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15 janvier 2007

Jean-Paul Dubois... écrivain solitaire!

 

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J’ai découvert Jean-Paul Dubois en 1999 avec Si ce livre pouvait me rapprocher de toi, puis je me medium_unevi19200.jpgsuis jeté sur Kennedy et moi. Depuis, je lis tout ce qu’il sort et je dois dire que je me sens en adéquation avec ses écrits. Récemment, il a reçu le prix Fémina pour Une vie française et il a connu un très large succès l’année dernière avec Vous plaisantez, monsieur Tanner. medium_vous-plaisantez_g.jpg

Aujourd’hui, il revient avec un roman magistral sur la bestialité qui est en chaque être humain (Hommes en eux, mon article est là).

Avant de le rencontrer, j’avais une image de lui pas très positive. Humainement, j’entends. Je le croyais sauvage, un rien sarcastique. J’ai rencontré jeudi dernier (11 janvier) un homme, exact contraire de mes préjugés. Satanées conneries de jugement à l’emporte pièce !

J’arrive un peu en avance aux rendez-vous fixé aux éditions de l’Olivier. Je monte et me présente (je m’appelle Henri !). C’est une nouvelle attachée de presse qui, donc, ne me connaît pas. Elle me propose à boire, ce que j’accepte. Il n’y a que de l’eau. Bon, va pour de l’eau ! C’est la big teuf en perspective.

Elle m’installe dans la salle de réunion. Je prépare mon matos puis regarde la bibliothèque dans laquelle il n’y a évidemment que des auteurs maisons. J’ai envie d’en chourer quelques uns mais je me retiens.

Question d’éducation.

L’auteur arrive enfin. Il semble un peu réservé. Pas sur la défensive mais observateur. Il voit que se trouve en face de moi le dossier de presse contenant les critiques déjà écrites sur son dernier livre.

-J’ai de la chance de n’avoir que des critiques positives… si j’en avais des mauvaises, je crois que j’en souffrirais.

Je ne pensais pas ça de lui. Il remarque que je suis étonné.medium_image0.jpg

-Tout dépend du degré de compétence que vous accordez aux critiques. Si vous sentez qu’il y a unanimité intelligente pour vous dire que vous avez fait une merde, c’est quelque chose qui doit être difficile à supporter. Bon, si c’est partagé pour des raisons idéologiques, c’est moins grave.

Et comment explique-t-il le succès considérable de ses livres ces dernières années ?

-J’ai du mal à réaliser que je fais toujours ce métier et que des gens parviennent à apprécier mes écrits. Vous savez, la réalité de ma vie se passe hors du monde de la critique et du monde de l’édition, donc le succès de mes livres me parait irréel. D’ailleurs, je trouve que le succès d’un livre n’est pas normal.

Je lui réponds que, comme moi, ses lecteurs se sentent peut-être proche de ses propos.

-Le décalage entre l’idée que l’on se fait de soi même (pas la plus fausse d’ailleurs) et l’idée que les autres se font de vous (souvent plus avantageuse) est un fossé. Je n’ai pas une formidable estime de ce que je suis. Je pense simplement que j’ai de la chance.

Il y a aussi du talent, quand même, non ?

-C’est très subjectif. Quand vous écrivez des livres depuis 25 ans et que pendant 15 vous vendez à 15.000 exemplaires et soudain, vous passez à 400.000, vous vous demandez  ce qu’il s’est passé à un moment donné. Etes-vous le même ? Vous, vous savez que oui. Vous savez aussi que vous faites quasiment les mêmes livres. Juste, il y a un phénomène que vous ne comprenez pas et que personne ne contrôle qui veut que vous ayez de la chance pendant 5 ou 6 ans. Il n’y a qu’une trentaine d’écrivains qui ont ça dans une génération. C’est peu. Je considère donc que j’ai de la chance.

Je souhaite rester sur ce terrain là. Il tient rarement ce genre de discours.

Ecrivain, c’est un métier ?

-Oui et ça se travaille. Plus vous écrivez, plus vous écrivez facilement. Longtemps et plus souvent vous écrivez, moins vous avez d’angoisse, plus le boulot se fait tranquillement. J’ai commencé l’écriture par le journalisme qui est le truc le plus difficile qui soit à cause des contraintes de temps, d’horaires, de signes, de pagination…etc. Alors que le roman, c’est de la liberté absolue. C’est un univers. Vous êtes créateur d’un monde entier, sans aucune contrainte.

Mais il faut également avoir de l’inspiration… et une sacrée en plus !

-Ce qu’on appelle bêtement l’inspiration n’est que le travail sur sa mémoire, ses peurs, sa présence et son utilité dans le monde.

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Je prétends que dans chacun de ses livres, ses héros lui ressemblent sacrément. Je ne le connais pas dans la vie, c’est donc une énorme bêtise mais pas grave !

-Chaque histoire que j’écris correspond à un moment qui raconte parfois la vie exacte de ce que je vivais à ce moment là…

Ah ! J’avais donc raison. Ca frisouille la psychanalyse.

-C’est quoi la psychanalyse ? C’est d’essayer de voir le bordel qui est en soi. C’est un travail sur sa mémoire… très important la mémoire. Mais aussi l’enfance, la jeunesse, le bonheur, la mort. C’est tout le corpus de la psychanalyse et moi je parle tout le temps de ces choses. C’est peut-être pour ça que les gens aiment mes livres. Ils sont fabriqués avec le même matériau humain qu’eux et moi.

Je lui parle de l’image que j’avais de lui avant de le rencontrer. Son côté ours qu’il ne faut pas emmerder. Son côté, j-habite-dans-une-petite-maison-dans-la-région-de-Toulouse-et-laissez-moi-tranquille-avec-votre-monde- des-lettres-factice !

medium_jean_paul_dubois1.jpg-Vous exagérez un peu jeune homme !  J’aime bien le contact avec les autres parce que je vis seul. Ma compagne vit au Canada. Simplement, je suis extrêmement timide alors je préfère vivre dans le retrait plutôt que l’on s’intéresse à ma personne… Ca me rend mal à l’aise. Je deviens gauche, emprunté, je bafouille, comme je le fais avec vous depuis une heure.

Mais pas du tout. Au contraire.

Il m’avoue qu’il craint avoir fait un peu trop la morale dans ses propos.

-Je n’ai aucune qualité particulière pour expliquer ni la littérature, ni la vie, ni les rapports entre les gens. Mon métier ne repose pas sur une science exacte ni sur la raison...

Voilà, Jean-Paul Dubois tel qu’il est.

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Après l’interview, je range mon magnéto, mon livre, mes notes. « Prenez votre temps, je ne suis pas pressé ». Mon prochain rendez-vous est dans deux heures.

Je me lève, lui sers quand même la paluche et… au final nous restons debout, sur le départ pendant une heure. Ce qu’il me raconte est passionnant mais il m’a fait jurer de ne rien dire. Les coulisses de repas entre auteurs, animateurs et comédiens… Ca vaut son pesant de cacahouète. Je ne regarderai plus miss Angot, et mister Durant et Depardiou tout à fait de la même façon. Je dis ça, j’ai rien dit !

 

Conclusion (dont j’ai affreusement honte. Mince, pourquoi, je me laisse aller ainsi ? Hop ! Ma tête dans le sable telle une autruche pendant un siècle pour me faire oublier à tout jamais…) : Dubois ne me laisse pas de marbre.

No comment !

12 janvier 2007

Laurent Baffie... le sniper du PAF!

medium_500a9859afad565ca8d91d3b6a9d3c63.jpgChoper Baffie pour une interview, c’est plus difficile que prendre un rendez-vous avec un ministre. L’homme est très occupé. Deux semaines d’attente plus deux heures de retard le jour J.

Enervé, je rejoins l’insolent sur la terrasse du café Trocadéro

Et j'en profite pour me dire que, quand même, le réchauffement de la planète et tout et tout, ce n’est pas de la blague. S’installer en chemise sur une terrasse au mois de janvier. Même si j'ai le sang chaud, il y a un problème quelque part, non ?

Laurent Baffie fait un peu la gueule. Je sens que ça va être la joie.

Il m’accueille en me lançant : «Après vous, j’vais chez le dentiste. Je déteste grave ». Bon, pour medium_laurent-baffie-thierry-ardisson.jpgle retard, je l’engueulerai une autre fois. Je lui pardonne cet affront (merde, je suis quand même le président de la FAPM!!! Ce n'est pas rien!) parce que je l’aime bien et pour tout dire, je ne souhaite pas être la victime de ses joutes verbales. Il n’a peur de rien ni de personne, en tout cas en présence d’une caméra. « Moi je préfère taper sur les forts et les puissants que sur les faibles. Bon, c’est vrai qu’il y a des proies faciles et il m’arrive d’en profiter. » Il se souvient de la défunte émission Tout le monde en parle. Il tapait sur les Devier-Joncourt, Ophélie Winter ou autres vedettes de la télé réalités par exemple. « Ils étaient des bons clients. Il y avait du grain à moudre ». Comme disait Oscar Wilde : « Je résiste à tout sauf à la tentation».

medium_ahEujO2CJKb_Jav1tHqOi20FOuFQIEto01A9.jpgCe clown triste « je suis ascendant Buster Keaton, comme signe » casse avec aisance des écrivains, journalistes, hommes politiques ou artistes plus habitués à une certaine déférence. « L’impolitesse et l’insolence sont aussi des vecteurs de communication. » Le dérapage n’est d’ailleurs jamais loin : « Il fallait aller très très vite dans cette émission et moi j’essayais d’aller encore plus vite que ceux qui vont vite. Je devais trouver la réplique la plus drôle dans le délai le plus court possible. Je fonctionnais au réflexe alors je ne contrôlais pas toujours tout. » Mais en fait, il est courtois, gentil même.medium_009701_28302_2.jpg

Il m’explique qu’il est plutôt timide en société. « Les gens pensent que je suis une vraie terreur dans la vie. C’est tout le contraire. Mes caméras cachées ont donné une image de moi complètement faussées. Mais j’assume parfaitement. Au moins, on ne m’emmerdent pas méchamment dans la rue ».

Et effectivement, je vois des gens s’arrêter, le dévisager, le prendre en photo avec un téléphone portable, lui parler. Nous sommes parfois interrompus par quelques demandes d’autographes. Il s’exécute avec un bon mot et en esquissant l’ombre d’un sourire.

Qu’il abandonne sitôt les gens repartis.

medium_livre_baffie.jpgBaffie ne sourit pas beaucoup, certes, mais c’est parce qu’il est comme ça. Pas envie de faire semblant.

Je lui parle de son livre sorti l’année dernière… Une version écrite de ses propos tenus à Tout le monde en parle était elle bien nécessaire ? « Je voulais fixer dans le temps quelque chose de très éphémère. Ca fait des années que je fais ça et ce n’est sur aucun support. Ca ne donne pas à mes vannes une dimension littéraire mais ça les fait exister un peu plus. » Et l’incroyable, c’est que ça fonctionne, même sans les images. Comme le dit Thierry Ardisson dans la préface : « Laurent Baffie et le seul sniper du PAF, les autres essaient. »

Nous parlons aussi de son émission de télé Ding Dong que Paris Première à choisi de ne pas reconduire… il m’avoue qu’il s’est sans doute trompé de concept. Ca n’a pas l’air de l’abattre. Il prépare un prochain film et une nouvelle pièce de théâtre…Pleins de projets et le vent en poupe !

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A l’issue de notre entretien, il me demande. « Vous avez peur du dentiste vous ? ». Je lui réponds que oui. Et aussi de l’avion. « On a les mêmes trouilles tous les deux alors ! ». Puis, il me regarde et ajoute. « Je pensais que ça allait me gonfler cet interview, surtout quand je vous ai vu arriver un peu miné. Mais non...ça va. Pas trop chiant !»

Je prends le « pas trop chiant » comme un sacré compliment.

Je sais, je ne suis pas difficile.

09 janvier 2007

Philippe Delerm... Tel père, tel fils!

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Je vais vous dire franchement. Moi, le sport à la télé, à part les finales de coupe du monde de football avec l’équipe de France, ce n’est pas ma tasse de thé. Alors, quand l’attachée de presse de Philippe Delerm m’a proposé de rencontrer l’auteur pour son nouveau livre La tranchée d’Arenberg et autres voluptés sportives publié dans la nouvelle maison d'édition Panama, j'étais plus que frileux.

Mais je ne juge jamais avant d’avoir lu.

De plus, je suis loin d’être allergique à l’écriture du monsieur et j’avais gardé un très bon souvenir de sa venue dans une émission de radio que j’animais à la fin des années 90.
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Je l’avais reçu le 31 août 1999 pour son livre Le portique avec l’architecte paysagiste Gilles Clément. La rencontre entre les deux hommes s’était particulièrement bien passée.

medium_04.01.07_Philippe_Delerm.JPGAprès le fils, récemment, j’ai donc de nouveau rendez-vous avec un Delerm dans un bar. Jeudi dernier (le 4 janvier), j’arrive au café de la Mairie de la place St Sulpice à l’heure convenue.

Il est déjà là.

 Il lit.

Isolé du reste du monde.

Je m’approche.

Grand sourire.

Poignée de main.

Je lui demande quel est ce livre dont je ne connais pas l’auteur.

-La véranda de Robert Alexis… Je ne connais pas mais le titre m’a plu et la première page aussi. J’aime bien découvrir…

Je lui explique qu’il est parvenu avec son recueil de « voluptés sportives » à m’intéresser, au moins un peu, à ce monde dont habituellement, je me moque royalement.medium_V80_Livres_Philippe_Delerm_cover_.JPG

Nous parlons de ses différentes nouvelles, ses « petits bouts de souvenirs qui remontent soudainement à la surface ». Il évoque des grands noms comme Colette Besson, Platini, Zidane, Dick Fosbury, mais aussi la solitude d’un arbitre de tennis, la tristesse de la vie d’un petit gymnaste, des sports bizarres comme le curling, la course mythique du Figaro et le dopage dans le cyclisme.

Ca et bien d’autres moments d’éternité et souvenirs personnels de l’écrivain.

-Mes nouvelles suivent la hiérarchie de mes goûts. Je mets nettement en avant l’athlétisme et le football. Puis le tennis, le rugby, le cycliste. Après, il y a le reste.

S’il aime regarder le sport à la télévision, il en a aussi beaucoup pratiqué. Philippe Delerm a joué deux ans en cadet à Saint Germain en Laye, puis il a fait de l’athlétisme jusqu’à ce qu’il parte en Normandie pour être prof (il l’est toujours dans un lycée de Bernay). Il a entraîné les athlètes de demi-fond d’une association sportive d’un collège. Il avait un petit niveau régional au 400 mètres. Mais ce dont il est le plus fier, ce sont ses participations au cross du Figaro jusqu’à 45 ans.

Une des phrases que je retiens dans ce recueil de textes courts : "Comme l'amour, le sport a le pouvoir de s'intégrer au paysage, de nous faire vivre un peu plus large."

Je ne peux pas trop parler du livre parce que ces « madeleines éparpillées aux quatre coins des stades » doivent s’apprécier à petites gorgées.

medium_Livre_20Delerm.jpgA ce propos (quelle transition ridicule et peu discrète!), son livre La Première Gorgée de bière et autres plaisirs minuscules fête son 10eme anniversaire de succès. Un cas unique dans le monde de l’édition française.

-On ne peut toujours pas le sortir en poche parce que nous continuons à en vendre 500 par semaine. C’est presque antinomique avec la vie d’un best seller. Un best seller, sa vie est comptée.

Au bout d’une heure, je termine l’interview. Mais Philippe Delerm n’est pas pressé. Son prochain rendez-vous est à 18h. Il a encore deux heures à patienter. Je reste avec lui une heure de plus. A parler littérature et bien sûr chanson française.

Son fils pointe le bout de son nez dans la conversation. Le regard s’illumine.

-Vous l’appréciez vous aussi ? me demande-t-il.

J’acquiesce.

Le papa est très fier du fiston. Il est allé le voir 7 fois lors de sa dernière série de concerts à la Cigale.

Ce genre de détail qui n'en n'est pas un me touche au plus profond du coeur.

Il me raconte l’émotion devant ce public qui vient pour applaudir sa progéniture, pour vibrer, rigoler avec lui.

C’est un cadeau dont il ne se lasse pas.
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Je raccompagne Delerm père devant son arrêt de bus.

Il n’y a pas à y revenir. Cette famille est vraiment très sympathique.

Vraiment.

05 janvier 2007

Adamo... Ange chanteur!

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Quand j’étais petit, je l’ai déjà expliqué ici, je croyais que les gens que je voyais à la télévision étaient des robots.

Je sais…

Pas de commentaires.

medium_vd087p-spe-adamo.jpgUn beau jour, à la Grande-Motte (ou mes parents avaient une résidence estivale), je tombe sur un artiste qui devait se produire au théâtre de verdure de la ville balnéaire le soir même.

Il était sur une terrasse d’un restaurant du port.

Je lâche la main de ma mère et cours vers lui.

J’avais 7 ans.

Et je lui ai touché le bras.

 

-Mais c’est mou !

L’artiste se met à rigoler.

-Tu es mignon. Oui, c’est mou…

-T’es pas en fer ?

- ???

Je le retouche.

Ma mère, fan du bonhomme en plus, arrive gênée.medium_PICTO_28-10.jpg

-Oh, excusez le, monsieur !

-T’as vu maman, le chanteur, il est tout mou.

-Bon, allez, ça suffit! Laisse le monsieur tranquille.

C’est donc avec ce monsieur que j’ai rendez-vous à l’hôtel de Sers pour la sortie de son vingtième album, La part de l’ange.

C’était il y a deux jours.

Mercredi.

Adamo, donc.

J’arrive un peu en avance.

En regardant Salvatore Adamo se faire interviewer par le journaliste qui me précède, je repense à cette anecdote.

J’esquisse un sourire.

La vie, quand même.

medium_adamoy.jpgEmmanuel Marolle, du Parisien me laisse la place.

Le chanteur « tout mou » ne l’est pas en fait. Il est souriant, poli, courtois.

La classe.

J’ai tout de suite envie de lui parler « robots » mais je me retiens.

Bon, je vous passe ce que je lui ai raconté sur son album.

Poétique, élégant.

D’inspiration latine.

Réalisé par Fabrice Ravel-Chapuis et l’excellente Edith Fambuena.

Avec un duo amusant en compagnie d’Olivia Ruiz (ici avec bibi!)

Il est beaucoup question du temps qui passe (à la vitesse de la lumière…).

Et l’amour est très présent aussi.

-Je dis enfin ce que j’ai à dire à mes proches. Un de mes seuls regrets est de ne pas avoir vu grandir mes enfants, d’avoir négligé mes amis qui ont été très patients à mon égard. Là, j’ai voulu qu’ils comprennent entre les lignes que je m’adresse à eux et que je mesure parfaitement la chance que j’ai qu’ils soient toujours là.

En Mai 2004, Salvatore Adamo a eu une hémorragie cérébrale, dont il est sorti (difficilement) grâce à du repos obligatoire. Aujourd’hui, il a changé. Il est devenu plus philosophe.

Place à l’essentiel.

Il parle de sa maladie sans problème.

-Je suis plus sage maintenant. La maladie m’a fait comprendre la chance et le bonheur d’être en vie. Monmedium_Adamo.jpg année de convalescence m’a fait réfléchir à tout ce que j’étais. Avant, je privilégiais mon métier. J’ai souvent sacrifié des moments avec mes enfants, ma femme, mes amis, pour aller faire une télé ou des concerts que j'aurais pu éviter. J’essaie aujourd’hui de rétablir une hiérarchie dans l’importance des choses. J’ai le sentiment d’avoir eu beaucoup de chances et je veux profiter au maximum du temps qu’il me reste à vivre.

Et de m’expliquer qu’il ne faudrait pas qu’il travaille tant, que ses médecins lui interdisent mais qu’il ne peut pas s’en empêcher.

Avec modération, certes mais quand même.

Il sera au Bataclan du 13 au 25 mars.

Puis au Québec, puis au Japon.

Adamo s’aménage des moments de repos entre les concerts, mais quand même…

Est-ce bien raisonnable ?

Après 43 ans de carrière ininterrompue, difficile de mettre la pédale douce.
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Après l’interview et la photo Mandorienne, je lui dis l’émotion que j’ai de le rencontrer.

Ses chansons ont bercé ma jeunesse.

medium_al0000012308_large.jpgPapa et maman adoraient.

 

-Vous permettez monsieur ?

-Tombe la neige.

Et du coup moi aussi.

J’ai beaucoup écouté et chanté devant ma glace C’est ma vie !

(C’est ma vie, je n’y peux rien, c’est elle qui m’a choisi, c’est ma vie, c’est pas l’enfer, c’est pas le paradis…).

En lui serrant la main, une nouvelle fois, je constate qu’il n’est pas en fer.

C'est chaud.

Un cœur fragile bat dans cet être de chair et de sang.

Mais moi, je suis redevenu un petit enfant.

Je cherche la main de ma mère.

Tout mou, je suis.

Le temps passe…

03 janvier 2007

Riké... Positive vibration!

 

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S’il y a un album frais, positif, pas prise de tête mais qui pose parfois de bonnes questions sur la vie, c'est bien celui de Riké : Vivons !

Beau cri du cœur pour une année qui commence…

Riké (ici dans son MySpace, il y a son single) est l'une des deux voix du groupe de reggae Sinsemilia. C’est lui qui chante par exemple le carton de 2004 : Tout le bonheur du monde.

Après une première expérience solo en 2003 avec l'album Air frais, le chanteur revient donc avec son second disque le 29 janvier prochain.

Il s’y livre beaucoup plus intimement qu’au sein du combo grenoblois.

Sa vie, ses sentiments.

Ce qu’il chante est universel et tout le monde s’y retrouve.

medium_512124-625950.2.jpgC’est dans les locaux de Warner que je le rencontre le 18 décembre dernier. Les journalistes qui me précèdent sont en retard et ne veulent visiblement pas le quitter.

30 minutes à attendre dans un canapé.

L’attaché de presse finit par les « virer » avec diplomatie. Ca doit se voir quand je commence à perdre le flegme qui me caractérise.

Je leur sers la paluche quand je les croise mais j’ai tout de même envie de leur apprendre les règles de bienséances.

Je comprends très vite pourquoi ils ont pris leur temps.

Riké est un personnage attachant et éminemment sympathique.

Un gamin content d’être là…

C’est l’effet qu’il me fait.

Je lui dis que sur moi, son disque a des effets bénéfiques. Il me rend joyeux.

Il bondit de contentement.

Et ceci n’est pas un effet journalistique.

-Tous les gens que je croise depuis ce matin me disent des trucs comme ça alors, ça m’émeut, tu ne peux pas savoir.

Donc, je ne suis pas très original !

Alors que je ne lui ai pas posé la question, il tente de me rassurer.

-Ce deuxième album solo ne veut pas dire que les Sinsemilia vont se quitter. On s’entend toujours aussi medium_512124-625949.jpgbien. Tout le monde à des projets à coté et ça nous fait du bien. L’année dernière on a joué 100 concerts dans le monde entier. Là, on fait un break d’un an et demi. On se ressource tout simplement.

Contrairement aux apparences, il ne s'agit pas d'une initiative en solitaire car un petit collectif travaille avec lui sur les textes, les musiques et les enregistrements. A ses côtés, on retrouve N°9 et Mike, l'autre chanteur de Sinsemilia et son complice depuis les bancs de l'école.

Il me raconte le pourquoi du comment de chaque chanson mais au fond, ce qui m’intéresse, c’est de le faire parler de lui.

Et ça, il n’aime pas.

Comme s’il se protégeait.

Je parviens à faire en sorte qu’il me raconte en quelques mots son histoire.

medium_1142012164_l.jpg-A l’école, je ne foutais rien. J’étais gentil, poli mais j’avais l’impression que tout ça ne me touchait pas. En 6eme, on m’a dit que ça ne servait à rien que j’aille plus loin. J’ai donc arrêté. Un peu plus tard, j’ai fait 4 ans de boucherie et j’étais le plus malheureux des garçons. Après cette expérience, je devais partir à l’armée mais je me suis fait objecteur de conscience. A la place, je me suis occupé pendant 2 ans de gamins handicapés. J’aurais pu rester dans cette voie là parce que ça me plaisait vraiment. A ce moment là, Sinsemilia est arrivé et j’ai compris que c’était ça que je voulais faire. Musicien et chanteur.

Je devine une enfance un peu moyenne mais Riké reste obscur sur cette période.

J’ai devant moi un garçon souriant, plein de pêche, dont l’aura positive déborde. Un vrai médicament contre le blues et la morosité à lui tout seul.

C’est là qu’il m’explique.

 

-Je souris tout le temps mais je ne suis pas un comédien. J’aime la vie, je n’en n’ai qu’une alors j’en profite. Ce qu’il y a après, je ne veux même pas le savoir, je m’en fous. C’est maintenant que je vis à fond.

 

Je reste sur ce terrain là car je décèle une petite faille.

-Tous mes problèmes, je les prends en rigolant et je sais que ça m’aide. Je me dis souvent que c’est super dur de faire le bien et c’est super facile d’être con. Mon message est simple : sois souriant et va vers les gens, on te le rendra.

Mais ce sourire, là, constant.

Pas normal tout de même.

-J’ai appris à être comme ça. Je ne suis pas ainsi depuis gamin. Je ne veux pas rentrer dans les détails de mon passé mais c’est très personnel. J’ai eu des trucs qui ont fait très mal dans ma vie mais il est hors de question que je rumine ces choses là. Mike, mon meilleur ami (le Mike de Sinsemilia) m’a aidé à sortir de ces trucs là.

Je n’en saurai pas plus.medium_1114529338_l.jpg

Et ça suffit comme ça Mandor !

Pas bien d’être indiscret.

Je n’y peux rien, moi.

Des gens toujours rayonnants, je trouve ça louche.

Besoin de gratter un peu.

Je sais que ça cache quelque chose.

Bien placé pour.

Deux chansons me bouleversent dans ce disque.

Comptine de la petite main et Un père.

Concerné au premier chef.

Les autres chansons sont un régal et aident à voir la vie du bon côté.

Parfois ça fait du bien, non ?

Si.

 

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Après l’interview, nous parlons de nos paternités récentes respectives.

Lui une fille de 6 mois (Ines) moi une de 19 mois (Mandorette, c’est joli non ?)

-Je me rends compte que c’est une sacrée responsabilité, un poids énorme sur les épaules mais un bonheur absolu.

Tout pareil.

Riké, après l’interview, tient à me raccompagner jusqu’à la porte de la maison de disque.

Il a peur que je revienne lui poser des questions indiscrètes ou quoi ?

Non, il est comme ça.

Formidablement humain.

C’est comme ça qu’il a voulu devenir.

C’est comme ça qu’il est à 35 ans.

01 janvier 2007

Jamel Debbouze, mon homme de l'année!

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En ce premier jour de janvier, je vous présente mon « homme de l’année » à moi.

Jamel Debbouze.

Pas original, vous pensez.

En effet.

Mais ce comédien m’a toujours intéressé.

Donc je le choisis lui.

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Récemment, j’ai réalisé un portrait du jeune homme.

Difficile à organiser.

J’ai finalement obtenu une heure d’entretien.

A l’hôtel Costes.

Il est arrivé avec une heure de retard.

Venant de lui, pas grave.

Ce type là à quelque chose qui fait qu’on l’aime tout de suite.

Je ne dis pas que ce garçon est la perfection personnifiée.

Loin s’en faut.

Mais il apporte un plus.

Je ne sais pas quoi.

Sa bouille certainement, mais aussi le message humain qu’il véhicule.

A sa façon.

Parfois maladroite.

Mais souvent juste.

medium_20061009-b-Debbouze.jpgQuand je l’ai vu, il venait de recevoir son Prix d’interprétation masculine à Cannes 2006 pour Indigènes.

Pas l’ombre d’une prétention dans son comportement.

Au contraire.

Extraits de quelques confessions :

Il a toujours eu l’impression, que ma corporation l’étiquetait.

-Pour beaucoup de journalistes, j’étais un coup de chance. Je détestais quand on m’appelait « le trublion de Canal+ ». Même dans mon premier spectacle, tes confrères ne voyaient en moi que le bouffon arabe. Mais je racontais déjà la misère, l’injustice que vivent les jeunes des cités ou les gens qui n’ont pas beaucoup d’argent. 

Jamel incompris alors ?

-Combien faudra-t-il que je fasse de spectacles pour qu’on dise que je suis un acteur et non un arabe qui marche bien ?

Je m’étonne de cette réflexion.

medium_53953097.2.jpg-Mais tu vis sur l’île aux enfants ou quoi ? Tu as lu un papier où l’on n’explique pas d’où je viens, comment j’ai fait pour sortir de ma cité ? 

Depuis Indigènes, les choses ont changé quand même…

Il m’avoue que oui, on ne le regarde plus totalement comme avant.

Et lui-même a évolué.

-Je grandis donc ma conscience politique grandit avec moi. Je suis de plus en plus fâché, de plus en plus conscient du monde qui m’entoure et de la place que j’occupe. J’ai compris que j’avais fait mon taf à travers mes spectacles et mes films quand une dame âgée m’a dit récemment « Vous m’avez donné envie d’arrêter de voter Lepen ! » Là, elle m’a remis la coupe du monde.

Jamel montre désormais ses fêlures.

-J’ai été gâté par la vie, adouci par plein de choses. L’amour de ma mère, la chaleur de ma famille, le bonheur de pouvoir vivre de ma passion pleinement. Mais quand je regarde bien, j’ai eu tout ça dans la douleur, dans la violence, dans les pleurs, dans les cris et malgré tout, dans les rires. Je ne fais pas ma Cosette, mais il me reste encore un goût amer et c’est bien.

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Je vois beaucoup de monde dans ma vie professionnelle mais rarement je me dis que je suis devant un grand.

Devant un mec qui restera dans la mémoire collective de tout le monde.

A jamais.

On aime ou on n’aime pas Jamel.

Chacun ses goûts.

Mais on ne peut nier son immense talent.

Et puis, je suis peut-être un des rares, mais je l’ai adoré dans Angel-A.

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Un ange tombé du ciel.

Vous y croyez vous ?

Moi oui.

Et vive l'amour!

28 décembre 2006

Stéfan Coïc... un Pennac en plus déjanté!

medium_eho_coicp_photo.jpgJ’ai rencontré pour la première fois Stéfan Coïc tout à fait par hasard mais un heureux jour.

Je venais de Mandoriser le chanteur Renaud (voir le résultat là) et je m’apprêtais à quitter La Closerie des Lilas. Sur la terrasse du restaurant, j’entends quelqu’un m’appeler.

-Mandor, Mandor, hé ho !

Pour être tout à fait franc, je ne vous le cache plus, Mandor n’est pas mon vrai prénom.

Oui, je sais, c’est un peu dégueulasse de vous dire ça sans vous prévenir de poser votre popotin quelque part.

Rapport au choc que cela doit vous faire d'apprendre une nouvelle si majeure.

Donc j’entends quelqu’un m’appeler par mon vrai prénom.

-Jules, Jules, hé ho !

Je me retourne et vois un ami de longue date : Eric Genetet. Je l’ai connu à Strasbourg il y a 15 ans. Outre le fait que nous sommes très vite devenus potes, nous avons travaillé aussi dans la même radio. Il a sorti un livre il y a deux ans, Chacun son Foreman (que  j’ai chroniqué en toute objectivité ici mais qui a eu d’autres critiques positives comme celle-ci).

Bref, il est à une table en compagnie de deux autres personnes.

Gilles Cohen-Solal, secrétaire général des éditions Héloïse d’Ormesson (autant dire que c’est le monsieur finance de cette maison qui est entrain de monter, monter…) et un autre homme que je ne connaissais pas.

 

Stéfan Coïc. Il m’est présenté comme un futur auteur maison (tout comme Eric qui devrait sortir un nouveau livre chez eux). Le truculent Gilles Cohen-Solal m’invite à m’asseoir à leur table et m’offre une coupe de champagne, ce qu’évidemment, j’apprécie vivement (car je suis un véritable pique assiette, mes amis vous le diront).medium_15.12.06_Stefan_Coic_4_.JPG

Stéfan m’affole un peu car il me noie de questions sur mon travail. Je n’aime pas parler de mes activités professionnelles en public. J’ai toujours peur de franchir la ligne détestable de la prétention. Je le fais sur mon blog, certes, mais j’ai l’impression de pouvoir maîtriser mes propos.

Donc, là, j’esquive.

Et du coup, c’est moi qui lui pose des questions. Ca, je sais faire.

En fait, Stéfan était entrain de fêter sa signature chez Héloïse d’Ormesson.

Voilà, j’ai rencontré ce type un jour heureux pour lui et j’aime ces sortes de hasards (qui peut-être n’en sont pas…).

Nous échangeons nos mails et numéros de téléphone respectifs.

Son attachée de presse, Anne-Laure, m’envoie quelques jours après les premières épreuves de son roman.

Et là, je prends une espèce de claque.

Un nouveau Pennac, en plus déjanté, est né (voir deux notes plus bas).

medium_eho_coicc_2.jpgLe héros de Contravention s’appelle Adermatt Mac Dermott.

Présentation du personnage selon la maison d’édition :

« Il a la quarantaine immature et descend d’une dynastie de milliardaires excentriques où l’on se suicide de père en fils. À la disparition, dans la pure tradition Mac Dermott, de son géniteur, il est désigné tuteur légal d’un cadet, dont il apprend l’existence à l’occasion. Du haut de ses sept ans trois quarts, le petit Bristol hérite de la fortune familiale, tandis qu’Adermatt, lui, « hérite » des dettes de son frère aîné et des huissiers afférents. Mais ces péripéties l’affectent moins que le départ de Gladys, la femme de sa vie. »

J’ai lu cet « objet littéraire non identifié » goulûment, avec des sentiments mêlés de joie, d’émotion et de réflexion.

Là, je dis chapeau l’artiste ! 

Une histoire haute en couleurs avec tout plein de péripéties et de coups de théâtre parfaitement maîtrisés.

Un truc de dingue, une folie pure.

Les mots folie et pure sont à l’image exacte de ce roman à l’écriture exigeante et populaire.


C’est donc avec joie que je lui donne rendez-vous le vendredi 15 décembre dernier dans un restaurant de luxe de la capitale. Ne lésinons pas sur les moyens.

Hop ! Pizza Pino sur les Champs Elysées.

Je sais, je ne suis pas raisonnable.

Nous prenons deux pizzas et là… seule et unique faute du monsieur.

Désolé Stefan, mais refuser de prendre du Lambrusco pour accompagner un repas frugal (qui plus est, d'origine italienne), je ne sais pas comment on appelle ça.

Quoiqu’il en soit, magnanime, je n’en prends pas ombrage.

Le vin rouge en pichet fera l’affaire.

Je sors mon magnéto et Stéfan me fait la réflexion que, quand même, c’est un drôle d’endroit et une bizarre circonstance pour sa toute première interview.

Vrai.

Et je lui précise qu’à mon avis, si je suis son premier entretien, je ne suis certainement pas le dernier…

Foi de Jules.

Je lui demande de me parler de la tribu qu’il a inventé.

(A côté celle de Benjamin Malaussène fait pâle figure).

-Les membres de cette famille ne sont pas des hurluberlus contrairement à ce que tu sous entends. Ils ont  un point de vue sur la vie qui leur est propre. Leur philosophie est de profiter de la vie. Pour eux, ce n’est qu’un jeu. 

Mais ce roman baroque a ceci de particulier qu’il force à se remettre en question. Je me suis beaucoup interrogé sur ma façon d'envisager mon existence en le lisant.

Stéfan semble satisfait de cette constatation.

-Si tu as décelé la dimension philosophique du livre, je suis ravi. Le thème de mon roman est avant tout la réconciliation avec soi même, avec l’enfant qu’on a été et que l’on est toujours. Pourquoi un jour on ferme la porte, on arrête le jeu et on devient sérieux ? Le monde devient absurde alors que dans celui des enfants, rien ne l’est.

Encore une fois je cherche la part autobiographique de ses écrits. medium_15.12.06_Stefan_Coic_5_.2.JPG

Adermatt Mac Dermott n’a pas grand-chose à voir avec Stéfan Coïc, si ce n’est cette envie de retrouver cette âme d’enfant et un petit grain de folie.

-J’ai trois enfants et les voir évoluer me fascine. Avant de les avoir, je me sentais incompétent et j’avais peur de ne pas m’en sortir, de me tromper. Mon héros Adermatt est pareil. Mais la morale de mon histoire est simple. Si on se fait confiance, on sait tout faire.

Contravention est aussi un roman sur la liberté d’être soi.

Et Stéfan Coïc applique personnellement cette philosophie de vie. Il a tout lâché pour se lancer dans le métier d’écrivain.

Il m’interdit de dire ce qu’il faisait avant (pourtant métier fort honorable et qui explique pourquoi, à la lecture de ce livre, on imagine des images, tout comme dans un film… Je dis ça, je n’ai rien dit.)

-Quand on a envie de faire quelque chose dans sa vie, il faut s’en donner les moyens. Aujourd’hui, je suis plus riche de moi-même. Me lancer dans l’écriture n’a pas de prix pour moi. Je pense que tout ce que l’on nous raconte sur la valeur morale du travail  est du leurre. Un vieux proverbe japonais dit : oser ne coûte qu’un instant d’embarras, ne pas oser, c’est être embarrassé toute la vie.

Il commence à m’ennuyer le Stéfan. Je vais devoir reconsidérer la façon avec laquelle je manie ma vie.

Je ne souhaite pas trop vous parler de ce livre en détail car il faut le découvrir presque « vierge » de tout à priori. Se lancer et se laisser porter par l’imaginaire de ce nouvel auteur dont je pense qu’on n’est pas prêt de ne plus entendre parler.

Il a écrit un roman avec de la vie à l’intérieur.

Ca bouge dans tous les sens, ça remue les tripes parfois et sourire beaucoup.

Très humain.

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Et même si Stéfan Coïc n’aime pas le Lambrusco, ben, il m’a tout l’air d’un mec bien.

Ce qui me permet de constater que j’en rencontre pas mal en ce moment des mecs biens, qui écrivent des romans bourrés d’humanité.

Bref, des mecs qui me touchent et dont je me sens très proche.

Sinon, Contravention sort le 18 janvier prochain.

Faut un peu patienter, je sais.

Mais l'attente en vaut la chandelle.

Bien vivante la chandelle.

 

P.S: La photo du haut est signé par un photographe professionnel : Arnaud Février. Merci à lui!

Les autres photos de l'auteur et de l'intervieweur sont signés d'un photographe du dimanche: Mandor. Merci à moi!

21 décembre 2006

Nadj... chanteuse oniro-électrique!

 
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Quoi sur ce blog ça sent le sucre? Même pas... l'aspartam plutôt. Tout est édulcoré.

Ca dégouline de miel à chaque note. Beurk!

Ca en devient écoeurant.

Ok! Je ne suis pas le plus grand perturbateur de la blogosphère, je sais bien, alors aujourd'hui, je vais faire fort. Je vais vous donner une grande claque musicale dans la gueule!

J'ai reçu il y a près de 6 mois un album 5 titres d'une dénommée Nadj. Je mets le disque dans mon manche disque (quoi???).

Et là, je monte le volume. Ma femme m'engueule.

-T'écoutes quoi là! C'est plus de ton âge Motorhead. Bordel de merde, t'as plus 15 ans!

(Même pas, elle me parle comme ça en vrai!)

medium_982732896_l.jpgJe mets donc le disque dans mon walkman (quoi encore???) et là, mes cages à miel (salut Zégut!) partent en vrille méchamment.

Aïe, ouille!

'tain, ça déménage ce truc là.

Ensuite, j'ai mis mes écoutilles en soins intensifs.

Un bon Vincent Delerm et ça va mieux.

L'est folle cette Nadj!

Puis, il y a quelques jours, je reçois l'album (en entier) et dans la foulée, un appel de son attachée de presse m'invitant vivement à la rencontrer.

J'accepte, évidemment, parce que cette nana (la chanteuse, pas l'attachée de presse) me paraît déjantée, voire medium_816321482_l.jpgborderline (et je l'ai déjà dit ici, j'adore les gens extrêmes!).

Ainsi donc mercredi dernier (le 13 décembre) je me rends chez Warner.

L'attachée de presse et Nadj viennent me chercher à l'accueil pour m'emmener dans une petite salle au sous-sol. Comme d'habitude, nous consacrons les premières minutes à nous observer. Je lui pose des questions simples sur le début de sa carrière.

-Mon choix de faire du rock brut n'est pas calculé. Ca s'est imposé à moi. Entre 20 et 27 ans, j'ai expérimenté plein de choses et de styles différents. A un moment donné, il y a élagage, un tri qui se fait naturellement. Les racines de toi s'imposent. De plus, les gens que je connais m'ont beaucoup encouragé dans le sens que j'ai pris. « Hurle, crie, fait ce que tu veux mais c'est ça ton truc! »

Donc elle hurle, elle crie et elle fait ce qu'elle veut.

Sans concession.

medium_1058404963_l.jpg-Disons que je maintiens mon périmètre. C'est obligatoire de vouloir préserver son identité. Au début, avec ma maison de disque On Music, j'ai appris à mettre des nuances mais jusqu'à un certain point. Ca a été des débats houleux, bref, il a fallu se connaître, se rencontrer. C'est comme une rencontre avec quelqu'un. Il faut apprendre à se polir au contact de l'autre.

Mais, bon, disons le tout net, ce disque est le plus rock, punk, hard de la production française féminine.Ses copines Mademoiselle K, Katel ou Adrienne Pauly, à côté, ce sont des petites chanteuses à la croix de bois.

-Et encore, le disque est plus lisse que ce que je peux produire sur scène. On aurait pu faire un truc cent fois plus fou.

Ah bon! M'étonne-je.

-Les gens qui me connaissent sur scène trouvent que le disque est plus sage et tranquille. On sent qu'il y a du travail de production derrière.

Ah bon? Me rétonne-je.

Après un disque autoproduit et des concerts à gogo (dont des premières parties en solo pour Dominique A, Brigitte medium_1145260249_l.jpgFontaine, Arno ou en trio pour Jean-Louis Murat, Venus, Radio 4, Elysian Fields...), Nadj n'a rien à apprendre de quiconque. Dans le métier depuis 10 ans, ce premier disque « officiel » lui sert juste à accéder à l'échelon supérieur. Point barre.

-Je connais bien l'envers du décor du monde de la musique parce que je l'ai beaucoup pratiqué. Ce n'est pas parce que tu signes dans une maison de disque que tu y es arrivé!

Lucide la demoiselle.

Elle vit sa musique comme un parcours initiatique, une quête de soi.

-Le parcours d'un artiste ne peut se dérouler sans passer par de sérieuses remises en question. On passe sa vie à faire des choix pour un jour comprendre le chemin qu'il faut emprunter.

Un peu comme pour tous les métiers, suis-je tenté de préciser.

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En tout cas, la musique est salvatrice pour Nadj. Sans elle, serait-elle paumée?

-Carrément. C'est la scène qui me permet de me sentir à ma place dans cette société. J'ai mis beaucoup de temps à savoir qui j'étais. J'avais du mal à comprendre ce qu'il se passait autour de moi, ce que je foutais là... J'avais de grandes questions existentielles. Quand j'ai admis que ma place était autour de la musique, les choses ont été beaucoup plus simples pour tout le monde. Ce qui n'est pas simple après, c'est la survie. Ok! Je suis une artiste mais, qu'est-ce que je fais? Comment je vais vivre?

medium_1143350142_l.jpgJe trouve cette chanteuse très charnelle.

-Je suis contente que tu me dises ça. Mes textes ont un rapport avec le corps. Du moment que tu es connecté à ton corps, à ta réalité sensitive, à tes sensations tu ne peux pas être endormi, ni te complaire. C'est un peu le refus de l'intellect. J'ai une trop grande capacité à réflechir, à cogiter. J'ai appris à devenir une sensitive.

Son écriture en est la preuve parfaite.

-Je ne cherche pas à ce que l'on comprenne ce que j'écris. J'ai envie que mon écriture reste instinctive et qu'elle provoque plutôt une sensation qu'une réflexion. J'ai une vision des choses kaléidoscopique et hallucinante, mais (en souriant) je ne prends pas de drogue.

Ah bon??? Pourtant, elle est artiste... (Oui, ben les clichés ont la vie dure!)

-Je pense que je chope des trucs. Je suis très sensible, j'ai des antennes. Ca m'a valu des périodes assez difficiles parce que je captais pas mal de choses autour de moi. J'ai un ressenti et des intuitions très forts en présence d'autres personnes.

A ce moment là, je vois son nez qui gigote de gauche à droite très rapidement.medium_725260717_m.jpg

Mince! Ma sorcière bien aimée devant moi.

J'ai l'air de me moquer mais pas du tout en fait. Cette fille dégage un sacré truc, je vous assure.

Le charisme ça s'appelle et une espèce de folie qui m'attire.

-Il faut accepter la folie qui est en nous. Ne surtout pas l'étouffer. Quand j'ai essayé, ça finissait par ressortir quelque part. Donc maintenant, je chante et je joue de la musique. Ma folie sort par là!

Nadj, une chanteuse enragée alors?

-Enragée, je ne sais pas ce que ça veut dire. Moi, j'arrive à accepter ma puissance, à apprivoiser mes ombres. Je ne veux surtout pas me juger. Je suis plus dans la jouissance que dans la rage. Ma musique est un exhutoire qui n'est ni glauque, ni plombant, ni obscur... c'est une allée pour rejoindre la lumière et la liberté.

Après l'interview, je lui parle de mon blog. Ca l'amuse pas mal mais quand je lui demande de faire les photos nécessaires, je sens que ça la branche moyen moyen.

Mais je ne désarme pas.

Elle me dit que généralement elle s'occupe elle même de ses photos.

Négociations.

Elle accepte enfin.

Ouf!

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medium_art_couvlo37nadjb2.jpgNadj est à découvrir si vous aimez la zic forte, puissante, avec aspérités.
Rien n'est feint chez elle. Dans ce disque, la fureur sonique se mêle à des titres plus intimistes, presque acoustiques.
Comme le dit sa bio officielle: Imprévisible Nadj. Une antie-statue. Le mouvement perpétuel. Une promesse d'après. Une révélation!
Et la reprise de Ace of spades de Motorhead sur son MySpace, ça se laisse écouter aussi.
Tiens ce mois ci, elle est en couv' de Longueurs d'Ondes (ce n'est pas le joural dans lequel je travaille, je précise.)

15 décembre 2006

Ron l'infirmier... A l'écoute du monde.

 

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Voici mon 4eme blogueur écrivain Mandorisé.

Bon, il faut être honnête les amis Aymeric (), Frédéric () et Benoît (là encore), cet homme a une fréquentation quotidienne qui dépasse l’entendement même si (pour une fois) c’est mérité. Il faut être clair, nous quatre réunis on ne lui arrive pas à la cheville au niveau des stats.

Ron l’infirmier n’est pas ce qu’on peut appeler un inconnu dans cette sphère bloguienne. Non, autant le dire, il cartonne du feu de dieu.

Pour ne rien vous cacher, j’avais quelque à priori sur son blog sans l’avoir visité.

Ce qui n’est pas très malin, j’en conviens.

Un infirmier qui raconte sa vie d’infirmier n’était pas un truc qui me faisait franchement délirer (j’ai pourtant une réelle admiration pour les infirmiers. Ils doivent faire preuve d’empathie, ils accompagnent, ils soignent les blessures physiques aussi bien que celles de l’âme.)

Mais voilà, j’ai un problème avec les stars du blog… (Voir cette délicieuse note).

Et puis, étant donné ce que je pense de l’intérêt tout relatif d’un certain Loïc, je mettais un peu tout ce beau monde dans le même panier (Sauf Folie privée, Thomas, Christophe, Vinvin qui a d'ailleurs podcasté Ron et Mry).

Et Ron l’infirmier, donc.

Parce que j’ai fini par m’y rendre sur ce fameux blog.

Et j’ai compris.

Le mec à une plume.

Belle de surcroît.

Une qui frappe vite et bien, dans le sternum, le cœur  ou en pleine gueule, c’est selon.

Humanité, horreur, dérision, second degré, le tout enrobé d’une touche d’humour.

J’ai appris qu’il consignait les évènements de « sa drôle de vie d’infirmier » depuis 1996 « sur un cahier bleu Clairefontaine ». Il était alors assistant sanitaire dans une colonie de vacances en Corrèze. Il venait de sauver la vie d’un petit garçon que tout le monde pensait être un simulateur. Le gamin avait en fait une violente péritonite.

Bref, il note ses souvenirs d’infirmier depuis plus de 10 ans.

medium_ron_livre.jpgApprenant qu’il sortait un recueil de nouvelles (édité par Guy Birenbaum aux éditions Privé) tirées des histoires qu’il écrivait sur son blog, je me suis dit qu’il n’était donc pas inopportun pour moi de le rencontrer.

En début de semaine dernière. Je lui envoie une petite bafouille matinale expliquant sommairement qui j’étais et ce que je souhaitais (en lui laissant un lien sur mes chroniques).

Une heure après, réponse positive.

Il me propose des dates proches.

J’en accepte une.

Souci, je n’ai pas son livre.

Je lui explique que, sans son ouvrage, je ne peux l’interviewer.

Rencontrer un auteur sans avoir lu sa récente prose est un truc inenvisageable pour moi.

Je ne l’ai jamais fait de ma vie.

Il me répond qu’il prévient sa maison d’édition illico.

Le jour de la rencontre approche et toujours pas de La chambre d’Albert Camus et autres nouvelles dans ma boite aux lettres.

Je commence à m’énerver intérieurement.

Je le relance par mail.

Il me rétorque que ça devrait arriver, là, incessamment, puisque le livre est parti mais m’envoie un texte inédit (qui sera sur le prochain…) et un lien vers la seule nouvelle qui reste sur son blog et qui figure également sur le livre.

Je lis et ça me fait presque pleurer.

Le salaud !

Je n’aime pas ça, de bon matin, en prenant mon énième café, être chamboulé intérieurement.

Carrément duraille.

Vraiment intime.

Une des plus intimes selon Ron.

Le jour J arrive donc (mardi dernier… 12 décembre).

J’ai rendez-vous avec lui dans sa maison d’édition.

Et je n’ai pas reçu son livre…

(Note de moi-même : Je l’ai trouvé le lendemain dans mon courrier du jour. Une semaine pour faire Paris/Val d’Oise… Mazette ! Tout ça pour dire que je l’ai lu avant d’écrire cette note. C’est la moindre des choses. Merci !)

La charmante Bob m’accueille en me disant : « Bonjour, c’est moi Bob ! »

Enchanté ! Je me présente sous ma vraie identité.

« Vous venez pour Ron, je suppose ? ». medium_ron_l_infirmier.jpg

Je reste interdit devant cette clairvoyance. Ron m’est présenté et on nous emmène dans un bureau occupé par une demoiselle qui s’active au téléphone.

Donc, nous devons faire l’interview ici devant une tierce personne.

Pas question.

Je l’ai écrit maintes fois ici. Je n’aime pas ce cas de figure.

Il me faut un entretien privé (rien à voir avec le nom de la maison d’édition !)

Je lui suggère de trouver un bar proche.

Ca le gonfle peut-être mais Ron acquiesce.

Nous voilà dans la rue à chercher un bar. Nous passons devant ma voiture, qui est entrain de se prendre une prune.

Ron me dit.

-Ce n’est pas grave, elle ne sera que de 11 euros !

Effectivement, je me dis que pour lui, il y a plus grave dans la vie.

Je sens qu’il me jauge un peu. Pas question de trop en dire pour le moment donc il est poli mais pas prolixe. On trouve enfin un bar honorable.

Je ne sais pas trop comment m’y prendre parce que :

1) Je ne me sens pas assez préparé, n’ayant pas lu ses nouvelles.

2) Il me semble un peu sur la défensive. Pas une défensive agressive, une défensive prudente. Comme s’il se méfiait.

Je suis pourtant un brave garçon qui ne ferait pas de mal à une mouche. A un moustique oui, je le confesse. Ayant habité 6 ans en Guyane, je suis devenu tueur en série d’insectes en tout genre.

Je branche mon magnéto. J’ai devant moi le premier blogueur édité au rayon généraliste, je prends donc le pouls de son enthousiasme.

-Ce qui m’arrive est la cerise sur le gâteau dans ma vie. Je suis déjà très heureux mais je prends cette « aventure » comme un plus.

Je sais qu’il fait tout pour relativiser, pour que toute cette agitation autour de lui ne lui monte pas à la tête.

medium_12.12.06_2_Ron_edited.JPG-J’ai effectivement des sollicitations qui arrivent de tous les côtés. Je trouve ça plaisant mais il faut que je garde le contrôle. Au fond, c’est simple. J’ai un plan B, un métier, un salaire... Si cela devient ingérable, incontrôlable, si je sens dans le regard des gens qui m’aiment et que j’aime qu’il y a une couille dans le potage, que je fais n’importe quoi, je dirai halte à tout. Tu sais, demain, je suis au boulot. A 6h30, je fais des prises de sang. Il faut se calmer. Je ne suis pas le premier ni le dernier à écrire un bouquin.

La question que tout le monde se pose (et qui à tendance à légèrement l’exaspérer) est de savoir si ce qu’il écrit est vrai ou un peu transformé voire complètement.

-Pour rendre le récit plus agréable, il m’arrive d’amoindrir les faits qui sont durs et d’accentuer les traits caricaturaux. Mais j’ai constaté que la réalité dépassait parfois largement la fiction. Mais au fond, qu’est ce qu’on en a à foutre si tout ce que je dis est la pure vérité ? Je raconte une histoire, point barre. Et si je la raconte c’est que j’ai une raison.  

Ron tient à préciser qu’il n’aime pas se mettre en scène dans ses histoires.

-Mon personnage Ron l’infirmier est très neutre, très passif. Dans Tintin c’est le capitaine Haddock ou la Castafiore qui sont intéressants, pas Tintin.

Et là, il m’explique d’où lui vient son pseudo.

-Ron, c’est le meilleur ami d’Harry Potter. Ron Weasley. Il assiste à toute l’aventure mais il est calme, très en retrait le jeune homme. Moi, c’est la même chose.

Je cherche à connaître son vrai prénom parce que ça me gène de l’appeler Ron. Il refuse de me le donner.

-Je ne l’aime pas… Je préfère Ron.

Moi, franchement, je refuse qu’on m’appelle Mandor dans la vraie vie mais lui doit avoir ses bonnes raisons…

Ses lecteurs finissent, du coup, par faire un amalgame entre lui et son personnage.

-Mais je ne m’appelle pas Ron dans la vie ! Dans ce que j’écris, il faut prendre du recul ni tout prendre au premier degré. Mes histoires ne sont que des histoires. Ce ne sont pas des témoignages ni des autofictions. Je suis juste quelqu’un qui témoigne… qui aime transmettre.

Je n’insiste pas. Enfin si, un peu. Je suis parfois un peu tenace (et chiant aussi).

-Bien sûr que je parle aussi un peu de moi mais je choisis exactement ce que je veux raconter. Je choisis l’éclairage, le maquillage, le fond… Il y a dans mes textes uniquement ce que je veux bien montrer de moi. Pas plus.

Ses témoignages en tout cas sont intenses, profonds et font réfléchir.

Je vais vous dire sincèrement les choses. Quand j’ai refermé son livre, je me suis dit que nous étions dans un monde quand même assez pourri.

Ne me prenez pas pour une quiche, je le sais depuis longtemps, évidemment, mais Ron appuie là où c’est fichtrement douloureux, il titille nos émotions et finalement nous permet d’ouvrir nos putains d’œillères.

Je n’aime pas qu’on me prouve que je ne suis qu’un sale égoïste.

Rassurez vous, vous aussi ! (Si je puis me permettre.)

D’ailleurs son livre à pour principal sujet la connerie humaine de chacun.

 

-La connerie humaine me ralentie. Je suis peut-être naïf mais je crois à des valeurs simples. Je crois à l‘amour, au partage et au don. Mais je ne suis pas non plus mère Térésa. J’ai mes côtés relou comme tout le monde mais globalement ça va. C’est pour ça que j’écris.

Je devais faire 30 minutes d’interview, nous sommes restés ensemble 1h30.

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En clair (et pour conclure), je pense que Ron l’infirmier a écrit le livre idéal pour décrire l’inhumanité de l’être humain.

Comme le dit le fameux Albert Camus de son livre : « L’homme, il est trop con. Comprend rien. »

Un autre personnage (madame Pascol) dans une autre nouvelle résume bien tout ça :

« En France, le civisme, hein, le civisme… Le regard sur autrui, l’inconnu qu’on doit aider, la bienséance, l’éducation, ou simplement les valeurs humaines. On se fiche de l’autre. L’autre n’est qu’une nuisance, un moyen ou un objet. L’autre n’est plus rien. »

Ron est réac, mais il assume.

Idéaliste aussi certainement.

Mais ce n’est pas grave. Il est bon parfois de se faire chahuter, bousculer.

Tout le monde devrait lire ce livre, histoire de voir la vie d’un autre œil et d’essayer de porter un autre regard sur son prochain.

Devenir moins con quoi.

Allez ! On the Ron again !

13 décembre 2006

Guillaume Nicloux... Auteur-réalisateur.

 

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Je suis allé voir Le concile de pierre, malgré les critiques négatives lues dans la presse.

medium_concile.jpgJe suis bien placé pour savoir qu’il faut parfois s’en méfier alors j’ai pour habitude de juger par moi-même (qui est un grand garçon).

Vous n’êtes pas sans savoir qu’ici, c’est un peu l’île aux enfants. Je n’aime pas dire du mal. Donc, il y a dans ce film de bien belles images…

Et il est intéressant de découvrir comment est Monica Bellucci au réveil, ce qui, dans la vie, n’est pas un truc qu’il m’est donné l’occasion de juger par moi-même (je suis pourtant un grand garçon, bis repetita).

Et pourtant, j’aime bien Guillaume Nicloux (tout ça pour en arriver là). Je l’ai découvert grâce à ses romans. Zoo city, notamment, est un polar bien ficelé… pour tout dire, j’ai eu ma période Nicloux.

Tout lu.

 

Bref, au cinéma, Une affaire privée, son deuxième film après Le Poulpe, m’avait vraiment intéressé. On y voyait un Thierry Lhermitte transformé en détective privé détruit par la vie et différents excès.

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De 1999 à 2003, j’étais rédacteur en chef d’une web tv (cinema-tv.com) et j’animais sur cette chaîne une émission intitulée Le film à la page. J’y recevais des personnalités qui faisaient le lien entre la littérature et le cinéma. Un auteur adapté au cinéma par exemple, un réalisateur qui tourne un film d’après un livre, un comédien qui sort une biographie et dans le cas présent un auteur qui devient réalisateur. Finalement, le choix était vaste.

Parfois, je me déplaçais sur des tournages.

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Ainsi le 7 juin 2001, Guillaume Nicloux m’a convié sur celui d’Une affaire privée.medium_une_affaire.jpg

L’occasion de discuter avec Robert Hirsch et Lhermitte mais surtout d’interroger pendant une heure le pas facile auteur réalisateur (qui n’est pas précisément un fantaisiste).

Pas mal sur la défensive, il a fini par se dire que ça ne servait à rien de s’énerver devant un type qui semblait connaître son sujet et qui est venu en ami. (On n’est pas tous les jours interviewé par Casimir tout de même !)

Donc, au final, la conversation cinémato-littéraire s’est bien déroulée. Amusant aussi d’être au milieu d’un décor (vu sur grand écran quelques semaines plus tard.)

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Moralité : C’est bien la presse écrite mais je referais bien un peu de télé moi.

Je sais. Ca fait un peu appel du pied.

Pas grave...

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05 décembre 2006

Mabrouck Rachedi... auteur très urbain!

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Le 8 novembre dernier, je reçois un mail sur l’adresse de mon blog. Un dénommé Mabrouck Rachedi me dit être un lecteur de mes chroniques, me précise qu’il est écrivain et qu’éventuellement, nous pourrions nous rencontrer…

Je tape son nom sur Google et constate qu’il y a de nombreuses critiques positives sur son roman Le poids d’une âme. Mais, bon, je reste réticent car, selon les journalistes, malgré tout le bien qu’ils en disent, c’est un roman sur la banlieue…

Je me demande s’il n’est pas souhaitable que je reste sur un bon souvenir avec celui d’Aymeric Patricot qui traitait ce sujet sous un angle original (voir ici ma rencontre avec lui). Et puis, comme je suis un incorrigible curieux, je demande à Mabrouck de m’envoyer son livre. Dès réception, la quatrième de couverture me rassure :

medium_mabrouck_livre_avec_photo.jpg« Sur le mode picaresque, les mésaventures d’un jeune homme de banlieue toujours au mauvais endroit au mauvais moment, et le chassé-croisé des hommes et des femmes qui, contre le système, contre la banlieue, contre leur quotidien, vont tenter de l’aider. »

Il y a donc du positif dans ce roman.

J'ai lu, je me suis régalé (sur un sujet qui au départ, je le rappelle au risque d'être lourd, me laissait froid.)

Hop ! C’est décidé, je prends rendez-vous avec cet écrivain qui a fait l’effort de me contacter.

C’était mardi (28 novembre), vers 19h, dans un café de le rue du capitaine Ferder. J’étais encore avec mon pote la louve. Ca faisait un moment que nous n’avions pas siroté ensemble. Mabrouck est arrivé pile poil à l’heure. Un peu gauche, timide et… pince sans rire. Curieux personnage mais tout de suite attachant. Il se joint à nous et participe à notre conversation de manière curieuse et inédite.

Une phrase = une remarque pertinente.

Pas un mot de trop.

Le bavasseur que je suis est impressionné.

Je demande à la louve de faire les photos Mandoriennes avant qu’il ne nous laisse.

L’auteur s’amuse à prendre la pose comme sur la photo de la jaquette de son livre. Je ne le sens pas très à l’aise avec ce genre de séance.

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Pas très à l’aise non plus quand je sors mon magnéto. Je lui dis de faire comme s’il n’y en avait pas tout en sachant que c’est impossible. Une conversation enregistrée n’aura jamais rien à voir avec une conversation en off. C’est comme ça.

 

Je dis à Mabrouck que, quand même, son héros a une sacrée scoumoune. Lounès, un matin comme les autres arrive en retard au lycée. Quelques heures plus tard, il se retrouve en prison, accusé quasiment de terrorisme et sous la menace d’une expulsion. Mazette ! Il aurait mieux fait de ce casser une jambe. La faute à qui ? A « pas de chance » qui traînait dans le coin. En fait, une succession de petits événements qui, assemblés, vont se transformer en engrenage infernal… « Cette histoire, je la porte depuis longtemps. La question principale est : comment un type pris dans un absurde imbroglio peut parvenir à s’en sortir ? Moi, je n’en sais rien mais j’ai essayé d’inventer. C’est mon travail d’écrivain. ».

Conseil au prochain journaliste qui rencontrera Mabrouck Rachedi, évitez de lui dire qu’il s’agit là d’un énième roman sur la banlieue… il en a un peu ras la cacahouète (quoi, elle n’est pas jolie cette expression ?) d’entendre cette remarque convenue (mais tellement tentante). Parce qu’il décrit des émeutes, une cité qui s’embrase, un bus qui flambe et autres joyeusetés déjà vu en vrai de vrai, genre fin 2005. Mais voilà, Mabrouck a écrit ce livre quelques semaines avant ces « évènements ». Est-ce être visionnaire que de décrire avant l’heure l’escalade d’une banlieue où la misère et l’ennui sont des cocktails explosifs ? Tout au moins, c’est ce qu’on appelle avoir du nez.  « Cette histoire aurait pu aussi bien se dérouler dans le 9eme arrondissement de Paris. Simplement, je raconte un environnement que je connais puisque j’en viens. »

Il n’en reste pas moins qu’on lit ce livre comme un roman policier. Un style virevoltant et haletant. Pas de temps mort, du suspens à chaque fin de ses courts chapitres et des coups de théâtre divers et variés. Malin le Mabrouck.

Bon, au final, qui sont les fautifs des (més)aventures du pauvre Lounès ?

Parce que, figurez-vous, tout le monde en prend pour son grade. A commencer par les médias qui jettent de l’huile sur le feu et cultivent la peur au point de ne pas hésiter à transformer la réalité (les salauds !). Mais la faute aussi à l’autorité parentale absente, à la police et à la justice qui ne tournent pas toujours rond et qui se foutent du respect de l’être humain (ok ! Je schématise un chouïa).

En tout cas, ce livre est plein d’espoir.

Je ne raconte pas la fin, hein ?

Mais bon sang de bonsoir, c’est bon la solidarité ! Quand un chauffeur de bus, une prof de français, un journaliste, un juge, une infirmière et quelques autres personnes désabusés mais finalement volontaires se réunissent pour combattre l’injustice, c’est fichtrement beau.

Et bravo à monsieur Rachedi d’avoir le talent de ne pas faire pleurer dans les chaumières et même de parfois nous faire un peu sourire.

En plus, il nous informe sans nous faire la leçon.

Malin le Mabrouck (bis).

Un peu fou, certes, puisqu’il m’avoue avoir abandonné son travail « officiel » dans la finance pour exercer à temps plein le métier d’écrivain. Voilà ce que dit de lui le site de JC Lattes :

Né en 1976, Mabrouck Rachedi vit à Vigneux-Sur-Seine. Bac C, DEA d'analyse économique, il a travaillé quelques années dans une société de bourse. Lassé des costumes rayés, des cheveux gominés tirés en arrière et des chaussures trop bien cirées, il a regagné sa banlieue pour se consacrer à sa passion, l'écriture.

Je lui dis que c’est un acte courageux. Il me répond qu’il espère que dans quelques années il ne dira pas que c’était un acte suicidaire.

Pour Mabrouck, un livre, un combat ?

Et lui de me citer une phrase formulée par l'écrivain Jean-Marc Parisi : « Ecrire est un acte d’engagement, on se met en première ligne… »

Je m’abstiens de lui chanter « Malbrouck s’en va-t-en guerre mironton, mironton, mirontaine… »

Non, je sais me tenir quand même.

J’arrête mon magnéto. Nous parlons encore quelques minutes puis au moment de lever l’ancre, nous nous promettons de nous revoir bientôt.

J’espère.

Ce qui est certain, c’est que je vais suivre de près l’évolution littéraire de cet écrivain en devenir.

01 décembre 2006

Edouard Baer... et François Rollin!

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Aujourd’hui, focus sur les spectacles d’Edouard Baer.

medium_dvd.jpgVient de sortir en DVD cette semaine La folle et véritable vie de Luigi Prizzoti.

C’est un spectacle de music-hall. C'est-à-dire qu'il y a de la musique (un grand orchestre de 5 musiciens avec leurs instruments) et beaucoup d’artistes iconoclastes et inventifs sur scène. Du monde qui chante, qui joue la comédie. Luigi Prizzoti c'est Edouard Baer, un maître improvisateur surdoué. Il signe, entre autres, un numéro mémorable d’imitateur pitoyable. Calembours indigestes et gags éculés (comme je les affectionne particulièrement), mais avec classe. Du grand art ! A ses côtés, on retrouve notamment l’immense Jean Rochefort dans un numéro de mime décalé.

Qui est Luigi Prizzoti ? D'où vient-il ? Pourquoi ce nom italien ? En 1h30 de folie, une succession de tableaux joués, chantés, mimés ou pourquoi pas jonglés par Edouard et tout une troupe très hétéroclite, ils vont tenter de répondre à ces questions et raconter le destin d'un homme méconnu et génial. Une délicieuse atmosphère de folie kitsch et baroque habite ce spectacle décidément inclassable.

medium_baer_rollin.jpgCe n’est pas la première fois qu’Edouard Baer monte sur scène pour un spectacle entre impros et numéros absurdes. Pendant longtemps, le dimanche soir au Théâtre du Rond-Point à Paris, se tenait un rendez-vous sacré : Le Grand Mezze, un show chaque fois différent (par ses participants, ses thématiques, sa construction…) et orchestré par Baer et son compère es humour François Rollin (le fameux Professeur Rollin, lui-même !)

A la sortie du DVD, en avril 2004, j’avais rencontré les deux lascars (le 30 mars 2004 à « En Cabine », une boite de production). J’étais un peu traqueur, vous pensez, deux fous fieffés de la sorte…

Mais Baer et Rollin en version promo sont des enfants sages. Enfin presque.

Voici mon article d’alors et la photo Mandorienne réalisée par un photographe pro, venu pour l’occasion.

Le DVD est encore en vente et ça vaut le coup d’œil, croyez-moi.

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« Eludons d’abord la grande question : Un Mezze est un ensemble de hors d’œuvre différents déposés sur une table. Les gens se servent en s’aidant de la pita libanaise. Hum ! Le tout est arrosé d’Arak (vin distillé aromatisé à l’anis). Hips !

medium_le_grandmezze.jpg« Le grand Mezze » version Baer et Rollin, c’est du pareil au même. Une scène, des artistes de sensibilités différentes : poète, fou, déjanté, sexy, décalé, nul, bon, hilarant, triste…Avec chacun son univers. Le DVD est un concentré de 210 minutes de saveurs variés et toujours pimentés composés de ces « mezzeurs ». Chefs d’orchestre : Baer et Rollin, les Marx Brothers moins deux personnes. Bon appétit !

Edouard Baer : Tu veux un Malabar ?

Mandor : Jamais pendant le service.

E B: Tu écoutes Bénabar ?

Mandor : Bon, sérieusement... Ca vous a paru comme une évidence de travailler ensemble ?

E.B : Non parce que nous n’étions pas forcément ami avant. Nous sommes devenus copains en travaillant. Mon amitié pour François est née de l’admiration.

Mandor: Chacun de vous est le souffre douleur de l’autre à un moment. Pas de problème d’ego sur scène ?medium_portrait_rollin_3.jpg

François Rollin : C’est agréable pour moi de travailler avec quelqu’un qui n’a jamais l’idée de tirer la couverture un peu plus fort. On ne se sent jamais menacé l’un par l’autre.

Mandor : vous êtes amoureux ou quoi ?

E.B : On se titille quand même un peu. Il y a une rivalité mais elle est si complice…

Mandor : Vous vous expliquez le carton du « grand Mezze » ?

F.R : Ce qui touche le spectateur, c’est le décloisonnement. Le grand Mezze est ouvert à tous. Tout le monde ne peut pas y aller, mais n’importe qui peut y aller.

E.B : À tous moments, il y a de la surprise. Ca créé de l’énergie, un danger mais aussi un enthousiasme et un bon esprit qui se ressent dans la salle et sur scène.

medium_baer_pensif.jpgMandor : François Rollin, vous pouvez me chanter « les nénés de ma nana, les tétés de ta tata, les lolos de ma Lola… » ?

(Baer est mort de rire, Rollin ne comprend pas.)

E.B : Tu sais au début du DVD, je raconte que je t’ai découvert dans les cabarets dans les années 50 en train de chanter ça ! C‘est vrai que je t’ai sorti du ruisseau.

F.R : (Haussant les épaules) N’importe quoi ! Vous feriez mieux de dire à vos lecteurs que le « Grand Mezze » reviendra bientôt ! »

30 novembre 2006

Au bar avec... Bénabar!

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 Bénabar fête ses 1 an de la sortie du disque Reprise des négotiations en reprenant la première place des Charts.

medium_benabar_cd.jpgAlbum triple platine - près de 700 000 exemplaires vendus…

Une tournée triomphale de plus de 100 dates devant plus de 750 000 personnes.

J’suis content, ce soir, sa maison de disque Jive/Epic me convie (ainsi que bon nombre de journalistes, je suppose) à la date de clôture de sa tournée (d'où cette pub peu discrète sur mon blog! Notez que personne ne m'a rien demandé. Honnêtement, je suis client du monsieur). Ca se passe à Bercy...

Il y a un an, justement, j’ai rencontré le chanteur emblématique de cette fameuse « nouvelle scène française » (dont aucun protagoniste ne supporte l’appellation mais qui existe bel et bien, avec aussi des gens comme elle, elle, lui ou encore lui par exemple).

Voici mon article.

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Le précédent album du chanteur, « Les risques du métier », s’est arraché à 500.000 exemplaires. La barre était donc haute à atteindre. Non content de continuer à nous amuser, cette « Reprise des négociations » nous fait aussi pleurer et surtout réfléchir. Bénabar a de nouvelles cordes (sensibles) à son arc. Un délice.

medium_solidays_benabar2.jpgBénabar au bar avec moi. Ouais ! C’est fastoche mais c’est vrai. Je le sens détendu. « Je n’ai pas honte de dire qu’avec vous (les journalistes), il y a toujours une espèce de psychanalyse intéressante. Quand tu sors de la fin de la création d’un album, tu n’as vraiment pas une vision globale du bordel. Cette période de décrassage, de vidage de disque dur est agréable ». Ca s’appelle de la promo ! Bénabar n’a pas un ego surdimensionné et tente d’avoir un détachement sur ce qu’il commence à représenter : quelqu’un d’important dans la chanson française. « Je ne lis pas les articles qui paraissent sur moi et je relativise les compliments. Il n’y a rien de pire que de se regarder soi même, c’est stérile et surtout, tu medium_benabar1.jpgdeviens très con. » Dans cet album, Bénabar change parfois de registre. Il nous présente sa « Triste compagne ». « J’ai essayé de cibler ce que je ressens parfois. Un mélange de spleen, de mélancolie, de déprime et de mal de vivre… C’est rare quand je me laisse aller à me livrer tel quel. Bonjour, je suis le vrai Bruno ! » J’évite le mot engagé (c’est fou ce que les artistes détestent ce terme), mais il est évident que « Qu’est-ce que tu voulais que je lui dise » est une medium_photo2.jpgchanson, disons,  concernée. « J’avais peur de faire la chanson de l’homme de gauche qui donne des leçons. Je voulais simplement parler du climat social qui règne en France. Quand tu es un chanteur qui gagne bien sa vie, tu n’as pas intérêt à te planter dans ce genre d’exercice casse-gueule ! » La production est plus léchée, plus aboutie, Bénabar et son réalisateur Alain Cluzeau se sont appliqués sur le fond comme sur la forme. « Je suis un angoissé. J’ai peur de décevoir, de ne plus medium_14920-1-0164-1.jpgtoucher les gens, du désamour du public. Je sais que rien n’est acquis, qu’il faut tout remettre en question à chaque nouvel album, bref, qu’il faut mériter l’attention du public… » Il y a aussi les chansons drôles (très) qui sont la marque de fabrique de l’artiste. « La berceuse » et « Les épices du souk du Caire » sont parmi les meilleures. Rares sont les albums qui foutent la banane… Je quitte le bar saoul comme un polonais en hurlant dans la rue : « MARITIE ET GILBERT CARPENTIER, SONT HEUREUX DE VOUS PRESENTER… » Pas de doute, les chansons de Bénabar, ça colle au cerveau et la bière, j’supporte plus bien.

Mandor (Pfff... je ne signe jamais mes papiers ainsi).

Un dernier mot. L'entretien c'est déroulé au premier étage d'un bar restaurant bien sympa "Chez Bertie", le 27 septembre 2005. Bénabar et moi avons beaucoup discuté "nouvelle paternité" car c'était le cas pour l'un comme pour l'autre. Sinon, je me souviens d'un moment agréable mais sans plus de précisions. Ce blog n'existait pas, je n'ai pu coucher sur des mots, à chaud, mes commentaires.

Depuis, de l'eau a coulé sous les ponts...

29 novembre 2006

Yann Queffélec... l'élégance du bon vivant!

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medium_queffelec.2.jpgCe que je savais de Yann Quéffelec n’était pas grand-chose. Prix Goncourt 1985 pour Les Noces Barbares, romancier prolifique qui écrit sur la difficulté des sentiments et plus généralement sur l’Amour. Je savais aussi qu’il entretenait des rapports douloureux avec son géniteur. J’avais poussé le vice jusqu’à le regarder chez Mireille Dumas raconter son manque d’amour du père (Henri, écrivain lui aussi). C’était très émouvant et son histoire m’avait touché. Parce que tout ce qui a un rapport avec le père me touche.

Capable même de verser ma larme.

Ma rédaction me demande d’écrire un papier conséquent sur son nouveau livre. Je rechigne un peu car cette littérature là n’est pas ma tasse de thé mais comme le personnage m’intéresse et que surtout, je n’ai pas le choix, j’accepte.

Et puis, je me laisse prendre à la lecture de L’amour est fou. Que voulez-vous ? Je suis influençable et possède un cœur de midinette… Mon article est là.

J’ai rendez-vous chez son attachée de presse indépendante (c'était vendredi dernier). Elle et l’auteur ne sont pas encore là à l’heure fixée mais je suis accueilli par deux assistantes.

-Installez-vous là, ils vont arriver.

Bien, bien.

Elles continuent de vaquer à leurs occupations.

-Allo ! Bonjour, c’est (Bip !). Vous avez reçu le beau livre des frères Poivre d’Arvor, je suppose ? Oui, c’est cela, exactement. Je voulais savoir, si vous comptiez en parler prochainement dans votre magazine ?

Bref, elles font très bien leur boulot mais ne s’occupent pas du tout de bibi, encore sous le choc de la rencontre avec le « blogueur star » de mes deux (si je puis me permettre).

Pour tout dire, je commence à m’ennuyer un brin.

Je tente une réplique imparable.

-Vous en avez des personnalités sous votre férule ! C’est bien. Du beau monde quand même…

-Oui, c’est vrai.

-…

J’abandonne.

Je sens que je vais bientôt sortir les confettis et mon turlututu chapeau pointu !

Le duo arrive enfin alors que je m’étais endormi en regardant le plafond.

(Même pas vrai, j’avais mis des allumettes pour faire tenir mes paupières.)

Je propose à Yann Queffélec de sortir immédiatement dans le premier troquet venu. En expliquant medium_queffel.jpgdiplomatiquement à tout le monde qu’interroger un auteur dans un bureau ou 6 autres oreilles font semblant de ne pas écouter en s’agitant dans tous les coins n’est pas propice à une parfaite concentration de l’interviewé et de l’intervieweur.

Queffélec acquiesce, visiblement emballé par le projet.

Il sait où il va.

Pas trop loin, il connaît un bar sympa.

medium_queffelec_2.jpg-Vous prenez quoi ?

J’hésite.

-Moi, ce sera un verre de Chardonnay.

Je n’hésite plus.

-Bon… moi aussi.

(Vous ai-je déjà parlé ici de mon esprit de sacrifice ?)

Il règle dès l’arrivée des verres.

Elégant. Pas le temps de réagir. Classe !

Et nous parlons du livre, de ses sujets de prédilections que sont les sentiments, l’amour, les relations hommes-femmes, de son père et plus généralement de littérature.

Franchement bon moment.

Au deuxième verre, il se livre un peu plus. Parfois, il me dit : « Ca, vous ne le dites pas dans l’article ! »

A un moment, je ne sais plus pour quelle raison, il me parle de son déjeuner avec son éditeur Claude Durand. Il me raconte même par le menu, le menu.

(Si, cette phrase veut dire quelque chose et elle est fichtrement bien tournée… parfois, je m’impressionne.)

Yann Queffélec semble avoir une réelle admiration pour le n°1 de Fayard. Il me raconte comment il travaille avec lui.

medium_quef.jpg-Tous les jours à midi, je lui envoie ma copie. J’aime bien ce rite parce qu’il m’oblige à faire mon boulot tous les matins. Ca me permet d’avoir la conscience tranquille vis-à-vis de l’éditeur et de moi. Quand il lit, éventuellement, il y a une observation. 3 mots… mais 3 mots de Claude Durand, ça fait réfléchir. Il connaît bien ses auteurs et leurs façons de travailler, il sait donc bien comment nous motiver.

Il me fait penser à un petit écolier qui parle de son prof… Je lui dis.

-Mais vous ne croyez pas si bien dire. Claude est un ancien instituteur. Pour tout dire, je suis impressionné par lui.

Je lui demande s’il le considère comme un père de substitution.

-Il a plus l’âge d’être un grand frère mais oui, vous avez raison, un peu quand même.

Yann Queffélec à l’art d’écrire des histoires dans lesquelles chacun peut se retrouver.

C’est en tout cas ce que je lui dis.

Je brosse un peu dans le sens du poil, parfois.

-Un roman, c’est un piège, comme un attrape-mouche. Quand le tapis collant est déroulé, il y a forcément un moment où le lecteur se fait chopper, souvent lorsqu’ il ne s’y attend pas.

Pas faux.

L’attachée de presse nous rejoint. Elle s’installe à notre table et nous devisons quelques minutes supplémentaires. Je ne la connaissais pas et découvre une femme très ouverte et agréable. Un dernier coup ensemble, pour la route.

Avant de m’éclipser, elle prend quelques clichés Mandoriens, dont un que voici…

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Content de cette rencontre.

Avoir Queffélec fils comme ami doit être très agréable.

J’aime les bons vivants, je n’y peux rien.

16 novembre 2006

Abd Al Malik, gagnant du Prix Constantin!

J’ai mal aux cheveux là…

Hier soir, avant d’aller assister au Prix Constantin, mon rédac chef et son adjoint m’ont proposé de nous sustenter avant la cérémonie. Nous avons tous les trois le même défaut, nous sommes… comment dire ? De sacrés bons vivants. Donc, cela a commencé à 18h30 avec deux bouteilles de rouge.

Et ça s’est poursuivit avec trois, quatre verres de bordeaux à l’entracte puis quelques autres dans un bar à l’issue du show animé par Nagui. Pffff !

medium_abd-al-malik-1148979420-N-90-600.jpgDonc là, je suis dans un état un peu comateux et j’ai pourtant une bien longue journée qui m’attend.

Sinon, le gagnant du Prix Constantin est Abd Al Malik… Bon, j’aime bien le type (mon article est là) et je lui trouve beaucoup de talent mais il me semble pas qu’il méritait particulièrement cette récompense. C’était dans ce contexte, beaucoup trop politiquement correcte. Il prône dans ses textes des valeurs à suivre, c’est certain, mais bon, je ne sais pas trop comment expliquer les choses aujourd’hui.

Pas envie de réfléchir… Tenez, là, il y a quelques explications sur sa pensée.

Abd Al Malik est un jeune que l’on compare à Brel… Un peu excessive la comparaison, sous prétexte qu’il bosse avec Gérard Jouannest, ex musicien du dit Brel.

Je l’ai rencontré assez longuement, le 10 mai dernier, au Mac Do de l’Aquaboulevard. Je ne sais plus vraiment pourquoi là, mais c’était assez incongru comme endroit.

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Les autres nominés n’ont pas démérités. La Ruiz, la Clarika (Mandorisées toutes les deux) et surtout le génial fou Katerine ont assuré comme des bêtes. Ils auraient largement mérités, eux aussi, d’obtenir la dite récompense.

A mon avis d'alcoolique mondain.

 

J’ai conscience qu’il m’est arrivé d’écrire des analyses de soirées plus brillantes.

 

Ce soir, je me rends à la soirée de remise du premier prix du pamphlet organisée par les éditions Anabet.

J’avais fait un papier sur la question il y a quelques semaines…

Normalement, je ne boirais que de l’eau.

Normalement.