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27 janvier 2013

Søphie Adriånseñ : interview pour Louis de Funès-regardez-moi là, vous!

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Trente ans, jour pour jour, après sa mort, Louis de Funès manque au cinéma français. Selon un sondage Ifop pour le JDD paru aujourd’hui, quelque 74% des Français établissent ce diagnostic, faisant de l'acteur comique une valeur incontournable dans le divertissement.

Pour célébrer cette journée anniversaire, j’ai décidé de recevoir Sophie Adriansen qui sort une brillante biographie sur le comédien, Louis de Funès-Regardez-moi là, vous !

Sophie Adriansen est déjà passée par la case Mandor a deux reprises (ici et ). La jeune auteure sort des livres à un rythme assez soutenu, je dois dire. Et c’est temps mieux parce que sa plume est agréable et les sujets de ses livres particulièrement variés.

Ainsi, le 22 janvier dernier, elle est venue à l’agence pour évoquer son ouvrage, Louis de Funès et ses projets littéraires futurs.

sophie adriansen,interview,louis de funès,mandor4e de couverture :

Il y a trente ans, Louis de Funès nous quittait. Trente ans déjà, trente ans seulement. Le roi du rire conserve une place à part dans nos cœurs : malgré le temps qui passe, il reste un de nos acteurs de légende préférés. Bourvil, Jean Carmet, Michel Galabru (mandorisé là), Jean Lefebvre, Daniel Gélin, Jean Gabin, Yves Montand, Jean Marais (curieusement mandorisé ici), Coluche, Pierre Mondy, Michel Serrault, Jean-Claude Brialy, Bernard Blier, Mireille Darc, Mylène Demongeot (mandorisée là), Claude Gensac ont été ses inoubliables partenaires à l’écran – et pour certains d’entre eux, de vrais camarades. Gérard Oury, Georges Lautner, Claude Zidi, Robert Dhéry, Sacha Guitry, Pierre Tchernia, Michel Audiard, Claude Autant-Lara, Édouard Molinaro, Claude Sautet lui ont façonné des rôles mythiques. Léonor de Funès, sa mère, Jeanne de Maupassant, son épouse, Patrick et Olivier, ses fils, ont été les piliers d’une vie privée qu’il a veillé à protéger au maximum. Dans cette biographie, Sophie Adriansen revisite le parcours de Louis de Funès à travers trente rencontres particulièrement marquantes et propose des lectures étonnantes et inédites de plus de trente films qui nous en disent chacun un peu plus sur l’homme qu’il était. C’est Louis de Funès comme vous ne l’avez jamais vu. C’est Louis de Funès comme vous ne l’avez jamais lu.

L’auteur : Sophie Adriansen est l’auteur entre autres de Je vous emmène au bout de la ligne, Trois années avec la SLA, J’ai passé l’âge de la colo !, Quand nous serons frère et sœur. Lectrice compulsive, elle contribue à plusieurs sites littéraires, participe à des jurys et tient depuis 2009 le blog de lecture Sophielit, finaliste du Prix des Bloggeuses de ELLE 2011.

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Interview :

Comment en es-tu venue à écrire une biographie sur Louis de Funès ? Je ne t’attendais pas sur ce terrain-là.

C’est la maison d’édition qui m’a proposé de rendre hommage à de Funès. Elle m’a demandé comment j’étais par rapport au sujet Louis de Funès.

Et tu aimais bien ?

Je ne connaissais pas particulièrement, à part les films que tout le monde a vus. Pour moi, c’est un morceau d’enfance. J’étais ravie de me plonger dans ce sujet dont j’avais tout à apprendre. L’homme qu’il était dans la vie était un parfait inconnu.

Quand on écrit une biographie, étant donné le travail considérable que cela demande, on espère qu’on l’aimera humainement, je présume…

S’il m’avait agacé dès le départ, je n’aurais pas accepté ce projet parce qu’effectivement, c’est compliqué de vivre pendant des mois avec quelqu’un que tu n’aimes pas.

Des biographies sur de Funès, il en a pléthore. Je te connais, je sais que tu n’as pas pu entamer ce genre de livre sans trouver un angle particulier.

En effet, je ne voulais pas faire une bio classique de plus. De Funès est mort il y a 30 ans. Tout ce qu’il y a eu à dire sur lui a été dit. L’objectif a été de trouver une manière différente et nouvelle de présenter ce comédien. J’ai donc décidé de m’intéresser à ses rencontres marquantes.

Tu as donc enquêté sur tout plein d’autres personnalités, du coup. 30 en tout.

Pour les membres de sa famille, ils s’étaient déjà exprimés, ce n’était pas le plus compliqué. Si j’avais eu le temps et la possibilité, j’aurais d’ailleurs pu écrire un livre 10 fois plus long que celui-ci. En allant rechercher dans  les rapports de Louis de Funès avec les autres, j’ai eu envie d’en dire plus sur eux parce que toutes les vies qu’il a croisées sont des destins en soi. Quand on lit la vie de tout le cinéma français d’après-guerre, on ne peut qu’être fascinée.

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Sophie Adriansen interviewée pour le 19.45 de M6 d'hier...

En fait, je constate que ce travail de biographe, tu sembles l’avoir adoré.

Oui, j’ai vraiment adoré. J’espère que ça se sent. Je me suis prise de passion pour ce travail, pour de Funès et pour tous ceux qu’il a fréquentés.

Tu as mis tellement de cœur à l’ouvrage que tu as même parfois corrigé certains témoignages, comme celui de Georges Lautner. Tu vérifies les sources des sources ?

Dans le cas précis dont tu me parles, j’avais tiré une information des mémoires de Lautner lui-même. Il détaille quelque chose du film à sketches « Les bons vivants ». J’ai vu le sketch dont il parlait et je me suis rendu compte que ce qu’il disait n’était pas tout à fait la réalité. C’était juste un décalage de souvenir, rien de bien grave. Mais, de manière générale, je vérifie tout. La mémoire n’est pas infaillible. Je tenais absolument à être au plus près de la vérité. Je considère qu’on ne peut pas s’amuser avec elle. Quand je pouvais vérifier, je vérifiais, quand je ne le pouvais pas, je ne l’écrivais pas. Il faut être irréprochable quand on écrit une biographie.

En quoi Louis de Funès t’est-il sympathique?

Parce que j’aime les gens qui travaillent beaucoup. En fait, quand j’ai commencé à dire que je travaillais sur de Funès, tout le monde m’a dit qu’il était insupportable sur les plateaux et j’ai donc cherché à comprendre pourquoi il avait cette réputation-là. Comme Claude François, il était mal-aimé parce qu’il était hyper exigeant. De Funès avait le doute comme moteur, du coup, il était convaincu que tout pouvait s’arrêter s’il faisait un mauvais film. Il avait une telle pression qu’il ne supportait pas qu’on ne travaille pas autant que lui autour de lui. Il y a des gens avec lesquels ça fonctionnait, les Michel Galabru, les Claude Gensac, les Coluche, certains réalisateurs… et il y a les autres qui travaillaient moins et avec lesquels ça ne fonctionnait pas. Ils considéraient son comportement uniquement comme une volonté d’exister plus que les autres. Ils en prenaient donc ombrage. Jean Lefèvre, Jean Gabin ou Jean Marais au fil des Fantomas, par exemple.

Interview de Louis de Funès.

Est-ce que Louis de Funès t’est sorti par les trous de nez au bout d’un moment ?

Non, je n’en ai jamais eu ras le bol parce qu’il est très attachant. Ça y est, je l’aime pour toujours Louis de Funès. Par contre, pendant toute l’écriture de ce livre, j’ai vu la vie par son prisme. Socialement, ça peut-être compliqué aussi. Dès que quelqu’un me disait quelque chose et que ça m’évoquait de Funès je sortais des références ayant un rapport avec lui. J’étais tellement imprégné que j’ai eu du mal à en sortir.

Ah oui ? Ça vampirise la vie personnelle, donc.

Quand tu fais de l’écriture à temps plein, finalement, c’est toujours comme ça. J’ai travaillé sur différents sujets, et des sujets beaucoup moins drôles, par exemple avec une rescapée de la rafle du Val d’hiv, il y a un an et demi. C’était autrement plus compliqué parce que je n’arrivais à rien regarder du tout sur la guerre. Je ne voulais pas regarder de fiction sur un sujet que je traitais en vrai, sans filtre. À côté de ça, avoir ta vie et tes humeurs dictées par de Funès, c’est plutôt un bonheur.

Écrire une biographie, ça nécessite quoi ? Lire les autres biographies sur de Funès et sur ceux qui l’ont côtoyé?

J’aurais vraiment dû tenir une comptabilité parce que ça m’intéresse. Pour les biographies des autres comédiens, je n’ai lu que les passages concernant Louis de Funès, mais sinon, oui, j’ai lu une quantité énorme de livres sur lui, comme indiqué à la fin de mon ouvrage.

Ce qui est sympa, c’est qu’on n’est pas obligé de lire ton livre dans l’ordre. On peut le picorer de page en page.

Même les encadrés sur les films peuvent se lire à part. Cela étant, je ne l’avais pas pensé comme ça, mais au final, je constate que les gens apprécient.

Je reviens sur ce détail, mais as-tu regardé tous les films de Louis de Funès ?

Si jamais, il y en a certains que je n’ai pas regardés en entier, dans le tout début de sa filmographie, j’ai au moins vu les séquences dans lequel il apparait. Dans ces films, il apparait potentiellement une minute où il fait 3 silhouettes dans un film d’une heure et demie.

Un concentré de Louis de Funès.

Ma question emmerdante. Tu n’y échapperas pas et surtout, tous les journalistes te la poseront : quel est ton film préféré de lui ?

Je ne peux pas répondre à une telle question. C’est super compliqué d’en choisir un. Je peux t’en donner 10.

Allez, deux, trois.

Pour plein de gens, ce sera La grande vadrouille qui est le film de lui qu’on a le plus vu. Moi, je trouve qu’il n’a pas la fraîcheur de plein d’autres.

Tu vois, je trouve intéressant que tu ne puisses pas répondre à cette question.

Je le connais trop et c’est trop vaste pour ne t’en donner qu’un seul.  Je peux te dire, Nous irons à Deauville.  C’est un film de 1962 que j’adore. Il y a avec lui Serrault, Galabru, Brialy… Est-ce que pour autant, c’est mon numéro un ? J’aime aussi beaucoup Comme un cheveu sur la soupe un film de 1957. Il y joue un pianiste, un compositeur maudit qui trouve le succès sur le tard. C’est très agréable de le voir au piano. Après, dans les films populaires, en couleur, moi j’aime bien L’homme-orchestre et Rabbi Jacob. Je ne me lasserai jamais de ces films.

Il fait partie de ta famille maintenant…

Oui, voilà, c’est un nouveau papi.

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Tu as sorti beaucoup de livres en peu de temps. Tous différents. Mais à quand ton premier grand roman ?

J’ai un premier roman qui sort le 30 janvier, Quand nous serons frère et sœur. Je t’avoue que je fais des expérimentations dans tous les sens depuis que j’ai commencé à publier des livres. Je ne me connais pas encore parfaitement bien dans l’écriture. Comme plein d’adultes,  j’ai besoin d’autorisations en permanence, c’est aussi pour ça que je lis beaucoup. En lisant, les verrous sautent. Je me dis : «  Tiens, untel ou untel écris comme ça, donc on peut le faire ». Ce doit être un manque total de confiance. En même temps, j’assume tous les livres que j’ai écrits. Je pense qu’il n’y a rien dans le lot que je renierais, même dans longtemps.

Dans tout ce que tu as écrit, tu parles des autres. Jamais de toi, même si tu parles de la vie de ton homme ou de celle de ton oncle. Il va falloir que tu parles de toi plus frontalement un jour.

Ça c’est plus compliqué. Mais, dis donc, tu es mal placé pour me faire cette réflexion. Toi qui fais parler les autres. Je suis comme toi, pour l’instant, je me nourris des autres et puis le reste viendra sans doute… c’est toujours plus facile de parler des autres que de parler de soi-même.

Tu y viendras. Tu le confirmes.

Oui, je le confirme.

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(Bon, je vous l'avoue, j'ai contribué involontairement à cet ouvrage. Je l'ai découvert en lisant le livre... C'est très curieux de devenir ""source de bas de page".)

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26 janvier 2013

La Goutte : interview pour Drôle de monde

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La Goutte, c’est Gabriel de Villeneuve (chant /guitare), Hugo Lagorsse (guitare/banjo/trompette/soubassophone), Jonathan Testar (violoncelle), Ludivine Vandenbroucke (accordéon/claviers), Pierre Yves Lemay (batterie) et Alexandre Viallet (basse/clarinette).

la goutte,drôle de monde,interview,mandorLa Goutte, c’est d’abord une histoire d’amitié qui s’est forgée autour de la chanson. Un mélange de chansons avec beaucoup d'instruments acoustiques, d'influences arabo-andalouses ou slave et celle de grande chanson française comme Brel, Brassens ou Boby Lapointe. Les membres de La Goutte explorent ces petites choses de la vie qui les touchent et qu'ils veulent partager - réflexions sur l'humanité, sur les vraies valeurs d'un monde confronté au progrès, à l'indifférence - et qu'ils jugent parfois absurde. Le 4 janvier dernier, Gabriel de Villeneuve, Hugo Lagorsse et l’ex-percussionniste du groupe, dont je n’ai pas encore l’identité (faute professionnelle, je sais) sont venus me rejoindre dans un café parisien lors d’un passage parisien rare et rapide…

Biographie officielle :

Au printemps 2012, La Goutte concrétise avec brio son second projet discographique.
Entre conte moderne et réalité urbaine, "Drôle de monde" porte un regard cherchant dans le quotidien l'empreinte d'une valeur que l'on nomme humanité.
Les six musiciens nous livrent un son parfois plus électrique, où la batterie et les cuivres ont su trouver leur place sans dérober au groupe son identité première, résolument acoustique.

Vous pouvez écouter quelques titres là.

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Interview :

Vous vous connaissez depuis toujours.

Gabriel : Il y en a deux, trois dans le groupe qui se connaissent depuis l’âge de 10 à 15 ans.

C’est bien de se connaître parfaitement. Cela permet d’être solidaire dans une vie de musicien dont on sait qu’elle peut être compliquée…

Gabriel : Ça dépend. Ca peut-être aussi plus compliqué que si c’est juste un rapport de travail. Là, on est dans des rapports mêlés entre amitié et profession. Quand on est dans une phase de professionnalisation, il faut gérer cet aspect-là. On s’en tire plutôt bien.

Vous existez en tant que La goutte depuis 4 ans. Vous avez employé le terme de professionnalisation. Quand se rend-on compte que l’on passe d’amateur à professionnel ?

Hugo : Le fait que les concerts soient fréquentés, ça rend plus crédible. Aujourd’hui, nous avons un tourneur, ça facilite les choses.

Gabriel : Nous n’avons plus du tout le même rythme de travail. Quand nous étions plus jeunes, on se voyait une fois par semaine pour les répétitions et puis c’est tout. Aujourd’hui, on se voit plus souvent…

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Vous avez commencé à jouer ensemble dans la rue. La meilleure école musicale du monde, je présume…

Gabriel : Oui, c’est sûr. Les gens, ils n’en ont rien à battre. Il faut parvenir à capter leur intérêt. C’est une bonne leçon d’humilité aussi. Là, après ton interview, on y retourne.

Ah bon ! Sérieusement ?

Gabriel : Oui. On adore ça. Moi, c’est le fait de jouer qui m’anime. Alors, dans la rue, nous nous sentons complètement libres. C’est génial.

la goutte,drôle de monde,interview,mandorA Lille et dans sa région, vous avez déjà un public conséquent.

Hugo : Disons, qu’on est en train de grappiller sur le territoire pour se faire connaître. On fait pas mal de premières parties pour nous faire repérer. Ob a joué avec Les Ogres de Barback, Alexis HK, Barcella, Rageous Gratoons, Les Fils de Teuhpu, Debout sur le Zinc, Mon Côté Punk, As de Trèfle…

Gabriel : Parfois, on passe aussi en tête d’affiche. Maintenant, pas mal de personnes se déplacent assez loin pour venir nous voir. Beaucoup connaissent les chansons par cœur et ça fait bizarre.

Gabriel, c’est toi qui écris les textes et qui chantes.

Gabriel : Oui, personne d’autre ne se mêle des textes. En général, les autres membres du groupe me font confiance.

Tu écris des textes un peu « engagés », avec toute la réserve que je mets dans ce terme, des chansons humanistes en tout cas et souvent incisives… il faut que tout le monde soit d’accord avec tes propos, je suppose.

Gabriel : Tu as raison, ce n’est pas une évidence. Bon, on est copain depuis toujours, ce n’est pas pour rien non plus. On a tous à peu près les mêmes idées. Parmi les musiciens du groupe, il pourrait y avoir des personnes qui n’ont pas la même manière de penser que moi, mais en fait non.

Hugo : Avant tout, nous, on se concentre sur la composition de la musique.

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De gauche à droite : Hugo Lagorsse, l'ex percussioniste du groupe et Gabriel de Villeneuve).

Moi, j’ai un souci avec les chansons trop engagées. Je déteste ça en fait. Je trouve que la chanson doit plus servir à faire rêver, à permettre à l’auditeur de s’évader. Je n’aime pas les artistes qui donnent des leçons de morale aux gens. Tandis que dans tes textes, Gabriel, tu dis beaucoup de choses importantes, sans en faire des caisses. J’aime ça.

Gabriel : Moi, je chante les constats du monde que je vois et que je vis. Je ne dis jamais les méchants sont là, les gentils sont ici… Je ne prends pas parti. J’évite les préjugés un peu faciles. On peut très vite basculer vers la démagogie. Chanter ce que les gens ont envie d’entendre, être moralisateur bien pensant, c’est très facile tu sais. Donc, moi, je ne rentre pas dans ce truc-là.

Écris-tu « facilement ».

Gabriel : Il y a tous les cas de figure. La chanson « Drôle de monde », qui porte le nom de l’album, je l’ai écrite en deux ans. Quand j’ai commencé à écrire, j’étais plus spontané, aujourd’hui je réfléchis beaucoup à ce que je veux transmettre comme message. Je suis un peu plus long. Il y a des périodes ou je n’ai pas le temps, il y a des périodes où je n’ai rien à dire. Mais, j’ai plein de textes en avance. J’ai la matière pour enregistrer un nouvel album. Je suis d’ailleurs impatient.

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Et musicalement, la création est collégiale. Ce doit être un beau bordel ?

Gabriel : Moi, j’arrive avec une base musicale et on en discute. Parfois, ça plait tel quel, parfois on change tout. Chacun agrémente le squelette.

Votre disque est sorti en mars dernier. C’est une sacrée belle carte de visite. la goutte,drôle de monde,interview,mandor

Hugo : Oui. Nos morceaux sont enfin bien construits et leurs réalisations discographiques nous servent de base dans nos concerts. Et depuis que ce disque est sorti, on a gagné en crédibilité. Les gens ont besoin d’un truc physique pour considérer que l’on fait vraiment ce métier professionnellement. En plus, le disque est plus soigné qu’un premier EP. Il y a 11 titres, on a fait un effort pour le visuel, la réalisation est très satisfaisante. Bref, on a mis les moyens financiers pour avoir un disque dont on soit fier. A nous d’en faire un peu plus pour communiquer dessus.

Vous méritez vraiment qu’on vous connaisse mieux.

Gabriel : On a mis tout notre argent dans le disque. On n’a plus les moyens de nous payer une attachée de presse. C’est compliqué de faire de la promo quand on n’est pas rompu à l’exercice. A la base, se vendre, ce n’est pas notre métier. Par contre, jouer de la musique, on sait faire…

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(Voici leur page Facebook, seul endroit sur le net où l'on peut voir et surtout écouter quelques morceaux...)

(Le chanteur du groupe, Gabriel de Villeneuve, anime des ateliers d'écritures).


24 janvier 2013

Carole Zalberg : interview pour Je suis un arbre

arton1628.jpgDeuxième mandorisation pour Carole Zalberg. La première fois, c’était l’année dernière pour la sortie de son précédent roman sorti aux éditions Actes Sud, A défaut d’Amérique.

Son nouveau livre, Je suis un arbre, est destiné aux adolescents à partir de 13 ans. Il m’a profondément touché parce que l’histoire que raconte l’auteure est proche de la réalité que j’ai vécue dans ma jeunesse (ceux qui ont lu mon livre ou ceux qui me connaissent comprendront). Je ne pouvais donc pas passer à côté de ce petit livre (de la collection D’une seule voix). Carole Zalberg est venue à l’agence le 4 janvier dernier.

COUV-je-suis-un-arbre-ok-1DECOUV.jpgL’histoire :

Fleur est solide. Fleur s’occupe avec patience et parfois résignation d’une mère aimante, fantasque, mais qui sombre un peu plus chaque jour dans l’alcoolisme. Louna elle aussi est livrée à elle-même. Fatiguée de s’occuper d’un père dépassé et négligent, Louna claque la porte et se réfugie chez Fleur et sa mère. La maladresse touchante et la fraîcheur de son amie envers sa mère vont permettre à Fleur d’accepter parfois de lâcher prise et un équilibre s’installe entre ces personnages, fragile, mais lumineux.

L’auteur :

Née en 1965, Carole Zalberg vit à Paris. Romancière, elle est notamment l'auteur de Mort et vie de Lili Riviera (2005) et Chez eux (2004) aux éditions Phébus, de La Mère horizontale (2008) et Et qu'on m'emporte (2009) chez Albin Michel. Elle a obtenu le Grand Prix SGDL du Livre Jeunesse pour Le Jour où Lania est partie (Nathan Poche, 2008). Animatrice d'ateliers d'écriture en milieu scolaire et de rencontres littéraires, Carole Zalberg travaille également à des projets en lien avec le cinéma ou le théâtre : À défaut d'Amérique (Actes Sud, 2012) est en cours d'adaptation pour le cinéma.

DSC06439.JPG

DSC06438.JPGInterview :

Si je simplifie un peu, Je suis un arbre est la version pour ado de ton roman La Mère horizontale. Tu racontes l’histoire d’une fille qui s’occupe seule d’une mère alcoolique, mais aimante. Dans une certaine mesure, j’ai vécu ce qu’à vécu Fleur. Et toi ?

Pas du tout. J’ai pu confronter ce que je pouvais percevoir de ces situations-là à des situations réelles. Dans la vie, j’ai croisé des enfants de parents alcooliques qui m’ont dit que j’étais proche de la réalité. À tel point que certains étaient même très gênés parce qu’ils pensaient que c’était mon histoire. Ma mère était d’ailleurs très malheureuse et je passais mon temps à rétablir la vérité. Paradoxalement, j’ai l’impression que c’est une partie de moi tellement je porte les personnages de cette trilogie depuis « La Mère horizontale ».

Mais, pourquoi ce thème ? Je ne comprends pas qu’on ait l’idée d’écrire un si beau et grave texte si on n’a pas vécu la chose.

Ce qui me bouleverse avant tout, c’est la force des enfants. Après, les sujets, tu les rencontres comme les gens. J’ai dû croiser d'anciens enfants qui ont été confrontés à ça et que je trouvais particulièrement solides. Je dis chapeau. On peut tenir debout en ayant vécu des choses pareilles.

La maternité, c’est un sujet déjà, à la base, qui te fascine.

Je trouve que la maternité est un très beau matériau romanesque. C’est un moment ou les positions sont complètement bouleversées. Pendant un certain temps, tu es autant ancien enfant de tes parents que nouvelle maman, voire tout le temps. Peut-être que c’est quelque chose qui reste et qui fait partie intégrante de cette relation-là. Ces situations de mères « empêchées » avec des enfants qui se retrouvent contraints d’assurer, je trouve qu’il y a quelque chose à la fois de très poignant là-dedans et de très intéressant. Tout est exacerbé. Parmi tout ce que je raconte, y a-t-il des peurs que j’ai en moi, ou que j’ai eues en devenant mère ? Je ne sais pas.

J’aime bien l’inversion des rôles. La fille qui s’occupe de la mère…

Ce qui est douloureux dans cette situation, c’est qu’effectivement, elle devient mère de sa mère, mais elle n’est encore qu’une adolescente. Il y a forcément une souffrance et un conflit par rapport à ça. On le voit un peu dans sa vie sentimentale et amoureuse qui n’est finalement pas très avancée. Ça fige certaines choses. Toute la maturité est mise dans ce rapport avec la mère, dans les responsabilités qu’elle a. Il n’y aucune place à la légèreté et pourtant, il en faut pour avancer dans la vie d’ado.

Fleur à une copine, Louna, qui elle-même a de gros problèmes de communication avec son père. A la suite du départ de sa femme, il a abandonné son poste de « papa ». Voilà un deuxième problème  que vivent parfois les jeunes.

Ces situations me paraissent assez fréquentes. Là, c’est le père qui se retrouve dans une situation de faiblesse et quasiment d’incapacité, je trouve ça intéressant à côté de l’image qu’on a des pères qui assurent, qui sont costauds. Il y a aussi des pères qui sont fragiles, qui s’occupent peu de leurs enfants, même quand ils les élèvent seuls, ce qui est rare. Ce n’est pas par désamour ou indifférence, mais parce qu’ils sont abimés. Le père de Louna est complètement handicapé, il s’est laissé happer par son chagrin. Peut-être que sa fille lui rappelle sa femme ?

Ce livre n’est jamais larmoyant ni pathétique.

Je crois que dans ma façon d’écrire et dans ma façon d’aborder les romans de manière générale, c’est une constante. J’ai tendance à aborder des sujets graves, donc je considère qu’il ne faut surtout pas en rajouter. J’essaie d’être le plus sobre et le plus tenu possible dans la façon d’en parler. De plus, je ne vois pas forcément le pathos dans ces situations-là. Ce qui m’attire dans ce genre d’histoire, c’est la force qui s’en dégage et les moments de tendresse. Je crois qu’au bout du compte, c’est un texte dans lequel il y a énormément de douceur et de tendresse.

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Ce qui m’a frappé dans ton livre, c’est qu’il n’y a pas d’interventions d’adultes pour aider les deux jeunes filles…

C’est parce que la mère de Fleur s’est retrouvée elle-même dans une situation où elle est très isolée par rapport à sa famille.

Mais, même l’école n’intervient pas.

Parce que Fleur se débrouille pour que personne ne remarque rien. Et sa mère n’est pas totalement hors circuit, elle se montre parfois, du coup, ça passe. Il n’y pas de stigmates chez Fleur, on ne se rend compte donc de rien.

Écrire un tel livre, est-ce aussi le moyen d’aider les jeunes qui vivent ce genre d’expérience ?

Je ne le fais pas pour ça en tout cas. Mais s’ils peuvent se reconnaître dans cette histoire et se dire qu’ils ne sont pas tout seuls à vivre ça et qu’on peut s’en sortir, je serai très heureuse. Comme je ne parle pas en connaissance de cause, je n’ai aucune légitimité à donner des conseils. Je n’ai pas non plus la prétention de développer des théories. Je suis juste allée au bout de mon intuition et de mon invention.

Tu n’as pas peur que certaines personnes qui vivent ce que tu racontes te demandent de quel droit tu racontes ce genre d’histoire ?

Je pense que les romanciers ont vraiment tous les droits, à leurs risques et périls. Tu peux t’emparer d’un sujet qui est très loin de toi et finalement tomber complètement à côté. Une chose à laquelle je fais très attention, c’est de ne pas être obscène, ni sordide.

En séance de dédicaces, plein de gens vont te raconter leurs histoires personnelles.

J’ai l’habitude de remettre les choses dans la littérature. J’ai parfaitement conscience que ce livre n’est pas un guide de vie, mais je sais qu’avec ce genre de sujet et on est tout de même confronté à cette conséquence.

Fleur est aussi une des héroïnes de ton précédent roman, A défaut d’Amérique.

Quand tu as créé des personnages, toute une lignée, autant aller partout et visiter tous les recoins avec eux. Ce doit être mon goût du cinéma qui fait ça. C’est comme si je déplaçais les caméras pour voir ce que ça donne d’un autre angle.

Je sais que tu as envie de faire des lectures de ce livre à voix haute…

Oui, c’est quelque chose que j’aime bien faire. J’aime l’idée de faire entendre un texte comme tu l’as toi dans l’oreille. C’est presque comme de la musique.

Tu te relis à voix haute après la phase d’écriture ?

Tout le temps. C’est essentiel et aussi important que le sens des mots. Je suis vraiment capable de changer un mot, même s’il dit parfaitement ce que je voulais exprimer, parce que je trouve qu’il ne sonne pas bien dans la phrase ou qu’il casse le rythme. Je pense que ça contribue au sens général du texte.

la-mere-horizontale.jpgJe reviens à ton livre La Mère horizontale, on peut dire que c’est la version adulte de Je suis un arbre ?

C’est beaucoup plus développé. La Mère horizontale, c’est donc Fleur qui est adulte et qui attend un bébé. Du coup, elle a la force de se pencher sur son passé et de se dire que les choses ne vont pas se répéter avec elle. La particularité de cette lignée de femmes, c’est de se transmettre cette incapacité, ou du moins, cette grande difficulté à être une mère et plus précisément, à être une mère debout et compétente. Fleur à la conviction au moment où elle entame le récit qu’elle va s’en sortir et qu’elle saura être mère.

Tu as une personnalité lumineuse, tu souris tout le temps, mais ton œuvre est grave…

Justement, je dépose dans tous mes livres ce qui est sombre en moi.

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22 janvier 2013

Olivier Bas : interview pour La Nouvelle Star

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Certains trouveront que c’est un peu fort le café d’interviewer quelqu’un que l’on connait bien. Avec lequel on travaille. Olivier Bas et le directeur artistique de l’émission de France 2 pour laquelle je collabore régulièrement, CD’Aujourd’hui. Alors, bon, l’inviter à me parler de son actualité, est-ce bien raisonnable ? Je n’en sais rien et, au fond, je m’en fous. La Nouvelle Star cartonne (la semaine dernière, l’émission a attiré plus de téléspectateurs que celle de Stéphane Bern sur France 2) et j’ai toujours regardé cette émission. Quelqu’un que je connais y participe de l’intérieur et y tient un rôle majeur, j’ai eu du mal à résister… Aussi, Olivier est venu me voir à l’agence, au lendemain du premier prime en direct. C’était mercredi dernier (le 16 janvier).

olivier bas,interview,la nouvelle star,mandorBiographie (tirée du site officiel de La Nouvelle Star) :

Originaire de Tours, Olivier Bas débute à la libération des ondes en 1981. En avril 1984, il intègre la jeune maison de disques Virgin et accompagne les premiers pas des Innocents, Liane Foly, Rita Mitsouko, Étienne Daho, ainsi que le catalogue international.

Au début des années 2000, il quitte définitivement les maisons de disque et il dirige la collection «Indétendances» initiée par la FNAC qui cherche à mettre en avant les labels Indépendants.

Olivier Bas évolue dans la musique depuis plus de 30 ans. A la fois homme de communication, journaliste et découvreur de talents, il est le candidat idéal pour devenir membre du jury de La Nouvelle Star. Comme Maurane, il intègre cette année l'émission.

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olivier bas,interview,la nouvelle star,mandorInterview :

Avant tout, je suis obligé de te demander comment tu es arrivé dans cette aventure. Parce que, tous ceux qui te connaissent et qui bossent avec toi l’ont appris du jour au lendemain, en même temps que tout le monde.

Ce n’était pas par volonté de cacher le truc. C’est allé très vite. Les gens de la production de l’émission m’ont appelé le mardi, on s’est vu le jeudi et la conférence de presse de rentrée de D8 était le jeudi suivant. Le mercredi matin d’avant la conférence, je n’avais toujours pas la réponse. Ils m’ont appelé à 20h45 pour me dire qu’ils m’envoyaient le contrat…

Dans la charte de l’émission dans tous les pays du monde, il y a dans le jury, 3 artistes musiciens chanteurs et un professionnel de la profession. Toi, tu es le professionnel de la profession.

Je sais qu’ils ont vu beaucoup de managers, beaucoup de personnes de maison de disques, je ne sais pas qui exactement, ils étaient très nombreux à avoir été castés. Pour être franc, je sais que Bertrand Burgalat a décliné à la dernière minute. Me concernant, j’y croyais moyennement, car je savais que j’avais un vrai déficit de notoriété. Dans la profession, peut-être que  les gens me connaissent, mais le grand public ne me connait pas du tout. La production et la chaîne émettaient des doutes à mon sujet à cause de cela.

Bon, au final, c’est toi qui as été choisi. C’est un truc de ouf pour toi Olivier ! Même si avec le festival dont tu t’occupais, Fnac Indétendances, tu présentais les artistes sur scène, tu es quand même réputé pour être un homme de l’ombre. Jury de la Nouvelle Star, c’est un truc qui te surexpose du jour au lendemain.

Je vais te dire, les vrais décisionnaires dans cette histoire-là ont été mes enfants. Ils ont 16 et 13 ans. Quand il y a des décisions à prendre, on fait des réunions ensemble. On se met par terre et on discute… Je leur ai demandé ce qu’ils en pensaient. Mine de rien, il y a des répercussions aussi pour eux. Ils m’ont tout de suite dit de foncer. Tu sais d’où je viens, ma famille, c’est plutôt France Inter, Libé, Les Inrocks, Télérama, et bien il n’y a personne qui m’a dit de ne pas y aller. Il y a dans mon entourage juste une personne qui a émis un doute, mais c’est tout.

Il faut être un peu inconscient pour se lancer dans cette aventure, non ?

C’est certain. Mais, il faut être honnête, c’est flatteur d’être choisi dans un programme comme ça. Ce que j’ai voulu apporter, c’est ce que je porte depuis très longtemps. À Marseille, il y a une candidate qui a chanté le merveilleux « Pisser debout » de Giedré. La production a pris ça comme un gag, moi comme quelque chose de sérieux. Résultat, ça a fait changer la vision de cette chanson, qui effectivement, hors contexte, est très particulière. Tout à coup, la production a vu qu’il y avait ce créneau-là. C’est comme quand Florian reprend Babx, je peux placer un mot sur Babx parce que c’est mon univers.

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Quand tu rentres dans cette aventure, tu te trouves à côté de « monstres » médiatiques comme Sinclair et André Manoukian qui connaissent la machine et ses codes. Comment trouve-t-on sa place ?

Le premier jour, je te confirme que j’ai été très mauvais, parce que je n’étais pas très à l’aise, je ne connaissais pas la mécanique, ce qu’on pouvait dire, ne pas dire…

Et Maurane ?

Elle est hors compétition parce qu’elle est incontestable dans le paysage musical francophone. Elle est très dans la technique et ce que les gens découvrent d’elle, c’est qu’elle est très drôle. Il ne faut jamais oublier que Maurane est belge et j’aime cet humour un peu absurde à la Poelvoorde, Damiens ou Devos qu’elle peut avoir parfois. Elle n’a peur de rien, elle est cash et il n’y a aucun calcul avec elle. Avec Maurane il y a eu une forte complicité dès le départ parce qu’on était les deux nouveaux. André Manoukian, lui, c’est la statue du commandeur. On se connait depuis 25 ans, c’était bizarre de se retrouver dans ce contexte là. Enfin avec Sinclair, on ne se connaissait pas du tout. Il a une qualité que moi je n’ai pas et, évidemment, mis en parallèle, ça fait un peu un contraste, il est très précis dans ses propos. Mais lui, mine de rien, c’est sa troisième année.

olivier bas,interview,la nouvelle star,mandorJustement, dis-moi franchement. Quelles sont tes relations avec Sinclair. On a l’impression qu’il te cherche un peu.

J’aimerais bien que l’on soit tous les deux pour répondre à cette question. Moi, je n’ai aucun malaise par rapport à lui, après, j’espère que lui n’en a pas non plus. C’est un jeu, tu sais. Il y a deux émissions, et moi ça m’a fait rire, Sinclair dit en parlant de moi: « Mais on ne peut pas le changer celui-là ! ». Je sais que c’était de l’humour, mais il s’est pris des tombereaux d’insultes et moi des marques de nombreuses marques de sympathie. On va se calmer ! Je pense qu’humainement on a énormément de points communs, mais nous n’avons pas du tout la même culture musicale.

Est-ce que la prod vous demande de mettre de l’ambiance entre vous, de vous engueuler, de surenchérir un peu pour le bien du spectacle ?

Ils n’ont pas besoin de le demander. On le sait. Nous sommes les seuls permanents à l’écran donc on doit avoir la responsabilité d’intéresser les téléspectateurs, c’est un minimum. La question qu’on me pose souvent c’est : « est-ce qu’ils t’ont demandé d’avoir un rôle ? » En aucun cas. Ils m’ont juste dit : « sois celui que tu es ».

Hier, sur le prime, je t’ai senti à l’aise, plus encore que pendant les sélections en province, alors que c’était du direct.

Oui, j’étais encore un peu inconscient. Maintenant, on commence un peu à connaître les candidats. On a plus peur de rater quelqu’un de bien. Moi, j’ai toujours eu cette angoisse-là, et je crois que les autres membres du jury aussi. Les candidats seraient des auteurs-compositeurs-interprètes, je serais beaucoup plus sur  mon terrain. Là, il faut que je juge uniquement sur la notion d’interprétation. Pour moi, c’est un vrai exercice. Ce qui est très intéressant, intellectuellement, à titre personnel aussi.

Évidemment, tu vas me dire ici qui est ton candidat préféré…

Évidemment que non. Je peux avoir des affinités, je peux avoir des envies, mais je ne peux pas présumer de ce que les candidats vont nous faire. Tu vois, hier Charlotte a été éliminée, alors que c’était clairement quelqu’un qu’on mettait en haut du panier.

Tu es crevé à la fin d’une émission ?olivier bas,interview,la nouvelle star,mandor

Non. Il y a de l’adrénaline. A  tel point, que je suis resté jusqu’à la fin. Je n’avais pas envie de partir.

Tu es allé voir les artistes après ?

C’est marrant que tu dises « artistes » et pas « candidats ». C’est bon signe. J’ai surtout beaucoup parlé avec les trois qui ont été éliminés parce que ce sont eux qui ont besoin de nous. Les autres, l’aventure continue, on évite de trop être avec eux.

Et Cyril Hanouna ?  Il te titille pas mal… surtout pour la coupe de cheveux…

J’avais travaillé il y a 4 ans avec lui sur une spéciale de CD’Aujourd’hui. Je pense qu’en 4 ans, il a bossé comme un malade et qu’il a compris que ça ne pouvait pas marcher autrement. C’est un bosseur hallucinant. En tout cas, dans l’émission, je le trouve très tendre avec les candidats. C’est son rôle, mais avec le personnage grandiloquent qu’il montre dans ses émissions personnelles, je ne m’attendais pas à le voir sur ce terrain-là. Il est aussi taquin, mais toujours à bon escient.

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Quelle différence fais-tu entre La Nouvelle Star et les autres émissions de ce type ?

Ce qui me plait énormément dans La Nouvelle Star, c’est que c’est absolument une émission démocratique. La seule restriction, c’est d’avoir entre 16 et 34 ans, mais autrement, tu peux venir. Les autres émissions, tu es appelé. Nous, on ne sait pas qui on aura.

À la base, tu es un découvreur de talent, donc tu es habitué à juger, à sélectionner, à prendre des décisions, ne serait-ce que pour CD’Aujourd’hui, mais tu fais ça dans ton bureau, sous l’œil de quiconque. Dans La Nouvelle Star, il faut dire les choses en face de l’intéressé, frontalement.

Dans mon travail habituel, les disques arrivés à moi sont des disques signés, dont les artistes sont encadrés, mais s’ils ne sont pas choisis pour CD’Aujourd’hui, le monde ne s’écroule pas. Pour La Nouvelle Star, il y a des gens très jeunes, entre 16 et 25 ans. Ils sont d’ailleurs assez costauds et pas du tout naïfs contrairement à ce que l’on pourrait penser. Ils savent très bien que pour eux, ça peut être un énorme accélérateur. Il y a eu des pleurs, évidemment, mais ce sont plus des pleurs de fatigue que de désespoir.

Mais, ça te fait quelque chose de les voir craquer.

Oui, mais si je commence à rentrer là-dedans, je suis mort. Je me dis juste que ce n’est pas ma faute s’ils sont venus nous voir.

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Quand je regarde ce genre d’émission, je trouve toujours ridicule qu’un membre du jury pleure d’émotion… je me dis toujours que c’est du chiqué. Or, la semaine dernière, je t’ai vu verser ta larme pour le départ de Charles-Henri. Je me suis dit : « non, même Olivier ! »

Salaud ! Non, mais ce n’est pas tout à fait ça. Ce n’est pas l’élimination de Charles-Henri qui m’a ému, c’est la solidarité entre les 16 candidats qui étaient là, tous sur le même bateau. Remettons les choses dans leur contexte. Il était 23h, on venait de passer trois jours presque non-stop et on savait que ça allait se terminer là, donc j’ai eu un espèce de relâchement. Quand Julie gagne, elle pense presque plus à celui qui est éliminé. J’ai trouvé ça très beau et très émouvant. On dit tellement qu’on vit dans un monde individualiste, dans un monde de compétition, et dieu sait si cette émission est une compétition… voir un groupe de jeunes qui ne se connaissaient pas il y deux mois avoir une entité comme ça, moi, ça m’a scotché.

As-tu peur, personnellement, de te faire casser par les gens, le public, les internautes ? D’être finalement mal vu ?

Je le vis en ce moment. Hier, j’ai dit à une fille qui a été éliminée, un truc que je n’aurais peut-être pas dû dire : « je crois que vous allez vous souvenir très longtemps du 15 janvier 2013 ». Tout le monde m’a dit que je n’avais pas le droit d’être aussi méchant. Mais, après l’émission, je suis allé voir la fille en question et elle m’a dit qu’il n’y avait aucun problème. J’ai un nom de famille qui facilite les jeux de mots faciles, donc certains internautes s’en sont donnés à cœur joie. Je ne m’attendais pas à ça, c’est très violent. Je n’y avais pas pensé avant, mais c’est quand même pas mal douloureux. En fait, cette expérience m’apprend beaucoup de choses.

Tu feras gaffe la prochaine fois ?

Non, parce que je suis comme ça. Moi, je n’ai pas eu le sentiment d’être méchant. Si j’avais eu ce sentiment, j’aurais été très mal à l’aise et je serais encore en train de m’excuser publiquement. Là, je n’ai pas du tout l’impression d’avoir dépassé les bornes.

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Je t’ai vu la semaine dernière invité au Grand Journal. Mazette!

Tu soulignais tout à l’heure qu'avec le Festival Fnac Indétendances, quand je l’organisais, je montais sur scène pour présenter les artistes. Il faut que je l’avoue, j’ai un côté un peu cabot. Ça me fait super plaisir de me montrer. Quand j’ai annoncé à ma fille que je faisais cette émission, la discussion a duré très peu de temps parce qu’elle m’a dit qu’elle allait appeler ses copines. Ce qui est amusant, c’est qu’il y a 5 ans, j’ai passé un casting pour cette émission afin d’être leur monsieur musique. Non, franchement, ça me fait marrer de faire ce genre d’émission. J’aime bien même.

Espères-tu que cette émission te « popularise » et te permette de faire de la télé autrement.

Revenons un peu aux fondamentaux. La raison pour laquelle j’ai voulu être dans La Nouvelle Star, c’est aussi pour représenter des choses et soyons clair, si grâce à ça, demain, je peux avoir une vraie belle émission de télévision ou de radio qui parle de ce que je défends, je prends. Ca fait des années qu’ont me dit que mes projets sont intéressants, mais que je ne suis pas assez connu pour les concrétiser à l’antenne. Là, au moins, ils pourront juste me dire « on s’en fout, tu nous emmerdes ! » Il n’y aura plus cette étape-là d’anonymat.

En parlant de ça, on commence à te reconnaitre dans la rue ?

C’est curieux, je vois le regard des gens qui se demandent si c’est bien moi. Dans le métro ou quand je voyage en seconde classe pour rentrer chez moi à Bordeaux, les gens se disent que ça ne peut pas être le juré de La Nouvelle Star. Un mec de La Nouvelle Star, c’est forcément un parisien. Bon, tu veux que je te dise, dans la rue, quand on m’arrête, ce ne sont que des garçons, pas des filles. Je suis extrêmement déçu.

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Tu abordes un sujet intéressant. Comment ça se passe en province. Les jeunes chanteuses tentent-elles des rapports de séduction avec les membres du jury ?

Non, pas du tout. Ou alors, elles le font devant la caméra, et principalement pour charmer André Manoukian. Si tu attends que je te révèle des trucs croustillants, je vais te décevoir. Les choses sont assez claires.

Est-ce que ton image a changé depuis que tu fais cette émission ?

C’est peu de le dire. Il y a des gens de la profession qui ont changé d’opinion sur moi depuis que je fais ça. Ce n’est pas aussi vulgaire que ça, mais quand même. Je m’y attendais un peu. Tu sais, si un jour CD’Aujourd’hui s’arrête ou si moi j’arrête, il y a des gens qui changeront de nouveau d’attitude envers moi. C’est comme ça, c’est le genre humain. J’en ai déjà fait l’observation maintes fois au cours de ma carrière. Quand j’ai arrêté les maisons de disque et avant d’avoir CD’Aujourd’hui, beaucoup m’avaient rayé de leur carnet d’adresses.  Quand CD’Aujourd’hui est arrivé, ils sont tous venus me dire que j’étais un homme magnifique et essentiel pour la bonne marche de la musique. Ça fait mal sur le coup, mais j’ai compris que les choses se déroulent ainsi systématiquement à chaque changement de situation.

On ne s’y habitue pas ?

Ça fait mal tout le temps. Là, aujourd’hui, ça va, c’est dans le bon sens, mais je sais que si ça tourne mal, ça va recommencer. Je suis très lucide. Moi, Dieu sait si je suis chiant dans le boulot, mais je ne suis pas comme ça. Je n’ai pas cette mentalité-là.

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21 janvier 2013

Nilem : interview pour son premier EP "Planter le décor"

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(Photo : Emilie Arfeuil)

Nilem vient de sortir son premier E.P, Planter le décor. Un titre annonciateur d’un monde musical imagé, mais aussi une volonté d'écrire une nouvelle page de son histoire personnelle. Après avoir évolué avec un nombre considérable d’artistes, il était temps qu’il sorte de l’ombre. Il le mérite amplement. J’ai demandé à Nilem de venir à l’agence le 3 janvier dernier pour évoquer l’ensemble de sa carrière que cela.

Biographie officielle (extraits) :

Dans la vie ou sur scène, Nilem a donné à sa guitare la dimension d'un véritable compagnon de route. Elle est l'arbre à six cordes qui cache une forêt de savoir-faire, car ce guitariste talentueux est également un arrangeur, réalisateur, multi-instrumentiste qui a su placer tous ses talents au service de nombreuses collaborations : Ben Mazué, Carmen Maria Vega, Madjo, Duberman, You & You (mandorisé là), Kid with no eyes, Jeff Brodnax... Avec qui il a arpenté de nombreuses salles en France et à l'étranger ( Japon, Roumanie, Ukraine, Belgique, Suisse, Croatie, Bosnie, Slovénie, Hongrie ), et de nombreux festivals comme les Francofolies, les Eurockéennes,nilem,planter le décor,interview Paroles et musique, Alors chante, Solidays, Rock en seine, Le printemps de Bourges, le festival chorus.... ).

Nilem a ressenti l'envie de porter sur scène son propre univers. C'est tout d'abord par son grain de voix puissant, rugueux, velouté, pudique et tout en nuance que Nilem étonne. Dans son monde musical, très pictural, en clair-obscur, s'entrelacent l'ombre et la lumière, l'endroit et l'envers, l'ici et l'ailleurs. Au fil de ses compositions, Nilem ne cesse de jouer avec les contrastes. En français ou en anglais, ses chansons aux teintes pop, folk et blues sont souvent traversées par un souffle romantique : correspondances entre l'état d'âme et le paysage extérieur, tableaux nocturnes, endroits ombragés, arpèges cristallins, rythmique énergique et boisée, chœurs enivrants, mélodies exaltées....

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Interview :

C’est grâce à ta maman qui jouait beaucoup de piano à la maison que ton goût prononcé pour la musique a commencé.

Elle a pris l’initiative très tôt de nous inscrire dans des écoles de musique. L’éveil musical, je l’ai depuis tout petit. Ensuite, on rejette toujours ce que nos parents nous obligent à faire. À 9 ans, j’ai un peu arrêté. Plus tard, le rock m’a donné envie de jouer de la guitare. J’ai eu ma période garage et  grunge, puis après j’ai dérivé vers le métal. À partir de ce moment là, naturellement et de moi-même, j’ai eu envie de me remettre à faire de la musique. J’en suis presque devenu autiste.

C'est-à-dire que tu n’as passé ton temps qu’à ça ?

C’était devenu une grosse passion et, effectivement, je ne faisais plus que ça. Pendant mes années lycées, j’étais constamment dans mon univers personnel. J’ai eu l’obligation d’avoir mon bac, mais à 19 ans, je suis parti dans une école de musique.

A la Music Academy International de Nancy.

C’est une école qui te prépare au métier de musicien. On emmagasine beaucoup d’informations musicales, on t’apprend  aussi comment le milieu fonctionne, mais après, tout le travail reste à faire. Il faut à être à la fois patient et s’acharner.

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(Photo du teaser realisé par Germain Lalot)

Tu as beaucoup écouté de jazz et de musique improvisée.

En apprentissage, c’était très important. J’en ai même beaucoup joué à une période, mais plus maintenant.

Tu as aussi joué du funk, de la world music, de la folk, j’en passe et des meilleurs.

À un moment donné, je me suis aperçu que tous les types de musique pouvaient m’apporter quelque chose.

Teaser du EP.

Faut-il tout maîtriser pour rencontrer sa « voie » ?

C’est bien de tout connaître et j’avais envie d’avoir une palette assez vaste. J’aime analyser la musique, j’aime savoir comment tel musicien aborde telle musique, c’est très instructif pour moi et porteur pour ma musique personnelle.

En 2003, tu arrives à Paris.

Oui, je viens de Bordeaux. Arrivé dans la capitale, j’ai fait plein de petits boulots et beaucoup de jams dans des clubs où les musiciens se rencontrent. Il faut rencontrer les gens. C’est un milieu où les gens ne t’acceptent pas comme ça. Il est fermé et il faut savoir s’imposer.

Tu as rencontré des artistes avec lesquels ça s’est très bien passé.

Oui, il fallait que je me fasse violence, j’étais un peu timide, mais j’ai fini par faire les bonnes rencontres. Ben Mazué par exemple, que j’accompagne encore de temps en temps… et quelques autres. De fil en aiguille, avec les années et mes différentes collaborations, c’est devenu mon métier.

Tu as appris beaucoup avec les autres ?

Oui, tu apprends de tout le monde. Les artistes sont des éponges. C’est ce qui est beau dans ce métier-là, c’est très humain. La musique, c’est l’échange et le partage. Et le partage peut être très intense sur scène. Sans vouloir exagérer, ça se rapproche un peu de l’amour, toute proportion gardée. Ces moments-là nous rappellent pourquoi on est là.

Et pourquoi vous êtes là ?

Le plaisir de faire de la musique. Personnellement, c’est la seule chose que je sais faire. Je ne sais pas ce que je ferais si je ne m’adonnais pas à cette activité. On verra dans 15 ans ce qu’il se passera.

Version acoustique de "La discorde".

Tu sors un premier EP, certes, mais malgré cela, tu as déjà fait l’Olympia, la Cigale, la Maroquinerie, l’Alhambra… toutes les salles parisiennes importantes, même si, souvent, c’était en première partie ou pour accompagner d’autres artistes.

Oui, je sais la chance que j’ai. Ce sont des salles mythiques et c’était des moments très forts à chaque fois. Le fait de sortir ce premier EP comme un débutant qui n’a pas fait grand-chose me fait un peu redescendre. Je rejoue dans des petits endroits mes propres chansons. Avec ce projet, je dois recommencer à zéro. Les professionnels me connaissent, mais n’ont pas confiance tout de suite. Je dois faire mes preuves en tant que Nilem. C’est à la fois curieux et super intéressant de défendre son projet personnel.

Je sais que la scène est très importante pour toi.

Ce qui m’excite le plus, c’est l’adrénaline qu’on peut avoir sur scène. Ce que l’on peut ressentir quand on descend, cette angoisse que l’on peut avoir quand on monte et cette envie de remonter quand on descend. C’est ça qui me fait aimer le métier. Ces rencontres, cette interaction avec les gens…

On n’est plus le même quand on monte sur scène ?

Si tu es le même dans la vie que sur scène, c’est que ce que tu fais n’est pas très profond. Le public attend autre chose de toi, tu dois être plus ou moins transformé. C’est comme ça que je vois les choses. Moi, quand je suis sur scène, je suis ailleurs. C’est totalement un autre monde. Les artistes qui me font frissonner sur scène sont ceux qui sont dans le lâcher-prise total, dans l’oublie d’eux-mêmes.

Version live de "Les fauves".

Comment décide-t-on de créer son propre projet ?

Quand on en ressent le besoin. Je suis guitariste à la base, le chant est arrivé beaucoup plus tard. Le fait d’ouvrir la bouche et chanter n’a pas été un truc très naturel pour moi. J’ai découvert ma voix progressivement et j’ai entendu mes amis musiciens ou chanteurs me dirent : « tu t’es écouté chanter ? ». Ils m’ont dit qu’il y avait quelque chose à faire de ce côté-là et ils ont insisté pour que je tente l’aventure. Le temps me manquait, mais l’envie était là. J’ai commencé à composer des chansons et la passion s’est transformée en frustration. J’ai compris qu’il fallait que je mette mon « talent » aussi à mon service et pas seulement à celui des autres. J’ai travaillé ensuite dans ce sens sérieusement, et ce pendant deux ans et demi, mais avec des phases assez éloignées. Ce qu’il me manquait, c’est de m’y plonger vraiment, m’immerger totalement. Ce que j’ai fait au début 2012.

Il a fallu que tu trouves des collaborateurs pour t’écrire tes textes.

Oui, parce que quand j’ai commencé le projet Nilem, je n’écrivais pas beaucoup, je n’avais pas confiance en mon écriture. J’ai donc collaboré avec Céline Righi, Yannick Marais (de La maison Tellier) et Cae, qui eux, ont su mettre en mot avec talent mes idées. Ça prend un peu de temps parce qu’on ne maîtrise pas tout.

Il fallait que ces textes correspondent à ta pensée et à ta personnalité.

Ce n’était pas simple. J’ai expliqué aux auteurs ce que j’avais envie de transmettre dans mes chansons. Ils avaient la musique, on a échangé des idées et des textes sont apparus.

Textuellement, tu voulais transmettre quelque chose, un message particulier.

C’est aujourd’hui que je commence à avoir des envies de textes plus précis. Je commence d’ailleurs aussi à écrire. Ça me permettra de retranscrire réellement ce que j’ai au fond de moi. Je veux que mes compositions, aussi bien que ce que je chante, soient ma quête personnelle à 100%.

Version live de "Brise lame".

Quand le chant est une révélation tardive, on prend des cours ?

Disons que j’ai beaucoup appris avec les artistes/chanteurs/amis que j’ai accompagnés. Ils m’ont donné des conseils, des techniques vocales. Le souffle, l’inspiration, l’endurance, tous ces trucs-là…

Ta musique est un genre de pop, de folk, de blues… et plus. Difficile à déterminer.

J’ai du mal à expliquer ce qu’est précisément ma musique. Au début, j’étais partie dans un truc très folk, très intimiste, et je me suis finalement enflammé dans les arrangements. Inconsciemment, toutes les influences que j’ai eues pendant des années sont un peu là.

Ton EP s’intitule Planter le décor. Ce n’est pas un hasard.

C’est une façon de dire, je pose mes valises, c’est bon. Je présente quelque chose de personnel, je plante le décor, c’est parti et advienne que pourra.

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13 janvier 2013

Eric Genetet : interview pour Et n'attendre personne

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(Photo : Sandrine Roudeix)

Éric Genetet et moi, nous nous connaissons depuis des lustres. Nous sommes amis de jeunesse. Je l’ai déjà expliqué ici (avec en bonus quelques archives concernant notre vie d’animateurs radio). Il est toujours délicat d’interviewer un pote pour parler de son actu. Exercice de style que je n’aime pas, parce que l’amitié ne doit pas parasiter son objectivité. C’est compliqué et je ne suis pas sûr d’y parvenir. J’ai aimé le troisième roman d’Éric, Et n’attendre personne, parce que le sujet m’intéresse, qu’il est bien écrit, mais aussi parce que je le reconnais dans certains aspects du héros qu’il fait vivre dans cette histoire. Bref, Eric est venu me voir à l'agence le 2  janvier dernier. Vous allez lire une interview/conversation comme deux vieux potes se parlent.

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eric genetet,et n'attendre personne,interview,mandorL’histoire :

Strasbourg. Alberto et Isabella forment un couple harmonieux. Le soir de son vingtième anniversaire, leur fils unique leur annonce qu'il part s'installer à New York. Même s'il n'en laisse rien paraître, cette nouvelle met Alberto KO. À l'inverse, Isabella profite de cet envol pour saisir une opportunité professionnelle à Bruxelles et savourer le plaisir d'être à nouveau égoïste... Resté seul en Alsace, Alberto mène une existence terne. Lassé par son métier de photographe de presse, irrité par la médiocrité de son supérieur hiérarchique, il finit par se faire licencier. Toujours amoureux de sa femme, Alberto est déterminé à la reconquérir, mais ses tentatives de séduction ne sont pas concluantes. Sa situation ne s'arrange guère lorsque sa mère lui révèle un terrible secret de famille...
Avec une écriture sobre et élégante, Éric Genetet dépeint finement la crise du couple et de la quarantaine. Il entraîne peu à peu le lecteur vers un dénouement insoupçonné.

L'auteur :

Né à Rueil-Malmaison en 1967, Éric Genetet vit depuis trente ans à Strasbourg où il exerce la profession de journaliste (radio, télévision, presse écrite). Il a publié en 2008 chez Eho, Le Fiancé de la lune. Et n'attendre personne est son troisième roman.

eric genetet,et n'attendre personne,interview,mandorInterview :

Qu’est-ce que ce nouveau roman représente pour toi ?

Il représente quatre ans de ma vie. Je l’ai commencé pendant une période très compliquée comprenant rupture et nouvelle histoire, tant sentimentalement que professionnellement. J’étais en période de mutation totale et ce livre a traversé ces quatre années en étant l’objectif principal de ma vie. Comme je ne suis pas écrivain à plein temps et que j’avais beaucoup d’autres choses à faire, j’avais du mal à être dessus en permanence. Ma vie et quelques évènements annexes ont décidé que ce livre mettrait longtemps à sortir.

Pourquoi ce livre est-il si important ?

Il participe à l’acte décrire et l’acte de devenir écrivain.

Lors de ta précédente et première mandorisation qui date de 2008, tu me disais que tu ne te sentirais écrivain qu’à la fin de ta vie.

(Sourire) C’est mon troisième livre, peut-être vais-je monter en grade. Je sais aujourd’hui que je vais consacrer ma vie à l’écriture. Il y a un désir profond en moi et il n’y a que ce désir-là qui compte. Après, ça marchera, ça ne marchera pas… je m’en fous. Mais, si ça marche, c’est l’assurance d’en faire d’autres.

Non, tu ne t’en fous pas, en fait.

Je t’assure que je ne recherche pas de reconnaissance particulière. L’idéal pour moi serait qu’on me donne juste les moyens de pouvoir écrire le livre suivant. Et puis, dans ma maison d’édition, je connais des gens qui sont passés de l’anonymat au succès.

eric genetet,et n'attendre personne,interview,mandorTatiana de Rosnay, par exemple.

Oui. Et quand je la vois évoluer, je me dis que j’aimerais bien avoir sa vie.

C’est marrant, j’ai reconnu ton style en lisant ce troisième livre. Tu commences à avoir une patte Genetet.

Mais, tu n’as pas remarqué de changements dans celui-là ?

Si. Il n’y a plus de scènes inutiles. C’est encore plus épuré que dans Le fiancé de la lune… et ton écriture est plus exigeante

Au départ, j’ai écrit 300 000 signes, je crois qu’il n’en reste que 180 000. Et puis surtout, j’ai écrit 17 versions différentes. Quand j’ai signé mon contrat pour ce livre, ce n’était pas tout à fait cette histoire-là. Le début était le même. L’enfant qui s’en va, les parents un peu paumés parce qu’ils ne sont pas préparés au moment où l’enfant quitte le foyer. Le père qui se retrouve seul vivait des choses qui n’avaient rien à voir avec ce que je lui fais vivre dans la version définitive. Héloïse d’Ormesson aimait bien la façon dont j’avais traité l’histoire d’amour dans la difficulté. J’ai donc insisté dans cet angle-là. Que devient un couple quand l’enfant s’en va ? Quelles remises en question en découlent ?

C’est un thème qui correspond bien à l’Éric Genenet que je connais…

Avec ce livre, j’ai l’impression toutefois que j’ai fini un cycle. Pour le quatrième, déjà en cours d’écriture, je passe complètement à autre chose.

Dans Et n’attendre personne, tu évoques aussi la crise de la quarantaine.

J’insiste, la crise de la quarantaine dans le couple.

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Il est sage Alberto, ton héros…

Tu veux dire, par rapport à moi ? Et bien, j’ai fait exprès qu’il soit à l’opposé de moi. Mais arrête de considérer que mes héros de roman sont des Éric Genetet.

Je n’y peux rien, je te connais trop. En plus, tu en fais un journaliste qui habite à Strasbourg, qui ne se laisse pas faire avec sa hiérarchie, qui a le même âge que toi… avoue que ça peut porter à confusion !

Oui, mais je suis auteur de romans. Il y a un peu de celui que je suis devenu, comme il y avait un peu celui que j’étais dans Le fiancé de la lune quand je l’ai écrit. Mais ce n’est pas un copié collé de moi-même, je t’assure. Mes héros ont leur propre personnalité et leur propre vie.

eric genetet,et n'attendre personne,interview,mandorJe suis un peu lourd, je sais, mais ce livre, est-il un peu un bilan un peu déguisé de ta vie?

Ce n’est pas un bilan, c’est une projection. J’ai un enfant qui a 8 ans et demi, je me suis imaginé l’instant où il va s’en aller pour mener sa propre vie. Je suis allé plus loin, je me suis imaginé dans une vie de couple depuis 20 ans. C’est une vraie projection, un vrai fantasme, même. C’est un truc que j’aurais bien aimé réussir et que je n’ai pas encore réussi. Je me suis dit, dans ce livre, que quand on réussit ça, ce n’est peut-être pas aussi limpide que le tableau le laisse supposer. On a vécu 20 ans avec quelqu’un, on est sûr de l’aimer, il n’y a pas de doute et puis si, il y a quand même des doutes et puis si, il y a quand même des remises en question à faire. Après le virage de l’enfant qui part, est-ce qu’on peut vivre de la même manière qu’avant le virage ? Pour moi, sans dévoiler l’intrigue du livre, ça me parait compliqué. Après une remise en question, tu ne peux pas continuer comme tu as vécu.

Alberto se demande si, je te cite, « l’amour n’est pas simplement un rayon inconsistant qui meurt derrière un gratte-ciel ». Ce n’est pas une vision très optimiste de l’amour… Tiens, je vais encore faire  référence à notre dernière interview qui date d’il y a plus de 4 ans. Tu me disais que, pour toi, l’amour était une vaste fumisterie. Je suis chiant avec mes questions ?

(Rire) Oui, mais ce n’est pas grave. Il n’y a que toi qui peux oser me poser ce genre de question ! J’avais vraiment dit ça ?

Traite-moi de menteur !

J’avais dit « une vaste fumisterie ». Et bien, ça allait fort à l’époque dans ma vie personnelle, je suppose. Bon, en fait, 4 ans plus tard, j’ai très envie de croire que ce n’est pas une fumisterie et que c’est quelque chose de possible dans le long terme, jusqu’à la fin de sa vie, pourquoi pas, si on a trouvé quelqu’un avec qui partager ça. L’amour, ça doit être le socle de sa vie, mais peut-être ne faut-il pas qu’il le soit trop ? On pense souvent à vivre l’amour avant de se construire soi-même. Je crois qu’on peut être seulement en amour quand on s’aime soit même et quand on est complètement construit. Aujourd’hui, je suis peut-être plus en capacité d’aimer qu’il y a 4 ans.

Ton personnage, Alberto, déprime de manière assez sévère. « Il se trouve inadapté au monde, suspendu dans le vide face à l’absurdité de l’existence ».

Entrer en dépression est même constructeur. Là, en l’occurrence, je me suis inspiré d’un moment de ma vie difficile et qui date d’il y a deux ans et demi. Il y a une scène où dans la douche, il a le pommeau dans les mains et il pleure pendant des heures. J’ai vécu cela pour la première fois de ma vie. C’est bien quand ça arrive, parce que c’est bien de toucher le fond. C’est à ce moment-là qu’il faut se poser les bonnes questions pour remonter sans prendre des raccourcis. C’est long. Quand on sort d’une dépression, on sort grandi, plus fort et plus proche de ce qu’on doit être. Je n’ai jamais voulu être dans l’alexithymie (note de Mandor, dixit Wikipédia : désigne les difficultés dans l’expression verbale des émotions communément observées parmi les patients présentant des symptômes psychosomatiques), je pense que, du coup, ça m’a construit. Je suis plus en paix avec moi-même aujourd’hui.

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Ce livre, pendant cette période de dépression, était devenu comme un pote.

Oui, c’est exactement cela. Il était là, il me soutenait, je le soutenais, bref, on se soutenait mutuellement.

Maintenant, ton pote va passer entre d’autres mains.

Je lui en veux un peu de me faire des infidélités. Le salaud ! Sérieusement, je n’écris pas pour que mes histoires restent dans mes placards. J’écris pour en faire d’autres, je l’ai déjà dit, et c’est le passage obligé. Moi, je suis plutôt content qu’il aille voir d’autres gens. J’espère juste que ce livre leur apporte quelque chose, qu’il les touche. Le livre est un objet de partage.

Ça t’a fait du bien de l’écrire?

En fait, ça me fait du bien de faire ce travail-là. Être devant mon ordinateur à n’importe quel moment du jour et de la nuit, dans n’importe quel endroit, et raconter des histoires.

Je trouve que ton héros est cool. Sa femme s’en va vivre sa vie d’animatrice seule en Belgique… il ne dit rien.

Sa femme se sent émancipée. Elle part, mais on ne sait pas si elle a un amant.

Lui s’autopersuade qu’elle en a un.

Il comprend la situation parce qu’il considère qu’au bout de 20 ans c’est normal. Il n’est pas cool, il est tolérant et respectueux de la vie de l’autre, ce qui n’est pas tout à fait la même chose. Alberto se comporte bien par rapport à la situation et au choix de sa femme. Il y a trop de types qui se comportent mal avec leur femme quand ils soupçonnent qu’il pourrait se passer quelque chose avec un autre homme. Je ne dis pas qu’il faut tromper les gens, mais quand on sent quelque chose, on est déjà un peu responsable soi-même de ce que va faire l’autre. Dans chaque couple, s’il y a rupture, il n’y a jamais qu’un seul coupable. C’est toujours du 50-50.

Cette  affirmation est sujette à caution à mon avis… Autre point important de ton livre, Alberto a été abandonné par son père. Du coup, il lui manque des repères et il semble perdu dans tout ce qui touche à l’affect et à l’amour.

Personne n’ignore que l’on est influencé par que l’on a vu de ses parents. Si on a vu de l’amour, on aura plus de facilité à vivre l’amour et à en donner. Si on n’a rien vu, on aura beaucoup de difficulté à construire une histoire avec quelqu’un. Alberto n’a pas vu grand-chose. Il a vu un père absent, un peu froid, un peu solitaire, qui ne donnait pas grand-chose. Donc, quand il rencontre la femme dont il tombe amoureux, deux cas de figure s’imposent à lui. Soit il reproduit le même schéma de ce qu’il s’est passé dans sa jeunesse, soit il s’y oppose et il s’engouffre dans quelque chose qui le rassure. Lui, quand il rencontre Isabella, femme sûre d’elle et protectrice, il s’engouffre dans cette brèche-là pendant 20 ans. Forcément, quand cette histoire d’amour est remise en question, c’est tout son être qui est remis en question.

Personnellement, toi tu as toujours été dans le doute.

Oui, mais ne l’écris pas sur ton blog, hein.

Promis, tu me connais… Bon, on peut dire que ce livre est assez personnel.

Oui, par rapport aux deux autres qui étaient pas mal autobiographiques, celui-là ne l’est pas. Tu as raison, il est juste personnel. Ma propre vie se mélange avec celle de mon héros, parfois.

Isabella, c’est la femme idéale pour toi ou la femme fantasmée ?

Je sais très bien que la femme idéale n’existe pas. Isabella, limite, elle est trop parfaite. En tout cas, elle laisse libre Alberto et du coup, elle prend elle aussi de la liberté qu’elle n’avait jusque-là pas vraiment utilisée. D’un seul coup, elle décide de tout mettre sur la table, c’est comme au poker. En face, il a un beau jeu, mais il n’ose pas contre-attaquer tout de suite.

La vie n’est finalement qu’une partie de poker.

(Rire) Qui a dit ça ? Patrick Bruel ?

eric genetet,et n'attendre personne,interview,mandorSinon,  j’ai beaucoup aimé ton marque-page à l’effigie de ton livre (en rigolant).

(Sérieusement)  Parlons de ce marque-page. Tu sais quand j’étais môme j’adorais le football et surtout l’équipe de France. Pour moi, le marque-page, c’est le survêtement, c’est le maillot, c’est l’équipement. Le marque-page, c’est mon maillot de l’équipe de France.

Tu écris actuellement un 4e roman sur un sujet qui te touche beaucoup et très important pour toi. Ton ancienne dyslexie.

Mon ancienne dyslexie qui a marqué toute ma vie, à un point que je n’imaginais même pas.

C’est bien que tu écrives un livre sur elle. Tu m’en parles depuis si longtemps.

J’ai déjà écrit 70 000 signes et j’ai trouvé le titre.

Qui est ?

Je ne te le dis qu’à toi. C’est…

(Non, je ne le répète pas ici… quand même…)

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Et pour les habitants de Strasbourg et de ses environs... c'est samedi prochain.

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09 janvier 2013

Peïo : interview pour L'ombre et la lumière

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(Photo : Jean-Baptiste Millot)

Peïo est un chanteur qui joue déjà depuis des années, mais je ne connaissais pas son existence. J’ai reçu son premier album récemment et je l’ai trouvé très beau à tout point de vue. Des textes sur l’identité, l’immigration, les joies de l’existence, ses difficultés, les injustices et… des histoires d’amour. Ses musiques éclectiques rappellent aussi bien « les miracles acoustiques de Feist que les harmonies vocales d’Elliott Smith, la pureté des musiques africaines, et le folk du Ben Harper du début ». Rien que ça. L’Ombre et La Lumière permet à Péïo d’ouvrir les portes de la chanson française et d‘y pénétrer sans rougir. Le 11 décembre dernier, il a aussi pénétré les portes de l’agence pour me permettre de faire sa connaissance et ainsi, vous le présenter sur ce blog.

peïo,l'ombre et la lumière,interview,mandorBiographie sélective :

Peïo promène sa musique aux quatre coins de France. On l’a aperçu en première partie de Zebda ou Jehro. On l’a vu fouler les scènes de l’Alhambra, de la Bouche d’Air, du Sentier des Halles ou de la Lune des Pirates. En Bretagne à Tinténiac, on l’a vu embraser une foule de 4000 personnes. Petit à petit, il rédige les chapitres d’une histoire musicale qui se prolonge aujourd’hui avec la sortie d’un premier album joliment intitulé L’Ombre et La Lumière. Il y a là Seb Martel (Camille, M), le batteur Toma Milteau, le guitariste Pierre Sangra (Thomas Fersen) et le réalisateur Dominique Ledudal (Tryo, Vincent Delerm, JP Nataf). Preuve supplémentaire du talent du jeune homme : il y a quelques semaines, en mettant en musique le poème L'Attrape-rêves de Michel Butor, Peïo remportait le concours du Printemps des Poètes présidé par Christian Olivier des Têtes Raides.

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peïo,l'ombre et la lumière,interview,mandorInterview :

Tu as beaucoup bougé dans ta vie. Mais on peut dire que tu viens du Pays Basque.

C’est là où habitent mes grands-parents, c’est là aussi où j’allais en vacances l’été. C’est un endroit où je me sens bien. À côté de ça, j’ai vécu à Lille, à Lorient… j’ai bien bourlingué à droite et à gauche.

La musique fait partie de ta vie depuis très longtemps.

J’ai commencé la musique très jeune. Mes parents m’ont mis au conservatoire où j’ai suivi un cursus important en tant que trompettiste. J’ai fini par me lasser de cet instrument, car j’avais la sensation d’un manque. En particulier le manque du fait de chanter, d’écrire et de dire les choses. Je voulais exprimer des émotions, il me fallait donc prendre une autre direction.

Tu as décidé de chanter et ce n’est pas un acte anodin.

Je sentais en moi des tas de choses qui n’arrivaient pas à sortir. Avec la chanson, elles y parviennent. Je n’ai pas trouvé d’autres moyens pour atteindre le bien-être que je ressens actuellement.

Le clip de "Petite Fleur"

Dans ton album L’ombre et la lumière, il est question de métissage. Tu es issu de métissage toi-même ?

Oui, mais je n’en dirai pas plus pour garder le mystère. Sans rire, c’est tellement complexe que ce serait forcément incomplet et je ne veux pas en oublier une partie.

Mais, ça occupe pas mal tes chansons musicalement et textuellement.

Il y a deux albums très importants pour moi, le dernier album d’Alain Bashung, Bleu pétrole, et celui de Rokia Traoré, Tchamantché, que je trouve fabuleux. Musicalement, je ne voulais pas tomber dans un style trop convenu, trop africain, avec du kora par exemple, mais je ne voulais pas non plus faire de la pure chanson française.

Tu ne veux ni être catalogué dans la « musique du monde » ni dans la « chanson française ». Ça va devenir compliqué, là.

Je ne cherche pas à être dans un truc précis, je cherche juste à jouer de la musique qui me fait plaisir et dans lequel je me sens bien. Mon métissage c'est une richesse, mais ce n'est pas toujours simple dans la quête de mon identité.

"De Gibraltar"

Quête d’identité, certes, mais il est aussi question de la peur de la différence, comme dans la chanson « D’où je viens ».

J’ai du mal à comprendre comment on peut juger une personne et surtout, comment on peut la juger uniquement sur des critères de nationalité et d’identité et pas sur ce que l’on vit avec elle.

Toi qui te sens parfois exclu, tu as choisi de chanter, acte qui réunit les gens…

Je crois que c’est pour ça que le disque s’intitule L’ombre et la lumière. C’est paradoxal, mais la vie est paradoxale.

Tu as travaillé avec ton binôme, Alex Tolub.

Il y a des textes de lui et de moi, mais si on demandait aux gens de deviner qui a fait quoi, la réponse serait compliquée. Alex est mon opposé en caractère, mais il est capable d’exprimer les choses que j’ai en moi. Cette dualité est très forte et complémentaire.

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(Photo en concert à l'Alhambra : Wing Tat SHEK (c) 2012)

Ce disque est une histoire de rencontres.

Effectivement. Autour de ce projet, on a réussi à réunir des gens qui se connaissaient dans le milieu, mais qui ne s’étaient jamais rencontrés. Ce disque a été enregistré en trois semaines, ce qui est  énorme dans le contexte économique actuel.

Mais comment as-tu choisi les musiciens qui participent à cet album ?

On a choisi des musiciens parce que leur histoire personnelle, musicale, la façon dont ils avaient évolué, nous intéressait. On a cherché toutes ces pièces de puzzle pour avoir les gens capables de faire ce que nous ne serions pas capables de faire nous-mêmes. On a envie de placer la barre haute dès ce premier album.

"Mon âme a pleuré" au Pont des artistes sur France Inter en septembre 2011.

Il est très varié musicalement.

Le risque que l’on craignait, c’était de faire un patchwork un peu formel. La chanson jazz, la chanson africaine… on ne voulait surtout pas ça. On voulait par contre faire un disque qui ne lasse pas les gens.

Tu sembles à la fois déterminé pour réussir à t’imposer et lucide sur le métier.

Ça fait quand même 5 ans que je travaille sur ce projet. Tout ne s’est pas fait facilement, loin de là. Je suis très heureux qu’enfin ce disque voie le jour. Ça me rend en joie. Je viens d’avoir une petite fille il y a quelques semaines, c’est donc une jolie période… ce que j’aime quand on fait ce métier, c’est que c’est angoissant parce que tu ne sais pas de quoi demain sera fait, mais en même temps, tu peux être tous les jours surpris. Et moi j’aime cette idée d’être surpris. C’est un luxe dans le monde formaté dans lequel on est.

peïo,l'ombre et la lumière,interview,mandorTu es le gagnant du Concours André Chédid 2012 du poème chanté organisé par Le Printemps des Poètes.

On te propose un poème, on te demande de l’interpréter sur ta propre musique. C’est compliqué, mais très intéressant. C’est ma petite sœur qui a reçu ce message et qui me l’a transmis. Au début, je regarde vite fait, mais je ne m'en occupe pas tout de suite. Quand, un peu plus tard j'y reviens, je me lance dans ce projet avec beaucoup de passion. Quand j’ai lu le texte proposé, il m’a parlé immédiatement et de façon quasi automatique une musique et une mélodie me sont venues. J’ai demandé à Pierre Sangra d’enregistrer ça chez lui et on a envoyé le titre. Au final, j'étais lauréat avec Christian Olivier des Têtes Raides comme président de jury. J'ai ressenti une très grande émotion et une forme de reconnaissance de ma démarche artistique !

Du coup, tu as écrit au poète que tu as mis en musique, Michel Butor.

Je lui ai envoyé mon album et il l’a trouvé très bien. Il m’a envoyé un message me donnant l’autorisation d’utiliser l’ensemble de ses textes pour faire un album. Du coup, j’ai ce projet en tête.

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05 janvier 2013

Loraine B : interview pour 1=3

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(photo : Sylvere H)

Verso cover.jpgJ’ai connu Loraine B, alors qu’elle était stagiaire attachée de presse, mais, je ne savais rien de sa double vie. Le mois dernier, je reçois un mail d’elle dans lequel elle me fait part de son activité musicale avec différents liens pour écouter/voir pas mal de choses. Je lui ai trouvé beaucoup d’originalité et j’ai aimé sa voix. Bien sûr, il y a une marge de progression, mais Loraine B a un potentiel conséquent. Il y a fort à parier qu’on entende beaucoup parler d’elle un jour.

Je lui ai donc demandé de venir à l’agence mi-décembre dernier.

Biographie écourtée :

Cette grande blonde de 23 ans, arrière-petite-fille de l’écrivain Georges Bernanos, présente son cinq titres folk rock monté à coups de guitares, de piano… à coups d’espoir et à coups de gueule. En 2011, elle rencontre Duncan Roberts (label Spozzle et leader du groupe Dictafone) qui la prend sous son aile pour enregistrer son premier EP, une autoproduction de cinq titres écrits, composés par Loraine, et arrangés par Duncan. C’est ainsi que « 1 = 3 » voit le jour…

(Loraine B sera en concert au Sentier des Halles les 19 Janvier et 8 Février 2013.)

DSC06289.JPG

Cr+®dits photos Sylvere H.jpegInterview :

Tu ne débarques pas dans la sphère musicale comme ça. Tu as déjà joué dans quelques groupes avant de commencer ton projet solo actuel.

J’ai commencé la musique à l’âge de 9 ans. J’étais une enfant très calme. Je passais beaucoup de temps à observer, mais il me fallait une activité pour libérer l’énergie accumulée en moi. J’ai donc fait beaucoup de sport, mais un jour, j’ai eu un sérieux problème aux genoux qui a fait que j’ai dû arrêter. Mas parents m’ont donc proposé de faire de la musique. Au début, j’ai dit non et au final j’ai décidé d’apprendre le saxophone. J’en ai fait 4 ans et de fil en aiguille j’ai consacré ma vie à la musique.

Comment décide-t-on de consacrer sa vie à la musique si jeune ?

La théorie m’ennuyait profondément au conservatoire et m’a mis des barrières que je n’aimais pas du tout. Je crois que mon prof de solfège n’a pas un très bon souvenir de moi. Je n’avais pas besoin d’apprendre, j’avais beaucoup de facilité, du coup, j’étais complètement arrogante et je foutais un peu la merde dans son cours. Je voulais que la musique soit associée à l’amusement.

Tu as donc arrêté le saxophone au conservatoire.DSC06290.JPG

Et dans la même foulée, mon grand-père nous a ramené un synthé. Là, j’ai commencé à travailler cet instrument toute seule. J’ai aimé apprendre toute seule.

La théorie t’ennuyait, mais heureusement que tu l’avais, finalement.

Oui, tu as raison, heureusement que j’ai fait 4 ans de solfège ! C’est peu par rapport à d’autres musiciens. Je peux lire une partition, je connais les temps et les mesures, ce qui me facilite la tâche.

La suite logique pour toi a été d’intégrer un groupe ?

J’étais au lycée, je terminais tard et j’ai entendu de la musique rock. J’ai poussé la porte et j’ai vu deux nanas et un mec qui faisaient du punk, je trouvais ça génial. Ça m’a donné envie de me mettre à la basse. Ils n’avaient pas de bassiste et par un lien intermédiaire j’ai postulé pour le groupe et ils m’ont pris. On a fait des concerts et quelques festivals. Trois nanas qui jouent du punk, ça attire l’œil. On a fait le Gibus, l’Élysée Montmartre, la Batofar, le New Morning…

Ce groupe-là a duré jusqu’à la terminale.

Oui parce qu’après, je suis partie au Canada pour étudier. Mon parrain m’avait offert une guitare peu avant mon départ. J’ai tenté de composer des musiques, seule là-bas avec ce que j’avais appris avec le groupe. J’avais 18 ans, j’étais loin de ma famille, je m’occupais ainsi. Quand je suis rentré en France, c’est là que tout à commencé sérieusement.

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Aujourd’hui, il y a un EP. En l’écoutant, je me suis dit « cette nana est complètement déjanté ! ». Tu parles de schizophrénie, de bipolarité, de folie…

C’est le manque de limite qui m’intéresse. Ceux que l’on appelle fous ont des limites tellement plus larges que les nôtres, les gens dits « normaux ». C’est un sujet qui me fascine et j’en ai fait une chanson dont le clip vient de sortir, « Multiple ».

En tout cas, je décèle en toi une farouche volonté de ne pas faire « lisse », de déranger un peu même.

C’est ennuyeux le lisse. C’est comme le caractère des gens. J’aime bien les fortes personnalités. Cela étant, je ne sais pas s’il existe des gens vraiment lisses. J’ai remarqué que quand on gratte un peu, on trouve toujours autre chose.

Cr+®dits photos Sylvere H (4).jpgTu écris tous tes textes et tes musiques seule. Tu es une solitaire ?

Si j’écris seule, c’est un peu par la force des choses. J’aime la solitude autant que je la déteste. Quand personne ne peut le faire pour toi, tu le fais toi-même et advienne que pourra. Duncan Roberts m’a apporté son aide, principalement pour tous les arrangements. Les voix, je les ai enregistrées chez moi et on les a gardées telles quelles. Duncan a considéré qu’on n’arriverait pas à reproduire la même acoustique.

Parlons de la chanson « À vos jouets ».

Pour comprendre cette chanson, je vais t’expliquer l’histoire. Je suis partie toute seule en Normandie, pour écrire. J’étais sur la plage, il y avait beaucoup de familles autour de moi. Une petite fille passe devant moi avec sa mère. Elle lui raconte avec conviction et enthousiasme une histoire passionnante sur un coquillage et sa mère ne l’écoutait pas. Pire encore, une fois que la petite a terminé elle regarde sa mère toute fière et elle de lui répondre : « oui, et ? ». La petite l’a regardé le regard un peu perdu… ça m’a beaucoup touché. Après, j’ai commencé à observer parce que j’ai travaillé avec des enfants et j’ai vu souvent les maladresses des parents envers leurs enfants. On essaie de faire grandir les enfants trop vite et c’est vraiment quelque chose qui me déplait.

110_1759-bernanos.jpgTu es l’arrière-petite-fille de Georges Bernanos. Ton nom d’artiste est Loraine B. Tu refuses de mettre en avant cette parenté ?

Non, juste, je trouvais que mon nom était trop long. Ce n’est pas par souci de tuer l’arrière-grand-père. Concernant Georges Bernanos, ma famille ne m’a jamais poussé à le lire et je n’ai pas vécu avec cette ombre tutélaire. Mes parents m’ont éduqué dans une liberté raisonnable. Ils m’ont bien éduqué et encouragé pour que je m’intéresse à l’art. J’ai eu beaucoup de chance.

Tes parents pensent quoi de ton cheminement ?

Ils ne se rendent pas compte du travail qu’ils ont fait avant pour que j’aboutisse à ce que je fais aujourd’hui. Voyant les facilités que j’avais en musique, ma mère, quand j’ai voulu aller en Économie et Social, au lycée, elle m’a demandé si je ne préférais pas entrer dans une école de musique. Moi, je ne voulais pas de contrainte et j’avais peur d’être écœurée de la musique. Quand j’ai commencé à faire mes concerts, mon père me signait mes absences pour que j’aille faire mes balances, en contrepartie, il fallait que j’aie de bonnes notes. Ça m’a donné une certaine légitimité dans ma liberté. Je peux l’affirmer haut et fort, ça m’a aidé d’avoir une famille artistique qui me comprenait.

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(photo : Maxime Rivault)

Mais quand tu écris des textes, tu sens l’ombre de l’illustre ainé ?

Ça a commencé au collège. Tous les profs de français me demandaient si j’étais de la famille de Georges. Une de mes profs m’a même demandé de faire un exposé sur lui, ce que j’ai fait. C’était bizarre, car il fallait que j’intéresse les autres élèves avec quelqu’un de ma famille. En même temps, je trouve que c’est normal que cela intéresse les gens. Je comprends que l’on veuille me rapprocher de Bernanos, mais ce n’est pas moi qui me mets de la pression parce que ça vient de l’extérieur. J’arrive à me détacher de tout ça. Je fais ce que j’ai à faire sans me soucier de ce qu’en penseront les autres.

Je t’ai connue attachée de presse. Ça t’aide pour promouvoir ton EP ?

Oui, j’ai vraiment beaucoup appris avec Brigitte (note de Mandor : Brigitte Batcave, attachée de presse fort performante et que j’apprécie beaucoup humainement). Je fais tout moi-même : la mise en place, des disques et des concerts, le développement d’une association que je vais créer, la promo, diriger les musiciens en répétition… toutes ces choses auxquelles on ne pense pas forcément quand on commence à envisager ce métier.

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Merci à Sylvere H pour les deux "portraits" de Loraine en noir et blanc.

03 janvier 2013

Jennifer Murzeau : interview pour Les grimaces

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(Photo : Diane Pol-Lajaima)

J’ai rencontré Jennifer Murzeau au Salon du livre d’Ozoir-la-Ferrière 2012 que j’ai animé. Elle a fait partie de la cinquantaine d’auteurs interviewés dans la journée. Parfois, dans ce genre de contexte, je tombe sur quelqu’un qui me parle de son livre avec passion/enthousiasme et qui provoque chez moi un vif intérêt. À la fin de ma courte interview, je lui ai demandé de me faire parvenir son roman, Les grimaces.

Six jours plus tard, je l’ai reçu.

Deux jours plus tard, je l’avais lu.

Quelques jours plus tard, le 20 décembre dernier, j’ai demandé à Jennifer Murzeau de venir à l’agence…

jennifer murzeau,les grimaces,interview,mandor4e de couverture :

Angelina est chargée de production pour une chaîne de télé du câble. Depuis plus de trois ans, elle subit la perfidie de sa collègue, assiste aux batailles d’égo qui l’excluent, observe toutes ces grimaces qu’elle ne sait pas faire. Éternelle anonyme, elle souffre en silence de son intégration ratée dans le monde du travail jusqu’au jour où elle décide de se venger. Il lui faut une victime qui paye pour ce trop-plein d’humiliations. Elle choisit Marie. Puis elle laisse vaciller sa raison et grandir son obsession pour cette jeune et belle présentatrice qui semble avoir le monde à ses pieds.

À travers les yeux de ses personnages, Jennifer Murzeau détaille un quotidien fait de petites violences et de grands ridicules. Elle dépeint avec un humour caustique un univers où finalement chacun se débat pour exister dans une compétition sans pitié.

L’auteure :

Jennifer Murzeau est journaliste. Elle a travaillé pour France 2, Direct 8 et France Culture. Elle collabore aujourd’hui au magazine Glamour. Les grimaces est son premier roman.

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jennifer murzeau,les grimaces,interview,mandorInterview:

Dans ce livre, tu évoques le milieu de la télévision, la vie en entreprise, mais aussi la société en général.

L’action se situe dans le monde des médias parce que c’est un milieu que je connais bien. Ça a été un terrain d’observation extrêmement fertile, extrêmement intéressant, parce que c’est un milieu où les egos sont beaucoup plus exacerbés. C’est donc un beau matériau romanesque. Après, il est vrai que le monde de l’entreprise m’intéresse au premier chef. Ça se passe dans le monde des médias, mais je n’avais pas pour ambition d’épingler particulièrement ce milieu. Je ne considère pas qu’il soit pire qu’un autre. Je pense juste qu’il est plus haut en couleur et qu’il met certaines choses plus en valeur. Ce qui m’intéresse fondamentalement, c’est le monde de l’entreprise, son côté un peu coercitif, âpre, le fait qu’il durcit énormément le rapport entre les gens, surtout depuis quelques années avec la crise… Je me suis beaucoup documentée sur la question, j’ai regardé pas mal de documentaires ou de films. C’est un sujet passionnant parce qu’on a là tous les travers humains et toute la difficulté d’être au monde qui s’exprime quotidiennement.

Ton héroïne, Angélina, est une pauvre fille, pas très gâtée par la nature.

Elle fait son travail comme un petit soldat. Elle est très consciencieuse, mais ça ne suffit pas. La méritocratie, dans la vraie vie, j’y crois de moins en moins. C’est vrai que si on ne se positionne pas avec la conviction qu’on est un gagnant et qu’on est très bon, ça marche moins bien. Elle a été parachutée là par piston grâce à son père qui s’inquiétait de son désœuvrement. Ce n’est donc pas une vocation pour Angélina. Elle veut juste honorer le fait d’avoir un boulot. Elle maîtrise mal les codes pour être comme un poisson dans l’eau dans ce bocal-là. Ce livre est aussi une réflexion sur l’image que l’on renvoie. Si on se forge une image qui n’est pas très valorisante et efficace, elle nous suit comme une mauvaise odeur.

Il y a le pendant d’Angélina. Marie, une très jolie jeune femme qui semble avoir beaucoupjennifer murzeau,les grimaces,interview,mandor d’aisance et affronter ce milieu avec une certaine assurance.

Pourtant, on va vite comprendre qu’elle aussi est esclave de son image. Angelina, elle, je la montre au moment où elle pète les plombs. Elle a toujours été lucide, mais il y a un moment ou la lucidité lui a été trop pesante. La violence qu’elle avait en elle, assez contenue, émerge d’un coup. Marie, elle, a cherché à escamoter cette lucidité pour avancer. Du coup, elles sont toutes les deux à un point de croisement. Effectivement, l’une est le contraire de l’autre, mais toutes les deux sont finalement des jeunes femmes qui galèrent.

Au début, Marie joue de sa séduction…

Ça lui a servi et puis ça a fini par la desservir. Quand on est une femme, trop jouer avec les codes de la séduction, je crois que sur le long court c’est un handicap. Je pense que les femmes ont une responsabilité et qu’il ne faut pas trop jouer là-dessus si on veut qu’il y ait une réelle égalité homme femme. On sait que les hommes peuvent être subjugués et faibles face à la beauté et la séduction féminine et faire intervenir ça dans la sphère professionnelle, c’est contre-productif à long terme. Il faut que les rapports de séductions soient assez contenus sinon, c’est très casse-gueule. Marie, elle a commencé comme ça, à battre des cils, à jouer de sa plastique. Au final, elle a été cataloguée. C’est très pernicieux comme genre de schéma. En plus, comme elle ne couche pas, elle devient aux yeux de toute l’entreprise, l’allumeuse de service. Je tiens à préciser que je ne dis pas qu’il faut cacher toute forme de séduction chez une femme, je dis juste qu’il ne faut pas en faire un outil, une arme pour gravir les échelons de l’entreprise.

Avec toi, le monde de l’entreprise en prend un sérieux coup. Tu dis que finalement, elle nous rend faibles. Nous sommes tous plus ou moins des prisonniers…

L’entreprise infantilise un peu. Les choses y sont cadrées, elle offre des horaires, une mutuelle, des objectifs. Ca peut-être réconfortant, mais ça peut vite être un piège. Parce qu’elle offre aussi une compétition, crée des rivalités. Si on s’investit trop, si on donne trop de temps à l’entreprise, si on sacrifie sa vie privée, on peut y laisser des plumes. Existentiellement parlant, la vie finit par ne plus avoir beaucoup de sens, on se venge en consommant plus que de raison, on gobe des sédatifs…

Actuellement, tu travailles en Freelance. La vie en entreprise ne te tente plus ?

J’y étais pas mal de temps. Si on me proposait vraiment un job qui me plait, je pourrais revenir dans une entreprise, mais il faudrait vraiment que ce soit quelque chose qui m’excite. Moi, je suis contente d’être en freelance. C’est une liberté qui a un prix, puisque c’est précaire et que je gagne moins bien ma vie qu’avant, mais je me suis extirpée de ce monde-là pour écrire. J’étais incapable d’écrire quand je bossais en entreprise. Je rentrais chez moi le soir, j’étais trop fatiguée. Aujourd’hui, il y a des journées que je dédie entièrement à la lecture et à l’écriture.

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(Photo : Diane Pol-Lajaima)

Ce livre n’est donc pas un one shot. Tu as la volonté de devenir écrivain.

Oui, même si je trouve à ce premier livre quelques imperfections. Quelques erreurs dans la forme et le style. Ce sont des erreurs de premier roman. Il faut bannir autant que possible, les adjectifs, les adverbes et pourtant j’ai le sentiment d’avoir beaucoup élagué. Dans un premier roman, on a toujours peur de ne pas être compris, donc on veut caractériser au maximum pour qu’il n’y ait pas d’ambigüité.

Tu écris le deuxième en ce moment ?

Je considère qu’il faut que je fabrique des frères et sœurs à mon premier roman et qu’ils soient mieux que lui. J’ai ce réel désir d’écrire. Oui, je veux devenir écrivain. Ça me parait très pompeux de le dire, mais c’est mon ambition.

C’est un désir qui remonte à loin ?

Oui, à l’adolescence. Mon amour de l’écriture vient de mon amour de la littérature, tout simplement. Si je ne lis pas un certain temps, je me sens un peu vide et le désir d’écrire s’émousse.

La littérature, c’est ton carburant.

Complètement. Je ne prends pas beaucoup de risques parce que je lis beaucoup de classiques. Et puis aussi un peu de romans contemporains. Dernièrement, j’ai découvert Éric Reinhardt et je trouve ses écrits absolument géniaux. Il explore des thèmes qui me sont chers liés au social et à l’entreprise. Quand je le lis, ça me donne énormément envie d’écrire.

Écris-tu facilement ?

Non, c’est du travail. Quand je suis attelée à la tâche, les mots viennent, mais d’abord il faut s’y mettre, ce qui peut prendre du temps et ensuite il faut rester concentrée, il faut y croire, il faut avancer, c’est dur. Il y a un truc qui m’agace fortement quand je lis des interviews de pas mal d’écrivains. Ils ont tendance à entretenir un mythe de l’écrivain qui aurait été touché du doigt de dieu, désigné pour écrire et qui accoucherait comme ça de son œuvre. Je n’y crois pas. C’est du boulot, c’est de l’acharnement et c’est de la foi.

Ton deuxième roman se passe dans le milieu de l’entreprise ou tu changes de cap ?

Je tourne autour des mêmes thèmes, mais ça ne se passera pas à proprement parler en entreprise. Je vais essayer d’explorer le thème de la désocialisation. Comment ça se passe quand on ne joue plus le jeu.

Dans le monde de la télévision, tu préfères être devant la caméra, ou derrière ?

Avant je préférais être derrière. Aujourd’hui, être devant m’intéresserait.

Je te verrais bien chroniqueuse littéraire.

J’aimerais bien faire ça parce que j’aime beaucoup défendre les œuvres et faire découvrir les choses. Ce sont malheureusement des circuits hyper fermés. Si quelqu’un a la clé… je suis sur joignable sur Facebook.

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29 décembre 2012

Céline Righi: interview pour la sortie de l'EP d'Odonata

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céline righi,odonata,interview,scotch et sofa,mandorParfois, on écoute un disque pour sa musique ou pour la voix de l’interprète. En ce qui me concerne, c’est surtout pour les textes. J’ai découvert Céline Righi en écoutant l’album de Scotch et Sofa (mandorisés ici). Outre la voix de Chloé et la musique de Romain, j'ai été touché et impressionné par les textes que j’entendais. Ils ne se contentaient pas d’avoir une sacrée musicalité ou sonner comme des instruments, il y avait du sens. Et du sens qui me parlait profondément. C’est ainsi que j’ai découvert le travail de Céline Righi, puisque c’est elle l’auteure de toutes ces chansons.

Quand j’ai su qu’elle se lançait elle-même dans la bataille (parce qu’aujourd’hui, monter un groupe et tenter d’exister, c’est une bataille), j’ai voulu en savoir plus, écouter son travail en tant que chanteuse. Elle m’a fait parvenir le premier EP d’Odonata. Là, aussi, gros coup de cœur pour l’ensemble du projet. Et toujours les textes de Céline qui me collent à la peau.

Le  19 décembre dernier, la jeune femme (venue de Strasbourg, quand même) s’est assise sur le nouveau canapé de l’agence pour une interview en bonne et due forme mandorienne.

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Le groupe Odonata :

Un trio sans guitare ni clavier. Chaque chanson se construit à partir de la basse, de la batterie et du chant, en français. La musique d’Odonata est impressionniste, elle parle de multiples langages. Odonata se plaît à faire feu de tous bois et à piocher dans des influences variées et assumées, influences qui sont avant tout l’expression des goûts différents – mais pas incompatibles – des trois « odonates ».

Pour écouter Odonata, c'est là !

céline righi,odonata,interview,scotch et sofa,mandorQui est Céline Righi ?

Chanteuse et parolière du trio, elle prête aussi sa plume à d’autres artistes (Célia Reggiani, Armelle Ita, Nilem), et en particulier au duo Scotch et Sofa dont elle signe tous les titres de l’album Par petits bouts, à l’exception du titre « Visite des recoins », qu'elle co-signe avec Oxmo Puccino (mandorisé là).
L’aspect rythmique et musical de sa plume s’explique par l’amour qu’elle porte à la musique, au moins tout aussi grand que celui qu’elle réserve aux mots. Plus attirée par le côté rythmique que par les harmonies, réceptive aux fréquences ténébreuses, Céline prend des cours de basse pendant cinq ans, avec, entre autres, le bassiste-contrebassiste Arnaud Grosfilley ( Rumbayazz, album « 73 touches » de Hocus Pocus ).
Son engouement pour les notes et pour la langue française réveille en elle aujourd’hui une belle envie, jusqu’alors assoupie mais néanmoins vivace : celle de chanter.

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Interview :

En lisant tes textes de chansons pour les uns et pour les autres, j’ai bien compris que tu étais une amoureuse des mots.

Toute petite, déjà, je lisais beaucoup. Il y avait beaucoup de livres à la maison grâce à mes parents. Ils ont toujours été portés vers la culture en général et la littérature et le cinéma en particulier. Du coup, j’ai appris à lire très tôt. Je crois que je savais lire avant de rentrer en CP. Mes parents se sont aperçus que je lisais grâce à l’émission « Des chiffres et des lettres ». Ensuite, plus tard, en fac de Lettres, je lisais ce que l’on me demandait de lire. J’ai un DEA de Lettres, le seuil du doctorat. Je devais embrayer avec une thèse sur Henri Michaux, mais la vie m’a emmené ailleurs et c’est très bien comme ça. Très vite, j’ai voulu lire dans les marges. Je ne voulais pas rester dans des lectures académiques.

céline righi,odonata,interview,scotch et sofa,mandorQui sont les écrivains « dans les marges » ?

Henri Michaux, par exemple, ou Tristan Egolf. J’ai toujours été attirée par la différence. Par exemple, mon mémoire de DEA, je l’ai fait sur Michaux, mais sur Michaux qui a greffé sa parole poétique sur des paroles d’aliénés. J’ai toujours été fasciné par l’art psychopathologique. Je me suis toujours mise du côté de ceux qui sont en dehors, des parias, des gens qui sont par terre dans la rue… les marginaux. Un thème qui revient souvent dans mes textes, c’est justement, l’incertitude, le fait que tout soit toujours en mouvement, que l’on peut toujours tout remettre en cause et que rien n’est défini.

Quand on est féru de littérature, on se dit que l’on va écrire soi-même. J’ai tendance à penser que la logique voudrait que l’on se dirige vers les romans, et pas forcément vers la chanson.

Sauf que moi, j’ai un baobab dans la main. Je suis incapable d’écrire un roman. Peut-être que je m’adonnerai à cette activité quand je serai plus âgée. Mais pour l’instant, j’écris seulement des fragments, des bouts. Peut-être que ça vient du fait que j’ai adoré faire des puzzles quand j’étais petite. Ça me permet de reconstituer les choses, je ne sais pas. Je n’arrive pas à écrire quelque chose sur le long terme, quelque chose de longue haleine. Je m’épuise à l’avance. Ça me fait penser à ce que disait l’écrivain voyageur, Nicolas Bouvier. Il n’a pas écrit beaucoup de livres dans sa vie, mais il disait que quand il en écrivait un, il avait l’impression de perdre des litres de sang. Ça me fait un peu ça. Quand j’écris, j’ai l’impression de m’arracher des anticorps. Quand j’ai écrit pendant quelques heures d’affilée, c’est bizarre, mais j’ai souvent besoin d’aller m’aérer ou même de prendre un bain.

De te purifier ?

Oui, tu as raison. Il y a presque de ça. C’est paradoxal, parce qu’en fait, ça me fait du bien d’écrire.

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Tu écris des textes très introspectifs. Par exemple, dans le premier titre de ton EP, « De cimes en abîmes ». On va au tréfonds de toi-même.

Ce texte est un clin d’œil à l’enfance. J’explique que je descends en enfance comme on va au charbon. « Creuser son existence comme un mineur de fond… ». La mine, pour moi, c’est une image forte parce que mes deux grands-pères étaient mineurs dans les mines de fer. C’est une image qui m’a marquée, avec toute sa symbolique. Le fait d’aller au fond du trou, dans le noir, dans les recoins sombres, c’est un peu explorer les fibres obscures de l’inconscience.

Dans mon travail d’intervieweur, j’essaie de repérer les failles chez mes interlocuteurs. Repérer et tenter de m’y engouffrer. Si on ne fait pas ça, on ne fait pas grand-chose. Or, toi, tu emploies le mot faille et c’est un de tes thèmes principaux. Ça me plait beaucoup…

Moi, c’est là-dedans que je puise pour créer. Je ne veux pas employer de grands mots, mais il y a presque quelque chose d’alchimique dans la création artistique. C’est transformer le pas beau en beau. Transformer le plomb en or. Baudelaire disait  qu’avec la boue, il faisait de l’or. Je  suis céline righi,odonata,interview,scotch et sofa,mandorquelqu’un d’hyper sensible, donc, plutôt que de pleurer sur le monde qui m’entoure, c’est ma façon à moi de mettre un peu de poésie… dans ce monde de brutes.

Tu cites, Baudelaire, je saute sur l’occasion pour parler de « Ô douleur ». 

Pour ce texte, les puristes vont certainement crier au sacrilège. J’ai repris certains vers de « L’ennemi » de Baudelaire, un poème qui m’a toujours touché, mais j’ai écrit mes propres couplets. Il y a une fusion entre le texte de Baudelaire et le mien. Je prends ça au premier degré, presque comme un exercice de style, voire un hommage à ce poète que j’adore vraiment. L’ennemi intérieur est un thème qui me parle. J’en parle aussi dans d’autres chansons, mais autrement.

Évoquons « À l’ouest »... un texte qui me touche aussi beaucoup.

J’ai un sens déplorable de l’orientation, mais c’est dû au fait que je suis très tournée vers l’intérieur. Au point que je peux arriver chez mes parents et dire : « Oh ! Il est chouette le nouveau tableau que vous avez  accroché au mur. » Et  ma mère de me répondre que ça fait 15 ans qu’il est là. C’est à ce point-là. Je ne suis pas observatrice du dehors, mais plutôt du dedans.

Tu n’arrives pas à te trouver où tu aimes te perdre ?

J’ai envie de répondre par une phrase de chanson que j’ai écrite pour Scotch et Sofa, « Visite des recoins ». « Je vais dans tous les sens, mais je ne m’égare pas. » Je cherche, ça c’est sûr, mais je ne m’égare pas. Plus j’avance dans la vie, plus j’ai l’impression de me rapprocher de moi-même, que tout ce précise et que tout fait sens.

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C’est en écrivant des textes de chansons que tu te trouves ?

Je me sens de plus en plus en paix et en adéquation avec moi-même. Au départ, je n’avais pas conscientisé cela, je ne savais pas que j’écrivais pour cette raison-là. Quand on me demandait pourquoi tu écris, je répondais souvent : « j’écris parce que je ne peux pas ne pas écrire ». Ça fait partie de moi. C’est vraiment imprimé dans chacune de mes cellules. L’écriture a pour moi des vertus apaisantes et ça me permet de découvrir et de soulever d’autres voiles. Je m’aperçois que cette instabilité qui apparaît dans mes textes, elle est mienne aussi. On peut toujours tout remettre en question. Michaux disait : même si c’est vrai, c’est faux.

Sais-tu facilement quand tu as terminé un texte ?

Oui. Je sens quand un texte est fini parce qu’à un moment donné, ça me transperce. Mais je suis d’une exigence avec les mots qui peut être pénible parfois pour les gens qui m’entourent. Quand j’écris des chansons, je fais comme Flaubert. Je dis les textes à voix haute et je sens quand ça raccroche.Ca me fait comme si j’entendais une fausse note. Ça dérange mon oreille, donc je recommence. J’ai un côté très perfectionniste et pointilleux. Je déteste l’approximatif. Ça peut me prendre du temps. Et à un moment donné,  j’ai cette espèce de sentiment d’évidence.

céline righi,odonata,interview,scotch et sofa,mandorPour Scotch et Sofa par exemple, ce que chante Chloé Monin, ce sont des histoires qui te racontent ?

Un peu oui. En tout cas, elles sont le reflet de ma réalité, parce que ces textes existaient avant que je rencontre le duo. Les textes ont parlé à Chloé et Romain et la musique de Scotch et Sofa a été tissée sur les textes. Ce qui est amusant, c’est que Chloé est encore plus en accord avec les textes aujourd’hui qu’au début, il y a 8 ans.

Tu écris tout le temps ?

Oui, je suis graphomane.

Tu me disais en off que les livres sont tes voyages…

Je ne suis pas quelqu’un qui voyage beaucoup. Je n’ai pas besoin de me déplacer physiquement pour me nourrir. J’ai un tout petit terrain de jeu. Je suis bien dans mon antre. Ce qui me nourrit ce sont les œuvres d’art de manière générale. Les livres, les tableaux, les sculptures, ça peut me faire voyager pendant des heures.

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Parlons de ton groupe Odonata. Tu t’es dit un jour : « Tiens, si je chantais moi-même mes propres chansons ? »

Le chemin de « j’écris, je mets des mots sur une feuille blanche » à « je chante mes mots » a été long. Mais de manière générale, je suis quelqu’un qui a un développement assez lent. Il faut que les choses infusent avant que j’en prenne conscience. Ce sont des rencontres importantes dans ma vie qui m’ont ouvert les yeux sur certaines choses. Au départ, je voulais être musicienne. Je me suis mise à la basse tard. Mais dans les mots, j’ai détecté la musicalité.  

Tu n’as jamais imaginé que tu pourrais toi-même chanter ?

Non, parce que je ne connaissais pas ma voix et parce que j’étais tournée vers l’écriture de manière très forte... La première rencontre qui m’a donné confiance musicalement, c’est le bassiste Marcello Guiliani (le bassiste d’Érik Truffaz). Il m’a offert une basse et m’a incité à en jouer. Ça a été un élément déclencheur. J’ai commencé à prendre des cours de basse, ensuite, j’ai joué dans des groupes avec cet instrument à Rouen. Déjà, je me suis dit que j’avais envie d’être sur scène. Ensuite, j’ai rencontré une personne qui est très importante pour moi et qui est bassiste aussi, c’est Christophe Piquet, le bassiste d’Odonata. Il m’entendait chanter mes textes et du coup, il m’a demandé pourquoi je ne le faisais pas officiellement. Timidement, j’ai commencé à me mettre devant un micro. Au départ, je susurrais plus que je ne chantais. De fil en aiguille, j’ai rencontré d’autres personnes, dont mon professeur de chant actuel, Hervé Andrione, qui a réussi à faire sauter plein de verrous. Je veux encore travailler et me perfectionner dans cette voie-là. Aujourd’hui, j’ai juste envie d’être sur scène et de chanter.

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Avec Odonata, tu n’as pas encore fait de scène ?

Non, pas encore. Ça me manque d’ailleurs beaucoup. (En souriant). Bon, je suis sur scène un petit peu tous les jours, devant mes élèves. Je suis professeur de français.

Je comprends. Il faut maîtriser le public.

Voilà, c’est ça. Le fait d’être face à un groupe c’est quelque chose que je connais bien depuis 12 ans.

Dans Odonata, vous êtes trois. Christophe Piquet à la basse et à la basse piccolo, Jérémy Steibel, à la batterie et aux percussions et toi aux textes et à la voix.

Christophe et Jérémy sont amis depuis longtemps, puisqu’ils faisaient partie du même groupe, Question d’humeur, il y a quelques années. Ils ont arrêté le groupe qui pourtant commençait à cartonner. Bref, ils sont de nouveau ensemble pour ce projet.

céline righi,odonata,interview,scotch et sofa,mandorLa question que je ne pose jamais habituellement, mais là, je suis un peu obligé de le faire parce que ça explique votre musique. Pourquoi Odonata ?

Les odonates, c’est le terme générique qui regroupe toute la famille des libellules et des demoiselles. J’aimais bien ce nom parce qu’il est beau et prononçable dans plein de langues différentes. Il y a une petite consonance latine que j’aime bien. Je trouve que la libellule est un insecte fascinant. Avant de se transformer en belle danseuse aérienne, c’est une larve hideuse et carnivore. Il faut beaucoup de mues de sa part pour pouvoir se transformer et ça me ressemble parfaitement. Ce qui m'intéresse aussi, ce sont les facettes qu’il y a sur les yeux de la libellule, elles sont kaléidoscopiques. Ca ressemble à notre musique parce que Jérémy, Christophe et moi, on ne vient pas du tout des mêmes univers musicaux, mais nous trois mis ensemble, ça donne ce résultat un peu composite.

Du coup, qualifier votre musique est impossible.

Je n’y parviens pas en tout cas. Peut-être rock electro. Il y a aussi un peu de jazz et les lignes de basse sont très inspirées par le funk. Il y a des influences pop et des envolées très lyriques…

Avec cet EP, qu’attendez-vous ?

Que la libellule aille s’envoler partout. Cet EP n’est pas destiné à la vente. C’est plus pour promouvoir le groupe, faire découvrir notre univers. Comme c’est la période des vœux, notre souhait est d’avoir des dates de concerts.

Tu es confiante en l’avenir ?

J’ai des moments de doutes où je tombe dans des gouffres d’incertitude pas possible, mais la trame de fond, elle, elle est constante. Je le sens depuis le début. Pour moi tout a un sens et les choses n’arrivent pas vraiment par hasard. Je sais qu’un jour je vais monter sur une scène et je que serai très heureuse. J’ai juste envie d’aller chanter et de partager avec Christophe et Jérémy et le public…

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Sachez enfin que, désormais, vous pourrez retrouver Céline Righi sur le blog littéraire L'anagnoste (avec Eric Bonnargent, Marc Villemain et Romain Verger).

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27 décembre 2012

Myriam Thibault et Kevin Juliat : interview croisée pour Plagiat

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Ca faisait un moment que je voulais réunir ces deux amis, Myriam Thibault, 19 ans et Kevin Juliat, 23 ans. L’une est auteure de deux romans et d’un recueil de nouvelles, l’autre travaille dans l’édition. Leur point commun : réussir dans le milieu de l’édition et travailler assidument pour.

L’excuse (parce qu’il en faut une) pour organiser cette rencontre est la sortie du deuxième roman de Myriam Thibault, Plagiat. Le 14 décembre dernier, Myriam (déjà mandorisée là) et Kevin sont passés à l’agence.

myriam thibault,kevin juliat,plagiat,interview,prix raymond radiguet4e de couverture :

Formant avec sa femme un couple bourgeois empêtré dans la routine, le narrateur de Plagiat, acteur et écrivain sûr de lui quoique légèrement désabusé, ne voit pas la catastrophe arriver  : par une sorte de paresse affective, il se laisse surprendre par le départ soudain de sa femme. Désormais seul dans leur maison, il commence à fouiller dans de vieux papiers et découvre la correspondance qu’ils avaient échangée au début de leur relation. Lui qui pensait n’avoir aucune inspiration pour son nouveau livre se décide alors à raconter leur histoire à partir de ces lettres. Mais lorsque le livre paraîtra, et connaîtra le succès, ce geste vengeur se retournera contre lui.
Amplifiant ce qu’elle avait ébauché avec ses deux premiers livres, Myriam Thibault pose la question de l’authenticité des sentiments à travers la figure d’un homme qui, en cherchant à tout prix la gloire, précipite sa propre chute.

myriam thibault,kevin juliat,plagiat,interview,prix raymond radiguetInterview :

Je vous ai réuni parce que je sais que vous vous connaissez et qu’il y a une solide amitié entre vous. Comment est-elle née ?

Kevin : Nous avions chacun un blog littéraire respectif. Quand Myriam est arrivée à Paris, nous nous sommes vus rapidement.

Vous avez quasiment le même parcours. Vous venez de province et vous êtes venus à Paris pour réussir dans le milieu littéraire, et ce, de manière parfaitement assumée. Myriam comme écrivain et Kevin comme, je n’ai pas encore tout à fait compris… mais en tout cas pour travailler dans le milieu de l’édition. Bref, vous vous êtes reconnus.

Kevin : Sauf que Myriam est beaucoup plus précoce que moi.

Myriam : Non, c’est juste que nous ne faisons pas la même chose. Au final, ça revient au même. Toi tu es dans l’édition, moi dans l’écriture.

Vous vous connaissez depuis combien de temps ?

Myriam : Depuis 3 ans… finalement depuis la sortie de mon premier livre.

Donc, quand tu es arrivée à Paris, Myriam, c’était rassurant d’avoir un ami comme Kevin ?

Myriam : Oui. C’est d’ailleurs un des rares que je connais dans le milieu qui a mon âge. Il y a peu de jeunes d’une vingtaine d’années aussi motivés que nous.

Myriam, qu’apprécies-tu chez Kevin ?

Myriam : Plein de choses. Il est super impliqué dans ce qu’il fait. Il sait ce qu’il veut faire. Nous avons à peu près les mêmes attentes et les mêmes envies. Pas au millimètre près, mais ça se recoupe.

Moi, je vous aime bien parce que vous êtes tous les deux très sympathiques, vous savez où vous voulez aller et vous vous en donnez les moyens. Vous avez une soif de réussir,  mais sans le côté arriviste qui m’exaspère habituellement.

Kevin : Quand j’explique que je suis venu à Paris pour réussir dans le milieu littéraire, c’est la première crainte que j’ai. Passer pour un arriviste. Toi-même, tu m’appelles Rastignac, ce n’est pas pour rien.

C’est au second degré Kevin.

Kevin : Je reconnais qu’au début, j’ai un peu joué à ça parce que j’ai fait des rencontres dans ce but, mais ça n’a pas été concluant. Certains ont voulu me mener vers des chemins où je ne voulais pas aller. D’autres m’ont dit de faire attention à ce milieu. J’ai écouté leurs conseils et effectivement, je ne dois pas faire n’importe quoi. Quand j’ai signé mon premier contrat dans l’édition, j’ai eu plus confiance en moi et je me suis calmé.

Tu fais quoi actuellement ?

Kevin : Je suis assistant commercial dans l’édition.

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Myriam, toi, tu viens de sortir ton troisième livre, Plagiat, toujours chez Léo Scheer. J’arrive à peine à suivre ton rythme de parution, dis donc !

Myriam : Ma fréquence de publication va peut-être s’amoindrir. Et je suis toujours chez Léo Scheer, parce que je m’entends bien avec lui. Je m’entends aussi très bien avec Angie David, l’éditrice qui s’occupe de moi. Elle a une trentaine d’années et elle comprend parfaitement ce que j’ai envie de faire. Elle me corrige, me conseille, me suggère, mais dans l’ensemble, le texte de base n’est pas trop modifié. Je me sens assez libre et c’est fort plaisant.

Pour ce livre, tu t’es inspirée de ce que tu vois dans le milieu?

Myriam : Le personnage principal est inspiré de Patrick Poivre d’Arvor. Ce n’est pas lui complètement, mais le fond est inspiré de lui.

Le plagiat, en 2012, c’est quand même pas mal jouer avec le feu.

Myriam : Oui, c’est complètement dingue de s’adonner à ça. Cela étant, je me suis moi-même un peu amusée. J’ai mis en exergue de mon livre une phrase de Jean-Jacques Schuhl. J’ai placé la même citation à la fin, mais sans le citer. Personne ne m’en a fait la remarque. Je ne sais pas si les gens l’ont remarqué. J’ai fait du plagiat pour m’amuser et je joue avec ça.

En tout cas, c’est un sujet intéressant le plagiat.

Myriam : Oui. L’année dernière, j’ai l’impression que l’on a parlé que de ça. Il y a eu les « affaires »  Rama Yade, PPDA avec Hemingway, Joseph Macé-Scaron…

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Dans Plagiat, on sent, une fois encore, que les coulisses de ce monde-là te passionnent. J’ai l’impression que tu ne peux écrire que sur ce sujet.

Myriam : Oui, c’est vrai. Je pense que je ne pourrais pas consacrer du temps et de l’énergie à un sujet qui ne me passionnerait pas. Pour écrire ce livre, j’ai lu tous les comptes rendus d’audience de PPDA, j’ai lu tous les articles qui ont été publiés sur le plagiat Camille Laurens-Marie Darrieussecq, le fameux plagiat « psychique »… bref, j’ai enquêté et ça m’a appris plein de choses.

As-tu envoyé ton livre à PPDA ?

Myriam : Non.

Penses-tu qu’il l’a lu ?

Myriam : Je ne sais pas. Je ne pense pas.

Dans ton livre, tu as délocalisé l’action. Fini Paris ?myriam thibault,kevin juliat,plagiat,interview,prix raymond radiguet

Myriam : Tout le monde m’avait fait la remarque, Kevin compris, que mes héros et l’histoire évoluaient toujours à Paris. On m’a fait comprendre que ce serait bien de me libérer de la capitale.

Kevin : J’avais peur que ça fasse trop « provinciale qui arrive à Paris ». Si on t’a dit de changer de ville, c’est pour que tu ne te fasses pas allumer au prochain livre.

Myriam : J’en ai marre que l’on me parle de ça. Cela dit, le fait de vivre à Paris me donne moins envie d’écrire dessus.

Mon avis est que le lieu n’a aucune espèce d’importance si le livre est bon. Kevin, je sais que tu es gêné de donner ton avis sur Plagiat. Donc, je vais te demander de le faire.

Kevin : Je l’ai lu avec plaisir. Mais je savais que c’était elle qui l’avait écrit, j’avais donc sa voix dans la tête. Je trouve que le style s’est enrichi par rapport au précédent roman. Je pense qu’elle a bien évolué et que son année en Lettres à Paris lui a beaucoup apporté. (S’adressant à Myriam). Pour avoir lu tes interviews quand tu avais 17 ans, les références littéraires que tu donnais, Nicolas Rey, Frédéric Beigbeder par exemple, ne sont plus les mêmes aujourd’hui. Je ne crache pas du tout sur celles-ci, mais tes goûts ont évolué. En te lisant, je vois que tu as commencé à apprendre de la littérature…disons plus classique. Il y a une nette évolution en termes de références. Sinon, je trouve que tu mènes bien ton histoire du début à la fin. Il n’y a pas de temps mort. J’ai aimé, mais je continue à croire que le prochain sera toujours meilleur. J’ai hâte de lire ce que tu écriras quand tu auras trente ans.

Myriam : Moi, je ne me rends pas compte de cette évolution dont tu parles, mais c’est vrai que mon éditeur me dit la même chose. Quand Léo à lu Plagiat, il m’a dit que c’était incomparable avec les précédents.

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C’est bien que tu sois tombé sur un éditeur qui te laisse évoluer comme ça. C’est très rare.

Myriam : C’est pour ça que je reste avec lui.

Kevin : Sinon, Myriam, tu t’es encore une fois mise dans la peau d’un homme… moi, j’attends vraiment que tu écrives avec la voix d’une femme.

C’est intéressant ce que tu dis Kevin. Le fait d’écrire à la place d’un homme, c’est quand même un peu éviter d’écrire en ton nom.

Myriam : Mais c’est complètement ça. Je n’ai pas encore envie d’écrire sur moi, et si j’écris en me mettant dans la peau d’une femme, j’ai l’impression que c’est ce que je vais faire. Dans la peau d’un homme, je m’échappe un peu. J’ai plus de facilité à être cynique et sarcastique.

myriam thibault,kevin juliat,plagiat,interview,prix raymond radiguetCe que je remarque aussi, c’est que tu écris des histoires de personnes qui ne sont pas de ton âge. Ce sont des quarantenaires généralement… et il est beaucoup question de tromperies, de coucheries.

Je n’ai pas envie de raconter des histoires de personnes de mon âge. Je ne vois pas qui ça peut intéresser. Si je raconte que j’ai 18 ans, que je suis étudiante à la fac à la Sorbonne, qu’il se passe telle ou telle chose… personne ne va me lire. Moi, en tout cas, ça ne m’intéresse pas du tout. Au départ, j’ai été étiquetée « plus jeune romancière française », aujourd’hui j’essaie de sortir un peu de ce truc.

Kevin : Je peux aussi te dire que je suis ravi de ne plus lire de name dropping dans Plagiat. Avant, tu en faisais trop.

Myriam : Je sais, tout le monde me l’a dit aussi. Je tiens compte des remarques quand elles reviennent constamment et que je les trouve pertinentes.

Ceci dit, dans Plagiat, le chien s’appelle Truffaut, ce n’est pas un hasard, tu évoques aussi Patrick Dewaere…

Myriam : Oui, mais c’est du name dropping un peu différent, beaucoup plus discret.

Je trouve que les journalistes qui écrivent sur tes livres sont plutôt bienveillants. Comme s’ils savaient que l’évolution de ton écriture allait exploser un jour et qu’il fallait encore un peu patienter.

Myriam : Oui, je me sens privilégiée. J’ai eu l’année dernière un article dans Le Monde, cette année, le Figaro Littéraire. Même Beigbeder, l’année dernière, avait été gentil. Il m’attaquait un peu, mais il m’encourageait.

myriam thibault,kevin juliat,plagiat,interview,prix raymond radiguetKevin, de ton côté, tu es en train d’écrire un livre en ce moment, non ?

Kevin : Enfin, pas tout à fait. C’est une étudiante à Rennes, qui était à la Sorbonne l’an passé, qui adorait que je raconte sur mon blog mes petites aventures dans l’édition. Elle a 7 livres à éditer pour la fin de l’année. Elle doit trouver les auteurs, les illustrateurs, faire la fabrication. Elle a pensé à moi pour être l’un des 7 auteurs. Elle veut que j’écrive sur l’histoire d’un provincial qui débarque à Paris pour réussir dans le monde de l’édition…

Ça me rappelle quelque chose…

Kevin : Oui, enfin, ça ne sera pas complètement ma vie et ça ne sera pas du tout trash. Et puis, ça sort très confidentiellement. Il sera tiré à 200 exemplaires. C’est vraiment un exercice. Ça me force aussi à écrire, parce que, contrairement à Myriam, je suis un peu une grosse feignasse. J’ai un roman en cours, qui n’a rien à voir avec ma vie, et j’en suis à plus de la moitié. Mais je procrastine à mort.

Vous avez un projet commun de prix littéraire. Ce que j’en sais, c’est qu’il sera destiné à des auteurs de moins de 30 ans. 

Kevin : On s’est mis d’accord sur les gens avec lesquels on avait de bosser pour le jury, par exemple. Tu es dans la liste d’ailleurs, mais on en reparlera plus tard… pour les autres membres, on ne dit rien encore. On monte une association pour mener à bien ce projet-là.

Comment s’appellera ce prix ?

Kevin : Le Prix Raymond Radiguet. Sa nièce, Chloé Radiguet, avec laquelle j’ai des échanges de mails, semble favorable pour qu’on utilise ce nom. On aimerait remettre ce prix, fin avril, début mai.

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Les blogs de Myriam Thibault (ici) et de Kevin Juliat ().

22 décembre 2012

Sandra Reinflet : interview pour Je t'aime [maintenant]

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© Farid Karioty

La première fois que j’ai rencontré Sandra Reinflet, c’était il y a deux ans, au Salon du livre de Châteauroux (voir là). Elle chantait accompagnée de sa guitare au lieu de signer ses livres (mais, bon, en vrai, elle alternait ses deux activités). C’est sûr, quand on croise son chemin, on s’arrête, on l'observe et on finit par vouloir communiquer avec elle.

Deux ans plus tard (donc), la jeune femme sort un livre très original, à la fois personnel et finalement sacrément universel. Il m’a paru normal de la recevoir pour en parler.

C’est ce que j’ai fait le 5 décembre dernier à « l’agence ».

sandra reinflet,je t'aime maintenant,interview,mandorNote de l’éditeur :

Sandra Reinflet a aimé vingt-quatre fois. Au moins. Son père, celui du premier baiser, son premier amant, l'homme qui n'a pas voulu, une attirance homosexuelle, celui avec lequel elle a vécu... Je t'aime [maintenant] retrace un cadran amoureux composé de 24 heures distinctes et liées par un fil : l'Histoire d'amour de l'auteure. Pour chacune des personnes, elle a choisi une heure correspondant à un moment fort. En un court texte et une photographie, elle retranscrit ce que la mémoire en a conservé. Elle est ensuite partie en quête de ces hommes parfois perdus de vue depuis des années, pour confronter le souvenir au réel, et les a photographiés chez eux. Cette histoire pourrait tout aussi bien être la nôtre. Un jeu de miroir subtil, qui dresse le portrait d’une génération. Une génération qui tarde à s’installer dans la vie adulte, refuse la contrainte, et pourtant, semble encore chercher l’éternelle rime de l’amour avec toujours.

L’auteure :

Sandra Reinflet est née en 1981. De ses rencontres avec 81 femmes autour du monde, elle en a tiré un premier livre Same same but different  (éditions Michalon), mais surtout une expérience inoubliable. Aujourd'hui, sous le pseudonyme de Marine Goodmorning, elle écrit, compose, interprète et travaille à la réalisation de son deuxième album.

Rencontre avec une jeune femme qui croque la vie !

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Interview :

J’ai lu quelque part que tu as conçu ce projet « pour interroger notre rapport à l’instantané et à l’exclusivité dans l’histoire d’amour. » Comment en as-tu eu l’idée ?

J’étais célibataire, je rentrais du Canada où j’avais passé deux mois. Je venais de vivre une histoire très poétique avec un québécois. Il était venu me voir à un concert. Quand on sort et qu’on arrive à sa voiture, on constate que son pare-brise est explosé. Il y a plein de bouts de verre partout. Il en ramasse un, me le met sur le doigt et me dit « je te fabriquerai une bague avec ». Il était aussi du genre à faire 400 kilomètres pour venir me chercher, m’accompagner à l’aéroport et me dire au revoir… C’était très platonique, mais hyper joli. En rentrant, j'ai raconté ça à mes copines qui semblaient impressionnées. Considérant que c’est un prince charmant, elles m’ont demandé si j’allais le revoir après. Quand j’ai répondu non, elles ont été déçues. Il y avait un côté « ça n’a plus de valeur parce que ce n’est pas un truc pérenne ». C’était trop ancré dans le temps. Après la réaction de mes amies, je n’ai pas beaucoup dormi. Je me suis réveillée au milieu de la nuit avec l’idée de ce projet. Cette histoire m’a marqué autant qu’une autre qui a duré 3 ans.

Il y a 24 histoires. Il a fallu sélectionner ? (Sourire).

Tu crois quoi ? Qu’il y en a beaucoup plus ? (Rire) Au début, je ne mangeais plus, je ne dormais plus. C’est le genre de projet qui prend toute ton énergie. Je n’arrêtais pas d’y réfléchir. C’est une sorte d’introspection. On se rappelle de toutes les histoires, pas forcément des plus récentes. Les souvenirs d’enfance et d’adolescence, ça te marque pour toujours.

Partir à la recherche de son passé, des gens qui ont traversé sa vie, c’est risqué. Un peu casse-gueule même. On peut être sacrément déçu !

Tu as raison. Ce qui est bien c’est que l’expérience a initié l’idée du livre, mais l’idée du livre recrée l’expérience. En même temps, tu sais que tu vas abîmer ton souvenir. J’y ai beaucoup pensé. Tu sais, il y a des gens qui ont refusé de me voir parce que pour certains, une fois que c’est fini, c’est fini. Il y en a un qui m’a dit non parce que l’histoire est enfermée dans un tiroir et qu’il n’a pas envie de l’ouvrir.

Lecture de "10:00"
Soirée de lancement de "Je T'aime [maintenant]" de Sandra Reinflet. Le 29 novembre 2012 at Le Thé des écrivains.

sandra reinflet,je t'aime maintenant,interview,mandorEn allant voir un comédien que tu aimais quand tu avais 10 ans parce que tu le regardais à la télévision, il était prévisible que ça allait ternir tes souvenirs.

Tu parles de l’acteur Patrick Bach qui jouait le rôle de Silas. Évidemment, c’était un héros, il avait 10 ans, il faisait du cheval, il était à la télé… je me doutais bien qu’en le voyant 25 ans plus tard, je n’allais pas être aussi enthousiaste. L’idée était de se demander si le cerveau est capable de faire la part des choses entre ce que tu as gardé et ce que tu vois aujourd’hui. Quand je vais penser à Silas sur son cheval, je vais forcément avoir en filigrane le visage de Patrick Bach devant. Mais, je ne trouve pas que le réel soit laid. D’ailleurs, je ne sais pas si tu as lu une remarque qu’une des personnes que j’ai photographiées m’a formulée. Il m’a dit : "je ne suis pas d’accord avec ton projet parce que tu ne m’as pas demandé de me maquiller, tu ne m’as pas rendu beau, tu n’as pas changé la lumière…". C’est vrai. C’était l’idée de ce projet. Ne pas rendre le réel esthétisant. Je les ai pris chez eux tels quels, à l’heure qui correspondait aux souvenirs. Je voulais faire du brut. Les regarder droit dans les yeux, face à l’objectif, sans artifice.

Tu as eu peur d’être déçue, certes, mais a contrario, n’as-tu pas eu peur de retomber amoureuse ?

Le premier portrait du livre, c’est celui d’un garçon dont l’histoire d’amour que je vivais avec lui n’était pas terminée. Tu sais, il y a beaucoup d’histoires qui se terminent de manière contextuelle. Moi, je voyageais beaucoup, donc parfois, la fin provenait d’un départ. Alors, quand tu revois quelqu’un dont l’histoire d’amour avec lui n’était pas achevée, tu ne sais jamais ce qui va se produire quand tu les ravives un petit peu. Je me suis dit que ce livre allait être compliqué si dès le premier homme revu, c’était aussi dur. Et puis non. Les pages avec les autres hommes étaient vraiment tournées.

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sandra reinflet,je t'aime maintenant,interview,mandorTu racontes tes histoires avec ces hommes-là. Ensuite, il y a la rencontre, et là où je trouve que tu pousses loin le bouchon,  c’est que tu leur demandes de raconter une histoire avec une autre femme.

Eux acceptent d’être 1 parmi 24, ce qui n’est pas facile pour quelqu’un avec lequel tu es resté longtemps. Je ne voulais pas qu’ils se sentent seulement une de mes heures et que moi, je leur donne l’impression de penser que je suis la seule dans leur vie.

Parfois, il y a de la jalousie de ta part quand tu entends ces histoires qui ne te concernent pas ?

Ce n’est pas toujours facile d’entendre un homme que tu as aimé te raconter un moment intime avec une autre femme. Ça dépend des gens. Il y en a qui sont devenus des amis et avec lesquels il y a beaucoup de distance, mais il y en a d’autres, ça pique encore un petit peu. Je ne suis pas très jalouse en général, mais j’ai été confrontée à la jalousie des autres. Il y a des hommes qui ont accepté cette expérience, mais en cachette de leur compagne. Certains m’ont demandé de ne pas leur envoyer le livre pour qu’il ne soit pas dans sa maison. J’ai donc constaté qu’il y a des gens qui veulent occulter le passé de l’autre. Moi, j’aime bien prendre quelqu’un en totalité, avec sa petite charrette de souvenirs.

À ces hommes, tu leur demandes aussi de raconter comment ils voient votre histoire…

Souvent, ils m’ont demandé ce que j’avais choisi moi comme moment avec eux. Parfois, ils ne sont pas d’accord. Ils m’ont dit : « Mais moi, je ne m’en rappelais pas de ce moment ! ». Les souvenirs sont très sélectifs et subjectifs. Ce sont plus des bribes de conversation que j’ai gardées parce que ça m’a marqué. Mais, ça ne parle pas toujours de moi. Parfois, ça parle de leur conception de l’amour. Mon père qui me dit par exemple : « Il faut toujours être celui qui aime le moins ».

Tiens ! Tu parles de ton père. Qu’est-ce que tes proches ont pensé de ce projet, quand même très intime ?

C’était difficile et c’était même une de mes angoisses par rapport à ce livre. Mais je ne pouvais pas traiter ce sujet sans parler d’intime. Je ne pouvais pas en parler « en général ». J’avais envie d’une implication et pour toucher les gens il faut être touché soi-même. Pour Erwan, mon compagnon d'aujourd'hui, ça ne me gêne pas du tout. Parce qu’on a une relation équilibrée, on n’est pas jaloux ni l’un ni l’autre. On est assez fataliste.

Tu as de la chance d’être tombé sur quelqu’un comme lui.

Tu te rends compte, je rencontre quelqu’un et je lui dis que pendant un an je vais voyager pour aller photographier mes ex aux quatre coins du monde. Il m’a toujours dit : « Ecoute, s’il doit se passer un truc, je n’y pourrai rien. Alors, je te fais confiance et si tu es plus heureuse avec quelqu’un d’autre qu’avec moi, tant mieux, et si ce n’est pas le cas, je préfère que tu ailles au bout et pas que tu idéalises et que tu fantasmes un truc ». Par contre mon père, il a dit oui pour me faire plaisir, mais tout ça lui passe au-dessus. Il est très « terrien », pas du tout dans l’art ou la culture. Quand je lui ai parlé de ce projet la première fois il m’a dit : « Parfois, je me demande si je suis vraiment ton père !». Nos idées sont éloignées. Je lui ai donné le livre, mais il n’arrive pas à le lire.

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© Ramez El Said

En lisant, je me disais que c’était un projet malin. On a tous le fantasme d’aller à la recherche de ses anciens amours. Du coup, ton livre touche tout le monde.

Je suis très contente quand on me dit qu’on s’y reconnait. Un ami m’a envoyé un mail en me disant : « Tu parles tellement bien du JE que ça devient un NOUS. » Ça me fait vraiment plaisir parce que c’était le but de ce livre. Ce n’était pas une autothérapie, je voulais que tout le monde se sente concerné. J’espère que ça agira comme un miroir, que chacun se posera des questions, que ça rappellera des souvenirs, que ça fera rigoler, que ça fera pleurer… on écrit pour que ça fasse un écho à l'histoire des lecteurs.

Tu n’as jamais eu peur que ton livre soit trop egocentré ?

J’ai eu très peur des réactions des gens. Moi, je savais pourquoi je le faisais, mais une question m’interpellait : est-ce que j’aurai la force de supporter les critiques, les réflexions, les réticences, les jugements de valeur des uns et des autres. J’ai essayé d’élargir le champ en allant de mon histoire à l’histoire des hommes dont je parle, jusqu’à l’histoire du lecteur. Ce sont des cercles concentriques.

As-tu eu la tentation de romancer l'histoire pour le plaisir littéraire ?

J’ai vraiment cherché à ne jamais trafiquer le réel. J’aurais pu avoir envie de le faire, mais non. Ça aurait été mentir à moi, aux hommes dont il est question dans le livre et aux lecteurs.

Il y a des passages où les hommes qui parlent de toi le font dans leur langue. Tu ne traduis pas.

C’est une réflexion qu’on a eue avec mon éditeur. Parfois, il y a des gens qui ne comprendront pas les rares passages en anglais et le passage en allemand. Je trouvais ça intéressant parce que moi aussi ça m’arrive de ne pas comprendre. On ne se comprend pas toujours en amour. J’aime bien cette petite ambigüité du langage. On n’est pas toujours sur la même longueur d’onde.

sandra reinflet,je t'aime maintenant,interview,mandorCe n’est pas la première fois que tu te bases sur ta vie pour écrire un livre. Dans Same Same but different (déjà chez Michalon), tu en as fait autant. Du 5 avril 2006 au 3 juin 2007, tu as passé 14 mois avec ton amie Yuki à sillonner la planète du Bostwana à l’Inde, en passant par le Chili, l’Australie, l’Indonésie ou encore le Japon et le Népal. Vous êtes partis à la rencontre de 81 femmes de 25 ans, toutes porteuses d’un projet fort ou l’ayant réalisé. Et nées, pour la plupart, en 1981. Un bel hommage à l’importance de croire en soi et de réaliser ses rêves.

J’adore l’aventure, j’adore l’expérience, donc j’aime bien quand la création provoque quelque chose, quand les deux sont interconnectés. « 81 femmes », c’était plus du reportage qu’artistique.

Il y a un côté sériel dans ton œuvre. Tu as d’abord rencontré 81 femmes, puis 24 hommes…

Oui, mais là, j'arrête ce procédé, involontaire en plus. Je travaille sur un nouveau projet photos/textes qui s’intitule Qui a tué mon école Jacques Prévert. J’ai retrouvé mon ancienne école primaire grâce au livre Je t’aime [maintenant]. C’est drôle comme les choses sont liées parfois. Je suis allée prendre une photo de la cour d’école, et je l’ai retrouvée à l’abandon, les vitres explosées. Elle avait été squattée. J’ai pris des photos de l’intérieur de l’école et j’ai trouvé très esthétique l’état dans lequel elle est désormais. À côté de chaque photo, je raconte juste un souvenir. Ce projet existe pour ranimer les murs et pour questionner le problème des écoles en province qui ferment. J’ai traité ce phénomène artistiquement.

Il y a toujours un travail photographique dans tes livres. Tes activités artistiques sont souvent associées…

Parfois, ça me pose des problèmes parce qu’en France, on aime bien les spécialistes. Quand j’ai fait ce voyage, ces articles et ce livre, on m’a dit « c’est super, tu peux en refaire à droite à gauche… ». Moi, le problème, c’est que je ne veux jamais faire deux fois la même chose. Je veux m’essayer à quelque chose que je ne sais pas faire. J’aime bien être nouvelle, avoir un regard neuf, pour inventer mieux. J’ai toujours voulu toucher à plein de choses. Quand j’étais gosse, je disais toujours que je serais chanteuse, voyageuse, écrivain, photographe. J’aime utiliser un autre outil pour exprimer la même chose.

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Cet été, tu es partie avec une amie, Aurélie Streiff, faire Paris-Istambul en autostop. Il y a d’ailleurs un blog qui raconte cette aventure.

Il faut que la vie soit un jeu. Après, il y a des grosses phases de travail parce que c’est laborieux d’écrire un bouquin ou de bosser sur un album. Tu sais, le temps passe vite. J’ai eu un accident de voiture quand j’avais 20 ans. J’ai réalisé que j’étais mortelle alors que c’est une considération très abstraite quand on a cet âge. Ça a été le déclic qui m’a fait réaliser qu’il fallait vivre ses rêves et qu’on n’avait pas forcément 60 ans devant nous pour les réaliser. J’ai la chance depuis l’enfance de savoir ce que je veux faire, mais au début, j’ai été lâche… j’ai fait des études. Un master de commerce. J’étais dans ce domaine et j’aurais pu facilement me laisser couler dans cette voie toute tracée.

C’est difficile de concrétiser ses envies ? Il y a tellement de paramètres dans la vie qui empêche de faire ce que l’on veut…

Moi, je pense que c’est plus dur de ne pas suivre ses envies. C’est une question de tempérament. Je m’épanouis dans l’instabilité. Il faut se connaitre soi-même et tout le monde ne peut pas supporter cette vie. Je n’ai jamais une vision à plus de trois mois de et où je vais être, de ce que je veux faire, de est-ce que j’aurai un peu de fric ou pas. C’est super précaire. Mais moi j’aime bien ça. Ça m’anime le fait de ne pas savoir, d’avoir des surprises.

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© Sommeil Paradoxal (http://www.sommeilparadoxal.com/)

Tu n’as pas l’impression que tu es une fille énervante ?

Dans quel sens ?

Tu es une femme libre, heureuse, belle, qui fait ce qu’elle veut, et qui est toujours souriante.

Ce n’est qu’en surface. S’ils viennent chez moi, ils verront que c’est galère. Je le répète, il y a des côtés précaires qui ne sont pas toujours faciles à assumer. Quand ça ne va pas, je ne m'épanche pas. Mais comme je n'ai aucun contrôle sur mes émotions, je suis capable de pleurer en une seconde dans la rue. C’est facile de faire croire que tout va bien, mais tout ne va pas bien tout le temps.

Tu es quelqu’un de très indépendant en tout cas.

Oui. Et les projets viennent de moi, c’est d’ailleurs une des difficultés. C’est difficile, mais je ne veux pas m’apitoyer là-dessus, parce que c’est aussi une grande liberté. Il faut se lever tout seul, se motiver tout seul, personne ne t’attend. Tu as envie de ne rien foutre et bien tu n’existes pas socialement. Et tant que ton livre n’est pas publié, pour les autres, tu ne fais rien. Quand tu écris, tu peux dire à tes amis, « j’écris un bouquin », mais tant qu’il n’est pas publié, ça compte pour du beurre… et les gens te disent « oui, OK ! Tu ne fous rien ! ». Il faut une force de caractère pour assumer ça.

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Sandra Reinflet en concert au Bus Palladium (Crédit : Dominique Gellez)

Quel est ton ambition littéraire et musicale?

Ce que j’espère, c’est d’avoir une reconnaissance suffisante pour que chaque projet soit moins compliqué à monter que le précédent.

À quand un roman ? Un vrai.

Je n’ai jamais voulu faire de la fiction. Je me suis toujours dit que ce n’était pas pour moi. C’est un travail de perfectionniste, ce que je ne suis pas. Mais j’écoute beaucoup mes rêves. J’ai rêvé d’une histoire, au printemps dernier. Juste après, je suis allé au Salon du livre et du vin de Saumur et j’ai rencontré plusieurs auteurs, dont Bernard Werber avec qui j’ai déjeuné. À la fin du déjeuner, il me dit : « Sandra, tu sais pourquoi on se rencontre ? ». Je réponds que non et il me dit : « parce que je sens qu’il faut que je te passe un message. Il faut que tu écrives de la fiction… et sans attendre ».  Ça me va très bien ce genre de signe...

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16 décembre 2012

Rodolphe Fontaine : interview pour "Nostalgie, quand tu nous tues"

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(Crédit : Yann Cielat)

Rodolphe Fontaine vient de sortir un deuxième roman, Nostalgie, quand tu nous tues. Un polar très bien mené avec deux héros enquêteurs attachants. Partant du principe élémentaire qu’une personne qui écrit tous les jours (sans exception) progresse de livre en livre, il n’est pas interdit de penser que cet auteur encore confidentiel deviennent  un jour un maître du polar. Le 29 novembre dernier, j’ai reçu Rodolphe Fontaine dans les locaux de « l’agence ».

rodolphe fontaine,nostalgie quand tu nous tues,interview,mandor4e de couverture :

Lorsqu’un corps sans vie est retrouvé à Rouen, au pied du pont Flaubert, le commandant de police Marius Korda est persuadé d’une chose : il a déjà croisé la victime lorsqu’il était en compagnie de son meilleur ami, Hippolyte Delyon. Alors que l’enquête n’en est qu’à ses balbutiements, un nouveau meurtre est commis et les deux amis se rendent compte que le passé des victimes est lié au leur. Peu à l’aise dans cette affaire, Marius n’hésite pas à mandater Hippolyte pour mener des investigations non officielles.
Mais le résultat de ces dernières pose un véritable problème : celui par qui les crimes sont perpétrés semble être la première victime de cette série de meurtres…

L’auteur :

Né en 1979 dans la Drôme, Rodolphe Fontaine aspirait à devenir l'enquêteur des romans policiers qu'il dévorait adolescent. Finalement, ses études de droit l'ont conduit vers le « social », milieu dans lequel il a évolué pendant plus de sept ans. Passionné depuis son plus jeune âge de lecture et d'écriture, c'est au cours d'une énième nuit d'insomnie, en juillet 1998, qu'il prend la décision d'écrire son premier roman. Mais c'est seulement en 2008, à la suite d’événements personnels ayant radicalement changé sa vision de la vie, qu'il décide de partager ses écrits. Il signe ici un excellent roman, réunissant tous les ingrédients du bon polar : suspense à volonté, psychologie, et de surcroît non dépourvu de culture littéraire !

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rodolphe fontaine,nostalgie quand tu nous tues,interview,mandorInterview :

C’est une nuit de l’année 1998 que tu as décidé d’écrire sérieusement.

C’était une nuit d’insomnie, suite à la lecture d’un roman de Stephan King, Salem, un roman qui m’a donné envie de passer le cap. Je me suis dit « pourquoi pas moi ? ». À l’époque, je me suis lancé dans un roman fantastique. Il n’a jamais été édité, j’ai dû écrire 150 pages. Pour les avoir relu il n’y a pas longtemps, je trouve que ça ressemble beaucoup à du Stephen King, le talent en moins (rires). Je tentais d’employer les mêmes ficelles.

Tu ne lisais que de la littérature fantastique à l’époque ?

Au début oui. Et puis aussi des romans policiers, les grands classiques comme les Agatha Christie, et puis petit à petit, je me suis plus orienté vers les thrillers. Aujourd’hui, par contre je dévore les romans policiers.

De toutes ces lectures, as-tu acquis des automatismes littéraires, des ficelles pour mener l’intrigue par exemple ?

Oui, mais je me dis aussi souvent : « Tiens ! Les choses sont amenées comme ça, moi, je ne serais pas allé dans la même direction, j’aurais utilisé un effet différent… ». Oui, le cerveau travaille pas mal quand je lis mes confrères.

Tu lis beaucoup ?

Oui. Et ça me stimule. Ça me donne envie de faire mieux (rires). Je lis vraiment de tout. Des romans autoédités, mais aussi des classiques du roman policier. Je suis un grand fan de Fred Vargas par exemple, de Brigitte Aubert, Exbrayat aussi. De temps en temps, je me replonge aussi dans PD James ou Agatha Christie. Je lis aussi du Houellebecq, Jean Teulé. Là, en ce moment, je suis dans ma période Bret Easton Ellis…

Bon, un jour tu écris Mortelle Tutelle. Et tu le sors en autoédition…, comme Hippolyte rodolphe fontaine,nostalgie quand tu nous tues,interview,mandorDelyon, ton héros écrivain détective de Nostalgie, quand tu nous tues.

Oui, c’est vrai. Nous avons ce point commun avec Hippolyte (sourire). J’ai évidemment tenté de me faire éditer dans des maisons d’édition, mais sans succès.

Comme c’est le cas pour bon nombre d’écrivains au début de leur carrière.

J’assume parfaitement d’être passé par là. Je m’étais lancé via The Book Edition, qui est un site qui permet d’imprimer à la demande. Grâce à Internet et le bouche à oreille, le livre a fini par trouver ses lecteurs. J’ai réussi à le placer dans quelques librairies.

Tu as joué la carte de « je suis un auteur régional » ?

Non, je ne me suis jamais basé là-dessus. Comme j’habite à côté de Rouen, on me demande si  j’ai fait exprès d’avoir situé l’action dans cette ville. C’est simplement la volonté d’écrire sur des lieux que je connais, voire que je fréquente. Je n’ai pas la volonté de me dire "comme ça, j'en vendrai beaucoup à Rouen". Ce n'est pas du tout ma démarche.

Mais ton roman a quand même du succès dans cette ville ?

Oui, les gens aiment bien s’identifier à certains personnages ou reconnaître des lieux. Bon, mais soyons clair, je n’ai pas voulu écrire un guide touristique. Je connais des auteurs qui publient chez des éditeurs régionaux, on leur demande plus de description de lieux, de monuments de la ville. Moi, je ne voulais pas tomber dans ce cliché-là. Je suis plus sur des ambiances…

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(Crédit : Yann Cielat)

J’en reviens à l’autoédition. Tu sais qu’un auteur publié ainsi est plutôt mal considéré.

Je le vis plutôt bien. Le lecteur en lui-même, il s’en moque que ce soit autoédité. Lui, il a un livre entre les mains. C’est plus par rapport aux gens de l’extérieur, qui d’ailleurs généralement n’ont pas lu le livre, qui disent que le livre est mauvais parce qu’il n’a pas trouvé preneur dans une maison d’édition.

Je vais te dire franchement, je suis aussi un peu comme ça. Quand je reçois un livre autoédité, j’ai un à priori. Mais je commence à le lire quand même pour valider ou non mon jugement facile.

C’est un réflexe classique, je te comprends. Encore une fois, il y a beaucoup d’auteurs qui commencent par l’autoédition et qui finissent par être publiés dans une vraie maison d’édition. La preuve, c’est le cas pour mon second livre, Nostalgie, quand tu nous tues.

Comment as-tu trouvé un éditeur ?

Au hasard de discussions sur internet. Une blogueuse littéraire ma parlé d’une maison d’édition de taille moyenne, Les 2 encres. Je leur ai envoyé mon manuscrit et ils m’ont appelé trois semaines après et m’ont proposé de manière enthousiaste de m’éditer .

À ce moment-là, on a l’impression de franchir un cap supérieur ?

Je croyais en ce roman parce que je n’ai pas eu des lettres de refus impersonnels comme pour le précédent. Les lettres étaient plus explicatives et personnalisées. Souvent je suis passé en deuxième lecture de comités de lecture de maisons qui ont pignon sur rue. Je me dis que ce n’est pas encore, mais ça accroche.

Et quand tu reçois le carton de livre chez toi ?

Quand on a le livre entre les mains on est content, mais en fin de compte, c’est à ce moment que tout commence.

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(Crédit : Yann Cielat)

Parlons du livre. Hippolyte Delyon est écrivain. Il aide son pote Marius Korda dans ses enquêtes policières. Pourquoi en as-tu fait un écrivain autoédité ?

Parce que j’ai voulu parler de ce monde-là qui était moins connu. Celui des gens qui écrivent, mais qui galèrent pour être édités. Je voulais parler de ce que j’avais vécu. Les lettres de refus, le stress quand on envoie son manuscrit. Il y a un peu de moi dans Hippolyte, mais il y a aussi un peu de moi dans Marius.

Marius Korda, lui, est commandant de police. Il a un jeu littéraire avec Hippolyte. L’un des deux cite une phrase d’un livre et l’autre doit deviner de quel livre est tiré la citation… ça intellectualise tes héros.

Oui, c’est vrai. Ce jeu, sorte de gimmick durant tout le livre, je le trouvais intéressant. Hippolyte est plus cultivé que Marius, mais Marius tente d’arriver au niveau de son copain. Peut-être aussi que ça peut donner envie aux lecteurs d’aller découvrir les auteurs cités. Le plus dur, c’est de trouver la citation qui est cohérente dans l’histoire.

rodolphe fontaine,nostalgie quand tu nous tues,interview,mandorQuelle est la difficulté pour bien mener une intrigue policière ?

C’est que tout soit cohérent sur toute la longueur du livre et qu’il y ait du rythme. Concernant l’intrigue, je fonctionne toujours de la même façon. J’ai une idée en tête, je commence à écrire et au bout de 150 pages, je me dis que le coupable que j’ai en tête, et  bien, ce ne sera pas lui. Après, évidemment, je reviens sur mon texte en modifiant ce qu’il faut, toujours pour obtenir la cohérence maximale. Je ne veux pas que l’on devine l’intrigue avant que l’on atteigne les dix dernières pages. J’ai le syndrome Agatha Christie.

Tu es en cours d’écriture du troisième roman ?

Je pars de Rouen, mais on va se promener du côté de la Grèce et de la Tunisie. Ce seront deux nouveaux personnages. Un détective privé et un prof de fac qui vont partir à la recherche de l’ex-femme du prof de fac. J’avais envie de faire voyager les lecteurs, sortir un peu de mes lieux habituels.

Tu n’aimerais pas avoir des héros récurrents ? Parce que je trouve qu’Hippolyte et Marcus sont des héros intéressants.

Eux vont revenir. Ce ne sera pas une suite de Nostalgie, quand tu nous tues, mais une toute nouvelle aventure.

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(Crédit : Yann Cielat)

Tu as un travail dit « alimentaire » ?

Je mets en œuvre des politiques publics à un niveau régional. Je m’occupe du financement et du pilotage de centres d’hébergement dans la réinsertion sociale.

Comment tes collègues prennent-ils ton activité d’écrivain?

Ça les intrigue et les interpelle. Moi, je ne leur en avais jamais parlé. C’est le hasard qui a fait qu’ils l’ont découvert. Ils achètent, ils lisent et d’après ce qu’ils me disent, ça leur plait.

As-tu confiance en ta destinée d’écrivain ?

Concrètement, j’aimerais bien en faire ma vie. Écrire toute la journée et en vivre. Mais je ne cherche, ni la notoriété, ni la richesse, je veux juste exercer ce métier dans de bonnes conditions. Aujourd’hui, j’écris de 23h à 3h du matin, j’aimerais avoir les moyens d’écrire plus. Il y a des jours où je me dis que j’y arriverai, parce que j’ai plein d’idées d’histoires. J’espère un jour trouver un éditeur national qui ait confiance en moi. J’écris ce qui me plait, j’essaie d’être honnête avec moi-même et de ne pas suivre des courants opportunistes. Si je m’étais lancé dans des romans de vampires pour ados, par exemple, j’aurais plus de chance d’être publié, je suppose.

Cela étant, les romans policiers, ça marche bien.

Oui, mais il y a beaucoup de concurrence.

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Merci à Yann Cielat pour toutes les photos (sauf les deux prises à l'agence).

Pour découvrir le travail de ce photographe fort talentueux, cliquez ici!

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12 décembre 2012

Carole Aurouet : si Prévert m'était conté....

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carole aurouet,l'amitié selon prévert,le cinéma dessiné de jacques prévert,interview,mandorCarole Aurouet est maître de conférence à l’université Paris-Est-Marne-La-Vallée et spécialiste de Jacques Prévert. Je l’ai connu il y a une dizaine d’années. Elle était mon invité pour Le livre à la page une émission diffusée uniquement sur le net (cinema-tv.com était alors précurseur dans ce domaine). Elle est venue présenter un ouvrage collectif sur Prévert et le cinéma. Une amitié est née alors.

Depuis, Carole Aurouet a participé au catalogue d’exposition Jacques Prévert, Paris la belle (Flammarion, 2008) et a écrit bon nombre de livres sur Prévert, dont Jacques Prévert. L’humour de l’art (Naïve, 2007), Prévert. Portrait d’une vie (Ramsay, 2007) et Les Scénarios de Jacques Prévert (Dreamland, 2008).

Le 26 novembre dernier, je l’ai reçu à l’agence pour deux ouvrages sortis simultanément ce mois-ci (et qui feront de beaux cadeaux de Noël).

Ce qu’en dit l’éditeur, Textuel (en version réduite) :

carole aurouet,l'amitié selon prévert,le cinéma dessiné de jacques prévert,interview,mandorL'amitié selon Prévert :

Anniversaire, rendez-vous, dîners entre amis, Prévert plaçait l’amitié au centre de sa vie. À partir de la fin des années 1950, installé cité Véron, il prend l’habitude d’y consacrer chaque jour une belle éphéméride : une fleur dessinée au feutre et vivement colorée aux côtés de laquelle il notait les noms et souvent l’occasion de ses rendez-vous. Le geste est superbe, le défilé des noms vertigineux…  Fidèle à lui-même, Prévert y apparaît taquin et attachant.

Dans une galerie de seize courts portraits, Carole Aurouet raconte les liens qui attachaient Prévert à chacun de ses amis. Au fil des pages, on retrouvera donc les compères, les intimes, les inséparables : Arletty, Maurice Baquet, René Bertelé, Pierre Brasseur, Henri Crolla, Robert Doisneau, Marcel Duhamel, Jean Gabin, Paul Grimault, Joan Mirò, Aimé Maeght, Édith Piaf, Marcel Mouloudji, Pablo Picasso, Pierre Prévert, Simone Signoret, Alexandre Trauner et Boris Vian. C’est toute une époque qui défile ainsi sous nos yeux, bouillonnante, créative, éclectique.

Le cinéma dessiné de Jacques Prévert :

Dans ce livre, Carole Aurouet retrace de manière exhaustive les rapports de Jacques Prévert au carole aurouet,l'amitié selon prévert,le cinéma dessiné de jacques prévert,interview,mandorcinéma : sa petite bande d'acteurs composée d'Arletty, Brasseur, Bussières, Gabin, Morgan, Reggiani et les autres, son tandem avec son frère Pierre, ses nombreuses collaborations avec Carné, sa tendresse sans borne pour les personnages humbles et son esprit de résistance... Mais cet ouvrage montre aussi sa création à l'œuvre. Sont ainsi présentées, pour la première fois, les planches scénaristiques dessinées de l'auteur. Cet ensemble iconographique exceptionnel est complété par des fragments de scénarios autographes mis en lumière par Carole Aurouet, proposant ainsi un aperçu complet des traces et supports de la création scénaristique de Jacques Prévert. Dans un texte richement documenté, l’auteure raconte le parcours cinématographique de Jacques Prévert depuis ses premières émotions de spectateur en culotte courte, dans les années 1910, à ses derniers films, dans les années 1970. Cette présentation est illustrée de nombreuses photographies incomparables, certaines étant l'œuvre de Savitry, toutes prises durant les tournages ou au moment de la création elle-même.

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Interview :

Je t’ai interviewé la première fois il y a plus de 10 ans et c’était déjà pour un livre sur Prévert.

Oui, je n’avais pas encore soutenu ma thèse. C’était un ouvrage collectif sur Prévert et le cinéma que je dirigeais.

carole aurouet,l'amitié selon prévert,le cinéma dessiné de jacques prévert,interview,mandor10 ans après, tu as toujours la même passion. D’où t’es venue cette passion que tu ne lâches pas ?

Au début, c’était un peu un hasard. Je l’ai rencontré à l’école quand j’étais petite, comme tout le monde. Je sais que je l’ai aimé à cette période-là, parce que j’ai retrouvé des ouvrages de Paroles dans lesquels j’essayais de recopier les poèmes. Après, je l’ai un peu perdu de vue parce qu’à l’école, on le perd de vue au bout d’un moment. Quand j’ai commencé à chercher un sujet de maîtrise, qu’on appelle maintenant un master 1, j’avais envie d’allier mes deux passions, en l’occurrence, la littérature et le cinéma. J’ai trouvé un poète scénariste que j’aimais beaucoup, donc j’ai commencé ma maîtrise en travaillant sur Prévert et puis ça m’a passionné.

Ensuite, tu as continué dans le cadre de tes recherches universitaires en master 2 et en thèse.
Oui et depuis, j’ai écrit une dizaine d’ouvrages sur Prévert. Prévert, c’est à la fois, le cinéma, la poésie, la littérature pour les enfants, les collages, le théâtre, la chanson… il y a donc énormément de choses à faire et découvrir autour de son œuvre. On ne s’ennuie jamais. Je pense que d’ici deux, trois ans, j’aurai fait un peu le tour, mais là, il me reste encore des pans à fouiller.

Continues-tu d’apprendre des choses sur lui ?

Oui, constamment, sinon je m’arrêterais. En fait, c’est tout le paradoxe de Prévert. On a l’impression de bien le connaître, c’est censé être le poète le plus connu et préféré des Français, mais en fait, ce que l’on connait de lui, c’est surtout Paroles et quelques grands films comme Les enfants du Paradis. Il faut quand même savoir qu’il a écrit une centaine de scénarios et qu’il y en a plein qui sont restés sur le papier sans avoir été tournés et qui sont encore à découvrir. Ça fait partie des pans de son œuvre à fouiller. Je suis en plein dedans, parce que je prépare l’édition de ses œuvres scénaristiques pour Gallimard. Elle devrait paraître vers 2014-2015.

Bande annonce de "Les enfants du paradis".

Son oeuvre est un puit sans fond...

Oui, c'est exact. Sur le cinéma, évidemment, mais j’apprends aussi sur ses pièces de théâtre qui est une partie que je connaissais moins. Il y a beaucoup de choses à découvrir, mais c’est quelqu’un qui ne nous a pas facilité la tâche. Il ne conservait rien, alors il faut toujours partir en quête de tous les documents, que ce soit des manuscrits ou des textes. J’ai aussi initié ce qu’on appelle la génétique scénaristique. C’est l’étude de ses brouillons de scénarios qui sont très très particuliers, pour comprendre comment il crée une œuvre. Non, mais vraiment, il y a beaucoup de choses à faire.

Du coup, tu es devenue la spécialiste française, voire mondiale, de Jacques Prévert. Dès qu’il y a un livre à écrire sur lui, on fait appel à toi. C’est flatteur ?

Oui. D’avoir une reconnaissance sur son travail, c’est tout à fait agréable. Dans l’optique d’une reconnaissance, il y a aussi Le cinéma dessiné de Jacques Prévert qui concoure pour le Prix du livre de cinéma 2013. Je ne sais pas si je l’aurai, mais il sera décerné au mois de février. Il y a un engouement de la part des lecteurs, de la part des éditeurs, de la part de la famille Prévert pour mon travail… et j’en suis fière.

carole aurouet,l'amitié selon prévert,le cinéma dessiné de jacques prévert,interview,mandorCette crédibilité acquise depuis des années t’a ouvert les archives familiales de Prévert. Pour L’amitié selon Prévert,  par exemple, tu as puisé dedans. Parlons de cet ouvrage, véritable célébration de l’amitié.

L’amitié chez Prévert avait déjà été abordée, mais ponctuellement, dans des biographies, mais jamais dans un ouvrage tout seul. Comme c’est quelque chose qui est capital pour lui, il me semblait nécessaire de lui consacrer un livre. À partir de l’année 1955, Jacques Prévert, tous les matins, dessine des grandes pages d’agenda. Il commence à esquisser une immense fleur, jamais la même, puis il note le jour de la semaine… malheureusement, il ne met jamais le mois et l’année. C’est assez difficile de les classer chronologiquement.

Il était bordélique ?

Non, mais en fait, il ne sacralisait pas ses créations et ne pensait pas du tout à la postérité et à la manière dont on allait pouvoir les agencer plus tard. Après, il notait tous ses rendez-vous de la journée. C’est très amusant parce qu’on va retrouver tous ses amis, pour la plupart très célèbre, même si lui, il avait comme ami aussi bien la concierge que Picasso.

Il n’y avait pas de hiérarchie selon l’importance de la personne.

Aucune. Ce sont des éphémérides qui nous permettent de reconstituer toute la galaxie amicale de carole aurouet,l'amitié selon prévert,le cinéma dessiné de jacques prévert,interview,mandorPrévert, donc on va trouver Picasso, Miro, Arletty, Doisneau… la famille du cinéma, la famille des photographes, la famille des musiciens, la famille des comédiens. Ce qui est amusant c’est que, comme il ne se prend jamais au sérieux, on trouve beaucoup de blagues sur ses éphémérides. Elles sont aussi instructives qu’émouvantes et drôles. On retrouve son esprit qui ne veut jamais se prendre au sérieux. Il utilise aussi une orthographe phonétique qui, je trouve, préfigure les SMS.

J’ai lu qu’il savait en un clin d’œil reconnaitre ou non un ami ?

Il ne s’est jamais trompé. Comme il est quelqu’un de très entier, il peut être très amical et chaleureux, comme il peut être exécrable d’un coup, s’il n’aime pas la personne. Ce qu’il faut préciser, c’est qu’il est très fidèle en amitié et c’est un véritable engagement que Prévert demande en retour. Lui, par exemple a commis des actes extrêmement courageux. Il a aidé le compositeur Joseph Kosma et le décorateur Alexandre Trauner pendant la guerre. Ils étaient juifs et n’avaient pas le droit de travailler. Il les a cachés dans une demeure et il leur a permis de travailler clandestinement pour Les visiteurs du soir et Les enfants du Paradis. Prévert a une amitié qui s’implique et qui est courageuse.

Prévert était-il l’homme parfait ?

Non, certainement pas un homme parfait, mais il était toujours entier, honnête et juste. Il avait la vérité des sentiments et  les choses étaient dites.

Comment as-tu fait pour obtenir tous les dessins qui illustrent L’amitié selon Prévert ?

Ils sont mélangés dans des cartons des archives de la succession Fatras/ Jacques Prévert. L’ayant droit de Jacques Prévert, c’est sa petite-fille, Eugénie Bachelot-Prévert. C’est elle qui m’a donné accès aux éphémérides. On les a choisis avec l’éditeur pour essayer de montrer le panel des amis de Prévert. 

Ça continue à t’émouvoir quand tu tombes sur ce genre d’archive ?

Bien sûr. A chaque fois que je découvre quelque chose de nouveau qui me permet d’éclairer un aspect de l’art de Jacques Prévert, ça continue à m’émouvoir. Et j’en découvre toujours… j’ai l’impression que la source est intarissable.

Dans L’amitié selon Prévert, tu portraitises certains de ses amis.

J’ai essayé de prendre ceux qui étaient incontournables, ceux qui apparaissaient sur les éphémérides. Il fallait que ce soit éclectique pour qu’il y ait des gens de la littérature, du cinéma et de la chanson.

C’est une bonne manière de montrer l’art de cette époque sous toutes ses formes.

Oui, c'est vrai. Quoi qu'il fasse artistiquement, Prévert n’aimait travailler qu’avec des copains sinon, il n’avait pas envie. Il était toujours dans l’idée d’équipe, de partage, de respect, de créations communes sans se soucier des normes, de non hiérarchie entre les membres d’un même projet.

Pourquoi l’amitié était si importante pour Prévert ?

C’est quelqu’un qui s’est construit jeune avec des bandes, notamment celle des « surréalistes ». C’est quelque chose qui l’a forgé de 1924 à 1930. Ensuite, il a participé au groupe Octobre, la troupe de théâtre révolutionnaire. C’est quelqu’un qui s’est forgé, qui s’est formé comme ça.

carole aurouet,l'amitié selon prévert,le cinéma dessiné de jacques prévert,interview,mandorAbordons Le cinéma dessiné de Jacques Prévert. Le quidam moyen, quand il pense à Prévert et le cinéma, il pense à Quai des brumes, Les visiteurs du soir, Les enfants du paradis, Les portes de la nuit, Les amants de Vérone… alors qu’il a signé ou co-signé les scénarios de 100 films.

Il y a une vingtaine de films très connus qui sont passés à la postérité. Il y a des dialogues cultes comme « T’as de beaux yeux, tu sais » ou « Moi j’ai dit bizarre, comme c’est bizarre »… Il a travaillé avec les grands réalisateurs de l’époque, Carné et Cayatte, parmi les plus célèbres, mais, effectivement,  il a écrit en tout plus d’une centaine de projets. Je dis projets, parce que parfois, ça peut être simplement un synopsis de 4 pages qui n’a jamais abouti. On parlait d’émotion tout à l’heure, mais je me suis retrouvée à décacheter des enveloppes de 1932 dans lesquelles il y avait des scénarios qui étaient dans ses enveloppes depuis. J’ai aussi retrouvé des scénarios qu’il avait écrits et que personne ne connaissait.

Pourquoi certains scénarios n’ont pas dépassé le stade de projet ?

Souvent, c’est la censure officielle qui a sévi. Il y a par exemple un projet que Prévert tenait absolument à porter à l’écran et qui évoquait les bagnes d’enfants. Parfois c’est une censure plus officieuse. C’est la volonté des producteurs  ou des vedettes et comme Prévert ne voulait pas faire de concessions, s’il fallait qu’il modifie son scénario, il refusait. Je pense qu’il pouvait être à l’écoute. Si la remarque était constructive, il était prêt à retravailler, mais s'il l’a jugeait inopportune, il ne transigeait pas. J’ai aussi retrouvé des scénarios qui ont été tournés, mais qu’il a refusé de signer parce que justement le scénario avait été modifié. Quand on essaie de reconstituer sa filmographie, finalement on trouve plein de choses inattendues. J’espère que l’édition des scénarios que je prépare permettra ou donnera envie à certains réalisateurs d’aujourd’hui de les porter à l’écran.

Ce serait formidable que grâce à ton travail, on remette Jacques Prévert à l’honneur.

Oui. J’essaie modestement de le faire depuis 15 ans, parce qu’il me semble qu’on a une image de Prévert qui n’est pas juste. On a tendance à le minimiser et à l’édulcorer. Prévert, on essaie de le cantonner au « cancre » et à « En sortant de l’école », des poèmes plus doux et rêveurs pour les enfants, alors qu’il a écrit des textes très engagés, très crûs, anti cléricaux, anti militariste. Ce n’était pas seulement le gentil monsieur à casquette et cigarette. Si on voulait être percutant dans les images, Prévert c’est deux volumes dans La Pléiade. « Paroles », c’est une centaine de pages dans La Pléiade, donc Prévert, c’est une œuvre immense et diversifiée.

Tu as l’impression que ton travail commence à porter ses fruits.

Oui, j’ai l’impression. Mais le « combat » est encore long. Au niveau du collage et du théâtre, il me semble qu’il y a encore beaucoup de choses à faire.

Dans Le cinéma dessiné de Jacques Prévert, j’ai vu des superbes scénarios. Ce sont de véritables œuvres d’art.

Quand on les met à côté de tableau de Miro, il y a certaines similitudes. Ses planches sont la première étape de ses brouillons de scénario. Il fonctionne toujours de la même manière. Il prend deux grands bristols qu’il scotche ensemble. Il trace des lignes à main levée. Dans ces lignes, il va créer les personnages, ils mentionnent les principaux, toujours des plus importants au moins importants, il commence à préciser leurs caractéristiques et puis parfois des écrits des bribes de dialogues. Ensuite il ajoute ses fameux petits dessins qui permettent soit de montrer des accessoires, soit de donner à voir des costumes des personnages ou alors, certaines scènes. Il y a des dessins qui servent le propos, mais il y en a d’autres qui sont là par pur plaisir.

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Une planche du scénario d'"Une partie de campagne".

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"Les enfant du paradis".

Il écrit des bêtises parfois sur ses planches…

Prévert ne pouvait pas s’empêcher de faire des facéties. Sur l’une d’elles, il écrit « merde à celui qui lira » ou bien encore « Jésus Christ est parti sans laisser d’adresse »…

Penses-tu qu’il était conscient de la qualité de son œuvre.

S’il en avait une conscience intime, en tout cas, il l’a rejeté. Il ne se prenait pas au sérieux, il ne conservait pas ses brouillons. Il ne voulait pas que Paroles soit édité. Quand il est sorti en 1946, ça a été un succès inégalé. 5000 exemplaires d’un recueil de poésie en une semaine, ça laisse rêveur tout le monde, même aujourd’hui. C’est le recueil de poèmes français le plus traduit et le plus vendu dans le monde.

Il ne voulait recevoir aucun prix, je crois ?

Ça ne l’intéressait pas du tout. L’éditeur de Paroles a voulu le présenter à un prix littéraire. Prévert lui a envoyé un télégramme, qui est dans les archives, et qui n’était pas piqué des hannetons. Il lui a dit que la poésie n’avait pas de prix, même la sienne, et que c’était hors de question qu’il soit présenté à un prix. Il refusait prix, hiérarchie et classement. Il écrivait pour faire plaisir à certains et pour en emmerder d’autres.

carole aurouet,l'amitié selon prévert,le cinéma dessiné de jacques prévert,interview,mandorIl est beaucoup question de son frère Pierre dans ce livre.

Oui, j’aimerais aussi le réhabiliter. Il a 6 ans de moins que Jacques. Alors que petits, ils ne s’entendaient pas vraiment, quand Jacques Prévert revient de son service militaire, ils deviennent inséparables. Ils sont tous les deux passionnés de cinéma, mais c’est Pierre qui amène Jacques vers cet art-là. Ils vont réaliser trois films ensemble, après ils travailleront aussi pour des courts métrages et pour la télévision. C’est une grande amitié et une grande collaboration entre les deux frères.

Le cinéma dessiné de Jacques Prévert est sorti récemment et c’est bientôt Noël… ça tombe bien. C’est un beau cadeau.

C’est le livre de mes rêves. La qualité des reproductions, le papier, la mise en page, le travail de la graphiste… tout est extraordinaire ! Je trouve ce livre magnifique !

J’espère te revoir avant dans 10 ans, en tout cas…

D’accord (rires).

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08 décembre 2012

Garnier et Sentou... et ma fille.

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Cette chronique est un peu particulière. Elle est dédiée à ma fille Stella.

J’ai rencontré ses idoles, Garnier et Sentou. À sa demande.

Tout est parti d’une provocation. Un jour elle m’a dit que c’était bien joli d’interviewer tous les plus grands artistes, mais si je n’interviewais pas Garnier et Sentou, ça ne servait à rien. Soit. Je ne connaissais que moyennement ses deux humoristes, hormis le fait que ma fille en parle tout le temps à la maison. Alors je suis allé sur YouTube, jeter un œil. Et effectivement, ils m’ont bien fait rire. Stella a du goût en matière d’humour.garnier et sentou,les grands moyens,interview,mandor,stella alquier

Bref, je raconte l’anecdote sur Facebook et quelques minutes plus tard, le chanteur Fabien Martin répond en commentaire qu’il peut peut-être faire quelque chose… puis nous discutons en message privé. Il me dit qu’il connait la personne qui écrit avec eux et qui les met en scène. Il me conseille de contacter un dénommé Patrice Soufflard. Ce que je fais sur le champ.

J’explique à cet homme que je ne connais pas, la passion de ma fille pour Garnier et Sentou. Je lui dis aussi (sans faire de misérabilisme, rassurez-vous) que depuis que je sais qu’elle a une maladie génétique, je fais tout pour lui faire plaisir, j’essaie de lui rendre la plus belle possible, je m’évertue à lui faire des surprises.

garnier et sentou,les grands moyens,interview,mandor,stella alquierL’affaire fut pliée dans la semaine. Patrice Soufflard a contacté les deux comédiens qui ont accepté sans hésitation. C’est Cyril Garnier qui m’a appelé directement pour m’inviter à une représentation de leur pièce Les grands moyens au Théâtre de la Gaité Montparnasse. Il me propose que l’on se voie après, dans un bar proche du théâtre. Ainsi fut  fait le 17 novembre dernier.

Bon, la pièce (très drôle) n’était pas destinée à une enfant de 7 ans, mais Stella regardait Garnier et Sentou, comme hypnotisée. À l’issue de la prestation des comédiens, nous nous sommes donc rendus à notre rendez-vous.

Quand ma fille a vu Garnier et Sentou débarquer dans le bar, elle n’a pas trop su comment se comporter. Eux, charmants lui ont fait la bise et l’on mit à l’aise immédiatement.

Je leur ai dit en préambule que mon métier consistait à interviewer des artistes tous les jours, des artistes souvent « importants », mais que là, le contexte me troublait. Sentir ma fille ne pas perdre une miette de la situation. Savoir qu’elle regarde son père interroger ses idoles, c’est un peu déstabilisant. Mais, bon, je me suis mis en mode automatique…

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Interview :

Ma fille de 7 ans vous regarde à la télé, dans l’émission de Ruquier, On ne demande qu’à en rire,  dans le ONDAR Show et sur You Tube. Ça ne vous étonne pas ?

Guillaume Sentou : Moi, au même âge, je bouffais les sketchs des Inconnus au kilomètre. Ce n’est pas si surprenant que ça, vous savez.

Je suis journaliste culturel, mon métier consiste à interviewer des artistes tous les jours… un jour en rentrant à la maison, je lui ai raconté qui j’avais rencontré et elle m’a répondu : « oui, mais Garnier et Sentou, tu ne les as jamais interviewés. Ça ne sert à rien ton métier, pour moi, alors… ». Ça m’a vexé. Je me suis intéressé à vous, à votre travail et nous voilà aujourd’hui réunis.

Cyril Garnier : Ça nous fait très plaisir de pouvoir vous faire plaisir. Vous travaillez pour CD’Aujourd’hui, c’est ça ?

Oui, c’est ça. Entre autres.

Cyril Garnier : Quand je tombe dessus, je regarde. Je trouve cette émission bien faite.

Guillaume Sentou : Moi aussi. J’aime bien cette émission.

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Merci. Bon, là, nous sortons de votre pièce de théâtre, Les grands moyens. En vous voyant évoluer, je me suis fait la réflexion que vous jouiez plus en retenue dans la pièce que dans les sketches.

Guillaume Sentou : Notre duo existe depuis 2005. On a joué notre spectacle à peu près 600 fois, entre Paris, la province, Avignon. Il a évolué au moins tous les trois mois et n’a jamais eu deux fois la même gueule. Notre Point Virgule s’est arrêté en juin 2009. En aout 2009, Jean-Luc Moreau nous appelle pour auditionner pour une pièce de théâtre, À deux lits du délit, à La Michaudière. À partir de septembre 2010, on a commencé cette pièce avec Arthur Jugnot et on est resté toute la saison à l’affiche. Tout ça pour vous dire qu’on vient du théâtre en fait.

Cyril Garnier : On a même fait une école de théâtre. On a joué des pièces avant d’être en duo. Nous étions comédiens et un jour, comme on se connaissait depuis longtemps, on a décidé d’écrire ensemble. Comme ça, un peu pour voir parce qu’on n’avait jamais écrit ni l’un ni l’autre. Et puis ça s’est tout de suite bien passé et on a eu tout de suite de bons retours sur notre qualité de jeu. On a découvert nous même notre propre style finalement.

garnier et sentou,les grands moyens,interview,mandor,stella alquierJe reviens sur ma constatation initiale. Vous ne jouez pas de la même façon une pièce qu’un sketch.

Guillaume Sentou : Ça reste physique dans les deux cas. Moi, je suis acrobate et je fais de la danse depuis 10 ans pour associer ces deux activités le mieux possible au métier d’acteur. Je me souviens de Robert Hirsh dans Le fil à la patte pour Au théâtre ce soir. Sa façon de s’exprimer et de bouger, ça m’a parlé et ça même fait rêver. Nous, on veut amener des sensations théâtrales similaires.

Cyril Garnier : Arthur Jugnot, qui nous connait bien, a exploité dans la pièce toutes nos qualités multiples : les acrobaties, de la guitare, du ukulélé… Concernant le travail, ça reste un texte à interpréter, la seule différence est que ce ne sont pas nos mots à nous et ce n’est pas notre mise en scène. Quand on joue en duo, on est une heure et demie sur scène à devoir accrocher les gens tout le temps, alors que là, il y a des moments off. Ce n’est ni la même ambiance, ni la même énergie. Nous, dans ce cas de figure, on se met au service du metteur en scène, même si on s’implique beaucoup, ce n’est pas la même chose.

Bande annonce de Les grands moyens.

Mais, je ne peux pas imaginer que vous n’apportiez pas votre touche personnelle dans la mise en scène de Les grands moyens

Guillaume Sentou : Moi, et je crois que Cyril pense différemment, je n’aime pas trop toucher à ce que l’on me dit de dire et de faire. Souvent, quand on commence à désosser et qu’après on réfléchit, on revient souvent à ce qui a été écrit à la base. Il faut intégrer qu’un auteur à déjà bossé. C’est au comédien de se plier à ce qu’on lui demande…

Cette pièce est impressionnante architecturalement parlant. Parfois, il y a deux scènes en même temps… j’ai rarement vu ça !

Cyril Garnier : Je trouve que c’est une pièce très difficile à jouer, mais pas pour les parties dont vous parlez. Ça rebondit, c’est de la musique, ça part dans tous les sens, mais ça, on aime beaucoup. Ce qui est très compliqué, par contre, c’est d’être le plus juste à l’endroit ou on nous a demandé d’être en termes de sentiment qu’on déplace. Comme on est dans une comédie romantique, il y a des moments de romantisme où il ne faut pas être drôle et il y a des moments d’humour où il faut faire attention de ne pas tomber dans le romantisme. On est vraiment constamment sur un fil. Il y a des scènes où l’on peut vite passer de l’un à l’autre.

Guillaume Sentou : Moi, je suis dégoutté, j’ai une scène dramatique, mais les gens rient quand même. (Rires). C’est vexant. Non, sérieusement, ce qui est intéressant, c’est que c’est une pièce dans laquelle on rit beaucoup, mais pas seulement. On est aussi beaucoup ému.

Cyril Garnier : Notre métier, c’est de créer des émotions. La plupart du temps, l’émotion qu’on veut créer, c’est le rire… dans cette pièce, on utilise d’autres tiroirs de nous-mêmes et d’autres ficelles qu’on utilise moins souvent.

Tintin en 3D

Participer à « On ne demande qu’à en rire », c’est important pour vous ?

Guillaume Sentou : Oui, c’est Le petit Théâtre de Bouvard de notre génération. Cette émission nous a révélés à un public beaucoup plus large.

Cyril Garnier : Désormais maintenant, en plus, il y a le Ondar Show le samedi.

Guillaume Sentou : Ce qu’on aime c’est être surprenant à chaque fois, surprendre les gens et se surprendre soi.

Entre le Ondar et votre pièce de théâtre, vous trouvez quand le temps d’écrire ? Inventer des blagues, des situations comiques et un art extrêmement difficile…

Guillaume Sentou : Il y a des gens qui peuvent avoir le meilleur texte du monde, mais qui ne sont pas drôles. Quand on fait rire, en général, c’est qu’on découvre qu’on est drôle. Ce ne sont pas des rouages, ce n’est pas une science, c’est un état. « Toi, tu n’es pas drôle, lui, il me fait rire »… C’est injuste, mais c’est comme ça.

Cyril Garnier : Après il y a des techniques d’écriture. L’émission « On ne demande qu’à en rire » a été géniale pour ça. Pendant deux ans, on a écrit un sketch par semaine, donc maintenant, on a des automatismes qui se mettent en place beaucoup plus rapidement. Au début, on mettait 45 heures pour écrire un sketch, aujourd’hui, on  doit travailler une quinzaine d’heures. On a gagné vachement en efficacité. Dans une journée, on arrive facilement à faire un peu de sport le matin, écrire l’après-midi et être au théâtre le soir.

Du coup, même involontairement, vous ne pensez qu’à ça tout le temps ?

Cyril Garnier : Ce n’est pas quelque chose qui m’obsède du tout. À un moment donné, je me dis que l’on se met au travail et là, je me mets en mode gag. Après, souvent, dans la journée on reste ouvert à d’éventuelles situations gaguesques. On observe ce qu’il se passe autour de nous, mais sans que nous soyons obsédés par ça. Je dois avoir un mode veille dans mon cerveau qui est attentif à ça.

Guillaume Sentou : Moi, je suis un obsessionnel, un brin monomaniaque. Ça mouline assez constamment dans ma tête.

Vous êtes très différents tous les deux. C’est comme ça qu’on peut supporter d’être souvent ensemble ?

Cyril Garnier : Le fait d’avoir des différences enrichit le travail. Le fait que l’on reste ensemble et que l’on s’entende bien, plus que bien d’ailleurs, puisqu’on est super pote depuis 25 ans, c’est qu’on n’a pas d’ego dans notre travail. Notre objectif, c’est toujours notre projet, les sketchs, la pièce. Donc, on peut se parler très librement. Si l’un ou l’autre fait une réflexion, ce ne sera jamais pour se mettre en avant, pour être désagréable ou se placer en avant, donc on peut se parler très librement. C’est une vraie force.

Guillaume Sentou : On essaie d’être de bons parents pour nos sketchs. L’objectif, c’est le commun. Il faut se parler et s’écouter de façon à ce que le projet commun soit le meilleur possible. De temps en temps, comme un gosse, le sketch, il a sa liberté aussi. Parfois, il nous glisse entre les pattes et ce n’est plus ce qu’on avait imaginé au départ.

Garnier et Sentou avec Chantal Ladesou -Promo chic dans le Ondar Show

Comment vivez-vous la notoriété ?

Cyril Garnier : Je ne trouve pas ça compliqué à vivre, d’abord, parce qu’elle n’est pas immense.

Guillaume Sentou : On peut encore faire nos courses, ça va. Je dois avouer que j’aime bien quand même. Quand je rêvais de faire ce métier, à l’âge de 10 ans, j’espérais d’une manière ou d’une autre, être un peu connu parce que ça fait partie d’une part de réussite de ce métier. C’est très flatteur. Quand j’entends des choses sur notre travail, qui sont ce que j’aurais dit aux acteurs et aux gens qui me faisaient rire quand j’étais gamin, ça me conforte. Je voulais être ça et bien je le suis. Comme dit Cyril, la notoriété, c’est un dommage collatéral. Il ne faut surtout pas faire ce boulot pour être connu. Pour être connu, il faut faire « Les ch’tis à Ibiza » et ne pas avoir de cerveau.

Cyril Garnier : La notoriété, c’est un moyen de faire notre métier de façon dans de meilleures conditions. On peut faire plus de choses et rencontrer des gens qui ont de plus grands projets.

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On est plus épié, on n’a moins le droit à l’erreur…

Cyril Garnier : Foresti dit ça très bien : « moi, j’ai toujours gueulé sur les caissières mal polies, aujourd’hui quand je gueule sur une caissière qui me fait chier, on dit que j’ai la grosse tête». Le regard des autres change sur nous. Quand on est abordé, on ne sait plus vraiment si c’est pour nous où pour notre petite notoriété. C’est banal de faire cette constatation, mais c’est la réalité des faits. On peut être un peu plus méfiant aujourd’hui, mais rien de grave. Moi, j’ai gardé tous mes amis d’enfance, du collège. Mes amis d’aujourd’hui, ce sont toujours eux.

Guillaume Sentou : Nos amis s’en foutent que l’on soit connu. Ils sont juste très contents pour nous. Parfois, tu as raison Cyril, le regard change un peu. Moi, c’est dans ma famille que ça se passe. J’ai le droit à des petites réflexions à table, du genre, « la vedette ». Ce n’est pas grand-chose, mais c’est révélateur.

garnier et sentou,les grands moyens,interview,mandor,stella alquierJe comprends ça. Je suis pote avec Jérôme Commandeur depuis des années et quand il a explosé, je ne savais plus tout à fait comment me comporter avec lui. J’ai dû faire quelques maladresses comportementales. C’était comme si on me prenait mon pote. Bref, je pense que c’est une histoire de se sentir déposséder.

Guillaume Sentou : Ah bon ? C’est intéressant cette anecdote. Moi, je dis clairement qu’il fait que mes proches arrêtent avec ça. Ils me traitent de vedette, même sous couvert d’humour, mais je n’aime pas ça.

Cyril Garnier : Je comprends que ça puisse être compliqué quand on rencontre quelqu’un qu’on a pas vu depuis trois, quatre ans et qu’on lui dit que lundi on était au gala des artistes et qu’on a tourné un sketch avec Catherine Deneuve et Carole Bouquet. Pour nous, c’est en train de devenir notre quotidien.

Guillaume Sentou : À ce propos, ma mère m’a demandé si on pouvait encore m’adresser la parole.

Cyril Garnier : Pour quelqu’un d’extérieur à ce métier, je comprends qu’on puisse s’imaginer qu’on s’en va sur une autre sphère inatteignable, alors que fondamentalement, on n’a pas l’impression d’avoir changé. Personnellement, je travaille plus et je suis épanoui dans mon travail.

Guillaume Sentou : En même temps, ce n’est pas anodin. C’est un cercle où il y a peu d’élus. On a la chance d’imaginer qu’on est en train d’en faire partie. 

Merci à tous les deux ! Merci pour elle… Je n’oublierai pas votre gentillesse et votre disponibilité.

Jusqu’au bout, les deux comédiens humoristes ont été gentils avec Stella. Blagounettes et bisous.

Voir la lumière et la joie dans les yeux et le sourire de sa fille.

Ça m’a donné envie de pleurer.

J’ai retenu mes larmes en la voyant sortir du café.

Se sentir soudain un super papa.

Et aimer sa fille plus que tout.

Qui te prend la main dans la rue en te disant : " Merci papa ! C’est le plus beau jour de ma vie…"

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Garnier et Sentou avec Stella et papounet, le 17 novembre 2012.