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10 mars 2009

Interview de Ridan.

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Né en 1975, d'origine algérienne, Ridan (Nadir écrit à l'envers) grandit à Chelles dans la banlieue parisienne. Depuis son plus jeune âge, il écrit des poèmes, puis se met à la rédaction de textes qu'il transforme en chanson. Il s'illustre dans un premier temps en participant à la production du projet 30 rappeurs contre la censure. Il sort son premier disque Le Rêve ou la vie en 2004. Le public est conquis. Il remporte une Victoire de la Musique en 2005 dans la catégorie album révélation de l'année. En mars 2007, Ridan sort son 2ème album, très attendu par la critique, intitulé L'ange de mon démon. Ange et démon. Ce chantre de la chanson vindicative vient de sortir son 3eme album L'un est l'autre.
Rencontre le 6 février dernier pour le site 77info.fr.
1) Ridan sort un troisième album et conclut ainsi un cycle commencé avec les deux opus précédents:
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2)Ridan et son amour des beaux mots:
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3)Ridan et la liberté de l'artiste:
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4)L'évolution musicale de ce troisième album:
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5) Ridan et son idée du succès:

Toutes les vidéos de 77info.fr Ici
Enfin, pour terminer, voici le clip du premier single: Passe à ton voisin.

22 février 2009

Un après-midi avec Yves Simon...

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J’ai 41 ans.

Soit.

Mes idoles musicales de jeunesse sont des grands de la chanson française, toujours présents aujourd’hui (sauf, le premier cité, bien sûr et malheureusement).

Balavoine, Goldman, Cabrel, Souchon et…

Yves Simon.

Les chansonniers de la Table Ronde...

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J'aime Yves Simon...

Pour Les gauloises bleues, J’ai rêvé New York, Les fontaines du Casino, Diabolo Menthe, Ma jeunesse s’enfuit, Qu’est-ce que sera demain (une de mes préférées…), Amazoniaque et aussi Je pense à elle tout le temps (avec l’apparition sonore et fugace de Daniel Balavoine)…

 

Pour aussi, La dérive des sentiments (Prix Médicis), Océan, Sorties de nuits, La manufacture des rêves

 

Pour ses chroniques dans Chorus (ma bible qui vient d’ailleurs de lancer une nouvelle version de son site) et aussi pour celles parues dans Libé pendant longtemps…

 

Quand Luc-Michel Fouassier, le président du salon du livre d’Ozoir-la-Ferrière (et néanmoins nouvel ami) m’a proposé d’aller déjeuner avec Yves Simon, dont il est un admirateur de longue date, vous pensez bien… j’ai accepté.

Au Méditerranée (place de l’Odéon).

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Nous avons beaucoup parlé, beaucoup bu, un peu mangé.

Moments de grâce…

Au bout d’une heure de conversation sur les légendes qu’Yves Simon a connu de près (ses rapports avec Montant, Signoret, Brassens...), anecdotes comme des fulgurances, j’ai demandé l’autorisation de sortir mon magnéto.

Accepté.

Mais la conversation a pris une tournure plus personnelle.

Nous nous sommes racontés nos vies.

Beaucoup de coïncidences étranges avec Yves Simon.

Des connaissances communes très proches ou qui me tiennent à coeur (Jacques Rigaud, la comédienne Corinne Dacla…)

Un même regard sur le monde.

Pareil avec Luc-Michel.

On était bien.

 

J’ai demandé à Luc-Michel Fouassier de m’écrire la façon dont il a vécu cette rencontre…

L’homme est enthousiaste…

Je publie, tel quel.

 

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Un passeur d'humanité

(Ma rencontre avec Yves Simon)

 

Le samedi 14 février 2009 restera gravé à vie dans ma mémoire ! Oh pas la peine de rechercher le journal de ce jour-là  pour y lire les gros titres, vous ne trouveriez pas l'explication. Point de résultat sportif extraordinaire, ni de cagnotte du loto, encore moins de découverte scientifique propre à bouleverser l'humanité.

Bouleversement, il y eut pourtant. De tout mon être. Humanité, j'y fus plongé entièrement, sans restriction.

Que je vous raconte. Mais, attention, aucun mot ne sera assez fort pour transcrire les émotions ressenties ce jour-là. Donc tout ça, faudra le multiplier par dix, par cent, par 10 puissance 12 !

Savez vous que les ordinateurs vont bientôt connaître la picoseconde, c'est-à-dire 10 puissance -12 secondes, un millionième de millionième de seconde...(Jours ordinaires) Combien de picosecondes durant quatre heures ?

Tout est parti du concours de nouvelles que j'organise pour la ville d'Ozoir-la-Ferrière et dont Yves Simon a accepté la présidence du jury. Enfin, pas tout à fait. Tout est parti d'une dédicace que j'ai demandée, un jour de juin 1989, à mon écrivain, chanteur, auteur préféré. Quoique, tout est parti d'un vieux 33 tours vinyl, qu'on avait prêté à mon frère vers le milieu des année 70 et que j'avais dupliqué sur une cassette. Nous nous sommes tant aimés dans les années 70.

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Ce samedi 14 février (délaissant honteusement ma femme en cette St-Valentin) rendez-vous fut pris pour 13 h dans un restaurant proche de l'Odéon, Paris 75, pour une rencontre interview d'Yves Simon, menée par mon ami journaliste François Alquier.

Parking souterrain, proche de la Seine, pour garer ma voiture. Aujourd'hui, je n'ai pas pris Les bateaux du métro. Petit détour par la Rue de la Huchette pour acheter un bijou à ma femme, deux ou trois choses pour elle.

En avance, je traîne dans le quartier des éditeurs. Café de Flore, librairie La Hune. Je suis fébrile. J'ai même un peu peur. François m'appelle sur mon portable. Il m'attend rue de l'Odéon. Je le rejoins. J'ai le trac François. Peur de décevoir, d'être déçu. C'est pas n'importe quoi ce que je vais vivre là, François. Je vais déjeuner avec l'homme qui m'a accompagné  durant plus de trente ans, presque toute ma vie, avec ses chansons, ses romans. L'homme sans qui je n'aurais jamais écrit une ligne. J'ai peur François. Mots rassurants du journaliste chevronné, de l'ami.

Je me retourne. Yves est là, sur le trottoir. Il remonte la rue vers nous. Il me fait un signe de la main, sourire aux lèvres. Il m'a reconnu. Il n'a pas oublié les quelques rencontres au gré des séances de dédicaces au salon du livre, à la Fnac... Yves Simon m'a reconnu ! Il m'a souri ! Regarde-moi, Regarde, regarde camarade de rencontre, tu vois, c'est ma façon de te dire que je t'aime.

Nous rentrons dans le restaurant où Yves a réservé une table. Il est détendu. Ses premiers mots, ses premières pensées sont pour Patrice-Flora, sa compagne. Il l'aime. Et ça fait du bien de le sentir heureux de cet amour. Je ne sais pas pourquoi, j'ai envie de l'embrasser. Cette envie ne me quittera pas de toute la rencontre. Je voudrais tellement lui témoigner mon affection.

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François avait préparé la rencontre, organisé l'interview et puis, très vite, nous nous écartons de ce qui était prévu. Nous parlons comme de vieux amis, tous les trois. Nous n'avons pas commandé de Diabolo menthe. Nous avons attaqué direct avec un vin blanc, Chablis, excellent. Ou Meursault ? Peu importe, il est vraiment excellent.

La conversation n'est plus seulement paroles, échanges de mots, d'idées. C'est plus que cela. Cela tient du partage, c'est Mille aujourd'hui, nous ne rêvons plus New-York, ni l'Abyssinie, nous y sommes. Ma femme Valérie croise Juliet Berto, nous rigolons avec Gérard Depardieu, Corinne Dacla nous sourit avec tendresse. Nous courons dans les forêts Vosgiennes, et dansons, le soir, devant les fontaines du casino. Daniel caresse le ventre gonflé de vie de sa femme. Nous allons le retrouver dans le désert pour lui dire qu'on l'aime. JMG commande un jus de fruit et nous lit un passage de L'inconnu sur la terre. Nous faisons voler des avions en papier.

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Je me prends à imaginer un torrent de montagne qui traverserait le restaurant, au milieu des tables et des chaises, et je nous y vois plonger nos visages. Tout est fulgurant, intense. Nous mêlons nos émotions, nous parlons de l'amour, de la création, de nos envies, de la vie. Parler de la vie avec Yves... Yves vit, là, devant nous et il nous emmène avec lui. Et j'ai maintenant envie que l'on se prennent tous les trois dans les bras.

Nous sommes heureux. Et je ne sais pas pourquoi. Peut-être comme l'impression d'avoir trouvé quelque chose après une longue errance dans des jungles amazoniaques.

Nous ne voulons pas rompre tout cela. Yves nous propose de boire un verre à la rhumerie. Nous acceptons volontiers, tellement heureux que ces instants se prolongent. Nous pensons à nos épouses. Nous nous sentons un peu fautifs. Mais aujourd'hui, grâce à Yves, nous avons en nous comme un supplément d'âme, nous les aimons encore plus.

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François partira le premier. Je raccompagne Yves jusque devant chez lui, ne mettant pas garé très loin. Nous parlons de l'amour une dernière fois, de celles qu'on aiment. Le tout, c'est de ne jamais se coucher fâchés. C'est ce que m'ont toujours dit mes parents. Yves retient le conseil. Il est content de retrouver Patrice-Flora. Je ne l'ai jamais rencontrée et pourtant, j'ai déjà l'impression de la connaître.

Nous nous embrassons comme deux frères.

Quelque chose passe. De l'humanité.

Il est 17h30. Nous avons existé quatre heures ensemble, proches. Je me demande combien cela fait de picosecondes...

 

Luc-Michel Fouassier

 

Qu'ajouter de plus?

Rien.

Voici son dernier clip en date.

Irène, Irène.

 

 

 

22 janvier 2009

Philippe Labro... la comédie humaine d'aujourd'hui!

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Romancier, journaliste, cinéaste, parolier, actuel vice-président de la chaîne Direct 8… Depuis toujours, malgré toutes ses activités, Philippe Labro trouve le temps d’écrire des romans. Son 19e livre, Les Gens, est une fresque pleine de regards et d’humour sur notre époque.
Il m’a reçu le 16 décembre dernier.
Il y a plus d’un mois.
Philippe Labro m’a demandé l’embargo jusqu’à mi-janvier. J’ai accepté.
Les gens sort le 29 janvier.

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Nous avons parlé également de sa condition d'écrivain et de son point de vue sur les blogs...

Mandor : Longtemps on vous a reproché de parler trop de vous, d’écrire des livres très autobiographiques. Ce n’est pas du tout le cas dans celui-ci…

Philippe Labro : Un écrivain ne doit pas se répéter de livres en livres. J’ai bouclé un cycle de romans autobiographiques, même s’ils étaient « de fiction ». J’y parlais, en effet, de ma jeunesse, de mon métier, de l’Amérique, de ma maladie… c’est fini tout ça. C’est derrière moi. J’ai écrit cette fois-ci une véritable comédie humaine. Les gens se déroulent aujourd’hui à Paris et aux États-Unis. Il y a des univers qui au départ sont parallèles et qui finissent par se croiser. J’ai voulu changer définitivement et radicalement de mon style habituel… Je veux qu’on admette que je suis simplement un romancier et non un type qui se contente de raconter sa vie.

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Mandor : C’est un livre sur le manque d’amour, la solitude avec, en arrière-fond, la société du spectacle.

Philippe Labro : Je me suis beaucoup servi de mes carnets de notes. Je prends constamment des notes depuis l’âge de 15 ans. J’inscris des phrases, des citations, des blagues, des expressions... Le personnage principal du livre, c’est une jeune femme, Maria, une étonnante orpheline polono-américaine, dont la traversée, la saga, l’itinéraire forment la colonne vertébrale du récit. À travers elle et les autres personnages principaux, Caroline, une jeune « working girl » française d’aujourd’hui, Marcus Marcus un producteur de télé, j’ai voulu portraiturer l’univers dans lequel on vit, le monde de l’apparence et la recherche permanente de la reconnaissance. Mes personnages sont cependant tendres, émouvants, pathétiques. Ils sont juste en manque d’amour.

Mandor : En lisant votre livre, j’ai pensé à une chanson de Souchon qui évoque la solitude dans la multitude…

Philippe Labro : Vous avez parfaitement raison. Certains de mes personnages connaissent le succès, la notoriété, mais sont seuls. Ils ont tous vécu une rupture. Ils tentent avec difficulté de se diriger vers la recherche de l’amour, d’un compagnon, d’un complice, d’un ami ou d’un collaborateur. J’ai voulu que ce livre soit construit comme un film. Au début, on voit des séquences parallèles qui nous incitent à nous demander où vont tous ces gens-là. A un moment, on va s’apercevoir qu’il y a quelque chose qui va les réunir.

Mandor
: Dans ces trois destins, finalement, chaque lecteur peut s’y retrouver.

Philippe Labro
: Quand j’ai écrit ce roman, j’ai essayé de faire en sorte que tout le monde soit intéressé par mes protagonistes et leur histoire. Mon obsession est de tenir le lecteur par l’épaule, qu’il veuille tourner les pages et qu’il se demande sans cesse ce qu’il va se passer.

Mandor : Vos personnages sont loin d’être mièvres et faibles. Limite extrême.

Philippe Labro : Je n’ai pas voulu raconter la vie de gens banals et classiques. Moi, par exemple, j’aime Maria. Elle a une espèce de don médiumnique qui fait qu’à l’âge de 17 ans elle juge mieux que vous et moi les êtres humains. Elle voit la vérité. Elle est tellement belle qu’elle a vite compris qu’il fallait qu’elle dissimule sa beauté, sinon elle rendait toutes les autres femmes jalouses et tous les hommes amoureux d’elle. Ce genre de femme parfaite, évidemment, est très rare. C’est aussi ça écrire un roman. Donner aux lecteurs le sens de l’évasion et du rêve en rencontrant des personnages qui n’existent pas. Caroline, elle, est une fille honnête, qui croit en certaines vertus et valeurs, qui a beaucoup de mal à accepter l’idée qu’on parle de sexe comme on parle des voitures. À cause de cela et surtout parce qu’elle s’est fait plaquer sinistrement, elle a du mal à tomber amoureuse d’un homme ou à tomber dans les bras d’un homme alors que la plupart de ses contemporaines font l’amour comme on prend le thé, le matin au petit déjeuner. Quant à Marcus Marcus, le producteur de télévision, bien sûr, il a l’air d’un méchant, mais en fait, il est pathétique, il est malheureux, il se cherche. Il ne s’aime pas, il sait qu’il n’est pas aimé, alors il essaie de se réfugier dans la célébrité et la gloire… Je souhaite que quand les lecteurs lisent les gens, ils les voient.

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Mandor : Malgré leur force apparente, vos héros sont faillibles en bien des points.

Philippe Labro : Ils sont comme vous et moi. Ils sont capables de rompre, de trahir, de tromper… je les ai faits malléables aussi, parce que les événements transforment les gens. La phrase centrale de mon livre est une phrase de Balzac que j’ai mis en exergue au début : « Rien dans ce monde n’est d’un seul bloc, tout est mosaïque ». Ma vision de la vie, c’est ça… une mosaïque.

Mandor : Vous critiquez beaucoup le monde de la télévision et des médias en général.

Philippe Labro : Je me suis permis de jeter un regard lucide et d’ailleurs auto critique parce que j’appartiens à ce monde, pour le démystifier un peu. Il n’est pas le sujet central du livre, loin de là, mais je continue à le traverser. Je me juge donc, moi-même. Je suis parfois aussi victime d’erreurs et de comportements. Comme la pub, le cinéma, la mode, le journalisme, ce sont des univers où il y a des créatifs. Les héros de mon roman sont donc des âmes sensibles, fragiles, mais ce sont aussi des gens porteurs de grandes ambitions et de beaucoup de vanités et d’orgueil. Ce sont des personnages intéressants qui ne sont pas dans la norme.

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Mandor : Vous portez ce livre depuis longtemps ?

Philippe Labro
: J’avais très envie de créer un vrai courant dans lequel on voit plusieurs bateaux sur les mêmes rivières qui s’en vont on ne sait où… J’avais envie d’un peu d’ambition dans ma vision du monde.

Mandor
: Y a-t-il une morale dans votre livre ?

Philippe Labro
: J’explique que dans la vie, à un moment donné, il faut se trouver sa ligne de conduite et essayer de s’y tenir. Je dis aussi que nous vivons dans un mode chaotique, pour lequel désormais, il y a très peu de repères, de phares, de points fixes et qu’il vaut mieux le trouver en soi ou dans l’amour des autres. Pour trouver de l’amour, il faut en donner. Si vous n’en donnez pas, vous êtes foutu.

Mandor : Écrivez-vous dans la douleur ou dans la joie ?

Philippe Labro : Pour moi, ce n’est jamais douloureux d’écrire. C’est difficile, mais pas douloureux. Je pense qu’on ne peut pas identifier comme une douleur ce qui est une chance. C’est une chance de pouvoir écrire, de savoir écrire et d’aimer écrire.

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Mandor : Vous avez des doutes quand vous écrivez ?

Philippe Labro: La vérité c’est que je suis marié depuis 35 ans avec une femme géniale, intelligente, fine, qui m’aime et qui a un très bon jugement dans la lecture. De temps en temps, en cours d’écriture, je lui parle du roman. Je ne lui montre rien quand j’écris, je lui montre quand c’est fini. Si on commence à montrer ce qu’on écrit pendant la phase d’écriture, là, on tombe dans d’interminables discussions qui ne font que renforcer vos doutes. À un moment donné, il faut accepter ses propres doutes et ne pas s’occuper de celui des autres sinon, on est foutu. Françoise lit une fois que le manuscrit est fini, que je l’ai bien nettoyé, peigné et là, les réflexions qu’elle me fait sont primordiales. Elle a un regard vierge et le regard vierge de ceux qui vous entourent et qui vous aiment est capital, parce qu’ils voient tout de suite ce qui ne va pas. C’est mon 19e livre et j’ai compris que le jugement des autres à une valeur.

Mandor : Vous êtes dans quel état d’esprit avant de sortir un livre ? Un peu d’appréhension, de trac ?

Philippe Labro
: Le trac non, je suis devenu un « routier », comme on dit. Je suis dans la non-quiétude et l’interrogation. Mais, c’est un peu comme quand on lance un bateau sur la mer, il y a un moment donné où il navigue. Mais, vous n’êtes pas maître des vents, ni des marées, ni des courants, ni du temps. Le livre est écrit, ça va sortir, bon… adieu vat ! Je suis fataliste désormais et je suis beaucoup moins préoccupé par la réaction des professionnels et des critiques, je me préoccupe surtout de savoir si les lecteurs de mes livres précédents vont adhérés à celui-ci. Ça, c’est ma vraie question.

Mandor : Le rôle de l’interviewer interviewé, vous l’aimez bien ?

Philippe Labro : Votre question est très judicieuse parce que, justement, en rencontrant des journalistes qui vous interrogent sur votre livre, vous découvrez vous même ce que pensent les autres et surtout des points de vue que je n’avais pas imaginés moi même. Je ne cache pas que j’éprouve un certain plaisir à rencontrer des confrères qui m’interrogent après que j’ai moi-même interrogé beaucoup de gens. Ca m’intéresse de vous rencontrer parce que, ça me rend très humble. Vous vous rendez compte que vous n’êtes pas le seul. La veille, vous avez vu quelqu’un d’autre qui a fait des choses formidables… il faut situer les choses, j’ai fait un livre, basta ! Ce n’est pas non plus, la fin du monde…

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Mandor : Vous allez consacrer beaucoup de temps à la promotion de ce livre. C’est un exercice qui vous intéresse et que vous aimez ?

Philippe Labro : Il faut être honnête avec soi-même. Un écrivain est un peu narcissique. Ce n’est pas qu’il s’aime, mais il s’écoute, il se regarde beaucoup. D’ailleurs, si il ne se regardait pas, il ne pourrait pas écrire parce qu’on va chercher en soi ce qu’on met souvent, dans les autres personnages. Ce n’est pas épuisant, vous savez. Je me refuse à jouer au type blasé, lassé, qui accepte parce qu’il faut bien remplir la formalité de l’interview… non, il faut admettre et aimer dialoguer.

Mandor
: Vous vous moquez un peu des blogs dans Les gens.

Philippe Labro : Il y a blog et blog. Il y a des bons et des mauvais sites. Je ne critique pas, c’est une forme moderne de communication que l’on ne peut pas refuser. Moi, je n’ai jamais pris le temps de faire un blog parce que je pense que ça occupe beaucoup. J’en parlais récemment à un de mes copains, Pierre Assouline, qui a un très beau et bon blog littéraire. Il me disait que ça lui prenait 5 heures par jour. Moi, je ne peux pas. Peut-être changerais-je d’idée un jour…

21 janvier 2009

La Bestiole... ce soir en concert!

Redif' d'une note qui date de décembre 2007 (mais quand même largement réactualisée...)

(Je ne suis pas une feignasse!)

(Quand même...)

Et puis, La Bestiole, elle a sacrément bougée depuis...

 

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Voilà, on est sollicité pour animer une soirée rock en Seine-et-Marne (souvenez-vous), on fait son boulot, on papote avec les uns et les autres (artistes, directeur de salle, organisateurs de l’évènement, public…) et on finit par avoir un coup de cœur.

Musical et humain.

Pendant le concert, je regarde les groupes sur scène et un retient particulièrement mon attention.

La Bestiole.

Quand le rock pur et dur rencontre la chanson française.

Un duo qui dégage une énergie folle.

Assis à ma table d’intervieweur, je suis hypnotisé par leur prestation.

3 titres, puis ils descendent me rejoindre pour discuter avec l’animateur Mandor.

(C’était un peu le principe de la soirée…)

-Vous êtes deux, on dirait Les Tambours du Bronx.

(Ce qui n’est pas ce que j’ai réellement dit puisqu’ils ne jouent pas la même musique, mais, je trouve que pour expliquer qu’ils occupent le terrain scénique de manière stupéfiante, c’est une image qui assez parlante. Non ? Ah bon !)

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Le feeling passe immédiatement. On se revoit (au bar) à l’issue de spectacle et j’annonce à la manageuse du duo (Vanessa) que je compte les revoir pour les mandoriser.

 

Ce qui fut fait.

Une présentation s’impose :

Delphine Labey : Chant, percussions, textes, compositions et arrangements.

Olivier Azzano : Guitares, chants, compositions et arrangements

Stéphanie Labbe : Direction artistique.

Oui, ils ont une directrice artistique.

(Précisons aussi que Delphine et Stéphanie sont aussi comédiennes, mais comme ça n’a rien à voir avec La Bestiole , je n’en parlerai pas…)

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Ils me donnent rendez-vous chez la chanteuse.

Mazette! Un appartement situé à côté du Parc Monceau.

Accueil généreux et sympathique.

Les trois membres du groupe sont là. Bonne ambiance, chaleureuse conversation en off.

Puis en on.

Sanyo TRC-960c, à toi de jouer !

Nous parlons de leur rencontre.

Tout a débuté en 2002.

Delphine m’explique :

-Avant de travailler ensemble, j’avais un projet de chansons latino Jazz. Quand j’ai vu Olivier lors d’un concert, un soir, je me suis dit que l’instinct de ce musicien me plaisait. Nous nous sommes très vite entendus et nous avons travaillé ensemble. Notamment sur mon album solo intitulé Labay. Olivier sait faire sortir beaucoup de choses que j’ai au fond de moi. Si j’ai une tradition chanson française, je ressentais souvent le besoin de sortir mes griffes.

Olivier d’ajouter :

-Tous les deux, dans notre travail, nous sommes dans la réalité, dans la justesse. Nous ne voulons pas être dans la mouvance. Musicalement, nous sortons ce qu’il y a au fond de nous. Delphine et moi nous ressemblons beaucoup intérieurement malgré nos parcours différents, c’est pour ça que ça fonctionne. Elle, c’est Brel et Ferré, moi, les Pixies et les Sex Pistols.

Je trouve que cela résume parfaitement leur univers. Du rock, blues, folk dynamique avec des paroles qui ont du sens.

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La société de consommation, le narcissisme, le travail de mémoire, l’amour (charnel parfois, très même…) et quelques chansons plus légères…

Joli croisement.

Et la voix de Delphine, je l’aime beaucoup. J’y suis très sensible. Je lui dis, elle est gênée.

Recevoir un compliment n’est pas toujours chose aisée.

Constatation évidente… le duo est cohérent.

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Stéphanie Labbe est une des raisons majeures de cet équilibre.

Maillon essentielle de la chaîne pour que tout tourne rond.

-Mon rôle de directrice artistique est de canaliser ces deux personnalités. Je tente de gommer les scories, les fioritures et recentrer tout ça. Je fais aussi un travail de directrice d’acteurs. Le comportement scénique devient primordial.

Je m’aperçois que Delphine et Olivier lui font une confiance absolue.

On sent de l’amitié dans ce trio.

Et une ouverture d’esprit non négligeable.

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Rock'n'roll attitude... Olivier étranglé par Delphine. On y croit. C'est criant de vérité!

Ils viennent de finir le mixage de leur premier disque contenant, à priori, 14 titres. Auto produit, puis ils vont démarcher les maisons de disques.

Car, comme le dit Delphine :

-Pour tourner, ça ne suffit plus d’être des artistes de scène, il faut avoir une actualité discographique. C’est comme ça…

C’est effectivement con, mais, c’est comme ça.

On reste un peu ensemble après l'interview...

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Pas rock'n'roll attitude! (Et Stéphanie qui ne veut pas se montrer. Rester la femme de l'ombre...)

Marrant, pas envie de partir.

Mais route à faire.

On the road again...

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A voir et écouter sur leur site officiel.

Sur leur MySpace.

 

EDIT aujourd'hui:

Ce soir… sur scène.

Au Zébre de Belleville.

(Demain aussi).

Leur premier album officiel sort le 31 janvier.

22 décembre 2008

Jérôme Attal et William Rousseau!

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Jérôme Attal est l’un des auteurs les plus doués de sa génération. Il est parolier pour des artistes aussi différents que Johnny Hallyday, Pierre Guimard, Jane Birkin, Florent Pagny, Constance Amiot, Bertrand Soulier, Vendetta et quelques autres. A son actif : Trois disques, deux romans et un récit. Je l’ai mandorisé fréquemment (par ordre de publication, , ici et encore ...), car je déplore qu’il ne soit pas encore considéré en France comme un très grand. J’ai une réelle admiration pour lui.

William Rousseau, lui est un compositeur hors pair. En 2002, Caroline Molko le signe chez Warner Chappell. Il écrit des musiques pour des artistes comme Florent Pagny, Faudel, Chimène Badi… Il est aussi l’un des compositeurs de l’opéra rock à venir, Mozart (d’Albert Cohen et Dove Attia).
William Rousseau sort fin janvier son premier album intitulé Ton homme en passant.
Son disque est mon coup de cœur de ses 6 derniers mois.
(Et vous connaissez ma totale objectivité ! )

Jérôme Attal a écrit tous les textes de ce disque.

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Là, ils partagent une scène...

Il m’a semblé intéressant de les réunir pour une conversation à bâtons rompus.
Ce que nous avons fait le 3 décembre dernier au Zébra Square
En plein après-midi.

Mandor : J’ai lu que votre rencontre était le pur fruit du hasard. Si je ne m’abuse, c’était un peu provoqué…

Jérôme Attal : Oui, d’autant plus qu’on a déjà fait plusieurs chansons ensemble pour Marie-Amélie Seigner, dont une très jolie : On se regardait. Et puis un tube d’entreprise pour Warner.

Mandor
: ??? C’est quoi un tube d’entreprise ?

Jérôme Attal
: C’est un titre qu’on nous a demandé, qui a été enregistré et qui est sorti sur une compil’ internationale de chez Warner. C’est une jeune fille qui chantait et c’est un disque qui, finalement, n’existe pas. C’est ça que j’appelle un « tube d’entreprise ».

Mandor : Et ça ne vous a pas découragé de bosser de nouveau ensemble.

Jérôme Attal
: Pas du tout. J’adorerais un monde où la valeur de ce que tu fais a une sanction immédiate. On aurait pu faire un truc très médiocre et qu’il cartonne… il n’y a aucune logique.

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De gauche à droite, William Rousseau et Jérôme Attal.

3700187633080.jpgMandor : Bon, pour cet album Ton homme en passant, qui a décidé de travailler avec l’autre.

Jérôme Attal : Comme on s’entend bien et que j’adore les mélodies de William, l’idée était loin de me déplaire. Tu sais que j’aime les Beatles et bien, je trouve que le côté mélodique de William est très Beatles. C’est rare en France de faire de si belles mélodies…

William Rousseau : C’est amusant parce que l’on s’est retrouvé dans un séminaire à l’environnement un peu particulier. Nous étions très esseulés l’un et l’autre. On devait composer des chansons pour des projets virtuels ou à-venir. On n’avait pas le droit de de se mettre avec des gens avec qui on avait l’habitude de travailler. À table Jérôme m’a glissé discrètement un texte. Je me suis enfermé dans une petite pièce tout seul et j’ai commencé à composer sur ce texte. Ça a bien fonctionné.

Jérôme Attal
: Pendant ce temps, moi, je draguais les filles…

William Rousseau
: En fin de journée, j’ai interprété la chanson devant notre éditrice préférée. Je me suis dit à ce moment-là que je pourrais interpréter des chansons moi-même plus souvent. Jérôme m’a un peu poussé à ça. Il m’a incité à faire mon album, tout en me précisant qu’il me ferait tous les textes.

Jérôme Attal
: Oui, en effet. Je pensais que mes mots iraient bien sur ses mélodies.

William Rousseau
: Ensuite, Jérôme m’a envoyé quelques textes sur lesquels j’ai placé ma musique.

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Mandor : Il faut bien se connaître pour écrire pour les gens, Jérôme ?

Jérôme Attal : Très franchement, j’écris pour moi. Il faut que ce soit cohérent avec ce que je fais d’habitude. Ce que j’aime avec William, c’est que j’ai pu faire exactement ce que je voulais.

William Rousseau : Un texte peut diriger une façon de composer un titre, donc, une musique peut inspirer un auteur. Obligatoirement, les choses étaient reliées par l’envie de l’un et de l’autre de faire quelque chose d’assez personnelle.

Jérôme Attal
: Oui, et puis mon écriture est assez ouverte. J’essaie de faire en sorte que chacun puisse se l’approprier. Ce qui était génial, c’est que William m’envoyait des musiques qui m’inspiraient des couleurs et des mots. En plus, travailler pour un nouvel album, c’est excitant. Chaque chanson dépend des autres chansons.

(Le premier clip tiré du disque de William Rousseau.)

William Rousseau : Tu travailles dans un répertoire.

Jérôme Attal
: J'aimerais que mon travail pour mes chansons personnelles et pour celles
que j’écris pour les autres, soit cohérent avec mes romans et mon Journal.
Je crée des liens, je tisse une toile.

William Rousseau
: Dans les chansons de Jérôme, j’ai l’impression que c’est une seule grande et même histoire, avec plusieurs petits scénarios. Il a choisi une thématique qui touche et qui intéresse tout le monde : la relation entre hommes et femmes.

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Mandor : William, tu as testé les chansons sur scène avant de les enregistrer. Il y en avait au départ 16, il n’en reste plus que 11 sur l’album.

(William sur scène...)

William Rousseau : On sent vite quelle chanson fonctionne et quelle chanson fonctionne moins. Bon, il est vrai que le retour public est toujours faussé. C’était plus pour savoir ce qui raisonnait ou pas.

Mandor: Jérôme prétend que tu es un chanteur à femmes. Qu’elles sont pantoises d’admiration quand elles te regardent chanter en concert…

William Rousseau : Je ne peux pas dire ça. Mais, dès qu’un garçon commence à avouer ses faiblesses, ça peut plaire à une catégorie de femmes… On fera le bilan dans quelques mois. Pour le moment, je n’ai pas un public très nombreux. Je suis ce qu’on appelle « en devenir ».

Mandor
: William, as-tu déjà lu des livres de Jérôme ?

William Rousseau : En fait, je n’ai pas encore lu Le garçon qui dessinait des soleils noirs. Je ne me le suis pas encore procuré, je l’avoue. Mais j’ai lu les deux autres.

Mandor
: Que penses-tu de sa manière d’écrire des romans ?

William Rousseau
: J’ai découvert Jérôme par les chansons. Je trouve dans ses livres exactement la même fluidité. On peut lire Jérôme comme on peut découvrir ses chansons… avec facilité. Désormais, je peux me vanter en disant que mon disque fait partie de l’œuvre de Jérôme.

(Le clip du livre Le garçon qui dessinait des soleils noirs...)

Mandor : Jérôme, parlons donc de ton nouveau roman. Dans Le garçon qui dessinait des soleils noirs, tu développes la personnalité de Basile Green, musicien de rock, déjà présent dans L’amoureux en lambeaux. Arrêtons-nous sur ce que tu écris sur le rapport entre un artiste et « le » public.

Jérôme Attal : Ce qui me fait toujours rire, c’est quand les gens parlent du public comme si ce n’était qu’une personne. Basile est un chanteur particulier, dans le sens où il n’a pas envie que des gens qu’il n’aime pas soient son public.

William Rousseau : C’est très toi, ça !

Jérôme Attal : Ce misanthropisme est très difficile à négocier avec l’idée de faire des chansons à succès et d’être populaire.

William Rousseau : Je trouve que c’est un avantage de dire que le public est une seule entité. On ne perçoit plus les gens qu’on n’aime pas.

Jérôme Attal
: Tu as raison. Tu es plus souple que moi !

Mandor : Toi, William, tu acceptes tout le monde ?

William Rousseau : J’accepte surtout les gens dont Jérôme se débarrasse.
(sourires). C’est pour ça que j’ai récupéré beaucoup de filles.

Jérôme Attal : Je vais faire une digression, là. Je tiens à signaler que Mandor nous emmène dans des endroits où les madeleines que l’on sert avec le café, sont un croisement entre la Madeleine et le Financier… c’est assez chic ! Je conseille à tous les chanteurs de se faire interviewer par Mandor, l’après-midi…

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Mandor : Oui, bon, revenons à ton livre… tu esquisses le milieu de l’industrie du disque…

Jérôme Attal : Ce n’est pas le problème principal de mon roman. Un jour, j’aimerais bien publier un livre sur l’industrie du disque. J’ai plein d’anecdotes rigolotes à raconter. Mais, Mandor, mon propos dans la littérature n’est pas d’écrire des anecdotes, tu le sais... c’est aussi de faire des livres comme des gens que j’aime bien… Fitzgerald, Sallinger. En même temps, il est vrai que je fais dire à Basile que ce milieu a "basculé dans la misère et le cynisme".

Mandor : Tu en penses quoi, toi, William ?

William Rousseau : J’ai tendance à dire que j’ai un pied qui avance plus vite que l’autre. Je suis édifié par le manque de compétence qui règne dans les bureaux des maisons de disques. Aujourd’hui, il n’y a plus vraiment de passionnés. Il y en a très très peu. Ceux que l’on croise sont comme des bêtes fauves esseulées. L’argent est utilisé aujourd’hui pour gagner du terrain sur les nouveaux médias, sur la promotion au maximum. Il faut mettre extrêmement en avant tous les artistes pour pouvoir à un moment donné, toucher les gens. Le travail artistique et de développement n’existent plus vraiment. C’est triste.

Jérôme Attal : Je suis d’accord avec toi, sauf que le pouvoir est encore aux artistes. Même si les artistes ne sont pas valorisés par rapport à leur travail, on n’est jamais à l’abri de faire un single qui va cartonner.

Mandor : Ton héros, Basile Green, lui, a eu du succès, puis beaucoup moins.

Jérôme Attal : Il faisait partie de la vague de petits groupes rock parisiens qui ont été montés en épingle par les maisons de disque. Il a eu un succès fulgurant, mais il est tombé dans l’indifférence assez rapidement. En plus, il a eu du succès avec une chanson « moyenne ». Celles qui sont venues après étaient bien meilleures, mais n’ont pas attiré le public. Il est dans ce déséquilibre entre la médiatisation, le goût orienté qu’on veut dire du public et son travail personnel. Derrière tout ça, il y a une histoire d’amour qui le malmène. Il n’a pas de refuge, finalement. Ni dans son travail, ni dans sa vie personnelle. Je vais citer une phrase tirée de l’évangile de Saint Luc : « Les renards ont des tanières, les oiseaux du ciel ont des nids, mais les fils de l’homme n’ont pas de lieux où ils peuvent reposer leur tête. »

Mandor : Anika, sa petite amie, est fuyante. On retrouve dans ton œuvre toujours ce même schéma.

Jérôme Attal : Quand j’étais adolescent, je n’avais jamais la fille dont j’étais amoureux. Moi, j’étais toujours à courir derrière. J’écrivais des lettres d’amour, maintenant, j’écris des romans. Aujourd’hui, heureusement, j’écris indépendamment de si ma vie est heureuse ou pas. J’ai toujours cette idée de conquête adolescente. Deleuze, que j’adore, dis qu’on écrit ou on crée pour combler un décalage entre la réalité, ce qu’on voit et ce qu’on ressent dans le cœur. Moi, c’est exactement ça.

Mandor : Tu n’as pas l’impression d’écrire toujours le même roman, mais avec un axe différent à chaque fois ?

Jérôme Attal : C’est ce que j’aime en peinture. J’aime les peintres qui peignent toujours la même chose, comme Bacon, Balthus, Modigliani… Un artiste se doit d’être cohérent. Moi, je tente de l’être dans mes chansons et dans mes livres en gardant les mêmes thèmes. Tu crées ton univers, tu crées ton village Play Mobil.

 

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William Rousseau , Jérôme Attal et Mandor, hommes sandwichs!

Mandor : Dernière question : Qu’appréciez-vous, professionnellement, l’un chez l’autre ?

Jérôme Attal : Je trouve que William est le Paul Mc Cartney français, mais tout reste à accomplir pour lui, à la différence de Paul…

William Rousseau
: Ce qui m’impressionne chez lui, c’est cette faculté qu’il a de garder son écriture sur des musiques qui sont différentes des siennes.


(L'EPK du disque de William avec la participation de Jérôme...)

Et comme Jérôme, il est sympa, il vous souhaite un joyeux Noël avant l'heure...


Merci à tous les deux pour leurs disponibilités, quasi immédiates...
MySpace de Jérôme (avec tous ses clips dedans!)

16 décembre 2008

Ce que je n'ai pas dit à Philippe Labro...

 

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... qu'il a été mon patron lors de mes passages à RTL.

(J'ai notamment été monsieur météo pendant un an...)

Que j'ai beaucoup de respect pour sa carrière journalistique, et ce, depuis que j'ai commencé ce métier (1982).

Pas un exemple, mais... presque.

Que son amabilité, sa prévenance et sa courtoisie m'ont rendu un peu gauche.

Que sur ses 19 livres publiés, j'en ai lu la moitié.

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Qu'interviewer un intervieweur hors pair est déroutant.

Je me fais fort de ne jamais avouer à quelqu'un que j'admire, que je l'admire.

Je suis journaliste, merde, il faut savoir rester objectif et neutre.

Mais, quand même, ce matin, j'ai eu le trac en interrogeant Philippe Labro.

J'ai fais comme si non, mais si, en vrai.

Et son compliment sur ma façon de mener une interview, je l'ai bu comme du petit lait.

Peut-être était-il seulement poli et qu'il a essayé de me mettre dans sa poche?

(Parce que, bon, c'est quand même pour une double page d'un "consumer" très lu...)

Philippe Labro l'écrit dans son nouveau roman, Les gens (sortie le 29 janvier), les gens (justement) adorent qu'on les flatte.

(Mais en même temps, je pense que le monsieur a dépassé le stade de ce genre de stratagème qui ne trompe personne.)

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Ce matin, dans le bureau de Philippe Labro (chez Bolloré Média).

Les gens, une fresque, une comédie humaine, "pleines de regards et d'humour sur notre époque, de dialogues, de portraits et observations"... dont je n'ai pas le droit de parler avant sa sortie.

Mais qui mérite le détour.

Détour qui passera par ce blog le moment dit.

 

09 décembre 2008

Ju'l...

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Demain soir, Ju'l est à l'Etage...

Je republie sa mandorisation (et la complète).

Parce qu'elle le vaut bien...

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Un jour, je reçois un petit mot personnalisé d’une chanteuse avec son disque autoproduit. Elle me demande de l’écouter et de la contacter si j’aime son travail.

Pour tout vous dire, ce n’est pas tout à fait la première fois que ça m’arrive et je rappelle rarement. Enfin si, juste par politesse et pour dire ce que j’en ai pensé (avec diplomatie), mais ça n’a jamais abouti à une rencontre et une mandorisation dans les règles de l’art.

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Là, j’écoute et je suis un peu déçu par la réalisation. Je réécoute et je tombe vite dans l’univers de cette jeune trentenaire appelée Ju’l. Il gomme les défauts d’un premier disque produit sans beaucoup de moyens…

1103320928.jpgC’est du piano/voix, et j’aime beaucoup les disques sans fioritures. L’épure d’artistes comme Sheller ou Barbara ne m’a jamais dérangé…

Comme je pense à Sanson et Barbara en l’écoutant, je me dis qu’elle a largement été influencée par ses deux grandes dames, mais qu’elle parvient à ajouter sa jolie patte.

Vous l’avez compris, j’ai fini par l’appeler.

 

Ainsi, le 15 avril (oui, je sais, je ne suis pas en avance dans certaines de mes notes), nous nous retrouvons au bar du Lutetia. Endroit qu’elle n’a pas choisi au hasard… « J’y ai vécu des choses, j’ai de beaux souvenirs…et ce piano, là, c’est assez symbolique ». Moi, à chaque fois, je dis bien à chaque fois, qu’on me donne rendez-vous là, je pense à ce qu’il s’est passé pendant la Deuxième Guerre mondiale.

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Dans la salle, je remarque Ju’l. Première constatation, elle est plus belle au naturel qu’en photo. Je trouve même qu’elle est lumineuse. Son sourire peut-être. Je lui dis. Elle semble un peu gênée… Je l’interroge sur son passé musical, je suis plus là pour ça que pour parler photogénie.

-Je suis d’une famille d’artistes contrariés. Personne n’est allé au bout de son art… mais j’ai été bercé toute mon enfance par la musique. Mon arrière grand-mère faisait du piano de manière fabuleuse par exemple.

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Le piano étant l’instrument de prédilection de Ju’l. Initialement, c’est une guitare qu’on lui avait mise dans les mains, finalement, elle préférera l’instrument aux touches d’ébène et d’ivoire (c’est poétique un piano…).

-Avant de me lancer complètement dans la musique, il a fallu que je tente un chemin qui rassure tout le monde. J’ai été orthophoniste, puis j’ai arrêté pour faire une école d’infirmière. Là, j’ai complètement déprimé. Je me suis retrouvée en stage en gériatrie et j’étais très mal dans mes pompes. Curieusement, c’est là que j’ai pris mon destin en main. Une vieille dame dont je m’occupais et qui était soi disant « démente » m’a dit droit dans les yeux : « vous n’avez pas l’air heureuse ma petite fille. Vous savez, la vie passe en un clin d’œil. Moi, je me suis retrouvée ici, je n’ai rien vu venir. Soyeux heureuse, faites ce que vous avez à faire ! ». Je te promets, je suis sortie de la chambre, j’ai mis mes affaires dans un sac et j’ai tout quittée pour aller à Paris… J’avais 21 ans, j’en ai 31 aujourd’hui…

J’aime ce genre d’histoire.

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Depuis, Juliette Tourret tente de s’imposer dans le fabuleux monde de la chanson française de qualité. Beaucoup d’appelés, peu d’élus. Il faut du courage pour se lancer dans cette bataille là. Elle semble ne pas en manquer…

-J’ai enregistré mon disque seule et ça n’a pas été facile, mais je voulais faire découvrir ma musique au public et aux professionnels. Je voulais aussi que les directeurs de salles me fassent confiance. Ce qui a été le cas avec le programmateur de La Reine Blanche. Boris Gasiorowski m’a fait passer une audition et m’a permis de jouer dans sa salle. Pour moi, c’est primordial car il faut me découvrir sur scène. Je suis quelqu’un de scène. C’est là que l’on peut se rendre compte de mon travail.

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Ju’l cherche un tourneur, soit dit en passant.
Je lui parle de ses influences, elle les assume parfaitement.

-Je me suis attaquée au répertoire de Barbara parce qu'elle a été aussi un élément déclencheur. Je l’ai vu en 1992 dans la ville dont je suis originaire, Montluçon. J’ai pris une énorme claque et j’ai compris où se situait mon destin.

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Elle a travaillé avec Elzbieta Jeznach -créatrice de marionnettes- (Compagnie Miettes de spectacles) pour laquelle elle a composé une musique sur mesure lors de son dernier spectacle « Alice aux pays des lettres ». En 2006, Olivier Barrot lui a emprunté un de ses thèmes pour une de ses émissions : Volte Face.

Oui, parce que Ju’l est avant tout compositrice et une mélodiste douée.

-Je fais de la chanson, certes, mais aussi de la musique « classique ». J’aime faire parler mon piano. Plus que les mots, la musique est le plus beau moyen d’évasion. On peut tout se permettre dans l’expression de la musique…

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Eclatante de vie!
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Ju’l a participé aux 27eme Rencontres d’Astaffort. Elle m’en avait parlé avant de partir… Il n’est pas impossible que je la recroise bientôt.

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L’album de Ju’l est disponible .

Contact : jul-ici-et-maintenant@hotmail.fr

Son Myspace.

(Les photos sont de Patrick Lazic... sauf celles prises au bar du Lutétia (les 4 dernières) qui sont de moi et ça se voit!)

Ju'l sera en concert demain soir, mercredi 10 décembre à 20h à L'Etage.

07 décembre 2008

Bertrand Soulier... chanteur multiple!

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Le 20 mars 2008, j'ai rencontré Bertrand Soulier. J'ai déjà écrit une note sur cette interview.

Je la réédite et la complète aujourd"hui car cet artiste fort talentueux est à l'Olympia demain soir (lundi 8 décembre).

 

Et puis, autant vous l'avouer tout de suite, Discorama est l'un de mes deux coups de cœur de cette année (avec l'album de William Rousseau, cité dans la note précédente...).

Quand j’ai reçu le premier disque de Bertrand Soulier, j’ai tout de suite accroché. Je n’avais pas lu la bio, je ne comprenais donc pas pourquoi, parfois, il me semblait reconnaître des ambiances, des notes, des arrangements, déjà écoutées chez d’autres. En même temps, je trouvais que l’ensemble était original et qu’il y avait déjà une patte Soulier (si je puis dire !).

Voyez ce petit reportage...

Je lis ensuite le dossier de presse envoyé par l’agence de promotion qui s’occupe du monsieur (dont le site officiel est ici). Et là, je comprends mieux l’étrange sensation de déjà « entendu ». En fait, Discorama est un album concept. « Une fausse compilation 1971-2017 d’un artiste n’ayant jamais existé, mais dont toute ressemblance avec des génies « disque-d’orisés » ne serait pas complètement fortuite ». Il précise même :

-Une compilation d’un chanteur imaginaire qui serait né dans les années 50 et qui nous casserait encore les pieds.

(Que personne ne se sente visé.)

Là, j’adhère complètement… un type qui déboule avec un premier album et qui casse les codes directement, ça me plait beaucoup. A tel point que je finis par avoir rendez-vous avec lui. C’était jeudi dernier, dans les locaux d’Ephélide.

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Je suis encore largement en avance, j’en profite pour tailler la bavette avec les forces en présence. Bertrand Soulier et sa manageuse Karine Saurat arrivent à l’heure pile poil. Nous nous installons dans une pièce « interview ». Je suis moins à l’aise quand une tierce personne reste pour écouter l’entretien… vous savez Ô combien j’aime les têtes à têtes ! Mais z’enfin… je ne me sens pas le cœur à faire mon journaliste star (en plus, elle a l’air très sympathique et une présence féminine ne ma jamais vraiment gêné…).

Bertrand Soulier me raconte un peu ses débuts, ce qui est tout à fait normal, puisque je lui ai demandé de s’allonger sur le sofa pour qu’il se confie à moi… Je ne prends pas cher. 150,00 euros TTC la séance de 30 minutes.

-Adolescent, je me suis lancé dans une étrange aventure : la basse. Je suis devenu musicien de studio, mais il fallait bien vivre, j’ai donc mal fini…

Je lui demande des explications.

-Et bien, je suis devenu journaliste spécialisé dans la musique…

Effectivement, c’est atroce comme revirement. Quel sale boulot ! Pouah ! Ça me dégoûte presque.

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-Je bossais pour Best notamment (je crois aussi pour Actuel, mais Bertrand Soulier ne parlait pas assez fort et mon Sanyo, toujours en service finalement, n’a pas bien capté ses propos…) et puis pour faire plaisir à mes parents, pour Le Point. Ensuite, par la force des choses, je suis devenu directeur de création dans la pub.

(Je ne vois pas bien le rapport entre le journalisme et la pub… quoique… de toute manière, dans la vie, les chemins sont parfois tortueux …)

(Woaw ! Trois points de suspension dans une seule parenthèse… qui dit mieux ?)

Et puis l’album de BashungFantaisie militaire, le réconcilie avec la chanson française. Il en tombe raide dingue amoureux. Il se dit que, finalement, on peut de nouveau faire des disques intéressants en France.

C’est ce qu’il a fait, le lascar. Jamais vu un premier album si abouti.

 

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Il y a du Sheller, du Bénabar, de Berger, du Beatles, du Biolay, du Joseph d’Anvers, du Miossec, du Manu Chao, du Gainsbourg… mais en fait, c’est surtout du Soulier (si vous vous attendez à ce que je m’abaisse à faire un ou des jeux de mots foireux sur ce patronyme, certes tentant, c’est mal me connaître…).

Je ne sais pas comment expliquer cela, ce sont surtout des clins d’oeils parsemés ci et là, mais ses chansons restent personnelles. Je suis confus ? C’est normal, ce phénomène n’est pas simple à expliquer. Ce que je peux affirmer, c’est qu’il a écrit 20 chansons et de façon aléatoire, l’artiste à tenté de les arranger, de les relier chacune aux courants, modes, époques, tendances qui traversèrent la chanson depuis 40 ans. Exercice de style qui m’épate.

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Je lui demande s’il est un génie ou un usurpateur.

-Rien de tout ça. Je fais juste des chansons à la manière de... Toute la gageure du disque était d’arriver à avoir mon propre style tout en emprunter pas mal de références. Je propose plusieurs niveaux de lecture aux gens qui écoutent.

Il sourit, presque content de lui, comme un gamin qui vient de sortir une bonne blague.

-Ce qui me fait marrer, c’est d’arriver dans le monde de la chanson française en prenant le problème à l’envers. Je commence ma carrière directement avec un best of.

Bertrand Soulier, insidieusement, casse les codes de l’industrie du disque et il adore ça.

Et moi aussi. Je lui dis tout le bien que je pense de lui et de son oeuvre. Je suis comme ça, quand j’aime, il faut que ça sorte. J’ai toujours peur d'être considéré comme un horrible flagorneur… mais c’est ainsi.

(Il y a un petit coeur qui bat sous le journaliste professionnel intransigeant que je suis...)

Heureusement, un tel enthousiasme de ma part est rare.

(Si !)

( Tsss…)

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Question: Pourquoi faisons nous la gueule sur ses photos, alors que nous nous sommes plutôt bien entendus?
Mystère de l'immortalisation d'un moment.

Bertrand Soulier est aussi pince sans rires et provoc' que tendre et sensible. Dans Discorama, il y a un « foutage de gueule » revendiqué, mais quand il maîtrisé de si belle manière, je trouve ça jubilatoire.

Perso, j’en redemande.

Ce soir donc, en première partie de Véronique Sanson, à l'Olympia...

Ca pourrait donner des moments comme celui-ci (mais avec une batterie en plus...)

Le MySpace de Bertrand Soulier.

02 décembre 2008

Mathieu Boogaerts...

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Mathieu Boogaerts a longtemps été un énigme pour moi.
Je le croyais réservé, un peu ours, sauvage…
Pas vraiment comme je m’attendais qu’il soit.

Interview, le matin du 17 novembre dernier, aux Pères Populaires, bar du XXe arrondissement de Paris.

Quand je lui explique que je raconte tout sur mon blog, il me dit : « Dites bien que ce n’est pas moi qui ai choisi le lieu… ce n’est pas du tout le type de café que je fréquente ».

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Mandor : Vous avez la réputation d’être décalé, solitaire, perfectionniste, lent dans la conception d’un album… est-ce que tout ça est vrai ?

Mathieu Boogaerts : Je ne savais pas avoir cette réputation, c’est marrant. On n’est très peu conscient de sa  réputation.

M: J’ai lu ça partout. Aucun journaliste ne vous l’a dit !

M.B : Non. On n’est jamais objectif sur soi-même donc, ce que vous me racontez là m’intéresse. Si j’ai cette réputation, je ne la sens pas à l’opposé de ce que je suis. Je veux juste préciser, en ce qui concerne le terme « décalé », que je le fais exprès. Je le suis volontairement. Ce qui m’intéresse c’est de faire ce qui n’a pas déjà été fait.

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M : Vous êtes un des artistes les plus inventifs.

M.B : Pour moi, ça fait partie du postulat. C’est la moindre des choses d’être original. Pour assumer de faire ce métier, assumer de mettre mon nom sur un disque avec ma photo, le vendre 20 euros en disant « achetez moi », il faut que je me sente en phase avec ce que je propose et pour me sentir en phase, il faut ma production musicale évolue.

M : Chaque sortie d’album est une épreuve pour vous? Vous vous demandez s’il va se vendre, si le public va bien l’accueillir… ce genre de chose.

M .B : Si je fais des disques, c’est pour plaire, pour séduire, pour être écouté, pour que des gens me prennent en considération. Je peux adorer écouter quelqu’un qui n’aime pas ce que je fais en me disant pourquoi. Ce que je n’aime pas, quand on a écouté mon album, c’est le silence.

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M : Je ne pensais pas que vous attachiez de l’importance à tout ça ! Je suis surpris.

M.B : Si. J’adorerais vendre 100 millions de disques ! Certains font de la musique pour eux, dans leur chambre de bonne, mais quand on fait la démarche d’enregistrer un disque, avec toutes les joies et contraintes que ça implique, on a envie que toute l’humanité en profite. J’adorerais que Michel Drucker m’invite dans une émission spéciale… dans la mesure ou je ne change pas ce que je fais, ce que je suis.

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M : Ce qu’on est en train de faire en ce moment, la promo, vous aimez ?

M.B : Oui. Ca me grise de parler de mon nouvel album avec quelqu’un qui l’a écouté, qui a lu les textes… aujourd’hui, nous sommes dans un café. Ma maison de disque m’a prévu 8 interviews. Vous, vous êtes le premier de la journée, je suis ravi de vous parler… peut-être qu’à 17 heures, j’en aurais marre.

M : I love you est un album qui frise l’expérimental. Qu’est ce que vos premiers auditeurs en ont pensé ?

M.B : Honnêtement, je ne peux tirer aucune synthèse. Il y a toujours une chanson qui ressort plus que les autres, mais ce n’est jamais la même. Ce disque plaît surtout aux gens qui  ne s’attendent à rien. Pour tous ceux qui s’attendaient à quelque chose de moi, le côté un peu fleur bleue, tendre qu’il y avait sur les précédents albums, ils sont très déroutés, déstabilisés. J’ai eu des gens qui adoraient vraiment et d’autres qui détestaient.

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IMPORTANT:

Pour en savoir plus sur le disque de Mathieu Boogaerts en lui-même, vous pouvez écouter ici le magazine de deux minutes que je lui ai consacré (avec un titre en intégralité !)

29 novembre 2008

Marianne Feder(e)!

 

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J’ai connu Marianne Feder alors qu’elle se faisait appeler Marianne Farouch’. J’avais apprécié son album Le nombril du monde. La première fois que je l’ai mandorisé, elle était enceinte (voir là !).

Aujourd’hui, elle sort un deuxième album, Toi mon indien.

J’ai donc revu Marianne le 18 septembre dernier, dans le même café que la première fois, L’île enchantée.

A 20 heures.

Je suis arrivé une heure en retard à cause des bouchons parisiens.

Marianne Feder à modifié son emploi du temps pour moi. Elle et polie, elle a fait semblant de ne pas être énervée… merci à elle !

 

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Mandor : Votre deuxième album est différent du premier. Il y a plus d’inspirations en provenance des Balkans...

Marianne Feder : Je suis sortie du jazz manouche. Je m’étais un peu enfermée dans ce style malgré moi, parce que je l’adore. Cette fois-ci, au lieu de faire un voyage à travers le monde, j’avais plus envie d’un voyage intérieur. Comme j’aime la musique de l’Est, la musique des Balkans est effectivement présente. Autre différence avec mon premier disque, j’étais plus dans l’exploration de ma voix. J’avais envie d’aller dans les hauts, les aigus, je faisais des vocalises. Dans Toi, mon indien, j’ai préféré être dans ma voix parlée. J’avais envie d’oser des choses que je ne sais pas faire. J’adore le rap, par exemple. J’écoute beaucoup de funk, mais, voilà, je n’ai pas la voix adéquate, mais ça ne m'empêche pas de groover...

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M : Vous avez des origines de l’Est, il me semble ?

M F : Mes grands-parents sont originaires de Pologne, je suis très attachée à mes origines, j’ai donc voulu aller à leur rencontre…

M : C’est quoi les dérives intérieurs dont vous parlez ?

M.F : C’est un album que j’ai écrit à un moment de ma vie où je faisais une pause. J’étais enceinte. J’ai souhaité parler de mes rêves, de mes fantasmes, de mes contradictions, de mon voyage imaginaire et tout simplement de moi.  Je suis très idéaliste, une militante. Je suis quelqu’un qui admire beaucoup le courage… tout cela est évoqué dans cet album.

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M : Vous avez écrit les textes et les musiques presque seule, cette fois-ci…

M.F : J’ai beaucoup de mal à laisser la place aux autres pour les musiques. J’ai besoin de chanter les mélodies. Pour les textes, comme pour le premier album, j’ai travaillé avec Vincent Rothenburger. J’aime beaucoup sa manière d’écrire, alors je lui ai pris deux musiques, Baisée de pluie et Les mots. J’ai chanté un duo (de nouveau) avec Alexis HK, j’ai invité les fanfares tzigano-rock de la Caravane Passe et de Ziveli pour la couleur slave-parisienne. Je chante aussi avec Toma Feterman, l’inventeur fou du serbo-parigot !

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M : Et Daniel Yvinec ?

M.F : Mon travail à ses propres limites, j’avais donc envie de réaliser l’album avec quelqu’un d’expérimenté. Daniel Yvinec est un super jazzman. Un grand bonhomme. Il a respecté mon univers et mes arrangements. Notre travail a été très complémentaire.

M : C’était une aventure de faire cet album ?

M.F : Oui, car j’ai rencontré beaucoup de musiciens que je ne connaissais pas pendant l’enregistrement. Des créateurs plus que des musiciens… Je parle notamment de Stéphane Guillaume à la clarinette basse et aux flûtes envoûtantes, d’Albin de la Simone aux claviers et de Seb Martel à la guitare Surf… En faisant ce disque, j’ai l’impression que j’ai évoluée. La musique est une aventure infinie.

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M : C’est le fameux album de la maturité ?

M.F : Non, c’est l’album de l’épanouissement…

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TRANSIT de MARIANNE FAROUCH'ORCHESTRA

14 novembre 2008

Le bon goût d'Anis...

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Le 25 septembre dernier, rencontre avec Anis dans les jardins de chez EMI.
Pour parler de son deuxième album Rodéo Boulevard.
J’en ai tiré, interviews radio et papiers sur différents supports.
Voici, par exemple, une chronique publiée dans le dernier Culturissimo (consumer des espaces culturels Leclerc).

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19076.jpgEt pour ce blog, voici une interview express (ça vous change, moi, qui suis plutôt long dans mes notes…)


Tu as eu besoin de te ressourcer après le maelström de l’année 2007?

-Après la tournée de l’album La Chance qui a duré jusqu’au mois d’août 2007, j’ai fait un petit break, mais j’avais conscience qu’il ne fallait pas trop traîner non plus avant de sortir mon prochain album. Comme je n’avais rien, je me suis tiré à Lisbonne, au Portugal, pour changer d’air, couper les ponts avec la vie parisienne, dont je suis de moins en moins fan. Là-bas, un coup de fraîcheur, l’excitation de découvrir un nouvel environnement et ça a été le déclic pour commencer à écrire.

-Tu te sens attendu au tournant ?


-Quand tu as du succès dès le premier album, les gens se demandent vite si la suite sera du même acabit. Servira-t-il la même soupe, est-ce que ce sera du réchauffé, où arrivera-t-il à surprendre ? Je suppose que les gens se pose ce genre de question. Je ne me suis pas mis de pression. Le symbole du deuxième album ne m’a pas obnubilé. J’ai l’impression d’avoir réussi mes chansons, ça me donne déjà entière satisfaction. J’ai aujourd’hui, envie de les faire sur scène.

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-Quelles sont les différences entre La Chance et Rodéo Boulevard ?

-Sur le premier album, j’ai écrit beaucoup beaucoup de paroles. Un vrai torrent J’avais une façon d’écrire très rap, un flow rapide. Dans mon nouveau disque, je continue sur cette voie là, mais parfois, je me calme un peu. J’ai fait plus de refrains aérés et mélodiques. Dans Dieu, protège nos os, José, Swing javanaise, là, j’ai eu envie de mettre plus d’espace dans les chansons et plus de places pour les mélodies. J’ai tenté d’être plus succinct. Pas la peine de faire 12 phrase pour dire qu’une femme est belle par exemple. Et puis, là, j'ai plusieurs invités: Oxmo Puccino, Mardi Gras Brass band (fanfare Soul allemande), Philippe Almosnino (Wampas), Petit Louis (Jim Murple Mémorial). J'ai voulu écrire et interprété un album ouvert.

(Dans ce deuxième disque, il y a des déclarations d’amour pleines de fraîcheur et de gourmandise, des autoportraits trempés de dérision, le tout sous des entrelacs de mots poético-comiques.

Et le groove, le flow, du monsieur...

Délectable et jubilatoire!)

Son blog.

Son MySpace.

Le nouveau single... Rodéo Boulevard.

11 novembre 2008

Jérôme Commandeur... toujours en toute discrétion!

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image.jpgVendredi soir, j’ai amené mon ami Olivier Louvet (qui sait oh combien, j’apprécie son amitié !) voir mon ami Jérôme Commandeur (qui sait oh combien, j’apprécie son amitié !) au Théâtre du Petit Palais des Glaces pour son spectacle Jérôme Commandeur se fait discret. Il me semblait judicieux que ces deux-là se rencontrent. Je connais l’un est l’autre depuis plus d’une dizaine d’années.

Après le spectacle, qu’évidemment je vous conseille vivement parce qu’il n’est pas possible de ne pas y rire à gorge déployée (en toute objectivité !), nous sommes allés dîner tous les trois.

Bien mangé, peu bu (sous antibiotique je suis actuellement) et beaucoup parlé. En off d’abord, donc très détendu. Olivier (La Louve), Jérôme et moi avons un point commun qui nous permet de ne pas s’ennuyer dans la conversation. Une connaissance de tout ce qui est lié à la télé d’hier et d’aujourd’hui et sur le « show-biz » en général. La politique est arrivée aussi sur le tapis.

Et puis, j’ai sorti mon magnéto. Parce que Jérôme est lecteur de mon blog et que je ne vois pas pourquoi, sous le prétexte qu’on se connaît, je ne traiterais pas son cas comme tous les artistes «mandorisés ».

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-Ça m’amuse de t’interviewer, en même temps, ça me gêne. J’ai du mal à jouer au journaliste avec un ami de longue date. Allez, je me lance. Est-ce qu’il est sympa Dany Boon ?

-(Rires). T’es con !

 

(Ma note sur lui a d'ailleurs beaucoup amusé jérôme.)

l_b85bf15ba05ed996bb60cdaea457150d.jpg-Tu aimes être interviewé.

-Je vais te dire, moi, j’ai compris récemment qu’il fallait que je communique mon émotion d’avoir eu l’expérience Bienvenue chez les Ch’tis. D’aller à Lille, (il y avait 80.000 personnes dans les rues), d’y être reçu comme à la coupe du monde 98. Il y a eu le Festival de Cannes et plein d’autres évènements hallucinants pour moi. J’ai vécu une année que je ne revivrai pas de si tôt. Enfin… a priori. Les journalistes ne savent pas tout ça, alors, je leur raconte.

-Mais, parler de toi, ça te dérange ?

-C’est très pervers comme question. C’est beaucoup plus subtil qu’il n’y paraît. T’es un malin.

(Il prend son temps pour mâcher.)

(Trop.)

-Alors ?

-C’est agréable quand il y a un rapport, quand le journaliste met en perspective ton travail, qu’il étaye…là il vient te toucher. C’est toujours pareil, il faut un petit plus. Il y a aussi des journalistes qui me disent que si ce n’était pas Dany Boon qui avait produit et mis en scène mon spectacle, ils ne seraient pas là. J’aime quand les gens sont francs. Je ne suis pas un enfant de cœur, ni idiot. Je sais comment les choses se passent.

bienvenue_chtis-2.jpg-Je me souviens qu’il y a deux ans, nous étions précisément dans ce restaurant et tu m’as dit que tu partais tourner dans un petit film de Dany Boon dans le Nord de la France. À ce moment, tu ne savais pas dans quoi tu mettais les pieds.

-Personne ne pouvait se l’imaginer. Tu sais, Dany pensait faire deux millions, deux millions et demi… Bon, très vite, il y a eu un vent de panique positive, et je me souviens que plus les jours passaient, plus les pronostics enflaient. On disait à Dany, « tu feras 2, puis 3, puis 4 millions d’entrées », selon des indices compliqués à comprendre. Après l’avant-première à Lille, on nous parlait de 8 millions d’éventuels spectateurs. C’était dingue ! C’est lors de la soirée « chiffre », le premier mercredi de la sortie nationale. On a fait 120.000 sur la France en une journée. Ça voulait dire que mathématiquement, le film irait au moins jusqu’au score de La Grande Vadrouille. Les mecs des études, pas vraiment des saltimbanques, regardaient les scores évoluer. Le compteur tournait et les mecs tremblaient. Ils savaient déjà qu’on était en train de vivre un truc historique.

- Revenons à ton spectacle actuel. J’ai vu la première version il y a deux ans, bien avant que Dany Boon y mette son grain de sel éclairé. Il y a effectivement une sacrée évolution… Comment a-t-il décidé de te produire ?

-Je travaillais dans les matinales de Rire et Chansons, un jour il était invité et quand il m’a vu, il a dit « Oh ! C’est Jérôme Commandeur ! ». Un peu parano, alors que j’avais une image formidable de ce type, je me suis dit qu’il allait se payer ma tête. Pas du tout. Il me dit qu’il a vu mon sketch « L’espagnole » à la télé et qu’il avait beaucoup apprécié. Il a été super gentil et m’a demandé si quelqu’un me produisait. J’ai répondu par la négative et m’a donc dit qu’il allait venir me voir. L’après-midi même, il m’a appelé. Il est venu avec son fils et son directeur de production me voir dans le petit théâtre où je jouais. Très vite, il m’a invité à déjeuner et ça s’est tellement bien passé qu’il m’a proposé de me produire et de me mettre en scène. Je me demandais s’il déconnait. Pas du tout. Deux trois jours après, je suis arrivé dans ses bureaux, tout le monde était au courant et nous avons conclu l’affaire. Pour moi Dany Boon, c’est vraiment, « l’ami qui me veut du bien ». Je cherche toujours s’il y a un loup quelque part… mais non.

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Scan10005.JPG-C’est quoi ta forme d’humour, finalement ?

-J’aime bien l’esprit chamboule tout. L’esprit Guignol Lyonnais qui tape sur Gnafron. Très souvent, parce que je n’ai pas encore la notoriété nécessaire, il y a plein de gens qui ne sont pas de ma génération que je choque. Quand je fais dire à un curé : «  j’ai été bloqué au commissariat pour une affaire de pédophilie, t’inquiète pas, c’est de la paperasse ! », j’en vois qui prennent ça au premier degré. Mon challenge, c’est de tenir sur toute la longueur de mon spectacle l’esprit « on va au cirque, on va chez Guignol » et qu’on se laisse embarquer dans des histoires burlesques. Tout ce que je mine, je le démine. J’ai envie de montrer que le rire peut être libérateur. Je ne suis pas porteur de quelque chose, ma parole n’est pas politique. Les plus grands fous rires entre copains, c’est quand on bave sur les autres de manières excessives. Le rire rond, ça n’existe pas. Ce qui fait rire les gens, c’est quand on pousse.

-Toi, ça ne te gêne pas d’aller au bout du bout. Je te connais depuis plus de 10 ans et quand je te vois sur scène, limite, tu arrives encore à me choquer…

- C’est parce que tu es sensible… J’aborde le physique des femmes, les curés, les nains, les portugais, les marocains… et bien d’autres choses. Par contre, je dois avouer que les cathos laissent aux humoristes une liberté de ton exceptionnelle. C’est bien simple, on peut tout dire. Il faut que ça reste comme ça, c’est formidable.

-Tu prends autant de plaisir à jouer le même spectacle tous les soirs ?

-Oui, parce que je continue à chercher des choses pour l’améliorer. Je cherche de meilleures chutes, sur certains sketches, par exemple.

-Des projets cinématographiques ?

-Oui, un film qui s’appelle Pression. L’histoire de VRP loosers français qui vont vendre de la mauvaise bière française en Belgique. Je jouerai avec Olivier Soler. C’est un film que nous avons écrit tous les deux. Il est en production, en financement et un bon réalisateur est intéressé.

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-Qu’est-ce qu’il te faudrait pour « exploser » ?

-Peut-être une meilleure visibilité à la télé. Il me faudrait une bonne chronique récurrente dans une bonne émission. En même temps, je veux te préciser que je ne suis pas en attente d’exploser. D’abord, ce ne serait pas vivable. Je ne suis pas Jamel, je ne suis pas Jean Dujardin, je suis au courant. Mais je vis bien, je suis dans de beaux projets, j’ai un univers professionnel qui est magnifique.

-Oui, je sais ça… et je sais aussi que ton programme est bien chargé dans les mois à venir.

-Là, au Petit Palais des Glaces, je m’arrête fin février, ensuite, je fais une tournée partout en France, puis je fais deux mois la première partie de Dany Boon à l’Olympia, de novembre 2009 à janvier 2010, ensuite je prends un 400 places à la rentrée de janvier genre Trévise ou le Splendid.

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(Photo prise par Olivier avec mon téléphone Sony Ericsson 2.0 Mega Pixels auto focus, pendant le diner. Je sais, derrière, il y a l'affiche de Jérôme. Coïncidence...)

J’ai arrêté mon magnéto. J’avais peur qu’Olivier commence à s’ennuyer, malgré mes excellentes questions… et puis, avec Jérôme, je ne peux pas jouer à ce jeu d’intervieweur trop longtemps.

Pas l'exercice de style que je préfère.

On a fini la soirée en se remémorant des anecdotes du bon vieux temps, comme de vieux cons…

C’était en tout cas, une belle soirée entre amis.

(Olivier, il est bon de se retrouver enfin, dans ce genre de contexte...)

(Très bon, même...)

Son site officiel.

Son MySpace.

Jérome Commandeur se fait discret au Petit Palais des Glaces, du mardi au samedi à 20h.

Adresse: 37, rue du Faubourg du Temple, Paris 10eme.

Réservations: 01.48.03.11.36.

02 novembre 2008

Marie Modiano...

 

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Récemment, j’ai pris « a cup of tea » avec Marie Modiano au Café Rouge, dans le 9eme, à proximité de son domicile.

Bon, très sincèrement, a priori, je ne suis pas très amateur de ce genre musical. Pop folk plutôt lent avec une voix douce, sans aspérité.

Et puis en fait, très vite, dès la seconde écoute, je suis rentré dans son univers.

Je ne dis pas que ce disque est mon album de l’année, mais enfin, je risque bien de le réécouter parfois. Il est apaisant.

 

La finesse de son écriture, je l’avais déjà décelé dans son premier album I’m not a Rose. Elle prend toute sa dimension aujourd’hui dans Outland.

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Elle écrit des chansons en anglais et revendique la dimension nomade de sa musique. C’est avec Peter Von Poehl (son désormais mari) que Marie Modiano a enregistré (en prenant son temps) ses nouvelles compositions. Ces deux-là, qui se sont rencontrés à Berlin lors de l’enregistrement du premier album de Marie, ont cette fois décidé de travailler en étroite collaboration.

 

modiano2.jpg Outland a demandé des mois de travail, pendant lesquels « ils se sont appliqués à tracer les contours d’un paysage qui doit autant aux grands espaces qu’à l’introspection. Des climats qui racontent aussi bien le désir d’évasion que la nécessité de se construire une carapace », explique le dossier de presse.

 

-J’avais envie de chansons à la fois profondes et légères. Sur mon premier disque, j’avais besoin de me libérer de certaines obsessions personnelles. Sur celui-ci, j’avais envie d’adopter un point de vue plus détaché. 

 

Ses chansons sont à tiroirs, grattez et vous découvrirez des doubles sens. On croise dans ses perles, les deux enfants du film La Nuit du chasseur, Martin Eden, héros du roman de Jack London

C’est, il faut bien l’avouer, truffé de références...

Parfois trop.

Son style se suffit pourtant à lui même.

 

Il y a dans ce répertoire des chansons pop joyeuses (Spider’s Touch, Tightrope Walkers, Butterfly Girls) et d’autres plus mélancoliques (Drifters in the Wood, Last Early Spring, Martin).

 

Si Peter Von Poehl (qui est passé nous faire un coucou après l’entretien) signe la majorité des arrangements, il a fait appel à Martin Hederos (membre des groupes Hederos & Hellberg et The Soundtrack of Our Lives) pour en écrire quelques-uns.

 

Cet album est aussi beau, onirique, sensible que déroutant. Il faut se l’approprier.

Peut-être aussi, faut-il la voir sur scène ?

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Pendant que nous conversions, elle, Mélissa (son attachée de presse) et moi, Marie Modiano me dit :

 

-Vous êtes le seul journaliste que j’ai rencontré qui ne m’a pas demandé pourquoi je chante en anglais et, surtout, qui ne m’a pas parlé de mon père… Merci !

 

Tsss… vous me voyez préciser qu’elle est la fille de Patrick Modiano et suggérer qu’elle chante en anglais pour ne pas qu’on puisse faire une étude comparative avec l’écriture de son paternel ?

 

Et ce n’est pas sur ce blog que je préciserai qu’elle à de qui tenir.

Que l’écriture est dans ses gènes.

Trop fastoche.

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Photo prise par le BlackBerry de Mélissa...

Marie Modiano, vous savez quoi ? Je vais continuer à m’intéresser à son cas.

En faisant abstraction du reste.

Sans importance.

Et d’abord, je ne saurais répondre à cette saugrenue question :

Le talent est-il transmissible ?

On s’en fout !

Non ?

Allez, voici Spider's Touch, version, je suis à la maison et je joue, peinarde, en famille...

 

30 octobre 2008

Guillaume Cantillon... des ballons rouges, des étincelles!

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Guillaume Cantillon, vous connaissez ?
C’est le leader du groupe Kaolin.
Grâce au tube Partons Vite, le groupe est devenu l’une des révélations marquantes de l’année 2007 avec plus de 100.000 albums vendus.
Petit rafraîchissement.


3596971363123.jpgGuillaume Cantillon a sorti le 15 septembre dernier son premier album solo : Des ballons rouges.
Je ne suis donc pas en avance pour en parler.
Je sais, je sais.
On a pris notre temps pour se trouver un moment pour aller boire un coup ensemble.
En face de sa maison de disque Cinq7.

Installés devant une bonne bibinne, je lui demande si c’est salvateur d’aller voir ailleurs, de se débrancher de ses habitudes de groupe.
Il me répond :

-Oui, c’est salvateur…Adamo.


Quoi ?
Je le jauge.
Le pauvre, il ne sait pas où il met les pieds.

Je rétorque, donc, tout de go :

-Ah bon ? Tu ne trouves pas que c’est plutôt salvateur… Dali ?


D’un commun accord, nous avons décidé de nous en tenir là.
Terrain glissant.
Combat inutile.
Sagesse de quarantenaires.

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-Bon, disons que je me suis fais du bien. Je fais de la musique uniquement pour ça. Me faire du bien. Cet album n’est pas qu’une toute petite parenthèse. Pour moi, c’est très important. C’est quasiment comme si c’était mon premier disque.

Je le traite de puceau.

-Ouais… Hé ! N’exagère pas !  Bon, ceci dit, ça me fait la même excitation que lorsque nous avons sorti le premier disque de Kaolin. Le truc au bide, il est vraiment là. Je me souviens de pleins de moments où je me suis retrouvé tout seul, sans mes potes, dans un studio pour enregistrer ce disque. J’ai fais hou là là ! J’ai eu un truc bizarre, un espèce de manque. Au bout de 3 jours, heureusement, ça a disparu.

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C’est Edith Fambuena qui a réalisé l’album… elle est toujours sur les bons coups cette musicienne/réalisatrice exigeante.

-Merci pour le « bon coup » ! Edith est une personne que je respecte beaucoup, avant même la musicienne qu’elle est. On s’entend bien. Nous sommes potes. On a enregistré le disque chez un ami commun à Saint-Emilion, dans un ancien chais. Tout a été très facile parce qu’on a fait la fête… pour tout dire, on a dégusté pas mal de vins. On s’est créé une ambiance autour de l’album et des chansons…

Note de Mandor : J’aime cette façon de travailler. Je vais proposer à la radio, mais je ne suis pas certain que ça passe.
Des ballons rouges est un disque épuré. Pas de fioritures.

-Comme cet album traite pas mal de l’enfance, de mes relations amoureuses, de ma part féminine des choses,  j’ai choisi la simplicité et presque la naïveté.  D’où cette épure, cette guitare voix et pas mal de bricolages autour. Si les chansons marchent ainsi, c’est qu’on tient des chansons qui sortent vraiment de nous.

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Quoi? Surexposé? Vous trouvez?

Ses textes sont moins simplistes qu’avec Kaolin, je ne sais pas comment lui dire. Je lui dis « vos textes sont moins simplistes qu’avec Kaolin, je trouve, non ? », ce qui me paraît une formule assez honnête.

-Je me suis vraiment attaché aux paroles, aux textes… ça m’importait beaucoup. Pas uniquement la musicalité des choses ou des mots. Parfois, pour mettre en valeur un texte, il faut enlever les peintures qu’il y a autour. Je m’éloigne de plus en plus du côté lyrique des choses que ce soit pour moi ou pour le groupe. J’adore de plus en plus, le côté naïf de mes histoires. De tout dire sans métaphores… de dire vraiment sans chemins détournés.

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Bref, l’album de Guillaume Cantillon est agréable à écouter.
Du pop folk à la française… guitares revigorantes, mélodies fraîches, ambiance mélancolique.
J’adore.

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Et pour finir, son nouveau clip:
Des ballons rouges, des étincelles...


23 octobre 2008

Abd Al Malik: "ça, vraiment... c'est du lourd!"

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l_e5d8d24f2a8942c8b029f67e1032d0a0.jpgDante, le nouvel album d’Abd Al Malik sort le 3 novembre prochain. Il fera date. Le rappeur/poète/philosophe parvient à se renouveler tout en faisant plus fort que son déjà légendaire premier disque Gibraltar. Abd Al Malik dissèque la France sous toutes les coutures et toutes les cultures avec l’aide du pianiste arrangeur de Jacques Brel, Gérard Jouannest et du réalisateur de Serge Gainsbourg, Alain Goraguer. Un album choc, révolutionnaire et brillant.

Je l’ai donc rencontré hier matin. C’est la 4eme fois que je l’interviewe. On ne peut pas dire que l’on se connaît vraiment, juste, on aime bien parler ensemble. Il m’accueille invariablement en précisant aux attachées de presses présentes que je suis le premier journaliste à l’avoir interviewé pour Gibraltar.
Mon fait d’arme ? Mon titre de gloire ?
Je ne sais pas.
Mais j’ai senti que cet artiste était à part.
Il m’avait remué, pour être franc.
C’était au Mac Do de l’Aquaboulevard.
Drôle d’endroit pour une rencontre…

Ici, ma précédente note sur Abd AL Malik.

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Je précise que j’apprécie l’humanité et le talent du monsieur.
Mais je précise aussi que parfois, il m’exaspère.
Trop de name dropping, trop de discours moralisateurs… mais au final, il m’impressionne. Et on ne peut que reconnaître qu’Abd Al Malik fait avancer les choses.
Qu’il est doué.
Et que cet album est énorme.
Je vous le dis. Vous allez entendre parler de ce disque pendant de nombreuses années. Il va devenir un classique. Déjà que Gibraltar… mais alors Dante
(Je ne finis pas ma phrase. Il faut comprendre qu’il enfonce le clou. Spirituellement, musicalement et éthiquement.).

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l_1211e216618342be85cf3a7d053de2dd.jpgMandor : Un duo avec Juliette Gréco, un hommage à Nougaro, un Serge Reggiani samplé, les fantômes de Deleuze, Sartre, Camus, Malraux et Césaire, un conte en alsacien, la plume de sa femme Wallen… votre album est un album d’influences, de références et de passions.

Abd Al Malik : Nous avons un patrimoine qui est merveilleux et pour moi, ce patrimoine ne doit pas rester dans un musée. Devant ses monstres sacrés, l’idée n’est pas de dire qu’on va les égaler, mais qu’il faut être à la hauteur de l’impulsion qu’ils ont donné, tout en faisant son propre bonhomme de chemin. Autour de tous ses fantômes, je tente de trouver ma singularité. Je me nourris de ce patrimoine et j’amène ma touche en restant dans la modernité.

Mandor : Vous souhaitez élever le rap français ?
Abd Al Malik : Je souhaite porter haut et de manière décomplexée l’étendard d’une certaine idée de la culture française, de la culture populaire. J’ai envie de revivifier un état d’esprit et, humblement, en être porteur là où je suis. Avec mon histoire et mon art.

Mandor : Le duo avec Juliette Gréco… « c’est du lourd » ! Je paraphrase votre premier simple qui porte le même titre.

Abd Al Malik : Il y a longtemps que je voulais faire quelque chose avec une rappeuse. Je me suis dit que j’allais prendre la rappeuse la plus subversive et hardcore que l’on a en France depuis un petit bout de temps. Ce qui est fou avec elle, c’ets qu’elle a eu une vie incroyable. Ses amis étaient Boris Vian, Malraux, Sartre et j’en passe. Depuis 3 ans que le fréquente régulièrement, aucune fois, elle ne m’a parlé du passé. Elle est toujours dans le présent. Très actuelle.

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Mandor : Quand vous interprétez Circule, petit, circule, vous pleurez presque… c’est votre côté Brelien qui ressort ?
Abd Al Malik : Ce que j’aime chez Brel, c’est sa capacité à ne pas interpréter, sa capacité à être dans la vie. Dès qu’il arrivait sur scène, les lumières s’éteignaient et il était parti dans son monde. En studio, c’était la même chose. Il vivait ses textes. J’ai ce côté là.

Mandor : Vous évoquez les événements mondiaux de la fin des années 50 aux années 70 ? Pourquoi cette période ?
Abd Al Malik : C’est l’après-guerre. Il y a une sorte de dynamisme. Des héros incroyables vont naître. Autant aux Etats-Unis qu’en France, c’est un foisonnement incroyable, au cinéma, dans la littérature, dans la philosophie.

Mandor :
Avec votre complice de toujours, Bilal, votre musique est moderne. Avec Jouannest et Goraguer, elle est plus « à l’ancienne ».
Abd Al Malik : Je vous arrête tout de suite. La vraie musique est intemporelle. Pour moi, la modernité, c’est l’individu. Il faut juste être en phase avec le monde dans lequel on vit et être en phase avec la société. Il y a toujours quelque chose de l’ordre de l’universelle, de l’ordre de l’intemporalité.

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Mandor : Vous m’aviez expliqué pour Gibraltar, que votre écriture venait d’un jet. C’est toujours le cas ?
Abd Al Malik : Oui, plus que jamais. En fait, si dans la vie je suis quelqu’un de très patient, pas dans la musique. Pour écrire et en studio, je ne suis pas du tout patient. Ca marche que si ça vient tout de suite. J’y reviens après pour effectuer quelques retouches, mais la base doit jaillir, tel un rayon de lumière.

Mandor : La plus grande difficulté est de trouver la fluidité ?
Abd Al Malik : La fluidité est quelque chose que l’on veut avoir, mais sans avoir l’assurance de la maîtriser. C’est une méthodologie, une ergonomie de travail. Lorsque tout se passe bien au niveau de l’inspiration, on est tributaire de quelque chose. Il n’y a rien de laissé au hasard et en même temps, tout est hasard. C’est ça la magie de la musique !

Mandor : Vous n’avez pas le trac ? Je veux dire pour la sortie du disque…
Abd Al Malik : Non. Je sais ce que je sais faire. Je ne me pose pas de questions. Je ne suis pas un traqueur de nature. Je n’ai pas peur en général. Que l’on pense ci ou ça de moi ne me dérange pas. On est dans pays libre et chacun peut penser ce qu’il veut. Rien ni personne ne m’empêche d’être qui je suis.

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Hier matin... dans les locaux de Universal Music France.

Mandor : Vous mettez en avant des similitudes  entre hier et aujourd’hui, parfois, en vous prenant en exemple…
Abd Al Malik : Parce qu’un artiste n’est pas à côté ou en périphérie de la société. Il est en plein dedans. Forcément, sa vie personnelle se mêle au mouvement sociétaux. Permettez-moi de citer Gilles Deleuze : Ecrire, c’est se lancer dans une affaire universelle.

Voici le clip de C’est du lourd !