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02 février 2017

Manon Tanguy : interview pour Parmi les crocodiles

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(Photo : Anna Delachaume)

Manon Tanguy, je ne peux pas bien expliquer pourquoi elle me touche, mais dès qu’elle chante j'écoute avec intérêt. Je suis aussi sensible à sa fragilité qu'à son impertinence, sa légèreté et sa gravité. Je l’ai vu pour la première fois au Pic d’Or en 2012, depuis, j’observe l’évolution de sa carrière et je la mandorise à chaque fois qu’elle sort un disque (voir ici et là). Pour la troisième fois, le 23 novembre 2016, la jeune chanteuse est venue à l’agence. Elle évoque ce troisième disque (un deuxième album), Parmi les crocodiles (sortie le 17 février prochain). Ce qui est certain, c’est que la jeune femme se bonifie avec l’âge. Je n’en dis pas plus puisque j’ai écrit une bafouille sur ce que je pensais d’elle à son manager Eddy Bonin. Du coup, ma « prose » s’est retrouvée sur un sticker, lui-même apposé sur les albums (avec mon autorisation… ça m’a flatté).

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manon tanguy,parmi les crocodiles,eddy bonin,mandor,interviewArgumentaire officiel :

La mutine Manon Tanguy revient avec un 2ème album Parmi les crocodiles. Chansons pop aux accents électro. Manon aborde des thèmes plus engagés que par le passé, comme « Le trouble » ou encore « La taille de sa jupe » qui traite du harcèlement de rue. Un engagement dans la vie comme à la scène. Masterisé à La Source – Murrayfield Paris, les arrangements artistiques et l'enregistrement studio ont été confiés à Nicolas Bonnière, guitariste de Romain Humeau et du groupe Eiffel et producteur de Manu (ex-Dolly), Calvin Russel, Manu Lanvin... Le batteur d'Eiffel, Nicolas Courret, a joué sur 3 titres. A noter également la participation de Delphine Coutant et Liz Cherhal, ainsi qu'un titre "Kérosène" dont les paroles ont été écrites spécialement par Nicolas Jules. Après plus de 200 concerts en France, Italie, Allemagne, dont les 1ères parties d'Amélie les Crayons, Laurent Voulzy, Dominique A, Sansévérino, Thomas Fersen, Olivia Ruiz, Ben Mazué, Les Ogres de Barback, Melissmell, Pierre Lapointe, Askehoug, Cali, Karpatt, Joyeux Urbains, Romain Humeau, Rover... le trio repart en tournée en 2017 avec un nouveau spectacle. Prix des internautes de l'Ampli Ouest France 2016.

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Laurent Duflanc, Manon Tanguy et Yannis Quillaud (photo : Anna Delachaume)

manon tanguy,parmi les crocodiles,eddy bonin,mandor,interviewInterview :

Il s’est passé deux ans entre la sortie du premier album, Somniloque, et la conception du deuxième. C’est le temps nécessaire pour retrouver l’inspiration ?

Il fallait laisser le premier album vivre et l’écriture revenir. C’est essentil pour raconter de nouvelles choses sans se répéter. Pour ne rien te cacher, j’avais hâte de passer à autre chose et que cet album sorte.

Il y a beaucoup plus d’instruments dans ce disque que sur les précédents.

Parce que dans le studio où nous avons enregistré, il y avait beaucoup d’instruments à notre disposition. J’ai eu le sentiment de participer à une récréation musicale. La musique s’est faite de manière très spontanée. On a vraiment redonné le sens initial à l’expression « jouer de la musique ».

Tu es auteur de tes chansons, mais les compositions se font à trois.

J’arrive avec mes mélodies, après, sans aucune contrainte, on habille le morceau tous ensemble, chacun lançant ses idées.

Ton disque est (enfin) plus rythmé.

Avec mes musiciens, Laurent Duflanc et Yannis Quillaud, on a beaucoup écouté Damon Albarn. J’aimais ses petites programmations electro. Du coup, on est parti vers ce genre de musique. Il faut du temps pour appréhender et assimiler ce que l’on veut faire. L’intérêt, c’est d’aller plus loin d’album en album. Je suis super fier de celui-ci et je l’assume complètement.

Manon Tanguy en résidence (décembre 2016) avec Laurent Duflanc (Pad) et Yannis Quillaud (Claviers).

C’est la première fois que tu es fière d’un album ?manon tanguy,parmi les crocodiles,eddy bonin,mandor,interview

C’est la première fois que j’assume musique et texte sans aucun bémol. Ça pourrait être mieux, certainemment, mais là, tout a du sens pour moi.

Tu parles beaucoup des femmes.

Oui, de la perception de la femme, du ressenti de la femme dans le rapport de force face à la religion, à la pensée commune qui est devenue une espèce de norme… et comment on se construit là-dedans. Je parle aussi de l’enfance, du contour des individus et de ce qu’ils sont réellement.

Tu écris toujours de manière automatique ?

Toujours. Et souvent, je me laisse surprendre par ce que j’écris. A chaque fois, je crois que je ne parle pas de moi et deux mois plus tard, je me rends compte que si. Le superficiel, le cru, le profond, le refoulé…

C’est l’inconscient qui te guide ?

Oui, et à chaque fois, je me fais avoir. Le conscient n’arrive toujours pas à prendre le contrôle là-dessus et c’est tant mieux. Ça peut paraître paradoxal, mais je me comprends mieux à travers ce que je peux écrire.

"Le trouble" (audio).

manon tanguy,parmi les crocodiles,eddy bonin,mandor,interview« Le trouble » est une chanson qui parle d’une femme qui embrasse une autre femme…

Oui, c’est une des chansons assez cyniques, j’espère qu’elle va être perçue comme telle.

Tu dis beaucoup de choses « mine de rien ». Tu es très subversive, mais gentiment et avec le sourire. Je trouve ça très rare.

Je sais que je renvoie l’image de quelqu’un d’assez lisse, mais ce n’est tellement pas moi à l’intérieur. J’aime l’idée que l’on ne s’attende pas à ce que je vais bien pouvoir dire. J’ai envie que cet album-là soit écouté, soit même décortiqué. Qu’il fasse sens chez les autres.

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Pendant l'interview...

Tu fais pas mal de premières parties en ce moment. Je sais que tu trouves que c’est de plus en plus difficile d’en faire.

C’est important que ce genre d’espace soit donné aux artistes émergents. C’est de moins en moins le cas parce qu’il y a de moins en moins de subventions et parce que les artistes d’aujourd’hui sont nombreux à vouloir garder la salle que pour eux. Ça n’a pas de sens.

(Note de Mandor : Je sais que c’est le cas de Vincent Delerm, Jeanne Cherhal et Thomas Fersen. Ce dernier m’a expliqué que son spectacle dépassant largement les deux heures, il craignait que le public ne soit pas attentif aussi longtemps si il y a une première partie.)

Le sens justement, tu en parles dans des ateliers avec des enfants.

Oui, c’est encore un  projet. Mais je veux aborder avec eux le sens, l’absence de sens, le sens propre, le sens figuré. Je suis en perpétuel recherche de sens dans la vie professionnelle et dans mes chansons.

Tu n’en as pas marre d’être toujours une artiste émergente ?

J’ai démarré jeune, j’avais donc une énorme marge de progression. J’espère qu’avec cet album, les choses vont évoluer plus vite. Il faut rester patient. Après tout, c’est bien que les choses arrivent progressivement. Ça me permet de vivre plein de choses en dehors et de m’éveiller à ce qui m’entoure.

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Après l'interview, le 23 novembre 2016.

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Pub dans le bimestriel FrancoFans:

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01 février 2017

Kent : interview pour La grande illusion

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(Photo : Frank Loriou)

kent,la grande illusion,athome,interview,mandorKent, à bientôt 60 ans et 40 ans de carrière Après un CD intimiste en piano-voix, Le Temps des Âmes (pour lequel je l’ai mandorisé), un livre somptueux  Dans la tête d’un chanteur et une passionnante émission de radio, Vibrato sur France Inter, le chanteur revient à l'esprit rock et pop de ses débuts avec son 18ème album solo, La Grande Illusion. L’artiste lyonnais  s'est inspiré, pour composer et écrire, de ses introspections et de ses indignations. Dans ce disque publié pour la première fois sur le label indépendant At(h)ome (que j’affectionne particulièrement), on redécouvre ainsi la plume engagé et poétique de Kent, dans des textes taillés au couteau écrits avec son cœur. Il y est beaucoup question d’amour et de nostalgie, de contemplation et recueillement. Cela fait longtemps que je le sais, mais il est toujours bon de le rappeler, Kent compte parmi les plus grands auteurs de sa génération. Le 14 décembre 2016, nous nous sommes rejoints dans un café de la Place du Chatelet.

NB: Toutes les photos  de Kent sont signés Frank Loriou (sauf celle avec Hubert Mounier et celle où je suis avec lui).

Argumentaire officiel :

La grande illusion marque le grand retour de Kent dans le paysage de la chanson française. Réalisé par David Sztanke de Tahiti Boy, ce 18ème album solo de l'ex Starshooter regroupe 10 titres universels et intimes, aux couleurs tantôt pop, tantôt rock, écrits avec la plume toujours aussi précise et juste. Plus qu'un bilan, l'auteur-compositeur-interprète a pensé cet album comme un instantané, une photo fidèle à ses introspections et ses émotions du moment. Un disque franc et généreux mais jamais nostalgique, qui marquera les 40 ans de carrière de Kent en 2017 et le début d'une grande tournée française.

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(Photo : Frank Loriou)

kent,la grande illusion,athome,interview,mandorInterview :

Quand tu écris des chansons, as-tu l’idée préconçue de faire un album ?

Pas du tout.  Je suis même étonné d’en faire encore. Mais quelques chansons se mettent en place en attente de l’engrais. En général, c’est une rencontre qui déclenche le fait d’enregistrer un album. Une fois que je sais avec qui je vais travailler, il y a des chansons qui vont coller et d’autres pas. Je me remets à écrire dans le sens du disque que je vois se profiler au loin.

Je suis sûr que c’est le cas pour une chanson comme « Eparpillée ».

C’est effectivement le cas typique d’un titre que j’ai écrit en sachant avec qui j’allais réaliser l’album.

J’adore ce que tu dis dans cette chanson. Je le pense tellement.

Je raconte que nous sommes tous éparpillés. On porte toujours un masque, et il est différent selon les gens avec qui on est. Par exemple, si on a un rendez-vous galant ou un rendez-vous professionnel, on ne va pas se comporter de la même manière. De toute façon, même si on est naturel, les gens nous voient chacun à leur manière. C’est difficile de vraiment cerner les gens. Nous ne sommes pas qu’un.

Extrait de "Eparpillé".

« Un revenant » évoque un rescapé de l’attentat de Charlie Hebdo. kent,la grande illusion,athome,interview,mandor

Je n’aime plus coller à l’actualité, parce qu’elle va trop vite. Quand on colle à l’actualité, il y a un risque probant d’être manipulé par elle. Pour cette chanson, c’est différent. Il y a des gens qui m’inspirent et qui me poussent à écrire. C’est le cas du journaliste Philippe Lançon qui écrit dans Charlie Hebdo et Libération. Je le lis depuis des années. J’adore comme il l’écrit. Avant l’attentat, je l’avais même contacté pour que l’on travaille ensemble… et puis il s’est passé ce qu’il s’est passé. Quelques semaines après, Philippe Lançon s’est remis à écrire et il raconte sa renaissance, sa survivance. J’ai trouvé cela extrêmement touchant.  On a tendance à beaucoup parler de ceux qui sont morts, mais ceux qui sont toujours là, nous les oublions. Il y a eu autant de blessés que de morts et je trouvais intéressant de parler de ceux qui sont restés. Je tente d’expliquer ce qu’il se passe quand on revient à la vie bien esquinté.

Dans « L’heure du départ », parles-tu de ton propre décès ?

J’imagine mon décès et comment mes proches vont le vivre. Je rentre dans une tranche d’âge où il y a plus d’enterrements que de naissances et de mariages. Quand je suis à un enterrement, je vois ce qu’il se passe, je vois cette tristesse, ces comportements stéréotypés. Un enterrement devrait coller à la personnalité de celui qui vient de partir.

Jkent,la grande illusion,athome,interview,mandor’ai pensé à ton pote Hubert Mounier en écoutant cette chanson.

Je suis resté d’abord hébété à l’annonce de la mort d’Hubert. Il m’a fallu des jours pour trouver des mots à dire. C’est un proche et on avait tellement de choses en commun que j’ai fini par savoir quoi dire à son enterrement. Le plus difficile est de rester pudique et de ne pas parler de soi, mais de parler de celui qui part. L’important est de penser à celui qui n’est plus là.

Il y a justement une chanson sur l’amitié dans ton disque, "Rester amis". C’est une valeur importante pour toi ?

J’étais enfant unique, donc mes frères et mes sœurs sont mes amis. Je me suis construit ainsi. Les amis que je connais depuis très longtemps sont des balises.

Arrives-tu à te faire de nouveaux amis ?

Pas dans le métier. Il y a des gens que je rencontre avec qui je m’entends, mais pour devenir amis, il faut une réciprocité. Les artistes rencontrent trop de gens, nous sommes trop sollicités. Je vais te dire franchement, mon carnet d’adresse me saoule. Souvent, j’efface des noms parce que c’est sans fin.

Dans ton œuvre, je trouve que rien n’est daté.

Pourtant, je t’assure que si. L’album Le mur du son (1987), c’est vraiment très années 80, l’album Métropolitain (1998), c’était une volonté de coller à une explosion electro des années 90. Mes albums sont le témoignage d’une époque. Des disques intemporels, finalement, on ne sait pas ce que c’est. Pour moi les albums de Simon et Garfunkel sont intemporels, mais pour mon fils, non.

Extrait de "La dérive des sentiments".

kent,la grande illusion,athome,interview,mandorTu reviens à de la chanson très « rock ». Ça faisait longtemps que l’on ne t’avait pas entendu chanter ainsi.

Depuis l’album Panorama en 2009, je pars en tournée avec Fred Pallem et deux guitares, puis avec mon précédent disque, Le temps des âmes, en piano voix. Ça fait donc 7 ans que je tourne a minima. J’avais un gros manque de rythmiques.

De jouer avec plus d’instruments et des boites à rythme, ça modifie la façon de chanter ?

Non, je ne crois pas. Simplement, on n’écoute pas un chanteur de la même manière quand il chante derrière un piano que quand il est accompagné d’un groupe même s’il chante pareillement.

Le premier single est « Chagrin d’honneur ».

Je voulais absolument faire une chanson sur le burn out. Je voyais beaucoup de personnes autour de moi qui en étaient victime. C’est un peu le mal du siècle. Mais je n’aime pas le mot en anglais. Burn out, ça fait presque trendy, chic. Un jour j’écoute à la radio Davor Komplita, un psychiatre suisse qui s’intéresse au burn out. Dans son interview, il dit qu’il déteste ce mot et qu’il préfère le terme « chagrin d’honneur ». J’ai entendu cette appellation, la chanson est venue. Je précise que je lui ai demandé l’autorisation de reprendre son terme. Il a accepté très gentiment.

"Chagrin d'honneur" en intégralité (audio).

C’est jubilatoire le moment où un évènement ou un mot débloque une chanson qui était en stand-by ?kent,la grande illusion,athome,interview,mandor

Oui. C’est un moment formidable parce que tu sais que ta chanson est là. Quand tu es artiste, tu as les antennes qui sont sorties en permanence. Tu captes toutes les ondes autour de toi jusqu’au moment où tu captures un sujet de chanson.

Ce n’est pas fatiguant de tout capter tout le temps ?

Parfois, ça me gonfle d’être comme une éponge. Je t’avoue qu’avant cet album, j’ai décroché. C’était la première fois de ma vie que j’ai décroché volontairement sans trouver ça angoissant. J’ai arrêté de penser aux chansons et à la musique. J’ai vécu plus d’un an autrement. Je dormais mieux. C’était bien (rires).

Au bout de 40 ans de carrière, c’est toujours aussi flippant de sortir un nouvel album ?

Plus que jamais. C’est angoissant parce que je me juge par rapport à ce que j’ai déjà fait. Je me demande toujours si ça va être aussi bien que tel ou tel album. Si je rentre en studio, il faut que cela en vaille la peine. Après 40 ans de carrière, on peut considérer que je fais partie des meubles et que c’est normal que je fasse un disque régulièrement. Quand je sors un disque, il n’y a pas d’attente et de surprise. Alors il faut créer la surprise ou l’attente. C’est une sacrée pression. Il faut être hyper ambitieux pour faire un disque. Je suis exigeant quand j’écris mes textes, quand je compose, quand je choisis mes musiciens, quand je choisis la pochette. Je suis exigeant sur tout, mais parfois je me dis à quoi bon ?

Tes albums sont pourtant réellement attendus. Je connais plein de gens qui sont attentifs à ce que tu fais ?

C’est gentil de me dire ça. Je sais qu’il y a des fidèles et vraiment, c’est important pour moi qu’ils soient là… mais, à chaque album, mon souhait est de capter l’attention aussi de nouveaux auditeurs. Et puis tu sais, entre les gens et l’artiste, il y a tout le reste :  l’industrie, les médias et surtout... il y a l’embouteillage. Le disque sort au milieu d’une centaine d’autres disques, ça m’angoisse.

Il t’arrive d’être désabusé ?

Bien sûr, mais je lutte contre ça. Je lutte contre le cynisme et la « désabusion ». D’abord, on sait tous où ça a mené Nino Ferrer. Je veux penser que pour moi, dans ce métier, tout est encore possible.

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Après l'interview, le 14 décembre 2016.

31 janvier 2017

Cyril Mokaiesh : interview pour Clôture

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Je suis le parcours de Cyril Mokaiesh depuis ses débuts, lorsqu’il était encore avec son groupe Mokaiesh. Ma première mandorisation date de 2008 (presque 10 ans) et la seconde de 2011. Aujourd’hui, à 31 ans, il sort  son 3e album solo, Clôture. Il concilie fond et forme, noirceur des textes et lumière pop-rock. L’originalité de ce disque, c’est qu’il dresse le portrait parallèle d’une rupture amoureuse et d’un pays en plein doute : peur des attentats terroristes, péril de l’extrême-droite au pouvoir, paupérisation croissante… Inutile de le nier, ce disque est très politique (et vous connaissez mon amour pour les textes engagés. Ironie). Mais il est beau, fort, puissant… et vrai. Sa souffrance devient notre souffrance, ses constats, nos constats, sa vie, nos vies. Un disque universel. Sacrément.

Le 12 décembre 2016, Cyril Mokaiesh m’a donné rendez-vous à l’Hôtel Amour (oui, oui) pour une troisième interview.

cover-cyrilmokaiesh_cloture.jpgArgumentaire de l’album :

Dans le nouvel album  de Mokaiesh, il y a le désamour, le vertige, l’insomnie, mais aussi l’élan, la solidarité, la tendresse, l’enfance, la bravoure, la fraternité. Et la saine colère contre l’ordre du monde dont on voudrait nous faire croire qu’il est juste.
La chanson « La Loi du marché » est un coup de poing – un coup de poing qui réveille. Cyril Mokaiesh l’a enregistrée avec Bernard Lavilliers. Stéphane Brizé a tourné le clip de la chanson, qui a repris le titre de son long métrage avec Vincent Lindon. Dans « Ici en France », dans « Houleux », dans « Novembre à Paris », Mokaiesh mesure les deuils, les résiliences, les défaites, les combats. Il ne distingue pas toujours entre l’intime et le politique, entre l’Histoire et nos histoires, puisque qu’au bout du compte ce sont les mêmes cœurs et les mêmes âmes qui dérouillent.

Cyril écrit dans la ville. Il marche des heures, s’arrête dans un bistrot pour laisser ses mots sur le papier, repart, s’attarde, revient, marche encore, écrit « comme un ogre, jusqu’à ce que je n’ai plus faim ». Il en résulte des textes qui foudroient et contemplent à la fois, qui ramassent en quelques vers les désarrois, les illusions et les désespoirs traversant les sociétés comme ils traversent chaque conscience.
Pour prendre la parole sur ce qui nous concerne tous, il a réuni ses compagnons de musique, pour certains fidèles depuis leurs vingt ans : Jan Pham Huu Tri aux guitares, Valentin Montu à la basse, Éric Langlois à la batterie, Laurent Manganas au piano. Élodie Frégé l’a rejoint au micro sur « Houleux » et l’actrice Mélanie Doutey, sur « Les Grands Soirs ». Et l’album s’est enregistré en cinq jours au studio ICP, à Bruxelles, dans la simplicité, l’urgence et la ferveur d’une production indépendante.

Après l’aventure de Naufragés, dans lequel il reprenait des titres des vaincus de l’histoire de la chanson française (Allain Leprest, Bernard Dimey, Daniel Darc, Jacques Debronckart…), Cyril Mokaiesh assume sa double allégeance à un romantisme assumé et à une combativité citoyenne. Il chante ses souffrances, « Blanc cassé » est une magnifique chanson de rupture. Il chante aussi des mots sublimes de droiture sur le sentiment paternel dans « 32 rue Buffault ». Et aussi la force de se relever et d’affronter le monde adverse. Et aussi l’amour qui reprend et ré-enivre…

Cyril Mokaiesh chante des instants d’une vie – la sienne ou chacune des nôtres. Et cela donne courage, et cela nous grandit forcément.

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IMG_0040.JPGInterview :

Ton nouveau disque mélange chansons engagées et chansons d’amour désabusées…

Parfois, les complications d’une vie peuvent amener à la création de chansons. Quand j’écoute une belle chanson de quelqu’un d’autre qui me raconte ma vie, ça peut parfois m’aider à me sentir moins seul ou à me faire du bien. J’espère que mes chansons procurent ce genre de sensation. Je t’avoue franchement qu’écrire a eu une fonction thérapeutique. Ça a fait sortir beaucoup de choses qui étaient en moi… et ça a sublimé le médiocre. Il y a des gens qui se font des tatouages, moi je fais des chansons.

Entre le moment où tu as écrit ces chansons et le moment où tu les présentes, il s’est passé du temps. Tu ne dois pas être dans le même état d’esprit.

C’est toujours comme ça. Quand on va en studio 4 mois après avoir écrit une chanson, on retrouve partiellement la vérité dans laquelle on l’a écrite, mais comme ce sont des chansons très instantanées, on ne ressent plus tout à fait la même chose en les chantant. On ne se remet pas dans le même état que quand on a vécu les choses.

Parlons de ce duo avec Bernard Lavilliers, « La loi du marché ».

J’avais envie de faire une chanson de cet ordre-là et j’étais sûr qu’en allant voir le film du même nom de Stéphane Brizé, ça allait m’inspirer. Je m’adresse aux grands patrons et aux politiques, à tous les gens qui exercent du pouvoir sur ceux qui n’en ont pas.

Clip de "La loi du marché", tiré de l'album Clôture

Tu as toujours été indigné ?6601086_1-0-1012721115_1000x625.jpg

De plus en plus, en tout cas. Aujourd’hui, pour ne pas être indigné, il faut faire exprès de ne pas regarder le monde qui nous entoure. Tous les jours, il y a matière à nourrir une forme d’indignation. J’essaie d’en faire quelque chose pour m’éviter de péter les plombs. Parfois, j’ai des envies de renoncements ou pire… des envies de révoltes très concrètes.

Le monde te désespère ?

Oui, complètement. J’aimerais que l’on parvienne à la vraie relation à l’autre, qu’on enlève tous les masques, qu’on lutte contre l’engrenage dans lequel on a mis nos âmes, nos cœurs, nos conditions de vie, de travail… Ce que l’on nous inflige va à l’encontre de ce que doit vivre un être humain. Il y a la peur de ne plus faire partie du jeu et les politiques surfent là-dessus. Les puissants usent de cette menace perpétuelle. Il y a des tentatives d’étouffement de la révolte et de la culture. Tout va dans le sens de la médiocrité et du rétrécissement de l’âme. Ça ne fait pas des jolies choses. Il y a peu de lyrisme dans le monde d’aujourd’hui. Il n’y a plus qu’une règle : celle de faire de l’argent.

Tu te sens comme Don Quichotte qui se bat contre des moulins à vent ?

Un peu. Je ne sais pas comment tout cela va se terminer, mais je ne vois pas d’autre issue que le chaos.

« Clôture » est le titre de ton album, mais c’est aussi la chanson finale. « C’est un mini testament qui n’a rien à léguer », dis-tu.

Ce texte spontané évoque l’état du monde. Il y a un plan large du monde qui se termine par un plan très serré sur ma vie, tout cela, sans changer de vocabulaire. Il y a des points communs entre l’humeur de l’époque et la mienne.

Clip de "Clôture", tiré de l'album "Clôture". 

16114169_10154916664294813_7801432177116984413_n.jpgDans « Ici en France », tu évoques le Front National.

Ce parti prend une place démente dans l’espace politique et dans les urnes. Ça fait peur. Il ne faut pas diaboliser les gens qui votent pour ce parti, mais j’ai envie de les raisonner.

Il y a une chanson qui s’intitule « Seul ». Te sens-tu seul dans ce monde ?

On a quelques magnifiques alliés qui nous accompagnent sur la route, mais on est tous seuls. Pour avancer, il faut être devant son propre chaos.

C’est la fameuse « ultra moderne solitude » de Souchon?

C’est exactement ça. On a beau être ultra connecté, je vois bien que depuis 10 ans, on est en train de s’isoler complètement. Regarde derrière toi. Toutes les personnes présentes ont les yeux rivés sur leurs  écrans. Cela me sidère.

Je suis pareil qu’eux. Toi, tu arrives à te déconnecter.

Oui, j’arrive à poser mon cerveau deux heures sur quelque chose de précis. Je me passe très bien d’éléments perturbateurs.

Tu parles des attentats parisiens dans « Novembre à Paris ». C’était difficile de ne pas écrire sur ce sujet ?

Difficile d’écrire dessus, difficile de ne pas écrire dessus… J’espère que « Novembre à Paris » est utile à ceux qui ont vécu quelque chose de très personnel avec cet évènement. C’est une chanson pour communier ensemble.

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13992256.jpgJ’aimerais que l’on évoque ton précédent album, « Naufragé ». Un hommage aux auteurs qui t’ont inspiré.

Cela a été un vrai bain de jouvence. Ça m’a fait replonger dans ces textes magnifiques. Pour moi, ce disque est comme un devoir de mémoire et de reconnaissance à tous ces auteurs qui m’ont beaucoup appris et apporté. J’ai beaucoup progressé en les écoutants.

Est-ce que tu penses avoir fait des progrès, textuellement et musicalement parlant ?

Je ne sais pas si je progresse, mais je sais au moins que j’évolue. Je n’écris, ni ne compose et chante de la même façon qu’avant. Techniquement, il y a des choses qui bougent et je trouve cela plutôt bien. J’ai commencé tard la musique, donc j’apprends toujours.

Ton métier, c’est un combat ?

C’est devenu ça, en effet. C’est très dur d’exister, de finir son mois, de pouvoir prévoir l’avenir… et plus généralement, c’est très dur pour la chanson. Nous ne sommes pas à l’heure de gloire de la chanson française.

Ce disque a été financé de manière difficile.

Je l’ai financé avec mon manager, jusqu’au moment où on a trouvé une distribution. C’est bien parfois d’être dos au mur. Les choses se font au forceps, mais dans la vérité de l’instant… qui peut faire de belles choses. Je suis très fier de ce disque.

Tu es qui, au fond ?

Un type un peu provocateur, mais aussi désabusé. Je me fous un peu de la gueule de la vie par moment.  Par contre, je ne suis pas cynique. J’ai horreur du cynisme.

Parfois, tu as envie de t’arrêter ?

Parfois, j’ai surtout envie de m’énerver. Comme je le dis dans le texte de "Clôture", je me demande combien de fois il faut mourir pour être audible.  

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Après l'interview, le 12 décembre 2016.

30 janvier 2017

Thomas Fersen : interview pour Un coup de queue de vache

thomas fersen,un coup de queue de vache,interview,mandor

(Photo : Jean-Baptiste Mondino)

thomas fersen,un coup de queue de vache,interview,mandorAvec ses 25 ans de carrière et un univers poétique bien à lui, les inconditionnels de l’univers de Thomas Fersen vont être naturellement comblés par ce 10e album, Coup de queue de vache. Les profanes vont découvrir ce personnage chaleureux et généreux, véritable artisan des mots et ciseleur de rimes. Ce nouveau disque (réalisé pour la première fois en indépendant), hors du temps et des modes, en marge d'une industrie musicale dans laquelle le chanteur de 54 ans ne se reconnaît plus vraiment, est encore plus drôle, insolent et décalé que d’habitude. Accompagné d’un quatuor à cordes, d’un banjo et d’une mandoline, on y retrouve un nouveau bestiaire aux traits humains : Des coqs et des cochons, des lièvres et des biches… bref ça sent le terroir et la vie champêtre. L'oiseau rare de la chanson française m’a une nouvelle fois reçu très gentiment (la précédente mandorisation du poète chanteur, en 2013, est à lire ici). C’était le 13 décembre 2016, dans un café de la capitale... et il ne mâche pas ses mots et ses maux.

Argumentaire officiel :

Toutes les chansons se déroulent dans une ferme, les champs et les bois qui l'entourent, mais aussi en ville où la nature s'est installée dans les vies tristes et sauvages, ou encore dans les baisers qu'une jeune fille reçoit de son amoureux au cou de chevreuil. Elles sont accompagnées par un quatuor à cordes, dans lequel s’est glissé un cinquième élément, un « intrus » selon Thomas Fersen - comme le renard rôdant dans la basse-cour - à cordes lui aussi mais issu de l'instrumentarium populaire (mandoline, banjo, ukulele, guitare), piano, contrebasse, batterie.

Ils en parlent...
 
"Ces petits airs content et comptent parmi les plus charmants, les plus cruels et les plus oniriques de la chanson francophone."
 
"Thomas Fersen fait de la langue française un festin"
 
"... L'enchanteur conteur qui nous régale... "

"Des cordes tour à tour harmonieuses et dissonantes, des mélodies pétillantes entraînantes..."
 
"Pourquoi on est fan ? Pour les arrangements soignés. Pour l'humour qui émaille
les paroles. Pour le mystère de la personne qui se cache derrière tout cela..."
 
"Joie des surprises, gourmandise des mots, Thomas Fersen régale son public avec un nouvel album"

"Osons le dire : ce dixième opus de Thomas Fersen est un bon coup !"

"D'intemporelles histoires d'animaux très humains et
des histoires d'humains, ces drôles d'animaux"
 
"11 chansons à l’écriture fine, aux vers ciselés, aux accompagnements
élaborés traversent cet album à l’évidente réussite"

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(Photo : Jean-Baptiste Mondino)

 thomas fersen,un coup de queue de vache,interview,mandorInterview : 

A travers ton nouveau bestiaire, quel est le sujet principal de ton album ? 

Les histoires que je raconte à travers les chansons se déroulent dans une ferme, les champs et la forêt qui l’entourent, et la mer car nous sommes en Bretagne. Et pourtant, par l’intermédiaire d’une jeune femme, nous sommes aussi en ville, où la nature s’est installée dans les vies tristes et sauvages, l’aventure, les vices et tous les instincts. Le sujet, c’est donc l’homme, secoué par " un coup de queue de vache ".

La chanson « Un coup de queue de vache » fait allusion aux attentats parisiens.

C’est une façon imagée de parler de quelqu’un qui se prend un grand coup dans la tronche, le coq étant le symbole de la nation… Tout le monde n’a pas saisi l’image, mais ce n’est pas grave. J’ai toujours écrit par image parce que je n’aime pas traiter les sujets directement. Cette chanson est aussi une allégorie sur la vie de chanteur.  Quand on est chanteur, on prend toujours des coups de queue, vous savez pourquoi ?

Non.

Parce que la voix résonne dans la tête, ça rend un peu moisi. Enfin, moisi, ce n’est pas gentil... disons que ça rend les chanteurs un peu cinglés.

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(Photo : Jean-Baptiste Mondino)

Parfois, j’aime bien me laisser porter par tes textes, sans chercher à savoir ce qu’il se cache derrièrethomas fersen,un coup de queue de vache,interview,mandor tes allégories. Je n’ai pas toujours envie de gratter sous tes couches successives… et puis parfois si.

Il y a beaucoup de densité dans mes disques parce qu’il y a plusieurs « moi-même ». J’ajoute des idées qui me viennent, sur des idées, sur des idées… Je sens que je fabrique des strates et le travail de Joseph Racaille vient en rajouter encore. J’aime l’idée qu’on puisse rentrer dans différents univers, dans différentes profondeurs dans un même disque. Je pense que ça permet à l’imaginaire de se mettre en route. J’aime donner de la matière. C’est peut-être anachronique avec notre époque qui veut que l’on ne passe pas du temps à écouter vraiment un album.

Tu as toujours été anachronique, non ?

Oui, mais je le suis de plus en plus. Le temps passe, moi, je ne change pas, c’est l’époque qui change.

Tu n’es plus chez TôtOuTard, tu es chez Believe, mais juste en distribution.

Oui, donc, je fais tout moi-même. Je passe maintenant 16 heures par jour derrière mon ordi, non pas à écrire des textes, mais à répondre aux mails et à gérer beaucoup de choses.

Ça parasite sacrément la création, non ?

J’ai toujours eu des moments sans création. Lors de l’enregistrement, de la préparation de sortie et exploitation de tous mes albums… et après, ça revient. En vieillissant, le temps se réduit, je n’ai pas envie de consacrer des mois comme ça à quelque chose qui n’est pas mon métier, que je fais par nécessité parce que l’industrie m’a poussé à devenir indépendant. Sinon, je n’avais pas ma liberté. Sinon, on tentait de me faire rentrer dans le rang.

Clip de "Encore cassé", tiré de l'album Un coup de queue de vache.

thomas fersen,un coup de queue de vache,interview,mandorOn ne fait pas de Thomas Fersen ce que l’on veut.

Ce n’est pas ça. Ça ne m’intéressait plus de devoir me confronter aux désidératas de l’industrie. Je ne critique pas, elle a ses raisons de fonctionner ainsi, mais moi, je ne veux pas faire ce que l’on me demande de faire. Je veux juste écrire, composer et chanter ce qui m’intéresse.

Pourtant, te revoilà avec un nouvel album.

Que veux-tu, j’avais envie de refaire des chansons avec Joseph Racaille. C’est quelqu’un que j’adore. Il n’y a pas beaucoup de gens à qui je peux donner une carte blanche absolue. C’est même le seul. J’aime fréquenter cet homme. J’aime le voir, j’aime l’entendre, j’aime parler avec lui, j’aime sa conversation, j’aime ses idées, son humour, sa façon de s’amuser…

Tu as fait ce disque juste pour passer des moments avec lui.

Nous vieillissons tous. Je veux en profiter avant qu’il ne soit trop tard. La fête est courte (rires).

Tu n’aimes pas que l’on te dise que tu as encore fait du Fersen.

Non, je n’aime pas ça du tout. C’est me prendre pour un con. Croire que je vais refaire quelque chose que j’ai déjà fait, c’est me prendre pour un con. Mon album précédent, pour lequel nous nous étions vus chez moi, je l’avais confié à un groupe, les Ginger Accident. C’était un moyen que j’avais trouvé pour « changé ». Mais je ne veux plus avoir besoin de faire ce genre de chose pour enregistrer de nouveaux disques.

Parle-moi des monologues que tu clames sur scène dans ta tournée actuelle.

Ce sont des textes qui ne sont pas destinés à devenir des chansons. Déjà que je suis en marge dans ma façon d’écrire des chansons, si je chante mes monologues, on va finir par me regarder bizarrement. Alors, comme je ne veux pas brider mon écriture et que je veux continuer à m’amuser, ses monologues m’ouvrent des perspectives immenses.

Avant ses monologues, tu bridais ton écriture ?

Je faisais attention de ne pas partir trop loin. Toutes mes idées ne pouvaient pas rentrer dans mes chansons. Certains monologues sont très longs et ne peuvent pas se chanter.

Monologue de "Orléans".

Il n’y a que le spectacle vivant qui t’intéresse désormais?thomas fersen,un coup de queue de vache,interview,mandor

Exactement ! Toute ma vie, c’est ça. Tu m’as vu en spectacle ! Tu vois comment je me donne. Je fais des chansons qui sont destinées à être incarnées sur scène, pas pour faire un album destiné à l’industrie musicale. Je n’en ai rien à foutre de ça. Tu sais, ce disque-là est vraiment peut-être le dernier. Je suis mon propre producteur, mon propre promoteur, mon propre marketeur, mon propre tout. Si le sac que j’ai vidé ne se remplit pas, je n’y arriverai plus. Je ne dis pas ça pour faire pleurer ou que l’on s’apitoie sur mon sort, mais c’est ainsi.

Je te trouve un peu pessimiste aujourd’hui. Il y a plein de gens qui t’aiment et qui te suivent.

J’ai la prétention de ne pas en douter. Beaucoup viennent me voir en spectacle, je remplis les salles où je passe… mais les gens n’achètent plus de disques, même ceux qui me suivent depuis longtemps et qui apprécient mon travail.

Ça me rend un peu triste tout ça parce que j’aime depuis longtemps ce que tu fais.

Moi aussi, ça me rend triste, mais c’est mathématique. Si personne n’achète mon disque, je ne pourrai pas en refaire. Les disques m’ont apporté énormément de bonheur dans ma vie, de joie, de consolations à la dureté de la vie, mais malheureusement, la gratuité de la musique a fait que le disque c’est rationnalisé et a perdu de sa poésie pour être efficace. C’est une question de survie pour cette industrie. On a écarté tout ce qui était un peu étrange, fou et poétique. Je n’ai pas d’amertume parce que je le comprends, je n’ai juste plus rien à faire dans cette industrie-là.

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Après l'interview, le 13 décembre 2013.

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27 janvier 2017

Garner : interview pour l'EP En plein coeur

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Avec la sortie de cet EP, En plein cœur, Garner le magnifique persiste, signe et confirme. Sa mélancolique électro, ses magnifiques mélodies et ses textes puissants, voire poignants continuent à m’intriguer/charmer/subjuguer. En tout, 5 nouveaux titres qui prennent aux tripes. Le viril et tendre Garner dit tout sans détours, mais avec un amour infini. Le 12 décembre 2016, il est venu à l’agence, car je voulais en savoir plus sur lui. Le mystérieux Garner s’est un peu dévoilé. Pas trop quand même, l’homme est pudique.

garner,ep,en plein coeur,arnaud garnier,interview,mandorArgumentaire de l’album (signé Alexis Bernaut est vraiment très écourtée) :

Après la sortie de son album Bas les armes en juin 2015, Garner nous revient avec son dernier Ep En plein cœur, un 5 titres résolument pop électro réalisé et co-signé par son complice Philippe Balzé (Renan Luce, Thiéfaine, Bénabar, Miossec, Saez, Ludéal, Joseph d’Anvers, Jali, Le soldat rose, Maissiat…). La verve du chanteur n’a pas changé et si ce nouvel opus semble en apparence plus léger, il ne quitte pas sa délicieuse ambiguïté. De quoi nous parle-t-il ? D’amour beaucoup, pour ne pas dire essentiellement d’amour. Car en ces temps tumultueux, il était nécessaire d’en parler. Garner est toujours celui qui accepte que l’ailleurs absolu n’existe pas.

Si la part rock du précédent album s’est estompée au profit de l’électro, on y retrouve aussi des rythmiques presque « funky ». Funky, mais sombre. On ne rigole pas, mais ne nous prenons pas non plus au sérieux.

Garner nous invite à l’accompagner (et plus si affinités) dans l’équilibre mystérieux entre légèreté et inquiétude. Mais bien que profondément pudique, il ose aussi l’intime…

On va souffrir, c’est entendu, on finira seul c’est évident, mais il ne faudrait quand même pas que ça nous empêche de danser, ni de rêver… La vie est un sujet trop grave pour ne pas s’amuser.

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garner,ep,en plein coeur,arnaud garnier,interview,mandorInterview :

J’ai fait ta connaissance avec ton album Bas les armes il y a un an.

Et pourtant, j’avais 30 ans quand j’ai fait mon premier projet musical. J’ai ai 47 aujourd’hui. Cela fait donc 17 ans que je suis dans le métier.

Mais pas sous ton nom d’aujourd’hui.

J’avais deux autres projets sous d’autres noms, en effet. Le premier, Les buveurs de lune, dans une configuration, guitare-trombone-voix.  On a ajouté un clavier, une basse, une batterie, alors, comme on devenait plus rock que jazz, on a changé de nom, on est devenu Alias Nautilus. Après, comme j’ai pu avoir une prod, j’ai fidélisé des musiciens autour de moi et de mon projet aux couleurs plus electro. Je suis devenu Garner et je pense que ce projet-là, c’est celui que je garderai jusqu’au bout.

Clip de "Sirop de menthe", tiré de l'album Bas les armes.

On sent que tu aimes la chanson française.

Mes goûts ont évolué au fil du temps. J’ai écouté William Sheller en boucle à un moment de ma vie. Aujourd’hui, il ne fait plus partie de mon quotidien, mais il continue à faire partie de mon ADN et de ma construction musicale. J’ai aussi beaucoup écouté Brel. Aujourd’hui, il me déprime profondément. Il y a un artiste qui résiste encore au temps, c’est Bashung. Il continue de me procurer des sensations dingues. L’album L’imprudence par exemple, il y a des trouvailles extraordinaires et le son est indémodable. Je ne suis pas du genre à être fan. Sauf pour Bashung. J’attendais le prochain album avec une impatience folle. Bashung, c’est la bande son de ma propre existence.

L’imprudence est un disque audacieux. Toi aussi tu vises l’audace ?

Je ne crois pas. Ma compagne me demande si je ne veux pas écrire des chansons plus accessibles, plus immédiates. Je ne me refuse pas à cela, mais je fais les choses telles que je les ressens. J’ai mis mes exigences dans les endroits qui ne sont pas les plus universelles, mais en tout cas, je ne veux pas être élitiste.

Clip de "Je finirai à Brest", tiré de l'album Bas les armes.

Je trouve que ce que tu fais est plutôt efficace. Ton album Bas les armes, c’était de la bonne popgarner,ep,en plein coeur,arnaud garnier,interview,mandor electro…

L’histoire de cet album est un peu particulière. Presque toutes les chansons existaient déjà en live, mais pour les besoins du disque, il a fallu que je rajoute des titres. On a tenté de trouver le trait d’union entre les deux. En créant les nouveaux morceaux, je sentais que je basculais vers quelque chose de plus pop electro, alors que les premiers étaient ancrés rock. On a cherché l’unité en tout cas.

Pourquoi as-tu pris cette direction pop electro ?

Je constate que dans ce que j’écoute aujourd’hui, dans ce qui me touche musicalement,  je suis tourné vers des choses plus pop electro que rock. Je me suis mis à écouter Jay Jay Johanson en boucle et moins Noir Désir, tout simplement. Je me suis aussi rendu compte, à force de pratique, que le champ sémantique et les mots qui sont les miens sont parfois un peu denses. La texture de l’electro collait mieux à mes mots... et elle n’est pas redondante là où le rock peut l’être.

Tu dois composer différemment aujourd’hui.

Avant je composais guitare-voix et après je rajoutais des choses. Maintenant, je fais mes accords guitare-voix, je les transforme en accord piano, puis ensuite, je décompose ces accords pour faire des lignes de basse, j’ajoute des boucles electro et ensuite, je travaille avec mon réalisateur Philippe Balzé. Il a vraiment sa part de créativité dans ce que je fais aujourd’hui.

Clip de "N'en abuse pas", tiré de l'EP En plein cœur.

garner,ep,en plein coeur,arnaud garnier,interview,mandorIl y a des français d’aujourd’hui que tu apprécies ?

Je trouve des choses excellentes chez Florent Marchet. Quand il est trop proche de Souchon, je suis moins fan, mais quand il s’en écarte, au niveau des arrangements et des mélodies, je trouve cela très fort. Son disque, Bambi Galaxy, par exemple est génial. Chez François and The Atlas Mountain, il y a des fulgurances. Chez Lescop aussi d’ailleurs. Mais pour ne rien te cacher, aujourd’hui, j’écoute principalement de la chanson anglophone.

C’est bien, tu chantes en français malgré tout !

Et ça ne me tente pas du tout de chanter en anglais. Je suis très amoureux de la chanson française. En plus j’aime écrire en français, cela me permet d’aller au fond des choses. Si la langue est peut-être moins riche en sonorité, elle offre un paquet de possibilités, d’altérations… on peut jouer avec la langue française. Mon projet est à 50-50 un travail d’auteur et le reste de composition et d’interprétation. Ma nécessité principale de création, c’est d’écrire des textes.

Tu écris autre chose que des chansons ?

Ça fait trois ans que je suis sur un scénario. J’en suis à la 8e version.

C’est vrai que tu as été comédien, mais pas que. Tu as un parcours atypique.

Je vais t’en faire une synthèse. J’ai fait des études d’économie d’abord, ensuite, j’ai été guide de rafting, j’ai fait du théâtre,  j’ai tourné dans des pubs, des films pour la télé, puis je suis retourné vers la chanson. C’est vraiment un résumé parce qu’en fait, ce n’est pas aussi simple que cela.

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Pendant l'interview...

Excuse-moi de parler de ton âge. A 47 ans, comment vis-tu la situation d’être considéré comme un artiste en développement ?

Il m’arrive de le vivre comme un handicap en me disant que j’arrive à un âge où normalement les artistes sont accomplis et ont déjà une belle carrière derrière eux… et, en même temps, c’est un âge où tu prends de la hauteur de vue, du recul, tu considères le chemin parcouru. Aujourd’hui, je ne rêve pas de gloire, de grands succès, juste d’arrêter de me poser la question de ma légitimité qui est propre à tous les artistes et trouver l’équilibre financier pour pouvoir me permettre de continuer de créer sans avoir les angoisses existentielles qui vont avec.

En écoutant tes chansons, je me suis dit que tu étais très complexe, très noir à l’intérieur.

Je pense surtout que je suis un grand mélancolique. Mais un mélancolique qui a réussi à dompter sa mélancolie pour la transcender. J’ai une vraie passion pour l’actualité, la géopolitique, la politique. Je dévore goulument chaque jour ce qui peut influencer mes humeurs et mon regard sur le monde. A l’intérieur de mes chansons, traine toujours une partie de cette obscurité du monde, mais j’essaie de révéler derrière la part de lumière qui existe.

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Le 12 décembre 2016, après l'interview.

22 janvier 2017

Mell : interview pour le double album Déprime et collation

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Déprime et collation est le 6e album de Mell. Ce double-album, en fait, est composé d'une vingtaine de titres en français où l'identité sonore mêle voyage musical et vibration rock. Un disque doux, tendre mélancolique et parfois en colère.

Uppercut garanti à l’écoute de ce  disque new wave-disco-blues-rock-punk-electro qui fait virevolter la tête et les jambes. Assurément l’un des grands albums français de l’année.

J’avais déjà reçu Mell à l’agence il y a trois ans pour son album Relation Cheap (voir ici). Le 25 novembre 2016, elle est revenue pour la deuxième fois… et c’était un pur bonheur.

mell,déprime et collation,interview,mandorArgumentaire de presse (un peu écourtée) :

C’est depuis Montréal que Mell nous livre son sixième album Déprime & Collation. Construit entre chansons et morceaux instrumentaux, ce double-album livre un réel parcours. L’hiver et les amours troubles planent sur un son lo-fi, l’univers reste espiègle et enlevé mais la composition nous plonge dans une nouvelle atmosphère.

Cet album ménage un espace où ambiances haletantes et passages plus méditatifs dansent une gigue tantôt langoureuse, tantôt sur un rythme tendu.

Déprime & Collation marque par la diversité de ses tonalités : la chaleur et la délicatesse côtoient l’amertume et le doute avec une certaine urgence – sans oublier l’ironie et l’insolence qui sont déjà la marque de fabrique de Mell.

L’outre-tombe et l’urgence de vivre s’effleurent dans un flirt risqué. Le versant tête brûlée de la musique de Mell est toujours au rendez-vous mais les mots, insolents, tremblent néanmoins. Les blessures ouvertes fréquentent l’autodérision, le jeu, pour un western émotif qui sait trouver son inquiétante étrangeté.

Mell propose un album audacieux, une expérience d’écoute riche et de belles promesses pour l’à-venir.

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Interview :

Pourquoi t’es-tu exilée à Montréal en 2014 ?

Je me suis rendue là-bas par amour. Il fallait aussi que je trouve des buts professionnels, sinon, ça n’avait pas de sens d’immigrer. Ça faisait longtemps que je voulais faire une école de son, je suis donc partie avec un visa étudiant.

Tu trouvais que tu avais des carences dans ce domaine ?

J’avais des connaissances empiriques assez floues. J’utilisais des logiciels, mais je faisais n’importe quoi. Je mettais beaucoup de temps pour faire sonner ma musique comme je l’entendais et je n’étais jamais vraiment contente. Ça me frustrait. J’ai voulu mettre de l’ordre dans ces connaissances-là. J’ai donc repris tout depuis le début.

Cette école de son était-elle difficile ?

Je ne sais pas. Il ne me semble pas. On m’a dit que j’ai eu les meilleurs résultats depuis que l’école existait.

Ton passé musical a dû t’aider, non ?

Je ne crois pas. J’ai surtout bossé comme une malade.

Clip de "Au cinéma".

Tu as donc appliqué ton nouveau savoir sur ton nouvel album ?

Oui. Pendant l’année, j’ai passé mon temps, soit à l’école qui possède plusieurs studios d’enregistrement, soit dans mon local de répétition. J’ai passé un an à enregistrer et mixer des morceaux pour mes copains ou pour moi, tout en composant.

Tu as même monté ton propre studio.

J’y ai enregistré tous les instrumentaux de mon disque et mixé la moitié.

Par contre, pour ta voix, tu n’as pas pu travailler seule ?

Non, c’est difficile de travailler sur sa voix, c’est même pour moi insupportable. Comme je ne me considère pas comme une bonne chanteuse, j’avais besoin de quelqu’un qui avait du recul. J’ai donc fait appel au réalisateur Laurent Lepagneau. Il me connait bien parce qu’il a déjà travaillé sur mon précédent album, Relation Cheap. C’est une des rares personnes à qui je peux envoyer des bouts d’embryons de chansons et qui est capable de me recadrer immédiatement. Il parvient à m’amener une vision plus large de ce que je propose à la base.

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A une époque où la majeure partie des artistes sortent des EP, toi, tu sors un double album…

Si personne ne va à l’encontre des règles du marché actuel, rien ne peux bouger. Pour moi, faire des EP, c’est se plier aux journalistes qui ne veulent pas écouter beaucoup de chansons, à la maison de disque qui ne veut pas prendre beaucoup de risques…

Oui, mais toi, tu as la chance d’avoir un label qui te soutient.

C’est vrai, j’en ai conscience. Il me fait confiance et il est ouvert. Mon disque n’est pas seulement un double, c’est un double dans lequel on s’est permis de l’expérimentation. Ca invite à prendre son temps et à penser l’album différemment.

Comme David Lynch, je suis certain que tu n’aimes pas que ton œuvre se comprenne comme une évidence.

C’est marrant, c’est la deuxième fois que l’on me parle de Lynch en deux jours. Ça me plait comme remarque en tout cas. David Lynch ou Jim Jarmusch, ce sont plus que des références. J’adore le mystère. J’aime bien qu’il y ait dans ce que je fais plusieurs lectures et dimensions. Que tout ne soit pas accessible à la première écoute.

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A quoi servent les instrumentaux qui figurent sur ton disque ?

Ça permet du relief et de la profondeur à la chanson précédente. Ça permet aussi de faire un break de paroles. Ce que l’artiste se doit d’incarner pour des gens qui travaillent dans des bureaux de 9 heures à 17 heures, c’est la liberté. Dans cet album, je prends clairement la liberté de faire ce que je veux.

Ce qui est bien avec toi, c’est que quand un nouveau Mell arrive, on sait que ce sera toujours différent du précédent.

(Rires) Mais du coup, je me demande ce que je vais bien pouvoir faire pour le prochain. Pour être franche, je ne sais pas toujours où je vais.

En tout cas, tous les articles sur ce nouvel album sont dithyrambiques. On crie presque au génie.

Ça m’hallucine ! J’ai l’impression que les journalistes ont tous compris ce que je voulais faire. Presque mieux que moi.

J’ai lu dans le dossier de presse : « On s’imprègne d’une atmosphère plus apaisée mais aussi déroutante… Mell nous offre une plongée dans les eaux troubles et profondes de son âme. » Apaisée et eaux troubles de son âme… je trouve que ça ne va pas ensemble.

Tu peux être apaisée avec le trouble de ton âme. Apaisée, c’est faire la paix. Faire la paix avec qui tu es, avec tes fragilités et ta vulnérabilité. Je pense que cet album, c’est exactement ça. C’est un disque qui est sur le fil, qui est un peu fragile. Je me permets des choses, donc je me mets en danger. Je peux justement le faire parce que j’ai fait la paix avec mes eaux troubles. C’est de la philo (sourire).

Clip de "Ton corps j'ai crié".

J’ai lu quelque part que c’était un disque complet et complexe. C’est tellement ce que je pense…

Il faut prendre un moment pour rentrer dans mes chansons. Si quelques personnes prennent le temps de s’arrêter pour écouter, rentrer dans ce que je propose, se laisse aller, pour moi c’est gagné.

Tu trouves qu’il faut faire bouger les lignes bien tracées de la chanson française ?

Je ne réfléchis pas à ça quand je fais un disque. Je ne sais jamais ce qui va se passer quand je commence.

Tu aimes les interviews ?

Elles me permettent parfois de comprendre ce que je viens de faire. Si je ne devais pas répondre à des questions très précises, je n’y réfléchirais pas.

mell,déprime et collation,interview,mandorDésormais, tu es ingénieure du son. Tu gagnes ta vie ainsi à Montréal.

Ça me fait du bien d’être au service d’autres projets. Je travaille du son et ça me rend heureuse. J’adore ça. Je  peux passer des heures à explorer le son. Je me fais embarquer par ça. C’est mon vecteur, c’est ce qui m’attire. Je passe des heures et des heures sur mes logiciels, sur mes machines. Je suis un peu autiste. C’est un peu difficile pour la personne qui vit avec moi. Quand je fais de la musique instrumentale, je rentre dans un état second, je suis un peu en transe.

Tu rêves de quoi dans la musique ?

De faire des musiques de films par exemple. J’en ai déjà fait pour des documentaires et des pièces de théâtre. J’ai la vie devant moi pour atteindre les objectifs que je me suis fixée.

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Après l'interview, le 26 novembre 2016.

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21 janvier 2017

Virgule : interview pour l'EP Maelstrom

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virgule,maelstrom,interview,mandorMaelstrom  est le titre du nouvel EP de Virgule. Six morceaux soutenus par 150 personnes via un financement participatif. Ce disque est aussi mélancolique que vertigineux. On se perd dans les méandres de l’âme humaine et on est secoué par la puissance de la poésie dégagée par cette artiste si sensible.

Déjà mandorisée en 2012 pour son premier EP, Les Précieuses, qui avait déjà « le goût du tragique et de la puissance ». Virgule y dressait le portrait sombre d’une réalité cruelle.

Elle est venue une seconde fois à l’agence pour me parler de ses nouvelles chansons. Notamment. C’était le 14 novembre dernier. Et c’était bien.

Biographie officielle (un peu écourtée) :

La musique de Virgule se déploie telle une broderie où se tissent les contrastes d’une vie de souffles et devirgule,maelstrom,interview,mandor silences. 

En français et accompagnée de musiciens aériens et modernes, elle s’engage cette fois-ci sur des chemins plus apaisés mais tout aussi conscients. Il y a chez Virgule ce fragile équilibre qui surplombe le vide. Toute en délicatesse et en sincérité, elle pose sur l’universel un regard particulier, mûri par des chemins parcourus seule, à deux ou dans la foule. 

La musique apparaît alors comme une aventure partagée : pour Maelstrom, la fine équipe a travaillé deux ans. De parties de campagne pour arranger les chansons au mixage à Paris, après avoir enregistré à Liège sous la direction d'Emmanuel DelcourtMaelstrom  s’est peaufiné au fil des kilomètres, devenant un projet riche de rencontres et d’éclosions. L’art de Virgule se conçoit avec maturation et effervescence, où se rencontrent l’impulsion des instruments et la maitrise littéraire. Les mots gravitent dans des effluves aux milles époques, aux milles textures, aux milles références. On y croise des cordes teintées de lyrisme, des trompettes feutrées, une section rythmique acide ou enflammée, des mouvements perpétuels aux machines et aux guitares. Et puis au bout du chemin, la gravité des chœurs de Dimanche. Virgule construit des chansons marquées par les expériences où le maitre mot est l’indépendance. Musicale. Poétique. Humaine.

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virgule,maelstrom,interview,mandorInterview :

Que s’est-il passé après ton premier EP, Les Précieuses ?

Beaucoup de scènes, notamment à Paris, dans l’est et en région bordelaise. Deux ans après, j’ai eu envie de partir sur un autre disque. Mes nouvelles chansons ont été écrites entre 2014 et 2016. J’en avais beaucoup, mais évidemment les conditions financières et le temps font que j’ai dû faire des choix. On a donc enregistré 6 chansons.

Tu as fait ton disque grâce à un financement participatif.

A la base, c’est un moyen que je voulais éviter. Mais au final, je me suis rendu compte que je ne volais personne. On ne force pas les gens à donner. Ceux qui le font le font avec plaisir, c’est très agréable. C’est une histoire de don et de contre don. Cela créé quelque chose de beaucoup plus intime avec ceux qui donnent. Je remercie à nouveau les 150 personnes qui m’ont aidé à faire Maelstrom.

J’ai l’impression que ce disque est plus posé que le précédent.

Pour Les précieuses, je sortais de l’adolescence. J’avais des choses à régler et à dire. Maelstrom est plus rond, mais il dit beaucoup plus qui je suis. Il me ressemble plus musicalement et personnellement. J’ai bossé avec un réalisateur qui était un ami de lycée. Avec les musiciens et lui, on a beaucoup travaillé. Je tenais à ce que la musique et les textes forment un bloc. Je trouve qu’à ce niveau-là, c’est beaucoup plus équilibré sur Maelstrom que sur Les précieuses.

Le clip de "Autel du Nord".

Vous avez enregistré le disque à Liège en Belgique.

Oui dans un super studio. J’ai laissé mixer le réalisateur et l’ingénieur du son et quand je suis arrivée pour écouter les premiers mix, je n’ai pas reconnu les chansons. Ça a été très déroutant. Du coup, j’ai souhaité qu’il y ait un second mixage, auquel à participer Emmanuel Delcourt, le réalisateur. J’ai voulu garder la main sur mon disque et nous sommes arrivés à un compromis.

Un compromis ?

Oui, c’est mon projet, c’est moi qui le porte, mais je travaille avec des gens et parfois ils ne sont pas d’accord avec ce que je veux faire. Si tout le monde dit oui sauf moi, c’est qu’il y a une raison. Je ne travaille qu’avec des gens en qui j’ai confiance donc on arrive toujours à trouver une solution.

Tu écris facilement ?

En tout cas,  j’écris sans me poser aucune question. Ça vient ou ça ne vient pas. Souvent, le sens me vient après l’écriture et c’est souvent un sens précis. Au bout d’un moment, je finis par savoir exactement de quoi parlent toutes mes chansons. J’écris quand même de manière à ne pas perdre les gens. Il y a une vraie démarche de sincérité dans la musique et dans les paroles. Mais j’ai conscience d’avoir une écriture peut-être à plusieurs couches. La majorité des textes ne sont pas lisibles comme moi je les entends, mais ça, ce n’est pas grave.

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(Photo : Martin Tronquart).

Tu écris comment ?

J’écris toujours en même temps que je compose. La musique ne va pas sans le texte. Les deux viennent en même temps. En général, vient un début de chanson, couplet-refrain, par exemple, et après je décline. Il y a toujours une brèche qui s’ouvre dans laquelle je peux m’engouffrer. Si le voyage vaut le coup, j’y vais et ça fait une chanson.

Arrives-tu à t’écouter facilement ?

De plus en plus. Je suis plus libérée aujourd’hui. J’ai vraiment hâte de la suite parce que je sais que je progresse et que c’est constant.

Tu parles de toi dans tes chansons ?

Oui. Même si j’essaie de dire les choses avec pudeur, en vrai, ce sont des choses très impudiques que je dis.

Qu’est-ce qui anime ta vie ?

Les concerts, le studio, les répétitions, l’écriture, la musique, les compositions… il y a un an, j’ai quitté mon boulot pour vivre ça le plus intensément possible.

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Les avis semblent plutôt positifs, c’est bon signe.

Oui, mais avec ma situation personnelle actuelle, défendre ce disque sera un peu délicat. L’année qui arrive sera un peu différente que ce que j’avais imaginé.

Tu as accepté d’évoquer ton cancer du sein.

Quelque part, ça fait partie de la vie et il va falloir que je compose avec ça. Comme je ne sais pas du tout comment va se passer la suite pour moi, je ne peux pas me permettre de chercher des dates de concert, de me projeter dans un quelconque plan promo. C’est une sortie de disque vraiment étrange.

Quand tu as écrit tes textes, savais-tu que tu avais cette maladie ?

Non, le disque est sorti le 22 septembre et j’ai appris que j’avais un cancer le 4 octobre. J’ai dû annuler un concert et des interviews…

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Pendant l'interview...

Face à ta maladie, tu arrives tout de même à te concentrer pour créer ?

Pour l’instant, non. L’écriture d’une chanson va chercher trop loin. Je me laisse un peu de temps. J’ai plein d’autres envies. Je ne sais pas si elles aboutiront mais avoir des envies et des idées, ça me fait du bien. J’écrirais bien un livre.

Un recueil de nouvelles, un roman ?

Un livre pour raconter ce qu’il se passe pour moi en ce moment. Je vais en avoir besoin et d’ailleurs, ça commence à s’écrire dans ma tête. Je me découvre dans cette épreuve. Je ne pensais pas que j’aimais autant la vie.

Je trouve ça fou que ton album s’appelle Maelstrom, étant donné ce que tu vis.

Oui, je traverse au moins un tourbillon. C’était quasi prémonitoire.

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Après l'interview, le 14 novembre 2016.

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18 janvier 2017

Yucca : interview pour la sortie de l'EP Johnny pour la vie

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(Photo : Séverin)

Après avoir remporté le tremplin des jeunes talents Europe 1 en 2013, Yucca (à l’époque encore nommée Yucca Velux) avait dévoilé un premier EP, LOVE. Son répertoire d’alors était majoritairement en anglais. Heureusement,  trois ans plus tard, c’est en français que la chanteuse a décidé de se tourner (oui, j’avoue, j’aime quand les artistes français chantent dans leur langue. Parce que, comme le soulignait Balavoine, « le français est une langue qui résonne »). Bref, son second EP Johnny pour la vie est sorti le 7 octobre 2016 (et oui, je suis (très) en retard, mais si je n’étais pas en retard, je ne serais pas Mandor).

J’adore la voix de  Yucca : un timbre un peu  rétro, mais un phrasé moderne. Bref, une variété de qualité, moderne et sensible, portée par une excellente chanteuse et des musiciens à la hauteur.

Le 1er décembre 2016, Yucca est venu à l’agence. Et ça m’a bien fait plaisir.

Byucca,yucca velux,johnny pour la vie,ep,interview,mandoriographie officielle (mais un chouia écourtée) :

Mais qui est Yucca ? Pas facile de décrire ce personnage décalé aux sentiments exacerbés. Une artiste, sans aucun doute. Une interprète hors pair, assurément.

Yucca veut chanter « Des Mots Légers », toucher en plein cœur ceux qui aiment la chanson pop, celle qui puise son essence dans les mélodies pour aller chercher la joie, la tristesse, les hauts, les bas, le rire et les larmes. Et si elle choisit de se livrer à cœur ouvert,  c’est parce qu'elle ne sait pas faire autrement.

Il y a, en ouverture, l’histoire de cette fille qui court après les garçons, une génération fantasmée avec Johnny pour symbole, ou encore Eddy et toute la clique. Un titre dans lequel elle revendique qu’une femme puisse évoquer ses multiples conquêtes et ses déboires amoureux comme un homme.

Au programme également, le pulsionnel et orientalisant « La Chaleur » qui évoque la moiteur des nuits yucca,yucca velux,johnny pour la vie,ep,interview,mandord’été, entre danse et mysticisme. Et puis, plus loin, on trouve « Le Diable au Corps » titre sulfureux et addictif, qui revisite les slows 50's américains avec des arrangements grandiloquents.

La piquante Yucca peaufine depuis quelques années un répertoire qui a débuté en anglais, sous le patronyme Yucca Velux, parce qu’il n'est pas simple d'assumer des textes en français quand on inscrit à son Panthéon l’écriture de Gainsbourg ou Brassens.

Voici donc une première collection de chansons, comme on pose son cœur sur la table.

Yucca écrit, compose, à la recherche de la mélodie qui va vous trotter dans la tête avec des harmonies déchirantes ! Des textes directs, entre plaisirs de la vie et tourments que l’on connaît tous.

Elle est une femme d’aujourd’hui qui a laissé son armure au placard, rien de tiède chez elle !

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yucca,yucca velux,johnny pour la vie,ep,interview,mandorInterview :

Pourquoi chantais-tu en anglais avant cet EP ? Moi, j’ai un peu de mal avec ça.

Moi aussi en fait. Ça m’agace de plus en plus. J’ai commencé à chanter en anglais parce que j’étais très influencé par ma culture et en particulier par les Beatles. C’était aussi une façon pour moi de masquer ma timidité et une formidable manière d'être quelqu'un d'autre en se déguisant.

En plus, je crois savoir que tu es une admiratrice des grands textes français.

C’est aussi pour cela que je n’osais pas écrire en français. Je ne me sentais pas à la hauteur. En français, même si tu chantes des bêtises, tu te dévoiles plus qu’en anglais. Il y a toutes les émotions liées à la langue, les névroses, ta structure psychique,  ton histoire personnelle, les intonations, les intentions, les doubles sens, les connotations, les mots… tout est plus ressenti et plus pulsionnel. Et quand on est interprète dans sa langue maternelle, une immense palette d’émotions s’imposent. Des émotions que l’on peut nuancer à l'infini.

Alors, pourquoi as-tu décidé de chanter en français aujourd’hui ?

Sur Internet, je suis tombée sous le charme d’une chanson  d’une fille qui s’appelle Sarah Hirschmuller. Du coup, je me suis intéressée à son travail. Je l’ai contacté pour qu’elle m’écrive des chansons. Elle m’a expliqué qu’avant de chanter en français, elle chantait en yiddish et en hébreu. Dès lors qu’elle a commencé à chanter dans la langue de Molière, elle a vécu cela comme une jouissance pas possible. C’est elle qui m’a incité à franchir le pas.

Et du coup, tu as dû apprendre à chanter différemment ?

C’est exactement ça. Au départ, j’étais mal à l’aise dans ma voix et dans mon corps, maintenant, je ne pourrais pas t’expliquer pourquoi,  j’adore ça.

Clip de "Johnny".

Tu es fille d’un père musicien. C’est ce qui t’a incité à suivre ce chemin ?

Il était compositeur et arrangeur professionnel. Aujourd’hui, il continue à jouer et il m’écrit des chansons.

Tu as toujours voulu être chanteuse ?

Oui,  mais je ne le disais à personne. J’ai fait mes études de psycho et en sortant de la fac, quand j’ai eu mon diplôme, j’ai pris la décision de faire de la musique sérieusement. Je chante depuis toujours et être chanteuse est mon rêve absolu.

Clip de "La chaleur".

As-tu pris des cours de chant ?

J’en ai pris il y a trois ans, mais j’ai arrêté. Je suis une autodidacte. J’ai chanté trois heures par jour toute ma vie.

Avant Yucca Velux, y-a-t-il eu un autre groupe ?

Oui. Avec un ami de la fac, nous avons The Rayees. C’était un groupe au style indescriptible. Il y avait des chansons folks, des chansons un peu hip hop, des trucs un peu bizarre à la CocoRosie, voire parfois à la Britney Spears. Ca partait dans tous les sens. Nous chantions à deux voix et en anglais.

"Le diable au corps", version acoustique.

Parlons de ce nouvel EP, Johnny pour la vie. On dirait un disque des années 50. Musicalement et l’imagerie proposée.

C’est ma période préférée. J’aime tout ce qui est vintage. Musicalement et esthétiquement. Cette période-là, très gaie et énergique, est phénoménale. Il y a une époque de ma vie où je n’écoutais que les Beatles. Du coup, tout ce qui a généré les Beatles, j’adore. La magie de cette période-là n’est plus. J’ai l’impression que tout est sombre aujourd’hui.

Ce que tu fais est populaire. C’est de la très bonne variété. Ce mot ne te choque pas ?

Mais pas du tout. Moi, j’aime de plus en plus Joe Dassin (rires). Je trouve que la chanson populaire à de la grâce.

Tu écris sur les musiques des autres. Pourquoi ?

Je ne suis pas très bonne compositrice, il me semble. Si on me propose des musiques que j’adore, je les prends. Je ne me pose plus de questions que cela.

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Pendant l'interview...

C’est dur ce métier ?

C’est super dur. Il faut convaincre. De plus en plus, j’aime les défis. C’est quasiment ce que je préfère. Réussir à rester allante et enthousiaste alors que le travail est difficile, cela me procure un immense plaisir. C’est dur, ça ne me rapporte pas d’argent, mais je suis libre. La liberté est une valeur qui m’est chère.

Tu aimes qui dans la chanson francophone actuelle ?

Je me sens proche de Lise. J’adore Stromae, ce n’est pas très original. Je trouve que c’est un génie. Il a des mélodies simples et populaires qui rentrent dans le crâne et qui n’en sortent pas. C’est exactement, ce que je cherche à faire.

Tu as beaucoup de chansons dans ta besace. Comment as-tu choisis les six chansons qui figurent sur cet EP ?

Ce n’est jamais simple de choisir... Mais j’ai comme projet de sortir deux EP par an, c’est-à-dire 12 chansons par an.

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A l'issue de l'interview, le 1er décembre 2016.

17 janvier 2017

L'Arthur : interview pour son premier EP.

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l'arthur,ep,interview,mandorAttention, artiste (exceptionnel) en devenir ! Je ne vois pas L’Arthur passer inaperçu encore bien longtemps. Je l’ai découvert avec sa reprise de « Mon amour, mon amie » de Marie Laforêt. Je suis resté KO ! Puis les 5 chansons originales suivantes ont fini de m’achever. En mélangeant production moderne et poésie réaliste, L’Arthur, 27 ans, signe un premier EP original et percutant… avec des chansons dans lesquelles les femmes n’ont pas le beau rôle. Elles sont généralement garces et infidèles. Cet EP est la preuve qu’un petit cœur blessé peut engendrer de grandes chansons universelles.

 

L’Arthur est venu m’expliquer tout ceci à l’agence le 29 novembre 2016.

Biographie officielle :

En 2014, il participe à On a les moyens de vous faire chanter, le radio crochetl'arthur,ep,interview,mandor de France Inter et fait partie des 6 finalistes. Il profite ensuite des retombées du concours pour se produire dans des lieux atypiques durant toute l’année 2014. Tout autant inspiré par les films de Marcel Carné, que par les affiches de mode qui tapissent le métro Parisien, L’Arthur enregistre son premier Ep à l’image d’un bouquet de fleurs dans lequel chaque titre a sa propre identité, sa couleur particulière, son odeur unique mais qui forme un ensemble original et harmonieux. A travers cet EP, il pose les premières bases de son identité artistique qui consiste à créer ce qu’il nomme des « mises en scènes musicales ». Partant d'un texte écrit, chaque chanson intègre un ou plusieurs personnages qui évoluent en fonction de l'environnement musical dans lequel ils se situent.

l'arthur,ep,interview,mandorInterview :

Ton père est le musicien Pierre Sangra. Il a travaillé avec des gens que j’adore comme Thomas Fersen et Vincent Delerm. Peut-on dire que tu es un enfant de la balle ?

J’ai des parents divorcés et j’ai grandi chez ma mère qui, elle, n’est pas musicienne. Elle écoutait un registre musical très populaire, la variété. Après, il ne faut pas s’étonner que je reprenne une chanson de Marie Laforêt.

Et quand, un week-end sur deux, tu allais chez ton père ?

J’écoutais et allais voir les artistes avec lesquels il travaillait, toute la génération du Label tôtOutard qui a explosé il y a 10, 15 ans. Mais, outre cela, il nous a biberonné, ma sœur et moi, au rock, de Led Zeppelin à Queen en passant par les Pink Floyd.

Du coup, as-tu l’impression que ce que tu fais toi-même est un mélange de tout cela ?

Oui. Forcément, on prend de ce qu’on nous inculque quand on est enfant, mais on prend aussi ce que l’on va chercher. J’ai grandi en Seine-Saint-Denis, dès mon arrivée au collège public, j’ai découvert le rap et j’ai adoré.

Quel genre de rap ?

Ma référence incontestable était MC Solaar. Les textes et la production me paraissaient incroyables. J’ai aussi beaucoup écouté les deux premiers albums de Rohff, ceux de Disiz la Peste. J’aime le rap décalé, comme les Nèg’ Marrons ou plus récemment Vald.  Ça m’ennuie quand on me fait la morale. Le rap conscient, j’en écoute quand il est vraiment très bien fait.

"Burn out". Pour son premier clip, L'Arthur souhaitait un court-métrage musical plutôt qu’un clip illustratif d’un récit à la première personne. 
L'ambiance est sombre mais pas glauque. La voiture et la route bitumée exprime la vie d’avant, subie, non choisie, plongée dans la nuit. Le paysage sauvage, déchiré mais sublime, exprime à la fois la fuite mais aussi le renouveau, rempli de doute et de tourment. L'homme a pris sa vie en main. 
Le GPS, féminin, va vivre sa mue également. Cette femme, robotique et froide, autoritaire par définition, incarne la lueur d’espoir. Humaine, elle va décider d’accompagner cet homme en le laissant s’échapper vers le large…

Tu as commencé la musique très tard.

A la base, je viens du théâtre. J’ai fait un bac littéraire, option théâtre, puis le Conservatoire. Mais un jour, je me suis rendu compte qu’être comédien me saoulait, je préférais faire de la mise en scène. J’ai eu mon diplôme vers 22 ans et j’ai eu envie d’émancipation. Je suis donc allé vivre en Irlande pendant 8 mois.

C’est là que tu as commencé à écrire des chansons ?

J’ai toujours écrit des chansons, mais dans mon coin. C’est vrai qu’en Irlande, j’en ai écrit beaucoup. En revenant en France, je me suis dit qu’il fallait que j’en fasse quelque chose. Je me suis isolé et j’ai commencé quelques maquettes.


Radio Crochet Inter - L'Arthur, Passez par franceinter

Et en 2014, tu les proposes à un concours sur France Inter, On a les moyens de vous faire chanter.

C’est un ami qui m’a conseillé de participer. J’ai été auditionné aux Trois Baudets. Ça leur a plu et, du coup, j’ai joué à la maison de la radio. Je suis allé jusqu’en quart de finale.

Qu’as-tu fait après ?

Des petits concerts, à gauche, à droite pendant un an.

Sans l’idée de faire un EP ?

Au début non, puis, après, j’ai senti qu’il fallait que je me lance. Ce que j’ai fait et en totale indépendance. J’ai rencontré Valérie Suder, de la Teamzic. Elle aide aujourd'hui les artistes auto-produits à créer leur structure et à financer leurs projets. A la force de faire des dossiers, j’ai reçu des subventions pour pouvoir créer mon EP.

Clip de "Garce".

As-tu voulu t’affranchir du professionnel qu’est ton papa.

Pas vraiment puisqu’il a joué sur deux morceaux rock dont « L’hymne à la modération ». Mais je suis arrivé avec le matériel. Il a toujours été bienveillant envers mon travail et il m’a toujours encouragé.

Tu composes tout chez toi ?

Oui, et quand j’arrive en studio, je demande à mes musiciens de se caler sur mes lignes mélodiques. En fin de session de studio, je leur demandais, alors qu’ils maitrisaient parfaitement le morceau, de faire ce qu’ils voulaient avec. Je leur demandais ce qu’ils auraient à dire avec leur instrument. Ça me permet d’avoir de la matière et ça m’enrichit énormément.

Etre comédien, ça te sert quand tu montes sur scène ?

Non, cela m’a même desservi. Au concours de France Inter, on m’a reproché d’avoir été trop théâtral. Au début, je le prenais mal, et puis j’ai réfléchi. J’ai revu des vidéos… j’admets que j’en faisais trop. Il y a avait un manque manifeste de simplicité. Ça m’a un peu perdu, du coup, je travaille à être plus simple et plus direct.

Tes textes sont très ironiques, désabusés… et un peu comme Souchon, subversifs mine de rien.

Subversif, ça me va. Souchon aussi ça me va. Il a écrit une chanson que j’aurais aimé écrire : « La vie ne vaut rien ». La mélodie est sublime et le texte est un résumé de la vie que je trouve parfait.

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Le texte est primordial pour toi ?

C’est la base du travail. Pour cet EP, les textes étaient écrits avant les musiques. Je pars toujours sur un texte et je l’habille après.

Es-tu satisfait de ce premier disque ?

On sent encore quelques influences et pour le prochain, il faudra que je ressere l’étau. Je ne suis jamais content de moi, alors quand j’écoute cet EP, je lui vois plein de défauts.

Tu écris beaucoup ?

Tout le temps. Il n’y a que comme ça que je me sens vivre. Dans la création… Il n’y a que quand je crée que je me sens utile.

Tu fais des EP pour quoi ?

Pour bouffer de la scène, pour partir en tournée. D’ailleurs, il faudrait que je trouve un tourneur et un éditeur.

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Après l'interview le 29 novembre 2016.

08 janvier 2017

Charlotte Savreux : interview pour L'année du déclic

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Mon amie Corinne Daunay (ancienne attachée de presse, mais professionnellement bien plus) me dit un jour « tu devrais lire le livre de mon amie Charlotte Savreux, il est excellent ».  Habitué à ce que l’on me recommande tel ou tel artiste, je suis toujours dans la méfiance. Copinage, toussa toussa… sauf que Corinne Daunay, j’ai une confiance absolue en ses goûts. Je me renseigne sur ce livre qui « redonne le goût du « tout est possible » à 66 millions de Français ». Là encore, ce n’est pas le genre d’ouvrage dont je parle habituellement. Par amitié, je lis. Et j’ai fini par dévorer tant ces témoignages m’ont passionné, voire m’ont reboosté. Je suis dans une période où j’ai des choix professionnels à faire, des décisions à prendre, L’année du déclic est tombée à pic.

Le 28 décembre dernier, j’ai donc rencontré son auteure, Charlotte Savreux pour un long et savoureux entretien. Ce n’est pas pour rien que j’ai souhaité que ce soit la première mandorisation de l’année. A ce propos… belle année à tous !

charlotte savreux,l'année du déclic,interview,mandorArgumentaire officiel:

50 personnalités ouvrent le champ des possibles à 66 millions de Français

Ce livre revient sur le parcours de personnalités dont on connaît la réussite, sans pour autant deviner le cheminement parfois complexe qui les a menées vers la lumière et qui rend leur victoire d’autant plus belle et exemplaire. Une réussite honorable et une réalisation personnelle admirables tant elles semblaient, a priori, improbables. Rien ne les prédestinait à… et pourtant leur histoire trompe toutes les attentes et prouve combien tout est possible et pour tout le monde. Ils ont connu des premiers pas dans la vie fragiles, chaotiques ou des réussites suivies de revers, quand la vie bascule pour voler en éclats; mais en quête de reconnaissance, par instinct de survie, par conviction, avec le grain de folie de l’insouciance, ils se sont offert une seconde chance, celle de réorienter leur trajectoire, de sublimer leur vie et de transcender leur destin. En partageant leur expérience et en suivant leurs conseils, tout devient possible ! En misant sur la dynamique de l’exemplarité et de la contagion sont réunies dans de ce livre cinquante personnalités : artistes, chefs d’entreprise, politiques, résolument optimistes, qui refusent de vivre dans une époque de déprimés. Leur enthousiasme et leur foi en la vie inébranlables vous offrent l’essence de leur expérience au tempo de leurs succès et de leurs épreuves, et les fils conducteurs qui ont guidé leur parcours, pour mieux vous permettre de décrocher votre victoire. Car une société plus forte, plus bienveillante, est aussi la somme des engagements individuels.

Retrouvez Zaz - Thierry Marx - Maud Fontenoy - Frédéric Lenoir - Fadela Amara - Yann Arthus-Bertrand - Marianne James - Philippe Croizon - Jean-Pierre Mocky - Florence Servan-Schreiber - Éric-Emmanuel Schmitt - André Comte-Sponville - James Dyson - Stephane Hessel - Roselyne Bachelot - Frédéric Lopez - Louise Del Busto Gomez - Didier van Cauwelaert - Nicole Castioni - Michel Pouzol - Hervé de la Martinière - Denys Chalumeau - Mireille Nègre - Dani - Jean-Marie Bigard - Alain Ducasse - Mohed Altrad - Rougui Dia - Memona Hintermann - Daniel Picouly - Malika Bellaribi - Guy Laliberté - Guy Martin - Philippe Bouvard - Orianne Garcia - Christian Estrosi - Jean-Michel Apathie - Clara Gaymard - Thierry Saussez - Véronique Jannot - Jacques-Antoine Granjon - Mercedes Erra - Patrick Poivre d’Arvor.

L’auteure (source Wikipédia) :charlotte savreux,l'année du déclic,interview,mandor

Après avoir travaillé pendant 3 ans comme journaliste dans la rédaction de France 3 Normandie, elle présente de 2005 à 2010 l'émission Bien-être sur Direct 8. Puis, elle rejoint France Télévisions pour y animer des émissions et des évènements exceptionnels comme La Nuit Blanche (6 heures de direct sur France 3) ou le Téléthon. À partir de 2012, elle rejoint France 5 pour y tourner une série documentaire Une Vie Ailleurs où elle part en immersion à la rencontre de communautés coupées du monde puis participe en septembre 2013 au lancement de l'émission La Quotidienne en y animant deux chroniques hebdomadaires sur la consommation.

Elle vient de publier: L'année du déclic - Et si c'était la vôtre...? Editions Balland.

charlotte savreux,l'année du déclic,interview,mandorInterview :

Ce livre a une dimension personnelle et sociétale.

En 2017, les gens vont être dans l’espoir d’un changement politique. L’idée, c’est qu’on ne peut plus être en attente de tout et de tout le monde. On ne peut plus tout attendre d’un chef de l’état, de son employeur, de la sécurité sociale… à un moment, il faut aussi pourvoir à sa propre trajectoire. On ne peut pas reprocher à une société d’être sclérosée, figée, enfermée, si soi-même on n’offre pas à sa vie cette bouffée d’oxygène dont on a besoin. Je pars du principe que c’est en se changeant individuellement et en étant dans une dynamique d’action qu’on pourra changer les choses. Mon leitmotiv c’est « espérer moins, agir plus ».

Pour toi, la société française est défaitiste ?

De manière collective, oui, mais individuellement, je rencontre des gens qui sont dans une dynamique d’action et qui veulent faire bouger les choses. De manière générale, on sent que les gens sont dans une forme de rétention aux autres ou par rapport à leur propre vie.

Les gens ne veulent pas sortir de leur « cadre » ?

Pas souvent. Ce cadre étriqué leur permet de se protéger, mais il en vient à brider leur potentiel et leur vie. Certains finissent par être enfermés dans leur bulle tellement ils ont peur de l’extérieur. Nous sommes plus dans une société de peur que dans une société d’actions et d’envies.

As-tu appris sur toi-même en écrivant ce livre ?

Il y a tellement de sujets potentiels d’écriture que quand tu choisis un angle, ce n’est jamais par hasard. charlotte savreux,l'année du déclic,interview,mandor

Tu aimes faire bouger les choses, transmettre et permettre l’ouverture vers l’extérieur.

J’ai la curiosité de ce qu’il se passe dans mon environnement et surtout, j’aime ouvrir le champ d’horizon aux autres. Après, ils en font ce qu’ils veulent. Si je veux permettre aux gens qu’ils soient acteurs de leur propre vie, je n’ai pas l’ambition d’imposer une manière de vivre ou une manière de penser. Je n’infantilise pas le lecteur. Si je peux faire en sorte que chacun aille au-delà d’un postulat de départ, ce sera déjà pas mal.

Ce livre est le cheminement logique de ce que tu as toujours fait à la télévision.

Pendant cinq ans, j’ai animé une émission de 52 mn en direct sur le bien-être. J’ai toujours considéré que la thématique du bien-être était sous-estimée. Pour moi, le développement personnel est un sujet de société. Cette société n’a d’ailleurs pas besoin d’un nouveau président de la République, mais d’une bonne psychanalyse. Dès lors que nous aurons déverrouillé les peurs,  là, on pourra se remettre dans une dynamique d’actions. Avec ce livre, j’essaie d’apporter le déclic qui te fait passer de l’intention à l’action, qui te fait transformer une épreuve en une expérience de vie et qui fait passer des « nons » successifs en un « oui ».

Que projettes-tu dans ce livre ?

D’être bien dans son histoire. A l’école, on apprend à compter, lire, écrire, mais pas à vivre. Toute notre vie, on apprend à bien vivre en relation avec la personne que l’on est. Je ne crois pas du tout au bonheur que l’on te vend à tout prix, il n’y a pas pire pour rendre les gens malheureux. L’essentiel est d’être dans l’histoire qui nous convient.

charlotte savreux,l'année du déclic,interview,mandorLa société souffre d’un potentiel bridé ?

Oui, alors qu’on a tous un potentiel extraordinaire. Quand, soi-même, on n’a pas le courage d’aller exploiter le potentiel qui est le nôtre,  d’aller porter nos propres projets, la vie risque de s’en mêler en apportant des secousses sismiques. Je vais citer Albert Camus : « C’est au cœur de l’hiver que j’ai découvert que j’avais en moi un invincible été. »

Ton livre porte des valeurs dont la société a besoin.

Notre époque nous demande du courage, de la persévérance, du goût de l’effort et du sens de la responsabilité. Quelle plus belle victoire que celle qui nous a demandé du courage, de l’audace et de la persévérance ?  Je suis certaine qu’on ne peut pas avoir une grande réussite, sans avoir eu une prise de risque à un moment.

Notre vie est-elle jalonnée de déclics ?

Oui et c’est tant mieux, car les déclics c’est ce qui permet de rebattre les cartes du jeu de sa vie. La vie n’est pas une autoroute linéaire. Il y a des périodes où les choses sont limpides et fluides et puis d’autres où il y a des ronds-points, des départementales un peu plus en retrait et c’est bien aussi. Les gens veulent tellement être toujours rassurés qu’ils souhaitent voir les mêmes paysages. Mais la vie est une aventure, une salle de classe où on apprend tous les jours. Il ne faut pas avoir peur des virages et des changements, car ils sont une chance formidable d’avoir des tremplins sur lesquels s’élever et rebondir.

D’après ce que j’ai compris, le déclic ne vient jamais de l’extérieur.

Non, il ne vient pas d’un appel téléphonique ou d’une proposition quelconque, tu as raison. Il vient toujours de soi. C’est nous-mêmes qui osons faire le pas supplémentaire, et là, sur le cheminement, la vie s’en mêle, les opportunités apparaissent. Je peux dire qu’au moment du déclic, on est seul, mais pendant le cheminement, jamais.

Faut-il être ambitieux ?

Quelle plus belle ambition que de réussir sa vie et de mettre toute celle-cicharlotte savreux,l'année du déclic,interview,mandor à son  propre service ? Ce n’est pas égoïste de s’occuper de soi et de sa vie. En mettant toute son énergie au service de sa trajectoire personnelle, cela permet aussi à notre lignée familiale de s’élever. Le but, c’est d’être meilleur que nos parents et que nos enfants soient meilleurs que nous. De plus, en servant notre propre trajectoire, on va pouvoir nourrir la société de valeurs beaucoup plus vertueuses que celles que l’on a aujourd’hui.

Tu dis qu’il faut prendre la vie comme un jeu plutôt qu’un enjeu.

Les gens ont tellement peur que tout est devenu grave. Il faut s’amuser des décisions à prendre et d’essayer les choses. Quand tu es dans cette posture-là, la vie te le rend au centuple. Une invité que j’ai reçu dans une de mes émissions m’a dit « quand tu fais un pas dans la vie, la vie en fait dix pour toi. »

Nous avons besoin de positif et de se requinquer.

On a aussi besoin d’être remué.

C’est ton premier livre. Es-tu émue ?

Pour moi, la plus belle aventure de cet ouvrage, ce n’est pas la sortie, c’est le cheminement qui m’a mené jusqu’à lui. Je me sens comme une passeuse. Ce livre ne m’appartient plus, il appartient au grand public.

Ce livre a été un vrai virage pour toi.

Un virage à 180°. Je suis passé d’un travail solitaire à un travail collectif. J’ai toujours participé aux projets des autres et c’était la première fois que j’écrivais pour un projet qui m’appartenait. C’était un peu mon objectif de cette fin d’année 2016.

charlotte savreux,l'année du déclic,interview,mandor

Après l'interview, le 28 décembre 2016.

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30 décembre 2016

Valérie Motté : interview pour Pour tout ce que la vie nous donne

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Je connais Valérie Motté  parce que nous nous rencontrons professionnellement depuis des années. Elle m’a toujours paru différente. Hors norme. Toujours souriante, bienveillante et lumineuse. Dans son récit de résilience, Pour tout ce que la vie nous donne, elle partage avec nous son besoin  d’améliorer le quotidien des enfants touchés par la maladie…. Elle raconte son parcours de vie atypique qui force le respect. La première partie du livre narre la vie pleine d’obstacles de l’auteure dont la perte d’un petit frère qui devient le fer de lance de sa vie. Dans la seconde partie, Valérie Motté « fait vibrer l’âme et l’esprit pour convertir les obstacles de la vie en éléments constructifs pour sa vie, se forger et mieux apprécier chaque instant que nous procure la vie » (comme l’indique un commentaire d’une lectrice sur Amazon).  

Le 29 novembre dernier, Valérie Motté est venue me voir à l’agence pour une première mandorisation.

valérie motté,pour tout ce que la vie nous donne,interview,mandorLe livre (par l’auteure) :

"Nous traversons actuellement une période de grandes transformations énergétiques qui bousculent le monde entier. Certains s’interrogent sur ce chaos et sont effrayés ; d’autres ressentent le besoin de se recentrer sur l’essentiel et sont en quête de vérité. Au final, la majorité d’entre nous aspire à la paix, au respect et à l’équité. Les drames familiaux qui m’ont touchée ont révélé ma médiumnité et mon cheminement m’a conduite à développer ma spiritualité et à écouter mon cœur. Je suis infiniment reconnaissante pour chacun de ces instants expérimentés, pour la confiance que le monde invisible et ses messagers m’ont accordée, pour ce caractère qui m’offre cette conscience de la préciosité de la vie et de ses charmes si nombreux. J’ai souhaité partager avec vous mon parcours pour, peut-être, donner envie à quelques-uns d’entre vous d’envisager la vie différemment. Pour témoigner qu’il est toujours possible de voir la lumière dans l’obscurité."

L’auteure :

Tourangelle d'origine, Valérie Motté est productrice artistique (Vavélie productions). Elle est également l'auteure de plusieurs ouvrages de développement personnel dont Douceurs angéliques aux éditions Pygmalion et Conseils de fées et potions magiques pour se sentir bien aux éditions Jouvence. Valérie Motté est douée d’une intuition hors du commun, qui lui permet d’être à l’écoute de la nature, des messages et des signes que lui transmet la vie. Adepte des médecines douces, elle utilise des « potions naturelles » pour prendre soin de son âme et de son corps. Autant de connaissances qu’elle souhaite partager, aujourd’hui, avec le plus grand nombre, à travers ses ouvrages et ses conférences.

Elle anime aussi l'émission Douceur et Confidences qu'elle propose sur Dailymotion  (je vous propose d'ailleurs les trois dernières dans cette chronique).

Ivalérie motté,pour tout ce que la vie nous donne,interview,mandornterview :

Ce livre témoignage  a-t-il été écrit pour aider les autres ?

C’est un livre que j’ai commencé il y a 9 ans. C’était à la base pour rendre hommage à mon petit frère Erwan qui est décédé. C’est le fil conducteur. Autour de moi, mes amis trouvent que je suis toujours positive quoi qu’il arrive et que je vois toujours la lumière même quand la période est plutôt ombragée. Ce sont eux qui m’ont poussé à témoigner, à partager… encore plus dans cette période complexe et difficile pour tout le monde. Du coup, j’ai essayé de proposer humblement une vision de la vie. Il faut se dire que la vie est belle, même quand on traverse des choses  difficiles. J’ai traversé des épreuves pas simples, mais aujourd’hui, je dis que la vie est belle.

Tu ne fais pas la morale, juste tu racontes ton histoire.

C’est un partage au plus grand nombre de mon parcours de vie et il n’y a aucun prosélytisme. Je ne détiens aucune vérité, juste la mienne.

Tu parles aussi de ta vie spirituelle.

Pas trop, parce que c’est personnel et je ne suis pas donneuse de leçon. Il y a beaucoup de livres de témoignages qui sont dans les conseils directifs. Moi, je considère que chacun doit expérimenter et vivre ce qu’il a à vivre.

Cela t’a fait du bien d’écrire ce livre ?

Ça ne m’a pas fait que du bien. La fin de ce livre a été écrite avec beaucoup de souffrance. Toi qui écris, tu sais qu’on revient souvent en arrière, on recorrige, il y a des allers-retours avec la maison d’édition. Même si je suis guérie de beaucoup de chose, j’ai tant ressassé que ça a fini par m’atteindre. Je dois admettre que ça été difficile et violent, mais aujourd’hui, je suis très heureuse parce que c’est une page qui se tourne. Je n’oublierai rien, mais c’est quelque chose qui se termine. Nous sommes en année 9 et en numérologie, cela équivaut à la fin, à l’achèvement de quelque chose. Pour moi, c’est tout un cycle qui se termine.


"Douceur & confidences" Olympe HD par VavelieProductions

Tu expliques au début du livre qu’il aurait pu sortir il y a bien longtemps, mais qu’une conjonction d’évènements à fait qu’il ne sort qu’aujourd’hui. C’était donc que le bon moment était aujourd’hui.

Exactement. Il a pu être enrichi par les 9 années d’expériences et par mon évolution spirituelle. Si je l’avais sorti avant, il y aurait eu beaucoup plus de colère. Là, elle est posée à un moment, parce que je ne renie pas la tristesse et la colère que j'ai pu avoir. Avec le recul, j’y vois des choses très belles. Et grâce à ce que j’ai traversé, je suis devenue la femme que je suis aujourd’hui.

Tu ne regrettes rien ?

Je n’ai absolument aucun regret. Si je devais refaire mon parcours amoureux ou professionnel, je ferais la même chose.

C’est difficile ce côté « j’écris ma vie, mais il faut intéresser les gens » ?

Bien sûr, j’ai envie d’intéresser le plus grand nombre. Dans ce livre, il y a différentes facettes qui devrait faire résonance à des lecteurs. Tous ceux qui ont lu mon livre ont été touchés. Autant les hommes que les femmes d’ailleurs. J’ai ouvert mon cœur avec sincérité et authenticité. C’est un livre de partage, mais aussi de gratitude.

valérie motté,pour tout ce que la vie nous donne,interview,mandorTu parles des fées et des anges, tes sujets de prédilections dans tes précédents ouvrages. Tu dis que tu as vu réellement des fées quand tu étais jeune. Tu n’as pas peur que l’on te prenne pour une dingue ?

On me l’a déjà dit, mais ça ne me fait rien. J’ai eu l’occasion de rencontrer d’autres personnes qui voyaient les esprits de la nature. Quand on me demande comment sont les fées, je réponds que je les vois comme la fée Clochette. Toute petites, scintillantes, pétillantes  et joyeuses. Souvent, quand je raconte ça, les adultes bloquent et s’imaginent que ce sont les fameux personnages imaginaires que les enfants voient. Pour la plupart des enfants, la médiumnité est ouverte. Il n’y a pas de filtres et ils voient réellement des choses qu’adultes, on se refuse de croire. Les esprits de la nature existent, je t’assure.

Pourquoi tout le monde ne peut pas les voir ?

Je pense qu’il ne faut pas en avoir peur et y croire. Si tu laisses la possibilité que tout est possible, tout est possible. La vie va s’offrir à toi, mais il faut être ouvert et curieux  pour cela.

Et les anges ?

Mon ange gardien, c’est mon frère Erwan. Ce n’est pas un fantasme. Quand je suis remontée dans mes différentes vies antérieures, j’ai bien vu qu’il était là avec moi dans chaque vie.

Tu te sens privilégiée de voir ce monde invisible ?

Oui, surtout quand on traverse des périodes mondiales très complexes comme nous le vivons actuellement. Pour moi, les liens d’amour ne se brisent jamais et Erwan est vraiment là. Il m’envoie des signes assez régulièrement. Parfois, je le vois comme je te vois.

Tu m’as raconté que tu t’étais déjà fait réveiller par des entités. Moi, ça me ficherais la trouille.

Oui, ça, ce n’est pas marrant, mais je n’ai pas peur.


"Douceur & confidences" Gregory Mutombo HD par VavelieProductions

Tu ressens les gens plus intensément que la moyenne?

Oui, j’ai beaucoup de ressentis énergétiquement positifs ou négatifs. Mais c'est parce que j’écoute mon intuition. Cela, tout le monde peut le faire. Tout le monde à une intuition. On la développe ou on ne la développe pas.

Dans tes choix d’amoureux, par contre, on constate que tu ne fais jamais les bons.

Ça vient de mes blessures d’enfance. Avec les manquements de mon père, l’abandon, le rejet, je crois que je reproduis des schémas. Tant qu’on ne le comprend pas, qu’on ne l’accueille pas et qu’on ne le guérit pas, la vie est superbe (ironie)… elle t’envoie les mêmes. Ces hommes-là, je les remercie. Ils sont venus me montrer mes failles et mes blessures. J’ai travaillé sur moi et depuis un an, je sais que je ne veux plus du tout ça. Récemment, la vie a mis sur mon chemin un homme du même profil, je l’ai vu tout de suite et j’ai coupé court immédiatement. Je suis guérie.

Qu’espères-tu que ce livre apporte aux gens ?

Je ne pose plus d’attente aujourd’hui. Comme j’ai appris à vivre de plus en plus dans l’instant présent, je me dis que si les gens le reçoivent comme un simple cadeau et si ça produit en eux une petite résonance, si ça peut leur apporter une petite touche colorée dans leur vie, c’est gagné. On a tous en nous les ressources en nous pour aller bien. C’est aussi ce que j’explique dans ce livre.

Avec Vavélie Productions, tu t’occupes d’artistes (comme Magali par exemple).

Aujourd’hui, j’ai la liberté de choisir avec qui j’ai envie de travailler. Je ne pourrais pas travailler avec des artistes qui ne m’intéressent pas humainement et dont les univers ne me touchent pas. Il faut qu’il y ait quelque chose de positif dans la relation.

Tu fais aussi des émissions pour Dailymotion, Douceur et Confidences.

Je reste dans mon univers. J’allie, j’associe toutes mes palettes… et c’est génial de pouvoir le faire.


"Douceur & confidences" Geneviève de Fontenay HD par VavelieProductions

29 décembre 2016

Pierre Barouh : interview pour Les 50 ans Saravah

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Hier soir, j’étais en train de décrypter mon interview récente de Pierre Barouh à propos de l’album Les 50 ans Saravah. Cela faisait deux heures que je l’écoutais me parler quand j’ai ressenti le besoin de faire une pause. Une pause Facebook (mon péché mignon). Et là, je tombe sur un statut de Laurent Balandras annonçant la mort de Pierre Barouh. Je lui envoie un message spontané tant cela me parait improbable. Un type qui m’a reçu chez lui une bonne partie de la matinée, le 15 novembre dernier, ne peut pas être mort, ça n’a pas de sens. Réflexion idiote, je le sais bien. La mort frappe n’importe qui à n’importe quel moment. Je reste abasourdi.

Je me suis remis à l’écouter et plus rien n’avait le même sens. Je me marrais un peu avant cette terrible nouvelle parce que je m’entendais lui poser des questions sur l’album, mais il me répondait à côté, comme si ça ne l’intéressait pas d’en faire la promo. « C’est ma femme qui s’en est occupée » me répondait-il et il partait sur d’autres sujets… j'ai donc remis un peu en ordre certains de ses propos.

pierre barouh,hommage,les 50 ans saravah,interview,mandorQuand on interviewait Pierre Barouh, il fallait s’attendre à ce que cela parte dans tous les sens, mais tout était intelligent, magnifique et empreint de sagesse. Je l’avais déjà pratiqué (lire ma première mandorisation du personnage en 2007 et photo à gauche). Le 15 novembre dernier, celui qui avait indiqué sur sa carte d’identité à la mention profession, « promeneur », me baladait là où il voulait. Et moi, ça ne m’a jamais dérangé que l’on sorte des sentiers balisés de la promo. Bien au contraire. Je me laisse tout le temps faire si cela est fait avec bienveillance. Et avec cet artiste solaire, c’était toujours avec bienveillance.

Je vous propose donc cette interview dans sa version un peu écourtée.

Mini bio de Pierre Barouh :

L’auteur, compositeur, interprète et éditeur a écrit des paroles restées dans les mémoires, comme «La bicyclette» interprétée par Yves Montand.

Le parolier a également créé Saravah, son label découvreur de talents. Parmi eux : Jacques Higelin, Brigitte Fontaine, Jean-Roger Caussimon, Areski Belkacem, mais également le Bénino-Togolais Alfred Panou, précurseur du slam dans le paysage hexagonal, le Gabonais Pierre Adekengué, aux prémices de la world music, ou encore le percussionniste brésilien Nana Vasconcelos.

«Un homme et une femme», chanson du célèbre film de Claude Lelouch (1966) dont il est le parolier et l’interprète avec Nicole Croisille, sur une musique de Francis Lai, reste comme l’un des monuments de la carrière de cet artiste éclectique et curieux.

L’album"50 ans Saravah"   :

Crée en 1966 par Pierre Barouh, Saravah est l’un des plus anciens labels indépendants français de pierre barouh,hommage,les 50 ans saravah,interview,mandormusique. Son célèbre slogan : « Il y a des années où l’on a envie de ne rien faire » définit très bien l’âme de ce label qui aime à se qualifier comme «  Les rois du slow-bizz ». Au-delà de la production phonographique, Saravah, est avant tout une aventure humaine, faite de coups cœurs, de rencontres artistiques;  toujours imprégnées d’une profonde éthique : passion et amour de la découverte de l’autre par les voyages et la création. Face aux obsessions de rentabilité, sa dimension romantique et bohème, semblait pourtant la condamner à court terme…  Pourtant, Saravah est heureuse de fêter cette année : ses 50 ans d’activités! Aujourd’hui, plus que jamais, nous voulons témoigner des talents et du monde qui nous entourent. C’est dans cette optique que nous souhaitons partager notre patrimoine sonore, de 50 ans de productions et d’éditions, en le rendant plus accessible à ceux et celles qui nous suivront demain. Avec Bertrand Belin, Kahimi Karie, Albin de la Simone, Camélia Jordana, François Morel, Yolande Moreau, Bastien Lallemant, Maïa Barouh, Jeanne Cherhal, Séverin, Olivia Ruiz, Bears of Legend et Sheena Ringo. Avec le soutien de la SPPF , l'ADAMI et  la SACEM. Dessin : Charles Berberian.

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pierre barouh,hommage,les 50 ans saravah,interview,mandorInterview :

Vous avez toujours été indépendant et libre. Des hommes comme vous, cela devient rare…

Je n’ai jamais eu aucune ambition de carrière, jamais eu d’imprésario ou d’agent. Je ne crois pas en la liberté, mais je crois en la disponibilité… mais la disponibilité réclame une énorme vigilance. J’adore me rendre disponible. On me dit « viens ! », je viens. Et je ne reviens jamais sur une parole donnée.

Vous êtes un grand et éternel voyageur.

Sur mon tout premier passeport, à la rubrique « profession », j’avais marqué « promeneur ». Mon premier voyage était en Norvège. J’avais ma petite guitare et je faisais du stop. Il m’arrivait de faire du stop alternativement d’un côté et de l’autre de la route. C’est vraiment le symbole de la disponibilité. Se dire que le premier qui s’arrête m’amène vers le nord ou vers le sud.

Vous avez aussi toujours été disponible à la reconnaissance du talent des autres.

Je fais même un prosélytisme qui est très chiant pour les gens qui m’entourent, parce que dès que j’aime quelqu’un, un film ou un livre, je n’arrête pas d’emmerder tout le monde avec ça.

Séverin a invité Pierre Barouh à chanter "Samba Saravah" à l'occasion des Francofolies de La Rochelle 2016. 

Nous sommes chez vous pour parler des 50 ans de votre label Saravah. C’est vertigineux pour vous 50 ans ?

Je n’ai aucun sens du temps. Je vis trop au présent pour remarquer le temps qui passe.

Ce projet de disque n’est pas gênant pour vous, du coup ? Parce que ça veut dire s’arrêter et regarder en arrière…

Mais, ça ne me dérange pas. Je suis rentré du Japon la semaine dernière et là-bas, ils ont fêté cet anniversaire. C’était formidable ! Il y a eu des projections de mes films, des interviews, un concert avec ma fille Maïa et des amis à elle. C’était dans une grande salle et quand ça s’est terminé, les gens étaient en larme d’émotion. C’était vraiment super. J’ai vécu au Japon des aventures d’un romantisme incroyable. J’y vais depuis 1982 et je suis fou de ce pays.

Vous êtes plus honoré là-bas qu’en France.

Je reste spectateur et il n’y a aucune amertume dans ce que je vais vous dire, mais je suis dans une situation très ambigu en France. Je suis un auteur à succès et j’ai passé 50 ans de ma vie à m’occuper du talent des autres. Dans notre pays, c’est suspect. Si je dis que je fais ça par passion, on trouve que c’est infantile. Dans ma vie il y a la chanson, mais il y a aussi le théâtre, le cinéma, du coup, les gens des médias ne savent pas où me placer, il m’ont mis dans un ghetto underground. En ce moment, je suis en train de glisser de ce ghetto au mythe. Ça prend d’ailleurs un parfum nécrologique (rires).

Vous sentez que l’on vous « mythifie » ?

Je le sens parce que je n’ai jamais autant reçu d’hommages qu’en ce moment.

Vous êtes spectateurs de cela, mais avec amusement ?

Oui. J’ai conscience d’être un privilégié total. Je n’ai vécu que de mes passions et je sais que ce n’est pas le cas de grand monde.

Parlons « argent ». C’est le nerf de la guerre. Je me suis toujours demandé si votre label Saravah s’en sortait correctement.

Au-delà du chiffre 3, je ne comprends rien. Je suis incapable de parler d’argent. Je sais que tous les trois mois, je reçois un chèque de la SACEM depuis des années. Avec Saravah, je ne prends pas d’argent. Tout va à a création. Mes rentrées, en priorité, ce sont les droits éditoriaux de mes chansons. Ils nourrissent beaucoup Saravah. J’ai passé ma vie à sauter à pied joints de répartition SACEM en répartition SACEM. Aujourd’hui, je touche une retraite de la SACEM.

Alors qu’un artiste comme vous n’est jamais à la retraite.

Je n’arrête pas puisque, je le répète,  j’ai cette obsession de la disponibilité.

Le 20 octobre 1966, Nicole Croisille et Pierre Barouh interprètent la chanson du film de Claude Lelouch, "Un homme et une femme" écrite par Francis Lai et Pierre Barouh.

Que pensez-vous de ce disque célébrant les 50 ans de Saravah ?

Il est formidable. Ma compagne, Atsuko Ushioda, a joué un grand rôle dans ce projet, tout comme elle a joué un rôle incroyable dans la survie de Saravah. Aujourd’hui, nous sommes le plus ancien label indépendant planétaire et c’est grâce à elle.

Qui s’est occupé du casting des chanteurs qui ont participé à ce disque ?

C’est Atsuko qui a tout géré, je vous dis, je n’ai pas fait grand chose. Je lui fais confiance.

Est-ce que les marques d’affection et d’admiration vous touchent encore ?

Evidemment. Ça m’émeut beaucoup.

Et les critiques ?

(Il réfléchit longuement.) On vit dans une société ou le négatif prend le pas sur le positif. Il y a 300 personnes qui vont me dire que je suis un mec super et trois qui diront le contraire. Ces trois-là vont faire un chemin disproportionné par rapport aux 300 autres.

Pierre Barouh, Des ronds dans l'eau, avec Pierre-François Blanchard au piano au Festival chansons et paroles 2012 de Barjac. Cette chanson écrite par Pierre Barouh a été interprétée par Françoise Hardy.

Je sais que vous vous vous battez depuis longtemps pour que les gens deviennent plus courtois les uns envers les autres…

Comment vous savez cela ? Quand je suis rentré du Japon en 1982, j’ai même fait un dossier que j’ai envoyé au ministère de la culture. Je voulais monter en France une grande campagne de courtoisie. L’élément de la courtoisie est un élément vital dans toute la spirale économique. Je voulais réunir des sociologues et des économistes qui puissent tenter de faire l’inventaire de ce que coûte à la nation le manque de courtoisie élémentaire. C’est inchiffrable. Je n’ai jamais eu de réponse du ministère de la culture (rires).

En tout cas, on sent que vous avez un amour total de la chanson.

Pour moi la chanson, c’est un mode d’expression totalement privilégié et absolument magnifique. Vous pouvez exprimer des sentiments très complexes avec des mots toujours très simples. Le privilège, par rapport à d’autres formes artistiques, c’est que c’est communicable immédiatement.

Excusez-moi la banalité de cette question, mais est-ce difficile ou simple d’écrire une chanson ?

Quand j’ai commencé à écrire à 14 ans, je me suis nourris de gens comme Brassens. C’est lui qui m’a appris que la contrainte sollicite l’imagination, que mon imagination naturelle est pauvre comparée aux contraintes que je m’impose pour écrire. Parfois, je reste 4 mois sur une chanson. La grande satisfaction, c’est de savoir que les gens croient que je l’ai écrite en 12 minutes.

Si je résume, c’est dur de faire simple.

Oui, c’est ça. Par exemple, dans « Le vieux Léon », Brassens a pratiquement tout écrit en octosyllabe. Il fait arriver des rimes très riches au bout du 4e pied. Brassens m’a appris que la vraie élégance, c’est que l’on ne sente pas l’effort. Tout est au service du portrait qu’il trace.

Lundi 26 novembre 2012, lors d'une soirée privée organisée par le magazine "Plaisirs du Gers" à L'Atelier de Marciac, Pierre Barouh interprète "La bicyclette", chanson qu'il a écrite et qu'a chantée Yves Montand.

C’est un film qui vous a mené à la chanson.

Il n’y a que des hasards objectifs. Il y avait un petit cinéma en bas de chez moi à Levallois-Perret, L’Eden. Je suis allé voir Les Visiteurs du Soir  et je peux dire que ma vie a basculé sur trois mots de Jacques Prévert. Bref, beaucoup de mes chansons ont un découpage totalement cinématographique. C’est le cas de « La Bicyclette » par exemple. Raconter des histoires, provoquer l’imagination des gens, c’est primordial pour moi.

Avez-vous envie de ressortir un disque à vous ?

Si j’ai des nouvelles chansons, bien sûr. J’en ai déjà deux ou trois, écrites récemment. J’ai toujours en tête le souhait de traduire des sentiments ou des évènements par des mots.

C’est toujours une joie intense d’être sur scène ?

Oui, parce que j’ai toujours eu le goût du partage. J’espère en faire encore longtemps.

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A l'issue de l'entretien, chez lui, le 15 novembre 2016.

Le lendemain de cette interview, je me suis rendu à la soirée de lancement du livre de Baptiste Vignol, Les tubes, ça s'écrivait comme ça pour lequel Pierre Barouh avait donné un entretien-fleuve sur sa vie, ses chansons, son amour des rencontres. Je laisse Baptiste raconter la suite (tiré de son blog perso Mais qu'est-ce qu'on nous chante?).  "Pierre Barouh était arrivé tout sourire, son casque sous le bras, entrant dans la librairie Parallèles, rue Saint-Honoré, les doigts dans sa belle chevelure blanche. Il avait retrouvé ce soir-là son vieux copain Frank Thomas qu'il n'avait pas revu depuis au moins vingt ans. «Tu sais qu'on est tous jaloux de toi» lui avait dit Thomas, en l'embrassant. Devant l'air étonné de Barouh, le parolier (Frank Thomas est l'auteur de Marie-Jeanne pour Joe Dassin, du Téléphone pleure pour Claude François, de Dites-moi pour Michel Jonasz…) précisa sa pensée: «“La Bicyclette”, “Les Ronds dans l'eau”… On aurait tous rêvé de les écrire, ces chansons-là!» Après avoir longuement bavardé avec ce complice de toujours, revu François Bernheim, rencontré Vincent Baguian et dédicacé quelques livres à des admirateurs, Pierre Barouh s'en était reparti à scooter dans la nuit de novembre, saluant tout son monde d'un fraternel «À bientôt!»"... 

La suite est à lire ici.

J'ai pris quelques photos de ces moments. Les voici:

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Photo culte (mais floue) : Frank Thomas, Laurent Balandras, Geneviève Morissette Perso, Baptiste Vignol, Pierre Barouh et François Bernheim.

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Frank Thomas, François Bernheim, Geneviève Morissette et Pierre Barouh.

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Frank Thomas, Geneviève Morissette, Baptiste Vignol, Mandor et Pierre Barouh.

28 décembre 2016

Thierry Brun : Interview pour Les Rapaces

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Thierry Brun est un auteur de roman noir très poli et discret. On se demande d’ailleurs si c’est bien lui qui écrit les histoires qu’il raconte tant il laisse KO le lecteur. Ses héros sont sans pitié ni état d’âme. Dans son monde animal, c’est dur, puissant, sans concession. Quand on lit un livre de Brun, on a l’impression de recevoir de véritables coups de poing dans la tronche et dans le cœur. Les rapaces n’échappent pas à cette règle.

Le 6 octobre dernier, Thierry Brun est venu à l’agence pour une troisième mandorisation (voir la première ici, et la seconde là).

thierry brun,les rapaces,interview,mandorLa 4e de couverture :

Ancien bras droit du narcotrafiquant Arthus Graham, respectée de la profession, Alexandra Blaque, jeune femme qui a laissé derrière elle les trottoirs de Vitry-sur- Seine pour gravir les marches des palaces de Paris à Ibiza, purge aujourd’hui une longue peine de prison.

Appartements transformés en ateliers de production de pains de coke, caves et escaliers gangrenés par le deal, policiers désabusés, caïds hyperviolents à peine sortis de l’enfance… Même si la menace du gang la hante souvent, celle qui déclarait encore quelques années auparavant : « J’ai seize ans et la médiocrité me terrorise. Je sais menacer, mettre à exécution » a décidé de tirer un trait sur sa jeunesse de soldat pour commencer une nouvelle vie et aller vers le soleil.

Mais on ne trahit jamais impunément. Et à sa sortie de prison, Alexandra voit son passé ressurgir avec violence.

Avec l’aide d’une journaliste d’investigation farouchement déterminée à faire toute la lumière sur ce monde interlope, elle va affronter la vengeance des clans et tenter de retrouver Nicolas, celui qui lui a appris l’amour, le seul à qui elle n’a rien à cacher, le seul à être craint de tous. Ses vieux démons réveillés, Alexandra se lance dans cette quête dangereuse, entre amour, paradis perdus et vendettas fratricides, avec la détermination de celle qui n’a plus rien à perdre.

L’auteur :

Thierry Brun vit et travaille à Paris. Il est l’auteur de Surhumain (Plon, 2010), La Ligne de tir (Le Passage, 2012) et Les Rapaces (Le Passage, 2016).

thierry brun,les rapaces,interview,mandorInterview :

C’est en écoutant la chanson de Maissiat, « Le départ » que tu as eu l’envie de créer le couple Alexandra/Nicolas.

Dans ce livre, j’ai voulu écrire sur mon enfance, mon adolescence, les amis que j’ai pu côtoyer à Garges-lès-Gonesse, à Sarcelles et à Vitry, mais je voulais aussi un couple qui s’aime vraiment. Et effectivement, les paroles de cette chanson de Maissiat ont tout déclenché. Elles m’ont inspiré le sentiment d’abandon, de perte, d’envie de revivre… qui collait parfaitement à mes deux héros. J’ai tout de suite eu le scénario de ce couple séparé par les événements et qui endure la chienlit pour se reformer, contre vents et marées. Merci Maissiat !

Qui sont les Rapaces ?

Ce sont des criminels, des trafiquants, toujours en mouvement. Ils n’ont aucune excuse, ne s’en cherche pas. Ils avancent, font du fric, tombent (prison, blessures) et se relèvent. Entre deux coups de pression, ils essaient de s’aimer le mieux qu’ils peuvent; sans trop se blesser. Choisir le monde qui te verra grandir n’est pas donné à tout le monde. Ils auraient pu prendre une autre voie et ne se cachent pas derrière leur petit doigt. Ce ne sont pas des anges sous des airs menaçants. Ils dealent, menacent, et aucune de leurs actions ne vient les racheter.

Ce livre est très documenté !

Il y a eu beaucoup d’interviews, de recherches, de souvenirs personnels qu’il a fallu faire remonter à la surface… J’ai bien connu beaucoup de personnes et d’évènements dont je parle dans mon roman, mais j’ai repris aussi des histoires que l’on m’a racontées.

Gamin, tu aurais pu basculer du mauvais côté ?thierry brun,les rapaces,interview,mandor

Je n’ai pas fait ce que font les jeunes dans mon livre, mais j’ai eu des problèmes. C’était plus à cause de mon comportement avec les autorités. Je n’étais pas le garçon policé que je suis maintenant. J’étais un peu rebelle, un peu dingue, mais j’ai rencontré les bonnes personnes, dont un prof de musique et un flic. Le prof de musique m’avait dit un jour : « On se démet ou on se soumet, mais se soumettre, c’est un apprentissage. »

Dans tous tes livres, il y a cette part d’enfance que tu as vécue. Tu n’arrives pas à t’en détacher ?

J’ai eu une enfance nomade. Mon père était itinérant. Il vivait dans une caravane et travaillait sur les chantiers dans toute la France. Je pensais que je m’en étais bien affranchi quand  je suis devenu papa. Mais quand j’ai commencé à écrire, tout est revenu. C’était un ciment qui était beaucoup plus solide que je ne le pensais.

Tes personnages sont tous très forts. Même ceux qui ont moins d’importance que les autres.

En fait, je suis amoureux de tous mes personnages. Il n’y en a aucun que je considère anodin. Je tiens beaucoup à eux. Mais je ne voulais pas qu’ils soient sympathiques. Alexandra est une enfoirée, elle fait les choix les moins sympathiques et ses actions sont souvent cruelles. Mais, sans l’excuser, elle a des raisons d’être comme elle est.

thierry brun,les rapaces,interview,mandorDans le chaos le plus total, tu as écrit une histoire d’amour… et, du coup, on s’attache presque à Alexandra et Nicolas.

J’ai voulu montrer que même les plus pourris étaient capables d’amour. S’il ne reste plus qu’une chose, c’est l’amour.

Tes romans deviennent  de plus en plus noirs, je trouve.

Oui, et il y a de moins en moins d’espoir dans ce que j’écris. Ça doit venir de mon état d’esprit (rires).

Les Rapaces sort en poche. C’est une seconde vie pour ton livre.

Oui, c’est une bonne nouvelle. Quand un livre est acheté pour sortir en poche, on est rassuré sur sa qualité.

Dans tes livres, tu aimes bien jouer avec la psychologie de tes personnages.

C’est ce qui m’intéresse le plus. Rentrer dans la tête de mes héros et développer leur pensée et leurs actions.

Tu écris déjà ton prochain livre ?

Oui. Ce sera la suite des Rapaces, mais on pourra le lire indépendamment. Il y aura moins de personnages et je développerai la relation Alexandra et son père. Je considère que le passé nous rattrape tout le temps et je ne peux m’empêcher d’en faire un sujet récurrent dans mes romans.

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Après l'interview, le 6 octobre 2016.

27 décembre 2016

Tété : interview pour Les chroniques de Pierrot Lunaire

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Six albums en seize ans de carrière, Tété prend son temps pour écrire, définir le concept général de ses albums et coucher ses humeurs... toujours dans l’air du temps. Les critiques sont unanimement positives et les fans toujours enthousiastes.

Pour Les Chroniques de Pierrot Lunaire, comme d’habitude, les mots ne sont jamais vains, les mélodies jamais convenues et la voix chaleureuse toujours assurée.

tété,les chroniques de pierrot lunaire,interview,mandorInterview d’un artiste qui sait se faire discret et qui parle rarement pour ne rien dire. C’était le 19 octobre dernier dans un hôtel de la place Pigalle (lire la première mandorisation, puis la seconde).

Argumentaire officiel de l’album:

L’auteur-compositeur et musicien Tété est de retour avec un 6e et nouvel album Les Chroniques de Pierrot Lunaire entièrement produit par lui-même. Un retour aux sources entre blues et folk, où sa voix limpide renoue avec la simplicité et le dépouillement sonore des débuts. C’est l’histoire « d’un homme qui doit un jour affronter la violence de la réalité. Chanson après chanson, il apprend à changer son regard sur ce qui l’entoure ». Des chœurs entêtants de « Persona Non Grata » à « L’amour à nos chevets », l’album narre une quête personnelle tout en évoquant les méandres kafkaïens de notre société et la course à la consommation.

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tété,les chroniques de pierrot lunaire,interview,mandorInterview :

Tu aimes bien la promo ?

Je me suis retrouvé moi-même à interviewer des gens à l’étranger pour une émission de télévision, alors je comprends comment ça se passe. Je ne suis pas journaliste, ce n’est pas mon métier, il m’est arrivé de tomber sur des artistes qui n’avaient pas envie d’être là, j’ai compris ce que cela faisait quand on tient le micro et que l’on pose des questions auxquelles l’autre n’a pas envie de répondre. Du coup, je suis devenu plus humble par rapport aux interviews. Je me dis que je vais juste converser avec quelqu’un qui s’intéresse à mon travail et ça me rend heureux.

6 albums en 16 ans, cela paraît peu, mais je sais que chez vous le temps n’est pas « linéaire ».

Il est un peu comme une matière qui changerait de texture selon qu’il fasse chaud ou froid. La magie du métier, c’est que l'on a pendant 6 ou 7 ans l’âge du dernier album, ce qui n’empêche pas de considérer que les autres vieillissent. Ca « distorse » la sensation du temps qui passe.

Clip de "Persona non grata".

Les chroniques de Pierrot Lunaire est un album concept sur un homme qui décide de voir la vie avec tété,les chroniques de pierrot lunaire,interview,mandorun regard d’enfant.

Le Pierrot dont je parle n’arrive pas à se dépatouiller de l’âpreté du réel. Il finit par se dire que le réel en soi, ce n’est pas ce qui fait le tout. Ce qui fait le tout, c’est le regard que l’on porte sur le réel. A partir de là, il essaie de retrouver son regard d’enfant. Je l’ai appelé Pierrot Lunaire car cela fait penser à la mélancolie, aux rêves et à la flânerie.

Ce Pierrot est un double de Tété ?

C’est peut-être celui que j’aimerais redevenir. Adulte, on vit dans une société qui nous exhorte à être performants. Tout est un peu normé, calibré. Dans l’enfance, on ne regarde pas la montre, on est plus libre, il y a moins d’enjeu. Avec l’absence d’enjeu, vient le plaisir.

Ce n’est pas la première fois qu’il y a un fil conducteur dans un de tes albums. Déjà, il y a pile 10 ans, dans Le Sacre des lemmings et autres contes de la lisière

Tu as raison. Cet album est d’ailleurs très proche du Sacre des lemmings. J’ai eu du temps pour Pierrot Lunaire, du coup, j’ai pu faire en sorte que chaque chanson soit comme un chapitre d’un livre. De chanson en chanson, mon personnage annonce qu’il va partir, mais il ne part jamais. J’ai été comme ça, moi aussi, à un moment donné. Pierrot va apprendre à se réincarner, à se réappartenir et à se rendre compte que la lumière est dans sa capacité à se projeter.

Clip de "Pierrot Lunaire".

tété,les chroniques de pierrot lunaire,interview,mandorChanger le regard sur la vie, finalement, ça concerne tout le monde, non ?

C’est ce à quoi nous sommes acculés en tant que citoyens, consommateurs, parents… Par exemple, on doit avoir une conscience environnementale. Avant c’était un truc d’écolo, aujourd’hui, ça nous engage tous. On est tous condamnés à changer notre regard sur les choses et les évènements.

Les artistes ne sont-ils pas tous des grands enfants et n’ont-ils pas déjà ce regard ?

Tu as raison. Au fond, c’est un axiome qui s’applique aux artistes, aux fous et aux enfants.

Tu disais tout à l’heure que nos vies étaient calibrées… toi pour te « décalibrer », tu voyages beaucoup, c’est ça ? Tu es parti récemment au Japon et à Tahiti par exemple.

Oui et non. Qu’est-ce qui fait l’unicité de notre vie ? Est-ce le rythme frénétique auquel on est soumis ? Est-ce que ce sont nos enfants, nos frères, nos amis, nos passions ? Je suis parti au Japon avec ma guitare. C’était une manière de me reconnecter avec le bois. J’ai vécu comme un vagabond, seul avec ma guitare et mes chansons. Tahiti, ce n’est pas pareil, je suis parti en famille… le point commun entre ses deux voyages, c’est l’absence d’enjeu.

Comme nous sommes entre Noël et le jour de l'an, il me paraissait opportun de vous proposer cette vidéo mise en ligne par Tété il y a trois jours... "Joyeuses fêtes" à tous!

Dans ton album précédent, Nu là-bas, il y avait une équipe de 10 personnes, là, tu es quasiment seul.tété,les chroniques de pierrot lunaire,interview,mandor

C’était génial d’avoir une grosse équipe, mais derrière cela, j’ai eu envie d’incarner mon nouvel album différemment. Cela passait par jouer dans des salles plus petites, seul à la guitare.

Cela t’a apporté quoi de jouer « en solo sans sono » ?

Ça m’a ramené vers la simplicité. Quand on se déplace à 10, c’est un peu la colonie de vacances, on n’a pas la même expérience des lieux où on va. On n’échange forcément moins avec l’autre, car on n’en a moins besoin. La tournée « solo sans sono » se faisait avec un plus petit véhicule, j’avais donc plus de flexibilité. J’ai eu beaucoup d’échanges avec les gens. Ça fait du bien. Et quand je reviens à la maison, j’ai des histoires à raconter.

Pour cette tournée, tu chantais réellement sans micro, c’est dingue !

Oui, mais tu sais, j’ai commencé comme chanteur de rue. C’est une très bonne école de l’humilité. J’ai pu redécouvrir et faire découvrir le son de ma voix, sans effet, sans réverbération… c’était merveilleux !

Les chroniques du Tour 2016... (passionnant).

tété,les chroniques de pierrot lunaire,interview,mandorTu viens d’avoir 40 ans, est-ce que cet album est un peu un bilan d’une première partie de vie ?

C’est un bilan de décennie. Quand j’étais gamin, on parlait beaucoup du démon de midi. Les hommes de 40 ans qui vont avec une femme plus jeune, qui conduisent une voiture de sport… et en fait, arrivé à 40 ans, je me rends compte que j’appartiens à une génération d’adulescents. Des types qui à mon âge portent encore des baskets, qui ont des figurines Star Wars chez eux, qui font des enfants tard. Forcément, la quarantaine est vécue différemment. Ce disque est aussi le bilan d’un type qui apprend à se responsabiliser un peu et essayer de récupérer une part d’humanité perdue dans le fait d’être un homme.

As-tu peur de ne plus avoir d’inspiration ?

Oui. Il faut parvenir à garder sa signature musicale, vocale, textuelle, parce que c’est cela qui nous différencie. Il faut apprendre à incarner et accepter ses défauts. Parfois, le fait de me demander si tel ou tel thème ou telle ou telle musique me ressemble a pour conséquence de me retrouver  devant une page blanche assez longuement.

Te rends-tu comptes que beaucoup de gens apprécient ton travail et que tu as un public très aimant.

Mes copains me disent souvent que je suis parano, je n’ai donc pas conscience de ce que tu viens de me dire. Je me dis que les gens ont le choix, donc je considère que rien n’est jamais joué d’avance. Nos personnalités se cristallisent entre l’âge de 15et 20 ans et, dans cette tranche d’âge, j’étais dans le doute en permanence. Les chansons de moi qui restent sont des chansons d’incapacité. Cela tombe bien, c’est cet état-là qui me pousse à écrire. Quand tout va bien, j’ai plus envie d’aller au parc avec ma famille que d’écrire des chansons.

La vie d’artiste que tu mènes aujourd’hui te convient donc ?

J’avoue, c’est très cool.

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Le 19 octobre 2016, après l'interview.

4 jours après cet entretien, Tété recevait un message d'un autre temps...

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Il a répondu sur sa page Facebook:

Samedi soir, minuit passé. Enchanté par la lecture d'une bio passionnante sur Rick Rubin (le producteur de Jay Z), je m'apprête a éteindre les feux quand un petit bip de mon téléphone porte a mon attention l'arrivée d'un e-mail. J'ignore quel est le mécanisme qui me pousse a ouvrir le dit courriel, moi qui ne consulte jamais ma messagerie après 22 heures (je tiens a mon sommeil), peut être une certaine préscience de l'absurde. C'est a ce moment précis, que je découvre votre commentaire au bas d'un de mes vidéo-clips, François Moretti:

"Musicalement c'est sympa, mais putain c'est un noir, et désolé, mais ça ne passera jamais..."

Et paf. Me voilà en proie a un singulier mélange d'émotions.

Le début de l'assertion est somme toute plein de bienveillance et contraste singulièrement avec la violence de la conclusion. Vous avez un joli sens du contraste, et de la dramaturgie, Mr Moretti.

Passés l'effroi, je savoure la tragique ironie d'un tel message, posté au bas d'une chanson qui parle justement de rejet. C'est assez savoureux, avouez. L'orthographe est impeccable et vous signez même de votre nom, ce qui d'une certaine manière vous singularise puisque ce type d'abomination est d'habitude commis sous le sceau de l'anonymat. Alors je me dis que ce message appelle une réponse. Quelque-chose.

L'album dont la chanson en question est l'ambassadeur, parle de changer son regard sur les choses.

Passé donc l'incrédulité, le dégoût et il faut bien le dire, un certain amusement, j'applique a ma petite personne l'histoire de mon Pierrot Lunaire, et m'applique a changer d'angle:

Ce message a pour but de me stigmatiser dans ce qui m'essentialise n'est ce pas? Ce qui m'a amené a penser a ce qui me définit, au delà de la couleur de ma peau. Je suis noir, certes. Je suis également:

-guitariste.
-allergique aux crustacés.
-poète.
-myope.
-de gauche.
-lecteur gourmand.
-un peu bougon le matin.
-Fan de musique classique
-cinéphile.
-engagé au même titre que tous, sur une voie dont personne ne sait où elle nous mène.

Mais puisqu'il est question de changer d'angle, je reviens a notre popote et me demande comment j'aurais réagi si le message avait dit:

"Musicalement c'est sympa, mais p***** c'est un guitariste, et désolé mais ça ne passera jamais..."

Et là, me voilà parti dans le plus joli fou-rire dont j'ai pu faire l'expérience depuis longtemps, saisi que je suis par l'absurde du truc.

Mais pourquoi donc être "désolé", monsieur Moretti? A l'accoutumée les gens comme vous disent tout haut ce que pensent les autres tout bas, et ce de la plus noble façon qui soit: droit dans vos bottes.

Ce "désolé" ajoute une dimension psychanalytique a votre profil, ce qui finalement vous rend attachant, mr Moretti:

Le classique du censeur, qui se découvre perméable aux abominations qu'il prétend lui-même dénoncer. On est dans la tragédie grecque, c'est absolument génial.

Pour finir, en pensant a votre amertume, c'est moi qui me trouve désolé pour vous, mr Moretti.

D'autres que moi auraient saisi les instances compétentes ( La Licra , au hasard) pour tenter de faire de l'affaire un cas d'école. L'idée m'a effleuré, c'est vrai. Mais tout bien considéré, j'ai vraiment trop de trucs a faire, la tout de suite, mr Moretti.

On parle souvent de la taille du sexe des Noirs. Rarement de celle de leur ego. Revoilà le mien singulièrement boosté finalement: mes mélodies seraient donc tellement chouettes, qu'elles touchent même au dela de l'aversion qu'inspire leur auteur?? Waouw. Hyper touché. Mais moi aussi je vous aime vous savez.

Allez, sans rancune!

Salutations distinguées d'un Noir débordé

PS: méfions nous, j'écris aussi pour d'autres, qui passent encore plus a la radio que moi. Le mal est partout, mais ensemble, on est plus forts. N'est-ce pas, monsieur Moretti?

Et voici sa réponse lors de son dernier Café de la Danse. La classe, tout simplement.

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21 décembre 2016

Grands Prix du Disque et du DVD 2016 de l'Académie Charles Cros

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971350_153136021534652_1854479169_n.pngLe 24 Novembre dernier s’est tenue la proclamation des Grands Prix 2016 de l’Académie Charles Cros à la Maison de la Radio. Fondée au lendemain de la guerre, en 1947, cette académie a pour objectifs de soutenir la création autant que la préservation de la mémoire sonore. Une fois par an elle décerne ses Grands Prix internationaux du disque, attentive tant aux compositeurs, auteurs, interprètes qu’à l’esprit d’entreprise et au courage des éditeurs graphiques et phonographiques. 

Cette académie, que beaucoup jugent irréprochable dans ses choix (il se trouve que depuis quatre ans, les jeunes artistes primés correspondent souvent aux mandorisés des mois précédents... preuve que nous avons des goûts similaires) récompense les artistes qui portent et  illustrent la diversité des cultures des peuples qui ont le français en partage. Elle contribue également à établir le lien entre les artistes et les publics, notamment les jeunes, mettant au cœur de ses préoccupations l’accès de chacun à la culture. Elle établit désormais un lien entre l’enregistrement sonore et le spectacle vivant. 

Je m’attarde ici sur les récompenses « CHANSON », laissant de côté la musique classique, le jazz et les musiques du monde (qui ne sont pas précisément mes spécialités). Ainsi, voici les photos (accompagnées de quelques commentaires) de Juliette (grand prix pour l’ensemble de sa carrière), Michèle Bernard, Christian Olivier, Hildebrandt (en découverte discographique), Merlot (pour un disque jeune public), Miossec, Jules et le Vilain Orchestra ainsi que Barbara Weldens, ces trois derniers pour la scène.

(Merci à Jean-Marc Vaudagne  et Elodie Louette  de l’Académie Charles-Cros pour l’invitation… et l’accueil chaleureux et Alain Fantapié pour sa présidence, sa bienveillance et sa gentillesse exceptionnelles).

IN HONOREM INTERPRÈTES :

CHANSON :

JULIETTE (mandorisée là) pour l’ensemble de sa carrière, à l’occasion de la sortie de l’intégrale des albums en 13 CD + 1CD raretés (14 CD Polydor)

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(Photo : Pierre Majek)

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(Photo : Caroline Paux)

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(Photo : Caroline Paux)

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Le discours de remerciements de Juliette qui n'était pas vraiment un discours convenu, mais qui a bien fait rire l'assemblée. 

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(Photo : Caroline Paux)

Juliette et Alain Fantapié (président de l'Académie Charles Cros).

LES GRANDS PRIX INTERNATIONAUX DU DISQUE

DISQUES POUR ENFANTS :

MERLOT pour Marcel le Père Noël (et le petit livreur de pizza) (Little Village / Harmonia Mundi)

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(Photo : Caroline Paux)

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(Photo : Caroline Paux)

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(Photo : Caroline Paux)

Merlot (Marcel, le Père Noël) et Cédryck Santens (le petit livreur de pizza), fiers de ce prix.  

CHANSON :

Michèle BERNARD  pour Tout’Manières… (EPM)      

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(Photo : Caroline Paux)

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Sourire radieux d'une très grande dame de la chanson française (très souvent charlescrossisée et bientôt mandorisée). Que Michèle Bernard soit si peu médiatisée est un grand mystère (cf Anne Sylvestre).

CHANSON :

Christian OLIVIER (mandorisé là) pour On/Off (Mercury / Universal music)

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Dans une loge : Christian Olivier écoutant le Prix Filleul 2015, Thibaut Garcia (guitare classique) (photo : Jean-Marc Vaudagne)

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(Photo : Caroline Paux)

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(Photo : Pierre Majek)

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(Photo : Pierre Majek)

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"Z'avez vu mon beau diplôme?"

CHANSON DÉCOUVERTE :

HILDEBRANDT (mandorisé ici) pour Les Animals (At(h)ome)

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(Photo : Caroline Paux)

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(Photo : Pierre Majek)

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(Photo : Caroline Paux)

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(Photo : Caroline Paux)

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Joie!

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Je suis heureux de ce prix, parce qu'Hildebrandt est pour moi l'une des plus grandes découvertes de l'année.

GRANDS PRIX CHARLES CROS SCÈNE avec la Fédération des Festivals de Chanson Francophone  :

GRAND PRIX SCÈNE :

MIOSSEC (absent de la cérémonie) (mais mandorisé ici). Il est distingué pour sa tournée actuelle, qui suit son dixième album, Mammifères, avec des concerts qui se sont parfois déroulés dans des lieux inhabituels (guinguettes, chapelle, vignoble, musée, jardins).

PRIX "RÉVÉLATION SCÈNE"  :

Barbara WELDENS

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Pointe de pied tendue, Barbara Weldens détendue avant de fouler pieds nus la scène du studio 105 (photo : Jean-Marc Vaudagne).

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(Photo : Pierre Majek)

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(Caroline Paux)

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(Photo : Caroline Paux)

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(Photo : Pierre Majek)

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Barbara Hammadi (pianiste), Barbara Weldens et Marc Pfeiffer (président de la Fédération des Festivals de chanson francophone) (Photo : Pierre Majek)

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(Photo : Caroline Paux)

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Barbara Weldens (Pic d'Or 2016) avec Corinne Labat, présidente du Pic d'Or et Dany Lapointe (la manageuse de la chanteuse).

PRIX "RÉVÉLATION SCÈNE"  :

JULES et son Vilain Orchestra

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Dans les coulisses... Jules et ses compères interprétant les Forbans, juste avant leur entrée en scène (photo : Jean-Marc Vaudagne).

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(Photo : Pierre Majek)

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(Photo : Pierre Majek)

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(Photo : Caroline Paux)

 

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(Photo : Caroline Paux)

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(Photo : Caroline Paux)

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(Photo : Pierre Majek)

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Un journaliste chelou (mais fan de Jules) s'est incrusté sur cette photo. Sachez le reconnaître. 

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La photo de famille...