes les interviews.

Je n’ai pas besoin de 50 000 témoignages. J’interviewe une quinzaine de personnes maximum, parce qu’après, je suis submergé de témoignages qui ne sont pas tous forcément pertinents. Les témoignages servent mon propos et pas l’inverse.

sans-titre.pngMoi, je me sers des témoignages avant tout pour construire l’histoire. (A gauche, Goldman avec moi, aux Iles du Salut en 1989, en Guyane).

Chacun travaille comme bon lui semble. Pour le livre sur Goldman, je voulais insister sur son côté humain. Je raconte aussi son parcours, mais j'ai privilégié l’homme qu’il est. Pour montrer le vrai Goldman, il était préférable que j’interviewe des personnes peu connues et parfois hors show-biz. Ils ont un regard humain. Interviewer les gens du show-biz, ses musiciens, je l’ai fait, mais juste un ou deux. C’est largement suffisant. Ils disent tous la même chose, alors je ne vois pas l’intérêt d’en interroger plusieurs. J’ai besoin de témoignages éclairants.

Est-ce que pour écrire une biographie, il faut aimer le personnage dont on parle ?

A une époque, j’aurais dit oui, parce que c’est plus facile. Aujourd’hui, je peux dire non parce qu’il m’est arrivé d’écrire pour des gens que je n’aime pas.

Tu ne veux pas le dire, mais moi, je le dis, c’est Julien Doré. Je sais que c’est quelqu’un que tu aimais103661301_o.jpg beaucoup  à la base, que tu étais à l’origine de ce livre, mais que son comportement a tout gâché.

J’ai pris une sacrée douche froide. Je n’avais même pas commencé à écrire une ligne que j’ai reçu une lettre recommandée de son avocat. J’ai appelé l’éditeur et je lui ai dit que j’abandonnais ce projet. J'étais dégoûté. Sur le moment, il a bien senti que j’en avais gros sur la patate, il n’a pas insisté. Quelques mois plus tard, c’est l’avocat de la maison d’édition qui m’appelle en me disant que c’était ridicule de ne pas faire le « Julien Doré ». Il m’explique que si ce n’est pas moi qui le fais, ce sera quelqu’un d’autre. Il m’explique aussi que cette lettre est juste de l’intimidation. Il ne se passera rien. Si problème il y a, il me défendra. J’ai finalement accepté, mais je n’aurais pas dû. Ça a été un four. J’ai passé beaucoup de temps pour pas grand-chose.

Tu as tiré une leçon de cette mésaventure ?

J’ai compris une chose. On peut écrire sur quelqu’un dont, au final, on pense les pires choses et malgré tout le mettre en valeur. Ce que j’ai fait. A aucun moment, je ne règle mes comptes.

Biographe, c’est un métier valorisant ?

C’est exactement le contraire. C’est frustrant, car on n’a jamais les retours que l’on souhaiterait. Les chanteurs, en général, n’aiment ni les biographies, ni les biographes. On n’est pas aimé à cause de certains qui font les poubelles. J’aimerais bien que l’on reconnaisse que je suis quelqu’un de bienveillant. Si les artistes disent un jour que Quinonéro est quelqu’un de bienveillant, j’aurai atteint un palier supplémentaire. J’ai envie d’avoir de plus en plus de biographies validées.

La bienveillance dans une biographie, ça ne veut pas dire tomber dans l’hagiographie ?

L’hagiographie, c’est un fan qui écrit sur son idole. Il s’interdira d’écrire des choses qui risquent de ne pas lui faire plaisir. L’hagiographie, c’est passer de la brosse à reluire, d’aller dans le sens du poil constamment.

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(Photo : Midi Libre)

Quand tu écris sur Hallyday, tu n’es pas hagiographe ?

On pourrait le penser, mais non. Je n’ai pas évité certains sujets qui fâchent. J’ai parlé des impôts, de son exil fiscal, de l’emprise de Laeticia… Je sais qu’il appréciait mon travail, mais j’imagine qu’il devait un peu tiquer sur certaines choses.

C’est sacrément d’actualité, l’emprise de Laeticia.

Ça fait longtemps que j’en parle, mais je trouvais toujours quelqu’un qui me reprenait en me disant qu’elle était gentille, qu’elle lui faisait du bien, qu’elle avait réuni la famille...

C’est quoi la bienveillance chez un biographe ?

C’est de ne pas faire les poubelles. J’ai lu récemment un livre sur Claude François qui raconte en détail, minute par minute, son agonie. Au fond, ça ne raconte rien, mais ça fait le buzz.

Mais, ce sont certains éditeurs qui demandent ça, il me semble.

C’est le fond du problème. Moi, je ne veux pas tomber là-dedans. C’est ça la  bienveillance.

Johnny Hallyday et Jean-Jacques Goldman en duo. 

Parlons de ton livre sur Johnny qui vient de ressortir après sa mort avec un titre différent. Ce n’est pas du marketing ça ?

J’y ai pensé. J’étais sûr qu’on allait me dire ça. Sache que je n’ai pas torché un livre sur lui en 4 mois en prévision d’une mort annoncée. Et tout le monde le sait. Les fans de Johnny ne m’ont jamais fait ce reproche-là. Ça ne veut pas dire que je suis à l’abri d’une erreur quand on écrit 920 pages sur lui.

Aujourd’hui encore, tu continues ton travail d’archiviste et de chercheur es-Johnny.

Je fais ça depuis toujours. Je scrute et répertorie les archives municipales et les bibliothèques des villes de France ce qui me permet d’essayer de reconstituer les plannings des tournées. Quand on est toujours en recherche, on fait forcément des erreurs, même minimes soient elles. Plus on a d’infos, plus ça alimente un texte. Paradoxalement, il faut élaguer après, parce que trop d’infos tuent l’info.

Un biographe est-il un historien ?

J’aime aller vers cette voie-là. Pour Goldman par exemple, je raconte le parcours de sa famille, de ses parents et il est très lié à l’histoire avec un grand H. Les nazis, les combines, les magouilles… j’ai fait beaucoup de recherches sur cette période.

Demi-frere-Goldman_width1024.jpgJ’ai trouvé très intéressant le passage sur son demi-frère, Pierre Goldman (à gauche, avec ses parents).

C’est parce que c’était un personnage passionnant. On peut critiquer son engagement sur certaines causes, mais ce qui m’a intéressé c’est pourquoi il s’est engagé. Il avait cette personnalité-là par admiration pour son père et sa mère. Il a voulu être un héros comme eux. Le problème c’est qu’il n’y avait plus la guerre. Il fallait être un héros autrement. Lui, il a suivi une révolution d’opérette. Je note que Jean-Jacques Goldman ne préfère pas aborder le sujet parce que c’est intime. Ça lui appartient.

La chanson « Ton autre chemin », ça évoque son frère, non ?

Je ne sais pas précisément. Mais, ce dont je suis certain c’est que « Puisque tu pars » parle de lui. Il y a plein de chansons de Goldman dans lesquels il rend hommage discrètement à ses parents, notamment dans l’album « Rouge ». Cet album exprime son opinion personnelle. Il dit, comme son père, que les valeurs du communisme, à l’origine, sont belles. Le sens du partage, l’humain d’abord. C’est ce qu’on en a fait après qui ne va plus. Ces gens qui croyaient en ces belles valeurs se sont sentis floués à cause du stalinisme. Goldman, c’est ça aussi. Son attachement aux siens.

Est-ce qu’écrire sur quelqu’un vampirise ?

On passe 6 ou 8 mois en étant obnubilé par l’artiste. On écoute sa musique, on regarde les vidéos, les spectacles. On écoute toute sa discographie. On peut être habité par le personnage, du coup il vaut mieux écrire sur des gens qu’on aime. Il faut être en empathie avec le personnage, sinon, ça ne fonctionne pas.

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Après l'interview, le 14 février 2018.

26 février 2018

Olivier Niaudot : interview pour La demande en tatouage.

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Olivier Niaudot est professeur de musique vers Nevers (sa ville d’origine), pianiste depuis 25 ans et désormais chanteur. Il a tenté le pari audacieux de produire un album à textes assez noirs sur des mélodies romantiques. « La Demande en Tatouage est un journal intime évoquant l'amour, la séparation, les déchirures », explique-t-il, « sur lequel de nombreux musiciens exceptionnels m'ont fait l'honneur de m'accompagner, telle que la violoniste Anaïs Laffon  ».

olivier niaudot,la demande en tatouage,interview,mandorIl est vrai que ce premier disque tourne autour de l’absence, le regret et le fantasme amoureux, mais on se plonge avec délice dans la douce souffrance d’Olivier Niaudot, qui n’est pas si éloignée de celle qu’on a tous pu connaitre un jour…

Nous nous sommes retrouvés le 15 février dernier dans un bar de la capitale.

Le disque (argumentaire officiel… pour une fois, très court):

Des mélodies, des textes, une voix en délicatesse, une guitare, une basse, des percussions, un batteur, une vielle à roue, un accordéoniste, un violon pleurant ses mots, des notes de piano qui touchent. Un édifice sensible et un semblant d'épaule qui s'offre à vous.

Ici, ce qu'en pense le quotidien de la chanson Nos enchanteurs.

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Iolivier niaudot,la demande en tatouage,interview,mandornterview :

Cette attirance pour la musique a commencé au collège, c’est ça ?

C’est grâce à un professeur de musique qui m’a fait aimer le piano. A 9 ans, j’inventais déjà mes petites mélodies. J’ai appris en inventant, c’est plus  tard que j’ai eu les bases techniques.

L’idée de devenir chanteur est arrivé comment ?

Ça commence à 14 ans. Ça passe par le théâtre, la danse et plusieurs disciplines artistiques. Ensuite, j’ai accompagné au piano d’autres artistes. A un moment donné, on se demande si on n’a pas soi-même des choses à raconter.

Avoir deux métiers, prof et chanteur, c’est idéal ?

Je ne sais pas. Etre prof me permet de faire plein de choses et de ne pas avoir peur des lendemains qui ne chanteraient pas et, en même temps, ça me bloque toute initiative parce que je ne peux pas quitter mon boulot du jour au lendemain pour travailler, enregistrer mon album ou partir en concert. C’est donc sécurisant, mais ça rend mon temps passé à la chanson limité.

Quelques extraits du disque La demande en tatouage.

Tu as pris des cours de chant ?olivier niaudot,la demande en tatouage,interview,mandor

J’ai fait une fac de musicologie à Tours. J’ai une bonne base de musique jazz et classique dans ma formation pianistique, mais j’ai vite quitté les études conservatoire pour faire quelque chose à ma sauce.

Quelles sont tes références en matière de chanson française sont quelles sortes d’artistes ?

Michel Berger, Véronique Sanson, Barbara, Brel, Sheller… à part Sanson, ce ne sont pas des artistes qui ont une identité vocale très affirmées, comme Balavoine  par exemple. Ce sont des bidouilleurs de musique qui ont des mélodies exceptionnelles et qui font passer quelque chose à travers leur émotion plus qu’à travers leur technique.

Pour toi, c’est quoi une bonne chanson ?

Il y a autant de manière d’écouter que de temps, d’époque et d’âge, mais je crois qu’une bonne chanson, c’est un bon texte servi par une bonne mélodie.

Extrait du concert du 08 novembre 2015 à Nevers, "Va". Chant et musique: Olivier Niaudot. Violon: Anaïs Laffon. Filmé par Laurent Adien

olivier niaudot,la demande en tatouage,interview,mandorCe qui est étonnant dans tes chansons, c’est que tu dis des choses très fortes, mais mine de rien, à l’instar d’un Souchon qui excelle en la matière.

« Mine de rien », ça me va bien. J’ai une manière d’écrire un peu détournée, un peu poétique dans ce qu’il pourrait y avoir d’un peu bleu, d’un peu sucré. En même temps, j’arrive à dire ce que je veux  sans le dire vraiment frontalement. Je trouve que c’est compliqué de révéler son intimité de manière abrupte, donc je tourne un peu autour du pot. La musique me permet de rendre le propos un peu plus profond,  inquiétant et angoissant même. Ce n’est pas un album très positif, je te l’accorde.

J’ai lu un article qui expliquait que parfois ta musique évoquait l’ambiance des musiques de films de Tim Burton.

Ce sont mes références. Je suis baigné dans ses films.

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olivier niaudot,la demande en tatouage,interview,mandorTout le monde peut se reconnaitre dans tes chansons.

Et pourtant, je l’ai fait pour moi. C’est un album égocentrique (rires). Mais, franchement, c’était une auto-thérapie. J’ai vécu une séparation et il fallait que ça sorte. J’étais très déprimé et j’ai écrit cet album en cinq jours. Les mélodies sont arrivées rapidement, les textes aussi. Mes tripes sont sorties d’un coup. Je ne savais pas ce que j’allais faire de tout ça plus tard.

Et il y a eu la rencontre avec la violoniste Anaïs Laffon.

Je faisais la première partie d’un concert. Elle était là et je lui ai demandé si elle voulait bien participer à mes chansons. Grâce à elle, l’album est né parce que c’était la parfaite rencontre pour mettre en forme les chansons que j’avais faites. Elle est dans les 12 titres.

Tu es passé par Ulule pour financer ton disque.

J’ai d’abord tout enregistré à la maison. J’ai rencontré des gens, comme Arthur H, qui m’ont conseillé de me lancer parce qu’ils trouvaient que ça marchait. Après, il me fallait de l’argent pour l’édition et la production, car je suis producteur, auteur, compositeur, celui qui a fait la photo, qui a écrit le livret… Ulule m’a permis de payer un peu les musiciens et tous ceux qui ont contribué à ce disque.

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Quand as-tu tenu pour la première fois ce disque physiquement, ça t’a fait quelque chose ?

Oui. C’était impressionnant.

Je sais qu’auprès de ses proches, tant qu’on n’a pas fait de disque, on n’est pas chanteur. Te sens-tu désormais légitime?

J’étais content d’avoir fait cet album, car il me ressemble. A la limite, après, je me suis dit que le vendre n’était même plus le problème. C’était juste important pour moi, à 40 ans et 25 ans de musique, de concrétiser cet album, de faire quelque chose pour moi et pas pour les autres. C’est vrai que cela me légitimise au niveau de mes élèves, de mon métier, de mes proches…

Clip de "Le tourment".

Quand tu chantes ces chansons-là aujourd’hui, avec le recul et la souffrance en moins, c’est mieux ouolivier niaudot,la demande en tatouage,interview,mandor moins bien ?

Mieux, évidemment. Je trouve ça assez génial de les chanter aujourd’hui parce que je peux les ressortir autrement. J’ai de la joie à interpréter des chansons tristes, maintenant que ça va. Ça passe même mieux, c’est moins plaintif, ça révèle autre chose. Ce sont finalement des chansons très universelles : se faire quitter, traverser la vie avec des obstacles… tout cela sans se complaire de cette situation-là.

Quand tu es bien, tu parviens à écrire ?

(Rires) Non, je n’écris plus une ligne. Je caricature un peu. J’ai quelques idées. Je vais faire des concerts et ça va me permettre de me remettre en lien avec des musiciens. Je songe à changer un peu de style. Approcher un peu l’electro-mélancolique, comme le font si sublimement Pierre Lapointe ou Arthur H.

Le clip de "Dis-moi que c'est ton frère". 

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Après l'interview, le 15 février 2018.

24 février 2018

Nour : interview pour son album Après l'orage

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(Photo ci-dessus et à gauche : Hugues Anhes)

nour,nour agan,après l'orage,interview,mandorUn beau soir du mois de septembre 2017, des amis journalistes musicaux m’ont incité vivement à découvrir une artiste que je ne connaissais que de nom, mais que je n’avais jamais écouté ou vu sur scène. J’ai obtempéré, car je suis très curieux des nouvelles voix de la chanson française ou francophone. C’est ainsi que j’ai découvert Nour chez Madame Arthur lors de sa Release Party (soirée de lancement de son disque Après l’orage). Et là, le choc. Une forte personnalité, des textes et des mélodies magnifiques et surtout une voix extraordinaire. J’ai donc décidé de m’y intéresser.

Le 15 février dernier, nous sommes donnés rendez-vous sur la terrasse d’un bar parisien. Et nous avons passé un beau moment…

Biographie officielle (par Olivier Bas) mais légèrement écourtée:

Tout droit venue de Suisse, Nour court depuis toujours après la liberté musicale. Elle ouvre la porte à toutes les formes de musique, même si le jazz reste son point de départ : « Je chantais du jazz dans les bars à punks ».

Son troisième album respire la lumière, l’audace élégante, et ne refuse jamais l’absurde artistique. Après l’orage raconte sans en avoir l’air les quotidiens d’une jeune femme auteur, compositeur, interprète.

Cet album est aussi le premier fait en France, les deux précédents Des P’tits Hommes et Au-delà de l’Arc-En-Ciel connurent une jolie vie chez les helvètes. Arrivée à Paris, pensionnaire de la Cité Des Arts, Nour se réinvente, flirte avec les arts plastiques sans abandonner la musique. Années d’expériences et de redécouverte de soi. Les rencontres sont bien sûr au rendez-vous : Les Zoufris Maracas (avec qui elle fera la manche et pour qui elle fera les chœurs), Bertrand Belin qui est présent sur le titre « Pauvre Prince Charmant » (extrait de son second album) : « Parce qu’il avait la voix d’un prince charmant » CQFD. L’amoureuse de Boris Vian et de Nougaro se réinvente à Paris, affiche sa vision du monde, en affirme sa version féminine.

L’album (par Olivier Bas) :nour,nour agan,après l'orage,interview,mandor

Le très doux « Les horizons » est le premier titre qui vit le jour. Au départ conçu comme une musique de film, il met en valeur la voix entre malice et tendresse et montre l’étendue de sa poésie. C’est une vraie chanson de film qui sera le dernier morceau crée pour cet album. « Lumière bleue » est la chanson générique du film de Marie Noelle-Sehr : Marie Curie qui raconte le nouvel amour de cette femme aux deux prix Nobel. Un titre pêchu avec des chœurs comme elle les aime, intégré à la BO faite par Bruno Coulais.

« Sale temps » qui ouvre l’album démarre par… des essuie-glaces et introduit l’ossature de « Après l’orage ». Nour malaxe, triture et fait vivre les bruits du quotidien. La magie de cet acte créatif est que cela ne fait jamais gadget ou bidouillage.

Après avoir travaillé sur un EP récemment paru, avec Camille Ballon (aka Tom Fire) et dont on retrouve ici trois morceaux, c’est Alexis Campet (Eskalina- Bergman) qui réalise le reste de l’album, s’il a bien sûr apporté sa patte, il a surtout validé le travail que pas à pas Nour avait fait dans son coin.

Ni trop drôle ni trop triste Nour aime cependant le grain de folie nécessaire pour ne pas tomber dans… la folie justement. Le monde est ce qu’il est. Nour le redécore et convoque les surréalistes, Breton, Ernst et Magritte en tête pour les marier à Tom WaitsAndré Minvielle et Billie Holiday pour être elle en toute simplicité et vivre dans sa tête et dans son corps tous ses morceaux. Absurde peut être mais toujours plein de sens.

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(Photo : Ewa Cieskowska)

nour,nour agan,après l'orage,interview,mandorInterview :

Avec un papa musicien qui avait son propre studio, tu es un peu une enfant de la balle, non ?  

Il y a longtemps, mon père, d’origine libanaise, faisait la manche à Paris. Pour être clair, il faisait aussi les 400 coups. Il était pote avec Polnareff et vivait la vie de bohème. Un jour, il a rencontré ma mère. Ils sont partis s’installer en Suisse et il a créé un studio d’enregistrement. C’est lui d’ailleurs qui avait enregistré mes deux premiers albums. Après l’orage est le premier disque que je fais sans mon père.

Ça ne devait pas être évident d’enregistrer sous le regard du père…

Ce n’est pas simple parce que cela génère beaucoup de confusions. Il avait mis des sous dessus, du coup, il attendait des choses. Il me dirigeait un peu, mais moi, j’avais ma vision assez claire de ce que je voulais et de ce que je ne voulais pas. Mon père et moi avons beaucoup de personnalité, donc ça pouvait péter à tout moment. Avec le temps, il s’est adouci. 

Tu as toujours écrit des chansons ?

Oui, dès ma prime enfance. Je demandais d’ailleurs à mon père de m’aider. J’avais 6 ans.

On écrit quoi à 6 ans ?

Des conneries (rires). J’ai gardé des carnets de textes de quand j’étais gamine. C’est à mourir de rire, même si je regarde cela avec beaucoup de tendresse aujourd’hui. 

Tu n’as jamais cessé d’écrire depuis ce moment ?nour,nour agan,après l'orage,interview,mandor

Jamais… même si j’ai eu des moments où j’écrivais moins.

Quel a été le déclic qui t’a incité à faire ce métier-là sérieusement ?

A l’époque, je travaillais dans un bistrot, La Bretelle, à Genève. J’étais serveuse, mais parfois j’y interprétais des reprises. Un jour, un copain me voit chanter et me dit qu’il fait une soirée avec des potes à L’Usine, un lieu alternatif de la ville. Il me propose de venir, mais avec des chansons à moi. J’ai accepté le challenge. J’avais des textes non aboutis, je les ai fignolés. C’était un déclic pour moi. J’étais heureuse parce que, même sur cette scène alternative où il y avait des gens de tous les âges, j’ai constaté que mes chansons retenaient l’attention de la même manière les jeunes et les moins jeunes. J’ai toujours détesté les tiroirs, alors ressentir que je pouvais toucher tout le monde était un sacré beau cadeau. C’est ce soir-là que j’ai compris que la musique était un art qui pouvait relier tout le monde.

Tu as fait des études musicales ?

J’ai fait un peu le conservatoire pour bien apprendre le piano, mais cette expérience m’a un peu traumatisé. Ma prof me mettait dehors à chaque fausse note. Ça m’a foutu la honte. J’ai mis du temps pour me remettre au piano après ça. J’ai quand même fait 6 ans de solfège, mais je ne suis pas allée plus loin. Je me considère comme autodidacte. Je travaille beaucoup à l’oreille.

Tu as été cheffe de chœurs à Science Po.

Oui, pendant plus de deux ans. Sans partition. On faisait tout a capella, sans instrument.

Clip de "Lumière bleue".

nour,nour agan,après l'orage,interview,mandorParlons de ta voix. Tu as un timbre très original.

Je suis une mezzo colorature. Je peux naviguer dans les hauts et dans les bas et j’adore ça. C’est ce qui m’amuse. Quand je fais quelque chose, il faut toujours que ça vienne titiller une forme d’amusement.

C’est aussi une forme de jeu ?

Oui. Je joue avec les mots, la voix, le texte. C’est un des rares métiers où peut s’adonner à cela.

Comment as-tu enregistré Après l’orage ?

J’ai tout maquetté, arrangé et j’ai imaginé tous les bruits et les bidouillages dans mon coin, chez moi. Les réalisateurs ont ensuite mis leur patte dans mon travail.

Dans quel état tu es quand tu crées ?

Il y a des états psychologiques qui aident. Ça me fait chier ce côté où il faut être dans le pathos pour pouvoir écrire. Cela dit, j’ai vécu quelques soubresauts dans ma vie et j’ai eu la sensation d’avoir mis un capot sur ma tronche un moment et soudain, de m’en être libérée. Je ne pouvais pas passer une journée sans écrire. Il fallait que je sorte ce que j’avais à dire. Il fallait que je trouve un moyen de sublimer ce que je vivais. Ce qui est bien, c’est tu peux vivre les pires merdes de l’existence, mais la beauté de la création fait que tu peux en tirer quelque chose. Tu es dans le fumier extrême, mais c’est de la nourriture.

Clip de "Sale temps".

Ton album commence par une chanson qui s’appelle « Sale temps ». Une chanson qui dit que la vie nour,nour agan,après l'orage,interview,mandord’artiste n’est pas facile…

Pour se faire sa place de rêveur dans cette société, il faut se battre à un point phénoménal.

Un artiste est donc un rêveur ?

C’est ma conviction. Dans mon deuxième album, il y a de très nombreuses chansons tirées de mes rêves. C’est très important pour moi les rêves. Source inspiratrice.

Je sais que tu aimes le mouvement artistique des surréalistes.

C’est celui qui me touche le plus.

Ton album est dadaïste ?

Je n’en suis pas sûre. Ce qui peut être dada, sur un certain plan, c’est que j’ai utilisé les objets du quotidien pour en faire des rythmiques. Je sors l’objet de son rôle d’objet et je l’emmène ailleurs.

Clip de "Si légère". 

Tu ne te sens pas un peu part dans le milieu de la chanson ?

Je me suis toujours sentie à part de toute façon (rires).

Ton papa a écouté l’album ?

Oui, il a beaucoup aimé.

Le fait de faire un album sans lui, c’est aussi pour « tuer le père ».

Je pense qu’il y a quelque chose de cet ordre-là. J’ai eu une nécessité d’indépendance. Il faut toujours trouver suffisamment de ressources internes pour trouver son indépendance. Je fais tout pour trouver mon assise avec ce que je suis, avec l’artiste et l’artistique. J’ai une recherche d’authenticité totale. Je pense que je suis en train de la trouver. Je me sens artiste et désormais, j’ai décidé de l’assumer. Je ne me perdrai plus à faire autre chose car, c’est ma nature profonde.

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Après l'interview, le 15 février 2017. 

17 février 2018

Frédéric Zeitoun : interview pour Frédéric Zeitoun... en chanteur

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frédéric zeitoun,en chanteur,télé matin,c'est au  programme,chansons,mandor,interviewTous les dimanches jusqu’au 25 mars, à l’Alhambra, Frédéric Zeitoun, auteur-compositeur-interprète (et auteur pour bon nombre d’artistes tels que Richard Dewitte, Enrico Macias, Carlos, Michelle Torr, Hugues Aufray, Charles Dumont, Lorie, Frédéric François, Smaïn, Lena Ka, Audrey Sara, Antoine, Annie Cordy, Louis Bertignac…), mais aussi grand spécialiste de la chanson française (il rencontre et interview de nombreux artistes depuis des années à Télé Matin et C’est au programme sur France 2  et sur la chaine Melody) propose son spectacle Frédéric Zeitoun… en chanteur. 1h15 de chansons à la fois émouvantes, tendres et drôles sur fond de mélodies magnifiques. Entre elles, les monologues de l'artiste sont irrésistibles. Accompagné par un guitariste fort talentueux, le généreux Frédéric Zeitoun a l’art de créer une ambiance conviviale. La sincérité et la bienveillance que l’on prend en pleine face font du bien. C’est si rare.

Le 29 janvier dernier, j’ai rencontré Frédéric Zeitoun dans une brasserie parisienne, l’occasion de faire le point sur sa carrière.

Argumentaire officiel du spectacle :

Et oui, il fallait bien que ça arrive.

Après avoir été entre autres, voyageur, bonimenteur, doux rêveur, gros mangeur, total glandeur et matinal chroniqueur, Frédéric Zeitoun vous revient... en chanteur ! Après avoir prêté sa plume à quelques artistes, il a décidé de donner de la voix. Parlée et chantée. Un genre de stand-up musical (ce qui est un comble pour un mec à la situation bien assise !) Cerise sur le gâteau, au rappel (s'il y en a un), une ou un ami(e) vient faire le bœuf !

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frédéric zeitoun,en chanteur,télé matin,c'est au  programme,chansons,mandor,interviewInterview :

D’où te vient ce goût prononcé pour la chanson française ?

Je ne saurais pas te dire vraiment. D’aussi loin que ma mémoire peut me ramener, j’ai des souvenirs de sons, de souvenirs musicaux, de chansons comme celle d’Henri Salvador ou de Joe Dassin. Quand j’écoutais des chanteurs à la radio, ça me rendait heureux.

Tu étais malheureux ?

Oliver Twist, on va le laisser là où il est. Mais c’est vrai que, dans l’enfance, quand tu te trimballes une différence physique, ça te marginalise à l’école. C’est vrai que la chanson était un monde à moi et que ce monde-là était  peut-être plus doux dans la réalité. Les chansons m’apaisaient face à la violence que je pouvais prendre dans la gueule de temps en temps. Les chansons étaient donc ma parenthèse à moi.

Te souviens-tu t’être dit à un moment : « un jour, je serai dans ce domaine » ? 

Toujours.

Sans aucun doute ? frédéric zeitoun,en chanteur,télé matin,c'est au  programme,chansons,mandor,interview

Jamais. La seule personne dont j’ai été fan quand j’étais petit, c’était Frédéric François. Aujourd’hui j’analyse que cet artiste incarnait le type qui sortait d’un milieu modeste et qu’en sortant de ce milieu modeste, il avait pu aider toute sa famille. Comme moi aussi j’évoluais dans un  milieu modeste, je me suis plu, gamin, à croire que je pouvais prendre le même chemin. A 8 ans, il y avait quelque chose qui me touchait chez lui. Je m’étais fait la promesse de travailler un jour pour lui.

Et 30 ans après, c’est ce qu’il s’est passé.

Et oui. Depuis 20 ans, j’écris beaucoup de ses chansons. Il y a quelque chose d’assez magique. C’est tout ce qui m’intéresse dans la vie. Arriver à faire ce que j’ai dit que je ferais quand j’étais petit. Mon moteur dans la vie, c’est suivre mes rêves de gosse.

Tu as écrit tes premières chansons à 11 ans. J’imagine qu’elles n’étaient pas encore parfaites…

Evidemment. J’écrivais des chansons pour attirer l’attention, parce que dans la classe, j’étais loin d’être le mec que les nanas draguaient. J’ai pris une guitare pour m’en sortir un peu. Je suis devenu très vite l’incontournable des fêtes du lycée, mais avec des chansons très maladroites. Cela dit, dans le tas, il y en a qui ont permis à mon prof de français de me dire « essaye ! »

frédéric zeitoun,en chanteur,télé matin,c'est au  programme,chansons,mandor,interviewA 15 ans, tu rencontres Nicolas Peyrac.

Oui, et c’était une énorme vedette à l’époque. Il m’a reçu chez lui pendant plus d’une heure pour écouter mes chansons. Il m’a dit que c’était encore totalement vert, mais qu’il y avait un truc. Il m’a conseillé de faire des maquettes. Il a appelé son éditeur et m’a dégagé deux après-midi de studio. Je ne lui rendrai jamais assez hommage pour ça.

Et comment ça s’est passé ?

Les gens du studio m’ont dit comme Nicolas Peyrac… j’ai très vite compris que la composition pour moi était annexe, mais qu’il fallait que je persiste dans les textes. Il fallait juste que je murisse et que je travaille. 

Il y a un disque qui a été important pour toi, c’est l’album blanc sur fond rouge d’Alain Souchon, frédéric zeitoun,en chanteur,télé matin,c'est au  programme,chansons,mandor,interviewJamais Content.

J’étais en 1ere et j’écoutais ça en boucle. J’étais fou de joie de savoir que l’on pouvait chanter des textes comme ça. C’était un type qui arrivait à parler de son malaise sans être gênant. Je n’ai jamais aimé les gens impudiques, qui me foutaient leur merde dans la tronche. « Allo maman bobo » exprimait un putain de mal de vivre, mais avec des mots d’enfants. J’aimais cette nouvelle façon d’écrire.

Comment as-tu fait ton premier 45 tours ?

A 20 ans, c’était en 1982, le directeur artistique de Chapell, Dominique Cotten m’appelle et me dit : « J’ai écouté vos chansons, c’est très mal foutu, mais il y a des textes que j’aime bien. Vous, en tant que chanteur, je ne sais pas, mais venez me voir ! »  Je déboule et il me propose de faire des maquettes avec Jean-Yves d’Angelo au clavier, Dominique Bertram à la basse, Manu Katché à la batterie, qui débutaient mais qui sont aujourd’hui la fine fleur des musiciens français. Ensuite, on fait le tour des maisons de disque. Ils trouvent les chansons intéressantes, mais très clairement, on me signifie que mon physique dérange. Ils voulaient donc plus placer les titres à d’autres artistes.

Tu n’as pas été vexé ?

Il n’y avait pas à me convaincre, si mon physique ne passait pas, tant pis ! Je ne dis pas que je n’avais pas un petit pincement au cœur, mais profondément, je voulais juste m’exprimer et gagner ma vie en faisant des chansons. Que je les chante ou que je ne les chante pas. Je préférais que les chansons existent plutôt qu’elles n’existent pas.

frédéric zeitoun,en chanteur,télé matin,c'est au  programme,chansons,mandor,interviewEnsuite, tu pars en Israël en vacances. Que se passe-t-il après ?

Un soir, il y avait une veillée à l’université de Jérusalem et j’ai rencontré un « vieux » monsieur de 40 ans, Jean-Yves Laneurie. Il se trouve qu’il était directeur  commercial à Europe 1. Chacun chante sa chanson et quand arrive mon tour, contrairement aux autres qui reprenaient des gens comme Mouloudji, Montand ou Peyrac, je chante à la guitare une chanson que j’avais faite. Jean-Yves vient me voir et me demande de qui est cette chanson. Je lui réponds qu’elle est de moi. Il me demande d’arrêter mes conneries et de lui avouer la vérité. Je finis par le convaincre. Il m’interroge sur qui je suis. Je lui dis que j’ai signé en édition avant de partir. Il me signifie qu’il est pote avec Albert Amsellem, le directeur des variétés à Europe 1… de fil en aiguille l’affaire s’est faite, grâce à mon éditeur Gérard Davoust, même si ce 45 tours, « Ces matins », n’a eu qu’un succès d’estime. Mais ça a été le début de quelque chose. J’avais 20 ans, je ne renie pas du tout ce disque.  

Parlons télé. Tout le monde croit que tu as commencé à Télé Matin. Mais en fait, tu as commencé frédéric zeitoun,en chanteur,télé matin,c'est au  programme,chansons,mandor,interviewchez Jacques Martin.

C’était la première fois que l’on me donnait un chèque. Je ne savais même pas pourquoi on me payait tellement j’aurais payé pour être là. Travailler avec un mec aussi cinglé, pour moi c’est un compliment, était jubilatoire. Il n’y a pas une semaine qui passe sur un plateau de télé où je ne pense pas à un conseil de Jacques. Il aimait les gens avec lesquels il travaillait. Attention, c’était un fêlé qui pouvait partir vers des excès. Des excès de générosité et parfois des excès de paranoïa. Mais à l’arrivée, ce qui le caractérisait, c’est qu’il avait un cœur comme j’en ai rarement vu, un professionnalisme  comme j’en ai rarement vu aussi et une volonté de te donner les choses, une volonté de te révéler à toi-même. Il ne se contentait pas de se regarder le nombril, il portait ses collaborateurs. Il fallait juste être motivé à fond, il n’aimait pas les glandeurs, ceux qui ne travaillaient pas. Et il payait super bien en respectant parfaitement les droits d’auteur. Dans ma vie, j’ai eu un avant et un après cette expérience. J’ai découvert ce que c’était d’avoir une certaine aisance. Merci Jacques pour ça, mais merci Jacques pour tout le reste. Apprendre à se tenir devant une caméra, m’avoir décomplexé de mon image… et tous les conseils qu’il m’a donnés. C’était un vrai mec bien.

C’est aussi grâce à lui que tu as rencontré Laurent Gerra.

Effectivement, c’est encore Jacques Martin qui a suggéré à Laurent Gerra de travailler avec moi pour les parodies. Il n’était pas obligé de faire ça. Martin était vraiment quelqu’un d’extra ordinaire, au sens étymologique du terme.

Frédéric Zeitoun et Laurent Gerra à Vivement Dimanche en 2012.

frédéric zeitoun,en chanteur,télé matin,c'est au  programme,chansons,mandor,interviewTa vraie notoriété, c’est depuis ta participation à Télé Matin, non?

Ça fait 20 ans que j’y suis quasiment deux fois par semaine. J’avais écrit un livre qui était parvenu à l’assistant de William Leymergie. Cet assistant avait trouvé le concept de mon livre sympa. William me connaissait parce qu’il regardait Jacques Martin. Vincent Ferniot qui bossait aussi à Télé Matin avait dit des choses sympas sur moi à William. Ce dernier m’appelle le 30 juin 1998 en me disant qu’il a un boulot de bouche trou à me proposer. 8 chroniques d’été, 8 histoires de chansons. Je lui réponds que « bouche trou,  j’en rêvais ». Les 8 chroniques d’été se sont transformées en presque 20 chroniques. A la rentrée, satisfait de ce que les gens disaient sur moi, il m’a proposé de rejoindre officiellement l’équipe de C’est au programme. Pour rester, il a fallu que j’apprenne à faire des sujets. Aujourd’hui, ça fait 20 ans que ça dure.

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Première chronique à Télé Matin, il y a 20 ans. 

Sans lassitude aucune ?

Sans lassitude aucune parce que je travaille pour les deux émissions, Télé Matin présenté par Laurent Bignolas et C’est au programme présenté par Sophie Davant. Tu vis la lassitude si tu t’endors. Moi, j’essaie de me remettre en question, de faire les choses différemment très souvent. Je me mets des petits défis pour lutter contre la lassitude.

Revenons à ton métier d’intervieweur. Tu n’interroges que des gens que tu respectes professionnellement ?

Si vraiment je déteste quelqu’un, évidemment, je n’y vais pas.  Je suppose que tu fais la même chose. Il m’arrive de ne pas avoir d’avis sur quelqu’un, mais il faut toujours que je respecte la personne. Et le respect, c’est un déjà un acte affectueux. Ce qui est certain, c’est que quand je me mets en mode « intervieweur », je ne me mets jamais dans une posture. Je ne suis pas là pour juger les gens, mais pour faire en sorte de mettre en valeur leur spectacle ou leur disque. Qui je suis pour snober mes invités ? Tu poses des questions, les gens te répondent. Tu vois les gens sincères, ceux qui le sont moins.

frédéric zeitoun,en chanteur,télé matin,c'est au  programme,chansons,mandor,interviewParlons théâtre à présent. Tu es à l’Alhambra pour ton Frédéric Zeitoun… en chanteur.

C’est mon troisième spectacle. J’ai fait pendant quatre ans Toutes les chansons ont une histoire adapté de mon livre du même nom, ensuite j’ai fait L’Histoire enchantée du petit juif à roulettes, sorte de biographie en musique de ma vie qui m’a permis de dire pas mal de choses sur la différence et le regard des autres qui commençaient à me gonfler et enfin En chanteur.

Là, c’est un spectacle de chansons qui a pour but de « combattre le blues du dimanche soir ».

Depuis le 24 septembre, on n’a pas à se plaindre. Nous avons une régularité dans la cadence. Nous sommes en prolongations jusqu’à la fin du mois de mars.

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Bruno Bongarçon et Frédéric Zeitoun à l'Alhambra, le dimanche 21 janvier.

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Le chanteur Alain Turban, moi, la chanteuse Nathalie Lermitte et Frédéric Zeitoun à l'Alhambra, le dimanche 21 janvier, à l'issue de En chanteur.

Pourquoi ces spectacles ?

En 2007, un monsieur qui s’appelle Michel Algay m’a proposé de présenter le tournée Age tendre et têtes de bois qu’on avait été les premiers à couvrir pour Télé Matin. On a fait 60 Zénith dans l’année et je me suis bien marré. J’ai pris du plaisir avec le public. Cela n’est pas étranger au fait d’envisager de monter un spectacle. 

Les gens t’aiment bien. Je l’ai remarqué en allant te voir à l’Alhambra et là, depuis une heure que nous sommes ici. Ils viennent te voir et sont très gentils avec toi.

Oui, mais parfois, on ne me resitue pas vraiment. On me connait, mais d’où ? J’essaie d’avoir de la distance avec ça. Chaque dimanche, je remets tout à zéro. Je ne sais pas ce que c’est qu’une salle acquise. C’est ce que je te disais tout à l’heure quand on parlait de la télé. Vraiment, il faut se remettre en permanence en question et savoir que rien n’est jamais acquis ou gagné.

Frédéric Zeitoun chante "Juif de gauche" à l'Alhambra.

Ecrire des chansons, c’est le plus beau métier du monde ?

Pour moi oui.

Quand tu entends une chanson de toi à la radio, ça te fait quoi ?

Toujours la même émotion. Je me dis que c’est merveilleux d’écrire un texte sur un coin de table et de l’entendre quelques mois ou années plus tard chanté par quelqu’un. Je trouve formidable que les artistes qui reprennent mes chansons les subliment. Ils apportent quelque chose que je ne peux pas leur apporter moi. Tu vois, par exemple, je  n’ai pas le pouvoir de faire rire les gens. Mais avec Laurent Gerra par exemple, on a écrit une chanson qui s’appelle « Ah qu’elles sont jolies les filles en burkini » avec la voix d’Enrico Macias. Chanté par lui, ça devient irrésistible. Quand tu écris un texte et que tu entends via ce vecteur ô combien génial d’un artiste de la trempe de Laurent Gerra, c’est-à-dire certainement le plus doué de sa génération, une salle de 4000 personnes se marrer à ses conneries-là, je ne peux être que fier.

Pourquoi écris-tu ?

Quand on écrit, on ne se dit pas qu’on le fait pour laisser un message. Moi, je me dis juste que j’ai ça ou ça à dire et que j’irais mieux si je le dis. C’est presque un besoin de l’écrire. Au départ, c’est un acte parfaitement égoïste. Après, que les gens adhèrent à ça et que, par hasard, une phrase peut faire infléchir une vision des choses, je trouve cela formidable… mais je n’y crois pas beaucoup.

Frédéric Zeitoun chante "Le monsieur de la télé" à l'Alhambra.

Tu aimes la célébrité ?

Je ne peux pas te dire que c’est désagréable. Les gens sont plutôt gentils avec moi. Mais, il faut bien se rendre compte que tout ceci est éphémère, que tout peut s’arrêter du jour au lendemain et que ce n’est pas toi qu’on aime, c’est le mec qu’on a vu à la télé. Une fois que tu as compris cela, tu relativises beaucoup de choses.

J’ai la sensation que tu n’es dupe de rien, que tu as beaucoup de distance sur tout ça.

Ne pas avoir de distance sur ça, c’est être con. Le mec qui croit qu’il est arrivé quelque part parce qu’il fait des chroniques le matin à la télé, le type je le plains. Je rappelle qu’il y a des gens qui sauvent des vies en greffant des cœurs. Nous, on est des rigolos.

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Le 15 janvier 2019, lors d'un tournage de C'est au programme dans lequel j'étais l'invité de Frédéric Zeitoun pour parler de Starmania. C'est là que j'ai découvert un professionnel irréprochable et bienveillant.

J’ai une thèse personnelle et j’aime la répéter aux artistes qui me tiennent ton langage.

Je vous en prie maître.

Ne te moque pas. Les artistes sont un élément essentiel de la chaine humaine. Vous ne sauvez pas des vies, mais vous sauvez des âmes. Et ce n’est pas rien. Ce n’est pas anodin.

Peut-être que les chansons peuvent sauver des vies, mais ce n’est pas pour autant qu’il faut commencer à se prendre au sérieux.

Ah ! Là, je suis d’accord.

Que l’on fasse notre métier sérieusement et que l’on fasse rêver les gens, c’est très bien, mais ça ne donne en aucun cas le droit de se prendre pour un être supérieur. Ce qui m’a toujours sidéré, c’est de voir que des vrais gens importants qui ont fait des choses héroïques, ce sont les plus simples. Au-delà de tout, on va tous clamser un jour et il y a des choses plus importantes dans la vie que la télé. 

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Après l'interview, le 29 janvier 2018.

14 février 2018

Livia : interview pour l'EP Le blaireau riche

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(Photo : Alain Leroy, pour" l’œil du spectacle")

livia,le blaireau riche,interview,mandorDans les chansons de Livia, elle raconte ce qui la touche, ce qui l’entoure et l’inspire. Cette chanteuse, pianiste, auteure-compositrice chante tout haut ce que l’on pense tout bas, sans retenue ni faux-semblant. Car comme elle le dit : « ça n’a aucun intérêt de faire semblant et en plus c’est fatiguant ». Plus authentique que cette chanteuse, je ne vois pas. En interview aussi, elle n’a pas la langue dans sa poche. Le 1er février dernier, j’ai pu en juger  par moi-même, dans un bar de la capitale. Un premier EP (que vous pouvez écouter ici), c’était une occasion en or pour une première mandorisation.

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Biographie officielle (par Livia elle-même):livia,le blaireau riche,interview,mandor

L’histoire commence comme ça : en 2014, dans un bar à vin à Saint-Germain-en-Laye, moi, Lilie la petite brune demande au grand métis s’il aimerait gratter, tâter de la corde, slider sur mes morceaux. Et derrière son verre aviné, le grand métis dit oui. Alors, c’est dans un mini studio d’enregistrement parisien, au fin fond d’une cave sombre qui pue l’humidité, qu’avec un ordinateur, des claviers, un piano toy, un xylophone et un micro, du café, encore du café et beaucoup de café, que JR et moi bricolons, fabriquons, bidouillons, créons de la musique. Cinq ans plus tard, JR, est toujours aussi patient et Sam a discrètement rejoint l’équipe.

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(Photo : Alain Leroy, pour" l’œil du spectacle")

livia,le blaireau riche,interview,mandorInterview :

La musique, ça a commencé quand pour toi ?

A la maison, quand j’étais toute gamine, il y avait un piano et ma mère y jouait de temps en temps. Alors, pour m’amuser et par vif intérêt je mettais mes doigts sur les touches du piano. Après le bac, j’ai décidé de faire mes études dans la musique. C’était en moi. Je n’avais pas d’autres choix.

Tu as étudié le piano et le chant à l'American School Of Modern Music. Ensuite, tu as complété ta formation musicale à la Bill Evans Piano Academy. Diplômée des deux écoles, tu as poursuivi ton parcours par deux ans d’études au sein du Centre International de Musicothérapie… mazette !

A 14 ans, je suis tombée amoureuse du jazz. Donc après le bac, j’ai fait des études de jazz. Je voulais consolider ma formation pianistique. Je t’avoue aussi que, toutes ses études musicales, c’était aussi pour rassurer mon père. Il avait besoin de savoir que j’avais des diplômes. En parallèle de mes études, j’ai monté mes premiers groupes jazz, ambiance Nora Jones… 

Est-il difficile de se dépêtrer de ce qu’on apprend dans des écoles musicales ? Il y a forcément des automatismes qui se forment…

Je pense qu’un bon musicien est quelqu’un qui a des bases, qui sait ce qu’il fait, mais qui sait, à un moment, se débarrasser de tout et épurer. Cela dit, j’imagine que tu peux être autodidacte et être un tueur. Ça s’est déjà vu.

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(Photo : Rodolphe Julienne)

Comme l’indique ta bio, le déclic pour faire ce métier sérieusement a commencé dans un bar à vin ?

Avant le bar à vin, j’ai été aux Trois Baudets pour voir le concert du groupe vocal OMMM. Il y avait sur scène un beat boxer. Là, je suis tombée amoureuse de sa performance vocale et rythmique. J’ai décidé qu’il fallait que je bosse avec ce gars-là. Après, nous sommes allés boire un verre dans ce fameux bar à vins et on a décidé de collaborer. C’est à ce moment que le projet Livia est né. Il s’est plus orienté trip hop/chanson. Du coup, j’ai laissé de côté la batterie, la contrebasse et le saxophone qui m’accompagnaient depuis des années sur scène, mais qui prenaient trop de place.

Parlons de certaines de tes chansons de ce premier EP. Dans « Le blaireau riche », tu racontes l’histoire d’une jeune femme qui vit avec un homme riche pour avoir une protection financière, voire sociale… et qui assume la chose.

Ça m’emmerde de tourner autour du pot et de ne pas dire les choses franchement. D’habitude, les femmes sont des femmes-objets, là, je prends le contre-pied, je renverse la situation, j’utilise mon mec, il est plein de thunes, j’en profite. J’ai grossi un peu les traits, parce que cette personne-là existe. C’est mon ancien compagnon avec qui j’ai vécu 4 ans. Pour l’anecdote, j’ai composé cette chanson quand je vivais sous le même toit.  Il l’a trouvé très bien (rires). Pour vivre avec moi, il faut avoir du troisième degré.

Clip de "Le blaireau riche".

Dans le clip, tu donnes de ta personne. On te voit nue. En ombres chinoises, mais quand même…

Je fais du théâtre en parallèle de la chanson. Je suis assez à l’aise dans mon corps. Je voulais illustrer le propos du morceau qui était de surligner le fait que, quand il n’était pas là, je me sentais libre et je pouvais danser. Et je dois dire que c’était très agréable de danser toute nue. Il y a un retour au primitif qui était très agréable. Il y a aussi un côté un peu provoc et insolent, je dois être un peu comme ça. J’en ai marre que l’on ne puisse pas être authentique, j’ai envie d’être moi-même. Je n’ai plus envie de faire semblant et de mettre un masque.

Dans « Même si » et « Bah, t’es pas beau », j’ai l’impression qu’il s’agit de la même personne.

Bien vu, c’est le même homme. Là encore, ce ne sont pas des chansons d’amour conventionnelles. Il n’est pas très grand, il est petit, chauve, mais je suis bien avec lui quand même. On se dit les choses.

Livia dans sa salle de bain  : "Bah t'es pas beau".

De quoi parle « L’histoire de » ?

Il y a trois couplets et chaque histoire est un constat sur les masques que nous portons tous  en société. C’est aussi une chanson sur les peurs que nous avons. Quand je dis « nous », je parle surtout de moi. C’est sur la peur de vivre finalement.

On ment tous dans la vie. On ne peut pas toujours dire la vérité. Heureusement ?

Non, pas heureusement. Moi, je cherche vraiment à être la plus authentique et à tenter de ne jamais mentir. On a tous des attitudes, des gestes, des manières de parler pour plaire à l’autre, mais c’est un peu triste parce que, finalement, nous sommes tous faux. Dans un monde utopique, j’aimerais bien qu’aucun de nous n’ai de masque.

"J'aurais presque préféré" en concert aux Trois Baudets, 30 Novembre 2017 Avec Jean-Roland M'Barga à la basse Sam, waxybox au beatbox.

Dans « J’aurais presque préféré », tu racontes l’histoire d’un cœur d’artichaut contre un cœur de pierre.

Ca raconte mon histoire. Je me suis fait larguer et j’ai été dégouté (rires). J’aurais presque préféré qu’il fasse semblant.

« La mastication » parle de ta conception par tes parents.

C’est un acte bizarre à la fois fascinant et qui me dégoûte, parce que s’imaginer ses parents faire l’amour n’est pas dans l’ordre des choses. J’ai sans doute voulu exorciser ce truc qui me met mal à l’aise et en même temps qui  m’amuse.

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(Photo : Rodolphe Julienne)

Tu parles pas mal de sexe dans tes chansons.

J’ai peut-être un problème avec le sexe parce qu’effectivement, je parle beaucoup de cul dans mes chansons (rires). En vrai, ça me fait rire de parler de cul. J’ai toujours aimé parler de ça.

La chanson « Papa » raconte l’histoire d’une femme à qui son père n’a pas donné assez de temps, ni assez de tendresse.

Toutes mes chansons sont autobiographiques. Mon père a quatre filles. Je pense qu’il aurait voulu un gars.

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(Photo : Rodolphe Julienne)

Qu’en a pensé ton père ?

Il l’a entendu, mais il ne m’a pas dit ce qu’il en pensait. C’est quelqu’un qui cache beaucoup ses émotions. Je sais juste qu’à la fin du concert, il est sorti pour s’aérer. Il devait être un peu ému.

Fais-tu attention au visuel, à l’image en général ?

Oui. Je suis quelqu’un un peu dans le contrôle. J’ai du mal à déléguer, car je me dis toujours stupidement que les autres feront moins bien que moi. Pour la pochette de cet EP, c’est un ami dessinateur, lelefante, qui s’y est collé. Je l’ai pas mal dirigé. Je voulais un truc printanier, frais, comme une renaissance, un renouveau. Il y a plein de détails qui rappellent mes chansons. Tout à une signification précise.

"Même si" en live dans Le Grand Studio RTL.

La musique, les chansons, ça t’apporte quoi ?

C’est un évacuateur, une manière de me libérer des choses qu’il y a dans ma tête. Tous les artistes qui écrivent, c’est parce qu’ils ont besoin que cela sorte. Mes chansons sont des pages de mon journal intime et j’espère qu’elles procureront une émotion à ceux qui les écoutent.

Ce que j’aime chez toi, c’est que tu es différente. On a besoin d’insolence dans la chanson française.

Ça me fait plaisir parce que je n’envisage pas ce métier en le faisant hypocritement. Ça m’emmerde d’être une vraie fille. Je ne suis pas une vraie fille. Parfois, j’ai une manière de penser comme un gars. Je ne suis jamais vulgaire, mais je parle crûment et simplement. Je ne veux pas faire semblant.

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Après l'interview, le 1er février 2018.

08 février 2018

Daphné : interview pour Iris Extatis

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(Photo : Julia Gragnon)

daphné, iris extatis, mandor, interviewÇa fait longtemps que je suis fasciné par le monde merveilleux de Daphné. Il me semble avoir été le tout premier journaliste musical à l’avoir interviewé pour son premier album, L’émeraude, pour le magazine des magasins Virgin. C’était en 2005. Elle était encore timide mais résolue. Déjà, son univers mystérieux et féerique m’envoûtait. Elle était habitée par une vision singulière comme on n'en entend que trop rarement. Sur ce premier disque, violoncelles et autres arrangements de cordes fantasmagoriques portaient une voix fragile, mélancolique et remuante qui délivrait des textes intenses. Cinq albums plus tard, Daphné reste la même… en mieux. Avec Iris Extatis, le charme continue d’opérer.

Je suis allé à sa rencontre le 24 janvier dernier pour sa troisième mandorisation (la première pour Carmin en 2007, la seconde ici pour Fauve).

Argumentaire officiel (très écourté) :daphné, iris extatis, mandor, interview

Chaque album de Daphné est un voyage. Depuis ses débuts, de l’Emeraude, Carmin, Bleu Venise à La fauve, elle ne cesse de nous parler d’amour entre abysses et sommets, déclarations et portraits intimes. A travers ces 11 nouveaux titres, Daphné nous livre cette fois de profonds cris du cœur. Ayant imaginé Iris Extatis comme une formule magique, un sésame censé nous insuffler espoir et émerveillement, - tous deux antichambres à l’extase -, Daphné nous raconte qu’il n’y a pas de frontière à l’imaginaire et que notre regard, notre iris peut être en perpétuel mouvement, ouvert sur le monde.

Iris Extatis est un album qui souhaite réunir et réconforter. Même le corps va jusqu’à se faire voyant pour nous aider à nous guider vers qui nous sommes vraiment. Avec conviction, Daphné nous ouvre les portes d’un monde fertile et foisonnant, d’un monde païen, sans frontières où mythes, fantaisie, nature et femmes sont reliés. C’est avec Edith Fambuena que Daphné a choisi de dessiner une palette de couleurs inattendue autour des guitares et du piano. Vous croiserez parfois un sitar, un koto japonais, un laud marocain, une harpe, et pour la première fois des rythmiques qui vont même jusqu’à flirter avec la deep house… Cette collaboration jouissive et fusionnelle va jusqu’à la présence d’Edith derrière le micro, le temps d’un duo. Avec Iris Extatis, Daphné distille une poudre d’évasion pour qu’enfin, chacun puisse croire en ses rêves et s’y accrocher. Décidément, « On n’a pas fini de rêver ».

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(Photo : Julia Gragnon)

daphné,iris extatis,mandor,interviewInterview :

Encore un titre d’album qui est une couleur. Tu joues avec ça depuis ton premier disque.

Pour moi, faire de la musique, c’est ludique. Plus exactement, c’est aussi ludique. Il y a également tout un voyage intérieur qui n’est pas que jeu. Une couleur pour chaque album, je ne sais pas si c’est devenu un jeu, mais c’est ce que j’ai trouvé de mieux pour définir l’énergie d’un disque. Ces couleurs font partie d’un tout, dont j’ai déjà le titre. Si j’ai la chance de pouvoir faire toutes les couleurs que je souhaite, au bout, je dévoilerai l’explication globale.

Tu trouves des couleurs de moins en moins évidentes.

Je considère le titre Iris Extatis comme une formule à la « abracadabra »… comme un sortilège. Ça m’est venu comme ça, sans réfléchir. Je ne cherche jamais les titres. J’ai déjà les prochains d’ailleurs. Après je raconte les histoires autour du titre. C’est toujours mon point de départ.

Dans la création, tu es toujours dans l’instinct ?

Je travaille beaucoup par instinct et par incident.

Par exemple ?

Je décide de faire une chanson, je vais m’installer pour travailler, je démarre, la porte psychique est ouverte et il y a autre chose qui arrive. J’abandonne donc le thème je pars vers autre chose qui s’impose. Je considère cela comme une sorte de déviation. Finalement, même quand je décide d’aller vers la musique, c’est elle toujours qui me surprend. Je reste ouverte à la surprise, à l’aventure… même dans la vie. Du coup, il n’y a aucun frein à mon imagination. Je me rends compte aussi qu’il y a un pragmatisme dans l’imagination.

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(Photo prise le jour de l'interview)

Les ficelles sont commandées par quelque chose ?

Je pense qu’elles sont commandées par des choses qu’on ne contrôle pas, qui sont aussi ce que l’on est, mais pas forcément visiblement. On ne passe pas notre temps à s’étudier, du coup, il y a des choses qui resurgissent. C’est surprenant, c’est pour ça que j’aime ce métier. Je me fais moi-même surprendre par des chansons. Je me fais emporter. C’est un peu comme faire du cheval. J’en fais, j’adore ça. On est deux entités, dont une entité qu’on ne maîtrise pas complètement. Un cheval, c’est hyper sensible. Il faut être en relation, accepter d’être emmené. En même temps, c’est nous qui pouvons diriger aussi, parce qu’on veut aller plus ou moins là où là. C’est un équilibre.

Quel a été le rôle d’Edith Fambuena dans tout ça ?

Comme elle le dirait elle-même, elle aime habiller les chansons. C’est une rencontre magnifique. C’est le deuxième album que je fais dans le respect mutuel. C’est très rare. Il y a beaucoup d’arrangeurs qui sont dans le pouvoir. J’avais fait Bleu Venise avec Larry Klein (Joni Mitchell, Melody Gardot, Madeleine Peyroux) qui n’est pas du tout comme ça. C’est tellement un musicien excellentissime qu’il n’a rien à prouver, donc il est dans le partage. Edith, c’est la même chose. Plus un musicien est doué, plus il est simple et ça se passe bien. Quand on est accueilli dans sa globalité et pas uniquement un bout de soi, forcément on s’offre encore plus et mieux.

Il parait qu’Edith Fambuena est très exigeante. C’est vrai ?

Oui et tant mieux. Je le suis aussi. Nous sommes toutes les deux minutieuses et des folles furieuses du bouillonnement dans la création. Edith est vraiment aventureuse. C’est mon cas aussi, donc nous nous sommes beaucoup amusées. Je ne me suis jamais autant amusée sur un disque.

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(Photo : Julia Gragnon)

Comment avez-vous travaillé ?

J’ai amené à Edith les chansons en piano-voix, en guitare-voix ou en bidouillages-maison voix. Je lui ai raconté les univers de toutes. Ensuite, elle écoute et elle se laisse inspirer par tout ce qu’elle a en elle et ce que la chanson lui raconte. Avec Edith, c’est un plaisir intellectuel et humain. Je lui ai dit : « fais gaffe, je vais vouloir faire mon prochain album avec toi » (rires).

Souvent, on te considère comme quelqu’un d’éthéré. Ça te dérange ?

Ça ne me dérange pas. Après, quand les gens me connaissent, ils découvrent quelqu’un de plus terrien, de plus ancré. Dès qu’on parle du rêve et du sentiment, on est considéré comme quelqu’un qui vit sur la lune, mais pour moi, il n’y a rien de plus concret qu’un sentiment.

Dans « Le corps est un voyant », tu dis que tu  ne crois plus à l’amour…

Je raconte l’ambivalence de ne plus y croire et en même temps, d’un corps qui, lui, y croit. Il y a aussi une chanson qui s’appelle « L’amour ». Je pense ne pas me tromper en disant qu’à un moment, nous avons tous été éloignés d’un sentiment qu’on ne veut plus revivre, alors qu’au fond de son cœur, on croit encore à l’amour. C’est une forme de protection. Au niveau des sentiments, on n’est pas noir ou blanc, c’est très coloré.

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Musicalement, pour la première fois, il y a une incursion dans la musique africaine.

Je trouve que sur « La prière aux étoiles », ça s’y prêtait. On était dans quelque chose qui était proche de la transe. Il n’y a pas vraiment de refrain, c’est plus quelque chose que je scande… une sorte de pont.

Dans « La lune est une femme africaine », tu évoques pas mal de continents différents.

C’est lié à la curiosité que j’ai des peuples et de la différence. J’ai le sentiment d’être reliée au monde dans sa généralité par des sentiments, par notre humanité, même si nous ne sommes pas nés avec les mêmes gènes, le même environnement, la même langue, la même culture. Ça me fascine totalement. C’est très important d’avoir un horizon quand on est un être humain. Ceux qui n’en ont pas sont souvent très malheureux. Que ce soit un projet, un voyage, une rencontre, c’est quelque chose qui nourrit vraiment.

Clip de "Song for Rêveurs"

Est-ce que le plus beau des mondes n’est pas ton monde intérieur ?

Mes disques sont en tout cas une véritable plongée à l’intérieur de mon moi. Ce métier permet à la fois d’être intériorisé et aussi de jaillir.

Tu es pressée d’interpréter ces nouvelles chansons sur scène ?

J’ai hâte et en même temps, j’appréhende les réactions. C’est toujours un mélange des deux, c’est un équilibre, une alchimie fragile.

C’est peut-être ton album le plus populaire.

La chanson, c’est un art populaire. J’espère toucher le plus de monde possible. Je n’ai jamais eu l’intention de faire des disques élitistes.

Au bout de 6 albums, ça y est, tu te considères enfin comme une chanteuse ?

(Rires) Toujours pas. Iris Extatis, j’ai l’impression que c’est mon premier album. Je ne suis pas quelqu’un qui fonctionne sur les acquis en tout domaine. Souchon disait « chanter, c’est lancer des balles », c’est exactement ça. On lance quelque chose pour que l’on joue avec nous, pour qu’il y ait une réponse, que l’on puisse rebondir aussi… J’ai l’impression d’être une éternelle novice.

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Après l'interview, le 24 janvier 2018.

07 février 2018

Loïc Lantoine et le Very Big Experimental Toubifri : interview pour l'album Nous

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Grégoire Gensse, jeune homme d’à peine 30 ans est mort l’année dernière. Il était le compositeur du Cirque Plume. Il était aussi à la tête du Very Big Experimental Toubifri Orchestra, fanfare iconoclaste de dix-huit musiciens. Un jour Gensse a rencontré Loïc Lantoine… et l’osmose fut parfaite. En 2015, un spectacle autour de l’univers de ce dernier, mêlant d’anciennes et nouvelles chansons, tout en y ajoutant quelques morceaux inédits créés pour l’occasion, est né. Cette collaboration existe aussi désormais sur disque… et ça déménage !de leur rencontre. Le fruit de leu

Le 10 janvier dernier, j’ai rencontré Loic Lantoine pour la seconde fois (lire sa première mandorisation) dans un café de la capitale. Il était accompagné de la clarinettiste du Very Big Experimental Toubifri, Elodie Pasquier. Une conversation à trois des plus passionnantes.

22519593_10155190516028163_5366930480007915775_n.jpgArgumentaire du disque :

Il y a des rencontres comme ça, instantanées, évidentes, foudroyantes. Celle entre Loïc Lantoine et le Very Big Expérimental Toubifri Orchestra pète ici tous les plafonds qu'elle méritait bien une double offrande : un live pour réinventer le passé et un album original pour redéfinir le présent. Quand dix-huit musiciens, libres, aventureux et ouverts à tous les vents, font briller un auteur d'âme, l'idylle ne peut que jouer les prolongations.

Présentation des forces en présence :

Loic Lantoine : Déjà plus de 10 ans qu’il fait tanguer la langue, chavirer la rime et culbuter les strophes. Avec son complice François Pierron, le chantre de la « chanson pas chantée » a baroudé de bars en gites, de clubs en bouges avec une inaltérable constance et 3 albums sous les aisselles : Badaboum, 1er essai tapageur en 2004, suivi de Tout est calme 2 ans après et du live À l’attaque, en 2008, ont forgé sa réputation de poète routard déglinguant les conventions littéraires et musicales avec un bagout et une pépie dignes d’un Bukowski ch’timi ou d’un Tom Waits nordiste.  Bête de scène. Malgré lui, affirme-t-il : s’il s’est un jour lancé sur les planches, c’est parce qu’il préférait dire ses textes plutôt que de les faire lire.

Very Big Experimental Toubifri Orchestra :

Créé en 2006, le Very Big (ou le Toubifri !) est un gros orchestre de 18 musiciens, membre de la Fédération des Grands Ensembles de Jazz et musiques improvisées. Avec comme règle absolue de porter la musique à ses extrêmes limites. Fondé sur un jazz puissant et savamment maîtrisé, le Very Big est une fantasque fusion des genres, un maelström indéfinissable inspiré des mandalas cycliques du gamelan balinais et profondément marqué par la musique pop. Les modes de jeu multiples explorent la richesse des timbres, la spatialisation du son et l’énergie des instruments. Une véritable fusion des genres pour un style tout bonnement inclassable !

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23621668_1355367987908792_1585996448025325776_n.jpgInterview :

Loïc, qu’as-tu pensé de Grégoire Gensse quand tu l’as vu la première fois ?

Loïc Lantoine : Je me souviens avoir vu un hurluberlu sautillant qui m’a demandé si on pouvait faire un truc ensemble. Je l’ai trouvé très insistant, mais charmant. Il m’a envoyé le disque des Toubifri, Waiting in the Toaster, et quand je l’ai écouté, j’ai pris une bonne baffe dans la gueule. Du coup, je l’ai vouvoyé. Je l’ai appelé et je lui ai dit : « monsieur le petit lutin sauteur, finalement, j’aime beaucoup ce que vous faites ! »

Tu ne t’es pas demandé ce que tu allais faire au milieu de 18 musiciens ?

Loïc Lantoine : Il ne faut surtout pas réfléchir, sinon, tu ne fais rien. A la base, cela devait être une collaboration momentanée et courte, mais de fil en aiguille, on a décidé de laisser une trace avec des spectacles et un CD live. Au début, on ne devait faire que des reprises de mon répertoire, mais au final, on a fait aussi un album complet de nouvelles chansons.

Et en plein milieu de l’élaboration de tout ça, Grégoire Gensse est mort.

Loïc Lantoine : Ça a été la catastrophe. L’horreur absolue. On ne savait pas quoi faire. Est-ce qu’on allait repartir chacun de notre côté avec nos petits souvenirs sous le bras ou, pour ne pas devenir fou, allait on finir le disque ? On a choisi de continuer. Dans cette histoire horrible, c'est ma fierté absolue.

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Grégoire Gensse.

Elodie, toi tu es dans le Very Big Experimental Toubifri Orchestra depuis sa création. Tu avais même orTie.jpgun duo avec Grégoire Gensse qui s’appelait OrTie (photo à droite). Comment Grégoire vous a proposé de travailler avec Loïc ?

Elodie Pasquier : Grégoire a toujours été convaincant. Quand il aimait quelqu’un ou quelque chose, on ne pouvait qu’aimer aussi. On était donc obligé d’aimer Loïc Lantoine avant d’avoir écouté ce qu’il faisait (rires). Comme moi, je suis un peu contradictoire, j’ai préféré ne pas aimer tout de suite… et puis après j’ai adoré.

Loïc Lantoine : De plus, tu n’es pas branchée chanson à la base.

Elodie Pasquier : C’est vrai. C’est grâce à Grégoire que j’ai découvert cet univers. Grégoire est tombé sous le charme de Loïc, il a donc traîné les copains à un concert. Tout le monde est revenu enthousiaste. J’ai mis un peu de temps à adhérer, mais vraiment, aujourd’hui, je le trouve formidable.

Loïc, toi, tu as rejoint le groupe sans crainte ?

Loïc Lantoine : Ce n’est pas la première fois que je collabore à des projets fous. Et puis, on ne prenait pas de risques, si ça ne marchait pas, ce n’était pas grave. Il se trouve que les gens de cet orchestre sont d’une bienveillance extraordinaire, alors, tout s’est bien passé.

Elodie Pasquier : La rencontre s’est faite en douceur. Au début, on a juste réarrangés quelques chansons déjà existantes de Loïc, ce n’était pas compliqué.

Loïc Lantoine et le Very Big Experimental Toubifri: "Le cheveu blanc"

Toutes les nouvelles chansons devaient être composées par Grégoire. Comme il est parti,  d’autres membres du groupe ont pris le relais.

Elodie Pasquier : Dans cet orchestre, il y a des musiciens qui viennent d’univers très différents, chacun a donc une idée de l’écriture et des arrangements, du coup, on a une couleur différente à chaque titre.

Loïc Lantoine : Je suis passé de main en main. On aurait dit une tournante dans une cave. Je me suis fait souiller de musique (rires). Elodie, la sœur d’âme de Grégoire, a composé une chanson. C’est celle qui parle de lui, « Poison d’avril ». Il y avait entre Elodie et Grégoire un rapport fraternel intense.

Elodie Pasquier : Il faut dire que l’on partageait la scène dans plein de contextes autres que le Toubifri.

Loïc Lantoine et le Very Big Experimental Toubifri : "Tu me vieux", filmé à la scène national d'Angoulême le 05 Octobre 2017 par Bob et Yak0 © COUAC PRODUCTIONS

Loïc, as-tu été surpris des propositions de l’orchestre ?

Loïc Lantoine : Bien sûr. C’est ça le but du jeu. J’ai toujours veillé depuis que je fais le boulot, à être étonné. Je suis nul en musique, je suis donc vite saisi.

Elodie Pasquier : Non, tu n’es pas nul. Arrête avec ça. Tu as un vrai sens musical. Tu dis toujours tu n’y connais rien, c’est faux. Tu ressens les structures, tu ressens les élans. Tu comprends immédiatement si c’est bien écrit, si ça marche. Ce qu’on fait n’est pas évident et est parfois compliqué. Toi, tu saisis tout. Tu  as une oreille et une sensibilité étonnante.

Loïc Antoine : La musique reste magique pour moi. J’ai besoin de me faire maltraiter. Si c’est pour que ce soit évident, ça n’a aucun intérêt. Il faut être une bête folle qu’on n’arrive pas à maitriser, c’est là où ça a du sens. C’est du rodéo cette histoire-là !

Loïc Lantoine et le Very Big Experimental Toubifri : "La nouvelle".

Travailles-tu toujours dans la douleur quand tu fais un album ?

Loïc Lantoine : Pas dans la douleur, mais pas dans la facilité non plus. La création, j’aime bien, mais je préfère la scène, je préfère jouer, je préfère quand il y a des gens. J’aime bien voir mes disques physiquement, ça prouve que j’ai fait quelque chose  dans ma vie, mais je n’aime pas les écouter. Je n’aime pas ma voix en particulier. 

Si tu n’apprécies pas spécialement ce que tu fais, tu comprends que les gens aiment par contre ?

Loïc Lantoine : Oui car je fais tout pour. Je suis consciencieux et je travaille avec amour depuis bientôt 20 ans avec un minimum de savoir-faire. Je n’ai pas à rougir de ce que je fais. Cela dit, je t'assure que j’ai plus de respect pour ce métier en général que pour mon œuvre. Ce boulot, je le trouve noble et utile.

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Pendant l'interview. (Photo: Sissi Kessaï)

Tu as conscience que pour les amateurs de chansons françaises à texte, tu es une référence ?

Loïc Lantoine : J’en ai rien à foutre et heureusement. A chaque fois que les flics m’arrêtent, je leur dis que je suis chanteur, ils sont très sceptiques (rires). Ça remet les pendules à l’heure. Tu sais, je ne suis pas trop sensible aux compliments, ni à la critique d'ailleurs. En tout cas, les superlatifs me concernant, c’est super sympa, mais c’est exagéré.

Ce n’est pas important de se sentir rassuré, de comprendre que son travail est très respecté ?

Loïc Lantoine : Si, bien sûr. Ça, tu le vois en concert. Ce sont les bravos, c’est le public attentif et réceptif..

Elodie, que penses-tu de Loïc humainement ?

Elodie Pasquier : Je suis très marquée par le premier échange que j’ai eu avec lui lors du premier jour de répet’. Grégoire avait arrangé « Pierrot ». Il y avait un solo à la clarinette que je devais interpréter. Je l’ai fait. Tout le monde semblait content. Mais à la pause, Loïc vient vers moi pour me demander si j’ai 5 minutes pour boire un coup au bistrot. Je me suis dit qu’il allait m’engueuler. En fait, il m’a parlé de ce fameux Pierrot. A chaque fois que je raconte cette anecdote, ça me fout les poils et les larmes aux yeux. J’ai appris énormément à ce moment-là. J’ai un humain en face de moi qui me parle d’un truc super important, alors que moi, je m’étais juste dit : « c’est un solo de clarinette avec telle tonalité et un mec qui chante devant ». Ce n’est pas ça. Mais alors pas du tout. Je me suis sentie une responsabilité. Depuis, ce jour, ça m’a donné une putain d’opinion sur Loïc et je n’ai jamais été déçu.

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Pendant l'interview... (Photo : Sissi Kessaï)

Qu’as-tu appris avec ce groupe Loïc ?

Loïc Lantoine : Plein de choses. C’est extrêmement difficile de naviguer en groupe, mais à 18, je ne t’en parle même pas. Il y a une super belle organisation, beaucoup de bienveillance. Tous les membres donnent tout. Ils sont tous très différents, mais c’est une bande indestructible. Je carbure à l’humain, alors putain, ça m’a plu d’être avec eux et de les voir ensemble. A la mort de Grégoire, je les ai vu réagir, pas tous de la même façon, mais j’ai été très impressionné. J’ai envie de faire partie de leur famille.

Elodie, vous vous êtes posé la question de savoir si le groupe allait perdurer ?

Elodie Pasquier : Evidemment. C’était l’orchestre de Grégoire. Il écrivait toutes les chansons, il trouvait les dates,  il régissait et portait tout. Nous on venait jouer. Point. La question n’est pas si on est capable de continuer sans lui, mais plutôt, est-ce qu’on en a envie ? Avec cet album, Nous, Loïc nous a porté. Il nous a incités à ne pas se lâcher. Au début, il  n’était qu’invité, mais aujourd’hui, ce n’est plus du tout ce qu’il se passe. Ce que nous faisons ensemble forme un vrai groupe. On pourrait presque virer le nom de Loïc Lantoine tant il fait partie intégrante du Very Big Experimental Toubifri Orchestra. Ce n’est plus le chanteur vedette qui est avec un groupe, c’est devenu une entité. C’est monstrueux comme ça nous a fait changer de jouer avec lui. Ça nous a beaucoup ouvert. Ce n’est plus le même orchestre.

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A la fin de l'interview le 10 janvier 2018 avec Elodie Pasquier et Loïc Lantoine. (Photo : Sissi Kessaï)

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06 février 2018

Gérard de Cortanze : interview pour Laisse tomber les filles

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Il y a deux ans, je mandorisais Gérard de Cortanze (prix Renaudot en 2002) pour un livre intitulé Zazou, qui rendait hommage à ces anticonformistes qui, à leur manière, sous l’occupation ont fait de la résistance. Ils s’opposaient à la barbarie grâce à leur joie de vivre, la danse, les chansons… J’avais beaucoup aimé ce livre. L’auteur propose aujourd’hui, non pas une suite, mais un autre émouvant voyage dans le temps, des années yéyé jusqu'aux récents attentats qui ont endeuillé Paris. Laisse tomber les filles, du nom de la chanson de la récente disparue France Gall, est une fresque générationnelle dans lesquelles les références abondent. Gérard de Cortanze aborde ici avec plein d’humanité les grands sujets politiques, économiques, sociaux et musicaux d'un demi-siècle d'histoire de France. Laisse tomber les filles est tout simplement l’histoire d’une génération.

Le  18 janvier dernier, je suis allé rejoindre l’auteur dans son bureau de chez Albin Michel.

gérard de cortanze,laisse tomber les filles,les yéyés,mandor,interview,albin michelLe livre :

Le 22 juin 1963, en compagnie de 200 000 autres spectateurs, quatre adolescents assistent, place de la Nation, au concert donné à l'occasion du premier anniversaire du magazine Salut les copains. Il y a là François, blouson noir au grand cœur, tenté par les substances hallucinogènes, grand amateur de Protest Song ; Antoine, fils d'ouvrier qui ne jure que par Jean Ferrat ; Lorenzo, l'intellectuel, fou de cinéma et champion de 800 m. Michèle enfin, dont tous trois sont amoureux, fée clochette merveilleuse, pourvoyeuse de chansons yéyé et féministe en herbe. gérard de cortanze,laisse tomber les filles,les yéyés,mandor,interview,albin michel

Laisse tomber les filles est la saga douce-amère d'une génération qui avec ses contradictions, sa fougue ingénue et violente, avec sa rage parfois, ses moments de découragement et de doute, a essayé, tout en ne se résignant pas au monde tel qu'il est, à le rendre un peu meilleur. Commencé en twistant le madison le livre se clôt sur la « marche républicaine » du 11 janvier 2015. 

L’auteur :

Auteur de romans, de biographies, d'essais sur l'art et la littérature, Gérard de Cortanze a obtenu le prix Renaudot 2002 pour Assam. Nombre de ses livres s'appuient sur une réalité historique forte. Après sa saga familiale des Vice-RoisL'An prochain à GrenadeLes amants de Coyoacan, et Zazous, qui a obtenu le Prix Jacques-Chabannes « attribué à un livre traitant de l'actualité », Laisse tomber les filles ne déroge pas à cette règle.

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gérard de cortanze,laisse tomber les filles,les yéyés,mandor,interview,albin michelInterview :

Par rapport aux Zazous, qui sont les yéyés ?

On peut dire que ce sont leurs petits-enfants. Ce livre est un prolongement du précédent, parce que c’est toujours l’histoire de France qui se poursuit.

Dans Laisse tomber les filles, on part de 1963 jusqu’en 2015 et ses dramatiques attentats parisiens.

Il y a 50 ans d’histoires de France à travers quatre personnages, de l’adolescence à l’âge de 65 à 70 ans.

Ce livre m’a fait penser à plein de comédies italiennes.

Oui, vous avez raison. Des films comme Nous nous sommes tant aimés d’Ettore Scola, Nos meilleures années de Marco Tullio Giordana. On peut penser aussi à Jules et Jim de François Truffaut ou certains films de Claude Lelouch. Je suis cinéphile, alors votre remarque me touche.

Bande annonce du film d'Ettore Scola, "Nous nous sommes tant aimés". 

Les yéyés, ce sont finalement les baby-boomers, les enfants de l’immédiat après-guerre qui sont nés entre 1945 et 1955.

Ils font partie des 12 millions de bébés demandés au français par le Général de Gaulle. Ces baby-boomers vont traverser les Trente Glorieuses. C’est la France heureuse qui se relève de la guerre. Il n’y a pas de chômage. Ce sont des gens qui vont consommer. C’est la première génération qui ne connait pas la guerre en France.

Cette génération qui consomme et surconsomme, qui s’épanouit dans le plaisir de consommer, va pourtant finir par se rebeller contre cette consommation.

Oui et cela va conduire à Mai 1968 et le mouvement hippie.

1h 10 de compilation des années 60 (chanson intégrale) : Dalida : « Itsi Bitsi, Petit Bikini »,  Johnny Hallyday : « Retiens la nuit »,  Leny escudero : « Pour une amourette »,  Fats Domino : « Blueberry Hill », Claude François : « Si j’avais un marteau », Françoise Hardy : « Tous les garçons et les filles », Enrico Macias : « Les filles de mon pays », Guy Marchand : « La passionata », Hervé Vilard : « Capri, c’est fini », Gilbert Bécaud : « Nathalie », Eddy Mitchell : « Be bop a lula », Dario Moreno : « La marmite », Les Surfs : « A  présent, tu peux t’en aller », Antoine : « Les élucubrations », Adamo : « Vous permettez monsieur », Sheila : « L’heure de la sortie », Michel Orso : « Angélique », Hugues Aufray : « Céline », Nino Ferrer :  « Le téléfon », Nicoletta : « La musique », France Gall : « Les sucettes », Serge Gainsbourg et Brigitte Bardot : « Comic Strip », Jacques Dutronc : « Il est 5 heures, Paris s’éveille », Wildon Simonal : « Païs Tropical ».

Comment est construit le livre ?

Les deux-tiers du livre, ce sont les années 60. Après, on arrive assez vite à 2015. Stylistiquement, c’est intéressant parce que plus on vieillit, plus le temps passe à une vitesse folle. J’ai voulu montrer cela aussi dans l’écriture. Le livre débute à la Nation avec en 1963, un concert joyeux, finit aussi à la Nation, mais avec une manifestation pour défendre des valeurs que l’on pensait acquise : la liberté d’expression et la démocratie.

S’il est nostalgique, c’est loin d’être un roman mélancolique, encore moins pessimiste.

Pour schématiser, je considère qu’il y a deux types d’écrivains. Il y a ceux qui pourraient pencher du côté d’André Gide, c’est-à-dire de la réflexion, du savoir, de la pensée, de la philosophie, de l’introspection, et ceux qui pourraient pencher du côté de Roger Martin Du Gard, c’est-à-dire de l’observation, de la description de ce qu’il se passe sans se projeter dans le futur. Je suis plutôt du côté du deuxième écrivain. Mes personnages ont le nez sur les évènements et ne tirent pas de plan sur la comète. J’estime que ce n’est pas mon rôle de donner mon avis. Je reste factuel et c’est au lecteur d’en tirer les conclusions.

Publicité de la fin des années 50 aux années 60.

Je trouve qu’il y a plus de références historiques dans ce livre que dans Les zazous.

C’est vrai et je peux comprendre qu’on n’apprécie pas cette façon de faire de la littérature. Un ami m’a dit qu’avec ces deux livres j’ai inventé  un genre : le roman sociologique. Ce n’est pas faux parce que j’ai besoin de m’appuyer sur des faits réels. Mais, j’insiste sur le fait qu’avec cette reconstruction formelle historique, on est quand même dans la littérature.

Est-ce votre livre le plus intime ?

Oui. Je livre beaucoup de moi, mais peut-être pas dans le personnage que l’on croit, Lorenzo. Bien sûr il est d’origine italienne, il est un fou de cinéma, il voudrait devenir écrivain, il court le 800 mètres… mon fils qui a lu la 4e de couverture du livre m’a dit que j’exagérais car c’était ma propre description. Oui et non. C’est  moi, mais complètement recréé, retravaillé. Je suis aussi dans le personnage féminin qui est Michèle et également dans les deux autres copains, François et Antoine. J’ai placé des bouts de moi chez mes quatre héros

Documentaire sur la France des années 60.

Contrairement à l’époque des zazous, vous racontez là une période que vous avez vécu.

Oui, et c’est très différent. Ça apporte une dimension supplémentaire parce que j’ai été témoin de ce que je raconte. Mais, je n’ai pas tout dit et j’ai fait mon travail d’écrivain en travestissant quelques réalités… mais pas la réalité historique.

Vous écrivez beaucoup de livres et dans chacun, il y a une présence de l’histoire.

C’est parce que cela me passionne. Ce n’est pas pour rien que j’écris des articles dans Historia. Le romancier ne fait rien d’autre que d’écrire des biographies puisqu’il invente les vies des personnages. Moi ce qui m’intéresse, c’est de voir comment des destins individuels s’agencent et bougent dans cette sorte de fleuve ininterrompue qu’est l’histoire.

Après les années zazous, vous évoquez les années yéyés jusqu’à aujourd’hui… vous arrêtez donc ce genre de livre-là ?

Je serais très tenté d’écrire la suite. J’ai écrit 90 livres, mais ce qui est étrange, c’est que je n’arrive pas à écrire un livre sur notre époque, un livre sur la France d’aujourd’hui. Je ne sais pas si j’y parviendrai un jour.

France Gall : "Laisse tomber les filles".

Vous avez écrit Laisse tomber les filles en écoutant de la musique yéyé ?

Oui, au grand dam de ma femme et de mon fils. Ils me disent qu’à chaque fois que j’écris un livre, on bouffe matin, midi et soir, la musique de l’époque sur laquelle je travaille. Quand j’ai écrit Les zazous, j’écoutais en boucle la musique swing des années 30 à 45 et là, j’ai écouté et réécouté la musique des années 60.

gérard de cortanze,laisse tomber les filles,les yéyés,mandor,interview,albin michelComme pour Les zazous, il y a un triple album qui constitue la bande originale de votre roman.

Il y a 98 titres situés dans le temps. C’est la musique yéyé, c’est-à-dire celle sortie entre 1960 à 1965. Il faut écouter ça en lisant le livre. Chaque titre du roman fait d’ailleurs référence à une chanson.

Le titre du livre, Laisse tomber les filles, est troublant par rapport au récent décès de France Gall.

Oui, c’est d’autant plus troublant que j’avais hésité entre deux titres… ce livre a failli s’appeler Retiens la nuit. Un titre de Johnny…

Johnny Hallyday : "Retiens la nuit". 

Vous qui écrivez sur le passé, estimez-vous que « c’était mieux avant » ?

Pas du tout parce que je ne suis pas passéiste. Bien sûr, dans ces années-là, il y avait un côté collectif. On avait l’impression d’être une nation qui avançait vers le futur. Je le ressentais assez fort. Ce collectif c’est transformé aujourd’hui en une sorte d’individualisme forcené.

Le monde hyper connecté vous fait-il peur ?

Peur, non, c’est un bien grand mot. Mais il est vrai qu’on est aujourd’hui dans une époque où on se prend en photo en permanence,  où on balance sa vie à tout le monde sur les réseaux sociaux, où on croit ne plus être seul grâce à son IPhone. Je me demande juste quelle va être l’étape suivante.

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Avec Gérard de Cortanze, après l'interview, le 11 janvier 2018.

05 février 2018

Noon : interview pour l'album Love in Translation

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(Photo : Jérémy Marlon)

J’ai rencontré Noon par hasard. Elle et moi étions invités dans l’émission de Jacky, Jacky Lave plus blanc sur IDF1 pour nos promos respectives. J’ai fait sa connaissance et je l’ai vu interpréter sa dernière chanson « Desire ». Je me suis dit que cette artiste avait une sacrée voix et une belle personnalité. Du coup, quelques semaines après, je lui ai demandé de venir chanter dans l’émission d’Yvan Cujious, Loft Music sur Sud Radio. En effet, j’étais son invité principal pour parler de mon livre sur Starmania et j’avais la possibilité de choisir des artistes pour venir chanter une chanson ou deux de l’opéra rock. Ce qu’elle a fait admirablement.

Afin d’évoquer son premier album Love in Translation, le 18 janvier dernier, nous nous sommes donné rendez-vous dans un salon de thé parisien.

Biographie officielle :

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(Photo : Jérémy Marlon, ainsi que toutes les autres photos "professionnelles".)

noon,manon rouas,love in translation,desire,interview,mandorInterview  :

Noon existe depuis combien de temps ?

Depuis deux ans. Avant j’avais un groupe d’electro funk, Shenkin, qui a duré un an. On a fait quelques titres, quelques concerts et le duo s’est séparé. Depuis, mon nouveau projet s’appelle donc Noon.

Tu es arrivée à la musique comment ?

Je fais de la musique depuis toute petite. J’ai même sorti un disque quand j’avais 18 ans sous le nom d’Eole. Il s’intitulait « Je veux des good news baby », c’était un peu dance. J’étais jeune...

Après ce disque ?

J’ai arrêté un peu la musique et j’ai fait des études de médiation. J'ai un diplôme de médiateur. J’ai eu ensuite l’occasion de rentrer dans des chaînes de télé. J’ai commencé à faire un stage dans une chaîne musicale. Pendant des années, j’ai préféré être derrière micros et caméras. J’ai débuté dans la programmation, ensuite, je suis devenu chef de produit des chaînes, notamment des chaînes musicales Nostalgie Télé et RFM télé. Je me suis occupée également des budgets presse radio. Il m’est arrivé de présenter des émissions sur Zic  qui était une chaîne rap et RN’B et sur RFM TV. Pendant cette période-là, j’ai tenté deux, trois expériences musicales, mais sans aller au bout. Je n’avais pas le courage d’affronter cette passion.

Shenkin : "Feel 4 You".

Et à un moment, cela t’a rattrapé, inévitablement ?noon,manon rouas,love in translation,desire,interview,mandor

J’ai fini par étouffer dans cette vie où je n’étais que derrière. J’ai commencé le piano à 6 ans, j’ai toujours composé de la musique, il fallait que j’aille au bout de cette passion absolue, mais je manquais cruellement de confiance en moi. A l’âge de 30 ans, mon cousin s’est mis à composer des chansons de son côté et il y en a une sur laquelle j’ai craqué. C’est ainsi que nous avons formé Shenkin.  Nous nous sommes séparés parce que mon cousin ne souhaitait pas particulièrement faire de la musique devant.

Quand Shenkin s’est séparé, tu as commencé à composer pour toi ?

J’ai décidé d’avoir plus confiance en moi. C’est ainsi que j’ai composé pas mal de chansons et mon propre univers finalement. En tant que Noon, j’ai démarré ma carrière à 35 ans.

C’est de la musique pop avec des sons « electro ».

A la base, je voulais que ma musique soit plus acoustique, mais je t’avoue que nous avons un peu formaté « radio » certains titres pour qu’ils puissent être diffusés.

Noon : "Logical Song".

noon,manon rouas,love in translation,desire,interview,mandorL’album ne contient que des chansons originales de toi, hormis la reprise du tube de Supertramp, « Logical Song ».

J’avais très envie de faire cette reprise parce que j’adore cette chanson, j’adore Supertramp, mais j’adore surtout ce texte. Quand je l’ai sorti, dans les 10 jours, on a reçu un message de la manageuse de Roger Hodgson pour nous féliciter de cette reprise. Il l’avait beaucoup aimé.

Comment est-il tombé dessus ?

Je n’en sais rien, mais c’est sorti chez Warner et la video était visible sur YouTube. En tout cas, il y a eu un enchainement de bonne étoile sur ce coup-là, car il devait passer en concert à Paris peu de temps après. Du coup, il m’a invité à le voir. A la fin du concert, il m’attendait. On a discuté un long moment. Parfois, je lui envoie des nouvelles chansons. Nous sommes donc restés en contact.

C’est un album autoproduit, mais tu es dans un label.

Je me suis autoproduite. J’ai investi de l’argent pour réaliser le rêve de ma vie. Aujourd’hui, je ne fais plus rien d’autres que ça.

J’adore ta voix. As-tu appris à chanter ?

Je crois que j’ai pris un cours dans ma vie, mais je n’en voyais pas l’utilité, car je ne voulais pas être formatée et chanter comme tout le monde. Je voulais garder mon feeling. Après, il y a un training. J’ai beaucoup beaucoup chanté. Et puis, j’ai fait du doublage, des voix off, mine de rien, ça t’apprend à poser ta voix.

Noon : "Let My Soul".

Tes clips passent beaucoup en télé.noon,manon rouas,love in translation,desire,interview,mandor

J’ai été très étonnée de constater cela. M6 a diffusé en boucle mon titre « Let My Soul ». 

Ton prochain single s’appelle « Intime paradis (Just to live) ». Ce titre a une histoire.

Toutes les chansons sont composées par moi et certains titres sont écrits par d’autres auteurs. Celui-ci a été écrit par ma sœur. Ce texte me tient à cœur car il parle de la vie et comment réussir à vivre  et créer son paradis artificiel dans le quotidien de cette vie. Ce texte est d’autant plus important parce que j’ai perdu ma nièce qui avait 15 ans, la fille de ma sœur qui a écrit ce texte. Ce titre résonne plus que jamais aujourd’hui.

Clip de "Intime Paradis (Just to live)".

noon,manon rouas,love in translation,desire,interview,mandorY a-t-il un artiste qui t’a influencé ?

Il y en a beaucoup, mais peut-être Stevie Wonder, période Songs in the Key of Life, album qui est sorti en 1976. J’aime aussi beaucoup son album sorti en 1979, Journey Through the Secret Life of Plants, qui est beaucoup moins connu, mais qui mériterait de l’être. Les musiques sont sublimes.

Rien en français ?

J’ai une maman qui a écouté beaucoup de chansons françaises. Elle est fan de Brassens. Elle aime aussi Brel, Juliette Gréco, Maxime Le Forestier. Du côté de mon père, c’était plus de la bossa nova. En fait, j’ai baigné dans la musique toute mon enfance.

Noon : "Desire".

Que pensent tes parents de ce disque ?

Ma mère, ça fait des années qu’elle m’incitait à chanter, à sortir un disque. J’ai repoussé l’échéance, car j’avais peur de l’humiliation, peur de me planter. Je vais te dire franchement, depuis le décès de ma nièce, je n’ai plus rien à faire de ce que l’on pense de moi. La vie est parfois trop courte, autant en profiter.

Après cet album, tu en enregistreras un autre ?

Oui, je vais continuer, mais en me dirigeant vers plus d’acoustique, mon souhait initial.

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Avec Noon, le 18 janvier 2018.

Dernière minute : 

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A l'occasion de la Saint-Valentin, Noon vous propose de faire des rencontres et de dîner en tête à tête dans un restaurant romantique avec celui ou celle qui a les mêmes goûts musicaux que vous ! Il suffit juste de voter pour la chanson de son album que vous préférez. Et si cette rencontre changeait votre vie ? À vous de jouer ! C'est ici que ça se passe

30 janvier 2018

Laurent Fialaix : interview pour Toutes griffes dedans

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(Photo : Anne Kurenai)

Le journaliste et auteur Laurent Fialaix sort un livre particulièrement prenant tiré d’une histoire vraie (mais un peu transformée, sinon, quelle serait l’utilité d’être écrivain ?) Toutes griffes dedans se lit d’une traite. Comme le dit une lectrice sur Amazon : « Une sorte de schizophrénie, de folie harceleur-harcelé, amour-violence, admiration-haine... » C’est en tout cas un thriller psychologique percutant !

J’ai rencontré Laurent Fialaix lors d’un de ses récents passages à Paris  au début du  mois de janvier 2018.

laurent fialaix, toutes griffes dedans, interview, mandorPrésentation de l'éditeur :

Il s'appelle Laurent. Il est journaliste indépendant dans une petite ville perdue. Laurent se sent seul. Il travaille peu. Alors, pour combler sa solitude, il se plonge dans les livres. C'est qu'il aime les auteurs, Laurent. Passionnément. Il leur écrit souvent. Pour leur dire son admiration, tenter un dialogue. Rarement ils répondent. Il s'est fait une raison... 
Jusqu'au jour où il découvre le livre de Ronan Fardeze. Un récit fait d'amour et de mort qui le bouleverse, et dans lequel il trouve un peu de sa vie, ses combats, beaucoup de ses douleurs passées. Dans les mots du romancier, Laurent se voit en transparence. Cette fois, il en est sûr : l'écrivain et lui pourront s'aider, se comprendre, devenir proches. Ils ont rendez-vous, comment en douter ? Reste à le faire savoir à celui qu'il attend... Téléphone, SMS, réseaux sociaux... Laurent est prêt à tout pour attirer Fardeze jusqu'à lui. Y compris à s'arranger avec ses vérités...

"Toutes Griffes Dedans" est le roman noir d'une folie qui rampe et qui explose. Celle d'un obsessionnel chez qui la schizophrénie trouve son écrin. Ce roman (librement adapté d'une histoire vraie) retrace le parcours d'un homme désespéré, brisé par ses différences et par une enfance faite de rejets et de drames. Un homme dont on ne saura jamais si on doit le plaindre ou bien le détester...laurent fialaix, toutes griffes dedans, interview, mandor

L’auteur :

Laurent Fialaix est auteur et journaliste. Le très autobiographique Nos Bonheurs Fragiles, est paru aux éditions Léo Scheer en 2009. Entre récit autobiographique et fiction, ce livre traite notamment des thèmes du deuil et de la reconstruction, d’amour, de solitude, d’abandon et de différences, le tout dans une quête perpétuelle du bonheur. Malgré tout.  Il reçut à l’époque un très bel accueil public et critique. Toutes Griffes Dedans est son deuxième roman. Dans l'ombre il écrit aussi pour d'autres, et co-signe parfois quelques autobiographies ou documents.
Après quelques 25 années passées à Paris et quatre en Provence (mais n'en parlons plus!), il est de retour dans sa ville d’origine, Auxerre. Jamais loin de Paris...

laurent fialaix,toutes griffes dedans,interview,mandorInterview :

Toutes griffes dedans à une résonance avec Nos bonheurs fragiles.

Quelques mois après la parution de mon premier livre, j’ai été contacté par mail par quelqu’un qui me tutoie d’emblée. Il me dit le plus grand bien de mon livre et me donne son numéro comme si nous étions amis de longue date. Il s’exprimait vraiment de manière à me faire croire que nous étions intimes. Moi, je me demandais quelle était cette personne. Elle avait un prénom mixte, je ne savais donc même pas si c’était un homme ou une femme. J’ai fait une petite enquête sans succès. J’ai donc appelé de mon bureau avec un numéro masqué pour savoir si je reconnaissais sa voix. Je pensais que j’allais tomber sur son répondeur, or, je suis tombé sur lui, alors j’ai raccroché.

Que s’est-il passé après ?

Tout de suite après, il a rappelé, ça voulait dire qu’il avait mon numéro au bureau. Je ne connaissais pas cette personne, c’était maintenant clair. Il s’en est suivi trois semaines de harcèlement étouffant intense. Ça m’a fait très peur, je devenais parano. Je sortais dans la rue, j’avais peur de le rencontrer, je faisais une séance de dédicace, j’avais peur qu’il débarque… Je te passe les détails, mais j’en ai fait ce livre. C’est expiatoire.

Ce qui est intéressant, c’est que dans ton livre, le narrateur est celui qui harcèle l’écrivain.

J’ai voulu jouer en me mettant à sa place. J’ai fait exprès d’appeler le harceleur par mon prénom et j’en ai fait un journaliste pour que l’on pense que c’est moi. J’aime créer la confusion.

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(Photo : Anne Kurenai)

Tu démontres bien qu’un « fan » peut très vite se transformer en un ennemi farouche s’il est déçu par laurent fialaix,toutes griffes dedans,interview,mandorcelui qu’il admire.

C’est un grand classique. Mais ce genre de personne est généralement quelqu’un qui est seul, différent, schizophrène ou bipolaire. C’est toujours quelqu’un dont la différence est trop lourde à porter. Il comble ce vide abyssal par le harcèlement qui confine à la folie. Quelque part, il n’est pas fautif de ses actes. Je comprends que l’on puisse prendre le Laurent de mon livre en sympathie. A ce  propos, le retour des lecteurs est étonnant. Beaucoup l’apprécient, les autres le détestent, il ne laisse personne indifférent. Ça me plait bien qu’il soit perçu différemment.

En vrai, tu sais qui t’a harcelé ?

Oui, parce qu’un jour, il m’a envoyé une carte de visite à son nom. Et  puis il m’envoyait des messages avec sa vraie boite mail. Avec Google, c’est très simple de retrouver quelqu’un.

La scène où  il t’appelle alors qu’il fait l’amour à un homme, c’est arrivé ?

Oui. Je  sortais d’une séance de cinéma. Je rallume le portable et j’entends un message très explicite. C’était comme si j’assistais à un film porno, mais sur mon répondeur.

Tu as gardé tous ses messages ?

Oui, au cas où ça dégénère. Pour le livre, j’ai inventé des histoires autour de ces messages

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(Photo : Anne Kurenai)

laurent fialaix,toutes griffes dedans,interview,mandorLes réseaux sociaux ont une part importante dans ton livre.

Ca a changé la société et le rapport aux autres. Ca a cassé la distance entre l’artiste et le fan. Je trouvais que ce moyen très simple pour approcher n’importe qui était intéressant à aborder. Il n’y a plus d’armure.

Il  y a de toi dans les deux personnages, le harceleur et le harcelé ?

Oui, j’avoue, le harceleur aussi parfois me ressemble. J’ai relu une partie du livre dans le train et c’est ce que je me suis dit. Pas dans le harcèlement, mais dans certains traits de caractère et dans sa sensibilité. Dans tous les romans qu’un écrivain écrit, il met de lui.

Ça t’a replongé dans cette histoire d’écrire ce livre ?

Oui, mais avec une certaine distance. La peur a complètement disparu. Du temps est passé.

Tu es journaliste et tu es devenu écrivain.  C‘est quoi le cheminement ?

J’ai toujours voulu être auteur. Depuis tout petit j’écris. J’étais mauvais, mais j’avais besoin de m’exprimer par ce biais-là. C’était une nécessité. J’ai traversé quelques épreuves que j’ai racontées dans Nos bonheurs fragiles et ça m’a fait du bien de les raconter dans un livre. C’est une forme de thérapie.

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Après l'interview, un soir de janvier 2018...

11 janvier 2018

Baptiste Vignol : interview pour Claude François, je reviendrai comme d'habitude

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Baptiste Vignol est un journaliste et biographe pour lequel j’ai beaucoup de respect (son blog). Dès qu’il « attaque » un sujet, il ne laisse strictement rien passer. Pas question pour lui de se laisser aller à une quelconque hagiographie. Il brosse le portrait  le plus précis de l’artiste, sans concession, sans exagération (pour vendre) non plus. Il est pointilleux, précis et obtient des informations souvent  inédites.

(Baptiste Vignol est déjà passé par ici, mais très rapidement, pour son livre Les tubes, ça s'écrivait comme ça.)

Là, il s’est occupé du cas Claude François. « Quoi ? Encore ! » répondit l’écho.

Baptiste Vignol a  tout simplement réalisé LE livre sur Cloclo. Vous pouvez oublier tout ce que vous avez lu/vu avant. Si vous ne deviez posséder qu’un seul ouvrage sur sa vie et sa carrière, ce serait Claude François,  je reviendrai comme d’habitude.

Une bible.

baptiste vignol,claude françois,gründ,cloclo,interview,mandorArgumentaire de presse :

Depuis ses débuts, en octobre 1962, " Cloclo" est resté l'un des plus gros vendeurs de disques en France avec Johnny Hallyday, Michel Sardou, Jean-Jacques Goldman, Mylène Farmer, Francis Cabrel et Renaud. Même si sa carrière n'a duré que quinze ans (rappelons qu'il est mort à l'âge de 39 ans), sa discographie compte 23 albums studio, chacun s'étant, du vivant de l'artiste, écoulé à plus de 500 000 exemplaires ! Chanteur culte et vénéré, Claude François n'a rien perdu de son statut d'idole absolue. 
Quarante ans après sa mort, quelques-unes de ses chansons figurent encore parmi les tubes (" Alexandrie Alexandra ", " Je vais à Rio ", " Le lundi au soleil ", " Magnolias for ever ") les plus joués dans les boîtes de nuit du pays ! 
Ce livre est le dictionnaire de sa vie, qu'il mena comme une bataille, folle et tumultueuse. Il permettra aux fans historiques de découvrir quelques anecdotes inédites sur cet éternel séducteur et aux curieux de faire connaissance avec un homme infiniment plus cultivé que ses détracteurs l'affirmèrent. 
Cloclo for ever !

L’auteur :

En parallèle de son activité d'éditeur à l'île de La Réunion où il est installé, Baptiste Vignol, ancien programmateur de La Chance aux chansons, a écrit une dizaine d'ouvrages sur la chanson française, parmi lesquels Cette chanson que la télé assassine (Pirot), Cette chanson qui emmerde le Front national (Tournon), Le Top 100 des chansons que l'on devrait tous connaître par cœur (Carpentier), Guy Béart, il n'y a plus d'après (L'Archipel). 
En 2016, il signe Renaud, chansons d'enfer et Téléphone, 3400 nuits, tous deux aux Éditions Gründ.

baptiste vignol,claude françois,gründ,cloclo,interview,mandorInterview: 

Quand on décide d’écrire sur un artiste qui a déjà été l’objet de nombreuses biographies, quelle est la première question que l’on se pose avant de commencer  le travail ?

Quel est le livre que je souhaiterais lire ? Quelles informations voudrais-je y découvrir ? Et on se lance, avec appétit.

Lit-on les précédents ouvrages sur l’artiste pour s’informer et trouver des informations?

Bien sûr. On commence même par ça. En annotant, en recoupant les informations, en dénichant les erreurs, ou les confusions, nombreuses hélas, en vérifiant les sources, les dates pour établir l’exacte chronologie des événements…

Il y a beaucoup d’interviews de personnalités ayant travaillé ou ayant connu l’artiste. Les témoignages inédits, c’est ça le secret d’une bonne biographie ?

C’est en tout cas une valeur ajoutée ! Et j’étais très étonné de constater que trente-neuf après sa mort, il restait des artistes, des auteurs, des collaborateurs de Claude François qui n’avaient pas été consultés, en tout cas pas avec le sérieux qu’ils méritaient. Je pense à Frank Thomas, Jean-Michel Rivat, ces paroliers de génie, par exemple. À Jeff Barnel. Qui enregistra son premier 45 tours chez Flèche, avant de devenir parolier pour Claude François, puis Dalida. À Gilbert Sinoué aussi, qui a signé deux chansons pour Cloclo avant de devenir l’écrivain qu’on connait. Ou à Jean-Pierre Sabar, qui « lança » Claude François en l’engageant comme percussionniste à Paris en 1961, puis travailla avec lui sur d’innombrables chansons en studio.

Ce n’est pas un ouvrage hagiographique. Tu n’épargnes pas Claude François. Penses-tu avoir été baptiste vignol,claude françois,gründ,cloclo,interview,mandortotalement objectif… et est-ce facile de l’être ?

Les hagiographies n’ont aucun intérêt et l’immense majorité des livres parus sur Claude François, mis à part ceux rédigés par Isabelle Forêt, la mère de ses enfants, ou Janette, sa première épouse, ont travesti la réalité des événements pour mettre l’histoire de son côté. Comme s’il fallait épargner la légende. Claude François était un homme complexe, à la fois incroyablement généreux et tyrannique. Pourquoi ne pas le dire ? Et chercher d’en comprendre les raisons. Cela fait aussi la richesse de sa personnalité. Mais je rappelle aussi dans mon livre qu’il était très cultivé et, disons, ouvert d’esprit, puisqu’il fut le premier à imposer des danseuses Noires à ses côtés à la télévision.

Même les interviewés ne sont pas toujours tendres avec Claude François. Le souci de la vérité implique l’effritement de la statue du commandeur ?

Chacun sait depuis la sortie du  film « Cloclo » que Claude François était un être « spécial » comme le dit Vline Buggy, sa parolière et amie, qui cosigna avec lui 80 chansons, dont les premiers tubes. Prétendre le contraire ou effacer ses emportements, voire ses travers, pour ne pas dire ses excès, c’est prendre le lecteur pour un gogo.

"Le chanteur malheureux".

baptiste vignol,claude françois,gründ,cloclo,interview,mandorCe livre fourmille d’anecdotes. Est-ce que les anecdotes sur un artiste finissent par décrire une personnalité ?

Les anecdotes, les faits anecdotiques, ceux dont les témoins se souviennent, ont l’avantage de mettre en lumière le caractère, les façons de vivre, les caprices, les angoisses d’un artiste.

Tu as disséqué toutes les chansons. Honnêtement, as-tu tout réécouté pour écrire ce livre ?

Évidemment ! Quelle question ! (Rires) Et plutôt deux fois qu’une. Et je me suis éclaté ! Car la discographie de Claude François est magnifique, riche, dense, novatrice, pointue, populaire, malgré les inévitables « mauvaises » chansons qui polluent tous les répertoires, à l’exception d’un Brassens qui, lui, n’en comptait aucune.

L’iconographie est impressionnante. J’ai rarement vu autant d’archives photographiques inédites… qui s’est occupé de cette partie-là et comment as-tu fait pour obtenir autant d’exclusivité ?

Je m’en suis occupé, et c’était là encore un vrai bonheur. Bizarrement, on retrouve toujours les mêmes clichés dans les livres sur Claude François ! Alors qu’il existe, notamment « chez » Jean-Marie Périer, des photos absolument superbes. Il y en a plein d’ailleurs de Périer qu’on n’a pas pu mettre, faute de place, alors que le livre fait plus de 300 pages…

"Je viens dîner ce soir".

Peut-on écrire sur un artiste que l’on n’apprécie pas ?baptiste vignol,claude françois,gründ,cloclo,interview,mandor

Oui, à condition d’être objectif et de ne pas avoir peur de reconnaître ses mérites, sa constance, son instinct, son sens du tube. Je ne suis pas fan de Johnny Hallyday, par exemple, mais j’aurais beaucoup aimé travailler sur son répertoire.

Au fond, que représente Claude François pour toi ?

Mon enfance, puisque c’est le premier chanteur français dont j’ai écouté les chansons lorsque je suis rentré de Tunisie. Et c’était à l’occasion de sa mort, sans que nous ayons la télévision… Mais sa mort a fait un tel boum qu’avec ou sans télé, on était forcément au courant. Tout ne parlait que de ça. Il est donc devenu mon idole. J’avais 7 ans. Jusqu’alors, j’étais fan des Frères Jacques, que j’adore toujours. Après Cloclo, vers 9-10 ans, je suis tombé dingue de Renaud, de Luis Mariano, de Georges Brassens, de Christophe (à l’époque, au milieu des années 80, on se foutait de moi parce que j’écoutais Christophe) et puis de Charles Trenet, à 17 ans, que je vénère encore. Tu sais tout.

"Cette année-là".

baptiste vignol,claude françois,gründ,cloclo,interview,mandorLe livre est sous-titré « Je reviendrai comme d’habitude », cela sous-entend qu’il sera là éternellement ?

On va « fêter » en mars prochain les quarante ans de sa disparition. Combien tu paries qu’en 2028, on fêtera les cinquante ? Ça ne fait aucun doute. Pourquoi ? Parce qu’on dansera toujours sur « Alexandrie Alexandra », « Magnolias for ever » et « Je vais à Rio ». Ils ne sont pas bezef les chanteurs français qui provoquent ça.

Comment expliques-tu le succès de l’album et la tournée hommage à Claude François de M Pokora ?

M Pokora, dont je ne connais pas les chansons, avait déjà du succès, me semble-t-il, et depuis quelques années, lorsqu’il a enregistré cet album. Il ne sortait pas de nulle part. Et il a eu l’idée, ce qui prouve qu’il a du nez, de reprendre à sa sauce Claude François, et ça a cartonné. Je ne sais pas si c’est bien pour les chansons de Claude François, mais c’est chouette pour les ayant-droits. Frank Thomas, qui avait signé le texte de « 17 ans » qu’a repris M Pokora, m’avait dit, en souriant : « Ça paie l’électricité ! »

Y a –t-il un nouveau Claude François en 2018 ?

Il n’y en a pas eu depuis 1978, si ?… Je crois qu’il n’y aura jamais un nouveau Claude François, avec cette exigence du détail, ce talent de danseur, ce sens du spectacle, je pense aux Clodettes… Et ce don de dénicher le tube imparable, et d’en être souvent à la source.

Medley ("Chanson Française"-"Je vais à Rio"-"Le téléphone pleure"-"Magnolias for ever"-"Alexandri Alexandra").

10 janvier 2018

Alysce : interview pour la sortie de son EP "Désir de Révolte"

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alysce,désir de révolte,interview,alice ducoin,mandorChaque été à Périgueux, se tient le concours de chanson française La Truffe. Cette année, elle a signé sa 33e édition. Ce concours souhaite favoriser l’émergence de nouveaux artistes interprètes et Auteurs compositeurs interprètes.

J’étais membre du jury pour la soirée de la finale, le 25 août dernier. C’est là que j’ai vu Alysce pour la première fois. Déjà, dans l’après-midi, mes potes des For The Hackers m’avaient prévenu : « Tu verras, il y a une fille, elle joue de la guitare comme une déesse et elle chante super bien ! » Effectivement, le soir, lors de  sa prestation, cœur sans filtre et voix de velours (exceptionnelle), elle nous a proposé des morceaux de vie avec révolte, ironie et beaucoup de tendresse. Que croyez-vous qu’il arriva. Alysce a tout raflé : prix du jury, de la SACEM et du public... excusez du peu! 

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A l'issue de sa prestation à la Truffe d'argent, le 25 août 2017, Alysce pose devant ses prix.

(Photo : Mandor)

Ensuite, je l’ai revu dans un bar de la capitale, le Lou Pascalou. Beaucoup aimé également.alysce,désir de révolte,interview,alice ducoin,mandor

Le samedi 6 janvier dernier, elle est venue me rejoindre à l’agence pour une première mandorisation. Et c’était bien.

Biographie officielle :

Elle est à la guitare depuis l’âge de sept ans, son père, guitariste de jazz lui a transmis une passion, une culture musicale et une technique au service de sa sensibilité. Puis elle fréquente les cafés concerts, parcourt les couloirs du conservatoire au C.R.R. de Paris et profite ainsi d’une autre formation d’excellence.

Le luthier Gérard Audirac lui a dédié le modèle de guitare Alysce.

Diplômée du Pôle Supérieur de Paris-Boulogne Billancourt et récompensée dans plusieurs compétitions internationales, Alysce est bien armée pour s’exprimer avec sa guitare. Entre classicisme et folk, elle chante son irrépressible désir de s’affranchir.

alysce,désir de révolte,interview,alice ducoin,mandorLe disque :

Des allures de gamine, des convictions immatures, une guitare et des chansons. Avec Alysce, sa voix, ses textes, doucement, on veut vivre une aventure intense.

Désir de Révolte, son premier EP, rend hommage à l’adolescence, aux enfants désobéissants qui se révèlent au monde des adultes, s’aiment, deviennent des hommes, des femmes et des vieux pas tout à fait sages…

Les chansons sensuelles crient la révolte et sans ambages, dévoilent le cœur d’Alysce.

Pour Désir de Révolte, Alysce a voulu un trio acoustique, composé de son père, Benoît Gil, à la deuxième guitare, et de son frère, Julien Ducoin, à la contrebasse. Il a été réalisé par Gilles Olivesi (Jeanne Added, Lambert Wilson chante Montand…), en collaboration avec le Plan, la Halle du Rock (Ris Orangis) et Grand Paris Sud, et a reçu le soutien de Arcadi Ile de France et du Centquatre, établissement artistique de la ville de Paris.

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alysce,désir de révolte,interview,alice ducoin,mandorInterview :

Ton amour de la musique vient de ton papa, guitariste de jazz ?

Quand je suis née, j’entendais déjà de la musique. J’en ai écouté toute ma vie. Il y a dû y avoir un petit complot familial pour que j’en fasse aussi, mais cela s’est passé naturellement. A 7 ans, j’ai reçu une guitare pour mon anniversaire.

On fait quoi d’une guitare à 7 ans ?

On tente d’en jouer. C’est évidemment mon père qui m’a montré les premières bases. C’est un très bon pédagogue et j’ai accroché immédiatement à cet instrument.

Tu as fait le Conservatoire, tu as des diplômes importants (le Diplôme National Supérieur de Musicien Professionnel au Pôle Supérieur de Paris Boulogne Billancourt (PSPBB), la Licence de Musicologie à la Sorbonne et le Diplôme d’Etat de Professeur de Musique). C’était primordial d’avoir toutes les bases musicales classiques pour ensuite te jeter dans ton propre projet?

Je ne vois pas les choses ainsi. J’ai adoré apprendre et, du coup, j’avais envie d’aller le plus loin possible dans ce domaine. En plus, au Conservatoire, j’ai travaillé avec des professeurs vraiment intéressant comme Ramon de Herrera, Gérard Abiton, Marcin Dylla, Jérémy Jouve, Ibrahim Maalouf…

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L’image que j’ai du Conservatoire, c’est que c’est une formation très exigeante, austère, dure, sérieuse en permanence…

Bien sûr, mais ça a quand même évolué. Ça devient très ouvert. Il y a des possibilités de faire des passerelles entre plusieurs styles musicaux. Par exemple, moi je fais aujourd’hui de la chanson, mais nous sommes plusieurs à avoir une base de musique classique et emprunter un  chemin avec un projet beaucoup plus personnel.

Quand tu écris et compose tes chansons, arrives-tu à te détacher de ta formation musicale très « prégnante » ?

C’est un vrai travail. Il faut vaincre ses automatismes. Toute la recherche est de se libérer des réflexes très cadrés qu’on a pour travailler. En tant qu’interprète, on se met au service d’une œuvre tandis qu’en tant qu’auteure-compositeur-interprète, c’est nous qui choisissons ce qu’est l’œuvre. Il faut trouver ce que l’on a dire soi.

Release party de Désir de révolte, le premier EP d'Alysce - Rêve 1900 - Live La Menuiserie 2017.

Tu aurais pu t’adonner à une carrière de guitariste classique, mais tu as choisi la chanson. Pourquoi ?

Au début, je voulais faire les deux, mais c’était vraiment trop compliqué. Ce ne sont pas les mêmes mondes et ça ne demande pas les mêmes implications et la même attitude par rapport à la musique. C’est beaucoup plus excitant d’écrire mes chansons et de composer mes musiques! On dépasse ses barrières.

Dans le milieu de la chanson française d’aujourd’hui, tes oreilles ne sont pas heurtées par les musiciens que tu rencontres et qui n’ont pas la même formation que toi ?

J’ai l’impression que ce ne sont pas les mêmes métiers. L’essentiel, c’est qu’il y ait une émotion qui passe. Je croise des gens parfois qui chantent ou jouent faux, volontairement ou non, pour passer un certain message et une certaine émotion… et ça passe très bien. Pour toucher les gens, on n’a pas besoin de savoir jouer 36 000 gammes. C’est une grande leçon pour moi.

Quand tu as décidé de te lancer réellement dans la chanson, quel a été ton parcours ?

La première fois que j’ai chanté mes chansons, c’était dans un petit bar qui s’appelle Chez Cosette dans le 19e. Ça s’est plutôt bien passé avec le public, du coup, ça m’a encouragé à persévérer. Je savais qu’il y avait encore plein de choses à travailler, à faire évoluer, mais c’était tellement agréable d’être libre sur scène, sans interpréter des musiciens classiques, que j’ai eu envie de continuer.

Ton père te laisse faire sans mettre son grain de sel ?

On échange beaucoup parce que l’on travaille ensemble. On s’apporte mutuellement des choses… j’ai un  autre parcours que le sien. Je travaille avec mon père et mon frère, mais c’est quand  même moi la patronne, entre guillemets (rires). C’est  moi qui décide artistiquement ce que l’on va faire et ils sont respectueux de cela.

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Tu vas faire la première partie de Pauline Croze au Plan à Ris-Orangis. C’est marrant parce que quand j’ai entendu ta voix pour la première fois, j’ai pensé à elle.

C’est un compliment. Une des premières chansons que j’ai voulu reprendre c’est « T’es beau ». Nous ne nous sommes pas encore rencontrées, mais j’ai hâte tant j’ai du respect pour elle.

Cet EP, « Désir de révolte » est à ton image complètement ?

Il fallait que je présente des chansons qui représentent ce que je suis aujourd’hui, en 2018. Avec le réalisateur Gilles Olivesi, j’ai donc  retravaillé des chansons déjà existantes pour qu’elles correspondent à quelque chose de plus actuel. C’est drôle parce que si je devais refaire ses chansons, je les referais encore différemment. C’est sans fin. En tout cas, les nouvelles chansons que je suis en train de travailler ont bénéficié des conseils judicieux de Gilles, un ingénieur du son hors pair. Merci à lui, car j’ai beaucoup appris.

On va parler de certaines de tes chansons. Pour commencer « Milutki ». C’est l’histoire d’une personne qui est née femme, mais qui se sent un homme, c’est ça ?

Ce n’est pas si défini. Je chante « tu es née femme et pas homme, il faudrait que tu t’en contentes. » Comme s’il n’y avait pas d’échanges entre la féminité et la masculinité. C’est quelque chose qui me parle beaucoup. Dans la musique, mais un peu partout d’ailleurs, on n’a pas la même attente des femmes que des hommes. Par exemple, le rapport à l’apparence, l’attitude, la séduction, ne sont pas du tout les mêmes. Le rapport à la sensualité n’est pas non plus le même. En faisant ou en disant les mêmes choses, on ne va pas avoir les mêmes retours. J’ai envie d’explorer des genres qui soient moins restreints.

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La parole des femmes se débloquent depuis quelques semaines… ça correspond pas mal au sujet de tes chansons.

Ce qui s’est passé cette année fait beaucoup de bien. On se rend compte qu’on est tous dans le même panier. 100% des femmes se sont fait harceler dans la rue. Il y a plein d’hommes qui ne s’en rendaient pas compte. Aujourd’hui, ils savent. C’est une vraie avancée de pouvoir dire ce qui ne va pas.

Ton titre correspond bien à ce qu’il se passe.

C’est volontaire. Désir de Révolte, c’est le désir adolescent de s’affranchir. Ça correspond à mon parcours d’interprète, mais aussi à tous les milieux dans lesquels je gravite.

C’est dur de s’affranchir de l’enfance ?

Oui, mais c’est important aussi de pouvoir être tout ça à la fois : enfant, ado, adulte, femme et homme… tous ce que l’on peut avoir comme émotion et état d’âme.

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Dans la chanson « Mon amour », tu prônes l’amour qui rime avec toujours.

Pour moi, l’amour c’est quelque chose de grave. Grave dans le sens profond. J’aime bien la légèreté des débuts, mais ce qui me touche et m’intéresse le plus, c’est la fusion entre deux êtres. Ça procure des choses plaisantes et déplaisantes.

Les deux chansons, « Désir de Révolte » et « Marcher droit » sont deux chansons dans lesquelles on comprend que tu veux sortir du cadre.

Je n’aime pas les cases alors que j’ai fait des études hyper cadrées. Ça m’amuse de me rappeler toutes les règles qu’il y a dans les interprétations de musique classique ou jazz. Mais aujourd’hui, je peux sortir de tout ça et tout casser.

Quand tu écris une chanson, tu ressens quoi ?

Une immense liberté. Pour moi, c’est l’endroit où je peux dire ce que j’ai envie de dire. Ça me donne le temps de choisir les mots que je veux.

Tu es pudique dans la vie ?

Oui. La chanson me permet d’habiter des personnages et de raconter des histoires qui me sont arrivées ou pas. Ce que je raconte dans ce disque me fait vivre et évoluer.

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Pendant l'interview...

Je t’ai connu à un tremplin musical. Tu vas en faire d’autres. A quoi ça sert de participer à des concours de chansons ?

Dans ma culture de musicienne classique, faire des concours fait partie du métier. On développe un rapport à ce genre de situation qui est beaucoup plus dans la confrontation et l’apprentissage. Le fait de préparer un concours, ça veut dire qu’on va mettre en œuvre tout ce que l’on peut pour faire au mieux. Comme un sportif de haut niveau, l’idée c’est de se dépasser. J’ai acquis la culture de la performance. Pour moi, ce n’est pas évident de partager ce que je viens de te dire parce que j’ai toujours peur que ce ne soit pas pris comme quelque chose d’artistique. Etre dans la performance est une grande motivation, même si les gens n’associent pas cela à l’émotion, à l’authenticité et à la douceur… c’est pourtant ce que je tente de présenter quand je participe à un tremplin.

Je sais que tu aimes aussi les concours parce que l’on rencontre plein de gens.

Malgré ce que je viens de t’avouer, je considère qu’au final, les rencontres, c’est l’essentiel de ce que l’on gagne.

Que va-t-il se passer pour toi à partir de maintenant ?

Je vais essayer de faire de plus en plus de concerts. J’ai commencé à écrire et composer de nouvelles chansons pour sortir un premier album. Le jeu est désormais de partir à la recherche de nouveaux partenaires : un label, un tourneur… 

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Le 6 janvier dernier, après l'interview.

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04 janvier 2018

Thomas Caruso : première interview avant la sortie de son premier album

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(Photo : Piergab Pichon)

Thomas Caruso est auteur compositeur interprète de grand talent. Nous commençons à être nombreux à le savoir. Cela fait longtemps qu’il chante, mais c’est seulement en 2016 qu’il se fait repérer. D’abord dans La Nouvelle Star, où sa version du tube de Booba, ”Scarface”, impressionne JoeyStarr, les autres membres du jury et le public.

Quelques mois après, il devient Pic d’argent au Pic d’Or 2016 (cliquez sur la photo à droite). Des thomas caruso,la nouvelle star,pic d'or,interview,mandorlabels commencent à l’approcher, à lui faire de l’oeil, à lui proposer des projets qui ne lui  correspondent pas... pour au final, lui faire des propositions concrètes. Merci Barclay!

L’homme est un faiseur de tubes, le dernier en date étant le single de Louane, ”On était beau”, mais pléthore d’autres chansons pour d’autres artistes ne vont pas tarder à sortir. Mais quand je dis que c’est un faiseur de tubes, je parle aussi pour lui. Il y a quelques mois, Thomas Caruso est venu à l’agence me faire écouter 5 titres qui figureront sur son premier album à venir. 5 chansons, 5 tubes en puissance. Impressionnant. Ce n’était pas les versions finales (en plus). Voix singulière, sens de la mélodie et des arrangements musicaux époustouflants, cet artiste a une forte chance de casser la baraque dans le monde de la ”belle” variété française. Il va falloir compter sur lui, j’en suis sûr. Le jour de sa visite (à la fin de l’été dernier), j’en ai profité pour lui poser quelques questions. Seules les deux dernières questions ont été ajoutées hier.

En attendant de découvrir ses nouvelles chansons, cette mandorisation sera embellie de quelques reprises de morceaux de rap qu’il publie régulièrement sur sa chaîne YouTube. Il adore ça.

Notez que toutes les photos professionnelles sont signées par l'excellent Piergab Pichon

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(Photo : Piergab Pichon)

thomas caruso, la nouvelle star, pic d'or, interview, mandorInterview:

Etre signé chez Barclay, c’est un rêve ?

C’est complètement fou. Moi, déjà, jadore Barclay. C’était le label de Jacques Brel, Noir Désir, Léo Ferré, Alain Bashung, et maintenant celui de Gaëtan Roussel, Benjamin Biolay… toutes mes idoles. Il y a quelques années, je suis allé chez Universal amener ma demo de l’époque. A l’accueil, on avait refusé de la prendre. Et je me souviens que je m’acharnais sur la nana de l’accueil en lui disant « mais alors comment je peux faire pour que des gens de chez Barclay écoutent ma musique ? ». La personne m’avait expliqué qu’il fallait que j’envoie mon cd par la poste, mais qu’il y avait très peu de chance qu’il soit écouté car ils en recevaient des caisses entières tous les jours. Je me suis retrouvé dehors, tout seul sur le trottoir et désespéré de ne pas pouvoir accéder aux directeurs artistiques du label. Et puis environ dix minutes après, je vois des gens sortir pour fumer leur clop. La clef était là. Pour trouver des passeurs à ma démo, il fallait attendre la pause clop ! Jai parlé à trois femmes qui étaient là et elles ont fini par me proposer de déposer ma maquette chez Barclay. Bon, ça n’a rien donné à ce moment-là, mais quelque part c’était le début de l’histoire.

Le nom Barclay et l’histoire qu’il y a autour de ce label, ça fait flipper ?

Un peu, c’est vrai. Mais il ne faut pas trop penser au passé ou au palmarès, moi, j’essaie de rester concentré sur ma musique et sur rien d’autre.

Tu as écrit et co-composé le premier single du deuxième album de Louane, « On était beau ». Le texte n’est pas aussi léger qu’il n’y parait.

Il y a un propos et une vraie profondeur, mine de rien. Parler d’amour permet de mettre en évidence plein d’aspects de la personnalité. Au départ, je l’avais pensée assez crue cette chanson, avec une urgence évidente, un côté écorché. Je la voyais bien revenir avec un titre fort, très direct. Du coup, ça a donné l’angle de la chanson.

Clip de Louane, "On était beau".

Ecrire pour Louane, c’est gratifiant ?thomas caruso,la nouvelle star,pic d'or,interview,mandor

A fond. Elle est au sommet en ce moment, c’est une vraie star et elle va le rester ad vitam aeternam. Et puis c’est vraiment une chouette nana, il y a quelque chose qui me touche chez elle. Pour moi, c’est la nouvelle Vanessa  Paradis. C’est une très grosse référence. J’étais content d’être dans le dernier carré pour lui écrire des chansons. C’était quand même impressionnant, en face de moi, je n’avais quasiment que des gens connus.

Tu as eu des contacts avec Capitol et Warner avant de signer chez Barclay.

J’ai eu plusieurs rendez-vous chez eux oui. A l’époque, il n’y avait que Capitol qui se positionnait, alors on avait échangé avec un DA (directeur artistique) mais le projet que l’on me proposait ne me correspondait pas tellement. Ensuite, j’ai beaucoup échangé avec Warner. Il y avait un DA que je connaissais depuis plusieurs années et que j’appréciais beaucoup alors j’ai vraiment failli partir avec eux. Mais au fond,  je continuais à fantasmer sur Barclay. Et puis il y a eu une concordance hallucinante entre le moment où on a pris contact avec Barclay et l’avancement des négociations avec Warner.

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Après la signature, avec toute l'équipe du label Barclay.

thomas caruso,la nouvelle star,pic d'or,interview,mandorLe destin a bien fait les choses.

Exactement. Je te passe les détails, mais un jour mon co-éditeur va voir Barclay et fait écouter quelques morceaux. Je ne pouvais pas être présent au rendez-vous car je jouais au théâtre à Toulouse ce soir-là. Et le lendemain, je rencontrais un directeur artistique directement à Toulouse, Antonin Roméas. Dès que je l’ai vu et écouté, j’ai senti une concordance évidente. Il y a eu une harmonie immédiate entre nous. On avait une énergie commune, une envie de bouffer la vie. Et puis aucun de nous deux ne pensait détenir la vérité, du coup on a immédiatement eu un rapport extrêmement fluide. J’ai vu chez lui la même fougue et la même détermination que je peux ressentir en moi. On est tous les deux jeunes, on commence en bas de l’échelle, sans prétention et avec une furieuse envie d’expérimenter et d’apprendre… et on sait que l’on a tout à faire. C’est comme ça que ce DA est devenu le mien aujourd’hui.

Il y a un côté mainstream dans ta musique, on ne peut pas le nier.

Il n’est d’ailleurs pas question de le nier ! Parce que j’aime ça. Je ne fais pas de la musique juste pour moi, dans mon coin. Le côté « grand public », je l’assume pleinement. C’est précisément ce que j’aime dans les chansons, leur côté fédérateur et rassembleur. Si demain, je peux être à la fois un artiste populaire et qualitatif, alors j’aurai rempli ma mission. Je travaille dur pour prendre cette place-là, pour faire une musique soignée dans la composition et dans l’écriture et en même temps accessible et fédératrice. Moi, j’aimerais réhabituer les gens à écouter les textes. Il y a tellement de flux à la radio qu’on oublie progressivement d’accorder de l’importance à ce que l’artiste veut nous dire.

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(3 photos lors de l'écoute privée de 5 chansons à l'agence Mixicom, fin de l'été 2017).

Aujourd’hui, tu es donc un homme heureux?

Tu sais, ça fait 15 ans que je fais de la musique et j’ai vécu beaucoup d’échecs. On peut même dire que j’ai survécu à beaucoup d’échecs ! Ces échecs, j’ai essayé de ne les prendre que comme des expériences constructives et jamais comme quelque chose de freinant… alors aujourd’hui, je ne peux qu’être heureux. Heureux de pouvoir vraiment commencer à travailler parce qu’à partir de maintenant, il y a tout à faire.

La raprise de Caruso : "Dommage" de Bigflo et Oli.

Tu n’as pas de manager ?thomas caruso,la nouvelle star,pic d'or,interview,mandor

Non, je me gère tout seul. J’aime bien avoir un rapport direct avec mes collaborateurs, sans intermédiaire. Et puis ça fait partie de moi, je suis quelqu’un de très frontal. Du coup, il y a une fluidité incroyable avec tous les gens avec qui je bosse et ça me va très bien.

En studio, tu es comment ?

Je dois reconnaitre que je suis quelqu’un d’un peu chiant, d’assez dur… Même de très dur en fait, je suis très directif. Enfin, je ne suis pas dur avec les gens qui me sont lointains. Mais je suis plus exigeant avec les très proches. Jai un côté psychorigide. J’ai besoin de tout quadriller, de comprendre comment tout marche pour faire le meilleur choix stratégique tout en gardant une part énorme de liberté. En fait, c’est toujours pour avoir beaucoup de liberté dans ce que je fais que je cadre beaucoup les choses, assez paradoxalement d’ailleurs.

Tu as un studio à disposition ?

Oui. Dans mon contrat d’édition, j’ai la chance d’avoir droit à un studio H 24, 7 jours sur 7. Comme j’écris beaucoup pour les autres, ça me permet de travailler dans de bonnes conditions. J’essaie de travailler au maximum avec mon équipe, celle que j’avais choisie avant de signer et que j’ai gardée précieusement : mon guitariste et mon réalisateur, que j’adore. On est souvent tous les trois en studio même si plus j’avance plus l’équipe s’agrandit avec toujours cette même unité entre nous.

La raprise de Caruso : "Macarena" de Damso.

Les gens de chez Barclay assistent aux séances d’enregistrement ?

Oui, souvent. Il y a plus qu’un dialogue entre nous, il y a un vrai soutien. C’est la première fois que je vois des gens qui travaillent dans la musique qui parlent vraiment de musique et pas uniquement de stratégie, de marketing ou d’image. Vraiment, je suis reconnaissant envers les gens qui travaillent avec moi. Sur tous les secteurs, le label, l’édition, aussi bien l’équipe encadrante, technique et tous les musiciens desquels je m’entoure en songwriting et sur mon album. On a un équilibre que j’adore. Le rapport est incroyable, je ne savais même pas que cela existait. Maintenant, il faut qu’on veille à préserver tout ça, pour que cet équilibre perdure et qu’on continue à bien travailler. C’est comme en amour, il ne faut jamais considérer que c’est acquis.

Quand pourra-t-on découvrir le premier single, voire le clip ?

Le premier single sortira en février, avec un clip au même moment. Je ne peux pas encore trop en parler mais j’en dirai plus très bientôt.

Edit : Le clip est finalement sorti le 16 mars 2018. Le voici.

Et l’album, une date est choisie ?

Pas encore. Chaque chose en son temps. Je prends les étapes les unes après les autres, avec précaution. Là, je termine l’album, sereinement, sans projection. Immédiatement après, on va travailler sur le clip et essayer de faire un joli truc. Ensuite je défendrai le single, et je reprendrai la scène progressivement, j’ai vraiment hâte de reprendre les concerts, tu n’as pas idée ! Et ensuite on verra arriver l’album tranquillement. Après toutes ces années à travailler dans l’ombre, sans vraiment pouvoir m’exprimer, je ne suis plus pressé. Ou plutôt si, j’ai toujours cette même urgence en moi mais j’ai appris à la gérer pour savourer chaque instant. Ça doit ressembler à ça, « l’expérience ».

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Avec Thomas Caruso, début juillet 2017, au Festival Pause Guitare à Albi.

29 décembre 2017

Naya : interview pour l'EP Blossom

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(Photo : Sunny Ringle) 

naya,blossom,the basement,the voice kids,interview,mandorQuand j’ai reçu une proposition d’interview pour une dénommée Naya, j’ai d’abord pensé avoir affaire à une pseudo chanteuse R’nB. Je ne sais pas pourquoi (la curiosité peut-être ?), j’ai quand même cliqué sur le lien qui m’était proposé. Et là, je tombe sur le clip de « Girl on the Moon » (la curiosité n’est pas toujours un vilain défaut, donc). Je découvre une nouvelle artiste très jeune aux compositions electro/pop envoûtantes, soutenues par un grain de voix particulier. Guitariste depuis son enfance, Naya fait partie de ces très jeunes artistes dotés d'une grande maturité.... Cela se ressent dans sa façon d'appréhender la musique, l'écriture et la scène. A l'écoute de son premier EP, Blossom, j’ai vite compris que cette chanteuse était une des promesses musicales des prochaines années.

J’ai donc accepté une mandorisation. L’entretien a été réalisé à l’issue de la première partie du concert de Son Little, à la Maroquinerie, le 11 décembre dernier.

Biographie officielle (mais raccourcie) :

Naya est née en 2000, a commencé le piano à cinq ans au Conservatoire, la batterie quelques années plus tard ; elle a découvert les Beatles à dix ans en vinyl grâce à la collection de ses parents, s’est mise à chanter dans la foulée et a peaufiné son apprentissage de la guitare via des vidéos sur internet, après que son père lui ait appris quelques accords. Elle commence rapidement à picorer sur le web et dans la discothèque familiale de quoi se constituer une culture musicale solide, et apprend assez d’anglais pour composer, à douze ans, sa première chanson, inspirée par un voyage en famille à New York.

Depuis quelques mois, elle s’accompagne sur scène d’un looper, et explore des sonorités électroniques dans son tout nouveau home studio, qui insufflent une tonalité plus mélancolique à son tempérament joyeux.

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En 2013, Naya a déjà une petite réputation sur les scènes des environs de Bordeaux : elle a joué en première partie de Mademoiselle K, Fauve ou Rover, a affiné son jeu de scène, depuis une première expérience grisante au skate park de Libourne.
Naya est encore très jeune (16 ans), mais a étonnamment pris son temps : deux ans après la parenthèse « The Voice Kids », dont elle a été finaliste en 2014, elle joue à la Boule Noire à Paris, est repérée par Sony Music, et sort aujourd’hui un premier EP constitué de ses cinq premières compositions. L’été dernier, elle a fait la tournée des festivals (Musilac, Le Big Festival...), a accompagné Jain pour cinq dates de sa tournée française. Depuis deux ans, elle compose ses propres chansons, dont elle a enregistré les maquettes dans le home studio d’un ami de ses parents. Elle y apporte sa voix incroyablement mûre, ses airs accrocheurs, naya,blossom,the basement,the voice kids,interview,mandormais aussi ses idées de production et d’arrangements. Naya aime être seule maître à bord, écrit sur ce qu’elle voit et ressent, ne s’interdit pas de chanter un jour en français.

L’EP :

En cinq chansons, une artiste est née. La première identité est bien sûr la voix de Naya, douce et très affirmée, bluesy mais mise au service d’une pop rêveuse et mélancolique, habitée de fantômes (« Ghost By Your Side ») ou d’envies d’ailleurs (« Girl on The Moon »). Autour de l’architecture guitare-voix se déploie une production riche qui laisse la mélodie au cœur et prend des libertés avec les canons de la folk pour s’ancrer profondément dans les sonorités contemporaines. De la pure pop, cuvée 2017.

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(Photo : Mara Zampariolo/Les Inrockuptibles)

naya,blossom,the basement,the voice kids,interview,mandorInterview :

Tes parents sont les deux leaders du groupe bordelais The Basement, un groupe qui joue de la noise décapante. Tu allais les voir sur scène quand tu étais petite ?

Même pas. La première fois que je les ai vus en concert, c’était à l’âge de 13 ans. Ils sont souvent partis en tournée, en Europe… j’avais envie de faire la même chose. Toute ma vie, j’ai vu mes parents répéter jusqu’à très tard le soir, revenir de tournée et me raconter les rencontres qu’ils avaient fait, les scènes sur lesquelles ils avaient joué… ça me faisait rêver.

Tu ne fais pas la même musique. Tu aimes celle de tes parents ?

A la maison, on écoute ce genre de musique, mais pas uniquement. Ils sont très ouverts. J'ai toujours entendu de la pop, du rock, de la noise, de la soul… j'aime tout ça.

Toi, tu te diriges clairement vers la pop.

J’ai été aussi bercée par les mélodies d’Oasis. Je suis une grande fan de la pop anglaise et des mélodies. Pour moi, dans une chanson, la mélodie est ce qu’il y a de plus important. J’ai un home studio dans lequel je compose toutes mes chansons et je passe mon temps à chercher des mélodies. Pour moi, la rythmique est moins primordiale.

Clip de "Girl On the Moon". 

Tu as déjà un home studio ?naya,blossom,the basement,the voice kids,interview,mandor

Effectivement, depuis deux ans. Je m’intéresse beaucoup à la production. J’ai des idées précises sur ce que je veux, alors je passe un temps fou à essayer des choses, à bidouiller des sons… pour  mon EP, j’ai travaillé avec deux réalisateurs. Je les ai beaucoup observés et j’ai donc beaucoup appris. Ça m’a passionné, alors je tente de m’y mettre seule. 

Comment travailles-tu en studio?

J’écris, je compose et j’interprète chez moi. Ensuite, j’arrive en studio avec des démos vraiment abouties. Sur l’album qui sort l’année prochaine, j’ai travaillé avec Valentin Marceau. Il a produit  la qualité des sons, mais la structure, les mélodies et la rythmique venaient de moi.

Tu as commencé la scène à l’âge de 11 ans, tu en as 17 aujourd’hui.

J’ai donc l’habitude de chanter devant un public. Du coup, je teste l’efficacité de mes chansons en live. Je vois les réactions des gens. J’arrive à repérer l'intérêt qu'ils ont ou pas. 

"Great Ocean Road".

L’expérience The Voice Kids était intéressante ?

Oui, j’ai été finaliste en 2014, avec Garou comme coach. J’en parle systématiquement dans toutes les interviews parce que cela a été une très grande expérience pour moi. Se retrouver à 14 ans devant 8 millions de téléspectateurs, c’est incroyable et particulièrement formateur. Si j’ai plus d’aisance aujourd’hui sur scène, c’est aussi grâce à cette émission. C’est une sacrée bonne école. Je ne renie absolument pas, ça fait partie de mon histoire…

naya,blossom,the basement,the voice kids,interview,mandorTu as fait ensuite de nombreuses premières parties. C’est formateur?

Bien sûr, parce que les gens ne te connaissent pas, alors il faut les convaincre. J’ai toujours eu de supers bons retours. Ouf !

Je n’aime pas faire des comparaisons, mais je te classe dans la famille d’artistes comme Jain.

C’est quelqu’un que j’apprécie beaucoup. Sur scène, elle très forte. En plus, elle est très gentille. Humainement, c’est vraiment une crème. J’ai fait pas mal de premières parties d’elle et à chaque fois, elle venait me parler dans les loges. Parfois longuement.

"It doesn't scare me".

Ton EP, Blossom, a été bien accueilli.

J’en suis ravie. Je travaille desssus depuis que j’ai 14 ans alors je trouve que cet EP n’est pas arrivé si vite que cela (rires). En tout cas, l’album devrait sortir en avril prochain.

Il n’y aura que deux ou trois chansons de l’EP dans l’album…

En tout cas, il y aura beaucoup de nouvelles chansons dans un album relativement court. 10 titres, pas plus. Je vais faire en sorte qu’on ne se lasse pas de ce disque.

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Naya, le 11 décembre 2017, à la Maroquinerie.

A 17 ans, j’ai l’impression que tu gères tout.

Oui, parce que c’est mon projet avant tout. J’ai quand même une équipe avec moi qui me dit ce qu’elle pense de mes idées. Ça discute pas mal, mais tout part de moi. L’idée des chansons, de la pochette de l’album, du clip… Je dirige tout et j’adore ça.

Que pensent tes parents de ta musique ?

Ils semblent apprécier. Ils me suivent avec attention et c’est très important pour moi de les savoir avec moi.

Tu es confiante en ton avenir musical?

Je ne suis pas trop inquiète parce que je fais la musique que j’aie envie de faire. Si ça plait, c’est cool, si ça ne plait pas, je ferai une autre musique. Je tenterai de rebondir. Aujourd’hui, j’essaie des choses, on verra comment ça se passe.

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Avec Naya, après l'interview, le 11 décembre à la Maroquinerie (photo : la maman de Naya).

27 décembre 2017

Gervaise : interview pour l'EP Humeur Vive

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(Photo : Julie Michelet)

« Serais-tu du genre à juger sur les apparences ? Une blonde, avec un nom pareil... Ça en inspire des choses. A croire que j'aime me distinguer. Peut-être. J'aime surtout à parler de la femme, des femmes, de moi et d'elles, et des hommes aussi. Je chante ce qu'ils m'ont fait et ce que j'aimerais qu'ils me fassent. Femme singulière qui décline les aventures au pluriel, fille aventureuse qui cherche l'amour au singulier, je navigue entre chanson et pop, entre paroles et paillettes. Sur ma bouche, il y a du rouge et des cocktails tendres ou explosifs, selon mon humeur. Pour peu que l'on se soit croisé, ton parfum embaume encore ces vers. Peut-être t'y reconnaîtras-tu... » Ainsi Gervaise présente son deuxième EP, Humeur Vive.

Teaser de Humeur Vive.

Comme elle le précise elle-même, son truc à elle c'est de parler de la femme, des femmes...et des hommes aussi. Sur sa bouche il y a du rouge et des cocktails, explosifs ou doux selon son humeur. Elle navigue entre chanson et pop, entre paroles et paillettes. Joueuse, assurément. Il n’en reste pas moins que les chansons de Gervaise sont originales, modernes et fraîches. Ça fait du bien par les temps qui courent. Une rencontre mandorienne s’imposait. Ainsi fut fait le 11 décembre 2017 dans un bar de la capitale.

gervaise,humeur vive,beaux esprits,interview,mandorBiographie officielle :

Gervaise ne s'est jamais vue faire autre chose que chanter, et son caractère étant ce qu’il est, elle n‘a jamais transigé là-dessus. Alors Gervaise chante et compose, depuis maintenant cinq ans. Accompagnée de sa guitare, elle assiste pendant quatre ans (2012-2016) aux Ateliers de Claude Lemesle et tape dans l‘œil Cabaret l’Escale de sa Bourgogne natale en 2013. Celui-ci développe à son endroit un dispositif  (concerts, résidences, aide à la promotion) lui permettant de consolider et développer son projet artistique.

Gervaise passe alors aux choses sérieuses avec la sortie en autoproduction de son premier EP, Femme gervaise,humeur vive,beaux esprits,interview,mandorMystère (octobre 2015), dans lequel elle s’amuse à multiplier les robes comme d’autres les casquettes. Tour à tour fille et femme, mère et maîtresse. Paradoxalement, ce disque permettra à la « femme mystère » de se dévoiler au public en multipliant scènes et tremplins, parmi lesquels les premières parties de Michel Fugain et Sanseverino ou encore le Prix Georges Moustaki (demi-finaliste en 2015). Cette même année, elle reçoit l’aide à l’autoproduction de la Sacem.

2016: Gervaise découvre l’univers de l’effeuillage burlesque ; la « femme mystère » se mue alors en « femme fatale », en poupée pop et platine, sensuelle. Son nouvel EP, Humeur vive, témoigne de ce virage. L’ambiance se paillette, s’électrise en même temps que la guitare ; Gervaise s’habille de la lumière des néons et des flammes. L’automne sera chaud.

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(Photo : Julie Michelet)

gervaise,humeur vive,beaux esprits,interview,mandorInterview :

Raconte-moi ta rencontre avec la musique ?

Je chante depuis toute petite et à la maison il y avait tout le temps de la musique. Ma mère écoutait beaucoup de chansons françaises et de musiques du monde. Papa, lui, écoutait plutôt du rock’n’roll. Il me réveillait le matin avec « Hells Bells » d’AC/DC (rires). Du coup, j’ai une culture musicale très diversifiée.

Ta mère est dans le spectacle, je crois.

Elle est metteur en scène et comédienne, donc, j’ai chopé la fibre artistique très tôt. Elle donnait des cours de théâtre, alors j’y assistais. Je suis montée sur ma première scène à l’âge de 8 ans et j’ai compris tout de suite que ça m’attirait terriblement.

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A quel âge as-tu commencé la guitare ?

A 15 ans. Quand j’ai commencé à aligner deux trois accords, j’en ai profité pour écrire des petits textes, qui sont devenus des petites chansons.

Tu racontais quoi à 15 ans ?

Je racontais des histoires pas forcément de mon âge. Au début, je n’écrivais pas de chansons autobiographiques, c’était des histoires imaginées ou vues dans des films. A 16 ans, j’ai écrit « Maladie mélodie » et « La femme que l’on déteste », deux chansons qui figurent sur mon EP La femme mystère. Ça me faisait du bien d’écrire et, à 17 ans, je commençais à me dire que je pouvais en faire un métier.

Et à cet âge-là, on fait quoi pour accélérer le processus ?

Autant j’ai su rapidement que je voulais devenir  auteure-compositeur-interprète, autant j’ai mis du temps à l’assumer dans ma tête.

Premier clip tiré du deuxième EP de GervaiseHumeur Vive.

Avant de faire de la scène régulièrement, tu as fait des études.

J’ai fait une licence de musicologie à Dijon. J’avais besoin de me légitimer un peu. Ça m’a ouvert sur plein de genres musicaux que je n’écoutais pas forcément comme le jazz ou la musique classique. Après, j’ai passé un master qui m’a permis d’apprendre l’organisation et la gestion d’évènements culturels. Aujourd’hui, en tant qu’artiste, je sais parfaitement comment les choses fonctionnent. Ce qui est amusant dans tout ça, c’est qu’à l’inverse des autres parents, ma mère ne comprenait pas pourquoi je perdais du temps à faire des études. Elle m’incitait plutôt à foncer dans la chanson.

A quel âge as-tu fait ton premier concert ?

A 18 ans. Tout s’est accéléré quand je suis arrivée à Paris, après mon master. J’ai commencé à chanter dans les bars et à me rapprocher du réseau « chanson » parisien. J’ai fait L’atelier de Cédric et les ateliers de Claude Lemesle. J’aurais dû faire encore plus de choses comme La Manufacture Chanson ou le Studio des Variétés.

gervaise,humeur vive,beaux esprits,interview,mandorTrès vite, tu as sorti ton premier EP, Femme Mystère.

C’était un pot-pourri des premières chansons que j’ai écrites. C’était un disque plus classique et conventionnel que le nouveau. J’avais moins de moyen et je me cherchais encore musicalement. Je n’avais pas encore mon identité et mon son. J’étais pressée d’enregistrer un premier disque. Je trouvais ça cool, mais du coup, je n’étais sans doute pas encore assez exigeante. A l’époque, ça m’a permis de faire des tremplins et d’être en demi-finale du Prix Georges Moustaki. Je le suis encore cette année avec ce deuxième EP.

Tu as aussi intégré le groupe d’artistes Les Beaux Esprits.

J’en avais entendu parler via Garance et Rosie Marie. J’ai trouvé que tout était simple et sain avec ce collectif. Le créateur des beaux Esprits, Bruno Barrier, est quelqu’un qui aime les artistes et qui les respecte profondément… et il n’y a aucun problème d’ego chez personne. C’est un peu cliché de dire cela, mais c’est comme une petite famille. Cela dit, on n’est pas accepté tout de suite. Il y a une période d’observation. Tout le monde vient te voir, t’écoute… ensuite, ils en parlent entre eux. Tu n’as pas le tampon Beaux Esprits immédiatement (rires).

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Avec les Beaux Esprits.

Tu es passée par la case Nouvelle Star. Belle expérience ?

Je suis allée jusqu’à la première épreuve au théâtre. Ensuite, je me suis demandé ce que je faisais là. C’était la première fois que je faisais un casting, de plus, en chantant les chansons des autres. Quand tu fais ce genre d’émission, soit tu joues le jeu de la télé, soit tu ne le joues pas. Je n’ai pas dû assez jouer.

Casting de Gervaise à la Nouvelle Star.

Ce deuxième EP, Humeur Vive est super bien produit.

C’est grâce à Denis Piednoir et Matthieu Seignez qui ont notamment arrangé et réalisé les chansons. Ils ont su apporter un nouveau son… plus moderne. Je n’écoute pas que de la chanson française, j’écoute aussi beaucoup de musiques anglo-saxonnes, je voulais donc éviter les arrangements poussiéreux. Ce qu’ils ont su faire était exactement le tournant musical que je souhaitais. Je viens de la chanson et je ne veux pas renier ça, juste, je voulais que cela sonne actuel.

Il est pas mal question de femmes libérées dans tes chansons. Dans « Sans anesthésie » par exemple, une femme fait en sorte que l’homme accepte l’acte sexuel.

Elle prend l’initiative parce qu’elle assume sa sensualité et son désir. Il y a deux ans, j’ai fait la rencontre d’un art que j’adore, l’effeuillage burlesque. Il y a un côté vintage qui m’attirait. Ces femmes qui s’effeuillent sur scène de manière forte et hyper assumée, j’ai trouvé ça génial. J’ai un peu évolué dans ce milieu-là ces derniers temps et ça a dû influencer certains textes de mes chansons (rires).

"Je vous laisse", extrait de l'EP Humeur Vive. Captation live au Cabaret l'Escale (décembre 2016).

Il y a un peu de féminisme dans tes chansons.

Oui, mais pas forcément militant. Mais, tu as raison, le féminisme est là dans ma façon d’aborder les thèmes.

« Le silence des femmes » incite les femmes à arrêter de s’autocensurer, incite aussi à prendre un peu plus de pouvoir… Au regard de ce qu’il se passe en ce moment, quelle résonnance !  

Dans cette chanson, je parle du silence des femmes de manière générale, aussi bien dans le harcèlement de rue que dans la violence. J’ai écrit cette chanson avant toutes les affaires récentes et les ashtags #balancetonporc ou #metoo. Je pense qu’aujourd’hui les femmes en ont ras le bol. Les premières ont commencé à parler, les autres se sont engouffrées dans la brèche et c’est tant mieux. Personnellement, je ne milite pas, mais je suis abonnée à des pages Facebook qui parlent des femmes comme La fondation des femmes ou Les Glorieuses.

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Pendant l'interview...

J'aime beaucoup « Flirt avec l’orage ». C'est une chanson qui dit qu’il faut vivre sa vie le plus intensément, car elle peut-être courte.

Dans ma vie, il y a eu des évènements qui ont fait que j’ai eu une sorte de réveil. Un réveil qui m’a incité à vivre vraiment, sans concessions. On peut changer sa façon de vivre du jour au lendemain à cause d’épreuves traversées.  

Tu fais en sorte que tes chansons soient universelles ou tu n’y penses pas quand tu les écris ?

Evidemment, j’ai envie que mes chansons parlent aux gens, après je ne m’empêche pas d’écrire des choses très personnelles. Au-delà du sujet d’une chanson, je crois qu’en choisissant bien ses mots, tout le monde peut s’y retrouver quelque part.

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Gervaise à la fin de l'interview, le 11 décembre 2017.