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11 avril 2008

Lonely Drifter Karen... petite merveille!

 

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Quand j’ai reçu (et écouté) le disque de Lonely Drifter Karen, je me suis dit, tiens, une femme avec un bel univers!

Ce qui n'est pas rare, mais parfois, j'me fais ce genre de réflexions...

Sans vouloir faire de comparaisons inutiles, j’ai ressenti la même chose que la première fois que j’ai écouté Kate Bush ou plus récemment Tori Amos.

Après enquête extrêmement poussée (la biographie jointe avec le CD), j’apprends que la chanteuse s’appelle en fait Tanja Frinta et qu’elle est Autrichienne.

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J’apprends aussi qu’enfant, elle est fascinée par les comédies musicales « vues dans les théâtres et salles de cinéma ». Qu’elle aime les comédies musicales ne m’étonne pas trop, car sa musique reflète cet amour… mais je pense que le jazz et la musique tzigane ne font pas fuir la donzelle. Sous de merveilleuses mélodies, la belle Viennoise nous offre un monde proche du cabaret expressionniste, rien de moins. La voix captive, le piano s’enflamme, la guitare acoustique se fait tantôt douce, tantôt endiablée.

J’ai plongé dans cette ambiance magique.

 

Alors, oui, quand l’attaché de presse m’a proposé de l’interviewer avec le pianiste catalan Marc Melia Sobrevias, j’ai accepté. Manquait le batteur Giorgio Menossi, pour que Lonely Drifter Karen soit au complet.

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Bon, j’ai un peu honte de vous avouer ça, mais, euh… comment dire… je ne parle pas bien l’anglais (je suis même une sacrée bille !) alors, je demande toujours à quelqu’un de venir pour traduire l’interview (vous comprenez maintenant pourquoi je suis devenu un spécialiste de la chanson française!).

Cette fois-ci, j’ai demandé à ma copine Marie Cartier, la rédac-chef de Zik Addict (à ce propos, je suis assez content de la nouvelle présentation!), site musical où je recycle mes articles, de venir m’aider…

Ainsi, le 20 mars dernier, nous voici assis (bonanga) dans le salon (majestueux) de l’hôtel Britannique. Je pose des questions convenues et les réponses le sont autant. Je ne parviens pas à trouver la faille pour apporter un intérêt à mon entretien. Si je ne saisis pas sur l’instant les propos de mes invités, je n’arrive à rien. Je suis assez nul en fait. J’ai besoin de converser, pas d’interviewer.

Parfois Marie me regarde bizarrement. (Quoi? Elle est conne ma question ?).

Je me rends compte que, oui, elle est sacrément conne ma question.

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Bon, je résume ce que Marie me rapporte.

Toute petite, Tanja Frinta écoute aussi beaucoup de folk et de rock. Plus tard, elle fera même partie d’un groupe de punk rock. Difficile à envisager cela quand on écoute l’album Grass is singing.

(Tenez, allez zieuter ce que télérama.fr vous propose pour découvrir cet album!)

A 20 ans, elle fonde un trio indie-pop féminin, puis s’en va pour aller vivre en Suède, un peu plus tard, elle rejoint Barcelone. C’est là qu’elle rencontre les deux autres membres du groupe. Et là, une nouvelle aventure commence.

Lonely Drifter Karen naît.

(Je raconte super bien, je trouve.)

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De quoi parlent les textes de la chanteuse auteur(e) ?

C’est surréaliste. Limite dadaïste.

Il est question de « pieds qui deviennent des yoyos », d’ « un inventeur fou qui tombe amoureux d’un clown », des « anges qui soupirent pendant que des dames résistent à l’appel de la crème glacée », des « filles qui se transforment en éléphant », et d’ « un homme et d’une femme qui se font étouffer »… des trucs complètement normaux, quoi !

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Voilà, c’est tout ce que je peux retirer de cette rencontre.

Ah si ! Un détail. Tanja et Marc sont très sympathiques. Ils sont encore peu habitués à répondre aux questions des journalistes, mais comme l’album sort dans le monde entier, gageons que j’ai eu de la chance de les avoir rencontrés. Pas sûr que dans deux ans, on me les offre sur un si joli plateau !

Leur MySpace...

Voici la première vidéo de Lonely Drifter Karen: The Owl Moans Low.

 

 

Donc, oui, ils ont joué le jeu des photos aussi.

Sur le canapé.

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Et avec Mandor, Tanja Frinta s'endort...
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Mais avec Marc Melia Sobrevios, c'est l'osmose...
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Merci à Marie Cartier pour la traduction, à l'hôtel Britannique pour l'accueil, aux personnels de Crammed Discs pour l'organisation de cette rencontre au sommet, aux pervenches de la Place du Châtelet qui ne m'ont pas verbalisé alors que j'étais garé comme un âne, à mes parents sans qui je ne serais pas là et à Dieu sans qui, je n'aurais pas vu le jour non plus (d'après ce qu'on m'a dit!)
(Surtout, vous me dites si j'en fais trop!)
Amen!

10 avril 2008

Ludéal... simplifié.

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(N.D.L.R: Pour apprécier à sa juste valeur le titre de ma note, il faut connaître (un peu) le répertoire de Laurent Voulzy. Voilà, c'est comme ça... ce blog est élitiste.)

Ludéal, il m’interloquait.

Sur la pochette, une tête de Pierrot lunaire.

Mystérieux, le bonhomme.

Peu engageante, je trouvais, la pochette.

À l’écoute. Un must.

Un truc qui sonne américain avec des paroles françaises.

Jamais rien entendu d’aussi intéressant en France depuis Bashung.

Bien sûr, la presse le compare à lui.

Bien sûr, c’est souvent justifié. Ludéal en a mangé du Alain. Ludéal l’a ingurgité son Fantaisie Militaire.

Mais Ludéal, sa culture, c’est surtout Bruce Springsteen, Tom Waits et Robert Wyatt

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Son univers, mélange de pop anglaise et de chanson française, est voluptueux, délicat, aérien, ambigu, complexe, tourmenté.

Ironique, élégant.

Oui, tout ça.

Y a du vécu dans les chansons de Ludéal.

Tenez, voilà un premier clip : Tout rustiné. (Tiens, au passage, je suis dans cet état d'esprit en ce moment...)

 

 

 

« On » me donne rendez-vous au Ramus, non loin de chez lui.

Je trouve une place juste devant le bistrot. En faisant mon créneau, je le vois arriver (oui, j'ai cette faculté de regarder le paysage et de réussir à garer ma voiture... un truc de fou!). Je le reconnais parfaitement, tout en me disant qu’il a une tête bien plus sympathique que sur la pochette. Beau gosse même, ce qui ne m’avait pas sauté aux yeux sur le disque.

Je le laisse saluer son attachée de presse, puis je les rejoins.

L’homme est chaleureux et semble discret. Pas frimeur pour un sou. Humble, je dirai.

Je ne trouve rien de mieux que de lui parler de sa pochette trompeuse… Il se marre. Tout le monde lui dit ça.

 

-Oui, ma tête, elle est aussi aimable qu’une porte de prison. Je voulais apporter une part de mystère. Tout le monde me dit qu’elle ne correspond pas à ce que l’on voit de moi quand on me rencontre…

Pourquoi faire une tête de Buster Keaton alors qu’on à la tronche d’un Chris Isaak qui aurait mangé un Presley (première période, le Presley !) ?

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Je ne lui fais pas part de ma réflexion.

Je ne suis pas certain qu’elle soit judicieuse.

Allez, évacuons sa jeunesse.

« Il est né à Drancy. Il découvre à douze ans dans la mince discothèque de son père, entre Elvis Presley et Les Chaussettes noires, un album de Queen qui sera son premier vrai contact avec la musique rock ». (Qu’il dit monsieur MySpace).

Bon, je résume la suite.

Il apprend la guitare sur le Song Book d’Elvis Costello. Puis il s’ouvre à d’autres artistes… Springteen ne le fait pas fuir, par exemple.

Il vit sa vie comme tout le monde, sauf que Ludéal bosse la musique comme un fou, chez lui.

 

-Je n’ai jamais caché que je travaillais depuis longtemps seul dans mon coin parallèlement à des métiers « alimentaires »… Pendant 10 ans, non-stop, je me suis entraîné, j’ai écrit et composé. Aujourd’hui, je débarque, mais avec un solide répertoire. Il fallait bien que je me décide à montrer mon travail au-delà des amis et de la famille. J’ai eu la chance de rencontrer mon éditrice.

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Son éditrice, elle s’appelle Anne Claverie. Elle et le directeur artistique Philippe Gandilhon l’ont l’emmené jusqu’à la signature chez Jive Epic.

-Je suis un miraculé. J’ai eu énormément de chance de signer, tu ne crois pas ? Des mecs comme moi, je suis sûr qu’il y en a plein.

Pas si sûr. Il y a en effet beaucoup de bons artistes en attente d’être découvert, mais, avec un album à ce point proche de la perfection, je ne sais pas. Ce disque n’est pas un premier album. Ce n’est pas possible.

Mais si, en fait.

 

-Si je m’écoutais, je réenregistrerais tout. Je ne suis jamais content. Heureusement que j’étais bien entouré...

Jean-Louis Piérot (Les Valentins, Miossec, Daho, Bashung…), et Frédéric Lo (Daniel Darc, Stéphane Eicher…) à la réalisation et Renaud Létang (Alain Souchon, Manu Chao, Feist…) au mix.

Effectivement, pas mal du tout.

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Il poursuit…

 

-J’ai une vie de famille, très peu de vie sociale. Je n’ai pas le goût de sortir, je n’ai pas la télé… mais, je te rassure, je ne suis pas coupé du monde. Je suis devenu casanier et même sédentaire parce que j’ai travaillé énormément sur ces chansons. J’ai une exigence maladive avec elles. Je les ai traînés des années sous le bras sans arriver à me décider…

Au programme de cet album « 10 chansons au faux flegme romantique, genre amoureux transi, mais pas dupe, entrecoupées d’images à l’emporte-pièce, de saynètes comico-absurdes et d’une galerie de personnages que ne désavoueraient ni Lewis Carroll ni William Burroughs ». (Re merci monsieur MySpace !)

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Ludéal est un peu inquiet. Son disque sortit il y a deux mois, ne rencontre pas encore un large public. Je lui réponds que le contraire m’aurait étonné. Qui a dit que la qualité était vendeuse en ce moment ? Il va falloir qu’il soit patient. Il doit penser à se bâtir une carrière, pas à penser à « l’achat immédiat ».

Il le sait, mais bon…

 

-J’ai conscience que j’arrive à une époque très difficile pour un chanteur qui débute. J’ai fait un album honorable avec des chansons mûres… j’ai peur qu’il tombe dans l’oubli.

Moi, je pense que le succès de Ludéal ne sera pas immédiat. Mais qu’il durera très longtemps.

En attendant, allez voir son site, il y a les dates de ses prochains concerts. Pas mal de 1eres parties (de Pauline Croze, Renan Luce, Daniel Darc et même d’REM…)

Je vous laisse avec son tout nouveau clip : Costume de nonne.

 

08 avril 2008

Balbino Medellin... l'espoir fait vivre!

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La première fois que j’ai entendu la voix de Balbino Medellin, c’était en 2004, sur un album de Mano Solo : Les Animals (je l’avais chroniqué). Il chantait en duo, Barrio Barbès. Je me demandais qui était ce type avec une voix si étrange. A la fois cassée, profonde et sensible… souvent sur le fil.

Quand j’ai reçu le disque Le soleil et l’ouvrier (le deuxième du monsieur), j’ai constaté qu’en plus, le mec avait une sacrée gueule : un titi parisien qui aurait mangé du Popeye (expression assez rare, je le conçois… mais très parlante).

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Avec le disque, je reçois aussi un poster géant de Balbino. Au verso quelques témoignages d’amis artistes…

Extraits :

 

Cali : « Si on s’en remet à l’adage qui dit « Tout ce qui n’est pas déchirant est superflu », alors cet album de Balbino est essentiel. Parce qu’il y chante chaque chanson comme si c’était la dernière… même dans ses chansons les plus légères, il est un cri jusqu’à la fin. »

 

Bernard Lavilliers : « La voix de Balbino sort tout droit d’un film de Prévert ou d’un album de Doisneau, le ciel est lourd, le vent froid mais à l’horizon une ligne lumineuse grandit comme un sourire de femme… »

 

Anis : « Balbino est le vrai héritier de l’âge d’or de la chanson française, celle des années 50 à 70. Il a ce piment, cette force d’esprit, cette corrosivité… »

 

Jean-Louis Foulquier : « Francis Lemarque aurait été heureux d’accueillir ce jeune « camarade ». Bernard Lavilliers à l’œil qui frise, ça ne trompe pas. Balbino est de la trempe de ceux qui durent. »

 

N’en jetez plus, la coupe est pleine. Après lectures de ces « témoignages », je me suis demandé s’il était utile que j’intervienne dans ce concert de louanges. Si, c'est même impératif. Je l’ai rencontré le 26 mars dernier, il est normal que je me laisse aller à un « racontage » en règle.

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J’ai été convié dans un « auditorium » situé à Saint Ouen. Un endroit qui ne paie pas de mine quand on arrive… mais quand on a grimpé les escaliers, on découvre un lieu convivial et pratique pour répéter. C’est ce que faisait Balbino Medellin et son comparse René Michel (co arrangeur de l’album et pianiste-accordéonniste… entre autres) quand j’ai pénétré dans cet antre. J’ai un peu l’impression de déranger, mais très vite les deux artistes arrêtent de jouer. Balbino se présente à moi. Poignée de main virile. Pas de fioritures. J’veux dire, pas de phrases inutiles, de basses flatteries, l’homme va droit à l’essentiel. J’essaie d’expliquer qui je suis. Il écoute, bienveillant. Je soupçonne qu’il s’en moque éperdument. René nous laisse en tête à tête dans le studio pour l’interview.

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Je lui dis ce que je sais de lui et que j’ai lu partout. Il a grandi en Epinay-sur-Seine et Perpignan, au sein d’une famille espagnole.

 

-Oui, cette famille était communiste et beaucoup de ses membres ont été dans les camps de concentration pour ça. Ils ont résisté, pas toujours avec succès.

C’est son oncle Michel Izquierdo (décédé l’année dernière) qui l’a élevé et qui lui a donné le goût de la musique. La communauté des gitans de Perpignan n’est pas, non plus, pour rien dans la forme de musique qu’il a choisi de jouer… « « fièvre catalane et rock’n’roll pedigree ».

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Je passe les bars et les scènes ouvertes dans lesquelles il a joué, ses excès de jeunesse dans lesquelles il a failli se perdre et une vie pleine de galères mais aussi d’espoirs… typiquement ce que l’on retrouve dans ce disque.

 

-Pour faire une chanson crédible, il faut parler du vécu que l’on a. Moi, je n’ai pas fait trois fois le tour de la Terre , je suis comme plein de gens. Je n’ai pas voulu m’inventer des vies. Je suis juste inspiré par des rêves, des histoires, des regards, des rencontres… je parle des autres qui me ressemblent.

Balbino a rencontré des artistes qui l’ont aidé et surtout, qui lui ont redonné une confiance qu’il n’avait plus. C’est bien connu, quand ça ne marche pas rapidement, le doute s’installe.

Il intègre le groupe de Sergent Garcia en 2001 pour une tournée en France et en Espagne. Puis Mano Solo lui propose, non seulement de faire sa première partie, mais aussi d’enregistrer un duo avec lui. C’est en 2005 que le grand Bernard Lavilliers l’embarque sur la scène du Grand Rex. Il lui demande de chanter Les mains d’or avec lui. Les professionnels comment à le repérer et le suivre du coin de l’œil.

-Lavilliers a écouté mes maquettes avant que le 1er album Gitan de Paname soit enregistré. Il y a quelque chose qui lui a plu. D’après ce qu’il m’a dit, il a reconnu sa jeunesse… Lui et moi venons du même milieu. Il m’a dit : « entre nous, si on ne s’aide pas… ».

Ce qui est assez bluffant dans ce disque, c’est que si Balbino Medellin parle des « petites gens » et d’une vie sociale peu réjouissante, il n’y a jamais de misérabilisme…

-C’est un album d’espoir, de soleil et d’amour dans un décor du quotidien. Mon ambition était de donner une parole aux anonymes qui n’ont pas la possibilité de s’exprimer. Je voulais faire passer un message simple : le bonheur est à la portée de chacun.

Ses tranches de vies sont parfois drôles, mais souvent sensibles et réalistes. Les chansons de Balbino Medellin ont l’art de faire réfléchir sur notre existence.

Le vent nous rattrape en est un parfait exemple.

 

Balbino Medellin, je vous l’assure, on va en entendre parler très longtemps.

Je ne peux que vous inciter à le découvrir.

Humain, vous avez dit humain?

Son MySpace.

 

Quoi? Oui, oui, on a fait une séance photos...

Une chronique de Mandor sans les photos dans le lieu où s'est déroulé l'interview ne serait pas une chronique de Mandor. Tsss...

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Balbino Medellin et Bernard Lavilliers.
Non?
Ah bon!

 

04 avril 2008

Albin de la Simone... chanteur sympa mais pas que!

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Albin de la Simone n’est pas un débutant.

Loin de là.

Son MySpace.

Je ne vais pas revenir sur sa carrière de musicien, tout est très bien expliqué ici.

C’est la seconde fois que je rencontre cet auteur compositeur arrangeur interprète…etc. Il sort le 14 avril prochain son 3e album.

Je l’ai chroniqué pour mon journal…

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Quand on me demande 800 signes, je ne peux qu’être très sommaire. L’intérêt de mon blog est de pouvoir creuser plus profondément.

Le jour où je suis allé à sa rencontre (le 18 mars dernier), il faisait un froid de canard. Vraiment.

Arrivé devant sa maison de disque Cinq 7, Albin de la Simone est là également. Nous prenons donc l’ascenseur ensemble. Je me présente à lui… et un ange passe. « Il fait froid, hein ? » me dit-il. Je crois qu’il fait du second degré. Il a choisi une phrase très banale, juste pour me faire sourire. Ça marche. « Oui, il fait un temps à ne pas mettre un chien dehors ! » répondis-je avec un sens aigu de la répartie. Je pense que ça promet une belle interview…

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Nous arrivons dans les bureaux. Je salue Rico (attaché de presse que j’ai beaucoup pratiqué et qui est d’une sympathie à toute épreuve) et quelques autres personnes que je vois pour la première fois. L’artiste en fait de même. On nous fait grimper un étage supplémentaire pour trouver un endroit calme. Le bureau d’une « chef ». Je ne sais plus très bien chez qui nous avons posé nos valises, mais cette personne a une vue imprenable sur les toits de Paris.

Albin me donne la place du « chef ». Lui s’installe en face de moi. Comme s’il était un de mes employés. Je lui demande s’il vient pour une augmentation. Il sourit.

Un chanteur est toujours magnanime avec un journaliste, je le sais.

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Sur le bureau, je vois un disque de la chanteuse dont tout le monde parle : Berry.

Je pense intérieurement : « Tiens, elle, faut que je m’occupe de son cas ! ».

Albin lui, me montre un album de Juliette Gréco. Marrant ça, je n’ai jamais accroché. (Et pourtant, elle a un MySpace!)

Le moment fatidique arrive. Je place mon Sanyo bien en évidence. Il me lance sans réfléchir :

« Tiens ! Tu es un des derniers à utiliser ça ! ».

Ce n’est pas une question, mais une affirmation.

Je le regarde intensément. Je suis sûr qu’il a peur.

(Et là, normalement, vous vous dites : « bon, c’est ça qu’il appelle creuser plus profondément !».)

(J’adore me citer.)

Allez, attaquons le vif du sujet, vous êtes là pour ça…

Non ?

Ah bon !

Bref, je fais remarquer à Albin de la Simone que son univers me paraît plus enjoué, plus gai, plus positif que dans ces deux précédents albums.

-J’ai commencé assez tard à faire des disques. Le premier, j’avais 30 ans. C’était mon disque d’adolescence, celui où j’ai vidé mon sac. Et comme je suis un peu noir dans la tête, je ne me suis pas freiné. Le second, j’avais 33 ans, j’ai poursuivi sur ce chemin. Aujourd’hui, à 37 ans, ça va mieux, j’ai réglé quelques problèmes et j’ai décidé de parler de choses plus légères. J’ai fait le choix de partir toujours du côté le plus gai et le plus animé. J’ai envie de m’amuser et d’amuser les gens. Faire plaisir, en somme.

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Il m’avoue que la scène y est également pour beaucoup.

-En concert, il m’est arrivé de lutter contre mon répertoire. Il était trop sombre, j’ai dû souvent l’égayer. Je me suis rendu compte que c’était un problème d’écriture. J’ai donc pris la résolution d’orienter mon nouveau disque ce vers quoi j’ai envie d’aller sur scène.

Albin de la Simone est un méticuleux. Il est un arrangeur hors pair et prend soin de chaque détail. Musicalement, il a placé son album sous le signe des pulsations humaines… Il y a plus de synthés, mais tout est joué en live. Il n’y a ni programmation, ni rigidité.

C’est beau un cœur qui bat !

(Mais qu’est-ce qu’il m’arrive ?)

Bungalow ! raconte des petites histoires fictionnelles joliment troussées. Il joue avec les mots (maux), sans jamais tomber dans la facilité, ni dans l’exercice de style. Une gageure pour une chanson comme Vendéen (co-écrite par Jeanne Cherhal).

Enfin, il y a quand même de l’humour noir.

Catastrophe en témoigne.

Puisque l’on parle humour, à la fin de l’interview, alors que nous devisions de je ne sais plus quoi (j’avais dû lui raconter une histoire de Toto, un truc comme ça…), il m’en raconte une bien bonne : « les schtroumpfs, quand ils se font un bleu, c’est comme nous quand on ne se fait rien. ».

Après avoir médité un bon moment pour comprendre, je lui rétorque un truc de Francis Blanche (ou Pierre Dac, ne m’ennuyez pas avec ce genre de détail…) : « Plus tu pédales moins vite, moins tu avances rapidement ! ».

Ça n’a rien à voir, je vous le concède, mais en même temps, c’est tout aussi absurde.

(En plus, j’écris ce que je veux ici).

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Moi j’aime bien Albin de la Simone. Comme le dit une autre chanson de son album. Il est Sympa. Il est vraiment sympa et ça n’a rien de péjoratif.

-Oui, mais je n’en fais pas assez. Mince, je suis chanteur. Il faudrait que je prenne la pose, que je me la joue un peu plus. Un chanteur doit tenir un rôle, non ?

Là aussi, c’était de l’humour.

MDR

LOL

:o)

 

(Attention les propos développés dans les trois précédentes lignes sont à utilisées avec modération. Merci !)

Que puis-je ajouter ?

Ah oui ! Albin de la Simone est au Café de la Danse le 16 avril prochain.

Vous ne serez pas déçu, je vous l’assure.

02 avril 2008

Etyl...

 

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Parfois, je suis courge…

On me donne rendez-vous avec Etyl au Zebra Square, le soir de la sortie de son deuxième disque Les souris (le 25 mars dernier). J’arrive un peu en avance et m’installe à une table. Je vois, à côté, une charmante fille qui a l’air de me regarder… avec insistance. Je connais mon charme irrésistible, mais quand même, ça devient gênant. Je ne sais pas, je suis ailleurs, je pense à autre chose. Puis je m’aperçois qu’il s’agit d’Etyl.

Son MySpace.

Elle doit se demander si je suis le journaliste avec qui elle a rendez-vous. Se regarder en chien de faïence, c’est bien, mais moi, je n’ai aucune excuse. Je connais parfaitement son visage.

Parfois, je suis courge…

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Très vite, je réagis (oui, je suis très réactif). Je me présente à elle. Elle me regarde bizarrement se demandant certainement pourquoi je ne me suis pas venu directement vers elle. Mais elle ne fait aucun commentaire.

La jeune fille est souriante. Nous discutons un peu avant de commencer l’interview. Quand elle voit mon Sanyo, elle dit tout de go :

-Oh ! Moi aussi j’ai un vieux dictaphone pourri pour mes chansons !

C’est sorti du cœur. J’hésite à me lever et à la laisser en plan. On n’insulte pas mon Sanyo impunément…

Je décide de rester quand même, parce que bon, en toutes circonstances, il faut savoir se maîtriser, rester professionnel.

Je lui dis que j’ai chroniqué son premier disque La tortue dans mon magazine (voir ma précédente note sur la dame). Elle me remercie.

-Je n’ai pas été soutenue par les radios, mais j’ai eu pas mal de «  presse »… j’ai été gâtée parce que ce n’était pas gagné.

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Il faut dire qu’il y a 3 ans, le mélange chanson française, musique électro n’était pas encore très courant. J’irai jusqu’à dire que c’était inédit. Les albums succès d’Émilie Simon et de Camille n’étaient pas encore sortis. Etyl était la première à innover avec son album La tortue.

-A l’époque, ma maison de disque était totalement pétrifiée à l’idée de faire de l’électronique en chanson française. Elle me disait que c’était beaucoup trop novateur, bizarre et pas assez vendeur. Selon elle, l’électronique allait mourir 6 mois plus tard… Je n’ai pas lâché l’affaire, mais du coup, ça a pris plus de temps et le projet a été compliqué à mettre en place.

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Etyl a créé sa propre structure. Lady Blue pour pouvoir tout maîtriser de A à Z.

-Je n’aime pas dire ça, parce que ça peut jeter un discrédit artistique sur moi. Il y a des gens qui sont choqués que je sois capable de parler d’argent, de tenir un planning, de faire une fiche de paie. Le fait que je dise à d’autres artistes : « Bougez-vous, soyez indépendants, montez votre label, faites ci, faites ça… », ça ne plait pas toujours. J’ai les pieds sur Terre, mais ça n’empêche en rien la créativité. Il faut savoir que je suis devenue comme ça par la force des choses. Si j’avais été une artiste prise en main totalement, avec la capacité d’exprimer mes désirs, mes volontés et mes problèmes existentiels, je peux vous assurer que ça ne m’aurait posé aucun problème.

795422057.jpgLe deuxième disque d’Etyl est plus acoustique. Je lui demande si c’est pour toucher un plus large public…

-Il est plus consensuel, mais pas pour de mauvaises raisons. C’est la scène qui m’a poussée à faire ce choix. En concert, on se rend vite compte que quand on a le nez dans les machines, on est coupé du public. Il y a un moment, on ne peut pas avoir la double casquette de programmatrice et d’ « ambianceuse ». L’important, ce sont les gens présents dans la salle… quand on les lâche, ils le sentent tout de suite.

Est-ce donc une concession à son travail ?

-Un peu. Mais je développe aussi des projets plus expérimentaux qui sont difficiles d’accès et qui n’auront pas une existence médiatique commerciale. J’aime par-dessus tout m’amuser avec les sons, les textures de son… ça ne changera jamais. Je continuerai longtemps mes recherches. En revanche, pour exister, pour avoir un personnage cohérent, il faut bien que je sois un peu plus accessible.

J’aime beaucoup la franchise de la demoiselle. Je lui affirme, en tout cas, que je trouve qu’entre les deux albums, il y a une certaine1272438669.jpg cohérence.

 

-Ah ! Vous trouvez ? Ça me fait plaisir parce que j’avais peur de déstabiliser mon public de base. Vous savez, j’ai une ambivalence dans ma personnalité qui se retrouve dans ma musique.

Etyl est restée la même chanteuse, très organique. Son ton est resté caustique, sensuel et sensible.

-Plus encore dans Les Souris, j’ai l’impression. Dans une chanson comme Noël, je pense chanter tout haut ce que les autres pensent tout bas. Souvent, j’exprime des vérités qu’on n’a pas toujours envie d’entendre.

La chanson Noël, la voici...

 

Les chansons d’Etyl sont personnelles, mais elle fait en sorte que chacun puisse s’identifier sans que le propos soit modifié. (C’est le cas de Debout, par exemple). Pour tout dire, elle joue autant avec les sons qu’avec les mots. Un travail de longue haleine…

-Pour moi, une chanson, ça ne s’arrête pas, ça s’abandonne. Pour 80% des titres de l’album, je dois avoir 4-5 versions de chacune…

Je lui demande dans quel état elle se trouve quand elle est en mode « création ».

-Ce n’est pas toujours évident de faire sortir quelque chose de soi, surtout quand on essaie d’être honnête. De temps en temps, il y a des choses pas très jolies qui ressurgissent et qu’on n’apprécie pas toujours. Il faut faire avec. Globalement, je suis assez terrienne, casanière et épicurienne. J’aime être seule dans ces moments là et je m’arrange pour ne pas faire souffrir les gens qui m’entourent…

Pour conclure, je n’irai pas par quatre chemins, cet album est un album qui fera date. Tout est bon dans Les souris. Un véritable miracle !

 

Je lui dis en rigolant (mais pas tant que ça…) qu’elle a tout pour devenir une artiste culte. Dans deux ans, elle sera moins accessible, elle donnera des interviews au compte goutte, mais j’espère qu’elle gardera la fraîcheur et l’honnêteté qu’elle m’a donnée lors de cet entretien.

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Seule photo validée par Etyl... après l'interview.

Une chose est certaine, il est hors de question que je ne continue pas à suivre sa carrière de très près.

Parce que, personne n’a compris un phénomène essentiel : la chanson française de demain est déjà là depuis trois ans.

Elle s’appelle Etyl.

J'me fais mal est son nouveau clip.

 

 

 

Je n’exagère pas. Rendez-vous demain (jeudi 3 avril) à la Boule Noire , vous comprendrez !

(Merci à Thomas pour le rendez-vous réussi et sa présence discrète ce jour-là !)

(Thomas est l’attaché presse de l’artiste, mais aussi un type que j’aime bien.)

31 mars 2008

Laetitia Godès... femme aux 1000 vies!

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J’avais déjà parlé de Laetitia Godès, il y a un mois de cela… j’avais promis une mandorisation. Elle s’est tenue jeudi dernier (le 27 mars), chez l’artiste.

Je récapitule. La chanteuse se produit tous les lundis à 20h00 au Théâtre Les Déchargeurs jusqu’au 30 juin prochain. J’ai déjà dit ce que j’en pensais. Que du bien. Tout comme son disque auto produit Prière Profane.

Je trouve courageux les gens qui se jettent corps et âme dans un projet. Tout sacrifier pour concrétiser le fruit de ses rêves… c’est exactement ce qu’à fait Laetitia Godès.

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Elle m’accueille chaleureusement dans son appartement. Je sens qu’elle me jauge. J’ai l’habitude. Je discute donc avant de sortir mon magnéto. Pas de précipitations. On a le temps.

La sensibilité repérée dans sa façon de chanter et dans la brillance de ses textes, je la ressens là, devant moi.

Je comprends très vite que Laetitia Godès  a eu 1000 vies… qu’elle n’hésite pas à prendre des virages radicaux quand le besoin s’en fait sentir.

-J’ai beaucoup basculé dans ma vie. Toute jeune déjà, lorsque j’étais étudiante, alors que j’étais titulaire d’un bac scientifique, un prof de philo m’a fait comprendre que j’étais faite pour les Lettres, donc j’ai fait Hypokhâgne et à 20 ans, j’entre en Maîtrise de Lettres Modernes à la Sorbonne.

Le tout, sans difficulté, mais elle me demande de ne pas le préciser. Elle poursuit.

 

-Un matin, je me suis réveillée en étant persuadée qu’il fallait que je fasse du théâtre. C’était comme une révélation. Je n’avais vu que 3 pièces dans ma vie et je n’avais pas la télé… je me suis inscrit dans une école de formation dramatique, le Studio 34… j’y suis restée 3 ans.

 

Ensuite, Laetitia a enchaîné les pièces (voir son site).

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-Avec les rôles que l’on joue au théâtre, on a la possibilité d’aller explorer, de dire, de donner des sentiments, des émotions ni courantes, ni usuelles. Dans la vie, on a tendance à les cacher parce qu’il faut un masque social et surtout ne pas embêter les gens… le théâtre m’a permis ça.

En parallèle, elle est devenue une « as » du doublage (synchronisation). Elle est la voix, notamment de Lucy Liu.

 

-Avec ce métier, il faut essayer de devenir l’autre, de réussir à imiter à la perfection ce que l’autre fait, de le respecter au maximum. Et pour qu’il en soit ainsi, en général, il faut savoir comment on joue soi-même pour pouvoir jouer autrement. C’est passionnant parce qu’à chaque fois, on rencontre un autre corps, une autre façon de réagir, de pleurer, de crier, d’aimer… et ton champ de comédienne s’ouvre vers d’autres ailleurs.

 

D’autres ailleurs, comme la chanson, par exemple…

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-Quand j’ai basculé dans la musique, j’ai vite compris que la synchro m’avait beaucoup apporté. Il faut parler dans un rythme qui n’est pas le sien, il faut suivre et s’arrêter à un temps précis… quand on chante, il en est de même.

Pour apprendre la musique, Laetitia Godes a suivi 25 heures de cours par semaine à l’école Atla ensuite, elle a continué son travail de chants avec différents professeurs réputés. Elle s’est donnée les moyens de réussir…

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Photo de la pochette: Patricia de Gorostarzu.
 

Venons-en aux chansons. Elle nous offre dans Prière Profane des textes à la fois très personnels et universels. Des textes qui touchent, qui ne peuvent laisser personne indifférent. Je ne rentre pas dans les détails, mais je crois comprendre que Laetitia n’a pas eu que des moments très beaux dans son enfance. Et avec pudeur, elle raconte…

 

-La démarche est impudique et en même temps, non. C’est comme la pochette du disque. Je suis nue, mais on ne voit rien. C’est pareil dans mes textes. Il n’y a que ceux qui ont des oreilles qui entendent. Entre le fond et la forme, j’ai voulu une vraie communauté d’élégance et de pudeur.

Quand à la musique, là aussi, c’est une question d’instinct…

 

-Ma première chanson, A toi l’enfant est arrivée avec sa musique. Après je n’ai jamais été capable que d’écrire sur mélodie. J’entends sur les notes quelle est la syllabe qui doit correspondre. Je crée donc des mélodies avant d’écrire des chansons.

Les 12 chansons de l’album ont toutes été écrites par Laetitia et composées en partenariat avec Alexis Didier.

Une présentation des musiciens qui entourent la chanteuse s’impose :

Guitares : Jacky Arconte.

Percussions : Alain Douïeb

Claviers : Ronny Gold

Flûte traversière: Hervé Meschinet de Richemond.

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J’aime beaucoup ce disque. Il est vrai, simple et bouleversant parfois. Assez troublant, je dois dire.

Ce soir, donc, Au Théâtre des Déchargeurs.

Au programme : authenticité, sourire et émotion.

 

Son MySpace.

30 mars 2008

Myrtille Chartuss... humoriste décalée!

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J’ai connu Myrtille Chartuss, il y a un mois. J’étais chez Frédéric Vignale. Quand il me l’a présenté, je l’ai tout de suite reconnu. Je l’avais vu chez Delarue parler de son nez. Oui, Myrtille à un nez qui se voit un peu et elle l'assume complètement. Elle m’avait paru très sympathique, positive, toujours le sourire aux lèvres, bref, je l’avais remarqué.

Je savais qu’elle était mannequin et humoriste, mais, c’est tout.

Et là, je ne sais pas, ni pourquoi, ni comment, nous nous sommes tout de suite appréciés (je m’avance peut-être un peu là, mais, disons que c'était comme si nous nous connaissions depuis des lustres).

On a d’ailleurs fait une séance de photos impromptue pour immortaliser cette première rencontre. Voici deux clichés dont un subversif (en noir et blanc signé Vignale, évidemment)...

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Je rappelle que les deux personnes sur la photo sont deux comédiens hors pairs...
Donc, là, nous jouons...
Je ne veux pas d'ennuis avec la police, ni avec ma femme.

En rentrant chez moi, je fouine un peu sur Internet et je vois pas mal de trucs sur elle à droite et à gauche. Des extraits de spectacles, des interviews, des dessins animés… Elle semble avoir une forte personnalité et un humour un peu trash. Tout ce que j’aime. L’idée de la mandoriser s’impose à moi, d’autant plus qu’elle est en pleine actu.

Elle se produit tous les mercredis du 2 au 30 avril dans une jonque… La dame de Canton.

Son nouveau spectacle s’intitule : Myrtille donne la banane à ceux qui en ont… dans le citron !?

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Le 19 mars dernier, Myrtille me donne rendez-vous en bas de son domicile. Elle me suggère de nous rendre au Chalet des Îles. Il pleut, il fait froid, mais l’idée me tente. Il faut traverser en navette pour accéder à cette petite île « restaurant ». C’est assez sympa. Mais en arrivant, on nous dit qu’on ne fait pas « salon de thé » en semaine… Nous, on s’en fout, on ne vient pas pour boire du thé, mais pour déguster des coupes de champagne.

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681583701.jpgOn nous laisse nous installer « très exceptionnellement »… et je sors mon Sanyo. Je lui demande de me raconter ses débuts… parce que j’ai bien compris que parler chez Delarue, ça peut faire accélérer les choses, mais je sais aussi, qu’elle est loin d’être une débutante.

 

-Je joue depuis que je suis toute petite. Ma mère, une femme « originale », sort du TNS (Théâtre National de Strasbourg) et j’ai évolué dans une ambiance de scène toute mon enfance… Magique Lisette est devenue ma « metteuse en scène ».

Je lui demande si la situation n’est pas un peu bizarre. Une mère qui dirige sa fille, dans un spectacle sans concessions…

-On a un amour fusionnel dans la vie, mais elle ne m’épargne pas professionnellement. C’est vrai que nous abordons des sujets comme le SIDA, les MST, certains sont choqués de savoir que ma mère adhère à tout ce que je raconte. Nous n’avons aucun tabou, mais on ne s’en rend pas compte.

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Myrtille Chartuss évoque aussi dans son spectacle le mal de reconnaissance, un homme violet, une femme amoureuse d’un homme homosexuel et qui ne le sais pas, les femmes battues, j’en passe et des pires.

-Je parle beaucoup de la condition féminine, sous un angle assez tragique, je dois dire. Je prends toujours le pire du pire et je me permets d’en rire. C’est entre le sketch et le slam… la musicalité des mots et le côté drôle font que le message passe, enfin, j’espère… Il y a, en tout cas, une direction dans laquelle je ne veux pas aller, c’est vers le pathos.

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Je regarde Myrtille s’exprimer. Elle ponctue quelques phrases avec son rire. La joie de vivre personnifiée. Son univers humoristique est 928933123.jpgnoir tandis qu’elle montre une image d’elle resplendissante. Si l’homme est paradoxal, que dire des femmes…

(Ahem… Ca va sinon, chez vous ?)

 

Je demande si la Myrtille de la scène prend souvent le pas sur la Myrtille de la vraie vie… si elle quitte parfois son personnage. Je lui dis ça parce qu’elle est habillée toujours de manière étudiée et originale.

-C’est ma touche graphique. Je viens des beaux-arts, donc, la façon dont je me montre n’est jamais anodine. En société, je ne suis jamais complètement comme on m’imagine. Je suis introvertie chez moi, extravertie dehors… j’ai une vie de moine dans la réalité, mais quand j’enfile la parure, je deviens la Myrtille des spectacles.

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A un moment, elle me dit que je ressemble un peu à Pierre-Louis Basse (d’ailleurs, grand respect au monsieur !). Mais z’enfin, je ne lui ressemble pas ! Pef encore, je veux bien croire qu’il y a quelque chose, on n’arrête pas de me le dire, mais Pierre-Louis Basse, là, je ne vois pas.

Pour me venger, je lui rétorque qu’elle ressemble à une fille qui vient d’une autre planète. Elle s’étonne de cette remarque… puis répond.

 

-En tout cas, j’ai l’impression de me dire en permanence que je ne suis pas dans le bon monde. Quand on est un peu décalé, on est vite pris à rebours. Parfois, les gens ne te prennent pas au sérieux sous prétexte que tu ne leur ressembles pas.

1401001005.jpgAprès la deuxième coupe de champagne, je décide d’arrêter l’entretien. Nous parlons un peu de son livre Ni parfaite, ni refaite.

-C’est un éditeur Suisse qui a lu le Psychologies magazine dans lequel je figurais. Cette histoire de mannequin humoriste au physique atypique l’a intéressé. Du coup, j’ai écrit un livre sur mon histoire.

« Elle nous montre, à grand renfort d'humour, d'ironie et de jeux de "maux", comment rire de soi pour ne pas sombrer ou finir clonée sous le diktat de l'image et de la chirurgie.
Dans ce livre, quelques rencontres avec l'anorexie, l'abandon, les complexes, la manipulation, la boulimie, le célibat et les combats à mener pour arriver enfin à s'aimer » (dixit cet article)…

Le temps file à vitesse grand V. Nous devons nous quitter… jusqu’à la prochaine fois. En attendant, nous prenons quelques photos, certes sous la flotte, mais aussi sur la navette…

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J’ai passé un bon moment avec cette jeune femme drôle, sensible et très attachante.

Un peu surréaliste parfois.

Mais une artiste hors-norme.

A découvrir.

Si vous aimez le « jamais vu » !

Peut-être puis-je ajouter que Myrtille a fait un buzz récemment avec cette parodie du Mépris de Godard.

Myrtille Chartuss et Frédéric Vignale n’en sont pas revenus.

 

 

IMPORTANT: Si vous souhaitez vous faire une idée du personnage avant d'aller la voir sur scène... rendez-vous à la Fnac St-Lazare vendredi prochain (le 4 avril) à 17h30 pour une rencontre et un show case...

27 mars 2008

Alexandre Kinn... sur la bonne roots!

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Encore un qui déboule et qu’on n’avait pas vu venir… un bon en plus.

Alexandre Kinn. On entend sa chanson Aude (Emmène-moi) sur pas mal de radios.

La voici.

Sa bio ne nous apprend pas grand-chose sur le monsieur. Extraits :

« Parti pour devenir égyptologue, Alexandre se prendra les pieds dans la musique pour de bon, après un voyage de plusieurs mois à la Nouvelle-Orléans et la découverte du blues... Il entame un autre voyage à Paris qui ne devait durer que quelques jours pour finalement y rester et faire ses classes en écumant les bars. Le répertoire se forme, et les rencontres se multiplient… »

Un peu court jeune homme, comme explication !

1017735431.jpgLe 6 mars dernier, je suis allé à sa rencontre, chez AZ/Universal, pour en savoir un peu plus sur lui et son premier disque, Dans la tête d'un homme. (Sur son MySpace: 4 titres à écouter!)

En bas de l’immeuble de la multinationale, je rencontre une amie attachée de presse d’une autre maison de disques. On papote quelques minutes et elle finit par me demander qui je viens interviewer. Je réponds, mais elle ne voit pas qui est ce Alexandre Kinn. Au moment où je réponds : « il fait un peu comme Christophe Maé, mais en plus authentique, moins variétoche... », l’artiste en question passe devant nous en nous regardant bizarrement. Comme je connais mal son visage, je ne suis pas certain qu’il s’agisse de lui. Je le suis. Nous montons ensemble dans l’ascenseur. Je lui demande opportunément : « vous êtes Alexandre Kinn ? ». Il me regarde amusé. « Non, je suis Christophe Maé ! ».

Très drôle. Bon, ça y est, on est pote puisqu’on se taquine déjà…

En vrai son style, ce serait plutôt John Butler trio, G.love and Special Sauce, Bob Dylan, Ben Harper ou Jack Johnson dans la composition musicale, m’explique-t-il, une fois installé dans la salle d’interview.

-J’ai placé des textes français sur de la musique américaine. Tu enlèves le texte en Français, ça sonne ricains, je t’assure. Tout est roots. Pour être plus précis, mon album est un condensé de ce que j’ai joué jusqu’à présent. Du blues, du folk et de la chanson « song writer ». J’ai tordu le système dans tous les sens pour trouver la bonne alchimie de tout ça. J’ai plein d’abats… sur 80 chansons, 13 sont sur le disque, le reste est à la poubelle.

Je lui réponds, en plaisantant à moitié, qu’il s’agit donc d’un best of de ses meilleures chansons.

Il acquiesce en se marrant.

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Je lui demande ce que ça lui fait d’être là, à parler de son « œuvre », de marcher dans la rue et de voir sa tronche sur tous les murs de Paris (car tel était le cas)…

-C’est vraiment bizarre. Il y a peu, je chantais dans les bars, je faisais la manche dans le métro, personne ne venait me poser des questions. Je trouve ça intéressant de parler soudain de mes chansons. Elles sont la fin d’un trajet. Je démarre un nouveau cycle avec ce disque. Je considère que c’est la fin de 8 ans de galère parisienne.

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Je suis un vrai pro de la photo... je sais. Merci!

Rassurez-vous, il ne se croit pas arrivé. Il sait parfaitement qu’il va falloir se battre pour rester dans ce milieu et construire une carrière. Alexandre Kinn est un type humble et sympathique. Juste, il a quelques étoiles dans les yeux et je trouve ça beau.

-Moi, j’attendais la reconnaissance de mes pairs, les musiciens. Je commence à sentir que je suis un peu respecté. Quant au public, il y a tellement de paramètres pour que la sauce prenne, ou pas… Je suis très lucide. Nous vivons dans un monde ou le CD est en train de disparaître. Il n’y en aura plus dans 5 ans, c’est une certitude. Tout va désormais se jouer sur le live.

Je lui fais remarquer que, quand même, il y a sur le marché du disque français de plus en plus de chanteurs « roots ». Je ne prends pas comme exemple des artistes comme Maé et De Palmas, mais je le pense très fort…

-Les gens en ont marre du superficiel dans la musique. Ils ont besoin d’authenticité. Des prises de guitares simples, de voix, de chansons pures… et moi, c’est ce que j’ai toujours fait.

Il n’ira pas plus loin dans ses explications.

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Il n'est pas beau et souriant, là?

Je remarque qu’il est très curieux. Il me pose quelques questions du genre : « tu définirais comment ma musique ? », « quelles chansons tu préfères dans l’album ? ». Je réponds un peu maladroitement à tout ça. Je suis plus à l’aise dans l’exercice inverse. Poser des questions, je sais faire, y répondre, je ne suis pas un as…

Alexandre Kinn est très sincère. Il ne veut pas jouer à l’artiste au passé tumultueux et difficile : « Je viens du sud de la France , de Hyères, plus précisément. Je n’ai jamais eu de problèmes dans on enfance. Tout à été toujours très calme… ». N’est pas Édith Piaf qui veut.

(Très intéressante, cette dernière remarque… de mieux en mieux, Mandor).

Il me confie aussi qu’il a besoin de repères pour avancer dans ce métier :

-J’ai une petite équipe avec moi. Un « crew » comme on dit dans le milieu Hip Hop, que je respecte d’ailleurs beaucoup. Mon manager, mes musiciens, mon régisseur et mon ingé son sont un peu ma deuxième famille. Nous sommes très soudés et c’est rassurant pour moi.

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(Y a-t-il quelqu'un qui pourrait m'expliquer dans un langage clair, comment je peux résoudre mon problème de photos prises en haute déf' qui apparaissent en basse déf' sur mon blog? Merci, parce que ça commence à me courrir sur le système!)

 

 

J’aime les gens qui ne cachent pas leurs failles. Alexandre Kinn n’est pas Superman, mais il joue bien, il chante bien, ces textes ne sont pas dénués d’intérêt. C’est tout ce qu’on lui demande.

Pour le découvrir, voici un extrait du making of du vrai clip de Aude (emmène-moi).

Celui d’en haut, c’était un pré clip…

Avant cela, quelques explications :

-On a tourné le clip « officiel » à Los Angeles au volant d’une Aston Martin. On voulait juste faire des images caméra à l’épaule. En 4 jours, on a eu toutes les galères du monde. Un truc de fou ! On en a fait un making of, tellement c’était dingue.

Et puis un extrait d’un de ses concerts. Dans la tête d’un homme. (J’adore vraiment ce titre !)

    

Pour le voir et l’apprécier en live. C’est ce soir que ça se passe.

Au Café de la Danse.

Impératif !

26 mars 2008

David Lafore... trash dandy!

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 J’avais tout entendu sur lui… pas que des compliments. Rien à dire sur son côté artistique, mais humainement, c’était une autre histoire.

Un bon ami chanteur ne l’aimait pas du tout, pour son comportement hautain envers lui et les autres artistes (me disait-il). Insidieusement, j’avais donc de mauvais préjugés sur David Lafore.

Bon, en même temps, je me surprenais à écouter maintes fois ses deux albums et notamment le dernier né David Lafore Cinq Têtes II. Pour être franc, j’étais même plutôt très amateur de ses chansons. En écoutant ses textes, je me disais qu’il pouvait effectivement être comme mon pote me l’avait décrit (non, z’êtes fou, pas de nom… mais je l’ai mandorisé il n’y a pas si longtemps…). Ironique, sarcastique, distancier, nonchalant, impudique sont des mots qui conviennent assez à son répertoire et à sa façon de l‘interpréter. Mais, il faut ajouter, poétique, drôle, fin et réaliste.

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Quand son attachée de presse m’a proposé de le rencontrer avant son passage à L’Européen (ce soir), j’ai couru sur l’occasion.

(Juste un détail… la veille pour le lendemain, ça me fait un peu cravacher quand même…)

Nous nous sommes donné rendez-vous hier dans un bar à proximité du cimetière du Père Lachaise.

Je n’étais pas entièrement rassuré au regard de mes fameux « préjugés ». Mais je vois débouler un type discret, souriant, au regard malicieux.

Il s’installe après une chaleureuse poignée de main. Il commande un Perrier.

(Pfff… n’importe quoi !)

Il est venu avec une mini guitare. Il me la montre et en joue un peu. Pas très bien accordée, certes, mais je n’ose l’interrompre. Il s’amuse. Je me dis que cette interview va être épique.

Et puis non. L’homme répond calmement, sans précipitations. Avec gentillesse même.

C'est le pied.

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Si, c'est lui... photo envoyée par son attachée de presse...

Je commence à disserter sur le fait que le « discours » de ses chansons n’est pas direct et qu’il faut plusieurs écoutes pour en apprécier, à sa juste valeur, sa substantifique moelle. J’ai dû mal m’expliquer parce qu’il me répond honnêtement un truc qui me déconcerte.

-C’est certainement un problème de réalisation, d’arrangement et de voix. Je sais que j’ai une part de ma création artistique pas assez mûre. Dans mes deux albums, je pense qu’il y a des chansons assez réussies, mais sans plus.

Mais que me raconte-t-il ? Je lui explique mieux le fond de ma pensée. Comme quoi, je suis tout à fait de l’avis opposé. Son disque est même réjouissant. On oscille en permanence entre douceur et tension, sexe et mélancolie, pessimisme et je-m'en-foutisme… C’est à la fois pop, sexy et ambitieux. Rien a voir avec un disque raté. Il faut juste s’accaparer son univers, c’est tout.

Il ne désarme pas.

-Mais, enfin, je sais désormais ce qu’il faut faire et ce qu’il ne faut pas faire…

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Dans la presse, il est constamment comparé à des géants tels que Boris Vian, Jacques Dutronc et Serge Gainsbourg. Si ces comparaisons sont flatteuses, ne préfèrerait-il pas que l’on dise que David Lafore fait du Lafore. ?

(Encore une question à la con, je le conçois.)

(Je rappelle que j’organise des stages d’interviews…)

-Non, parce que je vois pourquoi c’est fait. Ça me convient même tout à fait. C’est une technique de journalistes pour informer sur ce qui n’est pas connu des autres. Je le fais moi aussi quand je veux présenter quelqu’un à une personne qui ne voit pas de qui je parle.

Il réfléchit et ajoute :

-Tu sais, j’en ai mangé du Gainsbourg par exemple. Il est normal que quelque chose en ressorte. D’ailleurs, je suis certain d’avoir déjà écrit des chansons aussi belles que les siennes. Sur mon dernier album, je peux citer : Laisse-moi mourir un peu. (Vous pouvez l’écouter sur son MySpace !)

Avec David Lafore, je ne sais jamais s’il plaisante et quand.

Mais, après tout, ça n’a aucune d’importance.

 

 

Je lui lis un bout de son dossier de presse : « Immédiate ou mystérieuse, son écriture à la fois douce et écorchée s’équilibre d’elle-même avec des petits coups d’humour pince-sans-rire. Et s’il manie le sarcasme, il ne recule pas non plus devant l’émotion à fleur de peau et la simplicité des sentiments. »

Le crooner à la voix blanche ne répond pas. Quoi répondre ? Rien.

Question suivante.

Je lui parle de la scène.

Il aime ça. Il s’y amuse, improvise beaucoup, taquine parfois son public. Il explique qu’il n’y va pas pour faire un acte de prestation académique. Entendez par là qu’il aime les imprévues, qu’il n’hésite pas à recommencer une chanson si elle a mal démarrée et qu’il sait même parfois jouer des silences... « Il faut se dégager de toutes ces choses qui font partie du paraître plutôt que de l’être ». Pas mieux.

-Sur scène, il faut créer une ambiance hitchcockienne. Avec un petit coquin sur scène, il peut tout se passer…

J’arrête assez vite l’interview… j’ai envie d’être tranquillos. Ne pas jouer au journaliste. Parler littérature, par exemple. Sa passion des mots, sa façon de les travailler de manière ludique. David Lafore écrit aussi des nouvelles, mais estime ne pas en avoir assez pour en faire un livre.

Évoquer le métier de comédien. Il souhaite s’engager dans cette voie sérieusement, plus particulièrement au théâtre… « Le cinéma, c’est trop long ». Il me dit aussi qu’un « chanteur c’est aussi un comédien… ».

J’écoute cet espèce de Buster Keaton avec passion. Parfois, il susurre ces phrases, je peine à l’entendre. Il se met soudain à chanter une chanson italienne.

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Bref, cet artiste mérite qu’on s’y intéresse.

Pas qu’un peu.

Ce soir, à L’Européen.

Vous m’en direz des nouvelles (peut-être).

 

22 mars 2008

Habiba Mahany: kiffez son livre!

 

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Habiba Mahany, cela faisait longtemps que j’en avais entendu parler. Il y avait comme un buzz littéraire autour de ce livre aussi mystérieux que jugé excellent. Pour tout dire, Kiffer sa race, je l’attendais avec impatience. Je connais un peu son frère, juste un peu, alors, vous pensez bien, opportuniste que je suis, je me suis mis à genou et j’ai prié pour qu’il me file ses coordonnées.

(Oui, c’est ainsi qu’un journaliste procède pour contacter un auteur. Prêt à toutes les bassesses, c’est bien connu.)

Mabrouck Rachedi a accédé à ma demande, mais m’a prévenu direct : « Je viens avec elle à votre entrevue, je n’ai pas confiance en toi, je préfère surveiller cette rencontre. Pas question de te laisser seul avec ma sœur. On m’en a raconté de belles sur toi ! »*

Ah !

Soit.

C’est ainsi qu’en ce jeudi 6 mars, je me retrouve devant la Gare du Nord à la recherche de Mabrouck Rachedi, le frère de…

Enfin, il arrive.

Habiba doit nous rejoindre.

Elle s’avance vers nous quelques minutes après. Un peu timide, mais résolue. Nous nous installons dans un café et nous démarrons la conversation. Mabrouck m’observe, l’œil malicieux. En fait, j’ai compris pourquoi il est venu. Pour s’amuser, parce que, sachez-le, chers lecteurs, cet écrivain est taquin.

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Habiba et Mabrouck... une belle complicité.

 

Mine  de rien, je suis un rien déstabilisé. Je me concentre sur le livre (que j’ai beaucoup apprécié).

 

L'histoire: Sabrina Asraoui, élève d’une classe de première, raconte sa rentrée scolaire, ses « embrouilles avec un frère qui joue au petit chef » et sa relation avec sa grande sœur qui a changé depuis son retour du bled. Il est aussi question d’amour et d’amitié.

Et de tolérance.

 

Ce roman est bien écrit (comme dirait la critique de Marianne, « Habiba Mahany utilise le langage de Jamel Debouzze et celui de Molière », rien n’est plus vrai). Il m’a touché, car profondément humain, frais, joyeux… même si beaucoup de choses sur la société d’aujourd’hui sont dites clairement.

 

Si l’action de son ouvrage se situe dans une cité d’Argenteuil, Habiba ne souhaite pas que son livre soit catalogué comme un roman de plus sur la vie en banlieue. « C’est juste la vie d’une adolescente… ». Soit, mais elle est maghrébine et habite dans une cité… la confusion est possible.

-Justement, j’étais un peu lassée des livres où l’on représentait la jeune fille maghrébine n’osant pas sortir de chez elle, son frère l’empêchant de sortir et de « fréquenter » des garçons… tous ces clichés, j’ai voulu les tordre.

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Et parce que j’insiste sur le fait que ce que j’aime beaucoup, c’est qu’il n’y a aucun personnage manichéen, Mabrouck me lance, mort de rire: « Dis, tu recycles les questions que tu m’as posées pour les refourguer à ma sœur ? ».

Grrr… il m’agace avec ses plaisanteries.

Habiba regarde son frère me titiller et me répond.

-Je voulais insister sur le fait que la tolérance et l’intolérance existent partout, même dans les minorités. J’écris dans le livre que « les torts sont partagés ». J’ai voulu mettre tout le monde à la même enseigne. De toute manière, que l’on soit noir, blanc ou asiatique, nous sommes tous des êtres humains, c’est ça le principal. C’est ridicule de comparer les races.

Un bémol, cependant. Je n’aime pas le titre… je lui dis que je trouve qu’il n’est pas représentatif du contenu (parfois, oui, je suis prétentieux). Elle s’en explique ainsi dans pas mal d'interviews.

-Kiffer sa race, comme je l’entends dans le livre, c’est s’affranchir des barrières dans les têtes qui séparent. Ce n’est pas utopique. Je crois en l’être humain, au citoyen du monde. Je pense que c’est une question de temps — certes long — pour que cela se matérialise.

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Habiba Mahany, dans ce livre, crie aussi son amour de la culture en général et de la littérature en particulier. Elle affirme que « la littérature, c’est pas un truc de riche, le savoir, c’est pas qu’un domaine réservé… » (Je rappelle que c’est une ado qui s’exprime, hein… je dis ça pour les éventuels grincheux qui critiqueraient le style.)

Là, attention ! Ce n’est pas dans mes habitudes, je vais parler sérieusement.

Mon point de vue est clair. L’éducation nationale devrait s’intéresser à ce roman. Il devrait le lire, puis, éventuellement, le proposer en classe. Je vous assure qu’il pourrait faire réfléchir les jeunes d’aujourd’hui. Il n’y a pas de morale, juste du bon sens et un point de vue sur la réalité de la jeunesse d’aujourd’hui jamais évoqué.

« Sous de faux airs âpres, cette chronique pleine d’humour et de tendresse brosse le portrait d’une génération fragile et généreuse. » est-il écrit sur la quatrième de couverture. A cela, j'ajoute que Habiba Mahany nous offre une véritable bouffée d’air frais tout en bousculant certaines conventions et considérations sur la jeunesse des cités.

(Elle ne va pas aimer que j’insiste sur ce fait, mais, c’est ce que je pense.)

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Allez, voici quelques autres parenthèses, parce que je ne sais pas où placer ces commentaires et réflexions… Voyez, je suis franc avec vous.

(Vous ne vous demandez pas comment des parents pouvaient engendrer deux écrivains dans une même famille ? Moi oui. Mabrouck m’a apporté la réponse : « Nous sommes 12 enfants… proportionnellement, ce n’est pas si extraordinaire que ça ! ». Non, en effet, d’autant plus qu’un troisième enfant va sortir un livre. Une autre sœur… Tout à fait normal, le truc. D’une banalité affligeante, je dirai.)

(Qui d’Habiba Mahany ou de Mabrouck Rachedi a utilisé un pseudo ? Tiens, pas envie de répondre.)

(Mabrouck Rachedi (dont c’est le vrai patronyme) n’a pas « pistonné » Habiba. D’abord, elle n’est pas dans la même maison d’édition, de plus, contrairement à ce que « certains » pensent, les choses ne sont pas si simples. J’ajoute qu’il ne me semble pas que Mabrouck Rachedi soit un auteur très influent, pour le moment…)

(Evidement, là où il y a ce *… c’est tout à fait faux. Mabrouck n’a jamais rien entendu de négatif sur mon comportement avec les femmes dans mes interviews… (Euh… enfin, je crois.) Il est venu à ma demande, parce que je trouvais la situation amusante. Il m’en faut peu. Je sais.)

(Voici quelques liens (autrement plus sérieux) qui parlent du livre: le blog de Shyankar, le blog d'André Bonet et  le site du quotidien algérien El Watan.)

20 mars 2008

Lulu... bienvenue à ce ch'ti!

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(Pas convaincu par mon titre du jour).

 

Très honnêtement, je ne connaissais pas du tout Lulu, encore moins Nicolas Lefèvre, le leader de cette formation, originaire de Lille. Un groupe Ch’ti. Tiens ! On parle très peu de cette région en ce moment… écoutons ce qu’ils font… ces gens du nord.

(Vous avez remarqué comment je fais bien le journaliste méprisant qui habite Paris et qui se penche sur une production « locale ».)

Après la première écoute de De Bray-Dunes à Menton 2, je range mes préjugés au placard de ma connerie et j’appelle Sissi illico presto (l’attaché de presse de Lulu. Oui, parce que finalement, Lulu, c’est devenu le nom de l’artiste leader du groupe… vous me suivez là, ou je suis moyen clair ?).

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Le 3 mars dernier, nous nous retrouvons donc au Bar des Ondes, à côté de la Maison de la Radio.

(Je ne compte plus les interviews réalisées dans cet établissement).

 

Lulu/Nicolas Lefèvre arrive, tout sourire et chaleureux. (Il faudrait faire un film sur la différence entre les gens du nord et les autres, parce qu’on pourrait éventuellement apprendre qu’ils ne sont pas comme on les imagine : tristes, austères et alcooliques. Je dis ça, je dis rien… d’ici qu’un humoriste me pique l’idée !)

Comme je ne connais pas bien l’historique de sa carrière, il me la raconte.

Nicolas Lefèvre, 34 ans, s’est lancé sérieusement dans le monde magique de la chanson française il y a 7 ans. Il est passé d’un groupe de chansons festives à des chansons plus pondérées… dans le rythme, en tout cas.

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Avant, du temps du Bal des athlètes en 2003 (son premier album), il parlait du quotidien, aujourd’hui ses textes sont toujours dans le décalé et l’excès. Ça frise le surréalisme parfois.

« Le quotidien m’emmerde » ajoute-t-il malicieux.

 

Je lui sors des phrases le concernant glanées sur le net. (Mon ami Google, je t’aime !)

« Loufoque », « théâtrale », « habité », « l’ensemble évoque les films de Fellini, quand le village, entre musiques de cirque et rythmes tziganes, se rassemble pour danser », « Cet auteur, compositeur, interprète chante sérieusement des chansons décalées, sur scène, la salle rit de bon cœur ».

J’en passe et des meilleurs.

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Je ne suis pas certain qu’il ne soit pas gêné par ces compliments. Ils reviennent souvent en tout cas. J’en rajoute une couche personnelle, je lui dis qu’il est un très bon représentant de cette chanson que j’aime tant. Je lui affirme (non, parce que je vous signale au passage que je m’implique dans mes interviews… j’ai le sens du risque et des prises de positions) que s’il n’est pas encore connu de la majorité, son humour, sa tendresse et sa poésie devraient vite franchir les frontières de sa région, pour s’imposer partout.

Amen !

 

Lulu joue avec les mots, les malaxe, en use et en abuse sans toutefois que l’on s’en lasse. Je ne vois pas d’autres artistes français maîtrisant si bien cet art. Enfin, j’exagère un peu, d’autres ont laissé des traces… Il me parle des Brel et Brassens habituels, mais ajoute des Arthur H ou Thomas Fersen, ce qui est moins fréquent.

Je vous assure, Lulu a son propre style. Reconnaissable rapidement. Je me suis plongé dans son album précédent De Bray-Dunes à Menton 1, il y a incontestablement une patte Lulu.

 

(Qui a dit des pâtes Lulustucru, c’est parfaitement nul !)

(J’ai honte pour vous… dans un article si sérieux… Pfff…)

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J’ai oublié de préciser que le troisième album (vrai road movie musical) est la suite du second, comme son nom l’indique. Le héros reprend son voyage à partir de l’ile de Ré jusqu’à Menton. La musique est plus colorée et plus rapide que dans le premier « périple ». Entre les histoires d’amour impossibles, ses réflexions sur son métier d’artiste et d’auteur, il jette un regard amusé et désenchanté sur ses contemporains. (Sa biographie l’indique et c’est tout à fait vrai.)

 

S’il n’est pas le plus grand chanteur du monde, sa prose malicieuse et affûtée ne devrait pas vous laisser indifférent.

Nous finissons l’interview en évoquant brièvement son engagement envers les enfants des camps de réfugiés palestiniens au Liban… Grâce au journal L’Humanité, il a vendu 7000 cd 3 titres. Cela a permis d’acheter 7000 cartables avec des fournitures à 7000 de ces enfants.

 

Il ne s’étend pas sur le sujet, mais disons, que l’homme à du cœur (en plus).

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Lulu n’arrête pas de tourner. C’est une bête de scène. Personnellement, je regrette (parce que je ne suis qu’un sacré égoïste) qu’il n’en fasse presque pas à Paris. Lui aussi le déplore, mais m’explique que ce n’est pas complètement de sa faute… les salles de concert de la capitale sont un peu frileuses (alors qu’il remplit les salles de sa région et de celles avoisinantes).

Avant de nous quitter, il m’explique qu’il prépare un projet auquel il tient beaucoup. Une série de concerts qui se dérouleront uniquement sur le trajet de Bray-Dunes à Menton… histoire de boucler la boucle.

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L’univers de Lulu est à découvrir. Foi de Mandor !

Voici une chanson du premier volet de De Bray-Dunes à Menton, "La sauterelle chorégraphe".

 

 

15 mars 2008

Gonzague... amusant trublion du PAF!

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Par l'entremise du sieur Clément, j'ai découvert récemment le site: Gonzague TV.

 

(Quoi ? Je commence sans parler du tournage de la veille!!! Franchement, vous n’en n’avez pas marre que je vous serine avec mes petites histoires de « Mandor dans le monde merveilleux du cinéma » ? J’ai un peu pitié de mes lecteurs, en ce moment. Aucune variété dans les sujets traités… tsss… bon, je vous dis juste que la journée fut bonne et que c’est avec une pointe de tristesse que j’ai quitté ce plateau fréquenté pendant deux semaines. Et Bry-Sur-Marne n’est pas si moche que ça… Je redescends donc sur Terre et poursuis le cours normal de mes missions… vous informer culturellement.)

 

La culture, au sens très large du terme. La culture, c’est aussi regarder la télé le matin, sur M6 (à l’époque) et se dire, « ce mec est complètement frappadingue ». Les animateurs l’appelaient « le boulet » (tiens, c’est un film avec Lanvin, ça ! Ahem… pardon !).

Or, j’apprends que « Le boulet » a un blog de défi. Je le visite et me marre franchement très souvent. Je comprends que derrière ses blagues de potaches rondement menées se cachent un mec qui à l’air d’être tout, sauf con.

 

 

J’envoie un mail au fameux Gonzague pour boire un verre avec lui. Enfin, quand même, je lui explique que je vais écrire une note sur lui de manière à lui faire un peu de pub supplémentaire. Il visite mon blog et me répond des choses très gentilles.

Nous nous voyons donc le 5 mars dernier à La Lubie.

Le mec est grand, souriant, sympa. Je n’en ai pas terminé avec ma précédente interview, je lui dis donc de s’installer, « j’arrive, j’en ai pour une minute ! ».

 

 

Il commande un truc du genre « Vittel menthe » ou je ne sais quoi, bref une boisson qui me déprime. Les provocateurs d’aujourd’hui ingurgitent vraiment n’importe quoi ! J’ai commandé une boisson d’homme. Un Orangina light, du coup.

Oui, je considère Gonzague comme un provocateur… il n’a peur de rien (que je crois !), n’hésite pas à pousser ses victimes dans leurs derniers retranchements, les pousse à bout… bref, cet interviewer ose tout.

 

-J’ai besoin de cette poussée d’adrénaline, j’ai besoin d’avoir peur. Je ne pas complètement barré, je m’inflige beaucoup de pressions. Je ne sais jamais où je vais et tout peut arriver. Ça me booste !

Gonzague m’avoue qu’il s’éclate réellement à jouer ainsi avec les gens. Il aime ses victimes et ne serait rien sans eux, mais il les titille au-delà du raisonnable. Tout son art provient de sa faculté à savoir éteindre le brasier avant qu’il ne devienne feu de forêt qui décime tout sur son passage.

-J’arrive bien à manipuler mes interlocuteurs. Je joue avec eux… Je les fais monter et puis, si je sens que ça chauffe trop, je les fais descendre. Parfois, je fais l’innocent, parfois le provocateur. Ma vraie qualité, je crois, est d’avoir une vraie personnalité et de cerner rapidement les gens qui sont devant mon micro.

Je le disais plus haut, Gonzague est un garçon instruit et intelligent (il a fait Dauphine, 3eme cycle gestion des télécoms médias… quoi, ce n’est pas un signe d’intelligence ?) et très sensitif. Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer (vu qu’il n’est pas beaucoup médiatisé), le jeune homme est loin d’être un débutant.

-J’ai commencé à diffuser mes interviews filmés sur Internet il y a 5 ans et je me suis fait repérer par Karl Zéro. Il m’a engagé dans son « Journal des bonnes nouvelles ». Ensuite, je suis allé sur M6 où j’ai passé 4 ans. Cet été, on a pu me voir sur France 2. Enfin, les défis que vous pouvez voir sur mon blog, je les ai vendus à NT1…

Je me rends compte à ce moment-là de ma note que j’ai omis de vous expliquer le concept de ses interviews…

-L’idée est de faire participer les internautes. Ils me lancent des défis et je tente de les réaliser. Je t’assure, certaines propositions me font mourir de rire… L’une d’elles, par exemple, est « couper une mèche de Jean S., fils de président de la République  »…

Gonzague, c’est terrible, a une tronche de premier de la classe. Personne ne se méfie de lui.

Il en use et abuse pour amuser ses contemporains.

 

-J’ai une tête tellement classique que même si quelqu’un a discuté avec moi la veille, il n’est pas certain qu’il me reconnaisse. J’ai un physique quelconque. C’est un point qui n’est pas négatif parce que je me sers de ça pour surprendre…

 

Et les nombreux artistes piégés, après coup, trouvent ça follement amusant.

-Ils sont tellement habitués à ce qu’on leur pose toujours les mêmes questions que, lorsqu’ils voient un mec qui sort du cadre, ça les amuse et ils sont beaucoup plus naturels.

Il est possible que certains d’entre vous ne trouvent pas drôles cette forme là d’humour. Je le comprendrais parfaitement.

Personnellement, tout cas, ça me fait rire.

Beaucoup même.

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Gonzague est le roi de la télé irréalité.

La classe irrévérencieuse.

Electron libre.

J’adhère.

A fond.

(Je suis plus réservé sur son véhicule.)

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(« Je suis sûr qu’on ne me le volera jamais ! » qu’il me dit.)

(J’acquiesce en opinant du chef.)

(Z’avez vu le pare brise et la selle ?)

08 mars 2008

Edouardo... auteur masqué!

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Bien sûr, on a joué le jeu...
On a fait les cons.
Parce qu'il est connu pour ça et parce qu'il ne parvient pas à faire autrement.
Un peu enfermé dans ce personnage.
Il m'a embarqué dans son délire.
Mais, je vous assure, Edouardo est un vrai artiste.
Un poète situationniste.
Pas une star de pacotille.
Non, un type qui m'impressionne.
Juste, il faut un peu gratter derrière l'apparence.
Une immense culture et un livre qui m'a presque fait pleurer.
Oui, parce qu'il dit beaucoup de choses.
Mine de rien.
Des phrases qui rentrent dans ta tête et qui n'en sortent plus.
Des phrases, courtes, incisives aussi pathétiques parfois qu'émouvantes tout le temps.
J'ai refermé ce livre et maintenant, j'aime et je soutiens Edouardo.
Surtout, je vous en conjure, ne le regardez pas comme il se montre... mais plutôt comme il écrit.
Son livre, c'est le vrai Eduardo Pisani.
Celui qui mérite autre chose que la réputation qu'il s'est lui même infligée.
 

Deux articles auxquels j'adhère. Celui-là et celui-ci.

Son site officiel.

Son blog.

Les frères Etienne.

 

(Et si le coeur vous en dit, Edouardo dédicacera son livre au salon du livre de Paris 2008.

Stand S58, le vendredi 14 mars à 18h et le mardi 18 mars à 20h sur le stand des Editions Le bord de l'eau.)

Le livre est accessible, ici.

07 mars 2008

L... et un peu Babx!

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Ma troisième aventure avec Lou.

Professionnelle l’aventure, j’entends.

Après Benoît et Cyril, voici la nouvelle proposition de la demoiselle : L.

Avant de continuer, je rappelle le principe. Lou de temps à autre, quand elle a un coup de cœur pour un artiste, m’envoie un lien avec le MySpace de « l’élu(e) » et s’il me plait, nous allons l’interviewer ensemble.

J’aime le concept.

J’ai toujours l’impression que je ne passe à côté d’aucun talent et à cause de Lou, je m’aperçois que si. Fréquemment en plus.

Aujourd’hui, l’artiste que nous avons contacté s’appelle L.

L est une femme. Belle, pétillante et surtout avec un potentiel énorme.

Son MySpace l’explique parfaitement : « ses chansons sont avant tout un espace libre pour la parole, avec tout ce qu'elle porte de sens, de sons, de formes, de poésie. Elles s'inscrivent en cela dans la tradition des "chansons à texte", mais s'attachent à lui donner des couleurs nouvelles avec un univers musical et sonore qui évoquent autant les Mornas, le Fado, le Jazz que des teintes plus électr-iques/oniques (Guitare, batterie, utilisation de samples, boucles...). »

Je vous assure, L est une pépite dans une plage de galets.

(Oui, oui, carrément).

Avant-hier (le 5 mars), nous la rejoignons à La Lubie , un sympathique bar dans lequel je fais souvent des interviews…

C’est la « cantine » d’L .

En arrivant, je la vois attablée avec un artiste qui est l’un de mes 5 coups de cœur de l’année dernière.

Babx (que j’avais donc évoqué ici même, récemment).

Babx et L, ensemble, pour nous tout seul. Une aubaine.

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De gauche à droite: Lou, Babx et L.

 

Babx n’était pas là par hasard, disons qu’il connaît très bien cette auteur(e), compositrice, interprète (très bien et depuis fort longtemps). Il n’est pas étranger à certains titres du premier album d’L. Nous lui demandons de rester pour qu’il nous raconte leur « collaboration ».

-Plus jeune, L venait prendre des cours chez ma mère, professeur de piano. A 19 ans, j’ai entendu une voix derrière la porte qui m’a scotché. Elle chantait « Mon Dieu » de Piaf. Quand elle est sortie, je lui ai conseillé de faire des chansons elle-même. A cette époque, avec une bande de copains, on a créé un « collectif ». On écrivait des chansons et on en écoutait beaucoup. Nous faisions même du militantisme chansonnier… On se faisait des écoutes de Léo Ferré jusqu’à 6 heures du matin… après, avec L, on ne s’est plus quitté. On a toujours fait de la musique ensemble avec un peu le même style.

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Il est clair que la musique et le phrasé de L ne sont pas aux antipodes de ceux de Babx. La même famille d’artistes, c’est une certitude.

Babx continue.

-On avait une sensation de vivre une grande catastrophe sur ce qu’était la chanson française qui arrivait à ce moment-là. Quand on a vu débarquer ce qu’on appelle «  la nouvelle scène », on ne se sentait pas du tout dans cette mouvance là. Nous, nous étions marqués par le rapport à l’émotion et à l’écriture. Comme nos aînés. Brel, Brassens, Ferré…

L et lui (tiens, c’est joli comme formule !) vont-ils continuer à travailler ensemble où L, va-t-elle voler de ses propres L (je tiens une forme, moi !).

-Au début, L ne savait pas jouer d’instruments de musique, maintenant elle sait. Elle était persuadée qu’elle ne savait pas composer, ni écrire d’arrangements. Je lui ai donc écrit 4 chansons pour parer au plus pressé, mais aujourd’hui ma collaboration avec elle consiste à lui dire : « démerde-toi » ! Elle n’a absolument plus besoin de moi. D’ailleurs, elle m’a viré et c’est très bien comme ça. (Rires). Quand mon prochain album sortira, tu me diras peut-être que ça sonne comme les chansons de L… Bon, pour résumer, vie privée mise à part, L est la seule personne que j’ai rencontrée avec qui j’ai autant d’accointances et un même goût du bel ouvrage.

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Lou et moi décidons d’interroger la principale intéressée. Babx se retire avec élégance. Nous commençons en lui demandant d’où lui vient cet amour de la chanson à textes.

-Je chante depuis que je suis gosse. J’ai grandi dans une ambiance musicale. Mon père chantait les Beatles à la guitare, de A à Z. Ma mère écoutait beaucoup Brel, Barbara, Billie Holiday et aussi beaucoup de musique classique. Je n’ai vécu qu’avec ces références. Quand j’ai commencé à chanter plus sérieusement, je ne faisais que des reprises de ces artistes là. Mais, ça m’a bloqué dans la création. Je me disais qu’après eux, il n’y avait plus rien à écrire. Un jour, heureusement, j’ai lu qu’Aragon affirmait qu’il n’y avait jamais rien de nouveau et qu’il ne fallait pas se gêner pour pomper ce qui a déjà été fait… alors, j’ai tenté d’écrire moi aussi. Au début frileusement, puis, j’ai fini par y trouver du plaisir. C’est même devenu ludique.

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L a une exigence dans l’écriture, mais elle ne veut pas être considérée comme une chanteuse intello. Je la comprends parfaitement puisque cette remarque n’est pas justifiée. Ces chansons sont abordables pour tout le monde, universelles et intemporelles. Il en faut du talent pour réunir ces trois conditions.

-Léo Ferré a souvent été considéré comme un intello chiant. C’est le contraire de ça. La poésie, ce n’est pas intello. Je ne comprends pas pourquoi on s’évertue à expliquer le contraire… Juste, on ne se moque pas du public. On veut lui offrir de l’émotion avec un beau langage.

Si elle est un peu dure avec les chanteurs d’aujourd’hui… ceux « qui ne racontent pas vraiment d’histoire », elle est au contraire très enthousiaste quand elle évoque le hip-hop et le rap hexagonal.

-Ces musiques-là sont notre « rock » générationnel. Plus le temps passe, plus je m’inspire d’elles. Sur mon prochain album, ce sera plus évident que sur mon 6 titres. Les chansons de La Rumeur ou de MC Jean Gabin sont de pures merveilles, en terme de langue.

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En regardant L parler, je constate qu’elle est un peu timide, mais que sa forte personnalité prend parfois le dessus. Elle a tout d’une grande, mais elle ne le sait pas encore. Ce sont ces moments et ces rencontres-là que j’adore dans mon métier.

Je vous assure qu’on n’a pas fini d’entendre parler de L et de Babx. Si vous me permettez de me vanter un peu (une fois n’est pas coutume), je tiens à rappeler que je me trompe rarement sur le futur des artistes que je rencontre… (et j’en ai vu passer !). Pas une fois je ne me suis trompé… attendons 3 ans, je mets ma main à couper qu'on ne verra qu'elle.

Petite précision : s’ils ont du talent, ces deux-là se sont aussi donné les moyens de réussir. Ils ont créé un petit label perso : Karbaoui records.

-On y bosse comme des damnés pour que ça marche. On a un très beau studio d’enregistrement qui est un outil de production et de travail exceptionnel. Pour l’instant, Babx et moi, nous n’avons jamais réussi à travailler autrement qu’entre copains. Nous avions besoin de personnes ayant cette même capacité à s’investir 5 ans dans un projet…

Je leur souhaite une longue route.

Ils le méritent. Allez, je le dis. Je suis fan.

Je ne suis pas le seul.

Pour aller voir la version de Lou, certainement plus (im)pertinente que la mienne, c’est là !

05 mars 2008

Staël... human pop!

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 Le groupe Staël, il est clair que je ne pouvais passer à côté… cela fait des mois que je reçois dans ma boite aux lettres différentes versions de leur premier album. Des CD 5 titres, d’autres complets, mais pas définitifs et encore des non mastérisés… bref, tout ça pour dire que la maison de disque semble croire à la destinée de Staël. Visiblement, elle mise sur eux.

 

Ce n’était pas la peine d’insister, moi, tout de suite, j’ai mis le premier envoi dans ma pile : « à traiter ». J’attendais juste la sortie officielle. Puis, pris par tout plein de trucs à faire, j’ai laissé passer la sortie. Alors, aujourd’hui, je me rattrape parce que cet album est beau.

 

Une collection de chansons passant volontiers du pastel d’une pop nerveuse ou d’une folk enflammée à l’esquisse d’une chanson simple, intense et dépouillée. On sent dans ce combo grenoblois une solide culture rock et un goût prononcé pour la littérature.

 

Une présentation de Staël s’impose :

C’est d’abord Yann Rambaud (chant-guitares et tous les textes), Julien Silvano (basse-guitares-harmonica), Marc Di Malta (batterie, guitares, Claviers) et Damien Monet (guitares, claviers, basse, chœurs).

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J’ai rencontré le leader et créateur du groupe, il y a quelques semaines dans un hôtel de Belleville. J’ai habité longtemps dans ce quartier, je ne savais pas qu’il y avait un endroit comme ça Rue Louis Bonnet. On en apprend tous les jours.

Yann Rambaud est un type souriant. La tête bien faite et bien vissée sur les épaules. Humain, quoi. Normal.

Comme l’univers de Staël.

 

-J’ai été éducateur pendant 10 ans. J’ai bossé avec des cas sociaux, des gens dont le handicap était lourd, des prostitués, bref, pour beaucoup, des cabossés de la vie. Ces années ont une incidence évidente sur mes textes de chansons.

Yann a écrit un disque généreux, sincère et authentique. Il se refuse tout cynisme ou autre ironie facile…

-Sur le cynisme, on ne construit rien. Plus que la méchanceté ou d’autres défauts humains, le cynisme est en pole position du sale côté humain.

Bien sûr, expliqué ainsi, on pourrait penser que ce discours ressemble au message véhiculé par l’Ile aux enfants. Non, parce que la gravité est présente, les travers de l’Homme ne sont pas mis à la corbeille de l’indifférence. Avec la poésie, on peut dire beaucoup de choses. Cet album est léger, mais intense.

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Yann m’éclaire un peu plus.

 

-Un disque, il ne faut pas l’absorber à la première écoute. Il faut y revenir pour s’imprégner. C’est comme la nourriture, il ne faut pas que soit trop sirupeux, trop sucré. Si on a tout de suite le goût, on est vite écoeuré. Notre musique, nous souhaitons qu’elle se déguste pour aller jusqu’à l’âme. L’âme est toujours enfouie très loin, c’est donc un long parcours…

N’allez pas croire que ce disque est inaccessible. Cette pop simple et efficace touche au cœur sans qu’on s’en aperçoive tout de suite. Curieuse sensation, je vous assure.

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Staël cultive volontiers une finesse et une subtilité toute féminine. Et les femmes hantent d’ailleurs souvent jusqu’aux titres même des chansons : Héloïse, Anna relève-toi ou Magdalène et moi, Un bouquet de fleurs pour Lucy.

 

-Il y a une certaine féminité dans ce disque. On exprime notre fascination de la femme par son exploration. Et puis, il faut bien le dire les choses, les hommes sont en perte de repères. On ne sait plus comment se positionner. Ce sujet là, s’il n’est pas original, m’inspire beaucoup. Il me permet aussi de révéler la part de féminité qui est en moi.

Et comme une femme, il est très instinctif.

-C’est marrant que tu me dises ça, parce qu’effectivement, je travaille de manière très instinctive. Et puis je n’écris jamais le texte avant la musique. La musique va m’inspirer les mots. Je me laisse porter, absorber par elle.

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Je dis à Yann Rambaud que je trouve qu’il devrait écrire pour d’autres artistes. Je ne croyais pas si bien dire…

-J’en ai extrêmement envie aussi. Des gens de ma maison de disque m’ont dit qu’il y avait une pénurie d’auteurs en ce moment. Ils partent tous peu à peu et la nouvelle génération d’auteurs ne parvient pas à les remplacer complètement. Je vous assure, les éditeurs ont du mal à trouver des personnes qui sachent vraiment écrire des textes pour chansons. Moi, j’aimerais travailler avec quelqu’un, mais pour un album entier. Un peu comme le fait Benjamin Biolay.

Voilà, je ne vais pas faire un long discours sur ce groupe. Il me fait juste penser à un slogan très mitterrandien: La force tranquille.

Staël, c’est tout à fait ça.

 

Pour clore cette note, voici leur MySpace... allez, je vous laisse découvrir leur premier clip, La disgrâce.