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11 septembre 2006

Renaud... entre liberté et libations.

 

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Lundi dernier (le 4 septembre), bien installé dans ma voiture, direction La Closerie des Lilas pour rejoindre Renaud, je tombe sur l’émission  Les auditeurs ont la parole. J’entends un excité cracher sur le chanteur poète. Le matin même, répondant aux questions fines et subtiles de Fogiel sur RTL, Renaud a déclaré au sujet de Sarkozy et de ses « peoples » invités à ses universités d’été que Johnny était l’idole des vieux et que Doc Gynéco, l’idole de rien. Bon, rien de bien méchant. Mais plusieurs auditeurs déversent leur fiel sur Renaud, dont on sait pourtant qu’il aime ce genre de petite provocation. Amusant de savoir que je passe une heure avec lui tout à l’heure. Entre cette déclaration, « l’affaire Sarko » et son nouvel album Rouge Sang, il y aura de quoi bavasser. J’arrive donc un peu en avance à la cantine de Renaud (La medium_Rouge_sang.jpgCloserie est son antre) et Sophie, attachée de presse de chez Virgin Records, m’accueille chaleureusement, comme d’habitude. Une vraie gentille.

Je me pose plein de questions sur Renaud et suis même un peu impressionné. Je l’écoute depuis la fin des années 70 et fut un temps, je n’étais pas loin d’être fan. Il arrive, à l’heure pile. On ne peut pas dire qu’il fasse de l’esbroufe. Discrètement, il s’installe à sa place habituelle (table Jean-Edern Hallier) après une franche poignée de main. Il commande un pastis. Ah ! Première constatation, Renaud boit encore son « poison jaune ». J’attaque direct avec la polémique du jour.

-Fogiel, c’est le Voici de la FM. Plutôt que de me parler de mon nouvel album, il ne m’a parlé que de cette histoire de Sarko, de mon couple, de mon mariage, de mon divorce, de mes problèmes d’alcool, de ma fille qui aurait soit disant dit que je m’embourgeoisais… Très original, ça fait 30 ans que l’on dit que je m’embourgeoise ! Quant à Johnny, je l’aime bien, c’est un pote, mais ses idées politiques, j’en suis revenu.

Il garde un sourire ironique, comme si il se foutait de tout ce tintamarre. D’ailleurs, il s’en fout complètement, je crois. Je passe donc au sujet Sarkozy.

-Il y a une polémique stérile née d’un article du Parisien selon laquelle j’aurais traité Sarko de facho et que ma chanson Elle est facho se résumait à ça. Je vais mettre les choses au point. Si j’avais quelques griefs à formuler à l’égard de ce monsieur, je ne me limiterai pas à l’anathème facile, primaire et caricatural de « Sarko facho ». J’aurais d’autres arguments à lui opposer. J’ai juste écrit le portrait d’une Marine de banlieue, électrice du Front. A la fin j’ai ajouté, comme ça, pour m’amuser, que cette électrice facho votait Sarko. 

Je lui dis que n’étant pas le dernier des naïfs, il savait très bien que cette petite phrase n’allait pas passer inaperçue.

-Bon, c’est vrai, ça a fait marrer tout le monde quand j’ai suggéré ce passage. Mais enfin, chacun sait que l’électorat Lepéniste, séduit par les idées de Sarko, qui brassent, qui labourent dans celles de Lepen pour séduire son électorat, va probablement voter pour lui au second tour. Il n’y a pas insulte ou calomnie de dire ça !

L’objet de notre rencontre est quand même son nouveau disque. Après Boucan d’enfer en 2002, voici un Renaud pur jus qui redevient le chanteur énervant. Il ressort ses griffes même si on sent qu’elles sont usées. On retrouve ses amis Jean-Pierre Bucolo et Alain Lanty à la composition et aux arrangements.

-Pourquoi changer une équipe qui gagne ? Ce sont des amis avant d’être des partenaires professionnels. J’aime leur travail, leurs mélodies qu’ils plaquent sur mes textes. Il n’est pas interdit de penser que, par goût du risque et de la nouveauté, je choisisse une autre équipe pour le prochain album. Enfin, ce n’est pas pour tout de suite.

On entend déjà beaucoup Les bobos à la radio. Dans cette chanson, Renaud s'amuse à vilipender une catégorie de personne qui l'irrite avec une mauvaise fois et une tendresse assumée.

-Certains de vos confrères ont résumé cette chanson à « Renaud s’en prend aux bobos, il attaque les bobos ». Non. C’est un portrait un peu taquin et ironique d’une génération, d’une classe sociale. Il y a juste une phrase négative : « Des gens que je n’aime pas trop » mais tout de suite après je dis que je fais parti du lot. De toute façon, on est tous le bobo de quelqu’un.

medium_t-ROMANE_SERDA_01_03.gifJe lui fais remarquer qu’il y a pléthore de chansons dédiées à Romane Serda. Que son amour pour elle transpire de partout dans son disque. RS & RS, Ma blonde, Jusqu’à la fin du monde, Danser à Rome, Je m’appelle Galilée… N’est ce pas un chouia excessif ?

-Ma fille Lolita m’a dit qu’il y en avait beaucoup. J’en avais fait pas mal pour sa mère mais étalées sur des albums différents. Là, au bout de la quatrième chanson sur Romane, Lolita m’a dit que ça devenait redondant. Ca doit lui faire quelque chose, c’est sûr. Mais toutes les chansons ont des angles différents. Quel rapport entre les cinq ? Aucun. Il y en a même une qui est érotique…

Dans Je m’appelle Galilée, il devient l’explorateur du corps de sa nouvelle femme.

-Oui, d’ailleurs Romane est très gênée, sa pudeur en a pris un coup. C’est un bel hommage à son anatomie.

Il rigole.

-Je me suis choqué moi-même, mes frères et sœurs, puritains protestants l’ont été également mais ils ont tous reconnus qu’il y avait de la tendresse, de la poésie et de l’humour.

Romane et lui, c’est finalement un peu comme Roméo et Juliette ?

-Roméo et Juliette s’engueulaient moins que nous je crois. Je rigole… Quoique. Nous vivons tous les deux un amour passionnel, les petites crises de jalousie ou d’incompréhension sont à la hauteur de la passion que nous avons, démesurée, elle aussi.

Ah bon ! Ils leur arrivent de s’engueuler ? Ils donnent pourtant l’image idyllique du couple que rien ne peut medium_renaud_fronce.jpgatteindre.

-On est un couple comme les autres. Quand je suis en public ou devant les caméras, j’ai envie de montrer mon bonheur, la béatitude et l’amour que m’inspire cette femme. Elle est exceptionnelle mais elle est comme moi, excessive en tout, dans ses passions comme dans ses colères.

Renaud commande un verre. Je reste sage avec mon pauvre café alors que j’ai une putain d’envie d’un bon ballon de rouge. Je ne sais pas pourquoi je m’abstiens de picoler avec lui. Certainement parce que j’ai devant moi un grand maître en la matière, ça me rend timide du gosier… alors, je lui parle de son écriture qui évolue encore plus dans cet album (ce qui n’a aucun rapport, je sais !)

-J’écris de manière plus classique, il y a un peu moins d’argot aujourd’hui qu’il y a 20 ans. Si je chante toujours les mêmes thèmes banals comme l’amour, la vie, la mort, l’amitié, le temps qui passe et l’injustice, je laisse de côté les histoires de mobylettes. Dès Morgane de toi, j’ai ouvert un peu plus mon regard sur le monde et moins sur ma ville, ma rue et mon bistrot.

Renaud déteste les filiations, alors quand, pour le faire réagir, je le compare à Brassens, ses yeux se plissent d’agacement. Il est dans un bon jour, j’en profite.

-Brassens n’a pas d’héritier même s’il y en a qui s’en revendique…

(N.D.L.R Sous entendu Maxime Leforestier)

medium_Renaud_gif.gif-Il a simplement des enfants dont moi et beaucoup d’autres de ma génération font parti. Ceux qui aiment la poésie, la chanson, la littérature ont forcément été bercés par Brassens. Nous sommes tous liés par l’amour du mot juste, de l’humour, de l’ironie et de l’impertinence.

Renaud, dans cet album, interprète de nouveau des chansons « impertinentes », justement. Notamment J’ai retrouvé mon flingue, remake inspiré de son fameux Où c’est que j’ai mis mon flingue de 1980. Il tire à vue sur tout ce qui bouge. Il dégomme et décime.

-C’est une réponse, un clin d’œil aux critiques sympathiques ou non, de fans, de journaux qui prétendent que j’avais perdu mon flingue, ma sève, que je n’étais plus le rebelle de naguère, que j’avais été récupéré. J’ai voulu montrer que je n’avais rien perdu de mes indignations et de mes colères. J’ai donc dressé un tout petit inventaire de ce qui m’énerve aujourd’hui, et c’est déjà très long. Je voulais aussi démontrer que les mots sont des armes qui, même si elles ne tuent pas, peuvent parfois faire tomber les murs.

Il appelle ses chansons revendicatrices ses « petites chansons colères qui relèvent de l’utopie ». Est-ce pour désamorcer les éventuelles critiques ? Non, parce que parfois, moi personnellement, je le trouve bien démago…

-Ouais, Renaud démago, je connais ça mais je m’en fous. Quand on se bat avec des chansons contre des puissances économiques, industrielles, militaires, nucléaires ou autres, on a l’impression de se battre contre des moulins à vent. Même avec un public nombreux comme le mien, j’ai l’impression que je ne ferai jamais bouger les choses mais si peux au moins sensibiliser quelques personnes… je ne me prive pas.

« La cheutron sauvage » ne se prive pas, donc, d’évoquer l’Amérique du grand capital avec sa culture pitoyablemedium_compil.jpg à outrance, les religions (toutes), l’exploitation par les médias de la souffrance, de la mort et de la maladie. Renaud balance et ça faisait longtemps qu’on attendait ses nouveaux coups de gueule.

-J’ai eu un passage à vide dans ma carrière ou je n’avais plus envie de m’énerver contre ce monde. J’étais tellement malheureux moi-même, tellement pas bien dans ma vie, dans ma tête, dans ma peau que je me désintéressais totalement du reste du monde. Quand on a mal au crâne, c’est difficile de s’intéresser au mal de dent du voisin. Quand on est en parfaite santé, on a envie de l’aider et de lui filer l’aspirine. Bref, j’avais baissé les bras, là, j’ai retrouvé la rage et la hargne.

Ce n’est pas pour rien que l’album s’intitule Rouge Sang (mêmes initiales que Renaud Séchan et Romane Serda !)

-C’est le rouge qui bat dans mon cœur, mon cœur gorgé d’amour pour l’humanité. C’est aussi le rouge de la colère, du sang qui coule partout versé par les hommes. Rouge révolution, rouge drapeau, rouge coquelicot…

Nous évoquons différentes chansons à mon sens « importantes » de cet album. Notamment Elsa ou le suicide d’un jeune qui avait tout pour réussir et Pas de dimanche qui évoque les paysans français qui triment sans plus d’espoir pour continuer à gagner leur croûte. Renaud parle avec passion de ses sujets qui lui tiennent particulièrement à cœur. Je lui demande sérieusement si ce n’est pas difficile d’être un chanteur engagé qui s’engage réellement, un chanteur qui agit concrètement.

-La gloire, la vertu, la chance, le courage, l’intérêt d’un chanteur engagé, c’est justement de prendre des positions impopulaires. Moi, je n’ai jamais eu envie que mes chansons plaisent à tout le monde. Même si mon public est une espèce d’entité mystérieuse que je n’ai pas envie de décevoir, rien ne m’arrêtera d’aller au bout de mes idées et de mes convictions. Je revendique mon titre de chanteur engagé. Je n’ai pas envie de faire du Bruel ou de l’Obispo. Personnellement, je vous promets de ne gonfler personne avec mes histoires éventuelles avec le fisc…

medium_Renaud_aquarelle.jpgIl s’arrête soudainement. Il réclame de toute urgence un paquet de Marlboro Light au garçon.

-Je n’en n’ai plus. Là, je suis en manque. Vite ! Je pensais qu’il m’en restait.

Le voyant devenir fébrile, je lui en offre une. Evidemment, j’enchaîne judicieusement avec sa chanson Arrêter la clope.

-Je fume près de 60 cigarettes par jour. Romane gueule un peu parce que nous avons un enfant, Malone, qui est né le 14 juillet dernier (un futur révolutionnaire !) alors je vais fumer dehors… Je ne peux pas arrêter parce que je suis gravement intoxiqué. La clope, ça tue, ça craint, ça rend malade. Si la cigarette n’existait pas et qu’un industriel inventait ce produit, le mettait sur le marché, on le prendrait pour un fou et il finirait sa vie en tôle. Un truc qui coûte cher, qui ne sert à rien, qui contient 4000 produits chimiques dont 75 cancérigènes, qui tue une personne sur deux parmi les grands consommateurs… et ça marche.

Il me sert sa diatribe tout en fumant. Il voit que ça me fait marrer. Je lui demande pourquoi il n’a pas écrit une chanson sur l’alcool. Sujet sensible.

-L’alcool fait moins de mort par an que le tabac. Mais, bon, on ne va pas comparer les drames, ni faire une hiérarchie dans les poisons. L’alcool avec modération n’a jamais fait de mal à personne, le tabac si.

Bon, bon… Moi qui suit amateur de la dive bouteille, je m’incline devant cette thèse irréprochable et pas du tout de mauvaise foi. Sinon, ça se passe comment sa nouvelle paternité ?

-Ben, c’est moins facile de dormir 4 heures par nuit à 55 ans que ça ne l’était à 28.

Il réfléchit puis ajoute :

-J’ai fait beaucoup d’erreurs avec ma fille, je vais essayer de ne pas les renouveler avec mon fils. Je sais bien que j’ai fait souffrir Lolita quand je me suis séparé de sa maman mais j’espère qu’elle sait que je lui ai donné tout mon amour et qu’elle est importante pour moi. Au début, elle n’a pas apprécié l’arrivée de Malone, aujourd’hui, je crois qu’elle l’aime bien. Elle commence à digérer le fait que je me sois marié avec une fille plus jeune et que je lui ai fait un enfant. Mon ex femme, Dominique, et Romane s’entendent bien alors il n’y a pas de drames importants, juste quelques souffrances que je déplore mais qui medium_Renaud-Betancourt.2.jpgs’atténuent avec le temps...

Avant de quitter Mister Renaud, je lui demande des nouvelles d’Ingrid Betancourt dont il défend la cause avec vigueur depuis quelques années.

-J’ai bu hier un thé avec sa sœur Astrid et sa maman Yolanda Pulecio. Elles n’ont aucune nouvelle et sont désespérées. Moi aussi, mais je ne baisse pas les bras. Je vais continuer à me battre pour exiger son retour.

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Sophie vient timidement (mais professionnellement) voir si nous avons terminé l’entretien. Le prochain journaliste (du JDD) patiente à une autre table. J’ai utilisé plus de temps que prévu. C’est rare mais là, j’avoue que je me sentais particulièrement bien. Renaud était en verve et loquace, j’en ai profité. Avant de le quitter, et après la photo Mandorienne habituelle, il me complimente pour mon « interrogatoire en règle » (quoi, il y a du mal à se vanter?). Je le sens sincère. Quand j’aime un artiste, je suis contrarié si la rencontre est sans âme. Là, je me plais à m’imaginer qu’il s’est passé un petit truc, que belle rencontre il y a eu. Enfin, j’espère. Laissez moi mes illusions.

07 septembre 2006

Elodie frégé, ange et démon...

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Douce Elodie qui rime avec Mélodie. L’idée de passer une heure en tête à tête avec elle dans une chambre d’hôtel n’est pas pour me déplaire. Je le dis, je le répète, le métier de journaliste culturel est très difficile. Bref, rendez-vous donc jeudi dernier (31 août) à l’hôtel Renaissance Paris Vendôme. Dans le hall, Christophe (son attaché de presse) me présente le manager de la chanteuse. Il semble un peu curieux, voire inquiet de ce que je peux penser de l’album Le jeu des sept erreurs. Il tente de me convaincre de la beauté du disque « qui est différent du premier, mieux réalisé, plus abouti… ». Je l’arrête en lui disant que justement, j’avais déjà aimé le premier et qu’étant fan de Benjamin Biolay (voir là, je parlais déja de cette collaboration), je suis encore plus sous le charme du second.

Nous montons dans une suite. En attendant que les deux animateurs débutants d’IDFM (radio du Val d’Oise) finissent leur interview, Christophe me propose de regarder le clip de La ceinture, le premier single, qui tourne en boucle dans un salon. Très sophistiqué, sensuel, léché… Il est en noir et blanc et réalisé par Jaco Van Dormael (Toto, le héros, Le huitième jour")

C’est enfin à moi. Je rentre dans la chambre et je vois une jeune fille, habillée en Bardot des années 60 (voir photo Mandorienne). Un visage d’ange et un sourire lumineux, des yeux rieurs. Bon, on est là pour bosser pas pour tomber amoureux ou quoique ce soit dans ce genre.

De toute façon, son album n’est pas enclin à nous faire croire à l’amour éternel entre un homme et une femme (chabadaba).

 

medium_Frege_2.JPG-Moi, j’ai un caractère particulier. Je suis quelqu’un de très compliquée à vivre, très difficile, vraiment. Je suis un peu psychopathe et beaucoup torturée. De plus, j’ai tendance à tomber amoureuse d’hommes qui ne sont pas spécialement fait pour moi. 

Elle est comme ça, la diaphane Elodie, très franche. Alors, puisqu’elle a décidé de tout dire, voyons un peu ce qu’elle pense de son nouveau mentor, Benjamin Biolay.

-Ce mec me faisait peur avant que je le connaisse. Quand je l’ai vu dans le public à un concert de Florent Marchet, j’étais pétrifiée de me présenter à lui mais il fallait que je le fasse. Je voulais tant qu’il écoute mon travail et qu’il devienne mon réalisateur… En fait, il a été super cool. 

Il accepte de bosser avec… Mais pourquoi donc ?

-Il me dit que c’est parce qu’il sent que nous sommes pareils. On n’a pas besoin de se parler pour se comprendre même pendant l’enregistrement de l’album, souvent, les regards suffisaient. Aujourd’hui, il est l’une des personnes avec lequel je me sens le plus proche dans ce métier. Il a compris qui j’étais réellement. J’ai encore du mal à réaliser, c’est énorme de travailler avec un mec comme ça ! 

Dans ce disque, un thème revient souvent : l’infidélité.

medium_00602498395837.jpg-L’infidélité me fait super peur parce que j’en suis capable, comme tout le monde… et puis j’en ai souffert. Je préfère me dire que la personne avec qui je suis va m’être infidèle plutôt que de penser que ça ne va jamais m’arriver et tomber de haut, me ramasser, me vautrer dans la détresse… J’ai demandé à Jacques Lanzmann de m’écrire une chanson sur la jalousie et l’infidélité mais abordée avec ironie. C’est comme ça que  La fidélité  est née.

Oui, mais Jacques Lanzmann, lui, est décédé. Cette chanson est son dernier texte.

-Quand j’ai appris qu’il était mort, j’étais complètement retournée. Il m’avait appelé la semaine précédente pour que je lui donne le numéro de Benjamin. Il souhaitait travailler avec lui. Il était très drôle comme gars…

Dans Fous de rien, elle chante les dimanches où il ne se passe rien au sein d’un couple.

-Je n’aime pas les dimanches car quand un couple va mal, c’est caricatural. On attend que la journée passe en regardant la télé, en attendant le repas du soir. J’ai vu ça 1000 fois autour de moi et dans ma propre vie. Moi, j’ai trop de vie, trop de spontanéité pour supporter cela. J’ai trop besoin de surprises et de feu dans mon existence. Je ne veux pas me faire chier avec quelqu’un qui n’a rien à me dire.

Je lui dis que cette chanson me faisait penser au film Le chat avec Gabin et Signoret.

-Putain, je n’y avais pas pensé mais c’est tout à fait ça ! Quand j’ai vu ce film, certaines scènes me donnaient mal au ventre de douleur tellement je me disais que je ne voulais pas devenir ça.

C’est connu, Elodie Frégé a toujours dit qu’elle n’avait jamais eu de chance dans sa vie sentimentale, mais il est étonnant qu’une jolie et talentueuse jeune fille comme elle soit devenue méfiante à l’extrême en sa destinée amoureuse. Au fond, croit-elle encore à l’amour ?

-Oui, malgré tout. Je suis assez fleur bleue. J’ai toujours l’impression, dans un coin de ma tête, qu’il y a medium_31.08.06_Elodie_Frege_2_.JPGquelqu’un qui m’attend quelque part. Peut-être l’ai-je déjà croisée sans le savoir ? Je me dis qu’il y a un moment pour tout et que, si ça se trouve, il y a plusieurs princes charmants dans une vie… En fait, j’ai tendance à être fataliste pour ne pas être trop déçue.

Et le mariage, qu’elle évoque en filigrane dans Il en faut ?

-Je trouve qu'il met l’homme et la femme dans un contexte de séduction amoindri. J’ai peur de devenir une mère plutôt qu’une femme. J’ai peur de ne plus être un objet de désir pour mon mari quand j’aurai des enfants. Ca me traumatise carrément !

Et elle, d’évoquer Desperate Housewives.

-Je suis fan de la série parce que je m’y retrouve pas mal. J’ai chopé la saison 2 sur Internet… Ah oui ! Faut pas le dire ça ! J’en suis déjà au 19 éme épisode. Hé hé !

Je lui avoue que j’ai du mal à comprendre la différence entre ses écrits et la fille qui se tient devant moi. Elle signe 6 textes, beaux mais tous tellement pudiques que finalement compliquées, tortueux et torturés.

-En apparence, je suis un peu « mine de rien ». Joviale, fraîche, rigolote, bonne vivante mais au fond, un peu psychopathe.

Je lui fais remarquer que c’est la deuxième fois qu’elle utilise ce mot, plutôt fort, pour parler d’elle. Elle sourit.

-Il n’y a que les gens très proches de moi qui savent comment je suis quand je pète les plombs. Je suis capable de trucs invraisemblables. J’écris des chansons torturées à cause de ça parce que sinon, je peux piquer des grosses crises de nerf. Vous ne pouvez pas savoir ce qui se cache sous cette façade de fille « de brise printanière »… C’est très noir. Très.

Un long silence. Puis elle ajoute.

-Ce n’est pas facile de vivre avec un esprit comme le mien, vous savez. Par exemple, je suis incapable de me concentrer sur quelque chose, incapable d’avoir de la mémoire, incapable de me souvenir des prénoms des gens, c’est horrible dans ma vie quotidienne. Quand on me dit quelque chose, je suis entrain de penser à tellement de trucs en même temps que je ne retiens rien.

medium_31.08.06_Elodie_Frege_1_edited.JPGMais c’est cette ambivalence qui m’incite à penser que cette fille là va faire une grande carrière. Au cinéma aussi. Son côté ange ou démon toujours sur le fil du rasoir, en équilibre… va plaire très longtemps. Une certitude. Avant de clore l’entretien, elle me demande, les yeux dans les yeux.

-Dites moi la vérité. Vous croyez que mon disque va plaire au public. Non, parce que j’ai l’impression que ce qui marche en ce moment, c’est plutôt Ilona Mitrecey ou le Papa Pingouin.

Elle se met à chanter « Le papa pingouin, le papa pingouin, le papa, le papa, la papa pingouin, le papa pingouin s’ennuie sur la banquiiiiseu ! » Je regarde Elodie Frégé, amusé, en me disant que c’est certainement son grain de folie qui me fait craquer. Moi, la fragilité et la solitude des êtres humains me touchent plus que tout. Merci à elle de ne pas se rendre compte du talent et du charisme qu’elle transporte avec elle. Pourvu que ce « charme » dure !

03 septembre 2006

Miguel Angel Munoz, le latin lover multi média...

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Il y a quelques jours, je reçois le sampler (disque avec uniquement des extraits d’1mn30) d’un type appelé Miguel Angel Munoz. Sa tête me disait vaguement quelque chose mais, moi, tout ce qui est latin lover et compagnie, ce n’est pas précisément ma tasse de thé. Je mets donc le disque de côté quand ma femme passe me voir dans mon bureau, l’antre secret dans lequel je ponds les chefs d’œuvre que vous lisez ici même, la langue pendante d’éblouissement et les yeux écarquillés d’admiration ( ?)

medium_MAM_3.JPGElle me dit :

-Oh, c’est Roberto !

Mais qui peut bien être Roberto ? Une connaissance de ma femme ? Un prétendant à qui il va falloir que j’aille casser la gueule ? Le jardinier ?

Donc, judicieusement et avec un esprit fort à propos, je demande :

-Roberto ? Qui c’est ce naze ?

Alors là, j’apprends que Roberto est un élève qui veut apprendre à devenir acteur, chanteur et danseur dans « Un, dos, tres ». Bon, un branleur aussi, dans la série d'M6, il paraît.

-Tu vas le rencontrer dis, mi amor ?

Oui. Rencontrer « en vrai » les gens qu’elle admire fait de moi, dans ma vie conjugale, un héros des temps modernes… (bien que là, je crois que ce sont ses biscotos qu’elle admire… mais enfin, bref !)

Ainsi donc mercredi dernier (30 août), à 10h, j’ai rendez-vous à l’hôtel Duret pour interviewer Miguel Angel qui sort son premier album solo le 4 septembre: MAM. En attendant que l’artiste finisse de petit-déjeuner, je papote avec Gaëlle, l’attachée de presse d'M6 Interactions puis, fais la connaissance de deux nanas (genre lolitas) un peu foldingues… Après leur avoir claqué la bise, je demande qui elles sont. Je viens donc d’embrasser Stéphanie et Marina, les deux animatrices de l’émission de Canal J : Lollytop. Des stars de demain, si ça se trouve !

Bref, Gaëlle me présente aussi Astrid, qui sera ma traductrice durant l’entretien. Elle est espagnole et très sympa (ce qui, il est vrai, n’est pas incompatible).medium_MAM_2.JPG

On nous installe dans un petit salon privé et c’est parti mon quiqui !

Miguel Angel Munoz est professionnel jusqu’au bout des ongles. Il répond à mes questions de manière volubile tout en faisant croire que c’est la première fois qu’il les entend… Ce qui est appréciable pour l’ego. En fait, je suis certain d’être affreusement banal. Mais que dire d’original à un type dont je ne comprends même pas les paroles de chansons ?

 

-Je parle d’amour, de désenchantement amoureux, de la liberté, de l’amitié. Et je conseille aux gens de ne pas rester les bras croisés en attendant que la vie s’impose. Il faut bouger, travailler et surtout croire en soi. 

Original, non ? Mais, bon, c’est à moi de poser les bonnes questions. Parce que si je me contente de lui demander quand il a pris le goût de chanter, ça donne en gros, ce genre de réponse…

medium_MAM_1_.2.JPG-Je suis un artiste multi facette. Depuis l’âge de 9 ans, je suis acteur. La musique est apparue dans ma vie grâce à « Un, dos, tres »… Je n’y avais jamais pensé avant. Quand la production a décidé de créer le groupe Upa Dance avec quelques acteurs de la série, j’ai trouvé ça génial. Aujourd’hui, j’aime autant chanter que jouer la comédie. J’ai conscience que, sans la série, je n’aurais pas pu être là où j’en suis actuellement. 

Alors, vous apprenez des trucs nouveaux là ? Non. Si vous achetez Fan de ou Star Mag, vous lirez la même chose. J’essaie donc d’aller plus loin dans les confidences... qu’il m’explique, par exemple, la fragilité de la vie d’artiste.

-Je suis conscient que le fait d’être connu est éphémère et que tout peut s’arrêter du jour au lendemain. Ce qui est important pour moi, c’est d’être présent pendant longtemps, de durer. Ce que je souhaiterais, c’est que, l’année prochaine, nous ayons rendez-vous tous les deux, ça voudrait dire que je continue mon chemin en France. Je voyage dans 20 pays différents en ce moment et je suis connu partout mais je sais que lorsque la série cessera d’être diffusée, plus personne ne se souviendra de moi si je ne continue pas à travailler sérieusement. 

Donc le travail, la rançon du succès éternel... Pas mal, oui, en effet.

-Vous ironisez j’ai l’impression. Vous savez, je suis conscient qu’il n’y a que peu d’élus qui peuvent mener de front deux carrières différentes. Pour l’instant, le public sait juste que je suis un acteur capable de danser et de chanter en plus. Il faut que je montre encore plus. 

D’où une recherche de crédibilité en jouant au théâtre… (Dès le lundi 4 septembre, à Madrid.)medium_1.jpg

-C’est une des raisons. En tant qu’acteur, je persiste à dire que le théâtre est la meilleure école. Et je veux effectivement que l’on ne me considère pas uniquement comme le Roberto de « Un, dos, tres », c'est-à-dire un type léger, inconséquent qui ne pense qu’à jouer la comédie, danser et chanter… Je ne renie pas ce rôle parce que j’ai adoré le jouer. En règle générale, plus le personnage est différent de moi, plus je trouve drôle de l’interpréter. 

Je lui parle aussi de l’obsession qu’il a de son image, de son souci de vouloir tout gérer, d’être finalement le seul maître de son destin face à un monde factice et cruel. (Où je vais chercher tout ça ? C’est beau, non ?)

-J’ai toujours le dernier mot mais je suis très attentif à l’avis des professionnels qui sont là depuis plus longtemps que moi. Je n’aime pas me plaindre du travail des autres alors je fais les choses puis je les montre aux gens compétents et nous choisissons ensemble. Ainsi, je suis certain d’être satisfait. 

Dubitatif, je lui demande si on ne lui a rien imposé pour ce disque là, qui est quand même pas mal calibré « latin lover qui sait se trémousser ». (Ricky Martin, si tu me lis !)

-J’étais présent sur toutes les étapes du disque, dès le début. Le choix des morceaux a été fait entre la maison de disque et moi. J’ai reçu beaucoup de chansons et c’est moi seul qui ai choisi les 20 derniers morceaux. On a mis 8 titres de côté. Franchement, il n’y a rien que je n’aime pas sur ce disque. Il y a des chansons que j’adore, d’autres que j’aime beaucoup et les autres que j’aime…

Waow, les nuances ! Je lui demande pour conclure, s’il croit en sa bonne étoile. (Merde, il était 10 h du mat… J’étais un peu fatigué, la drogue, l'alcool, j’avais du me lever tôt parce que j’habite dans le Val d’Oise, tout ça quoi!)

-J’ai conscience que j’ai eu beaucoup de chance parce que de nombreuses opportunités incroyables se sont présentées à moi. Mais, je pense que la chance peut arriver à tout le monde. Il faut juste être éveillé pour la voir arriver. Ensuite, il faut la saisir, s’accrocher à elle et ne plus la lâcher. Et puis, il faut bosser, bosser, bosser.

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Voilà, c’est terminé… Petite séance photo Mandorienne et la journaliste suivante fait son entrée. Je reprends un café avec la gentille attachée de presse et sa chef venue la rejoindre. Cette dernière me propose d’écrire des bios pour eux… Pourquoi pas ? Il est temps pour moi de prendre congé et de rejoindre les embouteillages.medium_oc.2.jpg

Je zappe sur ma radio et je tombe sur « Loco, loco, loco… » (le vrai titre c’est Diras Que Estoy Loco ) mais je n’arrive pas à le dire… Il n'y a pas à dire, je ne suis pas fan de ce genre musical.

Euh… sinon, lundi après-midi, je rencontre Renaud pour la sortie de son nouvel album Rouge sang. Comme d’hab, ça va se passer dans sa cantine (de luxe) La Closerie des Lilas… En tant que trentenaire bien tassé, il fait partie de mon panthéon personnel (avec les Souchon, Cabrel, Sanson, Chédid, Balavoine et autres Goldman), c’est vous dire si je suis content.

01 septembre 2006

Isabelle Alonso, chienne qui ne mord pas!

medium_V73_Livres_Isabelle_Alonso_photo_.jpgL’homme est faible. Je suis faible. Je pensais que ma rencontre avec une chienne de garde allait être une joute verbale ironico-hypocrite mais alors, pas du tout…

Isabelle Alonso me donne rendez-vous au bar de l’hôtel du Louvre (le Defender) à 18h00. Comme, évidemment, j’arrive largement en avance, je pose mon fessier sur le bar qui fait face à l’hôtel. Je commande un verre de Bordeaux, puis un deuxième, puis un troisième (j’étais vraiment très en avance) tout en lisant, regardant les gens passer et respirant l’air vif et sain de la capitale (qui a dit que les hommes ne pouvaient pas exercer plusieurs activités en même temps ?) L’heure H arrive et je reçois un coup de fil de Gilles Paris, l’éminent et sympathique attaché de presse d’Isabelle (et par ailleurs auteur de deux jolis romans). Il me prévient qu’elle aura une trentaine de minutes en retard.

-Tu comprends, elle était invitée par Bern dans sa nouvelle émission. Elle était là pour évoquer le cas Ségolène Royale.

-D’accord Gilles, je patiente.

Garçon ! Un autre s’il vous plait !

Pour être franc, le livre d’Isabelle Alonso L’exil est mon pays (Editions Héloïse d’Ormesson) m’a beaucoup plu. Elle raconte sa petite enfance au sein d’une famille d’exilés politiques espagnols qui débarque en France dans un petit village. Un livre plein d’humour qui raconte surtout comment une fillette apprivoise le déracinement et se débrouille avec ses questions de mômes… (ma chronique sur le livre est dans la rubrique Mille feuilles, à gauche).

Je m’installe au Defender. Mince, il y a peu de luminosité… L’ambiance feutrée, c’est sympa pour un rendez-vous galant mais pour faire une interview avec mes notes couchées sur une feuille mal imprimée (parce que je suis à court d’encre chez moi), c’est pas la joie ! Tant pis, je vais improviser, de toute façon, le thème m’intéresse. Je vis avec une arménienne (donc ma fille de 16 mois est moitié arménienne, je réalise tout juste… ça alors !), vous pensez si je connais les problèmes d’exil et de déracinement.

Isabelle Alonso arrive mais ne connaissant pas la tête de son futur interlocuteur, je la laisse essayer de deviner avec qui elle a rendez-vous (quel espiègle personnage je suis !) Au bout de 30 secondes (ma pitié arrive vite) je me signale à elle. Et là, je tombe sur un nana pétillante, souriante et très sympathique. L’osmose dans toute sa splendeur.

-Je prendrais bien une petite coupette si ça ne vous dérange pas.

-Bon, deux coupettes alors !

Nous voilà donc lancés dans des explications sur son livre. Le pourquoi du comment. medium_V73_Livres_Isabelle_Alonso_cover_.jpg

Et je lui parle de son écriture. Subtile, tendre. Les propos tenus sont des réflexions enfantines, mais sa façon d’écrire reste celle d’une adulte maîtrisant parfaitement la langue française (Isabelle Alonso a fait des études littéraires).

 

-Ce livre est un voyage très subjectif dans mon enfance. Je voulais échapper au discours bêtifiant et aux mots faussement naïfs qu’on n’a plus quand on est adulte. Les mots d’enfants sont magnifiques quand ils sont dits par des enfants.

 

Ce roman autobiographique n’est pas larmoyant au contraire, il est plein d’espoir et d’humour.

 

-L’humour est la défense ultime. Dans toutes les dictatures et chez tous les peuples opprimés, la première chose qui se développe, c’est l’humour. C’est vraiment un sparadrap contre l’adversité.

 

Encore aujourd’hui Isabelle est une femme qui s’interroge tout le temps. Exemple :

 

-Qui aurais-je été si mes parents n’avaient pas eu à quitter le pays. Si j’étais née en Espagne en 1930, aurais-je pu survivre telle que je me plais à me considérer aujourd’hui ? Je n’en suis pas sûre. Je pense que je serais morte. Dans une société très conservatrice, très bloquée, je n’aurais pas pu m’en sortir.

 

Au lieu de cela, en France, elle s’en est bien sortie la diablesse !

 

-Je suis arrivée à la télé par hasard… mais le hasard existe-t-il vraiment ? Si au départ, dans la vie, on a eu le sentiment d’être méprisée pour ce qu’on est, après, on a toujours le désir très excessif d’être approuvé, accepté, intégré par les autres. Ce désir, pour moi, est une fragilité.

medium_arton498.2.jpgFragile, je constate qu’elle l’est. Rentrant assez loin dans ses souvenirs, parlant de ses parents, de ce qu’ils ont vécu et fait pour les protéger (les enfermer dans un cocon de bonheur, un peu à la manière de Roberto Benigni dans La vie est belle), elle s’arrête de parler, des sécrétions lacrymales coulent sur sa joue… Je lui dis que si elle s’implique autant dans chaque interview, elle n’a pas finie de verser des torrents de larmes. Elle se ressaisie très vite. Puis pleure encore un petit coup.

-Vous comprenez, je ne peux même pas voir à la télévision l’image d’un réfugié marchant sur une route. C’est pour moi insupportable ! Les images du Liban cet été…

Silence… yeux mouillés, encore. Bon, comme j’ai l’art de détourner la détresse humaine (et l’art de savoir consoler tout en douceur), je change de conversation. Je lui parle de son image qui lui colle à la peau et lui avoue même que, parfois, son côté « chienne de garde » me sort par les trous de nez.

-Pour moi, c’est un honneur d’être féministe, parce que les féministes ce sont des femmes qui ont fait avancer l’humanité de façon merveilleuse. Etre féministe, c’est se battre contre l’injustice, contre l’exploitation, contre l’oppression. Je revendique tout ça et je me fous totalement des gens qui trouve ce terme péjoratif, ils ont simplement un manque de culture…

N’en jetez plus, la coupette est pleine (enfin, plus vraiment) ! Je l’interroge ensuite sur son rapport aux livres.

-Je suis épanouie quand je le vois physiquement. C’est quelque chose de palpable que j’ai fait. J’ai un sentiment de plénitude. En plus, mon nouveau livre à l’air de plaire encore plus que les précédents. Ce matin, j’ai reçu un courrier très positif de Benoîte Groult et un de Gisèle Halimi.

Isabelle manque de s’étouffer avec des cacahuètes, il est temps pour moi de lui parler sexe (ne cherchez pas de rapport, il n’y en a pas.). Il y a des pages osées dans son livre. Elle raconte ses premiers émois sexuelles, ses attouchements solitaires (il y a notamment une scène avec un bâton de rouge à lèvre de sa mère, pas piquée des hannetons !)

-Pour moi le sexe est tellement éminemment positif et génial que je me dis que les pervers et  les pédophiles ont gagné, que tous les gens qui salissent la sexualité ont gagné parce que finalement, on entend qu’eux. Vous entendez, vous, les gens qui ont une sexualité juste joyeuse, débridée, tranquille et sereine ?  Moi, je voulais juste décrire sincèrement quelque chose qui fait partie de mes souvenirs. Ne pas en parler aurait été une forme d’auto censure que je réprouve. L'évoquer est très sain.

Bref, ce fut un moment vraiment très surprenant. Isabelle Alonso devrait faire gaffe à son image… Elle agace plein de gens alors qu’elle est agréable et qu’émane d’elle un fluide positif, humainement chaleureux.

-Mais les gens me voient comme ils veulent bien me voir. Mes discours à la télé, chez Ruquier par exemple, ne sont pas radicaux contrairement à ce que l’on pense… Je suis même plutôt gentille. L’étiquette que l’on me colle n’est pas celle qui me correspond.

Du coup, j’écouterai plus attentivement ce qu’elle raconte. Peut-être édulcore-t-elle ce qu’elle est ou est-ce moimedium_isabellealonso_laurent_denis.jpg qui ai des œillères ? Je ne sais plus trop. Mais, de toute façon, quelle importance ? J’ai passé un joli moment, il me semble qu’elle n’a pas été dérangée par ma personne.

La « mauvaise » réputation, depuis Brassens, on sait ce que c’est…

Rien à voir, mais ce soir la Star Ac’ revient ! Cela me permet de préciser que je prépare une note sur Elodie Frégé, gagnante de la troisième mouture (dont la photo est déjà sur With the Star 3eme partie). Je l’ai rencontré hier après-midi. Je n’en suis pas encore complètement remis…

29 août 2006

François Hadji-Lazaro, le dernier des rebelles...

medium_V73_Musique_Francois_Hadji-Lazaro_cover_.2.JPG« Moi les blogs, je ne comprends pas qu’on s’y adonne… Si c’est pour écrire à des lecteurs inconnus et voyeurs que j’ai fait tomber mon bouchon de dentifrice sous le lavabo, j’ai beau me triturer les méninges, je n’en vois pas l’utilité. » Bon, d’accord, je n’insiste pas. François Hadji-Lazaro n’est pas très ouvert à ce nouveau moyen de communication. J’évite donc de lui parler des « chroniques de Mandor », j’ai peur qu’il tire des conclusions hâtives sur mon humble personne. Ne déconnez pas ! Le François, assis en face de soi, il impressionne. Pas vraiment le physique d’une danseuse étoile de l’opéra de Paris (Aaaah ! Aurélie Dupont, si tu me lis…)

L’ex Garçon Boucher, Pigalle, Los Carayos… m’a donné rendez-vous hier après-midi dans un troquet de la porte des Lilas… medium_hadji-lazaro-2.jpgIl est fermé. Nous allons dans celui d’à côté. Son attaché de presse s’installe avec nous. J’ai horreur de ça mais je m’abstiens de faire le moindre commentaire. Bertrand est sympa, je laisse couler et finalement, l’entretien se déroule à merveille… François Hadji-Lazaro est quelqu’un d’ouvert (ce n’est pas un scoop !) et de chaleureux intériorisé. On sent qu’il est content mais ça ne se voit pas. Nous parlons de son nouvel album (voir chronique et photo Mandorienne dans l’album With the stars 3eme partie, à gauche…). Je lui dis, un peu en fayotant, que je trouve qu’il à l’art de présenter des chansons aux textes finement ciselés racontant des histoires originales, nous permettant, simples quidams, de nous sortir de nos vies quotidiennes banales (peut-être étais-je excessif?)

medium_Hadji-Lazaro.jpg-Mais est-ce qu’on les écoute tant que ça les paroles ? Moi, je dois avouer que je n’écoute pas les textes de mes confrères… Le dernier Miossec, par exemple, je ne sais même pas de quoi ça parle. Je m’en fous ! Ce que je retiens c’est l’atmosphère.

Je trouve curieux cette réflexion de la part d’un type si exigeant, réaliste, engagé, sensible, original…

-Très franchement, je ne pense pas être un parolier génial, ni un mélodiste hors pair, encore moins un musicien exceptionnel mais je suis particulièrement bon dans le cocktail de tout ça ! Ce sont les arrangements qui sont primordiaux. J’ai refusé d’avoir des producteurs pour mon disque. AZ me l’a proposé. Personne n’aura une meilleure connaissance que moi pour manipuler le genre d’instrument que j’utilise dans mes disques.

Oui parce que François Hadji-Lazaro en utilise tout plein et de manière iconoclaste. Des médiévaux, des medium_fhl11.jpgtraditionnels, à vents, électriques et électroniques, samplers, séquencers, percussions vocales… Il continue, comme au bon vieux temps, à faire ce que bon lui semble sur ses disques. De la musique juive Yiddish (ou d’Europe centrale), du trash métal, de la musique cajun, du reggae, du rock musette, Hadji-Lazaro reste fidèle à lui-même…

-C’est bizarre que Universal continue à me faire confiance. Je leur dis d’ailleurs. Je sais que je suis invendable. Alors que tout le monde pleure pour rester dans les maisons de disque, moi, je ne change aucunement mon attitude. Je suis un peu parallèle et fonctionner en survie ne me dérange pas.

medium_doc-1052.jpgLe genre de discours qu’AZ ne doit pas vraiment apprécier. Se déprécier devant un journaliste n’est pas franchement conseillé. Mais voilà, François Hadji-Lazaro est comme ça. Brut de décoffrage ! Allez essaye un peu de te mettre en valeur, l‘ami !

-Ok ! Je ne suis pas un chanteur de rock, ni un chanteur de chanson française traditionnelle. Je suis un chanteur populaire… simplement, mon populaire est de petite taille… »

Ah ? Alors, Michel Sardou/Hadji-Lazaro, même combat ?

Eclats de rire de l’artiste et de Bertrand.

-Non, même maison de disque. C’est déjà pas mal. Mais, par contre, je veux bien qu’on échange nos royalties quand il veut… 

medium_28.08.06_Francois_Hadji-Lazaro_edited.JPGLe François, il est resté rebelle dans l’âme et dans son attitude. Il ne changera pas. On aura beaucoup de mal à mettre le lascar dans une case bien définie. Ce vilain petit canard notoire se fout bien des règles établies et c’est comme ça qu’on l’aime. Il sera sur scène à Paris au Café de la Danse le 1er, 2 et 3 novembre… Faut y aller. Un des derniers authentiques, ça ne se loupe pas !

Ce soir, je discutaille dans un bar près du Louvre avec Isabelle Alonso (oui, oui, la chienne de garde) au sujet de son livre « L’exil est mon pays » (Editions Héloïse d’Ormesson). Très surprenant ce « roman autobiographique ». Certaines scènes m’ont laissé sur le cul ! (terme choisi exprès !)

19 août 2006

Cali, l'homme émotion...

medium_20050909-cali_20beau_20goss.jpgMontant à cru un noir destrier fougueux, rebelle à l'amour courtois, Cali va, debout, de front, le crayon bien affûté face aux sentiments extrêmes, au chaos brûlant de ses amours où ruptures, blessures et jalousies donnent le ton. Baroque, folk, rock ou classique, Menteur, produit par Daniel Presley, poursuit l'épopée et regorge aussi d'humour bien senti, tel un sceau du bouillonnant Catalan.

Mais, je ne vais pas chroniquer de nouveau son deuxième disque car medium_20050909-cali4.jpgc'est fait ici dans l'album photo With the stars, 2eme partie… je viens juste confirmer que Cali est un garçon aussi gentil qu’il en a l’air. Le 6 septembre 2005 (presque un an, tout de même !), Eric, le valeureux et sympathique attaché de presse du bonhomme m’accueille à EMI. Je le connais bien donc nous discutaillons une bavette en attendant l’artiste. Je regarde ma montre et constate que l’heure du rendez-vous a sonnée depuis 5, puis 10 puis 30 puis 45 minutes. Je lui dis :

-Tu ne crois pas qu’on peut interrompre le journaliste précédent ? Tu as vu l’heure ?

Je le sens un peu gêné.

-Euh, oui mais c’est B. D. ! Tu comprends, c’est important pour nous qu’il fasse un bon papier pour le Figarum. Je ne peux pas le précipiter.

-Mais il ne s’agit pas de le précipiter. Il a déjà dépassé de 45 minutes le temps initial!

medium_20050910-cali_20bo.jpgJe respecte beaucoup ce monsieur car il est l’un des plus fin connaisseur de la chanson française (et bosse d’ailleurs aussi pour le trimestriel Chorus, ma bible) et que sa plume est belle. Mais, putain ! Ce n’est pas une raison pour ne pas respecter les autres journalistes, d’autant plus qu’il m’avait déjà fait le coup avec Ariane Moffat. Eric continue de me parler mais il voit que je commence à faire la gueule.

-Bon, ok, j’y vais !

Résultat, une heure de retard…

Cali me sent énervé.

-Pardon, mais, je ne pouvais pas l’interrompre.

-Non, non, ce n’est rien…

Je me suis juste demandé qui était la vedette ? Le journaliste du Figarum ou le chanteur ?medium_20050928-cali_20bo_20yeux.jpg

L’entretien avec un personnage comme Cali ne peut que formidablement bien se dérouler puisqu’il a une véritable chaleur humaine sincère. Sa sensibilité à fleur de peau me touche… (mais qu’est ce qui ne me touche pas, au fond ?) Outre l’album, nous évoquons sa campagne promo loupée. Sa publicité télévisuelle a été censurée car il tournait gentiment en dérision le gouvernement français (qui pourtant ne le mérite pas. Chichi, Sarko et le beau de Villepin sont, vous n’allez pas me dire le contraire, des gens irréprochables et exempts de tout reproches !)

-Ouais mais du coup, on en a beaucoup parlé dans la presse et ça m’a fait un sacré coup de pub !

medium_20050923-cali_20blog.jpgCali est un enfant. Je veux dire par là qu’il continue malgré le succès à s’extasier de tout. Une lueur, que dis-je ? Une étincelle luit dans ses yeux. L’homme est heureux.

-Tu sais, je me dis tous les jours qu’il faut que j’en profite. Tout ce qui m’arrive en ce moment est du bonus, la cerise sur le gâteau. Les belles choses qui me tombent dessus m’éblouissent, me surprennent, me rendent heureux à un point inimaginable.

Je sors mon Kleenex et me mouche à chaudes larmes d’émotion (si, si, c’est possible !) Nous sommes au milieu du jardin de la maison de disque, à la vue de tous. Je me reprends. Un Mandor dans l’exercice de ses fonctions se doit de rester digne. Mais il en remet une couche, le salaud.

-Et tu vois, quand je lis la fierté dans le regard des gens de mon entourage, alors là, il n’y a rien qui me fait plus craquer.

-Bououououh réponds-je fort à propos.medium_homphoto9.jpg

Il poursuit.

-Je n’y peux rien. J’ai besoin d’amour. On m’en donne énormément mais j’en veux toujours plus. Même avant, j’ai toujours eu besoin de me sentir aimé là où j’étais. Quand quelqu’un ne m’aime pas, ça me rend malheureux… 

Je fonds en larmes sur son épaule. Cali me console en me disant des paroles réconfortantes. Comme quoi il m’emmènera faire un tour de manège cette après-midi et puis après on ira voir la ferme de Bécassine, là ou il y a des animaux de petites tailles. Oh oui, tonton Cali !!! La ferme de Bécassine ! La ferme de Bécassine !

medium_cali_2005_240x180.jpgJe me ressaisis et redeviens le journaliste irréprochable que j’ai toujours été. Je l’écoute me parler de son engagement pour la condition des pères divorcés par rapport à leurs enfants. Cali prend position pour la résidence alternée. Il me parle de son association fondée en 2004 L’amour parfait dont l’objet est d’organiser des activités artistiques au profit d’autres associations oeuvrant pour la protection des enfants et le soutien aux parents en détresse.

Mais soudain, nous voyons passer Alain Souchon devant nous… Cali me dit :

-Il faut que j’aille lui serrer la paluche. Je suis fan.

-Et tu vas lui demander un autographe ?

-Tu rigoles mais je suis à deux doigts de ce genre de comportement.

Un enfant, je vous dit ce Cali. Heureusement que moi je suis adulte. Ca relève le niveau.

A la fin de l’interview, le chanteur s’est levé, m’a pris sur ses épaules et comme promis m’a emmené voir les manèges et la ferme de Bécassine. Il y avait des poneys, des cochons nains, et des poussins. Il y en a un, il s’est approché de lui et il est resté avec nous toute l’après-midi. C’était bien. Mais quand il a fallu se séparer les uns des autres après avoir mangé medium_0026_edited.jpgune barbe à papa géante, j’ai regardé Cali et Caliméro en me disant que c’était vraiment trop injuste de se quitter alors qu’on s’amusait si bien.

N.B : Les propos tenus sont véridiques, je suis moins certain de la véracité des faits concernant le déroulement de l’interview et de la journée. Par contre, je tiens à dire à monsieur B.D du Figarum que ce serait bien qu’il apprenne le respect. Ses petits camarades de jeux officiants dans d’autres journaux, même de moindre importance, n’ont pas à subir son impolitesse. Une heure de plus, ça frise la goujaterie !!!

Et la photo en bas à droite est celle que j'ai prise personnellement et ne soyez pas de mauvaise foi, avouez que c'est la meilleure de toutes!

10 août 2006

Jérôme Attal, l'homme séduction...

medium_attal.jpgMardi 8 août, 15h30 au Café le Rouquet à l’angle du boulevard St Germain et de la rue des Saints Pères. Jérôme Attal m’a donné rendez-vous dans ce Paris germanopratin que j’aime tant. Je me pointe à l’heure précise mais il n’est pas encore là. Je prends un café en l’attendant (mince, j'ai oublié mes sucrettes Candérel!). Il arrive la démarche nonchalante, l’air contemplatif de ceux qui observent le monde avec acuité mais recul, un livre dans la main… « Je viens de passer à la librairie La Hune… Il fallait que j’offre un livre à quelqu’un. » (Yann Kassile : Penseur japonais, dialogue du commencement. Editions de l’éclat). Je le remercie d’avoir accepté cette rencontre, hors contexte promotionnel. « Ce que j’aime dans ce quartier, c’est que tu peux varier le café selon l’humeur. Il y a plusieurs lieux de replis… » Aujourd’hui, donc, medium_1_Jerome_Attal_08.08.06_.JPGc’est le Rouquet. Le Café de Flore, ce sera pour une prochaine fois. Pour ceux qui ne connaissent pas l’auteur et chanteur Jérôme Attal, reportez vous à la chronique de son disque Comme elle se donne (à gauche). Vous comprendrez tout le bien que je pense de son œuvre… Qu’il interprète ses propres chansons ou qu’il écrive pour d’autres (Johnny Hallyday, Florent Pagny, Vendetta, Pierre Guimard, Jane Birkin…) son style est là : littéraire, romantique, amoureux, poétique, fragile, gris (pour ne pas dire noir) et très sensible.

Jérôme Attal n’a aucune raison précise d’être là avec moi… Ca ne lui rapporte rien, hormis une rencontre avec quelqu’un qui se sent proche de sa vision de la vie, de l’amour et de l’existence. Peut-être aime t’il observer les gens acquis à sa cause ?

medium_4_Jerome_Attal_et_moi_08.08.06_edited.JPGNous parlons de son journal intime qu’il a mis en ligne en 1998. Journal devenu culte très rapidement. « J’ai été un des premiers à écrire quasi quotidiennement sur le web et une fidélité, un lien s’est réellement installée avec mes lecteurs et lectrices. Je ne cache rien, je suis très direct car ils me connaissent parfaitement. Mon journal est très labyrinthique avec de nombreux thèmes récurrents. Les gens finissent par se sentir en terrain connu. J’ai tissé une toile d’araignée dont je suis désormais pris au piège. Si je n’écris pas au bout de 3 jours, j’ai de nombreux mails qui me rappellent à l’ordre. » Il sourit. « Ce journal, finalement, est devenu un vrai travail. Aussi important que les chansons. » Pour le lire depuis longtemps, je peux affirmer qu’il se met à nu pas toujours avec pudeur mais systématiquement avec style et élégance. Je lui demande ce qu’en pense son entourage, les personnes citées... « C’est très simple. Les amis dont je parle sont ceux qui me laissent écrire ce que je veux. Si je constate la moindre réticence sur ce que j’écris, je les retire à vie de mon journal. Je suis un littéraire, il me faut donc de la liberté. »  D’autant plus qu’il lui arrive d’inventer ou d’arranger les dialogues et que ses medium_5_Jerome_Attal_et_moi_08.08.06_edited.JPGlecteurs sont accros à ses saillies littéraires. « Ce qui est chouette, c’est que, dès le début, mon journal a été lu par plein d’étudiant(e)s étranger(e)s. J’évoque des quartiers de Paris, la littérature, la musique d’ici… ils apprécient ce lien avec la France. » Lire un poète qui habite et aime Paris, ça émoustille donc les étudiantes ? « Il m’arrive d’en rencontrer. » Silence, puis il ajoute. « Mais, je te jure, je n’ai jamais abusé de ses moments d’échanges là. » Jérôme Attal me précise qu’il a plus de 2000 visiteurs par jour sur son site (je refuse de lui donner mes stats, du coup) et il reçoit plus de 70 mails quotidiennement. Je le traite de gourou… « Oui, mais un gentil gourou. Pas le Mandarom… Ceci dit, Gilbert Bourdin, c’était quand même le meilleur dans son genre. Finalement, je vais peut-être faire construire une statue de 30 mètres à mon effigie en plein boulevard Saint Germain. Ca va concurrencer les couloirs de bus ignobles qu’a fait Delanoë ! »

Jérôme Attal aimerait que son journal soit publié, tout comme le roman dont il a mis un point final récemment et qu’il tarde à proposer aux maisons d’édition. « Quand j’écris, il faut que je sois le meilleur. Une fois mon texte terminé, je dois me dire : voilà, il n’y a personne qui écrit aussi bien. » Il explique ça avec humour medium_8_Jerome_Attal_et_Mathieu_Zazzo_08.08.06_edited.JPGmais je suis sûr qu’il le pense. Il continue : « Quand tu écris une chanson, tu as très vite une vision globale… Ce que je trouve éprouvant dans le roman, c’est d’avoir sur une centaine de pages, une satisfaction constante de son écriture. » Très poli, Jérôme me parle de mon blog qu’il a lu très sérieusement puisqu’il ponctue notre conversation de certains propos tenus dans mes différentes notes. J’apprécie. « Ton style est assez alerte pour que l’on comprenne ton second degré. Ce qui est drôle, c’est qu’il y a des angles différents sur la plupart des notes. Quant à tes photos avec les artistes, je trouve ça très Warholien, ta tête noircie pour respecter ton anonymat. » (D'ailleurs, la sienne en mon auguste compagnie est à voir dans "With the stars, 3eme partie".) Il est temps pour moi de boire un verre de Bordeaux. Lui reprend un café. Merde, il me laisse seul culpabiliser dans mon putain d’alcoolisme mondain ! Nous évoquons l’industrie du disque, le fait qu’il ne parvienne pas à sortir du lot. Je le sens emprisonné, tel un poisson dans la nasse. « J’ai 1000 fois plus de papiers que tous les nouveaux qui sortent chez Warner ou Universal mais ce n’est pas pour ça qu’une multinationale a accepté de me signer ou que je vends beaucoup de disques. Pour le prochain que je suis entrain de faire en ce moment, j’imagine que ce sera la même galère. Je suis désolé mais la presse ne fait plus vendre. Avoir un article, c’est moins efficace que d’avoir une pub payée par la maison de disque dans les journaux comme les inrocks. » Mais comment semedium_Affiche_attal_2.2.jpg fait-il que lorsqu’il s’est produit en concert au Café de la Danse, le 1er mars dernier, la salle était remplie à craquer ? « Le bouche à oreille, simplement. Même pas une affiche dans Paris… » Après un moment de réflexion, le poète me dit (le poète maudit ?): « Je m’en fous de marcher ou pas. J’essaie juste d’écrire une œuvre, je souhaite avoir les moyens de poursuivre ma route. » On the road again… Pas de chance ! Il vit dans une époque où on ne laisse plus les artistes prendre leur temps, se développer, se bâtir avec de solides fondations.

medium_9_Jerome_Attal_et_Mathieu_Zazzo_08.08.09_edited.JPGLes filles passent devant nous mais je suis tellement plongé dans notre entretien que je ne fais pas attention. Jérôme si. « Tiens, elle est belle celle là ! ». Je lève la tête et je ne vois qu’une fille à la plastique parfaite mais de dos (ce qui est appréciable également). Je ne suis pas concentré. Attal le séducteur, si, en toutes circonstances. C’est un professionnel, moi, qu’un pauvre amateur. Ce qui nous incite à parler religion (???) « Dans ma jeunesse, j’étais chez les frères de l’école chrétienne de St Germain en Laye. Je leur racontais que j’étais comme le christ : que mon père était juif et que ma mère était catho… Je ne comprends pas, ça ne les faisait pas rire. » (Rires). De mon côté, je lui raconte ma période de journaliste littéraire sur la radio chrétienne de Paris. Deux ans de bonheur à recevoir deux écrivains par émission… « Dommage que tu ne poursuives pas cette expérience sur une autre radio. » me dit Jérôme. Oui, dommage ! Je me suis fait virer de cette station en 1999 à cause de Jean-Pierre Coffe qui a un peu dérapé lors d’une émission en direct. Tiens, je vais raconter ça dans ma prochaine note… Ca vaut le coup ! (Mandor, roi du teasing !)

L’après-midi s’écoule agréablement. Va bien falloir interrompre ce moment. Jérôme Attal ne medium_AFFICHE_Attal.4.jpgmontre aucun signe d’impatience mais son guitariste bassiste, Mathieu Zazzo, doit le rejoindre. Nous faisons une série de photos pour cette note… Il fait amicalement jouer son droit à l’image. « Celle là oui, medium_14_Mathieu_Zazzo_08.08.06_.4.JPGcelle là non… Oh, non pas celle-ci ! » Mathieu arrive sur ces entrefaites. Très sympa le garçon. S’il est l’un des musiciens de Jérôme, Mathieu est surtout un excellent photographe (voir lien plus bas.) C’est lui qui a réalisé la photo en noir et blanc en haut à gauche ! Et la tête du beau Mathieu qui s’est prêté au jeu du photographe photographié, c’est à droite… Là.

C’est une connerie de dire qu’on ne doit pas rencontrer les gens que l’on admire. La peur d’être déçu et tout le toutim… Parfois, l’image peut coller à la réalité. C’était le cas ce jour là.

 

Liens :

www.jerome-attal.com

www.matzazzo.com

07 août 2006

Olivia Ruiz et Mandor craque...

medium_olivia_1_.2.jpgLu sur le site d’RFI : « La "Femme Chocolat" s'apprête à aller à la rencontre de ces rythmes et de cette langue qu'elle chérit tant ! Olivia Ruiz passera en effet le mois de septembre en Amérique Latine, où elle présentera son rock mâtiné de sonorités hispanisantes, tziganes et jazzy. Elle se produira, comme d'habitude, en anglais, français et espagnol. Du 2 au 8 septembre, elle traversera l'Argentine, s'arrêtant à Buenos Aires, Bahia Blanca, Rosario et Cordoba avant de s'envoler pour une date à Montevideo, en Uruguay, le 12 du mois. Elle conclura cette tournée par quatre concerts au Chili, du 20 au 23, à Santiago, Conception, Valparaiso et Valdivia. » medium_olivia_2_netb_.2.jpg

Voilà notre petite souris qui s’exporte bientôt dans de lointaines contrées… C’est mérité !

J’ai découvert la miss en regardant la Star Ac’ 1 (comme tout le monde). Elle évoluait dans cette sphère cathodique avec curiosité et originalité. Bon sang, dans le château, elle portait un T-shirt des Têtes Raides (elle en parle tout le temps dans les interviews) ! Il fallait donc mater la donzelle avec intérêt… Olivia Ruiz est devenue depuis une des valeurs sûres de la chanson française d’aujourd’hui. Je l’avais loupé lors de la sortie de son premier disque extra Star’Ac J’aime pas l’amour, pas question de la rater pour celle de La femme chocolat l’année dernière (voir photo et mon article dans « With the stars, 1ere partie »). Le 20 octobre 2005, je rencontre Olivia Ruiz chez Universal, à 11h du mat. J’arrive complètement décalqué, la fête de la veille ayant eu raison de ma tête. J’ai le cerveau en bouillie et je me permets de demander à Carine (attachée de presse bienveillante de chez Polydor) de se débrouiller par tous les moyens pour me trouver un aspirine (sous peine de décès fulgurant). On m’installe dans une grande salle et j’attends la belle mais surtout mon médoc salvateur. C’est lui qui arrive en premier. A peine terminé d’effervescer, je l’avale cul sec ! Olivia arrive, resplendissante, simple et fraîche (elle). La demoiselle me demande si elle peut cloper, ce que j’accepte avec écoeurement mais politesse. La fumée dans mon état… Beurk ! Et l’on commence à causer:

1) De son enfance : « J’ai été élevée dans un café par mes grands-parents maternels et les deux frères de maman. Les vieux qui jouaient à la belotte, Tonton André qui était un tombeur de nanas, tout ça, c’est du vécu. (cf : J’traîne des pieds). Cette période de ma vie a forgé ma personnalité. Ce côté très indépendant, très jeune et en même temps très sociable, cette tendresse particulière que j’ai  pour toutes les générations me vient de là. »

2) De ses doutes : « Je suis quelqu’un de très angoissée et dans le doute perpétuel. En même temps, je ne m’autorise pas dans les moments de création et de production de perdre du temps avec ce travers là. Je le garde pour la maison et mes proches. »

3) De ses névroses : « J’aime bien rire de mes défauts et de mes pires névroses, de prendre les détails et les exacerber. C’est ma manière à moi de mieux en rire. »medium_olivia_3.jpg

 

Olivia Ruiz est délicieuse, rieuse, un brin coquine. Je vais essayer de ne pas tomber amoureux. Ils ont de la chance les Alain Cluzeau (réalisateur de Bénabar, Thomas Fersen, Paris Combo, Bertrand Belin…) et Mathias Malzieu (chanteur de Dionysos et écrivain) d’avoir réalisé avec elle, en toute intimité, ce disque croustillant. Les textes évoquent désormais ses aspirations, ce qu'elle a vécu et ce qu'il peut désormais arriver dans sa vie. Elle confie aussi sa fierté pour son sang mêlé, elle, la Française née de parents immigrés espagnols (cf. la chanson Quijote). Christian Olivier des Têtes Raides chante avec elle en duo un texte qui évoque les secrets de famille Non-dits. Christophe Mali de Tryo lui offre Cabaret Blanc, un magnifique hommage adressé à ce père chanteur de bal. « Quand je pense que papa a essayé de me dissuader de faire ce métier professionnellement. Il me disait : « Ma chérie, ce métier n’est pas pour toi. Que vas-tu faire dans ce monde de fou ou les gens sont sans scrupule ? Toi qui es si gentille et si pure, tu vas te faire croquer ». Aujourd’hui, il est fier de moi et vient de temps en temps chanter avec moi sur scène. » Il y aussi Juliette, La petite voleuse,  Chet, Vitrier et Néry, Je te quitte, les parrains de toujours. Et puis, Mathias Malzieu. Le co-réalisateur qui se métamorphose parfois en auteur, signant trois titres de l'album dont La Femme Chocolat. Un casting qui frisouille la perfection : « Je pense être medium_20050821-olivia-ruiz-2004.jpgquelqu’un de fédérateur et de doué dans les rapports humains. J’arrive à convaincre qui je veux à coup d’amour ! » Oh ! Mon Olivia, je ne t’aime pas… Convainc moi, convainc moi ! Sans blague,  je suis simplement content de la présence de cette mutine lutine dans le royaume de la chanson. Son souffle nouveau fait du bien medium_0015.2.jpgpar où elle chante…

Quand je l’ai embrassé en partant, j’ai trouvé qu’elle sentait bon et que sa peau était douce. Ne pas défaillir Mandor… Non, surtout ne pas.  

(Là, à gauche, Olivia se colle à moi... Normal. Charme irrésistible!)

 

Liens :

 

www.olivia-ruiz.com  

www.rfimusique.com

05 août 2006

Le bon Oxmo Puccino...

medium_LIPOPETTE_©WAHIB-Cap_13A336.jpgPour tout dire, j’en avais un peu ma claque des rappeurs cette année. Je ne me sens pas particulièrement proche d’eux (sauf peut-être de Diams qui est quand même un être à part et bigrement attachant) et de leurs revendications. Mais, bon… converser avec Rohff, K maro, Lynshaa, Sinik, les Snipers, Singuila… (au demeurant charmants en promo) ne me défrise pas le cerveau. Deux exceptions cependant, Abd Al Malik  dont je conseille très vivement l’écoute de son deuxième et récent album Gibraltar (voir With the star, 2eme partie : lui et moi au Mac Do de l’Aquaboulevard plus la chronique de son album !) et le bon Oxmo Puccino. Je dis « le bon » parce que c’est la première impression que j’ai eu quand nous nous sommes serrés la paluche dans le jardin d’EMI mardi dernier (le 1er août)… Dans ses yeux se medium_Oxmo_Puccino_1_1er_aout_2006_edited.JPGlit la bonté et il m’a tout de suite inspiré la sympathie. Son 4eme disque studio Lipopette Bar (en vente des le 25 septembre 2006) enregistrée avec le groupe Jazzbastards est une pure merveille. Très franchement, l’alliance (en or) entre le rap, le jazz et la soul est du plus bel effet. Mon rédac chef me dit souvent que j’ai une tendance très nette à m’enthousiasmer un peu trop (je suis comme ça aussi dans la vie) mais là, je suis prêt à rembourser les mécontents (euh… je déconne!) Voilà donc une expérience musicale concoctée par un brillant auteur (Oxmo) et d’excellents compositeurs (Vincent Taeger et Vincent Taurelle) jouée par des musiciens de jazz pas manchots (Vincent Taurelle: piano, claviers - Ludovic Bruni : guitares - Marcello Giuiliani : basses, contrebasse, guitare - Vincent Taeger : batterie, percussions – Julien Chirol, Fabrice Martinez, Rémi Sciuto : cuivres – Vincent Ségal : violoncelle acoustique.) Je cite tout le monde car Oxmo Puccino insiste : « Ce n’est pas l'album d’un seul homme. C’est une aventure collective qui a débuté quand le directeur artistique de Blue Note m’a proposé de faire un disque dans son label. Chez Blue Note, vous vous rendez compte de ce que ça représente ??? J’étais sur le cul ! Evidemment, j’ai accepté immédiatement parce que cette proposition m’a été faite alors que j’avais le fantasme de faire un album acoustique. Je savais qu’il allait falloir beaucoup d’idées, du courage et une certaine maturité… » A partir de ce moment, le projet est devenu "top secret". « C’était un album classé confidentiel. On a travaillé dans la discrétion la plus absolue. Personne n’avait le droit de passer dans le studio d’enregistrement. » Et le résultat sent bon le polar des années 50. Comme le chantait Eddie Constantine en medium_Oxmo_Puccino_2_1er_aout_2006_edited.JPG1947 : Cigarettes, whisky et petites pépées. « On voulait retranscrire l’ambiance jazz et cinématographique de l’époque, il fallait forcément des textes et des musiques en noir et blanc, des dialogues urbains intemporels ambiance Tontons flingueurs et Le pacha. Ce disque est devenu au fil des 5 mois de boulot intensif et inventif un mini film. » Et ce court métrage musical et sans image est très beau car léché et savamment dosé. « Nous voulions une histoire cohérente et des musiques qui s’emboîtent en étant large dans les sonorités. J’ai sué sur le travail d’écriture et sur l’interprétation. Je me suis fait violence pour employer des mots simples, compréhensibles par tous. Il fallait que ce disque soit universel et qualitatif. » Exercice de style parfaitement réussi. Les thèmes de Lipopette Bar toucheront un large public : la célébrité, les choix de vie, les décisions, le hasard, les coïncidences, la malchance, la violence, l’amour… « Le fond de l’histoire c’est qu’il faut croire à la vie. Tout peut s’arranger. Dans l’existence, il y a des hauts et des très bas. Il faut garder l'espoir d’une vie meilleure. » Il est clair qu’Oxmo Puccino est un raconteur medium_Oxmo_Puccino_et_moi_3_1er_aout_2006_edited.2.JPGd’histoires hors pair doublé d’un parfait orateur. Il semble flatté du compliment. « Aujourd’hui, on existe uniquement si on sait s’exprimer et moi j’ai un amour immodéré des mots. D’ailleurs, je suis fasciné par les politiciens. Ils dirigent le monde avant tout avec des mots, ça tombe bien! Le peuple est conquis par une force d’interprétation et de conviction. C’est un métier d’acteur 24 heures sur 24. Je trouve ça impressionnant. » Alors, monsieur Puccino, un jour président ? « Non, évidemment. Moi, je suis dans la réalité humaine… l’humanisme philosophique, la profondeur de l’âme. »

Après l’interview, je prends quelques photos de l’artiste (celles qui dévoilent un magnifique blouson rouge et un jardin tout vert). Lui aussi est curieux de visiter mon blog et se prête au jeu avec humour et espièglerie. Je constate avec joie et étonnement que décrire les coulisses de ce petit monde renfermé sur lui-même amuse un paquet de monde… à commencer par les protagonistes eux-mêmes. Suis pas près d'arrêter moi...

 

 

Liens:

www.oxmo.net

www.myspace.com/oxmopuccino

www.emi.fr

29 juillet 2006

Polar sous influence...

medium_Polar.jpgCe doit être une nouvelle mode…

Dans une précédente note j’évoquais le travail d’écriture à deux entre Pierre Guimard et Jérôme Attal. Quatre mains et deux cerveaux seraient donc la manière 2006 d’écrire un disque. Bâtir un nouvel édifice musical avec des fondations solides ? Un puceau de l’écriture lié à un Don Juan de la prose ? Le 28 juin dernier, j’ai rencontré dans les locaux d’EMI un autre artiste qui a bénéficié du talent d’un as de la plume. Fait trop chaud à l’intérieur mais toutes les tables sont prises dans l’immense jardin de la maison de disque. Nous trouvons finalement refuge sur des escaliers extérieurs. Même pas à l’ombre et dégoulinants. J’ai vraiment bien fait de choisir une chemise noire (voir « with the stars 3eme partie »). Je suis avec le suisse Polar (Eric Linder en vrai). Pour son premier disque en langue française Jour Blanc (sortie officielle le 4 septembre prochain), il s’est adjoint les services de Christophe Miossec. Excusez du peu ! Polar a déjà trois albums à son actif (du folk existentiel à vif) mais tous interprétés en anglais (maman irlandaise et papa suisse germanophone oblige). Un beau jour, il rencontre Miossec, fan de la première heure, qui l’incite à se lancer dans cette nouvelle aventure. Un album tout en français. « Il considérait qu’avec ma voix et mon univers c’était dommage de ne pas tenter l’aventure. Grâce à lui, j’ai ouvert une porte que je ne pensais jamais ouvrir. » Mais il se trouve que Polar sait ce qu’il veut et qu’il n’est pas homme à dire amen à tout. « J’ai accepté que Miossec écrive avec moi mais avec certaines règles. Je ne voulais pas que ce soit par ordinateurs interposés. Il fallait que ce soit un boulot de rencontres. » J’avoue que j’ai du mal à me concentrer sur les propos du sympathique suisse puisque je ne cesse de regarder Axelle Red déjeuner à 20 mètres de nous avec quelques obscurs personnages (attaché(e)s de presse, directeurs marketing, chefs de projet et autres directeurs artistique… Son nouvel album Changer ma vie sort le 11 septembre 2006, il faut donc préparer le plan promo). Pas mal la dame! Je rechoppe la conversation de Polar : « J’ai trouvé une maison qui a appartenu à un important éditeur allemand. Il y accueillait de très grands auteurs. Bon, c’est un gars qui était légèrement nazi et donc interdit de publication… » Là je dresse l’oreille parce que, quand même, ça mérite son pesant de cacahuète. «Après la guerre, il a fait fortune en publiant des auteurs américains... Hemingway, Miller, Faulkner venaient en vacances dans cette maison. Et donc Miossec et moi nous nous sommes retrouvés dans ce lieu chargé d’histoire, en huis clos, dans une campagne magnifique et une ambiance automnale. »  Merde ! Axelle Red ne jette même pas un regard sur nous. Je déboutonne deux boutons supplémentaires. Quelle fournaise! Polar m’explique qu’au début avec Miossec, ce n’était pas gagné. medium_0002_edited.jpgmedium_0001_edited.jpg« Quand il est arrivé, nous avons du accorder nos violons. Tu connais Miossec... » Euh… non, pas personnellement. « On n’est pas tout à fait pareil. Moi, je courais pendant que lui s’en jetait une. » (Autrement dit, il se pétait la tronche au vin rouge) « Mais très vite, on a trouvé une méthode de travail. Je lui ai raconté toutes les histoires des chansons de mes trois premiers albums. Au début j’étais un peu timide parce que c’était très personnel. Nous avons fini par nous livrer nos vies respectives. Nos deux histoires se sont rencontrées, elles se sont même confondues dans nos textes. » Hop ! Un coup d’œil sur Axelle qui rigole d'une blague, certainement vaseuse, racontée par son voisin, hilare lui aussi.

J’essuie les gouttes qui coulent sur mon visage luisant. « Avec Christophe, on a écrit des histoires de cœur et surtout des amours déchirés. Et puis, la nature aussi est très présente dans les chansons de cet album. L’énorme étendue de forêt qui était devant nos yeux constamment a été une source d’inspiration involontaire. Pour tout dire. On a vécu deux mois en synergie artistique et personnelle totale. » J’opine du chef. Et Edith Fambuena dans tout ça ? (Comme Chancel disait « Et Dieu, dans tout ça ? ») « Elle aimait bien mon travail mais, selon elle, les arrangements n’étaient pas exactement à la hauteur… Chez elle, en écoutant sa version de mes chansons, j’ai été bluffé ! C’est donc finalement elle qui donne la couleur de l’album. » Il faut dire qu’Edith n’est pas un bras cassé de l’arrangement (Pauline Croze, Jean Guidoni, Alain Bashung…). Mes semelles en caoutchouc commençant à coller aux escaliers, je décide d’interrompre cette conversation pour aller nous rafraîchir. En nous dirigeant vers la buvette, Polar me demande de ne pas oublier de parler de ses sites dont son myspace. « J’ai jusqu’à présent plus de 5000 visites et 300 personnes par jour. Les gens peuvent découvrir ma musique et mon journal quasi quotidien. » C’est fait. Nous passons devant l'Axelle Red’s band et je prodigue à la chanteuse un clin d’œil lourd de sous-entendus scabreux juste au moment où elle fixe son assiette. La belle ne saura jamais à côté de qui elle est passée ce jour là. Sacré destin !

 

(Les photos judicieusement parallélisées par mes soins sont de Mandor lui même, disciple de David Hamilton... Manquaient les adolescentes pré-pubères mais avec mon doigté et mon regard le monde est tout de même resté flou! Quant à la photo d'en haut, elle a été prise par un type qui aime les arbres, le vent et les chemises écossaises.)

 

Liens:

www.polar-music.com

www.myspace.com/ilovepolar

www.axelle-red.com

www.emimusic.fr

 

23 juillet 2006

Pourquoi Biolay énerve...

medium_biolay_2_.jpgAvant-hier soir j’ai regardé l’excellente émission « La boîte à musique de Jean-François Zygel » sur France 2. Chaque semaine, le présentateur (compositeur, pianiste et pédagogue hors pair) fait redécouvrir un musicien classique de manière ludique en présence d’une vedette de la chanson française. Cette fois-ci, il s’agissait d’une leçon magistrale sur l’œuvre et la vie de Schubert sous le regard intéressé de Benjamin Biolay (qui en connaît un rayon sur la question). Benjamin Biolay… Un vrai mystère ce garçon là. Je suis sa carrière depuis le début même si j’ai moyennent accroché à Rose Kennedy (2002) et Négatif (2004). Trop lent, trop « atmosphérique », trop triste, trop noir, trop neurasthénique… Par contre son boulot pour les autres m’a toujours impressionné (Henri Salvador, Valérie Lagrange, Coralie Clément, Daphnée, Françoise Hardy, Isabelle Boulay, Juliette Gréco, Karen Ann, Julien Clerc, Hubert Mounier...). Jusqu’au jour où l’album A l’origine (2005) a pointé le bout de ses sillons… Une claque (voir mon article, à gauche). Qui est ce type « énervant », décrié par une bonne partie de la nouvelle génération de la chanson française? Je veux juger par moi même cet artiste qui fait tant l’unanimité contre lui. Encore tout récemment, un chanteur que je ne nommerai pas m’a dit à propos de la réputation de Biolay : « Il n’y a pas de fumée sans feu ! ». J’adore ce genre de phrase… très fin comme analyse. Au fait, quelle est sa réputation ? Que reproche-t-on à ce Benjamin Biolay? (En cherchant bien, à l’heure où Israël et le Liban s’entretuent, il y a certainement au moins une personne qui se pose cette question essentielle pour l’avenir du monde.) Peu habitué à manier la langue de bois, il a rapidement été considéré comme quelqu’un d’arrogant et de détestable. Son allure indolente d’élégant suranné, ombrageux, boudeur, séducteur et bohème en excède plus d’un. Mais non ! Il ne s’agit aucunement de jalousie. Quoique… La lecture d’une table ronde entre Jeanne Cherhal, Vincent Delerm et Bénabar dans le Chorus n°50 m’a franchement incité à me poser la question. Les trois chanteurs (que j’aime au demeurant beaucoup) se foutent discrètement de sa gueule sans explication et justification apparente. Ma copine Sophie de EMI/Virgin Music me cale donc un rendez-vous le 10 mars 2005 avec ce monstre d’opportunisme « qui se prend pour Gainsbourg » (dixit d’autres artistes bien intentionnés). C’est au Café des éditeurs que m’attend le mari de Chiara Mastroianni (4 carrefour de l’Odéon dans le 1er arrondissement de Paris, pour ceux qui souhaiteraient éventuellement y faire un pèlerinage… c’est son point de chute fréquent) . Il me semble au bout du rouleau mais je m’abstiens de lui en faire la remarque (pour le moment). Nous échangeons nos avis sur son disque : « même s’il est lapidaire, ce n’est pas un album règlements de compte. Je dis beaucoup de choses mais mes colères les plus intimes restent mes colères. » Rapidement, sans que je ne lui pose aucune question sur ce sujet, il déballe ce qu’il a sur le cœur, comme un trop plein de bile à déverser sous peine d’étouffer. « Je commence à vieillir et donc à devenir plus sage, à voir le vrai visage des gens, à démasquer les personnes qui pensent ne jamais être démasqués. » Devant mon air interloqué, il précise. « Je suis dégoûté en fait. Des journalistes mais surtout des confrères se sont permis de m’insulter dans les journaux. Qu’est ce que je leur ai fait ? J’ai gagné le respect de mes aînés mais pas celui des gens de ma génération. Ils s’imaginent que je suis un prince consort parce que j’ai épousé une actrice qui a des parents célèbres. Il y a une espèce de décorum pourri autour de ma personne. Avec le lot de coups bas et d’intrigues que j’ai reçu de manières répétitives, je suis fatigué. Très las de devoir me justifier. Merde ! Il ne s’agit que de musique après tout. » Il me regarde avec un air de chien battu. Je me retiens de le caresser sur le haut du crâne, entre les deux yeux, de peur qu’il tire la langue de contentement. Ce ne serait pas correct dans un tel établissement. J’ai envie de lui dire « non, t’es pas tout seul Jef » mais n’est pas Brel qui veut et son prénom ne correspond pas. Je me contente de lui demander si ce n’est pas la fameuse rançon de la gloire (ouais, je sais, j’ai toujours su remonter le moral des troupes !). « Mais ma gloire est toute relative. Ca me fait chier de recevoir la dose maximale. » Pour ne pas le peiner un peu plus, j’en rajoute dans les compliments. Il est content mais prudent: « J’attends de lire ton article. Souvent les gens sont gentils devant mais ce qu’ils écrivent est assassin… » Ca sent quand même le mec qui en a pris plein la gueule. A l'issue de l'entretien, je lui demande pourquoi il a l’air déchiré (ça s’appelle le tact), du moins fatigué. « Non, aujourd’hui, ça va plutôt bien ! » Je m’entends expulser de ma bouche espiègle cette subtile remarque : « Heureusement que je ne t’ai pas vu hier alors. » Benjamin Biolay m’a regardé en appréciant à sa juste valeur cet excellent trait d’humour. Qui ne dit rien consent.

Moi, je le trouve touchant Benjamin Biolay. J’aime sa fragilité mais aussi et surtout son talent d’auteur, de compositeur et d’arrangeur. A ce propos, j’ai reçu récemment le nouvel album d’Elodie Frégé (Le jeu des 7 erreurs, sortie le 25 septembre prochain chez Mercury). Mes aïeux ! L’est en forme le Biolay ! Il l’a trouvé son Elodie Nelson ! (Quelqu’un m’a dit (pas Carla Bruni malheureusement) que je point d’exclamationise beaucoup mes phrases… Et aussi que je point de suspensionise et entre parenthérise énormément mes propos. C’est vrai ?) Quoiqu'il en soit, j’aurai l’occasion de revenir très bientôt sur ce disque qui va en bluffer plus d’un. Les anti Biolay et anti ex gagnante de la Star Ac’compris. Voilà, c’était notre rubrique « Joie de vivre et compagnie. » A bientôt pour une nouvelle tranche de rigolade !

 

Liens:

www.benjaminbiolay.com

http://elodiefrege.artistes.universalmusic.fr

www.chorus-chanson.fr

www.france2.fr

www.emimusic.fr

20 juillet 2006

Pierre Guimard... et un peu Jérôme Attal.

medium_Pierre_Guimard_edited.jpgJe lis le journal intime, tendre et cynique de Jérôme Attal depuis bientôt deux ans. Sa vie est un roman et je vous invite cordialement à y jeter un œil… mais je vous préviens, quand on commence, on a du mal à s’arrêter. Les filles, les soirées parisiennes, la culture, les joies et déconvenues professionnelles… des thèmes qui ne sont pas éloignés des préoccupations de bon nombre d’entres nous, trentenaires romantiques (en ce qui me concerne, bien tassée la trentaine). Jérôme Attal est chanteur et l’une des plus belles plumes actuelles. (Pour en savoir plus, lire ma chronique de son disque Comme elle se donne). Donc, dans le journal de notre dandy (il est présenté comme tel par les journalistes, tous plus originaux les uns que les autres), il m’est arrivé de lire le nom d’un de ses amis musiciens Pierre Guimard. J’ai reçu il y a quelques jours son premier disque De l’autre côté. Textes admirables… Il y est question d’errances, d’interrogations sur le sens de la vie et surtout d’engagements (dans la société et dans l’amour)… bref, pas de la parole pacotille. Et qu’est ce que donc je remarque ??? Guimard a co-écrit la majorité des textes avec Jérôme Attal. Ni une, ni deux, je souhaite rencontrer ce nouveau et excellent song writer. L’attachée de presse me donne rendez-vous mardi (18 juillet) au Chao Ba à Pigalle. J’arrive un peu en avance, pas encore trempé (c’est bien la clim’ dans la voiture !) et je repère à l’étage le chanteur et son manager attablés. Guimard à l’air sympa. Une voix un peu fluette quand il parle (lorsqu'il chante, elle prend toute sa dimension). Nous discutons ensemble en attendant Sabine, de chez Jive/Epic, qui, de son côté, est entrain de boire un verre de menthe à l’eau, en bas, seule et désoeuvrée (même pas !). Sabine est l’attachée de presse d’Obispo derrière laquelle je tentais de me cacher (voir précédente note). Enfin, nous nous voyons, s’ensuivent de terribles embrassades et des effusions sensationnelles (je déconne !). Je demande à Pierre Guimard de nous éloigner de tout ce beau monde pour être tranquille. J’exècre interviewer un artiste en présence de l’entourage. J'attaque en lui parlant d’Attal. J’apprends qu’il le connaît depuis 10 ans puisqu’ils étaient dans le même lycée de Verneuil-sur-Seine (dans les Yvelines), ainsi que les membres de Kyo et aussi Alexis HK… « Ce doit être parce que c’est un coin bourgeois. L’accessibilité à la musique est plus simple. » Nous parlons de sa carrière que je vais résumer en quelques mots. Pierre Guimard fut naguère le medium_18.07.06_Pierre_Guimard_1_edited.JPGguitariste du groupe (fresh indie power pop rock) Noisy Fate. Il abandonne le groupe (avec beaucoup de peine) pour devenir le bassiste choriste de Jean-Louis Aubert en tournée. « C’est lui qui m’a incité à chanter en solo. Il m’a affirmé que j’avais une belle voix alors quand un mec comme Aubert te dis ça, tu réfléchis deux secondes et tu finis par foncer… ». Rapidement, il fait les premières parties de Kyo (sans avoir encore signé dans une maison de disque) et celles de Raphaël plus récemment (mais là, son contrat avec Jive/Epic in the pocket !). Enfin l’album est là (pour vous, c’est le 28 août, non mais !) Il prend ses racines dans la musique anglo-saxonne et ses influences (Neil Young, Bob Dylan…) se devinent. Ce disque « authentique » (car enregistré en quasi live) est réalisé par un autre song-writing, jeune lui aussi, l'américain Ben Kweller. « Finalement, il y a peu de gens avec qui j’ai envie de faire de la musique car je suis très exigeant. Exigeant en terme de musicalité ou d’arrangement. Je tente d’élever mes chansons au moins au niveau de ceux que j’écoute. Ben Kweller est d’ailleurs de ceux là ! »  Snif, snif! Ca sent le futur chanteur adulé par la foule. Musique plus qu’honorable, textes sensibles, beau gosse (le salaud !), voix agréable et talent fou. A la fin de l’interview, séance photos pour « with the stars ». Il ne comprend pas la raison pour laquelle je pose avec lui puisque je vais gommer mon visage. medium_18.07.06_Pierre_Guimard_2_edited.JPG« Tu n’as qu’à prendre les artistes seuls ! ». Non, mec ! C’est un concept. Mon concept. L’artiste avec Mandor, mais Mandor qu’on ne voit pas. Ca finit par l’amuser mais je sens que, décidément, je serai toujours incompris avec cette histoire. Bouououh !

Message personnel : Si quelqu’un connaît Jérôme Attal personnellement, pouvez vous lui dire que je passerai bien un petit moment avec lui devant un verre, histoire que je me fasse une opinion sur ce type qui m’intrigue…

(Photos de Pierre Guimard prisent par moi lors de la rencontre, sauf celle avec la guitare, parce que, quand même, faut pas déconner! C'est l'excellent Mathieu Zazzo qui s'y est brillamment collé.)

 

Dernière minute:

Finalement, j’ai envoyé un mail à Jérôme Attal sans attendre d’hypothétiques aides extérieures. Voici notre échange épistolaire :  

 

Mandor (poli):

Bonjour,

Par correction, je tiens à vous signaler que je parle de vous dans mon blog (en bien). www.www.mandor.fr

Amitiés

Mandor

 

Jérôme Attal (magnanime):

Waouh ! Bravo pour la chronique sur Pierre (et un peu sur moi...) pleine d'esprit. Hé bien oui prenons un verre très bientôt, moi aussi je veux avoir droit à la fameuse photo sans visage !
amitiés,
jerome.

 

Mandor (content) :

Ah, chouette alors!
Avec plaisir le verre et la photo (Gasp!) Et bien sûr, après il y aura compte rendu sur le blog, vous en avez conscience? Je me régale à l'avance. Je ne suis pas à Paris jusqu'au 3 août. Vous êtes dans le coin à partir de
cette date? Un verre sur une terrasse ensoleillée de la capitale, à regarder les filles passer...
A bientôt!

 

Jérôme Attal (voyageur finalement sédentaire) :

Oui n'hésitez pas à me recontacter début août. Sauf un contretemps....je ne sais pas moi l'amour fou avec une brésilienne ou une esquimaude (à cause des températures) qui m'entraînera dans son pays lointain pour me présenter à sa famille, hé bien je serai là Paris début août. alors nous prendrons ce verre en terrasse,
amitiés
jerome.

 

La suite dans quelques jours...

medium_ATTAL.2.jpg

 

Liens:

www.pierreguimard.com

http://myspace.com/guimard

www.jerome-attal.com

www.matzazzo.com

 

 

13 juillet 2006

Pierre Lapointe ou le moderne anachronique...

medium_Lapointe.jpgVous allez penser que je ne suis qu’une girouette et que j’aime toutes les personnalités que medium_Pierre_Lapointe_et_moi_12.07.06_6_edited.2.JPGje rencontre (je ne suis pas du tout d’accord mais c’est peut-être vrai !). J’expliquais dans la précédente note mon amour pour les disques imparfaits et aujourd’hui je vais vanter les mérites d’un album absolument parfait, léché à l’extrême et parfaitement génial. Celui de l’extravagant Pierre Lapointe. Ce québécois débarque en France après avoir conquis son pays avec deux disques impressionnants et foisonnants de trouvailles musicales novatrices (qui c’est le roi du superlatif ?). Le second La forêt des mal-aimés sort le 11 septembre prochain. L’artiste est venu le présenter à Paris avant son passage aux Francofolies de la Rochelle le 15 juillet (Avec Dobacaracol à 16h dans la salle bleue La Coursive). Rendez-vous donc hier dans les nouveaux bureaux de l’antenne parisienne d’Audiogram (maison de disque indépendante qui lutte pour la liberté de création et contribue à enrichir et à transformer la scène culturelle québécoise depuis plus de 20 ans.) En l’attendant (5 minutes) je me demandais comment allait se comporter ce personnage qui, de part ce que j’en avais lu ou entendu dire ici et là, me semblait complexe, précieux, un brin prétentieux et peu medium_Pierre_Lapointe_12.07.06_1_edited.JPGdisert avec son prochain. Tout le contraire. C’est un garçon tout à fait charmant, souriant et très bavard qui se présente à moi. A 25 ans, bigre ! Il en impose le grand gaillard. Ca s’appelle simplement le charisme. Il m’explique que sa réputation d’arrogant vient de son comportement sur scène. « Au début de ma carrière, j’étais très provocant, voire très obscène, à la limite perpétuelle du border line. J’ai compris récemment que c’était parce que j’étais très mal à l’aise dans ma peau de chanteur et que je ne l’assumais pas du tout. Ce sont « les hasards » de la vie qui m’ont transformé en chanteur à l’âge de 19 ans, mais moi, j’ai toujours voulu faire de la création. Je revendique d’ailleurs le fait de créer des arts visuels… » Il faut regarder ses clips, écouter ses chansons et le voir sur scène pour comprendre ce qu’il veut insinuer par là. Pierre Lapointe parle beaucoup, très vite et j’ai du mal à en placer une. Il tente de m’expliquer son univers déjanté, mystérieux, éclectique et poétique mais je perds un peu le fil conducteur de la conversation. Je vois un type devant moi qui n’a rien à faire dans ce siècle. Il s’est trompé d’époque et c’est ce qui doit me plaire chez cet énergumène anachronique. Le paradoxe c’est que son dossier de presse écrit ceci : « Pierre Lapointe est un artiste du XXIeme siècle ; un jeune alchimiste medium_Pierre_Lapointe_12.07.06_2_edited.JPGmétamorphosant le savoir-faire musical de ces dernières décennies en un concept mélodieux et audacieux, visuel et visionnaire… ». Pas faux. Ce disque est un mélange de kitch et de sonorités électroniques originales, de pop sixties, de menuet et de programmations modernes et efficaces. Pierre Lapointe ne comprend pas l’engouement qu’il y a autour de lui et de son œuvre. « J’apprécie mais ça ne me rend pas très à l’aise… Je regrette juste une chose, c’est de ne plus pouvoir rejoindre mon public après mes concerts, comme au début. » Evidemment, je cherche à connaître ses influences littéraires. Un type qui écrit des textes aussi raffinés a forcément beaucoup lu. « Non, pas du tout. J’ai longtemps pensé que j’étais quelqu’un de déficient et même de carrément con. Je ne maîtrise pas le concret et n’arrive pas à me concentrer. Lire un livre est presque impossible, ça me demande beaucoup d’exigence. Mon imaginaire est tellement débordant que je peux faire une fixette sur un mot et partir en vrille. Du coup, j’ai mangé du théâtre et de la musique toute medium_Pierre_Lapointe_et_moi_12.07.06_5_edited.JPGma vie. » Il m’avoue sa passion de jeunesse pour le dadaïsme et le surréalisme. Cela explique d’où viennent sa medium_Pierre_Lapointe_12.07.06_4_edited.JPGpoésie parfois absurde et son comportement théâtral exacerbé. Ce que je retiens de ma rencontre avec lui, c’est sa gentillesse… et sa patience. Vous savez que pour ce blog, je me fais tirer le portrait avec les artistes (ce qui, je vous l’assure, n’est pas toujours facile à assumer !). L’idée de poser à côté d’un type qui va enlever son visage de la photo (déjà en ligne dans « With the stars 3eme partie ») fait marrer l’ami Pierrot. Il doit se dire « ils sont fous ses français ! ». Bon, je vous explique. J’ai un nouvel appareil numérique et donc, je n’en connais pas encore toutes ses subtilités. J’ai mis 10 minutes pour comprendre comment fonctionnait le retardataire (après de nombreuses poses infructueuses… la GROSSE HONTE !) Il n’arrêtait pas de me répéter en rigolant: « Ok ! J’ai pas de problème avec ça ! » Mais en se foutant un peu de ma gueule quand même… C’est dur la vie de blogueur consciencieux !

(Les photos d'une beauté extrême sont de mon humble personne lors de l'entretien et j'en suis très fier... sauf celle d'en haut à gauche car elle n'est pas de moi et donc, aucune raison de la créditer. Non mais!)

 

Liens:

www.pierrelapointe.com

www.audiogram.com

www.francofolies.fr

 

11 juillet 2006

Fabien Martin, un être à part...

medium_Fabien_Martin_photo_3_edited.JPGJe viens de lire le blog très intéressant du chanteur Fabien Martin. C’est amusant car il rejoint les propos de ma précédente note sur le comportement de Zinedine Zidane. Fabien Martin est un jeune artiste qui « fabrique » (parce que très artisanalement) une œuvre émouvante et puissante. Ca fait longtemps qu’un chanteur ne m’a pas touché ainsi et j’ai d’ailleurs un peu de mal à en expliquer les raisons. Son deuxième album Comme un seul homme sort le 18 septembre prochain. Je tenais absolument à le rencontrer 1) dans le but d’écrire un article 2) pour lui témoigner toute mon admiration. (A ce propos, la déontologie professionnelle des journalistes implique une certaine neutralité dans leurs articles et devant les personnes interrogées. Moi, quand j’aime, je dis. Point barre.) Le 12 juin dernier, j’ai rendez-vous avec lui chez ULM/Universal. L’attachée de presse (salut Myriam !) nous installe sur une terrasse ensoleillée à souhait. Je lui parle de son blog (le mien n’existait pas encore). Mine de rien, on apprend beaucoup sur la personnalité de quelqu’un en lisant ses propos (ça frise l’euphémisme, là !). Jetez-y un coup d’œil ! Je vous assure, il écrit sur lui, sa vie, ses concerts mais il « philosophe » aussi pas mal avec humour, ironie et pertinence. « Ce qui me fait marrer c’est comment les gens atterrissent sur mon blog. Dans les stats, je vois les référents. Certains tapent mon nom sur Google, mais d’autres arrivent chez moi par hasard en ayant écrit des trucs comme « les yeux qui coulent » ou « chanteur+cortisone ». J’ai effectivement raconté dans une note mon allergie au pollen...» On est peu de chose… Plus sérieusement, Fabien Martin enregistre des albums exigeants mais très abordables, accessibles à tous (pour peu qu’on aime le bel ouvrage). « De toute façon, le fait d’aimer un album tout de suite n’est pas une garantie pour l’aimer à vie. C’est comme avec une fille. Ce n’est pas parce que l’on a un coup de foudre avec elle que ça va durer longtemps. ». Alors, oui, pour ceux qui ne connaissent pas bien l’univers de cet artiste, je propose d’écouter deux à trois fois son nouveau disque avant de se faire une idée réelle de son talent. Il a le sens de la mélodie accrocheuse (bien qu’elle ne soit pas linéaire) et des paroles qui ne peuvent laisser indifférent. La première fois que j’ai écouté son premier opus Ever Everest, j’avais déjà été saisi par sa voix, à la fois ténébreuse et aérienne, selon les moments. Dans son dernier bébé, Fabien Martin a su créer sa Foule sentimentale à lui. Toute une vie, une sacrée chanson générationnelle sur l’enlisement des consciences : « On se pose tous de nombreuses questions sur la vie, sur comment combattre les injustices, sur la meilleure manière d’aider son prochain mais on ne sait pas comment réagir. Alors, j’écris des chansons juste pour montrer la situation, le désengagement politique et plus généralement la désillusion de notre génération. » Le garçon mérite d’être reconnu par ses pairs et surtout par un public plus large. Je vous le medium_0023_edited.jpgrépète, ce type là à un truc en plus que les autres, mais, je ne sais pas quoi. Peut-être que j’en ai ras le bol d’entendre des chansons lisses, sans aspérité, sans saveur et que là, c’est exactement le contraire… Oui, peut-être bien que j’aime les chanteurs qui livrent leurs fêlures sans honte mais avec pudeur. Et peut-être que je sens que mes fêlures à moi sont proches des siennes. Je ne sais pas. En tout cas, quand dans La grande aventure il chante: « La vie cette jungle/ Nous aiguille, nous épingle/ Dans les allées et les aléas/ Moi je fléchis, je flanche/ Je m’accroche aux branches/ Je m’éloigne de lianes en lianes… » et plus loin  « La peur de l’éboulis/ La mélancolie/ Toutes ces choses qui nous empêchent/ Allons ! Que l’on se hâte/ De jeter à terre/ tout ce bordel qu’on a dans la tête ». J’applaudis des deux mains. Clap Clap ! Prochainement, je livrerai dans « With the stars (2006) 3eme partie » mon article plus formel et détaillé de l’album Comme un seul homme. Demain, je rencontre un autre chanteur, québécois celui-ci : Pierre Lapointe. Je l’ai vu au Café de la Danse il y a quelques semaines et il m’avait vraiment charmé. L’album La forêt des mal-aimés qui sortira le 11 septembre prochain (hum! Quelle date curieuse!) est très surprenant car son univers est déjanté et mystérieux. J’ai hâte d’en savoir plus sur lui. Mais bon, Fabien, c’est bien toi le meilleur !

(Pas mal la photo que j'ai prise après l'entretien! Le soleil dans les yeux et la main sur le genou droit, c'est une bonne idée, non? C'est beau et naturel.)

 

Dernière minute:

Je viens de recevoir ce mail. Je suis démasqué (gasp!) mais j'ai enlevé ma vraie identité. Et j'ai rectifié la date de sortie de son disque...

 

Salut Mandor

 Merci pour ce post plus que sympathique envers                
 ma modeste personne.                
 Tu es bien … ?                
 Bon, sinon, info ultra importante, l'album               
 sort le 18 septembre et non plus le 21 aout.               
  Bon à savoir.  Merci encore.                
  A +                
  Fabien Martin           

Liens:

http://fabienmartin.artistes.universalmusic.fr 

http://fabienmartin.blog.lemonde.fr 

http://myspace.com/fabienmartin        

07 juillet 2006

Murat emmuré...

medium_murat.4.jpg"Je suis pour l'Italie à fond. Moi, vous savez, je compare le foot à la musique... Ce combo de 11 mecs fait une espèce de jazz-rock-zouk qui ne me fait ni chaud, ni froid. Je préfère de loin la musicalité du jeu italien ou anglais. Franchement, celle des français est loin d'être enthousiasmante, non?" Jean-Louis Murat n'est pas chauvin et encore moins nationaliste mais provocateur, ça oui. L'homme est enfin là, devant moi, de bonne humeur, le sourire goguenard, pieds nus, la chemise débraillée laissant poindre son petit ventre rebondi (prouvant que l'ermite auvergnat n'en n'est pas moins bon vivant). Relax quoi... Je suis venu pour qu'il m'en dise plus sur son album à venir (le 28 août 2006): Taormina. Il répond à mes questions allongé sur son lit (oui, nous sommes dans sa chambre d'hôtel) en sirotant un verre de rouge dans lequel régulièrement il ajoute des glaçons (quelle faute de goût!) Je vous le dis tout net: j'aime bien ce type. En tant qu'artiste mais aussi en tant que je m'en foutiste absolu, électron libre dans ce milieu pas toujours sincère. "Le monde médiatique, c'est de la connerie. Dans la mesure ou il faut plaire au plus grand nombre et prendre le plus petit dénominateur commun, évidemment, on tombe dans la tyrannie de la médiocrité. Ce monde du show biz est une machine à broyer, avec mes chansons et mon comportement, je tente simplement de résister." Je vous le concède, parfois, Murat va trop loin (chez Bern, Ardisson ou Ruquier par exemple). Je lui dit, il s'énerve. Il est franchement dégouté de l'hypocrisie ambiante et du nouvellement vers le bas permanent. Personne ne trouve grâce à ses yeux parmi ses collègues de la chanson. "Dans le milieu, je ne connais personne et personne ne me dit bonjour. Je n'ai aucun ami chanteur. J'ai essayé mais je n'y arrive pas. Il y a toujours un moment où je ne suis pas d'accord. Je suis donc quelqu'un de très seul et ça me fait souffrir." Snif! Quelqu'un a t-il un mouchoir? "Vous savez qu'on m'a viré de l'Elysée Montmartre récemment. Je me suis fait insulter par 4 mecs qui n'avaient pas aimé ma prestation lamentable chez Bern. Ils m'ont carrément foutus dehors au bout de 10 minutes du concert que je venais voir tranquillement. Depuis, je vous jure, je suis devenu parano. Je trouve que tout le monde me regarde de travers. Encore ce matin dans le train... J'ai décidé d'essayer de me calmer sur les plateaux de télé parce que les conséquences sont terribles pour moi." Mon opinion perso c'est que Murat est emmuré dans un monde dans lequel il ne se sent pas bien. (C'est qui le roi de la psychanalyse de comptoir?) Donc, il déborde constamment. Sa seule issue est de créer. Ecrire, peindre, chanter, jouer de la guitare... tout le temps. "Peut-être bien." réfléchit-il en me versant, sans me demander, un verre de Vittel (putain, mais j'en veux bien, moi, de son pinard congelé!). "Etre créatif, c'est vouloir sortir de soi. Si je n'expulse pas les choses, elles m'empoisonnent, alors j'écris. Vous avez raison au fond. Je passe mon temps à essayer de retrouver une vie ou une dimension humaine dans laquelle je me retrouve. La vie quotidienne sans exercer mon art est une torture pour moi." Hop! Encore deux glaçons in the wine! Paradoxal discours parce qu'en même temps le crédo de Jean-Louis (oui, je l'appelle Jean-Louis, c'est désormais mon meilleur pote...) c'est "Amour, plaisir, désir".  Je lui demande si l'amour au sens large, le plaisir de boire et de s'envoyer en l'air sont ses seules activités extra artistiques. Il se marre. "Pas vous peut-être? Franchement, il faut en profiter et faire en sorte que la vie soit enthousiasmante pour tout le monde." Moralité: il faut picoler, baiser et se lâcher. La vie selon St Murat, c'est un peu le paradis.

Lien:

www.jlmurat.com