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25 août 2012

Emmanuel Della Torre : interview pour "Lucide quidam songs"

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Aujourd’hui, coup de projecteur sur l’auteur compositeur interprète Emmanuel Della Torre.

Il est venu me rendre visite à l’agence le 17 août dernier pour parler de son nouvel EP, Lucide Quidam Songs (écoutable ici, sur Noomiz).

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Interview :

292544_233460840104210_583926727_n.jpgMoi qui connais tes deux précédents disques, je peux dire que en écoutant ton nouveau EP, on reconnait désormais une patte Della Torre.

C’est bien que l’on reconnaisse un style particulier. L’équipe est plus réduite que pour le précédent album, ballades éoliennes. J’ai continué de travailler avec Gregory Beaux (violon, mandoline, chant) et Muriel Gadault (flûte, mélodica, chant, basse, glockenspiel, percussion).

C’est quoi le moteur pour commencer une chanson ?

Sans conteste la musique. Mais, j’aime quand les textes jaillissent sans trop chercher quoi que ce soit. Je les retravaille après. Je n’écris pas souvent parce que j’attends que ça vienne.  Pendant ce temps-là, je me nourris de la vie, de lecture et de musique. Si je n’écris pas souvent des textes dans leur intégralité, je prends beaucoup de notes. Un peu comme je prends des notes musicales.

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Emmanuel Della Torre avec son "équipe", Muriel Gadault et Greg Bault (par Daniel Rouvel).

Qu’est ce qu’il faut pour bien écrire une chanson ?

Il y a un point de départ, une idée, un lieu, des personnages éventuellement et il y a un moment où il faut en sortir. Il faut à la fois être dans son histoire, mais il faut trouver des angles pour la conclure. Il m’arrive d’aller puiser dans mes notes pour trouver des idées nouvelles. J’aime bien coller une phrase qui, a priori, n’était pas dans le contexte et qui pourtant s’intercale bien.

Comme un puzzle quoi !

Oui, et si on parle de jeu, j’évoquerai le ping-pong. Le ping-pong entre les mots et la musique. Entre le sens et le son. Ce n’est pas évident.

Qui t’a marqué musicalement ?

De manière très originale, je vais citer les Beatles, y compris un type comme Harrison. Sa façon d’appréhender la guitare m’intéresse beaucoup. Si j’aime évidemment beaucoup Mc Cartney, je préfère la sensibilité de Lennon. Plus récemment, il y a des groupes comme Radiohead, Police, ou encore Jeff Buckley, Sting, Dylan, Paul Simon. En français, Lavilliers, Gainsbourg, Bashung, Sheller m’ont beaucoup inspiré.

C’est compliqué de ne pas leur piquer des idées. L’inconscient fait parfois rejaillir des emmanuel della torre, lucide quidam songs, interview, mandormusiques… inspirées.

Quand je finis une chanson, je fais le tri. Si je m’aperçois que mon travail est un peu trop du « copié collé » à cause de quelque chose qui est resté dans un coin de ma mémoire, je ne le conserve pas. À condition de m’en rendre compte.

Quels sont les thèmes de tes chansons ?

La vie, ma vie, le monde, la société. Je retranscris à ma façon des évènements qui ont pu me marquer, mais sous forme poétique et avec légèreté de manière à ne pas être trop ancré à la réalité. Je ne sais pas être trop descriptif et réaliste. J’aime bien les images et les métaphores.

Dans cet EP, tu parles plus de toi-même qu’à l’accoutumée.

Je me suis livré un peu plus, mais ça m’a permis aussi d’évoquer les autres. Il y a des choses que je n’aurai pas pu écrire il y a quelques années… par pudeur.

Tu dis qu’un artiste est  un « transformateur ».

C’est intéressant d’avoir ce recul entre ce que l’on est, son vécu, son enfance et ce qu’on transcrit, même s’il y a beaucoup de soi. Quand je suis en période d’écriture, j’ouvre les antennes. Tout peut devenir source d’inspiration et tout peut être transformé.

emmanuel della torre,lucide quidam songs,interview,mandorTe sens-tu artiste ?

Je me sens artiste depuis longtemps, mais je ne cherche pas forcément à le revendiquer. Pour moi, tout se passe à l’intérieur. Sur la scène, je suis différent de ce que je suis dans la vie. Je prends le micro et je balance tout ce que j’ai. Pas dans la vie. Mais, c’est normal.

Tu es un enfant de la balle.

J’ai un père comédien qui a fait le conservatoire de Paris et qui est un des pionniers de la décentralisation du théâtre et une mère musicienne, élève de la harpiste Lily Laskine. La scène est un terrain de jeu pour moi depuis longtemps. Je trainais dans les coulisses, mais je voyais aussi que les choses n’étaient pas simples. J’ai toujours su que le métier d’artiste était très compliqué à vivre et que l’envers du décor n’était pas toujours d’une beauté absolue.

Où en es-tu dans ta carrière ?

La pire des choses est de faire du surplace. Mon projet avance doucement, mais il avance. Je ne suis pas dupe, à un moment donné, ce sont les autres qui vous font ou vous défont. Mon plus grand regret actuellement, c’est de ne pas plus me faire entendre dans les médias et donc de toucher un éventuel public. Je sais que c’est difficile parce que nous sommes nombreux sur le marché.

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22 août 2012

Louis Ville : interview pour ...Cinémas...

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En juillet dernier, j’ai reçu un mail de la personne qui s’occupe de la promotion de Louis Ville. Louis Ville que je suis (de loin) depuis un moment. J’ai chroniqué naguère certains de ces disques…

Cet artiste m’interpellait, mais nous ne nous étions jamais rencontrés.

Celle qui préside en la destinée médiatique de Louis Ville me proposant de m’envoyer la nouvelle édition de son album …Cinémas…, puis de le rencontrer s’il me plait, je réponds illico que oui. Pour tout.

Donc, l’affaire se conclut en une semaine.

Il est arrivé à l’agence, accompagnée de sa femme (qui a assisté à l’entretien).

Le feeling passe immédiatement.

Extrait de sa biographie officielle :louis ville,cinémas,version deluxe,interview,mandor

"La musique de Louis a toutes les couleurs du monde, des confins de l’Orient aux Balkans, de la chanson populaire française au Blues cajun. Louis qui se décrit comme un artisan et non un artiste, peint des paysages d’une beauté mélancolique dans lesquels il nous promène dans des mondes fantasmagoriques, peuplés de tout, de rien, mais surtout d’amour. Au fil des années, son charisme exceptionnel a fait chavirer d’émotion un public toujours plus dense qu’il transporte avec humour dans son univers sensible…

… En mars 2011, Louis nous présente ...Cinémas..., son quatrième album (chez L’Autre Distribution). ...Cinémas... est une ballade émouvante qui revisite les road movies américains, le cinéma français des années 50, les films noirs américains des sixties, l’univers fellinien et tant d’autres. La plume de Louis est toujours aussi originale et ciselée, la voix plus envoûtante et émouvante encore. Il y a tant d’amour, de flamboyance, tant de joie, de dérision dans ce Cinémas là qu’il ne nous quittera plus et les images défileront pour longtemps encore devant nos yeux et nos cœurs, comme une pellicule sans fin."

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louis ville,cinémas,version deluxe,interview,mandorInterview :

Vous me paraissez assez solitaire dans la création ?

Oui, mais je sais m’entourer pour jouer ma musique. Je suis très opportuniste avec les groupes avec lesquels je travaille, parce que je sais qu’ils vont m’apporter quelque chose. Si je décide de jouer avec telle ou telle personne, c’est parce que je connais leur talent. Je sais que ce mélange-là peut être excessivement bénéfique. La composition de base, je m’en occupe tout seul. J’ai des idées bien arrêtées.

Vous êtes très exigeant musicalement et « textuellement ».

J’ai une exigence par rapport à ce que je crée. Je n’ai pas envie de décevoir comme certains artistes que j’apprécie m’ont déçu. Je suis mon premier lecteur et si je ne suis pas satisfait de ce que j’ai écrit, je ne le sors pas.

"Cruelle", extrait de l'album "cinémas" et de la réédition "cinémas" de luxe.
Avec Elizabeth Masse, sur une idée d'Yvanna Zoia, réalisé par Pierre Dodin pour Dod Prod.

Est-on objectif sur son propre travail ?

Je lis beaucoup et notamment de la littérature anglo-saxonne et ces gens-là sont les rois de l’image et de la parabole. Le tout dans un style très concis, très sec, très rapide. Ils me subjuguent, me font voyager très rapidement. Je me réfère donc à ces référents-là. J’arrive à me rendre compte si mon texte à une bonne teneur et s’il n’est pas trop prétentieux.

Vous avez une écriture presque « littéraire ».

Sans faire le faux modeste, ça m’ennuie que vous disiez cela parce que je ne veux pas être considéré comme un intello. J’essaie toujours de trouver les mots et une imagerie relativement simples. Mes sujets aussi ne sont pas compliqués. J’invente aussi des personnages qui ont une vie simple. C’est peut-être littéraire dans l’approche parce que je refuse la médiocrité.

Refuser la médiocrité en 2012, est-ce que c’est se faciliter la vie ?

Pas du tout. Il y a des artistes qui me surprennent agréablement, mais la plupart du temps, il n’y a rien de transcendant. Moi, je ne fais pas ce boulot-là pour être riche et célèbre, alors je ne m’adonne pas à la facilité. Je fais ça par passion et par plaisir, je vais donc au bout de mes idées.

Et aller au bout de ses idées, ce n’est pas évident.

Ce n’est pas facile au niveau de l’existence, au niveau matériel, donc. Quand on a l’exigence que j’ai, on n’a pas tout le temps l’inspiration et la fulgurance qu’on devrait avoir. Après, est-ce qu’on est là pour se faciliter la vie sur Terre ?

"Embrasse-moi", clip de Frédéric Bal, sur une idée d'Yvanna Zoia, interpré par Elizabeth Masse.

On est là par contre pour pouvoir se regarder dans la glace…

Oui, je préfère cela. Je peux me dire que je n’ai pas honte du parcours que j’ai fait jusqu’à présent.

Le paradoxe avec un artiste comme vous, c’est qu’à chaque sortie d’album, on lit dans la presse des concerts de louanges, des critiques dithyrambiques, mais le public ne suit pas forcément. Le public n’aime donc pas ce qui est qualitatif.

Je ne vois pas les choses ainsi. J’ai plus l’impression que c’est la surmédiatisation de tel ou tel artiste qui fait que le public va vers lui. Quand on voit l’avènement de la télé-réalité, on voit que plus tu donnes de la médiocrité en nourriture, les gens finissent par la manger sans aucun problème. Quand on leur propose quelque chose de plus élaboré, médiatisé de la même façon, ça fonctionne aussi.

Pensez-vous que l’on nivelle vers le bas ?

Terriblement. C’est malheureux, mais c’est comme ça. Mais, vous savez, il faut voir l’environnement dans lequel on évolue. On a le droit de se laisser aller à la facilité quand on sort d’un boulot harassant, quand on n’a pas une vie très drôle. On n’a pas forcément envie de s’élever l’esprit.

"Ne te retourne pas".

Vous sentez-vous apprécié à votre juste valeur ?

Je n’ai pas d’ego par rapport à cela. Je suis plutôt un paysan. C'est-à-dire que je suis têtu.  Un jour, je me suis dit que j’allais prendre cette voie-là… ce n’est pas la voie la plus facile, mais je vais aller droit là où je veux aller. Je suis sûr qu’à l’usure, je finirai par y parvenir. Je suis sûr que petit à petit, je susciterai la curiosité, parce que je vais toujours dans la même direction.

Sans vous flatter bassement, vous êtes un artiste pur, je trouve.

Pour ce qui me concerne, je n’emploie jamais le mot d’artiste. J’aime bien élaborer les choses comme un artisan. D’ailleurs, comment peut-on être prétentieux au point de vouloir sortir du lot en

se décrétant « artiste ». Un artisan fait le mieux qu’il peut pour arriver à créer quelque chose. C’est ça que je suis. J’ai un père qui était ébéniste et je l’ai vu y mettre tellement de passion.

L’album …Cinémas… est sorti il y a un an et la nouvelle édition date de mai dernier avec en bonus des duos avec Mell, Marcel Kanche et François Pierron. Pourquoi cette réédition ?

Il y a essentiellement une rencontre avec Laurent Balandras des éditions Balandras. Il a eu l’envie de prendre le projet en main. On trouvait dommage de le rééditer tel quel. On a donc décidé d’inclure des nouveaux duos. Mell, Marcel Kanche et François Pieron sont des personnes que j’apprécie beaucoup pour leur qualité humaine et artistique. Il y a un profond respect entre nous et il n’y a pas de prétentions, ni d’ego à gérer. Travailler avec eux s’est imposé comme une évidence.

"Hôtel pourri", duo interprété par Mell et Louis Ville.

Comme son nom l’indique explicitement, cet album est un hommage au cinéma.

Dans tous les morceaux, j’ai glissé de manière évidente ou plus dissimulée, des références à des genres de cinéma que j’aime beaucoup.

Cette création-là était finalement aussi un jeu ?

Oui.

Créer c’est un jeu ?

Pas seulement. Surtout un besoin. À un moment, on ressent le besoin. C’est comme un fourmillement qui vient petit à petit. De toute manière, je ne sais pas m’exprimer autrement. Quand il y a de la foule, je deviens autiste, agoraphobe et je m’isole.

Ce n’est pas pratique quand on fait de la scène dans une salle avec plein de monde !

Je suis en hauteur. Il y a une distance et une protection qui me permettent d’être bien.

Quand la vie malmène, a-t-on envie de créer ?

On a envie de digérer et voir ce qu’il peut en sortir. La création d’une chanson est tout un processus long et lent. Et vous savez, il y a des choses du vécu que l’on peut transposer dans des histoires imaginaires.

Il y a peu de musique gaie dans votre œuvre.

Je ne sais pas faire ça. Ce n’est pas forcément très triste, mais je ne suis pas Carlos. Quand je commence une chanson dans laquelle il y a trop de joie, j’arrête. Il est difficile pour moi d’interpréter une chanson quand ce n’est pas son monde.

"Sans rien dire".

Est-ce que vos chansons ressemblent à ce que vous êtes ?

C’est très compliqué comme question. La vie m’offre parfois des choses magnifiques et elle m’offre aussi parfois des choses très difficiles. Eh ben, oui, la vie c’est ça. Et cet album-là, c’est ça. Des hauts, des bas, des hauts, des bas… c’est la vision de quelqu’un qui est dans la dèche, c’est la vision de quelqu’un qui ne sent pas toujours bien. Ce n’est rien d’autre que le reflet de la vie. Le reflet de ma vie. Par contre, je n’ai pas non plus envie d’être monochrome. Je ne veux pas faire que des chansons lancinantes, tristes, mélancoliques… je veux aussi qu’il y ait de la révolte.

Votre musique est à tendance rock, folk, mais pas uniquement.

Je ne veux pas me cloisonner à un style bien précis. Si un texte m’inspire d’aller loin dans le voyage, je vais loin, si un texte est un peu plus franchouillard, je vais aller dans la tradition française. Le terme franchouillard n’a rien de péjoratif pour moi, je vous assure.

Quel est pour vous un texte franchouillard dans votre album ?

« Sans rien dire » par exemple. Dans le rythme de ce texte, il y a ce 3-4 qui fait qu’on n’est pas loin de la chanson classique française.

Vous vous sentez proche de qui dans la chanson ?

De personne. J’aimais beaucoup Bashung parce que lui aussi, il allait droit là où il avait envie d’aller. Ce qu’il faisait était extrêmement respectable. Arno aussi, j’aime bien, même si je ne suis pas proche de son univers. Ce sont des gueules, de fortes personnalités qui se soucient peu de la mode du moment. C’est ça que j’aime.

Même si vous n'aimez pas le terme, c’est quoi pour vous, un artiste ?

C’est un homme qui se crée sa propre identité, qui murit au fil des ans… et qui apporte des choses différentes. Et puis on croise les doigts pour ne pas qu’il s’épuise et pour que l’inspiration reste en lui.

Avez-vous le sentiment d’être un artiste maudit ?

Non. Si on veut être un artiste maudit, on le décrète. Parfois, c’est normal de ne pas avoir de critiques uniquement positives. Un peu de modestie ne nuit en rien à la création.

"Marcello", clip produit par Yvanna Zoia, Louis Ville & Fabrice Issen, coproduit par Singapour 1939 Productions / réalisé par Thierry Paya

Avez-vous envie de passer au stade supérieur de notoriété ?

Oui. Un petit stade supplémentaire. Ce n’est pas une ambition pour mon ego, c’est une ambition pour mon porte-monnaie et pour mon banquier, c’est tout. Créer dans l’inconfort, c’est bien, mais au bout d’un certain nombre d’années, on demande un tout petit peu plus de confort. Mais les choses vont nettement en s’améliorant. Encore un peu plus de notoriétés et ce qui en découle et je serai peut-être enfin serein. C’est important d’avoir un peu de confort psychologique.

Vous donnez des cours d’écriture en prison ou pour des gens déscolarisés, mais je sais que vous n’aimez pas en parler.

C’est important pour moi de le faire, mais je ne trouve pas important que les gens le sachent.

Ça explique un homme, ce genre d’activité.

Ça fait trop « les restos du cœur ». En médiatisant ce côté-là de ma vie, c’est occulter tous les éducateurs qui font ça dans l’ombre tous les jours et qui en chient beaucoup plus que moi quand je vais faire mes petits ateliers d’écriture. Même si je ne me sens pas tout à fait inutile, ce n’est qu’un petit gravier par rapport à tout ce que font ces gens-là.

Mais, il y a aussi la notion de transmettre son savoir…

Oui, ça aussi c’est important. Mais ce que je fais n’est pas forcément apprendre à écrire, c’est déjà apprendre à s’exprimer. Ce sont des personnes qui ont de très grandes difficultés sociales, qui sont fermées à tout et qui sont complètement hermétiques aux autres, alors quand on arrive à les faire s’exprimer, c’est une victoire magnifique.

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Prochaines dates de Louis Ville...

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19 août 2012

MyBlobfish : interview pour la sortie de leur premier album

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myblobfish,interview,mandorEncore un groupe découvert grâce à l’insistance d’une bookeuse/attachée de presse à qui je ne répondais pas très rapidement. Nathalie Rosendo n’a pas lâché le morceau et j’ai fini par écouter les MyBlobfish.

Et j’ai fini par accepter de les recevoir dès la fin de la première écoute.

MyBlobfish, musicalement et vocalement, c’est du lourd.

Comme ils sont de la région de Bordeaux, il fallait attendre qu’ils aient l’opportunité d’une date parisienne pour qu’ils viennent me rendre une petite visite.

Ce qui fut fait le lendemain de leur participation au Festival Génération RÉSERVOIR.  Les deux MyBlobFish sont venus à l’agence le 27 juillet dernier… accompagnés de leur équipe au grand complet, dont Nathalie.

myblobfish,interview,mandorBiographie officielle :

Janvier 2010, My Blobfish naît de la rencontre entre Hanitra (chant, guitare) et Julio (batterie/cajon/coeur/guitare), deux musiciens d’univers distincts. Très rapidement la magie opère et le poisson au nom étrange pointe naturellement le bout de sa nageoire.
Sur scène, le duo à l’énergie communicative, mélange mélodies folks et rythmes ethniques.
De l’électrique à l’acoustique, My Blobfish navigue aujourd’hui de « caf’conc’ » en festivals, entraînant dans son sillage un public grandissant.
Avril 2011, l’AREMA Rock et Chanson à Talence (33) proposent au groupe un partenariat afin d’enregistrer un premier opus, fruit de la symbiose de leurs compositions respectives.

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Interview :

Vous avez commencé à jouer ensemble par dépit, ai-je lu quelque part…

Julio : J’avais pas mal de morceaux déjà composés et qui traînaient au fin fond d’un tiroir. À l’époque, je cherchais une chanteuse. On s’est rencontré dans une structure de la région qui s’appelle Salem. Elle comporte des locaux de répétitions où beaucoup de groupes se croisent et où il y a beaucoup de mouvement. Le patron de cette structure m’a dit qu’une chanteuse, seule, se débrouillait plus que bien. J’ai frappé à la porte, et c’est ainsi que l’histoire a commencé.

Que ce pose-t-on comme questions quand on se rencontre de cette manière. Est-ce que ça va bien fonctionner musicalement entre nous et humainement ?

Julio : Au début, on s’est juste présenté nos morceaux. Hanitra et moi, nous nous sommes vite rendu compte que nous allions vers la même direction. C’est le gros coup de bol.

Hanitra : Moi, je dirais que nous avions deux chemins musicaux différents, mais nos compositions étaient cohérentes les unes avec les autres. C’est très curieux. Toi Julio, tu étais un peu plus métal et énergique et moi j’étais plus dans la New Jack et la soul.

Après on doit répéter beaucoup pour obtenir une certaine fusion ?

Julio : On a la chance d’avoir nos propres studios de répétitions. Au départ, nous étions cinq, nous ne sommes plus que deux, du coup, on peut aisément se réunir et travailler. Au début, c’était un peu bancal, mais en bossant, on a fini par bien mélanger nos styles.

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Julio, quel est ton parcours ?

Il est un peu particulier. J’ai fait une école à Nancy, le MAI (Music Academy International). En sortant de là, mon objectif était de vivre de ma musique. J’ai donc tout fait pour.

Et toi Hanitra ?

C’est plus traditionnel. Je viens de Madagascar et je suis arrivé en France en 2000. J’ai joué dans plusieurs groupes et dans différents styles. Ensuite, j’ai un peu chanté en solo, jusqu’à la proposition de Julio.

Vous formez un duo depuis 2010 et vous avez déjà un disque. Très bien produit qui plus est.

Julio : Pourtant il a été fait dans l’urgence. On l’a enregistré plus vite que prévu. Du coup, ça donne un côté un peu spontané et authentique. En plus, j’avais le dos bloqué, c’était compliqué. C’était un peu roots, cette période.

Hanitra : Avec le recul, évidemment, il y a des ajustements que l’on aimerait faire, mais globalement, nous ne sommes pas déçus du résultat.

MyBlobfish au "festival Génération Réservoir", le 26 juillet 2012, veille de cette rencontre.

Vous tournez beaucoup ?

Hanitra : Oui, pas mal. Comme on est une petite formation, on passe un peu partout. On fait des scènes locales, des tremplins, des showcases. On accumule les expériences scéniques.

Julio : Nous, à partir du moment où on est sur scène, on donne tout. On est dans un autre monde. Quand le décompte est lancé, rien ne nous arrête.

Hanitra : Quels que soient la date, la salle, l’environnement, le public, l’enjeu, on essaie d’être le plus carré possible et  tout le temps aussi motivé.

Le fait d’être deux permet de se motiver mutuellement quand le doute s’installe, je suppose.

Julio : Effectivement, si l’un de nous a un coup de mou, l’autre est là pour prendre la relève et tout reprend forme. Jamais notre duo ne s’essouffle.

"Happiness" (en version acoustique studio).

On ne peut pas comparer votre travail à celui d’autres artistes. C’est un style indéfinissable.

Julio : Nous-mêmes, nous ne pouvons pas le définir très exactement. Je le répète, on fait de la musique de manière spontanée et rien n’est calculé. On ne va jamais dans une direction bien précise. Sur le prochain album, par exemple, il y a déjà des sonorités africaines… ça peut partir vraiment dans tous les sens.

Hanitra : On nous a dit, « il faut choisir un style », on a donc répondu: «  folk rock ». Mais parfois, on est plus « ethnique », plus « roots »…

Julio, tu me parles du deuxième album… il est déjà en préparation ?

Julio : Disons qu’on a un bon rythme de croisière. On avance vite puisqu’on a déjà les deux tiers du deuxième album.

Hanitra : Ça se fait assez naturellement. On se voit souvent, pour présenter le premier album et parfois on travaille sur le second. Nous ne cessons de travailler.

"Time", version studio.

Avez-vous l’impression d’avoir un petit public, déjà ?

Hanitra : Oui, à l’échelle locale. Les salles ne sont pas énormes, mais elles sont toujours remplies.

Quand ça marchera pour vous, vous aurez d’autres musiciens ?

Hanitra : Peut-être en featuring. Mais, on trouve que ça marche bien sous cette forme. Je pense que l’on perdrait en originalité si on prenait d’autres personnes dans notre formation. On se suffit à nous-mêmes. On a trouvé la bonne formule pour jouer avec énergie, présence et dynamisme…

Julio : On a tellement ramé pour trouver la bonne formule, qu’on n’a plus envie de changer. C’est la plus simple qui nous satisfait le plus et qui semble satisfaire le public. On fonctionne bien à deux, on reste à deux. Pour le moment, on en est là.

Live acoustique de "Everything you did to me" à l'Amadeux avec le bassiste, Michael Manring.

MyBlobfish, c’est plus un groupe ou un duo ?

Julio : Je dirai plus un groupe. Duo, ça fait plus jazz ou chanson française. Nous, on est un petit groupe.

Dans un duo,  pardon, un groupe, on parle beaucoup, j’imagine. On se conseille, voire se critique. C’est facile d’entendre ce que dit l’autre ?

Julio : En fait, nous, on a une façon de travailler qui s’est mise en place dès le départ. On compose chacun de notre côté. Même si je suis à la batterie, je prends la gratte et je compose des morceaux entiers et Hanitra fait pareil de son côté. Quand on se présente les morceaux, celui qui n’a pas composé va faire les arrangements, car il a les oreilles fraîches parce que c’est la première fois qu’il écoute. Et ça se passe toujours bien. On a les mêmes goûts.

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Vous chantez en anglais et ça vous va bien !

Hanitra : Pour tout ce qui est rythmique, le français est plus facile, mais pour tout ce qui est mélodique, je trouve que l’anglais fonctionne mieux. Moi-même, avec mes influences, je suis beaucoup plus à l’aise en langue anglaise. Quand j’étais beaucoup plus jeune, j’écoutais Whitney Houston et Maria Carey, ce genre d’artistes. Aujourd’hui, je me nourris notamment de Mary J Blige ou India Arie. Je suis impressionnée par ce qu’elles arrivent à faire avec leur organe. Pour ma part, je considère ma voix comme un instrument et désormais, j’en prends vraiment soin.

Quelle est votre prochain date importante?

Hanitra : Sans conteste, celle du samedi 25 août. Nous jouerons au Festival Couvre-Feu, à Corsept (44). C'est très important pour nous, car la programmation est impressionnante.

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Merci à Nathalie Rosendo pour les photos de l'interview...

16 août 2012

Frédéric Mars : interview pour Comment j'ai arrêté de CONsommer

frédéric mars,comment j'ai arrêté de consommer,interview,mandor

frédéric mars,comment j'ai arrêté de consommer,interview,mandorFrédéric Mars est un auteur que je suis depuis 2006 et que je rencontre à chacun de ses nouveaux livres (ou presque).A chaque fois, son livre n'a strictement rien à voir avec le précédent.

Il a été mandorisé 7 fois.

(Lire ou voir : la première, la deuxième, la troisième, la quatrième, la cinquième et la sixième).

Le 26 juillet dernier, je lui demandé de me rejoindre à « l’ agence » pour évoquer son nouveau livre, Comment j’ai arrêté de CONsommer : journal d’une année de lutte contre l’enfer marchand.

Présentation de l'éditeur :

" On est foutus, on mange trop. " Vous vous souvenez de cette chanson d'Alain Souchon ? frédéric mars,comment j'ai arrêté de consommer,interview,mandorAujourd'hui, il faudrait en actualiser les paroles : on est foutus, on consomme trop. On achète de tout, tout le temps, et n'importe comment. On CONsomme, on dépense, on accumule, sans jamais se demander ce que ces objets supplémentaires nous apportent réellement. Pendant une année, l'auteur a tenu un pari avec sa famille : deux adultes et un enfant qui ont tenté de déconsommer. De ne plus se gaver en pilote automatique, de reprendre en fait le contrôle de leur vie. Pour répondre (enfin) à cette vraie question : " Parmi tous les instants de mon bonheur, lesquels dois-je à ces choses que j'achète à longueur de temps ? " Sans soldes. Sans hypermarchés. Sans abonnements. Sans carte bleue. Sans crédit ni découvert. Sans publicité. Sans marques. On imagine les difficultés, notamment à Noël, lors de la fête des Mères, pour le choix des vacances, à la rentrée des classes ! Comment s'en sortir ? Très drôle et pragmatique, Comment j'ai arrêté de CONsommer est le journal de bord d'un résistant à la fièvre acheteuse, sans idéologie ni moralisme.

Biographie de l'auteur :

Frédéric Mars, journaliste et écrivain, a publié plusieurs romans : Son parfum (Ramsay, J'ai Lu), L'amour est une femme (Le Rocher), Le Sang du Christ (Michel Lafon), NonStop (Black Moon). Sous pseudonyme, il est par ailleurs l'auteur de plus d'une cinquantaine d'ouvrages tous genres confondus (essais, documents, romans, etc.).

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Interview :

En recevant ton livre, puis en le lisant, je me suis dit que nous nous étions croisés, parfois, quand tu vivais cette expérience… et je n’ai pourtant rien décelé.

Quand j'ai vécu cette expérience, je ne le criais pas forcément sur tous les toits. Le propos n’était pas ni dans l’expérience, ni dans le bouquin, de tenir une position radicale. Il ne faut pas se leurrer, je suis un pseudo bobo de proche banlieue, plutôt favorisé avec des revenus corrects. Si tu as moins que le SMIC pour vivre chaque mois, si tu as le RSA, évidemment, tu ne t’adonnes pas à ce genre d’expérience,  j’en ai parfaitement conscience. Mon livre a un point de vue de bourgeois, d’ailleurs je vois bien que les gens qui réagissent avec le plus d’enthousiasme à mon livre sont des gens qui n’ont pas de problème d’argent. Du coup, ils se sentent plus en position de se défaire de certaines possessions.

Quand on parle de « déconsommation », souvent les gens entendent des trucs plus radicaux de décroissances revendicatives et militantes où les personnes qui s’adonnent à cet exercice arrêtent tout.

Je le dis dès le départ, je suis un consommateur, je reste un consommateur. L’idée n’est pas de ne plus consommer du tout, mais c’est de consommer de manière moins automatique, moins débile, moins asservissante et moins aliénante. Dans ce cadre limité, j’ai eu envie d’essayer tout ce qu’il était possible de faire.

Les choses se sont mises en place au fur et à mesure, je crois.

J’ai fait une brocante, j’ai donc vidé ma cave… tout à commencé ainsi. Les choses se sont enquillées dans une certaine improvisation. Je n’ai pas fait un grand plan sur un an. Je le raconte comme ça parce que c’est une facilité narrative, mais les différentes étapes se sont enchaînées un peu au jour le jour. Avec ma femme, on a un peu fait de la navigation à vue.

Quand on décide de « déconsommer », quand on s’astreint à des règles, on perd beaucoup de temps et de disponibilité dans la tête…

C’est un paradoxe. À vouloir « déconsommer », on est tributaire de la consommation. L’autre paradoxe, c’est que les gens qui achètent ce livre achètent quelque chose qui évoque le fait de ne pas acheter des choses non essentielles. Dès que tu abordes la question de la consommation et de la « déconsommation », tu te cognes en permanence à des paradoxes et à des incohérences. À un moment, il faut faire fi de ces paradoxes sinon, on ne fait plus rien.

frédéric mars,comment j'ai arrêté de consommer,interview,mandorTu constates qu’il vaut mieux acheter un nouveau téléviseur plasma que de tenter de le faire réparer. Voilà un autre paradoxe.

Rien que pour la laisser au réparateur, par exemple, il faut déjà donner de l’argent. En permanence, quand tu fais cette expérience. Tu es rattrapé par la culotte. Tu te rends compte que tu es attaché à la consommation avec un élastique et plus tu tends l’élastique, plus tu risques violemment d’y être ramené. Notre but à ma femme et moi n’était pas de couper l’élastique parce que c’est impossible, l’élastique sera toujours là.

On te rétorque souvent qu’en « déconsommant », on fait péter le système.

Je ne dis pas qu’il ne faut plus consommer. On ne cherchait pas à être plus malin, on cherchait à être mieux, plus à l’aise et plus heureux avec ce que l’on achète. D’ailleurs, c’est une suprême ruse des gens qui cherchent à nous vendre des choses de nous rendre malins. On en revient à ce que tu me disais sur l’occupation de l’esprit, plus on cherche à être malin, plus on a en tête en permanence les actes de consommation. On ne pense qu’à ça, ça devient obsessionnel. Nous on cherchait à s’en enlever de la tête.

Toute cette somme d’effort et de minis expériences ont-elles porté ses fruits ? Les as-tu frédéric mars,comment j'ai arrêté de consommer,interview,mandortous pérennisés ?

Non. Très honnêtement, j’ai repris une Carte Bleue par exemple. Vivre sans carte de crédit, dans le monde d’aujourd’hui, si on se veut être intégré, c’est impossible. Je rappelle que je ne cherchais pas  à montrer l’expérience de quelqu’un de complètement sorti de la société. Ça me semblait plus pertinent que l’expérience du type qui va vivre sans rien au fin fond de la campagne. Il y a un côté Robinson Crusoë très palpitant, mais pour nous, ça apporte quoi ? Qu’est-ce que ça va prouver ? Qu’est-ce que ça va donner envie de faire au quotidien à la personne qui, elle, est engluée dans son quotidien et qui veut faire un petit effort ? Rien. Elle ne va pas faire la même chose. Alors que moi, je voulais donner, à travers notre expérience, quelques minis outils aux gens qui pourraient se dire qu’ils pourraient essayer aussi sans se désocialiser.

Tu dis souvent « nous » dans cette interview. Tu inclus ta femme.

Ma femme a vraiment du mérite parce qu’elle travaille dans le luxe. Elle est spontanément attirée par ce qui est beau et donc cher. Elle est formatée ainsi, c’est son métier. Mais, elle a joué le jeu le mieux possible. Notre fils aussi. On a eu la chance de tenter cette expérience à une époque où il était encore assez petit. Il avait 5 ans. Trois ans plus tard, on n’aurait pas pu. Honnêtement, c’est moi qui ai le plus souffert de l’aspect désocialisant de cette expérience.

Au début, tes amis se sont tous dit que tu avais des problèmes d’argent.

Tous. Parce que mes amis savent que ma femme et moi sommes des  travailleurs « indépendants ». Ni elle, ni moi ne sommes salariés, donc en l’occurrence, ils pouvaient se dire qu’on traversait une période creuse, qu’il y avait un gros trou dans nos activités et qu’on n’osait pas le dire.

C’est vexant ?

Non, parce que ça peut arriver. Je n’aurais pas eu honte de dire que la période était plutôt calme et qu’il fallait que l’on fasse attention. Nos amis ont projeté sur nous une fierté que nous n’avons pas. Ce qui est plus gênant finalement, c’est de savoir que pour tout notre entourage, si on ne consomme plus autant qu’avant, c’est que nous ne sommes plus dans une forme de normalité qu’eux peuvent enregistrer et percevoir. On devient alors hors norme.

Culturellement parlant, « déconsommer », c’est un gros problème.

Oui, toi tu es un gros consommateur de produits culturels, tu vas comprendre ce que je vais dire. Quand j’ai arrêté d’acheter des produits culturels « mainstream », c'est-à-dire, ceux qui font l’actualité, j’ai été complètement désociabilisé. Tu n’es plus intéressant parce que dans la conversation, tu ne peux plus en parler parce que toi tu ne les consommes plus. Dans notre milieu commun, François, si tu ne maîtrises pas l’actualité culturelle, tu n’es plus rien aux yeux des autres. C’est dur, mais c’est vrai.

frédéric mars,comment j'ai arrêté de consommer,interview,mandorTu m’as fait marrer dans les pages où tu racontes que tu as décidé de n’aller voir que des spectacles gratuits.

Si tu regardes les programmes des manifestations culturelles gratuites à Paris, ce sont essentiellement des concerts de musique classique dans les églises. Et au départ, tu ne peux pas t’empêcher de te dire que si c’est gratuit, ça veut dire que c’est un sous spectacle, que ça sera de moindre qualité, que ce ne seront pas de vrais pros. Après tout, s’ils sont moins payés, c’est qu’ils ne le méritent pas finalement. C’est là que tu constates que dans notre mode de réflexion ordinaire, il y a cette équation : pour qu’une chose ait une valeur humaine, artistique ou culturelle, il faut qu’elle ait un prix. Si on ne paye pas, ça ne sera pas bon. Ce qui est complètement battu en brèche par certains festivals d’été qui sont gratos… évidemment, cet a priori est archi faux.

Quand tu racontes que lorsque tu es invité chez quelqu’un, tu ne viens plus avec une bouteille de vin ou des fleurs, là, je me suis dit que c’était ma limite à moi… Ça m’a fait comprendre que quand on vient chez quelqu’un, il y a la notion d’échange. Tu m’invites, mais je t’offre un truc.

Oui, et quand tu ne fais plus ça, la première fois tout le monde rigole, la deuxième, on rit un peu jaune, la troisième, tu sens qu’il y a un malaise. Un vrai malaise. C’est la valeur marchande de l’objet qui va faire le lien. Je ne peux même pas ramener un objet qui a une valeur sentimentale ou familiale… c’est incongru dans cette situation, sauf si je vais chez quelqu’un de ma famille. Je n’avais pas mesuré quel malaise durable ça pouvait générer et à quel point cette notion d’échange est vraiment structurelle dans les relations amicales. Si on ne le fait pas, l’amitié peut se désintégrer… j’exagère à peine.

As-tu eu l’impression d’avoir pris des risques en écrivant ce livre ?

Non, ce livre n’a rien cassé avec mes amis. Ce sont des gens intelligents, malgré les tensions qu’il y a eu parfois et que je raconte dans le livre. Aujourd’hui tout va bien avec eux. Les risques que j’ai pris ne sont pas graves socialement. Par contre, quand j’ai décidé de fermer des comptes, de ne plus avoir de CB, je suis presque devenu parano tellement je ne me sentais plus dans la normalité. Je me disais qu’on allait me le faire payer.


Comment j'ai arrêté de consommer JT 20 heures... par fredmars2

frédéric mars,comment j'ai arrêté de consommer,interview,mandorMoi, j’ai suivi tes conseils à propos des placards remplis de victuailles jamais mangées, mais toujours rachetés…

C’est la mesure la plus simple à mettre en place et celle qui est la plus frappante parce qu’elle saute aux yeux de tout le monde. Il y a des aliments que tu achètes tout le temps et que tu ne consommes quasiment jamais. Rien que ça, c’est énorme en volume et en valeur. Les fruits et légumes, par exemple, on en jette constamment. C’est le syndrome d’après-guerre… le stockage. Qui n’a pas des packs de lait dans sa cave, des conserves permettant de tenir un siège ? Quand tu consommes ce que tu as avant de consommer de nouveau, je t’assure que ça t’allège déjà pas mal. Le temps d’après c’est de se poser une question : à qui et dans quels canaux tu achètes ces produits-là ? Nous, on achète plus un seul produit de la terre dans un supermarché qui, lui-même, l’a acheté à Rungis qui, lui-même, l’a importé de je ne sais où. On achète 100% de nos fruits et légumes à un producteur local qui habite à une dizaine de kilomètres de chez nous. Et du coup, on ne consomme plus que des produits de saisons. Tout ça, c’est très simple à faire et ça n’a rien de radical. Si tout le monde fonctionnait comme ça, est-ce que déjà on ne progresserait pas beaucoup ?

Au niveau du style, ce livre est un journal de bord.

Je ne l’ai pas écrit au fil de l’eau. J’ai pris des notes et j’ai écrit après. Je voulais le temps de mûrir tout ça.

Il y a beaucoup d’humour, de second degré.

C’est « enrobage » humoristique permet de mieux faire passer le message. J’ai vite compris que, de cette expérience, il y avait plus vertu à écrire une histoire un peu vivante et marrante. Je voulais éviter l’essai un peu pontifiant.

Si tu n’avais pas eu l’objectif d’écrire ce livre, aurais-tu fait cette expérience ?

Très honnêtement, ça aide à la motivation. Je ne suis pas sûr à 100% que je l’aurais fait si je n’avais pas eu la carotte de la publication de ce livre.

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13 août 2012

Jonathan Dassin : interview avant la sortie de son premier album

jonathan dassin,interview

C’est rare quand je demande à un artiste dont je n’ai pas entendu l’album de venir me voir. Dans le cas de Jonathan Dassin, je n’ai écouté que deux titres, Dans le désert et Ma gueule… Mais cet artiste est un cas particulier. Il est impossible de ne pas voir en lui son père, Joe Dassin. Et pourtant il a beaucoup lutté contre cette ressemblance. Puissamment. Aujourd’hui, il a cessé de lutter. Il assume cette filiation vocale et physique. Du coup, il avance plus vite et plus honnêtement.

Les textes de son premier album, selon son dossier de presse, sont « romantiques et effrontés. Sa musique est à la frontière de la soul, du funk et de la variété. L’univers du premier album de Jonathan Dassin joue sur les contrastes, entre mélodies enjouées et textes désenchantés. Sa voix grave nous  rappelle celle de son père, mais son univers bien particulier épouse la nouvelle scène française ». Jonathan Dassin est venu à « l’agence » le 19 juillet dernier. Merci à son attaché de presse, Pierre-Henri Janiec, d’avoir tenu parole... et si vite. Comme d’habitude.

jonathan dassin,interviewInterview :

Vous avez commencé à composer à 13 ans vos premières chansons, en anglais, au sein du groupe pop Limelight. 

Je faisais traduire les chansons que j’écrivais en français en langue anglaise par ma tante, Richelle Dassin, la sœur de mon père. Je trouvais que ça sonnait mieux et c’était aussi une question de facilité. Quand on chante dans une langue que l’on ne maîtrise pas, pas besoin de raconter des histoires fabuleuses ou d’être excellent dans l’écriture.

Vous avez donc changé d’avis, aujourd’hui.

Oui, puisque je ne chante plus qu’en français. Je me suis sérieusement penché sur cet aspect-là de mon travail. Pour chanter en français, il fallait que je fasse murir quelque chose qui n’était pas forcément naturel pour moi.

En 1997, à l’âge de 18 ans, vous accompagnez à la trompette et au bugle le groupe afro Nassara.

C’était une très grande expérience. A ce moment-là, je me disais que le chant n’était pas fait pour moi, mais je voulais continuer la musique. Je me suis donc mis à la trompette avec ce groupe. Avec Nassara, j’ai élargi mes horizons musicaux et multiplié les concerts. Le groupe a fait les premières parties de Manu Dibango et des Wailers, et a été la tête d’affiche d’un concert au Bataclan en 1998. Cette expérience m’a beaucoup appris. Musicalement et dans les rapports humains… c’était une grande famille.

Vous avez quitté le groupe pour pouvoir vous recentrer sur un projet personnel et chanter de nouveau.

Oui. Chanter n’a jamais été un grand problème pour moi. Ce qui a été compliqué long et fastidieux, c’est d’accepter la voix que j’avais. Il fallait que j’accepte que ma voix ressemble à celle de mon père. Pendant une grande période de ma vie, j’ai essayé de m’en éloigner. Cela m’obsédait, un peu trop d’ailleurs. Je suis baryton et je ne chantais pas dans ma tonalité. Je chantais plus ténor, alto parce que je n’assumais pas la ressemblance vocale avec Joe Dassin.

jonathan dassin,interviewQu’est-ce qui a fait que finalement, vous avez décidé d’assumer cette voix ?

Le temps et ma maturité ont fait leur travail. J’ai fini par réaliser que ça ne servait à rien de fuir la réalité des faits.

Quand on est le fils de Joe Dassin on a envie de crier : « écoutez-moi pour mon travail et pas parce que je suis le fils d’un chanteur populaire » ?

Je suis au début de ma carrière et je sais pertinemment que je ne passerai pas à côté de la comparaison. Je sais ce que je veux faire et je me suis toujours un peu éloigné du répertoire de mon père. Je me suis démarqué volontairement de ses chansons… je suis confiant en moi et en mes chansons. Ce que je vis en ce moment est un moment de vérité. Je travaille pour que l’on reconnaisse mon travail et je ne veux surtout pas profiter de la notoriété de mon père.

Les comparaisons avec lui, vous vous y attendez.

J’entends ça depuis que je suis enfant… j’y suis habitué.

1er clip officiel : Dans le désert.

Vous faites des chansons éloignées de la variété pure et simple. Ma gueule ou Le désert, par exemple, ne sont pas des chansons « faciles ».

J’adore la musique américaine et ma musique peut se rapprocher de la soul, du funk, parfois c’est plus « ambiance », parfois elle tire vers le reggae. J’ai finalement une palette assez large. Ça va vous étonner, mais je considère que je fais aussi de la variété.

Vous aimez qui musicalement ?

J’adore Curtis Mayfield, Marvin Gaye, Prince, Ben Harper par exemple. Chez les Français, c’est Gainsbourg et Brassens.

Et les chansons de votre père, vous ont-elles influencées ?

J’ai eu une période, dans ma petite enfance, où je n’écoutais que lui. Ensuite, j’ai complètement zappé. Il avait une manière de faire de la musique et de chanter qui était unique.

Êtes-vous admiratif de ce papa que vous n’avez presque pas connu ?

Honnêtement, je pense qu’aujourd’hui, je suis objectif. En progressant personnellement dans la musique, j’ai pu mieux comprendre pourquoi il était bon.

Pourquoi alors ?

Alors que beaucoup de musiciens sont à la recherche de la complexité, lui, cherchait la simplicité et l’efficacité. Un musicien n’est jamais aussi bon que quand il cherche à faire simple. C’est à ce moment que le public est touché. Moi, dans mon évolution, je tends à cela. Je me bats pour simplifier.

Un extrait de Ma gueule.

Votre album est annoncé depuis longtemps. Il tarde un peu à venir.

On vient de signer chez Wagram, il faut patienter encore un peu. J’ai beaucoup composé ces dernières années, mais j’ai du choisir parmi une douzaine de titres ceux qui allaient figurer sur mon album. Le choix fut difficile. Je ne suis pas mécontent d’avoir mis du temps à sortir ce disque, car je sais que maintenant je présente un travail mature. Nous allons retourner en studio en septembre et en octobre. Il y a des textes un peu second degré, un peu cynique aussi, voire méchant parfois. J’aime bien un peu provoquer.

Avez-vous déjà des « fans » ?

Un petit peu. J’ai aussi pas mal de fans de mon père qui observent ce que je fais et qui m’encouragent. Ça ne me dérange pas, je le comprends parfaitement.

jonathan dassin,interview

Le souci, dans votre cas particulier, c’est qu’il y a un a priori immédiat. Le fils de Joe Dassin, qui a la même voix et la même tête, chante lui aussi. Même moi, j’ai dû freiner ce réflexe de suspicion.

Je sais bien. Il faut passer cette première étape et être curieux pour découvrir mon univers. Faire de la musique est une démarche personnelle puisque je n’ai pratiquement pas connu mon père et que ma mère ne nous a jamais incités à nous lancer dans ce domaine. Mon frère et moi, nous nous sommes débrouillés tout seuls pour aller dans cette direction.

Une chanson de Joe Dassin dédiée à son fils Jonathan. Paroles très troublantes...

A 17'30'', Joe Dassin parle de Jonathan et de son éventuel envie qu'il devienne chanteur lui aussi...

Votre frère cadet, Julien, justement, il chante aussi.

Oui, mais nous n’avons pas la même démarche musicale et je ne parle jamais à sa place.

Avez-vous peur du jugement des autres ?

Pas trop. Si c’est négatif, bien sûr, ça va me plaire moyennement, mais j’ai plutôt confiance en moi. Il le faut pour avancer.

Est-ce qu’il y a quelque chose de l’ordre de « je crois en ma bonne étoile » ?

Je ne me suis jamais posé cette question. Je sais que c’est ce que je veux faire tout en ayant pleine conscience que les choses peuvent très bien se passer ou pas aussi bien que je l’espère. En ce moment, je suis heureux. J’ai la possibilité d’enregistrer mes chansons, puis de les faire connaître, c’est une belle période. J’ai envie d’en découdre avec le public. J’ai hâte d’avoir son avis…

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25 juillet 2012

Mamienco : interview pour "Ici l'homme"

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Il y a quelques semaines, je reçois le mail d’une dénommée Lise Daynac. Elle me propose à travers une bio et quelques liens musicaux de partir à la découverte du groupe Mamienco. Je connaissais l’existence de ce groupe, mais pas vraiment leur musique. J’avais en tête un chanteur barbu (et de temps en temps torse nu) particulièrement charismatique. Mais point barre. Rien de plus. Après l’insistance d’un second mail de la manageuse du groupe, j’obtempère.

Et je ne l’ai pas regretté.

mamienco,jeff preto,florent mery,lise daynac,interview,ici l'hommeDes paroles puissantes et poétiques sur l’homme avec un petit «  h » (« pour en évoquer la simplicité, une humanité anodine révélée grâce à la musique » explique le groupe). Une musique diablement énergique avec toutes sortes d’instruments inhabituels quand on joue du rock à ce point-là.

Je réponds enthousiaste au mail de la jeune femme.

Ainsi, le 18 juillet dernier, j’ai reçu deux des 4 éminents membres de Mamienco : Jeff  Preto (bassiste, guitariste et chanteur) et Florent Mery (clarinettiste).

(Merci donc à Lise Daynac !)

Extraits de la biographie officielle :

L’appétit de la scène et l'énergie que déploient les Mamienco vous toucheront. Une fois la première note posée, les univers se dessinent et les influences surgissent. Jeff Preto offre une présence et une voix à la croisée des Doors, d'un Brel et d'un Eddie Vedder, la clarinette est autant rock que balkanique, l'accordéon joue de son soufflet comme d'une guitare électrique, la batterie mène la danse... chanson, rock, musique du monde...
En 2010 Mamienco est Lauréat du GRAND ZEBROCK et foule les scènes de la Maroquinerie et de la fête de l’huma de Paris. Le groupe a plus de 300 concerts à son actif, des tournées en France et à l'étranger et des rencontres avec des artistes comme Les Têtes Raides, Les Blérots de Ravel, Fantazio, les fils de Teupuh, Jim Murple Mémorial, JAVA, Bernard Lavilliers, Syrano, Courir les rues et d'autres...

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Interview :

Quand le groupe a débuté en 2001, le projet Mamienco était sensiblement différent.

Jeff : On était jeune. On avait la dynamique de faire de la musique et de partager des envies de création. Dans la première version de notre groupe, il y avait une chanteuse qui avait des envies de chanson française. Elle était très influencée par Paris Combo ou La Tordue par exemple, du coup on a fait un mélange entre nos propres envies et les siennes… ça a donné l’ancien Mamienco.

Florent : Après le départ de la chanteuse, on s’est axé sur la matière de Jeff. Jeff qui est sacrément prolixe.

Vous travaillez les morceaux sur les « squelettes » de Jeff. Il vient avec sa voix et une guitare et il présente ses morceaux.

Jeff : C’est exactement ça. Quand je travaille seul chez moi, je pense aux arrangements. Donc, quand j’arrive, je donne des pistes à chaque musicien.

Florent : Il arrive avec une matière fournie en termes de couches. Il y a pas mal de pistes que l’on peut s’approprier pour faire nos propres arrangements. L’idée étant de ne pas travestir la matière de Jeff. On trouve plus intéressant de travailler la matière sonore avec les instruments peu utilisés dans le rock que de jouer des riffs de guitares peut-être efficaces, mais basiques.

Meddley de l'album "Ici l'homme".

Vous dites que vous faites du rock. Que l’énergie que vous déployez est rock.  Que la clarinette et l’accordéon ne changent rien à l’affaire… L’accordéon, il fait le taff d’une guitare électrique.

Florent : L’enjeu, pour nous les instrumentistes, c’est d’aller au-delà de son instrument. On pense nos arrangements comme des parties de guitares pour aboutir à une énergie rock’n’roll. On n’est pas un groupe « festif », même si on est content aussi… mais on fait du rock.

Jeff : On a toujours une petite distance avec le sujet abordé. Malgré les thèmes graves que j’aborde dans mes chansons, on ne veut et va pas faire pleurer dans les chaumières avec. Je veux faire écho chez les gens à travers tout ce que j’ai vécu. Je continue à sourire, j’aime la vie. Je ne veux pas être l’archétype du mec pas bien, qui a le spleen. Si je l’ai un peu, je vis bien avec.

Florent : J’imagine que dans tes textes, il y a un aspect un peu exutoire. La musique te permet de sortir les trucs qu’il y a en toi. Le tout est de ne pas le faire de manière simplement égoïste

Jeff : Je suis dans le partage et dans le don.

Florent : Comme on travaille sur des textures et des émotions, le tout est d’être suffisamment imagé pour que chacun puisse trouver un écho dans sa propre vie.

Jeff : Si parfois, dans mes chansons, j’utilise le « je », elles restent le plus ouvertes possible, fédératrices et universelles.

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Pendant l'interview...

Vous, les musiciens, vous arrive-t-il d’intervenir sur les textes de Jeff ?

Florent : Très rarement. On intervient surtout pour la musique. Les textes sont vraiment toujours calés. Il n’y a jamais rien à en redire.

Jeff : Moi, je pose quand même la question aux autres. Les mots, c’est important. Souvent, je demande à Florent si ce que je raconte est correct. Il est un peu mon « monsieur syntaxe ». Il intervient sur la diction, les liaisons… c’est super important.

Florent : Le défi est de faire passer le texte de manière le plus intelligible qui soit avec énergie et une interprétation sans faille. Dans nos textes, il y a un vrai propos, mais c’est un propos qui est parfois musical.

J’ai lu quelque part vous concernant : Le rock des années 70, le grunge, Noir désir, avec des injections de Brel et de Brassens…

Florent : Je ne sais pas trop ce que tu en penses Jeff, mais moi, Brassens, je ne vois pas trop. Brel, plus… pour l’aspect sueur.

Jeff : Ce serait prétentieux de se comparer à ces grands-là.

Mamienco aux Francofolies de la Rochelle 2011 sur la scène SFR Jeunes Talents.

Jeff, tu fais le singe sur scène. C’est un retour aux sources qui te permet de te mettre à nu le plus possible.

Jeff : Parfois, ça va loin, je saute sur les gens, je balance des chaises…

Florent : Plus tu vas loin, plus, nous, on kiffe parce qu’on te suit.

Jeff, tu sembles un peu timide, discret, en tout cas dans la vie. Sur scène, par contre, tu exploses. Tu sens une transformation quand tu rentres sur scène ?

Jeff : Il y en a une. Comment la décrire et l’expliquer ? Je ne sais pas. Pour moi, un plateau, c’est un lieu divin où je suis une sorte de catalyseur. Si mon mot est posé, je serai posé, si mon mot part en couille, je pars en couille. Tout doit passer et tout est permis en même temps. La scène, c’est un terrain de jeu sacré.

Florent : La représentation scénique, c’est l’effort de conscientisation qu’on essaie de faire. On ne présente pas n’importe quoi aux gens. Tout à du sens dans ce que nous montrons.

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Votre musique me fait penser au rock progressif des années 70. Des musiques à tiroir.

Jeff : Un peu, en effet. Et la scène permet de défiger notre disque. On peut ouvrir encore un peu plus de tiroirs…

Florent : A aucun moment on ne s’interdit de digresser.

Cette position de leader, Jeff, tu le vis bien ?

Jeff : Ce n’était pas évident. Aujourd’hui ça va mieux. L’échiquier du groupe a fait que je me suis mis devant, mais je relativise ça.

Maintenant que vous avez un disque « officiel », ça change beaucoup de choses ?

Florent : Tout le monde s’accorde à dire que le disque, c’est fini, mais il faut avoir un disque pour que l’on parle de nous, pour intéresser des programmateurs ou des organes de presse. L’intérêt plus personnel, c’est qu’un disque peut figer sur une matière physique un instant T défini. Le fait de ce contraindre à faire un disque cohérent, avec un visuel, un contenu musical qui se tient avec un réalisateur, Michel Zacha, qui nous a bien fait progresser, ça incite à le défendre à fond. C’est nécessaire un disque pour la vie d’un groupe, pour tourner…

"Coeur de vie".

Vous n’êtes pas prophète en votre pays, mais vous tournez pas mal à l’étranger.

Florent : Le public de l’extérieur est un public que nous aimons aussi beaucoup. Il ne va pas intellectualiser notre musique, nos textes…  En France, le public est plus spectateur qu’acteur. Ils comprennent les textes, donc ils écoutent les paroles. Ils ont des références, du coup, on est comparé.

A qui le plus souvent ?

Florent : A Noir Désir principalement. Ce que l’on a ressenti dans les festivals en Angleterre ou en Allemagne, c’est que le public est plus sensible à l’énergie que l’on dégage que du propos tenu.

Ce n’est pas facile pour nous, journalistes musicaux…on vous place entre la chanson et le rock…

Florent : C’est un souci dans la vie post Noir Désir. Ce groupe à réussi cette synthèse de puissance, de sauvagerie, d’aspect terrien, et de textes qu’on retient et chargés de sens. Depuis, personne n’a réussi cet exploit et ça manque franchement. On essaie, avec nos instruments à nous. Je ne dis pas que l’on y parvient, mais on essaie.

Jeff : Noir Désir était un groupe authentique et complètement à nu. En France, je ne vois plus ça. Ce que j’entends aujourd’hui, ce sont des groupes qui disent les choses sans que le public ait à faire un effort de compréhension. Moi, je ne vibre plus. Je connais des groupes qui reviennent vers ça. Je suis assez optimiste sur ce phénomène.

"Ici l'homme".

« Ici l’homme » est une grande chanson, je trouve.

Florent : Elle remet l’homme à sa place. Il ne sert à rien d’avoir de grandes pensées et une grande orientation, on est de toute façon dirigé par notre instinct. On n’est pas là pour se poser des questions supra existentiels, on est là pour vivre.

Jeff : Bonne analyse Florent. On est un peu comme des chercheurs qui passent sa vie à chercher ou comme un écrivain qui met le temps pour écrire son bouquin. On a cherché pendant longtemps un climat et je pense que nous l’avons trouvé.

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24 juillet 2012

Gaëlle Pingault : interview pour "Ce qui nous lie"

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gaëlle pingault,ce qui nous lie,interview,mandorCela faisait longtemps que j’avais lu les deux recueils de nouvelles de Gaëlle Pingault. Ses histoires sont toujours drôles, dures ou tendres… ou les trois à la fois. J’apprécie cette façon d’écrire qui fait mouche, qui ne laisse pas insensible. En la lisant, on aboutit toujours là où on ne s’attendait pas. J’ai souvent croisé cette auteure dans des salons du livre que j’animais et il me tenait à cœur de lui poser des questions dans un contexte plus calme (où le temps n’est pas notre ennemi).

Le 16 juillet dernier, Gaëlle Pingault est enfin venue sur mon canapé (celui de l’agence, hein, qu’on ne se méprenne pas !) pour évoquer Ce qui nous lie et l’écriture en général.

gaëlle pingault,ce qui nous lie,interview,mandor4e de couverture : Ce livre nous entraîne dans la valse colorée des liens, fragiles ou indéfectibles, salvateurs ou destructeurs, tissés pour un jour ou pour toujours avec parents, amis et tous ceux qui nous lient. Comme dans un kaléidoscope, nous voyons se former et se déformer ces relations ; sentiments forts, confus, complexes, artificiels...

L’auteur : Gaëlle Pingault, née en 1976, est orthophoniste. Elle exerce dans sa Bretagne natale. Ce qui nous lie est son deuxième recueil. Le premier (paru aussi chez Quadrature), On n’est jamais préparé à ça a reçu le prix Nouvelles d’automne 2010.

Interview :

Tu écris depuis une vingtaine d’années et c’est ta sœur qui t’a mise sur les rails…

Oui. Aujourd’hui, elle fait partie de mes relectrices. Je te prie de croire qu’elle ne lâche rien. Elle épingle tout ce qu’il y a à épingler en vol. Elle est très forte pour repérer les failles de logique dans un texte. Il n'y a pas qu’elle qui fait partie de mes relectrices privilégiées. J’ai des yeux précieux autour de moi qui se complètent les uns des autres.

Le goût de l’écriture te vient d’un goût prononcé pour la lecture ?

J’ai pas mal lu quand j’étais ado. Je viens d’une famille où on a toujours beaucoup bouquiné, mais au-delà de ça, je viens également d’une famille dans laquelle on aime perpétuellement jongler avec les mots. J’ai été élevé à Bobby Lapointe, ça doit donner un goût pour les mots et l’envie de s’amuser avec.

Sais-tu si une nouvelle est plus forte qu’une autre ?

Il y en a que j’aime et d’autres moins. Ça arrive de temps en temps que je me rende compte qu’une nouvelle n’est pas ce qu’elle devrait être. À ce moment-là, elle reste à dormir dans un coin de mon ordi. Parfois, il m’arrive juste de constater qu’une est « pas mal », c'est-à-dire qu’elle reflète ce que je voulais dire. Parfois, je pars avec une idée et puis je cale en cours de route parce que je ne trouve pas le bon rythme, pas le bon mot, bref, rien ne se met en place.

Que fais-tu des non aboutis ?

Je les garde en me disant qu’elles pourront mûrir plus tard. Il est déjà arrivé que deux ans plus tard j’en ressorte une parce que j’ai une idée supplémentaire, parce qu’entre les deux, mon écriture a évolué. Je me dis que, peut-être, ça vaut le coup de la retravailler. Parfois ça marche, parfois, ça ne marche pas.

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(Photo Jérôme Cayla)

gaëlle pingault,ce qui nous lie,interview,mandorAs-tu une technique d’écriture pour capter l’attention du lecteur dans tes nouvelles ?

Pas du tout. Je fais partie des gens qui écrivent sans scénario. Je peux partir sur une fin d’histoire pour construire le début. Dans ce recueil, c’est le cas pour « Avant Venise » par exemple. J’ai construit mon personnage et mon histoire à partir de la chute. Mais, généralement, quand je commence à écrire, je commence plutôt par le début et je ne sais pas comment ça se termine.

Selon toi, plus on écrit, plus son style s’aiguise, plus on devient bon ?

Je n’en sais rien. J’ai plutôt l’impression de ne pas faire la même chose et ça, c’est important pour moi. La façon dont je procède, dont je fais ma cuisine, mon petit mitonnage, j’ai l’impression que ça ne se passe pas de la même façon. Maintenant, le lecteur s’en rend-il compte ? Je n’en ai aucune idée.

Je vais te poser la question autrement. Sens-tu une évolution entre le premier et le deuxième recueil ?

Oui.

Et ton éditeur aussi ?

Oui, clairement. En plus, chez Quadrature, ils sont huit. Un grand nombre de ce comité lecture a gaëlle pingault,ce qui nous lie,interview,mandorconsidéré que ce recueil était meilleur que le premier. Lorsque j’ai su ça, ça a été la cerise sur le gâteau.

Tu es donc très officiellement « novelliste » et tu te revendiques comme telle. Réfutes-tu le terme « écrivain » te concernant ?

Je ne sais pas si c’est le terme « écrivain » que je réfute, c’est juste que je suis orthophoniste à la base et que c’est ça mon métier. Et je ne veux pas me lancer sur des histoires de légitimité, sinon, on n’est pas rendu. Pour résumer, être novelliste, ce n’est pas plus ou moins que mon « vrai » métier, c’est en parallèle.

Est-ce qu’il faut égarer le lecteur dès le départ quand on écrit une nouvelle ?

Je pense que l’on peut écrire des nouvelles de plein de façons différentes, en tout cas, moi j’aime donner des fausses pistes. Pas pour le plaisir de balader les gens et de me satisfaire de les avoir piégé, mais pour les amener par la main avec moi. On ne joue pas l’un contre l’autre dans cette histoire-là.

Sans en dire beaucoup sur tes nouvelles, peut-on dire que ça ne finit pas toujours de manière très… positive ?

On peut le dire, oui. C’est curieux, on me l’a beaucoup fait remarquer sur ce recueil et au début, j’ai été très surprise parce que ce n’était pas ce que j’en avais comme image. Après réflexion, j’ai compris pourquoi. Parce que mon recueil était trop long, une fois mis en page… on a retiré trois nouvelles sans faire attention sur le fait qu’elles étaient à fins positives. Du coup, ça à un peu déséquilibré le machin.

gaëlle pingault,ce qui nous lie,interview,mandorBref, ils ont besoin d’un orthophoniste sera ton troisième recueil (sortie le 15 novembre 2012). Étonnante aventure que celle de ces textes, improvisés au fil de la plume sur les réseaux sociaux fin 2011 pour tenter de faire connaître l’étendue du travail orthophonique, et qui ont déclenché un enthousiasme certain. Ils circulent aujourd’hui dans de multiples sphères, partagés et repartagés. Il était donc tentant de leur offrir un écrin littéraire digne de ce nom.

En effet, il y a aura les textes qui figurent sur le blog et quelques nouvelles inédites. J’ai réécrit des textes intercalaires avec l’histoire d’un personnage récurrent. Les textes « orthophoniques » et l’histoire de ce personnage se renvoient la balle.

Tu fais un métier qui permet aux personnes d’apprendre à mieux parler/prononcer et ta deuxième activité, c’est écrire…

Parler et écrire, j’ai vite remarqué ses deux axes principaux de ma vie. J’ai fait mon auto-analyse sur ce sujet. La seule chose que je peux dire sur ce phénomène, c’est que ce n’est vraiment pas un hasard.

Quand tu travailles, tu retiens des évènements que tu couches sur papier en rentrant chez toi le soir ?

Non, ce n’est pas du tout comme ça que ça se passe. Quand je suis en séance d’orthophonie, je suis en séance d’orthophonie. Ça ne m’est jamais arrivé de me dire : « ça, c’est un truc que je peux réutiliser ». Les textes sur ce sujet que j’ai écrits sont fictionnels, d’après ce que j’ai entendu raconter. Les orthophonistes sont du genre bavard et nous échangeons beaucoup entre nous. Cela étant, on n’est pas orthophoniste sans avoir un minimum d’intérêt pour les gens qui se baladent autour de vous… c’est comme quand on écrit finalement, on a un sens aiguisé de l’observation et de l’écoute.

La devise des gens de ma maison d’édition est : Quadrature est un plaisir et doit le rester.

Ça me va assez bien comme devise. D’où le fait de ne pas écrire des choses qui m’ennuient et d’en faire qu’à ma tête.

gaëlle pingault,ce qui nous lie,interview,mandor

21 juillet 2012

Marie-Christine Buffat : interview pour "Le nombre de fois où je suis morte"

marie-christine buffat,la toupie,le nombre de fois où je suis morte,interview,mandorL'auteure suisse, Marie-Christine Buffat, vient de sortir un livre jubilatoire (si on aime l'humour noir puissance 14!). Le nombre de fois où je suis morte est un recueil de nouvelles commençant par l’expression « Je suis morte… ». L’occasion de décliner la vie pas toujours réjouissante, mais malgré tout universelle, de 14 femmes. Le 11 juillet dernier, j’ai reçu l’auteure de passage à Paris.

marie-christine buffat,la toupie,le nombre de fois où je suis morte,interview,mandor4e de couverture :

Et si, pour une fois, l'on prenait les expressions toutes faites au pied de la lettre? Si les émotions trop vives nous faisaient réellement mourir?
Entre détresse totale et humour noir, les héroïnes de Marie-Christine Buffat sont des femmes extrêmes et entières. Que leur arrivera-t-il si elles laissent leurs émotions se déchaîner sans frein?
Même lorsqu'elle n'aboutit pas à la destruction physique, cette exploration intrépide des passions ordinaires nous rappelle que notre vie est faite d'anéantissements et de résurrections.

Avec Le nombre de fois où je suis morte, elle apporte un ton nouveau dans la littérature suisse: caustique comme les textes d'une Linda Lemay, métaphysique comme les méditations d'un Dürrenmatt.

marie-christine buffat,la toupie,le nombre de fois où je suis morte,interview,mandorBiographie (tirée du site Babélio) :

Marie-Christine Buffat a signé son premier roman en 2006, un policier intitulé  La Piqûre dont la trame principale se déroule entre Lausanne et Rio de Janeiro. Ce thriller à rebondissements a obtenu une mention « Coup de cœur » chez Payot. Son deuxième ouvrage, paru en 2008, est une fiction pour la jeunesse mêlant frissons et rock n'roll, School Underworld et les ondes maléfiques, pour lequel elle a reçu le prix des Jeunes Lecteurs de Nanterre en 2009. Elle a publié en 2011 un témoignage unique sur la vie avec un enfant souffrant d’un TDAH, La Toupie – vivre avec un enfant hyperactif. Son dernier ouvrage, Le nombre de fois où je suis morte, est un recueil de nouvelles mêlant détresse et humour noir. Marie-Christine Buffat signe également des chroniques pour le quotidien Le Nouvelliste et divers magazines.

marie-christine buffat,la toupie,le nombre de fois où je suis morte,interview,mandorInterview :

Quand on lit l’ensemble de ton œuvre, on constate que ce que tu écris est souvent noir. Ce n’est pas ce recueil de nouvelles, Le nombre de fois où je suis morte, qui nous incitera à penser le contraire…

J’aime bien écrire ce qui est sombre… je vois plutôt ça comme une certaine forme de lucidité. D’être plus lucide sur les évènements sombres permet de mieux profiter des choses quand elles sont bien et d’être plus heureux quand on est heureux. C’est une façon de vivre pleinement les moments quand ils se présentent.

Tu passes de la fillette à la dame d’âge mûr de manière très limpide. Tu changes d’écriture, de façon de penser, à chaque histoire.

Je trouvais intéressant d’écrire une nouvelle par expression : «  Je suis morte de ». Ça faisait un petit moment que ça me démangeait. Pourquoi on utilise cette expression alors que finalement la mort n’est jamais au rendez-vous ? Pour chaque femme, il fallait que je trouve un style et un langage en rapport avec leur âge et que je leur fasse vivre une émotion intense. Une émotion par nouvelle, mais exposée à l’extrême.

L’écriture, pour toi, c’est comme un jeu de rôle ?

Dans la nouvelle, il ne faut pas se leurrer, il y a une forme de jeu. Tu cherches à cueillir le lecteur à la fin pour qu’il soit surpris.

Peut-on écrire des nouvelles noires si on n’est pas un peu noir à l’intérieur soi-même ?

Je connais très peu de femmes qui n’a pas d’histoires noires au fond d’elles. Si tu prends le temps de discuter avec n’importe qui, il y a aura à un moment une histoire pas sympathique du tout. Je crois qu’avoir des émotions vives, noires ou dures, et de s’en relever, ça fait grandir les gens. Les histoires sont sombres, certes, mais la vie est sombre.

Cela étant, ton livre n’est pas morbide. C’est au contraire un condensé de vie, de rires, de larmes, d'émotion dans toutes ses acceptions. Mais, parfois, il s’agit aussi d’agressions…

Je connais très peu de femmes qui n’a pas été agressée dans sa vie. Ce sont parfois des agressions superficielles, parfois beaucoup plus poussées, parfois, c’est carrément de la violence. Si par le biais de ce livre, ça permet à certaines femmes de réaliser que leur vie n’est pas normale ou qu’il faut qu’elle fasse attention, ce livre aura sa raison d’être. Tout ce que je raconte est de la fiction, mais tout est probable. Poussés à l’extrémité, les gens peuvent faire des choses insensées.

Dans la première nouvelle, tu t’impliques personnellement. Tu racontes ta première relation sexuelle.

Pour mettre directement dans l’ambiance, il fallait choquer. Je voulais que les lecteurs soient ouverts aux autres émotions qui suivent. Pour moi c’était important de raconter cette première fois-là. Par rapport à cette introduction,  j’ai toutes sortes de réactions. Les filles ne réagissent pas de la même façon que les garçons. Les filles se retrouvent parfaitement dans ce que je raconte, mais les garçons pas vraiment. Ils sont persuadés avoir bien menés la « première fois » de leur petite amie. Ils ne se rendent pas compte que ça fait souvent mal.

En lisant ton livre, on se dit que la vie n’est faite que de frustrations…marie-christine buffat,la toupie,le nombre de fois où je suis morte,interview,mandor

La frustration fait partie de la vie. Elle a du bon. On dit bien aux parents de frustrer parfois ses enfants, sinon, ils ne seront pas capables de gérer le quotidien. Quand tu rencontres un homme, tu ne peux pas l’obliger à être amoureux de toi. Ce n’est pas possible, donc il faut apprendre à ce que l’on te dise non.

Y a-t-il un aspect jubilatoire à écrire des horreurs ? Il y a quelques vengeances très cruelles dans tes nouvelles.

C’est parfois jouissif, je te l’avoue. On a toutes eu des moments ou on a eu envie de se venger de quelqu’un, mais on ne le fait pas parce que nous ne sommes pas malades comme mes héroïnes. Mais l’imagination que j’ai me permet d’assouvir ce genre de phantasme. (Rires). Une de mes nouvelles est inspirée d’un fait similaire, pas poussé au paroxysme que je raconte, mais que j’ai vu de mes yeux. Dans mon village, une femme éconduite par son amant a affiché dans tous les établissements publics la photo d’un monsieur tout nu avec un texte qui racontait que cet homme était un salaud… il y avait aussi des commentaires sur sa sexualité.  Une femme qui est capable de faire un truc pareil est capable de faire beaucoup de choses. Parfois ma fiction est tirée d’une réalité proche.

Toutes tes nouvelles sont plutôt noires, sauf la dernière. Dans « Morte de rire », tu rends hommage à toutes tes copines.

J’ai voulu faire ressentir aux gens de l’émotion. Parfois, il y a de l’humour… un peu noir, certes. « Morte de jalousie » et « Morte de faim » sont plutôt marrantes non ? Enfin amusantes, j’exagère un peu. En tout cas, l’humour peut dédramatiser bien des situations. Quelqu’un qui est capable de pratiquer l’humour noir et d’être un peu cynique en général s’en sort bien dans la vie. Ça permet de voir les choses avec le recul, de dédramatiser des situations plutôt que se replier sur soi même.

As-tu eu peur de ne pas être comprise dans certains textes ?

Chaque personne a un avis différent sur chaque texte, hormis « morte de peur » qui a fait pleurer beaucoup de personnes. Je le comprends, la violence faite à un enfant ne laisse personne indifférent. Mais chacun à sa nouvelle préférée. C’est marrant parce que selon les préférences d’une personne, tu sais dans quel état d’esprit elle est.

Tu te mets à la place de femmes dans ces nouvelles. Quelle place à l’homme ?

Elle est omniprésente. Un ami m’a dit qu’en lisant mon livre, il avait eu l’impression d’avoir lu le journal intime de sa petite amie. Il m’a dit qu’à certains moments il a avait rigolé, à d’autres pleuré et encore à d’autres moments, il a été très mal à l’aise parce que le salaud dans l’histoire, c’était lui.

Tu racontes des histoires d’autres vies, qui ne sont pas les tiennes, mais on suppose qu’il y a un peu de toi quand même dans chacune d’elles.

Parfois et dans certaines en particulier. Dans « Morte de culpabilité » par exemple.

A-t-on l’impression de se déshabiller quand on écrit un livre comme celui-là ?

Oui, comme je le fais dans chaque livre. Mais, je me suis tellement mise à nue dans mon précédent livre, La toupie, que finalement, j’estime n’avoir pris aucun risque avec ce recueil.

marie-christine buffat,la toupie,le nombre de fois où je suis morte,interview,mandorParlons de La Toupie justement. C’est un récit témoignage, à la fois analytique et très littéraire, qui s’interroge sur l’éducation, la maladie, l‘école et les méthodes d’enseignement qui restent muettes face à un enfant hyperactif. C’est aussi le procès d’une société qui préfère stigmatiser le malade plutôt que de comprendre la maladie. Un livre qui a fait beaucoup réagir.

C’est d’abord une grande déclaration d’amour à mon fils. Après la publication de ce livre, des gens ce sont immiscé dans ma vie. Ils m’ont posé plein de questions, m’ont demandé comment ça se passe avec mon fils aujourd’hui, m’ont écrit, m’ont téléphoné, m’ont dit qu’il fallait que je vienne diner avec eux chez eux parce qu’ils vivaient la même chose que moi. D’un côté, je comprends ce qu’ils ressentent, ce qu’ils vivent, mais je ne suis pas médecin. Des réponses, je n’en ai pas. Si, j’en avais, je n’aurais pas écrit ce livre. Les gens pensent que je vais leur apporter des solutions…

Pourquoi avoir écrit un livre sur l’hyperactivité de ton fils ?

Pour que les gens comprennent. J’ai attendu d’avoir du recul, d’être bien avec cette histoire pour pouvoir l’écrire. Je ne voulais pas écrire quelque chose de rancunier ou vengeur ou pathos… je voulais porter un regard lucide sur le trouble et le quotidien. Et puis aussi, à la base, je cherchais des témoignages de parents, je n’en ai pas trouvé, alors j’ai décidé d’écrire moi-même ce livre.

Ça a changé quelque chose la sortie de ce livre dans ta vie ?

Oui, au niveau de la compréhension. J’ai été invité par des groupements d’enseignants spécialisés pour expliquer le trouble, comment le gérer, ce qu’est exactement cette maladie. Au niveau de l’école, pour mon fils, ça s’est nettement ouvert. Des structures ont été mises en place  pour le soutenir. Les proches aussi ont mieux compris. On a bénéficié d’une couverture médiatique importante, par rapport au trouble. Certains parents achètent le livre pour le donner aux proches ou aux enseignants qui ne comprennent pas. J’ai même reçu des lettres de remerciements de directeurs d’école.

marie-christine buffat,la toupie,le nombre de fois où je suis morte,interview,mandorTu as signé tes deux derniers livres chez Xenia, une maison d’édition suisse.

J’aime beaucoup leur leitmotiv : « osez lire ce que nous osons publier ». Ils publient souvent des ouvrages qui sont sujets à controverse, des livres qui ne sont souvent pas attendus. L’éditeur, Slobodan Despots, a des choix littéraires qui vont à l’encontre du politiquement correct. Ça me convient tout à fait.

C’est difficile en tout cas de définir ton « style » ?

Je comprends. Je n’ai pas écrit un seul ouvrage qui va vers la même ligne. Le premier, La piqûre, était un roman policier, le deuxième, School Underworld et les Ondes Maléfiques (que je n'ai jamais chroniqué sur ce blog), un  livre jeunesse, le troisième, La toupie, un récit et le quatrième, celui-ci, un recueil de nouvelles. Je n’écris que ce qui m’intéresse. Ça dépend du moment, de l’impulsion, de ce qui me travaille et que j’ai envie d’exprimer. Je n’ai pas du tout envie de me cantonner dans un style particulier.

Tu te sens écrivain ?

Oui. À partir du moment où tu écris des livres, tu es écrivain. Je chronique deux fois par mois dans un journal et j’ai des sollicitations pour d’autres projets littéraires sur lesquels je travaille régulièrement. On peut discuter des termes pendant des heures, mais j’ai publié 4 bouquins, je suis écrivain, pas maçon.

Comment es-tu quand tu es en période d’écriture ?

Très chiante me dit mon mari. Je suis très pénible. Il ne faut plus me parler, je m’énerve pour un rien. J’aime bien comparer l’écriture à de la musique. De la musique de mots. Il faut que ça sonne juste. Quand quelqu’un te parle, tu risques la fausse note et c’est très pénible.

Tu écris quoi en ce moment ?

J’ai un projet d’écriture à deux mains entre un homme et une femme. Ce sera un roman fictionnel qui parlera du couple et tout ce qui est vrai au sein d’une vie à deux. Chacun posera des questions à l’autre sur le sexe opposé. Pourquoi un homme est comme ça et pourquoi une femme réagit de telle façon ? Les réponses seront le plus sincères possible et toutes les vérités ne seront pas bonnes à dire… mais seront dites.

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16 juillet 2012

Florent Nouvel et Stéphane Richez : interview croisée

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Florent Nouvel et Stéphane Richez ont tous les deux des répertoires différents. Deux sortes de chanson française qui ont pour point commun de la porter vers le haut. Tous les deux jouent avec les mots, poétisent des évènements, font montre de tendresse et d’humour. Pas de la même façon, mais avec une même rigueur stylistique et musicale. Ils jouent sur des scènes communes parfois. Le hasard de la vie fait qu’ils m’ont contacté quasiment en même temps et qu’un ami commun, le guitariste Martial Bort, me les a fait connaître au même moment. Ces signes-là et leur talent respectif étaient suffisants pour qu’une mandorisation s’impose…

Présentation des forces en présence (très largement inspirée de leur bio officielle) :

florent nouvel,stéphane richez,les beaux esprits,interview,mandorFlorent Nouvel - ou plutôt son personnage - Floflo, caricature nos maladresses avec bienveillance et sourit doucement de ses histoires, heureuses ou malheureuses, souvent bien proches des nôtres...

Sa première aventure avait conduit Floflo au milieu des petits, des précaires, de toutes celles et tous ceux que la vie fragilise. En contrepoint, il s'était moqué des grands et des puissants avec « Petit homme public », chanson consacrée à notre ancien petit président de la République... Plusieurs médias se sont fait l'écho de ce titre, qui a connu un franc succès sur Internet (30000 lectures sur You Tube) et s'est vue diffusée sur France Inter tout comme « Le quai de Ouistreham ».

Véritable show-man, d'une grande générosité sur scène, Florent poursuit son chemin de salle en salle accompagné de ses guitaristes et complices Martial Bort et Bruno Barrier.

florent nouvel,stéphane richez,les beaux esprits,interview,mandorStéphane Richez, lui, a joué dans de nombreux tremplins et festivals : Prix Georges Brassens 2007 (Prix du Jury et du Public), Présélections pour le Printemps de Bourges…et évidemment, sur de nombreuses scènes françaises.

Dans ses chansons, il chante Paris, ses rues, ses stations de métro. Une valse des vieux garçons (qui n'en est pas une), quelques couplets assassins sur les radins (et un refrain), une complainte des apparences (et de ceux qui misent tout dessus), une ballade des faubourgs (de Paris), un hymne pour les enfants de 68 (ce n'est qu'un début), des strophes pour ceux qui s'emmerdent (en silence), et puis...

Et puis, des regards sur un monde de gens bien et d'autres moins, absurde parfois (le monde) et beau souvent...

Le 10 juillet dernier, les deux artistes sont venus à l’agence.

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Interview :

Vous avez fait des doubles plateaux communs, qu’est-ce qui vous réunis tous les deux ?

Stéphane Richez : Le point commun, c’est que nous chantons tous les deux en français. On compose et on écrit nous même nos chansons. On a tourné pendant longtemps, chacun de notre côté, moi à la guitare et Florent au piano et puis un jour, dans la cadre du collectif « Les beaux esprits », on a joué sur les mêmes scènes.

florent nouvel,stéphane richez,les beaux esprits,interview,mandor« Les beaux esprits » est un label qui fonde sa philosophie sur la solidarité entre artistes.

Florent Nouvel : L’idée est de réunir des artistes avec des univers différents et des compétences différentes. Des musiciens, des gens capables de filmer, des gens capables d’avoir un œil technique. Chacun, avec bienveillance, peut  apporter son savoir aux autres avec des perspectives d’analyse.

S.R : À la base, c’est Bruno Barrier qui est à l’origine de ce collectif. C’est un truc dont il rêvait depuis très longtemps. Seul, certes, on peut se produire un peu n’importe où, on est libre,  mais on avance hyper lentement et on progresse moins.

F.N : Je tiens à préciser qu’il y a un état d’esprit dans ce collectif. Il ne s’agit pas simplement de venir consommer du réseau, on essaie de construire quelque chose ensemble et d’être dans une dynamique d’aide mutuelle. Stéphane, tu le disais à l’instant, au début on était seul. C’est une solitude que l’on se créait nous même. On voulait chanter et on s’accrochait à cette perspective. Le fait de rencontrer d’autres artistes permet d’avoir un autre regard sur son travail, d’être plus ouvert et de faire évoluer son propre projet.

S.R : Avec Florent, nous avons des talents complémentaires. Lui, il a beaucoup bossé la scène, la mise en scène, moi j’avais une chorégraphie aussi belle que celle qu’avait Georges Brassens (Rires).

F.N : Ce qui nous relie, ce sont nos spécificités mutuelles et paradoxalement, nos grandes différences. Stéphane, j’ai toujours trouvé qu’il avait une forme de continuité entre la scène et le hors scène… il y a un truc de l’ordre du naturel. Il arrive devant le public avec une espèce d’innocence que je trouve admirable. Moi, je coupe beaucoup. Il y a la scène et après la scène.

Oui, mais toi Florent, tu as inventé un personnage : Floflo.

F.N : Oui, et ce personnage joue d’autres personnages. Ce qui est intéressant, à partir de ces deux manières d’envisager la scène complètement opposée, c’est que l’on arrive à retirer des leçons de l’autre. Stéphane m’a appris une forme de tranquillité, d’apaisement, même sur scène. Moi qui suis beaucoup dans l’énergie, j’adore voir Stéphane chanter et captiver tranquillement son public. Sa simplicité et sa sérénité m’impressionnent.

Florence Aubenas, Journaliste et Reporter, relate son expérience de femme de ménage dans son livre Le quai de Ouistreham (L'Olivier, 2010). Précarité, cadences, exploitation, mais aussi solidarités et dignité sont le lot quotidien de ces travailleuses invisibles de la « France d'en bas ».
Bouleversé par cette lecture, Florent Nouvel a souhaité faire vivre en chanson le quotidien de ces femmes.

Cette envie de chanter vous tenaillait depuis longtemps ?

F.N : J’ai toujours voulu être chanteur et évoluer sur scène. Quand je voyais des concerts à la télé, je pleurais tellement je voulais y être aussi. J’écoutais toutes les nuits sur France Inter Sous les étoiles exactement et ça me faisait envie. J’ai beaucoup sacralisé cette activité de chanteur… avec toutes les névroses qu’il y a derrière, quoi !

Ah bon ! Les artistes ont des névroses ?

F.N : Je sais, c’était une lapalissade, mais paradoxalement, devenir artiste m’a apaisé. Moi, j’ai gardé le côté positif de cette énergie-là. Je n’ai pas gardé le côté destructeur de ce métier.

Je vais poser la question à chacun de vous… D’abord Florent, où en est ton projet ?

F.N : Je suis content de comment il a évolué. L’idée du personnage de Floflo est né tout doucement.  Je lui fais vivre des aventures, un peu comme les « Martine à la plage ». Je ne veux pas spécialement « réussir », je veux juste que les gens viennent me voir en concert. Et si je peux gagner un peu de sous, ce serait pas mal. Je veux aussi rester dans ma ligne, sans dévier de trajectoire. Je veux que ce je fais soit ce que je veux être.


Clip VELIBERATION Florent Nouvel hymne du vélib par 2flos

florent nouvel,stéphane richez,les beaux esprits,interview,mandorToi, contrairement à Stéphane, tu ne sors que des CD singles.

F.N : Je reviens au code d’avant, à l’époque des 45 tours. Mais chaque CD est conceptuel. Je suis inspiré par des évènements qui ne sont pas très éloignés de l’actu, mais avec ma lecture, parfois un peu rigolote. Après, selon comment la sauce prend, il n’est pas exclu que tous ses titres soient réunis sur un album avec d’autres titres. J’opportunise volontairement mes sorties. « Quitter Facebook », je l’ai sorti lors de l’entrée en bourse de Facebook. Là, j’ai une chanson sur Cécile de France, je la mettrai en avant quand le prochain film de cette comédienne sortira.

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florent nouvel,stéphane richez,les beaux esprits,interview,mandorStéphane, toi, tu as deux albums à ton actif, La Marguerite (2007) et Sans connaître (2012). Peut-on dire que tu fais une carrière plus conventionnelle que celle de Florent ?

S.R : Je ne me pose pas la question en terme de carrière. Je sais que j’avance au jour le jour, mais il y a tellement d’inconnus concernant le monde de l’industrie du disque que je ne fais pas de plan sur la comète. Tous les codes habituels du milieu ayant explosé, il n’y a plus trop de repères sur lesquels on peut compter pour avancer avec assurance. Moi, j’écris des chansons et quand j’en ai assez, je fais un album. Et je continue mes concerts parce que je ne peux pas m’en passer. Comme les dates tombent toutes seules, je ne boude pas mon plaisir. 

Tu as deux formules de concert, si je puis dire…

Il y a mon spectacle avec mes propres chansons et un autre dans lequel j’interprète mes trois maîtres à chanter : Brel, Brassens et Renaud. Martial Bort et de temps en temps Clarisse Catarino m’accompagnent. À la sortie de mes concerts, je vends mes disques comme des petits pains. Pour résumer, tant que je fais des concerts, le reste m’importe peu.

Stéphane Richez présente quelques chefs-d'oeuvre de ses Maîtres à chanter : Jacques Brel, Georges Brassens et Renaud... Stéphane est accompagné par Martial Bort, à la guitare et Clarisse Catarino, à l'accordéon.

Vous avez tous les deux un travail « rémunérateur ».

S.R : Je travaille dans l’informatique. Ça me donne une liberté matérielle, mais le revers de la médaille, c’est le temps qui me manque pour travailler la guitare ou mes chansons. Cela étant, je suis dans une boite « cool » où tout le monde sait ce que je fais à l’extérieur. Ils sont très arrangeants avec moi quand je dois répéter pour un concert ou que je dois enregistrer un disque. Il n’empêche que je me retrouve avec deux boulots à plein temps en fait.

Et toi, Florent, tu as aussi deux vies ?

F.N : Je suis prof de science économique et sociale dans un lycée. Ce sont deux métiers de « scène ». Je fais mon numéro dans les deux cas. Dans les deux cas, je porte une parole, je fais passer quelque chose, il y a un lien énorme avec gens. Je suis bien évidemment moins libre en cours… quoique. Et je suis prof de sciences humaines, je suis donc dans toute une réflexivité. À la base j’ai fait des études de sociologie. Quand j’écris Le quai de Ouistreham sur la précarité des femmes de ménage après la lecture du livre de Florence Aubenas, quand j’écris La Vélib’ération où je crée des personnages volontairement marqués socialement avec des types caricaturaux, je fonctionne beaucoup en idéaux types, termes sociologiques pour définir des personnes qui n’existent pas vraiment, mais qui disent des choses sur le réel. Mon but, c’est mes textes parlent à un maximum de personnes. Je travaille beaucoup dans mes chansons sur la psychanalyse et le fonctionnement des individus. Ça me passionne. Pour moi, ces deux activités, c’est un équilibre. Pour l’instant, c’est comme ça.

Stéphane, une chanson comme « Les montons », je la trouve très forte.

S.R : J’ai mis très longtemps à l’écrire. C’est certainement ma chanson la plus aboutie, par rapport à ce que j’avais envie de dire et que j’ai réussi à transcrire.

Les moutons : chant et guitare : Stéphane Richez. Accordéon et choeurs : Clarisse Catarino. Guirares et choeurs : Martial Bort.

Une chanson au style très « Renaud », je trouve.

S.R : C’est marrant que tu me dises ça. Quand j’étais ado, dans ma chambre, j’avais un poster de lui sur lequel j’avais marqué : « un jour, je prendrai le relais ». Bon, j’étais jeune… Renaud, plus qu’avoir été mon idole, je dirais plutôt qu’il a été le frère que je n’ai jamais eu pendant mon adolescence.

Et entre Renaud, Brassens et Brel, qui est le maître absolu?

S.R : Les trois sont tellement différents qu’il est compliqué de répondre à cette question. Chacun a joué un rôle très important dans ma vie personnelle et artistique.

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Florent, toi, qui sont tes références ?

F.N : Il y en a pas mal. Pour le travail scénique et le jeu des chansons, ça peut être les Wriggles par exemple. Pour les personnages que je crée sur scène, ça pourrait être quelqu’un comme Mathieu Chédid qui a créé M. Mon répertoire peut aussi envoyer vers une douceur et une tendresse à la Pierre Perret. Dans son rapport artistique et dans sa manière de vivre ses chansons, Louis Chédid, je le trouve très sain. Mes inspirations peuvent aussi lorgner vers la BD. Mon personnage de Floflo n’est pas éloigné d’un Gaston Lagaffe par exemple. Mon but, c’est de créer des histoires dans lesquelles chacun puisse un peu se rattraper, comme dans une BD, en somme. Des personnes un peu dépassées au milieu d’évènement et au cœur d’une vie contemporaine, avec une personnalité, une existence et une fragilité propre… comme ce que dessine un type comme Manu Larcenet dans Combat ordinaire. Mes histoires à moi sont souvent drôles, mais sans moqueries… plutôt au profit d’une humanité.

"La panne", chanson qui ne nous concerne pas personnellement. Evidemment.

florent nouvel,stéphane richez,les beaux esprits,interview,mandorDernière question… la plus embarrassante. Que pense l’un du répertoire de l’autre. Stéphane, pour commencer.

S.R : Il y a des chansons de Floflo que j’adore vraiment, comme « Le quai de Ouistreham », « La cantine », « Cécile de France » ou « La panne »… et d’autres moins, comme « Le livreur de pizza ». Je trouve formidable le personnage de Floflo, qui ressemble quand même beaucoup à Florent Nouvel. Une générosité hors du commun. Tu sors d’un concert de Florent, tu as obligatoirement la banane. Tu t’es bien marré et il y a des chansons hyper émouvantes. Tu te sens bien parce qu’il y a eu beaucoup d’humanité qui est passée. Son travail de mise en scène et de jeu de scène me fascine. Je l’admire pour cela. Il est très exigeant, très dans le détail, très dans le « sans faute ». Il ne laisse rien passer. Moi, je suis plus cool là-dessus. Pas laxiste, mais plus cool.

"Le métropolitain" : Chant et guitare : Stéphane Richez. Accordéon et choeurs : Clarisse Catarino. Guirares et choeurs : Martial Bort.

Florent… le cas Richez ?

F.N : Ce qui m’impressionne chez lui, c’est l’espèce d’évidence et de facilité avec laquelle il travaille. Pour avoir croisé pas mal d’artistes, je peux dire que Stéphane n’a pas d’ego qui écrase les autres. C’est rare. Stéphane est d’abord en lui-même. Il est toujours à l’écoute, il reçoit, il réfléchit et est en cheminement. Je trouve ça beau. Quant à son œuvre, comme lui, il y a des choses que j’aime beaucoup et d’autres moins, mais c’est normal. Ce qui est certain, c’est qu’on n’écoute pas de la même manière quelqu’un dont on connait un peu la vie. Il y a dans son répertoire un beau travail d’écriture et des refrains qui tournent bien. Moi, de  connaître Stéphane Richez, ça me fait encore plus aimer ce qu’il fait.

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14 juillet 2012

Jérôme Minière : interview pour "Le vrai le faux"

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(Crédit : PascalGrandmaison-FrédériqueBouchard)

jérôme minière,le vrai le faux,interview,mandorRecevoir Jérôme Minière a été un vrai honneur/bonheur. J’ai toujours eu beaucoup d’admiration pour ce français installé au Québec depuis la fin des années 90, dont j’écoutais les disques au tout début de sa carrière (La nuit éclaire le jour qui suit est un joyau de la chanson française !).

A l'aise aussi bien avec la musique électronique que la variété française, il n'a jamais coupé les ponts avec son pays natal et a entretenu des relations amicales et artistiques avec ses homologues français : il écrit avec Dominique A et Katerine pour Françoiz Breut, compose avec Albin de la Simone (ce dernier ayant participé à l'enregistrement de « Le Vrai Le Faux ») et retrouve ses complices sur de nombreux concerts, dont une double affiche inoubliable avec Dominique A aux Francofolies de Montréal.

jérôme minière,le vrai le faux,interview,mandorLe Vrai Le Faux sort en France le 24 septembre 2012 chez Wagram. L'occasion rêvée de fêter le retour en France de cet artiste au combien talentueux. Ce disque est le plus récent album de Jérôme Minière. Sorti il y a deux ans au Québec, le chanteur y examine les liens entre le réel et l'imaginaire à l'ère de la surconsommation, de la surinformation, du vedettariat instantané, etc...
Jérôme Minière nous offre ici un album pop à la réalisation très léchée. Les arrangements, bien pensés et les textes intelligents et pertinents se complètent à merveille.

Jérôme Minière est passé à « l’agence » le 9 juillet dernier pour parler un peu de son retour en France, de cet album et de son amour pour la fiction…

(Un merci très spécial à Pierre-Henri Janiec !)

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Interview :

Tes deux premiers albums, Monde pour n’importe qui (1996) et La nuit éclaire le jour qui suit (1998) ont reçu un très bel accueil dans ton pays, la France, puis tu es parti vivre à Montréal… ce n’est pas d’une grande logique pour commencer une carrière.

C’est l’amour d’une Québécoise qui m’a fait partir. Je n’ai rien calculé, ça s’est trouvé comme ça. J’avoue aujourd’hui que c’est une anti-carrière totale. Je me suis tiré une balle dans chaque pied. Une sorte de suicide commercial pour la France. Un artiste en développement qui habite à 6000 kilomètres, on m’a fait comprendre que ce n’était pas une super idée… Ca ma plombé sacrément.

Tu l’as regretté à un moment ?

Oui. Je te dirai que c’est, non pas une erreur de jeunesse, mais la passion de la jeunesse. Mais au final, tu sais, au Québec, je me suis construit une vraie carrière. C’est pour moi plus facile de revenir en France retenter ma chance, parce que, quelque part, je sais que je me tiens debout là-bas.

Tu as l’accent québécois aujourd’hui, c’est une curieuse sensation.

À partir du début des années 2000, j’ai eu une grosse cassure avec la France. De 2000 à 2003, je ne suis pas rentré du tout. C’est troublant pour l’identité parce que  quand je reviens en France, les gens qui ne me connaissent pas pensent que je suis suisse ou canadien… Mais, c’est la musique du quotidien. Quand tu parles à des gens qui s’expriment d’une certaine façon, tu finis par t’exprimer comme eux.

Le nouveau clip de Jérôme Minière, "Dans ton oreille".

Bon, aujourd’hui, tu reviens en France pour un album qui date déjà d’il y a deux ans.

Je travaille effectivement sur autre chose depuis, mais je vis très bien celui-ci et ça ne me dérange pas de repartir à zéro pour le défendre. D’ailleurs, pour aller plus loin dans ce paradoxe-là, dans les dix dernières années, par les hasards des circonstances, j’ai beaucoup plus joué en Allemagne qu’en France parce qu’un label m’a pris dans pas mal de leurs compilations, puis a fini par sortir mes albums et organiser une tournée.

C’est important que tu sois reconnu en France ?

Il y a ici un niveau économique que je ne peux pas me permettre de négliger. C’est le plus gros marché francophone. Et puis, l’autre niveau est sentimental. Sans faire une carrière à la Johnny, j’aimerai un peu de reconnaissance du travail que je fais de la part du pays où je suis né.

Comment se passe ton retour sur les scènes françaises ?

Ça se passe bien. Mais il faut juste que je retrouve le contact. Sans le vouloir, je porte ça comme un habit… j’ai un accent. Il faut que j’arrive, sans trop de mots, à ce que j’arrive à faire comprendre que, si je suis français, j’appartiens aussi à un autre pays.

J’ai l’impression que ton métier de chanteur, tu le prends avec beaucoup de recul et d’ironie… dans la chanson « Rien à vous dire », tu joues même au chanteur looser.

C’est comme si je racontais l’arrière-salle de ce métier, comme si je voulais démystifier ce qu’il y a derrière la scène. Ce n’est pas de la dénonciation crue, c’est plutôt humoristique et second degré. Pour moi, c’est libérateur de me moquer de moi-même en tant que chanteur.

La soirée de lancement de l'album Le vrai le faux (pleine de second degré et de recul par rapport à son métier).

Au Québec, tu te sens « en famille », artistiquement ?

Oui, tout à fait. Je trouve qu’un des trucs magnifiques qu’il y a au Québec et à Montréal en particulier, c’est que c’est une grande ville et qu’en même temps on se connait tous et il y a beaucoup de connivence entre nous. Les idées circulent vite et il n’y aucune barrière de genre.

Dans « Le vrai le faux », tu dis que l’ont ment beaucoup et que l’être humain se raconte beaucoup d’histoires…

Par nature, je pense qu’on est une espèce qui raconte des histoires facilement. Du fait du virage technologique, de la communication immédiate, je trouve que c’est encore plus fort qu’avant. Il y a aussi un virage idéologique. En pub, com et en propagande, on cherche toujours des histoires qui soient vendeuses. Cette chanson-là est un peu mystérieuse et complexe. À la fois je dénonce quelque chose et à la fois je suis convaincu que notre plus grande force, ce sont les histoires. Peut-être que ce qui nous dérange c’est quand on fait passer la fiction pour la vérité. Là, on est dans le domaine du relatif… la fiction assumée comme telle, c’est ce que je trouve de plus magnifique.

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(crédit : Shoot Studio)

Et que penses-tu des réseaux sociaux ?

J’ai l’impression qu’on voit sous nos yeux l’émergence d’une conscience globale. J’ai de plus en plus l’impression qu’on est chacun une espèce de synapse dans une conscience qui est immédiate. J’ai la sensation que l’on constitue un cerveau global de la planète.

Sur ta page Facebook, tu es très politique depuis quelques mois. Tu évoques beaucoup la situation compliquée qui règne au Québec et notamment les manifestations estudiantines.

À travers mes textes, depuis plus de 15 ans, on peut constater que je suis un auteur engagé. Engagé, mais avec un pas de côté. Je ne suis pas un porte-drapeau qui demande à ce qu’on le suive, je préfère analyser et raconter. J’étais déjà assez sensible, à l’automne dernier, à des mouvements comme les indignés, mais quand c’est arrivé un peu par surprise au Québec, de fil en aiguille, je me suis retrouvé impliqué dans leur mouvement. J’ai chanté pour les étudiants, notamment.

Prestation de Jérôme Minière suivi d'une entrevue avec Ariane Aubin-Cloutier à l'HAUSSEtie d'show présenté par la CLASSE le 22 mars 2012 au Métropolis de Montréal.

« Des pieds et des mains », c’est une chanson écolo sur la société de consommation, sur le « je-m’en-foutisme » qu’ont les gens par rapport à la planète.

Tu sais, il y a l’engagement militant avec le côté plus batailleur, moi, j’ai un engagement plus d’analyse et de questionnement en poésie.

J’ai cru comprendre que parfois, l’inspiration venait très vite ou qu’elle pouvait prendre des années selon le texte. C’est le souci du bon mot, du texte parfait, de la musique qui doit coller parfaitement au propos ?

Pour mes premiers albums en français, je travaillais vraiment comme un punk. Je faisais des chansons, je fonçais sans trop savoir ce que je faisais en en mettant le plus possible. Avec les années, il y a une histoire qui se construit, un parcours, des chansons que je laisse sur le côté, qui ne sont pas terminées, qui ne sont pas totalement abouties, ça finit par devenir des bagages. Il y a aussi le problème de la répétition. Je ne veux pas faire deux fois la même chose. Depuis 8 ans, je travaille autrement. C’est de plus en plus conscient, de plus en plus un travail de maîtrise et, je le répète, de questionnement.

Dans ce nouvel album, tu as osé reprendre « Les décors » d’Aragon sur des musiques africaines…

Ça demande un certain respect d’adapter des auteurs. Paul Eluard (« L’amoureuse ») ou Aragon (« Les décors ») par exemple. J’avais essayé des poètes comme Fernando Pesoa, mais pas sur disque. Je fonctionne en mariage spontané. C’est comme une rencontre amoureuse, si le texte que je ramène ne rencontre pas tout de suite la musique, ce n’est pas la peine d’essayer.

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Puisque tu t’intéresses aux auteurs de poésie, est-ce que tu as envisagé d’écrire un livre toi-même.

Oui. Ayant étudié le cinéma, si je ramasse tout ça sur les années, il est facile de constater que le centre de mon travail est de raconter des histoires. Je n’ai pas une grande voix, je ne suis ni Barbara, ni Jacques Brel, donc, ce qui m’a amené sur scène, c’est raconter des choses. D’année en année, mon amour de la fiction est passé du cinéma à la littérature. Je lis beaucoup de livres. Écrire un bouquin, c’est une autre affaire.  Depuis, 5 ans, ça devient une obsession. J’ai écrit pas mal de nouvelles par exemple. Combien d’années je vais mettre avant de publier un livre et est-ce que je vais y parvenir ? Je ne sais pas.

C’est un peu comme Dominique A. Il a longtemps dit ça et finalement, il vient de sortir son premier roman.

J’ai appris ça récemment. C’est drôle parce qu’il y a une connexion entre nous, qui n’est même pas volontaire. On est très différent et on n’a pas du tout le même angle, mais voilà, on sent une connexion.

Je sais que tu vas sortir bientôt au Québec un nouvel album.

Oui, il est en cuisson pour le mois de novembre prochain au Canada. Ce n’est pas la suite de celui-là. Ce n’est pas un album de chansons à proprement parlé. Dans ma carrière, tu n’es pas sans savoir que j’ai deux personnages, donc deux carrières parallèles. Je suis aussi Herry Kopter. Ça faisait longtemps que je ne l’avais pas ressorti.

Quelle est la différence entre Jérôme Minière et Herry Copter ?

Comme je te l’ai dit tout à l’heure, je suis un amoureux de la fiction. Herry Copter est pour moi une façon de mettre un pied dans la fiction et de me lancer dans des projets alternatifs. Au départ, c’était relié à la musique électronique. Mon premier Herry Copter, c’était un album instrumental ambiant avec une histoire fictionnelle. Le second, ca été un disque concept sur l’économie de marché. Le nom d’Herry Copter me permet d’avoir un angle différent de celui de Jérôme Minière, celui d’une personne morale, comme une compagnie. Cette fois-ci, ce sera  un disque electro très très libre avec trois-quatre choses que l’on pourrait assimiler à des chansons. C’est une forme de fantaisie pour moi.

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Petit plus :

Une belle version du titre Le vrai le faux.

Sur le blog Chuchotements, le blog qui fait du bruit, Jérôme Minière raconte notamment le Paris qu'il aime.

11 juillet 2012

Romain Lateltin : interview pour "Le râleur made in France"

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roamin lateltin,le râleur made in france,interviewRomain Lateltin, je l’ai découvert il y a quelques mois. Il m'a envoyé son disque et j'ai rapidement répondu à cet artiste Lyonnais que le jour où il passerait par Paris, une mandorisation était plus qu’envisageable. Son album aussi insolent qu’incisif a attiré mon attention immédiatement. On n’écoute pas tous les jours de l’irrévérence classe. Le chanteur nous raconte les aventures d’un imbuvable râleur, souvent (et ce n’est pas le moindre des paradoxes de ce disque) fort attendrissant. Derrière son humour cinglant se cache des vérités pas toujours bonnes à dire. Romain Lateltin dépeint des profils (le misanthrope, le tiède, le méprisant) et des situations vraies qui parlent à tous. Avec Fred Gayot (paroles et "agent artistique"), Christian Morfin (guitare et réalisateur album), Thierry Chanat (claviers, arrangements), Romain Lateltin propose un concept album à la fois décalé et humoristique qui n’a pas encore trouvé un public très large. C’est franchement dommage.
Le 3 juillet dernier, de passage (rapide) à Paris, il s'est arrêté à « l’agence » pour m'en dire un peu plus sur son parcours et sur ce troisième disque.

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Interview :

Tu as commencé la musique très jeune dans ta ville d’origine, Lyon…

Oui, et j’ai d’abord joué de l’orgue, puis du piano au lycée. Ensuite, on a monté un groupe, Absolute, et on jouait des reprises. On a fait du baloche et écumé pendant 5 ans de nombreuses scènes. Puis nous avons sorti un album de chansons originales. À cette époque, je composais, mais ne chantais pas encore.

En 2003, tu avais encore envie de faire de la musique du coup, tu t’es mis à chanter et à écrire des chansons.

Quand je n’avais plus de groupe, je me suis retrouvé tout seul… et puis, tu vois, là, j’en suis au troisième album. J’ai une petite notoriété dans ma région, mais quand tu es indépendant comme moi, le problème, c’est de gravir l’échelon supplémentaire. Acquérir un plus large public. Et puis il faut pouvoir durer. Moi, pour le moment, je vends suffisamment de disques pour pouvoir faire le suivant. On fait de plus en plus de dates et on est de mieux en mieux payés. J’avance doucement, mais surement.

Tu as vendu 2000 exemplaires de ton troisième album, Le râleur made in France, album co-écrit avec Fred Gayot qui décrit des personnages atypiques qui, de par leur décalage, tentent de changer le scénario de leur vie, de ne pas être formatés …

Oui, et c’est grâce aux bouches à oreilles. Du coup, là, on prépare le nouvel album. Je t’avoue franchement que je suis un peu déçu que ce disque ne soit pas allé plus loin parce qu’on a vraiment eu que des retours positifs. Ça plait quand on le joue sur scène et il y a un truc qui se passe.

Clip officiel du titre "le râleur made in France" de Romain Lateltin (réalisation Tibo Ras et Scénario Fred Gayot et R.Lateltin)

roamin lateltin,le râleur made in france,interviewTu as inventé un personnage dans « Le râleur made in France » : le « gaulois » moyen.

En fait, au fil des albums, j’essaie de créer un personnage à la fois détestable et aussi qu’on aime bien. Mon prochain album s’intitulera Pas de chichis entre nous, ce sera un peu la suite de celui-ci.

En octobre 2003, l’album A l’intérieur de soi même raconte l'histoire d'un personnage qui est prétentieux et libertin. En janvier 2006, Elle veut de l'homme narre cette fois-ci l'histoire d'une femme trentenaire qui a quelques problèmes avec la gent masculine. Bref, tous tes albums sont conceptuels… il y a toujours un personnage principal « hors norme ».

En tant que consommateur de disques, j’aime bien écouter un album intéressant du début à la fin, un album où il se passe quelque chose. Par exemple, ce que fait Emily Loizeau, je trouve ça génial. C’est innovant de la première à la dernière plage.

Il faut être original pour se démarquer des autres ?

Moi, je ne me pose pas la question. Je veux juste faire un disque qui me plait et qui soit populaire. Il faut aussi qu’il se passe quelque chose sur scène.

Sur scène, justement, tu es le « râleur made in France» ?

Oui, cela me permet de traiter le vice de l’être humain dans toute sa largeur. J’aime bien les phénomènes, les gens qui ne sont pas dans la norme et qui ont du caractère. Même moi, j’aime assez bien être dans la confrontation, pour être dans un débat constructif.

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Ah ! Mais en fait, ce n’est pas un personnage « le râleur » ? C’est vraiment toi ?

Pas loin. Souvent quand tu écris pour toi, tu écris aussi pour les autres et quand ça te correspond, ça correspond aussi à plein de gens. Moi qui travaille dans un secteur bien formaté, c’est amusant.

Oui, je peux peut-être préciser que tu gagnes ta vie en étant dans le secteur bancaire?

Tu peux même préciser que je suis dans "le surendettement". Tu vois, ça n’a rien à voir avec ce que je raconte dans mes chansons.

Ces deux activités sont un peu schizophréniques, non ?

Non, c’est plutôt un équilibre. Et puis, je me suis toujours dit que même si un jour mon métier d’artiste devait marcher, je garderai un mi-temps dans la banque. Je t’avoue que j’ai un peu de mal avec la mentalité du milieu artistique, ce qui ne m’empêche pas d’avoir plein de potes dedans. Moi, je fais d’abord de la musique pour les autres. Ce n’est pas le cas de tous…

Parle-moi de ton co-auteur, Frédéric Gayot.

C’est un peu mon Alain Souchon à moi. On prend des après-midi et on écrit tous les deux. Depuis que l’on bosse ainsi, j’ai l’impression que les textes que je chante sont meilleurs. Écrire à deux permet d’avoir des angles différents sur un même sujet. Le travail en équipe rassure un peu et on a tendance à très vite s’enfermer.

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Tu fais pas mal de concerts à domicile.

C’est génial. J’en fais plein et je n’ai jamais vendu autant de disques qu’avec cette formule. Les gens invitent leurs amis et leur famille pour découvrir de nouveaux artistes. On est rémunéré au chapeau et aux ventes de disques et on s’y retrouve très bien, car les personnes présentes sont sacrément généreuses. En plus, l’ambiance est conviviale.

Tu es diffusé sur des radios allemandes, tu as un public en Belgique et en France tu restes méconnu… Ca te va bien le fameux « nul n’est prophète en son pays ».

Oui, en Allemagne, je suis même sorti sur une compile de chanson française, "le tour 6", qui se vend très bien, avec Oldelaf, Karimouche, Lisa Portelli… que des artistes signés. Ca à l’air tellement plus facile dans les autres pays. Ici pour avoir quelqu’un directement au téléphone, c’est très compliqué. Parfois, j’ai envie de baisser les bras.

Et pourtant, tu prépares déjà ton nouvel album.

Oui, je ne te dis pas que je vais arrêter. Parfois, juste, je suis découragé, mais je reprends vite du poil de la bête. En plus, si tu ne viens pas jouer à Paris, les gens des labels ne viennent pas te voir en Province.

Ce 4e album sera aussi cinglant ?

Oui, et encore plus décalé. J’aime bien le non-formatage. Musicalement, il y aura plus d’instruments, plus de cuivres par exemple. Je travaille et j'avance... à mon rythme.

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09 juillet 2012

Pauline Brooks : interview pour son (premier) Taratata!

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Je republie ma chronique/interview sur Pauline Brooks, un de mes récents coups de cœur musical. La jeune femme veut rentrer sérieusement en studio. Avec Vincent-Marie Bouvot (voir plus bas), réalisateur, compositeur, elle souhaite enregistrer un 6 titres sous forme de CD promo, dans son « Unreal World studio ».

Pour l’aider financièrement (en échange de contreparties intéressantes), ça se passe sur Ulule. A l'heure où j'écris cette note, il reste 9 jours et il manque la moitié de la somme requise pour que Pauline puisse accéder au studio.

Précision : Si le projet n'aboutit pas, vos mises vous seront remboursées. Parlez en autour de vous, chaque mise est importante.

Tout est expliqué là !

Pauline Brooks fait partie des artistes que je suis avec beaucoup d’intérêt depuis plusieurs mois. Je trouve son univers original, noir et onirique. Je m’y sens bien.

pauline brooks,paulines gilles,interview,taratata,vincent-marie bouvotRécemment, Pauline Brooks était dans Taratata sur France 2.

La semaine dernière, elle était dans un studio d’enregistrement de Deuil-la-Barre (à 5 minutes de chez moi) avec Vincent-Marie Bouvot (réalisateur / compositeur / arrangeur / musicien, connu notamment pour avoir été l’instigateur principal du succès de Zazie au début de sa carrière). Je suis allé à sa rencontre. Je tombe sur une jeune femme un peu réservée, mais qui s’anime dès qu’on lui parle de son métier de chanteuse, musicienne.

Avant de continuer, voici sa bio signée Frédéric Vignale, très légèrement tronquée parce qu’elle était un peu longue  :

"De ses 10 ans de flûte traversière et solfège, Pauline Brooks a appris et gardé le goût de la discipline et la musicalité, ce qui n'est pas du pipeau quand on est une chanteuse digne de son nom qui est un pseudo.

A Seize ans, elle se lance dans la chanson et se rattrape assez vite, c'est le temps des expériences et elle n'hésite pas à faire le grand écart entre Jeff Buckley et Zazie sans jamais se casser une jambe. Un travail d'équilibriste !

Puis elle monte à Paris, se voit déjà en haut de l'affiche et pour financer son Art elle fait le Porte-manteau de luxe dans la mode tout en faisant des maquettes en parallèle de sa vie de mannequin qui s'ennuie de la superficialité des métiers du beau.

Dès 2006, elle se fait vite repérer dans les réseaux sociaux et autres scènes virtuelles, ce quipauline brooks,paulines gilles,interview,taratata,vincent-marie bouvot l'amène à être sélectionnée pour participer à l'émission « In Live With » avec Elodie Frégé, et rencontre le célèbre mixeur-réalisateur Steve Forward, qui lui propose de mixer le titre "Brille" que Pauline Brooks a écrit et composé. Elle rencontre ensuite le talentueux chef d'orchestre et chanteur Stanislas (un mec bien dans la Place, comme chacun le sait) qui lui propose des titres. Elle choisit alors la chanson "Non merci", sans doute par esprit de contradiction.

Active et dynamique sur le Net, elle continue à se faire remarquer (chose qu'elle fait très bien depuis toute petite) et finira même aux portes de la Star Academy sans y entrer, ce qui n'est pas plus mal pour sa carrière finalement.

En 2008, elle présente, dans l'auditorium de la Sacem, une reprise de la chanson "Nathalie", d'un chanteur mort, accompagnée de ses musiciens, dans le cadre du prix Pierre Delanoë. La même année, elle rencontre le compositeur Rémi Lacroix, avec lequel elle travailla vite sur de nouvelles chansons.

Ainsi se prépare un premier Album Pauline brookesque que le monde de la musique, qui va si mal, attendait. 2011 sera son année, à n'en pas douter. La vague rousse ne fait que commencer."

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pauline brooks,paulines gilles,interview,taratata,vincent-marie bouvotInterview:

Je suis l’évolution de ta carrière depuis quelques mois. Ca bouge beaucoup pour toi en ce moment…

Oui, je suis sur une vague plutôt positive. Je pense que c’est le bon moment pour que mon projet prenne complètement son envol. Tout arrive d’un coup et de belle manière. J’ai d’ailleurs un peu de mal à réaliser.

Je sais que tu as eu de grands moments de doutes récemment.

J’ai toujours le sentiment que les gens ne me voient pas avec la musique que je peux donner en ce moment, alors que c’est celle qui me ressemble le plus. Ce que je faisais auparavant était un peu plus « variété »… allons, disons plus pop ! Je me demandais si le chemin que je prenais était dans la bonne direction. C’est donc en plein doute que les choses se sont enclenchées.

Tu travailles toute seule chez toi, tu bidouilles tes ordinateurs, tu crées en solo. C’est difficile de ne pas avoir d’aide ?

Non, au contraire, je suis une solitaire. J’ai besoin d’être dans ma bulle et je m’enferme dedans. Au début, j’ai même eu du mal à mettre mes chansons en avant. J’avais un peu peur d’être jugée. Enfin, en tout cas, pour moi, c’était une étape de faire découvrir mes nouveaux morceaux.

Ton style d’aujourd’hui, s’il fallait le déterminer, je dirais que c’est du trip-hop. Mais, au fond, ce n’est pas que ça…

C’est ça, mais effectivement, il y a des chansons plus jazzy par exemple… de toute façon, je ne veux pas me cantonner à un style en particulier, c’est vraiment suivant l’inspiration.

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Dans tes chansons, tu évoques des héroïnes aux destins brisés. Jean Seberg, Dalida, Sharon Tate

Ce sont des femmes qui me touchent par leur personnalité, leur vécu. Le fait qu’elles soient adulées, adorées et très seules. Ces femmes-là doutaient beaucoup, n’avaient pas confiance en elles. Sur certains points, je me sens proche d’elles et il y a des choses qui sont en résonances avec ma propre vie. Cette envie d’écrire autour de ce thème-là est partie de la découverte des poèmes de Sylvia Plath. Il faut la lire pour comprendre pourquoi j’ai pris cette décision, ce qui est certain, c’est que je ne voulais pas évoquer ce que j’ai vécue moi.  

Parler des autres pour parler de soi-même…

Oui. Dans certaines chansons, j’utilise le « je », d’autres le « tu ». Du coup, on ne sait pas trop qui parle et ça me convient bien ainsi.

Mini-clip de la chanson "Sorry Jean" qui évoque le destin de Jean Seberg
Stéphane Defer (www.rouge-poivron.com) et Pauline Brooks.

Tu écris des chansons quand même très noires…

Oui, je sais. Le paradoxe, c’est que je n’ai pourtant pas envie de montrer uniquement ces côtés-là de ma personnalité et de la personnalité de l’artiste dont je vais parler.

Tu as beaucoup de chansons ?

En chantier, j’en ai pas mal. 8 sont finies et d’autres sont moins abouties.

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Tu es ici à Deuil-la-Barre pour retravailler certains de tes morceaux avec un grand réalisateur et créateur de chansons, Vincent-Marie Bouvot. Comment vous êtes vous rencontrés musicalement ?

Il a écouté mes morceaux sur MySpace il y a un an et au même moment, moi, je lui envoyais un mail. C’était une incroyable coïncidence. Lui, visiblement, avait bien aimé ce qu’il avait écouté, qui était pourtant encore à l’état embryonnaire. Moi, j’avais deviné son amour du son vintage qui correspond à celui que j’apprécie aussi. J’ai un peu avancé sur mes maquettes et il a trouvé ça intéressant. Il a estimé qu’un univers s’en dégageait. Il m’a proposé de travailler sur cette maquette pour me permettre d’avancer sur mon projet d’album. Je voulais un deuxième regard sur mon travail, car il est difficile d’avoir du recul sur ses propres chansons. Il a revu toutes les structures des chansons quand il le fallait. Je travaille de manière très instinctive donc tout n’étaient pas bien structurés. Moi, c’est ce que j’attendais… un retour franc et constructif. Me remettre en question ne me dérange pas. Avec Vincent-Marie, j’avance à vitesse grand V.

Tu es quelqu’un de fier ?

Pas vraiment. Du moment que l’on me parle sans agressivité, je crois que je suis capable de prendre les choses avec philosophie.

Tu fais aussi partie de la sélection des Inrocks.

J’ai postulé un peu par erreur. Je croyais que Les inrocks proposaient une plate forme telle que Noomiz ou MySpace. Je pensais que c’était juste pour se présenter, je n’avais pas calculé qu’il y avait un concours autour de ça et que je pouvais être sélectionnée. Ca m’a donné un coup de boost parce que j’étais un peu dans le creux de la vague. J’ai retravaillé complètement une chanson et j’ai tourné un petit clip avec une harpiste pour présenter un peu le projet (voir au-dessus de la question). C’était super d’avoir cette visibilité sur le site des Inrocks.

pauline brooks,paulines gilles,interview,taratata,vincent-marie bouvotEt après, il y a eu Taratata.

Pour leur nouvelle rubrique « Jeunes Talents », ils ont fouiné et m’ont déniché sur le site de Télérama. Ils ont trouvé ce que je faisais suffisamment intéressant pour qu’ils le proposent à Nagui. C’est vraiment le truc qui arrive de manière inattendue. Après quelques jours de suspens, j’apprends que c’est confirmé. Je quitte donc Avignon, pour la capitale enregistrer l’émission. Là, je suis accueillie par Flavien qui me rassure, me donne des conseils, m’explique comment ça va se passer et aussi que Chris Martin, le leader des Coldplay, va m’écouter. Nous avons été super bien reçus, finalement comme les groupes importants. De mon côté, j’ai essayé de bien gérer mon trac… non, parce que je l’avais, crois-moi.


Pauline Brooks- Taratata par notsoblonde

Avec ce Taratata, tu touches du doigt un bout de ton rêve.

Oui, et il faut que je rebondisse là-dessus. Il n’y a pas de raison pour que ça ne continue pas.

Pour voir la prestation de Pauline Brooks à Taratata, il suffit de cliquer ici.

 

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Pauline Brooks travaille avec Vincent-Marie Bouvot, soit. Il était donc pour moi impératif que j'interroge le principal intéressé sur cette collaboration, que j’espère de tout cœur fructueuse. (En fait, je n’en doute pas.)

Comment avez vous pris la décision de travailler avec elle?

Pour l'instant il s'agit plus de créer ensemble, de partager, de se renvoyer la balle à propos des titres en construction, de mettre en place les moyens intellectuels, les réflexes créatifs. Lancer la douce confrontation des imaginaires (assez proches je le crois chez Pauline et moi) et des expériences passées. Tout cela au profit du projet artistique de Pauline. Pour moi la phase du "travail" à proprement parler serait donc plutôt ce moment où, ayant conquis des producteurs, des éditeurs, l'on passe à la production "industrieuse" d'un disque. Il n'y a donc pas ici de "décision". C'est la soif de faire de belles choses qui me pousse. Comme si croiser Pauline sur la route de ma caravane était y trouver un point d'eau. Le but alors et j'y reviens: Faire ensuite que ce petit miracle, ce point d'eau là grandisse en oasis.

Qu'est-ce que vous aimez professionnellement chez elle?

Pauline est habitée. Elle est une excellente musicienne. Une Artiste - Il n'y en a pas autant qu'il y paraît de vrais artistes- elle est capable d'écrire les plus jolies musiques, les plus chouettes chansons qui soient. Et de les chanter et les "porter" artistiquement, tout comme professionnellement, aussi haut et loin que possible. Pour Pauline, cela ne fait aucun doute, la musique est une affaire sérieuse, je ne dis pas "triste" bien au contraire. Car pour elle, je l'ai vu, la bonne musique est une joie. Et cela quel qu'en soit le style affiché, le genre. Je partage totalement ce sentiment. Voilà ce que j'aime chez Pauline.

Comment voyez-vous ou espérez-vous son avenir musical?

Je n'ai pas de visions en général sur l'avenir d'une carrière. Je souhaite seulement que la musique de Pauline passe à la radio. Beaucoup. Souvent. Aussi personnelle et
originale soit elle. Je souhaite que le plus large publique possible entende la meilleure musique possible. Voilà ce qui rend tout le monde heureux: L'artiste et son équipe et tous les auditeurs, les spectateurs, nous: Les gens.

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Après l'interview...

(Grand merci à LaBlonde Musique pour les belles photos dans les loges de Taratata et pour la photo d'ouverture!)

07 juillet 2012

Myra Eljundir : interview exclusive pour Kaleb

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Il y a quelques jours, je reçois sur mon bureau un livre dont la couverture attire mes yeux. Il est intitulé Kaleb. Je lis la quatrième de couverture, l’histoire m’intéresse, mais n’étant pas un grand fan de la littérature jeunesse, je reporte aux calendes grecques sa lecture.

Mais, en fait, non.

Dans la journée, je reçois un appel d’un(e) ami(e) auteur « à forte notoriété ». Il/elle me demande si j’ai bien reçu le livre d’une dénommée Myra Eljundir. Je réponds que oui, mais que je ne compte pas spécialement me précipiter pour le lire. D’un ton un peu péremptoire, cette célébrité du monde des lettres me conseille de réviser ma position et de le/la rappeler. Il/elle pourrait bien m’organiser un rendez-vous avec cette auteure qui écrit sous pseudo et dont je connais l’œuvre, précise-t-il/elle.

myra eljundir,kaleb,interview,mandorAvant de continuer cette histoire, voici la présentation de l’éditeur :

"À 19 ans, Kaleb Helgusson se découvre empathe : il se connecte à vos émotions pour vous manipuler. Il vous connaît mieux que vous-mêmes. Et cela le rend irrésistible. Terriblement dangereux. Parce qu'on ne peut s'empêcher de l'aimer. À la folie. À la mort.
Sachez que ce qu'il vous fera, il n'en sera pas désolé. Ce don qu'il tient d'une lignée islandaise millénaire le grise. Même traqué comme une bête, il en veut toujours plus. Jusqu'au jour où sa propre puissance le dépasse et ou tout bascule... Mais que peut-on contre le volcan qui vient de se réveiller ?
Le premier tome d'une trilogie qui, à l'instar de la série Dexter, offre aux jeunes adultes l'un de leurs fantasmes : être dans la peau du méchant.

Déconseillé aux âmes sensibles et aux moins de 15 ans."

Et voilà comment l’auteur est présenté :

"Sous le mystérieux pseudonyme de Myra Eljundir se cache un auteur et scénariste francophone de talent, vivant en Islande. À l'instar de Kaleb, sa trop grande empathie l'a conduite à s'isoler. Une façon de se protéger, ainsi que ceux qu'elle aime. Les lecteurs pourront toutefois contacter directement Myra et tchater avec elle sur la page Facebook de la collection R."

Intrigué, je lis en deux jours ce roman. Que je ne trouve pas du tout destiné à la jeunesse. Je le trouve même parfois un peu « limite » pour des ados. Mais il est passionnant et à provoqué en moi différentes réactions, positives pour la plupart et parfois irritées. Mais, bon sang, jusqu’où est allée cette auteure ?

Je rappelle mon ami(e).

Lui explique mon enthousiasme.

Il/elle se vante un peu de m’avoir fait fléchir.

Ainsi, le 2 juillet dernier, je me retrouve en face de Myra Eljundir, dans un restaurant près de la place du Châtelet.

Interview :

Quoi ! C’est vous ?

Oui. Comme vous le constatez.

C’est amusant que l’on se rencontre, j’ai lu l’intégralité de votre œuvre.

J’en suis enchantée, mais il n’empêche que si vous divulguez mon identité, je vous tue.

Euh… je serai une tombe, promis. Pardonnez-moi, mais je suis obligé de vous poser la question… pourquoi ne pas avoir écrit sous votre vrai nom ?

Je me sens plus libre dans l’anonymat. Libre du regard des gens qui me connaissent, libre de pouvoir sortir de ce que j’écris habituellement. Je voulais aussi me mettre au service de l’œuvre et que ce soit l’histoire la star, ou à la limite les personnages, mais pas moi l’auteur. Dans ma propre expérience, quand j’écris sous ma véritable identité, ça me dérange presque de vendre l’auteur plus que son travail. Bref, je m’éclate plus dans l’ombre que dans la lumière.

Mais du coup, en présentant l’auteur de Kaleb de manière aussi mystérieuse, inévitablement, ça créé une curiosité qui fait beaucoup parler. Ça ne parasite pas l‘œuvre, ça aussi ?

L’œuvre non, le refuge de l’anonymat peut-être ! Mais je suis un peu joueuse, vous savez. Et puis, un auteur est malgré tout un personnage complexe. Alors ici, je joue un peu à cache-cache et ça m’amuse, même si ça me met en danger. (En rigolant) Mon ego incommensurable d’auteur se demande si les lecteurs vont reconnaître son style. J’espère que non et en même temps, ça m’amuserait que oui !

Comment allez-vous procéder pour la promo de Kaleb?

Vous êtes le seul que je verrai en face à face… pour les autres, je répondrai par mail.

Pourquoi avoir accepté de me répondre, alors ?

Parce que je vous ai déjà lu moi aussi ! Il y a une vraie curiosité de l’autre et un vrai respect dans vos interviews. Je savais que vous joueriez le jeu du secret avec la discrétion que ça requiert !

En 2012, est-ce que ce petit jeu peut durer longtemps ?

On verra. Franchement je l’espère, car j’ai plein d’autres projets et envies sous ce pseudo là !

Kaleb, votre héros, possède en lui une empathie beaucoup plus développée que la moyenne, c’est le moins que l’on puisse dire. Je me suis laissé dire que vous aviez aussi ce don-là.

Kaleb, c’est un peu le côté obscur de Myra. En vrai, j’ai moi aussi un énorme problème d’empathie : je suis une véritable éponge. Je fonctionne par imprégnation. Les gens, je les sens, je lis en eux comme dans un livre ouvert. Et je provoque aussi la confession. J’ai parfois l’impression d’être une sorte de réceptacle. C’est bien, mais c’est difficile de ne pas prendre à son compte les émotions des autres. J’ai aussi une espèce d’hypersensibilité qui fait que je prends tout ce qui m’entoure puissance 10.

C’est handicapant dans la vie ?

Quand on ne sait pas le gérer, oui. On n’arrive pas toujours à se distancier par rapport à ce qui nous arrive ou à ce qui arrive aux gens qui gravitent dans notre périmètre proche. On est parfois dans des émotions en montagnes russes, ce n’est pas forcément super agréable à vivre. Ceux qui me croisent ou me rencontrent sont souvent loin de s’en douter, car je suis plutôt douce et souriante, mais j’ai une boule de colère et de chagrin profondément ancrée en moi, à fleur de peau, de cri ou de larmes parfois… je les cache par des sourires et les crie dans mes livres… mais ils restent là.

Je suis allé voir sur Internet ce qu’il se disait sur votre livre… il y a vraiment les « pour » et les « contre ». J’ai rarement vu autant de différences de ressentis.

Il y a ceux qui adorent et ceux qui détestent. Ça me plait beaucoup. Kaleb, que ce soit le livre ou le personnage, ne pouvait pas laisser indifférent. C’est quelqu’un qui est tellement à fleur de peau, qu’il ne pouvait que susciter des réactions épidermiques. Je ne m’attendais pas à ce qu’il puisse choquer autant, parce que moi, personnellement, je l’adore. Cela étant, je peux m’expliquer ce phénomène facilement. Ce roman a été présenté comme un livre « jeunesse et jeunes adultes ». Je pense qu’il est plus « jeune adulte et adultes » que « jeunesse ». Mon livre n’est pas bien pensant, ni moralisateur, comme le sont généralement les livres de littérature jeunesse, il y a de quoi être un peu dérouté.

Kaleb est un héros qui plait plus aux garçons qu’aux filles, non ?

Effectivement, et ça me fait très plaisir parce qu’on a tendance à dire que ce genre de littérature est plus destinée aux filles qu’aux garçons. Comme si les garçons ne lisaient pas et ne pouvaient pas s’intéresser à ces choses-là ! Alors s’il contribue aussi à les réconcilier avec la lecture, j’en serai super fière ! Parmi les plus belles réactions que j’ai eues, beaucoup étaient celles de garçons. En règle générale, ceux qui aiment ce livre sont ceux qui sont contents de ne pas trouver un ton adolescent dans la narration et dans le propos. Un ton qui ne leur explique pas tout, qui ne leur met pas les sous-titres, qui ne cherche pas à les caresser dans le sens du poil. Un ton qui les respecte en leur racontant la vraie vie.

Vous avez modifié votre façon d’écrire pour ce livre.

C’est à vous de me le dire puisque vous connaissez mes livres. Je ne sais pas. Je suis peut-être moins dans la poésie du texte, plus dans l’efficacité. Et l’histoire se prêtait à un style assez dépouillé, sans fioritures, brut de décoffrage comme Kaleb. Je suis une grande fan de littérature fantastique… C’est même mon genre préféré et du coup, Kaleb est très important pour moi. Je voulais raconter une histoire qui me plaisait et qui me tenait à cœur, sans chercher à faire d’effets de manche. Juste être sincère dans ce que je racontais, tant sur le fond que sur la forme…

Kaleb est un EDV, un enfant du volcan. Pour le moment, l’explication de leur existence est assez trouble...

On en saura plus dans le deuxième tome, qui lèvera le voile sur toute une mythologie inspirée d’autres déjà existantes, ainsi que sur l’origine de ces enfants très particuliers. On saura d’où ça vient et où ça mène. Je ne pouvais pas tout expliquer dans le premier tome.

Un des héros de ce livre est un pays. L’Islande. Vous y vivez, je crois.

J’y suis très souvent en effet. J’aime ce pays parce que c’est une terre adolescente, bouillonnante. Parce que tout y est en mouvement. Vous avez l’impression d’éléments qui se déchaînent. Le feu côtoie la glace et ça crée des réactions épatantes. C’est une terre qui est encore en formation : elle bouge, au sens littéral du terme. On se sent super vivant là-bas et c’est incroyable comme on vibre. En même temps, cette vie côtoie des paysages de mort, comme les volcans, les champs de lave à perte de vue, des espèces de mares bouillonnantes d’acide sulfurique et des émanations de soufre. J’aime quand la nature est poussée à ses extrêmes.

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Comme les Islandais, croyez-vous aux choses surnaturelles ?

Qui Myra ou moi ?

Vous.

Moi oui. Myra aussi. Pas vous ?

Si, mais mes lecteurs s’en moquent un peu. Avez-vous été témoin d’événements, disons… « étranges ».

Oui. J’en ai été l’actrice aussi… d’une certaine façon. Mais, je n’en dirai pas plus.

Avez-vous l’impression d’avoir été islandaise dans une autre vie ?

Qui sait ? La première fois que je me suis rendue dans ce pays, ça a été une vraie évidence et j’ai eu un immense sentiment de liberté. J’ai ressenti ce que je ressens habituellement quand il y a un orage. Quand un orage arrive, je le sens physiquement. Je ressens la pression dans mon crâne et ça me rend d’extrême mauvaise humeur. Quand l’orage éclate, c’est comme une intense libération doublée d’un sentiment de puissance. En Islande, je ressens cela non stop.

Pourquoi revenez-vous à Paris régulièrement ?

Je viens pour mes obligations professionnelles. Mais je n’aime pas trop ce qui est « rendez-vous » et grégarismes obligatoires. J’aime bien avoir mon espace et ma liberté. J’apprécie cependant l’effervescence qu’il y a à Paris, ce bouillonnement culturel, ainsi que la France en général. Il y a des régions magnifiques, notamment des régions volcaniques extraordinaires qui font penser à l’Islande, sous certains aspects. Mais si j’aime venir, j’adore aussi repartir !

Votre premier tome finit de manière très frustrante. Il n’y a pas de fin, puisque la suite sera racontée dans les deux prochains.

En tant qu’auteur, je suis très contente que vous soyez frustré, même si ce tome s’achève sur une révélation fracassante ! Vous savez, quand j’écris une histoire, avant de la raconter à quelqu’un, je me la raconte à moi-même. Je suis excitée, je veux en savoir plus, je peux être énervée contre mon personnage, parfois je suis terriblement attristée pour ceux que je malmène. Vous savez, je me joue un tour à moi-même en écrivant ce genre de fin. Je me frustre aussi.

Vos héroïnes sont un peu « femmes objets » dans votre livre ?

Ce ne sont pourtant pas les seules victimes de l’histoire ! Qui voudrait être à la place des adversaires de Kaleb, ou d’un certain jeune militaire ?  C’est curieux de ne compter que les filles dans l’hécatombe ! D’autant que vous allez vite vous rendre compte qu’elles sont moins « objets » que vous ne l’imaginez. En revanche, il n’y a aucune misogynie de ma part, que les choses soient claires ! Lucille, la jeune fille de 17 ans, qui est certainement la plus malmenée, je ne lui fais pas du mal pour le plaisir de lui faire du mal. Rien de ce qu’elle subit n’est gratuit. Hélas, elle se trouve sur le chemin de Kaleb quand il découvre son pouvoir. Il est grisé, il ne maîtrise pas, elle va malheureusement en faire les frais. Mais je ne vais certainement pas l’épargner sous prétexte que c’est une femme ! Là, ce serait terriblement sexiste et misogyne. Ce n’est pas parce que c’est une femme qu’elle ne peut pas être victime et faire de sales rencontres. Je n’écris pas une intrigue qui se passerait au pays des Bisounours. Maintenant, je ne trouve pas que mes héroïnes soient plus malmenées qu’une Bella dans Twilight.

C'est-à-dire ?

Si Twilight est remarquable à d’autres niveaux, Bella me fait l’effet d’une vraie femme objet. Pour commencer, elle attend comme une malheureuse que l’homme de ses rêves consente à avoir une relation avec elle. Évidemment, à ce moment-là, elle est  vierge, sinon, ça ne le fait pas. Ensuite, à partir du moment où elle consomme, paf ! elle tombe enceinte. Et pour finir, une fois enceinte, elle devient juste un personnage de seconde zone, une espèce de moule qui doit accepter l’enfant qui va la tuer. Elle porte l’enfant au détriment de sa propre vie, qui ne compte plus ! Dans le cas présent, c’est quoi l’image de la femme ? C’est : « soit vierge jusqu’au mariage, et même si tu dois en mourir, il faut surtout que tu mènes ta grossesse à terme parce que l’avortement c’est mal et que tu es faite pour enfanter ? ». Attendez de découvrir un peu mieux Abigail… pour en revenir vraiment de l’image de la femme objet !

Ce livre n’est complaisant ni vis-à-vis des personnages, ni vis-à-vis des lecteurs.

Je ne veux pas édulcorer ce que j’écris à partir du moment où j’estime que c’est cohérent avec l’histoire. Et je préfère susciter des réactions vives, dans un sens ou dans l’autre, que d’écrire un roman tiède qui caresse les gens dans le sens du poil pour faire des ventes !

Vous avez écrit les deux autres tomes ?

C’est en cours, mais pas tout à fait bouclé ! Car mes personnages ont leur vie propre et si je sais où je veux les conduire, je sais aussi qu’eux me conduiront vers des endroits que je n’aurais pas imaginé avant de les écrire.

Vos personnages décident parfois ?

Souvent ! Et j’adore ça. Ca veut dire qu’ils ont pris chair, qu’ils sont incarnés. S’ils n’étaient pas incarnés, j’en ferais ce que je veux. Et ils seraient juste des prétextes à raconter mes histoires alors qu’ils ont une vraie substance : parfois c’est moi qui deviens leur objet. Je me plie à ce qu’ils ont envie de devenir.

Un écrivain est un Dieu. Il est maître de son propre monde…

C’est fascinant parce qu’on a l’impression d’être un médium, c'est-à-dire d’être en communication avec des êtres d’une autre dimension. J’ai l’impression qu’ils se servent de moi pour que je raconte leur histoire. Maître et esclave à fois, donc…

Du coup, vivre la vraie vie, sortir de votre imaginaire, c’est difficile pour vous ?

En pure phase d’écriture, oui. Pour autant, je ne me coupe pas de la vie « normale ». Je ne veux pas me couper du réel et des vrais gens. Parce qu’à vivre seul avec soi-même, on finit par vivre avec un con. C’est bien, je trouve, de se confronter aux aléas du quotidien, cela permet de réagir, d’évoluer, de ressentir des émotions différentes que si je restais toute seule cloitrée dans ma maison sans rien voir, ni rien faire.

Kaleb est un garçon très ancré dans le réel, dans notre société.

Son histoire permet d’aborder des thèmes comme les relations ados-parents, la solitude, la quête initiatique, et de répondre à quelques interrogations. « Qu’est-ce que je fais des bouffées, des pulsions qui me viennent à l’adolescence ? », « Si je me sens en prison dans la société, comment je gère ma colère ? »… ce type de questions que se posent beaucoup d’adolescents.

Quand sortent les deux prochains volets des aventures de Kaleb ?

Les deux sortent en 2013.

Myra Eljundir me fait penser à une anagramme, il n’en est rien m’avez-vous dit avant que l’on démarre l’interview… Ce nom a-t-il une signification ?

Oui ! Dans la mythologie nordique, la déesse des enfers s’appelle Hel. C’est de là que vient le mot « Hell » en anglais, enfer, donc en Français. Les quartiers de la déesse Hel aux enfers s’appellent l’Eljundir. Mon pseudo à donc une signification très précise.

C’est facile de cacher son identité ?

Quand on ne veut pas être vu, on ne l’est pas. D’ailleurs, il est temps pour moi de partir…

Mais, vous savez que pour mon blog, photos il y a…

Allons, sur le pont d’à côté…

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05 juillet 2012

Patrick Coutin : interview pour "Babylone Panic"

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patrick coutin,babylone panic,interview,mandorPatrick Coutin est arrivé dans nos vies en 1981 avec un tube énorme et immortel, « J’aime regarder les filles », que l’on réécoute chaque été depuis plus de 30 ans. Outre quelques albums, Patrick Coutin dirigera par la suite une salle de spectacles, produira une dizaine d’albums pour lui, une dizaine pour autrui (Les Wampas, Dick Rivers…). Homme-orchestre, il est tant auteur compositeur, musicien, ingénieur du son que réalisateur. En 2010, neuf ans après son précédent opus, il sort Le bleu, un bijou country folk, un peu blues, un peu introverti, aux textes ciselés comme jamais. Deux ans après (aujourd’hui, donc), il revient avec Babylone Panic au son ludique et lumineux, aux mots qui cognent et aux guitares qui gueulent, dans la presque démesure. Les textes n’en sont pas moins écrits avec délicatesse et  extrême sensibilité. Il assène quelques bonnes vérités et chante le monde et l’amour tel qu’il est.

Merci à Sissi Kessaï qui m’a emmené ce vrai rockeur à l’agence, lundi dernier (2 juillet). Un artiste souriant, bien dans ses pompes, lucide et authentique. Dupe de rien et un avis éclairant sur tout.

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Interview :

Entre 2001 et 2010, vous vous êtes retiré de la vie musicale. C’est une longue coupure…

Disons que je n’ai pas fait de disque. Pour des raisons personnelles, je n’avais pas envie de me lancer dans ce genre de projet. Et puis, j’avais moins de choses à dire. La musique, c’est mon métier. J’y ai tout fait. J’ai chanté, écrit, réalisé et subitement, j’ai trouvé que tout ce qui était lié à la musique était de moins en moins intéressant. Ce milieu était en restructuration et je n’ai pas trouvé cette période particulièrement épanouissante pour un artiste.

On peut dire que vous étiez même un peu déçu de la tournure que prenait le milieu de la musique ?

Je suis passé d’un monde ou vendre 200 000 albums était normal à un monde ou subitement en vendre 5000 est devenu un exploit… c’est forcément moins excitant. Quand tu as bouffé du foie gras et du caviar pendant des années, tu as du mal à te remettre aux sardines en boites.

La situation n’ayant pas changé, que s’est-il passé pour qu’en 2010 vous décidiez de revenir avec l’album Le Bleu ?

J’ai trouvé que la génération actuelle était intéressée par la musique et la chanson écrite en français. Il me semblait qu’il y avait même un besoin et le besoin, ça donne envie. Et puis, il y a un moment, quand tu as envie d’écrire, tu écris, ça ne s’explique pas. Moi, je suis un écrivain un peu compulsif, c'est-à-dire que soit ça sort, soit ça ne sort pas. J’ai commencé à retrouver un certain goût de choses à dire et donc, c’est sorti.

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Je note que vous avez employé le mot « écrivain ». Un chanteur emploie généralement le mot auteur.

Je ne veux pas paraître prétentieux et m’exprimant ainsi. Mais pour moi, une chanson, c’est comme une poésie, sauf qu’elle est en musique. Elle sort avec une mélodie et un rythme. Il s’agit de dire un certain nombre de mots, pas trop d’ailleurs, pour exprimer des climats, des descriptions et des sentiments.

Une chanson comme « La crise » explique la crise financière alors que l’on pourrait s’imaginer que vous évoquez une crise liée à une maladie.

J’ai toujours tendance à être en décalage. Ce qui est difficile quand on écrit au premier degré, c’est que le premier degré est terriblement éphémère. C’est tout de suite daté. Je tente d’être dans la prise de distance et en même temps dans la spontanéité. Ça demande une certaine contorsion.

J’ai vu une interview dans laquelle vous affirmiez qu’une bonne chanson se fabrique d’elle-même. Insinuez-vous qu’écrire une chanson, finalement, c’est facile ?

Écrire une chanson, oui, en effet, c’est assez facile, mais il y a un énorme travail de préparation. C’est un peu comme la fabrication du charbon, du pétrole ou des pierres précieuses, ça demande beaucoup de temps et de travail et à un moment, ça se met en place. Soudain, sortent à la fois le rythme dans la façon d’écrire, l’harmonie, la mélodie, l’intention et les mots. Quelquefois aussi, dans une chanson, tu découvres ce que tu as voulu dire un tout petit peu de temps après. En réalité, je ne sais pas ce que j’écris exactement. Il n’y a pas de volonté. Il y a quelque chose qui s’est fabriqué dont je suis transmetteur.


Patrick Coutin - Rock'n'Roll par CoutinMusic (une vidéo de Pierre Terrasson (1991) sur un titre enregistré à l'Aéronef de Lille.

Dans  « Babylone Panic », votre chanson la plus politique, vous parlez du printemps arabe et de manière très claire, sans louvoyer. Vous êtes d’origine tunisienne, vous vous sentez concerné par ce qu’il s’est passé dans ces pays-là ?

Cette révolution était une situation complexe, mais en même temps, je n’ai pas eu de mal à raconter tout ça. J’ai eu juste un problème pour la fin. Comme je ne sais pas comment tout ça finira, c’était assez délicat de terminer cette chanson.

Si je dis que vous êtes l’un des derniers des mohicans du rock français, ça vous gène ?

Vous faites comme vous voulez. Le rock’n’roll c’est beau quand c’est un peu brutal, un peu simpliste, avec un son pas trop peaufiné, je dirais même qu’il faut que la musique soit finement agressive. J’avais vraiment envie que l’album soit rock d’un bout à l’autre. Il me semblait que l’époque avait besoin quelque part d’un petit disque de rock pur.

Babylone Panic, live à La Boule Noire le 24 avril 2012.

Pour cet album, vous avez pensé à la scène ?

Pour moi, enregistrer en studio ou faire un concert, c’est pareil. Je joue de la musique. Je n’arrive pas à faire la différence de l’espace.

patrick coutin,babylone panic,interview,mandorOn ne peut passer sous silence, la pochette de Liberatore

Tanino, c’est un peu le Michel-Ange du 21e siècle. C’est un homme qui dessine incroyablement bien. Il a un sens du détail absolu et un amour pour la chair, la musculature, les veines, la peau. Il dessine des femmes d’une somptueuse beauté. (Rires). Quand je vais dans son atelier, j’ai envie de lui demander tous les numéros de téléphone des femmes qu’il a conçus.

Quelle vision avez-vous du monde de la musique aujourd’hui ? Vous vous y sentez bien ?

C’est plus facile pour moi de me sentir bien que pour plein de gens. Quand tu as une carrière comme la mienne derrière toi, que tu as des chansons qui ont fonctionné, je dirai que ce n’est pas trop difficile de continuer à évoluer dedans. Je n’ai pas d’avis négatif ou positif. On est dans une société extrêmement dure dans laquelle les gens ont très peu de choses à faire à part consommer. On est gavé et tout commence à avoir le même goût, culturellement parlant aussi, bien sûr. Je trouve ça injuste parce qu’il y a beaucoup de très bons musiciens aujourd’hui.


Patrick Coutin "Justice" (clip officiel) par CoutinMusic

Avez-vous quelque chose à prouver encore aujourd’hui ?

Même au départ, je n’ai jamais eu l’impression que j’avais quelque chose à prouver. Juste à mes copains musiciens. Le public te prend ou ne te prend pas. C’est lui qui choisit. Il faut garder beaucoup de distance face au succès. On n’est pas un génie parce qu’on a vendu beaucoup de disques et on n’est pas non plus une merde si on n’en vend pas. Par contre, il faut être bon dans ce que l’on fait, il faut essayer d’aller au bout de ses idées, essayer d’être digne dans ce que l’on balance… tout ceci me paraît important.

Bon, reparlons de votre méga tube, « J’aime regarder les filles ». C’est très original parce que ça ne fait que 31 ans que les journalistes ne vous lâchent pas avec ce titre culte.

Ça ne me dérange pas du tout. C’est difficile de comprendre pourquoi une chanson est un tube, mais en tout cas, un tube, c’est quelque chose qui touche les gens et qui participe à leur vie. Coup de chance pour moi, c’est un des morceaux les plus rock que j’ai écrit et donc, ça me va bien. C’est ma façon de jouer de la guitare, ma façon de chanter, c’est mon écriture qui est à la fois dedans et un peu décalée. Ce n’est pas une chanson si simple que cela. Elle a plein de degrés. On a le droit de penser que c’est ce que j’ai fait de mieux, mais je n’en suis pas persuadé.


Patrick Coutin - J'aime regarder les filles [1982] par ZapMan69

De nombreux DJ’s ont repris « J’aime regarder les filles », dont Bob Sinclar. Ça ne vous gêne pas qu’on triture une de vos chansons ?

Pendant très longtemps, j’ai refusé que l’on touche à mes chansons et puis je me suis rendu compte que des gens y touchaient sans mon accord. Un DJ fait un peu ce qu’il veut sur n’importe quelle œuvre, il faut le savoir. Bon, du coup, je me suis un peu ouvert à ce sujet. La seule chose que je refuse, c’est que la chanson soit dénaturée. J’ai fait quelques interdictions. Rachida Brakni voulait chanter « J’aime regarder les mecs ». Je n’ai pas voulu, car je trouvais que sa chanson était à contre sens de la mienne. Par contre, il y a un groupe de jeunes filles homosexuelles qui ont fait « J’aime regarder les filles ». La version est décalée, mais elle rend super. Bon, en même temps, une chanson, c’est comme un enfant, il faut lui laisser vivre sa vie.

Mais quand on a écrit 9 albums et que l’on revient invariablement sur ce titre, il y a de quoi péter un câble, non ?

Non, parce que je ne trouve pas cette chanson ringarde. Il y en a une autre qui s’était vachement vendue aussi, il y a de cela 25 ans, « Rends-moi mon cœur gamine ». Quand je la réécoute, celle-là, je ne la trouve pas bien. Je l’assume beaucoup moins parce que je ne l’aime pas. Je conseille à vos lecteurs d’écouter mon nouveau disque. C’est ma musique, celle que j’aime et que je sais jouer.

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29 juin 2012

La Palombe : Interview pour "Les nuits d'une demoiselle"

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Vous ne connaissez pas La Palombe ? Bon, ce n’est pas tout à fait étonnant puisqu’elle ne bénéficie pas encore d’un relais médiatique très important. Cette artiste mérite pourtant qu’on s’intéresse à elle, son travail, le personnage qu’elle s’est inventée. J’ai reçu la jeune femme ce matin, à l’agence. Julia Palombe est spontanée, franche, simple et… séductrice. (Les photos dans le canapé en témoignent…)

Bio officielle :

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julia palombe,la palombe,interview,les nuits de la palombe,les nuits d'une demoiselle,mandorInterview :

Au départ, tu te destinais à une longue carrière de danseuse… et tu as pris un jour la décision de chanter. Chanter est un moyen d’expression qui te correspondait mieux.

Chanter c’est drôle, jouissif et libérateur. Et je peux inclure la danse dans les spectacles dans lesquels j'interprète mes chansons. Le corps est aussi un instrument, il faut savoir le manier.

Tout de suite, tu as décidé d’amuser le public et de raconter des histoires sexuelles?

Oui, vraiment dès le départ. La première chanson que j’ai écrite et chantée lors de mon stage de chant racontait l’histoire d’une femme qui faisait l’amour avec un homme dans son appartement et qui se demandait qui était cet homme.

Si on écoute mal tes textes, on pourrait éventuellement classer le fruit de ton travail dans les chansons dites « réalistes » ?

Parce que ça me plait et parce que, dans ma jeunesse, j’ai été transportée par des chansons d’avant. Ma mère écoutait autant France Gall que Brassens et Brel… moi j’adorais aussi les écouter, mais surtout les regarder à la télé. Quand je vois Brel qui chante « Mathilde », je meurs. Comment peut-on chanter ce genre de chanson avec autant de fougue ?

Du coup, tu n’envisages ce métier qu’en donnant tout sur scène. 

Je ne peux pas l’envisager autrement. Quand je vois les chanteurs d’aujourd’hui sur scène, même quand je trouve que c’est intéressant et que le travail est poussé, je me demande souvent pourquoi ils font cette gueule,  pourquoi ils racontent leurs histoires avec si peu d’engouements, pourquoi ils n’ont aucune élégance dans leur mouvement et au final, pourquoi ça me file pas le frisson... tout ça indépendamment des goûts musicaux.

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julia palombe,la palombe,interview,les nuits de la palombe,les nuits d'une demoiselle,mandorTu as été danseuse, certes, mais tu as aussi suivi des cours de comédie… ça se sent dans ton spectacle.

J’ai travaillé la comédie avec Jack Waltzer, ça m’a beaucoup apporté, mais je n’ai pas poussé l’expérience plus que ça. Quant à mon travail de danseuse, j’étais à bonne école avec des professeurs qui poussaient le côté théâtral.

Le public qui vient te voir est-il plus composé de femmes, d’hommes ou de couples ?

Ce sont souvent des couples. Ce qu’ils voient les faits marrer... ou les émeut. Pendant une heure et quart, quand tu parles d’amour et que tu pousses le bouchon, à force, ça remue. Parfois, des gens me disent à la fin de mes spectacles : « merci pour cette leçon de vie », « tous les dépressifs devraient venir », « ça devrait être remboursé par la sécurité sociale »... des trucs comme ça. Rien ne me fait plus plaisir.Je veux faire marrer parce que parfois, l’amour est dramatique. Je désamorce le plombage d’ambiance éventuel ainsi. Parfois, on entend moins le message quand on le dit de manière dramatique parce que l’on peut tomber dans un truc hyper émotionnel. Alors, quand j’aborde un sujet grave de manière comique, je peux aller hyper loin. Mon personnage La Palombe, me permet cela. Mon spectacle commence tout en retenue, on pourrait presque se dire que je vais faire un tour de chant « réaliste » et en fait, ça va crescendo.

À la fin, tu es toute nue.

Voilà. (Rires)

Le teaser de son spectacle.

"La check list".

Sur les toits de Paris, Julia Palombe chante "Les dessous élégants" accompagnée par Sergio Leonardi à la guitare, filmés par Bert Vacarisas/ Maïto Prod.

La Palombe reprend la célèbre chanson de Colette Renard "Les nuits d'une demoiselle".

À part de sexe, tu parles de quoi ?

Je parle aussi des sentiments et de différents parcours de vie de femmes. Il y a quelques chansons julia palombe,la palombe,interview,les nuits de la palombe,les nuits d'une demoiselle,mandorun peu nostalgiques sur les hommes et sur comment ils étaient avant, sur leur manière de séduire une femme... Il y avait une certaine élégance qu’il y a moins aujourd’hui. En même temps, je n’aime pas dire « c’était mieux avant », ça fait un peu vieux con, je trouve. Je le dis sur scène : quand on pense à ces hommes qui escaladaient des balcons et qui écrivaient des lettres enflammées à leur bien-aimée, qui elles-mêmes, étaient parées de dentelles et de soies. Nous, en 2012, on a rendez-vous n’importe où, en string, et avec un peu de chance, on reçoit deux trois textos.

Regrettes-tu ce temps ?

Pas vraiment. Au jour le jour, je mets des bas, mon homme est élégant et gentleman et ça me convient parfaitement.

Finalement, les hommes dont tu parles dans tes chansons n’ont rien à voir avec le tien.

Ce n’est pas un spectacle autobiographique, même si on met toujours un peu de nous dans les chansons. Bon, je tiens à préciser que je n’écris pas que sur les hommes… je dis aussi beaucoup de choses sur les femmes, je dresse leur portrait et pas mal leur revers, d’ailleurs. J’adore jouer sur scène des rôles de femmes borderline.

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Ton spectacle à l’air impudique. Il ne l’est pas.

On me dit que j’ai une impudeur pudique. Je vais loin dans le caractère de mon personnage, La Palombe. Je vais loin dans la description de ses travers, mais avec pudeur. J’essaie de garder de l’élégance.

Tu parles souvent d’élégance…

J’ai un message pour toutes les femmes : l’élégance et l’humour, ce sont deux armes que je trouve efficaces. Très efficace même. Je les utilise sur scène et dans la vie. Parfois, tout le monde a envie de s’emporter, de s’énerver ou de tomber dans un truc de tristesse. C’est la facilité de prendre ce chemin-là. Rester élégant et plein d’humour en toute circonstance, ça peut sauver plein de choses.

Te caches-tu derrière le personnage de La Palombe?

Je crois que plus on se déguise, plus on se révèle. J’en suis persuadée et je le vois sur scène à chaque fois. Petit à petit, sur scène, j’ai commencé à mettre des accessoires drôles ou inquiétants, puis j’ai construit mon personnage. Je me suis rendu compte que ça révélait le personnage d’autant plus. Mon but, c’est de faire vibrer le public et aussi de faire réagir.

julia palombe,la palombe,interview,les nuits de la palombe,les nuits d'une demoiselle,mandorParle-nous de tes soirées conceptuelles « Les nuits de la Palombe ».

C’est La Palombe qui décide d’inviter ses amis et de créer autour du thème de la sensualité, de la femme, de l’homme, de l’amour et du burlesque. Ces artistes créent leur propre univers dans le mien. J’ai invité un photographe très stylé et avec beaucoup d’énergie dans les photos. J’ai aussi un partenariat un peu privilégié avec la maison Cervin. Sa directrice artistique, Isabelle Bordji, vient aussi pour faire une démonstration du bas et des porte-jarretelles. Elle explique comment ça se porte. J’ai des amies effeuilleuses qui viennent faire leur show avec plumes et strass à gogo. Enfin, il y a aussi une auteure de texte érotique. Il se peut que je donne une régularité à ce rendez-vous à Paris à la rentrée en faisant tourner mes invités.

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(Merci à Flavie Rodriguez, l'attachée de presse de La Palombe, qui a tout fait pour que je n'ai pas l'air "coincé" sur la photo.)

A lire aussi, l'interview très intéressante d'Alexis Boutévillain pour Le Tout'Infos. 

Finissons avec un mini récital dans l'écrin du showroom Le speakeasy de chez Cervin (Paris 18ème), filmé par Claude Vittiglio. Julia Palombe y interprète quelques-unes de ses chansons, entrecoupées de quelques mots directement adressés au spectateur. En accoustique, accompagnée par Sergio Leonardi.