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01 octobre 2015

Angèle : Interview pour son EP, Prélude

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(Photo : Guillaume Ougier)

Angèle (Osinski) est une artiste que j'ai découvert au Pic d'Or. Voilà ce que j’en disais dans ma récente chronique mandorienne consacré à ce tremplin tarbais (j’adore m’autociter) : « Textes et musiques exigeants, une présence remarquable et une voix belle et singulière (allez, disons le, pas aux antipodes de celle de la chanteuse L. Avec son répertoire, Angèle ne sera pas la reine des tremplins, mais peut toucher un public conséquent si elle sort des disques honorablement produits. Elle a tout. Charme et chansons. Deux atouts qu'il faudra que cette artiste sache faire fructifier. »

Je suis ensuite allé la voir dans une petite salle parisienne peu de temps après.

Et puis je l’ai mandorisé, juste avant l’été (ce qui signifie que je crois en son fort potentiel).

angèle,interview,mandorBiographie officielle :

Chanteuse, auteure-compositrice, Angèle nous offre des textes ciselés et des compositions sensuelles et oniriques interprétés avec délicatesse et puissance.Nourrie aux airs de Barbara, Tom Waits et Lhasa, elle livre, avec son premier EP « Prélude » (sélectionné par le Prix Georges Moustaki en 2014 et par le Pic d’Or en 2015), une œuvre profonde et lumineuse, mystérieuse et incarnée. Elle est aujourd’hui en préparation de son premier album: « Nocturne ».

Angèle a longtemps chanté les chansons des autres. Après une formation classique (piano, solfège, chant au Conservatoire du VIème arrondissement de Paris), elle s’est immergée dans diverses traditions: jazz, chants tsiganes, tango, musique brésilienne… Elle a appris, au contact de musiciens, au hasard des rencontres, de concerts en concerts, leur musique, leur culture et un peu de leur langue.

Les morceaux de son EP, Prélude, ont été enregistrés par Stéphane Prin (notamment ingénieur du son pour Jean-Louis Murat, Camille, Bashung, Miossec, etc…) avec Manu Chehab (« Fedayi Pacha » et « Elektraum » chez Hammerbass) à la guitare électrique, au oud et à la scie musicale, Catherine Gauduchon et Angèle au piano et Marc Heullant à la batterie et aux percussions. Depuis octobre 2014, Didier Goret (pianiste notamment pour Juliette, Anne Sylvestre, Allain Leprest, etc…) a rejoint Angèle sur scène, au piano et aux arrangements.

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(Photo : Cédrick Nöt)

angèle,interview,mandorInterview :

Je crois savoir que tes parents écoutaient beaucoup de musiques quand tu étais plus jeune.

Ils écoutaient chacun un style différent. Ma mère était une fan de chansons françaises et de variétés. Dans le film La femme d’à côté de François Truffaut, à un moment, Gérard Depardieu vient voir Fanny Ardant. Ils ont une histoire d’amour tumultueuse. Il lui apporte un petit transistor pour qu’elle écoute de la musique. Il a un air méprisant parce qu’elle aime écouter des chansons. Elle lui dit que « la chanson, c’est l’art de raconter des choses qui servent à la vie en trois minutes ». Pour elle, c’est un grand art. Ma mère était pareille. Elle aimait aussi bien Fréhel, Piaf, Barbara que Souchon et Voulzy par exemple. Par contre, mon père était à fond musique classique et jazz. Mes parents se retrouvaient sur le jazz vocal. Billie Holiday était une voix de mon enfance.

Ce que tu fais aujourd’hui est l’intégration de tout ça ?

Oui, mais d’autres influences encore. J’ai mon parcours de rencontre musical personnel. J’ai une formation de piano classique. J’étais au Conservatoire à Paris en piano, solfège et chant. Je ne suis pas restée longtemps.

Ton père jouait du violon étant petit.

Oui, il est juif polonais. Il est né en France de justesse. Il était issu d’une famille très pauvre et il fallait s’en sortir par le talent et la musique. Ma grand-mère faisait les chœurs à l’opéra de Varsovie et mon grand-père était basse dans le même opéra. Il y avait dans ma famille, une culture de la musique.

Au bout d’un moment, tu as vécu la musique comme une obligation.

Oui, alors je m’en suis éloignée. J’ai toujours adoré lire, écrire et les mots m’ont toujours fasciné… le théâtre m’a interpellé pendant longtemps.

Clip de "Prélude".

Tu as souhaité devenir comédienne ?

J’ai tellement vu de comédie musicale quand j’étais gamine que, pour moi, devenir comédienne, ça voulait dire chanter, danser et jouer de la musique. Dans ma tête, c’était un ensemble. Après, je me suis rendu compte que non, alors j’ai privilégié la comédie, le jeu… mais tout en écrivant.

L’écriture est une constante dans ta vie ?

Oui, l’écriture de nouvelles, de romans, de poèmes… je crois que je me suis adonnée à toutes les formes à part les scénarii et du théâtre.

Paradoxalement, c’est pendant ton parcours de comédienne que tu t’es rapprochée de la musique. 

Dans ce métier-là, il y avait une forme de superficialité et je ne comprenais pas la logique de certaines choses. Au moins, la musique, c’était concret. Tu chantes juste, tu chantes faux, tu triches, tu ne triches pas… les choses sont claires.

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(Photo : Frédéric Petit)

Tu as recommencé la musique en allant à la Chope des Puces, à Paris.

C’était des guitaristes de jazz manouche qui jouaient là tous les samedis et les dimanches. J’y suis allée tous les dimanches pendant deux ans. Les musiciens qui m’ont entendu chanter m’ont dit que j’avais une belle voix, j’ai fini par chanter du jazz manouche et des chants tziganes avec eux. Par le biais de ces musiciens, j’en ai rencontré d’autres qui étaient brésiliens et j’ai aussi chanté avec eux. Pendant très longtemps, au hasard des rencontres, j’ai chanté dans une langue qui n’était pas la mienne, à chaque fois en m’immergeant dans une culture différente. Je me vis comme une éternelle étudiante en musique. Mes petites études au Conservatoire, par rapport à ce que je découvrais là, ce n’était pas grand-chose. L’enseignement de la musique en France est très dogmatique, tandis que mes expériences musicales ont fait exploser les barrières. J’ai découvert que l’on pouvait chanter, écrire et composer de plein de manières différentes.

Clip de "Colin-maillard".

Aujourd’hui, tu es revenue vers une facture un peu plus classique de la chanson.

Les rares fois où je chantais en français, je sentais qu’il y avait une connexion immédiate, parce que c’était la langue du public qui venait me voir. Le français est ma langue et chaque mot était chargé de mon histoire. En tant que chanteuse, j’ai eu l’impression de vivre la vraie rencontre avec le public à ce moment-là. Je me suis mise de plus en plus à écrire en français et j’ai eu envie de m’entourer d’une équipe pour aller chanter mes chansons sur scène.

Après ton EP, tu travailles sur de nouvelles chansons ?

Je suis en train de travailler à une forme qui ira plus loin que ce que j’ai proposé jusqu’à présent. J’ai beaucoup tourné en piano voix pour des raisons économiques, mais là, j’ai envie d’une formule à deux ou trois musiciens sur scène avec des sonorités hyper importantes pour moi. Je voudrais une guitare électrique, une batterie et un oud … A long terme, je cherche à être entourée. Pour l’instant, tout est fait maison.

Tu as ta propre personnalité et ton propre univers, mais parfois flotte un air de Babx ou de L. Tu n’es pas aux antipodes en tout cas, ce qui, de ma part, est un sacré compliment.

Je connais un peu Babx, nous nous sommes croisés à une période de nos vies, mais on ne s’est pas vus depuis des années. Je sais juste que nous avons écouté les mêmes choses et que nous avons les mêmes goûts en matière de musique, donc forcément, puisque nous avons des influences communes, il y a des choses qui vont se retrouver dans la façon d’écrire et dans la façon d’être en scène face aux gens. J’assume très bien les similitudes. C’est même flatteur que l’on m’en fasse la remarque.

Extrait d'un concert d'Angèle à l'ACP Manufacture Chanson, "Boite à musique" (avec au piano, Didier Goret).

Etre artiste en 2015, c’est dur ?

Oui, c’est un combat, mais jalonné de moments très intenses, très beaux. C’est très « cliché » ce que je vais te dire, mais je suis heureuse de me lever tous les matins en me disant que je vais écrire et composer. Pour répondre à ta question. C’est un combat que j’accepte de vivre.

Quel est le genre d’artiste que tu respectes et aimes ?

Celui qui propose un truc qui dépasse l’intime et qui rencontre ce que, moi, j’ai de plus intime. Ça me permet de me sentir… moins seule. Intrinsèquement, profondément, charnellement, en tant qu’être humain, il m’arrive de me sentir reliée à un artiste. Ça m’a fait ça avec la regrettée Lhasa que j’avais vu en concert au Grand Rex. Ce sont des gens comme ça qui, par l’affirmation de leur imaginaire et cette proposition d’aller vers un rapport hyper sincère au fond d’eux-mêmes pour aller inventer, réinventer qui ils sont, qui me touche au plus haut degré. Comme je suis très ambitieuse, c’est ce que j’essaie de proposer aux gens qui viennent me voir.

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(Photo : Thomas Bader)

angèle,interview,mandor(A gauche: Angèle, notre ami commun, le subtil et délicat Bastien Lucas et Mandor).

Quand tu écris, il n’y a pas quelque chose de l’ordre du mystique ?

Je pars souvent d’une phrase banale liée à des choses que j’ai vécues, des choses personnelles ou que j’ai pu observer, mais souvent, ce sont des événements sur lesquels je ne me suis pas attardée. Sur le moment, j’ai cru que ça n’avait pas vraiment d’importance. De cette phrase naît tout un processus d’imbrication de pensées, de mots qui forment, au bout d’un moment, une chanson. Je rejoins ta question… par moment, j’ai l’impression que cela m’est dicté.

Et pour la musique ?

J’écris d’abord les paroles et la musique vient ensuite. Une des phrases du morceau va sonner d’une certaine manière et l’intonation va induire une musique. Tout est logique dans la musique. On croit que ça forme une contrainte, mais au contraire, ça offre beaucoup de libertés. Il faut juste trouver le chemin le plus proche de ce que tu as voulu exprimer dans la chanson. Quand j’écris une chanson, j’ai l’impression de forer un puits.

Un artiste est souvent pudique, pourtant il se déshabille sur scène.

Dans la vie, je suis très pudique et sur scène, ce que je cherche, c’est la transparence, c’est-à-dire que je suis encore plus qu’à poil. C’est le dénuement le plus total. C’est ce que je ressens intimement, profondément, que je vais laisser voir. Je ne vais pas le montrer, je vais juste le laisser voir. Et désormais, je ne vais plus hésiter à plonger dans les failles…

Il faut avoir des failles pour chanter des chansons qui montrent les failles ?

Ça peut-être pratique oui.

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Après l'interview, à l'agence.

Bonus : LA B.A.C - EPISODE 2 - PRÉLUDE

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Le numéro 2 de la géniale série hexagonale. Un trio de choc qui enquête dans le milieu de la chanson. Cette fois-ci, Mad, Mercier et Desreumaux s'en prennent à Angèle.  

29 septembre 2015

Arnaud Balvay et Nicolas Cabos: Interview pour John Ford et les indiens

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Connu pour avoir très mauvais caractère, le réalisateur de western, John Ford, ne s'est pas fait que des amis dans le métier. Il s'est cependant beaucoup attaché aux Indiens qu'il a employés dans une dizaine de ses films. Des Navajos pour l'essentiel, qui l'ont accueilli à Monument Valley, leur vallée sacrée devenue l'un des endroits de prédilection du maître du western. Dans John Ford et les indiens, les deux cinéphiles, Arnaud Balvay et Nicolas Cabos, ont recueilli les témoignages des Navajos et de leurs descendants pour reconstituer un pan de l'histoire du septième art américain et pour brosser le portrait complexe d'un homme bourru. Le regard que porte le cinéaste irlandais sur les Indiens, qui ont longtemps été considérés comme des êtres stupides et alcooliques, a évolué au fil de ses longs-métrages. Après ce livre, on reverra différemment les westerns de ce géant du cinéma.

Le 9 juillet dernier, ces deux érudits, aux propos parfois mordants, sont venus me voir à l’agence pour évoquer ce livre. (Merci à Olivier Portnoi pour la suggestion et la mise en contact entre eux et moi).

arnaud balvay,nicolas cabos,john ford et les indiens,navajos,interview,mandor4e de couverture :

John Ford et les Indiens, c’est l’histoire d’une rencontre.

En 1938, alors qu’il est à la recherche d’un lieu pour tourner La Chevauchée fantastique, qui va relancer le western, John Ford découvre Monument Valley et ses habitants : les Indiens Navajos.

Après ce premier contact, Ford et les Navajos s’illustrent chacun de leur côté pendant la Seconde guerre mondiale avant de se retrouver en 1946 pour La Poursuite infernale. Jusqu’à la fin de sa vie, en 1973, John Ford tournera sept autres films avec les Navajos.

Au cours de ces trois décennies, le réalisateur et les Amérindiens ne cesseront de se découvrir mutuellement et noueront des liens forts et durables. Ces relations feront évoluer les conceptions de Ford au sujet des « Native Americans », modifieront sa façon de les filmer et amélioreront pour un temps la vie matérielle des Navajos.

En s’appuyant sur les archives du réalisateur et des témoignages inédits, le livre raconte cet âge d’or vu des « deux côtés de l’épopée » comme disait Ford.

Les auteurs : arnaud balvay,nicolas cabos,john ford et les indiens,navajos,interview,mandor

Arnaud Balvay est docteur en histoire, spécialiste de l’Amérique du Nord et des Amérindiens. Il a publié plusieurs articles et ouvrages spécialisés (L’Épée et la plume. Amérindiens et soldats des troupes de la marine en Louisiane et au Pays d’en Haut (1683-1763), Québec, 2006 ; La Révolte des Natchez, Paris, 2008). Depuis près de vingt ans, il entretient des relations avec des amis navajos vivant à Phœnix, Flagstaff ou Kayenta.

Nicolas Cabos est professeur de cinéma, chroniqueur, scénariste, auteur dramatique et metteur en scène. Professeur à l’École Supérieure de Gestion, il anime un cours de cinéphilie destiné à des étudiants en master de production audiovisuelle. Co-commissaire de l’exposition Le Cinéma à Saint-Cloud, le rêve et l’industrie, au Musée des Avelines de Saint-Cloud en 2012, il en a également co-signé le catalogue.

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Arnaud Balvay et Nicolas Cabos (1er et 3eme à gauche) avec des Navajos à Monument Valley.

arnaud balvay,nicolas cabos,john ford et les indiens,navajos,interview,mandorInterview :

Est-ce que l’on peut dire que Nicolas Cabos est plus spécialisé sur John Ford et Arnaud Balvay sur les indiens d’Amérique du Nord ?

Nicolas Cabos : Le livre raconte la rencontre entre John Ford et les indiens. On peut dire que pour moi, c’était la rencontre avec la culture Navajo que je ne connaissais pas du tout et que pour Arnaud, c’était la rencontre avec John Ford. Il y a eu une complémentarité essentielle.

John Ford n’avait pas l’air d’être un homme facile à vivre.

Nicolas : En effet, c’était un vrai pitbull.

Arnaud Balvay : Il pouvait être aussi un gros con. Un peu raciste parfois.

Nicolas : Uniquement quand il s’était torché la veille, ce qu’il faisait régulièrement. Mais, il ne fallait pas du tout lui désobéir. Ford était extrêmement autoritaire envers tout le monde. Et bizarrement, il ne l’était pas envers les Navajos.

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Pourquoi ?

Arnaud : Parce qu’il avait un profond respect pour leur culture très riche. Il était aussi impressionné par leur façon de s’en sortir dans des conditions de vie compliquées.Quand tu découvres une culture jusqu’alors inconnue, tu as souvent un apriori positif… et quand tu as des choses à reprocher à ta société d’origine tu vas projeter tes envies et tes fantasmes sur cette autre culture. Je crois que c’est ce qu’il s’est passé avec John Ford.

Nicolas : Et Ford avait beaucoup de choses à reprocher à sa société d’origine. En fait, plus qu’un sale con, c’était un râleur congénital. Il n’était jamais content de rien, y compris de lui-même. Avec les Navajos, il a trouvé le seul peuple qu’il ait complètement respecté. Avec John Ford, ils faisaient leur travail sérieusement en ne se prenant pas pour plus que ce qu’ils n’étaient. Ford en avait marre d’Hollywood et de tous les gens qui avaient un melon pas possible, donc être en compagnie de gens qui étaient naturels lui faisait du bien. Et puis, il y avait des aspects de la vie des Navajos qu’il enviait un peu.

Lesquels ?

Nicolas : La communion avec la nature.

Arnaud : La vie avec les chevaux et le respect des traditions.

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Au début, John Ford leur faisait jouer des caricatures d’indiens. Il ne leur a d’ailleurs jamais fait jouer des Navajos (le plus souvent des Cheyennes) même si les danses et les chants filmés étaient authentiquement navajos.

Nicolas : C’est l’idée qu’il a voulu donner de ces indiens-là qui n’étaient pas complètement vrais. Il n’a pas caricaturé les indiens, il a caricaturé l’ensemble de l’ouest. Au départ, dans la manière de construire les narrations de ses films, les indiens, ce n’est pas ce qui l’intéressaient. Lui, ce qui l’intéressait, c’était l’ouest et son imagerie. Là où « La chevauchée fantastique » à une importance primordiale chez Ford, c’est qu’il va tomber amoureux de Monument Valley et donc tomber dans un amour esthétique pour les Navajos. A partir de là, il a commencé à s’intéresser à eux, puis à leur culture. Pour lui, les Navajos sont devenus l’ouest.

Arnaud, toi qui est défenseur des indiens d’Amérique du Nord, tu as été agacé parfois par les films de John Ford ?

Arnaud : Ce n’était pas par rapport aux indiens. Moi, voir un mec à cheval tourner en rond pendant des heures, ça ne me passionne pas plus que ça.

Nicolas : Oui, mais ça correspond tout à fait à la narration du film. L’indien essaie d’aller d’un point A à un point B et il n’y arrive jamais.

Arnaud : Avant tout, chez Ford, c’est son pragmatisme qu’il faut noter. S’il faut caricaturer les indiens pour que le film marche, il n’hésite pas.

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Vous aviez déjà une très grande connaissance de vos sujets respectifs. En vous rendant à Monument Valley pour interviewer les descendants de ces indiens Navajos, très franchement, vous avez appris beaucoup ?

Nicolas : On a appris plein de choses sur le fond, notamment sur la manière dont eux ressentaient John Ford et ce que sa venue leur a apporté. Il y a des anecdotes sur lui qui sont relayés dans tous les livres, dont on a appris qu’elles sont complètement fausses. Par exemple, le fait que les Navajos disent n’importe quoi en Navajo dans les films de Ford, c’est absolument faux.

Arnaud : Nous n’avons pas fait preuve de naïveté. Quand les indiens nous disaient quelque chose, nous vérifions les propos en recoupant les informations. Nous avons fait un vrai travail d’historien pour être au plus près de la vérité.

Il y a une certaine jubilation à casser des idées reçues ?

Arnaud : Moi, j’aime bien casser des mythes.

Nicolas : Quand j’ai rencontré Arnaud, il m’a dit « j’aime bien Monument Valley, mais Ford, ça me fait chier, je n’aime pas ses films ! » Il était sur la même ligne que Tarantino. Il pensait  que dans les films de Ford, les indiens étaient décérébrés et qu’ils tombaient comme des mouches au moindre coup de feu. Je pense que le mythe de Ford, réalisateur raciste est tombé chez Arnaud.

Arnaud : Mais toi,  tu idolâtrais Ford, j’ai réussi à amoindrir ton exaltation (rires).  

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Pendant l'interview...

Votre livre est magnifique. Dans le fond comme dans la forme… et il semblerait qu’il soit bien reçu par les lecteurs.

Arnaud : Ce n’est pas le premier livre que je sors. A chaque fois, on envoie 150 exemplaires aux journalistes et je n’ai jamais eu plus de trois critiques. Là, on a fait des émissions de télé et de radio et on a eu beaucoup d’articles, souvent élogieux. Je remercie notre attachée de presse (sourire).

Nicolas : Quand je vois que notre livre est « coup de cœur » d’un libraire à Marseille, ça me fait infiniment plaisir. Et j’ai aussi remarqué que certains lecteurs qui n’y connaissaient rien au cinéma en général et sur Ford en particulier y ont trouvé du plaisir.

C’est dommage que vous n’ayez rien filmé.

Arnaud : Mais, on a filmé. Nous prévoyons de faire un documentaire à partir de ces images. Il y a un producteur qui est en train de chercher les financiers.

A mon avis, ce livre va devenir le livre référence sur John Ford.

Nicolas et Arnaud: Nous l’espérons.

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Arnaud Balvay (à gauche) et Nicolas Cabos, après l'interview le 9 juillet 2015.

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09 septembre 2015

Laurent Kebous et Napo Romero : interview pour Les Hurlements d'Léo chantent Mano Solo

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Mano Solo est au centre d'un album/hommage imaginé par le groupe Les Hurlements D'Léo avec une pléiade d'invités. Les Hurlements d'Léo chantent Mano Solo est une belle somme "dans l'esprit de..." qui rassemble autour du chanteur libertaire toute une famille de musiciens alternatifs. Ils ont puisé largement dans le répertoire des débuts (pas moins de dix titres sont extraits de son premier album) et des Frères Misère, son éphémère groupe de punk. Epaulés par les compagnons de route du sieur Solo – dont le guitariste de tous ses groupes, Napo Romero - et une belle brochette d'invités issus pour la plupart de la scène festive (Les Ogres de Barback (mandorisés là), Debout sur le Zinc, Babylon Circus, La Ruda…)

Le 25 juin dernier, j’ai pris un café en compagnie de Laurent Kebous (chanteur leader des Hurlements d'Léo) et de Napo Romero (guitariste des Gutter Rats, des Chihuahuas et des Frères Misère, les trois groupes qu'a emmené Mano Solo en marge des disques en son nom).

les hurlements d'léo,les hurlements d'léo chantent mano solo,laurent kebous,napo romero,mano solo,interview,mandorArgumentaire de presse :

Chanter Solo. A huit. Hurler sa rage, porter son énergie rock, distiller sa poésie héritée des plus grands auteurs français. Cela ne pouvait qu’être eux. Les Hurlements d’Léo s’attaquent à Mano, en petits frères de la même trempe. Celle qui noue le ventre et illumine les rires.

Celle qui rend la vie plus intense. Celle qui ne se résigne pas à voir les fascismes en tous genres ramper dans les cerveaux d’une France malade de ses peurs. Celle dont les colères se chantent haut et fort. Les Hurlements ne pouvant penser que collectif, l’idée d’enregistrer les chansons avec des invités fait rapidement son chemin. Sur des cuivres délicats, Nilda Fernandez (mandorisé ici)apporte une belle sensualité à « Allo Paris », la grande Francesca Solleville porte « Le monde entier » avec une tremblante intensité. Romain Humeau (Eiffel) dépose « Le limon » avec une grâce touchante.

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Ne pas se fier à leur ragga lent aux senteurs d’orient : les Toulousains de Zebda (mandorisé ici) regardent « Les habitants du feu rouge » avec la même fraternité déchirée. Et déchirante. La copine Mell (mandorisée là (« Y’a maldonne »), l’incandescente Melissmell (mandorisée ici) (« La rouille »), le compagnon de route bordelais Bertrand Cantat (« Allez viens »), les potes des Ogres de Barback (« Sacré cœur »), les copains de Debout sur le zinc (« Une image ») et les autres…

Derrière chacun dans le studio, les Hurlements épaulés de Napo Romero toujours, assurent une toile de fond à la couleur musicale commune donnant aussi au disque sa cohérence dans sa diversité.

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les hurlements d'léo,les hurlements d'léo chantent mano solo,laurent kebous,napo romero,mano solo,interview,mandorInterview :

Laurent, c’est toi qui es l’initiateur de ce projet. 

Laurent Kebous : J’ai eu cette idée dans un camion, à la fin de la tournée « Bordel de luxe ». J’ai lâché ça en ne sachant pas trop avec qui j’allais le faire, ni comment. Les autres membres du groupe m’ont dit qu’ils étaient bien chauds pour participer à l’aventure eux aussi. Ça m’a fait plaisir de monter ce projet avec cette famille-là. Au départ, je voulais enregistrer ce disque avec plein de gens de l’extérieur… mais c’est très bien que cela se soit déroulé ainsi.

Quand les Hurlements d’Léo ont dit qu’ils participaient, il a fallu mettre le projet en route.

Laurent : Le rendez-vous qui a été primordial, c’était celui avec Fatia. La manageuse de Mano Solo a été la clef qui a ouvert toutes les portes. On s’est donné rendez-vous à Paris et on a discuté pendant trois heures.

Tu voulais son accord ?

Laurent : Non, je voulais lui dire que l’on voulait faire ce projet, je voulais aussi lui parler du parcours des Hurlement d’Léo et pourquoi on en était arrivé là. Mais, elle a trouvé notre démarche intéressante et nous a promis de la soutenir. Cela dit, je tiens à préciser que le répertoire de Mano Solo ne nous appartient pas et que nous ne sommes pas les gardiens du temple. Tant mieux si un autre projet autour de Mano Solo voit le jour.

C’est Fatia qui t’a mis en contact avec Napo Romero, le guitariste de Mano Solo et de sesles hurlements d'léo,les hurlements d'léo chantent mano solo,laurent kebous,napo romero,mano solo,interview,mandor groupes.

Laurent : J’appelle Napo et on parle un long moment. Nous nous étions déjà croisé sur des festivals, mais sans plus. En parlant, on se rend compte que nous avons des idées et des idéologies communes.

Vous l’avez donc inclus dans le projet ?

Laurent : On a laissé faire les évènements et les choses se sont mises en place. Quand Napo est arrivé, le projet a pris vie avec tous les protagonistes et c’est devenu ce que tu connais aujourd’hui.

Napo, quand Laurent t’a parlé de ce projet, tu as pensé quoi ?

Napo Romero : A ce moment-là, j’avais dans l’idée de remonter les Frères Misère, l’un des groupes de Mano dont j’étais guitariste. Mano étant parti en 2010, j’estimais que le temps de deuil était passé et que c’était le moment de faire quelque chose pour lui rendre hommage. J’ai donc proposé à Laurent de créer des co-plateaux Hurlement d’Léo / Frères Misère. Mais très vite, je me suis rendu compte que Frères Misère, ce n’était pas pour demain et que son projet à lui était bien pour demain.  

Mano Solo reprend en public un titre de l'album des "Frères Misère", groupe dont il était la voix et le parolier. "Je me suis fait du mal" (Mano Solo / Frères Misère, Polygram, 1996).

Avec Mano Solo, vous vous êtes connus jeunes ?

Napo : On avait 17 ans. Nous avons eu de rapports assez spéciaux. De douleur, d’amour, de combat, de haine… on a tout connu, tout traversé. Je suis super content parce qu’avec ce projet, je retrouve un truc là où je l’ai laissé. Moi, j’ai travaillé pour les deux premiers albums de Mano et l’album des Frères Misère et, il se trouve que les Hurlement d’Léo, dans leur choix de morceaux, ont surtout choisi des morceaux de ces trois albums.

Laurent : Avec Erwan Naour, avec qui j’ai monté les Hurlements d’Léo,  nous avons appris à jouer sur des chansons de Mano Solo du premier album. C’est un peu lui qui nous a permis de nous décomplexer par rapport à l’écriture et à aller vers cette poésie crue, lucide et ancrée dans son temps. Les deux premiers disques et l’album des Frères Misère, c’est vraiment ce qu’on a préféré de cet artiste.

Napo : Je voudrais ajouter qu’il y avait un grand intérêt pour moi de rencontrer une génération de musiciens que j’avais laissé échapper. Je connaissais Les Hurlements d’Léo, Les Ogres de Barback, toute cette mouvance, mais juste de nom. Avec ce projet, j’ai la chance de les connaître de l’intérieur. Cette génération-là est un peu héritière de Mano Solo ou de Renaud, des gens qui disaient des vraies choses et surtout rien d’inutile. Ils enlevaient leur pudeur pour pouvoir le faire.

Mano Solo chante "Trop de silence" en 1995 au Bataclan.

Laurent, tu as rencontré Mano Solo une fois, je crois ?

Laurent : Oui, c’était en 1997, à Vitrolles. Une salle de spectacle, Le Sous-Marin, a été fermée par le Front National dès qu’ils ont pris les clefs de la ville. Les associations militantes sur place se fédèrent. Elles louent un chapiteau et l’installent à la limite de la ville, juste devant le panneau Vitrolles. Ils organisent quatre jours de débats et de concerts. Mano est invité et nous aussi. On se croise et on discute dix minutes. Cet entretien a été très furtif.  Le gars n’était pas là pour rien et c’est de cela que nous avons parlé. Se servir de sa musique et de ses propos pour défendre ou combattre quelque chose, c’était son credo.

C’est le rôle de l’artiste ?

Napo : Oui, le rôle de l’artiste, c’est un rôle de journaliste. On écrit sur son temps et on parle de ce que l’on voit et de ce que l’on ressent.

On peut considérer que le reste peut exister ? Faire de la musique pour divertir ou détendre…

Laurent : Oui, ce n’est pas notre cas, comme tu le sais. On prend position pour ou contre des choses.

Napo : Les Hurlements d’Léo n’est pas un groupe engagé, c’est un groupe qui s’engage.

Laurent : On est impliqué. On vit notre temps et on voit ce qu’il se passe, donc on en parle. Parfois, ça fait un peu chier les gens, mais il n’y a pas que ça sur une heure et demie de concert. On a aussi de très belles chansons d’amour. Les mecs qui parlent de leur nombril toute la journée et qui envahissent les ondes, ils nous pourrissent les esgourdes, je suis désolé.

Napo : En ce moment, en France, on est avec des ennemis. Les fascistes sont des ennemis. Historiquement, ma famille a quitté l’Espagne avec Franco et moi, aujourd’hui, je me demande si je vais devoir quitter la France quand le FN sera au pouvoir. Merde ! Il y a un moment où tu ne peux pas ne rien dire. Toute ma vie, je me suis battu contre les fascistes et contre les Lepen. Quand je vois où nous en sommes aujourd’hui, je me dis qu’on a bien fait de combattre, sinon, ce serait encore pire. On ne peut pas ne rien dire. On ne peut pas venir chanter sa petite chanson d’amour à la télé ou à la radio. Il faut prendre la parole dès que c’est possible. Le peuple a besoin de parler et les artistes sont aussi les représentants du peuple.

As-tu l’impression que l’artiste est mal vu aujourd’hui dans la société?

Napo : Mais tu as vu le statut de l’artiste ? On est déconsidéré sur tous les points de vue. Nous, les intermittents du spectacle, nous sommes des profiteurs du système. Nous sommes devenus des bobos… Avec tous les gouvernements de droite successifs, on s’en est pris plein la gueule. Et tous les métiers de l’art, c’est comme ça. Je veux prendre la route et chanter des chansons d’amour et des chansons révolutionnaires. Je suis désolé, je ramène tout à ça, mais on n’en peut plus. J’ai envie de gueuler.

Laurent, tu es moins radical que Napo, il me semble ?

Laurent : Je le suis autant, mais pas de la même façon. Avec mon autre groupe, El Comunero, on fait des chants révolutionnaires espagnols. J’ai cette soupape pour gueuler au monde entier que ça va mal.

Napo : Je te parle de ça parce que, pour moi, Mano Solo, c’est aussi ça. C’est quelqu’un qui dit ce qu’il pense au moment où il le pense. J’ai l’impression que tout le monde fait des chichis et que personne ne dit la vérité. On enjolive tout, on fait gaffe de ne vexer personne. Un artiste n’a pas à se préserver pour conserver son public. On n’est pas artiste pour vendre des disques.

Teaser #1 de l'album Les Hurlements d'Léo chantent Mano Solo.

En tout cas, c’est bien de permettre que l’œuvre importante de Mano Solo soit connue d’une nouvelle génération.

Laurent : On voulait toucher le plus largement possible un auditoire qu’il n’avait plus beaucoup à la fin. C’est pour cela qu’il y a beaucoup d’invités. Mano, il a été plébiscité plus pour sa maladie que pour sa musique. Beaucoup de femmes adulaient ce mec dans les concerts. Il était beau, flamboyant et il criait à tout le monde qu’il était en train de crever, mais qu’il était plus vivant que tout le monde. Il donnait une énergie incroyable à ceux qu’il rencontrait et à ceux qui venaient le voir en concert. Il en avait ras le bol que les médias ne parlent que de son Sida et pas de ses chansons. A la fin, je crois que Mano Solo était boudé des ondes parce qu’il critiquait trop le système médiatique.

Napo : C’était un artiste difficile. Lui-même était un outsider dès le départ. Il était parfois un peu extrême.

Sur le disque, je ne m’attendais pas à trouver un groupe comme Zebda.

Laurent : On s’est connecté avec eux, on a discuté et on s’est aperçu que la femme d’Akim, un des chanteurs du groupe, aime beaucoup Mano Solo. Du coup, ils nous proposent de changer le morceau qui leur avait été attribué. Ce que nous avons accepté. Ils ont vraiment fusionné leur musique avec celle de Mano.

Napo : Quand tu entends un membre de Zebda dire qu’il a découvert un artiste et qu’il n’a pas fini de le découvrir, je trouve ça génial. Il pensait que toutes ses chansons parlaient de ses problèmes personnels. De leur côté, les Zebda ont découvert qu’il pouvait aussi chanter l’amour, la vie, la résurrection, la force, le combat.

Quand le projet a fait le tour de ce monde-là, est-ce que des artistes ont sonné à votre porte pour en être ?

Laurent : Il y en a qui ont pu agir ainsi, mais plus finement que tu ne poses la question. Tous les gens qui sont sur cet album sont des gens assez fins.

Napo : Ce n’est pas la bande à Renaud !

Laurent : Notre album est garanti 100% sans Enfoiré.  Il y en a qui, par des détours, nous ont dit qu’ils étaient intéressés et d’autres que nous sommes allés chercher. Certains ont accepté, d’autres pas.

Il y a eu des refus ?

Laurent : Juste un, parce qu’il ne se sentait pas défendre une chanson de Mano Solo. C’est un chanteur qu’on aime bien, issu de la scène française metal.

Dis-moi qui.

Après tout, ce n’est pas un secret d’état. C’est Renaud de Lofofora (mandorisé là). On lui a proposé un morceau des Frères Misère, il a écouté et il nous a dit que ça ne lui évoquait rien et qu’il refusait donc de participer. Mais il l’a dit très gentiment et c’est honnête de sa part. Sinon, je regrette la non-participation de Christian Olivier. Il était occupé à préparer une expo. Après, on a été au plus simple. Quand on avait trop d’entremetteurs pour toucher un artiste, on a botté en touche. On voulait rester sur la rencontre et sur l’humain.

Napo : On n’a pas fait appel qu’à des gens connus. Je trouve ça très bien que ce disque serve à faire connaître de nouveaux artistes qui ont de très gros talents.

"Allez viens" par Bertrand Cantat.

J’ai entendu dire que Mano Solo n’aimait pas Bertrand Cantat, or, on le retrouve dans le disque. Cela m’a étonné.

Laurent : Mano Solo n’aimait pas Noir Désir, ce qui est tout à fait différent. Il n’a jamais rien dit d’autre. Ca coupe court à tout débat.

Napo : Cela dit, autant Melismell a transcendé « La rouille », autant lui n’a pas transcendé « Allez viens ! » Je le trouve trop serré, trop tendu.

Laurent : Ah bon ? Mais par rapport au texte, je le trouve super. C’est pour cela qu’il est dans ce registre-là, je pense. Cantat et ses copains Noir Désir ont inspiré certains jeunes gens qui commençaient à faire de la musique et ils ont insufflé une idée de comment se positionner par rapport à son rôle d’artiste. Utiliser certains médias, mais ne pas être tout le temps dans l’opportunisme de se montrer partout en faisant n’importe quoi.

Napo : Il a dit dans un film que l’on a fait pour un teaser : « Mano Solo, c’est comme moi. C’est de la drogue dure, c’est trop violent, c’est trop dangereux, il faut consommer avec modération ». Ce passage n’est pas dans le teaser, mais il a été filmé.

"La rouille" chantée par Melissmell.

Dans ce projet, il fallait garder une cohésion musicale.

Laurent : Comme Les Hurlements d’Léo jouent sur tous les morceaux, elle est là la cohésion musicale. En ce sens, ce disque n’est pas vraiment un « tribute ». Un « tribute » est fait par des gens qui enregistrent chacun de leur côté et qui rendent leur copie quand elle est terminée. Là, tous les artistes étaient invités dans notre studio. On a joué ces morceaux pendant 50 dates en live, je pense qu’on peut considérer qu’on les maitrise… Il y a notre son présent sur les 26 titres.

Il y a eu des fusions avec des groupes ?

Laurent : Bien sûr et heureusement. On parlait de Zebda tout à l’heure, mais il y a eu aussi Babylone Circus et Melissmel, par exemple.

Vous êtes sur ce projet depuis deux ans. Craignez-vous que cet album ne trouve pas son public ?

Laurent : On est heureux d’avoir porté ce projet jusqu’au bout. Ça n’a pas toujours été une entreprise très facile. On savait que l’on s’attaquait à un monument. Pour certains, Mano Solo est Dieu le père.

Napo : Il y a plein de gens qui ne pouvaient pas s’imaginer que l’on pouvait reprendre Mano Solo. Quand ils ont vu et entendu notre travail, ils n’ont pu que constater le respect de l’œuvre et de l’artiste.

Laurent : Il y avait des gens sceptiques qui se raccrochent aujourd’hui aux wagons parce qu’ils ont compris.

Il était impossible qu’il n’y ait qu’un chanteur qui s’attaque à ce répertoire…

Laurent : Tu as raison. Si on avait choisi une seule personne pour être le porte-voix de Mano Solo, le projet crevait dans l’œuf. Personne ne peut se prendre pour lui tant il était unique.

Fred des Ogres de Barback a accompagné les Hurlements d'Léo sur la tournée les Hurlements d'Léo chantent Mano Solo.

Chanter Mano Solo, ça ne doit pas être évident.

Napo : Pour moi, ce qui est important, c’est qu’il y ait une intensité dans le chant.

Laurent : Moi, je suis dans l’interprétation, mais on a un timbre, Mano Solo et moi, qui n’est pas aux antipodes.

Napo : On a essayé de ne pas dénaturer les lignes de chant.

Laurent : On n’a pas touché aux mots, ni aux mélodies vocales. Avec les arrangements, par contre, on n’y a pas été avec le dos de la cuillère. On voulait quand même que ça reste Les Hurlements d’Léo chantent Mano Solo.

Napo : Ce qui est chouette, c’est que l’on a la chance que ce ne soit pas le énième projet sur Mano Solo.

Oui, et il va falloir s’accrocher pour faire mieux.

Napo : Nous, on a fait ça avec une approche, une réflexion. Ce n’est pas tout le monde qui se donne ces moyens-là pour rendre hommage à un artiste.

Laurent : Mano Solo est l’un des auteurs majeurs de sa génération. Je pense même que c’est le meilleur. Il fallait être digne de lui.

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Après l'interview le 25 juin 2015, avec Laurent Kebous (à gauche) et Napo Romero (à droite) au bar La Fourmi (Pigalle).

25 août 2015

Frank Darcel : interview pour l'EP de Republik (et l'album Elements... à venir)

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(Photo : Philippe Boulben)

franck darcel,republik ep,elements,marquis de sade,mandorFranck Darcel (à gauche, au début des années 80, avec Etienne Daho et Arnold Turboust), je le connaissais comme le créateur et leader du groupe rennais Marquis de Sade et comme le réalisateur des deux premiers albums d’Etienne Daho. Je savais qu’il continuait à jouer de la musique à droite à gauche… mais pas grand-chose d’autre.

Un jour, j’ai reçu l’EP de Republik. Du rock à l’américaine des années 70. Pas ma musique de prédilection, mais il se dégage quelque chose de puissant et d’envoutant dans ces quatre morceaux. Puis je remarque que Franck Darcel est le créateur, leader et chanteur du groupe. Son attachée de presse (que j’apprécie beaucoup), Sissi Kessaï, me demande si je suis intéressé de le rencontrer en vue d’une mandorisation. On ne refuse pas un musicien qui a marqué le rock français. Et j’étais curieux de me retrouver face à cet homme qui me paraissait un peu rustre et peu enclin à répondre aux interviews. En réalité, le 3 juin dernier, c’est un homme à l’exact opposé à qui j’ai posé des questions (sacré à priori !)

Biographie : Les premiers éléments (par Antonio de Bragança) :

Ancien guitariste de Marquis de Sade et d’Octobre (qui avait comme lead vocal Pascal franck darcel,republik ep,elements,marquis de sade,mandorObispo... voir photo à droite), producteur entre autres d’albums d’Étienne Daho, d’Alan Stivell, GNR au Portugal ou très récemment de James Chance, Frank Darcel revient à ses premiers amours : la guitare électrique. Le nouveau Republik, groupe dans lequel Darcel assure maintenant également le chant, cite parfois l’errance des dowtown rockers d’une ville fruit qu’on imagine éternelle. Rien de nostalgique ici pourtant puisque le projet se nourrit autant des chutes de murs et autre changement de siècle et compte sur les mordants Stéphane Kerihuel à la guitare, Eva Montfort à la basse et Federico Climovich à la batterie.

franck darcel,republik ep,elements,marquis de sade,mandorÀ l’écoute de ces quatre titres annonçant l’album à venir de Republik, Elements, on pense à d’autres films, tournés en ocre et gris, avec des pointes de bleu, des films existant ou pas encore tournés.

« Saleen », balade aux accents faulknériens, frappe juste d’entrée avec ce soupçon d’electro et une mélodie imparable servie avec sensualité par la chaude voix du rocker rennais. Sur l’habité « Winter Of Love », ce n’est ni plus ni moins la section rythmique de Talking Heads et Tom Tom Club qui se mêle avec brio à la partie, quand Tina Weymouth officie à la basse et Chris Franz à la batterie. Dans cet hiver de l’amour qui évoque une ville qu’on ne peut quitter, Tina Weymouth prend aussi les chœurs en main avec son amie Wendy James. Vient ensuite « Reality », insolente saillie rock’n roll, imaginée par Darcel en hommage à son ami Jacno. Le quatre titres, pris d’une nostalgique et toute lisboète langueur, s’achève par le sombre et écorché « Move », serti par les claviers d’Adriano Cominotto.

Une des expériences les plus originales et excitantes du rock hexagonal et de ses extensions atlantiques.

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(Photo : Philippe Boulben)

franck darcel,republik ep,elements,marquis de sade,mandorInterview :

Qu’avez-vous fait ses dernières années avant de créer Republik ?

J’ai vécu une partie des années 90 au Portugal. Je me suis retrouvé là-bas à produire une artiste française au début des années 90, Arielle. J’ai découvert Lisbonne que je connaissais très peu et je suis tombé amoureux de la ville. Du coup, j’ai essayé de voir s’il n’y avait pas moyen de travailler pour des groupes portugais. L’opportunité m’en a été donnée en 1993. J’ai produit un groupe de cette ville et le titre que nous avons fait est devenu un très gros tube radio. C’est même devenu l’hymne des supporters du Benfica. C’est mon premier disque d’or portugais.

En 1995, vous décidez de vous installer là-bas.

Pour Sony, j’ai commencé à travailler avec un artiste qui s’appelle Paulo Gonzo. On a fait cinq albums ensemble. C’est un peu le Eros Ramazzoti portugais. Avec le deuxième album, nous avons été numéro un pendant six mois. J’ai vécu là-bas en famille et je suis rentré en 2000. Entre temps, j’ai fait un peu de musique capverdienne, du fado. J’ai travaillé aussi avec un groupe de Porto qui s’appelle GNR. Vu de France, il est logique que j’aie été porté disparu de la scène puisque je n’y étais plus.

franck darcel,republik ep,elements,marquis de sade,mandorQu’avez-vous fait en rentrant en France en 2000 ?

J’ai produit un album d’Alan Stivell, Back to Breizh. Ça m’a plu parce que c’était une manière assez sympa de revenir en Bretagne. Après, j’ai eu un petit accident d’oreille. Des acouphènes, à cause d’une sirène d’alarme. J’ai donc dû m’écarter des studios pendant quelques années. Je ne pouvais plus écouter fort. Je n’osais plus m’approcher d’une guitare parce que je savais que ça allait siffler un peu plus. A l’écart du monde musical, j’ai démarré une petite carrière de romancier avec un livre qui est sorti chez Flammarion, Le dériveur.

Ce n’était pas votre premier roman, il me semble.franck darcel,republik ep,elements,marquis de sade,mandor

En effet, j’avais écrit un roman à Lisbonne. Un ami, critique littéraire l’avait lu et trouvé pas mal. Il m’a mis en contact avec Flammarion. Je racontais ma vision de Lisbonne, c’était un peu mystique et, du coup, ça ne tenait pas vraiment debout. L’éditrice n’avait pas trop aimé, mais elle m’a demandé d’écrire quelque chose que je maîtrisais plus, comme par exemple, mon retour en Bretagne.  J’ai pris comme base la ville de Lorient et j’ai raconté l’histoire d’un ancien commando marine qui part en errance aux Etats-Unis. J’ai écrit ce livre en deux mois en demi et il a été publié. J’ai eu des bonnes critiques et on en a vendu un peu. Mon éditrice m’en a demandé un deuxième. A l’époque, je continuais à faire de l’édition musicale, ça m’évitait d’aller en studio, mais me permettait de rester en contact avec la musique. Je n’ai donc pas écrit de deuxième roman, mais j’ai proposé de retravailler mon premier roman portugais. Il a fini par sortir sous le titre L’ennemi de la chance, mais je pense que c’était une erreur de ma part de revenir sur ça.

franck darcel,republik ep,elements,marquis de sade,mandorParlez-moi de, Rok, l’anthologie du rock en Bretagne.

Je me suis dit qu’en Bretagne, il y avait quelque chose à raconter sur l’épopée du rock depuis le départ. La première vague rennaise vient du groupe dont je faisais partie, Marquis de Sade.  C’est autour de notre groupe que les Trans Musicales de Rennes se sont fondées. En discutant avec des musiciens du coin, je me suis rendu compte que des villes portuaires comme Brest et Saint-Nazaire avait eu une histoire très particulière avec le rock’n’roll. Saint-Nazaire, grâce à la base américaine qui était là. On a fait un vrai travail d’historien incluant des enquêtes universitaires. Ce projet complètement fou s’est avéré ne pas tenir en un tome. Le tome 1 est sorti en 2010 et raconte les années 60, 70 et 80. Le tome 2 est sorti il y a deux ans et raconte les années 90 à nos jours.

Vous qui avez été un agitateur musical de la scène rennaise, vous la suivez toujours de près ?

A Rennes, entre les anciens et la jeune vague, il y a très peu de liens. On ne fréquente pas les mêmes endroits, car il manque un endroit fédérateur où tout le monde pourrait se retrouver. Le fait que j’ai monté Republik depuis quelques mois a pour conséquence que nous nous retrouvons un peu en compétition.

Vous venez d’employer le mot compétition. C’est une compétition avec les autres groupes ?

Oui et c’est assez sain. Au début des années 80, il y avait beaucoup moins de groupes à Rennes, mais on se tirait un peu la bourre… ce qui était normal. Quelque chose a changé aujourd’hui. Comme les projets permettent moins aux jeunes de vivre de la musique, ils ont tendance à jouer dans plusieurs groupes. Ca complique énormément les choses au niveau des emplois du temps et à l’esprit de corps. Avant, quand on appartenait à un groupe, on le défendait à fond. Ça s’est un peu perdu. Quand on voit le même batteur ou le même guitariste dans trois groupes différents, on ne sait plus trop avec qui il joue.  

Selon vous, cela représente quoi Franck Darcel pour les jeunes musiciens rennais ? franck darcel,republik ep,elements,marquis de sade,mandor

Je sais que le groupe rennais Montgomery, dont je m’occupais et qui a sorti deux albums chez Naïve, était des grands fans de La Notte, la Notte d’Etienne Daho. Ils écoutaient souvent cet album et ils savaient que j’en étais le réalisateur. Je sentais qu’ils avaient du respect pour moi. Sinon, pendant les années 90, lors de ma période portugaise, quand je revenais à Rennes,  je crois que Marquis de Sade ne pesait plus grand-chose. C’est quand l’émission Les enfants du rock d’Antoine De Caunes a été mis sur YouTube en 2004 que les jeunes rennais ont pu voir ce que l’on représentait et ce que l’on faisait sur scène. Sans internet, je ne sais pas si le « mythe », entre guillemet, aurait pu durer longtemps.

franck darcel,republik ep,elements,marquis de sade,mandorMarquis de Sade a été un des premiers groupes de rock français important. Et pas qu’à Rennes !

On a dû un peu marquer l’époque, mais, en même temps, nous n’étions pas si nombreux que cela à faire ce genre de musique.

Mais, comment expliquez-vous que vous êtes devenus mythiques ?

Quand on s’arrête au bout de deux albums, en phase ascendante, il n’y a rien de mieux pour laisser un bon souvenir. Aujourd’hui, à Rennes, on reparle de nouveau de nous avec un certain respect.

Vous revenez avec Republik.  Ça n’a rien à voir avec Marquis de Sade, mais c’est un groupe tout de même très électrique, tendance années 70.

Depuis Marquis de Sade, en matière de rock, j’ai toujours été plus intéressé par ce qu’il se passait à New York que par ce qu’il se passait à Londres. J’avais la chance d’avoir un oncle d’Amérique qui vivait à New York. Dès 1975, j’ai commencé à aller là-bas. J’ai passé l’été 1978 à aller voir tous les groupes. J’ai été très influencé par eux. Richard Hell, Television, Talking Heads. Je reste dans cette mouvance-là.

Clip officiel de "Saleen".

Republik a changé plusieurs fois de formule.franck darcel,republik ep,elements,marquis de sade,mandor

Au départ, je ne me destinais pas au chant. J’avais peu d’expérience dans ce domaine, à part en tant que choriste. J’ai commencé à faire venir une section rythmique, puis on a répété et petit à petit, on est arrivé à une formule qui me paraissait intéressante. J’ai cherché un chanteur sur MySpace et on en a trouvé un. J’ai fait venir à la guitare Xavier Géronimi qui est un vieux compère, avec qui on a fait les premiers Daho, qui a été un guitariste de Bashung et qui est venu travailler avec moi au Portugal. Cette formule-là a trouvé ses limites assez rapidement. On a fait quelques concerts, dont un Nouveau Casino à Paris. Il y avait du monde, mais je crois que le groupe n’avait pas vraiment d’identité. Je l’ai donc mis en stand-by un moment. Comme le chanteur que nous avions jouait dans deux autres groupes, lorsque nous  voulions répéter plus, il n’était jamais là. Partager un batteur avec une autre formation, c’est faisable, mais partager son chanteur, ça devient plus compliqué. J’ai fini par me mettre à chanter.

Vous avez sorti un premier quatre titres, il y a trois ans.

Jean-Louis Brossard des Trans Musicales l’a écouté et nous a programmés en 2013. On n’avait plus de bassiste à l’époque. Le guitariste solo a invité Eva Monfort, une jeune fille qui joue très bien de la basse. Comme les Trans se sont bien passés, on s’est dit qu’on allait revenir dans cette configuration sérieusement.

franck darcel,republik ep,elements,marquis de sade,mandorDans ce deuxième EP, il y a des invités, notamment, Chris Franz et Tina Weymouth, la rythmique de Taking Heads.

Il y avait une espèce de légende urbaine qui disait que Tinaétait originaire du coin. Gilles Le Guen, qui a écrit dans le tome 2 de Rok, l’anthologie du rock en Bretagne, connaissait des gens qui connaissaient bien Tina et Chris. Il a envoyé un mail et un jour Tina a répondu qu’elle était bien originaire du coin. On s’est vu un été à Paimpol et nous sommes devenus très potes rapidement. J’ai été les voir eux Etats-Unis, puis eux sont venus nous voir en studio l’année dernière, alors que nous étions en plein enregistrement. Ils ont voulu écouter et ils ont trouvé que c’était vraiment bien. J’ai demandé à Chris s’ils joueraient sur un titre. Il nous a demandé de lui envoyer le titre en question. Début septembre j’ai reçu les sessions de« Winter of love ». En plus, Tina a fait des chœurs, ce que je ne lui avais pas demandé. J’ai trouvé ça génial. Avec les anglo-saxons, les choses se font naturellement.

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Pendant l'interview...

Cet EP est l’avant-première de l’album à venir, Elements.

On devrait le terminer incessamment. James Chance ou encore Yann Tiersen ont participé, eux aussi, à l’album, en plus des guitaristes Xavier Géronimi et Yann Le Ker. On prévoit qu’il soit dans les magasins vers la fin du mois d’octobre. On a sorti le clip en janvier, l’EP en juin et l’album sort en octobre. On fait avancer le projet Republik lentement, mais sûrement.

Vous êtes quelqu’un d’important dans le monde de la musique française et on a l’impression qu’avec ce projet, vous redémarrez à zéro, comme un débutant. Ce n’est pas un peu difficile parfois ?

Il y a toujours beaucoup de remises en questions. J’ai été dans des tas de projets. Certains ont marché, d’autres pas. J’évolue dans ce milieu de la musique toujours avec humilité. Je ne peux pas dire que je recommence tout à fait à zéro, car mon nom m’apporte tout de même quelques facilités, soyons honnête. Avoir Tina et Chris, par exemple, n’aurait pas été possible sans mon background. Accéder à quelques médias aussi, parce que je ne suis pas un inconnu. Il y a un effet de curiosité des journalistes. Comme vous par exemple.

Tout à fait. Avez-vous eu des premiers retours sur cet EP ?

Ce que j’ai lu ces dix derniers jours est en tout cas très encourageant. Ça bouge aussi en radio. C’est trop tôt pour être complètement optimiste…

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Pendant l'interview le 3 juin 2015, à l'agence.

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19 août 2015

Sollex : interview pour Chansons en roue libre.

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Romain Lefrançois, alias Sollex fait de la chanson en roue libre, un mélange séduisant de mélodies accrocheuses et de textes drôles et piquants. Il s’inscrit dans la lignée de Bénabar, Thomas Fersen (mandorisé là) ou Bobby Lapointe.

Il aime raconter des histoires, jouer avec les mots, camper des personnages hauts en couleur, embarquer les spectateurs dans son univers espiègle et décalé.

Le 24 juin dernier, nous nous sommes retrouvés dans un café parisien.

Biographie officielle (très largement écourtée):sollex,romain lefrançois,chansons en roue libre,interview,mandor

«Un adulte c’est un enfant qui a mal tourné.» Franquin.

Interprétées en solo, duo ou en trio, les chansons de Sollex interpellent l’enfant caché derrière la carapace de chaque adulte et ouvrent une parenthèse baroque, énergique et colorée vers un univers original.

En 2008, Romain sort des sentiers battus de l’open space où il travaille pour démarrer le projet SOLLEX. En souvenir d’un grand-père qui se rendait à l’usine de Bobigny en Solex et d’un père héritier du vélomoteur familial pour arpenter les rues de Paris, Romain reprend le flambeau 30 ans plus tard, mais lui rajoute deux « ailes » : deux ailes synonymes de liberté et d’évasion musicale.

sollex,romain lefrançois,chansons en roue libre,interview,mandorL’album :

Chansons en roue libre… est le premier album de Sollex. L’univers frais, espiègle, acide, grinçant et parfois déjanté de Romain qui s’adresse à des auditeurs de 4 à 104 ans appréciant la chanson dans ce qu’elle a de plus simple : des histoires, des émotions et de la fantaisie. Dans ce millefeuille musical, chaque chanson est une tranche de vie qui interpelle les grands comme les petits. Les textes qui dansent sur des rythmes variés, abordent la nostalgie, les rêves de gosses et les regrets d’adultes, l’amour, l’amitié, la mélancolie, la vie de bureau, la mer et les supers héros ! 

Dans cet album vous trouverez des sons et des bruits authentiques et insolites comme une « guitare baryton » (guitare désaccordée de 3 tons) en lieu et place d’une basse, une casserole, une sonnerie de four, un extrait de BFM dans la salle de bain de Laurent, des « frottements » sur un vieux jean de Romain pour imiter le bruit du train, plusieurs réveils matin et même le public du Trabendo lors du passage remarqué de Sollex entre les groupes Métal du Fallenfest… Vous découvrirez également la douce voix de Juliette Brousset sur « Coquillage et Nutella » et les diaboliques congas de Guilherme Alves sur « Batman ».

Chansons en roue libre… fixe pour l’éternité un ensemble de chansons qui ont leur propre histoire et leur origine autobiographique.

Ses chansons sont et.

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sollex,romain lefrançois,chansons en roue libre,interview,mandorInterview :

Tu as 34 ans. Tu chantes depuis combien de temps ?

J’ai commencé le piano à huit ans au conservatoire pour une raison bien précise. A la base, je voulais être danseur, avec et comme ma sœur. Mais la prof de danse m’a dit qu’elle ne prenait pas les garçons. Comme je suis très proche de ma sœur, j’ai voulu faire du piano dans le secret espoir de l’accompagner un jour. Pendant mes études de commerce, j’ai arrêté le piano pour me mettre à la guitare. C’est à ce moment que je me suis mis à chanter et à m’intéresser à la chanson.

Dans ta jeunesse, tes parents en écoutaient.

Oui, ça allait de Brassens à Barbara en passant par les deux Elvis, Presley et Costello. C’est marrant que l’on parle de ça, parce que j’ai en projet de faire des covers de gens qui m’ont marqué dans ma jeunesse. Des gens comme Vian, Higelin, Souchon. Je ne vais pas reprendre du Brassens, parce que, même si ça m’a marqué, ce n’est pas dans mon écriture, ni dans mon univers.

Je crois savoir que Bénabar a été un élément déclencheur…

A l’époque, on l’entendait beaucoup, ainsi que –M-. J’ai eu comme un déclic en entendant les chansons réalistes et humoristiques de Bénabar. Je me suis un peu reconnu en lui. J’ai donc voulu écrire des histoires et les mettre en musique. J’ai commencé en écrivant des chansons très délirantes sur des champignons ou des slips par exemple… enfin, tout ce qui me passait par la tête. Là, aujourd’hui, j’ai réussi à catalyser mes histoires. Je suis un peu plus « raisonnable ». Et encore, je n’en suis pas si sûr.

C’est vrai que la comparaison avec Bénabar n’est pas exagérée.

J’ai le même second degré. Je prends souvent les choses graves à la dérision. Avec la petite pointe d’humour et la spontanéité du texte, tout passe. Je ne suis jamais dans la boutade pour la boutade, il faut que cela me vienne naturellement.

Clip de "Coquillage et Nutella".

sollex,romain lefrançois,chansons en roue libre,interview,mandorQu’est ce qui a fait qu’un jour, tu as décidé de faire chanteur comme métier ?

Avant de m’essayer à cette profession un peu casse-gueule, je faisais des études de commerce. J’étais destiné à faire du marketing. En travaillant dans ce monde-là, je me suis aperçu que je passais la moitié de mon temps à écrire des chansons. Chaque réflexion dans les openspaces me donnaient envie d’écrire une chanson sur le thème abordé. Je me suis dit que ça ne pouvait plus continuer ainsi. Il fallait que je fasse un choix. Mon entourage m’a incité à me lancer.

Alors, on se lance comment ?

On lâche le guidon et on y va. Je suis allé chanter dans les bars avec je ne sais quel tour de chant pas très cohérent. Comme je n’avais pas assez de chansons au départ, je faisais pas mal de reprises. J’essayais de comprendre comment les choses fonctionnaient. La première chose que j’ai faite professionnellement, c’est d’envoyer une démo pour Le Printemps de Bourges. C’était l’occasion de réaliser ma première maquette avec des chansons que je ne joue quasiment plus. Du coup, je me suis servi de cette maquette pour trouver des dates. Et voilà !

Ton truc, c’est la scène.

Les gens me le disent à chaque fois. Mes chansons et moi, nous prenons toute notre dimension sur une scène. On me croise, je ne paie pas de mine. Je suis un peu gringalet et j’ai la gueule du premier de la classe. Sur scène, je me sens vraiment moi.

J’adore ce genre de contraste chez les artistes.sollex,romain lefrançois,chansons en roue libre,interview,mandor

Je me transforme et je pars complètement en vrille.

Ce nom, Sollex, ce n’est pas hyper sexy !

Au départ, quand j’ai envoyé ma première maquette, je ne voulais pas le faire sous mon nom, Romain Lefrançois. Je voulais un nom d’artiste et Sollex est sorti tout seul. En réfléchissant sur le pourquoi du comment, je me suis souvenu que mon grand-père me parlait beaucoup du solex qu’il avait et que mon père lui aussi en avait hérité d’un. J’ai repris inconsciemment un truc familial, ce n’est pas plus compliqué que cela.

Avoir un pseudo permet de faire le distinguo entre sa vie normale et sa vie d’artiste ?

C’est un métier où l’on devient un peu schizophrène. Dans la vie civile, il y a forcément, par l’éducation, des barrières à ne pas franchir. On ne peut pas tout faire et dire. La scène, par contre, est un espace de liberté infini. Je pense même que pour préserver cette folie qu’on a sur scène, il faut savoir se contenir dans la vie pour pouvoir exploser devant le public. Si j’étais dans la vie comme je suis sur scène, complètement barré, ce serait fatiguant pour les autres.

"Yes, we can", extrait du live au festival "En attendant le jour J" à l'Espace Christian Dente. Son et images ACP Manufacture Chanson.

Ton album démarre de manière « chanson française traditionnelle », mais très vite, musicalement et textuellement, tu nous surprends.

Se surprendre soi-même et surprendre le public permet de ne pas s’ennuyer. Il y a quinze chansons et on aurait pu en avoir dix-neuf, mais pour une meilleure cohésion de l’album, on a fait le choix d’en retirer. Que ce soit sur l’album ou sur scène, j’aime faire des plages qui soient cohérentes, puis faire des contre-pieds. Il n’y a rien de pire que de ne pas être surpris à un concert. L’autoroute endort, les chemins de traverses stimulent. Dernièrement, j’ai regardé un concert de Brel, le maître de l’interprétation et du live, et j’ai remarqué qu’il utilisait tout le temps des contre-pieds. Il passait de chansons rigolotes à une chanson qui te mettait une énorme claque. Le contraste est primordial pour toucher les gens et ne pas les perdre en route.

L’humour et l’ironie que tu as sur scène, l’as-tu dans la vie ?

Oui. C’est beaucoup pour supporter la vie. Si on n’a pas d’humour, si on n’a aucun recul sur soi ou sur ce qu’il se passe autour, ça devient un peu difficile. L’humour, c’est aussi la capacité à savoir ne rien faire, se poser, prendre du recul et savoir s’ennuyer.

J’adore la chanson « Batman ». A la fin, il casse tout dans le studio.

C’est mon passage préféré sur le disque. Batman, le seul superhéros qui n’a aucun super pouvoir. Oui, mais il a beaucoup d’argent. Il s’achète de supers bagnoles et du super matos et il se débrouille avec tout ça. Cela dit, il se bat bien. Mais sa relation avec Robin est louche (rire).

Dans « Mamie », une chanson très drôle et tendre à la fois, ta mamie te fait danser sur de la tektonik. Est-ce bien raisonnable ?

Mon grand-père a fini ses jours dans une maison de retraite, j’étais vraiment à son chevet quand il est parti. J’ai trouvé ces lieux-là tristes et déprimants. Les vieux sont suivis, il y a un cadre, ne sont donc pas abandonnés, mais quand même. L’endroit est un peu glauque. Mais dans la chanson dont tu parles, je leur rends hommage d’une certaine façon. Je positive la vieillesse. J’aime les personnes âgées et cette chanson n’est pas faite pour se moquer d’eux, au contraire. J’ai voulu qu’elle leur donne de l’espoir.

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Que pense ta famille de ce que tu fais ?

Tout le monde me soutient, même si parfois, ils sont inquiets. Ils voient que je me démène et  constatent aussi que j’ai le feu sacré, la passion absolue pour ce métier. Pour la petite histoire, quand j’ai choisi de me lancer dedans, au bout d’un an, ma mère m’appelle pour savoir si j’avais fini mon année sabbatique. Elle n’avait pas compris que c’était sérieux. En vrai, si je ne crée pas, que ce soit de la chanson, du dessin ou d’autres choses, je suis malheureux. Je crois qu’aujourd’hui, mes parents ont compris que j’étais un artiste. Que je suis né comme ça. Etre artiste, c’est une façon d’être et beaucoup de travail.

Et que pensent-ils de l’album ?

Par rapport à d’où je suis parti, les premières maquettes qu’ils ont entendu, ils sont rassurés. Je leur ai fait écouter le disque complètement terminé. Ils ont été surpris et conquis du chemin accompli. Ils ont hâte de voir la suite.

Ils t’ont vu sur scène ?

Oui. Ils viennent le plus souvent possible. Quand ils me voient en concert, ils ne me reconnaissent pas. Ma sœur et mes parents ont l’impression de voir un autre frère, un autre fils. Ils voient Sollex et non Romain. Ils font la différence.

Il y a un peu de Thomas Fersen et d’Oldelaf (mandorisé ici) en toi, non ?

Tu viens de citer deux artistes que j’aime beaucoup. J’apprécie le compliment à sa juste valeur.

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Quels sont les jeunes d’aujourd’hui dont tu as remarqué le travail ?

J’aime bien un jeune artiste qui s’appelle Guillaume Farley. Il a une voix et des textes fantastiques. Je le trouve épatant. Il y a aussi le trio Orlando, dont je trouve le travail intéressant. J’aime leur univers, leur folie et leur professionnalisme sur scène. Ils en jettent immédiatement. Ils sont impressionnants. Sinon, j’écoute aussi beaucoup Karpatt que j’ai découvert quand j’ai commencé à écrire des chansons. Leur premier album, A l’ombre du ficus, est une pépite.

Chez les plus anciens, hormis, Brel, Brassens, Barbara ?

J’aime Dick Annegarn et Pierre Vassiliu. Le Gainsbourg du début aussi. Le côté acide du « Poinçonneur des Lilas » par exemple. Il y a un second degré au vitriol que j’apprécie beaucoup. Mais mon papa spirituel, celui qui a bercé mon enfance, c’est Jacques Higelin. Je me suis beaucoup penché sur son travail. C’est vraiment un artiste complet. Il a cette générosité sur scène que j’espère donner aussi un jour. Je tente déjà.

Tu travailles sur un prochain EP ? 

Oui. On va sur une énergie un peu plus rock et j’essaie d’aller toujours plus loin dans le second degré.

Tes chansons sont parfois autobiographiques ?

Oui, mais souvent très déguisées.

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Michel Kemper, sur le site de Nos Enchanteurs a dit de toi, de mémoire, que « tu ne faisais pas de la chanson engagée, mais engageante ». C’est une jolie formule qui te correspond parfaitement.

Oui. J’adore. Je penche plus du côté de Vian que de Zebda. Quelle subtilité quand Bris Vian écrit « Le déserteur ». Textes et mélodies magnifiques. L’ensemble est très élégant. La classe absolue.

Toi aussi, tu dis des choses. Sur l’enfance, la vieillesse, la société, le monde du travail, par exemple.

Si les gens veulent bien écouter les choses. Parfois, ils s’arrêtent au premier degré et si on s’arrête au premier degré on passe à côté de ce qu’est vraiment Sollex.

Es-tu confiant pour ton avenir musical ?

Je suis un pessimiste optimiste. Quand je vois le monde, je suis pessimiste et en même temps, j’ai une force de vie qui me rend optimiste, sinon, je ne ferais pas ce que je fais. Je suis confiant en mon avenir à partir du moment où on travaille, on réfléchit, on prend un peu de recul et on ne fonce pas tête baissée. Je ne veux pas m’enfermer et regarder mon nombril. Je veux m’ouvrir de plus en plus. Ce qui me donne confiance, aussi, c’est que je suis soutenu par ma femme et par mes deux petits enfants… et ça, c’est précieux. Mon petit garçon de cinq ans veut écrire des chansons avec moi. Ça me donne la niaque. 

sollex,romain lefrançois,chansons en roue libre,interview,mandorAprès l'interview, le 24 juin 2015, sur la terrasse d'un café parisien.

17 août 2015

Julien Blanc-Gras: interview pour In Utero et pour la version BD de Touriste

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Tout futur papa devrait posséder ce livre. Avec un style ironique, drôle, touchant et une rigueur d’observation impressionnante, Julien Blanc-Gras, tient le journal de la grossesse de sa femme, tel un aventurier des temps modernes. « Un voyage étrange… une expérience à travers les contrées sauvages et inexplorées menant à la paternité. »

Dans In utero, page après page, le lecteur partage les questionnements et les constats de l’auteur. Julien Blanc-Gras ne cherche d’ailleurs pas à être racoleur, c’est un livre simple et honnête, dans lequel tous les papas et les futurs se retrouveront. 

Les différentes étapes sont traitées avec une telle dérision qu’il vous sera très difficile de ne pas esquisser de sourire. « In utero » trouvera un écho particulier pour beaucoup d’hommes qui se sentent parfois exclus ou tout simplement pas à la hauteur de ce raz de marée sur le point de déferler et bousculer leur existence.

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« La paternité reste un truc pas viril », notait  Virginie Despentes (mandorisée là), auteure de Apocalypse bébé. L’injustice est réparée avec ce délicieux récit de Julien Blanc-Gras. A mettre absolument entre les mains de tous les futurs pères. Et aussi des mères pour mieux comprendre les questions existentielles qui traversent le géniteur apeuré.

Le 8 juillet dernier, ce papa désormais épanoui (mais un chouia fatigué par une nuit sans beaucoup de sommeil), est passé pour la seconde fois à l’agence pour sa troisième mandorisation. (La première là en 2008 et la seconde en 2013… et il y a un peu de lui aussi ici.) C’était sa première interview au sujet de ce livre.

julien blanc gras,in utero,touriste,bd,mademoiselle caroline,interview,mandor4 e de couverture :

« Il n'y a aucune raison de paniquer. Nous allons créer et accompagner une existence. C'est une formidable nouvelle, me dis-je en tapant vol aller simple Patagonie sur mon clavier. » Journal de grossesse d'un futur père, In utero relate cette aventure intime et universelle, avec ses joies, ses angoisses et ses questions fondamentales. Faut-il se reproduire dans un monde surpeuplé ? Comment faire rire une femme enceinte ? Et surtout, peut-on accoucher en chaussettes ?"

L’auteur :

Né en 1976 à Gap, Julien Blanc-Gras est journaliste de profession et voyageur par vocation. Il a publié trois romans au Diable vauvert, Gringoland, qui conte un périple latino-américain, lauréat en 2005 du festival du premier roman de Chambéry et « Talents à découvrir » des librairies Cultura ; Comment devenir un dieu vivant en 2008, une comédie apocalyptique déjantée ; et Touriste, un récit de voyage curieux, surprenant, malicieux. Il a séjourné aux îles Kiribati à l'automne 2011 pour réaliser son dernier livre, Paradis [avant liquidation].

julien blanc gras,in utero,touriste,bd,mademoiselle caroline,interview,mandorL’interview :

Devenir papa, c’est donc une aventure qui mérite qu’on écrive un livre sur le sujet ?

C’est un voyage vers la planète paternité. D’ailleurs, je suppose que tu as remarqué que dans le ton, le style, la forme, je le traite comme mes voyages de mes livres précédents. Au début, je n’avais pas l’intention d’écrire un livre sur la grossesse. J’ai commencé à écrire le soir même où on a appris qu’on allait être parents. J’étais bouleversé par la nouvelle, je me suis donc mis à écrire pour expulser mes émotions et mettre de l’ordre dans mes idées. J’ai continué les jours qui ont suivi sans savoir que j’allais le publier un jour. A la base, je voulais que ce soit un document destiné à mon fils… pour qu’il le lise plus tard. A un moment, je me suis dit que, comme j’étais écrivain, il était logique que j’écrive sur ce sujet « officiellement ».

Il y a très peu de livres sur l’état du père pendant la grossesse, à part ceux de John Fante et de Philippe Jaenada.

En effet. Par contre, on trouve beaucoup de livres pratiques du jeune papa. Il y a aussi beaucoup de récits de grossesse écrits par des femmes.

Ce n’est pas très sexy pour un homme d’évoquer ce sujet ?

Virginie Despentes explique que ça ne fait pas très viril. Moi, je ne trouve pas que ce soit dévirilisant d’écrire sur la paternité.

Ta femme, dans le livre, tu l’appelles « La femme ». Es-tu marié d’ailleurs ?

Figure toi que nous nous sommes pacsés il y a trois jours.

Félicitations ! Quand tu lui as appris que tu voulais écrire sur sa grossesse, qu’a-t-elle julien blanc gras,in utero,touriste,bd,mademoiselle caroline,interview,mandordit ?

Comme je l’ai expliqué dans In Utero, ma femme ne fait pas trop de cas de mes livres. Je lui ai soumis l’idée parce que je ne voulais pas écrire ce livre sans lui demander l’autorisation.  Elle est quand même le personnage principal et l’action se passe un peu dans son utérus. Elle m’a répondu qu’effectivement, ça pouvait être rigolo. Elle a été la première lectrice de ce livre.

Elle a aimé ?

Je crois que ça lui a plu, sinon, elle me l’aurait dit. Elle ne m’a pas censuré, c’est déjà pas mal.

Que ressent précisément l’homme qui va être papa ?

A la fois de l’exaltation et de la joie… et en même temps une terreur et une panique irrépressible. L’idée que l’on va avoir une nouvelle vie et que la précédente est perdue à jamais n’est pas facile à assimiler. Et puis, c’est la fin de l’insouciance et de l’égoïsme. Tout le livre repose sur la bascule entre la joie et la peur.

Tu dis que l’enfant entraîne une réduction considérable du niveau de liberté. Or, cette liberté est ton gagne-pain. L’annonce de l’arrivée de cet enfant a eu pour première conséquence d’une remise en question professionnelle. Tu as eu peur de la perte de la liberté ?

Ça traverse la tête de tous les futurs pères. Notre liberté se trouve réduite du fait que l’on devient responsable d’un petit être merveilleux. Dans mon cas, peut-être encore plus car je n’ai pas une vie réglée par le salariat. Mon métier est de voyager et d’écrire donc, ce processus-là, chez moi, était encore plus développé.  

Ce roman est universel. Tous les papas du monde entier vont se retrouver.

J’ai essayé de raconter mon expérience intime, mais aussi de prendre un peu de distance et de recul pour que ce ne soit pas que mon histoire, mon nombril et celui de « la femme ».

julien blanc gras,in utero,touriste,bd,mademoiselle caroline,interview,mandorTu donnes quelques références sur comment la grossesse se passe dans certains pays que tu as traversé. Là, on retrouve le Julien Blanc-Gras que l’on connait.

Il n’y a pas tant que ça des différences. On retrouve l’universalité de certains gestes et de certaines attitudes dans des cultures très différentes, parce que, finalement, cette expérience est partagée par tous les êtres sur Terre.

« Rétif à l’autorité, j’ai toujours refusé d’avoir un patron. Mon quotidien sera désormais régulé par un dictateur… Le bébé, ce nazi. » Tu n’y vas va pas un peu fort, là ?

Il s’agit évidemment d’humour. Je pense que les lecteurs saisiront le second degré. Cela dit, j’ai pu le vérifier depuis (rires).

Maintenant que l’enfant est là, trouves-tu des accointances entre tes écrits et la réalité ?

Sans dire que l’enfant est un nazi, il pratique en tout cas une forme de torture assez raffiné qui est « la privation de sommeil ». J’ai expérimenté cette torture encore cette nuit (rire). Le fait de savoir à quoi on s’attend et le fait de le vivre, c’est autre chose. Je dis cela, mais c’est l’expérience la plus merveilleuse qu’un homme puisse vivre.

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Tu racontes tous les incontournables des différentes étapes de la grossesse.

Le test de paternité, la première échographie, la deuxième, les angoisses par rapport à l’accouchement, les cours de préparation à l’accouchement qui sont un peu folklos et l’accouchement lui-même, qui est un moment assez intense. Tu te poses des questions du genre : « Est-ce que tout va bien chez l’enfant ? » ou « est-ce un garçon ou une fille ? » Ce que tu vis en tant que père est à la fois exaltant et terrifiant.

Souvent, tu expliques que tu t’es senti inutile pendant la grossesse.

Cette sensation d’inutilité, je crois que de nombreux futurs pères l’ont vécu aussi. Tu fais de ton mieux, mais tu ne peux pas faire grand-chose, si ce n’est soutenir ta femme et lui emmener des fraises quand elle le désire.

Tout ce que tu racontes, tu l’as vécu ?

Le fil du livre étant la grossesse de ma compagne, c’est donc très autobiographique, mais il y a une partie documentée que j’ai insérée dans le récit.

Je trouve que ton livre a comme vertu de rassurer les jeunes futurs papas.

Je n’ai pas pensé à l’effet que ce livre allait faire sur le lecteur, mais il est vrai que la trame narrative est une marche vers l’optimisme. Une fois qu’on a pris la décision d’être parent, il faut se forcer à être optimiste parce qu’on n’a pas le choix.

julien blanc gras,in utero,touriste,bd,mademoiselle caroline,interview,mandorTu dis même : « L’enfant, c’est un acte optimiste. Un pari sur l’éternité. »

On peut avoir un tempérament désabusé, voire pessimiste, ce qui est mon cas, il n’en reste pas moins que ça change ta façon d’envisager la vie.

Je te cite encore : « Le monde ne devient pas plus dangereux quand on devient père, mais notre rapport au danger se modifie ».

Je ne parlais pas pour ma propre personne, parce que je n’ai pas plus peur qu’avant. Je sais juste que si je meurs, les conséquences seront plus graves. Je suis désormais responsable d’un petit être qui n’est pas encore autonome. Moi, j’ai plus peur pour les autres. Pour ma compagne et pour mon enfant notamment.

As-tu perdu la liberté, finalement ?

La difficulté, c’est de trouver l’équilibre entre la responsabilité qui t’incombe et le niveau de liberté que tu peux garder. Pour l’instant, j’arrive à continuer à voyager et à faire ce qui me plait, tout en étant un père présent.

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Pendant l'interview...

As-tu changé depuis que tu es papa ?

Oui, bien sûr. Ça change un homme étant donné que les priorités changent.

Tu continues aussi souvent de partir en voyage ?julien blanc gras,in utero,touriste,bd,mademoiselle caroline,interview,mandor

Oui, mais je ne pars plus deux ou trois mois comme je le faisais avant. Je n’ai pas envie de rentrer et qu’un jour mon fils me dise : « bonjour monsieur ».

Ce livre est aussi une belle déclaration d’amour à « La femme »…

Oui, évidemment que c’est aussi ça.

Et il y a du fond dans ce livre… comme d’habitude.

J’essaie toujours de traiter des sujets sérieux avec légèreté. Dans In utero, je parle un peu du sens de la vie. Choisir de faire des enfants ou pas, c’est la question la plus importante à se poser dans la vie.

Pour conclure sur ce livre, tu dirais quoi ?

Que le fait d’être père est la chose la plus merveilleuse et la plus chiante qui me soit arrivé. Le côté dur est largement compensé par le bonheur que cela t’apporte.

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Julien Blanc-Gras et Mademoiselle Caroline.

julien blanc gras,in utero,touriste,bd,mademoiselle caroline,interview,mandorOn va parler de la bande dessinée tiré de ton livre, Touriste. Comment est née l’idée ?  

De manière très naturelle. J’ai rencontré Mademoiselle Caroline dans un salon du livre. Nous étions installés l’un à côté de l’autre et nous avons échangé nos ouvrages. J’aimais bien ses dessins et elle a bien aimé Touriste. Après quelques messages de félicitations réciproques, je lui ai proposé d’adapter mon livre en bande dessinée. Elle a répondu immédiatement que c’était une super idée. On a proposé le projet à son éditeur, Delcourt. Il a dit oui et voilà.

Le résultat est franchement remarquable.

Elle a fait un super boulot. Elle a beaucoup travaillé sur ce projet. Plus que moi. Je me suis contenté de faire l’adaptation scénaristique.

C’est du boulot quand même !

Oui, parce qu’il faut casser ce que tu as construit pour le reconstruire différemment avec d’autres contraintes. J’ai élagué un tiers du roman, sinon, la BD aurait fait 2000 pages. Caroline a adapté et réinterprété. C’est-à-dire qu’elle a mis sa personnalité graphique et pas que graphique. Cette BD, c’est aussi sa BD.

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J’ai reconnu nos amis communs, François Perrin, Philippe Jaenada (mandorisés ensemble là) et Richard Gaitet (mandorisé tout seul ici).

Oui, on s’est fait plaisir avec quelques clins d’œil. Ils n’ennuient pas le lecteur et ça fait plaisir aux potes en question. Et Caroline connait et apprécie beaucoup Philippe Jaenada, c’est aussi un hommage.

Et le Prix Goncourt décerné à Bertrand Guillot (mandorisé là) !

C’est prophétique, il l’aura un jour.

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Et ça fait quoi de devenir un personnage de BD ?

En termes d’ego trip, c’est formidable, non ? Ça fait bizarre parce que je suis très amateur de bandes dessinées. Mon père en a des milliers et j’en ai bouffé pendant toute mon enfance.

Et une version ciné ?

Ce serait le rêve. Mais ça couterait cher. S’il faut tourner dans quinze pays…

Quels sont tes projets ?

Je suis en train d’écrire un récit de voyage sur le Qatar où je suis allé au mois de décembre dernier. Il sortira au Diable Vauvert l’an prochain. J’y ai passé un mois. C’est un pays dont on parle beaucoup, mais que l’on connait assez peu de l’intérieur. Il y a plein de trucs rigolos et inattendus à raconter sur ce pays. Sinon, je pars prochainement au Groenland pendant trois semaines. Je pense que j’en tirerai également un récit de voyage.

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L'interview s'étant (évidemment) très mal passée, Julien Blanc-Gras s'est énervé...

16 août 2015

Gil Alma (de "Nos chers voisins") : interview pour son one-man-show, "La vie est belle"

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Vous le connaissez tous, Gil Alma est un des comédiens du programme court de TF1, Nos chers voisins. Il joue le rôle d’Alain Stuck. « Plutôt charmant, ce serveur dans l'hôtellerie a cependant une vision assez machiste de la vie. Légèrement misogyne et égocentrique, il est persuadé de faire preuve d'autorité chez lui mais est complètement manipulé par son beau-fils et sa compagne, Karine, qu'il aime passionnément. Il pense mériter l'admiration des femmes en général. Il a souvent de grandes théories sur la vie mais maîtrise assez mal l'art de l'argumentation. Sympathique, bon vivant et tolérant, il adore les gens et faire la fête… » (présentation du site de la série)

Le succès de Nos chers voisins accroît alors de manière signi­fi­ca­tive la noto­riété de l’ac­teur. Avec le cinéma (il a joué dans 11 films), la télé, le théâtre, la pub et même des clips, Gil Alma mène en paral­lèle une carrière d’hu­mo­riste. En 2012 naît son premier one-man show, baptisé Gil Alma Born to be a star ou presque et, tout récemment, un deuxième intitulé La vie est belle.

J’ai rencontré le comédien, le 28 juillet dernier, dans les coulisses du 18ème plateau Comedy Queen organisé par Give Your Talents et présenté par Boris Gasiorowski au Théâtre de Dix Heures. Il en était le parrain.

gil alma, nos chers voisins, la vie est belle, interviewInterview :

Tu es parrain du Comedy Queen, 18e du nom. Tu en attends quoi ?

J’attends d’apprendre des autres. Je suis sûr que parmi ces jeunes, il y en a des forts doués. Moi, je reste humble face à eux, même si je suis censé avoir plus d’expériences. Je ne pense pas donner de conseils particuliers. Chaque humoriste a son travail et je ne me vois pas juger un autre. Moi, je viens surtout découvrir de nouveaux talents.

En arrivant, je t’ai vu manger, converser avec les uns et les autres.

Il ne manquerait plus que je mette de la distance avec ceux qui débutent. Il n’y a aucune différence entre nous.

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Tu es connu pour ton rôle dans Nos chers voisins, mais tu as 11 films au cinéma à ton actif et de nombreux rôles dans des séries télés… j’imagine qu’on ne te parle que de ton rôle d’Alain Stuck.

C’est normal et ça me fait plaisir. Il faut savoir accepter l’étiquette qu’on te colle… sinon, tu deviens malheureux. J’accepte qu’on m’arrête dans la rue et qu’on m’appelle Alain ou minou. On me voit tous les jours à la télé dans ce rôle, je serais étonné du contraire. Ça devient une partie de moi.

Ça ouvre des portes ?

Oui. Mais ça en ferme aussi. En termes de boulot, on m’a oublié dans le genre « dramatique ». C’est pourtant ce que je faisais avant. Je ne vais pas me plaindre. Je travaille beaucoup en ce moment. Quand j’ai commencé le théâtre à l’âge de 19 ans, j’y suis allé parce que je faisais rire les copains.

Sur ton site internet officiel, il est indiqué : comédien-auteur-humoriste.

Ce sont mes trois activités. Le statut d’humoriste, je l’assume complètement parce que je fais du one-man-show. Je vais jouer mon nouveau spectacle La vie est belle à partir de janvier 2016. En ce moment, je le joue déjà, mais dans de toutes petites salles. Je le rode. Je vois ce qui marche, ce que je dois modifier, je change, je réécris… bref, je le fignole pour qu’il soit prêt au moment voulu.

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Rien à voir avec ton premier one-man-show, Gil Alma Born to be a star?

Non, tout est nouveau. Entre temps, j’ai eu des enfants et c’est une sacrée source d’inspiration. J’ai évolué en tant que bonhomme et le spectacle évolue en fonction.

Quand tu as commencé le théâtre, c’était pour te lancer dans le one-man-show ?

Je ne savais pas trop. Pendant que je prenais mes cours, j’étais aussi poissonnier sur les marchés. Ma vie allait basculer entre ses deux métiers : poissonnier ou comédien. J’étais très mauvais en Français. Mes classiques, je ne les connaissais pas du tout, je suis donc arrivé là comme un cheveu sur la soupe. Au bout de trois ans, je me suis dit qu’il fallait que je monte tout seul sur scène. C’était comme une évidence.

Tu as pris des cours d’art dramatique.

Oui. Ce qui m’a obligé à lire les classiques que je n’avais jamais lu. C’était dur au début, mais ça m’a beaucoup plu. J’étais timide et passer sur scène devant des gens que je ne connaissais pas, c’était compliqué. Etre comédien, ça s’apprend. Donc, j’ai appris au fil des années. Beaucoup de gens m’ont fait confiance, ce qui me permet aujourd’hui de travailler.

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Quand les gens viennent vous voir, ils viennent applaudir Gil ou Alain ?

Honnêtement, c’était plutôt Alain, mais ils ne ressortent jamais déçus de Gil.

Il te ressemble un peu cet Alain ?

La comédie, c’est surligner les défauts. Tous les défauts qu’Alain a dans la série, je les ai, mais à un niveau moins important… sinon, je serais un cas grave (rire).

Quand tu as été pris dans ce rôle-là, tu t’es dit « pourquoi moi ? »

Non, j’étais content. J’avais déjà fait un programme court qui s’appelait « Tongs et paréo » sur M6 en 2008. On n’a fait qu’une saison, on s’est planté. L’écriture ne devait pas être assez ficelée. Je m’étais donc dit que, pour moi, le programme court humoristique, c’était fini. Quand j’ai été pris pour Nos chers voisins, j’ai pris ça comme une seconde chance.

Dans ton rôle d’Alain Stuck, tu as la possibilité de suggérer des choses ?

Il y a 35 auteurs sur cette série. La première saison, on a fait 1200 minutes. Je ne sais pas si tu t’imagines ce que cela représente. Ça fait 1200 sketchs. J’ai dû en faire 500. A la télé, c’est énorme. Parfois, j’essaie d’improviser, même de manière infime, mais tout est écrit, donc c’est délicat. On est assez strict.

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Vous tournez à quel rythme ?

On tourne trois mois et demi à l’année, tous les jours entre 9 heures et 18heures. Ce sont des heures de bureau. On fait de 6 à 10 sketchs par jour, donc nous avons 6 pages par jour à apprendre. Je te donne là des moyennes. On n’a pas beaucoup le temps de souffler, mais c’est stimulant.

Depuis 3 ans, tu dois apprécier cette popularité…

Oui, bien sûr, mais ce qui m’intéresse c’est de bosser et de faire des rencontres artistiques. Bon, c’est toujours sympa quand les gens nous sourient, nous accueillent à bras ouvert. Tu sais, je suis préparé au fait que ça puisse s’arrêter un jour. Et la série et la popularité. Le sens inverse arrive très vite. Je ne m’accroche donc pas trop à ça. Je relativise.

Tu te souhaites quoi dans ce métier ?

Je suis content de ce que j’ai et il faut savoir être content de ce que l’on a. J’aimerais évidemment que mon one-man-show prenne et que je m’amuse avec les gens. En télé, nous sommes en pourparlers pour faire un téléfilm qui débouchera surement sur un six fois cinquante-deux minutes de Nos chers voisins. Un peu comme la série Fais pas ci, fais pas ça. Ce serait sympa parce que l’on sortirait un peu des sketchs. Cela ferait évoluer les personnages et nous aussi. Pour finir, un peu de cinéma ne me déplairait pas.

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Pendant l'interview le 28 juillet 2015 au Théâtre de 10 heures.

Edit : 

Presque deux ans plus tard, le 15 avril 2017, j'assistais à sa dernière parisienne à l'Apollo Théâtre.

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15 août 2015

Florent Dasque de Boulevard des Airs : mini interview pour Bruxelles

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La formation Tarbaise, Boulevard des Airs, parcourt les routes depuis 10 ans. Après des centaines de concerts, un disque d’or, une nomination aux Victoires de la Musique, plus de 80 000 disques vendus, des millions de vues sur Youtube et de nombreuses rencontres, elle nous présente leur 3ème opus.On retrouve dans Bruxelles, le son qui a fait leur succès sur Cielo Ciego, leur précédent album et immense succès. Comme à l’accoutumée, ils ont conçu leur album tout seul. La gestation de ce disque a été nettement plus longue que pour le précédent, certainement parce que le groupe a composé deux fois plus de chansons. Treize titres ont été sélectionnés. Le groupe Boulevard des airs interprète des mélodies solaires, imparables avec une touche de modernité.

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J’ai fait la connaissance en mai dernier du capitaine du vaisseau BDA (comme on les appelle désormais). En effet, Florent Dasque était membre du jury du Pic d’Or, version 2015 (voir chronique à venir sur ce tremplin de chanson française la semaine prochaine). L’étant également (membre du jury), nous avons passé de nombreuses heures ensemble. Et j’ai découvert un type très sympathique et généreux. Je m’étais promis de le revoir dans sa ville pour le mandoriser. Ainsi fut fait le 14 juillet dernier. Nous nous sommes donné rendez-vous au Village du Tour de France (qui passait par Tarbes, ce jour précis).

florent dasque,boulevard des airs,bda,bruxelles,interview,mandorArgumentaire de « Bruxelles » :

« BRUXELLES » 3ème album et peut-être le meilleur ! La plume, toujours aussi honnête, s’est affûtée ; la simplicité se mêle à la dérision pour une écriture percutante. La chanson française « cuivrée » cohabite avec la fierté du flamenco, l’énergie des guitares saturées, l’efficacité des claviers et des machines. Ce disque est la parfaite synthèse de tout ce que le groupe est capable de faire et cela fonctionne ! Pour preuve on retrouve encore des invités croisés sur la route et qui ont été marqués par l’univers des BDA. «  «Pulpul » le chanteur de SKA-P et son engagement de toujours sur le titre « Quiero Soñar » et Zaz (mandorisée là) pose habilement sa voix sur « Demain de bon matin».

C’est une photographie d’un instant T de cette génération omnivore qui peut tout se permettre et leflorent dasque,boulevard des airs,bda,bruxelles,interview,mandor fait avec poésie. Les fans seront autant ravis que surpris par cet album et le public va encore s’élargir comme le laisse présager le succès que rencontre le 1er titre « Emmène-moi » (Virgin Radio, RTL 2, Hit West, Alouette etc.). On retrouvera évidement BDA sur les routes : en France, en Belgique, en Espagne, en Allemagne, en Amérique du sud ou ailleurs pour proposer à des spectateurs toujours plus nombreux, une musique qui s’aime autant avec le cœur qu’avec  la tête…

Voici leur biographie officielle et une présentation de chacun des membres.

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Les deux chanteurs de Boulevard des Airs, Sylvain Duthu et Florent Dasque.

florent dasque,boulevard des airs,bda,bruxelles,interview,mandorInterview :

Votre troisième album se vend très honorablement et vos concerts affichent complet partout. J’imagine que Boulevard des Airs est heureux.

On est super content. Ce qui nous fait particulièrement plaisir, c’est que notre premier single « Emmène-moi » a très bien fonctionné depuis février en média. C’est ce qui a permis de maintenir l’engouement sur la première semaine de sortie de l’album. Il a été 9e meilleure vente en France. C’est trop tôt pour parler de grands succès parce que l’album est sorti il y a un mois.

(Je rappelle que nous sommes le 14 juillet. L’album est sorti début juin).

Dans cet album, on retrouve votre côté « festif », mais il y a aussi des chansons complètement différentes de votre répertoire habituel. Y a-t-il eu une réflexion poussée pour faire évoluer votre travail ?

Pas plus que ça. Même dans les deux premiers disques, il y a toujours eu beaucoup de métissages musicaux et d’éclectisme. Il n’y a jamais eu dix titres qui se ressemblaient. A tel point que les médias n’ont jamais su dans quelle catégorie nous ranger. On a la chance d’être nos propres producteurs et de faire ce que l’on a envie artistiquement. Peut-être parfois faisons-nous des montagnes russes et que quelques personnes se perdent. Ce qui nous plait réellement, c’est de mélanger les genres et les styles. Nous avons une grande liberté et une seule contrainte : se faire plaisir.

Clip officiel de "Emmène-moi".

Vous enregistrez dans votre propre studio, vous prenez donc le temps qu’il faut… c’est confortable de travailler ainsi ?

Nous prenons un an ou deux pour composer, écrire et enregistrer. Nous n’avons aucune pression et c’est un luxe. Il y a des chansons qui naissent en deux jours, d’autres en deux ans. On jette beaucoup et on ne retient que ce que nous estimons être le meilleur. Nous sommes heureux de constater que les gens apprécient la spontanéité qui en résulte.

Votre succès a été local, puis à présent national, voire européen.

Les deux premiers albums, nous ne les avions joués qu’en France, un peu en Espagne et dans les pays francophones comme le Canada.  Ce troisième disque est sorti en Allemagne. A ce propose, nous jouions là-bas encore hier soir à Dusseldörf. Bruxelles sort en Argentine à la fin de l’année…  on fait de la musique aussi pour que le fruit de notre travail s’exporte.

En Allemagne, les gens ne comprennent pas les paroles, c’est donc votre musique qui les séduit ?

C’est trop tôt pour analyser, mais c’est aussi certainement l’énergie et la spontanéité que nous dégageons.  Tu sais, en Allemagne, Zaz fait un carton monumental et les personnes qui viennent la voir ne comprennent pas un mot de ce qu’elle dit. C’est bien la preuve que la musique est universelle et que les textes n’ont pas besoin d’être compris pour que l’ensemble soit communicatif… et ça nous arrange bien.

Teaser de l'album Bruxelles (14 extraits en 7 minutes 32).

Tu parles de Zaz. Elle chante avec vous dans « Demain de bon matin ». C’est une histoire de marketing ce duo ?

Mais, pas du tout. Qu’est-ce que tu racontes ? Nous ne sommes même pas dans la même maison de disque. Nous nous sommes rencontrés à la gare de Brest.  Le soir, elle nous a entendues jouer « Cielo Cioego », notre premier tube, et elle est montée spontanément sur scène pour finir ce titre avec nous. Ensuite, nous avons discuté avec elle et nous l’avons invité sur un festival d’été l’année dernière.  Elle a chanté « Demain de bon matin » sur scène, on a trouvé sympa l’idée qu’elle participe aussi à la version de l’album. Elle a dit oui alors qu’elle a un emploi du temps pas possible.

Il y a une voix féminine qui vous a rejoint cette année, celle de Mélissa Doya.florent dasque,boulevard des airs,bda,bruxelles,interview,mandor

Là encore, c’est une histoire de rencontre. Sur un festival de flamenco, j’ai fait la connaissance de  Mélissa. Dans la conversation, elle m’annonce qu’elle a joué du saxophone au conservatoire. On avait besoin de quelqu’un qui jouait de cet instrument, donc, elle fait désormais partie de l’aventure. On ne peut pas se priver d’un tel talent vocal et d’une telle musicienne. On est content parce que le public trouve qu’elle a une superbe voix. Ça nous conforte dans l’idée que nous avons bien fait de la faire venir parmi nous.

Cet été, vous n’arrêtez pas !

C’est un peu agité en effet. L’album vient de sortir donc, nous le présentons au public. C’est ce qu’on appelle la tournée de chauffe. La vraie  tournée en France démarre le 7 octobre et l’été prochain, nous ferons une grande tournée des festivals français.

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Pendant l'interview.

Tous les membres du groupe sont très simples et gentils. On a l’impression que le succès ne vous change pas.

Je ne sais pas, c’est dans notre caractère. Nous sommes conscients de la chance que nous avons, mais nous connaissons aussi le caractère éphémère d’une éventuelle carrière. On essaie de profiter au maximum de ce qu’il se passe en ce moment, sans se prendre la tête. Nous nous rendons disponible, parce que ça nous parait évident.

Vous serez au Trianon à Paris le 20 novembre prochain. C’est une date plus importante que les autres ?

Oui, parce que c’est là où les grands médias viendront nous voir, nous le savons. On est attendu à Paris. Beaucoup vont vouloir voir ce que ce groupe de province vaut (rire).

Tu n’es pas trop crevé ?

Un peu, mais je ne me plains pas. Ce n’est que du plaisir…

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Après l'interview, le 14 juillet 2015, au Village du Tour de France à Tarbes.

11 août 2015

Clément Bénech : interview pour Lève-toi et charme

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(Photo : Léa Crispi pour Flammarion)

Je persiste à croire que Clément Bénech est en train de s’imposer comme l’un des meilleurs écrivains de sa génération. J’ai déjà dit tout le bien que je pensais de lui dans sa première mandorisation, à l’occasion de la sortie de son premier roman, L’été Slovène (qui vient de sortir en poche). Voici la seconde pour son petit nouveau, Lève-toi et charme.

En cherchant ce qui a était dit sur lui et son nouveau livre, je suis tombé sur ce passage émanent du site Zone Critique : « Ce printemps, en publiant Lève-toi et charme, le jeune romancier continue de tracer « les contours d’une ombre humaine », la sienne propre, avec une retenue élégante et polie, une douceur infinie, une ironie déguisée, sans impatience, en contemplant l’action invisible des choses et des êtres sur lui, qui prend ses marques, en se recréant romanesquement sous les traits d’un jeune adulte qu’il ne prénomme toujours pas dans son second livre ».

Rien à ajouter. C’est tellement ce que je pense…

J’ai donné rendez-vous à Clément Bénech, une  fin d’après-midi caniculaire (le 1er juillet dernier) dans un bar parisien. Par rapport à notre première interview, je l’ai trouvé plus « pro », plus mûr, un peu plus sérieux… Peut-être a-t-il plus conscience de sa condition d’écrivain ? Je ne sais pas. Lui, peut-être n’aura pas vu son changement. Il n’en reste pas moins que ce moment/cette conversation était très agréable. (Et je ne suis pas prêt de le lâcher dans les années à venir).

tumblr_inline_nibspzriUe1r3t2kn.jpg4e de couverture :

Trop distrait par sa vie parisienne et sa petite amie Annabelle, un étudiant s'exile à Berlin pour finir sa thèse. Très vite, il se montre réceptif à tout ce qui peut différer le moment de s'adonner à la tâche. S'en remettant au hasard et au désir, notre jeune héros prend la vie comme elle vient, persuadé qu'il finit toujours par se passer quelque chose. Et, effectivement, grâce à son chat et à une laverie automatique, il va rencontrer Dora. "Pour se déplacer en ville, elle utilisait la marche. Pour tout le reste, Dora était invivable." Il cherchera à aller plus loin que ce déroutant constat, quitte à troubler sa relation avec Annabelle. Clément Bénech, avec ce deuxième livre, a écrit un singulier roman d'apprentissage, où les atermoiements amoureux et les déboires de la vie adulte ne sont pas des rites de passage mais plutôt des expériences parmi d'autres. Ce qui compte, c'est de rester curieux et de toujours se dire "Lève-toi et charme". Et le charme opère.

L’auteur :

Clément Bénech est cité par Télérama parmi les 10 écrivains à suivre sur Twitter.
À tout juste 24 ans, il collabore au journal Libération (lire son article « 
Booba, faim de reparties ») et publie un 2e roman chez Flammarion. Après  L’été Slovène, Lève-toi et charme fait déjà l’objet de nombreux articles enthousiastes dans la presse.

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(Photo : Olivier Steiner)

Clément-Bénech-vu-par-Olivier-Steiner-450x450.jpgInterview :

J’ai beaucoup aimé ton deuxième livre. J’avais peur d’être déçu.

Mes amis, eux, ont été plus mitigés sur celui-ci. Certains m’ont dit que ce livre était moins évident que le premier. L’été Slovène était pour eux plus cohérent.

Quand ils te disent cela, tu te mets à douter ?

Oui, forcément. Au moment où on me le dit, ça commence à ébrécher un truc. Cela dit, j’ai aussi des personnes autour de moi qui ont préféré Lève-toi et charme. De toute manière, quoique l’on dise de mes romans, je vais aller dans des directions de plus en plus singulières. Je suppose qu’il y aura de plus en plus de gens qui ne vont pas comprendre, voire ne pas aimer. Je pense qu’il faut que j’aille là où je le sens, sans me soucier des avis des uns et des autres. Par contre, je me dis que ceux qui aiment aimeront encore plus. C’est un peu ça mon pari.

Personnellement, je m’habitue à ta « patte ».

Je n’ai pas essayé de prendre le contre-pied de ce que j’avais fait auparavant. Je ne me sens pas très proche de ces auteurs qui veulent montrer qu’ils savent tout faire. Moi, je pense que je ne sais pas tout faire. Je suis ce que je me sens capable d’écrire… tout est très lié à ma personnalité.

As-tu l’impression d’avoir évolué stylistiquement entre tes deux romans ?

C’est un peu paradoxal. J’ai l’impression de réfléchir de manière plus profonde à ce que je fais et d’avoir une pensée de ce que j’écris, mais je ne suis pas sûr que cela serve mon style. Dans toute forme d’art, quelque part, la clairvoyance n’est pas toujours bénéfique. Il me semble que parfois, il vaut mieux laisser dans l’ombre certaines choses. Quand on commence à s’interroger sur certains mécanismes, ce n’est plus fluide, ni naturel. Je joue un peu de piano. Je sais que je joue d’autant mieux que je ne me pose pas la question de ce que je fais. Je ne veux pas que ce que je joue ou j’écris devienne mécanique.

Malgré ta belle écriture, ce que tu écris est simple, très abordable.hqdefault.jpg

Je ne cherche pas du tout à être incompris. Au contraire. S’il m’arrive de mettre un mot un peu plus compliqué que la moyenne, c’est juste par souci de précision. Je n’essaie jamais de faire écran entre le lecteur et moi. J’ai plutôt une préoccupation de transmission. C’est aussi pourquoi je réfléchis beaucoup à la forme. Il y a dans ce deuxième roman des photos, un « chat » Facebook, enfin des moyens de raconter qu’on ne voit pas d’habitude.

A quoi servent ces nouvelles formes ?

Elles ont pour but de correspondre exactement à ce que je veux exprimer. Toutes mes réflexions à propos de la littérature ont le lecteur pour centre… ou plutôt, pour point d’arrivée.

As-tu la volonté, même inconsciente, d’être original ?

Oui, c’est sûr. Là où il y a une distinction qui me semble importante, c’est que je tiens à être original  de manière naturel. Pas forcé. Il y a un critique d’art américain que j’aime bien, Clément Greenberg, qui dit : « une innovation organisée au lieu d’être sentie n’est pas une innovation véritable. »

Puisqu’on parle des photos qu’il y a dans ton livre, à un moment, après une de tes saillies bien senties, tu ajoutes (voir photo). Or, il n’y en a pas.

C’est une blague. C’est drôle que tu m’en parles parce qu’il y a eu un papier dans « Le Monde du Livre » sur le roman dans lequel Éric Chevillard a parlé de ce passage. Il explique que c’est bien dans l’humour du roman et que c’est cruel. Je ne te cache pas que ce procédé est une allusion à Desproges. Un simple clin d’œil.

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(Photo : Léa Crispi pour Flammarion)

Le lecteur que je suis sent que tu t’amuses en écrivant.

L’écriture est une grande source de joie pour moi. Je n’adhère pas du tout à ce mythe de l’écrivain torturé, bien que j’aie un rapport au monde qui n’est pas évident. L’humour est mon regard constant sur le monde, même si j’ai le sentiment et la lucidité de savoir que le réel est assez dur. Le moment de l’écriture est pour moi un moment d’apaisement. Chevillard parle d’un ressaisissement du réel, c’est exactement ce que je ressens. 

Il n’y pas que du rire dans ton roman.

Ce livre est une espèce d’électro-encéphalogramme. Il représente l’état de mon esprit à un moment ou à une période. Il ne peut pas y avoir que du rire dans ce que j’écris. Il y a des moments où j’essaie d’exprimer des idées plus profondes et complexes. Après, je tente de faire quelque chose d’homogène. Mélanger le tout pour faire sens et style au final.

Le pitch de ton livre se tient en une ligne : « un étudiant va à Berlin pour essayer de finir sa thèse de géographie. Il y rencontre une jeune femme. » C’est une histoire banale que tu finis par transcender.

Ce n’est pas faux. J’aime bien aborder la banalité du réel. Il n’y a rien d’extraordinaire dans mes histoires, mais il y a plusieurs raisons à cela. La première, la plus fondamentale, c’est que je ne crois pas que la littérature puisse parler aujourd’hui de choses monumentales. Il me semble que la littérature, par ses moyens qui sont très minimes, très économes, est plus capable d’aborder les choses minimes de la vie et ce qu’elle a de plus minutieuse. Il me semble que la littérature a un pouvoir moindre que celui du cinéma. Si tu lui proposes des desseins qui la dépassent, il ne va rien se passer au sein du livre. J’ai l’air d’en dire du mal, mais cette modestie de la littérature, on en a besoin et elle est absolument irremplaçable.

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En interview dans La Quinzaine Littéraire de ce mois d'août 2015.

Écrire la banalité incite le lecteur à penser que ce que tu écris est vrai finalement.

C’est tout à fait ça et je te remercie de le remarquer. J’aime profondément cette idée. Aujourd’hui, ça pourrait sembler à contre-pied parce que les auteurs adorent se désolidariser de leur texte en disant que tout est imaginé et que ce n’est que de la création fictive. Moi, j’ai tendance à dire « tout est vrai », alors qu’au fond, c’est de la fiction. J’ai juste envie qu’en lisant, on se dise que toutes ces aventures ont été vécues.

Berlin est un lieu que tu connais ?

Un peu oui. J’y suis allé faire un Erasmus en master. Je devais vaguement écrire un mémoire, mais j’ai fait autre chose.

Je n’ai pas compris si tu étais bienveillant avec cette ville.

C’est une bonne question. Le rapport à la ville m’intéresse pas mal. Que peut-on transmettre d’une ville dans un roman ? A un moment, le narrateur, à Berlin, dit qu’il n’a pas le sentiment d’être à Berlin. Ça m’est arrivé aussi. Je me méfie toujours des gens qui disent que dans tel pays, les gens sont comme ci ou comme ça. J’aime bien me frotter à ce qu’il y a de complexes dans le réel. La certitude fige trop les choses. Les clichés ont quelque chose d’assez plaisants.

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Berlin.

Bon, Berlin, tu as aimé ?moving_to_berlin.jpg

A Berlin, j’ai vécu des choses belles et des choses décevantes, mais j’aurais du mal à lui donner une identité qui lui soit propre. L’identité d’une ville correspond à ce qu’on lui apporte. En clair, Berlin, je ne me sens pas légitime pour donner un avis sur elle.

Dis donc, c’est moi où tes narrateurs sont attirés par des chieuses ?

Non, tu as raison. Dans mes deux livres, c’est le cas. Mes narrateurs sont un peu loosers avec les nanas. Ils se laissent embarquer. Ils sont prêts à tout pour avoir un peu d’intimité avec elles, mais ça ne fonctionne  jamais. Moi, personnellement, je n’aime pas les chieuses, je préfère que tout se passe bien, mais c’est un motif littéraire intéressant, parce que ça crée une altérité et un dialogue.

Tu m’as dit tout à l’heure en aparté que tu voulais te lancer dans l’édition jeunesse. Raconte-moi ça.

Depuis deux ans, je m’intéresse beaucoup à tout ce qui est lien entre textes et images. La littérature jeunesse est historiquement liée à l’image. J’ai été bercé dans mon enfance par Roald Dahl et quand j’étais ado, j’ai fait un peu de bande dessinée.

10599279_10152585022945622_547662795172982265_n.jpgTu es très actif sur les réseaux sociaux, mais il y a quelque chose que j’aime bien sur Facebook, ce sont les échanges entre François-Henri Désérable (voir photo à gauche), Arthur Dreyfus et toi.

Tous les trois, on utilise Facebook de manière humoristique et ludique. Ce sont des amitiés assez fertiles. Au début, Arthur m’a donné des conseils sur mes nouvelles de façons ferme et fructueuse. Ce que j’en ai tiré me semble aujourd’hui palpable, du moins mesurable.

Vous passez des soirées à parler littérature ?

Arthur est assez déconneur, donc pas tout le temps. Mais je parle beaucoup littérature avec François-Henri. On évoque des livres qu’on a lus et des auteurs qu’on aime. On admire tous les deux Éric Chevillard. C’est le seul auteur qu’on admire en commun. Lui est plus dans une veine héritière du grand roman français comme Dumas ou Hugo. Moi, je m’intéresse plus à une forme de modernité contemporaine.

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Pendant l'interview.

Récemment, tu es devenu pigiste à Libération.

Oui, mais je n’ai pas encore de périodicité de publication.

C’est quoi l’idée ? Un jeune écrivain exprime ses idées.

Jusqu’à présent, c’était un peu le cas. Avec le temps, je vais prendre une tournure plus journalistique.

sdscv-380x175.jpgIl y a un article qui a fait parler de toi. Celui sur le rappeur Booba.

On m’avait sollicité pour parler de son disque.

Et l’imitateur Laurent Gerra s’est foutu de toi en direct sur RTL à une heure de grande écoute.

Ça m’a un peu énervé parce que Gerra est un type que j’aimais bien. Bon, il n’aime pas le rap et ne me connait pas, donc j’ai réussi à relativiser. Il a pris la voix de Lucchini pour me citer. Ce qui m’a gêné,  ce sont ses insinuations sur Charlie Hebdo. Il a dit que j’en n’avais rien à foutre de la mort de Wolinski ou de Cabu. Ça m’as tué. Ça m’a fait mal parce que ce sont des types que j’adorais. J’ai toujours lu Le Canard Enchainé ou Charlie Hebdo bien avant les attentats. Quand j’entends dire Gerra « il en a rien à foutre le Bénech de la mort des dessinateurs », ça m’a gravement heurté.

Tu écris ton prochain roman en ce moment ?

Oui, je n’ai pas encore le titre, mais je vais te donner un scoop. Ça se passera à New York et c’est une histoire d’amour entre un roumain et une française. Cet été, je vais lire tout Cioran, afin de m’imprégner de l’esprit roumain.

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Après l'interview, le 1er juillet 2015.

10 août 2015

Radio Elvis : interview pour Platine "notre rapport à la variété"

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1554548_1610620372543084_5360841798847029610_n.jpgAprès Dominique A (dont les propos ne sont pas passés inaperçus), Juliette, Didier Wampas, Christophe Mali (de Tryo) et Ben l’Oncle Soul , c’est au tour du jeune groupe Radio Elvis (mélange de rock et de chansons poético-universelles) de répondre à mes questions au sujet de la variété (pour le magazine Platine, meilleur ambassadeur pour ce genre musical). Je suis ce trio depuis le début de sa formation (le chanteur Pierre Guénard à même été mandorisé en avril 2014) et regarde leur progression aussi magistrale que rapide avec beaucoup d’intérêt et de curiosité. Pour tout dire, je suis très amateur de ce que font ces trois garçons et je ne peux qu’espérer qu'ils aillent très loin. Il ne faut pas être devin pour constater que c'est déjà bien parti pour Radio Elvis. Le label [PIAS] (un des meilleurs de France), des concerts en pagaille, un album à venir (après deux EP)... la route sera longue et belle.

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Voici le nouveau clip de Radio Elvis, "Au Loin Les Pyramides", premier extrait du nouvel EP « Les Moissons » paru ce 10 juillet.

Voici quelques photos de l'après interview, le 24 juin 2015, sur la terrasse d'un café de Chatelet. Pierre Guénard et Colin Russel se prêtent (volontiers?) au jeu des clichés mandoriens.

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26 juillet 2015

Festival Pause Guitare 2015 : Bilan, interviews, photos...

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11025754_871154502907370_5292257525349163247_n.jpgPause Guitare a fêté cette année sa 19e édition, à Albi. C'est le premier évènement du Tarn et certainement un des festivals les plus fédérateurs dans le grand sud (ici, vous pourrez lire les valeurs de Pause Guitare). C'est un événement unique de par le nombre de personnes reçues, sa qualité artistique et ses conditions d'accueil, tout public confondu. La ville se retrouve aux couleurs du festival, le temps d'une semaine.

J'ai connu ce festival grâce à son président, Alain Navarro, que je fréquente quatre jours par an Serge Beyer Longueurs d'Ondes.jpgdepuis quatre ans. Nous sommes tous les deux membres du jury du Pic d'Or (tremplin de chanson française basé à Tarbes) et c'est ainsi que j'ai appris à connaître l'homme qu'il est. Gentil, généreux, passionné et certainement le type le plus intègre que je connaisse. Chaque année, il nous invite à son festival. J'ai décliné deux ans et "obtempéré" depuis l'année dernière. Et que je ne le regrette pas! Artistes nationaux et internationaux de qualité incontestable, accueil comme j'en ai rarement vu, organisation sans faille, passion et positivisme à tous les coins. Impressionnant!

Cette année, je vous raconte "mon" Pause Guitare". Ce que j'ai vu, ceux que j'ai interviewé... le tout enrichi de photos (merci les photographes du festival) et d'interviews filmées (merci Thierry Cadet de Horscène)

Une petite rétrospective en images avant de commencer, afin que vous voyez ce que vous avez loupé... et une bonne façon, aussi, de vous mettre dans l'ambiance.

Le festival a commencé la veille (jeudi 9 juillet) avec Moriarty, Angus & Julia Stone, Status Quo et Charlie Winston (rien que ça!)... mais comme, je n'étais pas là, je ne peux pas vous en parler.

Je préfère évoquer ce que j'ai vu de mes yeux vus. Ainsi, pour moi, tout commence le vendredi 10 juillet.

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Autant vous le dire, c'est la soirée qui a affiché complet depuis des mois. La soirée "variété". Commençons avec les Fréro Delavega. Je vais être très franc. C'est exactement ce que je n'aime pas dans la variété. Des textes insipides (ce qui est incompréhensible quand on sait que les deux amis ont bénéficié du talent d'auteurs tels que Ben Mazué, Barcella, Tété) et des musiques trop simplistes (j'en connais qui dirait que les mélodies sont là!). Je n'aime pas. Mais je dois reconnaitre que le public a été très enthousiaste et qu'ils ont fait le boulot (leurs musiciens sont excellents). Si ça ne m'a pas touché, le public l'a été.

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Par contre, les Fréro Delavega, ne vous prenez pas pour ce que vous n'êtes pas encore. Ce comportement est inqualifiable, surtout quand on débute... ce genre de lapin ne passe pas inaperçu (ni du public, ni de la presse locale). Les fans n'aiment pas qu'on ne le respecte pas, voire que l'on se foute de leur gueule. (J'ai déjà du mal quand Bob Dylan ne joue pas le jeu, alors les Fréro Delavega...).

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Ensuite, il y a eu Soprano. Très honorable prestation. Ambiance de folie. Je ne suis pas dans la cible visée, mais je reconnais au garçon un talent textuel non dénué d'intérêt. La musique me touche moins. (En plus, il est fan de Balavoine, ce qui n'est pas pour me déplaire. Je sais, l'objectivité se niche là où elle veut.)

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Du monde, quand même...

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Ah! Yannick Noah (mandorisés parfois, un truc qui s'est passé entre lui et moi en 1997 et deux interviews plus "normales")... Autant il m'agace dans ses prises de positions politiques, autant je l'aime bien quand je suis en face de lui. Nous nous sommes toujours bien entendus dans le cadre d'une rencontre professionnelle. Mais bon, ses chansons frisent souvent la démagogie (ça me fait suer de l'avouer puisque c'est la bande à Goldman qui écrit pour lui). Bref, ce soir-là, une heure de tubes. Donc, une heure de public en délire. Là aussi, je peux dire que Noah a fait ce qu'il fallait pour que le public suive. Très belle énergie et très belle performance!

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Et soudain Calogero. J'aime bien cet artiste, depuis longtemps. Je l'ai interviewé très souvent et ce depuis ses débuts avec son premier groupe, les Charts. Il fait de la variété haut de gamme. Belles chansons, belle voix, belle mélodie. Une carrière truffée de tubes que l'on a d'ailleurs pu entendre ce soir-là. Le public a beaucoup apprécié. Peut-être aurait-il pu/dû plus communiquer avec lui?

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Le lendemain, j'assiste à L'Athanor, dès 16h, au tremplin "Découverte Chanson". Le jury est composé de professionnels du spectacle, mais aussi du grand public, sensibilisé aux enjeux de la scène française actuelle. 5 artistes ou groupe issus de toute la francophonie, choisis pour leur talent, jouent durant 25 minutes chacun. L'ordre de passage est fait par tirage au sort. 3 jurys votent ensuite: les professionnels, le public et le jury La Dépêche du Midi. A l'issue de ces délibérations, chaque jury délivre sa propre récompense: une date de concert de la part des professionnels, un soutien en communication de la Dépêche du midi et 1000 euros fourni par La Poste pour le vote du public.

Voici les artistes de cette année:

Monsieur Martin: "Un monsieur tout-le-monde que l’on croise chaque jour, sans jamais lui porter attention. Monsieur Martin n’est personne mais peut-être n’importe qui. Dans cet album concept, chaque titre est l’épisode d’une histoire et où l’ensemble constitue le film d’une vie. Celle de Monsieur Martin. Homme ordinaire le jour. Tueur en série la nuit. Le tout bercé par des musiques lancinantes et une écriture volontairement tranchante, sans concession. Avec ce projet aux multiples facettes, Monsieur Martin veut amener le public à découvrir toute l'étendue créative et esthétique que le Hip Hop propose." Cet artiste est intéressant, mais clivant... et pas encore tout à fait abouti. 

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Willows:  "Willows (Geneviève Toupin) est née du désir de sa créatrice de se rapprocher de ses racines franco-manitobaines, anglophones et Métis. Depuis la sortie de son premier album en 2009, elle apporte un vent de fraîcheur musicale qui a fait voyager ses chansons au Canada, aux États-Unis et en Europe, remportant plusieurs prix, dont le Western Canadian Music Award pour l’album francophone de l'année." Jolies chansons, jolie voix, mais un air de déjà entendu de multiples fois. 

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K! est le projet de Karina Duhamel. "Auteur, Chanteuse et bidouilleuse de sons et de mélodies. Autodidacte, Karina a, au démarrage du projet, ressenti la nécessité de s’entourer de musiciens, de machines, pour donner corps à des univers délirants et décalés. Après quatre années d’existence ponctuées de récompenses et de  reconnaissances professionnelles Karina affirme aujourd’hui sa singularité de chanteuse-conteuse de rêves." Je l'aime beaucoup. Elle a participé au Pic d'Or il y a un an. J'avais adoré. Elle a participé au Prix Georges Moustaki cette année, malgré les problèmes techniques, elle avait assuré. Bref, je suis très amateur de son travail. Et sa prestation à L'Athanor fut tout simplement une merveille de bizarrerie et de drôlerie. Elle a remporté une prestation sur une scène pour la prochaine édition du festival Pause Guitare.

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(Photo : Michel Gallas pour Hexagone)

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L'occasion de l'interviewer sur un banc public (Georges B, si tu nous lis)..

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Interview de K :

Ce genre d’après-midi où plusieurs artistes se produisent et où l’un deux va remporter un prix, tu estimes que c’est un combat ?

Pas du tout. Ce n’est pas une lutte. Pour tout te dire, je ne savais même pas que c’était un concours. Je viens de l’apprendre. Moi, je suis venu pour la rencontre et du partage. En fait, les premières rencontres se sont faites ce matin, au petit déjeuner, avec Barbara Weldens et Denis K.

Une demi-heure, ça suffit pour montrer son univers ?

Non, c’est une catastrophe. 25 minutes, c’est affreux, en fait (rires). Habituellement, nous travaillons sur des formats de 50 minutes. C'est hyper frustrant.

La difficulté principale est donc de décider quelle chanson enlever ?

Exactement.  Il faut trouver une cohérence dans son set. Ne pas faire trop de titres du même genre. Il faut à la fois donner un éventail de ce que l’on fait et ne pas être trop éclectique pour ne pas dérouter ceux qui nous découvrent. Je ne veux pas qu’ils se disent « mais qu’est-ce qu’elle fait ? Ça part dans tous les sens, nous sommes perdus ! » Il faut parvenir à recréer un mini fil rouge.

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Tu regardes les autres artistes ?

Oui. Là, je sors de Barbara Weldens. La claque. Je me suis dit qu’il y avait plein de choses de bien et ça m’enrichit encore plus. Avec Barbara, c’était une vraie rencontre. On va se revoir après Pause Guitare, c’est sûr.

Barbara Weldens et toi, vous êtes un peu les deux foldingues de ce tremplin, voire de la chanson francophone. Je vous trouve plein de points communs.

Nous avons toutes les deux un truc un peu démentiel, un peu sombre. Comme moi, elle a un regard un peu drôle sur la vie… et un peu grinçant.

Tu as déjà un EP 6 titres. Tu évolues vers quoi aujourd’hui?

Le concert est en train d’évoluer vers un spectacle. J’avais très envie d’y inclure du décor et une mise en scène. Je défends l’idée qu’il faut rêver et faire rêver. Sinon, le disque est en préparation et devrait sortir en septembre 2016.

Je crois savoir que tu vas faire quelques résidences.

A partir du mois de septembre prochain, nous allons effectivement en faire sur Lille et Paris. Ensuite, présentation du spectacle en fin d’année avec des nouvelles et des anciennes chansons, arrangées pour que je choppe les gens et que je les emmène en voyage avec moi.

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Denis K : "En 1976, Charles Aznavour chantait « mes amis, mes amours, mes emmerdes ». Presque quarante ans plus tard, c’est au tour de Denis K d’évoquer « nos vies, nos bordels ». Chez Denis, les accords résonnent avec les corps, les notes roulent comme les doigts sur le dos et l’amour est tout sauf un jeu où l’on gagne à tous les cou(p)s." Personnellement, j'ai apprécié ses chansons, mais il lui manque de l'assurance et un peu d'énergie supplémentaire. Disons qu'il est sur la bonne voie, mais qu'il n'est pas encore certain de prendre le bon chemin. Il hésite. Il faudrait qu'il assume.

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La gagnante du tremplin "Découverte Chanson" s'appelle Barbara Weldens (prix du public et prix des pros). Elle a tout raflé. Et pourtant, pour moi, une parfaite inconnue.

"Foutraque, folle, langoureuse, tendre, drôle, impertinente, délirante, déjantée, emportée… elle ne cesse de passer d’un registre à l’autre, de jouer de sa voix et de son corps. Son piano se fait tour à tour tendre et violent, mélodieux ou discordant, grinçant ou drolatique."

J’avoue avoir été impressionné par le talent vocal de la demoiselle. Carrément époustouflant ! Je regrette juste le sujet de ces chansons. Il serait souhaitable qu’il soit plus universel. Que le choix des thèmes qu’elle évoque touche plus de monde. Mais, elle déboule dans le milieu de la chanson française, laissons-lui le temps de s’installer.

Voilà, ce qu’en dit Michel Gallas pour le site Hexagone.Athanor_BarbaraWeldens02_LilianGinet.jpg

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(Photo : Michel Gallas pour Hexagone)

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(Photo : Michel Gallas pour Hexagone)

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(Photo : Michel Gallas pour Hexagone)

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Interview de Barbara Weldens :

Vous avez gagné le tremplin, alors que vous détestez ce genre de concours. Pourquoi êtes-vous venue alors ?

Parce que j’ai fait confiance à ma manageuse, Dany Lapointe. C’est une femme « entourante ». Cela fait plusieurs fois qu’elle me met sur la bonne voie. Ce tremplin me semble fait pour donner à chacun sa chance et pas pour casser les artistes. Chacun à ses talents et chacun repart avec sa dose de reconnaissance.

Vous avez rencontré K et je crois savoir que cela s’est bien passé.

Je trouve que ce qu’elle fait est énorme. Je suis contente qu’elle puisse revenir l’année prochaine ici en concert véritable, comme moi. Je ne sais pas encore ce qui nous relie, mais nous sommes reliées, c’est sûr.

Moi, je ne vous connaissais pas du tout, j’avoue que vous m’avez bluffé.

Je viens d’arriver sur le marché, donc c’est tout à fait normal (rires).

La question idiote : vous êtes heureuse d’avoir gagné ce tremplin ?     

Ce n’est pas d’être la préférée qui fait plaisir, c’est la reconnaissance. Aujourd’hui, je me dis que mon travail a été reconnu. Ça ne m’est jamais arrivé officiellement.

Que pensez-vous de l’accueil de Pause Guitare ?

Nous sommes reçus comme des stars. Je n’ai pas l’habitude de ça et j’avoue que ça me touche au plus haut point. Tout est prévu pour que l’on se sente bien. Tout est très bien organisé. Les régisseurs sont juste des petits génies.

Vous n’avez pas encore de disque, je crois.

J’ai juste un EP. Pour le moment, on peaufine ce que l’on veut donner sur scène. L’enregistrement est prévu pour l’année prochaine.

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(Après l'interview, K! nous a rejoint pour la photo classe, à ne pas confondre avec la photo de classe).

Ici, Barbara Weldens, Denis K et K réunis pour la photo finale.

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(Photo : LongueurDondes.com)

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Alain Navarro, Président du festival Pause Guitare, reçoit Dominique Janin à Albi, et évoque les difficultés financières rencontrées par cette dernière avec le festival Alors... chante ! dont elle est la nouvelle Présidente.(Vidéo réalisée par Horscène.)
http://www.alorschante.com

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Interview de Dominique Janin:

Vous allez reprendre le festival Alors Chante qu’on annonçait mort…

Il n’est pas mort en effet. Il y a eu beaucoup de changements. Nous sommes en redressement judiciaire renouvelable. Il y a six mois d’observation. J’ai repris la présidence car il est hors de question que l’histoire s’arrête. Nous travaillons avec la société Abacaba. Du coup notre association à la fois bénévole et associative se déroule très bien. Nous, on se garde ce qui est découverte. C’est notre tasse de thé, notre ADN. Nous avons un concert de soutien le 12 septembre à Castelsarrasin. Nous déménageons car nous nous sommes fait virés de Montauban. Plus de subvention, plus rien… nous étions trop engagés, je pense.

C’est un travail phénoménal qui vous attend !

Il est déjà entamé depuis le mois de janvier. Il a fallu refaire tous les dossiers. On a continué a travailler sur les écoutes « découvertes ». Je suis contente, parce qu’il y a Barbara Weldens qui est là. Elle fait partie de nos découvertes 2015.

Personnellement, quel lien avez-vous avec Pause Guitare ?

Un énorme lien affectif et depuis très longtemps. Avec Alain Navarro, nous sommes de vieux routards, des gens très proches et très respectueux l’un de l’autre. Il est toujours à mes côtés dans mes moments d’interrogations, de doutes… et de doutes cruels aussi. Alain est toujours là. C’est un homme extraordinaire.

J’ai vu une larmichette quand il vous a présenté sur scène pour annoncer que vous repreniez le bateau « Alors Chante » qui coulait.

Je crois qu’il ne faut pas trop me brancher là-dessus, parce que je sens que je repars. C’est un des paris les plus importants de ma vie professionnelle.

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Le soir, à Pratgraussals, le premier artiste est un bluesman norvégien, Bjorn Berge. Il maîtrise à la perfection sa guitare à 12 cordes. L'artiste, à la cool, assis sur une chaise, a plaqué sa guitare sur des standards du blues ou des titres originaux. Il a électrifié l'auditoire.

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Place à Étienne Daho. Le roi de la pop française était dans une forme éblouissante. Il a aligné ses succès les uns après les autres, laissant place parfois à une chanson tirée de son album le plus récent, Les Chansons de l'innocence retrouvée. Les gens de ma génération replonge dans les meilleures années de leur vie. Les années 80-90 sont marquées par les chansons de Daho et toutes les retrouver a été un régal. Le public a bien suivi le maître de l'electro pop "made in France".

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Daho avec ses musiciens (avant son concert).

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Daho avec pas ses musiciens (après le concert)

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Asaf Avidan, j'étais très curieux de le voir sur scène. Le ravissement total  Sa voix presque surnaturelle file les frissons. Je pensais assister à un concert plan plan, j'ai vu un show énergique entre blues, rock, jazz, pop... La classe absolue.

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Avec Frah, leader de Shaka Ponk, juste avant de monter sur scène. (Photo : Robert Doisneau, comme chacun peut s'en douter.)

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Quelques secondes avant le top départ scénique. Le calme avant la tempête.

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La tempête est immédiate. Un show son et lumière de toute beauté et diablement efficace. J'émets quelques bémols sur leur musique. A la base, ce n'est déjà pas ma tasse de thé, mais on a l'impression d'entendre le même morceau pendant une heure. Cela dit, je n'ai pas boudé mon plaisir visuel et les spectateurs ont pris leur pied. Plein les yeux, plein les oreilles, Shaka Ponk excelle en la matière. Quelle énergie!

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Le dernier jour arrive (malheureusement).

Retour à L’Athanor. Pour l’après-midi Scène talent.

Jesers, je le suis depuis le début de sa carrière. Je l’ai mandorisé là en 2011 et il a participé au Pic d’Or 2013 et a remporté deux prix, le Pic d’Argent et le prix du public. Nous nous sommes donc croisés souvent. Auteur interprète de la nouvelle scène française, c’est un amoureux des mots et de leurs sens. « Citoyen et conteur aux racines métissées, son univers musical est une rencontre entre plusieurs cultures, un voyage en chanson world emprunte de poésie urbaine. Avec son opus «J’aimerais qu’on sème», il nous invite à bord d’un nuancier coloré et positif dans lequel il aborde ses racines, de la France à L’Afrique, du Cap Vert au Sénégal, pour tracer des horizons tous liés aux événements de notre monde et où l’importance des mots illuminent les rimes ». Il est le vainqueur du tremplin "Découverte Chanson" Pause Guitare 2014. Cela m’a fait plaisir de le revoir ici.

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Je dois vous avouer que Jesers m’a tiré des larmes pendant l’interprétation de ses chansons. Ses textes sont si sublimes. Ils prennent aux tripes sans ostentation (je ne sais pas comment il fait, mais il est très fort)… et comme je suis fier, je tentais de faire en sorte que ça ne se voit pas. (Oh ! J’ai une poussière dans l’œil !) Je pensais être le seul à tenter à retenir mes larmes. Après enquête poussée (je suis journaliste d’investigation) auprès de mon entourage, il se trouve que nous étions nombreux dans ce cas.

Quand soudain, il dit en me regardant : « Je vais maintenant faire mon dernier titre. Et je ne sais pas pourquoi, j’ai envie de le dédier à François ». Salaud ! Putain, moi, je suis un petit être sensible. J’ai écouté le texte. Il m’a tellement parlé que le ruisseau qui attendait de sortir a fini par sortir. Un geyser. Merci Jesers.

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Après "l'effort", le réconfort de la rencontre avec le public.

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Interview de Jesers : 

Comment as-tu vécu ton Pause Guitare ?

Nous sommes là depuis mercredi. Je vais voir plein de concerts. J’ai dit à mes deux amis et musiciens, Marc et Philippe, qu’il fallait faire nos prestations le mieux possible. Tout le monde se donne à fond, nous devons en faire de même.  

Je viens de voir ta prestation. J’ai l’habitude d’assister à tes concerts, mais c’est la première fois que je te vois avec un batteur.

Nous avons fait en sorte que la batterie ne parasite pas le texte. Nous avons cherché le bon dosage et je pense que nous l’avons trouvé. La batterie ne peut pas rentrer sur tous mes textes. Nous avions une écoute à deux et nous souhaitons que l’écoute soit similaire à trois. Philippe a fait et continue à faire des efforts dans ce sens… et il y parvient brillamment. 

Aujourd’hui, le public a été très chaleureux. Nous avons été nombreux à être très émus. Moi, perso, des larmes ont coulé, sans savoir pourquoi.

J’ai vu beaucoup d’émotion et ça m’a touché aussi. L’émotion, le public ne peut pas l’avoir seul. C’est qu’il se passe quelque chose sur scène. Ça peut paraître bizarre, mais moi aussi, je suis parfois bien pris par ce que je dis.

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Tu vois les réactions des gens quand tu es sur scène ?

Oui, j’ai vu la tienne par exemple. Je t’ai regardé parce que tu étais bien en face de moi. J’ai vu ton émotion. Je ne te savais pas si sensible… et c’est ça qui m’a donné envie de te dédicacer ma dernière chanson. Le texte t’allait parfaitement.

C’est la première fois qu’un artiste me regarde dans les yeux lors d’un concert et qu’il me dédie une chanson. Et une putain de belle chanson. Là, je t’avoue, j’ai craqué.

J’ai vu (sourire).

Qu’elle est ta relation avec Pause Guitare ?

C’est une relation très intense. Avec Alain Navarro, avec le public d’ici, les bénévoles… il y a vraiment une belle relation. Mon batteur, Philippe, vient pour la première fois et il m’a dit « mais qu’est-ce qu’on vous aime ici ! »

Vous avez eu le droit à une standing ovation.

Oui. On n’en revient pas. J’avais l’impression que c’était notre anniversaire aujourd’hui.

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Après Jesers, place à Nevché. J’adore. « Avec « Monde Nouveau Monde Ancien », son premier album sorti en 2009, puis « Le soleil brille pour tout le monde ? », une mise en musique de textes inédits et militants de Prévert en 2011, Frédéric Nevchehirlian, désormais appelé « Nevché », a tracé une route sinueuse et singulière entre rock, slam et chanson.
Un nom compliqué, un genre indéfinissable, une démarche de développement artisanale et militante, ce capétien de français n’avait pas tous les atouts pour vivre de sa musique dans le contexte que nous connaissons depuis une décennie. » Son dernier album Rétroviseur est un pur joyau. J’étais content de le voir sur scène… et de l’interviewer.

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(Photo : LongueurDondes.com)

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(Photo : LongueurDondes.com)

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Interview de Nevche:

A la fin de ton concert, tu as rendu un vibrant hommage au boss de Pause Guitare, Alain Navarro.

Je fais rarement ce genre de chose. Comme il y a un climat de tension dans le monde de la culture, des choses pas toujours positives, je voulais dire dans un micro, devant témoins, qu’il y a des gens qui sont fidèles, qui prennent le temps, qui nous laissent nous tromper. Ils nous permettent de revenir, de nous installer dans la durée. La vie, ce n’est pas qu’un coup. C’est dans la durée, ça s’étale. Il m’a accueilli avec mes différentes formations et ensuite en solo. Il m’a toujours suivi avec une fidélité désarçonnante.

Un jour, il t’a mis en première partie de Dick Annegarn.

Il a eu l’élégance de nous mettre au contact d’un grand monsieur de la parole et de la chanson. Il fait en sorte que l’on se rencontre ou pas. Il ne fait pas l’entremetteur, il laisse exister les choses. Depuis, avec Dick, nous n’avons cessé de nous croiser et de nous recroiser. Alain Navarro initie les choses dans la discrétion. De par ma culture arménienne, je suis sensible à cela. Les arméniens sont en retrait. Ils n’aiment pas dire les choses. Je ne veux rien ajouter. Je viens de dire sur scène que je l’aimais profondément, que c’était quelqu’un d’important. J’aime dit qu’il était un phare pour moi. Je ne voulais pas être impudique, mais politiquement, je trouvais qu’il était important que les gens sachent que ce genre d’homme existe. Ils sont rares.

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Je viens d’être témoin d’une conversation entre toi et Jesers. Tu l’as félicité et a été touché.

J’ai beaucoup apprécié sa douceur et sa tendresse. C’est une valeur politique, aujourd’hui, pour moi. Je n’aime pas tous les styles de musique, je ne suis pas sensible à tout, mais j’aime voir la beauté où elle se trouve. Je suis une tête chercheuse de beauté. J’aime aller vers le beau des gens. On est tous des connards, des incompétents. On a tous nos travers… mais ce qui me plait, c’est la beauté des gens. Serge, Jesers, geyser de beauté, geyser de simplicité. Il a une force de douceur et d’empathie.

Dans ton concert, il y a beaucoup de tendresse, mais aussi beaucoup de folie. Il faut trouver le bon équilibre pour que le public puisse s’y retrouver?

En fait, je ne me pose pas la question de la réception du public, je me pose la question de mon équilibre intérieur. Si je me sens équilibré intérieurement, mélange de délicatesse extrême et d’énergie extrême, tout se passe bien. Je livre au public, avec honnêteté, mon grand écart.

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Là encore, j’étais très impatient de voir Karimouche sur scène. J’en ai toujours entendu le plus grand bien et son deuxième album reçu il y a deux mois, Action, m’avait beaucoup plu. « Son premier album, Emballage d’origine, avait été une révélation en 2010 et, depuis, elle s’est abonnée à la scène : chanteuse, rappeuse, comédienne. Une musique inspirée d’Afrique du Nord, de la chanson française et de la culture urbaine, de la France métissée et de l’insolent talent d’une personne hors norme.Voix forte et sereine, rimes franches et intimes, elle fait résonner ses nouvelles chansons comme un grand tournoiement à la fois assassin et tendre. » Son show d’une heure était très convaincant. Drôle, beau, émouvant. (Et de sacrés musiciens derrière elle).

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(Photo : LongueurDondes.com)

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Interview (express) de Karimouche:

Tu aimes ce genre de configuration. Trois artistes présentant leur répertoire en une heure ?

Oui, j’aime cela. Les co-plateaux sont très vivants. On rencontre plein de gens et surtout, on découvre d’autres artistes. C’est enrichissant. Cet après-midi, j’ai découvert Jesers qui m’a impressionné et je connaissais Nevché que je respecte beaucoup.

Tu viens de sortir un nouvel album… tu as joué quelques morceau qui y figurent.

 

Quand tu fais une heure, le choix des chansons est complexe à faire. Je fais tout mon répertoire, mais en accélérant le tempo (rire). 

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Connaissais-tu Pause Guitare ?

Je connaissais de nom et de réputation, mais je n’y avais jamais participé. Je suis donc très heureuse et très flattée d’avoir joué ici. Le festival est génial, les bénévoles sont supers. Toutes l’équipe technique est très agréable et efficace. Ce n’est pas partout que cela se passe ainsi. Ici, il y a quelque chose de différent. Quelque chose de positif. C’est un bonheur de venir jouer ici.

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Et le soir à Pratgraussals... Hindi Zahra. Pour je ne sais plus quelle raison, je n'ai pas été attentif à son concert. J'ai entendu au loin ces chansons soul-folk-jazz où affleurent ses origines sud-marocaines.

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Enfin, Cali débarque. La big claque. Je ne l’avais plus vu en concert depuis longtemps, (même si je le mandorise parfois, voir et ). Il me semble qu’il est le chanteur français le plus performant sur scène. Un concert insensé où l’on sent l’amour qu’à l’artiste pour son public et sa joie incommensurable d’être sur scène. Énergique, positif, joueur.

Quel plaisir de le voir chanter ses succès (mais pas que), courir dans tous les sens, aller dans la foule sans « garde du corps », faire monter les photographes et jouer avec eux, appeler une jeune femme pour qu’un bénévole de Pause Guitare fasse sa demande en mariage… Il transmet son enthousiasme d’être là et nous, on l’admire pour cela. Et on est impressionné. 

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Celle-là, elle est de moi. C'est donc, évidemment, la photo la plus belle. (Hein?)

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Avec Dieu le père, Alain Navarro.

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Et pour conclure Pause Guitare cru 2015, une photo de Bob Dylan. (Si, il est là, au fond, quelque part...) Reste chez toi Bob. Si tu ne veux plus te montrer, dire bonjour, respecter ton public, donner un peu de toi, faire plaisir aux gens qui donnent de l'argent pour venir te voir. Je pourrais dire "I was here"... mais je n'ai pas vu grand chose... (Bon dieu, en plus, il est passé après Cali. Le jour et la nuit. Le meilleur et le moins bon (je parle scéniquement, bien sûr). 

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Et un grand merci à Alain Navarro, adulé de tous (voir la photo du journal des bénévoles, ci-dessous) et grand ordonnateur de ce festival.

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Pour terminer, voici une interview du maestro de l'organisation par Thierry Cadet pour Horscène. Alain Navarro dresse un premier bilan de Pause Guitare version 2015 qui a rassemblé près de 48 000 festivaliers. Et surtout, vous verrez toute l'humanité que dégage cet homme. Que j'aime.

A lire ici, un article de La Dépêche sur le bilan très complet de cette année.

Merci à toute l'équipe d'Arpèges et Trémolos, tous les bénévoles (en particulier Tristan Leouek, notre ange gardien et Christelle Canaby qu'on a dérangé pour un oui ou pour un non et qui gardait toujours le sourire), les photographes (ultra talentueux) de Pause Guitare (sans qui cette chronique n'aurait aucune raison d'être.)

Richard : www.richardstorchi.net

Jean Luc : 500px.com/Jean-LucClercq-Roques

Mary : www.mrscustomspics.com

Melanie : www.memaile.fr

Lilian : www.lilianginet.com

Jean : www.facebook.com/chasseur.delumiere.9

Damien : eyelivephoto.com

MC : marioncadillac.fr

Fabien : fabien.espinasse@gmail.com

(Et merci aussi à Serge Beyer : LongueurDondes.com, dont voici l'excellent compte rendu du Festival.)

 

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16 juillet 2015

Quentin Mouron : interview pour Trois gouttes de sang et un nuage de coke

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quentin mouron,trois gouttes de sang et un nuage de coke,interview,mandorQuentin Mouron est, au minimum, l’auteur suisse qui monte en flèche. Je vais jusqu’à prétendre qu’il est l’un des révélations de la littérature francophone de ces deux dernières années. Il débarque en France avec un brillant thriller qui n’en est pas tout à fait un (« un antipolar déjanté » écrit le Huffington Post). Trois gouttes de sang et un nuage de coke est son quatrième roman (édité par la maison d’édition française La Grande Ourse).

« A 25 ans, cet auteur pressé a déjà tout d'un écrivain: un monde clairement défini, une aisance à jongler avec les personnages, une maîtrise de son imaginaire... ainsi qu'un style. Et quel style! Qu'il s'agisse d'introspection, de digression ou de suspense, les mots claquent, les verbes galopent, et les chapitres défilent. Quentin Mouron a l'art de la formule » écrit encore le Huffington Post (lire intégralité de l’article ici).

Je le suis depuis son premier livre et je l’ai même déjà mandorisé pour son second. Pour être tout à fait franc (je ne cache rien ici), je le vois même quand il passe à Paris en coup de vent, juste pour parler/déjeuner/picoler (sans micro à proximité, pour le plaisir, quoi !) Je pense que, tout doucement, nous devenons amis.

Le 11 juin dernier, nous nous sommes donné rendez-vous chez un ami pour une seconde mandorisation (au Chardonnet).

4e de couverture :

Watertown. Banlieue de Boston, novembre 2013. Un retraité sans histoire est retrouvé dans son quentin mouron,trois gouttes de sang et un nuage de coke,interview,mandorpick-up sauvagement assassiné. L’enquête est confiée au shérif McCarthy, pugnace, humaniste, déterminé. Au même moment, Franck, jeune détective dandy, décadent et cocaïnomane, double sombre du shérif, mène l’enquête en parallèle, parcourant la ville en quête de sensations nouvelles.

Un mafieux de renom, un jeune musicien ambitieux, un romancier vulgaire, des flics besogneux ainsi que tous les autres, les « largués », les « paumés » sont mis en scène et embrasent cette fresque sans concession d’une Amérique hantée par la crise des subprimes.

À mi-chemin entre le roman social et le thriller, Trois gouttes de sang et un nuage de coke, roman au ton vif et au style léché, laisse le lecteur sans voix. 

quentin mouron,trois gouttes de sang et un nuage de coke,interview,mandorL’auteur :

Quentin Mouron, poète, novéliste et romancier suisse et canadien, naît en 1989 à Lausanne. 

Très remarqué dès 2011 avec Au point d’effusion des égouts (prix Alpes-Jura), puis avec Notre-Dame-de-la-Merci (2012) et La Combustion humaine (2014). Trois gouttes de sang et un nuage de coke est son premier roman publié en France. Mouron est aussi chroniqueur pour plusieurs journaux suisses et à TV BeCurious.

Quentin Mouron, 25 ans, est déjà largement reconnu en Suisse où ses trois précédents romans ont obtenu une presse importante et élogieuse. 

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(Photo : Patrick Gilliéron)

quentin mouron,trois gouttes de sang et un nuage de coke,interview,mandorInterview :

C’est ton premier « thriller », avec de gros guillemets, peut-on dire que ce quatrième roman est à part des trois précédents ?

Pas tant que ça. J’y trouve pas mal de résonnances avec les autres. Il y a vraiment une unité. Pas dans le genre, mais dans les thèmes abordés. La question du masque que nous portons tous, travaille vraiment le personnage principal, Franck, et ça le hante toute la durée du récit.

L’alcool et la drogue sont aussi très présents dans tous tes livres.

Oui, finalement, il y a de nombreux rapports. Mais je vois ce que tu voulais dire dans ta première question. Ce livre est un polar et il est peut-être plus accessible que mes trois premiers romans. C’est celui qui se lit le plus facilement et qui est le plus « mainstream ». Oh ! Quel vilain mot !

En écrivant ce livre, tu as choisi d’être plus abordable ou ça s’est fait naturellement ?

C’était naturel. Je n’avais même pas l’intention précise d’écrire un polar. J’avais des idées de personnages, de scènes, de situations, de dialogues aussi. L’armature du polar est venue bien après. Le côté « page turner » s’est imposé au fur et à mesure. Quand on décide qu’il y a une intrigue, on décide de mettre du suspens. On ne va pas quand même pas emmerder le lecteur.

C’est un livre que tu as beaucoup travaillé et retravaillé ?

Oui, ça m’a pris un an et demi. C’est un travail de longue haleine, contrairement à mes habitudes.

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Quentin Mouron le 11 juin 2015.

Je sais que parfois, tu te laisses déborder par tes personnages.

C’est presque de la chimie. C’est assez empirique et expérimental. On met des personnages, on leur crée une psychologie, une psychologie qui peut être contradictoire ou boiteuse. C’est le cas de Franck et c’est tout à fait volontaire. Ensuite, on regarde comment le personnage réagit. Contrairement à beaucoup de mes confrères, je n’arrive pas à faire suffisamment de projections pour avoir un plan militairement établi. Je suis donc dans l’organique.

Qu’est ce qui a été le plus difficile pour toi en écrivant ce polar ?

Je n’avais pas l’habitude de faire durer un livre sur plusieurs jours, je n’avais pas l’habitude de créer une intrigue avec un suivi rigoureux. J’ai eu une exigence de crédibilité qui n’a pas été simple pour moi. Il y a des réflexions sur la nécessité, sur le hasard, sur la probabilité. Mon intrigue n’est pas gratuite, elle a du sens.

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Tu aimes bien les barges !

Tous mes personnages le sont un peu, mais, nous tous, nous le sommes aussi. Chacun à ses fêlures. Franck est un personnage fou, dans le sens littéraire du terme. Il est contradictoire, il part dans tous les sens, il est cocaïnomane, donc un peu schizophrène, mais c’est aussi ce qui ajoute à son charme et son épaisseur.

Tu fais le contraire des autres auteurs. Tu as commencé par des romans, disons un peu complexes, moins « grand public », aujourd’hui tu tentes d’être abordable par tous les lecteurs.

Oui, mais j’étais content de pouvoir reprendre certaines réflexions qui avaient déjà été posées sous d’autres formes, dans d’autres romans. Je pense que j’ai donné une épaisseur à « l’abordable », comme tu dis. Je voulais un mélange de matière dense et de suspens.

Un écrivain écrit pour être lu, tu t’en rends peut-être un peu plus compte aujourd’hui ?

Oui, tu as entièrement raison. On peut lire ce roman de plusieurs manières. Un amateur de polar ne devrait pas être déçu, il peut lire juste pour l’intrigue. Mais quelqu’un d’un peu exigeant pourra aussi être intéressé par ce qu’il se cache derrière. Il suffit de gratter. Il y a plusieurs niveaux de lecture.

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En France, quand on parle de « page turner », on parle de Marc Lévy ou Guillaume Musso.

Oui, mais moi, personnellement, je n’ai pas envie de tourner leurs pages (rire). L’autre jour, quelqu’un me dit « il faut absolument que tu lises Millemium, c’est génial ! ». J’ai lu le premier tome et je l’ai trouvé pas mal. Par contre, j’ai trouvé le deuxième emmerdant. Chiant à mourir même ! Au bout de 400 pages, je me disais : « Même Balzac va plus vite ! »

Tu as raison de parler de ça, parce que dans tes livres, il n’y a aucune fioriture. Tout à des raisons d’être écrit.  

J’ai envie que ça commence tout de suite, qu’il y ait de l’action, des personnages actifs immédiatement, d’avoir des paroles qui raisonnent un peu en nous, d’avoir quelque chose qui soit un peu épais.

Le lecteur ne peut pas se reconnaitre dans tes personnages dits « extrêmes » !

La grande perversion du livre et du personnage de Franck, c’est qu’ils sont aussi détestables qu’attachants. J’ai voulu que le lecteur soit proche de Franck, qu’il fasse sienne certaines de ses réflexions et que, paradoxalement, il reste un type assez dégueulasse.

A te lire, chacun est pourri quelque part et personne n’échappe à la règle.

Je le crois sincèrement dans la vraie vie. Bon, dans mon nouveau livre, il y a juste le shérif qui est un type bien, quant aux autres…

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Moins d'une semaine après sa sortie, "Trois gouttes de sang et un nuage de coke" est cinquième des ventes en Suisse, toutes catégories confondues.

En Suisse, ton livre est très bien accueilli.

Les ventes sont très bonnes. J’espère que ça se propagera en France, au Québec et en Belgique. Mais j’ai eu aussi quelques critiques négatives.

Tu récoltes ce que tu sèmes. Tu es un provocateur, jeune de surcroit. Tu énerves.

Oui, il y a un peu de ça. Mais généralement, mon nouveau livre est bien accueilli, autant par les libraires que par les journalistes. Je suis hyper bien distribué. Et puis, victoire, j’ai vu mon livre dans la librairie d’une gare. Je fais donc désormais de la littérature de gare.

Comment prends-tu les critiques ?

Quelles soient positives ou négatives, je les accueille avec une certaine distance. Mais, je ne te dit pas que ça ne me fait pas plaisir quand elles sont bonnes et enthousiastes. Ca flatte l’ego et ça encourage.

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Novembre 2014, passage éclair de Quentin Mouron à Paris. Il est venu voir sa nouvelle éditrice française... et nous avons déjeuné ensemble avant son retour en Suisse.

Trois gouttes de sang et un nuage de coke est sorti dans une maison française pour la première fois.

C’est une maison exigeante et qualitative. C’est l’éditeur suisse de mes trois premiers livres, Olivier Morattel, qui m’a aidé. Il a estimé que c’était difficile de faire de la promo pour moi en France et il trouvait dommage que mon quatrième livre, que je lui avais fait lire, ne se contente que de la Suisse. Il a été d’une élégance rare, car c’est lui qui m’a proposé de trouver une maison en France.

Paulina Nourissier-Muhlstein, la directrice éditoriale de La Grande Ourse, a été la première à vous répondre.

Oui, et elle était très enthousiaste. J’ai vite senti qu’elle avait bien compris le livre. Elle a compris le projet, le discours et le propos. Je suis venu la voir à Paris en novembre dernier et on a fait affaire. On a ensuite retouché le texte ensemble. Tout s’est fait avec elle, Olivier et moi, en bonne intelligence. C’est le début d’une nouvelle et belle aventure.

Depuis que je te connais, quelle progression dans ta carrière !

Le truc le plus important, c’est que je commence à pouvoir discrètement vivre de ma plume. Entre les livres et les chroniques, je commence à m’en sortir.

A la télé et dans la presse, tu tapes sur tout ce qui bouge et surtout