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24 décembre 2011

Myriam Thibault: interview pour Orgueil et désir

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myriam_1_c96131dd6cae1a5d48b53648d0f00499.jpgVous connaissez tous l’expression :"Suis-moi, je te fuis; fuis-moi, je te suis". Elle résume parfaitement le premier roman de Myriam Thibault, Orgueil et désir. Après un recueil de nouvelles paru à la rentré littéraire 2010, Paris, je t’aime, la revoici avec un livre plus consistant (mais pas encore tout à fait insolent) qui prouve (tout de même) que cette jeune Tourangelle de 18 ans est en train, tranquillement, de se faire une place au soleil dans le monde littéraire français.

C'est mon ami Jérôme Attal qui me l'a présenté lors du Salon du Livre de Paris de l'année dernière... je l'ai recroisé à celui de Chateauroux quelques jours après. Je m’étais promis de m’intéresser à ses écrits. C’est chose faite aujourd’hui. Le 8 décembre dernier, elle est venue me voir à l’agence pour une mandorisation quasi improvisée et sans langue de bois…

myriam cover.jpg4e de couverture :

Un jeune chroniqueur télé, qui porte avec arrogance un regard ironique sur la vie parisienne, a un coup de foudre pour une femme croisée dans la rue. Il la suit jusqu’à ce qu’elle le remarque. Après quoi, il la fuit. Attirée à son tour par lui, c’est elle qui décide de le suivre. La rencontre se concrétise alors, mais aucun ne fait un pas décisif vers l’autre, car chacun préfère rester sur son quant-à-soi.

Avec une acuité particulière, Myriam Thibault décrit l’incapacité, si commune aujourd’hui, à exprimer ses sentiments, l’orgueil étant plus fort que le désir.

L’auteure :

En première année de licence à la Sorbonne Paris IV, en Lettres Modernes Appliquées. Après un recueil de nouvelles, Paris, je t'aime en 2010, aux Éditions Léo Scheer ; son premier roman est sorti en septembre 2011, Orgueil et désir (Prix du premier roman, de la Forêt des livres 2011). En parallèle, elle est également rédactrice pour La Cause Littéraire.

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Interview :

Tu es à peine majeure et tu sors déjà ton deuxième livre. Si jeune, d’où te vient cette boulimie d’écriture?

Vers 12-13 ans, j’écrivais déjà de petites histoires. À cet âge-là, j’avais déjà l’idée de devenir écrivain à 30-40 ans. Pas à 18 ans… pour moi, c’était de l’ordre de l’inimaginable. D’autre part, j’ai toujours beaucoup lu. Ma mère m’offre des livres depuis mon plus jeune âge. Je me jetais dessus. Toujours vers 12 ans, mes parents m’emmenaient même dans des salons du livre. Quand j’ai commencé à rencontrer des auteurs, ça m’a vraiment donné envie d’écrire pour être publiée. Quand j’ai vu que Boris Bergmann a été publié à 16 ans, j’ai compris que c’était possible.

Tu avais un côté midinette avec les écrivains ?

Oui, comme certains de mes camarades étaient fans de chanteurs ou d’acteurs, moi j’étais fan d’écrivains. Je le revendique.

Raconte-moi la rencontre avec Léo Scheer.

Symboliquement, je voulais que mes nouvelles soient publiées avant mes 18 ans. J’ai fait une liste d’éditeurs susceptibles de les accepter. Je les ai envoyées et j’ai eu plein de réponses négatives et positives. Dans ceux qui ont dit oui, il y avait Léo Sheer qui a bien voulu me rencontrer. C’est aussi simple et naturel que cela.

DSC02383.JPGJe crois savoir que tes parents n’étaient pas au courant de ta démarche.

Effectivement, il a fallu que je leur explique. Ils ont été surpris, mais au final, plutôt contents. Ils m’ont accompagné à Paris pour le rendez-vous.

Ils ont pensé quoi de ton recueil ?

Ils ont beaucoup aimé. Étonnant, non ? Très objectifs…

Ton recueil de nouvelles est sorti quand tu avais 16 ans. Tu viens tout juste d’avoir 18 ans… ce n’est pas gênant d’avoir pas mal de presse principalement parce qu’on est la benjamine de la littérature française ?

Ça ne me gêne pas outre mesure, mais je trouve que, finalement, on n’en parle pas beaucoup. Franchement, on parle plus de Marien Defalvart, par exemple. Cela étant, que je sois la benjamine de la littérature française, ça va bientôt se terminer. Ce genre d’argument n’a qu’un temps.

C’est plus simple pour toi, d’écrire des nouvelles ?

Oui. D’ailleurs, en toute honnêteté, certains ont dit que mon roman était une grosse nouvelle. Ca ne me vexe pas plus que ça. J’ai beaucoup de respect pour les auteurs de nouvelles.

Certaines critiques, Beigbeder ou le Figaro Magazine, par exemple, sont plutôt gentils avec toi, mais estiment que tu as encore les défauts de ta jeunesse… Beigbeder, il dit même que ton roman est « bâclé ».

Venant de lui, ça me fait rire. Il termine son papier en disant qu’il m’en veut beaucoup de le faire passer pour un ronchon épaté. J’ai pris cette critique très bien, mon éditeur, beaucoup moins. Quand même, Frédéric Beigbeder fait une comparaison avec Sagan… Et puis, après tout, il n’est pas là pour faire l’éloge de mon deuxième livre, alors ce qu’il exprime, je l’entends… et je vais faire en sorte que personne ne trouve mon troisième livre « bâclé ».

Il te reproche aussi d’avoir écrit 4 pages sur une chanson de Biolay et que dans un roman de 100 pages, c’est un peu beaucoup.

Je suis d’accord avec lui. (Rires)

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Dans le Figaro littéraire, ils titrent « Une surdouée mélancolique »… ça commence bien. Puis après, le critique ajoute : « Le trait des deux personnages sont parfois un peu forcés, les situations peuvent sembler improbables, les digressions un peu lourdes, mais la magie opère… ». Si on positive, tout le monde dit que c’est encourageant pour la suite de ton œuvre, mais qu'il te faut encore travailler…

La critique m’est très utile. Ce sont des choses que, de livre en livre, je vais tenter de corriger. Moi, j’aime la critique tant qu’elle est réellement constructive. Et souvent, en ce qui me concerne, elle l’est.

Tu ne te vexes pas facilement, dis donc…

J’ai 18 ans, je ne demande qu’à apprendre encore et encore. Donc, j’écoute. Ça ne peut que me faire progresser.

Je me fais un peu l’avocat du diable, mais ton livre est un peu un livre sur le désir… ce DSC02388.JPGn’est pas un peu prématuré de choisir ce thème à ton âge?

J’ai surtout voulu montrer une certaine vision de la société, sans pour autant l'approfondir. À mon âge, ce serait ridicule parce que je vais évoluer… mes idées avec. Mon roman n’est pas qu’une histoire d’amour, mais comme l’indique le titre, c’est surtout un livre sur l’orgueil. Mon héros, chroniqueur télé, sorte de Nicolas Bedos, a un orgueil tellement développé qu’il s’empêche l’amour.

Tu écris un nouveau roman en ce moment ?

Je suis dans la phase de recherche d’idées. Une fois que j’ai l’idée, ça part tout seul. Cette fois-ci, je ne vais certainement pas évoquer le rapport homme-femme et je vais tenter de me détacher de Paris. Je crains qu’on me reproche de situer mes histoires uniquement dans cette ville.

Que lis-tu pour te détendre ?

Je lis principalement des romanciers contemporains. Des gens qui sont encore vivants, car si je les rencontre, je peux discuter avec eux. J’aime échanger avec les auteurs que je lis. Évidemment, ça ne m’empêche pas de lire les classiques et d’autres auteurs qui ne sont plus de ce monde...

Je sais que tu apprécies Frédéric Beigbeider, Nicolas Rey, Jérôme Attal… des auteurs dont je ne connais pas d’équivalent féminin… Aimerais-tu avoir une écriture plus acerbe ?

Oui, j’aimerais arriver à ça. Une critique un peu cynique de la société actuelle, mais qui fait rire quand même tout en restant cohérente. Je souhaite diriger la suite de mes écrits vers cela.

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23 décembre 2011

Luc-Michel Fouassier: interview pour Un si proche éloignement

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Luc-Michel Fouassier vient de sortir son tout premier roman Un si proche éloignement… après avoir sorti deux recueils de nouvelles. (Mandorisé ici pour le premier et pour le second). J’aime sa plume et j’aime l’homme. Nous avons notamment des goûts communs pour la chanson française de qualité (ici, notre après-midi avec Yves Simon). J’ai décidé de le mettre de nouveau en avant sur mon blog, car son livre m’a touché. Beaucoup. Voici ma chronique du livre publiée dans le Addiction, le mag daté du mois de décembre/janvier 2012.

 

luc-michel fouassier,un si proche éloignement,interview

Luc-Michel Fouassier est venu à mon agence, le 7 décembre dernier… avec une bouteille d’Ouzo, « pour se mettre dans l’ambiance ! ». (Aurais-je une réputation?)

un si.jpg4e de couverture :

Un homme part pour l’île grecque de Naxos avec, dans son sac, un carnet noir et La lettre au Gréco de Nikos Kazantzaki. Cœur des Cyclades, lieu mythique où Thésée abandonna Ariane, que va-t-il chercher là-bas ? Pourquoi la nécessité impérieuse d’un tel éloignement ? Quelle est cette douleur latente qui le meurtrit ? De rencontres en illusions, de rêves en réminiscences, on comprend rapidement qu’il ne s’agit pas d’un simple voyage d’agrément et que quelque chose de bien plus fort va se jouer sur l’île. Parti chercher la femme qui l’a quitté, peut-être le narrateur finira-t-il par se retrouver lui-même…
Ce roman, véritable hymne à la vie, nous entraîne dans une Grèce simple et vraie, loin des clichés touristiques.
Un premier roman au style limpide et sans maniérisme qui nous insuffle un peu de l’âme grecque.

lu.jpgL’auteur:

Après des études scientifiques, quatre années à l'université de pharmacie Paris XI, Luc-Michel Fouassier s’est tourné vers l'enseignement.
En tant que délégué à la gestion de l'événementiel littéraire, il organise le Salon du livre d'Ozoir-la-Ferrière. D'autre part, il a créé le prix Ozoir'elles (parrainé par Régine Deforges) dont je jury de personnalités présidé par Simonetta Greggio récompense un recueil de nouvelles déjà publié.
Il est par ailleurs membre du comité de lecture de la revue littéraire Rue Saint Ambroise.

Deux recueils de nouvelles publiés à ce jour, aux éditions Quadrature et un roman, Un si proche éloignement, sortit pour la rentrée littéraire 2011 aux éditions Luce Wilquin...

Interview :

Toi qui es un défenseur acharné des nouvelles, te voilà devenu romancier. Pourquoi t’es-tu lancé dans le grand bain ?

D’abord, sache que le roman est construit avec des petits chapitres, de ce fait, certains pourraient être assimilés à des nouvelles. Ma façon de terminer le livre est aussi ressemblante à la nouvelle. Et puis, il y a un moment donné où tu as envie d’avoir un autre rythme d’écriture. Les nouvelles, c’est très intense, mais sur un temps court… quand tu as ton texte, tu ne peux pas le lâcher. Le roman, tu dois le mener jusqu’au bout. Tant que tu n’as pas écrit la dernière phrase, le dernier point, ton roman, ce n’est rien. C’est usant nerveusement.

L’habitude d’écrire des nouvelles a-t-elle pour conséquence de rendre plus difficile l’écriture d’un texte plus long ?

Pour moi, très franchement, c’est difficile de faire long. En règle générale, si je peux dire quelque chose en trois lignes, je choisis de l’écrire en 3 lignes et non en 15. Donc, avec cette conception de l’écriture, ça rend effectivement difficile l’écriture d’un roman. Cela dit, j’avais quelque chose à faire passer qui ne pouvait pas se dire en quelques lignes. Il y a une progression dans le personnage qui demande à ce que j’instaure un climat. C’est un homme qui va avoir sa vie changée, le processus de ce changement était long à décrire.

Justement, qu’est-ce que tu voulais faire passer à travers ce roman ?

Je crois qu’il n’y a pas un homme sur cette Terre qui ne soit pas dit : « je balance tout ! J’en ai marre de tout ça ! ». Un peu comme un ordinateur dont on nettoierait le disque dur, un homme a besoin de partir pour se nettoyer l’esprit et repartir sur de meilleures bases. Je raconte l’histoire d’un homme qui va tenter d’enlever de sa besace, toutes les choses inutiles, les petites mesquineries de la vie et essayer de se rattacher à des choses qui sont beaucoup plus importantes et qui sont les vrais enjeux de la vie.

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Interview à l'Ouzo... (c'est la première fois qu'un auteur fait tout pour me mettre dans l'ambiance de son livre lors d'un entretien. Je suis poli, j'ai bu. Hips!)

Quand on lit ton livre, on ressent une espèce d’apaisement.

Ceux qui ont lu ce livre, et principalement mes proches, sont ressortis du livre avec une forme de bien-être. C’est un livre qui apporte un secret de la vie qui vaut le coup d’être connu…  mais ne dit rien sur ton blog,  parce que c’est l’un des intérêts de ce roman.

C’est en Grèce que tu as eu l’idée d’écrire ce livre ?

En exergue du livre, il y a une phrase de Sophocle : Ce sont là choses qui n’ont pas l’honneur d’être mises en histoire, et qu’on apprend plutôt en fréquentant les lieux. Chaque fois que j’écris un livre, les lieux ont beaucoup d’importance. Si je n’ai pas le lieu, je ne peux pas penser à l’histoire. Tous les lieux que j’évoque dans le livre sont des lieux où mes pas m’ont entraîné. Par contre, les personnages sont inventés à partir de gens que j’ai croisés, sans les connaître ni leur avoir parlé. C’est juste ce qu’ils m’inspiraient.

Je sais que, parce que tu n’écrivais que des recueils de nouvelles, tu ne parvenais pas, jusqu’à présent, à te considérer comme un vrai auteur. Est-ce qu’avec ce premier roman, tu y es parvenu ?

Oui, tu sais, je vis pour l’écriture. L’organisation du salon du livre d’Ozoir, du concours de nouvelles « Ozoir’Elles », mes livres de nouvelles… aujourd’hui, je crois que je commence à assumer cette passion absolue.

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C'est beau un écrivain qui signe son livre...

La construction des deux dernières pages est éblouissante.

Merci de me dire cela… ce sont les deux pages dont je suis le plus fier dans tout ce que j’ai écrit jusqu’à aujourd’hui.

Dans ton livre, il n’y a pas beaucoup d’action, mais il se dit beaucoup… de manière sous-jacente…

Le lecteur doit juste se laisser porter. Je n’aime pas les livres avec trop de rebondissements. Je n’aime pas être trop guidé, tenu au collier. J’aime bien pouvoir m’évader comme je le souhaite. J’écris des livres contemplatifs. Dans mon prochain roman, il y aura un côté Modianesque, une histoire plus construite et des attentes plus fortes, mais on reconnaîtra ma musique personnelle…

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22 décembre 2011

Jesers: interview pour "J'aimerais qu'on sème"

jesers,j'aimerais qu'on sème,interview

Jesers (Serge Moniz) est un de mes récents coups de cœur. (Merci à Jean Hartleyb de me l’avoir fait découvrir !). Cet auteur interprète vient d’une famille de musiciens disséminés entre Praia, Dakar, Londres et New York. Son goût pour le bel ouvrage le conduit naturellement à l’art du verbe et du rythme. Comme l’indique son dossier de presse, « citoyen et conteur aux racines métissées, son univers musical est une rencontre entre plusieurs cultures, un voyage en chanson world emprunte de poésie urbaine ».

Le 8 décembre dernier, j’ai rencontré l'artiste Mulhousois lors de son récent passage à Paris à l’occasion de la sortie de J’aimerais qu’on sème. Un album « qui nous invite à bord d’un nuancier coloré et positif dans lequel il aborde ses racines, de la France à L’Afrique, du Cap Vert au Sénégal, pour tracer des horizons tous liés aux événements de notre monde et où l’importance des mots illumine les rimes ».

jesers,j'aimerais qu'on sème,interviewInterview :

Ta musique est fortement métissée… quels sont tes origines, très exactement ?

Je suis né en France, mon père est né au Cap Vert et a grandi au Sénégal. Ma mère est née au Sénégal de parents Cap Verdiens. Je me situe donc entre la France, le Cap-Vert et le Sénégal.

Est-ce qu’il est caricatural de prétendre que ta musique est inspirée de ces pays?

Disons que j’ai grandi à la maison avec les musiques de tous ces pays-là ! Mais je n’ai pas voulu forcément reproduire ce que j’entendais jeune. Moi, je suis plutôt tombé dans le hip-hop. Les années passent et puis finalement tu retournes aux sources et tu mélanges tout ça.

Comme je le disais en préambule, tu es issu d’une famille de musiciens.

Oui, mon papa et deux de mes frères le sont : le petit et le grand. J’ai aussi dans ma famille des danseurs classiques ou de hip-hop.

Tu abordes des sujets des plus personnels aux plus universels avec sensibilité, jesers,j'aimerais qu'on sème,interviewengagement, humour, dérision, mais surtout passion. Tes textes sont profondément humains, tournés vers les autres en tout cas.

On me le reproche parfois. J’ai voulu que J’aimerais qu’on sème soit un lieu de partage et de rencontre, un univers authentique et riche où je m’efface parfois au profit de nombreux invités. Il  y a 20 Syl, Sergent Garcia, Kasar, Mahooni, Edou, Cha, Nouara, Daddy Wise, Mika, Jupy, Petit Kara, Derrick, Karen… Certains me disent que ça peut me desservir d’avoir trop d’invités. Je ne comprends pas pourquoi.

Tu n’envisages pas la musique autrement que par le partage ?

Je fonctionne vraiment comme ça. Par le lien. Même mes compositions, les histoires que je raconte… ce ne sont pas des choses que j’invente. Ce sont des choses que je vis ou que je vois chez les autres. Quand on me parle, j’écoute, j’emmagasine des informations et je ressors tout ça en musique et en texte.

jesers,j'aimerais qu'on sème,interview

Considères-tu que ce métier est trop fermé ?

Tu as raison, je me rends compte que c’est un milieu fermé et qu’il ne faut pas être naïf. Je suis peut-être un peu trop gentil… mais, je tiens à rassurer tout le monde, je suis parfaitement lucide.

Tu as un travail autre que la musique pour gagner ta vie… tu es carreleur.

J’ai besoin des deux activités aujourd’hui, parce que je n’ai pas envie de me lever le matin et attendre un truc par rapport à la musique. Je n’ai pas envie de chercher à écrire pour trouver la bonne formule qui me permettra de gagner de l’argent. Moi, j’écris avec les tripes et comme je le sens. Je n’ai aucune pression, si ce n’est celle que je m’inflige moi-même pour être le plus performant possible.

Tu cries au monde qu’il va mal, mais je sens qu’il y a toujours en toi une pointe d’espoir?

D’où le titre, « J’aimerais qu’on sème » !

Tu as une longue expérience de la scène. Le Printemps de Bourges, Les Francofolies de Montréal, LesEurockéennes, La foire aux vins de Colmar, des tournées au Japon et à Détroit, ou encore ses doubles plateaux avec MC Solaar, Jamiroquai, Gad Elmaleh, Sergent Garcia et Renan Luce. Ça t’apporte quoi ces expériences ?

Ça m’oblige à être le plus professionnel possible. Quand on fait la première partie de Gad Elmaleh devant 10 000 personnes et que les personnes présentes ne viennent pas pour toi, tu as intérêt à assurer. Quand je joue dans la cour des grands, je ne fais que jouer, mais avec une pression supplémentaire.

Un album, pour toi, c’était primordial ?

Oui, évidemment. Ca me permet de garder une trace de mon travail et de montrer mon écriture d’aujourd’hui. Moi, j’aime bien être en phase avec ce que j’écris. Et avec les mots que je choisis. Aujourd’hui, je suis moins dans l’ego trip qu’avec le groupe dans lequel j’officiais, La Vieille École… j’ai muri.

Depuis que tu as sorti cet album solo, tu as fait beaucoup de rencontres et pas mal d’ateliers d’écriture aussi.

Quand on m’a sollicité pour faire des ateliers d’écriture, chose que je n’avais jamais pratiquée, j’ai dit oui. J’ai rencontré des élèves, mais ce qu’ils ne savent pas, c’est que j’y suis allé pour apprendre. Je ne sais pas qui d’eux où de moi a suivi les ateliers d’écriture tellement l’échange était présent. Ce sont les gamins qui m’ont donné envie d’aller vers l’excellence…

Tu t’es aperçu très vite que tu étais un amoureux des mots?

Je n’étais pas très bon à l’école, même s’il paraît que j’avais des capacités. Mais j’ai toujours aimé les mots. J’aime jongler avec, les maîtriser et les manier avec dextérité.

Tu fais de la poésie urbaine, pourtant, je sais que tu n’assumes pas le mot poète.

Il faut pouvoir l’assumer. C’est quand même un grand mot, alors quand on en est affublé, on reste tout petit tant on a l’impression de ne pas le mériter.

Question complètement idiote, mais je te la pose quand même. Aimerais-tu gagner ta vie uniquement en tant qu’artiste ?

Aujourd’hui oui. Mais, je suis lucide, je regarde autour de moi… c’est vraiment très compliqué de ne vivre que de ce métier. Je me sens pourtant mature pour me lancer, mais bon, je garde mon travail de carreleur, pour le moment. Je préfère être raisonnable.

Que te faudrait-il pour te faire repérer des gens du métier ?

On a besoin de la rencontre, on a besoin de la scène parisienne, on a besoin d’une mini tournée seul ou avec un groupe plus populaire, on a besoin d’une plus grande visibilité pour que quelqu’un nous repère, on a besoin de personnes qui aient un gros coup de cœur pour nous… bref, on a besoin de montrer ce que l’on sait faire…

jesers,j'aimerais qu'on sème,interview

18 décembre 2011

Hommage à Cesaria Evora...

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Cesaria Evora est morte.

Je l’avais rencontré le 25 janvier 2006 à l’hôtel Abrial, dans le 17e arrondissement.

-Tu verras, cet hôtel ne paie pas de mine, mais c’est là qu’elle se rend depuis des années quand elle est en France.

Je réponds à son attachée de presse, que peu importe l’endroit, du moment que l’ivresse ne soit pas loin (ce qui n’est qu’une mauvaise parodie d’un dicton que j’aime bien).

Elle a raccroché sans faire de commentaires.

Le jour J donc, je débarque tout joyeux car j’aime beaucoup cet artiste.

Unique dans son genre.

Je papote avec son traducteur cap-verdien très sympa en attendant l’arrivée de la star.

Le monument arrive enfin, direction la salle à manger et discutons pendant 45 minutes.

Elle m’impressionne.

Très drôle, prolixe, taquine. Je ne m’attendais pas à ça…

Voilà pourquoi j’apprécie de rencontrer tout ce beau monde. Je suis souvent surpris.

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Voici l’article paru dans le Virgin de janvier 2006 à l’occasion de la sortie de son album Rogamar

medium_disco_rogamar2.jpg"Prier la mer avec la chanteuse Cap Verdienne. Un enchantement.

Césaria Evora, l’ambassadrice et la voix du Cap-Vert est restée profondément elle-même. Une femme du peuple de Mindelo, la ville principale de l’île de Sao Vicente, c’est à dire une femme simple et modeste. Aujourd’hui, elle étale ses sourires, ses succès et ses bonheurs et ça fait plaisir à voir. Je m’étonne d’un tel rayonnement dans ses yeux.

« On me dit souvent que j’ai l’air triste. Je suis exactement le contraire. Je suis toujours entourée d’amis, de musique et j’adore rigoler, me moquer avec tendresse des gens que j’aime et surtout faire la fête. »

Cigarette sur cigarette, « la diva aux pieds nus », décontractée, explique que son dixième album tire un trait d’union entre l’Afrique, l’Europe et le Brésil et qu’il célèbre, avant tout, la mer. Rogamar, comprenez : « Priez la mer ».

« Mais dans tous mes albums, je parle d’elle. Pour nous, les insulaires, elle est une source d’inspiration et d’espoir. Elle est la promesse de départ vers une vie meilleure, de retour et d’allégresse aussi. Quand on a le cafard, on regarde la mer parce que les ondes transmises sont positives. Evidemment, elle est aussi impitoyable car elle sépare parfois les gens qui s’aiment. »

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Césaria poursuit sa route discographique en abordant les thèmes capverdiens habituels : l‘exil, la critique sociale, la chronique îlienne, l’histoire coloniale de l’Afrique, la séparation et… le carnaval « Un jour de fête et d’harmonie. Le carnaval est une fête sans rivale ».

medium_Cesaria_Evora_noir_et_blacn.jpgA écouter Mas Un Sonho, on se croirait en plein cœur de celui de Rio. L’Afrique est très présente dans ce disque réalisé par Fernando Andrade. Césaria interprète Africa Nossa en duo avec la star sénégalaise Ismaël Lo.

« Une chanson sur ce qui rapproche le Cap-Vert et le Sénégal, deux pays qui ne font qu’un. Ses terres sont jumelles et elles ont le même destin.»

Autre duo, celui avec Cali, Um Pincelada, inattendu mais efficace. Si Césaria Evora a fait appel à ses auteurs habituels, (Manuel de Novas et Téofilo Chantre), elle a su faire confiance à deux jeunes de Mindelo (John Luz et medium_Cesaria_Evora_sable.jpgConstantino Cardoso).

« Je chante souvent des auteurs « classiques », je souhaitais, non seulement renouveler mes auteurs, mais aussi montrer qu’il y a du talent à revendre dans ma ville. Je me devais d’en mettre quelques uns en avant puisque j’en ai l’opportunité. Ils font vraiment des chansons magnifiques ».

 Belle âme, n’est-ce pas ? 15 ans après son succès planétaire Miss Perfumado, Césaria est plus que jamais à la mode. L’effet feu de paille qu’on lui prédisait à l’époque s’est transformé en une véritable carrière, parfaitement menée. Sa mélancolie tropicale s’est vendue à 5 millions d’albums... Ce qu’elle aimerait aujourd’hui ? « Je rêve de chanter en duo avec Charles Aznavour… »

Bonne idée."

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Pour terminer, voici ma chronique à propos de son dernier album sorti en 2009...

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16 décembre 2011

Liz Cherhal: chronique et interview pour "Il est arrivé quelque chose"

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Quand l’attachée de presse de Liz Cherhal (bonjour Patricia !) m’a envoyé son disque, je l’ai écouté avec un mélange de curiosité, d’impatience et d’angoisse (enfin d’angoisse, c’est une façon de parler… ça ne m’a tout de même pas empêché de dormir !).

Et si la chanteuse d’Uztaglote me décevait en solo ?

Il n’en fut rien. A tel point que j’ai décidé de chroniquer son disque dans Addiction, le mag et de la mandoriser. Commençons par la chronique parue cette semaine (dans le numéro daté du mois de décembre -janvier 2012).

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Le 22 novembre dernier, dans un bar de la Place de la République, nous avons conversé sur cet album, entre autres joyeusetés.

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Votre carrière ne se résume pas à ce premier album.

Beaucoup connaissent mon expérience avec Uztaglote et mon album pour enfant avec Alexis HK (mandorisé là), Ronchonchon et compagnie. Si on me demande si je commence avec ce premier album, j’ai envie de dire oui aussi, parce que c’est comme un nouveau départ, le début de quelque chose. J’ai commencé à faire des scènes en « solo », c'est-à-dire sans le groupe Uztaglote, en 2005. Ce spectacle a tourné pendant 5 ans et on n’a pas fait de disque. Pour le deuxième spectacle avec les chansons de ce disque qui n’existait pas encore, on s’est dit que, cette fois-ci, elles devaient exister physiquement… pour passer une étape. Pour aller un peu plus loin. Pour moi, ce disque est un genre de carte de visite.

J’imagine que votre expérience de groupe vous a apporté beaucoup de choses?

Je considère cela comme un stage professionnel, dans le sens où on a fait des concerts dans des cafés, dans des petites salles et dans plein d’endroits. C’était une époque où on n’avait pas l’idée de devenir professionnelle. On faisait tout et on prenait beaucoup de plaisir. Avec Uztaglote, j’ai découvert ce qu’était une tournée et un enregistrement en studio. Ce sont mes années de formations intensives… et surtout, c’était une aventure d’amis qui était très agréable.

Ce disque est très autobiographique. Vous le revendiquez.ff.jpg

Je raconte une bonne fois pour toutes des histoires qui m’appartiennent. Maintenant que ces chansons existent, je me tourne vers autre chose. Aujourd’hui, je me retrouve à parler de beaucoup de choses qui datent d’il y a trois-quatre ans. J’ai commencé à maquetter ces chansons en 2008 et on est rentré en studio en janvier 2011. Ça a pris du temps et beaucoup de choses dans ma vie personnelle se sont déroulées depuis.

Maintenant que le disque est sorti, vous plait-il ?

Au niveau du son, et aussi de la pochette, il est comme je le souhaitai. En tant qu’indépendante, j’ai fait un peu ce que je voulais. Mon producteur était là pour me soutenir et pour m’aider à réaliser ce dont j’avais envie. Je suis hyper fier du disque et j’ai vraiment zéro regret. Ce disque est complètement en rapport avec ce que je suis. Tout à une raison d’être.

« Il est arrivé quelque chose » est une chanson, on s’en doute, très personnelle, pourtant je m’y suis retrouvé pour x raisons…

Pour moi, cette chanson était la plus intime du monde. Et pourtant, je ne compte plus le nombre de personnes qui m’ont dit que c’était leur histoire. C’est, finalement, hyper touchant. J’aime bien l’idée que quand on fait de la musique et que l’on chante des chansons, on chante pour soi et pour les gens qui sont autour.


Emission France 3 "Ce soir avec vous" | Il est... par LizCherhalofficiel

Ca fait du bien de raconter des choses personnelles ?

Oui. Il faut avoir vécu de vrais évènements pour pouvoir les raconter. C’est pareil pour la sculpture, la littérature ou la peinture. Il n’y a rien de pire que les chansons aux kilomètres qui ne racontent pas grand-chose. En ce moment, je vais vous avouer que je suis complètement vide. J’ai l’impression d’avoir tout mis dans ce disque.

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Vos chansons sont tristes, mais pas uniquement. Drôles aussi, cyniques beaucoup.

J’aime beaucoup faire rigoler. C’est agréable de rire et de faire rire. Au départ, les chansons étaient écrites pour la scène, pour les concerts et il n’est pas possible de faire des chansons uniquement plombantes. J’ai besoin, à un moment de faire rigoler les gens et de dédramatiser en étant positive.

Les textes sont beaucoup travaillés ou vous êtes une instinctive ?

J’écris et je réécris et je retravaille jusqu’à ce que je sois satisfaite de tous les mots.

Quand savez-vous qu’un texte n’a plus besoin d’être retouché ?

Quand les gens de mon entourage, qui écrivent des chansons, ne me posent plus de questions sur ce que j’ai voulu dire. Quand plus personne ne me fait de retour sur mes textes, je considère que c’est terminé. J’ai la sensation d’avoir fait une chanson correcte quand on me le dit. Il me faut un miroir.

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(Photo: Denis Prodhomme)

Vous chantez le cynisme avec tendresse, le malheur avec le sourire… Est-ce que l’album reflète ce que vous êtes dans la vie ?

Comment je suis dans la vie, je ne sais pas. Comment je suis sur scène, je ne sais pas plus. Je dois être tout ça à la fois, avec un fond gentil tout de même.

Je sais que vous faites le distinguo entre la vie professionnelle et la vie personnelle.

Je distingue vraiment la chanteuse et la fille de tous les jours. Ce sont deux personnes différentes. Par exemple, je n’aime que moyennement que mes amis ou ma famille viennent me voir en concert. Avec eux, j’ai envie de parler d’autre chose. Je pense que cette envie là de ne pas mélanger est plutôt saine.

Vous ne parlez jamais de chansons en famille ?

Si, mais comme une discussion de tous les jours.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire ce métier professionnellement. Il y a eu un déclic ?

Quand j’ai commencé avec Uztaglote, on a fait ça pour s’amuser. Et au bout d’un moment, on a constaté que l’on pouvait gagner de l’argent en vendant nos concerts. Et puis, j’avais l’exemple de ma sœur ainée, Jeanne, qui est chanteuse et qui gagne bien sa vie depuis quelques années… Aujourd’hui, c’est un confort de vie qui est extraordinaire parce que je suis contente d’aller à mon travail.

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12 décembre 2011

C.C. Lou: Interview pour Gourmande

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c.c. lou,interview,gourmande« Une pincée d'humour, une touche de sensualité, une once de volupté, une bouchée de rage, une rasade de sensibilité, un zeste de provocation… C'est tout ça "Gourmande", l'album de C.C.Lou ! »

Mazette, quand je lis ça sur une bio, j’ai tendance à me méfier. Mais l’écoute de cet album m’est vivement conseillée par une amie artiste dont les goûts son souvent intéressants.

En écoutant les titres de C.C. Lou, je constate que la dame qui chante n’a pas froid aux yeux. Les textes sont inspirés, authentiques, écorchés, drôles ou sulfureux, le tout sur une pop française, comme l’explique le dossier de presse, « inspirée des 70's flirtant avec le début des 80's, tout en s'inscrivant harmonieusement dans les tendances musicales actuelles ».

C.C Lou est en concert à L’Etage demain soir (le 13 décembre 2011)… l’occasion, quelques jours plus tôt (le 5 décembre dernier), de l’interroger au Corso de la place Frantz Liszt. Cafés, croissants, magneto…

c.c. lou,interview,gourmande

Interview :
Ce n’est pas ton premier disque. Tu as déjà enregistré deux singles dans de grosses maisons de disque.

Oui, dans les années 90. Un chez Sony avec le titre « Nathalie s’en fout » et un chez WEA avec « Ce soir » sous le nom de Christine Lou. J’étais produite à l’époque par Patrick Sébastien. On devait sortir un album, mais en 1996, après la diffusion d’un sketch dans une de ses émission, « Osons ! », il a été taxé de raciste par tous les mouvements anti racistes pour une parodie de Jean-Marie Lepen sur une chanson de Francis Cabrel. Une blague qui a mal tourné puisque, dégoutté, il a arrêté tout ce qui était en chantier à cette époque-là, dont mon disque.

Dans ces cas-là, on désespère ou on continue à se battre pour se faire connaître ?

Pour être sincère, je peux te dire que j’ai mis du temps à m’en remettre. Quand j’ai connu Patrick, je sortais du Studio des Variétés. Je n’avais pas encore les connexions pour m’en sortir seule, sans l’aide de quelqu’un au départ. Il s’est trouvé qu’en parallèle de ça, j’ai eu un drame personnel, alors, oui, j’ai mis pas mal de temps à me remettre de cette période.

Tu es sortie de ce moment difficile quand ?

J’ai réactivé la locomotive quand j’ai relevé la tête, que j’ai fait d’autres choses de ma vie… je me suis mise en ordre de marche. Comme, pour autant, on ne divorce pas d’une passion, la musique revenait à moi de temps en temps. En 2004, Christian Lachenal,  qui fait office de directeur artistique sur l’album, m’a vraiment incité à réessayer. Le show bizness ne m’ayant pas laissé de beaux souvenirs, j’ai donc accepté de tenter de nouveau, mais avec lui.

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Aujourd’hui, tu as une bonne situation, tu n’as donc pas besoin de la musique pour vivre. Ca te permet d’être apaisée, de faire ce que tu veux, sans pression de nulle part.

Tu as raison. Maintenant, j’aimerais quand même en vivre et ne faire que ça. Cela reste mon métier… j’ai fait une école pour ça, ça fait plus de 20 ans que je fais tout  pour accéder à une vie d’artiste qui s’auto-suffirait à elle-même, alors je ne reviens pas en dilettante. En attendant, c’est vrai que j’ai produit, composé, co-composé cet album de façon complètement libre.

Tes textes sont frontaux. Tu dis les choses…

Je suis un peu comme le taureau dans l’areine. Je n’ai plus 20 ans, on est comme on est. On a qu’une vie et je ne vais pas m’excuser toute ma vie d’être ce que je suis.

Tu ne caches pas ton homosexualité dans ce disque.

Dison que je l’ai toujours assumée, parce que pour moi, il n’y a rien d’anormal à ça. La société, à ce niveau là, évolue aussi. Dans mon public, il y a autant d’hommes que de femmes et la plupart des hommes ne sont pas homosexuels. Des hommes bienveillants et ouverts d’esprit, ça existe.

c.c. lou,interview,gourmandeIl y a quelque chose de militant d’en parler ?

Pas du tout. Je n’irai pas prendre un drapeau pour la cause. Je suis désolé de décevoir  ceux qui attendent cela de moi, mais ce genre de démarche n’est pas mon truc.  On m’a taxé de chanteuse lesbienne. Je ne suis pas chanteuse lesbienne, je suis chanteuse, il se trouve que je suis lesbienne, mais je ne me définie pas par ça. Je chante des chansons d’amour qui correspondent à celles que je vis, c’est tout.

Tu n’as pas peur des réactions des radios, souvent frileuses quand on sort des clous ?

Une professionnelle de ce métier m’a dit qu’avec des textes comme les miens, j’allais droit dans le mur. Le mur, je l’ai déjà pris. Quelque part, lui et moi, on devient ami. On se connait, si je le recroise, je pourrai le caresser. On prône la différence du propos de chaque artiste, voilà, la mienne, elle est là.

Tu t’amuses aussi à provoquer. Sur la pochette de ton disque, tu as une barbe, tu fumes et on voit un de tes seins.

C’est parce que je suis amoureuse de Serge Gainsbourg. J’ai voulu montrer que je suis aussi une femme, malgré cette photo androgyne. Ma pudeur n’est pas placée là…

Elle est placée où ?

Je m’efforce de ne pas me répendre quand je suis triste. Elle est placée là ma pudeur.

Ma chanson préférée de toi, c’est « Quand je serai forte ». Tu te dévoiles beaucoup, mine de rien. Tu dis que tu es « blessée, mais entière »…

C’est amusant ce que tu me dis-là. C’est avec cette chanson que j’ai suis repartie dans l’aventure d’un nouvel album. Pour moi, elle résume effectivement les dix années d’arrêt entre 1996 et 2006. Je me sentais forte pour repartir libre.

Entracte: Voici la participation de C.C Lou à "Vous avez du talent" sur IDF1, le lendemain de notre rencontre... je vous prie d'accepter mes excuses pour les questions indigentes de l'animateur Jacky.

Ecris-tu vite et beaucoup ?

Non, certaines chansons, j’ai mis 10 ans à les écrire, d’autres sont plus fulgurantes, mais c’est rare. Là, je suis en pleine préparation de mon prochain album. Ensuite, on va le mettre sur My Major Company  pour trouver d’éventuels financements. Je suis en état d’écriture.

C’est quoi « être en état d’écriture » ?

Tout ce que je sens, que je capte fait une big messe dans ma tête, après je me calme, je pose les choses et je commence à tracer. Et après on peaufine. J’y vais par couches successives  jusqu’à épurer et trouver des mots qui tombent bien sur la bonne note et sur le bon rythme. C’est de l’orfèvrerie.

c.c. lou,interview,gourmande

Tes préférences musicales françaises sont très masculines. Aubert, Higelin, Bashung, Gainsbourg, Biolay…

Le dernier album d’Aubert, pour moi, c’est juste un bijou. Dans les plus jeune, j’aime aussi beaucoup le dernier album de Julien Doré. J’aime bien son côté espiègle provocateur délicat. Ca préfigure une carrière intéressante

Le côté provocateur que tu évoques pour Doré, on peut aussi te le jeter à la face.

Moi, je suis comme ça dans la vie. Je ne peux pas faire semblant. Je ne peux pas ne pas être moi dans tes chansons. J’ai essayé. On m’a fait chanter les textes des autres, mais je ne les ressens pas. Quand ce ne sont ni mes mots, ni mes idées, je n’arrive pas à chanter ses chansons correctement. Du coup, aucune n’est sortie.

En filles françaises, tu écoutes qui ?

J’écoute Ju’l. De temps en temps Barbara, mais pas beaucoup. J’aime aussi l’univers de Zazie. Pendant longtemps, j’ai écouté Véronique Sanson et Catherine Lara. Sinon, j’écoute plus des voix anglo-saxonnes : Diana Krall, Diane Reeves, Ella Fitzgerald.J’aime bien les voix de femmes dans le jazz finalement.

Pour bien te connaître, il faut t’avoir vu sur scène ?

Je crois, oui. Pour moi, le studio c’est le laboratoire, la cuisine. C’est pour ça que mon album s’appelle Gourmande. Une fois qu’on a fignolé le plat, le dessert et servi le Champagne qui va avec, on a envie de partager avec les gens. C’est ça la scène… un partage.

Pour finir, tu as besoin de quoi pour faire avancer ton chemin.

D’un producteur disque et d’un tourneur scène. De gens courageux qui voudraient bien participer à une aventure musicale originale.

c.c. lou,interview,gourmande

28 novembre 2011

Damien Jourdan: interview pour Orchidées

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Le 7 novembre dernier est sorti le très beau disque de Damien Jourdan, Orchidées (sélection FIP, tout de même...). Un album d’amour. « L'amour et ses angoisses, l'amour comme un risque obligé, cet amour-là, Damien Jourdan en a fait son allié, son confident » nous explique le dossier de presse. Avant d'aller plus loin, voici ma chronique sur l'album, publié dans le Addiction, le mag daté du mois de décembre-janvier 2012.

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(Ici, son MySpace).

Voici le premier clip, "Cette page" (titre assez évocateur de l'ensemble de cet album).

Le 2 novembre, j'ai retrouvé Damien Jourdan au Corso de la Place Frantz Liszt. Pour un café et quelques questions…

DSC01984.JPGInterview :

C’est un disque à l’ambiance douce, mélancolique alors que tu étais batteur dans un groupe de rock. Je remarque ça souvent… dès qu’un membre d’un groupe rock décide de faire un bout de chemin en solo, il délivre une musique plutôt calme.

Je n’étais pas dans le hard non plus. J’ai joué du rock, mais aussi beaucoup de jazz. Ce que j’aime beaucoup, c’est le silence. La batterie, c’est l’instrument qui laisse le plus de silence.  Ce sont des percussions et entre chaque coup, il  y a du silence.

Tes textes sont un peu tristes. Il y a une chanson qui s’intitule « Automne » et je trouve que ça résume bien l’ambiance générale de ton disque.

L’idée dominante, c’est la teinte du disque. Un peu gris, mais en même temps, ce n’est pas du noir et blanc. Si tu regardes de près la pochette, il y a aussi un peu de rose. En tout cas, ce disque n’est pas monochromique. Dans chacune de mes chansons, il y a toujours un passage où il y a une espèce d’espoir, ou plutôt, quelque chose d’un peu lumineux si l’on veut bien faire attention. Nicolas Repac, qui a réalisé le disque, m’a aidé à faire ce travail. Je m’étais enfermé dans un monde musical très très sombre dans lequel  je m’auto satisfaisait. Il m’a permis un peu plus de légèreté.

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Tu n’as pas la même façon d’écrire d’un texte à l’autre. C’est rare de changer son style comme on change de chanson. Je ne comprends pas toujours tout d’ailleurs…

C’est bien.  Ce sont des images et chacun prend ce qu’il ressent. J’aime bien l’idée d’alimenter l’imaginaire de ceux qui m'écoutent. Sur de grandes chansons d’artistes que j’aime bien, j’ai fait plein de contre-sens. J’aime bien l’écriture de Bertrand Cantat, par exemple, et souvent, je me suis trompé sur le sens de certains titres de Noir Désir. Ça ne me dérange pas. L’important, c’est ce que ça provoque. Moi, j’aime beaucoup le son et la musique des mots. Nicolas me reprochait d’écrire plus des poèmes que des chansons. Il m’a fait comprendre que ce n’est pas le même travail.

Tu sais que c’est compliqué pour un jeune artiste de se faire connaître aujourd’hui…

Oui, je le sais parfaitement. Ça fait 5 ans qu’avec Vincent Charmont (contrebassiste), on tourne dans les bars sans que pas grand-chose ne se passe. C’est difficile de jouer devant des gens qui mangent, il faut réussir à capter l’attention, alors que dans mon répertoire, il faut écouter les textes. On a fait tout ce travail patiemment, maintenant je rencontre un peu plus la presse et nous faisons des concerts dans des salles plus appropriées.

Ca te turlupine depuis combien de temps d’être chanteur ?

J’ai toujours été fasciné par ça. Chanter, je trouve que c’est très beau. Quand j’étais batteur, j’ai essayé plein de fois d’être choriste. Le groupe dans lequel je jouais c’est arrêté parce qu’il y avait trop de conflits liés à cela. Dans un groupe, il n’y a qu’un chanteur, où alors, il faut faire les Beach boys… (rires)

Qu’est-ce que l’on ressent sur scène ?

Déjà, on reçoit énormément, mais c’est comme quand on reçoit un bon shoot. On se sent vrai, car il est difficile de tricher sur scène. On est fier de présenter notre travail, bref, on se sent vivant !

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C’est quoi ta culture musicale ? Je ne parle pas de tes influences, mais de ce que tu écoutais quand tu étais plus jeune.

J’ai commencé à écouter de la new wage, puis de la cold wave, du punk et tout ça… ensuite, j’ai écouté beaucoup de jazz et de free jazz et aussi de la chanson française. Et je suis fan de Noir Désir. Chez moi, fan implique que j’ai un mélange d’adulation sans borne et de rejet. Je les ai vu en 1987 au Grand Rex et là, j’ai prix une claque. J’ai compris que l’on pouvait faire du rock avec des paroles sensées et une énergie incroyable.

Pourquoi parles-tu d’amour de manière aussi … triste ?

Souvent, les chansons sont tirées de ses propres expériences et pour moi, ce n’est jamais simple.

Tu ne fais pas de concessions dans ta musique…

C’est l’avantage d’être indépendant, tu n’as aucune pression. Je fais ce que je veux, je suis complètement libre. Je voulais faire quelque chose dont je sois fier et content. J’ai réussi. Ma démarche de réalisation avec Nicolas Repac, c’était  de rendre ma musique populaire, pas dans le sens « variété », mais dans le sens qui peux toucher n’importe qui.

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20 novembre 2011

Bertrand Soulier n'est pas Benjamin Biolay!

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Moi aussi, je le fais.

Je me foutrais des baffes quand je cède à cette facilité journalistique.

Quand je m’adonne aux fameuses comparaisons.

Vous savez les : « ce jeune artiste est le nouveau Brel/Goldman/Ferré… » (rayez les mentions inutiles).

Comparaison n’est pas raison.

Je le sais bien.

Mais, comme tous les plumitifs musicaux, je n’y peux rien, je compare. Moyen idéal pour faire comprendre aux lecteurs vers quel univers le nouvel artiste les emmènera.

Récemment, Bertrand Soulier a sorti un deuxième album, Single. (C’est drôle, je sais.)

J’en suis fou. Je ne l'écoute pas en boucle, mais pas loin.

Rien à jeter! Que du bon. Toutes ces chansons de A à Z (de « Patiner » à « Les îles éparses ») sont des bijoux. Je tiens Bertrand Soulier comme l’un des plus grands artistes de notre génération. Et j’en ai marre de lire dans les nombreux articles qu’il est un sous Biolay.

Pas dans le mien. Publié dans Addiction, le mag dans le numéro daté du mois d’octobre 2011.

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Qu’ajouter à ce que j’ai écrit ?

Il y a deux semaines, j’ai quand même décidé de rencontrer le chanteur (que j’avais déjà interviewé pour son premier disque, Discorama). Nous nous sommes donné rendez-vous au Corso de la Place Liszt. Je lui ai fait parler de ses chansons… et puis, en écoutant l’interview, je me suis dit que parler des chansons, de ses chansons, enlevaient de la magie à leur écoute. Et puis naturellement, la conversation s’est portée sur cette technique journalistique qui est celle de comparer les uns aux autres trop sytématiquement… (des baffes, je vous dis!)

DSC01912.JPGComment prends-tu la comparaison systématique avec Benjamin Biolay ?

Les gens vont toujours chercher l’influence la plus proche. « Patiner », par exemple, tu me parles de John Barry, je suis hyper content. Mais, bon, là, je mange beaucoup avec Biolay. C’est curieux, car je pense que dans ce deuxième album, il y a plus de Marvin Gaye que de Benjamin Biolay. Moi, j’aime beaucoup ce que fait Biolay, je connais quelques chansons à lui, mais je n’ai jamais écouté un album à lui en entier. Je ne suis pas du tout imprégné de son univers. Ca me fait marrer quand on me dit que je suis un néo Biolay ou un sous Biolay. Tu vois, dans la vie, je n’écoute pas Biolay comme j’écoute Dylan.

Dans ton premier album, tu étais pénard parce que tu as dit que c’était un best of imaginaire. Tes influences étaient assumées. On t’a laissé tranquille avec les comparaisons.

J’aurais d’ailleurs pu faire un Discorama 2. Là, l’idée était que j’avais une collection de chansons liées à ce que je vivais dans ma vie récente. Des évènements pas toujours gais. J’avais donc besoin de les sortir. J’ai réalisé l’album avec Jean-Louis Piérot. Au passage, je ne sais même pas si, lui, il connait l’œuvre de Benjamin Biolay.

À la limite, s’il fallait choisir des Français, je te placerais plus à côté de Souchon et de Sheller. Tu as le même âge que Biolay, une voix qui n’est pas aux antipodes, c’est aussi peut-être pour cela que la comparaison est facile.

C’est l’artiste de la décennie en France, il a une carrière absolument flamboyante, alors, je ne vais quand même pas coller un procès à ceux qui nous comparent ! (Rires)

C’est peut-être dommage pour toi qu’il existe.

Je vais te raconter la vérité. J’avais fait des démos au début des années 2000 et quand il a sorti son premier album, Rose Kennedy, j’ai entendu « Les cerfs-volants »  à la radio et je me souviens parfaitement m'être dit « merde ! ». Depuis, il a toujours un coup d’avance sur moi! Je trouve qu’on ne parle pas du tout des mêmes choses. Il y a un vrai truc qui est différent entre lui et moi, c’est qu’il y a une vraie urgence dans l’écriture de Biolay. C’est un mec, il lui arrive un truc, il prend un piano et il l’écrit. Moi, pas du tout. Mes textes sont plus réfléchis. Je ne suis pas en train de dire, que c’est mieux, hein, que l’on soit bien clair ! C’est juste différent. Moi, il me faut du temps pour assimiler les choses.

Télérama et Télé 7 jours, deux journaux télé pas franchement destinés au même public te comparent à lui quand même.

Télé 7 jours, c’est carrément entre Biolay et Bashung. J’adore Alain Bashung, mais quel rapport ai-je avec lui ? Sheller, je peux comprendre, mon titre« Vologne », il y a un piano voix. Souchon, c’était à la limite valable pour certaines chansons de l'album Discorama.

C’est lassant/rageant de devoir se justifier sur ses comparaisons ?

A toute chose malheur est bon. Je préfère que l’on me compare à Benjamin Biolay qu’à toutes sortes de gens. Avec le temps, peut-être qu’un jour, un autre artiste aura la malchance de s’entendre dire : « vous êtes le nouveau Bertrand Soulier ».

Toi, tu es moins premier degré que Biolay.

Dans mes chansons tristes, il y a quand même de l’optimisme. Je suis sûr que l’on va s’en sortir un jour. Je ne sais pas comment, mais on va s’en sortir.

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06 novembre 2011

Paul Belmondo et Booder pour Jeux Actu...

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logo.pngDans l’agence qui m’emploie, outre les quatre magazines pour lesquels je travaille, il y a aussi trois sites internet. MusiqueMag (dont je suis le monsieur chanson française), FilmsActu et JeuxActu. Il m’arrive donc de croiser dans les locaux toutes sortes de personnalités que je n’ai pas fait venir moi-même. Donc, je les laisse tranquilles. Parfois, j’en croise que je connais un peu... je reste un moment avec eux à papoter. Ce fut le cas le mois dernier avec le comédien humoriste Booder. Je l’avais déjà rencontré pour une autre occasion que vous pouvez voir là. Cette fois-ci, il était présent puisque c’est lui qui a amené Paul Belmondo pour un nouveau numéro de Star Select (diffusé sur JeuxActu). L’idée était qu’il livre ses impressions sur Forza Motorsport 4, la nouvelle référence du sport automobile sur consoles (sortie le 14 octobre dernier sur Xbox 360). Puisqu'il fait partie des rares pilotes français ayant donné quelques coups de volant en Formule 1, Paul Belmondo n'a pas non plus hésité à donner son opinion à l’équipe de Jeux Actu sur l'évolution de la discipline, et a même glissé quelques mots sur son apparition dans le film Beur sur la ville (dont Booder est le héros principal). Bref, une rencontre en toute décontraction que vous pouvez voir ci-dessous.

Quelques photos pendant que Paul Belmondo essaie Forza Motorsport 4...

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...sous l'oeil de Booder.

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Après l'effort...

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02 novembre 2011

Tous buzy: Rencontre Buzy, Kate Elliot et Pierre Faa

 

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Jour : 3 octobre 2011

Force en présence : Buzy, Kate Elliot et Pierre Faa.

Lieu : Bar le Passy à Paris

Organisatrice de la rencontre : Flavie Rodriguez

But de la rencontre : Parler de l’album Tous Buzy avec Buzy et deux des artistes ayant participé à cet album.

Avant de lire l’interview, et pour en savoir plus sur ce projet (que je soutiens à fond), voici mon article sur la question, publié dans Addiction, le mag daté du mois d’octobre 2011.

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INTERVIEW:

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Buzy au milieu de Kate Elliot et de Pierre Faa.

Qui est à l’origine de ce projet ?

Buzy : À la base, il y a plusieurs artistes qui, indépendamment, ont repris quelques-uns de mes succès. L’idée et le résultat m’ont beaucoup plu. J’en ai discuté avec le directeur du studio Unilive et il m’a proposé de monter un « tribute » avec des artistes indépendants qui reprennent certains de mes titres.

Vous êtes la principale intéressée, mais êtes-vous la « directrice » de ce casting musical ?

Buzy : Oui, c’est moi. Mais, à part Pierre Faa, je ne connaissais pas les autres artistes. Si, un peu Kate Elliot. Je l’avais repéré sur MySpace il y a quelques années. Je l’avais même appelé pour lui dire que j’aimais bien ce qu’elle faisait et que je serais intéressée de travailler avec elle pour des textes. Elle m’avait répondu que c’était Daran qui s’occupait de ses titres. Quand il y a eu l’idée de ce « tribute », je l’ai rappelé pour savoir si ça l’intéressait.

Teaser long Tous Buzy from a new emotion on Vimeo.

Pierre, vous, vous êtes carrément ami avec Marie-Claire Buzy depuis des années…

Pierre Faa : On s’est rencontré en octobre 1993, quand je suis arrivé à Paris. On s’est toujours vu depuis. Parfois très fréquemment, parfois moins. Ça fait 18 ans que l’on se connait et il est difficile en peu de mots de résumer notre amitié.

Buzy : Il est ascendant Verseau et moi je suis Verseau. Quand je l’ai rencontré, il faisait de l’astrologie et très brillamment, d’ailleurs. On a le même goût de l’ésotérisme, de l’astrologie et de la musique. Il est aussi graphiste, il a donc fait deux pochettes de disques à moi. J’ai pris deux chansons à lui dans mes albums précédents. Bien qu’il soit moins rock’n’roll que moi, on a une sensibilité qui se répond bien. De toute façon, le rock, c’est une tambouille dans laquelle on met tout et n’importe quoi. Ce qui est sûr c’est qu’il est très indé.

Du coup Pierre, ça ne doit pas être évident de chanter une chanson de quelqu’un que l’on connait beaucoup et qu’on aime ?

Pierre Faa : Effectivement, mais j’ai été porté par l’énergie de Jay Alanski. C’est d’ailleurs grâce à Buzy que je l’ai rencontré pour mon propre album, il était donc logique que je fasse « L’art de ne pas y toucher » avec lui. Si j’avais dû faire ce morceau tout seul, j’aurais peut-être été plus intimidé. J’aurais été certainement plus révérencieux.

pierre faa - l'art de ne pas y toucher from pierre faa on Vimeo.

Certains morceaux sont complètement revisités, d’autres moins…

Buzy : Vous parlez d’"Adrian", je suppose. J’adore le groupe Fancy, mais comme ils m’adorent, ils ont fait un peu de mimétisme involontaire sur la chanson originale. Je n’ai pas insisté non plus pour bien leur demander de prendre la largeur sur ce titre et de le revisiter carrément. C’est aussi leur choix, un parti pris d’être proche de la chanson originale et résultat est très bon, alors cette version à largement sa place sur le disque.

Vous Kate, votre version de "Borderlove", est très largement revisité.

Kate Elliot : Oui, mais je n’ai pas fait le morceau seule. J’ai appelé mon complice de toujours, Nicolas Bergère. On est parti sur le fait d’assombrir le morceau encore plus. On a modifié la réalisation et quelques orchestrations. On était franchement vraiment emballé par le projet et, du coup, on s’est beaucoup amusé. Reprendre du Buzy à pour moi une vraie signification artistique. C’est une vraie fierté cette participation à ce « tribute ».

Buzy : Quand Kate et Nicolas m’ont demandé de venir écouter le résultat en studio. J’ai été vraiment emballée dès la première écoute.

Kate, qu’aimez-vous chez Buzy ?

Kate Elliot: Buzy est l’une des rares artistes féminines que j’aime beaucoup. Ce que j’aime chez elle, c’est cette liberté, cette indépendance, cette féminité assez directe et brute. J’aime sa voix, ses textes et son côté très viril.

Buzy : Oui, et je te retourne le compliment. Moi, j’ai une passion pour les voix graves et l’énergie féminine très puissante. À ce propos, quand on analyse le CD, les filles ont choisi les titres qui avaient le plus d’énergie et les tempos les plus rapides… les garçons, Pierre ou Prohom par exemple, ont choisi des chansons plutôt douces. Pour résumer, j’ai choisi des artistes qui avaient des caractéristiques qui me ressemblaient.

Teaser court Tous Buzy from a new emotion on Vimeo.

Marie-Claire, vous n’aviez pas peur d’être déçue ? Non, parce que c’est difficile de dire à un artiste qui s’investit qu’on n’aime pas trop le résultat…

Buzy : Ça m’est arrivée trois fois. C’est pénible de dire à quelqu’un que je ne prends pas sa version parce que je n’adhère pas au résultat et que ça ne correspond pas au projet global. J’ai beaucoup de chance, j’en ai 15 absolument formidables. Sur 18, c’est une sacrée performance! Il y a un travail de création et d’adaptation magnifique.

Pierre, reprendre un artiste, c’est un exercice de style ?

Pierre Faa: Il faut s’amuser quand on enregistre une reprise. Il ne faut pas être timide. C’est comme quelqu’un qu’on n’ose pas aller voir à une soirée. Allons lui parler, allons boire un verre, et on verra si ça colle ou pas. Il faut parfois aller vers d’autres chansons plutôt que d’aller vers son quant-à-soi musical.

Dans ce projet, l’idée était de n’avoir que des indépendants.

Buzy : Effectivement, le concept de base, pour moi, était d’aider les jeunes artistes indépendants. Et de les pousser. Il y a énormément d'artistes qui ont du talent et que personne ne voit. Les médias ne défendent absolument pas cette catégorie d’artiste qui est entre la variété et la musique un peu plus indé, un peu plus « classieuse », moins populaire. Je trouve que c’est dramatique. Je me suis dit que c’était le moment de montrer qu’il y a là toute une vague d’artistes intéressants et encore méconnus. Quel est l’intérêt que je demande à Miossec de venir chanter une reprise de « Body Physical » ou à Benjamin Biolay de reprendre « Baby Boum ».

C’est novateur. Jusqu’à aujourd’hui, et je crois pouvoir dire dans le monde entier, personne n’a jamais osé sortir un album de reprises par des artistes « émergents ».

Buzy : C’est mon côté un peu « rebelle ». Je savais parfaitement que j’allais me heurter à des remarques du type : « Oui, mais ce n’est pas bankable tout ça ! Il n’y a pas de noms connus ! On n’en veut pas ! » Quand j’ai commencé à démarcher les maisons de disque, c’est d’ailleurs exactement ce que j’ai entendu.

Du coup, c’est une boite de communication, a/n/e, qui s’est lancée dans ce projet.

Buzy : Elle a décidé de trouver un réseau de distribution différent du réseau classique, les bureaux de tabac, et de jumeler ça avec un livre qui s’intitule Vive le rock !. Tout le monde a mis dans ce projet, du talent, du cœur, du temps, une vraie tenue artistique et de la générosité.

C’est aussi un beau pied de nez à l’industrie du disque.

Buzy : Disons que ça m’amuse bien. Si nous arrivons, nous les 15 artistes, à faire en sorte que ça se développe très bien dans les bureaux de tabac, que ça se développe sur la province et que l’on fait un gros tirage, je dois avouer que je serai très contente ! Ça fait 30 ans que je me farcis les labels, 30 ans que j’en chie avec eux, alors, oui, si ça marche, ça me fera du bien…

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Vous avez redécouvert vos chansons grâce à l’interprétation des autres artistes ?

Buzy : Oui. Au début, c’était énorme pour moi. J’ai même versé ma larme tellement ça m’a touché émotionnellement. Je ne le croyais même pas. C’est comme si, soudain, j’étais devenue styliste et que chaque personne avait trouvé le bon vêtement directement. Ce projet est émouvant pour moi.

Marie-Claire, est-ce que dans le métier, vous estimez que vous avez été aimé à votre juste valeur ?

Les médias m’ont adoré quand j’ai commencé et ça a duré pendant 10 ans. Après, peut-être que ma production était moins populaire, en tout cas, je me suis démarquée dans quelque chose de plus indé « underground ». Voilà, c’est mon parcours. Je ne me vois pas aujourd’hui, à 50 ans, chanter « Body Physical », vous voyez.

Pierre Faa: Moi, en tout cas, je trouve que c’est bien que ce disque existe aussi pour faire découvrir l’œuvre d’une artiste que la nouvelle génération ne connait pas forcément. Et il permet de faire découvrir des chansons moins connues, des chansons d’albums, pas forcément des tubes.

Kate Elliot: Moi, je tiens à réitérer ce que je disais tout à l’heure. Je suis très très fière d’appartenir à ce projet. C’est un bonheur de se retrouver comme ça parmi des gens qui font des choses différentes, mais pas aux antipodes non plus. Je trouve les autres artistes formidables. Vraiment.

Buzy : Ça me développe l’envie d’écrire des chansons pour les autres. Même si personne ne connait l’issue de cette aventure collective, elle aura été belle.

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De gauche à droite: Pierre Faa, Marie-Claire Buzy, Kate Elliot et Mandor.

Pour clore cette chronique, replongeons nous dans "les années Buzy"...

29 octobre 2011

Gérard Lenorman: interview pour "duos de mes chansons"

 

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Dans ma vie d’intervieweur d’artistes, j’aime bien (aussi) rencontrer ceux qui ont bercé mon enfance ou mon adolescence. Ceux que mes parents ou que ma sœur, Florence, plus âgée de 3 ans, écoutaient. Du temps où Mandor cachait encore son faciès, j’avais écrit une lettre à Michel Delpech et raconté une anecdote enfantine sur Salvatore Adamo. Gérard Lenorman, je l’avais déjà croisé en janvier 2004 pour la sortie d’un album enregistré en public. Je n’en avais pas gardé un souvenir impérissable. Un peu sur la défensive. Cette fois-ci, l’homme à qui je sers la main au Zébra Square de Paris, le 3 octobre dernier, est souriant, épanoui presque...

(Il y a de quoi, depuis deux semaines, il est n°2 des ventes en France (physiques et digitales confondues).

Rapidement, il m’explique qu’il est très heureux de ce projet d’albums de duos, qu’il reprend confiance en lui, que la vie est formidable. Et tous ces articles élogieux qui paraissent sur ce disque... (moi, je signale la lettre à Gérard Lenorman, du pas toujours tendre Gilles Médioni, chef de la rubrique Musique à L'Express)

Je lui annonce au passage que je suis l’auteur de l'article paru dans Le Magazine des Espaces Culturels Leclerc daté du mois d’octobre 2011.

Il l’avait déjà lu et me remercie chaleureusement: « On me l’a envoyé, je me demandais qui était ce journaliste si gentil avec moi. La fin m’a beaucoup touché, vous savez ! ».

Avant l’interview, voici l’article en question :

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L’idée d’un album de duos n’était pas une idée qui vous intéressait à priori.

Quand on me l’a proposé, effectivement, j’ai d’abord dit non en expliquant que j’avais encore des choses à faire. D’autres artistes de ma génération l’avaient fait et je n’aime pas rentrer dans un moule. Notez que ceux de Michel Delpech et de Salvatore Adamo, je les trouve excellents. Mais, bon, je ne pensais pas que ce serait très intéressant que je m’adonne, moi, à cet exercice. Et puis les circonstances ont fait qu’à un moment, j’ai rencontré de jeunes artistes, à leur propre demande, et ils m’ont dit ce qu’ils pensaient de moi. Le premier, ça a été Grégoire. J’ai accepté tout de suite parce que je l’avais vu à la télé répondre à une interview dans laquelle il disait que ses références françaises étaient Ferré, Goldman et Lenorman. Ça m’a profondément touché. Moi, vous savez, je pense toujours que je suis perdu, oublié, que je n’intéresse que le public finalement (rires).

Bon, la valeur ajoutée, c’est que ce sont des chansons complètement revisitées.

C’est ça l’intérêt des duos. Quand vous chantez avec Anggun, Patrick Fiori ou Maurane, vous revoyez la copie. Ce n’est plus une chanson de Gérard Lenorman par Gérard Lenorman… il faut savoir ce qu’on en fait avec d’autres interprètes.

Le teaser de l'album.

lenorman.jpgVous m’avez dit tout à l’heure, avant l’interview, que chaque rencontre a vraiment été magique. Presque ému.

Il n’y a pas une rencontre qui a été douteuse, je vous assure. J’ai accepté ce projet à partir du moment où j’ai compris qu’il n’y avait que des gens que j’aime et réciproquement. Ca change tout.

Tous ces « petits jeunes » qui chantent avec vous, vous les suiviez un peu avant ?

Pas vraiment, même si je suis un peu ce qu’il se passe quand même. Quand j’entends une chanson avec une voix et avec un peu d’âme dedans, tout de suite, je cherche à savoir qui est-ce. J’adore la façon de chanter de tous les artistes qui figurent dans le disque. Ce que j’ai remarqué chez eux, c’est que leur but n’était pas de devenir des stars, mais tout simplement de chanter. Du jour où ils ont un succès, ils ne se prennent pas pour je ne sais pas qui. Ils aiment le partage. Je trouve cela formidable.  Je me sens plus proche des jeunes artistes que ceux de ma génération qui souvent se la pètent.

Ce n’est pas vous faire injure que de dire que certains d’entre eux n’étaient pas nés au temps de votre gloire… comment expliquer qu’ils connaissent bien votre œuvre ?

Ce sont leurs parents qui m’écoutaient. C’est ce qu’ils m’expliquent en tout cas.

La présence de Florent Pagny est importante pour vous ?

Tous les artistes présents le sont. Lui, c’est particulier. Un jour il m’a raconté un truc perso, par rapport à sa maman et la chanson Si tu ne me laisses pas tomber. Quand j’ai accepté le principe de l’album de duos, j’ai demandé à ce qu’il vienne la chanter avec moi. Il a été le premier a enregistrer pour ce disque. Ca nous a donné un coup de boost énorme parce que ce qu’il s’était passé entre nous était tellement magique qu’on a trouvé que c’était de bon augure pour la suite. J’ai vu un artiste avec une grande sensibilité, qui fondait avec les mots et avec la musique. En plus, il a une espèce d’humour qu’il porte en lui et qui m’a bien plu. Mon duo avec lui m’a rasséréné et rassuré.

À chaque fois que je vous ai rencontré, je vous ai toujours trouvé inquiet.

Mais, c’est parce que je ne suis jamais sûr de moi. Je suis un peu angoissé, un peu soucieux. J’ai toujours été comme ça et ça ne passe pas avec l’âge.

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Quand, j’étais en 6e, j’ai appris Tous les matins d’hiver en cours de musique. Je m’en souviens parfaitement, j’aimais beaucoup cette chanson qui est une grande chanson. Vous devez passer votre temps à écouter ce genre-là de témoignage, non ?

Oui, en effet. Mais, encore une fois, quand on m’offre ce genre de témoignage, je reste sceptique. J’ai tort. J’ai décidé de changer et d’accepter les témoignages de sympathie que je reçois. Être devenu une valeur acquise, c’était un truc auquel je n’avais même pas songé. Il faut que j’arrête de douter de l’existence de l’intérêt que les gens me portent…il faut que j’arrête d’être stupide. C’est surtout émotionnel chez moi. Je peux me bloquer très vite. Pas très bien fini… l’enfant.

Peu de gens s’en rendent compte, mais vous êtes un vrai insoumis. Je l’ai précisé dans l’article que j’ai écrit sur vous, hormis ce disque, pas question de revenir vers le glorieux passé, pas d’émissions télé « hommage », pas de tournées « nostalgiques » avec tout plein de vedettes des années 70…

Je ne suis pas du tout passéiste. C’est pour ça que je n’ai pas accepté ce projet dès qu’on me l’a proposé et que je ne voulais pas les playbacks d’avant. Je ne veux pas non plus d’intégral de mes chansons. De par mes nombreuses scènes, j’ai toujours fait évoluer mes arrangements. Depuis 40 ans, j’ai fait tout un travail sur mes chansons et je sais comment me les réapproprier et les faire évoluer.

Dans le teaser, on voit avec Zaz une sacrée complicité ?

Ça a été un vrai échange de bonheur. Ça se voit, la demoiselle ne triche pas. Elle a son caractère. Je n’ai eu à faire qu’à des artistes qui cherchaient la fusion et qui ont été touchés par ce qu’ils chantaient. C’est extraordinaire ! Chacun est à sa place et chacun cherche à compléter l’autre. J’ai adoré et je suis très fier de cet album.

On peut imaginer un concert avec tous les artistes ?

On y songe, mais ce n’est pas facile à organiser. Ce sont des gens plutôt occupés et il y en a qui ne sont pas forcément sur le territoire.

"Voici les clefs", duo avec Tina Arena.

Je suis content de vous voir heureux. Vraiment.

Je suis heureux, mais surtout très fier. Parce que mon disque est une réussite artistique et dans ma vie professionnelle, c’est mon principal souci. Créer est le but de ma vie, vous savez.

Votre dernier album original date d’il y a 9 ans. En avez-vous un autre en perspective ?

J’ai des choses qui sont prêtes. Quand vous avez fait plus de 300 chansons, c’est difficile de se renouveler. Vous pouvez regarder dans mon répertoire, je ne fais jamais deux fois la même chanson. Ce qui peut sauver un artiste, c’est qu’il lui reste encore un peu de jeunesse, d’envie, de goûts… à ce moment-là, c’est votre musique qui évolue et vos mots. Il faut une nouvelle écriture.

Meddley de quelques grands succès de Gérard Lenorman...

Je sais que vous avez en ligne de mire un certain Benjamin Biolay.

Encore une fois, je doute. Je me dis : « qu’est-ce que je vais embêter ce pauvre garçon, il n’a rien à faire de ma personne. » Et pourtant, je vois bien que c’est un artiste qui est assez ouvert.  La rencontre de nos deux univers serait intéressante. J’y songe.

On parle de la jeunesse éternelle de Julien Clerc… ça peut vous concerner aussi.

Nos vies, ce n’est que du bonheur. Bon, il y a bien quelques prises de têtes, un peu de fatigue, mais il ne faut pas exagérer. Je connais des gens qui aimeraient bien exercer notre métier. Je suis capable de comprendre cela et rester à la mesure de ce qui m’est offert, de l’accepter humblement et de remercier la vie qu’on m’a permis de vivre. Ce qui conserve, c’est l’envie. J’espère que c’est le cas pour Julien. L’envie de rester ouvert, créatif, ne pas ce cantonner à ce qu’on a fait.

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Le 3 octobre 2011 au Zébra Square de Paris.

Et pour finir, allez, hop! On ressort les archives. Ici, lors de notre première rencontre, à l'hôtel Royal Monceau, le 22 janvier 2004.

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26 octobre 2011

Rencontre Vinc-Stéphane Nolhart: un peintre et son biographe "particulier"

 

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Ici, vous le savez, je vous raconte tout sur ce qu’il se passe derrière mes rencontres/interviews. Pour la première fois, je vous livre de vrais échanges de mails avec un de mes invités. Certains d’entre vous le savent, Stéphane Nolhart est un ami. Que j’aime beaucoup. Je l’ai mandorisé parfois, j’ai préfacé son second livre et une de ses éditrices est aussi la mienne. (J’espère qu’il ne m’en voudra pas de publier nos échanges…).

François Alquier, 6 septembre :

Monsieur Nolhart,
Je suis un petit journaliste, sans grande envergure, certes, mais j'ai lu dans Le Monde des Livres la double page concernant votre livre sur Picasso. Je serais très intéressé de recevoir l’ouvrage en question.
Bien à vous,
José Macé-Scanner

Stéphane Nolhart, 7 septembre :

Francois, t'es trop c...

Après avoir reçu le livre…

François Alquier, 26 septembre :

Mon Stéphane à moi que j'aime.
Deux solutions: une mandorisation avec toi tout seul.
Une mandorisation avec toi et ce peintre qui me paraît diablement intéressant.
Bises madame!

Stéphane Nolhart, 26 septembre :

Mademoiselle,

Vinc n'est que très rarement en France, cet homme devrait être pisté par un GPS, je crois qu'il est à Zurich en ce moment avant Genève et Singapour ...
J'aurais tendance à dire, pour répondre à ta question, "moi tout seul", sauf que Vinc est un type génial, que j'adore, et tout ça, j'aimerais bien que ce soit tous les deux.

Pout tous les deux, il faut probablement qu'il soit là, non ?

François Alquier, 26 septembre :

En effet, pour vous avoir tous les deux, il faut probablement qu’il soit là. Cela étant, j’ai vu en direct les Black Eyeds Peas aux NRJ Awards sur TF1. Le groupe était bien présent sur scène, sauf, la chanteuse qui n’était là que virtuellement. Par hologramme. On devrait donc pouvoir faire la même chose.

Sinon, fais au mieux. Dis-moi quand c'est possible et si ce n’est pas possible, ce sera toi seul, mais ça me ravi d'aise quand même.
Bises!

Stéphane Nolhart, 30 septembre :

Vinc nous propose de se retrouver au déjeuner du Club des leaders, au Polo de Paris, mardi vers 14h, ça colle pour toi ?

François Alquier, 30 septembre :

Euh... tu sais, je suis pauvre et je n'ai pas de beaux habits...
Sans blague, c'est quoi ce club?

Stéphane Nolhart, 30 septembre :

Foutrement aucune idée. Et il y a des questions que je ne lui pose pas. Tsssss, j'adore Vinc !

 

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Ainsi le 4 octobre dernier, je me retrouve au Polo de Paris. En compagnie d’une compagnie qui n’est pas mon monde et parmi laquelle je ne me sens pas particulièrement à l’aise. Ce que je peux dire, c’est que toutes les personnes que nous a présentées Vinc pendant le déjeuner ont été tout à fait charmantes. Un bel accueil, du bon vin, de jolies femmes, j’ai connu de pires moments dans ma vie professionnelle. Ici, nous voyons Stéphane Nolhart en pleine discussion avec le peintre Vinc, à notre arrivée sur place.

 

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Après les agapes, nous nous sommes installés, Vinc, Stéphane Nolhart et moi, à l’intérieur du club pour une petite causerie autour de ce livre Vinc, Peintures 1989/2011.

Avant l’interview, voici la présentation du livre par Koryfée :

Rencontre entre Nolhart, l'écrivain parisien, et Vinc, l'artiste cosmopolite, deux acteurs de la création contemporaine: littérature française et peinture «Post-Pop Art» réunies...

A travers six cents illustrations en couleurs et une biographie du peintre, Stéphane Nolhart nous peint un tableau chatoyant de celui surnommé «  le fils de Wahrol ». Touche par touche, telle une toile de Seurat, le biographe nous dessine le parcours incroyable, les influences multiples et les œuvres fascinantes du petit genevois qui rêvait des Etats-Unis.

Un univers riche, surprenant, vivant, à l'image de l'artiste cosmopolite.

« Les toiles de Vinc font l'effet d'une boisson énergisante qui pousserait un paraplégique à se lever de son fauteuil et à danser le Rock'n roll. »

 

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INTERVIEW:

Qui est derrière la rencontre Vinc-Stéphane Nolhart ?

Vinc : C’est l‘éditeur Gilles Cohen Solal qui nous a mis en relation. A la base, ce livre ne devait être qu’un flyer expliquant et montrant quelques-unes de mes toiles. Un outil qui est une bonne amorce de conversation pour expliquer mon œuvre.

L’histoire de Vinc, Peintures : 1989-2011, mérite d’être racontée…

Vinc : L’été dernier, quand j’ai vu Luca Notari, éditeur qui tient une librairie au musée d’art et d’histoire de Genève, je lui ai dit que je voulais refaire quelque chose de nouveau qui ressemble à mon flyer, mais avec un volet supplémentaire. Il m’a proposé d’éditer un petit catalogue d’une quinzaine de pages et soudain, il est passé à 120 pages. Là, ça devenait autre chose, avec une notion monétaire conséquente. Du coup, ce livre a été étudié de manière à faire partie de la collection CuriosArt. Le concept est de réunir dans le même livre un artiste et un écrivain. Il a fallu trouver une charpente, une structure, c'est-à-dire un texte d’introduction.

Il me semble que le texte est primordial dans la structure de ce livre.

Vinc : Oui, il relate l’histoire de Vinc avant qu’il ne s’appelle Vinc. Ensuite on a les différentes périodes de mes tableaux. J’ai cherché quelqu’un pour écrire ce texte. Au départ, j’ai proposé à mon éditeur le nom d’un garçon que je connais depuis 30 ans qui est maître de cours à l’université de Genève en géographie politique… et ça n’a pas fonctionné. Je venais de lire un livre sur Richard Avedon dans lequel il y a avait une intro d’une trentaine de pages en deux langues, puis, les images.  J’ai suggéré à l’éditeur de faire exactement la même chose. Je voulais un texte sous forme d’interview.

Et quand tu as lu le résultat ?

Vinc : Dès que j’ai lu le contenu total de l’interview, j’étais désespéré de voir  que c’était une catastrophe et que rien ne correspondait à ce que je  désirais. Ca n’allait pas du tout pour ce travail là et j’ai pris peur. J’ai expliqué à Luca Notari que si on ne trouvait pas une solution, on ne ferait pas le livre et on rembourserait notre bien heureux donateur, une personne qui a l’habitude d’acquérir mes œuvres, soit dit en passant. Au passage, j’ai appris qu’il ne faut jamais faire travailler un ami. Tu perds un ami.

313728_2415934484499_1435441049_32777034_1074015327_n.jpgQu’as-tu fait ensuite ?

Vinc : J’ai rencontré Gilles Cohen-Solal à un salon du livre l’année précédente et nous avons eu un très bon rapport immédiat. Il est devenu mon seul espoir. J’avais besoin d’une belle plume, alerte, qui puisse écrire un texte en ne me connaissant pas. Gilles me demande 48h de réflexion et finit par me donner un numéro de quelqu’un. C’était Stéphane. On s’est ensuite skypé pendant des heures. Quand je l’ai vu, avec ses petites lunettes rouges, ce sourire et cette générosité, je me suis immédiatement dit : « j’aime bien ce gars ». Je savais que ça allait marcher. Il avait une forte personnalité, mais il était malléable et on pouvait discuter.

Stéphane : Et de mon côté, il n’y avait aucun a priori, je n’avais pas entendu parler de toi et je te découvrais. Moi qui adore faire des biographies, je découvrais aussi ta peinture qui m’a intéressé, du coup j’ai accepté sans hésiter.

 

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Ce n’est pas une biographie traditionnelle. Je n’ai jamais vu un tel texte dans un catalogue ou même une biographie officielle de quelqu’un.

Stéphane : C’est aussi très technique cette affaire. Un texte comme ceux de Proust, tu prends ton temps pour le lire. Le style d’un texte doit correspondre au sujet. Mon écriture survole comme Vinc survole l’Amérique. En terme de style, je trouve que ça lui correspondait bien. J’y suis allé en profondeur, sans que cela se voie… avec ce dosage, ce texte permet d’aller dans ce qu’il fait lui.

Vinc : Comme je suis un artiste un peu atypique dans le milieu, qui fait ses propres lois pour son travail, ce texte m’a immédiatement plu. Cette espèce d’authenticité que j’ai, tu as très bien su le mettre en page. Ton état d’écriture peut s’intégrer parfaitement dans ma manière de vivre. Ce texte que tu as écrit en trois semaines, il y a eu une heure et demie de relecture ensemble et 3 virgules à changer. Comment ne pas être joyeux d’avoir réussi à mettre ensemble ces deux forces ? Un texte qui se confond avec les images, je n’ai jamais vu ça ! Je ne pense pas que l’on trouve deux livres d’art comme ça dans le monde, ni au point de vue du texte, ni dans la conception. Je vais être tout à fait franc, ce livre est aussi un instrument de travail et de propagande.

Vinc, ce que tu es n’est pas l’image que j’ai des artistes peintres. Tu n’énerves pas les gens de ton milieu ?

Vinc : Nous sommes trois à être dans ce milieu, commercial, un peu glamour. Un peintre allemand et un peintre brésilien qui habite à Miami. On a chacun notre chemin et personne n’empiète sur le territoire des autres. On est dans ce segment pop art, after pop si tu préfères, avec un immense réseau mondial. Tu as vu aujourd’hui comment ça s’est passé au Polo Club... Les mondanités vont très bien avec mon genre de peinture. Une peinture qui est  contemporaine, mais que j’ai voulu compréhensible par tout le monde. Elle est un peu plus commerciale et ne correspond pas à une élite de ce segment d’art contemporain.

 

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Revenons au livre en lui-même, Stéphane, toi tu n’as pas eu de pression quand on t’a proposé le projet d’écrire sur Vinc ?

Stéphane : Je me suis demandé si j’allais être à la hauteur du challenge et surtout du livre. Après, il y a eu une histoire de rapport humain. Vinc me plaisait, donc c’était très motivant. Avant toute chose, c’est une histoire d’amusement et de plaisir.

Vinc : Maintenant que je connais mieux Stéphane, quand il m’a raconté l’histoire de son fils de 22 ans, je me suis demandé s’il n’avait pas fait d’amalgame entre son fils et Vinc. Quelque chose comme ça.

Stéphane : C’est à dire ?

Vinc : Tu m’as parlé de ton fils en disant que c’était quelqu’un qui avait quand même une vie littéraire étonnante. Je me suis demandé s’il n’y avait pas un lien quelque part. Notamment sur ma jeunesse qui aurait pu te rappeler celle de ton fils aujourd’hui. Je ne sais pas.

Stéphane : Oui, il y a sûrement une ligne directrice. Mais tu sais, j’en reviens toujours à l’humain. Ce qu’il se passe autour de l’humain, quelque soit sa position sociale, je m’en moque. C’est son cœur, c’est sa tête, c’est sa logique, c’est son parcours qui m’intéressent.

 

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Stéphane Nolhart, à gauche et Vinc, à droite... le 4 octobre 2011 dans le salon du Polo de Paris.

Ce qui m’a amusé en vous regardant tout à l’heure, quand nous étions à table, c’est que vous aviez la même attitude. Un peu en représentation, mais parfaitement à l’aise. Vous vous ressemblez sur bien des points…

Stéphane : On a quelque chose de commun dans l’approche humaine de la vie.

Vinc : On n’a pas peur de l’autre. En règle générale, autour de moi, je trouve qu’il y a beaucoup de gens introvertis, qui ne savent pas communiquer.

Le fait d’avoir beaucoup voyagé, ça aide à l’ouverture vers les autres. Vinc, toi, tu es parti à l’âge de 21 ans à Los Angeles.

Vinc : C’est exact. Mes parents ont fait un effort, ils m’ont dit que je partais 3 mois, je suis resté 10 ans. Dans mon livre, tout mon abécédaire photographique de cette période est présent. Quand, je suis rentré, je m’ennuyais à mourir de cette ville, je suis donc devenu peintre par nostalgie de l’Amérique.

Vinc, quand tu as ce livre dans les mains, tu te dis : « j’ai une œuvre quand même ! » ?

Je peux te dire que je n’ai aucun ego. Ma devise c’est « je m’en fous de tout ». Ce livre ne m’impressionne pas. C’est un beau catalogue avec, c’est vrai, des photos de moi avec de nombreuses personnalités planétaires, mais c’est pour impressionner les autres. Moi, ça ne me fait rien. Je connais beaucoup de monde, autant le montrer. Moi, ça ne me fait ni chaud, ni froid. Ce qui m’intéresse, c’est quand je finis un tableau. Le dernier s’appelle Far West, c’est mon bébé, c’est le plus beau. Ça fait un moment que je n’ai pas eu la satisfaction d’avoir peint un beau tableau comme ça.

 

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Stéphane : Moi, par rapport à notre livre, je ne ressens pas les choses comme ça. Il est très important, car c’est mon dernier bouquin.

Selon vous deux, qui peut-être intéressé par cet ouvrage ?

Vinc : Il y a deux cas de figure. Celui qui a un tableau de moi et qui veut le retrouver dans le livre et celui qui souhaite découvrir l’œuvre d’un artiste qu’il ne connait pas.

Stéphane : Tu n’es pas très objectif. C’est aussi un livre à offrir aux amateurs d’art. Ceux qui aiment l’Amérique et les jolies toiles…

Vinc : As-tu en projet un autre livre ?

Vinc : J’ai dit à mon éditeur que j’aimerais faire un road movie en images. Je vais à Los Angeles au mois de décembre. De la sortie de l’avion à l’arrivée au retour dans l’avion, je veux faire des clichés, du motel en passant par les soirées un peu folles, aux bas fonds de Los Angeles et aux belles maisons d’Hollywood. D’ailleurs Stéphane, tu serais prêt à écrire pour ce livre ?

(Éclat de rire général et fin de l’interview).

Ensuite, Vinc, Stéphane et moi, on est rentré en taxi jusqu'à Los Angeles, comme ça, pour voir... et parce qu'on est des fous (et moi, un peu mytho)! Ce fut un beau voyage.

J'aime ces deux-là!

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19 octobre 2011

Prix Constantin 2011: Coup de gueule!

Prix-Constantin-2011-a-l-Olympia_diaporama.jpgCe lundi 17 octobre 2011, pour son dixième anniversaire, le Prix Constantin, rendez-vous annuel censé distinguer les jeunes talents émergents (les entrants doivent avoir produit deux disques au maximum et n'avoir pas été certifiés disque d'or) m’a déçu. Beaucoup. Pas par le spectacle en lui-même. Je ne l’ai pas vu. J’ai choisi de rester dans les coulisses pour me transformer en photographe d’un jour. Habituellement, quand je vais dans ce genre de soirée, je travaille, j’interviewe les artistes quoi. Là, non. Je suis venu en observateur. En immortalisateur. Beaucoup des nominés au Prix Constantin 2011 sont des gens que je connais un peu personnellement. Lisa Portelli et Bertrand Belin par exemple. L, Cascadeur, Cyril Mokaiesh sont des artistes que je suis depuis le début et qui m’en sont un peu reconnaissants. J’étais donc en terrain « conquis ».

Pourquoi étais-je donc déçu ?

Par le résultat.

La gagnante est Selah Sue ! Je ne remets pas du tout en cause le talent de la jeune artiste belge de 22 ans, ce qui m’exaspère au plus haut point, c’est qu’elle est l'artiste qui a vendu le plus de disques (115 000 exemplaires de son album éponyme en France) parmi la sélection de cette année. Elle vient d'ailleurs d'annoncer qu'elle serait au Zénith de Paris le 28 mars 2012, preuve que le succès était déjà au rendez-vous avant le Prix Constantin et qu’elle n’a absolument pas besoin d’un tel coup de pouce.

Elle.

De plus, la lauréate 2010 était Hindi Zahra et Asa en 2008. Je ne veux pas faire mon nationaliste, mon franchouillard, mon chauviniste, mais merdouille ! On pourrait éventuellement récompenser des artistes français qui chantent en français.

Ce prix porte le nom de Philippe Constantin, directeur artistique décédé en 1996 et figure respectée du milieu musical, qui a notamment accompagné les débuts des Rita Mitsouko, Téléphone ou Noir Désir. Il défendait la langue française comme personne.

Quelle est la logique du jury, pourtant composé de professionnels compétents?

Derrière le rideau (en coulisse, donc), je peux vous dire que certains artistes et beaucoup de personnes du « métier », dès l’apparition de la rumeur faisant état du résultat final, le discours que je tiens ici, je n’étais pas le seul à le tenir. J’en ai vu des dégoutés, j’en ai vu quitter l’Olympia en douce, amer.

Ai-je une légitimité à tenir un tel discours? Non.

Enfin, si finalement. Depuis des années, je passe mon temps à tenter de faire découvrir de jeunes artistes français en devenir. (A ce propos, quand va-t-on célébrer le talent de Babx?). Dans mon coin, discrètement ou pas. Dans tous les médias où je passe. Aujourd'hui encore, dans les journaux et le site musical pour lesquels je travaille. On se fout parfois de ma gueule avec mes "chanteurs français" que je m'évertue à défendre. Je m'en tape.

Et quand le Prix Constantin est arrivé, j'étais content. Il correspondait à une philosphie du métier qui correspondait à la mienne.

Je suis déçu par le Prix Constantin. Ca ne tuera personne et il y a bien plus grave dans la vie (je suis bien placé pour le savoir…). De beau et utile, à continuer à récompenser des artistes qui vendent dans le monde entier et qui chantent en anglais, il en deviendra ridicule et pathétique.

J'espère sincèrement que les organisateurs tomberont sur cette chronique. Je le souhaite même ardemment. Et évidemment, je leur ouvre volontiers cet espace pour un droit de réponse éventuel.

Plus personne ne les comprend. Autant qu'ils s'expliquent...

Voici pour conclure quelques photos prises ce soir-là. J'étais parti pour y ajouter des commentaires, donner les noms des "photographiés", ajouter une dose d'humour, tout ça, tout ça... Et bien non. Je fais grève.

Démotivé.

(Vous pouvez utiliser ces photos sans me demander l'autorisation, elles sont libres comme l'air. Et si vous êtes dessus et que cela vous chiffonne, un petit mail pas agressif et je l'enlève. La vie est belle!)

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13 octobre 2011

Lili Cros et Thierry Chazelle: interview pour Voyager Léger

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Lili Cros et Thierre Chazelle sont ce soir aux Trois Baudets, salle mythique parisienne.

Cela faisait un moment que je suivais de loin Lili Cros et Thierry Chazelle. Au début, leur carrière en solo, ensuite, leur duo. Leur premier album commun, Voyager Léger, est sorti cet été (chez L’Autre Distribution). Ce sont deux mélodistes et interprètes entiers et généreux. Voilà leur portrait (rapide) lu dans leur dossier de presse. Je ne change pas une ligne.

Lili Cros : Un sourire qui chante les voyages intérieurs et les méandres de l’âme ; une présence lumineuse, une voix exceptionnelle qui fait vivrer les cœurs et parfois trembler les murs.

Thierry Chazelle : la voix chaleureuse d’un trublion pince-sans-rire qui dégaine sa plume pour des portraits à la fois tendres et impertinents.

Je les ai rencontrés avant-hier au Corso. (Merci à Christelle Florence pour l’organisation de la chose, et mandorisée pour un autre projet musical!)

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Interview :

C’est votre premier album en commun alors que vous avez chacun une carrière personnelle. Vous êtes mariés dans la vie, pourquoi avoir attendu pour travailler ensemble si concrètement ?

Lili : Moi, j’avais envie depuis longtemps. On avait une première expérience de partage de scène, dans un petit café, on jouait guitare voix chacun. J’avais adoré cette sensation de liberté, de ranger nos câbles, nos instruments ensemble, boire un verre après et puis de rentrer à la maison…  il y avait un côté tellement léger, tellement simple, tellement évident. De son côté, Thierry avait peur de travailler systématiquement avec celle qui partage sa vie.

Thierry : J’avais surtout peur de souffrir la comparaison d’avec Lili. Elle chante très bien et avait un répertoire très rock, tonique et moi, je suis dans une chanson française plus calme. J’avais tellement la trouille qu’au début de notre duo, je chantais toutes mes chansons d’abord, on faisait un duo au milieu et après, c’est elle qui chantait. On s’est rendu compte aujourd’hui, que nos chansons allaient presque par paire. Il y avait des réponses d’une chanson à l’autre, presque comme une partie de ping-pong.

lili cros,thierry chazelle,voyager léger,interview,trois baudetsVous ne travaillez pas encore les textes en commun quand même ?

Lili : Et bien, si, justement. On vient d’avoir une expérience de travail en commun. C’était super, alors qu’on redoutait vraiment. La profondeur des histoires qu’on avait envie d’écrire et qui nous trottent dans la tête, même l’esprit, le style, la façon de le dire, on est vraiment différent. C’est d’ailleurs là qu’on le ressent le plus, je trouve. Bref, avant, on n’était pas prêt à écrire ensemble, aujourd’hui oui.

Thierry : On s’est rendu compte très vite qu’en composant à deux, on obtenait des résultats qui nous paraissaient d’une autre qualité. Il y a eu un bond en avant naturellement.

Quand on travaille comme vous le faites, désormais à deux, on abandonne ce qu’on a été avant, pour faire une entité ?

Lili : C’est le contraire. Dans le rock, il y a un côté spontané, très juvénile aussi, une énergie brute, mais il y a aussi une posture, une attitude. Moi, j’ai l’impression que le duo m’a permis d’aller vers quelque chose qui me ressemble plus, en réalité. Ca vient peut-être aussi de l’âge… c’est un peu paradoxal, c’est comme si j’avais suivi un chemin vers autre chose complètement, alors que non. C’est tout à fait un chemin vers moi.

C’est une forme d’apaisement ?

Lili : Oui, et de recentrage sur qui on est, qui on veut être. Se poser.

Thierry : Moi, c’est l’inverse. J’ai pu m’acheter une guitare électrique et m’autoriser à faire beaucoup de bruit. Ça m’a fait beaucoup de bien. C’est complètement inattendu ce revirement de situation. Mais je crois qu’au-delà de ça, la séparation entre la chanson et le rock est quelque chose qui est en train de devenir un peu flou.

Quand on est un couple dans la vie et à la scène, est-ce qu’on a envie d’épater l’autre ?

Lili : Carrément. C’est d’ailleurs une des raisons qui fait que c’est compliqué aussi. Au début, j’avais peur de montrer mes limites, ma médiocrité, s’il y en avait une. Je ne veux pas qu’il me voie en souffrance, d’avoir des difficultés à écrire par exemple ou à jouer de la guitare. On a chacun notre spécialité, je crois être plus chanteuse qu’il ne l’est et lui est bien meilleur guitariste que je ne le suis. Du coup, on se porte réellement vers le haut. Il y a une émulation certaine… et puis aussi, on est un peu jaloux des bonnes chansons de l’autre.

Thierry : Oui, il y a une espèce de compétition très saine.

Lili : Toujours légère et rigolote.

Lili Cros et Thierry Chazelle, finalement, ça devient une entreprise familiale ?

Lili : On est très attaché à notre indépendance. Je m’occupe de trouver des concerts, Thierry s’occupe de tout ce qui est image et nous avons des collaborations ponctuelles avec des personnes qui nous correspondent et notre projet se développe petit à petit. Ça nous convient comme ça. On est ouvert à plein de choses qui pourraient se déclencher, mais on n’a ni un réseau, ni des moyens de major. Franchement, j’aime bien la tournure que ça prend, parce que ça se développe réellement. Tout vient à point… c’est ce que je ressens en tout cas.

Thierry : Dans le métier, il y a un certain nombre de croyances, dont celle qu’il faut taper un grand coup pour se faire remarquer, qu’il faut faire du battage. Des professionnels ont tenté de nous décourager en nous disant qu’on n’y arriverait jamais comme ça. On ne mène pas une carrière par petites touches, prétendent-ils. Nous, on est en train de comprendre que, si, ça peut fonctionner autrement.

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Une autre façon de fonctionner qui commence par la scène.

Lili : Oui, mais pas seulement. On a pu faire notre duo, parce qu’on s’est extrait de Paris, qu’on habite désormais en Bretagne, qu’on a trouvé une écoute.

Thierry : En effet, on a trouvé là-bas un collectif d’artistes qui s’est organisé pour tout l’aspect administratif et juridique. La réglementation administrative dans notre métier est très lourde, vous savez. Ça faisait longtemps que je voulais que les artistes se regroupent, il n’y a qu’en Bretagne que nous avons trouvé ça, pour l’instant. C’est un groupement d’employeurs naturels.

Pour en revenir à votre répertoire, j’aime beaucoup vos histoires personnelles parce qu’elles deviennent universelles. C’est poétique, ironique et même parfois, drôles.

Thierry : Avec la chanson Erotika, par exemple, j’ai vraiment eu un tournant dans ma vie musicale. J’avais toujours refusé l’humour dans la chanson. Pour moi, c’était quelque chose de sérieux, de profond, dans laquelle il fallait délivrer des messages. Et puis, dès que l’humour est arrivé dans mes chansons, ça a été comme une libération. Même aujourd’hui, je ne veux pas que ce soit des chansons de « grosses déconnes ». Je ne veux pas être estampillé « chanteur drôle ».

Lili : Tu es comme ça dans la vie. Tes chansons te ressemblent beaucoup. Dans la vie, tu es cassant, alors que moi, je plane à 10 000.

Thierry : Toi tu es très enthousiaste et très solaire et moi, je suis un peu plus, pas terre-à-terre, mais un peu plus négatif.

Vous avez des chansons très sarcastiques parfois, mais sans atteindre la méchanceté.

Thierry : Je veux rester dans une certaine observation, avec rien de gratuit pour amuser la galerie.

Vous n’écrivez pas ensemble, mais vous jetez un regard sur ce qu’écrit l’autre, j’imagine. Si Thierry va trop loin, Lili, vous lui dites ?

Lili : En général, c’est le contraire, je le pousse à aller encore plus loin.

Votre album est réalisé par un artiste que j’aime beaucoup, c’est Ignatus.

Thierry : Jérôme Rousseau, alias Ignatus,’est un garçon extraordinaire doublé d’un pédagogue exceptionnel. Il anime d’ailleurs des ateliers d’écriture qui sont courus dans toute la France. Quand Lili et moi on a commencé à travailler ensemble, évidemment, on a perdu le recul, donc on a eu besoin d’une tierce personne. Lui, il était capable de nous dire des choses franchement sur à la fois les textes, la musique, les arrangements, la façon d’enregistrer et sur l’équilibre général de l’album. Il a été d’une aide extraordinaire.

Vous aussi vous animez des ateliers d’écriture…

Thierry : On a une formule d’atelier qui permet à  une classe d’écrire une chanson en trois heures.

Lili : C’est un commando d’écriture ! Le résultat est toujours bien et même parfois extraordinaire. On ressent vraiment le besoin de transmettre notre savoir-faire. Moi, personnellement, ça me sert à me sentir utile. Ouvrir une petite fenêtre vers autre chose à certains élèves, ça peut ne pas être anodin.

Thierry : C’est vrai que pour les classes où il y a des élèves en difficulté par rapport au scolaire, on leur ouvre tout à coup la possibilité de réussir quelque chose au même titre que les élèves très adaptés.

Sur scène, y a-t-il des chansons qui captent l’attention plus que d’autres ?

Thierry : Oui, on a deux, trois chansons qui sont des rendez-vous avec le public. J’avoue, ce sont celles qui possèdent le plus d’humour. L’humour est la manière la plus commode de rentrer en communication avec le public, mais pas seulement, la poésie de Lili avec le grand lyrisme qu’elle a dans sa voix et l’engagement qu’elle a quand elle chante, c’est quelque chose qui sur scène est très impressionnante et à laquelle le public est aussi très réceptif. Je suis d’ailleurs toujours très fier, d’être celui qui est derrière à la guitare et qui accompagne cette chanteuse qui séduit la foule.

En concert, testez-vous les chansons ?

Thierry : Notre principe à nous, désormais, c’est de ne jamais enregistrer une chanson sans l’avoir testé en public. On s’est rendu compte que la chanson se transformait au contact du public. C’est là qu’elle trouve son corps, sa vitesse, son intensité, donc sa force.

Chantez-vous dans vos concerts d’anciennes chansons de vos répertoires respectifs ?

Lili : Oui, mais on les a réorchestré pour le duo. On chante l’intégralité de notre album commun et un « mix » de nos albums personnels.

Tendresse, humour, nostalgie et beaucoup de sensualité… ça résume bien votre œuvre ?

Lili : On est un couple, vous savez. C’est la vie. C’est marrant d’être un couple et de chanter des chansons un peu personnelles sur notre couple… mais, je suis sûre qu’on peut aller encore plus loin.

Thierry : Il n’y a aucune censure sur ce que l’on écrit sur notre couple.

Justement, quand on est mari et femme, est-ce toujours facile de travailler tout le temps ensemble ?  Principalement, quand vous êtes en froid dans votre couple, comme ça arrive à tout le monde…

Lili : D’abord, on s’engueule rarement. Par contre, il peut y avoir des tensions, où des moments où nous sommes plus distants l’un envers l’autre. Justement, la scène, c’est le moment où on oublie tout et où on se retrouve.

Thierry : La scène est même devenue un élément important de notre couple. On a aussi besoin de faire des concerts ensemble, c’est un lien supplémentaire.

Lili : On tombe souvent dans les bras après un concert. On est tellement heureux dans ces moments-là. On vit un rêve éveillé par rapport à nos vies d’avant. Partager la scène avec la personne qu’on aime, c’est formidable, mais aussi, on rêvait d’avoir quelque chose qui fonctionne vraiment… et ce spectacle tourne vraiment bien. On a un spectacle, on a un album, on a une vie artistique en commun… c’est magique !

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07 octobre 2011

Flow: interview pour "Larmes Blanches"

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Ce soir la chanteuse Flow est au Café de la Danse. L’occasion pour moi de la rencontrer dans un restaurant des Halles pour une interview. Son deuxième album, Larmes Blanches, n’est pas de ce temps, tout en étant dans d’une modernité déconcertante. Son histoire en est pour quelque chose. Florence Vaillant, alias Flow a été reporter photographe et a réalisé des reportages en Israël, en Amérique Latine et à Gaza. Une baroudeuse incorruptible doublée d'une écorchée vive. Dorénavant passée à la musique, Flow a gardé une approche réaliste de la chanson qui transparaît dans ses textes à fleur de peau, servis de sa voix éraillée et profonde.

flow,larmes blanches,interview,café de la danseInterview:

Tu as une chanson qui explique qu’il faut se méfier des apparences. Toi, tu donnes l’image d’une femme de caractère qui dit ce qu’elle pense et qui lance des messages. Tu sembles te moquer de ce que les gens peuvent penser de toi.

Ce qui compte dans le bonbon, ce n’est pas le papier, c’est bien le bonbon. C’est un peu la maladie du siècle de s’arrêter à la première couche de vernis et de ne pas aller voir ce qu’il se passe derrière. Par exemple, quand on rencontre un artiste, c’est intéressant qu’on ne s’arrête pas à son single. Certes, on peut être déçu, mais je vous garantis qu’il y a encore pas mal d’artistes à univers. J’espère que j’en fais partie.

Ton disque est un patchwork musical. Difficile de le cataloguer dans une quelconque catégorie. Il y a de la chanson française traditionnelle, du rock, du folk… mais pas que.

Il y a effectivement, plusieurs orientations, plusieurs lectures et plusieurs formes musicales. Quand on me demande ce que je fais comme musique, j’ai inventé un terme qui est : valse-punk-acoustique. Je me demande ce qu’aurait répondu un artiste comme Brel, à la grande époque de la chanson française, si on lui avait demandé ce qu’il faisait comme musique.

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As-tu l’impression de ne pas être née à la bonne époque ?

J’ai toujours eu cette impression parce que j’ai été élevée par des parents gaullistes catholiques rigoureux de l’ancienne époque et des professeurs soixante-huitards. A 15 ans, en échappant à l’autorité parentale, je découvre d’un coup, Janis Joplin, les Doors, les Rolling Stones, les Béru… tout à la fois ! Le choc. Je me demande comment j’ai pu vivre jusqu’à ce moment-là sans connaître ce monde, cette musique.

Tu chantes depuis 2003, mais c’est avec ce deuxième album que tout semble se débloquer pour toi.

Moi, je n’avais jamais fait de chansons de ma vie. Dans mon environnement de jeunesse, « artiste », c’est un quolibet. Je suis quelqu’un de travailleur, mes parents sont auvergnats, ça bosse dur, on n’a rien par l’opération du Saint-Esprit. Artiste, chanteuse, ça ne faisait pas sérieux. Moi, en vrai, j’étais journaliste, reporter photographe. En l’an 2000, je romps mon intérêt pour ce métier  parce que je ne m’y retrouve pas. Je suis une utopiste, j’aimerais bien qu’on dise la vérité. Après mon arrêt, je commence à chantonner et un soir, Yannick Noah me découvre sur l'île de Saint Barth où je m’étais retirée, plus ou moins. Ensuite, on a fait 12 000 exemplaires du premier album, sans radio.

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Comment expliques-tu que tu émerges en 2011 ?

Je surfe sur une vague. La vague de ce que l’on défend depuis toujours. Depuis que je suis maman, je regarde le monde qui m’entoure avec encore plus d’acuité. Si j’ai l’occasion de faire un tout petit truc pour que ça change, si je peux apporter ma pierre à la construction d’un monde qui ne ressemble pas à ce qu’on me propose et ce que l’on propose à mes enfants, je me lance à corps perdu dans cette bataille. Je pense que c’est l’heure du réveil et que les gens ont arrêté d’être dupes. Personne ne sait encore comment faire. Comment fédérer sans passer pour un enfoiré ? Dès que tu fédères, tu passes pour un de ces guignols qui essaient de récupérer des voix à la course à la présidence. Personne n’a le talent d’un Abbé Pierre ou d’un Coluche ! Alors, à plusieurs, on va peut-être y arriver. En ce moment, je me fais engueuler par mes copains punks parce que je travaille avec Yannick Noah. Ils me disent que je me « variétise ». Je dis : « Man, il faut rentrer. Le gars, il nous donne un coup de main, pourquoi je ne rentrerais pas dans la bergerie pour faire bouger les choses?".

Je comprends que l’on vous dise que Flow et Yannick Noah, ce sont deux mondes.

Non, je ne suis pas d’accord. Il n’y a pas plusieurs mondes. Ce sont les vendeurs de tapis et les vendeurs de produits qui nous ont saboté et saccagé le plaisir qu’on a entre artistes de travailler ensemble. Ils n’arrêtent pas de détruire tout ce qui est humain, tout ce qui est joli, tout ce qui est beau, tout ce qui est vrai. Moi, si je pouvais donner de l’argent sur des Zéniths que je remplis à des gamins pour que ça aille mieux dans leur vie, comme lui fait avec l’association de sa mère, je le ferais. Yannick Noah, c’est la personnalité préférée des français, il ne peut pas faire comme tout le monde. Il ne peut même pas aller boire un café tranquillement, sans qu’il y ait 25 demandes de photos avec lui avec un IPhone. Et discrètement, sans faire de pub, il donne ses sous. Et discrètement, il me permet de délivrer mes messages face à son public.

flow,larmes blanches,interview,café de la danseTu n’aimes pas évoquer ton métier de reporter photographe. Tu as vu pas mal de guerres… Je trouve cela dommage, car ça explique beaucoup tes chansons.

Un jour, je me suis astreint à me dire que ce que j’écrivais pour les journaux n’était pas objectif. Quand tu es journaliste, tu dois l’être. Tu dois dire la vérité. Etre journaliste, c’est prendre le maximum d’informations, vérifier leur exactitude et les retranscrire dans leur état, sans donner ton point de vue. Un bon reporter rapporte ce qu’il a vu, ce qu’il a entendu et il le donne en l’état. Alors, quand j’ai commencé à écrire des chansons, j’ai pu enfin donner mon avis personnel. C’était important que j’exprime ce que je ressentais, car je ne pouvais plus le garder à l’intérieur. Pour moi, les chansons, c’est thérapeutique.

Tu es très fâchée avec les médias ?

Je suis contre la communication, c’est pour ça que j’en fais avec mes petits bras, mes petites mains, ma grande bouche. Quand je rencontre des gens comme Melissmell ou Yanick Noah qui ont ce genre de puissance artistique, je m’accroche.

Tu as changé depuis que tu es chanteuse ?

Je pense qu’il faut travailler sur soi dans la vie, avant de travailler sur les autres. Quand on se fait évoluer soi, on fait évoluer les autres. Je me suis aperçue que quand tu mets une claque à quelqu’un, tu ne peux plus parler avec lui. Et bien, on le fait tous les jours avec les mots. Ce ne sont pas de vraies claques physiques, mais le résultat est le même. Si on communique avec agressivité, que voulez-vous que vous donne l’autre ? Rien. J’ai mis très longtemps avant de comprendre que la diplomatie n’était pas des courbettes. C’est juste peut-être même la forme nécessaire pour pouvoir commencer quelque chose avec quelqu'un. Moi, j’ai pris beaucoup de temps pour comprendre ça, parce que je suis une hyperactive, directe et plutôt rentre dedans. Je prends sur moi tous les jours. C’est un travail au quotidien.  

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J’avais de toi l’image d’une femme qui n’aime pas trop la promo, un peu farouche…

Tout le monde pense que je suis un doberman très méchant. C’est faux, mais n’approchez pas trop quand même ! C’est comme avec les enfants, c’est vraiment libre chez moi, mais tu ne dépasses pas les bornes. On est vraiment bien ensemble, mais si tu commences à marcher sur ma figure, je vais rouspéter un petit peu. Punk, cash !

La scène, pour toi, c’est quoi ?

Le bonheur total. C’est un endroit où je suis à 100% moi-même. Si j’ai envie de pleurer sur ma chanson, je pleure. Si j’ai envie de crier merde dans mon micro, je le fais. On ne peut pas tricher sur scène.

Tu dis que tu fais ce métier, pas pour être chanteuse, mais pour amener quelque chose aux gens.

Sinon, ça ne sert strictement à rien. Je veux que les gens qui sortent de mes concerts soient pleins. De nostalgie, d’émotion… en tout cas pleins de quelque chose.

Toi, tu donnes beaucoup sur scène, mais tu veux que le public te donne aussi. Ce sont des concerts interactifs, finalement.

Je ne suis pas là pour être gentille, ni être en complaisance, encore moins  pour faire mon numéro. Il faut être très prétentieux pour faire ce métier. Vous vous rendez compte ? Monter sur une scène et dire aux gens : « Regardez ! Ce que j’ai à dire est très intéressant !».  Donc, si ça ne sert à rien, j’arrête. Et si je continue, c’est que ça sert à quelque chose. Je voudrais qu’il y ait plusieurs alternatives à la révolte.

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 Petits souvenirs mandoriens, après l'interview...

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Ce soir, donc, au Café de la Danse...