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04 février 2008

Héléna Marienské... du sens et de l'esprit!

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Le vendredi 25 janvier dernier, j’étais à la bourre… coincé dans les embouteillages. Je ne voulais pas être en retard. Je ne sais pas pourquoi, Héléna Marienské m’a très vite imposé le respect. (Notez que je n’aime faire attendre quiconque, Héléna Marienské ou pas…). Je ne sais pas, le fait que le ramage se rapporte autant au plumage. Une belle femme avec un si grand talent, ce n’est pas rare, mais là, ça frisait la caricature. Hé, j’suis timide moi, ho !

(Quoi ? Il y en a qui trouvent que ces propos sont légèrement sexistes ? Dirais-je ça d’un homme ? Il est beau et intelligent. Et bien oui. Tenez, Nicolas Fargue, il n’est pas moche et sa plume non plus… bon, et que dire de Florian Zeller, et qu’est-ce que vous faites de Louis Lahner, Marc Lévy… etc. Liste non exhaustive. Alors ? Vous ne savez plus quoi rétorquer, hein ? Ha Ha ! Je vous ai bien eu. Et toc !)

Bref.
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Rendez-vous à 15 h aux éditions Héloïse d’Ormesson. A 15 h 10, je tournais encore pour trouver une place. J’appelle Audrey, une des deux attachées de presse de la maison. Elle me rassure en me disant que l’auteur(e) n’est pas encore arrivée. (Audrey commence à bien me connaître, elle sait qu’il faut ménager mon émotivité et ma sensibilité à fleur de peau… Mandor est fragile.)

Je cours pour arriver à l’heure, ce qui est impossible, car il est déjà 15 h 15 et ce n’est pas en courant vite que l’on remonte le temps. Tenez ! Ça n’a rien à voir, mais ça me rappelle une phrase de Pierre Dac (ou Francis Blanche, je confonds toujours) : Plus tu pédales moins vite, moins tu avances rapidement. (Avouez que ça valait le coup que je fasse cette halte culturelle !).

Devant l’immeuble, une jeune fille me tient la porte… Merci mademoiselle. La demoiselle a un visage qui ressemble fichtrement à celui d’Héléna Marienské. Bon, OK ! C’est elle. Je l’interpelle en me présentant.

Waow ! Je récapitule, elle est talentueuse, belle et en plus, sympathique. Nous prenons l’ascenseur ensemble et démarrons la conversation sur je ne sais plus quel sujet. Peut-être la difficulté de se garer à Paris ou l’importance d’arriver à l’heure à ses rendez-vous…

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Audrey nous installe dans « le bureau » de la maison d’édition… et je branche mon Sanyo pour ne pas perdre une miette de la conversation.

Mais, si vous avez lu la note de vendredi, vous avez déjà compris que rien n’a été enregistré.

Et c’est bien dommage.

Ce qui est croquignolesque dans cette mésaventure (je sais, ça fait 1000 ans que personne n’a utilisé cette expression… et alors ?), c’est que justement, j’expliquais à Héléna avant de démarrer que je ne comprenais pas comment faisaient les journalistes qui n’enregistraient pas les interviews pour rédiger leur papier quand ils rentraient chez eux.

Et elle de répondre : « Moi, je vais jusqu’à dire que ça me déstabilise quand ça arrive parce que je me demande ce qu’ils vont retenir de l’entretien… »

Gasp !

Redevenons un professionnel irréprochable. D’abord, il est important de rappeler que c’est une anecdote qu’on lui a racontée dans un café parisien, qui a déclenché l'idée d'écrire Le Degré suprême de la tendresse. Je vous la fais courte. Un homme et une femme récemment rencontrée sortent éméchés d’un bar de Bastille. Ils flirtouillent tranquillement quand le vilain et entreprenant monsieur force un peu la dame à lui administrer une petite fellation, comme ça, rapidement. La demoiselle, ayant fort peu apprécié l’aimable « plaisanterie », mordit d’un coup sec l’objet du délit. Le gland, tranché net, roula dans le caniveau, ce qui calma, je pense pouvoir le préciser sans trop me tromper, les ardeurs du facétieux bonhomme.

Comme Héléna Marienské l’écrit si bien : « …le temps n’est plus où les femmes se laissaient clouer le bec. Qu’on tente de leur encombrer la bouche, elles trancheront désormais le problème. »

Et comme elle l’explique parfaitement « la violence du sujet devait être traduite, métaphorisée par un tour littéraire ». En l’occurrence, le pastiche.

Là, je cite, de mémoire…

-Le pastiche est une forme littéraire comme une autre. Je m’approprie le style l’imaginaire et même l’inconscient des auteurs sans leur demander leur avis et ensuite, j’en fais ce que je veux.

Donc, là, elle inverse le rapport de forces. « La dominée du fait divers s’approprie par la plume de l’auteur(e) le verbe de l’autre – et par la même son pouvoir ».

-Quand j’ai écrit ce livre, je ne savais pas que j’allais l’assumer en public. Je ne pensais pas le faire éditer, ce qui m’a permis de me lâcher et d’aller loin dans les propos tenus. Je ne me suis pas freinée.

c5f5c0e0b1f2e6edec89e398a0acf721.jpgJe souris parce qu’avec son premier livre Rhésus, elle ne s’était déjà pas beaucoup freinée pour écrire cette histoire hallucinante d’un bonobo gérontophile qui met le feu aux mœurs d’une maison de retraite. (Prix du 15 minutes plus tard, la Mention spéciale du Prix Wepler Fondation La Poste et le Prix Madame Figaro/le Grand Véfour).

Héléna Marienské, même si elle s’emploie à m’expliquer le contraire est une provocatrice. Je lis dans son sourire qu’elle aime bien ça. Choquer, mettre un coup de pied dans les fourmilières, désarçonner son lecteur, s’amuser avec, écrire cru sans franchir la frontière de l’égrillard… elle s’en amuse. Mais, elle insiste sur le fait que ce livre est un livre féministe.

-Toutes les héroïnes de mon livre sont des femmes libres et libertines. Elles ne se laissent pas imposer l’acte sexuel qui serait contraire à leur désir. Elles savent dire non. Elles ont l’art d’expliquer qu’elles ont une bouche qui sert aussi à parler. Elles ne s’en privent pas.

Héléna Marienska m’expliquera aussi qu’elle a voulu venger la femme.

« Le désir de la femme si souvent puni, Sali, mais qui refuse toute facilité de l’oppression. On dérobe à la femme la parole, elle dérobe momentanément le sexe. »

L’agrégée de lettres, elle, dérobe à ses auteurs le style, le temps d’un récit.

Elle écrit donc des « horreurs » à la manière de Michel Houellebecq, Gédéon Tallemant des Réaux, Louis-Ferdinand Céline, Jean de la Fontaine , Christine Angot, Michel de Montaigne, Vincent Ravalec et Georges Perec.

Vous dire mes préférences n’aurait aucun intérêt.

Mais, vous me connaissez, je vais quand même le faire.

Jean de la Fontaine m’a bluffé, Perec impressionné (comme dans son livre La Disparition , écrire une histoire sans un seul « e », boudiou !!!) et surtout (parce que je suis fan), Ravalec m’a estomaqué. Je ne sais pas comment Héléna Marienské parvient à un tel mimétisme, mais c’est impressionnant.

Ce sont tous des textes libertins écrits sur le mode fantastico-comique, badins, désinvoltes et surtout, j’insiste car je n’utilise pas tant que cela ce mot : « jubilatoire ! »

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Je lui dis tout le respect que j’ai pour Ravalec, un auteur pas assez reconnu à sa juste valeur. Personnellement, j’ai bien fait quelques tentatives de mise en avant sur mon blog (ici et ), mais il n’a toujours pas reçu le prix Goncourt depuis.

Ce que je trouve très agaçant, à la fin !

A quoi ça sert que j’écrive des notes si Nourissier ne les lit pas (quoi, il a donné sa dém’ de l’Académie Goncourt!)

Nous parlons un long moment de Vincent Ravalec et nous échangeons nos impressions sur quelques-uns de ses livres.

Et Audrey vient pour clore l’entretien.

Ah ! Je ne suis pas tout seul sur Terre ?

D’autres journalistes souhaitaient rencontrer Héléna Marienské ?

Oui.

Bien.

Je m’efface.

À regret.

Et, je conseille à tous de lire cette performance littéraire, ses huit variations sur le même thème, ce monument de la littérature coquine et…exquise.

Allez, soyons fous ! J’estampille ce « degré suprême de la tendresse », coup de cœur du mois.

Ici, une jolie critique...

31 janvier 2008

Béni Snassen... Chevaliers des temps modernes!

  
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 Vous vous souvenez, il y a trois semaines, j'avais filé un coup de projo sur ce collectif rap...

"Il aura fallu attendre la naissance de Béni Snassen pour rendre à la culture du collectif Rap ses lettres de noblesse.

Voici donc Spleen et Idéal, le premier projet à sortir sous la bannière du nouveau label Gibraltar, porté par Abd al Malik puis nourri par la présence de Bi'lin, Wallen, les NAP, Hamcho, Mattéo Falkone et un spécial guest de choix Ali.

  

Serais-ce le premier album Hip Hop humaniste? L'approche artistique de ces chevaliers des temps modernes ne nous laisse guerre entendre autre chose. C'est une belle histoire qui commence là, le genre de récit épique où ce n'est pas l'issue du combat qui importe mais le combat lui même".*

(*Extraits du dossier de presse.)

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Voici donc la suite...

C'est parti!

1e57cdebeee51880f39564cc17ce6109.jpgIl y a une part de violence en nous que l’on ne peut ignorer…

Mais il y a aussi en l’homme cette capacité exemplaire à la maîtriser.

Woaw ! Déjà là, ça commence fort. Le slogan de Beni Snassen, il en jette un max.

Beni Snassen (un peu de culture, s’il vous plait !), c’était une confédération tribale dans l’oriental marocain. Comme l’explique le dossier de presse : « Un territoire montagneux qui accueillaient depuis des siècles des tribus bien distinctes revendiquant leur unité, n’hésitant pas à exprimer leur désaccord, leur résistance, toujours avec respect, honneur et bravoure ce qui d’ailleurs valut à un char français de porter le nom de Beni Snassen. »

 

Jeudi dernier (le 24 janvier), j’ai été convié à rencontrer trois membres de ce collectif rap. Je ne parle pas beaucoup de rap ici, parce que je n’aime pas le rap. Mais, là, c’est différent, l’un des instigateurs de cette aventure est Abd al Malik (avec sa femme Wallen et Fabien Coste).

Et Abd al Malik, je l’aime bien. Certes, qu’on le compare à Brel m’exaspère (parce que ce type de comparaison est parfaitement stupide), mais le garçon est pétri de talent, c’est sûr.

J’arrive dans une petite pièce de chez EMI ou m’attendent sagement 3 Beni Snassen. Warda (l’une des deux sœurs Bi’lin), Fabien Coste (aka Badr), le producteur du disque et Abd al Malik. Ces deux derniers, je les avais rencontrés dans des circonstances, pour le moins originales…

D’ailleurs, Fabien me fixe et finit par me dire :

-On s’est croisé où ?

-J’ai interviewé Abd al Malik pour son album Gibraltar. Vous étiez avec lui ce jour-là.

-Oui, mais c’était où ?

-Euh… au Mac Do de l’Aquaboulevard.

Les deux, de crier : « Ah, oui, c’était toi ! » 

Et Abd al Malik, d’ajouter :

-A chaque fois qu’on passe devant, on repense à ce journaliste qui a consciencieusement fait son interview, assis à une table du Mac Do… devant un chicken et un coca !

-Oui, ben, moi, c’est pareil, à chaque fois que je passe devant, je répète l’anecdote à qui se trouve à côté de moi. Quand je suis seul, je me la raconte à moi-même…j’ai une vie tout à fait passionnante.

-Tu sais que tu étais le premier, en tout cas, un des tout premiers à t’intéresser à mon disque ? Tu m’as porté chance. Merci !

(De rien, moi, si je peux rendre service !)

C’était là d’ailleurs. La top classe internationale !

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Bref, je vois Warda qui sourit à cette méga aventure pittoresque, comme si elle se détendait, genre, « bon, lui, visiblement, il va être gentil avec nous. »

Mais, je suis toujours gentil, moi, avec les artistes. Surtout avec ceux qui deux jours plus tard, sont fait « chevalier dans l'ordre des Arts et des Lettres » par la ministre de la Culture Christine Albanel ». C’était le cas pour Abd al Malik, dimanche, à Cannes au premier jour du Midem (Marché international du disque et de l'édition musicale).

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J’attaque en demandant au futur nouveau « chevalier » de m’expliquer le pourquoi du comment de ce collectif.

Abd al Malik : Je tiens à dire qu’avant que l’on concrétise le projet Beni Snassen, il y avait déjà un collectif. Des artistes qui gravitaient autour de mon groupe NAP. On s’était toujours promis que le premier qui aurait du succès ferait quelque chose qui permettrait de mettre en avant les autres. Notre démarche s’inscrit parfaitement dans la culture hip-hop. Le collectif. Si chacun à sa singularité, il y a une idée commune. Il s’agit de trouver l’unité dans la diversité et la diversité dans l’unité. On se connaît depuis longtemps, on est fan des uns et des autres et au final, il y a une saine compétition entre nous. On se porte tous vers le haut.

Warda précise timidement : Il n’y a ni hiérarchie, ni rivalité entre nous. Pour le duo que je forme avec ma sœur (Bi’lin), Hamcho, Mattéo Falkone et les NAP, c’est bien de travailler avec Wallen et Abd al Malik. Ils ont beaucoup d’expérience et sont très enrichissants. Ce que je trouve étonnant, c’est que nous avons écrit et composé séparément et qu’à la fin, il y a une unité à cet album. C’est parce que nous sommes dans le même état d’esprit.

Fabien Coste, acquiesce. Il n’est pas là pour décorer la salle. S’il est producteur, il est aussi l’un des concepteurs du projet, donc, il participe activement à la promo. Je le soupçonne même d’aimer ça.

-On est dans une dynamique de travail, de rigueur et de respect des choses. On veut brandir l’étendard du hip-hop pour montrer que c’est une forme culturelle musicale qui fait partie de notre patrimoine. On veut prouver qu’elle est accessible dans le fond comme dans la forme. Ce qui nous unit, c’est notre humanité. Elle va nous servir à construire un pont entre les cultures…

Abd al Malik lui coupe presque la parole.

-Oui, et nous avons écrit les textes dans une forme d’urgence. Le rap, c’est une musique qui traîne des casseroles. Nous voulons dire : « N’ayons plus peur ! Essayons d’aller voir ce qu’il y a chez l’autre, observer ce qu’il y a derrière. »

Je ne comprends pas ce qu’il vous sous-entendre par là. Les rappeurs ne sont plus considérés comme des méchants sans foi ni loi… enfin, il me semble.

-Ce n’est pas ce que je veux dire, mais enfin, les rappeurs ne sont pas en périphérie de la société et du monde. Les crissements de cette société, l’individualisme, le rapport au matérialisme, une forme de misogynie, etc…etc… on les vit. On est parfois comme ça, parce que la société est comme ça. Le rap est à l’image de la société.

Tous les artistes du collectif se retrouvent autour de ses valeurs de « chevalerie universelle » comme autour d’une source intarissable d’inspiration qui leur rappelle leur soif d’idéal.

Mais franchement, je les entends dire partout qu’ils sont les chevaliers des temps modernes. Je demande à Abd al Malik, à moitié en plaisantant, s’ils n’exagèrent pas un chouia….

-Celles et ceux qui sont une démarche d’espoir et dans une dynamique de bonté sont des chevaliers. L’idée, c’est de comprendre que lorsque l’on rêve seul, ça ne reste qu’un rêve, mais dès que l’on rêve à plusieurs, c’est le début des temps nouveaux qui sont là.

Et Fabien Coste d’ajouter :

-Le temps est neuf à chaque instant. Ce qui va être demain, c’est ce qu’on fait maintenant. Nous on veut bouleverser la société par le prisme de l’art et de la culture.

Je reste assez interloqué devant cette assurance. Je réitère différemment mes propos. ? N’ont-ils pas peur de passer pour des prétentieuses personnes pétant gaillardement un câble ?

Abd al Malik ne se démonte pas.

 

-D’abord, nous n’avons peur de rien. Des discours, on en a des merveilleux, des devises gravées dans la roche aussi. Il s’agit maintenant de rendre réelles dans le quotidien les paroles prononcées. Le changement est dans nos mains. Nous artistes, vous journalistes, le boucher, le facteur, le chômeur… tous, nous devons être acteur du changement. La communauté humaine doit être à la hauteur d’elle-même. S’il y a de la prétention à dire que, finalement, la meilleure des choses pour améliorer le monde, c’est s’améliorer soi-même, ça ne me dérange pas de passer pour un prétentieux. On est là pour agir, pas pour se demander ce qu’untel va penser de notre démarche. L’essentiel, c’est de faire avancer les choses. Nous sommes sur cette Terre pour cela.

Bon, ce qu’il y a de certain, c’est que les Beni Snassen sont bien dans leurs trucs. À fond dans le concept et les personnages. C’est bien.

A tout bien réfléchir, Beni Snassen/FAPM, même combat, sauf que nous, nous agissons dans l’ombre.

Très discrètement.

Et puis, on ne sait ni raper, ni slamer, encore moins chanter… enfin, on de débrouille comme on peut.

On mange, on boit, on refait le monde à notre façon.

Tout pareil, quoi !

Ici donc, 3 Beni Snassen et un FAPM.

(Même pas peur!)

 

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De gauche à droite, Abd al Malik, Mandor, Warda (Bil’in) et Fabien Coste (Badr).

Les nouveaux maîtres du monde (ouais, ben, j’m’inclus, si je veux !).

(Hein ? Pardon ? Je n’ai pas dit un mot sur le disque en lui-même… normal, je ne dis que du bien ici. J’ai tellement aimé Gibraltar, le disque d’Abd al Malik, que j’ai été forcément déçu par celui des Beni Snassen. Pourtant mixé et arrangé par Renaud Létang (Feist, Gonzales, Katerine) et produit par Bilal. Mais, encore une fois, le rap n’est pas ma culture, c’est presque normal que je n’apprécie guère. Si vous voulez lire une critique qui colle, à peu de choses près, à ce que je pense, petit curieux, allez lire la chronique de ma copine Marie Cartier sur Zik addict.

Allez, une autre vidéo. Les Beni Snassen dans Ce soir ou Jamais sur France 3.

 

 

 

www.myspace.com/benisnassen

Le Skyblog officel.

29 janvier 2008

Ami Karim... slameur original!

 

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J’ai longtemps habité Belleville. A côté de mon ex domicile, il y a un mur où est inscrit une phrase écrite par l’artiste Ben. « Il faut se méfier des mots ».

2fbb25ef41ce8a985fa5942065dc09d5.jpgRien n’est moins vrai. L’histoire que je vais narrer aujourd’hui à un rapport avec mon introduction. La semaine dernière, j’ai fait de la pub pour un slameur qui sort prochainement un disque. Il n’est pas nouveau. Il anime avec Grand Corps Malade et John Pucc’Chocolat les soirées slams du Café Culturel de Saint-Denis depuis quelques années (un peu la référence dans ce domaine.)

A la suite de ma note, il y a eu quelques commentaires. Pas méchants, mais un avec des certitudes.

Puis, le lendemain, je reçois un mail de l’artiste en question, Ami Karim.

En me baladant sur le net, je suis tombé sur votre petite chronique annonçant la sortie de mon album. Si vous habitez en région parisienne et que votre soirée du 29 janvier est libre, ça me ferait plaisir de vous inviter au concert que je donne au Studio de l'Ermitage à 20 h 30. Si cela vous tente, envoyez-moi juste un petit mot de confirmation, et je vous inscrirai sur la liste.

Merci en tout cas, à bientôt,

Karim

Je lui envoie un mail pour le remercier de ses remerciements (oui, je sais, ça n’en finit plus…) et on décide de s’appeler.

Le jeune homme, très gentil, m’avoue que le commentaire indiquant que ce qu’il faisait ressemblait à Grand Corps Malade l’avait dérangé. Je comprends même qu’il en a été blessé. Il m’explique qu’il ne comprend pas que l’on juge un album sans l’avoir écouté.

Je suis complètement d’accord avec lui, je l’ai d’ailleurs indiqué dans ma note et dans mes propres commentaires. Nous décidons de nous voir pour discuter de tout ça tranquillement.

Ce que nous avons fait hier après-midi dans un bar de la rue des Tilleuls. Il est déjà là quand j’arrive. Il fait des mots fléchés. Poignée de main chaleureuse et franche.

J’aime.

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Nous attaquons notre conversation sur le commentaire de cette lectrice.  Je la défends en lui  précisant qu’elle est plutôt bienveillante habituellement et qu’il doit s’agir d’une maladresse.

-Oui, sans doute, mais je pars du simple principe qu’on ne peut parler des choses que quand on les connaît. Je ne comprends pas que l’on dise que mes textes ont un quelconque rapport avec ceux de Fabien (Grand Corps Malade, en vrai !). Cette lectrice ne sait pas de ce que je fais et ça me fait du tort de dire que notre travail est identique. Nous avons deux univers différents. Le phrasé du slam est le même, certes, mais pas le propos.

J’explique à Ami Karim qu’il va falloir qu’il se prépare psychologiquement à entendre cette remarque trèsec1707d3dfe4124ab18d1462bb2a7bcb.jpg souvent. Parfois, le jugement des autres est sans appel, sans profondeur, sans discernement. Il a intérêt à enfiler tout de suite une carapace de crocodile s’il ne veut pas être heurté par ce genre de réflexion. Grand Corps Malade est le seul point de repère du public non initié.

-Je sais bien que je me dois de ne pas réagir au quart de tour. Je t’assure que je suis ouvert à toutes les critiques… mais si les gens ont écouté l’album. Autrement, je trouve ça injuste. Des personnes derrière leur clavier se permettent de juger le travail de plusieurs années d’un artiste en ayant écouté juste un extrait d’un titre, j’ai du mal à le concevoir.

Le paradoxe de tout ça, c’est que Grand Corps Malade et Ami Karim sont des potes. Ils interprètent un très émouvant duo dans l’album à venir. Je t’ai croisé dans un de mes textes. Grand Corps Malade s’y dit « jaloux » du talent de son confrère es slam et c’est aussi une merveilleuse déclaration d’amitié.

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Son disque sort le 11 février. Je l’ai écouté plusieurs fois. Mais comment fait-il pour trouver toujours le mot qu’il faut ? C’est un truc de dingue ! Je ne m’en remets toujours pas. Il est percutant, drôle, poétique, émouvant et souvent surprenant. Il raconte son bus 153, sa cité (et ses habitants), son oncle mort, ses parents, sa philosophie b401bf56eca0d5cb9dd275f855b9b35f.jpgde vie, l’écriture, une professeur inoubliable, le racisme ordinaire… je suis scotché par la puissance de ses mots. De véritables skuds.

Pas de jérémiades, pas de rimes faciles.

La vie n’est pas que belle, on le sait, mais il tente de retirer de cette mélasse quelque chose de l’ordre du joli. Pas évident de rendre l’espoir dans le chaos infernal du monde actuel.

Ne vous laissez pas aller à la facilité. Ami Karim n’est pas Grand Corps Malade. L’un n’est pas meilleur que l’autre, ce sont deux poètes urbains talentueux, mais l’un n’est pas l’autre (je sais, je me répète).

J’avais dans l’intention d’aller plus loin dans ma réflexion sur ses 14 titres. Mais non. Ce serait comme raconter un film. Pas question de vous gâcher le plaisir de découvrir l’univers de cet artiste.

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00ffb22679b425f012d1ebd16a578d99.jpgJ’allais oublier d’évoquer la musique… majestueuse, variée et frissonnante (j’veux dire par là qu’elle file souvent la chair de poule…).

Ce soir Ami Karim se produit avec trois musiciens au studio de l’Ermitage.

8 rue de l’Ermitage.

75020 Paris.

Infos : 01.44.62.02.86

Ami Karim a accepté d’inviter10 blogueurs pour assister à son prochain concert.

Parce qu’il n’y a que dans ce contexte que l’on peut juger…

On en reparlera.
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La grande classe les coulisses de la photo...

Pour tous renseignements ou demandes éventuelles d’interviews, vous pouvez contacter Anne-Sarah (l’attachée de presse d’Ami Karim) sur ce mail : bysarah@wanadoo.fr

Ou le contacter directement par son MySpace. C’est lui qui le gère… et qui répond.

 

Voici 3 vidéos pour jeter un oeil sur le travail du monsieur... interviews, témoignages, extraits de titres.

 

 

 

 

 

28 janvier 2008

Le cabinet des curiosités... Coralie Trinh Thi!

 
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Photo: Lynn SK
2152916200a16ee0cc4bdb211f6e048f.jpgCette interview filmée a été conçue pour un projet bien précis de mon ami Eric Briones, le fameux Dark Planneur...
Exceptionnellement, pour ce premier numéro, je participe à l'entretien, mais j'ai laissé la réalisation et le montage à ses bons soins.
Voici le concept de ses "cabinets de curiosités", dont j'ai choppé l'explication sur son blog:

Le Cabinet des Curiosités est un rendez-vous bi mensuel, nous y travaillons avec passion. Plus qu'un énième concept d'interview podcast, Le Cabinet des Curiosités se veut une histoire toujours licencieuse, une invitation aux plaisirs de l'esprit, à la découverte des interdits contemporains.

Donc, considérez qu'il y a dans cette vidéo quelques moments, comment dire... un peu "évocateurs", mais rien qui ne vous choquera pour le restant de vos jours.
Merci à Coralie Trinh Thi pour qui j'ai beaucoup d'estime.
(Mais plus jamais, je ne boirai de Kirs aux marrons...)

24 janvier 2008

Laurent Terry... le gagnant du 1er prix Blogauteurs/Plon

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Photo: Denis Guignebourt/Abacapress

 

Un flash-back s’impose. En mars 2007, le collectif d’écrivains officiant sur le blog « les Blogauteurs », a lancé le premier Prix Littéraire des Blogauteurs/Plon (le premier prix littéraire 100% issu d’Internet !).

Après des mois de suspens, de délibérations compliquées, de réactions diverses et variées (souvent houleuses), c’est un auteur de thriller qui a été choisi. Laurent le Toriellec.

Voir la vidéo des explications d’Anna Topaloff, journaliste du magazine Marianne, lors d’un déjeuner des blogauteurs… C’est assez parlant.

 


Blogauteurs
envoyé par fploton

33a397756047cc5dc9903f315b4c6758.jpgLe livre Manipulé sera donc publié chez Plon en mars prochain.

Voici « l’argumentaire » trouvé sur le site de l’auteur…

Lorsqu'il regarde dans le rétroviseur de la vie, John D. Helling n’y voit que du bonheur : un pavillon dans la banlieue résidentielle de Boston, une situation enviée de cadre dans la haute technologie, une femme charmante avec qui il construit peu à peu son avenir. Tout cela aurait dû continuer ad vitam mais un grain de sable va venir bousculer ce destin sans heurts. Une émission de télévision anodine sera l’élément déclencheur d’un tourbillon de d'événements plus terrifiants les uns que les autres et qui le conduiront à remettre en cause toutes ses certitudes. Au péril de sa vie, il devra aller jusqu'au bout pour passer de l'autre côté du miroir, celui où la vérité vous frappe en plein visage. 

Laurent est un lecteur de mes chroniques et semble pétri d’un certain talent pour raconter des histoires bien ficelées (même si je n’ai lu que les 10 premiers chapitres).

Je lui ai donc demandé s’il ne voyait pas d’inconvénient à ce que nous nous croisions pour une première rencontre.

(Il y en aura une seconde à la sortie du livre).

(Pourquoi, je fais ça ? Faire de la pub en deux parties pour un auteur dont je n'ai pas lu le livre. Je ne sais pas. Tout ce que je fais n’a pas toujours de sens, mais je suis un intuitif... il doit y avoir une bonne raison, mais, je ne la connais pas encore.)

Laurent s’appelle désormais Terry. Son éditeur lui a demandé de changer de patronyme.

(Les raisons sont expliquées ici).

Vendredi dernier, nous avions donc rendez-vous au Pub Saint Germain. J’arrive avant lui, m’installe, commande un jus de raisin fermenté et patiente en regardant qui, un couple qui me semble illégitime, qui deux hommes d’affaires affairés, qui une étudiante stupide avec un homme beaucoup plus âgé…

Je ne m’ennuie jamais tout seul.

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Laurent arrive, souriant et il me sert la louche avec vigueur. On sent l’homme déterminé, l’homme de communication, l’homme qui a des fonctions importantes dans son entreprise… ce qui est le cas dans sa vie professionnelle. Il ne souhaite pas que j’en dise trop sur ses activités. Je respecte ce choix. Je ne dirai pas qu’il est dans la Télécommunication  en tant que « Marketing Coordination Manager », ce serait trahir sa confiance…

Non, je vous rassure, ça, j’ai le droit de l’indiquer, mais pas qu’il travaille chez BIP !!!

Il me demande si ça ne me gêne pas d’aller dans la salle du fond. « On voit la rue, c’est plus éclairé ! ». Pas de souci. Moi, je ne suis pas regardant.

Avant de parler de son livre, nous échangeons nos points de vues sur la blogosphère, car le monsieur est féru de la chose. Lecteur insatiable de certains d’entre nous… et lui-même très lié à l’Internet.

e1f50ed671055a7639729cd7c9d7eaba.jpgIl a son site officiel, son blog et son MySpace.

Un homme de son temps.

Mais il me précise que ce n’est pas pour autant que la blogosphère littéraire française va l’aider à promouvoir son livre.

 

-Il y a manifestement un rejet des gens qui bloguent sur le thème de la littérature en France, parce qu’ils sont loin des thématiques que j’aborde. Je compte plus sur mon réseau MySpace… mais de toute manière, très franchement, le net, pour faire connaître la littérature, c’est un canal supplémentaire, mais certainement pas le canal majeur.

Je comprends parfaitement le discours de Laurent Terry. Quand il a gagné le concours, il a eu le droit à une volée de bois vert dans les commentaires du blog. Il s’est littéralement fait incendié par pas mal d’internautes… Chat échaudé craignant l’eau froide, il n’attend plus rien de personne par ce biais là.

-Beaucoup ont été féroces avec moi. Ils ne se rendent pas compte à quel point certaines réflexions  peuvent blesser. Enfin, il faut prendre beaucoup de recul… Je sais qu’en France, le thriller est considéré comme un sous-genre, mais quand même…

Il réfléchit, puis continue :

- …alors, qu’au fond, je suis tout à fait persuadé du contraire. Les lecteurs ont envie de lire ça !

Ce livre, Laurent l’avait déjà écrit et proposé à d’autres éditeurs. Sans succès, donc, il apprécie la chance que lui a apportée ce prix.

-Il m’est arrivé d’avoir des réponses négatives en deux jours. En deux jours ! C’est très fort d’être si rapide pour lire...
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Bien sûr, il s’attend à ce qu’on lui reproche son écriture trop "américanisée", mais il m’explique que c’est sa culture personnelle.

 

-Je lis beaucoup. En majorité des auteurs américains, beaucoup de SF, de romans d’anticipation, de polars et de thrillers. Je ne peux qu’écrire ce genre de roman, je baigne dedans. J’ai compris la mécanique alors, je construis mes histoires comme un Meccano, un jeu de lego ou un puzzle… mais rassurez-vous, au final, toutes les pièces s’imbriquent ! » »

Quel est le postulat de départ de son livre ?

-C’est un homme normal, un monsieur tout le monde qui, d’un seul coup, en regardant la télé voit sa vie basculer. Il découvre que tout ce à quoi il croit, tout ce qu’il croit connaître de sa vie, de la vie en générale, n’est qu’apparence. Je voulais développer l’idée que, quelque part, ce que l’on voit n’est pas la vérité.

Je parodie X Files en prenant une grosse voix (ce qui est extrêmement difficile pour moi !) : « En somme, la vérité est ailleurs ! ».

Il me regarde bizarrement, et moi, je me demande pourquoi son auriculaire est raide.

Bref, je finis mon vert de jus de raisin fermenté et prétexte une autre interview pour filer… d’ici à ce que je vois Laurent s’enflammer dans un halo rougeâtre, il n’y a qu’un pas.

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(Sinon, là aussi, la vérité est ailleurs... nous avons longuement discuté de nos vies respectives et parlé boulot… en plus, c’est lui qui est parti parce qu’il avait rendez-vous avec son éditeur. Mais, je trouve que, comme fin de note, c’est moins fun !).

Au Salon du Livre de Paris, il est question qu’il se passe des choses autour de Manipulé et de son auteur. Mandor sera là.

(Eh oui, ça recommence, Mandor, de nouveau, parle de lui à la 3e personne…)

(J’pensais que c’était fini son "alaindelonite aiguë".)

(Ben non.)

21 janvier 2008

Stanislas... chanteur aérien!

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En ce moment, Stanislas, il faut le choper quand on vous le propose, sinon, ça retarde pas mal la prochaine échéance. La précédente date ne me convenait pas puisque je devais m’absenter de Paris. J’ai attendu un mois la suivante, bien fait pour moi ! C’était mercredi dernier (16 janvier) dans les locaux de Universal.

Stanislas, c’est le chanteur populaire qui monte. S’il en agace certains avec sa voix haut perchée, son look de jeune premier romantique, ses musiques avec des cordes virevoltantes et ses textes d’amours qui finissent mal, il plait à la majorité. Et pas qu’à un public masculin. Je ne compte plus les blogs qui ont diffusé le clip du Manège avec des commentaires élogieux sur le personnage.

 

 

Stanislas est arrivé d’un coup dans nos vies. TF1 ayant diffusé en boucle ce clip (de préférence avant les quotidiennes de la Star Ac ’), difficile d’y échapper. (Mais, je sais, vous, évidemment, vous n’avez jamais jeté un œil sur cette émission…)

Et puis un jour, je reçois le disque à la maison. J’écoute, j’aime bien. Il y a une atmosphère qui se dégage de ses chansons. Un truc indéfinissable qui n’existe pas chez les autres. Une espèce de pureté, un travail propre, soigné avec de l’émotion derrière.

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Je ne suis pas convaincu par certains textes, mais dans l’ensemble, je reste scotché par cet album. En voilà un qui essaie de se démarquer. Il y parvient.

Je lis sur le dossier de presse qui m’a été envoyé qu’il est chanteur, chef d’orchestre, enseignant, compositeur, musicien et arrangeur. « Quelqu’un qui peut diriger l’orchestre de l’Opéra de Massy et écrire des arrangements de cordes pour Calogero, Céline Dion, Kool Shen ou Charles Aznavour… tout en enseignant la gestique à l’École Normale et en oeuvrant pour que la musique classique soit accessible à tous. ».

Mazette !

Il fallait que je rencontre une telle bête musicale.

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Au dernier étage de la maison de disque, il y a une petite pièce « interview » que j’ai pas mal fréquenté. C’est là que je retrouve Stanislas. Souriant et chaleureux, tout en me serrant la main « virilement », il me demande direct si on peut se tutoyer. J’accepte, évidemment, Mandor est l’ami des stars, non ?

Non.

Ah bon ! Je me calme alors.

Il me confie qu’il tente de prendre du plaisir aux interviews, mais qu’il n’en fait jamais plus de trois consécutives dans la même journée.

-C’est difficile de parler de soi. Quand on pose son œuvre sur la table en face de soi, finalement, on finit par l’observer. On sort d’elle, on remarque des détails qu’on n’aurait pas remarqué si on n’avait pas fait le travail de formulation. Avec vous, les journalistes, c’est un peu comme si j’allais voir un psy.

Je lui dis que c’est la première fois qu’un artiste m’avoue cela. Je suis entièrement d’accord avec Stanislas, mais, habituellement, aucun interviewé ne l’admet.

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Avant de parler musique, je lui demande s’il n’est pas un peu gêné par ce passé élogieux que l’on présente systématiquement pour poser le personnage. Le côté « regardez cet homme comme il est exceptionnel », n’est-il pas un peu « too much » ?

 

Il réfléchit.

 

-On met en avant mon parcours parce que, « marketinguement » parlant, il y a des points clés qui sont glamours. J’ai chanté avec Pavarotti quand j’avais 12 ans, je suis devenu chef d’orchestre à 20 ans, j’ai fait des arrangements pour Dion, Aznavour, c’est carrément du Name Dropping… Mais, tu sais, je ne suis dupe de rien. Dans mon métier d’enseignant, j’apprends à mes élèves qu’en direction d’orchestre, ce qu’il y a d’intéressant dans la musique, ce ne sont pas les arrêtes de poisson, c’est ce qu’il y a entre les arrêtes…

Son disque est un album de variété, est-ce vraiment compatible avec ses autres activités liées à la musique classique. Je veux dire par là, excusez l’expression, « est-ce qu’il n’y a pas une couille dans le potage ? ». Il sourit.

-Si j’avais fait La danse des canards et que l’on voit que j’ai fait les choses avec cynisme, je comprendrais que l’on me critique sans appel. Je t’assure que je n’ai pas fait un coup pour vendre beaucoup et tout de suite. Je veux construire une vraie carrière, à long terme. 

Il s’interrompt et reprend :

-J’imagine qu’il y a plein de musiciens classiques qui trouvent lamentable qu’on puisse prétendre de près ou de loin que ma musique à un cousinage quelconque avec de la musique classique. Je sais que certains crient à l’usurpation et à l’imposture. Il faut qu’ils se calment, moi, je revendique juste l’utilisation d’instruments traditionnellement utilisés dans la musique classique.

Je le sens un peu blessé par certaines attaques, même s’il ne le dit pas. Je remarque aussi qu’il parle de ses chansons comme des « petites chansons ».

-Tu as raison, il faut que j’arrête ça. Je m’auto-flagelle là et j’en ai marre. Il faut que je respecte mon travail pour que les autres le respectent aussi. Je n’ai aucune honte de cet album. Il est moi-même. Si je suis comme ça, c’est que je me méfie de l’interaction de mon parcours avec la musique. Je veux simplement qu’on écoute mes chansons avant de considérer que je me la pète avec mon passé. Je comprends qu’on n’aime pas Le manège, qu’on dise que c’est trop répétitif, trop féminin, trop gnangnan… ça, il faut que je l’assume. Mais quand on dit que je suis un faiseur, un mec qui veut plaire aux filles, ça à tendance à m’énerver parce que c’est tellement aux antipodes de ce que je suis et que mon but est loin d’être celui-là !

La discussion s’arrête nette. « Toc Toc » crie la porte !

ff3f903c141db164ab6008b69184ec8b.jpg« Entrez ! » répondons-nous. Et là, nous voyons pénétrer une femme qui nous dit : « continuez, je viens prendre de la vaisselle… c’est pour la galette des rois des enfants. »

Stanislas interroge, surpris, « Vous faites une galette des enfants ici ? ». « Ben oui. Les gens, chez Universal, ils font des enfants eux aussi ! ».

Deux autres personnes débarquent, dont Carine qui nous dit : « Faites comme si nous n’étions pas là ». Stanislas préfère se lever pour nous servir un café. Les 3 membres du personnel font un terrible raffut, ça devient un grand n’importe quoi, mais ça nous amuse. Puis, il regarde mon Sanyo et me dit : « Il est analogique ton matos ? ».

Je ne réponds pas. Attention terrain glissant. J’ai peur du coup bas. Il ne va pas me vexer quand même…

Bref, le silence revient dans la salle, nous poursuivons.

 

Je lui parle de son nouveau statut de vedette. L’aime-t-il ?

 

-Franchement oui. A 20 ans, j’ai quand même essayé d’être chanteur. J’avais un groupe de rock, mais je me suis vite aperçu que j’allais plus vite qu’eux et qu’il fallait que je trace ma route seul. A l’époque, personne n’a voulu de moi. On me disait que ma voix était trop aiguë et que mes textes étaient trop compliqués. J’ai mis du temps à imposer mon style. Même aujourd’hui, mon éditeur, Pascal Obispo, a du mal à placer mes chansons pour les autres chanteurs. A croire qu’il n’y a que moi qui puisse les chanter.

On dit de Stanislas qu’il est un hyper actif. Qu’en est-il exactement ?

-Je ne sais pas si tu as vu, mais ma tête part dans tous les sens, comme un moineau. Je suis attiré par différents stimulis mais je suis surtout un anxieux et un nerveux. J’ai sûrement peur du vide. J’ai tout le temps besoin d’être en remplissage intellectuel.

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Nous parlons de ses textes. Je lui reproche (avec diplomatie) de ne chanter que des chansons d’amour tristes. La rupture est le thème majeur de son répertoire.

-Musicalement, ma musique s’accorde bien avec le fait d’aller chercher les sentiments douloureux. Mais il y a quand même de l’espoir et de la lumière derrière, tu ne trouves pas ? De toute façon, le thème de l’amour perdu est très symbolique et universel. La chanson et la littérature sont remplies de l’introspection de cette douleur.

Le temps qui passe semble aussi beaucoup le préoccuper…

-J’ai 35 ans, je ne me sens ni jeune, ni vieux. Dans ma carrière, je n’ai jamais fait les choses qui correspondaient à mon âge. L’âge, c’est la description du temps. Le temps et la musique sont intimement liés. J’aime penser que la musique, c’est la façon élégante de tuer le temps.

Et la mélancolie qui se dégage de son disque, est-elle une posture ou le fruit réel de son état d’âme ?

(Rassurez-vous, je n’ai pas posé cette question, de cette manière…)

-Oh ! Je crois que je porte sur moi le poids du péché originel. Je porte avec moi des casseroles non résolues, mais je n’ai pas l’intention de les résoudre parce qu’elles me sont bien utiles dans mon processus de création. Ce sont des briques, de la matière première pour mon travail.

Mais, j’espère quand même bien être heureux un jour…

Houlà, la confession !

-Non, enfin, ce n’est pas ce que j’ai voulu dire. Je suis heureux là…

J’aime la fragilité des artistes.

Nous évoquons aussi les scènes à venir. Lui qui, en tant que chef d’orchestre, à l’habitude d’être dos au public, comment aborde-t-il cet aspect-là de sa vie de chanteur à succès ?

-Il va falloir que je gère mon trac parce que, comme je l’ai dit tout à l’heure, je suis très anxieux. Il faut que j’y aille sans calcul. Moi qui suis très précis, rigoureux en tout point, il ne faudra pas que je me laisse embarquer par des détails et garder une espèce de spontanéité. Ce n’est pas évident.

Le temps file. C’est terminé.

Déjà.

J’ai passé un moment fort agréable avec un artiste qui n’hésite pas à parler vrai et à montrer ses fêlures. « Bon client », comme on dit dans notre jargon.

Nous nous quittons après la séance photo que j’impose aux « mandorisés ». Il s’y prête joyeusement (mais veux quand même valider les clichés retenus…).

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Pour terminer cette note très longue, je laisse « la parole » à mon amie Lou. Cette jeune fille qui aime beaucoup la chanson française. Je lui ai demandé de m’apporter sa vision personnelle. Moins positive que la mienne puisque la variété n’est pas du tout sa tasse de thé. Je voulais un pendant à mon avis. Merci à elle d’avoir joué le jeu.

(Mais tu es dure, Lou!)

Hop ! Pour lire, c’est chez elle que ça se passe.

Ensuite, ce sera à vous de juger...

Un autre extrait de l'album pour la route (avec en guest, Calogero).

 

 

19 janvier 2008

Niobé... human song!

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Lui, ça faisait un petit moment que je l’observais de loin… que je m’intéressais à son parcours, son travail, ses disques.

104363c4dbe8a5fe00478f8e5a371f9b.jpgNiobé a sorti le 18 janvier son 4e disque.

Déjà.

Un « live » enregistré en public à Fécamp.

15 morceaux dont 11 inédits.

Et qui le resteront car ces chansons n’existeront que sur cet enregistrement.

Il est comme ça le Niobé. « Je sais bien que c’est difficile par rapport aux radios ou au bizness, mais je fais ce que je veux. Je m’autoproduis, ce n’est pas pour emprunter les mêmes routes que les autres. » m’explique-t-il. Il dit cela sans l’ombre d’un début de prétention. Non, Niobé est un homme libre. Enfin, aussi libre que l’on puisse l’être.

Il a monté sa propre structure pour se produire lui-même.

L’indépendance à tout prix…

Si je vous parle de cet auteur-compositeur-interprète aujourd’hui, c’est qu’hier soir, peu avant son concert à l’Essaion, je suis allé le débusquer. Débusquer étant un terme mal choisi car l’homme n’est pas du genre à s’enfermer dans une quelconque tanière. Il est du genre, tout à fait le contraire.

Du genre humain.

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Et, j’ai promis de lui faire un peu de pub ici. Oui, car il se produit de nouveau ce soir samedi, dans ce même petit théâtre que j’affectionne beaucoup.

J’arrive un quart d’heure avant l’heure. Il est en train de répéter avec ses musiciens. Dès qu’il me voit, il s’interrompt, vient me saluer immédiatement et me présente à toute son équipe.

« Je suis à ta disposition. Viens, on va là, c’est plus tranquille ».

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(Euh... pour mon Sanyo, là, je ne peux pas faire mieux!)
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Je me laisse porté par la vague Niobé. Je sens qu’il a l’habitude de mener sa barque tout seul. Il navigue à vue, sans ramer pour autant. Sa carrière est en train de prendre une jolie tournure, lui qui est pourtant toujours à contre-courant.

6074edf3c745df5b9a769d7aed3eadb8.jpgSon précédent disque De l'humain dans nos affaires sorti en 2004 a reçu un "choeur chorus" décerné par la revue Chorus et un coup de coeur décerné par l’Académie Charles Cros.

Ce qui, pour moi (grand amateur de la chanson française), sont de sacrées récompenses.

Permettez-moi de vous proposer un extrait de l’article de ce magazine (qui est un peu ma bible en matière de chanson française) :

« Pour ceux qu’aiment les étiquettes / Me voilà chanteur engagé / Engagé dans une conquête / Pour un peu plus d’humanité » (Allez les gars). Après deux opus déjà remarquables : Rêves de comptoirs en 95 et Le Nanalphabète en 99, Jean-Pierre Niobé le philanthrope poursuit son bonhomme de chemin. Pour ce troisième CD, il est resté fidèle à Lionel Tua qui écrit la plupart de ses textes. Des textes sur mesure, abordant des thèmes universels et tout simples : le train-train qu’il a eu envie d’envoyer balader, les gros malheurs, les petits soucis, les premiers émois, les menus plaisirs de la vie. Tantôt électrique, tantôt acoustique, l’univers proposé par Niobé s’enveloppe de swing, se nappe de samba. Cet artiste attachant met sa voix épanouie, et sa trompette allègre, au service de ces chroniques qui sont plus guillerettes que mélancoliques.

Ce que j’aime chez Niobé, c’est sa truculence et son autodérision. Mais aussi les messages qu’il ne peut s’empêcher de glisser dans ses textes.

-Avec Lionel Tua, mon parolier, nous voulons donner de la consistance à cet art qu’est la chanson. Nous souhaitons donner à réfléchir. Tu sais, dans la vie, je suis à fond dans le social et je suis très tourné vers les autres. Ce sont eux qui m’alimentent. Ce qui m’importe, c’est le respect de l’autre et le regard sur l’autre. Mes chansons sont le reflet de moi.

Ce nouvel album est fort, digne et sans démagogie, ce qui est un exploit.

-… il n’y a rien à atteindre, ni rien à réussir, il n’y a pas de finalité, pas de fortune à construire. Il y a une confiance à partager. Je donne ma vision du monde, sans artifices, conscient de la réalité sociale et politique. Je n’ai pas de regard introspectif sur mon travail, ça n’intéresse personne. Mon travail est tourné vers l’organisation du collectif humain.

Niobé est aussi un comédien de cinéma (3 films avec Chabrol), de télévision, et surtout de théâtre. Il participe aussi à quelques bandes originales de films. Bientôt, il travaillera pour le film de Robin Renucci et celui de Gilles Béhat.

L’homme a des projets à revendre.

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Personnellement, je suis très content car, ce chaleureux personnage s’inscrit tranquillement, mais sereinement dans le paysage musical.

Son MySpace.

Sa notoriété repose sur le public… et il vient de plus en plus nombreux le voir sur scène.

Soyez-en!

Ce soir.

Pour plus d’infos sur le concert, c’est ici.

 

Finissons avec un clip.

Bon samedi!

 

 

18 janvier 2008

Thomas Fersen... enfin, la vidéo!

9f32aac7c21dd4b8725443ff86fd6217.jpgUne mise en scène époustanflante !

Des truquages ahurissants !

Un jeu d’acteur (avant et après l'interview du chanteur), à côté, De Niro, il peut aller se rhabiller !

Une interview de 20 minutes réduite à la tronçonneuse à 10 !

Des décors de Roger Hart !

Des costumes de Donald Cardwell !

Une musique de Thomas Fersen !

Un montage brillant de Benoît Luciani  (avec, vers la fin, en cadeau bonus des panneaux verts, hommage appuyé à la Terre qu’il faut préserver).

Des commentaires signés par la truculente plume du même Benoît.

Tournage réalisé en un seul jour (le 20 décembre 2007).

Exclusif: Une vidéo interactive!!! (Il faut monter un chouia le son au début de la conversation avec le grand Thomas.)

 

(Petite précision : ce truc que je mets en ligne (j’ai honte, vous savez) connaît une ou deux (pas plus, j’vous jure !) imperfections techniques. « C’est la faute au matos ! » me dit f63802ea6e7cc27531edfc2ad45db74d.jpgBenoît. Il tente de convertir, re convertir…etc.  mais il y a plantage systématique. Comme cela fait une semaine qu’il se penche sur la question jour et nuit, je lui ai demandé d’arrêter les frais, pour qu’il puisse continuer sa vie familiale et professionnelle (et à 500, 00 euros TTC l’heure, je pense que je vais appeler Cofidis, j’ai besoin d’aide…)

(Notice : Avant visionnage de ce chez d’œuvre (en péril ?), peut-être pourriez-vous jeter un coup d’œil ici, histoire de vous remettre un peu dans le bain.)

 


Fersen
envoyé par Capra1313
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17 janvier 2008

Fleur Gire... ce soir au théâtre de l'Essaion

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(Photo: Francis Vernhet)

C’est chez ce brave et toujours diplomate Merlin que j’ai découvert Fleur Gire. Tenaillé par la jalousie : « quoi ? Un blogueur ose évoquer une artiste que je ne connais pas ! Tsss… n’importe quoi !), j'enquête sur elle.

Et je me demande comment j’ai pu passer à côté (mais, bon, en même temps, je me pose souvent cette question…).

J’envoie un mail au bienveillant Merlin. (C’est un ami de la chanteuse.) Il me file derechef ses coordonnées. Et je décide de la rencontrer très vite afin d’avoir le temps de concocter une note pour signaler sa présence ce soir, sur la scène de l’Essaion.

Ce que je fais aujourd’hui.

Hier, 18 h 15, Place du Châtelet.

3e interview de la journée (après Thomas Pitiot et Stanislas). Clore ma journée sur une note féminine n’est pas pour me déplaire.

Nous décidons d’aller dans une brasserie (je sais, je passe ma vie dans ce genre d’établissement… mais, c’est pour le boulot, vous savez.)

 

Je suis un peu désoeuvré, car je ne connais pas bien le répertoire de mon interlocutrice. Je ne connais que ce qui est sur son site officiel et son MySpace, je vais me débrouiller ainsi.

Je lui demande de me raconter son parcours (ce qui est la question la plus banale qu’un journaliste puisse poser à un artiste, mais, je vous rappelle que je suis en fin de journée).

Elle me parle de ses études de philosophie des beaux-arts, de son expérience de mime musical en milieu carcéral (si, si), de son documentaire artistique de textes et de photos sur l’école primaire (réalisé dans différents pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine)…

Vous l’avez compris cette Fleur là à la bougeotte et accumule les expériences les plus diverses. Comme par exemple, devenir éditrice des « Editions maisons ». Elle écrivait et fabriquait des petits livres tirés à un tout petit nombre… de 10 à 100 exemplaires (il reste des traces de ce passé, là…).

Bien vite, nous revenons à la musique. Elle évoque son duo de rue (Zigzagum) avec sa cousine comédienne violoncelliste Mathilde Fourmont. Puis se souvient de sa période solo dans des cabarets (comprenez toutes petites salles). Aujourd’hui, elle joue avec une autre violoncelliste, Johanne Mathaly.

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(Photo: Tristan Sébenne)
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(Photo: Tristan Sébenne)

Elle se produit aussi toute seule (le plus fréquemment).

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(Photo: Tristan Sébenne)

Il lui arrive d'être sur scène avec un guitariste (mais très rarement). C’est un peu selon les budgets, on s’en doute.

Bon, j’ai réduit un peu sa bio… la complète est ici.

Pour celles et ceux qui aimeraient découvrir cette jeune artiste, vous pouvez vous procurez son disque ici.

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Portraits a été enregistré au Forum Léo Ferré d’Ivry en novembre 2005. « 12 chansons au climat doux amer, empreintes à la fois de tendresse et d’humour, portées par un timbre de voix très pure. » dixit Albert Weber dans le nº 57 de Chorus.

Je lui demande pourquoi elle aime chanter des portraits. (Autre question dont personne n’aurait songé à poser…)

-Parce que j’aime bien quand je chante derrière mon piano, sentir apparaître un personnage, puis le faire vivre. Je les présente parfois de l’extérieur, tel un peintre, soit tel un romancier, avec différentes focalisations…

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(Photos: Mandor)
(Parce qu'il n'y a aucune raison que je ne me crédite pas...)

Je pense à une phrase de William Sheller, qui lui sied à merveille (et je ne dis pas ça parce qu’elle aime beaucoup et depuis longtemps cet artiste) : La musique c’est l’art de décorer le silence…

Fleur Gire est une décoratrice à découvrir. Elle utilise de la peinture d’âme pour peindre les murs de la vie et des Hommes.

C’est très rare, mais c’est très beau.

(Et moi, il faut que j’arrête mes formules à l'emporte-pièce.)

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(Photo: un inconnu très sympathique, qui a mis du coeur à l'ouvrage pour appuyer sur le bouton et faire apparaître ainsi cette photo avec flash que Fleur n'aime pas trop, mais, l'autre, sans flash (que vous ne verrez pas), elle est un peu floue, dans sa taille normale. Dommage, nous avions ôté nos lunettes.)

Ce soir donc, ici.

Avec deux camarades, Vincent Gaffet et Olivier Galinou.

 

(Merlin, sur ce coup là, tu a été mon enchanteur...)

(Si tu espérais une seconde que j'allais me priver de ce jeu de mot hilarant, spirituel et tout et tout, c'est mal me connaître.)

16 janvier 2008

Julien Blanc-Gras... messager burlesque!

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Hier, midi.

 

-Prends la grande voiture, me dit ma femme. J’ai entendu à la télé que les vents allaient souffler à plus 110 km heure en Ile-de-France !

-Mais, avec la Fiat Punto , tu crois que je vais m’envoler sur le périph ?

-Je préfère que tu prennes la grande voiture.

Ce que femme veut...

Je souris en prenant « la grande voiture ». Je pars interviewer un auteur qui sort un livre sur la fin du monde.

Peut-être est-ce là un signe du destin ? Je crois beaucoup aux signes du destin.

En tout cas, je suis parti de Groslay city deux heures en avance et je suis arrivé (sans encombre) une heure avant l’heure de mon rendez-vous avec Julien Blanc-Gras.

C'est-à-dire que j’ai mis le temps habituel pour aller à Paris.

Je peux allègrement affirmer ici qu’avec ma Fiat Punto bleu métallisé, je serais arrivé également une heure avant, mais, je ne veux surtout pas en faire un fromage.

Mais, quand même, ma Fiat Punto Bleu métallisé, elle est beaucoup plus pratique que l’énorme autre voiture verte que j’ai (en cas de tempête extrême, (???) comme hier en Ile-de-France) pour se garer.

Quoi faire en attendant que je pénètre dans le bar (L’entrepot’s) où j’ai rendez-vous avec l’auteur de Comment devenir un Dieu vivant ?

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Je décide d’aller me balader dans le coin. La rue de Ménilmontant est sympathique, mais elle grimpe, et il n’y a rien de bien intéressant à mater. Si ce n’est un bar à hôtesse qui n’ouvre qu’à 16 heures et qu’il n’est que 13 h 30 et que je ne vais jamais dans un bar à hôtesse. Je suis pauvre et ça coûte cher.

(Hé ho! Second degré, hein...)

Je retourne à ma voiture (vous vous souvenez, la grande verte qui ne permet pas de se garer facilement dans les rues de Paris….) et je lis le roman de mon prochain mandorisé.

J’ai oublié mon stylo à la maison (genre, je n’ai qu’un Bic à la maison…. Tsss….), du coup, je ne peux même pas annoter des annotations (Mandor, roi de la formule appropriée) et donc, j’écoute la radio à la place.

(Je rappelle qu’ici, on évoque les coulisses du show-biz !)

Oui, bon, ça va, je sais bien qu’à ce stade-là de ma note, je n’ai pas dit un mot sur ce roman que j’ai adoré.

Mais, si vous cessiez de m’interrompre, peut-être que je pourrais avancer plus vite.

Donc, à14h31 arrive Julien Blanc-Gras.

Comme nous avions rendez-vous à 14 h 30, je peux décemment affirmer que le monsieur est ponctuel.

Pas tout à fait parce qu’il a une minute de retard, mais je n’écris pas ici pour chipoter sur des détails sans importances.

Avec moi, à chaque phrase, une information essentielle.

Je suis journaliste.

C’est très important d’aller droit au but.

Ne pas vous faire perdre votre temps à lire des inepties.

La vie est trop courte.
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Si j’écris que Julien Blanc-Gras est un type sympa, vous me direz, « c’est un peu court, jeune homme » (ce qui me fait plaisir parce que j’ai quand même 40 balais), « comme présentation du personnage. »

A cela, je rétorque tout de go et dans un esprit fort à propos doublé d’un sens de l’improvisation aiguisé :

-Ah bon ?

1198868e627a6cc17c9288eb1432c51c.jpgCe « jeune urbain trentenaire » (c’est ainsi qu’il se présente), journaliste pigiste pour quelques magazines branchés vient de sortir son deuxième roman (après Gringoland, qui soit dit en passant, va être publié au Mexique et en Russie).

Que les choses soeint claires, Comment devenir un Dieu vivant est une comédie apocalyptique.

Ce livre raconte l’histoire de William Andy. Un loser ordinaire qui devient prophète médiatique en proposant des solutions pour aborder la fin du monde sans se faire mal.

-L’idée n’était pas d’établir les causes de la fin du monde, ni de pointer des responsables ou des coupables aux chaos  et à la dégénérescence, je voulais juste aborder un état de fait. Nous sommes dans une période qui semble apocalyptique, penchons-nous sur la question.

Bon, je tiens à vous rassurer tout de suite. Ce roman n’est pas du tout anxiogène. C’est même un véritable tour de force que de parvenir à traiter un sujet aussi casse-gueule en faisant rire et surtout réfléchir.

-Le ton du bouquin est un peu burlesque. Je force le trait sur les personnages, sur les dialogues et les situations. J’ai toujours considéré que la caricature crée l’humour. Mais, il est primordial pour moi de glisser des messages dans mes romans. J’ai des choses à dire et je ne me retiens pas.

Julien Blanc-Gras enrobe ses messages sérieux dans la drôlerie.

C’est un peu comme un Treets.

Au début, c’est bon… ça fond sous la langue, c’est doucereux, puis vous tombez sur du dur, mais du craquant salé.

(Voyez l’image ?)

(Non ?)

(Pfff…)
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Bien sûr, les propos tenus par l’auteur sur la société ou sur les « gens » en général sont un brin désabusés.

« Malgré tout, les gens passaient, entendaient sans écouter. Ils avaient autre chose à faire, des enfants à nourrir, un cynisme à cultiver, une vie à rater. »

Tout est faux dans cette constatation ?

Pas vraiment (même s’il force le trait… on l’a déjà dit).

« Moi, je voulais être différent, comme tout le monde », écrit-il plus loin.

C’est le problème de tous. Se démarquer de la masse. Mais comment faire ?

C’est aussi le sujet de ce livre.

William, le héros se considère dramatiquement banal. « Or la banalité, dans une société narcissique et mégalomaniaque, vous rabaisse au rang d’anonyme. »

Et ça, on n’aime pas. Il faut bien se l’avouer.

Alors, William et sa bande (oui, j’ai oublié de le préciser, ils sont 4 !) créent une chaîne de télévision dans laquelle il ouvre l’antenne à n’importe qui pendant un quart d’heure. Sans casting. (Dis-moi oui, Andy !)

Puis, très vite, il devient gourou, faiseur de tubes, un nouveau Bono (puissance 1000)… il participe avec bonne grâce à « l’auto Orwellisation » de sa propre vie.

« Roi du monde, c’est pas mal comme métier ! » écrit avec ironie Julien Blanc-Gras.

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À l’heure où la toute-puissance télévisuelle sévit, où tout le monde veut devenir une star, je n’hésite pas à dire qu’il faut lire Comment devenir un Dieu vivant.

Histoire de calmer nos ardeurs et de nous remettre sur le droit chemin.

Ce matin, j’ai lu cette note, je lui trouve des résonances avec ce livre.

Mais, le message principal de ce roman ne serait-ce pas celui-là ?

Vivons, profitons des moments qu’il nous reste à passer avant de trépasser !

 

Si. Je crois finalement que c’est un livre positif.

Un hymne à la vie, version 2008.

D'ailleurs, William Andy conseille ceci : « Porte ta croix et cesse de gémir. On n’a plus trop le temps de s’adonner à l’apathie. Désormais, on sera peut-être malheureux, mais vivant. »

Je n’Andy pas plus.

On va encore dire que j’exagère toujours dans mon enthousiasme.

Que je ne suis pas objectif quand j’aime bien les gens.

C’est un peu vrai, mais je suis aussi capable de faire la part des choses.

Mais, tout de même, une dernière chose… ce roman est à lire, car il a été écrit pour nous.

Pauvres enfants de la mondialisation consuméristes que nous sommes…

C’est tout.

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(Je vous propose d’aller jeter un coup d’œil ailleurs parce que sur mon blog, c’est un peu le bordel pour comprendre un livre. Mon copain Franswa P. lui, sait rédiger de vraies critiques littéraires. Courtes, efficaces, sans digressions aucunes. Bref, un peu académiques et tristounettes (je le déplore), mais instructives. Voilà ce qu’il dit de Comment devenir un Dieu vivant.
C’est beaucoup mieux expliqué qu’ici.)
(Et puis chez Culture Café aussi, j'aime bien.)
Je vous laisse avec deux pages de pubs.
(Payées par l'auteur, évidemment.)
(Je plaisante!)
Ne me remerciez pas.
(message personnel à Julien Blanc-Gras: Ce n'est pas joli joli de jouer avec ses lecteurs. Inventer un mot qui n'existe pas dans chaque roman, juste pour s'amuser... Dans Gringoland, "tréplégie", dans Comment devenir un Dieu vivant, "Panorgasmique"...
Est-ce bien raisonnable?
(Le pire, c'est que ça l'amuse et qu'il va continuer!)
(Franchement...)
EDIT 22h30:
J'ai oublié de préciser que Gringoland venait tout juste de sortir en Pocket.
J'ai manqué à mon devoir de vous informer de manière rigoureuse et irréprochable.
Cet oubli est impardonnable.
J'arrête le métier.
(Jusqu'à demain, parce que là, j'suis crevé...)
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09 janvier 2008

Nicolas Cauchy... chronique d'une interview ratée.

 

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C’est un peu par hasard que j’ai découvert Nicolas Cauchy.

Je ne peux pas parler des circonstances (il n’y tient pas), mais, un jour, il répond à mon appel.

-Allo, bonjour, c’est Nicolas Cauchy !

-Ah, c’est vous qui êtes derrière… (pas le droit de le dire).

(Il m’avoue être un lecteur de la première heure de mon blog…)

Heureusement, ce nom-là me disait quelque chose. J’avais dans ma tête le souvenir d’un auteur qui avait un blog qui racontait le processus de création d’un deuxième roman.

Mais sans plus.

Nous discutons un long moment et, du coup, je lui demande de me faire parvenir son second livre.

Ce qui est fait quelques jours plus tard.

Je le lis et l’apprécie.

Vraiment.

f000e7883e476e08bd4db9c30b7ac863.jpgDe manière à connaître le jour et l’heure est un roman étrange qui a la particularité de nous envahir de sentiments confus de la première à la dernière page.

J’ai lu avec prudence et perplexité, cette histoire d’une famille bourgeoise (très Chabrolienne) qui cache ses vérités les plus sournoises. On a l’impression que l’on va vers du déjà vu. Que ce ne sera qu’une pale copie du film de Thomas Vinterberg, Festen.

J’ai franchement eu peur d’être déçu.

J’ai pensé cela lors de ma lecture des premières pages.

Et puis, insidieusement, on s’attache aux personnages. Nicolas Cauchy parvient à nous faire aimer les membres cette famille alors qu’aucun ne trouve grâce à ses yeux.

Mais, je ne suis pas parvenu à les détester, car ils sont comme nous tous, finalement. Avec leurs lâchetés, doutes, trahisons, mensonges par omission (ou non), rancoeurs, jalousies…

La trame de l’histoire frise le polar.

Pourquoi Jean (le patriarche) est-il mort 6 jours après l’intrusion d’un ex-ami de très longue date, Gabriel, à la fête de ses 54 ans ?

Nicolas Cauchy nous l’explique en faisant parler toutes les personnes présentes à cet anniversaire. Femme, fils, belles-filles, Gabriel et Jean apportent au fur et à mesure des pages leurs propres versions/visions de l’affaire.

Et évidemment, l’auteur en profite pour nous mener vers des pistes qui ne sont jamais celles à emprunter.

Il sait y faire.

Et je me suis fait prendre au jeu.

Avant-hier après-midi, nous nous donnons rendez-vous dans un bar un peu branchouille du 11eme. Avant d’attaquer l’interview, je perds un temps fou à lui parler de ce qu’il ne veut pas que j’évoque ici.

(Je sais, c’est énervant de ne pas pouvoir en savoir plus, mais ça l’est aussi de ne pouvoir en dire plus… 1 partout, la balle au centre).

C’est d’autant plus débile que je sais que je n’en tirerai rien pour cette note. Bref, nous évoquons aussi nos connaissances communes, les blogs que nous lisons et tout un tas de trucs qui ne me serviront pas plus pour ici. Et puis, surtout, je parle de moi. Un long moment.

Ce matin, en décryptant la cassette, je me suis dit : « mais qu’est-ce que c’est que cette interview de merde, Mandor ! ».

(En vrai, je ne me suis pas dit ça. J’ai eu honte. Juste ça.)

Alors qu’en plus, je lui ai précisé que lorsque je n’aimais pas un livre d’un auteur que je rencontrais, je biaisais un maximum pour ne pas en parler…

Là, c’est l’exception qui confirme la règle. J’ai beaucoup aimé son livre et je me suis perdu dans je ne sais quel méandre.

J’ai oublié de lui parler de ses livres pour enfants dont les personnages principaux sont des héros de la mythologie : Arthur | Icare | Thésée | Hercule | Jason | Ulysse .

Nada. Pas une question sur le sujet.

Très fort Mandor !

26ddd870efe4870665486dfa717c0dd3.jpgEt je lui ai juste touché deux mots sur son premier roman La véritable histoire de mon père.

Un livre que je n’ai pas lu, mais dont je sais qu’il a choqué beaucoup de lecteurs. Pensez-vous… un portrait sans concession d’un papa qui a tué sa petite fille, ce n’est pas du genre à plaire à la masse populaire…

-Je travaillais dans le marketing et ce n’était pas quelque chose qui me motivait. Je me levais très tôt pour écrire avant d’aller au travail. Il me fallait donc une histoire qui me prenne vraiment. J’avais une voix qui me disait qu’il fallait que je travaille sur cette phrase : « Vous avez commis l’irréparable ». Tout est parti de là. De plus, je savais que pour que mon premier livre se fasse remarquer, il fallait que je frappe fort.

Comme il est beaucoup question de famille dans ses romans, je lui demande si tout va bien dans la sienne.

(Encore une fulgurance de ma part.)

-Je me fais fort de n’écrire que des fictions. Donc des histoires qui n’ont rien a voir avec ma propre vie. Ma famille, si elle fait partie de la petite bourgeoisie locale, n’a aucun rapport avec celle de mon livre.

Oui, mais le papa, comment il a réagi en apprenant le titre de son premier roman.

-C’est sûr, La véritable histoire de mon père l’a interpellé. Il a même été un peu choqué. Je crois savoir qu’il a été plus sensible au roman suivant…

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Nicolas Cauchy semble très pudique sur lui-même. Je le soupçonne de préférer interroger les autres…

En ce moment, il est en pleine écriture de son nouveau roman. Il me dit qu’il compte prendre un peu plus de temps pour écrire cette histoire de 3 couples confrontés à la mondialisation.

-Je souhaite que mon prochain livre soit la somme de mon expérience des deux premiers. Je veux qu’il y ait la forme et le fond, qu’il soit plus aboutit encore. Je suis très critique sur mon travail. J’ai du mal à aimer ce que j’écris.

J’aime son écriture. Même si elle est un peu clinique, sans aspérité, je trouve qu’il écrit bien.

Il me répond : « C’est quoi pour toi un livre bien écrit ? ».

J’ai bredouillé une réponse qui n’en était pas une…

Décidément, la grande forme, moi.

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Après les presque deux heures passés ensemble, il m’a raccompagné jusqu’à ma voiture. Là, j’ai compris que je n’avais pas été bon. Pas parce qu’il m’a fait ressentir quelque chose de négatif. Pas du tout. Il a été sympathique tout le temps. Mais après toutes ces années d’expériences, de rencontres, je sais parfaitement quand j’ai loupé le coche.

Là, j'ai loupé le Cauchy.

Et c’est devant ma voiture qu’il m’a dit tout ce que j’ai écrit dans ma précédente note.

Nicolas, promis, pour la prochaine, tu auras le droit au vrai Mandor.

Là, ce n’était qu’une pâle copie.

(Mais, je ne veux plus la voir, celle-là !)

 

A lire ici, une vraie interview!

07 janvier 2008

Mabrouck Rachedi... l' éloge parlante.

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Pas très content de mon titre. (Non, vous ne lisez pas Libé!)

-Allo ! C’est Mabrouck. Tu peux venir un peu plus tôt ? Non, parce que je mange avec (BIP!!! Ca ne vous regarde pas, d'abord!) vers Saint-Germain. Viens à 15 h 30 au lieu de 16 h, si tu peux.

Je dis d’accord à Mabrouck Rachedi. Je file de chez moi fissa, pour ne pas arriver en retard, du coup.

Je trouve une place juste devant le Café de Flore. Une chance de c… chanceux.

15h25. Cool. Je suis à l’heure. Je me dirige vers l’église de Saint-Germain. 15 h 30. Personne. 15 h 35. Personne. Je suis frigorifié. 15 h 40. Personne. Je regarde mon portable, je ne l’entends jamais sonner. Pas de messages. 15 h 45. Personne. Là, je me dis qu’il a oublié qu’il avait avancé le rendez-vous. Je tape très fort ma main contre un poteau pour vérifier que j’existe encore. Je ne sens rien. Je me glaçonnise en l’attendant. 15h50. Des stalactites se forment au bord de mon nez. Soudain, je vois Mabrouck courir et passer devant moi sans s’arrêter. Certes, ceux qui ne m’ont pas vu depuis 20 ans ont une excuse pour ne pas me reconnaître, mais nous, nous nous sommes vus il y a un an.

201917ba7944aca452ce0089420c5b6a.jpgPour la sortie de son premier roman Le poids d’une âme. Je cours derrière lui en le hélant.

Ouf ! Il se retourne et me reconnaît.

 

Il bredouille une excuse que je ne comprends pas. Mes écoutilles sont gelées. Aucun son ne parvient à franchir le mur de glace qui obstrue le conduit auditif externe.

(Bon, j’exagère un peu la fraîcheur du jour, mais c’est parce que j’aime bien forcer le trait.)

Je dis à Mabrouck que je trouve amusant le fait d’aller au Café de Flore pour parler d’un livre qui s’intitule Éloge du miséreux. Il me répond que oui, mais, je le vois qui tâte son portefeuille.

(Mais, non, ce n’est pas vrai… je force le trait, là encore. Faut tout vous dire…)

De toute manière, nous allons ailleurs. Le lieu fait salle comble et nous préférons un endroit plus calme. Option sur un petit café pas loin.

Chocolat chaud pour lui et thé citron pour moi. Il fallait bien ce genre de moyen imparable pour vaincre le blizzard.

(Je sais parfaitement que dévoiler nos commandes à la face du monde est un détail qui intéresse les lecteurs exigeants que vous êtes. Place à l’information rigoureuse et exhaustive !)
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Donc, après Proudhon et sa Philosophie de la misère et Marx et sa Misère de la Philosophie , voici l’Éloge du miséreux de Mabrouck Rachedi. Un ouvrage qui, contrairement à ce qui n’est pas indiqué sur la couverture, est drôle, grinçant, distancier, satirique et plein de tendresse. Pour un tel sujet, j’avoue que c’est une performance littéraire à signaler.

-Et surtout, dis bien que je ne veux pas que l’on compare mon livre avec Moi Thierry F, chômeur professionnel. Ce n’est pas du tout la même démarche.

c6604d04dc309bc4cb02152e839c2b73.jpgCet éloge n’est pas un essai qui critique le système, c’est juste « un manuel de survie en milieu hostile qui vous enseignera l’art de bien vivre avec rien du tout » et surtout « un pamphlet qui prend à rebrousse-poil les discours moralisateurs et larmoyants sur les méfaits de l’assistanat et les dégâts collatéraux engendrés par les minima sociaux ».

Le message de ce livre est clair : « Le miséreux représente une résistance salutaire face à la société du travail et de la consommation. C’est le ventre fécond d’où naîtra l’espoir d’une vie basée sur le désir et la passion plutôt que la productivité et la compétition. »

(Mabrouck, je ne sais pas si c’est toi qui a écrit ça sur la 4eme de couverture, mais c’est beau.)

-J’ai connu tout ce dont je parle dans mon essai. Mais le narrateur n’est pas tout à fait moi. Si j’y ai placé mon côté déconneur que j’ai dans la vie, j’y ai ajouté une certaine distance et du sourire. Je ne suis pas allé jusqu’aux extrêmes que je décris. J’ai juste voulu jouer avec un certain second degré.

Mabrouck explique que la précarité est un milieu inconnu et hostile auquel il faut s’adapter rapidement sous peine de sombrer corps et âme. « C’est aussi et surtout un retour salutaire à l’oisiveté comme art consommé du bonheur » ajoute-t-il malicieux.

Parce que cet auteur est malicieux. Il raconte des choses graves en les dédramatisant avec humour.

Dans la vie, il est comme ça monsieur Rachedi. Toujours une pointe d’humour décalé au moment où on ne s’y attend pas. Par exemple, je lui demande à combien d’exemplaires s’est déjà vendu ce livre. Il me répond tout de go : « 157.000 ».

Je recrache mon thé de stupéfaction :

-Putain, c’est énorme ! je lui cris très sérieusement.

-Mais, non, je plaisante, dit-il en s’essuyant.

-Ah ! Oui, je me disais, ça fait quand même beaucoup.

J’ai tenté de faire croire que j’avais compris la blague. Échec cuisant. Cela dit, il ne m’a pas répondu sérieusement. C’est bien connu, les maisons d’édition ne donnent jamais les chiffres de vente à leurs auteurs. Ils ne tiennent pas à être responsables de suicides collectifs.

Pour finir la conversation, je lui pose des questions sur le collectif auquel il appartient Qui fait la France  ?

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b2950908ad596b91c5c773952b50dbde.jpgC’est une association qui est "le relais agissant du collectif éponyme d’écrivains de bonne volonté qui a publié en septembre dernier « Chroniques d’une société annoncée » aux éditions Stock". Ici, tout est bien expliqué.

Mabrouch Rachedi, s’il n’est pas engagé, se sent concerné et le dit.

Avant de nous quitter, je le rassure sur le fait que je n’en dirai pas beaucoup son Eloge du miséreux. Je ne veux pas le trahir.

Un essai transformé, c’est bon au rugby, mais pas en littérature.

(Celle-là, je la note, mais je ne m’en félicite pas).

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Notre séance de photos, à laquelle Mabrouck sait parfaitement qu’il n’échappera pas, je décide de ne pas la réaliser de la même manière que la dernière fois, c'est-à-dire dans le bistrot où nous nous trouvons.

Non. Je le « shoote » à l’extérieur, devant l’église.

Et, je dois dire que je suis assez fier du résultat.

Pour une fois.
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Je lui donne rendez-vous à très vite. Pour finir, je conseille vivement la lecture à ceux qui sont dans une période de recherche d’emploi (prolongée ou non). Ce livre vous parlera franchement et vous permettra de sourire d’une situation qu’on ne vit jamais posément.

Mais les autres, ceux qui sont certains que jamais, Ô grand jamais, ils ne vivront cette épreuve, vous pouvez jeter un coup d'oeil... c'est toujours intéressant d'en savoir plus sur des mondes mystérieux et inaccessibles.

Un livre salvateur.

Comme quoi, on peut rire de tout.

Les petits plus : Une interview filmée sur Auteurs TV .

Vous apprendrez notamment que c’est après avoir lu Le Père Goriot de Balzac que Mabrouck Rachedi a eu la puissante envie de devenir écrivain et que, plus généralement, il ne veut rien s’interdire dans l’écriture. Je suis tellement d’accord avec lui, quand il dit: « L’aspiration à l’universalisme, c’est une des choses que je trouve les plus belles dans la littérature. »

 

Sinon, là aussi, c'est très intéressant.

Ainsi qu'ici.

04 janvier 2008

Antoine Dole... profession (h)auteur!

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Avant-hier, j’ai rencontré Antoine Dole. Ce n’est pas la première fois que je m’entretiens avec lui d’un de ses livres. L’année dernière, c’était pour son recueil de nouvelles (enfin, pas vraiment des « nouvelles », mais le propos du jour n’est pas là...) : Les autopsies intimes.

Antoine est avec moi pour me parler de son premier roman publié dans une maison d’édition (parce qu’il en a d’autres qui traînent ici et là sur quelques sites Internet) : Je reviens de mourir.

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Il me paraît plus calme, plus serein. Allez, j’ose… presque heureux.

Ce qui n’a pas toujours été le cas chez ce garçon.

Nous nous installons à la Villa Pereire (au même endroit qu’à cette occasion).

Une menthe à l’eau pour lui, un thé citron pour moi.

(Je signale au passage que je me calme nettement au niveau de la boisson euphorisante…)

(Enfin, juste l’après-midi.)

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Nous parlons un peu de comment nous allons bien tous les deux et d’autres sujets plus confidentiels. Et puis, je sors mon Sanyo.

Antoine sourit. Il sait qu’à partir de ce moment-là, nous ne serons plus tout à fait naturels, mais que ça fait partie du jeu quand on rencontre Mandor.

Ce livre est un « conte défait ».

Il y a Marion, il y a Eve.

Marion aime Nicolas, jusqu’aux coups reçus, jusqu’aux « clients » qu’il la force à voir.

Eve est une dévoreuse d’homme (rencontrés sur Internet), jusqu’au jour où elle rencontre David. Un alter ego masculin.

Du destin de l’une dépendra la survie de l’autre… (Dixit la 4eme de couverture).

Bien sûr, c’est parfois violent, mais Antoine Dole n’en rajoute pas.

Écriture tout en parcimonie.

Prose simple, percutante et efficace… pas un mot de trop, pas de longueurs, du rythme et une diversité de style selon les personnages.

-Cette fois-ci, je me suis fait plaisir, beaucoup plus qu’avec Les autopsies intimes. Je me suis lâché en images et en métaphores.

Et notamment sur l’amour. J’ai hésité à vous donner quelques exemples, mais ce serait vous gâcher le plaisir.

Donc, je m’abstiens même si ça me démange.

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Antoine est un malin. Il nous balade.

Tant est si bien qu’il est extrêmement difficile d’évoquer ce roman, car il faut ménager le suspense, ne rien dévoiler, laisser la surprise aux lecteurs.

C’est un livre à clefs, un livre de perceptions et de fantasmes. Quelle est la vraie réalité de ce qui est en train de se dérouler sous nos yeux ?

Un livre piège.

 

-Le point de départ de ce livre est venu d’une réflexion que je me suis posé à la fin d’une relation destructrice. Quelle question doit-on se poser ? Jusqu’où est-on capable d’aller par amour ? Ou bien: Jusqu’où la personne qui t’aime est capable de te laisser aller ? Mes deux héroïnes sont les pendants de ces deux questions. Marion est celle qui laisse l’autre décider et Eve, elle, décide de se poser ses propres limites.

Antoine Dole réfléchit puis reprend.

-C’est l’histoire de deux trajectoires. Deux jeunes femmes qui, à un moment de leur vie, sont liées par la notion d’incommunicabilité. Chacune en fait quelque chose de différent. Au final, elles aboutissent au même endroit.

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S’il est effectivement beaucoup question d’incommunicabilité, ce livre résume aussi une certaine philosophie sur la misère amoureuse de notre temps.

f4bc882f1936cdef8f7e303307aee893.jpgPour tout dire, Antoine est un garçon un peu dur avec l’amour, un brin désillusionné. « On est une génération qui a peur de souffrir. » Il m’explique que les jeunes de son âge, ceux qu’ils fréquentent en tout cas, ont un regard peu positif à l’égard des grandes histoires d’amour et surtout du couple.

 

-Si je parle de prostitution au sens propre dans mon livre, ce n’est pas un hasard. Au fond, dans un couple, on est tous amené à se prostituer. Mentalement, en tout cas, pour être ce que l’autre demande.

Oui, le jeune Dole est radical, violent parfois, mais sensible, beaucoup.

Un mélange aussi détonant qu’étonnant.

(Formule facile, mais, dans le cas présent, très vraie !)

Il me confie qu’une jeune comédienne est intéressée « pour porter le projet d’une adaptation cinématographique »

Je ne donne pas son nom, parce qu’il m’a prié d’être une tombe.

Ce que je sais être.

Parfois.

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Antoine file pour un autre rendez-vous. Il voit beaucoup de monde, car il fourmille de projet.

Un jeune homme dont je pressens que l’on n’a pas fini d’entendre parler.

Nous nous reverrons bientôt.

Pour son prochain livre, je pense.

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J’aime bien mon rendez-vous annuel avec lui.

Pour finir, je vous rediffuse la bande-annonce de son livre…

Bande-annonce qui fait pas mal réagir chez les blogueurs littéraires (voir et aussi ici).

 

 

Ici, le MySpace d'Antoine...

Là, son blog de "critique littéraire".

Et enfin, l'article Strictement Confidentiel de Dahlia.

03 janvier 2008

Henri Tachan... poète rebelle et éternel.

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« Crier est un remède contre les larmes. Chanter aussi, je pense ! Lorsque Tachan déboule en scène, petit et noir, étincelant comme une cassure d'anthracite, le front buté, le regard pointu, la lèvre en gouttière ; déjà en sueur, déjà écumant, j'ai chaque fois l'impression de voir surgir un tourbillon, fou furieux avant même sa sortie du torril… » (Frédéric Dard)

« D'abord Tachan, il est jamais d'accord ! Il critique tout. Les curetons, il a du mal à les encadrer ! Il fait comme Brel, il raille les bourgeois, il est pas patriote pour deux ronds . . . De là à dire qu'il aime pas la guerre, y a qu'un pas ! Il fait de la provoc systématique, il profère des gros mots, on se demande s'il le fait exprès… » (Pierre Perret)

« J'aime Tachan, insolent, triomphant. Il cogne, il mord, il ravage, il saccage, il taille en pièces, il poignarde en plein cœur… Il aime, je l'aime. » (Serge Reggiani)

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Voilà vers qui je me rends ce 13 décembre 2007.

Vers un homme que ma famille écoutait quand j’étais bambin.

(Souvent, j’aime rencontrer des artistes qui ont hanté mon enfance… celui-ci, avait un goût de "rebelle attitude" qui plaisait à mon père.)

Quarante ans de carrière.

90db84922a6c92f0405580faaaaa7745.jpgAvec une odeur de soufre qui lui colle à la peau.

Celui dont Brel, son parrain dans le métier, disait : « Le fauve est lâché ! » est un grand pourfendeur de la morale bourgeoise, bouffeur de curés jamais rassasié, antimilitariste jusqu'à l'os… il adore provoquer en exhibant ses pensées génitales.

Dans ma voiture, j’ai presque le trac en pensant à cette rencontre. L’homme m’impressionne.

Il n’est pas pro journaliste, non plus, je le sais, il l’a souvent exprimé.

(Les journalistes culturels le lui rendent bien parce qu’au final, aucun média ne parle plus de Tachan.)

Alors qu’il vient de sortir un nouveau disque : De la pluie et du beau temps.

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J’ai rendez-vous à 16 h à l’hôtel Royal Fromentin, dans le 9e arrondissement de Paris.

Il est 15 h 45, je suis bloqué par une manifestation d’Asiatiques qui marchent lentement dans le quartier de Pigalle. Je suis le cortège en pestant. Je déteste être en retard. Je tente de modifier mon chemin pour les dépasser, mais dès que je reviens sur le bon chemin, c’est pour aboutir juste derrière eux. J’arrive avec 15 minutes de retard, mais j'ai pris soin d’appeler l’attachée de presse pour la prévenir de mon problème.

Henri Tachan est assis dans le salon de l’hôtel. Il m’accueille en se foutant de ma gueule.

Genre, le coup de la manif d’Asiatiques, il n’y croit pas des masses.

En enclenchant mon Sanyo, je tremble intérieurement. Franchement, je ne suis pas rassuré.

Je lui demande comment il fait pour continuer à exister sans aucune aide de quiconque, à commencer par celle des médias.

 

-Je travaille comme dans les années 60. De manière artisanale. C’est le bouche à oreille qui prime. Les6b009f38b991f6b2cc722327d0f7f5d5.jpg médias me boudent car nous ne sommes pas tellement d’accord, mais je m’en passe totalement. Je tiens beaucoup à ma liberté. Je l’ai depuis 40 ans. Il y a un prix à payer pour cela. Le combat dans la solitude. Mais, heureusement, j’ai un public très fidèle. Au fil des années, il emmène ses enfants et petits-enfants. Évidemment, j’aimerais qu’il s’élargisse, mais il faudrait que je fasse des concessions et ça, c’est hors de question.

J’insiste un peu pour savoir si on ne finit pas par choper de l’aigreur quand on se sent victime d’injustice :

-Le succès, c’est les clefs du hasard. J’ai été très longtemps joueur. Au poker, aux courses. Ça m’a beaucoup appris. Je suis très bon perdant. Quand je gagne, je suis toujours surpris de gagner.

Dans son nouveau disque, il observe notamment, la société du spectacle d’aujourd’hui, mais il parle aussi d’amour, de la vie et de la mort. Sa plume est moins acérée, plus douce, peut-être.

-J’ai passé 40 ans à chanter « contre ». Aujourd’hui, j’ai envie de chanter « pour ». Je n’ai plus de temps à perdre pour fustiger les choses. J’ai sorti il y a deux ans, une intégrale de toutes mes chansons chez Naïve. Il y a 7 doubles albums, près de 400 chansons. Il y a là tout ce qui m’énerve et me révolte. Je ne veux plus recommencer. Je préfère désormais m’appesantir sur tout ce qui me plait dans la vie. J’ai aussi envie d’évoquer ce qui est futile. La futilité peut devenir de la poésie, je vous assure.

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Je lui pose la question qui fâche. Est-ce la vieillesse qui l’assagit ? (Il a 68 ans).

Il ne sourit plus.

-Ma tête est jeune et mon corps à son âge. On peut avoir mal au corps et avoir toujours le cœur d’un adolescent.

Il réfléchit :

-Par contre, j’ai une certaine fatigue, mais je n’ai pas perdu mon instinct de révolte. Par exemple, je suis révolté contre la vieillesse et la mort. Ça m’a toujours hanté depuis que je suis jeune. C’est mon seul ennemi préféré. La seule chose importante, c’est qu’un jour on disparaît, on perd des amis autour de soi, et que soi-même, on est programmé pour disparaître. C’est mon idée fixe.

Je sors les idées reçues qui traînent sur sa personne. Un peu pour le provoquer.

1) Tachan, chanteur engagé ?

55693af06f3a057d9fe951584abfe052.jpg-Il n’y rien de pire que cette insulte. Les artistes engagés m’emmerdent. C’est une fausse réputation que j’ai. C’est d’ailleurs pour ça que j’ai écris il y a une trentaine d’année, un texte qui s’appelle « Ni gauche, ni centre, ni droite. » Après, on ne m’a plus fait chier avec ça. Sauf vous, aujourd’hui. Sachez, monsieur, que je suis en révolte permanente contre les conneries de la vie et je suis en tendresse permanente pour les belles choses de la vie. J’essaie juste de faire rêver les gens, de les faire rire parfois.

2) Tachan vit reclus loin de tout, sans personne ?

-Vous le faites exprès là ? Pourquoi dites-vous ça? Ma porte est toujours entrebâillée. Je dis comme Léautaud : on ne vit jamais seul. Je vis avec ma famille et j’ai des amis. Peu du métier certes. À part Pierre Perret et Jean-Claude Vannier.

 

3) Tachan n’aime pas les nouveaux chanteurs français. Delerm, Bénabar…

-Qui ?

-Delerm, Bénabar.

-Qui ?

Idée reçue tout a fait exacte donc. Les seuls qui trouvent grâce à ses yeux, sont Alain Souchon et Thomas Fersen qui ne sont tout de même pas les perdreaux de l’année.

J’aime Henri Tachan, parce qu’il est, avec Aznavour, le dernier des mohicans (mais personne ne le sait).

Autre point commun, ils sont arméniens tous les deux. Enfin, je présume, car le vrai patronyme de Tachan est Tachdjian.

(Et vous savez à quel point cette communauté est importante pour moi aujourd’hui…)

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Henri Tachan me dira après l’interview qu’il s’est bien amusé. Je ne sais pas comment le prendre, mais je suis de bonne humeur, je le prends donc comme un compliment (et ça m’arrange bien… je suis sensible et susceptible.)

Nous devisons encore quelques minutes avant qu’un taxi le récupère. Il s’en va au bout du monde pour un concert le soir même.

A Issy-les-Moulineaux.

Moi, je retrouve ma voiture. Un PV de 33 euros sur le pare-brise.

Youpi ! La vie est belle.

Pas d’Asiatiques sur le chemin du retour.

Je réécoute le disque de Tachan et je me dis qu’il n’est pas si terrible que ça.

Un tendre révolté.

Juste.

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P.S : Voici un documentaire très récent de 10 minutes sur lui. Regardez-le en intégralité pour comprendre le personnage.

 

 

Et , des images d’archives de lui en « tour de chant » en 1972.

27 décembre 2007

Stéphane Nolhart... écriv'ange!

 

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Le livre dont je vais parler aujourd’hui, je l’avais mis dans mes bagages, lors d’un récent départ en week-end à Dijon pour aller voir de la famille. A priori, prendre un livre quand on va voir de la famille, c’est louche.

Mais là, non. 

Je n’avais pas peur de m’ennuyer, juste, avoir un livre à portée de main me rassure.

On ne sait jamais, en cas d’insomnie…

Les Ailes de Giacomo de Stéphane Nolhart, pour tout dire, a finalement été mon médicament pendant toute une nuit.

J’étais malade comme un chien. Je vous passe les détails, mais, à cause d’une longue et insupportable quinte de toux, j’ai dû m’enfermer dans une pièce afin de ne pas réveiller ma tribu.

Étant dans l’impossibilité de dormir, j’ai pris ce roman et l’ai lu d’une traite.

Et il m’a fait du bien.

J’ai cessé de tousser.

Vrai.

En 4 heures.

(Peut-être était-ce aussi l’effet de mes nombreux « miel citron » bu tout au long de la nuit ?)

Croulant sous les livres à lire, j’avais hésité à prendre celui de ce jeune auteur.

(Enfin, jeune, nous avons quasiment le même âge. Oui, donc, jeune.)

Mais, vraiment, le thème m’intéressait.

 

Léalan d’Antoni, un petit garçon prématuré (de 6 mois) continu de vouloir vivre malgré les souffrances, sous a35056b78b72531a90b1a688aa57316c.jpgl’impulsion de son ange gardien, le plus contesté qui soit, Giacomo Casanova.

(C'est lui, à gauche).

 

Tout en croisant d’incroyables destins, Léalan  passera sa vie à chercher sa mère (prostituée) sous l’œil de cet ange iconoclaste.

Il y a, parmi les protagonistes, une chanteuse de rock alcoolique, suicidaire et nymphomane, un champion du monde de boxe, un champion du monde d’échec reconverti dans l’islam le plus radical et toutes sortes de personnages plus excessifs les uns que les autres.

Tout est crédible et rien n’est caricatural, ce qui est une performance quand on crée des héros aussi déjantés.

Hier, j’ai donné rendez-vous à Stéphane Nolhart dans une brasserie de la Porte Maillot. J’arrive un peu avant lui. Je m’adonne donc à mon activité préférée dans ce genre d’endroit. L’observation des gens.

J’adore contempler ses vies inconnues.

Une femme seule (et magnifique) est là.

Elle me sourit.

Elle doit penser que je l’allume.

A la place, elle s’allume une clope. Posture.

Elle prend son téléphone, écoute des messages en fronçant les sourcils. Posture.

Puis, elle boit son thé, l’œil méditatif. Posture.

Du coup, je ne cesse de la regarder.

Pour voir, comme ça.

Ça m’amuse.

Sachant d’autant plus que je ne l’aborderai pas.

(J’ai déjà bien assez de soucis comme ça !).

(Cœur fragile.)

Puis, un bel homme arrive et s’assoit à côté d’elle.

Puis l’embrasse sur les lèvres.

Avec avidité.

Imposture.

L’auteur arrive, lui aussi.

Heureusement, j’allais pleurer.

Il m’inspire immédiatement de la sympathie. C’est fou ce que l’on peut dégager comme ondes positives (ou pas) en quelques secondes. Je lui raconte mon histoire à Dijon.

Il sourit et me dit : « on écrit des mois et des mois et en 4 heures, le livre est ingurgité ».

Oui, mais, à moi, il m’a fait un sacré bien.

L’idée d’avoir écrit un livre salvateur lui plait.

Je lui demande ce qu’il veut boire : « Je ne sais pas, j’hésite entre un thé et une pression. »

J’appelle le garçon et commande, deux pressions.

Je lui pose des questions indiscrètes sur sa vie d’écrivain.

Il me dit en vivre.

Ce qui est si rare que je lui demande de m’en dire un peu plus.

Parce qu’il écrit depuis l’âge de 14 ans et qu’il n’a jamais cessé cette activité jusqu’à aujourd’hui.

Mais encore ?

 

-Des nouvelles, des contes pour enfants… mais j’utilise plusieurs pseudonymes. Depuis un an, j’écris des livres pour d’autres.

Autant dire qu’il est nègre, même s’il préfère le terme anglais : « écrivain fantôme ».

Stéphane Nolhart s’astreint à une discipline d’enfer rigoureuse.

-J’écris de 4 heures du matin à 11 heures. L’écriture, c’est aussi lire beaucoup et avoir un rythme de vie très carré. C’est un métier… on ne peut rien faire qui tienne la route si on ne s’y consacre pas à plein temps. Je me demande comment font les écrivains qui pondent un livre en 3 mois tout en ayant un autre travail pour gagner sa vie. Je ne cesse de rencontrer des auteurs qui parviennent à maîtriser cette double vie. Moi, ça me dépasse.

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Stéphane Nolhart a pourtant une longue vie professionnelle derrière lui : « de parachutiste à balayeur, de pigiste pour des magazines pour adultes à directeur de groupe de presse », dixit la 4eme de couverture de ce livre sorti chez Pietra Liuzzo Editions.

Ce qu’il me confirme :

 

-J’ai bien profité du début de la bulle Internet, quand tout était facile et que l’argent se ramassait à la pelle. Je suis  passé d’une boite de 30 personnes, très rapidement à une boite de 300 personnes. J’ai vu le vent tourner, j’ai tout vendu et je suis parti avec de quoi voir venir…

Je comprends qu’il a eu les moyens de se « poser ». Il s’est mis à écrire.

Un divorce et d’autres problèmes lui ont imposé une réflexion sur la vie qu’il menait. Il affirme que la littérature lui a permis de traverser certaines bourrasques du quotidien.

-La littérature peut sauver la vie comme on peut en crever. Personnellement, elle m’a sauvé. Écrire ou lire permet d’échapper à une réalité qui est parfois trop dure. Si le monde dans lequel on évolue ne nous plait pas complètement, on peut en créer un autre…

Le but étant d’écrire aujourd’hui des romans qui n’impliquent pas sa petite personne et qui fédèrent un public large…

-Je me suis attaché à essayer de prendre mon lecteur par l’épaule et à l’amener jusqu’à la fin sans qu’il ait envie de se barrer. J’ai passé beaucoup de temps sur le style et le rythme…

Pourquoi ce thème des « représentants du Seigneur qui guident et protègent » ?

-La seule chose autobiographique de ce roman, c’est que je suis moi aussi un enfant prématuré de 6 mois. Que j’ai réellement pesé 900 grammes… Je suis parti de cette question : pourquoi, alors que la vie n’est que souffrance, un petit être décide de continuer à se battre pour vivre. Et si, quelqu’un l’incitait à persister. J’ai aussi réfléchi sur l’intuition…peut-être est-ce les anges qui nous parlent ? Notre destinée, dépend- elle de la compétence des anges qui nous surveillent ? Je tente de répondre à ces questions de manière ludique et amusante. Mais je ne prétends rien.

Stéphane Nolhart, en vrai, ne croit pas précisément aux anges…

-Je crois juste en ma bonne étoile. Peut-être parce que j’estime que j’ai eu une vie assez jolie. Ça ne m’empêche pas de m’interroger sur le sens de la vie, de l’amour et de la mort… Pourquoi fait-on certains choix ? Pourquoi court-on après quelque chose ? Mais, je dois avouer que l’une de mes priorités en écrivant ce livre était de réhabiliter Giacomo Casanova. C’était un vrai philosophe, d’ailleurs, je cite beaucoup d’extraits de Histoire de ma vie. Une vie tout à fait fascinante.

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S’il y avait une morale dans Les ailes de Giacomo, ce serait : la vie est un éternel recommencement.

Pour être franc, je préfère ne pas trop en dire sur ce roman cynique et épique. Simplement, je le conseille vivement à ceux qui aiment les histoires qui sortent des sentiers battus, qui transportent le lecteur dans un monde qui n’est pas tout à fait le nôtre, sans en être, pour autant, très éloigné.

Stéphane Nolhart, ce grand et beau gaillard d’1m90 est touchant.

Il m’avouera (en off) qu’il a eu le trac avant de faire lire « les ailes de Giac… » aux êtres qui lui sont chers. Il était terrorisé de le présenter à son fils de 18 ans. Il fait des études littéraires et son jugement est souvent sévère. Le fils avait une larme à l’œil après lecture. Le père était fort ému.

Son plus beau cadeau.
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Le prochain livre de Stéphane Nolhart aura comme héros, la mort.

Un livre très drôle qui l’humanise.

Un livre pour faire aimer la mort.

En tout cas, pour avoir un peu d’affection pour elle.

Pour ne plus la regarder de la même manière.

Et quand je lui demande s’il en a peur, il cite Giacomo Casanova (ce qui boucle la boucle) :

« Finalement, mourir, c’est quitter la scène du théâtre de la vie avant que la pièce ne soit terminée. ».

Oui, enfin, moi, ça ne me console guère.

Mais j’attends avec beaucoup d’intérêt ce livre, pour le moment intitulé : L’incroyable vie de monsieur Catule LaMort.

Nous restons près de deux heures ensemble à parler ensuite de nos vies respectives.

Encore une fois, je me dis que ce type-là pourrait être un pote.

Peut-être le deviendra-t-il ?

Peut-être pas.

Les surprises de mon métier.

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On se sépare en se promettant de se revoir.

On verra.

Les surprises de la vie…

 

Important: vous pouvez commandez ce livre ici.