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21 avril 2012

Corinne Royer : interview pour "La vie contrariée de Louise"

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corinne royer,la vie contrariée de louise,interview,mandorJ’avais lu et beaucoup apprécié le premier roman de Corinne Royer, M comme Mohican et l’avais contacté pour lui signifier. Il était question d’une mandorisation, nous n’avons fait que nous croiser. Quand j’ai reçu le suivant, La vie contrariée de Louise, il me paraissait inimaginable que nous ne parlions pas ensemble de ce roman bouleversant. La petite histoire dans la grande m’a toujours fasciné, surtout  quant le sujet évoqué est si proche de ma propre vie.

Je suis petit fils d’un soldat autrichien qui a eu une liaison en 1944 avec ma grand-mère maternelle. Celle-ci a abandonné ma mère à une dame qui tenait des hôtels à Vichy durant cette période-là et qui, selon ce que je suis parvenu à apprendre, n’était pas franchement claire. Elle n’était pas précisément une Juste (contrairement aux héros du livre de Corinne Royer). Pas du tout même. J'ai un peu de mal à me dépêtrer de ce passé familial maternel que je porte en moi.

Je l’avoue ici, car depuis des années je compte raconter cette histoire-là dans un roman/récit (et j’évoque déjà cet aspect de ma vie, de manière parcellaire, dans mon livre).

Corinne Royer est venue à « l’agence » le 3 avril dernier.

corinne royer,la vie contrariée de louise,interview,mandor4e de couverture :

Lorsque James Nicholson apprend l’existence d’une grand-mère qui vit en France, au Chambon-sur-Lignon, il est trop tard. Comme seul testament, Louise laisse à son petit-fils venu des États-Unis un cahier rouge, journal intime de sa jeunesse. Au fil des pages lues par Nina, serveuse dans le petit hôtel où il séjourne, l’Américain découvre que le village protégea des milliers de réfugiés sous l’Occupation.  Pourtant, même les plus belles histoires recèlent leur part d’ombre et de mystère. De la liaison de Louise avec Franz jusqu’au terrible secret des enfants cachés, James plonge dans un passé familial où la barbarie bouscule l’innocence et l’amour. Nul ne peut tout à fait se soustraire à son destin, mais il appartiendra à Nina, la lectrice, de décider si toute vérité est, ou non, bonne à dire.

Réminiscences du Liseur, désirs clandestins, sensualité de la lecture, La Vie contrariée de Louise est un suspense bouleversant.

Auteure :

Originaire de Saint-Étienne, Corinne Royer est directrice d’une agence de communication. Elle est également réalisatrice de documentaires et auteur d’un 1er roman publié en 2009, M comme Mohican. En 2012, elle revient dans les rayons avec son nouveau roman, La Vie contrariée de Louise. Ses deux livres ont été publiés aux Editions Héloïse d'Ormesson.

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corinne royer,la vie contrariée de louise,interview,mandorInterview :

Ce roman est une histoire que tu portais depuis longtemps ?

Je n’habite pas très loin. Je suis dans le Parc du Pilat, à 30 kilomètres de La Chambon-sur-Lignon. C’est un lieu très connu des Stéphanois et des gens de la région. Je connaissais cette histoire depuis très longtemps. Elle n’est connue que localement, mais aussi aux États-Unis, en Suisse, mais pas en France.

Le Chambon-sur-Lignon est le seul village français à avoir reçu le titre de « Justes parmi les Nations ».

Le mythe, c’était de dire « 5000 enfants  sauvés au Chambon ». On est seulement en train de recenser réellement les enfants qui sont passés par le village pendant la Seconde Guerre mondiale. On est à peu près à 3600 noms pour l’instant. Le village comptait à l’époque en 1943/1944 à peu près 2900 habitants. Pour 2900 habitants, en sauver 3600, c’était déjà quelque chose de particulier et de très fort.

Tu racontes l’histoire de ce village pendant cette période-là, à travers une histoire inventée. C’est là qu’intervient la romancière.

Moi, j’ai toujours plein d’idées dans la tête. À un moment, il y en a une qui va s’imposer, qui va chasser les autres et qui va prendre toute la place. J’avais celle-ci dans la tête depuis longtemps. Je savais que j’allais écrire sur ce sujet, sans savoir si cela allait être un roman ou autre chose. Ce qui fait basculer, ce sont des rencontres… fortuites en général. Dans le cas de Louise, j’ai effectivement rencontré une vieille dame du Chambon avec qui j’ai sympathisé. Que j’ai vu et revu et avec laquelle j’ai beaucoup parlé. On peut dire que cette vieille dame m’a inspiré Louise. Elle m’a surtout donné envie de devenir une passeuse de mémoire par rapport à cette histoire.

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Pour « le Dictionnaire des Justes de France » de Yad Vashem, le mémorial israélien de la Shoah, la région du Chambon « occupe une place unique dans l’histoire de la France : nulle part ailleurs les Juifs ne furent accueillis et sauvés en aussi grand nombre et avec pareille générosité ».  Fait exceptionnel, c’est collectivement que la région du Chambon-sur-Lignon a été honorée par Yad Vashem, qui ne reconnaît généralement que des individus.  Dans toute l’Europe occupée, une seule autre commune (Nieuwlande, aux Pays-Bas) a également été honorée comme commune de Justes.

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Groupe d’enfants mis à l’abri au Chambon-sur-Lignon, août 1942.
source photo : United States Holocaust Memorial Museum
crédit photo : USHMM

Une fois que l’idée d’écrire sur ce sujet arrive, tu enquêtes plus profondément ?

J’ai lu énormément de livres, j’ai regardé tous les films réalisés sur le sujet. Au lieu de m’intéresser à la grande histoire, je suis aussi allé chercher les petites histoires. Parfois, j’ai lu 300 pages pour en tirer 4 lignes. Ce qui m’intéressait, c’était de toucher à l’intime des gens qui avaient pu vivre à cet endroit-là, à cette époque-là, dans ce contexte très particulier.

T’es-tu demandée ce qu’allaient penser les historiens de ton livre ?

Quand j’écris, je suis vraiment portée par mes personnages, par mon travail d’écriture et vraiment, je n’ai que faire de ce que va en penser les historiens, les éditeurs, les lecteurs, etc. C’est une question que je me pose uniquement quand le livre est édité et qu’il va être confronté au regard du lecteur.

Tu mets en évidence que ce qu’il s’est passé dans le village à cette époque a des répercussions sur la vie d’aujourd’hui… l’histoire est passée, mais elle est toujours là.

La Deuxième Guerre mondiale n’est pas si loin derrière nous, c’est une première chose. Et puis, j’ai voulu faire un roman qui parle à la génération d’aujourd’hui. Je ne présente pas ce livre comme un roman historique, il reste un roman contemporain avec un fort suspense. J’avais envie d’interpeller les jeunes d’aujourd’hui sur toutes ces questions-là. Le legs identitaire en particulier. Des enfants cachés dans le village en 1943, certains ont continué de vivre sous leur fausse identité. Certains ont découvert qu’ils étaient juifs à l’âge de 40 ans. J’ai rencontré des gens dont les parents venaient au Chambon-sur-Lignon tous les étés, ils se demandaient pourquoi ils venaient là et un jour, ils ont découvert que leurs parents ont été cachés pendant la guerre. Ce n’est pas une histoire d’une époque, c’est une histoire que l’on transmet de génération en génération. Et avec des bouleversements qui sont phénoménaux.

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Tu ne laisses pas la place au manichéisme. Le bien le mal… comment on fait pour s’en sortir…

Tous mes personnages portent ça. Ils sont tous ambigus par rapport à cette question-là. Personne ne peut dire : « Moi, si j’avais vécu à ce moment-là, dans cette situation-là, j’aurais fait tel choix ». Je ne crois pas que l’on puisse se positionner.

Dans ce livre, il y a aussi le poids de la religion, puisque c’est un village protestant.

Les gens qui protégeaient dans des fermes des enfants juifs mettaient en péril leur propre famille, c’était des choix vraiment difficiles. Ce qu’il y a d’étonnant et de remarquable c’est que c’est vraiment l’engagement de toute une communauté. Ceux qui n’étaient pas d’accord se taisaient. Il n’y a eu aucune délation dans ce village.

Tu insistes sur le fait que ce village n’a pas traversé la guerre de manière légère…

Il y a eu des rafles. Ils n’ont pas vécu à l’abri des difficultés de cette période. 18 enfants ont été emmenés et les trois quarts sont morts dans les camps. Des professeurs ont été arrêtés… Je voulais vraiment rétablir la vérité. On a un peu mystifié l’histoire de ce village, mais tout ça s’est fait dans la difficulté, la souffrance et des douleurs abominables. 

Il y a des personnages dans ton livre qui ont réellement existé. Ils sont mélangés à corinne royer,la vie contrariée de louise,interview,mandord’autres qui sont le fruit de ton imagination.

Dans la partie contemporaine du roman, tous les personnages sont imaginaires, par contre, dans la partie historique, il y a des personnages réels. J’ai travaillé de façon solitaire la partie historique, donc j’ai essayé de respecter une sorte de contrat moral avec les personnages vrais, c'est-à-dire de ne pas leur faire dire et leur faire faire des choses qu’ils n’auraient pas pu dire ou faire. Je n’ai pas voulu travailler avec des historiens, des biographes ou des sociologues pour ne pas amputer mon imaginaire et mon travail de romancière. Une fois la première version de mon roman écrite, là, j’ai rencontré de visu des historiens et des biographes. Nous avons parlé de ce que j’ai écrit et je leur ai fait lire certains passages, mais uniquement pour qu’ils me confirment que je respectais bien ce contrat moral. Ils ont été très émus par le livre et m’ont dit que la dimension historique a été parfaitement respectée.

Tu poses la question essentielle de la vérité. Toutes les vérités sont-elles bonnes à dire ?

Mon héros, cet américain de 40 ans, James Nicholson, est dans une quête identitaire, donc lui, il cherche toute la vérité sur ces origines. Nina, la serveuse qui lui lit le cahier rouge de sa grand-mère, elle est là pour lui transmettre cette vérité. Au bout d’un moment, ce qu’elle va lire sera tellement lourd à ses yeux qu’elle va devoir décider ou non de transmettre cette vérité. Elle va devoir faire le choix de transmettre l’Histoire avec un grand H ou le choix d’épargner celui qu’elle commence à aimer.

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Il n’y a, à priori, aucun rapport entre tes deux livres… mais j’en ai trouvé un. Une sacrée sensualité.

Dans le premier c’était plus immédiat puisque le thème était le désir et la passion. Il y avait matière… Sur ce sujet-là, c’est l’écriture qui est sensuelle.

Des scènes aussi.

Oui, c’est aussi une des choses que je voulais rétablir. Pendant les périodes de grands troubles, notamment en période de guerre, l’humanité s’exprime clairement, je dirais… l’humanité avec tous ses débordements. La sensualité, la sexualité sont exacerbées dans ces moments-là.

Tu es directrice d’une agence de communication, comment en es-tu venu à écrire des livres ?

Ma vie de romancière a commencé bien avant ma vie de directrice d’une agence de communication. J’ai vraiment toujours écrit. Des poèmes quand j’avais 8 ans, des nouvelles quand j’en avais 12. Ensuite, j’ai écrit des nouvelles un peu plus longues et je me suis mise aux romans, que je n’ai pas cherché à faire publier, soit dit en passant. Ça me paraissait inatteignable et ce n’était pas mon objectif, c’était vraiment le plaisir de l’écriture. La diffusion, le regard du public, ce n’est pas ce qui me questionnait, m’intéressait. Mes amis m’ont incité à essayer d’être publié. J’ai envoyé le premier manuscrit  que j’avais sous la main et il est tombé dans celles d’Héloïse d’Ormesson et de Gilles Cohen-Solal.  L’aventure de l’édition a commencé comme ça.

corinne royer,la vie contrariée de louise,interview,mandorTu es sur un troisième roman en ce moment ?

C’est une sorte de conte pour adulte, un conte un peu fantasque dont une partie se passe en France en territoire rural et dont l’autre partie devrait se passer en Haïti.

Tu aimes ta vie d’écrivain ?

L’écriture solitaire dans mon petit bureau, c’est vraiment quelque chose dont j’ai besoin. Ça participe à mon équilibre quotidien. C’est indépendant de l’édition. La période d’interviews, la promo du bouquin, c’est quelque chose que j’appréhende toujours, mais une fois que j’y suis, je suis plutôt heureuse d’y être. Ce sont des rencontres qui vont souvent au-delà du livre. Ce sont souvent deux personnes qui se rencontrent, mais ce n’est pas à toi que je vais apprendre ça.

Et pour info... ça se passe cet après-midi.

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17 avril 2012

Stéphane Mondino : interview pour la sortie de "1975"

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Beaucoup d’entre vous n'ont jamais entendu parlé de Stéphane Mondino. Je ne le comprends pas tant cet auteur-compositeur-interprète est pétri de talent. Personnellement, je l’ai connu et apprécié en 2004 avec son album Saint Lazare. Depuis, je suis sa carrière qu’il mène en pointillé. Je le considère comme un des meilleurs chanteurs français et par la même occasion, un des meilleurs mélodistes de la chanson pop française. Stéphane Mondino a sorti un nouveau disque hier, il serait bon de ne pas passer à côté.

Grâce à son attachée de presse, Flavie Rodriguez, le 30 mars dernier, Stéphane Mondino est passé à « l’agence » pour répondre à quelques questions sur cet album (et un peu plus).

stéphane mondino,1975,interview,daniel balavoine,mandorExtraits du dossier de presse :

1975, nouvel album à l’image de l’artiste, simple, musical et sans concession. Réalisé en « autoproduction volontaire » par Michel Françoise (Francis Cabrel, Souad Massi…), 1975 saura en séduire plus d’un, pour peu que la curiosité ait encore sa place dans le dictionnaire.

AvantStéphane Mondino fait un premier album St Lazare  (Cargo/Sony), on le voit un peu, on l’entend aussi. De la scène, des premières parties, quelques radios. Et déjà un autre album pointe son nez  Roll Over : « Entrez, pressez-vous, venez voir » mais Stéphane n’est décidément pas à l’aise dans l’ambiance du showbiz. Il reprend sa liberté et ses notes et s’en va faire Les Vents Tourneront ailleurs. Autoprod’ et plans galères, Stéphane a tout traversé… 1975 est là, avec un son, une envie et cette dose de dédain que le rock sait donner. Rock, chanson, pop, folk… c’est du Stéphane Mondino et ça fait du bien.

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Interview :

C’est le deuxième album que tu enregistres avec la collaboration de Michel Françoise. Là, il a l’a réalisé et produit complètement dans « Le sous-marin », son home studio, à Nérac…

Pour mon album Roll Over, il l’avait réalisé, Francis Cabrel l’avait produit. Dans 1975, ce qui est particulier, c’est qu’il a été joué à trois. Michel Françoise a fait des guitares, son fils Tom des batteries et moi des guitares et des claviers.

Est-ce plus confortable de travailler ainsi ?

Oui, c’est bien. Trois, c’est très peu. On n’a pas beaucoup d’instruments additionnels. C’est très roots et très joué. Il n’y a pas de boucles, pas de synthés ou juste une nappe…

Avec Michel Françoise, vous êtes partis dans l’idée de ne faire ensemble que deux chansons, et puis finalement, vous avez fait l’album dans son entier.

On avait vraiment accroché humainement quand on a travaillé sur Roll Over. Il m’a rappelé en me disant qu’il aimerait retravailler avec moi. Il m’a dit de venir le voir à Nérac et on a commencé a bosser sur deux titres pour que je les présente éventuellement à des labels. Je suis arrivé avec 5 titres et, de fil en aiguille, on a travaillé tellement vite et bien, qu’on s’est retrouvé avec assez de chansons pour un album entier.

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Stéphane Mondino entre Michel Françoise (à gauche) et Tom Françoise en avril 2011.

(Photo : Patrick Batard)

Tout à l’heure en « off », je te sentais gêné quand on a évoqué la notion « d’artiste ». Tu ne te sens pas artiste ?

C’est comme si nous, chanteurs, on planait au-dessus d’un monde. Je ne sais pas trop ce que cela veut dire en fait. Je considère que la chanson, c’est plus un artisanat.

Artisanat/artiste, on n’est pas loin.

C’est vrai. Il n’y a pas d’emphase à ce statut-là.

 

stéphane mondino,1975,interview,daniel balavoine,mandorDans cet album, tu as écrit toutes tes chansons sauf quatre. On a pourtant l’impressionnant que tu en es l’auteur.

Pascal Lanier, il me connait pas mal puisque cela fait quelques années que l’on travaille ensemble. Alain Charbonnier, on se connait depuis 20 ans. Éric Ginhac, par contre j’ai fait sa connaissance récemment. Je dis très vite aux auteurs avec lesquels je travaille quand un mot ou un sentiment ne me correspond pas. Je propose d’autres choses dans lesquelles je me reconnais un peu plus, c’est cela qui doit donner cette sensation d’unité. Par contre, s’ils ont un argumentaire fort pour me faire comprendre pourquoi ils ont choisi tel ou tel mot, je vais me l’approprier et l’assumer. Assumer, c’est le mot principal dans ce métier.

Tu aimes bien quand on ne comprend pas forcément du premier coup les textes ?

J’aime bien que le public fasse un pas. Tout le monde comprend quelque chose dans une chanson, par rapport à sa propre vie et ses influences. Il y a des mots, des associations de mots, des images qui rappellent un moment de nos vies. Ce n’est donc pas la peine de surligner.

Tu n’es pas spécialement un chanteur engagé, et pourtant, il y a une chanson qui s’appelle « Les fantômes » dans laquelle tu évoques l’arrivée au pouvoir du FN ou plus généralement de l’extrémisme.

C’est vrai que je ne fais pas de chansons engagées. C’est difficile pour moi de me servir de la chanson comme tribune. Je n’aime pas les donneurs de leçons dans la chanson. Pour « Les fantômes », je voulais quelque chose de baroque, mais finalement, elle est très premier degré et très sombre. C’est un peu l’exception qui confirme la règle dans mon répertoire.

Je te trouve moins nostalgique que dans tes précédents albums.

Ah bon ! Tu trouves ? C’est la première fois que l’on me dit ça. J’ai une certaine nostalgie, une certaine mélancolie du moment qui vient de passer, du temps qui file, du toboggan sur lequel on est. La chanson qui ouvre l’album, « La vie est là », parle de ça. Le fait de s’arrêter et de ne plus être dans le côté négatif. Pour la première fois, j’ai écrit une chanson pleine de vie sur ce sujet. Même si un jour on doit dire adieu à la vie, prenons le temps de vivre le moment présent.

Tes chansons ne sont pas gaies, il faut bien le dire…

On passe beaucoup dans les mariages (rires). Non, mais ce n’est pas non plus ultra noir.

Disons que je ne lis pas en toi une joie de vivre intense. Mais, ce sont ces chansons-là qui marchent le mieux. Francis Cabrel et Michel Jonasz, ce ne sont pas non plus les rois de la rigolade !

Il y a effectivement un paquet d’artistes qui ne sont pas spécialement joyeux. La culture de la chanson française est sur le mode mineur. On peut vite  partir vers la ligne à ne pas franchir : le pathos à mort.

Nous avons un point commun, nous sommes tous les deux fans de Balavoine. Et nous l’avons rencontré et posé avec lui, la même année. Commente-nous les deux photos où tu es avec lui en 1984.

J’avais 9 ans. Il y avait un jeu de Patrick Sabatier sur RTL qui s’appelait « Une soirée pas comme les autres ». Ma maman à joué et elle a gagné. On a passé la soirée du 30 septembre 1984 ensemble. C’était un rêve, j’étais avec mon idole absolue.

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Stéphane Mondino et Daniel Balavoine le 30 septembre 1984...

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C’est quelqu’un qui t’a influencé dans ta façon de chanter…

J’ai perdu le tic. Quand j’étais ado, j’avais le tic. Je l’avais beaucoup chanté. Il avait un truc de fin de phrase difficile à raconter, mais que j’avais chopé. Quand j’ai commencé à travailler avec des professionnels, ils me disaient d’arrêter cette très mauvaise imitation. L’album Les vents tourneront est dédié à Daniel Balavoine. Pendant longtemps, je n’ai pas parlé de lui. En France, il y a un truc bizarre avec la variété. On a facilement tendance à dire « variétoche » avec tout ce qu’il y a de péjoratif derrière. Balavoine, ça le tuait d’être considéré ainsi et pas comme un chanteur de rock. On sait qu’il ne faisait pas du rock, mais une belle variété très musclée. Et toi, tu l’as rencontré comment ?

(Je lui raconte, en détail, mais tel n’est pas le sujet du jour).

Revenons à nos moutons, tu fais de la variété toi aussi ?

Oui, tout à fait. Je l’assume aujourd’hui. Mais, c’est quand même drôle, il y a certaines chansons en français, on les mettrait en anglais, ça deviendrait de la pop ou du rock. Coldplay, par exemple, on ne dit pas que c’est de la variétoche.

Tu es toujours dans le doute. Pourquoi ?

Oui, c’est chiant pour les gens autour. Je n’arrête pas de dire : « C’est merdique! Ce concert est tellement nul, j’arrête ! Je vais vivre dans le Vaucluse en survêtement dans une maison et je n’en sors plus ! » Bon, en ce moment, je me dis que mon album est pas mal… le fait d’avoir Michel Françoise qui me produise, d’avoir quelqu’un qui me fasse confiance, ça me rassure. Que Cabrel aussi aime mon travail, qu’il produise un de mes albums, oui, ça aussi ça me donne confiance. Les jours sans, je me dis que tout ce beau monde va finir par se rendre compte que je suis un imposteur.

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Francis Cabrel et Stéphane Mondino en octobre 2004.

Je n’ai pas compris qu’après ton premier album Saint-Lazare, tu n’aies pas explosé. C’est un mystère pour moi.

Il y a une part de responsabilité de plein de gens, dont je fais partie. Il y a un moment où on rentre dans le métier, on est produit, on est mal entouré, bref, je ne veux pas revenir vers cette période-là, assez décevante finalement.

Tu n’étais pas très souple, je crois savoir…

Je ne supportais pas la superficialité du métier. J’envoyais tout péter. Je me demandais de quoi on me parlait parfois. Des problèmes qui n’en étaient pas. C’est idiot de ne pas avoir joué le jeu. À partir du moment où on rentre dans un truc qui s’appelle le show-biz, il ne faut pas se plaindre de manquer de liberté. On est dans un système où le but, c’est de vendre des disques. Il fallait que je m’adapte aux lois de cette industrie.

Et aujourd’hui, tout va bien ?

Je suis heureux de la sortie de cet album. Les choses doivent être comme elles doivent être. Si ce disque permet de faire avancer les choses, tant mieux.

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15 avril 2012

Eli Esseriam (et un peu Fred Ricou) : interview pour le cycle "Apocalypsis"

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Apocalypsis est un cycle de 5 livres signé Eli Esseriam. Les quatre premiers tomes sont écrits à la première personne, présentent chacun l’un des quatre cavaliers de l’Apocalypse et peuvent être lus indépendamment. Le cinquième tome clôt le cycle avec la rencontre des quatre héros et la narration des événements qui conduisent à l’Apocalypse.

C’est mon ami Fred Ricou, fondateur du site Les histoires sans fin (et mandorisé ici), qui m’a fait parvenir les deux premiers tomes de cette série. J’ai lu le premier volet, Alice, malgré le peu d’intérêt que je porte à ce genre littéraire. Un livre pour ado, de plus de l’héroic fantasy… c’était mal barré pour que j’accepte de recevoir l’auteur(e). Sauf rien en s’est passé comme prévu quand j’ai entamé ce premier volet. Plus j’avançais, plus le ton, l’humour et le style d’Eli Esseriam m’a subjugué. Rien de moins. Le 23 mars dernier, Eli (qui habite Strasbourg) et son « mentor » Fred sont passés à « l’agence » pour une interview sans langue de bois.

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La série :

2012. Selon plusieurs croyances et mythologies, la Fin du Monde arrive à grands pas.
Ils sont quatre adolescents d’apparence ordinaire. Alice, Edo, Maximilian et Elias. Ils ne se ressemblent pas et n’ont, à première vue, rien en commun. Leurs vies vont pourtant s’entremêler d’étranges manières. Chacun va se découvrir un rôle dans ce cataclysme planétaire et apprendre à dominer son pouvoir unique. Ils vont devoir s’unir et sceller le Jugement Dernier. Ils sont les Cavaliers de l’Apocalypse.
Ils devront tuer, mais aussi épargner, maîtriser le sort des Hommes tout en se soumettant à leur propre destin.
Seules 144 000 âmes pourront être sauvées. En ferez-vous partie ? Ou serez-vous un de leurs mystérieux opposants, déterminés et prêts à tout pour sauver le Monde ?


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Eli Esseriam et Fred Ricou.

Interview :

Eli, tu lis depuis toujours et écris depuis longtemps. Raconte-nous comment ce cycle Apocalypsis est né. Fred (ton conseiller artistique/agent/frère de fortune) y est un peu pour quelque chose, je crois…

Quand j’ai rencontré Fred, j’étais juste infirmière. J’écrivais dans mon coin des petites histoires pour enfants et on a eu des atomes crochus assez rapidement, avec des affinités littéraires évidentes. Je lui ai montré certains textes qu’il aimait beaucoup. Il voulait depuis le début que j’écrive pour les adolescents et je refusais obstinément. Mais, il m’a aussi proposé d’être chroniqueuse pour son site Les histoires sans fin. J’étais contente parce que j’allais avoir des livres gratuits et ça allait soulager ma banque.

Tu aimes lire les livres pour enfants ? Quand on est adulte, c’est intéressant de lire ce genre-là ?

Sans doute parce que j’ai une relation particulière avec les livres depuis que je suis toute petite. A l’adolescence, je me suis mise à rechercher les livres que je lisais enfant et à explorer cet univers-là. Ces livres sont constructeurs de tout notre avenir de lecteur. Je trouve ça passionnant.

Mais tu es déjà construite en tant que lectrice. Alors, quel intérêt trouves-tu à lire de nouveaux livres jeunesse ?

C’est certainement de la nostalgie pure. C’est avoir envie de retrouver des sensations complètement oubliées que l’âge adulte ne permet plus. Ce sont de petites bouffées d’air frais.

Fred, qu’as-tu trouvé dans les textes d’Eli ?

Fred : Je trouvais que dans ces textes d’albums, elle avait une écriture vraiment belle, poétique et que je ne retrouvais pas forcément dans d’autres albums. Je lui ai demandé d’essayer d’écrire un roman d’ado. Eli, tu peux continuer l’histoire…

Eli : Je ne cherchais pas particulièrement d’histoire parce que je n’envisageais pas une seconde de me mettre à ce projet. Un matin, j’ai eu cette idée-là et j’en ai parlé naturellement à Fred. On s’est mis d’emblée à faire des recherches là-dessus et à projeter des choses…

5 livres pour commencer une carrière littéraire, tu n’as pas choisi la facilité !

Eli : Fred avait cette crainte. Pour un auteur jamais publié, pas du tout connu, sans relation, ça allait être compliqué. Il y a un cavalier par tome, qui lui-même se retrouve dans le cinquième. Je tenais à cette découpe-là. Fred a essayé de négocier en me proposant un tome pour deux cavaliers, par exemple. Je n’ai pas cédé. C’est de l’inconscience et de l’innocence totale, je le sais bien.

DSC03425.JPGIl a fallu donc que tu inventes 4 cavaliers, avec chacun leur personnalité. La seule fille de la bande, Alice, qui est l’héroïne du premier volet, je me suis laissé dire qu’elle te ressemble beaucoup…

Au début, je n’envisageais pas de mettre une fille. Je voyais 4 cavaliers, 4 garçons. C’est encore Fred qui m’a conseillé judicieusement d’ajouter une touche féminine. Pour élargir le lectorat. Fred est pragmatique. Du coup, Alice est le cavalier le plus intelligent et qui a la meilleure représentation symbolique. J’avoue qu’elle me ressemble pas mal adolescente. C’est ce que mes proches disent en tout cas.

A l’âge de 10 ans, son QI est supérieur de 4 points à celui d’Einstein… toi aussi tu es surdouée ?

Je lui ai donné quelques points de plus que moi au même âge. J’ai suivi une scolarité normale, j’ai même été très très mauvaise en seconde, par pure paresse scolaire. Mais, c’est vrai que je lui ai donné beaucoup de ma personnalité et de mon histoire personnelle.

Tu es solitaire, comme Alice ?

Oui. J’étais comme ça. J’étais asociale, très sarcastique, très cynique.

Ça se sent terriblement dans ton écriture. Le sarcasme et le cynisme. Fred, je crois que9782354501785.jpg ça ne t’a pas dérangé.

Fred : Non bien au contraire. Pour une fois, il y avait ce cynisme qu’on ne retrouve pas en littérature adolescente. Même dans les romans où il y a des anti-héros, au fond d’eux, ils sont profondément gentils finalement. Et là, Alice, elle s’en fout d’être gentille.

Alice n’est pas capable d’empathie.

Eli : Elle est pragmatique. Elle s’empêche de pas mal de choses. Comme tout le monde, quand on est un être humain, on a de l’empathie. Les émotions humaines, on les a tous, après on choisi de les exploiter, d’accepter de les ressentir, de les contrôler ou de les mesurer. Alice, elle est dans le refus de tout ça. Elle veut rester en permanence froide et sensée. Il faut que tout soit intelligent et cohérent.

On ne sait pas d’où elle vient, ce ne sont pas ses vrais parents. Cela instaure déjà un premier mystère.

Moi aussi, j’étais une enfant adoptée. J’ai juste transposé certains traits me correspondant parce que je pensais que ça pouvait nourrir le personnage.

Dans sa vie de tous les jours, Alice se rend compte d’abord avec effroi, puis avec une espèce de jubilation qu’elle peut manipuler les pensées de tout le monde. Tu ne peux quand même pas changer la perception des gens, lire dans les pensées, leur faire faire ce que tu souhaites ? Tu me fais peur là !

Rassure-toi, pendant cet entretien, je ne ferai rien qui ne te nuise.

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Avant de commencer le premier tome d’une série qui en comprendra cinq, il faut que tu saches où tu vas jusqu’au bout. Il te faut un sacré squelette avant de commencer et une bible à suivre, je suppose.

Le terme « une bible » est particulièrement bien approprié. Comme je suis quelqu’un de psycho rigide, il faut effectivement que tout soit bien structuré. Je suis infirmière de profession, ça se sent dans ma manière de travailler, je pense.

J’ajoute que c’est dans le monde psychiatrique. C’est important pour comprendre ton œuvre.

Je n’ai pas fait que de la psy. J’étais aussi une puriste des urgences et aussi de la recherche en laboratoire.

Pour un journaliste, c’est très facile de faire le lien entre ta profession et ce que l’on peut lire dans cette saga. Il est beaucoup question de psychologie…

C’est mon univers, mon quotidien, ma normalité.

Quand on écrit un roman pour les adolescents, est-ce que l’on se dit qu’il faut faire attention à ce que l’on écrit pour ne pas les heurter ? Non, parce que tu parles de suicide et de viol, notamment.

J’ai du mal à écrire si je commence à penser à ce que les lecteurs vont eux même penser, ressentir ou en retirer. Je préfère écrire avec mes œillères. Après, c’est vrai que Fred, derrière me dit : « euh… là, ce n’est pas sûr que ça passe ». J’ai la chance d’avoir un éditeur qui aime ça et qui, au contraire, me demande de ne rien m’interdire. En même temps, je pense que les adolescents sont beaucoup plus hardcore que nous trois réunis.

Je crois savoir que tu as le besoin du regard de Fred sur tes textes assez régulièrement.

Il faut savoir que je suis quelqu’un de très impatient et effectivement très dur et très intransigeant. Quand j’ai commencé Alice, j’étais dans une situation professionnelle différente  et au moins 72 fois, j’ai eu envie de renoncer pendant l’écriture de ce premier tome. Fred étant un excellent manipulateur, se contentait de me demander d’écrire encore deux, trois pages, juste pour lui. Il me disait qu’il voulait lire la suite. Comme ça, il m’a amené au bout d’Alice. Il savait qu’au bout d’Alice, j’allais avoir envie d’explorer un autre personnage.

Quand Fred m’a parlé de ton livre, je lui ai répondu que l’héroic fantasy, ce n’était pas du tout ma tasse de thé.

Ce n’est pas la mienne non plus…

artoff295.jpgC’est ce que j’ai cru comprendre aussi. Je n’ai pas lu ton premier tome comme un livre de ce genre -là. J’étais captivé par le personnage d’Alice. Elle m’a embarqué dans son  monde un peu « spécial » grâce à sa personnalité très trash.

Tu devrais aimer le deuxième cavalier, Edo.C’est un personnage qui est aussi brut de décoffrage et aussi sarcastique qu’Alice. Il est encore plus cru. Finalement, inconsciemment, les quatre cavaliers ont quelque chose de moi.

Tu veux encore me faire peur ou quoi ? Bon si je comprends bien, pour te connaître parfaitement, il faut faire un condensé des personnalités des 4 cavaliers ?

On projette toujours des choses. Alice, c’est le côté de moi que l’on connait le plus socialement, les trois autres, ce sont les choses que je refoule et que je n’assume pas forcément. Ce sont mes traits de caractère les moins avouables.

Est-ce que l’on est maître de ce que l’on a envie d’écrire ?

Je ne pense pas. Je n’ai jamais eu l’impression de décider. Les choses et l’action se sont simplement enclenchées. Je n’assume pas trop. J’ai fait des études littéraires, tu sais. On est un peu élitistes, un peu prétentieux. Mais, bon,  j’adore les comics, même si je le dis moins volontiers. Je fais semblant quand je dis que Kundera est mon auteur préféré. En vrai, j’ai un gros penchant pour la littérature fantastique.

Lâcherais-tu tout pour la littérature si le succès était au rendez-vous ?

Je prends beaucoup de plaisir à écrire, mais j’ai trop besoin de mon métier d’infirmière. J’en aurais toujours besoin. Pour rééquilibrer, pour avoir un pied dans la réalité. L’un et l’autre doivent coexister. Je n’ai pas envie d’écrire pour écrire. Il y a beaucoup de personnes qui le font et ça se sent dans la qualité de leurs ouvrages. Plus le temps passe, plus ça perd en substance, en intérêt. Il y a des redites. J’aurais trop peur de faire de l’Apocalypsis ad vitam æternam.

Dans ton milieu professionnel, cela se sait que tu écris ?

Non. C’est pour ça que j’ai pris un pseudo. Quand on travaille en psychiatrie, par rapport aux patients, ce n’était pas possible de cumuler ces deux existences-là. On peut être sujet à projection. Je travaille avec une patientèle très spécifique. Certains font des délires mystiques, alors, avec ce que j’écris…

Ce doit être sacrément source d’inspiration…

C’est énorme, tu n’imagines pas. Moi, j’ai toujours aimé me retrouver au milieu d’une équipe de soignant, écouter leurs anecdotes, leurs moments forts dans le métier. On vit des choses inimaginables, aux frontières du réel…

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Écrire sur l’Apocalypse… tu n’as pas eu peur que l’on considère que c’est opportuniste ?

J’aime bien les challenges où l’on est perdant d’avance. En plus, je déteste tout ce qui est prédiction apocalyptique.

Et pourtant, tu as écrit 5 livres sur ce sujet…

Je ne suis que paradoxe. Mais pour rentrer un peu plus dans le fond de l’histoire, sache que les 4 cavaliers doivent épargner 144 000 personnes, parmi les vivants et les morts. Ce sont des âmes, pas des vies.

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Quelle est ton opinion sur l’apocalypse ?

Je suis censée y croire. Je suis chrétienne et croyante. Je suis censée croire dur comme faire aux 4 cavaliers. Ce que j’aime dans la bible, c’est que c’est très romanesque, très métaphorique.

Si tu es croyante, tu ne culpabilises pas de transformer « les écrits » ?

Je ne te le cache pas. C’est un truc auquel je pense régulièrement. J’espère que Dieu ne m’en voudra pas.

Transgresser fait partie de ta personnalité, finalement.

Voilà. Dieu m’a fait comme ça… il doit m’aimer comme ça, sinon, il m’aurait fait différemment. C’est ce que je me dis pour me consoler.

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L'auteur, l'éditeur et le conseiller artistique : Hicham Matagot, Eli Esseriam et Fred Ricou, à la librairie L'Antre Monde, le lendemain de cette interview...

Une autre interview d'Eli Esseriam, très complémentaire, celle d'Archessia (qui rentre un peu plus en profondeur dans le cycle en lui-même...)

12 avril 2012

Une heure particulière avec Juliette Gréco... portfolio

Récemment, j'ai enregistré un CD'Aujourd'hui avec Juliette Gréco. (Voir là). Le tournage fut épique. Je passe les détails, mais quelques jours plus tard, j’ai reçu cette invitation.

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Cet après-midi, très surpris (et ayant beaucoup d’estime pour Juliette Gréco), je me suis donc rendu avec curiosité dans le salon de l’Hôtel de Ville de Paris où nous avons été conviés. Et j’ai pris quelques photos. (L’attachée de presse de Juliette Gréco m’a avoué que c’était elle qui m’avait invité, rapport au côté épique du tournage… j’ai trouvé l’attention délicate. Et rare. Merci à elle, donc.)

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Coucou tout le monde !

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Discours/hommage du maire de Paris, Bertrand Delanoë devant les invités et les journalistes.

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Juliette et Bertrand sont heureux...

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Un merveilleux bouquet de roses.

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Quelles belles tulipes !

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Juliette Gréco entre Bertrand Delanoë et Gérard Jouannest, son mari et pianiste de légende.

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 Attention, le bordel va commencer !

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Le bordel a commencé.

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Miam !

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Juliette Gréco et deux de ses invitées. Au premier plan, la comédienne Hélène Duc, qui a recueilli Juliette Gréco lors de la Seconde Guerre Mondiale et au second, Jacqueline Franju (festival de Ramatuelle).

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Merci mademoiselle Juliette !

Ici, le reportage du site Pure People et l'article du Parisien.

L'AFP a filmé...

11 avril 2012

Zedrus : interview pour "Dans la différence générale"

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Zedrus, je ne l’ai pas vu venir. Un disque reçu parmi tant d’autres, un attaché de presse insistant. J’ai écouté. Trouvé les textes diablement bien écrits et souvent drôles. À la deuxième écoute, j’ai décroché mon téléphone et imploré pour que l’on m’amène ce chanteur suisse dès son arrivée à Paris. Ainsi fut fait le 28 mars dernier. Il passait ce soir-là et le lendemain au Sentier des Halles. L’iconoclaste artiste est venu avec Paule Mangeat, sa manageuse (et écrivain-scénariste de son état) et Julien Oliba, l’attaché de presse efficace.

Zedrus m’explique qu’il s’est couché à 3 heures, car il a participé à l’émission de Serge Levaillant, « Sous les étoiles exactement ». Donc une interview à 11h du matin… dur pour lui. On tente l’entretien quand même… Avant de le lire (avec beaucoup de second degré), voici ma chronique sur ce deuxième album, parue dans Addiction, le mag (daté du mois de mars 2012).

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Interview :

Tu es père au foyer et chanteur. Ce n’est pas incompatible, mais c’est rare…

J’ai eu un enfant, j’ai voulu le voir grandir. Ma femme a voulu travailler, j’ai donc fait père au foyer. Quand il a commencé à aller à l’école, j’ai eu le temps d’écrire des chansons. À cette époque, je faisais un peu de musique avec un groupe. Un jour, à Genève un personnage influent dans la musique en Suisse, Roland Le Blévennec, du Chat Noir, m’a dit qu’il avait une date pour moi. Je me suis retrouvé au fin fond du Canada, en Acadie. J’ai eu peur d’ennuyer les gens, c’est là que j’ai décidé d’être sur scène comme dans la vie. Je ne fais pas des sketches, mais je crée une interaction avec le public. Si cela fait sourire, tant mieux. J’ai fait trois, quatre ans de tournée en solo. Aujourd’hui, je joue en trio, mais j’ai gardé ce côté « show man ».

Avoir une femme qui travaille, c’est une forme de liberté pour toi…

Je le reconnais. L’argent n’est pas ce qui me pousse à faire ce métier. C’est l’envie. Parfois, il m’arrive d’oublier de prendre mon cachet, c’est dire. Je n’en reviens pas d’être payé pour faire de la chanson. Je ne vais pas faire de tirade mélanchoniste, mais j’ai un rapport particulier avec l’argent. Je trouve que la culture et l’argent ne vont pas ensemble.


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Zedrus-Live1.jpgLa musique, c’est aussi un prétexte pour voyager, m’as-tu dit…

Mes concerts durent une heure. Avant, j’ai trois heures à remplir, après aussi. Ca me permet de rencontrer les gens, d’aller dans des endroits improbables. Tu finis à 5 heures du matin à gouter des spécialités locales un peu douteuses et à danser la bourrée, j’adore… Sur une île déserte, je continuerais à écrire, mais j’irais aussi me baigner tout nu.

Tu as un esprit baba cool, dis donc !

Non. Je suis plutôt anarchiste. Dans « baba cool », il y a la notion d’oisiveté que je n’aime pas trop.

Il y a une chanson de ton premier album qui s’intitule « Vieux con »…

Mon premier album était plus teinté Brassens que celui-ci. C’était une réponse à des critiques que l’on me faisait sur le fait que je n’étais pas un chanteur à la mode. J’ai donc répondu que j’étais le vieux con de la chanson.

Tu as un côté punk, je trouve.

C’est vrai, mais c’est toujours dur de se définir soi-même. Moi, je ne me définis jamais comme mon image semble refléter aux autres… Plutôt que punk, je suis direct et franc. Je pense tout haut, sans aucun frein. Pour moi, la chanson, c’est penser tout haut.

Je trouve qu’outre les jeux de mots et l’ironie constante dans tes chansons, tu t’exprimes aussi beaucoup en image.

Je pars du principe que tout a été dit, mais pas par moi. C’est une phrase de Gilles Vigneault. J’essaie de sublimer les banalités par un peu de style. Je tente de dire des choses profondes avec des mots simples, mais de manière compliquée ou alambiquée. J’ai une forme de distance et d’ironie. C’est aussi un changement d’angle de vue. J’aime bien fonctionner sur la surprise. J’aime l’idée que l’on ne sache pas trop ce que je vais dire. Moi, sur le visage d’une jolie femme, ce n’est pas la beauté du visage qui m’intéresse, mais les boutons qu’elle a dessus. Je vais sublimer ses boutons. Bref, j’aime les défauts et les aspérités. Je suis pour la célébration de la noirceur de la vie. Je trouve que l’ombre éclaire la lumière.

On sent que tu cisèles tes textes… que tu y fais très attention, en tout cas.

Plus qu’avant, en fait. Mais, j’aime garder une spontanéité et le côté magique de l’écriture.

C’est un peu de l’écriture automatique ?

Non, quand même pas. Je ne suis pas Bertrand Belin. Note que je n’ai rien contre lui, je l’ai même vu en concert à Genève… Juste, je n’ai pas la même audace. Quand je serai en play-list sur France Inter, je pourrais me permettre d’écrire ce genre de texte.

Dans la chanson francophone, tu te sens dans une famille ?

Non. Il y a plein de gens que j’aime, mais je ne me sens disciple de personne.

Tu n’as pas de maîtres es-chansons ?

Si. Tous les chanteurs morts. Brassens, Brel, Renaud, Pierre Perret…

J’ai lu que tu n’aimais pas les chansons qui racontaient le quotidien. Dis donc, tu as quand même fait la première partie de Vincent Delerm

Au début, je ne pouvais pas l’encadrer. Et puis, en écoutant attentivement ses chansons, j’ai trouvé que ce qu’il racontait n’était pas si anodin que cela. Il n’utilise que des images, mais avec beaucoup de profondeur.

As-tu une volonté de choquer ?

Dans écriture de chansons, non. En spectacle, un peu. Je me considère comme un médecin. Je choisis la seringue, je choisis le produit, je fais la piqure, après, j’aime bien observer l’effet. J’adore voir comment les gens qui écoutent reçoivent tout ça.

Tu es un peu le Docteur House de la chanson ?

Tu es le deuxième journaliste à me le dire. Tu peux quand même l’écrire, parce que ça me va bien… J’essaie de garder mon originalité, c'est-à-dire un certain mordant parfois déconcertant. Je n’ai pas envie de m’adoucir plus. J’arrête les concessions.

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Es-tu né à la bonne époque ?

Tu sais, je ne crois pas au « c’était mieux avant ». Je te rappelle que dans les années 70, Dave vendait plus de disques que Brel et Brassens réunis. Rien n’a changé. Cela étant, c’est plus dur de faire de la musique et en vivre aujourd’hui que naguère. C’est à cause des groupes de rock. Quand ils se séparent, ça fait 4 ou 5 projets solos qui déboulent.

Que pense ta femme de ton œuvre ?

Mes femmes, tu veux dire ?

Euh… si tu veux.

Mais, tu connais un chanteur fidèle toi ? Bon, la mienne, elle aime bien ce que je fais.

Tu me fais penser un peu Sarcloret, autre chanteur insolent suisse. Tu l’aimes bien ?

Artistiquement ou humainement ? Artistiquement, je l’aime beaucoup, humainement, aussi d’ailleurs, même s’il est un peu compliqué. On s’entend bien. Nous sommes les deux exceptions culturelles suisses. Peu de gens me comparent à lui, alors qu’il y a des points communs évidents, au moins dans le fond.

Sais-tu pourquoi tu es si sarcastique ?

La condition humaine, je trouve ça absolument atroce, même si moi, franchement, j’ai eu une belle vie. Je ne cherche pas à savoir pourquoi je suis comme ça. Mais, si on ne cherche pas à savoir, à moins d’être complètement con, on se pose quand même des questions. Moi, j’ai toujours été comme ça. Même enfant. Je relisais récemment mes bulletins de quand j’étais tout petit, on a l’impression qu’ils parlent de moi aujourd’hui, c’est très étrange. « Ne se soumet pas à l’autorité », « distrait ses camarades », « enfant original »…  Au fond, je considère que la vie est un vaste jeu qui n’a pas forcément de sens et de règle. J’ai une phobie du sérieux. J’aime le côté fou du roi.

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10 avril 2012

Stéphanie Hochet : interview pour "Les éphémérides"

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(Photo : Cécile Duclos)

Lire Stéphanie Hochet a été un choc.

Pas seulement littéraire. Le fond et la pensée aussi.

Il faut dire… c’était ma première fois. On m’avait pourtant prévenu, mais j’y suis allé sans me méfier. Que Stéphanie Hochet soit une auteure « dérangeante » ne m’impressionnait pas outre mesure. Des auteurs licencieux, j’en ai lu bons nombres…

Mais, effectivement, quand on se plonge dans Les éphémérides, difficile d’en ressortir indemne tant les méandres de l’âme humaine sont décortiqués presque à l’extrême (et dans son côté pas toujours reluisant), mais avec délicatesse (ce n'est pas le moindre de ses paradoxes).

Rien ne m’a choqué, tout m’a bouleversé.

La fragilité de l’amour et de la vie se confond avec la mort inéluctable. Je n’ai pas envie d’en dire plus. Ce roman ne se raconte pas, il se lit/vit.

J’ai souhaité rencontrer Stéphanie Hochet pour tenter de savoir ce qui se cachait derrière ce texte fort, noir et prenant.

Ephemerides---couverture.jpg4e de couverture :

Le gouvernement anglais vient d'annoncer qu'un événement exceptionnel aura lieu le 21 mars. Chacun est sur le qui-vive. Tara et Patty dans leur ferme d'Ecosse, le peintre Simon Black à Londres, son amante Ecuador, Alice qui retourne à son premier amour et n'est pas au bout de ses surprises. Pendant trois mois, avant la date fatidique, un climat d'insurrection s'installe, c'est l'heure du dévoilement.

Le passage de l'hiver au printemps n'a jamais été aussi prometteur.

L’auteur :

Titulaire d’une maîtrise sur le théâtre élizabéthain, Stéphanie Hochet a enseigné le français en Angleterre et l’anglais en France.

Stéphanie Hochet est romancière. Elle est l'auteur de Moutarde douce (Robert laffont, 2002), Le Néant de Léon (Stock, 2003), L'Apocalypse selon embrun (Stock, 2004), Les Infernales (Stock, 2005), Je ne connais pas ma force (Fayard, 2007), Combat de l’amour et de la faim (Fayard, 2009, Prix Lilas) et La distribution des lumières (Flammarion, 2010, Prix Thyde Monnier de la Société des Gens de Lettres).

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Interview :

Je me suis demandé ce qu’il y avait dans ta tête pour écrire un livre comme ça…

Il y a un critique que je trouve assez talentueux, Pierre Cormary, qui a écrit sur ce livre : « je serais à la place de Stéphanie Hochet, je me méfierais de mon inconscient »… il a ajouté, « mais pas de mon style ».

Je partage cette réflexion... Du coup, sais-tu pourquoi tu écris ce « genre » de livre?

Sans doute que j’explore des zones sombres de ma psyché. Il me semble que ce qu’il y a d’intéressant, c’est d’aller creuser, d’aller chercher les bizarreries en soi et celles des autres… je suis intéressée par les marges. Régulièrement dans mes livres, on trouve des thèmes forts et même si le terme est assez cliché, je dirais dérangeants. Je ne connais pas ma force, un livre que j’ai publié en 2007, c’était une histoire tirée d'un livre de pédopsychiatrie sur un jeune malade d’un cancer qui avait 15 ans. Il était en stade de rémission et était devenu complètement obsédé par l’idéologie de l’extrême force et en particulier l’idéologie fasciste. Je suis allée creuser ça et je l’ai fait parler à la première personne. Pas mal de gens ont été gênés par le livre. J’ai été intéressée par la tentation de l’extrême violence, la tentation du mal, mais en même temps, c’était quelqu’un qui était dans l’hésitation et dans le questionnement.Je recherchais l’humain derrière tout ça.

Cela rejoint les personnalités de certains de tes personnages dans Les éphémérides. Tara, par exemple, elle travaille dans un club sado maso…

Elle travaille dans une maison close plutôt classique, juste, elle s’est spécialisée dans un certain domaine. Dans le domaine, on va dire des femmes puissantes. Les hommes viennent la voir et la payent grassement pour retrouver une place de petit enfantdevant une mère surpuissante qui leur permet de livrer leur culpabilité. C’est presque une séance de psychanalyse, sauf que ça se fait avec un certain schéma que l’on trouve généralement dans le sado masochisme. Je précise qu’elle, elle a de la tendresse pour ses clients.

Stephanie-Hochet-2--Copyright-Cecile-Duclos.jpgEn règle générale, tu n’aimes pas les gens lisses ?

Je me méfie du lisse. Si on pense que quelqu’un est lisse, c’est qu’on a pas bien regardé. Même quand on regarde des familles classiques, dites « harmonieuses », il faut observer encore plus attentivement et on s’apercevra que ce n’est jamais réellement le cas.

Ce que j’aime dans ton livre, c’est que tout n’est pas expliqué, mais que l’on se fait sa propre opinion en étant sûr de comprendre les situations. C’est rare que je ressente cela à la lecture d’un livre.

J’aime que mon lecteur développe aussi une part d’imagination. Je considère que je ne suis pas là pour lui expliquer le monde. J’aime que lui-même soit presque dans une situation d’inventer des choses. Je ne veux pas lui donner toutes les clés, toutes les explications. Je pense que c’est une grande marque de respect, car je le prends pour un adulte. Par rapport à ce livre là, il est question de mystère, d’annonce, d’évènements étranges, du coup, j’ai créé ce climat. Une espèce de climat d’effroi à la Ann Racliffe.

Ton style narratif consiste à passer d’un cerveau à l’autre de tes 3 personnages principaux…

J’ai commencé à écrire à la première personne à partir de Je ne connais pas ma force. Sans doute que dans mon histoire personnelle, ce n’est pas un hasard. Cela a correspondu au début de ma psychanalyse. A partir du moment où je me suis allongée sur un divan, j’ai dit « je » et étonnamment, depuis, j’écris « je ». Rentrer dans le cerveau de quelqu’un apporte le son de la voix. Tout d’un coup le personnage sonne. On l’entend. Dans ce livre, j’ai aimé développer la voix de Tara parce qu’elle est un personnage très ambigu. Elle a une voix à la fois populaire, mais avec de la finesse.

On passe facilement d’une voix à l’autre ?

C’est très difficile. De toute façon, pour moi, dans l’écriture, tout est difficile. Je dis souvent à mon éditeur : « Tu sais, ce n’est pas parce que j’ai déjà écrit des livres que je vais être capable d’en écrire d’autres. » J’ai toujours l’impression que je ne vais pas pouvoir. Je suis toujours face à cette impuissance jusqu’au moment où éventuellement ça fonctionne.

Et pourtant, tu te remets à l’ouvrage systématiquement…

Oui, je finis par m’y remettre. De toute façon, si je ne commence pas un nouveau livre, je deviens insupportable pour mon entourage, donc on me fait comprendre qu’il est temps que j’écrive. Je parviens à cohabiter avec moi-même que lorsque je suis assez contente de ce que j’ai écrit.

Il y a des moments où tu n’écris pas ?

Je peux être en jachère pendant des mois. Je ne retrouve pas l’inspiration comme ça.

Ton  livre n’est pas un roman sur l’apocalypse. C’est plus intense et profond que cela.Stephanie-Hochet-Copyright-Fred-Postel.jpg

Comment parler de la vie, sans parler de la mort ? Il y a une phrase de Lacan que j’aime beaucoup : « La mort est du domaine de la foi. Vous avez raison de croire que vous allez mourir. D’ailleurs, comment supporteriez-vous cette vie, si vous pensiez que vous n’alliez pas mourir ? » Fixer la date de sa mort, c’est savoir qu’on est vraiment en vie. Si je voulais développer totalement la vitalité des personnages, il fallait qu’il y ait une date et une mort certaine.

Les autorités annoncent le jour de l’apocalypse avec certitude, pourtant, il n’y a pas d’affolements, de débordements, contrairement à l’imagerie populaire habituelle. Au cinéma et dans les livres, les jours qui précèdent la fin du monde, c’est généralement le bordel. Pas dans ton livre.

Comme il y a beaucoup d’intox aux infos, il y a des gens qui n’y croient pas. Ce livre se situe aussi sur une base de théorie du complot. Il y a également ceux qui acceptent l’annonce, mais qui décident de transmettre la vie quand même. Mes personnages sont obsédés par la vie et par la transmission de la vie

Comment réagirais-tu si on t’annonçait la date de la fin du monde avec certitude ?

Je pense que c’est intéressant de fixer des dates dans sa vie. Choisir la date de sa mort, c’est le fantasme de l’écrivain. Le fantasme de maîtrise absolu sur la vie et la mort. Fixer la date de sa mort, c’est contrôler parfaitement son existence et se déclarer Dieu pour soi. Je respecte ça et je ne méprise aucunement les gens qui pratiquent le suicide, mais moi, je n’irai pas jusque-là.

Oui, mais toi, crains-tu la fin du monde ?

Symboliquement, la fin du monde, on va tous la vivre. C’est sa propre mort.

J’ai bien compris, mais celle que l’on annonce, celle que l’on fantasme ?

Je pense que l’on va être surpris par les dérèglements climatiques. Dans mon livre, j’ai essayé de travailler la temporalité. J’ai travaillé un jeu de mot entre « time » et « weather », en anglais. Le temps est détraqué dans le livre. Mais tout se passe sur des détails.

Sans faire de psychologie de comptoir, l’amour est associé à la mort dans ton roman. C’est très sensuel, voire même un peu sexuel.

Moi, j’aime désirer mes personnages. Je pense qu’il faut être dans l’amour, même quand on créé des monstres. C’est une attitude facile et assez minable de mépriser ses personnages, même s’ils sont potentiellement épouvantables. C’est comme mépriser ses enfants, je trouve.

Créer des monstres, ça empêche d’être monstre soi-même ?

Au moins, c’est s’interroger sur la monstruosité. Quand on s’interroge sur les marges et la monstruosité, c’est déjà qu’on a fait le distinguo entre l’humain et le monstrueux.

Quand tu es arrivée au bout de ce livre, tu étais dans quel état ?

J’étais contente parce que, je te le répète, jusqu’à la fin, je ne suis jamais sûre de parvenir à terminer mon histoire.

Qu’est-ce que ça te fait que l’on parle de ton œuvre une fois qu’elle est écrite ?

Quand ce sont des gens comme Amélie Nothomb, Carole Zalberg, Pierrette Fleutiaux, Annie Ernaux, Alain Mabanckou qui ont écrit des choses magnifiques sur certains de mes livres, je ne peux qu’être ravie. Des écrivains de talents qui lisent et qui apprécient mes livres est une immense satisfaction.  Mais chaque avis de lecteur m’intéresse et m’interpelle. On a terriblement besoin de ça.

Tu es réellement une nouvelle voix de la littérature française. Pour te découvrir plus amplement, quels livres de toi conseillerais-tu aux lecteurs ?

Les deux derniers : Combat de l’amour et de la faim  et La distribution des lumières. Ce sont mes deux livres les plus aboutis et certainement pas les moins dérangeants. Quand on aborde la perversité, ça peut un peu choquer les lecteurs. Sans ces deux livres-là, je n’aurais peut-être pas pu écrire Les éphémérides. Tous mes livres permettent au suivant d’exister. 

En termes d’écriture, il y a beaucoup d’exploration dans Les éphémérides.

Entrer dans la tête des personnages, tous les écrivains le font. Mais, là, je voulais jouer avec des choses un peu plus subtiles, créer une espèce de temporalité et en même temps créer une accélération du temps et une accélération des saisons. J’ai fait un choix très poétique.

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Stéphanie Hochet et Mandor, le 30 mars 2012...

(Merci à Cécile Duclos et Fred Postel pour les photos professionnelles).

(Merci à Nathalie Dias Fernandez pour les photos à l'agence).

06 avril 2012

Benjamin Paulin : interview pour son deuxième album "2"

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On l’a connu rappeur avec le groupe Puzzle, puis sous le nom Le vrai Ben. C’est en 2010 avec L’homme moderne, que Benjamin Paulin trouve sa voix/voie, certes dans un style de crooner un chouia surjoué. Mais même si ses compositions paraissaient légères à la première écoute (inattentive), ses textes étaient en fait l’exact contraire. Corrosifs, entre dérision et ironie. Le deuxième album s’intitule (judicieusement) 2. Entre pop new wave des années 80 et electro pop nerveuse, cet album est tout simplement classieux.

Benjamin Paulin est venu à ma rencontre à « l’agence », le 16 mars dernier (merci à Patricia Téglia pour l’organisation sans faille du rendez-vous. Comme d’habitude.) Un jeune homme bien sympathique qui risque de devenir un futur incontournable de la pop française.

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benjamin paulin,interview,2,mandorInterview :

Tu reviens un an et demi  après L’homme moderne. C'est plutôt rapide...

J’ai même rongé mon frein. L’homme moderne était un album qui a été finalisé un an avant sa sortie. Il y a toujours une très grande inertie dans le marché du disque. En tant qu’artiste, quand on a envie de créer, quand on a envie de faire des choses, le laps de temps entre deux albums, deux tournées est toujours trop long...

Il faut bien recharger les accus et trouver l’inspiration, non ?

Je suis bien d’accord, mais pas trop longtemps.

L’homme moderne  a été un joli succès d’estime. C’était un album pop très bien ficelé qui a incité pas mal de journalistes à s’intéresser à ton cas.

En effet, même si cela n’a pas suivi au niveau des ventes. La maison de disque avait l’air d’être surprise de tant de bonnes critiques. Cela étant, ils n’avaient pas fait une immense mise en place dessus, à tort où à raison, il n’en reste pas moins que ça leur a donné envie de partir sur un nouveau disque.

Ce nouveau disque s’intitule 2. Plus de maturité, moins d’exercice de style. Ton écriture gagne en profondeur…

Avec ce titre, j’ai voulu appuyer sur la thématique de l’album. Le dédoublement qui s’opère dans l’esprit d’un personnage porteur d’une dualité complexe : l’auteur et l’interprète. Après avoir fait un an de concert et de première partie avec mon précédent disque dans lequel je m’étais construit un personnage avec un costume, j’étais fatigué de jouer ce rôle-là et je trouvais intéressant d’en parler. C’est un album dans lequel, vraiment, je raconte la lutte entre l’auteur et l’interprète. J’insiste sur ce point.

Est-ce que sur ce disque, tu te confies plus ? Je pose ma question autrement, est-ce lebenjamin paulin,interview,2,mandor vrai Benjamin Paulin ?

Le premier disque était plus impertinent et plus cynique, mais c’est justement quelque chose que j’ai voulu m’interdire sur celui-là. « Tout m’est égal » et « Les fleurs en plastique » sont les deux seules chansons de ce deuxième album qui se rapprochent du premier. Sur toutes les autres, j’ai essayé de ne pas fonctionner comme d’habitude, c'est-à-dire à la punchline, à la phrase coup-de-poing, comme j’avais coutume de le faire dans le rap. J’avais besoin d’être plus moi-même et de ne pas me cacher derrière de la rhétorique ou des formules.

As-tu l’impression de te bonifier avec l’âge, artistiquement bien sûr…

Depuis le début de ma carrière, à travers le rap puis à travers la chanson, je vais vers une quête de vérité, vis-à-vis de moi-même en tout cas. J’essaie de m’en rapprocher à chaque fois un peu plus. Textuellement, vocalement et musicalement. La musique, c’est une psychanalyse. C’est un chemin très long.

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D.R. © Ramon Palacios-Pelletier

2 est un album lumineux et sombre, simple et complexe, introspectif et divertissant. De plus, aucune chanson n’est placée au hasard…

Étant un grand fan de Gainsbourg et particulièrement de L’homme à tête de chou, j’avais envie depuis toujours de faire un album concept. Par contre, je n’aime pas le côté narratif pour souligner chaque chose. J’ai préféré faire des chansons sur des saynètes que j’imaginais et je me suis arrangé pour que l’on puisse les écouter sans que l’on pense à l’histoire. On entend une cohérence globale, même si le liant n’est pas surligné. Ce qui est certain, c’est que je ne voulais pas faire un album jugé « intellectuel » encore moins que l’on puisse considérer « excluant ».

Frédéric Lo a réalisé l’album… Il a une forte identité musicale, toi aussi. Comment c’est passé votre collaboration ?

J’étais très content de travailler avec Frédéric.  Je suis très content de ce qu’il a fait de mes chansons, comment il les a fait vivre. Je n’en espérais pas autant.  On a eu un rapport assez simple. Je l’ai laissé aller là où il voulait se rendre. Il m’écoutait, je l’écoutais et on n’a jamais été dans le combat. Il a dépassé souvent ce que j’espérais. Cet album s’est conçu de façon logique, comme si tout s’organisait pour que ça se réalise avec beaucoup de plaisir et d’implication.

Tes textes sont littéraires. Lis-tu beaucoup ?

Comme tout ce que je fais, je fonctionne de manière extrême et boulimique. Je peux lire 10 livres en une semaine et ne pas en lire pendant un an. Les mots et l’écriture sont ce qui génèrent le plus d’émotion en moi. Je peux être ému par un auteur, par de la littérature, être ému par de la musique toute seule. Quand on mélange le sens et la musique, il y a un troisième langage qui se créé. C’est ce que j’ai voulu explorer dans ce disque-là.

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Il y a la participation exceptionnelle d’une légende de studios, le bassiste anglais Herbie Flowers (basse de "Melody Nelson" de Gainsbourg, "Electric Warriors" de T Rex et "Transformer" de Lou Reed.)

Il a passé deux jours en studio avec nous. On a payé un tribut au rock’n roll. Il nous a raconté plein d’anecdotes de studios, c’était un sacré bon moment.

Ton clip de « Variations de noirs » est assez particulier. Il y a trois comédiennes qui écoutent ton disque sur trois clips différents…

L’idée était de regarder quelqu’un écouter. C’était un concept intéressant et comme c’était un album assez radical, il fallait aussi que la mise en image le soit.

Rossy de Palma.

Hafsia Herzi.

Zoé Félix.

Le clip final avec tout le monde dedans... même le chanteur !

En quoi ton album 2 est-il radical ?

Parce que rien n’est fait pour plaire. On a juste voulu aller au bout d’une idée, d’un sentiment et d’une esthétique sans chercher à rentrer dans un cadre habituel.

Tu cites volontiers Cioran, Albert Cohen, Céline ou encore Bukowski. Es-tu tenté par l’écriture d’un roman ?

J’écris des nouvelles. D’ailleurs, il y a une qui va être publiée dans une revue en juin. Pour l’instant, je ne me sens pas encore capable d’attaquer un format plus long. J’ai une espèce d’incapacité à développer vraiment ou à faire tenir mes idées sur des chapitres entiers. J’ai toujours besoin de compacter au maximum les idées pour qu’elles soient efficaces. Moi, je souhaite écrire sans rien qui ne soit présent pour décorer. Je veux que l’on sente la  puissance des mots à chaque phrase.

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02 avril 2012

Jérome attal : Interview pour "L'histoire de France racontée aux extra-terrestres"

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jérôme attal,l'histoire de france racontée aux extra-terrestres,interview,mandor8e mandorisation de Jérôme Attal. (Les précédentes mandorisations : pour une présentation générale du monsieur, pour L’amoureux en lambeaux, pour Les Beatles, en rouge et en bleu, pour Le garçon qui dessinait des soleils noirs, pour Journal Fictif d’Andy Warhol , pour Pagaille Monstre et enfin pour Folie furieuse. On ne pourra pas dire que je ne crois pas en son talent.

Avec ce 7e roman, Jérôme Attal raconte l’histoire de France aux extra-terrestres. Toujours avec son style : humoristico-poético-romantique... et forcément jubilatoire!

L’auteur :

Jérôme Attal est l’un des paroliers les plus prisés de la scène musicale française (Pierre Guimard - Florent Pagny - Johnny Hallyday - Eddy Mitchell - Michel Delpech - Jenifer - Mareva Galanter - William Rousseau - Constance Amiot - Marie Amélie Seigner - Chimène Badi ...). Il poursuit également une carrière d’auteur, compositeur, interprète. Il a écrit 7 romans.

jérôme attal,l'histoire de france racontée aux extra-terrestres,interview,mandorLe livre selon l’éditeur :

Suite à une rupture amoureuse, le narrateur se retrouve sur une planète inconnue : Zyproxia.

Les Zyproxiens, qui évoluent dans un éternel présent, sont dépourvus de souvenirs comme d’imagination. Un problème pour les enfants qui réclament toujours des histoires avant de s’endormir ! Le chef des Zyproxiens voit donc comme une aubaine l’arrivée de notre héros, et lui demande s’il aurait la gentillesse de raconter à son fiston de merveilleuses histoires de là d’où il vient.

L’histoire de France racontée aux extra-terrestres se compose de plus d’une trentaine de courts chapitres parmi lesquels : La faute à Saint-Ex. Le Go fast de la révolution française. Et si le vase de Soissons avait été made in China ? L’histoire de France doit-elle avoir peur des jeunes filles au pair ? Les conversations secrètes entre François Mitterrand et Andy Warhol. Le Journal intime de Louis XIV. Pourquoi nos cousins du Québec sont-ils toujours enthousiastes ? Confessions d’une accro à l’Histoire de France... Et vous assisterez même à un concours de drapeaux français réalisés par des extra-terrestres. Vous découvrirez tout cela et davantage dans ce roman jubilatoire et poétique, inventif et malin.

Interview (à lire souvent avec un second degré qui, j'en suis sûr, ne vous échappera pas) :

jérôme attal,l'histoire de france racontée aux extra-terrestres,interview,mandorAprès les Livres dont vous êtes le héros, Pagaille monstre et Folie furieuse,  voici un livre qui s’adresse aux extra-terrestres. Deviens-tu un auteur « conceptuel » ?

Non, mais je trouve que c’est une proposition intéressante et plaisante d’écrire des livres plutôt rigolos dans lesquels je peux me permettre d’y inclure des choses plus intimes. Il y a une belle texture au final, j’espère. Ça m’aide en interview et dans les salons du livre. Je suis plus à l’aise avec des propositions décontractées, même si je garde une exigence littéraire. Ce procédé ouvre le champ des lecteurs. Il y a des choses profondes et des choses plus marrantes d’instinct et d’emblée.

Tu n’aimes pas vraiment être cloisonné.

Quand j’ai fait mon disque, on m’a dit que ça faisait trop « parisien », alors que les gens à Paris ne le soutenaient pas du tout. Par contre les radios francophones se demandaient pourquoi je n’avais pas rencontré le succès à Paris. Bref, j’essaie de tout décloisonner à présent. Je souhaite que ce que j’écris plaise à des jeunes gens de 17-18 ans, comme aux gens plus âgés.

Tu décloisonnes tellement que tu nous embarques sur la planète Zyproxia.

Je prends de la hauteur, en effet. Quand j’ai eu l’idée de ce livre, j’étais dans un grand moment de lecture de Richard Brautigan. Il a fait un livre qui s’appelle La pêche à la truite en Amérique, qui est son grand succès. Il prend la pêche à la truite en Amérique et en fait un personnage, Baduc…  et il part dans un délire. De plus, je savais que le livre sortirait pendant une période grave en politique où les gens allaient s’accaparer la nation, la patrie… tout ça. J’évoque une patrie de souvenirs en commun ou de visages rencontrés plutôt qu’une patrie nationale. J’aime bien le fait que Louis XIV se demande comment il va faire pour renouveler sa carte d’identité parce que sa mère s’appelle Anne d’Autriche et qu’elle habite en Espagne.  Ca m’a fait marrer de prendre le biais de personnages historiques pour raconter des choses plus contemporaines.Ceux qui aiment La folle histoire du monde de Mel Brooks ou Sacré Graal ! des Monthy Python ne seront pas dépaysés, en tout cas.

L’histoire de France te passionne depuis tout petit, je crois.

J’aimais beaucoup l’histoire de France pour en faire des héros avec lesquels je pouvais jouer. Je recréais des scènes avec des Playmobil dans ma chambre. L’histoire de France, c’était un immense bac à sable. Chacun avait ses héros favoris, Napoléon, Vercingétorix par exemple, et on pouvait les tenir entre les mains et imaginer des situations inédites. On se constitue aussi par les héros que l’on a dans sa jeunesse. Ce livre, oui, finalement est très lié à l’enfance.

Dans ce livre, on retrouve les thèmes présents dans tous tes livres : les filles, la littérature et Andy Warhol en particulier. Est-ce que ce roman est le condensé de ton œuvre ? Es-tu allé au maximum de tes possibilités ?

Non, je ne suis pas allé au maximum, car il faut toujours garder des cartouches pour la suite. J’adore Jean-René Huguenin qui est un auteur qui n’a écrit qu’un seul roman. Il est mort à 26 ans d’un accident  de voiture. Son roman est tellement parfait que par superstition, je garde toujours des cartouches pour la suite. Tu sais, j’écris toujours pour améliorer les livres d’avant. Je n’ai pas trop l’angoisse de la page blanche, parce que je suis insatisfait. Je suis toujours insatisfait du livre précédent, donc j’écris le suivant pour essayer de réparer les erreurs du précédent.

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A un moment, tu écris : « les lois de la fiction sont parfois bien étranges ».

Pourquoi, j’ai dit ça ?

Je ne sais plus. Mais tu es d’accord avec ce que tu as écrit ?

Hors contexte, je suis rarement d’accord avec moi-même. C’est mon côté Deleuzien. Ce qui est important, c’est le contexte. Je suis pour le contexte. Retrouve-moi le contexte et je valide cette phrase.

Non, j’aime bien ta réponse. Je ne cherche pas plus loin.

Cela étant, quand je vais en librairie et que je feuillette des livres, je me dis, qu'effectivement, les lois de la fiction et de l’édition sont parfois bien étranges.

jérôme attal,l'histoire de france racontée aux extra-terrestres,interview,mandorAs-tu peur que l’on ne comprenne pas ton œuvre ?

Je suis toujours en train d’être en colère contre des gens qui m’ignorent et qui se foutent de mon existence. Je préfère que des lecteurs et que des gens comme toi, qui me soutiennent depuis le début, trouvent une cohérence à tout ce que j’entreprends artistiquement, plutôt que d’être compris par ce qui fait mode et ce qui fait l’actualité. Je suis revenu de ça depuis très longtemps.

Tout artiste recherche la reconnaissance.

Oui, mais la reconnaissance dépend aussi souvent d’un contexte. On y revient, tu vois. Je préfère avoir des gens qui trouvent ça bien de manière spontanée. Moi, je suis mon premier client. Très vite, il faut que je plaise aussi au goût que j’ai et, du coup, je tente de faire le mieux possible en conséquence.

Tu te demandes pourquoi il n’y a pas plus d’éclairages sur les livres que tu fais, je le sais.

Bien sûr. C’est mon 7e livre, je n’ai jamais été aidé par un organisme. À chaque fois, je pose des dossiers à droite et à gauche pour avoir des bourses et ça ne marche jamais. Par contre c’est vrai qu’il y a de nombreux libraires qui me soutiennent et ça, c’est inestimable.

Il y a aussi ton éditeur, Stéphane Million.

Oui, c’est lui qui, a un moment donné, m’a proposé d’écrire un livre. C’est lui qui m’a donné confiance. Il a accepté tous mes projets littéraires les plus surréalistes. Il est toujours enthousiaste. C’est un sacré luxe.

Est-ce que l’on peut dire que plus tu écris, moins tu deviens grave ?

Parce que je suis plus heureux. Le livre le plus grave, c’était Le garçon qui dessinait des soleils noirs, mais je sortais vraiment de cette expérience de la musique où j’avais été très malheureux en tant que chanteur par rapport à ma façon de voir les choses. Par contre, je suis ennemi de la pesanteur. Même dans mes écrits un peu tristes, je fais en sorte qu’il y ait un peu de distance. Il faut toujours avoir une distance par rapport à sa colère et à son désespoir. Ce n’est pas pour rien que j’ai toujours aimé l’œuvre de Cioran.

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Ça n’a rien à voir, mais tu regardes The Voice ? Je te demande ça, car il y a dans le jury Jenifer et Florent Pagny pour lesquels tu as écrit de beaux textes…

Ce sont les deux artistes qui ont sorti cette année un single avec une de mes chansons. Jennifer pour « L’envers du paradis » et Florent Pagny pour « Tout et son contraire ». J’ai trouvé cette émission plutôt bien et très fraiche par rapport aux émissions du même genre. Je n’ai pas encore regardé les « battles », mais à priori, le succès n’est pas volé.

J’ai entendu unenouvelle chanson écrite par toi et chantée par Daran, « Kennedy ».

Je  ne sais pas si le nouvel album de Daran sera en vente en France étant donné qu’il s’est exilé au Québec. Le disque est sorti là-bas en tout cas et on peut le trouver sur ITunes.

À quand un nouveau concert de Jérôme Attal ?

Pour l’instant, je n’y songe pas. Je préfère que les gens achètent mon livre plutôt qu’ils viennent me voir chanter alors que je n’ai pas de nouveau disque. La littérature est vraiment ma priorité du moment. Cela étant, je vais t’avouer un truc qui me trotte dans la tête depuis quelques temps. J'aimerais proposer aux salons du livre de pouvoir faire un concert avec mes musiciens qui mêlerait pourquoi pas quelques lectures de participants au salon, ou alors un concert seul. Puisque je fais le tour des salons du livre quasiment toute l'année, et que je cherche la cohérence entre mes divers travaux, ce serait top de pouvoir proposer un concert le samedi soir aux organismes qui nous reçoivent. Un concert ouvert à tous les participants, les bénévoles et le public.

Pour revenir à ton livre L’histoire de France racontée aux Extra-terrestres, peut-on dire que c’est Le Petit Prince des années 2010 ?

(Rires). Elle est super celle-là ! Est-ce que tu pourrais faire un bandeau ? En fait, je ne suis pas d’accord. Saint Exupéry, il dit que « s’aimer, c’est regarder ensemble dans la même direction », et moi je dis « s’aimer c’est, se tenir la main et regarder où bon nous semble ». Et puis, mon livre est plus cultivé que Le Petit Prince. Après tout, le petit prince ne cultive que sa rose…

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(Merci à Pierre-Yves Mattera pour être devenu l'espace d'un instant un Zyproxien plus vrai que nature...)

A noter : Ce soir, (lundi 2 avril), Jérôme Attal est l'un des invités de l'émission AU FIELD DE LA NUIT, sur TF1.

29 mars 2012

Colline Hill : interview pour la sortie de "Wishes"

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Voilà une jeune femme qui aime et qui joue les rythmes universels de la Folk, la Country et le Blues. Pour être clair, la Bretonne exilée en Belgique s’adonne avec bonheur et profondeur à une folk moderne aux accents "poppy".

Son premier album de Colline Hill, Wishes, c’est « autant de souhaits qui sont égrenés avec force sur cet album. À l’écoute du premier album de Colline Hill, on s’imagine déjà roulant sur l’une de ces routes du Texas ou de la Californie, ivre de liberté et d’insoumission, en quête d’authenticité et de vibrations... la voix de Colline Hill n’est pas sans rappeler celle de l’icône de la Folk, engagée par essence, Joan Baez » dixit le dossier de presse.
Ce qui est certain, c’est que ses chansons transportent loin.

J’ai voulu rencontrer Colline Hill pour comprendre les voyages que sa voix nous impose. Lors de son dernier passage parisien, la chanteuse musicienne est passée à « l’agence ». C’était le 16 mars dernier, la veille de sa première partie au Bataclan du groupe America.

Colline Hill a une forte personnalité et n’a pas la langue de bois. Quand elle répond à mes questions, elle ne fait pas semblant… j'ai beaucoup apprécié cette rencontre vraie.

Pour commencer, voici le premier clip tiré de cet album, "Someone left before me".

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423837_2752541894377_1282537313_32107532_1081550421_n.jpgInterview:

Raconte-nous ce que tu faisais avant d’être artiste.

J’ai deux masters de droit. J’en ai un en science criminelle et carrière judiciaire et un en victimologie. Je me suis demandée ce que j’allais faire avec ces deux diplômes-là, j’ai donc fait un break. Ça me ressemblait d’une certaine manière et en même temps ce milieu-là ne me plaisait pas des masses. J’ai trouvé ma branche dans la « victimo ». Je voulais être utile et servir à quelque chose. Ça m’a bien plu, mais je ne pouvais pas faire cette activité longtemps parce que j’avais la fibre artistique qui me titillait tout le temps.

Pendant cette période-là, tu jouais parallèlement de la musique ?

J’étais pianiste classique de 8 à 15 ans et puis j’ai arrêté parce que j’ai fait aussi beaucoup de sport au niveau national. J’ai été championne de France de tennis de table (clubs laïques). Il fallait que je choisisse entre mes activités sportives, les études et la musique. J’ai donc laissé de côté la musique quelques années. A l’âge de 17 ans, lors de ma première année de fac, j’ai fréquenté un pub irlandais qui venait de s’ouvrir. Étant bretonne, la musique celte m’a toujours attiré. Et principalement les ballades irlandaises. La patronne du pub m’a entendu fredonner beaucoup de ballades et elle a fini par me dire que le vendredi il y avait des sessions ouvertes à celles et ceux qui le souhaitaient. Elle m’a dit : « Tu peux faire de grandes choses avec ta voix et avec l’univers que tu as, tu peux aller très loin ». J’ai commencé comme ça. Par un encouragement qui a changé la donne.

Ensuite, tu t’es mise à la guitare.

Oui, il y a 7 ans. Tout le monde pensait que c’était un peu tard, mais j’ai persévéré. Il n’est jamais trop tard pour apprendre. J’ai « pondu » mes chansons à la guitare et ça n’a pas trop mal réussi.

"Where you are" par Colline Hill dans l'émission "Service Compris" du 02 mars 2012 sur Télé Mons.

Quand as-tu eu le déclic pour ne te consacrer qu’à la musique?

J’ai toujours bien fait les jobs dans lesquels j’évoluais parce que j’ai un tempérament assez leader et ambitieux. Tout ce que j’entreprends, j’ai tendance à vouloir devenir « number one », alors, il y a un moment où tu es crevée et où la machine ne suit plus. On ne peut pas tout faire. J’ai donc choisi une unique activité. La musique, mais à fond.

Au grand plaisir de tes parents, je suppose.

(Sourire). Mes parents rêvaient d’autre chose pour moi. J’ai fait études de droit et je me  dirigeais vers une carrière d’avocat, tu imagines la déception. Mon père est animateur dans une chorale, il chante tout le temps, du matin au soir, mais ma mère est plus pragmatique, très droite, le prix de l’effort et du travail en toile de fond. Imprégnée de ça, il y a une espèce de culpabilisation et de culpabilité chez moi de partir dans un métier où je me ferai juste plaisir. Du coup, j’ai un petit diable qui me dit « il faut que tu y ailles » et un petit ange qui répond « ce n’est pas sérieux ».

Encore aujourd’hui, tu culpabilises?

J’essaye de tuer l’ange. Mais, c’est difficile quand on a 30 ans. On te demande : « Et maintenant, tu fais quoi ? ». Tu réponds que tu fais de la musique et on comprend que c’est le week-end en dehors de ton « vrai » boulot. C’est le lot de plein d’artistes qui ont commencé sur le tard et c’est dur. Dans mon choix, j’ai bien conscience qu’il y a une part de folie.

Tu le vis bien ?

Ce n’est pas facile tout le temps. C’est un changement de vie et de conditions financières. On sait ce que l’on perd et pas ce que l’on retrouve, mais psychologiquement, je suis beaucoup plus heureuse maintenant que lors de mes années « juriste ».

Tu as pu enregistrer ton premier album grâce à un site participatif belge, Aka Music.

831 personnes ont versé une somme suffisamment conséquente pour que je puisse faire un album dans de bonnes conditions. Il y en a qui ont mis 5, 15, 1000 ou même 3000 euros. C’est incroyable ! J’ai obtenu 50 000 euros. J’en ai utilisé 15 000 pour produire un premier EP. Et le reste pour l’album en lui-même. Outre l’argent qui était versé, j’adorais voir les commentaires sur mes chansons. C’était très élogieux et c’est encourageant pour continuer.

Version acoustique de "From now" (titre tiré de l'album Wishes) avec David Vermeulen (guitare) et Hugo Adam (cajon).

Ton album est super bien produit.

Il est produit par Stewart Bruce, l’arrangeur connu pour son travail au Real World Studio et ses collaborations avec Peter Gabriel, Kate Bush, Clarika. On a fait cet album tous les deux pendant 10 jours en Angleterre. Lui, avant d’être arrangeur, il est aussi musicien. Il a joué beaucoup d’instruments, batterie, basse, guitare électrique et moi beaucoup d’instruments acoustiques. Je suis très contente du résultat. L’album a un son terrible.

Peut-on dire que c’est un album folk ?

Oui, avec une touche pop. Mais ma voix est faite pour le folk.

 

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Tu fais demain la première partie d’América au Bataclan. Un truc de dingue !

J’adore ce que ce groupe représente. Les années 70 et ce folk mythique… les pattes d’eph, les cheveux longs, cette espèce de truc à la Woodstock. J’ai l’impression que je ne suis pas née à la bonne époque.

Tu m’as l’air en tout cas très déterminée à réussir ta vie de chanteuse.

Je ne lâcherai rien tant que je ne serai pas là où j’ai envie d’être. Je sais que je vais en prendre plein dans la figure, que je vais avoir des déceptions, que je vais déguster, mais je ne lâcherai rien.

Je te sens presque impatiente.

Je sais qu’il faut que je prenne mon « bien » en patience. Je suis aussi quelqu’un de très angoissée. On a du budget, mais pour un temps limité, donc il faut que les choses et les évènements ne tardent pas trop. On a un album et puis quoi ? Que va-t-il se passer après ? Les anxieux sont toujours dans l’anticipation. Et moi j’anticipe sur les 6 mois qui arrivent. Il faut que je sache où je vais… je préfère bosser pour moi. J’ai été efficace pour les autres alors je me dis que ce serait bien que je sois efficace pour moi.

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Pour en savoir encore un peu plus, en son et en image... Voici le reportage retraçant les étapes de réalisation de son 1er album "Wishes" (Universal/ Février 2012).

26 mars 2012

Sandrine Roudeix : interview pour "Les petites mères"

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C’est un joli roman que celui de Sandrine Roudeix. La famille, les non-dits, la communication difficile, la transmission qui ne l’est pas moins… Les Petites Mères chamboulent le lecteur. M’ont chamboulé moi, en tout cas.

Après avoir chroniqué ce livre aussi noir que délicat, j’ai donc souhaité rencontrer cette auteur(e) (néanmoins photographe réputée), le 9 mars dernier, pour une mandorisation en règle dans "mon" agence.

Portrait :

D'origine espagnole par son arrière-grand-mère, Sandrine Roudeix passe son enfance à Toulouse, fait ses études à Bordeaux et sa vie professionnelle à Paris. Elle travaille d’abord dans l’édition avant de devenir journaliste, puis photographe et romancière, ses deux passions.

Après un premier roman, Attendre, où Sandrine Roudeix abordait la question de l'identité à travers les enjeux d’une naissance, elle explore dans Les Petites Mères, son dernier titre paru aux éditions Flammarion, les conséquences de la transmission mère-fille.

Voici ma chronique de Les Petites Mères paru dans Le Magazine des Espaces Culturels Leclerc (daté du mois de Mars 2012).

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sandrine roudeix,les petites mères,interview,mandorInterview :

Revenons sur votre parcours, en quelques mots.

J’ai fait un bac scientifique, math-physique, plus une prépa HEC, plus une école de commerce, plus une fac de Lettres. En fait, dès le départ, je voulais travailler dans la littérature. Je suis issue d’une famille un peu populaire, un peu modeste qui disait : « Travaille ma fille, la littérature, ça ne fait pas vivre !  Le commerce, c’est bien. » Tout ce qui est associé à la culture n’était ni la culture de la maison, ni l’espoir de la maison.

Vous êtes rentrée chez Gallimard après vos études en 1996.

J’ai travaillé un an dans cette maison, je m’occupais du marketing chez Folio. J’ai fait d’ailleurs du marketing pendant 10 ans, chez Gallimard, chez 10-18 et au Seuil. Au bout de 10 ans, j’ai fini par me rendre compte que je m’étais trompée de voie. Je suis devenue journaliste pendant un an à Livres Hebdo, après j’ai fait des portraits d’écrivains et de musiciens pour le Nouvel Obs Paris. Toujours dans la culture, quoi !

Ça se tient comme parcours (que l’on peut découvrir plus en détail là !).

Je suis partie d’un entonnoir, j’ai tâtonné parce que  je n’osais pas encore m’avouer que je voulais aller vers la littérature directement.

Mais comment en êtes-vous venue à la photo ?

Au bout de six mois au Nouvel Obs Paris, je leur ai dit que je pouvais aussi leur faire des photos. Ils ont accepté. Je n’ai pas de formation photo. Je suis juste partie voyager autour du monde toute seule avec mon appareil photo, après ma cassure du monde du marketing et de l’édition.

Vous avez photographié Raymond Depardon et vous connaissez bien Jean d’Ormesson. Vous ne vous mettez pas un peu de pression dans chacun de vos domaines de prédilection ?

C’est très motivant, au contraire. Et moi, venant d’un autre milieu et d’un peu loin, cette reconnaissance est la preuve que tout est possible. En toute modestie, j’ai envie de suivre leur chemin. Pour Les petites mères, Jean d’Ormesson a été le deuxième à m’appeler, après ma mère. Il m’a dit avec sa petite voix chevrotante : « Sandrine, j’ai trouvé ça déchirant, mais déchirant ».

sandrine roudeix,les petites mères,interview,mandorVotre premier roman, Attendre, vient tout juste de sortir en poche.

C’est génial. Je connais très bien les rouages d’une maison d’édition. Ça veut dire que ce livre va durer un peu plus longtemps. Attendre, c’est mon premier roman, mais Les Petites Mères, c’est encore plus mes tripes.

Dans vos deux romans, il n’y a pas de grands paysages, on est plutôt enfermé.

J’aime les espaces clos dans les romans. Dans la contrainte, je trouve qu’on est beaucoup plus créatif. La difficulté avec Les petites mères, c’est que je voulais raconter cette malédiction familiale, matriarcale, transmission mère/fille qui ne se passait pas très bien, dans une seule et même journée. Je ne voulais pas que les gens s’emmerdent parce qu’elles sont beaucoup dans les réminiscences du passé et dans les télescopages de leurs espoirs et leurs déceptions. Il fallait que ça soit tendu, j’ai donc travaillé cette tension-là en essayant, pour chacune des petites mères, d’avoir un enjeu dès le départ, une interrogation. Yann Queffelec m’avait dit un jour : « S’il n’y a pas d’énigme dans un livre, c’est du foutage de gueule pour les lecteurs ». Ça m’a marqué, moi qui ne suis intéressée que par le côté psychologique et les liens, du coup, dans mes romans immobiles, j’ai décidé d’inclure énigmes et résolutions.

Vous parlez dans vos romans de transmission, certes, mais aussi du poids de l’héritage et sandrine roudeix,les petites mères,interview,mandordes répétitions de génération et génération.

Les parents et les grands-parents font ce que l’on est aujourd’hui. Si on ne comprend  pas ça, on n’a rien compris à la vie. Dans Les petites mères, j’ai voulu montrer que chaque petite mère ne fera pas pareil que sa propre mère avec sa fille. Je dresse le constat que, finalement, on ne fait jamais bien.

Il n’est pas exagéré de dire que ce que vous écrivez est très largement inspiré des évènements de votre vie personnelle.

En fait, comme pour Attendre, il y a un gros côté autobiographique, mais je suis issue d’une famille de taiseux, j’ai des bribes, mais tout n’est pas dévoilé sur mon histoire familiale. La littérature m’a permis d’inventer les fils qui relient chaque information que j’ai pu glaner petite ou plus récemment. Dans Attendre, je raconte une naissance non désirée. Je me mets tout à tour à la place de la petite fille qui attend son père qu’elle ne connait pas, de la mère qui, deux ans plus tôt, veut dire à sa fille qui est son père. Je traite la question de l’identité. Qui on est par rapport à un père et une mère qui ne nous ont pas voulu. La fin du livre se termine au moment zéro de la naissance. En vrai, je connais la conséquence, je connais le fait, mais je ne connais pas l’entourage. J’invente donc.

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Est-ce que votre mère à lu Les Petites Mères ?

Oui. Elle a été bluffée que j’écrive des choses dont elle était certaine que je ne savais pas et que la littérature m’a fait découvrir, mais sans m’en rendre compte. On sait toujours ce que l’on porte en soi.

Était-elle au courant que vous écriviez ce genre de livre ?

Oui, je ne lui ai jamais caché, mais je ne lui ai pas fait lire avant, ni l’un, ni l’autre. Toute modeste qu’elle soit, c’est une grande lectrice. Elle a tout à fait compris que mes livres étaient des objets littéraires, que c’était des livres et qu’il fallait les prendre comme tels. Du coup, elle ne se sent presque pas visée. J’ai trouvé cela très intelligent.

Parlons des hommes dans Les petites mères. Ils n’ont pas le beau rôle…

C’était le sujet puisque je voulais traiter le matriarcat. Le matriarcat = pas d’homme. Soit parce que les hommes sont absents, soit parce qu’ils sont méchants. Les petites mères ont choisi les mauvaises personnes et elles ont été très abimées. Je ne dis pas que tous les hommes sont des salauds, mais dans cette famille-là, ils l’étaient tous. La plupart des gens disent à mon éditeur et à mon attachée de presse que c’est hyper sombre et hyper noir. Je pense plutôt que mon roman est très noir, mais surtout qu’il est très proche du commun des mortels et que c’est un peu dérangeant. Si on gratte dans chaque famille, on peut trouver des accointances avec ce que je raconte dans ce roman. En fait, dans mon livre, il y a un message d’espoir : on peut croire qu’il y a une répétition et une malédiction, mais malgré tout, on peut s’en sortir et avoir une prise de conscience pour ne pas reproduire le schéma. Chacun fait comme il peu, mais chacun peu, à un moment donné, s’échapper.

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Avez-vous peur qu’on ne comprenne pas ce que vous avez voulu exprimer.sandrine roudeix,les petites mères,interview,mandor

Non. Ça ne se dit pas, mais je n’écris pas pour le lecteur, j’écris pour moi. J’écris parce que ça me semble important. J’ai voulu comprendre le processus de la transmission mère/fille. J’ai voulu tout désarticuler sur ce sujet pour essayer d’en saisir les nuances et tout mettre à plat.

Et ça va mieux aujourd’hui ?

Je comprends que vous insinuez que ce roman a remplacé un psy. Ce n’est pas tout à fait exact dans mon cas, parce que je ne peux écrire sur un sujet que lorsqu’il est réglé pour moi. C’est le seul moyen, encore une fois, d’en faire un objet littéraire.

Y a-t-il un rapport entre votre façon de photographier et votre façon d’écrire ?

Vous ne croyez pas si bien dire. Quand j’écris une scène avec plusieurs personnages, je m’amuse à les faire tous parler à tour de rôle, à la première personne du singulier. C’est vraiment comme un travail photographique. J’ai mon appareil photo. Je fais une photo d’un côté, et comme un chat, je tourne autour de mon sujet. En littérature, c’est pareil, j’essaie de me mettre dans tous les angles de vues possibles pour comprendre une psychologie et qu’il y ait à la fois de l’adhésion et du rejet.

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Portrait en ouverture d'interview : Alain Delorme

Les autres portraits : Sandrine Roudeix

Les photos à l'agence: bibi

21 mars 2012

Garance : interview découverte !

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(Crédit : Magali Tifiou Fernandez)

Garance est une jeune chanteuse que j’ai découvert par hasard sur la page Facebook d’un de ses musiciens, qui est aussi un ami, Fred Féraud. J’ai regardé deux extraits d’un récent concert et j’ai beaucoup apprécié (et immédiatement, ce qui chez moi est rare). Fraîcheur, ironie, second degré, une voix aussi belle que la plume.


Peut-être par garancemusique


Les idées rock par garancemusique

J’ai envoyé un message à Fred en lui disant tout le bien que je pensais de la chanteuse avec laquelle il bossait. L’idée de la mandoriser n’a pas mis longtemps à germer. Aussitôt dit, aussitôt fait, la jeune femme est venue avec Fred à mon agence, le 8 mars 2012 dernier.

Je me suis amusé à compléter la biographie officielle de Garance avec des extraits de son interview :

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29154_406127603517_305792583517_4123841_4344335_n.jpgÀ l'âge de 18 ans, elle écrit, joue, chante et met en scène des pièces de théâtre, danse dans des créations.

- J’ai toujours chanté, mais ma vocation première était de faire du théâtre. À l’âge de 18 ans, quand je suis arrivée à Paris, c’était pour m’adonner à cette activité artistique. J’ai suivi les cours Florent, puis j’ai monté ma propre compagnie, j’ai joué,  mis en scène et écrit des pièces. Mes premières chansons, je les ai écrites un peu par hasard sans vraiment me dire que j’allais en faire un métier.

De ce travail se dégage peu à peu le besoin de faire passer les émotions à travers ses propres mots. C'est naturellement que la guitare s'impose pour donner vie à des mélodies toujours rythmées par la cadence du texte. En 2006, les premiers concerts ont lieu avec Brams, lui aussi auteur compositeur, et pendant 2 ans le duo baptisé « Garance et Brams » se produit dans des cafés-concerts et enregistre l'album "Repose ta veste".

- On était copains au lycée. Un Noël d’il y a 6 ans, nous nous sommes revus. Lui composait déjà et moi je chantais. On a décidé de jouer ensemble. On a fait beaucoup de concerts. Quatre par semaines dans tous les bars de Paris. On était super motivés et c’était une école de la vie formidable et formatrice. Capter un public qui ne vient pas spécialement voir un concert, ce n’est pas évident. On a fait ça pendant deux ans. Ça m’a donné envie de continuer, mais dans des salles plus importantes et surtout, d’y consacrer ma vie de manière plus professionnelle. Avec Julien, nous n’avions pas tout à fait les mêmes ambitions, donc, j’ai décidé de poursuivre seule en faisant des concerts en solo ou avec un guitariste.

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37227_413649418517_305792583517_4318163_1440471_n.jpgEn 2008 Garance débute donc une série de concerts dans sa nouvelle formule. Elle présente son guitare-voix dans les salles parisiennes et ailleurs en France.  Elle sort en 2010 un album éponyme comprenant 8 titres.

-Il n’est plus trop représentatif de ce qu’on fait aujourd’hui en concert. De plus, certains textes sont très anciens. J’ai le souhait d’en enregistrer un autre très vite. Beaucoup de nouvelles chansons sont déjà prêtes.

Aujourd’hui, c'est donc accompagnée par un guitariste, un bassiste et un batteur qu'elle revient sur la scène musicale en 2012. De l'acoustique elle passe à l'électrique et revoit son répertoire dans des nouvelles sonorités avec une formation plus rock. Elle se présente sur scène avec justesse et honnêteté, choisit de faire résonner ses mots au travers d'un son brut, sans apprêt.garance,garance bauhain,interview,mandor

- Au bout de quelques années de travail, je me suis sentie au bout de ce que je pouvais faire toute seule. Je sentais que je n’arrivais plus à avancer,  j’avais envie d’aller plus loin et de dire autre chose. En mai 2011, j’ai mis une annonce sur un forum de musique pour chercher bassiste, batteur et guitariste. J’ai ensuite fait passer des auditions. Ensuite on a fait des répétitions ensemble et ça a fonctionné immédiatement. Je joue donc aujourd’hui avec Fred Feraud à la basse, Matthias Moreno à la batterie et Thomas le Mazurier à la guitare électrique et à la clarinette.

Ses chansons parlent de certains évènements de la vie (la sienne ou pas) avec recul et un peu d’humour.

Parfois ce sont des petites histoires, parfois juste des sensations. J’aime quand les textes sont un peu abstraits. J’aime aussi raconter le ressenti des choses à un moment précis. Ce n’est pas de la chanson réaliste, car je laisse parfois les choses dans le flou. J’apprécie que les gens qui écoutent mes chansons aient plusieurs interprétations.

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Garance avec son bassiste, Fred Feraud sur le désormais fameux canapé de "mon" agence...

Merci encore à lui pour m'avoir permis de découvrir cette pépite aussi talentueuse que sympathique.

Merci à Magali Tifiou Fernandez pour les jolies photos "studio" (pas celles prises le jour de l'interview).

Je souhaite une longue route à cette jeune chanteuse qui est loin d'être une débutante et qui, je pense, à beaucoup à donner à cette chanson française d'aujourd'hui que j'aime tant.  

08 mars 2012

Fabien Hérisson et Nicolas Sker : interview pour "Les auteurs du noir face à la différence"

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Les forces en présence :

- Fabien Hérisson : Il consacre une grande partie de son temps libre à la lecture de polars, à la rédaction de chroniques pour K-libre et à l’administration, sous le pseudo du Proprio, de Livresque du Noir, un site sous forme de tribune, dédié aux auteurs du Noir.

- Nicolas Sker (pseudonyme de Nicolas Beuglet) : Directeur artistique et scénariste d'une grande chaîne de télévision. Il a sorti un premier roman l’année dernière, Le premier crâne (Michel Lafon).

Le premier est à l’origine du recueil de nouvelles Les auteurs du noir face à la différence. Tous les deux ont écrit une histoire très noire. Le 21 février, je les ai réunis pour une conversation sans langue de bois. Avant de la découvrir, voici mon article sur le livre publié dans Addiction, le mag (daté du mois de mars 2012).

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Interview:

Fabien, quelle est la genèse de ce livre ?

Fabien Hérisson : Tout a commencé à Quai du Polar à Lyon l’année dernière. Le soir, après le salon, j’étais avec deux trois auteurs, dont deux font partie du recueil. On s’est dit que ce serait sympa de  poursuivre ce qui se fait sur Livresque du noir. C'est-à-dire donner la possibilité à des auteurs qui ne sont pas connus de côtoyer les auteurs connus. De les mettre sur un pied d’égalité et pourquoi pas, de leur permettre d’être découvert par un plus large public. La meilleure façon de faire ça, c’était le recueil de nouvelles. Le défi a été lancé, j’ai commencé à chapeauter ça. J’ai envoyé des invitations à des personnes qui avaient participé au site. Parmi les réponses positives, un auteur, Patrick de Friberg, m’a dit : « OK ! Mais à la condition que les droits d’auteur aillent aux bénéfices, soit d’une association, soit d’une œuvre humanitaire. »

Comment as-tu sélectionné les auteurs ?

Fabien : J’ai contacté des auteurs renommés et d’autres moins connus. J’ai choisi principalement des personnes qui étaient déjà rompues à cet exercice particulier qu’est la nouvelle.


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fabien hérisson,nicolas sker,les auteurs du noir face à la différence,interview,mandorNicolas, comment es-tu arrivé dans l’aventure ?

Nicolas Sker : J’ai eu la chance de croiser Fabien dans les coulisses d’une émission de télévision sur TF1, lors de la promo de mon premier livre. Entre deux petits fours, il m’a parlé de son projet de recueil de nouvelles. Je connaissais Fabien grâce à son site pour lequel j’avais écrit un texte pour me présenter. Je lui ai donc dit oui, si et seulement si je trouvais la bonne idée.

Elle est donc venue, cette bonne idée.

Nicolas : Je l’ai laissé murir assez longtemps,j’ai tourné autour et puis je me suis dit que c’était intéressant qu’il y ait une vraie contrainte. C’est bien, pour un auteur, d’avoir une contrainte hyper précise, parce que ça limite le champ des possibles et finalement ça rassure un peu et c’est assez agréable. Quand on écrit, ce qui est le plus dur, ce n’est pas de trouver les idées, mais de choisir les bonnes idées. Quand on a un cadre imposé, on a moins de choix à faire parce que c’est hyper restrictif. Du coup, on travaille mieux le nœud, le cœur de l’histoire. Partant de là, je me suis dit qu’il fallait vraiment que je trouve un truc chouette. J’estime qu’il faut prendre le lecteur par le bout du nez et qu’il soit surpris à l’issue de l’histoire. L’idée est venue et à ce moment-là et j’ai recontacté Fabien.

Fabien, c’est une lapalissade, mais il faut que tu aimes la nouvelle pour décider de l’inclure dans le recueil…

Fabien : Il faut qu’elle respecte les contraintes initiales. Très franchement, dans l’ensemble, j’ai été satisfait des textes proposés.

Nicolas, tu as sorti un roman, mais t’étais-tu déjà adonné à l’exercice de la nouvelle ?

Nicolas : Ce qu’il y a d’amusant, c’est que j’avais gagné un concours de nouvelles il y a quelque temps, mais sous un pseudo, Stéphane Némo. Ça faisait partie d’un recueil sur le monde du travail, Les nababs et des clowns, et comme je travaille à la télé, je m’étais amusé à raconter les folies réelles de ce milieu. Pour moi, les nouvelles, c’est un peu la facilité. Ce qui est dur dans un roman, c’est de tenir la longueur et la cohérence. Sur une nouvelle, ce serait gonflé de se rater sur la cohérence.

Fabien, tu regardes bizarrement Nicolas…fabien hérisson,nicolas sker,les auteurs du noir face à la différence,interview,mandor

Fabien : Je suis un peu sceptique sur ce qu’il vient de dire. Effectivement, la nouvelle, ce n’est pas un genre répandu et porteur en France. Les recueils de nouvelles ne se vendent pas énormément. Peut-être que pour un écrivain, ça paraît plus facile de faire quelque chose de court, mais pour le lecteur, réussir a avoir une histoire avec un contenu qui accroche sur très peu de pages, ce n’est pas si facile que ça. Dans un roman, on a plusieurs pages pour poser son intrigue, son déroulement, essayer d’attraper le lecteur dans son univers. Là, c’est très très court. Il faut être percutant immédiatement et ce n’est pas donné à tout le monde.

Nicolas : Pour le coup, personnellement, en travaillant à la télévision, j’ai acquis cette espèce de réflexe permanent d’obligation d’accrocher à la première seconde. Dans mon milieu, on n’a pas le choix, c’est le règne de l’immédiateté. Quand j’essaie de penser à mon roman, je peux passer deux mois à réfléchir à la première phrase. Il n’est pas question pour moi d’emmerder le lecteur. Donc, l’exercice de la nouvelle est plus facile, parce que c’est le même exercice qu’un roman, mais en plus court.

fabien hérisson,nicolas sker,les auteurs du noir face à la différence,interview,mandorNicolas, tu as écrit un thriller ésotérique, Le premier crâne, là, c’est une nouvelle particulièrement noire. Ce changement de registre a-t-il été simple ?

Nicolas : Non, mais c’était ça que je trouvais excitant. Quand Fabien m’a dit qu’il fallait que ce soit très noir, au début je me suis dit que ce n’était pas moi et encore moins mon univers. Et, il n’y a rien de plus excitant que d’aller mettre un pied dans un univers qui n’est pas le sien. C’est un peu comme un comédien qui ne joue habituellement que des comédies et à qui un jour on annonce qu’il va jouer le rôle d’un salopard. On se demande si on est capable de le faire. On se sent coupable, mais c’est excitant quand même…

En plus Nicolas, je sais que tu n’aimes par le noir pour le noir.

Nicolas : En effet, je déteste ça. Je déteste être confronté à des choses gratuitement violentes ou sadiques. Il y a beaucoup de bouquins de ce genre. Ça me révulse donc je ne peux pas en lire sauf si vraiment il y a un très beau propos derrière.

Nicolas, ça me donne donc envie de te demander ce que tu as pensé des autres nouvelles de ce recueil…

Nicolas : En gros, j’ai été beaucoup plus touché par des nouvelles comme celle de Sophie Loubière, qui parle d’un enfant mal traité dans sa famille, que d’être confronté à de la violence pure.

Et qu’as-tu pensé de la nouvelle de Fabien ?

Nicolas : Au début, je me suis dit que c’était exactement ce que je n'aimais pas. Un sadique qui est en train de fantasmer sur ce qu’il va faire avec son scalpel à une pauvre jeune femme, ça partait mal. J’ai espéré une chute qui allait tout renverser… elle est arrivée. J’ai apprécié aussi toute la narration autour de la télé-réalité et ses dérives. En règle générale, je préfère les approches subtiles que les approches frontales.

fabien hérisson,nicolas sker,les auteurs du noir face à la différence,interview,mandorFabien, moi, c’est la première fois que je lis quelque chose de toi. Tu as donc donné de ta personne dans ce recueil.

Fabien : Pour être honnête, cette nouvelle, je l’avais écrite il y a quelque temps et ce sont des personnes qui participent au recueil qui m’ont demandé pourquoi je ne participais pas à l’aventure, puisque je chapeaute tout. Ils m’ont incité à me lancer. J’avais peur qu’on pense que je voulais me caser quelque part, que je voulais profiter de ce recueil pour me mettre en avant, pour essayer de me vendre.

As-tu eu peur du jugement littéraire des autres ?

Fabien : Non, je sais très bien que ça ne plaira pas à tout le monde. Après forcément, quand on écrit, c’est aussi pour avoir des retours.

Nicolas : J’ai une question à te poser Fabien. Qu’est-ce qui te plait dans le fait de nous mettre dans la peau d’une personne qui est présentée comme quelqu’un de sadique ?

Fabien : Pour moi, c’est l’enrobage. C’est ce qui permet d’amener le contenu. Derrière tout ça, pour moi, c’est le regard d’un homme qui est différent, qui voit la société différemment, qui se sent à l’écart de tout et de tout le monde. On peut parler de la superficialité, la perte de la dignité de l’être humain.

Nicolas : Justement, tu parles de la perte de la dignité et tu nous confrontes à la bassesse la plus extrême des comportements humains, celui de faire souffrir l’autre.

Fabien : Mon personnage est ce que sont beaucoup d’humains qui traînent sur internet, sur lesfabien hérisson,nicolas sker,les auteurs du noir face à la différence,interview,mandor forums. Tu vas voir des gens qui sous prétexte de bonne morale et valeurs exceptionnelles vont se permettre des critiques ignobles et de descendre en flamme des gens. Ils ne sont pas mieux que ceux qu’ils sont en train de descendre.

Nicolas : D’accord, je comprends mieux.

Fabien : Il y a un côté dérangeant, mais c’est aussi pour mettre le doigt sur une réalité. Aujourd’hui, si tu veux alpaguer l’attention des gens, il faut un peu choquer. Si tu es trop gentil, trop passif, trop mou dans tes paroles, les gens s’en foutent et ne t’écoutent pas. Hélas.

Nicolas, pourquoi écris-tu des livres ?

Nicolas : Mon vrai but dans la vie, le vrai métier que je veux faire, c’est raconter des histoires. J’en raconte à la télévision dans mes reportages, mais je le concrétise encore plus en écrivant des livres. S’il y a un truc qui restera éternel de la « naissance de l’humanité » jusqu’à sa fin, c’est de raconter des histoires. Ça ne mourra jamais, car cela fait partie de l’homme. Raconter une histoire, c’est offrir un peu d’immortalité. Une histoire, elle est là quoi qu’il arrive. Elle est née avec toi et elle continuera à vivre éternellement.

fabien hérisson,nicolas sker,les auteurs du noir face à la différence,interview,mandorFabien, pourquoi as-tu créé Livresque du noir

Fabien : En tant que lecteur et passionné de littérature policière, j’avais envie d’en savoir un peu plus sur le derrière du rideau, l’envers du décor. Savoir comment on peut avoir envie d’écrire une histoire, qu’est ce qui nous amène à développer telle ou telle intrigue. Les questions que l’on peut voir dans les sites et blogs de littérature policière sont souvent les mêmes. J’avais envie de plus. L’autre constat, c’était que l’on voit toujours les mêmes auteurs. En France, il y a une multitude d’auteurs qui ne sont pas connus et dont on ne parle jamais, un réservoir de pur talent. Pour moi, c’était logique de faire quelque chose pour mettre en avant ces auteurs-là. Je les intègre dans un lieu où il y a d’autres auteurs beaucoup plus réputés qui amènent de la visite sur le site.

Nicolas : Fabien, il fait un truc pervers. Il nous demande de faire notre propre présentation. C’est super dur. Comme on ne veut pas écrire des trucs banals, on écrit finalement une nouvelle sur nous-mêmes. Il nous met au défi d’écrire un texte sur nous qui soit un bon moment de lecture.

Fabien : La façon dont écrit son texte un auteur est révélateur et va donner envie ou non d’aller vers son œuvre.  Il faut que ce soit percutant et original. Ça doit révéler un style.

Nicolas : En plus, il y a un regard bienveillant de Fabien sur ses auteurs et un véritable amour de la thématique qu’il a choisi. Les nouveaux auteurs qui arrivent comprennent vite qu’il sait de quoi il parle. Il se trouve donc sur un terrain ami et accueillant. Il nous apporte le meilleur.

Nicolas, tu travailles sur quoi en ce moment ?

Nicolas : Sur un nouveau thriller qui sortira chez Michel Lafon et qui va encore nous emmener sur une quête existentielle, une grande question que l’on se pose depuis toujours et que l’on se posera encore longtemps. Les personnages dans ce livre vont, peut-être, trouver la réponse.

Quelle est cette fameuse question ?

Nicolas : Je ne réponds pas à cette question pour le moment. Je suis désolé.

Mince, pas de scoop pour Mandor !

Nicolas : Je peux juste te donner le titre de travail : Patient 488. Et la thématique tournera autour de l’âme humaine… son origine, son existence, sa destinée, mais toujours avec une approche scientifique.

Et toi Fabien ?

Fabien : Il y a un texte qui est dans les tiroirs depuis deux trois ans et qui est en statu quo. Avec un peu plus de temps et de motivation, peut-être que je le sortirai.

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De gauche à droite: Fabien Hérisson, Tony Montana, Mandor et Nicolas Sker.

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Dernière précision :

Un bon nombre des « auteurs du noir face à la différence » seront présents ce week-end au Salon du Livre de Provins (que j’ai l’honneur d’animer).

Pour en savoir plus, c’est ici.

05 mars 2012

Caravan Palace : interview pour la sortie de "Panic"

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Présentation des quatre compositeurs de Caravan Palace : Hugues Payen (violon, programmation, scat, synthétiseur), Charles Delaporte (contrebasse, synthétiseur, programmation), Antoine Toustou (machines, synthétiseur, trombone) et Arnaud Vial (guitare, programmation, synthétiseur).

Trois autres les rejoignent sur scène :Colotis Zoé (chant), Camille Chapellière (clarinette) et Paul-Marie Barbier (vibraphone, percussions).

À l’occasion de la sortie aujourd'hui (5 mars 2012) du deuxième album de Caravan Palace, je suis allé à leur rencontre dans leur propre studio d’enregistrement situé dans le 9e arrondissement de Paris. Ainsi, le 1er février dernier, Hugues et Charles m’ont accueilli avec une extrême gentillesse pour un long entretien. (J’en profite pour remercier leur attachée de presse, Sorya Lum, pour avoir organisé avec brio cette rencontre).

Avant de lire l’interview, je vous propose l’article que j’ai écrit sur ce disque, dans Actu Fnac (daté du mois de février 2012).

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Interview:

Cet album est un peu différent du premier. Il y a notamment un peu plus de synthés. Allez, disons le tout net, il est plus electro…

On est friand de musique électronique, on avait envie d’en rajouter une petite couche par rapport au premier. A l’époque, c’était un souci permanent de ne pas privilégier, ni le swing, ni l’electro, et quelque part, je pense que ça nous a légèrement bridés sur certains aspects. Dès que nous avons pris la décision de nous lâcher sur les synthés pour le second, ça nous a permis de retrouver une certaine liberté. On écoute tous énormément de musiques électroniques et un peu moins de swing. Du coup, ça s’en ressent dans Panic.

Mais je suppose qu’il était hors de question d’abandonner le côté swing.

On y a pensé, mais dans ces cas-là, ce n’est plus Caravan Palace. Et puis, très sincèrement, c’est une musique qu’on aime beaucoup jouer.

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Vous avez commencé votre carrière avec ce genre-là en composant la musique d’un film porno censé se passer dans les années 30…

Oui, mais déjà, nous jouions dans un groupe de jazz manouche. A la base, on avait déjà les deux pieds dans le swing. Cette commande un peu particulière est juste le déclencheur parce que c’était la première fois qu’on s’attelait à mélanger les deux genres "officiellement", les beats électroniques sur du  jazz manouche. C’était l’occasion de prendre notre temps et de nous y coller. Parce que c’est vraiment beaucoup de boulot, je t’assure.

Vous ne vous êtes pas demandé si ce son/cette musique/ce mélange allaient intéresser du monde ?

Quand on fait de la musique, il y a toujours un risque, mais franchement, on le sentait bien. Aujourd’hui, la scène electro swing commence à être assez riche, mais à l’époque, nous étions rares sur ce marché là. C’est une musique de nos grands-parents, certes, mais en même temps, Sanseverino, Thomas Dutronc, des gens comme ça, ont prouvé que le jazz manouche intéressait les jeunes. D’ailleurs, en 2005, à Paris, il y a eu une explosion de groupe de jazz manouche, on a vraiment senti qu’il y avait un truc spécial qui se passait autour de ça.

Le premier clip tiré de Panic: "Rock It For Me. Original Concept Art : Ugo Gattoni. Direction / Art Direction : Guillaume Cassuto, Ugo Gattoni, Jeremy Pires. Editing : Guillaume Cassuto, Jeremy Pires

Mais vous dites partout que vous ne considérez pas que vous faites du jazz manouche, vous !

Non, effectivement, c’est de l’electro swing. Bon, au fond, tout ceci n’a aucune importance. Ce qu’il y a d’intéressant à être difficilement qualifiable, c’est qu’on est invité dans des festivals de toutes natures. Rock, jazz, electro, world… du coup, ça nous ouvre les portes partout.

64613_10151340448265635_20090295634_22870035_1499698903_n.jpgVous êtes une belle bande de tripatouilleurs de sons.

C’est notre métier de base. Nous sommes des instrumentistes. Mais la production des musiques électroniques est assez vicieuse parce que l’on se retrouve derrière un ordi, du coup, on a l’impression qu’on ne joue pas vraiment. On joue de l’ordinateur, on affine la technique, on devient des virtuoses de la souris et du clavier. Il y a des choses qui peuvent être considérées comme complètement ésotériques quand des gens viennent nous regarder jouer.

Passer du studio à la scène, c’est compliqué ?

On essaie de se rapprocher au maximum de l’album, mais tu ne peux pas avoir la précision d’une ligne midi parfaitement écrite. Cela étant, c’est ce qui fait notre charme sur scène… parfois on fait des petits pains, mais ça ne dérange pas le public. Le live, c’est la vérité.

Dans le premier album, vous n’étiez pas totalement satisfaits de la production, pourtant déjà léchée. Le second satisfait-il à vos attentes ?

On est plus vers ce que l’on recherchait à la base. On colle vraiment à l’ambiance qu’on a voulue pour cet  album. Comme on a affiné notre technique, on est devenu très exigeant. Les breaks, on les a tous écoutés 150 fois pour être complètement sûr du résultat et des effets souhaités.

Écoutez-vous ce que font les autres groupes?

Oui, mais nous ne sommes pas facilement influençables, en particulier par le milieu electro swing. Pour être franc, on ne se retrouve pas dans cette production. Et puis, dans cet album, on a vraiment essayé de diversifier les formes. On ne fait pas du Poum Tchak systématiquement. On essaie de varier les ambiances et les tempos. Ça change tout de suite la tonalité de l’album. On vit une époque formidable ou la musique électronique est pleinement rentrée dans le siècle et dans les oreilles des gens. Il n’y a plus les personnes qui vont dans les raves et qui prennent de la drogue et ceux qui écoutent Johnny Hallyday. Maintenant tout est complètement l’un dans l’autre.

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Vous êtes quatre compositeurs. Comment faites-vous pour bosser, imposer vos idées, vous entendre, prendre les ultimes décisions ?

On a tous chacun nos "home studios". On travaille tous dans notre coin, puis on s’envoie nos prods par mails. En général, s’il y a une réaction dans l’heure, c’est bon signe.  C’est que ça excite les autres. S’il n’y a aucune réaction, on passe à autre chose.

C’est pratique de bosser chacun de son côté ?

C’est même nécessaire. Si on devait se retrouver à quatre pour travailler, comme nous l’avons fait pour le premier album, 24h sur 24, on n’avancerait pas. Parfois, tu as besoin de te retrouver seul pour aller au bout de ton idée, même si elle est pourrie. Au moins, on peut aller au bout des choses, alors que si tu as un petit regard derrière toi qui mate tout ce que tu fais, c’est un peu lourd à gérer.

Savez-vous quand le travail est complètement accompli ? Quand on est quatre perfectionnistes, j’imagine que c’est difficile de savoir s’arrêter.

Oui, mais pas tant que ça. Par contre, quand on l’écoute à ce stade, on entend encore 1000 défauts.  C’est notre deuxième album, il est comme il est. Certainement perfectible, mais bon, on a toute la vie pour faire le disque idéal.

Aujourd’hui, j’imagine que vous pensez au live.

Oui, et il y a beaucoup de boulot. On va ajouter des morceaux, en rallonger d’autres, retravailler des anciens, bref, on ne chôme pas tant que la machine n’est pas lancée.

C’est le fait de savoir que ces morceaux vont finir sur scène qui vous motive ?

C’est effectivement le moteur, la récompense. Tu te prends la tête pendant un an à faire un album, après tu vois le public qui vibre aux sons de ton travail… c’est une sacrée concrétisation.

caravan palace,panic,interview,mandorSavez-vous ce qu’aime votre public chez vous ?

Je pense que c’est notre énergie. On nous dit qu’elle est contagieuse. On est un groupe anti crise. On a un sacré booster dans le groupe, c’est notre chanteuse,  Zoé. Elle envoie le bois elle aussi.

La voix est d’ailleurs un peu plus présente dans cet album, même si c’est beaucoup une histoire de samples.

Oui, disons qu’on met pas mal de traitements sur la voix de Zoé. Avec les samples, on ne sait plus trop où est la vraie voix. Mais, dans Caravan Palace la voix n’est pas l’instrument principal. Nous, c’est le son qui prime, avec un texte qui soit swing. Historiquement, dans le swing, il n’y a pas un sens de dingue. Ça parle toujours d’amour et de danse. Ça nous va très bien. Nous ne sommes pas un groupe engagé. On veut juste divertir les gens.

L’album sort le 5 mars. Je vous sens serein.

Euh… pas vraiment. Franchement, c’est un stress assez total. Ce qui nous rassure, c’est que cet album nous plait. On en est très fier. Après il aura la vie qu’il méritera d’avoir. Au moins, on a fait l’album que l’on avait envie de faire. En plus, même s’il est différent, il est cohérent avec le premier. On ne se moque pas des gens, on ne leur refile pas une sauce qu’ils ont déjà écoutée et on ne les emmène pas non plus dans un territoire complètement inconnu. Dans ce sens-là, je pense qu’on a rempli notre contrat vis à vie du public et par rapport à nous-mêmes.

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Hugues Payen et Charles Delaporte après l'entretien le 1er février 2012.

Et bientôt sur scène...

27 février 2012

Bertrand Guillot : interview pour "Le métro est un sport collectif"

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Troisième mandorisation pour Bertrand Guillot (voir et, les deux premières). Son nouveau livre, Le métro est un sport collectif, m’a charmé par son écriture et par l'originalité du sujet. Ce n'était pas gagné d'avance. Du coup, je l’ai chroniqué dans le Addiction, le mag (daté du mois de février 2012). Puis nous nous sommes vus le 10 février 2012 pour une séance photo dans le métro (vous noterez l’originalité saisissante de l’idée), puis pour une interview.

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bertrand guillot,le métro est un sport collectif,interview mandorInterview:

Sur le papier, des moments de vies dans le métro... bon, il y a plus sexy. Et pourtant, on se laisse happer par tes tranches de vies.

Très souvent, je notais ce qu’il m’arrivait et ce que je voyais dans le métro. La toute première fois, c’était il y a pas mal d’années. Je venais juste d’ouvrir un blog, Prix de Flore 2006. J’y avais écrit une longue nouvelle et après, je ne savais plus quoi écrire. Un jour je rentre du boulot, j’avais passé une sale journée, et dans le métro, sur le rebord de la poubelle, il y avait le journal L’Équipe qui avait été posé là. Ce devait être un type qui l’avait lu et qui avait dû se dire qu’il allait faire plaisir à quelqu’un. En rentrant, je lui ai rendu hommage sur mon blog. Du coup, j’ai écrit de temps en temps des chroniques sur le métro. Elles avaient toutes en commun d’évoquer des petits riens. Mais un petit rien dans un endroit comme le métro ou la promiscuité inégalée et où chacun est dans sa bulle, dès qu’il se passe quelque chose, ça prend des proportions énormes… et ça peut changer le cours d’une journée ou son état d’esprit.

Pour ce recueil, tu  as ressorti des anciens textes ou tout est inédit ?

Il y a une petite moitié d’histoires qui était déjà écrite et que j’ai retravaillée pour le livre. L’autre moitié est constituée de notes éparses récentes que j’ai reconstituées.

Quand tu as décidé d’écrire cet ouvrage, ton acuité, dans le métro, s’est-elle renforcée ?

Pas vraiment. Comme souvent, quand on veut trouver quelque chose, ça ne vient pas. Pendant 3 semaines, j’allais dans le métro en me demandant s’il allait se passer quelque chose que je pourrais utiliser. J’ai arrêté d’attendre les choses, et finalement, d’autres évènements sont arrivés.

Teaser "Le métro est un sport collectif".

Je me disais en te lisant que ceux qui ne te connaissent pas vont savoir qui tu es. Ce livre permet de lire en toi, si je peux dire. Tu te montres sous toutes tes facettes.

Je me suis concentré sur le lien a donner entre chaque chronique. C’est à chaque fois mon ressenti et je n’ai pas cherché à donner une image de moi particulière. Le jeu est sans filtre.

Dans ces chroniques, tu es observateur, mais aussi acteur.

C’est lié à l’écriture. Quand j’écris une histoire, si je ne suis que spectateur/narrateur, l’histoire aura moins de force que si je m’implique aussi dedans. La dynamique que je lui donne va lui apporter aussi un angle, ce n’est pas juste une description plate de quelque chose qui s’est passé. J’avais des chroniques qui manquaient de dynamisme, elles ne sont pas dans le livre. L’idée c’était que le lecteur voyage dans le métro avec moi sans s’ennuyer.

Dans deux-trois chroniques, tu parles d’ions, d’énergie, d’ondes qui pourraient presque influencer quelques situations…

Qu’est-ce qui va faire que dans un wagon, dans la même situation, d’un jour à l’autre, les gens vont être plus ou moins énervés ou plus ou moins souriants ? Je pense vraiment que c’est une question d’ondes avec lesquels on arrive. Quand j’ai pris conscience de ça, je me suis rendu compte que quand je rentrais dans le métro, j’arrivais avec mes ondes positives ou négatives.

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Bertrand Guillot aime les jeunes filles qui lisent (son livre... ou pas).

Ce que j’aime bien, c’est que tu ne te donnes pas le beau rôle. Tu es parfois couard.

Notamment à Paris, je suis persuadé qu’on aime bien se faire des nœuds au ventre pour rien. Tu peux avoir 3 personnes qui regardent la même scène en se disant qu’il faudrait qu’ils interviennent… ils ne le font pas. Quelque part, ces 3 personnes se font du mal. Toutes les fois où on n’agit pas dans une situation, alors qu’on devrait faire quelque chose, quelque part on dépense de l’énergie négative. Ce n’est pas juste une neutralité. On se laisse bouffer par plein de trucs que l’on ne dit pas.

Je suis le prototype même du mec qui s’isole dans le métro, qui ne communique pas du tout, alors que dans la vie, je suis un communicant. Du coup, tu m’as fait culpabiliser parce que j’ai l’impression que toi, tu essaies de « vivre » le métro.

Je vais te déculpabiliser. D’abord, je ne fais pas une chronique à chaque fois que je prends le métro. La plupart du temps, je suis avec un bouquin ou mon journal et il ne se passe rien. Et parfois, je suis le nez au vent, et je regarde. Ça m’amuse d’essayer d’imaginer ce que font les gens. Et j’adore choper des conversations. Même toi, si tu es isolé avec tes écouteurs et ton bouquin, s’il se passe quelque chose, tu es quand même un peu aux aguets, non.

Je t’assure que pas toujours. Bref, ce livre m’a vraiment beaucoup enthousiasmé. Je t’ai envoyé un SMS dès la fin de ma lecture. J’ai aimé ton style et la façon dont tu racontes les histoires avec humanité, poésie et humour…

Merci, ça m’a touché, j’ai gardé ton message.  J’ai écrit ce livre pour faire sourire les lecteurs, pour les détendre. Peut-être aussi pour les faire réfléchir.

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Bertrand Guillot n'aime pas les connards qui écoutent de la musique trop fort!

Tu prends du plaisir à aller dans le métro ?

Pour moi, c’est assez neutre, c’est juste mon moyen de transport. Je prends très peu le bus, je déteste le taxi. Je sais que dans le métro, je peux lire tranquillement et regarder les gens.

Pourquoi le métro est-il un sport collectif ?

J’ai cherché plein de titres et je n’en ai trouvé aucun de satisfaisant. Je pense qu’il y a une référence subliminale et inconsciente à La sociologie est un sport de combat. Mon livre n’est pas un livre de sociologie. Quoique. Quelques fragments.

(Merci à Eva Gomez, la jeune fille qui lit le livre de Bertrand Guillot sur la photo...)

26 février 2012

Claire Lise : interview pour La chambre Rouge

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La chambre rouge, le magnifique et charnel album pop de Claire Lise est sorti le 13 février dernier. Pour le présenter, la chanteuse sera en concert au Zèbre de Belleville, ce mercredi, le 29 février (avec Jason Edwards en ouverture).

Personnellement, j’ai beaucoup apprécié ce disque d’une artiste dont je connaissais l’existence, mais qui ne m’avait pas encore captivée. C’est chose faite. Je l’ai dit dans Addiction, le mag (daté du mois de février).

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Copyright westergren.jpgInterview:

Tes premiers albums étaient beaucoup plus... comment dire? Chansons françaises « traditionnelles »…

Disons que c’était la mouvance accordéon, contrebasse, piano de l’époque… j’écoutais des groupes comme les Têtes Raides, La Tordue, Les Hurlements de Léo…. En 12 ans on évolue et j’ai voulu visiter d’autres contrées musicales.

Dans ce 3e album, là on arrive dans de la chanson electro, pop, rock…

J’avais vraiment envie de donner une autre énergie à mon projet, d’aller plus loin. Du coup, j’ai changé l’équipe musicale. Il fallait que je sois honnête avec moi-même et que j’aille là où je savais que j’allais me sentir bien et à ma place. Un artiste qui n’évolue pas, c’est triste pour lui.

Tu n’as pas peur de décevoir tes anciens aficionados ?

Quand on fait des choix radicaux, il y a toujours des gens qui ne sont pas d’accord et qui vous le font savoir. De manière générale, dans la vie, quand on change, les gens qui nous entourent ont parfois du mal à l’accepter parce que peut-être, eux-mêmes, ont du mal à changer. 


Claire lise - La chambre rouge - Partie 1 par LaChambreRouge

claire lise,la chambre rouge,interview,zèbre de belleville,mandorTu as fait beaucoup de concert en 10 ans. C’est la meilleure école de la vie d’un artiste ?

Si je me penche sur mes premiers concerts, je vois évidemment une nette évolution. A tous les niveaux et notamment au niveau de la voix.Quand j’ai commencé à chanter, j’avais tendance à faire du mauvais Piaf, je roulais les R et tout…  tout ça a évolué avec la scène, avec le travail sur la voix. Plus on joue, plus on acquiert une espèce d’aisance sur scène et donc de plaisir.

Tu seras mercredi (29 février) au Zèbre de Belleville. C’est une date importante pour toi… pour présenter ce nouvel album.

J’attends beaucoup de moi pour ce concert. Je travaille intensément pour arriver sereine et ne pas me mettre trop de pressions. Lors de ma résidence de préparation, j’ai voulu tout écrire et avoir un fil conducteur tout au long du concert… ce qui le rendait presque théâtral, à la limite du cabaret. Du coup ça m’enfermait trop. J’ai donc de nouveau tous désossé. Je pense enfin avoir trouvé le bon dosage, l’équilibre idéal entre la fantaisie, l’improvisation et une direction précise.

Dans La chambre rouge, il y a des chansons sensuelles, voire sexuelles. L’ambiance est très charnelle.

Le fait d’écrire sur la sexualité, c’est quelque chose que je fais depuis toujours et qui m’a toujours intéressé. C’est un thème qui me parle et que j’ai perpétuellement envie de développer.

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Il me semble que tu es à cheval sur les mots, que tu fais attention à la beauté de tes textes…

Comme j’écris depuis longtemps, mon style évolue, et je pense que tout cela devient assez naturel finalement. C’est à la fois instinctif, travaillé et réajusté. J’écris beaucoup dans le mouvement. En marchant, dans le train, dans le métro, en vélo... c’est vraiment le mouvement qui me donne le texte. Quand je rentre chez moi, je me mets au piano et à la guitare et je commence à « construire » le fruit de mes réflexions. Une fois que j’ai ma base, le squelette, à partir de là, je développe.

Tu évoques aussi la mort, la solitude, le désarroi, la drogue… ce n’est pas toujours gai. Tout cela en filigrane parce que tes textes ne sont pas frontaux. Il faut parfois deviner.

C’est un peu l’idée de mon travail d’écriture. Je veux arriver à traiter des sujets, sans que le sujet soit trop surligné. Je fais en sorte qu’on découvre les choses au fur et à mesure des écoutes.

J’imagine que ces textes datent d’il y a quelques années… sa propre vie évolue, du coup, il ya un décalage entre ce que l’on vit et les chansons que l’on doit défendre.

Pas tellement finalement. Ces chansons ont trois-quatre ans et je suis très contente de les défendre. Elles ne sont pas encore obsolètes (rires).

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Avec Claire Lise, le 18 janvier 2012, après l'entretien (dans les locaux de mon agence).

Pour clore cette chronique, je vous propose d'écouter celle de Didier Varrod sur France Inter, Encore un matin. Commentaires avisés et de nombreux extraits de l'album.

Encore un matin 15.02.2012 - Claire Lise by encoreunmatin

Crédits photos:

Photo de scène de Claire Lise : Caradec / F 451 prod

Photos en studio et cover : Carl Westergren

Photo de Claire Lise et Mandor : Flavie Rodriguez