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19 mai 2013

Lena Ka et Cédric Barré : interview pour le single Nos Amor

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La chaine du cœur avec Lena Ka, est une nouvelle association créée pour venir en aide aux orphelins du Cap-Vert. Elle est portée par la chanteuse Lena Ka, dans le but de les approvisionner en cartons remplis de fournitures scolaires et autres produits d’hygiène. Pour parler de ce « projet » (qui n’en ai plus un puisqu’il est déjà en route), deux invités pour le prix d’un. Lena Ka, elle-même et Cédric Barré qui a « produit » le single « Nos amor » (composée par l'excellentissime Cyril Paulus qu'il va bien falloir que je mandorise un jour, nom de Zeus!) dont les bénéfices de la vente reviendront à l’opération sus citée.

Le 22 mars dernier, ils sont venus à l’agence pour évoquer leur collaboration commune, mais aussi leur carrière respective… et l’industrie du disque. C'était d'ailleurs la première fois qu'il se rencontrait physiquement.

182531_375428992561752_909681635_n.jpgLena Ka :

Lena Ka démarre sa carrière de chanteuse à dix-huit ans, en entrant au Studio des Variétés, pour y suivre des cours de chant classique. Puis elle se forme aux Ateliers de la Chanson de Paris, aujourd’hui La Manufacture Chanson, durant deux années. Parallèlement à cette formation, elle commence à être engagée comme choriste et effectue son premier passage télé au Hit Machine d’M6, en 1995. Elle intègre deux orchestres et remplace une chanteuse dont la carrière décolle … une certaine Hélène Segara.

Après avoir rencontré les producteurs de Lââm, elle leur fait écouter sa version de « Tous les cris les SOS » de Daniel Balavoine, réarrangée dans un esprit pop acoustique, comme elle affectionne. C’est le début d’une nouvelle aventure musicale… Les producteurs craquent pour sa version, le single sort en mars 1999 et entre très rapidement dans le classement des meilleures ventes.

 "Tous les cris, les SOS" par Lena Ka (+interview de Thierry Cadet sur Télé Melody).

Lena compose les chansons de son premier album depuis un certain temps, mais ce n’est qu’en 2002 que celui-ci sort, chez Warner, après le lancement fracassant du duo avec Umberto Tozzi, « Ti amo ». Entre les mots comporte plusieurs singles, les deux reprises, mais également « Sur mon épaule » que Lena a composé, ou « Aussi loin que tes rêves », qu’elle a adaptée en français pour le dessin animé Atlantide l’empire perdu et les Studios Disney.

Lena réussit à trouver le temps de composer pour Pauline et … Johnny Hallyday !

En mars 2010, Lena sort son deuxième album en autoproduction, avec le soutien de la Sacem Cinquième saison.

487641_4156746591789_1820349248_n.jpgCédric Barré :

Auteur, compositeur, interprète et producteur, Cédric Barré sort son premier album Ether en 2003, en autoproduction et enregistré en solo. Le disque sera très vite remarqué et remportera le 1er prix régional du tremplin Universal et 3e prix national. L’album est également coup de cœur SACEM.
Ce sera l’occasion de faire ses armes sur scène avec des premières parties pour Jeanne Cherhal, Yves Duteil, Chamfort et d’être sélectionné pour la finale de la Rose d’or à l’Olympia…

En 2006 il participe aux prestigieuses rencontres d’Astaffort en compagnie de Francis Cabrel, Mickaël Jones ou encore Sanseverino et sort son deuxième album La ronde. Il écrit pour d’autres artistes et crée en 2007 avec Thierry Cadet le collectif des Marguerites contre Alzheimer avec 26 artistes pour qui il écrit l’hymne « J’y étais pas », au profit de France Alzheimer.
Pendant cette période il réalise un projet instrumental et expérimental autour du Marquis de Sade, Donatien qui paraît en 2012.

2013 voit naître le dernier E.P 4 titres, On m’a dit réalisé par Usmar dans un univers plus pop et actuel qui marque de nouveau une évolution dans sa carrière en prévision de son nouvel album.

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598740_10200238761786545_1605169513_n.jpgInterview :

Lena, parle-nous du projet Opération Cap Vert.

Lena : J’ai une copine au Cap-Vert, Amelia. Je lui demande quand je peux venir la rejoindre. Quelques jours après sa réponse, me voilà embarquée dans l' "opération Cap-Vert": une collecte de fournitures scolaires, vêtements, jouets et produits d'hygiène pour le cabinet d’action sociale de Mindelo, qui s'occupe de nombreux orphelins de l'île.

Connaissais-tu l'immense pauvreté de ce pays ?

Lena : Non. De cet ensemble d'îles, je ne connaissais que la voix de Cesaria. En un mois, une grande chaîne d'entraide et de générosité s’est mise en place. Au total, une trentaine de cartons m’ont été envoyés de partout en France et de pays limitrophes. Après neuf mois de recherche d’un transporteur franco-capverdien, et grâce à Teofilo Chantre ainsi qu’à Julia Sarr, j’ai pu contacter le directeur du label de Cesaria, qui lui même m’a mise en contact avec son transporteur. Le 23 décembre dernier, après plusieurs démarches auprès du consulat cap-verdien en France, ainsi qu’auprès de la douane de Mindelo, les cartons ont enfin pu être distribués aux enfants, juste avant Noël …

Grâce à ce soutien matériel et financier, tu as pu monter l’association “La chaîne du Cœur avec Lena Ka”.

Lena : Grâce aux donateurs, des enfants et adolescents ont un peu plus pour écrire, s’habiller, se laver et jouer.

"Nos amore", nouveau single de Lena Ka avec la participation de Teofilo Chantre. Les bénéfices des ventes de ce disque seront reversés à l'association "La chaîne du coeur avec Lena Ka" au profit des enfants du Cap-Vert.

Cette aventure aussi spontanée qu'inattendue t’a naturellement amenée à enregistrer une chanson-hommage à Cesaria Evora, “Nos amor”, avec la participation exceptionnelle d’un autre immense artiste cap-verdien, Teofilo Chantre.

Lena : Cette chanson composée  par Cyril Paulus, écrite par Hans Stoiber, arrangée par Franck Perrolle et enregistrée par Valentin Devaux est sortie en avril 2013 sur le label de Cédric Barré, Midi 52.

Cédric : J’ai tout de suite adhéré à ce projet et j’ai décidé de produire cette chanson. Lena avait déjà enregistré la version acoustique avec Cyril. J’ai trouvé cette musique très « musique du monde » et très ensoleillé. J’ai contacté Léna, elle m’a dit OK ! On est parti sur le fait que tout le monde serait bénévole sur le projet. Je le sors sur mon label, mais je ne tire aucun bénéfice sur cette chanson. L’idée était qu’il y ait une ligne directrice et un fil conducteur à tout ça et que ça ne s’éparpille pas dans tous les sens. Mon rôle était de réunir tout le monde dans la bulle et de faire avancer le projet. J’ai demandé au guitariste Franck Perrolle de nous rejoindre pour avoir une version plus « arrangée ». Puis la photographe et réalisatrice de clip, Sand Mulas, est venue aussi. C’est un projet de pote qui s’est créé autour de cette chanson, finalement. Du coup, on est tous motivés de la même façon pour que ça vive aussi et que ça aille le plus loin possible.

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Lena Ka et Teofilo Chantre.

Vous vendez la chanson uniquement sur internet.

Cédric : Au prix où nous vendons la chanson, 5 euros, il vaut mieux. Sur 5 euros, on va verser à l’association 3 euros. Ne pas passer par un distributeur permet de supprimer les frais de grossiste, de distribution et de retour. On compte sur le soutien des internautes pour se mobiliser, vendre ce titre autour d’eux, en devenir les ambassadeurs. Il faut qu’ils y croient autant que les artistes. Symboliquement, on veut remettre un beau chèque à la fin.

lena-ka-cinquieme-saison-album-inedit-2010-897054554_ML.jpgParlons à présent de vos carrières respectives. Lena, ton dernier album Cinquième saison est en vente aussi sur internet.

Lena : Après ma rupture de contrat avec Warner, j’ai arrêté de faire de la musique quelque temps. Je n’avais plus envie. J’étais un peu écœurée par le système, très franchement. Bon, je ne peux pas me passer de la musique, j’y suis donc revenue. J’ai eu envie de faire mon truc un peu toute seule, de façon artisanale, mais avec l’aide de la SACEM. J’ai fait un album qui me plait en prenant mon temps, sans aucune pression. Maintenant que j’ai pris du recul par rapport à ce système, j’ai beaucoup d’admiration envers les artistes qui tracent et qui continuent malgré l’énorme pression du métier. Il faut être vraiment armé psychologiquement.


Lena Ka / Comme un dix septembre / Clip officiel réalisé par Sand Mulas par chartsinfrance.

Mais tu continues la scène ?

Lena : Oui, régulièrement. Et je donne beaucoup de cours de chant. C’est une vraie passion que j’ai. Transmettre aux autres mon savoir. Et j’essaie aussi de continuer à composer.

Je me souviens que tes deux premiers albums étaient assez sombres…

Lena : Oui, et cette chanson, « Nos amore » est solaire. En tant que Parisienne, j’ai besoin de soleil et désormais dans la musique aussi. Écrire un album entier dans l’esprit ce single, ça me plairait beaucoup.

Cédric, tu n’as jamais été dans la grosse machinerie qu’a connue Lena.cedric-barré-on-ma-dit-2013-interview.jpg

Cédric : Pour mon projet collectif Les marguerites contre Alzheimer, on était chez EMI, quand même.

Oh oui ! Pardon.

Cédric : Du coup, je me retrouve beaucoup dans ce que tu dis Léna. Dès que tu mets un doigt là dedans, c’est ton bras qui y passe complètement. Tu te fais happer. En même temps, je comprends qu’il y ait des exigences importantes pour les grosses maisons de disque. Pour mon projet solo, je n’ai connu que des labels indépendants, avec des pressions moindres, donc. L’inconvénient d’un album indépendant, c’est qu’il ne fait pas forcément le travail que nous, artistes, nous attendons. C’est frustrant de se dire qu’on a un beau projet, qu’il est prêt à vivre et qui au final, n’est pas mis en avant parce qu’il n’y a pas l’équipe et la force de frappe suffisantes pour le défendre.

Ton premier disque date de 2003, en complète autoproduction.

Cédric : Je l’avais fait pour le plaisir et aussi pour démarcher. Ça a plutôt bien fonctionné parce que ça m’a permis d’obtenir une bourse de la SACEM pour l’autoproduction, de faire quelques scènes, d’être repéré pour les rencontres d’Astaffort avec Cabrel… et j’ai fait pas mal de scènes, dont l’Olympia pour La Rose d’Or. Comme j’ai eu un petit succès d’estime, 3 ans plus tard, je me suis dit qu’il fallait que je continue. C’est là que j’ai monté mon propre label pour sortir mon deuxième album, La ronde. Il a moyennement marché d’ailleurs. Je me suis mis à écrire pour d’autres, composer, réaliser des albums et je me suis rendu compte que je m’éclatais plus en faisant tout ça. Je suis assez en retrait. Je n’aime pas trop être mis en avant. Ça m’a fait un bien fou pendant deux ans. Après, je ne sais pas. Peut-être un problème d’ego, mais ça m’a manqué. J’avais envie de refaire des choses pour moi, j’avais envie de créer des choses pour moi.

"J'y étais pas" (2007) - Les Marguerites
23 artistes indépendants s'engagent contre la maladie d'Alzheimer (avec quelques mandorisés tels que Chloé Clerc, Mickael Miro et Thierry Cadet).

307629_2222161708376_1442572_n.jpgEt c’est à ce moment que Thierry Cadet intervient.

Cédric : Il m’a contacté en 2007 pour me dire qu’il était tombé sur ma chanson « J’y étais pas » (sur l’album La ronde). Il avait perdu sa grand-mère de la maladie d’Alzheimer et il se retrouvait complètement dans ma chanson. Il avait envie de monter un collectif, on a donc fini par travailler ensemble sur un single au profit de la lutte contre la maladie d’Alzheimer. On a contacté France Alzheimer qui a dit banco, mais qui ne nous a pas du tout soutenu, c’est le moins que l’on puisse dire… On a aussi trouvé un distributeur, EMI. Du jour au lendemain, on est passé d’une fabrication artisanale de 2000 exemplaires à 15 000. Ça nous a mis une grosse pression. Aujourd’hui, je pense que les projets, il faut les laisser à leur juste mesure. On repart sur un deuxième single très bientôt et chaque année on fait un concert. On a que des artistes indépendants… Il faut garder le côté humain. Il n’y a pas que les artistes surexposés qui ont le droit de faire des choses. Les fonds permettent à des malades de partir en vacances dans une ferme pédagogique, pour garder le contact avec les animaux. C’est la raison pour laquelle il faut qu’on en vende le plus possible.

Toi aussi Léna, avec ton association, tu fais du bien à ceux qui en ont besoin. Un artiste, ça sert aussi à ça ?

Léna : Oui, un artiste a besoin de se sentir utile. A ma petite échelle, j’ai compris à quel point c’était compliqué de gérer une association caritative. Mais, le projet de Cédric ou le mien, ce qui est intéressant, c’est que l’on sait où va l’argent. Tout est clair.

Nouveau single de Cédric Barré.
Réalisé par Sand Mulas - une co-production Horscene
Textes et musique: Cédric Barré, produit et réalisé par Usmar
Copyright Midi 52 2012

Cédric, revenons à toi. Il y a un EP qui vient de sortir, « On m’a dit ».

Cédric : Après 3 ans de réflexions, avec ce disque, aujourd’hui, j’affirme là où je veux aller musicalement. En général, je faisais tout tout seul. Là, j’ai travaillé avec un producteur, Usmar, un artiste qui fait de l’electro. Cet artiste-là, je l’ai rencontré aux rencontres d’Astaffort. Il fait ce que j’ai toujours voulu faire moi-même, de l’electro et en même temps, de la chanson, le tout restant accessible. Je lui ai demandé de travailler avec moi. On est parti sur trois titres pour voir ce que ça allait donner. « On m’a dit » est pas mal diffusé en radio, sans aucune promo. On va peut-être faire un album entier l’année prochaine.

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A l'issue de l'interview, le 22 mars 2013.

(Merci à Sand Mulas pour (notamment) les deux photos des biographies de Lena Ka et Cédric Barré.)

18 mai 2013

Laurent Lamarca : interview pour Nouvelle Fraîche

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(Photo : Julien Bourgeois)

Laurent Lamarca séduit, attire. Une tête d’écorché vif et un charisme émanant un naturel, une exactitude, une vérité dans les expressions, dans les gestes et dans les attitudes. Des textes d’un réalisme troublant et un côté voyou a faire chavirer le cœur des filles. Je l’ai rencontré le 5 décembre 2012. Oui, vous avez bien lu. Il y a plus de 5 mois. Nous avions convenu avec son attaché de presse que l’interview serait publiée quand l'album le sera en physique. Je ne crois pas qu’il le soit encore, alors je décide de mettre en ligne cette mini interview. Mini interview parce qu'en 5 mois, beaucoup de propos deviennent obsolètes. Dommage...

Biographie officielle (mais largement écourtée et quelque peu modifié. Du coup, ce n'est plus la biographie officielle, mais, bon... on ne va pas chipoter) :

Laurent Lamarca propose un premier disque, façonné en home studio avec son plus fidèle acolyte Victor. Laurent Lamarca, c’est une enfance heureuse en banlieue lyonnaise, passée à construire des cabanes, s'émerveiller devant les oiseaux, apprendre la clarinette. Des après-midis dans le garage de son père musicien, transformé en home studio: c'est là que retentirent les notes de son premier groupe, formé avec cousines et sœurs. Laurent Lamarca a vécu une adolescence placée sous le signe de la musique, partagée entre les groupes de rock à guitares héritées de Noir Désir et les projets trip-hop.

293642_355940034504026_1094673388_n.jpgUn jour, un éditeur parisien lui propose d'écrire des chansons pour les autres. Laurent accepte le défi et prend le chemin de la capitale. Très vite, il décide de revenir à un projet personnel et de chanter sous son propre nom.

Il travaille avec l'auteure Helene Pince, collaboratrice de Bertrand Burgalat ou Luce. Pour soigner les arrangements, il convie son ancien acolyte Victor. Au mix, il fait appel à l'omniprésent Julien Delfaud (Revolver, Keren Ann, Phoenix). De ces rencontres naîtront Nouvelle Fraîche, un premier disque à l'écriture sensible et au vaste champ musical, qui apparait comme le trait d'union entre les projets passés du monsieur. On y passe du folk, à la chanson, de la pop à des ambiances électroniques. Si le jeune homme respire la joie, ses textes souvent bouleversent.

Le clip de "J'ai laissé derrière moi" (une chanson qui me parle terriblement).

Laurent-Lamarca.jpgInterview :

Tu as vécu dans une ambiance familiale musicale.

Mon père est musicien. Ma mère aussi, d’ailleurs. Elle joue de l’accordéon. Bref, ils sont de très gros amateurs de musique. Depuis que je suis gamin, il y a des bœufs à la maison. Mes parents étaient un peu des hippies. Les gens arrivaient sans prévenir à la maison, ils fumaient des joints, jouaient de la gratte. J’ai été élevé dans ce genre de contexte.

En ce moment, tu vis le rêve de ton père…

C’est exactement ça. Mon père est sicilien et son parcours est bizarre. Il a fait beaucoup de rock , il y a très longtemps, puis il est devenu fan de Laurent Voulzy, ensuite, il a joué de l’electro acoustique, puis de la chanson, puis de la country. Là, en ce moment, il a monté un groupe de punk.

Clip de "Kleptomane".

Au départ, tu as joué dans pas mal de groupes, à Lyon.

Oui, ça ne fait que 3 ans que je suis à Paris. J’ai joué dans des groupes comme Musicale Partition, un groupe de variété sous influence Voulzy,  XX Mariani, groupe de rock sombre et fougueux, bref, plein de choses différentes,  pas toutes de très bon gout d’ailleurs. A Lyon, j’ai eu l’impression d’être arrivé un peu au bout de la chose. XX Mariani, groupe sur lequel j’étais à fond à l’époque, a splitté un peu de la douleur. D’un coup, je me suis retrouvé sans rien et je suis monté à Paris parce que j’ai eu un plan pour pouvoir faire des chansons pour d’autres artistes.

Qui ça ?

Camélia Jordana, Luce, Ycare, par exemple. Ça m’a fait pas mal bosser et ça m’a fait du bien.

Ca donne confiance en ses talents d’auteurs, je suppose.

J’étais dans une période hyper angoissée. Ça faisait tellement longtemps que je voulais vivre de la musique, tellement longtemps que j’avais besoin d’un peu de reconnaissance, tellement longtemps que je me posais des questions sur mon intérêt à rester dans ce milieu. Travailler pour d’autres, ça m’a soulagé de cette angoisse-là.

"Taxi", version acoustique pour Le Transistor.com.

Beaucoup de gens du métier ont découvert ta voix sur les maquettes que tu enregistrais pour les autres…

Tout le monde m’entendait chanter. Mes potes, mon éditeur, des maisons de disque… et tout le monde trouvaient ma voix intéressante. De fil en aiguille, ils m’incitaient tous à travailler sérieusement pour moi. Écrire des chansons qui me correspondaient.

Du coup, ça t’a fait repartir à zéro.

C’est exactement ça. Mais, j’ai mis trois mois à me retrouver. J’ai finalement pioché dans toutes les influences que j’ai eues : rock, electro, variété…

Il est d’ailleurs impossible de dire de quel genre est ton album Nouvelle fraîche. Et j’adore le grain de ta voix.

Merci. Je trouve que je n’ai pas une grande voix et j’ai toujours été complexé par mon chant. Le seul axe que je tiens dans ce disque, ce sont les textes. Moi, je suis vraiment dans la chanson. Il me faut un texte et ensuite je fais la musique. La musique est vraiment au service du texte. Je prends un texte et je définis quels accords ou suite d’accords fonctionnent le mieux par rapport à lui. Tel style musical, telle sonorité, ça va bien coller avec, ça va bien le mettre en valeur, soit d’une manière illustrative, mais aussi sensitive… Bref, tout tourne autour des mots.

"Little Rimbaud" en acoustique pour La Bande Sonore.com à l'Atelier 154 à Paris 11e.

Les textes sont écrits pour la plupart par Hélène Pince.

Avec Hélène, on travaille d’une manière que j’adore. Elle m’envoie des textes. C’est la friche totale. Récemment, elle a battu son record. Elle m’a fait parvenir un texte qui faisait 9 pages. Je réduis, je découpe, je prends ici et là, ce que j’estime le meilleur. J’ai de la matière.

La scène est l’endroit où tu te sens le mieux…

Je n’arrête pas d’en faire. Pour mes propres concerts ou en première partie de pas mal d’artistes. La scène, c’est ce que je préfère. Tu joues devant des gens, tu te marres, tu fais parfois pleurer, il y a une relation forte qui s’instaure entre le public et toi. Si j’ai des chansons qui ne sont pas forcément très drôles, j’aime bien faire un peu d’humour entre les chansons. Je veux communiquer avec le public comme je pourrais communiquer avec des amis.

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Et si vous voulez participer à son prochain clip, c'est le moment où jamais...

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15 mai 2013

Manu : interview pour La dernière étoile

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La voix de Manu m’est familière depuis des années puisque je l’ai beaucoup écouté dans les années 90, alors qu’elle était la chanteuse du groupe Dolly (groupe rock majeur qui n’a pourtant pas aujourd’hui la reconnaissance qu’il mérite). Du coup, quand il y a 5 ans, son premier album Rendez-vous, est sorti, j’ai suivi l’évènement de près. Puis deux après, quand son DVD live est sorti, Rendez-vous à l'Elysée Montmartre, aussi (mandorisation ici). Manu sort ces jours-ci un deuxième album solo, La dernière étoile. Un passage à l’agence s’est donc imposé le 20 mars dernier pour évoquer ce disque intense, lumineux et profond.

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Emmanuelle Monet, “Manu”, c’est avant tout l’ex-chanteuse du groupe culte Dolly, un groupe largement présent dans la petite galaxie du rock français des années 1990, un groupe ayant à son actif quatre albums vendus à plus de 370 000 exemplaires et qui après dix ans de succès (on se rappelle tous de leur plus gros tube sorti en 1997 « Je n' veux pas rester sage ») s’est tragiquement interrompu par la mort du bassiste Micka en mai 2005. S'ensuivront deux années d'écriture pour Manu, en mode exutoire, ses chansons les plus personnelles, qu'elle décidera finalement de coucher sur disque avec l'aide précieuse de Nikko, son ex-compère et guitariste de Dolly, ainsi que Ben et Nirox. Ce premier album solo Rendez-Vous réalisé et mixé par Jean-François Delort et Nikko sortira le 29 septembre 2008. Un disque écoulé à plus de 10 000 exemplaires, capable d’aligner avec une facilité presque insolente des mélodies qu’on pourrait écouter jusqu’à l’usure, une sincérité parfois troublante, mais non dénuée de poésie. Manu partira alors en tournée dans toute la France, tournée qui s'achèvera en novembre 2009 par un Rendez-Vous à l'Élysée Montmartre, cd/dvd Live sorti en 2010. Après quelques dates en 2011, Manu compose à nouveau. Ce deuxième album, ce nouveau rendez-vous très attendu, s'intitule La Dernière Étoile. Réalisé par Nikko et mixé par Clive Martin, il est sorti le mois dernier.

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Manu avec son "band" : Shanka, Manu, Nirox, Ben.

Interview :

Vous retravaillez avec  les mêmes personnes que pour votre premier album solo Rendez-vous, dont Nikko.

Je le considère comme mon binôme. On se comprend sans se parler, je peux lui demander des choses  que peu de personnes comprendraient. C’est important de trouver la personne avec qui on peut travailler facilement. Je suis fan de ce qu’il fait, donc pour arranger et sublimer mes petits morceaux, je pense à lui directement.

Vous avez participé un peu plus à la réalisation de ce deuxième album, il me semble…

Nikko m’a incité à le faire seule parce qu’il n’était pas disponible au départ, il était en tournée avec Eiffel. Au départ, créer tout seule ne m’amusait pas. J’aime bien le partage dans la musique. Par obligation, j’ai dû me plier à cela, mais au final, ça m’a plu. Je suis rentrée dans les détails, j’ai fait mes petites programmations moi-même, ce que je n’avais jamais fait jusqu’à présent. Ensuite, il a revu tout ça avec ma base. J’étais rassurée dans le sens où je savais qu’il ne laisserait rien passer de médiocre.

Cet amour du partage vient aussi du fait que vous avez toujours été très entourée.

Je viens d’une expérience de groupe. Mon école s’est faite à plusieurs. Aujourd’hui, il est certain que je peaufine davantage ce que je fais. Je ne me contente pas d’acoustique/ chant, je vais chercher plus loin. 


MANU Clip "Que fais tu ?" Tekini Records (2013) par ManuOfficialTv

Rendez-vous était décrit comme un album « exutoire » après la mort tragique de Micka. Est-ce que l’album, La dernière étoile, peut être considéré comme plus serein ?

Oui, parce que je vais beaucoup mieux. Et puis, j’ai arrêté de me regarder le nombril. Pour certaines chansons, j’étais plus dans l’observation. Je prenais beaucoup de notes, donc j’avais de la matière à l’avance. Ça m’a servi pour des chansons comme « J’attends l’heure » ou « Le paradis ». Les textes sont venus assez spontanément avec la mélodie.

Je reviens sur le fait que vous vous regardiez le nombril. Vous considérez que le premier album solo était trop auto centré ?

Depuis Dolly, la plupart des thèmes que j’aborde sont toujours liés à ce que je vis et ce que je ressens.

Comme tous les autres artistes qui chantent leurs propres chansons.

Oui, mais c’est bien de se faire l’interprète de ce que l’on observe. Au bout d’un moment, moi-même, je me saoulais. J’avais l’impression de tourner en rond. Bon, en même temps, c’est aussi pour cela qu’avec mon public, on partageait les mêmes émotions. Mes doutes et mes questionnements, on les retrouve chez beaucoup de gens et eux-mêmes s’approprient les chansons par rapport à ce qu’ils vivent. Mais, j’avais quand même envie de m’ouvrir un peu et d’observer ce qu’il se passe autour de nous.

(Vous me connaissez, je suis hyper corporate... voici donc le CD'Aujourd'hui (que je n'ai pas fait) consacré à Manu).

Dans le disque, il n’y a pas beaucoup de musiciens.

Nikko a fait la quasi-totalité des instruments. Il a laissé des parties de batteries à Nirox et Ben est venu faire quelques guitares quand même. On a gardé des bouts de basse à moi et une ou deux de mes guitares.

Il y a des chansons sur la vieillesse, le temps qui passe, la jalousie, l’amour et la mort… des thèmes récurrents ?

« Que fais-tu », la chanson sur la femme qui attend son homme à la maison, ça m’a fait marrer de la faire parce que le thème de la jalousie est un thème récurrent chez moi, notamment dans les deux premiers Dolly. Aujourd’hui, je me suis assagi, je contrôle la situation, il a donc fallu que je me remette dans la peau de quelqu’un de jaloux. Je pense ne plus avoir ce problème-là.

"Je pars avant", session Noir et Blanc de Radio Néo (avec Nirox, Ben et Shanka).

Il y a deux textes de France Cartigny.

C’est une très bonne amie. Je lui ai confié deux textes parce que je n’arrivais pas bien à les faire. Je bloquais un peu. Je suis fan de ce qu’elle fait, alors j’avais toute confiance en elle.

Il y a pas mal de chansons encore un peu sombres, mais la lumière apparaît plus. C’est un album d’espoir finalement.

Je voulais qu’il soit moins plombant et plus lumineux que le premier. Il est la somme de ce que je suis en ce moment. Mon écriture correspond toujours à mon état d’esprit et mon moral du moment. Ce disque s’appelle La dernière étoile, parce qu’il réconcilie le désabusement et l’espoir.

Là, je me dirige vers un gros cliché, je le sais. Puisque tu vas mieux, ça a été plus compliqué d’écrire ?

Il est indéniable qu’on a beaucoup plus de matière quand on n’est pas bien. On peut se regarder le nombril aisément, puisqu’on est malheureux. Alors, je peux dire qu’effectivement, le processus d’écriture a été plus long. Mais, c’est aussi agréable d’écrire quand on va bien, il m’a fallu juste un déclic. Le déclic de prendre des notes par exemple. Avant, j’attendais d’avoir la musique et la mélodie. C’est ça qui m’inspirait les mots. Maintenant, je fais de la musique pour aller avec un texte. C’est une autre façon de travailler.

Vu ce que rapporte la musique actuellement, pourquoi continues-tu à faire des disques ?

Parce que je suis passionnée. Ce qui m’intéresse, c’est de progresser, d’avancer, pas de devenir riche. Je suis très lucide sur ce métier.

"Talk (about)" en live acoustique du Cargo (avec Nikko et Matt).

Je trouve qu’au bout du deuxième disque, on reconnait une « touche » Manu. Il y a une vraie continuité entre les deux albums.

J’espère. Trouver une couleur et une cohérence, c’est un peu l’objectif quand on crée.

Tu aimes bien travailler vite sur les chansons.

Oui, parce que sinon, on se perd. Je peux passer plusieurs jours sur un texte, mais si c’est plusieurs semaines, j’abandonne. Quand ça vient tout de suite, c’est tellement magique. Je travaille beaucoup à l’instinct, mais Nikko est mon garde fou qui protège tout ça.

La dernière étoile est-il un album rock ?

Oui, complètement. Même s’il y a de la pop aussi et un petit côté folk « bluegrass », le folk des Bayous, le folk poisseux (rires).

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13 mai 2013

Féfé : interview pour Le charme des premiers jours

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(Photo Jean-Marc Lubrano)

Féfé sort son très attendu deuxième album solo, Le Charme des premiers jours, la semaine prochaine (le 20 mai).  Le 22 avril dernier, je suis allé à sa rencontre dans son QG, un bar nommé Le Bidule. Avant de lire son interview, voici ma chronique publiée dans Le magazine des Espaces culturels Leclerc (daté du mois de mai 2013).

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féfé,le charme des premiers jours,interview,le magazine des espaces culturels leclerc,mandorInterview :

Cet album a été fait un peu à l’instinct. C’est la sensation qu’il donne à son écoute en tout cas.

Pour le premier album, je m’étais posé beaucoup de questions avant de faire chaque titre. C’était très difficile pour moi parce que je sortais d’un groupe. J’apprenais de nouveaux instruments et une nouvelle manière de faire des chansons. Pour celui-ci, je ne savais pas du tout où j’allais aller. Il n’y avait rien de prémédité. Juste je voulais plus de rap et plus de chansons. Y arriver à tel point qu’on ne sache plus différencier l’un de l’autre.

Je trouve que cet album est plus chanté que rapé.

Ma sœur me dit exactement le contraire. Chacun y trouve ce qu’il y trouve. Les notes sont mélangées aux flows, aux mélodies, aux chants... Je suis ravi qu’on me dise tout et son contraire. C’est ma victoire.

L’évadé du rap, ça vous convient comme appellation ?

On me voit un peu comme un électron libre. Je suis un peu fou-fou. Incontrôlable musicalement. Depuis toujours, je suis dans ma bulle. Quand j’étais dans Saïan Supa Crew, j’étais un peu plus réservé, aujourd’hui, je m’exprime complètement. Je vais là où j’ai envie d’aller sans plus me poser de questions. Je fais de la manière la plus pure et la plus simple possible.

Dans le premier titre de l’album, « Le chant d’une étoile », vous expliquez que vous allez mettre un coup de pied dans la fourmilière musicale et que vous allez casser les codes.

Je n’aime pas la panoplie, j’essaie de tout casser. Dans cet album, j’ai enfin accepté d’être musicien. Je ne suis pas un grand guitariste, mais j’ai mon doigté, la manière de faire les choses. Je fais des chansons avec tous les outils qui sont les miens et de mon époque. J’ai commencé avec le rap, j’utilise donc le sample et les autres techniques liées à ce genre, mais j’utilise aussi aujourd’hui  la composition pure. J’essaie plein de choses. Bref, je sors des limites que je m’imposais moi-même sans raison.

"Parodie" (audio).

Qu’est-ce que c’est votre culture musicale de départ ?

Elle vient de mon père. Il écoutait beaucoup tout ce qui est Motown, Stax, beaucoup de Fela, parce qu’on est du Nigeria, mais aussi du Nougaro, du Hallyday, de la country, comme Kenny Rogers. Il y a des gens qui me disent qu’ils ne sentent pas de frontière dans ma musique, mais ça vient de toutes ces années à écouter beaucoup de choses variées.

Le succès de votre premier disque aide à se sentir à l’aise avec le deuxième.

Il m’a même complètement libéré. Pour le premier, je me suis jeté dans le vide et beaucoup de monde s’est intéressé à mon travail, même des gens du milieu « urbain ». J’ai constaté que plus tu es toi, plus les gens le voient, et plus les gens t’acceptent.

Dans « La somme », vous dévoilez le Féfé papounet. Vous dites à vos enfants, « je ne suis pas parfait, mais je fais et donne le maximum pour vous ».

Je dis aussi, « ce que je vous lègue, ce ne sont pas des leçons, c’est la somme de ce que j’ai moi-même vécu, positif ou négatif et après faites en ce que vous voulez ».

Dans « Cause toujours », vous évoquez aussi la condition de l’artiste aujourd’hui.  Elle est plus difficile qu’avant…

En ce moment, en effet, c’est très compliqué. On vend moins de disques, les concerts, ça va encore, mais on sent aussi une petite baisse de fréquentation. Il faut s’accrocher. Je me demande quelle est la finalité de tout ça pour un artiste. C’est là où on va voir ceux qui font vraiment ce métier par passion et ceux qui veulent juste encaisser des chèques.

Le clip de "Le charme des premiers jours".

féfé,le charme des premiers jours,interview,le magazine des espaces culturels leclerc,mandorCet album s’appelle Le charme des premiers jours, c’est aussi le premier single. Vous parlez de la difficulté d’aimer une personne du début à très longtemps après avec la même puissance.

J’ai écrit cette chanson parce qu’autour de moi, il y avait des couples qui avaient l’air solide et qui se sont séparés. Ça m’a ramené à mon propre couple. Il y a des hauts et des bas comme dans tous les couples. Parfois, quand il y a du mou, on se demande pourquoi l’autre l’aime… il faut se battre, il n’y a jamais rien d’acquis. Au début, c’est toujours magique, il faut se battre pour que cela le reste toujours.

Dans « Ailleurs », on est en Jamaïque.

C’est du pur reggae. C’est la seule chanson dans laquelle j’ai moins cherché à mélanger les genres. Je dis dans cette chanson qu’il faut arrêter de chercher cet éternel Eden, arrêter de croire que l’herbe est plus verte à côté.

Dans « 3 Words », vous dites que vous n’avez pas de cause à brandir.

Je n’ai pas envie de rentrer dans le cliché du mec qui émet ses opinions tel un gourou dont il faut prendre le discours comme argent comptant. Je ne suis pas là non plus pour représenter telle cause ou telle cause. Je ne me sens pas assez grandiloquent pour ça. J’évoque juste des prises de tête d’un mec banal.

C’est une façon de dire « laissez-moi à ma place ! »

Ne me montez pas plus haut que je ne le suis, mais ne me descendez pas non plus. Laissez-moi à ma place, oui, c’est la bonne formule.

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Vous n’aimez pas la starification extrême de l’artiste?

Je déteste ça. En concert, par exemple, je descends dans le public pour casser l’éventuelle barrière qu’il y a entre nous. C’est une façon de dire : « Il y a de la lumière, vous me voyez, je suis exactement comme vous, sauf que moi, mon kiff, c’est faire de la musique ». En ce moment, on starifie tout et n’importe qui.  C’est symptomatique de l’époque.

J’ai l’impression qu’un artiste grandit/vieillit moins vite qu’un autre…

Personnellement, j’ai toujours cette part en moi d’enfance. Je grandis beaucoup moins vite que les gens de mon entourage. Même mes enfants me disent que je suis un gamin. Plus je grandis, moins je sais. Pourtant, j’en apprends de plus en plus…

Vous êtes fier de ce deuxième album ?

Pour quelques instants musicaux ou quelques phrases. Mais, je ne me fais pas encore rêver. Je vise des choses inatteignables pour continuer à être sur la brèche  et me pousser encore plus en avant.

La musique c’est toute votre vie ?

Oui, et en même temps, ce n’est rien. Pour moi, la musique c’est tout, et ce n’est rien du tout. Juste, quand j’arrive à divertir les gens et que les gens sont heureux, ça me rend heureux. Il faut relativiser ce métier…

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12 mai 2013

Babel : interview pour l'EP La vie est un cirque

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(Photo : Juliette Rozzonelli)

Babel, ce n’est pas un groupe de chansons, mais (comme les membres le précisent eux-mêmes), un groupe de chants-sons. Textes impressionnants et profonds et énorme place accordée aux traitements du son très actuel. Ce disque donne une pêche incroyable. C’est un de mes très gros coups de cœur de ces derniers mois.

L’aventure commence en 2011, ils s’appelaient à l’époque Babel Quartet. Leur premier album, L’Évadé sort rapidement. Le disque s’écoule à un bon millier d’exemplaires. Chemin faisant, leur répertoire se construit et de nouveaux titres naissent. L'EP, La vie est un cirque, en témoigne.

Babel, c’est Sébastien Rousselet (textes et chants), Nino Vella (claviers), Solène Comsa (violoncelle, scie musicale) et DJ Slade (platines, sampleur).

Le 14 mars dernier, de passage à Paris pour un concert au Canal 93 de Bobigny (soirée organisée par Francofans), Sébastien Rousselet et Nino Vella sont passés boire un coup avec moi dans un troquet, à côté de l’agence…

babel,la vie est un cirque,interview,mandorBiographie officielle :

En 2011 on avait sorti L’évadé. Pour s’échapper en musique dès nos débuts. On s’appelait Babel Quartet. Chant violoncelle clavier platines. On voulait lier ces 4 mondes pour en faire un 5e qui serait à nous. Mots-électro ? Word music ? Non, chant-son ! Hip-hop hop hourrah ! S’il faut une étiquette, ce sera celle-là. On passe en radio : France Inter, Fip, France Culture, etc.

En 2012 on joue dans des cuisines aux Chant’appart, on transpire au Chantier des Francos, on dresse un Cabaret sauvage à Paname et on bourlingue aux Francofolies de la Rochelle. Grosse année, gros boulot. Le son devient plus puissant, le show se peaufine en lumières et en costards, et le groupe s’appelle maintenant Babel…tout court. De nouveaux titres sont écrits.

On s’était réuni pour ne pas devenir des clones, mais on est tous des clowns. Alors en 2013 on sort La vie est un cirque.
Y a 5 titres à écouter sur ce disque. Comme un avant-goût de l’album chapiteau qui sortira de nos têtes et de nos mains en 2014.

On danse, on pleure, on se marre!
On vous avait prévenu. La vie est un cirque.

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Interview :

Comment est né Babel?

Sébastien : Nous venons tous les quatre de Maine-et-Loire. Moi, je viens d’à côté, La Mayenne. À l’origine, j’étais tout seul en guitare-voix. Un ami m’a dit que si j’avais envie d’étoffer mes chansons, de les étoffer de façon plus charnue, il pouvait me faire rencontrer les personnes adéquates. Il m’a fait rencontrer Nino, ici présent, puis les autres membres… et tout de suite, le feeling et la cohésion étaient là. Dès les premières répétitions, j’ai mis mes chansons sur la table et ils ont en fait ce qu’ils en ont voulu. J’ai aimé immédiatement. C’était la première étape avant que l’on se mette à composer ensemble. Sur l’EP La vie est un cirque, chacun a composé au moins un morceau. Le premier album, en 2011, sous le nom de Babel Quartet, L’évadé, c’était un collectif au niveau des arrangements, mais les chansons ont été  interprétées sur une base qui était la mienne. Aujourd’hui, avec ce nouvel EP, ce sont vraiment les chansons d’un groupe.

"La vie est un cirque" (clip officiel).

Nino, quand on t’a contacté pour rejoindre Sébastien, tu as accepté rapidement ?

Nino : Au début, ça m’a inquiété. J’étais étudiant quand on s’est rencontré et j’avais déjà un groupe. Je ne voulais pas vraiment m’éparpiller. Un copain musicien m’a dit qu’il jouait dans 6 groupes, alors, ça m’a incité à essayer avec Sébastien. Et c’est devenu très vite mon projet principal, le projet dans lequel j’ai eu envie de m’investir le plus.

Et toi, Sébastien, ça t’a fait bizarre de passer de guitare-voix à un groupe complet ?

Sébastien : J’avais vraiment envie de ça, mais au départ, ça défrise un peu. Moi, j’avais l’habitude d’être seul tout le temps. Quand tu écris et composes, quand tu es sur la route, tu gères tout, tu ne t’engueules avec personne, tu es ton propre dictateur, mais quand tu fais partie d’un groupe, tu dois partager les idées des uns et des autres, échanger sur tout, parlementer, c’est plus riche, mais c’est vite le bordel. Au départ, il a fallu que je m’acclimate, mais très vite, tout est devenu naturel. J’étais en demande de ça, donc, ça ne pouvait que bien se passer.

Il a fallu restructurer toutes tes chansons originelles quand le groupe s’est formé.

Sébastien : Il y avait le squelette des chansons en guitare-voix. Après, on a ajouté, élagué, modifié… c’était un travail aussi important qu’intéressant.

Même pour tes textes ?

Sébastien : Oui, on n’a rien épargné. Je t’avoue que c’est chiant d’épurer un texte, mais il fallait bien que je laisse de la place aux musiciens.

Nino : Mais souvent, tu as remarqué que c’était pour la bonne cause. On était à la recherche de l’efficacité et tes changements ont rendu « efficaces » toutes tes chansons.

"Le bal" (live 2013-La Bouche d'air - Salle Paul Fort)

babel,la vie est un cirque,interview,mandorVotre premier album, L’évadé, s’est vite fait remarquer par les professionnels de la chanson. L’année suivante, en 2012, ça a été directement une grosse année.

Sébastien : on a fait le chantier des Francos, c’était énorme pour nous. Avant, on avait fait le Chainon manquant, les Chant’appart, ce genre de réseau qui fait rayonner la chanson française.

C’est avec ce nouvel EP, La vie est un cirque, que vous avez enfin trouvé votre vrai son.

Sébastien : Tout à fait. En tout cas, on est là où on a envie d’être, mais je te garantis qu’on a envie d’aller ailleurs, plus loin encore dans l’audace. 

Vous avez l’impression d’avoir trouvé la bonne formule ?

Nino : La direction qu’on a commencé à prendre dans l’EP nous plait beaucoup, même si nous savons qu’elle est perfectible.

Sébastien : Nous garderons cette énergie qui caractérise nos chansons, ainsi que la rage qui en découle.

"J'aime bien ce qu'est vieux" (audio)

babel,la vie est un cirque,interview,mandorLes textes m’impressionnent. Ce sont des textes que j’appelle  « mine de rien ». On peut les écouter sans faire gaffe, mais si on est attentif, on découvre des couches, des sous-couches où beaucoup de choses sont dites. Du grand art !

Sébastien : Dans la chanson « J’aime bien ce qu’est vieux », par exemple, il y a un côté qui est hors compétition et aujourd’hui, on est dans le monde de la compétitivité et de la compétition. Il faut être le plus fort, il faut écraser la gueule de l’autre pour y arriver. Il faut être beau, musclé, faire 1m 80, être blond, toujours dans l’attention du regard de l’autre et dans la compet’. Pour moi les vieux, c’est comme les enfants, ils sont inutiles pour la société et ça j’aime bien.

Mais, le groupe Babel est obligé de rentrer dans une certaine compétition pour se faire connaître.

Sébastien : Iil y a un côté un peu comme ça, mais on essaie d’y échapper. Dans la compétition, il y a la notion d’arriver le premier, comme si il n’y avait pas de la place pour tout le monde. Nous, on ne se bat pas contre les autres, on est dans une logique solidaire. Même si, nous ne sommes pas encore très connus, on essaie d’aider nos potes qui le sont encore moins. Malgré tout, il faut se dépasser, communiquer pour faire connaitre le groupe. Ce n’est pas ce que nous préférons faire, mais c’est un mal nécessaire.

Nino : On préférerait passer plus de temps sur la musique, mais il y a des moments où on est obligé de le faire.

Sébastien : J’aimerais passer ce temps-là à écrire mes textes, ma musique, répéter, c’est sûr.

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Pendant l'entretien. Sébastien Rousselet et Nino Vella, le 14 mars 2013.

Il y a quelques chansons, non pas engagées, mais revendicatives… pas moralisatrices en tout cas. Ouf !

Sébastien : Entre nous, ça ferait chier tout le reste du groupe si j’avais ce langage là de moralisateur. Je pense, Nino, que tu serais le premier à me le faire remarquer. J’ai horreur qu’on me fasse la morale dans la vie, je ne vais pas la faire aux autres. Mon travail est d’abord un travail sur les mots avant d’être un travail sur les idées. Ce sont les émotions qui priment avant les réflexions. Mes chansons ne sont pas des prétextes à idées, même si j’essaie d’y mettre du sens et du son. Il est hors de question que je chante des fadaises et des conneries pour autant. Je veux qu’il y ait une profondeur.

Nino, tu es toujours d’accord avec ce qu’écrit Sébastien ?

Nino : Moi, je reviens uniquement sur l’aspect musical et rythmique… sur le sens, il n’y a jamais de source de discorde entre nous.  

Je trouve qu’il y a aussi une fraicheur qui fait du bien dans vos morceaux.

Dans mon écriture, il y a une fougue, une énergie et quelque chose de vivant, mais un fond qui peut sembler douloureux et pas toujours reluisant. Ce que j’essaie de dire dans mes textes et dans ma musique, en gros, c’est : « c’est la merde, mais ce n’est pas grave. On fait ce constat-là et on va s’en sortir. Il y a du chemin à faire, mais ce chemin-là est praticable donc on va y aller. Il y a de la lumière au bout du tunnel, vous verrez ! »

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Et concernant la musique, là, tout le monde à son mot à dire ?

Nino : Il y a beaucoup de conversations. Ça peut prendre du temps pour se mettre d’accord.

Sébastien : Comme on vient de quatre univers différents. Nino vient à l’origine du conservatoire classique et de jazz.  Nico (DJ Slade)  vient vraiment du hip-hop, il a appris lui-même, même s’il s’est perfectionné au département de musiques actuelles au conservatoire. Solène vient du classique, mais excelle en jazz rock et musique traditionnelle tibétaine. Moi, chanteur, conteur, un peu comédien, blues, un peu rock, pas mal rock même. Les quatre ensembles, ça fait un truc qui peut paraître compliqué sur le papier, mais en fait, nous créons des passerelles. Même s’il faut beaucoup discuter. C’est très riche.

Nino : Du coup, on a tous évolué dans nos goûts. On est beaucoup plus ouvert qu’avant. Tout le monde s’habitue aux styles et aux préférences des autres. Je trouve ça formidable.

Cet EP, La vie est un cirque, contient 5 titres, c’est frustrant.

Sébastien : C’est pour donner faim avant l’album. On a des chansons déjà faites, donc qui sont en cours de préparation et on va créer encore jusqu’à la fin de l’été. On va enregistrer nous-mêmes des préproductions. Après, on fera le tri dans les chansons qu’on a envie de garder pour le disque. On a envie de sortir ce deuxième album au printemps prochain.

"Au feu" (live 2012 aux Francofolies de La Rochelle).

Les titres présents sur l’EP y seront.

Sébastien : Il y a de grandes chances, mais rien n’est encore bien déterminé.

Vous testez les chansons sur scène pour voir celles qui accrochent le public ?

Nino : On les teste sur scène, déjà pour nous. On n’est pas uniquement sur le : « est-ce que ça plait aux gens » ? Est-ce que ça nous plait quand on est sur scène, comment les ressentons-nous ? Ca aussi, c’est important.

Vous avez déjà un public qui vous suit fidèlement. 

Sébastien : On sent une émulsion ? Bon, on n’est pas hyper connu sur la toile, donc on n’est pas hyper connu tout court. Aujourd’hui, les artistes existent beaucoup par le web. Mais, ce qui est certain, c’est que, quand on fait des concerts devant des gens qui ne nous connaissent pas, quel que soit l’âge, ça se passe toujours super bien.

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Bonus : "La chanson, ça fait chier", un titre en acoustique à prendre au second degré, mais pas que.

10 mai 2013

Pierre-Yves Tinguely : interview pour Codex Lethalis

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(© www.enzo-capaccio.com)

Avec Codex Lethalis, l’auteur suisse Pierre-Yves Tinguely nous embarque dans une chasse morbide/mortelle, un subtil jeu de piste dont les règles échappent totalement aux enquêteurs. Une traque mêlant plusieurs ingrédients : technologie de pointe, ésotérisme, haine et vengeance et une dose considérable de suspense qui donne un rythme soutenu au roman. Pierre-Yves Tinguely est venu le 22 mars dernier à l’agence pour parler de ce premier roman (qui ne sera assurément pas le dernier).

41stOQFc8+L._SL500_.jpg4e de couverture :

Deux agents de police en patrouille découvrent une scène effroyable : une petite famille apparemment ordinaire a été massacrée. 
Pourquoi Harold Buchanan, bon père de famille sans histoires, aurait-il tué sa fillette et sa femme avant de se supprimer ? L'autopsie révèle que sa propre mort n'est pas un suicide : son cerveau et ses globes oculaires ont comme bouilli. Un informaticien est chargé d'inspecter l'ordinateur de Buchanan : à son tour, il est pris d'une crise de folie meurtrière, et le massacre est évité de peu. D'autres scènes similaires se succèdent : des gens deviennent fous de rage et s'effondrent après avoir tenté d'anéantir tout ce qui les entoure.
Le point commun de toutes ces personnes à la fois meurtrières et victimes ? Une vidéo, huit secondes de mort vivante, diffusée sur la Toile et ouverte d'un simple clic sur leur écran.

Dans ce premier roman époustouflant, mêlant thriller et fantastique, Pierre-Yves Tinguely compose un récit démoniaque. Avec un scénario glaçant parfaitement maîtrisé, une écriture clinique et une tension sans temps mort, il impose sa propre loi, celle de la terreur aveugle et sans nom.

L'auteur :

Né en 1959, Pierre-Yves Tinguely possède la double nationalité franco-suisse. Après plusieurs années à Genève, il vit aujourd'hui à Annemasse où il poursuit sa carrière de graphiste indépendant. Amateur d'art déco, de rock des années cinquante et d'art en général, il est avant tout passionné par l'écriture à laquelle il consacre l'essentiel de ses loisirs.

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Interview :

Vous aviez écrit deux livres avant celui-ci. Non publiés.

Le premier était déjà un thriller fantastique, un peu de la veine de Codex. Le deuxième, c’est un roman tout à fait contemporain. Ces deux textes-là n’ont pas été édités parce qu’ils n’étaient parfaitement aboutis. Ca m’a quand même prouvé que j’étais capable d’écrire un livre du début à la fin et ça, ça m’a rassuré. J’ai pris un plaisir fou à les écrire, surtout le deuxième que j’ai écrit en seulement 6 semaines. C’était un immense cri du cœur et c’est une histoire pour laquelle j’ai beaucoup d’affection. Je vais surement la réécrire en vue d’une publication future.

Pourquoi écrivez-vous ce genre-là ?

La frontière qui sépare notre réalité d'un univers sombre et impalpable m'a toujours fasciné. L'intrusion de l'inexplicable dans notre monde cartographié et millimétré, comme un grain de sable dans une belle mécanique, n'a jamais cessé de faire naître en moi des histoires où l'impossible se conjugue à nos perceptions pour mieux nous en faire douter. L'interprétation du monde est devenue pour moi un terrain de jeux sur lequel vous ne devriez pas me suivre, amis lecteurs, car je ne réponds de rien, si jamais vous deviez me perdre en route.

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Codex Lethalis est le 1er volet d’une trilogie.

Oui. Le deuxième est déjà écrit. Je suis en train de réfléchir sérieusement au troisième.

Le thriller fantastique est un genre que vous avec beaucoup lu ?

J’en ai beaucoup lu, effectivement. J’ai commencé par les grands classiques, Edgard  Allen Poe, H.P Lovecraft, beaucoup de SF comme Asimov et compagnie. Mon premier roman non édité mêlait déjà enquête policière, fantastique, démon, etc…  Avec Codex, je suis revenu à mes sources littéraires de jeunesse.

Et vous êtes allé très loin…

De cette histoire de tuer quelqu’un à travers un écran d’ordinateur et de l’idée de faire cohabiter les mondes des démons et des forces obscures avec les nouvelles technologies qu’on utilise aujourd’hui, est né un enfant monstre : cette fameuse méthode dont se sert le tueur pour éliminer ses victimes.

Ce livre se lit de manière frénétique pour en connaître l’issue. Vous maîtrisez parfaitement les codes de cette littérature.

Je n’ai pas du tout cherché à mettre en place ces codes-là. De façon inconsciente, du fait que j’ai ingurgité des heures et des heures de films fantastiques, de lectures de même genre, de thrillers, de policiers. Pour finir, ça a façonné ma manière de penser par rapport à une histoire. J’écris mes histoires comme un film et d’ailleurs, beaucoup de critiques me le disent… ce livre est un film. Il y a une cohérence entre le moment du travail de l’écriture et ce que je reçois après. Je n’étais donc pas l’erreur lors de l’écriture.

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(© www.enzo-capaccio.com)

Vous vous amusez à écrire ce genre d’histoire ?

Je prends un pied d’enfer. C’est du boulot considérable, mais sur le fond, c’est très très jouissif. Avoir une idée, voir la scène dans son imagination et déterminer comment je vais la décrire. J’adore cette procédure-là. Je deviens presque un metteur en scène. Je mets la lumière ici, la caméra là, le mec il va rentrer de ce côté, ça va faire une super scène avec une image incroyable.

Il y a des scènes extrêmement  violentes, à la limite de l’insoutenable. Vous n’avez jamais eu peur d’aller trop loin ?

Aussi insoutenable qu’elle soit, la violence, si elle est « justifiée », plus dans la forme que dans le fond par rapport à la cohérence de l’histoire elle-même et de la déviance du tueur, elle peut être extrêmement dure et choquante. Dans Codex, elle n’est jamais dans le cadre d’une scène gore, gratuite, juste là pour repeindre les murs.

Les enquêteurs sont des personnes très humaines. Si l’inspecteur Reeds est un flic efficace, il est aussi quelqu’un de très fragile. Il a perdu sa femme dans un accident de voiture et ne s’en est jamais remis.

Ce serait tout à fait aberrant d’écrire une histoire dans laquelle un auteur met des personnages qui ne ressentent rien, qui n’ont pas eu de vie, qui n’ont pas d’expériences, de vécus, de chemins… C’est ça qui fait la fibre des personnages et c’est pour ces raisons que le lecteur s’attache à ces personnages. Mes personnages, je m’endors avec le soir et je me réveille avec le matin. Quand je suis dans le processus d’écriture, ils font partie de ma famille.

Ça ne doit pas être simple de vivre avec vous, dites donc !

J’avoue qu’il a eu des moments difficiles. Je suis plutôt un solitaire et je suis dans un moment de ma vie où je suis seul, j’en profite pour écrire. J’ai quand même écrit une partie de Codex alors que j’étais encore marié et au sein de ma famille. Ça ne m’a pas spécialement gêné. J’arrivais à scinder mes périodes d’écriture et ma vie de ma famille. Maintenant, le problème ne se pose plus. Cela étant, je viens de finir l’écriture du 2 et je suis complètement à l’ouest. Je me sens largué. Une grosse coquille vide.

codex_lethalis_03.jpgA la télé, j’aime les types qui ont des dons extraordinaires, comme The Mentalist par exemple. Dans Codex, il y a un détective privé qui s’appelle Davis, il comprend les choses par rapport aux couleurs qu’il voit.

Lui, c’est un peu sa malédiction. S’il voit juste un halo rougeâtre, oranger, ça veux dire qu’il y a quelque chose de mal. Il arrive de mieux en mieux à maitriser ce don et ses visions, mais il faut parvenir à vivre avec ça. Ce don lui provoque des migraines difficiles à gérer, mais lui permet de donner un sérieux coup de pouce aux enquêteurs officiels.

La maison d’édition a adoré votre livre immédiatement, mais vous a demandé de changer la fin…

Oui. J’avoue que ça a été presque plus dur que d’écrire le bouquin original. Quand on écrit une autre fin, il faut d’abord la trouver, puis il faut revenir sur l’ensemble de l’histoire, repérer tous les endroits chronologiques, tous les personnages et faire en sorte de trouver de la cohérence à tout ça. Black Moon avait raison, ma nouvelle fin est bien meilleure aujourd’hui. J’étais trop dans le fantastique…

Osciller du réel au fantastique, ça peut être un exercice un peu casse-gueule. Il faut trouver le bon dosage pour que l’histoire reste crédible.

C’est fondamental. Je fais intervenir dans l’histoire une notion de livre maudit, des incantations, des démons qui apparaissent… il fallait que la construction autour de ce livre maudit le rende crédible et qu’on se dise qu’un livre de cette nature peut exister.

Vous étonnez-vous d’avoir toutes ces idées-là en tête pour en faire des romans ?

Plus depuis le temps. Je trouve même qu’actuellement, je suis encore en deçà de ce que je pourrais faire. Je maîtrise ma force pour que mes histoires restent structurées et « lisibles ». De livre en livre, je sais que j’irais plus loin dans l’expertise psychologique, dans les tréfonds de l’âme humaine.

Vous êtres graphiste de formation et exercez encore pour gagner votre vie. Mais, par contre, je sais que vous voulez faire de l’écriture un métier.

J’espère bien. Pour moi, c’est une aventure aussi tardive qu’inattendue, mais ce n’est que le début de l’histoire. Je ne sais pas bien où elle va me mener. Ne serait-ce que le fait d’être édité, de rentrer dans ce monde là, pour moi, c’est d’abord une aventure humaine, alors après, si ça devient une aventure commerciale, tant mieux pour tout le monde. Pour le moment, c’est surtout le prétexte de rencontrer les gens et dans ces gens, notamment les lecteurs. En tant qu’artiste, j’ai besoin de ce contact-là. Ca fait 25 ans que je suis graphiste, ça fait 25 ans que j’ai envie de faire de la peinture, de la sculpture, de la soudure et que je n’en fais pas parce que je dois faire mont travail rémunérateur pour vivre. Là, je fais un bouquin et il est édité, ça me donne une échappatoire et l’occasion de, peut être, me permettre enfin d’exprimer ma condition d’artiste, ma créativité, mais au sens large du terme. La littérature n’est qu’un des éléments de mes activités.

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01 mai 2013

Swann Ménigot : interview pour son prochain EP

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(Photo : Sand Mulas)

Swann Ménigot, est né à Paris, a grandi en Champagne et habite désormais  à Lyon. L’homme chante de jolies chansons qui, s’il était un peu médiatisé, trouveraient certainement un large public…

5 nouveaux titres sont à découvrir sur Noomiz. Indéniablement Swann Ménigot à une très jolie voix et un sacré sens de la mélodie.

C’est mon ami et confrère Thierry Cadet qui me l’a fait découvrir. Il est d’ailleurs son manager. Tous les deux sont venus à l’agence le 21 février dernier pour une mandorisation en règle.

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swann ménigot,blonde ou brune,interview,ep,thierry cadet,mandorInterview :

Tu as pas mal tourné en faisant des reprises dans des groupes.

C’est ma partie alimentaire. Reprendre les chansons des autres avec différentsgroupes, dans des bals, thés dansants, pubs… c’est ce qui me fait manger.

C’est une sacrée école en tout cas.

C’est en tout cas différent que lorsque je travaille pour mon projet perso. Quand je compose, je suis moi, je propose mon vrai univers. Quand je suis avec les groupes, on me demande de faire du Johnny ou du Goldman. Ce sont deux aspects du métier qui n’ont rien à voir.

Passer du temps à interpréter les chansons des autres, est-ce que ça influence ta façon de chanter ? Même inconsciemment ?

Ça fait 10 ans que je fais ce taf, et pendant 10 ans, je suis passé par plein de blocages. Je n’arrivais plus à chanter, j’avais des trous de mémoire pour certaines chansons. J’avais des blocages psychologiques quand je chantais mes propres titres. Quand j’ai compris que c’était deux exercices différents, ça m’a débloqué. Je ne peux pas faire de la création quand je fais de la reprise et je ne peux pas imiter Goldman quand je chante mes chansons… le plus difficile a été de faire le distinguo.

Du coup, tu dois savoir mieux que personne ce qu’attendent les gens.

C’est bouleversant. Goldman n’a pratiquement fait que des tubes. Quand tu commences à vouloir créer avec cette idée-là, c’est mort. J’ai compris qu’il fallait que je me fasse plaisir avant tout. Si j’ai du plaisir, peut-être que le public aura du plaisir.

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Tu as commencé comment ta carrière solo?

J’ai fait le tremplin Rhône-Alpes Découvertes 2008. J’ai gagné le droit d’enregistrer une maquette en studio. D’une maquette, j’ai pris la décision de faire un album et à partir de ce moment-là, j’ai commencé à tourner.

Tu as donc un premier album complètement auto produit.

Comme c’est un premier album, je lui trouve pas mal de défaut et aujourd’hui, je sais que je l’aurais fait autrement. Mais, je l’aime comme un premier bébé.

Swann Ménigot interprète l'acoustique du "P'tit bonheur", présente sur son nouvel à venir...
Une production Horscene
Réalisation et montage : Sand Mulas
Son : Cédric Barré

Tu as l’impression d’avoir beaucoup progressé ?swann ménigot,blonde ou brune,interview,ep,thierry cadet,mandor

Ça va paraître bizarre, mais c’est parce que je suis monté à Paris beaucoup plus souvent. Au début, je pensais naïvement que mon autoproduit était déjà bien. J’ai bien vite compris que le son que j’avais n’était pas très actuel. Les professionnels que j’ai rencontrés connaissent bien le métier, savent ce qui se fait ou pas. Ils m’ont apporté un regard et surtout une écoute.

Sur Noomiz, on peut entendre 5 nouvelles chansons.

Ce sont des titres qui sont le fruit des conseils que l’ont m’a apporté. Avant j’étais entre la chanson et la variété, c’est à la fois une force et une faiblesse. Là, je trouve même qu’on se rapproche de la pop music. J’essaie de faire en sorte que les gens qui tombent sur mes chansons écoutent attentivement mes textes et aient envie de bouger, de danser.

C’est quoi ta culture musicale, à la base ?

Un peu de tout. Ado, j’ai beaucoup écouté Mettalica, Led Zeppelin, Brassens, Frédéric Chopin… tu vois, je vais dans tous les sens. Aujourd’hui, je fonctionne au coup de cœur. Je suis capable d’écouter une chanson en boucle pendant des mois.

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swann ménigot,blonde ou brune,interview,ep,thierry cadet,mandorT'es-tu isolé pour écrire tes nouvelles chansons ?

Non, c’est l’inverse, on a fait un travail de fond avec toute mon équipe et ceux qui croient en moi. Contrairement à d’habitude, j’ai plutôt ouvert les portes.

Acceptes-tu facilement les conseils ?

J’ai appris a accepter, parce que c’était chaud au départ. Ça a un rapport direct avec l’ego. Ce que tu as créé, tu as envie que personne n’y touche au départ. Je me dis qu’il faut avancer, alors j’écoute ce que l’on me dit.

Tu as un sacré sens de la mélodie, je trouve.

Je fais attention à ça. En cela, je suis plus pop que chanson française. La musique me porte en premier et le texte est secondaire. Le texte, j’ai l’impression que c’est le conscient qui l’analyse, tandis que la musique va directement toucher ton inconscient. La musique est reliée directement à l’émotion. Quand je crée une mélodie, qu’elle me fait vibrer et que je me la répète toute la journée, c’est gagné. 

Il y a un clip de « Blonde ou brune », titre qui vient d’être lancé en radio.

C’est un clip de fans. J’ai lancé un appel il y a quelques mois sur internet pour proposer à des fans d’y participer. Ça donne le clip que tu as vu.

Tu as déjà des fans, donc.

Pas encore beaucoup, mais ils sont fidèles.

Tu prépares un EP avec de nouvelles chansons pour la rentrée prochaine.

Il faut que les gens puissent écouter ce que je fais. Le support physique est important pour beaucoup. On va regrouper les chansons qui nous ont servis à faire la maquette et qui sont écoutables sur Noomiz et on va les retraiter un petit peu. On ajoutera un ou deux titres en plus sur l’EP.

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Tu as rencontré l’année dernière, Thierry Cadet, qui est devenu ton manager. Je vais lui poser des questions sur toi. Tu veux bien ?

Oui.

Thierry, pourquoi t’es-tu intéressé à Swann ?

Thierry Cadet : J’ai aimé immédiatement son sens des mélodies et son timbre de voix. Quand je l’ai vu, je l’ai trouvé tellement seul que j’ai eu envie de m’occuper de lui. S’il avait été entouré, je n’aurais même pas eu l’idée de le manager. Sur le Prix Moustaki 2012, là où je l’ai rencontré, il était le seul à être en autoprod, les autres étaient dans des petits labels. Il avait le fond et pas du tout la forme. Je trouvais ça dommage qu’il ne sache pas se vendre alors qu’il a tout pour réussir. Un putain de talent d’auteur, de compositeur et il a timbre de voix très chaud, très chaleureux, très solaire… bref, je n’avais pas envie de le laisser filer. Je me suis dit que j’avais envie d’avancer professionnellement avec lui.

Swann : Mais, ton regard sur mes chansons, sur la pochette et les photos pourraves que j’avais pour mon premier disque, m’a aidé à vouloir changer, évoluer le mieux possible.

Thierry : Oui, avec Sandrine Mulas, on a refait des photos pour changer un peu ton image. Je sais qu’avec le recul, tu en as conscience. C’est aussi ce que j’aime chez toi… tu es lucide et tu acceptes ce que l’on te dit… et c’est rare.

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29 avril 2013

MeLL : interview pour Relation Cheap

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(Photos en noir et blanc : Emma Picq)

Quoi ? MeLL se serait « assagie » ? Pas vraiment, juste, sa voix se fait dorénavant plus douce et ses compositions un peu moins énervées. Mais, son esprit punk des débuts, lui, est bel est bien resté intacte.

Son 5e album, qui laisse une grande place à l’introspection et aux histoires d’amour un peu dérisoires, « Relation Cheap », sort précisément aujourd’hui (29 avril 2013). Et le 15 mai, elle présentera son nouvel opus sur la scène des 3 Baudets à Paris. L’occasion était belle de la rencontrer… pour la première fois, d’ailleurs. (Merci encore une fois à Flavie Rodriguez).

mell,relation cheap,interview,mandorBiographie officielle (écourtée, mais visible en intégralité ici) :

MeLL n’est pas du genre à faire comme tout le monde… Son premier album, Mon pied en pleine face, sorti en 2003, donne le ton. Elle crée un nouveau genre artistique « la chanson décoiffée » : un rock à mèche folle, pas très loin du punk alterno et de la chanson française, aux textes ciselés et incisifs.  Voitures à pédales (2005) et C’est quand qu’on rigole  (2007) la font entrer au Panthéon des auteurs-compositeurs-interprètes qui disent ce qu’ils pensent et qui pensent ce qu’ils disent. Son franc-parler et son attitude rentre-dedans séduisent Christian Olivier des Têtes Raides qui n’hésite pas à collaborer le temps de deux albums dont Western Spaghetti. Elle se renouvelle, se réinvente et se met perpétuellement en danger.

Pour son nouvel opus Relation Cheap, elle repart avec une nouvelle équipe qui lui permet d’expérimenter l’introspection. Car c’est en solo avec sa plume et sa guitare électrique qu’elle va cette fois explorer l’amour, l’intimité, les love songs et les slows, le tout branché sur du 220 Volts.

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(Photo : Emma Picq)

Interview :

Au-delà ta carrière personnelle, je te vois collaborer avec pas mal d’autres artistes. Récemment encore avec Louis Ville ou Céline Ollivier.

Je travaille avec des gens avec qui, humainement, ça se passe bien. Céline, par exemple, c’est une amie depuis 18 ans ; à peu près. Louis, on se connait aussi depuis longtemps parce que nous sommes de la même région. Il m’a beaucoup soutenu au début. Il avait déjà une carrière et des albums derrière lui. Là, je travaille avec Karimouche sur son prochain album. C’est vraiment une histoire de rencontres.

Tu adores travailler avec les autres, en fait.

J’aime beaucoup. J’ai découvert ça en 2008. Je suis partie faire un atelier d’écriture au Québec pendant 15 jours. J’ai rencontré une chanteuse anglophone canadienne qui m’a dit qu’elle adorait mon son de guitare. Trois mois après, elle avait une tournée aux États-Unis. Je suis donc partie à Nashville, à Memphis, en Floride,  à La Nouvelle-Orléans pour jouer. Je me suis rendu compte que j’ai adoré être en retrait. Je prends tellement de plaisir à jouer de la guitare que je me fous de chanter ou pas. Ça m’a aidé aussi à mieux saisir la place des musiciens au sein d’un groupe. Je suis devenue une leadeuse de groupe cool qui donne une belle place à mes musiciens quand je suis en concert en mon nom. Mais, tu sais, j’ai eu aussi une belle expérience de merde. Je sais aussi ce que c’est que d’être maltraitée en tant que musicienne.

Pas de nom, évidemment…

Pas de nom. Mais, il se reconnaîtra, je pense.

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(Photo : Marylène Eytier)

Quand on enquête sur toi, on découvre que tu as fait tes premières scènes en 2000. On ne trouve rien de ce que tu as fait avant. Pourtant, j’aime bien savoir comment on décide de devenir musicien et d’y consacrer sa vie…

Il y avait une guitare à la maison, parce que mon père gratouille un peu, et il nous a toujours chanté des chansons. Des Beatles à Julos Beaucarne. J’ai d’ailleurs récemment retrouvé une photo de mes parents, à la fin des années 70, où ils jouaient de la guitare tous les deux.

Quel a été ton premier contact avec une guitare ?

A 8 ans, j’avais pris la guitare paternelle  (d’un luthier vosgien). Je sautais sur le lit, le son d’une des chansons les plus électriques des Beatles à fond et je me regardais dans la glace. Et j’ai cassé la guitare en deux. Je me suis dit que ça avait l’air cool d’être chanteuse de rock.

Tu as débuté comment à Nancy ?

Quand j’étais pré ado et ado, ma principale activité à cette époque-là était de faire du handball. Je suis rentré en sport étude de cette discipline sportive. J’étais en équipe de France des moins de 18 ans. Et puis, un jour, en terminal,  je me suis blessée. Mais, j’étais déjà attirée par la musique. Elle provoquait en moi des émotions particulières. Un peu plus tard, j’étais assez fan de Courtney Love. Je trouvais chouette, une nana qui donnait tout, sans aucune limite. J’ai dû découvrir PJ Harvey à la même époque. J’ai fait un transfert. J’aurais aimé être elles à ce moment-là.

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(Photo : Marylène Eytier)

Puis, tu as commencé à jouer de la guitare dans la cour d’école.

Oui et je me faisais toujours engueuler parce qu’il fallait que j’aille réviser mon bac. J’ai fait mon premier concert deux mois après l’avoir obtenu.

Dans quelle circonstance ?

Justement, dans un gros concours de circonstances. Je ne m’étais jamais dit que, toute ma vie, j’allais être intermittente du spectacle, je chanterais des chansons, j’allais faire des albums. J’avais juste 4 chansons, je faisais quelques reprises, rien de terrible quoi ! C’était un pari avec une amie qui était peintre. Le pari c’était que si elle trouvait un endroit pour exposer, il fallait que je joue au vernissage. Au vernissage, j’ai rencontré mon premier bassiste. Il avait un studio d’enregistrement. On a donc commencé à enregistrer, ensuite on a monté un groupe… Ça n’a pas été plus compliqué que ça. Il n’y a eu aucun calcul de départ. Une passion a pris le pas sur l’autre. Je n’ai jamais repris le handball. Je me suis retrouvée à 17 ans dans des bistrots avec plein de musiciens bien plus âgés que moi… des vieux de 30 ans (rires). J’ai joué tout de suite avec des gens qui avaient de l’expérience. Je me baladais tout le temps avec ma guitare, c’était même un problème pour moi parce que, sans elle, je n’arrivais pas à communiquer.

Tes parents devaient être contents. J’ironise…

Au début, c’était un peu chaud. Mais, parfois, c’est un peu con le destin. Quand tu es en terminal, tu dois faire trois choix de direction. Premier choix, c’était une école d’ingénieur. J’adorais la chimie, j’ai fait un bac scientifique. Deuxième choix, c’était Khâgne-hypokhâgne. Troisième choix, c’était un BTS de son pour devenir « technicien du son ». J’ai raté le concours d’entrée à l’école d’ingénieur de 4 points. Khâgne, ils m’ont refusé à cause de mon dossier de comportement. BTS son, pareil. Je me suis retrouvée avec rien. À la rentrée, je me suis donc inscrite en Fac de philo, comme tous les jeunes qui ne savent pas quoi faire. Ma mère est psy, je pensais aussi que ça pouvait m’aider. J’y suis restée 6 mois.

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Et puis, tu as tout arrêté pour ne faire que de la musique.

J’ai vécu le besoin de faire de la musique comme une urgence. J’avais besoin de sortir des trucs pour me libérer. La musique, c’était une excuse. En plus, je ne savais pas chanter. Aujourd’hui, la musique est moins une excuse. Dans mon nouvel album, je pense pouvoir dire que c’est un tournant à ce niveau-là.

La musique est plus importante que les textes. C’est ce que tu me dis ?

Disons qu’il y a un équilibre entre les deux. J’ai beaucoup bossé la musique et je voulais arrêter de me prendre pour une poétesse que je suis la seule à comprendre. Une poétesse de comptoir finalement. Je voulais que les mots sonnent et surtout que le propos soit plus clair. Réussir à être plus dans le premier degré est difficile pour moi.

Qu’est-ce qui a été l’élément déclencheur de cette volonté de faire plus clair ?

On me disait que je faisais souvent des jeux de mots, parfois un peu potaches. Je ne pouvais pas m’en empêcher, sinon j’avais l’impression de m’emmerder quand j’écrivais. Il fallait que je me fasse rigoler. Je pense aussi que j’ai évolué par rapport à mes influences, à ce que j’écoute aujourd’hui. J’écoute énormément de musiques différentes. Un album est le fruit de ce que tu as vécu et écouté les deux précédentes années. Moi, j’ai écouté notamment de la new wave française et de la variété française des années 60.

Le yéyé ?

Plus les gens qui faisaient le garage yéyé, comme Dutronc, des gens comme ça. Dans mon album, il y a des clins d’œil à ses années-là. Ma guitare est assez surf.

Ta façon de jouer de la guitare est devenue, ces dernières années, un peu plus « américaine ».

Oui. Les influences fifties du rock’n’roll. J’aime bien les sons de cette époque-là.


MeLL - Un pied dans le vide - Clip officiel par ArtdistoVideo

Ton album sonne différemment de la production française d’aujourd’hui, du coup.

Les boites à rythmes et les claviers sont vraiment eighties et les guitares rappellent les sixties. Ça donne ce curieux mélange.

Tu as repris « Succès fou » de Christophe dans une version personnelle exceptionnelle, je trouve.

Si c’était un mec qui l’avait reprise, je pense que ça n’aurait eu aucun intérêt. Christophe chante cette chanson admirablement. Il a interprété cette chanson avec subtilité grâce à son côté dandy décadent assez fin. En tant que fille, reprendre ce titre me paraissait assez décalé pour tenter l’expérience. C’est la première fois que je mets une reprise dans un de mes disques.

Il y a une constante dans tes textes. Tu chantes l’amour avec beaucoup d’ironie.

J’ai appelé mon disque Relation Cheap parce que je trouve qu’il y a foutage de gueule dans les relations. Je me moque des relations légères, vécues comme le reste de notre époque, rapidement et sans état d’âme, de la surconsommation d’amour, et de tout ce qu’on jette : les relation(s) cheap, donc. En vrai, cette volonté de faire ce disque était une ode aux relations profondes et ancrées. Je suis fidèle en amour et en amitié quand j’aime vraiment. En vrai, je suis une romantique à fleur de peau, mais je ne peux pas l’écrire.

Tu as beaucoup plus parlé de toi dans tes premiers albums. Moins dans celui-là.

Il est un peu plus léger, en effet. Ce disque n’est pas très autobiographique. Je me sens mieux avec ce que je fais musicalement et textuellement aujourd’hui.

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Tu as fait 5 albums en 10 ans, c’est beaucoup, je trouve.

J’ai eu la chance d’avoir eu les opportunités d’en faire sans trop de difficultés, d’avoir un label, des gens qui croient en moi et qui ont envie de bosser sur le projet.

J’aimerais aborder l’aspect littéraire de ta vie. Tu as sorti 3 livres. De la poésie.

Les deux premiers, La Reine des Guenons et Qultures, c’est ce qu’appelle Boris Vian de « la fausse poésie ». Il n’y a pas grande prétention là dedans, parfois ça rime, parfois ça ne rime pas. Ce sont juste des textes courts, souvent écrits quand j’étais sur la route. Le dernier, Lucky Looser, est un texte un peu plus long, mais qui reste une nouvelle poétique. Tu peux la lire de A à Z, ça fait une histoire et tu peux le mettre dans tes toilettes et l’ouvrir à n’importe quelle page, tu y trouveras quelque chose à retenir. Tout se lit indépendamment.

Ton premier disque, Mon pied en pleine face, date de 2003.

Eh !!! Mais, c’est donc mes 10 ans de carrière ! Je n’avais même pas remarqué. Il faut que je fasse une fête ! Allez, champagne !

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28 avril 2013

Saule : interview pour Géant

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Saule est un géant. Il mesure 2 mètres, mais est surtout grand par le talent. Ses deux premiers albums, Vous êtes ici et Western, sortis en 2006 et 2009, ont reçu une flopée de critiques élogieuses et de récompenses dans son pays natal, la Belgique. Mais pas vraiment en France.

Après avoir croisé la route de Dominique A sur le disque précédent, c'est Charlie Winston qui l'a pris sous son aile pour son troisième disque, Géant.

Juste avant d’aller enregistrer Taratata quelques heures plus tard, Saule a fait un crochet à l’agence. C’était le 26 février dernier et ce fut un bon moment…

saule,géant,charlie winston,interview,mandorBiographie officielle :

Bien sûr, Saule a déjà publié deux albums très réussis qui lui ont assuré une petite place dans le cœur du public. Mais Géant est un nouveau départ, une bouffée d’air frais qui extirpe le chanteur de l’atmosphère un peu confinée de la « nouvelle chanson française » pour le voir explorer de nouveaux territoires, au confluent de deux cultures qui s’ignorent trop souvent : le rock anglo-saxon de ses premières amours musicales adolescentes (Jeff Buckley, Radiohead) et la chanson de qualité dans laquelle il baigne depuis sa plus tendre enfance (Brassens, Gainsbourg).
Réalisé par Charlie Winston, Géant est un album libéré, sur lequel Saule se lâche et trouve enfin sa voie, unique et originale, mais aussi sa voix, sublime et ensorcelante.

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Interview :

Comment avez-vous connu Charlie Winston ?

Ça s’est fait de manière instinctive. On s’est rencontré dans l’émission Le pont des artistes sur France Inter. Je l’ai vu sur scène et j’étais fan de son titre « Like a Hobo », mais je ne connaissais pas le reste de son premier album. J’ai pris une vraie claque musicale et en plus, je me suis rendu compte que  le mec derrière était super cool et ouvert. Humainement, tu ne peux que l’aimer. On est devenu potes immédiatement.

Teaser de l'album Géant.

C’est même lui qui vous a proposé de réaliser cet album.

C’est assez marrant comme parfois, les choses te tombent du ciel sans les avoir calculé. Je lui avais juste demandé que l’on chante une chanson ensemble. Je lui ai dit, innocemment, que je ne savais pas encore qui allait réaliser le disque,  parce que, de par la demo qui existait, je savais que j’allais avoir besoin de quelqu’un qui s’y connaisse en musique pop anglophone. Il m’a presque interrompu pour me dire que ça l’intéressait. Je suis tombé des nues.

La direction musicale de ce troisième album, elle vient de vous, pas de lui.

Oui, elle était déjà discrètement présente sur le second, mais je n’étais pas allé au bout de ce que je voulais faire. Il y avait un truc un peu plus sombre que ma personnalité à moi et donc, j’avais envie de m’ouvrir à quelque chose de plus lumineux. J’avais besoin d’évoluer  aussi musicalement, aller plus loin.

Le clip de "Dusty Men" (feat. Charlie Winston)

Le sombre est encore là, mais dans les textes, plus du tout dans la musique.

J’aime ce contraste-là. Le côté mélancolique dans l’écriture et le côté plus enjoué dans la musique.

Est-ce que d’album en album, vous parvenez à vous raconter. Je me souviens qu’au départ, vous étiez très pudique.

Je crois que chaque album me rapproche de moi même. J’ai décidé de moins me brimer, me brider dans l’écriture. Pour mon deuxième album, mon label français me disait d’arrêter de tabler tout sur l’autodérision, qui est très belge, pour aller plus vers un côté classieux. Ce que j’ai fait. Ils me parlaient tout le temps de Bashung, de Dominique A, des artistes de cette veine-là. Pour ce troisième album, j’ai décidé de ne plus montrer uniquement cette facette-là. J’ai souhaité qu’on arrête de vouloir me cataloguer dans une case alors que je ne suis pas comme ça dans ma vie, dans ma personnalité.

C’est dur de s’extirper des gens qui vous font confiance et qui s’occupent de vous.

Oui, parce qu’en même temps, chacun donne son avis et tu ne sais plus toi-même où tu veux aller vraiment. Si je me raccrochais à tout ce qu’on veut que je sois, je serais une girouette permanente. A un moment, il faut dire stop. Le matériau, c’est moi, donc je vais m’écouter.

Du coup, Géant est l’album qui vous ressemble le plus ?

Oui, je pense. Le premier était très perso aussi, mais celui-ci est plus proche de mes influences musicales réelles. Le premier, j’étais même parti dans un délire très minimaliste. Mais, j’ose dire que ce troisième est le grand frère du premier quand même.

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Il y a une chanson dans Géant qui s’intitule « L’économie des mots ». Ce qui m’a frappé, c’est aussi cette évolution dans votre écriture. Elle est plus précise, plus ciselée, plus épurée.

J’ai voulu donner plus de part à la musique. C’est une grosse discussion que j’ai eue avec Charlie pendant l’enregistrement de l’album. Lui est arrivé au moment où j’avais déjà tout écrit, un peu pour faire le choix des titres. J’avoue qu’il n’a pas hésité à me donner deux trois challenges. Un des challenges était justement l’économie des mots. C’est lui qui a employé ce terme que l’on n’utilise pas en français. Il me demandait de faire des chansons dans lesquelles je devais mettre moins de mots.

Pour travailler, vous vous êtes enfermés dans une maison. Vous étiez en vase clos.

C’est aussi ce qui a fait caisse de résonnance à l’amitié qui est en train de naître. On a passé un mois tous les jours ensemble. On avait nos chambres l’une à côté de l’autre, on mangeait ensemble tout le temps… en fait, l’ambiance qu’il y avait pendant la conception de l’album transpire sur le disque.

C’est en tout cas la première fois qu’il réalise un album officiellement pour une autre personne. On reconnait bien sa patte, d’ailleurs.

Oui et non. Quand on écoute Dusty Men, les gens me disent qu’ils reconnaissent clairement son style, alors que c’est moi qui l’ai écrit. C’est ça qui est génial, j’ai voulu faire du Winston et j’y suis parvenu. Lui, a tenté de respecter mon univers et je trouve qu’il a réussi aussi. Nos univers sont devenus complémentaires. Ils se sont enchevêtrés. On a des goûts communs qui coïncident beaucoup et c’était très rare qu’en studio, on ne soit pas d’accord. Il n’y avait aucune forme d’ego entre nous, nous étions là au service de la musique.

Deuxième single de l'album Géant, "Chanteur bio".

Sur pas mal de chansons, vous avez manié l’art de l’autodérision à son paroxysme.

Il y a une forme d’amour propre là dedans. Dans l’autodérision, on s’aime quand même au moins un petit peu. On apprend à rire de soi parce qu’on s’aime bien. « Le bon gros géant » en est l’exemple parfait. Certains journalistes m’ont demandé si j’avais écrit cette chanson pour régler mes comptes avec la nature. Quand j’étais plus jeune, en fait, je n’en ai pas souffert. Mes potes me vannaient en m’appelant « paratonnerre ». Vous savez, à l’adolescence, il y en a qui était boutonneux, et bien moi j’étais grand. Chacun son problème. Je suis passé par une phase d’acceptation, mais j’ai eu la chance de faire des études de théâtre. Au conservatoire, la première chose que l’on t’apprend, c’est d’être à l’aise sur un plateau.

La perception qu’ont les gens d’une chanson, c’est quelque chose qui vous fascine ?

C’est dingue. Sur le premier album, il y a une chanson qui s’appelle « Si (S’il ne me restait qu’un seul jour) ». Je l’avais écrite très égoïstement parce que depuis que je suis môme, j’ai peur de la mort. C’était une chanson médicament qui m’avait permis d’exorciser toutes les peurs que j’avais en moi par rapport à ça. Quand j’ai vu la portée de cette chanson, j’ai trouvé ça complètement ahurissant. Des gens atteints d’un cancer me disaient qu’ils écoutaient cette chanson tous les jours et que ça les aidait à tenir debout. Ça fait presque peur. Je me suis rendu compte que tu pouvais écrire une chanson très personnelle, mais que cela n’empêchait pas de toucher à l’universalité. 

Le clip de "Si (s'il ne me restait qu'un seul jour)".

Dans ce nouveau disque, j’ai l’impression qu’il ya pas mal de morceaux susceptibles de devenir des tubes.

C’est ce que l’on me dit. C’est une belle leçon pour moi. Je remarque que j’arrive à faire des titres tubesques quand je ne réfléchis pas à cela et que je laisse mon instinct agir, créer. « Dusty Men », c’est une chanson complètement instinctive que j’ai écrite en quelques minutes et au dernier moment.

Moi, j’aime votre voix. Elle part vite dans les aigus. J’adore.

Ma plus grande idole reste Jeff Buckley. Avant de chanter en français, je chantais dans un groupe de rock dont les influences étaient clairement Buckley et Radiohead. C’est à ce moment que j’ai appris à explorer ma voix dans les aigus. Vu le physique que j’ai, c’est plutôt un bon contraste.

Je sais que vous travaillez sur ce qui pourrait s’apparenter à une comédie musicale.

C’est un conte musical. Je suis à la lisière du théâtre et de la musique. J’espère concrétiser ce projet qui me tient réeellement à coeur. Il me permettra enfin d'allier mes deux activités artistiques préférées.

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Après l'interview le 26 février 2016, à l'agence.

27 avril 2013

Gaël Faye : interview pour Pili Pili sur un Croissant au Beurre

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gaël faye,pili pili sur un croissant au beurre,interview,mandorGaël Faye, auteur-rappeur franco-rwandais, est la moitié du groupe Milk Coffee & Sugar. Depuis toujours, il aborde les thèmes de l’exil, du métissage, de la domination et du génocide. Pour ce premier album solo, Pili Pili sur un Croissant au Beurre, réalisé par Guillaume Poncelet et enregistré entre Paris et Bujumbura, Gaël Faye raconte sa propre vie avec nostalgie, indignation et tendresse. Il nous dit tout sur son enfance entre le Burundi et la France, son rapport au hip-hop, ses amours et ses combats. Il y a du rap bien sûr, mais teinté de soul, de jazz parfois et de world music. Ne passons pas sous silence la participation de Tumi Molekane (MC sud africain de Tumi & The Volume), Ben l’Oncle Soul et la voix unique de Bonga (icône de la musique lusophone). On va beaucoup entendre parler du sensible Faye en 2013. Ce sera mérité.

Le 13 février dernier, l’artiste a fait un petit détour par l’agence pour m’en dire un peu plus…

gaël faye,pili pili sur un croissant au beurre,interview,mandor

gaël faye,pili pili sur un croissant au beurre,interview,mandorInterview :

Tu es né en 1982 au Burundi, d’une mère rwandaise et d’un père français. Le 1er avril 1995, à treize ans, tu quittes malgré toi ton pays natal, en proie à la guerre, pour rejoindre la France.

Ce n’est pas un drame pour moi, c’est une trajectoire de vie. Au moment où je quitte le Burundi, il vient d’y avoir un génocide au Rwanda, le pays de ma mère. Elle faisait partie du camp des génocidés. Énormément de membres de notre famille, cousins, cousines ont été décimés. J’ai quitté le Burundi alors que ceux qui restaient allaient vivre dans la guerre pendant plus de 10 ans. La France, c’est ma porte d’exit. Tu te dis : « c’est difficile ce que je vis » et très vite, tu ajoutes « n’en fait pas une montagne ». Je me refuse de dramatiser ma situation… d’autres sont restés et on souffert.

Tu as grandi plus vite avec cette « trajectoire » ?

Quand je suis arrivé en France, j’avais 13 ans. En 4e, je voyais bien qu’avec les gamins français, je ne faisais pas partie du même monde, je n’avais pas vécu la même chose. Je sortais de deux ans de guerre et ma famille et moi étions très marqués par la politique, mais concrètement. Chez nous, ce qu’un politicien disait avait une incidence immédiate sur notre vie personnelle. J’avais une maturité différente, c’est clair, mais j’en ai beaucoup souffert. Je  n’avais pas les mêmes repaires que les autres.

Comment tu réagis envers les gens qui s’énervent ou s’engueulent pour des broutilles par exemple ?

Pendant longtemps, ça ma vraiment beaucoup agacé. Il y a un morceau qui s’appelle « Charivari » dans lequel je dis : « rien à foutre de ta vie naïve ». C’est presque arrogant et méchant. Quand je racontais mes problèmes, souvent on me disait que mes trucs d’Africains, il fallait que j’oublie. Je me suis pris ces réflexions dans la face par des copains de mon âge, qui eux pleuraient quand ils n’avaient pas le jouet espéré. J’avais un peu les boules par rapport à tout ça. L’écriture m’a beaucoup calmé et aujourd’hui, à 30 ans, je peux comprendre qu’une souffrance soit personnelle. Il n’y a pas de hiérarchie dans la douleur. Je peux comprendre que quelqu’un soit terrassé parce qu’il a perdu son chihuahua.

Medley de l'album Pili Pili sur un Croissant au Beurre.

Tu écris depuis l’âge de 13 ans… tu as eu le temps de parfaire ta plume.

C’est vrai que ça fait longtemps que je malaxe la langue. Ce que j’aime dans le rap, c’est le flow. Cette manière de glisser avec des mots. Tu as une métrique. Avec ce flow, j’essaie d’apporter le fond, la forme et le sens.

Pourquoi as-tu commencé à écrire ?

A un moment donné, j’ai eu l’impression de me heurter au silence des autres et à ma propre impossibilité à formaliser ce que j’avais en moi. Parce exemple, encore aujourd’hui, j’ai toujours du mal à dire aux gens autour de moi que je les aime. Je ne m’exprime pas facilement par la parole, je préfère me cacher derrière un texte. Et dans le texte, pourtant, je vais tout dire. On pourrait considérer que c’est de l’impudeur, alors que c’est au contraire de la pudeur. Tout est maîtrisé et contrôlé.  

Clip de "Je pars".

Dans un premier album, est-ce que l’on donne tout ? Est-ce qu’à un moment, tu t’es dit, voilà, je ne peux pas aller plus loin...

Je me disais que cet album allait me permettre de tourner la page. Maintenant qu’il est sorti, je me dis que ce n’est pas la page, mais c’est un livre que je ferme. Ce livre-là, j’ai envie de le rouvrir plus tard.

Tu vas pourtant aller le défendre sur scène, en promo… tu n’es pas prêt de fermer ce livre.

C’est ce qui est compliqué avec un album. Quand je suis en live, je revis les choses. Il y a ce moment que je suis en train de donner avec des gens uniques dans la salle. C’est un instant. L’album, lui, est figé. C’est pour ça que j’ai du mal à l’écouter. A un moment donné, j’ai figé des souffles, l’articulation, des prises de respirations… je ne l’aurais peut-être pas fait de la même façon à un autre moment.

Tu es un solitaire quand tu crées, par contre, sur ton disque, tu es accompagné de 28 musiciens.

C’est énorme et je ne pense pas que je le referai demain la veille (rire). Ça a été compliqué à tout gérer, d’autant plus que cela a été fait en indé total. On a eu la chance, une fois que l’album était terminé, de trouver le partenaire idéal, Motown France, mais il ne faut pas oublier que c’est un album qu’on a fait tout seul sur 10 ans. En plus, à la base, je suis un rappeur, je ne suis pas un musicien. Je n’ai pas le langage pour expliquer ce que je veux aux musiciens. Ça a été une grosse aventure avec plein d’obstacles sur le chemin.

gaël faye,pili pili sur un croissant au beurre,interview,mandor

Revenons à la littérature. Tu lis peu de romans, mais par contre, beaucoup de poésies.

Les poètes que j’ai beaucoup lus sont Léon-Gontran Damas, René Depestre, Aimé Césaire, mais aussi Blaise Cendrars, Guillaume Apollinaire, René Char.

On dit de toi que tu es aussi un poète. Terme que tu réfutes.

J’ai une trop haute opinion de cette « fonction ». C’est un peu comme Arthur Rimbaud, un poète doit avoir une soif d’absolu total. Rimbaud, il ne pensait pas au marketing et à toutes ces choses-là.

Mais, l’époque à changé. Qui sait ce qu’aurait fait Rimbaud ? Peut-être aurait-il tweeté comme un fou.

Je ne sais pas.

Clip de "Petit pays".

Et écrire un livre, ça te tente ?

J’ai des velléités à tenter d’écrire quelque chose qui ressemble à un roman. Je ne veux pas dire que je suis écrivain, je ne veux pas dire que je fais de la littérature. J’ai poussé les études très loin et j’ai beaucoup travaillé parce que je considérais que la musique, pour moi, ce n’était pas possible. J’étais bloqué par l’album de Lauryn Hill et par quelques autres géants du hip-hop. Je me demandais ce que j’allais faire derrière. Récemment, j’en parlais avec mon guitariste, Sacha et il m’a répondu que s’il n’y avait que l’Everest, on s’emmerderait. Heureusement qu’il y a aussi les Alpes, les collines… Pour l’instant, j’essaie juste de faire exister des choses qui sont en moi. Mais, je ne peux pas m’autoproclamer poète, écrivain, ce sont des choses que je mets ailleurs.

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23 avril 2013

Quentin Mouron : interview pour Notre-Dame-de-la-Merci

quentin mouron,notre-dame-de-la-merci,au point d'effusion des égouts

Plusieurs ami(e)s vivant en Suisse m’avaient alerté sur le talent hors norme d’un jeune auteur de 23 ans. Puis son éditeur, Olivier Morattel, m’a également contacté.

Peu de temps après, j’ai reçu les deux livres de Quentin Mouron. Et je les ai dévorés d’un trait. De deux traits en fait.

Le nouveau, Notre-Dame-de-la-Merci, raconte sur une période de 24 heures les destins croisés de trois personnages singuliers. Pour observer et décrypter ces personnages médiocres, Quentin Mouron est à la fois metteur en scène et spectateur de ce huis clos. Impressionnant.

Son premier roman, Au point d’effusion des égouts, publié l’année dernière en Suisse, a rencontré un succès en librairie et reçu un accueil plus que favorable de la critique. L’auteur y racontait son voyage à Los Angeles et à Vegas, dans un style franc, à la fois drôle et mélancolique.

Le 22 mars dernier, de passage rapide à Paris, Quentin Mouron est venu à l’agence. Et le courant est passé immédiatement.

Les deux livres :

quentin mouron,notre-dame-de-la-merci,au point d'effusion des égoutsAu point d’effusion des égouts :

Roman d'aventures au sens le plus général du terme - aventure amoureuse, sociale, existentielle. Tendre et profond, drôle et sombre, ce livre présente les pérégrinations d'un jeune homme d'à peine vingt ans «tombé du ciel» dans la mégapole de Los Angeles.
Avec ce premier effort, Quentin Mouron offre une vision neuve et décomplexée de l'Amérique d'aujourd'hui, après que les fards du rêve américain ont achevé de se dissoudre.

Au point d'effusion des égouts est porté par le style unique et résolument novateur de l'auteur, par sa rythmique implacable, et sa puissance d'évocation renvoyant parfois à de la poésie en prose.

Quentin Mouron, écrivain canado-suisse, est né le 29 juillet 1989 à Lausanne.

Notre-Dame-de-la-Merci :quentin mouron,notre-dame-de-la-merci,au point d'effusion des égouts

Notre-Dame-de-la-Merci est un village de la forêt québécoise. Au cœur de l'hiver, trois personnages se dévoilent dans leurs solitudes avec l'éclairage périodique du narrateur spectateur. Deux hommes, une femme, triangle amoureux éternel. Odette, femme singulière qui a logé quelque temps en prison, veuve d'un mari Hells Angels qui a prouvé que le ridicule pouvait tuer, continue de vendre quelques enveloppes remplies de cocaïne. Daniel étouffé par sa mère a vu ses femmes disparaître en lui laissant enfants, déneige la semaine et amoureux d'Odette a accepté de distribuer discrètement son courrier. Reste Jean, la figure du mal, qui fantasme ses sales coups, peine à ravaler sa violence et rêve d'un départ vers des cieux plus ensoleillés. Les trois destins sont liés, l'issue connue, et rien de les fera dévier, ils le savent, le lecteur le sait comme le narrateur et l'auteur, et pourtant, malgré cette impuissance partagée, l'espoir subsiste. Drame de la vie, drame de la solitude, drame contemporain, triste drame, une noirceur maîtrisée par une vraie écriture et une construction originale. À découvrir absolument.

quentin mouron,notre-dame-de-la-merci,au point d'effusion des égouts

quentin mouron,notre-dame-de-la-merci,au point d'effusion des égoutsInterview :

Avec Joël Dicker (mandorisé là), tu es considéré comme le deuxième phénomène littéraire suisse. Du coup, on vous associe pas mal, bien que vous n’ayez pas du tout le même genre d’écriture.

Ça me fait plaisir parce que nous avons un bon contact tous les deux. On s’est connu au Salon du livre de Genève il y a un an. Le seul point commun que l’on nous a trouvé, c’est d’être assez jeune. Les « anciens » que je croise me font comprendre qu’il y a longtemps qu’il n’y avait pas eu cette sorte d’engouement pour de nouveaux auteurs.

Comme si une nouvelle école se formait ?

Un peu, oui. Je pense que les gens attendaient qu’il se passe quelque chose de neuf. Ce qui ne veut pas dire que de bons livres ne sont pas sortis depuis longtemps. C’est notre esprit, notre façon de faire qui est peut-être différent. Je suis binational, Joël aussi sauf erreur. On amène peut-être une sorte d’exotisme, je ne sais pas. C’est difficile d’expliquer le focus, cette sorte de buzz, qu’il y a actuellement sur nous.

Parlons d’abord d' Au point d’effusion des égouts.  Un livre très original dans l’écriture, des phrases hyper courtes de trois ou quatre mots maximum.

Ça s’est fait naturellement. En le relisant, je l’ai découvert moi aussi. En plus j’aime Proust, alors, ce n’est pas par amour des phrases courtes que j’ai choisi cette forme. Ça s’est fait naturellement. Je pense que l’unité dans mon texte, c’est l’auteur qui la donne et après le lecteur la reconstitue de manière finalement un peu plus artificielle et analytique. J’ai écrit quatre ou cinq versions antérieures de ce roman. L’écriture n’était pas la même. C’était moins rythmé. Le contenu et le style étaient différents.

Dans ce premier roman, le narrateur, toi, tu ne le caches pas, part seul en Californie. Il quentin mouron,notre-dame-de-la-merci,au point d'effusion des égoutsva vivre des péripéties complètement dingues. On a l’impression qu’ils sont tous mabouls dans cette région-là des États-Unis. Notamment ta cousine.

Elle existe en partie. Elle n’a pas les mêmes névroses. Quand je suis arrivé à Los Angeles, j’ai débarqué chez cette cousine que je connaissais très peu. J’ai utilisé le milieu dans lequel elle était baignée. Il y a quelque chose de caricatural dans la manière de vivre des gens que j’ai rencontrés. Je me suis contenté  d’appuyer, d’exagérer leurs travers. Pour mes livres, comme beaucoup d’auteurs,  je prends toujours des éléments de la réalité, je capte des traits distinctifs des uns et des autres et je les mêle à l’imaginaire.

Tu traites durement tes personnages… tu as l’air pourtant si poli, gentil, souriant.

On m’en fait la remarque assez souvent. Je pense avoir un naturel assez sympathique,  après, ça dépend qui est en face de moi et comment la personne se comporte. Si j’écris ce que j’écris, c’est peut-être une façon de se défouler, de se décharger, je ne sais pas. Je suis plus dur dans mes pamphlets que dans mes romans, je trouve. Dans mes romans, il y a toujours un peu d’espoirs et tout le monde n’est pas irrécupérable.

C’est quand même bien noir.

Ça ne me dérange pas de peindre des choses assez noires, mais je n’ai pas envie de tomber dans une surenchère gratuite où il faut mettre un maximum de sang et de scènes macabres pour essayer de capter le lecteur.

Il m’est arrivé de sourire franchement dans les deux livres que j’ai lu de toi.

Je montre la faiblesse de l’homme en général, de certains individus en particulier, avec parfois de l’humour, parce que finalement, ces personnages peuvent être drôles. L’un n’exclut pas l’autre.

On frise d’ailleurs le burlesque parfois.

Je me base toujours sur ce que j’ai devant les yeux. Encore une fois, peut-être que je surligne un peu.

quentin mouron,notre-dame-de-la-merci,au point d'effusion des égouts

Tu as écrit ton premier livre, Au point d'effusion des égouts, parce qu’il fallait que tu prouves quelque chose à quelqu’un. À une fille en particulier.

Oui. Mais, je l’ai encore vu la semaine dernière et elle ne sait même pas que c’est pour elle que je l’ai écrit. C’est pourtant elle qui a fait que j’ai voulu écrire tôt et publier tôt aussi. Une fille fait vraiment faire n’importe quoi (rires).

Dans Notre-Dame-de-la-Merci, j’ai  presque l’impression que ce n’est pas le même auteur.

Ce n’était pas une volonté de faire différent. Au début, je voulais écrire une sorte de tome 2 d’«Au point d’effusion des égouts » et j’avais l’impression de récidiver, de me livrer à une parodie de moi-même. J’ai donc décidé de reprendre certains thèmes qui m’ont obsédé dans mon premier livre, qui m’obsèdent pour celui-là et qui continueront à m’obséder pour les prochains.

quentin mouron,notre-dame-de-la-merci,au point d'effusion des égoutsQuels sont ces thèmes ?

L’insuffisance de l’homme à être ce qu’il aimerait être. L’incapacité d’être compris d’une part, et d’être aimé. L’incapacité de s’accomplir.

Parlons des personnages. Il y a Odette, qui vend de la coke, Daniel, le déneigeur amoureux transi qui aime Odette, et  Odette qui aime Jean, qui lui est une ordure et qui s’en fout.

Ils sont pris par des émotions sur lesquelles ils n’arrivent pas à mettre de mot. Évidemment, il y a un peu de théâtralité. On convoque des personnages pour une durée déterminée sur un décor. Ces gens qui n’ont rien à faire ensemble, si ce n’est qu’ils se trouvent géographiquement au même endroit et qu’ils se rencontrent, entraînent des implications qu’on ne mesure pas toujours, qu’eux-mêmes ne mesurent pas non plus et qui sont extrêmement fortes. Et qui finissent par se dégonfler à la fin.

Ils sont tellement lâches qu’ils n’arrivent même pas se faire du mal jusqu’au bout.

Ce sont des ratés jusqu’au bout.

quentin mouron,notre-dame-de-la-merci,au point d'effusion des égouts

Tu écris un nouveau livre dans lequel tu mets en scène un éditeur genevois. Ça pourrait être le tien, Olivier Morattel.

Il pourrait se reconnaître. Non, je plaisante. J’ai créé un type aigri et cynique, tout le contraire d’Olivier finalement.

Je sais que tu vis avec tes textes longtemps en toi. Tu ne lâches rien tant qu’il n’est pas fini.

Je ressens le personnage, je vois là où il veut se diriger, ce qui peut lui arriver ou ne pas lui arriver. Il m’arrive de penser tout le contraire à une issue de roman pendant plusieurs mois et de changer au dernier moment.

Il y a des écrivains qui expliquent qu’ils créent leurs personnages et après, qu’ils ne dominent plus du tout là où il voulait aller. Comme s’ils faisaient leur vie indépendamment de l’auteur.

Moi, je sais rarement où je vais. Je suis plus dans des romans d’idées et d’obsessions que dans des romans à suspens ou à trames. Chez moi, à un moment ça devient organique et donc, un peu flou. Je vis en même temps que le personnage, je découvre ce qui lui arrive, je souffre ou je me marre pour lui. C’est parfois même intense.

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20 avril 2013

Marc Molk : interview pour La disparition du monde réel

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Marc Molk est un peintre dont la réputation n’est plus à faire. L’artiste est aussi écrivain. Dans son précédent roman, Pertes Humaines (Arléa, 2006) il faisait le décompte inattendu des amis perdus au fil des ans sous forme de fiches. Dans La Disparition du monde réel (Buchet/ Chastel)  il raconte des couples qui se font et se défont dans un mas provençal, un été. Évidemment, ce résumé est un raccourci honteux. Ce roman est bien plus que cela. Marc Molk a écrit une fiction, qui n’en est sans doute pas tout à fait une, par petites scènes et courtes digressions.

Un roman amer et léger, ce n’est pas le seul paradoxe de ce roman.

Marc Molk est venu à l’agence le 21 mars dernier.

9782283026113.jpg4e de couverture :

Dans un grand mas provençal, une bande d’amis passe un nouvel été. Les vacances se terminent, la quarantaine est là, l’amitié tire sur la corde. Malgré l’humour et l’ivresse, le désenchantement gagne. Comment échapper à la tristesse des choses auxquelles on ne croit plus ? L’amertume fait-elle de nous des orphelins ?
Sous la familiarité estivale pointent cauchemars et bad trips : quand les peurs et les fantasmes prennent le dessus, voilent les évidences et font vaciller le simple sentiment de réalité.

« Plus tard dans la journée, quand elle sera partie, vous jouerez la première Gnossienne d’Érik Satie, selon votre cœur qui ne bat plus. Vous vous direz que, sans ce romantisme gras et collant au fond de vous, rien n’aurait raté comme cela. Le romantisme, voilà bien ce dont il faudrait expurger le monde. »

Biographie (tiré du site de D-Fictions.fr) :marc molk,la disparition du monde réel,interview,mandor

Né en 1972, Marc Molk est peintre et écrivain. Il a commencé par abandonner sa thèse en philosophie : La fonction phénoménologique de la représentation picturale, afin de peindre pour de bon. Plusieurs années s’ensuivirent où il fut tour à tour graphiste, surveillant de collège, assistant de galerie et cobaye pour l’industrie pharmaceutique. Après avoir détruit la presque totalité de ses premières toiles, il n’a pas réussi à détruire les suivantes qui ont fait l’objet d’expositions en France et à l’étranger. Il a articulé certaines de ses peintures à des performances, réalisé des vidéos plutôt intimistes et il est l’auteur de Pertes humaines, une fiction expérimentale (Arléa, 2006). Il a participé aux ouvrages collectifs : marc molk,la disparition du monde réel,interview,mandorCollection irraisonnée de préfaces à des livres fétiches (Intervalles, 2009) et 100 monuments 100 écrivains / Histoires de France (Patrimoine-CMN, 2009) ainsi qu’à la monographie de Kimiko Yoshida, Là où je ne suis pas (Actes Sud, 2010). Son premier catalogue monographique, Ekphrasis, une peinture en fictions, sort au Label Hypothèse en coédition avec les Éditions D-Fiction pour la version numérique. Aujourd’hui, des expositions collectives ou personnelles lui sont régulièrement consacrées ; la dernière en date, « Le ciel bleu sur nous peut s’effondrer », s’est tenue à l’automne 2012 à la galerie Da End dans le 6e arrondissement de Paris.

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Interview :

En lisant ton livre, j’ai remarqué que tu as de la distance par rapport à ce que tu racontes. Que tu es un peu ironique dans l’observation des gens et plus généralement du monde dans lequel nous vivons.

Je ne sais pas parce que je ne m’en rends pas compte, mais ce qui est certain, c’est que je me sens presque obligé de rire, sinon, j’ai peur d’être rattrapé par l’esprit de sérieux. C’est plus une sorte d’antidote à une certaine mélancolie. J’ai d’ailleurs l’impression que tout le monde est mélancolique sauf qu’il y en a qui le disent et d’autres qui ne le disent pas.

Tu as écrit un livre dramatique, mais il m’est arrivé de sourire franchement.

Je me suis rendu compte qu’il y avait dans mon livre une dimension un peu acide que j’avais sécrétée sans vraiment m’en rendre compte. Je me suis dit que si je voulais aller assez loin dans une sorte de lyrisme et de discours de romantisme et de complaisance subjective et narcissique, sans être illisible tellement c’est insupportable, il fallait que je rajoute comme un trait de citron, comme dans un plat trop gras, donc de l’humour. Cet ingrédient dans la phrase fait passer un certain chaloupement romantique plus large qui sans cela paraitrait mièvre, voire niais. L’acide est comme un passeport pour que mon discours puisse devenir public.

On ne s’ennuie jamais dans ton livre. Il est rythmé et sans fioriture textuel, ce qui est rare dans un livre qui n’est pas un roman d’aventures.marc molk,la disparition du monde réel,interview,mandor

C’est de l’action intérieure. Je voulais montrer que je pouvais écrire sur 150 pages d’un bloc. Mais au final, comme dans mon premier livre, j’écris toujours par module. Il y a quelque chose qui m’a un peu libéré récemment en lisant le livre de Stephen King Écriture, mémoires d’un métier. Il dit : « En fait, si vous voulez écrire un roman, il ne faut pas que vous ayez en tête, comme brique élémentaire la phrase, mais le paragraphe ». Jusqu’à cette lecture, je pensais le contraire. Moi, j’écris des modules et après je les place.

L’action de ton livre se situe dans un grand mas provençal, un été. Une bande d’amis quarantenaires s’y réunit depuis des années. C’est inspiré de faits et de gens réels.

C’est un mélange. Il n’y a pas d’explication unique. J’ai utilisé certaines personnes comme des marionnettes, j’ai utilisé des souvenirs réels, j’ai changé des prénoms, j’ai rajouté des gens qui n’étaient pas là cet été précis, mais qui auraient dût l’être. Mais enfin, les gens qui sont dans ce roman sont quand même des gens que je connais. Je me suis rendu compte que dès que j’essayais d’imaginer quelque chose, ça sonnait creux pour moi, alors que si je prenais quelqu’un que je connaissais, dans ma tête, je pouvais le mettre dans n’importe quelle situation, je savais comment il allait réagir. Avec des réactions pas du tout téléphonées, mais des réactions originales. J’ai des amis qui ne veulent pas entendre parler du livre, tu sais.

Il faut dire que tu n’épargnes personne.

Personne, mais le narrateur non plus. Et puis ce sont mes amis et ce ne sont pas tout à fait eux.  J’ai une devise : nul n’est à l’abri du prochain manuscrit. Mes amis savent à quoi s’en tenir. Je leur téléphone, je leur demande comment ils veulent que je dissimule leur nom. Les vrais problèmes, je ne les ai pas avec mes amis de plus de 20 ans, mais avec la périphérie, les familles de mes amis qui eux ne savent pas le lien d’amour qu’il y a entre nous. C’est toute la population indirecte qui est très blessée par ce type d’écriture.

marc molk,la disparition du monde réel,interview,mandorMais ce que tu écris n’a quand même rien à voir avec une Christine Angot par exemple.

Je pense que je suis, dans l’autofiction, très prudent et délicat. J’intègre parfaitement l’idée qu’il y a des choses à cacher. Je me sentirais plus proche de quelqu’un comme Camille Laurens qui ne se sent pas le droit de tout dévoiler.

Que s’est-il passé pour que tu décides d’écrire sur cet été-là ?

D’abord, cet été a bien eu lieu, certes, mais j’ai quand même changé beaucoup de choses. Pour moi, en terme de déniaisement, il y a eu un avant et un après cet été. Je me suis senti plus affranchi après. En fait, dans ce que j’ai raconté, j’ai rassemblé des évènements de plusieurs étés. J’ai mis des choses qui étaient des inquiétudes, soit de mes amis, soit de moi. J’ai fait arriver des choses qui ne sont pas arrivées.

Est-ce qu’il faut assumer un texte de ce type ? Y a-t-il eu des conséquences concrètes ?

Le livre, c’est comme un statut Facebook. Les gens l’interprètent et sur la quantité de gens qui le lisent, il y a toutes les réactions. Il y a le fasciste de droite, le fasciste de gauche qui arrive en croyant savoir ce que tu penses, ce que tu as fait et qui te condamne soit au goulag, soit à la chaise électrique. Tu as les amis qui t’interrogent en message privé pour te demander pourquoi tu as écrit ci ou ça. Écrire un texte s’assume dans le sens où on essaie de répondre au coup par coup à chaque interrogation exprimée. Mais j’ai remarqué que plus on répond, plus le malentendu grandit…

Oui, c’est compliqué.

En plus, moi, je suis plus sur la mise en scène des discours. Je ne suis pas certain d’avoir un corpus dans une armoire (j’ouvre mon armoire normande, voilà ce que je pense, je regarde et je referme). Ca change, j’évolue, je réfléchis. Au fond, je ne peux pas dire ce que je pense. Par contre quand je vois un discours qui a une force, une esthétique, je me dis « récupération ». J’attribue ce discours à un personnage pour qui il est le plus est cohérent. Les idées que j’exprime ne sont pas nécessairement mes idées. Ce sont juste des idées stimulantes. C’est une razzia sur l’intensité.

marc molk,la disparition du monde réel,interview,mandorLa structure de ton livre a changé en cours d’écriture.

Au début, mon texte avait la forme d’un quizz Marie Claire. Ca commençait par une question et il y a avait trois choix de réactions à la situation. J’ai abandonné cette forme parce que j’avais l’impression d’écrire « un livre dont vous êtes le héros ». Je voulais rester dans la métaphore du quizz de l’été. Ca ne fonctionnait pas trop, je ne voulais pas rentrer dans quelques choses d’extrêmement complexe.

Tu as travaillé longtemps pour que ton texte trouve sa forme souhaitée ?

J’ai travaillé sur une longue durée. À peu près deux ans, alors que j’avais déjà la masse du texte. En fait, il a été polit longtemps.

Tu analyses un peu la bassesse de la vie quotidienne, les petites lâchetés de chacun. Il y a aussi des considérations sur l’acte sexuel. Il n’y a rien d’anodin dans ce livre.

En fait, j’avais une angoisse quand je mettais des passages... comment dire ?  Non pas sociologiques, mais un peu théoriques. J’avais peur de tomber dans la gravitation de Houellebecq. C’est lui qui a imposé la possibilité d’inclure des intermèdes théoriques dans une fiction. Je ne voulais pas de juxtapositions abruptes, donc ces théories sont intégrées soit à travers des lettres, soit à travers des discours de personnage. Au final, je pense que c’était important pour la consistance du texte.

La disparition du monde réel est une expression prise à Jean Baudrillard.marc molk,la disparition du monde réel,interview,mandor

Il y a cette idée d’un narrateur qui s’est décollée de la sensation de réalité. C’est peut-être de la dépression, je n’en sais rien. Tout lui paraît plus ou moins en toc. Il continue de vivre, mais avec un léger décalage.

Tu aimes mettre un coup de pied dans la fourmilière dans les arts que tu pratiques, la peinture et l’écriture.

Beaucoup des réflexions sur la création que j’ai pu utiliser dans l’écriture me viennent de réflexions sur la peinture. Je me suis rendu compte qu’en fait, les questions sur la création sont transversales. Tout ce qu’on peut avoir dans la tête va conditionner ce que l’on fait.  Au début, à 20 ans, je voulais faire quelque chose de totalement neuf, je voulais révolutionner l’Histoire de la peinture! Lentement, ça a été remplacé dans ma tête par un impératif d’idiosyncrasie. Idiosyncrasie est un mot un peu laid et en même temps intéressant. On reconnait le mot « idiot » et donc, d’une certaine manière, ça rend humble. L’idiosyncrasie, c’est ce qui touche à notre singularité propre. Chacun de nous est unique, j’ai donc souhaité le plus possible être une personne singulière.

marc molk,la disparition du monde réel,interview,mandorPourquoi, toi qui as une certaine notoriété dans le monde de la peinture, t’es-tu lancé dans l’écriture aussi ?

En fait, j’ai fait des études de Lettres. Je savais que je voulais être peintre depuis petit, mais dans ma famille, il fallait nécessairement faire des études supérieures. J’ai fait Khâgne et Hypokhâgne. Je suis allé jusqu’en thèse de philo, mais je n’ai pas soutenu ma thèse. Après, je me suis retrouvé à l’armée, enfin, j’ai trouvé un moyen de me faire réformer en allant à l’hôpital psychiatrique. Bref, tout ce qui était littérature était quand même dans mon ADN. Plus tard, j’ai épousé une jeune fille qui écrit aussi, qui est même romancière, Eloïse Lièvre (mandorisée ici). Une Normalienne très portée sur la littérature. On avait tous les deux beaucoup de discussion sur ce sujet et un été, quand j’ai écrit mon premier roman, Pertes humaines, je l’ai envoyé à des éditeurs, comme une sorte de jeu, et en fait, contre toute attente,  il a été publié. Ensuite, c’est un engrenage.

Tu n’es pas le premier peintre qui écrit aussi, il me semble.

Il y en a même énormément. Parmi les plus connus Picasso, qui a écrit des pièces de théâtre, le Douanier Rousseau aussi, on connait les lettres de Van Gogh, il y a des écrits magnifiques de Matisse, il y a je ne sais pas combien de volumes de Dubuffet, le journal de Delacroix est énorme. Il y aurait quelque chose à faire sur les écrits de peintres. Bref, je ne suis en rien original de ce côté-là.

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18 avril 2013

Emilie Marsh : interview pour La rime orpheline

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(Photo : Tristan Sébenne) 

Émilie Marsh a sorti le 25 mars dernier un album plein d’énergie et de poésie.

La pétillante fille aux cheveux rouges, qui passe sa vie à chanter, va pouvoir être entendue d’un plus large public. « La rime orpheline » est le 1er album en sortie nationale d’Émilie Marsh, financé aussi grâce au soutien de 87 membres du site participatif Ulule le 15 novembre 2012.

J’ai découvert la jeune femme au Pic d’Or de l’année dernière. Elle était accompagnée d’Étienne Champollion, son musicien/arrangeur et j’avais beaucoup apprécié leur prestation.

Une mandorisation s’imposait.

Le 18 mars dernier, Émilie Marsh est venue à l’agence.

emilie marsh,la rime orpheline,interview etienne champollion,mandorBiographie officielle un peu traficotée:

Douceur qui désarme, audace qui désarçonne. Une présence, une voix qui sourit. Qui raconte, questionne. Une chanson symphonique, une pop lumineuse. Émilie Marsh.

À ses côtés, l’homme-orchestre Étienne Champollion (piano, guitare, accordéon, vibraphone, carillons en tous genres et instruments jouets). Un magicien. Arrangeur-architecte.

Émilie Marsh c’est un goût de la rencontre artistique, du mélange des genres où la chanson se confronte à une orchestration classique.

On a déjà pu voir le duo en première partie de bon nombre d’artistes.

Prix de l’Adami et Prix Edito-Musiques lors du tremplin Vive la reprise !, Premier prix jeunes talents de Châtillon (92), Prix de la musique SACEM du Pic d’or de Tarbes, Second Prix lors de la Truffe de Périgueux...

La rime orpheline, son premier album vient de sortir.

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Interview :

Quand je t’ai vu la première fois sur scène, à Tarbes au Pic d’Or de l’année dernière, j’ai tout de suite compris que tu avais été musicienne de formation. 

J’ai d’abord appris le piano et la musique dans une école de musique, puis très vite, ayant trouvé que les cours étaient un peu rébarbatifs, j’ai continué toute seule. J’avais envie de faire de la musique qui me plaisait.

Ce qui est bien, c’est que tu as de solides notions musicales.

Oui, surtout grâce au conservatoire de musique actuelle d’Aix en Provence. Là, tu fais du rock et de la chanson. Il y avait aussi des ateliers d’écriture. Ce n’est pas la même approche qu’en classique où tu as de la théorie et tu l’appliques après. Là, ça part vraiment de ta sensation, ton écoute et tu dois retranscrire ce que tu entends… au niveau outil, c’était chouette.

J’imagine que les ateliers de texte t’ont particulièrement intéressée…

Oui. Avant la musique, j’ai écrit des textes. Depuis que je suis gamine, j’écris plein de trucs. Des histoires, des poèmes, des projets de livre qui n’ont jamais abouti. C’est ensuite qu’en parallèle, j’ai commencé la musique. Un jour, j’ai allié les deux. Mais, je me suis rendu compte que ce que je préférais, c’est d’écrire des chansons.

Clip de "Je n'oserai jamais".

emilie marsh,la rime orpheline,interview etienne champollion,mandorTu travailles avec Étienne Champollion depuis 2006. J’ai du mal à vous dissocier.

On se connait depuis que l’on a 15 piges. Quand on était ado, on avait participé à un concours de poésie nationale, « Poésie en liberté ». Nous étions lauréats tous les deux. Quelques années plus tard, on a décidé de faire de la musique ensemble. Émilie Marsh, c’est un projet qui est à mon nom, mais on toujours bossé ensemble. Ce qui est bien, c’est que tout est très clair entre nous. Il n’y a jamais de problèmes d’ego. J’écris textes et musiques et lui fait les arrangements. J’avais besoin d’écrire des choses en mon nom et les porter moi-même.

On entend parler de plus en plus de toi ces derniers temps, mais tu es sur scène un peu partout et très souvent depuis de 2006…

Oui, avec ce projet-là. Sinon, je faisais partie d’un groupe de pop rock quand j’étais au lycée. Je ne chantais pas encore, je jouais juste de la guitare et j’écrivais les chansons. Quand le groupe s’est séparé, j’ai décidé de chanter moi-même.

Tu n’as jamais fait de scène seule ?

Si, au tout début, mais en effet, pas très longtemps. Pendant un an, j’étais en piano-voix ou guitare-voix. Avec Étienne, on a essayé plein de formations. On a joué à trois, quatre, dix même pour un projet particulier… on est retourné en duo depuis deux ans. On s’est rendu compte que c’était finalement la bonne formule.

Vous avez fait bon nombre de concours, de tremplins musicaux… et parfois même, vous les remportez.

Sur scène, on est beaucoup plus fort et confiant quand on est tous les deux. Comme c’était l’année où on allait sortir l’album, c’était l’année où il fallait qu’on nous voie. S’exposer, se montrer aide à faire connaître le projet.

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(Photo : Tristan Sébenne)

Cet album est une belle carte de visite.

Oui, même si à l’heure actuelle, on existe beaucoup plus par la scène. Une sortie nationale d’un album te permet de te donner une meilleure visibilité.

Tu consacres ta vie à la musique.

Avec Étienne, on est intermittent depuis deux ans, donc on vit de la musique. C’est déjà un énorme palier franchi parce qu’il n’était pas évident.

Plusieurs chansons de ton album m’ont interpellé parce qu’elles ont des thèmes communs. Le doute, le non-passage à l’acte immédiat.

Mes chansons tournent beaucoup autour du manque, de l’absence, de la tension du désir.

emilie marsh,la rime orpheline,interview etienne champollion,mandorIl y a une chanson qui s’appelle « Audace ». Cet album est audacieux. Tu dis les choses clairement, sans passer par différents filtres.

Mes chansons sont directes, mais en même temps, il y a des détours. J’aime le fait d’évoquer, de suggérer…

Il y a une chanson sur la transsexualité, Lady Boy.

Oui, celle-là est assez frontale, en effet. C’est une chanson très pop, que tout le monde peut chanter, toutes générations confondues. Les enfants l’adorent d’ailleurs, même si je sais qu’ils ne captent pas du tout le propos original. Une musique légère et des propos importants…  J’aime travailler ce genre de contraste.

Est-ce que cet album est impudique ?

Quelle drôle de question ! Ce disque dit pas mal de chose, mais je trouve que j’ai suggéré malgré un aspect qui peut paraître un peu frontal. Tu sais, dans cet album, je me déplace. Ce ne sont pas forcément des histoires que j’ai eues ou des gens que j’ai connus, mais ce sont des choses qui m’ont touché à un moment donné.

C’est bien de s’inventer son monde.

Ce sont forcément des choses qui ont résonné en nous en tout cas.

Le clip de "Vanille".

Dans « Vanille », la jeune femme qui chante est jalouse de son amoureuse.

En fait, c’est une personne qui attend que l’autre la regarde. Vanille, c’est l’image de la fille libertine et libre qui mène les autres en bateau. La personne que je chante est à la fois dans une souffrance et dans un désir de la garder. Quand on veut garder quelqu’un, malheureusement, on est prêt à accepter des choses qui ne nous ressemblent pas forcément, des choses qui peuvent blesser.

Ça fait du bien d’expulser des choses personnelles dans ses chansons ?

Je ne peux pas faire autrement, en fait.  Parfois, je suis obligé de dire les choses telles qu’elles sont, même si, je le répète, parfois j’emprunte des chemins de traverse pour les exprimer.

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10 avril 2013

Sarah Zeppilli: interview pour son EP.

Sarah Zeppillli

J’ai reçu récemment, un EP pop élégant contenant des chansons légères (ou un peu moins). Interprétées par une voix douce, sensuelle même. Des histoires qu’on devine parfois personnelles, mais qui tendent vers l’universel. Entre délicatesse et douce nostalgie. Je ne voulais pas que vous passiez à côté, alors j’ai demandé à Sarah Zeppilli de venir à l’agence avant son concert aux Trois Baudets, le 24 avril prochain.

L'interview s'est tenue le 6 mars dernier.

sarah zeppillliBiographie :

Après un parcours  atypique (école de communication, cours de théâtre, petits boulots divers, passage en agence de pub...), Sarah Zeppilli décide de ne se consacrer qu'à l'écriture et à la musique. Le voyage commence en Inde où elle prend ses premiers cours de chant (2002). Puis en rentrant de ce voyage de 3 mois, la chanteuse lyrique Cécile Leray lui fait découvrir son instrument, le souffle, la technique vocale. Ensuite à travers le Brésil en participant aux ateliers de l’exubérante chanteuse Monica Passos. La carrière musicale de Sarah Zeppilli peut commencer.

Quelques années après, on a pu découvrir sa voix à l’occasion de diverses collaborations musicales : bandes originales de films ( Une aventure new-yorkaise d’Olivier Lécot, Le petit marin de Stéphanie Vasseur), nombreuses musiques de pub et collaborations d’album (Diassibo Tchombiano, Orwell). Aujourd’hui, c’est avec un projet personnel ambitieux de chansons intimes qu’elle nous offre les clés de son univers.

sarah zeppillli

Interview :

Tu as eu deux grands-parents musiciens de jazz. Tu as commencé à chanter du jazz. Ça te paraissait naturel d’aller vers ce que tu connaissais ?

Oui, c’était un gout personnel et commencer par ce que l’on connait bien me paraissait logique. Mon côté artistique s’est d’abord exprimé par le théâtre, mais, bon, j’étais une piètre comédienne. C’est en allant voir des concerts que je me suis dit : « mais quel bonheur ce doit être d’être sur scène et de chanter ». Ça m’a paru plus intense que de jouer la comédie. En plus j’adorais chanter… depuis toujours. Je saoulais mon entourage à chanter constamment.

A un moment, il fallait que des professionnels t’aiguillent un peu ?

J’ai toujours fait des choses qui tournaient autour de la conscience du corps parce que chanter c’est beaucoup avoir conscience de son corps, conscience de ce qu’il se passe physiquement. En faisant du théâtre, on faisait beaucoup de relaxation, aujourd’hui, je fais beaucoup de yoga.

Oui, parce que la voix, ce n’est pas que la gorge.

Ce n’est surtout pas la gorge. Tout ça, c’est un masque, il y a des résonateurs.  Enfin, c’est un peu trop abstrait pour que je puisse t’expliquer ici, mais c’est passionnant d’aller à la découverte de ce processus. C’est important d’être guidé par quelqu’un qui a conscience de tout ça.

sarah zeppillli

Ta voix, tu as intérêt à savoir t’en servir. Tu es aussi comédienne voix. Tu fais beaucoup de publicités. (Vous pouvez en écouter certaines là !)

Je fais plein de voix pour la radio, la télé, des répondeurs téléphoniques. J’adore cette activité.

Tu as déjà sorti un EP en 2008, Chansons polaroïds, mais tu ne revendiques pas ce disque comme tel.

C’était juste des maquettes qui ont été masterisées par Discograph pour un concours qui s’appelait « En français dans le texte », que j’ai remporté. Après, j’ai fait des featurings pour d’autres albums. Ça fait un moment que je tourne, mais ce disque est vraiment le premier pour moi.

Tu fais aussi de la musique de film.

Oui, pour le moment pour deux courts-métrage et un long métrage. Un long métrage d’Olivier Lécot, Une aventure New Yorkaise. Un joli film qui est passé sur Arte. On a bossé avec Timothée Régnier, que l’on connait maintenant sous le pseudonyme de Rover. D’ailleurs, sa chanson « Aqualast », la première fois qu’elle est sortie, c’était sur la bande originale de ce film. Sur cet album, je chante deux chansons avec son frère. Lui, accompagne désormais Barbara Carlotti.

Tu travailles seule pour composer ?

Oui parfois. Et parfois, il y a certaines chansons qui sont co-composées. Je connais mes limites, même si j’essaie toujours d’aller au-delà.

Sarah Zeppilli en concert aux Trois Baudets le 24 avril 2013

sarah zeppillliJe trouve que tu as un sens prononcé de la mélodie.

Pour moi, c’est hyper important. Les premières chansons que j’ai composées, je les ai composées en chantant, sans instrument. Souvent, la mélodie vient en premier. Il m’arrive de voir mes musiciens, je chante un truc et ils me posent des accords dessus.

Il y a un orchestre de 30 cordes dans ton disque. C’est énorme.

Oui, j’ai fait un appel à contributions à mes proches et une personne à financé l’orchestre de 30 cordes. Merci à elle !

Tu as un joli univers, musicalement mélancolique.

Je revendique cet aspect mélancolique même si chaque personne à plein de facettes. Je chante avec une certaine douceur et une joie de vivre.

Cet EP, c’est pour dire : voilà ce que je suis capable de faire ?

Oui, même si le résultat final sera l’album qui est presque terminé. Je l’autoproduis donc ça prend du temps. Il manque une chanson et il nous reste tout à mixer. Je me suis entourée de deux musiciens pour le réaliser: David Berland, et Pascal Rodde. J’ai eu la chance de pouvoir bosser avec Philippe Entressangle (Cali, Keren Ann, Olivia Ruiz) à la batterie, Franck Bedèze pour les basses/ contrebasses ou Julien Chirol ( Feist) pour les cuivres avec Nicolas Giraud .

Enregistrement du 1er album de Sarah Zeppilli

Les gens qui l’ont écouté ont l’air d’avoir été charmés par ces chansons.

On ne peut pas plaire à tout le monde, mais c’est vrai que les premières appréciations lues sur Internet sont encourageantes. Nous sommes nombreux à faire ce métier et à le faire bien, alors c’est rassurant de lire des choses positives.

Tu produis cet album seule, il faut le préciser.

Oui. Après tu n’as pas les mêmes moyens pour la promo qu’un label. En même temps, parfois, tu signes sur un label et le disque ne sort pas. Au moins, là, je suis maître à 100%. J’ai un éditeur qui me soutient. Une autre personne qui s’occupe un peu de moi, un peu manager. Sinon, je suis un peu toute seule en effet.

Les musiciens et réalisateurs ont été généreux avec toi.

Oui, je me sens d’ailleurs redevable. Ce disque doit exister. On doit en parler. Ne serait-ce que pour les musiciens qui se sont engagés dessus. David Berland, par exemple, s’est donné jour et nuit durant plusieurs semaines, plusieurs mois même. Ça me met une petite pression supplémentaire et en même temps ça me booste.

Clip non officiel de "J'avais oublié Paris".

sarah zeppillliTu aimes la scène, plus que tout.

Oui, j’ai envie de parcourir la France entière. Ce n’est pas facile, surtout quand tu as un répertoire comme le mien. Assez doux. J’avoue que je ne fais pas danser les gens en concert, par contre, je les fais chanter.

Comment convaincre le public, dans cette masse d’artistes talentueux qui existent, d’aller à la découverte de ton œuvre ?

On est tous différents avec un univers différent à offrir. Plus tu es conscient de ce que tu as à proposer, plus tu es limpide, plus les gens eux-mêmes y voient clair. Il faut les happer, les charmer.

Tes origines italiennes viennent de ton grand-père qui était italien. Tu te sens un peu italienne ?

Oui.

Dans quoi ?

Dans l’appétit. Dans l’appétit de la vie et des pâtes (rires). Plus sérieusement, je me sens italienne dans ma méridionalité, dans mon besoin de soleil, dans mon envie de famille, d’être avec mes amis, dans une envie de tribu.

Tu as besoin d’être entourée tout le temps ?

Non, j’ai besoin d’un équilibre entre ma solitude et être proche des gens que j’aime. J’adore être seule et j’ai besoin des autres aussi.

Tu chantes pour donner du bonheur aux autres ?

Oui. Et j’ai aussi besoin de raconter des histoires qui partent toujours d’une émotion que je ressens. Elles peuvent être liées à des choses extérieures qui me touchent ou à des choses que je vis. Ensuite, l’imaginaire s’en mêle. Après, je me permets de relier les choses qui ne sont pas forcément liées ma propre vie. Ensuite, j’ai envie de partager les émotions et j’ai envie de faire naître d’autres émotions chez les gens. C’est une façon de leur parler.

sarah zeppillli

sarah zeppillli

09 avril 2013

Pascal Szulc : interview pour Petit recueil de pensées juives.

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Pascal Szulc est passionné d'art depuis toujours (et en pratique plusieurs avec brio). Nous nous croisons parfois et j’ai toujours été épaté par sa culture et ses connaissances sur à peu près tout. Lorsqu'il est sur sa lancée, rien ne peut l’arrêter. Je l’apprécie beaucoup. Quand j’ai su qu’il sortait avec Maguy Ly un Petit recueil de pensées juives, je lui ai demandé de venir m’en parler à l’agence le 4 mars dernier.

9782812307096-T.jpgPrésentation de l’éditeur :

Pensées issues des rituels comme des bons mots de la vie quotidienne, des écrits et commentaires talmudiques comme de la littérature et la philosophie, paroles de sagesse, de rires, de larmes, du Moyen-Orient à l’Europe centrale, elles offrent à notre réflexion, non pas un dogme, mais une vision du Judaïsme, témoignage de temps et d’espaces variés. Cinq mille ans de culture nous observent, nous élèvent. Si l’étude, fondement du judaïsme nous invite à nous tenir debout, ce recueil appelle le réveil, celui de l’esprit, si simple et complexe, à la foi.

Biographie de Pascal Szulc (par Yael Hirsch) :
Pascal Szulc forme avec Aaron Zolty un écrivain double. Une dualité qui tire sa source dans la gourmandise infinie de l’auteur. À la fois enseignant de génie et élève attentif, comédien à ses heures et spectateur intransigeant quand la nuit est tombée, parisien jusqu’à la moelle, mais habité par toute l’Europe de l’Est, Pascal Zolty accumule les connaissances pour mieux libérer les sensations de la vie nue. Très philosophe, un peu magicien et intimement musicien, c’est avec les mots qu’il livre ses symphonies postmodernes.

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DSC06788.JPGInterview :

Nous nous connaissons depuis quelques années, mais peux-tu te présenter avant de commencer ? Je m’aperçois que je ne connais pas grand-chose de personnel sur toi.

Je suis un laïque et grand défenseur de la laïcité. Mon père est déporté et fils de déporté. Mon grand-père est petit fils de rabbin, mais je n’ai pas été élevé dans une éducation religieuse. La guerre à meurtri tellement les juifs d’Europe centrale que le souci premier était l’intégration. Moi, il a fallu que je tombe amoureux de ma voisine du 3e, qui était tournée vers le judaïsme, pour aller dans une synagogue. Je ne suis pas né avec dieu dans la tête, mais avec un code-barre sur le bras. Ce que j’ai su dès le début, c’est qu’on avait beaucoup souffert. Tu nais avec la souffrance que tu as eue derrière toi et très rapidement, on te le dit. Tu nais avec le judaïsme, le désir d’intégration et le poids de la Shoah.

Tu es professeur des écoles en instituts médicaux éducatifs.

C’est mon activité à temps plein. J’apprends à lire et à écrire à des enfants polytraumatisés qui sont en fauteuil. C’est un métier très dur. Ça demande des éducateurs, des orthoptistes, des orthophonistes, des rééducateurs, des kinés, des toubibs, des neuropsychiatres, des neurologues, des psychologues… j’ai ces enfants en classe en permanence. Je fais un vrai travail en ergonomie sur les outils qu’ils peuvent utiliser pour apprendre à lire et à écrire.

Tu es aussi auteur et scénariste.

Auteur… nous avons une expérience commune. J’ai signé dans la même maison que toi, mais mon livre n’est jamais sorti. (Les éditions Laura Mare ont mis les clefs sur la porte peu de temps avant la sortie de du live de Pascal Sulzc). Et j’ai été nègre deux, trois fois pour de grands cuisiniers. Exercice très intéressant. Sinon, je suis partie prenante d’une société de production, Fidélio Production. Nous travaillons avec une vraie recherche de moyen de production indépendant. Moi, je me nourris d’art en permanence. J’ai eu la chance d’avoir eu une vie de peintre, de musicien avec de grands projets.

Pourquoi en ce moment est-ce le cinéma ?

Parce que dans le cinéma, il y a toutes les compétences que je peux avoir. En tant que compositeur, je fais pas mal de musiques de film (de courts-métrages), en tant qu’écrivain,  j’écris quelques scénarios, c’est un vrai boulot qui n’a rien à voir avec l’écriture d’un roman.

Je crois savoir que Fidelio Production travaille sur un projet qui a un rapport avec le handicap.

On prépare pour le Festival de Cannes un film documentaire d’une heure trente produit par Alexandra Lederman et Alain Miro. C’est un film sur Percujam, le groupe d’autiste rock reggae. Ça fait 6 mois que l’on tourne avec eux dans leur vie quotidienne et lorsqu’il joue de la musique. On évoque la relation avec les artistes autistes avec un public « normal ». Artistes autistes ou autistes artistes, grand débat et question fondamentale du film.


Percujam le film par Cvfidelio

Parlons de ton livre conçu avec Maguy Ly, Petit recueil de pensées juives.487439_10151501633834824_948490949_n.jpg

Ce livre appartient à une collection de citations et de pensées. Ces livres ont une visée œcuménique et même laïque. Ils sont traités sous un plan culturel, religieux, poétique ou philosophique. Dans celui-ci, il y a une égalité totale entre les humoristes, les philosophes, les rabbins, auteurs, des inconnus, des cuisiniersLe but espéré est de surprendre le lecteur et de lui donner à penser à travers cette diversité. Ce qui est intéressant c’est que c’est la multitude et la variété qui va définir ce qu’est une pensée juive.

C’est quoi, à la base, la pensée juive ?

C’est un commentaire du Talmud. Aujourd’hui, tu as un groupe de pensées juives, parmi lesquels Benny Lévy, Alain Finkielkraut, qui était sous l’égide du philosophe Michaël Lévinas, le penseur de l’altérité.

Et le recueil, finalement, c’est un recueil de pensées qui viennent de juifs ?

Pourquoi pas ? Mais est-ce que ce n’est pas un regard d’autres personnes sur le judaïsme ? Peut-être les deux à la fois.

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Le site Toutelaculture.com précise que « la pensée juive est ici vue comme la parole d’un peuple et non d’une religion. Il est alors délicieux de voir côte à côte Jean- Paul Sartre faire face à Max Jacob quand en dessous, Léon Blum regarde Nahman de Braslaw. » Mais qu’est-ce qui va faire la pensée juive ?

À la fois la dose humoristique et la force poétique de cette dérision. Il y a toujours une expression qui a un rapport avec le voyage et pour moi, il n’y a pas forcément l’aspect religieux.

Comment fait-on dans ces 5000 ans de culture, pour sélectionner les 365 pensées qui figurent dans ce recueil ? Non, parce que ça va de Gainsbourg, Romain Gary, et passant par Lévinas et Carole Zalberg.

Avant de commencer, je suis allé voir sur Internet pour voir ce qu’il se disait. Ce n’est pas le premier petit recueil du genre. Il ne fallait pas faire la même chose. Je me suis positionné en tant que personne ne connaissant pas le judaïsme. Ce qui fait le propre du judaïsme, c’est la pensée, la lecture, l’écriture, le commentaire, l’humour, le regard, le recul, la hauteur de vue… Il y a une transmission et j’ai souhaité mettre en avant l’étendue de la beauté de cette richesse incroyable. J’ai voulu aussi démontrer que c’était un dialogue tant avec dieu qu’avec les hommes. Finalement, on constate deux choses en lisant ce recueil : le judaïsme, c’est une multitude et il y a une évolution dans la pensée juive.

JUIF? Une série filmée et montée par ESTI

L’importance de la maison m’a frappé…
La maison, c’est le premier lieu de culte, par des rituels et des traditions.

Il y a une pensée par jour.

J’aime bien l’idée qu’une pensée par jour te fait du bien. J’ai cherché à évoquer la joie, le malheur, les bonnes résolutions, le commandement…

Ce que j’aime dans ce livre, c’est que la joie domine le tout.

La thématique du livre n’était pas de s’apitoyer sur notre sort et de dire « on a été maltraité ». Non, nous avons privilégié l’aspect positif de notre culture.

Tu écris un roman en ce moment, je crois.

Oui, dans l’esprit de Millénium. Je suis fasciné par la mort et je vais écrire une histoire assez étrange.

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