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28 novembre 2012

Les Yeux d'la Tête : interview pour Madones

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(Crédit : Le Turk)

Une amie de toujours (hello Valérie !) m’avait alerté il y a quelques mois sur l’existence de ce groupe. « Quoi ! Tu n’as jamais interviewé Les Yeux d’la Tête ! Et tu te dis spécialiste de la chanson française !!! » (Bon, j’exagère un peu, le message m’avait été lancé plus diplomatiquement).  Non seulement je n’avais jamais interviewé ce groupe, mais en plus je ne connaissais que très vaguement son existence. Il fallait que je réagisse, afin de combler cette lacune impardonnable. Or, les hasards de la vie (qui ne cesseront de m’étonner), ont fait que j’ai reçu un message de l’attachée de presse du groupe, avec laquelle je travaille depuis quelques années maintenant (hello Marie !), m’indiquant qu’un nouvel album arrivait, Madones, et qu’une rencontre avec Benoît Savard et Guillaume Jousselin, les deux fondateurs (et guitaristes chanteurs) du groupe était jouable…

Soit.

les yeux d'la tête,interview,madones,mandorAprès avoir reçu le disque, je n’ai pas hésité. J’ai compris l’enthousiasme de mon amie Valérie et moins bien compris que je sois passé à côté de cette formation si longtemps.
Benoît Savard et Guillaume Jousselin ainsi que les autres membres des Yeux d’la Tête, Eddy Lopez  (Saxophones / Chœurs), Émilien Pottier (Contrebasse / Basse électrique), Pierre Chatel (Batterie) et Antoine Alliese (Accordéon) sont réellement enthousiasmants.
Ils ont parfaitement réussi le savant mélange de rock de musique balkanique et tzigane .Une musique sans frontière et sans étiquette portée par une écriture fine et efficace.

Tout est bon. Textes, musique, ambiance générale. Généreux comme personne !

Biographie officielle :

Après plus de 300concerts dans toute l’Europe, la bande de Montmartre a su lever les foules de Paris à Berlin, de Budapest à l'Italie, du festival Alors chante aux Francofolies... les enivrant d'une ambiance chaleureuse et sincère.

Mis en boîte aux mythiques studios Davout et réalisé par Laurent Jais (Amadou et Mariam, Melissmell, Mano Negra), avec Madones ces rois de la scène offrent un album riche et bien produit à l'image de leur évolution et de leur liberté. Ils vont là où on ne les attend pas : samples hip-hop ou électros, guitares électriques, claviers rétros… tous les mélanges sont permis la qualité pour seule limite, l'émotion et les sensations pour objectifs !

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                                                               (Crédit : Le Turk)
Des sonorités gipsy (« La scène ») une valse mélancolique (« Des bouts de Papier »), mais aussi des chansons explicitement rock (« Parisiennes », « La belle inconnue ») et un carpe diem version dance-floor-balkan-beat-electro (« Profitons-en »)...

Benoît Savard et Guillaume Jousselin, les deux « têtes » pensantes des Yeux d’La Tête, sont venus à l’agence, le 31 octobre dernier.

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Interview :

Vous vous êtes rencontrés comment tous les deux ?

Benoît : Nous nous sommes rencontrés dans une école de musique à Pigalle qui s’appelle ATLA. Avec Guillaume, on était au fond de la salle… on s’est connu comme ça.

Guillaume : D’abord, nous sommes devenus amis. Très vite Benoît m’a fait découvrir tout plein de musique de l’est et la musique manouche. Moi, je venais plus du rock français des années 70. J’ai eu un vrai coup de cœur pour cette musique acoustique, cette musique tzigane qui touche directement au cœur et à l’âme. À côté, nous avions déjà chacun des groupes. Benoît jouait dans une fanfare et moi dans un groupe de rock. Dans le courant de l’année 2006 est né Les Yeux d’la Tête, version light, très acoustique. Le but était de jouer facilement partout. On n’avait pas d’ambitions spéciales à l’époque. Au début, on a pris beaucoup de plaisir à jouer dans les rues de Montmartre. Ça marchait pas mal. Ensuite, on a fait plein de petits bars dans Paris. La sauce a commencé à prendre petit à petit.

Benoît : Au fur et à mesure des concerts, on voyait que le public venait de plus en plus nombreux. Et avec Guillaume, on a très vite remarqué que ça fonctionnait bien entre nous deux, qu’il y avait une alchimie.

Guillaume : En gros, de 2006 à 2008, on a fait des petits concerts un peu partout… même sur des péniches. On est allé un peu en province aussi, mais on est surtout resté beaucoup à Paris. On voulait profiter de l’engouement qui commençait à monter. Et enfin, en 2008, on a fait notre premier album, « Danser sur les toits ».

Benoît : À partir du moment où un disque existe, ça veut dire que le groupe existe officiellement. C’est un peu comme ça que les gens considèrent les choses.

Guillaume : On avait besoin de marquer implicitement cette période, de définir ce qu’on venait de faire, graver toutes les chansons qu’on avait pour passer à autre chose et repartir de plus belle.

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C’est très dur de se démarquer dans la chanson française aujourd’hui…

Guillaume : Notre disque n’a pas eu forcément un accueil unanime des professionnels, mais la presse nous a suivies. Il y a eu pas mal de bonnes chroniques, ce qui, mine de rien, nous a permis de faire des tournées pendant 4 ans et nous dire qu’on allait faire de Les yeux d’la tête notre vie.

L’une des spécificités du groupe, c’est que vous êtes deux chanteurs.

Guillaume : Il n’y a pas de règles. Il y a des chansons que l’on chante ensemble et d’autres que l’on chante en solo. Dans les albums et dans le show, on essaie d’équilibrer nos interventions parce que c’est important de jouer cette dualité. Ce répondant qu’on a tous les deux fait partie de notre originalité.

L’un de vos tourneurs Patchanka est allemand. D’où une notoriété grandissante dans ce pays.

Guillaume : On a commencé à tourner avec ce tourneur en 2009. Il s’occupait en Allemagne d’autres groupes français, les Mass Hystéria, Karpatt, les fils de Theupu, Syrano. Au début, on se demandait ce qu’on allait bien faire en Allemagne et on s’est retrouvé avec un mec passionné par la chanson française qui se démène pour la faire découvrir en Allemagne. Aujourd’hui, c’est un coup de foudre réciproque entre nous et le public allemand. On y va au moins 3 fois par an.

La Scène. Titre présent sur l'album Madones.
Illustré par quelques images des tournées en France et en Allemagne en mai et juin 2012.
Notamment au Fusion Festival et au TFF Festival à Rudolstadt.

Vous avez même remporté le 1er Prix du festival de Folk européen Folkherbst en Allemagne.

Guillaume : un groupe français a reçu ça en Allemagne, c’est assez marrant.

Du coup, en France, on s’intéresse plus à vous. On se dit « c’est quoi ce groupe qui cartonne dans un autre pays que le sien ? »…

Benoît : Oui, on commence à remarquer cela. On nous en parle de plus en plus. C’est un argument qui incite certaines personnes qui n’osent pas prendre de risque avec un groupe qu’ils ne connaissent pas à, du coup, vouloir nous découvrir. Ils ont peur de passer à côté de quelque chose. Le succès à l’étranger interpelle toujours. C’est bien, c’est une façon comme une autre d’arriver aux oreilles des gens.

Vous êtes passé avec succès aussi en Hongrie, en Croatie, en République tchèque…

Guillaume : Une des beautés de ce métier-là, c’est d’avoir la chance d’aller découvrir ce genre de pays. Moi, je n’y étais jamais allé avant. Le fait d’y aller en tant que groupe, c’est un peu différent que d’y aller en touriste. A chaque fois, ça a été un grand bonheur et des expériences uniques.

À l’étranger, on vous demande de quoi parlent vos chansons ? Est-ce que les textes intéressent le public qui ne comprend pas le français ?

Guillaume : Tout le monde n’est malheureusement pas à cheval sur le sens des mots, mais globalement, il y a tous les cas de figure. Certains se satisfont de la mélodie, de l’intention de l’émotion qu’ils arrivent à choper et il y a ceux qui vont avoir besoin de la signification précise.

les yeux d'la tête,interview,madones,mandorDans vos chansons, l’écriture est aussi importante que la musique.

Guillaume : Ce n’est pas parce que la musique est très riche, qu’il s’y passe plein de choses, qu’on a délaissé le texte.

Benoît : Moi, je dis même que notre groupe est un groupe de chansons. Une chanson, chez nous, commence toujours par le texte. La composition vient autour. Je dirais plutôt qu’on a laissé autant de place à la musique qu’au texte, que l’inverse. La base part du texte et du sens.

Votre disque s’intitule « Madones ». Les femmes… sujets inépuisables ?

Guillaume : Ca n’a pas fait partie de la démarche initiale. Quand on a réuni toutes nos chansons, on s’est rendu compte qu’on avait beaucoup d’inspirations qui venaient des femmes.  Madones exprime toues les facettes des femmes et toutes ses formes d’inspirations qu’elles ont pu nous procurer, que ce soit dans la joie, la surprise, la tristesse et le burlesque. On est des hommes très intéressés par les femmes et par l’amour.

"Parisiennes" par Les Yeux D'La Tête en Session Live sur RFI
Émission La bande passante - diffusée le 22 septembre 2012.

Vous travaillez comment ?

Guillaume : Au fur et à mesure. On est toujours en création.

Benoît : On n’a pas ce réflexe de faire un moment une tournée et un autre, nous occuper de l’album. Toute la création se fait sur la route, un peu tout au long de l’année, du coup on se montre des musiques, des textes, à n’importe quel moment. On n’a aucune pression. C’est nécessaire que cela se passe comme ça. On fuit le côté pas naturel de la création. Le côté « faut pondre », « faut créer », très peu pour nous ! Évidemment, à un moment on se pose pour peaufiner nos chansons. C’est un peu pour ça qu’on a mis 4 ans à faire le deuxième disque. On n’a pas réussi à arrêter de tourner.

L’objet disque est superbe.

Guillaume : Il y a encore quelques passionnés qui achètent des albums, on s’est dit qu’on allait les récompenser. Aujourd’hui, l’intérêt quand on sort un disque, c’est de faire quelque chose de léché. Un petit bijou.

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On vous voit habillé en années 30, dans différentes situations. Ça vous a amusé de poser comme ça ?

Guillaume : On a beaucoup aimé se mettre en scène. La séance photo a duré 17h.

Benoît : Il y a eu une journée pour la pochette du disque, la madone, et la même chose pour toutes les photos intérieures.

Guillaume : L’artiste qui a fait tout ça s’appelle le Turk. On a eu un grand coup de cœur pour son univers visuel.

Les Yeux D'la Tête & Danakil - Peur de Tout
cabaret sauvage avril 2011

Vous serez au Café de la danse le 11 décembre.

Guillaume : on a envie de proposer aux gens qui viendront nous voir ce soir-là, l’univers musical et visuel de l’album.

Benoît : Il y aura aussi les invités qui sont venus jouer sur l’album. Tom Fire aux claviers, les Babylon Circus aux cuivres, le scratcheur de Sam Tach aux platines et Étienne Favier à la guitare manouche. Belle soirée en perspective, je vous assure. On va avoir l’occasion de faire quelque chose de très beau. Les gens s’en souviendront !

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26 novembre 2012

Alexandre Astier : interview pour Que ma joie demeure!

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alexandre astier, que ma joie demeure, interview musiquemag, mandor, jeuxactu, filmsactuAlexandre Astier est de retour dans une performance scénique époustouflante ! L’auteur de la célèbre série Kaamelott monte sur les planches pour interpréter avec finesse et brio Que Ma Joie Demeure !. Un spectacle unique où le portrait insolite de Jean Sébastien Bach est revisité avec la touche Alexandre Astier. Entre les leçons de piano désopilantes et les confessions intimes, il mélange les genres, du rire au drame, du théâtre à la musique.

Pour MusiqueMag et Les chroniques de Mandor, je suis allé à la rencontre de ce comédien auteur inspiré (que je tiens pour un génie depuis des années) dans un appartement parisien… le 15 novembre dernier. Merci à Alexandre Astier, carrément malade ce jour-là, mais qui a eu la gentillesse d’assurer l’interview avec professionnalisme et gentillesse.(Il a annulé le rendez-vous suivant.)

J’étais ce jour-là accompagné par mon collègue de FilmsActu, Fabien Waxin, fan du monsieur (qui a posé les deux dernières questions). Ensuite, il y des liens qui évoquent la fin de Kaamelott,  Kaamelott le jeu vidéo et enfin sa vision de Star Wars 7

Bande annonce...

Interview :

Comment prend-on la décision de bâtir toute une pièce sur Bach. Il faut l’aimer, il faut être touché par sa vie, l’admirer ?

Je l’avais beaucoup étudié avant, musicalement, mais le bonhomme reste un mystère. Avant que je ne fasse des recherches poussées, moi qui ai vécu dans des conservatoires toute mon enfance, il ne transparaissait rien de l’homme. Sa musique est bouleversante et elle fait école. Mais le mec, non. Il a fallu aller à la recherche de qui il était. Ce n’est qu’avec ces recherches que j’ai compris qu’il y a un sacré bonhomme derrière. Même si c’est quelque fois exagéré dans le spectacle, j’ai constaté que c’était quelqu’un de charnel, quelqu’un qui avait mauvais caractère. Il était en bisbille avec sa hiérarchie, tout le temps et sur beaucoup de points. Il était aussi  monomaniaque. Je voulais faire quelque chose sur Bach depuis longtemps, mais les choses étaient tellement floues en ce qui le concernait, que j’ai toujours reporté ce projet. Je n’avais que des choses techniques à dire. Des choses sur la partie « leçon », ça j’avais. Je savais aussi qu’il avait perdu 10 enfants sur 20, mais c’est tout.

Vous dites que c’était un être mystérieux, mais il existait des ouvrages qui ont tenté de percer le mystère, l’armure de Bach.

Notamment ceux du musicologue et écrivain, Gilles Cantagrel. Il a relevé beaucoup de traces de gens qui parlent de lui. J’ai recoupé les témoignages et j’ai pu commencer à dresser un portrait et une personnalité proche de la réalité.

Pour camper le personnage, vous êtes-vous rapproché au maximum de ce qu’on disait de lui ou, au nom de l’humour, vous l’avez un peu caricaturé ?

Je n’ai pas pu respecter de manière immodérée l’homme qu’il était réellement, parce que personne ne peut nous dire comment il était vraiment. Tout ce que je sais, c’est que c’était un bonhomme. La seule chose que je peux dire, c’est que tous les personnages historiques ont eu des vies avec plein de soucis comme on en connait tous. Ils ne sont pas sans aspérités, contrairement on ce qu’on voudrait nous faire croire. Je ne vois pas pourquoi Bach n’aurait pas été comme tout le monde.

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alexandre astier,que ma joie demeure,interview musiquemag,mandor,jeuxactu,filmsactuVous racontez tous les pans la vie de Bach, même les plus tristes. La perte de ses nombreux enfants. Et surtout la peur de la perte de nouveaux enfants… Il y a une scène très émouvante sur le sujet. C’est dur l’équilibre, à trouver, entre le rire et les larmes.

Je crois même que c’est la seule chose difficile. C’est même une quête de tous les instants. Dans Kaamelott c’est pareil, il fallait que je trouve l’équilibre entre le drôle et le pas drôle. La promesse au public, c’est qu’il ne s’ennuie pas. Ça fait un moment que je fais ça, bien avant Kaamelott. J’ai fait des pièces de théâtre avant et il y a avait toujours ce côté comédie et plus grave. Pour moi, c’est une quête permanente que de faire cohabiter les rires et les larmes sans que ce soit indigeste.

Vous dites que l’humour, c’est le verni, c’est ce qui ne se raconte pas, ce sont les couches de peintures qu’on met par-dessus une histoire sérieuse. Mais parfois, avez-vous envie de vous laisser aller aux grosses ficelles de l’humour.

C’est un truc que je n’ai pas envie de faire, mais c’est surtout un truc que je ne sais pas faire. Je crois simplement que je ne les ai pas, ces ficelles. Je ne suis pas doué pour ça. Je n’arrive pas à me fixer sur des choses qui, soi-disant marchent ou ne marchent pas, pas plus qu’un public qui éclate de rire ne me semble un meilleur public qu’un public plus discret, plus attentif, plus pudique. Je ne me base pas là-dessus. Je pense qu’une histoire, c’est une histoire et qu’une histoire n’est pas intrinsèquement drôle. Une histoire, c’est des faits, une situation. L’humour, c’est le vernis, c’est ce qu’il y a dessus, c’est la façon dont on raconte les choses. Oui, c’est une façon, pas forcément le fond. L’humour, ce n’est pas mon métier. Je raconte des histoires et je veux qu’on les prenne telles que je les donne.

Mais pourtant, chez vous l’humour est sous-jacent constamment dans votre œuvre. Vous êtes en train de me dire que l’humour qui se dégage de la façon de raconter vos histoires est naturel et non le fruit de réflexion « pour faire rire ».

C’est de la séduction. Après, comme toutes les séductions, est-ce que c’est sincère ? Est-ce que ce n’est pas se montrer sous son meilleur jour ? Un auteur-acteur sur scène, qu’est-ce que c’est d’autre pour le public que quelqu’un qui s’arrange pour être vu sous son meilleur angle ? Faire rire, ce n’est pas un truc que vous déclenchez au moment d’écrire vos scènes. Vous essayez d’être ça, toute la vie, tout le temps, partout. Vous essayez d’être celui qui arrive à faire sourire, celui qui arrive à avoir un angle de vie un peu particulier sur tel ou tel sujet.

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Donc, Alexandre Astier est un peu comme on le voit dans Kaamelott ou dans Que ma joie demeure ?

Il y a un cousinage. Il y a un fond tragique et un vernis rigolo. Sinon, je ne raconterais pas mes histoires de cette manière. ce phénomène doit s’expliquer, se psychanalyser... ça vient de très loin, je suppose.

Dans Que ma joie demeure, je suis impressionné par votre texte. Il est très compliqué, surtout au début, quand Bach répond à la question, « qu’est-ce que la musique ? »

En l’occurrence, tout ce que je raconte est vrai. C’est parce que c’est vrai que je m’y retrouve. Je suis musicien, j’ai étudié tout ce que je raconte, donc, je n’ai jamais eu de mal à retenir ces choses-là. Ce sont des termes qui sont presque phonétiques, d’où, effectivement, l’impression de complexité.

Quand on vous dit que vous avez un humour fin, spirituel, intelligent, vous avez tendance à faire le faux modeste ?

Comment dire ? Je prends le risque de demander beaucoup du public et d’exiger des choses d’eux. Je ne peux pas leur dire, « venez, je vais vous faire marrer », puis c’est fini. Je leur demande de me suivre aussi quand ce n’est pas drôle, je leur demande de me suivre quand c’est plus compliqué, je leur demande même de me suivre quand c’est même flou ou bancal. Je leur demande de me suivre tout le temps. Donc, quelqu’un qui me dirait « écoute, t’es trop compliqué, moi j’ai envie de passer une bonne soirée, tu me fais chier avec tes histoires », je serais malheureux, évidemment. À l’inverse, quand il se passe ce que vous dites, que les gens disent « j’aime bien Astier parce qu’il me parle comme ça », c’est la vraie récompense. Ça veut dire qu’il y a des gens pour recevoir ce que j’ai envie de faire.

Kaamelott : le mega best of ! (livre I et II)

Pour en revenir à Kaamelott. Il y a deux façons d’appréhender vos épisodes. Soit on se marre franchement, soit on se dit « le mec est très très fort ». Moi, je suis entre les deux…

Je pense qu’il y a les deux.

Dans le DVD, il y a une scène ou Bach parle à ses élèves, et là, j’ai vu Louis de Funes alexandre astier,que ma joie demeure,interview musiquemag,mandor,jeuxactu,filmsactudans La Grande Vadrouille. Je me suis souvenu que Kaamelott est dédicacé à Louis de Funes. En quoi vous a-t-il influencé ?

Je suis obligé d’être plus général à son sujet. Il m’a influencé dans le fait de me donner envie de jouer des situations ou mon personnage est plus rapide que les autres. Pas plus intelligent forcément, mais qui a un cran d’avance. De Funes s’est toujours arrangé pour jouer des personnages qui subissent le rythme des autres. Il est toujours un peu plus rapide que les autres, du coup, tous les autres le font traîner ou retardent ses affaires, ses enjeux. Comme je regarde de Funes depuis que je suis tout petit, je pense que j’ai hérité de l’envie de jouer ça, des situations comme ça. Donc, je joue plus volontiers des situations où Bach parle à des gens qui en savent moins que lui ou qui dirige un orchestre qui lambine et on peut y retrouver, très modestement, un peu de lui. Mais, je le répète, c’est plus général que ça. Parce que dans Kaamelott, le Roi Arthur, dans une réunion de la table ronde avec les chevaliers, c’est hérité de de Funès aussi. Je ne l’imite pas, mais c’est vraiment l’envie de jouer ça avec des gars qui ne veulent pas le suivre, qui ne sont jamais motivés, qu’il faut toujours enthousiasmer… oui, indéniablement, je pense que tout ça vient de lui.

alexandre astier,que ma joie demeure,interview musiquemag,mandor,jeuxactu,filmsactuQuand on voit Kaamelott, on voit l’histoire du Roi Arthur qui cherche sa descendance. Dans Que ma joie demeure, on voit ça aussi. La question de la descendance est-elle primordiale pour vous aussi ?

Bon sang, mais vous avez raison. Même dans mon film David et madame Hansen, il y a un enfant mort. Bon, aujourd’hui, je pense que ça va mieux. Il a fallu tout ça. On est tous en train de fourguer notre angoisse. Je ne suis pas le seul. J’avais un truc qui trainait avec ça. Avant d’avoir des enfants moi-même, j’étais persuadé de ne pas pouvoir en avoir. Je ne sais pas du tout d’où je tiens ça, parce que j’en ai eu sans problème. Je vivais dans le truc de me dire, "je ne vais pas y arriver, ça va m’être interdit". C’était un grand cauchemar alors que depuis l’âge de 16, 17 ans je souhaite en avoir. Je n’ai pas trouvé tout de suite une dame assez courtoise pour m’en faire tout de suite. J’avais 25 ans, mais si j'avais pu en faire plus tôt, je l’aurais fait, je vous assure. J’ai vécu avec cette panique jusqu’à ce que j’en ai, à tel point que quand ma femme m’a annoncé qu’elle était enceinte pour la première fois, je ne l’ai pas cru tout de suite. Je ne sais pas, l’enfance, c’est quelque chose qui me touche. La mienne. Et ma paternité, je n’en fais rien d’original, mais c’est le fruit d’une grande inspiration. Désormais, là, avec votre réflexion, je ne vais plus dire les choses de la même façon. Je pense.

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Avec Alexandre Astier, le 15 novembre 2012.

Bonus de Fabien Waxin :

Alexandre Astier évoque la fin de Kaamelott.

Il donne des détails sur Kaamelott le jeu vidéo.

Et enfin, il livre sa vision de Star Wars 7

25 novembre 2012

Virgule : interview pour la sortie de Précieuses

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Voilà encore une perle. Une artiste à part dont la voix me parle, me fait parfois dresser les poils. Je ne sais pas pourquoi Virgule m’a touché à ce point, mais c'est ainsi. Gros coup de coeur! Il a fallu que je fasse sa connaissance. Ainsi fut fait le 26 octobre dernier.

Son site officiel.

Sa page Facebook.

Sa page Soundcloud.

Les Précieuses sur iTunes.

Les precieuses_visuel.jpgBiographie officielle :

Virgule, auteur compositeur interprète, a appris à respirer dans un Paris qui l'a toujours inspirée, elle y a transformé son asthme en souffle poétique... Après avoir écumé de petites salles, et y avoir changé l'air en or, elle termine ici son premier EP : Les Précieuses. Huit titres sombres, furieux, solaires. Entourée de musiciens aériens et modernes, entre rock sauvage et folk apprivoisé, elle écrit en français et chante le langage du ventre. À mi-chemin entre l'écriture puissante d'un Bashung et les folles envolées musicales d'un Babx, Virgule nous entraine avec Les Précieuses dans un orage de frissons qu'on aime provoquer à l'infini, en touche repeat.

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Interview :

Ça fait une dizaine d’années que tu écris des chansons et 6-7 ans que tu les chantes.

Oui et j’ai fait beaucoup de cafés concerts. Dans les bars, le moment où les gens se taisent pour écouter la chanson, j’ai tout gagné.

Après un premier EP, te voilà avec un premier album. Il est super bien produit.

C’est complètement autoproduit, mais on a essayé de faire ça au mieux. J’y ai mis tout mon argent. C’est une belle carte de visite destinée au public, bien sûr, mais aussi aux journalistes, mais aussi aux directeurs de salle… bref, un moyen de me faire connaître un peu plus. Je suis en train de chercher des tourneurs.

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Cet été, tu as aussi fait une tournée des kiosques des jardins de Paris.

Ça m’a permis de bien roder mon set. Ce qui était étonnant dans cette expérience, c’est que les gens s’arrêtaient vraiment. C’était très agréable parce que l’ambiance était très familiale. On peut dire qu’on est allé à la rencontre des gens et j’en garde une très belle expérience.

Ton travail est assez unique. Tu sais que les journalistes aiment bien faire des comparaisons. Avec toi, je n’ai trouvé aucun autre artiste similaire. Je trouve que, déjà, tu as une identité hyper forte.

C’est très gentil de me dire ça. Après, j’adore la chanson française dans toute sa largesse. Je parle de Brel, Barbara, jusqu’à des artistes d’aujourd’hui comme Babx, Katel, Pauline Croze, Camille…

Elle est Belle la Vie
Extrait du 1er EP de Virgule, "Les Précieuses".

Je te dis franchement, je suis fan de ta voix. C’est rare quand je le dis. J’écoute en boucle « Elle est belle la vie », notamment pour cette raison-là.

C’est marrant, le directeur éditorial de Deezer, qui a fait que j’ai eu un peu plus de publics et des écoutes, a mis en avant cette chanson-là.

As-tu travaillé ta voix?

J’essaie de chanter le plus naturellement possible. Sinon, j’ai fait une année aux ACP, la Manufacture Chanson. J’ai pris des cours de chant collectif. C’était une super expérience et le début de mes petites chansons sur scène.

269223_10150897175623731_829203197_n.jpgLa photo de ta pochette est intrigante. Elle s’explique ?

C’est une photo de ma grand-mère prise en 1952. J’ai fait un voyage en Pologne, il y a deux ans avec elle. Elle n’est ni d’origine polonaise, ni juive, mais elle était orpheline. Pendant la guerre, elle a été dans un orphelinat et comme elle était petite, on lui avait caché que c’était la guerre. Elle ne l’a su qu’en sortant de l’orphelinat. Du coup, toute sa vie, elle s’est intéressée à ça. Un jour, je lui ai proposé d’aller faire un voyage de mémoire là-bas. C’est ce que nous avons fait ensemble. Voilà, c’est aussi un hommage que je voulais lui rendre.

Que pense ta famille de ce que tu entreprends dans la musique ?

Ils sont très contents. Ils me soutiennent beaucoup. Ma maman, notamment, qui vient me voir à toutes les dates. Ils aiment ce que je fais.

Tu écris de quelle manière ?

Quand j’écris, en gros la musique vient avec les paroles. C’est une espèce d’écriture automatique qui arrive et qu’il me suffit de recadrer après. Parfois, je passe trois heures devant ma feuille et rien ne sort, le lendemain, en très peu de temps, j’ai quasiment une chanson toute faite qui me tombe dessus. La magie de la création est fascinante.

Quand tu crées, il faut que tu sois dans un état d’esprit particulier ?

Je suis plutôt une fille très contente de vivre. Plus jeune, je pensais qu’il fallait souffrir pour écrire de belles chansons, et en fait, pas vraiment.

Ton album n’est pas triste du tout, les textes sont un peu sombres, c’est tout.

Même si on peut dire que mes textes sont tristes, j’essaie d’y ajouter toujours un peu de lumière. En grattant, on y trouve plein de choses positives.

Un montage personnel d'Esteban Kang sur la chanson "Les violons secs".

virgule2.jpgComment te vient l’inspiration ?

N’importe quoi peut m’intéresser potentiellement. Je laisse les sujets venir à moi, je ne réfléchis pas vraiment au sujet qui va m’inspirer. Je m’émerveille facilement du monde qui m’entoure.

Sais-tu quand une chanson est terminée ?

Je sais arrêter une chanson dans sa globalité en guitare-voix. Après, les arrangements, j’aurais toujours envie d’aller plus loin, mais il y a des contraintes de temps, d’argent, d’agenda des gens qui jouent avec moi.

Et tu arrives à t’écouter facilement ?

De plus en plus. C’était très difficile au début. C’est pour ça que ça me fait très plaisir tes compliments sur la voix. Au départ je considérais ma voix uniquement comme un instrument pour interpréter mes chansons. C’était simplement ce qui me permettait d’exposer mes chansons au monde. Maintenant, j’aime de plus en plus être une chanteuse et la sensation de chanter, ça commence vraiment à m’intéresser.

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Fais-tu très attention au texte ?

Oui. J’essaie de faire en sorte que mes textes ne me gênent pas à l’oreille. Je ne sais pas si c’est une histoire de pied ou de sonorité, parfois j’écris un mot et je le chante, je me dis que ce n’est pas celui-là, je le change.

Tu es musicienne à la base.

J’ai fait le saxo au conservatoire. J’ai effectué toutes mes études en mi-temps « musique ». J’allais à l’école le matin et au conservatoire l’après-midi. Après, j’ai été opéré des dents de sagesse, je ne pouvais donc plus jouer du saxo. C’est à ce moment-là que j’ai pris une guitare et que j’ai écrit ma première chanson. C’est un nouvel instrument que j’essaie d’apprivoiser chaque jour un peu plus.

As-tu confiance en ton destin musical ?

Oui, je me dis qu’il n’y a pas de raison que ça ne fonctionne pas à un moment donné avec autant d’opiniâtreté et d’envie de faire ce métier.

Elle a un Truc
Extrait du 1er EP de Virgule, "Les Précieuses".

virguleconcert1.jpgAs-tu déjà une fan base ?

Oui, mais pour l’instant, elle est petite. Je m’en suis rendu compte avec la sortie de ce disque. Ce qui est hyper cool, c’est que maintenant, il y a des personnes que je ne connais pas. Pas mal sont actifs et ça c’est plutôt positif.

Tu me sembles une fille très positive et heureuse, tes textes ne le sont pas beaucoup. C’est pour expulser le trop-plein du noir qui est en toi ?

Les gens qui me connaissent sont étonnés que j’écrive des chansons comme ça. Mais, quand je tente de faire des chansons plus amusantes, ça ne sort pas. J’ai plein de petites fêlures à l’intérieur et ce n’est pas très marrant en société de les exposer. C’est donc un bon moyen d’en parler.

Tu les évoques avec une pudeur qui me touche beaucoup.

Je suis une fille assez pudique. Mes intimes peuvent comprendre le sens de certaines paroles, mais après, les gens qui me connaissent moins font sans doute leur propre interprétation de mes fêlures à moi. C’est ça la chanson. Chacun prend ce qu’il veut et ça peut éventuellement lui faire du bien.

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Pour finir, voici ses prochaines dates de concerts...

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18 novembre 2012

Héloïse Rôth : interview pour ses concerts aux Décharcheurs

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(Photo : Benloy)

héloïse roth,déchargeurs,interview,mandorJe vous propose aujourd’hui de découvrir une artiste découverte récemment, Héloïse Rôth au hasard de ma vie et mes recherches virtuelles. J’aime beaucoup l’ambiance musicale de ses chansons et son répertoire séduisant, exigeant, lumineux et tragique. Pour se faire connaitre la chanteuse sera en concert aux Déchargeurs, dans la salle La Bohème depuis jeudi dernier (15 novembre 2012) et ce, jusqu’au 28 février 2013. C’est à 20h, tous les jeudis (relâches exceptionnelles le 27 décembre et le 03 janvier). Son spectacle dure une heure et il est d’une qualité exceptionnelle. Le déchargeur le présente ainsi : « Auteur, compositeur, interprète, Héloïse Rôth a la force tragique et sensuelle d'une femme, l'innocence et la malice de l'enfant. Elle a cette façon de s'offrir sans calcul, de jouer sa vie à chaque chanson s’inscrivant dans la plus pure tradition de la chanson à texte : voix, guitare et contrebasse. »

J’ai demandé à Héloïse Rôth, le 22 octobre dernier, de venir à l’agence pour une mandorisation en règle. J’espère sincèrement que d’autres professionnels s’attarderont sur son cas. Il le mérite. Elle aussi.

héloïse roth,déchargeurs,interview,mandorExtrait de la biographie officielle :

Héloïse Rôth est née au sein d’une famille nombreuse dans laquelle deux univers artistiques se côtoyaient : la comédie et la musique. Avant de s’embarquer dans le monde de la musique, elle joue dans quelques courts-métrages et une série pour la télévision. Mathieu Kassovitz lui offre ses premiers rôles au cinéma, en 1993 dans Métisse, puis en 1995 dans la Haine. 

C’est à Rome où elle passe son Baccalauréat qu’elle se prend à écrire et à chanter. Elle se découvre une voix particulière et en joue avec plaisir. À son retour, elle s’inscrit au Chantier (ex le Coach), structure pour les jeunes chanteurs auteurs et compositeurs qui lui permet d’arpenter ses premières scènes et rencontrer son public. Elle reprend des cours de piano et de violoncelle. Elle suit également des cours dans deux écoles de jazz : le CIM (Paris XVIIIe) et ARPEJ Paris Xème. Élève de Julia Pelaez, Carole Hemart et Élise Caron, elle perfectionne sa technique vocale. Depuis, la jeune femme au charme sauvage se lance dans la chanson… avec excellence.

Pour commence, voici le nouveau clip d'Héloïse Roth... "Prête-moi ta plume".

Prête-moi ta plume clip Héloïse Rôth from Mathieu Guetta on Vimeo.

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héloïse roth,déchargeurs,interview,mandorInterview :

Tu es issue d’une famille d’artistes.

Ma maman est musicienne, guitariste classique et mon papa est comédien, scénariste, auteur de polars.

Oui, il est même connu puisqu’il s’agit de Christian Rauth.

Il est populaire depuis que la télévision est passée par là.

Et tu as aussi une grande sœur, Julie-Anne Roth qui est aussi comédienne, au théâtre et au cinéma.

Elle écrit également des pièces de théâtre et des scénarios. En ce moment elle est braquée sur l’écriture. J’ai aussi une petite sœur qui sort d’une école de BTS de design, je ne sais pas trop comment ça s’appelle, mais elle sait peindre, dessiner, travailler sur des décors, elle aussi scénographe, bref, elle fait pas mal de choses différentes. Je tiens à préciser que j’ai aussi un frère, mais qu’il ne s’est pas lancé dans un métier artistique. Il est gérant d’une boite d’informatique.

C’est en ayant des parents artistes que tu as décidé de l’être aussi ?

Quel que soit le métier de tes parents, si tu les vois heureux dans ce qu’ils font, ça te donne envie. Je dis ça, mais au départ, je n’avais pas du tout envie d’être chanteuse et musicienne. D’ailleurs, je n’ai pas du tout été au conservatoire. J’avais très envie de faire des études, réussir ma vie, être totalement indépendante. Et puis, les métiers artistiques sont des métiers où les rapports humains sont un peu faussés. On est tous un peu dans la séduction, on est hyper égocentré, mais parce qu’il le faut, sinon on n’avance pas. Comme c’est un métier où on donne de sa personne, physiquement et mentalement, j’ai vu mes parents dans des états un peu difficiles, donc je ne rêvais pas particulièrement de ça. Mais les projets sur lesquels mes parents travaillaient étaient hyper épanouissants et beaux. Je voyais qu’il y avait de la magie dans tout ça. Du coup, c’est magie là m’a finalement séduite. Tu vois, j’ai oscillé entre les deux. J’ai envie, je n’ai pas envie.

Tu as même été comédienne, un temps.

Soyons clair, en tant que « fille de », il m’est arrivé de jouer la fille de mon père à l’écran. Puis, ensuite, des rôles plus personnels. J’ai fait de vraies rencontres, mais mes expériences dans ce milieu m’ont raconté que je n’avais pas trop envie de faire ce métier-là finalement.

Mai 2009. Extrait du court métrage " la Boîte d'Oscar" de Mathieu Guetta.
Paroles et Musique: Héloïse Rôth.
Arrangements: Antoine Pozzo di Borgo, Héloïse Rôth au Chant, Olivier Cantrelle au Piano, Antoine Pozzo di Borgo à la guitare, Jérôme Auguste Charlery à la contrebasse et David Gerbi à la Batterie.

J’ai lu que tu as commencé à écrire de la musique alors que tu étais à Rome.

Oui, là-bas, lueur… J’étais loin de ma famille et de mes amis, du coup je me suis recentrée sur moi et mes envies. J’ai soudain fait des trucs qui me faisaient plaisir à moi et pas seulement aux autres. Je me suis rendu compte qu’écrire me faisait du bien, que ça prenait de l’importance dans ma vie et que je voulais partager le fruit de mon travail.

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(Photo: Benloy)

Après, donc, tu t’es inscrite dans une école de spectacle.

C’est une structure pour les jeunes chanteurs. Je me sentais hyper timide et je me demandais comment j’allais faire pour chanter mon histoire devant des inconnus. Chanter ses propres chansons, c’est se mettre à poil devant des gens qu’on ne connait pas.

C’est un des arts les plus impudiques, c’est vrai.

Et puis là, on est seul. Il n’y a pas un metteur en scène qui croit en toi, qui te regarde, qui est bienveillant et qui te dit ce qu’il faut faire. Là, on est livré à nous même. Mais il faut le faire, il faut monter sur scène, il y a un truc un peu vital dans cette démarche. Il faut se convaincre soi-même que l’on est capable. On est obligé de se prendre en main de A à Z.

Tu as travaillé ta voix ?

Je reprends des cours aujourd’hui, mais de façon très ponctuelle, quand je sens que j’ai une difficulté. Mais je t’avoue que j’ai un petit problème avec l’autorité et l’exigence que l’autre t’impose dans le travail quand il ne se l’applique pas à lui même. Il faudrait que je tombe sur la personne idéale, qui n’est pas frustrée dans son métier, qui donne des cours de chants et qui est heureux de le faire.

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(Photo : Benloy)

Tu as chanté dans beaucoup de bars depuis 2003. L’école la plus formatrice à mon sens.

C’est génial cette expérience. Ce qui n’est pas simple, c’est le brouhaha général, mais ce qui est sympathique, c’est le contact direct et immédiat avec les gens.

En 2003, justement, pendant la semaine de la francophonie, tu es invitée par l’ambassade de France pour une tournée de 5 dates au Chili.

Oui, j’ai fait une grosse tournée avec les chansons des autres. Brassens, Brel, Ferré, Bourvil. Encore aujourd’hui, j’adore chanter ces grands-là. J’aime transmettre aux gens ce qu’il y a eu avant en matière de grandes chansons. Ce qui se passe aujourd’hui vient de ces gens-là. On ne fait que reproduire, voire imiter inconsciemment parfois. On n’a rien inventé.

Interpréter ces grands maîtres de la chanson, c’est sacrément casse-gueule, quand même !

Oui, justement. On ne peut pas y aller à moitié. On doit tout donner et c’est ça que j’apprécie dans la chanson. Le risque et le don de soi.

"Souvenirs d'école" Interprété par Héloïse Rôth. Julien Le Nagard à la guitare et Hervé Verdier à la contrebasse. Réalisation Philippe Wagner. Extrait du concert du 2 décembre 2011 au "Théâtre de la Vieille grille". Paroles Héloïse Rôth. Musique : Héloïse Rôth et Julien Le Nagard.

En écoutant ton disque, j’ai perçu dans tes chansons, une jeune femme à la fois forte, fragile, souvent ironique.Est-ce que tu chantes ce que tu es réellement ?

On  ne peut pas chanter un truc qui nous déplait. Si on veut être un minimum crédible, on chante des chansons qui nous correspondent, qui nous parlent, qui nous plaisent. Heureusement, l’écriture permet une super jolie distance. On fait semblant de raconter soi, mais on enjolive ou dramatise les choses. On s’inspire d’évènements, on imagine et après on gratouille là dedans. On pique l’histoire de plein de gens et ça donne l’histoire d’une personne.

Parfois, il y a aussi de la provocation…

Je suis un peu comme ça dans la vie. C’est de l’ironie tendre que je tente de laisser filtrer dans mes chansons. Ce n’est jamais agressif. L’ambiance générale n’est pas triste, juste un peu sombre. Sombre, ça veut dire qu’il y a quand même un peu de lumière quelque part.

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Tu es en concert aux Déchargeurs, tous les jeudis pendant 3 mois… il faudrait que mes confrères viennent aussi te voir.

C’est dur. Ils sont très occupés ou très difficiles à joindre. Ce n’est pas facile quand on est inconnue. Il me manque de la visibilité pour me faire repérer, pour attirer l’attention des professionnels susceptibles de voir mon travail. C’est un peu le challenge de cette résidence. Accueillir des gens qui peuvent raconter sur ce qu’ils voient sur scène.

A la décharge de mes confrères, nous sommes très sollicités par beaucoup d’artistes et c’est compliqué d’aller voir tout le monde. Il faut faire des choix. Mais, bon, Delerm a commencé comme toi, dans la même salle… et puis, le bouche à oreille a fonctionné.

Oui, je sais bien.  Il a commencé tout seul avec son piano dans la petite salle, comme moi. Et puis, il est passé à la salle de 200 places. Après il a signé et on connait la suite. Bon, moi, je suis déjà contente de commencer ainsi, dans une salle magnifique avec une excellente acoustique et une belle histoire.

Adaptation et Interprétation Héloïse Rôth de "I've seen that face before " ( Piazzolla /Grace Jones.) Julien Le Nagard à la guitare et Hervé Verdier à la contrebasse.

Tu es confiante en ton avenir musical ?

Oui, j’ai toujours été confiante. Il y a juste des moments de solitude à traverser. Mon problème, c’est que je crois toujours que les gens sont bienveillants, alors parfois, je tombe de haut. Mais, bon, pour le moment, j’arrive à vivre de mon métier. Je suis intermittente du spectacle et ça m’a donné un souffle. Cette petite aisance financière permet de ne pas faire n’importe quoi pour juste gagner sa vie. On peut prendre un peu plus de temps pour monter des projets le mieux possible, écrire, répéter, travailler, aller dans des directions artistiques adéquates à tes envies. J’ai passé 10 ans à ne pas pouvoir vivre de mon métier, donc tu es contente quand ça arrive.

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17 novembre 2012

Govrache : interview pour son concert au Sentier des Halles

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Govrache fut la cause de vives discussions entre membres du jury du Pic d’or 2012. Il y avait les « pour » récompenser l’audace d’un artiste qui a slamé plutôt que chanté en finale et les « contre » qui trouvaient un peu fort le café un tel comportement. Je ne vous dirai pas dans quel camps j’étais, mais ce qui est sûr, c’est que nous étions nombreux à avoir été bluffés par son texte. Au final, il a remporté le Prix du texte et le Prix du public. Govrache est un malin qui sait parfaitement mettre son auditoire dans la poche. Il faut être doué pour cela.

Quelques mois plus tard, le 19 octobre dernier, et à l’approche du concert qu’il donner jeudi prochain (le 22 novembre) en co-plateau avec Garance (mandorisée là) et Manon, j’ai demandé à Govrache de venir à l’agence, parler de tout ça.

Je tiens à le féliciter sur sa franchise absolue. Ce que vous allez lire, moi, je ne l’avais jamais entendu de la part d’un artiste.

598426_112601222213766_1320434151_n.jpgLa bio officielle :

C’est en 2008, après avoir promené sa guitare manouche sur une centaine de concerts, que David Hebert est devenu Govrache. Accompagné d'Adrien à la contrebasse et d'Antoine au violon, il fait swinguer ses textes et nos sourires : La gavroche sur la tête, la gratte en bandoulière, il se joue des interdits comme il joue de sa guitare, provoque un peu, se moque beaucoup et témoigne en souriant d’un quotidien qui l’amuse…ou l’afflige. Govrache a la trentaine et ça se sent : son écriture est celle de la jeunesse, mais cette jeunesse qui commence à prendre conscience qu’elle est éphémère.

Les textes sont caustiques et corrosifs d’un coté, tendres et nostalgiques de l’autre. On sourit, on rit, on est ému et puis on rit à nouveau. Ses chansons se suivent et nous ressemblent, parce que son inspiration vient du réel, notre réel.

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Interview :

Ce qui m’a fasciné quand je t’ai vu sur scène la première fois, c’est qu’en deux temps, trois mouvements, tu as réussi à capter l’attention du public présent dans la salle.

C’est une question d’habitude. J’ai pas mal de concerts dans les bars où il faut savoir un peu s’imposer avec ses mots et sa musique. Je chante depuis 10 ans en guitare-voix.

Pas seulement en guitare-voix. Tu as plusieurs formules, si je puis dire.

Je joue seul, en groupe, en duo, en trio. Mes prestations varient selon le budget qu’on me propose.

"Le Bleu de travail", capté sur le Bateau El Alamein à PARIS XIII le 22 septembre 2011.

Tu fais de la chanson à texte.

Oui, c’est comme ça que je qualifie mon travail, mais je suis en train de changer un peu. Je me dirige vers le slam. Je trouve que j’ai des problèmes vocaux sur scène. Je ne suis pas à l’aise avec ma voix de chanteur. Tout le monde me dit que j’ai tort de penser cela, mais c’est comme ça que je ressens les choses. Et puis, même… le slam, c’est une autre écriture, une autre manière de faire qui me correspond plus en vieillissant.

Es-tu un littéraire, comme tes textes pourraient le suggérer?

Non, pas vraiment. J’ai beaucoup lu à une époque, fait une fac de philo et eu le bac A2, mais c’est tout. Par contre, j’ai une manière de vivre un peu littéraire. J’aime bien me poser en terrasse, buller, regarder les gens, prendre des notes et surtout écrire, écrire. Mon truc, en fait, c’est d’écrire, pas de chanter, ni de jouer de la guitare. Je n’aime pas jouer de la guitare. Je ne suis pas un musicien, je suis plus un mec qui aime écrire.

Je retranscris tes propos, là, comme ça, dans l’interview ?

Oui, c’est la réalité. Le fait de jouer de la musique, c’est juste le moyen pour qu’un public entende les textes que j’écris. Je me suis dit que le meilleur moyen de faire passer des messages, c’était de les chanter dans des bars. J’aime bien ce truc de capter l’attention d’un mec qui est là, pas du tout pour toi, au milieu d’un bordel insensé. Si tu arrives à capter l’attention d’un mec ou d’une nana dans ce genre de contexte, tu as gagné ton pari. Du coup, quand tu as un public qui est venu dans une salle normale écouter de la musique, c’est vraiment facile pour moi.

"Merde, j'suis prof" au Pic d'Or 2012. ©Via production vidéo - viaprod@sfr.fr - www.via-production-video.com -

On ne va pas innocemment sur une scène si on n’est pas motivé pour jouer, non ?

J’approche des 40 balais. J’ai toujours fait ça. Je pense que si j’avais réussi mes études pour être prof, je ne ferais pas de scène. La scène c’est mon boulot. C’est la meilleure manière pour moi de gagner ma vie aujourd’hui.  Si je ne fais pas de scène, je suis barman au bar du coin et ça m’emmerde. La scène, ce n’est pas une passion. Si je gagne demain au loto, j’arrête la musique. Je continue d’écrire, mais j’arrête de faire de la musique. Quand je dis ça à mes potes musiciens, ils ne comprennent pas des masses mes propos. Eux, c’est vraiment une passion la musique.

C’est la première fois de ma vie d’intervieweur dans ce milieu que j’entends un tel discours. Je le comprends parfaitement, mais peu d’artistes vivent la chose comme toi. Sinon, tu as fait des progrès en tant qu’artiste de scène, depuis tes débuts où tu as tout de suite été à l’aise ?

La scène, ça s’apprend. Mes premiers concerts, ce n’était pas du tout ça. J’étais caché derrière ma gratte, derrière le micro. Je n’étais pas du tout à l’aise comme je le suis aujourd’hui. En dehors des problèmes de voix, aujourd’hui, il pourrait se passer n’importe quoi, je pourrais gérer sans problème. Sur scène, je suis chez moi.

C’est l’endroit où tu te sens le mieux ?

Non, l’endroit où je me sens le mieux, c’est au lit avec ma copine. (Rires). Sans plaisanter, non, ce n’est pas l’endroit où je me sens le mieux. Je préfère 1000 fois aller boire un coup avec un copain pour discuter et savoir comment il va, plutôt que d’être sur scène en face d’inconnus. Mais, c’est super agréable quand même.

Au-delà des textes de tes chansons, dans tes concerts, il y a toujours beaucoup d’humour.

Je me dis que les gens qui viennent, c’est aussi pour se marrer, passer un bon moment. J’aime bien instaurer une relation familière avec le public. Je trouve ça primordial. À la fin de mes concerts, d’ailleurs, je reste systématiquement avec le public dans la salle pour discuter avec lui.

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Pourquoi fais-tu des tremplins régulièrement. Comme le Pic d’Or à Tarbes en mai 2012 où je t’ai vu pour la première fois et même remis "le prix du texte" (voir photo ci-dessus).

Parce que ça me permet de rencontrer plein d’autres artistes. Je suis devenu pote avec Pierre Donoré par exemple. Pierrot Panse, c’est un type que je vais revoir, c’est certain. On fait connaissance avec plein de gens et c’est un des aspects positifs de ce métier. Je ne vais pas m’en priver.

Parle-moi de « Panne d’essentiel ». Je trouve que c’est une chanson importante de ton répertoire.

C’est marrant que tu me dises ça, parce que c’est vraiment la chanson que les gens reçoivent le mieux quand je l’interprète. C’est une chanson qui dit qu’il ne faut pas se tromper de vie. Non, pardon, une chanson qui dit qu’il ne faut pas se tromper de priorité plutôt. Il y a des choses plus importantes que de gagner de l’argent. C’est une chanson que je vais continuer à écrire et qui va évoluer avec le temps. Je n’ai pas la télé, mais il m’arrive de regarder le zapping sur internet. Tout tourne autour du bizness. On sauve les banques, mais on ne sauve pas les banquises.

"En panne d'essentiel", extrait du concert du 10 décembre 2011 à Ivry-Sur-Seine

Il y a aussi des chansons légères comme « N’en déplaise » et « Élise »…

Légères pour certains et puis extrêmement graves pour d’autres. Élise, il y en a qui quitte la salle quand ils entendent le texte de cette chanson.

Des cathos intégristes ?

Je ne sais pas, mais je les ai heurtés visiblement.

Ça doit te plaire. Tu as un côté provocateur je trouve.

Enfin, le but, ce n’est pas de faire fuir les gens non plus.

Tu n’es pas encore un artiste « populaire ». Es-tu heureux de la vie d’artiste que tu mènes ?

Oui. Je fais ce que j’aime et ça, c’est le plus important. Si ce n’était pas le cas, je changerais de vie dans la seconde.

Mais pour gagner ta vie, c’est suffisant ?

Je vis petitement. Et je ne consomme pas. Quand tu ne consommes pas, tu n’as pas besoin de beaucoup d’argent.

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La vie pour faire ce que l'on veut... même s'endormir quand Mandor parle.

Ton optique de vie, c’est faire ce que tu veux.

Oui, mais je passe peut-être à côté de plein de trucs. Tu vois, je n’ai pas d’enfant. J’ai un camion tout pourri, 3 T’Shirts et un jean. J’ai d’autres contraintes que quelqu’un qui va travailler tous les jours n’a pas, mais ses contraintes à lui, je ne les ai pas. Mon truc premier, c’est prendre un tout petit peu de plaisir lors de mon passage sur Terre. Depuis que je suis gosse, je suis comme ça et personne ne me changera.

Ce que j’aime dans tes chansons, c’est que tu ne fais pas la morale aux autres. Il n’y a pas de « voilà la vie, il faut faire comme ci, il faut faire comme ça… » 

Je déteste qu’on me fasse la morale, alors je ne vais certainement pas la faire aux autres. Je passe beaucoup de temps sur mes textes parce que je n’ai pas envie qu’on me prenne pour le donneur de leçons. Malgré tout, j’ai quand même envie de dire ce que je pense, après on le prend comme on veut, mais le but n’est pas de faire la morale. Tu sais, des chansons avec des personnages, ça reste des chansons égocentrées quand même. Les chansons sont tournées vers celui qui les chante. C’est moi qui pense telle ou telle chose, mais ce n’est qu’un regard parmi des milliers.

As-tu l’impression qu’un chanteur doit chanter des chansons qui soient utiles, qui fassent bouger les consciences ?

Des chansons qui fassent réfléchir pourquoi pas ? Bon, mais après, je suis parfaitement conscient que ça ne change pas la donne. Là, tu vois, je viens d’écrire un slam sur les SDF. Je tape un peu sur la société parce que si les SDF sont dans la rue, c’est parce que la société les y laisse. En tout cas, c’est mon point de vue. Si des gens sont touchés par ma chanson, je sais que rien ne changera par-derrière pour autant. Moi non plus je ne fais rien pour changer les choses concrètement. Là, je fais aussi une chanson sur l’écologie et la banquise, parait-il, ne s’arrête pas de fondre. Si on parle en termes d’utilité, j’affirme que ça ne sert à rien une chanson, si ce n’est prendre du plaisir sur un instant T.

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Tu vas être en concert le jeudi 22 novembre au Sentier des Halles. Mais pas tout seul. Tu partages le plateau avec deux autres artistes que j’aime beaucoup, Garance et Manon.

C’est un concert important pour nous. Le but, c’est aussi de faire venir quelques professionnels dans la salle. Ça fait longtemps que je voulais chanter avec Garance. On se connait depuis longtemps et j’adore ce qu’elle fait. Manon, aussi, je trouve vraiment bien son travail. Elle, je l’ai connu au Pic d’Or, mais on s’est tout de suite très bien entendu, au sens propre comme au figuré. Le concert sera bien, tu verras.

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14 novembre 2012

Jorane : interview pour L'instant aimé

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"Peu d’artistes au Québec ont un parcours et un son aussi singuliers que l’auteure-compositrice-interprète de renommée internationale qu’est devenue Jorane. Forte de dix albums, de centaines de spectacles à travers son pays, de plusieurs tournées mondiales et de collaborations artistiques aussi riches que variées, elle séduit public et critique, laissant une trace indélébile dans le paysage culturel".

jorane,l'instant aimé,interview,mandorPrésentation de l’album :

Jorane, découverte grâce aux albums Vent fou et 16mm, fée prodige du violoncelle et des voix aériennes nous revient femme et en pleine possession de sa fougue créatrice. Sur son nouvel album, après 15 ans d'expériences musicales intenses et très variées, Jorane revient à ses premières amours : des compositions instrumentales audacieuses, de longs échanges violoncelle/voix intenses, des chansons à texte poétiques et quelques reprises bien choisies, déconstruites et reconstruites à sa manière.

Jorane est venue à l’agence (merci Flavie Rodriguez…une xième fois), le 18 octobre dernier, présenter son dernier né. Un bijou absolu!

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Interview :

Je ne connais rien de votre vie. Avez-vous été élevé dans la musique?

Elle était très présente en tout cas. On avait un piano à la maison, mais on ne faisait pas de grandes fêtes musicales comme dans certaines familles québécoises ou tout le monde joue de tout. On m’avait inscrit à des cours de piano étant toute jeune. J’ai utilisé le piano comme moyen d’expression, sans apprendre vraiment à en jouer. Ensuite, j’ai appris la guitare classique, puis le violoncelle. Ça a été le coup de foudre pour cet instrument. Je savais que je voulais faire de la musique dans ma vie, mais j’ai été chanceuse que le violoncelle arrive assez tôt dans mon cheminement musical, pour que je puisse en faire mon instrument principal.

Vous venez en France de manière épisodique, mais je crois toujours avec plaisir.

Au début, j’étais ici tout le temps. Les premières fois que je suis venu en France, c’était en 1998, 1999. Je me rappelle d’avoir fait des tournées ici de plusieurs mois d’affilées. Là, ça fait 6 ans que je ne suis pas passé par ici.

En France, tous vos albums ne sortent pas. J’en ai comptabilisé 4 qui sont arrivés jusqu’à nous.

C’est ça. Oui, Vent fou, 16 mm, The You and the Now et puis celui-là, L’instant aimé. Mais, moi, j’en suis à mon dixième disque au Québec.

Teaser de l'album L'instant aimé.

jorane,l'instant aimé,interview,mandorL’instant aimé est le disque d’une artiste exigeante. C’est la première fois que j’entends un album commencer par un texte de René Char.

Je n’ai pas mis souvent des poèmes en musique. Le poème n’a pas besoin de musique pour pouvoir vivre, c’est même un peu délicat de se lancer dans cet exercice. L’an dernier, alors que j’étais en concert, on m’a apporté des cadeaux parce que c’était mon anniversaire. Parmi lesquels un recueil de poèmes de René Char. Je l’ai découvert et quand je suis tombé sur ce poème là, "Allégeance", ça a été un vrai coup de foudre, un véritable choc. Ce poème, je l’ai d’abord mis en musique spécialement pour un concert avec l'ensemble à cordes Imusici de Montréal (Moment de grâce et bougie d'allumage du projet), puis, réinterprété et réarrangé pour l'album.

C’est une sacrée responsabilité tout de même.

Il faut vraiment laisser parler l’instinct, il faut y aller avec nos émotions et il ne faut surtout pas installer des barrières au début, sinon, tout perd de son sens et c’est là qu’il ne se passe rien, que la page reste blanche. Dans l’art, c’est d’abord l’instinct, après on voit si ça vaut la peine d’être partagé.

Faut-il faire en sorte d’aller à contre-courant des autres?

Oui. Ça dépend de l’artiste et de ce qu’il a envie de partager. Moi, par exemple, avec cet album-là, je me suis dit : « OK, je fais une instrumentalisation qui vient me chercher, mais comme je ne suis pas un « band » avec les mêmes musiciens tout le temps, j’ai le plaisir de pouvoir colorer les chansons selon mon bon vouloir ». Il faut oser. Il faut travailler. Bon, je pense que c’est ce que font tous les artistes.

Pas toujours de manières si prononcées. Dans votre deuxième morceau, vous chantez, mais sans paroles. Ce sont des vocalises…

On m’a connu avec l’album 16 mm et tout l’album était élaboré avec ce principe. Il était en entier sans paroles, mais avec la voix partout. Du coup, les gens ont prétendu que c’était un langage à moi, du « joranien ». J’ai gardé ce terme-là parce que ça me fait rire. Je compare ça grossièrement à un crayon. Si on ne prend un crayon que pour écrire des mots, on passe à côté du dessin. Moi, j’utilise ma voix pour en faire de la musique.

C’est amusant, parce que je pourrais tout à fait comprendre ce genre de procédé par quelqu’un qui ne fait pas trop attention aux textes, alors que vous, vous y attachez une forte importance.

Pour que je décide d’inclure des paroles dans une chanson, il faut que ça en vaille la peine. La musique, au départ, c’est mon premier véhicule. Souvent la mélodie m’indique si j’ai besoin d’un texte ou non. Je suis mélodiste et j’aime les rythmes. J’estime que les mots ne sont pas toujours essentiels.

Jorane & I Musici - Festival International de Jazz de Montréal 2012
Réalisation et post-production : Andrew David
Caméra : Stefan Nitoslawski, Helmi Nabli et Andrew David
Enregistrement sonore : Geoffrey Applebaum

Quand vous décidez de reprendre les chansons des autres, comme c’est le cas avec celle d’Indochine et celle de Diane Dufresne, c’est toujours d’une manière, disons… surprenante.

C’est une variation sur le thème de.  C’est offrir une autre vision de cette chanson. Ce sont les mêmes accords, les mêmes enchaînements, les mêmes mots, mais l’intérêt de reprendre une chanson, c’est de lui donner une autre couleur.

D’ailleurs, votre précédent album sorti au Québec, Une sorcière comme les autres, était un album de reprise de chansons francophones.

C’est la première fois que j’enregistrais un album d’interprétation. Il y avait notamment deux chansons d’Anne Sylvestre. Je comparais cela à un kaléidoscope. C’est faire passer sa lumière à travers la couleur des autres.

Il faut vraiment faire un effort pour rentrer dans votre univers, mais quand on y est, on n’a plus envie de le quitter.

C’était encore plus difficile dans mes précédents albums. Celui-ci est beaucoup plus accessible, plus ouvert, moins hermétique. Certains de mes anciens albums étaient des albums « cocons ». Pour 16 mm, certains trouvaient cet album super sauvage, mais pour moi, c’était on ne peut plus réconfortant parce que je parlais d’un univers sans limites, qui me correspondais complètement. J’entendais que c’était des albums « dark », plus mélancoliques. Dans mon nouvel album, L’instant aimé, c’est vraiment l’inverse. Après le cocon et la chrysalide, voilà aujourd’hui le papillon. C’est un album confortable et réconfortant. Ça doit aussi venir du fait que je suis maman désormais.

Quand vos albums sont noirs, c’est parce que vous êtes « dark » intérieurement.

Mes disques ont toujours un lien avec mon état d’esprit. Mais, ça vient plutôt de mon côté chercheuse, décortiqueuse, exigeante. Je suis dans un laboratoire musical. Je conçois la musique comme un jeu, parfois joyeux, parfois plus sombre, selon les moments...

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11 novembre 2012

Daniel Lavoie : interview pour J'écoute la radio

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Daniel Lavoie a une double actualité : la sortie récente de son album J’écoute la radio et son concert à La Cigale, le 13 novembre prochain.

Star au Québec, certes, mais en France, il est loin d'être un inconnu. Midem d’or à Cannes en 1985 pour la chanson « Ils s’aiment », Victoire de la musique du meilleur Album Francophone pour « Tension Attention » puis « Vue sur mer », sans oublier les Victoires qui ont récompensées Notre-Dame de Paris notamment pour la chanson "Belle" à laquelle il prête sa voix en compagnie de Patrick Fiori et Garou. "Ils s’aiment" est aujourd’hui inscrite au patrimoine de la chanson française, représentative des grands « tubes » des années 80 et reprise à travers le monde.

Je l’avais déjà mandorisé en 2007. L’idée de le recevoir à nouveau m’a traversé l’esprit quand j’ai su qu’il fêtait son 40e anniversaire de carrière. (Merci à Christelle Florence de m’avoir organisé cette interview en deux temps, trois mouvements).

daniel lavoie,j'aime la radio,la cigale,interviewPrésentation officielle de l’album J’écoute la radio :

Pour son 22e album, Daniel Lavoie retrace 40 années de carrière et propose 11 relectures de ses plus grandes chansons, de "Ils s'aiment" à "Je voudrais voir New-York" en passant par "Tension Attention" et "Où la route mène", premier extrait de J'écoute la radio, d'ailleurs complété par une chanson inédite du même titre. Réalisé de façon épatante par Marc Pérusse, J'écoute la radio est un album qui réaffirme toute la stature de l'auteur, compositeur et interprète, de ses textes forts, portés par de nouveaux arrangements riches et habiles, et de sa voix, unique, toujours immense.

Jeudi dernier (le 8 novembre 2012), Daniel Lavoie, accompagné de Virginie d'ABACABA, est venu à l’agence, pour évoquer cet album, sa carrière et son concert à La Cigale.

daniel lavoie,j'aime la radio,la cigale,interviewInterview :

Vous sortez en album tous les deux ans depuis 22 ans. C’est dingue cette régularité !

C’est une habitude qui est devenue au fil des années une façon de vivre. Par contre, rassurez-vous, ça ne devient pas une routine parce qu’on risque notre gueule à chaque fois. Quand on fait un album, c’est toujours difficile, surtout quand on est là depuis longtemps. Comme disait Gilles Vigneault, « on devient un bibelot qu’on oublie d’épousseter ». On ramasse un peu la poussière et il faut se fouetter pour toujours retrouver sa brillance, se renouveler.

Il faut s’épousseter soi-même ?

Oui, c’est exactement ça. Moi, j’ai toujours beaucoup de bonheur à faire de la musique donc je continue à faire ce que j’aime. C’est mon moteur.

Il parait que c’est en faisant vos courses dans une grande surface que l’idée de ce disque à germé. Vous avez entendu une ancienne chanson à vous et vous vous êtes fait la réflexion qu’elle était affreuse. 

Ça s’est passé exactement comme ça. J’ai entendu une chanson qui s’appelle « Je voudrais voir New York » qui a été un gros tube au Québec et ici en France. En écoutant sa réalisation des années 80 avec des montagnes et des océans de réverbérations, d’échos, un gros solo de sax un peu ringard, je me suis dit, « non, ce n’est pas possible ! Cette chanson mérite mieux que cet arrangement.» Pour ce disque, j’ai choisi des chansons que j’aime qui gardaient une pertinence en 2012 et qui correspondent encore à ce que nous vivons. J’ai eu envie de leur donner un habillage beaucoup plus naturel afin qu’elles respirent mieux.

Vous n’avez choisi que des chansons importantes, celles qui ont été des tubes…

Oui, uniquement des number one au Québec. C’était des chansons que le public a choisies. Etonnement, ce sont des chansons qui pour moi ont encore un sens aujourd’hui.

Daniel Lavoie - Lancement J'écoute la radio from Spectra Musique on Vimeo.

Avec vos nouveaux arrangements, cet album unifie vos chansons. On a donc l’impression d’un disque inédit…

J’avais envie que ces chansons-là aient ce genre d’unité. En 40 ans de carrière, j’ai appris beaucoup de choses en technique d’enregistrement, en travail en studio, en choix. Ce n’est pas un disque qui se veut au goût du jour, qui essaie de faire dans le moderne, qui essaie de racoler. C’est un disque qui se veut très naturel, interprété avec de bons musiciens et de bons instruments, avec une prise de son très léchée et très travaillée.

Vous trouvez que vous chantez mieux aujourd’hui qu’à vos débuts?

Indéniablement. Je suis beaucoup plus conscient de ce que je fais quand je chante. Chanter, c’est un métier. Je m’en suis rendu compte avec les années. À mes débuts, je chantais sans y penser. Je ne réfléchissais pas à la technique, mais petit à petit j’ai appris comment me servir de ma voix pour en faire un instrument d’émotion.

Vers 45 ans, vous avez commencé une carrière dans la comédie musicale… vocalement, ça change tout, non ?

Vous ne croyez pas si bien dire. J’ai fait Notre Dame de Paris et Le Petit Prince. Deux expériences très exigeantes vocalement.

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Au point de remettre en question votre façon de chanter ?

Oui. On se rend compte qu’il y a une discipline que l’on doit s’imposer. Avant, je ne m’en imposais aucune. J’y allais et ça tenait toujours le coup, mais là, je n’avais plus le choix. Je n’avais pas le droit ni à l’erreur, ni à la défaillance. Il fallait vraiment que je me discipline et que je travaille. C’est ainsi que je suis arrivé au niveau demandé.

C’est un peu comme un sportif… il faut de l’entraînement constant.

Tout à fait. Il faut s’entraîner. Dernièrement, on a refait les concerts de Notre Dame de Paris en version symphonique.Ca m’a pris un mois de travail très intense pour, de nouveau, réattaquer ce répertoire.

Revenons à ce disque. Il va permettre aussi aux jeunes générations de vous découvrir…

Je ne sais pas si ça va les intéresser, mais en tout cas, ils ont avec cet album un condensé de 40 ans de travail en 12 chansons. C’est le meilleur de mon « œuvre ». Je sais qu’au Québec, il y a des jeunes qui redécouvrent mon travail. J’ai l’impression que l’on saute une génération. Les enfants de ceux de ma génération ne voulaient rien entendre de moi. Leurs parents m’avaient écouté et encore écouté et aujourd’hui, ce sont les petits-enfants qui sont, de nouveau, intéressés.

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Généralement, on aime bien entendre les tubes dans leurs versions originales, avec les arrangements de l’époque.

Je crois que les gens qui connaissent mes chansons trouvent autre chose dans cet album. Beaucoup me disent qu’ils entendent les textes différemment.

Est-ce que vous aussi, avec ces nouvelles orchestrations, vous redécouvrez vos chansons ?

Je retrouve surtout le plaisir de chanter ces chansons. Pendant de nombreuses années, j’en ai trafiqué pas mal, mais je cherchais une forme définitive qui demandait un vrai travail. Très difficile parfois. C’est ce qu’on a fait avec Marc Pérusse. On a pris le temps de décortiquer chaque chanson. D’en faire une, deux, trois versions différentes et de se demander laquelle est la plus crédible et la plus honnête. On a mis une année complète pour enregistrer cet album. « Jour de plaine » par exemple, j’en avais marre de la chanter. En la revisitant, je redécouvre une chanson que j’aime et je reprends grand plaisir à la chanter de nouveau.

Est-ce qu’on peut dire que l’ambiance est folk ?

Mon vocabulaire premier dans cet album, c’est vraiment celui des années 70. Je dirais que la musique s’apparente au folk rock. C'est-à-dire, des batteries, des guitares acoustiques, du piano, de très belles basses et de temps à autre des cuivres.

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Que va-t-on entendre sur la scène de la Cigale mardi soir (13 novembre 2012) ? Ce disque dans son entier ?

J’ai 4 musiciens et la scène nous permet de prendre des libertés par rapport au disque. On en prend donc, mais ce sont quand même les mêmes arrangements. Je vais chanter quasiment tout l’album J’écoute la radio et plus. Je vais même revisiter Notre Dame de Paris. Il faut que je le reconnaisse, il y a des gens qui ne me connaissent qu’à travers cette comédie musicale. Les gens sont très heureux quand je chante ces morceaux.

Et rendre heureux les gens, ça me paraît la moindre des choses pour un artiste.

Voilà pourquoi j’ai dit à Denis Bouchard, qui a fait la mise en scène de mon spectacle, que je voulais faire pour la première fois de ma vie un « feel good », c'est-à-dire un show qui fait plaisir aux gens. J’ai accepté de faire toutes les chansons que veulent entendre les gens. Ça n’a pas toujours été le cas. Je veux qu’ils ressortent avec le sourire aux lèvres.

Globalement, êtes-vous satisfait de la façon dont votre carrière s’est déroulée ?

Je suis en paix avec ce que j’ai fait, les choix, mes décisions. J’en ai pris des mauvaises parfois et elles m’ont coûté très cher. J’ai mangé de bons gros coups sur la gueule, mais j’ai appris plus des coups durs que des succès. J’en ai eu aussi pas mal d’ailleurs. J’ai eu de gros tubes avec des chansons à moi, avec des chansons des autres, j’ai fait de la télé, du cinéma. Je ne suis jamais devenu une icône, mais je m’en fous complètement parce que je ne pense pas que je laisserai grand-chose… et ce n’est pas grave.

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Je sais que vous aimez beaucoup la France.

Oui, pourtant, j’ai conscience d’avoir parfois un peu trop négligé le public français. Je le regrette. J’aurais dû être plus présent. C’est incompréhensible parce que j’adore la France. J’ai passé beaucoup de temps ici et j’y ai beaucoup d’amis. Je connais Paris par cœur. Je suis un grand marcheur. J’y ai marché de fond en comble, de mur en mur. J’aime profondément cette ville.

Je sais qu’au Québec, vous alignez les tubes depuis 40 ans, mais en France, on vous parle toujours de la même chanson : « Ils s’aiment ».

C’est certain que j’aurais bien aimé que d’autres chansons aient des échos similaires pour le public français, mais bon. Il aurait probablement fallu que je vive en France et que je m’y attarde. Il aurait fallu qu’à chaque album je fasse de la promotion comme au Québec. Je peux aussi me dire que je n’ai jamais fait de musique facile d’approche et je n’ai pas toujours fait des chansons commerciales. J’accepte avec sérénité ce phénomène.

daniel lavoie,j'aime la radio,la cigale,interviewParlons à présent d’une activité que je ne connaissais pas de votre part, la littérature. Avec Finutilité, de l'infini au futile et à l'éphémère, vous signez votre première œuvre littéraire.

C’est un recueil de poésies, de pensées. En fait, j’appelle ça des essais poétiques. Ce sont des petits textes philosophiques très courts. C’est ma vision de la vie, mon testament existentiel. C’est un petit peu grâce à la France que ce livre existe. Lors de ma dernière tournée, vous vous en souvenez parce que vous étiez au concert de l’Européen, je lisais entre les chansons. Et les gens, à la fin du spectacle, me demandaient de qui étaient ses textes et où on pouvait se les procurer. J’étais bien obligé de répondre que c’était les miens et qu’ils n’étaient pas édités. À force de me le faire répéter, je me suis dit que c’était une bonne idée de les publier. J’ai proposé à une éditrice manitobaine, c'est-à-dire dans les plaines de mon patelin, si ça l’intéressait. Elle m’a dit oui. Ce livre a plutôt bien marché. Dans ce genre-là, c’est un best-seller au Québec.

Et écrire un roman ?

Non. Je ne suis pas un coureur de fond. Je suis un sprinteur. Ma femme est écrivain. Elle écrit des romans et je vois le travail. C’est autre chose. Moi, je suis quelqu’un qui veut terminer dans la journée ce qu’il a commencé le matin. Le travail de longue haleine, ce n’est pas dans mes gènes.

Écrivez-vous des chansons de plus en plus facilement ?

Oui, très franchement. J’ai trouvé des moments dans la journée pour écrire. Je trouve que quand on prend une habitude et qu’on la garde, il se crée un mouvement qui fait que si, à ce moment-là de la journée, je m’assois et je prends une plume, il y a des choses qui sortent… et ce n’est pas toujours con. Parfois, même, c’est bien.

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Avec Patrick Fiori et Garou pour le revival de Notre Dame de Paris en version symphonique l'année dernière.

Vous travaillez sur des nouvelles chansons, là, en ce moment ?

Je me suis lancé un gros défi. Je travaille sur un opéra rock, une comédie musicale un peu particulière.

Ah bon ! Vous ne pouvez pas m’en dire plus ?

(Il hésite). Le sujet peut m’attirer la foudre. Je n’en parle pas trop, mais je peux vous dire que ça parle des Amérindiens et de leur culture. Ce qu’elle était et ce qu’elle est devenue, ce, par le biais d’un chanteur amérindien qui fait un show rock. Ça va choquer beaucoup de monde, je pense.

En vous voyant m’en parler, j’ai l’impression que ce sujet vous touche. Pourquoi ce thème ? Est-ce lié à quelque chose qui vous concerne ?

C’est un sujet qui est très proche de moi, parce que mes parents ont adopté deux Amérindiennes. J’avais 12 ans quand la première est arrivée chez nous. Elle avait 6 mois. Une deuxième de 4 ans et demi est arrivée après. Elles sont devenues mes sœurs. Je les ai vues grandir. Je les ai vues grandir avec les problèmes des Amérindiens, malgré le fait qu’elles vivaient chez les blancs. Si elles avaient voulu vivre normalement, elles auraient pu, mais la vie, un foutu un bordel de merde, les a rattrapé. Il y en a une qui s’est fait assassiner par la police il y a trois ans et l’autre qui vit aujourd’hui difficilement. C’est un peuple qui peine à s’émanciper parce qu’il est resté accroché à leurs vieilles façons, à leur vieille tradition, comme s’ils refusaient d’évoluer et ça les fait souffrir immensément. C’est terrible.

Et bien… je ne sais pas qui vous dire. Ce projet est bien avancé ?

Très bien avancé. Il y a même une date  de sortie déjà prévue. 2014.

Pour finir, ce disque-là, vos trois soirées à Bercy pour le revival de Notre Dame de Paris en version symphonique, c’est quand même bien la preuve qu’une chanson est vivante. Que si on l’habille autrement, elle peut ressortir et embellir…

Bien sûr et heureusement. Moi, j’espère que mes chansons seront reprises un jour par des jeunes pour que je puisse les voir vivre autrement. Une chanson, ou bien elle vit, revit, ou bien elle disparait et elle meurt. C’est comme nous. Ou bien on fait quelque chose, ou bien on meurt.

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Avc Daniel Lavoie, le 8 novembre 2012.

10 novembre 2012

Gaspard LaNuit : interview pour la sortie de La Trêve

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gaspard lanuit,la trêve,interview,mandorGaspard LaNuit a sorti le 5 novembre dernier, La Trêve (Trois Heures Moins Le Quart/L'Autre Distribution), son quatrième album. Pop rock, noir, exigeant, pointu, mais accessible et surtout addictif. Une écoute en appelle une seconde, une seconde en appelle une troisième...etc.  L’occasion était belle de le rencontrer cet auteur-compositeur interprète au talent encore mésestimé. (L'écouter sur Deezer).

(Sa page Facebook).

(Sa page Noomiz)

Pour faire plus ample connaissance, voici sa biographie très largement inspirée de l’« officielle » et un peu raccourcie :

Marc Chonier, bientôt quadragénaire, a fait tout plein de boulots avant d’intégrer différentes écoles de musique et de spectacle. Il a « créé » en 1997, Gaspard LaNuit, cet autre lui-même, ce fantôme qu’il trimballe dans ses poches trouées et à qui il fait dire, raconter, chanter ce qu’il ne sait dire autrement.

Après Comme un chien paru en 2009 (album Sélection FIP, en playlist sur France Inter & Radio Néo, Le Mouv', RFI…), et une création avec John Parish autour des écrits de Raymond Carver, Gaspard LaNuit sort un 4ème album. On y décèle les influences de John Parish, Grinderman, The Ex, … Ses textes français mélancoliques à l’humour grinçant se mélangent à sa verve et à son énergie, renforcés d’une écriture précise, subtile et sans concessions.

Gaspard LaNuit est venue à l'agence, le 29 octobre dernier.

Interview :

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gaspard lanuit,la trêve,interview,mandorGaspard LaNuit n’est pas un artiste qui débarque aujourd’hui. Il est né en 1998…

Ce nouvel album est le quatrième. Le premier date de 2003. J’étais en piano-contrebasse-voix, après ça a évolué en piano-contrebasse-clarinette-voix. C’était entre « rive gauche » et des gens que j’aime beaucoup comme Allain Leprest et Romain Didier. Je voulais vraiment m’inscrire dans cette famille là.

Pourquoi as-tu pris un pseudonyme ?

Je voulais mettre une barrière entre ce moi là et l’autre moi. Je voulais créer un personnage par rapport à la scène… et même au disque. J’étais encore aux ACP, qui s’appellent maintenant La manufacture chanson,  quand j’ai créé le nom. Tous les autres élèves me disaient que ce nom ne m’irait pas du tout. C’était assez drôle. Ils me connaissaient « rive gauche », alors ils ne comprenaient pas.

Mais toi, à la base, tu es plutôt rock.

Oui, mais j’ai vraiment été nourri au rock et à la chanson française. Ça fait partie de mon ADN. J’ai une sœur qui a 9 ans de plus que moi. Quand on était petit, nous étions dans la même chambre et elle écoutait Pink Floyd, Todd Rundgren, Police, Jimi Hendrix, Randy Newman, King Crimson… mais en même temps, mes parents écoutaient, Brel, Brassens, la musique yiddish, Farid El-Atrach et Oum Kalsoum, un peu de jazz, une peu de classique, le « stop ou encore » sur RTL, tous les samedis et dimanches. J’écoutais beaucoup de variétés, donc. D’ailleurs, quand j’étais ado, j’écoutais Souchon, Jonasz… et j’aspirais à devenir ce type d’artiste, en fait.

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Finalement, toi tu es passé de la chanson dite « réaliste » à des chansons rock sombres.

Mais, ça s’est passé progressivement. J’ai cherché, j’ai provoqué le glissement. À la fois, j’aimais Allain Leprest et Romain Didier, deux artistes que j’ai connus vers l’âge de 20 ans, mais j’écoutais aussi, à la même époque, Tom Waits, Randy Newman et toute cette pop dont j’étais complètement fou. Et je savais que j’allais tendre vers ça. Il y a eu une rupture musicale avec mon pianiste,  qui était celui de l’école, presque une rupture sentimentale. C’était si douloureux que je me demandais si j’allais pouvoir rebondir. Je ne voulais pas jouer seul sur scène. J’ai fini par rencontrer le frère de la clarinettiste avec laquelle je jouais, Boris Boublil, qui joue avec moi depuis plus de 10 ans maintenant. Et avec lui, on a commencé à électriser ma musique. On a trouvé un moyen de pour faire des sons crunchy. En fait, j’avais envie de salir ce que je faisais.

C’est marrant que tu dises cela, parce que j’ai ressenti cela sur ton nouvel album, La trêve. Surtout dans tes 6 derniers titres.

Oui, c’est pour ça qu’on les a mises dans la deuxième moitié du disque. Avec cet album, c’est encore une autre étape. Dans le premier album, Ton fantôme, qui est très chanson jazz, il y avait beaucoup de place à l’improvisation, avec quelques plages très électriques. Je me cherchais un peu, je pense. Juste après la sortie de cet album, je rencontre un musicien qui s’appelle Fred Pallem. Aujourd’hui, il bosse pour plein de gens, mais on a travaillé tous les deux 8 ans ensemble et on a fait deux albums. Il était temps et Comme un chien. Fred m’a amené vers une musique très gaspard lanuit,la trêve,interview,mandorélectrique. Il fallait que je me débarrasse de ma vieille peau du mec qui n’écoutait que Neil Young ou Nick Cave. Ce n’était plus ce que j’avais envie de donner sur scène. Avec Comme un chien, on a été au bout de ça. J’ai senti une limite. Il fallait que j’aille encore ailleurs. Je me suis donc séparé de Fred. Je me suis resserré, avec Boris, dans un petit noyau. On a fait ce nouveau disque à trois, avec aussi Guillaume Magne.

Tes références en écriture, je les aime beaucoup. Boris Bergman, Jean Fauque et Wladimir Anselme.

Wladimir, c’est d’ailleurs lui qui a fait l’Artwork de mon album. Ca fait 20 ans que l’on se connait, mais juste 10 que l’on se connait bien. Pour moi, c’est l’un des plus brillants auteurs français depuis longtemps. Je trouve son travail complètement dingue. Avec son album Les heures courtes, j’étais persuadé qu’il n’allait plus rester confidentiel.

Comme lui, tu ne fais aucune concession par rapport à la musique que tu veux jouer.

Sur ce nouveau disque, il n’y a aucune concession, mais alors, vraiment aucune. Je l’ai pensé presque comme un concert. Je sais que ça ne va pas être simple d’emmener le public dans mon univers, à la frange entre un son anglais dans l’écriture musicale et français dans les textes.  Il y a très rarement des couplets/refrains. Bon, j’ai quand même fait en sorte de ne pas faire de la musique trop hermétique. La chanson qui me touche le plus dans le disque, c’est Le fossé. Je l’ai mise en premier sur le disque parce que j’avais l’impression que c’était presque plus épidermique et qu’elle permettait de rentrer petit à petit dans ma musique.

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Je sais que tu as du mal à écrire un texte. J’imagine que c’est parce que tu es très exigeant.

C’est un enfer. Plus le temps passe, pire c’est. Parce que j’essaie de ne pas me répéter. J’essaie d’utiliser un champ sémantique différent. Dans le précédent, il y a un certain vocabulaire, une certaine manière qui est assez marquée. Dans le nouveau, ma manière d’écrire a rendu mes chansons plus mélodiques. L’écriture, pour moi, ça peut-être douloureux ou spontané.

gaspard lanuit,la trêve,interview,mandorTu m’expliquais en off, qu’il y a des chansons qui te tombent dessus sans que tu n’y puisses rien. Quasi de l’écriture automatique. Tu ne trouves pas ça dingue ce genre d’inspiration ?

Ça ne m’apparait pas comme dingue. Ça ne m’étonne pas. Ça me fascine, mais ça ne m’étonne pas. Et heureusement que parfois, ça se passe comme ça, sinon, je ne suis pas sûr de continuer à écrire. (Rires). Je vis ça comme si on autorisait  l’ouverture d’une porte que d’autres personnes ne veulent pas ouvrir. C’est une sorte de porte de sensibilité. Après, derrière ça, il y a une histoire de travail. Aujourd’hui, ce qui me tombe, c’est juste deux trois phrases, après, je vais au charbon.

Tu luttes pour ne pas écrire de la même façon d’album en album?

Oui, c’est pour ça que j’aime bien des types comme Bertrand Belin. Je tends à me diriger vers une écriture comme la sienne. Je cherche à évoluer à l’intérieur de mon travail. Je ne m’interdis rien. Qu’est-ce qu’on recherche dans ce métier ? L’excitation.

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Playing Carver avec de gauche à droite, Marta Collolica, Boris des Atlas Crocodile, Gaspard Lanuit et John Parish.

Tu n’as pas que ta carrière Gaspard LaNuit. Tu participes à deux autres projets.

Un que nous avons créé au mois de mai avec Boris et d’autres musiciens, un projet qui s’appelle Playing Carver qui est autour des nouvelles et des romans de Raymond Carver. C’est un spectacle qu’on a conçu en mai dernier avec John Parish, l’alter ego de PJ Harvey, qui est une personne qu’on vénère. Il y a un autre projet que j’avais monté il y a deux ans avec une chanteuse qui s’appelle Clarys et Guillaume Magne, mon guitariste. C’était une espèce de commande qui s’appelle « Dommages à Bashung ». Il fait partie de mes grands maîtres. Le but de ce projet, que l’on va rejouer en mars, c’était de quasiment ne pas jouer de Bashung. C’était plutôt de jouer des morceaux qui l’avaient influencé ou qu’il avait chantés, mais qui n’étaient pas de lui. Du Moody Blues, du Manset, du Christophe et deux, trois chansons à lui.

gaspard lanuit,la trêve,interview,mandorBashung, il m’impressionne parce qu’il a déstructuré la façon de chanter.

Il a déstructuré la façon de penser un album, la façon de penser l’écriture, tu peux ajouter. Je me souviens de son album L’imprudence, en 2003, qui est pour moi l’album clef de Bashung. J’étais en train d’enregistrer mon premier album. Ça a été une souffrance absolue.

Pourquoi ? L’étude comparative ?

Oui. J’étais à un niveau, dans l’idée et dans le travail et à ce moment, Bashung sort ce chef d’œuvre avec que des musiciens que j’admire, qui viennent de la musique improvisée américaine, new-yorkaise et que j’écoute depuis que je suis ado. Pendant un an, j’ai écouté cet album au moins une fois par jour.

Tu t’es fait du mal tout seul. C’est maso comme comportement.

Je ne pouvais pas faire autrement. Je crois que cet album a été ma plus grande claque dans la gueule. Il a vraiment créé une école.

Tu es à la Java lundi (12 novembre 2012).

Oui, je vais présenter ce nouvel album et la nouvelle formule parce qu’on est passé de trois musiciens à quatre. On va monter sur le ring pour défendre ce disque. La musique, c’est quand même un combat.

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09 novembre 2012

Je rigole : interview pour Qui chante le matin est peut-être un oiseau

je rigole,qui chante le matin est peut-être un oiseauEn février 2010, je parlais déjà de ce groupe ici même. Je trouvais que leur EP/maquette, déjà très abouti renversait complètement la chanson française d’aujourd’hui. Une chanson française traditionnelle qui se moquerait complètement des codes à respecter, qui pulvériserait le chemin tout tracé, qui prendrait les chemins de traverse complètement hors des clous, qui partirait en live sans qu’on y trouve à redire.

Je rigole s’éclate. Et l’auditeur comprend qu’il navigue dans un océan de liberté musicale unique et salvatrice.

je rigole,qui chante le matin est peut-être un oiseauVoici la biographie d’Andoni Iturrioz, le leader et l’âme pensante du groupe:

Originaire du Pays Basque, Andoni Iturrioz partage son enfance entre Paris, Barcelone et Londres, puis prend la route à 19 ans. Cinq ans de voyage autour du monde s’achèvent à Barcelone, où il s’installe et décide, à 24 ans, d’apprendre la guitare. Andoni écrivait déjà. Arrivé à Paris, Andoni rencontre Christelle Florence en 2007. Ils enregistrent les premières maquettes du futur album, et embarquent Xuan Lindenmeyer à la contrebasse deux ans plus tard. Je rigole. se révèle sur scène. Après l’arrivée de Jean-Brice Godet aux clarinettes en 2010, Andoni décide d’enregistrer le premier album de Je rigole.

Le 17 octobre dernier, à l'occasion de la sortie de Qui chante le matin est peut-être un oiseau, quelques jours plus tôt, Andoni Iturrioz est venu (accompagnée de Christelle Florence, ancienne Je rigole devenue manager du groupe).

je rigole,qui chante le matin est peut-être un oiseau

je rigole,qui chante le matin est peut-être un oiseauInterview :

On l’attendait depuis longtemps ce disque…

On a fait repousser la date sans cesse parce qu’on a tout fait tout seul. Il a fallu donc apprendre tous les métiers. Le jeu en valait la chandelle puisqu’on est super content du résultat et l’album est bien accueilli.

Il a ceci de particulier qu’on ne se lasse jamais de l’écouter tellement on découvre des strates différentes d’écoute en écoute. Ce disque est à la fois accessible à tous et à la fois pointu. C’est curieux et très rare.

Tant mieux, parce que, vraiment, c’est ce que l’on voulait. Que tout le monde puisse y trouver son compte.  Bon, c’est plus un album à écouter qu’un album sur lequel on peut danser. J’ai fait attention qu’il soit très ouvert, qu’il ne soit pas un assommoir malgré sa profondeur. J’ai la capacité à aller plus loin, et c’est ce qu’il se passera peut-être dans le deuxième album.

Ce sont les musiciens avec lesquels tu travailles qui te « modèrent » ?

Disons que c’est un dialogue que j’ai avec eux et avec moi-même. Ils me servent de miroir. Je le répète, je ne voulais pas faire un album de marginal, j’ai le souci qu’il touche le plus de monde possible. Quand je vois dans leurs yeux « attention, je ne comprends plus ! », je rectifie le tir.


Je rigole. : "MOUVEMENT" (Clip officiel) par jerigoleofficiel

A la base, toi, tu es un homme de scène. Le disque est-il primordial pour toi ?

Un disque, à priori, est un objet qui va traverser le temps, du coup, ça devient essentiel pour moi parce que c’est ce qui sauve les chansons. Le côté éphémère de la scène est à la fois jouissif, à la fois dangereux… enfin triste pour les chansons.

Dans tes chansons sombres, il y a beaucoup de générosité et un peu d’espoir.je rigole,qui chante le matin est peut-être un oiseau

Ce qui donne un côté sombre à mes musiques, c’est mon goût pour les dissonances et les ambiances un peu torturées. Après, le propos de mes chansons peut-être sombre, mais jamais fermé. Au contraire, toujours ouvert sur quelque chose de lumineux. J’ai l’impression d’avoir deux mains. Une main qui exorcise, on fait de la beauté avec des violences, et une autre main qui guérit, avec des chansons comme « Paris » ou « Dans l’air », des chansons avec plus d’espoir…  en fait, ces deux mains ont la même fonction : soigner.

Il y a certaines chansons qui existent depuis longtemps, que je connaissais de ton premier EP en 2010. Sont-elles retravaillées pour l’album. Je te demande par là si tu as changé certains textes ou modifié des passages musicaux ?

C’est très dur à modifier plus tard les chansons. J’ai changé une phrase ou une formulation, de-ci, de-là, mais vraiment pas grand-chose. Si, un vers de « Crève la France », une chanson qui date de 2005. Les émeutes de cette année-là ont d’ailleurs commencé pendant que j’écrivais ce texte. C’est triste, mais 7 ans après, cette chanson reste d’actualité.


Je rigole. présente son premier album ! par jerigoleofficiel

Je sais que tu fuis les chansons narratives. Tes textes sont des suites d’images poétiques.

Je ne remets pas en question la chanson narrative, en France, il y en a qui font ça très bien. Moi, je trouve que pour la narration, l’outil de la chanson n’est pas le plus adapté. Moi, j’aime donner de la profondeur en racontant une histoire, mais un peu comme une boule à facettes. On brise la narration par des images poétiques qui fait qu’on a des sens dans le sens général, du coup, les personnes qui écoutent peuvent s’approprier ce qu’ils ressentent.

Tu n’as pas envie, non plus, de t’emmerder.

C'est-à-dire que j’ai besoin d’accroche. De vriller les sons, de vriller la musique, ça me semble être très riche et pourtant, le retour qu’on a de l’album, en gros, c’est que c’est sobre. C’est te dire, si on peut se l’approprier de toutes les manières.

C’est tout le contraire de ce que je pense moi, en tout cas. Je ne vois pas le dépouillement.

Nous non plus. Je trouve qu’il y a une richesse dingue. Si on morcelle la narration, les retours d’écoute de l’album peuvent l’être aussi. Chacun fait ce qu’il veut dans cette histoire finalement. Il y a une deuxième chose que j’ai constatée. Chaque chanson est la préférée de quelqu’un. Personne n’est d’accord. Il n’y a pas de tube.

Comment peut-on définir ta musique. Du free folk ? Non, parce que ça part vers le jazz, le folk, la chanson…

Ça, c’est lié au rassemblement des personnes. Moi, je fais de la chanson et mes musiciens viennent du free jazz.

Tu te demandes comment les gens peuvent accéder à ta musique la première fois ?

A priori, la première fois, ce n’est pas facile. Même les gens qui nous soutiennent et qui ont aimé l’album, ils sont passés par trois ou quatre écoutes avant de pouvoir en parler et le « juger ».

Il y a une démarche d’intégration à ton univers.

Peut-être oui. Mais une fois que les gens sont rentrés, ils deviennent nos meilleurs défenseurs.

"J'ai vécu les étoiles" avec la participation de Lisa Portelli. Captation live en avril 2012.

Parle-nous des musiciens qui participent à l’album.

Xuan Lindenmeyer, c’est un contrebassiste et un musicien hallucinant. Il est le pilier musical du projet. Moi, je suis beaucoup plus auteur que musicien. Lui, c’est la stabilité et la puissance. Jean-Brice Godet, à la clarinette, lui, c’est le vent. C’est tout ce qui est écume, ce sont des vagues mémorables de sons.

Quand il a fallu que tu les choisisses et qu’ils acceptent de jouer avec toi, quand ils ont écouté ton œuvre, ils se sont dit : « c’est quoi ce fou ! ».

Tout à fait ! (rires).  Xuan, je suis allé vers lui, parce que même s’il venait du free jazz, j’avais constaté qu’il était capable de jouer dans des projets très classiques. Il accompagnait des gens de la chanson française avec une virtuosité et une sensibilité admirable et à côté de ça, il était aussi dans des projets, mais alors barré de chez barré.  Il rejoignait mes deux pieds. La tradition et l’expérimentation. Jean-Brice, qui vient aussi du free jazz n’a pas mis longtemps à comprendre ce que je voulais faire. En plus, il a une oreille pour le texte.

je rigole,qui chante le matin est peut-être un oiseau

Toi, en tant qu’auteur, tu te demandes si tu ne vas pas trop loin, si tu es clair dans ce que tu veux exprimer?

J’ai la chance, à ce niveau-là, d’avoir une bonne assurance. J’ai une vision dans l’écriture et une vision sur l’écriture. Je sais ce que je veux et j’arrive à le situer dans l’environnement. Je fais ça seul et je n’ai pas de conseiller, ni de miroir. J’en ai besoin pour l’enregistrement ou la sonorité, mais pas pour l’écriture. Pour ça, j’ai un GPS au ventre qui fait que je me dirige tout seul.

Maintenant que le disque est là, tu es dans quelle disposition ?

C’est marrant, parce que je l’ai tellement attendu que finalement, je n’attendais plus rien. Mes attentes, je les ai semées en route. Moi, je suis complètement dans l’écriture du deuxième album. Je ne dis pas qu’il n’y pas un peu de stress et que je suis complètement zen, mais en gros, je suis en période de détachement. Ce disque ne nous appartient plus.

Ton amour pour la chanson française, je sais que ça te vient de Brassens, Brel, Renaud première période. Mais, ton côté barré, il vient de quelles influences musicales?

Ça viendrait plutôt de mon adolescence. J’écoutais des disques comme les Sonic Youth et autres groupes expérimentaux. Ça vient aussi de mon côté basque. Du côté espagnol, ils ont été opprimés sous Franco pendant très longtemps. Ils n’avaient pas le droit de parler basque par exemple, d’avoir des noms basques. Ils se sont donc approprié une liberté artistique vraiment dingue. Il y a tout un mouvement de sculpteurs, de musiciens, de peintres qui ont une liberté proprement hallucinante et folle. Le grand écart entre la tradition et l’expérimentation, dont je te parlais tout à l’heure, me vient de là.

Clip officiel de "Crève la France".

Tu t’adresses tout de même et avant tout aux amateurs de bonne chanson française.

Oui, mais le problème avec la chanson française, c’est qu’elle s’adresse à un petit public. Comme c’est un petit public, on a besoin de tout ce public pour pouvoir vivre de la musique, même raisonnablement. Dans la musique anglo-saxonne, le public est tellement large et il y a tellement de monde que, même si on fait une musique marginale, tous les musiciens s’y retrouvent. Pas en France, du coup, les gens essaie d’être le plus large et fédérateur possible. Ça donne beaucoup d’artistes au milieu de la route et consensuels. Pas tous, mais beaucoup.

Pour finir, sur une note positive… il y a de l’humour dans tes textes. Un peu sous-jacent, mais il est là.

Malgré notre nom, Je rigole, le propos est sérieux. Mais ça n’empêche pas l’humour. C’est très naturel et très simple de tourner en dérision les drames et les difficultés de la vie. Je ne peux pas imaginer la chanson sans humour, ironie et second degré.

je rigole,qui chante le matin est peut-être un oiseau

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06 novembre 2012

Françoise Hardy : interview pour L'amour fou (le livre et le disque)

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J’ai été ravi d’apprendre que je devais interviewer Françoise Hardy pour un de mes journaux à l’occasion de la sortie de son 50e anniversaire de carrière. Elle sort un disque et un livre portant le même titre, L’amour fou. Pour obtenir un rendez-vous, il y a eu plusieurs attaché(e)s de presse sur l’affaire. Entre ceux de la maison de disques et ceux de la maison d’édition, ça aurait pu devenir un joyeux bordel, mais non, en fait. J’ai obtenu un rendez-vous assez rapidement. (Merci donc à EMI et à Albin Michel).

Rendez-vous est pris le 10 octobre dernier dans le nouvel appartement de Françoise Hardy. Je dois avouer que je suis arrivé chez elle moyennement rassuré. J’avais entendu dire que la chanteuse (et désormais officiellement écrivain) n’était pas d’un premier abord très sympathique. Qu’elle avait ses têtes.

Je ne m’étendrai pas sur l’accueil (qui fut chaleureux), ni sur les coulisses de cette rencontre. Mais, j’ai été très ému pendant cet entretien. Très. Françoise Hardy est une grande dame.

Voici le fruit de cet entretien pour Le magazine des espaces culturels Leclerc (daté du mois de novembre 2012). Il sera suivi de la version longue de l'interview et de différentes chansons filmées en studio tirées de ce disque délicieux, raffiné et très émouvant.

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Voici deux premiers titres tirés de l'album L'amour fou.

"Pourquoi vous?"

"L'amour fou"

Suite de l'interview pour Les chroniques de Mandor...

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J’insiste un peu, je vous l’accorde, mais vous semblez quand même un peu inquiète de la destinée de votre livre.

Pour le disque, je ne m’inquiète pas précisément. Mes meilleurs albums ne se sont jamais vendus. Je considère celui-ci comme mon meilleur, alors j’espère qu’il sera l’exception qui confirme la règle. Je sais quoi en penser parce que je suis dans mon élément. Tandis que je suis très inquiète des réactions pour mon récit. J’ai un peu peur, c’est un récit que je ne voulais pas publier. On m’a un peu forcé la main. Évidemment, je ne me considère pas du tout comme un écrivain. En même temps, j’adore les écrivains, j’adore lire et j’ai un très très grand respect pour l’écriture, donc, évidemment, je me suis donné un mal de chien pour écrire correctement.

Ce livre est-il vraiment entièrement autobiographique ?

C’est nourri de mon vécu, mais il y a aussi beaucoup de subjectivités et de fantasmes. Dans un premier temps, je n’ai pas écrit tout ça pour que cela soit publié. Depuis le succès de mon autobiographie, mon éditeur me presse un peu pour que je poursuive dans une voie littéraire. Il prétend que j’écris bien. J’ai commencé à travailler sur un livre sur la spiritualité, puis j’ai abandonné le projet parce que j’ai réalisé que je n’avais aucune crédibilité pour faire ça, c’est dire s’il me reste encore un peu de lucidité sur moi-même (rires). C’est sacré la spiritualité, il ne faut pas faire n’importe quoi. Bref, mon éditeur qui avait lu un chapitre ou deux de ce récit m’a relancé avec insistance par rapport à ça. Ce qui m’a incité à accepter, c’est l’avis de Jean-Marie Périer, qui est mon premier grand amour, mais qui est mon ami depuis toujours. Il a lu quelques pages et il m’a fortement conseillé de le sortir. Je peux dire même qu’il a été catégorique.

Votre héroïne, vous donc, rencontre des hommes qui sont comme elle. Ils n’arrivent pas à communiquer leurs sentiments.

Par moment, on est tellement empêtré dans ses inhibitions et ses difficultés à communiquer, qu’on en occulte totalement l’éventualité que l’autre puisse être aussi empêtré que vous.

Vous avez peur des réactions des gens après lecture de votre récit ?

Je ne serais pas étonnée d’avoir des critiques très négatives. Je ne suis pas sûre de moi du tout pour ça. Pas du tout du tout. Avant les dernières épreuves, on devient fou parce qu’on relie, on remanie. Jusqu’à la dernière seconde, on trouve encore des choses à améliorer. Tout ça rend fou. Moi, j’ai une indigestion de ce texte, je ne veux plus jamais le lire. Je n’ai plus du tout le recul, donc je ne sais plus du tout si c’est bien, si ce n’est pas bien. Je pense que mon livre n’est pas grand  public. Mon éditeur pense le contraire, mais moi je pense qu’il est fou.

Avant de lire la suite de cette interviews, deux autres titres somptueux...

"Si vous n'aviez rien à me dire"

"Normandia"

Travaillez-vous tout le temps ?

Je n’écris que quand je prépare un album, sinon je lis énormément. Je lis trop.

Oui, votre amour de la littérature se perçoit même dans vos chansons. La chanson « L’amour Fou » est inspirée d’un roman d’Henry James par exemple. C’est la littérature du 19e qui trouve grâce à vous yeux ?

Je n’aime que ça. Les deux écrivains sur lesquels je me suis focalisée depuis 6 ans sont Édith Warton et Henry James. Focalisation totale parce que je les ai lus et je les relis.

Quel est votre rapport à l’objet livre.

Mes livres sont dans des bibliothèques fermées pour les protéger. Ce sont pour moi des objets précieux, même les livres de poche. Ils sont précieux par leur contenu. J’ai relu récemment Adolphe de Benjamin Constant, ça m’a fait autant d’effet que la première fois. Un peu avant, j’ai relu aussi Adrienne Mesurat de Julien Green. Un chef-d’œuvre absolu ! Aujourd’hui, au point où j’en suis, j’ai plus envie de relire des livres que j’ai adorés étant plus jeune plutôt que de découvrir des auteurs actuels. Je ne suis pas intéressée par les auteurs actuels.

Aucun ?

Le dernier qui m’ait intéressé, c’est Houellebecq. Quand j’ai vu la première fois Houellebecq à la télévision, il m’a touché. Il m’a donné le sentiment de percevoir à quel point il avait de la souffrance en lui. C’est pour ça que j’ai eu envie de le lire. Uniquement. Sinon, le seul grand auteur français contemporain, pour moi, c’est Patrick Modiano. Cet ami de très longue date est grand, sous tout rapport. Je ne me lasse pas de sa littérature. Son style a une force d’envoûtement incroyable !

Après ce récit-là, vous songez à en écrire un autre ?

Pas du tout. Je vais vous dire franchement, comme je suis en ce moment, j’ai du mal à me projeter dans l’avenir.

Vous êtes étonnée, parfois, d’être encore là à continuer votre métier de chanteuse ?

Je vais vous raconter une chose. Quand j’ai eu 18 ans, j’ai enregistré mon premier disque, « Tous les garçons et les filles », qui a eu le succès que l’on sait. J’ai signé un contrat de 5 ans avec ma maison de disque. Et je me souvienscomme si c’était hier, de m’être dit : « Mais dans 5 ans, plus personne ne me connaîtra ! ». Finalement, malgré mon parcours en dent de scie, avec des hauts et des bas, je suis encore là.

Si vos derniers albums ne sont pas beaucoup vendus, les critiques étaient dithyrambiques.

J’ai eu la chance d’avoir un bon accueil de la part des médias. La plupart du temps, j’ai eu de bonnes relations avec mes maisons de disque et aussi avec les gens de radio.

Un dernier titre. Peut-être le plus émouvant. Peut-être...

"Rendez-vous dans une autre vie".

Avant de vous rencontrer, je me suis dit que vous deviez en avoir marre de rencontrer des journalistes depuis 50 ans.

Ça ne me dérange pas parce que j’aime bien papoter, j’aime bien les têtes à têtes. L’entrevue ne me dérange pas, je suis plus dérangée quand je lis de ce que l’on fait de mes propos. Là, ça me rend souvent malade.

Je vous assure que moi, je ne déforme jamais les propos des artistes que j’interviewe.

Ah, mais attendez ! Ça ne suffit pas, parce qu’il y a beaucoup de journalistes qui retranscrivent mot à mot et qui ne font absolument pas le travail de transposition qui est nécessaire entre le langage parlé et le langage écrit.

Je vous assure que je fais ce travail, rassurez-vous !

Je vous dis ça parce que la dernière interview que j’ai faite récemment, j’étais consternée par le résultat. Je me suis dit que le prochain journaliste que j’allais voir, je ferais très attention. En fait, j’ai compris, ce n’est pas le cas avec vous, c’est le journaliste lui-même qui part dans tous les sens. Quand il part dans tous les sens, vous ne pouvez pas avoir un discours structuré. Bref, de toute manière, je suis meilleure à l’écrit qu’à l’oral.

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Avec Françoise Hardy, le 10 octobre 2012, chez elle.

04 novembre 2012

Pia Petersen : interview pour Le chien de Don Quichotte

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DSC03016.JPGLa première fois que j’ai rencontré Pia Petersen, c’était Au Père Tranquille, le 23 janvier 2012. J’avais rendez-vous avec Alain Mabanckou pour une interview (que vous pouvez lire ici). Il était en train de déjeuner avec sa collègue auteure. Ils se connaissent depuis longtemps et se respectent beaucoup.

Nous avons beaucoup parlé avec Pia après l’interview et, très vite, j’ai eu envie de mieux la connaître. Nous avons donc convenu que je la mandoriserais pour son prochain livre, si celui-ci m’intéressait. J’ai reçu au mois de mars dernier Le chien de Don Quichotte, mais je ne l’ai lu que récemment. Un livre qui m’a passionné et qui m’a beaucoup étonné. Tant de choses dites à travers un roman noir. Ce livre n’est pas qu’un thriller, c’est un livre philosophique déguisé. L’écriture de Pia Petersen est beaucoup plus maline qu’on pourrait éventuellement le supposer si on ne creuse pas profondément son texte. Le chien de Don Quichotte est un livre sur le changement comportemental. Notamment. Comment passer du mal au bien ? Le peut-on réellement ?

395276_3116797203916_1354301411_n.jpgL’histoire :

Hugo est le porte-flingue heureux d'un patron véreux. Une vie bien réglée, qui bascule furieusement quand un prêtre imbibé jusqu'à l'os donne à Hugo un livre, dont le héros est un homme bon, prêt à tout pour protéger les faibles. Cette lecture bouleverse Hugo : lui aussi veut faire le bien. II ne veut plus tuer.
Oui, mais voilà, il n'est pas simple de protéger les gens quand on a pour mission de dézinguer... Et cette bande de hackers, les «vendredi 13», ne lui facilitent pas la tâche : en piratant les comptes de son patron, ils déclarent la guerre ouverte. Les hostilités doivent commencer. Quelle galère !

L’auteure:

Née à Copenhague, Pia Petersen s'installe en France afin d'écrire en français. Elle y fait des rencontres, des petits boulots, des études de philo, monte une librairie puis, en 2000, se lance enfin dans l'écriture. Elle a notamment reçu le Prix de la Bastide 2011 pour Une livre de chair, et le Prix marseillais du polar 2009 pour louri, parus chez Actes Sud.

Le chien de Don Quichotte est sorti dans la collection "Vendredi 13" aux Éditions La Branche (le 29 mars 2012). Le concept de cette collection : 13 auteurs, 13 titres, 13 histoires, une publication mensuelle pendant 13 mois. Chaque écrivain de la collection doit donc écrire autour de cette date, "Vendredi 13".

Pia Petersen est venue à l’agence le 12 octobre dernier. Elle s’est beaucoup livrée dans cet entretien. Il me semble que vous pourriez lire un résumé de sa vie ici pour, peut-être, mieux comprendre certains aspects de sa vie évoquée avec moi…

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pia petersen,le chien de don quichotte,interview,mandorInterview :

À 7 ans, vous avez dit à vos parents que vous alliez devenir écrivain et que vous alliez révolutionner la langue.

J’ai écrit sur une carte postale destinée à mon père que j’allais libérer le verbe. À cet âge-là, j’avais un langage d’adulte.

Ma petite fille à moi à 7 ans, justement. Elle ne pense pas encore à devenir écrivain et libérer le verbe.

Si on ne m’avait pas montré la carte, j’avoue que je n’aurais pas cru que j’avais écrit ça. Dès que j’ai commencé à écrire l’alphabet, je me suis intéressée aux livres. J’étais plutôt précoce. J’ai eu une expérience de mort imminente à l’âge de 4 ans. Ça m’a fait murir beaucoup plus vite et débloquer quelque chose en moi. Je ne sais pas trop quoi, mais j’ai toujours été attirée par l’essentiel et j’ai toujours suivi ce que j’ai voulu faire. Sans frein.

Vous avez voyagé partout, vous avez traîné avec toutes sortes de gens et pas mal de personnes « bizarres »…

Je n’avais aucun soutien de la part de ma famille. Je me suis vraiment battue pour m’en sortir. Le paradoxe, c’est que je viens du pays le plus heureux du monde et je suis partie pour faire la manche en France. C’est plus facile de partir d’un pays qui est en guerre que partir d’un pays où vous avez tout.

Quand vous êtes arrivée en France, vous ne parliez pas la langue du pays.

J’ai pris la fuite du Danemark à l’âge de 16 ans. J’ai commencé à apprendre le français en arrivant, effectivement. Mon apprentissage de la langue s’est déroulé en lisant Stendhal.

Vous avez vécu des choses difficiles dans votre vie. C’est difficile de résumer ce qu’il pia petersen,le chien de don quichotte,interview,mandors’est passé.

D’abord, je suis passée par la Grèce et j’étais dans un état tout à fait secondaire. Après je suis revenu au Danemark, j’ai travaillé dans un hôtel, mais je me suis fait licencier à cause d’une affaire assez sombre. Ensuite, je me suis fait récupérer par une espèce de secte. Ça a duré un an, mais j’étais la cible du gourou qui voulait m’intégrer à son harem. J’étais devenu autiste, je ne répondais plus à rien. J’ai rencontré quelqu’un qui m’a donné la possibilité de partir de la secte, mais du coup, je me suis retrouvée dans un milieu un peu délinquant. J’ai connu beaucoup de truands…

Je vais faire de la psychologie de comptoir. Est-ce que la littérature et l’écriture vous a permis de vous en sortir ?

Je ne sais pas. Ce que je sais, c’est que, quand j’étais gosse, j’ai eu une professeure qui a complètement flippé en lisant ce que j’écrivais. La mort était très présente dans mes écrits, mais personnifiée. La mort, pour moi, était quelqu’un, une personne qui me suivait, qui me courait après. Mes textes étaient d’une violence très adulte. Cette professeure avait peur de moi et de mon tel besoin de liberté. Elle n’arrivait pas à gérer ma façon de pensée philosophique. Comme tout le monde me trouvait « bizarre », « différente », « pas comme les autres », du coup, j’avais peur d’écrire mes réflexions profondes. En plus, mes deux yeux de couleurs différentes ne m’ont pas beaucoup aidé. J’ai commencé à avoir peur de moi-même et de ce que j’étais. J’étais dans la fuite perpétuelle de moi-même parce que j’avais peur de ce que je pouvais faire.

Quand on n’est pas français et que l’on écrit en français, a-t-on envie d’écrire mieux ?

J’ai toujours eu une personnalité très forte et une écriture qui m’est propre, quelle que soit la langue. Mon rêve c’était d’écrire des textes à la Chateaubriand, Victor Hugo, des textes flamboyants. Des textes dont on m’aurait dit qu’ils sont somptueux. Je me suis rendu compte que mon style n’était pas celui-là et qu’il fallait que j’assume mon écriture telle qu’elle était. J’ai commencé à travailler pour apprendre à être ce que j’étais. C’était un processus assez long. En même temps, quand j'ai étudié la philosophie, j'ai assez vite compris qu'on apprend à maquiller avec des beaux mots le fait qu’on n’a rien à dire.Comme j’étais passée à travers beaucoup de choses avec un rapport décalé à la vie,  je ne voulais pas masquer, je préférais aller vers quelque chose de plus simple. J’ai préféré travailler sur le rythme et l’articulation pour faire ressortir  le fond.

41V0R3VSPSL._SL500_AA300_.jpgEst-ce que vos éditeurs ont tenté de vous ramener vers un style plus… disons plus conventionnel ?

Oui, Hubert Nyssen (éditeur de la maison d’édition Actes Sud) pour Le jeu de la facilité était stupéfait. Je dois dire que pour l’inciter à me publier, je lui avais envoyé tout ce que j’avais écrit. Il a tout lu deux fois, il  m’a demandé que je reste à sa proximité pour qu’il puisse voir comment j’évolue. Pour mes deux premiers romans, il a tenté de rentrer dans mon écriture. Ce n’est pas évident, parce que j’ai une syntaxe un peu  à part. Il voulait arranger ça, il avait l’impression qu’il fallait mettre de l’ordre. Au bout de 15 pages, il s’est rendu compte que s’il déplaçait quoi que ce soit, il n’y avait plus de roman. Tout s’effondrait. Indéniablement, il n’y a que moi qui pouvais rentrer dans mon texte, voir où on pouvait rectifier le tir et savoir ou on pouvait éliminer quelque chose. C’est magnifique d’avoir un éditeur qui reconnait qu’il ne peut rien faire lui-même. Il a su voir qu’en moi, il n’y avait pas que du romanesque.

Dans votre œuvre, peut-on dire qu’il y a une suite « logique », que tout se rejoint ?

Un peu à la manière d’une comédie humaine, mais avec les préoccupations d’aujourd’hui. J’ai une suite d’idées développée dans chaque roman. Je pose un peu des « problématiques » et dans chaque roman j’aborde la chose différemment, selon un certain angle de vue.

Dans Le chien de Don Quichotte, quel est le thème qui vous préoccupe ?

C’est le changement de vie. C’est un vrai fil conducteur dans mes romans… et je suis bien placée pour en parler. Au démarrage, on est éduqué, on suit notre scolarité, on suit une voie un peu automatique que l’on n’a pas forcément soi-même choisie et à un moment donné, il y a toujours une rupture. Quelqu’un qui veut vous inciter à aller vers autre chose.

Vous me disiez tout à l’heure, en off, qu’en ce moment, vous circulez beaucoup autour depia petersen,le chien de don quichotte,interview,mandor l’idée de héros.

Robin des Bois et aussi Superman sont mes héros préférés. Il manque aujourd’hui des gens présents pour nous aider à avancer. J’ai remarqué que la littérature a un peu détruit l’idée de héros, en mettant en place beaucoup d’anti héros. C’est séduisant parce qu’on peut aller très loin, mais en même temps c’est dangereux parce qu’après, on n’a plus rien. L’espoir qu’on a pour s’en sortir et faire quelque chose de sa vie, n’est pas évident dans les romans d’aujourd’hui. Je me suis demandé comment je pouvais remettre en avant l’espoir. Du coup, j’ai travaillé sur Robin des bois et Don Quichotte.

Dans votre livre, un prêtre offre un livre à un tueur à gages. À partir de ce moment-là, ce dernier va décider de changer de vie et de tenter de faire le bien.

Hugo est un fonctionnaire de la mort, mais privatisé. Il travaille pour un grand patron qui le charge d’éliminer ceux qui le gênent dans ses entreprises. Malgré son envie de faire le bien, les gens qu’ils croisent meurent les uns après les autres. Une question s’impose : est-il facile de changer ?

Comment jugez-vous votre écriture ?

C’est une écriture contemporaine qui a des échos. Elle est proche de celle de James Frey et de Comac McCarthy dans laquelle on retrouve le même type d’ambiance. Je suis tout le temps dans l’oralité, il y a une musique. Je n’écoute jamais de musique chez moi, mais j’écoute beaucoup la musique de la langue. Je ne veux pas surcharger avec un vocabulaire qui ne sera pas forcément utile.

Il y a beaucoup d’humour noir dans votre roman.

Je suis danoise, ne l’oubliez pas. L’humour danois est plus noir que l’humour anglais. C’est un peu le même type d’humour, mais il va encore plus loin.

Dans ce livre, on en apprend beaucoup sur les rapports humains, sur la société... mais de manière sous-jacente.

Je me rendais compte, déjà quand je faisais de la philo, que mes collègues étudiants étaient très réticents à l’idée de penser, très réticents aussi à se poser des questions, à contrarier ses propres points de vue. Aujourd’hui, en règle générale, on ne peut pas penser directement, alors j’utilise le roman pour poser des questions très importantes sur la société, sur le bien, le mal… le bien et le mal d’aujourd’hui ne sont pas les mêmes qu’il y a 50 ans. Comment peut- on amener les gens à s’interroger sur tout ça ? Par le roman. De manière cachée, donc, et pas frontale, pas visible. Il faut que les gens rentrent dans une démarche de pensée sans s’en rendre compte. Moi, je ne donne pas mes idées dans mes livres, je ne prends pas non plus position, je veux juste provoquer le débat.

Vous posez en tout cas une question que je juge importante. Peut-on sacrifier sa vie pour 223349_1059621895819_2122_n.jpgses idéaux ?

J‘ai déjà écrit un livre sur la question, Iouri. Iouri est un brillant artiste plasticien hostile aux mesures sécuritaires de notre époque, qui décide de s'engager dans une démarche artistique radicale. Dans ce livre, en même temps, je justifie aussi l’acte de terrorisme comme étant quelque chose d’important pour l’humanité parce que si personne n’est capable d’aller aussi loin, à mon avis, il n’y a plus d’humanité possible. J’explique cela clairement dans Iouri, mais jamais personne ne l’a relevé, alors que c’est écrit noir sur blanc. Les gens ont parfois des œillères lorsqu’ils lisent.

Vous écrivez tout le temps ?

Oui.

Dans le but d’être publiée systématiquement ?

Oui, parce que je veux être lue. J’ai beaucoup de travail en cours. J’ai un roman qui sort au mois de janvier 2013, « Un écrivain, un vrai ». C’est l’histoire d’un écrivain français qui vit aux États-Unis depuis  des années et qui vient de recevoir « l’International Book Prize ». Il est donc au summum de sa gloire et il a accepté, dans la foulée, une émission de télé-réalité chez lui, dont il est le principal acteur. C’est le début du roman participatif. Il va écrire un roman sous l’œil des caméras et avec l’intervention sur l’histoire de son livre en cours. Tous les jours ce qu’il a écrit dans la journée va être montré tout de suite à la télé.Il voudrait rendre la littérature accessible à tous, mais c’est lui qui risque d’y perdre sa puissance créatrice… Une dénonciation du règne du storytelling au détriment de la pensée.

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02 novembre 2012

Daguerre : Interview pour la sortie de Mandragore

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(Photo : Eric Vernazobres)

Il y a parfois des artistes dont je ne comprends pas que nos routes ne se soient pas encore croisées. Daguerre, j’ai tous ses disques et j’observe de loin sa carrière depuis des années. J’aime sa voix et ses chansons écorchées. C’est un rockeur qui s’est caché dans la chanson française. Pour foutre son bordel dans un genre musical parfois un peu plan-plan. Lui aime bousculer et prendre aux tripes.

Daguerre est donc venu à l’agence, le lendemain de la sortie de son disque Mandragore. Merci à lui, car il était assez tôt (et était en concert au Zèbre de Belleville la veille). L’interview s'est donc tenue sous intraveineuse de café fort.

522632_443956845628388_251678131_n.jpgBio officielle (légèrement tronquée) :

A 20 ans, Olivier Daguerre fait ses premiers pas d'auteur-compositeur interprète en créant en 1990 le groupe rock parisien "Les veilleurs de nuit". L'aventure va durer 10 ans avec 3 albums produits et plus de 600 concerts. En 2000 le groupe se sépare, Daguerre part s'installer dans le Pays Basque de son enfance.
Ce n'est que 4 ans plus tard, en 2004, qu'il se lance dans un nouveau projet musical qui portera son propre nom.
En 2005, Daguerre sort Ici je, un premier album autoproduit. La même année il croise la route de deux artistes majeurs: Francis Cabrel qui produit en 2006 "Ô désirs" son deuxième opus, et Cali, qui en 2008 prend Daguerre sous son aile via son label "BCBA Music" qu'il vient de créer avec son ami Bruno Buzan. Un troisième album "le cœur entre les dents" voit le jour.

487123_495218813835524_1112032688_n.jpgSon quatrième album, Mandragore (BCBA Music/Wagram) est sorti le 8 octobre dernier.
Fidèle à ses valeurs et en amitié, comme le sont ses dignes parrains artistiques Cali (qui assure avec Geoffrey Burton la réalisation de ce nouvel album) ou encore Francis Cabrel (invité pour un joli duo "Carmen" en hommage au poète Théophile Gautier), Daguerre nous propose onze nouvelles chansons aux arrangements incisifs, palette de sentiments transcendée tantôt par des rifts tranchants tantôt par des cordes mélancoliques.

Voici sa page Facebook officielle.

Interview:

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Tu as une carrière de chanteur rock punk dans un groupe, il y a quelques années.

C’est assez classique dans le parcours d’un groupe, surtout si on se remet dans le contexte. Le premier album, j’avais 17 ans, fin des années 80, début des années 90. J’ai vécu toute l’utopie du rock alternatif français de l’époque. Tout était désintéressé. On savait à peine jouer qu’on était déjà sur scène. On faisait 110 concerts par an. On était souvent à huis clos et au bout d’un moment, tu deviens chanteur éducateur. Ça a duré presque une dizaine d’années activement.

Moi, j’ai vécu cette période comme journaliste et spectateur. Je voyais bien qu’il se passait beaucoup de choses entre tous les groupes. Il y avait à la fois beaucoup d’insouciance et beaucoup de partage. Ça faisait plaisir à voir.

Cet état d’esprit a complètement disparu. Quand je parle de cette époque à de jeunes musiciens, ils ne comprennent pas toujours. Et puis, je sens dans leurs yeux que ça fait un peu vieux con. C’était des années où en un an, tu vivais 5 ans.

Le clip de "Pour deux".

T’expliques-tu pourquoi, aujourd’hui, les choses ont tant changé dans le milieu artistique?

C’est un phénomène sociétal. C’est à l’image de ce qu’il se passe maintenant. A cette époque, on était moins individualiste. Tout était démarqué de tout enjeu financier. Il y avait moins de pression parce qu’il y avait un énorme réseau d’autoproduction et de petits lieux dans lesquels on jouait. C’était presque de la survie, mais tout le monde était content. On vivait au jour le jour, mais on vivait à 100% en faisant notre métier. On partageait les scènes avec les Satellites, la Mano, les Béru, les Têtes Raides, la Tordue, Louise Attaque… des groupes comme ça. C’était d’une richesse absolue.

Un jour, tu décides de sortir un EP perso… Il marchotte on va dire.

Le groupe s’est séparé parce qu’on a constaté qu’on n’avait plus de plaisir a monter sur scène. J’ai fait une petite pose de 4 ans. J’ai eu un enfant, j’avais besoin d’arrêter cette vie trépidante. Puis, je me suis remis à écrire. Le premier projet Daguerre, c’était en 2005. Mon autoproduit a eu un petit succès, mais en Aquitaine, où je m’étais installé. La région aquitaine a décidé de m’accompagner pendant deux ans et très rapidement, je commence à faire des premières parties assez importantes, puis j’atterris à Astaffort.

Évoquons Les rencontres d’Astaffort, c’est important, cette expérience, dans votre vie. De stagiaire, tu as fini professeur. En fait, tu es devenu pote avec Francis Cabrel.

A Astaffort, j’ai  rencontré d’abord Michel Françoise, son guitariste et alter ego musical. Très vite, nous avons convenu qu’il m’aiderait à faire mon premier album solo, Ô désir.  Francis est venu nous écouter un peu par hasard et discrètement. Il a décidé de me produire. C’est allé très vite après l’EP, puisqu’on est rentré en studio, un an plus tard, en 2006. J’ai travaillé deux mois dans les studios de Francis avec Michel Françoise. Pour moi, c’était inattendu. Voir Francis Cabrel passer presque timidement tous les jours, ça ne me paraissait pas logique.

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Quand on parle de tes références, on cite, Renaud, Brassens. Francis Cabrel n’est pas forcément cité. C’était quelqu’un qui comptait pour toi ?

Oui. On a tous des chansons de Francis dans la tête, qu’on le veuille ou non. J’ai toujours eu beaucoup de respect pour son œuvre et sa discrétion. Je ne l’avais pas vu sur scène, mais j’avais des disques de lui et son écriture m’intéressait. Comme Renaud et Souchon, ils ne sont pas nombreux à être orfèvres des mots avec un style bien à eux. Au fur et à mesure que l’on faisait connaissance, on s’est aperçu, avec Francis, qu’on avait beaucoup de choses en commun dans les goûts musicaux malgré notre différence générationnelle. On écoutait Johnny Cash, Bob Dylan ou Léonard Cohen. J’ai été aussi surpris par son sens de l’humour. Il me fait vraiment beaucoup rire.

Puisque l’on parle de Cabrel, on peut parler de « Carmen », chanson de ton album à laquelle il prête sa voix pour un beau duo. Mazette, un duo avec Cabrel ! Tout le monde ne peut pas s’en vanter…

Ça s’est fait tout naturellement. Comme s’est construite notre amitié. Petit à petit. Jamais rien n’est provoqué volontairement, ça s’écoule dans le temps. Il y a eu un projet « jeune public » qui s’est monté à Astaffort, « L’enfant porte », un conte imaginé par Yannick Jaulin, co-réalisé par Francis Cabrel et Michel Françoise. On a fait une tournée d’un an et demi et lui jouait comme musicien dans notre petite troupe. J’enregistrais Mandragore pendant cette tournée-là et lui me demandait souvent où j’en étais. « Carmen », c’est un poème de Théophile Gautier que j’ai mis en musique. Quand j’ai composé la musique, j’entendais derrière, la voix de Francis chanter en voix de tête. Je trouvais que ça allait bien avec ma musique. Un soir, en buvant un verre, je lui dis ça et il me propose qu’on écoute ma musique. Il me propose d’abord de me faire la guitare, puis très vite, il a bien voulu chanter avec moi. Comme ça, naturellement. Deux jours après, on enregistrait le titre.

Interview de Daguerre + interview de Francis Cabrel + extrait live duo avec Francis Cabrel à Strasbourg le 15 mars 2012 pour la soirée "Remise des Prix Centre des écritures de la Chanson Voix du Sud".

420000_365908803433193_1960955822_n.jpgOn sent dans ton écriture que tu aimes la belle littérature et les poèmes, notamment dans la chanson, « Sans beaucoup d’estimance ».

En toute honnêteté, j’ai beaucoup lu, mais aujourd’hui, je ne lis plus beaucoup. Entre 17 et 23 ans, j’ai eu une boulimie de lecture. De Dostoïevski à Kundera en passant par beaucoup de poésies assez classiques, Verlaine, Baudelaire, Prévert. D’ailleurs, la seule chose que je lis encore, c’est de la poésie. Mais, tout ce que j’ai lu avant, tout ce que j’ai écouté comme chanson française de mes maîtres, c’est un bagage qui reste à vie. Mon identité a été créée par tout ça.

Je veux parler d’une personne qui apparait sur plusieurs chansons, c’est Bertille Fraisse. Elle est violoniste, mais on l’entend beaucoup chanter.

Ça vient vraiment des productions de Léonard Cohen. Il a toujours des choristes incroyables. Il mélange sa voix très basse à des envolées lyriques formidables. En ce qui me concerne, ça a été une rencontre, comme toujours dans ce métier. Bertille jouait avec Kebous, le chanteur des Hurlements de Léo. J’ai été impressionné quand je l’ai vu sur une scène que nous partagions. Comme je voulais une disparité de grain dans mon album, j’ai pensé longtemps à sa voix, alors je lui ai demandé si ça l’intéressait de m’accompagner musicalement et vocalement sur mon disque.


montage daguerre et bertille fraisse par VOIXDUSUD47. "De la lumière".

431079_365908900099850_1145250628_n.jpgTu as dit : « l’amour est la seule croyance qui nous reste de nos jours ». C’est d’ailleurs le sujet principal de ton nouvel album. Mais pas que.

Dans ce monde, quand mal désabusé, pour ne pas être aigri, c’est ce qui nous sauve. L’entité de l’amour au sens large. Bon, une chanson d’amour, quel que soit l’angle, c’est sans arrêt traité par tous les chanteurs du monde entier. Après, il y a la façon d’amener ce sujet universel. Il y a l’art et la manière, si je puis dire. On n’est pas obligé d’en faire quelque chose de banal. Dans mes chansons, j’ai une priorité : que l’émotion saisisse au ventre. C’est une recherche physique.

Il y a une chanson qui parle d’un petit garçon qui part en vacances grâce à l’état, « Une journée à la mer ». Une des chansons les plus émouvantes, je trouve.

Je travaille beaucoup avec des adolescents sur des ateliers d’écriture, dans des endroits un peu défavorisés. Ces gamins sont complètement ignorés par les adultes, alors si tu t’intéresses à eux et qu’ils t’acceptent, ils débordent d’amour. Ils ne savent pas comment l’exprimer. La chanson leur a permis de dire beaucoup de choses, d’expulser des sentiments ou des évènements. C’est suite à ces rencontres bouleversantes que me viennent ce genre de chansons là.

Parlons de Cali à présent. Il a produit et réalisé cet album, comme il l’avait fait pour le précédent « Le cœur entre les dents ».

Lui, c’est différent de Cabrel. On est de la même génération et on s’est rencontré il y a dix ans. Pour mon premier concert sous le nom de Daguerre, je faisais sa première partie, alors qu’il n’était pas encore connu. Il y avait 100 personnes dans la salle. Il a explosé avec « C’est quand le bonheur ? », six mois après.

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Ensuite, pour faire vite, vous vous êtes recroisés souvent, avez pas mal fait la fête et une amitié est née.

Cali m’a beaucoup aidé, sans le dire. Il parlait toujours de partage. Jamais, il ne m’a montré qu’il avait plus de notoriété que moi. Il me disait simplement : « Viens en tournée, on fait dix dates ensemble ». Il disait toujours « on ».  Il m’a fait vivre des expériences extraordinaires, sur des tournées de Zénith par exemple. Ensemble, on rit, on parle et on fait pas mal la fête.

Tu attends quoi de ce quatrième album ? Enfin la rencontre avec un plus large public ?

Pour être tout à fait franc, je n’attends pas grand-chose. Comme je te le disais tout à l’heure, je viens du milieu alternatif ou il fallait constamment se démerder. Ça m’est resté encore aujourd’hui. Je n’anticipe jamais le lendemain. Tout se fait au jour le jour, je suis comme ça, je n’y peux rien. Ce n’est pas très confortable. Moi, ce que je veux, c’est un prétexte pour faire de la scène. Maintenant que cet album est sorti, je veux juste faire partager mes émotions au public. C’est une de mes raisons de vivre.

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30 octobre 2012

The Lightnin 3 : interview pour la sortie de Morning Noon & Night

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The Lightnin 3, c’est l’histoire de trois chanteuses nord-américaines installées à Paris qui enregistrent un album ensemble. Les initiales de leur prénom réunies (R N B) les prédestinaient à faire un album de Rhythm & Blues, source naturelle de leur culture musicale.

The Lightnin 3 album cover.jpgLeur album, Morning Noon & Night, est sorti aujourd’hui précisément et demain (31 octobre 2012), les The Lightnin 3 seront en concert au Café de la Danse. Deux bonnes raisons pour vous les présenter.

Brisa Roché (mandorisée ici), Ndidi Onukwulu et Rosemary Standley (chanteuse du groupe Miorarty, mandorisée là) ne s'étaient jamais rencontrées jusqu'à ce que leur ancien éditeur commun les mette en relation. L'envie de collaborer fut immédiate pour ces trois talents toujours avides d'expériences artistiques. Le groupe fraîchement constitué a décidé  de reprendre un répertoire étendu à plusieurs décennies et d'offrir une relecture des morceaux comme s'ils avaient été conçus dans les années 60. Au final, dans Morning noon & night, 12 titres enregistrés en 5 jours, en formule complètement live avec l'ensemble des instruments dans une seule pièce, sans aucun overdub, pour répondre aux mêmes contraintes techniques qu'à l'époque. Rencontre à la Galerie W, le 26 octobre dernier, avec deux d’entre elles, Brisa Roché et Rosemary Standley, juste avant leur tout premier show case en commun.

Interview :

Qui a décidé de vous réunir toutes les trois ?

Brisa : C’est notre ancien éditeur commun qui travaillait sur un film dans lequel il plaçait pas mal de musiques des années 40 et 50 avec souvent des voix de femmes en harmonie. Il a beaucoup aimé ça et il nous a contactées pour que l’on se rencontre dans le secret espoir que monter ce projet nous intéresse. Ça nous a intéressées, mais pas tout à fait comme il nous le proposait. Un peu à la Andrew Sisters. On voulait aller plus vers les années 60 et un peu plus tard dans les années.

Vous ne vous connaissiez pas.

Rosemary : Non, enfin juste de nom, de vue et de réputation, mais pas plus que ça.

Si ça n’avait pas collé humainement, il n’y avait aucune possibilité qu’un tel projet existe.

Rosemary : Ça, c’est une certitude. On s’est vu pendant un an pour écouter et essayer des choses. Se rencontrer vraiment, apprendre à se connaître, savoir qui on était. Même vocalement, c’était intéressant. On a fait quelques petites expériences, notamment des essais pour vérifier que nos voix se mariaient bien. Après, ça s’est précipité sur la fin parce qu’il y a eu un enregistrement qui s’est décidé assez rapidement.

Brisa : En tant que chanteuses, ça nous fait du bien. Nous sommes parfois isolées, vous savez. C’est rare de pouvoir parler avec des femmes qui font le même métier. Nous étions ravies de passer des moments ensemble.

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Il y a eu beaucoup de répétitions avant l’enregistrement ?

Brisa : Il n’y en a eu aucune avant l’enregistrement. On a choisi les morceaux moins de dix jours avant de passer en studio. On est allé à Berlin découvrir les arrangements et enregistrer.

Rosemary : Nous avions une entière confiance en la personne responsable de la réalisation artistique de cet album, Toby Dammit, surtout connu pour son travail derrière les fûts d’Iggy Pop et par ailleurs producteur, notamment pour Jessie Evans. C’est quelqu’un qui a l’habitude de contribuer à ce genre de projet. On lui avait précisé au préalable ce qu’on voulait et ce qu’on ne voulait pas. Ce qui pour nous était étonnant, c’est d’entendre comment il avait arrangé les morceaux.

Qui a choisi les morceaux ?

Brisa : C’est nous. On nous a proposé des titres et nous en avons proposé aussi. On a discuté longuement et on est tombé d’accord sur 12 titres.

Rosemary : On a écouté beaucoup de morceaux et on a voté à main levée.

Brisa : C’était d’ailleurs un peu difficile. Quand on fait des reprises, personne ne veut faire moins bien que l’original. On ne veut pas non plus faire des morceaux que tout le monde a déjà faits, et enfin, on ne veut pas non plus faire que des gros tubes. On ne voulait pas que les gens pensent que ce projet était commercial, sans âme. Bref, il y a plein de contraintes, donc a mis beaucoup de temps à choisir.

Vous reprenez des chansons initialement interprétées par des hommes. Comme I Want Your Sex de George Michael.

Rosemary : En tant que femme, cette chanson peut être pris comme un discours lesbien, pourquoi pas militant ou tout simplement être pris comme une mise en avant de l’homme qui est en nous.

Et pour savoir qui chantait telle ou telle chanson, comment avez-vous procédé ?

Rosemary : C’était moins dur. On a d’abord choisi celle que chacune avait vraiment envie d’interpréter et on a continué chacun à tout de rôle.

Brisa : Oui, on ne s’est pas battue pour un morceau. Tout c’est passé dans une parfaite entente et harmonie.

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Est-ce bien d’abandonner provisoirement son groupe, ses habitudes musicales, pour rentrer dans un autre univers ?

Brisa : C’est différent. J’ai tendance à être dans des groupes ou c’est moi le chef… et chef très dirigeante. Là, c’est curieux, ce n’est pas moi qui commande.

Rosemary : Ce projet, c’est un truc de fun. On n’a pas envie de se prendre la tête. On a envie de s’amuser entre nous, on a envie de danser, on a envie que ça se voie et qu’on parvienne à communiquer tout ça au public.

Brisa : Comme on pleure pour nos propres projets, enfin, je parle pour moi, c’est souvent douloureux. Là, je n’avais pas envie de douleur. En plus, les enjeux sont différents. Vous savez, on n’a quasiment rien à gagner sur ce projet. On n’a pas d’éditions, on est neuf sur scène, donc pour nous, c’est juste pour s’amuser, être entre filles et s’éclater.

Et puis, c’est bien de voir comment les autres artistes évoluent.

Rosemary : c’est aussi pour ça que j’ai accepté ce projet. Ça me permet de côtoyer d’autres musiciens et d’autres chanteuses. J’adore chanter en harmonie avec d’autres chanteuses. C’est un beau moment de partage. Je vois comment les autres travaillent et c’est passionnant. Voir Brisa diriger par exemple, je me demande pourquoi je n’ai jamais rien dit au sein du groupe auquel j’appartiens (Moriarty). Ca à l’air tellement facile de dire, no, no, no ! (Rire général). Elle n’a pas peur de dire ce qu’elle pense et moi je suis beaucoup plus diplomate.

Brisa: On apprend toutes les unes des autres. Ce projet est vraiment très enrichissant. Nous sommes toutes les trois très fières d’en faire partie.

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Rosemary Standley et Brisa Roché, à la galerie W. Manquait Ndidi Onukwulu (à la bourre).
(Après 45 minutes d'entretien, Rosemary m'a demandé de faire ressortir ma féminité. Elle m'a donc prêté deux de ses robes. Pas pu refuser. Aucune volonté. Mais on s'est bien marré. Faut dire.)

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28 octobre 2012

Amélie-les-Crayons : interview pour Jusqu'à la mer

202528_10151017499873317_1003863353_o.jpgCinq ans après son dernier album studio, La Porte Plume, Amélie-les-Crayons (déjà mandorisée ici et aussi là) revient avec Jusqu’à la Mer, un disque chargé d’embruns et de couleurs, de falaises, de rochers et de créatures merveilleuses, servi par les instruments hétéroclites de l’arrangeur Olivier Longre (lyre, dulcimer, banjo…). Amélie-les-Crayons, mi-chanteuse, mi-fée, est venue à l’agence le jour de la sortie de son nouveau disque, le 8 octobre dernier. L’occasion d’évoquer ses nouvelles chansons, sa façon de travailler, la scène et ses 10 ans de carrière.

1433035500-1.jpgPrésentation officielle de Jusqu’à la mer.

2002-2012. Dix ans déjà !

L'eau a coulé sous les ponts depuis la sortie du premier 6 titres Le Chant des Coquelicots en 2002. 10 ans de tournée, 2 albums autour de 2 spectacles originaux et surprenants immortalisés sur DVD et pour la rentrée 2012, un nouveau projet, album et spectacle : Jusqu'à la Mer, encore plus ambitieux, mais toujours dans cet esprit si caractéristique d'Amélie-les-Crayons où la magie se mêle à la musique, le théâtre au concert et le rêve à l'humour...

Interview :

amélie-les-crayons,jusqu'à la mer,interview,mandorVous avez réussi, encore une fois, à nous emmener dans un nouvel univers. Toujours magique et féérique, mais nouveau.

C’est grâce au regard et à la complicité de mes acolytes. En l’occurrence Olivier Longre,  Bruno Cariou  et Samuel Ribeyron pour les illustrations. C’est vraiment à quatre que nous avons conçu et fabriqué l’album. Ces univers dont vous parlez sortent de mon imaginaire, mais ils les subliment.

Pour cet album, je me suis laissé dire que vous avez beaucoup jeté de chansons.

Je trouvais que ça ressemblait à ce que je faisais avant.  Peut-être que dans tout ce que j’ai jeté, ce n’était pas le cas.

J’irais bien fouiner dans votre corbeille à papier…

(Rires)

Il y a toujours eu de la musique celtique dans vos albums. Cette fois-ci,  un peu plus.

Avant, j’habitais à Lyon, aujourd’hui, j’habite en Bretagne. Du coup, je pense que je suis imprégné encore plus.

Vous n’écoutez que ça ?

Non, pas  du tout, même si je vais danser le festnoz régulièrement. Entre le brouillard, la pluie, la mer, il y a quelque chose qui appelle certaines mélodies, certains sons. Et le granite fabrique une énergie particulière…

Cela étant, je sais que la création, pour vous, garde une part de mystère.

Depuis que je fabrique des chansons, c’est curieux, mais je sens que ce sont elles qui nous guident. Mises bout à bout, ça donne une ambiance générale. Avec de la mesure, bien entendu. Il y a des choses que viennent de nos propres réflexions. Mais, globalement, on essaie de rester à l’écoute des chansons pour se laisser guider.

"Tout de nous", extrait de l'album "Jusqu'à La Mer" (sortie : octobre 2012)
images : David Caen
montage : Bruno Cariou
Texte & Musique : Amélie-les-crayons
Arrangements : Olivier Longre
(c)(p) Neômme/Rouge Poppi 2012

Dans Jusqu’à la mer, on entend de nouveaux instruments que vous n’aviez pas utilisés amélie-les-crayons,jusqu'à la mer,interview,mandoravant.

Ça, c’est l’effet Olivier Longre. Chez moi, dans ma chambre, il y a un piano et une guitare, c’est tout. Par contre, chez lui, on ne peut pas marcher par terre tellement il y a d’instruments. Parfois, j’en entends un qu’il me fait découvrir et je me dis que ce serait bien si on arrivait à la placer dans un morceau. Lui, il se moque d’où vient l’instrument, c’est le son qui l’intéresse.

Vous arrivez avec vos chansons en guitares-voix, ensuite, vous la décorez ?

Moi, je ne fais rien. A partir de ce moment-là, c’est Olivier qui s’y attelle. Je lui donne quelques pistes de temps en temps, mais pas toujours.

Parfois, vous découvrez un morceau terminé?

Complètement. Il travaille pendant dix jours, on ne peut d’ailleurs pas lui parler. Et puis, quand il a fini, il nous livre le fruit de son travail. Donc, effectivement, je suis dans une totale redécouverte du morceau. Pour moi, à chaque fois, c’est un beau cadeau d’anniversaire.

Ça vous arrive de contester un fichier qui arrive ?

Oui, bien sûr. Nous travaillons dans un véritable échange de création et nous avons une vraie affinité musicale. Moi, quand j’écris une chanson, j’ai l’impression qu’il comprend tout de suite la vision de l’après, la vision de ce que je veux qu’elle devienne. Je pense que c’est une histoire de connivence intense. Ce n’est pas juste une connivence musicale, c’est aussi une vraie histoire d’amitié et de complicité. On travaille dans le plaisir. Lui il se fait plaisir dans le fait d’habiller mes chansons et moi de les entendre habillées ainsi. Ce qu’il y a de génial, c’est que l’on rigole bien.

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Il s’est passé 5 ans entre La Porte Plume et Jusqu’à la mer.

On a fini la tournée de La Porte Plume en décembre 2009. Ensuite, j’ai eu besoin de tranquillité pour me ressourcer. Depuis 2001, depuis le début de l’histoire d’Amélie-les-Crayons, nous ne nous étions pas arrêtés. Du coup, je pense qu’il était nécessaire pour moi de faire le point pour savoir où j’en étais. Et puis, très franchement, à chaque fois que j’arrête une tournée, j’ai envie de changer de métier.

Ah bon ! Expliquez-moi ça.

Ça ne dure pas longtemps, mais deux fois, ça m’est arrivé et je me suis dit qu’en fait, je voulais faire de l’agriculture. Complètement autre chose, quoi.

amélie-les-crayons,jusqu'à la mer,interview,mandorMais pourquoi ? Quand vous faites des concerts, les salles sont systématiquement remplies, votre public est d’une fidélité sans réserve...

Oui, tout à fait. Mais j’ai trop peur d’être malhonnête à un moment donné. J’ai peur de ne pas écrire les chansons qu’il faut. Je veux que mes créations musicales soient hyper justes et sincères et à chaque fin de tournée, j’ai l’impression que je ne vais jamais plus y arriver.

Ah d’accord ! Le doute de l’artiste, en somme.

Non, il ne faut pas prendre cela à la légère, c’est plus profond. C’est comme une mini dépression. Ça dure quelques mois.

Et qu’est-ce qui fait que vous revenez finalement ?

J’ai recommencé à faire quelques petits concerts complètement informels, pour faire plaisir à des personnes qui me le demandent. Et je me suis rendu compte qu’être confrontée au public, c’est ce que j’aime. Il y a vraiment un endroit où je me sens à ma place, c’est sur scène, quoi.  Et pour que le monde aille bien, il faut que chacun soit à sa place.

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Avez-vous déjà fait de la scène avec cet album ?

On a fait une petite résidence au Train Théâtre à Porte-lès-Valence. On est encore dans des réflexions. Le spectacle n’a pas encore été présenté tel quel, mais ce que je peux dire, c’est qu’en terme de mise en scène, ce sera un peu plus épuré qu’à l’accoutumée. Ce sera plus « concert » que ça ne l’a été avec La porte plume. Moins théâtral. C’est marrant comme les aventures, les projets ont tous leur vie, un caractère, une personnalité en fait.

Qui peut vous échapper parfois ?

Complètement. Mais, c’est ça qui est magique et extraordinaire. J’aime arriver à me laisser porter par les chansons, même si parfois, c’est difficile.

Vous me faites la gentillesse de venir à ma rencontre le jour même de la sortie de l’album, le 8 octobre, je vous en remercie. Vous êtes comment le jour de la sortie d’un nouveau disque ?

On ne s’habitue pas. En plus, ce n’est que mon troisième. Ce qui est génial, enfin, ce qui est flippant, c’est de se demander s’il va plaire aux gens parce qu’on y a mis tout notre cœur, et aussi notre âme. Après, il y a des gens dont l’avis est particulièrement important. Ma sœur par exemple.

Elle est le baromètre officieux ?

Voilà, c’est ça. J’ai eu un mail d’elle dans lequel elle me disait qu’elle avait beaucoup aimé, donc, je suis un peu rassurée… une chape de plomb qui tombe. Après, il y a les journalistes comme vous, les gens proches, les gens avec lesquels on travaille et puis après, et surtout, il y a le public.

amélie-les-crayons,jusqu'à la mer,interview,mandorVous fêtez cette année vos 10 ans de carrière. Ça commence à faire une belle carrière…

Je n’ai pas l’impression que cela fait 10 ans. Je n’ai pas vu le temps passer, du coup, ça ne me donne pas envie de fêter cet anniversaire. Mine de rien, il n’y a eu que trois projets et ce n’est pas beaucoup. Peut-être au qu’au dixième album, je ferai un anniversaire, mais là, c’est trop tôt.

Vous me disiez tout à l’heure, que chaque album, chaque spectacle à sa vie ? Peut-on considérer qu’à chaque fois, ce sont des petites carrières ?

Voilà, c’est exactement comme ça que j’envisage la chose. Du coup, le travail d’équipe, c’est ce qu’il y a de plus génial. On part de zéro et grâce au talent de chacun, on arrive à faire des trucs un peu hallucinants. Toute seule, je n’y arriverai jamais. Ce travail en équipe me gratifie très fort. Le rapport au public, l’échange, tous les retours qu’on peut avoir, complètement délirants parfois, des gens sont une sacrée récompense. Quand ils nous renvoient que ce que nous fabriquons à une utilité, il n’y a rien de plus qui puissent nous faire plus plaisir. Parce que, dans l’absolu, on a tendance à se dire que ça ne sert à rien de faire des chansons.

Alors que c’est tout le contraire. Vous faites le plus beau métier du monde. Donner du rêve aux gens, les sortir de leur morosité, de leur quotidien…

Effectivement, mais les trois dernières années que je viens de passer sans être confronté à un public m’ont fait perdre cette conscience-là. Il est arrivé pourtant que quelqu’un m’explique que ce que nous avons fabriqué les accompagne dans leur vie, d’une manière même très intime. C’est super émouvant et très fort pour moi. Je suis souvent étonnée et je suis bouleversé de savoir que j’ai une place dans la vie de telle ou telle personne. Quand je reçois ce genre de témoignage, je me dis que c’est une bonne raison de continuer.

Vous êtes venus ici avec votre bébé de 3 mois. Ça a changé quelque chose dans vos textes cette période où vous étiez enceinte ?

Il y a quelques chansons qui ont été écrites pendant la grossesse. Même si j’étais dans un état particulier, je ne sais pas si ça a vraiment influencé l’écriture ou les compositions de ce nouvel album. Je pense que ce sera sur mes prochaines chansons que l’on sentira l’écho de ma vie de jeune maman.

"Si tu veux", 2eme extrait de l'album Jusqu'à la Mer,
écrit et composé par : Amélie-les-Crayons
arrangements : Olivier Longre
prises de vue : David Caen
montage : Bruno Cariou
(c) (P) Neômme/Rouge Popi

Pour cet album, vous me disiez en off que l’on vous a fait le coup de « l’album de la maturité »…

(Rires). Vous seriez gentil, François de ne pas prononcer cette phrase. Mais effectivement, ça fait 10 ans qu’Amélie-les-Crayons existe et en 10 ans, on vit plein de choses différentes, on évolue donc on change, on grandit.

En termes d’écriture, vous avez la sensation d’avoir progressé.

En tout cas, je suis plus exigeante. Je ne sais pas si ça se voit, mais en tout cas, je travaille plus. Même si je suis toujours à la recherche de la liberté et de la spontanéité, le fait de se laisser guider, d’être dans un état ou c’est plus l’instinct qui parle que la tête qui réfléchit, je peux tout de même affirmer que le travail de l’écriture, j’y reviens plus qu’avant. Pour résumé, j’ai un premier jet un peu instinctif et après, je le retravaille.

Vous faites le distinguo entre écrire des textes et écrire des chansons.

Absolument. Mais, je peux aller encore plus loin. En fait, j’écris à des gens. Quand j’écris, je pense toujours à quelqu’un. Du coup, mes chansons ne sont pas informelles, mais chacun à une lecture qui lui est personnelle. Dans cet album, il y a de vraies chansons d’amour. Je les ai écrites pour mon amoureux… et comme on vit tous plus ou moins les mêmes histoires, à un moment donné, chacun peut s’y retrouver.

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(Merci à Patricia Espana sans qui ce rendez-vous n'aurait pas eu lieu. Ou peut-être, si, mais quand même.)

26 octobre 2012

Prix Ozoir'Elles 2012

prix ozoir'elles 2012,eric holder,embrasez-moi

prix ozoir'elles 2012,eric holder,embrasez-moiLe Prix Ozoir'elles 2012 a été attribué, mardi dernier (le 23 octobre), à Éric Holder pour son recueil intitulé Embrasez-moi (éditions Le Dilettante). Ce prix récompense un recueil de nouvelles parmi 4 ouvrages publiés par une maison d’édition de renom.
Le jury exclusivement féminin est composé de : Simonetta Greggio (présidente), Victoria Bedos (malheureusement absente ce jour-là pour cause de préparation de concert), Astrid Eliard, Véronique Genest, Macha Méril et Colombe Schneck… ainsi que quelques Ozoiriennes triées sur le volet.
Éric Holder sera présent au Salon du livre d'Ozoir-la-Ferrière le samedi 24 novembre prochain.

Ceux qui me suivent ici le savent, je suis l’animateur de ce salon depuis quatre ans, c’est la raison pour laquelle je me suis rendu aux délibérations de ce Prix. (Comme en 2009, en 2010 et en 2011…)

Cette remise de prix s’est tenue de nouveau au Café des Éditeurs, à Paris. Mon amie, l’auteure et blogueuse Sophie Adriansen, qui est aussi l’une des invitées de ce salon, est venue jeter un coup d’œil aux coulisses de cette délibération. (Voir là).

L’artisan de ce prix est Luc-Michel Fouassier, conseiller municipal chargé de l’événementiel littéraire et lui-même nouvelliste et romancier (par la même occasion, très bon ami de Mandor), sous l’impulsion de Jean-François Oneto, maire d’Ozoir-La-Ferrière.

Voici mon portfolio de ce moment toujours aussi convivial.
De gauche à droite : Colombe Schneck, Simonetta Greggio (présidente), Véronique Genest et Macha Méril avant la délibération...

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Les mêmes (prises par Sophie Adriansen).

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Top départ pour les délibérations!

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Les délibérations se poursuivent sous le regard de Jean-François Oneto et Luc-Michel Fouassier.

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La délicieuse Simonetta Greggio (présidente du jury), justifiant son choix.

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Sophie Adriansen et son oeil avisé...

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Comme chaque année, la photo de "famille" concluant cette délibération.

De gauche à droite : Macha Méril, Colombe Schneck, Jean-François Oneto, Véronique Genest, Astrid Eliard, Luc-Michel Fouassier et Simonetta Greggio (présidente).

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L'animateur du salon s'est glissé subrepticement sur cette photo...

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Les membres du jury et les Ozoiriennes ayant participé (activement et très sérieusement) aux votes...

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L'envers du décor... (merci à Sophie Adriansen)

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