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05 mai 2012

Sigolène Vinson : interview pour "J'ai déserté le pays de l'enfance"

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Il m’arrive d’avoir du retard à l’allumage.

De passer à côté d’un livre.

Et puis, un jour, les hasards, les coïncidences, tout ce à quoi je ne crois pas, (mais appelez cela comme vous voulez), nous mettent sur le chemin d’un auteur, puis d’un livre.

J’ai donc lu le livre de Sigolène Vinson, J’ai déserté le pays de l’enfance (sorti le 18 août 2011).  Moi qui n’y suis pas parvenu (déserter le pays de l’enfance), je ne me suis pourtant pas senti éloigné du ressenti de l’auteure sur la vie et son sens.

Après lecture, le 25 avril dernier, je suis allé chez elle pour en parler. Au programme (que je ne raconte pas forcément dans cette chronique) : café, pains au chocolat, livres, musique, conversation mandorienne, une voisine bruyante... et le temps qui casse, mais que je ne vois pas passer.

sigolene vinson,j'ai deserté le pays de l'enfance,interview,mandor4e de couverture :

Je rêve d’autre chose…
La vie d’adulte, en nous mettant un métier et un salaire entre les mains, brade nos souvenirs, remise nos idéaux, raille nos folies de jeunesse. Un jour pourtant, l’enfance se rappelle à nous, cette époque où l’on était quelqu’un, où l’on était sûr de le devenir.
Avocate à Paris, S. V. supporte de plus en plus mal les compromis, les trajets en métro, les ciels gris et sa robe noire.
Loin, à la Corne de l’Afrique, il y a Djibouti, qu’elle a déserté à la fin de l’enfance. Le pays des braves, des pêcheurs, des bergers, de la mer et du vent. Une terre d’aventuriers où séjournèrent Arthur Rimbaud, Henry de Monfreid, où l’on raconte qu’accosta Corto Maltese. Un ailleurs où elle doit revenir pour ne pas mourir bête, pour ne pas mourir singe, le pays du premier homme, des origines et des possibles.

Biographie :

Sigolène Vinson est comédienne, avocate et écrivain. Elle a été formée au Cours Florent et au Cours Viriot. Elle a joué dans des clips vidéo ou des courts métrages comme Anagramme de Vincent Mottez. Au cinéma, elle joue entre autres dans Fauteuils d'orchestre de Danièle Thomson. Au théâtre, elle a joué dans La mandragore de Machiavel, Le précepteur de Brecht et Noces de Sang de Lorca.

Elle était avocate pendant sept ans, inscrite au barreau de Paris.

Sigolène Vinson a déjà écrit deux romans au Masque avec Philippe Kleinmann : Bistouri Blues, Prix du Roman d'Aventures (2007), et Double Hélice.

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Interview :

Le chemin fut épique pour parvenir à sortir cette auto fiction…

Ce qui est étrange, c’est que j’avais soumis d’autres textes aux maisons d’édition et notamment un auquel je croyais très fort, l’histoire d’une tentative d’implantation russe à la corne de l’Afrique et 1889, Le fort de Sagallo. Chez Grasset, Emmanuel Carcassonne l’avait beaucoup aimé. Il l’avait retravaillé avec moi, finalement, il n’est pas passé au comité de lecture. J’ai eu 2 voix "pour" moi et 3 "contre".

Ensuite, tu as envoyé ce même texte aux éditions Gallimard.

Philippe Demanet, secrétaire littéraire du service des manuscrits, m’appelle pour me dire qu’il le trouve beau. Après plusieurs coups de fil, il m’annonce lui aussi que ça ne passe pas parce qu’il est trop « poétique ». Cela étant, effectivement, moi-même, je ne suis pas sûre d’être capable de lire 400 pages de poésie.

Tu fais quoi, du coup, après ces deux « oui, mais non finalement » ?

Je laisse tomber ce texte en pensant que c’est ce que j’ai pourtant écrit de plus beau. Ensuite, je me mets à en écrire un autre complètement romanesque, Le pingouin. 70 pages format A4 sur une épave dans la vasière à Djibouti. Je l’envoie à Denis Bouchain à qui j’avais déjà fait parvenir un premier texte, 4 ans auparavant… celui qui deviendra,  J’ai déserté le pays de l’enfance. Il me dit qu’il y a quelque chose à faire avec Le pingouin, mais que, pour le moment, il n’est pas assez dense. Puisqu’il veut de la densité, je lui envoie Le fort de Sagallo. Il souhaite me rencontrer et me demande si je n’ai pas un autre texte à lui soumettre. J’ai retravaillé nuit et jour J’ai déserté le pays de l’enfance, qui ne s’appelait pas ainsi à l’époque, et il finit par me dire que mon premier roman sera celui-là.

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Revenons donc à ce livre qui met en scène une avocate qui est déçue par le chemin que prend sa vie professionnelle, à contre-courant de ses propres valeurs. Un jour, elle va plaider contre un homme qui n’a aucune arme pour se défendre et dont elle sait qu’elle va l’écraser. Au lieu de cela, elle s’évanouit, puis va passer 4 jours en Hôpital Psychiatrique. Tout s’est passé réellement comme tu le décris ?

Non, j’ai travesti un peu la réalité. Je ne suis pas restée 4 jours, mais 6 jours en HP. Mais le reste s’est déroulé pratiquement comme je le raconte.

Avec le recul, aller en HP, ça t’a aidé ?

Je pense que je ne serais plus là pour te répondre si je n’y étais pas allée. Ce que je ne raconte pas, c’est que, bien avant cela, je me suis retrouvée plusieurs fois aux urgences, mais jamais aucun médecin n’a pensé que cela nécessitait un séjour en psychiatrie. Visiblement, cette fois-ci, la personne que j’ai vue à posé le bon diagnostic. Au moment où j’arrive à l’hôpital Ambroise Paré, à côté de moi, il y a une jeune femme qui a fait une tentative de suicide concrète, pourtant, elle, on l’a renvoyé chez elle. En me voyant, le médecin avait compris qu’il y avait danger. Je lui tire mon chapeau.

Tu évoques dans ce livre ton enfance passée à Djibouti, ta déception d’être rentrée à Paris et la difficulté de t’extirper de ton enfance.  Même si tout cela est lié, ton métier tel que tu l’as pratiqué ne t’a aidé en rien à régler ce que tu avais dans la tête…

Ce métier d’avocat, qui est normalement un métier de passion et d’idéaux, je me suis vite rendu-compte que je ne l’exerçais pas de la façon dont je l’avais rêvé. Mais ce livre est complètement une construction intellectuelle. J’ai essayé de comprendre, sans faire d’analyse, pourquoi j’en étais arrivée là et j’en ai fait un objet littéraire.

sigolene vinson,j'ai deserté le pays de l'enfance,interview,mandorTu reviens en France au milieu des années 80, dans une période particulière.

C’est effectivement une période assez forte de solidarité, de manifestations étudiantes, etc. Je trouvais que les gens étaient nourris d’idéaux, de générosité et de partage. Je m’étais dit que j’allais remplacer les paysages de Djibouti par ces combats-là.

Tu as été élevée dans le militantisme.

Disons, qu’il n’y avait pas une discussion à table qui n’était pas politique. Ca marque terriblement  Je me suis aperçue que ma vie d’adulte ne correspondait pas du tout à mes idéaux. Et même, au jour le jour, je trahissais tout ça.

Ton enfance particulière dans un pays étranger est le fruit de ce livre, la base de tout.

Djibouti n’est pas un pays anodin, c’est le pays d’Arthur Rimbaud où le poète a cessé d’être poète. Pourquoi a-t-il cessé d’être un poète ? Qu’est-ce qu’il a trouvé là-bas qu’il ne trouvait pas ailleurs dans la poésie ? Pour moi, Djibouti, c’est le triangle des Afars, là où on a trouvé le premier homme, donc j’ai associé mon enfance à la naissance des hommes et à leur fin aussi. J’essaie de faire ce parallèle entre l’Existence (la naissance des Hommes), leur fin et ma naissance et ma fin à moi. J’ai en fait un livre, mais je le ressens vraiment dans mon corps.

Dans ton livre, quand tu parles de ta vie à Paris, c’est frontal, dès que tu abordes Djibouti, ta langue devient poétique…

C’était pour faire la différenciation entre Djibouti et le gris de la vie parisienne. La partie en HP est assez contemporaine, une écriture assez proche de l’oralité, que je n’ai pas moi même. Tu sais, au fond, l’écriture frontale, je ne l’aime pas. Moi, en vrai, je suis beaucoup plus tendre que la narratrice. Je trouve même que dans certains passages, la narratrice est très méprisante et crue.

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La jeune femme partage sa vie entre la littérature et la musique...

Ce livre te sert-il à tourner la page ?

C’est la publication en elle-même qui a été importante. Ça faisait tellement longtemps que j’écrivais que j’avais besoin de trouver quelqu’un comme Denis Bouchain. Une personne qui me fasse confiance et qui m'encourage.

Aujourd’hui, rien n’est réglé pour toi ?

Je vois bien que je ne vis pas comme les autres femmes de mon âge. Parfois, mes amis me paraissent beaucoup plus heureux que moi et parfois, beaucoup plus malheureux. Je ne sais pas où est la bonne manière de vivre, ce qui est sûr, c’est que je suis un peu en dehors. Aujourd’hui, je n’ai plus de métier. Je suis réceptionniste dans un hôtel 24 heures par semaine les week-ends, je vis dans le studio que j’avais quand j’étais étudiante, je n’ai pas de compagnon, pas d’enfant, pas de voiture.

Tout ça est remplacé par l’écriture.

C’est le choix que j’ai fait et j’en suis très contente. Il est difficile à prendre et à comprendre, mais aujourd’hui, je l’assume.

Est-ce que l’on peut parler d’une forme de liberté ?

Je me sens libre, en tout cas. Quand je marche seule dans les rues de Paris ou dans les déserts  djiboutiens, je me sens libre comme personne. Bon, je n’ai pas d’écran plat, ni d’iPhone, mais je suis super libre.

Tu écris un nouveau roman en ce moment ?

Je suis sur un projet romanesque qui s’appelle Le collier de perles. Si à la base, c’est une stratégie géopolitique chinoise, je raconte l’histoire d’un Français qui travaille pour la chine et qui se déplace en cargo marchand. Il négocie pour la chine des contrats avec les pays qui jalonnent la voie maritime des matières premières dont la chine à besoin. C’est un objet littéraire très étrange. Un thriller économico-politique, mais avec de la poésie dedans.

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Bonus :

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Un film de Raphaël Pellegrino relate les débuts dans la littérature de Sigolène Vinson (et de Margaux Guyon).

Sigolène Vinson.
Margaux Guyon.
Deux premiers romans.
Deux autofictions.
Pour l'une, une enfance à Djibouti, mythifiée; pour l'autre, une adolescence à Cavaillon, honnie.
Un même éditeur, Plon.
Le 18 août, ils étaient 700, comme elles, à intégrer les rayons des libraires.
C'était la rentrée littéraire.
Ceci est le film de leur aventure.


Sigolène et Margaux - Une rentrée littéraire, un... par SIGOLENEETMARGAUX

02 mai 2012

Erwan Larher : interview pour Autogenèse

erwan larher,autogenèse,interview,mandorLa première fois que j’ai mandorisé Erwan Larher, c’était il y a deux ans, pour son premier roman, Qu’avez-vous fait de moi.  Il suffit de relire cette chronique pour comprendre à quel point j’avais été impressionné par son écriture et son propos. Des termes dithyrambiques en veux-tu en voilà… bref, Larher était pour moi un choc littéraire.

Quand on a un coup de cœur comme celui-ci, évidemment, on a peur d’être déçu par le second roman. Et si le souffle, la rage de dire, de convaincre, de donner des coups de pieds dans les nombreuses fourmilières sociétales n’y étaient plus ? Si cet auteur avait décidé de se reposer sur ses lauriers en ne faisant que poursuivre le chemin balisé du premier ? S’il ne nous surprenait plus ?

Avec Autogenèse, le type, en fait, il récidive. Époustoufle. Dérange. Déclenche l'hilarité autant que l'angoise.

L’Humanité à découvert, l’Humanité redécouverte.

Sans humanité.

Une écriture enlevée, magnifique et percutante. Et qui questionne. En permanence. On ressort de cette lecture jubilatoire parfaitement crevé… mais heureux.

(Voire un peu plus intelligent).

(Voire un peu plus humain).

erwan larher,autogenèse,interview,mandor4e de couverture :

Il se réveille, nu, dans une maison isolée.
Il ne se souvient plus de rien. Il se lance dans le monde, à la recherche de son passé et de son identité. C'est un destin qu'il trouvera, agrémenté d'une mystérieuse ange gardien à la gâchette facile, d'un journaliste schizophrène, d'un bienfaiteur sans scrupule. Dans son turbulent sillage, les trajectoires se déjettent, pas toujours en douceur. D'exclu amnésique, jouet du hasard, nom de code Icare, il devient maître du jeu.
Mais certains n'ont pas l'intention de le laisser faire... Roman picaresque et politique, Autogenèse interroge sur la folie et la grandeur des hommes, entrelaçant parcours singuliers et Histoire en marche. Peut-on (se) construire en misant sur le bon sens contre les passions, les émotions ? Peut-on (se) bâtir sans mémoire ? Et qui est ce diable d'Icare ?

L’auteur :
Auteur de pièces de théâtre, chansons et scénarios, Erwan Larher a publié son premier roman, Qu’avez-vous fait de moi ? en 2010.

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erwan larher,autogenèse,interview,mandorInterview (réalisée le 24 avril  dernier dans les locaux de "l'agence".):

C’est un livre qui a mis du temps à aboutir.

C’est une idée que j’ai eue il y a quelques années. J’ai commencé à l’écrire en 2005 et puis j’ai été absorbé par d’autres projets. J’ai laissé de côté et me disant que j’y reviendrais.

L’entreprise était gigantesque dans ce projet. Il fallait donc que tu sois bien concentré.

Oui, mais au départ, je ne m’en rendais pas autant compte que cela. Ma base de départ était : que se passerait-il si Candide était jeté dans notre monde d’aujourd’hui? Un type qui n’a pas d’a priori, pas de présupposé et ensuite, du coup, pas de passé. Il se demande pourquoi constamment. Pourquoi on fait telle chose, ou telle autre. Jusqu’au moment où on ne peut plus se demander pourquoi. La matriochka théorie, quoi !

Ton roman est foisonnant, il part dans de nombreuses directions, mais d’une manière telle que l’on retombe toujours sur ses pieds…

Quand j’ai repris le bébé, après Qu’avez-vous fait de moi, je me suis quand même dit que j’étais bien prétentieux, en tout cas bien ambitieux, de m’attaquer à un projet de cette nature, même si je n’aime pas l’expression, à un roman « monde ». Quand on crée un monde, il faut créer les super structures, mais aussi, les infrastructures. Le macro et le micro. Comment vivent les gens au quotidien et comment tout ça est régi ? Il faut que ça reste cohérent, il ne faut pas que ça prenne trop de place parce que sinon on a des descriptions super chiantissimes sur la manière dont le pouvoir politique se transmet, dont les institutions fonctionnent. Parfois, j’ai un peu baissé les bras devant l’ampleur de la tâche et je me suis souvent dit que j’allais mettre 20 ans à finir ce livre.

Ce monde que tu as créé ressemble au nôtre. C’est même la France, mais avec quelques variations. C’est le Canada Dry de notre monde. L’équilibre entre « c’est différent » et « c’est pareil » doit être compliqué à trouver, non ?

Oui, et ça n’a pas été de tout repos. Il y a plein d’autres éléments de ce monde que j’ai imaginé, puis que j’ai viré. Je voulais éviter la branlette d’écrivain. J’avais écrit beaucoup de détails, comme savoir si les voitures roulent ou si les voitures volent… ça n’a aucun intérêt dans mon roman. Mon gros travail a été de virer l’anecdotique pour ne garder uniquement ce qui était essentiel à la compréhension de l’évolution de l’humanité telle que je la voyais.

Dans ton roman, le contexte économique n’est pas tout à fait le même qu’aujourd’hui. Il a fallu que tu inventes aussi une situation géopolitique chamboulée. Tu as fait fusionner l’Espagne et le Portugal par exemple, la Suisse et la Belgique aussi d’ailleurs.

Encore une fois, tout ça, c’est le cadre. Pour moi, le plus important c’était de dire : si on n’y fait pas attention, voilà où ça peut nous mener. Pour s’en sortir, on s’unit. Je pose finalement deux questions : quid de l’humanité et dans quel sens va-t-on collectivement ? Il n’y a pas de collectif sans individuel et vice versa, donc nous sommes tous responsables de ce qu’il se passe aujourd’hui et de l’évolution que prend le monde.

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Tu évoques le système de la sécurité sociale qui évolue de manière fort peu conventionnelle, voire tragique. Par exemple, tu expliques qu’on obtient les indemnités de sécu contre des travaux d’intérêt général.

Si on regarde bien, c’est la pente sur laquelle on est. Il y a de plus en plus de déremboursement. On nous dit de nous couvrir de plus en plus, donc de prendre des mutuelles. Nous allons donc avoir un système privé de l’assurance maladie, comme ce qu’il se fait aux États-Unis et dans tous les pays libéraux. Un jour on va te dire : « ok ! Je te rembourse tes médocs, mais tu vas tailler les haies dans les jardins publics… ». Je te rappelle que pour le RSA, on est en train de dire : « on vous donne un peu d’argent pour que vous ne creviez pas la gueule ouverte, mais en échange il va falloir balayer le bord des routes »… ce qui, soit dit en passant, est du travail dissimulé. C’est moyen légal. Dans mon livre, comme on plonge dans un futur proche, ça peut paraître un peu brutal.

Ikéa (qui s’appelle aussi parfois  Icare, Harvey ou Arsène) est ton héros principal. Il ne comprend rien à ce qui lui arrive, mais il n’est jamais étonné pour autant.

Il est placide. En fait, je ne vais pas raconter pourquoi il est comme ça, ce serait raconter la fin du livre. Juste, il n’est pas dans l’émotion, du tout, du tout. Il est dans la contemplation et le bon sens. Comme il ne se rappelle de rien, il n’a aucun à priori et il est vierge de tout. Son disque dur se grave au fur et à mesure, donc il absorbe et il essaie de comprendre. Au bout d’un moment, il comprend en tout cas qu’il faudrait peut-être qu’il interagisse avec ce monde. C’est ce qu’il va faire, même un peu malgré lui.

Tu n’as pas eu peur que le lecteur s’égare avec le nombre impressionnant qu’il y a de personnages ?

Ça, je m’en fous. Si on commence à écrire les choses pour les lecteurs, on ne s’en sort plus. S’il faut prendre le plus petit commun dénominateur… les gens n’aiment pas quand c’est trop long, quand il y a trop de personnages, quand il y a des mots trop compliqués, il ne faut pas qu’il y ait trop de morts, trop de sexe, mais un peu quand même… Quand tu mets tout ça dans un pot pour avoir plaire potentiellement aux plus de lecteurs possible, tu ne fais finalement plus rien… ou alors, tu fais un téléfilm de Josée Dayan. Tu t’ennuies.

Mon portable sonne. Il me dit : Vas-y répond, j’ai vu que c’était Mylène Farmer ! Je réponds que non, ça peut attendre, c’est Jean-Jacques Goldman.

As-tu l’impression que ton roman à été compris par tout le monde ?

Oui, je trouve. C’est super ce qu’il se passe avec ce livre. J’ai des retours magnifiques. C’est très émouvant. Je sens un truc particulier entre les personnes qui ont lu Autogenèse. C’est comme s’ils partageaient un truc, un secret ou une bonne adresse, je ne sais pas comment dire. Il y a une connivence. C’est prétentieux de dire ça, je le sais bien, mais c’est comme ça que je le ressens.

Tu sais que ton livre ne trouvera pas un public large.

L’important, c’est que je suis très fier de ce livre.

Moi, je suis sûr que ton succès sera sur la durée.

Je suis content de te l’entendre dire. C’est pour cela que j’écris.

Autogenèse est aussi un roman d’aventures. Il n’y a aucun temps mort…

J’aime lire des livres et j’aime que l’auteur parvienne à me transporter, à me donner envie de tourner la page. Donc j’écris des livres que j’aimerais bien lire. Sans rentrer dans des considérations philosophiques, je crois que l’on est ce que l’on fait dans la vie. Ce sont nos actes et nos engagements qui nous définissent. Le discours, c’est juste de l’enrobage. L’action, c’est important dans la vie, c’est important aussi dans un livre.

Une de tes façons d’agir, c’est d’écrire et dénoncer ?

Oui, c’est mon engagement citoyen.

Tu as voté et milité pour Jean-Luc Mélenchon au premier tour... on peut en parler ?

Oui, mais ça, c’est un engagement personnel. Ça n’a rien à voir avec mes écrits. Un livre, ce doit être intemporel. J’estime qu’on doit pouvoir lire Autogenèse dans 50 ans et toujours comprendre l’histoire et les mécanismes sans que cela soit daté. Je sépare bien mes engagements citoyens et ce que j’écris. C’est important à comprendre : ce que j’écris n’est pas militant.

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Lors de l'interview...

J’ai le sentiment du contraire, Erwan.

L’auteur ne prend pas position dans mon livre.

Oui, mais à partir du moment où tu dénonces les excès de la société, sa barbarie, sa mesquinerie… c’est déjà militer, non ?

Oui, peut-être que l’acte de l’écrire est militant, si on part du principe qu’être écrivain, c’est déjà un engagement.

Pourquoi être écrivain est-il un engagement ?

Parce que l’on travaille 6 à 10 heures par jour pendant des mois. C’est un engagement dans la société pour changer la société, changer les choses et donner à réfléchir, à voir le monde autrement... et ce, presque bénévolement.  Dans Autogenèse, il y a mes convictions et toutes mes tripes.

Tu m’as dit en off tout à l’heure que tu n’avais plus le temps de prendre ton temps. Tu es donc déjà sur un prochain roman.

Oui, il devrait sortir à la rentrée littéraire prochaine. Il s’appelle Cherchez le garçon… ça va te plaire.

Référence à Taxi Girl ?

Évidemment. Ce roman se situe fin des années 70, début des années 80. Quant à la suite d’Autogenèse, je compte le sortir en septembre 2013.

Depuis la dernière fois que je t’ai mandorisé, tu es devenu un homme de télévision… tu présentes à TV Tours, une fois par mois, des livres que tu aimes bien et que tu as envie de défendre.

Oui, mais attention, je ne suis pas critique littéraire, juste, je me permets de dire ce que je pense sur certaines de mes lectures, à un niveau émotionnel… et pas intellectuel. J’ai trop de respect pour les vrais critiques littéraires, des gens capables de croiser des textes à plusieurs époques, d’inscrire tel ou tel écrit dans une histoire littéraire spécifique, pour prétendre au titre de « critique ».

Mais tu peux prétendre sans problème au titre d’écrivain futurement culte. Je ne cesse de le répéter et le temps me donnera raison.

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J'ai toujours rêvé que ma fille rencontre un auteur culte. C'est fait.

30 avril 2012

Bilan du Salon du livre de Provins 2012 !

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Les 10 et 11 mars dernier, j’ai animé le Salon du Livre de Provins. C’était la troisième fois consécutive. Ici la première (avec l'invitée d'honneur Simone Veil) et là, la deuxième (avec l'invité d"honneur Michel Drucker).

Une centaine d'auteurs interviewée en deux jours...

Le contact avec des auteurs rencontrés sur l’instant et dont il faut tenter de retirer des informations essentielles, quasiment à la chaîne, rentrer dans des univers différents en faisant semblant de connaître l’œuvre des personnes interrogées, en les mettant en avant, en tentant de comprendre leur fonctionnement, c’est un loisir auquel je m’adonne avec un plaisir fou. Même si, je le sais parfaitement superficiel  (je n’abhorre rien de plus que d’interroger un écrivain sans avoir lu son livre). Mais ce que j’apprécie, dans ce cas de figure, c’est la performance. L’exercice de style. Le combat. Ce n’est pas désagréable, juste exténuant à l'issue du deuxième jour.

Je remercie ici Jean-Pierre Mangin qui a shooté à tout va pendant ce week-end et m’a suivi dans quasiment toutes mes pérégrinations « interviewgatives ». Le photographe m’a fait parvenir une clé USB avec 300 photos. J’ai eu du mal à en sélectionner.

En tout, en voici 77…ça tombe bien nous étions en Seine-et-Marne.

Portfolio du 1er jour : samedi 10 mars 2012.

Pierre Bellemare.

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Christian Jacob (maire de Provins) et Pierre Bellemare.

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Jean-Patrick Sottiez (maire de Soisy-Bouy) et Christian Jacob (maire de Provins).

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Jean-Louis Debré.

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André Bercoff et Jean-Louis Debré.

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André Bercoff.

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La foule...

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Shaké Mouradian.

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Chris Costantini.

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Sandra Martineau et Gaëlle Perrin.

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Luc-Michel Fouassier.

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Christian Rauth.

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Caroline Hesnard.

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Sylvick et Fanny Etienne Artur.

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Marie-Odile Monchicourt.

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Stéphane Victor.

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Charlotte Bousquet et Samantha Bailly.

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Samantha Bailly.

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Michel de Decker.

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Christophe Malavoy.

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Serge Bloch.

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Jacques Saussey.

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Jean-Patrick Sottiez (de l'association Encre Vives qui organise le salon) fait le bilan de la première journée...

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Puis les auteurs ont été conviés à une petite (mais délicieuse collation)...

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Portfolio du 2e jour : dimanche 11 mars 2012.

Albert Jacquard.

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Dominique Dimey et Albert Jacquard.

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Dominique Dimey.

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Mathieu Simonet et Marie Sizun.

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Magdalena Guirao.

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Douglas Brosset.

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Carole Martinez.

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Philippe Grimbert.

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Sophie Loubière.

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Fabien Hérisson (qui a organisé l'espace consacré au polar).

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Frédéric Mars.

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Laurent Luna.

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Sophie Adriansen, Valérie Bettencourt, Laurent Luna.

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Gérard Porte.

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Jean-Paul Ollivier.

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Philippe Nessmann.

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Frédéric Clément.

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Shaké Mouradian.

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Lyliane Mosca.

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Léo Lamarche.

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Roumette.

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Nathalie Brisac.

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Anne-Marie Desplats-Duc.

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Philippe Gourdin.

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Ariane Charton.

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Valérie Bettencourt.

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Philippe Di Folco.

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Kara Cros.

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Une des bibliothécaires de Provins.

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Marion Laurent.

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Jean-Patrick Sottiez (de l'association Encre Vives qui organise le salon) fait le bilan de la deuxième journée...

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27 avril 2012

Askehoug : interview pour "Je te tuerai un jeudi"

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L’histoire est simple, l’attachée de presse (et néanmoins amie) d’un chanteur m’envoie le disque de son protégé. Je ne le reçois pas. Puis, elle me le renvoie. Je n’ai pas le temps de l’écouter. Elle insiste par mail, me demandant ce que j’en pense. Plusieurs fois, mais diplomatiquement, comme sait si bien le faire Patricia Espana. Comme je fais confiance au goût de cette attachée de presse-là, j’obtempère. J’écoute Askehoug. Puis, je réécoute. Puis j’appelle Patricia lui « intimant l’ordre » de faire en sorte que je puisse mandoriser l’artiste au plus vite. Ainsi fut fait.

Et de manière agréable.

Le 18 avril dernier, Askehoug est venu me rejoindre à l’agence et nous sommes allés dans un bar à proximité. Très sympathique artiste. Un mélange étonnant de timidité, d’humour et de franchise.

askehoug,je te tuerai un jeudi,interview,mandorBiographie officielle 2012 (mais un peu raccourcie):

Des textes racés, à mi-chemin entre l’écriture ludique de Prévert et la noirceur assumée de Bukowsky, Askehoug raconte de façon délibérément provocante les pérégrinations d’individus trop romantiques pour ne pas être balayés par leur propre existence, dont la mégalomanie souffre d’une maladresse congénitale. Une sorte d’autoportrait déformant en somme…
Un ou deux traits de guitare électrique, trituration samplée et le décor est planté. Le groupe (car ils sont trois) réconcilie subtilement rythmique hip hop et orchestration, hargne urbaine et style pompier, trivialité et bonnes manières, à l’image du titre de son premier album autoproduit Smart & Piggy.
Si l’on devait parler d’influence, Askehoug se trouve presque exactement à mi-chemin entre Arthur H et les Wampas, Serge Lama et les Beasty boys !

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DSC03673.JPGInterview:

C’est ton deuxième album… ton premier, en 2009, Smart & Piggy, je ne l’ai même pas vu passer.

Il était autoproduit, beaucoup d’idées, un peu foutraques, avec un son improbable enregistré quasiment entièrement à la maison, pas vraiment mixé… peu de moyen pour le faire, peu de moyen pour le défendre. Je n’avais pas fait appel à une attachée de presse et je me rends compte qu’un artiste a besoin de cette interface-là pour rencontrer les journalistes. Ce n’est pas un luxe, la preuve. Avec ce premier album, en tout cas, la gageure était principalement de savoir si je savais faire réellement un album de bout en bout.

Tu étais déjà musicien avant d’enregistrer ton premier disque.askehoug,je te tuerai un jeudi,interview,mandor

Oui, mais je me réfugiais derrière les autres. J’ai mis beaucoup de temps avant d’admettre que j’avais des trucs à dire et que je voulais chanter. Tu as entendu la voix que j’ai ? Jamais je n’aurais pu m’imaginer devenir chanteur. Je pensais qu’il fallait avoir une voix plus haut perchée, plus fluide. À un moment, je me suis lancé quand même.

Au départ, d’après ce que tu me racontes, même pour le premier album d’Askehoug, tu étais avec un groupe officiel ?

À l’origine, je jouais dans un groupe de rock qui avait deux chanteurs. L’un des deux est décédé d’une crise cardiaque à 35 ans. À sa mort, il ne restait plus que moi à chanter et avec les autres membres on a décidé de poursuivre quand même sous un autre nom. Moi, je voulais juste composer des titres et à la rigueur, diriger le groupe. Pour tenir le rôle de chanteur principal, je n’avais pas un orgueil assez assumé à l’époque. Le groupe s’est arrêté parce qu’il était à deux vitesses. Certains voulaient en faire leur métier et d’autres, faire ça en dilettante. Mon guitariste, Pierre-Antoine Combard (guitariste de Mademoiselle K) et moi, on a décidé de continuer ce métier professionnellement. Il fallait que l’on vive de la musique.

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Aujourd’hui, tu joues avec deux autres musiciens.

Je me suis offert les services d’un super contrebassiste, James Sindatry, et d’un batteur extraordinaire, Nicolas Krassilchik. Avec le groupe de rock, j’avais un problème pour placer ma voix par rapport aux guitares. Il fallait chanter très haut et souvent, c’était très moche. Je me suis donc dit qu’on allait faire une musique plus douce, plus calme. J’ai plus de facilité à mettre ma voix grave dans cette musique-là.

Avec ce deuxième album, quels sont les changements notables ?

L’écriture est plus condensée et homogène. Je n’ai pas mixé moi-même. J’ai filé le bébé à un très bon ingénieur du son, Bertrand Lantz. Il avait beaucoup de recul et c’était ce dont j’avais le plus besoin. Quand tu es auteur compositeur, tu n’es pas trop objectif.

Ce que j’aime dans tes textes, c’est l’insolence, l’ironie, l’humour et la poésie qui s’en dégagent.

L’aspect poétique, je le recherche. J’aime les belles choses, les belles phrases. Par contre, l’aspect ironique dont on me parle souvent me dépasse un peu.

Ah ! Tu ne te trouves pas un peu sarcastique, même ?

On me parle même de cynisme, ce qui me gêne un peu. Je me trouve simplement critique.

Tu es un homme de l’ombre qui passe à la lumière finalement.

J’ai pas mal joué pour des chanteurs installés, en effet. Dernièrement, j’ai joué lors de la dernière tournée de Louis Chédid, par exemple. C’est une espèce de parrain, il écoute ce que je fais, me donne son avis, me pousse à sortir des choses… c’est un super modèle. Je suis impressionné par cette carrière de 35 ans. Je ne dirais pas qu’il n’a plus rien à prouver, mais son image est faite. De mon côté, j’ai tout un travail à faire pour me faire connaître, pour accéder à un certain confort de création. Un disque comme le mien n’a pas beaucoup de place dans les têtes de gondole. Je ne suis pas très « mainstream », il faut bien le dire.

askehoug,je te tuerai un jeudi,interview,mandorTu as joué aussi pour Grégoire

J’étais bassiste sur sa tournée. Au début, personne ne le connaissait et un jour, on se retrouve à jouer au Stade de France. Expérience à vivre. Après, j’ai arrêté, ça commençait à me poser des problèmes. J’avais l’impression d’être schizo. Je ne renie pas que c’était une période confortable, j’étais bien payé, mais au bout d’un moment, il faut être en accord avec soi même. Pendant cette période, je disais toujours que je prenais l’argent de la variété française pour la réinvestir dans la chanson française.

Tu aimes les grands écarts. Il y a 10 ans, tu jouais aussi pour Stupeflip…

J’ai commencé ma carrière de musicien professionnel avec eux. C’était ultra créatif et ça partait dans tous les sens.

En tout cas, on ne peut pas te reprocher de faire de la variété… dans ta bio, des comparaisons sont faites avec Bashung, Serge Lama, Les Beastie Boys et Jean Rochefort (pour le look, je suppose). Moi, j’ai pensé à CharlElie Couture, Arthur H et parfois, à Kent aussi.

Dans l’intonation, dans le timbre de la voix ou dans l’écriture ?

Surtout dans la voix et la façon de chanter.

J’ai toujours eu de l’habileté à imiter mes ainés. Il faut juste que je trouve ma signature. Moi, je fais du parlé-chanté avec une diction à l’ancienne.

Attention, je ne suis pas en train de dire que tu imites ce beau monde. J’ai juste repéré quelques références, mais je t’assure que tu as une identité vocale bien marquée. Unique. Très élégante.

En tout cas, ça me rassure que tu dises qu’il y a de la poésie qui se dégage de ça et pas uniquement du cynisme. J’aime bien la poésie à la Prévert. J’aime bien l’écriture imagée. J’ai étudié les arts plastiques pendant longtemps et je suis diplômé. Mon ambition première était de devenir dessinateur. Et puis, un jour à Art Déco, j’ai croisé de très bons dessinateurs avec un trait hyper sensible. Cela m’a incité à changer de direction. À partir du moment où j’ai arrêté de dessiner, l’écriture texte est venue. Quand j’écris, je tente d’écrire une image, de décrire une image.

Tu ne fais aucune concession à la facilité… ta carrière prendra du temps, je pense.askehoug,je te tuerai un jeudi,interview,mandor

Un professionnel du spectacle me disait récemment que ce que je faisais était vraiment bien, et que donc, ça prendrait au moins 10 ans pour que j’en vive vraiment. Moi, je me dis très égoïstement que si je fais un disque, je veux pouvoir l’écouter dans 15 ans sans en avoir honte et en me disant que c’était un témoignage d’une époque. Je veux savoir ce que je laisse derrière moi et que chacun de mes albums ait du sens. Par contre, je ne veux pas devenir une marque de fabrique dans laquelle je ne pourrai pas sortir.

Depuis l’écriture de ce deuxième album, tu es devenu père de famille. Crois-tu que ça va changer ton inspiration et ton écriture ?

J’ai une petite fille qui est arrivée il y a 7 mois, du coup, je suis en effet persuadé que mon troisième album ne sera pas du tout écrit de la même manière. Je risque d’abandonner ce côté critique que j’ai. C’était là peut-être mon dernier album de vieil ado de 40 ans qui a encore envie de cracher sur le système. Cela étant, je ne dis pas que je ne continuerai pas… mais différemment.

Askehoug sur scène, il paraît qu’il assure franchement.

C’est pour moi un laboratoire. Il me permet de développer mon personnage. J’aime beaucoup la scène. Même si elle m’angoisse, c’est une récréation dont j’ai du mal à me passer. C’est un moment d’existence où tu peux faire ce que tu veux. Même te foutre à poil, si tu veux…

Tu te fous à poil parfois ?

Pas tout à fait. Presque. Torse poil, ça m’arrive. Tu sais, je suis un grand timide, c’est une bonne thérapie la scène. Je peux dire des trucs que je ne dirais pas dans la vraie vie. C’est le remède le plus efficace que j’ai trouvé pour lutter contre ma timidité maladive.

Tu parlais de « personnage ». Askehoug, c’est une création.

Non, pas du tout, c’est bien moi, mais libéré de tout un tas de contraintes et complètement décalé. C’est celui que j’aimerais être en toute circonstance. J’aimerais dire tout le temps ce que je pense, quitte à être vulgaire, obscène, dans le mauvais goût. Askehoug est le personnage que je ne peux être dans la réalité d’aujourd’hui, car socialement, nous sommes un peu trop cadrés. Askehoug, c’est mon moi non autorisé.

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Pour terminer, voici quelques captations et clips "maisons" de chansons tirées de l'album Je te tuerai un jeudi...

"Je veux du style", clip salle de bain.

"Je te tuerai", aux Trois Baudets, le 19 mai 2011.

"Muse", au Sax, à Achères.

"Rien" (Travelling dans un appartement vide)

"La mer", aux trois baudets, le 19 mai 2011.

"Les vagues font leur boulot", clip maison.

23 avril 2012

Gilles Paris : interview pour "Au pays des kangourous"

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En tant que journaliste souvent littéraire (depuis des lustres), il était inimaginable de ne pas tomber sur Gilles Paris. J’ai dû passer par lui ou par son bureau de nombreuses fois pour obtenir livres, visuels, argumentaires ou même rendez-vous avec un auteur. Il a toujours été efficace, je dois dire. Mais s’il sait « vendre » les auteurs pour lesquels il travaille, il sait aussi les protéger. Je me souviens d’un "savon" reçu lorsque j’ai raconté sur ce blog une tranche de vie d’un de ses auteurs qu’il ne fallait pas préciser… et il avait raison.

Je connaissais sa double vie d’auteur, mais uniquement de réputation. Je n’avais rien lu de lui. Je savais par contre qu’à chaque fois, le public était au rendez-vous. Alors, j’ai voulu « juger » par moi-même ce qu’était exactement un Gilles Paris écrivain. Un style narratif original, émouvant, drôle et (im)pertinent. Faire parler un enfant de neuf ans n’est pas anodin. On peut se protéger et dire beaucoup derrière ses propos… mine de rien.

Gilles Paris est venu à « l’agence », mercredi dernier (le 18 avril 2012). Curieusement, après des années de conversations téléphoniques, c’était la première fois que nous nous voyions « en vrai ».

gilles paris,au pays des kangourous,interview,mandorPrésentation de l'éditeur :

« Ce matin, j’ai trouvé papa dans le lave-vaisselle. En entrant dans la cuisine, j’ai vu le panier en plastique sur le sol, avec le reste de la vaisselle d’hier soir. J’ai ouvert le lave-vaisselle, papa était dedans. Il m’a regardé comme le chien de la voisine du dessous quand il fait pipi dans les escaliers. Il était tout replié sur lui-même. Et je ne sais pas comment il a pu rentrer dedans : il est grand mon papa. » Simon, neuf ans, vit avec son père Paul et sa mère Carole dans un vaste appartement parisien. En fait, le couple n’en est plus un depuis longtemps, la faute au métier de Carole, qui l’accapare. Paul est écrivain, il écrit pour les autres. Carole est une femme d’affaires, elle passe sa vie en Australie, loin d’un mari qu’elle n’admire plus et d’un enfant qu’elle ne sait pas aimer. Le jour où Paul est interné pour dépression, Simon voit son quotidien bouleversé. L’enfant sans mère est recueilli par Lola, grand-mère fantasque et jamais mariée, adepte des séances de spiritisme avec ses amies « les sorcières », et prête à tout pour le protéger. Mais il rencontre aussi l’évanescente Lily, enfant autiste aux yeux violets, que les couloirs trop blancs de l’hôpital font paraître irréelle et qui semble pourtant résolue à lui offrir son aide. Porté par l’amour de Lily, perdu dans un univers dont le sens lui résiste, Simon va tâcher, au travers des songes qu’il s’invente en fermant les yeux, de mettre des mots sur la maladie de son père, jusqu’à toucher du doigt une vérité que l’on croyait indicible.

L’auteur :

Gilles Paris est auteur de deux romans, Papa et maman sont morts (Le Seuil, 1991) et Autobiographie d’une courgette (Plon, 2002). Il travaille dans le monde de l’édition.

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gilles paris,au pays des kangourous,interview,mandorInterview :

Les gens du « milieu » te connaissent comme un attaché de presse indépendant et incontournable. Un des plus prisés de « la place ».

J’ai une nature indépendante. Ça m’a toujours joué des tours dans les maisons d’édition dans lesquelles j’ai travaillé. Je suis resté 10 ans chez Plon, 7 ans chez Lattès et je suis passé dans d’autres maisons. J’aime bien faire mon propre chemin. J’aime bien choisir mes axes et mes angles pour lancer un livre. Je n’aime pas trop que l’on me dise ce que je dois faire. Depuis toujours, quand je lis un livre, j’ai une lecture un peu déformée à cause de mon métier et je pense tout de suite à ce que je vais en faire. Quel angle vais-je prendre pour lancer le livre ? Quels journalistes vais-je contacter ? Vers quelles émissions vais-je aller ? Donc, tout ça fait que ça m’a incité à monter ma propre boite.

C’est marrant que tu me dises ça, parce que tu m’as proposé la semaine dernière deux livres : l’autobiographie de Dominique Cantien et la bio de Michel berger par Yves Bigot. C’est bien vu !

Tu sais, il y a un truc que je déteste faire dans mon métier, c’est ce qu’on appelle « la liste de topage ». C’est la liste des journalistes à qui je vais envoyer tel où tel livre. Moi, ça me prend entre deux et trois heures pour en faire une. C’est très complexe parce qu’aucune liste ne va se ressembler, puisqu’aucun livre, à priori, ne ressemble à l’autre. Il faut choisir dans l’idéal le journaliste susceptible d’être intéressé. Parfois, il y en a plusieurs sur un support, parfois, il n’y en a qu’un seul. Il faut bien connaître les journalistes, leurs goûts, leur approche du livre et malgré cela, on peut se tromper. Rien n’est jamais acquis. Quand on fait un bon service de presse, une partie du lancement est fait.

Faut-il être fin psychologue pour être un bon attaché de presse ?

Il faut surtout être très patient. Il faut savoir entendre le « non », quitte à revenir après d’une autre manière. Quand j’ai un refus dans un support, j’essaie d’avoir une seconde chance pour l’auteur et d’avoir un autre journaliste susceptible d’aimer le livre et de le défendre au sein de la rédaction. Tu le sais, un journaliste qui aime un livre est beaucoup plus légitime au sein de sa rédaction s’il le défend avec passion que le meilleur des attachés de presse. Je fais vraiment beaucoup attention aux pigistes et à tout « le périphérique » de ses médias… j’ai souvent remarqué que ça fonctionnait bien ainsi.

Quand j’ai reçu ton livre, tu te souviens que je t’ai demandé, naïvement certes, si tu étais ton propre attaché de presse.

Évidemment que je ne le suis pas. Il y a une règle que j’essaie d’appliquer  au sujet de mon livre et qui n’est pas toujours facile : si on ne m’en parle pas, je n’en parle pas. Je trouve que c’est la moindre des choses. Après, j’avoue, quand on est dans la peau d’un auteur, c’est difficile de parler 15 fois à un journaliste qui ne répond pas à votre propre attachée de presse de votre propre livre.

Toi qui connais par cœur les arcanes de ce métier, est ce que ça te permet d’imaginer la destinée de ton livre?

On ne peut jamais imaginer quoi que ce soit. Il y a un facteur de travail, de fond, de stratégie, mot que je n’aime pas beaucoup, et de réflexion dans le lancement d’un livre. Après le goût des uns et des autres, c’est quelque chose qu’on ne maîtrise pas. La chance que j’ai eue, c’est que mon éditrice, Stéphanie Chevrier, a eu le livre deux mois avant sa parution. Nous avons donc eu l’opportunité de faire un gros service de presse pour les libraires. J’ai eu pas mal de retours positifs, bien avant que la promotion en elle-même commence. Ça m’a aidé à approcher cette période de manière sereine. Je suis quelqu’un de tourmenté, d’angoissé. J’essaie de ne pas trop le montrer, mais je suis comme n’importe quel auteur au moment d’un lancement. J’appréhende le regard que les lecteurs porteront sur mon univers.

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Mais, à ce que j’en sais, tu as eu un accueil magnifique.

Je suis extrêmement content de ce qui s’est passé. Ça a été formidable du côté des libraires, de la presse et des médias en général. J’ai découvert aussi quelque chose qui m’a absolument bluffé, c’est le rôle d’internet et des blogs littéraires aujourd’hui. J’ai lu une enquête il n’y a pas très longtemps qui a été mise en ligne sur Livres Hebdo. Ils ont demandé à un panel de gens ce qui les incitait le plus à acheter un livre. 49% d’entre ont répondu : les blogs littéraires. La presse littéraire, par exemple, ne représentait que 4%. C’est quand même assez édifiant. Au moment d’Autobiographie  d’une courgette, les blogs littéraires n’étaient pas aussi florissants. Ce que j’aime, c’est leur franchise, leur droiture, leur honnêteté. Ils aiment, ils le disent, ils n’aiment pas, ils le disent aussi. C’est un regard neuf.

Bon, parlons du livre justement. Tu dis souvent que tu ne sais pas écrire comme un adulte. Là, c’est un enfant de 9 ans qui raconte la dépression de son père…

Je te promets que je ne sais pas écrire autrement que par le prisme du regard d’un enfant de 9 ans. Revenons à la chronologie des choses. J’ai écrit des nouvelles entre l’âge de 12 et 16 ans et déjà, à 12 ans, j’écrivais comme un enfant de 9 ans. C’est venu comme ça et c’est toujours resté comme ça. Je ne peux pas t’expliquer pourquoi. Je n’ai jamais écrit comme un adulte. Bien sûr, je sais faire des lettres ou des dossiers de presse, mais en littérature, écrire comme un enfant de 9 ans, ça me colle à la peau.

Un psychanalyste se régalerait, non ?

J’ai au moins un point commun avec les trois narrateurs qui engendrent mes trois romans. Peut-être que, comme eux, j’aime bien porter un regard sur la société qui m’entoure sans vraiment la juger. Je suis une sorte d’observateur, de spectateur, mais qui ne porte pas vraiment de jugement, ni sur une situation, ni sur les gens. Je me suis toujours senti légèrement en dehors du monde dans lequel je vis.

Cela permet d’avoir plus de distance sur les sujets que tu abordes, souvent grave.

À 53 ans, bien sûr que l’on se rend compte que raconter un roman avec le point de vue d’un enfant de 9 ans, c’est évidemment la distance, c’est dédramatiser le sujet puisque le langage de l’enfant est à la fois très imagé et fait montre d’une curiosité insatisfaite.

Le petit Simon du Pays des Kangourous  n’a rien à voir avec le Jean Jean de Papa et gilles paris,au pays des kangourous,interview,mandormaman sont morts.

20 ans se sont écoulés entre les deux livres et les générations changent, c’est quelque chose qu’il faut beaucoup travailler. J’ai donc beaucoup observé les enfants de mes meilleurs amis. Et pour les mots, je fais attention en permanence que ce soit bien le langage d’un enfant de 9 ans d’aujourd’hui et qu’ils soient bien prononçables par lui.

Paradoxalement, dans ton roman, il y a une jeune autiste, Lily, qui a le même âge que Simon, mais qui dit toujours la vérité et qui parle comme une adulte.

Dans mes romans, j’aime bien perturber le petit narrateur par une enfant de son âge. Je voulais que ce soit quelqu’un de malade qui lui parle de la maladie. Je suis allé dans une librairie, j’ai fait le tour des rayons pour voir quelle maladie pouvait m’intéresser et je suis tombé sur le rayon de l’autisme. Il y a beaucoup de témoignages et de documents sur le sujet. J’ai lu un livre de Judy et  Sean Barron Moi, l’enfant autiste, paru chez Plon, et il m’a bouleversé. Bouleversé en tant que lecteur et bouleversé en tant que romancier. Je me suis rendu compte qu’il y a une certaine partie de l’autisme qui  est absolument fascinante. Certains enfants autistes ont une intelligence presque adulte, en même temps, ils évitent les flaques d’eau pour ne pas s’y enfoncer, ils touchent la nourriture avant de la manger, ils passent leur temps à allumer et éteindre la lumière pour voir si rien ne change… quand j’ai refermé ce livre, j’avais compris que la petite fille du livre serait autiste.

On ne voit pas le mot autisme dans le roman…

C’est volontaire parce que cette petite Lily, pour moi, elle n’existe pas réellement dans le roman, mais elle n’est pas le fruit non plus de l’imagination de Simon. C’est un ange gardien, quelqu’un qui fait attention à lui, qui le protège parce que son père est malade et sa mère est absente. En même temps, c’est quelqu’un qui ne s’intéresse qu’aux malades pour les soigner… et parfois même contre l’avis des médecins. Ce qui m’intéressait, c’est qu’on ne sache rien d’elle. D’où vient-elle ? Pourquoi est-elle là ? Je ne réponds pas à ces questions. Juste, elle fait du bien à Simon et à son père.

gilles paris,au pays des kangourous,interview,mandorDu coup, on retrouve un peu l’atmosphère des films de M. Night Shyamalan, comme Sixième sens par exemple.

J’ai pensé aux films de ce réalisateur quand j’ai créé Lily. Je voulais insérer dans mon roman « réel » un personnage « fantastique », ça donne une dimension onirique. Il fallait que ce soit le plus subtil possible pour que l’on ait un doute. Que l’on y croit alors qu’elle n’existe pas.

Il y a une forte place laissée à l’imagination dans ton livre. Par exemple, Simon, quand il ferme les yeux, il réinvente son monde.

J’ai deux sœurs. Dont une d’un second mariage, de mon père. Donc, moi, je n’étais pas un enfant unique. Par contre, à l’école, j’avais autour de moi des copains qui l’étaient. J’étais fasciné par eux parce qu’ils avaient une facilité déconcertante à inventer des jeux pour jouer avec eux-mêmes. J’estimais que Simon devait avoir un truc à lui vraiment perso. Il a cet art, ce don, de s’inventer des rêves vivants, c'est-à-dire de les convoquer. Ce sont des rêves parfois oniriques, parfois psychanalytiques, parfois prémonitoires. Pour moi, les rêves de Simon, c’est sa part adulte. C’est ce qui va l’aider à grandir.

Tu as connu toi-même la dépression. Trois dépressions graves, toutes suivies d’hospitalisations.

J’ai même été à Sainte-Anne assez longtemps.

Ce livre était-il aussi une forme de suite de thérapie ?

Non, la thérapie, je l’ai faite avec des médecins et des médicaments. Aujourd’hui, je me suis complètement sorti de cette maladie.

En France, c’est un sujet tabou dans la société d’aujourd’hui...

Alors que la France est le pays champion en Europe de la consommation d’antidépresseurs… mais c’est aussi un sujet anxiogène. Ça met les gens très mal à l’aise de manière générale. Je voulais essayer, à travers Lily et à travers le père de Simon, de faire en sorte que les gens en aient moins peur, qu’ils aient une vision moindre du mal, de cette douleur morale surtout, que représente cette maladie. Si ce livre peut aider les gens à comprendre ce dont a souffert leur fils, leur fille ou quelqu’un de proche autour d’eux, alors j’aurais gagné une partie de ce que je souhaitais faire avec ce roman.

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Vitrine aux Deux Magots.

Ce que j’aime dans ce livre, c’est qu’il est très émouvant, mais il n’y a pas de pathos… la frontière est difficile à ne pas franchir.

À des moments difficiles de ma vie, quand je me confiais à des gens que j’aimais, je ne pouvais pas m’empêcher, de conclure ma conversation en faisait une pirouette finale qui dédramatisait tout ce que je venais de raconter. Je n’aime pas rester sur quelque chose de profond. Quand je dis une chose sincère, je rajoute toujours une connerie après.

Au pays des kangourous vient d'obtenir le prix Cœur de France 2012. Ce prix récompense un auteur accessible au plus grand nombre. Ça rassure de recevoir un prix ?

Évidemment, oui. Je vais te dire très franchement, j’avais des amis dans le jury, notamment Janine Boissard. Mais, ce qui m’a fait plaisir, c’est que je me suis retrouvé en ballotage avec un autre auteur et la personne qui a donné sa double voix et qui m’a permis d’avoir le prix, c’est Madeleine Chapsal. Une auteure que je n’avais jamais rencontrée dans ma vie et qui ne me connaissait pas du tout avant d’avoir lu mon livre.

(Le Prix Cœur de France est attribué tous les ans pendant la fête du livre "Lire à Limoges".  Les membres du jury sont :  Madeleine Chapsal (présidente), Marie-Paule Barruche (adjointe au maire de Limoges), Janine BoissardRégine Deforges, Eve Ruggieri, Sonya Rykiel, Eric Portais et Gonzague Saint Bris. Le jury 2012 a désigné Gilles Paris pour "Au royaume des kangourous".)

Tu connais tous les travers des auteurs, puisque tu les fréquentes au quotidien…

C’est aussi les miens, François. (Rires)

C’est ce que j’allais te demander, as-tu les mêmes soucis que les gens que tu défends ?

Je pense que je n’harcèle pas mon attachée de presse. Je ne suis pas parfait. J’ai des défauts comme tout le monde et je suis certain d’avoir commis des impairs, mais j’essaye d’être discret et de me réfréner. Mes livres ont beaucoup d’importance pour moi et bien sûr que si, un jour, je ne peux faire que ça, je le ferai. Je fais un métier que j’aime et vis-à-vis des auteurs que je défends, je ne peux pas me comporter comme n’importe qui.  Je m’évertue à ne pas froisser un auteur pour lequel je travaille en même temps que mon livre sort. Ce sont des auteurs que j’aime et certains sont fragiles.

Ton premier livre date de 1991. Tu écris un livre tous les dix ans. C’est peu.

Quand j’étais chez Plon, une année, les Américains étaient à l’honneur du Salon du livre de Paris. Il y avait une auteure de nouvelles, Jayne Anne Phillips, qui écrit elle aussi un livre tous les dix ans. Les journalistes lui demandaient tous pourquoi. Elle a répondu : « Parce que c’est le temps qu’il me faut, non seulement pour vivre avec mon histoire, pour vivre avec mes personnages, les oublier, les reprendre et au final, écrire un livre dans des temps assez rapides ». Il y a longtemps, quand j’étais journaliste, j’ai rencontré un écrivain vénitien qui m’avait dit : « Pour le commun des mortels, une page blanche, c’est juste une largeur et une longueur, pour un écrivain, c’est surtout une profondeur. C’est dans la profondeur de la page qu’il va chercher son histoire et ses personnages ».

gilles paris,au pays des kangourous,interview,mandorMais, toi, quelle est ta vraie raison ?

Pour Autobiographie d’une courgette, il m’a fallu pas loin de 3 ans pour bien ingérer le milieu des maisons d’accueil et pour mener à bien une enquête sérieuse. Pour Au Pays des kangourous, j’ai pris tout ce temps parce qu’il fallait que je sois complètement sorti de la dépression, que j’en sois complètement guéri pour pouvoir en parler de manière légère. Ma dernière dépression remonte à 8 ans, tu sais…

Tu vas garder ce rythme ?

Non, je vais essayer d’en écrire un tous les deux ans. J’en ai un qui est prévu pour janvier 2014… si tout va bien.

Tu vas tenter d’écrire comme un adulte.

C’est déjà fait. Ce roman s’appelle Les amis de Paul. Pour être franc avec toi, il n’a pas accroché les éditeurs à qui je l’ai fait lire. Ça m’a conforté dans l’idée que ce n’était pas mon univers.

Tu ne retenteras pas, du coup ?

Je ne sais pas. Je ne dis jamais jamais.

Es-tu fasciné par ce métier d’écrivain ?

Non. En tout cas, je n’ai pas de fascination pour les écrivains. Je les aime, j’aime lire certains de leur livre. Ce qui m’intéresse par-dessus tout, c’est leur écrit. Mon métier est de protéger mes auteurs et de les vendre dans les médias le mieux possible, mais j’ai une distance très forte avec eux.

Tu choisis que des gens que tu aimes bien ? Bon, tu ne peux pas me dire le contraire…

Mais je vais te répondre très honnêtement. 80% du temps, j’accepte d’être l’attaché de presse de gens que j’apprécie parce que j’ai la chance de pouvoir choisir. De temps en temps, il m’arrive d’accepter des budgets parce que j’ai une boite à faire tourner. J’ai des salaires, des charges… cela étant presque toutes les semaines, je refuse un budget. Si j’en refuse un, c’est que j’en ai forcément un plus intéressant qui va arriver. Mon agence marche bien, on essaye donc d’avoir une tenue et une rigueur dans le choix des auteurs et des livres.

Comment tu expliques que ça marche bien ?

Le métier de la communication n’est pas encore un métier en crise. Tous les auteurs ont besoin d’un attaché de presse pour les représenter.

Tu t’occupes aussi de leur image ?gilles paris,au pays des kangourous,interview,mandor

Oui, mais je suis très discret là-dessus. Ça peut être interprété comme du marketing pilonné. Je fais très attention à certains auteurs, à ne pas leur faire faire des émissions qui peuvent les desservir, comme je fais attention à faire faire des émissions à des auteurs qu’ils n’ont pas fait jusqu’à présent et qui peuvent leur donner une meilleure image.

Envoyer un auteur chez Ruquier, c’est un peu casse-gueule, non ?

On en discute beaucoup avec mes auteurs. Pour ce qui est non fiction, c’est important de passer chez Ruquier. Pour les essais, les livres polémiques par exemple. Mais, j’ai des auteurs qui se sont faits super dézingués et c’est dur à vivre.

Selon toi, quelle est l’émission qui fait vendre le plus de livres ?

Je dirais, d’une manière générale, la chronique de Gérard Collard dans Le magazine de la santé. On ne se connait pas très bien, mais il a ce que beaucoup de gens n’ont plus. Ce n’est même plus de l’enthousiasme, ça frôle la folie. Quand il aime un livre, il ne comprend pas que le livre ne marche pas, donc il va faire tout ce qu’il peut, lui, pour que ce livre marche. Pour Christine Orban, pendant 5 semaines de suite, il en a fait son coup de cœur sur LCI. J’aime cette espèce de détermination implacable qu’il a à aider les auteurs. Très souvent, il créer des ruptures de stock. Sinon, il y a aussi l’émission de François Busnel, La grande librairie

Merci à toi pour ta franchise. Je te rends à tes auteurs.

Merci à toi.

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21 avril 2012

Corinne Royer : interview pour "La vie contrariée de Louise"

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corinne royer,la vie contrariée de louise,interview,mandorJ’avais lu et beaucoup apprécié le premier roman de Corinne Royer, M comme Mohican et l’avais contacté pour lui signifier. Il était question d’une mandorisation, nous n’avons fait que nous croiser. Quand j’ai reçu le suivant, La vie contrariée de Louise, il me paraissait inimaginable que nous ne parlions pas ensemble de ce roman bouleversant. La petite histoire dans la grande m’a toujours fasciné, surtout  quant le sujet évoqué est si proche de ma propre vie.

Je suis petit fils d’un soldat autrichien qui a eu une liaison en 1944 avec ma grand-mère maternelle. Celle-ci a abandonné ma mère à une dame qui tenait des hôtels à Vichy durant cette période-là et qui, selon ce que je suis parvenu à apprendre, n’était pas franchement claire. Elle n’était pas précisément une Juste (contrairement aux héros du livre de Corinne Royer). Pas du tout même. J'ai un peu de mal à me dépêtrer de ce passé familial maternel que je porte en moi.

Je l’avoue ici, car depuis des années je compte raconter cette histoire-là dans un roman/récit (et j’évoque déjà cet aspect de ma vie, de manière parcellaire, dans mon livre).

Corinne Royer est venue à « l’agence » le 3 avril dernier.

corinne royer,la vie contrariée de louise,interview,mandor4e de couverture :

Lorsque James Nicholson apprend l’existence d’une grand-mère qui vit en France, au Chambon-sur-Lignon, il est trop tard. Comme seul testament, Louise laisse à son petit-fils venu des États-Unis un cahier rouge, journal intime de sa jeunesse. Au fil des pages lues par Nina, serveuse dans le petit hôtel où il séjourne, l’Américain découvre que le village protégea des milliers de réfugiés sous l’Occupation.  Pourtant, même les plus belles histoires recèlent leur part d’ombre et de mystère. De la liaison de Louise avec Franz jusqu’au terrible secret des enfants cachés, James plonge dans un passé familial où la barbarie bouscule l’innocence et l’amour. Nul ne peut tout à fait se soustraire à son destin, mais il appartiendra à Nina, la lectrice, de décider si toute vérité est, ou non, bonne à dire.

Réminiscences du Liseur, désirs clandestins, sensualité de la lecture, La Vie contrariée de Louise est un suspense bouleversant.

Auteure :

Originaire de Saint-Étienne, Corinne Royer est directrice d’une agence de communication. Elle est également réalisatrice de documentaires et auteur d’un 1er roman publié en 2009, M comme Mohican. En 2012, elle revient dans les rayons avec son nouveau roman, La Vie contrariée de Louise. Ses deux livres ont été publiés aux Editions Héloïse d'Ormesson.

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corinne royer,la vie contrariée de louise,interview,mandorInterview :

Ce roman est une histoire que tu portais depuis longtemps ?

Je n’habite pas très loin. Je suis dans le Parc du Pilat, à 30 kilomètres de La Chambon-sur-Lignon. C’est un lieu très connu des Stéphanois et des gens de la région. Je connaissais cette histoire depuis très longtemps. Elle n’est connue que localement, mais aussi aux États-Unis, en Suisse, mais pas en France.

Le Chambon-sur-Lignon est le seul village français à avoir reçu le titre de « Justes parmi les Nations ».

Le mythe, c’était de dire « 5000 enfants  sauvés au Chambon ». On est seulement en train de recenser réellement les enfants qui sont passés par le village pendant la Seconde Guerre mondiale. On est à peu près à 3600 noms pour l’instant. Le village comptait à l’époque en 1943/1944 à peu près 2900 habitants. Pour 2900 habitants, en sauver 3600, c’était déjà quelque chose de particulier et de très fort.

Tu racontes l’histoire de ce village pendant cette période-là, à travers une histoire inventée. C’est là qu’intervient la romancière.

Moi, j’ai toujours plein d’idées dans la tête. À un moment, il y en a une qui va s’imposer, qui va chasser les autres et qui va prendre toute la place. J’avais celle-ci dans la tête depuis longtemps. Je savais que j’allais écrire sur ce sujet, sans savoir si cela allait être un roman ou autre chose. Ce qui fait basculer, ce sont des rencontres… fortuites en général. Dans le cas de Louise, j’ai effectivement rencontré une vieille dame du Chambon avec qui j’ai sympathisé. Que j’ai vu et revu et avec laquelle j’ai beaucoup parlé. On peut dire que cette vieille dame m’a inspiré Louise. Elle m’a surtout donné envie de devenir une passeuse de mémoire par rapport à cette histoire.

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Pour « le Dictionnaire des Justes de France » de Yad Vashem, le mémorial israélien de la Shoah, la région du Chambon « occupe une place unique dans l’histoire de la France : nulle part ailleurs les Juifs ne furent accueillis et sauvés en aussi grand nombre et avec pareille générosité ».  Fait exceptionnel, c’est collectivement que la région du Chambon-sur-Lignon a été honorée par Yad Vashem, qui ne reconnaît généralement que des individus.  Dans toute l’Europe occupée, une seule autre commune (Nieuwlande, aux Pays-Bas) a également été honorée comme commune de Justes.

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Groupe d’enfants mis à l’abri au Chambon-sur-Lignon, août 1942.
source photo : United States Holocaust Memorial Museum
crédit photo : USHMM

Une fois que l’idée d’écrire sur ce sujet arrive, tu enquêtes plus profondément ?

J’ai lu énormément de livres, j’ai regardé tous les films réalisés sur le sujet. Au lieu de m’intéresser à la grande histoire, je suis aussi allé chercher les petites histoires. Parfois, j’ai lu 300 pages pour en tirer 4 lignes. Ce qui m’intéressait, c’était de toucher à l’intime des gens qui avaient pu vivre à cet endroit-là, à cette époque-là, dans ce contexte très particulier.

T’es-tu demandée ce qu’allaient penser les historiens de ton livre ?

Quand j’écris, je suis vraiment portée par mes personnages, par mon travail d’écriture et vraiment, je n’ai que faire de ce que va en penser les historiens, les éditeurs, les lecteurs, etc. C’est une question que je me pose uniquement quand le livre est édité et qu’il va être confronté au regard du lecteur.

Tu mets en évidence que ce qu’il s’est passé dans le village à cette époque a des répercussions sur la vie d’aujourd’hui… l’histoire est passée, mais elle est toujours là.

La Deuxième Guerre mondiale n’est pas si loin derrière nous, c’est une première chose. Et puis, j’ai voulu faire un roman qui parle à la génération d’aujourd’hui. Je ne présente pas ce livre comme un roman historique, il reste un roman contemporain avec un fort suspense. J’avais envie d’interpeller les jeunes d’aujourd’hui sur toutes ces questions-là. Le legs identitaire en particulier. Des enfants cachés dans le village en 1943, certains ont continué de vivre sous leur fausse identité. Certains ont découvert qu’ils étaient juifs à l’âge de 40 ans. J’ai rencontré des gens dont les parents venaient au Chambon-sur-Lignon tous les étés, ils se demandaient pourquoi ils venaient là et un jour, ils ont découvert que leurs parents ont été cachés pendant la guerre. Ce n’est pas une histoire d’une époque, c’est une histoire que l’on transmet de génération en génération. Et avec des bouleversements qui sont phénoménaux.

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Tu ne laisses pas la place au manichéisme. Le bien le mal… comment on fait pour s’en sortir…

Tous mes personnages portent ça. Ils sont tous ambigus par rapport à cette question-là. Personne ne peut dire : « Moi, si j’avais vécu à ce moment-là, dans cette situation-là, j’aurais fait tel choix ». Je ne crois pas que l’on puisse se positionner.

Dans ce livre, il y a aussi le poids de la religion, puisque c’est un village protestant.

Les gens qui protégeaient dans des fermes des enfants juifs mettaient en péril leur propre famille, c’était des choix vraiment difficiles. Ce qu’il y a d’étonnant et de remarquable c’est que c’est vraiment l’engagement de toute une communauté. Ceux qui n’étaient pas d’accord se taisaient. Il n’y a eu aucune délation dans ce village.

Tu insistes sur le fait que ce village n’a pas traversé la guerre de manière légère…

Il y a eu des rafles. Ils n’ont pas vécu à l’abri des difficultés de cette période. 18 enfants ont été emmenés et les trois quarts sont morts dans les camps. Des professeurs ont été arrêtés… Je voulais vraiment rétablir la vérité. On a un peu mystifié l’histoire de ce village, mais tout ça s’est fait dans la difficulté, la souffrance et des douleurs abominables. 

Il y a des personnages dans ton livre qui ont réellement existé. Ils sont mélangés à corinne royer,la vie contrariée de louise,interview,mandord’autres qui sont le fruit de ton imagination.

Dans la partie contemporaine du roman, tous les personnages sont imaginaires, par contre, dans la partie historique, il y a des personnages réels. J’ai travaillé de façon solitaire la partie historique, donc j’ai essayé de respecter une sorte de contrat moral avec les personnages vrais, c'est-à-dire de ne pas leur faire dire et leur faire faire des choses qu’ils n’auraient pas pu dire ou faire. Je n’ai pas voulu travailler avec des historiens, des biographes ou des sociologues pour ne pas amputer mon imaginaire et mon travail de romancière. Une fois la première version de mon roman écrite, là, j’ai rencontré de visu des historiens et des biographes. Nous avons parlé de ce que j’ai écrit et je leur ai fait lire certains passages, mais uniquement pour qu’ils me confirment que je respectais bien ce contrat moral. Ils ont été très émus par le livre et m’ont dit que la dimension historique a été parfaitement respectée.

Tu poses la question essentielle de la vérité. Toutes les vérités sont-elles bonnes à dire ?

Mon héros, cet américain de 40 ans, James Nicholson, est dans une quête identitaire, donc lui, il cherche toute la vérité sur ces origines. Nina, la serveuse qui lui lit le cahier rouge de sa grand-mère, elle est là pour lui transmettre cette vérité. Au bout d’un moment, ce qu’elle va lire sera tellement lourd à ses yeux qu’elle va devoir décider ou non de transmettre cette vérité. Elle va devoir faire le choix de transmettre l’Histoire avec un grand H ou le choix d’épargner celui qu’elle commence à aimer.

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Il n’y a, à priori, aucun rapport entre tes deux livres… mais j’en ai trouvé un. Une sacrée sensualité.

Dans le premier c’était plus immédiat puisque le thème était le désir et la passion. Il y avait matière… Sur ce sujet-là, c’est l’écriture qui est sensuelle.

Des scènes aussi.

Oui, c’est aussi une des choses que je voulais rétablir. Pendant les périodes de grands troubles, notamment en période de guerre, l’humanité s’exprime clairement, je dirais… l’humanité avec tous ses débordements. La sensualité, la sexualité sont exacerbées dans ces moments-là.

Tu es directrice d’une agence de communication, comment en es-tu venu à écrire des livres ?

Ma vie de romancière a commencé bien avant ma vie de directrice d’une agence de communication. J’ai vraiment toujours écrit. Des poèmes quand j’avais 8 ans, des nouvelles quand j’en avais 12. Ensuite, j’ai écrit des nouvelles un peu plus longues et je me suis mise aux romans, que je n’ai pas cherché à faire publier, soit dit en passant. Ça me paraissait inatteignable et ce n’était pas mon objectif, c’était vraiment le plaisir de l’écriture. La diffusion, le regard du public, ce n’est pas ce qui me questionnait, m’intéressait. Mes amis m’ont incité à essayer d’être publié. J’ai envoyé le premier manuscrit  que j’avais sous la main et il est tombé dans celles d’Héloïse d’Ormesson et de Gilles Cohen-Solal.  L’aventure de l’édition a commencé comme ça.

corinne royer,la vie contrariée de louise,interview,mandorTu es sur un troisième roman en ce moment ?

C’est une sorte de conte pour adulte, un conte un peu fantasque dont une partie se passe en France en territoire rural et dont l’autre partie devrait se passer en Haïti.

Tu aimes ta vie d’écrivain ?

L’écriture solitaire dans mon petit bureau, c’est vraiment quelque chose dont j’ai besoin. Ça participe à mon équilibre quotidien. C’est indépendant de l’édition. La période d’interviews, la promo du bouquin, c’est quelque chose que j’appréhende toujours, mais une fois que j’y suis, je suis plutôt heureuse d’y être. Ce sont des rencontres qui vont souvent au-delà du livre. Ce sont souvent deux personnes qui se rencontrent, mais ce n’est pas à toi que je vais apprendre ça.

Et pour info... ça se passe cet après-midi.

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17 avril 2012

Stéphane Mondino : interview pour la sortie de "1975"

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Beaucoup d’entre vous n'ont jamais entendu parlé de Stéphane Mondino. Je ne le comprends pas tant cet auteur-compositeur-interprète est pétri de talent. Personnellement, je l’ai connu et apprécié en 2004 avec son album Saint Lazare. Depuis, je suis sa carrière qu’il mène en pointillé. Je le considère comme un des meilleurs chanteurs français et par la même occasion, un des meilleurs mélodistes de la chanson pop française. Stéphane Mondino a sorti un nouveau disque hier, il serait bon de ne pas passer à côté.

Grâce à son attachée de presse, Flavie Rodriguez, le 30 mars dernier, Stéphane Mondino est passé à « l’agence » pour répondre à quelques questions sur cet album (et un peu plus).

stéphane mondino,1975,interview,daniel balavoine,mandorExtraits du dossier de presse :

1975, nouvel album à l’image de l’artiste, simple, musical et sans concession. Réalisé en « autoproduction volontaire » par Michel Françoise (Francis Cabrel, Souad Massi…), 1975 saura en séduire plus d’un, pour peu que la curiosité ait encore sa place dans le dictionnaire.

AvantStéphane Mondino fait un premier album St Lazare  (Cargo/Sony), on le voit un peu, on l’entend aussi. De la scène, des premières parties, quelques radios. Et déjà un autre album pointe son nez  Roll Over : « Entrez, pressez-vous, venez voir » mais Stéphane n’est décidément pas à l’aise dans l’ambiance du showbiz. Il reprend sa liberté et ses notes et s’en va faire Les Vents Tourneront ailleurs. Autoprod’ et plans galères, Stéphane a tout traversé… 1975 est là, avec un son, une envie et cette dose de dédain que le rock sait donner. Rock, chanson, pop, folk… c’est du Stéphane Mondino et ça fait du bien.

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Interview :

C’est le deuxième album que tu enregistres avec la collaboration de Michel Françoise. Là, il a l’a réalisé et produit complètement dans « Le sous-marin », son home studio, à Nérac…

Pour mon album Roll Over, il l’avait réalisé, Francis Cabrel l’avait produit. Dans 1975, ce qui est particulier, c’est qu’il a été joué à trois. Michel Françoise a fait des guitares, son fils Tom des batteries et moi des guitares et des claviers.

Est-ce plus confortable de travailler ainsi ?

Oui, c’est bien. Trois, c’est très peu. On n’a pas beaucoup d’instruments additionnels. C’est très roots et très joué. Il n’y a pas de boucles, pas de synthés ou juste une nappe…

Avec Michel Françoise, vous êtes partis dans l’idée de ne faire ensemble que deux chansons, et puis finalement, vous avez fait l’album dans son entier.

On avait vraiment accroché humainement quand on a travaillé sur Roll Over. Il m’a rappelé en me disant qu’il aimerait retravailler avec moi. Il m’a dit de venir le voir à Nérac et on a commencé a bosser sur deux titres pour que je les présente éventuellement à des labels. Je suis arrivé avec 5 titres et, de fil en aiguille, on a travaillé tellement vite et bien, qu’on s’est retrouvé avec assez de chansons pour un album entier.

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Stéphane Mondino entre Michel Françoise (à gauche) et Tom Françoise en avril 2011.

(Photo : Patrick Batard)

Tout à l’heure en « off », je te sentais gêné quand on a évoqué la notion « d’artiste ». Tu ne te sens pas artiste ?

C’est comme si nous, chanteurs, on planait au-dessus d’un monde. Je ne sais pas trop ce que cela veut dire en fait. Je considère que la chanson, c’est plus un artisanat.

Artisanat/artiste, on n’est pas loin.

C’est vrai. Il n’y a pas d’emphase à ce statut-là.

 

stéphane mondino,1975,interview,daniel balavoine,mandorDans cet album, tu as écrit toutes tes chansons sauf quatre. On a pourtant l’impressionnant que tu en es l’auteur.

Pascal Lanier, il me connait pas mal puisque cela fait quelques années que l’on travaille ensemble. Alain Charbonnier, on se connait depuis 20 ans. Éric Ginhac, par contre j’ai fait sa connaissance récemment. Je dis très vite aux auteurs avec lesquels je travaille quand un mot ou un sentiment ne me correspond pas. Je propose d’autres choses dans lesquelles je me reconnais un peu plus, c’est cela qui doit donner cette sensation d’unité. Par contre, s’ils ont un argumentaire fort pour me faire comprendre pourquoi ils ont choisi tel ou tel mot, je vais me l’approprier et l’assumer. Assumer, c’est le mot principal dans ce métier.

Tu aimes bien quand on ne comprend pas forcément du premier coup les textes ?

J’aime bien que le public fasse un pas. Tout le monde comprend quelque chose dans une chanson, par rapport à sa propre vie et ses influences. Il y a des mots, des associations de mots, des images qui rappellent un moment de nos vies. Ce n’est donc pas la peine de surligner.

Tu n’es pas spécialement un chanteur engagé, et pourtant, il y a une chanson qui s’appelle « Les fantômes » dans laquelle tu évoques l’arrivée au pouvoir du FN ou plus généralement de l’extrémisme.

C’est vrai que je ne fais pas de chansons engagées. C’est difficile pour moi de me servir de la chanson comme tribune. Je n’aime pas les donneurs de leçons dans la chanson. Pour « Les fantômes », je voulais quelque chose de baroque, mais finalement, elle est très premier degré et très sombre. C’est un peu l’exception qui confirme la règle dans mon répertoire.

Je te trouve moins nostalgique que dans tes précédents albums.

Ah bon ! Tu trouves ? C’est la première fois que l’on me dit ça. J’ai une certaine nostalgie, une certaine mélancolie du moment qui vient de passer, du temps qui file, du toboggan sur lequel on est. La chanson qui ouvre l’album, « La vie est là », parle de ça. Le fait de s’arrêter et de ne plus être dans le côté négatif. Pour la première fois, j’ai écrit une chanson pleine de vie sur ce sujet. Même si un jour on doit dire adieu à la vie, prenons le temps de vivre le moment présent.

Tes chansons ne sont pas gaies, il faut bien le dire…

On passe beaucoup dans les mariages (rires). Non, mais ce n’est pas non plus ultra noir.

Disons que je ne lis pas en toi une joie de vivre intense. Mais, ce sont ces chansons-là qui marchent le mieux. Francis Cabrel et Michel Jonasz, ce ne sont pas non plus les rois de la rigolade !

Il y a effectivement un paquet d’artistes qui ne sont pas spécialement joyeux. La culture de la chanson française est sur le mode mineur. On peut vite  partir vers la ligne à ne pas franchir : le pathos à mort.

Nous avons un point commun, nous sommes tous les deux fans de Balavoine. Et nous l’avons rencontré et posé avec lui, la même année. Commente-nous les deux photos où tu es avec lui en 1984.

J’avais 9 ans. Il y avait un jeu de Patrick Sabatier sur RTL qui s’appelait « Une soirée pas comme les autres ». Ma maman à joué et elle a gagné. On a passé la soirée du 30 septembre 1984 ensemble. C’était un rêve, j’étais avec mon idole absolue.

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Stéphane Mondino et Daniel Balavoine le 30 septembre 1984...

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C’est quelqu’un qui t’a influencé dans ta façon de chanter…

J’ai perdu le tic. Quand j’étais ado, j’avais le tic. Je l’avais beaucoup chanté. Il avait un truc de fin de phrase difficile à raconter, mais que j’avais chopé. Quand j’ai commencé à travailler avec des professionnels, ils me disaient d’arrêter cette très mauvaise imitation. L’album Les vents tourneront est dédié à Daniel Balavoine. Pendant longtemps, je n’ai pas parlé de lui. En France, il y a un truc bizarre avec la variété. On a facilement tendance à dire « variétoche » avec tout ce qu’il y a de péjoratif derrière. Balavoine, ça le tuait d’être considéré ainsi et pas comme un chanteur de rock. On sait qu’il ne faisait pas du rock, mais une belle variété très musclée. Et toi, tu l’as rencontré comment ?

(Je lui raconte, en détail, mais tel n’est pas le sujet du jour).

Revenons à nos moutons, tu fais de la variété toi aussi ?

Oui, tout à fait. Je l’assume aujourd’hui. Mais, c’est quand même drôle, il y a certaines chansons en français, on les mettrait en anglais, ça deviendrait de la pop ou du rock. Coldplay, par exemple, on ne dit pas que c’est de la variétoche.

Tu es toujours dans le doute. Pourquoi ?

Oui, c’est chiant pour les gens autour. Je n’arrête pas de dire : « C’est merdique! Ce concert est tellement nul, j’arrête ! Je vais vivre dans le Vaucluse en survêtement dans une maison et je n’en sors plus ! » Bon, en ce moment, je me dis que mon album est pas mal… le fait d’avoir Michel Françoise qui me produise, d’avoir quelqu’un qui me fasse confiance, ça me rassure. Que Cabrel aussi aime mon travail, qu’il produise un de mes albums, oui, ça aussi ça me donne confiance. Les jours sans, je me dis que tout ce beau monde va finir par se rendre compte que je suis un imposteur.

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Francis Cabrel et Stéphane Mondino en octobre 2004.

Je n’ai pas compris qu’après ton premier album Saint-Lazare, tu n’aies pas explosé. C’est un mystère pour moi.

Il y a une part de responsabilité de plein de gens, dont je fais partie. Il y a un moment où on rentre dans le métier, on est produit, on est mal entouré, bref, je ne veux pas revenir vers cette période-là, assez décevante finalement.

Tu n’étais pas très souple, je crois savoir…

Je ne supportais pas la superficialité du métier. J’envoyais tout péter. Je me demandais de quoi on me parlait parfois. Des problèmes qui n’en étaient pas. C’est idiot de ne pas avoir joué le jeu. À partir du moment où on rentre dans un truc qui s’appelle le show-biz, il ne faut pas se plaindre de manquer de liberté. On est dans un système où le but, c’est de vendre des disques. Il fallait que je m’adapte aux lois de cette industrie.

Et aujourd’hui, tout va bien ?

Je suis heureux de la sortie de cet album. Les choses doivent être comme elles doivent être. Si ce disque permet de faire avancer les choses, tant mieux.

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15 avril 2012

Eli Esseriam (et un peu Fred Ricou) : interview pour le cycle "Apocalypsis"

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Apocalypsis est un cycle de 5 livres signé Eli Esseriam. Les quatre premiers tomes sont écrits à la première personne, présentent chacun l’un des quatre cavaliers de l’Apocalypse et peuvent être lus indépendamment. Le cinquième tome clôt le cycle avec la rencontre des quatre héros et la narration des événements qui conduisent à l’Apocalypse.

C’est mon ami Fred Ricou, fondateur du site Les histoires sans fin (et mandorisé ici), qui m’a fait parvenir les deux premiers tomes de cette série. J’ai lu le premier volet, Alice, malgré le peu d’intérêt que je porte à ce genre littéraire. Un livre pour ado, de plus de l’héroic fantasy… c’était mal barré pour que j’accepte de recevoir l’auteur(e). Sauf rien en s’est passé comme prévu quand j’ai entamé ce premier volet. Plus j’avançais, plus le ton, l’humour et le style d’Eli Esseriam m’a subjugué. Rien de moins. Le 23 mars dernier, Eli (qui habite Strasbourg) et son « mentor » Fred sont passés à « l’agence » pour une interview sans langue de bois.

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La série :

2012. Selon plusieurs croyances et mythologies, la Fin du Monde arrive à grands pas.
Ils sont quatre adolescents d’apparence ordinaire. Alice, Edo, Maximilian et Elias. Ils ne se ressemblent pas et n’ont, à première vue, rien en commun. Leurs vies vont pourtant s’entremêler d’étranges manières. Chacun va se découvrir un rôle dans ce cataclysme planétaire et apprendre à dominer son pouvoir unique. Ils vont devoir s’unir et sceller le Jugement Dernier. Ils sont les Cavaliers de l’Apocalypse.
Ils devront tuer, mais aussi épargner, maîtriser le sort des Hommes tout en se soumettant à leur propre destin.
Seules 144 000 âmes pourront être sauvées. En ferez-vous partie ? Ou serez-vous un de leurs mystérieux opposants, déterminés et prêts à tout pour sauver le Monde ?


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Eli Esseriam et Fred Ricou.

Interview :

Eli, tu lis depuis toujours et écris depuis longtemps. Raconte-nous comment ce cycle Apocalypsis est né. Fred (ton conseiller artistique/agent/frère de fortune) y est un peu pour quelque chose, je crois…

Quand j’ai rencontré Fred, j’étais juste infirmière. J’écrivais dans mon coin des petites histoires pour enfants et on a eu des atomes crochus assez rapidement, avec des affinités littéraires évidentes. Je lui ai montré certains textes qu’il aimait beaucoup. Il voulait depuis le début que j’écrive pour les adolescents et je refusais obstinément. Mais, il m’a aussi proposé d’être chroniqueuse pour son site Les histoires sans fin. J’étais contente parce que j’allais avoir des livres gratuits et ça allait soulager ma banque.

Tu aimes lire les livres pour enfants ? Quand on est adulte, c’est intéressant de lire ce genre-là ?

Sans doute parce que j’ai une relation particulière avec les livres depuis que je suis toute petite. A l’adolescence, je me suis mise à rechercher les livres que je lisais enfant et à explorer cet univers-là. Ces livres sont constructeurs de tout notre avenir de lecteur. Je trouve ça passionnant.

Mais tu es déjà construite en tant que lectrice. Alors, quel intérêt trouves-tu à lire de nouveaux livres jeunesse ?

C’est certainement de la nostalgie pure. C’est avoir envie de retrouver des sensations complètement oubliées que l’âge adulte ne permet plus. Ce sont de petites bouffées d’air frais.

Fred, qu’as-tu trouvé dans les textes d’Eli ?

Fred : Je trouvais que dans ces textes d’albums, elle avait une écriture vraiment belle, poétique et que je ne retrouvais pas forcément dans d’autres albums. Je lui ai demandé d’essayer d’écrire un roman d’ado. Eli, tu peux continuer l’histoire…

Eli : Je ne cherchais pas particulièrement d’histoire parce que je n’envisageais pas une seconde de me mettre à ce projet. Un matin, j’ai eu cette idée-là et j’en ai parlé naturellement à Fred. On s’est mis d’emblée à faire des recherches là-dessus et à projeter des choses…

5 livres pour commencer une carrière littéraire, tu n’as pas choisi la facilité !

Eli : Fred avait cette crainte. Pour un auteur jamais publié, pas du tout connu, sans relation, ça allait être compliqué. Il y a un cavalier par tome, qui lui-même se retrouve dans le cinquième. Je tenais à cette découpe-là. Fred a essayé de négocier en me proposant un tome pour deux cavaliers, par exemple. Je n’ai pas cédé. C’est de l’inconscience et de l’innocence totale, je le sais bien.

DSC03425.JPGIl a fallu donc que tu inventes 4 cavaliers, avec chacun leur personnalité. La seule fille de la bande, Alice, qui est l’héroïne du premier volet, je me suis laissé dire qu’elle te ressemble beaucoup…

Au début, je n’envisageais pas de mettre une fille. Je voyais 4 cavaliers, 4 garçons. C’est encore Fred qui m’a conseillé judicieusement d’ajouter une touche féminine. Pour élargir le lectorat. Fred est pragmatique. Du coup, Alice est le cavalier le plus intelligent et qui a la meilleure représentation symbolique. J’avoue qu’elle me ressemble pas mal adolescente. C’est ce que mes proches disent en tout cas.

A l’âge de 10 ans, son QI est supérieur de 4 points à celui d’Einstein… toi aussi tu es surdouée ?

Je lui ai donné quelques points de plus que moi au même âge. J’ai suivi une scolarité normale, j’ai même été très très mauvaise en seconde, par pure paresse scolaire. Mais, c’est vrai que je lui ai donné beaucoup de ma personnalité et de mon histoire personnelle.

Tu es solitaire, comme Alice ?

Oui. J’étais comme ça. J’étais asociale, très sarcastique, très cynique.

Ça se sent terriblement dans ton écriture. Le sarcasme et le cynisme. Fred, je crois que9782354501785.jpg ça ne t’a pas dérangé.

Fred : Non bien au contraire. Pour une fois, il y avait ce cynisme qu’on ne retrouve pas en littérature adolescente. Même dans les romans où il y a des anti-héros, au fond d’eux, ils sont profondément gentils finalement. Et là, Alice, elle s’en fout d’être gentille.

Alice n’est pas capable d’empathie.

Eli : Elle est pragmatique. Elle s’empêche de pas mal de choses. Comme tout le monde, quand on est un être humain, on a de l’empathie. Les émotions humaines, on les a tous, après on choisi de les exploiter, d’accepter de les ressentir, de les contrôler ou de les mesurer. Alice, elle est dans le refus de tout ça. Elle veut rester en permanence froide et sensée. Il faut que tout soit intelligent et cohérent.

On ne sait pas d’où elle vient, ce ne sont pas ses vrais parents. Cela instaure déjà un premier mystère.

Moi aussi, j’étais une enfant adoptée. J’ai juste transposé certains traits me correspondant parce que je pensais que ça pouvait nourrir le personnage.

Dans sa vie de tous les jours, Alice se rend compte d’abord avec effroi, puis avec une espèce de jubilation qu’elle peut manipuler les pensées de tout le monde. Tu ne peux quand même pas changer la perception des gens, lire dans les pensées, leur faire faire ce que tu souhaites ? Tu me fais peur là !

Rassure-toi, pendant cet entretien, je ne ferai rien qui ne te nuise.

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Avant de commencer le premier tome d’une série qui en comprendra cinq, il faut que tu saches où tu vas jusqu’au bout. Il te faut un sacré squelette avant de commencer et une bible à suivre, je suppose.

Le terme « une bible » est particulièrement bien approprié. Comme je suis quelqu’un de psycho rigide, il faut effectivement que tout soit bien structuré. Je suis infirmière de profession, ça se sent dans ma manière de travailler, je pense.

J’ajoute que c’est dans le monde psychiatrique. C’est important pour comprendre ton œuvre.

Je n’ai pas fait que de la psy. J’étais aussi une puriste des urgences et aussi de la recherche en laboratoire.

Pour un journaliste, c’est très facile de faire le lien entre ta profession et ce que l’on peut lire dans cette saga. Il est beaucoup question de psychologie…

C’est mon univers, mon quotidien, ma normalité.

Quand on écrit un roman pour les adolescents, est-ce que l’on se dit qu’il faut faire attention à ce que l’on écrit pour ne pas les heurter ? Non, parce que tu parles de suicide et de viol, notamment.

J’ai du mal à écrire si je commence à penser à ce que les lecteurs vont eux même penser, ressentir ou en retirer. Je préfère écrire avec mes œillères. Après, c’est vrai que Fred, derrière me dit : « euh… là, ce n’est pas sûr que ça passe ». J’ai la chance d’avoir un éditeur qui aime ça et qui, au contraire, me demande de ne rien m’interdire. En même temps, je pense que les adolescents sont beaucoup plus hardcore que nous trois réunis.

Je crois savoir que tu as le besoin du regard de Fred sur tes textes assez régulièrement.

Il faut savoir que je suis quelqu’un de très impatient et effectivement très dur et très intransigeant. Quand j’ai commencé Alice, j’étais dans une situation professionnelle différente  et au moins 72 fois, j’ai eu envie de renoncer pendant l’écriture de ce premier tome. Fred étant un excellent manipulateur, se contentait de me demander d’écrire encore deux, trois pages, juste pour lui. Il me disait qu’il voulait lire la suite. Comme ça, il m’a amené au bout d’Alice. Il savait qu’au bout d’Alice, j’allais avoir envie d’explorer un autre personnage.

Quand Fred m’a parlé de ton livre, je lui ai répondu que l’héroic fantasy, ce n’était pas du tout ma tasse de thé.

Ce n’est pas la mienne non plus…

artoff295.jpgC’est ce que j’ai cru comprendre aussi. Je n’ai pas lu ton premier tome comme un livre de ce genre -là. J’étais captivé par le personnage d’Alice. Elle m’a embarqué dans son  monde un peu « spécial » grâce à sa personnalité très trash.

Tu devrais aimer le deuxième cavalier, Edo.C’est un personnage qui est aussi brut de décoffrage et aussi sarcastique qu’Alice. Il est encore plus cru. Finalement, inconsciemment, les quatre cavaliers ont quelque chose de moi.

Tu veux encore me faire peur ou quoi ? Bon si je comprends bien, pour te connaître parfaitement, il faut faire un condensé des personnalités des 4 cavaliers ?

On projette toujours des choses. Alice, c’est le côté de moi que l’on connait le plus socialement, les trois autres, ce sont les choses que je refoule et que je n’assume pas forcément. Ce sont mes traits de caractère les moins avouables.

Est-ce que l’on est maître de ce que l’on a envie d’écrire ?

Je ne pense pas. Je n’ai jamais eu l’impression de décider. Les choses et l’action se sont simplement enclenchées. Je n’assume pas trop. J’ai fait des études littéraires, tu sais. On est un peu élitistes, un peu prétentieux. Mais, bon,  j’adore les comics, même si je le dis moins volontiers. Je fais semblant quand je dis que Kundera est mon auteur préféré. En vrai, j’ai un gros penchant pour la littérature fantastique.

Lâcherais-tu tout pour la littérature si le succès était au rendez-vous ?

Je prends beaucoup de plaisir à écrire, mais j’ai trop besoin de mon métier d’infirmière. J’en aurais toujours besoin. Pour rééquilibrer, pour avoir un pied dans la réalité. L’un et l’autre doivent coexister. Je n’ai pas envie d’écrire pour écrire. Il y a beaucoup de personnes qui le font et ça se sent dans la qualité de leurs ouvrages. Plus le temps passe, plus ça perd en substance, en intérêt. Il y a des redites. J’aurais trop peur de faire de l’Apocalypsis ad vitam æternam.

Dans ton milieu professionnel, cela se sait que tu écris ?

Non. C’est pour ça que j’ai pris un pseudo. Quand on travaille en psychiatrie, par rapport aux patients, ce n’était pas possible de cumuler ces deux existences-là. On peut être sujet à projection. Je travaille avec une patientèle très spécifique. Certains font des délires mystiques, alors, avec ce que j’écris…

Ce doit être sacrément source d’inspiration…

C’est énorme, tu n’imagines pas. Moi, j’ai toujours aimé me retrouver au milieu d’une équipe de soignant, écouter leurs anecdotes, leurs moments forts dans le métier. On vit des choses inimaginables, aux frontières du réel…

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Écrire sur l’Apocalypse… tu n’as pas eu peur que l’on considère que c’est opportuniste ?

J’aime bien les challenges où l’on est perdant d’avance. En plus, je déteste tout ce qui est prédiction apocalyptique.

Et pourtant, tu as écrit 5 livres sur ce sujet…

Je ne suis que paradoxe. Mais pour rentrer un peu plus dans le fond de l’histoire, sache que les 4 cavaliers doivent épargner 144 000 personnes, parmi les vivants et les morts. Ce sont des âmes, pas des vies.

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Quelle est ton opinion sur l’apocalypse ?

Je suis censée y croire. Je suis chrétienne et croyante. Je suis censée croire dur comme faire aux 4 cavaliers. Ce que j’aime dans la bible, c’est que c’est très romanesque, très métaphorique.

Si tu es croyante, tu ne culpabilises pas de transformer « les écrits » ?

Je ne te le cache pas. C’est un truc auquel je pense régulièrement. J’espère que Dieu ne m’en voudra pas.

Transgresser fait partie de ta personnalité, finalement.

Voilà. Dieu m’a fait comme ça… il doit m’aimer comme ça, sinon, il m’aurait fait différemment. C’est ce que je me dis pour me consoler.

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L'auteur, l'éditeur et le conseiller artistique : Hicham Matagot, Eli Esseriam et Fred Ricou, à la librairie L'Antre Monde, le lendemain de cette interview...

Une autre interview d'Eli Esseriam, très complémentaire, celle d'Archessia (qui rentre un peu plus en profondeur dans le cycle en lui-même...)

12 avril 2012

Une heure particulière avec Juliette Gréco... portfolio

Récemment, j'ai enregistré un CD'Aujourd'hui avec Juliette Gréco. (Voir là). Le tournage fut épique. Je passe les détails, mais quelques jours plus tard, j’ai reçu cette invitation.

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Cet après-midi, très surpris (et ayant beaucoup d’estime pour Juliette Gréco), je me suis donc rendu avec curiosité dans le salon de l’Hôtel de Ville de Paris où nous avons été conviés. Et j’ai pris quelques photos. (L’attachée de presse de Juliette Gréco m’a avoué que c’était elle qui m’avait invité, rapport au côté épique du tournage… j’ai trouvé l’attention délicate. Et rare. Merci à elle, donc.)

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Coucou tout le monde !

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Discours/hommage du maire de Paris, Bertrand Delanoë devant les invités et les journalistes.

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Juliette et Bertrand sont heureux...

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Un merveilleux bouquet de roses.

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Quelles belles tulipes !

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Juliette Gréco entre Bertrand Delanoë et Gérard Jouannest, son mari et pianiste de légende.

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 Attention, le bordel va commencer !

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Le bordel a commencé.

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Miam !

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Juliette Gréco et deux de ses invitées. Au premier plan, la comédienne Hélène Duc, qui a recueilli Juliette Gréco lors de la Seconde Guerre Mondiale et au second, Jacqueline Franju (festival de Ramatuelle).

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Merci mademoiselle Juliette !

Ici, le reportage du site Pure People et l'article du Parisien.

L'AFP a filmé...

11 avril 2012

Zedrus : interview pour "Dans la différence générale"

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Zedrus, je ne l’ai pas vu venir. Un disque reçu parmi tant d’autres, un attaché de presse insistant. J’ai écouté. Trouvé les textes diablement bien écrits et souvent drôles. À la deuxième écoute, j’ai décroché mon téléphone et imploré pour que l’on m’amène ce chanteur suisse dès son arrivée à Paris. Ainsi fut fait le 28 mars dernier. Il passait ce soir-là et le lendemain au Sentier des Halles. L’iconoclaste artiste est venu avec Paule Mangeat, sa manageuse (et écrivain-scénariste de son état) et Julien Oliba, l’attaché de presse efficace.

Zedrus m’explique qu’il s’est couché à 3 heures, car il a participé à l’émission de Serge Levaillant, « Sous les étoiles exactement ». Donc une interview à 11h du matin… dur pour lui. On tente l’entretien quand même… Avant de le lire (avec beaucoup de second degré), voici ma chronique sur ce deuxième album, parue dans Addiction, le mag (daté du mois de mars 2012).

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Interview :

Tu es père au foyer et chanteur. Ce n’est pas incompatible, mais c’est rare…

J’ai eu un enfant, j’ai voulu le voir grandir. Ma femme a voulu travailler, j’ai donc fait père au foyer. Quand il a commencé à aller à l’école, j’ai eu le temps d’écrire des chansons. À cette époque, je faisais un peu de musique avec un groupe. Un jour, à Genève un personnage influent dans la musique en Suisse, Roland Le Blévennec, du Chat Noir, m’a dit qu’il avait une date pour moi. Je me suis retrouvé au fin fond du Canada, en Acadie. J’ai eu peur d’ennuyer les gens, c’est là que j’ai décidé d’être sur scène comme dans la vie. Je ne fais pas des sketches, mais je crée une interaction avec le public. Si cela fait sourire, tant mieux. J’ai fait trois, quatre ans de tournée en solo. Aujourd’hui, je joue en trio, mais j’ai gardé ce côté « show man ».

Avoir une femme qui travaille, c’est une forme de liberté pour toi…

Je le reconnais. L’argent n’est pas ce qui me pousse à faire ce métier. C’est l’envie. Parfois, il m’arrive d’oublier de prendre mon cachet, c’est dire. Je n’en reviens pas d’être payé pour faire de la chanson. Je ne vais pas faire de tirade mélanchoniste, mais j’ai un rapport particulier avec l’argent. Je trouve que la culture et l’argent ne vont pas ensemble.


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Zedrus-Live1.jpgLa musique, c’est aussi un prétexte pour voyager, m’as-tu dit…

Mes concerts durent une heure. Avant, j’ai trois heures à remplir, après aussi. Ca me permet de rencontrer les gens, d’aller dans des endroits improbables. Tu finis à 5 heures du matin à gouter des spécialités locales un peu douteuses et à danser la bourrée, j’adore… Sur une île déserte, je continuerais à écrire, mais j’irais aussi me baigner tout nu.

Tu as un esprit baba cool, dis donc !

Non. Je suis plutôt anarchiste. Dans « baba cool », il y a la notion d’oisiveté que je n’aime pas trop.

Il y a une chanson de ton premier album qui s’intitule « Vieux con »…

Mon premier album était plus teinté Brassens que celui-ci. C’était une réponse à des critiques que l’on me faisait sur le fait que je n’étais pas un chanteur à la mode. J’ai donc répondu que j’étais le vieux con de la chanson.

Tu as un côté punk, je trouve.

C’est vrai, mais c’est toujours dur de se définir soi-même. Moi, je ne me définis jamais comme mon image semble refléter aux autres… Plutôt que punk, je suis direct et franc. Je pense tout haut, sans aucun frein. Pour moi, la chanson, c’est penser tout haut.

Je trouve qu’outre les jeux de mots et l’ironie constante dans tes chansons, tu t’exprimes aussi beaucoup en image.

Je pars du principe que tout a été dit, mais pas par moi. C’est une phrase de Gilles Vigneault. J’essaie de sublimer les banalités par un peu de style. Je tente de dire des choses profondes avec des mots simples, mais de manière compliquée ou alambiquée. J’ai une forme de distance et d’ironie. C’est aussi un changement d’angle de vue. J’aime bien fonctionner sur la surprise. J’aime l’idée que l’on ne sache pas trop ce que je vais dire. Moi, sur le visage d’une jolie femme, ce n’est pas la beauté du visage qui m’intéresse, mais les boutons qu’elle a dessus. Je vais sublimer ses boutons. Bref, j’aime les défauts et les aspérités. Je suis pour la célébration de la noirceur de la vie. Je trouve que l’ombre éclaire la lumière.

On sent que tu cisèles tes textes… que tu y fais très attention, en tout cas.

Plus qu’avant, en fait. Mais, j’aime garder une spontanéité et le côté magique de l’écriture.

C’est un peu de l’écriture automatique ?

Non, quand même pas. Je ne suis pas Bertrand Belin. Note que je n’ai rien contre lui, je l’ai même vu en concert à Genève… Juste, je n’ai pas la même audace. Quand je serai en play-list sur France Inter, je pourrais me permettre d’écrire ce genre de texte.

Dans la chanson francophone, tu te sens dans une famille ?

Non. Il y a plein de gens que j’aime, mais je ne me sens disciple de personne.

Tu n’as pas de maîtres es-chansons ?

Si. Tous les chanteurs morts. Brassens, Brel, Renaud, Pierre Perret…

J’ai lu que tu n’aimais pas les chansons qui racontaient le quotidien. Dis donc, tu as quand même fait la première partie de Vincent Delerm

Au début, je ne pouvais pas l’encadrer. Et puis, en écoutant attentivement ses chansons, j’ai trouvé que ce qu’il racontait n’était pas si anodin que cela. Il n’utilise que des images, mais avec beaucoup de profondeur.

As-tu une volonté de choquer ?

Dans écriture de chansons, non. En spectacle, un peu. Je me considère comme un médecin. Je choisis la seringue, je choisis le produit, je fais la piqure, après, j’aime bien observer l’effet. J’adore voir comment les gens qui écoutent reçoivent tout ça.

Tu es un peu le Docteur House de la chanson ?

Tu es le deuxième journaliste à me le dire. Tu peux quand même l’écrire, parce que ça me va bien… J’essaie de garder mon originalité, c'est-à-dire un certain mordant parfois déconcertant. Je n’ai pas envie de m’adoucir plus. J’arrête les concessions.

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Es-tu né à la bonne époque ?

Tu sais, je ne crois pas au « c’était mieux avant ». Je te rappelle que dans les années 70, Dave vendait plus de disques que Brel et Brassens réunis. Rien n’a changé. Cela étant, c’est plus dur de faire de la musique et en vivre aujourd’hui que naguère. C’est à cause des groupes de rock. Quand ils se séparent, ça fait 4 ou 5 projets solos qui déboulent.

Que pense ta femme de ton œuvre ?

Mes femmes, tu veux dire ?

Euh… si tu veux.

Mais, tu connais un chanteur fidèle toi ? Bon, la mienne, elle aime bien ce que je fais.

Tu me fais penser un peu Sarcloret, autre chanteur insolent suisse. Tu l’aimes bien ?

Artistiquement ou humainement ? Artistiquement, je l’aime beaucoup, humainement, aussi d’ailleurs, même s’il est un peu compliqué. On s’entend bien. Nous sommes les deux exceptions culturelles suisses. Peu de gens me comparent à lui, alors qu’il y a des points communs évidents, au moins dans le fond.

Sais-tu pourquoi tu es si sarcastique ?

La condition humaine, je trouve ça absolument atroce, même si moi, franchement, j’ai eu une belle vie. Je ne cherche pas à savoir pourquoi je suis comme ça. Mais, si on ne cherche pas à savoir, à moins d’être complètement con, on se pose quand même des questions. Moi, j’ai toujours été comme ça. Même enfant. Je relisais récemment mes bulletins de quand j’étais tout petit, on a l’impression qu’ils parlent de moi aujourd’hui, c’est très étrange. « Ne se soumet pas à l’autorité », « distrait ses camarades », « enfant original »…  Au fond, je considère que la vie est un vaste jeu qui n’a pas forcément de sens et de règle. J’ai une phobie du sérieux. J’aime le côté fou du roi.

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10 avril 2012

Stéphanie Hochet : interview pour "Les éphémérides"

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(Photo : Cécile Duclos)

Lire Stéphanie Hochet a été un choc.

Pas seulement littéraire. Le fond et la pensée aussi.

Il faut dire… c’était ma première fois. On m’avait pourtant prévenu, mais j’y suis allé sans me méfier. Que Stéphanie Hochet soit une auteure « dérangeante » ne m’impressionnait pas outre mesure. Des auteurs licencieux, j’en ai lu bons nombres…

Mais, effectivement, quand on se plonge dans Les éphémérides, difficile d’en ressortir indemne tant les méandres de l’âme humaine sont décortiqués presque à l’extrême (et dans son côté pas toujours reluisant), mais avec délicatesse (ce n'est pas le moindre de ses paradoxes).

Rien ne m’a choqué, tout m’a bouleversé.

La fragilité de l’amour et de la vie se confond avec la mort inéluctable. Je n’ai pas envie d’en dire plus. Ce roman ne se raconte pas, il se lit/vit.

J’ai souhaité rencontrer Stéphanie Hochet pour tenter de savoir ce qui se cachait derrière ce texte fort, noir et prenant.

Ephemerides---couverture.jpg4e de couverture :

Le gouvernement anglais vient d'annoncer qu'un événement exceptionnel aura lieu le 21 mars. Chacun est sur le qui-vive. Tara et Patty dans leur ferme d'Ecosse, le peintre Simon Black à Londres, son amante Ecuador, Alice qui retourne à son premier amour et n'est pas au bout de ses surprises. Pendant trois mois, avant la date fatidique, un climat d'insurrection s'installe, c'est l'heure du dévoilement.

Le passage de l'hiver au printemps n'a jamais été aussi prometteur.

L’auteur :

Titulaire d’une maîtrise sur le théâtre élizabéthain, Stéphanie Hochet a enseigné le français en Angleterre et l’anglais en France.

Stéphanie Hochet est romancière. Elle est l'auteur de Moutarde douce (Robert laffont, 2002), Le Néant de Léon (Stock, 2003), L'Apocalypse selon embrun (Stock, 2004), Les Infernales (Stock, 2005), Je ne connais pas ma force (Fayard, 2007), Combat de l’amour et de la faim (Fayard, 2009, Prix Lilas) et La distribution des lumières (Flammarion, 2010, Prix Thyde Monnier de la Société des Gens de Lettres).

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Interview :

Je me suis demandé ce qu’il y avait dans ta tête pour écrire un livre comme ça…

Il y a un critique que je trouve assez talentueux, Pierre Cormary, qui a écrit sur ce livre : « je serais à la place de Stéphanie Hochet, je me méfierais de mon inconscient »… il a ajouté, « mais pas de mon style ».

Je partage cette réflexion... Du coup, sais-tu pourquoi tu écris ce « genre » de livre?

Sans doute que j’explore des zones sombres de ma psyché. Il me semble que ce qu’il y a d’intéressant, c’est d’aller creuser, d’aller chercher les bizarreries en soi et celles des autres… je suis intéressée par les marges. Régulièrement dans mes livres, on trouve des thèmes forts et même si le terme est assez cliché, je dirais dérangeants. Je ne connais pas ma force, un livre que j’ai publié en 2007, c’était une histoire tirée d'un livre de pédopsychiatrie sur un jeune malade d’un cancer qui avait 15 ans. Il était en stade de rémission et était devenu complètement obsédé par l’idéologie de l’extrême force et en particulier l’idéologie fasciste. Je suis allée creuser ça et je l’ai fait parler à la première personne. Pas mal de gens ont été gênés par le livre. J’ai été intéressée par la tentation de l’extrême violence, la tentation du mal, mais en même temps, c’était quelqu’un qui était dans l’hésitation et dans le questionnement.Je recherchais l’humain derrière tout ça.

Cela rejoint les personnalités de certains de tes personnages dans Les éphémérides. Tara, par exemple, elle travaille dans un club sado maso…

Elle travaille dans une maison close plutôt classique, juste, elle s’est spécialisée dans un certain domaine. Dans le domaine, on va dire des femmes puissantes. Les hommes viennent la voir et la payent grassement pour retrouver une place de petit enfantdevant une mère surpuissante qui leur permet de livrer leur culpabilité. C’est presque une séance de psychanalyse, sauf que ça se fait avec un certain schéma que l’on trouve généralement dans le sado masochisme. Je précise qu’elle, elle a de la tendresse pour ses clients.

Stephanie-Hochet-2--Copyright-Cecile-Duclos.jpgEn règle générale, tu n’aimes pas les gens lisses ?

Je me méfie du lisse. Si on pense que quelqu’un est lisse, c’est qu’on a pas bien regardé. Même quand on regarde des familles classiques, dites « harmonieuses », il faut observer encore plus attentivement et on s’apercevra que ce n’est jamais réellement le cas.

Ce que j’aime dans ton livre, c’est que tout n’est pas expliqué, mais que l’on se fait sa propre opinion en étant sûr de comprendre les situations. C’est rare que je ressente cela à la lecture d’un livre.

J’aime que mon lecteur développe aussi une part d’imagination. Je considère que je ne suis pas là pour lui expliquer le monde. J’aime que lui-même soit presque dans une situation d’inventer des choses. Je ne veux pas lui donner toutes les clés, toutes les explications. Je pense que c’est une grande marque de respect, car je le prends pour un adulte. Par rapport à ce livre là, il est question de mystère, d’annonce, d’évènements étranges, du coup, j’ai créé ce climat. Une espèce de climat d’effroi à la Ann Racliffe.

Ton style narratif consiste à passer d’un cerveau à l’autre de tes 3 personnages principaux…

J’ai commencé à écrire à la première personne à partir de Je ne connais pas ma force. Sans doute que dans mon histoire personnelle, ce n’est pas un hasard. Cela a correspondu au début de ma psychanalyse. A partir du moment où je me suis allongée sur un divan, j’ai dit « je » et étonnamment, depuis, j’écris « je ». Rentrer dans le cerveau de quelqu’un apporte le son de la voix. Tout d’un coup le personnage sonne. On l’entend. Dans ce livre, j’ai aimé développer la voix de Tara parce qu’elle est un personnage très ambigu. Elle a une voix à la fois populaire, mais avec de la finesse.

On passe facilement d’une voix à l’autre ?

C’est très difficile. De toute façon, pour moi, dans l’écriture, tout est difficile. Je dis souvent à mon éditeur : « Tu sais, ce n’est pas parce que j’ai déjà écrit des livres que je vais être capable d’en écrire d’autres. » J’ai toujours l’impression que je ne vais pas pouvoir. Je suis toujours face à cette impuissance jusqu’au moment où éventuellement ça fonctionne.

Et pourtant, tu te remets à l’ouvrage systématiquement…

Oui, je finis par m’y remettre. De toute façon, si je ne commence pas un nouveau livre, je deviens insupportable pour mon entourage, donc on me fait comprendre qu’il est temps que j’écrive. Je parviens à cohabiter avec moi-même que lorsque je suis assez contente de ce que j’ai écrit.

Il y a des moments où tu n’écris pas ?

Je peux être en jachère pendant des mois. Je ne retrouve pas l’inspiration comme ça.

Ton  livre n’est pas un roman sur l’apocalypse. C’est plus intense et profond que cela.Stephanie-Hochet-Copyright-Fred-Postel.jpg

Comment parler de la vie, sans parler de la mort ? Il y a une phrase de Lacan que j’aime beaucoup : « La mort est du domaine de la foi. Vous avez raison de croire que vous allez mourir. D’ailleurs, comment supporteriez-vous cette vie, si vous pensiez que vous n’alliez pas mourir ? » Fixer la date de sa mort, c’est savoir qu’on est vraiment en vie. Si je voulais développer totalement la vitalité des personnages, il fallait qu’il y ait une date et une mort certaine.

Les autorités annoncent le jour de l’apocalypse avec certitude, pourtant, il n’y a pas d’affolements, de débordements, contrairement à l’imagerie populaire habituelle. Au cinéma et dans les livres, les jours qui précèdent la fin du monde, c’est généralement le bordel. Pas dans ton livre.

Comme il y a beaucoup d’intox aux infos, il y a des gens qui n’y croient pas. Ce livre se situe aussi sur une base de théorie du complot. Il y a également ceux qui acceptent l’annonce, mais qui décident de transmettre la vie quand même. Mes personnages sont obsédés par la vie et par la transmission de la vie

Comment réagirais-tu si on t’annonçait la date de la fin du monde avec certitude ?

Je pense que c’est intéressant de fixer des dates dans sa vie. Choisir la date de sa mort, c’est le fantasme de l’écrivain. Le fantasme de maîtrise absolu sur la vie et la mort. Fixer la date de sa mort, c’est contrôler parfaitement son existence et se déclarer Dieu pour soi. Je respecte ça et je ne méprise aucunement les gens qui pratiquent le suicide, mais moi, je n’irai pas jusque-là.

Oui, mais toi, crains-tu la fin du monde ?

Symboliquement, la fin du monde, on va tous la vivre. C’est sa propre mort.

J’ai bien compris, mais celle que l’on annonce, celle que l’on fantasme ?

Je pense que l’on va être surpris par les dérèglements climatiques. Dans mon livre, j’ai essayé de travailler la temporalité. J’ai travaillé un jeu de mot entre « time » et « weather », en anglais. Le temps est détraqué dans le livre. Mais tout se passe sur des détails.

Sans faire de psychologie de comptoir, l’amour est associé à la mort dans ton roman. C’est très sensuel, voire même un peu sexuel.

Moi, j’aime désirer mes personnages. Je pense qu’il faut être dans l’amour, même quand on créé des monstres. C’est une attitude facile et assez minable de mépriser ses personnages, même s’ils sont potentiellement épouvantables. C’est comme mépriser ses enfants, je trouve.

Créer des monstres, ça empêche d’être monstre soi-même ?

Au moins, c’est s’interroger sur la monstruosité. Quand on s’interroge sur les marges et la monstruosité, c’est déjà qu’on a fait le distinguo entre l’humain et le monstrueux.

Quand tu es arrivée au bout de ce livre, tu étais dans quel état ?

J’étais contente parce que, je te le répète, jusqu’à la fin, je ne suis jamais sûre de parvenir à terminer mon histoire.

Qu’est-ce que ça te fait que l’on parle de ton œuvre une fois qu’elle est écrite ?

Quand ce sont des gens comme Amélie Nothomb, Carole Zalberg, Pierrette Fleutiaux, Annie Ernaux, Alain Mabanckou qui ont écrit des choses magnifiques sur certains de mes livres, je ne peux qu’être ravie. Des écrivains de talents qui lisent et qui apprécient mes livres est une immense satisfaction.  Mais chaque avis de lecteur m’intéresse et m’interpelle. On a terriblement besoin de ça.

Tu es réellement une nouvelle voix de la littérature française. Pour te découvrir plus amplement, quels livres de toi conseillerais-tu aux lecteurs ?

Les deux derniers : Combat de l’amour et de la faim  et La distribution des lumières. Ce sont mes deux livres les plus aboutis et certainement pas les moins dérangeants. Quand on aborde la perversité, ça peut un peu choquer les lecteurs. Sans ces deux livres-là, je n’aurais peut-être pas pu écrire Les éphémérides. Tous mes livres permettent au suivant d’exister. 

En termes d’écriture, il y a beaucoup d’exploration dans Les éphémérides.

Entrer dans la tête des personnages, tous les écrivains le font. Mais, là, je voulais jouer avec des choses un peu plus subtiles, créer une espèce de temporalité et en même temps créer une accélération du temps et une accélération des saisons. J’ai fait un choix très poétique.

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Stéphanie Hochet et Mandor, le 30 mars 2012...

(Merci à Cécile Duclos et Fred Postel pour les photos professionnelles).

(Merci à Nathalie Dias Fernandez pour les photos à l'agence).

06 avril 2012

Benjamin Paulin : interview pour son deuxième album "2"

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On l’a connu rappeur avec le groupe Puzzle, puis sous le nom Le vrai Ben. C’est en 2010 avec L’homme moderne, que Benjamin Paulin trouve sa voix/voie, certes dans un style de crooner un chouia surjoué. Mais même si ses compositions paraissaient légères à la première écoute (inattentive), ses textes étaient en fait l’exact contraire. Corrosifs, entre dérision et ironie. Le deuxième album s’intitule (judicieusement) 2. Entre pop new wave des années 80 et electro pop nerveuse, cet album est tout simplement classieux.

Benjamin Paulin est venu à ma rencontre à « l’agence », le 16 mars dernier (merci à Patricia Téglia pour l’organisation sans faille du rendez-vous. Comme d’habitude.) Un jeune homme bien sympathique qui risque de devenir un futur incontournable de la pop française.

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benjamin paulin,interview,2,mandorInterview :

Tu reviens un an et demi  après L’homme moderne. C'est plutôt rapide...

J’ai même rongé mon frein. L’homme moderne était un album qui a été finalisé un an avant sa sortie. Il y a toujours une très grande inertie dans le marché du disque. En tant qu’artiste, quand on a envie de créer, quand on a envie de faire des choses, le laps de temps entre deux albums, deux tournées est toujours trop long...

Il faut bien recharger les accus et trouver l’inspiration, non ?

Je suis bien d’accord, mais pas trop longtemps.

L’homme moderne  a été un joli succès d’estime. C’était un album pop très bien ficelé qui a incité pas mal de journalistes à s’intéresser à ton cas.

En effet, même si cela n’a pas suivi au niveau des ventes. La maison de disque avait l’air d’être surprise de tant de bonnes critiques. Cela étant, ils n’avaient pas fait une immense mise en place dessus, à tort où à raison, il n’en reste pas moins que ça leur a donné envie de partir sur un nouveau disque.

Ce nouveau disque s’intitule 2. Plus de maturité, moins d’exercice de style. Ton écriture gagne en profondeur…

Avec ce titre, j’ai voulu appuyer sur la thématique de l’album. Le dédoublement qui s’opère dans l’esprit d’un personnage porteur d’une dualité complexe : l’auteur et l’interprète. Après avoir fait un an de concert et de première partie avec mon précédent disque dans lequel je m’étais construit un personnage avec un costume, j’étais fatigué de jouer ce rôle-là et je trouvais intéressant d’en parler. C’est un album dans lequel, vraiment, je raconte la lutte entre l’auteur et l’interprète. J’insiste sur ce point.

Est-ce que sur ce disque, tu te confies plus ? Je pose ma question autrement, est-ce lebenjamin paulin,interview,2,mandor vrai Benjamin Paulin ?

Le premier disque était plus impertinent et plus cynique, mais c’est justement quelque chose que j’ai voulu m’interdire sur celui-là. « Tout m’est égal » et « Les fleurs en plastique » sont les deux seules chansons de ce deuxième album qui se rapprochent du premier. Sur toutes les autres, j’ai essayé de ne pas fonctionner comme d’habitude, c'est-à-dire à la punchline, à la phrase coup-de-poing, comme j’avais coutume de le faire dans le rap. J’avais besoin d’être plus moi-même et de ne pas me cacher derrière de la rhétorique ou des formules.

As-tu l’impression de te bonifier avec l’âge, artistiquement bien sûr…

Depuis le début de ma carrière, à travers le rap puis à travers la chanson, je vais vers une quête de vérité, vis-à-vis de moi-même en tout cas. J’essaie de m’en rapprocher à chaque fois un peu plus. Textuellement, vocalement et musicalement. La musique, c’est une psychanalyse. C’est un chemin très long.

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D.R. © Ramon Palacios-Pelletier

2 est un album lumineux et sombre, simple et complexe, introspectif et divertissant. De plus, aucune chanson n’est placée au hasard…

Étant un grand fan de Gainsbourg et particulièrement de L’homme à tête de chou, j’avais envie depuis toujours de faire un album concept. Par contre, je n’aime pas le côté narratif pour souligner chaque chose. J’ai préféré faire des chansons sur des saynètes que j’imaginais et je me suis arrangé pour que l’on puisse les écouter sans que l’on pense à l’histoire. On entend une cohérence globale, même si le liant n’est pas surligné. Ce qui est certain, c’est que je ne voulais pas faire un album jugé « intellectuel » encore moins que l’on puisse considérer « excluant ».

Frédéric Lo a réalisé l’album… Il a une forte identité musicale, toi aussi. Comment c’est passé votre collaboration ?

J’étais très content de travailler avec Frédéric.  Je suis très content de ce qu’il a fait de mes chansons, comment il les a fait vivre. Je n’en espérais pas autant.  On a eu un rapport assez simple. Je l’ai laissé aller là où il voulait se rendre. Il m’écoutait, je l’écoutais et on n’a jamais été dans le combat. Il a dépassé souvent ce que j’espérais. Cet album s’est conçu de façon logique, comme si tout s’organisait pour que ça se réalise avec beaucoup de plaisir et d’implication.

Tes textes sont littéraires. Lis-tu beaucoup ?

Comme tout ce que je fais, je fonctionne de manière extrême et boulimique. Je peux lire 10 livres en une semaine et ne pas en lire pendant un an. Les mots et l’écriture sont ce qui génèrent le plus d’émotion en moi. Je peux être ému par un auteur, par de la littérature, être ému par de la musique toute seule. Quand on mélange le sens et la musique, il y a un troisième langage qui se créé. C’est ce que j’ai voulu explorer dans ce disque-là.

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Il y a la participation exceptionnelle d’une légende de studios, le bassiste anglais Herbie Flowers (basse de "Melody Nelson" de Gainsbourg, "Electric Warriors" de T Rex et "Transformer" de Lou Reed.)

Il a passé deux jours en studio avec nous. On a payé un tribut au rock’n roll. Il nous a raconté plein d’anecdotes de studios, c’était un sacré bon moment.

Ton clip de « Variations de noirs » est assez particulier. Il y a trois comédiennes qui écoutent ton disque sur trois clips différents…

L’idée était de regarder quelqu’un écouter. C’était un concept intéressant et comme c’était un album assez radical, il fallait aussi que la mise en image le soit.

Rossy de Palma.

Hafsia Herzi.

Zoé Félix.

Le clip final avec tout le monde dedans... même le chanteur !

En quoi ton album 2 est-il radical ?

Parce que rien n’est fait pour plaire. On a juste voulu aller au bout d’une idée, d’un sentiment et d’une esthétique sans chercher à rentrer dans un cadre habituel.

Tu cites volontiers Cioran, Albert Cohen, Céline ou encore Bukowski. Es-tu tenté par l’écriture d’un roman ?

J’écris des nouvelles. D’ailleurs, il y a une qui va être publiée dans une revue en juin. Pour l’instant, je ne me sens pas encore capable d’attaquer un format plus long. J’ai une espèce d’incapacité à développer vraiment ou à faire tenir mes idées sur des chapitres entiers. J’ai toujours besoin de compacter au maximum les idées pour qu’elles soient efficaces. Moi, je souhaite écrire sans rien qui ne soit présent pour décorer. Je veux que l’on sente la  puissance des mots à chaque phrase.

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02 avril 2012

Jérome attal : Interview pour "L'histoire de France racontée aux extra-terrestres"

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jérôme attal,l'histoire de france racontée aux extra-terrestres,interview,mandor8e mandorisation de Jérôme Attal. (Les précédentes mandorisations : pour une présentation générale du monsieur, pour L’amoureux en lambeaux, pour Les Beatles, en rouge et en bleu, pour Le garçon qui dessinait des soleils noirs, pour Journal Fictif d’Andy Warhol , pour Pagaille Monstre et enfin pour Folie furieuse. On ne pourra pas dire que je ne crois pas en son talent.

Avec ce 7e roman, Jérôme Attal raconte l’histoire de France aux extra-terrestres. Toujours avec son style : humoristico-poético-romantique... et forcément jubilatoire!

L’auteur :

Jérôme Attal est l’un des paroliers les plus prisés de la scène musicale française (Pierre Guimard - Florent Pagny - Johnny Hallyday - Eddy Mitchell - Michel Delpech - Jenifer - Mareva Galanter - William Rousseau - Constance Amiot - Marie Amélie Seigner - Chimène Badi ...). Il poursuit également une carrière d’auteur, compositeur, interprète. Il a écrit 7 romans.

jérôme attal,l'histoire de france racontée aux extra-terrestres,interview,mandorLe livre selon l’éditeur :

Suite à une rupture amoureuse, le narrateur se retrouve sur une planète inconnue : Zyproxia.

Les Zyproxiens, qui évoluent dans un éternel présent, sont dépourvus de souvenirs comme d’imagination. Un problème pour les enfants qui réclament toujours des histoires avant de s’endormir ! Le chef des Zyproxiens voit donc comme une aubaine l’arrivée de notre héros, et lui demande s’il aurait la gentillesse de raconter à son fiston de merveilleuses histoires de là d’où il vient.

L’histoire de France racontée aux extra-terrestres se compose de plus d’une trentaine de courts chapitres parmi lesquels : La faute à Saint-Ex. Le Go fast de la révolution française. Et si le vase de Soissons avait été made in China ? L’histoire de France doit-elle avoir peur des jeunes filles au pair ? Les conversations secrètes entre François Mitterrand et Andy Warhol. Le Journal intime de Louis XIV. Pourquoi nos cousins du Québec sont-ils toujours enthousiastes ? Confessions d’une accro à l’Histoire de France... Et vous assisterez même à un concours de drapeaux français réalisés par des extra-terrestres. Vous découvrirez tout cela et davantage dans ce roman jubilatoire et poétique, inventif et malin.

Interview (à lire souvent avec un second degré qui, j'en suis sûr, ne vous échappera pas) :

jérôme attal,l'histoire de france racontée aux extra-terrestres,interview,mandorAprès les Livres dont vous êtes le héros, Pagaille monstre et Folie furieuse,  voici un livre qui s’adresse aux extra-terrestres. Deviens-tu un auteur « conceptuel » ?

Non, mais je trouve que c’est une proposition intéressante et plaisante d’écrire des livres plutôt rigolos dans lesquels je peux me permettre d’y inclure des choses plus intimes. Il y a une belle texture au final, j’espère. Ça m’aide en interview et dans les salons du livre. Je suis plus à l’aise avec des propositions décontractées, même si je garde une exigence littéraire. Ce procédé ouvre le champ des lecteurs. Il y a des choses profondes et des choses plus marrantes d’instinct et d’emblée.

Tu n’aimes pas vraiment être cloisonné.

Quand j’ai fait mon disque, on m’a dit que ça faisait trop « parisien », alors que les gens à Paris ne le soutenaient pas du tout. Par contre les radios francophones se demandaient pourquoi je n’avais pas rencontré le succès à Paris. Bref, j’essaie de tout décloisonner à présent. Je souhaite que ce que j’écris plaise à des jeunes gens de 17-18 ans, comme aux gens plus âgés.

Tu décloisonnes tellement que tu nous embarques sur la planète Zyproxia.

Je prends de la hauteur, en effet. Quand j’ai eu l’idée de ce livre, j’étais dans un grand moment de lecture de Richard Brautigan. Il a fait un livre qui s’appelle La pêche à la truite en Amérique, qui est son grand succès. Il prend la pêche à la truite en Amérique et en fait un personnage, Baduc…  et il part dans un délire. De plus, je savais que le livre sortirait pendant une période grave en politique où les gens allaient s’accaparer la nation, la patrie… tout ça. J’évoque une patrie de souvenirs en commun ou de visages rencontrés plutôt qu’une patrie nationale. J’aime bien le fait que Louis XIV se demande comment il va faire pour renouveler sa carte d’identité parce que sa mère s’appelle Anne d’Autriche et qu’elle habite en Espagne.  Ca m’a fait marrer de prendre le biais de personnages historiques pour raconter des choses plus contemporaines.Ceux qui aiment La folle histoire du monde de Mel Brooks ou Sacré Graal ! des Monthy Python ne seront pas dépaysés, en tout cas.

L’histoire de France te passionne depuis tout petit, je crois.

J’aimais beaucoup l’histoire de France pour en faire des héros avec lesquels je pouvais jouer. Je recréais des scènes avec des Playmobil dans ma chambre. L’histoire de France, c’était un immense bac à sable. Chacun avait ses héros favoris, Napoléon, Vercingétorix par exemple, et on pouvait les tenir entre les mains et imaginer des situations inédites. On se constitue aussi par les héros que l’on a dans sa jeunesse. Ce livre, oui, finalement est très lié à l’enfance.

Dans ce livre, on retrouve les thèmes présents dans tous tes livres : les filles, la littérature et Andy Warhol en particulier. Est-ce que ce roman est le condensé de ton œuvre ? Es-tu allé au maximum de tes possibilités ?

Non, je ne suis pas allé au maximum, car il faut toujours garder des cartouches pour la suite. J’adore Jean-René Huguenin qui est un auteur qui n’a écrit qu’un seul roman. Il est mort à 26 ans d’un accident  de voiture. Son roman est tellement parfait que par superstition, je garde toujours des cartouches pour la suite. Tu sais, j’écris toujours pour améliorer les livres d’avant. Je n’ai pas trop l’angoisse de la page blanche, parce que je suis insatisfait. Je suis toujours insatisfait du livre précédent, donc j’écris le suivant pour essayer de réparer les erreurs du précédent.

jérôme attal,l'histoire de france racontée aux extra-terrestres,interview,mandor

A un moment, tu écris : « les lois de la fiction sont parfois bien étranges ».

Pourquoi, j’ai dit ça ?

Je ne sais plus. Mais tu es d’accord avec ce que tu as écrit ?

Hors contexte, je suis rarement d’accord avec moi-même. C’est mon côté Deleuzien. Ce qui est important, c’est le contexte. Je suis pour le contexte. Retrouve-moi le contexte et je valide cette phrase.

Non, j’aime bien ta réponse. Je ne cherche pas plus loin.

Cela étant, quand je vais en librairie et que je feuillette des livres, je me dis, qu'effectivement, les lois de la fiction et de l’édition sont parfois bien étranges.

jérôme attal,l'histoire de france racontée aux extra-terrestres,interview,mandorAs-tu peur que l’on ne comprenne pas ton œuvre ?

Je suis toujours en train d’être en colère contre des gens qui m’ignorent et qui se foutent de mon existence. Je préfère que des lecteurs et que des gens comme toi, qui me soutiennent depuis le début, trouvent une cohérence à tout ce que j’entreprends artistiquement, plutôt que d’être compris par ce qui fait mode et ce qui fait l’actualité. Je suis revenu de ça depuis très longtemps.

Tout artiste recherche la reconnaissance.

Oui, mais la reconnaissance dépend aussi souvent d’un contexte. On y revient, tu vois. Je préfère avoir des gens qui trouvent ça bien de manière spontanée. Moi, je suis mon premier client. Très vite, il faut que je plaise aussi au goût que j’ai et, du coup, je tente de faire le mieux possible en conséquence.

Tu te demandes pourquoi il n’y a pas plus d’éclairages sur les livres que tu fais, je le sais.

Bien sûr. C’est mon 7e livre, je n’ai jamais été aidé par un organisme. À chaque fois, je pose des dossiers à droite et à gauche pour avoir des bourses et ça ne marche jamais. Par contre c’est vrai qu’il y a de nombreux libraires qui me soutiennent et ça, c’est inestimable.

Il y a aussi ton éditeur, Stéphane Million.

Oui, c’est lui qui, a un moment donné, m’a proposé d’écrire un livre. C’est lui qui m’a donné confiance. Il a accepté tous mes projets littéraires les plus surréalistes. Il est toujours enthousiaste. C’est un sacré luxe.

Est-ce que l’on peut dire que plus tu écris, moins tu deviens grave ?

Parce que je suis plus heureux. Le livre le plus grave, c’était Le garçon qui dessinait des soleils noirs, mais je sortais vraiment de cette expérience de la musique où j’avais été très malheureux en tant que chanteur par rapport à ma façon de voir les choses. Par contre, je suis ennemi de la pesanteur. Même dans mes écrits un peu tristes, je fais en sorte qu’il y ait un peu de distance. Il faut toujours avoir une distance par rapport à sa colère et à son désespoir. Ce n’est pas pour rien que j’ai toujours aimé l’œuvre de Cioran.

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Ça n’a rien à voir, mais tu regardes The Voice ? Je te demande ça, car il y a dans le jury Jenifer et Florent Pagny pour lesquels tu as écrit de beaux textes…

Ce sont les deux artistes qui ont sorti cette année un single avec une de mes chansons. Jennifer pour « L’envers du paradis » et Florent Pagny pour « Tout et son contraire ». J’ai trouvé cette émission plutôt bien et très fraiche par rapport aux émissions du même genre. Je n’ai pas encore regardé les « battles », mais à priori, le succès n’est pas volé.

J’ai entendu unenouvelle chanson écrite par toi et chantée par Daran, « Kennedy ».

Je  ne sais pas si le nouvel album de Daran sera en vente en France étant donné qu’il s’est exilé au Québec. Le disque est sorti là-bas en tout cas et on peut le trouver sur ITunes.

À quand un nouveau concert de Jérôme Attal ?

Pour l’instant, je n’y songe pas. Je préfère que les gens achètent mon livre plutôt qu’ils viennent me voir chanter alors que je n’ai pas de nouveau disque. La littérature est vraiment ma priorité du moment. Cela étant, je vais t’avouer un truc qui me trotte dans la tête depuis quelques temps. J'aimerais proposer aux salons du livre de pouvoir faire un concert avec mes musiciens qui mêlerait pourquoi pas quelques lectures de participants au salon, ou alors un concert seul. Puisque je fais le tour des salons du livre quasiment toute l'année, et que je cherche la cohérence entre mes divers travaux, ce serait top de pouvoir proposer un concert le samedi soir aux organismes qui nous reçoivent. Un concert ouvert à tous les participants, les bénévoles et le public.

Pour revenir à ton livre L’histoire de France racontée aux Extra-terrestres, peut-on dire que c’est Le Petit Prince des années 2010 ?

(Rires). Elle est super celle-là ! Est-ce que tu pourrais faire un bandeau ? En fait, je ne suis pas d’accord. Saint Exupéry, il dit que « s’aimer, c’est regarder ensemble dans la même direction », et moi je dis « s’aimer c’est, se tenir la main et regarder où bon nous semble ». Et puis, mon livre est plus cultivé que Le Petit Prince. Après tout, le petit prince ne cultive que sa rose…

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(Merci à Pierre-Yves Mattera pour être devenu l'espace d'un instant un Zyproxien plus vrai que nature...)

A noter : Ce soir, (lundi 2 avril), Jérôme Attal est l'un des invités de l'émission AU FIELD DE LA NUIT, sur TF1.

29 mars 2012

Colline Hill : interview pour la sortie de "Wishes"

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Voilà une jeune femme qui aime et qui joue les rythmes universels de la Folk, la Country et le Blues. Pour être clair, la Bretonne exilée en Belgique s’adonne avec bonheur et profondeur à une folk moderne aux accents "poppy".

Son premier album de Colline Hill, Wishes, c’est « autant de souhaits qui sont égrenés avec force sur cet album. À l’écoute du premier album de Colline Hill, on s’imagine déjà roulant sur l’une de ces routes du Texas ou de la Californie, ivre de liberté et d’insoumission, en quête d’authenticité et de vibrations... la voix de Colline Hill n’est pas sans rappeler celle de l’icône de la Folk, engagée par essence, Joan Baez » dixit le dossier de presse.
Ce qui est certain, c’est que ses chansons transportent loin.

J’ai voulu rencontrer Colline Hill pour comprendre les voyages que sa voix nous impose. Lors de son dernier passage parisien, la chanteuse musicienne est passée à « l’agence ». C’était le 16 mars dernier, la veille de sa première partie au Bataclan du groupe America.

Colline Hill a une forte personnalité et n’a pas la langue de bois. Quand elle répond à mes questions, elle ne fait pas semblant… j'ai beaucoup apprécié cette rencontre vraie.

Pour commencer, voici le premier clip tiré de cet album, "Someone left before me".

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423837_2752541894377_1282537313_32107532_1081550421_n.jpgInterview:

Raconte-nous ce que tu faisais avant d’être artiste.

J’ai deux masters de droit. J’en ai un en science criminelle et carrière judiciaire et un en victimologie. Je me suis demandée ce que j’allais faire avec ces deux diplômes-là, j’ai donc fait un break. Ça me ressemblait d’une certaine manière et en même temps ce milieu-là ne me plaisait pas des masses. J’ai trouvé ma branche dans la « victimo ». Je voulais être utile et servir à quelque chose. Ça m’a bien plu, mais je ne pouvais pas faire cette activité longtemps parce que j’avais la fibre artistique qui me titillait tout le temps.

Pendant cette période-là, tu jouais parallèlement de la musique ?

J’étais pianiste classique de 8 à 15 ans et puis j’ai arrêté parce que j’ai fait aussi beaucoup de sport au niveau national. J’ai été championne de France de tennis de table (clubs laïques). Il fallait que je choisisse entre mes activités sportives, les études et la musique. J’ai donc laissé de côté la musique quelques années. A l’âge de 17 ans, lors de ma première année de fac, j’ai fréquenté un pub irlandais qui venait de s’ouvrir. Étant bretonne, la musique celte m’a toujours attiré. Et principalement les ballades irlandaises. La patronne du pub m’a entendu fredonner beaucoup de ballades et elle a fini par me dire que le vendredi il y avait des sessions ouvertes à celles et ceux qui le souhaitaient. Elle m’a dit : « Tu peux faire de grandes choses avec ta voix et avec l’univers que tu as, tu peux aller très loin ». J’ai commencé comme ça. Par un encouragement qui a changé la donne.

Ensuite, tu t’es mise à la guitare.

Oui, il y a 7 ans. Tout le monde pensait que c’était un peu tard, mais j’ai persévéré. Il n’est jamais trop tard pour apprendre. J’ai « pondu » mes chansons à la guitare et ça n’a pas trop mal réussi.

"Where you are" par Colline Hill dans l'émission "Service Compris" du 02 mars 2012 sur Télé Mons.

Quand as-tu eu le déclic pour ne te consacrer qu’à la musique?

J’ai toujours bien fait les jobs dans lesquels j’évoluais parce que j’ai un tempérament assez leader et ambitieux. Tout ce que j’entreprends, j’ai tendance à vouloir devenir « number one », alors, il y a un moment où tu es crevée et où la machine ne suit plus. On ne peut pas tout faire. J’ai donc choisi une unique activité. La musique, mais à fond.

Au grand plaisir de tes parents, je suppose.

(Sourire). Mes parents rêvaient d’autre chose pour moi. J’ai fait études de droit et je me  dirigeais vers une carrière d’avocat, tu imagines la déception. Mon père est animateur dans une chorale, il chante tout le temps, du matin au soir, mais ma mère est plus pragmatique, très droite, le prix de l’effort et du travail en toile de fond. Imprégnée de ça, il y a une espèce de culpabilisation et de culpabilité chez moi de partir dans un métier où je me ferai juste plaisir. Du coup, j’ai un petit diable qui me dit « il faut que tu y ailles » et un petit ange qui répond « ce n’est pas sérieux ».

Encore aujourd’hui, tu culpabilises?

J’essaye de tuer l’ange. Mais, c’est difficile quand on a 30 ans. On te demande : « Et maintenant, tu fais quoi ? ». Tu réponds que tu fais de la musique et on comprend que c’est le week-end en dehors de ton « vrai » boulot. C’est le lot de plein d’artistes qui ont commencé sur le tard et c’est dur. Dans mon choix, j’ai bien conscience qu’il y a une part de folie.

Tu le vis bien ?

Ce n’est pas facile tout le temps. C’est un changement de vie et de conditions financières. On sait ce que l’on perd et pas ce que l’on retrouve, mais psychologiquement, je suis beaucoup plus heureuse maintenant que lors de mes années « juriste ».

Tu as pu enregistrer ton premier album grâce à un site participatif belge, Aka Music.

831 personnes ont versé une somme suffisamment conséquente pour que je puisse faire un album dans de bonnes conditions. Il y en a qui ont mis 5, 15, 1000 ou même 3000 euros. C’est incroyable ! J’ai obtenu 50 000 euros. J’en ai utilisé 15 000 pour produire un premier EP. Et le reste pour l’album en lui-même. Outre l’argent qui était versé, j’adorais voir les commentaires sur mes chansons. C’était très élogieux et c’est encourageant pour continuer.

Version acoustique de "From now" (titre tiré de l'album Wishes) avec David Vermeulen (guitare) et Hugo Adam (cajon).

Ton album est super bien produit.

Il est produit par Stewart Bruce, l’arrangeur connu pour son travail au Real World Studio et ses collaborations avec Peter Gabriel, Kate Bush, Clarika. On a fait cet album tous les deux pendant 10 jours en Angleterre. Lui, avant d’être arrangeur, il est aussi musicien. Il a joué beaucoup d’instruments, batterie, basse, guitare électrique et moi beaucoup d’instruments acoustiques. Je suis très contente du résultat. L’album a un son terrible.

Peut-on dire que c’est un album folk ?

Oui, avec une touche pop. Mais ma voix est faite pour le folk.

 

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Tu fais demain la première partie d’América au Bataclan. Un truc de dingue !

J’adore ce que ce groupe représente. Les années 70 et ce folk mythique… les pattes d’eph, les cheveux longs, cette espèce de truc à la Woodstock. J’ai l’impression que je ne suis pas née à la bonne époque.

Tu m’as l’air en tout cas très déterminée à réussir ta vie de chanteuse.

Je ne lâcherai rien tant que je ne serai pas là où j’ai envie d’être. Je sais que je vais en prendre plein dans la figure, que je vais avoir des déceptions, que je vais déguster, mais je ne lâcherai rien.

Je te sens presque impatiente.

Je sais qu’il faut que je prenne mon « bien » en patience. Je suis aussi quelqu’un de très angoissée. On a du budget, mais pour un temps limité, donc il faut que les choses et les évènements ne tardent pas trop. On a un album et puis quoi ? Que va-t-il se passer après ? Les anxieux sont toujours dans l’anticipation. Et moi j’anticipe sur les 6 mois qui arrivent. Il faut que je sache où je vais… je préfère bosser pour moi. J’ai été efficace pour les autres alors je me dis que ce serait bien que je sois efficace pour moi.

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Pour en savoir encore un peu plus, en son et en image... Voici le reportage retraçant les étapes de réalisation de son 1er album "Wishes" (Universal/ Février 2012).

26 mars 2012

Sandrine Roudeix : interview pour "Les petites mères"

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C’est un joli roman que celui de Sandrine Roudeix. La famille, les non-dits, la communication difficile, la transmission qui ne l’est pas moins… Les Petites Mères chamboulent le lecteur. M’ont chamboulé moi, en tout cas.

Après avoir chroniqué ce livre aussi noir que délicat, j’ai donc souhaité rencontrer cette auteur(e) (néanmoins photographe réputée), le 9 mars dernier, pour une mandorisation en règle dans "mon" agence.

Portrait :

D'origine espagnole par son arrière-grand-mère, Sandrine Roudeix passe son enfance à Toulouse, fait ses études à Bordeaux et sa vie professionnelle à Paris. Elle travaille d’abord dans l’édition avant de devenir journaliste, puis photographe et romancière, ses deux passions.

Après un premier roman, Attendre, où Sandrine Roudeix abordait la question de l'identité à travers les enjeux d’une naissance, elle explore dans Les Petites Mères, son dernier titre paru aux éditions Flammarion, les conséquences de la transmission mère-fille.

Voici ma chronique de Les Petites Mères paru dans Le Magazine des Espaces Culturels Leclerc (daté du mois de Mars 2012).

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sandrine roudeix,les petites mères,interview,mandorInterview :

Revenons sur votre parcours, en quelques mots.

J’ai fait un bac scientifique, math-physique, plus une prépa HEC, plus une école de commerce, plus une fac de Lettres. En fait, dès le départ, je voulais travailler dans la littérature. Je suis issue d’une famille un peu populaire, un peu modeste qui disait : « Travaille ma fille, la littérature, ça ne fait pas vivre !  Le commerce, c’est bien. » Tout ce qui est associé à la culture n’était ni la culture de la maison, ni l’espoir de la maison.

Vous êtes rentrée chez Gallimard après vos études en 1996.

J’ai travaillé un an dans cette maison, je m’occupais du marketing chez Folio. J’ai fait d’ailleurs du marketing pendant 10 ans, chez Gallimard, chez 10-18 et au Seuil. Au bout de 10 ans, j’ai fini par me rendre compte que je m’étais trompée de voie. Je suis devenue journaliste pendant un an à Livres Hebdo, après j’ai fait des portraits d’écrivains et de musiciens pour le Nouvel Obs Paris. Toujours dans la culture, quoi !

Ça se tient comme parcours (que l’on peut découvrir plus en détail là !).

Je suis partie d’un entonnoir, j’ai tâtonné parce que  je n’osais pas encore m’avouer que je voulais aller vers la littérature directement.

Mais comment en êtes-vous venue à la photo ?

Au bout de six mois au Nouvel Obs Paris, je leur ai dit que je pouvais aussi leur faire des photos. Ils ont accepté. Je n’ai pas de formation photo. Je suis juste partie voyager autour du monde toute seule avec mon appareil photo, après ma cassure du monde du marketing et de l’édition.

Vous avez photographié Raymond Depardon et vous connaissez bien Jean d’Ormesson. Vous ne vous mettez pas un peu de pression dans chacun de vos domaines de prédilection ?

C’est très motivant, au contraire. Et moi, venant d’un autre milieu et d’un peu loin, cette reconnaissance est la preuve que tout est possible. En toute modestie, j’ai envie de suivre leur chemin. Pour Les petites mères, Jean d’Ormesson a été le deuxième à m’appeler, après ma mère. Il m’a dit avec sa petite voix chevrotante : « Sandrine, j’ai trouvé ça déchirant, mais déchirant ».

sandrine roudeix,les petites mères,interview,mandorVotre premier roman, Attendre, vient tout juste de sortir en poche.

C’est génial. Je connais très bien les rouages d’une maison d’édition. Ça veut dire que ce livre va durer un peu plus longtemps. Attendre, c’est mon premier roman, mais Les Petites Mères, c’est encore plus mes tripes.

Dans vos deux romans, il n’y a pas de grands paysages, on est plutôt enfermé.

J’aime les espaces clos dans les romans. Dans la contrainte, je trouve qu’on est beaucoup plus créatif. La difficulté avec Les petites mères, c’est que je voulais raconter cette malédiction familiale, matriarcale, transmission mère/fille qui ne se passait pas très bien, dans une seule et même journée. Je ne voulais pas que les gens s’emmerdent parce qu’elles sont beaucoup dans les réminiscences du passé et dans les télescopages de leurs espoirs et leurs déceptions. Il fallait que ça soit tendu, j’ai donc travaillé cette tension-là en essayant, pour chacune des petites mères, d’avoir un enjeu dès le départ, une interrogation. Yann Queffelec m’avait dit un jour : « S’il n’y a pas d’énigme dans un livre, c’est du foutage de gueule pour les lecteurs ». Ça m’a marqué, moi qui ne suis intéressée que par le côté psychologique et les liens, du coup, dans mes romans immobiles, j’ai décidé d’inclure énigmes et résolutions.

Vous parlez dans vos romans de transmission, certes, mais aussi du poids de l’héritage et sandrine roudeix,les petites mères,interview,mandordes répétitions de génération et génération.

Les parents et les grands-parents font ce que l’on est aujourd’hui. Si on ne comprend  pas ça, on n’a rien compris à la vie. Dans Les petites mères, j’ai voulu montrer que chaque petite mère ne fera pas pareil que sa propre mère avec sa fille. Je dresse le constat que, finalement, on ne fait jamais bien.

Il n’est pas exagéré de dire que ce que vous écrivez est très largement inspiré des évènements de votre vie personnelle.

En fait, comme pour Attendre, il y a un gros côté autobiographique, mais je suis issue d’une famille de taiseux, j’ai des bribes, mais tout n’est pas dévoilé sur mon histoire familiale. La littérature m’a permis d’inventer les fils qui relient chaque information que j’ai pu glaner petite ou plus récemment. Dans Attendre, je raconte une naissance non désirée. Je me mets tout à tour à la place de la petite fille qui attend son père qu’elle ne connait pas, de la mère qui, deux ans plus tôt, veut dire à sa fille qui est son père. Je traite la question de l’identité. Qui on est par rapport à un père et une mère qui ne nous ont pas voulu. La fin du livre se termine au moment zéro de la naissance. En vrai, je connais la conséquence, je connais le fait, mais je ne connais pas l’entourage. J’invente donc.

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Est-ce que votre mère à lu Les Petites Mères ?

Oui. Elle a été bluffée que j’écrive des choses dont elle était certaine que je ne savais pas et que la littérature m’a fait découvrir, mais sans m’en rendre compte. On sait toujours ce que l’on porte en soi.

Était-elle au courant que vous écriviez ce genre de livre ?

Oui, je ne lui ai jamais caché, mais je ne lui ai pas fait lire avant, ni l’un, ni l’autre. Toute modeste qu’elle soit, c’est une grande lectrice. Elle a tout à fait compris que mes livres étaient des objets littéraires, que c’était des livres et qu’il fallait les prendre comme tels. Du coup, elle ne se sent presque pas visée. J’ai trouvé cela très intelligent.

Parlons des hommes dans Les petites mères. Ils n’ont pas le beau rôle…

C’était le sujet puisque je voulais traiter le matriarcat. Le matriarcat = pas d’homme. Soit parce que les hommes sont absents, soit parce qu’ils sont méchants. Les petites mères ont choisi les mauvaises personnes et elles ont été très abimées. Je ne dis pas que tous les hommes sont des salauds, mais dans cette famille-là, ils l’étaient tous. La plupart des gens disent à mon éditeur et à mon attachée de presse que c’est hyper sombre et hyper noir. Je pense plutôt que mon roman est très noir, mais surtout qu’il est très proche du commun des mortels et que c’est un peu dérangeant. Si on gratte dans chaque famille, on peut trouver des accointances avec ce que je raconte dans ce roman. En fait, dans mon livre, il y a un message d’espoir : on peut croire qu’il y a une répétition et une malédiction, mais malgré tout, on peut s’en sortir et avoir une prise de conscience pour ne pas reproduire le schéma. Chacun fait comme il peu, mais chacun peu, à un moment donné, s’échapper.

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Avez-vous peur qu’on ne comprenne pas ce que vous avez voulu exprimer.sandrine roudeix,les petites mères,interview,mandor

Non. Ça ne se dit pas, mais je n’écris pas pour le lecteur, j’écris pour moi. J’écris parce que ça me semble important. J’ai voulu comprendre le processus de la transmission mère/fille. J’ai voulu tout désarticuler sur ce sujet pour essayer d’en saisir les nuances et tout mettre à plat.

Et ça va mieux aujourd’hui ?

Je comprends que vous insinuez que ce roman a remplacé un psy. Ce n’est pas tout à fait exact dans mon cas, parce que je ne peux écrire sur un sujet que lorsqu’il est réglé pour moi. C’est le seul moyen, encore une fois, d’en faire un objet littéraire.

Y a-t-il un rapport entre votre façon de photographier et votre façon d’écrire ?

Vous ne croyez pas si bien dire. Quand j’écris une scène avec plusieurs personnages, je m’amuse à les faire tous parler à tour de rôle, à la première personne du singulier. C’est vraiment comme un travail photographique. J’ai mon appareil photo. Je fais une photo d’un côté, et comme un chat, je tourne autour de mon sujet. En littérature, c’est pareil, j’essaie de me mettre dans tous les angles de vues possibles pour comprendre une psychologie et qu’il y ait à la fois de l’adhésion et du rejet.

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Portrait en ouverture d'interview : Alain Delorme

Les autres portraits : Sandrine Roudeix

Les photos à l'agence: bibi