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10 avril 2013

Sarah Zeppilli: interview pour son EP.

Sarah Zeppillli

J’ai reçu récemment, un EP pop élégant contenant des chansons légères (ou un peu moins). Interprétées par une voix douce, sensuelle même. Des histoires qu’on devine parfois personnelles, mais qui tendent vers l’universel. Entre délicatesse et douce nostalgie. Je ne voulais pas que vous passiez à côté, alors j’ai demandé à Sarah Zeppilli de venir à l’agence avant son concert aux Trois Baudets, le 24 avril prochain.

L'interview s'est tenue le 6 mars dernier.

sarah zeppillliBiographie :

Après un parcours  atypique (école de communication, cours de théâtre, petits boulots divers, passage en agence de pub...), Sarah Zeppilli décide de ne se consacrer qu'à l'écriture et à la musique. Le voyage commence en Inde où elle prend ses premiers cours de chant (2002). Puis en rentrant de ce voyage de 3 mois, la chanteuse lyrique Cécile Leray lui fait découvrir son instrument, le souffle, la technique vocale. Ensuite à travers le Brésil en participant aux ateliers de l’exubérante chanteuse Monica Passos. La carrière musicale de Sarah Zeppilli peut commencer.

Quelques années après, on a pu découvrir sa voix à l’occasion de diverses collaborations musicales : bandes originales de films ( Une aventure new-yorkaise d’Olivier Lécot, Le petit marin de Stéphanie Vasseur), nombreuses musiques de pub et collaborations d’album (Diassibo Tchombiano, Orwell). Aujourd’hui, c’est avec un projet personnel ambitieux de chansons intimes qu’elle nous offre les clés de son univers.

sarah zeppillli

Interview :

Tu as eu deux grands-parents musiciens de jazz. Tu as commencé à chanter du jazz. Ça te paraissait naturel d’aller vers ce que tu connaissais ?

Oui, c’était un gout personnel et commencer par ce que l’on connait bien me paraissait logique. Mon côté artistique s’est d’abord exprimé par le théâtre, mais, bon, j’étais une piètre comédienne. C’est en allant voir des concerts que je me suis dit : « mais quel bonheur ce doit être d’être sur scène et de chanter ». Ça m’a paru plus intense que de jouer la comédie. En plus j’adorais chanter… depuis toujours. Je saoulais mon entourage à chanter constamment.

A un moment, il fallait que des professionnels t’aiguillent un peu ?

J’ai toujours fait des choses qui tournaient autour de la conscience du corps parce que chanter c’est beaucoup avoir conscience de son corps, conscience de ce qu’il se passe physiquement. En faisant du théâtre, on faisait beaucoup de relaxation, aujourd’hui, je fais beaucoup de yoga.

Oui, parce que la voix, ce n’est pas que la gorge.

Ce n’est surtout pas la gorge. Tout ça, c’est un masque, il y a des résonateurs.  Enfin, c’est un peu trop abstrait pour que je puisse t’expliquer ici, mais c’est passionnant d’aller à la découverte de ce processus. C’est important d’être guidé par quelqu’un qui a conscience de tout ça.

sarah zeppillli

Ta voix, tu as intérêt à savoir t’en servir. Tu es aussi comédienne voix. Tu fais beaucoup de publicités. (Vous pouvez en écouter certaines là !)

Je fais plein de voix pour la radio, la télé, des répondeurs téléphoniques. J’adore cette activité.

Tu as déjà sorti un EP en 2008, Chansons polaroïds, mais tu ne revendiques pas ce disque comme tel.

C’était juste des maquettes qui ont été masterisées par Discograph pour un concours qui s’appelait « En français dans le texte », que j’ai remporté. Après, j’ai fait des featurings pour d’autres albums. Ça fait un moment que je tourne, mais ce disque est vraiment le premier pour moi.

Tu fais aussi de la musique de film.

Oui, pour le moment pour deux courts-métrage et un long métrage. Un long métrage d’Olivier Lécot, Une aventure New Yorkaise. Un joli film qui est passé sur Arte. On a bossé avec Timothée Régnier, que l’on connait maintenant sous le pseudonyme de Rover. D’ailleurs, sa chanson « Aqualast », la première fois qu’elle est sortie, c’était sur la bande originale de ce film. Sur cet album, je chante deux chansons avec son frère. Lui, accompagne désormais Barbara Carlotti.

Tu travailles seule pour composer ?

Oui parfois. Et parfois, il y a certaines chansons qui sont co-composées. Je connais mes limites, même si j’essaie toujours d’aller au-delà.

Sarah Zeppilli en concert aux Trois Baudets le 24 avril 2013

sarah zeppillliJe trouve que tu as un sens prononcé de la mélodie.

Pour moi, c’est hyper important. Les premières chansons que j’ai composées, je les ai composées en chantant, sans instrument. Souvent, la mélodie vient en premier. Il m’arrive de voir mes musiciens, je chante un truc et ils me posent des accords dessus.

Il y a un orchestre de 30 cordes dans ton disque. C’est énorme.

Oui, j’ai fait un appel à contributions à mes proches et une personne à financé l’orchestre de 30 cordes. Merci à elle !

Tu as un joli univers, musicalement mélancolique.

Je revendique cet aspect mélancolique même si chaque personne à plein de facettes. Je chante avec une certaine douceur et une joie de vivre.

Cet EP, c’est pour dire : voilà ce que je suis capable de faire ?

Oui, même si le résultat final sera l’album qui est presque terminé. Je l’autoproduis donc ça prend du temps. Il manque une chanson et il nous reste tout à mixer. Je me suis entourée de deux musiciens pour le réaliser: David Berland, et Pascal Rodde. J’ai eu la chance de pouvoir bosser avec Philippe Entressangle (Cali, Keren Ann, Olivia Ruiz) à la batterie, Franck Bedèze pour les basses/ contrebasses ou Julien Chirol ( Feist) pour les cuivres avec Nicolas Giraud .

Enregistrement du 1er album de Sarah Zeppilli

Les gens qui l’ont écouté ont l’air d’avoir été charmés par ces chansons.

On ne peut pas plaire à tout le monde, mais c’est vrai que les premières appréciations lues sur Internet sont encourageantes. Nous sommes nombreux à faire ce métier et à le faire bien, alors c’est rassurant de lire des choses positives.

Tu produis cet album seule, il faut le préciser.

Oui. Après tu n’as pas les mêmes moyens pour la promo qu’un label. En même temps, parfois, tu signes sur un label et le disque ne sort pas. Au moins, là, je suis maître à 100%. J’ai un éditeur qui me soutient. Une autre personne qui s’occupe un peu de moi, un peu manager. Sinon, je suis un peu toute seule en effet.

Les musiciens et réalisateurs ont été généreux avec toi.

Oui, je me sens d’ailleurs redevable. Ce disque doit exister. On doit en parler. Ne serait-ce que pour les musiciens qui se sont engagés dessus. David Berland, par exemple, s’est donné jour et nuit durant plusieurs semaines, plusieurs mois même. Ça me met une petite pression supplémentaire et en même temps ça me booste.

Clip non officiel de "J'avais oublié Paris".

sarah zeppillliTu aimes la scène, plus que tout.

Oui, j’ai envie de parcourir la France entière. Ce n’est pas facile, surtout quand tu as un répertoire comme le mien. Assez doux. J’avoue que je ne fais pas danser les gens en concert, par contre, je les fais chanter.

Comment convaincre le public, dans cette masse d’artistes talentueux qui existent, d’aller à la découverte de ton œuvre ?

On est tous différents avec un univers différent à offrir. Plus tu es conscient de ce que tu as à proposer, plus tu es limpide, plus les gens eux-mêmes y voient clair. Il faut les happer, les charmer.

Tes origines italiennes viennent de ton grand-père qui était italien. Tu te sens un peu italienne ?

Oui.

Dans quoi ?

Dans l’appétit. Dans l’appétit de la vie et des pâtes (rires). Plus sérieusement, je me sens italienne dans ma méridionalité, dans mon besoin de soleil, dans mon envie de famille, d’être avec mes amis, dans une envie de tribu.

Tu as besoin d’être entourée tout le temps ?

Non, j’ai besoin d’un équilibre entre ma solitude et être proche des gens que j’aime. J’adore être seule et j’ai besoin des autres aussi.

Tu chantes pour donner du bonheur aux autres ?

Oui. Et j’ai aussi besoin de raconter des histoires qui partent toujours d’une émotion que je ressens. Elles peuvent être liées à des choses extérieures qui me touchent ou à des choses que je vis. Ensuite, l’imaginaire s’en mêle. Après, je me permets de relier les choses qui ne sont pas forcément liées ma propre vie. Ensuite, j’ai envie de partager les émotions et j’ai envie de faire naître d’autres émotions chez les gens. C’est une façon de leur parler.

sarah zeppillli

sarah zeppillli

09 avril 2013

Pascal Szulc : interview pour Petit recueil de pensées juives.

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Pascal Szulc est passionné d'art depuis toujours (et en pratique plusieurs avec brio). Nous nous croisons parfois et j’ai toujours été épaté par sa culture et ses connaissances sur à peu près tout. Lorsqu'il est sur sa lancée, rien ne peut l’arrêter. Je l’apprécie beaucoup. Quand j’ai su qu’il sortait avec Maguy Ly un Petit recueil de pensées juives, je lui ai demandé de venir m’en parler à l’agence le 4 mars dernier.

9782812307096-T.jpgPrésentation de l’éditeur :

Pensées issues des rituels comme des bons mots de la vie quotidienne, des écrits et commentaires talmudiques comme de la littérature et la philosophie, paroles de sagesse, de rires, de larmes, du Moyen-Orient à l’Europe centrale, elles offrent à notre réflexion, non pas un dogme, mais une vision du Judaïsme, témoignage de temps et d’espaces variés. Cinq mille ans de culture nous observent, nous élèvent. Si l’étude, fondement du judaïsme nous invite à nous tenir debout, ce recueil appelle le réveil, celui de l’esprit, si simple et complexe, à la foi.

Biographie de Pascal Szulc (par Yael Hirsch) :
Pascal Szulc forme avec Aaron Zolty un écrivain double. Une dualité qui tire sa source dans la gourmandise infinie de l’auteur. À la fois enseignant de génie et élève attentif, comédien à ses heures et spectateur intransigeant quand la nuit est tombée, parisien jusqu’à la moelle, mais habité par toute l’Europe de l’Est, Pascal Zolty accumule les connaissances pour mieux libérer les sensations de la vie nue. Très philosophe, un peu magicien et intimement musicien, c’est avec les mots qu’il livre ses symphonies postmodernes.

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DSC06788.JPGInterview :

Nous nous connaissons depuis quelques années, mais peux-tu te présenter avant de commencer ? Je m’aperçois que je ne connais pas grand-chose de personnel sur toi.

Je suis un laïque et grand défenseur de la laïcité. Mon père est déporté et fils de déporté. Mon grand-père est petit fils de rabbin, mais je n’ai pas été élevé dans une éducation religieuse. La guerre à meurtri tellement les juifs d’Europe centrale que le souci premier était l’intégration. Moi, il a fallu que je tombe amoureux de ma voisine du 3e, qui était tournée vers le judaïsme, pour aller dans une synagogue. Je ne suis pas né avec dieu dans la tête, mais avec un code-barre sur le bras. Ce que j’ai su dès le début, c’est qu’on avait beaucoup souffert. Tu nais avec la souffrance que tu as eue derrière toi et très rapidement, on te le dit. Tu nais avec le judaïsme, le désir d’intégration et le poids de la Shoah.

Tu es professeur des écoles en instituts médicaux éducatifs.

C’est mon activité à temps plein. J’apprends à lire et à écrire à des enfants polytraumatisés qui sont en fauteuil. C’est un métier très dur. Ça demande des éducateurs, des orthoptistes, des orthophonistes, des rééducateurs, des kinés, des toubibs, des neuropsychiatres, des neurologues, des psychologues… j’ai ces enfants en classe en permanence. Je fais un vrai travail en ergonomie sur les outils qu’ils peuvent utiliser pour apprendre à lire et à écrire.

Tu es aussi auteur et scénariste.

Auteur… nous avons une expérience commune. J’ai signé dans la même maison que toi, mais mon livre n’est jamais sorti. (Les éditions Laura Mare ont mis les clefs sur la porte peu de temps avant la sortie de du live de Pascal Sulzc). Et j’ai été nègre deux, trois fois pour de grands cuisiniers. Exercice très intéressant. Sinon, je suis partie prenante d’une société de production, Fidélio Production. Nous travaillons avec une vraie recherche de moyen de production indépendant. Moi, je me nourris d’art en permanence. J’ai eu la chance d’avoir eu une vie de peintre, de musicien avec de grands projets.

Pourquoi en ce moment est-ce le cinéma ?

Parce que dans le cinéma, il y a toutes les compétences que je peux avoir. En tant que compositeur, je fais pas mal de musiques de film (de courts-métrages), en tant qu’écrivain,  j’écris quelques scénarios, c’est un vrai boulot qui n’a rien à voir avec l’écriture d’un roman.

Je crois savoir que Fidelio Production travaille sur un projet qui a un rapport avec le handicap.

On prépare pour le Festival de Cannes un film documentaire d’une heure trente produit par Alexandra Lederman et Alain Miro. C’est un film sur Percujam, le groupe d’autiste rock reggae. Ça fait 6 mois que l’on tourne avec eux dans leur vie quotidienne et lorsqu’il joue de la musique. On évoque la relation avec les artistes autistes avec un public « normal ». Artistes autistes ou autistes artistes, grand débat et question fondamentale du film.


Percujam le film par Cvfidelio

Parlons de ton livre conçu avec Maguy Ly, Petit recueil de pensées juives.487439_10151501633834824_948490949_n.jpg

Ce livre appartient à une collection de citations et de pensées. Ces livres ont une visée œcuménique et même laïque. Ils sont traités sous un plan culturel, religieux, poétique ou philosophique. Dans celui-ci, il y a une égalité totale entre les humoristes, les philosophes, les rabbins, auteurs, des inconnus, des cuisiniersLe but espéré est de surprendre le lecteur et de lui donner à penser à travers cette diversité. Ce qui est intéressant c’est que c’est la multitude et la variété qui va définir ce qu’est une pensée juive.

C’est quoi, à la base, la pensée juive ?

C’est un commentaire du Talmud. Aujourd’hui, tu as un groupe de pensées juives, parmi lesquels Benny Lévy, Alain Finkielkraut, qui était sous l’égide du philosophe Michaël Lévinas, le penseur de l’altérité.

Et le recueil, finalement, c’est un recueil de pensées qui viennent de juifs ?

Pourquoi pas ? Mais est-ce que ce n’est pas un regard d’autres personnes sur le judaïsme ? Peut-être les deux à la fois.

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Le site Toutelaculture.com précise que « la pensée juive est ici vue comme la parole d’un peuple et non d’une religion. Il est alors délicieux de voir côte à côte Jean- Paul Sartre faire face à Max Jacob quand en dessous, Léon Blum regarde Nahman de Braslaw. » Mais qu’est-ce qui va faire la pensée juive ?

À la fois la dose humoristique et la force poétique de cette dérision. Il y a toujours une expression qui a un rapport avec le voyage et pour moi, il n’y a pas forcément l’aspect religieux.

Comment fait-on dans ces 5000 ans de culture, pour sélectionner les 365 pensées qui figurent dans ce recueil ? Non, parce que ça va de Gainsbourg, Romain Gary, et passant par Lévinas et Carole Zalberg.

Avant de commencer, je suis allé voir sur Internet pour voir ce qu’il se disait. Ce n’est pas le premier petit recueil du genre. Il ne fallait pas faire la même chose. Je me suis positionné en tant que personne ne connaissant pas le judaïsme. Ce qui fait le propre du judaïsme, c’est la pensée, la lecture, l’écriture, le commentaire, l’humour, le regard, le recul, la hauteur de vue… Il y a une transmission et j’ai souhaité mettre en avant l’étendue de la beauté de cette richesse incroyable. J’ai voulu aussi démontrer que c’était un dialogue tant avec dieu qu’avec les hommes. Finalement, on constate deux choses en lisant ce recueil : le judaïsme, c’est une multitude et il y a une évolution dans la pensée juive.

JUIF? Une série filmée et montée par ESTI

L’importance de la maison m’a frappé…
La maison, c’est le premier lieu de culte, par des rituels et des traditions.

Il y a une pensée par jour.

J’aime bien l’idée qu’une pensée par jour te fait du bien. J’ai cherché à évoquer la joie, le malheur, les bonnes résolutions, le commandement…

Ce que j’aime dans ce livre, c’est que la joie domine le tout.

La thématique du livre n’était pas de s’apitoyer sur notre sort et de dire « on a été maltraité ». Non, nous avons privilégié l’aspect positif de notre culture.

Tu écris un roman en ce moment, je crois.

Oui, dans l’esprit de Millénium. Je suis fasciné par la mort et je vais écrire une histoire assez étrange.

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06 avril 2013

Monsieur Roux : interview pour L'illégalité joyeuse

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Depuis son premier album, Ah si j’étais grand et beau,  j’adore les « chansons méchantes où les gentils gagnent à la fin » de Monsieur Roux. Ses « chansons peuplées de gens à la fois ordinaires et loosers magnifiques » me touchent beaucoup. Il y a dans l’œuvre d'Erwan Roux beaucoup d’autodérision, de tendresse, d’humour et désillusion.

Son troisième album vient de sortir et le 10 avril (mercredi prochain), Monsieur Roux sera en concert à Paris à L'Européen. C'était l'occasion idéale pour organiser une rencontre à l'agence. Ce qui s’est produit le 5 mars dernier grâce à Patricia Espana.

monsieur roux,l'illégalité joyeuse,interview,mandorBiographie officielle (mais raccourcie) de Monsieur Roux :

Quatre ans après son précédent disque, Monsieur Roux revient avec L'illégalité joyeuse, recueil de chansons décomplexées en français, aux airs de ballades lunaires. Enregistré et réalisé à Laval par Romuald Gablin, il aura fallu deux ans pour malaxer des sons et des mots, essayer, chercher, se perdre et puis peut-être au final se trouver pour arriver à ce résultat : Un disque d'une diversité musicale rare en "chanson française", comme si à l'instar de la pochette de l'album, on voulait nous signifier que le monde ne serait plus jamais cette carte bien rangée aux frontières tracées à la règle. On passe ainsi de sonorités africaines à des rythmiques brésiliennes, d'un phrasé hip-hop à une chanson pop sans que cela semble poser problème. Le mix de JB Bruhnes (Bertrand Belin, Emily Loiseau, Arthur H...) apportant pour finir le tout une belle lumière à l'ensemble.

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Interview :

Tout à l’heure, tu me disais en off que parfois on écoutait tes chansons selon l’image que l’on pouvait avoir de toi. Tu penses avoir quelle image dans le métier ?

Déjà, je pense n’en avoir pas vraiment. L’image que peuvent avoir les gens de l’extérieur est liée essentiellement à mon premier album et à quelques chansons un peu plus connues notamment « Petit rasta » ou « P’tite Pouf». Je pense que, du coup, je suis encore dans cette image de chanteur comique.

Je trouve que tes chansons, si elles provoquent parfois un rictus d’amusement, sont aussi teintées de profondeur et d’ironie.

Je pense que quand même, je donne l’image de quelqu’un de pas très sérieux. Mon nom aussi, provoque cela.

Clip de "Je reviens à la vie".

En tout cas, dans ce disque, j’ai l’impression que tu te montres un peu plus tel que tu es.

Comme je n’avais pas du tout d’expérience dans la musique, dans le premier album, j’ai utilisé beaucoup d’ironie et d’humour pour ne pas embêter les gens avec mes états d’âme. Dans le deuxième, Un été caniculaire, j’ai fait le contraire. Il y avait une volonté d’être pris au sérieux et de faire une musique un peu plus rock. Il y avait aussi des chansons un peu engagées parce que je pense que sur le premier album, des chansons avaient été un peu mal comprises. Sur ce troisième album, j’ai donc eu la volonté de faire le disque qui me ressemble le plus et d’assumer ce que j’étais.

Dans ton œuvre, tu dis beaucoup, mais avec une distance, un humour et un second degré assez importants. J’ai l’impression que tu as peur de tomber dans la démagogie.

Je ne sais pas si j’en ai peur, mais en tout cas, je ne me sens pas vraiment engagé politiquement. Même si j’ai des fondamentaux,  je ne sais pas où je suis précisément. Je n’ai jamais été vraiment militant dans des associations ou dans des partis politiques. Dans mes chansons, il y a quand même un parti pris, un point de vue qui est donné.

Je me suis demandé en écoutant l’album, L’illégalité joyeuse, si tu étais un homme optimiste.

Je suis désespérément optimiste ou j’ai l’optimisme désespéré. Je suis assez optimiste en général parce que j’ai confiance en mes semblables, mais parfois, ils me désespèrent un peu. Globalement, j’ai l’impression qu’on est dans une période un peu transitoire et qu’on n’a jamais été aussi évolué quand même.

"J'habite une rue" version acoustico-bucolique.

Cet album porte un message: relativisons les petits malheurs que l’on a.

Généralement, rien n’est vraiment sérieux, rien n’est vraiment très important, surtout quand on est dans des histoires un peu sentimentales. Il faut relativiser nos petites histoires par rapport à ce que peuvent vivre d’autres personnes.

Il y a quelques chansons dites « sociétales » comme « L’illégalité joyeuse », « Peste et choléra », «Jour de gloire » « Pauvre con » et « La dernière pluie ».

C'est-à-dire que je suis devenu un peu pauvre, donc, tout de suite, je me suis rendu compte de certaines choses. Dans la chanson « L’illégalité joyeuse », par exemple,  j’ai voulu expliquer que j’étais fatigué d’entendre des leçons de morale à tout bout de champ de la part de gens qui, eux-mêmes, ne respectent pas la loi et qui en aucun cas n’ont mérité la place qu’ils ont, car ils en ont hérité. Je trouve insupportable que les médias montrent du doigt les gens qui sont aux chômages, ceux qui touchent le RSA en les traitants d’assistés. Ce manque de respect m’agace prodigieusement surtout quand on sait comment ce pays fonctionne socialement. Ces gens qui montrent du doigt n’ont aucune idée de ce que c’est que de vivre avec 500 euros par mois. Ce que je ne comprends pas, c’est comment c’est possible dans notre pays que des gens qui entendent ça à longueur de journée et qui se font humilier de la sorte, ne prennent pas une batte de baseball pour aller défoncer les la gueule des gens dans la rue. Je trouve au contraire qu’ils sont très respectueux et très polis. Ça force le respect.

Toi,  tu en prends ombrage et tu en fais des chansons. Tu en fais même un concept philosophique.

Je prends les choses pas évidentes avec légèreté.

"Peste et choléra" en live à Lyon

As-tu un côté anarchiste ?

Je ne sais pas. A partir du moment où tu as un point de vue social et qu’il ne s’inscrit dans aucun parti politique, on a peut-être tendance à te considérer comme un anarchiste. En tout cas, ce qui est sûr, c’est que je ne le revendique pas.

Tu revendiques le fait d’être un branleur en tout cas.

Je n’ai pas envie de prendre les choses au sérieux parce que, quand je les prends au sérieux, ça me touche trop. Je préfère en rigoler finalement.

Du coup, les messages que tu souhaites faire passer passent en douceur…

C’est là la farce. Dire des choses assez dures en douceur.

Le tout sur une musique légère et ensoleillée.

Un peu de profondeur dans la futilité.

Tu assumes aussi la sucrerie.

Je trouve que j’ai des chansons assez sucrées. « Ton postiche te lâche » et « Les week-ends en Mayenne » par exemple. J’ai peur qu’elles soient un peu mièvres, mais j’espère qu’elles ne le sont pas.

Vous aussi, apprenez à jouer "La vie est dure" au Ukulélé!

Tu es un chanteur à texte. Ca aussi tu l’assumes ?

A la base, c’est vraiment ça parce que je n’ai pas de formation musicale et je ne suis pas un grand chanteur. J’écris mes textes et je les chante. C’est ça mon métier.

Ta musique incite à penser que tu es un grand voyageur.

Je le suis. J’aime beaucoup voyager et la musique m’a permis de le faire dans un autre cadre que des vacances. Ça m’enrichit parce que partout où je passe, je rencontre des musiciens du coin.

Quels sont tes goûts musicaux personnels ?

Ma base, c’est Renaud et les Beatles. C’est ce que j’écoute depuis que je suis enfant. J’aime bien Nougaro parce qu’il faisait aussi de la chanson métissée et discrètement engagée.  J’apprécie Brigitte Fontaine qui exprime aussi beaucoup d’idées importantes dans ces chansons, tout en ayant l’air cinglée.

Parfois, quand tu crées une chanson, as-tu peur d’être trop influencé par les autres ?

Quand je joue, je sais que parfois je veux le faire « à la manière de ». Par exemple, dans cet album, « Je reviens à la vie » est faite à la manière de JP Nataf, « Il pleut des cordes » avec des batteries inspirées de celle que l’on trouve dans des titres de l’artiste néo-zélandaise tUnE yArDs, enfin les guitares de ce disque sonnent Vampire Weekend.

Un peu de Beatles aussi ?

Oui. La fin de « Le chameau », c’est complètement pompée sur « I Want You ». J’assume complètement toutes ces inspirations.

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Pendant l'interview (photo : Patricia Espana).

As-tu l’impression de trouver ta place dans la « grande famille » de la chanson française ?

Je ne rencontre pas trop les gens du milieu de la chanson. Je ne suis pas très connu et je n’ai jamais été dans les réseaux, dans les grands festivals… et je suis un peu méfiant par rapport à la profession et au grand succès. Quand « Petit rasta » a bien marché, je me suis retrouvé dans un espèce de truc speed que je n’ai pas particulièrement apprécié. J’avais l’impression de ne plus rien contrôler. Faire des interviews de 5 minutes dans des radios très commerciales ne me passionnait pas plus que ça. Je n’ai pas non plus aimé le rapport qu’ont les gens avec toi quand le succès arrive. Finalement, je me sens plus à l’aise aujourd’hui.

Le public qui a vraiment aimé ton premier disque dans son ensemble et pas que « Petit rasta » ou « P’tite Pouf », continue à te suivre aujourd’hui. Il est plutôt fidèle.

Certains nous ont abandonnés, mais il y en a des nouveaux.

Est-ce qu’on a le public qu’on mérite ?

Si c’est le cas, ça veut dire que je suis très méritant (rires).

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Pour finir, un scoop mondial qui va bouleverser le monde de la chanson française. Monsieur Roux et Tony Montana sont très proches..., j'dis ça,j'dis rien.

04 avril 2013

Maissiat : interview pour son album Tropiques

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Récemment, lors de la finale du Prix Georges Moustaki 2013. Discussion entre deux membres du jury avant délibération. Dans ce contexte, évidemment, on parle « chanson française ».

Lui :

-Sinon, que penses-tu de Maissiat ?

Moi :

-Encore elle ? Écoute, je ne comprends pas le raffut que l’on fait autour d’elle. Non, vraiment, je ne vois pas ce qu’on lui trouve d’exceptionnel. C’est sympa, mais sans plus.

-Tu as écouté ?

-Oui. Une fois, rapidement. Mais, tu sais, je suis un peu allergique aux gens dont tout le monde parle comme de la perle du moment…

-Ah bon ! Je te comprends, mais tu devrais un peu insister, sans a priori…

-Toi, visiblement, tu aimes beaucoup.

-Oui, je suis son chef de projet.

Voilà. J’ai fait comme si je n’étais pas gêné. Comme si j’assumais mes propos.

Alors que non. Pas un instant. Je lutte depuis des années contre les a priori. Parfois, je tombe dedans. Et j'ai honte.

maissiat,tropiques,interview,mandorJe suis rentré chez moi. J’ai réécouté Tropiques et j’en compris l’enthousiasme général. Ce disque est beau. Tout simplement. Et je l’ai réécouté. Et j’ai trouvé qu’il était même hypnotisant. Aujourd’hui, avec l’album d’Arman Méliès, c’est le disque français que j’écoute le plus.

Il n’y a que les imbéciles…

Le 27 mars dernier, quelques jours avant son Café de la Danse (ce soir, le 4 avril), j’ai poussé le vice jusqu’à lui demander de venir à l’agence. Pour lui avouer tout ça et puis surtout pour la connaître mieux. (Un grand merci à Patricia Teglia pour ce rendez-vous calé du jour au lendemain).

Extraits de sa biographie officielle :maissiat,tropiques,interview,mandor

La musique de Maissiat prend racine dans une pop raffinée qui donne à la noirceur les atours de la sensualité. On y plonge, ravis du sortilège, sûrs d'en revenir pour mieux y retourner.

Une musique généreuse dans ses appels comme dans la liberté qu'elle offre à qui veut se laisser prendre : ici la voix ondule, se fait plusieurs, parle grave ou s'envole très haut ; ici le texte s'éclate en possibles, se resserre crûment, se floute à nouveau.

L'écrin est fait de pianos qui s'enlacent et se parlent, de rythmiques profondes et alanguies qui s'excitent et deviennent épileptiques, de claviers qui soufflent le froid et le chaud.

" C'est beau ! " Comme ce qui nous semble intime et lointain, comme ce qui vient résonner au fond de nous avec la force de l'insaisissable.

maissiat,tropiques,interview,mandorInterview:

Vous n’avez pas spécialement vécu dans un milieu musical.

Je n’ai pas eu d’éducation musicale en fait. Artistiquement, c’était le grand vide de ce côté-là à la maison. En cherchant un peu, j’ai bien eu un grand-père paternel friand de poésies, mais c’est le seul dans la famille qui avait un atome crochu avec un art. Par contre, depuis l’âge de 6 ans, j’ai toujours voulu faire ce métier. Peut-être qu’inconsciemment, j’ai pallié à un manque, à un vide.

Mais votre mère avait une guitare.

Elle a toujours été là et je ne l’ai jamais vu s’en servir. Mais, c’est grâce à elle que le piano est arrivé à la maison. Petit à petit, je me suis mise à l’apprentissage de cet instrument.

Quand à 6 ans, on décide que la musique va devenir sa vie, on fait quoi ?

J’ai suivi des cours de piano à l’âge de 11 ans, pendant 3 ans. Ce n’était pas le conservatoire, je pratiquais plus comme du loisir. Je chantonnais, j’avais des chansonnettes dans la tête. Je suis fille unique et lorsque nous partions en vacances avec mes parents, je me rappelle avoir eu des moments de solitude, m’être baladée sur les rochers, faire ma vie dans ma tête… j’avais déjà un fort imaginaire.

"Le départ"

Vous avez fait des études autres que musicales.

J’ai fait une école d’attachée de presse, l’EFAP, et j’ai eu mon diplôme. À 21 ans, j’ai travaillé à Lyon dans une boite de prod télé et ciné régionale. J’étais en stage et je m’entendais très bien avec le patron de cette boite, La compagnie Lyonnaise de Cinéma. Il m’a proposé au bout d’un an d’être en CDI et de devenir  assistante de direction en plus d’être chargée de com. Quand il m’a proposé tout ça, j’ai eu un déclic. Je me suis dit « non » parce que si j’acceptais ça, je me projetais dans 10 ans et j’allais y être encore. Ce n’était pas la vie dont je rêvais. Je l’ai remercié de sa confiance et j’ai démissionné.

Ensuite, vous avez cherché des musiciens.

J’ai joué avec d’autres musiciens à St Étienne. En 2005, je connaissais la musique du groupe Subway. J’aimais beaucoup à l’époque et j’apprends que leur chanteuse s’en va. Samantha Julien, la batteuse me contacte pour que je fasse des essais pour remplacer Séverine. Et j’ai intégré le groupe. J’y suis restée 4 ans.

C’était un groupe beaucoup plus rock que ce que vous faites en solo dans ce premier album.

Oui, mais c’est ce que j’aimais quand j’avais 23 ans. J’étais pleine d’envie en arrivant dans ce groupe et la forme rock me permettait d’expulser, de sortir de moi-même, de me déchainer…

Pourquoi avez-vous quitté le groupe ?

C’est le besoin d’évoluer musicalement, d’être curieuse d’autres sons. Je n’avais plus la même émulation, alors que j’en ai besoin en permanence pour travailler et bien faire les choses. Donc, je suis partie.

"Trésor"

On sent dans ce premier album, Tropiques, que vous avez des goûts musicaux variés.

Oui, j’ai une face plus obscure et une face plus claire et tout ça fait l’identité musicale d’une personne. Je suis revenue au piano pour cet album et rien ne dit que je ne repasserai pas à la guitare sur le prochain.

Chaque année, il y a toujours un ou deux albums français dont tout le monde parle en des termes dithyrambiques. C’est le cas de Tropiques.

Ce disque, ce n’est pas que j’en suis fier, mais je me sens bien avec lui. Je me sens à l’aise d’en parler, de le défendre devant la presse ou devant un public. 

Il a été fait avec la collaboration de Katel.

Entre nous, il y a eu une grande confiance mutuelle dès le départ. On a vraiment choisi de travailler ensemble. Je l’avais vu en interview à la sortie de son album Décorum en 2010. J’avais rarement entendu quelqu’un parler de musique de manière aussi brillante. Je ne la connaissais pas du tout à l’époque. Je trouvais que son esprit était fin. Son discours était clairvoyant et lumineux. Je suis allée écouter sa musique, puis je suis allée la voir en concert. À cette époque, j’avais déjà des brouillons, des maquettes… et voilà. Elle a fait un travail considérable sur le disque. Je suis arrivée avec la matière, avec tous les titres et plus qu’il y en a dans l’album…

"Les fins de nuit" (Showcase privé de Maissiat à IVRY le 21 février 2013)

Oui, là, c’est le best of finalement.

Voilà (rires). Mes arrangements étaient trop « arrangés » justement et elle est allée dans l’épure de tout ça. Elle à l’art d’aller à l’essentiel. Katel a été force de proposition sur ce disque et je pense que c’est ce qui lui donne sa patte et son caractère. J’avais besoin de quelqu’un qui me fasse accoucher de quelque chose que je sais déjà, mais que je ne sais pas encore… c’est pour ça que je parle de finalité. Entre le chemin A où je commence à faire mes brouillons et Z, où on est en sortie d’album. À mi-chemin jusqu’au point final, on est en plein dedans : faire sortir les choses de soi. Il y a des arrangements en moins, la voix n’est pas la même et du coup, on ne l’écoute pas de la même manière… c’est ça et bien plus que j’ai trouvé en travaillant avec Katel.

Je sais que vous n’aimez pas trop travailler seule.

Je travaille seule jusqu’à un certain point. Après, j’estime que pour aller au bout de quelque chose, j’ai besoin des autres. Oui, l’idée de travailler seule complètement n’est pas envisageable pour moi. Je fais ce que j’estime savoir faire et quand j’arrive au bout de ça, je sens qu’il faut que des personnes viennent apporter un savoir que je n’ai pas.

Quand j’ai écouté votre album la première fois, je ne suis pas rentré directement dans le disque.  Je ne comprenais d’ailleurs pas ce que mes collègues lui trouvaient de si intéressant. Ensuite, j’ai réécouté et j’ai compris. Plus on l’écoute, plus on l’aime.

Je vous comprends, moi quand j’entends trop parler d’un film, bizarrement, je finis par ne pas aller le voir. Sinon, que mon disque ne soit pas simple d’accès ou « évident » à la première écoute, tant mieux ! J’aime bien les personnalités, musicales ou non, vers lesquelles je vais pouvoir aller creuser, où tout n’est pas dit dès la première rencontre. J’aime bien découvrir les couches, les sous-couches, toutes les strates de quelqu’un. C’est pareil pour les chansons.

"Jaguar" (par Le Cargo)

La comparaison avec Françoise Hardy pour la voix et Alain Bashung pour les textes, vous le prenez comment.

Françoise Hardy, je peux le comprendre, parce que la ressemblance est là. Il y a quelque chose de commun entre nos deux voix, je ne peux pas le nier. J’aime beaucoup les albums de Françoise Hardy, plus anciens. J’ai écouté l’album Gin Tonic quand j’ai composé Tropiques. Quant à Bashung, je lui voue un respect et une admiration musicale totale, donc, que l’on me compare à lui, c’est presque gênant. Je n’ai pas la prétention d’être à son niveau. En écoutant mon disque, que l’on puisse penser à ça, alors tant mieux. Je ne peux que le prendre bien puisque je suis sensible à ce qu’il a fait. Il y a un titre, « Jaguar » qui pourrait éventuellement, dans l’ambiance et par les arrangements, faire penser à des chansons de Bashung.

On ne dit que du bien du disque… vous êtes étonnée, touchée ?

Je ne suis pas du genre à m’emballer. Je suis consciente de ce que je fais, de ce qu’il se passe, de ce qu’il se dit autour de l’album, mais il faut raison garder. J’arrive enfin, avec les années, à être contente, heureuse, de ce qu’il se passe. J’essaie d’être bien et centrée au maximum pour faire ce que j’ai envie de faire.

maissiat,tropiques,interview,mandor

maissiat,tropiques,interview,mandorVotre album est mélancolique, mais pas triste.

Je suis fière et contente de cette idée-là.  On parlait de Katel tout à l’heure, je pense qu’elle y est pour beaucoup. C’est vite fait de tomber dans le pathos. Suivant les arrangements qu’on place dans un titre, suivant les mots qu’on emploie et la manière dont on chante, je peux vous garantir qu’un des ingrédients peut changer beaucoup de choses. Il suffit de peu pour que cela devienne trop. Je m’en fous d’être triste, ce n’est pas le problème, mais je ne le suis pas tout le temps et c’est album ne l’est pas.

Quand on écrit une chanson, elle est perçue différemment par les gens qui l’écoutent.

Ce qui est fascinant, c’est de voir la vie d’une chanson. D’où ça vient et jusqu’où ça va. Je me rends compte que je parle parfois des chansons comme je parle de personnes. Ça prend vie, ça prend forme, ça devient mature, c’est sur un disque, ça devient plus formel.

Vous avez un sentiment de dépossession quand les chansons sont sur un disque.

Non, j’ai l’impression qu’elles prennent leur envol. C’est comme un adolescent qui partirait de chez ses parents pour faire sa vie. Mais, comme vous dites, je trouve ça fascinant la perception et l’accueil qu’une chanson peut avoir.

Un artiste déclenche des émotions. C’est une grande responsabilité.

C’est ça notre métier, tout à fait. Déclencher des émotions. C’est mon rôle d’être spectatrice, d’observer et d’en tirer quelque chose qui déclenche quelque chose chez les gens qui m’écoutent.

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31 mars 2013

Axel Bauer : interview pour la sortie de Peaux de serpents

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Le septième album d’Axel Bauer, Peaux de serpents, est sorti il y a un mois. Pour ce retour313315_10151610005847317_107752494_n.jpg attendu, le chanteur a mis l’accent sur les textes et sur une musique rock impeccable. Dans ce disque fort et profond, Marcel Kanche, Gérard Manset, Brigitte Fontaine, Jean Louis Aubert et Pierre-Yves Lebert l’accompagnent avec brio. Loin de "Cargo" ou d’"Éteins la lumière", c’est à Alain Baschung que l’on pense quand on écoute ses nouveaux titres. La voix calme et puissante qu’on ne connaissait pas à Axel Bauer fait son travail : elle nous charme, nous ensorcelle. Il nous rend serpent hypnotisé (bon j’exagère un peu, mais voyez là un lien astucieux avec le titre de son album). Une sorte de force tranquille, de puissance intrinsèque, déborde de ces titres. Ce disque est puissant et magistral. Son meilleur depuis longtemps.

Au matin du 20 février dernier, je me suis rendu à sa rencontre dans un bar parisien pour évoquer cet album… et un peu plus.

a.JPGInterview :

Je trouve ce disque plus grave et profond qu’à l’accoutumée. Votre collaboration avec Marcel Kanche n’y est pas pour rien.

C’est quelqu’un qui aime bien se promener avec son chien dans la nature. C’est quelqu’un qui fuit le tumulte de la ville. C’est un type simple qui fait les choses simplement et avec une redoutable efficacité. Il est capable d’employer et de me faire chanter le mot « hérisson » dans une chanson. C’est une prouesse pour un auteur d’utiliser le mot « hérisson » pour désigner une victime et son bourreau.

Son écriture a-t-elle modifié la vôtre ?

Oui, c’est affreux. Marcel a atteint un certain niveau d’épuration proche de la perfection. Il arrive a condenser un sentiment très fort avec deux phrases, ce que la langue anglaise permet de faire aisément. La langue française est trop ardue pour céder à cette facilité-là. Quand il m’envoyait certains textes, je regardais les miens et je trouvais qu’ils avaient beaucoup trop de mots. J’ai essayé d’épurer comme lui, au maximum. Parfois ça marchait un peu, parfois c’était difficile. Moi, quand j’écris ça vient rapidement dans un premier jet, du coup la remise en question n’est pas évidente.

Vous qui êtes aussi auteur, entrez-vous facilement dans les mots des autres ?

Avec toutes ces années, je me suis rendu compte qu’il y avait un travail même avec ses propres textes. Quand on écrit un texte soit même, comme on se dit que c’est proche de soi, on n’a pas besoin de l’interpréter. C’est une erreur. Il faut aussi avoir de la distance avec ce que l’on écrit. Il faut forger une sorte de visualisation qui nous implique émotionnellement. Je travaille selon la méthode Stanislavski. Je me crée des images, j’essaie de les rattacher à mon vécu et c’est comme ça que je choisis les textes. Pour moi, ce n’est pas la personne qui écrit le texte qui est important, ce qui est important, c’est mon degré d’implication dans ce que me propose la personne. Pour moi le texte est un cadre.

Vous avez presque tout assumé dans cet album. Vous n’êtes plus dans une major, ça change tout ?

On est face à ses propres choix. On ne peut pas s’en remettre à quelqu’un qui serait de la maison de disque, qui accompagnerait, qui dirait que c’est tel ou tel mix qu’il faut prendre. C’est donc un choix d’être le seul décideur et le seul juge de son travail. Ce n’est pas facile à faire. On n’a pas toujours le recul nécessaire, c’est aussi pour ça que j’ai pris du temps pour enregistrer cet album. Je voulais être convaincu de mes choix. Il m’est arrivé quand j’étais chez Universal, d’avoir la sensation que mon disque sortait sans avoir été au bout du processus créatif.

Vous n’avez jamais été homme à compromis, il me semble. Ni aujourd’hui, ni hier.aa.JPG

Quelquefois, mes albums m’ont emmené dans des sphères où on perd un peu pied avec la réalité. C’est peut-être ça, ne pas se compromettre, c’est accepter de perdre pied avec la réalité. Quand je fais des compromis artistiques, ça ne marche pas bien. Je ne dis pas que je n’ai pas fait une ou deux chansons pour passer à la radio. Sachant que je suis guitariste, que j’aime bien jouer avec un son un peu bluesy, avec de la distorsion parfois, j’ai du refaire des intros avec trop de guitares pour qu’une chanson soit diffusée. Finalement, ça enlevait l’essence du morceau et la chanson ne passait que deux ou trois fois, après on la zappait.

Le public et les médias vous aiment bien, en avez-vous conscience ?

Oui, je le ressens comme ça. Depuis l’époque de « Cargo », j’ai pris conscience que l’hyper succès n’était pas quelque chose que je désirais parce que c’est trop envahissant. J’ai suivi une route différente à ce moment-là et les gens ont apprécié cette décision. Je crois.

Vous chantez dans cet album avec une voix plus grave que d’habitude.

 Je crois que c’est la clope qui fait ça. À part ça, c’était quand même un peu conscient de ma part. J’ai beaucoup joué avec des amplis surpuissants et on s’habitue à chanter beaucoup plus aigu que sa propre voix pour passer au-dessus de la fréquence des amplis. Ces derniers temps, sur scène, j’avais plus de plaisir à jouer de la guitare qu’à chanter. Avant de commencer cet album, j’ai réécouté les lives qu’on avait enregistrés et je me suis dit qu’il fallait que je me calme. C’était trop trop. Pas besoin de faire AC/DC tous les soirs surtout avec les textes de Marcel. Être tout le temps dans l’énergie peut tuer l’émotion d’un texte. J’ai voulu travailler dans la descente en soi. J’ai cherché le calme et le côté posé dans la voix.

 

Vous sentez-vous apaisé aujourd’hui ?

(Long silence). Je suis un peu un angoissé quand même. J’ai un côté hypocondriaque. J’ai toujours très peur de la mort, donc je ne suis jamais totalement apaisé. Mais je vais bien. Je suis heureux, j’aime ce que je fais, j’aime cette vie, même si elle n’est pas facile tous les jours. Ce n’est pas évident de n’avoir aucune perspective sur le lendemain.

L’instabilité de ce métier vous fait peur ?

On ne sait pas ce qu’on va gagner dans la musique. On ne sait pas comment on va vivre à court terme. Il y a des moments où je me demande comment je vais faire dans 3 mois parce qu’on a plus rien de prévu. Au moment où je me demande si je vais vendre des guitares, des propositions arrivent, des choses se passent et tout à coup, ça redémarre. Non, cette vie n’est pas simple. Je suis toujours dans l’instant avec très peu de projections sur le futur.

Quand vous faites des concerts, le public est très demandeur de vos succès passés. C’est quelque chose que vous vivez bien ?

Oui. Une chanson comme « Éteins la lumière », c’est facile pour moi de la reprendre. J’ai l’impression d’avoir 15 ans à nouveau quand je la rejoue. Je suis dans un local, j’ai envie de monter un groupe de rock et je m’éclate. Il y a un côté un peu cliché, mais c’est un cliché agréable. Je viens de là. Ce sont les Led Zepellin, les Stones, les Who qui m’ont donné envie de faire de la musique. Après, pour « Cargo », c’est un peu plus compliqué parce que c’est un titre qui ne correspond pas à ce que j’appelle le « line-up » de ce que l’on fait. Le morceau est tellement exigeant au niveau du son et il y a une telle pression pour le refaire bien que du coup, il faut accepter de revenir dans les années 80. C’est le seul morceau qu’on refait presque à l’identique. Je dis bien presque… parce que je suis incapable de refaire la même chose à chaque fois.

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Ci-dessus, avec Axel Bauer le 20 février 2013, à l'issue de l'interview... et ci dessous, le 27 novembre 1987. Le temps passe, quoi!

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Enfin, pour finir, petit rappel : Axel Bauer à publié l'année dernière une autobiographie passionnante, Maintenant tu es seul... que je vous conseille de lire.

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30 mars 2013

Prohom : interview pour Un monde pour soi

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(Photo Lynn SK)

Le Lyonnais (comme moi) Philippe Prohom est un artiste aux multiples talents : auteur, compositeur, interprète, comédien, clown, intervenant scénique…

prohom-un-monde-pour-soi.jpgRevenons en quelques mots sur son déjà important parcours. Après avoir sorti deux albums chez Polydor, Prohom (2002) et Peu importe (2004), qui ont reçu un bon accueil tant du public que de la presse, Prohom a conquis la France à travers une tournée de 650 dates  accompagné par 3 musiciens. Ensuite, par souci d’indépendance, il signe justement chez un producteur indépendant un 3e album, Allers retours.

Aujourd’hui, avec un nouvel album, Un monde pour soi, il revient en force avec 12 titres electro Rock d’excellentes factures. Il y chante le processus créatif, la mort, l’amour, mais toujours avec une émotion palpable à chaque instant. Un Monde pour soi est un album sombre et dense, qui se découvre un peu plus à chaque écoute. Il me semblait important de le rencontrer. Ainsi fut fait le 28 février dernier, à l’agence. (Merci à Stéphane Cabane !)

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(Photo : Lynn SK)

DSC06724.JPGInterview:

Faut-il diversifier sa musique, sa façon de concevoir ses textes, tenter d’autres expériences, au risque de "troubler" son public. Là, je fais référence à ton précédent disque Allers retours.

La méthode de travail n’a pas tellement changé. Aujourd’hui je vois la différence d’un album à un autre, notamment dans ce 3e  dont tu me parles. C’est plus au niveau des textes et de la thématique, mais dans la méthode de travail  c’est toujours 3 cordes de guitare, des synthés, des machines… Dans le 3e, je chantais des choses plus légères. J’entends bien que cet album ressemble plus au son du premier, je le vois, mais ce n’est pas une vraie volonté.

Il n’y a rien de réfléchi dans ton travail, c’est plus de l’instinctif ?

Chez moi beaucoup. Surtout sur Un monde pour soi où je me suis vraiment laissé guider par l’évidence. J’avais 30 titres, j’ai pris ceux qui me semblaient importants pour moi, à ce moment-là, de défendre. Je vais te dire la vérité, quand je me suis retrouvé sur scène avec les chansons de mon 3e album, je me suis vite ennuyé.

Ah oui ? C’est emmerdant.

C’est même très emmerdant. Et c’est là que je me suis dit que je n’étais pas fait pour chanter l’Entertainment, pour chanter des trucs légers. Ça ne me nourrit pas assez. Mes nouvelles chansons, elles, me nourrissent.

Dans ce que tu racontes dans tes chansons, tout est essentiel, rien n’est anodin.

Je conçois très bien la chanson Entertainment, qui est là pour distraire. Ça ne m’embête pas du tout, mais ça ne me concerne pas. Je n’ai que 4 albums, c’est important pour moi de laisser une trace, quel que soit le succès de cette trace et le nombre de gens qu’elle touche… c’est ma trace personnelle. Je pense à mon enfant, à ma fierté d’être humain sur mon lit de mort, je veux laisser une trace qui est touchante et importante pour moi et les miens.

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(Photo : Lynn SK)

L’écriture est un exutoire pour toi ?

Oui, depuis très très jeune, je ressens quelque chose de fort, j’ai besoin de le coucher sur du papier. Je ne suis pas un auteur qui se pose dans le but d’écrire sur un sujet déterminé. Si je n’ai rien à dire, je n’écris rien. Je ne veux qu’écrire ce qui est important pour moi.

Dans « L’encre au bout des doigts », tu racontes un peu que l’écriture t’a sauvé.

L’écriture m’a permis d’être plus calme. Les premiers textes que j’ai écrits, à 13 ans, c’était des réactions à la société que je ne comprenais pas. Je me suis rendu compte qu’à la fin de la page, je me sentais mieux. Ca ma permis de prendre beaucoup de recul sur les choses. Quand tu écris, tu comprends mieux, tu as un autre regard, comme si tu changeais l’angle de ta caméra, tu n’es plus dans le viscéral. C’est une thérapie, finalement.

Dans « Comment lutter ? », tu réfléchis sur la lutte, l’engagement, le combat pour honorer ses propres valeurs.

Là encore, c’est une question que je me suis beaucoup posée étant jeune. Je m’étais destiné à une carrière de terroriste écologique, quand je suis sorti de l’armée.

376602_442746819102947_640133886_n.jpgTu es au premier degré, là ?

Oui. Absolument. J’avais la volonté de faire sauter des bulldozers. Et puis non, évidemment. « Comment lutter ? », c’est un constat d’échec dans lequel tu te dis qu’on est écrasé par le poids de ce monde qui marche sur la tête. Tu te demandes ce que tu peux faire. Cet album raconte un peu ça. Quand les gens mettent l’album en boucle, ils mettent « Un monde pour soi », puis « Comment lutter ? ». Si la solution était de se créer un monde autour de soi ? Si on faisait on sorte déjà qu’autour de soi, ce soit bienveillant et le plus rempli d’amour et d’humanité possible ? Que peut-on faire d’autre ? En tout cas, l’art est une façon de rassembler les gens.

Dans « Un monde pour soi », tu parles de ta relation avec le public, mais pas uniquement, si l’on gratte un peu plus.

Oui, je dis qu’il y a du sens à tous nos actes, il y a du sens à toutes les galères que l’on peut vivre dans nos vies. Plus généralement, cet album raconte une période difficile de ma vie, mais qui m’a énormément servi. Je préfère être l’homme que je suis aujourd’hui que celui que j’étais il y a 5 ans sans toutes ses galères et sans toute cette période un peu sombre.

C’est un album de questionnements. Il est profond et intime. Dans « A quoi me fier ? », tu expliques que tu te sens perdu dans le monde et perdu même à l’intérieur de toi. 

Oui, c’est terrible. J’ai perdu beaucoup de repères et quelques certitudes avec mes aventures de ces 5 dernières années.

Tu as dit dans « CD’aujourd’hui », à ma consœur Marion Combecave,  que c’est l’album qui explique le deuil des attentes.

Souvent, dans une relation amoureuse, on idéalise la personne en face, mais on est très souvent amoureux de ce qu’on aimerait qu’elle soit. On croit aimer la personne, alors qu’on aime la « person perfect », or, personne n’est parfait. Plus tu montes dans l’idéalisation, plus quand tu t’aperçois que ce n’est pas ça, de plus haut tu tombes. Je crois que toute la vie est comme ça. J’ai lu le livre « Les quatre accords toltèques », dans ces 4 accords, il y a l’idée de ne pas faire de projection. On est tout le temps dans un monde d’attentes et de frustrations.  On cout après plein de choses et la vie réelle nous échappe. On est toujours dans le plus loin, on est toujours à se faire du souci pour plus tard et on oublie de vivre ce présent-là.

Tu te sens comment aujourd’hui ? Notamment par rapport à ce disque ?

À cette époque, là, au moment où nous faisons cette interview, je suis content de cet album. Tout ce qui arrive en plus, c’est du bonus. Je n’ai besoin de personne pour me dire que cet album est bien ou n’est pas bien. Je le considère à sa juste valeur. J’espère évidemment qu’il sera bien accueilli et que les gens l’écouteront, mais si demain, j’ai une mauvaise critique et qu’un mec dit « il est tout pourri ton album », ça glissera sur moi. Toutes mes récentes épreuves de vie font que je suis détaché de tout ça.

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Au-delà du fait que ton précédent album a moyennement marché, es-tu un artiste dans le doute perpétuel ?

Pas beaucoup.

Tu es sûr de toi, alors ?

Non, pas du tout sûr de moi. C’est une histoire d’âge. Je ne suis plus tout jeune et je sais qui je suis, ce que je veux faire. Je suis conscient de mes qualités et mes défauts. Je ne suis pas Katy Perry. Mon album est sombre, il raconte des choses impliquantes et je sais bien que la majorité des gens ont envie de se marrer. Chacun à sa place et moi, je suis très bien à ma place.

Tu l’as dit, ton album est très sombre, voire désabusé… Ah ! Je viens de voir une réaction sur ton visage, quand j’ai dit "désabusé"…

Parce que je ne le trouve pas désabusé. Mes nouvelles chansons sont toutes pleines d’espoir. Je dis qu’il ne fait pas s’inquiéter, qu’il y a un sens à tout.

"JE VOUDRAIS QUE TU SOIS MORTE" - PROHOM - Clip officiel. from philippe on Vimeo.

Ta chanson, « Je voudrais que tu sois morte », a-t-elle été prise parfois au premier degré ?

Non, la majorité des gens ont compris que c’était une belle histoire d’amour, mais l’histoire d’une souffrance.  Le clip n’a pas été censuré par Facebook, ni par YouTube, donc, on a été compris.

As-tu l’impression d’être un artiste compris ?

Oui, compris de ceux qui me comprennent. Les gens qui m’ont apprécié depuis le premier album ne m’ont pas beaucoup lâché, j’en suis très satisfait. En tout cas, cet album en particulier semble tout à fait compris par ceux qui l’ont écouté. Dès le départ, ça s’est senti. Tout est très clair et j’en suis super ravi.

Te sens-tu un artiste « engagé », terme souvent détesté des artistes qui le sont ?

Indigné et désespéré par la connerie humaine, oui, depuis longtemps. Je ne comprends pas le monde, je ne comprends pas les gens qui vont dans le sens de la marche. Moi, je me sens bien dans la marge.

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Ton engagement, il se trouve dans les messages que tu livres dans tes chansons.

Mon message est simple : soyons passionnés par l’être humain, soyons passionnés par l’art… mon disque est un engagement quand je dis : créez-vous votre monde, soyez cools avec les gens autour de vous, essayer d’être moins con, développez vos qualités d’être humain, essayez d’être le meilleur possible. Je me mets dans le lot, évidemment.

Je déteste les chansons démagogiques ou moralisatrices. Il n’y en a pas dans cet album et je t’en remercie. 

Tu sais, je pourrais chanter « la guerre, c’est pas bien et l’amour, c’est vachement bien », dans tous mes albums (rires). Là aussi je suis premier degré, ce sont des choses qu'on ne chantera jamais assez.

Avant de te rencontrer, j’avais l’image de toi d’un type qui n’aimait pas trop parler de son travail et qui cultivait le mystère.

J’ai un défaut d’image. On me prend toujours pour un mec ténébreux. C’est un souci que j’essaie de corriger pour cet album. Tous les gens que je rencontre me disent que je suis plus cool qu’il n’y paraît. Et sur scène, on se fend la gueule entre les titres, je t’assure.

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28 mars 2013

Mallock : interview pour Le cimetière des hirondelles

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Jean-Denis Bruet-Ferreol, dit Mallock, a sorti il y a quelques semaines (le 10 janvier dernier) un thriller proprement hallucinant, Le cimetière des hirondelles (Fleuve Noir) Pour la troisième fois, Mallock, que je considère comme l’un des meilleurs auteurs français de thriller, est mandorisé (la première ici, pour Le Massacre des innocents et la deuxième , pour Les visages de Dieu). Encore une fois, je ne comprends pas le silence qu’il y a autour de lui, mais bon. Disons, qu’on ne peut pas dire qu’en France, on passe notre temps à chercher les nouveaux talents. Bref, je me comprends.

9782265097469.JPG4e de couverture :

Je l'ai tué parce qu'il m'avait tué... C'est l'unique réponse qu'obtient le commissaire Mallock lorsqu'il interroge Manuel Gemoni, homme honnête et sans histoire, parti un matin à l'autre bout du monde pour assassiner un vieillard qu'il ne connaissait même pas.

Que s'est-il passé dans la tête ou dans la vie de ce jeune papa, professeur d'université, étranger à toute forme de violence ? À quoi bon, pour Amédée Mallock, persister à mener cette enquête alors même que l'on sait avec certitude que Manuel est coupable ? Et comment parvenir à l'impossible : l'innocenter ?

Aux confins du possible, entre l'humidité hostile d'une jungle tropicale et un Paris englouti sous la neige, on retrouve dans Le Cimetière des hirondelles579049_513396472039470_116507667_n.jpg Amédée Mallock, commissaire visionnaire qui, bien que misanthrope, n'a jamais cessé de lutter contre l'iniquité foudroyante du monde...

L’auteur :

Jean-Denis Bruet-Ferreol, qui se cache sous le pseudonyme de MALLOCK (nom de famille du commissaire de sa série de thrillers littéraires) a passé 20 ans dans le milieu de la publicité. Il est peintre, photographe, designer, inventeur, directeur artistique, compositeur et, bien entendu et avant tout, écrivain. Depuis 2000, il ne se consacre plus qu'à sa carrière de peintre numérique au travers d'expos et d'édition de livres d'art, et à celle d'écrivain, notamment de romans policiers.

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Interview :

Tes romans vont être traduits dans de nombreux pays… et en France toujours pas de notoriété conséquente. Je t’ai toujours dit qu’elle viendra par les autres pays. La France suivra après.

En ce moment, il y a plein de gens qui pourraient jouer les découvreurs. Des gens qui ont de l’influence, mais non, ils parlent toujours des mêmes. Ce n’est pas de l’aigreur d’en avoir marre de lire ou de voir chaque année les mêmes auteurs, les 10 premiers, Nothomb et compagnie. Les journalistes font des articles sur les meilleures ventes actuelles. Ont-ils besoin que l’on parle d’eux ? Pour un journaliste littéraire, c’est absurde comme métier s’ils ne cherchent pas à découvrir les nouveaux talents.

Tes précédents ressortent chez Fleuve Noir.

Mon but, c’est de ressortir Le massacre des Innocents en grand format, dans une version que j’ai retravaillée cet été. Tous ceux qui l’ont lu dans sa première version m’en parlent encore. Il s’est vendu à un peu plus de 1000 exemplaires, c’est un peu comme s’il n’était pas sorti. Dans le même temps, Les visages de dieu ressortirait en Pocket. J’attends leur accord là-dessus, mais cela me semble très logique. Si ce n’est pas fait dans ce sens-là, ce sera le bordel.

DSC07267.JPGTu écris sous le nom de ton personnage, Mallock.

Ça amuse les gens. Mais ce n’est pas la première fois. San Antonio,  par exemple, est le cas le plus connu. Je m’appelle Mallock et mon héros s’appelle le commissaire Amédée Mallock. Quelque part, j’essaie de faire une distanciation, mais ça ne marche pas, les gens m’appellent Amédée. Ça donne un rapport affectueux avec les gens que je rencontre, je trouve.

Même moi, je t’appelle ainsi alors qu’on se connait dans la vie. Je ne t’appelle jamais Jean-Denis.

Ah bon ? Je n’ai pas fait attention. Plus ça va, moins je mets de distance réelle entre les qualités et les défauts de mon personnage et moi-même. Il réagit comme moi, si ce n’est que je lui donne des compétences de policiers que je suis loin d’avoir.

Tu bois moins d’alcool et tu fumes moins que lui ?

Oui. Maintenant. Avant, j’étais pire que lui. Aujourd’hui, il m’a rattrapé.

Tu prenais des trucs bizarres, qui rendent heureux, si tu vois ce que je veux dire ?

Non, je n’en ai jamais pris.

Amédée Mallock, c’est ce qui lui permet d’avoir des visions.45808_501837599862024_1608850208_n.jpg

Moi, je n’ai jamais eu besoin de ça. J’ai l’impression d’être tombé dans l’opium quand j’étais petit. Mon imagination est débordante et elle part dans tous les sens. Je n’ai pas besoin de substance pour être complètement chtarbé. L,

Mais, tu as des visions aussi ?

Ce ne sont pas vraiment des visions. C’est une forme de raisonnement qui te permet d’arriver à un résultat qui peut paraître magique aux autres. Mais, c’est juste l’habitude que tu as eue de réfléchir, de synthétiser d’une certaine façon. Et il est certain aussi que quand tu es bloqué, un peu d’alcool te débloque. C’est évident pour l’écriture.

Cette technique d’analyse que tu as, cet esprit de synthèse ne te viendraient-ils pas de la pub, univers dans lequel tu as traîné tes guêtres pendant plus de 20 ans ?

Si, c’est une évidence. Je voulais être indépendant, je me suis donc mis freelance et par la même occasion en danger. Pour réussir, il fallait que je sois meilleur que les équipes internes, du coup, on m’appelait en renfort et on me demandait de trouver un truc que les gens n’avaient pas trouvé. Au début, j’avais des techniques… tableaux sémantiques, des machins, des bidules et après, petit à petit, c’est devenu naturel. Quand on me demandait un logo ou un slogan, le temps qu’on me les demande, je les avais déjà en tête. C’est une mécanique.

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Le cimetière des hirondelles est certainement ton roman le plus surnaturel.

Manuel Gemoni traverse le monde parce qu’il a aperçu à la télévision un visage. Cette personne-là, il a l’envie irrépressible de la massacrer. Il ne sait pas pourquoi. Il essaie de penser à autre chose, mais il ne peut pas. Il va tout faire pour identifier sur une vidéo le lieu où ça se passe. Dès qu’il le sait, il quitte femme et enfant, va à Saint-Domingue et n’aura de cesse de vouloir l’assassiner. Aux policiers qui viennent l’arrêter, il va leur dire : « je l’ai tué parce qu’il m’avait tué ». Le roman va consister à prouver la parfaite véracité de cette phrase énigmatique.

Ce Manuel Gemoni est le frère de Julie, une des principales collaboratrices du commissaire Mallock.

C’est ce qui justifie que Mallock daigne sortir de chez lui. C’est un gros ours qui, habituellement, n’aime pas du tout voyager, qui aime bien son confort, qui aime bien sa caverne et tous les joujoux qu’il a dedans qui lui permet de ne pas trop angoisser. Le fait de partir, ça lui fait toujours très peur.

64363_515771195135331_1453257420_n.jpgPourquoi aimes-tu ajouter du surnaturel ?

Quand j’étais jeune, vers 18 ans, j’allais dans une librairie et j’achetais tous les livres de la collection Présence du Futur. Il y avait Asimov, Bradbury, Lovecraft et K. Dick. Ce n’était pas seulement de la science-fiction, il y a avait de la poésie et de la fantasy. J’ai l’impression que dans le label « thriller », on trouve aujourd’hui cette même largeur d’esprit. Dans ce que j’écris, le thriller me permet de toucher le fantastique. Le fantastique étant l’hésitation entre l’étrange et le merveilleux. A la fin de mes romans, tu le sais, il y a toujours le rationnel qui arrive.

Tu adores balader le lecteur là où il ne s’y attend pas.

C’est même une forme de sadisme. J’y pense parfois en écrivant. J’aime bien faire quelques entourloupes aux lecteurs.

Ce livre est dédié à ton oncle, Jean-François Lafitte.

Oui, il est mort à la guerre à l’âge de 24 ans en 1940. Je me suis inspiré de lui pour le personnage essentiel de ce roman, mais dont je ne peux pas parler là. Mon oncle n’a pas voulu se rendre. Il était blessé à la jambe. Il a dit : « un officier français ne se rend pas ». Il n’a pas eu le temps de finir sa phrase qu’il a reçu une balle dans la tête. Cet homme était un écrivain, un pianiste, un type super joyeux qui faisait rire tout le monde.

Tu as retrouvé des manuscrits de lui ?

Oui, c’est horrible. J’ai retrouvé des lettres et des cartes. Quand on ne sait pas que c’est lui, on reconnait mon écriture et ma façon de parler. Mon fils est tombé dessus un jour, il m’a demandé si c’était moi qui avais écrit.

Tu es peut-être sa réincarnation.

En tout cas, je suis la réincarnation sentimentale de Jean-François. Quand je voyais des gens qui l’avaient connu, ma mère, ma tante, des amis, ils me regardaient et une fois sur 10, ils se mettaient à pleurer.

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Pour finir, c’est quoi pour toi la noblesse de l’écriture ?

Faire voyager, raconter une histoire et passionner son lecteur. Ne pas se contenter d’un scénario déjà écrit, mais de lui faire cadeau d’un conte, un conte merveilleux, un conte que personne n’a encore jamais raconté. Il faut raconter son histoire dans une forme littéraire respectueuse de la langue. C’est très difficile d’équilibrer la forme et le fond. Moi, j’ai un orgueil d’écrivain, je le reconnais volontiers.

Dans ton prochain roman, tu nous fais voyager dans le temps.

Il se déroule sur 6 siècles. Je vais jusqu’au 14esiècle. Il devrait s’appeler Cœur corneille. C’est sur un tueur en série qui coupe et découpe tout ce qui dépasse et ce qui n’est pas important. Mais j’en ai un autre qui s’appellerait Lunatic Tango qui sortirait avant. Pour l’instant, je ne peux rien dire de plus…

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Pour en savoir plus... une interview filmée.

23 mars 2013

Erwan Larher : interview pour L'abandon du mâle en milieu hostile

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(Photo : Sandra Reinflet)

Erwan Larher fait partie des auteurs que je suis avec beaucoup d’attention depuis le départ. J’aime l’homme autant que son œuvre. Ainsi, voici la troisième mandorisation (les deux premières sont là) à l’occasion de la sortie de son livre L’abandon du mâle en milieu hostile. Erwan Larher est venu à l’agence le 27 février 2013 (avec des kouign-amann) et sa coupe légendaire, dont la réputation dépasse désormais les frontières.

erwan larher,l'abandon du mâle en milieu hostile,interview,mandor4e de couverture :

« Je te haïssais. Avec tes cheveux verts, sales, tu représentais tout ce que j’exécrais alors : le désordre, le mauvais goût, l’improductive et vaine révolte juvénile. Tu malmenais ta féminité dans des hardes trouées, des guenilles comme jetées au hasard sur ton corps. Si tu avais été ma sœur, papa t’aurait reniée. J’aurais voulu te voir traînée par les cheveux hors des salles, sous les injures, et rejetée au loin, loin de mon monde ; j’aurais souhaité te voir lavée à grande eau dans la cour et tes nippes brûlées dans un grand autodafé ; j’aurais aimé... Mais rien. Rien que tolérance démocratique et muette réprobation. J’enrageais. »

La suite ? Explosive. Entre la fille fantasque, rebelle, et le jeune garçon trop sage se noue une histoire d’amour dans laquelle celui-ci se jette à corps perdu, émerveillé.
Dans la France en pleine mutation du début des années 80, où le fric, les paillettes et les faux- semblants remplacent peu à peu les idéaux, le narrateur découvrira – tragiquement – un tout autre visage de sa belle compagne...

L’auteur :

Après avoir travaillé dans l’industrie musicale, Erwan Larher décide de se consacrer à sa vocation d’écrivain. Auteur de deux premiers romans remarqués, Autogenèse et Qu’avez-vous fait de moi ?, il est également parolier et dramaturge.

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Interview :

J’ai l’impression que ce nouveau livre est plus limpide que les précédents.

Je crois que c’est l’histoire et le personnage qui commandent le style. C’est effectivement une histoire moins complexe narrativement que Qu’avez-vous fait de moi et Autogenèse où il y avait de nombreuses couches de narration et où on n’avait un peu de mal à savoir qui parlait et qui disait la vérité. Dans L’abandon du mâle en milieu hostile, je raconte l’histoire d’un couple. L’histoire est plus simple, donc forcément, ça te parait plus limpide.

À quoi on sert dans ce monde ? Faut-il lutter, pas lutter ? Ce sont quelques-unes des questions que ce livre pose.

L’importance des idéaux aussi. C’est rigolo parce que chaque journaliste prend ce livre par un angle particulier.

Ce livre est plus riche qu’il en à l’air.

Il questionne sur l’amour, le sentiment amoureux, le couple, les idéaux, la famille, notre place dans le monde, la lutte, comme tu viens de le dire, la société…

erwan larher,l'abandon du mâle en milieu hostile,interview,mandorC’est un livre que tu as commencé il y a longtemps.

J’ai souvent des textes en cours. Je les laisse reposer, je les reprends, je les laisse de nouveau reposer, je les reprends, parfois, je les oublie complètement. Pour celui-là, c’est une histoire dont je me disais que je ne ferais rien. Je l’ai commencé en 1993, c’est te dire s’il n’est pas nouveau. Évidemment, si tu lis ce que j’ai écrit en 1993 et le texte publié aujourd’hui, ça n’a plus rien à voir.

L’action se situe en 1977.

Le cadre social, les moyens de communication n’étaient pas les mêmes. Il y avait moins de moyens de savoir ce qu’il se passait ailleurs, de s’ouvrir l’esprit. Il n’y avait pas de portables, pas Internet et il n’y avait que deux chaines et demie à la télévision. Quand tu étais à Dijon, je ne suis pas sûr que tu savais ce qu’il se passait à Paris de manière très rapide.

Pourquoi Dijon ?

C’est une ville riche avec une petite bourgeoisie locale. C’était la ville idéale pour servir mon histoire. C’est une ville viticole et généralement, là où il y a du vin, il y a de l’argent.

L’histoire commence dans une classe. Une punk aux cheveux verts arrive dans la classe du narrateur. Immédiatement, son réflexe est de la haïr.

Je pense plutôt qu’il veut la haïr. C’est une sorte d’auto défense. Pour lui, c’est imaginable que ce genre de fille pénètre dans son univers, aussi près de lui.

Il va être obligé de travailler avec elle pour un exposé et va tomber raide dingue d’elle.

C’était quelqu’un d’un peu niais et il tombe face à face sur cette jeune fille qui sort de la douche complètement nue. Est-ce que c’est une mise en scène ? Est-ce qu’elle l’a fait exprès ? À partir de ce moment-là, en tout cas, il y a chez lui une ligne de défense qui vole en éclat. Je crois que souvent l’amour est névrotique, alors a-t-il trouvé un pansement à sa névrose ? Je ne peux pas vraiment répondre.

J’ai adoré ses différentes méthodes pour la séduire. L’insistance, ensuite l’indifférence, le mépris…

Ce sont des tactiques qu’on a tous mises en œuvre, avec plus ou moins de succès.

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Pour résumer, ils vont vivre en couple, s’aimer et il va finir par découvrir des choses… disons graves. À partir de ce moment, il va se demander pourquoi, elle, elle l’a aimé.

C’est lui qui écrit, c’est lui qui raconte, donc tout ce qu’on sait de lui, c’est ce qu’il dit de lui. Si ça se trouve, il a des qualités dont il ne parle pas. Lui ne se trouve pas très beau, mais elle, elle lui dit que si. On ne sait pas s’il est vraiment comme il se décrit, mais on comprend qu’il n’a pas une très haute opinion de lui-même depuis qu’il l’a rencontré.

Ils restent ensemble pendant 6 ans, ce n’est pas rien.

Oui, c’est beaucoup. On ne reste pas avec quelqu’un aussi longtemps sans raison. La question, c’est plutôt, était-elle capable d’aimer ? Comment ? Ça ne veut pas dire la même chose pour chacun de nous. Il y a des gens pour lesquels il faut que ce soit passionnel, enflammé… pour eux, si ce n’est pas ça, ce n’est pas de l’amour. Il y a des gens qui sont plus austères, plus protestants dans leur manière d’exprimer et vivre ses sentiments. Est-ce que cet amour-là à moins de valeur que l’autre qui est explosif et tout feu, tout flamme ?

Ce livre raconte l’histoire d’une rencontre entre deux êtres solitaires.

La lucidité rend solitaire, qu’on le veuille ou non. Elle, elle ne se raconte pas d’histoire sur le monde qui l’entoure, au contraire. À un moment, quand tu es à la fois lucide et exigeant, tu te coupes du monde.

Le père du narrateur, quand il arrive ce qui arrive (et que je ne peux pas dévoiler ici), lâche son fils.

Je ne juge pas ce père sévèrement, même si son comportement n’est pas joli joli. Ce sont des gens qui sont nés avant-guerre. Ce sont d’autres valeurs. C’est une autre France. Un père ne montrait pas trop ses sentiments à ses enfants. Il ne faut pas juger avec le regard d’aujourd’hui. En 30 ans, les choses ont tellement évolué et bougé.

Lui, contrairement à elle est très « famille ».

Oui, la famille est très importante, mais d’un coup, il se demande si c’est si important que ça. Il se demande aussi s’il faut la sacraliser et si on peut avoir un regard critique sur ses parents ? J’espère que le livre questionne aussi tout ça.

Jusqu’à la fin du roman, il hésite à couper le cordon.

C’est difficile pour lui. Il a vécu dans un cadre très confortable. Il faisait partie des jeunes libéraux, il votait Giscard, il y a avait papa, maman, il allait devenir avocat. Soudain, tout cela vole en éclat. Ses certitudes envolées, il s’accroche encore plus à elle et à leur histoire.

Nous interrompons l’interview. Je vais lui faire un café, pendant ce temps il déconne sur mon appareil enregistreur. Chante « Be bop a lula » (assez bien, je dois dire). Quand je erwan larher,l'abandon du mâle en milieu hostile,interview,mandorreviens, il me demande si j’ai lu « Les pacificateurs » d’Antoine Bello ?

Non.

Je suis en train de le relire pour la suite d’Autogenèse et son pitch est génial. Il existe une organisation secrète qui falsifie la réalité. Au point de faire des fausses cartes du 15e siècle pour attester que les Vikings ont découvert l’Amérique. Elle écrit des sagas en falsifiant toutes ses sources, ce qui fait qu’on ne sait plus ce qui est advenu ou pas. Le héros va se demander pourquoi ? Moi, je crois fondamentalement que les grandes inflexions de ce monde sont décidées par une dizaine de personnes. Des financiers. C’est absolument certain.

La théorie du complot ? Non, je dis ça parce que dans tes livres, il y a toujours des groupuscules secrets.

Non, mais que fait le G8 par exemple ? Il y a ce que l’on voit du monde et ce qu’il y a en dessous.

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Sinon, pour en revenir à ton dernier livre, aimerais-tu qu’il soit adapté au cinéma ?

Non, parce que j’écris des choses pour l’audiovisuel. Je préférerais que ce soit ces choses-là qui sont écrites directement dans ce but-là, qui soient choisies. Mais franchement, je ne sais pas si j’aimerais que ce livre soit adapté au cinéma. Après, ça devient tellement autre chose. Ta création t’échappe complètement. Je n’aurai pas mon mot à dire… et vu les contrats que j’ai signés, je le sais parfaitement.

Pour t’avoir reçu souvent, je sais que tu veux construire une œuvre…

J’ai cette fatuité.

Tu sais qu’on m’a reproché d’avoir dit de tes deux premiers romans qu’ils allaient devenir cultes ?

Ah bon ! Qui ?

Là, n’est pas la question. Je le pensais et je le pense encore, mais j’avais dans la tête qu’ils n’allaient pas trouver leur public rapidement. Un roman culte ne l’est jamais dès sa sortie.

En tout cas, c’est gentil de le dire et d’assumer l’intérêt que tu trouves à mes livres. Je pense qu’Autogénèse et Qu’avez-vous fait de moi ? pourront avoir une seconde vie quand ils sortiront en poche.

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Avec Erwan, l'austérité et la retenue sont de rigueur.

18 mars 2013

Les Garçons Trottoirs : interview pour Rien ne va plus

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Photo : P-mod - Make up : Sophie R.

Les Garçons Trottoirs sont des musiciens chanteurs qui donnent la pêche et qui rendent de bonne humeur. Leur énergie et leur sens du spectacle captivent ceux qui viennent les voir en concert ou dans la rue. Oui, parce que ce groupe, outre le fait qu’ils jouent sur de nombreuses scènes françaises, continue à jouer en acoustique dans la rue. Paul d'Amour (guitare, chant), Bruno Derpmann (contrebassine, guitare, chant), Fred Villard (cajon, chant) et Jean-René Mourot (accordéon, trompette, chant) sont passés à l’agence, le 6 février dernier pour me proposer leur deuxième album Rien ne va plus.

25013111.jpgBiographie officielle :

Les Garçons Trottoirs sont des musiciens du bitume. Ils partagent une volonté commune de bannir le matériel encombrant et de revenir à la base de ce qu'est la musique : prendre un instrument, jouer et chanter.

Fondé en août 2006, c'est dans la rue que le groupe forge son actif.

La force des Garçons Trottoirs est l'énergie avec laquelle ils captivent le public, des textes peaufinés, les voix, et surtout un grand sens du contact.

L'attrait de la scène et les invitations à s'y produire se faisant plus présentes, on les retrouve désormais en acoustique sonorisée ou non.

Les textes sont essentiellement en français et abordent des thèmes comme l'amour, la révolution, les mamans ou Jack l'Éventreur. Le style emprunte principalement à la pop, à la chanson, au blues, au cajun et au rock'n'roll. La particularité étant la part belle donnée aux voix et le choix des instruments...!

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De gauche à droite : Fred Villard, Bruno Derpmann, Jean-René Mourot et Paul d'Amour.

Interview :

Qu’est-ce qui vous a réuni ?

Bruno : En fait avec Paul, on a répondu à une commande d’un festival en 2006 pour jouer dans la rue. On a vite monté un répertoire et on a appelé quelques copains. On devait s’arrêter après la manifestation, mais étant donné que ça a plutôt bien marché, on a décidé de continuer. On a fait un album dans la foulée. On était 6 et c’était un peu le bazar. D’ailleurs, sur la durée, le bazar ne pouvait pas durer. Le fait de vouloir aller plus loin a scindé le groupe en deux. Paul et moi, on a appelé Jean-René à la rescousse à l’accordéon et on a tourné quelques mois comme ça. Bruno est arrivé en 2008. Cela fait 5 ans que ça dure et cette formule à 4 nous convient parfaitement.

Vous chantez tous et composez aussi.

Bruno : En général, la personne qui a composé la chanson en est le chanteur. Très vite, on peut se rendre compte qu’une chanson passe mieux quand tout le monde chante ensemble. Avec l’expérience, chacun sait où se poser dans une chanson par rapport à sa voix. On fait ça de manière assez naturelle.

Il est essentiel pour durer de bien s’entendre. Ce ne doit pas être simple tous les jours d’être sur la même longueur d’onde. Il faut être d’accord sur les textes

Bruno : Les textes sont faits avant qu’on les travaille ensemble. Souvent, ce sont ceux de Paul et de Bruno. C’est plus la sauce musicale et l’ambiance que l’on va faire ensemble, mais ça se passe toujours bien.

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(Photo : P-mod.)

Dans les arrangements des titres, tout est assez frontal… ça vous vient de la rue ?

Bruno : Oui, il faut être efficace immédiatement. La rue te forme à ce que l’énergie soit là en permanence et à faire en sorte de ne perdre qui que ce soit pendant la chanson. Il faut captiver l’auditeur et ne jamais le lâcher.

Quand lors d’une prestation, l’un de vous est fatigué, les autres le boostent ?

Paul : C’est un peu comme les cigognes qui migrent. Celles qui sont devant, quand elles sont fatiguées,  passent à l’arrière.

Vous ne vous produisez pas uniquement dans la rue, vous faites pas mal de scènes officielles et pas qu’à Strasbourg.

Bruno : On est content de sortir de nos bases, le Grand Est, l’Alsace Lorraine… on a fait quelques concerts à Lyon, à Rennes, à Marseille, à Angoulême.

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(Photo : Le Républicain Lorrain)

Vous faites participer le public lors de vos concerts. Disons que c’est pas mal interactif.

Jean-René : Quand on joue, on peut discuter avec les gens qui sont dans la salle. Même pendant les chansons. On aime qu’il y ait un échange entre eux et nous. Les faire participer, c’est la base du concert.

Paul : De toute façon quand on joue avec une poubelle, un cajon, une guitare et un accordéon, ça n’aurait pas de sens que l’on fasse un show à l’américaine. On ne va pas commencer à mettre des feux d’artifice et abuser d’un son et lumière de malade. Tout doit se faire humainement.

Mais si un jour, ça cartonne pour vous et que l’on vous donne les moyens de faire un spectacle avec pas mal d’argents…

Paul : Il y a des groupes comme La Rue Kétanou qui, malgré le succès, ne sortent pas de leur principe. Le peu de fois où on a essayé de changer la sauce, via des résidences, on s’est fait chier royalement. Nous, ce qu’on fait n’impose pas une réflexion intense, c’est plutôt de l’acte spontané. Avec notre répertoire, il faut que l’on s’amuse et que l’on soit en roue libre.

Bruno : Quand on arrive sur scène, notre rôle est de trouver une proximité avec les gens qui ferait que, si on était en train de jouer dans leur cuisine, ce serait pareil. Toute la difficulté, c’est que ça ne dépend pas que de nous. Le public y est aussi pour beaucoup.

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(Photo: Olivier Vax)

Vous faites parfois des premières parties. Le public qui ne vient pas pour vous doit être assez surpris…

Bruno : On arrive souvent sur des scènes d’artistes  qui ne nous ressemblent pas du tout.

Fred : Natasha St-Pier et Garou par exemple, on ne peut pas die que nous nageons dans les mêmes eaux. Il y a avait 3500 personnes et je pense qu’ils pensaient que la première partie allait être occupée par un groupe de variété. Ils ont vu 4 fous faire un concert acoustique et déménager en faisant n’importe quoi. Ils ne s’attendaient pas à ça, mais notre prestation a super bien fonctionné avec le public.

Vous êtes nus sur la pochette de votre deuxième disque. Ça a été compliqué à faire cette séance ?

Collégialement : non ! On avait fait faire de beaux costumes pour cette séance et voilà le résultat. Ce sont des photos qu’on a faites à la fin pour se détendre, pour rigoler et surtout pour les garder pour nous. On a réfléchi quelques minutes avant d’accepter que ce soit cette photo-là qui serve pour la pochette. On a pensé à la promo et au moment où on nous posera la question sur le pourquoi du comment d’apparaitre nu sur une pochette. On savait qu’on allait devoir se justifier.

Que souhaitez-vous avec cet album ?

Bruno : Le but premier c’est évidemment d’avoir un public plus large, autant en Bretagne qu’au Pays Basque. On a envie de jouer partout.

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(Photo : Thomas 'laroukss' Kalinarczyk)

Vous avez vendu 6000 exemplaires du premier album, juste dans votre région. Je trouve que c’est déjà beaucoup.

Paul : Ce sont des disques vendus à la fin des concerts, sans l’aide de personne. Ça nous a permis d’avoir un peu d’argent pour enregistrer celui-ci, « Rien ne va plus ». On a voulu passer le cap supérieur, on souhaite vivement que le public s’y intéresse. Je compare ça à un truc qui peut paraître con : c’est comme produire ses carottes et les vendre sur un marché et après, faire le choix d’une distribution nationale chez Leclerc. On joue une nouvelle carte, on  a pris des risques, on attend de voir ce qui va se passer.

Bruno : On essaie surtout de ne pas trop se prendre au sérieux.

En tout cas, on ne peut pas dire que vous soyez un groupe engagé…

Paul : Personnellement, je ne suis pas assez courageux pour tenir un engagement en chansons. Après il faut montrer l’exemple dans la vie. Quand je vois des artistes faire la morale dans les chansons et qu’un peu plus tard, je les vois poser dans les magazines bien habillés, j’ai envie de leur demander d’aller faire du bénévolat aux Secours Populaire au lieu de nous casser les pieds. Il faut être engagé dans la vie réelle. Je ne dis pas que l’art ou la musique ce n’est pas réel, mais je pense que l’engagement ne se fait pas là. L’engagement, c’est dans les actes. Et surtout, il faut une vie qui suit.

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Pendant l'interview...

Du coup, vous avez des textes plutôt légers.

Paul : On parle pas mal d’amour. On peut parler de politique en musique, mais il faut faire attention. Il faut garder un peu de neutralité. Ce sont des choses sérieuses, il faut prendre des pincettes.

Pourquoi faites-vous de la musique ? Pour détendre et faire rêver les gens ?

Fred: Moi, je me suis toujours senti utile comme ça. Quand on fait ce métier-là depuis 15 ans, parfois on a du mal à se trouver une légitimité. Il me semble que quand on monte sur scène et que les gens ont transpiré, qu’ils ont déliré parce qu’on s’est posé là et qu’on a joué, je pense que l’on fait un boulot pour la collectivité.

Bruno : Personnellement, je n’ai jamais rien fait d’autre. Ça m’a pris, j’avais 4 ans et je n’ai depuis, jamais songé à faire autre chose.

Jean-René : Moi, c’est pareil. Même si j’ai fait autre chose, la musique ne m’a jamais quitté. Je trouve tellement agréable de faire du bien aux gens, de les divertir, de les sortir de leur quotidien, de les faire rire ou même chialer. C’est assez jubilatoire.

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17 mars 2013

Paul Merci et Sarah Zine : interview pour l'EP Chansons Françaises

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(Photo : Cédric Paris)

C’est par l’entremise de Sarah Zine que j’ai découvert Paul Merci. La première est la coauteure du deuxième. Elle m’a envoyé un message accompagné d’un lien avec quelques chansons. Intéressantes, variées, noie souvent, voire étranges. Ce que j’aime dans la chanson française. Justement, la première chanson écoutée s’intitulait ainsi « Chansons Françaises ». J’ai demandé à Sarah Zine de m’envoyer l’EP du monsieur. Écouté et largement apprécié. Coïncidence, un peu plus tard, Paul Merci a fait parti des 22 demi-finalistes du Prix Georges Moustaki. J’ai convié le 13 février, Paul Merci et Sarah Zine à l’agence pour me présenter leur projet.

Sinon, jetez un coup d’œil ici, vous pouvez l’aider à réaliser le clip officiel de "Chansons Françaises".

La page Noomiz de Paul Merci.

375429_520313774654786_710829992_n.jpgExtrait de sa biographie officielle (un peu modifiée) :

C’est au théâtre qu’il fait ses premiers pas d’interprète. Amoureux de la scène, il est alors sur le point d’intégrer une troupe professionnelle de comédiens. Le choix est difficile, mais il décide finalement de se consacrer entièrement à la musique. Durant cinq ans, il va travailler sa voix avec rigueur en prenant des cours de chant lyrique. En parallèle, il commence à écrire et composer. À vingt ans, il enregistre huit titres. Par la suite, les projets qu’on lui propose ne correspondent plus à sa sensibilité et Paul n’est pas prêt à faire de concession. Pour cette raison, il préfère travailler dans le milieu de la mode et délaisse ses projets artistiques.
Les années passent jusqu’au jour où il découvre, presque par hasard, l’album de Dani «Laissez-moi rire»… ce sera le déclic ! Au fil des rencontres, il s’entoure d’une famille d’artistes avec laquelle il décide de préparer son premier album. La première à le rejoindre dans ce projet est l’auteure Sarah Zine qui écrit avec lui plusieurs titres. Tous les deux se plaisent à dire qu’ils vouent un culte quasi « insensé » à la langue française et qu’il aurait été inconcevable d’écrire dans une autre langue.

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Interview :
Tu as eu deux vies musicales, Paul, il me semble.

J’ai commencé à faire de la variété, mais j’ai une formation lyrique au départ. Aujourd’hui, ce n’est plus ma façon d’envisager l’interprétation. Je vais plus rechercher l’intention que la performance. L’intensité, elle est plus dans la présence et dans la façon de ressentir le mot. Musicalement, ce que j’écoute et ce qui me fait vibrer, ce sont des gens qui n’ont pas des voix puissantes, mais qui me touchent vraiment. Gainsbourg, Dani, Biolay ou encore Barbara Carlotti, qui elle aussi a une formation lyrique.

Avant de sortir cet EP, tu as toujours été dans le milieu de la musique ?

Oui, mais ça a toujours été ma deuxième vie. J’ai travaillé longtemps dans la mode. Je faisais de la distribution de prêt-à-porter haut de gamme et luxe. Aujourd’hui, je suis coach sportif au quotidien. J’essaie de faire ce que j’aime et m’écouter. J’ai la chance de pouvoir atteindre à chaque fois ce qui me fait plaisir. C’est assez grisant.

La première chanson que j’ai entendue de toi, c’était « Chansons Françaises ». Une chanson qui,  je l’espère, est au second degré. 

C’est à 99% du second degré. Le texte est de Sarah. Un soir que nous travaillions ensemble, je lui ai expliqué que parfois, quand je disais aux gens que je faisais de la chanson française, ils aient un mouvement de recul, un peu comme si j’annonçais que j’avais une maladie et que j’allais mourir demain. Parfois, j’en ai été décontenancé, blessé même… Sarah m’a dit qu’elle savait de quoi je parlais parce qu’elle avait vécu la même chose. Du coup, elle a eu l’idée d’écrire une chanson dans laquelle elle me met à la place des gens qui critiquent la chanson française. Le texte et la gageure m’ont tout de suite plus.

Ceci n'est pas le clip officiel de "Chansons Françaises".

Mais certaines personnes ne connaissent pas le second degré.

Il y a un double sens et il peut ne pas être compris. Mais, je fais confiance à l’intelligence des gens. Il y en a beaucoup qui creusent, tu sais. S’ils s’intéressent à qui est Paul Merci et quel est son identité aujourd’hui, ils n’auront qu’à lire ma biographie et ils sauront que je défends avant tout la langue française et la chanson française.

Cover_simu4-400x400.jpgLes gens que j’ai cités tout à l’heure, Carlotti, Biolay, Gainsbourg, sont-ils tes références absolues ?

Ces artistes-là me donnent plus une impulsion qu’une influence. À aucun moment je n’ai voulu ressembler à qui que ce soit et à aucun moment je n’y pense quand on écrit, quand on compose, quand on bosse sur les arrangements. Ça me donne juste envie de faire de la musique et de dire ce que j’ai à dire et de chanter à ma façon. Je ne suis pas là pour copier ce qui existe déjà.

Je sais que tu te sens proche de l’univers de Barbara Carlotti.

Depuis que son dernier album est sorti, je ne cesse de l’écouter. Je l’ai encore écouté ce matin. Ce disque à l’élégance folle est magique pour moi.

Sarah, toi, tu écris la plupart des textes de Paul. Tu manies bien le second degré, je trouve.

J’aime que les choses soient implicites, un peu poétiques. Je n’aime pas ce qui est trop prosaïque. En général, c’est vrai que je n’aime pas dire clairement.

Et toi Paul, ça te convient ?

Moi, je dis souvent les choses trop clairement, du coup, on a trouvé une combinaison qui est complémentaire. Comme on écrit beaucoup ensemble, elle met beaucoup de nuances à mon côté direct et parfois, je me mets un peu plus de directs à son côté plus nuancé.

Sarah, ton égo d’auteur n’est-il pas trop malmené ?

Avant, je n’avais pas envie de coécrire. Avec Paul, je me suis rendu compte que cet exercice était intéressant. Il apporte quelque chose de nouveau à mon écriture parce qu’il a beaucoup de talent.

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(Photo : Richard Boyer)

Mais, toi Paul, tu n’aurais pas pu écrire seul ?

Je n’avais pas envie, surtout. Pour moi, le partage dans la vi est primordial, quoi que je fasse. J’avais envie de me lancer sur ce nouveau projet, mais d’avoir un échange avec des gens qui pouvaient comprendre comment je vivais les choses et qui pourraient les vivre avec moi, mais naturellement, sans rien leur imposer. Avec Sarah, dès notre première conversation téléphonique, ça a été une évidence qu’il fallait qu’on travaille ensemble. Pour moi, c’est clairement notre projet et j’aime le rappeler.

Sarah, tu écris pour un homme. Il faut que tu te mettes à la place d’un homme ?

J’essaie d’écrire des choses assez universelles. Je ne me pose pas cette question. Cela étant, comme on commence à bien se connaître, je sais ce qui lui correspond. Je sais aussi ce qui va lui plaire et ce qui ne va pas lui plaire.

Paul, c’est amusant parce qu’avec ce que j’ai entendu et vu sur toi, chansons et clip, je m’attendais à accueillir un ténébreux, voire un taiseux. Je ne m’attendais pas à quelqu’un de souriant et de vif.

Peut-être que tu reçois une partie de Paul Merci et de Michael Comparato, mon vrai nom ? J’adore jouer de cette dualité. J’aime bien me projeter dans différents univers et ne pas avoir qu’une image. Même musicalement, il y a vraiment des ambiances différentes. Je ne voulais pas d’un disque linéaire qui ennuierait la personne qui l’écoute. Une chanson pour chaque état d’esprit de chaque jour parce que chaque jour est différent.

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(Photo : Cédric Paris lors du tournage du clip d'"On se croise").

Pour cet EP, vous vous êtes associés également à Philippe Bresson et David Granier ainsi qu’à Bidge, chanteur de Red Lili, pour réaliser certains arrangements. La chanteuse du groupe Magnolia, Jessica Maurin, interprète au côté de Paul « On se croise ». Ces 6 titres sont-ils annonciateurs d’un album à venir ?

Les titres sont en cours et nous en sommes très fiers. Ils sont pas mal avancés. Comme tu dois le savoir, nous ne sommes pas signés aujourd’hui et ce n’est pas tout le temps simple financièrement. On avance donc par étape. Tranquillement, mais sûrement.

Le clip d'"On se croise".

Le clip d’une des chansons les plus noires de l'EP,  « On se croise », est intéressant et... surprenant.

On a rencontré des jeunes super talentueux et humainement, ça a marché tout de suite. C’est toujours délicat de se retrouver devant une caméra. Je n’ai pas l’habitude. Ce clip m’a permis de retrouver les sensations que j’ai eues quand j’étais comédien. J’ai fait 8 ans de théâtre et ça m’a fait du bien de jouer un rôle.

« Rose for Dani » est un hommage à la chanteuse Dani.u0602498323175.jpg

Dani a cette faculté de donner un sens à chaque mot. Quand je l’écoute, j’ai l’impression d’une page qui s’ouvre avec le dictionnaire et tout le sens du mot. C’est l’artiste qui m’a permis de remettre le pied à l’étrier. J’ai traversé un long moment où je me remettais en question musicalement. Je suis allé chez un disquaire un jour, je voulais acheter un album d’Étienne Daho et je suis tombé par hasard sur un CD de Dani, Laissez-moi rire. Je l’ai acheté, je l’ai mis dans la voiture et j’ai été touché dès la première écoute. Ça l’a inspiré et ça m’a donné envie de recommencer.

Quel est l’enjeu de cet EP ?

C’était de faire de la chanson française qui puisse être entendue par plein de monde. La chanson française est parfois regardée de travers. Des gens la prennent en grippe parce qu’ils ne la comprennent pas. Les gens ont l’impression qu’elle cloisonne les gens et les genres. Moi, j’ai voulu faire une chanson française qui ouvre les champs d’écoute.

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14 mars 2013

Aymeric Patricot : Interview pour L'homme qui frappait les femmes

Dans son dernier livre, Aymeric Patricot aborde la violence à l'égard de la femme. L'homme qui frappait les femmes est son troisième roman. Un roman-choc qui bouscule les consciences. Ce livre n’est rien de moins qu’une confession, celle d'un maudit. On ne peut absolument pas sortir indemne de cette lecture.

Je connais Aymeric Patricot depuis 2006. Je l’avais mandorisé pour son premier roman, Azima la rouge. Puis nous nous sommes croisés parfois, chez lui… où ailleurs. Quand j’ai lu le titre de son nouveau livre, je me suis posé beaucoup de questions. Qu’arrive-t-il à Aymeric Patricot ? Qu’est-ce que c’est que ce livre au titre provocateur ? Puis, j’ai lu. Et largement apprécié… et j’ai compris sa démarche. Je lui ai demandé de me rejoindre à l’agence pour en parler… ce qu’il a fait le 18 février dernier.

aymeric patricot,l'homme qui frappait les femmes,interview,mandor4e de couverture :

« Je ne chercherai pas dans ce livre à me justifier ni même à présenter les choses sous un jour avantageux pour moi. Je ne ferai pas non plus l’apologie de ce que j’ai commis. Je comprends qu’on m’en veuille et, dans une certaine mesure, je comprends qu’on fantasme ma mort. (…) Je tiens d’ailleurs à m’excuser pour la véritable indécence que constitue ma vie. Je suis bien obligé de constater que ce défaut dans mon caractère m’a valu des succès… ».

Présentation de l’éditeur :

Ce roman est la confession d’un maudit. Dès l’adolescence, et les premiers émois amoureux, un désir irrépressible de frapper les femmes l’a emporté dans une chute sans fin. Il vivra désormais face à l’horizon indépassable du malheur d’autrui et de l’horreur d’être soi, sans échappatoire, comme prisonnier de lui-même, de la force inconsciente qui le gouverne. Quand l’heure de payer sera venue et que la violence se retournera contre lui, il n’aura d’autre solution que d’accepter cette terrible justice ; de bénir ce qui le débarrassera enfin de lui-même.

Dans sa postface, « L’insoutenable », Aymeric Patricot approfondit les questions que soulève ce roman-choc, d’une noirceur fascinante. Quelle part d’humanité demeure quand le mal emporte une vie ? Quelle est cette zone de nous-mêmes d’où sortent les pires pulsions ? Il prouve ainsi, à la fois en confirmant qu’il est un des romanciers les plus puissants de sa génération et en se montrant capable de prolonger son travail sur le plan théorique, que la littérature demeure un des instruments les plus féconds de connaissance de l’humain.

L’auteur :

Aymeric Patricot est professeur de lettres et enseigne à La Courneuve. Il est l’auteur de deux romans : Azima la rouge, chez Flammarion, en 2006, Suicide Girls, chez Léo Scheer, en 2010, et d’un essai : Autoportrait du professeur en territoire difficile, chez Gallimard, en 2011.

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Interview :

Quand on te connait, on se demande pourquoi tu as écrit un livre de cette nature.

Je ne pense pas être d’un tempérament violent et du coup, pour moi, il y a un côté exotique à la violence, c’est un truc un peu mystérieux et inquiétant, complètement détaché de moi. Du coup, il y a un plaisir romanesque à imaginer ce que cela pourrait donner. Dans mon précédent livre, Suicide Girls, je parlais du viol, donc j’avais une compassion pour les personnes qui en ont été victimes. Du coup, comme je parlais de la psychologie des agressées, j’ai basculé dans la logique inverse qui est ce que ressent l’agresseur. Est-ce que la psychologie de l’agresseur est si distincte de la psychologie de l’agressée ?

Dès le titre de ton livre, on est interpellé, voire choqué.

C’est un titre qui allait de soi. Je crois que je l’ai trouvé avant d’avoir écrit le roman. Je ne l’ai jamais changé. Ce titre dit les choses et ça va bien avec le roman qui va à l’essentiel.

Le narrateur explique dès le début du livre qu’il n’a pas vécu de violences dans sa jeunesse, qu’il ne reproduit pas ce qu’il a vu.

Je ne voulais pas un personnage à qui on trouve des excuses. Je ne voulais pas qu’il puisse justifier tout ce qu’il fait. Il n’est même pas misogyne, ce qu’il fait, c’est de l’ordre de la pulsion pure. C’est un psychopathe. S’il s’attaque uniquement aux femmes, c’est qu’en plus, il est un peu lâche. C’est ce mélange de pulsions gratuites et de lâchetés qui fait ce personnage.

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Il se rend compte qu’il aime battre les femmes quand il gifle sa première petite amie, Christelle.

Il remarque qu’il n’y a pas de conséquences et que personne ne le sait. Il y gagne une certaine assurance. C’est quelqu’un de très banal et violenter comme ça lui donne de l’épaisseur. Tout se décide à ce moment-là. Sa vie prend du relief parce qu’il donne quelques coups et qu’il s’en sort pas si mal. Du coup, avec le temps, ça va s’approfondir.

Très vite, il ne va plus se contenter de gifles, mais s’il devient un véritable prédateur, il n’a jamais tué.

Oui, même s’il y a une ou deux scènes où il esquinte des filles qui restent sur le carreau. On ne sait pas trop dans quel état elles sont. A priori, effectivement, il ne franchit pas ce pas-là. Mais il est presque pire qu’un meurtrier parce qu’il fait réellement souffrir. Parmi les autres limites, s’il bat sa femme, il ne bat pas ses propres enfants.

Mais Aymeric, on n’écrit pas ce genre de livre sans raison…

J’ai pu observer ou vivre des situations de violences dans ma vie qui m’ont marqué, du coup, ce livre est peut-être un exutoire, c’est vrai.  Et puis, tu sais, il y a toute une tradition littéraire du personnage indéfendable. L’étranger de Camus, c’est quand même un type qui commet un crime gratuitement. Et je ne parle même pas des héros de Easton Ellis. Finalement, on est habitué en littérature contemporaine à lire des romans épouvantables. On est baigné là dedans : les vidéos ultras violentes, les films ultras violents, la littérature américaine ultra violente, ce que j’appelle la littérature punk. J’ai envie de m’inscrire dans cette tradition-là.

Mais, je sais que tu voulais que ce soit un livre de bonne tenue et bien écrit.aymeric patricot,l'homme qui frappait les femmes,interview,mandor

L’essai à la fin, L’insoutenable, est très littéraire. Et quand le personnage fait son auto portrait, ce sont des pages qui sont écrites avec beaucoup de soin. Ce n’est pas de la littérature gratuite, sujet-verbe-complément. Je voulais aussi un livre stimulant. C’est un peu glauque, mais on le lit vite et on peut avoir du plaisir parce que ce n’est pas complaisant.

Parfois, c’est fou, on s’habitue au personnage alors que c’est une ordure, quand même.

Finalement, c’est un type qui a un quotidien glauque comme pas mal de gens. Il a une femme, des enfants et il s’en veut de leur faire subir ce côté-là de sa personnalité. Il a quelques côtés un peu humains, il s’en sort plutôt pas mal et sa vie sociale n’est pas si différente de la nôtre.

Il fait partie d’une association qui vient en aide aux femmes maltraitées. Il y exerce même une charge importante.

Dans la journée, il aide les femmes battues et le soir il les tape. Je pense que les pervers peuvent offrir un visage très rieur au quotidien et cacher le fait qu’ils commettent des saloperies. Le fait qu’il soit dans cette association, on peut l’interpréter de deux manières. Ça peut être une manière de se racheter un peu, mais je pense que lui, c’est plus pervers que ça. C’est une forme d’amusement. Il prouve ainsi que la vie est un joyeux bordel et qu’on peut faire facilement illusion en menant des vies paradoxales. Il se dit que tout ça, c’est un peu de la comédie. Bon, il y a des scènes où je montre qu’il est pris en tenaille par ses deux vies et qu’il a du mal à gérer tout ça.

On comprend chez le narrateur que la violence est un substitut de la sexualité.

Ça le fait plus triper que l’acte sexuel. Il a une vie sexuelle normale avec sa femme, mais son grand truc, c’est la violence avec les autres femmes.  À un moment, il dit : « Finalement, j’ai aimé les femmes. Toute ma vie aura été gouvernée par mon rapport avec les femmes. Je les aurais frappées, mais est-ce que ce n’est pas une forme d’amour ? Je ne les déteste pas, je prends juste plaisir à les frapper. » Il développe tout un art de la violence.

Est-ce un livre compliqué à écrire ?

Je l’ai écrit très facilement et d’une traite. Quand je me suis intéressé à des thèmes proches, je me suis dit qu’il fallait que j’écrive là-dessus. Après, c’est plus délicat de le vendre aux éditeurs et de le défendre dans la vie quotidienne auprès de ses proches. Les éditeurs « classiques » ont été choqués et n’ont pas eu envie de le publier. Sinon, c’est vrai que je passe beaucoup de temps à expliquer ce n’est pas autobiographique.

Dans la postface intitulée L’insoutenable, tu dis que « lorsqu’on publie un tel roman, il est inévitable qu’on se pose la question de votre équilibre mental. Les gens cherchent des points de correspondances avec la biographie de l’auteur ».

En toute honnêteté, je n’ai jamais eu le fantasme de battre des femmes, mais ça doit correspondre à l’inversion de choses vécues. Même dans mon métier, je suis prof en banlieue. Toute la violence que tu te prends au quotidien psychologiquement ou même physiquement, à un moment, tu l’investis dans une fiction. Je le répète, c’est une sorte d’exutoire. Une sorte de métaphore littéraire. D’ailleurs, je tiens à préciser que c’est moins un roman sur la violence faite aux femmes que sur le surgissement pulsionnel.

aymeric patricot,l'homme qui frappait les femmes,interview,mandorMais dans Suicide Girls, ton précédent roman, il y avait déjà de la violence faite aux femmes.

Je pense qu’il y a un biais éditorial. J’écris des textes plus classiques, mais qui ne sont pas toujours pris. Des textes même tendres et poétiques. Je pense que je n’écrirais plus des livres « rentre dedans » comme ces deux-là. C’est le dernier très fort autour de ce thème. Je vais m’adoucir.

Tu es professeur de lettres. Que tu sortes un livre comme celui-ci n’est pas gênant par rapport à tes élèves et même peut-être par rapport à l’éducation nationale ?

Les adolescents sont beaucoup plus ouverts et moins moralisateurs que les adultes. Ça pose plus un problème vis-à-vis de l’administration, en effet. J’avais donné Suicide Girls à mon précédent proviseur. Il avait été un peu surpris, mais il a bien compris que c’était un roman.

Tu envisages la littérature comment ? J’ai l’impression que tu veux toujours provoquer.

Je ne cherche pas à heurter délibérément. Par contre, j’aborde des thèmes délibérément un peu dérangeants, c’est vrai. Je mets les pieds dans le plat.

Comment est reçu médiatiquement L’homme qui frappait les femmes ?

Je suis surpris parce qu’avec Suicide Girls, j’ai fait un bide. Un vide journalistique total. Personne n’a fait même l’effort de le lire. Je m’étais dit qu’avec celui-là, il allait en être de même. En fait non, ce roman a beaucoup plus d’échos. Je suis invité à la radio régulièrement pour en parler parce que c’est un thème qui recoupe certaines questions sociologiques.

Était-il essentiel d’écrire l’essai L’insoutenable?

Premièrement, je ne voulais pas que l’on dise que j’étais uniquement dans la provocation. Deuxièmement, le roman est court, assez sec, je trouvais que c’était maigre pour un livre. Autant L’homme qui frappait les femmes, je l’ai écrit rapidement, autant L’insoutenable, je l’ai muri pendant des mois. C’est une écriture beaucoup plus lente et beaucoup plus personnelle. Je suis content d’avoir publié les deux parce que ça dissipe tout malentendu et j’ai moins de scrupule à le publier. J’aurais moins assumé ce livre sans l’essai.

L’écriture du roman est vive, rythmée, sans fioritures.

C’est vrai, mais j’insiste sur ce point, je ne voulais pas que ce soit un roman pauvre stylistiquement. C’est un type qui a une vie bourgeoise, donc il écrit bien. La littérature, c’est aussi le plaisir des mots. Je ne ferais jamais du trash vulgaire facile.

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12 mars 2013

Albin de la Simone : interview pour Un homme

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(Photo : Christophe Mereis)

Depuis 2003, Albin de la Simone a publié trois albums, aux chansons à la fois pop et singulières. Ses concerts, en solo, en orchestre à cordes, clavecin, combo pop ou même en duo avec le pianiste classique Alexandre Tharaud, sont toujours l'occasion de revisiter son répertoire et d'expérimenter de nouvelles trouvailles. De la Simone est aussi musicien, producteur ou arrangeur pour d'autres chanteurs : Vanessa Paradis, Alain Souchon, Keren Ann, Arthur H, Mathieu Boogaerts, JP Nataf, Iggy Pop, Alain Chamfort, Salif Keita...

Albin de la Simone est l’homme de très nombreux projets. Tant que je me refuse de les énumérer. Par contre, vous pouvez consulter sa fiche Wikipédia, elle est impressionnante.

Sinon, bon, il a déjà été mandorisé pour son précédent album, Bungalow !

537946_10152423438255201_941771756_n.jpgExtrait de la présentation officielle de l’album Un homme :

« Dans son quatrième disque, il évoque tour à tour, dans un savant mélange de fiction et de vécu, un aménagement, un enterrement, un père qui ressent sur lui le poids de ces responsabilités, un mariage, un amour éteint et un endormissement, sans trop en dire, en restant flou. Albin de la Simone a bouleversé sa façon d'écrire. Plutôt que de s'isoler du monde, « Un homme » est le résultat d'un travail continu où l'écriture s'est intégrée dans sa vie quotidienne. Pour la première fois également, beaucoup de chansons sont nées sur scène, lors des nombreux concerts que l'artiste a pu donner.

Le 17 février dernier, je suis allé à la rencontre de l’artiste, dans le studio même où il a conçu Un homme, au 104 (lieu de création et de production artistique dans lequel il est en résidence depuis 2 ans).

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Albin de la Simone, le jour de l'interview, dans le studio où il a concu l'album Un homme.

Interview :

Ton album est d’une élégance rare. J’ai l’impression qu’il plait à tout le monde.

C’est ce que les gens me disent. Je suis content. C’est super agréable une telle unanimité. J’en ai chié pour le concevoir. Je l’ai écrit ici. J’ai des souvenirs de doutes… profonds.

Quand on te dit que cet album est certainement le plus abouti, voire ton meilleur, tu ne dois pas comprendre pourquoi…

Je vois ce que j’ai cherché à faire dans celui-là que je ne cherchais pas à faire dans les précédents. Chaque album est une tentative différente. Je suis dans une période de la vie dans laquelle je me sens plus en harmonie avec moi-même et moins complexé sans doute. Je peux comprendre qu’à un moment les faisceaux se croisent et que le timing soit bon entre ce que je suis à l’intérieur et ce que j’ai envie de faire.

Clip de "Mes épaules".

Ton premier single «Mes épaules » déclenche une vague d’enthousiasme.

C’est la chanson ambassadrice de l’album, il me semble, d’après ce que j’entends. Elle a l’air de toucher d’autres gens que moi pour les mêmes raisons qu’elle me touche moi. C’est marrant, je me dis : « Tiens ! J’ai peut-être réussi une chanson. » Tu sais c’est rare une chanson qui arrive à résonner auprès de beaucoup.

Habituellement, tu pars au bout du monde pour créer un album. Là, tu es tout fait ici, où nous sommes.

Je voulais plus d’harmonie dans ma vie. Je ne voulais plus, pour parvenir à créer, devoir partir à 5000 bornes. Je commençais à trouver ça un peu bizarre en fait. J’ai eu envie d’essayer autre chose.

Dans « Ma crise », tu parles de toi un peu plus frontalement.

Je suis comme ça. Inconstant. Je suis toujours en train d’essayer des combinaisons qui marcheraient mieux dans ma vie. Je m’adresse à quelqu’un en disant : « Supporte-moi, je t’en supplie.  Je suis chiant avec ça, mais je suis comme ça… on va s’y habituer. » La crise, il faut aussi prendre ce mot au sens littéral. C’est la crise en permanence. Dans les années 80, on en parlait déjà. Il ne faut pas espérer en sortir, il faut juste intégrer que c’est tout le temps la galère, c’est toujours la merde et on est toujours inquiet pour nos enfants, comme la génération d’avant était inquiète pour nous. C’est toujours la panique. Grandir, c’est intégrer tout ça et vivre dans cette espèce de chaos.

Albin de la Simone interprète "Ma crise" pour Le Live, l'émission musicale du Figaro.

Ça t’amuse la perception différente qu’ont les gens de tes chansons…

Oui. Et je joue de plus en plus avec ça. J’adore laisser des vides intersidéraux entre certaines informations qui sont dites et le principal qui n’est pas dit. Dans « La fuite », on ne sait ni qui je suis, ni si j’ai déconné, qu’est-ce que j’ai fait, à qui je le dis… En fait, on ne sait rien. Cette chanson est aussi ambigüe que romanesque. J’adore de plus en plus ce processus d’écriture.

Est-ce que l’on peut affirmer que cet album est celui qui te ressemble le plus ?

J’ai changé au fur et à mesure des albums, mais chaque album était conforme à ce que j’étais quand je l’ai fait. J’espère évoluer. Je suis très critique sur moi-même, sur ce que j’étais il y a 5 ans et les disques que j’ai faits à cette époque. Je me sens plus équilibré, alors, chouette, mon disque à l’air plus équilibré.

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As-tu été un peu parasité par le succès de tes potes autour de toi.

Oui, en effet. Mais, j’ai aussi été parasité par le côté rock que j’ai abordé à un moment. J’ai eu l’envie moi aussi de faire bouger, comme mon ami Mathieu Chédid. Aujourd’hui, j’ai compris quelle était la place où je suis parfaitement installé et où, visiblement, on me comprend mieux.

Quelle est cette place ?

C’est assis derrière un clavier. C’est en chantant assez calmement, souvent même en acoustique, sans micro. Je crois que je suis plus fort dans les formes intimes et douces. Si je ne fais que ça, je me rends compte que tout va bien.

En concert, tu t’en rends compte ?

Je m’en rends compte principalement en concert. Depuis que je suis passé à une version acoustique, puis à une version solo, j’ai découvert ce qui était le ciment entre moi et le public. C’est un truc que je ne peux plus détruire. C’est devenu mon noyau. Pour résumer, j’ai trouvé mon noyau et il est plutôt calme.

65402_10151355836095201_325950078_n.jpgJe suis sûr que c’est l’album qui va te révéler à un public plus large.

La chanson « Mes épaules » passe à la radio. Ça me plait. Et ça me plait qu’elle plaise. Après, ma vie est tellement dense, tellement remplie, je suis tellement content de tout ce que je fais et que l’on me propose de faire, je n’espère pas grand-chose de plus. Je n’ai pas de souffrances, ni frustrations professionnelles. Un succès public plus grand pourrait changer des trucs, mais en même temps, je ne manque pas d’argent, je ne manque pas d’amour et artistiquement, je m’éclate. Je ne dis pas que je ne veux pas avoir plus de succès, je dis juste que, déjà, tout va bien.

Comment cela ? Tu es heureux ? Il ne faut donc pas souffrir pour créer ?

Ce sont des conneries de s’imaginer qu’il faut être dans la douleur pour écrire. Moi, je gamberge tout le temps quand même, d’ailleurs, on le sent bien dans ce dernier disque, c’est le fruit de quelqu’un qui gamberge.

Il y a des chansons dans lesquelles on sent que tu prends un malin plaisir à emmener l’auditeur quelque part, et en fait non. C’est ailleurs…

Tu trouves que je le fais plus que les autres ?

Tu le fais pas mal.

Je n’en ai pas conscience en fait. Mais je ne peux pas n’être que moi qui raconte mes petites histoires. Ça manquerait de relief si tout était au premier degré. L’idée d’inventer des histoires, j’adore ça. En même temps, j’aime bien dire « moi je », même si c’est « lui il ». J’aime bien qu’on puisse imaginer que la personne qui chante vit tout ça. Mes personnages, je les incarne. Par contre, je suis très peu expressif dans mon chant, mais donc, dans le texte, j’y vais à fond.

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Photo : La presse.

Il a quelques invités dans cet album. JP Nataf par exemple… et ce n’est pas la première fois.

Il n’était pas présent sur les disques précédents officiellement, mais il a toujours été là depuis mon premier album. Il écoutait mes maquettes, a toujours critiqué et s’est toujours impliqué. Il m’aidait en temps que pote. Mais là, j’ai eu envie vraiment de son jeu de guitare inimitable.

Et la présence d’Alexandre Tharaud… toi qui es pianiste, c’est inattendu.

Quand on connait Alexandre, on n’est plus pianiste. Le piano que je lui ai demandé de jouer n’est pas du tout un piano virtuose, mais il a une telle façon de jouer qu’il est inégalable. Ce qu’il joue dans mon disque est très simple, mais il le joue avec un touché exceptionnel. La différence, c’est la manière dont il enfonce les touches. Il y a une âme, une profondeur que moi je n’aurais pas su mettre.

Et la présence d’Emiliana Torrini ?

C’est ma chanteuse préférée. Je me suis dit, pourquoi ne pas appeler ma chanteuse préférée ? Je lui ai écrit, lui ai raconté mon admiration et lui ai envoyé ma chanson. Coup de bol, elle y a été sensible. On fait de la musique, on fait de l’art… je suis désormais convaincu qu’il faut être ambitieux. Quand on fait de la musique, il faut être au-delà d’exigeant. Il ne faut lésiner sur rien. Après ce sont des questions de thunes, je sais bien, mais tant qu’on peut, il faut pousser la qualité le plus loin possible. L’exigence paye immédiatement.

L’exigence te permet de travailler pour d’autres artistes.

Quand je travaillais pour Vanessa Paradis et que je réarrangeais ses morceaux pour la tournée qu’on a faite, elle m’a surpris parce qu’elle m’a dit : dis donc, tu ne lâches pas. Elle m’a donné une chance de m’exprimer à travers elle. Je peux dire qu’elle m’a vraiment incité à être exigeant. Après mon expérience avec elle, je me suis dit qu’il était temps que je me considère moi-même et que je me traite avec autant d’exigence que pour elle.

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On y croit au duo? Hum...

06 mars 2013

Barbara Béghin : interview pour la sortie de son premier album

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(Photos et design: Wanda Kujacz)

barbara béghin,interview,vincent-marie bouvot,mandor« Son aspiration, Barbara Béghin la puise dans l’air du temps, assise à la terrasse des cafés elle observe, saisit au vol un mot, une idée, capture une image qu’elle note dans ses carnets qui ne la quittent jamais. De ces instants fugaces, Barbara y puise son inspiration pour nous conter toujours avec optimisme et humour la vie des autres. Le résultat est un album composé de 11 chansons, autant de fragments du quotidien, de tableaux représentants l’Homme et ses amours, avec comme élément fondateur et narrateur central : la Femme. »

Ainsi est présenté officiellement le premier album de Barbara Béghin, personnalité à la fois fantasque et mutine.

J’ai fait la connaissance de cette jeune femme il y a déjà quelques mois chez son réalisateur/arrangeur/compositeur, Vincent-Marie Bouvot dans son studio d’enregistrement de Deuil-la-Barre. Je n’étais pas venue pour elle, mais Barbara était présente. Je suis repartie avec son disque. Je l’ai souvent écouté, car je le trouve iconoclaste et très varié (rock, chanson, electro…). Et j’aime beaucoup le grain de sa voix. Je suis très sensible aux voix, je le répète souvent ici.

Pour écouter sur Deezer, c'est ici.

Le 12 février dernier, Barbara Béghin est venue à ma rencontre à l’agence pour évoquer ce premier disque et sa relation avec la musique.

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barbara béghin,interview,vincent-marie bouvot,mandorInterview :

Tu as commencé la musique à l’âge de 4 ans.

Je suis un peu née avec déjà à l’esprit le spectacle.  Le spectacle plus que la chanson, d’ailleurs. Mes parents aimaient ça et ils nous ont installé un grenier ou nous pouvions faire ce que nous voulions avec ma frangine. On a tout de suite été dans la volonté de créer et d’imaginer des choses. On imitait aussi ce que l’on voyait à la télé.

Ta relation à la musique est plutôt ouverte, j’ai l’impression.

Oui. Et aujourd’hui, je sais que j’ai encore beaucoup d’artistes et de genres musicaux à découvrir. J’ai plus une affection pour des chansons que pour des styles. On a d’ailleurs du mal à définir ce que je fais moi comme genre. Je réponds que c’est de la chanson française.

Je reviens à tes parents. Tu as de la chance, ils t’ont encouragé en te faisant faire des cours de danse, de chant, de piano, de théâtre…

Dans le nord, avec ma sœur, on a commencé par la danse. Mon plaisir de la gestuelle et de la scène me vient de là. Après, quand nous sommes allés en Normandie, j’ai fait partie d’une première association de musique, puis d’une seconde, mais de théâtre. À 13 ans, j’ai pris des cours de chant quand ma prof de musique à mis en place un groupe pour faire des prestations, des reprises essentiellement. Je suis devenue la chanteuse du groupe. L’envie du spectacle, c’est aussi le fait de ne pas rester cachée derrière un piano et pouvoir se défouler autrement qu’en jouant de la musique. Ce n’est pas de l’exhibition, c’est le plaisir de ne pas être enterrée, de se dévoiler un petit peu. Ça m’apporte quelque chose que la vie ne m’apporte pas tous les jours.

Clip de "Toujours, Toujours".

Quand tu étais adolescente, tu as même sorti un EP.barbara béghin,interview,vincent-marie bouvot,mandor

Toujours avec cette association de musique en Normandie. J’ai dit à ma prof que j’écrivais des petites chansons… de collégiennes (rires). Elle m’a proposé de faire de la musique dessus ensemble. On a fait un premier 4 titres avec un groupe qui s’appelait Stationnement Interdit. C’était une toute première expérience d’enregistrement et un travail différent de la scène. On prend notre voix en pleine tronche et c’est là que l’on découvre nos premiers petits défauts. Quelques années plus tard, toujours avec le même groupe on a fait un 11 titres.

Depuis ce 11 titres dont tu nous parles et ce premier album solo, tu as l’impression d’avoir fait des progrès ?

Euh… oui, en étant objective, je peux le dire. C’est dû à un travail d’écoute et de réflexion. Et de nouvelles relations aussi. C’est Vincent-Marie Bouvot qui a mis le doigt sur des choses qui n’étaient pas possibles. Quand on fait des reprises, on essaie d’imiter ou d’interpréter de la même façon que les artistes originaux. Après, c’est très dur de retrouver son identité vocale personnelle.

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Pour faire ton disque, tu t’es inscrite sur le site participatif Akamusic en 2009. Ça a marché puisque tu as réuni assez d’argent  pour enregistrer.

C’était le moment où je tournais un peu en rond. Il fallait que j’avance, je ne pouvais pas stagner. J’avais une irrépressible envie de chanter mes propres chansons. Ça finissait par m’obséder. J’avais entendu parler des plates-formes participatives et j’ai tenté le truc. Ça m’a permis de former une équipe que je n’avais plus. J’ai mis des maquettes plutôt bien enregistrées. Avec de l’effort et de l’énergie et la volonté de s’intéresser aux principes communautaires et de tous les réseaux sociaux, la jauge a augmenté et ça m’a permis de sortir un premier single. À partir de là, le directeur artistique d’Akamusic m’a proposé de rencontrer Vincent-Marie Bouvot.

"Comme une allumette".

barbara béghin,interview,vincent-marie bouvot,mandorTu le connaissais ?

Non. Le monde des arrangeurs m’était parfaitement inconnu. On m’a vite expliqué qu’il avait travaillé pour Julie Piétri, Elsa et Zazie. J’ai écouté les albums qu’il a réalisés pour elles et j’ai reconnu une patte et un son que j’aimais beaucoup. J’ai eu le sentiment qu’il pouvait m’apporter ce que je voulais dans la recherche des sons et des mélodies. Des mélodies très efficaces…

L'as-tu rencontré pour savoir si vous pouviez travailler ensemble?

Oui. À notre premier rendez-vous, je lui ai fait écouter mes maquettes. Il a eu un regard critique dessus et m’a expliqué comment faire évoluer les chansons. Ça m’a plu tout de suite, car j’ai besoin que l’on m’explique ce qui ne va pas et que l’on me montre comment on peut changer ce qui ne va pas. Il a compris que ce que j’aimais, c’était d’essayer d’écrire des textes qui racontaient des histoires et des musiques qui font bouger avec des mélodies que l’on pouvait chanter facilement et que les gens pouvaient reprendre. On s’est quitté sans se préciser si nous allions nous revoir. Mais moi, j’avais l’impression que tout était bon pour moi. J’ai appris un peu plus tard qu’il était partant aussi.

"Pas seulement pour lui" en studio.

Tu as eu combien d’argent pour faire cet album ?

Au final, 80 000 euros grâce à 800 producteurs.

Une fois que l’album est enregistré, les producteurs suivent ce que tu fais ?

Je leur donne le maximum d’infos possible. Il ne faut pas que les gens pensent que, parce qu’on a fait une production sur un site communautaire, participatif qu’on va sortir plus vite que tous les autres artistes qui rament. Certains pensent que l’on va tout de suite cartonner et que l’on va tous faire comme Joyce Jonathan et Grégoire. Il faut donc les rassurer en leur disant que l’on fait tout notre possible pour que ça marche. Moi, je ne lâche rien. Je mets en place ma scène en ce moment.  

Dans ce disque, ce qui est fou, c’est que ta voix varie de chanson en chanson.

Ça vient des genres différents qu’il y a et qui permettent une interprétation différente.  C’est aussi la volonté avec Vincent-Marie d’aller chercher le maximum de ce que je pouvais faire parfois. J’ai osé des choses que je m’interdisais presque.

Extrait de "Emmeline".

Tu racontes les histoires d’une jeune femme de ton âge, parfois de manière un peu désillusionnée.

Pas tant que ça. J’essaie de positionner mes personnages et j’évite d’exprimer mes positions personnelles  dans mes chansons. Au  niveau de l’interprétation, j’essaie aussi d’avoir la position d’artiste chanteuse qui prend les choses graves avec une pointe de légèreté quand même.  Je  prends les choses comme elles viennent et j’essaye d’habiller mes chansons à ma sauce, en envisageant que la vie peut être sympathique quand on choisit ce qu’on veut faire.

Tu chantes aux Déchargeurs durant plusieurs jours...

En coréalisation pour 15 représentations du 19 mars au 6 avril. C’est bien parce que cela va me permettre de roder la scène et d’inviter un maximum de professionnels. Je veux leur montrer ce dont je suis capable de faire. On a choisi de faire une proposition guitare-voix et une version guitare-batterie-voix. Il y a aussi la possibilité de m’aider à financer mes scènes. (Là). Le 17 mai, je serai aussi au Sentier des Halles.

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Je sais...

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04 mars 2013

Kent : interview pour Le temps des âmes

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Kent, je le croise depuis des années (la dernière fois, c’était pour une interview filmée). J’ai une profonde admiration pour lui (depuis Starshooter, à la fin des années 70, c’est dire). Mais d’album en album, l’homme crée une œuvre. Franchement mésestimé. Tant qu’il sortira de nouveaux disques, je continuerai à le suivre, à l’interroger et à le mettre en avant. Il est un de nos meilleurs chanteurs/poètes français et il serait bon qu’on commence à le remarquer.

481452_10152353811030573_838870821_n.jpgLe temps des âmes sort aujourd’hui. Voici comment il est présenté officiellement :

« Une voix, un piano, des chansons nouvelles… Le Temps des âmes est un dialogue de Kent avec le piano de Marc Haussmann, le mythique Ian Caple étant d’un bout à l’autre aux manettes. Une aventure de musique, de mots, de liberté, dans laquelle Kent se met à nu et chante sa vérité sur l’amour, le plaisir, le temps qui passe… »

Le 7 janvier dernier, Kent est passé à l’agence (accompagnée de son attachée de presse Flavie Rodriguez. Merci à elle !)

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74388_10150285903385573_1097494_n.jpgInterview :

Pourquoi un album presque entièrement en piano voix ?

Ce n’est pas un album piano voix classique. Ce genre-là m’ennuie souvent, j’ai donc voulu éviter l’écueil. Il y a d’autres instruments, mais tout en discrétion.

Tout a commencé lors d’un concert à Berlin que vous donniez avec le pianiste qui figure sur cet album, Marc Hausmann.

Il y avait des nouvelles chansons sur lesquelles je travaillais, j’essayais plein de versions, mais le résultat ne me plaisait jamais complètement. Ça allait, mais il me manquait quelque chose. Et puis avec Marc, lors de cette soirée, tout s’est enclenché. J’ai laissé tomber immédiatement les maquettes d’avant. J’ai déçu beaucoup de gens qui travaillaient avec moi (rires). En musique et en art en général, il y a un moment ou le propos est plus fort que l’affectif. On fait des dégâts, mais il faut y aller. C’est comme ça qu’on évolue et c’est comme ça qu’on donne quelque chose de beau. Dans la vie, il se passe parfois la même chose, mais c’est beaucoup plus cruel parce que ça engage des couples, des familles. Parfois, pour qu’il se passe des choses, il faut rompre. « Quand on aime, il faut partir » disait Cendrars.

Ce terme « rompre » est intéressant. Il colle bien à votre discographie. Aucun album à vous ne se ressemble. Il y a toujours rupture avec le précédent, il me semble.

Il n’y a que ça qui m’intéresse. Pas seulement dans mon parcours, mais dans ma vie. J’aime être surpris. Je n’aime pas remettre deux fois les pieds dans les mêmes traces. J’évite de me mettre dans des mécaniques et dans un pilotage automatique. Je refuse les recettes évidentes. Il y a très peu de prises de risques. Moi, si je ne prends pas de risques, je m’ennuie.

Et si on s’ennuie, on ennuie les autres ?

Oui, parce que, lorsqu’on s’ennuie, on fait les choses mal. Peut-être que l’on réussit une carrière quand on est détaché de tout… Il faut être égoïste, penser d’abord à l’argent. Moi, j’en suis incapable.

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C’est quoi réussir une carrière ?

Pour moi, c’est plutôt réussir sa vie, en fait… au niveau bancaire.

Il ne faut pas vous plaindre de ne pas être riche. Vous n’avez jamais fait de concessions dans la musique. Vous l’avez cherché.

Mais si, j’en ai fait. Et ça ne m’a jamais rien rapporté. Si c’est pour faire quelque chose dont je ne suis pas fier, qui sort et qui ne marche pas, autant être content de ce que je fais et pouvoir me regarder dans la glace. Aujourd’hui, en 2013, je me dis « advienne que pourra ». Au stade où j’en suis, pour continuer, il faut que ce que je propose soit intéressant et sans aucune concession pour plaire.

Dans ce disque, vos textes sont mis puissamment en avant et c’est une bonne chose parce que vous êtes un grand auteur.

L’essence du propos. J’aime bien l’épure, mais je n’aime pas le minimalisme. Parfois, minimalisme rime avec pauvre. Moi, j’aime bien les accords riches. Quand je travaillais les arrangements de ces nouvelles chansons, j’ai souhaité m’en tenir à l’essentiel. Bon, je ne suis pas tout seul dans cette aventure discographique. Marc quand il se met au piano, c’est un ovni. Il pense à la chanson, mais pas à « dans quel genre la jouer ». C’est un instinctif…

Vous avez enregistré cet album en 5 jours, chez Rodolphe Burger, à Sainte-Marie-aux-Mines.

Oui, c’était un endroit extrêmement tranquille pour travailler, du coup, on était très spontané. C’est un havre de paix où tu fais ce que tu veux. C’est à toi de trouver le bon état d’esprit au bon moment de la journée ou de la nuit. Les chansons, je les avais déjà beaucoup chantées et travaillées en amont. Quand on est arrivé chez Rodolphe, Marc avait les chansons au bout des doigts, moi je les avais au bout des lèvres…

Certaines de ces chansons existaient depuis longtemps.

Moi, j’ai une boite d’archives. Je ne jette rien. Il n’y a jamais de mauvaises idées, il y a simplement de mauvais moments… et parfois il y a aussi la mauvaise personne. Parfois, je tombe sur une vieille cassette de 1987. Tout est nul, sauf subitement une suite d’accords. Je suis capable de la réutiliser en 2013. Ça m’arrive aussi de retomber sur des vieux textes. Subitement, j’en relis un, mes cheveux se dressent et je me dis « ça va coller avec la musique que je viens de faire ». Là, tout s’arrête. Tu n’as plus faim, il ne fait plus nuit, il ne fait plus jour et tu y vas à fond.

"L'éternité" en live enregistré le 08 septembre 2012 à la Japy Factory à l'occasion du vernissage du "Rock Your Art".

Dans « L’éternité », vous expliquez que vous ne croyez pas au destin. Rien n’est inscrit dans le marbre.

L’espoir n’existerait pas s’il y avait un destin. On n’est jamais à l’abri d’une bonne surprise, vous savez.

Vous dites que rien n’est fait pour durer. Ce n’est pas très optimiste.

Si quelque chose est fait pour durer, il n’y a plus de liberté. Dans cette chanson-là, ce que je mets en avant, c’est surtout la déveine, quand les dès sont jetés. J’ai voulu dire que cette déveine ne dure jamais. Je parle de l’état d’esprit que l’on met face au bonheur ou au malheur. Je fais partie de ces gens qui, pendant des années, quand il touchait au bonheur, se disaient « ce sera mieux demain encore ». Je ne profitais pas du moment. Ce sont des conneries. Carpe diem. Il faut profiter du bonheur que l’on vit dans l’instant.

Dans « Notre amour », vous racontez la vie agitée d’un couple qui dure, malgré les secousses rencontrées. J’aime beaucoup cet angle inédit.

Dans la chanson, l’amour c’est toujours la plainte et quand on veut chanter l’amour positif, ça devient vite mielleux. Le grand amour, ce n’est pas Holiday On Ice. Un grand amour, ça dure, mais c’est une montagne russe.

"Le temps des âmes"

« Le temps des âmes », ce n’est pas la chanson la plus gaie de l’album… c’est une chanson sur la vieillesse « qui est un drame ».

Moi, je trouve que c’est la chanson la plus gaie de l’album. Elle m’a été inspirée par une lecture sur le post humanisme de Jean-Michel Besnier. J’ai un regard très négatif sur le futur, sur notre avenir par rapport aux machines qui nous envahissent, sur le fait que l’on perde du vécu par rapport à la matière. Le posthumanisme imaginait qu’être là, en chair et en os, c’est juste une étape dans l’humanité. On vit une époque où le corps humain est un poids. C’est pour ça que je dis que la vieillesse est un drame. A 20 ans, on ne s’en rend pas compte, mais à 50, oui. Et pourtant, on a l’impression d’avoir encore 20 ans. Moi, mes genoux commencent à me faire mal, je commence à rouiller. Ça ne va pas aller en s’arrangeant, alors que j’ai encore tant de choses à faire. Et j’ai envie de vivre. Comment aller plus loin ? Peut-être en arrivant à se passer du corps. Bon, ce que je raconte est un peu compliqué, j’en ai conscience. Vous savez, cette chanson est un peu philosophique. Je fais de la poésie, je n’explique pas toujours les choses que je chante.

Vous parlez pas mal du temps qui passe et de la vieillesse. Un artiste vieillit-il moins vite que les autres ?

Ton environnement professionnel ne veut pas que tu vieillisses. Ce n’est pas bon, le murissement, ça ne se vend pas. Il y a un couloir très sombre et assez long dans lequel on entre et d’où on sort au bout d’un moment quand on est un homme… et les femmes rarement. A un moment, il faut revenir avec les cheveux gris, le visage buriné et là, on dit de toi que tu as vécu, voire survécu. Une femme qui a survécu, on n’aime pas trop ça dans la musique. Toute l’industrie du loisir aujourd’hui s’adresse aux jeunes, tout est donc tourné vers eux. On ne demande jamais aux jeunes de se tourner vers les plus âgés.

C’est marrant, c’est ce qui s’est passé dans le rock quand vous étiez jeunes.

On avait 15 ans et on rêvait d’être comme ceux que l’on voyait sur scène et qui étaient plus grands que nous. C’était des grands frères et ils nous donnaient envie de passer à l’âge adulte. Aujourd’hui, la tendance s’est inversée. On nous demande de nous adresser à des enfants de 15 ans…

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Ton public à toi réclame encore du Starshooter et tous tes tubes en solo.

Il ne faut surtout pas flatter les gens qui viennent te voir dans le sens de la nostalgie. Tout le monde attend ça. Tout le monde est aux abus… euh… aux aguets. Je viens de faire un beau lapsus là. Pour un chanteur, c’est une discipline à avoir de se refuser la nostalgie. C’est facile la nostalgie. Moi, je trouve que je chante mieux qu’avant, que mes textes et mes musiques sont plus intéressants aujourd’hui. Pourquoi ressasser le passé ?

Il y a une chanson qui s’appelle « Volontaire ». Elle dit que la vie est trop courte et qu’il faut en profiter. Et surtout, il y a un message important : ne prenons pas de chemin linéaire, tout droit. Prenons les chemins de traverse.

Dans cette chanson, je défends ma ligne de vie. J’ai fait des erreurs certes, qui m’ont conduit dans des impasses. Qu’est-ce qu’une erreur au fond ? Moi, j’ai découvert beaucoup de choses merveilleuses par erreur. C’est l’accident qui peut faire évoluer. C’est encore plus probant dans les sciences. Quand on suit une ligne, quand on devient expert en quelque chose, on oublie ce qu’il se passe autour et donc on a une idée fausse. Soit on a une idée globale des choses, soit on sait que les autres existent et on se tourne parfois vers eux pour son propre compte.

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Pour finir,  voici images, coulisses et confidences sur l'enregistrementen. En 5 épisodes...

03 mars 2013

Sébastien Mousse et Michel Vigneron: interview pour la série Luc Mandoline

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luc mandoline,harpicide,interview,sébastien mousse,michel vigneron,mandorAujourd’hui, je vais évoquer un nouveau personnage de la littérature policière. Un personnage récurrent comme on les aime. Luc Mandoline.

Luc Mandoline est un thanatopracteur. Un quoi ? Un embaumeur, si vous préférez. Son job consiste à préparer les défunts. C’est Sébastien Mousse, lui-même thanatopracteur, qui a inventé ce personnage. Chaque opus est écrit par un auteur différent qui va s’approprier pendant deux cent cinquante pages l’univers de Luc Mandoline. Le mélange des auteurs permet les styles les plus variés, du polar classique au roman noir, en passant par la S-F, la fantasy, l’humour décalé… Il y en aura pour tous les goûts.

La bible de Luc Mandoline:
Longtemps, il a voulu être médecin légiste. Durant sa scolarité, il dévore les manuels, romans et biographies sur le sujet, mais son caractère bien trempé et son refus viscéral de l’autorité lui valent l’exclusion de plusieurs établissements scolaires. Il s’engage alors dans la Légion étrangère pendant huit années. Huit années aussi sans voir Élisa, sa confidente, son amour platonique, huit années sans se voir, mais pas une semaine sans s’écrire. C’est en se liant d’amitié avec un autre camarade légionnaire, Sullivan, qu’il découvre la thanatopraxie. Sullivan a prévu de se reconvertir dans le milieu du funéraire à sa sortie de la légion. Luc s’engage dans la même voie que son ami. Seulement, quand la mort lui paraît trop suspecte, la famille trop bizarre, c’est plus fort que lui, il faut qu’il fouine, qu’il enquête à sa façon. Au risque de faire remonter la vérité la plus sordide.

J’ai rencontré Sébastien Mousse à l’agence le 31 janvier dernier. Je lui ai posé quelques questions sur cette aventure éditoriale. Puis ensuite, j’ai interviewé Michel Vigneron, l’auteur du premier volet de la série, Harpicide (préfacé par Franck Thilliez).

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luc mandoline,harpicide,interview,sébastien mousse,michel vigneron,mandorInterview :

Tu es un passionné de polar avant tout.

J’ai beaucoup fréquenté le polar quand j’étais ado, puis j’ai arrêté. Et puis, j’ai fait mon service militaire dans les transmissions. Dans les transmissions, tu es derrière une machine dans un bureau à coder des messages et quand il n’y a rien à faire, tu lis. C’est là que j’ai redécouvert San Antonio et Le poulpe.

Tu dis d’ailleurs que le personnage de Luc Mandoline est un mélange des deux séries. Moi, je le trouve plus violent que les deux autres.

Dans le premier roman, c’est Michel Vigneron qui l’a rendu comme ça. Ses romans sont durs et violents, il n’a pas fait exception à la règle pour la série. Et encore, c’est la première fois que dans un roman de Michel, il y a une happy end. D’habitude, ses héros meurent. Là, comme il débutait la série, je lui ai demandé de ne pas me le tuer (rires).

C’est toi qui as créé la « bible » du héros.

Je me suis amusé à créer un personnage, Luc Mandoline. Autour de lui, il faut aussi faire luc mandoline,harpicide,interview,sébastien mousse,michel vigneron,mandorgraviter d’autres personnages. J’ai fait en sorte que les auteurs pressentis puissent s’amuser.

Il y a de nombreux clins d’œil à Frédéric Dard, dans les noms des personnages, dis donc.

Oui, Élisa Deuilh, Sullivan Mermet, Franck Sauvage, Alexandre Benoit… tous ces noms viennent de la littérature de Frédéric Dard. J’ai emprunté et mélangé un peu… le seul nom qui ne vient pas de cet auteur, c’est le nom du flic Maxime Claeneboo. Claeneboo, c’est le nom d’un personnage d’un pote auteur a qui je dois beaucoup, Maxime Gillio. C’est un des personnages de Le cimetière des morts qui chantent.

Ce sont des livres qui ne dépassent pas les 250 000 signes.

C’est court, mais c’est fait exprès. Je ne voulais aucune fioriture et que ce soit rythmé. En 10 pages, il faut que nous soyons dans l’action. 

Le teaser de la série.

Luc Mandoline n’est pas que thanatopracteur, il a passé 8 ans dans la Légion étrangère. Il a des couilles, on peut dire ça.

Oui, il sait se défendre et ça ne le gêne pas de tuer. On ne sait pas trop pourquoi, mais dans la genèse de Luc Mandoline, il a pratiqué plus ou moins la médecine légale.

Tu as d’autres points communs « raisonnables » avec Luc Mandoline à part le fait que tu sois toi-même thanatopracteur ?

Moi, j’aurais voulu être médecin légiste, mais j’étais un gros fainéant à l’école. Pendant un temps, les thanatopracteurs étaient assistants des médecins légistes…

Tu as créé ta maison d’édition dans le but de faire cette série. Tu es courageux !luc mandoline,harpicide,interview,sébastien mousse,michel vigneron,mandor

C’est une association culturelle en fait. Moi, j’ai un métier pour vivre et ce que je fais dans l’édition est de la pure passion. L’argent qui rentre au fur et à mesure que l’on vend des livres, c’est de l’autofinancement pour payer les auteurs, ce qui est la moindre des choses puisqu’ils ont un contrat d’édition. Les rentrées financières servent aussi à financer les prochains livres.

Es-tu tenté d’écrire un livre ?

J’écris aussi, mais sous pseudo et sous mon propre nom. J’ai écrit au profit de l’association des amis de San Antonio.  J’ai aussi participé au recueil L’exquise Nouvelle sous le pseudo de L’Aligator. Je veux faire mes preuves sans que l’on sache que c’est Sébastien Mousse l’éditeur qui écrit. J’ai un manuscrit à 4 mains qui devraient sortir sous mon propre nom. Je vais commencer à assumer cette partie-là de mes activités.

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Je sais que tu vas lancer de nouvelles collections.

La première collection que je vais produire et éditer, c’est avec Fabien Hérisson, du collectif des auteurs du noir. Nous allons sortir un recueil intitulé Santé, sur les maladies orphelines. (Pour en savoir plus, c’est ici. Mandor a assisté à la signature de cette collaboration). Ensuite, avec une Bérangère Soustre de Condat-Rabourdin, criminologue et anthropologue judiciaire, je sors la collection Post Mortem. 3 numéros par an plus un hors série au moment des fêtes de fin d’année sur un tueur en série en particulier. C’est de la vulgarisation scientifique et pas du tout de la fiction. On va s’amuser à démonter ce que l’on voit dans Les experts ou NCIS, des séries de ce genre qui montrent beaucoup de choses fausses. Enfin, je vais sortir Les nouvelles d’en bas. Ce seront des livres petits formats écrits par des auteurs différents avec des styles différents. Polar, noir, humour, érotique, gore. Ils ont juste un prologue à respecter. Marcel est gardien de cimetière et il a la particularité de pouvoir parler aux défunts.

Entre ton métier de thanatopracteur et ce qui tu fais dans l’édition, c’est un travail de fou. Tu as d’autres activités ?

Je m’occupe de l’association des amis de San Antonio, je gère le blog de l’association. Je suis collectionneur de plantes, j’ai plus de 80 espèces de bambous, des bananiers, des palmiers. Il faut donc que j’entretienne tout ça. Je fais aussi du moulage et de la peinture.

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luc mandoline,harpicide,interview,sébastien mousse,michel vigneron,mandorLe premier épisode des aventures de Luc Mandoline s’intitule Harpicide. Il m’a particulièrement intéressé, car l’action se situe dans un département français d’outre-mer que je connais très bien. La Guyane. J’y ai vécu 6 ans. Il est question du 3e REI…  mon père en a été dans les années 80, le médecin-chef. J’y ai donc trainé mes guêtres très souvent. Bref, la lecture de ce roman particulièrement noir m’a transporté dans une précédente vie personnelle (et intense). J’ai donc posé quelques questions à Michel Vigneron à propos de ce livre et de la Guyane.

L’histoire :

Un légionnaire s’est fait tuer lors d’une mission Harpie. Le chef de corps du 3e REI fait appel à Luc, ancien de ce régiment, afin de s’occuper du défunt, et surtout de faire la lumière sur cette affaire. Et pour cela Luc à carte blanche, ce qui n’est pas pour lui déplaire. Nous voici plongés dans l’univers de l’orpaillage clandestin, de sa violence, des garimpeiros et de la prostitution. Un roman sans concession, violent et réaliste. Michel Vigneron à mis toute la verve qui le caractérise dans l’écriture de cet opus de l’Embaumeur.

L’auteur : Né en 1970 à Calais, Michel Vigneron habite désormais en Guyane où il dirige uneluc mandoline,harpicide,interview,sébastien mousse,michel vigneron,mandor équipe de 80 policiers. Entré dans la Police nationale en 1995 comme gardien de la paix, il exerce dans le Xe arrondissement de Paris de 1996 à 2000. De cette date à fin 2001, il travaille à la Police aux frontières de Calais, dans la Brigade mobile de Recherche départementale où il faisait la chasse aux réseaux de passeurs et de trafic des êtres humains.
Après avoir réussi le concours de lieutenant et un an et demi de formation, il est affecté au commissariat de Boulogne-sur-Mer comme chef de secteur pendant deux ans. Il décide alors de travailler de nuit et gère toute l’activité judiciaire, ainsi qu’une quarantaine de gardiens.

En 2008 est sorti mon premier roman Marilyne de Boulogne, suivi en 2009 de Boulogne K puis est arrivé Le puits de la perversion en 2010, le tout aux éditions Ravet Anceau, collection Polars en Nord. Les mots qui reviennent le plus souvent en ce qui concerne mes polars sont « réalistes, violents, crus, sombres, durs »…

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Interview :

Commencer le premier volet d’une série, est-ce que cela met un peu de pression ?

La pression ? Non ! J’ai préféré laisser ça à l’éditeur, Sébastien Mousse. Il ne faut pas perdre d’esprit que pour moi, l’écriture reste un plaisir, mon violon d’Ingres : ça me distrait. Ce n’est pas  mon métier, je ne gagne pas ma vie avec mes livres. Je ne me prends pas au sérieux, mais cela ne m’empêche pas d’écrire sérieusement. L’aventure Mandoline était excitante, enthousiasmante. C’était un défi qui m’amusait plus qu’il ne m’angoissait.

Dans Harpicide, Luc Mandoline est implacable, parfois même sans foi ni loi. « Une véritable machine de guerre, un instrument de mort sans pitié qui exécute froidement ceux qui osent se mettre en travers de sa route, ceux qui mettent sa tribu en danger. » Vous ne vous êtes pas demandé si vous n’alliez pas trop loin avec ce personnage qui sera récurrent ?

Quand Sébastien m’a brossé le portrait de son personnage, je l’ai tout de suite imaginé dans la forêt guyanaise ! L’Embaumeur m’a donné l’envie d’écrire une aventure tendue, pleine des excès que l’on pouvait trouver dans certaines séries B des années 80/90. Je ne pensais vraiment pas que le récit serait pris à ce point au sérieux ! Donc non, je n’avais pas l’impression d’aller trop loin. Luc est un personnage de fiction, un jouet entre les mains des auteurs approchés par Sébastien. Même s’il passe par le fer pas mal de types dans « Harpicide », il se calme dans « Ainsi fut-il ». Ce deuxième opus montre bien que « mon » Luc n’a aucune influence sur celui des autres auteurs qui ne se sentent pas obligés de trucider à tour de bras parce que ce cinglé de Vigneron a sorti l’artillerie lourde dès le premier numéro !

luc mandoline,harpicide,interview,sébastien mousse,michel vigneron,mandorSébastien Mousse dit de ce livre : « C'est du Vigneron pur jus, sombre, hyperréaliste, violent. » Vous avez l’impression que c’est votre marque de fabrique ?

Ces mots reviennent souvent quand il s’agit de mes livres. J’ai un rapport à la violence très différent des gens « normaux » de par mon métier. Bien sûr, je ne la pratique pas, mais elle fait partie de mon monde (ou plutôt de mes mondes) depuis près de vingt ans, c’est pourquoi je la décris et la mets en scène si facilement. Pour moi, cela n’a rien d’extraordinaire. Sombre et hyperréaliste… c’est comme ça que j’aime les polars : désespérés et sans fard. J’adore déprimer en regardant « MR73 » !

Vous évoquez l’orpaillage illégal, la Mission Harpie, la Légion… de manière réaliste, sombre, dure et violente, sans aucune concession. Votre métier de policier en Guyane vous a-t-il permis d’être confronté à certaines situations évoquées dans le livre ?

Non, je n’ai jamais participé à une mission Harpie. Si tel avait été le cas, je n’aurais pas écrit sur le thème. Je me défends d’utiliser directement mon vécu professionnel pour écrire un roman. J’utilise des ambiances, des anecdotes, mais rien de plus. La mission Harpie est quelque chose de très délicat, de très sensible en Guyane, ce qui oblige à une grande vigilance. Pour écrire Harpicide, je n’ai utilisé que des dossiers de presse libres de consultation, des articles locaux, des comptes-rendus d’affaires judiciaires déjà jugées.

Plus généralement, je sais la Guyane de plus en plus violente d’année en année. C’est uneluc mandoline,harpicide,interview,sébastien mousse,michel vigneron,mandor source d’inspiration pour votre travail d’écrivain, du coup ?

La Guyane est très stimulante pour un scribouillard comme moi, et j’ai un ou deux scenarii en tête qui pourraient voir le jour. Il faut juste trouver le temps… Mais je tiens tout de même à mettre un bémol à la violence croissante de la région ; je me sens plus en sécurité ici que dans de nombreuses villes de métropole. Ici, je peux encore traverser la place des Palmistes, en uniforme, sans me faire cracher dessus, ni me faire insulter ! Pour le reste, il suffit juste de prendre quelques précautions de base, comme éviter de se promener en ville avec une bijouterie autour du cou ! Il est clair que tout peut très vite déraper ici, que les esprits s’enflamment en une fraction de seconde, parfois pour des peccadilles. Mais il ne faut pas oublier que la Guyane est en Amérique du Sud, nous avons ici des populations issues de pays réputés pour leur violence : le Brésil, le Guyana…

Vous citez le 3e REI, le 9e RIMA, ça ne les dérange pas de se retrouver dans cette histoire ?

Pour ce que j’en sais, ça les fait plutôt marrer ! Ils savent que ce n’est qu’un roman, rien de plus. « Harpicide » n’est pas une enquête de terrain sur le plan Harpie, mais bel et bien une fiction qui utilise cette mission comme prétexte.

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Vous dites que « le cœur de l’orpaillage, ce n’est pas ces pauvres diables qui s’empoisonnent avec le mercure et autres saloperies qu’ils utilisent pour récupérer l’or, mais les pourritures  qui vivent au Surinam ou au Brésil, à l’abri de la justice française ».  Vous avez un sentiment de révolte en vous, par rapport à ce que vous voyez des ces « affaires  guyanaises » ?

Bien plus que le vol de l’or, c’est l’esclavage des garimpeiros, le massacre de la forêt, l’empoisonnement des populations qui me répugnent.

Y a-t-il vraiment, comme il est plus que suggéré dans votre livre, des sites d’orpaillages « conséquents » exploités jusqu’au bout, sans aucune intervention des services de l’état parce que, bénéficiant de protections ?

Il existe de gros sites clandestins qui, dès qu’ils sont repérés, font l’objet d’une intervention des services de l’État. La mission Harpie, c’est tout de même presque 4000 missions en 2012 ! On dira que le bilan est mitigé, mais il ne faut pas oublier que l’ennemi fait partie de la forêt et qu’il est, de ce fait, difficile à chasser. Et le domaine forestier couvre quand même 96% d’un territoire immense, hostile. Ce n’est pas le bois de Vincennes. La paranoïa que je décris n’est là que pour nourrir le climat du roman, ce n’est pas une vérité. Je le répète, j’ai écrit un roman, pas un documentaire.

Vous dirigez une équipe de 80 policiers. Quel regard ont-ils sur votre deuxième vie ? Vous lisent-ils ? Et que pensent-ils d’Harpicide en particulier ?

Cela les amuse. Ils retrouvent dans le livre mes éléments de langage (et oui, je parle comme un charretier !). « Harpicide » ne les choque pas outre mesure.

Vous sentez-vous bien en Guyane et quel est votre point de vue sur ce département français ?

La Guyane, on accroche ou on déteste ! Ma famille et moi appartenons à la première catégorie. Dès l’instant où vous comprenez qu’on n’y vit pas comme en Métro, tout se passe très bien. Tout s’accélère en ce moment : la démographie explose, le brassage culturel devient de plus en plus visible –  avec ses avantages et ses inconvénients –  et la population est de plus en plus jeune. Il va y avoir un sacré boulot d’accompagnement pour cette région riche au sens large du terme. Les Guyanais méritent toute notre l’attention.