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16 mai 2011

RTL2: flash info avec Christophe Dechavanne

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Petit flashback, en passant.

Ce week-end, j’ai retrouvé dans mes archives des CD avec pas mal de flashs infos de ma période à RTL2 (2000 à 2007).

J'y travaillais tous les week-ends et parfois en remplacement dans la semaine.

À l’époque où Christophe Dechavanne animait une émission quotidienne, j’intervenais de temps en temps.

Je me souviens que la première fois qu’il m’a vu débarquer dans les studios, il a voulu me tester pour savoir à qui il avait à faire.

Voici le son d’un flash un peu particulier (le 7 mai 2003). A écouter jusqu'au bout. L’occasion aussi de vous faire découvrir une autre palette de mes activités. (Palette à laquelle je m’adonnerai bien de nouveau… sans lâcher la vie passionnante que je mène déjà, bien sûr. Tant qu'à faire. J'ai toujours été un adepte de cumuls d'emplois.).
podcast

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18 avril 2011

Marc Louboutin : interview pour "Flic, c'est pas du cinoche"

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(Photo : Pierre-Emmanuel Rastouin)

Marc Louboutin… cela faisait longtemps que j’entendais parler de lui. Je savais de cette personne qu’il était un ancien flic. Un de la vieille école. Un flic ayant vécu son métier comme ceux que l’on voyait au cinéma. Je savais aussi que c’était lui qui avait arrêté le célèbre Michel Vaujour. Il ne m’avait pas échappé non plus qu’il continuait à défendre la cause des policiers d’aujourd’hui sur des blogs et sur Facebook. Un jour, je ne sais plus comment, nous sommes devenus amis Facebook (quelques amis communs, sans doute…). Et nous avons commenté parfois nos pages respectives. Puis, il est venu à une soirée dans laquelle je présentais mon livre. Et donc, nous nous sommes co-appréciés. En tout cas, Marc Louboutin m’a intéressé. On ne peut pas dire que ce soit le type de personne qui laisse indifférent. Et puis, j’aime les hommes de conviction. Et j’aime aussi donner la parole, sans (trop) de coupes, à ceux à qui on offre que très peu d’espace pour s’exprimer. L’occasion était toute trouvée. La sortie de son livre Flic, c’est pas du cinoche (Éditions du Moment). Nous avons donc déjeuné ensemble le 31 mars dernier, magnéto posé sur la table.

Un peu écœuré par le non-intérêt que lui portent les médias ou la mauvaise foi dont il fait l’objet quand on l’interroge (et quand il lit le résultat après publication), Marc Louboutin, a décidé de ne plus donner d’interview. Selon lui, celle-ci était donc la dernière.

flic.jpg4e de couverture :

Au cinéma comme à la télévision, le genre policier ne connaît pas la crise. Mais ces fictions, surgonflées à coups de 9 mm, correspondent-elles vraiment à la réalité ? L’auteur a vécu une partie de sa carrière d’inspecteur dans les années quatre-vingt entre flingages, bavures et infiltrations, dans un milieu parfois peuplé de ripoux et souvent porté sur l’alcool. Pour autant, la vie actuelle des policiers est très loin des clichés véhiculés par les films et les séries. Les flics ne sont pas tous des experts en arts martiaux. « Les interpellations finissent souvent au sol… et le policier se blesse. » Les femmes ne peuvent pas toujours compter sur leurs équipiers. « Une adjointe de quarante-cinq kilos a traîné à l’abri un collègue au fémur brisé alors qu’un grand costaud était parti se planquer. » Leur vie sociale et amoureuse est compliquée. « À l’annonce de notre union, beaucoup d’amis de ma femme l’ont quittée. Comme si nous avions la gale. » Les cellules de garde à vue ne sont pas des décors de ciné.    « La geôle n’est qu’un nid à microbes où sèchent la merde, le sang malade et le glaviot format familial. » Et ces « héros » ont aussi des failles. « Une nuit, j’ai craqué. J’ai décidé d’en finir avec la vie… Je suis rentrée chez moi avec mon arme de service. »

Dans cette enquête inédite, de nombreux policiers se livrent sans concessions ni fausse pudeur, avec humour et parfois désespoir, faisant émerger une réalité très crue : être flic, c’est pas du cinoche.

MARCO-4_3.jpgL’auteur :

Marc Louboutin a été, entre 1985 et 2001, inspecteur puis lieutenant de police, successivement en poste à Paris, Chambéry et Quimper. Spécialiste des interventions de flagrant délit, il a encadré diverses unités (brigade des mineurs, poste ZUP – zones à urbaniser en priorité -, groupe d’intervention et de recherches, unité de traitement judiciaire, groupe de lutte contre les stupéfiants). Titulaire de la médaille de bronze des actes de courage et de dévouement pour l’arrestation en 1986 de Michel Vaujour, Marc Louboutin a rendu cette décoration avec toutes ses lettres de félicitations avant de démissionner en 2001. Journaliste et photographe indépendant depuis cette date, il a lancé en août 2009 un blog sur Facebook, « Le blog de police », qui est une interface de dialogues alimentée par un fil d’actualités sur le thème de la sécurité publique en général.

(Source : Les grandes oreilles).

Marc Louboutain 31.03.11 5.JPG

Interview :

Mandor : J’ai l’image de toi d’un flic des années 80 et 90 que l’on voit dans les films noirs. Dans ton  livre, tu expliques qu’être flic aujourd’hui, ça n’a rien à voir avec l’imagerie décrite dans les films. 

Marc Louboutin : Tous les films de genre policier, comme ceux d’Oliver Marchal, sont basés sur nos vies de flics dans les années 80. Les réalisateurs se sont contentés, pour se mettre à la page, de remplacer Inspecteur et Inspecteur principal par Lieutenant et Capitaine, alors qu’aujourd’hui, ce sont les gardiens de la paix qui font le boulot… et d’une autre manière. Aujourd’hui, on n’est plus dans la même réalité.

Pour ce livre, tu as interviewé plus de 80 gardiens de la paix, plutôt jeunes. Ils témoignent sur ce dur métier.

Ils racontent l’évolution par rapport à ces films et à ce que j’ai connu moi-même… ceux qui sont rentrés récemment dans la police et qui se retrouvent avec des instructions ahurissantes, alors qu’ils rêvaient d’attraper des délinquants… ils sont un peu dépités, voire écœurés. Il y a de plus en plus de jeunes gardiens de la paix qui quittent la police. Avant, un flic qui démissionnait, c’était une exception.

Toi, tu as démissionné en 2001… quand tu as compris que l’esprit de la police changeait et que tu n’allais plus être bien.

Moi, je suis rentré dans la police pour arrêter des délinquants. À partir du moment où la priorité de l’administration, ce n’était plus ça, j’ai considéré que j’avais fait ce que j’avais à faire. J’ai vécu ma vie de flic comme je m’imaginais ce métier quand je regardais des films policiers. Je ne voulais pas vivre cette profession de manière technocratique. La gestion de population et la gestion de statistiques, très peu pour moi !

metier de chien.jpgTu parles beaucoup de Nicolas Sarkozy dans ce livre et surtout dans le précédent Métier de chien, lettres à Nicolas. Pour toi, c’est lui le responsable de tous ces changements ?

Il a institué un système quand il a été ministre de l’Intérieur, sans doute avec des conseillers qui n’étaient pas très bons. Aujourd’hui, cette administration est devenue un grand n’importe quoi. Les jeunes policiers, ceux qui ont 10 ans de police, ils n’ont connu que Sarkozy. Et, c’est clair, ils ont la nette impression de s’être fait avoir.

Les jeunes que tu as interviewés, te connaissaient-ils de réputation ?

Tu sais, j’ai écrit deux livres, j’ai monté une surface de dialogue qui leur permet de s’exprimer et ils savent que j’essaie de défendre une vision du métier très républicaine. Beaucoup ont lu mon premier livre Métier de chien, lettres à Nicolas, sorti en 2007, juste avant les élections présidentielles. Ce livre est devenu presque culte  parce qu’on ne le trouve plus maintenant. S’est véhiculé, après la sortie de ce bouquin, une sorte de légende parce que, pour eux, je suis l’exemple même de ce que devrait être la police. C’est en tout cas, pour ce genre là de vie, qu’ils sont rentrés dans cette administration.

Pourquoi ont-ils témoigné anonymement ?

Ils ne peuvent pas témoigner sous leur nom. Aujourd’hui, s’exprimer sur la réalité de son métier, ça va tellement à l’encontre du discours politique que ça devient quasiment une démarche partisane politiquement, alors que ce n’est pas du tout leur but. Leur but, c’est vraiment une démarche citoyenne et républicaine, quelle que soit leur opinion politique, souvent de gauche d’ailleurs. Ils partent du principe que s’exprimer fait partie de leur devoir de flic. Le gouvernement considère que s’ils s’expriment, c’est un contre-feu politique, une démarche d’opposition. Du coup, on se trouve dans une position schizophrénique où le policier qui veut parler légitimement de sa condition devient sanctionnable. En gros, ce que veut l’administration, ce sont des fonctionnaires parfaits qui ne disent rien ou qui disent du bien du gouvernement. Si on laissait s’exprimer les policiers, la population comprendrait mieux le malaise qu’il y a dans la police. Et, pour être tout à fait clair, je considère qu’un flic qui arrête de penser, c’est la porte ouverte à n’importe quelle dictature.

Crois-tu que tu déranges le pouvoir ?

Je sais que je suis, entre autres, dans les petits papiers de l’IGS (l'Inspection générale de la police nationale). J’ai des copains de promos qui sont toujours à la DCRI (la Direction centrale du renseignement intérieur) et donc je suis au courant de ce qui peut se dire autour de ma personne … avoir une démarche citoyenne peut conduire à être dans les objectifs de la police. Ça ne cesse pas de m’étonner.

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Marc Louboutin (à gauche) en 1990.

Tu as quitté la police, il y a presque 10 ans, mais, au fond, tu n’as jamais décroché.

J’ai tourné la page pendant 3 ans. Entre temps, je suis devenu pigiste permanent à VSD. Je m’occupais de sports extrêmes et de tourisme… j’étais très loin de tout ça. Un jour, le rédacteur en chef de ce journal m’a demandé si j’avais encore des contacts dans la police pour écrire un article sur ce que les policiers pensaient de l’arrivée de Nicolas Sarkozy à ce ministère. Il avait restauré une sorte d’image de la police dans le discours et je pensais donc que les policiers étaient plutôt favorables à Sarkozy. Je me suis bien vite rendu compte, en interviewant une trentaine de policiers dans toute la France, que la culture du chiffre était devenue omniprésente et qu’il y avait déjà des problèmes d’effectifs… J’ai écrit un article et le chef de l’information du journal l’a un peu édulcoré. À l’époque, personne n’avait osé écrire un article mettant un bémol au nouveau et pétillant ministre de l’Intérieur. Ça a fait un gros buzz à l’époque, tant et si bien que, suite à un courrier du directeur de la police de l’époque, je me suis retrouvé viré comme un malpropre de VSD. Et curieusement, j’ai eu le droit à une sérieuse taxation fiscale… Ça m’a mis dans une situation assez compliquée. Je me suis retrouvé dans la rue, au sens propre du terme. Je n’ai eu aucune solidarité de mes collègues journalistes. De toute façon, quand on est un ex-flic, on est toujours un ex-flic. On est toujours plus un flic que ce que l’on devient après. J’ai trouvé ça si injuste que, depuis, j’ai décidé de ne pas lâcher l’affaire. Il ne faut pas chercher mon caractère de breton têtu. Voilà ce qui m’a amené à travailler sur les affaires de police pour différents titres de presse et  à écrire Métier de chien, lettres à Nicolas.

Marc Louboutain 31.03.11 1.JPGPourquoi ce livre ?

Je trouvais un peu étonnant que l’année précédent les élections de 2007, on parle principalement de la sécurité et que finalement, personne ne savait ce que pouvait être une carrière de flic. Donc, j’ai raconté la mienne… de manière extrêmement crue, sous forme de dialogue avec Nicolas, pensant que lui ou son entourage aurait l’intelligence de se poser les bonnes questions. Au final, ça a été exactement le contraire. Deux ans plus tard, après un passage à Complément d’enquête, les librairies ont cessé d’être alimentées de mon livre. Il restait 2500 livres à écouler, on ne sait toujours pas où ils sont. J’ose espérer que monsieur Sarkozy a autre chose à faire que de s’occuper de mon cas.

Il me semble que tu as une mentalité à shooter dans la fourmilière…

Aujourd’hui, malheureusement, il y a une grande partie des journalistes qui ne sont plus du tout curieux. On est dans une période où, pour faire sortir les problèmes, il faut être dans l’outrance. Les politiques s’en servent parfaitement. Il faut juste utiliser les armes de la communication d’aujourd’hui. Je ne fais que m’adapter.

Pour faire parler de ton livre, tu as créé le buzz avec des vidéos de témoignages de policiers qui témoignent filmés de dos sur leurs conditions de travail. Manière d’ouvrir le débat ?

Une fois de plus la presse s’est trompée. On mélange les causes et les conséquences, la forme et le fond. La grosse question de la presse a été « qui est derrière ce collectif de policiers ? », mais personne n’a écouté ce que ces policiers avaient à dire. Il y a un vrai autisme des médias sur la réalité de la police. La grande majorité (pas tous, hein, j’en connais des sérieux), veut servir à leurs lecteurs principalement des bavures, alors que le vrai sujet n’est pas là. Il ne faut pas s’étonner que les seules personnes qui soient à l’écoute et qui parlent de cette réalité, c’est le FN. Alors que les policiers sont majoritairement de gauche, quel paradoxe ! Cela prouve bien la très mauvaise santé de notre démocratie. Les policiers qui ont parlé le disent bien : ils ne sont pas au service d’un parti politique, mais ils sont au service des citoyens. Ils seraient temps de revenir aux fondamentaux.


FPC #4 Epilogue: « Flic c’est Pas du Cinoche » par feeld


FPC : L'ANCIEN FLIC EXPLIQUE SON BUZZ par latelelibre

La police d’aujourd’hui se prête apparemment moins bien à un système narratif de fiction.

Pour autant, il y a des choses à raconter. Flic, c’est une vraie expérience de vie. Ce sont des gens qui vivent dans un autre monde. Aujourd’hui, ils deviennent un peu les bannis de la société. Ce livre se voulait pédagogique. À part quelques journalistes qui ont fait l’effort intellectuel de le lire, les autres pensent que ça ressemble tellement peu à leur fantasme idéologique du flic. Non, sous chaque uniforme, il n’y a pas de gestapiste en puissance, non, ils ne sont pas tous alcoolos, violents, racistes…

Tu remets en question le métier de journaliste d’aujourd’hui.

Chez les journalistes, il y a un conformisme de faits. Ils cherchent dans l’information ce qui comporte leurs idées préétablies. Ce n’est pas comme ça que j’envisage ce métier. Moi, dans ce livre, je dis la vérité et ne cache rien de la réalité des faits exprimés. Je suis resté dans la ligne droite de ce que j’ai fait pour Métier de chien, lettres à Nicolas. J’ai expliqué exactement ce qu’était un flic. Leur désespérance, la violence avec tout ce que ça implique de dérapage possible. La sécurité, aujourd’hui, c’est aussi comment on gère la violence de la société et comment les acteurs qui sont là pour l’arrêter gèrent cette violence. La gestion de la violence est extrêmement compliquée et n’est pas une science exacte. On parle de la violence à longueur de temps, mais personne ne sait ce que c’est. Dans la rue, c’est la loi du plus fort. Le Code pénal, il n’existe pas dans la rue. Tout ça, c’est bon pour les intellos qui discutent à la télévision.

Tu racontes dans ton livre que toi aussi, dans ta jeunesse, tu aurais pu basculer du mauvais côté. Qu’est-ce que tu es devenu flic plutôt que voyou ?

Déjà, quand j’étais plus jeune, je ne me suis pas fait choper pour les conneries que j’ai faites. Entre 16 et 18 ans, j’ai perdu des potes. L’un d’eux est mort dans une cage d’escalier. Ça permet d’avoir un certain recul. Et puis, tu sais, j’ai été élevé avec les bouquins de Kessel, de Lartéguy (notamment, Tout homme est une guerre civile) et de Schoendoerffer. Ça me paraissait plus utile d’utiliser cette énergie que j’avais et cette violence intrinsèque au service d’autres choses que l’argent. Je suis donc devenu militaire. Je n’ai jamais été un bon financier, moi. Il ne faut pas oublier que les voyous, ce sont les pires des capitalistes.

Il y a un côté Zorro en toi. Défendre la veuve et l’orphelin…

Oui, il y a un peu de ça. Il faut être un peu idéaliste pour rentrer dans la police. Encore plus aujourd’hui d’ailleurs. A mon époque, on était idéaliste, mais a on pu faire le métier pour lequel on était payé, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui.

Tu racontes dans le livre, la difficulté de pouvoir se servir de son arme en service.

Aujourd’hui, le policier qui fait  usage de son arme, le temps que la légitime défense soit établie, il peut être suspendu, être mis en garde à vue, bref, avoir de sérieux problèmes. Il est traité comme un voyou. Moi, je n’ai pas connu ça. À mon époque, un mec qui avait un flingue, on tirait, point, basta, c’était réglé. Quelque part, je trouve ça logique. Je ne vois pas quel droit idéologique on peut donner à quelqu’un de normalement constitué de se promener avec une arme s’il n’en a pas le droit. C’est une menace implicite pour les gens. Aujourd’hui, j’entends des tas de bobos gauchistes, les intellos de Saint-Germain des Près, souvent des gens qui sont loin d’être des imbéciles, qui par des moyens détournés, arrivés à faire croire insidieusement que les flics sont d’extrême droite, alors que la réalité, c’est que les composantes globales de la police, syndicalement, sont plutôt à gauche. Ça me désespère un peu parce que c’est un manque flagrant d’analyse. Ils sont dans une espèce de formatage dans lequel ils ne comprennent pas que la violence n’est pas une vue de l’esprit. Moi, j’ai ramassé des collègues qui se sont fait tirer dessus… moi-même, j’ai tiré sur des gens. Je pars du principe que la légitime défense, elle est déjà constituée dans la défense de la société. Il y a une immense injustice par rapport à ça. Plus les discours d’un gouvernement sont durs avec la sécurité, plus il y a une peur de la bavure qui pourrait tacher le discours sécuritaire et plus les flics sont contrôlés. C’est une espèce de fumisterie intellectuelle.

La police se fait cracher dessus de toute part, expliques-tu.

Tu ne vas pas me dire que ce n’est pas la réalité ! Les flics continuent à bosser, parce qu’ils ont conscience que, globalement, quand ils agissent, ils sont des victimes et ces victimes-là ne constituent pas une entité. Ce sont de vraies victimes. Aujourd’hui, on est méprisé par la société. Il y en a beaucoup qui se demande si ça vaut le coup de se faire tuer pour une société qui ne nous aime pas.

marc louboutin,flic c'est pas du cinoche,interviewTu es devenu pote avec Michel Vaujour. Tu l’as arrêté et mis une balle dans la tête quand même !

Nous nous sommes dédicacés nos livres respectifs. Lui m’a signé : « Après s’être échangé des balles, on s’échange des livres ! ». Il sait pertinemment que les choses étaient claires. Tu prends une arme, tu vas sur la voie publique, tu tombes sur les flics, c’est le premier qui tire qui a raison. Tous ces journalistes donneurs de leçons, ils peuvent penser ce qu’ils veulent, mais ils sont à des années-lumière de la réalité. Il faut qu’ils lisent Flic, c’est pas du cinoche et ils seront ce qu’est la réalité de la vie de flic. Michel Vaujour, quand on l’a arrêté, il y a quand même eu 50 coups de feu de tirés à 3 heures de l’après-midi, porte de Bagnolet. Ça tirait dans tous les sens, c’est un miracle qu’aucun civil n’ait été touché. Mais au fond, je préfère de loin un voyou qui me tire dessus qu’un journaliste qui me crache dessus et qui ne me donne pas le droit de répondre.

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Après le déjeuner et l'interview...

Le lendemain de cette interview Marc Louboutin s’envolait pour la Bolivie pour une durée indéterminée. Un ras le bol général, une envie de régénérer, de voir autre chose. Il se demande s’il ne va pas s’y établir…

Bonne chance pour sa nouvelle vie!

Pour terminer, voici une page de publicité, offert par Marc Louboutin...Il vous conseille ce livre absolument passionnant!!!

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14 avril 2011

Guy Criaki : interview d'un chanteur à la voix d'or...

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criaki.jpg« Cher Guy,

Au début des années 80, tu étais une de mes idoles.

J'avais acheté Qui créa qui?

J'écoutais ton album en boucle dans ma petite chambre Kouroucienne.

Ta voix...

Cette voix improbable.

Qui me filait des frissons.

Et puis, il y a 5 ans, nous nous sommes connus.

En vrai.

Nous nous sommes fréquentés.

Souvent.

Chez toi, chez moi, chez toi...

On refaisait le monde.

Toi et ta magnifique compagne avez embrassé Stella, fait connaissance de ma femme et découvert la vie que je ne dévoile jamais.

Je t'ai promis des trucs.

Je n'ai pas tenu.

Parce que voilà.

Fausses excuses.

Parce que la vie.

Parce que trop d'enthousiasmes de ma part.

Et la réalité des faits.

Ce soir, je suis retombé sur un de tes 33 tours.

Je me suis traité de salaud.

J'ai refusé ton amitié.

Par lâcheté.

Si je n'avais rien promis.

Nous serions encore potes aujourd'hui.

Mais tu sais Guy, en ce moment, je déconne avec tous mes vrais amis.

Ceux de longues dates aussi.

Plus le temps d'alimenter mes amitiés.

Une amitié doit-elle s'alimenter (mon cher Watson)?

Je ne sais pas.

Mais, moi, je ne suis pas très doué pour ça.

Pardon.

Pour toi.

Pour tous. »

 

J’avais écrit ce message sur ce blog en avril 2009.

Guy Criaki en a eu connaissance et nous avons repris contact.

criaki 2.jpgDepuis septembre 2008, Guy Criaki part régulièrement à la Réunion et à l’Ile Maurice chanter. Seul ou avec des compagnons des années 80. Il y rencontre un succès fou.

Des salles de 2000 ou 3000 places.

Un public en folie…

Je me suis dit qu’une mandorisation s’imposait…

Ainsi le 3 février dernier, nous avons déjeuné ensemble.

Extrait de notre conversation (avec la permission du chanteur).

 

 

Guy Criaki 03.02.11 1.JPG

Mandor : Comment s’est passé ton dernier passage à La Réunion ?

Guy Criaki : J’avais l’impression d’être en 1984, au sommet ! J’avais 10 musiciens et l’ambiance était de folie !

-Tu ne te demandes pas pourquoi les gens t’aiment là-bas et que tu es un peu oublié en France métropolitaine ?

-Parce que là-bas, les gens sont restés très simples. Ils aiment la musique, ils aiment s’amuser et ne sont pas débordés comme le sont les métropolitains. Il y a la mer, il fait très chaud, les gens sont plus cools. Ils sont restés nostalgiques et écoutent encore ces musiques-là. Ici, nous sommes vite blasés de tout.

-Quelles sont les chansons qui rencontrent le plus de succès là-bas ?

-Sans conteste, « Elle disait » et « Je chante pour qu’elle revienne ».

-Pas « Je m’en vais » ?

-Aussi, mais un peu moins quand même.

-C’est celle que je préfère, moi, tu le sais. Quand j’ai écouté ce 45 tours en 1982, je suis devenu fan. J’ai acheté tous tes disques. Je ne comprends pas pourquoi depuis les années 90, tu n’as plus eu de tubes.

-En France, on n’en a plus rien à faire de moi. J’en ai conscience. Je ne sais pas pourquoi, mais c’est ainsi. Il me faudrait trouver un tourneur, je suis réellement un homme de scène. Pour me faire applaudir, il faut que j’aille dans l’océan Indien… tu trouves ça normal toi ?

"Je m'en vais" (1982)... son premier grand succès.

-Mais au-delà de la déception personnelle, est-ce que tu as cherché à comprendre le pourquoi du comment ?

-Le fond de ma pensée c’est que le métier de la musique est mort. « Ils » ont tué la poule aux œufs d’œufs en niquant le pouvoir d’achat des plus de 16 ans. Il ne reste plus que de la musique pour des gamins qui ont 14 ans et qui eux la téléchargent illégalement. Aujourd’hui, tu fais un disque d’or avec 25 000 disques, avant, c’était avec 500 000. Les gens n’achètent plus de disque parce que tout les emmerdent. Ils ne se retrouvent nulle part. Personne n’est servi musicalement, donc ce métier se meurt. Les productions ne savent plus comment faire, qui promouvoir, qui il faut choisir, sur qui miser. Ils se gavent en éditions de vieux titres et en attendant, ils ne produisent pas. Et des artistes comme moi sont délaissés. Mon public, ce sont les 25 ans et au-delà. Quand je vais à la Réunion, je fais le plein. C'est-à-dire que les salles sont remplies à 25/30 euros… C’est fascinant et anormal.

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-Je te trouve plus énervé que les précédentes fois où nous sommes vus…

-La dernière fois que nous nous sommes vus, je n’avais rien. Donc, j’étais un peu résigné, abasourdi par le résultat de quelques années de néant. Depuis, je me suis rendu compte que quelque part, j’étais très apprécié, je trouve cette situation complètement dingue. En même temps, je ne te cache pas que ça m’a rendu confiance.

-Qu’est-ce qui te désole le plus ?

-De savoir que mes disques doivent traîner dans toutes les bibliothèques de France, mais que personne ne les écoute parce qu’on ne me voit nulle part. La plupart des artistes des années 70 et début des années 80 sont tous des gens qui chantent leurs propres chansons de l’époque, leurs succès d’antan… et bien moi, je veux sortir de ce processus et je m’acharne à faire connaître aux gens que je rencontre mes nouvelles chansons. Bien sûr, je chante toujours mes anciens succès, mais je ne reste pas là-dessus.

Son second grand succès, "Elle disait" (1982).

-Que fais-tu aujourd’hui ?

-Je donne des cours des chants et réalise des chansons pour d’autres artistes. Je gagne ma vie, comme ça, mais, forcément, je trouve dommage de voir le temps passer comme ça. Je pensais que ma carrière remonterait un peu plus tôt.

-Te sers-tu d’internet, des réseaux sociaux pour te faire (re) connaître ?

-Sur Youtube, je publie tout ce que j'ai fait et ce que je fais actuellement. "Elle disait" a été vu 11 000 fois. Pour moi, c’est un bien Internet, ça m’a réhabilité auprès d’un public demandeur. Que ce soit MySpace ou Facebook, ça m’a permis de me montrer de nouveau et surtout de faire écouter ma musique d’aujourd’hui. Il y avait une demande de fans.

Guy Criaki 03.02.11 4.JPG-Qu’est-ce qu’il pourrait t’arriver de mieux ?

-Il me faudrait une télé pour refaire des spectacles. Je demande juste aux gens de ce métier d’être curieux. Il faut qu’ils sachent que des artistes qui ont de l’expérience et du talent sont en sommeil. Ils ne demandent qu’à être réveillés pour s’épanouir et épanouir le public. Je regrette juste de ne pas avoir vu de tourneurs dans mes concerts à La Réunion ou à l’Ile Maurice. Ils auraient pris une claque…

- La tournée des années 80, tu n’y es pas. Pourquoi ?

-Ils ne veulent pas me prendre. Je ne peux pas les forcer avec un revolver sur la tempe. Ils disent qu’ils ne prennent pas d’artistes qui chantent des slows. Pour ces tournées, ce n’est pas l’avis du public qui compte, c’est l’avis d’une seule personne. L’organisateur.

-En parlant comme ça, tu ne vas pas te faire que des amis…

-Tu peux m’expliquer ce que j’ai à perdre François ? Et puis, je ne suis pas un pondéré. Je suis quelqu’un qui gicle de partout. Je n’aime pas les gens lisses, j’aime l’aspérité dans le caractère…

-Pourquoi sur ta page Facebook ne montres-tu pas tes archives ?

-Je te l’ai expliqué. Je préfère montrer ce que je fais aujourd’hui. Mais, bon, beaucoup d’anciens fans me le demandent… je vais donc racheter mes vidéos et mes passages télé, chez Drucker et autres et je vais les publier… il y en a 100 que je peux acheter à l’INA.


"Un aveu de l'autre" - Guy Criaki par Criaki

Une chanson récente...

-J’adorerai te voir sur scène à Paris, en tout cas…

-Merci. Tu sais, je ne trouve pas ma situation très normale, mais je ne suis pas désespéré… J’essaie d’avancer, en même temps, il y a la vie. J’ai une petite fille qui vient de naître. Au fond, c’est ça le plus important !

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Merci à Guy Criaki... je suis très fier de le connaître. Je n'oublie jamais ceux que j'ai aimé naguère...

Son site officiel.

Son MySpace.

Sa page Wat TV.

Guy Criaki sur Facebook.

Guy Criaki sur Idolesmag (grande interview bien menée).

25 mars 2011

Melissmell : interview pour son album "Ecoute s'il pleut"

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Melissmell, je l’ai vu sur scène pour la première fois le 3 juin 2008 lors de la finale de l’[opération Tremplin] nouv’Elles, opération découverte de talents féminins dans le cadre du festival les Muzik’Elles de Meaux. Elle n’avait pas gagné… et je l’ai vu triste de cette défaite. Depuis, la chanteuse a fait du chemin.

Le 22 février dernier, je suis allé à sa rencontre dans un bar de la rue Ambroisie (Cours Saint-Emilion)… pour une interview destinée au magazine Addiction, le mag daté du mois de mars 2011.

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Bonus track mandorien : 4 questions supplémentaires!

La société a changé, il y a donc de nouvelles choses à dire, à dénoncer…

Vous savez, il y a des choses qui n’ont pas changé depuis plus de 200 ans. Ce qui n’a pas changé c’est que l’on court toujours après le fric, après la possession. Ce qui a changé, c’est une espèce d’émancipation des femmes, une espèce de conscience féminine.

Est-ce que vous voulez aussi prouver qu’une femme peut gueuler et dire les choses haut et fort autant qu’un homme.

Moi, je veux prendre ce droit-là. Parce que des femmes qui gueulent haut et fort, il n’y en a pas beaucoup, à part peut être Catherine Ribeiro. Aujourd’hui, il reste des rappeuses et puis, dans un autre genre, Flow et moi. J’ai encore la fougue de la jeunesse de croire qu’on peut encore changer les choses.

Justement, peut-on changer le monde avec une ou des chansons ? N’est-ce pas utopique de penser cela ?

Une chanson ne change pas le monde, c’est un ensemble d’œuvres qui pourrait arriver à faire réfléchir. Moi, je n’ai pas la prétention que je peux changer la vie d’une personne, mais si ça peut aider des personnes à se reconnaître et à trouver leur voie et leur donner envie d’aller vers ce qu’ils sont et non vers ce qu’ils croient vouloir être, moi ça me va. Je suis sûr que l’on pourrait changer une société si tout le monde se mettait à faire vraiment ce qu’il a au fond de lui et non courir après cet argent qui ne nourrit pas, mais qui détruit.

Et si ça marche pour vous et que vous gagnez beaucoup d’argent, qu’en ferez-vous ?

Je donnerai la chance à des gamins d’accéder à la culture. Moi, je n’ai pas eu cette chance dans ma jeunesse de rentrer dans une quelconque école artistique alors que depuis toute petite, je savais ce que je voulais faire. J’ai donc dû faire autre chose pour bouffer. Après, la frustration mène au combat, le combat mène à la liberté et la liberté mène à faire des œuvres comme la mienne. Du coup ne pas avoir tout eu n’a pas été une tare. On avance…

A la fin de l'interview... Melissmell a tenu à me montrer le livre qu'elle était en train de lire avec passion et avidité.

Hein, quoi?

Qui me traite de mytho?

Tsss...

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Le premier clip tiré de son album...


Melissmell - Aux Armes par Discograph

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22 mars 2011

The Do : interview, chronique à propos de "Both Ways Open Jaws"

Le 27 janvier dernier, j'ai rencontré les deux The Do dans les locaux de leur maison de disque, Cinq 7. Un couple dans la vie et dans leur activité professionnelle. La fusion entre eux est perceptible... A découlé de cette interview une chronique pour Le magazine des espaces Culturel Leclerc...

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Et aussi une interview pour Addiction, le mag.

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Evidemment, une séance photo finale (un peu liée à mon actualité personnelle du moment... saurez-vous la découvrir... un indice se cache quelque part dans les mains d'Olivia...)

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Finissons avec leur nouveau clip...


The Dø - Slippery Slope par CInq7

09 mars 2011

Hubert Mounier: interview pour La maison de pain d'épice (disque et BD)

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Hubert Mounier, je l’ai connu comme beaucoup à l’époque où il se faisait appeler Cleet Boris et qu’il faisait partie du groupe L’affaire Louis’trio. Dans les années 80, 90 et 2000, j’ai suivi son parcours et rencontré parfois l’homme. J’ai une profonde admiration pour l’auteur compositeur. Et aujourd’hui, pour l’homme qu’il est devenu. Avec La maison de pain d’épice, pour la première fois, le musicien et le dessinateur se rejoignent. Entre 2007 et 2010, l’ancien chanteur de L’affaire Louis’Trio, prépare et enregistre un album en solo. Pendant ce temps Cleet Boris tient le journal en images de cette aventure discographique. Rencontre avec un chanteur lumineux, dans un bar parisien.

167241_145605338828815_145423462180336_219719_4862570_n.jpgLa maison de pain d’épice est votre troisième album solo, après Le Grand Huit et Voyager Léger. Vous n’aimez pourtant pas trop travailler seul. 

On est souvent seul dans ce métier, d’où l’intérêt que j’ai eu d’avoir un groupe pendant des années. Une fois que l’on se retrouve seul face à ses chansons, le doute peut nous faire perdre beaucoup de temps, alors je trouve que partager avec quelqu’un permet de mieux voir où l’on en est. Sur ce disque, il y a une chanson, "Triste saison", pour laquelle je peinais à trouver les paroles, je l’ai envoyé à 4 ou 5 de mes amis. Ils m’ont envoyé des textes complets. Le fait de lire ce que cela inspirait aux autres, ça m’a permis de m’affermir sur le fait que je devais faire quelque chose de sentimental.

Votre album parle d’amour. Des histoires pas très positives, mais sur un rythme un peu plus enlevé que dans vos deux autres albums solos. 

Sur les deux précédents, je m’étais trop épanché sur mes pauvres malheurs personnels et surtout sentimentaux, là, le monde n’allait pas mieux, mais moi si. Je me suis dit qu’au moins, musicalement, il fallait que je revienne à ce que j’aime le mieux écouter. Mes précédents disques étaient des disques dans lesquels je me livrais et la musique correspondait à mes états d’âme. Tristes. Dans celui-ci, je me suis interdit la tristesse.

Écrire des chansons tristes sur de la musique triste, n’est-ce pas un pléonasme musical? 

Si. Mais, sur l’album précédent, par exemple, c’était pour aller au bout de la démarche. Sur Voyager Léger, il n’y a quasiment pas de musique rapide. Chaque fois qu’un artiste fait un disque, on s’efforce d’avoir une image globale de l’ensemble terminé. C’est vrai que pour celui-ci, on se rapproche de ce que je faisais avec l’Affaire Louis'Trio où les chansons étaient calibrées pour pouvoir faire de la scène.

Certaines chansons de ce disque me font effectivement penser à ce que vous faisiez à la fin du groupe, l’époque Mobilis in mobile.

Parce que je suis parti du même principe. J’ai fait ma chanson guitare-voix, ensuite, on est rentré en studio pour enregistrer  directement les instruments. Les chansons de cet album sont plus simples que celles de mon œuvre passée. Je me suis interdit d’avoir recours à des harmonies trop complexes. La maison de pain d’épice, c’est un bon vieux rock, il y a trois accords. Pour revenir à Mobilis in mobile, j’ai toujours senti que c’était mon premier album solo. J’avais emmené les choses un peu « clefs en main ».

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Vous prenez 4 ans entre chaque disque. C’est le temps idéal et nécessaire pour se renouveler.

Bizarrement, avant de commencer ce disque ou la BD, dans les années 2004, 2005, 2006, j’ai laissé tourner mon petit magnétophone à chaque fois que je jouais de la guitare. J’ai décidé de réécouter tout ça, ce qui est toujours fastidieux. Et dans le tas, j’ai découvert des tas de bouts de chansons ou des chansons complètes sur lesquelles il suffisait d’écrire des paroles. En fait, le disque s’est retrouvé quasiment prêt avec une douzaine de chansons sans que j’aie eu l’impression de travailler. Après, évidemment, il faut penser aux textes et à la structure.

Les textes ne sont jamais écrits avant la musique. Pour quelqu’un qui écrit ses textes, je trouve ça curieux.

S’il y avait une chose que j’espérais changer avec les années, c’était ça parce que je pense que c’est une chose difficile et aléatoire d’avoir une mélodie terminée et de devoir écrire un texte en Français. Ma première démarche est de n’utiliser que des mots qui sonnent bien. Après, il faut un sens. Souvent, il y a mon subconscient qui me précède et qui fait en sorte que les mots se juxtaposent intelligemment. C’est toujours un casse-tête chinois.

Êtes-vous parfois étonné que le subconscient agisse autant sur votre création ?

Oui, surtout, côté textes. J’ai l’impression que ce n’est pas du tout le même cerveau qui fonctionne quand il s’agit de compositions. La composition, c’est liberté absolue, avec possibilité de ma part de diriger. Dans La maison de pain d’épice, c’est une chanson que j’ai quasi improvisée, j’ai mis un programme de boite à rythmes et je me suis dit que j’allais faire paroles et musiques tel que ça viendra. Le même jour, j’en ai fait sept autres qui ont donné des trucs marrants, mais sans plus. J’ai le goût de l’accident, du hasard un peu forcé. Ca fait partie des vrais plaisirs de la composition. L’écriture, c’est toujours un coup de bol.

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Parlons de votre bande dessinée, La Maison de Pain d’épice, le journal d’un disque, signé Cleet Boris, votre pseudo du temps de l’Affaire Luis Trio.

Le challenge était d’arriver à être authentique pour raconter les choses telles qu’elles se passent. J’ai pris beaucoup de plaisir à le faire, parce que, pour une fois, on laissait un vrai chanteur, auteur, compositeur, raconter sa vérité en mettant les caméras où il voulait pour faire sa bédé-réalité à lui. Après toutes les conneries que j’ai pu voir à la télé, j’ai bien compris que les téléspectateurs considéraient que c’était facile de faire des chansons et de devenir artiste. Ils pensaient qu’il suffisait de passer à la Nouvelle Star ou je ne sais pas quoi. J’ai voulu dire que non, ce n’est pas si facile que ça. On est seul dans son coin, on compte sur ses enfants et sur sa femme pour se faire une idée de l’impact que peut avoir une chanson. Je raconte dans ce bouquin que c’est un peu de l’artisanat. Je raconte aussi les affres de la création et de l’âme humaine. Si je suis artiste, c’est aussi parce que j’ai des petits vices de forme, des petites fêlures ou des cassures remontant assez loin, avec lesquelles on apprend à vivre, qui servent à faire des chansons, qui parfois sont rigolotes d’aspect et qui, si on se penche un peu sur le texte, ne sont pas aussi roses que je l’aurais aimé.

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La chanson et cette BD vous servent aussi d’auto-analyse ?

Mon antidépresseur c’était l’alcool et mon traitement, c’était les chansons. Sauf que ça ne soigne pas forcément les maladies et que l’alcool ne fait que grossir les problèmes psychologiques. Moi, j’ai arrêté de boire plus pour des raisons psychologiques que physiques. Donc à la sortie, il faut se retrouver seul face à soi même, sans expédient. Dans la BD, l’alcool, je ne pouvais pas ne pas en parler parce que, quand on a passé des mois en studio avec toujours une bière à la main, une clope au bec, sans parler de mes acolytes qui fumaient des joints toute la journée. Se retrouver sans rien, comme un adulte digne de ce nom en studio, je croyais que ça ne m’arriverait jamais en fait. Finalement, j’y suis arrivé parce que mon amour pour la musique a été plus fort. Le premier à avoir subi le changement, c’est Benjamin Biolay à l’époque du Grand Huit. Je venais d’arrêter de boire, je n’étais pas bien, je ne savais plus comment je m’appelais, ça ne nous a pas empêché de faire un bel album. C’est effectivement une aide que de pouvoir créer et mener à bien ses projets parce qu’on a l’impression d’exister pour autre chose que ses souffrances personnelles. Ou qu’en tout cas, ces souffrances aient du sens pour d’autres et qu’on partage aussi nos souffrances, mais de façon élégante.

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Dans cet album, Benjamin Biolay a moins participé que dans vos deux autres disques solos parce qu’il était en plein succès de son album La superbe. Il est toujours là, à vos côtés, en tout cas.

Sur le dernier album de L’affaire Louis’Trio, Mobilis in mobile, j’étais très fier d’avoir un nouveau collaborateur avec une vision des choses qui était moins classiciste, plus débridé. Nous, on avait tendance à écouter les Weezerou mêm Nirvana, bref, des choses qui étaient un peu plus de guingois que la pop un peu propre de Blur et autres que je pouvais écouter. Dès que j’ai senti que c’était fini avec le groupe, c’est à lui que j’ai pensé pour produire Le Grand Huit, puis Voyager léger. Avec lui, s’est installée une vraie amitié qui faisait que la musique était presque un truc subalterne. Pendant des années, il m’a demandé mon envie, parce qu’il se cherchait, mais je me suis vite rendu compte que, très vite, il n’aurait plus besoin de mes conseils. Il avait cette faculté d’entendre quelque chose, à la digérer et à en faire quelque chose de personnel. Moi, je suis un petit artisan qui travaille toujours le même sillon. Pour mon nouveau disque, le côté « débrouille-toi tout seul » m’a stimulé à me mettre au piano, je pense qua ça a aidé mes compos.

Je reviens à l’amour, sujet n°1 de vos chansons. Amour avec un grand A et fortement décliné.

C’est un peu ce que j’ai trouvé de plus efficace pour supporter la vie. C’est l’amour comme une vraie béquille qui rend la vie possible, en fait.

Pour son disque «L’homme de Mars », Kent, lyonnais lui aussi, a eu la même démarche. Un disque et une BD couplés.

Kent, je l’aime beaucoup. On est de la même ville, c’est mon ainé et je le considère comme mon grand frère. Je trouvais ça admirable qu’il s’occupe des pochettes de ses disques. Quand je l’ai rencontré en 1983, ça m’a ouvert des portes. Il était déjà un professionnel qui avait sorti des albums. C’est en grande partie grâce à lui que je me suis retrouvé chez Barclay. On se voit plus en ami qu’en musicien.

Vous vous trouvez à votre place dans la chanson française actuelle ?

Quand je vois la chanson française telle qu’on la propose aujourd’hui, ça ne m’étonne pas que je ne sois pas au sommet de tout ça.

hubert mounier, interview, la maison de pain d'épice

Il y a des chansons sociétales, ce qui n’est pas dans vos habitudes. 

Je suis d’une génération qui pensait que l’état était là pour aider le peuple. Là, je constate que l’état est là pour niquer le peuple. Point à la ligne. Ça me dérange  profondément. Plus pour mes enfants que pour moi d’ailleurs. Moi, j’ai la chance de vivre de mes droits d’auteurs, donc je ne me plains pas parce que je suis un privilégié. Ça ne me suffit pas à être serein pour autant. Il y a trop d’injustice en fait. Mon disque avait envie de parler de ça, avec mes mots simples et des musiques assez lumineuses pour que ce ne soit pas ennuyeux.

Hubert Mounier 08.02.11 4.JPGLa maison de pain d’épice, ça veut dire qu’on a besoin de douceur dans ce monde de brute…

Mais qu’en même temps, il ne faut pas se laisser hypnotiser par cette gourmandise qu’on nous propose. La maison de pain d’épice, c’est la télé, c’est le truc qu’il vous faut absolument, l’Ipod, l’Ipad, dont on a finalement pas tant besoin. Si je rentre là dedans, c’est un peu mon intelligence que je mets en danger. Mais les gens qui rêvent de cette maison de pain d’épice métaphorique, ce sont des gens qui n’ont pas un avenir et des perspectives très passionnants devant eux, donc ils se résument à des plaisirs rapides et consuméristes.

 Je vous sens plus en confiance avec ce nouvel album qu’avec les deux précédents…

Parce que je vais mieux. J’ai eu du mal à me sortir de plein de trucs, mais il y avait plein de choses qui implosaient ma vie. Voyager léger, c’était déjà une façon de dire : c’est moins lourd que le précédent. Maintenant je voyage au-dessus du sol et je suis bien. Je suis bien dans un monde qui ne va pas bien.

Voici à présent la chronique de sa BD dans publié dans Addiction, le mag daté du mois de mars 2011.

 

hubert mounier, interview, la maison de pain d'épice

Je ne peux vous laisser, sans vous proposer quelques archives mandoriennes concernant Hubert Mounier. Comme je le disais en introduction, je l'ai interviewé très souvent dans les années, 89, 90 et 2000.

En voici quatre.

Le 28 décembre 1988 à RTL dans les coulisses de l'émission Studio 22 :

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Le 26 février 1993 à la FNAC de Strasbourg lors d'une rencontre/show case que j'animais:

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Dans les loges de la Salle des Fêtes de Schiltigheim, le 03 novembre 1993:

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Et pour finir, le 16 juin 2005, chez Warner...

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13 février 2011

"Elle s'appelait Sarah" : rencontre avec des élèves de Provins !

 

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bv000002.jpgJeudi dernier, dans le cadre du Festival Encres Vives/Salon du Livre, à la demande de David Sottiez, j’ai animé une projection-rencontre autour du roman bestseller de mon amie Tatiana de Rosnay, Elle s’appelait Sarah  (éditions Héloïse d'Ormesson) et de son adaptation cinématographique. Cet évènement exceptionnel a permis aux élèves et aux enseignants de Troisième et de Première du Collège-Lycée Sainte-Croix (Provins), d'échanger avec la romancière, Tatiana de Rosnay, la jeune actrice Mélusine Mayance (Sarah dans le film) ainsi qu'avec Arlette Testyler, personne rescapée de la rafle du Vel' d'Hiv' et présidente de l'association Mémoires et Vigilance des Lycéens.

 

Présentation des forces en présence :

 

TATIANA_DE_ROSNAY.jpgTatiana de Rosnay :

Née en 1961, Tatiana de Rosnay est franco-anglaise. Elle est l’auteur de dix romans. Selon Bookseller, elle a été, en 2009, l'auteur français le plus vendu en Europe.

Elle est aussi l’auteur français le plus lu aux Etats-Unis, où Elle s’appelait Sarah figure depuis plus de deux ans sur la liste des meilleures ventes. Les ventes mondiales de Elle s’appelait Sarah et de Boomerang s’élèvent aujourd’hui à plus de 5 millions d’exemplaires.
Rose
, son nouveau roman sort le 3 mars 2011.

 

13568_199248586646_140658126646_3477006_8206009_n.jpgMélusine Mayance :

C'est à la télévision que la jeune Mélusine débute sa carrière d'actrice, en 2008, dans la série Vive Les Vacances. Mais c'est au cinéma qu'elle se fait remarquer du grand public, en 2009, dans le rôle de Lisa, fille d'Alexandra Lamy et belle-fille de Sergi Lopez, dans le film fantastique de François Ozon, Ricky.

En 2010, le cinéaste Gilles Paquet-Brenner lui offre l'un des rôles principaux, aux côtés de Kristin Scott Thomas, dans le drame Elle S'Appelait Sarah.
La même année, elle rejoint l'actrice Pascale Arbillot au casting du téléfilm Un Soupçon D'Innocence, dans lequel Mélusine interprète une enfant tourmentée.

Mélusine Mayance a 12 ans.

 

ACtestyler-048d1.jpgArlette Testyler :

Arlette Testyler est une personne rescapée de la rafle du Vel’ d’Hiv’ (Paris) ainsi que du camp d’internement de Beaune-la-Rolande (Loiret). Elle est présidente de l'association Mémoires et Vigilance des Lycéens.

Arlette Tesyler et Charles, son mari (A 15 ans, un long martyr le mènera successivement et durant 3 années, dans 7 camps de travail, rattachés aux complexes d'Auschwitz et Gross-Rosen), viennent de publier un livre témoignage : Les enfants aussi ! (éditions Delattre, 2010) Préface de Tatiana de Rosnay / Témoignages recueillis et rédigés par François Fouquet.

 

Voici quelques photos de cette rencontre exceptionnelle. Elles sont signées Marie-Pierre Canapi et Jean-Pierre Mangin.

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Marie-Pierre Canapi, professeur de Français de classe de 1ere.

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Le déjeuner après cette rencontre riche en émotion...

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Remerciements à :

-Tatiana de Rosnay, Mélusine Mayance, Arlette et Charles Testyler pour leur générosité, leur présence solaire et leur "lumière" évidente.

-Marie-Pierre Canapi et Jean-Pierre Mangin pour leurs photos (très belles) et leur gentillesse.

-David Sottiez pour m'avoir permis de vivre ce moment plus important pour moi qu'il peut l'imaginer... (et pour m'offrir sa confiance permanente).

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24 janvier 2011

Cyril Romoli : Interview d'un lion (méconnue) de la chanson française!

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Commençons la présentation de mon invité du jour, Cyril Romoli, avec sa bio rapide (copié/collé à partir de son site officiel) :

« Tour à tour comédien, chanteur et musicien, Cyril Romoli joue sous la direction de Jean-Laurent Cochet , Robert Hossein, Guy Rétoré, Jean Menaud, Marion Bierry... Il chante dans Chance, La guinguette a rouvert ses volets, Ce soir il pleuvra des étoiles, Paradisco et plus récemment dans Le Roi Lion au Théâtre Mogador où pendant deux ans il double les rôles de Scar et Pumbaa. Il compose également de nombreuses musiques de spectacles, travaille avec Laurent Viel, accompagne Néry, chante dans le Bringuebal. Dernièrement il a composé la musique du spectacle de Fellag, C’est à Alger, qu’il l’accompagne sur scène comme pianiste et comédien. »

Le 11 février 2008, j’ai écrit une première note sur Cyril Romoli. Je l’avais Mandorisé avec et sur les bons conseils d’une grande spécialiste de la chanson française, Laurence Goubet (alias Lou Poulain).

 3 ans plus tard, il m’a envoyé son nouveau disque A l’heure où les lionnes apparaissent.

Il chante l’amour, beaucoup, avec des textes ciselés comme rarement. Mais le romantisme apparent laisse souvent la place à la noirceur et l’ironie. Cyril Romoli est tout sauf mièvre… non, il est même diablement subversif. L’homme derrière son piano est un obsédé textuel qui joue si bien ses textes qu’on a l’impression qu’il raconte sa propre vie. Rien n’est plus faux. A l’écoute de ce disque aussi bouleversant que surprenant, une certitude s’impose : Romoli est un digne représentant du métier d’interprète. Il nous fait passer du rire aux larmes, sans transition, mais avec une humanité qui laisse pantois.

Avant qu’il ne se produise au Ciné 13 (1, avenue Junot, 75018 PARIS 18e), dimanche prochain (30 janvier à 21h), je lui ai proposé une deuxième rencontre. En tête à tête cette fois-ci. C’était le 18 janvier 2011 dans un bar à proximité de mon boulot :

Tu n’en as pas marre que l’on dise que pour apprécier ton répertoire, il faut te voir sur scène ?

Je vais te faire une double réponse. D’un côté, oui ça m’embête parce que j’aimerais que mes chansons soient accessibles facilement. Le disque est le moyen le plus pratique. En même temps, je viens de la scène. Je ne peux pas nier cette habitude, ce plaisir et cette évidence que j’ai à interpréter mes chansons en concert. Bon, en plus, comme les gens n’achètent plus de disque, mais vont encore au concert, ça ne me dérange pas trop. Avec A l’heure où les lionnes apparaissent, c’est la première fois que je suis heureux d’avoir fait un disque.

Il reflète bien ce que tu voulais faire au départ ?

Oui, j’avais même minimisé mon envie. Je pensais clore une page avec ce disque et passer à autre chose après. Mais finalement, ce disque m’a ouvert d’autres envies.

La dernière fois que nous nous sommes rencontrés, nous avions évoqué ensemble le fait que tu parlais beaucoup des femmes dans tes chansons. C’est encore le cas dans ce disque. Enfin, comme c’est mélangé avec de l’humour noir, disons que c’est un disque d’amour noir !

La formule est belle. Mais, je tiens à dire une chose importante. Les textes ne sont pas de moi. Ils sont pour la plupart d’Éric Chantelauze, mais aussi de Camille d’Avril et d’Olivier Breitman. Les gens sont persuadés que c’est moi qui écris tout. Ça me rassure, cela veut dire que ses textes m’habillent bien et qu’ils sont donc bien choisis.

Cyril Romoli 18.01.11 4.JPGDu coup, tu fais aussi un travail de comédien. Il faut rentrer dans la peau des personnages…

Quand bien même, j’écrirais les paroles, il faut quand même rentrer dans l’histoire. Pour mon précédent disque, les professionnels de la profession m’ont reproché de ne pas écrire mes textes. Je souligne juste que, par exemple, Julien Clerc n'en écrit pas non plus. Si j’écrivais ma vie, vraiment, je t’assure que ce serait inintéressant. Louis Jouvet disait aux apprentis comédiens : « Ne montre pas tes tripes, c’est vraiment dégueulasse ! ».

Tu passes ta vie à faire croire, finalement.

Ben oui. Évidemment. Mais, en même temps, j’ai l’impression de me montrer tel que je suis en concert et dans mes disques. C’est paradoxal, je sais. On est multiple. Je ne veux pas mentir, mais j’aime bien arriver à parler de quelque chose qui n’est pas encore ce moment-là dans la réalité. J’aime fantasmer les choses.

Tu aimes l’ironie et l’humour noir…

J’ai le droit d’être horrible, méchant, sarcastique, amoureux… C’est un vrai bonheur quand tout à coup, on assassine le héros de la chanson. C’est jouissif parce que l’on sait que l’on va cueillir les gens à un endroit particulier. À la fin d’une chanson, j’adore casser le jeu d’une écoute. Dans la vie, je suis trop bien élevé pour être comme je me représente dans mes chansons. Je ne suis pas quelqu’un qui joue de sur méchanceté, mais l’humour noir est la forme de transgression qui me plait le plus.  J’ai toujours adoré Desproges par exemple. C’est typiquement un auteur dont je me délecte sans me lasser depuis des années.

Tes textes sont quasiment des courtes nouvelles.

Tu n’as pas tort, mais que veux-tu, j’aime raconter des histoires, alors effectivement, les textes sont très longs.

scar.jpgDepuis notre dernière rencontre, tu as joué dans Le Roi Lion pendant deux ans. C’est tellement différent de ton univers musical personnel…

Je doublais deux rôles. Scar, le méchant et Pumbaa, le gros phacochère gentil. En gros, je jouais au moins une fois par semaine, mais j’étais présent au théâtre tous les soirs. C’est un poste très particulier.

Ce n’est pas un peu frustrant d’être doublure ?

Si, ça peut être très frustrant. Chaque rôle à 3 remplaçants. On doit être à niveau à n’importe quel moment pour les différents rôles.

Dans ce genre d’expérience, apprends-tu beaucoup et peux-tu te servir des connaissances acquises dans tes propres concerts ?

Je m’en sers à plusieurs niveaux. Déjà, ce que je fais moi est du jeu chanté, donc il y a une similitude non négligeable dans ces deux exercices. Les personnages que je devais interpréter dans Le Roi Lion étaient des personnages qui avaient des voix très graves, ce qui n’étaient pas ma voix à l’origine. Ma voix est médium « modéré ». J’ai dû travailler pendant deux ans pour construire une voix solide, ça ma permis de gagner du confort et jouer sur des nuances que je n’avais pas encore abordées. Et puis, quand on joue devant 1600 personnes à Mogador presque tous les jours et que l’on revient à ses propres spectacles seul avec son piano, il y a un stress beaucoup plus grand parce qu’on est tout seul, mais tout à coup il y a aussi un confort, un retour aux sources. Ce sont deux facettes de mon métier que j’aime et qui m’amuse. J’ai des plaisirs de comédiens dans chacune d’elle. Je crois que si je ne faisais que de la chanson, je m’ennuierais. Si je ne faisais que du théâtre, il me manquerait quelque chose. J’ai vraiment besoin des deux.

Les gens qui aiment la belle chanson française te connaissent et apprécient ton travail. Malgré tout, tu n’as pas encore une grande notoriété. N’est-ce pas un peu décourageant ?

Oui et non… ça dépendant des moments. Ne pas être signer dans une maison de disque, ne pas être encadré, effectivement, c’est fatiguant parfois, parce qu’on a l’impression de constamment repartir à zéro à chaque album, chaque concert. Il y a des choses dont on aimerait se délester. En même temps, on est entièrement libre. Par exemple, cet album, il ressemble à 100% à ce que je voulais faire. C’est moi qui ai choisi les studios, le photographe, le graphiste, les gens avec lesquels j’avais envie de travailler. La contrainte économique limite le cadre, mais en même temps, tout ce que je réalise seul me ressemble.

Cyril Romoli 18.01.11 3.JPGTes textes, c’est le fruit de conversations avec chacun de tes auteurs ?

Il n’y a aucun texte de commande, en tout cas. Éric Chantelauze me connait bien, Camille d'Avril un petit peu. J’ai demandé à Olivier Breitman de m’écrire un texte, mais il était libre du sujet. Pour moi, il y a le plaisir d’aller chiner et dénicher un texte. C’est là que je revendique le fait que ce n’est pas moi qui écris les chansons, mais c’est moi qui les mets en lumière.

Tu as un frère danseur étoile à l’Opéra de Paris (Wilfried Romoli), à part lui, fais-tu parti d’une famille d’artiste ?

 Non, mais l’art à une place importante chez chacun. Je suis le petit dernier de la famille et j’ai eu la chance d’avoir des parents qui considéraient que ce que je voulais faire était un métier. Je leur en suis reconnaissant tous les jours, car c’est extrêmement rare. Il y a une attention affectueuse sur mon travail, mais sans plus. Dans notre famille, on a plus une considération humaine qu’artistique. Mais, en même temps, l’un ne va pas sans l’autre.

Tu n’es pas uniquement chanteur et comédien…

J'ai assisté des metteurs en scène, je compose des musiques de spectacles. Ce qui m’intéresse, ce sont les histoires, le texte et le spectacle. Là, j’ai fait des musiques pour Fellag, l’humoriste algérien. Je l’accompagne aussi sur scène au piano et je joue quelques personnages. Je me suis retrouvé à tous les endroits à la fois. C'est vraiment ainsi que j'envisage mon métier...

 

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22 janvier 2011

Fergus: point de vue objectif et interview destructurée...

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« Né en banlieue parisienne, Stephane Dorey se découvre musicien à Caen et devient bassiste dans plusieurs formations locales nourries au punk et au cold wave. De retour de son service militaire, il se met à la guitare, rencontre Sylvie Hoarau et fondent Topaze.

La musique de Topaze se mute en pop nerveuse et prend un nouveau virage musical sous le nom de Vendetta. Le groupe signe chez Barclay et travaille avec des artistes et des producteurs comme Arthur H, Calogero, Peter Von Poehl , Clive Martin, Dorian, Jérôme Attal... Vendetta se séparera après deux albums.

Stephane Dorey continue alors en solo sous le nom de Fergus, il écrit un album de 11 chansons dont il est le compositeur et l’interprète en collaboration avec Francis Hutin pour les textes.

Le premier album de Fergus « les règles du je » est sorti le 2 novembre 2010 chez Pias… »

J’ai beaucoup aimé cet album.

Je l’ai d’ailleurs chroniqué dans le Addiction, le mag du mois de janvier 2011.

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J’ai rencontré Fergus le 10 janvier dernier dans un bar de la rue Henri Monnier (Paris).

Je l’ai kidnappé avant qu’il n’aille se faire shooter chez un photographe avec La Fiancée pour je ne sais quel canard.

Merci à son attachée de presse, Carine Chevanche, pour m’avoir concocté ce rendez-vous aux petits oignons.

Fergus, s’il est sympathique et attachant, n’est pas précisément l’artiste le plus facile à interroger.

Il n’aime pas l’exercice. Il ne suit d’ailleurs pas forcément une ligne directrice dans la conversation.
Il faut s’adapter, rebondir sur ce que l’on peut et tenter de mener l’entretien au mieux.

Plutôt que de m’arracher les cheveux en essayant de structurer tout ça, je vous propose quelques phrases glanées ici et là pendant l’interview… mais qui explique bien la personnalité et l’œuvre du bonhomme.

En fond musical de ce bar, il y avait du Britney Spears à fond… pas l’idéal pour se concentrer non plus.

 

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-Moi, je compose, je chante et j’arrange seul. J’ai fonctionné par étapes. J’ai commencé par la basse, ensuite, je me suis mis à la guitare, après au clavier er aujourd’hui, c’est le chant que j’apprivoise peu à peu. Ca ne fait que 4 ans que je chante.

Fergus 10.01.11 4.JPG-Je me suis mis à la guitare, parce que la basse, c’est trop limité pour composer. Après Vendetta, j’ai voulu reproduire la même chose. Trouver une chanteuse pour qu’elle interprète mes compositions. Je n’ai trouvé que des chanteuses entre 25 et 30 ans et moi, je leur demandais de faire un bond de 10 ans. Et je voulais aussi une chanteuse qui trouve des mélodies. C’est rare. Avant de trouver Sacha, je n’ai vu que des psychorigides. Une des premières que j’ai essayées était une chanteuse lyrique. Elle s’offusquait quand je lui demandais de chanter de manière plus sexy. Quelqu’un qui rejette sa sensualité et sa sexualité, ça ne m’intéresse pas. Une interprète qui ne souhaite que joliment chanter, il y en a à la pelle.

-Moi, j’ai un chant un peu neutre dans l’album. Sacha a un timbre clair et je trouve que nous sommes complémentaires.

-Avec mon parolier, Francis Hutin, je suis souvent en conflit. Moi, je ne cherche pas les choses longtemps, je suis un instinctif, ça peut déstabiliser. Les gens avec qui je bosse me demandent des explications sur mes décisions artistiques et je suis incapable d’en donner.

-Francis Hutin a su mettre en mots mes idées. C’est amusant parce qu’on ne se ressemble pas du tout. Lui a 50 fergus_regelesduje.jpgbalais, moi 42. Il a de l’expérience et va à l’essentiel, lui.

-Mon travail me parait indicible. Et c’est pour ça aussi que je fais de la musique. Par exemple, je pense qu’une mélodie explique beaucoup plus de choses que les mots.

-Mes héros sont souvent cocus, ils ne sont pas très bien dans leur peau et n’ont pas la bonne place dans le couple.

-Quand j’écoute un disque, j’écoute d’abord l’ambiance et les mélodies. Mais les paroles, ce n’est pas ce que j’écoute en premier. Les paroles sont là pour souligner les ressentis de la mélodie.

- Plus je vieillis, plus je prends mon temps. Je ne veux plus me précipiter. J’ai compris que le temps était malléable.

-Moi, je ne me focalise pas sur les notes, je suis plus focalisé sur la rythmique.

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Tiens, celle-là, je la laisse... vous comprendrez mieux pourquoi les photos prisent par Mandor sont d'une qualité inégalable (et abolument jamais flou).

(Il paraît que photographe est un métier).

-Je ne suis pas un bon communiquant. Je n’aime pas parler de moi et je ne trouve aucun intérêt à parler de moi-même… je ne suis pas un bon vendeur de moi-même en interview.

-C’est difficile de parler de mon album aujourd’hui. Les chansons datent de plus de 3 ans, je suis passé à autre chose, une autre vie.

-Au moment où j’ai écrit ce disque, je n’avais plus de groupe, je n’avais plus de copine non plus, mais je venais d’avoir un enfant. Donc, j’avais un enfant et plus rien. Au fond, c’était le meilleur moment pour écrire des chansons. Quand je suis dans la déprime, le temps s’efface et je suis plus précis dans la mélodie. Je me suis même posé la question : est-ce que je cherchais à être un peu mal pour parvenir à composer ?

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-Raconter le bonheur dans une chanson, ce n’est pas une bonne idée. Tout le monde s’en fout du bonheur dans une chanson.

-Avec les femmes, on est dans le paradoxe. Elles veulent des hommes qui soient protecteurs, gentils et pas machos. Au final, quand tu es trop gentil, elles n’aiment pas ça. Elles veulent aussi des hommes qui ont des couilles.

-J’ai eu une culture groupe pendant 15 ans. A un moment, j’en ai eu marre du groupe. On passe son temps à faire des compromis. Maintenant, même si je joue avec des musiciens, c’est moi qui dirige tout. C’est une équipe, mais qui est à mon service musical et en me respectant, en plus.

-Si on a trop de matériel, on peut se perdre dans la création. À la maison, dans mon home studio, mon matos est très cheap. J’ai un petit Farfisa, qui est un jouet. Ça permet de faire des sons un peu atypiques, du coup je m’en suis servi pour pas mal de chansons. Je n’utilise pas les nouveaux logiciels qui permettent d’obtenir des sons infinis. À utiliser trop de sons différents, ta musique devient impersonnelle, voire même un peu aseptisée.

 

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Merci à Fergus d'avoir accepté de jouer le jeu avec gentillesse. Répondre aux questions d'un journaliste n'est pas un acte naturel. Je le sais bien.

10 janvier 2011

Sam Neves : romantick'n roll!

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sma neves d'égal à egal.jpgJ’ai découvert Sam Neves en voyant le clip « L’Amour Flou » sur internet (vu 27 000 fois par les internautes). Pas tout de suite convaincu par l’ambiance générale que je jugeais, à tort, un peu mièvre, je suis allé écouter le reste de la production de la jeune femme sur Deezer.

Et là, j’ai découvert un disque plus rock que je ne l’imaginais et des textes moins sages qu’il n’y paraissait. Bref, j’avais juste vérifié une nouvelle fois qu’il ne faut jamais s’arrêter à l’écoute d’un seul titre et à une première impression.

Je ne sais plus par quel hasard, je suis devenu ami Facebook de Frantz Fagot, son compositeur, réalisateur, producteur et par ailleurs ex-guitariste d’un paquet d’artistes (voir plus bas).

Puis de Sam, elle-même.

J’ai suivi leurs activités musicales avec intérêt.

Un jour, je leur ai proposé une mandorisation.

Ce qu’ils ont accepté.

La rencontre entre le binôme et moi s’est déroulée dans un café parisien le 31 décembre dernier. C’était donc ma dernière interview de l’année 2010.

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Sam et moi, prenons la décision de commander des bières (merde, c’est presque le réveillon, là !). Frantz, lui, opte du thé.

(Que sont nos rockeurs devenus ?)

On se marre tout de suite. Elle ne prend pas la posture de la vedette interviewée par le journaliste, je ne prends donc pas celle du journaliste qui se la joue journaliste (ce que je fais peu, en règle générale, de toute façon !)

Je ne lui demande pas de se présenter. J’aurais obtenu un truc du genre : « Sam Neves, née le 30 juin 1976, je suis cancer, dans une petite bourgade du 63… ». Là n’est pas le propos.

Sam_Neves_single.jpgD’ailleurs, voici un extrait de sa bio :

Sam Neves s'inspire dès son plus jeune âge de groupes tels que A-ha, U2, Pink Floyd, Depeche Mode. Adolescente, elle commence à chanter dans le groupe de rock de son lycée.

En 2000 elle devient la chanteuse du groupe Hodakan et participe à de nombreux projets parallèles qui lui forgent une forte personnalité artistique et lui permettent d'acquérir une bonne connaissance du métier.
En 2002 elle devient pour la première fois maman d'un petit garçon. Elle aura par la suite une petite fille.
En 2007 elle rencontre Franz Fagot, compositeur arrangeur et réalisateur qui propose à Sam Neves de devenir sa muse. Il lui produit son premier album. Sa phrase récurrente est Let's do it !

Interview :

Sam Neves 31.12.12 1.jpgMandor : Sam, tu utilises beaucoup Facebook pour te faire connaître. C’est un élément essentiel à la promo des années 2010 ?

Sam : On a plein de plans par ce biais. Des gens souvent super sympas qui sont venus hyper naturellement et simplement. C’est aussi un outil de communication qui me permet d’être proche de mes fans.

Frantz : Oui, c’est important pour nous, vu que nous ne sommes pas en major. La relation artiste/fan est primordiale. On est obligé de se faire une grosse « Fan base » pour faire avancer le projet.

Sam : Ça ne m’empêche pas d’être nature et très franche. Moi, j’ai deux pages officielles et une page personnelle. Sur mes pages « artistes », je prends le temps de répondre à tout le monde. J’aime la communication, mais je ne fais pas semblant. Si je n’ai pas envie de répondre, je ne réponds pas.

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Vous deux, vous vous êtes connus grâce à MySpace, je crois…

Frantz : Par le biais d’un auteur avec qui je travaillais, Bénédict Abalio. On s’était perdu de vue depuis un an et un jour il m’appelle pour me parler de Sam. Ils se sont rencontrés dans une école où Sam travaillait pour asseoir  sa technique vocale. Il leur fallait un compositeur pour que Sam puisse chanter les textes de Bénédict. Je suis allé l’écouter sur son MySpace et j’ai trouvé sa voix très intéressante. On s’est rencontré une première fois. On a essayé un titre et ça a été direct. J’ai pris la guitare, elle a posé sa voix et l’histoire pouvait commencer.

C’est beau ! Toi Frantz, tu étais guitariste pour plein de gens (Johnny Hallyday, Maxime le Forestier, Gino Vanelli, Renaud Hantson, Patricia Kass...).

Frantz : oui, puis je suis devenu compositeur. J’en avais marre de jouer la musique des autres. J’ai travaillé beaucoup pour des médias. J’ai fait des jingles, des génériques, des musiques de pubs, de films et de téléfilms. J’ai eu envie de m’exprimer plus longuement et autrement. Je suis donc retourné aux sources. J’ai composé des chansons et il me fallait une interprète. Et Sam Neves est arrivée…

Peut-on considérer que Sam est ton double au féminin ?

Frantz : Oui, on peut dire ça. On a  beaucoup de points communs, même musicalement. Je ne crois pas au hasard. Cette rencontre devait avoir lieu !

Sam : On est en fusion. Nous sommes très complices.

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Sam, toutes tes chansons sont autobiographiques. Et pourtant, ce n’est pas toi qui écris.

Sam : Moi, j’ai écrit « Untitled » avec Liloo Zillac, et « Rappelle-moi ». J’ai co-composé avec Frantz « Un signe de toi ». Pour les autres textes, c’est le fruit de longues conversations entre les auteurs et moi…

Frantz : Dans son prochain album, Sam en fera beaucoup plus. 

Sam : Oui, on rentrera plus dans mon univers, ma personnalité.

Le clip de "L'amour flou".

 

La première fois que j’ai entendu Sam, c’est avec « L’amour flou ». Bon, je me suis dit que c’était de la variété romantique. Quand j’ai écouté l’album en intégralité, je suis tenté de dire que cette chanson n’est pas du tout son reflet. C’est beaucoup plus pop, rock…

Sam : Je t’aime pour cette parole ! On m’a souvent dit que j’étais une chanteuse romantique et un peu lisse. Ce n’est tellement pas ce que je suis dans la réalité. Je suis au contraire très rock’n’roll. Dans l’album, même si on parle d’amour, il y a un côté « douce violence ». Franchement, pour se premier album, on s’est retenu de lâcher la purée. Des filles qui font du rock, en France, il n’y en a pas beaucoup. Zazie, elle fait de l’electro, les autres font du folk ou de la variété… je vais donc encore plus assumer et mettre en avant ma personnalité un peu « destroy ». J’ai une chanson qui s’appelle « Sage et sauvage ». Elle me correspond tout à fait.

Frantz : Comme on est en France, pour ce premier disque, on a voulu proposer quelque chose qui soit le plus large et ouvert possible. Alors, il y en a qui diront que c’est de la variété, d’autres de la pop… difficile de ne pas avoir d’étiquette déterminée.

Sam : Il y a même des radios qui disent que ce que je fais était trop rock pour elles et d’autres trop variété.

En effet, il vous manque des passages dans une grosse radio nationale.

Frantz : Tu sais comment ça se passe. Si tu n’es pas dans un gros label ou chez Universal, Sony ou Warner…

Sam : En même temps, nous, on est libre. On fait ce qu’on veut. On ne se force de rien. Moi, je n’ai pas envie de tricher. Je ne me crée pas un personnage. Je suis comme je suis. Il faut que mon comportement et mes chansons correspondent à la réalité. Sam Neves n’est pas un pantin.

Frantz : Oui, ça prend juste plus de temps pour ce faire connaître. Je trouve ça plus gratifiant de voir le projet Sam Neves grandir petit à petit… lentement, mais surement. On travaille à l’ancienne, à la roots ! On va au charbon…

Une session acoustique de "A la surface"

Sam, tu as deux grandes qualités. Tu es franche et généreuse.

Sam : Ça peut me porter préjudice parfois… je suis juste très naturelle. Quand je donne ma confiance, il ne faut pas me prendre pour une conne. Je suis portugaise, j’ai un cœur grand ouvert, mais il ne faut pas me faire un bébé dans le dos. Je suis proche des gens. Il ne faut pas qu’on oublie d’où l’on vient, parce que c’est l’amour du public qui nous a portés. J'ai des fans qui sont partout où je vais. Je commence à les connaître. Je les appelle mes chouchous. J’ai même un groupe de fans de Belgique. Ils sont venus à tous mes concerts dans toute la France.

Frantz : La relation fan/artiste directe, c’est quelque chose qui va se développer de plus en plus, j’en suis sûr.

SAM NEVES 13 01 2011.jpgAvant que vous vous rencontriez, Sam, tu as toujours voulu faire ça ?

Sam : Moi, j’ai toujours, toujours voulu faire ce métier. Mon oncle était chanteur d’opéra et mon père jouait de l’accordéon. Je sais, ce n’est pas trop glamour, mais bon, c’est de la musique… Je suis issu d’une famille assez simple. Pour elle, la musique, il ne faut pas en faire professionnellement. On ne gagne pas d’argent avec cette activité. Il fallait que j’aie la sécurité et la certitude de l’emploi, donc j’ai laissé tomber la musique pour y revenir aujourd’hui. J’ai commencé à chanter dans le groupe rock de mon lycée. On chantait notamment du Queen et du U2. Mais, c’est la première fois que les choses prennent une tournure si sérieuse.

Ce disque est une très belle production.

Frantz : C’est presque un peu trop léché pour moi. C’est un super boulot et je suis très fier de cet album, surtout dans les conditions dans lesquelles on la fait. On la composé sur une année à raison d’une séance par semaine. C’était assez long à faire, mais le résultat est très cohérent. Celui-là, on la fait à la maison tous les deux. Le prochain sera fait avec des musiciens.

Vous passez le 13 janvier au Zèbre de Belleville…  

Sam : Ça sera très rock, mais il y aura quelques titres planants. Une heure et demie de concerts où on va tout donner. Il y aura de l’ambiance, je t’assure et la participation de quelques guests.

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Après l’interview, nous sommes restés un long moment à discuter (et boire). Sam Neves est une fille très attachante et talentueuse. Elle mérite qu’on la découvre.

Le Zèbre de Belleville, ce jeudi, donc.

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15 décembre 2010

Vincent Baguian : Interview vérité, clips et photos... et une sacrée Java !

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Vincent Baguian n'est pas un interprète encore très connu. Mais, peut-être l'avez-vous vu en première partie de Zazie? Il est aussi l'un des initiateurs, avec la même Zazie et Jean-Marie Leau, du conte musical Sol en Cirque. Récemment, il s'est brillamment illustré en coécrivant avec Dove Attia la plupart des chansons de Mozart, l'Opéra Rock. "L'Assasymphonie", entre autre, c’est lui. Fort de quatre albums, ce soir et mercredi prochain, vous allez pouvoir retrouver ce chanteur à l'humour décapant et à l'écriture précise dans des concerts "en toute intimité" dans la salle parisienne La Java. Le 25 novembre, interview vérité où l'on constate que le chanteur n'a pas du tout la langue dans sa poche. D’abord, j’apporte à l'artiste une information personnelle.

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Extrait de la conversation :

- Tu sais que je suis mariée avec un arménienne ?

- Ah oui ? Elle s’appelle comment ?

Je dévoile donc son patronyme finissant par an (anciennement ian).

J’ajoute :

-Du coup, depuis que j’ai une fille moitié arménienne, je me suis intéressé à ce peuple et à cette culture.

Vincent Baguian me pose quelques questions. Le sujet l’intéresse. Je dévoile des pans énormes de ma vie privée à cet homme que je ne connaissais pas personnellement 30 minutes avant.

-Emmène ta femme et ta fille en Arménie, je t’assure ! Moi, j’y suis allé il y a deux ans. Ca m’a mis une grosse gifle.

-Tu as toujours vécu en France, toi ?

-Oui. Mais mon père me parlait beaucoup du pays. En tant que 100% arménien, il parlait la langue et me racontait beaucoup l’Arménie. Il avait bâti une Arménie totalement imaginaire, sans jamais la voir, alors que c’était ses racines. Quand j’y suis allé,  j’ai découvert que la nourriture que je prenais comme quelque chose de folklorique quand j’allais voir mes grands-mères arméniennes, c’était le quotidien des gens. Je me suis rendu compte que j’avais la même tête qu’eux. Quand je mangeais quelque part, quand un type me regardait, je me disais que s’il me précisait que nous étions cousins, c’était fort probable. Aujourd’hui, quand je me balade dans la rue à Paris, je ne me sens plus complètement français. Autre anecdote, je suis en voiture,  j’arrive dans un village et je vois marqué Pambag. C’est mon vrai patronyme, Pambaguian. Je me suis senti chez moi tout de suite.

-Tu te sens plus quoi, alors, aujourd’hui ?

-Je me sens Français, très proche des arméniens. Mais, c’est un peu comme si on me demandait lequel de mes deux enfants je préfère. Ce que j’ai compris, c’est que ça m’émeut plus d’être en Arménie qu’en France.

-Tu es revenu changé de ce voyage ?

-Oui. Je suis revenu plus fort. C’est comme si j’avais une situation de repli.

Voici sa chanson en duo avec une chanteuse arménienne, Diane Minassian : Je suis une tombe.


Making Of de "Je suis une tombe" en duo avec Diane Minassian
envoyé par VincentBaguian

Ensuite, je commence ma vraie interview…

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Mandor : Parlons de tes concerts à la Java. Ca m’intéresse pour deux raisons. La première, c’est que j’apprécie tes disques depuis le début de ta carrière, la seconde, c’est que ton pianiste, Hugo Renard, m’avait scotché avec son roman « J’aime les filles ».

Vincent Baguian : Ah oui, tu l’as lu ?

Oui, à sa première sortie aux éditions du Rocher.

Tu sais que je le réédite ?

Ah bon ? Belle idée, en tout cas.

En fait, comme je  viens de bien gagner ma vie avec Mozart et que je trouve que le livre de Hugo est phénoménal, qu’il vaut le coup d’exister longtemps,  je me suis arrangé pour le rééditer par mes propres moyens, c'est à dire dans ma propre maison d'édition, "Cul et Chemise". Advienne que pourra. Il ne s’agit pas de faire en sorte que je gagne ma vie en publiant ce livre, juste, je souhaite qu’il ne meurt pas.

Il est vendu à la fin de vos spectacles ?

Exactement, tu es très fort !

En tout cas, l’ambiance est tendue avec lui dans ton spectacle à La Java.

Oui, très. Ce que je peux te dire, c’est que jusqu'à présent, l’humour, je l'employais dans les chansons, pas entre les chansons. Ce que j'aime faire dans les spectacles ce sont des trucs que tu ne peux pas faire à la télévision ou à la radio. Je veux faire voyager les gens. Hier, ça a marché parce que les gens se sont dits : "C’est chaud entre eux, ils s'engueulent". Le principe du spectacle c’est : on joue ensemble, mais on ne s'aime pas.

Dans tes textes, en règle générale, tu ne dis jamais les choses au premier degré. Je me trompe ?

Je pense que je suis un peu comme ça dans la vie. Mais moins. Ils m'ennuient ceux qui se prennent toujours au sérieux. Par exemple, les hommes politiques utilisent toujours les mêmes mots. On ne croit plus à ce qu'ils racontent, ils défendent toujours les mêmes idées, ils ont un langage formaté, donc on ne les écoute plus. Moi, comme j'ai envie que l'on m'écoute, je prends un autre registre. Un jour,  je voulais enregistrer une chanson sur les gens qui tendent la main dans la rue et sur notre attitude par rapport à eux. Dans ma première version je me suis trouvé hyper donneur de leçon, c’était insupportable. J'ai inversé les rôles, je me suis mis dans la peau d'un mec qui ne donne pas. Je suis dans ma Daimler, il y a un enfant qui frappe à mon carreau, et on se dit : "Putain, c'est l'hiver, il faut ouvrir la fenêtre, je crains le froid et le chaud…". Tout d’un coup, on est à la place de tout le monde. Ca fonctionne plus comme ça que quand tu fais le prêtre.


Vincent Baguian - Ce Soir C'Est Moi Qui Fais La Fille
envoyé par VincentBaguian

C’est le même principe que quand tu as écrit pour Florent Pagny, "Si tu n’aimes pas Florent Pagny". C’est très second degré…

C'est plus premier degré que tu ne le crois. L'histoire avec Florent Pagny, c'est qu'un jour, il y a Calogero qui m'appelle et qui me demande si je veux bien écrire une chanson pour Florent Pagny. Je lui réponds : « Non, je ne connais pas Florent Pagny et ses chansons m'indiffèrent. Je n’ai rien à dire sur lui. ». Et je raccroche. Puis la fonction économique est rentrée en jeu et j’ai fini par accepter en me demandant ce que j’allais bien pouvoir raconter sans me renier. J’ai écrit ce que je pensais de lui. Point. J’ai commencé à écrire : « Oui, je suis dans mon état normal, non, je n’ai pas honte de mon look, c'est du gel, je n’ai pas les cheveux sales »… bref, ce que je pense. Quand je le vois je me demande toujours combien de temps il doit mettre pour se préparer. Son look, ses lunettes jaunes… toujours paraître, ça doit être fatiguant, changer de look pour ne pas avoir la même tête d’une émission à l’autre… Il chante trop fort, aussi, je trouve. Ca me saoule, alors, je l'ai écrit. Je me suis dit que si Florent Pagny était capable de chanter une telle chanson, j'allais l'aimer d'avantage. À la première écoute, il a été un peu étonné. À la deuxième, il a bien aimé.  C'est son précédent label qui lui a conseillé de ne pas la chanter. Pendant quatre ans, cette chanson est restée dans un tiroir. Aujourd'hui, elle sort dans son nouvel album, Tout et son contraire. Mais, bon, il m'a fait changer quelques mots.

Lesquels ?

J’avais écrit : "Je voudrais me vanter d'être  honnête, me voir en héros dans la glace". Il m'a appelé en me disant : "Je ne peux pas chanter ça, parce que je me sens honnête". Il a changé les mots lui-même, ça a donné : "Je voudrais me vanter d’être pas trop bête". Franchement, c'est très peu comme changement.


Florent Pagny - Si tu n'aimes pas Florent Pagny
envoyé par Florent-Pagny

Comment considères-tu ta position dans le métier ? Trois disques, l’album Sol en Cirque avec Zazie, des tas de chansons pour les uns et les autres, Mozart, l’Opéra Rock… Mais tu n’es pas du tout médiatisé.

Je ne choisis pas cette situation. Ce qui ne m'empêche pas de bien le vivre quand mes concerts sont pleins. Mais tu sais, faire de la télé ne m’intéresse pas. Je pense même y être mauvais. À chaque fois que j'en ai fait, ça m'a perturbé. Ce n'est pas possible d'être mauvais à ce point. Faire des sourires à des gens virtuels, je n'y arrive pas et ça ne m'intéresse pas. Je suis super motivé à chaque fois que j'y vais, mais après je me demande : "À quoi bon ?". Mes chansons ne correspondent pas non plus au format radio, donc on m’a rarement diffusé… Mais en concert, je suis bon. Comme je ne passe nulle part médiatiquement, je fais confiance au bouche à oreille,  je produis moi-même mon spectacle et advienne que pourra.

Tu as co-écrit avec Dove Attia, les trois-quarts des chansons de Mozart, l’Opéra Rock. Ça te permet de gérer financièrement ta carrière personnelle.

Tu peux le dire, oui. Ca me permettra aussi de t’offrir le café que nous prenons ensemble.

Tu n’écris pas de la même façon pour des chansons dites "populaires" que pour ton propre répertoire. Tu fais des concessions au style ?

Non, mais ce n'est pas évident d'écrire pour un opéra rock. C'est bien plus compliqué que pour mes chansons. On te donne des musiques qui existent avec des textes en yaourt. On t'explique qu'à tel moment du spectacle, c’est telle personne qui chante et on te dit qu'il faut que ça raconte ça. Ça devient des mathématiques. Quand tu combines le tout, c’est un boulot de dingue. Les gens pensent que c'est léger à faire, alors que c’est tout le contraire. Le nombre de nuits que j'ai passé sur les textes... Je suis parti 15 jours avec Dove Attia dans une maison isolée et nous bossions tous les jours 12 heures sur les textes. On a faillit devenir fou.

Comment es-tu arrivé sur le projet ?

Avant moi, Dove Attia avait vu une quinzaine d’auteurs. Il m'a proposé d’écrire juste un texte sur une musique. On y a passé 15 jours… Et puis après s’être "dompté", il m'a proposé d’écrire le reste avec lui.

Quand tu-as constaté que le spectacle cartonnait, as-tu eu un sentiment de fierté de voir tous ses interprètes chanter tes mots ?

Oui, il y a beaucoup de fierté parce que j’ai réussi à faire passer des choses dans ce spectacle. Par exemple dans "L'Assasymphonie", j'ai un inventé un mot, je ne parle pas d'amour, c’est même plutôt un sentiment un peu noir… Et en faire un tube sans que personne ne s'en rende compte au final, ça me rend heureux parce que c'est ce que je voulais faire. Faire d'une chanson qui n'a rien de "tubesque", un vrai tube. Il y a aussi une chanson qui s’appelle "Victime de ma victoire",  je fais dire à l’interprète : "Je me croyais l’élu, en volant mon histoire, mais je me suis perdu pour gagner, à vaincre sans vertu, on triomphe sans gloire, l'honneur vaut mieux que le trophée". C’est une des chansons qui marchent bien dans le spectacle. Je l'ai écrite en pensant à Nicolas Sarkozy. Ça me fait rire de la voir dans le spectacle. Autre exemple : dans "J’accuse mon père", en l'écrivant,  j'ai pensé à mes filles… 


Mozart l'Opéra Rock - L'Assasymphonie - Clip Officiel
envoyé par MozartOperarock

Il y a des doubles lectures que toi seul et Dove Attia peuvent percevoir…

Oui, mais en même temps, je pense que ça marche parce que les gens se retrouvent et leur inconscient comprend qu'il y a une double lecture.

Tu as hâte de faire un tube en tant qu’interprète ?

Je m’interroge sur la capacité des gens à être ému. J’ai conscience que les chansons de Mozart sont biens, mais je n’oublie pas que leur succès est aussi dû a un outil de marketing phénoménal qui fausse un peu la donne. Les gens qui sont venus voir Mozart en ont eu pour leur argent. Les décors, les costumes clinquants… ils font confiance à ça, il faut que l’argent se voie. Jacques Brel, sans tous ces artifices, délivrait certainement à lui tout seul bien plus d'émotion, mais comme les gens ne font plus confiance à leurs sensations, ils ont besoin qu’on leur montre que l’on ne s’est pas foutu de leur gueule… 

Se produire à la Java, c’est quand même deux extrêmes par rapport à Mozart, l’Opéra Rock

Dove est venu me voir et je t’assure qu'il n'a pas sa langue dans sa poche avec moi. On se fait mutuellement zéro cadeau. Il m'a dit : "Ce que vous faites avec ton pianiste, il faut que vous le poussiez davantage parce que ça va tout casser parce que ça va détourner le stand up. Vous vous moquez de vous, mais les chansons tiennent la route à côté".

Les artistes doutent tous. Un succès comme Mozart doit te conforter sinon te réconforter.

Mozart me permet de vivre uniquement de mon métier, ce qui n'était pas le cas avant. J’ai reçu d’autres propositions d’écriture pour d'autres, mais je n'y vais pas. On s'épuise si on écrit trop. Maintenant, dans mes journées, je ne fais que ce que veux. Aujourd’hui, quand on me demande si je suis libre tel jour, je peux systématiquement dire "oui".

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Ce qu’il me dira juste sur ses projets dans un futur proche, c’est qu’il va travailler de nouveau avec Dove Attia pour sa prochaine comédie musicale, Les amants de la Bastille. Et qu’il écrit des scénarios de films (dont certains verront le jour en Belgique très vite), parfois seul, parfois avec Maureen Dor.

Ce qui me permet d’enchaîner judicieusement avec la soirée à La Java à laquelle j’ai assisté le mercredi 1er décembre dernier. Maureen Dor était la guest de la soirée… (les photos suivantes ont été prises par bibi, alors, soyez indulgent, merci !)

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Elle n’était pas la seule, il y avait aussi la talentueuse, sensuelle et corrosive Marjolaine Piémont.

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Et aussi Diane Minassian, pour interpréter "Je suis une tombe" (voir clip, plus haut).

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Si vous aimez le tendre, le beau, l’ironique, le drôle, le très drôle, le mordant et l’émotion, ce spectacle est fait pour vous…

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En enfin, le final avec Hugo Renard.

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Ce soir, dès 21h, retrouvez Vincent à la Java pour l’avant dernière date de l’année. En première partie : Marjolaine Piémont. Billets sur place ou en préventes dans les points habituels : Moxity / Digitick / Fnac

La Java : 105 rue du Faubourg-du-Temple, Paris 10.
Métros : Goncourt / Belleville.

07 décembre 2010

Bilan du Salon du Livre d'Ozoir-la-Ferrière 2010

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C'est la seconde fois que j'anime le salon du livre d'Ozoir-la-Ferrière. L'année dernière, j'y avais pris beaucoup de plaisir (comme je l'expliquais ici). Et bien, cette année aussi, figurez-vous. Toujours aussi fatiguant, mais toujours aussi exaltant. Plus de 40 interviews, un quizz littéraire et 3 tables rondes (interviews approfondies et participatives). Je commence ce port-folio de cette manifestation avec le début du salon. Luc-Michel Fouassier, l'organisateur (et surtout un ami cher) m'avait préparé un quizz littéraire. Je lisais la première phrase d'un "classique" et il fallait deviner le nom de l'auteur et le titre du roman. De brillants érudits ont répondu à quasiment tout. Bravo à eux!

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Sur cette photo, comme sur la précédente, on peut voir Gaëlle Pingault (lisant le roman de Jérôme Cayla, Mathilde) et Pascal Arnaud, le fondateur de la maison d'édition D'un noir si bleu.

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Et le monsieur, là, qui se tient les hanches est Patrick Dupuis, le co-fondateur des éditions Quadrature.

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Ici avec Laurent Luna. Cet écrivain dont j'entends un bien fou un peu partout (et qui vient de signer chez Plon), à ceci de particulier qu'il ne veut jamais faire d'interviews. Je le rencontre sur pas mal de salons et on finit par s'en amuser...

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Valérie Bettencourt est comme Laurent Luna. Pas d'interview. Mais, tous les deux sont des personnes fort sympathiques et nous avons passé de longs moments ensemble lors de ce salon...

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Jérôme Cayla en train d'immortaliser Luc Doyelle et une de ses fans...

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La team de Laura Mare Editions présente à Ozoir ce jour-là : de gauche à droite, Luc Doyelle, bibi et Jérôme Cayla.Salon Ozoir 20.11.10 15.JPG

Georges-Olivier Châteaureynaud (Prix Renaudot 1982, secrétaire général du prix Renaudot) (par Philippe Schroeder).

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Laurent Luna et Mandor (par Philippe Schroeder, sans prévenir).

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De gauche à droite: Astrid Eliard (Prix Ozoir Elles 2010), Vassilis Alexakis (Prix Médicis 97 et Grand Prix du roman de l'Académie Française 2007) et Simonetta Gregio. (Par Philippe Schroeder).Salon Ozoir 20.11.10 32 (2).jpg

Vassillis Alexakis pendant sa table ronde pour débattre de son dernier livre Le dernier mot (les deux photos suivantes : La mairie d'Ozoir-la-Ferrière)

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Après la table ronde, le maire d'Ozoir-la-Ferrière, Jean-François Oneto, raccompagnant Vassilis Alexakis, le tout brillament commenté par Léon Zitrone (par La mairie d'Ozoir-le-Ferrière).

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Avec Vassilis Alexakis (par Philippe Schroeder).

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Pendant la table ronde de Marc Kravetz (journaliste à France Culture et Prix Albert Londres 1980) pour évoquer notamment son ouvrage Portraits du jour (par la mairie d'Ozoir-la-Ferrière).

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Avec Marc Kravetz, après la table ronde.

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Luc-Michel Fouassier (organisateur du salon et brillant auteur) en pleine séance de dédicaces de son dernier ouvrage, Les hommes à lunettes n'aiment pas se battre.

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Jean-François Oneto (maire de la ville) et sa femme entourent Guy Bedos (par Philippe Schroeder).

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Guy Bedos bien entouré. Victoria Bedos à gauche et Simonetta Gregio à droite, donc (par Philippe Schroeder).

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Victoria et Guy Bedos, complicité père-fille évidente (par Luc Doyelle).

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Guy Bedos tout à fait attentif à l'objectif et votre serviteur (par Philippe Schroeder).Salon Ozoir 20.11.10 28.jpg

Guy Bedos (par Luc Doyelle qui signait ses ouvrages juste en face).

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Astrid Eliard et Guy Bedos attentifs et souriants (par Philippe Schroeder).

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Astrid Eliard (lauréate du prix Ozoir'Elles pour son recueil de nouvelles Nuits de noces) et moi écoutant la cérémonie de sa remise de Prix (par Philippe Schroeder).

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Eric Holder, Luc-Michel Fouassier et la lauréate du concours de nouvelles, Anne Lurois.

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Eric Holder, après sa table ronde (pour l'ensemble de son oeuvre et plus particulièrement ses deux romans, Mademoiselle Chambon et L'Homme de chevet adaptés au cinéma en 2009.)...

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Pour finir, je remercie encore une fois Luc-Michel Fouassier qui persiste à me faire confiance pour l'animation de son salon littéraire. A l'année prochaine, sans doute!

 

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04 décembre 2010

Clarika : interview à propos de ses (premiers) adieux au Palace !

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À l’occasion de ses "premiers" adieux à la scène qui se tiendront ce lundi (6 décembre 2010) au Palace, j’ai rencontré Clarika (pour MusiqueMag). Coïncidence ou pas, le même jour sortira en téléchargement légal son nouveau single interprété avec Mariam Doumbia (du duo Amadou et Mariam), "De fille à femme" (en écoute ici). J’ai souvent interviewé Clarika parce que je suis un fervent admirateur de la dame depuis toujours. (Vous pouvez voir ici un reportage sur sa venue à la FNAC Val d’Europe pour un showcase que j’animais et là, une interview filmée réalisée pour 77 infos, à l’occasion de la sortie de son dernier album, Moi en mieux). Je considère que cette grande dame de la chanson française n’est pas reconnue à sa juste valeur.

Nous sommes nombreux à penser ainsi.

Hop ! Interview express…

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Mandor : C’est quoi cette histoire de "premiers" adieux à la scène ?

 Clarika : C'est une plaisanterie. C’est la dernière date et on a voulu marquer le coup. J’ai trouvé ça rigolo de faire un truc autour des adieux qui commencent et qui ne s’arrêtent jamais. Dans le spectacle, je me traite d’icône, donc, je pars du principe que toute icône se doit de faire ses adieux.

 À quoi devons-nous nous attendre lors de ce concert exceptionnel ?

C'est le concert de la tournée, mais évidemment, il y a aura des évènements non prévus et quelques surprises. Je vais faire aussi un medley de tous mes "tubes"… On est allé piocher des trucs que seulement les fans de base connaissent, je parle de ceux qui me suivent depuis le premier album.

l_cacf2c65f72a45538efb76b3dccdabcd.jpgParlez-nous de la première partie de votre concert.

Ça va déménager avec le groupe Electroboy 80. Ce sera un retour aux années 80 grâce à leurs reprises déchainées, revisitées, rock, techno, on ne sait plus, mais c'est surtout à ne pas manquer, énergie et bonne humeur...

Dans votre parcours il y a cette particularité que vous ne vendez pas vos albums en masse, mais que vos concerts sont toujours pleins à craquer.

D'album en album, les ventes sont croissantes, donc ça me rend un peu sereine. Dans la mesure où un album en emmène un autre, que je sens qu’il y a un public qui grandit dans les salles, tout va bien ! En plus, je vends assez de disques pour être suffisamment crédible auprès de mon entourage professionnel. C’est vrai que je ne suis pas une grosse vendeuse, mais je suis quand même bien installée. Moi, ma peur, c’est plutôt de ne plus avoir d’inspiration.

Vous vous demandez parfois : "Est-ce que je serai capable de faire un nouvel album ?"

C'est exactement ça ! Les deux premiers albums, on les fait un peu dans l’insouciance et après, ça commence un peu à se corser, car il ne faut pas redire les mêmes trucs. Forcément, on revient toujours vers les mêmes thèmes : l’amour, la séparation… Il faut trouver un autre moyen d’en parler. Bizarrement, avec l'expérience, on devrait considérer qu’écrire une chanson, c’est de plus en plus facile. C’est tout le contraire.

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Vous écrivez tout le temps des chansons ?

Clairement pas. Les tournées, c'est l’histoire de l'album qu’on vient de faire, je trouve donc difficile de se projeter vers de nouvelles histoires. Quand j'arrête une tournée (130 dates, à peu près, entre deux albums), pour retrouver l'inspiration, il faut que je me pose un peu, que je reprenne tout à zéro.

filleafemme.jpgVous sortez un single d’une chanson qui figure sur votre dernier album, Moi en mieux. Mais, cette fois-ci  interprété en duo avec Mariam Doumba (de Amadou et Mariam).

Je me suis toujours dit que cette chanson méritait d’être chantée avec une autre représentante de la gent féminine. Avec Jean-Jacques Nyssen (pygmalion et "homme de sa vie" de Clarika), on a cherché plusieurs pistes et on a fini par considérer que l’univers de Mariam convenait parfaitement au morceau. Elle nous a dit qu’elle appréciait beaucoup le texte et que le thème la touchait. Elle et moi, c’est une rencontre entre deux univers différents. On aimait bien l’idée que ce soir Mariam seule qui chante, sans Amadou. De toute façon, ils sont tout de même indissociables. Il était là lors de l’enregistrement. Pour Amadou, c’est une expérience assez nouvelle, de se mettre plus en avant. La chanson a été réarrangée. C’est un mélange de nos deux cultures respectives.

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Vous êtes très partageuse, musicalement parlant. Vous interprétez très souvent des duos…

Ce sont souvent des questions d’opportunités, de hasard total ou d’invitations qui m’ont été faites. Quand Jonasz t'invite, tu ne dis pas non, par exemple. Avec Mariam pour ce single et avec Bernard Lavilliers aussi, c’est nous qui sommes allés les chercher.

Vous devenez une artiste qui compte, une artiste qui d’album en album devient de plus en plus reconnue.

Même si ma notoriété publique est assez lente, depuis que je suis dans le métier, elle est en constante progression. J’ai une vraie reconnaissance du métier, des critiques et des artistes, c’est ce qui me rassure pas mal. Certaines personnes me considèrent comme un espèce d'électron, moi, je ne me sens pas du tout marginal.

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En fouinant sur Internet, j’ai essayé de trouver des articles négatifs sur vous et votre œuvre. Je n’ai rien trouvé de la sorte.

Tant mieux, tant mieux (rires). C’est souvent très gentil, autant pour mes concerts que pour mes disques.

Pourquoi n’y-a-t-il jamais eu de captation de vos concerts en CD ou en DVD ?

Les "live" représentent "peanuts" pour les maisons de disque. On ne peut pas dire que ce soit leur priorité. Ceci étant, personnellement, je ne suis pas fan des albums live. Je me rends compte que je préfère écouter les albums studios.

Avec La Grande Sophie et Rachel des Bois, vous faites partie des toutes premières chanteuses rock "qui ont des choses à dire" de la scène française. Toutes les trois, vous avez ouvert une grosse brèche.  Aujourd’hui, vous suivez la carrière de quelle chanteuse ?

J'aime beaucoup Yael Naim qui vient de sortir son deuxième album. J'aime aussi des artistes à voix comme Cat Power et Feist, cette lignée pop folk. Dans les Françaises, j'apprécie La Grande Sophie, Jeanne Cherhal, Émilie Loizeau, des chanteuses comme ça…

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Je remercie Patricia Téglia pour l'organisation sans faille de la rencontre... et pour ces "sensationnelles" photos de l'interview prises par elle-même avec un iPod (il me semble).

On termine avec le clip de "Bien Mérité", extrait du dernier album de Clarika, Moi en mieux.


Clarika - Bien Mérité
envoyé par Clarika. - Regardez la dernière sélection musicale.

13 novembre 2010

Souad Massi : interview pour la sortie de "Ô Houria"

Pour Musique Mag et pour ici, le 28 octobre dernier, j'ai rencontré Souad Massi dans un hôtel parisien. J'avais une bonne excuse, son nouvel album Ô Houria sortait la semaine suivante. Avant de lire l'interview, je vous propose ma chronique du disque publiée dans Le Magazine des Espaces Culturels Leclerc datée du mois de novembre 2010 :

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-Avant de commencer, j’ai besoin d’un bon café… ça ne vous dérange pas. Et puis, je vais faire un effort pour te vouvoyer, parce que je sens que je ne vais pas y arriver.

-Non, mais, tutoyez-moi !

-Tutoie-moi tu veux dire !

-Oui.

-Tu veux un café.

-Oui, je veux bien.

(Les dialogues ne sont pas vraiment de Michel Audiard !)

Souad Massi s’installe à mes côtés. Je lui raconte que mes voisins de l’étage inférieur de mon immeuble sont algériens, que je les adore et qu’à chaque fois qu’elle sort un disque, je leur offre parce qu’ils sont fans d’elles. Ça semble lui faire plaisir…

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saoud-massi.jpgMandor: Pourquoi as-tu choisi de vivre à Paris depuis onze ans ?

Souad Massi : En fait je navigue entre Alger et Paris. J’ai deux enfants qui vont à l’école à Paris et  pour le travail c’est plus pratique je vive ici. Tous mes musiciens y vivent aussi. Mais j’ai besoin d’aller en Algérie régulièrement, toute ma famille habite là-bas.

-Cette rencontre avec Michel Françoise et Francis Cabrel est pour le moins surprenante.

-Francis Cabrel, je l’ai rencontré il y a six ans. J’ai fait partie de son juré des "Rencontres d’Astaffort". Je ne me souviens pas de grand-chose de ce premier rendez-vous avec lui. Ca s’est passé tellement vite ! L’année dernière, j’ai rencontré Michel Françoise parce que nous devions travailler sur un projet commun qui n’a rien à voir avec celui-là. On devait écrire et réaliser un disque pour un autre artiste.

-Qui ça ?

-Non, je ne peux pas te le dire, ça ne s’est pas fait.

-Donc, que s’est-il passé avec Michel Françoise ?

-Dans la voiture, avec mon mari, il nous a fait écouter quelques morceaux et nous a demandé ce que nous en pensions. Il m’a fait comprendre que je pourrai éventuellement les utiliser. Ca tombait bien, j’avais très envie de chanter aussi en français. Je suis totalement tombé sous le charme de deux titres, "Tout ce que j’aime" et "Ô Houria". Après, il m’a fait visiter le studio de Cabrel ce qui est extrêmement rare. J’ai adoré l'endroit. Il y a une ferme, la maison de Cabrel n’est pas loin. C’est la vraie campagne, ce qui oblige les musiciens à vraiment travailler. Ils ne peuvent pas sortir. Tu te rends compte, si on oublie le sel, on est obligé de faire 30 kilomètres pour aller le chercher ! Sans plaisanter, c’est l’endroit idéal, il y a une très belle acoustique. Quand je suis retournée à Paris, Michel Françoise m’a proposé d’enregistrer un album dans le fameux studio de Cabrel. J’ai accepté et ça s’est fait comme ça. Aussi simplement.

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34620_10150234074935727_347885505726_13801639_7180518_n.jpg-Francis Cabrel est un artiste important pour toi ?

-Oui, évidemment. Il faut savoir qu’en Algérie, je ne sais pas pourquoi, nous sommes très francophones. Ma génération et celle d’un peu avant, tout le monde adore Francis Cabrel.

-Tu as un sentiment de fierté de travailler avec lui et Michel Françoise ?

-Plus que ça. Je ne trouve même pas les mots. Je suis contente, honorée et très fière.

-Il paraît qu’il est très pointilleux lors des enregistrements…

-Il est très à cheval sur la prononciation. Il ne lâche rien et nous pouvons rester deux heures sur un seul mot. Je n’ai jamais vu ça !

-Et quand il a dû chanter en arabe pour "Tout reste à faire", j’imagine que tu as eu ta revanche…

-Même pas. C’est ça qui m’a énervé ! Il me reprenait même quand je chantais dans ma langue alors qu’il ne comprenait pas. Il voulait la justesse du chant, le reste n’importait pas. Lui, je lui ai donné la phrase qu’il devait chanter en phonétique et il l’a fait en une seule prise. C’était insensé !

-Ta musique a des échos du Cap Vert ou du Brésil, un parfum de flamenco et différentes influences.

-Tu sais, l’Algérie, c’est le carrefour de toutes les musiques. On est méditerranéen, on est ouvert sur l’occident, on est africain, on est arabe.

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Souad_Massi.jpg-Tu parles beaucoup des femmes dans tes chansons…

-Dans "Samira Meskina", je parle des vieilles filles qui ne peuvent pas sortir, qui sont frustrées, qui ne peuvent pas faire des études. Dans "Nacera", je raconte le quotidien d’une femme divorcée. Elle est très mal vue et n’attend plus rien de la vie.

-Tu es une ardente défenseuse des droits des femmes ?

-Non, je ne l’ai jamais été. Pas officiellement, en tout cas. J’ai même été un parfait garçon manqué. Je n’aimais pas les filles qui pleurnichaient sans cesse sur leur sort. Il faut se battre dans la vie ! Avec l’âge, j’ai enfin compris des choses. J’ai rencontré des personnes qui travaillent dans des associations et j’ai complètement modifié mon point de vue. Quand on a un couple où règne le respect et où il y a de l’amour, les vrais problèmes paraissent loin.

-Ce sont les femmes battues qui te préoccupent le plus aujourd’hui…

-Quand j’étais en Algérie, j’ai rencontré la sœur d’une amie qui a été battue. Elle m'a montré sa tête qui était cousue. Quand son mari était énervé, il prenait sa tête et la cognait sur le mur. Quand elle allait déposer une plainte au poste de police, on lui rétorquait qu’elle avait dû faire quelque chose de mal. Cette histoire m’a mise hors de moi. J’en ai fait une chanson.

-Comment es-tu perçue par ta famille ?

-Comme une rebelle. Je faisais même peur à ma mère. J’ai beaucoup de chance parce que j’ai deux frères qui sont musiciens. Ils m’ont beaucoup soutenu pour que je mène à bien ma carrière… Ce n’est pas commun dans la société maghrébine. Au sein de ma famille, j’ai véhiculé des idées de liberté et de choix d’être différent. Dès mon adolescence, je ne voulais pas être comme les autres.

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MS01001_BIG.jpg-Quel rapport as-tu avec le pouvoir en place ?

-Aucun. Le pouvoir n’a rien à voir ni à dire avec ce que je fais dans mon métier. Je sais que j’ai été censurée à la radio un certain moment, je ne sais pas si c’est à cause de mes textes, mais en tout cas plus maintenant. En Algérie, sans te mentir, je passe sur les ondes du matin au soir. Peut-être qu’avec ce nouvel album, la censure va recommencer,  je n’en sais rien. Dans "Une lettre a… Si H’Med", c’est l’histoire d’un maire corrompu, celui d’Alger, qui a volé de l’argent. Il est aujourd’hui en prison.

-Tu as déjà rencontré des politiciens algériens ?

-Grâce à mon statut d’artiste, il m’est arrivée de m’assoir face à face à des ministres et discuter avec eux. J’ai émis pas mal de critiques et ils m’ont écouté attentivement. Je ne sais pas si, au final, ça sert à quelque chose, mais j’ai eu des débats avec eux plusieurs fois. Les politiciens savent qu’ils ont besoin d’artistes, parce que les artistes ont des personnes qui croient en eux.

-Même s’il ne comprend pas les textes, le public français aime beaucoup tes chansons… Tu l’expliques comment ?

-Je pense que les français viennent à mes concerts parce qu’ils aiment le pop folk. Ils sont nostalgiques de Leonard Cohen ou d’artistes comme Bob Dylan. Dans mes concerts, j’explique systématiquement de quoi parlent mes chansons. Même les Maghrébins de cette génération, ils ne comprennent pas tous l’arabe. Les jeunes algériens, je suis toujours étonnée qu’ils viennent. Ils écoutent du rap, de la variété ou du RnB. Je ne corresponds pas aux goûts de la jeunesse d’aujourd’hui.

-Tu as été élevée au folk ?

-Oui, mais pas seulement. Mes parents adoraient la musique. De James Brown, Jacques Brel, Édith Piaf à des groupes de rock comme AC/DC, Aerosmith, ZZ Top et aussi du flamenco. Bref, ma culture musicale a été large…

-À quand un vrai disque de rock de Souad Massi, toi qui a aussi chanté dans un groupe de hard rock dans ta prime jeunesse ?

-C’est un vrai projet que j’ai avec Michel Françoise, en français en plus. Il faut du rock pour dire plein de choses revendicatives.

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souad massi - o houria.jpg-Tu as peur que ton public soit désarçonné par ce disque ?

-J’avais peur de heurter mes fans. Le fait que je chante quatre titres en français n’est pas bien passé pour tout le monde. Je me suis fait insulter sur mon site.  On m’a reproché de faire comme les autres, de devenir un produit. Quand je sortirai un album tout en français, je me demande comment ils réagiront ?

-Tu es franco-algérienne. Comment te sens-tu en France par rapport à ce qu’il se passe au niveau de l’immigration ?

Moi, je n’ai aucun problème pour en parler. Je me sens bien en France.J’aime ce pays. Les ministres comme Besson ou Hortefeux, qui jouent la carte de l’insécurité pour arriver à des fins politiques, qu’ils sachent qu’ils ne font pas peur aux gens honnêtes qui travaillent, qui ont des devoirs et qui respectent les lois. Moi, je viens d’Algérie. Je suis venue ici à l’âge de 25 ans après mes études et je connais mon histoire. Je n’ai pas de problèmes d’identité. Les jeunes d’ici en ont. Ils n’arrivent pas à se retrouver. On leur donne quoi ? De l’incertitude. On les insulte, on les montre du doigt. Ils n’ont pas besoin de ça, ce sont des Français, ils sont de la 3e génération issue de l’immigration. Ce n’est pas juste pour ces jeunes, ce n’est pas juste non plus pour les gens qui se lèvent tôt et qui vivent de manière irréprochable dans leur comportement et dans l’éducation qu’ils donnent à leurs enfants.

-On te demande de t’exprimer officiellement sur ces sujets-là ?

On me demande de m’exprimer sur plein de sujets. Comme dans mes chansons, je dénonce pas mal de choses, il ne serait pas normal que j’évite de me prononcer sur ces sujets. J’en parle à cœur ouvert. Je suis citoyenne, j’appartiens à une société et je me sens concernée par ce qu’il se passe autour de moi. La politique, c’est la vie de tous les jours en fait. J’ai l’impression qu’en France, il fallait un sujet pour cacher la crise. Le chômage, les retraites, on les a mis un peu de côté pour parler insécurité. Moi, je suis le contraire des politiciens qui font tout pour séparer les gens. Heureusement que dans la vie, il y a l’art, la musique et l’amitié…

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Petite dédicace pour mes voisins, Souad (aussi) et son mari Kader...

Note de l'auteur : Certaines photos illustrant cette chronique sont "volées" outrageusement du Facebook officiel de Souad Massi. Qu'elle me pardonne ! Celles qui ne sont pas signées sont de moi. Que je me pardonne ! Quant aux photos "champêtres", je remerçie Thomas Lang.

 Pour terminer voici le premier clip tiré de l'album... "Ô Houria".

13 octobre 2010

Raphaël : interview (et photos) pour la sortie de "Pacific 231" !

Le 17 septembre dernier (près d’un mois déjà…), j’ai rencontré le chanteur Raphaël pour Addiction, le mag et pour  le site MusiqueMag. J’étais plutôt ravi parce que l’album « Pacific 231 » m’avait particulièrement plu.

Un bijou…

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17.09.10 Raphael 1.JPGRendez-vous m’avait été donné, un matin, à l’Hôtel Particulier, situé sur les hauteurs de Montmartre. J’arrive en premier (après avoir trouvé ce lieu somptueux avec beaucoup de difficulté). Dire qu’il faut montrer pattes blanches pour franchir les quelques portes fermées à clef (et particulièrement surveillées) est un euphémisme. Je m’installe sur un confortable canapé. Une jolie demoiselle veille à mon confort. « Tout va bien monsieur ? Vous n’avez besoin de rien ? ». J’aime la bienveillance professionnelle, mais mon éducation me fait répondre que « tout va bien ! », alors que j’avais très envie de boire un thé bien chaud. Sur ces entrefaits de la plus haute importance, deux attachées de presse de chez EMI arrivent. Je les connais depuis des années. On discute ensemble un moment assez long. Le chanteur, lui, arrive une vingtaine de minutes en retard.

-Excusez-moi, ce n’est pas tout à fait mon heure !

Après une petite minute de conversation, il me demande si c'est la première fois que l'on se voit.

-Non, c'est la seconde... pour le précédent album nous nous étions déjà vu une heure dans une suite de je ne sais plus quel palace parisien.

-Je me disais bien que je vous avais déjà vu quelque part. Je n'oublie personne... juste, je ne resitue pas toujours.

Nous nous installons dans le salon, à l’écart de tout le monde… voilà le résultat pour Addiction, le mag.

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Et voici, la version sensiblement identique, pour MusiqueMag.

Son clip du premier single, "Au bar de l'hôtel", censuré sur M6...

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 Raphaël et Mandor le 17 septembre 2010 à l'Hôtel Particulier, Paris. 10h30 du matin...

Pour finir, si vous souhaitez télécharger légalement (of course) le n°1 des ventes de cette semaine, rendez-vous ici.