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29 septembre 2012

Luce : interview pour La fabrique à comptines

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Luce, la gagnante de la finale de la Nouvelle Star 2010 sort un livre disque tout à fait étonnant. Dans La fabrique à comptines, elle  interprète de manière fort inspirée des comptines pour enfants. Le projet, une fois la surprise passée, semble comme une évidence, tant son timbre de voix et sa personnalité pétillante conviennent bien à ces chansonnettes. Elle y apporte un réel et explosif brin de fraîcheur, d'originalité et de folie.
L'accompagnement musical est réalisé par le groupe Male Instrumenty, 5 musiciens polonais qui jouent de la musique avec... des jouets.

Il y a des grands classiques comme « Ah ! Les crocodiles », « Bateau sur l'eau » ou « Ainsi font font font » et d'autres moins connues comme « Coccinelle demoiselle » ou « Mon petit lapin ».

L’attachée de presse de ce projet (Flavie Rodriguez) m’invite le 18 septembre dernier dans un bar de la capitale pour une rencontre avec Luce.

Interview :

Quelle drôle d’idée ce disque...

C’est exactement ce que je me suis dit au départ. Je n’ai pas compris qu’Éveil et découvertes pensent à moi pour un tel projet. Et puis j’ai écouté les maquettes faites par le groupe Male Instrumenty et j’ai réalisé que ce n’était pas si bizarre que ça finalement. J’ai même trouvé le projet un peu spécial. Sans les paroles, on ne dirait pas de la musique pour enfant. Ils sont allés plus loin et c’est ça qui m’a donné envie de me lancer. J’ai trouvé intéressant que moi, chanteuse qui débute, je me frotte à ça. Il a fallu que je mette en place toute une mécanique d’interprétation, voire même que je théâtralise ma façon de chanter… et j’adore ça.

Vous avez été dirigée ou vous y êtes allée à l’instinct ?

En fait, on m’a donné les maquettes bien avant l’enregistrement. J’ai eu un peu de temps pour réfléchir à la façon de m’intégrer aux chansons. Ensuite, en studio, tout s’est fait d’un commun accord, en toute diplomatie et intelligence avec notamment Adeline Ruel qui fait partie d’Éveil et découvertes et Flavie Rodriguez, ici présente, qui a suivi le projet depuis le début. J’ai imbriqué mes envies par rapport aux leurs.

Est-ce que vous avez testé le résultat des chansons auprès des enfants. Parce qu’« Ainsi font font font » en version electro…

Je pense que dans les comptines pour enfant, il y a un côté toujours trop conventionnel. C’est souvent guitare voix et pas très original. Ce n’est pas le but de La Fabrique à comptines. Notre travail dépoussière un peu les comptines qu’on a l’habitude de chanter aux enfants. Mais, ça ne va pas choquer les enfants, je vous assure. Ça amène plus de couleurs et d’énergie. On n’est pas là pour rassurer l’enfant, mais pour qu’ils s’amusent en écoutant les comptines. Moi qui me suis éclatée à le faire, je me dis que la maman ou le papa face à son enfant, s’ils s’appuient sur le livre et le CD, il peut se passer des trucs de fou, des moments de complicités joyeuses formidables. Je suis sûre que le parent et l’enfant peuvent même se fendre la poire.

Quelle était l’ambiance pendant l’enregistrement ?

Si on s’est souvent amusé, on a un peu galéré sur certains titres. Trouver une bonne direction, ça ne se fait pas en claquant des doigts. Sinon, ça voudrait dire qu’on a bâclé le travail et que l’on est revenu à quelque chose d’hyper conventionnel. Moi, je ne voulais pas que mon nom soit accolé à un projet qui soit banal et sans âme.

Je reviens au groupe Male Instrumenty. C’était facile de se fondre dans leurs univers délirant et surréaliste ?

Ce n’est pas facile parce qu’ils ont un univers vraiment particulier. Leur version de « Ainsi font font font », je la compare à « Antisocial » de Trust. C’est hyper spécial. La difficulté a résidé au fait de rendre homogènes ma voix et leur musique. Rendre quelque chose de rond qu’on va pouvoir faire écouter à un enfant.

luce,la fabriques à comptines,éveil et découvertes,interview,mandorQuand je regarde la couverture du livre disque, je trouve que même le code couleur correspond à votre personnage. Quel souci du détail !

Exactement ! Merci de me faire cette remarque. C’est très acidulé et ça aurait pu coller à un projet personnel de Luce en tant que chanteuse. Dans le livre, j’aime bien les dessins, les décors, le design… c’est beau et c’est bien fait.

Quel est votre rapport à l’enfance. J’ai l’image de vous de quelqu’un qui ne parvient pas à sortir de l’enfance…

C’est quelque chose que je cultive volontairement, mais c’est très en moi. Je suis très nostalgique de mon enfance, très nostalgique de l’époque où mes grands-parents étaient encore vivants. Ils me cuisinaient de la compote, ils me chantaient des comptines en catalan… Depuis deux ans, il se passe beaucoup de choses pour moi et, évidemment, ça me fait grandir, je le sens.

Je vous ai vu, il y a un an pour la sortie de votre disque « Première phalange », vous étiez luce,la fabriques à comptines,éveil et découvertes,interview,mandorbeaucoup plus « écervelée » lors de la promo. Là, j’ai l’impression que vous êtes un peu plus « sage ».

C’est bizarre, en deux ans, avec tout ce que j’ai vécu professionnellement, j’ai l’impression d’avoir  muri à vitesse grand V. Je suis un peu plus posée que quand il m’est tombé dessus ce tourbillon médiatique, alors que je n’avais que 19 ans.

Comment s’est passée votre tournée mondiale en France ?

Mais, ne plaisantez pas là-dessus ! Nous partons à Moscou chanter le 16 novembre, monsieur. La blague de la tournée mondiale en France ne marche plus, puisqu’effectivement, nous quittons la France.

Vous préparez actuellement le deuxième album.

J’écris beaucoup, je réfléchis à la tournure de cet album. Il m’est arrivé beaucoup de choses, comme je le disais tout à l’heure, mais j’ai aussi pris quelques claques en route. Du coup j’écris différemment. J’essaie aussi d’être un peu plus patiente…

Vous apprenez à canaliser votre tempérament et votre énergie.

Voilà, c’est ça. J’apprends à me gérer un peu plus. Mais, je suis une nana qui a toujours envie de rire et de bouffer la vie. A 22 ans, on n’a pas encore envie de se prendre la tête.

A l'issue de l'interview, nous sommes stoïques devant l'objectif...

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Puis c'est le dérapage bonbonnesque.

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25 septembre 2012

GaliM : interview pour Rien n'est perdu

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GaliM est une chanteuse qui habite dans le Tarn-et-Garonne, à côté de Montauban, mais qui tourne dans toute la France. Et de plus en plus. Elle bénéficie d’un incroyable bouche-à-oreille à tel point qu'à la force d'en entendre parler, j'ai voulu absolument la découvrir. A l'écoute de son disque il y a quelques semaines, j’ai beaucoup apprécié sa voix énergico-flamboyante et ses textes ambitieux, jamais anodins.

GaliM 1.jpgSon EP 6 titres Rien n'est perdu est sorti le 6 avril dernier. Nous avons convenu une rencontre lors d’une prochaine visite de la chanteuse dans la capitale. Ce qui fut fait le 14 septembre dernier.

Galim et sa bookeuse Frédérique Demange arrivent à l’agence, valises à la main, après quelques heures de train. Un petit café et magnéto Serge !

Extrait de sa biographie officielle :

Une femme, une guitare, une silhouette fragile et le cheveu rouge flamboyant, GaliM est facilement identifiable !

Auteure-compositeure de chanson française, GaliM privilégie l'écriture et son interprétation portée par une voix qui offre une variété de tons se déroulant en tension maitrisée, en émotions tenues et lâchées. Son répertoire distille tour à tour des sons rock et d'autres plus festifs, des rythmes hispanisants ou à trois temps pour habiller des textes empreints de nostalgie et d'espoir, de souffrances et d'amour.

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Interview :

As-tu reçu une formation musicale ?

Quand j’étais petite, j’ai pris des cours de batterie à 8 ans, ensuite j’ai pris des cours de guitare classique jusqu’à 12 ans. J’ai commencé à écrire et composé pour moi, quand j’étais ado.

Tu as eu entre 2005 et 2009, une période parisienne où tu as bien bourlingué.

Paris, c’est l’idéal pour faire ses armes. C’était une bonne école que de chanter dans les bars, de tenter de capter l’attention des personnes présente dans la salle.


GALIM en concert au Rio à Montauban - Oct 2011 par stephanie_arnoud

Ça ne doit pas être évident, car tes textes sont exigeants, je veux dire par là qu’ils demandent à être écoutés avec attention.

J’ai même tenté de chanter dans le métro. C’est extrêmement difficile. Quand tu parviens à faire en sorte que deux trois personnes s’arrêtent pour écouter au moins une chanson, tu es déjà très content. Au bout de 5 ans de Paris, j’ai eu un ras-le-bol de tout. Du temps, du stress… Pour développer mon projet musical, j’ai trouvé que ça saturait à un moment. Je suis allée voir ailleurs, en province. L’air est plus pur, le soleil est là, les gens son plus accueillant… et en plus je suis payée, c’est magnifique.

Dans ta région, désormais, tu chantes « officiellement ». C’est ton métier.

Oui. On ne peut pas dire que j’en vis encore bien, mais je commence à avoir mon public.

GaliM et Flow invitées par Melissmell à l'Européen le 31 mars 2011.
GaliM et Melissmell interprètent sublimement "les écorchés vifs" de Noir Désir. Puis Flow, Galim et Melissmell rendent hommage à Mano Solo en chantant "Il m'arrive"...

Je t’associe pas mal à Géraldine Torres, Melissmel et Flow

Oui, c’est vrai. J’ai l’impression que l’on fait partie d’une même famille. Nous exprimons ce qui nous dérange, ce que l’on voit et vit. On a la chance d’avoir le micro et la parole… allons-y, quoi !

Tu te sens double ? La chanteuse et la femme de tous les jours.

En tout cas, ce qui frappe les gens qui me connaissent, c’est qu’ils discernent deux personnes entre ce que je suis sur scène et ce que je suis en dehors de la scène. Dans la vie, je suis quelqu’un de plutôt réservé, alors que je ne le suis plus du tout sur scène.

Il y a des chansons claires, sans détour, et d’autres, plus poétiques… « Cassilde » par exemple, je n’ai pas tout saisi.

J’aime bien quand on peut interpréter un texte selon son bon vouloir, son vécu, son humeur. Cette chanson dont tu parles, elle attire la curiosité de plein de personnes. Chacun à sa vision de l’interprétation.

"Sous les pavés".

« La vie à l’envers » est très originale. On meurt et après on est plus inquiet, on peut vivre sans avoir peu de la mort… c’est un sujet inédit.

Pas vraiment, puisque cette chanson a été inspirée par un texte de Woody Allen. Il a eu l’idée de commencer la vie par la mort et de la dérouler jusqu’à la conception.

On sent du Mano Solo dans tes influences…

Oui, c’est un artiste que j’ai beaucoup écouté et que j’écoute encore. Il fait partie des artistes qui m’ont touché. J’ai aussi beaucoup écouté, Miossec, Thomas Fersen et Noir Désir.

Et chez les Anglo-Saxons ?

Cela peut paraître étonnant quand on connait mes chansons, mais mes goûts vont vers Radiohead, Muse, les Pixies… mes goûts sont plutôt pop et rock.

Ton EP, c’est de l’auto production totale.

Oui, et c’est bien comme ça. Quand je vois les copines qui ont signé dans des labels importants, je pense que ce n’est pas pour moi. Je ne veux pas perdre mes valeurs. C’est trop compliqué pour moi de faire des concessions. Il faut vraiment prendre sur soi. Je veux rester ce que je suis. Mon but n’est pas de passer à la télé. Je veux arriver à vivre de ce que j’aime.  Je souhaite juste avoir un public qui me suive suffisamment pour remplir des petites salles. C’est très bien comme ça.

Reprise de "La non demande en mariage" de Georges Brassens au Festival des mercredis de la bastide à Castillonnés (47) le 8 août 2012.

À la fin des concerts, tu vas à la rencontre des spectateurs. Je sais que c’est très important pour toi.

J’aime voir dans le regard qu’il se passe un truc. Je trouve ça hyper touchant les gens qui viennent me voir en me disant que je les ai reboosté. On a l’impression de servir à quelque chose.

Comment fait une artiste « en devenir » pour se faire connaître ?

Beaucoup de concerts et les réseaux sociaux. Mais, en règle générale, les gens me découvrent grâce au bouche-à-oreille.

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15 septembre 2012

Pierre Szalowski : interview pour Mais qu'est-ce que tu fais là, tout seul?

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Pierre Szalowski est un auteur qui vit au Québec. Il est actuellement en France pour promouvoir son deuxième roman, Mais qu’est-ce que tu fais là, tout seul ?. J’ai lu ce livre cet été, tranquillement durant mes vacances. J’ai été réellement charmé et ému par ce roman, sorte de fable jubilatoire. J’avais entendu parler de cet auteur, mais je n’avais pas lu son fameux Le froid modifie la trajectoire des poissons (traduit dans de nombreux pays). J'ai reçu Pierre Szalowski le 12 septembre dernier à l’agence et j’ai également été conquis par la personnalité de cet homme étonnant et très attachant.

pierre szalowski,mais qu’est-ce que tu fais là,tout seul ?,interview,mandor4e de couverture :

Le 24 décembre, dans un palace déserté de Montréal, Martin Ladouceur, célibataire endurci, s’apprête à passer le pire réveillon de sa vie. Avec pour seule compagnie un concierge protocolaire, un groom débutant et une femme de chambre timide, l’ex-légende du hockey canadien se retrouve en prime au régime sec, sans strip-teaseuses ni grands crus.

Mais, contre toute attente, en cette nuit de Noël, un petit bonhomme va lui offrir le plus beau des cadeaux. Et, comme par magie, la terreur des patinoires découvrira un sentiment qu’il ignorait jusqu’alors.

Petite philosophie du bonheur, Mais qu’est-ce que tu fais là, tout seul ? est une fable tendre et drôle, remède absolu contre la morosité.

L’auteur :

Ancien photographe de presse, journaliste, directeur de création dans la publicité et vice-président d’Ubisoft Canada, Pierre Szalowski est aujourd’hui scénariste et auteur, mais avant tout « bonheuraturge ». Après le succès international du Froid modifie la trajectoire des poissons, Mais qu’est-ce que tu fais là, tout seul ? est son second roman. Il vit à Montréal.

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pierre szalowski,mais qu’est-ce que tu fais là,tout seul ?,interview,mandorInterview :

Tu es un personnage étonnant, aux mille vies. Qu’est-ce qui t’anime ?

Le fait de ne pas m’ennuyer. Je vais te donner un exemple qui est révélateur. Quand j’étais à Ubisoft, il y avait des chasseurs de têtes qui tournaient autour de moi. Dans la liste des questions qu’ils me posaient pour mesurer mon ambition, il y en avait une qui revenait toujours : « dans quelle position vous voyez-vous dans 5 ans ? » Je répondais : « la position dans laquelle je me vois dans 5 ans, c’est allongé et content de me lever le matin. » Le métronome de ma vie est la joie de vivre la journée que j’ai à vivre. Je ne suis pas capable de faire une concession à l’ennui. Je ne m’ennuie pas, je ne triche pas. Je peux faire semblant d’aimer quelque chose, mais ça ne va pas durer très longtemps.

Raconte-moi ton parcours pour le moins original.

J’ai voulu être photographe de presse à 15 ans, je le suis devenu. Je voyageais, je faisais plein de choses, mais un jour je me suis rendu compte que je n’avais pas d’amis. Je n’étais jamais là. Donc, je suis devenu photographe de mairie. À la mairie, je commençais à légender les photos. Le journal local m’a repéré et m’a embauché. J’ai fait deux ans dans le journalisme régional à L’Écho régional. J’ai ensuite ouvert  une agence de communication en me rendant compte qu’il y avait un besoin des municipalités. On a eu la Guerre du Golf qui a mis à mal notre activité en 1992. C’était, à ce moment-là, le début de l’informatique, du PC Personnal Computer,  j’ai donc eu l’idée de faire des logiciels. J’ai créé un logiciel de gestion de caves à vins qui a rencontré un succès considérable. On en a vendu des dizaines de milliers d’exemplaires. J’ai aussi inventé un logiciel de gestion de parties de golf qui a fait un bide total. Et enfin, j’ai aussi fait un logiciel intitulé « Drague aux nanas » avec vent d’Ouest et c’est là qu’Ubisoft m’a repéré. Au bout de 7 ans de jeux vidéo, j’ai trouvé que ça devenait ennuyeux de rester dans ce milieu.

J’ai bien compris que tu changes d’activité régulièrement et qu’il te faut toujours être en pierre szalowski,mais qu’est-ce que tu fais là,tout seul ?,interview,mandoraction. Tu es aujourd’hui écrivain. Tu n’as pas peur de t’en lasser également ?

Si. Le risque que je me lasse est permanent. En fait,  j’ai seulement écrit deux romans en 5 ans, parce qu’il fallait que je retrouve l’envie, que je retrouve la pureté. Si je peux ensuite gérer un livre comme une activité professionnelle, au moment où je l’écris, il faut que je sois dans un réel état de pureté. Mon nouveau roman délivre beaucoup d’émotion et je ne peux pas en délivrer sur commande. Il faut que mes capteurs et mes émetteurs d’émotions ne soient pas pollués par une situation financière difficile, par des soucis personnels ou professionnels. La deuxième difficulté, c’est de revivre ce que tu as déjà vécu. Par exemple, ce voyage en France me faisait très peur. Je m’en suis ouvert auprès de mes proches parce que j’allais refaire ce que j’avais déjà fait il y a deux ans. Moi, refaire les choses, ce n’est pas tout à fait mon truc.

Et du coup ?

Contre toute attente, ça me fait plaisir, car je sens une vraie évolution. Je sens que le premier roman a touché des personnes. J’ai déjà fait quelques salons et j’ai rencontré beaucoup de lecteurs qui m’en ont parlé et qui sont venus les bras ouverts prendre le second sans même ne pas savoir de quoi il parle. Je suis en train de découvrir ce qu’un écrivain peut représenter pour d’autres personnes. Je dirais que ce voyage-ci est une initiation à prendre la dimension de ce que peut représenter d’être écrivain.

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Tu n’aimerais pas simplement pouvoir te laisser entraîner par les choses de temps à autre ? Ne pas toujours tout contrôler…

J’ai eu dans ma période de créateur de logiciels des moments où le succès m’a fait prendre le melon. Et ces périodes-là n’ont pas été celles où j’étais le plus performant, bien au contraire. J’en ai tiré une grande leçon. Aujourd’hui, je tente de redescendre de mon petit nuage, de bien voir où j’en suis avec un certain recul. Comme tout le monde, je me rêve ceci, je me rêve cela, mais j’essaie de ne pas me prendre pour « plus que untel », ou « moins que » aussi, d’ailleurs. Il faut juste être lucide parce que c’est comme ça que l’on reste vrai. Dans ce que je fais et ce que j’écris, j’essaie d’être dans la vérité des sentiments, dans la vérité des émotions. Il faut que je me mette dans une condition me permettant d’écrire en ressentant ce que j’écris.

Au début, ton personnage, Martin Ladouceur, n’est pas très sympathique, mais il devient vite attachant.

À un moment, j’ai planté des petits clous qui font comprendre aux lecteurs qu’il n’a pas eu une vie facile ce garçon-là. C’est ma façon de voir les choses. Une personne qui me parait parfaite m’inquiète immédiatement. Une personne que je connais un peu, je vais détecter ses qualités et ses défauts. Mais ses défauts ne me gênent pas. Personne n’est parfait. On est une balance entre les deux. Je considère qu’on a tous du bon en soi et du mauvais. Pour Martin, je montre d’abord le mauvais qui n’est finalement pas moins que ce que l’on a voulu faire de lui. Il est comme un artichaut. Le cœur, il est au milieu. Pour l’atteindre, on l’épluche petit à petit.

pierre szalowski,mais qu’est-ce que tu fais là,tout seul ?,interview,mandorLe succès de ton premier roman, Le froid modifie la trajectoire des poissons (qui est sorti en poche chez J'ai Lu le mois dernier), t’a-t-il donné confiance pour le second ?

Non. Je t’explique. Le premier, tu es prêt à le publier à compte d’auteur tellement tu as envie qu’il sorte. J’avais touché le cachet de la production d’un film, je n’étais donc pas dans le besoin. Écrire trois-quatre mois était le fun et j’étais même dans une certaine naïveté. Bon, il se trouve qu'au final, il est publié et traduit dans plein de pays… la donne change. Pour le second, du coup, tu as des éditeurs qui te mettent un peu la pression. Le danger, c’est de penser que tu as raison. Quand tu as du succès une fois, tu penses que ce que tu écris devient mécaniquement intelligent, alors que ce n’est pas vrai. Quand tu te trouves bon, tu en fais trop. Il ne faut surtout pas devenir putassier. Tu sais ce qui a fonctionné dans le premier, alors tu refais les mêmes choses. Moi, je pense que j’ai évolué entre les deux romans. J’ai tenté d’aller plus loin.

Explique-moi ton concept de « bonheuraturge ». Ce terme ne fait-il pas d’ailleurs un peu gnan gnan ?

Tu travailles avec Antidote ?

Oui.

Tu prends le mot « bonheur » ou un autre mot positif. Essaies-en plusieurs, tu verras, il y a plus de synonymes pour les mots négatifs que pour les mots positifs.

Et alors ?

Et bien, pour la forme, c’est vrai, tu as l’air con quand tu écris des livres sur le bonheur, car tu as moins de mots. Pour le fond, chacun est pudique de son bonheur. Par exemple, 95% des gens disent « mon meilleur ami, c’est celui que je peux appeler quand ça va mal ». Moi, mon meilleur ami, c’est celui que je peux appeler quand ça va bien. Avec mes amis, on se dit souvent : « qu’est-ce qui t’es arrivé de bon cette semaine ? ».

Bon, en fait, tu m’expliques que c’est une philosophie de vie.

C’est exactement ça. C’est toujours le prisme. Je pense que l’on peut parler de grandes douleurs et de la douleur du monde de manières parfaitement idiotes. Je crois toujours au contraire. Un mot qui n’a pas de contraire me fait peur. Donc, la situation contraire est valable. Je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas parler du bonheur sans le faire avec délicatesse et intelligence. Personnellement, j’estime que je ne le fais pas de façon gan-gnan, comme tu dis, parce que j’y amène de l’humour, du second degré et la force des mots.

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Et tu donnes de l’espoir pour le genre humain. Dans ton livre, tu racontes finalement comment une « ordure » peut devenir quelqu’un de beau.

Complètement. Martin Ladouceur, on l’a mal fait pousser, c’est tout. Ce roman aurait pu être écrit de façon beaucoup plus tragique, noire et terne, mais moi, je suis un résilient naturel. C'est-à-dire que je n’aurais jamais mal plus d’une soirée.

Quel que soit l’événement ?

Oui. Tu sais François, j’ai attaqué l’écriture le lendemain de la mort de ma mère. C’était la seule réponse que j’avais à donner à la mort. Répondre par la vie.

Ce soir, c’est ta soirée de lancement (note de Mandor : nous sommes le 12 septembre)… on va te « célébrer ». Tu aimes ça ?

Oui. C’est très plaisant parce que c’est ma fête. J’entrevois ce genre de moment pour les bonnes choses et les bonnes raisons. De plus, on fait ça dans la librairie Le livre écarlate, d’un libraire qui m’avait beaucoup touché il y a deux ans. Quand on m’a proposé cette soirée de lancement, j’ai proposé que cela se fasse chez lui parce qu’il avait été formidable. Il avait été juste gentil, mais vraiment gentil. Je n’oublie jamais les gens qui m'ont aidé. Jamais.

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08 septembre 2012

Pierrot Panse : interview pour Façon de panser

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Voilà encore un artiste repéré lors de ma participation au Pic d’Or 2012 en tant que jury. Pierrot Panse et ses deux excellents musiciens ont conquis les amateurs de bonnes chansons dites « traditionnelles ». Je n’y suis pas insensible non plus. Le 31 aout dernier, j’ai demandé à ce très sympathique artiste de venir à l’agence pour que j’en sache un peu plus sur lui.

pierrot panse,façon de panser,interview,mandor,pic d'orBio (officielle) :

"...Pierrot panse, c’est la chanson à vif, celle qui raconte, sans fioritures, sans gros souliers.
En novembre 2010, il sort son 1er album, “Façon de panser”.
Des bouts de vie qui s’empilent, qui se cassent la gueule, on ramasse tout et on recommence ; ça rit, ça pleure, ça rêve, ça grince des dents… c’est bizarrement foutu un être humain !

Pierrot se cogne à la vie ! Mais si certains y laissent des plumes, lui les attrape au vol, et au détour d’un mot, d’une mélodie, remèdes à tous les maux, Pierrot panse les blessures et apaise les tourments. Ses chansons sont comme des caresses, on est là, on les écoute, on ferme les yeux et on se sent bien. Pourtant Pierrot, entier, nous livre aussi ses colères et ses déboires les plus embarrassants, le tout avec une proximité déconcertante. Des textes sincères, tantôt touchants, tantôt drôles et toujours une musique judicieusement choisie..."

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pierrot panse,façon de panser,interview,mandor,pic d'orInterview :

Pierrot Panse est composé de toi, Guillaume Ougier (guitare/chant/compo/texte), Sofia Miguélez (accordéon/chœurs) et Édouard Heilbronn (Basse). Pierrot Panse, c’est un chanteur accompagné de musiciens ou un groupe ?

Pierrot Panse laisse imaginer un nom de groupe ou un nom de chanteur. Tout le monde pense que c’est mon vrai nom. Le pseudo que j’ai choisi est un verbe. C’est un projet que j’ai commencé seul, après petit à petit, j’ai rencontré des musiciens et j’ai eu envie de partager ça avec du monde. Je me rends compte que, du coup, on est souvent considéré comme un groupe, alors que c’est mon projet. Juste, je suis entouré des deux mêmes musiciens. Ils me sont essentiels. J’aime beaucoup ce côté qu’un groupe peut avoir dans ce qu’il partage.

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C’est un album qu’il faut écouter attentivement. J’y ai trouvé quelques références, principalement, du Mano Solo.

Je ne m’en cache pas, c’est l’artiste qui m’a donné envie de chanter. On n’a pas la même voix, mais ce rapprochement que l’on fait doit avoir un rapport avec la manière dont je la pose.  L’intonation aussi est proche, ce vibrato chevrotant, je l’ai quand même pas mal atténué par rapport à mes débuts. Cela étant, je n’ai pas le sentiment de faire du Mano Solo. Je peux même te dire que je suis en train de m’en détacher et de trouver ma voix personnelle.

Tes autres influences ne sont pas françaises d’ailleurs ?

Adolescent, j’écoutais les Pink Floyd à fond. Ça se sent chez moi dans les intros de mes chansons qui sont parfois très longues. D’ailleurs, le deuxième album va sonner plus électrique dans les ambiances. Il y a un autre groupe que j’aime beaucoup, c’est Radiohead. Ils font de l’électrique intelligent, pas de l’électrique bourrin. Je pioche un peu des autres, je l’avoue, pour faire une musique à moi. Mais, tu sais, on fait tous cela, consciemment ou inconsciemment.

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Tu penses déjà au deuxième album, donc.

J’ai écrit beaucoup de chansons pendant une période, aujourd’hui j’essaie de voir ce que je peux vivre encore pour alimenter d’autres textes. Même musicalement, il faut que je raccroche mon wagon à ce que je ressens aujourd’hui.

Sur scène, tu sens aussi qu’il faut que tu évolues ?

Chanter et jouer en même temps un instrument, ce n’est pas pareil que chanter en ne faisant qu’interpréter sa chanson sans se soucier d’autres choses. Parfois, je me sens coincé derrière ça et en même temps, jouer un instrument, ça peut servir de carapace. Moi, sinon, je ne sais pas trop quoi faire de mes mains. Il n’est pas impossible que je joue de moins en moins de guitare pour n’interpréter mes chansons qu’avec mon corps. Sur scène, il faut que j’apprenne à bouger un peu plus.

Dans la vie, tu as beaucoup d’humour et tu es un peu pince-sans-rire. On le remarque peupierrot panse,façon de panser,interview,mandor,pic d'or dans tes chansons.

Il y a des touches ponctuelles, mais ce n’est effectivement pas ce qui domine. Ce que je vais te dire va te paraître paradoxal, mais j’adore faire rire les gens sur scène, entre les morceaux. En même temps dans l’art, ce n’est pas ce que je privilégie. Pour moi, un bon film n’est pas un film dans lequel je vais me marrer. Ce sont plus des choses qui me prennent aux tripes. Je ne fais pas du Oldelaf, même si j’apprécie réellement son talent. « La tristitude », je l’ai regardé et écouté 1000 fois et je trouve ça super drôle, mais, je n’envisage pas la chanson de cette manière. Même dans mes chansons plus légères, comme « Le mal de l’air » qui parle juste d’un vieux con acariâtre, il y a quand même du fond derrière. Il y a toujours des doubles sens dans mes chansons qu’on ne perçoit pas à la première écoute. Ensuite, chacun intègre une chanson avec son interprétation, c’est normal. 

Dans « Pas si loin », tu expliques que pour que la vie te soit favorable, il faut sourire à la vie.

C’est surtout pour dire que l’on provoque un peu le bonheur, je crois. En fait, je suis tout sauf fataliste. C’est là aussi que je peux me retrouver dans les chansons de Mano Solo. Il chantait parfois des chansons dures, de part la vie qu’il avait et de ce qu’il observait, mais il y avait toujours une rage de vivre, un espoir. C’était un combattant, comme il disait.

On te voit moins sur scène en ce moment… je crois savoir que c’est délibéré.

J’en ai fait beaucoup. J’ai fait la majeure partie des bistrots de Paris. C’est assez facile de trouver des dates. Mais, depuis quelque temps j’ai une ambition folle : jouer dans des lieux où les gens t’écoutent vraiment. Dans me répertoire, c’est indispensable d’écouter le texte. En ce moment, je suis donc beaucoup moins présent sur scène, mais au moins, désormais, il y a un respect et une considération dans ce que je fais.

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04 septembre 2012

Thierry Brun : interview pour La ligne de tir

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Thierry Brun écrit des polars noirs. Noirs très foncés. Puissants, implacables. On met un peu de temps à s’en remettre. Dans son nouveau (et second) roman particulièrement. La ligne de tir est un des meilleurs polars de cette année. Une seconde mandorisation s’imposait (la première est ici).

thierre brun,la ligne de tir,interviewPrésentation de l'éditeur :

Le commissaire Fratier est sur le point d'être mis en examen. Depuis trop longtemps, il est lié à la pègre dans sa ville de Nancy et le témoignage de Loriane Ornec, qu'il a corrompue quand elle était dans son service, pourrait bien l'envoyer en prison. Il décide de la supprimer et contraint une ancienne terroriste de la mouvance gauchiste instrumentalisée par le pouvoir à exécuter cette tâche. Mais Loriane Ornec disparaît. Rival de Fratier, Shadi Atassi, qui règne sur le crime organisé nancéien, est amoureux de la jeune femme et mobilise ses troupes à sa recherche. II soupçonne Fratier d'être mêlé à sa disparition... mais surtout Patrick Jade, un homme glacé, au passé de tueur, qui représente pour eux tous, Fratier, Ornec, Atassi, une menace terrifiante. Roman de la nuit et de la corruption, La Ligne de tir, mécanique implacable, nous entraîne imperceptiblement d'un univers à un autre, du roman noir au thriller, et nous invite à une plongée oppressante dans le repaire de Jade, homme granitique, citadelle imprenable, point sombre dont chacun subit l'attraction et vers lequel tous convergent.

Biographie de l'auteur :

Thierry Brun vit et travaille à Paris. Il est l'auteur de Surhumain (Plon, 2010).

 

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La ligne de tir n’a pas tout à fait la même écriture que Surhumain. Les phrases sont plus saccadées, vives, rythmées. Les chapitres sont très courts, et donc, tu as gommé toutes fioritures.

Ce style est plus dans ce que j’aime écrire. J’aime l’ellipse. Yann Briand, mon nouvel éditeur m’a poussé dans mes retranchements. Il m’a demandé de me lâcher quitte à rectifier le tir ensuite. On a beaucoup travaillé ensemble. Certains passages, quasiment pas, d’autres, un peu plus. Il a fait un gros boulot sur les lieux et les ambiances. Moi, j’avais tendance à en faire trop.

Dans un thriller, il y a généralement deux- trois personnages durs, écorchés vifs. Dans tes deux livres, ils le sont tous. Personne n’est « normal ».

Tu sais, tous les gens qui sont dans ce milieu sont dans l’action permanente. Ils ont des choses à se prouver, souvent ils traînent de grosses casseroles familiales. Avec tout cela à gérer, ils ont des objectifs et ils se donnent les moyens d’y parvenir. Ils descendent tous dans les abymes. Et je trouve intéressant que tout le monde ait sa part d’ombre… mais dans l’excès.

Ton flic, Fratier, c’est un Michel Neyret puissance 10 ?

Fratier n’est pas Neyret, contrairement à ce qu’à écrit le journal Marianne. J’ai pris exemple sur deux autres qui existent aussi et dont je tairailes noms. Fratier, pour tenir le coup, il prend de la coke… mais je n’invente rien et c’est même plutôt commun.

Je me demande toujours ce qu’ont dans la tête les auteurs de thrillers pour écrire des histoires comme ça. Pour les côtoyer parfois, je constate que les plus violents dans leurs textes sont les plus doux et gentils dans la vie.

Je ne sais pas quoi te répondre à ça. Peut-être qu’on expulse des choses qu’on a en nous. Et encore, je n’en suis pas sûr. Bon, je rectifie un truc. Dans ma tête, je n’écris pas des thrillers. Mes personnages sont peut-être des personnages qui sont en moi en permanence. En tout cas, je serai incapable d’écrire autre chose. Un roman dit « blanc » avec des personnages normaux me paraît impossible à écrire.

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Pourquoi dis tu que tu n’écris pas de thriller, mais des romans noirs ?

Dans le thriller, il y a des mécanismes que pour l’instant je n’utilise pas. Je n’en ai rien à foutre que le mec sauve le monde et aucun de mes personnages n’est spécialiste de quelque chose.  À part de la mort. Pour moi, un thriller, c’est l’articulation d’un récit. Pour résumer, j’essaie d’écrire des romans noirs avec des clefs des thrillers.

Il y a des moments drôles dans ton livre.

Je l’ai voulu. Pour le personnage du financier de Patrick Jade, je me suis souvenu d’un type avec lequel j’ai bossé quelques années. Je l’ai caricaturé et, du coup, il en fait des tonnes. C’est un peu la bulle d’oxygène dans le bouquin.

Comme dans Surhumain, l’action se situe à Nancy. Ils doivent être contents de savoir que tous les flics sont corrompus là-bas. Tu ne vas jamais leur lâcher la grappe aux flics de Nancy ?

C’était le dernier livre qui se situe dans cette ville. Je souris parce que je vais prochainement signer mon livre dans un salon à Nancy. Je pense que je vais avoir quelques commentaires sur la question. Au départ, je voulais une ville comme Angers. Une ville au passé bourgeois, industriel, avec des familles riches qui habitent là depuis des générations. Comme je connaissais Nancy un peu, je me suis reporté sur cette ville.

Lis-tu des thrillers, toi ?thierre brun,la ligne de tir,interview

Je n'en lis aucun. J’en ai lu un peu il y a longtemps, mais je lis par contre beaucoup de roman noir des années 70 et 80. Je suis nourri de ça. Il y a des tics dont j’essaie de me débarrasser, mais que j’aime.

Lesquels ?

Il y a un mot que j’adore écrire, c’est « L’homme », au lieu de citer les prénoms des personnages. Ça met une distance et d’un seul coup le héros est capable de faire autre chose que ce qu’il est. Ça c’est un truc purement de chez Dashiell Hammett.

Tu veux mettre une distance pour le lecteur ou pour toi.

Les deux. Comme dans le film, Drive. Tu suis le héros, d’un seul coup, il devient comme une personne étrangère grâce à un effet caméra. C’est ce que j’essaie de faire.

Tu les aimes, toi, tes personnages qui sont pourris jusqu’à la moelle.

Oui, et j’ai une grosse tendresse pour Fratier. Lui il écrase Résilia, mais lui-même est écrasé par des évènements et des gens qui le dépassent. Il faut qu’ils tiennent dans le tas de boue qu’il a lui-même fait. Pour tous mes personnages, c’est la même chose.

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Il y a un truc qui m’étonne. Il n’y a que des personnages principaux dans ton livre. Tu vois, j’ai été étonné par la 4e de couverture. Il manque Patrick Jade par exemple. Il n’est pas évoqué alors qu’il a autant d’importance que les autres.

Pour l’instant, très franchement, c’est mon souci d’écriture. J’aime bien amener des éléments qui font que l’on finit par aimer mes personnages. Je leur crée, à tous, de vraies personnalités, du coup, on a du mal à les départager.

Mais, tu cherches quand même à les mettre sur un même pied d’égalité. Que l’on ne laisse pas tomber un personnage pour un autre.

Oui, c’est exactement ça.

Il y a beaucoup de toi dans ces personnages…

Dans mon 5e bouquin, si on se revoit, je te dirai qu’il n’y a plus rien de moi. Là, je ne peux pas te le dire.

Tes influences ne sont pas uniquement littéraires, je remarque...

Je me rends compte que quand j’écris, je balance toutes mes influences. Plus de la moitié de mes personnages sont des personnages très cinématographiques. Je suis un grand fan de Melville, je ne peux pas renier cette influence-là. Si on creuse un peu mon livre, on y reconnaîtra aussi du Truffaut, du Godard, du Sautet.

Tu te sens bien dans ta peau d’auteur ?

Pas du tout. J’ai l’impression d’être un imposteur. Moi, je suis plutôt attiré par la musique, par les musiciens, par le cinéma, l’image, le son… tout ça. Ça me touche énormément. Et pour être touché par un bouquin, j’ai besoin d’aller vers des bouquins très anciens, soit par des gens comme Delphine de Vigan, Doa qui écrit chez Gallimard Noire, Antoine Chainas aussi.

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01 septembre 2012

Thierry Cadet : interview d'un multi-carte des médias.

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(Photo: Sand Mulas)

C’est lors de mon expérience comme jury du Pic d’Or que j’ai rencontré Thierry Cadet. Faisant le métier commun de journaliste musical, nous connaissions l’existence et le travail de l’autre, mais nous ne nous étions jamais croisés.

Et la rencontre fut belle.

Depuis, on se voit de temps en temps. Rarement en fait, l’homme vit à Munich. Mais j’aime beaucoup ce garçon. Nous avons  sensiblement la même vision du métier et des goûts assez proches musicalement. Son côté tout fou cache une sensibilité qui me touche beaucoup.

Comme il démarre sa deuxième saison sur la chaîne Melody dès cet après-midi (17h), avec son émission Melody 90, (la page Facebook) j’ai décidé de le mandoriser. A l’arrache. Il est venu boire un coup avant-hier avec moi à l’agence… mais j’ai sorti mon magnéto. Il ne s’y attendait pas, mais a joué le jeu de l’intervieweur interviewé.

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thierry cadet,melody 90,interview,prix georges moustaki,les marguerites contre alzheimer,mandorInterview :

Tu entames ta deuxième saison à Melody. Comment es-tu arrivé sur cette chaîne ?

Je connais Jean-Pierre Pasqualini qui travaille là-bas. Un jour, il m’a présenté l’équipe et moi, j’ai proposé à l’équipe de créer et présenter Melody 90, la petite sœur de Melody 80. Au début, il y a 3 ans,  ils étaient un peu réticents. Ils considéraient que les gens n’étaient pas encore assez nostalgiques des années 90. L’année dernière, ils sont venus me trouver considérant que le moment était arrivé.Il y a eu un casting, mais comme j’ai été celui qui a amené l’idée, ils m’ont fait passer un essai en premier. Ils ont été convaincus et ils m’ont gardé.

On ne s’imagine pas, mais tu fais tout de A à Z dans cette émission.

Oui, tu sais, c’est une petite chaîne. Je me maquille et je me coiffe seul… d’ailleurs, ça me prend beaucoup de temps pour me coiffer, comme tu peux t’en douter. Plus sérieusement, j’appelle moi-même les labels pour aller chercher les bêtas d’époque. Mine de rien, c’est très compliqué parce qu’en général rien n’est classé, parce que les labels ont fusionné. Tout a été racheté par Universal, Sony ou Warner… donc, je vais dans les caves et je fouille. J’ai les doigts tout noirs de poussières, mais j’aime bien ce côté explorateur. Il m’arrive souvent de redécouvrir des chansons, voire de m’extasier en tombant sur une béta oubliée.

Il faut que ce soit des tubes, quand même.

Pas que. Par émission, il y a 4 clips. Il y a deux gros « golds », genre un Gala et un Larusso, une rareté, comme Jean-François Coen, « La tour de Pise », Sarah Mondiano, « J’ai des doutes » ou Atlantique « Poussée par le vent » et enfin, ce que j’appelle un dinosaure, une vieille gloire, Sardou, Sanson, Hallyday, Mitchell. Ne crois pas que je ne passe que les Backstreet Boys…  j’ai aussi passé deux clips de Mano Solo et le dernier clip de Barbara, « Gauguin ».

De temps en temps, tu as des invités.

C’est une émission hebdomadaire et tous les deux mois, j’ai effectivement un invité. Les prochains seront Léna Ka, Manau et Allan Théo. Avec eux, on revisite le tube de l’époque, on fait deux-trois commentaires dessus. Au retour plateau, on parle de l’actu de l’artiste et on diffuse un extrait de son nouveau clip.

Je sais que tu n’aimes pas qu’on te décrive comme le spécialiste des années 90…

N’être allié qu’aux années 90, c’est un peu réducteur quand on connait mon parcours et mes goûts personnels. Tu sais que je m’occupe beaucoup de la scène indé du moment, notamment avec le Prix Moustaki. Je ne suis pas toujours dans le « mainstream » et les années 90. Mais, bon, ça me fait sourire et ce n’est pas grave.

Ce n’est pas ta première expérience télé… je t’ai vu il y a très longtemps chanter chez Pascal Sevran.

Ça me fait rigoler quand je vois les images, mais j’y pense avec beaucoup de tendresse. J’étais jeune, j’avais des cheveux… j’ai changé. Je suis arrivé dans cette aventure grâce à Alice Dona. J’ai fait son école pendant deux ans. Puis, j’ai eu la chance d’être pris dans une comédie musicale qui est partie en tournée. Elle s’appelait Vacances 2001. On a fait une tournée d’été pendant deux mois avec le podium Europe 1. On a parfois chanté devant 13 000 personnes. Le spectacle étant gratuit, le public venait en masse. C’était ma première expérience scénique et c’était formidable. Ensuite, je suis donc allé chez Sevran dans « La chance aux chanson », j’ai signé un single chez Sony en 1997 avec le boys band « Influences »…

J’adore ton passé. Moi, je t’ai connu comme journaliste. Une plume sur laquelle je tombais souvent. Je ne m’imaginais pas que ce Cadet-là avait eu une telle carrière musicale.

C’est par vague. Je vais être chanteur sur deux-trois années parce que j’ai sorti un disque. Ce fut le cas en 2005, donc, j’ai fait de nombreuses scènes, jusqu’à l’Olympia où j’ai chanté dans le cadre de La Rose d’Or. Ensuite, j’ai été de nouveau journaliste, puis présentateur télé, puis de nouveau chanteur sur un projet annexe…  je suis un peu schizophrène et j’ai perpétuellement envie de faire plein de choses.

Tu as fait de la radio aussi.

J’ai travaillé un an et demi à Sud Radio. J’étais chroniqueur le week-end.

Parlons à présent du collectif Les Marguerites contre Alzheimer dont tu es membre et co-fondateur.

Ce collectif part d’une triste histoire. La grand-mère de Cédric Barré et la mienne sont décédées de la maladie d’Alzheimer. Cédric a écrit la chanson « J’y étais pas » et moi, en l’écoutant, j’ai eu l’idée de créer un collectif d’artistes indépendants autour de cette chanson.  Je voulais aussi démontrer que les artistes indépendants font le même métier que les autres et qu’ils sont capables de défendre une cause. Le clip a buzzé sur le net. 60 000 vues sur YouTube, ce qui est pas mal pour un projet indé. Du coup EMI est venu nous trouver et nous a signés pour la distribution. Chaque année, on fait un concert à Wassy avec deux artistes populaires pour emmener du monde et un artiste de base du collectif des Marguerites. Le 22 septembre, nous avons un concert avec Ycare, Chloé Clerc et un troisième nom que nous n’avons pas encore. On récolte à chaque fois environ 2000 et 3000 euros. On fait ça à notre petite échelle. J’aimerai bien que ça grandisse, j’ai un projet d’album avec eux.

Tu as aussi cofondé avec Matthias Vincenot le Prix Georges Moustaki.

Dont tu feras partie du jury l’année prochaine.

Ah ! Ça y est, c’est officiel ? Je peux l’annoncer à la face du monde ?

Oui, tu peux. Je valide.

Vendeurs d'enclumes, les gagnants du Prix Georges Moustaki 2012 dans " C'est pas mon genre ".

C’est quoi le Prix Georges Moustaki ?

Michel Kemper avait titré : « Le prix Georges Moustaki, l’antidote aux Victoires de la Musique ». Moi, je ne me positionne pas par rapport à ça, mais je trouvais important qu’il y ait un prix qui mette en avant le travail des artistes indépendants. Ils ont encore plus de mérites que les autres, car ils n’ont pas de force de frappe. Ils financent tout et c’est la passion qui les fait avancer. Ils n’ont pas le choix, ils n’ont souvent aucune structure derrière eux.  Cette soirée leur permet de jouer devant des professionnels qui ne se déplaceraient pas uniquement pour eux. Toi comme moi, on est sollicité de part et d’autre, donc on ne va pas voir tous les concerts et là, pour le coup, ils jouent devant un jury de professionnel susceptible de les aider à avancer dans leur démarche.

Il y a aussi des artistes réputés pour attirer la foule.

Oui, l’an dernier, on a eu Enzo Enzo et Jeanne Cherhal qui étaient présidentes et Jérôme Van der Hole qui était parrain.

Swann Ménigot interprète l'acoustique du "P'tit bonheur", présente sur son nouvel à venir...
Une production Horscene
Réalisation et montage : Sand Mulas
Son : Cédric Barré

L’année dernière, tu as remarqué un artiste qui avait concouru pour ce Prix, Swann Ménigot. Il n’a pas gagné, mais tu as décidé de l’aider.

Oui, je le manage. C’est complètement inespéré, je ne m’y attendais pas du tout. Je suis tombé sous le charme de Swan Ménigot qui était, lui, le plus indé des indés. J’aime son timbre de voix, sa plume, son sens des mélodies. J’ai été très juste, je n’ai pas voté pour lui lors de la finale parce que je n’avais pas trouvé qu’il était le plus doué, mais je suis allé le trouver  à la fin pour lui dire que j’aimerai bien m’occuper de lui.  Là, on est en studio pour faire des pré prods pour signer un disque en label. Une nouvelle aventure...

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25 août 2012

Emmanuel Della Torre : interview pour "Lucide quidam songs"

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Aujourd’hui, coup de projecteur sur l’auteur compositeur interprète Emmanuel Della Torre.

Il est venu me rendre visite à l’agence le 17 août dernier pour parler de son nouvel EP, Lucide Quidam Songs (écoutable ici, sur Noomiz).

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Interview :

292544_233460840104210_583926727_n.jpgMoi qui connais tes deux précédents disques, je peux dire que en écoutant ton nouveau EP, on reconnait désormais une patte Della Torre.

C’est bien que l’on reconnaisse un style particulier. L’équipe est plus réduite que pour le précédent album, ballades éoliennes. J’ai continué de travailler avec Gregory Beaux (violon, mandoline, chant) et Muriel Gadault (flûte, mélodica, chant, basse, glockenspiel, percussion).

C’est quoi le moteur pour commencer une chanson ?

Sans conteste la musique. Mais, j’aime quand les textes jaillissent sans trop chercher quoi que ce soit. Je les retravaille après. Je n’écris pas souvent parce que j’attends que ça vienne.  Pendant ce temps-là, je me nourris de la vie, de lecture et de musique. Si je n’écris pas souvent des textes dans leur intégralité, je prends beaucoup de notes. Un peu comme je prends des notes musicales.

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Emmanuel Della Torre avec son "équipe", Muriel Gadault et Greg Bault (par Daniel Rouvel).

Qu’est ce qu’il faut pour bien écrire une chanson ?

Il y a un point de départ, une idée, un lieu, des personnages éventuellement et il y a un moment où il faut en sortir. Il faut à la fois être dans son histoire, mais il faut trouver des angles pour la conclure. Il m’arrive d’aller puiser dans mes notes pour trouver des idées nouvelles. J’aime bien coller une phrase qui, a priori, n’était pas dans le contexte et qui pourtant s’intercale bien.

Comme un puzzle quoi !

Oui, et si on parle de jeu, j’évoquerai le ping-pong. Le ping-pong entre les mots et la musique. Entre le sens et le son. Ce n’est pas évident.

Qui t’a marqué musicalement ?

De manière très originale, je vais citer les Beatles, y compris un type comme Harrison. Sa façon d’appréhender la guitare m’intéresse beaucoup. Si j’aime évidemment beaucoup Mc Cartney, je préfère la sensibilité de Lennon. Plus récemment, il y a des groupes comme Radiohead, Police, ou encore Jeff Buckley, Sting, Dylan, Paul Simon. En français, Lavilliers, Gainsbourg, Bashung, Sheller m’ont beaucoup inspiré.

C’est compliqué de ne pas leur piquer des idées. L’inconscient fait parfois rejaillir des emmanuel della torre, lucide quidam songs, interview, mandormusiques… inspirées.

Quand je finis une chanson, je fais le tri. Si je m’aperçois que mon travail est un peu trop du « copié collé » à cause de quelque chose qui est resté dans un coin de ma mémoire, je ne le conserve pas. À condition de m’en rendre compte.

Quels sont les thèmes de tes chansons ?

La vie, ma vie, le monde, la société. Je retranscris à ma façon des évènements qui ont pu me marquer, mais sous forme poétique et avec légèreté de manière à ne pas être trop ancré à la réalité. Je ne sais pas être trop descriptif et réaliste. J’aime bien les images et les métaphores.

Dans cet EP, tu parles plus de toi-même qu’à l’accoutumée.

Je me suis livré un peu plus, mais ça m’a permis aussi d’évoquer les autres. Il y a des choses que je n’aurai pas pu écrire il y a quelques années… par pudeur.

Tu dis qu’un artiste est  un « transformateur ».

C’est intéressant d’avoir ce recul entre ce que l’on est, son vécu, son enfance et ce qu’on transcrit, même s’il y a beaucoup de soi. Quand je suis en période d’écriture, j’ouvre les antennes. Tout peut devenir source d’inspiration et tout peut être transformé.

emmanuel della torre,lucide quidam songs,interview,mandorTe sens-tu artiste ?

Je me sens artiste depuis longtemps, mais je ne cherche pas forcément à le revendiquer. Pour moi, tout se passe à l’intérieur. Sur la scène, je suis différent de ce que je suis dans la vie. Je prends le micro et je balance tout ce que j’ai. Pas dans la vie. Mais, c’est normal.

Tu es un enfant de la balle.

J’ai un père comédien qui a fait le conservatoire de Paris et qui est un des pionniers de la décentralisation du théâtre et une mère musicienne, élève de la harpiste Lily Laskine. La scène est un terrain de jeu pour moi depuis longtemps. Je trainais dans les coulisses, mais je voyais aussi que les choses n’étaient pas simples. J’ai toujours su que le métier d’artiste était très compliqué à vivre et que l’envers du décor n’était pas toujours d’une beauté absolue.

Où en es-tu dans ta carrière ?

La pire des choses est de faire du surplace. Mon projet avance doucement, mais il avance. Je ne suis pas dupe, à un moment donné, ce sont les autres qui vous font ou vous défont. Mon plus grand regret actuellement, c’est de ne pas plus me faire entendre dans les médias et donc de toucher un éventuel public. Je sais que c’est difficile parce que nous sommes nombreux sur le marché.

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22 août 2012

Louis Ville : interview pour ...Cinémas...

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En juillet dernier, j’ai reçu un mail de la personne qui s’occupe de la promotion de Louis Ville. Louis Ville que je suis (de loin) depuis un moment. J’ai chroniqué naguère certains de ces disques…

Cet artiste m’interpellait, mais nous ne nous étions jamais rencontrés.

Celle qui préside en la destinée médiatique de Louis Ville me proposant de m’envoyer la nouvelle édition de son album …Cinémas…, puis de le rencontrer s’il me plait, je réponds illico que oui. Pour tout.

Donc, l’affaire se conclut en une semaine.

Il est arrivé à l’agence, accompagnée de sa femme (qui a assisté à l’entretien).

Le feeling passe immédiatement.

Extrait de sa biographie officielle :louis ville,cinémas,version deluxe,interview,mandor

"La musique de Louis a toutes les couleurs du monde, des confins de l’Orient aux Balkans, de la chanson populaire française au Blues cajun. Louis qui se décrit comme un artisan et non un artiste, peint des paysages d’une beauté mélancolique dans lesquels il nous promène dans des mondes fantasmagoriques, peuplés de tout, de rien, mais surtout d’amour. Au fil des années, son charisme exceptionnel a fait chavirer d’émotion un public toujours plus dense qu’il transporte avec humour dans son univers sensible…

… En mars 2011, Louis nous présente ...Cinémas..., son quatrième album (chez L’Autre Distribution). ...Cinémas... est une ballade émouvante qui revisite les road movies américains, le cinéma français des années 50, les films noirs américains des sixties, l’univers fellinien et tant d’autres. La plume de Louis est toujours aussi originale et ciselée, la voix plus envoûtante et émouvante encore. Il y a tant d’amour, de flamboyance, tant de joie, de dérision dans ce Cinémas là qu’il ne nous quittera plus et les images défileront pour longtemps encore devant nos yeux et nos cœurs, comme une pellicule sans fin."

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louis ville,cinémas,version deluxe,interview,mandorInterview :

Vous me paraissez assez solitaire dans la création ?

Oui, mais je sais m’entourer pour jouer ma musique. Je suis très opportuniste avec les groupes avec lesquels je travaille, parce que je sais qu’ils vont m’apporter quelque chose. Si je décide de jouer avec telle ou telle personne, c’est parce que je connais leur talent. Je sais que ce mélange-là peut être excessivement bénéfique. La composition de base, je m’en occupe tout seul. J’ai des idées bien arrêtées.

Vous êtes très exigeant musicalement et « textuellement ».

J’ai une exigence par rapport à ce que je crée. Je n’ai pas envie de décevoir comme certains artistes que j’apprécie m’ont déçu. Je suis mon premier lecteur et si je ne suis pas satisfait de ce que j’ai écrit, je ne le sors pas.

"Cruelle", extrait de l'album "cinémas" et de la réédition "cinémas" de luxe.
Avec Elizabeth Masse, sur une idée d'Yvanna Zoia, réalisé par Pierre Dodin pour Dod Prod.

Est-on objectif sur son propre travail ?

Je lis beaucoup et notamment de la littérature anglo-saxonne et ces gens-là sont les rois de l’image et de la parabole. Le tout dans un style très concis, très sec, très rapide. Ils me subjuguent, me font voyager très rapidement. Je me réfère donc à ces référents-là. J’arrive à me rendre compte si mon texte à une bonne teneur et s’il n’est pas trop prétentieux.

Vous avez une écriture presque « littéraire ».

Sans faire le faux modeste, ça m’ennuie que vous disiez cela parce que je ne veux pas être considéré comme un intello. J’essaie toujours de trouver les mots et une imagerie relativement simples. Mes sujets aussi ne sont pas compliqués. J’invente aussi des personnages qui ont une vie simple. C’est peut-être littéraire dans l’approche parce que je refuse la médiocrité.

Refuser la médiocrité en 2012, est-ce que c’est se faciliter la vie ?

Pas du tout. Il y a des artistes qui me surprennent agréablement, mais la plupart du temps, il n’y a rien de transcendant. Moi, je ne fais pas ce boulot-là pour être riche et célèbre, alors je ne m’adonne pas à la facilité. Je fais ça par passion et par plaisir, je vais donc au bout de mes idées.

Et aller au bout de ses idées, ce n’est pas évident.

Ce n’est pas facile au niveau de l’existence, au niveau matériel, donc. Quand on a l’exigence que j’ai, on n’a pas tout le temps l’inspiration et la fulgurance qu’on devrait avoir. Après, est-ce qu’on est là pour se faciliter la vie sur Terre ?

"Embrasse-moi", clip de Frédéric Bal, sur une idée d'Yvanna Zoia, interpré par Elizabeth Masse.

On est là par contre pour pouvoir se regarder dans la glace…

Oui, je préfère cela. Je peux me dire que je n’ai pas honte du parcours que j’ai fait jusqu’à présent.

Le paradoxe avec un artiste comme vous, c’est qu’à chaque sortie d’album, on lit dans la presse des concerts de louanges, des critiques dithyrambiques, mais le public ne suit pas forcément. Le public n’aime donc pas ce qui est qualitatif.

Je ne vois pas les choses ainsi. J’ai plus l’impression que c’est la surmédiatisation de tel ou tel artiste qui fait que le public va vers lui. Quand on voit l’avènement de la télé-réalité, on voit que plus tu donnes de la médiocrité en nourriture, les gens finissent par la manger sans aucun problème. Quand on leur propose quelque chose de plus élaboré, médiatisé de la même façon, ça fonctionne aussi.

Pensez-vous que l’on nivelle vers le bas ?

Terriblement. C’est malheureux, mais c’est comme ça. Mais, vous savez, il faut voir l’environnement dans lequel on évolue. On a le droit de se laisser aller à la facilité quand on sort d’un boulot harassant, quand on n’a pas une vie très drôle. On n’a pas forcément envie de s’élever l’esprit.

"Ne te retourne pas".

Vous sentez-vous apprécié à votre juste valeur ?

Je n’ai pas d’ego par rapport à cela. Je suis plutôt un paysan. C'est-à-dire que je suis têtu.  Un jour, je me suis dit que j’allais prendre cette voie-là… ce n’est pas la voie la plus facile, mais je vais aller droit là où je veux aller. Je suis sûr qu’à l’usure, je finirai par y parvenir. Je suis sûr que petit à petit, je susciterai la curiosité, parce que je vais toujours dans la même direction.

Sans vous flatter bassement, vous êtes un artiste pur, je trouve.

Pour ce qui me concerne, je n’emploie jamais le mot d’artiste. J’aime bien élaborer les choses comme un artisan. D’ailleurs, comment peut-on être prétentieux au point de vouloir sortir du lot en

se décrétant « artiste ». Un artisan fait le mieux qu’il peut pour arriver à créer quelque chose. C’est ça que je suis. J’ai un père qui était ébéniste et je l’ai vu y mettre tellement de passion.

L’album …Cinémas… est sorti il y a un an et la nouvelle édition date de mai dernier avec en bonus des duos avec Mell, Marcel Kanche et François Pierron. Pourquoi cette réédition ?

Il y a essentiellement une rencontre avec Laurent Balandras des éditions Balandras. Il a eu l’envie de prendre le projet en main. On trouvait dommage de le rééditer tel quel. On a donc décidé d’inclure des nouveaux duos. Mell, Marcel Kanche et François Pieron sont des personnes que j’apprécie beaucoup pour leur qualité humaine et artistique. Il y a un profond respect entre nous et il n’y a pas de prétentions, ni d’ego à gérer. Travailler avec eux s’est imposé comme une évidence.

"Hôtel pourri", duo interprété par Mell et Louis Ville.

Comme son nom l’indique explicitement, cet album est un hommage au cinéma.

Dans tous les morceaux, j’ai glissé de manière évidente ou plus dissimulée, des références à des genres de cinéma que j’aime beaucoup.

Cette création-là était finalement aussi un jeu ?

Oui.

Créer c’est un jeu ?

Pas seulement. Surtout un besoin. À un moment, on ressent le besoin. C’est comme un fourmillement qui vient petit à petit. De toute manière, je ne sais pas m’exprimer autrement. Quand il y a de la foule, je deviens autiste, agoraphobe et je m’isole.

Ce n’est pas pratique quand on fait de la scène dans une salle avec plein de monde !

Je suis en hauteur. Il y a une distance et une protection qui me permettent d’être bien.

Quand la vie malmène, a-t-on envie de créer ?

On a envie de digérer et voir ce qu’il peut en sortir. La création d’une chanson est tout un processus long et lent. Et vous savez, il y a des choses du vécu que l’on peut transposer dans des histoires imaginaires.

Il y a peu de musique gaie dans votre œuvre.

Je ne sais pas faire ça. Ce n’est pas forcément très triste, mais je ne suis pas Carlos. Quand je commence une chanson dans laquelle il y a trop de joie, j’arrête. Il est difficile pour moi d’interpréter une chanson quand ce n’est pas son monde.

"Sans rien dire".

Est-ce que vos chansons ressemblent à ce que vous êtes ?

C’est très compliqué comme question. La vie m’offre parfois des choses magnifiques et elle m’offre aussi parfois des choses très difficiles. Eh ben, oui, la vie c’est ça. Et cet album-là, c’est ça. Des hauts, des bas, des hauts, des bas… c’est la vision de quelqu’un qui est dans la dèche, c’est la vision de quelqu’un qui ne sent pas toujours bien. Ce n’est rien d’autre que le reflet de la vie. Le reflet de ma vie. Par contre, je n’ai pas non plus envie d’être monochrome. Je ne veux pas faire que des chansons lancinantes, tristes, mélancoliques… je veux aussi qu’il y ait de la révolte.

Votre musique est à tendance rock, folk, mais pas uniquement.

Je ne veux pas me cloisonner à un style bien précis. Si un texte m’inspire d’aller loin dans le voyage, je vais loin, si un texte est un peu plus franchouillard, je vais aller dans la tradition française. Le terme franchouillard n’a rien de péjoratif pour moi, je vous assure.

Quel est pour vous un texte franchouillard dans votre album ?

« Sans rien dire » par exemple. Dans le rythme de ce texte, il y a ce 3-4 qui fait qu’on n’est pas loin de la chanson classique française.

Vous vous sentez proche de qui dans la chanson ?

De personne. J’aimais beaucoup Bashung parce que lui aussi, il allait droit là où il avait envie d’aller. Ce qu’il faisait était extrêmement respectable. Arno aussi, j’aime bien, même si je ne suis pas proche de son univers. Ce sont des gueules, de fortes personnalités qui se soucient peu de la mode du moment. C’est ça que j’aime.

Même si vous n'aimez pas le terme, c’est quoi pour vous, un artiste ?

C’est un homme qui se crée sa propre identité, qui murit au fil des ans… et qui apporte des choses différentes. Et puis on croise les doigts pour ne pas qu’il s’épuise et pour que l’inspiration reste en lui.

Avez-vous le sentiment d’être un artiste maudit ?

Non. Si on veut être un artiste maudit, on le décrète. Parfois, c’est normal de ne pas avoir de critiques uniquement positives. Un peu de modestie ne nuit en rien à la création.

"Marcello", clip produit par Yvanna Zoia, Louis Ville & Fabrice Issen, coproduit par Singapour 1939 Productions / réalisé par Thierry Paya

Avez-vous envie de passer au stade supérieur de notoriété ?

Oui. Un petit stade supplémentaire. Ce n’est pas une ambition pour mon ego, c’est une ambition pour mon porte-monnaie et pour mon banquier, c’est tout. Créer dans l’inconfort, c’est bien, mais au bout d’un certain nombre d’années, on demande un tout petit peu plus de confort. Mais les choses vont nettement en s’améliorant. Encore un peu plus de notoriétés et ce qui en découle et je serai peut-être enfin serein. C’est important d’avoir un peu de confort psychologique.

Vous donnez des cours d’écriture en prison ou pour des gens déscolarisés, mais je sais que vous n’aimez pas en parler.

C’est important pour moi de le faire, mais je ne trouve pas important que les gens le sachent.

Ça explique un homme, ce genre d’activité.

Ça fait trop « les restos du cœur ». En médiatisant ce côté-là de ma vie, c’est occulter tous les éducateurs qui font ça dans l’ombre tous les jours et qui en chient beaucoup plus que moi quand je vais faire mes petits ateliers d’écriture. Même si je ne me sens pas tout à fait inutile, ce n’est qu’un petit gravier par rapport à tout ce que font ces gens-là.

Mais, il y a aussi la notion de transmettre son savoir…

Oui, ça aussi c’est important. Mais ce que je fais n’est pas forcément apprendre à écrire, c’est déjà apprendre à s’exprimer. Ce sont des personnes qui ont de très grandes difficultés sociales, qui sont fermées à tout et qui sont complètement hermétiques aux autres, alors quand on arrive à les faire s’exprimer, c’est une victoire magnifique.

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Prochaines dates de Louis Ville...

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19 août 2012

MyBlobfish : interview pour la sortie de leur premier album

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myblobfish,interview,mandorEncore un groupe découvert grâce à l’insistance d’une bookeuse/attachée de presse à qui je ne répondais pas très rapidement. Nathalie Rosendo n’a pas lâché le morceau et j’ai fini par écouter les MyBlobfish.

Et j’ai fini par accepter de les recevoir dès la fin de la première écoute.

MyBlobfish, musicalement et vocalement, c’est du lourd.

Comme ils sont de la région de Bordeaux, il fallait attendre qu’ils aient l’opportunité d’une date parisienne pour qu’ils viennent me rendre une petite visite.

Ce qui fut fait le lendemain de leur participation au Festival Génération RÉSERVOIR.  Les deux MyBlobFish sont venus à l’agence le 27 juillet dernier… accompagnés de leur équipe au grand complet, dont Nathalie.

myblobfish,interview,mandorBiographie officielle :

Janvier 2010, My Blobfish naît de la rencontre entre Hanitra (chant, guitare) et Julio (batterie/cajon/coeur/guitare), deux musiciens d’univers distincts. Très rapidement la magie opère et le poisson au nom étrange pointe naturellement le bout de sa nageoire.
Sur scène, le duo à l’énergie communicative, mélange mélodies folks et rythmes ethniques.
De l’électrique à l’acoustique, My Blobfish navigue aujourd’hui de « caf’conc’ » en festivals, entraînant dans son sillage un public grandissant.
Avril 2011, l’AREMA Rock et Chanson à Talence (33) proposent au groupe un partenariat afin d’enregistrer un premier opus, fruit de la symbiose de leurs compositions respectives.

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Interview :

Vous avez commencé à jouer ensemble par dépit, ai-je lu quelque part…

Julio : J’avais pas mal de morceaux déjà composés et qui traînaient au fin fond d’un tiroir. À l’époque, je cherchais une chanteuse. On s’est rencontré dans une structure de la région qui s’appelle Salem. Elle comporte des locaux de répétitions où beaucoup de groupes se croisent et où il y a beaucoup de mouvement. Le patron de cette structure m’a dit qu’une chanteuse, seule, se débrouillait plus que bien. J’ai frappé à la porte, et c’est ainsi que l’histoire a commencé.

Que ce pose-t-on comme questions quand on se rencontre de cette manière. Est-ce que ça va bien fonctionner musicalement entre nous et humainement ?

Julio : Au début, on s’est juste présenté nos morceaux. Hanitra et moi, nous nous sommes vite rendu compte que nous allions vers la même direction. C’est le gros coup de bol.

Hanitra : Moi, je dirais que nous avions deux chemins musicaux différents, mais nos compositions étaient cohérentes les unes avec les autres. C’est très curieux. Toi Julio, tu étais un peu plus métal et énergique et moi j’étais plus dans la New Jack et la soul.

Après on doit répéter beaucoup pour obtenir une certaine fusion ?

Julio : On a la chance d’avoir nos propres studios de répétitions. Au départ, nous étions cinq, nous ne sommes plus que deux, du coup, on peut aisément se réunir et travailler. Au début, c’était un peu bancal, mais en bossant, on a fini par bien mélanger nos styles.

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Julio, quel est ton parcours ?

Il est un peu particulier. J’ai fait une école à Nancy, le MAI (Music Academy International). En sortant de là, mon objectif était de vivre de ma musique. J’ai donc tout fait pour.

Et toi Hanitra ?

C’est plus traditionnel. Je viens de Madagascar et je suis arrivé en France en 2000. J’ai joué dans plusieurs groupes et dans différents styles. Ensuite, j’ai un peu chanté en solo, jusqu’à la proposition de Julio.

Vous formez un duo depuis 2010 et vous avez déjà un disque. Très bien produit qui plus est.

Julio : Pourtant il a été fait dans l’urgence. On l’a enregistré plus vite que prévu. Du coup, ça donne un côté un peu spontané et authentique. En plus, j’avais le dos bloqué, c’était compliqué. C’était un peu roots, cette période.

Hanitra : Avec le recul, évidemment, il y a des ajustements que l’on aimerait faire, mais globalement, nous ne sommes pas déçus du résultat.

MyBlobfish au "festival Génération Réservoir", le 26 juillet 2012, veille de cette rencontre.

Vous tournez beaucoup ?

Hanitra : Oui, pas mal. Comme on est une petite formation, on passe un peu partout. On fait des scènes locales, des tremplins, des showcases. On accumule les expériences scéniques.

Julio : Nous, à partir du moment où on est sur scène, on donne tout. On est dans un autre monde. Quand le décompte est lancé, rien ne nous arrête.

Hanitra : Quels que soient la date, la salle, l’environnement, le public, l’enjeu, on essaie d’être le plus carré possible et  tout le temps aussi motivé.

Le fait d’être deux permet de se motiver mutuellement quand le doute s’installe, je suppose.

Julio : Effectivement, si l’un de nous a un coup de mou, l’autre est là pour prendre la relève et tout reprend forme. Jamais notre duo ne s’essouffle.

"Happiness" (en version acoustique studio).

On ne peut pas comparer votre travail à celui d’autres artistes. C’est un style indéfinissable.

Julio : Nous-mêmes, nous ne pouvons pas le définir très exactement. Je le répète, on fait de la musique de manière spontanée et rien n’est calculé. On ne va jamais dans une direction bien précise. Sur le prochain album, par exemple, il y a déjà des sonorités africaines… ça peut partir vraiment dans tous les sens.

Hanitra : On nous a dit, « il faut choisir un style », on a donc répondu: «  folk rock ». Mais parfois, on est plus « ethnique », plus « roots »…

Julio, tu me parles du deuxième album… il est déjà en préparation ?

Julio : Disons qu’on a un bon rythme de croisière. On avance vite puisqu’on a déjà les deux tiers du deuxième album.

Hanitra : Ça se fait assez naturellement. On se voit souvent, pour présenter le premier album et parfois on travaille sur le second. Nous ne cessons de travailler.

"Time", version studio.

Avez-vous l’impression d’avoir un petit public, déjà ?

Hanitra : Oui, à l’échelle locale. Les salles ne sont pas énormes, mais elles sont toujours remplies.

Quand ça marchera pour vous, vous aurez d’autres musiciens ?

Hanitra : Peut-être en featuring. Mais, on trouve que ça marche bien sous cette forme. Je pense que l’on perdrait en originalité si on prenait d’autres personnes dans notre formation. On se suffit à nous-mêmes. On a trouvé la bonne formule pour jouer avec énergie, présence et dynamisme…

Julio : On a tellement ramé pour trouver la bonne formule, qu’on n’a plus envie de changer. C’est la plus simple qui nous satisfait le plus et qui semble satisfaire le public. On fonctionne bien à deux, on reste à deux. Pour le moment, on en est là.

Live acoustique de "Everything you did to me" à l'Amadeux avec le bassiste, Michael Manring.

MyBlobfish, c’est plus un groupe ou un duo ?

Julio : Je dirai plus un groupe. Duo, ça fait plus jazz ou chanson française. Nous, on est un petit groupe.

Dans un duo,  pardon, un groupe, on parle beaucoup, j’imagine. On se conseille, voire se critique. C’est facile d’entendre ce que dit l’autre ?

Julio : En fait, nous, on a une façon de travailler qui s’est mise en place dès le départ. On compose chacun de notre côté. Même si je suis à la batterie, je prends la gratte et je compose des morceaux entiers et Hanitra fait pareil de son côté. Quand on se présente les morceaux, celui qui n’a pas composé va faire les arrangements, car il a les oreilles fraîches parce que c’est la première fois qu’il écoute. Et ça se passe toujours bien. On a les mêmes goûts.

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Vous chantez en anglais et ça vous va bien !

Hanitra : Pour tout ce qui est rythmique, le français est plus facile, mais pour tout ce qui est mélodique, je trouve que l’anglais fonctionne mieux. Moi-même, avec mes influences, je suis beaucoup plus à l’aise en langue anglaise. Quand j’étais beaucoup plus jeune, j’écoutais Whitney Houston et Maria Carey, ce genre d’artistes. Aujourd’hui, je me nourris notamment de Mary J Blige ou India Arie. Je suis impressionnée par ce qu’elles arrivent à faire avec leur organe. Pour ma part, je considère ma voix comme un instrument et désormais, j’en prends vraiment soin.

Quelle est votre prochain date importante?

Hanitra : Sans conteste, celle du samedi 25 août. Nous jouerons au Festival Couvre-Feu, à Corsept (44). C'est très important pour nous, car la programmation est impressionnante.

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Merci à Nathalie Rosendo pour les photos de l'interview...

16 août 2012

Frédéric Mars : interview pour Comment j'ai arrêté de CONsommer

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frédéric mars,comment j'ai arrêté de consommer,interview,mandorFrédéric Mars est un auteur que je suis depuis 2006 et que je rencontre à chacun de ses nouveaux livres (ou presque).A chaque fois, son livre n'a strictement rien à voir avec le précédent.

Il a été mandorisé 7 fois.

(Lire ou voir : la première, la deuxième, la troisième, la quatrième, la cinquième et la sixième).

Le 26 juillet dernier, je lui demandé de me rejoindre à « l’ agence » pour évoquer son nouveau livre, Comment j’ai arrêté de CONsommer : journal d’une année de lutte contre l’enfer marchand.

Présentation de l'éditeur :

" On est foutus, on mange trop. " Vous vous souvenez de cette chanson d'Alain Souchon ? frédéric mars,comment j'ai arrêté de consommer,interview,mandorAujourd'hui, il faudrait en actualiser les paroles : on est foutus, on consomme trop. On achète de tout, tout le temps, et n'importe comment. On CONsomme, on dépense, on accumule, sans jamais se demander ce que ces objets supplémentaires nous apportent réellement. Pendant une année, l'auteur a tenu un pari avec sa famille : deux adultes et un enfant qui ont tenté de déconsommer. De ne plus se gaver en pilote automatique, de reprendre en fait le contrôle de leur vie. Pour répondre (enfin) à cette vraie question : " Parmi tous les instants de mon bonheur, lesquels dois-je à ces choses que j'achète à longueur de temps ? " Sans soldes. Sans hypermarchés. Sans abonnements. Sans carte bleue. Sans crédit ni découvert. Sans publicité. Sans marques. On imagine les difficultés, notamment à Noël, lors de la fête des Mères, pour le choix des vacances, à la rentrée des classes ! Comment s'en sortir ? Très drôle et pragmatique, Comment j'ai arrêté de CONsommer est le journal de bord d'un résistant à la fièvre acheteuse, sans idéologie ni moralisme.

Biographie de l'auteur :

Frédéric Mars, journaliste et écrivain, a publié plusieurs romans : Son parfum (Ramsay, J'ai Lu), L'amour est une femme (Le Rocher), Le Sang du Christ (Michel Lafon), NonStop (Black Moon). Sous pseudonyme, il est par ailleurs l'auteur de plus d'une cinquantaine d'ouvrages tous genres confondus (essais, documents, romans, etc.).

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Interview :

En recevant ton livre, puis en le lisant, je me suis dit que nous nous étions croisés, parfois, quand tu vivais cette expérience… et je n’ai pourtant rien décelé.

Quand j'ai vécu cette expérience, je ne le criais pas forcément sur tous les toits. Le propos n’était pas ni dans l’expérience, ni dans le bouquin, de tenir une position radicale. Il ne faut pas se leurrer, je suis un pseudo bobo de proche banlieue, plutôt favorisé avec des revenus corrects. Si tu as moins que le SMIC pour vivre chaque mois, si tu as le RSA, évidemment, tu ne t’adonnes pas à ce genre d’expérience,  j’en ai parfaitement conscience. Mon livre a un point de vue de bourgeois, d’ailleurs je vois bien que les gens qui réagissent avec le plus d’enthousiasme à mon livre sont des gens qui n’ont pas de problème d’argent. Du coup, ils se sentent plus en position de se défaire de certaines possessions.

Quand on parle de « déconsommation », souvent les gens entendent des trucs plus radicaux de décroissances revendicatives et militantes où les personnes qui s’adonnent à cet exercice arrêtent tout.

Je le dis dès le départ, je suis un consommateur, je reste un consommateur. L’idée n’est pas de ne plus consommer du tout, mais c’est de consommer de manière moins automatique, moins débile, moins asservissante et moins aliénante. Dans ce cadre limité, j’ai eu envie d’essayer tout ce qu’il était possible de faire.

Les choses se sont mises en place au fur et à mesure, je crois.

J’ai fait une brocante, j’ai donc vidé ma cave… tout à commencé ainsi. Les choses se sont enquillées dans une certaine improvisation. Je n’ai pas fait un grand plan sur un an. Je le raconte comme ça parce que c’est une facilité narrative, mais les différentes étapes se sont enchaînées un peu au jour le jour. Avec ma femme, on a un peu fait de la navigation à vue.

Quand on décide de « déconsommer », quand on s’astreint à des règles, on perd beaucoup de temps et de disponibilité dans la tête…

C’est un paradoxe. À vouloir « déconsommer », on est tributaire de la consommation. L’autre paradoxe, c’est que les gens qui achètent ce livre achètent quelque chose qui évoque le fait de ne pas acheter des choses non essentielles. Dès que tu abordes la question de la consommation et de la « déconsommation », tu te cognes en permanence à des paradoxes et à des incohérences. À un moment, il faut faire fi de ces paradoxes sinon, on ne fait plus rien.

frédéric mars,comment j'ai arrêté de consommer,interview,mandorTu constates qu’il vaut mieux acheter un nouveau téléviseur plasma que de tenter de le faire réparer. Voilà un autre paradoxe.

Rien que pour la laisser au réparateur, par exemple, il faut déjà donner de l’argent. En permanence, quand tu fais cette expérience. Tu es rattrapé par la culotte. Tu te rends compte que tu es attaché à la consommation avec un élastique et plus tu tends l’élastique, plus tu risques violemment d’y être ramené. Notre but à ma femme et moi n’était pas de couper l’élastique parce que c’est impossible, l’élastique sera toujours là.

On te rétorque souvent qu’en « déconsommant », on fait péter le système.

Je ne dis pas qu’il ne faut plus consommer. On ne cherchait pas à être plus malin, on cherchait à être mieux, plus à l’aise et plus heureux avec ce que l’on achète. D’ailleurs, c’est une suprême ruse des gens qui cherchent à nous vendre des choses de nous rendre malins. On en revient à ce que tu me disais sur l’occupation de l’esprit, plus on cherche à être malin, plus on a en tête en permanence les actes de consommation. On ne pense qu’à ça, ça devient obsessionnel. Nous on cherchait à s’en enlever de la tête.

Toute cette somme d’effort et de minis expériences ont-elles porté ses fruits ? Les as-tu frédéric mars,comment j'ai arrêté de consommer,interview,mandortous pérennisés ?

Non. Très honnêtement, j’ai repris une Carte Bleue par exemple. Vivre sans carte de crédit, dans le monde d’aujourd’hui, si on se veut être intégré, c’est impossible. Je rappelle que je ne cherchais pas  à montrer l’expérience de quelqu’un de complètement sorti de la société. Ça me semblait plus pertinent que l’expérience du type qui va vivre sans rien au fin fond de la campagne. Il y a un côté Robinson Crusoë très palpitant, mais pour nous, ça apporte quoi ? Qu’est-ce que ça va prouver ? Qu’est-ce que ça va donner envie de faire au quotidien à la personne qui, elle, est engluée dans son quotidien et qui veut faire un petit effort ? Rien. Elle ne va pas faire la même chose. Alors que moi, je voulais donner, à travers notre expérience, quelques minis outils aux gens qui pourraient se dire qu’ils pourraient essayer aussi sans se désocialiser.

Tu dis souvent « nous » dans cette interview. Tu inclus ta femme.

Ma femme a vraiment du mérite parce qu’elle travaille dans le luxe. Elle est spontanément attirée par ce qui est beau et donc cher. Elle est formatée ainsi, c’est son métier. Mais, elle a joué le jeu le mieux possible. Notre fils aussi. On a eu la chance de tenter cette expérience à une époque où il était encore assez petit. Il avait 5 ans. Trois ans plus tard, on n’aurait pas pu. Honnêtement, c’est moi qui ai le plus souffert de l’aspect désocialisant de cette expérience.

Au début, tes amis se sont tous dit que tu avais des problèmes d’argent.

Tous. Parce que mes amis savent que ma femme et moi sommes des  travailleurs « indépendants ». Ni elle, ni moi ne sommes salariés, donc en l’occurrence, ils pouvaient se dire qu’on traversait une période creuse, qu’il y avait un gros trou dans nos activités et qu’on n’osait pas le dire.

C’est vexant ?

Non, parce que ça peut arriver. Je n’aurais pas eu honte de dire que la période était plutôt calme et qu’il fallait que l’on fasse attention. Nos amis ont projeté sur nous une fierté que nous n’avons pas. Ce qui est plus gênant finalement, c’est de savoir que pour tout notre entourage, si on ne consomme plus autant qu’avant, c’est que nous ne sommes plus dans une forme de normalité qu’eux peuvent enregistrer et percevoir. On devient alors hors norme.

Culturellement parlant, « déconsommer », c’est un gros problème.

Oui, toi tu es un gros consommateur de produits culturels, tu vas comprendre ce que je vais dire. Quand j’ai arrêté d’acheter des produits culturels « mainstream », c'est-à-dire, ceux qui font l’actualité, j’ai été complètement désociabilisé. Tu n’es plus intéressant parce que dans la conversation, tu ne peux plus en parler parce que toi tu ne les consommes plus. Dans notre milieu commun, François, si tu ne maîtrises pas l’actualité culturelle, tu n’es plus rien aux yeux des autres. C’est dur, mais c’est vrai.

frédéric mars,comment j'ai arrêté de consommer,interview,mandorTu m’as fait marrer dans les pages où tu racontes que tu as décidé de n’aller voir que des spectacles gratuits.

Si tu regardes les programmes des manifestations culturelles gratuites à Paris, ce sont essentiellement des concerts de musique classique dans les églises. Et au départ, tu ne peux pas t’empêcher de te dire que si c’est gratuit, ça veut dire que c’est un sous spectacle, que ça sera de moindre qualité, que ce ne seront pas de vrais pros. Après tout, s’ils sont moins payés, c’est qu’ils ne le méritent pas finalement. C’est là que tu constates que dans notre mode de réflexion ordinaire, il y a cette équation : pour qu’une chose ait une valeur humaine, artistique ou culturelle, il faut qu’elle ait un prix. Si on ne paye pas, ça ne sera pas bon. Ce qui est complètement battu en brèche par certains festivals d’été qui sont gratos… évidemment, cet a priori est archi faux.

Quand tu racontes que lorsque tu es invité chez quelqu’un, tu ne viens plus avec une bouteille de vin ou des fleurs, là, je me suis dit que c’était ma limite à moi… Ça m’a fait comprendre que quand on vient chez quelqu’un, il y a la notion d’échange. Tu m’invites, mais je t’offre un truc.

Oui, et quand tu ne fais plus ça, la première fois tout le monde rigole, la deuxième, on rit un peu jaune, la troisième, tu sens qu’il y a un malaise. Un vrai malaise. C’est la valeur marchande de l’objet qui va faire le lien. Je ne peux même pas ramener un objet qui a une valeur sentimentale ou familiale… c’est incongru dans cette situation, sauf si je vais chez quelqu’un de ma famille. Je n’avais pas mesuré quel malaise durable ça pouvait générer et à quel point cette notion d’échange est vraiment structurelle dans les relations amicales. Si on ne le fait pas, l’amitié peut se désintégrer… j’exagère à peine.

As-tu eu l’impression d’avoir pris des risques en écrivant ce livre ?

Non, ce livre n’a rien cassé avec mes amis. Ce sont des gens intelligents, malgré les tensions qu’il y a eu parfois et que je raconte dans le livre. Aujourd’hui tout va bien avec eux. Les risques que j’ai pris ne sont pas graves socialement. Par contre, quand j’ai décidé de fermer des comptes, de ne plus avoir de CB, je suis presque devenu parano tellement je ne me sentais plus dans la normalité. Je me disais qu’on allait me le faire payer.


Comment j'ai arrêté de consommer JT 20 heures... par fredmars2

frédéric mars,comment j'ai arrêté de consommer,interview,mandorMoi, j’ai suivi tes conseils à propos des placards remplis de victuailles jamais mangées, mais toujours rachetés…

C’est la mesure la plus simple à mettre en place et celle qui est la plus frappante parce qu’elle saute aux yeux de tout le monde. Il y a des aliments que tu achètes tout le temps et que tu ne consommes quasiment jamais. Rien que ça, c’est énorme en volume et en valeur. Les fruits et légumes, par exemple, on en jette constamment. C’est le syndrome d’après-guerre… le stockage. Qui n’a pas des packs de lait dans sa cave, des conserves permettant de tenir un siège ? Quand tu consommes ce que tu as avant de consommer de nouveau, je t’assure que ça t’allège déjà pas mal. Le temps d’après c’est de se poser une question : à qui et dans quels canaux tu achètes ces produits-là ? Nous, on achète plus un seul produit de la terre dans un supermarché qui, lui-même, l’a acheté à Rungis qui, lui-même, l’a importé de je ne sais où. On achète 100% de nos fruits et légumes à un producteur local qui habite à une dizaine de kilomètres de chez nous. Et du coup, on ne consomme plus que des produits de saisons. Tout ça, c’est très simple à faire et ça n’a rien de radical. Si tout le monde fonctionnait comme ça, est-ce que déjà on ne progresserait pas beaucoup ?

Au niveau du style, ce livre est un journal de bord.

Je ne l’ai pas écrit au fil de l’eau. J’ai pris des notes et j’ai écrit après. Je voulais le temps de mûrir tout ça.

Il y a beaucoup d’humour, de second degré.

C’est « enrobage » humoristique permet de mieux faire passer le message. J’ai vite compris que, de cette expérience, il y avait plus vertu à écrire une histoire un peu vivante et marrante. Je voulais éviter l’essai un peu pontifiant.

Si tu n’avais pas eu l’objectif d’écrire ce livre, aurais-tu fait cette expérience ?

Très honnêtement, ça aide à la motivation. Je ne suis pas sûr à 100% que je l’aurais fait si je n’avais pas eu la carotte de la publication de ce livre.

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13 août 2012

Jonathan Dassin : interview avant la sortie de son premier album

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C’est rare quand je demande à un artiste dont je n’ai pas entendu l’album de venir me voir. Dans le cas de Jonathan Dassin, je n’ai écouté que deux titres, Dans le désert et Ma gueule… Mais cet artiste est un cas particulier. Il est impossible de ne pas voir en lui son père, Joe Dassin. Et pourtant il a beaucoup lutté contre cette ressemblance. Puissamment. Aujourd’hui, il a cessé de lutter. Il assume cette filiation vocale et physique. Du coup, il avance plus vite et plus honnêtement.

Les textes de son premier album, selon son dossier de presse, sont « romantiques et effrontés. Sa musique est à la frontière de la soul, du funk et de la variété. L’univers du premier album de Jonathan Dassin joue sur les contrastes, entre mélodies enjouées et textes désenchantés. Sa voix grave nous  rappelle celle de son père, mais son univers bien particulier épouse la nouvelle scène française ». Jonathan Dassin est venu à « l’agence » le 19 juillet dernier. Merci à son attaché de presse, Pierre-Henri Janiec, d’avoir tenu parole... et si vite. Comme d’habitude.

jonathan dassin,interviewInterview :

Vous avez commencé à composer à 13 ans vos premières chansons, en anglais, au sein du groupe pop Limelight. 

Je faisais traduire les chansons que j’écrivais en français en langue anglaise par ma tante, Richelle Dassin, la sœur de mon père. Je trouvais que ça sonnait mieux et c’était aussi une question de facilité. Quand on chante dans une langue que l’on ne maîtrise pas, pas besoin de raconter des histoires fabuleuses ou d’être excellent dans l’écriture.

Vous avez donc changé d’avis, aujourd’hui.

Oui, puisque je ne chante plus qu’en français. Je me suis sérieusement penché sur cet aspect-là de mon travail. Pour chanter en français, il fallait que je fasse murir quelque chose qui n’était pas forcément naturel pour moi.

En 1997, à l’âge de 18 ans, vous accompagnez à la trompette et au bugle le groupe afro Nassara.

C’était une très grande expérience. A ce moment-là, je me disais que le chant n’était pas fait pour moi, mais je voulais continuer la musique. Je me suis donc mis à la trompette avec ce groupe. Avec Nassara, j’ai élargi mes horizons musicaux et multiplié les concerts. Le groupe a fait les premières parties de Manu Dibango et des Wailers, et a été la tête d’affiche d’un concert au Bataclan en 1998. Cette expérience m’a beaucoup appris. Musicalement et dans les rapports humains… c’était une grande famille.

Vous avez quitté le groupe pour pouvoir vous recentrer sur un projet personnel et chanter de nouveau.

Oui. Chanter n’a jamais été un grand problème pour moi. Ce qui a été compliqué long et fastidieux, c’est d’accepter la voix que j’avais. Il fallait que j’accepte que ma voix ressemble à celle de mon père. Pendant une grande période de ma vie, j’ai essayé de m’en éloigner. Cela m’obsédait, un peu trop d’ailleurs. Je suis baryton et je ne chantais pas dans ma tonalité. Je chantais plus ténor, alto parce que je n’assumais pas la ressemblance vocale avec Joe Dassin.

jonathan dassin,interviewQu’est-ce qui a fait que finalement, vous avez décidé d’assumer cette voix ?

Le temps et ma maturité ont fait leur travail. J’ai fini par réaliser que ça ne servait à rien de fuir la réalité des faits.

Quand on est le fils de Joe Dassin on a envie de crier : « écoutez-moi pour mon travail et pas parce que je suis le fils d’un chanteur populaire » ?

Je suis au début de ma carrière et je sais pertinemment que je ne passerai pas à côté de la comparaison. Je sais ce que je veux faire et je me suis toujours un peu éloigné du répertoire de mon père. Je me suis démarqué volontairement de ses chansons… je suis confiant en moi et en mes chansons. Ce que je vis en ce moment est un moment de vérité. Je travaille pour que l’on reconnaisse mon travail et je ne veux surtout pas profiter de la notoriété de mon père.

Les comparaisons avec lui, vous vous y attendez.

J’entends ça depuis que je suis enfant… j’y suis habitué.

1er clip officiel : Dans le désert.

Vous faites des chansons éloignées de la variété pure et simple. Ma gueule ou Le désert, par exemple, ne sont pas des chansons « faciles ».

J’adore la musique américaine et ma musique peut se rapprocher de la soul, du funk, parfois c’est plus « ambiance », parfois elle tire vers le reggae. J’ai finalement une palette assez large. Ça va vous étonner, mais je considère que je fais aussi de la variété.

Vous aimez qui musicalement ?

J’adore Curtis Mayfield, Marvin Gaye, Prince, Ben Harper par exemple. Chez les Français, c’est Gainsbourg et Brassens.

Et les chansons de votre père, vous ont-elles influencées ?

J’ai eu une période, dans ma petite enfance, où je n’écoutais que lui. Ensuite, j’ai complètement zappé. Il avait une manière de faire de la musique et de chanter qui était unique.

Êtes-vous admiratif de ce papa que vous n’avez presque pas connu ?

Honnêtement, je pense qu’aujourd’hui, je suis objectif. En progressant personnellement dans la musique, j’ai pu mieux comprendre pourquoi il était bon.

Pourquoi alors ?

Alors que beaucoup de musiciens sont à la recherche de la complexité, lui, cherchait la simplicité et l’efficacité. Un musicien n’est jamais aussi bon que quand il cherche à faire simple. C’est à ce moment que le public est touché. Moi, dans mon évolution, je tends à cela. Je me bats pour simplifier.

Un extrait de Ma gueule.

Votre album est annoncé depuis longtemps. Il tarde un peu à venir.

On vient de signer chez Wagram, il faut patienter encore un peu. J’ai beaucoup composé ces dernières années, mais j’ai du choisir parmi une douzaine de titres ceux qui allaient figurer sur mon album. Le choix fut difficile. Je ne suis pas mécontent d’avoir mis du temps à sortir ce disque, car je sais que maintenant je présente un travail mature. Nous allons retourner en studio en septembre et en octobre. Il y a des textes un peu second degré, un peu cynique aussi, voire méchant parfois. J’aime bien un peu provoquer.

Avez-vous déjà des « fans » ?

Un petit peu. J’ai aussi pas mal de fans de mon père qui observent ce que je fais et qui m’encouragent. Ça ne me dérange pas, je le comprends parfaitement.

jonathan dassin,interview

Le souci, dans votre cas particulier, c’est qu’il y a un a priori immédiat. Le fils de Joe Dassin, qui a la même voix et la même tête, chante lui aussi. Même moi, j’ai dû freiner ce réflexe de suspicion.

Je sais bien. Il faut passer cette première étape et être curieux pour découvrir mon univers. Faire de la musique est une démarche personnelle puisque je n’ai pratiquement pas connu mon père et que ma mère ne nous a jamais incités à nous lancer dans ce domaine. Mon frère et moi, nous nous sommes débrouillés tout seuls pour aller dans cette direction.

Une chanson de Joe Dassin dédiée à son fils Jonathan. Paroles très troublantes...

A 17'30'', Joe Dassin parle de Jonathan et de son éventuel envie qu'il devienne chanteur lui aussi...

Votre frère cadet, Julien, justement, il chante aussi.

Oui, mais nous n’avons pas la même démarche musicale et je ne parle jamais à sa place.

Avez-vous peur du jugement des autres ?

Pas trop. Si c’est négatif, bien sûr, ça va me plaire moyennement, mais j’ai plutôt confiance en moi. Il le faut pour avancer.

Est-ce qu’il y a quelque chose de l’ordre de « je crois en ma bonne étoile » ?

Je ne me suis jamais posé cette question. Je sais que c’est ce que je veux faire tout en ayant pleine conscience que les choses peuvent très bien se passer ou pas aussi bien que je l’espère. En ce moment, je suis heureux. J’ai la possibilité d’enregistrer mes chansons, puis de les faire connaître, c’est une belle période. J’ai envie d’en découdre avec le public. J’ai hâte d’avoir son avis…

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25 juillet 2012

Mamienco : interview pour "Ici l'homme"

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Il y a quelques semaines, je reçois le mail d’une dénommée Lise Daynac. Elle me propose à travers une bio et quelques liens musicaux de partir à la découverte du groupe Mamienco. Je connaissais l’existence de ce groupe, mais pas vraiment leur musique. J’avais en tête un chanteur barbu (et de temps en temps torse nu) particulièrement charismatique. Mais point barre. Rien de plus. Après l’insistance d’un second mail de la manageuse du groupe, j’obtempère.

Et je ne l’ai pas regretté.

mamienco,jeff preto,florent mery,lise daynac,interview,ici l'hommeDes paroles puissantes et poétiques sur l’homme avec un petit «  h » (« pour en évoquer la simplicité, une humanité anodine révélée grâce à la musique » explique le groupe). Une musique diablement énergique avec toutes sortes d’instruments inhabituels quand on joue du rock à ce point-là.

Je réponds enthousiaste au mail de la jeune femme.

Ainsi, le 18 juillet dernier, j’ai reçu deux des 4 éminents membres de Mamienco : Jeff  Preto (bassiste, guitariste et chanteur) et Florent Mery (clarinettiste).

(Merci donc à Lise Daynac !)

Extraits de la biographie officielle :

L’appétit de la scène et l'énergie que déploient les Mamienco vous toucheront. Une fois la première note posée, les univers se dessinent et les influences surgissent. Jeff Preto offre une présence et une voix à la croisée des Doors, d'un Brel et d'un Eddie Vedder, la clarinette est autant rock que balkanique, l'accordéon joue de son soufflet comme d'une guitare électrique, la batterie mène la danse... chanson, rock, musique du monde...
En 2010 Mamienco est Lauréat du GRAND ZEBROCK et foule les scènes de la Maroquinerie et de la fête de l’huma de Paris. Le groupe a plus de 300 concerts à son actif, des tournées en France et à l'étranger et des rencontres avec des artistes comme Les Têtes Raides, Les Blérots de Ravel, Fantazio, les fils de Teupuh, Jim Murple Mémorial, JAVA, Bernard Lavilliers, Syrano, Courir les rues et d'autres...

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Interview :

Quand le groupe a débuté en 2001, le projet Mamienco était sensiblement différent.

Jeff : On était jeune. On avait la dynamique de faire de la musique et de partager des envies de création. Dans la première version de notre groupe, il y avait une chanteuse qui avait des envies de chanson française. Elle était très influencée par Paris Combo ou La Tordue par exemple, du coup on a fait un mélange entre nos propres envies et les siennes… ça a donné l’ancien Mamienco.

Florent : Après le départ de la chanteuse, on s’est axé sur la matière de Jeff. Jeff qui est sacrément prolixe.

Vous travaillez les morceaux sur les « squelettes » de Jeff. Il vient avec sa voix et une guitare et il présente ses morceaux.

Jeff : C’est exactement ça. Quand je travaille seul chez moi, je pense aux arrangements. Donc, quand j’arrive, je donne des pistes à chaque musicien.

Florent : Il arrive avec une matière fournie en termes de couches. Il y a pas mal de pistes que l’on peut s’approprier pour faire nos propres arrangements. L’idée étant de ne pas travestir la matière de Jeff. On trouve plus intéressant de travailler la matière sonore avec les instruments peu utilisés dans le rock que de jouer des riffs de guitares peut-être efficaces, mais basiques.

Meddley de l'album "Ici l'homme".

Vous dites que vous faites du rock. Que l’énergie que vous déployez est rock.  Que la clarinette et l’accordéon ne changent rien à l’affaire… L’accordéon, il fait le taff d’une guitare électrique.

Florent : L’enjeu, pour nous les instrumentistes, c’est d’aller au-delà de son instrument. On pense nos arrangements comme des parties de guitares pour aboutir à une énergie rock’n’roll. On n’est pas un groupe « festif », même si on est content aussi… mais on fait du rock.

Jeff : On a toujours une petite distance avec le sujet abordé. Malgré les thèmes graves que j’aborde dans mes chansons, on ne veut et va pas faire pleurer dans les chaumières avec. Je veux faire écho chez les gens à travers tout ce que j’ai vécu. Je continue à sourire, j’aime la vie. Je ne veux pas être l’archétype du mec pas bien, qui a le spleen. Si je l’ai un peu, je vis bien avec.

Florent : J’imagine que dans tes textes, il y a un aspect un peu exutoire. La musique te permet de sortir les trucs qu’il y a en toi. Le tout est de ne pas le faire de manière simplement égoïste

Jeff : Je suis dans le partage et dans le don.

Florent : Comme on travaille sur des textures et des émotions, le tout est d’être suffisamment imagé pour que chacun puisse trouver un écho dans sa propre vie.

Jeff : Si parfois, dans mes chansons, j’utilise le « je », elles restent le plus ouvertes possible, fédératrices et universelles.

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Pendant l'interview...

Vous, les musiciens, vous arrive-t-il d’intervenir sur les textes de Jeff ?

Florent : Très rarement. On intervient surtout pour la musique. Les textes sont vraiment toujours calés. Il n’y a jamais rien à en redire.

Jeff : Moi, je pose quand même la question aux autres. Les mots, c’est important. Souvent, je demande à Florent si ce que je raconte est correct. Il est un peu mon « monsieur syntaxe ». Il intervient sur la diction, les liaisons… c’est super important.

Florent : Le défi est de faire passer le texte de manière le plus intelligible qui soit avec énergie et une interprétation sans faille. Dans nos textes, il y a un vrai propos, mais c’est un propos qui est parfois musical.

J’ai lu quelque part vous concernant : Le rock des années 70, le grunge, Noir désir, avec des injections de Brel et de Brassens…

Florent : Je ne sais pas trop ce que tu en penses Jeff, mais moi, Brassens, je ne vois pas trop. Brel, plus… pour l’aspect sueur.

Jeff : Ce serait prétentieux de se comparer à ces grands-là.

Mamienco aux Francofolies de la Rochelle 2011 sur la scène SFR Jeunes Talents.

Jeff, tu fais le singe sur scène. C’est un retour aux sources qui te permet de te mettre à nu le plus possible.

Jeff : Parfois, ça va loin, je saute sur les gens, je balance des chaises…

Florent : Plus tu vas loin, plus, nous, on kiffe parce qu’on te suit.

Jeff, tu sembles un peu timide, discret, en tout cas dans la vie. Sur scène, par contre, tu exploses. Tu sens une transformation quand tu rentres sur scène ?

Jeff : Il y en a une. Comment la décrire et l’expliquer ? Je ne sais pas. Pour moi, un plateau, c’est un lieu divin où je suis une sorte de catalyseur. Si mon mot est posé, je serai posé, si mon mot part en couille, je pars en couille. Tout doit passer et tout est permis en même temps. La scène, c’est un terrain de jeu sacré.

Florent : La représentation scénique, c’est l’effort de conscientisation qu’on essaie de faire. On ne présente pas n’importe quoi aux gens. Tout à du sens dans ce que nous montrons.

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Votre musique me fait penser au rock progressif des années 70. Des musiques à tiroir.

Jeff : Un peu, en effet. Et la scène permet de défiger notre disque. On peut ouvrir encore un peu plus de tiroirs…

Florent : A aucun moment on ne s’interdit de digresser.

Cette position de leader, Jeff, tu le vis bien ?

Jeff : Ce n’était pas évident. Aujourd’hui ça va mieux. L’échiquier du groupe a fait que je me suis mis devant, mais je relativise ça.

Maintenant que vous avez un disque « officiel », ça change beaucoup de choses ?

Florent : Tout le monde s’accorde à dire que le disque, c’est fini, mais il faut avoir un disque pour que l’on parle de nous, pour intéresser des programmateurs ou des organes de presse. L’intérêt plus personnel, c’est qu’un disque peut figer sur une matière physique un instant T défini. Le fait de ce contraindre à faire un disque cohérent, avec un visuel, un contenu musical qui se tient avec un réalisateur, Michel Zacha, qui nous a bien fait progresser, ça incite à le défendre à fond. C’est nécessaire un disque pour la vie d’un groupe, pour tourner…

"Coeur de vie".

Vous n’êtes pas prophète en votre pays, mais vous tournez pas mal à l’étranger.

Florent : Le public de l’extérieur est un public que nous aimons aussi beaucoup. Il ne va pas intellectualiser notre musique, nos textes…  En France, le public est plus spectateur qu’acteur. Ils comprennent les textes, donc ils écoutent les paroles. Ils ont des références, du coup, on est comparé.

A qui le plus souvent ?

Florent : A Noir Désir principalement. Ce que l’on a ressenti dans les festivals en Angleterre ou en Allemagne, c’est que le public est plus sensible à l’énergie que l’on dégage que du propos tenu.

Ce n’est pas facile pour nous, journalistes musicaux…on vous place entre la chanson et le rock…

Florent : C’est un souci dans la vie post Noir Désir. Ce groupe à réussi cette synthèse de puissance, de sauvagerie, d’aspect terrien, et de textes qu’on retient et chargés de sens. Depuis, personne n’a réussi cet exploit et ça manque franchement. On essaie, avec nos instruments à nous. Je ne dis pas que l’on y parvient, mais on essaie.

Jeff : Noir Désir était un groupe authentique et complètement à nu. En France, je ne vois plus ça. Ce que j’entends aujourd’hui, ce sont des groupes qui disent les choses sans que le public ait à faire un effort de compréhension. Moi, je ne vibre plus. Je connais des groupes qui reviennent vers ça. Je suis assez optimiste sur ce phénomène.

"Ici l'homme".

« Ici l’homme » est une grande chanson, je trouve.

Florent : Elle remet l’homme à sa place. Il ne sert à rien d’avoir de grandes pensées et une grande orientation, on est de toute façon dirigé par notre instinct. On n’est pas là pour se poser des questions supra existentiels, on est là pour vivre.

Jeff : Bonne analyse Florent. On est un peu comme des chercheurs qui passent sa vie à chercher ou comme un écrivain qui met le temps pour écrire son bouquin. On a cherché pendant longtemps un climat et je pense que nous l’avons trouvé.

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24 juillet 2012

Gaëlle Pingault : interview pour "Ce qui nous lie"

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gaëlle pingault,ce qui nous lie,interview,mandorCela faisait longtemps que j’avais lu les deux recueils de nouvelles de Gaëlle Pingault. Ses histoires sont toujours drôles, dures ou tendres… ou les trois à la fois. J’apprécie cette façon d’écrire qui fait mouche, qui ne laisse pas insensible. En la lisant, on aboutit toujours là où on ne s’attendait pas. J’ai souvent croisé cette auteure dans des salons du livre que j’animais et il me tenait à cœur de lui poser des questions dans un contexte plus calme (où le temps n’est pas notre ennemi).

Le 16 juillet dernier, Gaëlle Pingault est enfin venue sur mon canapé (celui de l’agence, hein, qu’on ne se méprenne pas !) pour évoquer Ce qui nous lie et l’écriture en général.

gaëlle pingault,ce qui nous lie,interview,mandor4e de couverture : Ce livre nous entraîne dans la valse colorée des liens, fragiles ou indéfectibles, salvateurs ou destructeurs, tissés pour un jour ou pour toujours avec parents, amis et tous ceux qui nous lient. Comme dans un kaléidoscope, nous voyons se former et se déformer ces relations ; sentiments forts, confus, complexes, artificiels...

L’auteur : Gaëlle Pingault, née en 1976, est orthophoniste. Elle exerce dans sa Bretagne natale. Ce qui nous lie est son deuxième recueil. Le premier (paru aussi chez Quadrature), On n’est jamais préparé à ça a reçu le prix Nouvelles d’automne 2010.

Interview :

Tu écris depuis une vingtaine d’années et c’est ta sœur qui t’a mise sur les rails…

Oui. Aujourd’hui, elle fait partie de mes relectrices. Je te prie de croire qu’elle ne lâche rien. Elle épingle tout ce qu’il y a à épingler en vol. Elle est très forte pour repérer les failles de logique dans un texte. Il n'y a pas qu’elle qui fait partie de mes relectrices privilégiées. J’ai des yeux précieux autour de moi qui se complètent les uns des autres.

Le goût de l’écriture te vient d’un goût prononcé pour la lecture ?

J’ai pas mal lu quand j’étais ado. Je viens d’une famille où on a toujours beaucoup bouquiné, mais au-delà de ça, je viens également d’une famille dans laquelle on aime perpétuellement jongler avec les mots. J’ai été élevé à Bobby Lapointe, ça doit donner un goût pour les mots et l’envie de s’amuser avec.

Sais-tu si une nouvelle est plus forte qu’une autre ?

Il y en a que j’aime et d’autres moins. Ça arrive de temps en temps que je me rende compte qu’une nouvelle n’est pas ce qu’elle devrait être. À ce moment-là, elle reste à dormir dans un coin de mon ordi. Parfois, il m’arrive juste de constater qu’une est « pas mal », c'est-à-dire qu’elle reflète ce que je voulais dire. Parfois, je pars avec une idée et puis je cale en cours de route parce que je ne trouve pas le bon rythme, pas le bon mot, bref, rien ne se met en place.

Que fais-tu des non aboutis ?

Je les garde en me disant qu’elles pourront mûrir plus tard. Il est déjà arrivé que deux ans plus tard j’en ressorte une parce que j’ai une idée supplémentaire, parce qu’entre les deux, mon écriture a évolué. Je me dis que, peut-être, ça vaut le coup de la retravailler. Parfois ça marche, parfois, ça ne marche pas.

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(Photo Jérôme Cayla)

gaëlle pingault,ce qui nous lie,interview,mandorAs-tu une technique d’écriture pour capter l’attention du lecteur dans tes nouvelles ?

Pas du tout. Je fais partie des gens qui écrivent sans scénario. Je peux partir sur une fin d’histoire pour construire le début. Dans ce recueil, c’est le cas pour « Avant Venise » par exemple. J’ai construit mon personnage et mon histoire à partir de la chute. Mais, généralement, quand je commence à écrire, je commence plutôt par le début et je ne sais pas comment ça se termine.

Selon toi, plus on écrit, plus son style s’aiguise, plus on devient bon ?

Je n’en sais rien. J’ai plutôt l’impression de ne pas faire la même chose et ça, c’est important pour moi. La façon dont je procède, dont je fais ma cuisine, mon petit mitonnage, j’ai l’impression que ça ne se passe pas de la même façon. Maintenant, le lecteur s’en rend-il compte ? Je n’en ai aucune idée.

Je vais te poser la question autrement. Sens-tu une évolution entre le premier et le deuxième recueil ?

Oui.

Et ton éditeur aussi ?

Oui, clairement. En plus, chez Quadrature, ils sont huit. Un grand nombre de ce comité lecture a gaëlle pingault,ce qui nous lie,interview,mandorconsidéré que ce recueil était meilleur que le premier. Lorsque j’ai su ça, ça a été la cerise sur le gâteau.

Tu es donc très officiellement « novelliste » et tu te revendiques comme telle. Réfutes-tu le terme « écrivain » te concernant ?

Je ne sais pas si c’est le terme « écrivain » que je réfute, c’est juste que je suis orthophoniste à la base et que c’est ça mon métier. Et je ne veux pas me lancer sur des histoires de légitimité, sinon, on n’est pas rendu. Pour résumer, être novelliste, ce n’est pas plus ou moins que mon « vrai » métier, c’est en parallèle.

Est-ce qu’il faut égarer le lecteur dès le départ quand on écrit une nouvelle ?

Je pense que l’on peut écrire des nouvelles de plein de façons différentes, en tout cas, moi j’aime donner des fausses pistes. Pas pour le plaisir de balader les gens et de me satisfaire de les avoir piégé, mais pour les amener par la main avec moi. On ne joue pas l’un contre l’autre dans cette histoire-là.

Sans en dire beaucoup sur tes nouvelles, peut-on dire que ça ne finit pas toujours de manière très… positive ?

On peut le dire, oui. C’est curieux, on me l’a beaucoup fait remarquer sur ce recueil et au début, j’ai été très surprise parce que ce n’était pas ce que j’en avais comme image. Après réflexion, j’ai compris pourquoi. Parce que mon recueil était trop long, une fois mis en page… on a retiré trois nouvelles sans faire attention sur le fait qu’elles étaient à fins positives. Du coup, ça à un peu déséquilibré le machin.

gaëlle pingault,ce qui nous lie,interview,mandorBref, ils ont besoin d’un orthophoniste sera ton troisième recueil (sortie le 15 novembre 2012). Étonnante aventure que celle de ces textes, improvisés au fil de la plume sur les réseaux sociaux fin 2011 pour tenter de faire connaître l’étendue du travail orthophonique, et qui ont déclenché un enthousiasme certain. Ils circulent aujourd’hui dans de multiples sphères, partagés et repartagés. Il était donc tentant de leur offrir un écrin littéraire digne de ce nom.

En effet, il y a aura les textes qui figurent sur le blog et quelques nouvelles inédites. J’ai réécrit des textes intercalaires avec l’histoire d’un personnage récurrent. Les textes « orthophoniques » et l’histoire de ce personnage se renvoient la balle.

Tu fais un métier qui permet aux personnes d’apprendre à mieux parler/prononcer et ta deuxième activité, c’est écrire…

Parler et écrire, j’ai vite remarqué ses deux axes principaux de ma vie. J’ai fait mon auto-analyse sur ce sujet. La seule chose que je peux dire sur ce phénomène, c’est que ce n’est vraiment pas un hasard.

Quand tu travailles, tu retiens des évènements que tu couches sur papier en rentrant chez toi le soir ?

Non, ce n’est pas du tout comme ça que ça se passe. Quand je suis en séance d’orthophonie, je suis en séance d’orthophonie. Ça ne m’est jamais arrivé de me dire : « ça, c’est un truc que je peux réutiliser ». Les textes sur ce sujet que j’ai écrits sont fictionnels, d’après ce que j’ai entendu raconter. Les orthophonistes sont du genre bavard et nous échangeons beaucoup entre nous. Cela étant, on n’est pas orthophoniste sans avoir un minimum d’intérêt pour les gens qui se baladent autour de vous… c’est comme quand on écrit finalement, on a un sens aiguisé de l’observation et de l’écoute.

La devise des gens de ma maison d’édition est : Quadrature est un plaisir et doit le rester.

Ça me va assez bien comme devise. D’où le fait de ne pas écrire des choses qui m’ennuient et d’en faire qu’à ma tête.

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21 juillet 2012

Marie-Christine Buffat : interview pour "Le nombre de fois où je suis morte"

marie-christine buffat,la toupie,le nombre de fois où je suis morte,interview,mandorL'auteure suisse, Marie-Christine Buffat, vient de sortir un livre jubilatoire (si on aime l'humour noir puissance 14!). Le nombre de fois où je suis morte est un recueil de nouvelles commençant par l’expression « Je suis morte… ». L’occasion de décliner la vie pas toujours réjouissante, mais malgré tout universelle, de 14 femmes. Le 11 juillet dernier, j’ai reçu l’auteure de passage à Paris.

marie-christine buffat,la toupie,le nombre de fois où je suis morte,interview,mandor4e de couverture :

Et si, pour une fois, l'on prenait les expressions toutes faites au pied de la lettre? Si les émotions trop vives nous faisaient réellement mourir?
Entre détresse totale et humour noir, les héroïnes de Marie-Christine Buffat sont des femmes extrêmes et entières. Que leur arrivera-t-il si elles laissent leurs émotions se déchaîner sans frein?
Même lorsqu'elle n'aboutit pas à la destruction physique, cette exploration intrépide des passions ordinaires nous rappelle que notre vie est faite d'anéantissements et de résurrections.

Avec Le nombre de fois où je suis morte, elle apporte un ton nouveau dans la littérature suisse: caustique comme les textes d'une Linda Lemay, métaphysique comme les méditations d'un Dürrenmatt.

marie-christine buffat,la toupie,le nombre de fois où je suis morte,interview,mandorBiographie (tirée du site Babélio) :

Marie-Christine Buffat a signé son premier roman en 2006, un policier intitulé  La Piqûre dont la trame principale se déroule entre Lausanne et Rio de Janeiro. Ce thriller à rebondissements a obtenu une mention « Coup de cœur » chez Payot. Son deuxième ouvrage, paru en 2008, est une fiction pour la jeunesse mêlant frissons et rock n'roll, School Underworld et les ondes maléfiques, pour lequel elle a reçu le prix des Jeunes Lecteurs de Nanterre en 2009. Elle a publié en 2011 un témoignage unique sur la vie avec un enfant souffrant d’un TDAH, La Toupie – vivre avec un enfant hyperactif. Son dernier ouvrage, Le nombre de fois où je suis morte, est un recueil de nouvelles mêlant détresse et humour noir. Marie-Christine Buffat signe également des chroniques pour le quotidien Le Nouvelliste et divers magazines.

marie-christine buffat,la toupie,le nombre de fois où je suis morte,interview,mandorInterview :

Quand on lit l’ensemble de ton œuvre, on constate que ce que tu écris est souvent noir. Ce n’est pas ce recueil de nouvelles, Le nombre de fois où je suis morte, qui nous incitera à penser le contraire…

J’aime bien écrire ce qui est sombre… je vois plutôt ça comme une certaine forme de lucidité. D’être plus lucide sur les évènements sombres permet de mieux profiter des choses quand elles sont bien et d’être plus heureux quand on est heureux. C’est une façon de vivre pleinement les moments quand ils se présentent.

Tu passes de la fillette à la dame d’âge mûr de manière très limpide. Tu changes d’écriture, de façon de penser, à chaque histoire.

Je trouvais intéressant d’écrire une nouvelle par expression : «  Je suis morte de ». Ça faisait un petit moment que ça me démangeait. Pourquoi on utilise cette expression alors que finalement la mort n’est jamais au rendez-vous ? Pour chaque femme, il fallait que je trouve un style et un langage en rapport avec leur âge et que je leur fasse vivre une émotion intense. Une émotion par nouvelle, mais exposée à l’extrême.

L’écriture, pour toi, c’est comme un jeu de rôle ?

Dans la nouvelle, il ne faut pas se leurrer, il y a une forme de jeu. Tu cherches à cueillir le lecteur à la fin pour qu’il soit surpris.

Peut-on écrire des nouvelles noires si on n’est pas un peu noir à l’intérieur soi-même ?

Je connais très peu de femmes qui n’a pas d’histoires noires au fond d’elles. Si tu prends le temps de discuter avec n’importe qui, il y a aura à un moment une histoire pas sympathique du tout. Je crois qu’avoir des émotions vives, noires ou dures, et de s’en relever, ça fait grandir les gens. Les histoires sont sombres, certes, mais la vie est sombre.

Cela étant, ton livre n’est pas morbide. C’est au contraire un condensé de vie, de rires, de larmes, d'émotion dans toutes ses acceptions. Mais, parfois, il s’agit aussi d’agressions…

Je connais très peu de femmes qui n’a pas été agressée dans sa vie. Ce sont parfois des agressions superficielles, parfois beaucoup plus poussées, parfois, c’est carrément de la violence. Si par le biais de ce livre, ça permet à certaines femmes de réaliser que leur vie n’est pas normale ou qu’il faut qu’elle fasse attention, ce livre aura sa raison d’être. Tout ce que je raconte est de la fiction, mais tout est probable. Poussés à l’extrémité, les gens peuvent faire des choses insensées.

Dans la première nouvelle, tu t’impliques personnellement. Tu racontes ta première relation sexuelle.

Pour mettre directement dans l’ambiance, il fallait choquer. Je voulais que les lecteurs soient ouverts aux autres émotions qui suivent. Pour moi c’était important de raconter cette première fois-là. Par rapport à cette introduction,  j’ai toutes sortes de réactions. Les filles ne réagissent pas de la même façon que les garçons. Les filles se retrouvent parfaitement dans ce que je raconte, mais les garçons pas vraiment. Ils sont persuadés avoir bien menés la « première fois » de leur petite amie. Ils ne se rendent pas compte que ça fait souvent mal.

En lisant ton livre, on se dit que la vie n’est faite que de frustrations…marie-christine buffat,la toupie,le nombre de fois où je suis morte,interview,mandor

La frustration fait partie de la vie. Elle a du bon. On dit bien aux parents de frustrer parfois ses enfants, sinon, ils ne seront pas capables de gérer le quotidien. Quand tu rencontres un homme, tu ne peux pas l’obliger à être amoureux de toi. Ce n’est pas possible, donc il faut apprendre à ce que l’on te dise non.

Y a-t-il un aspect jubilatoire à écrire des horreurs ? Il y a quelques vengeances très cruelles dans tes nouvelles.

C’est parfois jouissif, je te l’avoue. On a toutes eu des moments ou on a eu envie de se venger de quelqu’un, mais on ne le fait pas parce que nous ne sommes pas malades comme mes héroïnes. Mais l’imagination que j’ai me permet d’assouvir ce genre de phantasme. (Rires). Une de mes nouvelles est inspirée d’un fait similaire, pas poussé au paroxysme que je raconte, mais que j’ai vu de mes yeux. Dans mon village, une femme éconduite par son amant a affiché dans tous les établissements publics la photo d’un monsieur tout nu avec un texte qui racontait que cet homme était un salaud… il y avait aussi des commentaires sur sa sexualité.  Une femme qui est capable de faire un truc pareil est capable de faire beaucoup de choses. Parfois ma fiction est tirée d’une réalité proche.

Toutes tes nouvelles sont plutôt noires, sauf la dernière. Dans « Morte de rire », tu rends hommage à toutes tes copines.

J’ai voulu faire ressentir aux gens de l’émotion. Parfois, il y a de l’humour… un peu noir, certes. « Morte de jalousie » et « Morte de faim » sont plutôt marrantes non ? Enfin amusantes, j’exagère un peu. En tout cas, l’humour peut dédramatiser bien des situations. Quelqu’un qui est capable de pratiquer l’humour noir et d’être un peu cynique en général s’en sort bien dans la vie. Ça permet de voir les choses avec le recul, de dédramatiser des situations plutôt que se replier sur soi même.

As-tu eu peur de ne pas être comprise dans certains textes ?

Chaque personne a un avis différent sur chaque texte, hormis « morte de peur » qui a fait pleurer beaucoup de personnes. Je le comprends, la violence faite à un enfant ne laisse personne indifférent. Mais chacun à sa nouvelle préférée. C’est marrant parce que selon les préférences d’une personne, tu sais dans quel état d’esprit elle est.

Tu te mets à la place de femmes dans ces nouvelles. Quelle place à l’homme ?

Elle est omniprésente. Un ami m’a dit qu’en lisant mon livre, il avait eu l’impression d’avoir lu le journal intime de sa petite amie. Il m’a dit qu’à certains moments il a avait rigolé, à d’autres pleuré et encore à d’autres moments, il a été très mal à l’aise parce que le salaud dans l’histoire, c’était lui.

Tu racontes des histoires d’autres vies, qui ne sont pas les tiennes, mais on suppose qu’il y a un peu de toi quand même dans chacune d’elles.

Parfois et dans certaines en particulier. Dans « Morte de culpabilité » par exemple.

A-t-on l’impression de se déshabiller quand on écrit un livre comme celui-là ?

Oui, comme je le fais dans chaque livre. Mais, je me suis tellement mise à nue dans mon précédent livre, La toupie, que finalement, j’estime n’avoir pris aucun risque avec ce recueil.

marie-christine buffat,la toupie,le nombre de fois où je suis morte,interview,mandorParlons de La Toupie justement. C’est un récit témoignage, à la fois analytique et très littéraire, qui s’interroge sur l’éducation, la maladie, l‘école et les méthodes d’enseignement qui restent muettes face à un enfant hyperactif. C’est aussi le procès d’une société qui préfère stigmatiser le malade plutôt que de comprendre la maladie. Un livre qui a fait beaucoup réagir.

C’est d’abord une grande déclaration d’amour à mon fils. Après la publication de ce livre, des gens ce sont immiscé dans ma vie. Ils m’ont posé plein de questions, m’ont demandé comment ça se passe avec mon fils aujourd’hui, m’ont écrit, m’ont téléphoné, m’ont dit qu’il fallait que je vienne diner avec eux chez eux parce qu’ils vivaient la même chose que moi. D’un côté, je comprends ce qu’ils ressentent, ce qu’ils vivent, mais je ne suis pas médecin. Des réponses, je n’en ai pas. Si, j’en avais, je n’aurais pas écrit ce livre. Les gens pensent que je vais leur apporter des solutions…

Pourquoi avoir écrit un livre sur l’hyperactivité de ton fils ?

Pour que les gens comprennent. J’ai attendu d’avoir du recul, d’être bien avec cette histoire pour pouvoir l’écrire. Je ne voulais pas écrire quelque chose de rancunier ou vengeur ou pathos… je voulais porter un regard lucide sur le trouble et le quotidien. Et puis aussi, à la base, je cherchais des témoignages de parents, je n’en ai pas trouvé, alors j’ai décidé d’écrire moi-même ce livre.

Ça a changé quelque chose la sortie de ce livre dans ta vie ?

Oui, au niveau de la compréhension. J’ai été invité par des groupements d’enseignants spécialisés pour expliquer le trouble, comment le gérer, ce qu’est exactement cette maladie. Au niveau de l’école, pour mon fils, ça s’est nettement ouvert. Des structures ont été mises en place  pour le soutenir. Les proches aussi ont mieux compris. On a bénéficié d’une couverture médiatique importante, par rapport au trouble. Certains parents achètent le livre pour le donner aux proches ou aux enseignants qui ne comprennent pas. J’ai même reçu des lettres de remerciements de directeurs d’école.

marie-christine buffat,la toupie,le nombre de fois où je suis morte,interview,mandorTu as signé tes deux derniers livres chez Xenia, une maison d’édition suisse.

J’aime beaucoup leur leitmotiv : « osez lire ce que nous osons publier ». Ils publient souvent des ouvrages qui sont sujets à controverse, des livres qui ne sont souvent pas attendus. L’éditeur, Slobodan Despots, a des choix littéraires qui vont à l’encontre du politiquement correct. Ça me convient tout à fait.

C’est difficile en tout cas de définir ton « style » ?

Je comprends. Je n’ai pas écrit un seul ouvrage qui va vers la même ligne. Le premier, La piqûre, était un roman policier, le deuxième, School Underworld et les Ondes Maléfiques (que je n'ai jamais chroniqué sur ce blog), un  livre jeunesse, le troisième, La toupie, un récit et le quatrième, celui-ci, un recueil de nouvelles. Je n’écris que ce qui m’intéresse. Ça dépend du moment, de l’impulsion, de ce qui me travaille et que j’ai envie d’exprimer. Je n’ai pas du tout envie de me cantonner dans un style particulier.

Tu te sens écrivain ?

Oui. À partir du moment où tu écris des livres, tu es écrivain. Je chronique deux fois par mois dans un journal et j’ai des sollicitations pour d’autres projets littéraires sur lesquels je travaille régulièrement. On peut discuter des termes pendant des heures, mais j’ai publié 4 bouquins, je suis écrivain, pas maçon.

Comment es-tu quand tu es en période d’écriture ?

Très chiante me dit mon mari. Je suis très pénible. Il ne faut plus me parler, je m’énerve pour un rien. J’aime bien comparer l’écriture à de la musique. De la musique de mots. Il faut que ça sonne juste. Quand quelqu’un te parle, tu risques la fausse note et c’est très pénible.

Tu écris quoi en ce moment ?

J’ai un projet d’écriture à deux mains entre un homme et une femme. Ce sera un roman fictionnel qui parlera du couple et tout ce qui est vrai au sein d’une vie à deux. Chacun posera des questions à l’autre sur le sexe opposé. Pourquoi un homme est comme ça et pourquoi une femme réagit de telle façon ? Les réponses seront le plus sincères possible et toutes les vérités ne seront pas bonnes à dire… mais seront dites.

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16 juillet 2012

Florent Nouvel et Stéphane Richez : interview croisée

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Florent Nouvel et Stéphane Richez ont tous les deux des répertoires différents. Deux sortes de chanson française qui ont pour point commun de la porter vers le haut. Tous les deux jouent avec les mots, poétisent des évènements, font montre de tendresse et d’humour. Pas de la même façon, mais avec une même rigueur stylistique et musicale. Ils jouent sur des scènes communes parfois. Le hasard de la vie fait qu’ils m’ont contacté quasiment en même temps et qu’un ami commun, le guitariste Martial Bort, me les a fait connaître au même moment. Ces signes-là et leur talent respectif étaient suffisants pour qu’une mandorisation s’impose…

Présentation des forces en présence (très largement inspirée de leur bio officielle) :

florent nouvel,stéphane richez,les beaux esprits,interview,mandorFlorent Nouvel - ou plutôt son personnage - Floflo, caricature nos maladresses avec bienveillance et sourit doucement de ses histoires, heureuses ou malheureuses, souvent bien proches des nôtres...

Sa première aventure avait conduit Floflo au milieu des petits, des précaires, de toutes celles et tous ceux que la vie fragilise. En contrepoint, il s'était moqué des grands et des puissants avec « Petit homme public », chanson consacrée à notre ancien petit président de la République... Plusieurs médias se sont fait l'écho de ce titre, qui a connu un franc succès sur Internet (30000 lectures sur You Tube) et s'est vue diffusée sur France Inter tout comme « Le quai de Ouistreham ».

Véritable show-man, d'une grande générosité sur scène, Florent poursuit son chemin de salle en salle accompagné de ses guitaristes et complices Martial Bort et Bruno Barrier.

florent nouvel,stéphane richez,les beaux esprits,interview,mandorStéphane Richez, lui, a joué dans de nombreux tremplins et festivals : Prix Georges Brassens 2007 (Prix du Jury et du Public), Présélections pour le Printemps de Bourges…et évidemment, sur de nombreuses scènes françaises.

Dans ses chansons, il chante Paris, ses rues, ses stations de métro. Une valse des vieux garçons (qui n'en est pas une), quelques couplets assassins sur les radins (et un refrain), une complainte des apparences (et de ceux qui misent tout dessus), une ballade des faubourgs (de Paris), un hymne pour les enfants de 68 (ce n'est qu'un début), des strophes pour ceux qui s'emmerdent (en silence), et puis...

Et puis, des regards sur un monde de gens bien et d'autres moins, absurde parfois (le monde) et beau souvent...

Le 10 juillet dernier, les deux artistes sont venus à l’agence.

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Interview :

Vous avez fait des doubles plateaux communs, qu’est-ce qui vous réunis tous les deux ?

Stéphane Richez : Le point commun, c’est que nous chantons tous les deux en français. On compose et on écrit nous même nos chansons. On a tourné pendant longtemps, chacun de notre côté, moi à la guitare et Florent au piano et puis un jour, dans la cadre du collectif « Les beaux esprits », on a joué sur les mêmes scènes.

florent nouvel,stéphane richez,les beaux esprits,interview,mandor« Les beaux esprits » est un label qui fonde sa philosophie sur la solidarité entre artistes.

Florent Nouvel : L’idée est de réunir des artistes avec des univers différents et des compétences différentes. Des musiciens, des gens capables de filmer, des gens capables d’avoir un œil technique. Chacun, avec bienveillance, peut  apporter son savoir aux autres avec des perspectives d’analyse.

S.R : À la base, c’est Bruno Barrier qui est à l’origine de ce collectif. C’est un truc dont il rêvait depuis très longtemps. Seul, certes, on peut se produire un peu n’importe où, on est libre,  mais on avance hyper lentement et on progresse moins.

F.N : Je tiens à préciser qu’il y a un état d’esprit dans ce collectif. Il ne s’agit pas simplement de venir consommer du réseau, on essaie de construire quelque chose ensemble et d’être dans une dynamique d’aide mutuelle. Stéphane, tu le disais à l’instant, au début on était seul. C’est une solitude que l’on se créait nous même. On voulait chanter et on s’accrochait à cette perspective. Le fait de rencontrer d’autres artistes permet d’avoir un autre regard sur son travail, d’être plus ouvert et de faire évoluer son propre projet.

S.R : Avec Florent, nous avons des talents complémentaires. Lui, il a beaucoup bossé la scène, la mise en scène, moi j’avais une chorégraphie aussi belle que celle qu’avait Georges Brassens (Rires).

F.N : Ce qui nous relie, ce sont nos spécificités mutuelles et paradoxalement, nos grandes différences. Stéphane, j’ai toujours trouvé qu’il avait une forme de continuité entre la scène et le hors scène… il y a un truc de l’ordre du naturel. Il arrive devant le public avec une espèce d’innocence que je trouve admirable. Moi, je coupe beaucoup. Il y a la scène et après la scène.

Oui, mais toi Florent, tu as inventé un personnage : Floflo.

F.N : Oui, et ce personnage joue d’autres personnages. Ce qui est intéressant, à partir de ces deux manières d’envisager la scène complètement opposée, c’est que l’on arrive à retirer des leçons de l’autre. Stéphane m’a appris une forme de tranquillité, d’apaisement, même sur scène. Moi qui suis beaucoup dans l’énergie, j’adore voir Stéphane chanter et captiver tranquillement son public. Sa simplicité et sa sérénité m’impressionnent.

Florence Aubenas, Journaliste et Reporter, relate son expérience de femme de ménage dans son livre Le quai de Ouistreham (L'Olivier, 2010). Précarité, cadences, exploitation, mais aussi solidarités et dignité sont le lot quotidien de ces travailleuses invisibles de la « France d'en bas ».
Bouleversé par cette lecture, Florent Nouvel a souhaité faire vivre en chanson le quotidien de ces femmes.

Cette envie de chanter vous tenaillait depuis longtemps ?

F.N : J’ai toujours voulu être chanteur et évoluer sur scène. Quand je voyais des concerts à la télé, je pleurais tellement je voulais y être aussi. J’écoutais toutes les nuits sur France Inter Sous les étoiles exactement et ça me faisait envie. J’ai beaucoup sacralisé cette activité de chanteur… avec toutes les névroses qu’il y a derrière, quoi !

Ah bon ! Les artistes ont des névroses ?

F.N : Je sais, c’était une lapalissade, mais paradoxalement, devenir artiste m’a apaisé. Moi, j’ai gardé le côté positif de cette énergie-là. Je n’ai pas gardé le côté destructeur de ce métier.

Je vais poser la question à chacun de vous… D’abord Florent, où en est ton projet ?

F.N : Je suis content de comment il a évolué. L’idée du personnage de Floflo est né tout doucement.  Je lui fais vivre des aventures, un peu comme les « Martine à la plage ». Je ne veux pas spécialement « réussir », je veux juste que les gens viennent me voir en concert. Et si je peux gagner un peu de sous, ce serait pas mal. Je veux aussi rester dans ma ligne, sans dévier de trajectoire. Je veux que ce je fais soit ce que je veux être.


Clip VELIBERATION Florent Nouvel hymne du vélib par 2flos

florent nouvel,stéphane richez,les beaux esprits,interview,mandorToi, contrairement à Stéphane, tu ne sors que des CD singles.

F.N : Je reviens au code d’avant, à l’époque des 45 tours. Mais chaque CD est conceptuel. Je suis inspiré par des évènements qui ne sont pas très éloignés de l’actu, mais avec ma lecture, parfois un peu rigolote. Après, selon comment la sauce prend, il n’est pas exclu que tous ses titres soient réunis sur un album avec d’autres titres. J’opportunise volontairement mes sorties. « Quitter Facebook », je l’ai sorti lors de l’entrée en bourse de Facebook. Là, j’ai une chanson sur Cécile de France, je la mettrai en avant quand le prochain film de cette comédienne sortira.

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florent nouvel,stéphane richez,les beaux esprits,interview,mandorStéphane, toi, tu as deux albums à ton actif, La Marguerite (2007) et Sans connaître (2012). Peut-on dire que tu fais une carrière plus conventionnelle que celle de Florent ?

S.R : Je ne me pose pas la question en terme de carrière. Je sais que j’avance au jour le jour, mais il y a tellement d’inconnus concernant le monde de l’industrie du disque que je ne fais pas de plan sur la comète. Tous les codes habituels du milieu ayant explosé, il n’y a plus trop de repères sur lesquels on peut compter pour avancer avec assurance. Moi, j’écris des chansons et quand j’en ai assez, je fais un album. Et je continue mes concerts parce que je ne peux pas m’en passer. Comme les dates tombent toutes seules, je ne boude pas mon plaisir. 

Tu as deux formules de concert, si je puis dire…

Il y a mon spectacle avec mes propres chansons et un autre dans lequel j’interprète mes trois maîtres à chanter : Brel, Brassens et Renaud. Martial Bort et de temps en temps Clarisse Catarino m’accompagnent. À la sortie de mes concerts, je vends mes disques comme des petits pains. Pour résumer, tant que je fais des concerts, le reste m’importe peu.

Stéphane Richez présente quelques chefs-d'oeuvre de ses Maîtres à chanter : Jacques Brel, Georges Brassens et Renaud... Stéphane est accompagné par Martial Bort, à la guitare et Clarisse Catarino, à l'accordéon.

Vous avez tous les deux un travail « rémunérateur ».

S.R : Je travaille dans l’informatique. Ça me donne une liberté matérielle, mais le revers de la médaille, c’est le temps qui me manque pour travailler la guitare ou mes chansons. Cela étant, je suis dans une boite « cool » où tout le monde sait ce que je fais à l’extérieur. Ils sont très arrangeants avec moi quand je dois répéter pour un concert ou que je dois enregistrer un disque. Il n’empêche que je me retrouve avec deux boulots à plein temps en fait.

Et toi, Florent, tu as aussi deux vies ?

F.N : Je suis prof de science économique et sociale dans un lycée. Ce sont deux métiers de « scène ». Je fais mon numéro dans les deux cas. Dans les deux cas, je porte une parole, je fais passer quelque chose, il y a un lien énorme avec gens. Je suis bien évidemment moins libre en cours… quoique. Et je suis prof de sciences humaines, je suis donc dans toute une réflexivité. À la base j’ai fait des études de sociologie. Quand j’écris Le quai de Ouistreham sur la précarité des femmes de ménage après la lecture du livre de Florence Aubenas, quand j’écris La Vélib’ération où je crée des personnages volontairement marqués socialement avec des types caricaturaux, je fonctionne beaucoup en idéaux types, termes sociologiques pour définir des personnes qui n’existent pas vraiment, mais qui disent des choses sur le réel. Mon but, c’est mes textes parlent à un maximum de personnes. Je travaille beaucoup dans mes chansons sur la psychanalyse et le fonctionnement des individus. Ça me passionne. Pour moi, ces deux activités, c’est un équilibre. Pour l’instant, c’est comme ça.

Stéphane, une chanson comme « Les montons », je la trouve très forte.

S.R : J’ai mis très longtemps à l’écrire. C’est certainement ma chanson la plus aboutie, par rapport à ce que j’avais envie de dire et que j’ai réussi à transcrire.

Les moutons : chant et guitare : Stéphane Richez. Accordéon et choeurs : Clarisse Catarino. Guirares et choeurs : Martial Bort.

Une chanson au style très « Renaud », je trouve.

S.R : C’est marrant que tu me dises ça. Quand j’étais ado, dans ma chambre, j’avais un poster de lui sur lequel j’avais marqué : « un jour, je prendrai le relais ». Bon, j’étais jeune… Renaud, plus qu’avoir été mon idole, je dirais plutôt qu’il a été le frère que je n’ai jamais eu pendant mon adolescence.

Et entre Renaud, Brassens et Brel, qui est le maître absolu?

S.R : Les trois sont tellement différents qu’il est compliqué de répondre à cette question. Chacun a joué un rôle très important dans ma vie personnelle et artistique.

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Florent, toi, qui sont tes références ?

F.N : Il y en a pas mal. Pour le travail scénique et le jeu des chansons, ça peut être les Wriggles par exemple. Pour les personnages que je crée sur scène, ça pourrait être quelqu’un comme Mathieu Chédid qui a créé M. Mon répertoire peut aussi envoyer vers une douceur et une tendresse à la Pierre Perret. Dans son rapport artistique et dans sa manière de vivre ses chansons, Louis Chédid, je le trouve très sain. Mes inspirations peuvent aussi lorgner vers la BD. Mon personnage de Floflo n’est pas éloigné d’un Gaston Lagaffe par exemple. Mon but, c’est de créer des histoires dans lesquelles chacun puisse un peu se rattraper, comme dans une BD, en somme. Des personnes un peu dépassées au milieu d’évènement et au cœur d’une vie contemporaine, avec une personnalité, une existence et une fragilité propre… comme ce que dessine un type comme Manu Larcenet dans Combat ordinaire. Mes histoires à moi sont souvent drôles, mais sans moqueries… plutôt au profit d’une humanité.

"La panne", chanson qui ne nous concerne pas personnellement. Evidemment.

florent nouvel,stéphane richez,les beaux esprits,interview,mandorDernière question… la plus embarrassante. Que pense l’un du répertoire de l’autre. Stéphane, pour commencer.

S.R : Il y a des chansons de Floflo que j’adore vraiment, comme « Le quai de Ouistreham », « La cantine », « Cécile de France » ou « La panne »… et d’autres moins, comme « Le livreur de pizza ». Je trouve formidable le personnage de Floflo, qui ressemble quand même beaucoup à Florent Nouvel. Une générosité hors du commun. Tu sors d’un concert de Florent, tu as obligatoirement la banane. Tu t’es bien marré et il y a des chansons hyper émouvantes. Tu te sens bien parce qu’il y a eu beaucoup d’humanité qui est passée. Son travail de mise en scène et de jeu de scène me fascine. Je l’admire pour cela. Il est très exigeant, très dans le détail, très dans le « sans faute ». Il ne laisse rien passer. Moi, je suis plus cool là-dessus. Pas laxiste, mais plus cool.

"Le métropolitain" : Chant et guitare : Stéphane Richez. Accordéon et choeurs : Clarisse Catarino. Guirares et choeurs : Martial Bort.

Florent… le cas Richez ?

F.N : Ce qui m’impressionne chez lui, c’est l’espèce d’évidence et de facilité avec laquelle il travaille. Pour avoir croisé pas mal d’artistes, je peux dire que Stéphane n’a pas d’ego qui écrase les autres. C’est rare. Stéphane est d’abord en lui-même. Il est toujours à l’écoute, il reçoit, il réfléchit et est en cheminement. Je trouve ça beau. Quant à son œuvre, comme lui, il y a des choses que j’aime beaucoup et d’autres moins, mais c’est normal. Ce qui est certain, c’est qu’on n’écoute pas de la même manière quelqu’un dont on connait un peu la vie. Il y a dans son répertoire un beau travail d’écriture et des refrains qui tournent bien. Moi, de  connaître Stéphane Richez, ça me fait encore plus aimer ce qu’il fait.

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