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29 octobre 2011

Gérard Lenorman: interview pour "duos de mes chansons"

 

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Dans ma vie d’intervieweur d’artistes, j’aime bien (aussi) rencontrer ceux qui ont bercé mon enfance ou mon adolescence. Ceux que mes parents ou que ma sœur, Florence, plus âgée de 3 ans, écoutaient. Du temps où Mandor cachait encore son faciès, j’avais écrit une lettre à Michel Delpech et raconté une anecdote enfantine sur Salvatore Adamo. Gérard Lenorman, je l’avais déjà croisé en janvier 2004 pour la sortie d’un album enregistré en public. Je n’en avais pas gardé un souvenir impérissable. Un peu sur la défensive. Cette fois-ci, l’homme à qui je sers la main au Zébra Square de Paris, le 3 octobre dernier, est souriant, épanoui presque...

(Il y a de quoi, depuis deux semaines, il est n°2 des ventes en France (physiques et digitales confondues).

Rapidement, il m’explique qu’il est très heureux de ce projet d’albums de duos, qu’il reprend confiance en lui, que la vie est formidable. Et tous ces articles élogieux qui paraissent sur ce disque... (moi, je signale la lettre à Gérard Lenorman, du pas toujours tendre Gilles Médioni, chef de la rubrique Musique à L'Express)

Je lui annonce au passage que je suis l’auteur de l'article paru dans Le Magazine des Espaces Culturels Leclerc daté du mois d’octobre 2011.

Il l’avait déjà lu et me remercie chaleureusement: « On me l’a envoyé, je me demandais qui était ce journaliste si gentil avec moi. La fin m’a beaucoup touché, vous savez ! ».

Avant l’interview, voici l’article en question :

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L’idée d’un album de duos n’était pas une idée qui vous intéressait à priori.

Quand on me l’a proposé, effectivement, j’ai d’abord dit non en expliquant que j’avais encore des choses à faire. D’autres artistes de ma génération l’avaient fait et je n’aime pas rentrer dans un moule. Notez que ceux de Michel Delpech et de Salvatore Adamo, je les trouve excellents. Mais, bon, je ne pensais pas que ce serait très intéressant que je m’adonne, moi, à cet exercice. Et puis les circonstances ont fait qu’à un moment, j’ai rencontré de jeunes artistes, à leur propre demande, et ils m’ont dit ce qu’ils pensaient de moi. Le premier, ça a été Grégoire. J’ai accepté tout de suite parce que je l’avais vu à la télé répondre à une interview dans laquelle il disait que ses références françaises étaient Ferré, Goldman et Lenorman. Ça m’a profondément touché. Moi, vous savez, je pense toujours que je suis perdu, oublié, que je n’intéresse que le public finalement (rires).

Bon, la valeur ajoutée, c’est que ce sont des chansons complètement revisitées.

C’est ça l’intérêt des duos. Quand vous chantez avec Anggun, Patrick Fiori ou Maurane, vous revoyez la copie. Ce n’est plus une chanson de Gérard Lenorman par Gérard Lenorman… il faut savoir ce qu’on en fait avec d’autres interprètes.

Le teaser de l'album.

lenorman.jpgVous m’avez dit tout à l’heure, avant l’interview, que chaque rencontre a vraiment été magique. Presque ému.

Il n’y a pas une rencontre qui a été douteuse, je vous assure. J’ai accepté ce projet à partir du moment où j’ai compris qu’il n’y avait que des gens que j’aime et réciproquement. Ca change tout.

Tous ces « petits jeunes » qui chantent avec vous, vous les suiviez un peu avant ?

Pas vraiment, même si je suis un peu ce qu’il se passe quand même. Quand j’entends une chanson avec une voix et avec un peu d’âme dedans, tout de suite, je cherche à savoir qui est-ce. J’adore la façon de chanter de tous les artistes qui figurent dans le disque. Ce que j’ai remarqué chez eux, c’est que leur but n’était pas de devenir des stars, mais tout simplement de chanter. Du jour où ils ont un succès, ils ne se prennent pas pour je ne sais pas qui. Ils aiment le partage. Je trouve cela formidable.  Je me sens plus proche des jeunes artistes que ceux de ma génération qui souvent se la pètent.

Ce n’est pas vous faire injure que de dire que certains d’entre eux n’étaient pas nés au temps de votre gloire… comment expliquer qu’ils connaissent bien votre œuvre ?

Ce sont leurs parents qui m’écoutaient. C’est ce qu’ils m’expliquent en tout cas.

La présence de Florent Pagny est importante pour vous ?

Tous les artistes présents le sont. Lui, c’est particulier. Un jour il m’a raconté un truc perso, par rapport à sa maman et la chanson Si tu ne me laisses pas tomber. Quand j’ai accepté le principe de l’album de duos, j’ai demandé à ce qu’il vienne la chanter avec moi. Il a été le premier a enregistrer pour ce disque. Ca nous a donné un coup de boost énorme parce que ce qu’il s’était passé entre nous était tellement magique qu’on a trouvé que c’était de bon augure pour la suite. J’ai vu un artiste avec une grande sensibilité, qui fondait avec les mots et avec la musique. En plus, il a une espèce d’humour qu’il porte en lui et qui m’a bien plu. Mon duo avec lui m’a rasséréné et rassuré.

À chaque fois que je vous ai rencontré, je vous ai toujours trouvé inquiet.

Mais, c’est parce que je ne suis jamais sûr de moi. Je suis un peu angoissé, un peu soucieux. J’ai toujours été comme ça et ça ne passe pas avec l’âge.

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Quand, j’étais en 6e, j’ai appris Tous les matins d’hiver en cours de musique. Je m’en souviens parfaitement, j’aimais beaucoup cette chanson qui est une grande chanson. Vous devez passer votre temps à écouter ce genre-là de témoignage, non ?

Oui, en effet. Mais, encore une fois, quand on m’offre ce genre de témoignage, je reste sceptique. J’ai tort. J’ai décidé de changer et d’accepter les témoignages de sympathie que je reçois. Être devenu une valeur acquise, c’était un truc auquel je n’avais même pas songé. Il faut que j’arrête de douter de l’existence de l’intérêt que les gens me portent…il faut que j’arrête d’être stupide. C’est surtout émotionnel chez moi. Je peux me bloquer très vite. Pas très bien fini… l’enfant.

Peu de gens s’en rendent compte, mais vous êtes un vrai insoumis. Je l’ai précisé dans l’article que j’ai écrit sur vous, hormis ce disque, pas question de revenir vers le glorieux passé, pas d’émissions télé « hommage », pas de tournées « nostalgiques » avec tout plein de vedettes des années 70…

Je ne suis pas du tout passéiste. C’est pour ça que je n’ai pas accepté ce projet dès qu’on me l’a proposé et que je ne voulais pas les playbacks d’avant. Je ne veux pas non plus d’intégral de mes chansons. De par mes nombreuses scènes, j’ai toujours fait évoluer mes arrangements. Depuis 40 ans, j’ai fait tout un travail sur mes chansons et je sais comment me les réapproprier et les faire évoluer.

Dans le teaser, on voit avec Zaz une sacrée complicité ?

Ça a été un vrai échange de bonheur. Ça se voit, la demoiselle ne triche pas. Elle a son caractère. Je n’ai eu à faire qu’à des artistes qui cherchaient la fusion et qui ont été touchés par ce qu’ils chantaient. C’est extraordinaire ! Chacun est à sa place et chacun cherche à compléter l’autre. J’ai adoré et je suis très fier de cet album.

On peut imaginer un concert avec tous les artistes ?

On y songe, mais ce n’est pas facile à organiser. Ce sont des gens plutôt occupés et il y en a qui ne sont pas forcément sur le territoire.

"Voici les clefs", duo avec Tina Arena.

Je suis content de vous voir heureux. Vraiment.

Je suis heureux, mais surtout très fier. Parce que mon disque est une réussite artistique et dans ma vie professionnelle, c’est mon principal souci. Créer est le but de ma vie, vous savez.

Votre dernier album original date d’il y a 9 ans. En avez-vous un autre en perspective ?

J’ai des choses qui sont prêtes. Quand vous avez fait plus de 300 chansons, c’est difficile de se renouveler. Vous pouvez regarder dans mon répertoire, je ne fais jamais deux fois la même chanson. Ce qui peut sauver un artiste, c’est qu’il lui reste encore un peu de jeunesse, d’envie, de goûts… à ce moment-là, c’est votre musique qui évolue et vos mots. Il faut une nouvelle écriture.

Meddley de quelques grands succès de Gérard Lenorman...

Je sais que vous avez en ligne de mire un certain Benjamin Biolay.

Encore une fois, je doute. Je me dis : « qu’est-ce que je vais embêter ce pauvre garçon, il n’a rien à faire de ma personne. » Et pourtant, je vois bien que c’est un artiste qui est assez ouvert.  La rencontre de nos deux univers serait intéressante. J’y songe.

On parle de la jeunesse éternelle de Julien Clerc… ça peut vous concerner aussi.

Nos vies, ce n’est que du bonheur. Bon, il y a bien quelques prises de têtes, un peu de fatigue, mais il ne faut pas exagérer. Je connais des gens qui aimeraient bien exercer notre métier. Je suis capable de comprendre cela et rester à la mesure de ce qui m’est offert, de l’accepter humblement et de remercier la vie qu’on m’a permis de vivre. Ce qui conserve, c’est l’envie. J’espère que c’est le cas pour Julien. L’envie de rester ouvert, créatif, ne pas ce cantonner à ce qu’on a fait.

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Le 3 octobre 2011 au Zébra Square de Paris.

Et pour finir, allez, hop! On ressort les archives. Ici, lors de notre première rencontre, à l'hôtel Royal Monceau, le 22 janvier 2004.

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26 octobre 2011

Rencontre Vinc-Stéphane Nolhart: un peintre et son biographe "particulier"

 

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Ici, vous le savez, je vous raconte tout sur ce qu’il se passe derrière mes rencontres/interviews. Pour la première fois, je vous livre de vrais échanges de mails avec un de mes invités. Certains d’entre vous le savent, Stéphane Nolhart est un ami. Que j’aime beaucoup. Je l’ai mandorisé parfois, j’ai préfacé son second livre et une de ses éditrices est aussi la mienne. (J’espère qu’il ne m’en voudra pas de publier nos échanges…).

François Alquier, 6 septembre :

Monsieur Nolhart,
Je suis un petit journaliste, sans grande envergure, certes, mais j'ai lu dans Le Monde des Livres la double page concernant votre livre sur Picasso. Je serais très intéressé de recevoir l’ouvrage en question.
Bien à vous,
José Macé-Scanner

Stéphane Nolhart, 7 septembre :

Francois, t'es trop c...

Après avoir reçu le livre…

François Alquier, 26 septembre :

Mon Stéphane à moi que j'aime.
Deux solutions: une mandorisation avec toi tout seul.
Une mandorisation avec toi et ce peintre qui me paraît diablement intéressant.
Bises madame!

Stéphane Nolhart, 26 septembre :

Mademoiselle,

Vinc n'est que très rarement en France, cet homme devrait être pisté par un GPS, je crois qu'il est à Zurich en ce moment avant Genève et Singapour ...
J'aurais tendance à dire, pour répondre à ta question, "moi tout seul", sauf que Vinc est un type génial, que j'adore, et tout ça, j'aimerais bien que ce soit tous les deux.

Pout tous les deux, il faut probablement qu'il soit là, non ?

François Alquier, 26 septembre :

En effet, pour vous avoir tous les deux, il faut probablement qu’il soit là. Cela étant, j’ai vu en direct les Black Eyeds Peas aux NRJ Awards sur TF1. Le groupe était bien présent sur scène, sauf, la chanteuse qui n’était là que virtuellement. Par hologramme. On devrait donc pouvoir faire la même chose.

Sinon, fais au mieux. Dis-moi quand c'est possible et si ce n’est pas possible, ce sera toi seul, mais ça me ravi d'aise quand même.
Bises!

Stéphane Nolhart, 30 septembre :

Vinc nous propose de se retrouver au déjeuner du Club des leaders, au Polo de Paris, mardi vers 14h, ça colle pour toi ?

François Alquier, 30 septembre :

Euh... tu sais, je suis pauvre et je n'ai pas de beaux habits...
Sans blague, c'est quoi ce club?

Stéphane Nolhart, 30 septembre :

Foutrement aucune idée. Et il y a des questions que je ne lui pose pas. Tsssss, j'adore Vinc !

 

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Ainsi le 4 octobre dernier, je me retrouve au Polo de Paris. En compagnie d’une compagnie qui n’est pas mon monde et parmi laquelle je ne me sens pas particulièrement à l’aise. Ce que je peux dire, c’est que toutes les personnes que nous a présentées Vinc pendant le déjeuner ont été tout à fait charmantes. Un bel accueil, du bon vin, de jolies femmes, j’ai connu de pires moments dans ma vie professionnelle. Ici, nous voyons Stéphane Nolhart en pleine discussion avec le peintre Vinc, à notre arrivée sur place.

 

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Après les agapes, nous nous sommes installés, Vinc, Stéphane Nolhart et moi, à l’intérieur du club pour une petite causerie autour de ce livre Vinc, Peintures 1989/2011.

Avant l’interview, voici la présentation du livre par Koryfée :

Rencontre entre Nolhart, l'écrivain parisien, et Vinc, l'artiste cosmopolite, deux acteurs de la création contemporaine: littérature française et peinture «Post-Pop Art» réunies...

A travers six cents illustrations en couleurs et une biographie du peintre, Stéphane Nolhart nous peint un tableau chatoyant de celui surnommé «  le fils de Wahrol ». Touche par touche, telle une toile de Seurat, le biographe nous dessine le parcours incroyable, les influences multiples et les œuvres fascinantes du petit genevois qui rêvait des Etats-Unis.

Un univers riche, surprenant, vivant, à l'image de l'artiste cosmopolite.

« Les toiles de Vinc font l'effet d'une boisson énergisante qui pousserait un paraplégique à se lever de son fauteuil et à danser le Rock'n roll. »

 

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INTERVIEW:

Qui est derrière la rencontre Vinc-Stéphane Nolhart ?

Vinc : C’est l‘éditeur Gilles Cohen Solal qui nous a mis en relation. A la base, ce livre ne devait être qu’un flyer expliquant et montrant quelques-unes de mes toiles. Un outil qui est une bonne amorce de conversation pour expliquer mon œuvre.

L’histoire de Vinc, Peintures : 1989-2011, mérite d’être racontée…

Vinc : L’été dernier, quand j’ai vu Luca Notari, éditeur qui tient une librairie au musée d’art et d’histoire de Genève, je lui ai dit que je voulais refaire quelque chose de nouveau qui ressemble à mon flyer, mais avec un volet supplémentaire. Il m’a proposé d’éditer un petit catalogue d’une quinzaine de pages et soudain, il est passé à 120 pages. Là, ça devenait autre chose, avec une notion monétaire conséquente. Du coup, ce livre a été étudié de manière à faire partie de la collection CuriosArt. Le concept est de réunir dans le même livre un artiste et un écrivain. Il a fallu trouver une charpente, une structure, c'est-à-dire un texte d’introduction.

Il me semble que le texte est primordial dans la structure de ce livre.

Vinc : Oui, il relate l’histoire de Vinc avant qu’il ne s’appelle Vinc. Ensuite on a les différentes périodes de mes tableaux. J’ai cherché quelqu’un pour écrire ce texte. Au départ, j’ai proposé à mon éditeur le nom d’un garçon que je connais depuis 30 ans qui est maître de cours à l’université de Genève en géographie politique… et ça n’a pas fonctionné. Je venais de lire un livre sur Richard Avedon dans lequel il y a avait une intro d’une trentaine de pages en deux langues, puis, les images.  J’ai suggéré à l’éditeur de faire exactement la même chose. Je voulais un texte sous forme d’interview.

Et quand tu as lu le résultat ?

Vinc : Dès que j’ai lu le contenu total de l’interview, j’étais désespéré de voir  que c’était une catastrophe et que rien ne correspondait à ce que je  désirais. Ca n’allait pas du tout pour ce travail là et j’ai pris peur. J’ai expliqué à Luca Notari que si on ne trouvait pas une solution, on ne ferait pas le livre et on rembourserait notre bien heureux donateur, une personne qui a l’habitude d’acquérir mes œuvres, soit dit en passant. Au passage, j’ai appris qu’il ne faut jamais faire travailler un ami. Tu perds un ami.

313728_2415934484499_1435441049_32777034_1074015327_n.jpgQu’as-tu fait ensuite ?

Vinc : J’ai rencontré Gilles Cohen-Solal à un salon du livre l’année précédente et nous avons eu un très bon rapport immédiat. Il est devenu mon seul espoir. J’avais besoin d’une belle plume, alerte, qui puisse écrire un texte en ne me connaissant pas. Gilles me demande 48h de réflexion et finit par me donner un numéro de quelqu’un. C’était Stéphane. On s’est ensuite skypé pendant des heures. Quand je l’ai vu, avec ses petites lunettes rouges, ce sourire et cette générosité, je me suis immédiatement dit : « j’aime bien ce gars ». Je savais que ça allait marcher. Il avait une forte personnalité, mais il était malléable et on pouvait discuter.

Stéphane : Et de mon côté, il n’y avait aucun a priori, je n’avais pas entendu parler de toi et je te découvrais. Moi qui adore faire des biographies, je découvrais aussi ta peinture qui m’a intéressé, du coup j’ai accepté sans hésiter.

 

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Ce n’est pas une biographie traditionnelle. Je n’ai jamais vu un tel texte dans un catalogue ou même une biographie officielle de quelqu’un.

Stéphane : C’est aussi très technique cette affaire. Un texte comme ceux de Proust, tu prends ton temps pour le lire. Le style d’un texte doit correspondre au sujet. Mon écriture survole comme Vinc survole l’Amérique. En terme de style, je trouve que ça lui correspondait bien. J’y suis allé en profondeur, sans que cela se voie… avec ce dosage, ce texte permet d’aller dans ce qu’il fait lui.

Vinc : Comme je suis un artiste un peu atypique dans le milieu, qui fait ses propres lois pour son travail, ce texte m’a immédiatement plu. Cette espèce d’authenticité que j’ai, tu as très bien su le mettre en page. Ton état d’écriture peut s’intégrer parfaitement dans ma manière de vivre. Ce texte que tu as écrit en trois semaines, il y a eu une heure et demie de relecture ensemble et 3 virgules à changer. Comment ne pas être joyeux d’avoir réussi à mettre ensemble ces deux forces ? Un texte qui se confond avec les images, je n’ai jamais vu ça ! Je ne pense pas que l’on trouve deux livres d’art comme ça dans le monde, ni au point de vue du texte, ni dans la conception. Je vais être tout à fait franc, ce livre est aussi un instrument de travail et de propagande.

Vinc, ce que tu es n’est pas l’image que j’ai des artistes peintres. Tu n’énerves pas les gens de ton milieu ?

Vinc : Nous sommes trois à être dans ce milieu, commercial, un peu glamour. Un peintre allemand et un peintre brésilien qui habite à Miami. On a chacun notre chemin et personne n’empiète sur le territoire des autres. On est dans ce segment pop art, after pop si tu préfères, avec un immense réseau mondial. Tu as vu aujourd’hui comment ça s’est passé au Polo Club... Les mondanités vont très bien avec mon genre de peinture. Une peinture qui est  contemporaine, mais que j’ai voulu compréhensible par tout le monde. Elle est un peu plus commerciale et ne correspond pas à une élite de ce segment d’art contemporain.

 

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Revenons au livre en lui-même, Stéphane, toi tu n’as pas eu de pression quand on t’a proposé le projet d’écrire sur Vinc ?

Stéphane : Je me suis demandé si j’allais être à la hauteur du challenge et surtout du livre. Après, il y a eu une histoire de rapport humain. Vinc me plaisait, donc c’était très motivant. Avant toute chose, c’est une histoire d’amusement et de plaisir.

Vinc : Maintenant que je connais mieux Stéphane, quand il m’a raconté l’histoire de son fils de 22 ans, je me suis demandé s’il n’avait pas fait d’amalgame entre son fils et Vinc. Quelque chose comme ça.

Stéphane : C’est à dire ?

Vinc : Tu m’as parlé de ton fils en disant que c’était quelqu’un qui avait quand même une vie littéraire étonnante. Je me suis demandé s’il n’y avait pas un lien quelque part. Notamment sur ma jeunesse qui aurait pu te rappeler celle de ton fils aujourd’hui. Je ne sais pas.

Stéphane : Oui, il y a sûrement une ligne directrice. Mais tu sais, j’en reviens toujours à l’humain. Ce qu’il se passe autour de l’humain, quelque soit sa position sociale, je m’en moque. C’est son cœur, c’est sa tête, c’est sa logique, c’est son parcours qui m’intéressent.

 

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Stéphane Nolhart, à gauche et Vinc, à droite... le 4 octobre 2011 dans le salon du Polo de Paris.

Ce qui m’a amusé en vous regardant tout à l’heure, quand nous étions à table, c’est que vous aviez la même attitude. Un peu en représentation, mais parfaitement à l’aise. Vous vous ressemblez sur bien des points…

Stéphane : On a quelque chose de commun dans l’approche humaine de la vie.

Vinc : On n’a pas peur de l’autre. En règle générale, autour de moi, je trouve qu’il y a beaucoup de gens introvertis, qui ne savent pas communiquer.

Le fait d’avoir beaucoup voyagé, ça aide à l’ouverture vers les autres. Vinc, toi, tu es parti à l’âge de 21 ans à Los Angeles.

Vinc : C’est exact. Mes parents ont fait un effort, ils m’ont dit que je partais 3 mois, je suis resté 10 ans. Dans mon livre, tout mon abécédaire photographique de cette période est présent. Quand, je suis rentré, je m’ennuyais à mourir de cette ville, je suis donc devenu peintre par nostalgie de l’Amérique.

Vinc, quand tu as ce livre dans les mains, tu te dis : « j’ai une œuvre quand même ! » ?

Je peux te dire que je n’ai aucun ego. Ma devise c’est « je m’en fous de tout ». Ce livre ne m’impressionne pas. C’est un beau catalogue avec, c’est vrai, des photos de moi avec de nombreuses personnalités planétaires, mais c’est pour impressionner les autres. Moi, ça ne me fait rien. Je connais beaucoup de monde, autant le montrer. Moi, ça ne me fait ni chaud, ni froid. Ce qui m’intéresse, c’est quand je finis un tableau. Le dernier s’appelle Far West, c’est mon bébé, c’est le plus beau. Ça fait un moment que je n’ai pas eu la satisfaction d’avoir peint un beau tableau comme ça.

 

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Stéphane : Moi, par rapport à notre livre, je ne ressens pas les choses comme ça. Il est très important, car c’est mon dernier bouquin.

Selon vous deux, qui peut-être intéressé par cet ouvrage ?

Vinc : Il y a deux cas de figure. Celui qui a un tableau de moi et qui veut le retrouver dans le livre et celui qui souhaite découvrir l’œuvre d’un artiste qu’il ne connait pas.

Stéphane : Tu n’es pas très objectif. C’est aussi un livre à offrir aux amateurs d’art. Ceux qui aiment l’Amérique et les jolies toiles…

Vinc : As-tu en projet un autre livre ?

Vinc : J’ai dit à mon éditeur que j’aimerais faire un road movie en images. Je vais à Los Angeles au mois de décembre. De la sortie de l’avion à l’arrivée au retour dans l’avion, je veux faire des clichés, du motel en passant par les soirées un peu folles, aux bas fonds de Los Angeles et aux belles maisons d’Hollywood. D’ailleurs Stéphane, tu serais prêt à écrire pour ce livre ?

(Éclat de rire général et fin de l’interview).

Ensuite, Vinc, Stéphane et moi, on est rentré en taxi jusqu'à Los Angeles, comme ça, pour voir... et parce qu'on est des fous (et moi, un peu mytho)! Ce fut un beau voyage.

J'aime ces deux-là!

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19 octobre 2011

Prix Constantin 2011: Coup de gueule!

Prix-Constantin-2011-a-l-Olympia_diaporama.jpgCe lundi 17 octobre 2011, pour son dixième anniversaire, le Prix Constantin, rendez-vous annuel censé distinguer les jeunes talents émergents (les entrants doivent avoir produit deux disques au maximum et n'avoir pas été certifiés disque d'or) m’a déçu. Beaucoup. Pas par le spectacle en lui-même. Je ne l’ai pas vu. J’ai choisi de rester dans les coulisses pour me transformer en photographe d’un jour. Habituellement, quand je vais dans ce genre de soirée, je travaille, j’interviewe les artistes quoi. Là, non. Je suis venu en observateur. En immortalisateur. Beaucoup des nominés au Prix Constantin 2011 sont des gens que je connais un peu personnellement. Lisa Portelli et Bertrand Belin par exemple. L, Cascadeur, Cyril Mokaiesh sont des artistes que je suis depuis le début et qui m’en sont un peu reconnaissants. J’étais donc en terrain « conquis ».

Pourquoi étais-je donc déçu ?

Par le résultat.

La gagnante est Selah Sue ! Je ne remets pas du tout en cause le talent de la jeune artiste belge de 22 ans, ce qui m’exaspère au plus haut point, c’est qu’elle est l'artiste qui a vendu le plus de disques (115 000 exemplaires de son album éponyme en France) parmi la sélection de cette année. Elle vient d'ailleurs d'annoncer qu'elle serait au Zénith de Paris le 28 mars 2012, preuve que le succès était déjà au rendez-vous avant le Prix Constantin et qu’elle n’a absolument pas besoin d’un tel coup de pouce.

Elle.

De plus, la lauréate 2010 était Hindi Zahra et Asa en 2008. Je ne veux pas faire mon nationaliste, mon franchouillard, mon chauviniste, mais merdouille ! On pourrait éventuellement récompenser des artistes français qui chantent en français.

Ce prix porte le nom de Philippe Constantin, directeur artistique décédé en 1996 et figure respectée du milieu musical, qui a notamment accompagné les débuts des Rita Mitsouko, Téléphone ou Noir Désir. Il défendait la langue française comme personne.

Quelle est la logique du jury, pourtant composé de professionnels compétents?

Derrière le rideau (en coulisse, donc), je peux vous dire que certains artistes et beaucoup de personnes du « métier », dès l’apparition de la rumeur faisant état du résultat final, le discours que je tiens ici, je n’étais pas le seul à le tenir. J’en ai vu des dégoutés, j’en ai vu quitter l’Olympia en douce, amer.

Ai-je une légitimité à tenir un tel discours? Non.

Enfin, si finalement. Depuis des années, je passe mon temps à tenter de faire découvrir de jeunes artistes français en devenir. (A ce propos, quand va-t-on célébrer le talent de Babx?). Dans mon coin, discrètement ou pas. Dans tous les médias où je passe. Aujourd'hui encore, dans les journaux et le site musical pour lesquels je travaille. On se fout parfois de ma gueule avec mes "chanteurs français" que je m'évertue à défendre. Je m'en tape.

Et quand le Prix Constantin est arrivé, j'étais content. Il correspondait à une philosphie du métier qui correspondait à la mienne.

Je suis déçu par le Prix Constantin. Ca ne tuera personne et il y a bien plus grave dans la vie (je suis bien placé pour le savoir…). De beau et utile, à continuer à récompenser des artistes qui vendent dans le monde entier et qui chantent en anglais, il en deviendra ridicule et pathétique.

J'espère sincèrement que les organisateurs tomberont sur cette chronique. Je le souhaite même ardemment. Et évidemment, je leur ouvre volontiers cet espace pour un droit de réponse éventuel.

Plus personne ne les comprend. Autant qu'ils s'expliquent...

Voici pour conclure quelques photos prises ce soir-là. J'étais parti pour y ajouter des commentaires, donner les noms des "photographiés", ajouter une dose d'humour, tout ça, tout ça... Et bien non. Je fais grève.

Démotivé.

(Vous pouvez utiliser ces photos sans me demander l'autorisation, elles sont libres comme l'air. Et si vous êtes dessus et que cela vous chiffonne, un petit mail pas agressif et je l'enlève. La vie est belle!)

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13 octobre 2011

Lili Cros et Thierry Chazelle: interview pour Voyager Léger

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Lili Cros et Thierre Chazelle sont ce soir aux Trois Baudets, salle mythique parisienne.

Cela faisait un moment que je suivais de loin Lili Cros et Thierry Chazelle. Au début, leur carrière en solo, ensuite, leur duo. Leur premier album commun, Voyager Léger, est sorti cet été (chez L’Autre Distribution). Ce sont deux mélodistes et interprètes entiers et généreux. Voilà leur portrait (rapide) lu dans leur dossier de presse. Je ne change pas une ligne.

Lili Cros : Un sourire qui chante les voyages intérieurs et les méandres de l’âme ; une présence lumineuse, une voix exceptionnelle qui fait vivrer les cœurs et parfois trembler les murs.

Thierry Chazelle : la voix chaleureuse d’un trublion pince-sans-rire qui dégaine sa plume pour des portraits à la fois tendres et impertinents.

Je les ai rencontrés avant-hier au Corso. (Merci à Christelle Florence pour l’organisation de la chose, et mandorisée pour un autre projet musical!)

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Interview :

C’est votre premier album en commun alors que vous avez chacun une carrière personnelle. Vous êtes mariés dans la vie, pourquoi avoir attendu pour travailler ensemble si concrètement ?

Lili : Moi, j’avais envie depuis longtemps. On avait une première expérience de partage de scène, dans un petit café, on jouait guitare voix chacun. J’avais adoré cette sensation de liberté, de ranger nos câbles, nos instruments ensemble, boire un verre après et puis de rentrer à la maison…  il y avait un côté tellement léger, tellement simple, tellement évident. De son côté, Thierry avait peur de travailler systématiquement avec celle qui partage sa vie.

Thierry : J’avais surtout peur de souffrir la comparaison d’avec Lili. Elle chante très bien et avait un répertoire très rock, tonique et moi, je suis dans une chanson française plus calme. J’avais tellement la trouille qu’au début de notre duo, je chantais toutes mes chansons d’abord, on faisait un duo au milieu et après, c’est elle qui chantait. On s’est rendu compte aujourd’hui, que nos chansons allaient presque par paire. Il y avait des réponses d’une chanson à l’autre, presque comme une partie de ping-pong.

lili cros,thierry chazelle,voyager léger,interview,trois baudetsVous ne travaillez pas encore les textes en commun quand même ?

Lili : Et bien, si, justement. On vient d’avoir une expérience de travail en commun. C’était super, alors qu’on redoutait vraiment. La profondeur des histoires qu’on avait envie d’écrire et qui nous trottent dans la tête, même l’esprit, le style, la façon de le dire, on est vraiment différent. C’est d’ailleurs là qu’on le ressent le plus, je trouve. Bref, avant, on n’était pas prêt à écrire ensemble, aujourd’hui oui.

Thierry : On s’est rendu compte très vite qu’en composant à deux, on obtenait des résultats qui nous paraissaient d’une autre qualité. Il y a eu un bond en avant naturellement.

Quand on travaille comme vous le faites, désormais à deux, on abandonne ce qu’on a été avant, pour faire une entité ?

Lili : C’est le contraire. Dans le rock, il y a un côté spontané, très juvénile aussi, une énergie brute, mais il y a aussi une posture, une attitude. Moi, j’ai l’impression que le duo m’a permis d’aller vers quelque chose qui me ressemble plus, en réalité. Ca vient peut-être aussi de l’âge… c’est un peu paradoxal, c’est comme si j’avais suivi un chemin vers autre chose complètement, alors que non. C’est tout à fait un chemin vers moi.

C’est une forme d’apaisement ?

Lili : Oui, et de recentrage sur qui on est, qui on veut être. Se poser.

Thierry : Moi, c’est l’inverse. J’ai pu m’acheter une guitare électrique et m’autoriser à faire beaucoup de bruit. Ça m’a fait beaucoup de bien. C’est complètement inattendu ce revirement de situation. Mais je crois qu’au-delà de ça, la séparation entre la chanson et le rock est quelque chose qui est en train de devenir un peu flou.

Quand on est un couple dans la vie et à la scène, est-ce qu’on a envie d’épater l’autre ?

Lili : Carrément. C’est d’ailleurs une des raisons qui fait que c’est compliqué aussi. Au début, j’avais peur de montrer mes limites, ma médiocrité, s’il y en avait une. Je ne veux pas qu’il me voie en souffrance, d’avoir des difficultés à écrire par exemple ou à jouer de la guitare. On a chacun notre spécialité, je crois être plus chanteuse qu’il ne l’est et lui est bien meilleur guitariste que je ne le suis. Du coup, on se porte réellement vers le haut. Il y a une émulation certaine… et puis aussi, on est un peu jaloux des bonnes chansons de l’autre.

Thierry : Oui, il y a une espèce de compétition très saine.

Lili : Toujours légère et rigolote.

Lili Cros et Thierry Chazelle, finalement, ça devient une entreprise familiale ?

Lili : On est très attaché à notre indépendance. Je m’occupe de trouver des concerts, Thierry s’occupe de tout ce qui est image et nous avons des collaborations ponctuelles avec des personnes qui nous correspondent et notre projet se développe petit à petit. Ça nous convient comme ça. On est ouvert à plein de choses qui pourraient se déclencher, mais on n’a ni un réseau, ni des moyens de major. Franchement, j’aime bien la tournure que ça prend, parce que ça se développe réellement. Tout vient à point… c’est ce que je ressens en tout cas.

Thierry : Dans le métier, il y a un certain nombre de croyances, dont celle qu’il faut taper un grand coup pour se faire remarquer, qu’il faut faire du battage. Des professionnels ont tenté de nous décourager en nous disant qu’on n’y arriverait jamais comme ça. On ne mène pas une carrière par petites touches, prétendent-ils. Nous, on est en train de comprendre que, si, ça peut fonctionner autrement.

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Une autre façon de fonctionner qui commence par la scène.

Lili : Oui, mais pas seulement. On a pu faire notre duo, parce qu’on s’est extrait de Paris, qu’on habite désormais en Bretagne, qu’on a trouvé une écoute.

Thierry : En effet, on a trouvé là-bas un collectif d’artistes qui s’est organisé pour tout l’aspect administratif et juridique. La réglementation administrative dans notre métier est très lourde, vous savez. Ça faisait longtemps que je voulais que les artistes se regroupent, il n’y a qu’en Bretagne que nous avons trouvé ça, pour l’instant. C’est un groupement d’employeurs naturels.

Pour en revenir à votre répertoire, j’aime beaucoup vos histoires personnelles parce qu’elles deviennent universelles. C’est poétique, ironique et même parfois, drôles.

Thierry : Avec la chanson Erotika, par exemple, j’ai vraiment eu un tournant dans ma vie musicale. J’avais toujours refusé l’humour dans la chanson. Pour moi, c’était quelque chose de sérieux, de profond, dans laquelle il fallait délivrer des messages. Et puis, dès que l’humour est arrivé dans mes chansons, ça a été comme une libération. Même aujourd’hui, je ne veux pas que ce soit des chansons de « grosses déconnes ». Je ne veux pas être estampillé « chanteur drôle ».

Lili : Tu es comme ça dans la vie. Tes chansons te ressemblent beaucoup. Dans la vie, tu es cassant, alors que moi, je plane à 10 000.

Thierry : Toi tu es très enthousiaste et très solaire et moi, je suis un peu plus, pas terre-à-terre, mais un peu plus négatif.

Vous avez des chansons très sarcastiques parfois, mais sans atteindre la méchanceté.

Thierry : Je veux rester dans une certaine observation, avec rien de gratuit pour amuser la galerie.

Vous n’écrivez pas ensemble, mais vous jetez un regard sur ce qu’écrit l’autre, j’imagine. Si Thierry va trop loin, Lili, vous lui dites ?

Lili : En général, c’est le contraire, je le pousse à aller encore plus loin.

Votre album est réalisé par un artiste que j’aime beaucoup, c’est Ignatus.

Thierry : Jérôme Rousseau, alias Ignatus,’est un garçon extraordinaire doublé d’un pédagogue exceptionnel. Il anime d’ailleurs des ateliers d’écriture qui sont courus dans toute la France. Quand Lili et moi on a commencé à travailler ensemble, évidemment, on a perdu le recul, donc on a eu besoin d’une tierce personne. Lui, il était capable de nous dire des choses franchement sur à la fois les textes, la musique, les arrangements, la façon d’enregistrer et sur l’équilibre général de l’album. Il a été d’une aide extraordinaire.

Vous aussi vous animez des ateliers d’écriture…

Thierry : On a une formule d’atelier qui permet à  une classe d’écrire une chanson en trois heures.

Lili : C’est un commando d’écriture ! Le résultat est toujours bien et même parfois extraordinaire. On ressent vraiment le besoin de transmettre notre savoir-faire. Moi, personnellement, ça me sert à me sentir utile. Ouvrir une petite fenêtre vers autre chose à certains élèves, ça peut ne pas être anodin.

Thierry : C’est vrai que pour les classes où il y a des élèves en difficulté par rapport au scolaire, on leur ouvre tout à coup la possibilité de réussir quelque chose au même titre que les élèves très adaptés.

Sur scène, y a-t-il des chansons qui captent l’attention plus que d’autres ?

Thierry : Oui, on a deux, trois chansons qui sont des rendez-vous avec le public. J’avoue, ce sont celles qui possèdent le plus d’humour. L’humour est la manière la plus commode de rentrer en communication avec le public, mais pas seulement, la poésie de Lili avec le grand lyrisme qu’elle a dans sa voix et l’engagement qu’elle a quand elle chante, c’est quelque chose qui sur scène est très impressionnante et à laquelle le public est aussi très réceptif. Je suis d’ailleurs toujours très fier, d’être celui qui est derrière à la guitare et qui accompagne cette chanteuse qui séduit la foule.

En concert, testez-vous les chansons ?

Thierry : Notre principe à nous, désormais, c’est de ne jamais enregistrer une chanson sans l’avoir testé en public. On s’est rendu compte que la chanson se transformait au contact du public. C’est là qu’elle trouve son corps, sa vitesse, son intensité, donc sa force.

Chantez-vous dans vos concerts d’anciennes chansons de vos répertoires respectifs ?

Lili : Oui, mais on les a réorchestré pour le duo. On chante l’intégralité de notre album commun et un « mix » de nos albums personnels.

Tendresse, humour, nostalgie et beaucoup de sensualité… ça résume bien votre œuvre ?

Lili : On est un couple, vous savez. C’est la vie. C’est marrant d’être un couple et de chanter des chansons un peu personnelles sur notre couple… mais, je suis sûre qu’on peut aller encore plus loin.

Thierry : Il n’y a aucune censure sur ce que l’on écrit sur notre couple.

Justement, quand on est mari et femme, est-ce toujours facile de travailler tout le temps ensemble ?  Principalement, quand vous êtes en froid dans votre couple, comme ça arrive à tout le monde…

Lili : D’abord, on s’engueule rarement. Par contre, il peut y avoir des tensions, où des moments où nous sommes plus distants l’un envers l’autre. Justement, la scène, c’est le moment où on oublie tout et où on se retrouve.

Thierry : La scène est même devenue un élément important de notre couple. On a aussi besoin de faire des concerts ensemble, c’est un lien supplémentaire.

Lili : On tombe souvent dans les bras après un concert. On est tellement heureux dans ces moments-là. On vit un rêve éveillé par rapport à nos vies d’avant. Partager la scène avec la personne qu’on aime, c’est formidable, mais aussi, on rêvait d’avoir quelque chose qui fonctionne vraiment… et ce spectacle tourne vraiment bien. On a un spectacle, on a un album, on a une vie artistique en commun… c’est magique !

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07 octobre 2011

Flow: interview pour "Larmes Blanches"

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Ce soir la chanteuse Flow est au Café de la Danse. L’occasion pour moi de la rencontrer dans un restaurant des Halles pour une interview. Son deuxième album, Larmes Blanches, n’est pas de ce temps, tout en étant dans d’une modernité déconcertante. Son histoire en est pour quelque chose. Florence Vaillant, alias Flow a été reporter photographe et a réalisé des reportages en Israël, en Amérique Latine et à Gaza. Une baroudeuse incorruptible doublée d'une écorchée vive. Dorénavant passée à la musique, Flow a gardé une approche réaliste de la chanson qui transparaît dans ses textes à fleur de peau, servis de sa voix éraillée et profonde.

flow,larmes blanches,interview,café de la danseInterview:

Tu as une chanson qui explique qu’il faut se méfier des apparences. Toi, tu donnes l’image d’une femme de caractère qui dit ce qu’elle pense et qui lance des messages. Tu sembles te moquer de ce que les gens peuvent penser de toi.

Ce qui compte dans le bonbon, ce n’est pas le papier, c’est bien le bonbon. C’est un peu la maladie du siècle de s’arrêter à la première couche de vernis et de ne pas aller voir ce qu’il se passe derrière. Par exemple, quand on rencontre un artiste, c’est intéressant qu’on ne s’arrête pas à son single. Certes, on peut être déçu, mais je vous garantis qu’il y a encore pas mal d’artistes à univers. J’espère que j’en fais partie.

Ton disque est un patchwork musical. Difficile de le cataloguer dans une quelconque catégorie. Il y a de la chanson française traditionnelle, du rock, du folk… mais pas que.

Il y a effectivement, plusieurs orientations, plusieurs lectures et plusieurs formes musicales. Quand on me demande ce que je fais comme musique, j’ai inventé un terme qui est : valse-punk-acoustique. Je me demande ce qu’aurait répondu un artiste comme Brel, à la grande époque de la chanson française, si on lui avait demandé ce qu’il faisait comme musique.

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As-tu l’impression de ne pas être née à la bonne époque ?

J’ai toujours eu cette impression parce que j’ai été élevée par des parents gaullistes catholiques rigoureux de l’ancienne époque et des professeurs soixante-huitards. A 15 ans, en échappant à l’autorité parentale, je découvre d’un coup, Janis Joplin, les Doors, les Rolling Stones, les Béru… tout à la fois ! Le choc. Je me demande comment j’ai pu vivre jusqu’à ce moment-là sans connaître ce monde, cette musique.

Tu chantes depuis 2003, mais c’est avec ce deuxième album que tout semble se débloquer pour toi.

Moi, je n’avais jamais fait de chansons de ma vie. Dans mon environnement de jeunesse, « artiste », c’est un quolibet. Je suis quelqu’un de travailleur, mes parents sont auvergnats, ça bosse dur, on n’a rien par l’opération du Saint-Esprit. Artiste, chanteuse, ça ne faisait pas sérieux. Moi, en vrai, j’étais journaliste, reporter photographe. En l’an 2000, je romps mon intérêt pour ce métier  parce que je ne m’y retrouve pas. Je suis une utopiste, j’aimerais bien qu’on dise la vérité. Après mon arrêt, je commence à chantonner et un soir, Yannick Noah me découvre sur l'île de Saint Barth où je m’étais retirée, plus ou moins. Ensuite, on a fait 12 000 exemplaires du premier album, sans radio.

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Comment expliques-tu que tu émerges en 2011 ?

Je surfe sur une vague. La vague de ce que l’on défend depuis toujours. Depuis que je suis maman, je regarde le monde qui m’entoure avec encore plus d’acuité. Si j’ai l’occasion de faire un tout petit truc pour que ça change, si je peux apporter ma pierre à la construction d’un monde qui ne ressemble pas à ce qu’on me propose et ce que l’on propose à mes enfants, je me lance à corps perdu dans cette bataille. Je pense que c’est l’heure du réveil et que les gens ont arrêté d’être dupes. Personne ne sait encore comment faire. Comment fédérer sans passer pour un enfoiré ? Dès que tu fédères, tu passes pour un de ces guignols qui essaient de récupérer des voix à la course à la présidence. Personne n’a le talent d’un Abbé Pierre ou d’un Coluche ! Alors, à plusieurs, on va peut-être y arriver. En ce moment, je me fais engueuler par mes copains punks parce que je travaille avec Yannick Noah. Ils me disent que je me « variétise ». Je dis : « Man, il faut rentrer. Le gars, il nous donne un coup de main, pourquoi je ne rentrerais pas dans la bergerie pour faire bouger les choses?".

Je comprends que l’on vous dise que Flow et Yannick Noah, ce sont deux mondes.

Non, je ne suis pas d’accord. Il n’y a pas plusieurs mondes. Ce sont les vendeurs de tapis et les vendeurs de produits qui nous ont saboté et saccagé le plaisir qu’on a entre artistes de travailler ensemble. Ils n’arrêtent pas de détruire tout ce qui est humain, tout ce qui est joli, tout ce qui est beau, tout ce qui est vrai. Moi, si je pouvais donner de l’argent sur des Zéniths que je remplis à des gamins pour que ça aille mieux dans leur vie, comme lui fait avec l’association de sa mère, je le ferais. Yannick Noah, c’est la personnalité préférée des français, il ne peut pas faire comme tout le monde. Il ne peut même pas aller boire un café tranquillement, sans qu’il y ait 25 demandes de photos avec lui avec un IPhone. Et discrètement, sans faire de pub, il donne ses sous. Et discrètement, il me permet de délivrer mes messages face à son public.

flow,larmes blanches,interview,café de la danseTu n’aimes pas évoquer ton métier de reporter photographe. Tu as vu pas mal de guerres… Je trouve cela dommage, car ça explique beaucoup tes chansons.

Un jour, je me suis astreint à me dire que ce que j’écrivais pour les journaux n’était pas objectif. Quand tu es journaliste, tu dois l’être. Tu dois dire la vérité. Etre journaliste, c’est prendre le maximum d’informations, vérifier leur exactitude et les retranscrire dans leur état, sans donner ton point de vue. Un bon reporter rapporte ce qu’il a vu, ce qu’il a entendu et il le donne en l’état. Alors, quand j’ai commencé à écrire des chansons, j’ai pu enfin donner mon avis personnel. C’était important que j’exprime ce que je ressentais, car je ne pouvais plus le garder à l’intérieur. Pour moi, les chansons, c’est thérapeutique.

Tu es très fâchée avec les médias ?

Je suis contre la communication, c’est pour ça que j’en fais avec mes petits bras, mes petites mains, ma grande bouche. Quand je rencontre des gens comme Melissmell ou Yanick Noah qui ont ce genre de puissance artistique, je m’accroche.

Tu as changé depuis que tu es chanteuse ?

Je pense qu’il faut travailler sur soi dans la vie, avant de travailler sur les autres. Quand on se fait évoluer soi, on fait évoluer les autres. Je me suis aperçue que quand tu mets une claque à quelqu’un, tu ne peux plus parler avec lui. Et bien, on le fait tous les jours avec les mots. Ce ne sont pas de vraies claques physiques, mais le résultat est le même. Si on communique avec agressivité, que voulez-vous que vous donne l’autre ? Rien. J’ai mis très longtemps avant de comprendre que la diplomatie n’était pas des courbettes. C’est juste peut-être même la forme nécessaire pour pouvoir commencer quelque chose avec quelqu'un. Moi, j’ai pris beaucoup de temps pour comprendre ça, parce que je suis une hyperactive, directe et plutôt rentre dedans. Je prends sur moi tous les jours. C’est un travail au quotidien.  

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J’avais de toi l’image d’une femme qui n’aime pas trop la promo, un peu farouche…

Tout le monde pense que je suis un doberman très méchant. C’est faux, mais n’approchez pas trop quand même ! C’est comme avec les enfants, c’est vraiment libre chez moi, mais tu ne dépasses pas les bornes. On est vraiment bien ensemble, mais si tu commences à marcher sur ma figure, je vais rouspéter un petit peu. Punk, cash !

La scène, pour toi, c’est quoi ?

Le bonheur total. C’est un endroit où je suis à 100% moi-même. Si j’ai envie de pleurer sur ma chanson, je pleure. Si j’ai envie de crier merde dans mon micro, je le fais. On ne peut pas tricher sur scène.

Tu dis que tu fais ce métier, pas pour être chanteuse, mais pour amener quelque chose aux gens.

Sinon, ça ne sert strictement à rien. Je veux que les gens qui sortent de mes concerts soient pleins. De nostalgie, d’émotion… en tout cas pleins de quelque chose.

Toi, tu donnes beaucoup sur scène, mais tu veux que le public te donne aussi. Ce sont des concerts interactifs, finalement.

Je ne suis pas là pour être gentille, ni être en complaisance, encore moins  pour faire mon numéro. Il faut être très prétentieux pour faire ce métier. Vous vous rendez compte ? Monter sur une scène et dire aux gens : « Regardez ! Ce que j’ai à dire est très intéressant !».  Donc, si ça ne sert à rien, j’arrête. Et si je continue, c’est que ça sert à quelque chose. Je voudrais qu’il y ait plusieurs alternatives à la révolte.

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 Petits souvenirs mandoriens, après l'interview...

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Ce soir, donc, au Café de la Danse...

28 septembre 2011

Mort de Cizia Ziké... l'hommage!

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"L'écrivain et aventurier français Cizia Zykë, qui avait connu le succès dans les années 1980 avec son roman "Oro", sur ses périples de chercheur d'or, est décédé mardi à Bordeaux à l'âge de 62 ans, au terme d'une vie mouvementée, a annoncé son frère Jean-Claude à l'AFP."

Merde! Les boules.

Ceux qui me connaissent savent que j'aimais ce type-là (que tout le monde n'aimait pas). Il fuyait les médias, mais acceptait pourtant toujours de me voir (même avec un micro).

Je republie donc ma dernière mandorisation.

Elle date du 9 juillet 2009.

 

C’était un soir du mois dernier. J’avais rendez-vous dans un hôtel parisien avec l’aventurier de mon enfance.

Cizia Zikë.

Il pleuvait à torrent.

J’arrive trempé de la tête au pied. Une allure de chien errant.

Je m’ébroue devant l’entrée de l’hôtel, mais me retiens de faire pipi sur le mur.

Personne à la réception. Pendant 10 minutes. Je cherche partout. Aucune âme qui vive.

Ça y est, je suis en retard.

15 minutes plus tard, je vois un type souriant qui arrive tranquillement.

-Ça fait 30 minutes que j’attends ! (Quand je suis en colère, j’exagère toujours un peu.)

-Excusez-moi monsieur, je ne vous avais pas entendu.

C’est un peu normal, il n’était pas là.

Bref, je la fais courte (Waldheim).

Je lui demande de prévenir mon héros que je suis là (et las).

5 minutes plus tard, il descend.

Pas seul.

Avec un jeune homme de 36 ans, au visage avenant.

 

Cizia ne me le présente pas encore.

On parle météo, puis décidons d’aller nous sustenter dans une brasserie du coin, spécialisée dans les poissons.

À notre menu : sole grillée, lotte, pavé de thon purée, avec une modeste bouteille de blanc.

(J’ai le sens de la précision…)

Cizia Zikë me présente son camarade.

Karim Djelouah, 36 ans.

"Le Karim ?", je demande.

Oui, LE.

Karim est un des héros de l’ultime livre de Cizia Zikë. Monsieur Catastrophe et monsieur Pad’chance réunis.

Très curieuse la sensation de diner avec deux personnes dont on vient de lire les aventures.

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Cizia Zikë et son "disciple", Karim Djelouah.
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Karim tout seul. Hilarant dans Oro and Co.

Pour ceux qui ne le savent pas, Cizia Zikë, pour beaucoup (confrérie dont j’appartiens) est une légende vivante. Le dernier aventurier des Temps modernes.

C’est la deuxième fois que je le mandorise.

La première fois, ça avait fait toute une histoire...

Je n’ai jamais compris pourquoi il acceptait de me rencontrer. Il ne parle jamais (où extrêmement rarement) aux journalistes.

Pas sa tasse de thé.

Avec lui, le facteur humain compte.

Il ne fait pas ce qu’il ne sent pas.

Je crois qu’il a perçu en moi une sincérité et une bienveillance à son égard.

9782265088368R1.jpgLe fait est que nous sommes réunis pour évoquer Oro and Co. Il y raconte dans les premières pages son aventure éditoriale, puis très vite, sa dernière aventure dans la jungle amazonienne. Au Surinam et en Guyane française.

Au début, Cizia veut bâtir une ville au bord du fleuve, puis il devient trafiquant d’or pour pénétrer le monde des garimpeiros, les orpailleurs clandestins brésiliens qui pillent l’or de la Guyane française.

 

Voici un podcast de 4 minutes enregistré ce soir de pluie et de poissons.

Il vous permettra d’en savoir plus.

 
podcast

Et d'autres questions venues glanées ici et là, pendant le repas.

 

-Votre réputation sulfureuse, vous arrange-t-elle dans vos nouvelles aventures ?

 

-Non, pas du tout. Elle me dérange. Ma réputation a démarré avec la question de Pivot, en 1984, quand je suis allé présenter Oro (voir à la toute fin de la note). Il m’a demandé si j’avais déjà tué. C’est le genre de question à laquelle il est impossible de répondre. Si je dis la vérité, que je n’ai jamais tué quiconque et que je préfère préserver la vie humaine, ça ne marche pas. Pour beaucoup, je n’ai pas pu aller dans tous les coins chauds de la terre pour y faire du bizness sans avoir du sang sur les mains. J’aurais eu à me disculper ou à me justifier, j’ai donc toujours éludé la réponse.

 

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Zikë version sourire...

-Que pensez-vous de votre lectorat ?

 

-Du bien évidemment. Là aussi, on fantasme sur mes lecteurs. J’ai lu maintes fois qu’ils étaient constitués uniquement de fachos, de gens d’extrême droite, de fascistes… il y en a, je le sais bien, mais ce n’est pas tout mon lectorat. Vous, je sais que vous me lisez depuis des années, vous n’êtes pas comme ça je suppose ? Il y a beaucoup de femmes qui me lisent, mais aussi des jeunes en quête d’aventures, de dépaysement et de liberté… Ce sont, d’ailleurs, souvent les parents qui ont donné mes livres à leurs enfants. Je vends la liberté et la liberté ne devient pas obsolète, ni le désir d’entreprendre, soit dit en passant. Ma légende est parfois lourde à porter, mais il n’y a rien que je puisse faire pour la mettre en miette.

 

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Zikë, version "faut pas me chercher"...

-Quels sont les inconvénients liés à la réputation qui colle à votre peau ?

 

En Guyane, par exemple, quand je me suis fais arrêter, je savais que j’étais dans l’illégal depuis le début, mais c’était pour effectuer une enquête. Et quand on effectue un travail de journaliste d’investigation, tous les moyens sont bons, n’est-ce pas ? Comme on me prête encore l’image d’aventurier, le juge d’instruction a été choqué que je puisse être un enquêteur. Alors que j’ai déjà enquêté sur la drogue à Amsterdam par exemple… mais qui que ce soit que je rencontre représentant la justice préfère ne voir de moi que le côté malfrat. Du coup, ce juge m’a interdit de fréquenter la moitié de la Guyane, et évidemment, la partie la plus intéressante pour mon enquête. Je vais donc retourner à Cayenne pour aller négocier le droit d’aller partout. Je ne lâche jamais vous savez.

 

Pourquoi avoir signé chez Fleuve Noir ?

J’étais en guerre contre tous les éditeurs parisiens, comme je l’explique dans mon livre. Depuis mon premier roman, j’ai eu des relations bizarres avec ces gens-là. Je me suis heurté au manque de respect et à l’hypocrisie. J’ai fait entre 10 et 12 maisons d’édition. Chez Fleuve Noir, les gens ont l’air honnête…

 

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Je remercie d’ailleurs ici Estelle Revelant, l’attachée de presse de Fleuve Noir, (que je connais un peu) et qui m’a organisé cette rencontre rapidement et impeccablement.

Voici, pour finir, mon article paru dans le Culturissimo du mois de juin qui vient de sortir (et trouvable dans les espaces culturels Leclerc).

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Le milieu de l'édition étant ce qu'il est, Pocket en profite pour sortir conjointement son premier best-seller planétaire, Oro (1984).
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La meilleure publicité que je puisse faire pour ce livre, c'est de vous proposer l'interview culte de Bernard Pivot dans Apostrophes en 1984, à la sortie d'Oro.
Un Pivot destabilisé et un Zikë calme et implacable.
A voir en intégralité... car gratiné.

Valérie Bettencourt: interview pour "Sombre lagune"

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(Photo: Laure Jacquemin)

Cela faisait un moment que je croisais Valérie Bettencourt dans des salons du livre que j’animais. Longtemps, elle s’amusait à ne pas vouloir répondre à mes questions. (J’étais vexé comme un pou, soit dit en passant.)

Ce jeu a duré un moment, jusqu’à ce que je lise son deuxième roman, récemment.

Sombre lagune m’a fasciné par son étrangeté et son originalité. Là, j’ai arrêté de rigoler et je lui ai officiellement donné rendez-vous pour une mandorisation. Je ne lui ai pas donné le choix. (Bon, j’exagère un peu là !).

A la fin du mois d’août, nous avons déjeuné ensemble (et sournoisement, j’ai déclenché mon enregistreur tout petit et ultra discret… elle n’a rien remarqué.)

Sombre-Lagune1-212x300.jpgPrésentation de l'éditeur

Dans un monde ravagé par des catastrophes naturelles de plus en plus violentes, Venise commence à sombrer dans sa lagune. Toute la ville est évacuée en urgence. Mais d'étranges personnages sont restés cachés dans un somptueux palais gothique au cœur du sinistre labyrinthe vénitien : ils ont décidé de se laisser engloutir avec la cité et organisent des bals costumés dont le thème change de siècle chaque soir. Dans cette atmosphère baroque et onirique, Marie retrouve Laurent. Ils se sont croisés dix ans plus tôt et toute la vie de Marie en a été bouleversée. Laurent, lui, a totalement oublié cette brève rencontre. Chaque jour, Marie et les autres personnages sombrent un peu plus profondément dans la folie de leur sensuel univers d'amour et de mort. De bal en bal, elle donne à Laurent des indices pour qu'il se souvienne d'elle. Et s'il ne retrouve pas la mémoire, elle laissera Venise les emporter tous les deux. Ce roman a remporté la Plume d'Or romanesque du prix Plume Libre 2011 (Vote des lecteurs).

vb10.jpgBiographie de l'auteur tirée de son site officiel 

"Intermittente du spectacle" depuis près de trente ans, Valérie Bettencourt a été tour à tour comédienne dans de petits rôles au théâtre et au cinéma, assistante mise en scène sur des films, assistante en studio et sur des concerts dans la musique, et elle a aussi prêté sa voix à de nombreuses pubs en radio et télé...
Et puis il y a quinze ans, elle a commencé à écrire... des scénarios de courts et de longs métrages, des manuscrits de romans, des sujets de documentaires, des projets de série télé...
Elle a voyagé, aussi... parce que les voyages extérieurs inspirent les voyages intérieurs de l’écriture...
Bref, un parcours éclectique, qui lui donne envie de continuer à écrire dans tous les domaines et sous toutes les formes : roman, scénario, documentaire... peut-être un jour théâtre...

valérie bettencourt, sombre lagune, interview

(Photo: Davide Capelli)

Interview :

Tu montres une Venise qui est en train de disparaître de la surface de la Terre, mais tu décris aussi la ville telle qu’elle est aujourd’hui. Moins peut-être les clichés.

Quand on ne connait pas Venise, on a l’image des gondoles, de la place Saint-Marc, qui sont les deux clichés de la ville, mais dès que tu t’éloignes de ces endroits-là, il n’y a plus rien, plus de touristes en tout cas. C’est un véritable labyrinthe qui n’a rien à voir avec ce que l’on en connait.

Tu connais très bien Venise pour t’y être rendue de nombreuses fois… c’est parce que tu es amoureuse de cette ville que tu as décidé d’en faire l’héroïne principale de ton roman ?

En fait, la première version de ce roman, je l’ai faite en 1994. En un quart d’heure, cette histoire est arrivée dans ma tête, alors que j’étais tranquillement chez moi. Cette Venise qui s’effondre, tous les personnages avec leurs noms, la trame complète de l’histoire, tout m’est tombé dessus, je ne sais pas comment ni pourquoi… C’était complètement fou parce que je n’avais jamais mis les pieds à Venise, mais j’avais déjà une espèce de fascination inexplicable.

Quand tu as commencé à écrire, c’était quasiment de l’écriture automatique ?

Je ne suis pas un écrivain qui écrit tous les jours avec une discipline rigoureuse. Moi, je n’écris que quand j’ai de l’inspiration et donc, à chaque fois, ce sont des sujets qui s’imposent à moi. Donc, pour Sombre Lagune, je l’ai d’abord écrit comme un scénario, puis j’ai laissé un peu tomber cette histoire. Et, après, je suis allée à Venise. Là, ça a été le choc ! Je m’en faisais une telle idée que j’avais peur d’être déçu. Et bien, c’était encore plus incroyable que ce que j’avais pu imaginer.

Ca a remis en question le premier scénario ?

Oui. Je l’ai évidemment réécrit, puis j’ai laissé passer du temps. Après je suis allé à Katmandou, à Bénarès, au Caire, bref dans tous les lieux que j’avais décrits. Ensuite, j’ai compris que pour le cinéma, ça devenait compliqué et très cher. C’est là que j’ai eu l’idée d’en faire un roman. Une fois que le roman a été fait, je me suis remise au scénario. Je l’ai fait traduire en Anglais pour le marché international. Je ne désespère pas que Sombre lagune devienne un film un jour.

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Qu’est-ce que le maire de Venise pourrait penser de ton livre ?

Je n’en sais rien, mais c’est marrant ce que tu dis. J’aimerais vraiment lui envoyer pour qu’il le lise. Il y a aussi les associations pour sauver Venise. Car ce que je raconte n’est pas que de la fiction. Il y a des bases saines et réelles sur ce que je décris de l’état de Venise actuellement. Depuis que j’y vais, au fil des années, je vois qu’il y a de plus en plus de travaux de réfection partout. Dans ce livre, je lance aussi un cri d’alarme. Je dis qu’il faut faire attention à Venise et à la soigner avec les grands moyens.

Quel est le problème exactement ?

C’est un cercle vicieux. Il y a des bateaux dans la lagune, non seulement les bateaux de commerce qui vont au bord de Mestre, mais aussi des bateaux de tourisme plus haut que les palais. Ce sont carrément des minis villes. Et tout ça se promène dans la lagune qui n’est pas très profonde. Vous imaginez les ravages que ça peut faire ? Alors, là est le paradoxe. D’un côté, ça bousille tout, de l’autre côté, Venise vit du tourisme, donc il faut faire venir les gens pour qu’ils laissent de l’argent à la ville. C’est un peu la faute aux politiques. Venise à très peu de crédits de l’état. Ils versent tout à Rome, Venise est carrément délaissée. Donc, plus ça va, plus ils font appels à des sponsors privés. Il y a des gigantesques écrans de pubs partout dans Venise, qui permettent de récolter de l’argent et faire des travaux. Mais, mince ! Tu ne vois même plus le pont des Soupirs parce qu’il est envahi de pubs de partout !

Et les habitants, ils en pensent quoi ?

Ils le savent, mais ça les fait marrer quand tu leur dis que Venise va s’effondrer. Personne ne peut croire à une chose pareille. Pour eux, c’est la plus belle ville du monde et donc elle est immortelle. Ils sont super fiers de leur ville, à juste titre d’ailleurs.

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(Photo: Laure Jacquemin)

Dans ce roman, tous tes personnages sont excessifs dans les sentiments. 

Les personnages ont perdu pied avec la réalité, ils sont dans leur monde fantasmagorique et jouent à de drôles de jeux. Et puis ils savent qu'ils vont mourir dans quelques jours, alors tout ce qu'ils vivent prend des proportions démesurées. L'héroïne, particulièrement, va très loin, peut-être trop loin, dans ses sentiments et dans ses actes. C'est une sorte de "romantique" au vrai sens du début du 19eme siècle: le romantisme était un mouvement excessif et sombre, pas du tout rose et idyllique comme on le pense maintenant. Les romantiques étaient souvent alcooliques, désespérés et suicidaires. J'ai une passion pour Alfred de Musset, George Sand et toute cette époque...

Ryel est la clé de ton roman. C’est une espèce de chaman. Est-ce le personnage qui te ressemble le plus ?

Il ressemble surtout à des gens que j’ai connus. De temps en temps, dans le livre, il case des pensées qui viennent de maitres tibétains que j’ai connus.

Tu as épousé cette philosophie-là.

J’ai commencé à m’intéresser à cette philosophie en 2001, à la mort de mon père. J’ai un copain qui m’a conseillé de lire un bouquin qui s’appelle Le livre tibétain de la vie et de la mort  de Sogyal Rinpoché. Ça a été le choc intégral, un mois après, je suis parti dans le sud où il a un centre. J’ai suivi son enseignement. J’y ai rencontré des gens qui vivaient dans des monastères en Inde et j’ai fini par les rejoindre dans ce pays. J’ai passé pas mal de temps en Inde et au Népal notamment. Ca a été comme une évidence et tous les préceptes évoqués me correspondaient complètement. J’ai entendu qu’on a des choses à faire dans nos vies. Si j’ai un talent d’écriture, par exemple, c’est peut-être ça qu’il faut utiliser. Pas forcément finir dans un monastère.

Du coup, mine de rien, tu délivres des messages parcimonieusement et quelques enseignements initiatiques du tarot.

C’est le seul truc qui m’intéresse dans l’écriture. Je veux que ça apporte des choses et qu’il y ait des questionnements. Il faut que cela fasse réfléchir les lecteurs. Si c’est juste pour écrire des histoires, je m’en fous complètement. L’écriture doit être utile à la réflexion.

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Le 25 août dernier 2011 dans un restaurant parisien... (photo: un serveur).

26 septembre 2011

Marie-Laure Bigand: Interview pour "Et un jour, tout recommencer"

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 Rien ne sert de le cacher, je connais Marie-Laure Bigand depuis longtemps. Et nous sommes dans la même maison d’édition. Je l’ai mandorisé une première fois, alors que ce n’était pas le cas et que nous ne nous étions jamais rencontrés. Aujourd’hui, je l’apprécie autant pour son amitié sans faille et pour sa gentillesse que pour ses qualités littéraires. Non, pas autant. Ses qualités humaines l’emportent. Mais j’ai toujours lu avec beaucoup de plaisir ses livres. Certains considèrent qu’ils sont "féminins", du moins qu'ils s'adressent aux femmes. Je ne trouve pas. En tout cas, pas que. Ma part de féminité ne se sent pas étranger à ce qu’elle écrit… s'y retrouve, même.

Nous nous sommes donc récemment retrouvés dans un restaurant parisien pour évoquer son nouveau roman Et un jour, tout recommencer.

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252303_2082788787767_1186510993_2547113_2850787_n.jpg4e de couverture : C’est parce que Valérie n'arrive plus à avancer qu'un matin d'avril, alors que la région parisienne en est à son début de printemps, elle quitte son appartement sur la pointe des pieds, pour ne pas réveiller les siens encore endormis. Elle part sans laisser d'adresse, en ayant pris toutes les précautions pour qu'on ne puisse pas la retrouver. Valérie a juste conscience qu'elle a perdu l'essentiel de ce qu'elle était, que tous ses repères se sont effondrés, et que pour ne pas s'égarer davantage, elle doit se reconstruire. Pour le reste, elle refuse d'y penser et de se retourner sur ce passé qu'elle abandonne. Durant les premiers jours de sa fuite, elle progresse, telle une ombre, avec le sentiment d'évoluer à tâtons. Commence alors une quête, un parcours initiatique, toujours entre deux gares, une errance où les rencontres serviront de révélateur à ce qu'elle a enfoui au fond d'elle, sans en avoir perçu la véritable raison : son manque d’envie de vivre...

L’auteure : Marie-Laure Bigand, femme forte et fragile à la fois, sait se montrer convaincante en nous offrant des personnages qui nous ressemblent. Sa sensibilité, sa douceur et sa générosité respirent à travers sa plume et nous entraînent dans des récits captivants qui laissent, longtemps après la lecture, une empreinte, comme si les héros et les héroïnes de ces fictions étaient une partie de nous-mêmes. Une romancière dans l’air du temps qui se plaît à transporter le lecteur dans un ailleurs. Avec son quatrième roman, Marie-Laure Bigand aborde des thèmes qui lui sont chers, comme les destins croisés, la recherche du bonheur et la propension de chacun à exister au travers des épreuves. Son style impeccable, léger et maîtrisé, s’efface naturellement en arrière plan, pour laisser place à l’intrigue et au suspens.
Un road-movie passionnant !

ML Bigand 18.07.11 2.JPGInterview :

Oser tout quitter, à commencer par les siens, résister aux assauts de la culpabilité, regarder droit devant et ne surtout pas se retourner... Penses-tu avoir créé un comportement possible chez une femme ?

Oui, bien sûr, même si c’est sûrement plus surprenant de la part d’une femme que d’un homme. Dans notre société la femme est souvent au cœur du noyau familial, celle par laquelle tout transite, celle viscéralement reliée à ses enfants, mais pourquoi une femme ne ressentirait pas à un moment de sa vie un grand besoin d’évasion, de souffler peut-être…

Oui, tu as raison. Parce que Valérie à le sentiment de ne plus exister dans le regard des autres, parce qu’elle à l’impression de n'être plus que transparence, elle décide de créer le manque. Elle plaque tout pour souffler, bien sûr, s’évader, vivre autre chose, mais surtout, montrer aux autres à quel point elle est un maillon essentiel de la famille ?

Lorsque Valérie part elle ne pense pas à tout cela bien sûr. Elle part parce qu’elle n’arrive plus à avancer. Le lecteur apprendra au fur et à mesure de la lecture pourquoi elle en est venue à un tel extrême. Alors bien sûr tout au fond d’elle, elle espère en effet que son absence manquera à ceux avec qui elle partageait son quotidien, peut-être même cherche-t-elle à leur faire du mal, mais d’une manière inconsciente…

Tu dis, « c'était partir ou mourir... ». Valérie prononce-t-elle cette phrase au sens propre ?

Au moment où elle le dit elle le pense très sincèrement. Elle était si mal, si enfermée dans son mal être qu’elle se sentait clouée au sol. Après elle ne dit pas qu’elle serait passée à l’acte… On peut aussi mourir à petit feu en perdant l’envie de tout, stade auquel était arrivé Valérie.

Comment expliquer son manque d’envie de vivre ?

Là ce serait raconter tout le livre. Comment vient un manque d’envie de vivre serait peut-être la question à poser… Dans une vie on peut encaisser toutes sortes d’épreuves, résister, continuer malgré tout, jusqu’à ce qu’il y ait la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Valérie, mon héroïne, sera terriblement marquée par la perte d’un être cher, et c’est là qu’elle vacillera, et qu’autour d’elle tout s’écroulera. Elle va se sentir de plus en plus seule au milieu des siens, avec l’impression d’être incomprise, de ne plus être à sa place, et surtout de ne plus servir à grand-chose…

Certaines femmes pourraient argumenter qu’il y  un peu de lâcheté chez Valérie ?76450_1669229969055_1186510993_1846984_7417143_n.jpg

Moi je la trouve plutôt courageuse Valérie J. Beaucoup la trouvent égoïste, mais pas lâche. C’est vrai qu’elle fuit… D’ailleurs au début de sa fuite elle s’interdit de penser, car sinon elle reviendrait très vite vers les siens pour finalement se retrouver au point de départ. Il lui faudra du temps avant de s’autoriser enfin à analyser sa fuite. Mais au début elle se protège. Il faut comprendre qu’elle est dans un état de fatigue extrême, tant physique que moral.

Je l’aime bien Valérie, mais je me fais l’avocat du diable… Si elle est touchante, presque parfaite, elle est aussi pleine de contradiction et pourraient apparaitre comme une égocentrique.

 

Certaines lectrices l’ont en effet trouvé égoïste. Bizarrement les lecteurs la comprennent mieux… Au moment où elle part, elle devient en effet égoïste, sinon comment pourrait-elle se couper ainsi des siens ? Elle a toujours été là pour eux mais le jour où elle part elle décide de vivre pour elle. Alors en ce sens, en effet, elle se centre uniquement sur elle, mais dans l’unique but de se reconstruire. Elle est loin d’être parfaite, elle est simplement humaine et tente de se débattre avec l’existence.

De gare en gare, d'étape en étape, de la Lozère à la Rochelle en passant par le Lubéron, le périple de Valérie est aussi et surtout l'opportunité d'un cheminement intérieur. Elle part à sa propre rencontre. C’est un peu ça ?

Valérie aurait aimé partir au bout du monde, seulement mon héroïne n’est pas très riche. Elle doit faire avec ses petits moyens. Au début la seule chose qui lui importe est d’être seule. Elle se créait sa propre île déserte dans un coin perdu. Au fur et à mesure qu’elle reprend vie, elle reprend contact avec des endroits plus animés, et avec elle-même. Les lieux où elle séjourne et les personnes qu’elle rencontre lui permettent de progresser dans son propre cheminement intérieur.

Et paradoxalement, tu écris : « Elle réalisait que c’était grâce à sa fuite qu’elle avait réussi à prendre de la distance avec elle même. » Alors « prendre de la distance avec elle-même » où se retrouver ?

Prendre de la distance c’est un moyen de se retrouver. Valérie était tellement mal qu’elle ne voyait plus rien, elle y compris. Au tout début, en refusant de penser aux vraies raisons qui l’ont poussée à partir, elle s’oblige en effet à prendre de la distance avec elle-même, un peu comme si elle s’observait de loin. C’est grâce à ce recul qu’elle finira par se confronter avec sa vie passée.

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Des rencontres plus ou moins importantes ponctuent les trois pèlerinages. Elles lui offrent, au contact des autres, l’opportunité de mieux se connaître tout en analysant des épisodes de sa propre existence. Finalement, c’est comme une auto psychanalyse ?

Les autres c’est aussi s’enrichir et mieux se connaître, même si au début elle refuse de s’attacher aux gens qu’elle croise. Je parlerai plus de quête que d’auto psychanalyse. Valérie tente de se débrouiller avec l’existence qui l’a malmenée. Elle tente surtout de comprendre pourquoi elle s’est ainsi disloquée. Au début elle reste indifférente aux autres car elle est tout simplement incapable de s’y intéresser, jusqu’à ce qu’une rencontre la bouscule vraiment et l’oblige à réagir enfin.

As-tu un jour éprouvé l’envie de tout laisser derrière toi?

Non, j’aurais été bien incapable de faire comme Valérie, et avec ce quatrième roman, c’était intéressant pour moi de pousser mon héroïne aussi loin. J’observe et j’écoute beaucoup. Je suis partie sur ce ras-le-bol qu’éprouvent parfois les gens, et puis j’ai toujours été fascinée par les gens qui partent un jour sans qu’on ne les retrouve jamais. J’ai eu envie de me mettre de l’autre côté, de tenter de comprendre ce qui pouvait amener quelqu’un à tout quitter comme ça.

Dans « Et un jour, tout recommencer », finalement, c’est un hommage et un regard tendre sur toutes ses femmes qui, la quarantaine accomplie et l’éducation des enfants terminée, se posent des questions sur leur vie trop vite passée ?

Je ne sais pas si c’est un hommage, mais il est vrai qu’aujourd’hui les femmes approchant de la cinquantaine, libérées de l’éducation des enfants, osent davantage s’affirmer dans ce qu’elles ont vraiment envie de faire. Autour de moi je connais des femmes qui ont élevé leurs enfants avec bonheur, leur ont donné tout ce qu’elles pouvaient, et une fois les enfants partis du foyer familial s’épanouissent en renouant avec le milieu professionnel ou dans des activités artistiques ou autres. Elles orientent différemment leur vie.

On peut dire que c’est un road-movie, mais contemplatif, non ? Je veux dire par là que Valérie fait des longues haltes pour faire le point. Elle ne se précipite jamais entre deux voyages…

Elle a toujours tellement couru dans sa vie entre travail, vie de famille, gestion du quotidien, que le jour où elle part, elle prend le temps et en quelque sorte, elle redécouvre la nature, une nature dans laquelle elle se ressource. Sa reconstruction passe aussi par l’écoute de son corps qu’elle soumet à un rythme plus sportif au travers du vélo et de la marche.

Elle prend le temps de souffler, et surtout elle se protège de toutes contraintes.

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J’ai lu quelques critiques littéraires dire de ton livre que c’est « une quête », « un parcours initiatique ». C’est ainsi que tu as voulu ton roman ?

Comme toujours, lorsque je me lance dans l’écriture d’un roman, j’ai ma ligne directrice autour de laquelle il se passe des évènements qui se révèlent au fur et à mesure de l’avancée de l’histoire. Ici ma ligne directrice était l’histoire « d’une femme qui quitte tout parce qu’elle n’arrive plus à avancer dans sa vie. » Je la voulais très blessée pour qu’elle puisse se reconstruire, et donc c’est en effet une quête, une recherche de soi…

Ce livre n’est pas un roman d’action. Et pourtant, on le lit avec avidité. On a envie de savoir ce qu’il va se passer, comment les personnages, et principalement Valérie, vont évoluer. C’est difficile d’écrire un livre sensible, qui touche au cœur ?

Lorsque l’on écrit un livre on doit avant tout penser au lecteur. Il ne suffit pas d’écrire une histoire, encore faut-il réussir à captiver un lectorat. Je tente de procurer, à travers mes livres, de l’émotion car c’est ce que j’aime ressentir à la lecture d’un livre. Ici comme il s’agit de la reconstruction d’un personnage très abîmé par la vie, il y a forcément une lenteur dans le récit, mais au travers des rencontres qui jalonnent le parcours de Valérie, j’ai essayé de créer une attente, et un suspens quant aux vraies raisons qui l’ont poussée à tout quitter. En fait sous un aspect très calme il se passe beaucoup de choses.

page24_1.jpgC’est important pour moi ce que tu dis là, que ce livre « se lit avec avidité », car si le lecteur s’y ennuie, c’est que quelque part j’ai échoué dans la construction de mon histoire.

Après je pense que l’on ne peut pas toucher tout le monde…

On ne peut jamais savoir à quoi tient le succès d’un livre. J’aime écrire, raconter des histoires, je tente de travailler au maximum mon texte. Ensuite il appartient au lecteur, c’est lui qui lui donne vie.

Je note qu’il y a plus de sensualité que dans tes précédents romans… Ai-je raison ?

 Eh bien, en effet, je me suis lâchée un peu plus, même si cela reste très correct ;-))

Et puis c’est bien aussi de surprendre un peu son lectorat ;-))

As-tu commencé l’écriture de ton 5e roman ?

J’ai commencé à écrire mais j’en suis vraiment au tout début. J’ai écrit 4 romans en 6 ans et je crois qu’actuellement j’ai besoin de faire une petite pause.

De toute façon l’écriture ne me quitte jamais…

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Retour sur le Prix Constantin 2011.

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Le 21 septembre dernier, je me suis rendu à la conférence de presse de la 10e édition du Prix Constantin. Mon prix musical préféré. Parce que je suis souvent d'accord avec leur choix et parce que je trouve que c’est un sacré encouragement que de récompenser les nouveaux artistes qui ont marqué l'année par leur talent, leur originalité et leur potentiel. Souvent, contrairement à ce que l'on pourrait penser, ils ont peu de moyens. Si, être artiste en 2011, même remarqué par la presse et les médias en général, ça ne signifie pas vivre dans l'opulence, encore moins vivre de son/sa métier/passion. De plus, « ce prix a pour ambition d'offrir aux talents d'aujourd'hui, que l'on pressent être ceux de demain, un véritable tremplin, une vitrine mettant en valeur la qualité et la diversité de la production musicale française », dixit la version officielle.

Pour cette nouvelle édition, c'est Gaëtan Roussel, grand vainqueur des Victoires de la Musique 2011, qui présidera la cérémonie. Et donc, ce mercredi, les noms des dix artistes révélations ont été donnés.

Voici une photo prise à l’Olympia de 8 des 10 sélectionnés :

En haut, de gauche à droite : Cyril Mokaeish, The Shoes, Cascadeur et Bertrand Belin.

En bas, de gauche à droite : Alex Beaupain, Brigitte (x2), Gaëtan Roussel (le parrain), Lisa Portelli et Sly Johnson.

On note deux absents pour cause de concerts. L et Selah Sue.

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Les mêmes, dans le désordre, devant la salle...

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Quand le parrain de l'édition 2011, Gaëtan Roussel, se joint aux photographes pour immortaliser les nominés…

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Découvrez la vidéo de présentation de la conférence de presse et la sélection des nommés pour le Prix Constantin 2011, le tout présenté par l’excellentissime Thomas VDB (pour en savoir plus sur ce monsieur, voir là!)

Les caméras de France Inter (paradoxe quand on parle d'une radio) étaient là...

Alors qu'habituellement le nom du vainqueur est connu courant novembre, exceptionnellement à l'occasion des dix ans du Prix Constantin la cérémonie se déroulera à l'Olympia le 17 octobre prochain.(En cliquant sur le lien précédent, vous saurez tout sur ce prix. Historique, règlements... bref, le pourquoi du comment du Prix Constantin).

Je ne suis pas membre du jury.

J’ai donc le droit de donner mon avis.

Non ?

Déontologiquement, un journaliste ne devrait pas s’employer à influencer quiconque !

Je ne suis pas un vrai journaliste.

Enfin si, mais je ne pratique pas le métier de manière parfaitement conventionnelle.

Et surtout, je n’ai aucune influence auprès de mes confrères.

Bref, je soutiens à fond Lisa Portelli (qui (je le dis et le répète) est quelqu’un que je défends depuis 2009, mais qui n’est pas, à proprement parlé, une « amie ». Ce qui est sûr, c’est que l’on aime bien se voir dans le cadre professionnel (avant-hier encore, aux Muzik’Elles) et boire du thé (???) ensemble en refaisant le monde (de la chanson)).

Cette photo a été prise après la cérémonie du Prix Constantin 2011. Nous étions avec Laurence Goubet et Vicken Sayrin, deux de ses protecteurs professionnels au bar de l’Olympia.

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13 septembre 2011

Rencontre Jean Fauque/François Staal

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Le 11 novembre prochain François Staal sera à l'Olympia !

C’est l’événement musical de cette fin d’année !

Qui ça ? François Staal ?

Effectivement, votre interrogation est légitime. Moi-même, j’ai découvert il y a peu de temps cet artiste, pourtant fort talentueux. Son attachée de presse de l’époque, Flavie Rodriguez m’avait envoyé un Ep du chanteur musicien. Après enquête approfondie, je découvre que François Staal n’est pas un débutant et que c’est un homme de goût: 4 albums, des concerts dans tout les lieux parisiens (et tous les mois au Zèbre de Belleville), un duo avec CharlElie Couture, un duo avec Jean Fauque, et plus de 40 musiques de film.

Le duo avec CharlElie, le voici...

Quant à Jean Fauque, outre le fait qu’il a écrit des chansons pour lui, il participe aussi à ses concerts très régulièrement, ce sera le cas le 26 septembre prochain.

fauque.jpgPetit portrait de monsieur Fauque au passage :

Frère de croisade linguistique Alain Bashung, avec qui il a ouvert de nouvelles voies dans la jungle de la langue française chantée : Novice, Osez Joséphine, Chatterton, Fantaisie Militaire, L’imprudence…, c’est lui.  Dans son tandem avec Bashung, il est devenu le plus légitime successeur de Gainsbourg dans l’élite de l’écriture voltigeuse, jonglant avec les techniques et transgressant les codes avec une rigueur folle. On le sait moins (quoique), mais Jean Fauque a aussi écrit pour  Jacques Dutronc, Johnny, Guesch Patti, Vanessa Paradis… liste non exhaustive.

Il m’a donc paru intéressant de les réunir. Je n’étais guère optimiste, mais en fait, Flavie Rodriguez  a organisé cette rencontre en deux temps, trois mouvements. Dire que cette attachée de presse est efficace est un euphémisme.

Le rendez-vous s’est tenu cet été sur une terrasse (enfin sur le trottoir sur lequel des tables ont été installées) d’un café parisien de la rue des Petites-Ecuries…

L’ambiance est joviale et tout le monde est de bonne humeur. Je constate que Jean Fauque est un geek. Avec François Staal et Flavie Rodriguez, ils parlent de la Logitech  G3, de l’Ipad 2 « qui n’a pas assez de giga » enfin des trucs comme ça. Que je ne comprends pas. Ça donne ça : « Non, c’est une question de paramétrage. Tu sais, dans la plupart des ordis, 2 fois sur 10 ce sont des problèmes de logiciels et pas des problèmes techniques. Une petite mise à jour, tout ce corrige. Tu vas dans « préférence », tu rétablis les touches et puis ça marche… »

Je tousse… pour rappeler que je suis là et qu’il serait de bon ton de revenir vers ce qui nous réunit.

La musique.

jean fauque,françois staal,interview,olumpia,canyonFrançois, vous vouliez travailler avec Jean, c’est un peu ça la base de votre rencontre artistico-amicale ?

François Staal : Je n’osais même pas l’envisager. Le rencontrer était de l’ordre de l’impossible. Rencontrer un mythe, ce n’est pas chose courante. Pour moi, très clairement, Jean est le plus grand auteur français. C’est finalement Flavie (Rodriguez, leur attachée de presse respective) qui s’est proposée de me le présenter.  Et puis un jour, ce fut fait.

Jean, comment vivez-vous le fait d’être considéré comme un auteur culte, au-dessus des autres ?

Jean Fauque : C’est gentil, mais dans la réalité, on ne se rend pas bien compte. C’est difficile à définir. En fait, moi, quand je suis devant ma machine pour écrire un texte,  le passé et tout ce que j’ai pu faire n’entrent pas en ligne de compte. À chaque fois, je recommence comme au début. C’est toujours un défi. Je me considère plus comme un artisan que comme un artiste… je suis un trafiquant de mot et puis voilà, rien de plus.

Rien n’est jamais facile, ni jamais acquis dans ce difficile métier d’auteur de chansons. Avec Alain Bashung, par exemple, ce n’était pas gagné d’avance.

Jean Fauque : C’est étrange parce j’ai rencontré Alain en 1975 en faisant des chansons qui n’ont jamais vu le jour. Après plusieurs tentatives, on a vraiment collaboré ensemble en 1988 sur l’album Novice. Aujourd’hui, c’est un album culte, mais à l’époque, il n’a pas fait un carton. Le premier carton réel de notre collaboration, c’était Osez Joséphine, mais le succès est arrivé très progressivement. Ça paraît bizarre, mais je ne me suis d’ailleurs pas rendu compte du succès. Si on estime qu’il peut-être une rentrée d’argent soudaine et inopinée, on n’est pas arrivé… en tout cas, je ne sais pas où est passé cet argent. Cette période-là à quand même changé quelque chose à ma vie : après 20 ans de galère, j’avais enfin la reconnaissance du public et de mes paires. Je crois que ce dont on souffre le plus quand on est artiste ou créateur, c’est de l’ignorance…

 

Trois des grands succès de Jean Fauque, version Bashung...


Alain Bashung - Osez Joséphine par Quarouble

Alain Bashung - La nuit je mens


Alain Bashung - Ma Petite Entreprise par Alain-Bashung

 

François, quand on a Jean Fauque devant soi, on lui demande directement de travailler avec lui.

François Staal : Ça ne s’est pas passé comme ça du tout. Je vais vous dire un truc personnel. Quand il a tourné la tête vers moi, on s’est regardé dans les yeux et dans ma tête, c’était comme si je le connaissais depuis toujours. Ceci étant, Jean a un regard tellement gentil et sympathique que ça doit faire ça à tous les gens qu’il rencontre… c’est incroyable! Le fait qu’il m’écrive un texte un jour, je trouvais ça invraisemblable. Moi, j’étais déjà content de le rencontrer et de boire un coup avec lui. Le lendemain, un peu intimidé par l’homme, j’ai envoyé un mail à Flavie en lui demandant si elle pensait que je pouvais me permettre de lui demander d’écrire une chanson pour moi. Je ne voulais pas apparaître comme un goujat ou un opportuniste.

Jean, vous voyez souvent des artistes… vous devez sentir que, parfois, tel chanteur aimerait bien avoir un texte de vous, ce qui doit représenter pour eux, la classe absolue.

Jean Fauque : Oui, je ne vais pas nier que ça m’arrive relativement fréquemment. Comme je suis un peu feignasse, j’ai tendance à me planquer, à faire l’ignorant… après, il ne faut pas hésiter à me harceler un peu. François m’a relancé plusieurs fois et voilà ! Mon premier réflexe quand quelqu’un envisage une collaboration, c’est d’aller sur le net pour m’informer un peu, pour connaître l’état d’esprit de la personne et surtout pour connaître sa musique. On finit par avoir une vision globale des choses. J’ai vu dans quelle mouvance musicale et dans quel style se situait François et j’ai vite remarqué que je nageais en plein dans les eaux que j’aime bien. Rapidement, je suis passé chez lui, sur sa péniche. Nous avons discuté et il m’a fait écouter le projet en cours. C’est une méthode finalement assez classique.

Quand on a une réputation telle que la vôtre et qu’on écrit pour un artiste inconnu est-on, tout de même, la proie du doute ?

Jean Fauque : Quel que soit le niveau de notoriété de l’artiste, je ne suis jamais sûr de moi. C’est même une position assez délicate parce que je me dis toujours que si j’envoie quelque chose qui ne convient pas, c’est plus ennuyeux pour l’artiste de me le dire.  Il faut quand même savoir que quand tu écris 100 chansons, statistiquement, il y en a 5 qui finissent par paraître, alors un auteur est relativement blindé concernant les retours négatifs. Une fois que j’avais cerné où François voulait en venir, j’ai pensé à des choses que j’aimais bien et qui pouvaient, je pense, le toucher. À partir de là, je lui ai donné deux/trois textes et il en a mis deux en musique.

 

Terre m'atterre - François Staal - (paroles: Jean Fauque)

 

François, je vous retourne la question, qu’est-ce qu’il se passe quand on reçoit les textes de Jean Fauque ?

François Staal : Il vient de répondre à la question. Ma plus grande angoisse c’était de me dire : « si ça ne me plait pas, comment je vais lui dire ? ».  En l’occurrence, la première qu’il m’a donnée c’est « Où » et en gros, « Où » c’est complètement mon univers. Ce n’est pas pour rien que j’ai de l’admiration pour Jean Fauque. On a le même monde, le même univers intérieur. Cette chanson, c’était exactement ce que j’avais envie de chanter. Les textes de Jean, déjà, il faut les comprendre… il y a tellement de sens dedans, et puis après, il faut parvenir à les chanter. Pour me faciliter la tâche, on a réaménagé certaines phrases afin de parvenir à me les approprier complètement. Quel que soit le respect qu’on a pour un auteur ou pour un texte, il ne faut pas hésiter à déplacer un mot si on pense qu’on sera plus à l’aise pour le chanter.

Inversement, Jean, quand on écrit un texte pour quelqu’un, se demande-t-on ce qu’il va en faire, premièrement, musicalement et deuxièmement, dans la façon de l’interpréter?

Jean Fauque : Il y a deux solutions : soit j’ai une musique avant, c’est une méthode que j’aime bien qui donne une limite et une espèce de carcan dont on ne peut pas trop s’échapper, soit c’est un texte à blanc. Franchement, ça m’est arrivé de donner un texte et de trouver que la musique n’était pas à la hauteur. C’est un peu ennuyeux… Quand j’ai eu des doutes, malheureusement, ils se sont souvent avérés exacts. Moi, je me considère comme un amateur de musique, je suis un musicien d’instinct et un très mauvais instrumentiste. J’ai juste une bonne oreille et pas un trop mauvais goût quand j’écoute. Je n’aime pas les démonstrations de musiciens. Ca ne sert à rien de vouloir m’épater, on fait de la variété, on fait de la chanson, on ne fait pas de symphonie pour concurrencer Malher, ce n’est pas le même boulot.

Jean, est-ce qu’on écrit différemment selon la façon de chanter de l’interprète…  Bashung étant un cas extrême.

Jean Fauque : Ce que j’ai donné à François est complètement dans la lignée de ce que j’aurais pu donner à Alain. Ils ont tous les deux beaucoup de liberté dans la forme et dans le fond.  C'est-à-dire que tout à coup, ça part ailleurs, on ne sait pas trop où. Chacun en fait son propre sujet et interprète un texte à sa façon. Ce que j’ai fait pour Alain et ce que je fais pour François n’est pas conforme et structuré. Je dis toujours à des gens qui débutent et qui veulent essayer de s’approcher de notre travail, qu’il faut d’abord avoir la maîtrise de la forme la plus classique et la plus traditionnelle de la chanson, c'est-à-dire avoir des strophes, avec des pieds et des rimes le plus précis possible… quand on a fait beaucoup de chansons comme ça, on peut ensuite commencer à casser tout ça. Casser ce qu’on a appris, démonter l’apprentissage, pulvériser les structures. On ne peut pas modifier ce que l’on ignore…

François, êtes-vous d’accord avec la thèse de Jean ?

François Staal : Oui, évidemment, c’est même un truc que je revendique. J’écris aussi des chansons et je peux vous dire qu’il y en a de mon propre album dont je ne sais pas encore trop de quoi elle parle. Dans le temps, les poètes parlaient d’écriture automatique... Moi, j’aime quand ça part un peu là-haut, quand on se perd un peu, comme nous les êtres humains.

staal disuqe.jpgJean, que pensez-vous de l’histoire de François… de son Olympia prochain ?

Jean Fauque : C’est un grand fou ! Je trouve ça aussi courageux qu’inconscient. Ca rejoint des actes héroïques au sens noble du terme. Ça m’épate autant qu’un type qui décide de traverser l’atlantique sur un petit radeau comme l’avait fait Alain Bombard ou comme l’homme-araignée qui grimpe avec des ventouses l’Empire State Building…  des trucs de oufs, des trucs invraisemblables. J’aime la folie chez les gens, on est dans un monde tellement régulé par cette espèce de masse indéfinie et informe, c'est-à-dire les fonctionnaires de Bruxelles qui passent leur temps à pondre des lois pour faire chier (ou vouloir leur bonheur malgré eux) 300 millions de citoyens. Tout à coup, un truc allumé comme ça, ça me plait.

Alors François l’allumé, pourquoi ce défi insensé ?

François Staal : D’abord, je ne trouve pas cette idée si folle que ça. Qu’est-ce qui est fou ? C’est la notion du risque. A un moment donné, si on veut faire quelque chose d’exceptionnel, il faut accepter l’idée d’en payer le prix. Le prix, et donc le risque, c’est que je me plante, que personne ne vienne. Si je me plante, je ne serai ni le premier, ni le dernier mec qui se sera planté à l’Olympia. Bon, en même temps, si ça ne marche pas, ce sera la fin de mon projet de chanson, en tout cas la fin de ma tentation d’en vivre professionnellement. Au fond, on n’a qu’une vie… au pire, je raconterai à mes petits enfants que j’ai fait l’Olympia…

Jean, vous avez l’air de ne pas être d’accord !

Jean Fauque : Non, ce n’est pas vrai François. Si l’Olympia ne marche pas, ça ne sera pas la fin de ta carrière de chanteur. D’abord, je ne vois pas pourquoi tu te planterais.

François Staal : Mais c’est un moteur pour moi de prendre ce risque à fond. Je le vis bien parce que je me suis envisagé le pire. De toute façon, ce ne sera que du bonheur, parce que j’ai décidé que l’on fera un concert d’enfer, même si on est que 50!

Jean, vous allez participer à ce concert.

Jean Fauque : Oui, nous allons faire un duo et puis il y a une forte probabilité que je fasse une version de La Nuit, je mens avec le pianiste de François. Je n’ose pas me mettre dans les traces d’Alain, il chante cette chanson tellement magnifiquement, que je la détourne en gardant juste une partie du thème de la chanson. Je la récite plus que je ne la chante. C’est une version hommage et en même temps très personnelle.

 

 

François, il y a un disque qui sort en même temps que ton Olympia.

François Staal : Il sortira un peu avant, le 7 novembre. Il s’intitule « Canyon » et il y a deux chansons de Jean, dont un duo. En tout 14 titres que j’ai mis trois ans à faire. J’ai signé chez Paul Beuscher Arpège. Ils ont l’air d’avoir envie de faire plein de choses avec moi. Ils m’ont trouvé un label avec lequel ils ont l’habitude de travailler, 10 heures 10.

 

Lacher l'affaire - François Staal -

 

Jean, vous aimez regarder les balbutiements d’un artiste…

Jean Fauque : Je vois ça avec un regard un peu nostalgique, parce que ça me rappelle l’aventure d’Alain Bashung avant Gaby, entre 75 et 80. La joie de la signature du premier album chez Barclay du temps d’Eddie Barclay, le deuxième album où déjà les difficultés se posent, le doute parce qu’il n’a pas vendu assez son premier, mais on garde quand même de l’espoir… François, à la différence d’Alain, assume un peu mieux les bonnes nouvelles. Un jour, j’ai tenu une théorie à Alain. Je lui ai dit : « En fait, tu es le plus grand looser que je connaisse. Un looser est condamné à réussir. Un looser qui rate sa vie, il est dans la norme. Il est heureux. Un looser qui tout à coup à du succès, c’est un vrai looser, parce qu’il s’est mis en contradiction avec sa looserie ».

Il n’a pas bien vécu la reconnaissance, il me semble ?

Jean Fauque : Après Gaby, Alain a fait une dépression terrifiante. Il a failli se foutre en l’air. J’étais spectateur, voire acteur de cette période-là. Quand il a fait « Play Blessures », c’était pour gerber tout ça. D’ailleurs, paradoxalement, on n’a jamais autant rigolé qu’en enregistrant cet album. Avec Gainsbourg, on s’est fendu la gueule comme pas possible !

J’aime bien discuter avec vous Jean… vous parler d'un mythe, là !

Loin de moi le fait de vouloir impressionner la galerie. Quand Alain nous a annoncé qu’il allait nous présenter Gainsbarre, on n’en menait pas large. On était chez le bassiste comme si on attendait des résultats d’examens. On l’a emmené sur notre territoire, dans un restau que l’on fréquentait. J’étais impressionné une minute trente. Quand j’ai vu sa tête de déconneur, j’y suis allé allègrement. A l’époque, je ne pouvais pas dire une phrase sans faire 40 jeux de mots. Pour me faire chier, il me coupait tous mes effets… nous étions jaloux de l’humour qu’avait l’autre...

Jean Fauque 29.06.11 3.JPG

Je vous pose la question chiante de fin : François, que pensez-vous de Jean ?

François Staal : Jean, c’est comme un joker pour moi. C’est un mec génial, sérieux, qui a de l’humour. Ses textes sont pour moi tout ce que j’aime dans la manière d’écrire des chansons. En plus de ça, Jean est d’une gentillesse et d’une générosité incroyable. C’est quelqu’un de rare et d’exceptionnel.

Jean que pensez- vous de François ?

Jean Fauque : J’ai de la tendresse pour lui. C’est un bon gars dans le bon sens du terme. Il dégage quelque chose et je trouve que dans ses envies. En 35 ans, j’ai collaboré avec une centaine de personnes. Pour moi, il y a deux sortes de gens. Ceux avec lesquels je collabore et après que je ne vois plus et puis, il y a ceux avec lesquels il reste des liens de camaraderies intenses. Il n’y en a pas eu tant que ça, mais j’ai l’impression que c’est ce qui est en train de se passer avec François.

François Staal et Jean Fauque 29.06.11 1.JPG

22 juillet 2011

Jewly: interview pour la sortie de No Shoes

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Avant-propos exceptionnel  :

Récemment, lors d’une interview pour mon livre, une journaliste me dit : « Oui, mais, vous n’avez pas l’impression de vous servir des stars pour faire le succès de votre blog ? ». J’ai entendu cette question maintes fois. A cela, je lui ai demandé si elle avait déjà jeté un coup d’œil sur le dit blog.

Evidemment, pas vraiment.

Non, parce qu’en fait, je consacre bien 60% de cet espace à faire découvrir de nouveaux artistes. J’ai l’impression de passer mon temps libre à tenter de dénicher les talents de demain. L, Lisa Portelli, Cyril Mockaiesh (pour ne nommer que ceux qui explosent actuellement) sont des artistes qui sont ici depuis plus de trois ans et que l’on découvre aujourd’hui seulement. (Précisons que maintenant que ça marche pour eux, ils répondent encore présents... les trois A.C.I se sont déplacés tous les trois à mon agence pour des interviews/session acoustiques, voir , et ).

Il y en a beaucoup d’autres que vous ne connaissez pas encore, mais qui, peut-être, seront en haut de l’affiche un jour (par exemple, je parie beaucoup sur Rodrigue !).

Je n’en tire pas une gloriole incommensurable, mais j’aimerais parfois que l’on ne me fasse pas de faux procès (qui certes, n’empêchent pas le monde de tourner et qui n’agacent que moi !)

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La jeune femme dont je vais parler aujourd’hui s’appelle Jewly. C’est mon ami d’enfance, Eric Genetet qui m’a prié d’aller écouter son MySpace. J’écoute les cinq morceaux proposés, mixant des sonorités funk, blues, jazz ou carrément rock. Et j’apprécie « son univers travaillé et sincère qui s’ouvre sur le groove ».

Le 12 juillet dernier, elle se produisait dans la mythique boite de jazz, le Sunset. Je lui ai donné rendez-vous dans l’après midi, afin d’en savoir plus sur son début de carrière, son univers (entre autres).

jewly, no shoes, interview, mandorInterview :

Tu n’es pas tout à fait une débutante…

Je chante depuis longtemps des standards de jazz, des reprises. En 2006, alors que je chantais dans une manifestation, quelqu’un m’a « repéré ». Cet homme m’annonce qu’il voulait faire une chanson avec moi parce que ma voix lui plaisait. On est rentré en studio et on a enregistré une chanson « Terre permise ». J’ai décidé de la donner à l’Unicef. Ce single m’a emmené en Roumanie où, invitée par le gouvernement, je me suis produise dans des orphelinats. Bon, après cette expérience, je n’ai plus voulu faire autre chose.

Le besoin de chanter, chez toi, semble particulièrement viscéral…

Pour moi, c’était un réel besoin. Au début, j’ai fait ça en parallèle de mes études, sans prendre les choses trop sérieusement. Et puis, quand on chante des reprises de jazz, c’est complètement différent que de construire son propre univers, trouver ses chansons, faire son album, trouver la voie vers laquelle on veut aller musicalement. J’ai le souci constant de ne pas faire des choses qui ressemblent  à ce que tout le monde fait. Après le single de l’Unicef, très vite, j’ai voulu mon propre album pour imposer mon style perso.J’ai fait un premier album en 2009, Behind the line, sorti sous le nom de Julie Claden. Je chantais quasiment exclusivement en français. Ce disque marque le début de ma prise de conscience, le début d’un mouvement inexorable vers mon univers d’aujourd’hui. Chaque chanson racontait une histoire, mais pas l’ensemble de l’album.

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Je sais que tu trouves qu’il ne sonne pas assez « live ».

Il était un bon premier album de studio, mais j’ai évolué rapidement et du coup, très vite, il ne me correspondait plus. No shoes, mon deuxième album correspond vraiment à ma personnalité artistique. Il a été enregistré avec mes musiciens de scène en one shot. On n’a touché à rien. Il sonne plus live et c’est ce que je voulais, car je suis une personne qui se sent parfaitement à l’aise sur scène. Faire un album, c’est bien, mais ce qui m’intéresse le plus, c’est d’être sur scène et de jouer avec de vrais musiciens. J’ai besoin de cette interaction qui se crée entre mes musiciens, le public et moi. Sur scène, je reçois énormément du public. Et si après un concert, j’ai réussi à toucher ne serait-ce qu’une seule personne, je considère que j’ai réussi quelque chose…

Quand on écoute No Shoes, du coup, on sait ce que tu vaux sur scène ?

Oui, on ne ment pas. Mais, ça ne veut pas dire que sur scène, je vais les chanter de la même manière. Dans l’interprétation d’une chanson, d’une soirée à une autre, on ne ressent jamais les choses de la même façon, on n’est jamais dans le même état d’esprit, donc forcément, je vais les chanter différemment, je vais les vivre avec le public.

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Ta musique, c’est du funk, soul, rock avec un peu de jazz. Est-ce que c’est ton style définitif ?

Mon style, c’est vraiment rock’n blues avec des riffs funk. Ma musique, on aime ou on n’aime pas, mais on ne peut pas me dire que c’est le copié collé de quelque chose. Forcément, j’ai des influences, mais je tente vraiment de m’en éloigner le plus possible. On en peut pas dire de moi, dans la globalité, elle fait du x ou y artistes. On n’essaye pas non plus de ne pas ressembler. Tout est affaire de dosage inné. Ma musique s’appuie sur des bases existantes déjà fortes, sur des atmosphères et surtout sur des sonorités, ensuite, je vais vers des choses qui me ressemblent.

Quelques extraits de son concert au Sunset, le soir même...

Jewly at Sunset - Paris from jewly on Vimeo.

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Tes textes parlent de quoi ?

J'aborde des thèmes qui me tiennent à cœur, des absurdités qui me touchent, personnels ou appartenant à des gens que je connais. Je parle de racisme, d’intolérance, d’amour de la vie. Je travaille les textes avec Mina Moutski. Elle m’a proposé différents thèmes et après, j’ai choisi.

Tu chantes et écris en français ou en anglais, selon le sujet et l’inspiration, c’est ça ?

Ma langue maternelle, le Français, est chargée affectivement et porteuse d’émotions intimes. L’Anglais permet le recul, le jeu de sonorité, force un travail d’appropriation très rigoureux… Je n’ai aucune préférence, c’est vraiment une question de ressentie, d’impulsion, de moment.

Tu travailles toujours avec la même équipe.

Depuis le début, je travaille avec des personnes proches de ma sensibilité, qui partagent mes valeurs et ma vision de la musique. À commencer par Emmanuel Hoff, mon compositeur et complice de la première heure, Michel Ott, musicien et compositeur avec lequel je crée des mélodies en binôme et bien sûr, Mina Moutski, dont les mots épousent parfaitement nos musiques…

Tu ne fais pas de la musique commerciale. Tu n’as pas choisi la voie de la facilité !

J’ai conscience que c’est un choix risqué. Je me dis que je ne vends pas mon âme au diable, je joue de la musique que j’aime et si jamais ça doit marcher pour moi, je pourrai me regarder dans la glace. Moi, je ne veux pas faire juste un tube, je veux bâtir ma carrière dans la longueur. Je prends le chemin de la difficulté, mais je suis une fille courageuse, volontaire et tenace.

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Avec le serveur de ma "cantine", qui n'est pas resté insensible au charme de Jewly...

Récemment, tu as fait la première partie de Florent Pagny, à Troyes, au Festival de Champagne.

C’est une super expérience parce que c’est une grosse scène. Ma musique n’a rien à voir avec celle de Florent Pagny, le public n’est pas venu pour moi et pourtant il a beaucoup accroché. J’ai vraiment un super moment. Ça m’a rassuré que le public soit si ouvert et que ma musique leur plaise. À Strasbourg, j’ai aussi fait la première partie d’Axelle Red. Là, il y a avait Place Kléber plus de 5000 personnes. C’était la folie pure !

Deux extraits de la première partie du concert de Florent Pagny...

Depuis cette année, tu es membre des « Ambassadeurs d’Alsace », un réseau d’entreprises, d’hommes et de femmes qui aiment leur région et qui a pour ambition de faire rayonner l’Alsace à travers ses initiatives et ses talents…

Je vis actuellement à Strasbourg et je fais depuis plusieurs années maintenant des concerts en France et à l’étranger. L’idée de présenter ma région grâce à ma musique me séduit beaucoup. J’étais d’ailleurs partie au Québec avec le CRT (Comité Régional du Tourisme d'Alsace) pour chanter pour l’Alsace.

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Dernière précision : Sans contraintes, ni prises de tête, Jewly souhaite rendre accessible et partager sa musique avec le plus grand nombre de personnes, tout simplement.
C'est pourquoi vous pouvez acquérir No Shoes au prix de votre choix à partir de 5 € TTC, dans le respect du travail des musiciens qui la soutiennent.

16 juillet 2011

Bab: interview pour la sortie de "Bienvenue à bord"

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Cela faisait un moment que je souhaitais mettre en avant le groupe Bab. Deux des membres sont des ex du groupe Musard (mandorisé ici il y a 3 ans).

bab,bienvenue à bord,mandor,interviewAujourd’hui  Candice (chant, basse) et Guillaume (guitare et batterie aux pieds) jouent une musique, mélange savant de rock, de folk et de chanson, saupoudré de cuivres electro-jazz, mais dont on sent fortement un esprit hérité de la scène alternative. Les deux Bab ont su s’entourer puisque leur premier album Bienvenue à bord a été mixé et réalisé par Erwin Autrique (Louise Attaque, Mano Negra, Alain Bashung) et Laurent Guéneau (Sinsemilia, IAM, Cesaria Evora). Et surtout, c’est Mike d’Inca (le leader de Sinsemilia) qui les a signés dans sa structure personnelle, Echo Productions. Chez AZ/Universal, on croit très fort au potentiel de ce duo à la liberté surprenante.

Voici le teaser de la sortie du disque:

Le 8 juin dernier, je leur donne rendez-vous dans un bar culturel situé à proximité de l’agence pour laquelle j’officie.

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bab,bienvenue à bord,mandor,interviewInterview :

Mandor : Pourquoi le groupe Musard s’est-il arrêté ? 

Candice : Musard a duré 5 ans. Quand humainement, on ne s’entend plus, ce n’est plus la peine de continuer. Ça a vraiment pété entre nous, juste avant la sortie du disque. On était en colère quand on est parti.

Du coup, avec Bab, vous avez changé de style musical.

Candice : Guillaume et moi, on a toujours fait les chansons, même avec Musard. C’est une constante. Dans ce groupe, il y avait du violon, alors, le rock, on ne pouvait pas trop se lancer là dedans, c’était compliqué pour les arrangements. Ce que je peux affirmer, c’est qu’il est fort possible que nous ayons plus de maturité artistique.

Guillaume : Toi, Candice, tu as changé ta manière de chanter, dans le sens où il y a toujours beaucoup de mots, mais il y a plus d’air entre les mots. Bab s’est la suite de Musard, nous allons dans la même direction, mais en étant plus rock.

bab,bienvenue à bord,mandor,interviewBab est même folk rock, je trouve.

Candice : Ça définit bien l’album en tout cas.

Comment travaillez-vous ?

Candice : J’écris les textes, après je trouve des accords. Guillaume, lui, a des musiques qu’ils me proposent. Si elles me plaisent, ce qui est fréquent, on travaille dessus. D’abord, la trame de la chanson pour la musique et ensuite, on fait appelle aux arrangements cuivres. Il y en a beaucoup dans l’album. On adore ça.

Tes textes sont très féminins. Il est beaucoup questions de la vie de couple ou des relations hommes-femmes.

Candice : Il y a beaucoup de gens qui prennent les chansons comme si je n’aimais pas les hommes. En fait, mes textes sont féminins, mais ils ne sont pas sur la vie de couple, ilks sont plus portés sur la relation en général. « J’te dois rien », je ne l’ai pas écrit pour mon petit copain, mais pour une relation humaine qui se sépare.

Tes textes sont quand même très insolents, Candice.

Candice : Oui, effectivement. Il y a un journaliste dans une radio qui m’a dit que j’avais « la vacherie délicieuse ». En fait, on a envie de dire ce que l’on a envie de dire, sans être plat. Ça sort comme ça sort. Moi, dans la chanson française, j’ai envie d’entendre des artistes qui disent des choses ou qui sont un peu en colère, qui sont éperdument passionnés ou amoureux,  avec des vrais sentiments.

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Tu as envie d’aller encore plus loin dans les mots ?

Candice : Oui, là, je cherche encore mes limites. J’aime bien un peu bousculer les convenances. Un soir, on a joué au Réservoir, j’ai chanté une chanson qui parlait des apparences. Il y a plein de gens qui ont été choqués et qui sont partis. Pour moi, c’était une réussite.  Je vois les choses un peu comme les voit Didier Super. C’est autant une réussite que les gens t’aiment que les gens s’en aillent parce que ça les dérange. On a des choses à dire et on n’est pas là pour faire que plaisir. Le but, ce n’est pas que les gens nous aiment, mais c’est de faire passer ce que l’on a à dire.

On vous classe dans quelle catégorie musicale ?bab,bienvenue à bord,mandor,interview

Candice : Ça, c’est un problème. On rentre un peu partout, mais nulle part vraiment. Nous sommes un peu des ovnis. Pour nous, c’est une qualité, mais également un handicap.

Vous êtes passés de Atmosphériques avec Musard a AZ/Universal avec Bab… ça change quelque chose pour vous?

Candice : Notre producteur, c’est le chanteur de Sinsemilia, donc nous restons vraiment dans une ambiance de pur indé.

Guillaume : Pour moi, ça ne change rien. C’est un peu un cliché de s’imaginer que la signature va tout changer. En fait, ça change très peu de choses. D’un point de vue musical, on ne t’oblige pas à faire un style particulier. Notre album, on l’a fait en toute liberté.  On nous fait juste des propositions et nous, on dispose. On ne nous force pas du tout.

Vous semblez donner beaucoup d’importance à l’image. En témoignent vos clips.

Guillaume : Il y a deux clips pour « J’te dois rien ». Le premier est un clip officiel, normal. Le second, c’était juste histoire de réaliser une performance. Un plan-séquence. Je ne voulais aucune coupure.  Finalement, on n’a pas réussi, nous avons fait des coupures et du coup, ça ressemble à un clip. Il y a tout de même plus de 70 musiciens et 300 acteurs qui jouent dans la vidéo. C’est vraiment une perf sur une chanson.

Candice, tu as une forte personnalité. Tu sembles même avec une « grande gueule » ?

Candice : Moi, je suis quelqu’un d’assez gentil, sympa, je ne fais pas de vagues, par contre, quand on m’emmerde, il y a un câble qui se pète. Je ne me laisse pas faire.

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Ça fait 10 ans que vous bossez ensemble.  Ça va ? La cohabitation se passe bien ?

Guillaume : Entre nous, c’est assez naturel. On a chacun nos domaines d’expressions. On communique beaucoup, mais on ne se laisse rien passer.

Candice : On a chacun nos points forts et nos points faibles, mais on est complémentaire. On se donne un regard critique sur ce que l’on fait mutuellement, mais on a chacun vraiment notre place. On ne s’est jamais engueulé.

Guillaume : Moi, par exemple, j’ai une fâcheuse tendance à partir vers des trucs un peu technos, et là, Candice me ramène.

Candice : Guillaume me ramène, lui aussi, sur le droit chemin… et souvent !

Longue route à vous !

Candice : En tout cas, je pense qu’elle sera longue parce qu’on n’est pas près de s’arrêter.

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Pour finir, un extrait de l'album... en version acoustique: "Les jours meilleurs".

08 juillet 2011

Redeye : interview de Guillaume Fresneau

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A la fin du mois de mai dernier, je reçois un EP de 5 titres d'un artiste dont je n'ai jamais entendu parler. Il est en tout cas très clair que l'hommme à un sens spontané et rare du songwriting. J'écoute et je me demande pourquoi je reçois désormais aussi des disques américains de vieux routiers folk... Redeye.

Et puis, je tombe sur cet article...

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Ah d'accord! J'ai toujours adoré le groupe Dahlia, c'est donc avec surprise et contentement que j'apprends que c'est l'un des deux membres. J'ai été, je crois, l'un des premiers à écrire un article sur leur premier album. En 2003, je les avais interviewés à cette occasion.

Le 5 juillet dernier (ce mardi, donc), j'ai retrouvé Guillaume Fresneau dans le bar d' un hôtel parisien… pour parler de ce projet. Je publie le fruit de notre conversation aujourd’hui, car, ce soir, Redeye est en concert au Divan du Monde. C’est une belle occasion de le découvrir ici, puis d'aller l’applaudir sur scène (histoire de juger sur pièce si j’ai eu raison de le mettre en avant aujourd’hui. Je connais la réponse…)

redeye,guillaume fresneau,dahlia,interview,mandorInterview:

Red Eye, c’est un projet folk. Tu as grandi au Texas, tu as donc été fortement influencé.

Oui,  j’étais jeune ado, mais j’y suis retourné souvent. Mon père n’écoutait que de la musique américaine : du folk, du blues et de la country. A l’époque, la country, ça me paraissait folklorique, dans le sens, un peu bizarre. Je n’aimais pas du tout. En réécoutant certains titres récemment, il y a pas mal de titres que je trouve finalement très intéressant.

Tu as pris le parti de faire quelque chose de très calme, de très intimiste.

Oui, c’est tout à fait volontaire. Même dans le procédé de l’enregistrement, on a fait quelque chose d’assis, de sobre et d’assez propre. On a essayé de ne pas mettre de batterie, mais un peu de cordes et de faire des arrangements par touche.

Tu dis « on ». Pour moi, Redeye, c’est juste le projet de Guillaume Fresneau.

J’ai beaucoup bossé avec Jean-Charles Versari (Jason Edwards, Josh T.Pearson…). Il est le producteur et il est surtout celui qui a initié le projet. Il m’a proposé du temps de studio et nous avons travaillé sans stress, tout à fait sereinement. Il a produit au sens anglais du terme, c'est-à-dire qu’il a amené des idées, cadré les choses.

Dans Dahlia, il y avait pas mal d’influences américaines…

Oui, c’est vrai. Comme on avait un fonctionnement de groupe, chacun amenait ses propres influences. Armel était très « musique anglo-saxonne » avec des influences « chansons » que moi je n’avais pas. Pour le projet Redeye, mine de rien, j’ai quand même pris des influences de Dahlia très précises.

redeye,guillaume fresneau,dahlia,interview,mandorCe projet est important pour toi. Il fallait qu’il aboutisse impérativement ?

En ce moment, c’est la musique que j’ai envie de faire et que j’ai envie d’entendre. Ce sont les gens avec lesquels j’ai envie de travailler. Il y a Suzanne Thoma au chant, Sonia Cordier au violoncelle, François Sabin à l’accordéon et Antoine Pozzo di Borgo à la contrebasse. Aujourd’hui, même si on continue Dahlia, je ne me vois pas faire autre chose. Mon cheminement personnel va vers Redeye.

L’ambiance de ce 5 titres est très douce. Les autres titres sont en cours d’enregistrement. Y aura-t-il un peu plus d’électricité ?

Depuis l’enregistrement de l’EP, on a fait des concerts avec batterie et j’ai même utilisé des guitares électrifiées, il y a donc une petite probabilité que les autres titres de l’album soient moins doux que les premiers. Je n’en sais encore rien parce que l’on fonctionne par touche. Tout n’est pas encore défini.

Tu ne chantes pas de la même façon quand tu es dans Dahlia ou quand tu deviens Redeye… on interprète différemment quand on chante en anglais plutôt qu’en français ?

C’est une question de sonorité des mots. En français, il y a toujours la difficulté de se faire comprendre. Il y a beaucoup de réflexions derrière des textes en français, alors que les textes en anglais peuvent être plus instinctifs et intuitifs. En plus, en anglais, il y a plus d’onomatopées, les mots se tordent plus facilement.

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Tes textes, en règle générale, évoquent les voyages…

Moi, quand je compose, je vois des images défiler. Mes chansons, c’est le voyage physique, mais aussi intérieur. Mon « œuvre » est très intime… il y a des réflexions, des sensations, des sentiments, tout ce qui peut faire voyager dans la tête aussi.

La musique folk  est de nouveau très appréciée en France. Ton projet tombe bien, finalement…

Il y a actuellement tout un pan de la musique qui va vers un maximum de paraître et de superficialité. Les Black Eyed Peas, les Lady Gaga et autres David Guetta. C’est bien ficelé, mais ce n’est plus vraiment de la musique. Tout cela a l’air tellement réfléchi, programmé et formaté que les gens ont aussi besoin de l’autre versant… quelque chose de plus authentique, sincère, d’assez simple. Moi, j’aimerais que l’on découvre des gens comme Bonnie Prince Billy ou les derniers albums de Johnny Cash, par exemple. J’avais ces albums en tête quand j’ai composé pour Redeye.

Une des sessions acoustiques filmée par Le Cargo, webzine musical. Ici, les 6 titres... à voir en complèment de cette chronique.

redeye,guillaume fresneau,dahlia,interview,mandorC’est jubilatoire d’aller à contre courant ?

Ce qui est chouette, c’est de pouvoir faire sa propre musique et de ne pas avoir à se dire, « il va falloir plaire », « il va falloir rentrer dans telle case »… on voulait de la liberté de création sans aucun paramètre extérieur. On a fédéré des musiciens autour de cette idée. On a choisi ses musiciens pour leurs bagages et leurs influences.

Comment l’auditeur ou le public doit-il appréhender ta musique ?

Ce qui me fait plaisir, c’est quand les gens deviennent attentif . J’espère qu’il voyage avec moi. J’aime quand quelqu’un me dit qu’il a mis Redeye dans sa voiture et qu’il est rentré dans un autre univers, qu’il a oublié ses soucis. Il y a une entrée, une sortie, il y a des hauts, des bas, mais on voyage, on se retrouve ailleurs l’espace d’un petit moment…

Quand on fait partie d’un groupe, on a besoin de s’évader vers d’autres projets ?

Cela permet d’expérimenter autre chose, de se sentir un peu plus libre et de revenir avec un peu plus de fraîcheur. Je pense que mon incursion avec Redeye va complètement influencer le prochain Dahlia. Après, comme Armel et moi, on est parti chacun dans des directions différentes, il va falloir que l’on fasse un peu le tri. Tout ce que l’on a accumulé ne va pas aller ensemble… Lui revient avec quelques choses d’assez complexe en français et moi assez simple en anglais.

Il y a un stress à se présenter sous un nouveau jour ?

Paradoxalement non, parce que cet album a été fait sans pression. Comme tout a été fait de façon très simple et très naturel, je sais qu’il suffit que je reste sur ces bases-là pour me sentir à l’aise.

Tu as joué aux Etats-Unis ? Là-bas, les Français sont considérées comme de pâles copies de que font les américains, non ?

Ils s’attendent à une chose, mais ils sont tout de même curieux. Si on n’est pas trop original, ils ne vont pas se priver de le dire.  Moi, j’ai eu toutes sortes de retour. Des gens trouvaient mes morceaux un peu trop classiques, d’autres trouvaient qu’ils étaient très originaux. Ils ont considéré, en tout cas, qu’il y avait de l’envie, de l’enthousiasme et de la sincérité. Pour eux, c’est primordial. Pour moi aussi.

30 juin 2011

Véronique Biefnot : interview pour "Comme des larmes sous la pluie"

biefnot 1.jpgIl est difficile de s’imaginer que Comme des larmes sous la pluie soit le premier roman de Véronique Biefnot. Son livre est parfaitement maîtrisé : fluide, rythmé, touchant avec la pointe de mystère qui fait que, lorsque l’on a commencé ce roman, il est difficile de ne pas le terminer. On passe de la joie à la tristesse, jusqu’à la note d’espoir finale. Je ne suis pas loin d'estimer que ce livre pourrait être le roman essentiel de l'été 2011.

Le nom de cette auteure belge n’est pas encore entre toutes les lèvres, certes, mais la logique voudrait que cela ne tarde pas. Cette femme talentueuse dans bien des domaines artistiques est très connue en Belgique, pour sa carrière de comédienne et de « metteuse » en scène au théâtre.

Lors d’un rapide passage à Paris, le 8 juin dernier, nous nous sommes donné rendez-vous dans un bar parisien. Véronique Biefnot s’est révélée enthousiaste et d’une rare lucidité sur son nouveau métier d’écrivain…

biefnot couv.png4e de couverture :

Écrivain à succès, Simon Bersic n’en est pas moins fragile et malheureux : il ne parvient pas à surmonter la perte de sa femme. Et si, avec Naëlle, la vie lui offrait une seconde chance ? Rien ne le prédisposait à croiser cette beauté magnétique, l’alchimie et la magie opèrent néanmoins, mais dès qu’il croit la saisir, la mystérieuse inconnue lui échappe. Lorsque les amants se retrouvent au cœur d’un sordide fait divers qui secoue la Belgique, et devrait les séparer, Simon refuse l’inéluctable et affronte l’insupportable.
Implacable scénario, entrecoupé d’énigmatiques séquences où une petite voix enfantine s’élève dans la nuit, recouvrant le récit d’un voile d’ombre, Comme des larmes sous la pluie est un étourdissant thriller amoureux. Haletant, émouvant, ce livre sonde les cœurs et l’inconscient.

L’auteure :

Comédienne, peintre et metteur en scène, Véronique Biefnot vit à Bruxelles.
Comme des larmes sous la pluie est son premier roman.

Véronique Biefnot 08.06.11 1.JPGL'interview:

Pourquoi abordez-vous un sujet aussi fort dans un premier roman ?

C’est mon premier roman. Avant celui-là, j’ai fait pas mal d’adaptations théâtrales, j’ai écrit des scénarios pour la télé, pour le cinéma, des nouvelles… plusieurs fois, les gens qui connaissaient mon écriture m’ont demandé pourquoi je n’écrivais pas un vrai roman. Quand on le dit une fois, deux fois, puis souvent, ça finit par faire réfléchir.Un jour, j’ai considèré que j’étais mûre pour le faire.A partir du moment où j’ai décidé de me lancer dans cette aventure, j’ai chopé ce qu’il y avait autour de moi. Notamment, j’ai vu une femme qui a déclenché chez moi cette histoire. Sans que je la connaisse, elle m’a évoqué un parcours atypique. J’ai tout de suite eu la structure, l’évolution, je lui ai simplement ajouté les personnages annexes.  C’est une histoire d’amour rose et noire, avec beaucoup de parts d’ombres…

Il est question d’abus de pouvoir, d’abus et de séquestrations d’enfants, bref à des histoires fortement liées à la Belgique.

Oui, ce sont des histoires qui ont complètement traumatisées la Belgique, mais ça s’est passé aussi en France, en Autriche et en Allemagne.

Votre héroïne, Naëlle est un personnage « hors la vie ».biefnot 2.jpg

Elle a du mal avec le monde, elle a du mal avec elle, elle a du mal avec les rapports humains. Elle se réfugie dans la lecture. Coïncidence, elle est fan de Simon Bersic. Grâce à une petite voix dans la nuit qui rythme le récit, on comprend au fur et à mesure pourquoi Naëlle estaussi perturbée et à autant de mal à se faire à l’existence.

Vous écrivez d’une manière telle que l’on voit/imagine les scènes.

Moi je viens du théâtre, donc de l’écriture théâtrale, de la pratique des mots. D’ailleurs, quand j’écris, je dis tout haut ce que j’écris. Et je le dis avec les intonations. Je vis complètement mon texte. Mes différents personnages ne parlent pas de la même façon, ils ont chacun leur manière de s’exprimer. Avec ce livre et le prochain que je suis en train d’écrire actuellement, j’éprouve un bonheur et un plaisir jubilatoire d’écriture parce qu’il y a beaucoup plus de liberté que dans une adaptation théâtrale. Dans cet exercice, on est terriblement conditionné par des impératifs, essentiellement matériels. Le manque d’argent, l’obligation d’avoir un minimum de décor, si possible un lieu unique et si possible pas trop de personnages. En écrivant ce roman, j’ai pu enfin me lâcher. Mais je pense que l’habitude de l’écriture théâtrale, avec son rythme particulier, de scènes et d’actes, inconsciemment ou viscéralement, ça se retrouve dans mon livre.

Véronique Biefnot 08.06.11 6.JPG

Faut-il se faire plaisir à soi-même pour faire plaisir aux lecteurs ?

Je crois même que ce n’est pas possible autrement. Quand j’ai commencé à écrire mon roman, jamais, je n’aurais imaginé me retrouver ici, à vous parler de mon roman, avec l’exemplaire, là, sur la table. Je n’avais aucune connexion, je ne connaissais personne de ce milieu, je n’avais même aucune idée de comment ça se passait. Mon idée de base était d’écrire un roman, juste pour écrire un roman. Je me suis lancée dans une histoire que j’aurais aimé lire. Du coup, pour l’écriture de ce qui va suivre, la pression est sans doute plus forte parce que ce ne sera plus pour la beauté du geste, je me sentirai moins libre.

C’est un roman sur l’amour. Sur toutes les formes d’amour.

Il y a la quête de l’inaccessible étoile qui semble vouée à ne jamais aboutir à quelque chose d’épanouissant. Il y a aussi l’amour filial, l’amour d’un couple qui vit ensemble depuis 20 ans, où la tendresse et le respect prennent le pas.

Véronique Biefnot 08.06.11 4.JPGEst-ce qu’en Belgique, on ne vous reproche pas de faire un livre évoquant un sujet qui a traumatisé le pays ?

Il y a eu des livres sur la pédophilie, à tendance sensationnalisme, ce qui n’est pas du tout le cas du mien.J’ai voulu aborder ces problématiques de l’abus de pouvoir et de l’abus d’enfant parce que ça m’a traumatisé aussi. Mon roman n’est pas du tout glauque. Ce qui m’a intéressée, c’est de me questionner sur ce qu’il se passe après. Comment on survit après ce genre d’épreuves ? Pourquoi est-ce que des gens sont amenés à faire ça ? Comment comprendre ? Comment réagir ? Comment s’en sortir ? C’est un travail sur l’espoir et sur le fait que l’on peut modifier son destin. Ce n’est pas parce que les dés étaient pipés à la base que, forcément, on ne peut rien y changer.  Il y a une autre problématique que je voulais évoquer. Qu’est-ce qui fait que l’on est un homme ou que l’on est une femme ? A partir de quel critère on trouve son identité… toutes ces choses-là.

Votre roman n'est pas anxiogène…

J’ai écrit en me demandant ce qui me plaisait et ce qui m’agaçait dans la littérature. Moi, par exemple, je suis agacée quand on est sur une note et que l’on joue que sur cette note là. Dans mon livre, c’est tendu et détendu. C’est noir et rose…

Pour terminer, une vidéo de présentation du livre par l'auteure, elle même...

22 juin 2011

Rodrigue : interview d'un fabriquant d'imaginaire (libertaire)

rodrigue, interview, l'entre-mondes

Je ne me lasserai jamais de découvrir de nouveaux artistes (et par la même occasion, de faire découvrir). Ceux qui tournent depuis quelques années, qui parfois ont déjà un large public (ou pas), mais qui n’ont toujours pas la notoriété qu’ils méritent. Par le biais de son attachée de presse, Flavie Rodriguez, j’ai écouté les deux albums d'un certain Rodrigue, que je ne connaissais pas du tout. Je suis aussi allé voir toutes sortes d’articles et de vidéos le concernant. Et je suis tombé sur une émission d’LCI dans lequel il était invité par Michel Field... l’artiste autant que l’être humain (mais est-ce indissociable ?) m’ont intéressé.

Il n’en a pas fallu plus pour que nous calions un rendez-vous le 13 mai dernier dans un bistrot parisien.

rodrigue, interview, l'entre-mondesVoici la biographie (copié/collé sur sa page Facebook):

Rodrigue, c’est une ode aux illuminés, à l’évasion, à la liberté.
Il a acquis ses lettres de noblesse en concert par un sens audacieux de la mise en scène.
Là, l’artiste interpelle et vient secouer nos âmes pour les éprouver.
De la pop française axée sur « l’idée », rageuse, éléphantesque ou impromptue, dopée à la folie, furieuse, ingénieuse ou ingénue.
Rodrigue est un fabriquant d’imaginaire où pourtant notre réalité ne cesse d’être questionnée en filigrane.
Un premier album en 2008 chez PIAS, une centaine de dates et un dvd sorti en 2009,
Rodrigue soigne maintenant l’éclosion de son deuxième album "L’Entre-Mondes" (sorti le 14 Mars dernier.)
De la chanson rock avec un côté théâtral décalé.

Pour en savoir plus:

rodrigue, interview, l'entre-mondes

Interview:

rodrigue,interview,l'entre-mondesJ’aime bien quand un artiste à son propre univers. Ce deuxième album, L’Entre-Mondes, est la suite logique du premier, Le jour où je suis devenu fou.

Oui, il y a toujours une moitié « pop » et une moitié « chanson à histoire »  qu’on peut assimiler à du conte ou du théâtre. Mais le style s’apparente plus à ce que font les Anglo-saxons que ce qu’on entend dans la chanson française actuelle. J’aime bien raconter des histoires et quand je raconte des histoires, je fais en sorte qu’elles se déroulent comme dans un film. Du coup, je ne m’impose pas de règles de durée ou autres.

Tu as un imaginaire hyper développé. Il te vient de lectures de jeunesse.

C’est vrai que j’ai beaucoup plus d’influences littéraires que musicales. La première chanson de l’album, « Square Morrison », parle d’une troupe de théâtre avant tout, mais il y a plein de clins d’œil littéraires. J’adore Desnos par exemple, Vian aussi, tous les courants surréalistes. À travers des images, ils arrivaient à faire passer des idéesbeaucoup plus dures.

Tu considères que ton travail est proche du surréalisme ?

Pour moi, le surréalisme, ça peut être allié au psychédélisme des années 60/ 70, la deuxième période des Beatles que j’aime vraiment beaucoup. J’aime bien aussi le travail de quelqu’un comme Tim Burton. En fait, je me sens proche des allumés.

Toi, sur scène, tu es complètement barré !

En tout cas, j’espère donner quelque chose de différent. J’aime bien faire dans mes albums quelque chose de très pop, de très cadré et puis monter sur scène avec un costume, une bougie et d’essayer de rentrer en inter action avec le public. J’ai envie qu’à un moment, le spectateur ne soit pas là que pour voir de la musique, je veux leur proposer du spectacle vivant.

Tu as deux formules de spectacle, il me semble…

En fait, j’ai deux spectacles.  Un, un peu « unplugged ». Ce set-là, je l’ancre dans la réalité. J’ai enlevé ce qui était un peu « rêve » et je l’ai plutôt conçu comme un voyage. J’ai un autre set, électrique, celui-là. Là, j’essaie plutôt de rentrer dans l’imaginaire et de donner un lien par rapport aux chansons.

Dans ton nouvel album, il y a une retranscription de ce que tu faisais sur scène…rodrigue,interview,l'entre-mondes

Il y a peu de compromis sur l’album par rapport à une structure radiophonique. Il y a un moment, je veux la rupture parce que pour moi, elle a un vrai sens. Si je ressens quelque chose à faire musicalement, je ne m’interdis rien. J’aime le côté : «  Tiens le pont arrive, mais le pont est totalement différent de la chanson ! ».

J’ai lu tes textes sans musique. Ça le fait bien !

Merci, c’est un compliment. Il y avait une sorte d’introspection dans tous mes premiers textes. Au bout d’un moment, on a envie de parler d’autre chose de plus pertinent, sans être démago non plus.

Au fond, tu es un chanteur libertaire.

Ce terme-là, je le revendique. La liberté est dans tout mon album. Mais si je dois dire quelque chose d’engagé, je n’aime pas le dire frontalement. Souvent, c’est sous le texte, il faut gratter.

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Un artiste sert à rêver, mais penses-tu qu’un artiste sert aussi à faire réfléchir son auditoire ?

Moi, c’est comme ça que j’envisage ce métier. Des chansons doivent au moins exprimer des nouvelles visions du monde, apporter de nouvelles informations pour pulvériser les œillères de tout le monde. L’art apporte des liens entre  les gens, j’en suis persuadé.

Ta conception du métier est originale. Comment te sens-tu dans ce milieu ?

Malheureusement, j’ai tendance à être considéré comme assis le cul entre 10 chaises. J’aime bien la chanson, le rock, le théâtre et je ne suis pas typiquement tout ça. Moi, ce que j’aime bien, ce sont les mariages des genres. Mon disque est un disque de partage, que ce soit avec les graphistes ou les musiciens. Il y a même trois textes qui ne sont pas de moi…

Tu casses les barrières comme nul autre.

Avec mon réalisateur, on s’est dit que, soit toutes les chansons allaient être dans le même moule, soit elles allaient toutes être différentes. J’ai trouvé ça beaucoup mieux de donner à chaque chanson son univers. 

rodrigue,interview,l'entre-mondesComment travailles-tu ?

Toutes les chansons ont été enregistrées en même temps, mais j’avais déjà en l’idée que cette chanson-là serait rock, cette chanson-là serait folk, cette chanson-là aurait un univers années 20 et celle-là électro rock. Les textes ont été écrits entre 2007 et 2010.

Les textes ne sont pas frontaux, il y a beaucoup de poésie.

 Je n’aime pas si tout le travail est mâché. Je veux laisser la place à l’imagination. Il faut que l’auditeur fasse le chemin pour aller dans votre univers, pour qu’il soit en adéquation avec l’œuvre de l’artiste.

Quand on te voit, là, tu sembles très sage. Ce n’est pas le même homme que j’ai vu sur scène.

Dans mes chansons, il y a des histoires de clés et de serrures. C’est évident, je cherche à me libérer de quelque chose. J’aime bien être à mi-chemin entre le théâtre et la musique, entre le rock et la chanson.

Tu évoques Peter Pan dans « Square Morrison ». Est-ce qu’il faut avoir le syndrome de Peter Pan pour faire ce métier ?

Il faut avoir une part d’insouciance en tout cas. Il faut être peut-être un peu torturé, avoir des choses à dire, à ressentir, avoir envie de partager ce qui nous indigne. Ca n’a rien à voir avec la jeunesse physique. L’important, ce n’est pas d’être bien dans le monde, c’est d’être bien dans sa peau.

Faut-il que tu sois dans un état particulier pour créer ?

J’ai besoin d’être mal dans ma peau pour écrire et bien pour monter sur scène. La scène c’est vraiment un moment de plaisir. Je ne stresse pas, je n’ai pas peur, j’ai juste envie d’y aller !

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Te sens-tu compris par rapport à ton œuvre ?

J’ai l’impression que je travaille pour toute une discographie. Petit à petit, je rencontre un public qui est intéressé par ce que je fais et ce que je dis. Je n’arrive pas à me dire que j’ai déjà un public, mon public, mais quand même un peu dans le nord. Je suis nordiste.

Y a-t-il des gens qui font le même métier que toi, avec lesquels tu te sens proche ?

Des gens comme Jacques Higelin ou Ange, je ne me sens pas aux antipodes de ce qu’ils font, même si je ne suis pas fan, fan. J’ai en tout cas beaucoup de respect pour eux. Par contre, il y a des gens que j’aime beaucoup, mais qui n’envisagent pas le métier de la même façon que moi. Batlik, par exemple ou encore Thomas Fersen. En rock, j’aime bien Eiffel. Je suis très Beatles, sinon. Dans ma jeunesse, j’étais très les Guns, Metallica, Nirvana… j’ai eu aussi ma période Daft Punk et j’écoutais beaucoup de techno.

Jean-Jacques Goldman a écouté ton album…

Oui par l’intermédiaire d’une fan à moi qui a des liens avec lui. Il a répondu 10 lignes. J’ai beaucoup apprécié ce qu’il a écrit parce que c’est exactement ce que je pense. En gros, il disait : « On ne peut pas savoir ce qu’avait les Beatles ou ce qu’avait les Rolling Stones. La musique n’est pas qu’une question de talent, c’est à un moment réussir à être séduisant et désirable par rapport à l’ensemble de la profession ». Être désirable, c’est peut-être encore ce qu’il me manque aujourd’hui.

Son clip de "Square Morrison"...

Et hop! Rodrigue, en flagrant délire de lecture essentielle!

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