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10 novembre 2012

Gaspard LaNuit : interview pour la sortie de La Trêve

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gaspard lanuit,la trêve,interview,mandorGaspard LaNuit a sorti le 5 novembre dernier, La Trêve (Trois Heures Moins Le Quart/L'Autre Distribution), son quatrième album. Pop rock, noir, exigeant, pointu, mais accessible et surtout addictif. Une écoute en appelle une seconde, une seconde en appelle une troisième...etc.  L’occasion était belle de le rencontrer cet auteur-compositeur interprète au talent encore mésestimé. (L'écouter sur Deezer).

(Sa page Facebook).

(Sa page Noomiz)

Pour faire plus ample connaissance, voici sa biographie très largement inspirée de l’« officielle » et un peu raccourcie :

Marc Chonier, bientôt quadragénaire, a fait tout plein de boulots avant d’intégrer différentes écoles de musique et de spectacle. Il a « créé » en 1997, Gaspard LaNuit, cet autre lui-même, ce fantôme qu’il trimballe dans ses poches trouées et à qui il fait dire, raconter, chanter ce qu’il ne sait dire autrement.

Après Comme un chien paru en 2009 (album Sélection FIP, en playlist sur France Inter & Radio Néo, Le Mouv', RFI…), et une création avec John Parish autour des écrits de Raymond Carver, Gaspard LaNuit sort un 4ème album. On y décèle les influences de John Parish, Grinderman, The Ex, … Ses textes français mélancoliques à l’humour grinçant se mélangent à sa verve et à son énergie, renforcés d’une écriture précise, subtile et sans concessions.

Gaspard LaNuit est venue à l'agence, le 29 octobre dernier.

Interview :

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gaspard lanuit,la trêve,interview,mandorGaspard LaNuit n’est pas un artiste qui débarque aujourd’hui. Il est né en 1998…

Ce nouvel album est le quatrième. Le premier date de 2003. J’étais en piano-contrebasse-voix, après ça a évolué en piano-contrebasse-clarinette-voix. C’était entre « rive gauche » et des gens que j’aime beaucoup comme Allain Leprest et Romain Didier. Je voulais vraiment m’inscrire dans cette famille là.

Pourquoi as-tu pris un pseudonyme ?

Je voulais mettre une barrière entre ce moi là et l’autre moi. Je voulais créer un personnage par rapport à la scène… et même au disque. J’étais encore aux ACP, qui s’appellent maintenant La manufacture chanson,  quand j’ai créé le nom. Tous les autres élèves me disaient que ce nom ne m’irait pas du tout. C’était assez drôle. Ils me connaissaient « rive gauche », alors ils ne comprenaient pas.

Mais toi, à la base, tu es plutôt rock.

Oui, mais j’ai vraiment été nourri au rock et à la chanson française. Ça fait partie de mon ADN. J’ai une sœur qui a 9 ans de plus que moi. Quand on était petit, nous étions dans la même chambre et elle écoutait Pink Floyd, Todd Rundgren, Police, Jimi Hendrix, Randy Newman, King Crimson… mais en même temps, mes parents écoutaient, Brel, Brassens, la musique yiddish, Farid El-Atrach et Oum Kalsoum, un peu de jazz, une peu de classique, le « stop ou encore » sur RTL, tous les samedis et dimanches. J’écoutais beaucoup de variétés, donc. D’ailleurs, quand j’étais ado, j’écoutais Souchon, Jonasz… et j’aspirais à devenir ce type d’artiste, en fait.

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Finalement, toi tu es passé de la chanson dite « réaliste » à des chansons rock sombres.

Mais, ça s’est passé progressivement. J’ai cherché, j’ai provoqué le glissement. À la fois, j’aimais Allain Leprest et Romain Didier, deux artistes que j’ai connus vers l’âge de 20 ans, mais j’écoutais aussi, à la même époque, Tom Waits, Randy Newman et toute cette pop dont j’étais complètement fou. Et je savais que j’allais tendre vers ça. Il y a eu une rupture musicale avec mon pianiste,  qui était celui de l’école, presque une rupture sentimentale. C’était si douloureux que je me demandais si j’allais pouvoir rebondir. Je ne voulais pas jouer seul sur scène. J’ai fini par rencontrer le frère de la clarinettiste avec laquelle je jouais, Boris Boublil, qui joue avec moi depuis plus de 10 ans maintenant. Et avec lui, on a commencé à électriser ma musique. On a trouvé un moyen de pour faire des sons crunchy. En fait, j’avais envie de salir ce que je faisais.

C’est marrant que tu dises cela, parce que j’ai ressenti cela sur ton nouvel album, La trêve. Surtout dans tes 6 derniers titres.

Oui, c’est pour ça qu’on les a mises dans la deuxième moitié du disque. Avec cet album, c’est encore une autre étape. Dans le premier album, Ton fantôme, qui est très chanson jazz, il y avait beaucoup de place à l’improvisation, avec quelques plages très électriques. Je me cherchais un peu, je pense. Juste après la sortie de cet album, je rencontre un musicien qui s’appelle Fred Pallem. Aujourd’hui, il bosse pour plein de gens, mais on a travaillé tous les deux 8 ans ensemble et on a fait deux albums. Il était temps et Comme un chien. Fred m’a amené vers une musique très gaspard lanuit,la trêve,interview,mandorélectrique. Il fallait que je me débarrasse de ma vieille peau du mec qui n’écoutait que Neil Young ou Nick Cave. Ce n’était plus ce que j’avais envie de donner sur scène. Avec Comme un chien, on a été au bout de ça. J’ai senti une limite. Il fallait que j’aille encore ailleurs. Je me suis donc séparé de Fred. Je me suis resserré, avec Boris, dans un petit noyau. On a fait ce nouveau disque à trois, avec aussi Guillaume Magne.

Tes références en écriture, je les aime beaucoup. Boris Bergman, Jean Fauque et Wladimir Anselme.

Wladimir, c’est d’ailleurs lui qui a fait l’Artwork de mon album. Ca fait 20 ans que l’on se connait, mais juste 10 que l’on se connait bien. Pour moi, c’est l’un des plus brillants auteurs français depuis longtemps. Je trouve son travail complètement dingue. Avec son album Les heures courtes, j’étais persuadé qu’il n’allait plus rester confidentiel.

Comme lui, tu ne fais aucune concession par rapport à la musique que tu veux jouer.

Sur ce nouveau disque, il n’y a aucune concession, mais alors, vraiment aucune. Je l’ai pensé presque comme un concert. Je sais que ça ne va pas être simple d’emmener le public dans mon univers, à la frange entre un son anglais dans l’écriture musicale et français dans les textes.  Il y a très rarement des couplets/refrains. Bon, j’ai quand même fait en sorte de ne pas faire de la musique trop hermétique. La chanson qui me touche le plus dans le disque, c’est Le fossé. Je l’ai mise en premier sur le disque parce que j’avais l’impression que c’était presque plus épidermique et qu’elle permettait de rentrer petit à petit dans ma musique.

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Je sais que tu as du mal à écrire un texte. J’imagine que c’est parce que tu es très exigeant.

C’est un enfer. Plus le temps passe, pire c’est. Parce que j’essaie de ne pas me répéter. J’essaie d’utiliser un champ sémantique différent. Dans le précédent, il y a un certain vocabulaire, une certaine manière qui est assez marquée. Dans le nouveau, ma manière d’écrire a rendu mes chansons plus mélodiques. L’écriture, pour moi, ça peut-être douloureux ou spontané.

gaspard lanuit,la trêve,interview,mandorTu m’expliquais en off, qu’il y a des chansons qui te tombent dessus sans que tu n’y puisses rien. Quasi de l’écriture automatique. Tu ne trouves pas ça dingue ce genre d’inspiration ?

Ça ne m’apparait pas comme dingue. Ça ne m’étonne pas. Ça me fascine, mais ça ne m’étonne pas. Et heureusement que parfois, ça se passe comme ça, sinon, je ne suis pas sûr de continuer à écrire. (Rires). Je vis ça comme si on autorisait  l’ouverture d’une porte que d’autres personnes ne veulent pas ouvrir. C’est une sorte de porte de sensibilité. Après, derrière ça, il y a une histoire de travail. Aujourd’hui, ce qui me tombe, c’est juste deux trois phrases, après, je vais au charbon.

Tu luttes pour ne pas écrire de la même façon d’album en album?

Oui, c’est pour ça que j’aime bien des types comme Bertrand Belin. Je tends à me diriger vers une écriture comme la sienne. Je cherche à évoluer à l’intérieur de mon travail. Je ne m’interdis rien. Qu’est-ce qu’on recherche dans ce métier ? L’excitation.

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Playing Carver avec de gauche à droite, Marta Collolica, Boris des Atlas Crocodile, Gaspard Lanuit et John Parish.

Tu n’as pas que ta carrière Gaspard LaNuit. Tu participes à deux autres projets.

Un que nous avons créé au mois de mai avec Boris et d’autres musiciens, un projet qui s’appelle Playing Carver qui est autour des nouvelles et des romans de Raymond Carver. C’est un spectacle qu’on a conçu en mai dernier avec John Parish, l’alter ego de PJ Harvey, qui est une personne qu’on vénère. Il y a un autre projet que j’avais monté il y a deux ans avec une chanteuse qui s’appelle Clarys et Guillaume Magne, mon guitariste. C’était une espèce de commande qui s’appelle « Dommages à Bashung ». Il fait partie de mes grands maîtres. Le but de ce projet, que l’on va rejouer en mars, c’était de quasiment ne pas jouer de Bashung. C’était plutôt de jouer des morceaux qui l’avaient influencé ou qu’il avait chantés, mais qui n’étaient pas de lui. Du Moody Blues, du Manset, du Christophe et deux, trois chansons à lui.

gaspard lanuit,la trêve,interview,mandorBashung, il m’impressionne parce qu’il a déstructuré la façon de chanter.

Il a déstructuré la façon de penser un album, la façon de penser l’écriture, tu peux ajouter. Je me souviens de son album L’imprudence, en 2003, qui est pour moi l’album clef de Bashung. J’étais en train d’enregistrer mon premier album. Ça a été une souffrance absolue.

Pourquoi ? L’étude comparative ?

Oui. J’étais à un niveau, dans l’idée et dans le travail et à ce moment, Bashung sort ce chef d’œuvre avec que des musiciens que j’admire, qui viennent de la musique improvisée américaine, new-yorkaise et que j’écoute depuis que je suis ado. Pendant un an, j’ai écouté cet album au moins une fois par jour.

Tu t’es fait du mal tout seul. C’est maso comme comportement.

Je ne pouvais pas faire autrement. Je crois que cet album a été ma plus grande claque dans la gueule. Il a vraiment créé une école.

Tu es à la Java lundi (12 novembre 2012).

Oui, je vais présenter ce nouvel album et la nouvelle formule parce qu’on est passé de trois musiciens à quatre. On va monter sur le ring pour défendre ce disque. La musique, c’est quand même un combat.

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09 novembre 2012

Je rigole : interview pour Qui chante le matin est peut-être un oiseau

je rigole,qui chante le matin est peut-être un oiseauEn février 2010, je parlais déjà de ce groupe ici même. Je trouvais que leur EP/maquette, déjà très abouti renversait complètement la chanson française d’aujourd’hui. Une chanson française traditionnelle qui se moquerait complètement des codes à respecter, qui pulvériserait le chemin tout tracé, qui prendrait les chemins de traverse complètement hors des clous, qui partirait en live sans qu’on y trouve à redire.

Je rigole s’éclate. Et l’auditeur comprend qu’il navigue dans un océan de liberté musicale unique et salvatrice.

je rigole,qui chante le matin est peut-être un oiseauVoici la biographie d’Andoni Iturrioz, le leader et l’âme pensante du groupe:

Originaire du Pays Basque, Andoni Iturrioz partage son enfance entre Paris, Barcelone et Londres, puis prend la route à 19 ans. Cinq ans de voyage autour du monde s’achèvent à Barcelone, où il s’installe et décide, à 24 ans, d’apprendre la guitare. Andoni écrivait déjà. Arrivé à Paris, Andoni rencontre Christelle Florence en 2007. Ils enregistrent les premières maquettes du futur album, et embarquent Xuan Lindenmeyer à la contrebasse deux ans plus tard. Je rigole. se révèle sur scène. Après l’arrivée de Jean-Brice Godet aux clarinettes en 2010, Andoni décide d’enregistrer le premier album de Je rigole.

Le 17 octobre dernier, à l'occasion de la sortie de Qui chante le matin est peut-être un oiseau, quelques jours plus tôt, Andoni Iturrioz est venu (accompagnée de Christelle Florence, ancienne Je rigole devenue manager du groupe).

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je rigole,qui chante le matin est peut-être un oiseauInterview :

On l’attendait depuis longtemps ce disque…

On a fait repousser la date sans cesse parce qu’on a tout fait tout seul. Il a fallu donc apprendre tous les métiers. Le jeu en valait la chandelle puisqu’on est super content du résultat et l’album est bien accueilli.

Il a ceci de particulier qu’on ne se lasse jamais de l’écouter tellement on découvre des strates différentes d’écoute en écoute. Ce disque est à la fois accessible à tous et à la fois pointu. C’est curieux et très rare.

Tant mieux, parce que, vraiment, c’est ce que l’on voulait. Que tout le monde puisse y trouver son compte.  Bon, c’est plus un album à écouter qu’un album sur lequel on peut danser. J’ai fait attention qu’il soit très ouvert, qu’il ne soit pas un assommoir malgré sa profondeur. J’ai la capacité à aller plus loin, et c’est ce qu’il se passera peut-être dans le deuxième album.

Ce sont les musiciens avec lesquels tu travailles qui te « modèrent » ?

Disons que c’est un dialogue que j’ai avec eux et avec moi-même. Ils me servent de miroir. Je le répète, je ne voulais pas faire un album de marginal, j’ai le souci qu’il touche le plus de monde possible. Quand je vois dans leurs yeux « attention, je ne comprends plus ! », je rectifie le tir.


Je rigole. : "MOUVEMENT" (Clip officiel) par jerigoleofficiel

A la base, toi, tu es un homme de scène. Le disque est-il primordial pour toi ?

Un disque, à priori, est un objet qui va traverser le temps, du coup, ça devient essentiel pour moi parce que c’est ce qui sauve les chansons. Le côté éphémère de la scène est à la fois jouissif, à la fois dangereux… enfin triste pour les chansons.

Dans tes chansons sombres, il y a beaucoup de générosité et un peu d’espoir.je rigole,qui chante le matin est peut-être un oiseau

Ce qui donne un côté sombre à mes musiques, c’est mon goût pour les dissonances et les ambiances un peu torturées. Après, le propos de mes chansons peut-être sombre, mais jamais fermé. Au contraire, toujours ouvert sur quelque chose de lumineux. J’ai l’impression d’avoir deux mains. Une main qui exorcise, on fait de la beauté avec des violences, et une autre main qui guérit, avec des chansons comme « Paris » ou « Dans l’air », des chansons avec plus d’espoir…  en fait, ces deux mains ont la même fonction : soigner.

Il y a certaines chansons qui existent depuis longtemps, que je connaissais de ton premier EP en 2010. Sont-elles retravaillées pour l’album. Je te demande par là si tu as changé certains textes ou modifié des passages musicaux ?

C’est très dur à modifier plus tard les chansons. J’ai changé une phrase ou une formulation, de-ci, de-là, mais vraiment pas grand-chose. Si, un vers de « Crève la France », une chanson qui date de 2005. Les émeutes de cette année-là ont d’ailleurs commencé pendant que j’écrivais ce texte. C’est triste, mais 7 ans après, cette chanson reste d’actualité.


Je rigole. présente son premier album ! par jerigoleofficiel

Je sais que tu fuis les chansons narratives. Tes textes sont des suites d’images poétiques.

Je ne remets pas en question la chanson narrative, en France, il y en a qui font ça très bien. Moi, je trouve que pour la narration, l’outil de la chanson n’est pas le plus adapté. Moi, j’aime donner de la profondeur en racontant une histoire, mais un peu comme une boule à facettes. On brise la narration par des images poétiques qui fait qu’on a des sens dans le sens général, du coup, les personnes qui écoutent peuvent s’approprier ce qu’ils ressentent.

Tu n’as pas envie, non plus, de t’emmerder.

C'est-à-dire que j’ai besoin d’accroche. De vriller les sons, de vriller la musique, ça me semble être très riche et pourtant, le retour qu’on a de l’album, en gros, c’est que c’est sobre. C’est te dire, si on peut se l’approprier de toutes les manières.

C’est tout le contraire de ce que je pense moi, en tout cas. Je ne vois pas le dépouillement.

Nous non plus. Je trouve qu’il y a une richesse dingue. Si on morcelle la narration, les retours d’écoute de l’album peuvent l’être aussi. Chacun fait ce qu’il veut dans cette histoire finalement. Il y a une deuxième chose que j’ai constatée. Chaque chanson est la préférée de quelqu’un. Personne n’est d’accord. Il n’y a pas de tube.

Comment peut-on définir ta musique. Du free folk ? Non, parce que ça part vers le jazz, le folk, la chanson…

Ça, c’est lié au rassemblement des personnes. Moi, je fais de la chanson et mes musiciens viennent du free jazz.

Tu te demandes comment les gens peuvent accéder à ta musique la première fois ?

A priori, la première fois, ce n’est pas facile. Même les gens qui nous soutiennent et qui ont aimé l’album, ils sont passés par trois ou quatre écoutes avant de pouvoir en parler et le « juger ».

Il y a une démarche d’intégration à ton univers.

Peut-être oui. Mais une fois que les gens sont rentrés, ils deviennent nos meilleurs défenseurs.

"J'ai vécu les étoiles" avec la participation de Lisa Portelli. Captation live en avril 2012.

Parle-nous des musiciens qui participent à l’album.

Xuan Lindenmeyer, c’est un contrebassiste et un musicien hallucinant. Il est le pilier musical du projet. Moi, je suis beaucoup plus auteur que musicien. Lui, c’est la stabilité et la puissance. Jean-Brice Godet, à la clarinette, lui, c’est le vent. C’est tout ce qui est écume, ce sont des vagues mémorables de sons.

Quand il a fallu que tu les choisisses et qu’ils acceptent de jouer avec toi, quand ils ont écouté ton œuvre, ils se sont dit : « c’est quoi ce fou ! ».

Tout à fait ! (rires).  Xuan, je suis allé vers lui, parce que même s’il venait du free jazz, j’avais constaté qu’il était capable de jouer dans des projets très classiques. Il accompagnait des gens de la chanson française avec une virtuosité et une sensibilité admirable et à côté de ça, il était aussi dans des projets, mais alors barré de chez barré.  Il rejoignait mes deux pieds. La tradition et l’expérimentation. Jean-Brice, qui vient aussi du free jazz n’a pas mis longtemps à comprendre ce que je voulais faire. En plus, il a une oreille pour le texte.

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Toi, en tant qu’auteur, tu te demandes si tu ne vas pas trop loin, si tu es clair dans ce que tu veux exprimer?

J’ai la chance, à ce niveau-là, d’avoir une bonne assurance. J’ai une vision dans l’écriture et une vision sur l’écriture. Je sais ce que je veux et j’arrive à le situer dans l’environnement. Je fais ça seul et je n’ai pas de conseiller, ni de miroir. J’en ai besoin pour l’enregistrement ou la sonorité, mais pas pour l’écriture. Pour ça, j’ai un GPS au ventre qui fait que je me dirige tout seul.

Maintenant que le disque est là, tu es dans quelle disposition ?

C’est marrant, parce que je l’ai tellement attendu que finalement, je n’attendais plus rien. Mes attentes, je les ai semées en route. Moi, je suis complètement dans l’écriture du deuxième album. Je ne dis pas qu’il n’y pas un peu de stress et que je suis complètement zen, mais en gros, je suis en période de détachement. Ce disque ne nous appartient plus.

Ton amour pour la chanson française, je sais que ça te vient de Brassens, Brel, Renaud première période. Mais, ton côté barré, il vient de quelles influences musicales?

Ça viendrait plutôt de mon adolescence. J’écoutais des disques comme les Sonic Youth et autres groupes expérimentaux. Ça vient aussi de mon côté basque. Du côté espagnol, ils ont été opprimés sous Franco pendant très longtemps. Ils n’avaient pas le droit de parler basque par exemple, d’avoir des noms basques. Ils se sont donc approprié une liberté artistique vraiment dingue. Il y a tout un mouvement de sculpteurs, de musiciens, de peintres qui ont une liberté proprement hallucinante et folle. Le grand écart entre la tradition et l’expérimentation, dont je te parlais tout à l’heure, me vient de là.

Clip officiel de "Crève la France".

Tu t’adresses tout de même et avant tout aux amateurs de bonne chanson française.

Oui, mais le problème avec la chanson française, c’est qu’elle s’adresse à un petit public. Comme c’est un petit public, on a besoin de tout ce public pour pouvoir vivre de la musique, même raisonnablement. Dans la musique anglo-saxonne, le public est tellement large et il y a tellement de monde que, même si on fait une musique marginale, tous les musiciens s’y retrouvent. Pas en France, du coup, les gens essaie d’être le plus large et fédérateur possible. Ça donne beaucoup d’artistes au milieu de la route et consensuels. Pas tous, mais beaucoup.

Pour finir, sur une note positive… il y a de l’humour dans tes textes. Un peu sous-jacent, mais il est là.

Malgré notre nom, Je rigole, le propos est sérieux. Mais ça n’empêche pas l’humour. C’est très naturel et très simple de tourner en dérision les drames et les difficultés de la vie. Je ne peux pas imaginer la chanson sans humour, ironie et second degré.

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06 novembre 2012

Françoise Hardy : interview pour L'amour fou (le livre et le disque)

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J’ai été ravi d’apprendre que je devais interviewer Françoise Hardy pour un de mes journaux à l’occasion de la sortie de son 50e anniversaire de carrière. Elle sort un disque et un livre portant le même titre, L’amour fou. Pour obtenir un rendez-vous, il y a eu plusieurs attaché(e)s de presse sur l’affaire. Entre ceux de la maison de disques et ceux de la maison d’édition, ça aurait pu devenir un joyeux bordel, mais non, en fait. J’ai obtenu un rendez-vous assez rapidement. (Merci donc à EMI et à Albin Michel).

Rendez-vous est pris le 10 octobre dernier dans le nouvel appartement de Françoise Hardy. Je dois avouer que je suis arrivé chez elle moyennement rassuré. J’avais entendu dire que la chanteuse (et désormais officiellement écrivain) n’était pas d’un premier abord très sympathique. Qu’elle avait ses têtes.

Je ne m’étendrai pas sur l’accueil (qui fut chaleureux), ni sur les coulisses de cette rencontre. Mais, j’ai été très ému pendant cet entretien. Très. Françoise Hardy est une grande dame.

Voici le fruit de cet entretien pour Le magazine des espaces culturels Leclerc (daté du mois de novembre 2012). Il sera suivi de la version longue de l'interview et de différentes chansons filmées en studio tirées de ce disque délicieux, raffiné et très émouvant.

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Voici deux premiers titres tirés de l'album L'amour fou.

"Pourquoi vous?"

"L'amour fou"

Suite de l'interview pour Les chroniques de Mandor...

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J’insiste un peu, je vous l’accorde, mais vous semblez quand même un peu inquiète de la destinée de votre livre.

Pour le disque, je ne m’inquiète pas précisément. Mes meilleurs albums ne se sont jamais vendus. Je considère celui-ci comme mon meilleur, alors j’espère qu’il sera l’exception qui confirme la règle. Je sais quoi en penser parce que je suis dans mon élément. Tandis que je suis très inquiète des réactions pour mon récit. J’ai un peu peur, c’est un récit que je ne voulais pas publier. On m’a un peu forcé la main. Évidemment, je ne me considère pas du tout comme un écrivain. En même temps, j’adore les écrivains, j’adore lire et j’ai un très très grand respect pour l’écriture, donc, évidemment, je me suis donné un mal de chien pour écrire correctement.

Ce livre est-il vraiment entièrement autobiographique ?

C’est nourri de mon vécu, mais il y a aussi beaucoup de subjectivités et de fantasmes. Dans un premier temps, je n’ai pas écrit tout ça pour que cela soit publié. Depuis le succès de mon autobiographie, mon éditeur me presse un peu pour que je poursuive dans une voie littéraire. Il prétend que j’écris bien. J’ai commencé à travailler sur un livre sur la spiritualité, puis j’ai abandonné le projet parce que j’ai réalisé que je n’avais aucune crédibilité pour faire ça, c’est dire s’il me reste encore un peu de lucidité sur moi-même (rires). C’est sacré la spiritualité, il ne faut pas faire n’importe quoi. Bref, mon éditeur qui avait lu un chapitre ou deux de ce récit m’a relancé avec insistance par rapport à ça. Ce qui m’a incité à accepter, c’est l’avis de Jean-Marie Périer, qui est mon premier grand amour, mais qui est mon ami depuis toujours. Il a lu quelques pages et il m’a fortement conseillé de le sortir. Je peux dire même qu’il a été catégorique.

Votre héroïne, vous donc, rencontre des hommes qui sont comme elle. Ils n’arrivent pas à communiquer leurs sentiments.

Par moment, on est tellement empêtré dans ses inhibitions et ses difficultés à communiquer, qu’on en occulte totalement l’éventualité que l’autre puisse être aussi empêtré que vous.

Vous avez peur des réactions des gens après lecture de votre récit ?

Je ne serais pas étonnée d’avoir des critiques très négatives. Je ne suis pas sûre de moi du tout pour ça. Pas du tout du tout. Avant les dernières épreuves, on devient fou parce qu’on relie, on remanie. Jusqu’à la dernière seconde, on trouve encore des choses à améliorer. Tout ça rend fou. Moi, j’ai une indigestion de ce texte, je ne veux plus jamais le lire. Je n’ai plus du tout le recul, donc je ne sais plus du tout si c’est bien, si ce n’est pas bien. Je pense que mon livre n’est pas grand  public. Mon éditeur pense le contraire, mais moi je pense qu’il est fou.

Avant de lire la suite de cette interviews, deux autres titres somptueux...

"Si vous n'aviez rien à me dire"

"Normandia"

Travaillez-vous tout le temps ?

Je n’écris que quand je prépare un album, sinon je lis énormément. Je lis trop.

Oui, votre amour de la littérature se perçoit même dans vos chansons. La chanson « L’amour Fou » est inspirée d’un roman d’Henry James par exemple. C’est la littérature du 19e qui trouve grâce à vous yeux ?

Je n’aime que ça. Les deux écrivains sur lesquels je me suis focalisée depuis 6 ans sont Édith Warton et Henry James. Focalisation totale parce que je les ai lus et je les relis.

Quel est votre rapport à l’objet livre.

Mes livres sont dans des bibliothèques fermées pour les protéger. Ce sont pour moi des objets précieux, même les livres de poche. Ils sont précieux par leur contenu. J’ai relu récemment Adolphe de Benjamin Constant, ça m’a fait autant d’effet que la première fois. Un peu avant, j’ai relu aussi Adrienne Mesurat de Julien Green. Un chef-d’œuvre absolu ! Aujourd’hui, au point où j’en suis, j’ai plus envie de relire des livres que j’ai adorés étant plus jeune plutôt que de découvrir des auteurs actuels. Je ne suis pas intéressée par les auteurs actuels.

Aucun ?

Le dernier qui m’ait intéressé, c’est Houellebecq. Quand j’ai vu la première fois Houellebecq à la télévision, il m’a touché. Il m’a donné le sentiment de percevoir à quel point il avait de la souffrance en lui. C’est pour ça que j’ai eu envie de le lire. Uniquement. Sinon, le seul grand auteur français contemporain, pour moi, c’est Patrick Modiano. Cet ami de très longue date est grand, sous tout rapport. Je ne me lasse pas de sa littérature. Son style a une force d’envoûtement incroyable !

Après ce récit-là, vous songez à en écrire un autre ?

Pas du tout. Je vais vous dire franchement, comme je suis en ce moment, j’ai du mal à me projeter dans l’avenir.

Vous êtes étonnée, parfois, d’être encore là à continuer votre métier de chanteuse ?

Je vais vous raconter une chose. Quand j’ai eu 18 ans, j’ai enregistré mon premier disque, « Tous les garçons et les filles », qui a eu le succès que l’on sait. J’ai signé un contrat de 5 ans avec ma maison de disque. Et je me souvienscomme si c’était hier, de m’être dit : « Mais dans 5 ans, plus personne ne me connaîtra ! ». Finalement, malgré mon parcours en dent de scie, avec des hauts et des bas, je suis encore là.

Si vos derniers albums ne sont pas beaucoup vendus, les critiques étaient dithyrambiques.

J’ai eu la chance d’avoir un bon accueil de la part des médias. La plupart du temps, j’ai eu de bonnes relations avec mes maisons de disque et aussi avec les gens de radio.

Un dernier titre. Peut-être le plus émouvant. Peut-être...

"Rendez-vous dans une autre vie".

Avant de vous rencontrer, je me suis dit que vous deviez en avoir marre de rencontrer des journalistes depuis 50 ans.

Ça ne me dérange pas parce que j’aime bien papoter, j’aime bien les têtes à têtes. L’entrevue ne me dérange pas, je suis plus dérangée quand je lis de ce que l’on fait de mes propos. Là, ça me rend souvent malade.

Je vous assure que moi, je ne déforme jamais les propos des artistes que j’interviewe.

Ah, mais attendez ! Ça ne suffit pas, parce qu’il y a beaucoup de journalistes qui retranscrivent mot à mot et qui ne font absolument pas le travail de transposition qui est nécessaire entre le langage parlé et le langage écrit.

Je vous assure que je fais ce travail, rassurez-vous !

Je vous dis ça parce que la dernière interview que j’ai faite récemment, j’étais consternée par le résultat. Je me suis dit que le prochain journaliste que j’allais voir, je ferais très attention. En fait, j’ai compris, ce n’est pas le cas avec vous, c’est le journaliste lui-même qui part dans tous les sens. Quand il part dans tous les sens, vous ne pouvez pas avoir un discours structuré. Bref, de toute manière, je suis meilleure à l’écrit qu’à l’oral.

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Avec Françoise Hardy, le 10 octobre 2012, chez elle.

04 novembre 2012

Pia Petersen : interview pour Le chien de Don Quichotte

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DSC03016.JPGLa première fois que j’ai rencontré Pia Petersen, c’était Au Père Tranquille, le 23 janvier 2012. J’avais rendez-vous avec Alain Mabanckou pour une interview (que vous pouvez lire ici). Il était en train de déjeuner avec sa collègue auteure. Ils se connaissent depuis longtemps et se respectent beaucoup.

Nous avons beaucoup parlé avec Pia après l’interview et, très vite, j’ai eu envie de mieux la connaître. Nous avons donc convenu que je la mandoriserais pour son prochain livre, si celui-ci m’intéressait. J’ai reçu au mois de mars dernier Le chien de Don Quichotte, mais je ne l’ai lu que récemment. Un livre qui m’a passionné et qui m’a beaucoup étonné. Tant de choses dites à travers un roman noir. Ce livre n’est pas qu’un thriller, c’est un livre philosophique déguisé. L’écriture de Pia Petersen est beaucoup plus maline qu’on pourrait éventuellement le supposer si on ne creuse pas profondément son texte. Le chien de Don Quichotte est un livre sur le changement comportemental. Notamment. Comment passer du mal au bien ? Le peut-on réellement ?

395276_3116797203916_1354301411_n.jpgL’histoire :

Hugo est le porte-flingue heureux d'un patron véreux. Une vie bien réglée, qui bascule furieusement quand un prêtre imbibé jusqu'à l'os donne à Hugo un livre, dont le héros est un homme bon, prêt à tout pour protéger les faibles. Cette lecture bouleverse Hugo : lui aussi veut faire le bien. II ne veut plus tuer.
Oui, mais voilà, il n'est pas simple de protéger les gens quand on a pour mission de dézinguer... Et cette bande de hackers, les «vendredi 13», ne lui facilitent pas la tâche : en piratant les comptes de son patron, ils déclarent la guerre ouverte. Les hostilités doivent commencer. Quelle galère !

L’auteure:

Née à Copenhague, Pia Petersen s'installe en France afin d'écrire en français. Elle y fait des rencontres, des petits boulots, des études de philo, monte une librairie puis, en 2000, se lance enfin dans l'écriture. Elle a notamment reçu le Prix de la Bastide 2011 pour Une livre de chair, et le Prix marseillais du polar 2009 pour louri, parus chez Actes Sud.

Le chien de Don Quichotte est sorti dans la collection "Vendredi 13" aux Éditions La Branche (le 29 mars 2012). Le concept de cette collection : 13 auteurs, 13 titres, 13 histoires, une publication mensuelle pendant 13 mois. Chaque écrivain de la collection doit donc écrire autour de cette date, "Vendredi 13".

Pia Petersen est venue à l’agence le 12 octobre dernier. Elle s’est beaucoup livrée dans cet entretien. Il me semble que vous pourriez lire un résumé de sa vie ici pour, peut-être, mieux comprendre certains aspects de sa vie évoquée avec moi…

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pia petersen,le chien de don quichotte,interview,mandorInterview :

À 7 ans, vous avez dit à vos parents que vous alliez devenir écrivain et que vous alliez révolutionner la langue.

J’ai écrit sur une carte postale destinée à mon père que j’allais libérer le verbe. À cet âge-là, j’avais un langage d’adulte.

Ma petite fille à moi à 7 ans, justement. Elle ne pense pas encore à devenir écrivain et libérer le verbe.

Si on ne m’avait pas montré la carte, j’avoue que je n’aurais pas cru que j’avais écrit ça. Dès que j’ai commencé à écrire l’alphabet, je me suis intéressée aux livres. J’étais plutôt précoce. J’ai eu une expérience de mort imminente à l’âge de 4 ans. Ça m’a fait murir beaucoup plus vite et débloquer quelque chose en moi. Je ne sais pas trop quoi, mais j’ai toujours été attirée par l’essentiel et j’ai toujours suivi ce que j’ai voulu faire. Sans frein.

Vous avez voyagé partout, vous avez traîné avec toutes sortes de gens et pas mal de personnes « bizarres »…

Je n’avais aucun soutien de la part de ma famille. Je me suis vraiment battue pour m’en sortir. Le paradoxe, c’est que je viens du pays le plus heureux du monde et je suis partie pour faire la manche en France. C’est plus facile de partir d’un pays qui est en guerre que partir d’un pays où vous avez tout.

Quand vous êtes arrivée en France, vous ne parliez pas la langue du pays.

J’ai pris la fuite du Danemark à l’âge de 16 ans. J’ai commencé à apprendre le français en arrivant, effectivement. Mon apprentissage de la langue s’est déroulé en lisant Stendhal.

Vous avez vécu des choses difficiles dans votre vie. C’est difficile de résumer ce qu’il pia petersen,le chien de don quichotte,interview,mandors’est passé.

D’abord, je suis passée par la Grèce et j’étais dans un état tout à fait secondaire. Après je suis revenu au Danemark, j’ai travaillé dans un hôtel, mais je me suis fait licencier à cause d’une affaire assez sombre. Ensuite, je me suis fait récupérer par une espèce de secte. Ça a duré un an, mais j’étais la cible du gourou qui voulait m’intégrer à son harem. J’étais devenu autiste, je ne répondais plus à rien. J’ai rencontré quelqu’un qui m’a donné la possibilité de partir de la secte, mais du coup, je me suis retrouvée dans un milieu un peu délinquant. J’ai connu beaucoup de truands…

Je vais faire de la psychologie de comptoir. Est-ce que la littérature et l’écriture vous a permis de vous en sortir ?

Je ne sais pas. Ce que je sais, c’est que, quand j’étais gosse, j’ai eu une professeure qui a complètement flippé en lisant ce que j’écrivais. La mort était très présente dans mes écrits, mais personnifiée. La mort, pour moi, était quelqu’un, une personne qui me suivait, qui me courait après. Mes textes étaient d’une violence très adulte. Cette professeure avait peur de moi et de mon tel besoin de liberté. Elle n’arrivait pas à gérer ma façon de pensée philosophique. Comme tout le monde me trouvait « bizarre », « différente », « pas comme les autres », du coup, j’avais peur d’écrire mes réflexions profondes. En plus, mes deux yeux de couleurs différentes ne m’ont pas beaucoup aidé. J’ai commencé à avoir peur de moi-même et de ce que j’étais. J’étais dans la fuite perpétuelle de moi-même parce que j’avais peur de ce que je pouvais faire.

Quand on n’est pas français et que l’on écrit en français, a-t-on envie d’écrire mieux ?

J’ai toujours eu une personnalité très forte et une écriture qui m’est propre, quelle que soit la langue. Mon rêve c’était d’écrire des textes à la Chateaubriand, Victor Hugo, des textes flamboyants. Des textes dont on m’aurait dit qu’ils sont somptueux. Je me suis rendu compte que mon style n’était pas celui-là et qu’il fallait que j’assume mon écriture telle qu’elle était. J’ai commencé à travailler pour apprendre à être ce que j’étais. C’était un processus assez long. En même temps, quand j'ai étudié la philosophie, j'ai assez vite compris qu'on apprend à maquiller avec des beaux mots le fait qu’on n’a rien à dire.Comme j’étais passée à travers beaucoup de choses avec un rapport décalé à la vie,  je ne voulais pas masquer, je préférais aller vers quelque chose de plus simple. J’ai préféré travailler sur le rythme et l’articulation pour faire ressortir  le fond.

41V0R3VSPSL._SL500_AA300_.jpgEst-ce que vos éditeurs ont tenté de vous ramener vers un style plus… disons plus conventionnel ?

Oui, Hubert Nyssen (éditeur de la maison d’édition Actes Sud) pour Le jeu de la facilité était stupéfait. Je dois dire que pour l’inciter à me publier, je lui avais envoyé tout ce que j’avais écrit. Il a tout lu deux fois, il  m’a demandé que je reste à sa proximité pour qu’il puisse voir comment j’évolue. Pour mes deux premiers romans, il a tenté de rentrer dans mon écriture. Ce n’est pas évident, parce que j’ai une syntaxe un peu  à part. Il voulait arranger ça, il avait l’impression qu’il fallait mettre de l’ordre. Au bout de 15 pages, il s’est rendu compte que s’il déplaçait quoi que ce soit, il n’y avait plus de roman. Tout s’effondrait. Indéniablement, il n’y a que moi qui pouvais rentrer dans mon texte, voir où on pouvait rectifier le tir et savoir ou on pouvait éliminer quelque chose. C’est magnifique d’avoir un éditeur qui reconnait qu’il ne peut rien faire lui-même. Il a su voir qu’en moi, il n’y avait pas que du romanesque.

Dans votre œuvre, peut-on dire qu’il y a une suite « logique », que tout se rejoint ?

Un peu à la manière d’une comédie humaine, mais avec les préoccupations d’aujourd’hui. J’ai une suite d’idées développée dans chaque roman. Je pose un peu des « problématiques » et dans chaque roman j’aborde la chose différemment, selon un certain angle de vue.

Dans Le chien de Don Quichotte, quel est le thème qui vous préoccupe ?

C’est le changement de vie. C’est un vrai fil conducteur dans mes romans… et je suis bien placée pour en parler. Au démarrage, on est éduqué, on suit notre scolarité, on suit une voie un peu automatique que l’on n’a pas forcément soi-même choisie et à un moment donné, il y a toujours une rupture. Quelqu’un qui veut vous inciter à aller vers autre chose.

Vous me disiez tout à l’heure, en off, qu’en ce moment, vous circulez beaucoup autour depia petersen,le chien de don quichotte,interview,mandor l’idée de héros.

Robin des Bois et aussi Superman sont mes héros préférés. Il manque aujourd’hui des gens présents pour nous aider à avancer. J’ai remarqué que la littérature a un peu détruit l’idée de héros, en mettant en place beaucoup d’anti héros. C’est séduisant parce qu’on peut aller très loin, mais en même temps c’est dangereux parce qu’après, on n’a plus rien. L’espoir qu’on a pour s’en sortir et faire quelque chose de sa vie, n’est pas évident dans les romans d’aujourd’hui. Je me suis demandé comment je pouvais remettre en avant l’espoir. Du coup, j’ai travaillé sur Robin des bois et Don Quichotte.

Dans votre livre, un prêtre offre un livre à un tueur à gages. À partir de ce moment-là, ce dernier va décider de changer de vie et de tenter de faire le bien.

Hugo est un fonctionnaire de la mort, mais privatisé. Il travaille pour un grand patron qui le charge d’éliminer ceux qui le gênent dans ses entreprises. Malgré son envie de faire le bien, les gens qu’ils croisent meurent les uns après les autres. Une question s’impose : est-il facile de changer ?

Comment jugez-vous votre écriture ?

C’est une écriture contemporaine qui a des échos. Elle est proche de celle de James Frey et de Comac McCarthy dans laquelle on retrouve le même type d’ambiance. Je suis tout le temps dans l’oralité, il y a une musique. Je n’écoute jamais de musique chez moi, mais j’écoute beaucoup la musique de la langue. Je ne veux pas surcharger avec un vocabulaire qui ne sera pas forcément utile.

Il y a beaucoup d’humour noir dans votre roman.

Je suis danoise, ne l’oubliez pas. L’humour danois est plus noir que l’humour anglais. C’est un peu le même type d’humour, mais il va encore plus loin.

Dans ce livre, on en apprend beaucoup sur les rapports humains, sur la société... mais de manière sous-jacente.

Je me rendais compte, déjà quand je faisais de la philo, que mes collègues étudiants étaient très réticents à l’idée de penser, très réticents aussi à se poser des questions, à contrarier ses propres points de vue. Aujourd’hui, en règle générale, on ne peut pas penser directement, alors j’utilise le roman pour poser des questions très importantes sur la société, sur le bien, le mal… le bien et le mal d’aujourd’hui ne sont pas les mêmes qu’il y a 50 ans. Comment peut- on amener les gens à s’interroger sur tout ça ? Par le roman. De manière cachée, donc, et pas frontale, pas visible. Il faut que les gens rentrent dans une démarche de pensée sans s’en rendre compte. Moi, je ne donne pas mes idées dans mes livres, je ne prends pas non plus position, je veux juste provoquer le débat.

Vous posez en tout cas une question que je juge importante. Peut-on sacrifier sa vie pour 223349_1059621895819_2122_n.jpgses idéaux ?

J‘ai déjà écrit un livre sur la question, Iouri. Iouri est un brillant artiste plasticien hostile aux mesures sécuritaires de notre époque, qui décide de s'engager dans une démarche artistique radicale. Dans ce livre, en même temps, je justifie aussi l’acte de terrorisme comme étant quelque chose d’important pour l’humanité parce que si personne n’est capable d’aller aussi loin, à mon avis, il n’y a plus d’humanité possible. J’explique cela clairement dans Iouri, mais jamais personne ne l’a relevé, alors que c’est écrit noir sur blanc. Les gens ont parfois des œillères lorsqu’ils lisent.

Vous écrivez tout le temps ?

Oui.

Dans le but d’être publiée systématiquement ?

Oui, parce que je veux être lue. J’ai beaucoup de travail en cours. J’ai un roman qui sort au mois de janvier 2013, « Un écrivain, un vrai ». C’est l’histoire d’un écrivain français qui vit aux États-Unis depuis  des années et qui vient de recevoir « l’International Book Prize ». Il est donc au summum de sa gloire et il a accepté, dans la foulée, une émission de télé-réalité chez lui, dont il est le principal acteur. C’est le début du roman participatif. Il va écrire un roman sous l’œil des caméras et avec l’intervention sur l’histoire de son livre en cours. Tous les jours ce qu’il a écrit dans la journée va être montré tout de suite à la télé.Il voudrait rendre la littérature accessible à tous, mais c’est lui qui risque d’y perdre sa puissance créatrice… Une dénonciation du règne du storytelling au détriment de la pensée.

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02 novembre 2012

Daguerre : Interview pour la sortie de Mandragore

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(Photo : Eric Vernazobres)

Il y a parfois des artistes dont je ne comprends pas que nos routes ne se soient pas encore croisées. Daguerre, j’ai tous ses disques et j’observe de loin sa carrière depuis des années. J’aime sa voix et ses chansons écorchées. C’est un rockeur qui s’est caché dans la chanson française. Pour foutre son bordel dans un genre musical parfois un peu plan-plan. Lui aime bousculer et prendre aux tripes.

Daguerre est donc venu à l’agence, le lendemain de la sortie de son disque Mandragore. Merci à lui, car il était assez tôt (et était en concert au Zèbre de Belleville la veille). L’interview s'est donc tenue sous intraveineuse de café fort.

522632_443956845628388_251678131_n.jpgBio officielle (légèrement tronquée) :

A 20 ans, Olivier Daguerre fait ses premiers pas d'auteur-compositeur interprète en créant en 1990 le groupe rock parisien "Les veilleurs de nuit". L'aventure va durer 10 ans avec 3 albums produits et plus de 600 concerts. En 2000 le groupe se sépare, Daguerre part s'installer dans le Pays Basque de son enfance.
Ce n'est que 4 ans plus tard, en 2004, qu'il se lance dans un nouveau projet musical qui portera son propre nom.
En 2005, Daguerre sort Ici je, un premier album autoproduit. La même année il croise la route de deux artistes majeurs: Francis Cabrel qui produit en 2006 "Ô désirs" son deuxième opus, et Cali, qui en 2008 prend Daguerre sous son aile via son label "BCBA Music" qu'il vient de créer avec son ami Bruno Buzan. Un troisième album "le cœur entre les dents" voit le jour.

487123_495218813835524_1112032688_n.jpgSon quatrième album, Mandragore (BCBA Music/Wagram) est sorti le 8 octobre dernier.
Fidèle à ses valeurs et en amitié, comme le sont ses dignes parrains artistiques Cali (qui assure avec Geoffrey Burton la réalisation de ce nouvel album) ou encore Francis Cabrel (invité pour un joli duo "Carmen" en hommage au poète Théophile Gautier), Daguerre nous propose onze nouvelles chansons aux arrangements incisifs, palette de sentiments transcendée tantôt par des rifts tranchants tantôt par des cordes mélancoliques.

Voici sa page Facebook officielle.

Interview:

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Tu as une carrière de chanteur rock punk dans un groupe, il y a quelques années.

C’est assez classique dans le parcours d’un groupe, surtout si on se remet dans le contexte. Le premier album, j’avais 17 ans, fin des années 80, début des années 90. J’ai vécu toute l’utopie du rock alternatif français de l’époque. Tout était désintéressé. On savait à peine jouer qu’on était déjà sur scène. On faisait 110 concerts par an. On était souvent à huis clos et au bout d’un moment, tu deviens chanteur éducateur. Ça a duré presque une dizaine d’années activement.

Moi, j’ai vécu cette période comme journaliste et spectateur. Je voyais bien qu’il se passait beaucoup de choses entre tous les groupes. Il y avait à la fois beaucoup d’insouciance et beaucoup de partage. Ça faisait plaisir à voir.

Cet état d’esprit a complètement disparu. Quand je parle de cette époque à de jeunes musiciens, ils ne comprennent pas toujours. Et puis, je sens dans leurs yeux que ça fait un peu vieux con. C’était des années où en un an, tu vivais 5 ans.

Le clip de "Pour deux".

T’expliques-tu pourquoi, aujourd’hui, les choses ont tant changé dans le milieu artistique?

C’est un phénomène sociétal. C’est à l’image de ce qu’il se passe maintenant. A cette époque, on était moins individualiste. Tout était démarqué de tout enjeu financier. Il y avait moins de pression parce qu’il y avait un énorme réseau d’autoproduction et de petits lieux dans lesquels on jouait. C’était presque de la survie, mais tout le monde était content. On vivait au jour le jour, mais on vivait à 100% en faisant notre métier. On partageait les scènes avec les Satellites, la Mano, les Béru, les Têtes Raides, la Tordue, Louise Attaque… des groupes comme ça. C’était d’une richesse absolue.

Un jour, tu décides de sortir un EP perso… Il marchotte on va dire.

Le groupe s’est séparé parce qu’on a constaté qu’on n’avait plus de plaisir a monter sur scène. J’ai fait une petite pose de 4 ans. J’ai eu un enfant, j’avais besoin d’arrêter cette vie trépidante. Puis, je me suis remis à écrire. Le premier projet Daguerre, c’était en 2005. Mon autoproduit a eu un petit succès, mais en Aquitaine, où je m’étais installé. La région aquitaine a décidé de m’accompagner pendant deux ans et très rapidement, je commence à faire des premières parties assez importantes, puis j’atterris à Astaffort.

Évoquons Les rencontres d’Astaffort, c’est important, cette expérience, dans votre vie. De stagiaire, tu as fini professeur. En fait, tu es devenu pote avec Francis Cabrel.

A Astaffort, j’ai  rencontré d’abord Michel Françoise, son guitariste et alter ego musical. Très vite, nous avons convenu qu’il m’aiderait à faire mon premier album solo, Ô désir.  Francis est venu nous écouter un peu par hasard et discrètement. Il a décidé de me produire. C’est allé très vite après l’EP, puisqu’on est rentré en studio, un an plus tard, en 2006. J’ai travaillé deux mois dans les studios de Francis avec Michel Françoise. Pour moi, c’était inattendu. Voir Francis Cabrel passer presque timidement tous les jours, ça ne me paraissait pas logique.

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Quand on parle de tes références, on cite, Renaud, Brassens. Francis Cabrel n’est pas forcément cité. C’était quelqu’un qui comptait pour toi ?

Oui. On a tous des chansons de Francis dans la tête, qu’on le veuille ou non. J’ai toujours eu beaucoup de respect pour son œuvre et sa discrétion. Je ne l’avais pas vu sur scène, mais j’avais des disques de lui et son écriture m’intéressait. Comme Renaud et Souchon, ils ne sont pas nombreux à être orfèvres des mots avec un style bien à eux. Au fur et à mesure que l’on faisait connaissance, on s’est aperçu, avec Francis, qu’on avait beaucoup de choses en commun dans les goûts musicaux malgré notre différence générationnelle. On écoutait Johnny Cash, Bob Dylan ou Léonard Cohen. J’ai été aussi surpris par son sens de l’humour. Il me fait vraiment beaucoup rire.

Puisque l’on parle de Cabrel, on peut parler de « Carmen », chanson de ton album à laquelle il prête sa voix pour un beau duo. Mazette, un duo avec Cabrel ! Tout le monde ne peut pas s’en vanter…

Ça s’est fait tout naturellement. Comme s’est construite notre amitié. Petit à petit. Jamais rien n’est provoqué volontairement, ça s’écoule dans le temps. Il y a eu un projet « jeune public » qui s’est monté à Astaffort, « L’enfant porte », un conte imaginé par Yannick Jaulin, co-réalisé par Francis Cabrel et Michel Françoise. On a fait une tournée d’un an et demi et lui jouait comme musicien dans notre petite troupe. J’enregistrais Mandragore pendant cette tournée-là et lui me demandait souvent où j’en étais. « Carmen », c’est un poème de Théophile Gautier que j’ai mis en musique. Quand j’ai composé la musique, j’entendais derrière, la voix de Francis chanter en voix de tête. Je trouvais que ça allait bien avec ma musique. Un soir, en buvant un verre, je lui dis ça et il me propose qu’on écoute ma musique. Il me propose d’abord de me faire la guitare, puis très vite, il a bien voulu chanter avec moi. Comme ça, naturellement. Deux jours après, on enregistrait le titre.

Interview de Daguerre + interview de Francis Cabrel + extrait live duo avec Francis Cabrel à Strasbourg le 15 mars 2012 pour la soirée "Remise des Prix Centre des écritures de la Chanson Voix du Sud".

420000_365908803433193_1960955822_n.jpgOn sent dans ton écriture que tu aimes la belle littérature et les poèmes, notamment dans la chanson, « Sans beaucoup d’estimance ».

En toute honnêteté, j’ai beaucoup lu, mais aujourd’hui, je ne lis plus beaucoup. Entre 17 et 23 ans, j’ai eu une boulimie de lecture. De Dostoïevski à Kundera en passant par beaucoup de poésies assez classiques, Verlaine, Baudelaire, Prévert. D’ailleurs, la seule chose que je lis encore, c’est de la poésie. Mais, tout ce que j’ai lu avant, tout ce que j’ai écouté comme chanson française de mes maîtres, c’est un bagage qui reste à vie. Mon identité a été créée par tout ça.

Je veux parler d’une personne qui apparait sur plusieurs chansons, c’est Bertille Fraisse. Elle est violoniste, mais on l’entend beaucoup chanter.

Ça vient vraiment des productions de Léonard Cohen. Il a toujours des choristes incroyables. Il mélange sa voix très basse à des envolées lyriques formidables. En ce qui me concerne, ça a été une rencontre, comme toujours dans ce métier. Bertille jouait avec Kebous, le chanteur des Hurlements de Léo. J’ai été impressionné quand je l’ai vu sur une scène que nous partagions. Comme je voulais une disparité de grain dans mon album, j’ai pensé longtemps à sa voix, alors je lui ai demandé si ça l’intéressait de m’accompagner musicalement et vocalement sur mon disque.


montage daguerre et bertille fraisse par VOIXDUSUD47. "De la lumière".

431079_365908900099850_1145250628_n.jpgTu as dit : « l’amour est la seule croyance qui nous reste de nos jours ». C’est d’ailleurs le sujet principal de ton nouvel album. Mais pas que.

Dans ce monde, quand mal désabusé, pour ne pas être aigri, c’est ce qui nous sauve. L’entité de l’amour au sens large. Bon, une chanson d’amour, quel que soit l’angle, c’est sans arrêt traité par tous les chanteurs du monde entier. Après, il y a la façon d’amener ce sujet universel. Il y a l’art et la manière, si je puis dire. On n’est pas obligé d’en faire quelque chose de banal. Dans mes chansons, j’ai une priorité : que l’émotion saisisse au ventre. C’est une recherche physique.

Il y a une chanson qui parle d’un petit garçon qui part en vacances grâce à l’état, « Une journée à la mer ». Une des chansons les plus émouvantes, je trouve.

Je travaille beaucoup avec des adolescents sur des ateliers d’écriture, dans des endroits un peu défavorisés. Ces gamins sont complètement ignorés par les adultes, alors si tu t’intéresses à eux et qu’ils t’acceptent, ils débordent d’amour. Ils ne savent pas comment l’exprimer. La chanson leur a permis de dire beaucoup de choses, d’expulser des sentiments ou des évènements. C’est suite à ces rencontres bouleversantes que me viennent ce genre de chansons là.

Parlons de Cali à présent. Il a produit et réalisé cet album, comme il l’avait fait pour le précédent « Le cœur entre les dents ».

Lui, c’est différent de Cabrel. On est de la même génération et on s’est rencontré il y a dix ans. Pour mon premier concert sous le nom de Daguerre, je faisais sa première partie, alors qu’il n’était pas encore connu. Il y avait 100 personnes dans la salle. Il a explosé avec « C’est quand le bonheur ? », six mois après.

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Ensuite, pour faire vite, vous vous êtes recroisés souvent, avez pas mal fait la fête et une amitié est née.

Cali m’a beaucoup aidé, sans le dire. Il parlait toujours de partage. Jamais, il ne m’a montré qu’il avait plus de notoriété que moi. Il me disait simplement : « Viens en tournée, on fait dix dates ensemble ». Il disait toujours « on ».  Il m’a fait vivre des expériences extraordinaires, sur des tournées de Zénith par exemple. Ensemble, on rit, on parle et on fait pas mal la fête.

Tu attends quoi de ce quatrième album ? Enfin la rencontre avec un plus large public ?

Pour être tout à fait franc, je n’attends pas grand-chose. Comme je te le disais tout à l’heure, je viens du milieu alternatif ou il fallait constamment se démerder. Ça m’est resté encore aujourd’hui. Je n’anticipe jamais le lendemain. Tout se fait au jour le jour, je suis comme ça, je n’y peux rien. Ce n’est pas très confortable. Moi, ce que je veux, c’est un prétexte pour faire de la scène. Maintenant que cet album est sorti, je veux juste faire partager mes émotions au public. C’est une de mes raisons de vivre.

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30 octobre 2012

The Lightnin 3 : interview pour la sortie de Morning Noon & Night

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The Lightnin 3, c’est l’histoire de trois chanteuses nord-américaines installées à Paris qui enregistrent un album ensemble. Les initiales de leur prénom réunies (R N B) les prédestinaient à faire un album de Rhythm & Blues, source naturelle de leur culture musicale.

The Lightnin 3 album cover.jpgLeur album, Morning Noon & Night, est sorti aujourd’hui précisément et demain (31 octobre 2012), les The Lightnin 3 seront en concert au Café de la Danse. Deux bonnes raisons pour vous les présenter.

Brisa Roché (mandorisée ici), Ndidi Onukwulu et Rosemary Standley (chanteuse du groupe Miorarty, mandorisée là) ne s'étaient jamais rencontrées jusqu'à ce que leur ancien éditeur commun les mette en relation. L'envie de collaborer fut immédiate pour ces trois talents toujours avides d'expériences artistiques. Le groupe fraîchement constitué a décidé  de reprendre un répertoire étendu à plusieurs décennies et d'offrir une relecture des morceaux comme s'ils avaient été conçus dans les années 60. Au final, dans Morning noon & night, 12 titres enregistrés en 5 jours, en formule complètement live avec l'ensemble des instruments dans une seule pièce, sans aucun overdub, pour répondre aux mêmes contraintes techniques qu'à l'époque. Rencontre à la Galerie W, le 26 octobre dernier, avec deux d’entre elles, Brisa Roché et Rosemary Standley, juste avant leur tout premier show case en commun.

Interview :

Qui a décidé de vous réunir toutes les trois ?

Brisa : C’est notre ancien éditeur commun qui travaillait sur un film dans lequel il plaçait pas mal de musiques des années 40 et 50 avec souvent des voix de femmes en harmonie. Il a beaucoup aimé ça et il nous a contactées pour que l’on se rencontre dans le secret espoir que monter ce projet nous intéresse. Ça nous a intéressées, mais pas tout à fait comme il nous le proposait. Un peu à la Andrew Sisters. On voulait aller plus vers les années 60 et un peu plus tard dans les années.

Vous ne vous connaissiez pas.

Rosemary : Non, enfin juste de nom, de vue et de réputation, mais pas plus que ça.

Si ça n’avait pas collé humainement, il n’y avait aucune possibilité qu’un tel projet existe.

Rosemary : Ça, c’est une certitude. On s’est vu pendant un an pour écouter et essayer des choses. Se rencontrer vraiment, apprendre à se connaître, savoir qui on était. Même vocalement, c’était intéressant. On a fait quelques petites expériences, notamment des essais pour vérifier que nos voix se mariaient bien. Après, ça s’est précipité sur la fin parce qu’il y a eu un enregistrement qui s’est décidé assez rapidement.

Brisa : En tant que chanteuses, ça nous fait du bien. Nous sommes parfois isolées, vous savez. C’est rare de pouvoir parler avec des femmes qui font le même métier. Nous étions ravies de passer des moments ensemble.

The Lightnin 3 © Ami Barwell 3.jpg

Il y a eu beaucoup de répétitions avant l’enregistrement ?

Brisa : Il n’y en a eu aucune avant l’enregistrement. On a choisi les morceaux moins de dix jours avant de passer en studio. On est allé à Berlin découvrir les arrangements et enregistrer.

Rosemary : Nous avions une entière confiance en la personne responsable de la réalisation artistique de cet album, Toby Dammit, surtout connu pour son travail derrière les fûts d’Iggy Pop et par ailleurs producteur, notamment pour Jessie Evans. C’est quelqu’un qui a l’habitude de contribuer à ce genre de projet. On lui avait précisé au préalable ce qu’on voulait et ce qu’on ne voulait pas. Ce qui pour nous était étonnant, c’est d’entendre comment il avait arrangé les morceaux.

Qui a choisi les morceaux ?

Brisa : C’est nous. On nous a proposé des titres et nous en avons proposé aussi. On a discuté longuement et on est tombé d’accord sur 12 titres.

Rosemary : On a écouté beaucoup de morceaux et on a voté à main levée.

Brisa : C’était d’ailleurs un peu difficile. Quand on fait des reprises, personne ne veut faire moins bien que l’original. On ne veut pas non plus faire des morceaux que tout le monde a déjà faits, et enfin, on ne veut pas non plus faire que des gros tubes. On ne voulait pas que les gens pensent que ce projet était commercial, sans âme. Bref, il y a plein de contraintes, donc a mis beaucoup de temps à choisir.

Vous reprenez des chansons initialement interprétées par des hommes. Comme I Want Your Sex de George Michael.

Rosemary : En tant que femme, cette chanson peut être pris comme un discours lesbien, pourquoi pas militant ou tout simplement être pris comme une mise en avant de l’homme qui est en nous.

Et pour savoir qui chantait telle ou telle chanson, comment avez-vous procédé ?

Rosemary : C’était moins dur. On a d’abord choisi celle que chacune avait vraiment envie d’interpréter et on a continué chacun à tout de rôle.

Brisa : Oui, on ne s’est pas battue pour un morceau. Tout c’est passé dans une parfaite entente et harmonie.

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Est-ce bien d’abandonner provisoirement son groupe, ses habitudes musicales, pour rentrer dans un autre univers ?

Brisa : C’est différent. J’ai tendance à être dans des groupes ou c’est moi le chef… et chef très dirigeante. Là, c’est curieux, ce n’est pas moi qui commande.

Rosemary : Ce projet, c’est un truc de fun. On n’a pas envie de se prendre la tête. On a envie de s’amuser entre nous, on a envie de danser, on a envie que ça se voie et qu’on parvienne à communiquer tout ça au public.

Brisa : Comme on pleure pour nos propres projets, enfin, je parle pour moi, c’est souvent douloureux. Là, je n’avais pas envie de douleur. En plus, les enjeux sont différents. Vous savez, on n’a quasiment rien à gagner sur ce projet. On n’a pas d’éditions, on est neuf sur scène, donc pour nous, c’est juste pour s’amuser, être entre filles et s’éclater.

Et puis, c’est bien de voir comment les autres artistes évoluent.

Rosemary : c’est aussi pour ça que j’ai accepté ce projet. Ça me permet de côtoyer d’autres musiciens et d’autres chanteuses. J’adore chanter en harmonie avec d’autres chanteuses. C’est un beau moment de partage. Je vois comment les autres travaillent et c’est passionnant. Voir Brisa diriger par exemple, je me demande pourquoi je n’ai jamais rien dit au sein du groupe auquel j’appartiens (Moriarty). Ca à l’air tellement facile de dire, no, no, no ! (Rire général). Elle n’a pas peur de dire ce qu’elle pense et moi je suis beaucoup plus diplomate.

Brisa: On apprend toutes les unes des autres. Ce projet est vraiment très enrichissant. Nous sommes toutes les trois très fières d’en faire partie.

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Rosemary Standley et Brisa Roché, à la galerie W. Manquait Ndidi Onukwulu (à la bourre).
(Après 45 minutes d'entretien, Rosemary m'a demandé de faire ressortir ma féminité. Elle m'a donc prêté deux de ses robes. Pas pu refuser. Aucune volonté. Mais on s'est bien marré. Faut dire.)

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28 octobre 2012

Amélie-les-Crayons : interview pour Jusqu'à la mer

202528_10151017499873317_1003863353_o.jpgCinq ans après son dernier album studio, La Porte Plume, Amélie-les-Crayons (déjà mandorisée ici et aussi là) revient avec Jusqu’à la Mer, un disque chargé d’embruns et de couleurs, de falaises, de rochers et de créatures merveilleuses, servi par les instruments hétéroclites de l’arrangeur Olivier Longre (lyre, dulcimer, banjo…). Amélie-les-Crayons, mi-chanteuse, mi-fée, est venue à l’agence le jour de la sortie de son nouveau disque, le 8 octobre dernier. L’occasion d’évoquer ses nouvelles chansons, sa façon de travailler, la scène et ses 10 ans de carrière.

1433035500-1.jpgPrésentation officielle de Jusqu’à la mer.

2002-2012. Dix ans déjà !

L'eau a coulé sous les ponts depuis la sortie du premier 6 titres Le Chant des Coquelicots en 2002. 10 ans de tournée, 2 albums autour de 2 spectacles originaux et surprenants immortalisés sur DVD et pour la rentrée 2012, un nouveau projet, album et spectacle : Jusqu'à la Mer, encore plus ambitieux, mais toujours dans cet esprit si caractéristique d'Amélie-les-Crayons où la magie se mêle à la musique, le théâtre au concert et le rêve à l'humour...

Interview :

amélie-les-crayons,jusqu'à la mer,interview,mandorVous avez réussi, encore une fois, à nous emmener dans un nouvel univers. Toujours magique et féérique, mais nouveau.

C’est grâce au regard et à la complicité de mes acolytes. En l’occurrence Olivier Longre,  Bruno Cariou  et Samuel Ribeyron pour les illustrations. C’est vraiment à quatre que nous avons conçu et fabriqué l’album. Ces univers dont vous parlez sortent de mon imaginaire, mais ils les subliment.

Pour cet album, je me suis laissé dire que vous avez beaucoup jeté de chansons.

Je trouvais que ça ressemblait à ce que je faisais avant.  Peut-être que dans tout ce que j’ai jeté, ce n’était pas le cas.

J’irais bien fouiner dans votre corbeille à papier…

(Rires)

Il y a toujours eu de la musique celtique dans vos albums. Cette fois-ci,  un peu plus.

Avant, j’habitais à Lyon, aujourd’hui, j’habite en Bretagne. Du coup, je pense que je suis imprégné encore plus.

Vous n’écoutez que ça ?

Non, pas  du tout, même si je vais danser le festnoz régulièrement. Entre le brouillard, la pluie, la mer, il y a quelque chose qui appelle certaines mélodies, certains sons. Et le granite fabrique une énergie particulière…

Cela étant, je sais que la création, pour vous, garde une part de mystère.

Depuis que je fabrique des chansons, c’est curieux, mais je sens que ce sont elles qui nous guident. Mises bout à bout, ça donne une ambiance générale. Avec de la mesure, bien entendu. Il y a des choses que viennent de nos propres réflexions. Mais, globalement, on essaie de rester à l’écoute des chansons pour se laisser guider.

"Tout de nous", extrait de l'album "Jusqu'à La Mer" (sortie : octobre 2012)
images : David Caen
montage : Bruno Cariou
Texte & Musique : Amélie-les-crayons
Arrangements : Olivier Longre
(c)(p) Neômme/Rouge Poppi 2012

Dans Jusqu’à la mer, on entend de nouveaux instruments que vous n’aviez pas utilisés amélie-les-crayons,jusqu'à la mer,interview,mandoravant.

Ça, c’est l’effet Olivier Longre. Chez moi, dans ma chambre, il y a un piano et une guitare, c’est tout. Par contre, chez lui, on ne peut pas marcher par terre tellement il y a d’instruments. Parfois, j’en entends un qu’il me fait découvrir et je me dis que ce serait bien si on arrivait à la placer dans un morceau. Lui, il se moque d’où vient l’instrument, c’est le son qui l’intéresse.

Vous arrivez avec vos chansons en guitares-voix, ensuite, vous la décorez ?

Moi, je ne fais rien. A partir de ce moment-là, c’est Olivier qui s’y attelle. Je lui donne quelques pistes de temps en temps, mais pas toujours.

Parfois, vous découvrez un morceau terminé?

Complètement. Il travaille pendant dix jours, on ne peut d’ailleurs pas lui parler. Et puis, quand il a fini, il nous livre le fruit de son travail. Donc, effectivement, je suis dans une totale redécouverte du morceau. Pour moi, à chaque fois, c’est un beau cadeau d’anniversaire.

Ça vous arrive de contester un fichier qui arrive ?

Oui, bien sûr. Nous travaillons dans un véritable échange de création et nous avons une vraie affinité musicale. Moi, quand j’écris une chanson, j’ai l’impression qu’il comprend tout de suite la vision de l’après, la vision de ce que je veux qu’elle devienne. Je pense que c’est une histoire de connivence intense. Ce n’est pas juste une connivence musicale, c’est aussi une vraie histoire d’amitié et de complicité. On travaille dans le plaisir. Lui il se fait plaisir dans le fait d’habiller mes chansons et moi de les entendre habillées ainsi. Ce qu’il y a de génial, c’est que l’on rigole bien.

amélie-les-crayons,jusqu'à la mer,interview,mandor

Il s’est passé 5 ans entre La Porte Plume et Jusqu’à la mer.

On a fini la tournée de La Porte Plume en décembre 2009. Ensuite, j’ai eu besoin de tranquillité pour me ressourcer. Depuis 2001, depuis le début de l’histoire d’Amélie-les-Crayons, nous ne nous étions pas arrêtés. Du coup, je pense qu’il était nécessaire pour moi de faire le point pour savoir où j’en étais. Et puis, très franchement, à chaque fois que j’arrête une tournée, j’ai envie de changer de métier.

Ah bon ! Expliquez-moi ça.

Ça ne dure pas longtemps, mais deux fois, ça m’est arrivé et je me suis dit qu’en fait, je voulais faire de l’agriculture. Complètement autre chose, quoi.

amélie-les-crayons,jusqu'à la mer,interview,mandorMais pourquoi ? Quand vous faites des concerts, les salles sont systématiquement remplies, votre public est d’une fidélité sans réserve...

Oui, tout à fait. Mais j’ai trop peur d’être malhonnête à un moment donné. J’ai peur de ne pas écrire les chansons qu’il faut. Je veux que mes créations musicales soient hyper justes et sincères et à chaque fin de tournée, j’ai l’impression que je ne vais jamais plus y arriver.

Ah d’accord ! Le doute de l’artiste, en somme.

Non, il ne faut pas prendre cela à la légère, c’est plus profond. C’est comme une mini dépression. Ça dure quelques mois.

Et qu’est-ce qui fait que vous revenez finalement ?

J’ai recommencé à faire quelques petits concerts complètement informels, pour faire plaisir à des personnes qui me le demandent. Et je me suis rendu compte qu’être confrontée au public, c’est ce que j’aime. Il y a vraiment un endroit où je me sens à ma place, c’est sur scène, quoi.  Et pour que le monde aille bien, il faut que chacun soit à sa place.

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Avez-vous déjà fait de la scène avec cet album ?

On a fait une petite résidence au Train Théâtre à Porte-lès-Valence. On est encore dans des réflexions. Le spectacle n’a pas encore été présenté tel quel, mais ce que je peux dire, c’est qu’en terme de mise en scène, ce sera un peu plus épuré qu’à l’accoutumée. Ce sera plus « concert » que ça ne l’a été avec La porte plume. Moins théâtral. C’est marrant comme les aventures, les projets ont tous leur vie, un caractère, une personnalité en fait.

Qui peut vous échapper parfois ?

Complètement. Mais, c’est ça qui est magique et extraordinaire. J’aime arriver à me laisser porter par les chansons, même si parfois, c’est difficile.

Vous me faites la gentillesse de venir à ma rencontre le jour même de la sortie de l’album, le 8 octobre, je vous en remercie. Vous êtes comment le jour de la sortie d’un nouveau disque ?

On ne s’habitue pas. En plus, ce n’est que mon troisième. Ce qui est génial, enfin, ce qui est flippant, c’est de se demander s’il va plaire aux gens parce qu’on y a mis tout notre cœur, et aussi notre âme. Après, il y a des gens dont l’avis est particulièrement important. Ma sœur par exemple.

Elle est le baromètre officieux ?

Voilà, c’est ça. J’ai eu un mail d’elle dans lequel elle me disait qu’elle avait beaucoup aimé, donc, je suis un peu rassurée… une chape de plomb qui tombe. Après, il y a les journalistes comme vous, les gens proches, les gens avec lesquels on travaille et puis après, et surtout, il y a le public.

amélie-les-crayons,jusqu'à la mer,interview,mandorVous fêtez cette année vos 10 ans de carrière. Ça commence à faire une belle carrière…

Je n’ai pas l’impression que cela fait 10 ans. Je n’ai pas vu le temps passer, du coup, ça ne me donne pas envie de fêter cet anniversaire. Mine de rien, il n’y a eu que trois projets et ce n’est pas beaucoup. Peut-être au qu’au dixième album, je ferai un anniversaire, mais là, c’est trop tôt.

Vous me disiez tout à l’heure, que chaque album, chaque spectacle à sa vie ? Peut-on considérer qu’à chaque fois, ce sont des petites carrières ?

Voilà, c’est exactement comme ça que j’envisage la chose. Du coup, le travail d’équipe, c’est ce qu’il y a de plus génial. On part de zéro et grâce au talent de chacun, on arrive à faire des trucs un peu hallucinants. Toute seule, je n’y arriverai jamais. Ce travail en équipe me gratifie très fort. Le rapport au public, l’échange, tous les retours qu’on peut avoir, complètement délirants parfois, des gens sont une sacrée récompense. Quand ils nous renvoient que ce que nous fabriquons à une utilité, il n’y a rien de plus qui puissent nous faire plus plaisir. Parce que, dans l’absolu, on a tendance à se dire que ça ne sert à rien de faire des chansons.

Alors que c’est tout le contraire. Vous faites le plus beau métier du monde. Donner du rêve aux gens, les sortir de leur morosité, de leur quotidien…

Effectivement, mais les trois dernières années que je viens de passer sans être confronté à un public m’ont fait perdre cette conscience-là. Il est arrivé pourtant que quelqu’un m’explique que ce que nous avons fabriqué les accompagne dans leur vie, d’une manière même très intime. C’est super émouvant et très fort pour moi. Je suis souvent étonnée et je suis bouleversé de savoir que j’ai une place dans la vie de telle ou telle personne. Quand je reçois ce genre de témoignage, je me dis que c’est une bonne raison de continuer.

Vous êtes venus ici avec votre bébé de 3 mois. Ça a changé quelque chose dans vos textes cette période où vous étiez enceinte ?

Il y a quelques chansons qui ont été écrites pendant la grossesse. Même si j’étais dans un état particulier, je ne sais pas si ça a vraiment influencé l’écriture ou les compositions de ce nouvel album. Je pense que ce sera sur mes prochaines chansons que l’on sentira l’écho de ma vie de jeune maman.

"Si tu veux", 2eme extrait de l'album Jusqu'à la Mer,
écrit et composé par : Amélie-les-Crayons
arrangements : Olivier Longre
prises de vue : David Caen
montage : Bruno Cariou
(c) (P) Neômme/Rouge Popi

Pour cet album, vous me disiez en off que l’on vous a fait le coup de « l’album de la maturité »…

(Rires). Vous seriez gentil, François de ne pas prononcer cette phrase. Mais effectivement, ça fait 10 ans qu’Amélie-les-Crayons existe et en 10 ans, on vit plein de choses différentes, on évolue donc on change, on grandit.

En termes d’écriture, vous avez la sensation d’avoir progressé.

En tout cas, je suis plus exigeante. Je ne sais pas si ça se voit, mais en tout cas, je travaille plus. Même si je suis toujours à la recherche de la liberté et de la spontanéité, le fait de se laisser guider, d’être dans un état ou c’est plus l’instinct qui parle que la tête qui réfléchit, je peux tout de même affirmer que le travail de l’écriture, j’y reviens plus qu’avant. Pour résumé, j’ai un premier jet un peu instinctif et après, je le retravaille.

Vous faites le distinguo entre écrire des textes et écrire des chansons.

Absolument. Mais, je peux aller encore plus loin. En fait, j’écris à des gens. Quand j’écris, je pense toujours à quelqu’un. Du coup, mes chansons ne sont pas informelles, mais chacun à une lecture qui lui est personnelle. Dans cet album, il y a de vraies chansons d’amour. Je les ai écrites pour mon amoureux… et comme on vit tous plus ou moins les mêmes histoires, à un moment donné, chacun peut s’y retrouver.

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(Merci à Patricia Espana sans qui ce rendez-vous n'aurait pas eu lieu. Ou peut-être, si, mais quand même.)

26 octobre 2012

Prix Ozoir'Elles 2012

prix ozoir'elles 2012,eric holder,embrasez-moi

prix ozoir'elles 2012,eric holder,embrasez-moiLe Prix Ozoir'elles 2012 a été attribué, mardi dernier (le 23 octobre), à Éric Holder pour son recueil intitulé Embrasez-moi (éditions Le Dilettante). Ce prix récompense un recueil de nouvelles parmi 4 ouvrages publiés par une maison d’édition de renom.
Le jury exclusivement féminin est composé de : Simonetta Greggio (présidente), Victoria Bedos (malheureusement absente ce jour-là pour cause de préparation de concert), Astrid Eliard, Véronique Genest, Macha Méril et Colombe Schneck… ainsi que quelques Ozoiriennes triées sur le volet.
Éric Holder sera présent au Salon du livre d'Ozoir-la-Ferrière le samedi 24 novembre prochain.

Ceux qui me suivent ici le savent, je suis l’animateur de ce salon depuis quatre ans, c’est la raison pour laquelle je me suis rendu aux délibérations de ce Prix. (Comme en 2009, en 2010 et en 2011…)

Cette remise de prix s’est tenue de nouveau au Café des Éditeurs, à Paris. Mon amie, l’auteure et blogueuse Sophie Adriansen, qui est aussi l’une des invitées de ce salon, est venue jeter un coup d’œil aux coulisses de cette délibération. (Voir là).

L’artisan de ce prix est Luc-Michel Fouassier, conseiller municipal chargé de l’événementiel littéraire et lui-même nouvelliste et romancier (par la même occasion, très bon ami de Mandor), sous l’impulsion de Jean-François Oneto, maire d’Ozoir-La-Ferrière.

Voici mon portfolio de ce moment toujours aussi convivial.
De gauche à droite : Colombe Schneck, Simonetta Greggio (présidente), Véronique Genest et Macha Méril avant la délibération...

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Les mêmes (prises par Sophie Adriansen).

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Top départ pour les délibérations!

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Les délibérations se poursuivent sous le regard de Jean-François Oneto et Luc-Michel Fouassier.

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La délicieuse Simonetta Greggio (présidente du jury), justifiant son choix.

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Sophie Adriansen et son oeil avisé...

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Comme chaque année, la photo de "famille" concluant cette délibération.

De gauche à droite : Macha Méril, Colombe Schneck, Jean-François Oneto, Véronique Genest, Astrid Eliard, Luc-Michel Fouassier et Simonetta Greggio (présidente).

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L'animateur du salon s'est glissé subrepticement sur cette photo...

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Les membres du jury et les Ozoiriennes ayant participé (activement et très sérieusement) aux votes...

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L'envers du décor... (merci à Sophie Adriansen)

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24 octobre 2012

Delphine Volange : interview pour Et de Delphine Volange, le ciel était toujours sans nouvelles

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« Raffinée, surprenante. Inédite. Les mots sont ses alliés, elle n’en a pas peur, mais sa délicatesse nous laisse comme deux ronds de flan. Delphine est belle et vulnérable. Prenez soin d’elle ». C’est par ces mots que l’écrivain Marie Nimier présente Delphine Volange. Pour faire plus ample connaissance avec la jeune femme, je parcours son dossier de presse, et je lis : « L’écriture raffinée servie par des mélodies et arrangements tout à la fois sobres et sophistiqués laisse percevoir une nature romanesque et sensuelle. Chaque séquence semble comme échappée d’une toile de maître ». Je me méfie toujours de ce qu’indique un dossier de presse. Mais là, après écoute. C’est ça. Pas un mot à modifier.

Réalisé par David Aron-Brunetière, l'album Et de Delphine Volange, le ciel était toujours sans nouvelles, majoritairement composé par Bertrand Belin offre également une touche Gainsbourienne grâce à la complicité de Jean-Claude Vannier (HÔTEL CHOPIN).

delphine volange,et de delphine volange,le ciel était toujours sans nouvelles,interview,mandorLe 3 octobre dernier, Delphine Volange est passée à l’agence en compagnie de l’éditeur Laurent Balandras, à l’origine de la carrière d’Olivia Ruiz. Celui-ci décide de soutenir activement son travail.

J’ai lu aussi ceci dans le dossier de presse : « Fragile et drôle, elle offre à qui veut l’entendre sa sensualité singulière et la tendre extravagance dont elle a le secret. Elle semble réveiller le doux fantôme d’un passé éternel, diva de cinéma, pimpante ou poignante, qui joue sur scène - non sans dérision - ce qu’elle est au naturel à la ville, dans ses toilettes distinguées et subtilement anachroniques. ». J’ai pensé la même chose pendant l’instant passé avec elle lors de l’interview. Cette femme s’est trompée d’époque, certes, mais elle transporte ce qu’elle est dans des chansons élégantes et finalement très modernes. Chapeau bas !

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delphine volange,et de delphine volange,le ciel était toujours sans nouvelles,interview,mandorInterview :

Beaucoup vont penser que vous débutez. Rien n’est moins faux.

Effectivement, ça fait quelques années que je chante, mais très vite, je suis tombée sur un compositeur dont j’ai fini par devenir une sorte de muse et qui, très vite, a essayé de composer des choses pour que je puisse poser mes mots dessus et chanter. J’ai donc joué les cocottes un petit temps.

Joué les cocottes ?

J’avais la nostalgie des salons à la française où, dans les après-midi un peu voluptueuses, on chantait des chansons un peu à la Yvonne Printemps. Je me suis beaucoup éloignée de cette période et de ce genre là de répertoire, mais je ne peux pas renier cette part de moi-même qui était un peu nostalgique. C’est ma voix qui m’emmenait vers ce genre de répertoire… Mais je dois dire que j’étais entourée de musiciens classiques et de professeurs qui avaient tendance à valoriser cet aspect-là de moi, et comme j’étais plutôt comédienne de nature, il y avait une manière un peu théâtrale de jouer ces chansons-là qui me plaisaient. Ça me permettait de m’amuser beaucoup.

Et donc, vous vous êtes éloignée de tout ça.

Oui, j’ai commencé à transposer des textes de Thérèse d’Avila et de Saint Jean de la Croix en espagnol. Alors, c’est devenu quelque chose d’un peu tragique. J’adore les histoires de reines à qui il arrive des malheurs. J’adore aussi jouer les saintes éplorées, mais je vous rassure, ça n’a pas duré très longtemps. J’ai vite senti cet appel à autre chose.

Après il y a eu un peu de cabarets…

Non, ce n’était pas vraiment du cabaret. Disons que c’étaient des gens qui avaient la nostalgie du cabaret qui ont employé ce terme. Peut-être avais-je une manière un peu folâtre de me manifester sur scène ?

En tout cas, vous avez eu plusieurs types de répertoire.

Celui de cette période était plutôt inspiré de l’opérette, ensuite je suis tombé sur un autre compositeur qui était plus jazzy. Il est vrai qu’aujourd’hui j’arrive comme ça avec cet album, comme tombée du ciel, mais en même temps j’aurais pu déjà enregistrer deux disques de chansons, dont je ne peux pas dire que je regrette qu’elles n’aient pas été enregistrées. Si je ne les renie pas, je préfère nettement apparaître avec des chansons qui sont pleinement les miennes.

Ce premier album « Et de Delphine Volange, le ciel était toujours sans nouvelles » est composé par Bertrand Belin. Il y a deux duos avec lui d’ailleurs sur le disque.

J’ai eu le sentiment en rencontrant Bertrand que, d’une certaine façon, sa personne d’artiste répondait chez moi à un désir impérieux et très personnel. En le trouvant, j’ai eu la sensation que mon désir avait été tellement puissant que j’avais réussi à le manifester. J’ai trouvé avec lui la vibration idéale, celle à laquelle j’aspirais pour moi. Il y a eu un genre de tropisme positif, ça arrive dans le monde végétal, un rapprochement réflexe, ce qui a fait que je me suis sentie accueillie. Après cela, le temps à imposé sa loi de patience. Ça ne s’est pas fait tout de suite, mais j’ai eu raison d’attendre.

Peut-on affirmer que Bertrand Belin est un double musical ?

Oui, ce qui ne l’empêche pas de collaborer avec d’autres personnes. A la base, avec Bertrand, on ne s’est pas dit que l’on allait faire un album, on s’est dit qu’on allait faire une chanson. Puis une autre, puis une autre… chaque chanson était un monde à part.

Il y a un titre qui s’intitule « Sublimons ». Est-ce qu’il faut sublimer la musique ?

Intuitivement, je dirai que c’est un élan naturel chez Bertrand. C’est instinctif. Cette exigence musicale lui colle au corps.

Ce disque est ce vers quoi vous vouliez parvenir ?

Oui et c’est énormément grâce au réalisateur de l’album, David Aron-Brunetière, dont on n’imagine pas à quel point son rôle est essentiel. Il a eu à cœur de respecter le son acoustique, boisé, charnel des instruments, de ne pas tout passer au robot mixeur des ordinateurs, même si on n’y échappe pas complètement, mais il a été très vigilant là-dessus. Du coup, l’aspect davantage formel, classique, très tenu de mes textes, croisé avec cette musique plutôt contemporaine, donne ce résultat qui, pour moi, m’inscrit dans aujourd’hui.

Ceci n'est pas un clip, je répète, ceci n'est pas un clip. Juste une chanson. Monceau.

Vos textes sont indéniablement très littéraires et poétiques. Lisez-vous beaucoup ?

Je ne suis pas très lettrée, même si j’ai beaucoup lu quand j’étais petite. Les choses me viennent ainsi naturellement. Je ne peux pas revendiquer une influence littéraire qui soit très précise. Même Bertrand s’amusait parfois à comparer une phrase, par-ci par-là, à des auteurs. Mettons que j’ai l’âme romantique.

Depuis le début de notre conversation, je vous trouve… habitée. Un peu hors-norme.

Pour moi, être habitée, ce n’est pas hors norme. Je ne suis pas la seule à penser cela, mais je trouve que nous vivons dans un temps qui a tendance à abolir la ferveur et l’ardeur et la passion et la flamme. Il est beaucoup question de flamme et de feu dans cet album d’ailleurs. Après coup, dans un miroir, je me suis dit que, oui, finalement, je porte cette flamme. Vous savez, nous sommes nombreux à ne pas vouloir nous éteindre. Il est vrai que je pense beaucoup au ciel et à la part d’invisible des choses. Pour moi, elle est presque palpable. C’est là tout le temps. Il est naturel que parfois, certaines personnes sensibles le ressentent au travers de ce qui peut parfois émaner de moi.

Votre travail d’artiste, vous le faites pour dire au public la même chose de ce que vous venez de me confier ?

Sûrement. Mais vous savez tout ça est très instinctif, ce n’est pas cérébral. Je dois vous dire que je suis surprise moi-même de ce que je viens de vous dire. Je le sentais, je le savais, je le pressentais, mais là, je le vois posé à l’extérieur de moi, alors ça me trouble un peu. En même temps, c’est un vertige qui n’est pas désagréable.

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(Copyright: David Ignasweski)

Je sens que vous faites très attention aux mots que vous prononcez, que vous contrôlez vos propos.

C’est une réflexion que l’on me fait, même dans la vie courante. Je redoute toujours de poser un mot qui ne soit pas juste.

Comme dans vos chansons. Ce n’est pas fatigant de faire attention en permanence ?

Nous sommes en interview. Je ne suis pas toujours en train de m’observer. Là, je sais que les choses seront inscrites, donc je prends garde parce que c’est toujours désagréable de lire sa pensée déformée, malmenée. Je ne suis pas seule en cause dans cette histoire. Il y a aussi Bertrand, il y a David… et toute l’équipe qui a travaillé sur ce disque. Sinon, pour répondre à votre question, non, ce n’est pas fatigant… enfin ça peut être fatigant pour qui m’écoute (rires).

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Que représente la scène pour vous ?

C’est le pourquoi de tout. Il y a pour moi, une nécessitée absolue à aller partager.

Vous voyagez beaucoup grâce à la musique, ces derniers temps.

Oui, nous sommes allés au Japon par exemple. Puis, j’ai fait un concert à Londres, puis à Cuba. Au Japon on a fait trois concerts. D’ailleurs, je reviens sur le fait que vous disiez que je cherchais mes mots pour ne pas dire n’importe quoi. Ce qui était très troublant au Japon, c’est que les gens ne comprenaient rien du tout de ce que je disais et qu’ils s’en foutaient même royalement. J’étais très fascinée par ça. Vous vous rendez compte, une fille comme moi qui baragouine des choses que personne ne comprend. Manifestement, le public ne pouvait être sensible qu’à la voix, qu’au son, qu’à la vibration. Pour moi, ça, c’était comme une forme de libération. Cela ouvre tout de même de manière conséquente le champ des possibles et cela remet les choses à leur juste place. Les chansons, elles sont faites pour être chantées. Ce sont des sons, c’est de la musique. J’étais finalement infiniment touché que les gens soient eux-mêmes touchés par ce qui émanait de la chanson, au-delà du sens. Peut-être que le sens subliminal est beaucoup plus important et transcende le reste. Pour moi, c’était une sorte de révélation.

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Delphine Volange, le 3 octobre 2012. En haut, avec Mandor. En bas, avec Tony Montana.

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(Merci à Patricia Espana, l’attachée de presse de la chanteuse en néanmoins amie, pour l’organisation de cette interview en deux temps, trois mouvements.)

19 octobre 2012

Céline Mastrorelli : interview pour Elle était une fois

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(Photo : Stéphanie Gac)

J’ai découvert Céline Mastrorelli lors des Muzik’Elles 2009. Elle avait remporté avec brio le tremplin Nouv’Elles. Nous nous étions rencontrés à cette occasion. Depuis, je suis de loin (pas de si loin que ça d'ailleurs) son évolution musicale. Son album est sorti le mois dernier et il est brillantissime. Elle écrit et compose, textes et mélodies, classe ce premier album et sa musique comme de la pop minimaliste. C’est de la chanson française, inspirée par Gainsbourg, Brel, Barbara, avec des cordes et des violons… et aussi de l’électro… Céline Mastrorelli nous offre un premier album soigné et pétillant dédié aux femmes qui aiment les hommes qui aiment les femmes, et qui saura séduire le plus grand nombre. La chanteuse cannoise est venue à l’agence le 28 septembre dernier pour une interview mandorienne fort agréable.

céline mastrorelli,elle était une fois,interview,mandorExtrait de la biographie signée Henry Michel (je ne sais pas qui est ce monsieur, mais comme le laïus était signé, je rends à César ce qui… etc.) :

Céline Mastrorelli vient de la « chanson française, » qu’on prend enfin plaisir à prononcer à nouveau sans son voile de poussière. Ayant accompagné en première partie Biolay, Chamfort, Raphaël ou Le Forestier, Céline croit encore aux jolies phrases.

Céline croit encore aux jolis mots, et aime jouer avec, parfois en trapèze, mais ne tombe jamais. Céline croit encore aux chansons qui racontent des choses, comme elle croit encore au prince charmant. Des chansons qui, en concert, font sourire hommes et femmes. Les unes, se retrouvant dans ces récits, les messieurs, grimaçant peut-être à l’évocation de crimes passés ou pire encore : à venir.

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céline mastrorelli,elle était une fois,interview,mandorInterview :

Tu as mis longtemps pour sortir cet album…

J’ai perdu beaucoup de temps, mais à la fois, ce temps perdu m’a servi. S'il y a 8 ans on m’avait dit que mon album sortirait en 2012, j’aurais arrêté tout de suite. Mais comme tu ne sais jamais ce genre de chose par avance, ça ne pouvait pas me décourager. Tu sais, j’ai commencé tard à écrire des chansons. J’avais 25 ans. Très vite, mon style s’est affirmé. Chaque fois, j’estimais que la chanson d’après était meilleure que celle d’avant. Quand tu rentres dans cette logique de te dire que la prochaine sera meilleure alors on va l’attendre, tu perds des années. J’avais très peur de graver quelque chose qui existe et que je renie.

Ensuite, il a fallu trouver les bonnes personnes pour faire cet album.

J’ai surtout cherché longtemps un label qui lui-même pourrait me trouver les bonnes personnes. En fait, ça faisait beaucoup d’intermédiaires tout ça et beaucoup de perte de temps. Quand j’ai eu 30 ans, je me suis dit que c’était maintenant. Chacun à l’investissement de sa vie. D’aucuns s’achètent un appart, l’autre une bagnole, un troisième des voyages. Moi, mon investissement il est là. J’ai tout mis dans la production de cet album.

Le teaser de l'album.

On sent qu’il y a les moyens derrière…céline mastrorelli,elle était une fois,interview,mandor

Oui, par exemple, je voulais, un joueur de Thérémin. C’est un des premiers instruments électroniques de tous les temps qui produit des sons à base d'ondes et de champs magnétiques. C'est le déplacement des mains dans l'espace qui produit le son, un truc presque irréel un peu comme si on dessinait sans feuille. Je voulais aussi un quatuor de cordes, un bon pianiste, un bon réalisateur, un bon studio, bref, je voulais le meilleur pour mon album. Je voulais quelqu’un qui comprenne ce que j’avais envie de rendre. J’ai donc fait appel à Benjamin Tesquet et Benjamin Constant. Et les deux ont été incroyables. On est rentré en studio en octobre 2010, il y a deux ans.

Il y a deux ans ? Du coup, tes chansons ne sont pas toutes récentes.

Comme je savais que j’allais mettre longtemps avant de réussir à sortir cet album, je voulais sélectionner les chansons qui seraient pour moi intemporelles, qui auront toujours un sens et celles dont je savais que j’aurais toujours autant de plaisir à chanter. Je n’ai d’ailleurs pas choisi de potentiels singles.

Tu racontes des histoires personnelles, mais toutes les femmes peuvent se retrouver dans tes chansons.

Quand j’étais petite, je pensais que j’étais différente. Quand j’ai grandi, je me suis dit que j’étais finalement comme tout le monde. Et aujourd’hui, je m’aperçois que je suis différente comme tout le monde. Chacun est unique et tout le monde est différent. C’est pour ça que mon histoire personnelle parle à tout le monde. On aime, on déteste, on a le cœur brisé, on vit des moments extraordinaires. C’est vrai que ce sont des chansons de filles dans le sens où c’est une fille qui les raconte, mais l’angle de la caméra est de temps en temps placé vers la fille, de temps en temps placé vers l’homme. Tout le monde devrait se retrouver.

Le premier clip officiel: "Robe de Cocktail".

Tu manies à merveille l’autodérision dans tes textes ?céline mastrorelli,elle était une fois,interview,mandor

Je trouve qu’arriver à se moquer de soi même, c’est tellement plus simple. Tout est plus relatif, tout prend une dimension beaucoup moins grave. Mais surtout, l’auto dérision, c’est ce qui sauve.

Je lis sur ton Facebook beaucoup de belles réactions par rapport à la sortie de cet album.

C’est incroyable. Ça te fait presque oublier les 8 ans de patience. En plus, il y a 79 radios, grandes et petites, qui ont souhaité me programmer. J’ai un quota d’écoute en streaming sur Spotify ou sur Deezer qui est assez incroyable. Je parle bien sûr dans le cas de quelqu’un qui n’a pas de promo.

On peut difficilement te ranger dans une case en tout cas.

Oui, personne ne sait si c’est dans la case variété variété, ou intello intello. Le « entre les deux » n’est pas très pratique à situer. Je trouve, en tout cas, que c’est faux de penser que la variété ne peut pas être intello. Depuis quand il faudrait écrire des textes débiles pour faire de la variété ?

céline mastrorelli,elle était une fois,interview,mandorTon album commence par un magnifique instrumental. On dirait presque une musique de film.

Si mon album est une histoire, j’ai envie de faire un générique de début et un générique de fin. J’ai composé vraiment une musique qui explique que l’on rentre dans une histoire.

L’ordre des chansons est donc important.

Ça a été un véritable casse-tête. J’ai fais en sorte qu’il y ait un sens logique. Tout commence avec « Lost in Paris ». Cette chanson ne peut pas bouger, c’est sa place. Et évidemment, tout fini avec « A mes amours ». C’est une manière de dire aux hommes qui ont traversé ma vie: voilà, j’en ai chié, vous m’en avez fait baver, mais merci parce que, grâce à vous j’ai appris, grâce à vous, je suis ce que je suis devenue aujourd’hui. Et maintenant, je suis prête à nouveau à aimer. Ça y est, je sais comment ça marche.

Enregistrement de "T'oublies or not T'oublies" (1ere version) en duo avec Benjamin Tesquet.

céline mastrorelli,elle était une fois,interview,mandorParlons de « T’oublies or not t’oublies », ton duo avec Joseph d’Anvers. Je n’ai pas reconnu sa voix, d’ailleurs.

Non, parce qu’il ne chante pas comme d’habitude. Pour ce duo, j’avais deux chanteurs en tête. Marc Lavoine et lui. J’aime les voix graves, je trouve ça tellement beau.  C’est marrant, dans cette chanson, il a un timbre de gros fumeur, alors qu’il ne fume pas.

"Ex en Provence" est ta chanson préférée. Pourquoi ?

Je l’aime aussi pour ce qu’elle raconte : la fin d’une très jolie histoire. Mais, il y a une lecture pour les personnes qui veulent écouter cette chanson au premier degré. En fait, dans chaque phrase, tu as vraiment un deuxième sens… J’aime aussi l’arrangement.

Le 22 octobre, tu joues au Réservoir, avec Pauline Brooks en première partie.

C’est le concert de ma sortie d’album. Donc j’ai envie de faire un peu la fête. Sur scène, il y aura évidemment les chansons de l’album, et je ferai des duos avec deux trois amis chanteurs. Par exemple Vincent Lieben avec notamment la reprise de « Mademoiselle liberté », le chanteur du groupe Super Pop Corn et Pauline Brooks. On sera 6 sur scène… Ce sera plus une fête qu’un concert.

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(Photo d'ouverture de l'interview : Sand Mulas).

15 octobre 2012

Mathieu Boogaerts : interview pour son album éponyme

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mathieu boogaerts,eponyme,interview,mandorMathieu Boogaerts a sorti son nouvel album éponyme le 1er octobre dernier. Il propose des chansons dont il doit être lassé de s’entendre dire qu’elles sont minimalistes. Disons qu’elles sont aussi simples qu’elles sont sophistiquées. Il suit sa route sans les paillettes, mais avec une impeccable rigueur. Je l’ai déjà mandorisé pour son précédent album, c’était en 2008, dans un bar de la capitale. Cette  fois-ci, le lieu est plus personnel. Il m’a reçu le 26 septembre dans son petit studio, à deux pas de sa salle fétiche, La Java. Un endroit coupé du monde dans lequel il aime venir réfléchir, travailler et désormais, donner ses interviews…

Interview :

À la Java, tu as rodé tes nouvelles chansons quelques mois. Était-ce aussi pour les tester auprès du public avant de les inclure dans l’album ?

Pas du tout. Quand on fait un concert, ce n’est pas un disque. On n’a pas d’applaudimètre pour savoir si telle ou telle chanson marche mieux que l’autre.

Mais un artiste sait si la chanson capte l’attention du public, quand même…

Dans un spectacle, une chanson peut avoir un succès parce qu’elle amène une énergie, parce qu’elle arrive au bon moment,  alors que quand on fait la vaisselle chez soi, on s’en fout. Néanmoins, le fait d’avoir joué ses chansons régulièrement sur scène, quand j’étais derrière mon micro, en studio pour les enregistrer, j’avais un supplément de confiance et de foi que je n’aurais pas eu autrement. 80% de la matière audible sur le disque ont été faits en deux après-midi. Basse, batterie, guitare. J’ai pris un peu plus de temps pour faire des voix, mais ça a été plutôt rapide quand même.

Clip de "Avant que je m'ennuie".

Cette réputation que tu as d’être pointilleux en studio est-elle exagérée ?

Je ne suis pas pointilleux pendant les enregistrements, mais je suis pointilleux quand j’écris les textes, pointilleux quand j’écris les mélodies, pointilleux pendant l’enregistrement, pointilleux pendant le mixage, pointilleux pour l’ordre des chansons, pointilleux pour la pochette. C’est pour ça que j’ai la prétention de sortir un disque et de le vendre au public. Si je n’étais pas pointilleux, ce serait malhonnête de ma part.

Dans ce disque, on sent que tu t’es amusé avec les sons et les mots. Cela étant, c’est valable pour tous tes albums précédents.

Merci de cette dernière précision. L’exigence du son des mots et du sens du texte fait partie du métier d’auteur-compositeur-interprète de chansons. Une chanson c’est la rencontre entre des mots et de la musique. Les mots doivent évoquer les sentiments, un sens, mais ils doivent aussi sonner et vibrer avec les accords… bref, c’est un tout. En aucun cas, il n’y a pas de chansons avec lesquels je suis plus ambitieux et pointilleux. Le curseur est au même niveau pour chaque chanson.

Est-ce que c’est une création mathématique d’écrire une chanson ?

C’est mathématique dans le sens où il y a un cadre. Une mélodie, ça a un certain nombre de pieds. Voilà, j’ai 12, 12, 6, 6, 7, 12… donc effectivement, il y a un peu de mathématique qui intervient dans la création d’une chanson. La musique, c’est mathématique.

Et le rôle d’un auteur compositeur est-il aussi d’inventer de nouvelles formules ?

Personnellement, même si je suis forcément conditionné, j’essaie au maximum de me libérer de toute convention. Par exemple, il y a certaines fautes de français dans mes textes, mais comme je les fais volontairement, j’assume tout à fait. Quand Nino Ferrer chante « Gaston, y a l’téléfon qui son », ça n’a pas le même impact que « Gaston, y a le téléphone qui sonne ».

Parfois, crains-tu que ton second degré assez fréquent ne soit pas toujours perçu comme tel ?

Je peux me dire que telle ou telle phrase est potentiellement confuse ou pourrait être mal interprétée. Pour la première fois, quand je l’ai remarqué, je l’ai un peu modifié, parce que pour ce disque, j’avais vraiment envie d’être compris plus que d’habitude. J’ai été soucieux d’être le plus limpide possible, tout en gardant ma patte personnelle.

Pourquoi as-tu le souci de ne pas envisager la musique et les textes comme les autres ?

Parce que pour moi, cela va de soi. Être artiste et sortir un disque à 20 euros, si on revendique que ça vaut le coup de l’acheter, c’est aussi parce que ce n’est pas le même que celui du voisin. Mon métier, c’est de traduire en chanson des sentiments par lesquels je suis passé avec un langage personnel et original.

Pour la première fois, un de tes albums n’a pas de titre…

Je crois qu’on a le droit d’utiliser ce procédé une fois. Je ne veux pas que cet album ait un statut différent des précédents, mais sur les autres, le titre s’est imposé. Là, je n’ai eu aucun déclic, du coup, il était hors de question que je nomme ce disque avec un titre que j’aurais été susceptible de regretter. Inconsciemment, ça à un peut-être un sens, mais que je ne maîtrise pas.

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Dans cet album, il y a deux chansons d’amour, très premier degré, comme « Sylvia » et « Je sais ». C’est rare dans ton répertoire que tu ne cherches pas à créer des effets stylistiques quand tu chantes quelque chose de très personnel.

Cette remarque me fait plaisir. Je reviens à ce que je te disais tout à l’heure, je veux que cet album soit plus « abordable ». En gros, je suis sur une plage l’été, il y a un feu de camp, il ya une guitare sèche qui passe, je sens que la chanson, tout le monde peut la chanter en chœur avec moi et comprendre de quoi je parle.

C’est difficile pour toi de faire simple ?

Le plus beau compliment que l’on puisse me faire quand on écoute une de mes chansons, ce serait « mais bon sang, bien sûr, il fallait y penser ! ». C’est comme le mec qui a inventé le carré, le rond ou le triangle, ça paraissait évident, mais ça n’existait pas avant que quelqu’un y pense. Ça peut paraître bizarre, mais je t’assure que j’ai toujours été à la recherche de la simplicité, tout en étant original et nouveau si possible.

Tu écris parfois pour les autres, récemment pour Luce, Camélia Jordana et en ce moment pour Vanessa Paradis. 5 titres en tout. C’est énorme !

C’est elle qui est venue vers moi parce qu’elle a beaucoup aimé la chanson « Moi c’est » que j’ai écrite pour Camélia Jordana. J’en ai fait 6, elle a gardé 5. Elle semble très enthousiaste de mes chansons et j’en suis ravi parce que je les aime aussi beaucoup. J’ai développé des musiques et des textes en fonction de l’idée de ce que je me fais de ce qu’elle a dans la tête.

Il faut se prendre pour Vanessa Paradis pour écrire pour Vanessa Paradis.

C’est pareil qu’au cinéma. Il faut se prendre pour Antoine Doinel pour jouer Antoine Doinel.  Dans tous mes albums, chaque chanson est un prétexte pour aller explorer un personnage enfoui au fond de moi. Quelque part, j’ai un peu de Vanessa Paradis en moi. J’ai un peu de femme en moi. C’est marrant ce que je te dis là, c’est la première fois que je formule les choses comme ça.

En fait, tu joues un peu la comédie pour interpréter ce que tu as de plus caché en toi.

C’est difficile à expliquer. Pourquoi je passe tout d’énergie, tant d’amour, tant de temps, à écrire des chansons, à les enregistrer, à les trouver justes, à les mettre sur un disque, enfin… d’employer autant d’énergie à tout cela ? Inconsciemment, je dois avoir un déficit de communication dans la vraie vie, et donc, c’est une façon d’exister, de créer un lien avec le reste du monde. Quand je suis sur scène, ce sont des moments de jouissance au sens propre du terme. Ce n’est pas de l’orgasme sexuel, mais le corps exulte réellement. Ce sont des moments où je me sens vraiment vivant.

Le teaser du disque.

Est-ce que tu vis ta vie d’artiste de la manière la plus idéale ?

Mon opinion est qu’on ne peut pas vivre sa vie d’artiste idéalement. Je vais un peu loin dans ma théorie, mais un artiste, par définition, est toujours à la recherche de quelque chose. Si on refait un disque, c’est que le précédent n’était pas comme on voulait qu’il soit parce qu’il manquait quelque chose. Moi, je suis toujours frustré. C’est une composante inhérente à mon travail. Cela étant, il y a des jours où je vois le verre à moitié vide et d’autres jours, le verre à moitié plein.

Et ça se traduit comment ?

Quand je le vois à moitié vide, je me dis : « J’ai 41 ans, j’en suis à mon 6e album. Je fais toujours partie des artistes confidentiels, toujours dans la case « spé ». Pourquoi, je ne vends pas autant de disques qu’Étienne Daho, qu’Alain Souchon ou que Benjamin Biolay ? ».  Je ne comprends pas donc je suis un peu jaloux, un peu frustré, un peu aigri.

Et quand tu vois le verre à moitié plein ?

A ce moment, je me dis : « Ça fait 17 ans que je fais exactement la musique que je veux, comme je veux. J’en vis correctement, je n’ai pas de problèmes d’argent. Le matin quand je me réveille, ma seule problématique professionnelle, c’est de me demander quel type d’accord, quel mot je vais choisir, quel typo je vais prendre pour l’affiche ? ». Dans ce sens, je sais que c’est un luxe énorme et  je me sen hyper privilégié.

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13 octobre 2012

Laetikèt : interview pour l'EP Super 8

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J’ai rencontré et vu évoluer sur scène Laetikèt pour la première fois au Pic d’Or de cette année. Mais je connaissais son existence d’artiste. Je savais qu’elle évoluait dans la région de Limoges et qu’elle chantait ses propres ballades avec une sensibilité proche de ce que j’aime dans la chanson. J’ai profité d’un de ses passages parisiens, pour la convier à l’agence. Le 28 septembre dernier, elle arrive toute bronzée et radieuse.

laetikèt,super 8,interview,pic d'or,pipoland,mandorAvant de lire l’interview, voici sa biographie officielle.

« Multi-instrumentaliste (Percussionniste, accordéoniste, guitariste), sa voix accompagne avec merveille tous ces instruments sur scène dans un one woman band show sensuel, à la fois décapant énergique et fragile. C’est avec des textes ciselés que Laetikèt, entremêle les doutes, la peur, la rage de l’impuissance face à la fatalité. Un climat aérien nous tient également sur ces titres comme un fil sur lequel on se ballade funambule dans ce bel univers. Elle a fait la première partie de partagé le plateau France Bleu du Printemps de Bourges 2009 avec Tiken Jah Fakoly et Daniel Darc. Laetikèt a remporté le 3e prix du trophée France Bleu de la Truffe de Périgueux en août 2008. Finaliste du Pic d'Or de Tarbes en 2011, on a pu la croiser sur des premières parties de Madjo, les Popopopo's, les Bombes de Bal ou encore Jacques Higelin. Sélectionnée pour les Voix du Sud (Francis Cabrel), l’artiste revient desRencontres d’Astaffort. »

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laetikèt,super 8,interview,pic d'or,pipoland,mandorInterview :

Après un premier album en 2010, Pipoland, tu sors un EP, Super 8.

J’aime bien la démarche de sortir un EP. Je trouve que c’est une bonne solution d’en faire plus régulièrement, plutôt que de sortir un album tous les trois ans.

En même temps, ton EP a 6 titres. À 4 près, tu aurais pu sortir un album, finalement.

Je me suis fait la réflexion aussi (rires). Les 4, du coup, je me les garde pour la scène.

Ça fait 6 ans que tu fais ce métier, tu n’es donc pas précisément une débutante.

Grosso modo, j’ai toujours fait de la musique. Sur la région de Limoges, j’ai joué comme batteuse dans des groupes de rock. Mes deux instruments de prédilection sont la batterie et l’accordéon. La guitare est venue bien après, juste pour m’accompagner. D’ailleurs, c’est cet instrument qui a été le déclic. À partir du moment où j’ai su en jouer, l’écriture est arrivée dans ma vie. Ça m’a débloqué complètement.

Ton répertoire à toi tend vers une pop folk.

Contrairement à mon passé musical plus tonitruant, j’aime bien ce qui est feutré, plus doux et simple.

Il faut avoir la foi en soi pour être artiste aujourd’hui, non ?

Il faut y croire. Les moments où je n’y crois plus, je me pose un moment et, irrémédiablement, ça revient après. Ce métier, c’est une bataille, mais c’est aussi un défi avec soi-même. Il faut garder une constance malgré les passages à vide. Tu sais, à côté, je suis musicothérapeute. J’interviens dans les établissements spécialisés avec des adultes et des enfants handicapés, des personnes âgées  atteintes de la maladie d’Alzheimer. Je travaille en lien avec des psychologues et toute l’équipe paramédicale. J’apporte le côté artistique dans un protocole de soin. Je joue de l’accordéon, je chante et je les fais participer.

laetikèt,super 8,interview,pic d'or,pipoland,mandorC’est passionnant, mais ce doit être quelque chose d’éprouvant, non ?

Moi, ça me fait un bien fou. Si je ne fais que de la scène, je ne me sens pas utile. Quand je suis avec ces personnes « emmurées » avec eux-mêmes, à la fin de la journée, je sens qu’il s’est passé quelque chose. Ça me permet aussi de relativiser beaucoup les difficultés de mon métier.

Cette partie-là de ta vie, modifie-t-elle ta perception de l’être humain, du monde et donc, est-ce que cela t’incite à écrire ce que tu vois autour de toi ?

Même si je suis confrontée à la souffrance, je ne pense pas que ça influe vraiment. J’écris plutôt des tranches de vie. Mes chansons ne sont généralement pas autobiographiques.

Jamais ?

Il est difficile de faire abstraction de la part de soi, mais j’essaie de ne pas trop me regarder le nombril dans mes chansons. Je veux aller vers quelque chose de plus large que le « moi je »,  « moi je »…

Dans ton répertoire, j’aime ce côté sombre et ironique matinée d’une pincée d’espoir.

C’est toujours sur un fil. Je n’arrive pas à écrire des chansons si je ne suis pas dans la tourmente. Quand je vais bien, je vis. Je me sers de la tourmente pour libérer un peu mon mal-être momentané et mes doutes éventuels.

Les journalistes ont le défaut de vouloir comparer les nouveaux artistes avec des artistes plus connus, pour situer un peu. Avec toi, je n’ai pas trouvé la moindre ressemblance.

On me dit souvent que ma voix et mes textes font penser à la chanteuse Rose. J’aime bien cette artiste, mais honnêtement, je ne trouve aucune ressemblance.

Tu écoutais quoi, dans ta prime jeunesse ?

Santana, Police, Sting, les Beatles et aussi Cabrel.

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Laetikèt avec maître Cabrel lors des 35e Rencontres d'Astaffort.

En parlant de Cabrel, tu as participé en avril dernier aux 35e Rencontres d’Astaffort.

Oui, c’était une superbe expérience, mais bien perturbante. Quand tu te retrouves à 15 avec des gens que tu ne connais pas ayant, de surcroit, des univers complètement différents, ce n’est pas évident. Moi, j’ai l’habitude de la solitude dans la création. Là, on se retrouve nue devant tout le monde. Je n’arrivais pas à me livrer comme ça. Petit à petit, au fil des jours, je me suis aperçue que j’étais vraiment faite pour bosser seule (rires). Plus sérieusement, il y a eu de belles rencontres et j’ai rencontré des gens avec lesquels j’avais plus d’affinité que d’autres. J’ai appris des choses sur la manière de composer, avec des structures très théoriques.

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Laetikèt avec Jeanne Cherhal (marraine des 35e Rencontres d'Astaffort), en plein cours.

Chanter, c’est un acte impudique ?

Tu trouves ?

Je ne sais pas. Je ne suis pas chanteur. Mais, c’est ce qu’on me dit souvent.

Oui, c’est vrai. Il y a ce côté-là où on est à poil. C’est plus livrer les textes que chanter qui est impudique. Le tout, c’est porter la pudeur correctement.

Il paraît aussi que c’est épuisant de tenter de se faire connaître.

Tout dépend ce que tu attends comme reconnaissance. Moi, je veux juste vivre de ma musique et pouvoir chanter dans de bonnes conditions, avoir les moyens de présenter de beaux spectacles. Je vais avoir une résidence au mois de janvier 2013 et je vais bosser avec l’ancien metteur en scène de La Grande Sophie. L’idée est d’être fière de ce que je veux présenter sur scène dans les mois prochains.

Tu fais parfois des concerts à domicile et des concerts IDTGV.

Oui. Premièrement, c’est vraiment très agréable à faire, les gens sont sympathiques et très à l’écoute. Deuxièmement, on écoule beaucoup d’albums, ce qui n’est pas négligeable.

Tu donnes aussi des cours de batterie, de percussions.

Oui, je gagne ma vie ainsi, et avec les ateliers de musicothérapie dont nous parlions tout à l’heure, je m’en sors. De toute manière, je n’aime pas faire qu’une seule chose. Tu vois, je mène ma barque, avec toujours la musique en toile de fond.

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09 octobre 2012

Dam Barnum : interview pour la sortie de Des pieds, des mains

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J’ai fait venir à l’agence Dam Barnum parce que son premier album (sorti avant-hier) a titillé mes oreilles de manière réjouissante. Et puis, parce que l’histoire d’un bassiste qui joue dans des groupes de rock se lançant soudain dans une carrière solo m’intéressait au plus haut point. Damien Lefèvre, puisqu’il s’agit de lui, a abandonné un temps le groupe Luke pour aborder une nouvelle phase musicale, plus pop et solitaire. Il est venu m’expliquer le pourquoi du comment, un matin. Très tôt. Merci à lui pour ce petit déjeuner/interverview.

Dam_Barnum_-_Des_Pieds_Des_Mains.jpgBiographie (inspirée de l’officielle, mais raccourcie et réarrangée sinon c’est pas drôle).

Dam Barnum sort son album. Il nous prodigue une pop rêveuse et quotidienne, une pop qui réactualiserait les Kinks au pays de Brel et Bashung. Dam Barnum n’est pas un débutant, ni un inconnu. Il a été un des fondateurs d’Eiffel, a enregistré l’album de Michel Houellebecq et tourné avec lui, enregistré avec Cali, composé pour la danse contemporaine et, depuis 2005, il est le bassiste du groupe Luke. Ses chansons sont moitié autobiographiques obliques, moitié fictions tendres. Dam Barnum appartient à l’école de la limpidité mélodique qui, de Michel Polnareff aux Innocents, nous a donné tant de tubes imparables. En tout, douze chansons ferventes et radieuses, sentimentales et pêchues.

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Interview :

La première réflexion que je me suis faite en écoutant ton album, c’est que tu as un sens de la mélodie très développé.

J’adore les Beatles, et plus généralement la pop anglaise et sa manière mélodique d’amener les choses. Il est fort probable qu’inconsciemment, je m’en inspire.

Tu as été musicien de deux groupes de rock français légendaires, Eiffel et Luke. Pourquoi as-tu décidé de mener ta propre carrière ?

Je ne me suis jamais dit : « Tiens ! Si je devenais moi aussi chanteur ! ». En fait, en 2007, je sortais d’une tournée avec les Luke. Je n’avais rien à faire pendant deux mois, j’ai donc sorti ma guitare, je me suis amusé à jouer et à la fin, ça a fait des chansons. En faisant écouter à mes proches, j’ai constaté qu’ils semblaient tous d’accord pour dire que c’était intéressant.  Ça m’a incité à envisager cela de manière plus officielle.

Trailer

Mais, y avait-il une envie de se mettre quand même un peu plus en avant ?

Non.  Je ne le prends pas comme une ascension sociale, mais plus comme une envie d’aller voir ce qu’il se passe de l’autre côté de la rue.

On s’ennuie parfois en étant musicien d’un groupe ?

Non, on ne s’ennuie pas du tout. Après, comme dans tous métiers, il arrive qu’il y ait une routine qui s’installe. J’aime bien me renouveler et tenter de nouvelles expériences musicales. Attention, j’ai conscience que c’est génial de faire de la musique et en vivre. Mais arrivé à la 70e date, il y a quand même un petit sentiment de lassitude. J’ai eu envie de nouveauté et puis, j’ai surement aussi eu le besoin de me lancer un défi, d’aller dans tes territoires inconnus. On a tous besoin de se remuer, de se bouleverser, d’être stimulés par autre chose.

Tu as fait 10 ans de piano classique et tu es devenu bassiste rock. C’est ce mélange qui fait que l’on sent une espèce de douceur dans ton disque.

J’ai voulu que mon album soit fin, presque féminin et moins martial. J’ai conçu dans ma petite chambre quelque chose d’intimiste. J’ai joué parfois avec des instruments bricolés, ce qui a donné une espèce de fragilité. C’est un peu l’esprit de mon album. Je pense que j’ai voulu contrecarrer ce que j’ai fait pendant 10 ans. Jouer fort. 

Version acoustique de "Les souterraines".

As-tu pris du plaisir à écrire tes textes?

Ça m’a fait un bien fou. Ça a structuré ma pensée. Il faut essayer de formuler tes idées. J’adore me poser quelques heures et réfléchir à la bonne phrase, la meilleure formulation.

Tu joues beaucoup avec les mots et tes textes ne sont pas tous très joyeux.

C’est la vie qui est comme ça. Il y a des bons et des mauvais moments. J’ai des textes relativement graves, mais j’essaie de mettre un peu de gaieté dans ma musique parce qu’en même temps, il y a une envie de vivre et d’en découdre. C’est l’ambigüité entre la fureur de vivre et l’attirance vers la mort.

En sortant cet album solo, te sens-tu redevenir un débutant ?

Complètement. C’est un état paradoxal, je t’assure, parce que ça fait dix ans que je suis sur la route. J’admire les Rolling Stones qui font la même chose depuis 50 ans et qui le font bien. Moi, j’en serais incapable. Bowie, par contre, lui, a toujours pris des risques. Il s’est renouvelé quasiment à chaque album. Même en France, un mec comme Cali, il essaie des choses différentes, quitte à se planter parfois. Je trouve ça très respectable.

"Sauvage" aux Trois Baudets le 8 mars 2012.

As-tu trouvé ta voix de chanteur facilement ?

Au début, tu ne réfléchis pas, ta voix s’impose naturellement, ensuite, ceux qui bossent avec toi te conseillent un peu, alors tu prends du recul et tu modifies le mieux possible. Il y a dix ans, tu m’aurais dit que j’allais faire un album solo en tant que chanteur, mais je t’aurais ri au nez. Je bosse en tout cas.

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Le groupe Luke (crédit : Franck Loriou)

Tes collègues de Luke ont-ils écouté l’album?

Je ne crois pas. On ne s’est pas beaucoup vu récemment. On a fait un petit break et chacun s’occupe de ses affaires. Ce disque, c’est ma parenthèse, mon petit jardin secret et je ne les emmerde pas avec ça. On a été pendant 2 ans tout le temps ensemble, on a besoin de respirer son propre oxygène.

C’est un peu difficile de se faire connaître des médias, non ?

C’est un peu long parce que je suis en développement et je suis autonome. Je fais tout avec mes petits moyens et une petite équipe. On n’a pas la même force de frappe qu’une major.

41XH2X47E5L._SL500_AA300_.jpgTu as enregistré et joué avec Michel Houellebeq. Quel souvenir en gardes-tu ?

J’en garde le souvenir d’une expérience folle. Je ne connaissais pas bien l’auteur, ni vraiment l’ampleur du personnage. Je l’ai découvert après. On répétait dans un petit studio au Studio bleu, dans ta rue, là, pas loin. On allait manger un sandwich en face. Il y avait Houellebeq, Bertrand Burgalat et nous ? nous étions trois d’Eiffel. Houellebecq était très sympa, très humain.

Ça t’a libéré de sortir ce disque ?

Oui, maintenant j’espère que les chansons vont toucher les gens. Cela étant, je ne cours pas après le succès. Mon but est d’acquérir une certaine liberté, faire un peu ce que j’ai envie de faire, quand j’ai envie de le faire. C’est ce que j’ai toujours fait dans ma vie. J’ai toujours été tête de mule à ce sujet. Je me suis barré à 18 ans de chez moi et je suis allé un peu partout en disant que je voulais faire de la musique.

En 2012, est-ce bien raisonnable de sortir un disque ?

Non, pas du tout. Mais faut-il être raisonnable ? Je n’ai pas envie de l’être. Je serai raisonnable quand je serai mort. Je sais bien que ce n’est pas viable de sortir un disque comme je le sors. C’est beaucoup d’énergie donnée pour un résultat totalement improbable. Mais quand tu as fait des chansons, il faut bien qu’elles sortent, sinon, tu finis avec de grands regrets et de grandes frustrations quand tu as 60 ans.

Le clip de "Tu tombes bien".

Pourquoi as-tu choisi de prendre un pseudo ?

Ça me paraissait plus facile pour moi de me cacher derrière un personnage pour habiter mieux mes chansons. J’ai l’impression que c’était plus simple pour moi de monter sur scène en étant quelqu’un d’autre.

Tu vis de ta passion, tu es le plus heureux des hommes ?

C’est fabuleux. Mais tu sais, il y a plein d’autres métiers qui m’attirent. Berger par exemple, guide de montagne aussi. Quand j’avais 17 ans, je ne me destinais pas à être musicien. Je voulais être journaliste.

C’est marrant, moi je voulais être musicien chanteur.

On échange nos places ?

Pour le bien de la musique, je veux bien de te donner la mienne, mais garde la tienne.

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05 octobre 2012

Anouk Aïata : Interview pour son premier EP

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Quand j’ai reçu l’EP d’Anouk Aïata, j’ai été sous le charme immédiat de sa voix ensorcelante et de sa musique vagabonde. Merci à son attachée de presse, Patricia Teglia, d’avoir fait en sorte que je puisse la recevoir rapidement. Le 21 septembre, je vois arriver à l’agence une femme pleine d’humour et pour le moins énergique.

545847_225349454260843_1521807014_n.jpgExtrait de sa biographie officielle :

En langue maorie « aïata » signifie « la femme mangeuse des nuages du ciel ». C’est ainsi vêtue de poésie océanique et armée de gourmandise que se présente devant nous Anouk Aïata après deux années de gestation où ont alterné séances d’écriture et concerts. Cet EP officialise la naissance discographique d’une jeune pirate qui arraisonne le vieux gréement de la chanson française avec un beau culot et une voix étincelante comme une lame… Une mise en bouche qui nous permet d’ores et déjà de situer l’artiste sur une carte musicale vaste comme le monde et préfigure la sortie d’un album à paraître à l’automne 2013 où d’autres rythmes chaloupés seront au menu…

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Interview :

Je connais ton existence pour être tombé sur quelques vidéos de toi en train de chanter ces deux trois dernières années, mais je ne sais pas grand-chose de ton parcours.

Je chante depuis 15 ans dans plein de groupes différents. J’ai commencé dans un groupe de rock au lycée, après j’ai fait du reggae, du trip hop, de la chanson française, j’ai cumulé pas mal de projets dans l’espoir qu’il y en ait un qui fleurisse. Il faut semer plusieurs graines pour cela. Après mon bac, j’ai décidé de ne faire que de la musique. J’ai abandonné mes études pour vivre l’école de la vie. Au bout de 10 ans de « ramage intergalactique » et de plaisir aussi, on a réussi à signer chez Barclay.

Un bien beau label au passé et au présent prestigieux.

Oui, belle image de marque, en effet. De plus, on a adoré les équipes que l’on a rencontrées, aussi bien les directeurs artistiques que les chefs de projets. Ils signent peu d’artistes chaque année, ils ont donc le temps de les développer. J’espère que cet EP, puis l’album à venir vont me permettre de durer longtemps. Chez Barclay, on se sent libre de nos mouvements et libre artistiquement. Parfois, on a discuté intelligemment sur certains titres et on a su s’écouter mutuellement.

Naci en alamo

Tu commençais à désespérer avant de signer?

C’est dur quand tu investis tout dans la musique et que ça ne marche pas. Au début, ce projet, je l’avais intitulé « Anouk Aïata et the last chance » (rire). On s’est finalement dit que c’était hyper négatif, on a donc voulu rayonner autrement. On a changé de nom et d’état d’esprit et aujourd’hui, tout va bien. Il faut s’acharner dans la vie et croire en soi, ça finit par payer un jour.

Tu réalises aujourd’hui ?

J’ai toujours attendu ça et en même temps, le processus de signature c’est étalé sur un an et demi. À présent, dès que je suis sur une marche, je me contente de tenter d’aller sur la suivante. Il est vrai que maintenant que le EP existe en physique, que je peux le toucher, je commence à réaliser.

En l’écoutant, on constate qu’il est éclectique.

Il y a dedans 4 titres et 4 directions, mais on en a d’autres dans notre besace. On n’est pas qu’une seule chose et on n’aime pas qu’une seule musique. On balaye plusieurs styles et horizons. Cet EP est important, il est comme une carte de visite musicale. Mine de rien, ça fait longtemps que je fais de la musique, mais là, je vais être écouté par pas mal de professionnels et un public beaucoup plus large.

Errer

Tu réponds toujours avec un « on ». Vous êtes deux artisans pour cet album.

Oui, je travaille avec Amos Mâh. C’est mon binôme, mon alter ego, on a monté ce projet à deux, on écrit et compose tout à deux. Bref, on est main dans la main.

Quand as-tu su quelle musique tu voulais jouer réellement ?

Tu sais, pendant des années, j’ai voulu être Ella Fitzgerald, chanteuse de jazz donc, parce que j’ai eu un déclic pour cette musique. Le jazz m’a amené vers un trip hop jazz qui m’a ensuite amené vers la chanson française jazzy. Au bout d’un moment, je me suis rendu compte que j’aimais faire de la chanson en français. Il y a un moment où j’ai dérivé vers autre chose et où j’ai affiné mon style. Pour te résumer tout ça, aujourd’hui, mon but musical est de faire un métissage de la musique « world » avec du jazz, du reggae et de la chanson française. Je veux créer avec tous ces genres, un style musical cohérent… et j’y travaille tous les jours.

Tes textes en français allient formidablement le sens et le son. En France, tout le monde n’y parvient pas.

C’est difficile parce qu’il y a eu tellement de bons auteurs avant nous que la pression est grande sur ce point-là aussi. Je suis fan de Barbara, Brel, Brassens, évidemment… mais aussi, je te le dis franchement, Dalida. J’aimais bien ses chansons, son attitude scénique et son côté kitch.

Ce n’est pas évident d’écrire en français, de toute manière… c’est une lapalissade.

J’évoquais les anciens, mais il y a quelques artistes d’aujourd’hui qui ont ouvert une nouvelle brèche. -M-, Camille, Alexis HK, par exemple. Personnellement, j’ai longtemps écrit en anglais, il a fallu que j’affine ma plume en Français pour que je me lance. Ca a été long, mais je suis content du résultat. Avec Amos, on s’est bien trouvé à ce niveau-là aussi. On est dans le même onirisme, le même romantisme, le même côté un peu passéiste, un peu mélancolique.

I forgot to love

 Sur scène, il faut s’attendre à quoi avec vous toi ?

À quelque chose qui nous ressemble. Quelque chose qui est drôle et poétique, inspiré du monde. Je veux transporter mon public dans notre univers. Dans nos chansons, on parle beaucoup de la nature, du monde, d’amour, d’exil, d’errance… je ferai en sorte d’emmener le public avec moi.

Chanter, c’est impudique ?

Oui, je suis pourtant pudique corporellement, mais moins de l’âme. Le chant, de toute façon, ce n’est que de l’émotion, tu es à nu. Il faut être habité et être à livre ouvert. Il faut tout donner de soi au public, je crois.

Pourquoi regardes-tu la lune?

Comment tu expliques que tu sois tant habitée quand tu es sur scène ?

Je ne le l’explique pas. C’est de la magie, c’est du domaine déique, c’est un don. C’est même mystique cette énergie. Je n’ai pas l’impression d’avoir choisi la musique, j’ai la sensation que c’est la musique qui m’a choisi. Être habité, ce n’est pas un bouton sur lequel tu appuies. Soit tu l’es, soit tu fais semblant.

Le groupe Zebda semble, en tout cas, avoir été conquis. Tu es en première partie de leur concert au Zénith de Paris le 12 octobre prochain. Mazette !

Je suis ravie, évidemment, mais j’ai une pression énorme. En plus, il est question que l’on fasse un titre avec eux pendant leur concert. Monter sur scène avec eux… je n’ai pas du tout peur, tu t’en doutes.

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29 septembre 2012

Luce : interview pour La fabrique à comptines

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Luce, la gagnante de la finale de la Nouvelle Star 2010 sort un livre disque tout à fait étonnant. Dans La fabrique à comptines, elle  interprète de manière fort inspirée des comptines pour enfants. Le projet, une fois la surprise passée, semble comme une évidence, tant son timbre de voix et sa personnalité pétillante conviennent bien à ces chansonnettes. Elle y apporte un réel et explosif brin de fraîcheur, d'originalité et de folie.
L'accompagnement musical est réalisé par le groupe Male Instrumenty, 5 musiciens polonais qui jouent de la musique avec... des jouets.

Il y a des grands classiques comme « Ah ! Les crocodiles », « Bateau sur l'eau » ou « Ainsi font font font » et d'autres moins connues comme « Coccinelle demoiselle » ou « Mon petit lapin ».

L’attachée de presse de ce projet (Flavie Rodriguez) m’invite le 18 septembre dernier dans un bar de la capitale pour une rencontre avec Luce.

Interview :

Quelle drôle d’idée ce disque...

C’est exactement ce que je me suis dit au départ. Je n’ai pas compris qu’Éveil et découvertes pensent à moi pour un tel projet. Et puis j’ai écouté les maquettes faites par le groupe Male Instrumenty et j’ai réalisé que ce n’était pas si bizarre que ça finalement. J’ai même trouvé le projet un peu spécial. Sans les paroles, on ne dirait pas de la musique pour enfant. Ils sont allés plus loin et c’est ça qui m’a donné envie de me lancer. J’ai trouvé intéressant que moi, chanteuse qui débute, je me frotte à ça. Il a fallu que je mette en place toute une mécanique d’interprétation, voire même que je théâtralise ma façon de chanter… et j’adore ça.

Vous avez été dirigée ou vous y êtes allée à l’instinct ?

En fait, on m’a donné les maquettes bien avant l’enregistrement. J’ai eu un peu de temps pour réfléchir à la façon de m’intégrer aux chansons. Ensuite, en studio, tout s’est fait d’un commun accord, en toute diplomatie et intelligence avec notamment Adeline Ruel qui fait partie d’Éveil et découvertes et Flavie Rodriguez, ici présente, qui a suivi le projet depuis le début. J’ai imbriqué mes envies par rapport aux leurs.

Est-ce que vous avez testé le résultat des chansons auprès des enfants. Parce qu’« Ainsi font font font » en version electro…

Je pense que dans les comptines pour enfant, il y a un côté toujours trop conventionnel. C’est souvent guitare voix et pas très original. Ce n’est pas le but de La Fabrique à comptines. Notre travail dépoussière un peu les comptines qu’on a l’habitude de chanter aux enfants. Mais, ça ne va pas choquer les enfants, je vous assure. Ça amène plus de couleurs et d’énergie. On n’est pas là pour rassurer l’enfant, mais pour qu’ils s’amusent en écoutant les comptines. Moi qui me suis éclatée à le faire, je me dis que la maman ou le papa face à son enfant, s’ils s’appuient sur le livre et le CD, il peut se passer des trucs de fou, des moments de complicités joyeuses formidables. Je suis sûre que le parent et l’enfant peuvent même se fendre la poire.

Quelle était l’ambiance pendant l’enregistrement ?

Si on s’est souvent amusé, on a un peu galéré sur certains titres. Trouver une bonne direction, ça ne se fait pas en claquant des doigts. Sinon, ça voudrait dire qu’on a bâclé le travail et que l’on est revenu à quelque chose d’hyper conventionnel. Moi, je ne voulais pas que mon nom soit accolé à un projet qui soit banal et sans âme.

Je reviens au groupe Male Instrumenty. C’était facile de se fondre dans leurs univers délirant et surréaliste ?

Ce n’est pas facile parce qu’ils ont un univers vraiment particulier. Leur version de « Ainsi font font font », je la compare à « Antisocial » de Trust. C’est hyper spécial. La difficulté a résidé au fait de rendre homogènes ma voix et leur musique. Rendre quelque chose de rond qu’on va pouvoir faire écouter à un enfant.

luce,la fabriques à comptines,éveil et découvertes,interview,mandorQuand je regarde la couverture du livre disque, je trouve que même le code couleur correspond à votre personnage. Quel souci du détail !

Exactement ! Merci de me faire cette remarque. C’est très acidulé et ça aurait pu coller à un projet personnel de Luce en tant que chanteuse. Dans le livre, j’aime bien les dessins, les décors, le design… c’est beau et c’est bien fait.

Quel est votre rapport à l’enfance. J’ai l’image de vous de quelqu’un qui ne parvient pas à sortir de l’enfance…

C’est quelque chose que je cultive volontairement, mais c’est très en moi. Je suis très nostalgique de mon enfance, très nostalgique de l’époque où mes grands-parents étaient encore vivants. Ils me cuisinaient de la compote, ils me chantaient des comptines en catalan… Depuis deux ans, il se passe beaucoup de choses pour moi et, évidemment, ça me fait grandir, je le sens.

Je vous ai vu, il y a un an pour la sortie de votre disque « Première phalange », vous étiez luce,la fabriques à comptines,éveil et découvertes,interview,mandorbeaucoup plus « écervelée » lors de la promo. Là, j’ai l’impression que vous êtes un peu plus « sage ».

C’est bizarre, en deux ans, avec tout ce que j’ai vécu professionnellement, j’ai l’impression d’avoir  muri à vitesse grand V. Je suis un peu plus posée que quand il m’est tombé dessus ce tourbillon médiatique, alors que je n’avais que 19 ans.

Comment s’est passée votre tournée mondiale en France ?

Mais, ne plaisantez pas là-dessus ! Nous partons à Moscou chanter le 16 novembre, monsieur. La blague de la tournée mondiale en France ne marche plus, puisqu’effectivement, nous quittons la France.

Vous préparez actuellement le deuxième album.

J’écris beaucoup, je réfléchis à la tournure de cet album. Il m’est arrivé beaucoup de choses, comme je le disais tout à l’heure, mais j’ai aussi pris quelques claques en route. Du coup j’écris différemment. J’essaie aussi d’être un peu plus patiente…

Vous apprenez à canaliser votre tempérament et votre énergie.

Voilà, c’est ça. J’apprends à me gérer un peu plus. Mais, je suis une nana qui a toujours envie de rire et de bouffer la vie. A 22 ans, on n’a pas encore envie de se prendre la tête.

A l'issue de l'interview, nous sommes stoïques devant l'objectif...

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Puis c'est le dérapage bonbonnesque.

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