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03 janvier 2008

Henri Tachan... poète rebelle et éternel.

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« Crier est un remède contre les larmes. Chanter aussi, je pense ! Lorsque Tachan déboule en scène, petit et noir, étincelant comme une cassure d'anthracite, le front buté, le regard pointu, la lèvre en gouttière ; déjà en sueur, déjà écumant, j'ai chaque fois l'impression de voir surgir un tourbillon, fou furieux avant même sa sortie du torril… » (Frédéric Dard)

« D'abord Tachan, il est jamais d'accord ! Il critique tout. Les curetons, il a du mal à les encadrer ! Il fait comme Brel, il raille les bourgeois, il est pas patriote pour deux ronds . . . De là à dire qu'il aime pas la guerre, y a qu'un pas ! Il fait de la provoc systématique, il profère des gros mots, on se demande s'il le fait exprès… » (Pierre Perret)

« J'aime Tachan, insolent, triomphant. Il cogne, il mord, il ravage, il saccage, il taille en pièces, il poignarde en plein cœur… Il aime, je l'aime. » (Serge Reggiani)

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Voilà vers qui je me rends ce 13 décembre 2007.

Vers un homme que ma famille écoutait quand j’étais bambin.

(Souvent, j’aime rencontrer des artistes qui ont hanté mon enfance… celui-ci, avait un goût de "rebelle attitude" qui plaisait à mon père.)

Quarante ans de carrière.

90db84922a6c92f0405580faaaaa7745.jpgAvec une odeur de soufre qui lui colle à la peau.

Celui dont Brel, son parrain dans le métier, disait : « Le fauve est lâché ! » est un grand pourfendeur de la morale bourgeoise, bouffeur de curés jamais rassasié, antimilitariste jusqu'à l'os… il adore provoquer en exhibant ses pensées génitales.

Dans ma voiture, j’ai presque le trac en pensant à cette rencontre. L’homme m’impressionne.

Il n’est pas pro journaliste, non plus, je le sais, il l’a souvent exprimé.

(Les journalistes culturels le lui rendent bien parce qu’au final, aucun média ne parle plus de Tachan.)

Alors qu’il vient de sortir un nouveau disque : De la pluie et du beau temps.

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J’ai rendez-vous à 16 h à l’hôtel Royal Fromentin, dans le 9e arrondissement de Paris.

Il est 15 h 45, je suis bloqué par une manifestation d’Asiatiques qui marchent lentement dans le quartier de Pigalle. Je suis le cortège en pestant. Je déteste être en retard. Je tente de modifier mon chemin pour les dépasser, mais dès que je reviens sur le bon chemin, c’est pour aboutir juste derrière eux. J’arrive avec 15 minutes de retard, mais j'ai pris soin d’appeler l’attachée de presse pour la prévenir de mon problème.

Henri Tachan est assis dans le salon de l’hôtel. Il m’accueille en se foutant de ma gueule.

Genre, le coup de la manif d’Asiatiques, il n’y croit pas des masses.

En enclenchant mon Sanyo, je tremble intérieurement. Franchement, je ne suis pas rassuré.

Je lui demande comment il fait pour continuer à exister sans aucune aide de quiconque, à commencer par celle des médias.

 

-Je travaille comme dans les années 60. De manière artisanale. C’est le bouche à oreille qui prime. Les6b009f38b991f6b2cc722327d0f7f5d5.jpg médias me boudent car nous ne sommes pas tellement d’accord, mais je m’en passe totalement. Je tiens beaucoup à ma liberté. Je l’ai depuis 40 ans. Il y a un prix à payer pour cela. Le combat dans la solitude. Mais, heureusement, j’ai un public très fidèle. Au fil des années, il emmène ses enfants et petits-enfants. Évidemment, j’aimerais qu’il s’élargisse, mais il faudrait que je fasse des concessions et ça, c’est hors de question.

J’insiste un peu pour savoir si on ne finit pas par choper de l’aigreur quand on se sent victime d’injustice :

-Le succès, c’est les clefs du hasard. J’ai été très longtemps joueur. Au poker, aux courses. Ça m’a beaucoup appris. Je suis très bon perdant. Quand je gagne, je suis toujours surpris de gagner.

Dans son nouveau disque, il observe notamment, la société du spectacle d’aujourd’hui, mais il parle aussi d’amour, de la vie et de la mort. Sa plume est moins acérée, plus douce, peut-être.

-J’ai passé 40 ans à chanter « contre ». Aujourd’hui, j’ai envie de chanter « pour ». Je n’ai plus de temps à perdre pour fustiger les choses. J’ai sorti il y a deux ans, une intégrale de toutes mes chansons chez Naïve. Il y a 7 doubles albums, près de 400 chansons. Il y a là tout ce qui m’énerve et me révolte. Je ne veux plus recommencer. Je préfère désormais m’appesantir sur tout ce qui me plait dans la vie. J’ai aussi envie d’évoquer ce qui est futile. La futilité peut devenir de la poésie, je vous assure.

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Je lui pose la question qui fâche. Est-ce la vieillesse qui l’assagit ? (Il a 68 ans).

Il ne sourit plus.

-Ma tête est jeune et mon corps à son âge. On peut avoir mal au corps et avoir toujours le cœur d’un adolescent.

Il réfléchit :

-Par contre, j’ai une certaine fatigue, mais je n’ai pas perdu mon instinct de révolte. Par exemple, je suis révolté contre la vieillesse et la mort. Ça m’a toujours hanté depuis que je suis jeune. C’est mon seul ennemi préféré. La seule chose importante, c’est qu’un jour on disparaît, on perd des amis autour de soi, et que soi-même, on est programmé pour disparaître. C’est mon idée fixe.

Je sors les idées reçues qui traînent sur sa personne. Un peu pour le provoquer.

1) Tachan, chanteur engagé ?

55693af06f3a057d9fe951584abfe052.jpg-Il n’y rien de pire que cette insulte. Les artistes engagés m’emmerdent. C’est une fausse réputation que j’ai. C’est d’ailleurs pour ça que j’ai écris il y a une trentaine d’année, un texte qui s’appelle « Ni gauche, ni centre, ni droite. » Après, on ne m’a plus fait chier avec ça. Sauf vous, aujourd’hui. Sachez, monsieur, que je suis en révolte permanente contre les conneries de la vie et je suis en tendresse permanente pour les belles choses de la vie. J’essaie juste de faire rêver les gens, de les faire rire parfois.

2) Tachan vit reclus loin de tout, sans personne ?

-Vous le faites exprès là ? Pourquoi dites-vous ça? Ma porte est toujours entrebâillée. Je dis comme Léautaud : on ne vit jamais seul. Je vis avec ma famille et j’ai des amis. Peu du métier certes. À part Pierre Perret et Jean-Claude Vannier.

 

3) Tachan n’aime pas les nouveaux chanteurs français. Delerm, Bénabar…

-Qui ?

-Delerm, Bénabar.

-Qui ?

Idée reçue tout a fait exacte donc. Les seuls qui trouvent grâce à ses yeux, sont Alain Souchon et Thomas Fersen qui ne sont tout de même pas les perdreaux de l’année.

J’aime Henri Tachan, parce qu’il est, avec Aznavour, le dernier des mohicans (mais personne ne le sait).

Autre point commun, ils sont arméniens tous les deux. Enfin, je présume, car le vrai patronyme de Tachan est Tachdjian.

(Et vous savez à quel point cette communauté est importante pour moi aujourd’hui…)

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Henri Tachan me dira après l’interview qu’il s’est bien amusé. Je ne sais pas comment le prendre, mais je suis de bonne humeur, je le prends donc comme un compliment (et ça m’arrange bien… je suis sensible et susceptible.)

Nous devisons encore quelques minutes avant qu’un taxi le récupère. Il s’en va au bout du monde pour un concert le soir même.

A Issy-les-Moulineaux.

Moi, je retrouve ma voiture. Un PV de 33 euros sur le pare-brise.

Youpi ! La vie est belle.

Pas d’Asiatiques sur le chemin du retour.

Je réécoute le disque de Tachan et je me dis qu’il n’est pas si terrible que ça.

Un tendre révolté.

Juste.

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P.S : Voici un documentaire très récent de 10 minutes sur lui. Regardez-le en intégralité pour comprendre le personnage.

 

 

Et , des images d’archives de lui en « tour de chant » en 1972.

27 décembre 2007

Stéphane Nolhart... écriv'ange!

 

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Le livre dont je vais parler aujourd’hui, je l’avais mis dans mes bagages, lors d’un récent départ en week-end à Dijon pour aller voir de la famille. A priori, prendre un livre quand on va voir de la famille, c’est louche.

Mais là, non. 

Je n’avais pas peur de m’ennuyer, juste, avoir un livre à portée de main me rassure.

On ne sait jamais, en cas d’insomnie…

Les Ailes de Giacomo de Stéphane Nolhart, pour tout dire, a finalement été mon médicament pendant toute une nuit.

J’étais malade comme un chien. Je vous passe les détails, mais, à cause d’une longue et insupportable quinte de toux, j’ai dû m’enfermer dans une pièce afin de ne pas réveiller ma tribu.

Étant dans l’impossibilité de dormir, j’ai pris ce roman et l’ai lu d’une traite.

Et il m’a fait du bien.

J’ai cessé de tousser.

Vrai.

En 4 heures.

(Peut-être était-ce aussi l’effet de mes nombreux « miel citron » bu tout au long de la nuit ?)

Croulant sous les livres à lire, j’avais hésité à prendre celui de ce jeune auteur.

(Enfin, jeune, nous avons quasiment le même âge. Oui, donc, jeune.)

Mais, vraiment, le thème m’intéressait.

 

Léalan d’Antoni, un petit garçon prématuré (de 6 mois) continu de vouloir vivre malgré les souffrances, sous a35056b78b72531a90b1a688aa57316c.jpgl’impulsion de son ange gardien, le plus contesté qui soit, Giacomo Casanova.

(C'est lui, à gauche).

 

Tout en croisant d’incroyables destins, Léalan  passera sa vie à chercher sa mère (prostituée) sous l’œil de cet ange iconoclaste.

Il y a, parmi les protagonistes, une chanteuse de rock alcoolique, suicidaire et nymphomane, un champion du monde de boxe, un champion du monde d’échec reconverti dans l’islam le plus radical et toutes sortes de personnages plus excessifs les uns que les autres.

Tout est crédible et rien n’est caricatural, ce qui est une performance quand on crée des héros aussi déjantés.

Hier, j’ai donné rendez-vous à Stéphane Nolhart dans une brasserie de la Porte Maillot. J’arrive un peu avant lui. Je m’adonne donc à mon activité préférée dans ce genre d’endroit. L’observation des gens.

J’adore contempler ses vies inconnues.

Une femme seule (et magnifique) est là.

Elle me sourit.

Elle doit penser que je l’allume.

A la place, elle s’allume une clope. Posture.

Elle prend son téléphone, écoute des messages en fronçant les sourcils. Posture.

Puis, elle boit son thé, l’œil méditatif. Posture.

Du coup, je ne cesse de la regarder.

Pour voir, comme ça.

Ça m’amuse.

Sachant d’autant plus que je ne l’aborderai pas.

(J’ai déjà bien assez de soucis comme ça !).

(Cœur fragile.)

Puis, un bel homme arrive et s’assoit à côté d’elle.

Puis l’embrasse sur les lèvres.

Avec avidité.

Imposture.

L’auteur arrive, lui aussi.

Heureusement, j’allais pleurer.

Il m’inspire immédiatement de la sympathie. C’est fou ce que l’on peut dégager comme ondes positives (ou pas) en quelques secondes. Je lui raconte mon histoire à Dijon.

Il sourit et me dit : « on écrit des mois et des mois et en 4 heures, le livre est ingurgité ».

Oui, mais, à moi, il m’a fait un sacré bien.

L’idée d’avoir écrit un livre salvateur lui plait.

Je lui demande ce qu’il veut boire : « Je ne sais pas, j’hésite entre un thé et une pression. »

J’appelle le garçon et commande, deux pressions.

Je lui pose des questions indiscrètes sur sa vie d’écrivain.

Il me dit en vivre.

Ce qui est si rare que je lui demande de m’en dire un peu plus.

Parce qu’il écrit depuis l’âge de 14 ans et qu’il n’a jamais cessé cette activité jusqu’à aujourd’hui.

Mais encore ?

 

-Des nouvelles, des contes pour enfants… mais j’utilise plusieurs pseudonymes. Depuis un an, j’écris des livres pour d’autres.

Autant dire qu’il est nègre, même s’il préfère le terme anglais : « écrivain fantôme ».

Stéphane Nolhart s’astreint à une discipline d’enfer rigoureuse.

-J’écris de 4 heures du matin à 11 heures. L’écriture, c’est aussi lire beaucoup et avoir un rythme de vie très carré. C’est un métier… on ne peut rien faire qui tienne la route si on ne s’y consacre pas à plein temps. Je me demande comment font les écrivains qui pondent un livre en 3 mois tout en ayant un autre travail pour gagner sa vie. Je ne cesse de rencontrer des auteurs qui parviennent à maîtriser cette double vie. Moi, ça me dépasse.

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Stéphane Nolhart a pourtant une longue vie professionnelle derrière lui : « de parachutiste à balayeur, de pigiste pour des magazines pour adultes à directeur de groupe de presse », dixit la 4eme de couverture de ce livre sorti chez Pietra Liuzzo Editions.

Ce qu’il me confirme :

 

-J’ai bien profité du début de la bulle Internet, quand tout était facile et que l’argent se ramassait à la pelle. Je suis  passé d’une boite de 30 personnes, très rapidement à une boite de 300 personnes. J’ai vu le vent tourner, j’ai tout vendu et je suis parti avec de quoi voir venir…

Je comprends qu’il a eu les moyens de se « poser ». Il s’est mis à écrire.

Un divorce et d’autres problèmes lui ont imposé une réflexion sur la vie qu’il menait. Il affirme que la littérature lui a permis de traverser certaines bourrasques du quotidien.

-La littérature peut sauver la vie comme on peut en crever. Personnellement, elle m’a sauvé. Écrire ou lire permet d’échapper à une réalité qui est parfois trop dure. Si le monde dans lequel on évolue ne nous plait pas complètement, on peut en créer un autre…

Le but étant d’écrire aujourd’hui des romans qui n’impliquent pas sa petite personne et qui fédèrent un public large…

-Je me suis attaché à essayer de prendre mon lecteur par l’épaule et à l’amener jusqu’à la fin sans qu’il ait envie de se barrer. J’ai passé beaucoup de temps sur le style et le rythme…

Pourquoi ce thème des « représentants du Seigneur qui guident et protègent » ?

-La seule chose autobiographique de ce roman, c’est que je suis moi aussi un enfant prématuré de 6 mois. Que j’ai réellement pesé 900 grammes… Je suis parti de cette question : pourquoi, alors que la vie n’est que souffrance, un petit être décide de continuer à se battre pour vivre. Et si, quelqu’un l’incitait à persister. J’ai aussi réfléchi sur l’intuition…peut-être est-ce les anges qui nous parlent ? Notre destinée, dépend- elle de la compétence des anges qui nous surveillent ? Je tente de répondre à ces questions de manière ludique et amusante. Mais je ne prétends rien.

Stéphane Nolhart, en vrai, ne croit pas précisément aux anges…

-Je crois juste en ma bonne étoile. Peut-être parce que j’estime que j’ai eu une vie assez jolie. Ça ne m’empêche pas de m’interroger sur le sens de la vie, de l’amour et de la mort… Pourquoi fait-on certains choix ? Pourquoi court-on après quelque chose ? Mais, je dois avouer que l’une de mes priorités en écrivant ce livre était de réhabiliter Giacomo Casanova. C’était un vrai philosophe, d’ailleurs, je cite beaucoup d’extraits de Histoire de ma vie. Une vie tout à fait fascinante.

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S’il y avait une morale dans Les ailes de Giacomo, ce serait : la vie est un éternel recommencement.

Pour être franc, je préfère ne pas trop en dire sur ce roman cynique et épique. Simplement, je le conseille vivement à ceux qui aiment les histoires qui sortent des sentiers battus, qui transportent le lecteur dans un monde qui n’est pas tout à fait le nôtre, sans en être, pour autant, très éloigné.

Stéphane Nolhart, ce grand et beau gaillard d’1m90 est touchant.

Il m’avouera (en off) qu’il a eu le trac avant de faire lire « les ailes de Giac… » aux êtres qui lui sont chers. Il était terrorisé de le présenter à son fils de 18 ans. Il fait des études littéraires et son jugement est souvent sévère. Le fils avait une larme à l’œil après lecture. Le père était fort ému.

Son plus beau cadeau.
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Le prochain livre de Stéphane Nolhart aura comme héros, la mort.

Un livre très drôle qui l’humanise.

Un livre pour faire aimer la mort.

En tout cas, pour avoir un peu d’affection pour elle.

Pour ne plus la regarder de la même manière.

Et quand je lui demande s’il en a peur, il cite Giacomo Casanova (ce qui boucle la boucle) :

« Finalement, mourir, c’est quitter la scène du théâtre de la vie avant que la pièce ne soit terminée. ».

Oui, enfin, moi, ça ne me console guère.

Mais j’attends avec beaucoup d’intérêt ce livre, pour le moment intitulé : L’incroyable vie de monsieur Catule LaMort.

Nous restons près de deux heures ensemble à parler ensuite de nos vies respectives.

Encore une fois, je me dis que ce type-là pourrait être un pote.

Peut-être le deviendra-t-il ?

Peut-être pas.

Les surprises de mon métier.

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On se sépare en se promettant de se revoir.

On verra.

Les surprises de la vie…

 

Important: vous pouvez commandez ce livre ici.

18 décembre 2007

Christian Olivier... Tête Raide pensante!

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C’est un truc que j’ai toujours eu du mal à comprendre (et en même temps, je comprends parfaitement, hein, c’est juste une phrase qu’on dit comme ça… je les adore, les phrases qu’on dit comme ça…). Comment Christian Olivier, qui sort des disques avec son groupe les Têtes Raides (un des meilleurs groupe français, à mon humble avis) depuis presque 20 ans, n’est pas plus respecté, reconnu à sa juste valeur. Sa notoriété « grand public », n’existe que depuis peu.

Pour être clair, depuis sa collaboration avec une ancienne fan du groupe, Olivia Ruiz, et ce clip qui tournait en boucle il y a quelques mois sur toutes les chaînes musicales, le monsieur dit vaguement quelque chose au quidam moyen…

 

 

Mais Christian Olivier est un grand…

 

Qui n’a pas écouté les albums Mange tes morts, Chamboultou, ou autre Qu’est-ce qu’on se fait chier n’a pas une grande vision de la chanson française actuelle.

(Je me surpasse aujourd’hui. Je viens d’écrire un truc très journalistico-pédant qui insinue que, tsss…, en fait, vous êtes des billes dans ce domaine, mais moi, je suis une véritable bête pour vous conduire sur le bon chemin.)

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Allez, je peux en tout cas vous dire que Banco, le dixième album studio alterne brûlots politico-poétiques tels l’emblématique Expulsez-moi, hymnes à la nuit, poésies à la veine surréaliste, et chansons d’amour, sur un fond musical toujours renouvelé, où l’accordéon retrouve sa place, au milieu d’un attirail électro-acoustique bariolé. On y croise Olivia Ruiz (ben tiens !) le temps d’un featuring sur le burlesque Plus haut. L’album comprend en outre un véritable morceau de bravoure de 20 minutes, avec une interprétation passionnée de la poésie de Stig Dagerman  Notre besoin de consolation est impossible à rassasier.

Après avoir vendu plus d’un million d’albums, Têtes Raides continuent leur route unique, en dehors des ornières de la scène rock hexagonale et des sentiers bien tracés de la chanson française.

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Je suis allé à la rencontre de Christian Olivier, jeudi dernier, à la Maroquinerie dans ses bureaux de Mon Slip (le nom de son label 100% coton qui produit des artistes de la même mouvance, Jean Corti, Pusse, Mell, Lola Lafon, Loïck Lantoine…etc.).

Rendez-vous à 14 h avec lui. Son attaché de presse est devant la porte blindée et, par la même occasion, fermée. Nous attendons 10 minutes quand une jeune femme arrive, nous fait monter pour patienter. C’est très grand. Il y a tous les labels de Christian Olivier réunis à cet étage. Jamais j’dégeule (qui produit les Têtes Raides) et le bureau Mon Pauvre Ami (édition musicale et papier de Christian Olivier). C’est d’ailleurs là que l’on me propose de patienter. Christian Olivier arrive à 14h20.

Un peu confus, mais droit dans ses bottes. Je sens qu’il a bien profité de son repas (il faisait très froid, ce jour-là… fallait bien trouver le moyen de réchauffer son corps…)

C’est bizarre, j’ai rencontré pléthore d’artistes dans ma vie, mais il fait parti de ceux qui m’impressionnent réellement.

 

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Le groupe en plein travail...

Avant de brancher mon Sanyo, je lui parle des disques que j’ai aimés de lui. Bref, je le (Jean)* amadoue afin qu’il sache qu’il a devant lui un professionnel de la profession qui connaît bien son sujet. Pourquoi cherche-je (Lama)* le respect mutuel quand je suis devant des gens talentueux dans leur domaine et qui, en plus, ne sont pas du genre à juger les autres ? Je ne sais pas. C’est comme ça. Un bête complexe.

Mais, en tout cas, ça marche. Christian Oliver est délicieux. Au sens qu’il sourit, te répond droit dans les yeux en toute franchise. Il n’est pas très à l’aise en interview. Il cherche ses mots, bredouille ses mots, mais lance ses messages. Tous les poètes ne sont pas des orateurs.

Je lui demande s’ils vont bientôt fêter leurs 20 ans d’existence…

 

-Là, nous n’avons encore que 19 ans et demi de carrière. Nous fêterons cet anniversaire en 2eme partie de 2008. Nous sommes en train de préparer la pâte du gâteau, nous ne l’avons pas encore mis au four.

Christian Olivier m’explique qu’il se moque complètement de la notion de temps. Les Têtes Raides vivent les albums de sortie en sortie. Tout est à refaire à chaque fois, rien n’est gagné. C’est un travail de tous les instants.

Mais l’artiste est aussi chef d’entreprise. Je m’interroge sur les interférences que cela peut procurer par rapport à la création.

 

-C’est effectivement une charge supplémentaire. Lorsque la schizophrénie aura atteint son niveau extrême, je me poserai la question et me positionnerai clairement. Pour l’instant, je ne suis pas tout seul dans ma petite bulle. Il y a des gens qui travaillent avec moi. Dans Banco, il y a des réflexions sur comment, artistiquement, être complètement libre dans l’écriture musicale et des textes. Tu sais, quand je suis devant ma table et que j’écris des chansons, je ne pense pas à mes labels. Je ne pense qu’à ma création. Je suis dingue des mots, de la littérature, de la poésie, du style…

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S’il y a de l’artisan, du goût de l’objet, du tactile, chez Christian Olivier, c’est peut-être à son menuisier de père qu’il le doit.

-La musique, c’est très abstrait. Les mots, les mélodies, le son, c’est de la matière qui se travaille. Pour moi, c’est une passion absolue. Choisir un mot est à la fois plaisir et souffrance. Tout passe par le corps.

Il ne parle pas de « transe » mais je suis certain que ce n’est pas loin de cette idée.

Ce que j’apprécie dans l’écriture de Christian Olivier c’est l’urgence de dire, de dénoncer. Ses textes sont des cris universels.

 

-J’ai la volonté de laisser les portes grandes ouvertes pour que la personne qui lit ou entend le texte puisse l’interpréter, se raconter sa propre histoire.

Chez lui, comme pour un livre, du 1er au dernier morceau du disque, il y a une logique, un chemin à suivre.

Du bel ouvrage, je vous dis.

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Je lui montre la note que j’ai reçue avec le disque. « Banco est sans doute l’album le plus varié du groupe depuis le début de sa carrière…». Je lui dis que cette phrase est « débile », d’autant plus que je ne trouve pas que ce soit l’album le plus varié, ni le plus novateur. Le précédent Fragile, je l’avais trouvé ainsi (ce n’est d’ailleurs pas l’album qui a le mieux trouvé son public.). Celui-ci est dans une certaine continuité. À la fois personnelle et universelle dans les thèmes abordés, acoustique et électrique, bruitiste et feutrée. Il y a un mélange d’accordéon et de guitares électriques toutes griffes dehors.

Christian Olivier insiste sur un point :

 

-Mais quand même, nous avons changé de batteur. Ce n’est pas rien çà. Le son n’est plus le même à ce niveau là.

Ouaips !

À la fin de l’interview, comme je suis très intéressé par Benoît Morel (je le place à un niveau similaire au leader des Têtes Raides), je lui parle aussi des Chats Pelés. Un trio de graphistes réunissant Christian Olivier, Benoît Morel, justement, (chanteur de La Tordue) et Lionel le Néouanic (alias Zemle).

-C’est une belle aventure. C’est nous qui illustrons tous les disques des Têtes Raides et de La Tordue. C'est une autre passion. Là, non plus, je ne pourrais pas m’en passer.

Ici avec le Morel en question, le 29 juin 2006, à l'occasion de la sortie de son premier album solo Félin pour l'autre.

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Christian Olivier n’appartient à aucun clan, il désobéit à toute catégorisation.

C’est pour ça qu’il me fascine.

Le terme rebelle lui sied à merveille.

Qu’il continue sa route encore longtemps.

Une route que vous pourrez croiser prochainement.

Têtes Raides sera en tournée française à partir de février, avec une résidence parisienne au Bataclan du 25 mars au 5 avril 2008.

Nous en reparlerons.

En attendant, nous nous quittons, après avoir été dérangés par l’attaché de presse (qui fait simplement son boulot). C’est rare quand je ne respecte pas le timing imposé. Mais, là j’étais trop bien.

Après la séance de photos auquel il se prête très gentiment (et qu’il a presque dirigé) et une chaleureuse poignée de main, je m’efface dans le froid.

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Ce froid cinglant a eu raison de moi ce jour-là.

Froid perçant, moi, mal couvert.

Il est la cause de mes tourments de ces jours-ci.

Malade à cause des Têtes Raides.

Pfff…

J’ai toujours besoin de trouver un responsable à chaque problème.

Normal.

Jamais de ma faute.

Mandor ne fait jamais d’erreur.

Non.

Jamais.

Question à Thomas Clément (qui diffuse donc son interview de Stanislas avant bibi et c'est assez dégueulasse, je trouve): Comment fais-tu pour réussir les photos « à bout de bras ». Les tiennes sont réussies à chaque fois.

Moi, ça donne ça, presque systématiquement.

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Problème d’inclinaison ?

De petits bras ?

De vues déclinantes ?

D’incapacités à toutes formes d’arts primitifs ?

Franchement, là, je sèche.

(J'aime beaucoup poser des questions existentielles à mes éminents confrères es-blog)

*Jeux de mots de bon aloi. Je remets 10 francs dans le nourrain.

11 décembre 2007

Benoît Dorémus... vu, l(o)u et corrigé!

 

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Comment vais-je traiter cette note ?

Je me suis posé cette question.

J’ai rencontré le jeune Benoît Dorémus vendredi dernier (quelques heures après Vincent Delerm), à l'occasion de la sortie de son premier disque Jeunesse se passe.

Dont est tirée cette chanson J'écris faux, je chante de la main gauche.

 

 

 

 

Ayant remarqué qu’une jeune blogueuse, amoureuse de la bonne chanson française, appréciait le bonhomme, je l’ai convié à se joindre à moi pour assister à l’interview.

Ma bonté me perdra.

Bon, comme Lou est jeune, forcément, elle est pressée… (moi, je ne suis qu’un lent et vieux croûton) et donc, dès le lendemain, la jeune demoiselle avait déjà écrit sa note sur le sujet (me grillant, au passage, la priorité... mais bon, rien ne sert de s’offusquer, j’ai 20 ans de plus, donc, plus beaucoup respectable…)

(C’est à ce moment, que normalement, vous devriez crier à la face de monde : « Non, Mandor, tu es encore tout jeune et beau et talentueux et toutes sortes de compliments hypocrites, mais qui font tout de même plaisir quand on atteint un âge « canonique »)

(Je dis ça, je dis rien.)

Donc, comment traiter cette note sur le jeune Benoît Dorémus, quand tout a été presque raconté ?

(Surtout qu'elle a bien compris la notion de "coulisses du show-biz"...)

Après de longues heures de méditation.

Hop ! Un coup de tantra, un coup de yoga et pim pam poum, je trouve la solution.

Sortez les cahiers et les crayons !

Aujourd’hui, commentaire de texte.

Pauvre Lou, si tu avais su…

Voici sa note intégrale. À partir de là, ce qui est un rouge est mon apport personnel à cette magnifique prose.

 

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Lou, c'est elle.

Il était une fois...

Ça commence bien !
Un beau matin où le réveil m'apporta la surprise d'un mail :

" Ça t'intéresse de venir avec moi interviewer (ou pas) Benito le vendredi 7 décembre à 15 h 45 chez EMI ?" Je me reconnais bien là...cette espèce de proposition complètement désintéressée…
Lui, c'est
Mandor, chroniqueur et journaliste remarquable notamment pour ses goûts musicaux de qualité.

Bon là, je ne vois pas grand-chose à redire. Tout est rigoureusement exact. Principalement la dernière phrase. Le mot « remarquable » est particulièrement bien trouvé. Même à la limite, vous pourriez vous arrêter ici, la suite est beaucoup moins intéressante.
Ce matin c'est le jour J....
Mais j'ai
rien à me mettre, j'envoie un mail à Merode "Jupe ou pantalon"... il me répond pantalon... par esprit de contradiction sûrement, je me retrouve en jupe et file, en retard, au boulot.

Je ne sais pas qui est Merode mais ce garçon devrait savoir que les vieux schnocks de mon espèce préfèrent les jeunes filles en jupe. Je loue l’esprit de contradiction de Lou (ça fait 3 loups dans la même phrase : Je, Lou et loue. Je ne sais pas si à ce stade de mes commentaires, vous me suivez, mais, bon, je me comprends et c’est déjà pas si mal…)
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Quel crâneur ce Benoît! Il verra quand il aura mon âge.


 

Quelques coups de fil avec divers centres culturels français en Asie... et je tente de ne pas angoisser. Pari réussi, je pars toute zen retrouver Mandor à 15 h à l'Ouest Bar...
 « Des coups de fil avec divers centre culturels français en Asie ! ». Ça en jette pas mal comme phrase. La grande classe internationale…Je la note et tenterai de la ressortir un jour.

Sinon, j’ai choisi l’Ouest Bar car c’est le troquet le plus près de la maison de disques EMI. Et moi, j’ai un certain côté pratique. Oh ! Ce n’est rien, ne soyez pas impressionné… des années d’expérience !
Première grande rencontre, celle avec un homme souriant, généreux et humble dont on pourrait sûrement passer des soirées entières à le questionner sur ses rencontres musicales d'Obispo à
Daphné (pour aller d'un extrême à l'autre!).

Oui, mais enfin, je tiens à dire ici qu’il m’arrive de parler d’autres choses que de mes souvenirs de guerre, surtout en soirée. J’irais presque jusqu’à affirmer que je ne cause pas de mes états de service en société. Sauf, si on me pose des questions avec insistance.

Je vous rappelle que je suis humble, souriant et généreux. Doublé d’un parfait modeste. Si.
Très vite (en courant ?) on rejoint les locaux d'EMI pour rencontrer et interviewer
Benito !Anagramme de Benoît ! C’est le double du chanteur dans ces chansons. Oui, Lou, il faut préciser ce genre de détail sinon, comment veux-tu que les lecteurs comprennent ?

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1ère rencontre avec son agent de presse, fort sympathique... mais Benito est en retard dans son interview précédente.C’est assez habituelle comme circonstance. Généralement, il y a le quart d’heure de retard réglementaire. Petite précision : cette loi systématique de physique n’a qu’un défaut : elle ne fonctionne pas (du tout) à l’envers. Le journaliste se doit d’être toujours à l’heure pile. Pas avant, pas après.
Nous aurons donc 20 min, chrono en main, pour l'interviewer, avant qu'il ne parte : direction le téléthon...

1er contact...Benoît qui court, direction les toilettes "je vais faire un petit pipi et j'arrive"
Mais je t'en prie !! ...
Là, très bien. Moi aussi, je n’aurais pas hésité à souligner cette phrase. Elle n’est pas anodine, car elle prouve que le chanteur ne se la pète pas. Pas encore, en tout cas. Il est resté naturel.
Comme Mandor se l'est dit aussi, je me dis tellement de choses, vous savez, le souci avec Benoit Dorémus est de trouver un point d'entrée original pour faire son interview. Oui, que voulez-vous ? C’est mon obsession: ne pas me diriger tête baissée dans la banalité la plus confondante (voir Delerm hier). Le faire parler de lui ? Il le fait dans ses chansons... et si on écoute son album de A à Z, on aura vite découvert l'histoire de Sarclo / Renaud / la guitare / la production de l'album et le lancement de sa carrière ... Bon, en fait, pour ceux qui entendent parler de Benoît Dorémus pour la première fois, je suis quand même obligé de donner quelques éclaircissements à ce que vous venez de lire. C’est le chanteur suisse Sarcloret (voir ma note sur lui) qui s’est arrangé pour que le jeune artiste rencontre Renaud (voir ma note sur lui bis), son idole de jeunesse. Le premier lui a donné une guitare à remettre en main propre au second. Benoît en a profité pour lui donner une démo et c’est ainsi que quelques jours plus tard, Renaud, conquis par son talent, décide de produire son premier album. Mais aussi son caractère, sa façon de se protéger en nous prévenant qu'il écrit faux et chante de la main gauche (le comble étant que ce sont les plus doués qui s'excusent, quand d'autres s'affirment malgré leurs incompétences!) Bien dit !... sa peur de ce temps qui passe et qu'il aimerait parfois ralentir voir stopper !
Mais t'inquiètes Benito, t'as toujours
17 ans non ?!

Alors pour éviter de lui faire parler de Renaud, Mandor lui demande de nous raconter sa rencontre avec Sarclo...

Moi aussi, j’ai l’esprit de contradiction.

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Benoît avec Sarcloret à Genève. Septembre 2005.


 

Depuis 2003, Benoit connaît la scène... partant d'un 1er petit concert dans un bar du 11ème La Fontaine , il sillonne peu à peu les bars de la capitale, sans sono, la guitare à la main... faisant croire qu'il a 15 titres alors qu'il n'en a alors que 8... le coquin ! tentant de trouver des musiciens.

Lou ? Tu as un magnéto à la place du cerveau où quoi ? Je viens de réécouter l’interview, c’est exactement ça !
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Peu à peu il s'entoure, prend de l'assurance, et complète son carnet de bord de nouveaux textes...
Puis commençant à épuiser sa liste des bars parisiens à écumer (je passe sous silence ses confidences quant aux troquets ! ;-) ) ...Non, non, vas-y, raconte ! il s'exporte et rencontre en Suisse le fameux Sarclo.

De là découle l'histoire avec
Renaud qu'il a du tant de fois répété.
Bon, ça, je l’ai dit aussi.

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Renaud et Benoît au studio ICB de Bruxelles. Mars 2006.


Mais si on l'interroge sur ses influences, Benoit tient à en citer d'autres... Alain Souchon notamment, sans oublier Eminem.
Mandor cherche d'ailleurs à expliquer son style vocal... entre chanson française, hip-hop, slam... ? Je sais, c’est très fort comme interrogation !
et là je sens que justement ce que Benoît apprécie, c'est qu'on lui dise qu'il n'est pas complètement l'un d'eux, mais bel et bien le résultat de toutes ces influences revendiquées qui fait de lui un artiste à part entière et unique.
Amen !
On évoque également son goût pour l'écriture, et il nous parle alors de son roman « impubliable » et de sa fierté d'avoir achevé alors un projet... mais nous explique que bizarrement la versification lui sied mieux que la prose malgré les contraintes qui en découlent, justifiant cela par son goût de la rime, etc...
Il faut avouer qu'il n'en a pas que le goût mais aussi le talent !

Amen !
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Il nous parle aussi de sa jalousie... petit sourire rougissant, Benito reconnaît qu'il y a une part (petite?) d'exagération... mais c'est trop tard il s'est une fois de plus dénudé dans ses textes !
Je confirme. Ca n’a servi à rien que je me retape, ce matin, les 25 minutes d’interview, vu que Lou ressort tout par cœur.
C’est dégueulasse de me mâcher autant le travail. Je ne peux rien ajouter au débat…
Puis petite réflexion sur sa notoriété... est-ce vraiment ça qui lui plaît... la reconnaissance du public, des médias et de la critique musicale, voire littéraire ? (on passera sous silence ses relations purement sexuelles avec ses 9 fans exclusifs dont je lui avoue vouloir faire parti alors... ;) Malheureuse, ne passe pas ça sous silence ! Tout le monde aime le croustillant. Et mes stats, tu y penses à mes stats ??? Tu as une certaine propension à ne pas raconter ce qu’il y a de plus passionnant, je trouve petit clin d'oeil de Benoit... comment pourrait-on ne pas être sous le charme?) Tu n’exagères pas un peu ? Il n’est pas si beau, si sympathique et talentueux que ça. Non, son petit côté rebelle ne plait pas autant aux filles que tu le crois. Hein, les filles ? Finalement, il s'attache assez peu à cette notoriété... il est d'ailleurs subtilement humble, mais il apprécie le contact avec son public, avec ses "fans", ceux qui ne le connaissent pas d'aujourd'hui... le tout avec modestie, naturel et aisance. Un peu comme Mandor, en somme. Beaucoup de points communs avec moi, c’est fou 
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Sa fierté serait plutôt d'avoir réussi son pari... d'être enfin chanteur, reconnu, entouré et diffusé... de faire ce qui lui plaît et il faut avouer que c'est un luxe qu'il a malgré tout du mal à savourer tandis que tout s'enchaîne, lui laissant peu le répit de le faire.1ère télé en direct pour le Téléthon, c'est une nouvelle expérience qui s'ajoute à ce bout de chemin qu'on te souhaite de continuer sur ta si belle lancée.
Merci Benito !
Merci Mandor ! J'attends ton article avec impatience...

 

De rien.

Heu… pas trop déçue ?

D’aucun dirait que je ne me suis pas foulé.

Alors, qu’en vrai, si, je me suis foulé.

On se boit un dernier thé, débrieffing, réflexions... du thé, les amis ! Oui, vous avez bien lu. Pour un premier rendez-vous, je reste raisonnable…il faut avouer qu'il nous a charmé et convaincu par sa sympathie le Dorémus !

Son MySpace...

Un autre clip, celui-ci tourné avec des bouts de ficelle... J'apprends le métier. La chanson figure aussi sur l'album. 

 

 

Rendez-vous jeudi (après-demain) au Zèbre de Belleville. 

 

Oui, et puis aussi ce soir. Lou organise une petite rencontre de blogueurs (et gueuses).

Bon, franchement, c’est plus que pas mal ton compte-rendu, mademoiselle.

Sincèrement.

Et puis, ça m’a fait gagner du temps, j’ai une longue journée aujourd’hui.

Merci à toi!

10 décembre 2007

Vincent Delerm à la Cigale enchantée (part 2)!

 

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Bon.

Oui, je l’avoue, j’aime bien Delerm.

Lequel, me demanderiez-vous, si vous étiez curieux ?

Le père autant que le fils.

Moi, je suis le simple d'esprit.

Le père, c’est le premier que j’ai rencontré (voir ).

Le fils, je ne cesse de le croiser (voir ici).

Et de lui faire de la pub, tout récemment en plus.

(D’ailleurs avant de poursuivre la lecture de cette note, je vous conseille de lire ceci puisque ma rencontre avec le monsieur avait pour but d’en savoir plus sur la chose).

Tenez, je vais faire un truc nouveau (comme je sais que tout le monde ne clique pas sur les liens conseillés, (feignasses !) je vais faire un copié collé de moi-même, ce qui est un geste un peu prétentieux, je vous l’accorde, mais de toute façon, chacun l‘a compris ici, je ne suis qu’un fieffé vantard !) :

 

Vincent Delerm sort un coffret enregistré à la Cigale entre le 21 novembre et le 9 décembre dernier.

e150cd261607a3eae2ef86022f677c2d.jpgÇa s’appelle Favourite songs.

Il y a un cd simple, mais surtout, pour les fans de Vincent, le fameux coffret su cité comprenant 2 DVD + 2 CD.

Nous pouvons y admirer le concert à La Cigale et l’intégralité des 16 duos.

+ 45 minutes de bonus

Inclus 5 inédits

Un truc de dingue!

Chaque soir de concert, un invité a interprété un duo avec le chanteur. L’intégrale de ces duos inédits est disponible dans un CD simple audio ».

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Voilà, ça valait le coup de me copier-coller, car, ceci est un grand texte.

Ils devraient plaire à mes ami(e)s qui tiennent avec talent des blogs littéraires…

Bref, je suis « convié » vendredi dernier (il y a 3 jours) à prendre mon petit déjeuner en sa compagnie.

10 h du mat dans un café face à la Cigale (le QG interview de Vincent).

J’arrive à l’heure.

Personne. Enfin, ni Delerm, ni l’attaché de presse. À 10h05, le second arrive, tout sourire. À peine le temps de se saluer qu’une dame déboule vers nous en disant. « Encore vous ! La maison de disques a réservé la table à partir de 13 h. Pas à 10 h… »

L’attaché de presse, Xavier, un peu pas encore bien réveillé, bredouille un truc, même moi (qui suis pourtant parfaitement réveillé) je ne comprends pas tout.

Quoi qu’il en soit, ils ne vont pas virer des clients qui consomment, mais je me demande pour quelle raison la tenancière est en colère. Nous ne lui imposons pas la présence d’un serial killer quand même.

Je ne croyais pas Vincent Delerm capable de déchaîner de telles passions orageuses.

(J’hésite à sortir mon parapluie).

(Très drôle, cette remarque !)

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Je discute avec Xavier. Il commence à s’inquiéter du retard du chanteur. « J’espère qu’il ne croit pas que c’est à partir de 13 h… lui aussi ». Le doute s’installe en moi. Je n’aurais pas fait Groslay (c’est la ville dans laquelle je réside)-Pigalle pour rien quand même ?

Non, car je vois, au loin, baladeur sur les oreilles, marcher l’artiste sans précipitation. Il dodeline de la tête… je me demande ce qu’il peut bien écouter qui semble réellement le transporter.

 

-Bonjour, excusez-moi de mon retard, j’ai dû m’occuper de mon bébé…

(Comme il faut que je fasse mon travaille de journaliste culturel d’investigation, je peux vous indiquer, après de consciencieuses, longues et périlleuses recherches, que le trentenaire est papa d’un petit Sacha depuis juin 2007).

Je lui réponds que je comprends ça, car moi-même je suis passé par là. Je m’arrête là, remarquant subtilement que je ne suis sûrement pas le seul à avoir vécu les affres de la paternité. Donc, je ne parle pas de Stella.

(Mais boudiou, comparer les mérites de son Sacha et de ma Stella me semblait une bien belle conversation, passionnante et constructive… mais voilà, avec un chanteur, même que l’on connaît un peu, on parle métier…)

 

À peine installé, Vincent Delerm se relève. « Je vais voir si on peut fermer les portes, j’ai peur de prendre froid ».

Poliment, il demande à la tenancière et elle l’interrompt. « Non, monsieur, nous devons aérer. Et puis, en plus, vous ne deviez arriver qu’à partir de 13 h ! »

L’artiste revient, tout penaud. Bon, tu viens Mandor ? On change de bar.

J'ai le temps de voir que le disque dans son lecteur laser est son propre disque, Favourite Songs.

Vincent Delerm marchait donc tout à l'heure en s'écoutant.

 

Nous laissons Xavier attendre dans l’accueillant troquet (Au Bar des artistes qu’il se nomme, ce qui est un comble) et sortons pour nous rendre au bar qui jouxte la Cigale.

04680d369fcbf97b3c90fca02ff49946.jpgJe sais bien qu’à ce stade, je n’ai toujours pas dit un mot du coffret de Vincent Delerm à la Cigale. Je tiens juste à signaler le concept. Nous sommes dans un établissement qui touche la Cigale pour évoquer un live enregistré à la Cigale … Fort non ?

Ne m’applaudissez pas, je n’y suis pas pour grand-chose…

Le prochain live de Bénabar, il n’y pas possibilité qu’il soit enregistré en Nouvelle-Zélande ?

Bénabar devant un public de Maori, j’aime bien l’idée.

Et Mandor qui viendrait l’interviewer là-bas…

Toujours rapport au concept.

Bref, je m‘égare.

Pour le moment, nous sommes Boulevard Rochechouart  et nous y sommes bien.

Café déca pour Vincent, thé rondelle pour moi.

(Si je ne précise pas ce genre de détail, à quoi sert d’avoir intitulé mon blog : les coulisses du show-biz ?)

Vincent Delerm me dit : « Tiens, tu traînes encore avec lui ? »

Il parle de mon Sanyo. Je suis sûr que la jalousie le tenaille.

Puisqu’il ironise, je lui pose une question sacrément vacharde.

Je suis un tueur moi, quand on me cherche.

Mandor : Alors, ce coffret, marketing imposé ou souhait réel de ta part ?

(Je sais, j’ai un talent fou pour poser des questions déstabilisantes et inattendues.)

Vincent Delerm : Tu sais, le « live » ne se vend pas et coûte assez cher. Dans le cas présent, c’était assez compliqué à faire, car pour mon spectacle, on a filmé 3 soirs en intégralité et pour les duos, il y avait 3 caméras tous les soirs. Je suis donc tenté de dire que c’est un cadeau que m’a fait la maison de disques parce que, crois-moi, elle ne va pas gagner un centime sur cette opération. C’est du luxe !

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M : Ça te donne de la pression supplémentaire ces contraintes techniques lors de tes concerts ?

V.D : Oui, mais, je fais en sorte de minimaliser la gêne que cela pourrait provoquer pour le public. J’ai refusé les plans de grues, par exemple et je demande aux cameramen de filmer avec des axes qui permettent de ne pas trop bouger. Mais, malgré tout, la plupart du temps, quand il y a des captations, les gens dans la salle sont moins dans l’histoire, parce qu’ils savent que c’est filmé.

M : Il me semble qu’un concert en DVD ne reflète jamais la réalité de ce qu’il se passe sur scène…

(Lapalissade, j’en suis conscient !)

V.D : C’est exact, c’est d’ailleurs ça le problème. C’est ma crainte première. Que les images restituent autre chose que le vécu personnel de chacun. Concernant, cette captation là, pour y mettre un peu d’humanité, j’ai choisi de la faire en début de tournée. En fin de tournée, c’est super pro, bien rodé, mais il n’y a pas d’accrocs. La patine est un peu trop forte car tu maîtrises parfaitement ton concert. J’aime bien les aspérités…

M : Quel est ton rapport à l’image ?

V.D : Je n’ai aucun problème avec ça. Si je fais ce métier, je suis capable de me voir devant un écran, quand même… C’est comme d’entendre mes chansons à la radio, ça ne me dérange pas du tout. Il y a quelques fausses pudeurs chez d’autres artistes qui me font un peu sourire.

M : Tu apprécies peu la promo mais tu joues le jeu quand même. À ce propos, ta chanson (présente sur le live) en duo avec Mathieu Boogaerts : Na na na, est une diatribe bien sentie sur les questions parfois un peu répétitives et banales des journalistes… Comme on s’est vu souvent, j’ai cherché à savoir si je faisais partie du lot.

Il se marre et me répond : « Qui se sent morveux se mouche ! »

Je le regarde en me demandant s’il plaisante. Non, parce que je sais que je lui ai parlé (aussi) de tout ça.

Avant de poursuivre, voici la chanson en question.

 (Pas extraite du DVD.)

 

 

 

Nous poursuivons donc sur le sujet.

V.D : Sans plaisanter, Mathieu et moi, on a souvent les mêmes questions. Il y en a certains qui me parlent toujours des mêmes trucs. Delerm, chanteur bobo, roi du name dropping, fils à papa… Depuis la sortie de mon premier album en 2002, je t’assure que c’est rare que je tombe sur un intervieweur original.

M : En même temps, tu n’as pas une carrière gigantesque !

V.D : Non, mais là, par exemple, tu as choisi  un angle, tu t’y tiens et c’est bien.

(Je vous avais prévenu au début, je ne suis qu’un affreux vantard !)

Mais je vais te dire, en fait, c’est la promo télé le plus difficile pour moi. Sur un plateau, honnêtement, je suis comme un lapin dans les phares d’une voiture. Ce qui est souvent chiant, c’est que l’on m’impose une fois sur deux Le sketch humoristique. Comme encore il y a 4 jours, chez Ruquier. Un mec vient faire mon imitation. 40 fois ça m’est arrivé. D'abord, on m’imite avec ma voix du premier album et le type lit, soit un annuaire, soit la liste des courses, soit le catalogue Ikéa. Tu dois faire semblant de te marrer comme si c’était la première fois. Ça me fait chier que l’on m’impose ça, je ne viens pas à la télé pour faire la gueule. Parfois, je tuerais ma mère pour que ce soit vraiment drôle. Ça arrive d’ailleurs. Un jour Ariel Wizman m’a parodié, j’étais mort de rire… 

Ce qui ne fut pas le cas avec Stéphane Guillon.

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Soudain, une femme nous interrompt.

 

-Vous ressemblez beaucoup à Vincent Delerm…

 

Ne remarquant rien, Delerm fait de l’humour.

 

-Un peu plus qu’à Bénabar, en tout cas.

 

Rire poli de cette dame qui est handicapée. Son handicap est très discret. Vincent Delerm s’aperçoit très vite de sa bévue et devient tout rouge.

La dame poursuit.

-Je suis une fervente admiratrice. J’ai tous vos CD, vos DVD, j’adore la Normandie , votre père aussi. La totale quoi !

L’artiste est touché. Je sens qu’il regrette ses premières paroles.

-Vous savez, je travaille pour une radio, ajoute-t-elle.

-Ah oui ? Laquelle ?

-Vivre FM. La radio du handicap et de l’exclusion… je suis vraiment émue de vous voir. C’est tellement poétique ce que vous chantez… Comme j’habite le quartier depuis 30 ans, les rues dont vous parlez me renvoient à des images, des souvenirs. Je suis tellement contente de vous voir là, en vrai. Je n’en reviens. Je peux avoir un petit autographe ?

Les yeux de Vincent Delerm brillent.

-Évidemment. C’est pour ?

-C‘est pour un autographe.

Sans rien laisser passer, il questionne de nouveau, avec tact.

-Oui. Quel est votre prénom ?

-Christelle. K.R.I.S.T.E.L. Il n’y a pas de E à la fin.

-Allez, je vous le signe sur mon programme promo.

-Quelle joie, vraiment, je n’en reviens pas !

Je dis alors, cette phrase mémorable : « C’est le destin ! ». Je ne sais pas pourquoi j’ai dit ça, mais j’ai dit ça.

Parfois, je dis bien des conneries.

La femme s’en va, transportée de bonheur. Je demande à Delerm si ça lui arrive souvent.

-Deux fois par jour, à peu près. Là, je suis con, je n’avais pas vu son handicap… j’espère qu’elle n’a pas pensé que je me moquais d’elle…

Je le rassure, sur ce point. Les handicapés n’aiment pas la commisération ou la pitié. La normalité comportementale leur suffit.

(Quoi, vous pensiez que dans une si longue note, je n’allais pas laisser des messages qui font réfléchir ?)

(C’est mal me connaître).

Nous finissons l’interview, mais ce n’est plus pareil. Comme si tout ceci nous paraissait dérisoire.

C’est tellement le cas.

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Matinée tranquille à Pigalle... ce vendredi.

Je le salue ainsi que Xavier qui a fini par nous rejoindre. Il est accompagné par une jeune journaliste du Parisien.fr.

Je laisse ma place.

Et je pars en chantant, « na na na na, na na na na na… »

04 décembre 2007

Lorie... machine de guerre attitude!

Parfois j’hésite…

À accepter une interview.

À écrire une note sur le sujet ici.

Mais, au fond, j’aime bien.

Passer d’un genre à l’autre, comme ça, sans prévenir.

D’une soirée littéraire à une chanteuse populaire (plus de mon âge).

 

b2a45cc7a03a433253a579d3cae65757.jpgQuand on me demande, « tu veux rencontrer Lorie ? », je souris intérieurement.

Moi qui aime la chanson de qualité.

Mais, je finis très vite par accepter.

Je ne sais jamais trop pourquoi.

Peut-être l’envie de découvrir qui se cache derrière un personnage.

Je me dis toujours qu’il y a une bonne raison pour qu’un artiste soit aimé par un large public.

Il y a bien une explication au fait de fédérer.

On m’a filé 30 minutes, montre en main, avec Lorie.

Première constatation. La jeune fille de 25 ans est sympathique.

Tu lui tends la main, elle te claque la bise.

-Bonjour, moi, c’est Lorie.

(Ah bon ? Ça me fait toujours marrer, ce genre de présentation « évidente ».)

-Bonjour, moi, c’est Mandor.

(Une entrée en matière d’une fulgurance folle!).

Je fais démarrer mon magnéto Sanyo TCR-960c (qui devient encore plus célèbre que moi, l’imposteur !).

Allez, je me débarrasse de la promo parce que bon…

J’apprends donc que Lorie en chiffres c’est : 7 millions de disques vendus, un million seulement de DVD (ridicule !).

Elle revient avec un nouvel album 2Lorenmoi.

La demoiselle s'est forgée une double réputation : grosse machine commerciale pour les uns, chanteuse de 6f93de526d135c1d867816106cc1ef28.jpgdivertissement pour les autres.

Elle a pris la décision récente d’organiser une nouvelle structure au sein de son équipe professionnelle.

Bien la preuve qu’elle grandit.

Elle est devenue chef d’entreprise (avec papa, pas loin).

Un nouveau manager s'occupe désormais de sa carrière et sa société de production, LMD2, a signé un contrat avec le label Columbia.

 

Lorie, je le devine en filigrane, en a un peu marre d’être considérée comme une ado encore innocente. La voici donc sexy et moins cucul la praline.

Ses musiques sont « tendances » (avec de gros guillemets) pop-électro, dance et même disco ! Avec pas mal de tecktonik pour donner à l'album un aspect très actuel.

La jeune fille à son discours tout prêt, qu’elle ne change pas d’un iota.

-Je suis très fier de cet album là. J’ai travaillé dessus jusqu’au bout. Que ce soit dans les textes ou dans la musique. J’espère que les gens vont s’éclater. Qu’ils prendront autant de plaisir à l’écouter qu’on a pris du plaisir à le faire. 

Bon, je passe sur les textes, alors.

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Oui, je crois.

Mais, soyons franc, je comprends que le public jeune apprécie cette artiste. L’ensemble est très dansant et positif.

Et Lorie est restée fraîche et respectueuse de ses nombreux fans.

Ils y sont sensibles.

Dans ce genre d’interview, je me mets en pilotage automatique. Je sais quand j’arriverai à aller plus loin que la banale promo… dans le cas présent, je n’y parviendrai pas.

Je regarde son professionnalisme, du coup, je décroche un peu. Impossible de me concentrer sur ses propos assez convenus, alors, je l’observe.

Un mélange assez habile de machine de guerre médiatique et d’humanité. Généralement, l’un est incompatible avec l’autre.

Mais, chez Lorie, si.

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(Il y est mon Sanyo, cherchez bien. Capot ouvert, il parade... va falloir qu'il arrête d'avoir la grosse tête!)

Je ne vais pas aller plus loin de cette brillante analyse musicale d’un album qui fera date dans l’histoire de la chanson française… mais, je répète qu’il est bon que des artistes comme elle existe.

(En plus, ma Stellanounette (2 ans et demi) danse sur Lorie dès qu’elle entend ce morceau. Ca ne me dérange pas, c'est même assez cocasse. Par contre, elle fait les mêmes gestes que les danseurs, ce qui m'inquiète un peu. Elle adore la tecktonik, ce qui m'inquiète beaucoup.)

Un peu de légèreté dans ce monde de brute.

Allez, zou, le clip de Je vais vite.

 

 

(Sinon, je ne suis qu’un pleutre. Je n’ai pas osé poser une question sur Garou. Pas une. Vous êtes déçus ? Pardonnez-moi.)

Edit 11h47:

A lire aussi, la supplique de Ron. Elle date d'avant hier mais je viens juste de la découvrir...

27 novembre 2007

Dumas...

 

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(Photo de Tshi Zerbia)

Hier soir, je suis allé à la Cigale applaudir Dumas.

Ça fait un petit moment que j’ai repéré ce génie de la scène québécoise.

(Ici, son MySpace).

Au départ, je vous avoue, j’étais un peu dubitatif sur sa création. Je ne suis pas rentré tout de suite dans son univers.

Et puis, ça m’a pris d’un coup, je suis tombé sous le charme de sa musique et de ses textes candides et charnels.

Ces deux premiers albums étaient un (habile) mélange de new wave, pop, rock, chanson et bidouillage électro parfois hypnotique.

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Hier soir, j’ai été comblé.

Quelle énergie, quel charisme ce gars là !

Je me rends compte que la Dumanie est née. Et n'a pas fini de déferler.

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(Photos de Martin Bureau)

En regardant ce jeune homme se donner au public avec tant de vigueur, je repense à l’interview qu’il m’a accordée dans l’après-midi.

Relax, gentil, un peu ému du concert du soir et calme.

Lent.

Non, ce n’est pas le même homme qui irradie sur la scène.

Les concerts transcendent les artistes.

Je l’ai remarqué si souvent…

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(Photo de Martin Bureau)

Dans son pays, son troisième album, Fixer le temps, est déjà une référence. C’est un disque rempli de 5adf29f48963f3b6d1e2a33cce786366.jpgchansons folk et électriques dans le plus pur esprit anglo-saxon, mais également doté d’une écriture farouchement francophone. Dumas y signe textes et musiques et y propose un puissant déluge rock, des chevauchées harmoniques complètement effrénées.

Sa carrière a commencé en 2001, avec la sortie de son premier album éponyme, qui a révélé son univers original. Depuis, il n’a cessé de le travailler, creusant une veine chanson-pop originale et novatrice. Les nouveaux morceaux avec lesquels il revient, enregistrés en live, sonnent beaucoup plus rock que ces albums précédents. Il faut dire qu’il s’est entouré d'excellents musiciens - Jocelyn Tellier (guitare, tambourine), Carl Bastien (guitare, piano, orgue et tambourine), François Plante (basse) et Jean-Phi Goncalves (batterie).

Avec eux, il explore les différents sons qui l’ont influencé, notamment la musique des seventies, dont il s’est abreuvé en préparant l’album, mais aussi la pop des sixties. Certains titres rappellent U2, d’autres les Beach Boys. L’esprit de Radiohead habite certains accords. Dumas y parle de son rapport au temps, bien sûr, mais aussi de ses amours. Et surtout, il utilise sa voix comme un instrument à part entière, lançant sur les titres un doux air de liberté, dans lequel on se laisse volontiers inviter.

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(Photo de Martin Bureau)

Fixer le temps vient positionner Dumas dans une case à part dans le paysage musical québécois : un brillant auteur-compositeur-interprète, un artiste accompli et inventif, intègre et mature.

« 12 chansons, autant de tableaux impressionnistes, où le temps, thème récurrent, se fixe notamment dans des lieux de transit ; les avions, taxis ou aéroports. Après une importante période introspective d’écriture et de composition, il a eu envie d’expier le tout avec des musiciens galvanisés. » explique son site internet.

Il ajoute que « l’enregistrement, « live » en studio, s’est fait sur rubans comme on le faisait avant l’arrivée du numérique ». Résultat : une énergie pure, des ambiances fortes, un rock puissant et inspiré, de riches harmonies vocales et des envolées musicales audacieuses, presque épiques.

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(Photo de Martin Bureau)

Ce troisième album de Dumas est l’œuvre admirablement contemporaine d’un artiste accompli et inventif, intègre et mature.

Voyez son nouveau clip.

Je ne m'en lasse pas.

   

Il est évident qu’il va falloir compter sur cet artiste très longtemps.

J’espère, en tout cas.

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23 novembre 2007

Belinda... star d'amérique latine!

 

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Hier, journée, comme je les aime.

Je reviendrai sur la soirée « In live » lundi, le temps de récupérer photos et vidéos (nombreuses) de ce truc de fou.

Avant de me rendre à Chelles pour animer cette soirée, je suis allé chez EMI pour interviewer une future star internationale (c’est ce qu’on m’a prétendu, en tout cas) en début d’après-midi.

acdc906dc1c78d1d95a005343c378b90.jpgPetit retour en arrière.

Mardi, un attaché de presse de mes nouveaux amis, m’envoie un mail :

« Connais-tu Belinda ? Tornade musicale qui a déjà vendu 2 millions d’albums en Amérique latine. Et qui arrive aujourd’hui en France. »

Il m’envoie des liens pour découvrir son premier tube If we were et son site.

Son MySpace aussi.

J’écoute, je regarde.

Bon, de la musique latine, quoi.

A la différence près que la jeune fille est très jeune (née en 1989) et très belle.

Et ça voix possède un grain du voix très plaisant.

Bref, je suis un homme faible. J’obtempère.

(Ce métier est difficile !)

Je lis la suite du mail :

« Je viens d’apprendre qu’elle sera à Paris jeudi. »

Ah ouais, quand même. Il faut que je m’organise là.
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Donc, je m’organise (là).

J’appelle mon amie Marie Cartier pour lui proposer de venir avec moi. On ne sait jamais, elle pourrait éventuellement la filmer pour le site musical qu’elle a créé, Zik Addict (auquel, je collabore… j’y reviendrai bientôt plus en détail ici dans quelques jours).

Elle accepte, bien que je sache que ce genre de musique est vraiment loin d’être sa tasse de thé. Elle a sans doute pitié de moi. Me laisser seul avec une jolie fille, elle sait que c’est insoutenable pour ma petite personne.

Merci Marie.

4bb7271b549f7f1f8700a108a708735b.jpgBref, nous arrivons à la maison de disques. L’attaché de presse nous accueille très gentiment et nous emmène dans une petite pièce (une salle de réunion, je présume).

On s’installe et nous voyons au bout d’un moment arriver une chef de projet, suivie de près par un homme, une femme, un jeune homme, une jeune femme.

Nous en tirons la conclusion qu’il s’agit du papa, de la maman et de je ne sais pas qui. Et de la chanteuse elle-même.

Elle fonce sur nous pour nous claquer la bise.

(Métier difficile, je disais…)

Je comprends que je vais faire l’interview en public.

8 yeux braqués sur nous. J’adore ça.fc88e36dc8902c175eed838bb22e9bb4.jpg

Hum !

J’apprends notamment que la jeune fille est née à Madrid. Qu’elle s’est installée avec sa famille l’âge de 4 ans avec sa famille à Mexico, où elle réside encore actuellement.

Je sais, c’est dingue !

A 10 ans, elle apparaît dans sa première série télévisée, puis à 11, dans une autre, puis à 12, encore une autre. A chaque fois, elle enregistre aussi la BO des séries qui s’écoulent à plusieurs millions d’exemplaires. Grand carton en Amérique Latine, mais aussi aux États-Unis.

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Peu avant ses 14 ans, elle sort son 1er album, Belinda (1 million d’exemplaires vendus). Elle fait des centaines de concerts et reçoit des récompenses, parmi lesquelles le Female Record Of The National Auditorium à Mexico…

9aaee6cc0b348211f3ffccbdad7d329c.jpgSon nouvel album s’intitule Utopia. La date de sortie française n’est pas encore fixée (c’est la raison pour laquelle, je peux dire que cette note peut être qualifiée d’exclusive ! Je suis un peu le seul à parler de la demoiselle.) Ce disque rassemble des chansons pops produites et co-écrites avec 5 songwriters actuels (qui ont pour habitude d’écrire pour, notamment, Kelly Clarkson, Gwen Stefani, Kilie Minogue, Britney Spears, Lily Alen, Pink, Santana, Shakira, Céline Dion et Elton John).

Bref, je pense que la personne que j’ai devant moi, je n’aurai plus l’occasion, dans quelques mois, de la ré-approcher dans d’aussi bonnes conditions.

(Je le sais, des trucs comme ça, je les ai vécus 100 fois).

 

Tenez, une page de pub.

 

 

 

 

 

Bon, pour finir, Belinda me dit qu’elle adore la France. Ses grands-parents sont Français (son père me sort sa carte d’identité française). Elle est aussi mexicaine et espagnole.

Sa vision de Paris... celle des Aristochats. Pour elle, Paris, c’est le dessin animé de Disney.

Ça nous fait sourire, Marie et moi.

Bon, voilà, c’est fini.

Une demi-heure avec une star que personne ne connaît encore ici.

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De nouvelles bises et la promesse de se revoir lors de son prochain passage.

Tu parles Charles !

Voici, un de ses clips.

21 novembre 2007

Les Fleurs Noires... réinventent le tango!

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Aujourd’hui, j’ai décidé de mettre un coup de projecteur sur un groupe de 11 filles. Non, pas un de ces groupes qui tournent des clips à gogo en se déhanchant lascivement sur de la musique "R’nB soupe n’roll".

(Ne me demandez pas ce que signifie cette expression, je viens de l’inventer…)

J’évoque en ce lieu saint, un groupe de tango franco-argentin qui obtient un joli succès d’estime actuellement. Les salles sont pleines à chaque apparition.

Les Fleurs Noires, donc.

Leur MySpace.

"Le tango, vous savez, cette musique masculine qui parle des femmes, d’amour, de chagrin et  de passion. En même temps, la sensualité du tango, c’est une affaire de femmes…"

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Les demoiselles de Fleurs Noires nous livrent un tango vigoureusement contemporain qui se démarque du tango traditionnel... Ce qui les caractérise c’est ce mélange de classe, d’élégance, de fraîcheur et ...de culot!

Il y a une chanteuse qui vient de Rio, Debora Russ. Pour le reste, 4 violons, 1 piano, 1 violoncelle, 1 contrebasse et 2 bandonéons.

En première ligne, Andréa Marsili (pianiste et directrice musicale du groupe).

Je l’ai interviewé hier après-midi pour en savoir plus sur ce groupe qui m’intriguait pas mal.

Elle m’explique d’abord son parcours. Je résume :

Professeur National de Musique (piano) à Rosario (Argentine), elle fait ses études de tango avec Rodolfo Mederos, Javier Lore et Pepe Ferrer puis avec Juan José Mosalini, au conservatoire de Gennevilliers. Elle est titulaire d’une Maîtrise de Musique, option piano, à l’université de Hartford (États-Unis) et elle a obtenu en 1997 le premier prix du Concours national de tango en Argentine. Pianiste de l’orchestre de tango de Rosario (Argentine), elle est aussi directrice et pianiste du quintet Gotan à Boston (USA) et joue dans le Tangazo Trio à Paris.

André Marsili, c'est elle.

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Elle m’explique pourquoi leur groupe a fait le choix d’ignorer la mixité.

-Les groupes de tango sont généralement composés uniquement d’homme. C’est un milieu extrêmement macho. Toutes les femmes, musiciennes confirmées dans les domaines classiques et populaires, qui composent Fleurs Noires, ont eu du mal, à une certaine époque, à s’imposer dans ce domaine. Les femmes, je vous l’assure, ne sont pas les bienvenues dans ce monde là. Nous émancipons donc la place de la femme dans cette musique.

De leur tango se dégage une force sensuelle, toute en nuances, qui est le fruit de la diversité de ses racines. Certains « experts » en la matière vont jusqu’à dire qu’elles sont l’avant-garde du tango.

-C’est parce que Fleurs Noires disposent d’un répertoire basé sur des compositions originales créées spécialement pour l’orchestre par des compositeurs confirmés comme Eduardo Acuna, Víctor Parma et Gerardo Jerez Le Cam. Et moi aussi. Il faut dépoussiérer un peu tout ça !

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 Bref, il est question « d’authenticité de la tradition avec une touche résolument moderne ».

Gérer un groupe de 11 personnes ne doit pas être évident.

-Ca se passe très bien. Il y a bien quelques susceptibilités à ménager mais comme dans tous les groupes. Franchement, nous nous entendons toutes à merveille.

Une telle complicité se sent, se voit et s’entend.

Les Fleurs Noires affichent leurs différences, marquent leur féminité, en jouant de l’humour et du glamour, et interprétant un tango résolument nouveau, loin du cliché…

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Leur disque est sorti chez ULM/Universal.

Mais, à mon avis, il faut les découvrir sur scène.

Elles y prennent toutes leur dimension.

Si j’en parle aujourd’hui. C’est qu’elles seront en concert samedi (le 24 novembre) à Clamart (92) Auditorium du Conservatoire.

Un avant goût.

 

 

 

Evidemment, c'est juste une petite idée de leur performance.

Rien ne vaut la réalité et l'émotion de la scène...

19 novembre 2007

Léopold... une histoire de flou!

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En ce moment, tout ce que je fais est fou.

Tout ce que je fais est flou.

Cela faisait longtemps que je tentais de contacter un jeune chanteur qui répond au doux nom de Léopold.

Je raconte ici son histoire.

(Sans rire, vous ne pouvez pas comprendre la suite de la note, si vous ne lisez pas. C'est très court.)

Je lui ai envoyé un mail sur son MySpace il y a 4 mois pour lui signifier mon soutien.

Il n’en avait peut-être pas besoin mais j’ai ressenti le besoin de le faire.

Et parfois, je fais bien des conneries quand je suis motivé.

Bref, la semaine dernière, il m’envoie un SMS.

Je l’avais presque oublié.

(J’oublie quand on ne me donne pas de nouvelles.)

Nous décidons de nous voir mercredi dernier (le 14 novembre) au bar du Lutetia.

(Je pardonne tout quand on revient vers moi.)

(Une vraie girouette, quoi !)

(Je sais bien.)

J’arrive au bar.

Il est là.

Léopold boit un café.

Je commande un Coca Light.

Il y a déjà du monde.

Les gens parlent tout bas.

Hommes d’affaires, vieux copains, jeunes femmes en quête de rencontres, working girls, écrivains, éditeurs, couples illégitimes, que sais-je ?

Le piano est seul.

Personne n'effleure ses touches en épicéa.

(Je plante le décor, l’ambiance feutrée… on s’y croirait.)

Le début de la conversation est hésitant, un peu flou, comme le but de cette rencontre.

Au fond, je viens faire quoi ?

Interviewer un artiste que sa maison de disque prend du temps à imposer à la face du monde ou, une seconde fois, l’encourager à ne pas baisser les bras.

Qui suis-je pour agir ainsi ?

(Qui suis-je tout court, d’ailleurs ?)

(C’est une question que je ne cesse de me poser.)
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Léopold a du mal à répondre à mes interrogations, car il est partagé entre le fait de parler avec sincérité et la crainte de trop en dire.

Ce qui n’est guère pratique, convenez-en, pour tirer le meilleur de chacun.

Il m’explique tout de même la raison du retard de la sortie de son disque.

Pour qu’un artiste puisse bénéficier de promo au sein de la maison de disque et que la machine se mette en route (complètement), il faut qu’une chanson de l’album passe en radio.

Ce qui n’était pas le cas.

Donc, disons que la maison de disque croit encore en lui, mais qu’elle attend de présenter un autre titre aux radios.

Léopold enregistre une nouvelle chanson actuellement.

Pour elles.

(Si on ne peut même plus faire confiance aux radios…)

Le jeune artiste, assis devant moi, ne parle pas de sa lassitude d’attendre, de sa crainte que la sortie du disque soit annulée, de son mal-être de se sentir bridé.

D’être à la merci de décisions qui ne dépendent plus de lui.

Du couperet qui tombera, ou pas.

Léopold n’en parle pas.

Mais, je le lis dans ses yeux.
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Personnellement, je fais ce métier depuis 25 ans.

(Quel métier, au fait ?)

(Je ne sais pas… observateur de la vie musicale française, par exemple).

(Par exemple, mais pas seulement.)

Et, croyez-moi, je sens quand un type à du talent.

Quand un type à tout pour plaire à beaucoup.

Sa pop française est accessible à tous, cela ne l’empêche pas d’être de haute tenue.

J’aime sa voix, j’aime ses textes, j’aime sa musique.

Je me considère comme un assez bon baromètre pour mesurer l’air du temps.

(Ce qui est parfaitement prétentieux, mais vrai. Disons que j’en ai vu passer des artistes de tout poils…)

Nous avons beaucoup évoqué sa jeunesse dans le sud-ouest (dont il est originaire), ses petits groupes entre 16 et 25 ans, sa montée à Paris à cet âge-là « pour réussir », sa première maquette 4 titres (réalisée par Philippe Uminski), sa signature chez Warner, ses premières parties de Zazie (5 Bataclan et quelques Zénith), son contrat qui lui est rendu pour d’obscures raisons toujours pas digérées aujourd’hui, ses re-galères dans les bars, son retour dans une multinationale, il y a moins d’un an, sa première partie de James Morrison à l'Elysée Montmartre le 5 juin 2007 (photo).

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Et son attente.

Toujours.

Léopold accepte ma séance de clichés mandoriens.

Mais, je le sens gêné.

Parce que son retour n’est pas encore officiel. 

Ne plus vendre la peau de l’ours…

Comme la situation est floue, notre rencontre est floue, la vie est floue, ma vie est floue, j’ai décidé de nous flouter.

Ce qui donne ses curieuses photos.

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Nous quittons le Lutétia ensemble.

Dans la rue, Léopold hésite encore à accepter que je publie ma note future.

(Qui est celle que vous lisez. Comme quoi… le futur est parfois très proche.)

Ne pas heurter la maison de disque.

Heurter de quoi ?

Je l’ai quasi harcelé pour qu’il accepte ce rendez-vous.

Mais, je sais qu’on est fragile en période transitoire.

(Je suis d’ailleurs, très, très fragile, en ce moment.)

Voilà, ma note est floue aussi.

J’en ai conscience.

Imaginez bien, en tout cas, que je vous tiendrai au courant de la suite des évènements.

Ils seront positifs.

Je le sens.

P.S: Et si je peux me permettre, je trouve juste dommage que sur son MySpace, les chansons que j’aime le plus (parfois tubes potentiels), ne s’y trouvent pas. Va, Nous n’irons plus au cirque et Profession célébrité. Heureusement, il y a L’amertume

P.S 2: Ici, une critique de l'album par un autre rare journaliste qui a pu le chroniquer.

Pas d'accord avec bon nombre de ses comparaisons.

16 novembre 2007

Deux visions d'une même soirée...

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Hier, 19h15.

Coup de chance. Je gare ma voiture juste devant l’hôtel Montalembert.

Devant. Un truc qui n’arrive que dans les films, mais certainement pas dans cet arrondissement.

J’observe l’homme à la cigarette élégante qui m’observe, lui même, effectuer mon créneau.

Il est assis sur le banc.

Il ne sourit pas et parait soucieux.

En descendant de ma voiture, je range des sacs dans mon coffre.

Il me regarde toujours aussi ostensiblement.

Je finis par lui dire : « Bonjour monsieur Sollers ».

Il me répond d’un hochement de tête.

Il retrouve le sourire.

Quelqu’un l’a reconnu.

J’ai un quart d’heure d’avance. J’appelle Franswa Perrin, ce trublion littéraire que j’aime beaucoup. Un type pétri de talent dont j’apprécie la présence, les fêlures, les excès, sa vive intelligence et la vision du monde. Implacable.

Il oeuvre sur le site de Strictement Confidentiel.

-Tu es dans le coin ?

-Oui. Je suis dans un bar, en attendant l’heure.

-Bon, viens. Je suis déjà là. Sollers et moi, nous t’attendons.

(J’aime travestir la réalité, parfois.)

Je vois débouler Franswa, la chevelure à son image. Des fils enchevêtrés que je n’aimerais pas avoir à démêler. Rebelle et anarchique, tout ça.

Franswa s’en fout et ça me fait marrer de l’emmener dans cet endroit chicos pour assister à la remise du 2eme Prix Pamphlet organisé par la maison d’édition Anabet éditions.

(J’avais parlé de la première, ici.)

Franswa, je pense pouvoir affirmer qu’il conchie les prix littéraires.

Mais il a accepté de m’accompagner.

Remarquez, j’ai eu quelques arguments imparables.

« Y aura champagne à volonté et jolies filles à gogo ».

Il m’a répondu dans la minute.

On entre dans l’hôtel.

À l’accueil, je rencontre deux personnes fort charmantes. Mais vraiment. Elles font partie de l’agence de communication Alchimia qui s’occupe des auteurs d’Anabet. Notamment d’Isild de Besco, dont elles m’affirment s’être bien amusées à lire ma note sur elle.

Ingrid et la jeune fille à ses côtés sont prévenantes avec nous et je me dis que la soirée commence bien.

Mon ego est flatté.

 

Je résume la soirée.

J’ai rencontré des attachées de presse qui sont un peu aussi des amies (notamment Anne V. qui s’occupe des livres du Diable Vauvert et de Panama et la piquante Estelle R. d’Allia).

Le jury a été un tantinet long à délibérer.

Pour finalement choisir un Dictionnaire. Les nouveaux mots du pouvoir (sous la direction de Pascal Durand), chez Aden.

Un type devant moi s’indigne de ce choix. Il crie, se scandalise. Je ne sais pas qui il est. Un auteur ou un éditeur déçu? En tout cas, ça met un peu de piquant.

J’ai aussi interviewé Noël Gaudin, parce que quand même, je le répète, j’ai une passion pour les subversifs et puis Zoé Félix, parce que quand même, je le répète, j’ai une passion pour les jolies filles.

(Boire une coupe de champagne avec la future Clara Sheller, il y a pire comme situation. A propos de Clara Sheller, il lui reste 4 jours de tournage et elle est folle de joie de reprendre ce rôle).

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Mais aujourd’hui, je vais faire court, car j’ai demandé à Franswa de me livrer sa version de la soirée.

Je savais que je n’allais pas être déçu.

Je savais aussi que grâce à lui, j’allais remporter le prix de la note la plus longue de toute la blogosphère mondiale, planétaire et intersidérale réunie.

(Lui, ce n'est pas Franswa, c'est l'entarteur, Noël Gaudin).

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Donc voici ce que j’ai trouvé ce matin dans ma boite mail.

Un récit que je vous invite à lire de A à Z.

Tranquillement, quand vous aurez le temps.

Franswa, il est comme ça. Je ne sais pas s’il connaît la demi-mesure.

« Aaaaah. Une soirée remise du prix du Pamphlet. Pamphlet, donc. Ca va dérouiller sévère, je me suis dit, ça va suinter dans les coins, pleurer des larmes de sang bien ou mal méritées, mais vivre malgré tout. Pamphlet, on a dit. Le pamphlet, c'est ce truc tordu qui sert, normalement, à faire très très mal pour arranger les choses, à terme. Pamphlet, c'est un peu mon poing dans ta gueule, mais mon poing, aussi, qui ne veut pas te la casser totalement, mais te l'améliorer pour que tu puisses vivre sereinement ta vie d'être vivant sans devoir, toutes les deux secondes, t'affaler sur tes propres genoux en concédant un "tant pis" qui n'est rien d'autre qu'une fuite presque malhonnête, finalement.
Pamphlet, donc.

Noël Godin, "l'entarteur", présent (BHL dans une cuvette, Godard en dérive, tous les péteux du monde énervés vraiment, dans le sens premier du terme - les nerfs tranchés, donc, incapables de résister autrement que par un sursaut néandertalien, des gifles futiles et des égos réduits à néant). Michaël Londsdale aussi, on m'avait dit - l'homme le plus classe du monde pour démonter les gens. Zoé Félix, enfin, donc je pensais à tort qu'elle était la nana qui avait joué dans Chacun Cherche Son Chat (mes excuses - ma culture cinématographique est à peu près aussi lamentable que la culture artistique d'un Florian Zeller - c'est dire), et dont je ne pensais pas grand chose enfin, sauf qu'elle était jolie, comme des tas de gens finalement. Philippe Harel et Jean-Pierre Mocky, enfin, dont personne ne m'avait informé de la présence, mais qui parlent l'un et l'autre comme on peut le penser : pointu et malin, pour Harel, lourd et clair, pour Mocky. Harel vous théorise les choses quand Mocky vous les réduit toutes à néant - en même temps, dans la même soirée - ce qui est joli.

Pamphlet, donc. Gifles dans la gueule du monde, et gifles intelligentes. Godin en absurde déroutant, Londsdale en faux-dandy puissant. Félix en jolie fleur incertaine d'être vraiment là. Harel en théoricien du Vide. Mocky en contempteurs des cons. Tout un programme. Sollers, enfin, qui se pointe un instant, fume son truc, et se tire. Sollers à propos duquel on peut dire des tas de trucs moches et valables, sauf qu'il ne sait pas écrire. Cinq canardeurs magiques et une Zoé jolie, mieux rôdée au "comment il faut se comporter", mais désespérément jolie quand même. On en attendait beaucoup. J'en attendais beaucoup.

Mais finalement, le Prix du Pamphlet, c'est avant tout un prix. Du pamphlet, certes. Mais un prix avant tout. J'attendais, perclus, perdu, voyeuriste sans l'ombre d'un doute, un Godin jouant les "pouic-pouic" virevoltant autour du bar, un Lonsdale faisant pleurer les jeunes filles, une Félix vénéneuse, un Harel absurde d'intelligence pure, un Mocky dégueulasse de sa propre beauté intrinsèque... mais non, en fait. La soirée fut agréable, et vraiment. Un Mandor magnifique de grâce sereine, une Anne splendide d'amour de livres, une je-ne-sais-plus-qui de chez Allia, déroutante de beauté tordue, accompagnée d'un moustachu splendide à la Fred Chichin , tout ce qui sied donc à une soirée littéraire (ou pas, d'ailleurs) agréable, mais pas de subversion - ah, ça, non, pas de subversion.

J'aime de manière générale les gens qui aiment leur métier - ou bien ceux qui, à tout le moins, savent le pratiquer proprement. Et à ce titre, je tiens à le dire : les barmen et serveuses de l'Hôtel Montalembert sont hallucinants de grâce. Tous, sans exception. Efficaces et sympathiques sans verser dans le servile, secs parfois sans être détestables - de vrais pros, donc. Au même titre, mention spéciale à Madame machin (pardon pour elle, je ne connais plus son nom), qui organise en partie la soirée mais ne s'affaisse à aucun moment dans l'ennui - une pro. Mention spéciale lamentable, en revanche, à un type, associé de je-ne-sais-plus-quoi (sans doute la maison d'édition, ou une chose comme ça), qui joue largement la carte de l'invitant people alors qu'il ne sait pas la lancer au bon moment. Et que ça crève les yeux.

Mais pas de subversion, bordel, pas de subversion. Les ors sont dorés, les zincs de chêne centenaires, les sols impeccables, les miroirs scintillants. Et personne, vraiment personne, ne semble être traversé par l'idée, pourtant peu révolutionnaire, d'écailler les ors, d'abattre les chênes, de surcharger les sols de fluides humains divers ou de plaquer deux mains grasses sur un quelconque miroir, juste comme ça, juste pour rien, juste pour distorde un instant la perfection. Un discours intervient au moment de la remise du prix. J'entrevois Godin parcourir la scène les mains sous les aisselles, prêt à pouic-pouiquer un monde qui, malheureusement, ne semble pas prêt. Une gamine bourgeoise de 23 ans lève les yeux au ciel, capte le regard de sa blaireaute d'amie, renforce le trait et la fait rire.

J'ai presque envie de pleurer. Godin se retient, visiblement, de frapper fort - il est membre du jury. Personne ne le relance (moi y compris, je le confesse). J'ai presque envie de battre le trottoir de ce septième arrondissement de mes cinq membres pour rameuter quelques tocards péteux du genre de BHL pour qu'ils viennent susciter une rage saine chez le Godin. Godin, bordel, cogne. Il y a dix BHL en puissance dans la salle, quinze écrivaillons lamentables de morgue (mais Wrath n'était pas là, en revanche - bizarre), deux vingtaines de parasites creux dans mon genre (mais Wrath n'étais pas... ah pardon, je l'ai déjà dit) - alors fais toi plaisir, bordel.

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Je suis ivre de champagne, de Ballantine's et de sourires benêts (les miens, en grande partie). Je ne dis rien. Je suis bien, en même temps, ici. D'abord parce que je suis ivre, évidemment. Ensuite parce le soirée est agréable. Enfin, parce que visiblement, et comme je le pensais initialement, il est nettement plus facile de retourner vraiment un bar  quelconque qu'un hôtel de luxe du 7ème arrondissement. J'aurais du m'en douter.

Alors je pense à Mandor, qui vaut des tas de choses. Je pense à Julien Blanc-Gras, aussi, qui a balancé aujourd'hui même des vidéos teasing franchement drôles pour la sortie de son prochain roman. Je pense à ma main qui éprouve les plus grandes difficultés à ne pas interagir avec des tas de choses.

Mais je souris quand même, et sans même trop me forcer. Parce que même si je suis déçu, je suis quand même ravi. J'aime bien les gens qui font des choses. Et ces gens-là font des choses.

Ca me suffit. Ils feraient les mêmes choses dans un rade du XXème au lieu de les caser à l'Hôtel Montalembert, Godin ferait l'avion, un pilône de signalisation sur la tête, Félix rirait vraiment, Londsdale resterait un peu plus longtemps, Harel arrêterait de parler et Mocky dormirait sur un canap', le sourire aux lèvres. Ce serait moins joli, certes, mais plus plaisant.

En même temps, ça n'était que la deuxième édition. On attend la troisième. »

Franswa P.

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13 novembre 2007

Sarcloret.. l'helvète underground!

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Quand j’ai reçu ce carton d’invitation, j’ai souri.

Que voulez-vous, j’aime l’humour noir.

Comme le café, quand il est bien fort.

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Moi, le gars Sarclo, je le classe dans la catégorie des Desproges.

Je vous assure, pas moins.

Sarcloret, je devrais dire… oui parce que depuis que nous avons un Sarko qui dirige la France , il a décidé de reprendre le nom qu’il utilisait au début de sa carrière.

Promiscuité que ce suisse ne souhaite pas.

Ouaip.

Bon, avant de continuer, je vous propose de regarder ça.

Pour comprendre un peu le personnage.

 

 Merci !

(Woaw ! Ce blog est carrément interactif !) 

 

9571a0767cab778a64610669ee706810.jpgSarcloret, donc, je l’écoute depuis longtemps.

Allez, disons depuis 10 ans.

Mais il a 25 ans de carrière.

(J’ai eu le temps d’écouter ces premières productions et ce ne sont pas ceux que j’apprécie le moins).

Ce monsieur dont Renaud dit de lui « qu’il est la plus belle invention suisse depuis le trou dans le gruyère » (ce qui pose son homme) a un style original et non conformiste, il dénonce, il balance, ose parler des problèmes sociaux dans leurs grands thèmes, loin des battages médiatiques des Star Academy et autres produits commerciaux (que je célèbre aussi ici parfois).

Il écrit simplement avec des mots de tous les jours, sans concession, égratignant çà et là les institutions avec méchanceté.

Son dossier de presse nous le présente ainsi. Je ne retire aucun mot.

« Sarcloret est un homme tendre et amoureux, un artiste ronchon et corrosif. Le tout donne des chansons qui oscillent entre la poésie et la boule puante, des chansons qui font rire ou pleurer, des chansons remarquables. Une écriture au compas, nette, tendre, pudique et impudique, une plume scandaleusement belle, de vraies chansons avec des morceaux de chansons dedans. »

J’ajoute à cela que son deuxième métier est architecte (c’est vrai.).

Il construit ses chansons comme des maisons.

Bien charpentées, solides et belles. Il y a bien quelques défauts, mais si minimes que je n’ai pas envie de les relever.

(Fastoche, je sais.)
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Tout ça pour dire que je ne me suis donc pas fait tirer l’oreille mercredi dernier pour aller applaudir Sarcloret au théâtre La Reine Blanche.

Sissi, son attachée de presse m’obtient une interview après le concert. Je sais, par expérience que ce ne sont pas les conditions idéales pour échanger, pour se concentrer, pour rencontrer l’autre (j’veux dire par là, pour être en « communion »).

On y reviendra plus tard.

Le concert d’abord.

Une première partie avec un jeune suisse, l’excellent Simon Gerber.

(Je signale au passage qu’il existe un CD-DVD, Quinzaine du blanc chez les 3 Suisses, d’un concert donné en commun entre Gerber, Sarcloret et Bel Hubert).

Pour Sarcloret, on l’a compris, la chanson est une histoire de famille.

Simon Gerber, donc, est un petit gars pétri de talent. Blues, rock, blues, chanson, blues… pendant près d’une heure.

Ça, c’est de la première partie.

J’observe ce type dont on risque de reparler (et qui me fait furieusement penser à Alexandre Astier, le roi Arthur de Kaamelott).

Tenez ! Oui ou bien ?

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Après la prestation d’Arthur, un quart d’heure d’entracte. J’en profite pour goûter le vin blanc suisse qu’a ramené Sarcloret de son fief.

Très franchement, bof !

C’est au tour du « mec avec sa guitare » (comme l’appelle le journal Chorus de l’hiver 2006) de rentrer en scène.

Il est seul avec son instrument et un ordinateur qui projette des photos durant tout son spectacle.6a51eb3ec336b93688270b9e98a31400.jpg

Des épitaphes-maison inscrites sur des pierres tombales.

Tout au long de la soirée on peut y lire des sentences du style : « 60 ans de vin rouge dans des verres à moutarde », « On peut sortir du quotidien, mais pas tous les jours », « Il voyait des nichons partout », ou encore le très subtil « c’est un miracle si on baise ce soir ».

Bon, raconté comme ça, je vous l’accorde, ce n’est pas hilarant, mais dans le contexte, on rit beaucoup.

Vous connaissez le dicton : le rire est la politesse du désespoir.

Sarcloret est très poli.

Il chante quelques anciennes chansons et la majeure partie de son nouvel album :

À tombeau ouvert (chansons posthumes, vol1).

Une heure 30 plus tard, c’est fini.

c40f14bb7e3bf97178a319bc69d3faf2.jpgPas vu le temps passé.

Je le rejoins au bar et je me présente.

-Ah oui, c’est vrai ! Bon, on va faire ça ici !

(Cache ta joie, j’en envie de lui dire.)

Donc, nous nous installons dans ce petit endroit ou 10.000 personnes viennent le saluer.

Peut-être pas 10.000 mais au moins 10, qui ne remarquent pas qu’un magnéto est posé sur la table et que Mandor fait son boulot.

(En tant que président de la FAPM , je souhaiterais un peu plus de respect.)

L’interview est fort décousue d’autant plus que je suis dur de la feuille et qu’on ne s’entend pas parler.

Je parviens à lui poser quelques questions et à obtenir des réponses.

Je lui demande si ne pas être reconnu à sa juste valeur le tue à petit feu. (Je pose des questions en rapport avec la thématique de la soirée, non, mais, dites-moi, il ne faudrait pas s’imaginer que je ne sais pas rester un vrai professionnel, même dans des conditions extrêmes, voyons !)

-On me pose souvent la question. (Et alors ? J’ai bien le droit de ne pas être original.) Je réponds qu’il y a longtemps, je pensais que je faisais des chansons plus belles que les autres et que c’était important ; il y a moins longtemps, je pensais que j’écrivais des chansons moins moches que les autres et que c’était sans importance ; et maintenant je suis juste un vieux mec avec une guitare…

Sarcloret à 56 ans, mais il ne les fait pas.

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Bref, il continue.

-Je ne ferai jamais de gros succès. Les maisons de disques veulent juste faire les poches des gamins. Je n’écris pas des gamineries, j’écris pour adulte consentant.

Comprendre par là que l’artiste aime les différents niveaux de lecture. Chez lui, c’est l’ambivalence entre ces deux aspects qui est intéressante, la tension entre la déconnade et la chose sérieuse.

a906df6df1dcbd8df560e0c0923cf84a.jpgSarcloret est subversif. Il est même le chanteur francophone le plus subversif, sans aucun doute.

-La subversion est toujours un peu noire. La différence entre un produit commercial et un artiste, c’est que l’artiste se préoccupe du monde. Il s’en moque, le bouscule, gratte pour voir ce qu’il y derrière. On peut trouver que Bénabar écrit de belles chansons, mais moi, quand je l’écoute, je m’emmerde. Je m’en tape de ce qu’il y a dans son frigo. Je n’ai rien a y manger parce que le monde est trop contemplé de manière inerte. Je n’aime pas ce qui est aseptisé. Moi, je veux subvertir le regard, relever le grain des choses.

Ceux qu’il aime, ce sont les Céline, les Topor, les Bukowski et autres Bob Dylan.

Et Pierre Desproges.

-Desproges, c’est le gars qui ne beurre pas la tartine des deux côtés.

J’ai l’air, comme ça, mais l’homme est aimable. Je le sens las de répéter ce qu’il a déjà dit 1000 fois. Il en a 4d54fdd27dc0d564d47fe5f97281c08a.gifmarre de se justifier de sa condition d’artiste honni, qui n’aime pas les journalistes.

-Je suis là. J’ai accepté de vous répondre, ça ne me dérange pas du tout. Il y a une image de Sarclo un peu casse-couilles, névropathe et chieur. Je ne le suis pas.

Il se tourne vers Simon Gerber et ses musiciens.

-Hein, je ne le suis pas ?

-Si, un peu, rétorque un des musicos.

Je comprends qu’il plaisante. Mais quand même. Simon Gerber me regarde en souriant. Du coup, je demande à Sarcloret ce qu’il pense de Simon.

-Je suis très jaloux de lui. Parce qu’il est musical, créatif, souple, ouvert… Il fait de la chanson moins racleuse que la mienne, mais il a le talent d’aller chercher les notes, d’aller chercher les instruments. C’est un type qui peut gérer un disque de A à Z.

D’ailleurs, Sarcloret ne s’est pas privé pour « employer » Simon Gerber sur son nouveau disque. Il est à la production artistique, aux guitares, à la basse, au mellotron (???), à l’orgue, aux chœurs, au violon, au violoncelle, aux arrangements et aux « musiques manquantes » (??? bis).

Sans plaisanter, le type vaut vraiment le coup d’œil.

7fa382023ca3304f7160df96d4d2a160.jpgPour finir sur une note joyeuse (alors que le patron du bar ne cesse de remplir nos verres de ce délicieux vin blanc suisse… hum !), je l’interroge sur son obsession du temps qui passe et de la mort.

-Ca me fait plaisir quand Desproges, dédicaçait son livre Vivons heureux en attendant la mort, avec la signature de Patrick Sabatier. On peut rire de la mort, vous savez. La vie une page. Si on écrit dans la page, c’est bien, si on écrit un peu dans la marge, c’est rigolo aussi. La marge, c’est la mort. Si on ne peut pas cochonner dans la marge, c’est triste. Ce disque est pour moi une façon de cautionner la mort de manière jouissive.

Il boit un coup et serre des mains, puis poursuit.

-Dans un monde où l’on est promis à la disparition, où l’idée de Dieu n’a pas à figurer au titre des réconforts et des anti-douleurs, j’ai des anti-douleurs qui sont le vin rouge, les nichons de ma femme, la chanson française de qualité et ma guitare.

Sarcloret est un personnage important de la chanson francophone. Un incorruptible, un sans concession, un vrai de vrai.

Il est donc, tous les mercredis à 20 h au Théâtre de la Reine Blanche jusqu’à la fin du mois.

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Demain, la première partie est de nouveau occupée par Simon Gerber.

C’est dit.

12 novembre 2007

L'univers unique de Pauline Croze...

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Le métier parle d’elle comme d’une valeur sûre (et durable) de la chanson française. Il semblerait même que le doute sur la question soit écarté avec véhémence.

À l’occasion de la sortie (aujourd’hui, pile-poil) de son deuxième album Un bruit qui court, jeudi dernier, chez Wagram, j’ai de nouveau interviewé Pauline Croze.

Ici son MySpace.

Et là, un site non officiel, bien ficelé.

 

Elle me dit, presque essoufflée : J’suis en retard, pardonnez-moi !

Nous avions rendez-vous à 11h15, il était 11h18.

Je réponds que « j’ai vu pire comme retard dans ma vie de journaliste à Paris »

Mais elle se justifie encore.

-Non, c’est parce qu’hier soir, j’ai chanté à la fin de l’émission de Frédéric Taddéi.

Il est vrai qu’elle a dû se coucher tard, alors.

Je suis ravi de constater qu’elle n’a pas changée.

La première fois que nous nous sommes vus, c’était pour son premier disque. Elle était toute timide dans ce petit bar de Bastille.
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Si j’ai une certaine propension à m’exalter facilement, je vous assure que Pauline Croze, elle, m’impressionne.

Sa voix est unique. Elle détend et trouble. On voudrait que jamais elle ne s’arrête, que la chanteuse poursuive et continue cette quête du beau à travers laquelle elle guide son auditoire. Comme Piaf. Elle sourit de cette comparaison.

-C’est rigolo ce que vous me dites là. Je n’ai jamais trop écouté de chansons françaises. Ce n’est pas du tout mon truc. Personnellement, j’écoute beaucoup de musique noire. Reggae, soul, funk, blues, musique africaine. 

Bon, je remets Piaf au placard de mes illusions. C’est au siècle dernier (en 1999, en fait) que Pauline écrit, compose et maquette ses premiers titres avec son ami Quito, du groupe Senor Holmes.

-J’ai fait ensuite leurs premières parties. Une cinquantaine de concerts dans les bars. Je vous assure que c’est une école très difficile. Capturer l’attention de gens qui boivent,  discutent et qui se foutent que vous soyez là, ce n’est pas une mince affaire !

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En janvier 2003 elle rencontre Édith Fambuena (arrangeuse hors pair). C’est le début d’une belle collaboration. L’une et l’autre sont exigeantes. Édith dira de Pauline :

-Derrière ses yeux candides et espiègles à la fois, se cachent de la rage, de la ferveur, de la hargne, de la colère et surtout de la passion qui se traduisent la plupart du temps par une générosité sincère qu’elle distribue autour d’elle dès qu’elle se met à chanter. 

Mademoiselle Croze s’étonne elle-même de cette sincérité absolue, elle si pudique.

-A la fin de l’enregistrement de mon album, en réécoutant tout, je me suis étonnée d’avoir dit tout ça de moi, de m’être tant dévoilée. Je donne ma vulnérabilité. Il faut pourtant  faire attention de ne pas donner sa faiblesse aux gens. 

Les chansons de Pauline sont celles d’une jeune femme un peu floue (moins dans le deuxième album, d’ailleurs), amoureuse transie ou déçue, peu enclin, en tout cas, à devenir une femme parfaite, encore moins une épouse modèle. La mélancolie n’est jamais loin.

-C’est cet état qui me pousse à écrire. Dans la vie, j’ai une part de mélancolie mais en même temps, je peux être drôle. Quand j’écoute de la musique, je n’ai pas envie qu’elle me fasse rire, sinon, je vais voir un humoriste. J’ai envie qu’on me donne du son avec les tripes, j’ai envie d’être bouleversé. Je tente donc, moi-même d’arriver à ce résultat. 

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Avec le nouvel opus, réalisé cette fois-ci par elle-même et le brillant Jean Lamoot (Salif Keita, Alain Bashung, Brigitte Fontaine, Noir Désir… excusez du peu !), on part à la découverte de Pauline Croze comme on se lance à la conquête d’horizons lointains, de contrées non explorées.

-Jean a complété la base que j’avais posée. Il a fait de la dentelle avec ma toile de jute. Notre mélange donne un résultat à la fois étonnant et détonnant.

Ce n’est pas pour rien que la belle plait tant aux rappeurs. Une histoire de flow, sans doute.

-Je trouvais jusqu’à présent ma manière de chanter trop linéaire et je voulais m’en défaire, la renouveler. J’ai donc travaillé le débit. Je voulais que mon chant soit plus « percussif » et « pulsif ». Je ne voulais plus faire celle qui se contente de chanter un texte. Il me fallait surprendre et aller dans des endroits ou il fallait recréer des repères. 

Vous dire qu’elle admire les univers de Jeff Buckley, Björk et Camille ne devrait pas vous surprendre.

Aujourd’hui, les chansons de Pauline Croze sont à la fois plus aériennes, plus légères mais aussi plus entraînantes, beaucoup plus rythmique en tout cas.

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J’ai pour habitude de poser des questions sur quelques chansons mais là, je lui explique que je n’en ai pas envie. Je ne souhaite pas nécessairement obtenir des éclaircissements sur les thèmes abordés. La poésie ne s’explique pas.

-Je vous comprends parfaitement. Il faut se laisser porter par les mots et pas forcément y coller une histoire en particulier. J’ai l’impression d’avoir laissée plus de portes ouvertes aux interprétations.

Cet album va surprendre. Il est moins accessible que le premier (qui était un peu plus connoté « chanson française »). J’ai dit à l’attachée de presse de la chanteuse après avoir écouté plusieurs fois Un bruit qui court: « c’est un disque qui se mérite ».

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Et je le pense sincèrement. Il faut, pour l’aimer vraiment, parvenir à pénétrer dans ce singulier univers. Mais une fois qu’on y est, on ne peut plus en sortir. Je vous assure, cet album envoûte d’un bout à l’autre.

 

-Ça me fait plaisir cette réflexion. Il y a parmi mes premiers auditeurs, ceux qui sont franchement emballés et il y a ceux qui sont sur une réserve. Ils ne savent pas trop quoi en penser, ni comment aborder le disque…

Un silence avant qu’elle ne reprenne.

-Je sais que j’ai pris des risques en voulant tout casser. Le premier est de décevoir mes « fans » de la première heure. Peut-être ne vont-ils pas me suivre dans cette expérience, peut-être vont-ils me laisser au bord du chemin. Pour moi, de toute manière, la relation avec son public, c’est comme une histoire d’amour. Il faut toujours se surprendre et il ne faut pas se mouler dans ce que l’autre veut voir de nous.

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Ce charmant petit bout de femme a du caractère et sait ce qu’elle veut.

Nous devons juste nous mettre à sa portée. Ce n’est pas grand-chose, après tout, de faire un effort pour approcher l’excellence.

Je trouve.

Petit rappel : l’album sort aujourd’hui.

2eme petit rappel : le monde de Croze est beau.

 

Le premier single Jour de foule en témoigne...

 

31 octobre 2007

Youssou N'Dour...artiste humanitaire!

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C’est le chanteur Peter Gabriel qui en parle le mieux : « J’ai vu Youssou N’Dour être l’objet d’une attente croissante et devenir sans effort un leader africain de premier plan. Il a imaginé avant tout le monde de lancer des campagnes pour l’élargissement des nouvelles technologies, il s’est engagé dans un combat contre le paludisme, a milité à l’Unicef. Il est pour moi une source d’inspiration, pas seulement comme artiste, mais comme individu. »

(Source : Time du 14 mai dernier, dans lequel le chanteur sénégalais figure au palmarès des cent personnalités les plus influentes de la planète.)

61416d0e5e65a11bdc325e0ef386e2c3.jpgYoussou N’Dour a sorti il y a 3 jours son nouvel album : Rokku Mi Rokka (Give and take).

Je l’ai rencontré le 10 septembre dernier à l’hôtel Napoléon à cette occasion, mais, j’avoue que celui qui m’intéressait le plus, c’est le brillant homme d’affaires qu’il est devenu et celui qui s’implique dans l’humanitaire… mais parlons musique d’abord.

Avec son nouveau né, le maître du mbalax poursuit un voyage entamé avec les albums Nothing’s in Vain et Egypte (récompensé par un grammy Award) au cœur des traditions sénégalaises.

 

-Ce qui entretient ma passion pour la musique, c’est la liberté avec laquelle je l’aborde (ma liberté). La liberté d’utiliser différents sons, d’explorer différentes sensibilités. J’ai débuté ma carrière professionnelle en interprétant de la musique cubaine, puis j’ai chanté du mbalax et de la pop et il me semble que si j’avais toujours fait la même chose, je m’en serais un peu lassé. Mais, vous savez, j’ai l’impression d’avoir apporté quelque chose de neuf, même en dehors de l’Afrique.

Youssou N’Dour ne se contente pas de continuer à explorer les traditions musicales sénégalaises, il les réinvente. 2456832ce43e3004245a017dd64c44f1.jpgCet album est inspiré de la musique du nord du Sénégal, du désert, des frontières avec le Mali et la Mauritanie.

-Certaines personnes peuvent croire que la musique sénégalaise, ce n’est que le mbalax, qui est Wolof. C’est la langue la plus importante du pays, tout le monde la parle. Mais toute ma vie, j’ai répété que nous n’avions pas qu’une seule musique au Sénégal, nous avons une palette très large de sons et de rythme. Quand j’ai commencé à écrire les chansons de cet album, j’ai voulu utiliser des sons très variés.

Il y a, dans ce disque, un peu de blues, un peu de reggae, un peu de musique cubaine.

-En Afrique, nous apprécions beaucoup ces rythmes, car nous les ressentons, ce sont les nôtres, bien qu’ils aient quitté l’Afrique avec les esclaves il y a bien longtemps.

Je ne peux pas ne pas évoquer le nouveau duo avec Neneh Cherry sur Wake Up. 13 ans après celui-là :

-Neneh et 7 seconds ont énormément compté dans ma carrière depuis 1994 et nous avons conservé un lien très fort. Neneh est comme ma sœur, nous faisons partie de ces personnes en Afrique qui essaient de délivrer un message au reste du monde. Notre intention n’était pas de faire un nouveau 7 seconds, ce titre sonne au contraire beaucoup plus africain notamment grâce à des instruments comme le kora. Neneh a vraiment apprécié cette ambiance sonore. Nous venons du même continent et nous avons un même message.

Le titre de l’album Rokku mi Rokka signifie : « Tu me donnes quelque chose, je te donne quelque chose en échange ».

-C’est ça le message de l’album : nous avons beaucoup reçu de la part des pays développés, mais nous nous souvenons que nous avons beaucoup apporté. Est-ce que cet apport a été valorisé, continue à l’être et le sera à sa juste valeur ? La personne qui est dans son village en Afrique apporte une grande contribution sur la table du développement culturel…

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Les rumeurs sur Youssou N’Dour vont bon train depuis qu’il rencontre les grands de ce monde pour tenter de faire changer les choses. Début juin, il était au G8 d’Heiligendamm, près de Rostock, en Allemagne avec ses amis Bono (U2), Bob Geldof (promoteur des shows gigantesques Live 8 en 2005, pour exiger des puissants l’abolition de la dette des pays les plus pauvres) et Richard Branson (fondateur de Virgin).

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On lui prête notamment des intentions d’occuper des responsabilités politiques. Il serait candidat à la députation, à la mairie de Dakar, à laprésidence de la République du Sénégal, çà celle de l’Union africaine… il nie tout en bloc.

22cb6cdbd59fa7273736cde3cb0657e9.jpg-Vous savez, beaucoup de problèmes en Afrique proviennent du fait que certaines personnes occupent des postes politiques très importants, alors même qu’ils n’ont aucune expérience dans ce domaine. Je m’implique dans la justice, les droits de l’homme. Ce que je fais c’est plus que de la politique et je fais de mon mieux en restant fidèle à ma première passion, la musique. Je n’ai aucun intérêt à faire de la politique. Je donne mon support à des projets et à des idées. Je ne suis pas d’accord, je le dis. J’ai la possibilité que beaucoup n’ont pas. Parler aux médias ou directement aux personnes responsables… j’utilise ce pouvoir à fond. Maintenant, si je fais peur, je m’en fous. Je fais ce que j’ai à faire…

Je sens Youssou N’Dour, un peu exaspéré de devoir se justifier. Il se tait un moment et reprends, comme pour recentrer le débat vers la musique.

-Moi, je suis simplement un militant. Ma musique a toujours été la porte pour parler aux gens. Il y a tellement de constats faits par tout le monde sans que rien ne change, qu’il faut finir par en parler, sinon, on ne va jamais avancer. Dans mon œuvre, je transmets mes messages. Mon boulot, c’est ma passion, la musique. Je n’ai pas d’ambition personnelle pour autre chose, que ce soit bien clair.

J’insiste un peu. Comme ça, pour voir où la conversation va nous mener.

-J’ai décidé depuis le début de ma carrière de rester en Afrique. Il y a énormément de choses qui me plaisent et d’autres qui me déplaisent. Je gagne de l’argent alors, j’en profite pour l’investir dans l’information. Je créé des emplois, je participe à la lutte contre le chômage, à la formation des Africains et à l’échange. Je veux rendre les gens dignes.

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Peut-on reprocher à cet artiste, toujours en mouvement de posséder un studio d’enregistrement, Xippi, un label de disque, Jojoli, une boite de nuit, la Thiossane , deux fondations humanitaires? Il a créé Joko, un réseau d’accès à Internet pour les plus démunis. Il possède aussi une radio, Radio Futur Medias, un journal, L’observateur (60 000 exemplaires par jour), regroupés au sein du groupe Futur Médias, qui emploie 104 personnes.

40f210a63a2204d27f178d5757974764.jpg(Merci à Libération pour toutes ces précisions !)

 

-Il y a des gens que je dérange, je sais bien. Je les considère comme une minorité. On ne peut pas faire l’unanimité et ça ne m’empêche pas d’avancer.

Je ne peux pas quitter Youssou N’Dour sans parler du Darfour, son nouveau combat… (alors, que le temps qui m’était imparti s’est écoulé royalement.)

-Le Darfour pose un problème à la fois ethnique, religieux et politique, qui a trait au terrorisme et à l’Islam. Ce conflit est très complexe. Il date de 2003 et implique plus de 200 000 personnes mortes et plus de 2 millions de réfugiés. Je crie au monde entier ce qu’il y a lieu de faire. Il faut pousser les Nations Unies, le plus rapidement possible, à trouver le moyen que la décision du conseil de sécurité d’envoyer des troupes pour calmer la situation soit faite immédiatement. La décision a été prise, mais l’action ne suit pas. Il n’y a rien d’autre à faire. Vous voyez, ils ont les moyens d’arrêter ce désastre, mais pour des problèmes d’intérêt, on en arrive à cette situation là.

Je sens qu’il faut que je laisse ma place au journaliste suivant. Avant de faire la petite photo habituelle, j’explique à Youssou N’Dour qu’il m’aurait fallu 2 heures pour étancher ma soif d’information à son propos.

Il me répond :

-Cette conversation était agréable, mais nous n’étions pas censés ne parler que de musique ?

-On ne m’a rien interdit, en tout cas.

8f3008abe5016c6afdb5915898db5b64.jpgL’homme est élégant, affable, il n’insistera pas.

Moi, j’ai ce qu’il me faut dans mon magnéto. Je salue la manageuse de "la figure emblématique de la word music" un peu maladroitement :

-Eh! La Gazelle , je vous écoutais sur RFI, avec Gilles O’Bringer, quand j’étais jeune.

-Ah, merci ! C’était il y a si longtemps ?

-Euh… ce n’est pas ce que j’ai voulu dire. Enfin, bon, j’aimais beaucoup le travail que vous faisiez tous les deux…

J’ai quitté l’hôtel, la tête basse.

Mais content, quand même…

29 octobre 2007

Lionel Froissart... raconteur de vies cassées!

 

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Quand j’ai reçu le livre de Lionel Froissart, Les boxeurs finissent mal… en général, je n’ai pas été très enthousiaste. Je n’aime pas la boxe et encore moins la littérature qui s’y rapporte. Mais, bon, en même temps, je lis Libération depuis longtemps (entre autres journaux) et je connais parfaitement sa signature puisque qu’il y écrit des articles sur le sport depuis 20 ans.

Et le monsieur fait partie de la grande confrérie des blogueurs… du coup, ça me le rend plus sympathique. (Hé ho ! Je plaisante, hein. Nous ne sommes pas dans une secte. Déjà qu’on me demande toujours ce qu’est la FAPM , dont je suis l’honorable gourou…euh… président, pardon.)

 

7211f6453188d35df9cee43190faae2c.jpgJe me plonge dans ce roman en 12 rounds (il ne faut pas dire "chapitres", c’est pour le concept).

Et hop ! Surprise, j’apprécie le premier. Coup de bol ! Je ne connaissais pas l’histoire de Harry Greb, mais elle est passionnante (et triste). Je lis ensuite le deuxième et voilà que l’auteur nous offre une version beaucoup moins édulcorée de l’histoire d’amour entre Édith Piaf et Marcel Cerdan que le récent film « évènement »… Je lis avec avidité cette vie-là, puis la suivante, puis encore la suivante… bref, vous l’avez compris, j’ai fini par lire ce livre dans son intégralité en moins de temps qu’il ne faut pour le dire (ce qui est tout à fait faux parce que j’ai mis deux jours, à cause du rhume que j’ai refilé à ma fille… il a fallu que je m’en occupe parce que ma fille, elle est de mauvaise humeur quand elle est malade. Et du coup son papa, il n’est pas concentré... mais c’est bien fait, Mandor n’avait pas à refiler son rhume à Stella !)

Bref, tout ça pour dire que je n’étais pas dans de bonnes dispositions pour plonger dans ces ambiances très noires et pourtant, quelle jubilation! Parce qu’il faut bien l’avouer, la vie des boxeurs n’est pas de tout repos et encore moins rose, mais, alors, elle est souvent digne des meilleurs films de Scorcese. Lionel Froissart l’explique en 4eme de couverture : Le noble art n’est guère charitable avec ses champions. Un jour, il quitte le carré du ring, clarté d’une gloire éphémère, pour aller se fracasser sur le sombre destin qui les attend à la sortie des cordes.

C’est le moins que l’on puisse dire. La vie des boxeurs n’est qu’un uppercut dans le bide !

Moi, je suis amateur de polars et ce roman en est un (excellent, en plus). 12 nouvelles très noires avec tous les ingrédients du genre. Le fric, les gangsters, les belles pépées vénales et souvent stupides, l’alcool, la drogue, des meurtres… et la mort (souvent solitaire) au bout du couloir.

J’ai rencontré Lionel Froissart ce vendredi (le livre sortait le jour même) dans les locaux de Libération. J’arrive dans le quartier une heure avant l’heure dite. Ça m’arrange car je compte finir les deux derniers « rounds » avant de l’interroger. Je commence à lire les mésaventures de Christophe Tiozzo, quand mon portable sonne…

C’est Francis Zégut. Il me raconte des choses importantes. Je n’ai pas osé lui dire que je n’avais pas le temps de lui parler alors, j’ai sacrifié à ma règle d’or. Interviewer un auteur en ayant lu l’intégralité de son livre. Entre l’amitié et le professionnalisme, j’ai choisi l’amitié.

Pardon Lionel, mais depuis, j’ai terminé…

Je monte au 8e étage et le journaliste sportif m’accueille très sympathiquement. Il m’emmène dans une salle de réunion avec vue imprenable sur Paris (et ses toits).

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J’enclenche mon magnéto en lui demandant tout de go pourquoi, lui qui est spécialisé dans la Formule 1 (il a écrit 3 livres références sur la question), il a choisi plutôt la boxe pour écrire ces tranches de vies.

-Je ne me sentirais pas capable d’écrire une fiction sur le milieu de la Formule 1… je peux tout raconter de la réalité de ce sport, mais j’aurais vraiment du mal à inventer des faits. De plus, je pense que ça ne s’y prête pas autant que la boxe. Les destins des pilotes sont moins dramatiques et romanesques que ceux des boxeurs…

Je tente de comprendre où est la part d’enquête journalistique et la part d’imaginaire.

-Il y a des boxeurs dont je ne savais pas grand-chose, je me suis donc fortement documenté pour ne pas raconter des énormités. Je voulais que ces « rounds » soient parfaitement crédibles. Tous les faits sont réels, mais parfois je les ai enjolivés pour les rendre plus « sexy ». Un journaliste se doit de raconter la stricte vérité. Là, ça m’a fait du bien de me lâcher dans la fiction en douceur. On est proche de la réalité, mais j’ai parfois modifié un peu le décor.

Lionel Froissart me fait comprendre qu’il se lancerait bien dans le « romanesque » total. Il m’explique que tous les journalistes y pensent un jour.

Ah bon ?

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Vous qui aimez ce sport ou qui n’y connaissez rien, vous pouvez sans aucune hésitation vous lancer dans la lecture de ce livre coup-de-poing (facile, mais si je n’utilise pas cette formule parfaitement justifiée, je le fais quand ?).

Les destins de Harry Greb, Marcel Cerdan, Benny « Kid » Paret, Davey Moore, Charles Liston, Laurent Dauthuille, Deuk-Koo, Carlos Monzon, Alexis Arguello, Anthony Fletcher, Christophe Tiozzo et Mike Tyson vont vous passionner. Vous pariez ?

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Dans « ce roman d’un combat en 12 rounds » à lire avec des gants (hum !), les destins se croisent, se chevauchent et on y rencontre d’autres boxeurs de légendes comme Mohamed Ali ou Jake La Motta , tous aussi pourris et perdus les uns que les autres…

Il y a très peu d’anges au royaume du noble art.

Très peu.

Allez, régalez-vous (ou pas)!