Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

30 octobre 2012

The Lightnin 3 : interview pour la sortie de Morning Noon & Night

3449_236725246453195_1356727807_n.jpg

The Lightnin 3, c’est l’histoire de trois chanteuses nord-américaines installées à Paris qui enregistrent un album ensemble. Les initiales de leur prénom réunies (R N B) les prédestinaient à faire un album de Rhythm & Blues, source naturelle de leur culture musicale.

The Lightnin 3 album cover.jpgLeur album, Morning Noon & Night, est sorti aujourd’hui précisément et demain (31 octobre 2012), les The Lightnin 3 seront en concert au Café de la Danse. Deux bonnes raisons pour vous les présenter.

Brisa Roché (mandorisée ici), Ndidi Onukwulu et Rosemary Standley (chanteuse du groupe Miorarty, mandorisée là) ne s'étaient jamais rencontrées jusqu'à ce que leur ancien éditeur commun les mette en relation. L'envie de collaborer fut immédiate pour ces trois talents toujours avides d'expériences artistiques. Le groupe fraîchement constitué a décidé  de reprendre un répertoire étendu à plusieurs décennies et d'offrir une relecture des morceaux comme s'ils avaient été conçus dans les années 60. Au final, dans Morning noon & night, 12 titres enregistrés en 5 jours, en formule complètement live avec l'ensemble des instruments dans une seule pièce, sans aucun overdub, pour répondre aux mêmes contraintes techniques qu'à l'époque. Rencontre à la Galerie W, le 26 octobre dernier, avec deux d’entre elles, Brisa Roché et Rosemary Standley, juste avant leur tout premier show case en commun.

Interview :

Qui a décidé de vous réunir toutes les trois ?

Brisa : C’est notre ancien éditeur commun qui travaillait sur un film dans lequel il plaçait pas mal de musiques des années 40 et 50 avec souvent des voix de femmes en harmonie. Il a beaucoup aimé ça et il nous a contactées pour que l’on se rencontre dans le secret espoir que monter ce projet nous intéresse. Ça nous a intéressées, mais pas tout à fait comme il nous le proposait. Un peu à la Andrew Sisters. On voulait aller plus vers les années 60 et un peu plus tard dans les années.

Vous ne vous connaissiez pas.

Rosemary : Non, enfin juste de nom, de vue et de réputation, mais pas plus que ça.

Si ça n’avait pas collé humainement, il n’y avait aucune possibilité qu’un tel projet existe.

Rosemary : Ça, c’est une certitude. On s’est vu pendant un an pour écouter et essayer des choses. Se rencontrer vraiment, apprendre à se connaître, savoir qui on était. Même vocalement, c’était intéressant. On a fait quelques petites expériences, notamment des essais pour vérifier que nos voix se mariaient bien. Après, ça s’est précipité sur la fin parce qu’il y a eu un enregistrement qui s’est décidé assez rapidement.

Brisa : En tant que chanteuses, ça nous fait du bien. Nous sommes parfois isolées, vous savez. C’est rare de pouvoir parler avec des femmes qui font le même métier. Nous étions ravies de passer des moments ensemble.

The Lightnin 3 © Ami Barwell 3.jpg

Il y a eu beaucoup de répétitions avant l’enregistrement ?

Brisa : Il n’y en a eu aucune avant l’enregistrement. On a choisi les morceaux moins de dix jours avant de passer en studio. On est allé à Berlin découvrir les arrangements et enregistrer.

Rosemary : Nous avions une entière confiance en la personne responsable de la réalisation artistique de cet album, Toby Dammit, surtout connu pour son travail derrière les fûts d’Iggy Pop et par ailleurs producteur, notamment pour Jessie Evans. C’est quelqu’un qui a l’habitude de contribuer à ce genre de projet. On lui avait précisé au préalable ce qu’on voulait et ce qu’on ne voulait pas. Ce qui pour nous était étonnant, c’est d’entendre comment il avait arrangé les morceaux.

Qui a choisi les morceaux ?

Brisa : C’est nous. On nous a proposé des titres et nous en avons proposé aussi. On a discuté longuement et on est tombé d’accord sur 12 titres.

Rosemary : On a écouté beaucoup de morceaux et on a voté à main levée.

Brisa : C’était d’ailleurs un peu difficile. Quand on fait des reprises, personne ne veut faire moins bien que l’original. On ne veut pas non plus faire des morceaux que tout le monde a déjà faits, et enfin, on ne veut pas non plus faire que des gros tubes. On ne voulait pas que les gens pensent que ce projet était commercial, sans âme. Bref, il y a plein de contraintes, donc a mis beaucoup de temps à choisir.

Vous reprenez des chansons initialement interprétées par des hommes. Comme I Want Your Sex de George Michael.

Rosemary : En tant que femme, cette chanson peut être pris comme un discours lesbien, pourquoi pas militant ou tout simplement être pris comme une mise en avant de l’homme qui est en nous.

Et pour savoir qui chantait telle ou telle chanson, comment avez-vous procédé ?

Rosemary : C’était moins dur. On a d’abord choisi celle que chacune avait vraiment envie d’interpréter et on a continué chacun à tout de rôle.

Brisa : Oui, on ne s’est pas battue pour un morceau. Tout c’est passé dans une parfaite entente et harmonie.

The Lightnin 3 © Ami Barwell 1.jpg

Est-ce bien d’abandonner provisoirement son groupe, ses habitudes musicales, pour rentrer dans un autre univers ?

Brisa : C’est différent. J’ai tendance à être dans des groupes ou c’est moi le chef… et chef très dirigeante. Là, c’est curieux, ce n’est pas moi qui commande.

Rosemary : Ce projet, c’est un truc de fun. On n’a pas envie de se prendre la tête. On a envie de s’amuser entre nous, on a envie de danser, on a envie que ça se voie et qu’on parvienne à communiquer tout ça au public.

Brisa : Comme on pleure pour nos propres projets, enfin, je parle pour moi, c’est souvent douloureux. Là, je n’avais pas envie de douleur. En plus, les enjeux sont différents. Vous savez, on n’a quasiment rien à gagner sur ce projet. On n’a pas d’éditions, on est neuf sur scène, donc pour nous, c’est juste pour s’amuser, être entre filles et s’éclater.

Et puis, c’est bien de voir comment les autres artistes évoluent.

Rosemary : c’est aussi pour ça que j’ai accepté ce projet. Ça me permet de côtoyer d’autres musiciens et d’autres chanteuses. J’adore chanter en harmonie avec d’autres chanteuses. C’est un beau moment de partage. Je vois comment les autres travaillent et c’est passionnant. Voir Brisa diriger par exemple, je me demande pourquoi je n’ai jamais rien dit au sein du groupe auquel j’appartiens (Moriarty). Ca à l’air tellement facile de dire, no, no, no ! (Rire général). Elle n’a pas peur de dire ce qu’elle pense et moi je suis beaucoup plus diplomate.

Brisa: On apprend toutes les unes des autres. Ce projet est vraiment très enrichissant. Nous sommes toutes les trois très fières d’en faire partie.

DSC05850.JPG

Rosemary Standley et Brisa Roché, à la galerie W. Manquait Ndidi Onukwulu (à la bourre).
(Après 45 minutes d'entretien, Rosemary m'a demandé de faire ressortir ma féminité. Elle m'a donc prêté deux de ses robes. Pas pu refuser. Aucune volonté. Mais on s'est bien marré. Faut dire.)

DSC05848.JPG

28 octobre 2012

Amélie-les-Crayons : interview pour Jusqu'à la mer

202528_10151017499873317_1003863353_o.jpgCinq ans après son dernier album studio, La Porte Plume, Amélie-les-Crayons (déjà mandorisée ici et aussi là) revient avec Jusqu’à la Mer, un disque chargé d’embruns et de couleurs, de falaises, de rochers et de créatures merveilleuses, servi par les instruments hétéroclites de l’arrangeur Olivier Longre (lyre, dulcimer, banjo…). Amélie-les-Crayons, mi-chanteuse, mi-fée, est venue à l’agence le jour de la sortie de son nouveau disque, le 8 octobre dernier. L’occasion d’évoquer ses nouvelles chansons, sa façon de travailler, la scène et ses 10 ans de carrière.

1433035500-1.jpgPrésentation officielle de Jusqu’à la mer.

2002-2012. Dix ans déjà !

L'eau a coulé sous les ponts depuis la sortie du premier 6 titres Le Chant des Coquelicots en 2002. 10 ans de tournée, 2 albums autour de 2 spectacles originaux et surprenants immortalisés sur DVD et pour la rentrée 2012, un nouveau projet, album et spectacle : Jusqu'à la Mer, encore plus ambitieux, mais toujours dans cet esprit si caractéristique d'Amélie-les-Crayons où la magie se mêle à la musique, le théâtre au concert et le rêve à l'humour...

Interview :

amélie-les-crayons,jusqu'à la mer,interview,mandorVous avez réussi, encore une fois, à nous emmener dans un nouvel univers. Toujours magique et féérique, mais nouveau.

C’est grâce au regard et à la complicité de mes acolytes. En l’occurrence Olivier Longre,  Bruno Cariou  et Samuel Ribeyron pour les illustrations. C’est vraiment à quatre que nous avons conçu et fabriqué l’album. Ces univers dont vous parlez sortent de mon imaginaire, mais ils les subliment.

Pour cet album, je me suis laissé dire que vous avez beaucoup jeté de chansons.

Je trouvais que ça ressemblait à ce que je faisais avant.  Peut-être que dans tout ce que j’ai jeté, ce n’était pas le cas.

J’irais bien fouiner dans votre corbeille à papier…

(Rires)

Il y a toujours eu de la musique celtique dans vos albums. Cette fois-ci,  un peu plus.

Avant, j’habitais à Lyon, aujourd’hui, j’habite en Bretagne. Du coup, je pense que je suis imprégné encore plus.

Vous n’écoutez que ça ?

Non, pas  du tout, même si je vais danser le festnoz régulièrement. Entre le brouillard, la pluie, la mer, il y a quelque chose qui appelle certaines mélodies, certains sons. Et le granite fabrique une énergie particulière…

Cela étant, je sais que la création, pour vous, garde une part de mystère.

Depuis que je fabrique des chansons, c’est curieux, mais je sens que ce sont elles qui nous guident. Mises bout à bout, ça donne une ambiance générale. Avec de la mesure, bien entendu. Il y a des choses que viennent de nos propres réflexions. Mais, globalement, on essaie de rester à l’écoute des chansons pour se laisser guider.

"Tout de nous", extrait de l'album "Jusqu'à La Mer" (sortie : octobre 2012)
images : David Caen
montage : Bruno Cariou
Texte & Musique : Amélie-les-crayons
Arrangements : Olivier Longre
(c)(p) Neômme/Rouge Poppi 2012

Dans Jusqu’à la mer, on entend de nouveaux instruments que vous n’aviez pas utilisés amélie-les-crayons,jusqu'à la mer,interview,mandoravant.

Ça, c’est l’effet Olivier Longre. Chez moi, dans ma chambre, il y a un piano et une guitare, c’est tout. Par contre, chez lui, on ne peut pas marcher par terre tellement il y a d’instruments. Parfois, j’en entends un qu’il me fait découvrir et je me dis que ce serait bien si on arrivait à la placer dans un morceau. Lui, il se moque d’où vient l’instrument, c’est le son qui l’intéresse.

Vous arrivez avec vos chansons en guitares-voix, ensuite, vous la décorez ?

Moi, je ne fais rien. A partir de ce moment-là, c’est Olivier qui s’y attelle. Je lui donne quelques pistes de temps en temps, mais pas toujours.

Parfois, vous découvrez un morceau terminé?

Complètement. Il travaille pendant dix jours, on ne peut d’ailleurs pas lui parler. Et puis, quand il a fini, il nous livre le fruit de son travail. Donc, effectivement, je suis dans une totale redécouverte du morceau. Pour moi, à chaque fois, c’est un beau cadeau d’anniversaire.

Ça vous arrive de contester un fichier qui arrive ?

Oui, bien sûr. Nous travaillons dans un véritable échange de création et nous avons une vraie affinité musicale. Moi, quand j’écris une chanson, j’ai l’impression qu’il comprend tout de suite la vision de l’après, la vision de ce que je veux qu’elle devienne. Je pense que c’est une histoire de connivence intense. Ce n’est pas juste une connivence musicale, c’est aussi une vraie histoire d’amitié et de complicité. On travaille dans le plaisir. Lui il se fait plaisir dans le fait d’habiller mes chansons et moi de les entendre habillées ainsi. Ce qu’il y a de génial, c’est que l’on rigole bien.

amélie-les-crayons,jusqu'à la mer,interview,mandor

Il s’est passé 5 ans entre La Porte Plume et Jusqu’à la mer.

On a fini la tournée de La Porte Plume en décembre 2009. Ensuite, j’ai eu besoin de tranquillité pour me ressourcer. Depuis 2001, depuis le début de l’histoire d’Amélie-les-Crayons, nous ne nous étions pas arrêtés. Du coup, je pense qu’il était nécessaire pour moi de faire le point pour savoir où j’en étais. Et puis, très franchement, à chaque fois que j’arrête une tournée, j’ai envie de changer de métier.

Ah bon ! Expliquez-moi ça.

Ça ne dure pas longtemps, mais deux fois, ça m’est arrivé et je me suis dit qu’en fait, je voulais faire de l’agriculture. Complètement autre chose, quoi.

amélie-les-crayons,jusqu'à la mer,interview,mandorMais pourquoi ? Quand vous faites des concerts, les salles sont systématiquement remplies, votre public est d’une fidélité sans réserve...

Oui, tout à fait. Mais j’ai trop peur d’être malhonnête à un moment donné. J’ai peur de ne pas écrire les chansons qu’il faut. Je veux que mes créations musicales soient hyper justes et sincères et à chaque fin de tournée, j’ai l’impression que je ne vais jamais plus y arriver.

Ah d’accord ! Le doute de l’artiste, en somme.

Non, il ne faut pas prendre cela à la légère, c’est plus profond. C’est comme une mini dépression. Ça dure quelques mois.

Et qu’est-ce qui fait que vous revenez finalement ?

J’ai recommencé à faire quelques petits concerts complètement informels, pour faire plaisir à des personnes qui me le demandent. Et je me suis rendu compte qu’être confrontée au public, c’est ce que j’aime. Il y a vraiment un endroit où je me sens à ma place, c’est sur scène, quoi.  Et pour que le monde aille bien, il faut que chacun soit à sa place.

amélie-les-crayons,jusqu'à la mer,interview,mandor

Avez-vous déjà fait de la scène avec cet album ?

On a fait une petite résidence au Train Théâtre à Porte-lès-Valence. On est encore dans des réflexions. Le spectacle n’a pas encore été présenté tel quel, mais ce que je peux dire, c’est qu’en terme de mise en scène, ce sera un peu plus épuré qu’à l’accoutumée. Ce sera plus « concert » que ça ne l’a été avec La porte plume. Moins théâtral. C’est marrant comme les aventures, les projets ont tous leur vie, un caractère, une personnalité en fait.

Qui peut vous échapper parfois ?

Complètement. Mais, c’est ça qui est magique et extraordinaire. J’aime arriver à me laisser porter par les chansons, même si parfois, c’est difficile.

Vous me faites la gentillesse de venir à ma rencontre le jour même de la sortie de l’album, le 8 octobre, je vous en remercie. Vous êtes comment le jour de la sortie d’un nouveau disque ?

On ne s’habitue pas. En plus, ce n’est que mon troisième. Ce qui est génial, enfin, ce qui est flippant, c’est de se demander s’il va plaire aux gens parce qu’on y a mis tout notre cœur, et aussi notre âme. Après, il y a des gens dont l’avis est particulièrement important. Ma sœur par exemple.

Elle est le baromètre officieux ?

Voilà, c’est ça. J’ai eu un mail d’elle dans lequel elle me disait qu’elle avait beaucoup aimé, donc, je suis un peu rassurée… une chape de plomb qui tombe. Après, il y a les journalistes comme vous, les gens proches, les gens avec lesquels on travaille et puis après, et surtout, il y a le public.

amélie-les-crayons,jusqu'à la mer,interview,mandorVous fêtez cette année vos 10 ans de carrière. Ça commence à faire une belle carrière…

Je n’ai pas l’impression que cela fait 10 ans. Je n’ai pas vu le temps passer, du coup, ça ne me donne pas envie de fêter cet anniversaire. Mine de rien, il n’y a eu que trois projets et ce n’est pas beaucoup. Peut-être au qu’au dixième album, je ferai un anniversaire, mais là, c’est trop tôt.

Vous me disiez tout à l’heure, que chaque album, chaque spectacle à sa vie ? Peut-on considérer qu’à chaque fois, ce sont des petites carrières ?

Voilà, c’est exactement comme ça que j’envisage la chose. Du coup, le travail d’équipe, c’est ce qu’il y a de plus génial. On part de zéro et grâce au talent de chacun, on arrive à faire des trucs un peu hallucinants. Toute seule, je n’y arriverai jamais. Ce travail en équipe me gratifie très fort. Le rapport au public, l’échange, tous les retours qu’on peut avoir, complètement délirants parfois, des gens sont une sacrée récompense. Quand ils nous renvoient que ce que nous fabriquons à une utilité, il n’y a rien de plus qui puissent nous faire plus plaisir. Parce que, dans l’absolu, on a tendance à se dire que ça ne sert à rien de faire des chansons.

Alors que c’est tout le contraire. Vous faites le plus beau métier du monde. Donner du rêve aux gens, les sortir de leur morosité, de leur quotidien…

Effectivement, mais les trois dernières années que je viens de passer sans être confronté à un public m’ont fait perdre cette conscience-là. Il est arrivé pourtant que quelqu’un m’explique que ce que nous avons fabriqué les accompagne dans leur vie, d’une manière même très intime. C’est super émouvant et très fort pour moi. Je suis souvent étonnée et je suis bouleversé de savoir que j’ai une place dans la vie de telle ou telle personne. Quand je reçois ce genre de témoignage, je me dis que c’est une bonne raison de continuer.

Vous êtes venus ici avec votre bébé de 3 mois. Ça a changé quelque chose dans vos textes cette période où vous étiez enceinte ?

Il y a quelques chansons qui ont été écrites pendant la grossesse. Même si j’étais dans un état particulier, je ne sais pas si ça a vraiment influencé l’écriture ou les compositions de ce nouvel album. Je pense que ce sera sur mes prochaines chansons que l’on sentira l’écho de ma vie de jeune maman.

"Si tu veux", 2eme extrait de l'album Jusqu'à la Mer,
écrit et composé par : Amélie-les-Crayons
arrangements : Olivier Longre
prises de vue : David Caen
montage : Bruno Cariou
(c) (P) Neômme/Rouge Popi

Pour cet album, vous me disiez en off que l’on vous a fait le coup de « l’album de la maturité »…

(Rires). Vous seriez gentil, François de ne pas prononcer cette phrase. Mais effectivement, ça fait 10 ans qu’Amélie-les-Crayons existe et en 10 ans, on vit plein de choses différentes, on évolue donc on change, on grandit.

En termes d’écriture, vous avez la sensation d’avoir progressé.

En tout cas, je suis plus exigeante. Je ne sais pas si ça se voit, mais en tout cas, je travaille plus. Même si je suis toujours à la recherche de la liberté et de la spontanéité, le fait de se laisser guider, d’être dans un état ou c’est plus l’instinct qui parle que la tête qui réfléchit, je peux tout de même affirmer que le travail de l’écriture, j’y reviens plus qu’avant. Pour résumé, j’ai un premier jet un peu instinctif et après, je le retravaille.

Vous faites le distinguo entre écrire des textes et écrire des chansons.

Absolument. Mais, je peux aller encore plus loin. En fait, j’écris à des gens. Quand j’écris, je pense toujours à quelqu’un. Du coup, mes chansons ne sont pas informelles, mais chacun à une lecture qui lui est personnelle. Dans cet album, il y a de vraies chansons d’amour. Je les ai écrites pour mon amoureux… et comme on vit tous plus ou moins les mêmes histoires, à un moment donné, chacun peut s’y retrouver.

DSC05719.JPG

(Merci à Patricia Espana sans qui ce rendez-vous n'aurait pas eu lieu. Ou peut-être, si, mais quand même.)

26 octobre 2012

Prix Ozoir'Elles 2012

prix ozoir'elles 2012,eric holder,embrasez-moi

prix ozoir'elles 2012,eric holder,embrasez-moiLe Prix Ozoir'elles 2012 a été attribué, mardi dernier (le 23 octobre), à Éric Holder pour son recueil intitulé Embrasez-moi (éditions Le Dilettante). Ce prix récompense un recueil de nouvelles parmi 4 ouvrages publiés par une maison d’édition de renom.
Le jury exclusivement féminin est composé de : Simonetta Greggio (présidente), Victoria Bedos (malheureusement absente ce jour-là pour cause de préparation de concert), Astrid Eliard, Véronique Genest, Macha Méril et Colombe Schneck… ainsi que quelques Ozoiriennes triées sur le volet.
Éric Holder sera présent au Salon du livre d'Ozoir-la-Ferrière le samedi 24 novembre prochain.

Ceux qui me suivent ici le savent, je suis l’animateur de ce salon depuis quatre ans, c’est la raison pour laquelle je me suis rendu aux délibérations de ce Prix. (Comme en 2009, en 2010 et en 2011…)

Cette remise de prix s’est tenue de nouveau au Café des Éditeurs, à Paris. Mon amie, l’auteure et blogueuse Sophie Adriansen, qui est aussi l’une des invitées de ce salon, est venue jeter un coup d’œil aux coulisses de cette délibération. (Voir là).

L’artisan de ce prix est Luc-Michel Fouassier, conseiller municipal chargé de l’événementiel littéraire et lui-même nouvelliste et romancier (par la même occasion, très bon ami de Mandor), sous l’impulsion de Jean-François Oneto, maire d’Ozoir-La-Ferrière.

Voici mon portfolio de ce moment toujours aussi convivial.
De gauche à droite : Colombe Schneck, Simonetta Greggio (présidente), Véronique Genest et Macha Méril avant la délibération...

DSC05810.JPG

Les mêmes (prises par Sophie Adriansen).

IMG_2395.JPG

Top départ pour les délibérations!

DSC05816.JPG

DSC05820.JPG

DSC05822.JPG

Les délibérations se poursuivent sous le regard de Jean-François Oneto et Luc-Michel Fouassier.

DSC05823.JPG

DSC05825.JPG

La délicieuse Simonetta Greggio (présidente du jury), justifiant son choix.

DSC05828.JPG

Sophie Adriansen et son oeil avisé...

DSC05831.JPG

Comme chaque année, la photo de "famille" concluant cette délibération.

De gauche à droite : Macha Méril, Colombe Schneck, Jean-François Oneto, Véronique Genest, Astrid Eliard, Luc-Michel Fouassier et Simonetta Greggio (présidente).

DSC05832.JPG

L'animateur du salon s'est glissé subrepticement sur cette photo...

IMG_2484.JPG

Les membres du jury et les Ozoiriennes ayant participé (activement et très sérieusement) aux votes...

DSC05838.JPG

L'envers du décor... (merci à Sophie Adriansen)

IMG_2499.JPG

24 octobre 2012

Delphine Volange : interview pour Et de Delphine Volange, le ciel était toujours sans nouvelles

delphine volange,et de delphine volange,le ciel était toujours sans nouvelles,interview,mandor

« Raffinée, surprenante. Inédite. Les mots sont ses alliés, elle n’en a pas peur, mais sa délicatesse nous laisse comme deux ronds de flan. Delphine est belle et vulnérable. Prenez soin d’elle ». C’est par ces mots que l’écrivain Marie Nimier présente Delphine Volange. Pour faire plus ample connaissance avec la jeune femme, je parcours son dossier de presse, et je lis : « L’écriture raffinée servie par des mélodies et arrangements tout à la fois sobres et sophistiqués laisse percevoir une nature romanesque et sensuelle. Chaque séquence semble comme échappée d’une toile de maître ». Je me méfie toujours de ce qu’indique un dossier de presse. Mais là, après écoute. C’est ça. Pas un mot à modifier.

Réalisé par David Aron-Brunetière, l'album Et de Delphine Volange, le ciel était toujours sans nouvelles, majoritairement composé par Bertrand Belin offre également une touche Gainsbourienne grâce à la complicité de Jean-Claude Vannier (HÔTEL CHOPIN).

delphine volange,et de delphine volange,le ciel était toujours sans nouvelles,interview,mandorLe 3 octobre dernier, Delphine Volange est passée à l’agence en compagnie de l’éditeur Laurent Balandras, à l’origine de la carrière d’Olivia Ruiz. Celui-ci décide de soutenir activement son travail.

J’ai lu aussi ceci dans le dossier de presse : « Fragile et drôle, elle offre à qui veut l’entendre sa sensualité singulière et la tendre extravagance dont elle a le secret. Elle semble réveiller le doux fantôme d’un passé éternel, diva de cinéma, pimpante ou poignante, qui joue sur scène - non sans dérision - ce qu’elle est au naturel à la ville, dans ses toilettes distinguées et subtilement anachroniques. ». J’ai pensé la même chose pendant l’instant passé avec elle lors de l’interview. Cette femme s’est trompée d’époque, certes, mais elle transporte ce qu’elle est dans des chansons élégantes et finalement très modernes. Chapeau bas !

delphine volange,et de delphine volange,le ciel était toujours sans nouvelles,interview,mandor

delphine volange,et de delphine volange,le ciel était toujours sans nouvelles,interview,mandorInterview :

Beaucoup vont penser que vous débutez. Rien n’est moins faux.

Effectivement, ça fait quelques années que je chante, mais très vite, je suis tombée sur un compositeur dont j’ai fini par devenir une sorte de muse et qui, très vite, a essayé de composer des choses pour que je puisse poser mes mots dessus et chanter. J’ai donc joué les cocottes un petit temps.

Joué les cocottes ?

J’avais la nostalgie des salons à la française où, dans les après-midi un peu voluptueuses, on chantait des chansons un peu à la Yvonne Printemps. Je me suis beaucoup éloignée de cette période et de ce genre là de répertoire, mais je ne peux pas renier cette part de moi-même qui était un peu nostalgique. C’est ma voix qui m’emmenait vers ce genre de répertoire… Mais je dois dire que j’étais entourée de musiciens classiques et de professeurs qui avaient tendance à valoriser cet aspect-là de moi, et comme j’étais plutôt comédienne de nature, il y avait une manière un peu théâtrale de jouer ces chansons-là qui me plaisaient. Ça me permettait de m’amuser beaucoup.

Et donc, vous vous êtes éloignée de tout ça.

Oui, j’ai commencé à transposer des textes de Thérèse d’Avila et de Saint Jean de la Croix en espagnol. Alors, c’est devenu quelque chose d’un peu tragique. J’adore les histoires de reines à qui il arrive des malheurs. J’adore aussi jouer les saintes éplorées, mais je vous rassure, ça n’a pas duré très longtemps. J’ai vite senti cet appel à autre chose.

Après il y a eu un peu de cabarets…

Non, ce n’était pas vraiment du cabaret. Disons que c’étaient des gens qui avaient la nostalgie du cabaret qui ont employé ce terme. Peut-être avais-je une manière un peu folâtre de me manifester sur scène ?

En tout cas, vous avez eu plusieurs types de répertoire.

Celui de cette période était plutôt inspiré de l’opérette, ensuite je suis tombé sur un autre compositeur qui était plus jazzy. Il est vrai qu’aujourd’hui j’arrive comme ça avec cet album, comme tombée du ciel, mais en même temps j’aurais pu déjà enregistrer deux disques de chansons, dont je ne peux pas dire que je regrette qu’elles n’aient pas été enregistrées. Si je ne les renie pas, je préfère nettement apparaître avec des chansons qui sont pleinement les miennes.

Ce premier album « Et de Delphine Volange, le ciel était toujours sans nouvelles » est composé par Bertrand Belin. Il y a deux duos avec lui d’ailleurs sur le disque.

J’ai eu le sentiment en rencontrant Bertrand que, d’une certaine façon, sa personne d’artiste répondait chez moi à un désir impérieux et très personnel. En le trouvant, j’ai eu la sensation que mon désir avait été tellement puissant que j’avais réussi à le manifester. J’ai trouvé avec lui la vibration idéale, celle à laquelle j’aspirais pour moi. Il y a eu un genre de tropisme positif, ça arrive dans le monde végétal, un rapprochement réflexe, ce qui a fait que je me suis sentie accueillie. Après cela, le temps à imposé sa loi de patience. Ça ne s’est pas fait tout de suite, mais j’ai eu raison d’attendre.

Peut-on affirmer que Bertrand Belin est un double musical ?

Oui, ce qui ne l’empêche pas de collaborer avec d’autres personnes. A la base, avec Bertrand, on ne s’est pas dit que l’on allait faire un album, on s’est dit qu’on allait faire une chanson. Puis une autre, puis une autre… chaque chanson était un monde à part.

Il y a un titre qui s’intitule « Sublimons ». Est-ce qu’il faut sublimer la musique ?

Intuitivement, je dirai que c’est un élan naturel chez Bertrand. C’est instinctif. Cette exigence musicale lui colle au corps.

Ce disque est ce vers quoi vous vouliez parvenir ?

Oui et c’est énormément grâce au réalisateur de l’album, David Aron-Brunetière, dont on n’imagine pas à quel point son rôle est essentiel. Il a eu à cœur de respecter le son acoustique, boisé, charnel des instruments, de ne pas tout passer au robot mixeur des ordinateurs, même si on n’y échappe pas complètement, mais il a été très vigilant là-dessus. Du coup, l’aspect davantage formel, classique, très tenu de mes textes, croisé avec cette musique plutôt contemporaine, donne ce résultat qui, pour moi, m’inscrit dans aujourd’hui.

Ceci n'est pas un clip, je répète, ceci n'est pas un clip. Juste une chanson. Monceau.

Vos textes sont indéniablement très littéraires et poétiques. Lisez-vous beaucoup ?

Je ne suis pas très lettrée, même si j’ai beaucoup lu quand j’étais petite. Les choses me viennent ainsi naturellement. Je ne peux pas revendiquer une influence littéraire qui soit très précise. Même Bertrand s’amusait parfois à comparer une phrase, par-ci par-là, à des auteurs. Mettons que j’ai l’âme romantique.

Depuis le début de notre conversation, je vous trouve… habitée. Un peu hors-norme.

Pour moi, être habitée, ce n’est pas hors norme. Je ne suis pas la seule à penser cela, mais je trouve que nous vivons dans un temps qui a tendance à abolir la ferveur et l’ardeur et la passion et la flamme. Il est beaucoup question de flamme et de feu dans cet album d’ailleurs. Après coup, dans un miroir, je me suis dit que, oui, finalement, je porte cette flamme. Vous savez, nous sommes nombreux à ne pas vouloir nous éteindre. Il est vrai que je pense beaucoup au ciel et à la part d’invisible des choses. Pour moi, elle est presque palpable. C’est là tout le temps. Il est naturel que parfois, certaines personnes sensibles le ressentent au travers de ce qui peut parfois émaner de moi.

Votre travail d’artiste, vous le faites pour dire au public la même chose de ce que vous venez de me confier ?

Sûrement. Mais vous savez tout ça est très instinctif, ce n’est pas cérébral. Je dois vous dire que je suis surprise moi-même de ce que je viens de vous dire. Je le sentais, je le savais, je le pressentais, mais là, je le vois posé à l’extérieur de moi, alors ça me trouble un peu. En même temps, c’est un vertige qui n’est pas désagréable.

delphine volange,et de delphine volange,le ciel était toujours sans nouvelles,interview,mandor

(Copyright: David Ignasweski)

Je sens que vous faites très attention aux mots que vous prononcez, que vous contrôlez vos propos.

C’est une réflexion que l’on me fait, même dans la vie courante. Je redoute toujours de poser un mot qui ne soit pas juste.

Comme dans vos chansons. Ce n’est pas fatigant de faire attention en permanence ?

Nous sommes en interview. Je ne suis pas toujours en train de m’observer. Là, je sais que les choses seront inscrites, donc je prends garde parce que c’est toujours désagréable de lire sa pensée déformée, malmenée. Je ne suis pas seule en cause dans cette histoire. Il y a aussi Bertrand, il y a David… et toute l’équipe qui a travaillé sur ce disque. Sinon, pour répondre à votre question, non, ce n’est pas fatigant… enfin ça peut être fatigant pour qui m’écoute (rires).

delphine volange,et de delphine volange,le ciel était toujours sans nouvelles,interview,mandor

Que représente la scène pour vous ?

C’est le pourquoi de tout. Il y a pour moi, une nécessitée absolue à aller partager.

Vous voyagez beaucoup grâce à la musique, ces derniers temps.

Oui, nous sommes allés au Japon par exemple. Puis, j’ai fait un concert à Londres, puis à Cuba. Au Japon on a fait trois concerts. D’ailleurs, je reviens sur le fait que vous disiez que je cherchais mes mots pour ne pas dire n’importe quoi. Ce qui était très troublant au Japon, c’est que les gens ne comprenaient rien du tout de ce que je disais et qu’ils s’en foutaient même royalement. J’étais très fascinée par ça. Vous vous rendez compte, une fille comme moi qui baragouine des choses que personne ne comprend. Manifestement, le public ne pouvait être sensible qu’à la voix, qu’au son, qu’à la vibration. Pour moi, ça, c’était comme une forme de libération. Cela ouvre tout de même de manière conséquente le champ des possibles et cela remet les choses à leur juste place. Les chansons, elles sont faites pour être chantées. Ce sont des sons, c’est de la musique. J’étais finalement infiniment touché que les gens soient eux-mêmes touchés par ce qui émanait de la chanson, au-delà du sens. Peut-être que le sens subliminal est beaucoup plus important et transcende le reste. Pour moi, c’était une sorte de révélation.

delphine volange,et de delphine volange,le ciel était toujours sans nouvelles,interview,mandor

Delphine Volange, le 3 octobre 2012. En haut, avec Mandor. En bas, avec Tony Montana.

delphine volange,et de delphine volange,le ciel était toujours sans nouvelles,interview,mandor

(Merci à Patricia Espana, l’attachée de presse de la chanteuse en néanmoins amie, pour l’organisation de cette interview en deux temps, trois mouvements.)

19 octobre 2012

Céline Mastrorelli : interview pour Elle était une fois

céline mastrorelli,elle était une fois,interview,mandor

(Photo : Stéphanie Gac)

J’ai découvert Céline Mastrorelli lors des Muzik’Elles 2009. Elle avait remporté avec brio le tremplin Nouv’Elles. Nous nous étions rencontrés à cette occasion. Depuis, je suis de loin (pas de si loin que ça d'ailleurs) son évolution musicale. Son album est sorti le mois dernier et il est brillantissime. Elle écrit et compose, textes et mélodies, classe ce premier album et sa musique comme de la pop minimaliste. C’est de la chanson française, inspirée par Gainsbourg, Brel, Barbara, avec des cordes et des violons… et aussi de l’électro… Céline Mastrorelli nous offre un premier album soigné et pétillant dédié aux femmes qui aiment les hommes qui aiment les femmes, et qui saura séduire le plus grand nombre. La chanteuse cannoise est venue à l’agence le 28 septembre dernier pour une interview mandorienne fort agréable.

céline mastrorelli,elle était une fois,interview,mandorExtrait de la biographie signée Henry Michel (je ne sais pas qui est ce monsieur, mais comme le laïus était signé, je rends à César ce qui… etc.) :

Céline Mastrorelli vient de la « chanson française, » qu’on prend enfin plaisir à prononcer à nouveau sans son voile de poussière. Ayant accompagné en première partie Biolay, Chamfort, Raphaël ou Le Forestier, Céline croit encore aux jolies phrases.

Céline croit encore aux jolis mots, et aime jouer avec, parfois en trapèze, mais ne tombe jamais. Céline croit encore aux chansons qui racontent des choses, comme elle croit encore au prince charmant. Des chansons qui, en concert, font sourire hommes et femmes. Les unes, se retrouvant dans ces récits, les messieurs, grimaçant peut-être à l’évocation de crimes passés ou pire encore : à venir.

céline mastrorelli,elle était une fois,interview,mandor

céline mastrorelli,elle était une fois,interview,mandorInterview :

Tu as mis longtemps pour sortir cet album…

J’ai perdu beaucoup de temps, mais à la fois, ce temps perdu m’a servi. S'il y a 8 ans on m’avait dit que mon album sortirait en 2012, j’aurais arrêté tout de suite. Mais comme tu ne sais jamais ce genre de chose par avance, ça ne pouvait pas me décourager. Tu sais, j’ai commencé tard à écrire des chansons. J’avais 25 ans. Très vite, mon style s’est affirmé. Chaque fois, j’estimais que la chanson d’après était meilleure que celle d’avant. Quand tu rentres dans cette logique de te dire que la prochaine sera meilleure alors on va l’attendre, tu perds des années. J’avais très peur de graver quelque chose qui existe et que je renie.

Ensuite, il a fallu trouver les bonnes personnes pour faire cet album.

J’ai surtout cherché longtemps un label qui lui-même pourrait me trouver les bonnes personnes. En fait, ça faisait beaucoup d’intermédiaires tout ça et beaucoup de perte de temps. Quand j’ai eu 30 ans, je me suis dit que c’était maintenant. Chacun à l’investissement de sa vie. D’aucuns s’achètent un appart, l’autre une bagnole, un troisième des voyages. Moi, mon investissement il est là. J’ai tout mis dans la production de cet album.

Le teaser de l'album.

On sent qu’il y a les moyens derrière…céline mastrorelli,elle était une fois,interview,mandor

Oui, par exemple, je voulais, un joueur de Thérémin. C’est un des premiers instruments électroniques de tous les temps qui produit des sons à base d'ondes et de champs magnétiques. C'est le déplacement des mains dans l'espace qui produit le son, un truc presque irréel un peu comme si on dessinait sans feuille. Je voulais aussi un quatuor de cordes, un bon pianiste, un bon réalisateur, un bon studio, bref, je voulais le meilleur pour mon album. Je voulais quelqu’un qui comprenne ce que j’avais envie de rendre. J’ai donc fait appel à Benjamin Tesquet et Benjamin Constant. Et les deux ont été incroyables. On est rentré en studio en octobre 2010, il y a deux ans.

Il y a deux ans ? Du coup, tes chansons ne sont pas toutes récentes.

Comme je savais que j’allais mettre longtemps avant de réussir à sortir cet album, je voulais sélectionner les chansons qui seraient pour moi intemporelles, qui auront toujours un sens et celles dont je savais que j’aurais toujours autant de plaisir à chanter. Je n’ai d’ailleurs pas choisi de potentiels singles.

Tu racontes des histoires personnelles, mais toutes les femmes peuvent se retrouver dans tes chansons.

Quand j’étais petite, je pensais que j’étais différente. Quand j’ai grandi, je me suis dit que j’étais finalement comme tout le monde. Et aujourd’hui, je m’aperçois que je suis différente comme tout le monde. Chacun est unique et tout le monde est différent. C’est pour ça que mon histoire personnelle parle à tout le monde. On aime, on déteste, on a le cœur brisé, on vit des moments extraordinaires. C’est vrai que ce sont des chansons de filles dans le sens où c’est une fille qui les raconte, mais l’angle de la caméra est de temps en temps placé vers la fille, de temps en temps placé vers l’homme. Tout le monde devrait se retrouver.

Le premier clip officiel: "Robe de Cocktail".

Tu manies à merveille l’autodérision dans tes textes ?céline mastrorelli,elle était une fois,interview,mandor

Je trouve qu’arriver à se moquer de soi même, c’est tellement plus simple. Tout est plus relatif, tout prend une dimension beaucoup moins grave. Mais surtout, l’auto dérision, c’est ce qui sauve.

Je lis sur ton Facebook beaucoup de belles réactions par rapport à la sortie de cet album.

C’est incroyable. Ça te fait presque oublier les 8 ans de patience. En plus, il y a 79 radios, grandes et petites, qui ont souhaité me programmer. J’ai un quota d’écoute en streaming sur Spotify ou sur Deezer qui est assez incroyable. Je parle bien sûr dans le cas de quelqu’un qui n’a pas de promo.

On peut difficilement te ranger dans une case en tout cas.

Oui, personne ne sait si c’est dans la case variété variété, ou intello intello. Le « entre les deux » n’est pas très pratique à situer. Je trouve, en tout cas, que c’est faux de penser que la variété ne peut pas être intello. Depuis quand il faudrait écrire des textes débiles pour faire de la variété ?

céline mastrorelli,elle était une fois,interview,mandorTon album commence par un magnifique instrumental. On dirait presque une musique de film.

Si mon album est une histoire, j’ai envie de faire un générique de début et un générique de fin. J’ai composé vraiment une musique qui explique que l’on rentre dans une histoire.

L’ordre des chansons est donc important.

Ça a été un véritable casse-tête. J’ai fais en sorte qu’il y ait un sens logique. Tout commence avec « Lost in Paris ». Cette chanson ne peut pas bouger, c’est sa place. Et évidemment, tout fini avec « A mes amours ». C’est une manière de dire aux hommes qui ont traversé ma vie: voilà, j’en ai chié, vous m’en avez fait baver, mais merci parce que, grâce à vous j’ai appris, grâce à vous, je suis ce que je suis devenue aujourd’hui. Et maintenant, je suis prête à nouveau à aimer. Ça y est, je sais comment ça marche.

Enregistrement de "T'oublies or not T'oublies" (1ere version) en duo avec Benjamin Tesquet.

céline mastrorelli,elle était une fois,interview,mandorParlons de « T’oublies or not t’oublies », ton duo avec Joseph d’Anvers. Je n’ai pas reconnu sa voix, d’ailleurs.

Non, parce qu’il ne chante pas comme d’habitude. Pour ce duo, j’avais deux chanteurs en tête. Marc Lavoine et lui. J’aime les voix graves, je trouve ça tellement beau.  C’est marrant, dans cette chanson, il a un timbre de gros fumeur, alors qu’il ne fume pas.

"Ex en Provence" est ta chanson préférée. Pourquoi ?

Je l’aime aussi pour ce qu’elle raconte : la fin d’une très jolie histoire. Mais, il y a une lecture pour les personnes qui veulent écouter cette chanson au premier degré. En fait, dans chaque phrase, tu as vraiment un deuxième sens… J’aime aussi l’arrangement.

Le 22 octobre, tu joues au Réservoir, avec Pauline Brooks en première partie.

C’est le concert de ma sortie d’album. Donc j’ai envie de faire un peu la fête. Sur scène, il y aura évidemment les chansons de l’album, et je ferai des duos avec deux trois amis chanteurs. Par exemple Vincent Lieben avec notamment la reprise de « Mademoiselle liberté », le chanteur du groupe Super Pop Corn et Pauline Brooks. On sera 6 sur scène… Ce sera plus une fête qu’un concert.

céline mastrorelli,elle était une fois,interview,mandor

(Photo d'ouverture de l'interview : Sand Mulas).

15 octobre 2012

Mathieu Boogaerts : interview pour son album éponyme

mathieu boogaerts,eponyme,interview,mandor

mathieu boogaerts,eponyme,interview,mandorMathieu Boogaerts a sorti son nouvel album éponyme le 1er octobre dernier. Il propose des chansons dont il doit être lassé de s’entendre dire qu’elles sont minimalistes. Disons qu’elles sont aussi simples qu’elles sont sophistiquées. Il suit sa route sans les paillettes, mais avec une impeccable rigueur. Je l’ai déjà mandorisé pour son précédent album, c’était en 2008, dans un bar de la capitale. Cette  fois-ci, le lieu est plus personnel. Il m’a reçu le 26 septembre dans son petit studio, à deux pas de sa salle fétiche, La Java. Un endroit coupé du monde dans lequel il aime venir réfléchir, travailler et désormais, donner ses interviews…

Interview :

À la Java, tu as rodé tes nouvelles chansons quelques mois. Était-ce aussi pour les tester auprès du public avant de les inclure dans l’album ?

Pas du tout. Quand on fait un concert, ce n’est pas un disque. On n’a pas d’applaudimètre pour savoir si telle ou telle chanson marche mieux que l’autre.

Mais un artiste sait si la chanson capte l’attention du public, quand même…

Dans un spectacle, une chanson peut avoir un succès parce qu’elle amène une énergie, parce qu’elle arrive au bon moment,  alors que quand on fait la vaisselle chez soi, on s’en fout. Néanmoins, le fait d’avoir joué ses chansons régulièrement sur scène, quand j’étais derrière mon micro, en studio pour les enregistrer, j’avais un supplément de confiance et de foi que je n’aurais pas eu autrement. 80% de la matière audible sur le disque ont été faits en deux après-midi. Basse, batterie, guitare. J’ai pris un peu plus de temps pour faire des voix, mais ça a été plutôt rapide quand même.

Clip de "Avant que je m'ennuie".

Cette réputation que tu as d’être pointilleux en studio est-elle exagérée ?

Je ne suis pas pointilleux pendant les enregistrements, mais je suis pointilleux quand j’écris les textes, pointilleux quand j’écris les mélodies, pointilleux pendant l’enregistrement, pointilleux pendant le mixage, pointilleux pour l’ordre des chansons, pointilleux pour la pochette. C’est pour ça que j’ai la prétention de sortir un disque et de le vendre au public. Si je n’étais pas pointilleux, ce serait malhonnête de ma part.

Dans ce disque, on sent que tu t’es amusé avec les sons et les mots. Cela étant, c’est valable pour tous tes albums précédents.

Merci de cette dernière précision. L’exigence du son des mots et du sens du texte fait partie du métier d’auteur-compositeur-interprète de chansons. Une chanson c’est la rencontre entre des mots et de la musique. Les mots doivent évoquer les sentiments, un sens, mais ils doivent aussi sonner et vibrer avec les accords… bref, c’est un tout. En aucun cas, il n’y a pas de chansons avec lesquels je suis plus ambitieux et pointilleux. Le curseur est au même niveau pour chaque chanson.

Est-ce que c’est une création mathématique d’écrire une chanson ?

C’est mathématique dans le sens où il y a un cadre. Une mélodie, ça a un certain nombre de pieds. Voilà, j’ai 12, 12, 6, 6, 7, 12… donc effectivement, il y a un peu de mathématique qui intervient dans la création d’une chanson. La musique, c’est mathématique.

Et le rôle d’un auteur compositeur est-il aussi d’inventer de nouvelles formules ?

Personnellement, même si je suis forcément conditionné, j’essaie au maximum de me libérer de toute convention. Par exemple, il y a certaines fautes de français dans mes textes, mais comme je les fais volontairement, j’assume tout à fait. Quand Nino Ferrer chante « Gaston, y a l’téléfon qui son », ça n’a pas le même impact que « Gaston, y a le téléphone qui sonne ».

Parfois, crains-tu que ton second degré assez fréquent ne soit pas toujours perçu comme tel ?

Je peux me dire que telle ou telle phrase est potentiellement confuse ou pourrait être mal interprétée. Pour la première fois, quand je l’ai remarqué, je l’ai un peu modifié, parce que pour ce disque, j’avais vraiment envie d’être compris plus que d’habitude. J’ai été soucieux d’être le plus limpide possible, tout en gardant ma patte personnelle.

Pourquoi as-tu le souci de ne pas envisager la musique et les textes comme les autres ?

Parce que pour moi, cela va de soi. Être artiste et sortir un disque à 20 euros, si on revendique que ça vaut le coup de l’acheter, c’est aussi parce que ce n’est pas le même que celui du voisin. Mon métier, c’est de traduire en chanson des sentiments par lesquels je suis passé avec un langage personnel et original.

Pour la première fois, un de tes albums n’a pas de titre…

Je crois qu’on a le droit d’utiliser ce procédé une fois. Je ne veux pas que cet album ait un statut différent des précédents, mais sur les autres, le titre s’est imposé. Là, je n’ai eu aucun déclic, du coup, il était hors de question que je nomme ce disque avec un titre que j’aurais été susceptible de regretter. Inconsciemment, ça à un peut-être un sens, mais que je ne maîtrise pas.

mathieu boogaerts,eponyme,interview,mandor

Dans cet album, il y a deux chansons d’amour, très premier degré, comme « Sylvia » et « Je sais ». C’est rare dans ton répertoire que tu ne cherches pas à créer des effets stylistiques quand tu chantes quelque chose de très personnel.

Cette remarque me fait plaisir. Je reviens à ce que je te disais tout à l’heure, je veux que cet album soit plus « abordable ». En gros, je suis sur une plage l’été, il y a un feu de camp, il ya une guitare sèche qui passe, je sens que la chanson, tout le monde peut la chanter en chœur avec moi et comprendre de quoi je parle.

C’est difficile pour toi de faire simple ?

Le plus beau compliment que l’on puisse me faire quand on écoute une de mes chansons, ce serait « mais bon sang, bien sûr, il fallait y penser ! ». C’est comme le mec qui a inventé le carré, le rond ou le triangle, ça paraissait évident, mais ça n’existait pas avant que quelqu’un y pense. Ça peut paraître bizarre, mais je t’assure que j’ai toujours été à la recherche de la simplicité, tout en étant original et nouveau si possible.

Tu écris parfois pour les autres, récemment pour Luce, Camélia Jordana et en ce moment pour Vanessa Paradis. 5 titres en tout. C’est énorme !

C’est elle qui est venue vers moi parce qu’elle a beaucoup aimé la chanson « Moi c’est » que j’ai écrite pour Camélia Jordana. J’en ai fait 6, elle a gardé 5. Elle semble très enthousiaste de mes chansons et j’en suis ravi parce que je les aime aussi beaucoup. J’ai développé des musiques et des textes en fonction de l’idée de ce que je me fais de ce qu’elle a dans la tête.

Il faut se prendre pour Vanessa Paradis pour écrire pour Vanessa Paradis.

C’est pareil qu’au cinéma. Il faut se prendre pour Antoine Doinel pour jouer Antoine Doinel.  Dans tous mes albums, chaque chanson est un prétexte pour aller explorer un personnage enfoui au fond de moi. Quelque part, j’ai un peu de Vanessa Paradis en moi. J’ai un peu de femme en moi. C’est marrant ce que je te dis là, c’est la première fois que je formule les choses comme ça.

En fait, tu joues un peu la comédie pour interpréter ce que tu as de plus caché en toi.

C’est difficile à expliquer. Pourquoi je passe tout d’énergie, tant d’amour, tant de temps, à écrire des chansons, à les enregistrer, à les trouver justes, à les mettre sur un disque, enfin… d’employer autant d’énergie à tout cela ? Inconsciemment, je dois avoir un déficit de communication dans la vraie vie, et donc, c’est une façon d’exister, de créer un lien avec le reste du monde. Quand je suis sur scène, ce sont des moments de jouissance au sens propre du terme. Ce n’est pas de l’orgasme sexuel, mais le corps exulte réellement. Ce sont des moments où je me sens vraiment vivant.

Le teaser du disque.

Est-ce que tu vis ta vie d’artiste de la manière la plus idéale ?

Mon opinion est qu’on ne peut pas vivre sa vie d’artiste idéalement. Je vais un peu loin dans ma théorie, mais un artiste, par définition, est toujours à la recherche de quelque chose. Si on refait un disque, c’est que le précédent n’était pas comme on voulait qu’il soit parce qu’il manquait quelque chose. Moi, je suis toujours frustré. C’est une composante inhérente à mon travail. Cela étant, il y a des jours où je vois le verre à moitié vide et d’autres jours, le verre à moitié plein.

Et ça se traduit comment ?

Quand je le vois à moitié vide, je me dis : « J’ai 41 ans, j’en suis à mon 6e album. Je fais toujours partie des artistes confidentiels, toujours dans la case « spé ». Pourquoi, je ne vends pas autant de disques qu’Étienne Daho, qu’Alain Souchon ou que Benjamin Biolay ? ».  Je ne comprends pas donc je suis un peu jaloux, un peu frustré, un peu aigri.

Et quand tu vois le verre à moitié plein ?

A ce moment, je me dis : « Ça fait 17 ans que je fais exactement la musique que je veux, comme je veux. J’en vis correctement, je n’ai pas de problèmes d’argent. Le matin quand je me réveille, ma seule problématique professionnelle, c’est de me demander quel type d’accord, quel mot je vais choisir, quel typo je vais prendre pour l’affiche ? ». Dans ce sens, je sais que c’est un luxe énorme et  je me sen hyper privilégié.

mathieu boogaerts,eponyme,interview,mandor

13 octobre 2012

Laetikèt : interview pour l'EP Super 8

laetikèt,super 8,interview,pic d'or,pipoland,mandor

J’ai rencontré et vu évoluer sur scène Laetikèt pour la première fois au Pic d’Or de cette année. Mais je connaissais son existence d’artiste. Je savais qu’elle évoluait dans la région de Limoges et qu’elle chantait ses propres ballades avec une sensibilité proche de ce que j’aime dans la chanson. J’ai profité d’un de ses passages parisiens, pour la convier à l’agence. Le 28 septembre dernier, elle arrive toute bronzée et radieuse.

laetikèt,super 8,interview,pic d'or,pipoland,mandorAvant de lire l’interview, voici sa biographie officielle.

« Multi-instrumentaliste (Percussionniste, accordéoniste, guitariste), sa voix accompagne avec merveille tous ces instruments sur scène dans un one woman band show sensuel, à la fois décapant énergique et fragile. C’est avec des textes ciselés que Laetikèt, entremêle les doutes, la peur, la rage de l’impuissance face à la fatalité. Un climat aérien nous tient également sur ces titres comme un fil sur lequel on se ballade funambule dans ce bel univers. Elle a fait la première partie de partagé le plateau France Bleu du Printemps de Bourges 2009 avec Tiken Jah Fakoly et Daniel Darc. Laetikèt a remporté le 3e prix du trophée France Bleu de la Truffe de Périgueux en août 2008. Finaliste du Pic d'Or de Tarbes en 2011, on a pu la croiser sur des premières parties de Madjo, les Popopopo's, les Bombes de Bal ou encore Jacques Higelin. Sélectionnée pour les Voix du Sud (Francis Cabrel), l’artiste revient desRencontres d’Astaffort. »

laetikèt,super 8,interview,pic d'or,pipoland,mandor

laetikèt,super 8,interview,pic d'or,pipoland,mandorInterview :

Après un premier album en 2010, Pipoland, tu sors un EP, Super 8.

J’aime bien la démarche de sortir un EP. Je trouve que c’est une bonne solution d’en faire plus régulièrement, plutôt que de sortir un album tous les trois ans.

En même temps, ton EP a 6 titres. À 4 près, tu aurais pu sortir un album, finalement.

Je me suis fait la réflexion aussi (rires). Les 4, du coup, je me les garde pour la scène.

Ça fait 6 ans que tu fais ce métier, tu n’es donc pas précisément une débutante.

Grosso modo, j’ai toujours fait de la musique. Sur la région de Limoges, j’ai joué comme batteuse dans des groupes de rock. Mes deux instruments de prédilection sont la batterie et l’accordéon. La guitare est venue bien après, juste pour m’accompagner. D’ailleurs, c’est cet instrument qui a été le déclic. À partir du moment où j’ai su en jouer, l’écriture est arrivée dans ma vie. Ça m’a débloqué complètement.

Ton répertoire à toi tend vers une pop folk.

Contrairement à mon passé musical plus tonitruant, j’aime bien ce qui est feutré, plus doux et simple.

Il faut avoir la foi en soi pour être artiste aujourd’hui, non ?

Il faut y croire. Les moments où je n’y crois plus, je me pose un moment et, irrémédiablement, ça revient après. Ce métier, c’est une bataille, mais c’est aussi un défi avec soi-même. Il faut garder une constance malgré les passages à vide. Tu sais, à côté, je suis musicothérapeute. J’interviens dans les établissements spécialisés avec des adultes et des enfants handicapés, des personnes âgées  atteintes de la maladie d’Alzheimer. Je travaille en lien avec des psychologues et toute l’équipe paramédicale. J’apporte le côté artistique dans un protocole de soin. Je joue de l’accordéon, je chante et je les fais participer.

laetikèt,super 8,interview,pic d'or,pipoland,mandorC’est passionnant, mais ce doit être quelque chose d’éprouvant, non ?

Moi, ça me fait un bien fou. Si je ne fais que de la scène, je ne me sens pas utile. Quand je suis avec ces personnes « emmurées » avec eux-mêmes, à la fin de la journée, je sens qu’il s’est passé quelque chose. Ça me permet aussi de relativiser beaucoup les difficultés de mon métier.

Cette partie-là de ta vie, modifie-t-elle ta perception de l’être humain, du monde et donc, est-ce que cela t’incite à écrire ce que tu vois autour de toi ?

Même si je suis confrontée à la souffrance, je ne pense pas que ça influe vraiment. J’écris plutôt des tranches de vie. Mes chansons ne sont généralement pas autobiographiques.

Jamais ?

Il est difficile de faire abstraction de la part de soi, mais j’essaie de ne pas trop me regarder le nombril dans mes chansons. Je veux aller vers quelque chose de plus large que le « moi je »,  « moi je »…

Dans ton répertoire, j’aime ce côté sombre et ironique matinée d’une pincée d’espoir.

C’est toujours sur un fil. Je n’arrive pas à écrire des chansons si je ne suis pas dans la tourmente. Quand je vais bien, je vis. Je me sers de la tourmente pour libérer un peu mon mal-être momentané et mes doutes éventuels.

Les journalistes ont le défaut de vouloir comparer les nouveaux artistes avec des artistes plus connus, pour situer un peu. Avec toi, je n’ai pas trouvé la moindre ressemblance.

On me dit souvent que ma voix et mes textes font penser à la chanteuse Rose. J’aime bien cette artiste, mais honnêtement, je ne trouve aucune ressemblance.

Tu écoutais quoi, dans ta prime jeunesse ?

Santana, Police, Sting, les Beatles et aussi Cabrel.

laetikèt,super 8,interview,pic d'or,pipoland,mandor

Laetikèt avec maître Cabrel lors des 35e Rencontres d'Astaffort.

En parlant de Cabrel, tu as participé en avril dernier aux 35e Rencontres d’Astaffort.

Oui, c’était une superbe expérience, mais bien perturbante. Quand tu te retrouves à 15 avec des gens que tu ne connais pas ayant, de surcroit, des univers complètement différents, ce n’est pas évident. Moi, j’ai l’habitude de la solitude dans la création. Là, on se retrouve nue devant tout le monde. Je n’arrivais pas à me livrer comme ça. Petit à petit, au fil des jours, je me suis aperçue que j’étais vraiment faite pour bosser seule (rires). Plus sérieusement, il y a eu de belles rencontres et j’ai rencontré des gens avec lesquels j’avais plus d’affinité que d’autres. J’ai appris des choses sur la manière de composer, avec des structures très théoriques.

laetikèt,super 8,interview,pic d'or,pipoland,mandor

Laetikèt avec Jeanne Cherhal (marraine des 35e Rencontres d'Astaffort), en plein cours.

Chanter, c’est un acte impudique ?

Tu trouves ?

Je ne sais pas. Je ne suis pas chanteur. Mais, c’est ce qu’on me dit souvent.

Oui, c’est vrai. Il y a ce côté-là où on est à poil. C’est plus livrer les textes que chanter qui est impudique. Le tout, c’est porter la pudeur correctement.

Il paraît aussi que c’est épuisant de tenter de se faire connaître.

Tout dépend ce que tu attends comme reconnaissance. Moi, je veux juste vivre de ma musique et pouvoir chanter dans de bonnes conditions, avoir les moyens de présenter de beaux spectacles. Je vais avoir une résidence au mois de janvier 2013 et je vais bosser avec l’ancien metteur en scène de La Grande Sophie. L’idée est d’être fière de ce que je veux présenter sur scène dans les mois prochains.

Tu fais parfois des concerts à domicile et des concerts IDTGV.

Oui. Premièrement, c’est vraiment très agréable à faire, les gens sont sympathiques et très à l’écoute. Deuxièmement, on écoule beaucoup d’albums, ce qui n’est pas négligeable.

Tu donnes aussi des cours de batterie, de percussions.

Oui, je gagne ma vie ainsi, et avec les ateliers de musicothérapie dont nous parlions tout à l’heure, je m’en sors. De toute manière, je n’aime pas faire qu’une seule chose. Tu vois, je mène ma barque, avec toujours la musique en toile de fond.

laetikèt,super 8,interview,pic d'or,pipoland,mandor

09 octobre 2012

Dam Barnum : interview pour la sortie de Des pieds, des mains

390978_280781321958514_1796095822_n.jpg

J’ai fait venir à l’agence Dam Barnum parce que son premier album (sorti avant-hier) a titillé mes oreilles de manière réjouissante. Et puis, parce que l’histoire d’un bassiste qui joue dans des groupes de rock se lançant soudain dans une carrière solo m’intéressait au plus haut point. Damien Lefèvre, puisqu’il s’agit de lui, a abandonné un temps le groupe Luke pour aborder une nouvelle phase musicale, plus pop et solitaire. Il est venu m’expliquer le pourquoi du comment, un matin. Très tôt. Merci à lui pour ce petit déjeuner/interverview.

Dam_Barnum_-_Des_Pieds_Des_Mains.jpgBiographie (inspirée de l’officielle, mais raccourcie et réarrangée sinon c’est pas drôle).

Dam Barnum sort son album. Il nous prodigue une pop rêveuse et quotidienne, une pop qui réactualiserait les Kinks au pays de Brel et Bashung. Dam Barnum n’est pas un débutant, ni un inconnu. Il a été un des fondateurs d’Eiffel, a enregistré l’album de Michel Houellebecq et tourné avec lui, enregistré avec Cali, composé pour la danse contemporaine et, depuis 2005, il est le bassiste du groupe Luke. Ses chansons sont moitié autobiographiques obliques, moitié fictions tendres. Dam Barnum appartient à l’école de la limpidité mélodique qui, de Michel Polnareff aux Innocents, nous a donné tant de tubes imparables. En tout, douze chansons ferventes et radieuses, sentimentales et pêchues.

DSC05653.JPG

Interview :

La première réflexion que je me suis faite en écoutant ton album, c’est que tu as un sens de la mélodie très développé.

J’adore les Beatles, et plus généralement la pop anglaise et sa manière mélodique d’amener les choses. Il est fort probable qu’inconsciemment, je m’en inspire.

Tu as été musicien de deux groupes de rock français légendaires, Eiffel et Luke. Pourquoi as-tu décidé de mener ta propre carrière ?

Je ne me suis jamais dit : « Tiens ! Si je devenais moi aussi chanteur ! ». En fait, en 2007, je sortais d’une tournée avec les Luke. Je n’avais rien à faire pendant deux mois, j’ai donc sorti ma guitare, je me suis amusé à jouer et à la fin, ça a fait des chansons. En faisant écouter à mes proches, j’ai constaté qu’ils semblaient tous d’accord pour dire que c’était intéressant.  Ça m’a incité à envisager cela de manière plus officielle.

Trailer

Mais, y avait-il une envie de se mettre quand même un peu plus en avant ?

Non.  Je ne le prends pas comme une ascension sociale, mais plus comme une envie d’aller voir ce qu’il se passe de l’autre côté de la rue.

On s’ennuie parfois en étant musicien d’un groupe ?

Non, on ne s’ennuie pas du tout. Après, comme dans tous métiers, il arrive qu’il y ait une routine qui s’installe. J’aime bien me renouveler et tenter de nouvelles expériences musicales. Attention, j’ai conscience que c’est génial de faire de la musique et en vivre. Mais arrivé à la 70e date, il y a quand même un petit sentiment de lassitude. J’ai eu envie de nouveauté et puis, j’ai surement aussi eu le besoin de me lancer un défi, d’aller dans tes territoires inconnus. On a tous besoin de se remuer, de se bouleverser, d’être stimulés par autre chose.

Tu as fait 10 ans de piano classique et tu es devenu bassiste rock. C’est ce mélange qui fait que l’on sent une espèce de douceur dans ton disque.

J’ai voulu que mon album soit fin, presque féminin et moins martial. J’ai conçu dans ma petite chambre quelque chose d’intimiste. J’ai joué parfois avec des instruments bricolés, ce qui a donné une espèce de fragilité. C’est un peu l’esprit de mon album. Je pense que j’ai voulu contrecarrer ce que j’ai fait pendant 10 ans. Jouer fort. 

Version acoustique de "Les souterraines".

As-tu pris du plaisir à écrire tes textes?

Ça m’a fait un bien fou. Ça a structuré ma pensée. Il faut essayer de formuler tes idées. J’adore me poser quelques heures et réfléchir à la bonne phrase, la meilleure formulation.

Tu joues beaucoup avec les mots et tes textes ne sont pas tous très joyeux.

C’est la vie qui est comme ça. Il y a des bons et des mauvais moments. J’ai des textes relativement graves, mais j’essaie de mettre un peu de gaieté dans ma musique parce qu’en même temps, il y a une envie de vivre et d’en découdre. C’est l’ambigüité entre la fureur de vivre et l’attirance vers la mort.

En sortant cet album solo, te sens-tu redevenir un débutant ?

Complètement. C’est un état paradoxal, je t’assure, parce que ça fait dix ans que je suis sur la route. J’admire les Rolling Stones qui font la même chose depuis 50 ans et qui le font bien. Moi, j’en serais incapable. Bowie, par contre, lui, a toujours pris des risques. Il s’est renouvelé quasiment à chaque album. Même en France, un mec comme Cali, il essaie des choses différentes, quitte à se planter parfois. Je trouve ça très respectable.

"Sauvage" aux Trois Baudets le 8 mars 2012.

As-tu trouvé ta voix de chanteur facilement ?

Au début, tu ne réfléchis pas, ta voix s’impose naturellement, ensuite, ceux qui bossent avec toi te conseillent un peu, alors tu prends du recul et tu modifies le mieux possible. Il y a dix ans, tu m’aurais dit que j’allais faire un album solo en tant que chanteur, mais je t’aurais ri au nez. Je bosse en tout cas.

luke2010-frankloriou-02.jpg

Le groupe Luke (crédit : Franck Loriou)

Tes collègues de Luke ont-ils écouté l’album?

Je ne crois pas. On ne s’est pas beaucoup vu récemment. On a fait un petit break et chacun s’occupe de ses affaires. Ce disque, c’est ma parenthèse, mon petit jardin secret et je ne les emmerde pas avec ça. On a été pendant 2 ans tout le temps ensemble, on a besoin de respirer son propre oxygène.

C’est un peu difficile de se faire connaître des médias, non ?

C’est un peu long parce que je suis en développement et je suis autonome. Je fais tout avec mes petits moyens et une petite équipe. On n’a pas la même force de frappe qu’une major.

41XH2X47E5L._SL500_AA300_.jpgTu as enregistré et joué avec Michel Houellebeq. Quel souvenir en gardes-tu ?

J’en garde le souvenir d’une expérience folle. Je ne connaissais pas bien l’auteur, ni vraiment l’ampleur du personnage. Je l’ai découvert après. On répétait dans un petit studio au Studio bleu, dans ta rue, là, pas loin. On allait manger un sandwich en face. Il y avait Houellebeq, Bertrand Burgalat et nous ? nous étions trois d’Eiffel. Houellebecq était très sympa, très humain.

Ça t’a libéré de sortir ce disque ?

Oui, maintenant j’espère que les chansons vont toucher les gens. Cela étant, je ne cours pas après le succès. Mon but est d’acquérir une certaine liberté, faire un peu ce que j’ai envie de faire, quand j’ai envie de le faire. C’est ce que j’ai toujours fait dans ma vie. J’ai toujours été tête de mule à ce sujet. Je me suis barré à 18 ans de chez moi et je suis allé un peu partout en disant que je voulais faire de la musique.

En 2012, est-ce bien raisonnable de sortir un disque ?

Non, pas du tout. Mais faut-il être raisonnable ? Je n’ai pas envie de l’être. Je serai raisonnable quand je serai mort. Je sais bien que ce n’est pas viable de sortir un disque comme je le sors. C’est beaucoup d’énergie donnée pour un résultat totalement improbable. Mais quand tu as fait des chansons, il faut bien qu’elles sortent, sinon, tu finis avec de grands regrets et de grandes frustrations quand tu as 60 ans.

Le clip de "Tu tombes bien".

Pourquoi as-tu choisi de prendre un pseudo ?

Ça me paraissait plus facile pour moi de me cacher derrière un personnage pour habiter mieux mes chansons. J’ai l’impression que c’était plus simple pour moi de monter sur scène en étant quelqu’un d’autre.

Tu vis de ta passion, tu es le plus heureux des hommes ?

C’est fabuleux. Mais tu sais, il y a plein d’autres métiers qui m’attirent. Berger par exemple, guide de montagne aussi. Quand j’avais 17 ans, je ne me destinais pas à être musicien. Je voulais être journaliste.

C’est marrant, moi je voulais être musicien chanteur.

On échange nos places ?

Pour le bien de la musique, je veux bien de te donner la mienne, mais garde la tienne.

DSC05654.JPG

05 octobre 2012

Anouk Aïata : Interview pour son premier EP

332567_226685584127230_1740544422_o.jpg

Quand j’ai reçu l’EP d’Anouk Aïata, j’ai été sous le charme immédiat de sa voix ensorcelante et de sa musique vagabonde. Merci à son attachée de presse, Patricia Teglia, d’avoir fait en sorte que je puisse la recevoir rapidement. Le 21 septembre, je vois arriver à l’agence une femme pleine d’humour et pour le moins énergique.

545847_225349454260843_1521807014_n.jpgExtrait de sa biographie officielle :

En langue maorie « aïata » signifie « la femme mangeuse des nuages du ciel ». C’est ainsi vêtue de poésie océanique et armée de gourmandise que se présente devant nous Anouk Aïata après deux années de gestation où ont alterné séances d’écriture et concerts. Cet EP officialise la naissance discographique d’une jeune pirate qui arraisonne le vieux gréement de la chanson française avec un beau culot et une voix étincelante comme une lame… Une mise en bouche qui nous permet d’ores et déjà de situer l’artiste sur une carte musicale vaste comme le monde et préfigure la sortie d’un album à paraître à l’automne 2013 où d’autres rythmes chaloupés seront au menu…

53808_228329617296160_1917548912_o.jpg

Interview :

Je connais ton existence pour être tombé sur quelques vidéos de toi en train de chanter ces deux trois dernières années, mais je ne sais pas grand-chose de ton parcours.

Je chante depuis 15 ans dans plein de groupes différents. J’ai commencé dans un groupe de rock au lycée, après j’ai fait du reggae, du trip hop, de la chanson française, j’ai cumulé pas mal de projets dans l’espoir qu’il y en ait un qui fleurisse. Il faut semer plusieurs graines pour cela. Après mon bac, j’ai décidé de ne faire que de la musique. J’ai abandonné mes études pour vivre l’école de la vie. Au bout de 10 ans de « ramage intergalactique » et de plaisir aussi, on a réussi à signer chez Barclay.

Un bien beau label au passé et au présent prestigieux.

Oui, belle image de marque, en effet. De plus, on a adoré les équipes que l’on a rencontrées, aussi bien les directeurs artistiques que les chefs de projets. Ils signent peu d’artistes chaque année, ils ont donc le temps de les développer. J’espère que cet EP, puis l’album à venir vont me permettre de durer longtemps. Chez Barclay, on se sent libre de nos mouvements et libre artistiquement. Parfois, on a discuté intelligemment sur certains titres et on a su s’écouter mutuellement.

Naci en alamo

Tu commençais à désespérer avant de signer?

C’est dur quand tu investis tout dans la musique et que ça ne marche pas. Au début, ce projet, je l’avais intitulé « Anouk Aïata et the last chance » (rire). On s’est finalement dit que c’était hyper négatif, on a donc voulu rayonner autrement. On a changé de nom et d’état d’esprit et aujourd’hui, tout va bien. Il faut s’acharner dans la vie et croire en soi, ça finit par payer un jour.

Tu réalises aujourd’hui ?

J’ai toujours attendu ça et en même temps, le processus de signature c’est étalé sur un an et demi. À présent, dès que je suis sur une marche, je me contente de tenter d’aller sur la suivante. Il est vrai que maintenant que le EP existe en physique, que je peux le toucher, je commence à réaliser.

En l’écoutant, on constate qu’il est éclectique.

Il y a dedans 4 titres et 4 directions, mais on en a d’autres dans notre besace. On n’est pas qu’une seule chose et on n’aime pas qu’une seule musique. On balaye plusieurs styles et horizons. Cet EP est important, il est comme une carte de visite musicale. Mine de rien, ça fait longtemps que je fais de la musique, mais là, je vais être écouté par pas mal de professionnels et un public beaucoup plus large.

Errer

Tu réponds toujours avec un « on ». Vous êtes deux artisans pour cet album.

Oui, je travaille avec Amos Mâh. C’est mon binôme, mon alter ego, on a monté ce projet à deux, on écrit et compose tout à deux. Bref, on est main dans la main.

Quand as-tu su quelle musique tu voulais jouer réellement ?

Tu sais, pendant des années, j’ai voulu être Ella Fitzgerald, chanteuse de jazz donc, parce que j’ai eu un déclic pour cette musique. Le jazz m’a amené vers un trip hop jazz qui m’a ensuite amené vers la chanson française jazzy. Au bout d’un moment, je me suis rendu compte que j’aimais faire de la chanson en français. Il y a un moment où j’ai dérivé vers autre chose et où j’ai affiné mon style. Pour te résumer tout ça, aujourd’hui, mon but musical est de faire un métissage de la musique « world » avec du jazz, du reggae et de la chanson française. Je veux créer avec tous ces genres, un style musical cohérent… et j’y travaille tous les jours.

Tes textes en français allient formidablement le sens et le son. En France, tout le monde n’y parvient pas.

C’est difficile parce qu’il y a eu tellement de bons auteurs avant nous que la pression est grande sur ce point-là aussi. Je suis fan de Barbara, Brel, Brassens, évidemment… mais aussi, je te le dis franchement, Dalida. J’aimais bien ses chansons, son attitude scénique et son côté kitch.

Ce n’est pas évident d’écrire en français, de toute manière… c’est une lapalissade.

J’évoquais les anciens, mais il y a quelques artistes d’aujourd’hui qui ont ouvert une nouvelle brèche. -M-, Camille, Alexis HK, par exemple. Personnellement, j’ai longtemps écrit en anglais, il a fallu que j’affine ma plume en Français pour que je me lance. Ca a été long, mais je suis content du résultat. Avec Amos, on s’est bien trouvé à ce niveau-là aussi. On est dans le même onirisme, le même romantisme, le même côté un peu passéiste, un peu mélancolique.

I forgot to love

 Sur scène, il faut s’attendre à quoi avec vous toi ?

À quelque chose qui nous ressemble. Quelque chose qui est drôle et poétique, inspiré du monde. Je veux transporter mon public dans notre univers. Dans nos chansons, on parle beaucoup de la nature, du monde, d’amour, d’exil, d’errance… je ferai en sorte d’emmener le public avec moi.

Chanter, c’est impudique ?

Oui, je suis pourtant pudique corporellement, mais moins de l’âme. Le chant, de toute façon, ce n’est que de l’émotion, tu es à nu. Il faut être habité et être à livre ouvert. Il faut tout donner de soi au public, je crois.

Pourquoi regardes-tu la lune?

Comment tu expliques que tu sois tant habitée quand tu es sur scène ?

Je ne le l’explique pas. C’est de la magie, c’est du domaine déique, c’est un don. C’est même mystique cette énergie. Je n’ai pas l’impression d’avoir choisi la musique, j’ai la sensation que c’est la musique qui m’a choisi. Être habité, ce n’est pas un bouton sur lequel tu appuies. Soit tu l’es, soit tu fais semblant.

Le groupe Zebda semble, en tout cas, avoir été conquis. Tu es en première partie de leur concert au Zénith de Paris le 12 octobre prochain. Mazette !

Je suis ravie, évidemment, mais j’ai une pression énorme. En plus, il est question que l’on fasse un titre avec eux pendant leur concert. Monter sur scène avec eux… je n’ai pas du tout peur, tu t’en doutes.

DSC05586.JPG

29 septembre 2012

Luce : interview pour La fabrique à comptines

luce, la fabriques à comptines, éveil et découvertes, interview, mandor

Luce, la gagnante de la finale de la Nouvelle Star 2010 sort un livre disque tout à fait étonnant. Dans La fabrique à comptines, elle  interprète de manière fort inspirée des comptines pour enfants. Le projet, une fois la surprise passée, semble comme une évidence, tant son timbre de voix et sa personnalité pétillante conviennent bien à ces chansonnettes. Elle y apporte un réel et explosif brin de fraîcheur, d'originalité et de folie.
L'accompagnement musical est réalisé par le groupe Male Instrumenty, 5 musiciens polonais qui jouent de la musique avec... des jouets.

Il y a des grands classiques comme « Ah ! Les crocodiles », « Bateau sur l'eau » ou « Ainsi font font font » et d'autres moins connues comme « Coccinelle demoiselle » ou « Mon petit lapin ».

L’attachée de presse de ce projet (Flavie Rodriguez) m’invite le 18 septembre dernier dans un bar de la capitale pour une rencontre avec Luce.

Interview :

Quelle drôle d’idée ce disque...

C’est exactement ce que je me suis dit au départ. Je n’ai pas compris qu’Éveil et découvertes pensent à moi pour un tel projet. Et puis j’ai écouté les maquettes faites par le groupe Male Instrumenty et j’ai réalisé que ce n’était pas si bizarre que ça finalement. J’ai même trouvé le projet un peu spécial. Sans les paroles, on ne dirait pas de la musique pour enfant. Ils sont allés plus loin et c’est ça qui m’a donné envie de me lancer. J’ai trouvé intéressant que moi, chanteuse qui débute, je me frotte à ça. Il a fallu que je mette en place toute une mécanique d’interprétation, voire même que je théâtralise ma façon de chanter… et j’adore ça.

Vous avez été dirigée ou vous y êtes allée à l’instinct ?

En fait, on m’a donné les maquettes bien avant l’enregistrement. J’ai eu un peu de temps pour réfléchir à la façon de m’intégrer aux chansons. Ensuite, en studio, tout s’est fait d’un commun accord, en toute diplomatie et intelligence avec notamment Adeline Ruel qui fait partie d’Éveil et découvertes et Flavie Rodriguez, ici présente, qui a suivi le projet depuis le début. J’ai imbriqué mes envies par rapport aux leurs.

Est-ce que vous avez testé le résultat des chansons auprès des enfants. Parce qu’« Ainsi font font font » en version electro…

Je pense que dans les comptines pour enfant, il y a un côté toujours trop conventionnel. C’est souvent guitare voix et pas très original. Ce n’est pas le but de La Fabrique à comptines. Notre travail dépoussière un peu les comptines qu’on a l’habitude de chanter aux enfants. Mais, ça ne va pas choquer les enfants, je vous assure. Ça amène plus de couleurs et d’énergie. On n’est pas là pour rassurer l’enfant, mais pour qu’ils s’amusent en écoutant les comptines. Moi qui me suis éclatée à le faire, je me dis que la maman ou le papa face à son enfant, s’ils s’appuient sur le livre et le CD, il peut se passer des trucs de fou, des moments de complicités joyeuses formidables. Je suis sûre que le parent et l’enfant peuvent même se fendre la poire.

Quelle était l’ambiance pendant l’enregistrement ?

Si on s’est souvent amusé, on a un peu galéré sur certains titres. Trouver une bonne direction, ça ne se fait pas en claquant des doigts. Sinon, ça voudrait dire qu’on a bâclé le travail et que l’on est revenu à quelque chose d’hyper conventionnel. Moi, je ne voulais pas que mon nom soit accolé à un projet qui soit banal et sans âme.

Je reviens au groupe Male Instrumenty. C’était facile de se fondre dans leurs univers délirant et surréaliste ?

Ce n’est pas facile parce qu’ils ont un univers vraiment particulier. Leur version de « Ainsi font font font », je la compare à « Antisocial » de Trust. C’est hyper spécial. La difficulté a résidé au fait de rendre homogènes ma voix et leur musique. Rendre quelque chose de rond qu’on va pouvoir faire écouter à un enfant.

luce,la fabriques à comptines,éveil et découvertes,interview,mandorQuand je regarde la couverture du livre disque, je trouve que même le code couleur correspond à votre personnage. Quel souci du détail !

Exactement ! Merci de me faire cette remarque. C’est très acidulé et ça aurait pu coller à un projet personnel de Luce en tant que chanteuse. Dans le livre, j’aime bien les dessins, les décors, le design… c’est beau et c’est bien fait.

Quel est votre rapport à l’enfance. J’ai l’image de vous de quelqu’un qui ne parvient pas à sortir de l’enfance…

C’est quelque chose que je cultive volontairement, mais c’est très en moi. Je suis très nostalgique de mon enfance, très nostalgique de l’époque où mes grands-parents étaient encore vivants. Ils me cuisinaient de la compote, ils me chantaient des comptines en catalan… Depuis deux ans, il se passe beaucoup de choses pour moi et, évidemment, ça me fait grandir, je le sens.

Je vous ai vu, il y a un an pour la sortie de votre disque « Première phalange », vous étiez luce,la fabriques à comptines,éveil et découvertes,interview,mandorbeaucoup plus « écervelée » lors de la promo. Là, j’ai l’impression que vous êtes un peu plus « sage ».

C’est bizarre, en deux ans, avec tout ce que j’ai vécu professionnellement, j’ai l’impression d’avoir  muri à vitesse grand V. Je suis un peu plus posée que quand il m’est tombé dessus ce tourbillon médiatique, alors que je n’avais que 19 ans.

Comment s’est passée votre tournée mondiale en France ?

Mais, ne plaisantez pas là-dessus ! Nous partons à Moscou chanter le 16 novembre, monsieur. La blague de la tournée mondiale en France ne marche plus, puisqu’effectivement, nous quittons la France.

Vous préparez actuellement le deuxième album.

J’écris beaucoup, je réfléchis à la tournure de cet album. Il m’est arrivé beaucoup de choses, comme je le disais tout à l’heure, mais j’ai aussi pris quelques claques en route. Du coup j’écris différemment. J’essaie aussi d’être un peu plus patiente…

Vous apprenez à canaliser votre tempérament et votre énergie.

Voilà, c’est ça. J’apprends à me gérer un peu plus. Mais, je suis une nana qui a toujours envie de rire et de bouffer la vie. A 22 ans, on n’a pas encore envie de se prendre la tête.

A l'issue de l'interview, nous sommes stoïques devant l'objectif...

luce,la fabriques à comptines,éveil et découvertes,interview,mandor

Puis c'est le dérapage bonbonnesque.

luce,la fabriques à comptines,éveil et découvertes,interview,mandor

25 septembre 2012

GaliM : interview pour Rien n'est perdu

IMG_6093.JPG

GaliM est une chanteuse qui habite dans le Tarn-et-Garonne, à côté de Montauban, mais qui tourne dans toute la France. Et de plus en plus. Elle bénéficie d’un incroyable bouche-à-oreille à tel point qu'à la force d'en entendre parler, j'ai voulu absolument la découvrir. A l'écoute de son disque il y a quelques semaines, j’ai beaucoup apprécié sa voix énergico-flamboyante et ses textes ambitieux, jamais anodins.

GaliM 1.jpgSon EP 6 titres Rien n'est perdu est sorti le 6 avril dernier. Nous avons convenu une rencontre lors d’une prochaine visite de la chanteuse dans la capitale. Ce qui fut fait le 14 septembre dernier.

Galim et sa bookeuse Frédérique Demange arrivent à l’agence, valises à la main, après quelques heures de train. Un petit café et magnéto Serge !

Extrait de sa biographie officielle :

Une femme, une guitare, une silhouette fragile et le cheveu rouge flamboyant, GaliM est facilement identifiable !

Auteure-compositeure de chanson française, GaliM privilégie l'écriture et son interprétation portée par une voix qui offre une variété de tons se déroulant en tension maitrisée, en émotions tenues et lâchées. Son répertoire distille tour à tour des sons rock et d'autres plus festifs, des rythmes hispanisants ou à trois temps pour habiller des textes empreints de nostalgie et d'espoir, de souffrances et d'amour.

DSC05556.JPG

Interview :

As-tu reçu une formation musicale ?

Quand j’étais petite, j’ai pris des cours de batterie à 8 ans, ensuite j’ai pris des cours de guitare classique jusqu’à 12 ans. J’ai commencé à écrire et composé pour moi, quand j’étais ado.

Tu as eu entre 2005 et 2009, une période parisienne où tu as bien bourlingué.

Paris, c’est l’idéal pour faire ses armes. C’était une bonne école que de chanter dans les bars, de tenter de capter l’attention des personnes présente dans la salle.


GALIM en concert au Rio à Montauban - Oct 2011 par stephanie_arnoud

Ça ne doit pas être évident, car tes textes sont exigeants, je veux dire par là qu’ils demandent à être écoutés avec attention.

J’ai même tenté de chanter dans le métro. C’est extrêmement difficile. Quand tu parviens à faire en sorte que deux trois personnes s’arrêtent pour écouter au moins une chanson, tu es déjà très content. Au bout de 5 ans de Paris, j’ai eu un ras-le-bol de tout. Du temps, du stress… Pour développer mon projet musical, j’ai trouvé que ça saturait à un moment. Je suis allée voir ailleurs, en province. L’air est plus pur, le soleil est là, les gens son plus accueillant… et en plus je suis payée, c’est magnifique.

Dans ta région, désormais, tu chantes « officiellement ». C’est ton métier.

Oui. On ne peut pas dire que j’en vis encore bien, mais je commence à avoir mon public.

GaliM et Flow invitées par Melissmell à l'Européen le 31 mars 2011.
GaliM et Melissmell interprètent sublimement "les écorchés vifs" de Noir Désir. Puis Flow, Galim et Melissmell rendent hommage à Mano Solo en chantant "Il m'arrive"...

Je t’associe pas mal à Géraldine Torres, Melissmel et Flow

Oui, c’est vrai. J’ai l’impression que l’on fait partie d’une même famille. Nous exprimons ce qui nous dérange, ce que l’on voit et vit. On a la chance d’avoir le micro et la parole… allons-y, quoi !

Tu te sens double ? La chanteuse et la femme de tous les jours.

En tout cas, ce qui frappe les gens qui me connaissent, c’est qu’ils discernent deux personnes entre ce que je suis sur scène et ce que je suis en dehors de la scène. Dans la vie, je suis quelqu’un de plutôt réservé, alors que je ne le suis plus du tout sur scène.

Il y a des chansons claires, sans détour, et d’autres, plus poétiques… « Cassilde » par exemple, je n’ai pas tout saisi.

J’aime bien quand on peut interpréter un texte selon son bon vouloir, son vécu, son humeur. Cette chanson dont tu parles, elle attire la curiosité de plein de personnes. Chacun à sa vision de l’interprétation.

"Sous les pavés".

« La vie à l’envers » est très originale. On meurt et après on est plus inquiet, on peut vivre sans avoir peu de la mort… c’est un sujet inédit.

Pas vraiment, puisque cette chanson a été inspirée par un texte de Woody Allen. Il a eu l’idée de commencer la vie par la mort et de la dérouler jusqu’à la conception.

On sent du Mano Solo dans tes influences…

Oui, c’est un artiste que j’ai beaucoup écouté et que j’écoute encore. Il fait partie des artistes qui m’ont touché. J’ai aussi beaucoup écouté, Miossec, Thomas Fersen et Noir Désir.

Et chez les Anglo-Saxons ?

Cela peut paraître étonnant quand on connait mes chansons, mais mes goûts vont vers Radiohead, Muse, les Pixies… mes goûts sont plutôt pop et rock.

Ton EP, c’est de l’auto production totale.

Oui, et c’est bien comme ça. Quand je vois les copines qui ont signé dans des labels importants, je pense que ce n’est pas pour moi. Je ne veux pas perdre mes valeurs. C’est trop compliqué pour moi de faire des concessions. Il faut vraiment prendre sur soi. Je veux rester ce que je suis. Mon but n’est pas de passer à la télé. Je veux arriver à vivre de ce que j’aime.  Je souhaite juste avoir un public qui me suive suffisamment pour remplir des petites salles. C’est très bien comme ça.

Reprise de "La non demande en mariage" de Georges Brassens au Festival des mercredis de la bastide à Castillonnés (47) le 8 août 2012.

À la fin des concerts, tu vas à la rencontre des spectateurs. Je sais que c’est très important pour toi.

J’aime voir dans le regard qu’il se passe un truc. Je trouve ça hyper touchant les gens qui viennent me voir en me disant que je les ai reboosté. On a l’impression de servir à quelque chose.

Comment fait une artiste « en devenir » pour se faire connaître ?

Beaucoup de concerts et les réseaux sociaux. Mais, en règle générale, les gens me découvrent grâce au bouche-à-oreille.

galim,rien n'est perdu,interview,mandor,flow,melissmell,frédérique demange

15 septembre 2012

Pierre Szalowski : interview pour Mais qu'est-ce que tu fais là, tout seul?

pierre szalowski,mais qu’est-ce que tu fais là,tout seul ?,interview,mandor

Pierre Szalowski est un auteur qui vit au Québec. Il est actuellement en France pour promouvoir son deuxième roman, Mais qu’est-ce que tu fais là, tout seul ?. J’ai lu ce livre cet été, tranquillement durant mes vacances. J’ai été réellement charmé et ému par ce roman, sorte de fable jubilatoire. J’avais entendu parler de cet auteur, mais je n’avais pas lu son fameux Le froid modifie la trajectoire des poissons (traduit dans de nombreux pays). J'ai reçu Pierre Szalowski le 12 septembre dernier à l’agence et j’ai également été conquis par la personnalité de cet homme étonnant et très attachant.

pierre szalowski,mais qu’est-ce que tu fais là,tout seul ?,interview,mandor4e de couverture :

Le 24 décembre, dans un palace déserté de Montréal, Martin Ladouceur, célibataire endurci, s’apprête à passer le pire réveillon de sa vie. Avec pour seule compagnie un concierge protocolaire, un groom débutant et une femme de chambre timide, l’ex-légende du hockey canadien se retrouve en prime au régime sec, sans strip-teaseuses ni grands crus.

Mais, contre toute attente, en cette nuit de Noël, un petit bonhomme va lui offrir le plus beau des cadeaux. Et, comme par magie, la terreur des patinoires découvrira un sentiment qu’il ignorait jusqu’alors.

Petite philosophie du bonheur, Mais qu’est-ce que tu fais là, tout seul ? est une fable tendre et drôle, remède absolu contre la morosité.

L’auteur :

Ancien photographe de presse, journaliste, directeur de création dans la publicité et vice-président d’Ubisoft Canada, Pierre Szalowski est aujourd’hui scénariste et auteur, mais avant tout « bonheuraturge ». Après le succès international du Froid modifie la trajectoire des poissons, Mais qu’est-ce que tu fais là, tout seul ? est son second roman. Il vit à Montréal.

pierre szalowski,mais qu’est-ce que tu fais là,tout seul ?,interview,mandor

pierre szalowski,mais qu’est-ce que tu fais là,tout seul ?,interview,mandorInterview :

Tu es un personnage étonnant, aux mille vies. Qu’est-ce qui t’anime ?

Le fait de ne pas m’ennuyer. Je vais te donner un exemple qui est révélateur. Quand j’étais à Ubisoft, il y avait des chasseurs de têtes qui tournaient autour de moi. Dans la liste des questions qu’ils me posaient pour mesurer mon ambition, il y en avait une qui revenait toujours : « dans quelle position vous voyez-vous dans 5 ans ? » Je répondais : « la position dans laquelle je me vois dans 5 ans, c’est allongé et content de me lever le matin. » Le métronome de ma vie est la joie de vivre la journée que j’ai à vivre. Je ne suis pas capable de faire une concession à l’ennui. Je ne m’ennuie pas, je ne triche pas. Je peux faire semblant d’aimer quelque chose, mais ça ne va pas durer très longtemps.

Raconte-moi ton parcours pour le moins original.

J’ai voulu être photographe de presse à 15 ans, je le suis devenu. Je voyageais, je faisais plein de choses, mais un jour je me suis rendu compte que je n’avais pas d’amis. Je n’étais jamais là. Donc, je suis devenu photographe de mairie. À la mairie, je commençais à légender les photos. Le journal local m’a repéré et m’a embauché. J’ai fait deux ans dans le journalisme régional à L’Écho régional. J’ai ensuite ouvert  une agence de communication en me rendant compte qu’il y avait un besoin des municipalités. On a eu la Guerre du Golf qui a mis à mal notre activité en 1992. C’était, à ce moment-là, le début de l’informatique, du PC Personnal Computer,  j’ai donc eu l’idée de faire des logiciels. J’ai créé un logiciel de gestion de caves à vins qui a rencontré un succès considérable. On en a vendu des dizaines de milliers d’exemplaires. J’ai aussi inventé un logiciel de gestion de parties de golf qui a fait un bide total. Et enfin, j’ai aussi fait un logiciel intitulé « Drague aux nanas » avec vent d’Ouest et c’est là qu’Ubisoft m’a repéré. Au bout de 7 ans de jeux vidéo, j’ai trouvé que ça devenait ennuyeux de rester dans ce milieu.

J’ai bien compris que tu changes d’activité régulièrement et qu’il te faut toujours être en pierre szalowski,mais qu’est-ce que tu fais là,tout seul ?,interview,mandoraction. Tu es aujourd’hui écrivain. Tu n’as pas peur de t’en lasser également ?

Si. Le risque que je me lasse est permanent. En fait,  j’ai seulement écrit deux romans en 5 ans, parce qu’il fallait que je retrouve l’envie, que je retrouve la pureté. Si je peux ensuite gérer un livre comme une activité professionnelle, au moment où je l’écris, il faut que je sois dans un réel état de pureté. Mon nouveau roman délivre beaucoup d’émotion et je ne peux pas en délivrer sur commande. Il faut que mes capteurs et mes émetteurs d’émotions ne soient pas pollués par une situation financière difficile, par des soucis personnels ou professionnels. La deuxième difficulté, c’est de revivre ce que tu as déjà vécu. Par exemple, ce voyage en France me faisait très peur. Je m’en suis ouvert auprès de mes proches parce que j’allais refaire ce que j’avais déjà fait il y a deux ans. Moi, refaire les choses, ce n’est pas tout à fait mon truc.

Et du coup ?

Contre toute attente, ça me fait plaisir, car je sens une vraie évolution. Je sens que le premier roman a touché des personnes. J’ai déjà fait quelques salons et j’ai rencontré beaucoup de lecteurs qui m’en ont parlé et qui sont venus les bras ouverts prendre le second sans même ne pas savoir de quoi il parle. Je suis en train de découvrir ce qu’un écrivain peut représenter pour d’autres personnes. Je dirais que ce voyage-ci est une initiation à prendre la dimension de ce que peut représenter d’être écrivain.

pierre szalowski,mais qu’est-ce que tu fais là,tout seul ?,interview,mandor

Tu n’aimerais pas simplement pouvoir te laisser entraîner par les choses de temps à autre ? Ne pas toujours tout contrôler…

J’ai eu dans ma période de créateur de logiciels des moments où le succès m’a fait prendre le melon. Et ces périodes-là n’ont pas été celles où j’étais le plus performant, bien au contraire. J’en ai tiré une grande leçon. Aujourd’hui, je tente de redescendre de mon petit nuage, de bien voir où j’en suis avec un certain recul. Comme tout le monde, je me rêve ceci, je me rêve cela, mais j’essaie de ne pas me prendre pour « plus que untel », ou « moins que » aussi, d’ailleurs. Il faut juste être lucide parce que c’est comme ça que l’on reste vrai. Dans ce que je fais et ce que j’écris, j’essaie d’être dans la vérité des sentiments, dans la vérité des émotions. Il faut que je me mette dans une condition me permettant d’écrire en ressentant ce que j’écris.

Au début, ton personnage, Martin Ladouceur, n’est pas très sympathique, mais il devient vite attachant.

À un moment, j’ai planté des petits clous qui font comprendre aux lecteurs qu’il n’a pas eu une vie facile ce garçon-là. C’est ma façon de voir les choses. Une personne qui me parait parfaite m’inquiète immédiatement. Une personne que je connais un peu, je vais détecter ses qualités et ses défauts. Mais ses défauts ne me gênent pas. Personne n’est parfait. On est une balance entre les deux. Je considère qu’on a tous du bon en soi et du mauvais. Pour Martin, je montre d’abord le mauvais qui n’est finalement pas moins que ce que l’on a voulu faire de lui. Il est comme un artichaut. Le cœur, il est au milieu. Pour l’atteindre, on l’épluche petit à petit.

pierre szalowski,mais qu’est-ce que tu fais là,tout seul ?,interview,mandorLe succès de ton premier roman, Le froid modifie la trajectoire des poissons (qui est sorti en poche chez J'ai Lu le mois dernier), t’a-t-il donné confiance pour le second ?

Non. Je t’explique. Le premier, tu es prêt à le publier à compte d’auteur tellement tu as envie qu’il sorte. J’avais touché le cachet de la production d’un film, je n’étais donc pas dans le besoin. Écrire trois-quatre mois était le fun et j’étais même dans une certaine naïveté. Bon, il se trouve qu'au final, il est publié et traduit dans plein de pays… la donne change. Pour le second, du coup, tu as des éditeurs qui te mettent un peu la pression. Le danger, c’est de penser que tu as raison. Quand tu as du succès une fois, tu penses que ce que tu écris devient mécaniquement intelligent, alors que ce n’est pas vrai. Quand tu te trouves bon, tu en fais trop. Il ne faut surtout pas devenir putassier. Tu sais ce qui a fonctionné dans le premier, alors tu refais les mêmes choses. Moi, je pense que j’ai évolué entre les deux romans. J’ai tenté d’aller plus loin.

Explique-moi ton concept de « bonheuraturge ». Ce terme ne fait-il pas d’ailleurs un peu gnan gnan ?

Tu travailles avec Antidote ?

Oui.

Tu prends le mot « bonheur » ou un autre mot positif. Essaies-en plusieurs, tu verras, il y a plus de synonymes pour les mots négatifs que pour les mots positifs.

Et alors ?

Et bien, pour la forme, c’est vrai, tu as l’air con quand tu écris des livres sur le bonheur, car tu as moins de mots. Pour le fond, chacun est pudique de son bonheur. Par exemple, 95% des gens disent « mon meilleur ami, c’est celui que je peux appeler quand ça va mal ». Moi, mon meilleur ami, c’est celui que je peux appeler quand ça va bien. Avec mes amis, on se dit souvent : « qu’est-ce qui t’es arrivé de bon cette semaine ? ».

Bon, en fait, tu m’expliques que c’est une philosophie de vie.

C’est exactement ça. C’est toujours le prisme. Je pense que l’on peut parler de grandes douleurs et de la douleur du monde de manières parfaitement idiotes. Je crois toujours au contraire. Un mot qui n’a pas de contraire me fait peur. Donc, la situation contraire est valable. Je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas parler du bonheur sans le faire avec délicatesse et intelligence. Personnellement, j’estime que je ne le fais pas de façon gan-gnan, comme tu dis, parce que j’y amène de l’humour, du second degré et la force des mots.

pierre szalowski,mais qu’est-ce que tu fais là,tout seul ?,interview,mandor

Et tu donnes de l’espoir pour le genre humain. Dans ton livre, tu racontes finalement comment une « ordure » peut devenir quelqu’un de beau.

Complètement. Martin Ladouceur, on l’a mal fait pousser, c’est tout. Ce roman aurait pu être écrit de façon beaucoup plus tragique, noire et terne, mais moi, je suis un résilient naturel. C'est-à-dire que je n’aurais jamais mal plus d’une soirée.

Quel que soit l’événement ?

Oui. Tu sais François, j’ai attaqué l’écriture le lendemain de la mort de ma mère. C’était la seule réponse que j’avais à donner à la mort. Répondre par la vie.

Ce soir, c’est ta soirée de lancement (note de Mandor : nous sommes le 12 septembre)… on va te « célébrer ». Tu aimes ça ?

Oui. C’est très plaisant parce que c’est ma fête. J’entrevois ce genre de moment pour les bonnes choses et les bonnes raisons. De plus, on fait ça dans la librairie Le livre écarlate, d’un libraire qui m’avait beaucoup touché il y a deux ans. Quand on m’a proposé cette soirée de lancement, j’ai proposé que cela se fasse chez lui parce qu’il avait été formidable. Il avait été juste gentil, mais vraiment gentil. Je n’oublie jamais les gens qui m'ont aidé. Jamais.

pierre szalowski,mais qu’est-ce que tu fais là,tout seul ?,interview,mandor

08 septembre 2012

Pierrot Panse : interview pour Façon de panser

pierrot panse,façon de panser,interview,mandor,pic d'or

Voilà encore un artiste repéré lors de ma participation au Pic d’Or 2012 en tant que jury. Pierrot Panse et ses deux excellents musiciens ont conquis les amateurs de bonnes chansons dites « traditionnelles ». Je n’y suis pas insensible non plus. Le 31 aout dernier, j’ai demandé à ce très sympathique artiste de venir à l’agence pour que j’en sache un peu plus sur lui.

pierrot panse,façon de panser,interview,mandor,pic d'orBio (officielle) :

"...Pierrot panse, c’est la chanson à vif, celle qui raconte, sans fioritures, sans gros souliers.
En novembre 2010, il sort son 1er album, “Façon de panser”.
Des bouts de vie qui s’empilent, qui se cassent la gueule, on ramasse tout et on recommence ; ça rit, ça pleure, ça rêve, ça grince des dents… c’est bizarrement foutu un être humain !

Pierrot se cogne à la vie ! Mais si certains y laissent des plumes, lui les attrape au vol, et au détour d’un mot, d’une mélodie, remèdes à tous les maux, Pierrot panse les blessures et apaise les tourments. Ses chansons sont comme des caresses, on est là, on les écoute, on ferme les yeux et on se sent bien. Pourtant Pierrot, entier, nous livre aussi ses colères et ses déboires les plus embarrassants, le tout avec une proximité déconcertante. Des textes sincères, tantôt touchants, tantôt drôles et toujours une musique judicieusement choisie..."

pierrot panse,façon de panser,interview,mandor,pic d'or

pierrot panse,façon de panser,interview,mandor,pic d'orInterview :

Pierrot Panse est composé de toi, Guillaume Ougier (guitare/chant/compo/texte), Sofia Miguélez (accordéon/chœurs) et Édouard Heilbronn (Basse). Pierrot Panse, c’est un chanteur accompagné de musiciens ou un groupe ?

Pierrot Panse laisse imaginer un nom de groupe ou un nom de chanteur. Tout le monde pense que c’est mon vrai nom. Le pseudo que j’ai choisi est un verbe. C’est un projet que j’ai commencé seul, après petit à petit, j’ai rencontré des musiciens et j’ai eu envie de partager ça avec du monde. Je me rends compte que, du coup, on est souvent considéré comme un groupe, alors que c’est mon projet. Juste, je suis entouré des deux mêmes musiciens. Ils me sont essentiels. J’aime beaucoup ce côté qu’un groupe peut avoir dans ce qu’il partage.

pierrot panse,façon de panser,interview,mandor,pic d'or

C’est un album qu’il faut écouter attentivement. J’y ai trouvé quelques références, principalement, du Mano Solo.

Je ne m’en cache pas, c’est l’artiste qui m’a donné envie de chanter. On n’a pas la même voix, mais ce rapprochement que l’on fait doit avoir un rapport avec la manière dont je la pose.  L’intonation aussi est proche, ce vibrato chevrotant, je l’ai quand même pas mal atténué par rapport à mes débuts. Cela étant, je n’ai pas le sentiment de faire du Mano Solo. Je peux même te dire que je suis en train de m’en détacher et de trouver ma voix personnelle.

Tes autres influences ne sont pas françaises d’ailleurs ?

Adolescent, j’écoutais les Pink Floyd à fond. Ça se sent chez moi dans les intros de mes chansons qui sont parfois très longues. D’ailleurs, le deuxième album va sonner plus électrique dans les ambiances. Il y a un autre groupe que j’aime beaucoup, c’est Radiohead. Ils font de l’électrique intelligent, pas de l’électrique bourrin. Je pioche un peu des autres, je l’avoue, pour faire une musique à moi. Mais, tu sais, on fait tous cela, consciemment ou inconsciemment.

pierrot panse,façon de panser,interview,mandor,pic d'or

Tu penses déjà au deuxième album, donc.

J’ai écrit beaucoup de chansons pendant une période, aujourd’hui j’essaie de voir ce que je peux vivre encore pour alimenter d’autres textes. Même musicalement, il faut que je raccroche mon wagon à ce que je ressens aujourd’hui.

Sur scène, tu sens aussi qu’il faut que tu évolues ?

Chanter et jouer en même temps un instrument, ce n’est pas pareil que chanter en ne faisant qu’interpréter sa chanson sans se soucier d’autres choses. Parfois, je me sens coincé derrière ça et en même temps, jouer un instrument, ça peut servir de carapace. Moi, sinon, je ne sais pas trop quoi faire de mes mains. Il n’est pas impossible que je joue de moins en moins de guitare pour n’interpréter mes chansons qu’avec mon corps. Sur scène, il faut que j’apprenne à bouger un peu plus.

Dans la vie, tu as beaucoup d’humour et tu es un peu pince-sans-rire. On le remarque peupierrot panse,façon de panser,interview,mandor,pic d'or dans tes chansons.

Il y a des touches ponctuelles, mais ce n’est effectivement pas ce qui domine. Ce que je vais te dire va te paraître paradoxal, mais j’adore faire rire les gens sur scène, entre les morceaux. En même temps dans l’art, ce n’est pas ce que je privilégie. Pour moi, un bon film n’est pas un film dans lequel je vais me marrer. Ce sont plus des choses qui me prennent aux tripes. Je ne fais pas du Oldelaf, même si j’apprécie réellement son talent. « La tristitude », je l’ai regardé et écouté 1000 fois et je trouve ça super drôle, mais, je n’envisage pas la chanson de cette manière. Même dans mes chansons plus légères, comme « Le mal de l’air » qui parle juste d’un vieux con acariâtre, il y a quand même du fond derrière. Il y a toujours des doubles sens dans mes chansons qu’on ne perçoit pas à la première écoute. Ensuite, chacun intègre une chanson avec son interprétation, c’est normal. 

Dans « Pas si loin », tu expliques que pour que la vie te soit favorable, il faut sourire à la vie.

C’est surtout pour dire que l’on provoque un peu le bonheur, je crois. En fait, je suis tout sauf fataliste. C’est là aussi que je peux me retrouver dans les chansons de Mano Solo. Il chantait parfois des chansons dures, de part la vie qu’il avait et de ce qu’il observait, mais il y avait toujours une rage de vivre, un espoir. C’était un combattant, comme il disait.

On te voit moins sur scène en ce moment… je crois savoir que c’est délibéré.

J’en ai fait beaucoup. J’ai fait la majeure partie des bistrots de Paris. C’est assez facile de trouver des dates. Mais, depuis quelque temps j’ai une ambition folle : jouer dans des lieux où les gens t’écoutent vraiment. Dans me répertoire, c’est indispensable d’écouter le texte. En ce moment, je suis donc beaucoup moins présent sur scène, mais au moins, désormais, il y a un respect et une considération dans ce que je fais.

pierrot panse,façon de panser,interview,mandor,pic d'or

04 septembre 2012

Thierry Brun : interview pour La ligne de tir

thierre brun,la ligne de tir,interview

Thierry Brun écrit des polars noirs. Noirs très foncés. Puissants, implacables. On met un peu de temps à s’en remettre. Dans son nouveau (et second) roman particulièrement. La ligne de tir est un des meilleurs polars de cette année. Une seconde mandorisation s’imposait (la première est ici).

thierre brun,la ligne de tir,interviewPrésentation de l'éditeur :

Le commissaire Fratier est sur le point d'être mis en examen. Depuis trop longtemps, il est lié à la pègre dans sa ville de Nancy et le témoignage de Loriane Ornec, qu'il a corrompue quand elle était dans son service, pourrait bien l'envoyer en prison. Il décide de la supprimer et contraint une ancienne terroriste de la mouvance gauchiste instrumentalisée par le pouvoir à exécuter cette tâche. Mais Loriane Ornec disparaît. Rival de Fratier, Shadi Atassi, qui règne sur le crime organisé nancéien, est amoureux de la jeune femme et mobilise ses troupes à sa recherche. II soupçonne Fratier d'être mêlé à sa disparition... mais surtout Patrick Jade, un homme glacé, au passé de tueur, qui représente pour eux tous, Fratier, Ornec, Atassi, une menace terrifiante. Roman de la nuit et de la corruption, La Ligne de tir, mécanique implacable, nous entraîne imperceptiblement d'un univers à un autre, du roman noir au thriller, et nous invite à une plongée oppressante dans le repaire de Jade, homme granitique, citadelle imprenable, point sombre dont chacun subit l'attraction et vers lequel tous convergent.

Biographie de l'auteur :

Thierry Brun vit et travaille à Paris. Il est l'auteur de Surhumain (Plon, 2010).

 

thierre brun,la ligne de tir,interview

thierre brun,la ligne de tir,interview

La ligne de tir n’a pas tout à fait la même écriture que Surhumain. Les phrases sont plus saccadées, vives, rythmées. Les chapitres sont très courts, et donc, tu as gommé toutes fioritures.

Ce style est plus dans ce que j’aime écrire. J’aime l’ellipse. Yann Briand, mon nouvel éditeur m’a poussé dans mes retranchements. Il m’a demandé de me lâcher quitte à rectifier le tir ensuite. On a beaucoup travaillé ensemble. Certains passages, quasiment pas, d’autres, un peu plus. Il a fait un gros boulot sur les lieux et les ambiances. Moi, j’avais tendance à en faire trop.

Dans un thriller, il y a généralement deux- trois personnages durs, écorchés vifs. Dans tes deux livres, ils le sont tous. Personne n’est « normal ».

Tu sais, tous les gens qui sont dans ce milieu sont dans l’action permanente. Ils ont des choses à se prouver, souvent ils traînent de grosses casseroles familiales. Avec tout cela à gérer, ils ont des objectifs et ils se donnent les moyens d’y parvenir. Ils descendent tous dans les abymes. Et je trouve intéressant que tout le monde ait sa part d’ombre… mais dans l’excès.

Ton flic, Fratier, c’est un Michel Neyret puissance 10 ?

Fratier n’est pas Neyret, contrairement à ce qu’à écrit le journal Marianne. J’ai pris exemple sur deux autres qui existent aussi et dont je tairailes noms. Fratier, pour tenir le coup, il prend de la coke… mais je n’invente rien et c’est même plutôt commun.

Je me demande toujours ce qu’ont dans la tête les auteurs de thrillers pour écrire des histoires comme ça. Pour les côtoyer parfois, je constate que les plus violents dans leurs textes sont les plus doux et gentils dans la vie.

Je ne sais pas quoi te répondre à ça. Peut-être qu’on expulse des choses qu’on a en nous. Et encore, je n’en suis pas sûr. Bon, je rectifie un truc. Dans ma tête, je n’écris pas des thrillers. Mes personnages sont peut-être des personnages qui sont en moi en permanence. En tout cas, je serai incapable d’écrire autre chose. Un roman dit « blanc » avec des personnages normaux me paraît impossible à écrire.

thierre brun,la ligne de tir,interview

Pourquoi dis tu que tu n’écris pas de thriller, mais des romans noirs ?

Dans le thriller, il y a des mécanismes que pour l’instant je n’utilise pas. Je n’en ai rien à foutre que le mec sauve le monde et aucun de mes personnages n’est spécialiste de quelque chose.  À part de la mort. Pour moi, un thriller, c’est l’articulation d’un récit. Pour résumer, j’essaie d’écrire des romans noirs avec des clefs des thrillers.

Il y a des moments drôles dans ton livre.

Je l’ai voulu. Pour le personnage du financier de Patrick Jade, je me suis souvenu d’un type avec lequel j’ai bossé quelques années. Je l’ai caricaturé et, du coup, il en fait des tonnes. C’est un peu la bulle d’oxygène dans le bouquin.

Comme dans Surhumain, l’action se situe à Nancy. Ils doivent être contents de savoir que tous les flics sont corrompus là-bas. Tu ne vas jamais leur lâcher la grappe aux flics de Nancy ?

C’était le dernier livre qui se situe dans cette ville. Je souris parce que je vais prochainement signer mon livre dans un salon à Nancy. Je pense que je vais avoir quelques commentaires sur la question. Au départ, je voulais une ville comme Angers. Une ville au passé bourgeois, industriel, avec des familles riches qui habitent là depuis des générations. Comme je connaissais Nancy un peu, je me suis reporté sur cette ville.

Lis-tu des thrillers, toi ?thierre brun,la ligne de tir,interview

Je n'en lis aucun. J’en ai lu un peu il y a longtemps, mais je lis par contre beaucoup de roman noir des années 70 et 80. Je suis nourri de ça. Il y a des tics dont j’essaie de me débarrasser, mais que j’aime.

Lesquels ?

Il y a un mot que j’adore écrire, c’est « L’homme », au lieu de citer les prénoms des personnages. Ça met une distance et d’un seul coup le héros est capable de faire autre chose que ce qu’il est. Ça c’est un truc purement de chez Dashiell Hammett.

Tu veux mettre une distance pour le lecteur ou pour toi.

Les deux. Comme dans le film, Drive. Tu suis le héros, d’un seul coup, il devient comme une personne étrangère grâce à un effet caméra. C’est ce que j’essaie de faire.

Tu les aimes, toi, tes personnages qui sont pourris jusqu’à la moelle.

Oui, et j’ai une grosse tendresse pour Fratier. Lui il écrase Résilia, mais lui-même est écrasé par des évènements et des gens qui le dépassent. Il faut qu’ils tiennent dans le tas de boue qu’il a lui-même fait. Pour tous mes personnages, c’est la même chose.

thierre brun,la ligne de tir,interview

Il y a un truc qui m’étonne. Il n’y a que des personnages principaux dans ton livre. Tu vois, j’ai été étonné par la 4e de couverture. Il manque Patrick Jade par exemple. Il n’est pas évoqué alors qu’il a autant d’importance que les autres.

Pour l’instant, très franchement, c’est mon souci d’écriture. J’aime bien amener des éléments qui font que l’on finit par aimer mes personnages. Je leur crée, à tous, de vraies personnalités, du coup, on a du mal à les départager.

Mais, tu cherches quand même à les mettre sur un même pied d’égalité. Que l’on ne laisse pas tomber un personnage pour un autre.

Oui, c’est exactement ça.

Il y a beaucoup de toi dans ces personnages…

Dans mon 5e bouquin, si on se revoit, je te dirai qu’il n’y a plus rien de moi. Là, je ne peux pas te le dire.

Tes influences ne sont pas uniquement littéraires, je remarque...

Je me rends compte que quand j’écris, je balance toutes mes influences. Plus de la moitié de mes personnages sont des personnages très cinématographiques. Je suis un grand fan de Melville, je ne peux pas renier cette influence-là. Si on creuse un peu mon livre, on y reconnaîtra aussi du Truffaut, du Godard, du Sautet.

Tu te sens bien dans ta peau d’auteur ?

Pas du tout. J’ai l’impression d’être un imposteur. Moi, je suis plutôt attiré par la musique, par les musiciens, par le cinéma, l’image, le son… tout ça. Ça me touche énormément. Et pour être touché par un bouquin, j’ai besoin d’aller vers des bouquins très anciens, soit par des gens comme Delphine de Vigan, Doa qui écrit chez Gallimard Noire, Antoine Chainas aussi.

thierre brun,la ligne de tir,interview

01 septembre 2012

Thierry Cadet : interview d'un multi-carte des médias.

thierry cadet,melody 90,interview,prix georges moustaki,les marguerites contre alzheimer,mandor

(Photo: Sand Mulas)

C’est lors de mon expérience comme jury du Pic d’Or que j’ai rencontré Thierry Cadet. Faisant le métier commun de journaliste musical, nous connaissions l’existence et le travail de l’autre, mais nous ne nous étions jamais croisés.

Et la rencontre fut belle.

Depuis, on se voit de temps en temps. Rarement en fait, l’homme vit à Munich. Mais j’aime beaucoup ce garçon. Nous avons  sensiblement la même vision du métier et des goûts assez proches musicalement. Son côté tout fou cache une sensibilité qui me touche beaucoup.

Comme il démarre sa deuxième saison sur la chaîne Melody dès cet après-midi (17h), avec son émission Melody 90, (la page Facebook) j’ai décidé de le mandoriser. A l’arrache. Il est venu boire un coup avant-hier avec moi à l’agence… mais j’ai sorti mon magnéto. Il ne s’y attendait pas, mais a joué le jeu de l’intervieweur interviewé.

thierry cadet,melody 90,interview,prix georges moustaki,les marguerites contre alzheimer,mandor

thierry cadet,melody 90,interview,prix georges moustaki,les marguerites contre alzheimer,mandorInterview :

Tu entames ta deuxième saison à Melody. Comment es-tu arrivé sur cette chaîne ?

Je connais Jean-Pierre Pasqualini qui travaille là-bas. Un jour, il m’a présenté l’équipe et moi, j’ai proposé à l’équipe de créer et présenter Melody 90, la petite sœur de Melody 80. Au début, il y a 3 ans,  ils étaient un peu réticents. Ils considéraient que les gens n’étaient pas encore assez nostalgiques des années 90. L’année dernière, ils sont venus me trouver considérant que le moment était arrivé.Il y a eu un casting, mais comme j’ai été celui qui a amené l’idée, ils m’ont fait passer un essai en premier. Ils ont été convaincus et ils m’ont gardé.

On ne s’imagine pas, mais tu fais tout de A à Z dans cette émission.

Oui, tu sais, c’est une petite chaîne. Je me maquille et je me coiffe seul… d’ailleurs, ça me prend beaucoup de temps pour me coiffer, comme tu peux t’en douter. Plus sérieusement, j’appelle moi-même les labels pour aller chercher les bêtas d’époque. Mine de rien, c’est très compliqué parce qu’en général rien n’est classé, parce que les labels ont fusionné. Tout a été racheté par Universal, Sony ou Warner… donc, je vais dans les caves et je fouille. J’ai les doigts tout noirs de poussières, mais j’aime bien ce côté explorateur. Il m’arrive souvent de redécouvrir des chansons, voire de m’extasier en tombant sur une béta oubliée.

Il faut que ce soit des tubes, quand même.

Pas que. Par émission, il y a 4 clips. Il y a deux gros « golds », genre un Gala et un Larusso, une rareté, comme Jean-François Coen, « La tour de Pise », Sarah Mondiano, « J’ai des doutes » ou Atlantique « Poussée par le vent » et enfin, ce que j’appelle un dinosaure, une vieille gloire, Sardou, Sanson, Hallyday, Mitchell. Ne crois pas que je ne passe que les Backstreet Boys…  j’ai aussi passé deux clips de Mano Solo et le dernier clip de Barbara, « Gauguin ».

De temps en temps, tu as des invités.

C’est une émission hebdomadaire et tous les deux mois, j’ai effectivement un invité. Les prochains seront Léna Ka, Manau et Allan Théo. Avec eux, on revisite le tube de l’époque, on fait deux-trois commentaires dessus. Au retour plateau, on parle de l’actu de l’artiste et on diffuse un extrait de son nouveau clip.

Je sais que tu n’aimes pas qu’on te décrive comme le spécialiste des années 90…

N’être allié qu’aux années 90, c’est un peu réducteur quand on connait mon parcours et mes goûts personnels. Tu sais que je m’occupe beaucoup de la scène indé du moment, notamment avec le Prix Moustaki. Je ne suis pas toujours dans le « mainstream » et les années 90. Mais, bon, ça me fait sourire et ce n’est pas grave.

Ce n’est pas ta première expérience télé… je t’ai vu il y a très longtemps chanter chez Pascal Sevran.

Ça me fait rigoler quand je vois les images, mais j’y pense avec beaucoup de tendresse. J’étais jeune, j’avais des cheveux… j’ai changé. Je suis arrivé dans cette aventure grâce à Alice Dona. J’ai fait son école pendant deux ans. Puis, j’ai eu la chance d’être pris dans une comédie musicale qui est partie en tournée. Elle s’appelait Vacances 2001. On a fait une tournée d’été pendant deux mois avec le podium Europe 1. On a parfois chanté devant 13 000 personnes. Le spectacle étant gratuit, le public venait en masse. C’était ma première expérience scénique et c’était formidable. Ensuite, je suis donc allé chez Sevran dans « La chance aux chanson », j’ai signé un single chez Sony en 1997 avec le boys band « Influences »…

J’adore ton passé. Moi, je t’ai connu comme journaliste. Une plume sur laquelle je tombais souvent. Je ne m’imaginais pas que ce Cadet-là avait eu une telle carrière musicale.

C’est par vague. Je vais être chanteur sur deux-trois années parce que j’ai sorti un disque. Ce fut le cas en 2005, donc, j’ai fait de nombreuses scènes, jusqu’à l’Olympia où j’ai chanté dans le cadre de La Rose d’Or. Ensuite, j’ai été de nouveau journaliste, puis présentateur télé, puis de nouveau chanteur sur un projet annexe…  je suis un peu schizophrène et j’ai perpétuellement envie de faire plein de choses.

Tu as fait de la radio aussi.

J’ai travaillé un an et demi à Sud Radio. J’étais chroniqueur le week-end.

Parlons à présent du collectif Les Marguerites contre Alzheimer dont tu es membre et co-fondateur.

Ce collectif part d’une triste histoire. La grand-mère de Cédric Barré et la mienne sont décédées de la maladie d’Alzheimer. Cédric a écrit la chanson « J’y étais pas » et moi, en l’écoutant, j’ai eu l’idée de créer un collectif d’artistes indépendants autour de cette chanson.  Je voulais aussi démontrer que les artistes indépendants font le même métier que les autres et qu’ils sont capables de défendre une cause. Le clip a buzzé sur le net. 60 000 vues sur YouTube, ce qui est pas mal pour un projet indé. Du coup EMI est venu nous trouver et nous a signés pour la distribution. Chaque année, on fait un concert à Wassy avec deux artistes populaires pour emmener du monde et un artiste de base du collectif des Marguerites. Le 22 septembre, nous avons un concert avec Ycare, Chloé Clerc et un troisième nom que nous n’avons pas encore. On récolte à chaque fois environ 2000 et 3000 euros. On fait ça à notre petite échelle. J’aimerai bien que ça grandisse, j’ai un projet d’album avec eux.

Tu as aussi cofondé avec Matthias Vincenot le Prix Georges Moustaki.

Dont tu feras partie du jury l’année prochaine.

Ah ! Ça y est, c’est officiel ? Je peux l’annoncer à la face du monde ?

Oui, tu peux. Je valide.

Vendeurs d'enclumes, les gagnants du Prix Georges Moustaki 2012 dans " C'est pas mon genre ".

C’est quoi le Prix Georges Moustaki ?

Michel Kemper avait titré : « Le prix Georges Moustaki, l’antidote aux Victoires de la Musique ». Moi, je ne me positionne pas par rapport à ça, mais je trouvais important qu’il y ait un prix qui mette en avant le travail des artistes indépendants. Ils ont encore plus de mérites que les autres, car ils n’ont pas de force de frappe. Ils financent tout et c’est la passion qui les fait avancer. Ils n’ont pas le choix, ils n’ont souvent aucune structure derrière eux.  Cette soirée leur permet de jouer devant des professionnels qui ne se déplaceraient pas uniquement pour eux. Toi comme moi, on est sollicité de part et d’autre, donc on ne va pas voir tous les concerts et là, pour le coup, ils jouent devant un jury de professionnel susceptible de les aider à avancer dans leur démarche.

Il y a aussi des artistes réputés pour attirer la foule.

Oui, l’an dernier, on a eu Enzo Enzo et Jeanne Cherhal qui étaient présidentes et Jérôme Van der Hole qui était parrain.

Swann Ménigot interprète l'acoustique du "P'tit bonheur", présente sur son nouvel à venir...
Une production Horscene
Réalisation et montage : Sand Mulas
Son : Cédric Barré

L’année dernière, tu as remarqué un artiste qui avait concouru pour ce Prix, Swann Ménigot. Il n’a pas gagné, mais tu as décidé de l’aider.

Oui, je le manage. C’est complètement inespéré, je ne m’y attendais pas du tout. Je suis tombé sous le charme de Swan Ménigot qui était, lui, le plus indé des indés. J’aime son timbre de voix, sa plume, son sens des mélodies. J’ai été très juste, je n’ai pas voté pour lui lors de la finale parce que je n’avais pas trouvé qu’il était le plus doué, mais je suis allé le trouver  à la fin pour lui dire que j’aimerai bien m’occuper de lui.  Là, on est en studio pour faire des pré prods pour signer un disque en label. Une nouvelle aventure...

thierry cadet,melody 90,interview,prix georges moustaki,les marguerites contre alzheimer,mandor