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13 septembre 2011

Rencontre Jean Fauque/François Staal

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Le 11 novembre prochain François Staal sera à l'Olympia !

C’est l’événement musical de cette fin d’année !

Qui ça ? François Staal ?

Effectivement, votre interrogation est légitime. Moi-même, j’ai découvert il y a peu de temps cet artiste, pourtant fort talentueux. Son attachée de presse de l’époque, Flavie Rodriguez m’avait envoyé un Ep du chanteur musicien. Après enquête approfondie, je découvre que François Staal n’est pas un débutant et que c’est un homme de goût: 4 albums, des concerts dans tout les lieux parisiens (et tous les mois au Zèbre de Belleville), un duo avec CharlElie Couture, un duo avec Jean Fauque, et plus de 40 musiques de film.

Le duo avec CharlElie, le voici...

Quant à Jean Fauque, outre le fait qu’il a écrit des chansons pour lui, il participe aussi à ses concerts très régulièrement, ce sera le cas le 26 septembre prochain.

fauque.jpgPetit portrait de monsieur Fauque au passage :

Frère de croisade linguistique Alain Bashung, avec qui il a ouvert de nouvelles voies dans la jungle de la langue française chantée : Novice, Osez Joséphine, Chatterton, Fantaisie Militaire, L’imprudence…, c’est lui.  Dans son tandem avec Bashung, il est devenu le plus légitime successeur de Gainsbourg dans l’élite de l’écriture voltigeuse, jonglant avec les techniques et transgressant les codes avec une rigueur folle. On le sait moins (quoique), mais Jean Fauque a aussi écrit pour  Jacques Dutronc, Johnny, Guesch Patti, Vanessa Paradis… liste non exhaustive.

Il m’a donc paru intéressant de les réunir. Je n’étais guère optimiste, mais en fait, Flavie Rodriguez  a organisé cette rencontre en deux temps, trois mouvements. Dire que cette attachée de presse est efficace est un euphémisme.

Le rendez-vous s’est tenu cet été sur une terrasse (enfin sur le trottoir sur lequel des tables ont été installées) d’un café parisien de la rue des Petites-Ecuries…

L’ambiance est joviale et tout le monde est de bonne humeur. Je constate que Jean Fauque est un geek. Avec François Staal et Flavie Rodriguez, ils parlent de la Logitech  G3, de l’Ipad 2 « qui n’a pas assez de giga » enfin des trucs comme ça. Que je ne comprends pas. Ça donne ça : « Non, c’est une question de paramétrage. Tu sais, dans la plupart des ordis, 2 fois sur 10 ce sont des problèmes de logiciels et pas des problèmes techniques. Une petite mise à jour, tout ce corrige. Tu vas dans « préférence », tu rétablis les touches et puis ça marche… »

Je tousse… pour rappeler que je suis là et qu’il serait de bon ton de revenir vers ce qui nous réunit.

La musique.

jean fauque,françois staal,interview,olumpia,canyonFrançois, vous vouliez travailler avec Jean, c’est un peu ça la base de votre rencontre artistico-amicale ?

François Staal : Je n’osais même pas l’envisager. Le rencontrer était de l’ordre de l’impossible. Rencontrer un mythe, ce n’est pas chose courante. Pour moi, très clairement, Jean est le plus grand auteur français. C’est finalement Flavie (Rodriguez, leur attachée de presse respective) qui s’est proposée de me le présenter.  Et puis un jour, ce fut fait.

Jean, comment vivez-vous le fait d’être considéré comme un auteur culte, au-dessus des autres ?

Jean Fauque : C’est gentil, mais dans la réalité, on ne se rend pas bien compte. C’est difficile à définir. En fait, moi, quand je suis devant ma machine pour écrire un texte,  le passé et tout ce que j’ai pu faire n’entrent pas en ligne de compte. À chaque fois, je recommence comme au début. C’est toujours un défi. Je me considère plus comme un artisan que comme un artiste… je suis un trafiquant de mot et puis voilà, rien de plus.

Rien n’est jamais facile, ni jamais acquis dans ce difficile métier d’auteur de chansons. Avec Alain Bashung, par exemple, ce n’était pas gagné d’avance.

Jean Fauque : C’est étrange parce j’ai rencontré Alain en 1975 en faisant des chansons qui n’ont jamais vu le jour. Après plusieurs tentatives, on a vraiment collaboré ensemble en 1988 sur l’album Novice. Aujourd’hui, c’est un album culte, mais à l’époque, il n’a pas fait un carton. Le premier carton réel de notre collaboration, c’était Osez Joséphine, mais le succès est arrivé très progressivement. Ça paraît bizarre, mais je ne me suis d’ailleurs pas rendu compte du succès. Si on estime qu’il peut-être une rentrée d’argent soudaine et inopinée, on n’est pas arrivé… en tout cas, je ne sais pas où est passé cet argent. Cette période-là à quand même changé quelque chose à ma vie : après 20 ans de galère, j’avais enfin la reconnaissance du public et de mes paires. Je crois que ce dont on souffre le plus quand on est artiste ou créateur, c’est de l’ignorance…

 

Trois des grands succès de Jean Fauque, version Bashung...


Alain Bashung - Osez Joséphine par Quarouble

Alain Bashung - La nuit je mens


Alain Bashung - Ma Petite Entreprise par Alain-Bashung

 

François, quand on a Jean Fauque devant soi, on lui demande directement de travailler avec lui.

François Staal : Ça ne s’est pas passé comme ça du tout. Je vais vous dire un truc personnel. Quand il a tourné la tête vers moi, on s’est regardé dans les yeux et dans ma tête, c’était comme si je le connaissais depuis toujours. Ceci étant, Jean a un regard tellement gentil et sympathique que ça doit faire ça à tous les gens qu’il rencontre… c’est incroyable! Le fait qu’il m’écrive un texte un jour, je trouvais ça invraisemblable. Moi, j’étais déjà content de le rencontrer et de boire un coup avec lui. Le lendemain, un peu intimidé par l’homme, j’ai envoyé un mail à Flavie en lui demandant si elle pensait que je pouvais me permettre de lui demander d’écrire une chanson pour moi. Je ne voulais pas apparaître comme un goujat ou un opportuniste.

Jean, vous voyez souvent des artistes… vous devez sentir que, parfois, tel chanteur aimerait bien avoir un texte de vous, ce qui doit représenter pour eux, la classe absolue.

Jean Fauque : Oui, je ne vais pas nier que ça m’arrive relativement fréquemment. Comme je suis un peu feignasse, j’ai tendance à me planquer, à faire l’ignorant… après, il ne faut pas hésiter à me harceler un peu. François m’a relancé plusieurs fois et voilà ! Mon premier réflexe quand quelqu’un envisage une collaboration, c’est d’aller sur le net pour m’informer un peu, pour connaître l’état d’esprit de la personne et surtout pour connaître sa musique. On finit par avoir une vision globale des choses. J’ai vu dans quelle mouvance musicale et dans quel style se situait François et j’ai vite remarqué que je nageais en plein dans les eaux que j’aime bien. Rapidement, je suis passé chez lui, sur sa péniche. Nous avons discuté et il m’a fait écouter le projet en cours. C’est une méthode finalement assez classique.

Quand on a une réputation telle que la vôtre et qu’on écrit pour un artiste inconnu est-on, tout de même, la proie du doute ?

Jean Fauque : Quel que soit le niveau de notoriété de l’artiste, je ne suis jamais sûr de moi. C’est même une position assez délicate parce que je me dis toujours que si j’envoie quelque chose qui ne convient pas, c’est plus ennuyeux pour l’artiste de me le dire.  Il faut quand même savoir que quand tu écris 100 chansons, statistiquement, il y en a 5 qui finissent par paraître, alors un auteur est relativement blindé concernant les retours négatifs. Une fois que j’avais cerné où François voulait en venir, j’ai pensé à des choses que j’aimais bien et qui pouvaient, je pense, le toucher. À partir de là, je lui ai donné deux/trois textes et il en a mis deux en musique.

 

Terre m'atterre - François Staal - (paroles: Jean Fauque)

 

François, je vous retourne la question, qu’est-ce qu’il se passe quand on reçoit les textes de Jean Fauque ?

François Staal : Il vient de répondre à la question. Ma plus grande angoisse c’était de me dire : « si ça ne me plait pas, comment je vais lui dire ? ».  En l’occurrence, la première qu’il m’a donnée c’est « Où » et en gros, « Où » c’est complètement mon univers. Ce n’est pas pour rien que j’ai de l’admiration pour Jean Fauque. On a le même monde, le même univers intérieur. Cette chanson, c’était exactement ce que j’avais envie de chanter. Les textes de Jean, déjà, il faut les comprendre… il y a tellement de sens dedans, et puis après, il faut parvenir à les chanter. Pour me faciliter la tâche, on a réaménagé certaines phrases afin de parvenir à me les approprier complètement. Quel que soit le respect qu’on a pour un auteur ou pour un texte, il ne faut pas hésiter à déplacer un mot si on pense qu’on sera plus à l’aise pour le chanter.

Inversement, Jean, quand on écrit un texte pour quelqu’un, se demande-t-on ce qu’il va en faire, premièrement, musicalement et deuxièmement, dans la façon de l’interpréter?

Jean Fauque : Il y a deux solutions : soit j’ai une musique avant, c’est une méthode que j’aime bien qui donne une limite et une espèce de carcan dont on ne peut pas trop s’échapper, soit c’est un texte à blanc. Franchement, ça m’est arrivé de donner un texte et de trouver que la musique n’était pas à la hauteur. C’est un peu ennuyeux… Quand j’ai eu des doutes, malheureusement, ils se sont souvent avérés exacts. Moi, je me considère comme un amateur de musique, je suis un musicien d’instinct et un très mauvais instrumentiste. J’ai juste une bonne oreille et pas un trop mauvais goût quand j’écoute. Je n’aime pas les démonstrations de musiciens. Ca ne sert à rien de vouloir m’épater, on fait de la variété, on fait de la chanson, on ne fait pas de symphonie pour concurrencer Malher, ce n’est pas le même boulot.

Jean, est-ce qu’on écrit différemment selon la façon de chanter de l’interprète…  Bashung étant un cas extrême.

Jean Fauque : Ce que j’ai donné à François est complètement dans la lignée de ce que j’aurais pu donner à Alain. Ils ont tous les deux beaucoup de liberté dans la forme et dans le fond.  C'est-à-dire que tout à coup, ça part ailleurs, on ne sait pas trop où. Chacun en fait son propre sujet et interprète un texte à sa façon. Ce que j’ai fait pour Alain et ce que je fais pour François n’est pas conforme et structuré. Je dis toujours à des gens qui débutent et qui veulent essayer de s’approcher de notre travail, qu’il faut d’abord avoir la maîtrise de la forme la plus classique et la plus traditionnelle de la chanson, c'est-à-dire avoir des strophes, avec des pieds et des rimes le plus précis possible… quand on a fait beaucoup de chansons comme ça, on peut ensuite commencer à casser tout ça. Casser ce qu’on a appris, démonter l’apprentissage, pulvériser les structures. On ne peut pas modifier ce que l’on ignore…

François, êtes-vous d’accord avec la thèse de Jean ?

François Staal : Oui, évidemment, c’est même un truc que je revendique. J’écris aussi des chansons et je peux vous dire qu’il y en a de mon propre album dont je ne sais pas encore trop de quoi elle parle. Dans le temps, les poètes parlaient d’écriture automatique... Moi, j’aime quand ça part un peu là-haut, quand on se perd un peu, comme nous les êtres humains.

staal disuqe.jpgJean, que pensez-vous de l’histoire de François… de son Olympia prochain ?

Jean Fauque : C’est un grand fou ! Je trouve ça aussi courageux qu’inconscient. Ca rejoint des actes héroïques au sens noble du terme. Ça m’épate autant qu’un type qui décide de traverser l’atlantique sur un petit radeau comme l’avait fait Alain Bombard ou comme l’homme-araignée qui grimpe avec des ventouses l’Empire State Building…  des trucs de oufs, des trucs invraisemblables. J’aime la folie chez les gens, on est dans un monde tellement régulé par cette espèce de masse indéfinie et informe, c'est-à-dire les fonctionnaires de Bruxelles qui passent leur temps à pondre des lois pour faire chier (ou vouloir leur bonheur malgré eux) 300 millions de citoyens. Tout à coup, un truc allumé comme ça, ça me plait.

Alors François l’allumé, pourquoi ce défi insensé ?

François Staal : D’abord, je ne trouve pas cette idée si folle que ça. Qu’est-ce qui est fou ? C’est la notion du risque. A un moment donné, si on veut faire quelque chose d’exceptionnel, il faut accepter l’idée d’en payer le prix. Le prix, et donc le risque, c’est que je me plante, que personne ne vienne. Si je me plante, je ne serai ni le premier, ni le dernier mec qui se sera planté à l’Olympia. Bon, en même temps, si ça ne marche pas, ce sera la fin de mon projet de chanson, en tout cas la fin de ma tentation d’en vivre professionnellement. Au fond, on n’a qu’une vie… au pire, je raconterai à mes petits enfants que j’ai fait l’Olympia…

Jean, vous avez l’air de ne pas être d’accord !

Jean Fauque : Non, ce n’est pas vrai François. Si l’Olympia ne marche pas, ça ne sera pas la fin de ta carrière de chanteur. D’abord, je ne vois pas pourquoi tu te planterais.

François Staal : Mais c’est un moteur pour moi de prendre ce risque à fond. Je le vis bien parce que je me suis envisagé le pire. De toute façon, ce ne sera que du bonheur, parce que j’ai décidé que l’on fera un concert d’enfer, même si on est que 50!

Jean, vous allez participer à ce concert.

Jean Fauque : Oui, nous allons faire un duo et puis il y a une forte probabilité que je fasse une version de La Nuit, je mens avec le pianiste de François. Je n’ose pas me mettre dans les traces d’Alain, il chante cette chanson tellement magnifiquement, que je la détourne en gardant juste une partie du thème de la chanson. Je la récite plus que je ne la chante. C’est une version hommage et en même temps très personnelle.

 

 

François, il y a un disque qui sort en même temps que ton Olympia.

François Staal : Il sortira un peu avant, le 7 novembre. Il s’intitule « Canyon » et il y a deux chansons de Jean, dont un duo. En tout 14 titres que j’ai mis trois ans à faire. J’ai signé chez Paul Beuscher Arpège. Ils ont l’air d’avoir envie de faire plein de choses avec moi. Ils m’ont trouvé un label avec lequel ils ont l’habitude de travailler, 10 heures 10.

 

Lacher l'affaire - François Staal -

 

Jean, vous aimez regarder les balbutiements d’un artiste…

Jean Fauque : Je vois ça avec un regard un peu nostalgique, parce que ça me rappelle l’aventure d’Alain Bashung avant Gaby, entre 75 et 80. La joie de la signature du premier album chez Barclay du temps d’Eddie Barclay, le deuxième album où déjà les difficultés se posent, le doute parce qu’il n’a pas vendu assez son premier, mais on garde quand même de l’espoir… François, à la différence d’Alain, assume un peu mieux les bonnes nouvelles. Un jour, j’ai tenu une théorie à Alain. Je lui ai dit : « En fait, tu es le plus grand looser que je connaisse. Un looser est condamné à réussir. Un looser qui rate sa vie, il est dans la norme. Il est heureux. Un looser qui tout à coup à du succès, c’est un vrai looser, parce qu’il s’est mis en contradiction avec sa looserie ».

Il n’a pas bien vécu la reconnaissance, il me semble ?

Jean Fauque : Après Gaby, Alain a fait une dépression terrifiante. Il a failli se foutre en l’air. J’étais spectateur, voire acteur de cette période-là. Quand il a fait « Play Blessures », c’était pour gerber tout ça. D’ailleurs, paradoxalement, on n’a jamais autant rigolé qu’en enregistrant cet album. Avec Gainsbourg, on s’est fendu la gueule comme pas possible !

J’aime bien discuter avec vous Jean… vous parler d'un mythe, là !

Loin de moi le fait de vouloir impressionner la galerie. Quand Alain nous a annoncé qu’il allait nous présenter Gainsbarre, on n’en menait pas large. On était chez le bassiste comme si on attendait des résultats d’examens. On l’a emmené sur notre territoire, dans un restau que l’on fréquentait. J’étais impressionné une minute trente. Quand j’ai vu sa tête de déconneur, j’y suis allé allègrement. A l’époque, je ne pouvais pas dire une phrase sans faire 40 jeux de mots. Pour me faire chier, il me coupait tous mes effets… nous étions jaloux de l’humour qu’avait l’autre...

Jean Fauque 29.06.11 3.JPG

Je vous pose la question chiante de fin : François, que pensez-vous de Jean ?

François Staal : Jean, c’est comme un joker pour moi. C’est un mec génial, sérieux, qui a de l’humour. Ses textes sont pour moi tout ce que j’aime dans la manière d’écrire des chansons. En plus de ça, Jean est d’une gentillesse et d’une générosité incroyable. C’est quelqu’un de rare et d’exceptionnel.

Jean que pensez- vous de François ?

Jean Fauque : J’ai de la tendresse pour lui. C’est un bon gars dans le bon sens du terme. Il dégage quelque chose et je trouve que dans ses envies. En 35 ans, j’ai collaboré avec une centaine de personnes. Pour moi, il y a deux sortes de gens. Ceux avec lesquels je collabore et après que je ne vois plus et puis, il y a ceux avec lesquels il reste des liens de camaraderies intenses. Il n’y en a pas eu tant que ça, mais j’ai l’impression que c’est ce qui est en train de se passer avec François.

François Staal et Jean Fauque 29.06.11 1.JPG

22 juillet 2011

Jewly: interview pour la sortie de No Shoes

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Avant-propos exceptionnel  :

Récemment, lors d’une interview pour mon livre, une journaliste me dit : « Oui, mais, vous n’avez pas l’impression de vous servir des stars pour faire le succès de votre blog ? ». J’ai entendu cette question maintes fois. A cela, je lui ai demandé si elle avait déjà jeté un coup d’œil sur le dit blog.

Evidemment, pas vraiment.

Non, parce qu’en fait, je consacre bien 60% de cet espace à faire découvrir de nouveaux artistes. J’ai l’impression de passer mon temps libre à tenter de dénicher les talents de demain. L, Lisa Portelli, Cyril Mockaiesh (pour ne nommer que ceux qui explosent actuellement) sont des artistes qui sont ici depuis plus de trois ans et que l’on découvre aujourd’hui seulement. (Précisons que maintenant que ça marche pour eux, ils répondent encore présents... les trois A.C.I se sont déplacés tous les trois à mon agence pour des interviews/session acoustiques, voir , et ).

Il y en a beaucoup d’autres que vous ne connaissez pas encore, mais qui, peut-être, seront en haut de l’affiche un jour (par exemple, je parie beaucoup sur Rodrigue !).

Je n’en tire pas une gloriole incommensurable, mais j’aimerais parfois que l’on ne me fasse pas de faux procès (qui certes, n’empêchent pas le monde de tourner et qui n’agacent que moi !)

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La jeune femme dont je vais parler aujourd’hui s’appelle Jewly. C’est mon ami d’enfance, Eric Genetet qui m’a prié d’aller écouter son MySpace. J’écoute les cinq morceaux proposés, mixant des sonorités funk, blues, jazz ou carrément rock. Et j’apprécie « son univers travaillé et sincère qui s’ouvre sur le groove ».

Le 12 juillet dernier, elle se produisait dans la mythique boite de jazz, le Sunset. Je lui ai donné rendez-vous dans l’après midi, afin d’en savoir plus sur son début de carrière, son univers (entre autres).

jewly, no shoes, interview, mandorInterview :

Tu n’es pas tout à fait une débutante…

Je chante depuis longtemps des standards de jazz, des reprises. En 2006, alors que je chantais dans une manifestation, quelqu’un m’a « repéré ». Cet homme m’annonce qu’il voulait faire une chanson avec moi parce que ma voix lui plaisait. On est rentré en studio et on a enregistré une chanson « Terre permise ». J’ai décidé de la donner à l’Unicef. Ce single m’a emmené en Roumanie où, invitée par le gouvernement, je me suis produise dans des orphelinats. Bon, après cette expérience, je n’ai plus voulu faire autre chose.

Le besoin de chanter, chez toi, semble particulièrement viscéral…

Pour moi, c’était un réel besoin. Au début, j’ai fait ça en parallèle de mes études, sans prendre les choses trop sérieusement. Et puis, quand on chante des reprises de jazz, c’est complètement différent que de construire son propre univers, trouver ses chansons, faire son album, trouver la voie vers laquelle on veut aller musicalement. J’ai le souci constant de ne pas faire des choses qui ressemblent  à ce que tout le monde fait. Après le single de l’Unicef, très vite, j’ai voulu mon propre album pour imposer mon style perso.J’ai fait un premier album en 2009, Behind the line, sorti sous le nom de Julie Claden. Je chantais quasiment exclusivement en français. Ce disque marque le début de ma prise de conscience, le début d’un mouvement inexorable vers mon univers d’aujourd’hui. Chaque chanson racontait une histoire, mais pas l’ensemble de l’album.

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Je sais que tu trouves qu’il ne sonne pas assez « live ».

Il était un bon premier album de studio, mais j’ai évolué rapidement et du coup, très vite, il ne me correspondait plus. No shoes, mon deuxième album correspond vraiment à ma personnalité artistique. Il a été enregistré avec mes musiciens de scène en one shot. On n’a touché à rien. Il sonne plus live et c’est ce que je voulais, car je suis une personne qui se sent parfaitement à l’aise sur scène. Faire un album, c’est bien, mais ce qui m’intéresse le plus, c’est d’être sur scène et de jouer avec de vrais musiciens. J’ai besoin de cette interaction qui se crée entre mes musiciens, le public et moi. Sur scène, je reçois énormément du public. Et si après un concert, j’ai réussi à toucher ne serait-ce qu’une seule personne, je considère que j’ai réussi quelque chose…

Quand on écoute No Shoes, du coup, on sait ce que tu vaux sur scène ?

Oui, on ne ment pas. Mais, ça ne veut pas dire que sur scène, je vais les chanter de la même manière. Dans l’interprétation d’une chanson, d’une soirée à une autre, on ne ressent jamais les choses de la même façon, on n’est jamais dans le même état d’esprit, donc forcément, je vais les chanter différemment, je vais les vivre avec le public.

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Ta musique, c’est du funk, soul, rock avec un peu de jazz. Est-ce que c’est ton style définitif ?

Mon style, c’est vraiment rock’n blues avec des riffs funk. Ma musique, on aime ou on n’aime pas, mais on ne peut pas me dire que c’est le copié collé de quelque chose. Forcément, j’ai des influences, mais je tente vraiment de m’en éloigner le plus possible. On en peut pas dire de moi, dans la globalité, elle fait du x ou y artistes. On n’essaye pas non plus de ne pas ressembler. Tout est affaire de dosage inné. Ma musique s’appuie sur des bases existantes déjà fortes, sur des atmosphères et surtout sur des sonorités, ensuite, je vais vers des choses qui me ressemblent.

Quelques extraits de son concert au Sunset, le soir même...

Jewly at Sunset - Paris from jewly on Vimeo.

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Tes textes parlent de quoi ?

J'aborde des thèmes qui me tiennent à cœur, des absurdités qui me touchent, personnels ou appartenant à des gens que je connais. Je parle de racisme, d’intolérance, d’amour de la vie. Je travaille les textes avec Mina Moutski. Elle m’a proposé différents thèmes et après, j’ai choisi.

Tu chantes et écris en français ou en anglais, selon le sujet et l’inspiration, c’est ça ?

Ma langue maternelle, le Français, est chargée affectivement et porteuse d’émotions intimes. L’Anglais permet le recul, le jeu de sonorité, force un travail d’appropriation très rigoureux… Je n’ai aucune préférence, c’est vraiment une question de ressentie, d’impulsion, de moment.

Tu travailles toujours avec la même équipe.

Depuis le début, je travaille avec des personnes proches de ma sensibilité, qui partagent mes valeurs et ma vision de la musique. À commencer par Emmanuel Hoff, mon compositeur et complice de la première heure, Michel Ott, musicien et compositeur avec lequel je crée des mélodies en binôme et bien sûr, Mina Moutski, dont les mots épousent parfaitement nos musiques…

Tu ne fais pas de la musique commerciale. Tu n’as pas choisi la voie de la facilité !

J’ai conscience que c’est un choix risqué. Je me dis que je ne vends pas mon âme au diable, je joue de la musique que j’aime et si jamais ça doit marcher pour moi, je pourrai me regarder dans la glace. Moi, je ne veux pas faire juste un tube, je veux bâtir ma carrière dans la longueur. Je prends le chemin de la difficulté, mais je suis une fille courageuse, volontaire et tenace.

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Avec le serveur de ma "cantine", qui n'est pas resté insensible au charme de Jewly...

Récemment, tu as fait la première partie de Florent Pagny, à Troyes, au Festival de Champagne.

C’est une super expérience parce que c’est une grosse scène. Ma musique n’a rien à voir avec celle de Florent Pagny, le public n’est pas venu pour moi et pourtant il a beaucoup accroché. J’ai vraiment un super moment. Ça m’a rassuré que le public soit si ouvert et que ma musique leur plaise. À Strasbourg, j’ai aussi fait la première partie d’Axelle Red. Là, il y a avait Place Kléber plus de 5000 personnes. C’était la folie pure !

Deux extraits de la première partie du concert de Florent Pagny...

Depuis cette année, tu es membre des « Ambassadeurs d’Alsace », un réseau d’entreprises, d’hommes et de femmes qui aiment leur région et qui a pour ambition de faire rayonner l’Alsace à travers ses initiatives et ses talents…

Je vis actuellement à Strasbourg et je fais depuis plusieurs années maintenant des concerts en France et à l’étranger. L’idée de présenter ma région grâce à ma musique me séduit beaucoup. J’étais d’ailleurs partie au Québec avec le CRT (Comité Régional du Tourisme d'Alsace) pour chanter pour l’Alsace.

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Dernière précision : Sans contraintes, ni prises de tête, Jewly souhaite rendre accessible et partager sa musique avec le plus grand nombre de personnes, tout simplement.
C'est pourquoi vous pouvez acquérir No Shoes au prix de votre choix à partir de 5 € TTC, dans le respect du travail des musiciens qui la soutiennent.

16 juillet 2011

Bab: interview pour la sortie de "Bienvenue à bord"

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Cela faisait un moment que je souhaitais mettre en avant le groupe Bab. Deux des membres sont des ex du groupe Musard (mandorisé ici il y a 3 ans).

bab,bienvenue à bord,mandor,interviewAujourd’hui  Candice (chant, basse) et Guillaume (guitare et batterie aux pieds) jouent une musique, mélange savant de rock, de folk et de chanson, saupoudré de cuivres electro-jazz, mais dont on sent fortement un esprit hérité de la scène alternative. Les deux Bab ont su s’entourer puisque leur premier album Bienvenue à bord a été mixé et réalisé par Erwin Autrique (Louise Attaque, Mano Negra, Alain Bashung) et Laurent Guéneau (Sinsemilia, IAM, Cesaria Evora). Et surtout, c’est Mike d’Inca (le leader de Sinsemilia) qui les a signés dans sa structure personnelle, Echo Productions. Chez AZ/Universal, on croit très fort au potentiel de ce duo à la liberté surprenante.

Voici le teaser de la sortie du disque:

Le 8 juin dernier, je leur donne rendez-vous dans un bar culturel situé à proximité de l’agence pour laquelle j’officie.

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bab,bienvenue à bord,mandor,interviewInterview :

Mandor : Pourquoi le groupe Musard s’est-il arrêté ? 

Candice : Musard a duré 5 ans. Quand humainement, on ne s’entend plus, ce n’est plus la peine de continuer. Ça a vraiment pété entre nous, juste avant la sortie du disque. On était en colère quand on est parti.

Du coup, avec Bab, vous avez changé de style musical.

Candice : Guillaume et moi, on a toujours fait les chansons, même avec Musard. C’est une constante. Dans ce groupe, il y avait du violon, alors, le rock, on ne pouvait pas trop se lancer là dedans, c’était compliqué pour les arrangements. Ce que je peux affirmer, c’est qu’il est fort possible que nous ayons plus de maturité artistique.

Guillaume : Toi, Candice, tu as changé ta manière de chanter, dans le sens où il y a toujours beaucoup de mots, mais il y a plus d’air entre les mots. Bab s’est la suite de Musard, nous allons dans la même direction, mais en étant plus rock.

bab,bienvenue à bord,mandor,interviewBab est même folk rock, je trouve.

Candice : Ça définit bien l’album en tout cas.

Comment travaillez-vous ?

Candice : J’écris les textes, après je trouve des accords. Guillaume, lui, a des musiques qu’ils me proposent. Si elles me plaisent, ce qui est fréquent, on travaille dessus. D’abord, la trame de la chanson pour la musique et ensuite, on fait appelle aux arrangements cuivres. Il y en a beaucoup dans l’album. On adore ça.

Tes textes sont très féminins. Il est beaucoup questions de la vie de couple ou des relations hommes-femmes.

Candice : Il y a beaucoup de gens qui prennent les chansons comme si je n’aimais pas les hommes. En fait, mes textes sont féminins, mais ils ne sont pas sur la vie de couple, ilks sont plus portés sur la relation en général. « J’te dois rien », je ne l’ai pas écrit pour mon petit copain, mais pour une relation humaine qui se sépare.

Tes textes sont quand même très insolents, Candice.

Candice : Oui, effectivement. Il y a un journaliste dans une radio qui m’a dit que j’avais « la vacherie délicieuse ». En fait, on a envie de dire ce que l’on a envie de dire, sans être plat. Ça sort comme ça sort. Moi, dans la chanson française, j’ai envie d’entendre des artistes qui disent des choses ou qui sont un peu en colère, qui sont éperdument passionnés ou amoureux,  avec des vrais sentiments.

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Tu as envie d’aller encore plus loin dans les mots ?

Candice : Oui, là, je cherche encore mes limites. J’aime bien un peu bousculer les convenances. Un soir, on a joué au Réservoir, j’ai chanté une chanson qui parlait des apparences. Il y a plein de gens qui ont été choqués et qui sont partis. Pour moi, c’était une réussite.  Je vois les choses un peu comme les voit Didier Super. C’est autant une réussite que les gens t’aiment que les gens s’en aillent parce que ça les dérange. On a des choses à dire et on n’est pas là pour faire que plaisir. Le but, ce n’est pas que les gens nous aiment, mais c’est de faire passer ce que l’on a à dire.

On vous classe dans quelle catégorie musicale ?bab,bienvenue à bord,mandor,interview

Candice : Ça, c’est un problème. On rentre un peu partout, mais nulle part vraiment. Nous sommes un peu des ovnis. Pour nous, c’est une qualité, mais également un handicap.

Vous êtes passés de Atmosphériques avec Musard a AZ/Universal avec Bab… ça change quelque chose pour vous?

Candice : Notre producteur, c’est le chanteur de Sinsemilia, donc nous restons vraiment dans une ambiance de pur indé.

Guillaume : Pour moi, ça ne change rien. C’est un peu un cliché de s’imaginer que la signature va tout changer. En fait, ça change très peu de choses. D’un point de vue musical, on ne t’oblige pas à faire un style particulier. Notre album, on l’a fait en toute liberté.  On nous fait juste des propositions et nous, on dispose. On ne nous force pas du tout.

Vous semblez donner beaucoup d’importance à l’image. En témoignent vos clips.

Guillaume : Il y a deux clips pour « J’te dois rien ». Le premier est un clip officiel, normal. Le second, c’était juste histoire de réaliser une performance. Un plan-séquence. Je ne voulais aucune coupure.  Finalement, on n’a pas réussi, nous avons fait des coupures et du coup, ça ressemble à un clip. Il y a tout de même plus de 70 musiciens et 300 acteurs qui jouent dans la vidéo. C’est vraiment une perf sur une chanson.

Candice, tu as une forte personnalité. Tu sembles même avec une « grande gueule » ?

Candice : Moi, je suis quelqu’un d’assez gentil, sympa, je ne fais pas de vagues, par contre, quand on m’emmerde, il y a un câble qui se pète. Je ne me laisse pas faire.

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Ça fait 10 ans que vous bossez ensemble.  Ça va ? La cohabitation se passe bien ?

Guillaume : Entre nous, c’est assez naturel. On a chacun nos domaines d’expressions. On communique beaucoup, mais on ne se laisse rien passer.

Candice : On a chacun nos points forts et nos points faibles, mais on est complémentaire. On se donne un regard critique sur ce que l’on fait mutuellement, mais on a chacun vraiment notre place. On ne s’est jamais engueulé.

Guillaume : Moi, par exemple, j’ai une fâcheuse tendance à partir vers des trucs un peu technos, et là, Candice me ramène.

Candice : Guillaume me ramène, lui aussi, sur le droit chemin… et souvent !

Longue route à vous !

Candice : En tout cas, je pense qu’elle sera longue parce qu’on n’est pas près de s’arrêter.

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Pour finir, un extrait de l'album... en version acoustique: "Les jours meilleurs".

08 juillet 2011

Redeye : interview de Guillaume Fresneau

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A la fin du mois de mai dernier, je reçois un EP de 5 titres d'un artiste dont je n'ai jamais entendu parler. Il est en tout cas très clair que l'hommme à un sens spontané et rare du songwriting. J'écoute et je me demande pourquoi je reçois désormais aussi des disques américains de vieux routiers folk... Redeye.

Et puis, je tombe sur cet article...

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Ah d'accord! J'ai toujours adoré le groupe Dahlia, c'est donc avec surprise et contentement que j'apprends que c'est l'un des deux membres. J'ai été, je crois, l'un des premiers à écrire un article sur leur premier album. En 2003, je les avais interviewés à cette occasion.

Le 5 juillet dernier (ce mardi, donc), j'ai retrouvé Guillaume Fresneau dans le bar d' un hôtel parisien… pour parler de ce projet. Je publie le fruit de notre conversation aujourd’hui, car, ce soir, Redeye est en concert au Divan du Monde. C’est une belle occasion de le découvrir ici, puis d'aller l’applaudir sur scène (histoire de juger sur pièce si j’ai eu raison de le mettre en avant aujourd’hui. Je connais la réponse…)

redeye,guillaume fresneau,dahlia,interview,mandorInterview:

Red Eye, c’est un projet folk. Tu as grandi au Texas, tu as donc été fortement influencé.

Oui,  j’étais jeune ado, mais j’y suis retourné souvent. Mon père n’écoutait que de la musique américaine : du folk, du blues et de la country. A l’époque, la country, ça me paraissait folklorique, dans le sens, un peu bizarre. Je n’aimais pas du tout. En réécoutant certains titres récemment, il y a pas mal de titres que je trouve finalement très intéressant.

Tu as pris le parti de faire quelque chose de très calme, de très intimiste.

Oui, c’est tout à fait volontaire. Même dans le procédé de l’enregistrement, on a fait quelque chose d’assis, de sobre et d’assez propre. On a essayé de ne pas mettre de batterie, mais un peu de cordes et de faire des arrangements par touche.

Tu dis « on ». Pour moi, Redeye, c’est juste le projet de Guillaume Fresneau.

J’ai beaucoup bossé avec Jean-Charles Versari (Jason Edwards, Josh T.Pearson…). Il est le producteur et il est surtout celui qui a initié le projet. Il m’a proposé du temps de studio et nous avons travaillé sans stress, tout à fait sereinement. Il a produit au sens anglais du terme, c'est-à-dire qu’il a amené des idées, cadré les choses.

Dans Dahlia, il y avait pas mal d’influences américaines…

Oui, c’est vrai. Comme on avait un fonctionnement de groupe, chacun amenait ses propres influences. Armel était très « musique anglo-saxonne » avec des influences « chansons » que moi je n’avais pas. Pour le projet Redeye, mine de rien, j’ai quand même pris des influences de Dahlia très précises.

redeye,guillaume fresneau,dahlia,interview,mandorCe projet est important pour toi. Il fallait qu’il aboutisse impérativement ?

En ce moment, c’est la musique que j’ai envie de faire et que j’ai envie d’entendre. Ce sont les gens avec lesquels j’ai envie de travailler. Il y a Suzanne Thoma au chant, Sonia Cordier au violoncelle, François Sabin à l’accordéon et Antoine Pozzo di Borgo à la contrebasse. Aujourd’hui, même si on continue Dahlia, je ne me vois pas faire autre chose. Mon cheminement personnel va vers Redeye.

L’ambiance de ce 5 titres est très douce. Les autres titres sont en cours d’enregistrement. Y aura-t-il un peu plus d’électricité ?

Depuis l’enregistrement de l’EP, on a fait des concerts avec batterie et j’ai même utilisé des guitares électrifiées, il y a donc une petite probabilité que les autres titres de l’album soient moins doux que les premiers. Je n’en sais encore rien parce que l’on fonctionne par touche. Tout n’est pas encore défini.

Tu ne chantes pas de la même façon quand tu es dans Dahlia ou quand tu deviens Redeye… on interprète différemment quand on chante en anglais plutôt qu’en français ?

C’est une question de sonorité des mots. En français, il y a toujours la difficulté de se faire comprendre. Il y a beaucoup de réflexions derrière des textes en français, alors que les textes en anglais peuvent être plus instinctifs et intuitifs. En plus, en anglais, il y a plus d’onomatopées, les mots se tordent plus facilement.

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Tes textes, en règle générale, évoquent les voyages…

Moi, quand je compose, je vois des images défiler. Mes chansons, c’est le voyage physique, mais aussi intérieur. Mon « œuvre » est très intime… il y a des réflexions, des sensations, des sentiments, tout ce qui peut faire voyager dans la tête aussi.

La musique folk  est de nouveau très appréciée en France. Ton projet tombe bien, finalement…

Il y a actuellement tout un pan de la musique qui va vers un maximum de paraître et de superficialité. Les Black Eyed Peas, les Lady Gaga et autres David Guetta. C’est bien ficelé, mais ce n’est plus vraiment de la musique. Tout cela a l’air tellement réfléchi, programmé et formaté que les gens ont aussi besoin de l’autre versant… quelque chose de plus authentique, sincère, d’assez simple. Moi, j’aimerais que l’on découvre des gens comme Bonnie Prince Billy ou les derniers albums de Johnny Cash, par exemple. J’avais ces albums en tête quand j’ai composé pour Redeye.

Une des sessions acoustiques filmée par Le Cargo, webzine musical. Ici, les 6 titres... à voir en complèment de cette chronique.

redeye,guillaume fresneau,dahlia,interview,mandorC’est jubilatoire d’aller à contre courant ?

Ce qui est chouette, c’est de pouvoir faire sa propre musique et de ne pas avoir à se dire, « il va falloir plaire », « il va falloir rentrer dans telle case »… on voulait de la liberté de création sans aucun paramètre extérieur. On a fédéré des musiciens autour de cette idée. On a choisi ses musiciens pour leurs bagages et leurs influences.

Comment l’auditeur ou le public doit-il appréhender ta musique ?

Ce qui me fait plaisir, c’est quand les gens deviennent attentif . J’espère qu’il voyage avec moi. J’aime quand quelqu’un me dit qu’il a mis Redeye dans sa voiture et qu’il est rentré dans un autre univers, qu’il a oublié ses soucis. Il y a une entrée, une sortie, il y a des hauts, des bas, mais on voyage, on se retrouve ailleurs l’espace d’un petit moment…

Quand on fait partie d’un groupe, on a besoin de s’évader vers d’autres projets ?

Cela permet d’expérimenter autre chose, de se sentir un peu plus libre et de revenir avec un peu plus de fraîcheur. Je pense que mon incursion avec Redeye va complètement influencer le prochain Dahlia. Après, comme Armel et moi, on est parti chacun dans des directions différentes, il va falloir que l’on fasse un peu le tri. Tout ce que l’on a accumulé ne va pas aller ensemble… Lui revient avec quelques choses d’assez complexe en français et moi assez simple en anglais.

Il y a un stress à se présenter sous un nouveau jour ?

Paradoxalement non, parce que cet album a été fait sans pression. Comme tout a été fait de façon très simple et très naturel, je sais qu’il suffit que je reste sur ces bases-là pour me sentir à l’aise.

Tu as joué aux Etats-Unis ? Là-bas, les Français sont considérées comme de pâles copies de que font les américains, non ?

Ils s’attendent à une chose, mais ils sont tout de même curieux. Si on n’est pas trop original, ils ne vont pas se priver de le dire.  Moi, j’ai eu toutes sortes de retour. Des gens trouvaient mes morceaux un peu trop classiques, d’autres trouvaient qu’ils étaient très originaux. Ils ont considéré, en tout cas, qu’il y avait de l’envie, de l’enthousiasme et de la sincérité. Pour eux, c’est primordial. Pour moi aussi.

30 juin 2011

Véronique Biefnot : interview pour "Comme des larmes sous la pluie"

biefnot 1.jpgIl est difficile de s’imaginer que Comme des larmes sous la pluie soit le premier roman de Véronique Biefnot. Son livre est parfaitement maîtrisé : fluide, rythmé, touchant avec la pointe de mystère qui fait que, lorsque l’on a commencé ce roman, il est difficile de ne pas le terminer. On passe de la joie à la tristesse, jusqu’à la note d’espoir finale. Je ne suis pas loin d'estimer que ce livre pourrait être le roman essentiel de l'été 2011.

Le nom de cette auteure belge n’est pas encore entre toutes les lèvres, certes, mais la logique voudrait que cela ne tarde pas. Cette femme talentueuse dans bien des domaines artistiques est très connue en Belgique, pour sa carrière de comédienne et de « metteuse » en scène au théâtre.

Lors d’un rapide passage à Paris, le 8 juin dernier, nous nous sommes donné rendez-vous dans un bar parisien. Véronique Biefnot s’est révélée enthousiaste et d’une rare lucidité sur son nouveau métier d’écrivain…

biefnot couv.png4e de couverture :

Écrivain à succès, Simon Bersic n’en est pas moins fragile et malheureux : il ne parvient pas à surmonter la perte de sa femme. Et si, avec Naëlle, la vie lui offrait une seconde chance ? Rien ne le prédisposait à croiser cette beauté magnétique, l’alchimie et la magie opèrent néanmoins, mais dès qu’il croit la saisir, la mystérieuse inconnue lui échappe. Lorsque les amants se retrouvent au cœur d’un sordide fait divers qui secoue la Belgique, et devrait les séparer, Simon refuse l’inéluctable et affronte l’insupportable.
Implacable scénario, entrecoupé d’énigmatiques séquences où une petite voix enfantine s’élève dans la nuit, recouvrant le récit d’un voile d’ombre, Comme des larmes sous la pluie est un étourdissant thriller amoureux. Haletant, émouvant, ce livre sonde les cœurs et l’inconscient.

L’auteure :

Comédienne, peintre et metteur en scène, Véronique Biefnot vit à Bruxelles.
Comme des larmes sous la pluie est son premier roman.

Véronique Biefnot 08.06.11 1.JPGL'interview:

Pourquoi abordez-vous un sujet aussi fort dans un premier roman ?

C’est mon premier roman. Avant celui-là, j’ai fait pas mal d’adaptations théâtrales, j’ai écrit des scénarios pour la télé, pour le cinéma, des nouvelles… plusieurs fois, les gens qui connaissaient mon écriture m’ont demandé pourquoi je n’écrivais pas un vrai roman. Quand on le dit une fois, deux fois, puis souvent, ça finit par faire réfléchir.Un jour, j’ai considèré que j’étais mûre pour le faire.A partir du moment où j’ai décidé de me lancer dans cette aventure, j’ai chopé ce qu’il y avait autour de moi. Notamment, j’ai vu une femme qui a déclenché chez moi cette histoire. Sans que je la connaisse, elle m’a évoqué un parcours atypique. J’ai tout de suite eu la structure, l’évolution, je lui ai simplement ajouté les personnages annexes.  C’est une histoire d’amour rose et noire, avec beaucoup de parts d’ombres…

Il est question d’abus de pouvoir, d’abus et de séquestrations d’enfants, bref à des histoires fortement liées à la Belgique.

Oui, ce sont des histoires qui ont complètement traumatisées la Belgique, mais ça s’est passé aussi en France, en Autriche et en Allemagne.

Votre héroïne, Naëlle est un personnage « hors la vie ».biefnot 2.jpg

Elle a du mal avec le monde, elle a du mal avec elle, elle a du mal avec les rapports humains. Elle se réfugie dans la lecture. Coïncidence, elle est fan de Simon Bersic. Grâce à une petite voix dans la nuit qui rythme le récit, on comprend au fur et à mesure pourquoi Naëlle estaussi perturbée et à autant de mal à se faire à l’existence.

Vous écrivez d’une manière telle que l’on voit/imagine les scènes.

Moi je viens du théâtre, donc de l’écriture théâtrale, de la pratique des mots. D’ailleurs, quand j’écris, je dis tout haut ce que j’écris. Et je le dis avec les intonations. Je vis complètement mon texte. Mes différents personnages ne parlent pas de la même façon, ils ont chacun leur manière de s’exprimer. Avec ce livre et le prochain que je suis en train d’écrire actuellement, j’éprouve un bonheur et un plaisir jubilatoire d’écriture parce qu’il y a beaucoup plus de liberté que dans une adaptation théâtrale. Dans cet exercice, on est terriblement conditionné par des impératifs, essentiellement matériels. Le manque d’argent, l’obligation d’avoir un minimum de décor, si possible un lieu unique et si possible pas trop de personnages. En écrivant ce roman, j’ai pu enfin me lâcher. Mais je pense que l’habitude de l’écriture théâtrale, avec son rythme particulier, de scènes et d’actes, inconsciemment ou viscéralement, ça se retrouve dans mon livre.

Véronique Biefnot 08.06.11 6.JPG

Faut-il se faire plaisir à soi-même pour faire plaisir aux lecteurs ?

Je crois même que ce n’est pas possible autrement. Quand j’ai commencé à écrire mon roman, jamais, je n’aurais imaginé me retrouver ici, à vous parler de mon roman, avec l’exemplaire, là, sur la table. Je n’avais aucune connexion, je ne connaissais personne de ce milieu, je n’avais même aucune idée de comment ça se passait. Mon idée de base était d’écrire un roman, juste pour écrire un roman. Je me suis lancée dans une histoire que j’aurais aimé lire. Du coup, pour l’écriture de ce qui va suivre, la pression est sans doute plus forte parce que ce ne sera plus pour la beauté du geste, je me sentirai moins libre.

C’est un roman sur l’amour. Sur toutes les formes d’amour.

Il y a la quête de l’inaccessible étoile qui semble vouée à ne jamais aboutir à quelque chose d’épanouissant. Il y a aussi l’amour filial, l’amour d’un couple qui vit ensemble depuis 20 ans, où la tendresse et le respect prennent le pas.

Véronique Biefnot 08.06.11 4.JPGEst-ce qu’en Belgique, on ne vous reproche pas de faire un livre évoquant un sujet qui a traumatisé le pays ?

Il y a eu des livres sur la pédophilie, à tendance sensationnalisme, ce qui n’est pas du tout le cas du mien.J’ai voulu aborder ces problématiques de l’abus de pouvoir et de l’abus d’enfant parce que ça m’a traumatisé aussi. Mon roman n’est pas du tout glauque. Ce qui m’a intéressée, c’est de me questionner sur ce qu’il se passe après. Comment on survit après ce genre d’épreuves ? Pourquoi est-ce que des gens sont amenés à faire ça ? Comment comprendre ? Comment réagir ? Comment s’en sortir ? C’est un travail sur l’espoir et sur le fait que l’on peut modifier son destin. Ce n’est pas parce que les dés étaient pipés à la base que, forcément, on ne peut rien y changer.  Il y a une autre problématique que je voulais évoquer. Qu’est-ce qui fait que l’on est un homme ou que l’on est une femme ? A partir de quel critère on trouve son identité… toutes ces choses-là.

Votre roman n'est pas anxiogène…

J’ai écrit en me demandant ce qui me plaisait et ce qui m’agaçait dans la littérature. Moi, par exemple, je suis agacée quand on est sur une note et que l’on joue que sur cette note là. Dans mon livre, c’est tendu et détendu. C’est noir et rose…

Pour terminer, une vidéo de présentation du livre par l'auteure, elle même...

22 juin 2011

Rodrigue : interview d'un fabriquant d'imaginaire (libertaire)

rodrigue, interview, l'entre-mondes

Je ne me lasserai jamais de découvrir de nouveaux artistes (et par la même occasion, de faire découvrir). Ceux qui tournent depuis quelques années, qui parfois ont déjà un large public (ou pas), mais qui n’ont toujours pas la notoriété qu’ils méritent. Par le biais de son attachée de presse, Flavie Rodriguez, j’ai écouté les deux albums d'un certain Rodrigue, que je ne connaissais pas du tout. Je suis aussi allé voir toutes sortes d’articles et de vidéos le concernant. Et je suis tombé sur une émission d’LCI dans lequel il était invité par Michel Field... l’artiste autant que l’être humain (mais est-ce indissociable ?) m’ont intéressé.

Il n’en a pas fallu plus pour que nous calions un rendez-vous le 13 mai dernier dans un bistrot parisien.

rodrigue, interview, l'entre-mondesVoici la biographie (copié/collé sur sa page Facebook):

Rodrigue, c’est une ode aux illuminés, à l’évasion, à la liberté.
Il a acquis ses lettres de noblesse en concert par un sens audacieux de la mise en scène.
Là, l’artiste interpelle et vient secouer nos âmes pour les éprouver.
De la pop française axée sur « l’idée », rageuse, éléphantesque ou impromptue, dopée à la folie, furieuse, ingénieuse ou ingénue.
Rodrigue est un fabriquant d’imaginaire où pourtant notre réalité ne cesse d’être questionnée en filigrane.
Un premier album en 2008 chez PIAS, une centaine de dates et un dvd sorti en 2009,
Rodrigue soigne maintenant l’éclosion de son deuxième album "L’Entre-Mondes" (sorti le 14 Mars dernier.)
De la chanson rock avec un côté théâtral décalé.

Pour en savoir plus:

rodrigue, interview, l'entre-mondes

Interview:

rodrigue,interview,l'entre-mondesJ’aime bien quand un artiste à son propre univers. Ce deuxième album, L’Entre-Mondes, est la suite logique du premier, Le jour où je suis devenu fou.

Oui, il y a toujours une moitié « pop » et une moitié « chanson à histoire »  qu’on peut assimiler à du conte ou du théâtre. Mais le style s’apparente plus à ce que font les Anglo-saxons que ce qu’on entend dans la chanson française actuelle. J’aime bien raconter des histoires et quand je raconte des histoires, je fais en sorte qu’elles se déroulent comme dans un film. Du coup, je ne m’impose pas de règles de durée ou autres.

Tu as un imaginaire hyper développé. Il te vient de lectures de jeunesse.

C’est vrai que j’ai beaucoup plus d’influences littéraires que musicales. La première chanson de l’album, « Square Morrison », parle d’une troupe de théâtre avant tout, mais il y a plein de clins d’œil littéraires. J’adore Desnos par exemple, Vian aussi, tous les courants surréalistes. À travers des images, ils arrivaient à faire passer des idéesbeaucoup plus dures.

Tu considères que ton travail est proche du surréalisme ?

Pour moi, le surréalisme, ça peut être allié au psychédélisme des années 60/ 70, la deuxième période des Beatles que j’aime vraiment beaucoup. J’aime bien aussi le travail de quelqu’un comme Tim Burton. En fait, je me sens proche des allumés.

Toi, sur scène, tu es complètement barré !

En tout cas, j’espère donner quelque chose de différent. J’aime bien faire dans mes albums quelque chose de très pop, de très cadré et puis monter sur scène avec un costume, une bougie et d’essayer de rentrer en inter action avec le public. J’ai envie qu’à un moment, le spectateur ne soit pas là que pour voir de la musique, je veux leur proposer du spectacle vivant.

Tu as deux formules de spectacle, il me semble…

En fait, j’ai deux spectacles.  Un, un peu « unplugged ». Ce set-là, je l’ancre dans la réalité. J’ai enlevé ce qui était un peu « rêve » et je l’ai plutôt conçu comme un voyage. J’ai un autre set, électrique, celui-là. Là, j’essaie plutôt de rentrer dans l’imaginaire et de donner un lien par rapport aux chansons.

Dans ton nouvel album, il y a une retranscription de ce que tu faisais sur scène…rodrigue,interview,l'entre-mondes

Il y a peu de compromis sur l’album par rapport à une structure radiophonique. Il y a un moment, je veux la rupture parce que pour moi, elle a un vrai sens. Si je ressens quelque chose à faire musicalement, je ne m’interdis rien. J’aime le côté : «  Tiens le pont arrive, mais le pont est totalement différent de la chanson ! ».

J’ai lu tes textes sans musique. Ça le fait bien !

Merci, c’est un compliment. Il y avait une sorte d’introspection dans tous mes premiers textes. Au bout d’un moment, on a envie de parler d’autre chose de plus pertinent, sans être démago non plus.

Au fond, tu es un chanteur libertaire.

Ce terme-là, je le revendique. La liberté est dans tout mon album. Mais si je dois dire quelque chose d’engagé, je n’aime pas le dire frontalement. Souvent, c’est sous le texte, il faut gratter.

rodrigue,interview,l'entre-mondes

Un artiste sert à rêver, mais penses-tu qu’un artiste sert aussi à faire réfléchir son auditoire ?

Moi, c’est comme ça que j’envisage ce métier. Des chansons doivent au moins exprimer des nouvelles visions du monde, apporter de nouvelles informations pour pulvériser les œillères de tout le monde. L’art apporte des liens entre  les gens, j’en suis persuadé.

Ta conception du métier est originale. Comment te sens-tu dans ce milieu ?

Malheureusement, j’ai tendance à être considéré comme assis le cul entre 10 chaises. J’aime bien la chanson, le rock, le théâtre et je ne suis pas typiquement tout ça. Moi, ce que j’aime bien, ce sont les mariages des genres. Mon disque est un disque de partage, que ce soit avec les graphistes ou les musiciens. Il y a même trois textes qui ne sont pas de moi…

Tu casses les barrières comme nul autre.

Avec mon réalisateur, on s’est dit que, soit toutes les chansons allaient être dans le même moule, soit elles allaient toutes être différentes. J’ai trouvé ça beaucoup mieux de donner à chaque chanson son univers. 

rodrigue,interview,l'entre-mondesComment travailles-tu ?

Toutes les chansons ont été enregistrées en même temps, mais j’avais déjà en l’idée que cette chanson-là serait rock, cette chanson-là serait folk, cette chanson-là aurait un univers années 20 et celle-là électro rock. Les textes ont été écrits entre 2007 et 2010.

Les textes ne sont pas frontaux, il y a beaucoup de poésie.

 Je n’aime pas si tout le travail est mâché. Je veux laisser la place à l’imagination. Il faut que l’auditeur fasse le chemin pour aller dans votre univers, pour qu’il soit en adéquation avec l’œuvre de l’artiste.

Quand on te voit, là, tu sembles très sage. Ce n’est pas le même homme que j’ai vu sur scène.

Dans mes chansons, il y a des histoires de clés et de serrures. C’est évident, je cherche à me libérer de quelque chose. J’aime bien être à mi-chemin entre le théâtre et la musique, entre le rock et la chanson.

Tu évoques Peter Pan dans « Square Morrison ». Est-ce qu’il faut avoir le syndrome de Peter Pan pour faire ce métier ?

Il faut avoir une part d’insouciance en tout cas. Il faut être peut-être un peu torturé, avoir des choses à dire, à ressentir, avoir envie de partager ce qui nous indigne. Ca n’a rien à voir avec la jeunesse physique. L’important, ce n’est pas d’être bien dans le monde, c’est d’être bien dans sa peau.

Faut-il que tu sois dans un état particulier pour créer ?

J’ai besoin d’être mal dans ma peau pour écrire et bien pour monter sur scène. La scène c’est vraiment un moment de plaisir. Je ne stresse pas, je n’ai pas peur, j’ai juste envie d’y aller !

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Te sens-tu compris par rapport à ton œuvre ?

J’ai l’impression que je travaille pour toute une discographie. Petit à petit, je rencontre un public qui est intéressé par ce que je fais et ce que je dis. Je n’arrive pas à me dire que j’ai déjà un public, mon public, mais quand même un peu dans le nord. Je suis nordiste.

Y a-t-il des gens qui font le même métier que toi, avec lesquels tu te sens proche ?

Des gens comme Jacques Higelin ou Ange, je ne me sens pas aux antipodes de ce qu’ils font, même si je ne suis pas fan, fan. J’ai en tout cas beaucoup de respect pour eux. Par contre, il y a des gens que j’aime beaucoup, mais qui n’envisagent pas le métier de la même façon que moi. Batlik, par exemple ou encore Thomas Fersen. En rock, j’aime bien Eiffel. Je suis très Beatles, sinon. Dans ma jeunesse, j’étais très les Guns, Metallica, Nirvana… j’ai eu aussi ma période Daft Punk et j’écoutais beaucoup de techno.

Jean-Jacques Goldman a écouté ton album…

Oui par l’intermédiaire d’une fan à moi qui a des liens avec lui. Il a répondu 10 lignes. J’ai beaucoup apprécié ce qu’il a écrit parce que c’est exactement ce que je pense. En gros, il disait : « On ne peut pas savoir ce qu’avait les Beatles ou ce qu’avait les Rolling Stones. La musique n’est pas qu’une question de talent, c’est à un moment réussir à être séduisant et désirable par rapport à l’ensemble de la profession ». Être désirable, c’est peut-être encore ce qu’il me manque aujourd’hui.

Son clip de "Square Morrison"...

Et hop! Rodrigue, en flagrant délire de lecture essentielle!

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14 juin 2011

Rachel des Bois : Interview pour la sortie de "Un peu plus à l'ouest"

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Dans les années 90, j'avais beaucoup apprécié la provocante, farouche, et aiguisée Rachel des Bois. 2 albums au compteur et des prix d’importance tels que : Révélation féminine de l’année aux Victoires de  la Musique en 1995, Grand Prix de l’Académie Charles Cros, Grand Prix de la Ville de Paris…etc.

cover rachel.jpgRachel des Bois sort aujourd’hui son troisième album intitulé Un peu plus à l’Ouest. Sa voix s’est faite plus blues et les guitares plus rock. Aujourd’hui, elle chante « la monogamie sans illusion mais sans faiblesse, elle regarde droit au fond des sentiments ». Rencontre avec l’incisive Rachel des Bois, le 9 juin dernier, dans un cagé cuturel parisien, quelques jours avant son concert à la Maroquinerie (mercredi 15 juin 2011).

Pourquoi as-tu décidé de revenir 15 ans après?

C’était vital. J’ai essayé plusieurs fois de revenir, mais à chaque fois, je suis tombée enceinte. C’est un truc de fou ! Après mon deuxième album, quand ça s’est arrêté avec Barclay, je suis revenu 3 ans plus tard, 5 semaines au Sentier des Halles et j’ai beaucoup tourné avec « le chaînon manquant »… 300 dates dans l’année.

Bon, après, il fallait aussi que tu gagnes ta vie correctement.

Oui, c’est pour ça que j’ai commencé à coacher des acteurs qui devaient chanter dans des films. Après, j’ai fait de la formation professionnelle. C’est une époque où je me sentais très équilibrée. Je vivais une vie plus normale que lorsque ça marchait bien pour moi. Et puis, il y a toujours un moment où je commence à avoir une suractivité cérébrale, qui est également le moment où j’ai envie d’aller chanter.  Chanter moi, et pas de faire chanter les autres.

C’est le comédien Pascal  Elbé qui vous a incité à revenir dans le circuit.

Il m’a demandé un jour : « Rappelle-moi pourquoi tu ne chantes plus ? J’ai commencé à avoir le menton qui tremble et j’ai répondu : « Personne ne m’a appelé ». Il a rétorqué : « Rachelle, il faut se multiplier. Si tu ne chantes pas, écrit. Si tu n’écris pas, fais une mise en scène, mais tu as besoin de laisser ta créativité s’exprimer. »  Ce qu’il m’a dit est rentré directement dans le cœur. Parce que lui et Olivier Sitruk sont deux mecs qui m’ont toujours soutenu. S’ils sont tous les deux dans mon clip « Sorry My Love », ce n’est pas pour rien, ce sont mes frères. Après cette réflexion, en tout cas, je suis parti à New York et je suis revenue complètement électrisée, galvanisée. Ensuite, tout est allé très vite.


Pascal Elbe aime Rachel des Bois, et le fait... par Mediaholic

Dans les années 90, il y avait 3 femmes chanteuses guitare voix qui dépotaient : Toi, Clarika et La Grande Sophie. Aujourd’hui, elles sont pléthores, les filles « insolentes » qui chantent. Qu’est-ce que tu en penses ?

Au tout début, quand je me suis fait virer par Barclay, ça m’a ennuyé. J’ai senti une frustration, mais elle n’a pas duré. J’ai senti qu’il ne fallait pas que je bascule vers l’aigreur. Si j voulais refaire ce métier, à aucun moment, il fallait que j’ai de la rancœur envers ce métier. Quand je regardais certaines chanteuses, parfois même primées aux Victoires de la Musique, j’avais l’impression d’avoir ouvert une voie vers laquelle je ne pouvais plus me diriger.

Tu avais l’impression que ton retour était attendu ?

Pour le public d’aujourd’hui, je ne suis pas connu, mais j’ai une belle image.  Il y a un truc qui s’est bonifié avec le temps. Ce n’est pas grave s’il y a autant de temps qui est passé, il y a de jolies choses qui sont restées. Pour mon retour, je ne m’attends à rien et prendrai tout ce qui me tombera dessus.

Ce nouvel album a été élaboré et enregistré avec Kris Sanchez (guitariste du Cri de la Mouche, d’Ultra Orange ou de Tomahawk …)..

C’est une histoire d’amitié entre nous. J’admire son talent depuis longtemps. J’ai été le voir et je lui ai demandé de faire un album ensemble.  Au début, il a un peu rechigné, mais quand je lui ai expliqué quelle direction je voulais prendre, il a accepté. Ce que je faisais avant était rock par l’attitude, pas vraiment musicalement. C’était pop saupoudré de musique de l’est. Mes origines polonaises et tunisiennes ressortaient beaucoup plus qu’aujourd’hui.

rac 2.jpgPourquoi cette direction rock ?

Kris est un guitariste qui compose à la guitare et Gilles Martin (Indochine, Venus, Miossec, Dominique A, Claire Diterzi, dEUS, Hector Zazou), le réalisateur, nous a emmenés dans cette voie. J’ai mis les guitares en avant.

Quand on revient 15 ans après, est-ce qu’on a une pression supplémentaire ?

La pression elle était surtout envers les gens qui continuaient à me suivre alors qu’il n’y avait pas d’albums depuis des lustres. Je ne voulais pas les décevoir. Je ne souhaitais surtout pas être où l’on m’attendait.  La seule solution que j’ai trouvée à ça : être pure et ne pas chercher à plaire. Tu ressors de ta cuisine 15 ans plus tard pour dire : « j’ai un truc à dire ! ». Il faut vraiment que ce soit ce que tu as dans les tripes et non essayer de plaire à la masse. Pour moi, il y avait urgence de sortir tout ça, je n’en dormais plus. Je ne pouvais pas faire autrement que de revenir en me retrouvant, ou plutôt, en trouvant la Rachel des Bois d’aujourd’hui. Il a fallu que je mette en avant le côté sauvage qui me caractérise dans la vie. J’ai abandonné le côté « glamour » pour laisser la place à zéro faux semblant, quitte à me faire dégommer.

La presse est unanimement conquise. Même la presse la plus exigeante, Le Monde, Télérama…

Je suis heureuse d’avoir réussi mon pari, tu ne peux pas t’imaginer. La reconnaissance de ses paires, c’est très important.

Rachel des Bois 09.06.11 5.JPGTu es quelqu’un qui doute ?

Je suis le genre d’artiste qui ne cesse de se dire que personne ne l’aime. Je me retrouve souvent comme un bébé. (Rires) Tu vas me prendre dans tes bras pour me consoler dans deux minutes, tu vas voir. En fait, j’avais tout simplement peur que personne n’attende mon retour. J’avais même dit à Yvan Taïeb de Roy Music que je ne voulais plus m’appeler Rachel des Bois. Je voulais m’appeler juste Rachel. Il m’a répondu : « Mais Rachel, le peu que tu as, exploite le ! »

Cet album est notamment dédié à Marie Trintignant et une chanson lui est consacrée.

Je la connaissais bien et la considérais comme une fée clochette. Je l’ai coaché pour un film qui s’appelle Janis et John. Je n’avais pas encore cette activité avant qu’elle insiste pour que je la coache. Je lui ai autant appris qu’elle m’a appris. C’était une femme d’une immense générosité. Je vais jusqu’à dire que je n’aurais pas refondé une famille ou refais un album si je ne l’avais pas eu en exemple. Marie, c’est vraiment une des personnes qui m’a redonné confiance en moi.

Si musicalement, tu as un peu changé de style, côté texte, tu as gardé ton naturel provocant.

Je ne le fais pas exprès. Quand j’écris, j’ai vraiment l’impression d’écrire la chanson d’amour lambda, mais comme je dis ce que je ressens avec ma personnalité. À l’âge que j’ai, maintenant, j’ai conscience d’avoir toujours été une femme libre. C'est-à-dire qu’à la moindre astreinte conjugale ou maternelle, je n’ai jamais compris pourquoi il fallait que je subisse. Pourtant, je t’assure que je pense être une bonne mère et une bonne épouse… je fais le mieux que je peux en tout cas. Je n’ai jamais été adepte des concessions. Tant qu’il y a de la joie et de l’envie, c’est super. À partir du moment où tu commences à faire des efforts, ça devient problématique. Je ne dis pas qu’il ne faut pas travailler une relation d’amour. J’agis comme un homme, mais je suis une femme bien dans son sexe. Dans mes textes, cet état d’esprit doit se ressentir.

Ton concert de mercredi à la Maroquinerie, tu dois l’attendre avec une certaine impatience…

Depuis février de l’année dernière, sur Paris, c’est mon 5e concert et à chaque fois les salles étaient remplies et les concerts des succès. A La Maroquinerie, c’est mon premier concert de sortie d’album. C’est un rendez-vous important avec le public et les professionnels. Je vais être terrorisé avant le concert, mais tout devrait bien se dérouler… c’est à chaque fois comme ça que ça se passe.

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Voici son clip "Sorry My Love", réalisé par Bertrand Jacquot avec Michel Boujenah, Pascal Elbé et Olivier Sitruk.

Deux photos... (merci à Rachelle et à Flavie Rodriguez pour ce délicieux moment!)

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04 juin 2011

Lise: chanteuse à suivre de très près!

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Son premier EP, je l’avais depuis un moment. J’aimais beaucoup. Mais, j’avais indiqué à l’attaché de presse de Lise qu’une rencontre était envisageable pour MusiqueMag et Les chroniques de Mandor quand l’album sortirait.

Il sort ce lundi 6 juin 2011.

Qui est Lise ?

Adoubé par Dominique A et Mathias Malzieu, la jeune chanteuse Lise sort un premier album à l’atmosphère à la fois classique et sortant des sentiers battus, dans lequel le piano occupe la place nº 1. Lise martèle les touches depuis l’âge de 5 ans, mais il lui a fallu des années d’études au Conservatoire de Narbonne pour parvenir à en maîtriser les subtilités. Aujourd’hui, Lise ose, explore des terrains…  et chante aussi bien en anglais qu’en français. Difficile de rester insensible à l'univers délicat et précieux de la jeune artiste. Rencontre avec une jeune pianiste chanteuse en devenir, dans les locaux de sa maison de disque Cinq 7, le 13 mai dernier.

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L’ambiance est toujours la même sur tout l’album, mais on ne s’ennuie jamais. Curieuse sensation…

Comme, paradoxalement, je trouvais que les chansons étaient un peu différentes les unes des autres, du coup, quand on a voulu les mettre ensemble sur l’album, on a eu tendance à vouloir les englober dans une espèce d’homogénéité. On voulait vraiment une fluidité. Comme on a utilisé qu’un seul instrument, le piano, il y a forcément une unité. Toutes mes chansons sont cousines.

Pourquoi n’avoir utilisé qu’un seul instrument dans cet album ? C’est rare comme choix.

D’abord, je trouvais que le piano était sous exploité dans les chansons, alors que je trouve que c’est un instrument qui est très riche, hyper rythmique. J’ai aussi l’étrange sensation d’avoir une dette envers mon instrument. Il m’a tellement apporté que du coup, j’avais envie de lui rendre ce qu’il m’a donné.

Qu’est ce que vous a apporté le piano précisément ?

J’ai toujours eu un piano à la maison. Ma chaise, c’était ma place. Je suis sûr que dans ma construction personnelle, d’avoir un endroit qui m’appartenait a été primordial.

Qu’écoutiez-vous dans votre prime jeunesse ? Uniquement du classique, comme votre disque le laisse le supposer ou tous les genres de musique, comme votre disque le laisse supposer aussi.

Je ne sais pas quoi répondre. Dans ma vie, j’ai l’impression d’avoir plus joué qu’écouté. J’ai passé plus de temps à travailler mon instrument qu’à m’intéresser aux autres musiques. La musique classique, je l’ai apprise grâce aux morceaux que je travaillais.

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Comment on passe de musicienne classique à chanteuse?

Déjà, le fait de ne pas devenir musicienne classique, ça s’est confirmé assez tôt. Je manquais de rigueur. On me disait : « Ce Beethoven, il est un peu rock’n’roll, ce Haendel, c’est limite une réécriture. » Je jouais comme je le sentais, j’avais peut-être un manque de recul. Comme j’avais une grande musicalité, on m’a quand même poussé à continuer. C’était difficile pour moi de continuer. Ça mettait en avant mes défauts et mes qualités ne pouvaient pas s’exprimer. Ce n’était pas mon périmètre.

Qu’avez-vous fait après ?

Des études littéraires. Pendant deux ans, je n’ai pas fait de piano, ça a été la déprime totale.

Bon, aujourd’hui, vous êtes là, vous faites de la promo. Ça vous fait bizarre d’être dans la peau d’une chanteuse à part entière?

L’officialisation de cette activité, si l’on peut parler d’officialisation pour un métier comme celui-là, s’est déroulée hyper lentement. Il y a des choses auxquelles j’étais préparée, comme la fabrication du disque, mais tout le reste, pas du tout. On a fini l’album de façon indépendante, ensuite, on l’a proposé à Cinq 7, ils l’ont accepté, mais le temps de finaliser les contrats, ça a pris longtemps. Quand on est plus maître de quoi que ce soit et qu’on attend, le temps paraît très long.

Vous semblez être une grande perfectionniste ?

Jusqu’à présent, je manquais de rigueur dans mon travail. Dans l’élaboration de ce disque, je n’ai pas du tout été bordélique. Je me suis découverte beaucoup plus ordonnée dans un cas de figure comme celui-là. La création de cet album m’a montré une facette de moi que je ne connaissais pas.

Il y a quelques reprises dans cet album (« Where is My Mind » des Pixies, notamment) et un poème d’Apollinaire, « L’émigrant de Landor Road ». Un poème d’Apollinaire, c’est quand même un peu cliché, non ?

Oui, c’est cliché, je le sais bien. Mais, j’ai lu ce poème et il m’a beaucoup plu. Je ne suis pas allée chercher plus loin.

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Expliquer le pourquoi du comment de la présence de tel ou tel titre, ça ne vous dérange pas ?

Non, moi j’aime bien. J’adore ça même, parce que j’ai très envie de défendre cet album. La fabrication a été heureuse, alors quand j’y repense et que j’en reparle ça me fait plaisir. C’est vrai qu’expliquer une chanson, ce n’est pas facile. Quand on me demande pourquoi j’ai écrit ça ou ça, je ne peux pas répondre parce que j’ai oublié. Une chanson se fait souvent dans un moment d’exaltation, mais quelques années après, il est difficile de s’en souvenir.

Vous faites rentrer des titres rock ou pop dans votre univers classique et sage.

Le piano classique, je l’ai vraiment dans les mains. C'est-à-dire que mes mains peuvent jouer toutes seules. Comme j’aime bien la musique pop rock, je trouve que c’est amusant de me porter vers cette voie-là. Le piano il fait tout ce qu’on peut imaginer. Une mélodie, une ligne de basse… il reproduit tout. Tout ce que l’on entend peut-être traduit en piano. On présente le classique et la pop comme deux pôles éloignés alors que je ne trouve pas.

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Vous vous situez quelque part dans la chanson française ?

Je n’ai fait que quelques chansons que pour l’instant quasiment personne n’a entendues, donc il est trop tôt pour que je me pose ce genre de question. J’ai énormément écouté l’univers de Dominique A, par exemple. Mais les chanteurs français que j’apprécie, j’ai du mal à les situer les uns par rapport aux autres. Même si tout le monde fait des choses différentes, je ne vois pas ce qui sépare les uns des autres. Quand on vient du classique, on a l’habitude d’aborder des répertoires  différents. Pour moi, la musique implique réellement d’aller dans toutes les directions. On est tous dans une grande nébuleuse musicale.

Vous faites pas mal de concerts et des premières parties?

Oui, j’ai un trac fou. Cela étant, la seule chose qui est en jeu, c’est notre estime de soi et faire passer une bonne soirée aux gens. Même si ce n’est pas anodin, je ne suis pas pompier, la vie des autres ne dépend pas de moi, il faut donc relativiser.

Voici le clip du premier single de Lise et le teaser de l'album.


Lise - Paris par CInq7


Lise - Teaser EP ! par CInq7

Quelques photos prises après l'interview... liées à un évènement littéraire majeur (que la pudeur et l'humilité qui me caractérisent m'empêche de préciser).

(Quoi, je sors? Je suis chez moi, là, hé ho!)

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La version de cette interview pour MusiqueMag, c'est ici!

19 mai 2011

Joseph d'Anvers: interview pour Rouge Fer

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Joseph d’Anvers, cela fait un moment que je me disais qu’il fallait que je me retrouve en tête à tête avec lui. La sortie de Rouge Fer m’en a donné la possibilité. Nous nous sommes donné rendez-vous au Zimmer, restaurant de la place du Châtelet, le 10 mai dernier.

Avant l’interview, voici, pour se remettre dans le contexte mon article publié dans le Actu FNAC daté du mois d’avril 2011.

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Joseph d'Anvers 10.05.11 4.JPGMandor: Rouge Fer a été enregistré en deux semaines et dans des conditions particulières…

Joseph d’Anvers : Je considère cet album comme celui des plans B. Les plans que j'avais choisis au départ n'ont jamais pu se faire. J'aurais aimé travailler avec Mario Caldato Jr (producteur de Björk ou Beck) pour la production, de faire 15 jours de pré-prod à Paris avec les musiciens que j’avais choisis, puis d'aller en enregistrement à Paris et aux États-Unis. Rien ne s’est passé comme prévu. Ce sont des histoires de planning, de concours de circonstances, de gens qui sont partis du label, de musiciens indisponibles, etc. Début février 2010, je me suis retrouvé avec un plan B. Au final, je suis très content du résultat. J'avais quand même passé plusieurs mois chez moi à maquetter, à peaufiner les choses. On a arrangé ensemble toutes les maquettes. On aurait pu très bien se planter, mais au contraire, il y a eu une belle alchimie. On a rit, on a travaillé avec légèreté. Bon, il fallait tout de même que je mène la barque, j'étais donc un peu moins insouciant que les autres. On est parti dans l'idée de faire un titre par jour. On s’y est tenu.

Ce troisième album, c’est un mix des deux premiers ?

Quand j’ai fini les prises de son, je me suis vraiment dit que c’était un mélange des deux, effectivement. Dans le premier je voulais rentrer dans des gammes précises de chansons folks, un peu calmes, mais très vite la vague folk est arrivée en anglo-saxon, donc je n’ai plus voulu prendre ce chemin. Dans le second, je suis vraiment parti dans des expérimentations. Pour commencer, humaines, je suis parti au Brésil, à Los Angeles où j'ai rencontré les Beastie Boys, j’ai fait confiance à une jeune artiste, The Rodeo… Du coup, je suis allé un peu dans tous les sens. Je n’ai plus bossé avec les gens avec lesquels j’avais toujours œuvré jusqu’à présent. Attention, je suis très fier de cet album, mais dans ce troisième, j’avais envie de synthétiser les deux précédents. J’ai formé une équipe composée de personnes ayant participé aux deux albums et aux deux tournées, ce qui m’a permis d’avoir un résultat cohérent.

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Tu fais très attention aux sonorités entre la musique et les mots.

Cet album a failli être en Anglais. J'aurais pu céder aux sirènes de la mode, car j’ai plus de facilité à écrire en anglais. Je voulais vraiment me coller aux références que je citais depuis quatre ans. Je n’arrêtais pas de parler de The Kills, de Gorillaz et moi, je chantais guitare-voix en français. Ma maison de disque m’a conseillé de ne pas faire ça, afin que je garde mon identité. Mes proches aussi m’ont tenu ce même discours. Je me suis remis à l’ouvrage et j’ai pensé très fort aux leçons de Bashung. C’est l’album qui m’a donné le plus de travail au niveau de l’écriture. Les deux premiers, c’était presque de l’écriture spontanée, presque automatique… Dans celui-là, il y a la marque au fer rouge de Bashung. Il faut savoir ce que tu veux dire et après, trouver le mot juste pour le dire. Je suis parti en me disant : si 1000 personnes peuvent dire une idée de telle manière, toi tu peux le dire différemment. De manière poétique ou métaphorique, ou alors carrément très frontale. Tout ce travail sur les mots a été pour moi très délicat. J’avais envie d’y accorder une importance particulière.

Tu as la réputation d’être un des meilleurs auteurs de la nouvelle génération…

Je ne savais même pas que les chansons que j’écrivais aller figurer sur un album. Je les faisais pour moi, comme ça, dans mon coin. Le parti pris était d’écrire des chansons. Une fois le texte terminé, je relisais et s’il me plaisait, je mettais la date, le titre et je n’y touchais plus. En studio, je n’ai rien voulu toucher, je n’ai  pas triché. Le deuxième, j’ai un peu retouché quand même… Je me suis rendu compte que j’accordais beaucoup plus d’importance aux textes que j’écris pour les autres que pour les miens. Mes textes perso sont très honnêtes, jamais dans l’impudeur. En écrivant pour d’autres, j’ai compris qu’il fallait que je mette en avant un style. Je suis plus un littéraire qu’un scientifique, mais en travaillant pour d’autres, je me suis vu une espèce d’abnégation et une force de travail que je n’avais pas pour moi même. Pour Rouge Fer, je me suis imposé d’appliquer pour moi-même ce que j’accorde aux autres.

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Raconte-nous un peu ce que tu as appris d’Alain Bashung pour lequel tu as écrit "Tant de nuits" dans son ultime albumBleu Pétrole.

C’est impressionnant. Avec l’idée qu’il allait prendre les phrases telles qu’elles étaient, je l’ai vu se réapproprier mon texte. La musicalité aussi, il a fait ce qu’il a voulu, des phrases découpées d’une certaine manière, Il n’est pas parti dans la direction vers laquelle je serais parti. Bashung, il est comme les gens du cirque. Il fait le grand écart et il sourit.

Tes textes sont plutôt sombres. Tu chantes les désillusions amoureuses, les aspirations à une vie meilleure…les gens ne sont pas super bien dans leur peau dans tes chansons.

Ce que j'aime lire, c'est la littérature américaine contemporaine. J'aime les auteurs qui parlent des "beautiful loosers", les perdants magnifiques. J’aime ces histoires ordinaires de gens qui ne seront jamais des héros et qui dans la vie se battent pour quelque chose. Les gens dont la vie les emmène au bord d’un précipice dans lequel ils se jettent ou pas. Dans mon album, finalement, je ne parle que de ça. Le premier disque, je chantais des relations amoureuses, le deuxième, j’évoquais les maux de l’âme, l’addiction (la drogue, l’alcool, la vie, l’amour). Celui-là, j’ai voulu faire un constat. Ce qui me passionne, c’est la façade qu’on est tous obligés d’avoir en société. Le masque. Tous ces masques que la société nous impose, tous ces désordres qu’on a tous. On a tous connu des drames et pourtant, on continue à vivre, on continue à avoir ce masque… Pourquoi ?

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Tu as une réputation de chanteur intello. Tu aimes être considéré comme un chanteur textuel ?

Je cherche un peu ces appellations. J’aime bien que l’on prenne mes chansons au sérieux. Il n’y a pas d’humour, il n’y a pas de second degré. Dans la vie, j’aime bien me marrer et je suis plutôt optimiste. Dans mes chansons, il n'y a que la part sombre de moi-même que je suis capable d'exprimer. Je suis sensible, un écorché et cette part d’ombre, je sais qu’elle peut m'emmener très loin, donc je l’exorcise. On est sur Terre pour exprimer quelque chose et on veut tous laisser une petite trace. Moi, j’ai une petite fille, quand je ne serai plus là, elle pourra se replonger dans mes trois albums et dans le roman que j’ai écrit et pourra se dire : "Une part de mon père c’était ça !". L’éphémère me fait peur.

Dans un journal, j’ai écrit (voir plus haut) que tu n’étais pas homme à te placer là où l’on t’attend. Es-tu d’accord avec cette affirmation ?

C’est bien vu. Je fuis même les évidences. J’ai écrit des morceaux qui auraient pu être plus grand public, mais que je n’assumais pas complètement. Après le premier album qui avait bien marché, j’aurais pu enchaîner  avec un deuxième album du même tonneau. Je n’ai pas voulu capitaliser là-dessus. Si j’ai choisi ce métier, c’est pour prendre des risques. Dans dix ans, je veux regarder mes disques et en être fier. J’ai horreur de l’ordre, des pouvoirs, des petits chefs… Dès que quelque chose s’installe, j’essaie de fuir.

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6 jours après cet entretien, Jospeh d'Anvers (qui, ma foi, à de saines lectures) se produisait à la Maroquinerie...

Voici  "Las Végas", extrait de Rouge Fer.

Et une session acoustique d'un autre extrait: "Ma peau va te plaire".


Joseph dAnvers - Ma peau va te plaire (acoustic) par ATMOSPHERIQUES

16 mai 2011

RTL2: flash info avec Christophe Dechavanne

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Petit flashback, en passant.

Ce week-end, j’ai retrouvé dans mes archives des CD avec pas mal de flashs infos de ma période à RTL2 (2000 à 2007).

J'y travaillais tous les week-ends et parfois en remplacement dans la semaine.

À l’époque où Christophe Dechavanne animait une émission quotidienne, j’intervenais de temps en temps.

Je me souviens que la première fois qu’il m’a vu débarquer dans les studios, il a voulu me tester pour savoir à qui il avait à faire.

Voici le son d’un flash un peu particulier (le 7 mai 2003). A écouter jusqu'au bout. L’occasion aussi de vous faire découvrir une autre palette de mes activités. (Palette à laquelle je m’adonnerai bien de nouveau… sans lâcher la vie passionnante que je mène déjà, bien sûr. Tant qu'à faire. J'ai toujours été un adepte de cumuls d'emplois.).
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18 avril 2011

Marc Louboutin : interview pour "Flic, c'est pas du cinoche"

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(Photo : Pierre-Emmanuel Rastouin)

Marc Louboutin… cela faisait longtemps que j’entendais parler de lui. Je savais de cette personne qu’il était un ancien flic. Un de la vieille école. Un flic ayant vécu son métier comme ceux que l’on voyait au cinéma. Je savais aussi que c’était lui qui avait arrêté le célèbre Michel Vaujour. Il ne m’avait pas échappé non plus qu’il continuait à défendre la cause des policiers d’aujourd’hui sur des blogs et sur Facebook. Un jour, je ne sais plus comment, nous sommes devenus amis Facebook (quelques amis communs, sans doute…). Et nous avons commenté parfois nos pages respectives. Puis, il est venu à une soirée dans laquelle je présentais mon livre. Et donc, nous nous sommes co-appréciés. En tout cas, Marc Louboutin m’a intéressé. On ne peut pas dire que ce soit le type de personne qui laisse indifférent. Et puis, j’aime les hommes de conviction. Et j’aime aussi donner la parole, sans (trop) de coupes, à ceux à qui on offre que très peu d’espace pour s’exprimer. L’occasion était toute trouvée. La sortie de son livre Flic, c’est pas du cinoche (Éditions du Moment). Nous avons donc déjeuné ensemble le 31 mars dernier, magnéto posé sur la table.

Un peu écœuré par le non-intérêt que lui portent les médias ou la mauvaise foi dont il fait l’objet quand on l’interroge (et quand il lit le résultat après publication), Marc Louboutin, a décidé de ne plus donner d’interview. Selon lui, celle-ci était donc la dernière.

flic.jpg4e de couverture :

Au cinéma comme à la télévision, le genre policier ne connaît pas la crise. Mais ces fictions, surgonflées à coups de 9 mm, correspondent-elles vraiment à la réalité ? L’auteur a vécu une partie de sa carrière d’inspecteur dans les années quatre-vingt entre flingages, bavures et infiltrations, dans un milieu parfois peuplé de ripoux et souvent porté sur l’alcool. Pour autant, la vie actuelle des policiers est très loin des clichés véhiculés par les films et les séries. Les flics ne sont pas tous des experts en arts martiaux. « Les interpellations finissent souvent au sol… et le policier se blesse. » Les femmes ne peuvent pas toujours compter sur leurs équipiers. « Une adjointe de quarante-cinq kilos a traîné à l’abri un collègue au fémur brisé alors qu’un grand costaud était parti se planquer. » Leur vie sociale et amoureuse est compliquée. « À l’annonce de notre union, beaucoup d’amis de ma femme l’ont quittée. Comme si nous avions la gale. » Les cellules de garde à vue ne sont pas des décors de ciné.    « La geôle n’est qu’un nid à microbes où sèchent la merde, le sang malade et le glaviot format familial. » Et ces « héros » ont aussi des failles. « Une nuit, j’ai craqué. J’ai décidé d’en finir avec la vie… Je suis rentrée chez moi avec mon arme de service. »

Dans cette enquête inédite, de nombreux policiers se livrent sans concessions ni fausse pudeur, avec humour et parfois désespoir, faisant émerger une réalité très crue : être flic, c’est pas du cinoche.

MARCO-4_3.jpgL’auteur :

Marc Louboutin a été, entre 1985 et 2001, inspecteur puis lieutenant de police, successivement en poste à Paris, Chambéry et Quimper. Spécialiste des interventions de flagrant délit, il a encadré diverses unités (brigade des mineurs, poste ZUP – zones à urbaniser en priorité -, groupe d’intervention et de recherches, unité de traitement judiciaire, groupe de lutte contre les stupéfiants). Titulaire de la médaille de bronze des actes de courage et de dévouement pour l’arrestation en 1986 de Michel Vaujour, Marc Louboutin a rendu cette décoration avec toutes ses lettres de félicitations avant de démissionner en 2001. Journaliste et photographe indépendant depuis cette date, il a lancé en août 2009 un blog sur Facebook, « Le blog de police », qui est une interface de dialogues alimentée par un fil d’actualités sur le thème de la sécurité publique en général.

(Source : Les grandes oreilles).

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Interview :

Mandor : J’ai l’image de toi d’un flic des années 80 et 90 que l’on voit dans les films noirs. Dans ton  livre, tu expliques qu’être flic aujourd’hui, ça n’a rien à voir avec l’imagerie décrite dans les films. 

Marc Louboutin : Tous les films de genre policier, comme ceux d’Oliver Marchal, sont basés sur nos vies de flics dans les années 80. Les réalisateurs se sont contentés, pour se mettre à la page, de remplacer Inspecteur et Inspecteur principal par Lieutenant et Capitaine, alors qu’aujourd’hui, ce sont les gardiens de la paix qui font le boulot… et d’une autre manière. Aujourd’hui, on n’est plus dans la même réalité.

Pour ce livre, tu as interviewé plus de 80 gardiens de la paix, plutôt jeunes. Ils témoignent sur ce dur métier.

Ils racontent l’évolution par rapport à ces films et à ce que j’ai connu moi-même… ceux qui sont rentrés récemment dans la police et qui se retrouvent avec des instructions ahurissantes, alors qu’ils rêvaient d’attraper des délinquants… ils sont un peu dépités, voire écœurés. Il y a de plus en plus de jeunes gardiens de la paix qui quittent la police. Avant, un flic qui démissionnait, c’était une exception.

Toi, tu as démissionné en 2001… quand tu as compris que l’esprit de la police changeait et que tu n’allais plus être bien.

Moi, je suis rentré dans la police pour arrêter des délinquants. À partir du moment où la priorité de l’administration, ce n’était plus ça, j’ai considéré que j’avais fait ce que j’avais à faire. J’ai vécu ma vie de flic comme je m’imaginais ce métier quand je regardais des films policiers. Je ne voulais pas vivre cette profession de manière technocratique. La gestion de population et la gestion de statistiques, très peu pour moi !

metier de chien.jpgTu parles beaucoup de Nicolas Sarkozy dans ce livre et surtout dans le précédent Métier de chien, lettres à Nicolas. Pour toi, c’est lui le responsable de tous ces changements ?

Il a institué un système quand il a été ministre de l’Intérieur, sans doute avec des conseillers qui n’étaient pas très bons. Aujourd’hui, cette administration est devenue un grand n’importe quoi. Les jeunes policiers, ceux qui ont 10 ans de police, ils n’ont connu que Sarkozy. Et, c’est clair, ils ont la nette impression de s’être fait avoir.

Les jeunes que tu as interviewés, te connaissaient-ils de réputation ?

Tu sais, j’ai écrit deux livres, j’ai monté une surface de dialogue qui leur permet de s’exprimer et ils savent que j’essaie de défendre une vision du métier très républicaine. Beaucoup ont lu mon premier livre Métier de chien, lettres à Nicolas, sorti en 2007, juste avant les élections présidentielles. Ce livre est devenu presque culte  parce qu’on ne le trouve plus maintenant. S’est véhiculé, après la sortie de ce bouquin, une sorte de légende parce que, pour eux, je suis l’exemple même de ce que devrait être la police. C’est en tout cas, pour ce genre là de vie, qu’ils sont rentrés dans cette administration.

Pourquoi ont-ils témoigné anonymement ?

Ils ne peuvent pas témoigner sous leur nom. Aujourd’hui, s’exprimer sur la réalité de son métier, ça va tellement à l’encontre du discours politique que ça devient quasiment une démarche partisane politiquement, alors que ce n’est pas du tout leur but. Leur but, c’est vraiment une démarche citoyenne et républicaine, quelle que soit leur opinion politique, souvent de gauche d’ailleurs. Ils partent du principe que s’exprimer fait partie de leur devoir de flic. Le gouvernement considère que s’ils s’expriment, c’est un contre-feu politique, une démarche d’opposition. Du coup, on se trouve dans une position schizophrénique où le policier qui veut parler légitimement de sa condition devient sanctionnable. En gros, ce que veut l’administration, ce sont des fonctionnaires parfaits qui ne disent rien ou qui disent du bien du gouvernement. Si on laissait s’exprimer les policiers, la population comprendrait mieux le malaise qu’il y a dans la police. Et, pour être tout à fait clair, je considère qu’un flic qui arrête de penser, c’est la porte ouverte à n’importe quelle dictature.

Crois-tu que tu déranges le pouvoir ?

Je sais que je suis, entre autres, dans les petits papiers de l’IGS (l'Inspection générale de la police nationale). J’ai des copains de promos qui sont toujours à la DCRI (la Direction centrale du renseignement intérieur) et donc je suis au courant de ce qui peut se dire autour de ma personne … avoir une démarche citoyenne peut conduire à être dans les objectifs de la police. Ça ne cesse pas de m’étonner.

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Marc Louboutin (à gauche) en 1990.

Tu as quitté la police, il y a presque 10 ans, mais, au fond, tu n’as jamais décroché.

J’ai tourné la page pendant 3 ans. Entre temps, je suis devenu pigiste permanent à VSD. Je m’occupais de sports extrêmes et de tourisme… j’étais très loin de tout ça. Un jour, le rédacteur en chef de ce journal m’a demandé si j’avais encore des contacts dans la police pour écrire un article sur ce que les policiers pensaient de l’arrivée de Nicolas Sarkozy à ce ministère. Il avait restauré une sorte d’image de la police dans le discours et je pensais donc que les policiers étaient plutôt favorables à Sarkozy. Je me suis bien vite rendu compte, en interviewant une trentaine de policiers dans toute la France, que la culture du chiffre était devenue omniprésente et qu’il y avait déjà des problèmes d’effectifs… J’ai écrit un article et le chef de l’information du journal l’a un peu édulcoré. À l’époque, personne n’avait osé écrire un article mettant un bémol au nouveau et pétillant ministre de l’Intérieur. Ça a fait un gros buzz à l’époque, tant et si bien que, suite à un courrier du directeur de la police de l’époque, je me suis retrouvé viré comme un malpropre de VSD. Et curieusement, j’ai eu le droit à une sérieuse taxation fiscale… Ça m’a mis dans une situation assez compliquée. Je me suis retrouvé dans la rue, au sens propre du terme. Je n’ai eu aucune solidarité de mes collègues journalistes. De toute façon, quand on est un ex-flic, on est toujours un ex-flic. On est toujours plus un flic que ce que l’on devient après. J’ai trouvé ça si injuste que, depuis, j’ai décidé de ne pas lâcher l’affaire. Il ne faut pas chercher mon caractère de breton têtu. Voilà ce qui m’a amené à travailler sur les affaires de police pour différents titres de presse et  à écrire Métier de chien, lettres à Nicolas.

Marc Louboutain 31.03.11 1.JPGPourquoi ce livre ?

Je trouvais un peu étonnant que l’année précédent les élections de 2007, on parle principalement de la sécurité et que finalement, personne ne savait ce que pouvait être une carrière de flic. Donc, j’ai raconté la mienne… de manière extrêmement crue, sous forme de dialogue avec Nicolas, pensant que lui ou son entourage aurait l’intelligence de se poser les bonnes questions. Au final, ça a été exactement le contraire. Deux ans plus tard, après un passage à Complément d’enquête, les librairies ont cessé d’être alimentées de mon livre. Il restait 2500 livres à écouler, on ne sait toujours pas où ils sont. J’ose espérer que monsieur Sarkozy a autre chose à faire que de s’occuper de mon cas.

Il me semble que tu as une mentalité à shooter dans la fourmilière…

Aujourd’hui, malheureusement, il y a une grande partie des journalistes qui ne sont plus du tout curieux. On est dans une période où, pour faire sortir les problèmes, il faut être dans l’outrance. Les politiques s’en servent parfaitement. Il faut juste utiliser les armes de la communication d’aujourd’hui. Je ne fais que m’adapter.

Pour faire parler de ton livre, tu as créé le buzz avec des vidéos de témoignages de policiers qui témoignent filmés de dos sur leurs conditions de travail. Manière d’ouvrir le débat ?

Une fois de plus la presse s’est trompée. On mélange les causes et les conséquences, la forme et le fond. La grosse question de la presse a été « qui est derrière ce collectif de policiers ? », mais personne n’a écouté ce que ces policiers avaient à dire. Il y a un vrai autisme des médias sur la réalité de la police. La grande majorité (pas tous, hein, j’en connais des sérieux), veut servir à leurs lecteurs principalement des bavures, alors que le vrai sujet n’est pas là. Il ne faut pas s’étonner que les seules personnes qui soient à l’écoute et qui parlent de cette réalité, c’est le FN. Alors que les policiers sont majoritairement de gauche, quel paradoxe ! Cela prouve bien la très mauvaise santé de notre démocratie. Les policiers qui ont parlé le disent bien : ils ne sont pas au service d’un parti politique, mais ils sont au service des citoyens. Ils seraient temps de revenir aux fondamentaux.


FPC #4 Epilogue: « Flic c’est Pas du Cinoche » par feeld


FPC : L'ANCIEN FLIC EXPLIQUE SON BUZZ par latelelibre

La police d’aujourd’hui se prête apparemment moins bien à un système narratif de fiction.

Pour autant, il y a des choses à raconter. Flic, c’est une vraie expérience de vie. Ce sont des gens qui vivent dans un autre monde. Aujourd’hui, ils deviennent un peu les bannis de la société. Ce livre se voulait pédagogique. À part quelques journalistes qui ont fait l’effort intellectuel de le lire, les autres pensent que ça ressemble tellement peu à leur fantasme idéologique du flic. Non, sous chaque uniforme, il n’y a pas de gestapiste en puissance, non, ils ne sont pas tous alcoolos, violents, racistes…

Tu remets en question le métier de journaliste d’aujourd’hui.

Chez les journalistes, il y a un conformisme de faits. Ils cherchent dans l’information ce qui comporte leurs idées préétablies. Ce n’est pas comme ça que j’envisage ce métier. Moi, dans ce livre, je dis la vérité et ne cache rien de la réalité des faits exprimés. Je suis resté dans la ligne droite de ce que j’ai fait pour Métier de chien, lettres à Nicolas. J’ai expliqué exactement ce qu’était un flic. Leur désespérance, la violence avec tout ce que ça implique de dérapage possible. La sécurité, aujourd’hui, c’est aussi comment on gère la violence de la société et comment les acteurs qui sont là pour l’arrêter gèrent cette violence. La gestion de la violence est extrêmement compliquée et n’est pas une science exacte. On parle de la violence à longueur de temps, mais personne ne sait ce que c’est. Dans la rue, c’est la loi du plus fort. Le Code pénal, il n’existe pas dans la rue. Tout ça, c’est bon pour les intellos qui discutent à la télévision.

Tu racontes dans ton livre que toi aussi, dans ta jeunesse, tu aurais pu basculer du mauvais côté. Qu’est-ce que tu es devenu flic plutôt que voyou ?

Déjà, quand j’étais plus jeune, je ne me suis pas fait choper pour les conneries que j’ai faites. Entre 16 et 18 ans, j’ai perdu des potes. L’un d’eux est mort dans une cage d’escalier. Ça permet d’avoir un certain recul. Et puis, tu sais, j’ai été élevé avec les bouquins de Kessel, de Lartéguy (notamment, Tout homme est une guerre civile) et de Schoendoerffer. Ça me paraissait plus utile d’utiliser cette énergie que j’avais et cette violence intrinsèque au service d’autres choses que l’argent. Je suis donc devenu militaire. Je n’ai jamais été un bon financier, moi. Il ne faut pas oublier que les voyous, ce sont les pires des capitalistes.

Il y a un côté Zorro en toi. Défendre la veuve et l’orphelin…

Oui, il y a un peu de ça. Il faut être un peu idéaliste pour rentrer dans la police. Encore plus aujourd’hui d’ailleurs. A mon époque, on était idéaliste, mais a on pu faire le métier pour lequel on était payé, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui.

Tu racontes dans le livre, la difficulté de pouvoir se servir de son arme en service.

Aujourd’hui, le policier qui fait  usage de son arme, le temps que la légitime défense soit établie, il peut être suspendu, être mis en garde à vue, bref, avoir de sérieux problèmes. Il est traité comme un voyou. Moi, je n’ai pas connu ça. À mon époque, un mec qui avait un flingue, on tirait, point, basta, c’était réglé. Quelque part, je trouve ça logique. Je ne vois pas quel droit idéologique on peut donner à quelqu’un de normalement constitué de se promener avec une arme s’il n’en a pas le droit. C’est une menace implicite pour les gens. Aujourd’hui, j’entends des tas de bobos gauchistes, les intellos de Saint-Germain des Près, souvent des gens qui sont loin d’être des imbéciles, qui par des moyens détournés, arrivés à faire croire insidieusement que les flics sont d’extrême droite, alors que la réalité, c’est que les composantes globales de la police, syndicalement, sont plutôt à gauche. Ça me désespère un peu parce que c’est un manque flagrant d’analyse. Ils sont dans une espèce de formatage dans lequel ils ne comprennent pas que la violence n’est pas une vue de l’esprit. Moi, j’ai ramassé des collègues qui se sont fait tirer dessus… moi-même, j’ai tiré sur des gens. Je pars du principe que la légitime défense, elle est déjà constituée dans la défense de la société. Il y a une immense injustice par rapport à ça. Plus les discours d’un gouvernement sont durs avec la sécurité, plus il y a une peur de la bavure qui pourrait tacher le discours sécuritaire et plus les flics sont contrôlés. C’est une espèce de fumisterie intellectuelle.

La police se fait cracher dessus de toute part, expliques-tu.

Tu ne vas pas me dire que ce n’est pas la réalité ! Les flics continuent à bosser, parce qu’ils ont conscience que, globalement, quand ils agissent, ils sont des victimes et ces victimes-là ne constituent pas une entité. Ce sont de vraies victimes. Aujourd’hui, on est méprisé par la société. Il y en a beaucoup qui se demande si ça vaut le coup de se faire tuer pour une société qui ne nous aime pas.

marc louboutin,flic c'est pas du cinoche,interviewTu es devenu pote avec Michel Vaujour. Tu l’as arrêté et mis une balle dans la tête quand même !

Nous nous sommes dédicacés nos livres respectifs. Lui m’a signé : « Après s’être échangé des balles, on s’échange des livres ! ». Il sait pertinemment que les choses étaient claires. Tu prends une arme, tu vas sur la voie publique, tu tombes sur les flics, c’est le premier qui tire qui a raison. Tous ces journalistes donneurs de leçons, ils peuvent penser ce qu’ils veulent, mais ils sont à des années-lumière de la réalité. Il faut qu’ils lisent Flic, c’est pas du cinoche et ils seront ce qu’est la réalité de la vie de flic. Michel Vaujour, quand on l’a arrêté, il y a quand même eu 50 coups de feu de tirés à 3 heures de l’après-midi, porte de Bagnolet. Ça tirait dans tous les sens, c’est un miracle qu’aucun civil n’ait été touché. Mais au fond, je préfère de loin un voyou qui me tire dessus qu’un journaliste qui me crache dessus et qui ne me donne pas le droit de répondre.

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Après le déjeuner et l'interview...

Le lendemain de cette interview Marc Louboutin s’envolait pour la Bolivie pour une durée indéterminée. Un ras le bol général, une envie de régénérer, de voir autre chose. Il se demande s’il ne va pas s’y établir…

Bonne chance pour sa nouvelle vie!

Pour terminer, voici une page de publicité, offert par Marc Louboutin...Il vous conseille ce livre absolument passionnant!!!

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14 avril 2011

Guy Criaki : interview d'un chanteur à la voix d'or...

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criaki.jpg« Cher Guy,

Au début des années 80, tu étais une de mes idoles.

J'avais acheté Qui créa qui?

J'écoutais ton album en boucle dans ma petite chambre Kouroucienne.

Ta voix...

Cette voix improbable.

Qui me filait des frissons.

Et puis, il y a 5 ans, nous nous sommes connus.

En vrai.

Nous nous sommes fréquentés.

Souvent.

Chez toi, chez moi, chez toi...

On refaisait le monde.

Toi et ta magnifique compagne avez embrassé Stella, fait connaissance de ma femme et découvert la vie que je ne dévoile jamais.

Je t'ai promis des trucs.

Je n'ai pas tenu.

Parce que voilà.

Fausses excuses.

Parce que la vie.

Parce que trop d'enthousiasmes de ma part.

Et la réalité des faits.

Ce soir, je suis retombé sur un de tes 33 tours.

Je me suis traité de salaud.

J'ai refusé ton amitié.

Par lâcheté.

Si je n'avais rien promis.

Nous serions encore potes aujourd'hui.

Mais tu sais Guy, en ce moment, je déconne avec tous mes vrais amis.

Ceux de longues dates aussi.

Plus le temps d'alimenter mes amitiés.

Une amitié doit-elle s'alimenter (mon cher Watson)?

Je ne sais pas.

Mais, moi, je ne suis pas très doué pour ça.

Pardon.

Pour toi.

Pour tous. »

 

J’avais écrit ce message sur ce blog en avril 2009.

Guy Criaki en a eu connaissance et nous avons repris contact.

criaki 2.jpgDepuis septembre 2008, Guy Criaki part régulièrement à la Réunion et à l’Ile Maurice chanter. Seul ou avec des compagnons des années 80. Il y rencontre un succès fou.

Des salles de 2000 ou 3000 places.

Un public en folie…

Je me suis dit qu’une mandorisation s’imposait…

Ainsi le 3 février dernier, nous avons déjeuné ensemble.

Extrait de notre conversation (avec la permission du chanteur).

 

 

Guy Criaki 03.02.11 1.JPG

Mandor : Comment s’est passé ton dernier passage à La Réunion ?

Guy Criaki : J’avais l’impression d’être en 1984, au sommet ! J’avais 10 musiciens et l’ambiance était de folie !

-Tu ne te demandes pas pourquoi les gens t’aiment là-bas et que tu es un peu oublié en France métropolitaine ?

-Parce que là-bas, les gens sont restés très simples. Ils aiment la musique, ils aiment s’amuser et ne sont pas débordés comme le sont les métropolitains. Il y a la mer, il fait très chaud, les gens sont plus cools. Ils sont restés nostalgiques et écoutent encore ces musiques-là. Ici, nous sommes vite blasés de tout.

-Quelles sont les chansons qui rencontrent le plus de succès là-bas ?

-Sans conteste, « Elle disait » et « Je chante pour qu’elle revienne ».

-Pas « Je m’en vais » ?

-Aussi, mais un peu moins quand même.

-C’est celle que je préfère, moi, tu le sais. Quand j’ai écouté ce 45 tours en 1982, je suis devenu fan. J’ai acheté tous tes disques. Je ne comprends pas pourquoi depuis les années 90, tu n’as plus eu de tubes.

-En France, on n’en a plus rien à faire de moi. J’en ai conscience. Je ne sais pas pourquoi, mais c’est ainsi. Il me faudrait trouver un tourneur, je suis réellement un homme de scène. Pour me faire applaudir, il faut que j’aille dans l’océan Indien… tu trouves ça normal toi ?

"Je m'en vais" (1982)... son premier grand succès.

-Mais au-delà de la déception personnelle, est-ce que tu as cherché à comprendre le pourquoi du comment ?

-Le fond de ma pensée c’est que le métier de la musique est mort. « Ils » ont tué la poule aux œufs d’œufs en niquant le pouvoir d’achat des plus de 16 ans. Il ne reste plus que de la musique pour des gamins qui ont 14 ans et qui eux la téléchargent illégalement. Aujourd’hui, tu fais un disque d’or avec 25 000 disques, avant, c’était avec 500 000. Les gens n’achètent plus de disque parce que tout les emmerdent. Ils ne se retrouvent nulle part. Personne n’est servi musicalement, donc ce métier se meurt. Les productions ne savent plus comment faire, qui promouvoir, qui il faut choisir, sur qui miser. Ils se gavent en éditions de vieux titres et en attendant, ils ne produisent pas. Et des artistes comme moi sont délaissés. Mon public, ce sont les 25 ans et au-delà. Quand je vais à la Réunion, je fais le plein. C'est-à-dire que les salles sont remplies à 25/30 euros… C’est fascinant et anormal.

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-Je te trouve plus énervé que les précédentes fois où nous sommes vus…

-La dernière fois que nous nous sommes vus, je n’avais rien. Donc, j’étais un peu résigné, abasourdi par le résultat de quelques années de néant. Depuis, je me suis rendu compte que quelque part, j’étais très apprécié, je trouve cette situation complètement dingue. En même temps, je ne te cache pas que ça m’a rendu confiance.

-Qu’est-ce qui te désole le plus ?

-De savoir que mes disques doivent traîner dans toutes les bibliothèques de France, mais que personne ne les écoute parce qu’on ne me voit nulle part. La plupart des artistes des années 70 et début des années 80 sont tous des gens qui chantent leurs propres chansons de l’époque, leurs succès d’antan… et bien moi, je veux sortir de ce processus et je m’acharne à faire connaître aux gens que je rencontre mes nouvelles chansons. Bien sûr, je chante toujours mes anciens succès, mais je ne reste pas là-dessus.

Son second grand succès, "Elle disait" (1982).

-Que fais-tu aujourd’hui ?

-Je donne des cours des chants et réalise des chansons pour d’autres artistes. Je gagne ma vie, comme ça, mais, forcément, je trouve dommage de voir le temps passer comme ça. Je pensais que ma carrière remonterait un peu plus tôt.

-Te sers-tu d’internet, des réseaux sociaux pour te faire (re) connaître ?

-Sur Youtube, je publie tout ce que j'ai fait et ce que je fais actuellement. "Elle disait" a été vu 11 000 fois. Pour moi, c’est un bien Internet, ça m’a réhabilité auprès d’un public demandeur. Que ce soit MySpace ou Facebook, ça m’a permis de me montrer de nouveau et surtout de faire écouter ma musique d’aujourd’hui. Il y avait une demande de fans.

Guy Criaki 03.02.11 4.JPG-Qu’est-ce qu’il pourrait t’arriver de mieux ?

-Il me faudrait une télé pour refaire des spectacles. Je demande juste aux gens de ce métier d’être curieux. Il faut qu’ils sachent que des artistes qui ont de l’expérience et du talent sont en sommeil. Ils ne demandent qu’à être réveillés pour s’épanouir et épanouir le public. Je regrette juste de ne pas avoir vu de tourneurs dans mes concerts à La Réunion ou à l’Ile Maurice. Ils auraient pris une claque…

- La tournée des années 80, tu n’y es pas. Pourquoi ?

-Ils ne veulent pas me prendre. Je ne peux pas les forcer avec un revolver sur la tempe. Ils disent qu’ils ne prennent pas d’artistes qui chantent des slows. Pour ces tournées, ce n’est pas l’avis du public qui compte, c’est l’avis d’une seule personne. L’organisateur.

-En parlant comme ça, tu ne vas pas te faire que des amis…

-Tu peux m’expliquer ce que j’ai à perdre François ? Et puis, je ne suis pas un pondéré. Je suis quelqu’un qui gicle de partout. Je n’aime pas les gens lisses, j’aime l’aspérité dans le caractère…

-Pourquoi sur ta page Facebook ne montres-tu pas tes archives ?

-Je te l’ai expliqué. Je préfère montrer ce que je fais aujourd’hui. Mais, bon, beaucoup d’anciens fans me le demandent… je vais donc racheter mes vidéos et mes passages télé, chez Drucker et autres et je vais les publier… il y en a 100 que je peux acheter à l’INA.


"Un aveu de l'autre" - Guy Criaki par Criaki

Une chanson récente...

-J’adorerai te voir sur scène à Paris, en tout cas…

-Merci. Tu sais, je ne trouve pas ma situation très normale, mais je ne suis pas désespéré… J’essaie d’avancer, en même temps, il y a la vie. J’ai une petite fille qui vient de naître. Au fond, c’est ça le plus important !

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Merci à Guy Criaki... je suis très fier de le connaître. Je n'oublie jamais ceux que j'ai aimé naguère...

Son site officiel.

Son MySpace.

Sa page Wat TV.

Guy Criaki sur Facebook.

Guy Criaki sur Idolesmag (grande interview bien menée).

25 mars 2011

Melissmell : interview pour son album "Ecoute s'il pleut"

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Melissmell, je l’ai vu sur scène pour la première fois le 3 juin 2008 lors de la finale de l’[opération Tremplin] nouv’Elles, opération découverte de talents féminins dans le cadre du festival les Muzik’Elles de Meaux. Elle n’avait pas gagné… et je l’ai vu triste de cette défaite. Depuis, la chanteuse a fait du chemin.

Le 22 février dernier, je suis allé à sa rencontre dans un bar de la rue Ambroisie (Cours Saint-Emilion)… pour une interview destinée au magazine Addiction, le mag daté du mois de mars 2011.

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Bonus track mandorien : 4 questions supplémentaires!

La société a changé, il y a donc de nouvelles choses à dire, à dénoncer…

Vous savez, il y a des choses qui n’ont pas changé depuis plus de 200 ans. Ce qui n’a pas changé c’est que l’on court toujours après le fric, après la possession. Ce qui a changé, c’est une espèce d’émancipation des femmes, une espèce de conscience féminine.

Est-ce que vous voulez aussi prouver qu’une femme peut gueuler et dire les choses haut et fort autant qu’un homme.

Moi, je veux prendre ce droit-là. Parce que des femmes qui gueulent haut et fort, il n’y en a pas beaucoup, à part peut être Catherine Ribeiro. Aujourd’hui, il reste des rappeuses et puis, dans un autre genre, Flow et moi. J’ai encore la fougue de la jeunesse de croire qu’on peut encore changer les choses.

Justement, peut-on changer le monde avec une ou des chansons ? N’est-ce pas utopique de penser cela ?

Une chanson ne change pas le monde, c’est un ensemble d’œuvres qui pourrait arriver à faire réfléchir. Moi, je n’ai pas la prétention que je peux changer la vie d’une personne, mais si ça peut aider des personnes à se reconnaître et à trouver leur voie et leur donner envie d’aller vers ce qu’ils sont et non vers ce qu’ils croient vouloir être, moi ça me va. Je suis sûr que l’on pourrait changer une société si tout le monde se mettait à faire vraiment ce qu’il a au fond de lui et non courir après cet argent qui ne nourrit pas, mais qui détruit.

Et si ça marche pour vous et que vous gagnez beaucoup d’argent, qu’en ferez-vous ?

Je donnerai la chance à des gamins d’accéder à la culture. Moi, je n’ai pas eu cette chance dans ma jeunesse de rentrer dans une quelconque école artistique alors que depuis toute petite, je savais ce que je voulais faire. J’ai donc dû faire autre chose pour bouffer. Après, la frustration mène au combat, le combat mène à la liberté et la liberté mène à faire des œuvres comme la mienne. Du coup ne pas avoir tout eu n’a pas été une tare. On avance…

A la fin de l'interview... Melissmell a tenu à me montrer le livre qu'elle était en train de lire avec passion et avidité.

Hein, quoi?

Qui me traite de mytho?

Tsss...

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Le premier clip tiré de son album...


Melissmell - Aux Armes par Discograph

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22 mars 2011

The Do : interview, chronique à propos de "Both Ways Open Jaws"

Le 27 janvier dernier, j'ai rencontré les deux The Do dans les locaux de leur maison de disque, Cinq 7. Un couple dans la vie et dans leur activité professionnelle. La fusion entre eux est perceptible... A découlé de cette interview une chronique pour Le magazine des espaces Culturel Leclerc...

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Et aussi une interview pour Addiction, le mag.

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Evidemment, une séance photo finale (un peu liée à mon actualité personnelle du moment... saurez-vous la découvrir... un indice se cache quelque part dans les mains d'Olivia...)

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Finissons avec leur nouveau clip...


The Dø - Slippery Slope par CInq7

09 mars 2011

Hubert Mounier: interview pour La maison de pain d'épice (disque et BD)

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Hubert Mounier, je l’ai connu comme beaucoup à l’époque où il se faisait appeler Cleet Boris et qu’il faisait partie du groupe L’affaire Louis’trio. Dans les années 80, 90 et 2000, j’ai suivi son parcours et rencontré parfois l’homme. J’ai une profonde admiration pour l’auteur compositeur. Et aujourd’hui, pour l’homme qu’il est devenu. Avec La maison de pain d’épice, pour la première fois, le musicien et le dessinateur se rejoignent. Entre 2007 et 2010, l’ancien chanteur de L’affaire Louis’Trio, prépare et enregistre un album en solo. Pendant ce temps Cleet Boris tient le journal en images de cette aventure discographique. Rencontre avec un chanteur lumineux, dans un bar parisien.

167241_145605338828815_145423462180336_219719_4862570_n.jpgLa maison de pain d’épice est votre troisième album solo, après Le Grand Huit et Voyager Léger. Vous n’aimez pourtant pas trop travailler seul. 

On est souvent seul dans ce métier, d’où l’intérêt que j’ai eu d’avoir un groupe pendant des années. Une fois que l’on se retrouve seul face à ses chansons, le doute peut nous faire perdre beaucoup de temps, alors je trouve que partager avec quelqu’un permet de mieux voir où l’on en est. Sur ce disque, il y a une chanson, "Triste saison", pour laquelle je peinais à trouver les paroles, je l’ai envoyé à 4 ou 5 de mes amis. Ils m’ont envoyé des textes complets. Le fait de lire ce que cela inspirait aux autres, ça m’a permis de m’affermir sur le fait que je devais faire quelque chose de sentimental.

Votre album parle d’amour. Des histoires pas très positives, mais sur un rythme un peu plus enlevé que dans vos deux autres albums solos. 

Sur les deux précédents, je m’étais trop épanché sur mes pauvres malheurs personnels et surtout sentimentaux, là, le monde n’allait pas mieux, mais moi si. Je me suis dit qu’au moins, musicalement, il fallait que je revienne à ce que j’aime le mieux écouter. Mes précédents disques étaient des disques dans lesquels je me livrais et la musique correspondait à mes états d’âme. Tristes. Dans celui-ci, je me suis interdit la tristesse.

Écrire des chansons tristes sur de la musique triste, n’est-ce pas un pléonasme musical? 

Si. Mais, sur l’album précédent, par exemple, c’était pour aller au bout de la démarche. Sur Voyager Léger, il n’y a quasiment pas de musique rapide. Chaque fois qu’un artiste fait un disque, on s’efforce d’avoir une image globale de l’ensemble terminé. C’est vrai que pour celui-ci, on se rapproche de ce que je faisais avec l’Affaire Louis'Trio où les chansons étaient calibrées pour pouvoir faire de la scène.

Certaines chansons de ce disque me font effectivement penser à ce que vous faisiez à la fin du groupe, l’époque Mobilis in mobile.

Parce que je suis parti du même principe. J’ai fait ma chanson guitare-voix, ensuite, on est rentré en studio pour enregistrer  directement les instruments. Les chansons de cet album sont plus simples que celles de mon œuvre passée. Je me suis interdit d’avoir recours à des harmonies trop complexes. La maison de pain d’épice, c’est un bon vieux rock, il y a trois accords. Pour revenir à Mobilis in mobile, j’ai toujours senti que c’était mon premier album solo. J’avais emmené les choses un peu « clefs en main ».

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Vous prenez 4 ans entre chaque disque. C’est le temps idéal et nécessaire pour se renouveler.

Bizarrement, avant de commencer ce disque ou la BD, dans les années 2004, 2005, 2006, j’ai laissé tourner mon petit magnétophone à chaque fois que je jouais de la guitare. J’ai décidé de réécouter tout ça, ce qui est toujours fastidieux. Et dans le tas, j’ai découvert des tas de bouts de chansons ou des chansons complètes sur lesquelles il suffisait d’écrire des paroles. En fait, le disque s’est retrouvé quasiment prêt avec une douzaine de chansons sans que j’aie eu l’impression de travailler. Après, évidemment, il faut penser aux textes et à la structure.

Les textes ne sont jamais écrits avant la musique. Pour quelqu’un qui écrit ses textes, je trouve ça curieux.

S’il y avait une chose que j’espérais changer avec les années, c’était ça parce que je pense que c’est une chose difficile et aléatoire d’avoir une mélodie terminée et de devoir écrire un texte en Français. Ma première démarche est de n’utiliser que des mots qui sonnent bien. Après, il faut un sens. Souvent, il y a mon subconscient qui me précède et qui fait en sorte que les mots se juxtaposent intelligemment. C’est toujours un casse-tête chinois.

Êtes-vous parfois étonné que le subconscient agisse autant sur votre création ?

Oui, surtout, côté textes. J’ai l’impression que ce n’est pas du tout le même cerveau qui fonctionne quand il s’agit de compositions. La composition, c’est liberté absolue, avec possibilité de ma part de diriger. Dans La maison de pain d’épice, c’est une chanson que j’ai quasi improvisée, j’ai mis un programme de boite à rythmes et je me suis dit que j’allais faire paroles et musiques tel que ça viendra. Le même jour, j’en ai fait sept autres qui ont donné des trucs marrants, mais sans plus. J’ai le goût de l’accident, du hasard un peu forcé. Ca fait partie des vrais plaisirs de la composition. L’écriture, c’est toujours un coup de bol.

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Parlons de votre bande dessinée, La Maison de Pain d’épice, le journal d’un disque, signé Cleet Boris, votre pseudo du temps de l’Affaire Luis Trio.

Le challenge était d’arriver à être authentique pour raconter les choses telles qu’elles se passent. J’ai pris beaucoup de plaisir à le faire, parce que, pour une fois, on laissait un vrai chanteur, auteur, compositeur, raconter sa vérité en mettant les caméras où il voulait pour faire sa bédé-réalité à lui. Après toutes les conneries que j’ai pu voir à la télé, j’ai bien compris que les téléspectateurs considéraient que c’était facile de faire des chansons et de devenir artiste. Ils pensaient qu’il suffisait de passer à la Nouvelle Star ou je ne sais pas quoi. J’ai voulu dire que non, ce n’est pas si facile que ça. On est seul dans son coin, on compte sur ses enfants et sur sa femme pour se faire une idée de l’impact que peut avoir une chanson. Je raconte dans ce bouquin que c’est un peu de l’artisanat. Je raconte aussi les affres de la création et de l’âme humaine. Si je suis artiste, c’est aussi parce que j’ai des petits vices de forme, des petites fêlures ou des cassures remontant assez loin, avec lesquelles on apprend à vivre, qui servent à faire des chansons, qui parfois sont rigolotes d’aspect et qui, si on se penche un peu sur le texte, ne sont pas aussi roses que je l’aurais aimé.

hubert mounier,interview,la maison de pain d'épice

La chanson et cette BD vous servent aussi d’auto-analyse ?

Mon antidépresseur c’était l’alcool et mon traitement, c’était les chansons. Sauf que ça ne soigne pas forcément les maladies et que l’alcool ne fait que grossir les problèmes psychologiques. Moi, j’ai arrêté de boire plus pour des raisons psychologiques que physiques. Donc à la sortie, il faut se retrouver seul face à soi même, sans expédient. Dans la BD, l’alcool, je ne pouvais pas ne pas en parler parce que, quand on a passé des mois en studio avec toujours une bière à la main, une clope au bec, sans parler de mes acolytes qui fumaient des joints toute la journée. Se retrouver sans rien, comme un adulte digne de ce nom en studio, je croyais que ça ne m’arriverait jamais en fait. Finalement, j’y suis arrivé parce que mon amour pour la musique a été plus fort. Le premier à avoir subi le changement, c’est Benjamin Biolay à l’époque du Grand Huit. Je venais d’arrêter de boire, je n’étais pas bien, je ne savais plus comment je m’appelais, ça ne nous a pas empêché de faire un bel album. C’est effectivement une aide que de pouvoir créer et mener à bien ses projets parce qu’on a l’impression d’exister pour autre chose que ses souffrances personnelles. Ou qu’en tout cas, ces souffrances aient du sens pour d’autres et qu’on partage aussi nos souffrances, mais de façon élégante.

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Dans cet album, Benjamin Biolay a moins participé que dans vos deux autres disques solos parce qu’il était en plein succès de son album La superbe. Il est toujours là, à vos côtés, en tout cas.

Sur le dernier album de L’affaire Louis’Trio, Mobilis in mobile, j’étais très fier d’avoir un nouveau collaborateur avec une vision des choses qui était moins classiciste, plus débridé. Nous, on avait tendance à écouter les Weezerou mêm Nirvana, bref, des choses qui étaient un peu plus de guingois que la pop un peu propre de Blur et autres que je pouvais écouter. Dès que j’ai senti que c’était fini avec le groupe, c’est à lui que j’ai pensé pour produire Le Grand Huit, puis Voyager léger. Avec lui, s’est installée une vraie amitié qui faisait que la musique était presque un truc subalterne. Pendant des années, il m’a demandé mon envie, parce qu’il se cherchait, mais je me suis vite rendu compte que, très vite, il n’aurait plus besoin de mes conseils. Il avait cette faculté d’entendre quelque chose, à la digérer et à en faire quelque chose de personnel. Moi, je suis un petit artisan qui travaille toujours le même sillon. Pour mon nouveau disque, le côté « débrouille-toi tout seul » m’a stimulé à me mettre au piano, je pense qua ça a aidé mes compos.

Je reviens à l’amour, sujet n°1 de vos chansons. Amour avec un grand A et fortement décliné.

C’est un peu ce que j’ai trouvé de plus efficace pour supporter la vie. C’est l’amour comme une vraie béquille qui rend la vie possible, en fait.

Pour son disque «L’homme de Mars », Kent, lyonnais lui aussi, a eu la même démarche. Un disque et une BD couplés.

Kent, je l’aime beaucoup. On est de la même ville, c’est mon ainé et je le considère comme mon grand frère. Je trouvais ça admirable qu’il s’occupe des pochettes de ses disques. Quand je l’ai rencontré en 1983, ça m’a ouvert des portes. Il était déjà un professionnel qui avait sorti des albums. C’est en grande partie grâce à lui que je me suis retrouvé chez Barclay. On se voit plus en ami qu’en musicien.

Vous vous trouvez à votre place dans la chanson française actuelle ?

Quand je vois la chanson française telle qu’on la propose aujourd’hui, ça ne m’étonne pas que je ne sois pas au sommet de tout ça.

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Il y a des chansons sociétales, ce qui n’est pas dans vos habitudes. 

Je suis d’une génération qui pensait que l’état était là pour aider le peuple. Là, je constate que l’état est là pour niquer le peuple. Point à la ligne. Ça me dérange  profondément. Plus pour mes enfants que pour moi d’ailleurs. Moi, j’ai la chance de vivre de mes droits d’auteurs, donc je ne me plains pas parce que je suis un privilégié. Ça ne me suffit pas à être serein pour autant. Il y a trop d’injustice en fait. Mon disque avait envie de parler de ça, avec mes mots simples et des musiques assez lumineuses pour que ce ne soit pas ennuyeux.

Hubert Mounier 08.02.11 4.JPGLa maison de pain d’épice, ça veut dire qu’on a besoin de douceur dans ce monde de brute…

Mais qu’en même temps, il ne faut pas se laisser hypnotiser par cette gourmandise qu’on nous propose. La maison de pain d’épice, c’est la télé, c’est le truc qu’il vous faut absolument, l’Ipod, l’Ipad, dont on a finalement pas tant besoin. Si je rentre là dedans, c’est un peu mon intelligence que je mets en danger. Mais les gens qui rêvent de cette maison de pain d’épice métaphorique, ce sont des gens qui n’ont pas un avenir et des perspectives très passionnants devant eux, donc ils se résument à des plaisirs rapides et consuméristes.

 Je vous sens plus en confiance avec ce nouvel album qu’avec les deux précédents…

Parce que je vais mieux. J’ai eu du mal à me sortir de plein de trucs, mais il y avait plein de choses qui implosaient ma vie. Voyager léger, c’était déjà une façon de dire : c’est moins lourd que le précédent. Maintenant je voyage au-dessus du sol et je suis bien. Je suis bien dans un monde qui ne va pas bien.

Voici à présent la chronique de sa BD dans publié dans Addiction, le mag daté du mois de mars 2011.

 

hubert mounier, interview, la maison de pain d'épice

Je ne peux vous laisser, sans vous proposer quelques archives mandoriennes concernant Hubert Mounier. Comme je le disais en introduction, je l'ai interviewé très souvent dans les années, 89, 90 et 2000.

En voici quatre.

Le 28 décembre 1988 à RTL dans les coulisses de l'émission Studio 22 :

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Le 26 février 1993 à la FNAC de Strasbourg lors d'une rencontre/show case que j'animais:

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Dans les loges de la Salle des Fêtes de Schiltigheim, le 03 novembre 1993:

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Et pour finir, le 16 juin 2005, chez Warner...

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