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06 avril 2012

Benjamin Paulin : interview pour son deuxième album "2"

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On l’a connu rappeur avec le groupe Puzzle, puis sous le nom Le vrai Ben. C’est en 2010 avec L’homme moderne, que Benjamin Paulin trouve sa voix/voie, certes dans un style de crooner un chouia surjoué. Mais même si ses compositions paraissaient légères à la première écoute (inattentive), ses textes étaient en fait l’exact contraire. Corrosifs, entre dérision et ironie. Le deuxième album s’intitule (judicieusement) 2. Entre pop new wave des années 80 et electro pop nerveuse, cet album est tout simplement classieux.

Benjamin Paulin est venu à ma rencontre à « l’agence », le 16 mars dernier (merci à Patricia Téglia pour l’organisation sans faille du rendez-vous. Comme d’habitude.) Un jeune homme bien sympathique qui risque de devenir un futur incontournable de la pop française.

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benjamin paulin,interview,2,mandorInterview :

Tu reviens un an et demi  après L’homme moderne. C'est plutôt rapide...

J’ai même rongé mon frein. L’homme moderne était un album qui a été finalisé un an avant sa sortie. Il y a toujours une très grande inertie dans le marché du disque. En tant qu’artiste, quand on a envie de créer, quand on a envie de faire des choses, le laps de temps entre deux albums, deux tournées est toujours trop long...

Il faut bien recharger les accus et trouver l’inspiration, non ?

Je suis bien d’accord, mais pas trop longtemps.

L’homme moderne  a été un joli succès d’estime. C’était un album pop très bien ficelé qui a incité pas mal de journalistes à s’intéresser à ton cas.

En effet, même si cela n’a pas suivi au niveau des ventes. La maison de disque avait l’air d’être surprise de tant de bonnes critiques. Cela étant, ils n’avaient pas fait une immense mise en place dessus, à tort où à raison, il n’en reste pas moins que ça leur a donné envie de partir sur un nouveau disque.

Ce nouveau disque s’intitule 2. Plus de maturité, moins d’exercice de style. Ton écriture gagne en profondeur…

Avec ce titre, j’ai voulu appuyer sur la thématique de l’album. Le dédoublement qui s’opère dans l’esprit d’un personnage porteur d’une dualité complexe : l’auteur et l’interprète. Après avoir fait un an de concert et de première partie avec mon précédent disque dans lequel je m’étais construit un personnage avec un costume, j’étais fatigué de jouer ce rôle-là et je trouvais intéressant d’en parler. C’est un album dans lequel, vraiment, je raconte la lutte entre l’auteur et l’interprète. J’insiste sur ce point.

Est-ce que sur ce disque, tu te confies plus ? Je pose ma question autrement, est-ce lebenjamin paulin,interview,2,mandor vrai Benjamin Paulin ?

Le premier disque était plus impertinent et plus cynique, mais c’est justement quelque chose que j’ai voulu m’interdire sur celui-là. « Tout m’est égal » et « Les fleurs en plastique » sont les deux seules chansons de ce deuxième album qui se rapprochent du premier. Sur toutes les autres, j’ai essayé de ne pas fonctionner comme d’habitude, c'est-à-dire à la punchline, à la phrase coup-de-poing, comme j’avais coutume de le faire dans le rap. J’avais besoin d’être plus moi-même et de ne pas me cacher derrière de la rhétorique ou des formules.

As-tu l’impression de te bonifier avec l’âge, artistiquement bien sûr…

Depuis le début de ma carrière, à travers le rap puis à travers la chanson, je vais vers une quête de vérité, vis-à-vis de moi-même en tout cas. J’essaie de m’en rapprocher à chaque fois un peu plus. Textuellement, vocalement et musicalement. La musique, c’est une psychanalyse. C’est un chemin très long.

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D.R. © Ramon Palacios-Pelletier

2 est un album lumineux et sombre, simple et complexe, introspectif et divertissant. De plus, aucune chanson n’est placée au hasard…

Étant un grand fan de Gainsbourg et particulièrement de L’homme à tête de chou, j’avais envie depuis toujours de faire un album concept. Par contre, je n’aime pas le côté narratif pour souligner chaque chose. J’ai préféré faire des chansons sur des saynètes que j’imaginais et je me suis arrangé pour que l’on puisse les écouter sans que l’on pense à l’histoire. On entend une cohérence globale, même si le liant n’est pas surligné. Ce qui est certain, c’est que je ne voulais pas faire un album jugé « intellectuel » encore moins que l’on puisse considérer « excluant ».

Frédéric Lo a réalisé l’album… Il a une forte identité musicale, toi aussi. Comment c’est passé votre collaboration ?

J’étais très content de travailler avec Frédéric.  Je suis très content de ce qu’il a fait de mes chansons, comment il les a fait vivre. Je n’en espérais pas autant.  On a eu un rapport assez simple. Je l’ai laissé aller là où il voulait se rendre. Il m’écoutait, je l’écoutais et on n’a jamais été dans le combat. Il a dépassé souvent ce que j’espérais. Cet album s’est conçu de façon logique, comme si tout s’organisait pour que ça se réalise avec beaucoup de plaisir et d’implication.

Tes textes sont littéraires. Lis-tu beaucoup ?

Comme tout ce que je fais, je fonctionne de manière extrême et boulimique. Je peux lire 10 livres en une semaine et ne pas en lire pendant un an. Les mots et l’écriture sont ce qui génèrent le plus d’émotion en moi. Je peux être ému par un auteur, par de la littérature, être ému par de la musique toute seule. Quand on mélange le sens et la musique, il y a un troisième langage qui se créé. C’est ce que j’ai voulu explorer dans ce disque-là.

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Il y a la participation exceptionnelle d’une légende de studios, le bassiste anglais Herbie Flowers (basse de "Melody Nelson" de Gainsbourg, "Electric Warriors" de T Rex et "Transformer" de Lou Reed.)

Il a passé deux jours en studio avec nous. On a payé un tribut au rock’n roll. Il nous a raconté plein d’anecdotes de studios, c’était un sacré bon moment.

Ton clip de « Variations de noirs » est assez particulier. Il y a trois comédiennes qui écoutent ton disque sur trois clips différents…

L’idée était de regarder quelqu’un écouter. C’était un concept intéressant et comme c’était un album assez radical, il fallait aussi que la mise en image le soit.

Rossy de Palma.

Hafsia Herzi.

Zoé Félix.

Le clip final avec tout le monde dedans... même le chanteur !

En quoi ton album 2 est-il radical ?

Parce que rien n’est fait pour plaire. On a juste voulu aller au bout d’une idée, d’un sentiment et d’une esthétique sans chercher à rentrer dans un cadre habituel.

Tu cites volontiers Cioran, Albert Cohen, Céline ou encore Bukowski. Es-tu tenté par l’écriture d’un roman ?

J’écris des nouvelles. D’ailleurs, il y a une qui va être publiée dans une revue en juin. Pour l’instant, je ne me sens pas encore capable d’attaquer un format plus long. J’ai une espèce d’incapacité à développer vraiment ou à faire tenir mes idées sur des chapitres entiers. J’ai toujours besoin de compacter au maximum les idées pour qu’elles soient efficaces. Moi, je souhaite écrire sans rien qui ne soit présent pour décorer. Je veux que l’on sente la  puissance des mots à chaque phrase.

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02 avril 2012

Jérome attal : Interview pour "L'histoire de France racontée aux extra-terrestres"

jérôme attal,l'histoire de france racontée aux extra-terrestres,interview,mandor

jérôme attal,l'histoire de france racontée aux extra-terrestres,interview,mandor8e mandorisation de Jérôme Attal. (Les précédentes mandorisations : pour une présentation générale du monsieur, pour L’amoureux en lambeaux, pour Les Beatles, en rouge et en bleu, pour Le garçon qui dessinait des soleils noirs, pour Journal Fictif d’Andy Warhol , pour Pagaille Monstre et enfin pour Folie furieuse. On ne pourra pas dire que je ne crois pas en son talent.

Avec ce 7e roman, Jérôme Attal raconte l’histoire de France aux extra-terrestres. Toujours avec son style : humoristico-poético-romantique... et forcément jubilatoire!

L’auteur :

Jérôme Attal est l’un des paroliers les plus prisés de la scène musicale française (Pierre Guimard - Florent Pagny - Johnny Hallyday - Eddy Mitchell - Michel Delpech - Jenifer - Mareva Galanter - William Rousseau - Constance Amiot - Marie Amélie Seigner - Chimène Badi ...). Il poursuit également une carrière d’auteur, compositeur, interprète. Il a écrit 7 romans.

jérôme attal,l'histoire de france racontée aux extra-terrestres,interview,mandorLe livre selon l’éditeur :

Suite à une rupture amoureuse, le narrateur se retrouve sur une planète inconnue : Zyproxia.

Les Zyproxiens, qui évoluent dans un éternel présent, sont dépourvus de souvenirs comme d’imagination. Un problème pour les enfants qui réclament toujours des histoires avant de s’endormir ! Le chef des Zyproxiens voit donc comme une aubaine l’arrivée de notre héros, et lui demande s’il aurait la gentillesse de raconter à son fiston de merveilleuses histoires de là d’où il vient.

L’histoire de France racontée aux extra-terrestres se compose de plus d’une trentaine de courts chapitres parmi lesquels : La faute à Saint-Ex. Le Go fast de la révolution française. Et si le vase de Soissons avait été made in China ? L’histoire de France doit-elle avoir peur des jeunes filles au pair ? Les conversations secrètes entre François Mitterrand et Andy Warhol. Le Journal intime de Louis XIV. Pourquoi nos cousins du Québec sont-ils toujours enthousiastes ? Confessions d’une accro à l’Histoire de France... Et vous assisterez même à un concours de drapeaux français réalisés par des extra-terrestres. Vous découvrirez tout cela et davantage dans ce roman jubilatoire et poétique, inventif et malin.

Interview (à lire souvent avec un second degré qui, j'en suis sûr, ne vous échappera pas) :

jérôme attal,l'histoire de france racontée aux extra-terrestres,interview,mandorAprès les Livres dont vous êtes le héros, Pagaille monstre et Folie furieuse,  voici un livre qui s’adresse aux extra-terrestres. Deviens-tu un auteur « conceptuel » ?

Non, mais je trouve que c’est une proposition intéressante et plaisante d’écrire des livres plutôt rigolos dans lesquels je peux me permettre d’y inclure des choses plus intimes. Il y a une belle texture au final, j’espère. Ça m’aide en interview et dans les salons du livre. Je suis plus à l’aise avec des propositions décontractées, même si je garde une exigence littéraire. Ce procédé ouvre le champ des lecteurs. Il y a des choses profondes et des choses plus marrantes d’instinct et d’emblée.

Tu n’aimes pas vraiment être cloisonné.

Quand j’ai fait mon disque, on m’a dit que ça faisait trop « parisien », alors que les gens à Paris ne le soutenaient pas du tout. Par contre les radios francophones se demandaient pourquoi je n’avais pas rencontré le succès à Paris. Bref, j’essaie de tout décloisonner à présent. Je souhaite que ce que j’écris plaise à des jeunes gens de 17-18 ans, comme aux gens plus âgés.

Tu décloisonnes tellement que tu nous embarques sur la planète Zyproxia.

Je prends de la hauteur, en effet. Quand j’ai eu l’idée de ce livre, j’étais dans un grand moment de lecture de Richard Brautigan. Il a fait un livre qui s’appelle La pêche à la truite en Amérique, qui est son grand succès. Il prend la pêche à la truite en Amérique et en fait un personnage, Baduc…  et il part dans un délire. De plus, je savais que le livre sortirait pendant une période grave en politique où les gens allaient s’accaparer la nation, la patrie… tout ça. J’évoque une patrie de souvenirs en commun ou de visages rencontrés plutôt qu’une patrie nationale. J’aime bien le fait que Louis XIV se demande comment il va faire pour renouveler sa carte d’identité parce que sa mère s’appelle Anne d’Autriche et qu’elle habite en Espagne.  Ca m’a fait marrer de prendre le biais de personnages historiques pour raconter des choses plus contemporaines.Ceux qui aiment La folle histoire du monde de Mel Brooks ou Sacré Graal ! des Monthy Python ne seront pas dépaysés, en tout cas.

L’histoire de France te passionne depuis tout petit, je crois.

J’aimais beaucoup l’histoire de France pour en faire des héros avec lesquels je pouvais jouer. Je recréais des scènes avec des Playmobil dans ma chambre. L’histoire de France, c’était un immense bac à sable. Chacun avait ses héros favoris, Napoléon, Vercingétorix par exemple, et on pouvait les tenir entre les mains et imaginer des situations inédites. On se constitue aussi par les héros que l’on a dans sa jeunesse. Ce livre, oui, finalement est très lié à l’enfance.

Dans ce livre, on retrouve les thèmes présents dans tous tes livres : les filles, la littérature et Andy Warhol en particulier. Est-ce que ce roman est le condensé de ton œuvre ? Es-tu allé au maximum de tes possibilités ?

Non, je ne suis pas allé au maximum, car il faut toujours garder des cartouches pour la suite. J’adore Jean-René Huguenin qui est un auteur qui n’a écrit qu’un seul roman. Il est mort à 26 ans d’un accident  de voiture. Son roman est tellement parfait que par superstition, je garde toujours des cartouches pour la suite. Tu sais, j’écris toujours pour améliorer les livres d’avant. Je n’ai pas trop l’angoisse de la page blanche, parce que je suis insatisfait. Je suis toujours insatisfait du livre précédent, donc j’écris le suivant pour essayer de réparer les erreurs du précédent.

jérôme attal,l'histoire de france racontée aux extra-terrestres,interview,mandor

A un moment, tu écris : « les lois de la fiction sont parfois bien étranges ».

Pourquoi, j’ai dit ça ?

Je ne sais plus. Mais tu es d’accord avec ce que tu as écrit ?

Hors contexte, je suis rarement d’accord avec moi-même. C’est mon côté Deleuzien. Ce qui est important, c’est le contexte. Je suis pour le contexte. Retrouve-moi le contexte et je valide cette phrase.

Non, j’aime bien ta réponse. Je ne cherche pas plus loin.

Cela étant, quand je vais en librairie et que je feuillette des livres, je me dis, qu'effectivement, les lois de la fiction et de l’édition sont parfois bien étranges.

jérôme attal,l'histoire de france racontée aux extra-terrestres,interview,mandorAs-tu peur que l’on ne comprenne pas ton œuvre ?

Je suis toujours en train d’être en colère contre des gens qui m’ignorent et qui se foutent de mon existence. Je préfère que des lecteurs et que des gens comme toi, qui me soutiennent depuis le début, trouvent une cohérence à tout ce que j’entreprends artistiquement, plutôt que d’être compris par ce qui fait mode et ce qui fait l’actualité. Je suis revenu de ça depuis très longtemps.

Tout artiste recherche la reconnaissance.

Oui, mais la reconnaissance dépend aussi souvent d’un contexte. On y revient, tu vois. Je préfère avoir des gens qui trouvent ça bien de manière spontanée. Moi, je suis mon premier client. Très vite, il faut que je plaise aussi au goût que j’ai et, du coup, je tente de faire le mieux possible en conséquence.

Tu te demandes pourquoi il n’y a pas plus d’éclairages sur les livres que tu fais, je le sais.

Bien sûr. C’est mon 7e livre, je n’ai jamais été aidé par un organisme. À chaque fois, je pose des dossiers à droite et à gauche pour avoir des bourses et ça ne marche jamais. Par contre c’est vrai qu’il y a de nombreux libraires qui me soutiennent et ça, c’est inestimable.

Il y a aussi ton éditeur, Stéphane Million.

Oui, c’est lui qui, a un moment donné, m’a proposé d’écrire un livre. C’est lui qui m’a donné confiance. Il a accepté tous mes projets littéraires les plus surréalistes. Il est toujours enthousiaste. C’est un sacré luxe.

Est-ce que l’on peut dire que plus tu écris, moins tu deviens grave ?

Parce que je suis plus heureux. Le livre le plus grave, c’était Le garçon qui dessinait des soleils noirs, mais je sortais vraiment de cette expérience de la musique où j’avais été très malheureux en tant que chanteur par rapport à ma façon de voir les choses. Par contre, je suis ennemi de la pesanteur. Même dans mes écrits un peu tristes, je fais en sorte qu’il y ait un peu de distance. Il faut toujours avoir une distance par rapport à sa colère et à son désespoir. Ce n’est pas pour rien que j’ai toujours aimé l’œuvre de Cioran.

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Ça n’a rien à voir, mais tu regardes The Voice ? Je te demande ça, car il y a dans le jury Jenifer et Florent Pagny pour lesquels tu as écrit de beaux textes…

Ce sont les deux artistes qui ont sorti cette année un single avec une de mes chansons. Jennifer pour « L’envers du paradis » et Florent Pagny pour « Tout et son contraire ». J’ai trouvé cette émission plutôt bien et très fraiche par rapport aux émissions du même genre. Je n’ai pas encore regardé les « battles », mais à priori, le succès n’est pas volé.

J’ai entendu unenouvelle chanson écrite par toi et chantée par Daran, « Kennedy ».

Je  ne sais pas si le nouvel album de Daran sera en vente en France étant donné qu’il s’est exilé au Québec. Le disque est sorti là-bas en tout cas et on peut le trouver sur ITunes.

À quand un nouveau concert de Jérôme Attal ?

Pour l’instant, je n’y songe pas. Je préfère que les gens achètent mon livre plutôt qu’ils viennent me voir chanter alors que je n’ai pas de nouveau disque. La littérature est vraiment ma priorité du moment. Cela étant, je vais t’avouer un truc qui me trotte dans la tête depuis quelques temps. J'aimerais proposer aux salons du livre de pouvoir faire un concert avec mes musiciens qui mêlerait pourquoi pas quelques lectures de participants au salon, ou alors un concert seul. Puisque je fais le tour des salons du livre quasiment toute l'année, et que je cherche la cohérence entre mes divers travaux, ce serait top de pouvoir proposer un concert le samedi soir aux organismes qui nous reçoivent. Un concert ouvert à tous les participants, les bénévoles et le public.

Pour revenir à ton livre L’histoire de France racontée aux Extra-terrestres, peut-on dire que c’est Le Petit Prince des années 2010 ?

(Rires). Elle est super celle-là ! Est-ce que tu pourrais faire un bandeau ? En fait, je ne suis pas d’accord. Saint Exupéry, il dit que « s’aimer, c’est regarder ensemble dans la même direction », et moi je dis « s’aimer c’est, se tenir la main et regarder où bon nous semble ». Et puis, mon livre est plus cultivé que Le Petit Prince. Après tout, le petit prince ne cultive que sa rose…

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(Merci à Pierre-Yves Mattera pour être devenu l'espace d'un instant un Zyproxien plus vrai que nature...)

A noter : Ce soir, (lundi 2 avril), Jérôme Attal est l'un des invités de l'émission AU FIELD DE LA NUIT, sur TF1.

29 mars 2012

Colline Hill : interview pour la sortie de "Wishes"

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Voilà une jeune femme qui aime et qui joue les rythmes universels de la Folk, la Country et le Blues. Pour être clair, la Bretonne exilée en Belgique s’adonne avec bonheur et profondeur à une folk moderne aux accents "poppy".

Son premier album de Colline Hill, Wishes, c’est « autant de souhaits qui sont égrenés avec force sur cet album. À l’écoute du premier album de Colline Hill, on s’imagine déjà roulant sur l’une de ces routes du Texas ou de la Californie, ivre de liberté et d’insoumission, en quête d’authenticité et de vibrations... la voix de Colline Hill n’est pas sans rappeler celle de l’icône de la Folk, engagée par essence, Joan Baez » dixit le dossier de presse.
Ce qui est certain, c’est que ses chansons transportent loin.

J’ai voulu rencontrer Colline Hill pour comprendre les voyages que sa voix nous impose. Lors de son dernier passage parisien, la chanteuse musicienne est passée à « l’agence ». C’était le 16 mars dernier, la veille de sa première partie au Bataclan du groupe America.

Colline Hill a une forte personnalité et n’a pas la langue de bois. Quand elle répond à mes questions, elle ne fait pas semblant… j'ai beaucoup apprécié cette rencontre vraie.

Pour commencer, voici le premier clip tiré de cet album, "Someone left before me".

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423837_2752541894377_1282537313_32107532_1081550421_n.jpgInterview:

Raconte-nous ce que tu faisais avant d’être artiste.

J’ai deux masters de droit. J’en ai un en science criminelle et carrière judiciaire et un en victimologie. Je me suis demandée ce que j’allais faire avec ces deux diplômes-là, j’ai donc fait un break. Ça me ressemblait d’une certaine manière et en même temps ce milieu-là ne me plaisait pas des masses. J’ai trouvé ma branche dans la « victimo ». Je voulais être utile et servir à quelque chose. Ça m’a bien plu, mais je ne pouvais pas faire cette activité longtemps parce que j’avais la fibre artistique qui me titillait tout le temps.

Pendant cette période-là, tu jouais parallèlement de la musique ?

J’étais pianiste classique de 8 à 15 ans et puis j’ai arrêté parce que j’ai fait aussi beaucoup de sport au niveau national. J’ai été championne de France de tennis de table (clubs laïques). Il fallait que je choisisse entre mes activités sportives, les études et la musique. J’ai donc laissé de côté la musique quelques années. A l’âge de 17 ans, lors de ma première année de fac, j’ai fréquenté un pub irlandais qui venait de s’ouvrir. Étant bretonne, la musique celte m’a toujours attiré. Et principalement les ballades irlandaises. La patronne du pub m’a entendu fredonner beaucoup de ballades et elle a fini par me dire que le vendredi il y avait des sessions ouvertes à celles et ceux qui le souhaitaient. Elle m’a dit : « Tu peux faire de grandes choses avec ta voix et avec l’univers que tu as, tu peux aller très loin ». J’ai commencé comme ça. Par un encouragement qui a changé la donne.

Ensuite, tu t’es mise à la guitare.

Oui, il y a 7 ans. Tout le monde pensait que c’était un peu tard, mais j’ai persévéré. Il n’est jamais trop tard pour apprendre. J’ai « pondu » mes chansons à la guitare et ça n’a pas trop mal réussi.

"Where you are" par Colline Hill dans l'émission "Service Compris" du 02 mars 2012 sur Télé Mons.

Quand as-tu eu le déclic pour ne te consacrer qu’à la musique?

J’ai toujours bien fait les jobs dans lesquels j’évoluais parce que j’ai un tempérament assez leader et ambitieux. Tout ce que j’entreprends, j’ai tendance à vouloir devenir « number one », alors, il y a un moment où tu es crevée et où la machine ne suit plus. On ne peut pas tout faire. J’ai donc choisi une unique activité. La musique, mais à fond.

Au grand plaisir de tes parents, je suppose.

(Sourire). Mes parents rêvaient d’autre chose pour moi. J’ai fait études de droit et je me  dirigeais vers une carrière d’avocat, tu imagines la déception. Mon père est animateur dans une chorale, il chante tout le temps, du matin au soir, mais ma mère est plus pragmatique, très droite, le prix de l’effort et du travail en toile de fond. Imprégnée de ça, il y a une espèce de culpabilisation et de culpabilité chez moi de partir dans un métier où je me ferai juste plaisir. Du coup, j’ai un petit diable qui me dit « il faut que tu y ailles » et un petit ange qui répond « ce n’est pas sérieux ».

Encore aujourd’hui, tu culpabilises?

J’essaye de tuer l’ange. Mais, c’est difficile quand on a 30 ans. On te demande : « Et maintenant, tu fais quoi ? ». Tu réponds que tu fais de la musique et on comprend que c’est le week-end en dehors de ton « vrai » boulot. C’est le lot de plein d’artistes qui ont commencé sur le tard et c’est dur. Dans mon choix, j’ai bien conscience qu’il y a une part de folie.

Tu le vis bien ?

Ce n’est pas facile tout le temps. C’est un changement de vie et de conditions financières. On sait ce que l’on perd et pas ce que l’on retrouve, mais psychologiquement, je suis beaucoup plus heureuse maintenant que lors de mes années « juriste ».

Tu as pu enregistrer ton premier album grâce à un site participatif belge, Aka Music.

831 personnes ont versé une somme suffisamment conséquente pour que je puisse faire un album dans de bonnes conditions. Il y en a qui ont mis 5, 15, 1000 ou même 3000 euros. C’est incroyable ! J’ai obtenu 50 000 euros. J’en ai utilisé 15 000 pour produire un premier EP. Et le reste pour l’album en lui-même. Outre l’argent qui était versé, j’adorais voir les commentaires sur mes chansons. C’était très élogieux et c’est encourageant pour continuer.

Version acoustique de "From now" (titre tiré de l'album Wishes) avec David Vermeulen (guitare) et Hugo Adam (cajon).

Ton album est super bien produit.

Il est produit par Stewart Bruce, l’arrangeur connu pour son travail au Real World Studio et ses collaborations avec Peter Gabriel, Kate Bush, Clarika. On a fait cet album tous les deux pendant 10 jours en Angleterre. Lui, avant d’être arrangeur, il est aussi musicien. Il a joué beaucoup d’instruments, batterie, basse, guitare électrique et moi beaucoup d’instruments acoustiques. Je suis très contente du résultat. L’album a un son terrible.

Peut-on dire que c’est un album folk ?

Oui, avec une touche pop. Mais ma voix est faite pour le folk.

 

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Tu fais demain la première partie d’América au Bataclan. Un truc de dingue !

J’adore ce que ce groupe représente. Les années 70 et ce folk mythique… les pattes d’eph, les cheveux longs, cette espèce de truc à la Woodstock. J’ai l’impression que je ne suis pas née à la bonne époque.

Tu m’as l’air en tout cas très déterminée à réussir ta vie de chanteuse.

Je ne lâcherai rien tant que je ne serai pas là où j’ai envie d’être. Je sais que je vais en prendre plein dans la figure, que je vais avoir des déceptions, que je vais déguster, mais je ne lâcherai rien.

Je te sens presque impatiente.

Je sais qu’il faut que je prenne mon « bien » en patience. Je suis aussi quelqu’un de très angoissée. On a du budget, mais pour un temps limité, donc il faut que les choses et les évènements ne tardent pas trop. On a un album et puis quoi ? Que va-t-il se passer après ? Les anxieux sont toujours dans l’anticipation. Et moi j’anticipe sur les 6 mois qui arrivent. Il faut que je sache où je vais… je préfère bosser pour moi. J’ai été efficace pour les autres alors je me dis que ce serait bien que je sois efficace pour moi.

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Pour en savoir encore un peu plus, en son et en image... Voici le reportage retraçant les étapes de réalisation de son 1er album "Wishes" (Universal/ Février 2012).

26 mars 2012

Sandrine Roudeix : interview pour "Les petites mères"

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C’est un joli roman que celui de Sandrine Roudeix. La famille, les non-dits, la communication difficile, la transmission qui ne l’est pas moins… Les Petites Mères chamboulent le lecteur. M’ont chamboulé moi, en tout cas.

Après avoir chroniqué ce livre aussi noir que délicat, j’ai donc souhaité rencontrer cette auteur(e) (néanmoins photographe réputée), le 9 mars dernier, pour une mandorisation en règle dans "mon" agence.

Portrait :

D'origine espagnole par son arrière-grand-mère, Sandrine Roudeix passe son enfance à Toulouse, fait ses études à Bordeaux et sa vie professionnelle à Paris. Elle travaille d’abord dans l’édition avant de devenir journaliste, puis photographe et romancière, ses deux passions.

Après un premier roman, Attendre, où Sandrine Roudeix abordait la question de l'identité à travers les enjeux d’une naissance, elle explore dans Les Petites Mères, son dernier titre paru aux éditions Flammarion, les conséquences de la transmission mère-fille.

Voici ma chronique de Les Petites Mères paru dans Le Magazine des Espaces Culturels Leclerc (daté du mois de Mars 2012).

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sandrine roudeix,les petites mères,interview,mandorInterview :

Revenons sur votre parcours, en quelques mots.

J’ai fait un bac scientifique, math-physique, plus une prépa HEC, plus une école de commerce, plus une fac de Lettres. En fait, dès le départ, je voulais travailler dans la littérature. Je suis issue d’une famille un peu populaire, un peu modeste qui disait : « Travaille ma fille, la littérature, ça ne fait pas vivre !  Le commerce, c’est bien. » Tout ce qui est associé à la culture n’était ni la culture de la maison, ni l’espoir de la maison.

Vous êtes rentrée chez Gallimard après vos études en 1996.

J’ai travaillé un an dans cette maison, je m’occupais du marketing chez Folio. J’ai fait d’ailleurs du marketing pendant 10 ans, chez Gallimard, chez 10-18 et au Seuil. Au bout de 10 ans, j’ai fini par me rendre compte que je m’étais trompée de voie. Je suis devenue journaliste pendant un an à Livres Hebdo, après j’ai fait des portraits d’écrivains et de musiciens pour le Nouvel Obs Paris. Toujours dans la culture, quoi !

Ça se tient comme parcours (que l’on peut découvrir plus en détail là !).

Je suis partie d’un entonnoir, j’ai tâtonné parce que  je n’osais pas encore m’avouer que je voulais aller vers la littérature directement.

Mais comment en êtes-vous venue à la photo ?

Au bout de six mois au Nouvel Obs Paris, je leur ai dit que je pouvais aussi leur faire des photos. Ils ont accepté. Je n’ai pas de formation photo. Je suis juste partie voyager autour du monde toute seule avec mon appareil photo, après ma cassure du monde du marketing et de l’édition.

Vous avez photographié Raymond Depardon et vous connaissez bien Jean d’Ormesson. Vous ne vous mettez pas un peu de pression dans chacun de vos domaines de prédilection ?

C’est très motivant, au contraire. Et moi, venant d’un autre milieu et d’un peu loin, cette reconnaissance est la preuve que tout est possible. En toute modestie, j’ai envie de suivre leur chemin. Pour Les petites mères, Jean d’Ormesson a été le deuxième à m’appeler, après ma mère. Il m’a dit avec sa petite voix chevrotante : « Sandrine, j’ai trouvé ça déchirant, mais déchirant ».

sandrine roudeix,les petites mères,interview,mandorVotre premier roman, Attendre, vient tout juste de sortir en poche.

C’est génial. Je connais très bien les rouages d’une maison d’édition. Ça veut dire que ce livre va durer un peu plus longtemps. Attendre, c’est mon premier roman, mais Les Petites Mères, c’est encore plus mes tripes.

Dans vos deux romans, il n’y a pas de grands paysages, on est plutôt enfermé.

J’aime les espaces clos dans les romans. Dans la contrainte, je trouve qu’on est beaucoup plus créatif. La difficulté avec Les petites mères, c’est que je voulais raconter cette malédiction familiale, matriarcale, transmission mère/fille qui ne se passait pas très bien, dans une seule et même journée. Je ne voulais pas que les gens s’emmerdent parce qu’elles sont beaucoup dans les réminiscences du passé et dans les télescopages de leurs espoirs et leurs déceptions. Il fallait que ça soit tendu, j’ai donc travaillé cette tension-là en essayant, pour chacune des petites mères, d’avoir un enjeu dès le départ, une interrogation. Yann Queffelec m’avait dit un jour : « S’il n’y a pas d’énigme dans un livre, c’est du foutage de gueule pour les lecteurs ». Ça m’a marqué, moi qui ne suis intéressée que par le côté psychologique et les liens, du coup, dans mes romans immobiles, j’ai décidé d’inclure énigmes et résolutions.

Vous parlez dans vos romans de transmission, certes, mais aussi du poids de l’héritage et sandrine roudeix,les petites mères,interview,mandordes répétitions de génération et génération.

Les parents et les grands-parents font ce que l’on est aujourd’hui. Si on ne comprend  pas ça, on n’a rien compris à la vie. Dans Les petites mères, j’ai voulu montrer que chaque petite mère ne fera pas pareil que sa propre mère avec sa fille. Je dresse le constat que, finalement, on ne fait jamais bien.

Il n’est pas exagéré de dire que ce que vous écrivez est très largement inspiré des évènements de votre vie personnelle.

En fait, comme pour Attendre, il y a un gros côté autobiographique, mais je suis issue d’une famille de taiseux, j’ai des bribes, mais tout n’est pas dévoilé sur mon histoire familiale. La littérature m’a permis d’inventer les fils qui relient chaque information que j’ai pu glaner petite ou plus récemment. Dans Attendre, je raconte une naissance non désirée. Je me mets tout à tour à la place de la petite fille qui attend son père qu’elle ne connait pas, de la mère qui, deux ans plus tôt, veut dire à sa fille qui est son père. Je traite la question de l’identité. Qui on est par rapport à un père et une mère qui ne nous ont pas voulu. La fin du livre se termine au moment zéro de la naissance. En vrai, je connais la conséquence, je connais le fait, mais je ne connais pas l’entourage. J’invente donc.

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Est-ce que votre mère à lu Les Petites Mères ?

Oui. Elle a été bluffée que j’écrive des choses dont elle était certaine que je ne savais pas et que la littérature m’a fait découvrir, mais sans m’en rendre compte. On sait toujours ce que l’on porte en soi.

Était-elle au courant que vous écriviez ce genre de livre ?

Oui, je ne lui ai jamais caché, mais je ne lui ai pas fait lire avant, ni l’un, ni l’autre. Toute modeste qu’elle soit, c’est une grande lectrice. Elle a tout à fait compris que mes livres étaient des objets littéraires, que c’était des livres et qu’il fallait les prendre comme tels. Du coup, elle ne se sent presque pas visée. J’ai trouvé cela très intelligent.

Parlons des hommes dans Les petites mères. Ils n’ont pas le beau rôle…

C’était le sujet puisque je voulais traiter le matriarcat. Le matriarcat = pas d’homme. Soit parce que les hommes sont absents, soit parce qu’ils sont méchants. Les petites mères ont choisi les mauvaises personnes et elles ont été très abimées. Je ne dis pas que tous les hommes sont des salauds, mais dans cette famille-là, ils l’étaient tous. La plupart des gens disent à mon éditeur et à mon attachée de presse que c’est hyper sombre et hyper noir. Je pense plutôt que mon roman est très noir, mais surtout qu’il est très proche du commun des mortels et que c’est un peu dérangeant. Si on gratte dans chaque famille, on peut trouver des accointances avec ce que je raconte dans ce roman. En fait, dans mon livre, il y a un message d’espoir : on peut croire qu’il y a une répétition et une malédiction, mais malgré tout, on peut s’en sortir et avoir une prise de conscience pour ne pas reproduire le schéma. Chacun fait comme il peu, mais chacun peu, à un moment donné, s’échapper.

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Avez-vous peur qu’on ne comprenne pas ce que vous avez voulu exprimer.sandrine roudeix,les petites mères,interview,mandor

Non. Ça ne se dit pas, mais je n’écris pas pour le lecteur, j’écris pour moi. J’écris parce que ça me semble important. J’ai voulu comprendre le processus de la transmission mère/fille. J’ai voulu tout désarticuler sur ce sujet pour essayer d’en saisir les nuances et tout mettre à plat.

Et ça va mieux aujourd’hui ?

Je comprends que vous insinuez que ce roman a remplacé un psy. Ce n’est pas tout à fait exact dans mon cas, parce que je ne peux écrire sur un sujet que lorsqu’il est réglé pour moi. C’est le seul moyen, encore une fois, d’en faire un objet littéraire.

Y a-t-il un rapport entre votre façon de photographier et votre façon d’écrire ?

Vous ne croyez pas si bien dire. Quand j’écris une scène avec plusieurs personnages, je m’amuse à les faire tous parler à tour de rôle, à la première personne du singulier. C’est vraiment comme un travail photographique. J’ai mon appareil photo. Je fais une photo d’un côté, et comme un chat, je tourne autour de mon sujet. En littérature, c’est pareil, j’essaie de me mettre dans tous les angles de vues possibles pour comprendre une psychologie et qu’il y ait à la fois de l’adhésion et du rejet.

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Portrait en ouverture d'interview : Alain Delorme

Les autres portraits : Sandrine Roudeix

Les photos à l'agence: bibi

21 mars 2012

Garance : interview découverte !

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(Crédit : Magali Tifiou Fernandez)

Garance est une jeune chanteuse que j’ai découvert par hasard sur la page Facebook d’un de ses musiciens, qui est aussi un ami, Fred Féraud. J’ai regardé deux extraits d’un récent concert et j’ai beaucoup apprécié (et immédiatement, ce qui chez moi est rare). Fraîcheur, ironie, second degré, une voix aussi belle que la plume.


Peut-être par garancemusique


Les idées rock par garancemusique

J’ai envoyé un message à Fred en lui disant tout le bien que je pensais de la chanteuse avec laquelle il bossait. L’idée de la mandoriser n’a pas mis longtemps à germer. Aussitôt dit, aussitôt fait, la jeune femme est venue avec Fred à mon agence, le 8 mars 2012 dernier.

Je me suis amusé à compléter la biographie officielle de Garance avec des extraits de son interview :

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29154_406127603517_305792583517_4123841_4344335_n.jpgÀ l'âge de 18 ans, elle écrit, joue, chante et met en scène des pièces de théâtre, danse dans des créations.

- J’ai toujours chanté, mais ma vocation première était de faire du théâtre. À l’âge de 18 ans, quand je suis arrivée à Paris, c’était pour m’adonner à cette activité artistique. J’ai suivi les cours Florent, puis j’ai monté ma propre compagnie, j’ai joué,  mis en scène et écrit des pièces. Mes premières chansons, je les ai écrites un peu par hasard sans vraiment me dire que j’allais en faire un métier.

De ce travail se dégage peu à peu le besoin de faire passer les émotions à travers ses propres mots. C'est naturellement que la guitare s'impose pour donner vie à des mélodies toujours rythmées par la cadence du texte. En 2006, les premiers concerts ont lieu avec Brams, lui aussi auteur compositeur, et pendant 2 ans le duo baptisé « Garance et Brams » se produit dans des cafés-concerts et enregistre l'album "Repose ta veste".

- On était copains au lycée. Un Noël d’il y a 6 ans, nous nous sommes revus. Lui composait déjà et moi je chantais. On a décidé de jouer ensemble. On a fait beaucoup de concerts. Quatre par semaines dans tous les bars de Paris. On était super motivés et c’était une école de la vie formidable et formatrice. Capter un public qui ne vient pas spécialement voir un concert, ce n’est pas évident. On a fait ça pendant deux ans. Ça m’a donné envie de continuer, mais dans des salles plus importantes et surtout, d’y consacrer ma vie de manière plus professionnelle. Avec Julien, nous n’avions pas tout à fait les mêmes ambitions, donc, j’ai décidé de poursuivre seule en faisant des concerts en solo ou avec un guitariste.

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37227_413649418517_305792583517_4318163_1440471_n.jpgEn 2008 Garance débute donc une série de concerts dans sa nouvelle formule. Elle présente son guitare-voix dans les salles parisiennes et ailleurs en France.  Elle sort en 2010 un album éponyme comprenant 8 titres.

-Il n’est plus trop représentatif de ce qu’on fait aujourd’hui en concert. De plus, certains textes sont très anciens. J’ai le souhait d’en enregistrer un autre très vite. Beaucoup de nouvelles chansons sont déjà prêtes.

Aujourd’hui, c'est donc accompagnée par un guitariste, un bassiste et un batteur qu'elle revient sur la scène musicale en 2012. De l'acoustique elle passe à l'électrique et revoit son répertoire dans des nouvelles sonorités avec une formation plus rock. Elle se présente sur scène avec justesse et honnêteté, choisit de faire résonner ses mots au travers d'un son brut, sans apprêt.garance,garance bauhain,interview,mandor

- Au bout de quelques années de travail, je me suis sentie au bout de ce que je pouvais faire toute seule. Je sentais que je n’arrivais plus à avancer,  j’avais envie d’aller plus loin et de dire autre chose. En mai 2011, j’ai mis une annonce sur un forum de musique pour chercher bassiste, batteur et guitariste. J’ai ensuite fait passer des auditions. Ensuite on a fait des répétitions ensemble et ça a fonctionné immédiatement. Je joue donc aujourd’hui avec Fred Feraud à la basse, Matthias Moreno à la batterie et Thomas le Mazurier à la guitare électrique et à la clarinette.

Ses chansons parlent de certains évènements de la vie (la sienne ou pas) avec recul et un peu d’humour.

Parfois ce sont des petites histoires, parfois juste des sensations. J’aime quand les textes sont un peu abstraits. J’aime aussi raconter le ressenti des choses à un moment précis. Ce n’est pas de la chanson réaliste, car je laisse parfois les choses dans le flou. J’apprécie que les gens qui écoutent mes chansons aient plusieurs interprétations.

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Garance avec son bassiste, Fred Feraud sur le désormais fameux canapé de "mon" agence...

Merci encore à lui pour m'avoir permis de découvrir cette pépite aussi talentueuse que sympathique.

Merci à Magali Tifiou Fernandez pour les jolies photos "studio" (pas celles prises le jour de l'interview).

Je souhaite une longue route à cette jeune chanteuse qui est loin d'être une débutante et qui, je pense, à beaucoup à donner à cette chanson française d'aujourd'hui que j'aime tant.  

08 mars 2012

Fabien Hérisson et Nicolas Sker : interview pour "Les auteurs du noir face à la différence"

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Les forces en présence :

- Fabien Hérisson : Il consacre une grande partie de son temps libre à la lecture de polars, à la rédaction de chroniques pour K-libre et à l’administration, sous le pseudo du Proprio, de Livresque du Noir, un site sous forme de tribune, dédié aux auteurs du Noir.

- Nicolas Sker (pseudonyme de Nicolas Beuglet) : Directeur artistique et scénariste d'une grande chaîne de télévision. Il a sorti un premier roman l’année dernière, Le premier crâne (Michel Lafon).

Le premier est à l’origine du recueil de nouvelles Les auteurs du noir face à la différence. Tous les deux ont écrit une histoire très noire. Le 21 février, je les ai réunis pour une conversation sans langue de bois. Avant de la découvrir, voici mon article sur le livre publié dans Addiction, le mag (daté du mois de mars 2012).

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Interview:

Fabien, quelle est la genèse de ce livre ?

Fabien Hérisson : Tout a commencé à Quai du Polar à Lyon l’année dernière. Le soir, après le salon, j’étais avec deux trois auteurs, dont deux font partie du recueil. On s’est dit que ce serait sympa de  poursuivre ce qui se fait sur Livresque du noir. C'est-à-dire donner la possibilité à des auteurs qui ne sont pas connus de côtoyer les auteurs connus. De les mettre sur un pied d’égalité et pourquoi pas, de leur permettre d’être découvert par un plus large public. La meilleure façon de faire ça, c’était le recueil de nouvelles. Le défi a été lancé, j’ai commencé à chapeauter ça. J’ai envoyé des invitations à des personnes qui avaient participé au site. Parmi les réponses positives, un auteur, Patrick de Friberg, m’a dit : « OK ! Mais à la condition que les droits d’auteur aillent aux bénéfices, soit d’une association, soit d’une œuvre humanitaire. »

Comment as-tu sélectionné les auteurs ?

Fabien : J’ai contacté des auteurs renommés et d’autres moins connus. J’ai choisi principalement des personnes qui étaient déjà rompues à cet exercice particulier qu’est la nouvelle.


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fabien hérisson,nicolas sker,les auteurs du noir face à la différence,interview,mandorNicolas, comment es-tu arrivé dans l’aventure ?

Nicolas Sker : J’ai eu la chance de croiser Fabien dans les coulisses d’une émission de télévision sur TF1, lors de la promo de mon premier livre. Entre deux petits fours, il m’a parlé de son projet de recueil de nouvelles. Je connaissais Fabien grâce à son site pour lequel j’avais écrit un texte pour me présenter. Je lui ai donc dit oui, si et seulement si je trouvais la bonne idée.

Elle est donc venue, cette bonne idée.

Nicolas : Je l’ai laissé murir assez longtemps,j’ai tourné autour et puis je me suis dit que c’était intéressant qu’il y ait une vraie contrainte. C’est bien, pour un auteur, d’avoir une contrainte hyper précise, parce que ça limite le champ des possibles et finalement ça rassure un peu et c’est assez agréable. Quand on écrit, ce qui est le plus dur, ce n’est pas de trouver les idées, mais de choisir les bonnes idées. Quand on a un cadre imposé, on a moins de choix à faire parce que c’est hyper restrictif. Du coup, on travaille mieux le nœud, le cœur de l’histoire. Partant de là, je me suis dit qu’il fallait vraiment que je trouve un truc chouette. J’estime qu’il faut prendre le lecteur par le bout du nez et qu’il soit surpris à l’issue de l’histoire. L’idée est venue et à ce moment-là et j’ai recontacté Fabien.

Fabien, c’est une lapalissade, mais il faut que tu aimes la nouvelle pour décider de l’inclure dans le recueil…

Fabien : Il faut qu’elle respecte les contraintes initiales. Très franchement, dans l’ensemble, j’ai été satisfait des textes proposés.

Nicolas, tu as sorti un roman, mais t’étais-tu déjà adonné à l’exercice de la nouvelle ?

Nicolas : Ce qu’il y a d’amusant, c’est que j’avais gagné un concours de nouvelles il y a quelque temps, mais sous un pseudo, Stéphane Némo. Ça faisait partie d’un recueil sur le monde du travail, Les nababs et des clowns, et comme je travaille à la télé, je m’étais amusé à raconter les folies réelles de ce milieu. Pour moi, les nouvelles, c’est un peu la facilité. Ce qui est dur dans un roman, c’est de tenir la longueur et la cohérence. Sur une nouvelle, ce serait gonflé de se rater sur la cohérence.

Fabien, tu regardes bizarrement Nicolas…fabien hérisson,nicolas sker,les auteurs du noir face à la différence,interview,mandor

Fabien : Je suis un peu sceptique sur ce qu’il vient de dire. Effectivement, la nouvelle, ce n’est pas un genre répandu et porteur en France. Les recueils de nouvelles ne se vendent pas énormément. Peut-être que pour un écrivain, ça paraît plus facile de faire quelque chose de court, mais pour le lecteur, réussir a avoir une histoire avec un contenu qui accroche sur très peu de pages, ce n’est pas si facile que ça. Dans un roman, on a plusieurs pages pour poser son intrigue, son déroulement, essayer d’attraper le lecteur dans son univers. Là, c’est très très court. Il faut être percutant immédiatement et ce n’est pas donné à tout le monde.

Nicolas : Pour le coup, personnellement, en travaillant à la télévision, j’ai acquis cette espèce de réflexe permanent d’obligation d’accrocher à la première seconde. Dans mon milieu, on n’a pas le choix, c’est le règne de l’immédiateté. Quand j’essaie de penser à mon roman, je peux passer deux mois à réfléchir à la première phrase. Il n’est pas question pour moi d’emmerder le lecteur. Donc, l’exercice de la nouvelle est plus facile, parce que c’est le même exercice qu’un roman, mais en plus court.

fabien hérisson,nicolas sker,les auteurs du noir face à la différence,interview,mandorNicolas, tu as écrit un thriller ésotérique, Le premier crâne, là, c’est une nouvelle particulièrement noire. Ce changement de registre a-t-il été simple ?

Nicolas : Non, mais c’était ça que je trouvais excitant. Quand Fabien m’a dit qu’il fallait que ce soit très noir, au début je me suis dit que ce n’était pas moi et encore moins mon univers. Et, il n’y a rien de plus excitant que d’aller mettre un pied dans un univers qui n’est pas le sien. C’est un peu comme un comédien qui ne joue habituellement que des comédies et à qui un jour on annonce qu’il va jouer le rôle d’un salopard. On se demande si on est capable de le faire. On se sent coupable, mais c’est excitant quand même…

En plus Nicolas, je sais que tu n’aimes par le noir pour le noir.

Nicolas : En effet, je déteste ça. Je déteste être confronté à des choses gratuitement violentes ou sadiques. Il y a beaucoup de bouquins de ce genre. Ça me révulse donc je ne peux pas en lire sauf si vraiment il y a un très beau propos derrière.

Nicolas, ça me donne donc envie de te demander ce que tu as pensé des autres nouvelles de ce recueil…

Nicolas : En gros, j’ai été beaucoup plus touché par des nouvelles comme celle de Sophie Loubière, qui parle d’un enfant mal traité dans sa famille, que d’être confronté à de la violence pure.

Et qu’as-tu pensé de la nouvelle de Fabien ?

Nicolas : Au début, je me suis dit que c’était exactement ce que je n'aimais pas. Un sadique qui est en train de fantasmer sur ce qu’il va faire avec son scalpel à une pauvre jeune femme, ça partait mal. J’ai espéré une chute qui allait tout renverser… elle est arrivée. J’ai apprécié aussi toute la narration autour de la télé-réalité et ses dérives. En règle générale, je préfère les approches subtiles que les approches frontales.

fabien hérisson,nicolas sker,les auteurs du noir face à la différence,interview,mandorFabien, moi, c’est la première fois que je lis quelque chose de toi. Tu as donc donné de ta personne dans ce recueil.

Fabien : Pour être honnête, cette nouvelle, je l’avais écrite il y a quelque temps et ce sont des personnes qui participent au recueil qui m’ont demandé pourquoi je ne participais pas à l’aventure, puisque je chapeaute tout. Ils m’ont incité à me lancer. J’avais peur qu’on pense que je voulais me caser quelque part, que je voulais profiter de ce recueil pour me mettre en avant, pour essayer de me vendre.

As-tu eu peur du jugement littéraire des autres ?

Fabien : Non, je sais très bien que ça ne plaira pas à tout le monde. Après forcément, quand on écrit, c’est aussi pour avoir des retours.

Nicolas : J’ai une question à te poser Fabien. Qu’est-ce qui te plait dans le fait de nous mettre dans la peau d’une personne qui est présentée comme quelqu’un de sadique ?

Fabien : Pour moi, c’est l’enrobage. C’est ce qui permet d’amener le contenu. Derrière tout ça, pour moi, c’est le regard d’un homme qui est différent, qui voit la société différemment, qui se sent à l’écart de tout et de tout le monde. On peut parler de la superficialité, la perte de la dignité de l’être humain.

Nicolas : Justement, tu parles de la perte de la dignité et tu nous confrontes à la bassesse la plus extrême des comportements humains, celui de faire souffrir l’autre.

Fabien : Mon personnage est ce que sont beaucoup d’humains qui traînent sur internet, sur lesfabien hérisson,nicolas sker,les auteurs du noir face à la différence,interview,mandor forums. Tu vas voir des gens qui sous prétexte de bonne morale et valeurs exceptionnelles vont se permettre des critiques ignobles et de descendre en flamme des gens. Ils ne sont pas mieux que ceux qu’ils sont en train de descendre.

Nicolas : D’accord, je comprends mieux.

Fabien : Il y a un côté dérangeant, mais c’est aussi pour mettre le doigt sur une réalité. Aujourd’hui, si tu veux alpaguer l’attention des gens, il faut un peu choquer. Si tu es trop gentil, trop passif, trop mou dans tes paroles, les gens s’en foutent et ne t’écoutent pas. Hélas.

Nicolas, pourquoi écris-tu des livres ?

Nicolas : Mon vrai but dans la vie, le vrai métier que je veux faire, c’est raconter des histoires. J’en raconte à la télévision dans mes reportages, mais je le concrétise encore plus en écrivant des livres. S’il y a un truc qui restera éternel de la « naissance de l’humanité » jusqu’à sa fin, c’est de raconter des histoires. Ça ne mourra jamais, car cela fait partie de l’homme. Raconter une histoire, c’est offrir un peu d’immortalité. Une histoire, elle est là quoi qu’il arrive. Elle est née avec toi et elle continuera à vivre éternellement.

fabien hérisson,nicolas sker,les auteurs du noir face à la différence,interview,mandorFabien, pourquoi as-tu créé Livresque du noir

Fabien : En tant que lecteur et passionné de littérature policière, j’avais envie d’en savoir un peu plus sur le derrière du rideau, l’envers du décor. Savoir comment on peut avoir envie d’écrire une histoire, qu’est ce qui nous amène à développer telle ou telle intrigue. Les questions que l’on peut voir dans les sites et blogs de littérature policière sont souvent les mêmes. J’avais envie de plus. L’autre constat, c’était que l’on voit toujours les mêmes auteurs. En France, il y a une multitude d’auteurs qui ne sont pas connus et dont on ne parle jamais, un réservoir de pur talent. Pour moi, c’était logique de faire quelque chose pour mettre en avant ces auteurs-là. Je les intègre dans un lieu où il y a d’autres auteurs beaucoup plus réputés qui amènent de la visite sur le site.

Nicolas : Fabien, il fait un truc pervers. Il nous demande de faire notre propre présentation. C’est super dur. Comme on ne veut pas écrire des trucs banals, on écrit finalement une nouvelle sur nous-mêmes. Il nous met au défi d’écrire un texte sur nous qui soit un bon moment de lecture.

Fabien : La façon dont écrit son texte un auteur est révélateur et va donner envie ou non d’aller vers son œuvre.  Il faut que ce soit percutant et original. Ça doit révéler un style.

Nicolas : En plus, il y a un regard bienveillant de Fabien sur ses auteurs et un véritable amour de la thématique qu’il a choisi. Les nouveaux auteurs qui arrivent comprennent vite qu’il sait de quoi il parle. Il se trouve donc sur un terrain ami et accueillant. Il nous apporte le meilleur.

Nicolas, tu travailles sur quoi en ce moment ?

Nicolas : Sur un nouveau thriller qui sortira chez Michel Lafon et qui va encore nous emmener sur une quête existentielle, une grande question que l’on se pose depuis toujours et que l’on se posera encore longtemps. Les personnages dans ce livre vont, peut-être, trouver la réponse.

Quelle est cette fameuse question ?

Nicolas : Je ne réponds pas à cette question pour le moment. Je suis désolé.

Mince, pas de scoop pour Mandor !

Nicolas : Je peux juste te donner le titre de travail : Patient 488. Et la thématique tournera autour de l’âme humaine… son origine, son existence, sa destinée, mais toujours avec une approche scientifique.

Et toi Fabien ?

Fabien : Il y a un texte qui est dans les tiroirs depuis deux trois ans et qui est en statu quo. Avec un peu plus de temps et de motivation, peut-être que je le sortirai.

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De gauche à droite: Fabien Hérisson, Tony Montana, Mandor et Nicolas Sker.

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Dernière précision :

Un bon nombre des « auteurs du noir face à la différence » seront présents ce week-end au Salon du Livre de Provins (que j’ai l’honneur d’animer).

Pour en savoir plus, c’est ici.

05 mars 2012

Caravan Palace : interview pour la sortie de "Panic"

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Présentation des quatre compositeurs de Caravan Palace : Hugues Payen (violon, programmation, scat, synthétiseur), Charles Delaporte (contrebasse, synthétiseur, programmation), Antoine Toustou (machines, synthétiseur, trombone) et Arnaud Vial (guitare, programmation, synthétiseur).

Trois autres les rejoignent sur scène :Colotis Zoé (chant), Camille Chapellière (clarinette) et Paul-Marie Barbier (vibraphone, percussions).

À l’occasion de la sortie aujourd'hui (5 mars 2012) du deuxième album de Caravan Palace, je suis allé à leur rencontre dans leur propre studio d’enregistrement situé dans le 9e arrondissement de Paris. Ainsi, le 1er février dernier, Hugues et Charles m’ont accueilli avec une extrême gentillesse pour un long entretien. (J’en profite pour remercier leur attachée de presse, Sorya Lum, pour avoir organisé avec brio cette rencontre).

Avant de lire l’interview, je vous propose l’article que j’ai écrit sur ce disque, dans Actu Fnac (daté du mois de février 2012).

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Interview:

Cet album est un peu différent du premier. Il y a notamment un peu plus de synthés. Allez, disons le tout net, il est plus electro…

On est friand de musique électronique, on avait envie d’en rajouter une petite couche par rapport au premier. A l’époque, c’était un souci permanent de ne pas privilégier, ni le swing, ni l’electro, et quelque part, je pense que ça nous a légèrement bridés sur certains aspects. Dès que nous avons pris la décision de nous lâcher sur les synthés pour le second, ça nous a permis de retrouver une certaine liberté. On écoute tous énormément de musiques électroniques et un peu moins de swing. Du coup, ça s’en ressent dans Panic.

Mais je suppose qu’il était hors de question d’abandonner le côté swing.

On y a pensé, mais dans ces cas-là, ce n’est plus Caravan Palace. Et puis, très sincèrement, c’est une musique qu’on aime beaucoup jouer.

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Vous avez commencé votre carrière avec ce genre-là en composant la musique d’un film porno censé se passer dans les années 30…

Oui, mais déjà, nous jouions dans un groupe de jazz manouche. A la base, on avait déjà les deux pieds dans le swing. Cette commande un peu particulière est juste le déclencheur parce que c’était la première fois qu’on s’attelait à mélanger les deux genres "officiellement", les beats électroniques sur du  jazz manouche. C’était l’occasion de prendre notre temps et de nous y coller. Parce que c’est vraiment beaucoup de boulot, je t’assure.

Vous ne vous êtes pas demandé si ce son/cette musique/ce mélange allaient intéresser du monde ?

Quand on fait de la musique, il y a toujours un risque, mais franchement, on le sentait bien. Aujourd’hui, la scène electro swing commence à être assez riche, mais à l’époque, nous étions rares sur ce marché là. C’est une musique de nos grands-parents, certes, mais en même temps, Sanseverino, Thomas Dutronc, des gens comme ça, ont prouvé que le jazz manouche intéressait les jeunes. D’ailleurs, en 2005, à Paris, il y a eu une explosion de groupe de jazz manouche, on a vraiment senti qu’il y avait un truc spécial qui se passait autour de ça.

Le premier clip tiré de Panic: "Rock It For Me. Original Concept Art : Ugo Gattoni. Direction / Art Direction : Guillaume Cassuto, Ugo Gattoni, Jeremy Pires. Editing : Guillaume Cassuto, Jeremy Pires

Mais vous dites partout que vous ne considérez pas que vous faites du jazz manouche, vous !

Non, effectivement, c’est de l’electro swing. Bon, au fond, tout ceci n’a aucune importance. Ce qu’il y a d’intéressant à être difficilement qualifiable, c’est qu’on est invité dans des festivals de toutes natures. Rock, jazz, electro, world… du coup, ça nous ouvre les portes partout.

64613_10151340448265635_20090295634_22870035_1499698903_n.jpgVous êtes une belle bande de tripatouilleurs de sons.

C’est notre métier de base. Nous sommes des instrumentistes. Mais la production des musiques électroniques est assez vicieuse parce que l’on se retrouve derrière un ordi, du coup, on a l’impression qu’on ne joue pas vraiment. On joue de l’ordinateur, on affine la technique, on devient des virtuoses de la souris et du clavier. Il y a des choses qui peuvent être considérées comme complètement ésotériques quand des gens viennent nous regarder jouer.

Passer du studio à la scène, c’est compliqué ?

On essaie de se rapprocher au maximum de l’album, mais tu ne peux pas avoir la précision d’une ligne midi parfaitement écrite. Cela étant, c’est ce qui fait notre charme sur scène… parfois on fait des petits pains, mais ça ne dérange pas le public. Le live, c’est la vérité.

Dans le premier album, vous n’étiez pas totalement satisfaits de la production, pourtant déjà léchée. Le second satisfait-il à vos attentes ?

On est plus vers ce que l’on recherchait à la base. On colle vraiment à l’ambiance qu’on a voulue pour cet  album. Comme on a affiné notre technique, on est devenu très exigeant. Les breaks, on les a tous écoutés 150 fois pour être complètement sûr du résultat et des effets souhaités.

Écoutez-vous ce que font les autres groupes?

Oui, mais nous ne sommes pas facilement influençables, en particulier par le milieu electro swing. Pour être franc, on ne se retrouve pas dans cette production. Et puis, dans cet album, on a vraiment essayé de diversifier les formes. On ne fait pas du Poum Tchak systématiquement. On essaie de varier les ambiances et les tempos. Ça change tout de suite la tonalité de l’album. On vit une époque formidable ou la musique électronique est pleinement rentrée dans le siècle et dans les oreilles des gens. Il n’y a plus les personnes qui vont dans les raves et qui prennent de la drogue et ceux qui écoutent Johnny Hallyday. Maintenant tout est complètement l’un dans l’autre.

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Vous êtes quatre compositeurs. Comment faites-vous pour bosser, imposer vos idées, vous entendre, prendre les ultimes décisions ?

On a tous chacun nos "home studios". On travaille tous dans notre coin, puis on s’envoie nos prods par mails. En général, s’il y a une réaction dans l’heure, c’est bon signe.  C’est que ça excite les autres. S’il n’y a aucune réaction, on passe à autre chose.

C’est pratique de bosser chacun de son côté ?

C’est même nécessaire. Si on devait se retrouver à quatre pour travailler, comme nous l’avons fait pour le premier album, 24h sur 24, on n’avancerait pas. Parfois, tu as besoin de te retrouver seul pour aller au bout de ton idée, même si elle est pourrie. Au moins, on peut aller au bout des choses, alors que si tu as un petit regard derrière toi qui mate tout ce que tu fais, c’est un peu lourd à gérer.

Savez-vous quand le travail est complètement accompli ? Quand on est quatre perfectionnistes, j’imagine que c’est difficile de savoir s’arrêter.

Oui, mais pas tant que ça. Par contre, quand on l’écoute à ce stade, on entend encore 1000 défauts.  C’est notre deuxième album, il est comme il est. Certainement perfectible, mais bon, on a toute la vie pour faire le disque idéal.

Aujourd’hui, j’imagine que vous pensez au live.

Oui, et il y a beaucoup de boulot. On va ajouter des morceaux, en rallonger d’autres, retravailler des anciens, bref, on ne chôme pas tant que la machine n’est pas lancée.

C’est le fait de savoir que ces morceaux vont finir sur scène qui vous motive ?

C’est effectivement le moteur, la récompense. Tu te prends la tête pendant un an à faire un album, après tu vois le public qui vibre aux sons de ton travail… c’est une sacrée concrétisation.

caravan palace,panic,interview,mandorSavez-vous ce qu’aime votre public chez vous ?

Je pense que c’est notre énergie. On nous dit qu’elle est contagieuse. On est un groupe anti crise. On a un sacré booster dans le groupe, c’est notre chanteuse,  Zoé. Elle envoie le bois elle aussi.

La voix est d’ailleurs un peu plus présente dans cet album, même si c’est beaucoup une histoire de samples.

Oui, disons qu’on met pas mal de traitements sur la voix de Zoé. Avec les samples, on ne sait plus trop où est la vraie voix. Mais, dans Caravan Palace la voix n’est pas l’instrument principal. Nous, c’est le son qui prime, avec un texte qui soit swing. Historiquement, dans le swing, il n’y a pas un sens de dingue. Ça parle toujours d’amour et de danse. Ça nous va très bien. Nous ne sommes pas un groupe engagé. On veut juste divertir les gens.

L’album sort le 5 mars. Je vous sens serein.

Euh… pas vraiment. Franchement, c’est un stress assez total. Ce qui nous rassure, c’est que cet album nous plait. On en est très fier. Après il aura la vie qu’il méritera d’avoir. Au moins, on a fait l’album que l’on avait envie de faire. En plus, même s’il est différent, il est cohérent avec le premier. On ne se moque pas des gens, on ne leur refile pas une sauce qu’ils ont déjà écoutée et on ne les emmène pas non plus dans un territoire complètement inconnu. Dans ce sens-là, je pense qu’on a rempli notre contrat vis à vie du public et par rapport à nous-mêmes.

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Hugues Payen et Charles Delaporte après l'entretien le 1er février 2012.

Et bientôt sur scène...

27 février 2012

Bertrand Guillot : interview pour "Le métro est un sport collectif"

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Troisième mandorisation pour Bertrand Guillot (voir et, les deux premières). Son nouveau livre, Le métro est un sport collectif, m’a charmé par son écriture et par l'originalité du sujet. Ce n'était pas gagné d'avance. Du coup, je l’ai chroniqué dans le Addiction, le mag (daté du mois de février 2012). Puis nous nous sommes vus le 10 février 2012 pour une séance photo dans le métro (vous noterez l’originalité saisissante de l’idée), puis pour une interview.

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bertrand guillot,le métro est un sport collectif,interview mandorInterview:

Sur le papier, des moments de vies dans le métro... bon, il y a plus sexy. Et pourtant, on se laisse happer par tes tranches de vies.

Très souvent, je notais ce qu’il m’arrivait et ce que je voyais dans le métro. La toute première fois, c’était il y a pas mal d’années. Je venais juste d’ouvrir un blog, Prix de Flore 2006. J’y avais écrit une longue nouvelle et après, je ne savais plus quoi écrire. Un jour je rentre du boulot, j’avais passé une sale journée, et dans le métro, sur le rebord de la poubelle, il y avait le journal L’Équipe qui avait été posé là. Ce devait être un type qui l’avait lu et qui avait dû se dire qu’il allait faire plaisir à quelqu’un. En rentrant, je lui ai rendu hommage sur mon blog. Du coup, j’ai écrit de temps en temps des chroniques sur le métro. Elles avaient toutes en commun d’évoquer des petits riens. Mais un petit rien dans un endroit comme le métro ou la promiscuité inégalée et où chacun est dans sa bulle, dès qu’il se passe quelque chose, ça prend des proportions énormes… et ça peut changer le cours d’une journée ou son état d’esprit.

Pour ce recueil, tu  as ressorti des anciens textes ou tout est inédit ?

Il y a une petite moitié d’histoires qui était déjà écrite et que j’ai retravaillée pour le livre. L’autre moitié est constituée de notes éparses récentes que j’ai reconstituées.

Quand tu as décidé d’écrire cet ouvrage, ton acuité, dans le métro, s’est-elle renforcée ?

Pas vraiment. Comme souvent, quand on veut trouver quelque chose, ça ne vient pas. Pendant 3 semaines, j’allais dans le métro en me demandant s’il allait se passer quelque chose que je pourrais utiliser. J’ai arrêté d’attendre les choses, et finalement, d’autres évènements sont arrivés.

Teaser "Le métro est un sport collectif".

Je me disais en te lisant que ceux qui ne te connaissent pas vont savoir qui tu es. Ce livre permet de lire en toi, si je peux dire. Tu te montres sous toutes tes facettes.

Je me suis concentré sur le lien a donner entre chaque chronique. C’est à chaque fois mon ressenti et je n’ai pas cherché à donner une image de moi particulière. Le jeu est sans filtre.

Dans ces chroniques, tu es observateur, mais aussi acteur.

C’est lié à l’écriture. Quand j’écris une histoire, si je ne suis que spectateur/narrateur, l’histoire aura moins de force que si je m’implique aussi dedans. La dynamique que je lui donne va lui apporter aussi un angle, ce n’est pas juste une description plate de quelque chose qui s’est passé. J’avais des chroniques qui manquaient de dynamisme, elles ne sont pas dans le livre. L’idée c’était que le lecteur voyage dans le métro avec moi sans s’ennuyer.

Dans deux-trois chroniques, tu parles d’ions, d’énergie, d’ondes qui pourraient presque influencer quelques situations…

Qu’est-ce qui va faire que dans un wagon, dans la même situation, d’un jour à l’autre, les gens vont être plus ou moins énervés ou plus ou moins souriants ? Je pense vraiment que c’est une question d’ondes avec lesquels on arrive. Quand j’ai pris conscience de ça, je me suis rendu compte que quand je rentrais dans le métro, j’arrivais avec mes ondes positives ou négatives.

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Bertrand Guillot aime les jeunes filles qui lisent (son livre... ou pas).

Ce que j’aime bien, c’est que tu ne te donnes pas le beau rôle. Tu es parfois couard.

Notamment à Paris, je suis persuadé qu’on aime bien se faire des nœuds au ventre pour rien. Tu peux avoir 3 personnes qui regardent la même scène en se disant qu’il faudrait qu’ils interviennent… ils ne le font pas. Quelque part, ces 3 personnes se font du mal. Toutes les fois où on n’agit pas dans une situation, alors qu’on devrait faire quelque chose, quelque part on dépense de l’énergie négative. Ce n’est pas juste une neutralité. On se laisse bouffer par plein de trucs que l’on ne dit pas.

Je suis le prototype même du mec qui s’isole dans le métro, qui ne communique pas du tout, alors que dans la vie, je suis un communicant. Du coup, tu m’as fait culpabiliser parce que j’ai l’impression que toi, tu essaies de « vivre » le métro.

Je vais te déculpabiliser. D’abord, je ne fais pas une chronique à chaque fois que je prends le métro. La plupart du temps, je suis avec un bouquin ou mon journal et il ne se passe rien. Et parfois, je suis le nez au vent, et je regarde. Ça m’amuse d’essayer d’imaginer ce que font les gens. Et j’adore choper des conversations. Même toi, si tu es isolé avec tes écouteurs et ton bouquin, s’il se passe quelque chose, tu es quand même un peu aux aguets, non.

Je t’assure que pas toujours. Bref, ce livre m’a vraiment beaucoup enthousiasmé. Je t’ai envoyé un SMS dès la fin de ma lecture. J’ai aimé ton style et la façon dont tu racontes les histoires avec humanité, poésie et humour…

Merci, ça m’a touché, j’ai gardé ton message.  J’ai écrit ce livre pour faire sourire les lecteurs, pour les détendre. Peut-être aussi pour les faire réfléchir.

bertrand guillot, le métro est un sport collectif, interview mandor

Bertrand Guillot n'aime pas les connards qui écoutent de la musique trop fort!

Tu prends du plaisir à aller dans le métro ?

Pour moi, c’est assez neutre, c’est juste mon moyen de transport. Je prends très peu le bus, je déteste le taxi. Je sais que dans le métro, je peux lire tranquillement et regarder les gens.

Pourquoi le métro est-il un sport collectif ?

J’ai cherché plein de titres et je n’en ai trouvé aucun de satisfaisant. Je pense qu’il y a une référence subliminale et inconsciente à La sociologie est un sport de combat. Mon livre n’est pas un livre de sociologie. Quoique. Quelques fragments.

(Merci à Eva Gomez, la jeune fille qui lit le livre de Bertrand Guillot sur la photo...)

26 février 2012

Claire Lise : interview pour La chambre Rouge

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La chambre rouge, le magnifique et charnel album pop de Claire Lise est sorti le 13 février dernier. Pour le présenter, la chanteuse sera en concert au Zèbre de Belleville, ce mercredi, le 29 février (avec Jason Edwards en ouverture).

Personnellement, j’ai beaucoup apprécié ce disque d’une artiste dont je connaissais l’existence, mais qui ne m’avait pas encore captivée. C’est chose faite. Je l’ai dit dans Addiction, le mag (daté du mois de février).

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Copyright westergren.jpgInterview:

Tes premiers albums étaient beaucoup plus... comment dire? Chansons françaises « traditionnelles »…

Disons que c’était la mouvance accordéon, contrebasse, piano de l’époque… j’écoutais des groupes comme les Têtes Raides, La Tordue, Les Hurlements de Léo…. En 12 ans on évolue et j’ai voulu visiter d’autres contrées musicales.

Dans ce 3e album, là on arrive dans de la chanson electro, pop, rock…

J’avais vraiment envie de donner une autre énergie à mon projet, d’aller plus loin. Du coup, j’ai changé l’équipe musicale. Il fallait que je sois honnête avec moi-même et que j’aille là où je savais que j’allais me sentir bien et à ma place. Un artiste qui n’évolue pas, c’est triste pour lui.

Tu n’as pas peur de décevoir tes anciens aficionados ?

Quand on fait des choix radicaux, il y a toujours des gens qui ne sont pas d’accord et qui vous le font savoir. De manière générale, dans la vie, quand on change, les gens qui nous entourent ont parfois du mal à l’accepter parce que peut-être, eux-mêmes, ont du mal à changer. 


Claire lise - La chambre rouge - Partie 1 par LaChambreRouge

claire lise,la chambre rouge,interview,zèbre de belleville,mandorTu as fait beaucoup de concert en 10 ans. C’est la meilleure école de la vie d’un artiste ?

Si je me penche sur mes premiers concerts, je vois évidemment une nette évolution. A tous les niveaux et notamment au niveau de la voix.Quand j’ai commencé à chanter, j’avais tendance à faire du mauvais Piaf, je roulais les R et tout…  tout ça a évolué avec la scène, avec le travail sur la voix. Plus on joue, plus on acquiert une espèce d’aisance sur scène et donc de plaisir.

Tu seras mercredi (29 février) au Zèbre de Belleville. C’est une date importante pour toi… pour présenter ce nouvel album.

J’attends beaucoup de moi pour ce concert. Je travaille intensément pour arriver sereine et ne pas me mettre trop de pressions. Lors de ma résidence de préparation, j’ai voulu tout écrire et avoir un fil conducteur tout au long du concert… ce qui le rendait presque théâtral, à la limite du cabaret. Du coup ça m’enfermait trop. J’ai donc de nouveau tous désossé. Je pense enfin avoir trouvé le bon dosage, l’équilibre idéal entre la fantaisie, l’improvisation et une direction précise.

Dans La chambre rouge, il y a des chansons sensuelles, voire sexuelles. L’ambiance est très charnelle.

Le fait d’écrire sur la sexualité, c’est quelque chose que je fais depuis toujours et qui m’a toujours intéressé. C’est un thème qui me parle et que j’ai perpétuellement envie de développer.

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Il me semble que tu es à cheval sur les mots, que tu fais attention à la beauté de tes textes…

Comme j’écris depuis longtemps, mon style évolue, et je pense que tout cela devient assez naturel finalement. C’est à la fois instinctif, travaillé et réajusté. J’écris beaucoup dans le mouvement. En marchant, dans le train, dans le métro, en vélo... c’est vraiment le mouvement qui me donne le texte. Quand je rentre chez moi, je me mets au piano et à la guitare et je commence à « construire » le fruit de mes réflexions. Une fois que j’ai ma base, le squelette, à partir de là, je développe.

Tu évoques aussi la mort, la solitude, le désarroi, la drogue… ce n’est pas toujours gai. Tout cela en filigrane parce que tes textes ne sont pas frontaux. Il faut parfois deviner.

C’est un peu l’idée de mon travail d’écriture. Je veux arriver à traiter des sujets, sans que le sujet soit trop surligné. Je fais en sorte qu’on découvre les choses au fur et à mesure des écoutes.

J’imagine que ces textes datent d’il y a quelques années… sa propre vie évolue, du coup, il ya un décalage entre ce que l’on vit et les chansons que l’on doit défendre.

Pas tellement finalement. Ces chansons ont trois-quatre ans et je suis très contente de les défendre. Elles ne sont pas encore obsolètes (rires).

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Avec Claire Lise, le 18 janvier 2012, après l'entretien (dans les locaux de mon agence).

Pour clore cette chronique, je vous propose d'écouter celle de Didier Varrod sur France Inter, Encore un matin. Commentaires avisés et de nombreux extraits de l'album.

Encore un matin 15.02.2012 - Claire Lise by encoreunmatin

Crédits photos:

Photo de scène de Claire Lise : Caradec / F 451 prod

Photos en studio et cover : Carl Westergren

Photo de Claire Lise et Mandor : Flavie Rodriguez

19 février 2012

Encore & Encore: interview d'un duo en devenir

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428314_323144297721973_178002278902843_823304_776292392_n.jpgIl y a Benoit Clerc au chant et à la guitare et Frédéric Féraud à la contrebasse et au chant. Tous deux sont des ex membres de deux groupes de rock : Corvette (voir là) et Astoria (jetez un coup d’œil ici). Ils sortent un projet commun que j’apprécie vraiment beaucoup. Encore & Encore.

(Leurs pages à découvrir : Noomiz, Facebook.)

Voici leur présentation officielle :

Encore & Encore est un duo qui puise ses influences dans la chanson française populaire.
Grands admirateurs de Brassens ou Renaud, les deux compères revendiquent cependant leur appartenance à cette nouvelle scène qui, les deux pieds sur terre, dresse un portrait réaliste de notre époque. Le duo a toujours un souvenir de voyage ou une envie d’évasion à nous conter, tantôt puisée dans son histoire propre, tantôt dans un imaginaire 228370_203430559693348_178002278902843_476161_7251523_n.jpgdébordant, mais sans cesse nourri par notre temps et notre société. Encore & Encore s’enrichissent également de la culture folk anglo-saxonne tant pour sa mélancolie (Bob Dylan, Cat Stevens) que pour son sens des mélodies et des rythmiques imparables (KT Tunstall).
Encore & Encore sortent leur premier EP 4 titres, "Tarmac à huit heures", réalisé, enregistré, mixé et masterisé à la maison, dans leur studio près de Paris.
En janvier 2011, Encore & Encore sont finalistes du Concours Andrée Chédid du poème chanté et participent à l’ouverture du Printemps des Poètes 2011.

Le 10 février dernier, les Encore & Encore sont venus me voir à l’agence dans laquelle j’officie…

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Interview :

Vous vous êtes rencontrés en 2004, à la création de Corvette, groupe Seine-et-Marnais de rock…

Frédéric : Après Corvette est devenu Astoria et ensuite, Astoria a splitté. Avec Benoît, on a décidé de se lancer dans un duo de chansons Françaises.

Et comment passe-t-on du rock à la chanson française plus, disons... « traditionnelle » ?

Benoît : On a indéniablement une culture rock, mais on a toujours beaucoup apprécié la chanson également. Par exemple, il y a un groupe seine-et-marnais qu’on suivait beaucoup et qu’on écoutait ensemble, c’était les Detchko. On écoutait aussi Renaud.

Frédéric : Pour résumer et être tout à fait clair, tous les deux, même si on aime le rock, on a une culture chanson française assez prononcée. Quand Astoria s’est arrêté, Benoît a voulu se lancer dans quelque chose de plus intimiste, de plus acoustique.

Benoît : Et puis, on avait compris que c’était la fin d’une époque. Franchement, on a beaucoup galéré et au bout d’un moment, on a senti que l’on avait fait un peu le tour. Lors de la dernière année d’Astoria, en parallèle, on commençait à jouer tous les deux. Fred, ça faisait un moment qu’il voulait se mettre à la contrebasse et moi, je souhaitais chanter plus simplement, juste en guitare-voix… de manière épurée. Ce projet Encore & Encore nous permet de revenir aux fondamentaux. La chanson… sans les artifices et l’artillerie lourde comme la batterie et les gros amplis…

Frédéric : Nature, quoi ! On a choisi la configuration la plus simple possible. Notre EP est à l’image de ce que l’on veut pour ce projet. L’efficacité dans la simplicité.

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La question qui tue : Encore & Encore, c’est un hommage à Cabrel ?

Benoît : Francis Cabrel fait partie des artistes que Frédéric et moi écoutons depuis longtemps… on s’amusait même parfois à faire des reprises de « Questions d’équilibre » par exemple. Nous cherchions un nom de groupe qui sonnait vraiment duo avec deux mots identiques. Cela symbolisait le fait que le contrebassiste n’était pas plus important que le chanteur et vice versa. On a trouvé qu’Encore & Encore, c’était idéal. De plus Francis Cabrel, c’est un artiste que tout le monde connait, qui est peu médiatisé et, dès qu’il sort un disque, fait un carton. Le rêve…


Encore & Encore - Celui Qui Danse à la campagne... par EncoreetEncore (par -4°)!

en.JPGPour vivre heureux, vivons cachés… vous appréciez ce côté-là ?

Benoît : Bon, il ne faut pas aller plus vite que la musique. Pour l’instant, on en est à tenter de se faire connaître. (Rires). Mais il est vrai que Francis Cabrel a la carrière et la vie idéale. Dans l’absolu, on rêverait d’un parcours similaire. Être loin du mouvement de la capitale, faire ses albums à la maison avec ses copains, puis partir en tournée, le tout avec un succès permanent.

Quand vous vous êtes décidés à créer ce duo, il a fallu faire les chansons…

Benoît : J’avais écrit déjà une quinzaine de chansons, mais elles partaient un peu dans tous les sens parce que nos influences sont aussi folk et rock… c’est là que Frédéric est vite intervenu parce qu’il est très bon en arrangements. Nous sommes parfaitement complémentaires. Il est beaucoup plus carré que moi dans les directions, du coup on a bossé pendant plus de 7 mois et on a fini par trouver une cohérence que l’on a jugé intéressante. Moi, je viens avec la chanson et Fred en trouve la couleur…

Frédéric : J’aime la façon d’écrire de Benoît, dans le fond comme dans la forme. Il a une vraie réflexion sur les mots. Je veux être à sa hauteur. Disons que nous nous galvanisons mutuellement.

Benoît, écrit-on de la même façon quand on fait du rock ou de la chanson ?

Benoît : À mes yeux, c’est pareil. Où que je chante, j’ai créé mon univers dans ce que je raconte. Avant, avec Astoria et Corvette, notre rock n’était pas non plus du Trust. Nous étions plus dans l’esprit de ce que fait -M- quand il fait du rock.

Frédéric : On pourrait très bien chanter les chansons que l’on faisait pour Astoria dans notre duo. Ça ne choquerait pas, il faudrait juste réarranger les chansons.

Vous faites de la scène pour vous faire connaître ?

Benoît : Quand on fait de la chanson, on remarque qu’il y a plus d’organismes qui aident que quand on fait du rock. C’est plus facile de faire écouter le fruit de notre travail. Il y a beaucoup de tremplins "chanson française" dans pas mal de villes. Sinon, on joue régulièrement dans des bars.

Frédéric : on a une formule facilement programmable, si je puis dire. Cela étant, rien n’est tout à fait simple, quand même.

Benoît : On a tous les deux quitté nos jobs respectifs, il faut désormais que l’on arrive à vivre de notre art. En ce moment, on travaille sur un album complet et on espère le sortir cette année.


Encore & Encore - Le Dimanche à Béthune par EncoreetEncore

Vous cherchez un label ?

Benoît : Oui, mais les recherches sont assez ciblées. On recherche des labels comme Atmosphériques ou Tôt Ou Tard. Ceux qui défendent la chanson que l’on aime.

Je trouve que votre projet va au-delà de la chanson française. Quand je vois votre duo sur scène, il est clair que ce n’est pas si simple que ça. On est capté immédiatement.

Frédéric : Parce qu’on a également un côté pop, folk et même un peu rock finalement, même si dans l’EP, on ne le remarque pas forcément. Tous ces genres musicaux font partie de notre culture, c’est donc sous-jacent.

Benoît : Et le fait que nous ayons beaucoup de concerts au compteur avec un groupe de rock, pendant 7 ans, même avec notre nouveau répertoire, ça se ressent. Nous ne sommes que deux, mais nous ne sommes pas cachés, timides, introvertis. On arrive à communiquer avec les gens et transmettre notre musique instantanément…

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08 février 2012

David Foenkinos : rencontre en public pour "La délicatesse" à Provins

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L’année dernière, dans le cadre du Festival Encres Vives/Salon du Livre, à la demande de David Sottiez (l’un des organisateur de ce  festival littéraire), j’ai animé une projection-rencontre autour du roman bestseller de mon amie Tatiana de Rosnay, "Elle s'appelait Sarah"…  cette année, il m’a demandé de récidiver avec un autre talentueux écrivain français et gros vendeur de livres, David Foenkinos.

C'était ce dimanche (5 février 2012)...

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A l'issue de la projection du film tiré de son livre, "La délicatesse" (qu'il a réalisé avec son frère Stéphane), le très sympathique David Foenkinos a répondu à mes questions, puis à celles du public (200 personnes) présent dans la salle...

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Après cette rencontre, David Foenkinos s'est installé pendant plus d'une heure pour signer ses livres...

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Avant de prendre mon train, je salue l'auteur... en sachant que je le retrouverai bientôt pour une autre manifestation littéraire similaire.

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17 janvier 2012

Frédéric Mars: Interview pour Non Stop

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Pour ne rien cacher aux éventuels nouveaux lecteurs, c’est ma 6e mandorisation de Frédéric Mars. (Lire ou voir : la première, la deuxième, la troisième, la quatrième et la cinquième). Il explose tous les records (non, après rapide enquête, c'est Jérome Attal qui est le grand vainqueur avec 7 mandorisations). Bref, que voulez-vous, je suis fidèle.

Le 5 janvier dernier, j'ai demandé à Frédéric Mars de me rejoindre à "mon" agence pour évoquer son nouveau livre, Non Stop, un thriller infernal.


couverture-NS-def.jpgPrésentation de l'éditeur:
9 septembre 2012, Manhattan. Un homme ordinaire reçoit une enveloppe anonyme et se met à marcher en direction du métro. À peine s’est-il arrêté sur le quai de la station qu’il explose, semant la mort autour de lui. Très vite, les mises en marche et explosions de ce genre se multiplient à une allure folle. Sam Pollack et Liz Mc Geary, les deux agents chargés de l’enquête, doivent admettre qu’ils sont confrontés à une attaque terroriste d’une envergure inouïe. Une attaque non revendiquée et d’autant plus difficile à contrer qu’elle transforme des innocents en bombes humaines, faisant d’eux les agents de ce scénario apocalyptique. Tous se sont vu implanter un pacemaker piégé dans les deux dernières années. Tous reçoivent ces fameuses enveloppes kraft et se mettent à marcher. S'ils s’arrêtent, la charge explosive se déclenche, où qu’ils soient. Quels que soient leur âge et leur couleur de peau. Grace, la propre fille de Sam Pollack, est concernée. Concerné aussi, un certain Stanley Cooper, président sortant des États-Unis, qui a caché à l'électorat son insuffisance cardiaque pour accéder au pouvoir… La cavale sans fin de ceux qu'on appelle les Death Walkers, les marcheurs de la mort, ne fait que commencer.

Un thriller ultra-réaliste et haletant tendance "24 heures chrono". Une écriture puissante par sa simplicité et son efficacité. Un scénario auquel tout lecteur amateur de sensations fortes, qu'il ait 15 ou 35 ans, peut s'identifier.

FM1.jpgL’auteur :
Frédéric Mars, 43 ans, vit entre Paris et l'océan Atlantique, entre ses travaux de scénariste TV et son univers romanesque, ébauché avec Son parfum, développé avec L'amour est une femme, Le livre du mal (Le sang du Christ) ou Non stop.
Il voue une passion à tout ce qui touche à la communication hommes/femmes, et en particulier aux modes d'échange non-verbaux (sensoriels, sensuels, etc.), ainsi qu'aux limites de la science, et aux sujets d'actualité (politique internationale, faits divers, etc.).

Dans une autre vie professionnelle, il a aussi été journaliste, photographe, "nègre" et auteur (sous d'autres patronymes) de nombreux essais, documents et livres pratiques.

DSC02971.JPGInterview :
Tu arrives chez Black Moon, la maison d’édition qui publie Twilight... c’est étonnant !
Le créneau de cette maison, aujourd’hui, c’est ce qu’on appelle le « young adult », c'est-à-dire rarement des lecteurs de moins de 14 ans, jusqu’à, globalement, des lecteurs de 40 ans. Enfin, il n’y a pas vraiment de limite. Cette terminologie-là recouvre quasiment toutes les littératures de l’imaginaire qui ne sont pas impossibles à lire quand tu as 15 ans. J’explique le mieux possible, même si  je déteste les étiquettes. Quand je discute avec les gens de chez Black Moon,  ils me disent qu’ils observent les marchés anglo-saxons qui sont toujours en avance sur les autres pays sur la littérature de genre, les rayons « young adult » occupent plus de la moitié des rayons de livres. Tout ce qui était rangé avant dans SF ou Fantastique par exemple, est intégré dans cet espèce de sur rayon.

Avec Non Stop, ils avaient envie d’élargir leur spectre ?

Ils se sont rendu compte que le lectorat vieillissait avec les livres. Quand le premier Twilight est sorti, les lecteurs avaient 13 ans, ce sont aujourd’hui essentiellement des jeunes femmes de plus de 20 ans et qui forcément lisent autre chose. Qu’est ce que peuvent lire potentiellement de jeunes adultes, si ce n’est du thriller ?

Comment l’aventure a commencé avec Black Moon ?

J’ai contacté Cécile Terouanne, directrice éditoriale chez Hachette pour Black Moon. C’est quelqu’un d’une réactivité incroyable, le genre de personne, tu lui envoies un mail le vendredi soir à 23h, elle te répond le samedi matin de chez elle à 6 h. Un truc de maboule, quoi ! Je lui ai envoyé 10 pages de synopsis de Non Stop pour lui demander des conseils, elle a finalement décidé de le publier elle-même pour les raisons que je viens de t’expliquer.

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L’action du livre se déroule le 9 septembre 2012, trois jours avant les commémorations du drame du World Trade Center.

J’étais le 4 novembre 2008 à New York à Times Square au moment de l’élection d’Obama, j’ai donc vécu cette ferveur incroyable qu’il y avait autour de sa personne. C’était un peu Dieu sur Terre et pas que pour les Américains… c’était ressenti comme ça dans le monde entier. C’était le mec qui allait arrêter la guerre en Irak, régler le conflit afghan… J’avais la  sensation de vivre l’histoire en vraie de manière très forte. Tous les précédents présidents américains, quasiment depuis Reagan, ont eu un énorme conflit international à régler, un énorme dossier de politique étranger à gérer, en gros depuis la fin de la guerre froide. Tous ont eu beaucoup de mal avec ça, dans certains cas, ça leur a coûté le mandat suivant, je me suis demandé ce qui allait tomber sur Obama.

Un an après, tu tombes sur une brève du Daily Mail anglais !

C’est ça ! L’article raconte que MI5 (le service de sécurité intérieur Anglais) a chopé des anglais d’origine Pakistanaise qui ont été formés en qualité de chirurgien au Pakistan et dont on s’est rendu compte qu’ils avaient été spécifiquement formés pour la chirurgie plastique mammaire et encore plus spécifiquement formés à l’implant de prothèse mammaire piégée avec un liquide que j’ai repris dans mon roman, qui est la penthrite. Deux mois après, autre news, encore plus hallucinante et qui prête à rire. Un membre d’Al-Qaida en Arabie Saoudite a été arrêté au moment où il pénétrait dans un palais pour le faire exploser avec des minis explosifs qu’ils s’étaient introduits par l’anus. Ces deux informations confrontées m’ont fait dire qu’il est possible que n’importe qui pouvait  devenir de vraies bombes humaines. Moi, j’ai juste imaginé que cela pouvait être à leur insu. À partir de là, ça prend des proportions dantesques.

Ton livre est fortement documenté. On apprend notamment beaucoup de l’appareil politique américain, mais aussi de ce qu’il se passe en Moyen-Orient… À part l’intrigue, ce que tu racontes est-il rigoureusement exact ?

C’est l’analyse qu’en font les services secrets américains. J’ai lu plusieurs ouvrages d’anciens membres de la CIA sur l’état du Moyen-Orient, le rôle de l’Iran en particulier dans cette région-là… j’ai essayé de mixer tout ça pour imaginer une histoire crédible. J’ai essayé d’imaginer, en fonction des différentes thèses avancées par les uns et les autres ce que pouvaient être ces débats théoriques, mais aussi sur le terrain entre les différents services qui font partie des renseignements américains. Je voulais comprendre comment ces services s’étaient restructurés depuis le 11 septembre. À l’américaine finalement, c'est-à-dire en ajoutant des tonnes de nouvelles couches, de nouvelles agences, des tonnes de moyens qui,  hélas, n’ont pas forcément résolu grand-chose.

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Il y a beaucoup de personnages. Tu n’as pas eu peur de perdre quelques lecteurs en cours de route ?

C’est pour ça que j’ai mis une espèce de générique au début avec tous les personnages et leur fonction. En même temps, j’ai essayé de concentrer l’intrigue sur le personnage principal qu’est Sam Pollack, un des agents chargés de l’enquête. Il constitue une sorte de fil rouge que l’on arrive à suivre facilement. Mon idée était de transposer une saison d’une série télé type 24H sur du papier. C’était pour moi un challenge littéraire. A l’écran, quand tu vois les personnages, il n’y a aucun problème pour les repérer… à l’écrit, c’est beaucoup plus dur. Le côté multi point, chorale, intrigue foisonnante, est plus dur à faire passer.

Pratiquement, à la fin du livre, tu as poussé le vice jusqu’à séparer deux points de vue d’une action sur la même page par le biais d’une ligne verticale placée au milieu de la feuille.

Un split screen, comme au cinéma. Mon éditrice m’a un peu dissuadé de faire ça, mais j’ai quand même essayé. C’était intéressant d’utiliser ce procédé pour cette scène là spécifiquement.

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Ton écriture, ton style et ton rythme, me font penser à ceux qu’utilisent les écrivains de thrillers américains.

J’ai l’impression d’écrire de la même manière, de roman en roman, mais les gens qui en ont lu plusieurs, me disent que pas du tout.  Je ne m’en rends pas du tout compte. Et ce que tu me dis là, je l’entends souvent. Quoi répondre à cela ?

Rien, mais as-tu une méthode pour entretenir le suspense, garder un rythme haletant et une tension permanente ?

Oui et non. Oui parce que je fais un synopsis ultra détaillé. Je sais exactement, chapitre par chapitre, vers où je vais. Où les révélations s’arrêtent, où elles reprennent deux ou trois chapitres plus loin. Rien n’est laissé au hasard et c’est extrêmement construit. J’ai un canevas qui fait une cinquantaine de pages et en amont, pour le construire, j’ai un grand cahier physique, sur lequel je joue avec des post-it. Quand j’ai 300 post-it, ça veut dire que je suis venu à bout de mon intrigue. Après, c’est au moment de l’écriture elle-même que j’ajuste. J’ai des notions de cliffhanger comme on dit dans les scénarios américains.

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As-tu des automatismes d’écriture?

C’est beaucoup de boulot, mais en même temps, je sens que ça devient de plus en plus facile. Je fais gaffe à ça, parce que le risque serait que mon écriture devienne mécanique.

Moi qui ai lu tous tes romans, je constate qu’il y a à chaque fois un personnage entre la vie et la mort à l’hôpital.

Ah oui ? Tiens, je n’avais pas remarqué. Maintenant que tu me dis ça, je m’aperçois qu’il y en a aussi dans le prochain. C’est marrant ce que tu me dis là. Il faudrait que j’analyse ça.

(Il s’allonge sur le canapé en me demandant combien il me devait…)

ecriveurs.jpgParlons de ton prochain livre, Les Écriveurs.

Ca sort chez Bamm !, le label Jeunesse de J’ai Lu. Il y en a deux qui vont sortir en 2012 et un troisième en 2013. Ca se passe dans une île du pacifique qui n’apparaît pas sur les cartes pour la simple raison que c’est une ile volcanique où il y a une couverture nuageuse permanente, donc elle est invisible pour les satellites et pour quiconque. Sur cette île vivent quelques centaines de milliers d’âmes. C’est une communauté coupée du monde extérieur. Dans cette communauté, il y en a une autre encore plus secrète et fermée, les Écriveurs, qui vit dans une cité souterraine. On comprend très vite que cette communauté a entre ses mains le destin de l’humanité tout entière. Tout ce qu’on a pu vivre, toi, moi, tout le monde, n’est pas le fruit du hasard. Tout a été écrit quelque part par quelqu’un, en l’occurrence, par les gens de cette communauté d’enfants et d’adolescents. Seul hic, ils perdent ce pouvoir à partir du moment où ils tombent de manière avérée amoureux.

Ca te va bien comme nom, écriveur !

En effet, moi-même je passe mon temps à animer des personnages.

Tu as l’impression d’être toi-même un Dieu tout puissant ?

Il y a une analogie évidente entre le boulot d’un auteur et ce que font mes Écriveurs. L’idée est venue un peu de ça, on peut se considérer comme un animateur de monde. La seule différence, c’est que nous, ça s’arrête à la fin de nos livres.

Si ça se trouve, tu animes des mondes parallèles sans le savoir !

Mais oui, Mandor, si ça se trouve… (Grand sourire compatissant). Mais, le sujet fait réagir. Qu’on se sente manipulé ou manipulateur, la grande question est de savoir où réside la clef de ce qui nous arrive, de notre sort et de notre destin. Le philosophe français d’origine lituanienne, Emmanuel Lévinas, expliquait en substance que tout ce qui arrive dans l’humanité était écrit avant dans les  livres. Et si ça n’avait pas été écrit dans les livres, mais dans un livre spécifique à chacun d’entre nous ?

Tu as une imagination foisonnante, je le sais. Tu as combien d’histoire dans ta tête en avance ?

Je ne les compte plus. J’ai une irrépressible envie de raconter des histoires parce qu’elles débordent de moi. Dès que je lis une news qui m’intéresse, j’imagine immédiatement une histoire. C’est presque un réflexe. J’ai des fichiers word et des cahiers remplis de milliers de début d’histoires.

Permet moi de faire de la psychologie de comptoir… est-ce un moyen de fuir la vie réelle ?

Oui, involontairement. J’ai toujours été un garçon très très rêveur qui se réfugiait beaucoup dans l’imaginaire, aussi bien dans les livres que dans les films et j’ai eu très vite le besoin de vivre là dedans.

Ca ne te déconnecte pas de la réalité ?

Un peu.

Ce n’est pas embêtant pour l’entourage ?

Si. Ma femme ne comprend pas toujours très bien qu’à minuit, au moment d’aller se coucher, je reparte une demi-heure parce que trois idées me sont tombées dessus et que je ne veux absolument pas les perdre. Je suis comme ça, je ne peux m’en empêcher… incorrigible graphomane.

Pour finir, voici le teaser de Non Stop!

02 janvier 2012

Henri Loevenbruck: interview pour L'Apothicaire

henri loevenbruck,l'apothicaire,interview

henri loevenbruck,l'apothicaire,interviewLa première mandorisation de l’année est consacrée à un auteur que j’apprécie beaucoup, Henri Loevenbruck. Je l’avais rencontré en 2008 pour une interview filmée (que le réalisateur a cru bon de supprimer de You Tube et DailyMotion…) à propos de son livre Le Rasoir d’Ockham. Depuis, nous sommes restés en contact. Avec mon ami Eric Briones (Darkplanneur), nous avions d’ailleurs organisé la soirée de lancement de ce livre. Bref, le voici de retour avec un livre gigantesque, un livre majeur, un de ceux qui marquera l’histoire de la littérature d’aventure (ce serait, en tout cas, fort mérité/logique!). L’Apothicaire est d'une érudition rare, passionnant et riche au sens intellectuel et émotionnel du terme. Le 26 décembre dernier, Henri Loevenbruck m'a donné rendez-vous dans un café situé en face de chez lui. Nous avons parlé littérature, chansons, imaginaire, religions, nous avons évoqué Renaud, Brassens, Umberto Eco et enfin, nous avons fait le point sur ses carrières (musicale et littéraire), le tout sans aucune langue de bois. Henri Loevenbruck ne donne pas beaucoup d'interviews, mais quand il décide de rencontrer un journaliste (dont il sait qu'il ne va pas trahir les propos), il parle comme il pense. C'est plaisant. Très.

henri loevenbruck,l'apothicaire,interviewPrésentation de l'éditeur:

« Il vécut à Paris en l’an 1313 un homme qui allait du nom d’Andreas Saint-Loup, mais que d’aucuns appelaient l’Apothicaire, car il était le plus illustre et le plus mystérieux des préparateurs de potions, onguents, drogues et remèdes… » Un matin de janvier, cet homme découvre dans sa boutique une pièce qu’il avait oubliée... Il comprend alors que jadis vivait ici une personne qui a soudainement disparu de toutes les mémoires. L’Apothicaire, poursuivi par d’obscurs ennemis, accusé d’hérésie par le roi Philippe le Bel et l’Inquisiteur de France, décide de partir à la recherche de son propre passé, de Paris à Compostelle, jusqu’au mont Sinaï.  Entre conte philosophique et suspense ésotérique, L’Apothicaire est une plongée vertigineuse dans les mystères du Moyen Âge et les tréfonds de l’âme humaine.

L’auteur :

Henri Loevenbruck est écrivain, chanteur et compositeur. Ses romans sont traduits dans plus de quinze langues. Mais en fait, sa bio complète est là… (à lire si vous avec 45 minutes devant vous…)

henri loevenbruck,l'apothicaire,interviewInterview :

7 ans pour concevoir ce livre, 2 ans pour l’écrire. Considères-tu L’Apothicaire comme le livre de ta vie ?

Oui, à tel point que ça me fait un peu peur parce que je me demande si je vais prendre autant de plaisir à écrire le prochain. Ce que je suis en train d’écrire est un projet complètement différent, il ne pourra donc pas souffrir de la comparaison. J’écris un roman-feuilleton avec Fabrice Mazza, l’auteur du Grand livre des Énigmes et mon ami d’enfance. Il sort en 6 épisodes de 200 pages. Chaque mois sort un épisode.

Il faudra donc acheter 6 livres en 6 mois ?

Oui, mais à 6 euros. Pour nous, c’est l’idée de renouer avec le vrai roman populaire avec tout ce qui va avec : le « cliffhanger » à la fin, un univers enrichit  un peu comme dans une série télé. On va faire ça pendant 3 ans.

Ce n’est pas une entreprise un peu risquée ?

Je n’y vois que du plaisir. On s’éclate en écrivant à deux.

Vous procédez comme un cadavre exquis?

Pas du tout. C’est moi qui écris le premier jet et c’est Fabrice qui repasse derrière. L’essentiel de notre boulot à deux, c’est d’imaginer des synopsis super détaillés.

Bon, revenons à L’Apothicaire. C’était un roman complexe à écrire ?

D’abord, il faut que je trouve l’idée du livre que je vais écrire et que je commence à imaginer une histoire sans avoir beaucoup de détails. En revanche, je m’approche suffisamment de l’idée pour savoir quels sont les sujets sur les lesquels je vais avoir besoin de me documenter. Pour celui-ci : début du XIVe siècle, Philippe Le Bel, les apothicaires du Moyen-âge, Paris à cette époque, le quartier de Saint-Denis en particulier, Compostelle, le Mont Sinaï et la gnose. J’ai beaucoup, beaucoup lu sur tous ces sujets. Plus je me documente, plus ça enrichit mon histoire. Je découvre un truc que je ne connaissais pas, je me dis : « Tiens, c’est pas con, ça, je peux l’intégrer dans mon histoire ! ». A un moment j’arrête mes recherches, là je fais mon synopsis, ensuite, je laisse toutes les informations intégrées bouillonner en moi avant de passer à la vraie phase d’écriture. Ce que j’apprends au fur et à mesure des romans que j’écris, c’est de faire en sorte que la documentation enrichisse le livre, mais qu’elle ne l’alourdisse pas. C’est très dangereux. C’est chiant un bouquin où tu sens trop que le mec s’est documenté comme un malade…

On peut te le reprocher dans les descriptions de certaines villes que tes héros traversent.

Mon éditrice est comme toi. Elle m’a fait cette réflexion précise. Moi, j’ai fait le choix de me dire que le lecteur qui s’emmerderait ferait le choix, lui, de tourner les pages, comme je le faisais gamin en lisant certaines descriptions dans les romans de Victor Hugo ou de Zola.

Dans L’Apothicaire, il y a beaucoup de faits historiques réels. L’inquisition, la gnose…

L’univers du roman est totalement historique, mais c’est l’intrigue qui est romanesque. Je me suis beaucoup amusé. On ne sait pas comment Guilhem de Nogaret (conseiller du roi de France Philippe IV le Bel, son Garde du Sceau et à partir de 1306 le véritable maître d'œuvre de la politique royale) est mort. Je me suis amusé à trouver une explication médicale à son décès. Il a été retrouvé réellement la langue pendante, donc mon apothicaire lui a trouvé, non pas un empoisonnement comme beaucoup l’on cru, mais une sorte d’anévrisme. Dumas faisait beaucoup ça dans ses romans. Il résolvait certains mystères de l’histoire. Pareil pour le grand inquisiteur de France. Il n’existe nulle part une explication sur sa disparition… c’est du pain béni pour mon imagination fertile.

henri loevenbruck,l'apothicaire,interviewJe vais te poser la question que l’on te posera systématiquement. Mais, réellement, ça m’intéresse. Écris-tu un roman historique de la même manière qu’un thriller ou qu’un Fantasy ?

Tu sais, tous ces romans sont finalement des romans d’aventures. Depuis la sortie du livre, tout le monde me parle du roman d’Umberto Eco, Le nom de la rose. J’en suis ravi. Je préfère nettement cette comparaison que lorsqu’on me parle de Dan Brown… Thierry Gandillot à écrit un article dans Les Échos intitulé « Le nom de la gnose ». J’ai trouvé ça très drôle. Bon, en réalité, il y a plein de points communs : le livre, l’époque, le moine (moi, c’est un apothicaire qui se balade avec son apprenti). La grande différence, c’est que Le nom de la Rose, c’est un huis clos dans une abbaye. Et c’est un vrai polar. Le type, il vient, il y a des meurtres en série et il doit découvrir qui est le meurtrier, point final. L’Apothicaire, c’est une épopée. Eco a voulu rendre hommage à Agatha Christie et à Conan Doyle, alors que moi, c’est vraiment plus vers Alexandre Dumas et aux romans d’aventures du XIXe. Et pour répondre ta question, ce sont les mêmes codes que dans le Fantasy. On est dans un train, on est dans un voyage. Dans tous les romans, on est dans un voyage. Je n’ai jamais fait du huis clos, ni de roman urbain où tout ce passe dans la même ville.

henri loevenbruck,l'apothicaire,interviewOui, ce n’est pas comme le dernier Franck Thilliez, Vertige.

Franck lui excelle dans ce domaine. Je vais justement essayer de m’y mettre. C’est un défi littéraire pour moi. Je me mets souvent des défis. Pour Le testament des siècles, je m’étais demandé si j’étais capable d’écrire un livre à la première personne. C’était mon 8e livre et je ne l’avais jamais fait. Je sais qu’un jour, il va falloir que j’écrive un livre au présent. Ça me fait très peur ça parce que c’est rare que j’aime un livre écrit au présent, à part Raymond Chandler.

Donc, le huis clos est un défi pour toi.

Je vais te dire franchement, il y a une deuxième raison. J’ai été contacté par plein de réalisateurs depuis deux ans. L’Apothicaire a même été lu et apprécié par Jean-Pierre Jeunet ainsi que par d’autres réalisateurs qui me téléphonent en me disant qu’ils ont beaucoup aimé, mais qu’il est inadaptable. Il faut 40 millions d’euros pour le faire. On ne les aura jamais en France. Il y a un de ces réalisateurs-là qui m’a dit qu’en revanche, il avait vraiment envie de faire un film adapté d’une de mes histoires. « Fais moi un truc où il y a un lieu, deux personnages et là, je te l’adapte ».

J’aimerais revenir à la notion de défi dans la littérature. L’Apothicaire est ton treizième henri loevenbruck,l'apothicaire,interviewroman, c’est impératif de se lancer des défis pour ne pas s’ennuyer dans l’écriture.

Je peux le dire maintenant, Les cathédrales du vide, mon avant-dernier roman, je me suis fait chier. Ça se ressent et les lecteurs n’ont pas été dupes. C’est horrible et ça a été un choc pour moi. À partir du milieu du roman, c’était l’horreur, parce que je ne pouvais pas ne pas le finir. C’était un calvaire quotidien, mais je le devais à la fois à mes lecteurs et à mon éditeur. J’étais en plein divorce, alors je n’étais pas bien. Sur n’importe quel autre livre, je n’aurais pas été bien. Quand je me suis remis à écrire L’Apothicaire, j’ai retrouvé un plaisir d’écrire inimaginable.

Tu n’écris pas bien quand tu es dans la souffrance ?

Moi, je préfère écrire de bonne humeur que malheureux. J’ai l’impression d’être meilleur quand je prends du plaisir.

Sur certains points, ton « apothicaire » te ressemble un peu quand même ?

Je suis complètement agnostique et je remets toujours tout en question. C’est mon point commun avec lui. Être agnostique, c’est refuser tout principe d’explication spirituelle, mais aussi refuser tout principe de non-explication spirituelle, c'est-à-dire n’avoir aucune réponse. Quand tu n’a pas de réponse, tu en cherches. Un croyant, il a sa réponse, il ne cherche plus.

Je sais que tu peux être très intolérant avec ces sujets-là.

Oui (Rires). Par exemple, je ne supporte pas l’astrologie. Quand quelqu’un essaye de me convaincre que, si, c’est possible, ça me rend hystérique. Si on me raconte que les gens peuvent être influencés par leur date de naissance, je pars dans des démonstrations scientifiques qui vont à l’encontre de tout ça. Et je ne lâche rien.

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C’est quoi, en résumant un peu, la gnose ?

Le principe de la gnose c’est : le monde est une illusion créée par un dieu mauvais qui nous écarte de la vérité et qui nous écarte du vrai dieu. Et le devoir de l’initié, c’est de se débarrasser du monde qui n’est qu’une illusion pour rejoindre la vérité. Si tu réfléchis bien, c’est le thème de Matrix. Matrix, c’est le film gnostique par excellence.

henri loevenbruck,l'apothicaire,interviewTu me disais tout à l’heure en off, que tu en faisais une analogie avec la littérature.

Ça m’amuse beaucoup de me dire que les personnages de roman, ce sont des gens qui sont prisonniers d’un monde illusoire créé par un dieu mauvais, à savoir l’écrivain. Il y a un gros parallèle avec la pièce de Luigi Pirandello, Six personnages en quête d’auteur.

Un écrivain comme toi a un monde imaginaire foisonnant. Tu fais rêver les gens avec ce qu’il y a dans ton propre cerveau. Tu réfléchis au sens de ton métier ?

D’abord, je reviens sur ce que tu dis sur mon imagination « foisonnante ». Tu sais, tout le monde à de l’imagination, il faut juste savoir la saisir. Il faut distinguer ce qui, dans cette imagination, va donner une histoire intéressante. Pour moi, l’objet de la littérature, c’est de relier les solitudes. Plus fort encore que ça, à part faire un enfant, je ne vois pas d’autre sens que l’on peut donner à son existence. Le livre, c’est un médiateur entre la solitude de l’écrivain et celle du lecteur. Ce sont des intentions qui se rencontrent, au-delà des frontières, même parfois. Moi, j’ai la chance d’être traduit dans 15 pays et je constate qu’il y a des lecteurs qui habitent à des milliers de kilomètres et qui partagent les mêmes émotions que moi grâce à mes livres.

Les lecteurs de tes livres sont-ils différents selon les pays ?henri loevenbruck,l'apothicaire,interview

Certainement. Par exemple, il y a des pays ou La Moïra marche mieux parce que ce sont des pays où on adore les loups. La Russie ou la Turquie par exemple, on me parle beaucoup de cette saga. Et plus généralement, il y a des livres qui marchent mieux dans tel ou tel pays sans que j’en sache vraiment la raison…

Où as-tu le plus de succès ?

Sans conteste, en Allemagne. C’est le pays où mes livres se vendent le plus. Plus qu’en France même. Après il y a la Turquie, la République tchèque. Là, mes lecteurs sont très jeunes. Entre 11 et 13 ans. C’est curieux.

En France, te sens-tu bien considéré ?

Ici, je n’ai jamais eu un succès monstrueux, mais j’ai toujours conservé mon lectorat. Depuis 13 ans, à chaque livre, j’ai 5 à 10% de lecteurs en plus. Je n’ai jamais eu le bouquin qui tout à coup a fait un gros carton, mais je n’ai jamais connu d’érosion dans mon lectorat.

Si ton nom est quand même connu du métier et du public, tu ne l’es pas autant que Maxim Chattam, Franck Thilliez ou Bernard Werber, trois de tes collègues de La Ligue de l’Imaginaire. Es-tu frustré de cela ?

Non, mais je suis conscient que j’ai besoin de franchir un nouveau pallier. Je n’ai jamais rêvé ou espéré faire les chiffres de Bernard. C’est pour moi un autre monde. Mais enfin, avec L’Apothicaire, ma maison d’édition commence à croire que je suis en train de franchir une étape supplémentaire. Je n’ai pas encore les chiffres de ventes, mais ça se passe plutôt bien. Tu sais, le fait d’avoir fait de la littérature de genre a cloisonné mon lectorat et moi, ça m’emmerde. Je ne supporte pas les chapelles, je ne supporte pas les clochers, je ne supporte pas les groupes, les familles d’auteurs. J’ai envie d’avoir un lectorat qui n’est pas indexé polar, thriller ou Fantasy. L’Apothicaire me permet de sortir de tout ça.

Tu gagnes bien ta vie ?

Je le dis souvent. Je gagne ma vie comme un prof. J’ai beau vendre beaucoup de livres… je gagne bien moins ma vie qu’un éditeur (rires).

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J’évoquais précédemment, La Ligue de l’Imaginaire et toi, tu me disais que tu n’aimais pas faire partie d’une chapelle. Tu es l’un des membres très actifs de cette ligue, ce n’est pas contradictoire avec tes propos ?

Tu n’as pas tort ! Sauf que l’imaginaire, c’est quand même large. Nous, on a envie de parler de l’imaginaire en général. L’imaginaire est important dans la littérature, mais pas seulement. Il est important partout. On manque d’imaginaire dans notre société. Surtout en occident. On a souvent opposé dans la philosophie, raison et imagination. C’est une connerie monstrueuse ! L’imagination, c’est un pouvoir d’abstraction qui permet au contraire d’avoir accès à des vérités sur la réalité auquel tu n’aurais pas accès si ton imagination était au point mort. Pour réfléchir, on a besoin d’imaginer.

A qui s’adresse La Ligue de l’Imaginaire ?

Pas uniquement aux lecteurs, elle s’adresse aussi aux journalistes, aux universitaires, aux libraires, aux bibliothécaires et aux documentalistes. On leur dit : allez voir ce qui se cache derrière l’imaginaire. C’est beaucoup plus vaste qu’on ne le pense. Shakespeare, Dumas, Jules Verne, c’est de la littérature de l’imaginaire.

henri loevenbruck,l'apothicaire,interview

Neuf des dix membres de la Ligue de l'Imaginaire sont réunis. Derrière le loup se cache Giacometti ou Ravenne... Saurez-vous le reconnaître ? Avec Maxime Chattam, Olivier Descosse, Eric Giacometti, Franck Thilliez, Laurent Scalese, Erik Wietzel et Patrick Bauwen.

Ce n’est ni une secte, ni une société secrète, en somme…

Mais c’est une très bonne idée, François. On devrait. Regarde, Ron Hubbard, il n’a rien gagné avec ses livres, mais avec l’Église de Scientologie, il s’en est mis plein les poches… Sans plaisanter, au contraire, plusieurs d’entre nous, comme moi, font partie d’une commission de vigilance contre les dérives sectaires. J’en ai pris plein la gueule par les « scientos », Werber aussi.

Cet été, tu es devenu Chevalier des Arts et des Lettres. C’est rare pour un écrivain de genre. Je crois d’ailleurs que c’est la première fois en France. Alors, heureux d’être ainsi reconnu ?

J’ai été très content pour mes parents. Je l’ai pris comme un honneur. La personne du ministère qui a proposé mon nom est quelqu’un qui aime mon travail. Elle a proposé de me donner l’ordre du Mérite. Là, j’ai trouvé que c’était un peu excessif. Je trouvais ça déplacé, je suis juste écrivain. Du coup, je suis décoré de l’ordre des Arts et des Lettres.

henri loevenbruck,l'apothicaire,interviewJe trouve que c’est mérité parce que, dans les genres littéraires dans lesquels tu évolues, je trouve que tu es celui qui écrit le mieux. Tu fais très attention au style et à la syntaxe.

J’espère encore faire des progrès. Quand je lis mes premiers livres, j’ai un peu honte parfois. Je suis amoureux du français. J’ai été élevé à coup de Brassens et donc de François Villon. Mon père était un ami de Brassens. Je l’ai rencontré, mais j’étais encore henri loevenbruck,l'apothicaire,interviewtrop gamin pour me rendre compte de cette chance. L’amitié entre mon père et lui est à l’origine de l’amitié que j’ai aujourd’hui avec Renaud. L’histoire est longue a raconter, mais en gros, Renaud savait que mon père était ami de Brassens et qu’il avait traduit des chansons de lui en anglais. Renaud avait lu Le syndrome Copernic, il savait que j’étais anglophone et son guitariste me connaissait. Un jour il m’a appelé pour me demander si j’acceptais de traduire ses chansons à lui en Anglais. J’ai accepté et un an plus tard, il m’a proposé de traduire des ballades irlandaises en français pour son album Molly Malone. Ce qui fut fait. Bref, j’ai été élevé par Brassens. Tout le temps, à la maison, dans la voiture, on l’écoutait. Ça a enrichi mon vocabulaire et ça m’a donné le goût de la belle phrase.

henri loevenbruck,l'apothicaire,interview

Tu viens de parler de Renaud. On dit tout et son contraire en ce moment sur sa santé et son moral. Tu as eu de ses nouvelles récentes, toi ?

Il va beaucoup mieux. La presse a quelques mois de retard. J’ai passé une partie de mes vacances d’été avec lui, effectivement, il n’était pas au mieux. Il va mieux depuis plus d’un mois, mais la presse n’en parle pas évidemment. Il s’est vraiment remis à la flotte.

henri loevenbruck,l'apothicaire,interviewParlons musique. Tu viens de sortir un EP. Première constatation. Tu chantes bien.

J’étais chanteur avant d’être écrivain. Entre 15 et 25 ans, j’étais chanteur et musicien et j’ai fait des centaines de concerts. J’étais clavier et chanteur de plein de groupes. À 25 ans j’ai arrêté parce que j’ai écrit mon premier roman. J’ai laissé tomber la scène pendant dix ans. Jusqu’à 35 ans. J’ai continué à écrire de la musique pour des courts métrages et pour des documentaires, j’ai écrit des textes pour des chanteurs et pour des groupes, mais plus rien pour moi. Puis, j’ai recommencé. Au bout de 10 ans de diète, je n’en pouvais plus. Il fallait que je revienne sur scène. J’en ai refait il y a deux ans. Je me suis éclaté. Je me suis mis à réécrire pour moi, en tout une vingtaine de chansons. Mélanger les deux carrières est un peu compliqué. Je n’ai plus vraiment le temps.

Que t’apporte la chanson ?

Tout ce que ne m’apporte pas l’écriture de romans. L’écriture est un métier où l’on est seul. La musique, c’est doublement du partage. Avec ses musiciens sur scène ou en studio et puis évidemment, avec le public. Et il y a autre chose. L’instant de la création dans la musique est concomitant avec celui de la réception. En gros, je ne vois jamais les gens lire mes livres, à part parfois dans le train, tandis que quand je joue sur scène, je vibre avec le public. Tu sais, pour être honnête, je pense être plus crédible en musicien qu’en écrivain. J’ai plus étudié la musique que je n’ai étudié la littérature. Certes, j’ai fait hypokhâgne et khâgne au lycée Chaptal, puis littérature américaine et anglaise à la Sorbonne, mais en musique, j’ai fait le conservatoire, du piano, de l’analyse, de l’écriture…

"Les enfants de la Terre".

"Ta tribu" (en duo avec Chloé Robineau)

Je comprends mieux pourquoi on sent dans ton écriture une petite musique...

Non, mais figure toi que le projet que j’ai avec Fabrice Mazza, il va y avoir aussi de la musique.. Pour les gens qui ont un Smartphone, il y aura un flash code dans le bouquin et au début de chaque chapitre, on balance de la musique que nous avons composée.

Ainsi, la boucle se boucle...

En quelque sorte.

henri loevenbruck,l'apothicaire,interview

Après l'interview...

Une dernière page de pub avec de se quitter...

henri loevenbruck,l'apothicaire,interview

29 décembre 2011

Anne Malraux: interview pour l'EP Saisons

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(Photo: Olivier Allard)

anne 3.jpgRécemment, j’ai reçu un EP accompagné d’une biographie d’une chanteuse, Anne Malraux (son MySpace)… En voici quelques extraits :

Née en 1917, je conserve toute ma fraîcheur grâce à mon caisson cryogénisé à débit variable d’oxygène. Mais j’ai récemment entendu parler d’un abus de caisson qui a beaucoup nui à un chanteur…

C’est pourquoi, je voudrais, avant de mourir, vous faire partager ces quelques chansons composées par mes petites mains chantées. La forme originale de ces chansons est plutôt acoustique, cependant ici, nous nous sommes amusés à faire apparaître quelques touches électro.

Je fus comédienne dans une autre vie, et le suis toujours d'ailleurs, mais plutôt ailleurs qu’ici, ce qui peut-être me donne envie de faire de mes chansons des personnages qui auraient des trucs à nous dire.

Les textes sont au choix provocateurs, légers ou plus mélancoliques, et j’ai le malheur de citer deux ou trois personnes réputées… J’espère que l’auditeur fera la part des choses et n’aura pas volonté de me jeter en pâture aux susceptibilités des dites personnes !

Est-il besoin d’ajouter que j’ai le mauvais goût, en sus, d’être franco-américaine, et de revendiquer haut et fort mon désir de chanter et composer dans les deux langues ??

Enfin, telle que vous m’entendez, et sous réserve d’un enthousiasme modéré à intense de votre part, je suis l’auteure-compositrice-interprète-productrice-distributrice de ce travail, et il ne vous aura peut-être pas échappé que malgré ma programmation multi-tâches de femelle, je n’aurais rien contre un franc coup de main, voire une diffusion massive.

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Je lui ai donné rendez-vous à l’agence pour laquelle je travaille le 19 décembre dernier…

La forte personnalité décelable à la lecture de sa bio et, surtout, à l’écoute des textes de ses chansons s’est confirmée dès les premières secondes de notre rencontre. Décapante et acharnée… "Cette fille-là, mon vieux, elle est terrible!" (Johnny Hallyday, dans le texte… cette comparaison va lui plaire…).

Et pour ceux qui se posent La légitime question. Anne est la petite-nièce d’André (tout est raconté là). Voilà, c’est dit.

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Interview :

La biographie que tu m’as envoyée pour te présenter m’a beaucoup plu. Elle est aussi insolente qu’insolite.

Plutôt que d’envoyer une bio banale, j’ai préféré envoyer un message humoristique qui me correspond bien. Tu sais, ceux qui sont assis sur les places, ils sont bien assis, alors si tu ne vas pas leur mordre un peu les fesses à un moment donné, il n’y a personne qui va bouger. Ça me plait bien de bousculer les conventions pour me faire remarquer avec un style qui est le mien dans la vie.

Ça ressemble en tout cas aux textes de tes chansons qui sont mordants, provocateurs, ironiques et souvent bien sentis…

Depuis les années 90, je n’entends aucune chanteuse se saisir du sujet de la sexualité par exemple, comme je le fais avec « Avec mon scoot ». Je me souviens avoir bien tripé sur Guesh Patti et Étienne, ou quelques morceaux des Rita Mitsouko qui dégagaient des trucs un peu sexuels…

Tes textes sont moins abscons. Tu appelles un cul, un cul.

Je rassure tout le monde, ce que j’écris n’a rien de militant. Je suis juste partie du constat que c’est difficile de trouver quelqu’un avec qui ça peu marcher pour une vie de couple, tandis que le cul, il n’y a rien de plus facile à faire. Quand je dis ou chante les choses, j’aime ne pas passer par quatre chemins.

Et la chanson « Merci » ? Elle est pleine de messages et d’ironie...

Je suis franco-américaine et j’ai du mal à faire des chansons linéaires parce qu’avec les limites du français, très vite, je trouve ça neuneu. Je fais des chansons un peu impressionnistes… disons fragmentaires. Dans cette chanson je dis merci à beaucoup de monde. Je remercie une société qui vieillit. Ce n’est pas du racisme anti vieux, mais je trouve que la société est verrouillée et qu’elle ne laisse pas du tout la place aux jeunes. Je ne suis pas la seule à prétendre cela, il y a je ne sais pas combien de sociologues, philosophes et bien d’autres personnes qui ont tous tiré la sonnette d’alarme en disant clairement qu’on a sacrifié une génération. Cette France écrase complètement les jeunes. Il y en a qui ont bac+8 et qui se retrouvent à la photocopieuse… Moi, je ne suis pas là pour me plaindre, je suis là pour faire des chansons et m’amuser en parlant de ce qui me touche.

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Donner un coup de pied dans la fourmilière te plait bien, j’ai l’impression.

Cet esprit frondeur que je revendique à mort, je ne l’entends pas chez d’autres. J’évite d’être consensuelle.

Être grande-gueule, tu crois que ça ouvre les portes?

À ce stade, je ne peux pas te répondre. Ce dont je suis certaine, c’est que mon avenir professionnel ne passera pas par les maisons de disque. Je pense qu’elles vont toutes finir par fermer. Mince, quand même, Universal qui vient d’acheter EMI ! Ce sont des gros qui mangent des gros ! Ça devient vraiment la World Company que nous servent les guignols depuis des années ! En fait, il y a une grosse compagnie avec des mecs qui vont tout bouffer, qui ne laisseront rien aux gens et qui laisseront la planète dans un état épouvantable. Il y a une colère qui n’est pas seulement la mienne. Elle existe, je la rencontre partout. Dans « Merci », je raconte tout ça aussi…

Je vais te poser la question volontairement agaçante. Es-tu encore une comédienne qui veut devenir chanteuse ?

Le métier de chanter à été mon vrai premier désir. Moi, j’ai été poussée par ma famille à devenir comédienne. Mon père écrivait des pièces et, comme tu le sais, je viens d’une famille intéressée par l’art et la culture. Assez vite, j’ai commencé à travailler, à avoir des contrats, à être autonome, à gagner ma vie. J’ai donc tout le temps retardé le fait de m’y mettre et de voir si j’étais capable de réussir dans la voie de la musique. Je me sens plus comme une chanteuse qui a fait de la comédie que comme une comédienne qui s’essaye à la chanson parce qu’elle trouve que c’est vachement sympa.

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Tu suis des cours de chant ?

Oui, un peu, mais par intermittence. Mon idée, c’est à la fois de chanter bien, mais pas non plus à la perfection. J’entretiens bien mon organe et je le traite convenablement.

Tu ne fais donc pas d’excès ?

Je n’irai pas jusque-là. Je suis très bonne vivante, tendance excessive… (Rires). On n’a qu’une vie !

Sans vouloir être désobligeant avec toi, tu es à toi seule un sacré beau packaging marketing. Tu as de très bonnes chansons, une voix très agréable, tu es comédienne, tu as un grand-oncle illustre et tu es jolie…

J’ai commencé il y a juste deux ans demi à chanter seule avec ma guitare dans de toutes petites salles. Si je fais la moyenne avec la plupart des artistes qui n’ont pas de passe-droits et qui ne viennent pas de ces milieux-là, je ne m’inquiète pas encore. En terme de cercle étendu, je suis soutenue par pas mal de gens qui m’encouragent à persévérer, à ne rien lâcher, mais en gardant ma personnalité.

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25 décembre 2011

Wladimir Anselme: interview pour Les heures courtes

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(Photo Thomas Gabison)

Wladimir Anselme est un auteur-compositeur-interprète que j’ai découvert par l’entremise de son attachée de presse. Je me suis très vite rendu compte que, plus j’écoutais cet album, plus j’appréciais, plus j’aimais cet univers personnel foisonnant. En enquêtant un peu sur lui, je me suis aperçu que l’homme roulait sa bosse depuis longtemps. Je suis complètement passé à côté de lui et de son œuvre. Je ne sais pas comment, parfois, je parviens à faire l’impasse sur ce genre de talent-là qui pourtant est loin de se cacher et qui est pétri de talent. Bref, Wladimir Anselme existe (je suis ravi de le savoir) et je vais désormais suivre le cheminement de sa vie musicale.

Voici sa présentation « officielle » :

anselme-portrait1.jpg« Artiste protéiforme donc, mais avant tout un songwriter impétueux et délicat, qui gravite dans le paysage musical en franc-tireur, en tête brûlée, en doux excessif ! Avec son groupe LES ATLAS CROCODILES, il bricole des romances sauvages, à la mélancolie frondeuse et à la grâce désarmée, aux mélodies superbes. Où l’on croise des hommes-grabuge, des héros de gare routière, des carnavals glamoureux, des bribes de polar extatique, une conférence de presse de Mohammed Ali, des buicks roses qui foncent dans la nuit des brownings... »

Parmi toute la presse (je dois dire, uniquement dithyrambique) que j’ai lue sur Wladimir Anselme, je retiens celui de Marianne. Il résume parfaitement mon propre ressenti.

wladimir anselme,

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(Les trois photos ci-dessus: Valérie Archeno)

Le 19 décembre dernier, Wladimir Anselme est venu me voir à MusiqueMag pour, du coup, faire connaissance. L’occasion de lui poser quelques questions à propos de son album, Les heures courtes

wladimir anselme,les heures courtes,interviewSi tu n’es pas très connu du grand public, il n’en reste pas moins que tu es un vieux routier de la musique…

Je fais de la musique depuis que je suis tout petit et j’ai commencé à faire de la scène à l’âge de 16 ans avec déjà mon propre répertoire. Aujourd’hui, j’ai presque 37 ans, c’est dire que je ne suis pas tout à fait un débutant.

Tu as commencé tes prestations scéniques dans une salle parisienne appelée « Le Club des Poètes »…

C’est un endroit étrange. On y lit des poèmes et on découvre donc beaucoup de poètes connus ou pas. C’est d’ailleurs là qu’a débuté Thiéfaine. Moi aussi, on me permettait de chanter mes propres textes. À cette époque, je sacralisais un peu le mot « poète ». C’est ce que je tentais de faire, mais je ne le revendiquais pas comme ça. Je trouvais ça indécent.

Thiéfaine faisait partie de ton Panthéon. Il t’a inspiré ?

Oui, je suppose. Quand j’étais au lycée, tout le monde associait son nom aux drogues, moi, j’écoutais simplement ses textes. J’écoutais aussi Léo Ferré, Julos Beaucarne, Jean Guidoni, Renaud... Bref, j’étais très « chansons à textes ». Dès que je voyais un chanteur barbu avec une guitare en bois, j’y allais…

Ces goûts musicaux ne te coupaient pas de tes copains de lycée ?

Un peu, effectivement, mais ça me permettait d’en avoir d’autres. Un noyau de pur eu dur avec ce secret-là ! Ça m’a forgé en tout cas une culture marginale. Je pense que j’aimais bien être dans la marge et pas dans le consensus. À cette époque-là, personne ne chantait en français. Le regain est venu plus tard grâce à Juliette et les Têtes Raides… Quand je disais que je chantais en français, on me répondait : « Ah bon ? Comme Florent Pagny ? »


Wladimir Anselme à l'Air du temps par images_et_sons_du_berry

Cet amour-là des belles chansons te vient de ce que tu entendais chez toi étant petit ?

Oui, en grande partie. Mon grand frère arrivait avec des disques de Thiéfaine et me le faisait découvrir comme un trésor. Quand j’étais tout petit, mes parents écoutaient Moustaki, Reggiani… j’étais passé complètement à côté de la culture anglophone. J’ai acheté mon premier disque peu avant le bac. Ca devait être Wish you were here des Pink Floyd et je me demandais si je n’allais pas m’emmerder avec ça. Pour moi, les Pink Floyd et les Beatles (que je ne connaissais pas), c’était la culture majoritaire… consensuelle. Du coup, je n’arrivais pas à aller vers ça. Depuis, ça c’est complètement renversé dans ma tête !

wladimir anselme,les heures courtes,interviewC’est ton deuxième album. Parle-nous du premier, Mauvaises herbes, que tu as sorties en 2000…

J’avais 24 ans et des envies de révolutionner la chanson en faisant rentrer la musique contemporaine, à laquelle d’ailleurs je ne connaissais rien. Pour l’orchestration, j’avais fait appel à Bernard Struber. J’avais des paroles absconses, des textes très durs et des musiques très compliquées. Parfois, je sortais de scène éprouvé par ce que je racontais. Pendant 6 ans, j’ai tourné avec le groupe de free jazz avec lequel j’avais fait ce disque et puis on a fait en 2004 un EP qui s’appelait 2e round. Ensuite, on a dissout le groupe et j’ai mis un peu de temps à reconstituer un autre groupe. Mais j’ai enfin réuni les gens qui sont devenus les Atlas Crocodile. Atlas Crocodile est née d’une rencontre entre le guitariste Csaba Palotaï et le pianiste claviériste Boris Boublil. Très vite, Jeff Hallam à la basse et Marion Grandjean à la batterie les ont rejoints.

Que s’est-il passé ensuite ?

Après avoir fait quelques concerts avec eux, on est rentré en studio et on a commencé les maquettes de l’album sans préparation. On arrivait, on réduisait les chansons à leur plus simple expression et à partir de ça, les Atlas Crocodile et moi, on construisait de manière très inventive.

Vous avez mis longtemps à enregistrer le disque ?

4 ans, à peu près. On a commencé dans un studio de Bagnolet. En 5 jours on a enregistré près de 9 morceaux. Ensuite, on a un peu arrêté d’y travailler puis on a recommencé. Après plusieurs tentatives infructueuses, on est parti dans une maison de campagne et on a pris notre temps. On avait des tas d’instruments vintage et un matos incroyable pour bosser… bref, je te passe les détails, mais on est content du résultat.

Certaines chansons furent une véritable épreuve…

Celle qui ouvre l’album, « La Palmeraie », était la plus difficile. On l’a enregistré au moins 4 fois. Je cherchais un truc précis que j’ai eu du mal à définir. Pour moi, l’arrangement n’est pas juste une décoration, alors je suis très pointilleux…

Ton album, pour rentrer dedans, il faut l’écouter au moins deux fois. Il est vraiment hors-norme.

Je sais qu’il y a des gens qui ne rentrent pas tout de suite dans cet univers. Pourtant, c’est vrai que j’avais le goût pour les choses alambiquées quand j’ai commencé la chanson, mais dans celui-ci, j’ai essayé vraiment essayé d’épurer au maximum pour aboutir à des chansons simples et agréables à écouter. Par rapport à mes débuts, je n’écris plus du tout en autiste. Je me pose la question de savoir ce que les auditeurs peuvent éventuellement comprendre de ma musique.

wladimir anselme,les heures courtes,interview

Je trouve que tu es un chanteur fragile et délicat…

Je ne vais pas le revendiquer. J’ai un côté avec beaucoup d’impudence et en même temps très vulnérable. Plus tu prends de la force, plus ta vulnérabilité peu paraître belle et pas gênante.

Tu as mis en musique un texte d’Apollinaire, « La cueillette »…

Ce poète représente une simplicité et une clarté qui me touche profondément. Il est lumineux. Je chante souvent des textes d’Aragon, mais je ne me revendiquerai pas d’Aragon, mais Apollinaire, oui.

Ton disque est une vraie épopée musicale.

Il a une espèce de charge. L’enregistrer a été une vraie aventure humaine. C’était très fort, il s’est passé plein de choses… A la manière de Claude Sautet, on voulait capter de la vie, des choses un peu humaines. J’espère que les gens vont entendre tout ce qu’il y a de brulants derrière. Mes chansons racontent des histoires, des explorations de sentiments dans un contexte qui n’est pas forcément dit.

wladimir anselme

Pendant l'interview...