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08 février 2012

David Foenkinos : rencontre en public pour "La délicatesse" à Provins

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L’année dernière, dans le cadre du Festival Encres Vives/Salon du Livre, à la demande de David Sottiez (l’un des organisateur de ce  festival littéraire), j’ai animé une projection-rencontre autour du roman bestseller de mon amie Tatiana de Rosnay, "Elle s'appelait Sarah"…  cette année, il m’a demandé de récidiver avec un autre talentueux écrivain français et gros vendeur de livres, David Foenkinos.

C'était ce dimanche (5 février 2012)...

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A l'issue de la projection du film tiré de son livre, "La délicatesse" (qu'il a réalisé avec son frère Stéphane), le très sympathique David Foenkinos a répondu à mes questions, puis à celles du public (200 personnes) présent dans la salle...

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Après cette rencontre, David Foenkinos s'est installé pendant plus d'une heure pour signer ses livres...

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Avant de prendre mon train, je salue l'auteur... en sachant que je le retrouverai bientôt pour une autre manifestation littéraire similaire.

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17 janvier 2012

Frédéric Mars: Interview pour Non Stop

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Pour ne rien cacher aux éventuels nouveaux lecteurs, c’est ma 6e mandorisation de Frédéric Mars. (Lire ou voir : la première, la deuxième, la troisième, la quatrième et la cinquième). Il explose tous les records (non, après rapide enquête, c'est Jérome Attal qui est le grand vainqueur avec 7 mandorisations). Bref, que voulez-vous, je suis fidèle.

Le 5 janvier dernier, j'ai demandé à Frédéric Mars de me rejoindre à "mon" agence pour évoquer son nouveau livre, Non Stop, un thriller infernal.


couverture-NS-def.jpgPrésentation de l'éditeur:
9 septembre 2012, Manhattan. Un homme ordinaire reçoit une enveloppe anonyme et se met à marcher en direction du métro. À peine s’est-il arrêté sur le quai de la station qu’il explose, semant la mort autour de lui. Très vite, les mises en marche et explosions de ce genre se multiplient à une allure folle. Sam Pollack et Liz Mc Geary, les deux agents chargés de l’enquête, doivent admettre qu’ils sont confrontés à une attaque terroriste d’une envergure inouïe. Une attaque non revendiquée et d’autant plus difficile à contrer qu’elle transforme des innocents en bombes humaines, faisant d’eux les agents de ce scénario apocalyptique. Tous se sont vu implanter un pacemaker piégé dans les deux dernières années. Tous reçoivent ces fameuses enveloppes kraft et se mettent à marcher. S'ils s’arrêtent, la charge explosive se déclenche, où qu’ils soient. Quels que soient leur âge et leur couleur de peau. Grace, la propre fille de Sam Pollack, est concernée. Concerné aussi, un certain Stanley Cooper, président sortant des États-Unis, qui a caché à l'électorat son insuffisance cardiaque pour accéder au pouvoir… La cavale sans fin de ceux qu'on appelle les Death Walkers, les marcheurs de la mort, ne fait que commencer.

Un thriller ultra-réaliste et haletant tendance "24 heures chrono". Une écriture puissante par sa simplicité et son efficacité. Un scénario auquel tout lecteur amateur de sensations fortes, qu'il ait 15 ou 35 ans, peut s'identifier.

FM1.jpgL’auteur :
Frédéric Mars, 43 ans, vit entre Paris et l'océan Atlantique, entre ses travaux de scénariste TV et son univers romanesque, ébauché avec Son parfum, développé avec L'amour est une femme, Le livre du mal (Le sang du Christ) ou Non stop.
Il voue une passion à tout ce qui touche à la communication hommes/femmes, et en particulier aux modes d'échange non-verbaux (sensoriels, sensuels, etc.), ainsi qu'aux limites de la science, et aux sujets d'actualité (politique internationale, faits divers, etc.).

Dans une autre vie professionnelle, il a aussi été journaliste, photographe, "nègre" et auteur (sous d'autres patronymes) de nombreux essais, documents et livres pratiques.

DSC02971.JPGInterview :
Tu arrives chez Black Moon, la maison d’édition qui publie Twilight... c’est étonnant !
Le créneau de cette maison, aujourd’hui, c’est ce qu’on appelle le « young adult », c'est-à-dire rarement des lecteurs de moins de 14 ans, jusqu’à, globalement, des lecteurs de 40 ans. Enfin, il n’y a pas vraiment de limite. Cette terminologie-là recouvre quasiment toutes les littératures de l’imaginaire qui ne sont pas impossibles à lire quand tu as 15 ans. J’explique le mieux possible, même si  je déteste les étiquettes. Quand je discute avec les gens de chez Black Moon,  ils me disent qu’ils observent les marchés anglo-saxons qui sont toujours en avance sur les autres pays sur la littérature de genre, les rayons « young adult » occupent plus de la moitié des rayons de livres. Tout ce qui était rangé avant dans SF ou Fantastique par exemple, est intégré dans cet espèce de sur rayon.

Avec Non Stop, ils avaient envie d’élargir leur spectre ?

Ils se sont rendu compte que le lectorat vieillissait avec les livres. Quand le premier Twilight est sorti, les lecteurs avaient 13 ans, ce sont aujourd’hui essentiellement des jeunes femmes de plus de 20 ans et qui forcément lisent autre chose. Qu’est ce que peuvent lire potentiellement de jeunes adultes, si ce n’est du thriller ?

Comment l’aventure a commencé avec Black Moon ?

J’ai contacté Cécile Terouanne, directrice éditoriale chez Hachette pour Black Moon. C’est quelqu’un d’une réactivité incroyable, le genre de personne, tu lui envoies un mail le vendredi soir à 23h, elle te répond le samedi matin de chez elle à 6 h. Un truc de maboule, quoi ! Je lui ai envoyé 10 pages de synopsis de Non Stop pour lui demander des conseils, elle a finalement décidé de le publier elle-même pour les raisons que je viens de t’expliquer.

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L’action du livre se déroule le 9 septembre 2012, trois jours avant les commémorations du drame du World Trade Center.

J’étais le 4 novembre 2008 à New York à Times Square au moment de l’élection d’Obama, j’ai donc vécu cette ferveur incroyable qu’il y avait autour de sa personne. C’était un peu Dieu sur Terre et pas que pour les Américains… c’était ressenti comme ça dans le monde entier. C’était le mec qui allait arrêter la guerre en Irak, régler le conflit afghan… J’avais la  sensation de vivre l’histoire en vraie de manière très forte. Tous les précédents présidents américains, quasiment depuis Reagan, ont eu un énorme conflit international à régler, un énorme dossier de politique étranger à gérer, en gros depuis la fin de la guerre froide. Tous ont eu beaucoup de mal avec ça, dans certains cas, ça leur a coûté le mandat suivant, je me suis demandé ce qui allait tomber sur Obama.

Un an après, tu tombes sur une brève du Daily Mail anglais !

C’est ça ! L’article raconte que MI5 (le service de sécurité intérieur Anglais) a chopé des anglais d’origine Pakistanaise qui ont été formés en qualité de chirurgien au Pakistan et dont on s’est rendu compte qu’ils avaient été spécifiquement formés pour la chirurgie plastique mammaire et encore plus spécifiquement formés à l’implant de prothèse mammaire piégée avec un liquide que j’ai repris dans mon roman, qui est la penthrite. Deux mois après, autre news, encore plus hallucinante et qui prête à rire. Un membre d’Al-Qaida en Arabie Saoudite a été arrêté au moment où il pénétrait dans un palais pour le faire exploser avec des minis explosifs qu’ils s’étaient introduits par l’anus. Ces deux informations confrontées m’ont fait dire qu’il est possible que n’importe qui pouvait  devenir de vraies bombes humaines. Moi, j’ai juste imaginé que cela pouvait être à leur insu. À partir de là, ça prend des proportions dantesques.

Ton livre est fortement documenté. On apprend notamment beaucoup de l’appareil politique américain, mais aussi de ce qu’il se passe en Moyen-Orient… À part l’intrigue, ce que tu racontes est-il rigoureusement exact ?

C’est l’analyse qu’en font les services secrets américains. J’ai lu plusieurs ouvrages d’anciens membres de la CIA sur l’état du Moyen-Orient, le rôle de l’Iran en particulier dans cette région-là… j’ai essayé de mixer tout ça pour imaginer une histoire crédible. J’ai essayé d’imaginer, en fonction des différentes thèses avancées par les uns et les autres ce que pouvaient être ces débats théoriques, mais aussi sur le terrain entre les différents services qui font partie des renseignements américains. Je voulais comprendre comment ces services s’étaient restructurés depuis le 11 septembre. À l’américaine finalement, c'est-à-dire en ajoutant des tonnes de nouvelles couches, de nouvelles agences, des tonnes de moyens qui,  hélas, n’ont pas forcément résolu grand-chose.

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Il y a beaucoup de personnages. Tu n’as pas eu peur de perdre quelques lecteurs en cours de route ?

C’est pour ça que j’ai mis une espèce de générique au début avec tous les personnages et leur fonction. En même temps, j’ai essayé de concentrer l’intrigue sur le personnage principal qu’est Sam Pollack, un des agents chargés de l’enquête. Il constitue une sorte de fil rouge que l’on arrive à suivre facilement. Mon idée était de transposer une saison d’une série télé type 24H sur du papier. C’était pour moi un challenge littéraire. A l’écran, quand tu vois les personnages, il n’y a aucun problème pour les repérer… à l’écrit, c’est beaucoup plus dur. Le côté multi point, chorale, intrigue foisonnante, est plus dur à faire passer.

Pratiquement, à la fin du livre, tu as poussé le vice jusqu’à séparer deux points de vue d’une action sur la même page par le biais d’une ligne verticale placée au milieu de la feuille.

Un split screen, comme au cinéma. Mon éditrice m’a un peu dissuadé de faire ça, mais j’ai quand même essayé. C’était intéressant d’utiliser ce procédé pour cette scène là spécifiquement.

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Ton écriture, ton style et ton rythme, me font penser à ceux qu’utilisent les écrivains de thrillers américains.

J’ai l’impression d’écrire de la même manière, de roman en roman, mais les gens qui en ont lu plusieurs, me disent que pas du tout.  Je ne m’en rends pas du tout compte. Et ce que tu me dis là, je l’entends souvent. Quoi répondre à cela ?

Rien, mais as-tu une méthode pour entretenir le suspense, garder un rythme haletant et une tension permanente ?

Oui et non. Oui parce que je fais un synopsis ultra détaillé. Je sais exactement, chapitre par chapitre, vers où je vais. Où les révélations s’arrêtent, où elles reprennent deux ou trois chapitres plus loin. Rien n’est laissé au hasard et c’est extrêmement construit. J’ai un canevas qui fait une cinquantaine de pages et en amont, pour le construire, j’ai un grand cahier physique, sur lequel je joue avec des post-it. Quand j’ai 300 post-it, ça veut dire que je suis venu à bout de mon intrigue. Après, c’est au moment de l’écriture elle-même que j’ajuste. J’ai des notions de cliffhanger comme on dit dans les scénarios américains.

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As-tu des automatismes d’écriture?

C’est beaucoup de boulot, mais en même temps, je sens que ça devient de plus en plus facile. Je fais gaffe à ça, parce que le risque serait que mon écriture devienne mécanique.

Moi qui ai lu tous tes romans, je constate qu’il y a à chaque fois un personnage entre la vie et la mort à l’hôpital.

Ah oui ? Tiens, je n’avais pas remarqué. Maintenant que tu me dis ça, je m’aperçois qu’il y en a aussi dans le prochain. C’est marrant ce que tu me dis là. Il faudrait que j’analyse ça.

(Il s’allonge sur le canapé en me demandant combien il me devait…)

ecriveurs.jpgParlons de ton prochain livre, Les Écriveurs.

Ca sort chez Bamm !, le label Jeunesse de J’ai Lu. Il y en a deux qui vont sortir en 2012 et un troisième en 2013. Ca se passe dans une île du pacifique qui n’apparaît pas sur les cartes pour la simple raison que c’est une ile volcanique où il y a une couverture nuageuse permanente, donc elle est invisible pour les satellites et pour quiconque. Sur cette île vivent quelques centaines de milliers d’âmes. C’est une communauté coupée du monde extérieur. Dans cette communauté, il y en a une autre encore plus secrète et fermée, les Écriveurs, qui vit dans une cité souterraine. On comprend très vite que cette communauté a entre ses mains le destin de l’humanité tout entière. Tout ce qu’on a pu vivre, toi, moi, tout le monde, n’est pas le fruit du hasard. Tout a été écrit quelque part par quelqu’un, en l’occurrence, par les gens de cette communauté d’enfants et d’adolescents. Seul hic, ils perdent ce pouvoir à partir du moment où ils tombent de manière avérée amoureux.

Ca te va bien comme nom, écriveur !

En effet, moi-même je passe mon temps à animer des personnages.

Tu as l’impression d’être toi-même un Dieu tout puissant ?

Il y a une analogie évidente entre le boulot d’un auteur et ce que font mes Écriveurs. L’idée est venue un peu de ça, on peut se considérer comme un animateur de monde. La seule différence, c’est que nous, ça s’arrête à la fin de nos livres.

Si ça se trouve, tu animes des mondes parallèles sans le savoir !

Mais oui, Mandor, si ça se trouve… (Grand sourire compatissant). Mais, le sujet fait réagir. Qu’on se sente manipulé ou manipulateur, la grande question est de savoir où réside la clef de ce qui nous arrive, de notre sort et de notre destin. Le philosophe français d’origine lituanienne, Emmanuel Lévinas, expliquait en substance que tout ce qui arrive dans l’humanité était écrit avant dans les  livres. Et si ça n’avait pas été écrit dans les livres, mais dans un livre spécifique à chacun d’entre nous ?

Tu as une imagination foisonnante, je le sais. Tu as combien d’histoire dans ta tête en avance ?

Je ne les compte plus. J’ai une irrépressible envie de raconter des histoires parce qu’elles débordent de moi. Dès que je lis une news qui m’intéresse, j’imagine immédiatement une histoire. C’est presque un réflexe. J’ai des fichiers word et des cahiers remplis de milliers de début d’histoires.

Permet moi de faire de la psychologie de comptoir… est-ce un moyen de fuir la vie réelle ?

Oui, involontairement. J’ai toujours été un garçon très très rêveur qui se réfugiait beaucoup dans l’imaginaire, aussi bien dans les livres que dans les films et j’ai eu très vite le besoin de vivre là dedans.

Ca ne te déconnecte pas de la réalité ?

Un peu.

Ce n’est pas embêtant pour l’entourage ?

Si. Ma femme ne comprend pas toujours très bien qu’à minuit, au moment d’aller se coucher, je reparte une demi-heure parce que trois idées me sont tombées dessus et que je ne veux absolument pas les perdre. Je suis comme ça, je ne peux m’en empêcher… incorrigible graphomane.

Pour finir, voici le teaser de Non Stop!

02 janvier 2012

Henri Loevenbruck: interview pour L'Apothicaire

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henri loevenbruck,l'apothicaire,interviewLa première mandorisation de l’année est consacrée à un auteur que j’apprécie beaucoup, Henri Loevenbruck. Je l’avais rencontré en 2008 pour une interview filmée (que le réalisateur a cru bon de supprimer de You Tube et DailyMotion…) à propos de son livre Le Rasoir d’Ockham. Depuis, nous sommes restés en contact. Avec mon ami Eric Briones (Darkplanneur), nous avions d’ailleurs organisé la soirée de lancement de ce livre. Bref, le voici de retour avec un livre gigantesque, un livre majeur, un de ceux qui marquera l’histoire de la littérature d’aventure (ce serait, en tout cas, fort mérité/logique!). L’Apothicaire est d'une érudition rare, passionnant et riche au sens intellectuel et émotionnel du terme. Le 26 décembre dernier, Henri Loevenbruck m'a donné rendez-vous dans un café situé en face de chez lui. Nous avons parlé littérature, chansons, imaginaire, religions, nous avons évoqué Renaud, Brassens, Umberto Eco et enfin, nous avons fait le point sur ses carrières (musicale et littéraire), le tout sans aucune langue de bois. Henri Loevenbruck ne donne pas beaucoup d'interviews, mais quand il décide de rencontrer un journaliste (dont il sait qu'il ne va pas trahir les propos), il parle comme il pense. C'est plaisant. Très.

henri loevenbruck,l'apothicaire,interviewPrésentation de l'éditeur:

« Il vécut à Paris en l’an 1313 un homme qui allait du nom d’Andreas Saint-Loup, mais que d’aucuns appelaient l’Apothicaire, car il était le plus illustre et le plus mystérieux des préparateurs de potions, onguents, drogues et remèdes… » Un matin de janvier, cet homme découvre dans sa boutique une pièce qu’il avait oubliée... Il comprend alors que jadis vivait ici une personne qui a soudainement disparu de toutes les mémoires. L’Apothicaire, poursuivi par d’obscurs ennemis, accusé d’hérésie par le roi Philippe le Bel et l’Inquisiteur de France, décide de partir à la recherche de son propre passé, de Paris à Compostelle, jusqu’au mont Sinaï.  Entre conte philosophique et suspense ésotérique, L’Apothicaire est une plongée vertigineuse dans les mystères du Moyen Âge et les tréfonds de l’âme humaine.

L’auteur :

Henri Loevenbruck est écrivain, chanteur et compositeur. Ses romans sont traduits dans plus de quinze langues. Mais en fait, sa bio complète est là… (à lire si vous avec 45 minutes devant vous…)

henri loevenbruck,l'apothicaire,interviewInterview :

7 ans pour concevoir ce livre, 2 ans pour l’écrire. Considères-tu L’Apothicaire comme le livre de ta vie ?

Oui, à tel point que ça me fait un peu peur parce que je me demande si je vais prendre autant de plaisir à écrire le prochain. Ce que je suis en train d’écrire est un projet complètement différent, il ne pourra donc pas souffrir de la comparaison. J’écris un roman-feuilleton avec Fabrice Mazza, l’auteur du Grand livre des Énigmes et mon ami d’enfance. Il sort en 6 épisodes de 200 pages. Chaque mois sort un épisode.

Il faudra donc acheter 6 livres en 6 mois ?

Oui, mais à 6 euros. Pour nous, c’est l’idée de renouer avec le vrai roman populaire avec tout ce qui va avec : le « cliffhanger » à la fin, un univers enrichit  un peu comme dans une série télé. On va faire ça pendant 3 ans.

Ce n’est pas une entreprise un peu risquée ?

Je n’y vois que du plaisir. On s’éclate en écrivant à deux.

Vous procédez comme un cadavre exquis?

Pas du tout. C’est moi qui écris le premier jet et c’est Fabrice qui repasse derrière. L’essentiel de notre boulot à deux, c’est d’imaginer des synopsis super détaillés.

Bon, revenons à L’Apothicaire. C’était un roman complexe à écrire ?

D’abord, il faut que je trouve l’idée du livre que je vais écrire et que je commence à imaginer une histoire sans avoir beaucoup de détails. En revanche, je m’approche suffisamment de l’idée pour savoir quels sont les sujets sur les lesquels je vais avoir besoin de me documenter. Pour celui-ci : début du XIVe siècle, Philippe Le Bel, les apothicaires du Moyen-âge, Paris à cette époque, le quartier de Saint-Denis en particulier, Compostelle, le Mont Sinaï et la gnose. J’ai beaucoup, beaucoup lu sur tous ces sujets. Plus je me documente, plus ça enrichit mon histoire. Je découvre un truc que je ne connaissais pas, je me dis : « Tiens, c’est pas con, ça, je peux l’intégrer dans mon histoire ! ». A un moment j’arrête mes recherches, là je fais mon synopsis, ensuite, je laisse toutes les informations intégrées bouillonner en moi avant de passer à la vraie phase d’écriture. Ce que j’apprends au fur et à mesure des romans que j’écris, c’est de faire en sorte que la documentation enrichisse le livre, mais qu’elle ne l’alourdisse pas. C’est très dangereux. C’est chiant un bouquin où tu sens trop que le mec s’est documenté comme un malade…

On peut te le reprocher dans les descriptions de certaines villes que tes héros traversent.

Mon éditrice est comme toi. Elle m’a fait cette réflexion précise. Moi, j’ai fait le choix de me dire que le lecteur qui s’emmerderait ferait le choix, lui, de tourner les pages, comme je le faisais gamin en lisant certaines descriptions dans les romans de Victor Hugo ou de Zola.

Dans L’Apothicaire, il y a beaucoup de faits historiques réels. L’inquisition, la gnose…

L’univers du roman est totalement historique, mais c’est l’intrigue qui est romanesque. Je me suis beaucoup amusé. On ne sait pas comment Guilhem de Nogaret (conseiller du roi de France Philippe IV le Bel, son Garde du Sceau et à partir de 1306 le véritable maître d'œuvre de la politique royale) est mort. Je me suis amusé à trouver une explication médicale à son décès. Il a été retrouvé réellement la langue pendante, donc mon apothicaire lui a trouvé, non pas un empoisonnement comme beaucoup l’on cru, mais une sorte d’anévrisme. Dumas faisait beaucoup ça dans ses romans. Il résolvait certains mystères de l’histoire. Pareil pour le grand inquisiteur de France. Il n’existe nulle part une explication sur sa disparition… c’est du pain béni pour mon imagination fertile.

henri loevenbruck,l'apothicaire,interviewJe vais te poser la question que l’on te posera systématiquement. Mais, réellement, ça m’intéresse. Écris-tu un roman historique de la même manière qu’un thriller ou qu’un Fantasy ?

Tu sais, tous ces romans sont finalement des romans d’aventures. Depuis la sortie du livre, tout le monde me parle du roman d’Umberto Eco, Le nom de la rose. J’en suis ravi. Je préfère nettement cette comparaison que lorsqu’on me parle de Dan Brown… Thierry Gandillot à écrit un article dans Les Échos intitulé « Le nom de la gnose ». J’ai trouvé ça très drôle. Bon, en réalité, il y a plein de points communs : le livre, l’époque, le moine (moi, c’est un apothicaire qui se balade avec son apprenti). La grande différence, c’est que Le nom de la Rose, c’est un huis clos dans une abbaye. Et c’est un vrai polar. Le type, il vient, il y a des meurtres en série et il doit découvrir qui est le meurtrier, point final. L’Apothicaire, c’est une épopée. Eco a voulu rendre hommage à Agatha Christie et à Conan Doyle, alors que moi, c’est vraiment plus vers Alexandre Dumas et aux romans d’aventures du XIXe. Et pour répondre ta question, ce sont les mêmes codes que dans le Fantasy. On est dans un train, on est dans un voyage. Dans tous les romans, on est dans un voyage. Je n’ai jamais fait du huis clos, ni de roman urbain où tout ce passe dans la même ville.

henri loevenbruck,l'apothicaire,interviewOui, ce n’est pas comme le dernier Franck Thilliez, Vertige.

Franck lui excelle dans ce domaine. Je vais justement essayer de m’y mettre. C’est un défi littéraire pour moi. Je me mets souvent des défis. Pour Le testament des siècles, je m’étais demandé si j’étais capable d’écrire un livre à la première personne. C’était mon 8e livre et je ne l’avais jamais fait. Je sais qu’un jour, il va falloir que j’écrive un livre au présent. Ça me fait très peur ça parce que c’est rare que j’aime un livre écrit au présent, à part Raymond Chandler.

Donc, le huis clos est un défi pour toi.

Je vais te dire franchement, il y a une deuxième raison. J’ai été contacté par plein de réalisateurs depuis deux ans. L’Apothicaire a même été lu et apprécié par Jean-Pierre Jeunet ainsi que par d’autres réalisateurs qui me téléphonent en me disant qu’ils ont beaucoup aimé, mais qu’il est inadaptable. Il faut 40 millions d’euros pour le faire. On ne les aura jamais en France. Il y a un de ces réalisateurs-là qui m’a dit qu’en revanche, il avait vraiment envie de faire un film adapté d’une de mes histoires. « Fais moi un truc où il y a un lieu, deux personnages et là, je te l’adapte ».

J’aimerais revenir à la notion de défi dans la littérature. L’Apothicaire est ton treizième henri loevenbruck,l'apothicaire,interviewroman, c’est impératif de se lancer des défis pour ne pas s’ennuyer dans l’écriture.

Je peux le dire maintenant, Les cathédrales du vide, mon avant-dernier roman, je me suis fait chier. Ça se ressent et les lecteurs n’ont pas été dupes. C’est horrible et ça a été un choc pour moi. À partir du milieu du roman, c’était l’horreur, parce que je ne pouvais pas ne pas le finir. C’était un calvaire quotidien, mais je le devais à la fois à mes lecteurs et à mon éditeur. J’étais en plein divorce, alors je n’étais pas bien. Sur n’importe quel autre livre, je n’aurais pas été bien. Quand je me suis remis à écrire L’Apothicaire, j’ai retrouvé un plaisir d’écrire inimaginable.

Tu n’écris pas bien quand tu es dans la souffrance ?

Moi, je préfère écrire de bonne humeur que malheureux. J’ai l’impression d’être meilleur quand je prends du plaisir.

Sur certains points, ton « apothicaire » te ressemble un peu quand même ?

Je suis complètement agnostique et je remets toujours tout en question. C’est mon point commun avec lui. Être agnostique, c’est refuser tout principe d’explication spirituelle, mais aussi refuser tout principe de non-explication spirituelle, c'est-à-dire n’avoir aucune réponse. Quand tu n’a pas de réponse, tu en cherches. Un croyant, il a sa réponse, il ne cherche plus.

Je sais que tu peux être très intolérant avec ces sujets-là.

Oui (Rires). Par exemple, je ne supporte pas l’astrologie. Quand quelqu’un essaye de me convaincre que, si, c’est possible, ça me rend hystérique. Si on me raconte que les gens peuvent être influencés par leur date de naissance, je pars dans des démonstrations scientifiques qui vont à l’encontre de tout ça. Et je ne lâche rien.

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C’est quoi, en résumant un peu, la gnose ?

Le principe de la gnose c’est : le monde est une illusion créée par un dieu mauvais qui nous écarte de la vérité et qui nous écarte du vrai dieu. Et le devoir de l’initié, c’est de se débarrasser du monde qui n’est qu’une illusion pour rejoindre la vérité. Si tu réfléchis bien, c’est le thème de Matrix. Matrix, c’est le film gnostique par excellence.

henri loevenbruck,l'apothicaire,interviewTu me disais tout à l’heure en off, que tu en faisais une analogie avec la littérature.

Ça m’amuse beaucoup de me dire que les personnages de roman, ce sont des gens qui sont prisonniers d’un monde illusoire créé par un dieu mauvais, à savoir l’écrivain. Il y a un gros parallèle avec la pièce de Luigi Pirandello, Six personnages en quête d’auteur.

Un écrivain comme toi a un monde imaginaire foisonnant. Tu fais rêver les gens avec ce qu’il y a dans ton propre cerveau. Tu réfléchis au sens de ton métier ?

D’abord, je reviens sur ce que tu dis sur mon imagination « foisonnante ». Tu sais, tout le monde à de l’imagination, il faut juste savoir la saisir. Il faut distinguer ce qui, dans cette imagination, va donner une histoire intéressante. Pour moi, l’objet de la littérature, c’est de relier les solitudes. Plus fort encore que ça, à part faire un enfant, je ne vois pas d’autre sens que l’on peut donner à son existence. Le livre, c’est un médiateur entre la solitude de l’écrivain et celle du lecteur. Ce sont des intentions qui se rencontrent, au-delà des frontières, même parfois. Moi, j’ai la chance d’être traduit dans 15 pays et je constate qu’il y a des lecteurs qui habitent à des milliers de kilomètres et qui partagent les mêmes émotions que moi grâce à mes livres.

Les lecteurs de tes livres sont-ils différents selon les pays ?henri loevenbruck,l'apothicaire,interview

Certainement. Par exemple, il y a des pays ou La Moïra marche mieux parce que ce sont des pays où on adore les loups. La Russie ou la Turquie par exemple, on me parle beaucoup de cette saga. Et plus généralement, il y a des livres qui marchent mieux dans tel ou tel pays sans que j’en sache vraiment la raison…

Où as-tu le plus de succès ?

Sans conteste, en Allemagne. C’est le pays où mes livres se vendent le plus. Plus qu’en France même. Après il y a la Turquie, la République tchèque. Là, mes lecteurs sont très jeunes. Entre 11 et 13 ans. C’est curieux.

En France, te sens-tu bien considéré ?

Ici, je n’ai jamais eu un succès monstrueux, mais j’ai toujours conservé mon lectorat. Depuis 13 ans, à chaque livre, j’ai 5 à 10% de lecteurs en plus. Je n’ai jamais eu le bouquin qui tout à coup a fait un gros carton, mais je n’ai jamais connu d’érosion dans mon lectorat.

Si ton nom est quand même connu du métier et du public, tu ne l’es pas autant que Maxim Chattam, Franck Thilliez ou Bernard Werber, trois de tes collègues de La Ligue de l’Imaginaire. Es-tu frustré de cela ?

Non, mais je suis conscient que j’ai besoin de franchir un nouveau pallier. Je n’ai jamais rêvé ou espéré faire les chiffres de Bernard. C’est pour moi un autre monde. Mais enfin, avec L’Apothicaire, ma maison d’édition commence à croire que je suis en train de franchir une étape supplémentaire. Je n’ai pas encore les chiffres de ventes, mais ça se passe plutôt bien. Tu sais, le fait d’avoir fait de la littérature de genre a cloisonné mon lectorat et moi, ça m’emmerde. Je ne supporte pas les chapelles, je ne supporte pas les clochers, je ne supporte pas les groupes, les familles d’auteurs. J’ai envie d’avoir un lectorat qui n’est pas indexé polar, thriller ou Fantasy. L’Apothicaire me permet de sortir de tout ça.

Tu gagnes bien ta vie ?

Je le dis souvent. Je gagne ma vie comme un prof. J’ai beau vendre beaucoup de livres… je gagne bien moins ma vie qu’un éditeur (rires).

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J’évoquais précédemment, La Ligue de l’Imaginaire et toi, tu me disais que tu n’aimais pas faire partie d’une chapelle. Tu es l’un des membres très actifs de cette ligue, ce n’est pas contradictoire avec tes propos ?

Tu n’as pas tort ! Sauf que l’imaginaire, c’est quand même large. Nous, on a envie de parler de l’imaginaire en général. L’imaginaire est important dans la littérature, mais pas seulement. Il est important partout. On manque d’imaginaire dans notre société. Surtout en occident. On a souvent opposé dans la philosophie, raison et imagination. C’est une connerie monstrueuse ! L’imagination, c’est un pouvoir d’abstraction qui permet au contraire d’avoir accès à des vérités sur la réalité auquel tu n’aurais pas accès si ton imagination était au point mort. Pour réfléchir, on a besoin d’imaginer.

A qui s’adresse La Ligue de l’Imaginaire ?

Pas uniquement aux lecteurs, elle s’adresse aussi aux journalistes, aux universitaires, aux libraires, aux bibliothécaires et aux documentalistes. On leur dit : allez voir ce qui se cache derrière l’imaginaire. C’est beaucoup plus vaste qu’on ne le pense. Shakespeare, Dumas, Jules Verne, c’est de la littérature de l’imaginaire.

henri loevenbruck,l'apothicaire,interview

Neuf des dix membres de la Ligue de l'Imaginaire sont réunis. Derrière le loup se cache Giacometti ou Ravenne... Saurez-vous le reconnaître ? Avec Maxime Chattam, Olivier Descosse, Eric Giacometti, Franck Thilliez, Laurent Scalese, Erik Wietzel et Patrick Bauwen.

Ce n’est ni une secte, ni une société secrète, en somme…

Mais c’est une très bonne idée, François. On devrait. Regarde, Ron Hubbard, il n’a rien gagné avec ses livres, mais avec l’Église de Scientologie, il s’en est mis plein les poches… Sans plaisanter, au contraire, plusieurs d’entre nous, comme moi, font partie d’une commission de vigilance contre les dérives sectaires. J’en ai pris plein la gueule par les « scientos », Werber aussi.

Cet été, tu es devenu Chevalier des Arts et des Lettres. C’est rare pour un écrivain de genre. Je crois d’ailleurs que c’est la première fois en France. Alors, heureux d’être ainsi reconnu ?

J’ai été très content pour mes parents. Je l’ai pris comme un honneur. La personne du ministère qui a proposé mon nom est quelqu’un qui aime mon travail. Elle a proposé de me donner l’ordre du Mérite. Là, j’ai trouvé que c’était un peu excessif. Je trouvais ça déplacé, je suis juste écrivain. Du coup, je suis décoré de l’ordre des Arts et des Lettres.

henri loevenbruck,l'apothicaire,interviewJe trouve que c’est mérité parce que, dans les genres littéraires dans lesquels tu évolues, je trouve que tu es celui qui écrit le mieux. Tu fais très attention au style et à la syntaxe.

J’espère encore faire des progrès. Quand je lis mes premiers livres, j’ai un peu honte parfois. Je suis amoureux du français. J’ai été élevé à coup de Brassens et donc de François Villon. Mon père était un ami de Brassens. Je l’ai rencontré, mais j’étais encore henri loevenbruck,l'apothicaire,interviewtrop gamin pour me rendre compte de cette chance. L’amitié entre mon père et lui est à l’origine de l’amitié que j’ai aujourd’hui avec Renaud. L’histoire est longue a raconter, mais en gros, Renaud savait que mon père était ami de Brassens et qu’il avait traduit des chansons de lui en anglais. Renaud avait lu Le syndrome Copernic, il savait que j’étais anglophone et son guitariste me connaissait. Un jour il m’a appelé pour me demander si j’acceptais de traduire ses chansons à lui en Anglais. J’ai accepté et un an plus tard, il m’a proposé de traduire des ballades irlandaises en français pour son album Molly Malone. Ce qui fut fait. Bref, j’ai été élevé par Brassens. Tout le temps, à la maison, dans la voiture, on l’écoutait. Ça a enrichi mon vocabulaire et ça m’a donné le goût de la belle phrase.

henri loevenbruck,l'apothicaire,interview

Tu viens de parler de Renaud. On dit tout et son contraire en ce moment sur sa santé et son moral. Tu as eu de ses nouvelles récentes, toi ?

Il va beaucoup mieux. La presse a quelques mois de retard. J’ai passé une partie de mes vacances d’été avec lui, effectivement, il n’était pas au mieux. Il va mieux depuis plus d’un mois, mais la presse n’en parle pas évidemment. Il s’est vraiment remis à la flotte.

henri loevenbruck,l'apothicaire,interviewParlons musique. Tu viens de sortir un EP. Première constatation. Tu chantes bien.

J’étais chanteur avant d’être écrivain. Entre 15 et 25 ans, j’étais chanteur et musicien et j’ai fait des centaines de concerts. J’étais clavier et chanteur de plein de groupes. À 25 ans j’ai arrêté parce que j’ai écrit mon premier roman. J’ai laissé tomber la scène pendant dix ans. Jusqu’à 35 ans. J’ai continué à écrire de la musique pour des courts métrages et pour des documentaires, j’ai écrit des textes pour des chanteurs et pour des groupes, mais plus rien pour moi. Puis, j’ai recommencé. Au bout de 10 ans de diète, je n’en pouvais plus. Il fallait que je revienne sur scène. J’en ai refait il y a deux ans. Je me suis éclaté. Je me suis mis à réécrire pour moi, en tout une vingtaine de chansons. Mélanger les deux carrières est un peu compliqué. Je n’ai plus vraiment le temps.

Que t’apporte la chanson ?

Tout ce que ne m’apporte pas l’écriture de romans. L’écriture est un métier où l’on est seul. La musique, c’est doublement du partage. Avec ses musiciens sur scène ou en studio et puis évidemment, avec le public. Et il y a autre chose. L’instant de la création dans la musique est concomitant avec celui de la réception. En gros, je ne vois jamais les gens lire mes livres, à part parfois dans le train, tandis que quand je joue sur scène, je vibre avec le public. Tu sais, pour être honnête, je pense être plus crédible en musicien qu’en écrivain. J’ai plus étudié la musique que je n’ai étudié la littérature. Certes, j’ai fait hypokhâgne et khâgne au lycée Chaptal, puis littérature américaine et anglaise à la Sorbonne, mais en musique, j’ai fait le conservatoire, du piano, de l’analyse, de l’écriture…

"Les enfants de la Terre".

"Ta tribu" (en duo avec Chloé Robineau)

Je comprends mieux pourquoi on sent dans ton écriture une petite musique...

Non, mais figure toi que le projet que j’ai avec Fabrice Mazza, il va y avoir aussi de la musique.. Pour les gens qui ont un Smartphone, il y aura un flash code dans le bouquin et au début de chaque chapitre, on balance de la musique que nous avons composée.

Ainsi, la boucle se boucle...

En quelque sorte.

henri loevenbruck,l'apothicaire,interview

Après l'interview...

Une dernière page de pub avec de se quitter...

henri loevenbruck,l'apothicaire,interview

29 décembre 2011

Anne Malraux: interview pour l'EP Saisons

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(Photo: Olivier Allard)

anne 3.jpgRécemment, j’ai reçu un EP accompagné d’une biographie d’une chanteuse, Anne Malraux (son MySpace)… En voici quelques extraits :

Née en 1917, je conserve toute ma fraîcheur grâce à mon caisson cryogénisé à débit variable d’oxygène. Mais j’ai récemment entendu parler d’un abus de caisson qui a beaucoup nui à un chanteur…

C’est pourquoi, je voudrais, avant de mourir, vous faire partager ces quelques chansons composées par mes petites mains chantées. La forme originale de ces chansons est plutôt acoustique, cependant ici, nous nous sommes amusés à faire apparaître quelques touches électro.

Je fus comédienne dans une autre vie, et le suis toujours d'ailleurs, mais plutôt ailleurs qu’ici, ce qui peut-être me donne envie de faire de mes chansons des personnages qui auraient des trucs à nous dire.

Les textes sont au choix provocateurs, légers ou plus mélancoliques, et j’ai le malheur de citer deux ou trois personnes réputées… J’espère que l’auditeur fera la part des choses et n’aura pas volonté de me jeter en pâture aux susceptibilités des dites personnes !

Est-il besoin d’ajouter que j’ai le mauvais goût, en sus, d’être franco-américaine, et de revendiquer haut et fort mon désir de chanter et composer dans les deux langues ??

Enfin, telle que vous m’entendez, et sous réserve d’un enthousiasme modéré à intense de votre part, je suis l’auteure-compositrice-interprète-productrice-distributrice de ce travail, et il ne vous aura peut-être pas échappé que malgré ma programmation multi-tâches de femelle, je n’aurais rien contre un franc coup de main, voire une diffusion massive.

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Je lui ai donné rendez-vous à l’agence pour laquelle je travaille le 19 décembre dernier…

La forte personnalité décelable à la lecture de sa bio et, surtout, à l’écoute des textes de ses chansons s’est confirmée dès les premières secondes de notre rencontre. Décapante et acharnée… "Cette fille-là, mon vieux, elle est terrible!" (Johnny Hallyday, dans le texte… cette comparaison va lui plaire…).

Et pour ceux qui se posent La légitime question. Anne est la petite-nièce d’André (tout est raconté là). Voilà, c’est dit.

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Interview :

La biographie que tu m’as envoyée pour te présenter m’a beaucoup plu. Elle est aussi insolente qu’insolite.

Plutôt que d’envoyer une bio banale, j’ai préféré envoyer un message humoristique qui me correspond bien. Tu sais, ceux qui sont assis sur les places, ils sont bien assis, alors si tu ne vas pas leur mordre un peu les fesses à un moment donné, il n’y a personne qui va bouger. Ça me plait bien de bousculer les conventions pour me faire remarquer avec un style qui est le mien dans la vie.

Ça ressemble en tout cas aux textes de tes chansons qui sont mordants, provocateurs, ironiques et souvent bien sentis…

Depuis les années 90, je n’entends aucune chanteuse se saisir du sujet de la sexualité par exemple, comme je le fais avec « Avec mon scoot ». Je me souviens avoir bien tripé sur Guesh Patti et Étienne, ou quelques morceaux des Rita Mitsouko qui dégagaient des trucs un peu sexuels…

Tes textes sont moins abscons. Tu appelles un cul, un cul.

Je rassure tout le monde, ce que j’écris n’a rien de militant. Je suis juste partie du constat que c’est difficile de trouver quelqu’un avec qui ça peu marcher pour une vie de couple, tandis que le cul, il n’y a rien de plus facile à faire. Quand je dis ou chante les choses, j’aime ne pas passer par quatre chemins.

Et la chanson « Merci » ? Elle est pleine de messages et d’ironie...

Je suis franco-américaine et j’ai du mal à faire des chansons linéaires parce qu’avec les limites du français, très vite, je trouve ça neuneu. Je fais des chansons un peu impressionnistes… disons fragmentaires. Dans cette chanson je dis merci à beaucoup de monde. Je remercie une société qui vieillit. Ce n’est pas du racisme anti vieux, mais je trouve que la société est verrouillée et qu’elle ne laisse pas du tout la place aux jeunes. Je ne suis pas la seule à prétendre cela, il y a je ne sais pas combien de sociologues, philosophes et bien d’autres personnes qui ont tous tiré la sonnette d’alarme en disant clairement qu’on a sacrifié une génération. Cette France écrase complètement les jeunes. Il y en a qui ont bac+8 et qui se retrouvent à la photocopieuse… Moi, je ne suis pas là pour me plaindre, je suis là pour faire des chansons et m’amuser en parlant de ce qui me touche.

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Donner un coup de pied dans la fourmilière te plait bien, j’ai l’impression.

Cet esprit frondeur que je revendique à mort, je ne l’entends pas chez d’autres. J’évite d’être consensuelle.

Être grande-gueule, tu crois que ça ouvre les portes?

À ce stade, je ne peux pas te répondre. Ce dont je suis certaine, c’est que mon avenir professionnel ne passera pas par les maisons de disque. Je pense qu’elles vont toutes finir par fermer. Mince, quand même, Universal qui vient d’acheter EMI ! Ce sont des gros qui mangent des gros ! Ça devient vraiment la World Company que nous servent les guignols depuis des années ! En fait, il y a une grosse compagnie avec des mecs qui vont tout bouffer, qui ne laisseront rien aux gens et qui laisseront la planète dans un état épouvantable. Il y a une colère qui n’est pas seulement la mienne. Elle existe, je la rencontre partout. Dans « Merci », je raconte tout ça aussi…

Je vais te poser la question volontairement agaçante. Es-tu encore une comédienne qui veut devenir chanteuse ?

Le métier de chanter à été mon vrai premier désir. Moi, j’ai été poussée par ma famille à devenir comédienne. Mon père écrivait des pièces et, comme tu le sais, je viens d’une famille intéressée par l’art et la culture. Assez vite, j’ai commencé à travailler, à avoir des contrats, à être autonome, à gagner ma vie. J’ai donc tout le temps retardé le fait de m’y mettre et de voir si j’étais capable de réussir dans la voie de la musique. Je me sens plus comme une chanteuse qui a fait de la comédie que comme une comédienne qui s’essaye à la chanson parce qu’elle trouve que c’est vachement sympa.

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Tu suis des cours de chant ?

Oui, un peu, mais par intermittence. Mon idée, c’est à la fois de chanter bien, mais pas non plus à la perfection. J’entretiens bien mon organe et je le traite convenablement.

Tu ne fais donc pas d’excès ?

Je n’irai pas jusque-là. Je suis très bonne vivante, tendance excessive… (Rires). On n’a qu’une vie !

Sans vouloir être désobligeant avec toi, tu es à toi seule un sacré beau packaging marketing. Tu as de très bonnes chansons, une voix très agréable, tu es comédienne, tu as un grand-oncle illustre et tu es jolie…

J’ai commencé il y a juste deux ans demi à chanter seule avec ma guitare dans de toutes petites salles. Si je fais la moyenne avec la plupart des artistes qui n’ont pas de passe-droits et qui ne viennent pas de ces milieux-là, je ne m’inquiète pas encore. En terme de cercle étendu, je suis soutenue par pas mal de gens qui m’encouragent à persévérer, à ne rien lâcher, mais en gardant ma personnalité.

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25 décembre 2011

Wladimir Anselme: interview pour Les heures courtes

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(Photo Thomas Gabison)

Wladimir Anselme est un auteur-compositeur-interprète que j’ai découvert par l’entremise de son attachée de presse. Je me suis très vite rendu compte que, plus j’écoutais cet album, plus j’appréciais, plus j’aimais cet univers personnel foisonnant. En enquêtant un peu sur lui, je me suis aperçu que l’homme roulait sa bosse depuis longtemps. Je suis complètement passé à côté de lui et de son œuvre. Je ne sais pas comment, parfois, je parviens à faire l’impasse sur ce genre de talent-là qui pourtant est loin de se cacher et qui est pétri de talent. Bref, Wladimir Anselme existe (je suis ravi de le savoir) et je vais désormais suivre le cheminement de sa vie musicale.

Voici sa présentation « officielle » :

anselme-portrait1.jpg« Artiste protéiforme donc, mais avant tout un songwriter impétueux et délicat, qui gravite dans le paysage musical en franc-tireur, en tête brûlée, en doux excessif ! Avec son groupe LES ATLAS CROCODILES, il bricole des romances sauvages, à la mélancolie frondeuse et à la grâce désarmée, aux mélodies superbes. Où l’on croise des hommes-grabuge, des héros de gare routière, des carnavals glamoureux, des bribes de polar extatique, une conférence de presse de Mohammed Ali, des buicks roses qui foncent dans la nuit des brownings... »

Parmi toute la presse (je dois dire, uniquement dithyrambique) que j’ai lue sur Wladimir Anselme, je retiens celui de Marianne. Il résume parfaitement mon propre ressenti.

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(Les trois photos ci-dessus: Valérie Archeno)

Le 19 décembre dernier, Wladimir Anselme est venu me voir à MusiqueMag pour, du coup, faire connaissance. L’occasion de lui poser quelques questions à propos de son album, Les heures courtes

wladimir anselme,les heures courtes,interviewSi tu n’es pas très connu du grand public, il n’en reste pas moins que tu es un vieux routier de la musique…

Je fais de la musique depuis que je suis tout petit et j’ai commencé à faire de la scène à l’âge de 16 ans avec déjà mon propre répertoire. Aujourd’hui, j’ai presque 37 ans, c’est dire que je ne suis pas tout à fait un débutant.

Tu as commencé tes prestations scéniques dans une salle parisienne appelée « Le Club des Poètes »…

C’est un endroit étrange. On y lit des poèmes et on découvre donc beaucoup de poètes connus ou pas. C’est d’ailleurs là qu’a débuté Thiéfaine. Moi aussi, on me permettait de chanter mes propres textes. À cette époque, je sacralisais un peu le mot « poète ». C’est ce que je tentais de faire, mais je ne le revendiquais pas comme ça. Je trouvais ça indécent.

Thiéfaine faisait partie de ton Panthéon. Il t’a inspiré ?

Oui, je suppose. Quand j’étais au lycée, tout le monde associait son nom aux drogues, moi, j’écoutais simplement ses textes. J’écoutais aussi Léo Ferré, Julos Beaucarne, Jean Guidoni, Renaud... Bref, j’étais très « chansons à textes ». Dès que je voyais un chanteur barbu avec une guitare en bois, j’y allais…

Ces goûts musicaux ne te coupaient pas de tes copains de lycée ?

Un peu, effectivement, mais ça me permettait d’en avoir d’autres. Un noyau de pur eu dur avec ce secret-là ! Ça m’a forgé en tout cas une culture marginale. Je pense que j’aimais bien être dans la marge et pas dans le consensus. À cette époque-là, personne ne chantait en français. Le regain est venu plus tard grâce à Juliette et les Têtes Raides… Quand je disais que je chantais en français, on me répondait : « Ah bon ? Comme Florent Pagny ? »


Wladimir Anselme à l'Air du temps par images_et_sons_du_berry

Cet amour-là des belles chansons te vient de ce que tu entendais chez toi étant petit ?

Oui, en grande partie. Mon grand frère arrivait avec des disques de Thiéfaine et me le faisait découvrir comme un trésor. Quand j’étais tout petit, mes parents écoutaient Moustaki, Reggiani… j’étais passé complètement à côté de la culture anglophone. J’ai acheté mon premier disque peu avant le bac. Ca devait être Wish you were here des Pink Floyd et je me demandais si je n’allais pas m’emmerder avec ça. Pour moi, les Pink Floyd et les Beatles (que je ne connaissais pas), c’était la culture majoritaire… consensuelle. Du coup, je n’arrivais pas à aller vers ça. Depuis, ça c’est complètement renversé dans ma tête !

wladimir anselme,les heures courtes,interviewC’est ton deuxième album. Parle-nous du premier, Mauvaises herbes, que tu as sorties en 2000…

J’avais 24 ans et des envies de révolutionner la chanson en faisant rentrer la musique contemporaine, à laquelle d’ailleurs je ne connaissais rien. Pour l’orchestration, j’avais fait appel à Bernard Struber. J’avais des paroles absconses, des textes très durs et des musiques très compliquées. Parfois, je sortais de scène éprouvé par ce que je racontais. Pendant 6 ans, j’ai tourné avec le groupe de free jazz avec lequel j’avais fait ce disque et puis on a fait en 2004 un EP qui s’appelait 2e round. Ensuite, on a dissout le groupe et j’ai mis un peu de temps à reconstituer un autre groupe. Mais j’ai enfin réuni les gens qui sont devenus les Atlas Crocodile. Atlas Crocodile est née d’une rencontre entre le guitariste Csaba Palotaï et le pianiste claviériste Boris Boublil. Très vite, Jeff Hallam à la basse et Marion Grandjean à la batterie les ont rejoints.

Que s’est-il passé ensuite ?

Après avoir fait quelques concerts avec eux, on est rentré en studio et on a commencé les maquettes de l’album sans préparation. On arrivait, on réduisait les chansons à leur plus simple expression et à partir de ça, les Atlas Crocodile et moi, on construisait de manière très inventive.

Vous avez mis longtemps à enregistrer le disque ?

4 ans, à peu près. On a commencé dans un studio de Bagnolet. En 5 jours on a enregistré près de 9 morceaux. Ensuite, on a un peu arrêté d’y travailler puis on a recommencé. Après plusieurs tentatives infructueuses, on est parti dans une maison de campagne et on a pris notre temps. On avait des tas d’instruments vintage et un matos incroyable pour bosser… bref, je te passe les détails, mais on est content du résultat.

Certaines chansons furent une véritable épreuve…

Celle qui ouvre l’album, « La Palmeraie », était la plus difficile. On l’a enregistré au moins 4 fois. Je cherchais un truc précis que j’ai eu du mal à définir. Pour moi, l’arrangement n’est pas juste une décoration, alors je suis très pointilleux…

Ton album, pour rentrer dedans, il faut l’écouter au moins deux fois. Il est vraiment hors-norme.

Je sais qu’il y a des gens qui ne rentrent pas tout de suite dans cet univers. Pourtant, c’est vrai que j’avais le goût pour les choses alambiquées quand j’ai commencé la chanson, mais dans celui-ci, j’ai essayé vraiment essayé d’épurer au maximum pour aboutir à des chansons simples et agréables à écouter. Par rapport à mes débuts, je n’écris plus du tout en autiste. Je me pose la question de savoir ce que les auditeurs peuvent éventuellement comprendre de ma musique.

wladimir anselme,les heures courtes,interview

Je trouve que tu es un chanteur fragile et délicat…

Je ne vais pas le revendiquer. J’ai un côté avec beaucoup d’impudence et en même temps très vulnérable. Plus tu prends de la force, plus ta vulnérabilité peu paraître belle et pas gênante.

Tu as mis en musique un texte d’Apollinaire, « La cueillette »…

Ce poète représente une simplicité et une clarté qui me touche profondément. Il est lumineux. Je chante souvent des textes d’Aragon, mais je ne me revendiquerai pas d’Aragon, mais Apollinaire, oui.

Ton disque est une vraie épopée musicale.

Il a une espèce de charge. L’enregistrer a été une vraie aventure humaine. C’était très fort, il s’est passé plein de choses… A la manière de Claude Sautet, on voulait capter de la vie, des choses un peu humaines. J’espère que les gens vont entendre tout ce qu’il y a de brulants derrière. Mes chansons racontent des histoires, des explorations de sentiments dans un contexte qui n’est pas forcément dit.

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Pendant l'interview...

24 décembre 2011

Myriam Thibault: interview pour Orgueil et désir

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myriam_1_c96131dd6cae1a5d48b53648d0f00499.jpgVous connaissez tous l’expression :"Suis-moi, je te fuis; fuis-moi, je te suis". Elle résume parfaitement le premier roman de Myriam Thibault, Orgueil et désir. Après un recueil de nouvelles paru à la rentré littéraire 2010, Paris, je t’aime, la revoici avec un livre plus consistant (mais pas encore tout à fait insolent) qui prouve (tout de même) que cette jeune Tourangelle de 18 ans est en train, tranquillement, de se faire une place au soleil dans le monde littéraire français.

C'est mon ami Jérôme Attal qui me l'a présenté lors du Salon du Livre de Paris de l'année dernière... je l'ai recroisé à celui de Chateauroux quelques jours après. Je m’étais promis de m’intéresser à ses écrits. C’est chose faite aujourd’hui. Le 8 décembre dernier, elle est venue me voir à l’agence pour une mandorisation quasi improvisée et sans langue de bois…

myriam cover.jpg4e de couverture :

Un jeune chroniqueur télé, qui porte avec arrogance un regard ironique sur la vie parisienne, a un coup de foudre pour une femme croisée dans la rue. Il la suit jusqu’à ce qu’elle le remarque. Après quoi, il la fuit. Attirée à son tour par lui, c’est elle qui décide de le suivre. La rencontre se concrétise alors, mais aucun ne fait un pas décisif vers l’autre, car chacun préfère rester sur son quant-à-soi.

Avec une acuité particulière, Myriam Thibault décrit l’incapacité, si commune aujourd’hui, à exprimer ses sentiments, l’orgueil étant plus fort que le désir.

L’auteure :

En première année de licence à la Sorbonne Paris IV, en Lettres Modernes Appliquées. Après un recueil de nouvelles, Paris, je t'aime en 2010, aux Éditions Léo Scheer ; son premier roman est sorti en septembre 2011, Orgueil et désir (Prix du premier roman, de la Forêt des livres 2011). En parallèle, elle est également rédactrice pour La Cause Littéraire.

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Interview :

Tu es à peine majeure et tu sors déjà ton deuxième livre. Si jeune, d’où te vient cette boulimie d’écriture?

Vers 12-13 ans, j’écrivais déjà de petites histoires. À cet âge-là, j’avais déjà l’idée de devenir écrivain à 30-40 ans. Pas à 18 ans… pour moi, c’était de l’ordre de l’inimaginable. D’autre part, j’ai toujours beaucoup lu. Ma mère m’offre des livres depuis mon plus jeune âge. Je me jetais dessus. Toujours vers 12 ans, mes parents m’emmenaient même dans des salons du livre. Quand j’ai commencé à rencontrer des auteurs, ça m’a vraiment donné envie d’écrire pour être publiée. Quand j’ai vu que Boris Bergmann a été publié à 16 ans, j’ai compris que c’était possible.

Tu avais un côté midinette avec les écrivains ?

Oui, comme certains de mes camarades étaient fans de chanteurs ou d’acteurs, moi j’étais fan d’écrivains. Je le revendique.

Raconte-moi la rencontre avec Léo Scheer.

Symboliquement, je voulais que mes nouvelles soient publiées avant mes 18 ans. J’ai fait une liste d’éditeurs susceptibles de les accepter. Je les ai envoyées et j’ai eu plein de réponses négatives et positives. Dans ceux qui ont dit oui, il y avait Léo Sheer qui a bien voulu me rencontrer. C’est aussi simple et naturel que cela.

DSC02383.JPGJe crois savoir que tes parents n’étaient pas au courant de ta démarche.

Effectivement, il a fallu que je leur explique. Ils ont été surpris, mais au final, plutôt contents. Ils m’ont accompagné à Paris pour le rendez-vous.

Ils ont pensé quoi de ton recueil ?

Ils ont beaucoup aimé. Étonnant, non ? Très objectifs…

Ton recueil de nouvelles est sorti quand tu avais 16 ans. Tu viens tout juste d’avoir 18 ans… ce n’est pas gênant d’avoir pas mal de presse principalement parce qu’on est la benjamine de la littérature française ?

Ça ne me gêne pas outre mesure, mais je trouve que, finalement, on n’en parle pas beaucoup. Franchement, on parle plus de Marien Defalvart, par exemple. Cela étant, que je sois la benjamine de la littérature française, ça va bientôt se terminer. Ce genre d’argument n’a qu’un temps.

C’est plus simple pour toi, d’écrire des nouvelles ?

Oui. D’ailleurs, en toute honnêteté, certains ont dit que mon roman était une grosse nouvelle. Ca ne me vexe pas plus que ça. J’ai beaucoup de respect pour les auteurs de nouvelles.

Certaines critiques, Beigbeder ou le Figaro Magazine, par exemple, sont plutôt gentils avec toi, mais estiment que tu as encore les défauts de ta jeunesse… Beigbeder, il dit même que ton roman est « bâclé ».

Venant de lui, ça me fait rire. Il termine son papier en disant qu’il m’en veut beaucoup de le faire passer pour un ronchon épaté. J’ai pris cette critique très bien, mon éditeur, beaucoup moins. Quand même, Frédéric Beigbeder fait une comparaison avec Sagan… Et puis, après tout, il n’est pas là pour faire l’éloge de mon deuxième livre, alors ce qu’il exprime, je l’entends… et je vais faire en sorte que personne ne trouve mon troisième livre « bâclé ».

Il te reproche aussi d’avoir écrit 4 pages sur une chanson de Biolay et que dans un roman de 100 pages, c’est un peu beaucoup.

Je suis d’accord avec lui. (Rires)

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Dans le Figaro littéraire, ils titrent « Une surdouée mélancolique »… ça commence bien. Puis après, le critique ajoute : « Le trait des deux personnages sont parfois un peu forcés, les situations peuvent sembler improbables, les digressions un peu lourdes, mais la magie opère… ». Si on positive, tout le monde dit que c’est encourageant pour la suite de ton œuvre, mais qu'il te faut encore travailler…

La critique m’est très utile. Ce sont des choses que, de livre en livre, je vais tenter de corriger. Moi, j’aime la critique tant qu’elle est réellement constructive. Et souvent, en ce qui me concerne, elle l’est.

Tu ne te vexes pas facilement, dis donc…

J’ai 18 ans, je ne demande qu’à apprendre encore et encore. Donc, j’écoute. Ça ne peut que me faire progresser.

Je me fais un peu l’avocat du diable, mais ton livre est un peu un livre sur le désir… ce DSC02388.JPGn’est pas un peu prématuré de choisir ce thème à ton âge?

J’ai surtout voulu montrer une certaine vision de la société, sans pour autant l'approfondir. À mon âge, ce serait ridicule parce que je vais évoluer… mes idées avec. Mon roman n’est pas qu’une histoire d’amour, mais comme l’indique le titre, c’est surtout un livre sur l’orgueil. Mon héros, chroniqueur télé, sorte de Nicolas Bedos, a un orgueil tellement développé qu’il s’empêche l’amour.

Tu écris un nouveau roman en ce moment ?

Je suis dans la phase de recherche d’idées. Une fois que j’ai l’idée, ça part tout seul. Cette fois-ci, je ne vais certainement pas évoquer le rapport homme-femme et je vais tenter de me détacher de Paris. Je crains qu’on me reproche de situer mes histoires uniquement dans cette ville.

Que lis-tu pour te détendre ?

Je lis principalement des romanciers contemporains. Des gens qui sont encore vivants, car si je les rencontre, je peux discuter avec eux. J’aime échanger avec les auteurs que je lis. Évidemment, ça ne m’empêche pas de lire les classiques et d’autres auteurs qui ne sont plus de ce monde...

Je sais que tu apprécies Frédéric Beigbeider, Nicolas Rey, Jérôme Attal… des auteurs dont je ne connais pas d’équivalent féminin… Aimerais-tu avoir une écriture plus acerbe ?

Oui, j’aimerais arriver à ça. Une critique un peu cynique de la société actuelle, mais qui fait rire quand même tout en restant cohérente. Je souhaite diriger la suite de mes écrits vers cela.

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23 décembre 2011

Luc-Michel Fouassier: interview pour Un si proche éloignement

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Luc-Michel Fouassier vient de sortir son tout premier roman Un si proche éloignement… après avoir sorti deux recueils de nouvelles. (Mandorisé ici pour le premier et pour le second). J’aime sa plume et j’aime l’homme. Nous avons notamment des goûts communs pour la chanson française de qualité (ici, notre après-midi avec Yves Simon). J’ai décidé de le mettre de nouveau en avant sur mon blog, car son livre m’a touché. Beaucoup. Voici ma chronique du livre publiée dans le Addiction, le mag daté du mois de décembre/janvier 2012.

 

luc-michel fouassier,un si proche éloignement,interview

Luc-Michel Fouassier est venu à mon agence, le 7 décembre dernier… avec une bouteille d’Ouzo, « pour se mettre dans l’ambiance ! ». (Aurais-je une réputation?)

un si.jpg4e de couverture :

Un homme part pour l’île grecque de Naxos avec, dans son sac, un carnet noir et La lettre au Gréco de Nikos Kazantzaki. Cœur des Cyclades, lieu mythique où Thésée abandonna Ariane, que va-t-il chercher là-bas ? Pourquoi la nécessité impérieuse d’un tel éloignement ? Quelle est cette douleur latente qui le meurtrit ? De rencontres en illusions, de rêves en réminiscences, on comprend rapidement qu’il ne s’agit pas d’un simple voyage d’agrément et que quelque chose de bien plus fort va se jouer sur l’île. Parti chercher la femme qui l’a quitté, peut-être le narrateur finira-t-il par se retrouver lui-même…
Ce roman, véritable hymne à la vie, nous entraîne dans une Grèce simple et vraie, loin des clichés touristiques.
Un premier roman au style limpide et sans maniérisme qui nous insuffle un peu de l’âme grecque.

lu.jpgL’auteur:

Après des études scientifiques, quatre années à l'université de pharmacie Paris XI, Luc-Michel Fouassier s’est tourné vers l'enseignement.
En tant que délégué à la gestion de l'événementiel littéraire, il organise le Salon du livre d'Ozoir-la-Ferrière. D'autre part, il a créé le prix Ozoir'elles (parrainé par Régine Deforges) dont je jury de personnalités présidé par Simonetta Greggio récompense un recueil de nouvelles déjà publié.
Il est par ailleurs membre du comité de lecture de la revue littéraire Rue Saint Ambroise.

Deux recueils de nouvelles publiés à ce jour, aux éditions Quadrature et un roman, Un si proche éloignement, sortit pour la rentrée littéraire 2011 aux éditions Luce Wilquin...

Interview :

Toi qui es un défenseur acharné des nouvelles, te voilà devenu romancier. Pourquoi t’es-tu lancé dans le grand bain ?

D’abord, sache que le roman est construit avec des petits chapitres, de ce fait, certains pourraient être assimilés à des nouvelles. Ma façon de terminer le livre est aussi ressemblante à la nouvelle. Et puis, il y a un moment donné où tu as envie d’avoir un autre rythme d’écriture. Les nouvelles, c’est très intense, mais sur un temps court… quand tu as ton texte, tu ne peux pas le lâcher. Le roman, tu dois le mener jusqu’au bout. Tant que tu n’as pas écrit la dernière phrase, le dernier point, ton roman, ce n’est rien. C’est usant nerveusement.

L’habitude d’écrire des nouvelles a-t-elle pour conséquence de rendre plus difficile l’écriture d’un texte plus long ?

Pour moi, très franchement, c’est difficile de faire long. En règle générale, si je peux dire quelque chose en trois lignes, je choisis de l’écrire en 3 lignes et non en 15. Donc, avec cette conception de l’écriture, ça rend effectivement difficile l’écriture d’un roman. Cela dit, j’avais quelque chose à faire passer qui ne pouvait pas se dire en quelques lignes. Il y a une progression dans le personnage qui demande à ce que j’instaure un climat. C’est un homme qui va avoir sa vie changée, le processus de ce changement était long à décrire.

Justement, qu’est-ce que tu voulais faire passer à travers ce roman ?

Je crois qu’il n’y a pas un homme sur cette Terre qui ne soit pas dit : « je balance tout ! J’en ai marre de tout ça ! ». Un peu comme un ordinateur dont on nettoierait le disque dur, un homme a besoin de partir pour se nettoyer l’esprit et repartir sur de meilleures bases. Je raconte l’histoire d’un homme qui va tenter d’enlever de sa besace, toutes les choses inutiles, les petites mesquineries de la vie et essayer de se rattacher à des choses qui sont beaucoup plus importantes et qui sont les vrais enjeux de la vie.

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Interview à l'Ouzo... (c'est la première fois qu'un auteur fait tout pour me mettre dans l'ambiance de son livre lors d'un entretien. Je suis poli, j'ai bu. Hips!)

Quand on lit ton livre, on ressent une espèce d’apaisement.

Ceux qui ont lu ce livre, et principalement mes proches, sont ressortis du livre avec une forme de bien-être. C’est un livre qui apporte un secret de la vie qui vaut le coup d’être connu…  mais ne dit rien sur ton blog,  parce que c’est l’un des intérêts de ce roman.

C’est en Grèce que tu as eu l’idée d’écrire ce livre ?

En exergue du livre, il y a une phrase de Sophocle : Ce sont là choses qui n’ont pas l’honneur d’être mises en histoire, et qu’on apprend plutôt en fréquentant les lieux. Chaque fois que j’écris un livre, les lieux ont beaucoup d’importance. Si je n’ai pas le lieu, je ne peux pas penser à l’histoire. Tous les lieux que j’évoque dans le livre sont des lieux où mes pas m’ont entraîné. Par contre, les personnages sont inventés à partir de gens que j’ai croisés, sans les connaître ni leur avoir parlé. C’est juste ce qu’ils m’inspiraient.

Je sais que, parce que tu n’écrivais que des recueils de nouvelles, tu ne parvenais pas, jusqu’à présent, à te considérer comme un vrai auteur. Est-ce qu’avec ce premier roman, tu y es parvenu ?

Oui, tu sais, je vis pour l’écriture. L’organisation du salon du livre d’Ozoir, du concours de nouvelles « Ozoir’Elles », mes livres de nouvelles… aujourd’hui, je crois que je commence à assumer cette passion absolue.

luc-michel fouassier,un si proche éloignement,interview

C'est beau un écrivain qui signe son livre...

La construction des deux dernières pages est éblouissante.

Merci de me dire cela… ce sont les deux pages dont je suis le plus fier dans tout ce que j’ai écrit jusqu’à aujourd’hui.

Dans ton livre, il n’y a pas beaucoup d’action, mais il se dit beaucoup… de manière sous-jacente…

Le lecteur doit juste se laisser porter. Je n’aime pas les livres avec trop de rebondissements. Je n’aime pas être trop guidé, tenu au collier. J’aime bien pouvoir m’évader comme je le souhaite. J’écris des livres contemplatifs. Dans mon prochain roman, il y aura un côté Modianesque, une histoire plus construite et des attentes plus fortes, mais on reconnaîtra ma musique personnelle…

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22 décembre 2011

Jesers: interview pour "J'aimerais qu'on sème"

jesers,j'aimerais qu'on sème,interview

Jesers (Serge Moniz) est un de mes récents coups de cœur. (Merci à Jean Hartleyb de me l’avoir fait découvrir !). Cet auteur interprète vient d’une famille de musiciens disséminés entre Praia, Dakar, Londres et New York. Son goût pour le bel ouvrage le conduit naturellement à l’art du verbe et du rythme. Comme l’indique son dossier de presse, « citoyen et conteur aux racines métissées, son univers musical est une rencontre entre plusieurs cultures, un voyage en chanson world emprunte de poésie urbaine ».

Le 8 décembre dernier, j’ai rencontré l'artiste Mulhousois lors de son récent passage à Paris à l’occasion de la sortie de J’aimerais qu’on sème. Un album « qui nous invite à bord d’un nuancier coloré et positif dans lequel il aborde ses racines, de la France à L’Afrique, du Cap Vert au Sénégal, pour tracer des horizons tous liés aux événements de notre monde et où l’importance des mots illumine les rimes ».

jesers,j'aimerais qu'on sème,interviewInterview :

Ta musique est fortement métissée… quels sont tes origines, très exactement ?

Je suis né en France, mon père est né au Cap Vert et a grandi au Sénégal. Ma mère est née au Sénégal de parents Cap Verdiens. Je me situe donc entre la France, le Cap-Vert et le Sénégal.

Est-ce qu’il est caricatural de prétendre que ta musique est inspirée de ces pays?

Disons que j’ai grandi à la maison avec les musiques de tous ces pays-là ! Mais je n’ai pas voulu forcément reproduire ce que j’entendais jeune. Moi, je suis plutôt tombé dans le hip-hop. Les années passent et puis finalement tu retournes aux sources et tu mélanges tout ça.

Comme je le disais en préambule, tu es issu d’une famille de musiciens.

Oui, mon papa et deux de mes frères le sont : le petit et le grand. J’ai aussi dans ma famille des danseurs classiques ou de hip-hop.

Tu abordes des sujets des plus personnels aux plus universels avec sensibilité, jesers,j'aimerais qu'on sème,interviewengagement, humour, dérision, mais surtout passion. Tes textes sont profondément humains, tournés vers les autres en tout cas.

On me le reproche parfois. J’ai voulu que J’aimerais qu’on sème soit un lieu de partage et de rencontre, un univers authentique et riche où je m’efface parfois au profit de nombreux invités. Il  y a 20 Syl, Sergent Garcia, Kasar, Mahooni, Edou, Cha, Nouara, Daddy Wise, Mika, Jupy, Petit Kara, Derrick, Karen… Certains me disent que ça peut me desservir d’avoir trop d’invités. Je ne comprends pas pourquoi.

Tu n’envisages pas la musique autrement que par le partage ?

Je fonctionne vraiment comme ça. Par le lien. Même mes compositions, les histoires que je raconte… ce ne sont pas des choses que j’invente. Ce sont des choses que je vis ou que je vois chez les autres. Quand on me parle, j’écoute, j’emmagasine des informations et je ressors tout ça en musique et en texte.

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Considères-tu que ce métier est trop fermé ?

Tu as raison, je me rends compte que c’est un milieu fermé et qu’il ne faut pas être naïf. Je suis peut-être un peu trop gentil… mais, je tiens à rassurer tout le monde, je suis parfaitement lucide.

Tu as un travail autre que la musique pour gagner ta vie… tu es carreleur.

J’ai besoin des deux activités aujourd’hui, parce que je n’ai pas envie de me lever le matin et attendre un truc par rapport à la musique. Je n’ai pas envie de chercher à écrire pour trouver la bonne formule qui me permettra de gagner de l’argent. Moi, j’écris avec les tripes et comme je le sens. Je n’ai aucune pression, si ce n’est celle que je m’inflige moi-même pour être le plus performant possible.

Tu cries au monde qu’il va mal, mais je sens qu’il y a toujours en toi une pointe d’espoir?

D’où le titre, « J’aimerais qu’on sème » !

Tu as une longue expérience de la scène. Le Printemps de Bourges, Les Francofolies de Montréal, LesEurockéennes, La foire aux vins de Colmar, des tournées au Japon et à Détroit, ou encore ses doubles plateaux avec MC Solaar, Jamiroquai, Gad Elmaleh, Sergent Garcia et Renan Luce. Ça t’apporte quoi ces expériences ?

Ça m’oblige à être le plus professionnel possible. Quand on fait la première partie de Gad Elmaleh devant 10 000 personnes et que les personnes présentes ne viennent pas pour toi, tu as intérêt à assurer. Quand je joue dans la cour des grands, je ne fais que jouer, mais avec une pression supplémentaire.

Un album, pour toi, c’était primordial ?

Oui, évidemment. Ca me permet de garder une trace de mon travail et de montrer mon écriture d’aujourd’hui. Moi, j’aime bien être en phase avec ce que j’écris. Et avec les mots que je choisis. Aujourd’hui, je suis moins dans l’ego trip qu’avec le groupe dans lequel j’officiais, La Vieille École… j’ai muri.

Depuis que tu as sorti cet album solo, tu as fait beaucoup de rencontres et pas mal d’ateliers d’écriture aussi.

Quand on m’a sollicité pour faire des ateliers d’écriture, chose que je n’avais jamais pratiquée, j’ai dit oui. J’ai rencontré des élèves, mais ce qu’ils ne savent pas, c’est que j’y suis allé pour apprendre. Je ne sais pas qui d’eux où de moi a suivi les ateliers d’écriture tellement l’échange était présent. Ce sont les gamins qui m’ont donné envie d’aller vers l’excellence…

Tu t’es aperçu très vite que tu étais un amoureux des mots?

Je n’étais pas très bon à l’école, même s’il paraît que j’avais des capacités. Mais j’ai toujours aimé les mots. J’aime jongler avec, les maîtriser et les manier avec dextérité.

Tu fais de la poésie urbaine, pourtant, je sais que tu n’assumes pas le mot poète.

Il faut pouvoir l’assumer. C’est quand même un grand mot, alors quand on en est affublé, on reste tout petit tant on a l’impression de ne pas le mériter.

Question complètement idiote, mais je te la pose quand même. Aimerais-tu gagner ta vie uniquement en tant qu’artiste ?

Aujourd’hui oui. Mais, je suis lucide, je regarde autour de moi… c’est vraiment très compliqué de ne vivre que de ce métier. Je me sens pourtant mature pour me lancer, mais bon, je garde mon travail de carreleur, pour le moment. Je préfère être raisonnable.

Que te faudrait-il pour te faire repérer des gens du métier ?

On a besoin de la rencontre, on a besoin de la scène parisienne, on a besoin d’une mini tournée seul ou avec un groupe plus populaire, on a besoin d’une plus grande visibilité pour que quelqu’un nous repère, on a besoin de personnes qui aient un gros coup de cœur pour nous… bref, on a besoin de montrer ce que l’on sait faire…

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18 décembre 2011

Hommage à Cesaria Evora...

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Cesaria Evora est morte.

Je l’avais rencontré le 25 janvier 2006 à l’hôtel Abrial, dans le 17e arrondissement.

-Tu verras, cet hôtel ne paie pas de mine, mais c’est là qu’elle se rend depuis des années quand elle est en France.

Je réponds à son attachée de presse, que peu importe l’endroit, du moment que l’ivresse ne soit pas loin (ce qui n’est qu’une mauvaise parodie d’un dicton que j’aime bien).

Elle a raccroché sans faire de commentaires.

Le jour J donc, je débarque tout joyeux car j’aime beaucoup cet artiste.

Unique dans son genre.

Je papote avec son traducteur cap-verdien très sympa en attendant l’arrivée de la star.

Le monument arrive enfin, direction la salle à manger et discutons pendant 45 minutes.

Elle m’impressionne.

Très drôle, prolixe, taquine. Je ne m’attendais pas à ça…

Voilà pourquoi j’apprécie de rencontrer tout ce beau monde. Je suis souvent surpris.

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Voici l’article paru dans le Virgin de janvier 2006 à l’occasion de la sortie de son album Rogamar

medium_disco_rogamar2.jpg"Prier la mer avec la chanteuse Cap Verdienne. Un enchantement.

Césaria Evora, l’ambassadrice et la voix du Cap-Vert est restée profondément elle-même. Une femme du peuple de Mindelo, la ville principale de l’île de Sao Vicente, c’est à dire une femme simple et modeste. Aujourd’hui, elle étale ses sourires, ses succès et ses bonheurs et ça fait plaisir à voir. Je m’étonne d’un tel rayonnement dans ses yeux.

« On me dit souvent que j’ai l’air triste. Je suis exactement le contraire. Je suis toujours entourée d’amis, de musique et j’adore rigoler, me moquer avec tendresse des gens que j’aime et surtout faire la fête. »

Cigarette sur cigarette, « la diva aux pieds nus », décontractée, explique que son dixième album tire un trait d’union entre l’Afrique, l’Europe et le Brésil et qu’il célèbre, avant tout, la mer. Rogamar, comprenez : « Priez la mer ».

« Mais dans tous mes albums, je parle d’elle. Pour nous, les insulaires, elle est une source d’inspiration et d’espoir. Elle est la promesse de départ vers une vie meilleure, de retour et d’allégresse aussi. Quand on a le cafard, on regarde la mer parce que les ondes transmises sont positives. Evidemment, elle est aussi impitoyable car elle sépare parfois les gens qui s’aiment. »

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Césaria poursuit sa route discographique en abordant les thèmes capverdiens habituels : l‘exil, la critique sociale, la chronique îlienne, l’histoire coloniale de l’Afrique, la séparation et… le carnaval « Un jour de fête et d’harmonie. Le carnaval est une fête sans rivale ».

medium_Cesaria_Evora_noir_et_blacn.jpgA écouter Mas Un Sonho, on se croirait en plein cœur de celui de Rio. L’Afrique est très présente dans ce disque réalisé par Fernando Andrade. Césaria interprète Africa Nossa en duo avec la star sénégalaise Ismaël Lo.

« Une chanson sur ce qui rapproche le Cap-Vert et le Sénégal, deux pays qui ne font qu’un. Ses terres sont jumelles et elles ont le même destin.»

Autre duo, celui avec Cali, Um Pincelada, inattendu mais efficace. Si Césaria Evora a fait appel à ses auteurs habituels, (Manuel de Novas et Téofilo Chantre), elle a su faire confiance à deux jeunes de Mindelo (John Luz et medium_Cesaria_Evora_sable.jpgConstantino Cardoso).

« Je chante souvent des auteurs « classiques », je souhaitais, non seulement renouveler mes auteurs, mais aussi montrer qu’il y a du talent à revendre dans ma ville. Je me devais d’en mettre quelques uns en avant puisque j’en ai l’opportunité. Ils font vraiment des chansons magnifiques ».

 Belle âme, n’est-ce pas ? 15 ans après son succès planétaire Miss Perfumado, Césaria est plus que jamais à la mode. L’effet feu de paille qu’on lui prédisait à l’époque s’est transformé en une véritable carrière, parfaitement menée. Sa mélancolie tropicale s’est vendue à 5 millions d’albums... Ce qu’elle aimerait aujourd’hui ? « Je rêve de chanter en duo avec Charles Aznavour… »

Bonne idée."

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Pour terminer, voici ma chronique à propos de son dernier album sorti en 2009...

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16 décembre 2011

Liz Cherhal: chronique et interview pour "Il est arrivé quelque chose"

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Quand l’attachée de presse de Liz Cherhal (bonjour Patricia !) m’a envoyé son disque, je l’ai écouté avec un mélange de curiosité, d’impatience et d’angoisse (enfin d’angoisse, c’est une façon de parler… ça ne m’a tout de même pas empêché de dormir !).

Et si la chanteuse d’Uztaglote me décevait en solo ?

Il n’en fut rien. A tel point que j’ai décidé de chroniquer son disque dans Addiction, le mag et de la mandoriser. Commençons par la chronique parue cette semaine (dans le numéro daté du mois de décembre -janvier 2012).

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Le 22 novembre dernier, dans un bar de la Place de la République, nous avons conversé sur cet album, entre autres joyeusetés.

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Votre carrière ne se résume pas à ce premier album.

Beaucoup connaissent mon expérience avec Uztaglote et mon album pour enfant avec Alexis HK (mandorisé là), Ronchonchon et compagnie. Si on me demande si je commence avec ce premier album, j’ai envie de dire oui aussi, parce que c’est comme un nouveau départ, le début de quelque chose. J’ai commencé à faire des scènes en « solo », c'est-à-dire sans le groupe Uztaglote, en 2005. Ce spectacle a tourné pendant 5 ans et on n’a pas fait de disque. Pour le deuxième spectacle avec les chansons de ce disque qui n’existait pas encore, on s’est dit que, cette fois-ci, elles devaient exister physiquement… pour passer une étape. Pour aller un peu plus loin. Pour moi, ce disque est un genre de carte de visite.

J’imagine que votre expérience de groupe vous a apporté beaucoup de choses?

Je considère cela comme un stage professionnel, dans le sens où on a fait des concerts dans des cafés, dans des petites salles et dans plein d’endroits. C’était une époque où on n’avait pas l’idée de devenir professionnelle. On faisait tout et on prenait beaucoup de plaisir. Avec Uztaglote, j’ai découvert ce qu’était une tournée et un enregistrement en studio. Ce sont mes années de formations intensives… et surtout, c’était une aventure d’amis qui était très agréable.

Ce disque est très autobiographique. Vous le revendiquez.ff.jpg

Je raconte une bonne fois pour toutes des histoires qui m’appartiennent. Maintenant que ces chansons existent, je me tourne vers autre chose. Aujourd’hui, je me retrouve à parler de beaucoup de choses qui datent d’il y a trois-quatre ans. J’ai commencé à maquetter ces chansons en 2008 et on est rentré en studio en janvier 2011. Ça a pris du temps et beaucoup de choses dans ma vie personnelle se sont déroulées depuis.

Maintenant que le disque est sorti, vous plait-il ?

Au niveau du son, et aussi de la pochette, il est comme je le souhaitai. En tant qu’indépendante, j’ai fait un peu ce que je voulais. Mon producteur était là pour me soutenir et pour m’aider à réaliser ce dont j’avais envie. Je suis hyper fier du disque et j’ai vraiment zéro regret. Ce disque est complètement en rapport avec ce que je suis. Tout à une raison d’être.

« Il est arrivé quelque chose » est une chanson, on s’en doute, très personnelle, pourtant je m’y suis retrouvé pour x raisons…

Pour moi, cette chanson était la plus intime du monde. Et pourtant, je ne compte plus le nombre de personnes qui m’ont dit que c’était leur histoire. C’est, finalement, hyper touchant. J’aime bien l’idée que quand on fait de la musique et que l’on chante des chansons, on chante pour soi et pour les gens qui sont autour.


Emission France 3 "Ce soir avec vous" | Il est... par LizCherhalofficiel

Ca fait du bien de raconter des choses personnelles ?

Oui. Il faut avoir vécu de vrais évènements pour pouvoir les raconter. C’est pareil pour la sculpture, la littérature ou la peinture. Il n’y a rien de pire que les chansons aux kilomètres qui ne racontent pas grand-chose. En ce moment, je vais vous avouer que je suis complètement vide. J’ai l’impression d’avoir tout mis dans ce disque.

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Vos chansons sont tristes, mais pas uniquement. Drôles aussi, cyniques beaucoup.

J’aime beaucoup faire rigoler. C’est agréable de rire et de faire rire. Au départ, les chansons étaient écrites pour la scène, pour les concerts et il n’est pas possible de faire des chansons uniquement plombantes. J’ai besoin, à un moment de faire rigoler les gens et de dédramatiser en étant positive.

Les textes sont beaucoup travaillés ou vous êtes une instinctive ?

J’écris et je réécris et je retravaille jusqu’à ce que je sois satisfaite de tous les mots.

Quand savez-vous qu’un texte n’a plus besoin d’être retouché ?

Quand les gens de mon entourage, qui écrivent des chansons, ne me posent plus de questions sur ce que j’ai voulu dire. Quand plus personne ne me fait de retour sur mes textes, je considère que c’est terminé. J’ai la sensation d’avoir fait une chanson correcte quand on me le dit. Il me faut un miroir.

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(Photo: Denis Prodhomme)

Vous chantez le cynisme avec tendresse, le malheur avec le sourire… Est-ce que l’album reflète ce que vous êtes dans la vie ?

Comment je suis dans la vie, je ne sais pas. Comment je suis sur scène, je ne sais pas plus. Je dois être tout ça à la fois, avec un fond gentil tout de même.

Je sais que vous faites le distinguo entre la vie professionnelle et la vie personnelle.

Je distingue vraiment la chanteuse et la fille de tous les jours. Ce sont deux personnes différentes. Par exemple, je n’aime que moyennement que mes amis ou ma famille viennent me voir en concert. Avec eux, j’ai envie de parler d’autre chose. Je pense que cette envie là de ne pas mélanger est plutôt saine.

Vous ne parlez jamais de chansons en famille ?

Si, mais comme une discussion de tous les jours.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire ce métier professionnellement. Il y a eu un déclic ?

Quand j’ai commencé avec Uztaglote, on a fait ça pour s’amuser. Et au bout d’un moment, on a constaté que l’on pouvait gagner de l’argent en vendant nos concerts. Et puis, j’avais l’exemple de ma sœur ainée, Jeanne, qui est chanteuse et qui gagne bien sa vie depuis quelques années… Aujourd’hui, c’est un confort de vie qui est extraordinaire parce que je suis contente d’aller à mon travail.

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12 décembre 2011

C.C. Lou: Interview pour Gourmande

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c.c. lou,interview,gourmande« Une pincée d'humour, une touche de sensualité, une once de volupté, une bouchée de rage, une rasade de sensibilité, un zeste de provocation… C'est tout ça "Gourmande", l'album de C.C.Lou ! »

Mazette, quand je lis ça sur une bio, j’ai tendance à me méfier. Mais l’écoute de cet album m’est vivement conseillée par une amie artiste dont les goûts son souvent intéressants.

En écoutant les titres de C.C. Lou, je constate que la dame qui chante n’a pas froid aux yeux. Les textes sont inspirés, authentiques, écorchés, drôles ou sulfureux, le tout sur une pop française, comme l’explique le dossier de presse, « inspirée des 70's flirtant avec le début des 80's, tout en s'inscrivant harmonieusement dans les tendances musicales actuelles ».

C.C Lou est en concert à L’Etage demain soir (le 13 décembre 2011)… l’occasion, quelques jours plus tôt (le 5 décembre dernier), de l’interroger au Corso de la place Frantz Liszt. Cafés, croissants, magneto…

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Interview :
Ce n’est pas ton premier disque. Tu as déjà enregistré deux singles dans de grosses maisons de disque.

Oui, dans les années 90. Un chez Sony avec le titre « Nathalie s’en fout » et un chez WEA avec « Ce soir » sous le nom de Christine Lou. J’étais produite à l’époque par Patrick Sébastien. On devait sortir un album, mais en 1996, après la diffusion d’un sketch dans une de ses émission, « Osons ! », il a été taxé de raciste par tous les mouvements anti racistes pour une parodie de Jean-Marie Lepen sur une chanson de Francis Cabrel. Une blague qui a mal tourné puisque, dégoutté, il a arrêté tout ce qui était en chantier à cette époque-là, dont mon disque.

Dans ces cas-là, on désespère ou on continue à se battre pour se faire connaître ?

Pour être sincère, je peux te dire que j’ai mis du temps à m’en remettre. Quand j’ai connu Patrick, je sortais du Studio des Variétés. Je n’avais pas encore les connexions pour m’en sortir seule, sans l’aide de quelqu’un au départ. Il s’est trouvé qu’en parallèle de ça, j’ai eu un drame personnel, alors, oui, j’ai mis pas mal de temps à me remettre de cette période.

Tu es sortie de ce moment difficile quand ?

J’ai réactivé la locomotive quand j’ai relevé la tête, que j’ai fait d’autres choses de ma vie… je me suis mise en ordre de marche. Comme, pour autant, on ne divorce pas d’une passion, la musique revenait à moi de temps en temps. En 2004, Christian Lachenal,  qui fait office de directeur artistique sur l’album, m’a vraiment incité à réessayer. Le show bizness ne m’ayant pas laissé de beaux souvenirs, j’ai donc accepté de tenter de nouveau, mais avec lui.

c.c. lou,interview,gourmande

Aujourd’hui, tu as une bonne situation, tu n’as donc pas besoin de la musique pour vivre. Ca te permet d’être apaisée, de faire ce que tu veux, sans pression de nulle part.

Tu as raison. Maintenant, j’aimerais quand même en vivre et ne faire que ça. Cela reste mon métier… j’ai fait une école pour ça, ça fait plus de 20 ans que je fais tout  pour accéder à une vie d’artiste qui s’auto-suffirait à elle-même, alors je ne reviens pas en dilettante. En attendant, c’est vrai que j’ai produit, composé, co-composé cet album de façon complètement libre.

Tes textes sont frontaux. Tu dis les choses…

Je suis un peu comme le taureau dans l’areine. Je n’ai plus 20 ans, on est comme on est. On a qu’une vie et je ne vais pas m’excuser toute ma vie d’être ce que je suis.

Tu ne caches pas ton homosexualité dans ce disque.

Dison que je l’ai toujours assumée, parce que pour moi, il n’y a rien d’anormal à ça. La société, à ce niveau là, évolue aussi. Dans mon public, il y a autant d’hommes que de femmes et la plupart des hommes ne sont pas homosexuels. Des hommes bienveillants et ouverts d’esprit, ça existe.

c.c. lou,interview,gourmandeIl y a quelque chose de militant d’en parler ?

Pas du tout. Je n’irai pas prendre un drapeau pour la cause. Je suis désolé de décevoir  ceux qui attendent cela de moi, mais ce genre de démarche n’est pas mon truc.  On m’a taxé de chanteuse lesbienne. Je ne suis pas chanteuse lesbienne, je suis chanteuse, il se trouve que je suis lesbienne, mais je ne me définie pas par ça. Je chante des chansons d’amour qui correspondent à celles que je vis, c’est tout.

Tu n’as pas peur des réactions des radios, souvent frileuses quand on sort des clous ?

Une professionnelle de ce métier m’a dit qu’avec des textes comme les miens, j’allais droit dans le mur. Le mur, je l’ai déjà pris. Quelque part, lui et moi, on devient ami. On se connait, si je le recroise, je pourrai le caresser. On prône la différence du propos de chaque artiste, voilà, la mienne, elle est là.

Tu t’amuses aussi à provoquer. Sur la pochette de ton disque, tu as une barbe, tu fumes et on voit un de tes seins.

C’est parce que je suis amoureuse de Serge Gainsbourg. J’ai voulu montrer que je suis aussi une femme, malgré cette photo androgyne. Ma pudeur n’est pas placée là…

Elle est placée où ?

Je m’efforce de ne pas me répendre quand je suis triste. Elle est placée là ma pudeur.

Ma chanson préférée de toi, c’est « Quand je serai forte ». Tu te dévoiles beaucoup, mine de rien. Tu dis que tu es « blessée, mais entière »…

C’est amusant ce que tu me dis-là. C’est avec cette chanson que j’ai suis repartie dans l’aventure d’un nouvel album. Pour moi, elle résume effectivement les dix années d’arrêt entre 1996 et 2006. Je me sentais forte pour repartir libre.

Entracte: Voici la participation de C.C Lou à "Vous avez du talent" sur IDF1, le lendemain de notre rencontre... je vous prie d'accepter mes excuses pour les questions indigentes de l'animateur Jacky.

Ecris-tu vite et beaucoup ?

Non, certaines chansons, j’ai mis 10 ans à les écrire, d’autres sont plus fulgurantes, mais c’est rare. Là, je suis en pleine préparation de mon prochain album. Ensuite, on va le mettre sur My Major Company  pour trouver d’éventuels financements. Je suis en état d’écriture.

C’est quoi « être en état d’écriture » ?

Tout ce que je sens, que je capte fait une big messe dans ma tête, après je me calme, je pose les choses et je commence à tracer. Et après on peaufine. J’y vais par couches successives  jusqu’à épurer et trouver des mots qui tombent bien sur la bonne note et sur le bon rythme. C’est de l’orfèvrerie.

c.c. lou,interview,gourmande

Tes préférences musicales françaises sont très masculines. Aubert, Higelin, Bashung, Gainsbourg, Biolay…

Le dernier album d’Aubert, pour moi, c’est juste un bijou. Dans les plus jeune, j’aime aussi beaucoup le dernier album de Julien Doré. J’aime bien son côté espiègle provocateur délicat. Ca préfigure une carrière intéressante

Le côté provocateur que tu évoques pour Doré, on peut aussi te le jeter à la face.

Moi, je suis comme ça dans la vie. Je ne peux pas faire semblant. Je ne peux pas ne pas être moi dans tes chansons. J’ai essayé. On m’a fait chanter les textes des autres, mais je ne les ressens pas. Quand ce ne sont ni mes mots, ni mes idées, je n’arrive pas à chanter ses chansons correctement. Du coup, aucune n’est sortie.

En filles françaises, tu écoutes qui ?

J’écoute Ju’l. De temps en temps Barbara, mais pas beaucoup. J’aime aussi l’univers de Zazie. Pendant longtemps, j’ai écouté Véronique Sanson et Catherine Lara. Sinon, j’écoute plus des voix anglo-saxonnes : Diana Krall, Diane Reeves, Ella Fitzgerald.J’aime bien les voix de femmes dans le jazz finalement.

Pour bien te connaître, il faut t’avoir vu sur scène ?

Je crois, oui. Pour moi, le studio c’est le laboratoire, la cuisine. C’est pour ça que mon album s’appelle Gourmande. Une fois qu’on a fignolé le plat, le dessert et servi le Champagne qui va avec, on a envie de partager avec les gens. C’est ça la scène… un partage.

Pour finir, tu as besoin de quoi pour faire avancer ton chemin.

D’un producteur disque et d’un tourneur scène. De gens courageux qui voudraient bien participer à une aventure musicale originale.

c.c. lou,interview,gourmande

28 novembre 2011

Damien Jourdan: interview pour Orchidées

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Le 7 novembre dernier est sorti le très beau disque de Damien Jourdan, Orchidées (sélection FIP, tout de même...). Un album d’amour. « L'amour et ses angoisses, l'amour comme un risque obligé, cet amour-là, Damien Jourdan en a fait son allié, son confident » nous explique le dossier de presse. Avant d'aller plus loin, voici ma chronique sur l'album, publié dans le Addiction, le mag daté du mois de décembre-janvier 2012.

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(Ici, son MySpace).

Voici le premier clip, "Cette page" (titre assez évocateur de l'ensemble de cet album).

Le 2 novembre, j'ai retrouvé Damien Jourdan au Corso de la Place Frantz Liszt. Pour un café et quelques questions…

DSC01984.JPGInterview :

C’est un disque à l’ambiance douce, mélancolique alors que tu étais batteur dans un groupe de rock. Je remarque ça souvent… dès qu’un membre d’un groupe rock décide de faire un bout de chemin en solo, il délivre une musique plutôt calme.

Je n’étais pas dans le hard non plus. J’ai joué du rock, mais aussi beaucoup de jazz. Ce que j’aime beaucoup, c’est le silence. La batterie, c’est l’instrument qui laisse le plus de silence.  Ce sont des percussions et entre chaque coup, il  y a du silence.

Tes textes sont un peu tristes. Il y a une chanson qui s’intitule « Automne » et je trouve que ça résume bien l’ambiance générale de ton disque.

L’idée dominante, c’est la teinte du disque. Un peu gris, mais en même temps, ce n’est pas du noir et blanc. Si tu regardes de près la pochette, il y a aussi un peu de rose. En tout cas, ce disque n’est pas monochromique. Dans chacune de mes chansons, il y a toujours un passage où il y a une espèce d’espoir, ou plutôt, quelque chose d’un peu lumineux si l’on veut bien faire attention. Nicolas Repac, qui a réalisé le disque, m’a aidé à faire ce travail. Je m’étais enfermé dans un monde musical très très sombre dans lequel  je m’auto satisfaisait. Il m’a permis un peu plus de légèreté.

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Tu n’as pas la même façon d’écrire d’un texte à l’autre. C’est rare de changer son style comme on change de chanson. Je ne comprends pas toujours tout d’ailleurs…

C’est bien.  Ce sont des images et chacun prend ce qu’il ressent. J’aime bien l’idée d’alimenter l’imaginaire de ceux qui m'écoutent. Sur de grandes chansons d’artistes que j’aime bien, j’ai fait plein de contre-sens. J’aime bien l’écriture de Bertrand Cantat, par exemple, et souvent, je me suis trompé sur le sens de certains titres de Noir Désir. Ça ne me dérange pas. L’important, c’est ce que ça provoque. Moi, j’aime beaucoup le son et la musique des mots. Nicolas me reprochait d’écrire plus des poèmes que des chansons. Il m’a fait comprendre que ce n’est pas le même travail.

Tu sais que c’est compliqué pour un jeune artiste de se faire connaître aujourd’hui…

Oui, je le sais parfaitement. Ça fait 5 ans qu’avec Vincent Charmont (contrebassiste), on tourne dans les bars sans que pas grand-chose ne se passe. C’est difficile de jouer devant des gens qui mangent, il faut réussir à capter l’attention, alors que dans mon répertoire, il faut écouter les textes. On a fait tout ce travail patiemment, maintenant je rencontre un peu plus la presse et nous faisons des concerts dans des salles plus appropriées.

Ca te turlupine depuis combien de temps d’être chanteur ?

J’ai toujours été fasciné par ça. Chanter, je trouve que c’est très beau. Quand j’étais batteur, j’ai essayé plein de fois d’être choriste. Le groupe dans lequel je jouais c’est arrêté parce qu’il y avait trop de conflits liés à cela. Dans un groupe, il n’y a qu’un chanteur, où alors, il faut faire les Beach boys… (rires)

Qu’est-ce que l’on ressent sur scène ?

Déjà, on reçoit énormément, mais c’est comme quand on reçoit un bon shoot. On se sent vrai, car il est difficile de tricher sur scène. On est fier de présenter notre travail, bref, on se sent vivant !

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C’est quoi ta culture musicale ? Je ne parle pas de tes influences, mais de ce que tu écoutais quand tu étais plus jeune.

J’ai commencé à écouter de la new wage, puis de la cold wave, du punk et tout ça… ensuite, j’ai écouté beaucoup de jazz et de free jazz et aussi de la chanson française. Et je suis fan de Noir Désir. Chez moi, fan implique que j’ai un mélange d’adulation sans borne et de rejet. Je les ai vu en 1987 au Grand Rex et là, j’ai prix une claque. J’ai compris que l’on pouvait faire du rock avec des paroles sensées et une énergie incroyable.

Pourquoi parles-tu d’amour de manière aussi … triste ?

Souvent, les chansons sont tirées de ses propres expériences et pour moi, ce n’est jamais simple.

Tu ne fais pas de concessions dans ta musique…

C’est l’avantage d’être indépendant, tu n’as aucune pression. Je fais ce que je veux, je suis complètement libre. Je voulais faire quelque chose dont je sois fier et content. J’ai réussi. Ma démarche de réalisation avec Nicolas Repac, c’était  de rendre ma musique populaire, pas dans le sens « variété », mais dans le sens qui peux toucher n’importe qui.

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20 novembre 2011

Bertrand Soulier n'est pas Benjamin Biolay!

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Moi aussi, je le fais.

Je me foutrais des baffes quand je cède à cette facilité journalistique.

Quand je m’adonne aux fameuses comparaisons.

Vous savez les : « ce jeune artiste est le nouveau Brel/Goldman/Ferré… » (rayez les mentions inutiles).

Comparaison n’est pas raison.

Je le sais bien.

Mais, comme tous les plumitifs musicaux, je n’y peux rien, je compare. Moyen idéal pour faire comprendre aux lecteurs vers quel univers le nouvel artiste les emmènera.

Récemment, Bertrand Soulier a sorti un deuxième album, Single. (C’est drôle, je sais.)

J’en suis fou. Je ne l'écoute pas en boucle, mais pas loin.

Rien à jeter! Que du bon. Toutes ces chansons de A à Z (de « Patiner » à « Les îles éparses ») sont des bijoux. Je tiens Bertrand Soulier comme l’un des plus grands artistes de notre génération. Et j’en ai marre de lire dans les nombreux articles qu’il est un sous Biolay.

Pas dans le mien. Publié dans Addiction, le mag dans le numéro daté du mois d’octobre 2011.

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Qu’ajouter à ce que j’ai écrit ?

Il y a deux semaines, j’ai quand même décidé de rencontrer le chanteur (que j’avais déjà interviewé pour son premier disque, Discorama). Nous nous sommes donné rendez-vous au Corso de la Place Liszt. Je lui ai fait parler de ses chansons… et puis, en écoutant l’interview, je me suis dit que parler des chansons, de ses chansons, enlevaient de la magie à leur écoute. Et puis naturellement, la conversation s’est portée sur cette technique journalistique qui est celle de comparer les uns aux autres trop sytématiquement… (des baffes, je vous dis!)

DSC01912.JPGComment prends-tu la comparaison systématique avec Benjamin Biolay ?

Les gens vont toujours chercher l’influence la plus proche. « Patiner », par exemple, tu me parles de John Barry, je suis hyper content. Mais, bon, là, je mange beaucoup avec Biolay. C’est curieux, car je pense que dans ce deuxième album, il y a plus de Marvin Gaye que de Benjamin Biolay. Moi, j’aime beaucoup ce que fait Biolay, je connais quelques chansons à lui, mais je n’ai jamais écouté un album à lui en entier. Je ne suis pas du tout imprégné de son univers. Ca me fait marrer quand on me dit que je suis un néo Biolay ou un sous Biolay. Tu vois, dans la vie, je n’écoute pas Biolay comme j’écoute Dylan.

Dans ton premier album, tu étais pénard parce que tu as dit que c’était un best of imaginaire. Tes influences étaient assumées. On t’a laissé tranquille avec les comparaisons.

J’aurais d’ailleurs pu faire un Discorama 2. Là, l’idée était que j’avais une collection de chansons liées à ce que je vivais dans ma vie récente. Des évènements pas toujours gais. J’avais donc besoin de les sortir. J’ai réalisé l’album avec Jean-Louis Piérot. Au passage, je ne sais même pas si, lui, il connait l’œuvre de Benjamin Biolay.

À la limite, s’il fallait choisir des Français, je te placerais plus à côté de Souchon et de Sheller. Tu as le même âge que Biolay, une voix qui n’est pas aux antipodes, c’est aussi peut-être pour cela que la comparaison est facile.

C’est l’artiste de la décennie en France, il a une carrière absolument flamboyante, alors, je ne vais quand même pas coller un procès à ceux qui nous comparent ! (Rires)

C’est peut-être dommage pour toi qu’il existe.

Je vais te raconter la vérité. J’avais fait des démos au début des années 2000 et quand il a sorti son premier album, Rose Kennedy, j’ai entendu « Les cerfs-volants »  à la radio et je me souviens parfaitement m'être dit « merde ! ». Depuis, il a toujours un coup d’avance sur moi! Je trouve qu’on ne parle pas du tout des mêmes choses. Il y a un vrai truc qui est différent entre lui et moi, c’est qu’il y a une vraie urgence dans l’écriture de Biolay. C’est un mec, il lui arrive un truc, il prend un piano et il l’écrit. Moi, pas du tout. Mes textes sont plus réfléchis. Je ne suis pas en train de dire, que c’est mieux, hein, que l’on soit bien clair ! C’est juste différent. Moi, il me faut du temps pour assimiler les choses.

Télérama et Télé 7 jours, deux journaux télé pas franchement destinés au même public te comparent à lui quand même.

Télé 7 jours, c’est carrément entre Biolay et Bashung. J’adore Alain Bashung, mais quel rapport ai-je avec lui ? Sheller, je peux comprendre, mon titre« Vologne », il y a un piano voix. Souchon, c’était à la limite valable pour certaines chansons de l'album Discorama.

C’est lassant/rageant de devoir se justifier sur ses comparaisons ?

A toute chose malheur est bon. Je préfère que l’on me compare à Benjamin Biolay qu’à toutes sortes de gens. Avec le temps, peut-être qu’un jour, un autre artiste aura la malchance de s’entendre dire : « vous êtes le nouveau Bertrand Soulier ».

Toi, tu es moins premier degré que Biolay.

Dans mes chansons tristes, il y a quand même de l’optimisme. Je suis sûr que l’on va s’en sortir un jour. Je ne sais pas comment, mais on va s’en sortir.

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06 novembre 2011

Paul Belmondo et Booder pour Jeux Actu...

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logo.pngDans l’agence qui m’emploie, outre les quatre magazines pour lesquels je travaille, il y a aussi trois sites internet. MusiqueMag (dont je suis le monsieur chanson française), FilmsActu et JeuxActu. Il m’arrive donc de croiser dans les locaux toutes sortes de personnalités que je n’ai pas fait venir moi-même. Donc, je les laisse tranquilles. Parfois, j’en croise que je connais un peu... je reste un moment avec eux à papoter. Ce fut le cas le mois dernier avec le comédien humoriste Booder. Je l’avais déjà rencontré pour une autre occasion que vous pouvez voir là. Cette fois-ci, il était présent puisque c’est lui qui a amené Paul Belmondo pour un nouveau numéro de Star Select (diffusé sur JeuxActu). L’idée était qu’il livre ses impressions sur Forza Motorsport 4, la nouvelle référence du sport automobile sur consoles (sortie le 14 octobre dernier sur Xbox 360). Puisqu'il fait partie des rares pilotes français ayant donné quelques coups de volant en Formule 1, Paul Belmondo n'a pas non plus hésité à donner son opinion à l’équipe de Jeux Actu sur l'évolution de la discipline, et a même glissé quelques mots sur son apparition dans le film Beur sur la ville (dont Booder est le héros principal). Bref, une rencontre en toute décontraction que vous pouvez voir ci-dessous.

Quelques photos pendant que Paul Belmondo essaie Forza Motorsport 4...

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...sous l'oeil de Booder.

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Après l'effort...

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02 novembre 2011

Tous buzy: Rencontre Buzy, Kate Elliot et Pierre Faa

 

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Jour : 3 octobre 2011

Force en présence : Buzy, Kate Elliot et Pierre Faa.

Lieu : Bar le Passy à Paris

Organisatrice de la rencontre : Flavie Rodriguez

But de la rencontre : Parler de l’album Tous Buzy avec Buzy et deux des artistes ayant participé à cet album.

Avant de lire l’interview, et pour en savoir plus sur ce projet (que je soutiens à fond), voici mon article sur la question, publié dans Addiction, le mag daté du mois d’octobre 2011.

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INTERVIEW:

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Buzy au milieu de Kate Elliot et de Pierre Faa.

Qui est à l’origine de ce projet ?

Buzy : À la base, il y a plusieurs artistes qui, indépendamment, ont repris quelques-uns de mes succès. L’idée et le résultat m’ont beaucoup plu. J’en ai discuté avec le directeur du studio Unilive et il m’a proposé de monter un « tribute » avec des artistes indépendants qui reprennent certains de mes titres.

Vous êtes la principale intéressée, mais êtes-vous la « directrice » de ce casting musical ?

Buzy : Oui, c’est moi. Mais, à part Pierre Faa, je ne connaissais pas les autres artistes. Si, un peu Kate Elliot. Je l’avais repéré sur MySpace il y a quelques années. Je l’avais même appelé pour lui dire que j’aimais bien ce qu’elle faisait et que je serais intéressée de travailler avec elle pour des textes. Elle m’avait répondu que c’était Daran qui s’occupait de ses titres. Quand il y a eu l’idée de ce « tribute », je l’ai rappelé pour savoir si ça l’intéressait.

Teaser long Tous Buzy from a new emotion on Vimeo.

Pierre, vous, vous êtes carrément ami avec Marie-Claire Buzy depuis des années…

Pierre Faa : On s’est rencontré en octobre 1993, quand je suis arrivé à Paris. On s’est toujours vu depuis. Parfois très fréquemment, parfois moins. Ça fait 18 ans que l’on se connait et il est difficile en peu de mots de résumer notre amitié.

Buzy : Il est ascendant Verseau et moi je suis Verseau. Quand je l’ai rencontré, il faisait de l’astrologie et très brillamment, d’ailleurs. On a le même goût de l’ésotérisme, de l’astrologie et de la musique. Il est aussi graphiste, il a donc fait deux pochettes de disques à moi. J’ai pris deux chansons à lui dans mes albums précédents. Bien qu’il soit moins rock’n’roll que moi, on a une sensibilité qui se répond bien. De toute façon, le rock, c’est une tambouille dans laquelle on met tout et n’importe quoi. Ce qui est sûr c’est qu’il est très indé.

Du coup Pierre, ça ne doit pas être évident de chanter une chanson de quelqu’un que l’on connait beaucoup et qu’on aime ?

Pierre Faa : Effectivement, mais j’ai été porté par l’énergie de Jay Alanski. C’est d’ailleurs grâce à Buzy que je l’ai rencontré pour mon propre album, il était donc logique que je fasse « L’art de ne pas y toucher » avec lui. Si j’avais dû faire ce morceau tout seul, j’aurais peut-être été plus intimidé. J’aurais été certainement plus révérencieux.

pierre faa - l'art de ne pas y toucher from pierre faa on Vimeo.

Certains morceaux sont complètement revisités, d’autres moins…

Buzy : Vous parlez d’"Adrian", je suppose. J’adore le groupe Fancy, mais comme ils m’adorent, ils ont fait un peu de mimétisme involontaire sur la chanson originale. Je n’ai pas insisté non plus pour bien leur demander de prendre la largeur sur ce titre et de le revisiter carrément. C’est aussi leur choix, un parti pris d’être proche de la chanson originale et résultat est très bon, alors cette version à largement sa place sur le disque.

Vous Kate, votre version de "Borderlove", est très largement revisité.

Kate Elliot : Oui, mais je n’ai pas fait le morceau seule. J’ai appelé mon complice de toujours, Nicolas Bergère. On est parti sur le fait d’assombrir le morceau encore plus. On a modifié la réalisation et quelques orchestrations. On était franchement vraiment emballé par le projet et, du coup, on s’est beaucoup amusé. Reprendre du Buzy à pour moi une vraie signification artistique. C’est une vraie fierté cette participation à ce « tribute ».

Buzy : Quand Kate et Nicolas m’ont demandé de venir écouter le résultat en studio. J’ai été vraiment emballée dès la première écoute.

Kate, qu’aimez-vous chez Buzy ?

Kate Elliot: Buzy est l’une des rares artistes féminines que j’aime beaucoup. Ce que j’aime chez elle, c’est cette liberté, cette indépendance, cette féminité assez directe et brute. J’aime sa voix, ses textes et son côté très viril.

Buzy : Oui, et je te retourne le compliment. Moi, j’ai une passion pour les voix graves et l’énergie féminine très puissante. À ce propos, quand on analyse le CD, les filles ont choisi les titres qui avaient le plus d’énergie et les tempos les plus rapides… les garçons, Pierre ou Prohom par exemple, ont choisi des chansons plutôt douces. Pour résumer, j’ai choisi des artistes qui avaient des caractéristiques qui me ressemblaient.

Teaser court Tous Buzy from a new emotion on Vimeo.

Marie-Claire, vous n’aviez pas peur d’être déçue ? Non, parce que c’est difficile de dire à un artiste qui s’investit qu’on n’aime pas trop le résultat…

Buzy : Ça m’est arrivée trois fois. C’est pénible de dire à quelqu’un que je ne prends pas sa version parce que je n’adhère pas au résultat et que ça ne correspond pas au projet global. J’ai beaucoup de chance, j’en ai 15 absolument formidables. Sur 18, c’est une sacrée performance! Il y a un travail de création et d’adaptation magnifique.

Pierre, reprendre un artiste, c’est un exercice de style ?

Pierre Faa: Il faut s’amuser quand on enregistre une reprise. Il ne faut pas être timide. C’est comme quelqu’un qu’on n’ose pas aller voir à une soirée. Allons lui parler, allons boire un verre, et on verra si ça colle ou pas. Il faut parfois aller vers d’autres chansons plutôt que d’aller vers son quant-à-soi musical.

Dans ce projet, l’idée était de n’avoir que des indépendants.

Buzy : Effectivement, le concept de base, pour moi, était d’aider les jeunes artistes indépendants. Et de les pousser. Il y a énormément d'artistes qui ont du talent et que personne ne voit. Les médias ne défendent absolument pas cette catégorie d’artiste qui est entre la variété et la musique un peu plus indé, un peu plus « classieuse », moins populaire. Je trouve que c’est dramatique. Je me suis dit que c’était le moment de montrer qu’il y a là toute une vague d’artistes intéressants et encore méconnus. Quel est l’intérêt que je demande à Miossec de venir chanter une reprise de « Body Physical » ou à Benjamin Biolay de reprendre « Baby Boum ».

C’est novateur. Jusqu’à aujourd’hui, et je crois pouvoir dire dans le monde entier, personne n’a jamais osé sortir un album de reprises par des artistes « émergents ».

Buzy : C’est mon côté un peu « rebelle ». Je savais parfaitement que j’allais me heurter à des remarques du type : « Oui, mais ce n’est pas bankable tout ça ! Il n’y a pas de noms connus ! On n’en veut pas ! » Quand j’ai commencé à démarcher les maisons de disque, c’est d’ailleurs exactement ce que j’ai entendu.

Du coup, c’est une boite de communication, a/n/e, qui s’est lancée dans ce projet.

Buzy : Elle a décidé de trouver un réseau de distribution différent du réseau classique, les bureaux de tabac, et de jumeler ça avec un livre qui s’intitule Vive le rock !. Tout le monde a mis dans ce projet, du talent, du cœur, du temps, une vraie tenue artistique et de la générosité.

C’est aussi un beau pied de nez à l’industrie du disque.

Buzy : Disons que ça m’amuse bien. Si nous arrivons, nous les 15 artistes, à faire en sorte que ça se développe très bien dans les bureaux de tabac, que ça se développe sur la province et que l’on fait un gros tirage, je dois avouer que je serai très contente ! Ça fait 30 ans que je me farcis les labels, 30 ans que j’en chie avec eux, alors, oui, si ça marche, ça me fera du bien…

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Vous avez redécouvert vos chansons grâce à l’interprétation des autres artistes ?

Buzy : Oui. Au début, c’était énorme pour moi. J’ai même versé ma larme tellement ça m’a touché émotionnellement. Je ne le croyais même pas. C’est comme si, soudain, j’étais devenue styliste et que chaque personne avait trouvé le bon vêtement directement. Ce projet est émouvant pour moi.

Marie-Claire, est-ce que dans le métier, vous estimez que vous avez été aimé à votre juste valeur ?

Les médias m’ont adoré quand j’ai commencé et ça a duré pendant 10 ans. Après, peut-être que ma production était moins populaire, en tout cas, je me suis démarquée dans quelque chose de plus indé « underground ». Voilà, c’est mon parcours. Je ne me vois pas aujourd’hui, à 50 ans, chanter « Body Physical », vous voyez.

Pierre Faa: Moi, en tout cas, je trouve que c’est bien que ce disque existe aussi pour faire découvrir l’œuvre d’une artiste que la nouvelle génération ne connait pas forcément. Et il permet de faire découvrir des chansons moins connues, des chansons d’albums, pas forcément des tubes.

Kate Elliot: Moi, je tiens à réitérer ce que je disais tout à l’heure. Je suis très très fière d’appartenir à ce projet. C’est un bonheur de se retrouver comme ça parmi des gens qui font des choses différentes, mais pas aux antipodes non plus. Je trouve les autres artistes formidables. Vraiment.

Buzy : Ça me développe l’envie d’écrire des chansons pour les autres. Même si personne ne connait l’issue de cette aventure collective, elle aura été belle.

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De gauche à droite: Pierre Faa, Marie-Claire Buzy, Kate Elliot et Mandor.

Pour clore cette chronique, replongeons nous dans "les années Buzy"...