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08 janvier 2017

Charlotte Savreux : interview pour L'année du déclic

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Mon amie Corinne Daunay (ancienne attachée de presse, mais professionnellement bien plus) me dit un jour « tu devrais lire le livre de mon amie Charlotte Savreux, il est excellent ».  Habitué à ce que l’on me recommande tel ou tel artiste, je suis toujours dans la méfiance. Copinage, toussa toussa… sauf que Corinne Daunay, j’ai une confiance absolue en ses goûts. Je me renseigne sur ce livre qui « redonne le goût du « tout est possible » à 66 millions de Français ». Là encore, ce n’est pas le genre d’ouvrage dont je parle habituellement. Par amitié, je lis. Et j’ai fini par dévorer tant ces témoignages m’ont passionné, voire m’ont reboosté. Je suis dans une période où j’ai des choix professionnels à faire, des décisions à prendre, L’année du déclic est tombée à pic.

Le 28 décembre dernier, j’ai donc rencontré son auteure, Charlotte Savreux pour un long et savoureux entretien. Ce n’est pas pour rien que j’ai souhaité que ce soit la première mandorisation de l’année. A ce propos… belle année à tous !

charlotte savreux,l'année du déclic,interview,mandorArgumentaire officiel:

50 personnalités ouvrent le champ des possibles à 66 millions de Français

Ce livre revient sur le parcours de personnalités dont on connaît la réussite, sans pour autant deviner le cheminement parfois complexe qui les a menées vers la lumière et qui rend leur victoire d’autant plus belle et exemplaire. Une réussite honorable et une réalisation personnelle admirables tant elles semblaient, a priori, improbables. Rien ne les prédestinait à… et pourtant leur histoire trompe toutes les attentes et prouve combien tout est possible et pour tout le monde. Ils ont connu des premiers pas dans la vie fragiles, chaotiques ou des réussites suivies de revers, quand la vie bascule pour voler en éclats; mais en quête de reconnaissance, par instinct de survie, par conviction, avec le grain de folie de l’insouciance, ils se sont offert une seconde chance, celle de réorienter leur trajectoire, de sublimer leur vie et de transcender leur destin. En partageant leur expérience et en suivant leurs conseils, tout devient possible ! En misant sur la dynamique de l’exemplarité et de la contagion sont réunies dans de ce livre cinquante personnalités : artistes, chefs d’entreprise, politiques, résolument optimistes, qui refusent de vivre dans une époque de déprimés. Leur enthousiasme et leur foi en la vie inébranlables vous offrent l’essence de leur expérience au tempo de leurs succès et de leurs épreuves, et les fils conducteurs qui ont guidé leur parcours, pour mieux vous permettre de décrocher votre victoire. Car une société plus forte, plus bienveillante, est aussi la somme des engagements individuels.

Retrouvez Zaz - Thierry Marx - Maud Fontenoy - Frédéric Lenoir - Fadela Amara - Yann Arthus-Bertrand - Marianne James - Philippe Croizon - Jean-Pierre Mocky - Florence Servan-Schreiber - Éric-Emmanuel Schmitt - André Comte-Sponville - James Dyson - Stephane Hessel - Roselyne Bachelot - Frédéric Lopez - Louise Del Busto Gomez - Didier van Cauwelaert - Nicole Castioni - Michel Pouzol - Hervé de la Martinière - Denys Chalumeau - Mireille Nègre - Dani - Jean-Marie Bigard - Alain Ducasse - Mohed Altrad - Rougui Dia - Memona Hintermann - Daniel Picouly - Malika Bellaribi - Guy Laliberté - Guy Martin - Philippe Bouvard - Orianne Garcia - Christian Estrosi - Jean-Michel Apathie - Clara Gaymard - Thierry Saussez - Véronique Jannot - Jacques-Antoine Granjon - Mercedes Erra - Patrick Poivre d’Arvor.

L’auteure (source Wikipédia) :charlotte savreux,l'année du déclic,interview,mandor

Après avoir travaillé pendant 3 ans comme journaliste dans la rédaction de France 3 Normandie, elle présente de 2005 à 2010 l'émission Bien-être sur Direct 8. Puis, elle rejoint France Télévisions pour y animer des émissions et des évènements exceptionnels comme La Nuit Blanche (6 heures de direct sur France 3) ou le Téléthon. À partir de 2012, elle rejoint France 5 pour y tourner une série documentaire Une Vie Ailleurs où elle part en immersion à la rencontre de communautés coupées du monde puis participe en septembre 2013 au lancement de l'émission La Quotidienne en y animant deux chroniques hebdomadaires sur la consommation.

Elle vient de publier: L'année du déclic - Et si c'était la vôtre...? Editions Balland.

charlotte savreux,l'année du déclic,interview,mandorInterview :

Ce livre a une dimension personnelle et sociétale.

En 2017, les gens vont être dans l’espoir d’un changement politique. L’idée, c’est qu’on ne peut plus être en attente de tout et de tout le monde. On ne peut plus tout attendre d’un chef de l’état, de son employeur, de la sécurité sociale… à un moment, il faut aussi pourvoir à sa propre trajectoire. On ne peut pas reprocher à une société d’être sclérosée, figée, enfermée, si soi-même on n’offre pas à sa vie cette bouffée d’oxygène dont on a besoin. Je pars du principe que c’est en se changeant individuellement et en étant dans une dynamique d’action qu’on pourra changer les choses. Mon leitmotiv c’est « espérer moins, agir plus ».

Pour toi, la société française est défaitiste ?

De manière collective, oui, mais individuellement, je rencontre des gens qui sont dans une dynamique d’action et qui veulent faire bouger les choses. De manière générale, on sent que les gens sont dans une forme de rétention aux autres ou par rapport à leur propre vie.

Les gens ne veulent pas sortir de leur « cadre » ?

Pas souvent. Ce cadre étriqué leur permet de se protéger, mais il en vient à brider leur potentiel et leur vie. Certains finissent par être enfermés dans leur bulle tellement ils ont peur de l’extérieur. Nous sommes plus dans une société de peur que dans une société d’actions et d’envies.

As-tu appris sur toi-même en écrivant ce livre ?

Il y a tellement de sujets potentiels d’écriture que quand tu choisis un angle, ce n’est jamais par hasard. charlotte savreux,l'année du déclic,interview,mandor

Tu aimes faire bouger les choses, transmettre et permettre l’ouverture vers l’extérieur.

J’ai la curiosité de ce qu’il se passe dans mon environnement et surtout, j’aime ouvrir le champ d’horizon aux autres. Après, ils en font ce qu’ils veulent. Si je veux permettre aux gens qu’ils soient acteurs de leur propre vie, je n’ai pas l’ambition d’imposer une manière de vivre ou une manière de penser. Je n’infantilise pas le lecteur. Si je peux faire en sorte que chacun aille au-delà d’un postulat de départ, ce sera déjà pas mal.

Ce livre est le cheminement logique de ce que tu as toujours fait à la télévision.

Pendant cinq ans, j’ai animé une émission de 52 mn en direct sur le bien-être. J’ai toujours considéré que la thématique du bien-être était sous-estimée. Pour moi, le développement personnel est un sujet de société. Cette société n’a d’ailleurs pas besoin d’un nouveau président de la République, mais d’une bonne psychanalyse. Dès lors que nous aurons déverrouillé les peurs,  là, on pourra se remettre dans une dynamique d’actions. Avec ce livre, j’essaie d’apporter le déclic qui te fait passer de l’intention à l’action, qui te fait transformer une épreuve en une expérience de vie et qui fait passer des « nons » successifs en un « oui ».

Que projettes-tu dans ce livre ?

D’être bien dans son histoire. A l’école, on apprend à compter, lire, écrire, mais pas à vivre. Toute notre vie, on apprend à bien vivre en relation avec la personne que l’on est. Je ne crois pas du tout au bonheur que l’on te vend à tout prix, il n’y a pas pire pour rendre les gens malheureux. L’essentiel est d’être dans l’histoire qui nous convient.

charlotte savreux,l'année du déclic,interview,mandorLa société souffre d’un potentiel bridé ?

Oui, alors qu’on a tous un potentiel extraordinaire. Quand, soi-même, on n’a pas le courage d’aller exploiter le potentiel qui est le nôtre,  d’aller porter nos propres projets, la vie risque de s’en mêler en apportant des secousses sismiques. Je vais citer Albert Camus : « C’est au cœur de l’hiver que j’ai découvert que j’avais en moi un invincible été. »

Ton livre porte des valeurs dont la société a besoin.

Notre époque nous demande du courage, de la persévérance, du goût de l’effort et du sens de la responsabilité. Quelle plus belle victoire que celle qui nous a demandé du courage, de l’audace et de la persévérance ?  Je suis certaine qu’on ne peut pas avoir une grande réussite, sans avoir eu une prise de risque à un moment.

Notre vie est-elle jalonnée de déclics ?

Oui et c’est tant mieux, car les déclics c’est ce qui permet de rebattre les cartes du jeu de sa vie. La vie n’est pas une autoroute linéaire. Il y a des périodes où les choses sont limpides et fluides et puis d’autres où il y a des ronds-points, des départementales un peu plus en retrait et c’est bien aussi. Les gens veulent tellement être toujours rassurés qu’ils souhaitent voir les mêmes paysages. Mais la vie est une aventure, une salle de classe où on apprend tous les jours. Il ne faut pas avoir peur des virages et des changements, car ils sont une chance formidable d’avoir des tremplins sur lesquels s’élever et rebondir.

D’après ce que j’ai compris, le déclic ne vient jamais de l’extérieur.

Non, il ne vient pas d’un appel téléphonique ou d’une proposition quelconque, tu as raison. Il vient toujours de soi. C’est nous-mêmes qui osons faire le pas supplémentaire, et là, sur le cheminement, la vie s’en mêle, les opportunités apparaissent. Je peux dire qu’au moment du déclic, on est seul, mais pendant le cheminement, jamais.

Faut-il être ambitieux ?

Quelle plus belle ambition que de réussir sa vie et de mettre toute celle-cicharlotte savreux,l'année du déclic,interview,mandor à son  propre service ? Ce n’est pas égoïste de s’occuper de soi et de sa vie. En mettant toute son énergie au service de sa trajectoire personnelle, cela permet aussi à notre lignée familiale de s’élever. Le but, c’est d’être meilleur que nos parents et que nos enfants soient meilleurs que nous. De plus, en servant notre propre trajectoire, on va pouvoir nourrir la société de valeurs beaucoup plus vertueuses que celles que l’on a aujourd’hui.

Tu dis qu’il faut prendre la vie comme un jeu plutôt qu’un enjeu.

Les gens ont tellement peur que tout est devenu grave. Il faut s’amuser des décisions à prendre et d’essayer les choses. Quand tu es dans cette posture-là, la vie te le rend au centuple. Une invité que j’ai reçu dans une de mes émissions m’a dit « quand tu fais un pas dans la vie, la vie en fait dix pour toi. »

Nous avons besoin de positif et de se requinquer.

On a aussi besoin d’être remué.

C’est ton premier livre. Es-tu émue ?

Pour moi, la plus belle aventure de cet ouvrage, ce n’est pas la sortie, c’est le cheminement qui m’a mené jusqu’à lui. Je me sens comme une passeuse. Ce livre ne m’appartient plus, il appartient au grand public.

Ce livre a été un vrai virage pour toi.

Un virage à 180°. Je suis passé d’un travail solitaire à un travail collectif. J’ai toujours participé aux projets des autres et c’était la première fois que j’écrivais pour un projet qui m’appartenait. C’était un peu mon objectif de cette fin d’année 2016.

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Après l'interview, le 28 décembre 2016.

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30 décembre 2016

Valérie Motté : interview pour Pour tout ce que la vie nous donne

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Je connais Valérie Motté  parce que nous nous rencontrons professionnellement depuis des années. Elle m’a toujours paru différente. Hors norme. Toujours souriante, bienveillante et lumineuse. Dans son récit de résilience, Pour tout ce que la vie nous donne, elle partage avec nous son besoin  d’améliorer le quotidien des enfants touchés par la maladie…. Elle raconte son parcours de vie atypique qui force le respect. La première partie du livre narre la vie pleine d’obstacles de l’auteure dont la perte d’un petit frère qui devient le fer de lance de sa vie. Dans la seconde partie, Valérie Motté « fait vibrer l’âme et l’esprit pour convertir les obstacles de la vie en éléments constructifs pour sa vie, se forger et mieux apprécier chaque instant que nous procure la vie » (comme l’indique un commentaire d’une lectrice sur Amazon).  

Le 29 novembre dernier, Valérie Motté est venue me voir à l’agence pour une première mandorisation.

valérie motté,pour tout ce que la vie nous donne,interview,mandorLe livre (par l’auteure) :

"Nous traversons actuellement une période de grandes transformations énergétiques qui bousculent le monde entier. Certains s’interrogent sur ce chaos et sont effrayés ; d’autres ressentent le besoin de se recentrer sur l’essentiel et sont en quête de vérité. Au final, la majorité d’entre nous aspire à la paix, au respect et à l’équité. Les drames familiaux qui m’ont touchée ont révélé ma médiumnité et mon cheminement m’a conduite à développer ma spiritualité et à écouter mon cœur. Je suis infiniment reconnaissante pour chacun de ces instants expérimentés, pour la confiance que le monde invisible et ses messagers m’ont accordée, pour ce caractère qui m’offre cette conscience de la préciosité de la vie et de ses charmes si nombreux. J’ai souhaité partager avec vous mon parcours pour, peut-être, donner envie à quelques-uns d’entre vous d’envisager la vie différemment. Pour témoigner qu’il est toujours possible de voir la lumière dans l’obscurité."

L’auteure :

Tourangelle d'origine, Valérie Motté est productrice artistique (Vavélie productions). Elle est également l'auteure de plusieurs ouvrages de développement personnel dont Douceurs angéliques aux éditions Pygmalion et Conseils de fées et potions magiques pour se sentir bien aux éditions Jouvence. Valérie Motté est douée d’une intuition hors du commun, qui lui permet d’être à l’écoute de la nature, des messages et des signes que lui transmet la vie. Adepte des médecines douces, elle utilise des « potions naturelles » pour prendre soin de son âme et de son corps. Autant de connaissances qu’elle souhaite partager, aujourd’hui, avec le plus grand nombre, à travers ses ouvrages et ses conférences.

Elle anime aussi l'émission Douceur et Confidences qu'elle propose sur Dailymotion  (je vous propose d'ailleurs les trois dernières dans cette chronique).

Ivalérie motté,pour tout ce que la vie nous donne,interview,mandornterview :

Ce livre témoignage  a-t-il été écrit pour aider les autres ?

C’est un livre que j’ai commencé il y a 9 ans. C’était à la base pour rendre hommage à mon petit frère Erwan qui est décédé. C’est le fil conducteur. Autour de moi, mes amis trouvent que je suis toujours positive quoi qu’il arrive et que je vois toujours la lumière même quand la période est plutôt ombragée. Ce sont eux qui m’ont poussé à témoigner, à partager… encore plus dans cette période complexe et difficile pour tout le monde. Du coup, j’ai essayé de proposer humblement une vision de la vie. Il faut se dire que la vie est belle, même quand on traverse des choses  difficiles. J’ai traversé des épreuves pas simples, mais aujourd’hui, je dis que la vie est belle.

Tu ne fais pas la morale, juste tu racontes ton histoire.

C’est un partage au plus grand nombre de mon parcours de vie et il n’y a aucun prosélytisme. Je ne détiens aucune vérité, juste la mienne.

Tu parles aussi de ta vie spirituelle.

Pas trop, parce que c’est personnel et je ne suis pas donneuse de leçon. Il y a beaucoup de livres de témoignages qui sont dans les conseils directifs. Moi, je considère que chacun doit expérimenter et vivre ce qu’il a à vivre.

Cela t’a fait du bien d’écrire ce livre ?

Ça ne m’a pas fait que du bien. La fin de ce livre a été écrite avec beaucoup de souffrance. Toi qui écris, tu sais qu’on revient souvent en arrière, on recorrige, il y a des allers-retours avec la maison d’édition. Même si je suis guérie de beaucoup de chose, j’ai tant ressassé que ça a fini par m’atteindre. Je dois admettre que ça été difficile et violent, mais aujourd’hui, je suis très heureuse parce que c’est une page qui se tourne. Je n’oublierai rien, mais c’est quelque chose qui se termine. Nous sommes en année 9 et en numérologie, cela équivaut à la fin, à l’achèvement de quelque chose. Pour moi, c’est tout un cycle qui se termine.


"Douceur & confidences" Olympe HD par VavelieProductions

Tu expliques au début du livre qu’il aurait pu sortir il y a bien longtemps, mais qu’une conjonction d’évènements à fait qu’il ne sort qu’aujourd’hui. C’était donc que le bon moment était aujourd’hui.

Exactement. Il a pu être enrichi par les 9 années d’expériences et par mon évolution spirituelle. Si je l’avais sorti avant, il y aurait eu beaucoup plus de colère. Là, elle est posée à un moment, parce que je ne renie pas la tristesse et la colère que j'ai pu avoir. Avec le recul, j’y vois des choses très belles. Et grâce à ce que j’ai traversé, je suis devenue la femme que je suis aujourd’hui.

Tu ne regrettes rien ?

Je n’ai absolument aucun regret. Si je devais refaire mon parcours amoureux ou professionnel, je ferais la même chose.

C’est difficile ce côté « j’écris ma vie, mais il faut intéresser les gens » ?

Bien sûr, j’ai envie d’intéresser le plus grand nombre. Dans ce livre, il y a différentes facettes qui devrait faire résonance à des lecteurs. Tous ceux qui ont lu mon livre ont été touchés. Autant les hommes que les femmes d’ailleurs. J’ai ouvert mon cœur avec sincérité et authenticité. C’est un livre de partage, mais aussi de gratitude.

valérie motté,pour tout ce que la vie nous donne,interview,mandorTu parles des fées et des anges, tes sujets de prédilections dans tes précédents ouvrages. Tu dis que tu as vu réellement des fées quand tu étais jeune. Tu n’as pas peur que l’on te prenne pour une dingue ?

On me l’a déjà dit, mais ça ne me fait rien. J’ai eu l’occasion de rencontrer d’autres personnes qui voyaient les esprits de la nature. Quand on me demande comment sont les fées, je réponds que je les vois comme la fée Clochette. Toute petites, scintillantes, pétillantes  et joyeuses. Souvent, quand je raconte ça, les adultes bloquent et s’imaginent que ce sont les fameux personnages imaginaires que les enfants voient. Pour la plupart des enfants, la médiumnité est ouverte. Il n’y a pas de filtres et ils voient réellement des choses qu’adultes, on se refuse de croire. Les esprits de la nature existent, je t’assure.

Pourquoi tout le monde ne peut pas les voir ?

Je pense qu’il ne faut pas en avoir peur et y croire. Si tu laisses la possibilité que tout est possible, tout est possible. La vie va s’offrir à toi, mais il faut être ouvert et curieux  pour cela.

Et les anges ?

Mon ange gardien, c’est mon frère Erwan. Ce n’est pas un fantasme. Quand je suis remontée dans mes différentes vies antérieures, j’ai bien vu qu’il était là avec moi dans chaque vie.

Tu te sens privilégiée de voir ce monde invisible ?

Oui, surtout quand on traverse des périodes mondiales très complexes comme nous le vivons actuellement. Pour moi, les liens d’amour ne se brisent jamais et Erwan est vraiment là. Il m’envoie des signes assez régulièrement. Parfois, je le vois comme je te vois.

Tu m’as raconté que tu t’étais déjà fait réveiller par des entités. Moi, ça me ficherais la trouille.

Oui, ça, ce n’est pas marrant, mais je n’ai pas peur.


"Douceur & confidences" Gregory Mutombo HD par VavelieProductions

Tu ressens les gens plus intensément que la moyenne?

Oui, j’ai beaucoup de ressentis énergétiquement positifs ou négatifs. Mais c'est parce que j’écoute mon intuition. Cela, tout le monde peut le faire. Tout le monde à une intuition. On la développe ou on ne la développe pas.

Dans tes choix d’amoureux, par contre, on constate que tu ne fais jamais les bons.

Ça vient de mes blessures d’enfance. Avec les manquements de mon père, l’abandon, le rejet, je crois que je reproduis des schémas. Tant qu’on ne le comprend pas, qu’on ne l’accueille pas et qu’on ne le guérit pas, la vie est superbe (ironie)… elle t’envoie les mêmes. Ces hommes-là, je les remercie. Ils sont venus me montrer mes failles et mes blessures. J’ai travaillé sur moi et depuis un an, je sais que je ne veux plus du tout ça. Récemment, la vie a mis sur mon chemin un homme du même profil, je l’ai vu tout de suite et j’ai coupé court immédiatement. Je suis guérie.

Qu’espères-tu que ce livre apporte aux gens ?

Je ne pose plus d’attente aujourd’hui. Comme j’ai appris à vivre de plus en plus dans l’instant présent, je me dis que si les gens le reçoivent comme un simple cadeau et si ça produit en eux une petite résonance, si ça peut leur apporter une petite touche colorée dans leur vie, c’est gagné. On a tous en nous les ressources en nous pour aller bien. C’est aussi ce que j’explique dans ce livre.

Avec Vavélie Productions, tu t’occupes d’artistes (comme Magali par exemple).

Aujourd’hui, j’ai la liberté de choisir avec qui j’ai envie de travailler. Je ne pourrais pas travailler avec des artistes qui ne m’intéressent pas humainement et dont les univers ne me touchent pas. Il faut qu’il y ait quelque chose de positif dans la relation.

Tu fais aussi des émissions pour Dailymotion, Douceur et Confidences.

Je reste dans mon univers. J’allie, j’associe toutes mes palettes… et c’est génial de pouvoir le faire.


"Douceur & confidences" Geneviève de Fontenay HD par VavelieProductions

29 décembre 2016

Pierre Barouh : interview pour Les 50 ans Saravah

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Hier soir, j’étais en train de décrypter mon interview récente de Pierre Barouh à propos de l’album Les 50 ans Saravah. Cela faisait deux heures que je l’écoutais me parler quand j’ai ressenti le besoin de faire une pause. Une pause Facebook (mon péché mignon). Et là, je tombe sur un statut de Laurent Balandras annonçant la mort de Pierre Barouh. Je lui envoie un message spontané tant cela me parait improbable. Un type qui m’a reçu chez lui une bonne partie de la matinée, le 15 novembre dernier, ne peut pas être mort, ça n’a pas de sens. Réflexion idiote, je le sais bien. La mort frappe n’importe qui à n’importe quel moment. Je reste abasourdi.

Je me suis remis à l’écouter et plus rien n’avait le même sens. Je me marrais un peu avant cette terrible nouvelle parce que je m’entendais lui poser des questions sur l’album, mais il me répondait à côté, comme si ça ne l’intéressait pas d’en faire la promo. « C’est ma femme qui s’en est occupée » me répondait-il et il partait sur d’autres sujets… j'ai donc remis un peu en ordre certains de ses propos.

pierre barouh,hommage,les 50 ans saravah,interview,mandorQuand on interviewait Pierre Barouh, il fallait s’attendre à ce que cela parte dans tous les sens, mais tout était intelligent, magnifique et empreint de sagesse. Je l’avais déjà pratiqué (lire ma première mandorisation du personnage en 2007 et photo à gauche). Le 15 novembre dernier, celui qui avait indiqué sur sa carte d’identité à la mention profession, « promeneur », me baladait là où il voulait. Et moi, ça ne m’a jamais dérangé que l’on sorte des sentiers balisés de la promo. Bien au contraire. Je me laisse tout le temps faire si cela est fait avec bienveillance. Et avec cet artiste solaire, c’était toujours avec bienveillance.

Je vous propose donc cette interview dans sa version un peu écourtée.

Mini bio de Pierre Barouh :

L’auteur, compositeur, interprète et éditeur a écrit des paroles restées dans les mémoires, comme «La bicyclette» interprétée par Yves Montand.

Le parolier a également créé Saravah, son label découvreur de talents. Parmi eux : Jacques Higelin, Brigitte Fontaine, Jean-Roger Caussimon, Areski Belkacem, mais également le Bénino-Togolais Alfred Panou, précurseur du slam dans le paysage hexagonal, le Gabonais Pierre Adekengué, aux prémices de la world music, ou encore le percussionniste brésilien Nana Vasconcelos.

«Un homme et une femme», chanson du célèbre film de Claude Lelouch (1966) dont il est le parolier et l’interprète avec Nicole Croisille, sur une musique de Francis Lai, reste comme l’un des monuments de la carrière de cet artiste éclectique et curieux.

L’album"50 ans Saravah"   :

Crée en 1966 par Pierre Barouh, Saravah est l’un des plus anciens labels indépendants français de pierre barouh,hommage,les 50 ans saravah,interview,mandormusique. Son célèbre slogan : « Il y a des années où l’on a envie de ne rien faire » définit très bien l’âme de ce label qui aime à se qualifier comme «  Les rois du slow-bizz ». Au-delà de la production phonographique, Saravah, est avant tout une aventure humaine, faite de coups cœurs, de rencontres artistiques;  toujours imprégnées d’une profonde éthique : passion et amour de la découverte de l’autre par les voyages et la création. Face aux obsessions de rentabilité, sa dimension romantique et bohème, semblait pourtant la condamner à court terme…  Pourtant, Saravah est heureuse de fêter cette année : ses 50 ans d’activités! Aujourd’hui, plus que jamais, nous voulons témoigner des talents et du monde qui nous entourent. C’est dans cette optique que nous souhaitons partager notre patrimoine sonore, de 50 ans de productions et d’éditions, en le rendant plus accessible à ceux et celles qui nous suivront demain. Avec Bertrand Belin, Kahimi Karie, Albin de la Simone, Camélia Jordana, François Morel, Yolande Moreau, Bastien Lallemant, Maïa Barouh, Jeanne Cherhal, Séverin, Olivia Ruiz, Bears of Legend et Sheena Ringo. Avec le soutien de la SPPF , l'ADAMI et  la SACEM. Dessin : Charles Berberian.

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pierre barouh,hommage,les 50 ans saravah,interview,mandorInterview :

Vous avez toujours été indépendant et libre. Des hommes comme vous, cela devient rare…

Je n’ai jamais eu aucune ambition de carrière, jamais eu d’imprésario ou d’agent. Je ne crois pas en la liberté, mais je crois en la disponibilité… mais la disponibilité réclame une énorme vigilance. J’adore me rendre disponible. On me dit « viens ! », je viens. Et je ne reviens jamais sur une parole donnée.

Vous êtes un grand et éternel voyageur.

Sur mon tout premier passeport, à la rubrique « profession », j’avais marqué « promeneur ». Mon premier voyage était en Norvège. J’avais ma petite guitare et je faisais du stop. Il m’arrivait de faire du stop alternativement d’un côté et de l’autre de la route. C’est vraiment le symbole de la disponibilité. Se dire que le premier qui s’arrête m’amène vers le nord ou vers le sud.

Vous avez aussi toujours été disponible à la reconnaissance du talent des autres.

Je fais même un prosélytisme qui est très chiant pour les gens qui m’entourent, parce que dès que j’aime quelqu’un, un film ou un livre, je n’arrête pas d’emmerder tout le monde avec ça.

Séverin a invité Pierre Barouh à chanter "Samba Saravah" à l'occasion des Francofolies de La Rochelle 2016. 

Nous sommes chez vous pour parler des 50 ans de votre label Saravah. C’est vertigineux pour vous 50 ans ?

Je n’ai aucun sens du temps. Je vis trop au présent pour remarquer le temps qui passe.

Ce projet de disque n’est pas gênant pour vous, du coup ? Parce que ça veut dire s’arrêter et regarder en arrière…

Mais, ça ne me dérange pas. Je suis rentré du Japon la semaine dernière et là-bas, ils ont fêté cet anniversaire. C’était formidable ! Il y a eu des projections de mes films, des interviews, un concert avec ma fille Maïa et des amis à elle. C’était dans une grande salle et quand ça s’est terminé, les gens étaient en larme d’émotion. C’était vraiment super. J’ai vécu au Japon des aventures d’un romantisme incroyable. J’y vais depuis 1982 et je suis fou de ce pays.

Vous êtes plus honoré là-bas qu’en France.

Je reste spectateur et il n’y a aucune amertume dans ce que je vais vous dire, mais je suis dans une situation très ambigu en France. Je suis un auteur à succès et j’ai passé 50 ans de ma vie à m’occuper du talent des autres. Dans notre pays, c’est suspect. Si je dis que je fais ça par passion, on trouve que c’est infantile. Dans ma vie il y a la chanson, mais il y a aussi le théâtre, le cinéma, du coup, les gens des médias ne savent pas où me placer, il m’ont mis dans un ghetto underground. En ce moment, je suis en train de glisser de ce ghetto au mythe. Ça prend d’ailleurs un parfum nécrologique (rires).

Vous sentez que l’on vous « mythifie » ?

Je le sens parce que je n’ai jamais autant reçu d’hommages qu’en ce moment.

Vous êtes spectateurs de cela, mais avec amusement ?

Oui. J’ai conscience d’être un privilégié total. Je n’ai vécu que de mes passions et je sais que ce n’est pas le cas de grand monde.

Parlons « argent ». C’est le nerf de la guerre. Je me suis toujours demandé si votre label Saravah s’en sortait correctement.

Au-delà du chiffre 3, je ne comprends rien. Je suis incapable de parler d’argent. Je sais que tous les trois mois, je reçois un chèque de la SACEM depuis des années. Avec Saravah, je ne prends pas d’argent. Tout va à a création. Mes rentrées, en priorité, ce sont les droits éditoriaux de mes chansons. Ils nourrissent beaucoup Saravah. J’ai passé ma vie à sauter à pied joints de répartition SACEM en répartition SACEM. Aujourd’hui, je touche une retraite de la SACEM.

Alors qu’un artiste comme vous n’est jamais à la retraite.

Je n’arrête pas puisque, je le répète,  j’ai cette obsession de la disponibilité.

Le 20 octobre 1966, Nicole Croisille et Pierre Barouh interprètent la chanson du film de Claude Lelouch, "Un homme et une femme" écrite par Francis Lai et Pierre Barouh.

Que pensez-vous de ce disque célébrant les 50 ans de Saravah ?

Il est formidable. Ma compagne, Atsuko Ushioda, a joué un grand rôle dans ce projet, tout comme elle a joué un rôle incroyable dans la survie de Saravah. Aujourd’hui, nous sommes le plus ancien label indépendant planétaire et c’est grâce à elle.

Qui s’est occupé du casting des chanteurs qui ont participé à ce disque ?

C’est Atsuko qui a tout géré, je vous dis, je n’ai pas fait grand chose. Je lui fais confiance.

Est-ce que les marques d’affection et d’admiration vous touchent encore ?

Evidemment. Ça m’émeut beaucoup.

Et les critiques ?

(Il réfléchit longuement.) On vit dans une société ou le négatif prend le pas sur le positif. Il y a 300 personnes qui vont me dire que je suis un mec super et trois qui diront le contraire. Ces trois-là vont faire un chemin disproportionné par rapport aux 300 autres.

Pierre Barouh, Des ronds dans l'eau, avec Pierre-François Blanchard au piano au Festival chansons et paroles 2012 de Barjac. Cette chanson écrite par Pierre Barouh a été interprétée par Françoise Hardy.

Je sais que vous vous vous battez depuis longtemps pour que les gens deviennent plus courtois les uns envers les autres…

Comment vous savez cela ? Quand je suis rentré du Japon en 1982, j’ai même fait un dossier que j’ai envoyé au ministère de la culture. Je voulais monter en France une grande campagne de courtoisie. L’élément de la courtoisie est un élément vital dans toute la spirale économique. Je voulais réunir des sociologues et des économistes qui puissent tenter de faire l’inventaire de ce que coûte à la nation le manque de courtoisie élémentaire. C’est inchiffrable. Je n’ai jamais eu de réponse du ministère de la culture (rires).

En tout cas, on sent que vous avez un amour total de la chanson.

Pour moi la chanson, c’est un mode d’expression totalement privilégié et absolument magnifique. Vous pouvez exprimer des sentiments très complexes avec des mots toujours très simples. Le privilège, par rapport à d’autres formes artistiques, c’est que c’est communicable immédiatement.

Excusez-moi la banalité de cette question, mais est-ce difficile ou simple d’écrire une chanson ?

Quand j’ai commencé à écrire à 14 ans, je me suis nourris de gens comme Brassens. C’est lui qui m’a appris que la contrainte sollicite l’imagination, que mon imagination naturelle est pauvre comparée aux contraintes que je m’impose pour écrire. Parfois, je reste 4 mois sur une chanson. La grande satisfaction, c’est de savoir que les gens croient que je l’ai écrite en 12 minutes.

Si je résume, c’est dur de faire simple.

Oui, c’est ça. Par exemple, dans « Le vieux Léon », Brassens a pratiquement tout écrit en octosyllabe. Il fait arriver des rimes très riches au bout du 4e pied. Brassens m’a appris que la vraie élégance, c’est que l’on ne sente pas l’effort. Tout est au service du portrait qu’il trace.

Lundi 26 novembre 2012, lors d'une soirée privée organisée par le magazine "Plaisirs du Gers" à L'Atelier de Marciac, Pierre Barouh interprète "La bicyclette", chanson qu'il a écrite et qu'a chantée Yves Montand.

C’est un film qui vous a mené à la chanson.

Il n’y a que des hasards objectifs. Il y avait un petit cinéma en bas de chez moi à Levallois-Perret, L’Eden. Je suis allé voir Les Visiteurs du Soir  et je peux dire que ma vie a basculé sur trois mots de Jacques Prévert. Bref, beaucoup de mes chansons ont un découpage totalement cinématographique. C’est le cas de « La Bicyclette » par exemple. Raconter des histoires, provoquer l’imagination des gens, c’est primordial pour moi.

Avez-vous envie de ressortir un disque à vous ?

Si j’ai des nouvelles chansons, bien sûr. J’en ai déjà deux ou trois, écrites récemment. J’ai toujours en tête le souhait de traduire des sentiments ou des évènements par des mots.

C’est toujours une joie intense d’être sur scène ?

Oui, parce que j’ai toujours eu le goût du partage. J’espère en faire encore longtemps.

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A l'issue de l'entretien, chez lui, le 15 novembre 2016.

Le lendemain de cette interview, je me suis rendu à la soirée de lancement du livre de Baptiste Vignol, Les tubes, ça s'écrivait comme ça pour lequel Pierre Barouh avait donné un entretien-fleuve sur sa vie, ses chansons, son amour des rencontres. Je laisse Baptiste raconter la suite (tiré de son blog perso Mais qu'est-ce qu'on nous chante?).  "Pierre Barouh était arrivé tout sourire, son casque sous le bras, entrant dans la librairie Parallèles, rue Saint-Honoré, les doigts dans sa belle chevelure blanche. Il avait retrouvé ce soir-là son vieux copain Frank Thomas qu'il n'avait pas revu depuis au moins vingt ans. «Tu sais qu'on est tous jaloux de toi» lui avait dit Thomas, en l'embrassant. Devant l'air étonné de Barouh, le parolier (Frank Thomas est l'auteur de Marie-Jeanne pour Joe Dassin, du Téléphone pleure pour Claude François, de Dites-moi pour Michel Jonasz…) précisa sa pensée: «“La Bicyclette”, “Les Ronds dans l'eau”… On aurait tous rêvé de les écrire, ces chansons-là!» Après avoir longuement bavardé avec ce complice de toujours, revu François Bernheim, rencontré Vincent Baguian et dédicacé quelques livres à des admirateurs, Pierre Barouh s'en était reparti à scooter dans la nuit de novembre, saluant tout son monde d'un fraternel «À bientôt!»"... 

La suite est à lire ici.

J'ai pris quelques photos de ces moments. Les voici:

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Photo culte (mais floue) : Frank Thomas, Laurent Balandras, Geneviève Morissette Perso, Baptiste Vignol, Pierre Barouh et François Bernheim.

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Frank Thomas, François Bernheim, Geneviève Morissette et Pierre Barouh.

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Frank Thomas, Geneviève Morissette, Baptiste Vignol, Mandor et Pierre Barouh.

28 décembre 2016

Thierry Brun : Interview pour Les Rapaces

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Thierry Brun est un auteur de roman noir très poli et discret. On se demande d’ailleurs si c’est bien lui qui écrit les histoires qu’il raconte tant il laisse KO le lecteur. Ses héros sont sans pitié ni état d’âme. Dans son monde animal, c’est dur, puissant, sans concession. Quand on lit un livre de Brun, on a l’impression de recevoir de véritables coups de poing dans la tronche et dans le cœur. Les rapaces n’échappent pas à cette règle.

Le 6 octobre dernier, Thierry Brun est venu à l’agence pour une troisième mandorisation (voir la première ici, et la seconde là).

thierry brun,les rapaces,interview,mandorLa 4e de couverture :

Ancien bras droit du narcotrafiquant Arthus Graham, respectée de la profession, Alexandra Blaque, jeune femme qui a laissé derrière elle les trottoirs de Vitry-sur- Seine pour gravir les marches des palaces de Paris à Ibiza, purge aujourd’hui une longue peine de prison.

Appartements transformés en ateliers de production de pains de coke, caves et escaliers gangrenés par le deal, policiers désabusés, caïds hyperviolents à peine sortis de l’enfance… Même si la menace du gang la hante souvent, celle qui déclarait encore quelques années auparavant : « J’ai seize ans et la médiocrité me terrorise. Je sais menacer, mettre à exécution » a décidé de tirer un trait sur sa jeunesse de soldat pour commencer une nouvelle vie et aller vers le soleil.

Mais on ne trahit jamais impunément. Et à sa sortie de prison, Alexandra voit son passé ressurgir avec violence.

Avec l’aide d’une journaliste d’investigation farouchement déterminée à faire toute la lumière sur ce monde interlope, elle va affronter la vengeance des clans et tenter de retrouver Nicolas, celui qui lui a appris l’amour, le seul à qui elle n’a rien à cacher, le seul à être craint de tous. Ses vieux démons réveillés, Alexandra se lance dans cette quête dangereuse, entre amour, paradis perdus et vendettas fratricides, avec la détermination de celle qui n’a plus rien à perdre.

L’auteur :

Thierry Brun vit et travaille à Paris. Il est l’auteur de Surhumain (Plon, 2010), La Ligne de tir (Le Passage, 2012) et Les Rapaces (Le Passage, 2016).

thierry brun,les rapaces,interview,mandorInterview :

C’est en écoutant la chanson de Maissiat, « Le départ » que tu as eu l’envie de créer le couple Alexandra/Nicolas.

Dans ce livre, j’ai voulu écrire sur mon enfance, mon adolescence, les amis que j’ai pu côtoyer à Garges-lès-Gonesse, à Sarcelles et à Vitry, mais je voulais aussi un couple qui s’aime vraiment. Et effectivement, les paroles de cette chanson de Maissiat ont tout déclenché. Elles m’ont inspiré le sentiment d’abandon, de perte, d’envie de revivre… qui collait parfaitement à mes deux héros. J’ai tout de suite eu le scénario de ce couple séparé par les événements et qui endure la chienlit pour se reformer, contre vents et marées. Merci Maissiat !

Qui sont les Rapaces ?

Ce sont des criminels, des trafiquants, toujours en mouvement. Ils n’ont aucune excuse, ne s’en cherche pas. Ils avancent, font du fric, tombent (prison, blessures) et se relèvent. Entre deux coups de pression, ils essaient de s’aimer le mieux qu’ils peuvent; sans trop se blesser. Choisir le monde qui te verra grandir n’est pas donné à tout le monde. Ils auraient pu prendre une autre voie et ne se cachent pas derrière leur petit doigt. Ce ne sont pas des anges sous des airs menaçants. Ils dealent, menacent, et aucune de leurs actions ne vient les racheter.

Ce livre est très documenté !

Il y a eu beaucoup d’interviews, de recherches, de souvenirs personnels qu’il a fallu faire remonter à la surface… J’ai bien connu beaucoup de personnes et d’évènements dont je parle dans mon roman, mais j’ai repris aussi des histoires que l’on m’a racontées.

Gamin, tu aurais pu basculer du mauvais côté ?thierry brun,les rapaces,interview,mandor

Je n’ai pas fait ce que font les jeunes dans mon livre, mais j’ai eu des problèmes. C’était plus à cause de mon comportement avec les autorités. Je n’étais pas le garçon policé que je suis maintenant. J’étais un peu rebelle, un peu dingue, mais j’ai rencontré les bonnes personnes, dont un prof de musique et un flic. Le prof de musique m’avait dit un jour : « On se démet ou on se soumet, mais se soumettre, c’est un apprentissage. »

Dans tous tes livres, il y a cette part d’enfance que tu as vécue. Tu n’arrives pas à t’en détacher ?

J’ai eu une enfance nomade. Mon père était itinérant. Il vivait dans une caravane et travaillait sur les chantiers dans toute la France. Je pensais que je m’en étais bien affranchi quand  je suis devenu papa. Mais quand j’ai commencé à écrire, tout est revenu. C’était un ciment qui était beaucoup plus solide que je ne le pensais.

Tes personnages sont tous très forts. Même ceux qui ont moins d’importance que les autres.

En fait, je suis amoureux de tous mes personnages. Il n’y en a aucun que je considère anodin. Je tiens beaucoup à eux. Mais je ne voulais pas qu’ils soient sympathiques. Alexandra est une enfoirée, elle fait les choix les moins sympathiques et ses actions sont souvent cruelles. Mais, sans l’excuser, elle a des raisons d’être comme elle est.

thierry brun,les rapaces,interview,mandorDans le chaos le plus total, tu as écrit une histoire d’amour… et, du coup, on s’attache presque à Alexandra et Nicolas.

J’ai voulu montrer que même les plus pourris étaient capables d’amour. S’il ne reste plus qu’une chose, c’est l’amour.

Tes romans deviennent  de plus en plus noirs, je trouve.

Oui, et il y a de moins en moins d’espoir dans ce que j’écris. Ça doit venir de mon état d’esprit (rires).

Les Rapaces sort en poche. C’est une seconde vie pour ton livre.

Oui, c’est une bonne nouvelle. Quand un livre est acheté pour sortir en poche, on est rassuré sur sa qualité.

Dans tes livres, tu aimes bien jouer avec la psychologie de tes personnages.

C’est ce qui m’intéresse le plus. Rentrer dans la tête de mes héros et développer leur pensée et leurs actions.

Tu écris déjà ton prochain livre ?

Oui. Ce sera la suite des Rapaces, mais on pourra le lire indépendamment. Il y aura moins de personnages et je développerai la relation Alexandra et son père. Je considère que le passé nous rattrape tout le temps et je ne peux m’empêcher d’en faire un sujet récurrent dans mes romans.

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Après l'interview, le 6 octobre 2016.

27 décembre 2016

Tété : interview pour Les chroniques de Pierrot Lunaire

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Six albums en seize ans de carrière, Tété prend son temps pour écrire, définir le concept général de ses albums et coucher ses humeurs... toujours dans l’air du temps. Les critiques sont unanimement positives et les fans toujours enthousiastes.

Pour Les Chroniques de Pierrot Lunaire, comme d’habitude, les mots ne sont jamais vains, les mélodies jamais convenues et la voix chaleureuse toujours assurée.

tété,les chroniques de pierrot lunaire,interview,mandorInterview d’un artiste qui sait se faire discret et qui parle rarement pour ne rien dire. C’était le 19 octobre dernier dans un hôtel de la place Pigalle (lire la première mandorisation, puis la seconde).

Argumentaire officiel de l’album:

L’auteur-compositeur et musicien Tété est de retour avec un 6e et nouvel album Les Chroniques de Pierrot Lunaire entièrement produit par lui-même. Un retour aux sources entre blues et folk, où sa voix limpide renoue avec la simplicité et le dépouillement sonore des débuts. C’est l’histoire « d’un homme qui doit un jour affronter la violence de la réalité. Chanson après chanson, il apprend à changer son regard sur ce qui l’entoure ». Des chœurs entêtants de « Persona Non Grata » à « L’amour à nos chevets », l’album narre une quête personnelle tout en évoquant les méandres kafkaïens de notre société et la course à la consommation.

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tété,les chroniques de pierrot lunaire,interview,mandorInterview :

Tu aimes bien la promo ?

Je me suis retrouvé moi-même à interviewer des gens à l’étranger pour une émission de télévision, alors je comprends comment ça se passe. Je ne suis pas journaliste, ce n’est pas mon métier, il m’est arrivé de tomber sur des artistes qui n’avaient pas envie d’être là, j’ai compris ce que cela faisait quand on tient le micro et que l’on pose des questions auxquelles l’autre n’a pas envie de répondre. Du coup, je suis devenu plus humble par rapport aux interviews. Je me dis que je vais juste converser avec quelqu’un qui s’intéresse à mon travail et ça me rend heureux.

6 albums en 16 ans, cela paraît peu, mais je sais que chez vous le temps n’est pas « linéaire ».

Il est un peu comme une matière qui changerait de texture selon qu’il fasse chaud ou froid. La magie du métier, c’est que l'on a pendant 6 ou 7 ans l’âge du dernier album, ce qui n’empêche pas de considérer que les autres vieillissent. Ca « distorse » la sensation du temps qui passe.

Clip de "Persona non grata".

Les chroniques de Pierrot Lunaire est un album concept sur un homme qui décide de voir la vie avec tété,les chroniques de pierrot lunaire,interview,mandorun regard d’enfant.

Le Pierrot dont je parle n’arrive pas à se dépatouiller de l’âpreté du réel. Il finit par se dire que le réel en soi, ce n’est pas ce qui fait le tout. Ce qui fait le tout, c’est le regard que l’on porte sur le réel. A partir de là, il essaie de retrouver son regard d’enfant. Je l’ai appelé Pierrot Lunaire car cela fait penser à la mélancolie, aux rêves et à la flânerie.

Ce Pierrot est un double de Tété ?

C’est peut-être celui que j’aimerais redevenir. Adulte, on vit dans une société qui nous exhorte à être performants. Tout est un peu normé, calibré. Dans l’enfance, on ne regarde pas la montre, on est plus libre, il y a moins d’enjeu. Avec l’absence d’enjeu, vient le plaisir.

Ce n’est pas la première fois qu’il y a un fil conducteur dans un de tes albums. Déjà, il y a pile 10 ans, dans Le Sacre des lemmings et autres contes de la lisière

Tu as raison. Cet album est d’ailleurs très proche du Sacre des lemmings. J’ai eu du temps pour Pierrot Lunaire, du coup, j’ai pu faire en sorte que chaque chanson soit comme un chapitre d’un livre. De chanson en chanson, mon personnage annonce qu’il va partir, mais il ne part jamais. J’ai été comme ça, moi aussi, à un moment donné. Pierrot va apprendre à se réincarner, à se réappartenir et à se rendre compte que la lumière est dans sa capacité à se projeter.

Clip de "Pierrot Lunaire".

tété,les chroniques de pierrot lunaire,interview,mandorChanger le regard sur la vie, finalement, ça concerne tout le monde, non ?

C’est ce à quoi nous sommes acculés en tant que citoyens, consommateurs, parents… Par exemple, on doit avoir une conscience environnementale. Avant c’était un truc d’écolo, aujourd’hui, ça nous engage tous. On est tous condamnés à changer notre regard sur les choses et les évènements.

Les artistes ne sont-ils pas tous des grands enfants et n’ont-ils pas déjà ce regard ?

Tu as raison. Au fond, c’est un axiome qui s’applique aux artistes, aux fous et aux enfants.

Tu disais tout à l’heure que nos vies étaient calibrées… toi pour te « décalibrer », tu voyages beaucoup, c’est ça ? Tu es parti récemment au Japon et à Tahiti par exemple.

Oui et non. Qu’est-ce qui fait l’unicité de notre vie ? Est-ce le rythme frénétique auquel on est soumis ? Est-ce que ce sont nos enfants, nos frères, nos amis, nos passions ? Je suis parti au Japon avec ma guitare. C’était une manière de me reconnecter avec le bois. J’ai vécu comme un vagabond, seul avec ma guitare et mes chansons. Tahiti, ce n’est pas pareil, je suis parti en famille… le point commun entre ses deux voyages, c’est l’absence d’enjeu.

Comme nous sommes entre Noël et le jour de l'an, il me paraissait opportun de vous proposer cette vidéo mise en ligne par Tété il y a trois jours... "Joyeuses fêtes" à tous!

Dans ton album précédent, Nu là-bas, il y avait une équipe de 10 personnes, là, tu es quasiment seul.tété,les chroniques de pierrot lunaire,interview,mandor

C’était génial d’avoir une grosse équipe, mais derrière cela, j’ai eu envie d’incarner mon nouvel album différemment. Cela passait par jouer dans des salles plus petites, seul à la guitare.

Cela t’a apporté quoi de jouer « en solo sans sono » ?

Ça m’a ramené vers la simplicité. Quand on se déplace à 10, c’est un peu la colonie de vacances, on n’a pas la même expérience des lieux où on va. On n’échange forcément moins avec l’autre, car on n’en a moins besoin. La tournée « solo sans sono » se faisait avec un plus petit véhicule, j’avais donc plus de flexibilité. J’ai eu beaucoup d’échanges avec les gens. Ça fait du bien. Et quand je reviens à la maison, j’ai des histoires à raconter.

Pour cette tournée, tu chantais réellement sans micro, c’est dingue !

Oui, mais tu sais, j’ai commencé comme chanteur de rue. C’est une très bonne école de l’humilité. J’ai pu redécouvrir et faire découvrir le son de ma voix, sans effet, sans réverbération… c’était merveilleux !

Les chroniques du Tour 2016... (passionnant).

tété,les chroniques de pierrot lunaire,interview,mandorTu viens d’avoir 40 ans, est-ce que cet album est un peu un bilan d’une première partie de vie ?

C’est un bilan de décennie. Quand j’étais gamin, on parlait beaucoup du démon de midi. Les hommes de 40 ans qui vont avec une femme plus jeune, qui conduisent une voiture de sport… et en fait, arrivé à 40 ans, je me rends compte que j’appartiens à une génération d’adulescents. Des types qui à mon âge portent encore des baskets, qui ont des figurines Star Wars chez eux, qui font des enfants tard. Forcément, la quarantaine est vécue différemment. Ce disque est aussi le bilan d’un type qui apprend à se responsabiliser un peu et essayer de récupérer une part d’humanité perdue dans le fait d’être un homme.

As-tu peur de ne plus avoir d’inspiration ?

Oui. Il faut parvenir à garder sa signature musicale, vocale, textuelle, parce que c’est cela qui nous différencie. Il faut apprendre à incarner et accepter ses défauts. Parfois, le fait de me demander si tel ou tel thème ou telle ou telle musique me ressemble a pour conséquence de me retrouver  devant une page blanche assez longuement.

Te rends-tu comptes que beaucoup de gens apprécient ton travail et que tu as un public très aimant.

Mes copains me disent souvent que je suis parano, je n’ai donc pas conscience de ce que tu viens de me dire. Je me dis que les gens ont le choix, donc je considère que rien n’est jamais joué d’avance. Nos personnalités se cristallisent entre l’âge de 15et 20 ans et, dans cette tranche d’âge, j’étais dans le doute en permanence. Les chansons de moi qui restent sont des chansons d’incapacité. Cela tombe bien, c’est cet état-là qui me pousse à écrire. Quand tout va bien, j’ai plus envie d’aller au parc avec ma famille que d’écrire des chansons.

La vie d’artiste que tu mènes aujourd’hui te convient donc ?

J’avoue, c’est très cool.

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Le 19 octobre 2016, après l'interview.

4 jours après cet entretien, Tété recevait un message d'un autre temps...

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Il a répondu sur sa page Facebook:

Samedi soir, minuit passé. Enchanté par la lecture d'une bio passionnante sur Rick Rubin (le producteur de Jay Z), je m'apprête a éteindre les feux quand un petit bip de mon téléphone porte a mon attention l'arrivée d'un e-mail. J'ignore quel est le mécanisme qui me pousse a ouvrir le dit courriel, moi qui ne consulte jamais ma messagerie après 22 heures (je tiens a mon sommeil), peut être une certaine préscience de l'absurde. C'est a ce moment précis, que je découvre votre commentaire au bas d'un de mes vidéo-clips, François Moretti:

"Musicalement c'est sympa, mais putain c'est un noir, et désolé, mais ça ne passera jamais..."

Et paf. Me voilà en proie a un singulier mélange d'émotions.

Le début de l'assertion est somme toute plein de bienveillance et contraste singulièrement avec la violence de la conclusion. Vous avez un joli sens du contraste, et de la dramaturgie, Mr Moretti.

Passés l'effroi, je savoure la tragique ironie d'un tel message, posté au bas d'une chanson qui parle justement de rejet. C'est assez savoureux, avouez. L'orthographe est impeccable et vous signez même de votre nom, ce qui d'une certaine manière vous singularise puisque ce type d'abomination est d'habitude commis sous le sceau de l'anonymat. Alors je me dis que ce message appelle une réponse. Quelque-chose.

L'album dont la chanson en question est l'ambassadeur, parle de changer son regard sur les choses.

Passé donc l'incrédulité, le dégoût et il faut bien le dire, un certain amusement, j'applique a ma petite personne l'histoire de mon Pierrot Lunaire, et m'applique a changer d'angle:

Ce message a pour but de me stigmatiser dans ce qui m'essentialise n'est ce pas? Ce qui m'a amené a penser a ce qui me définit, au delà de la couleur de ma peau. Je suis noir, certes. Je suis également:

-guitariste.
-allergique aux crustacés.
-poète.
-myope.
-de gauche.
-lecteur gourmand.
-un peu bougon le matin.
-Fan de musique classique
-cinéphile.
-engagé au même titre que tous, sur une voie dont personne ne sait où elle nous mène.

Mais puisqu'il est question de changer d'angle, je reviens a notre popote et me demande comment j'aurais réagi si le message avait dit:

"Musicalement c'est sympa, mais p***** c'est un guitariste, et désolé mais ça ne passera jamais..."

Et là, me voilà parti dans le plus joli fou-rire dont j'ai pu faire l'expérience depuis longtemps, saisi que je suis par l'absurde du truc.

Mais pourquoi donc être "désolé", monsieur Moretti? A l'accoutumée les gens comme vous disent tout haut ce que pensent les autres tout bas, et ce de la plus noble façon qui soit: droit dans vos bottes.

Ce "désolé" ajoute une dimension psychanalytique a votre profil, ce qui finalement vous rend attachant, mr Moretti:

Le classique du censeur, qui se découvre perméable aux abominations qu'il prétend lui-même dénoncer. On est dans la tragédie grecque, c'est absolument génial.

Pour finir, en pensant a votre amertume, c'est moi qui me trouve désolé pour vous, mr Moretti.

D'autres que moi auraient saisi les instances compétentes ( La Licra , au hasard) pour tenter de faire de l'affaire un cas d'école. L'idée m'a effleuré, c'est vrai. Mais tout bien considéré, j'ai vraiment trop de trucs a faire, la tout de suite, mr Moretti.

On parle souvent de la taille du sexe des Noirs. Rarement de celle de leur ego. Revoilà le mien singulièrement boosté finalement: mes mélodies seraient donc tellement chouettes, qu'elles touchent même au dela de l'aversion qu'inspire leur auteur?? Waouw. Hyper touché. Mais moi aussi je vous aime vous savez.

Allez, sans rancune!

Salutations distinguées d'un Noir débordé

PS: méfions nous, j'écris aussi pour d'autres, qui passent encore plus a la radio que moi. Le mal est partout, mais ensemble, on est plus forts. N'est-ce pas, monsieur Moretti?

Et voici sa réponse lors de son dernier Café de la Danse. La classe, tout simplement.

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21 décembre 2016

Grands Prix du Disque et du DVD 2016 de l'Académie Charles Cros

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971350_153136021534652_1854479169_n.pngLe 24 Novembre dernier s’est tenue la proclamation des Grands Prix 2016 de l’Académie Charles Cros à la Maison de la Radio. Fondée au lendemain de la guerre, en 1947, cette académie a pour objectifs de soutenir la création autant que la préservation de la mémoire sonore. Une fois par an elle décerne ses Grands Prix internationaux du disque, attentive tant aux compositeurs, auteurs, interprètes qu’à l’esprit d’entreprise et au courage des éditeurs graphiques et phonographiques. 

Cette académie, que beaucoup jugent irréprochable dans ses choix (il se trouve que depuis quatre ans, les jeunes artistes primés correspondent souvent aux mandorisés des mois précédents... preuve que nous avons des goûts similaires) récompense les artistes qui portent et  illustrent la diversité des cultures des peuples qui ont le français en partage. Elle contribue également à établir le lien entre les artistes et les publics, notamment les jeunes, mettant au cœur de ses préoccupations l’accès de chacun à la culture. Elle établit désormais un lien entre l’enregistrement sonore et le spectacle vivant. 

Je m’attarde ici sur les récompenses « CHANSON », laissant de côté la musique classique, le jazz et les musiques du monde (qui ne sont pas précisément mes spécialités). Ainsi, voici les photos (accompagnées de quelques commentaires) de Juliette (grand prix pour l’ensemble de sa carrière), Michèle Bernard, Christian Olivier, Hildebrandt (en découverte discographique), Merlot (pour un disque jeune public), Miossec, Jules et le Vilain Orchestra ainsi que Barbara Weldens, ces trois derniers pour la scène.

(Merci à Jean-Marc Vaudagne  et Elodie Louette  de l’Académie Charles-Cros pour l’invitation… et l’accueil chaleureux et Alain Fantapié pour sa présidence, sa bienveillance et sa gentillesse exceptionnelles).

IN HONOREM INTERPRÈTES :

CHANSON :

JULIETTE (mandorisée là) pour l’ensemble de sa carrière, à l’occasion de la sortie de l’intégrale des albums en 13 CD + 1CD raretés (14 CD Polydor)

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(Photo : Pierre Majek)

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(Photo : Caroline Paux)

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(Photo : Caroline Paux)

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Le discours de remerciements de Juliette qui n'était pas vraiment un discours convenu, mais qui a bien fait rire l'assemblée. 

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(Photo : Caroline Paux)

Juliette et Alain Fantapié (président de l'Académie Charles Cros).

LES GRANDS PRIX INTERNATIONAUX DU DISQUE

DISQUES POUR ENFANTS :

MERLOT pour Marcel le Père Noël (et le petit livreur de pizza) (Little Village / Harmonia Mundi)

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(Photo : Caroline Paux)

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(Photo : Caroline Paux)

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(Photo : Caroline Paux)

Merlot (Marcel, le Père Noël) et Cédryck Santens (le petit livreur de pizza), fiers de ce prix.  

CHANSON :

Michèle BERNARD  pour Tout’Manières… (EPM)      

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(Photo : Caroline Paux)

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Sourire radieux d'une très grande dame de la chanson française (très souvent charlescrossisée et bientôt mandorisée). Que Michèle Bernard soit si peu médiatisée est un grand mystère (cf Anne Sylvestre).

CHANSON :

Christian OLIVIER (mandorisé là) pour On/Off (Mercury / Universal music)

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Dans une loge : Christian Olivier écoutant le Prix Filleul 2015, Thibaut Garcia (guitare classique) (photo : Jean-Marc Vaudagne)

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(Photo : Caroline Paux)

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(Photo : Pierre Majek)

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(Photo : Pierre Majek)

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"Z'avez vu mon beau diplôme?"

CHANSON DÉCOUVERTE :

HILDEBRANDT (mandorisé ici) pour Les Animals (At(h)ome)

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(Photo : Caroline Paux)

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(Photo : Pierre Majek)

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(Photo : Caroline Paux)

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(Photo : Caroline Paux)

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Joie!

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Je suis heureux de ce prix, parce qu'Hildebrandt est pour moi l'une des plus grandes découvertes de l'année.

GRANDS PRIX CHARLES CROS SCÈNE avec la Fédération des Festivals de Chanson Francophone  :

GRAND PRIX SCÈNE :

MIOSSEC (absent de la cérémonie) (mais mandorisé ici). Il est distingué pour sa tournée actuelle, qui suit son dixième album, Mammifères, avec des concerts qui se sont parfois déroulés dans des lieux inhabituels (guinguettes, chapelle, vignoble, musée, jardins).

PRIX "RÉVÉLATION SCÈNE"  :

Barbara WELDENS

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Pointe de pied tendue, Barbara Weldens détendue avant de fouler pieds nus la scène du studio 105 (photo : Jean-Marc Vaudagne).

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(Photo : Pierre Majek)

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(Caroline Paux)

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(Photo : Caroline Paux)

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(Photo : Pierre Majek)

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Barbara Hammadi (pianiste), Barbara Weldens et Marc Pfeiffer (président de la Fédération des Festivals de chanson francophone) (Photo : Pierre Majek)

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(Photo : Caroline Paux)

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Barbara Weldens (Pic d'Or 2016) avec Corinne Labat, présidente du Pic d'Or et Dany Lapointe (la manageuse de la chanteuse).

PRIX "RÉVÉLATION SCÈNE"  :

JULES et son Vilain Orchestra

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Dans les coulisses... Jules et ses compères interprétant les Forbans, juste avant leur entrée en scène (photo : Jean-Marc Vaudagne).

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(Photo : Pierre Majek)

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(Photo : Pierre Majek)

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(Photo : Caroline Paux)

 

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(Photo : Caroline Paux)

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(Photo : Caroline Paux)

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(Photo : Pierre Majek)

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Un journaliste chelou (mais fan de Jules) s'est incrusté sur cette photo. Sachez le reconnaître. 

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La photo de famille...

15 décembre 2016

Thomas Monica : interview pour l'EP DELTA.MYSTIQUE

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Un an après son premier EP, L’angle d’Or, Thomas Monica revient avec un nouvel opus. Intitulé DELTA.MYSTIQUE (nom d'un symbole utilisé pour représenter la trinité divine, sous la forme d'un triangle comprenant un œil en son centre), il offre une tendance plus rock teintée de pop, des mélodies lumineuses aux guitares acérées. Les textes souvent graves forment un contraste avec la voix aérienne de Thomas.

Sa guitare a notamment joué aux côtés de Matthieu Chedid,  alors que le jeune artiste bisontin avait gagné en 2013 un concours musical "Be a rock star" lancé par -M-, Paco Rabanne et Black Xs. Repéré par le chanteur, Thomas Monica a accompagné Matthieu Chedid sur plusieurs concerts. Sa musique est un mélange d’électro et pop francophone. Aujourd’hui, avec cet EP, il continue sa route, soutenu par Joseph Chedid et ses synthétiseurs, ou encore David Hachour au mastering (The Avener, Renaud, etc.).

Précisons que l’artiste est nominé au Oui Fm Rock Awards 2017, catégorie Autoprod. Pour le soutenir, c’est ici !

Le 10 novembre dernier, Thomas Monica est venu à l’agence. Gageons que ce ne sera pas sa dernière visite tant je crois en sa carrière…

thomas monica,delta.mystique,interview,mandorArgumentaire officiel :

Le guitariste dandy s’aventure dans les arcanes de la transcendance et du sacré avec ce nouvel opus, nommé DELTA-MYSTIQUE.

Avec ce nouvel EP aux couleurs pop vintage résolument rock, virtuose et francophone, on retrouve sa façon unique de faire vibrer sa guitare et la langue française qui lui ont permis notamment de se faire remarquer par Matthieu Chédid sur plusieurs Zénith en France, et de paraitre en duo sur son album livre Ils.

Mais Thomas Monica propose avant tout un savant mélange de chanson française aux influences anglo-saxonnes et américaines. Comme si Jack White avait croisé le chemin de Serge Gainsbourg.

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Thomas Monica à l'agence... dans deux décors que certains pourront reconnaître.

thomas monica,delta.mystique,interview,mandorInterview :

A quel âge à tu commencé la guitare ?

A 9 ans. Je crois que le déclic, ça a été l’écoute de Nirvana et d’autres groupes très « grunges » quand j’étais avec mes copains.

Tu étais quel genre d’enfant ?

J’étais très refermé. J’ai été élevé par mes grands-parents, je n’ai pas connu mon vrai père. La musique m’a permis de m’exprimer plus facilement.

Et fuir une réalité que tu n’aimais pas ?

Fuir, mais en même temps, essayer de construire. C’était plus important pour moi. Je n’étais pas un très bon élève, car un peu lunaire, rêveur. Je me suis tout de suite mis à la guitare, puis plus tard, j’ai monté mes premiers groupes.

Des groupes de quoi ?

De rock, voire de rock un peu costaud. Carrément hard rock même. A 18 ans, on a même fait une petite tournée avec Trust.

A 25 ans, tu as commencé à développer un projet personnel dans lequel il y avait de l’electro.

Oui. Je cherchais un moyen d’expression qui dépassait le cap de la guitare. Avec ce projet, j’ai pas mal voyagé. Je suis allé jusqu’au Japon. J’y ai fait un clip pour une marque française de guitares, Custom 77.

Tu fais d’ailleurs pas mal de musiques publicitaires…thomas monica,delta.mystique,interview,mandor

Oui, j’adore faire ça car c’est très créatif. Je suis un bourreau de travail, je fais de la musique non-stop. Pour gagner ma vie, je fais de la musique de pub et je suis guitariste  de sessions pour des artistes. En 2016, il faut se diversifier pour gagner sa vie. Le fait de faire des choses pour d’autres personnes permet de ne pas être constamment autocentré.

Revenons à l’année 2013. C’est cette année que Matthieu Chédid intervient dans ta vie.

Il y a eu un concours sur Internet dans lequel il proposait qu’on le défie à la guitare. J’ai donc envoyé une vidéo. J’ai gagné ce concours qui a été très médiatisé, du coup, on a fait beaucoup d’émissions de télé. Je me suis trouvé confronté aux plus gros médias et à la pression que cela apporte. J’ai beaucoup observé Matthieu et d’autres chanteurs musiciens de cet acabit et j’ai réalisé que c’était ce que je voulais faire. J’ai vraiment eu le déclic pour faire ma propre musique. Un an et demi après, j’ai sorti mon premier EP.

thomas monica,delta.mystique,interview,mandorTu as travaillé ta voix pour devenir chanteur ?

Je fais partie de cette vague de chanteurs qui ne l’est pas à la base. Je suis surtout instrumentiste, du coup, j’ai appris à gérer ma voix. Les comparaisons avec celle de –M- ont été fréquentes. J'ai un timbre de voix aigu comme lui. J'essaie de ne plus trop ressembler à la sienne.

A la sortie de ce concours, tu t’es fait alpaguer par des émissions comme The Voice ou La Nouvelle Star.

J’ai évincé toutes les demandes. Je voulais trouver mon propre univers et ne pas me recoller une étiquette « bête à concours ». Je sais que c’est un accélérateur de notoriété, mais je vois la détresse qu’ont les artistes quand ils sortent de ce genre d’émission. Tu as un robinet. On t’ouvre le robinet. Et puis un jour, on te le coupe. Toi tu as encore soif et tu as les boules.

Clip de "Au-delà" tiré de l'EP DELTA.MYSTIQUE.

Tu as fait ce deuxième EP avec Selim, le frère de –M-. Tu as un contrat avec la famille Chédid?thomas monica,delta.mystique,interview,mandor

Joseph Chédid (alias Selim) m’a juste invité à aller faire les synthés dans sa maison, parce qu’il savait que mon rêve était de jouer sur des gros synthés. Il savait aussi que je n’avais pas beaucoup de moyens financiers. C’est rare un tel comportement. Il m’a connu grâce au concours, puis nous avons fait une date ensemble dans laquelle on a fait un duo. Ca a super bien accroché. Joseph est humainement génial. Cette famille Chédid est exceptionnelle de talent et de générosité.

Tu as enregistré le reste du disque à Besançon, dont tu es originaire, dans un petit studio vintage.

On a enregistré ce disque de façon très rock et brut. J’étais très bien entouré pour ce deuxième EP. Le premier était très « plastique », enregistré sans beaucoup de moyens… et la filiation avec –M- était trop importante, je le reconnais. Pour DELTA.MYSTIQUE, je ne me suis posé aucune question et j’ai fait les choses le plus naturellement possible.

Tu parles plus de toi, il me semble.

Oui, j’ai fait une chanson sur le fait que je n’ai pas connu mon père et pas mal de chansons d’amour. Vaste sujet qui ne sera jamais épuisé.

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Ta musique est pop rock, mais je sais que tu tiens à la notion « chanson française ». Pourquoi ?

Mais pas avec le côté ringard que cela peut impliquer parfois. Je fais attention à mes textes. J’essaie d’être le plus honnête possible et de toucher les gens sur des musiques modernes.

Tu as des demandes de maisons de disque ?

Ça commence, mais je patiente. Je préfère encore peaufiner ma musique et continuer à apprendre. La musique est une recherche permanente et on n’a jamais atteint quoi que ce soit. La principale qualité d’un artiste et de n’avoir jamais de certitudes.

Clip de "Perséphone", tiré de l'EP MYSTIQUE.DELTA.

A partir de février, tu vas faire des masters class « guitare ».

Ce sont des écoles de musique qui me demandent cela. Pendant une heure et demie je fais mon concert et après j’explique ma façon de jouer de la guitare et je réponds aux questions. Pour le moment, je commence par Rennes, puis  à Lyon.

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Après l'interview, le 10 novembre 2016.

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11 décembre 2016

Doc Seven : interview pour Le tour du monde des infos insolites

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Né en Guyane, William Van de Walle, 24 ans, est désormais connu sous le nom de Doc Seven. Titulaire d'un master de cinéma, curieux de nature, passionné par les voyages et fan du chiffre 7, il a lancé sa chaîne éducative sur Youtube en 2015, se proposant de présenter des listes ( 7 lieux, 7 choses ou 7 personnages sur des thèmes variés (économie, histoire, géographie,  technologie...) de façon à promouvoir la culture encyclopédique tout en restant décontracté dans le ton. Très éducatif, très bien réalisé et sérieusement documenté. Doc Seven se consacre désormais à plein temps à sa chaîne qui réunit dorénavant près d’1 210 000 abonnés.

Il vient de sortir un livre intitulé Le tour du monde des infos insolites

Comme Doc Seven travaille dans le même bureau que le mien, je ne lui ai pas donné rendez-vous pour évoquer son livre, j’ai juste sorti mon enregistreur et je l'ai obligé de me répondre. Pas le choix. Je suis comme ça. :)

C’était le 8 novembre dernier.

doc seven,william van de walle,le tour du monde des infos insolites.Argumentaire officiel :

Doc Seven aime les 7, apprendre des choses et voyager à travers le monde. Et comme il aime encore plus partager ce qu'il aime, voici une invitation au voyage et à la curiosité à travers son carnet de bord ! Découvrez des tops 7 aussi divers et variés que drôles et décalés :
Connaissez-vous les 7 lieux les plus hantés du monde ?
Sauriez-vous citer 7 objets cultes des années 1990 ?
Saviez-vous qu'il existait une école pour apprendre à embrasser aux États-Unis ?
Ou encore que le Viagra a été inventé par hasard par des chercheurs en quête d'un remède contre l'angine de poitrine ?
Histoire, sciences, technologie, géographie, arts, société...
Faites le tour du monde des infos insolites !

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doc seven,william van de walle,le tour du monde des infos insolites.Interview :

Tu es né en Guyane, à Saint-Laurent du Maroni. A ton adolescence, tu as décidé de quitter ce département. Pourquoi ?

A cette époque-là, j’avais l’idée bien ancrée en moi que je voulais devenir réalisateur de films à Hollywood. C’était mon rêve absolu.

Hollywood, carrément !

Ça ne sert à rien d’avoir un rêve s’il n’est pas à fond ! Je me suis dit qu’il fallait connaître le cinéma et apprendre l’anglais. J’ai trouvé un lycée français à Sidney en Australie (j’ai trouvé un article intéressant, voire surprenant, sur la présence de William en Australie). Je suis parti un an en famille d’accueil. J’ai appris l’anglais et ensuite, je suis allé à Paris pour suivre des études de cinéma pendant 5 ans.

Comment en es-tu arrivé à devenir YouTuber ?

En sortant de l’école, j’avais quelques contacts. J’ai réussi à travailler pendant six mois en stage pour la série Versailles sur Canal+. J’étais assistant réalisateur. Ça m’a appris plus qu’en cinq ans d’étude. C’était dur, je bossais du matin au soir très tard pour des clopinettes. C’est pendant cette période que j’ai rencontré Chris, plus connu aujourd’hui sous le nom de Poisson Fécond. C’est un YouTuber qui a lui aussi, aujourd’hui, plus d’un million d’abonnés. Quand nous nous sommes connus, il avait déjà une certaine notoriété sur YouTube. Nous avons vraiment beaucoup sympathisé. Il m’a expliqué qu’il vivait de ses vidéos. J’ai donc fait un deal avec mes parents qui me soutenaient encore financièrement. Ils m’ont permis de tenter l’aventure YouTube durant 6 mois pour constater ou non si je pouvais en vivre. En 3 mois, j’ai pu commencer à en vivre.

C’est hyper rapide, je trouve.doc seven,william van de walle,le tour du monde des infos insolites.

Oui, je n’en revenais pas. A la base, ce n’était pas pour en vivre. Pour être réalisateur tu as trois options : soit tu grimpes les échelons, mais ça peut prendre trente ans, soit tu as des pistons, ce qui n’est pas mon cas, soit tu arrives à apporter un truc en plus. Moi, je me suis dit que si j’arrivais à faire une audience d’un million de personnes en 3 ans sur YouTube, je pouvais aller voir un producteur en lui disant que je lui garantissais 500 000 entrées et, donc, qu’il pouvait produire mon film sans risque. J’envisageais ma participation à YouTube juste pour accumuler une audience, rien de plus. Au final, plus je fais des vidéos sur YouTube, plus je me dis que c’est un média à part entière.

Ta pensée a évolué avec l’expérience.

Ça marche tellement bien que, même si je veux toujours faire des films, concevoir des vidéos est aujourd’hui mon activité principale.

Ça n’a pourtant rien à voir avec des films !

Détrompe-toi. Avant, je voulais faire des films pour raconter des histoires. J’ai toujours été attiré par les documentaires. Que ce soit fictif ou pas, je veux avoir une histoire à dire et à transmettre d’une façon audiovisuelle.

Comment as-tu eu l’idée de décliner un sujet en sept points ?

Poisson Fécond était mon seul repère. Il était dans «  l’éducation divertissante ». Je voulais pouvoir changer de sujet d’une vidéo à l’autre. Il y a des chaines purement scientifiques ou historiques et ça, ça ne m’intéressais pas. Je n’ai pas trouvé mieux qu’un système de top liste pour être éclectique.

Tu as commencé quand ?

Le 21 janvier 2015.

Une des premières vidéos de Doc Seven, le 13 février 2015 (elle totalise 2 804 339 vues).

doc seven,william van de walle,le tour du monde des infos insolites.Avant que tu te lances là-dedans les tops existaient déjà je crois.

En Anglais, oui. Je l’ai toujours dit, je me suis pas mal inspiré d’eux, mais j’ai essayé de trouver des sujets très originaux. En France, quatre mois avant moi, il y avait déjà Taupe 10. Nous n’avons été que tous les deux pendants quelques mois et c’est quand Doc Seven a explosé que d’autres ont fait des tops.

Quelle est ta différence par rapport aux autres ?

C’est difficile à expliquer. Techniquement, j’ai essayé d’apporter la plus-value de mes études. Tout ce que je raconte est écrit, il n’y a aucune improvisation. J’essaie de choisir des sujets qui sont rares et intéressants.

Au départ, Doc Seven ne se montrait absolument pas.

Nous sommes peu nombreux de YouTubers à plus d’un million d’abonnés à avoir un pseudo et à peu se montrer.

J’imagine que cela a ses bons et ses mauvais côtés ?

Les bons côtés, c’est que je suis tranquille dans la rue, ce qui n’est pas le cas de beaucoup de YouTubers… et que je suis sûr que les gens qui viennent voir mes vidéos s’intéressent au contenu et à rien d’autre. Beaucoup sont connus parce qu’ils sont eux-mêmes et les gens les aiment parce qu’ils se présentent tels qu’ils sont.

Et le mauvais côté ?

Si je fais un bouquin, comme c’est le cas justement, je vais faire moins de ventes que si j’étais une star du net identifiable. On n’est pas dans le people, mais dans la connaissance.

La vidéo la plus récente de Doc Seven, le 27 novembre 2016.

Ton écriture a évolué en presque deux ans ?doc seven,william van de walle,le tour du monde des infos insolites.

Clairement. J’en suis même arrivé à écrire mes hésitations. Tout est écrit noir sur blanc. Pas mal de personnes m’ont dit qu’en lisant mon livre, ils entendaient ma voix. Ce n’est pas de l’écriture conventionnelle. J’ai une certaine marque de fabrique et c’est impératif pour être identifiable.

Tu mets plus d’humour aujourd’hui, non ?

Oui. Au début, j’étais parti dans un délire un peu mystérieux. Je parlais des mythologies Grecques, les centaures, des trucs un peu mystiques… en chuchotant. Après, j’ai trouvé ça relou. Ça me bloquait sur plein de sujets. Très vite, j’ai impliqué l’audience. Pour que la personne se sente impliquée dans ma vidéo, j’ai expliqué mon sujet comme si je parlais à un pote. J’ai compris que c’était la règle absolue.

Tu es parfois sarcastique.

Avec ce ton-là, j’arrive à faire passer beaucoup de choses. L’humour permet de tout dire. Et puis, curieusement, plus mon audience grossit, moins je mets de barrière.

Avoir une chaine « éducative » implique une certaine responsabilité, non ?

Je n’ai jamais eu la prétention de faire apprendre des choses, le but est d’éveiller la curiosité. Je suis heureux de prouver que tous les sujets peuvent être intéressants.

Tu trouves facilement tes sujets ?

Oui, c’est très simple. Tout le monde m’en propose tout le temps, principalement dans les commentaires de mes vidéos. Quand j’en vois un qui m’intéresse, je le développe. J’ai quatre pages de sujets…

doc seven,william van de walle,le tour du monde des infos insolites.Une fois le sujet choisi, tu opères comment ?

Je commence toujours par Wikipédia. Ça m’aiguille dans pas mal de directions. Après, je vérifie les informations données. Je crois n’avoir jamais dit quelque chose de faux. J’ai parfois de petites approximations sur des petites conneries, mais rien de grave. Par contre, sur YouTube, il faut savoir que l’on se fait souvent allumer pour pas grand-chose. Il y a même des gens qui sont abonnés à toi parce qu’ils ne t’aiment pas. Ils « dislike » à peine la nouvelle vidéo publiée. Moi, aujourd’hui, je m’en fous, mais il y a plein de jeunes YouTubers qui arrêtent parce qu’ils se font harceler continuellement. Moi, je me protège à mort.

Tu te sens intégré dans le milieu des YouTubers ?

Oui, mais comme dans chaque milieu, il y a des clans. Des groupes qui s’aiment bien, d’autres qui ne s’aiment pas. A terme, mon but n’est pas de rester YouTuber. Tu vois, là j’ai le bouquin, j’ai envie de faire des films, de créer et d’être même entrepreneur s’il le faut.

Avant chacune de tes vidéos, tu mets un jeune YouTuber en avant.

Je me souviens du moment où quand j’avais 300 abonnés, Poisson Fécond a parlé de moi sur Twitter, j’ai pris 700 abonnés directement. 1000 abonnés je trouvais ça fou à l’époque. Quand d’un seul coup, tu sens qu’il y a du monde sur ta chaine, c’est une sensation indescriptible. Pour moi, ça a été plus émouvant que quand j’ai dépassé le million. Certains des YouTubers que j’ai présentés ont pris 150 000 abonnés dans la foulée.

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Pendant l'interview...

Regardes-tu tes stats régulièrement, voire tout le temps, comme tout bon YouTuber ?

Oui et c’est normal. Comme tout bon chef d’entreprise, on regarde les chiffres.

Tous les YouTubers sortent des livres. C’est la mode. Tu n’échappes donc pas à cette règle.

Qui n’a pas envie d’écrire un livre ? Pour moi, c’est un rêve de gosse. En plus, mon format s’adaptait directement en bouquin. Il y a 70 Top 7.

Du coup, tu rencontres ton public dans les séances de dédicaces… c’est plaisant ?

C’est là que l’on se rend compte que derrière les chiffres des stats, il y a de vraies personnes. Quand j’arrive dans une Fnac et qu’il y a une queue de malade, c’est vertigineux. Mais j’ai un public super cool. Il n’y a pas de hurlement, ils sont tranquilles et bien organisés.

Doc Seven parle de son livre.

Dans la vie, tu m’as l’air toujours en retrait. Tu n’aimes pas le star system. Un jour, je t’ai presque obligé à faire des selfies avec des enfants qui sont venus ici.

Je n’aime pas ça. Je ne comprends pas que l’on soit fan pour être fan. Ce n’est pas intéressant. Moi quand je suis fan de quelqu’un, je suis fan de son travail, pas de la personne. Cela dit, quand Cyprien passe à l’agence, je fais un peu mon fan boy… Bon, Cyprien, c’est devenu une icône.

Doc Seven devient presque une marque, j’ai l’impression.

C’est que je tente de faire. Je ne sais pas ce qu’il adviendra de moi dans 5 ans sur YouTube. Le public peut s’essouffler… ou moi d’ailleurs. Il faut donc que je capitalise mon nom…

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Après l'interview, le 8 novembre 2016.

10 décembre 2016

Cécile Hercule : interview pour la sortie de Bonne conscience

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Cécile Hercule a été, le temps d'une tournée, les claviers de miCkey[3d] (mandorisé ici), aux côtés de Mickaël Furnon (époque La Grande Évasion), puis elle s’est lancée en solo en sortant son premier album en 2010, La tête à l'envers. Six ans plus tard, aujourd’hui donc, la voici de retour avec un deuxième disque, Bonne Conscience. Cécile Hercule s’y raconte et nous conte des histoires de rencontres. L’air de ne pas y toucher, elle dit beaucoup sur le monde, la société, la vie, l’amour…

Cécile Hercule, bonne consciente.

Le 5 octobre dernier, elle est venue à l’agence pour une première mandorisation…

cécile hercule,bonne conscience,interview,mandorBiographie (écourtée) de Cécile Hercule, selon Oldelaf :

Le début, l’éveil, c’est en jonglant avec des balles plutôt qu'avec des mots. Ecole du Cirque à Lyon, sa ville chérie.

Puis elle quitte le cocon familial, et tente l’aventure ailleurs. En faisant jouer son corps et en disant les mots des autres, en tant que comédienne et tous ses rôles dans des séries télé. Mais en 2006, l'appel de la musique est trop fort, famille de musiciens oblige.

Elle devient alors Cécile Hercule, et chante ses mots à elle. Sur les scènes de France avec David Tétard d’abord, puis en tournée avec Mickey 3D.

Ce dernier devient un partenaire artistique privilégié, ils chantent ensemble, écrivent ensemble.

Mais elle se met à aussi à évoluer seule, comme une grande. Mickey l’encourage. C’est lui qui va produire son premier album en 2010.

Cécile se met alors à exister. La Tête à l’envers. Ce premier album renferme des pépites : « Roger », « la nonchalance ». Et permet à Cécile d’asseoir ses envies, ses opinions. Une musique douce et pop, sa voix douce qui s’affine. Et ces mots qu’on découvre enfin. Cet album lui permet de voyager, de faire de nouvelles rencontres. Monsieur Lune qui l’embarque dans l’aventure Gaston et Lucie.

Plus récemment Emilie Marsh et Joko, rencontrées à Astaffort. Ensemble, elles forment Bodie. Aventure musicale conceptuelle moderne et décoiffante.   Mais Cécile ne lâche rien et sait ce qu’elle veut. Elle continue d’écrire. Elle continue de jouer. Elle continue d’avancer.

Le 2ème album, Bonne conscience, selon Oldelaf : Cet album fait du bien. Il parle de ce parcours. Des cécile hercule,bonne conscience,interview,mandorrencontres. Des mecs. Des filles. Des deux ensemble. De la vie pas toujours jolie mais à laquelle on s'accroche comme des damnés.

Et moi, je trouve que Cécile a un talent fou pour raconter ces choses. Et les rendre jolies. Elle apporte à mon sens quelque chose d’une fraîcheur et d’un renouveau incroyable dans les textes et d’une fragilité totalement touchante. Son sens du « name-droping » me rend jaloux ! On réfléchit, on s’abandonne, on rit jaune parfois, comme dans Bonne conscience sur la dictature du Bio obligatoire, co-écrite avec Oldelaf, un type dont on connaît toutes les qualités puisque c’est moi... Et puis on lit dans les musiques quelques accents pop n’ayant pas peur de flirter avec le rock indé. Des riffs guitares percutants mais jamais violents. Car le mentor de toujours n’est pas loin. Cécile et Mickey se retrouvent pour un duo inédit :

« Isabelle et Serguei » - conte moderne barré sur une histoire d’amour tragique à sourire dans le monde du patinage artistique… On y retrouve, comme tout au long de l’album des claviers vintages à la Jupiter, ou Moog, des nappes et des thèmes bien sentis qui vous emmènent ailleurs et qui servent le propos. Les arrangements de Vincent Bonnet-Gayaso et Jean-Claude Hercule sont léchés. Légers. Pas de surenchère. De petits sons acoustiques de guitare ou ukulélé qui cadencent. Juste la bonne idée au bon moment.

Mais pour être franc, j’ai toujours trouvé que parler d’un album le réduisait considérablement et bouleversait évidemment l’objectivité. Alors que le plus simple ne-serait-il pas de l’écouter ?

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cécile hercule,bonne conscience,interview,mandorInterview :

Ton père est Jean-Claude Hercule. Il a fait une grande partie de sa carrière à la Maison  pour tous des Rancy en tant que directeur de la structure. Il est guitariste et professeur de musique. C’est lui qui t’a appris à jouer de la guitare ?

J’avais 16 ans. J’ai appris la guitare dans ses cours collectifs. C’était un peu gênant parce que je n’étais pas une grosse bosseuse. Je devais lui faire un peu honte (rire). Je n’ai fait qu’un an de cours, mais c’était plutôt sympa.

Avant de faire de la musique, tu faisais du cirque.

A 14 ans, j’ai commencé à m’entrainer tous les week-ends dans un atelier de cirque. A 15 ans, je suis parti faire des spectacles de feu et de jonglage, en Ardèche. On gagnait des sous. J’essayais de mettre un peu de poésie dans ce que je proposais. Je ne faisais pas du cirque « classique », mais du cirque contemporain. Plutôt que la technique, ce qui m’intéressait,  c’était de transmettre des émotions.

Ensuite, à 18 ans, tu fais une école de théâtre à Lyon.

J’ai continué le cirque à côté quelques années. J’ai arrêté cette activité à 23 ans.

Tu es montée à Paris, comme toute personne qui veut réussir une carrière d’artiste.

Je suis plus partie pour une histoire sentimentale. Moi, je voulais faire du théâtre à Lyon. Je n’avais pas le rêve de venir à Paris. Une fois sur place, j’ai rencontré un agent qui m’a permis de passer quelques castings. J’ai tourné dans quelques téléfilms.

Clip de "Bonne conscience", tiré de l'album Bonne conscience.

La musique a pris le pas comment ?cécile hercule,bonne conscience,interview,mandor

Ça s’est fait naturellement. J’aimais bien écrire mes petites chansons avec les trois accords que je connaissais à la guitare, mais je ne pensais pas faire des concerts. A un moment, j’ai eu tellement de chansons que je me suis dit qu’il fallait que j’en fasse quelque chose. Je ne connaissais personne dans ce milieu, alors j’en ai parlé à droite à gauche à des gens qui faisaient un peu de musique. J’ai finalement réussi à faire une maquette avec des amis musiciens. J’ai pu faire écouter mes premières chansons. Ce n’est pas devenu une idée obsessionnelle, mais j’avais soudain très envie de faire des concerts.

Tu as fait tes premiers concerts en 2006. Tu fêtes donc tes 10 ans de scène.

C’est vrai. Je n’y ai pas pensé. On pourrait faire une fête ce soir (rires). Je vais préparer un couscous.

Il y a quelques artistes importants qui ont traversé ta vie professionnelle. David Tétard d’abord et Michael Furnon ensuite.

J’ai chanté sur pas mal de chansons du dernier album de David Tétard. Je l’ai adoré et je trouve dommage qu’il n’ait pas eu le succès qu’il méritait.

Clip de "Isabelle et Sergueï" (duo avec Mickey 3D), tiré de l'album Bonne conscience.

cécile hercule,bonne conscience,interview,mandorEt Michael Furnon ?

Nous nous sommes rencontrés sur un truc qui s’appelait MySpace, je ne sais pas si tu te souviens de ce que c’était (sourire). Il venait juste de s’inscrire et il est tombé par hasard sur ma page. Il m’a fait une demande d’ami. Nous avons discuté, puis je suis allé le voir en concert. Il aimait ce que je faisais et il m’a proposé de produire le premier album. C’était une grande chance pour moi. J’ai joué dans son groupe pendant 4 ans et il m’a proposé de faire les premières parties. Il m’a permis de faire connaitre ma musique et de vendre mes disques à la fin des concerts. Je lui dois beaucoup.

Dans tes chansons, tu traites des sujets sérieux, mais avec humour et ironie.

Quand j’ai des soucis dans la vie, j’aime bien en parler avec légèreté. Je me protège. Mes chansons sont à mon image. Je ne peux pas parler d’histoire d’amour au premier degré,  je trouve cela très difficile. Le second degré est quelque chose que je tente de maîtriser.

Tu continues ta carrière de comédienne ?

Oui. J’aime bien faire des choses différentes. Je trouve cela sain de varier ses activités.

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Pendant l'interview...

Tu écris comment ?cécile hercule,bonne conscience,interview,mandor

Très vite ou pas. Quand j’ai une idée de thème, je cherche l’angle pour l’aborder. Si je n’ai pas d’idée, je bloque, donc je ne force pas.

Ton père a fait les arrangements de tes chansons les plus « chansons », pas celles qui sont plus « pop ».

Il est très fort pour les chansons avec les cordes comme « Va-t’en ». Depuis le premier album, mon père travaille avec moi. Mon frère aussi. Il réalise des clips et m’écrit des chansons. Je bosse avec eux pas pour leur faire plaisir, mais parce que j’aime ce qu’ils font.

Qui admires-tu dans le métier ?

Une chanteuse comme Clarika m’a vraiment inspiré pour mes premières chansons. J’aime beaucoup son écriture.

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Après l'interview, le 5 octobre 2016.

Ce qu'en dit Télérama :

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05 décembre 2016

Romain Didier : interview pour Dans ce piano noir

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Artiste discret, Romain Didier est l’un des auteurs compositeurs les plus prolifiques de la chanson française, comme en atteste la richesse de sa discographie. Chanteur au style sobre et au talent intemporel, attiré aussi bien par le piano-voix, le jazz ou le symphonique, il nous offre un répertoire teinté de poésie et d’humanisme. Dans ce nouveau disque, Dans ce piano noir, tel un concerto en trois mouvements, il retrace le parcours intime et sans escale de son univers d’auteur-compositeur entouré des mélodies qui l’ont nourri.

C’est ma deuxième rencontre avec Romain Didier. La première s’est tenue le 10 novembre 2005. Il était accompagné de son alter ego, Allain Leprest. J’en garde un riche souvenir que je raconte là.

Le 22 novembre dernier, j’ai eu l’honneur de le recevoir à l’agence. Nous avons parlé de son nouvel album et de son rapport à la musique en général.

romain didier,dans ce piano noir,interview,mandorArgumentaire officiel de l’album:

« Quand on fait du piano-voix, on ne le fait pas par défaut ni par manque de moyen, mais par envie. Pour moi, le piano-voix, c’est le fusain ou le crayon par rapport à la peinture. On va à l’essentiel, c’est le plaisir de la ligne droite.  On ne peut pas tricher, c’est un jeu de la vérité » explique Romain Didier.

Dans ce piano tout noir, il y a les chansons de Romain qu’il nous distille sur le ton de la confidence avec en guise d’intermèdes musicaux les perles du répertoire de la chanson francophone: Aznavour, Barbara, Ferré, Lemarque...

Dans ce piano tout noir, il y a les souvenirs, les beaux échos et le temps qui passe, la mémoire sépia parfois, il y a les chansons de toutes ces années qui se répondent.

Dans ce piano tout noir, il y a l’opéra de sa vie... toute l’âme de Romain Didier.

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(Photo : ChanTal Bou Hanna)

romain didier,dans ce piano noir,interview,mandorInterview :

D’où vous est venu l’idée de faire ce disque piano-voix?

J’avais envie de réunir toutes les chansons de mon répertoire dont j’ai écrit les paroles et composé la musique. Je ressentais le besoin de retrouver mes outils d’artisan que j’ai commencé à utiliser il y a une trentaine d’années et que je continue à manier aujourd’hui. C’est quand je suis au piano que je me sens le mieux. Je m’y sens en état d’équilibre. C’est au piano que je me sens le plus moi, parce que le plus nu, le plus vrai. J’avais aussi envie d’emmener les gens dans un voyage et d’enchaîner les chansons, un peu comme la vie s’enchaîne.

Il y a aussi des extraits de chansons qui ne vous appartiennent pas, mais qui font le lien avec les histoires que vous racontez.

L’extrait, pour ce qui est de la mémoire collective, pour ce qui excite les sens, c’est suffisant. 10 secondes de « Pour un flirt » suffisent à ramener quelqu’un à une époque, à des souvenirs.

Telles que vous interprétez ces chansons, cela donne l’impression qu’elles sont de vous ? C’est très fort.

C’est parce que tout passe par mon filtre. Le danger, c’est que l’on puisse dire que je m’approprie des chansons qui ne sont pas de moi. C’est pour ça que, dans le livret, je crédite les auteurs que je chante. L’avantage du piano-voix, c’est que cela ramène tout à un coté complètement intemporel.

Les chansons des autres que vous avez choisi, sont-elles celles que vous auriez aimé écrire vous-même ?

J’aurais adoré écrire toutes les bonnes chansons. En tout cas, ma démarche n’a pas été de rendre hommage. J’ai pris des chansons qui faisaient miroir avec ce que j’évoque dans les miennes.

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Vous avez sélectionné facilement les chansons de votre répertoire ?

Ça n’a pas été facile. J’ai finalement choisi les chansons avec des sujets qui mettent en valeur une vie qui avance.

Avez-vous tout dit de vous dans vos chansons ?

Est-ce que c’est « tout dire de soi » ou est-ce que c’est « tout dire des autres à travers soi » ? A mon avis, une vie ne suffit pas à faire une œuvre. A moins d’avoir une vie exceptionnelle, une vie amoureuse très dense, sa vie à soi n’a pas grand intérêt. Pour moi, une chanson doit contenir en trois minutes quelque chose qui touche un maximum de monde. Une chanson qui ne réussirait pas à faire en sorte que les autres se reconnaissent dedans serait une chanson loupée. 

A-t-on le droit de faire une chanson uniquement pour soi ?

Je ne vois pas comment faire une bonne chanson sans laisser un peu de part au rêve. Je pars du principe que tout ce que j’ai vécu, tout le monde l’a vécu. La question est : comment faire pour que ce que j’ai vécu puisse devenir universel?

Vous savez que vous êtes une référence pour beaucoup d’autres artistes ?

Il y  a parfois des gens qui me communiquent leur affection et qui me disent que je leur apporte quelque chose. On est tous des maillons et des passeurs de quelque chose, donc je suis content de rentrer dans cette chaine-là. Je suis content de savoir que de jeunes artistes se sont nourris de mes chansons. Mais je n’en tire aucune gloire.

Vous arrive-t-il d’aller voir des concerts de jeunes artistes ?

Très peu. J’écoute beaucoup de musiques classiques, je fais moi-même beaucoup de musiques, j’ai toujours des projets de créations à droite, à gauche. Ca n’arrête pas, alors j’ai peu de disponibilité pour écouter autre chose.

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On peut dire que vous êtes un musicien d’origine « classique » ?

Oui. Mes parents étaient tous les deux des musiciens « classiques », plutôt savants. Mon père a été Prix de Rome de composition, il a dirigé l’Ecole Normale de Musique à Paris et l’Orchestre de chambre de l’ORTF. Il a fait beaucoup de conférences aussi. Ma mère, elle, était cantatrice à l’Opéra de Paris. Je suis né de tout ça. J’ai rattrapé au vol tout ce que je pouvais.

Quand vos parents ont vu et entendu ce vers quoi vous vous dirigiez, la chanson, ils l’ont bien pris ?

J’ai la chance d’avoir eu des parents qui pensaient qu’il n’y avait que de la bonne ou de la mauvaise musique. Ils aimaient bien ce que je faisais, il me semble.

Ce disque que vous sortez, est-ce aussi un moyen pour que l’on redécouvre votre œuvre ?

Avant de réécrire un nouvel album, j’avais juste envie de poser quelque chose. J’ai la chance inouïe de faire ce métier dans des conditions qui ont évolué depuis mes débuts en 1981. J’ai eu la chance inouïe d’avoir rencontré Allain Leprest et d’avoir eu une collaboration de 26 ans avec lui. A sa disparition, il y a 5 ans, je me suis retrouvé légitimement a beaucoup d’hommages. Aujourd’hui, j’ai voulu rappeler que j’étais aussi auteur.

Depuis la disparition d’Allain Leprest, vous vous sentez seul ?

Ce qu’il a écrit était fulgurant et magnifique, mais c’est surtout l’ami qui me manque.

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Pendant l'interview.

Vous écrivez pour d’autres, c’est plus simple pour vous ?

Oui. Il n’y a pas le même  enjeu et le champ du possible est sans limite. Quand on écrit sur soi, on est ce que l’on écrit, avec toute l’impudeur que cela peut représenter. Pour moi, plus ça va, plus c’est difficile d’écrire. J’ai l’impression d’avoir déjà tout raconté.

Les artistes écrivent tous sur les mêmes sujets, non ?

On écrit sur la nostalgie, l’amour, les disparitions, la mort, la vie, les femmes, les enfants, la société… il faut juste éclairer ces thèmes avec sa caméra à soi.

Le monde vit quelques bouleversements assez tragiques depuis quelques mois. Êtes-vous tenté d'évoquer l’actualité immédiate ?

Tout ce qu’il se passe me touche, me bouleverse. Mais il faut que je digère de façon très organique. Une fois que c’est digéré, je peux commencer à entrevoir l’espoir d’en faire une chanson. Le sens de la formule, chez moi, ça se travaille. L’écriture de texte me demande beaucoup plus de temps et de réflexion que l’écriture de la musique qui, elle, est beaucoup plus instinctive. C’est pour ça que c’était bien de travailler avec Leprest. Il avait en permanence une hémorragie de textes et moi de musique. On pouvait faire trois chansons dans la journée.

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Après l'interview, le 22 novembre 2016.

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03 décembre 2016

Donoré : interview pour L'amour en deux

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(Photo: Jean-Marc Gourdon)

Jusqu’à présent, on connaissait Donoré dans une couleur plus acoustique… mais son deuxième album, L’Amour En Deux, est un album de chansons françaises plus pop avec des sonorités rock et electro. Je suis ravi de cette évolution musicale. J’apprécie beaucoup cet artiste que je suis depuis longtemps (voir sa première mandorisation en 2012). Le 18 octobre dernier, Pierre Donoré m’a rendu une nouvelle visite à l’agence.

pierre donoré,l'amour en deux,intterview,mandorBiographie officielle :

Lauréat du Trophée Serge Gainsbourg en 2003, l’auteur, compositeur, interprète grenoblois Donoré enchaîne depuis les concerts et trace sa route. Ses passages remarqués au Festival International de Louisiane aux USA, à l’Olympia ou au Casino de Paris (1ères parties de Maxime Le Forestier, Michael Bolton, Ray Davies, Zucchero, etc.), lui ont permis d’affiner un univers singulier, teinté d’influences pop et folk.

« Ambitieux et téméraire » selon Télérama, Donoré est un optimiste chevronné qui n’hésite pas à dégainer sa guitare dès qu’il en a l’occasion, chez les gens (concerts à domicile) ou dans le TGV (tournée iDTGV), ou encore chez Francis Cabrel qui l’a récemment accueilli lors des Rencontres d’Astaffort, juste après avoir reçu le Prix Sacem / France Bleue Isère.

En cette rentrée 2016, Donoré publie « L’amour en deux », son 2ème album, faisant suite à l’EP Maintenant paru en 2014 et à son 1er album Je viens à toi, paru en 2010. Avant cela, un 1er EP éponyme était paru en 2007.

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pierre donoré,l'amour en deux,intterview,mandorLe nouvel album :

L’amour en deux est le fruit de 6 ans d’écriture et de composition. Ce disque s’inscrit dans la continuité des productions précédentes de Pierre Donoré. On y retrouve toujours des sonorités acoustiques qui lui sont chères depuis le début (« Regarde »), mais Donoré explore ici de nouvelles orientations pop rock (« Vivants », « Une promesse », « Chanter »), et électro (« Barcelone », « Qui me tiendra la main »). La co-réalisation du disque a été confiée à Christophe Battaglia (Maé, Noah, Garou, Miro)…

Des auteurs de renoms ont participé à ce disque, comme Claude Lemesle (« Debout »), Kerredine Soltani (« Mon pote »), ou encore Mad Mahé (« Le Mont Fuji » et « Vivants ») et Christophe Andréani (« Chanter »).

En guest star, le guitariste louisianais Sonny Landreth amène le son unique de sa slide guitar sur une chanson hommage à la guitare et aux premières émotions musicales de Donoré (« Une promesse »).

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(Photo: Seb Pol)

pierre donoré,l'amour en deux,intterview,mandorInterview :

Je t’ai vu à l’Européen le 5 octobre dernier. La salle était remplie et acquise à ta cause.

Ca fait des années que je fais des petits concerts et il y a un public qui me suit depuis un moment.

J’en ai même vu au premier rang qui connaissaient tes chansons par cœur, même les nouvelles.

J’ai dans mon public des personnes très fidèles et je trouve rassurant de les savoir près de moi pour mes grosses dates de concert. Je les respecte beaucoup.

A ton concert, j’ai vu Gérard Lenorman, François Bernheim et même Claude Lemesle… d’ailleurs, ce dernier a écrit « Debout » la chanson qui ouvre ton album.

Il organise des ateliers d’écriture qui s’appellent « Les ateliers de Claude Lemesle ». J’y ai participé pendant 3 ans. C’est dans ce cadre-là que j’ai rencontré pas mal d’auteurs avec qui j’ai co-écrit des chansons. Pour Claude, j’attendais d’avoir une mélodie qui me plaise beaucoup pour lui proposer de m’écrire un texte.

Je sais que tu es exigeant au niveau de tes textes.

S’il y a des mots et des images qui ne me conviennent pas, je ne vais pas laisser passer quoi que ce soit, parce qu’après, on vit avec cette chanson ad vitam aeternam. J’ai envie que chaque mot soit pesé. Il faut vraiment qu’il y ait une histoire d’amour avec chaque chanson pour qu’elle existe et qu’elle soit ensuite gravée sur un disque.

"Vivants" (clip à venir).

Il y a moins de chansons d’amour que dans ton précédent album.pierre donoré,l'amour en deux,intterview,mandor

C’est vrai. Mais j’ai l’impression que tout est amour. Dans n’importe quel sujet abordé, l’amour n’est jamais loin.

Après ton premier disque, tu as fait un EP. Pourquoi ?

Ce sont les gens du métier qui conseillent aux artistes désormais de faire un EP avant un album. Finalement, je ne l’ai pas défendu comme si c’était un album, le producteur de spectacles m’a moins suivi parce que ce n’était pas un album, les maisons de disques n’ont pas plus réagit… Aujourd’hui, je reviens avec un album et les choses semblent se débloquer.

Tu n’es pas lassé de ne pas être reconnu à ta juste valeur ?

Je ne peux pas te dire que je trouve agréable le fait qu’aucune maison de disque ne remarque que, même seul, j’arrive à remplir une salle de 350 places à Paris, en semaine, que j’ai un public conséquent dans toute la France et que mes chansons pourraient passer à la radio. J’ai quelques diffusions dans des radios locales. Ça me fait enrager parfois d’entendre certains artistes qui sont signés et qui ne font rien d’original... mais qui ont la chance d'être diffusés et donc portés aux oreilles des auditeurs. 

Tu penses à qui par exemple ?

M Pokora qui reprend Claude François, je ne peux pas te dire que j’apprécie la chose. Les gens nouveaux et les nouveautés mériteraient d’être plus défendus.

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(Photo : Seb Pol)

Je suis persuadé que si un label important te soutenait, tu ferais un carton monumental.

Mais comme ça ne vient pas, j’ai pris une voie parallèle qui me permet d’exister.

Et puis tu fais partie des Garçons, un groupe vocal composé de 8 chanteurs.

Il y a deux ans, un copain m’a proposé de faire partie de ce groupe. On a fait « La France a un incroyable talent » et nous sommes arrivés en demi-finale.

Tu n’as jamais songé à faire de la comédie musicale ? Tu as la voix et le physique pour.

Je n’ai jamais cherché à faire quoi que ce soit dans ce sens. Je n’ai passé aucun casting. Je suis issue de la chanson et je ne connais que ce réseau-là.

Donoré à l'Européen en 2016 (en une minute).

A L’Européen, j’ai constaté que tu maîtrisais parfaitement la scène et que tu arrivais facilement à te mettre le public dans la poche.

J’ai déjà chanté à l’Olympia, au Casino de Paris et sur d’autres grandes scènes comme en Louisiane, mais j’ai plus l’habitude des petites salles de 150 personnes. J’adore cette proximité, du coup, je joue avec le public. La musique, c’est un échange et un partage.

Tu chantes souvent avec le sourire, du coup, même si ce que tu racontes est grave, ce n’est pas plombant. Je pense à la chanson « Mon pote » par exemple.

Cette chanson parle d’une amitié qui s’est arrêtée parce que le pote en question n’est jamais là quand tu en as besoin, alors que tu as toujours été là pour lui.

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Pendant l'interview...

Autre chanson dont le thème est fort et très touchant, c’est celle qui donne son nom à l’album, « L’amour en deux », écrit par Gilles Roucaute.

Ça parle d’un enfant qui est balloté entre deux maisons avec des parents qui ont donc coupé l’amour en deux.

Tu chantes aussi une chanson sur ton métier, « Une promesse ».

C’est amusant, parce que, dans le livret, à la page de ce titre, il y a une photo qui a une histoire. Cette photo a été prise par mon frère et la pellicule est restée 8 ans sur l’armoire de la cuisine. Un jour ma mère la trouve et se demande ce qu’il y a dessus. Elle fait développer et il y a cette photo de moi à 13 ans, le jour où on m’a offert ma première guitare. Sur mes trois disques, il y a des chansons sur ce thème : aller au bout de ses rêves.

Teaser pour le concert du 28 janvier 2016 au Zèbre de Belleville.

Tu ne racontes pas beaucoup d’histoire personnelle dans ce nouveau disque.

Je me suis détaché un peu de moi. J’ai plus ouvert mon regard sur le monde qui m’entoure. « Vivants » est une chanson en réaction aux attentats par exemple. Je voulais sortir des histoires d’amour qui finissent mal pour aborder des thèmes plus universels. Il y a de quoi faire. Il y a une citation de Goldman que j’aime bien : « les chansons, on accroche avec une mélodies et on revient pour le texte ».

Tu es d’ailleurs un formidable mélodiste, je trouve.

Merci. J’adore la chanson française dans ce qu’elle a de plus noble. Les mélodies populaires que tu gardes en toi longtemps, ça me plait vraiment.

Je sais que tu cherches un tourneur.

Oui, je pourrais tourner dans des salles de 300 places sans problème.

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Après l'interview, le 18 octobre 2016.

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02 décembre 2016

Batlik : interview pour XI Lieux

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(Photo : Toine)

batlik,11 lieux,interview,mandorBatlik est un artiste sans compromis, authentique au timbre unique, sensible et puissant. 12 ans maintenant qu'il martèle sa guitare et écrit ses textes avec la même énergie, restant fidèle à son art et son indépendance ainsi qu'au public. Après avoir exploré les mauvais sentiments (voir précédente mandorisation de l’artiste) et après avoir pris la casquette de producteur pour Sages Comme des Sauvages, Batlik revient avec un album charmant et profond, XI Lieux.

Le 4 octobre, ce brillant et ténébreux artiste est venu à l’agence m’en parler.

Photo en concert ci-dessus : David Desreumaux/Hexagone.

Celles en studio (qui ornent avec majesté cette chronique): Toine.

Celle à l'agence (tout en bas): Marie Britsch.

Argumentaire (officiel) du disque :

Batlik est devenu musicien à presque 30 ans, sans jamais y avoir songé avant. Est-ce pour rattraper ce batlik,11 lieux,interview,mandorretard qu'il a depuis une décennie enregistré un album par an? 

Suivre son parcours musical revient à feuilleter un album photo. Les thèmes, l'écriture et l'orchestration ont muri avec l'artiste, lentement, pas à pas, mais avec une rare persévérance. La chanson, d'abord réaliste ou militante, soutenue par une voix et un jeu de guitare scandés et percussifs a progressivement cédé la place à une musicalité plus dense, une interprétation plus ample autour de thèmes et d'une écriture toujours plus chargés de poésie. 

Il s'agit de faire de la musique comme on respire, toujours, tout le temps, mais en s'en rendant compte, sans oublier que cela nous fait vivre.

Ce 11ème album, XI LIEUX est l'occasion de revenir à une orchestration épurée guitare/voix, et pour la première fois Batlik s'accompagne de subtiles touches de sample, qui apportent modernité et fraicheur à cet album concept. Batlik a pris en charge l'écriture, la composition, la réalisation, l'enregistrement et le mixage, conférant à ces 11 titres une définition toute particulière.

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(Photo : Toine)

batlik,11 lieux,interview,mandorInterview :

XI Lieux, c’est pour signifier que c’est le 11e disque ?

11 lieux, 11 albums. Et dans chaque morceau, on retrouve un lieu. Parfois, il est vrai que pour voir le rapport avec un lieu, il faut chercher un peu parce que ce ne sont pas que des lieux géographiques. Par contre, chaque titre est un lieu.

J’adore ton écriture et nous sommes nombreux dans ce cas.

Je la maîtrise pourtant de moins en moins. Je pense que la place que je prends par rapport à l’écriture a changé. Pendant longtemps, j’utilisais l’écriture et j’avais l’impression de la maîtriser pour faire passer un discours. Mes premiers textes étaient d’ailleurs de l’ordre d’un discours, un discours d’homme politique ou un discours de marketing.  Et de plus en plus, comme l’écriture est devenue quelque chose d’important au fil des années, je me rends compte que c’est une idée bien prétentieuse que de s’imaginer qu’on va pouvoir maîtriser les mots. En fait, ce sont eux qui te maîtrisent. Aujourd’hui, j’ai un rapport à l’écriture qui est beaucoup plus humble, voire même soumis. La pire des choses que tu puisses faire avec l’écriture, c’est justement de la maîtriser.

Désormais, ton écriture te surprend toi-même ?

C’est absolument ça.  En écrivant un texte, j’ai l’impression de voir un semblant de sens, mais c’est comme si ce n’était pas moi qui l’avait trouvé. C’est l’écriture qui me l’apporte. Maintenant, j’ai beaucoup de mal à écouter des artistes, à lire des auteurs qui utilisent l’écriture pour arriver à discourir avec.  Je trouve ça trop réducteur. Et,  je le répète, je l’ai fait pendant des années. L’espèce d’ouverture que me procure le fait de ne plus utiliser l’écriture, mais de se laisser utiliser par elle, est insondable. Ça ouvre de très nombreuses perspectives nouvelles.

Quand on n’a plus le contrôle, du coup, c’est plus facile d’écrire ?batlik,11 lieux,interview,mandor

La peur par rapport à l’écriture reste la même. Justement parce que tu sais qu’elle te maîtrise et que du coup, tu ne sais pas non plus ce que cela va engendrer. Mais je pense que je suis plus à l’aise dans la place du contrôlé que celle du contrôlant, du soumis que celle du maître. J’ai désormais une certaine candeur.

Que s’est-il passé pour qu’il y ait eu chez toi cette réflexion sur l’écriture ?

C’est grâce à ma femme qui est psy. Elle ne savait pas que j’étais musicien quand nous nous sommes rencontrés et quand elle l’a su, ça ne l’a pas intéressé plus que ça. Un jour, je lui ai demandé de me dire ce qu’elle pensait de mon travail. Elle m’a dit qu’elle n’appréciait guère l’écriture que j’avais.

Ça t’a vexé un peu ?

Bien sûr. Enfin, ça m’a touché. En même temps, je sentais qu’elle mettait le doigt sur quelque chose que je n’avais pas formulé, mais que je savais déjà. Je me suis rendu compte que, pendant très longtemps, je prenais de haut le métier que je faisais. Mon épouse, qui justement utilise le langage, m’a dit qu’on n’utilisait pas le langage. On croit qu’on peut l’utiliser, mais c’est une erreur. Désormais, j’apprécie les artistes qui ne sont pas maîtres de leur art et qui ne s’en servent pas. On doit être au service de son art, mais on ne doit pas l’utiliser. Aujourd’hui, je suis plus heureux parce que les choses se sont inversées, comme dans un miroir. Je suis devenu le reflet du musicien que j’étais avant.

Clip de "Ailleurs", tiré de l'album XI Lieux.

batlik,11 lieux,interview,mandorCe positionnement par rapport à l’écriture te positionne-t-il différemment par rapport à la musique ?

Certainement. J’avais envie de faire une tournée seul et c’est la tournée qui m’a dicté comment faire ce nouveau disque. J’avais envie de faire des chansons en guitare-voix. Finalement, je n’ai pas été si courageux. J’ai ajouté d’autres instruments.

Mais avec parcimonie.

Il n’y a pas la section rythmique, par exemple. J’ai passé beaucoup de temps sur ce disque-là. Je l’ai écrit, enregistré et mixé tout seul. Il n’y a plus de contrainte et qui dit « plus de contrainte » dit « la plus grande de toutes les contraintes ». Il n’y a pas de choix plus terrible que d’avoir tous les choix. C’était un peu comme d’apprendre une autre langue. Au début, je ne comprenais foutrement rien et au bout de 4 mois, j’ai commencé à m’en sortir.

Tu te sentais seul ?

Oui. C’était éprouvant. J’étais de très mauvaise humeur. J’avais vraiment des crises d’angoisse et de panique. A l’arrivée ça donne un disque qui est étrangement mixé, mais il fallait que je fasse comme ça pour envisager les prochains disques. Ça m’a donné une vision sur ce qu’était le travail de mixeur. Pour les prochains albums, j’aurai vraiment acquis ce petit plus de savoir qui me permettra d’emmerder davantage le type qui mixera le disque.

Clip de "Dans le maintenant", tiré de l'album XI Lieux.

Tu as la réputation d’être quelqu’un d’un peu dur quand tu enregistres, t’es-tu radouci ?

Malheureusement pas. Je continue  m’embrouiller systématiquement avec les gens avec lesquels je travaille. Il y a un moment où je perds le contrôle et où je casse la relation. Les seules personnes avec lesquelles ça dure depuis très longtemps, ce sont des personnes qui n’ont pas accès au langage, ceux qui ne parlent pas. Quand je ne connais pas les gens, je suis quelqu’un de très cordial, mais dès qu’il y a un niveau d’intimité qui s’installe, je n’arrive pas à le gérer. Je n’arrive pas à gérer le rapprochement.

Ta femme ne t’explique pas pourquoi ? C’est pourtant son métier…

C’est son métier, mais je ne suis pas son patient. Cela dit, elle mène ce combat-là aussi. Je me rends compte que tous les gens que je côtoie sont confrontés à ça. A un moment, j’ai considéré que la musique pouvait être de l’ordre de la thérapie, mais non. Ça ne fonctionne pas non plus. Il faut que je trouve autre chose. L’Autre m’énerve, car j’ai la sensation qu’il m’envahit.

"Saint-Nazaire" en acoustique avec Sages comme des sauvages (morceau original sur l'album XI Lieux).

Puisque c’est ta femme qui est à l’origine de ton changement d’écriture. Que pense-t-elle du Batlik nouveau ?

Elle aime beaucoup plus ce que je fais aujourd’hui. Comme dans la vie de tous les jours je suis quand même un enfoiré, il faut que je me rattrape sur ce que je fais pour séduire ma femme. Je me rends compte qu’elle m’inspire énormément. Récemment, je regardais les séminaires qu’elle avait faits ses dernières années et les textes que j’avais écrits. Je suis obligé de constater qu’il y a une espèce de calque. Je lui dis souvent qu’un jour, il faudrait faire des choses ensemble. Il faudrait que ses paroles à elle et mes chansons à moi se croisent. J’espère que ça se fera un jour.

Ton épouse est ta muse ?

J’espère bien. C’est la base. Les gens qui écrivent, écrivent tout le temps pour quelqu’un. L’écriture est forcément un rapport à l’autre. Au début, j’ai écouté Duras dire qu’on écrivait par vengeance, à l’époque ça m’avait beaucoup parlé. Je découvre depuis quelques années, que tu peux aussi écrire par séduction. On écrit pour avoir un pouvoir sur l’Autre. Mais l’autre, ça devient moi. Ça ne veut pas dire que ça devient vraiment moi, ça veut dire que j’ai de plus en plus de facilité à faire de moi un autre. Et ça, je crois que ça plait à ma femme (sourire).

"Paradis" en version acoustique (morceau original sur l'album XI Lieux).

Regrettes-tu que certaines anciennes chansons existent ?

Je regrette toutes mes chansons d’avant l’album de 2012, Le poids du superflu. Je crois que j’ai commencé à écrire depuis ce disque-là. Ceux d’avant, je n’écrivais, je discourais. Et comme je te l’ai dit tout à l’heure, discourir n’est pas écrire.

Te moques-tu de ce que l’on pense de toi et de ton œuvre ?

Je ne m’en moque pas. Ça n’a rien à voir avec moi, c’est tout. Il y a des chansons que les gens adorent et que je déteste et vice versa. Il n’y a pas de jugement de valeur à avoir. C’est comme c’est.

Tu as écrit une chanson sur les attentats du 13 novembre en France, « Barbarie ». Tu t’es demandé s’il fallait traiter ce sujet étant donné que beaucoup d’artistes l’ont fait aussi ?

C’est la chanson la plus difficile que j’ai eu à écrire parce qu’effectivement, le discours existait. Alors comment faire quand on veut s’extraire du discours mais que l’idée est déjà là ? J’ai écrit la chanson maintes fois et quand je la relisais, je me voyais parler. A un moment, enfin, le mot barbarie est sorti. Je me suis mis à tourner autour de ce mot-là.

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A l'issue de l'interview, le 4 octobre 2016.

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01 décembre 2016

Jules et son Vilain Orchestra : interview pour l'EP Nos vedettes

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13529094_10154279545018674_7965824980467076651_n.jpgLe 18 novembre dernier, à mon retour du concert de Jules et son Vilain Orchestra au Café de la Danse, en pleine nuit, j’ai écrit une lettre au chanteur. Je l’ai publié sur ma page Facebook. Je me permets de vous la proposer :

« Cher Jules, je t'envoie ce message en privé pour que ta modestie ne soit pas heurtée. Ce soir, au Café de la Danse, j'ai pris une bonne grosse claque comme rarement. Je n'ai pas vu Ferrat, Goldman, Dalida ou un quelconque Goldman (je sais, je l'ai cité deux fois, mais Goldman, on a le droit de le citer autant de fois que l'on veut), j'ai vu un Jules éblouissant, étincelant, éclatant qui m'a beaucoup fait rire, fait parfois pleurer (mais bon, ça je te le dis pas, ch'uis pas une gonzesse). (Ton vilain orchestre, je n'en parle même pas tant ils sont bons et que ça se voit que vous vous aimez). Je vais te dire Jules, j'me suis fait la réflexion en voyant la salle remplie à craquer, debout, applaudir à tout rompre, te faire un triomphe : "mais pourquoi diable, cet artiste n'est pas une star en France?" C'est incompréhensible et absolument incompréhensible (Je sais, je l'ai dit deux fois, mais c'est pour appuyer mon désarroi). Oh non que tu n'es pas qu'un chanteur de variété, terme que tu revendiques pourtant avec force! Tu es un chanteur hors norme avec des mélodies imparables et des textes à faire pâlir de jalousie tout plein d'autres artistes "populaires" (mais que je ne citerai pas, certains sont mon fond de commerce). Je ne te retiens pas plus longtemps, mais sache que je. En toute amitié. François  (On me dit que je me suis trompé. Ce message ne serait pas en privé. Pardon pour ta modestie, donc). »

Vous l’avez compris, j’aime ce garçon. Autant humainement qu’artistiquement (voir sa première mandorisation). Aussi, quand son éditrice et productrice du disque, Danièle Molko (d’Abacaba), m’a proposé de l’interviewer pour l’argumentaire de presse de son nouvel EP, Nos Vedettes, j’ai accepté immédiatement. Et avec enthousiasme (voire fierté). Les journalistes et les programmateurs recevront le CD accompagné de mon interview.

Que voici :

Cela faisait très longtemps que je n’avais eu un coup de cœur immédiat pour un artiste. Une écoute de son3700187662110_230.jpg nouvel EP, Nos vedettes, dans son intégralité et hop ! J’ai adhéré à tout. La voix, les textes, ses mélodies d’une redoutable efficacité. Le style corrosif de Jules prouve que l’on peut rire de tout si l’on sait y mettre les formes. Véritables hymnes à la vie, à l’humour ou à la dérision, ses performances " live " offrent un grand moment de joie et de rythme saupoudré d’un peu de cynisme. Difficile de ne pas vouloir faire la connaissance de Jules. Le docteur House de la chanson française est arrivé dans ce café  d’Enghien et il m’a plu humainement tout aussi rapidement que son œuvre. Attention, ça déménage !

Après avoir travaillé avec les Ogres de Barback, puis épisodiquement avec Bénabar, Catherine Ringer, Kent ou Jacques Higelin, il créé Jules.

Quand tu as enfin créé tes chansons pour Jules, tu as créé le personnage qui allait avec ?

Oui, mais il est venu sans réfléchir. Je suis un « one man song », alors que je ne suis pas une grande gueule et que je suis même très discret dans la vie. Sur scène, c’est un peu « docteur Jekyll et mister Hyde ». J’ai un principe. Je veux absolument dédramatiser  la fonction d’artiste. Je n’ai jamais le trac et j’ai envie que les gens se sentent vraiment proches très vite. Quand je suis Jules, je me sens un peu invincible, alors que dans la vie,  je suis beaucoup plus mesuré.

Dans les 7 nouveaux titres de ton dernier EP , il y a toujours de l’humour et une certaine causticité.

Quand tu dis des choses graves, des choses lourdes de sens, avec le sourire, ça passe toujours mieux. Je me méfie beaucoup du pathos, c’est pour ça que je n’enfonce jamais le clou. Avec ses nouvelles chansons, ce qui est sûr, c’est que je suis plus dans la tendresse.

Tes 7 chansons s’adressent à 7 femmes différentes. Elles sont souvent chiantes, comme dans la chanson « T’es chiante », par exemple.

C’est une coïncidence si je ne parle que de nanas, de leur côté tendre jusqu’au côté les plus obscurs. Dans « T’es chiante », je parle de ma sœur. Mais, en vrai, je n’ai pas de sœur, c’est un rôle de composition complet.

Clip de "T'es chiante".

jules et son vilain orchestra,ep,nos vedettes,interview,mandorPour toi, c’est important le rôle de l’interprète ?

Oui, quand je joue mes chansons, je laisse la possibilité à l’interprète que je suis de recréer la chanson. C’est un vrai travail de création. J’aime raconter des histoires…Quand j’étais petit, je me souviens avoir beaucoup lu les « Alfred Hitchcock présente ». Tout se dénouait à la derrière ligne. Nous étions embarqués dans quelque chose d’assez plaisant, et à la fin, tout le décor et les couleurs changeaient… l’histoire n’avait plus le même sens. J’adore utiliser cette « recette ».

Je trouve que tu es le juste compromis entre la scène française « undergroud » et la bonne variété.

En Angleterre, c’est beaucoup plus simple. Tout le monde fait de la pop. Pour moi, la pop, c’est de la variété. Les Beatles, c’est de la variété. Je revendique bec et ongles ce terme me concernant. Je veux que l’on dise que je fais de la variété, parce que c’est vraiment ce que je fais. C’est ce que j’aime, ce que j’écoute beaucoup, bref c’est ma culture. Il n’y a pas plus noble comme terme que « variété ». Le mot, lui-même est splendide.

Dans « Tu me fais peur », tu évoques Marine Le Pen. En gros, tu dis que, maintenant qu’elle est devenue « fréquentable », la donne a changé.

Elle a réussi son plan de route. Elle est désormais banalisée. Maintenant qu’elle ne fait plus peur, elle me fait peur. Je ne fais jamais de chansons réellement contestataires, mais quand je fais des chansons politiques ou religieuses, je pose un ou des constats. Mais ce n’est pas mon rôle de dire pour qui voter, ce qu’il faut manger ou je ne sais quoi d’autres.

Dans « Ma petite fille de gauche », tu évoques une altermondialiste de gauche catho.

C’est ce que j’appelle une « ouach ouach » ! Ce ne sont pas des filles méchantes. Si elles sont un peu moralisatrices, elles ont des combats nécessaires. J’ai pensé à quelques filles pour écrire cette chanson. Celles qui écoutent les joueurs de djembé à trois heures du matin et qui boivent du café Malongo, tu vois… Quand c’est à l’adolescence que ça se passe, c’est cool, mais quand c’est à l’âge adulte, j’ai envie de leur dire de se reprendre un peu.

« Reste pas toute seule » raconte l’histoire d’une femme comme il y en a plein, ordinaire, banale, ni jules et son vilain orchestra,ep,nos vedettes,interview,mandortrop laide, ni trop belle.

Cette chanson me vient d’une chanson de Nino Ferrer, « L’inexpressible ».  J’aurais aimé l’écrire. Quand j’étais petit, à l’école, je faisais partie de la bande des mecs cools. J’ai toujours eu de l’empathie pour les garçons ou les filles qui n’arrivaient pas à se fondre dans les groupes parce qu’ils ne s’y sentaient pas bien.

Comment tu réagis si une de tes chansons n’est pas comprise comme tu l’imaginais.

J’adore ça. Il faut se foutre de l’auteur. Je préfère parler en tant qu’interprète qu’en tant qu’auteur-compositeur. L’auteur, une fois qu’il a écrit sa chanson, il doit disparaitre. Les chansons appartiennent aux gens et à l’interprète. Si tu chantes ta chanson en tant qu’auteur-compositeur, tu ne la donnes pas aux gens, tu la gardes pour toi. Je l’ai vérifié 100 fois. .

Parle-nous du Vilain Orchestra.

J’ai une chance inouïe. Je ne suis pas un grand musicien, mais j’ai la chance de jouer avec des musiciens fabuleux. Ils sont aussi ingérables que talentueux. Ils ont une sorte de folie douce qui fait qu’il n’y a aucun concert pareil. À la base, ce ne sont pas des copains, ils ont été mes musiciens pour le disque, ils sont devenus des maillons essentiels à ma carrière actuelle. Ils m’amènent beaucoup artistiquement, mais attention, c’est moi le boss. La preuve, quel nom est écrit en plus gros sur la pochette ?

Je te laisse le mot de la fin.

La musique est hyper importante. Pour moi, c’est un des trucs les plus importants au monde. On se rencontre, on s’embrasse, on baise sur de la musique… il n’y a rien de grave dans la musique. Le verbe de notre métier c’est jouer, il ne faut jamais l’oublier. Jouer en s’amusant. C’est ce que je fais.

Contact : Danièle MOLKO – 06 11 38 30 57 – dmolko@abacaba.net

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Le 24 novembre 2016, Jules et son Vilain Orchestra a reçu le Prix Charles Cros Révélation Scène 2016 (ex-aequo avec Barbara Weldens).

30 novembre 2016

Laurent Kebous : interview pour le premier album du groupe Télégram

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Vous connaissez certainement Les Hurlements d'Léo, le groupe de Laurent Kebous (déjà mandorisé là il y a un an). Télégram est son nouveau projet. Une nouvelle aventure  pour cet artiste qui tourne depuis vingt ans déjà.  Il est accompagné de sa femme Chloé Legrand à la guitare électrique, de Julien Perugini à la contrebasse et aux stomps, de Vincent Serrano aux instruments du monde (oud, kora, saxophone, clavier…).

« Télégram est un jeune groupe sur le fil de l’émotion -stop- qu’elle vienne de l’énergie d’une résistance –stop- de la beauté du sentiment –stop- de la douceur d’une mélodie. Un petit monde ouvert sur le grand –stop- à savourer non-stop. »

Le 18 octobre, c’est un Laurent Kebous essoufflé par la vie parisienne qui m’attend dans un bar pour me parler de ce beau projet.

e9c1cf_1efe157ac0044be6bc98c1e240633b5f.jpgBiographie officielle :

Voix, textes, poésie crue et lucide, c’est ce qu’offre TÉLÉGRAM. TÉLÉGRAM, c’est aussi une rencontre, celle d’une bande de musiciens, tous passionnés, tous différents, aux expériences musicales passées multiples, qui s’accordent pour vous offrir une nouvelle rencontre musicale au fil d’arrangements à la fois dépouillés et sincères, où les climats différents s’enchainent, se heurtent et se rencontrent. Ce mélange est rythmé par les instruments aussi multiples que les atmosphères qu’ils créent, guitare folk, violon, oud, Steel guitare, guitare électrique, contrebasse, stomp, et bien sûr voix donnent aux mots de TÉLÉGRAM une musicalité toute particulière qui charme celui qui l’écoute comme un serpent… Mais rien à craindre, ce charmeur, composé de Laurent Kebous des « Hurlements d’Léo », de son comparse Vincent Serrano, lui aussi « Hurlements d’Léo », Chloé Legrand de « La Cafetera Roja » et Julien Perrugini de « Damage Case », vous veut du bien et vous emmène au fil de ses mélodies nouvelles et inconnues, mais aussi au fil de chansons plus connues qu’ils sauront vous faire redécouvrir comme celles de Mano Solo, de Léonard Cohen ou même de Serge Gainsbourg. Et nul doute que ce « TÉLÉGRAM sera la plus beau de tous les télégrammes que vous recevrez jamais. »

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IMG_1619.JPGInterview :

Tu aimes beaucoup les projets parallèles dis donc !

J’aime beaucoup les projets. Ils ne sont pas parallèles. Sur cet album de Télégram, je me retrouve avec des gens que j’ai croisés lors de mon hommage à Mano Solo. Sans cet album, je ne sais pas si Télégram existerait.

Comment est né Télégram ?

Je donne un concert des Hurlements d’Léo le 12 décembre 2012, donc le 12.12.12. Au lieu de la fin du monde, c’est plutôt la naissance d’une histoire entre un homme et une femme, c’est-à-dire, Chloé Legrand, qui joue dans un groupe domicilié à Barcelone qui s’appelle La Cafetera Roja et moi, Laurent. La Cafetera Roja et les Hurlements d’Léo jouent dans cette ville sur la même scène… et nous tombons amoureux.

Ensuite, Chloé vient habiter en France avec toi, à côté de Bordeaux.

Oui. Et on fait de la musique chez nous. On voulait faire des morceaux folks qui tiennent debout en guitare voix. On commence à avoir quelques chansons et on se dit que ce serait bien si on en faisait quelque chose, donc on les enregistre. J’ai demandé à mes copains de route, Vincent Serrano qui est multi-instrumentiste et Julien Perrugini qui est contrebassiste, de venir nous rejoindre. Télégram commence à voir le jour. On va en studio, on enregistre les morceaux. Je veux faire un duo avec Arno Future, le chanteur des Sales Majestés. Il vient donc avec plaisir et il repart avec les morceaux chez lui. Il fait écouter ça à un directeur d’une maison de disque. Il trouve le projet intéressant donc on se met en relation. Il accepte de sortir notre album. Je parle de ça à mon tourneur et il accepte de me monter une tournée. Les choses se sont faites en un an et demi, c’est donc un projet tout neuf. On a l’impression de recommencer comme au début. On joue dans des clubs, on fait des premières parties. Tout cela s’est fait par enchantement.

"Houmama", avec la participation d'Aurélia CAMPIONE de La Cafetera Roja (voix féminine)

Tu es en tournée avec ta petite amie. C’est bien ?14089234_1165769876827543_8734552721315777193_n.jpg

Ouais (rires). C’est très bien. Ce sont des heureux hasards qui ont fait boule de neige, du coup, on se retrouve à être en tournée aujourd’hui pour un long moment.

Musicalement, ça n’a rien à voir avec ce que tu fais avec Les Hurlements d’Léo.

Pour résumé, c’est un mix de chansons et de musiques du monde. Mais évidemment, ce n’est pas aussi simple que cela.

Il y a des chansons comme « Tainted Love »… j’ai l’impression que vous vous êtes bien amusés à faire ce disque.

Nous nous sommes poilés. C’est super important d’avoir cette soupape-là.

Il y a moins de chansons engagées dans ce groupe, non ?

C’est effectivement beaucoup plus imagé. Mais par exemple « Houmama » est une critique sur la société de consommation dans laquelle on est. Je fais plus attention aux mots que j’utilise pour noyer le poisson. J’ai envie d’avoir une écriture un peu plus poétique et littéraire. « Moins qu’un chien » évoque l’exil, la traversée des frontières, l’accueil sordide qu’on réserve à ceux qui fuient leur pays. On ne peut pas dire que ce soit une chanson légère, même si on peut l’écouter ce cette manière.

"Moins qu'un chien".

Tu chantes aussi en anglais dans ce disque. De ta part, j’ai trouvé ça surprenant.

J’estime avoir correctement servi et défendu la chanson française, je m’autorise des incursions dans cette autre langue. Et puis tu sais, j’ai commencé à chanter en reprenant des standards de Dr Feelgood. Je n’avais pas le bon accent, mais ça n’avait pas d’importance.

Le public qui vient voir Télégram, c’est un peu le public qui te connait, toi et Les Hurlements d’Léo, non ?

Il y a un peu de ça. Comme nous ne sommes pas dans une major avec un budget de plusieurs millions de dollars, ça ne nous dérange pas que les gens sachent qu’il y a derrière ce groupe des artistes qui tournent depuis longtemps. Mais la musique de Télégram, du blues un peu rythmé, est assez loin de ce que l’on peut faire dans nos groupes respectifs.

Ça fait du bien de se diversifier ?

Ça fait du bien de ne pas être identifié qu’à un seul projet. Toi, je sais que tu fais plein de choses, j’imagine que tu n’aimerais pas être catalogué juste « chroniqueur » pour tes magazines… On a tous pleins d’activités qui nous permettent de nous servir de l’art et de la culture pour pouvoir dire des choses et c’est bien comme ça.

Clip officiel de "L'amour à vif".

Tu partages en permanence et tu es toujours à l’origine de multiples projets. Il y a une raison précise à cela ?

J’apprécie beaucoup ça parce que, longtemps, je n’ai pas su comment me placer. Je propose des choses, des gens suivent, d’autres pas. Ceux qui suivent ne sont pas des « suiveurs » au sens péjoratif du terme, ils participent à quelque chose.

Est-ce qu’il t’arrive d’être découragé par ce métier ?

Parfois oui. Je me considère plutôt comme un artisan que comme un artiste, parce qu’il y a un amour du travail bien fait. Mais quand je vois comment on considère les intermittents du spectacle, je suis outré. Nous ne sommes pas des cancrelats. Je suis déçu de la tournure que prennent les choses. J’ai l’impression que nous sommes dans une idiocratie où on tire tout vers le bas. Les artistes qui vont rester, je ne sais pas si ce seront les meilleurs pour notre intellect.

J’imagine que tu apprécies une chanson comme « Belinda » de Claude François reprise par M Pokora.

Claude François était un chanteur de variété très honorable, tout comme Joe Dassin. N’importe qui ne peut pas reprendre n’importe quoi. « Belinda » dans la bouche d’M Pokora, c’est un peu fadasse. Ce que l’on nous vend et ce que l’on nous oblige à écouter, ce n’est pas de la culture de terrain, c’est un peu le carnaval.

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(Photo : Sud Ouest)

Ça doit te faire du bien de savoir que tu es reconnu par tes pairs.

C’est toujours agréable de rencontrer des gens que tu as apprécié, comme Miossec, et de bien s’entendre avec eux. C’est bon de sentir que l’on fait partie de la même famille d’artiste. J’ai passé une semaine à Astaffort avec Jean Fauque, l’un des paroliers de Bashung. Je me suis retrouvé à gratter avec lui. En ce moment, nous sommes en train de co-écrire deux chansons. Je vais te dire un truc. Mon rêve actuel serait d’arriver à écrire des chansons pour d’autres et être moins sur la route.

D’ailleurs, j’ai l’impression que tu passes ta vie sur la route.

Oui, mais j’ai trouvé un équilibre ainsi. Le temps que j’ai pour moi, je le consacre à mes filles de  7 et 10 ans. Du dimanche au jeudi, je suis avec elles, sinon, je suis sur la route. Elles ont toujours été habituées comme ça et je crois même qu’elles ne souhaitent pas que cela change.

Tu as une volonté de laisser une trace derrière toi ?

La trace, je l’ai déjà laissé. J’ai sorti 20 disques.

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Laurent Kebous aux Rencontres d'Astaffort en 2016 avec les autres élèves.

Aux Rencontres d’Astaffort, qu’es-tu allé faire ?

D’abord, je tiens à préciser que j’y suis allé comme stagiaire, pas comme intervenant. Tous les jours, un artiste, même un artiste qui a fait 20 disques, doit se remettre en question. Il doit surprendre et aller là où on ne l’attend pas. Je suis donc allé à la rencontre des jeunes artistes que je ne connaissais absolument pas et qui ne me connaissais pas non plus. J’aurais été con de me priver de cet enrichissement. J’ai par exemple rencontré un auteur fabuleux qui s’appelle Sancho, du coup, on écrit des chansons ensemble en ce moment pour le prochain album des Hurlements d’Léo qui sortira pour nos 20 ans d’existence en janvier 2018. Moi aussi, j’ai besoin de renouveler ce que je dis et la façon dont je le dis.

C’est intéressant cette lucidité de te dire que tu as besoin d’aide.

Ça ne m’a jamais dérangé de tendre la main à quelqu’un pour qu’il la prenne et qu’on avance ensemble.

Pourquoi un artiste est fragile ?

Parce qu’il se met en danger. C’est dangereux de se montrer sur scène, d’avoir des succès, de ne pas en avoir, c’est dangereux d’avoir des déceptions, des échecs, c’est dangereux de recevoir autant d’amour d’un coup, c’est dangereux aussi d’en recevoir beaucoup moins. Ce yoyo permanent peut déstabiliser un homme.

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Le 18 octobre 2016, après l'interview.

29 novembre 2016

K! : interview pour le Fantastik Show

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(Photo : Alain Fretet).

J’ai connu K ! au Pic d’Or en 2014. Elle y a remporté le Pic d’Argent. Depuis, je la suis et vais la voir sur scène régulièrement. Elle y est seule avec son clavier et son ordinateur. Seule ? Non, pas tout à fait. Dans son jardin extraordinaire on y trouve… Non, je préfère me taire. Enfin, au moins un monde envoûtant… à la fois onirique, mystérieux, étrange, parfois déroutant et inquiétant, mais toujours doux et poétique.

Dans le Fantastik Show de K!, les « freaks », c’est chic.

Le 18 novembre dernier, la dame est venue à l’agence répondre à mes questions (et m’assassiner à la fin de l’entretien.) (Et ça, c’est pas chic)

karina duhamel,k!,interview,fantastik show,mandorBiographie officielle :

Autodidacte, Karina s'entoure de claviers, tablettes et ordinateur encastrés dans un décor baroque pour donner corps à son univers délirant et décalé. Depuis 2012 le projet a plusieurs fois évolué. Initialement accompagnée d'un guitariste, puis d'un pianiste, elle est aujourd'hui seule sur scène au milieu des machines. Dans la chanson française contemporaine, K ! propose un univers et un son nouveau mâtiné de pop synthétique.

Sa voix puissante, sait, au service de l’interprétation se faire murmure et nous bercer. Son imagination n’a pas de frontières. Sa parole est farouchement authentique surtout s’il s’agit de braver ses propres démons que sont ses émotions de femme. Assurément comédienne, elle prend à bras le corps la scène, comme elle empoigne l’amour pour le tordre, le distordre et lui faire rendre l’âme.

Après quatre années d'existence ponctuées de récompenses et de reconnaissances professionnelles, elle offre aujourd'hui un show « seule en scène ». Un univers singulier peuplé de personnages étranges et fantastiques. Petite cousine inavouée de Tim Burton, maniant un humour - "nonsense" - à la Terry Gilliam, K ! nous invite dans les limbes d'un conte musical pour enfant punk avec le plaisir d'emmener le public au milieu du pays des rêves. A moins qu'il ne s'agisse de celui des cauchemars. Fantastik !

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(Photo : Thomas Bader)

karina duhamel,k!,interview,fantastik show,mandorInterview :

A la base, c’était mal parti pour que tu te lances dans la musique, non ?

Disons que la musique n’était pas un métier pour des gens comme nous. J’habitais à la campagne, mes parents étaient ouvriers. Pour eux, ce domaine appartenait à une intelligentsia qui ne venait pas du fin fond de la Sarthe. Pour eux, devenir musicien était de l’ordre de l’utopie.

Mais, tu as eu envie très tôt de faire de la musique.

Oui, mais on m’avait tellement gavé le crâne que je n’y arriverais pas que je n’y croyais pas vraiment. Du coup, c’est arrivé presque par hasard.

Comment est-ce arrivé alors ?

Il y a 20 ans, j’étais bibliothécaire dans un collège. Mon mari d’alors était tatoueur. Il a tatoué un type qui était musicien. Ce dernier lui dit qu’il a concert dans trois semaines et que le chanteur l’a lâché. Mon ex-mari lui parle de moi et je suis prise à l’essai. Je fais le concert et c’est une catastrophe. On faisait des reprises de morceaux rock. Le bassiste me dit que le groupe de bal dans lequel il joue cherche une chanteuse. Je passe les sélections et je suis prise. En trois mois, je deviens chanteuse professionnelle.

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(Photo : Annie Claire Hilga)

De fil en aiguille, tu chantes dans les bals pendant 15 ans.

C’est une sacrée bonne école, mais il faut en sortir à un moment parce que sinon on est absorbé par ceux que l’on interprète. On devient vite une sous Céline Dion ou une sous qui tu veux.

Et les concerts sont très longs.

Oui, on chante pendant 7 heures. Avec trois ou quatre  heures de montage et autant de démontage.

Ce que je vois sur scène de toi aujourd’hui est expliqué par ce que tu me racontes. Tu as une étendue vocale extraordinaire.

Dans les bals, on est obligé de bosser toutes les tonalités, ça forge les cordes vocales.

On est tenté d’imiter ceux que l’on chante ?

On est plus que tenté. C’est un jeu.

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(Photo : David Didier)

Finalement, tu as réussi à te sortir des bals ?

Parce que j’étais trop rock’n’roll, trop anticonformiste. J’avais des groupes à côté, j’écrivais des textes en anglais. Je préférais aller chanter dans les caves pour 20 personnes bourrées que faire du bal. J’ai commencé à m’absenter, j’ai changé d’orchestre…

Petit à petit, tu t’es éloignée de ça.

Oui, jusqu’à la cassure. Je commençais à comprendre que j’étais en train de me pervertir. Je ne vivais plus pour la musique, mais je faisais de la musique pour vivre.

Que se passe-t-il quand tu arrêtes les bals réellement ?

Je me dis que je vais travailler dans autre chose et que la musique deviendra juste un plaisir.

Ça ne s’est pas passé du tout ainsi.

A l’époque je travaillais avec un guitariste, Elie Gaulin. On a des chansons un peu pop avec des textes en Français. Lui compose. C’est con, mais à la mort de mon père, je prends conscience qu’on va tous mourir un jour. Je ne peux plus attendre. Il y a 7 ans, je monte donc à Paris pour tenter le tout pour le tout. J’ai des entrées dans un studio, je trouve des dates, mais finalement, Elie ne souhaite pas me rejoindre à Paris. Il arrête. Je me retrouve seule dans la capitale. J’habite sur un petit bateau, il n’y a pas d’eau chaude, peu d’électricité, j’ai laissé mes enfants en région centre... Je me dis que j’ai fait tout ça pour rien et c’est la catastrophe.

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(Photo : Alex Monville).

Et que se passe-t-il ?

Un jour, quelqu’un toque sur ma coque de bateau. Je vois un jeune homme qui s’est trompé de quai. En fait, c’est le destin qui frappe ma porte. Je lui raconte mon histoire et, quelques jours plus tard,  je me réveille et j’ai un piano sur le bateau avec un petit mot qui explique que maintenant je n’ai plus le choix. Cet homme va devenir mon mari.

Belle preuve d’amour, en effet. Mais tu savais jouer du piano ?

Non. Je m’enferme et j’apprends. Les premières mélodies et les premières chansons arrivent. En même temps, je continue à faire la serveuse pour gagner ma vie à Montreuil. Là, je rencontre Freddy Cats, un homme qui organise des soirées dans les lofts. Il me propose de chanter. Je n’avais que quatre chansons, mais il m’a permis de les interpréter. Ce soir-là, il y a le frère de Sophie Bellet, Xavier. Sophie travaille au Studio des Variétés et elle est, à l’époque, manageuse de Bertrand Belin. Après l’avoir supplié 15 fois de venir à un concert, elle finit par obtempérer. Là, ça s’enchaîne hyper vite. Je rentre aux studios de Variétés, je fais des formations, je rencontre plein de gens… ça bouge rapidement et des portes s’ouvrent… qui  en ouvrent d’autres.

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(Photo : Annie-Claire Hilga)

Un jour, tu joues dans un endroit improbable : un café Turc.

Oui, et le mec qui me fait le son s’appelle Jérémie Kokot. Il tombe amoureux du projet et on décide de bosser ensemble. Il y a 6 ans, c’est ainsi que naît K ! C’était un duo. Jérémie m‘a emmené vers la musique assistée par ordinateur. Moi, j’avais envie de ça depuis longtemps, mais je n’avais jamais osé franchir le pas.

Ce duo était proche de ce que tu fais aujourd’hui ?

Oui. L’univers était déjà complètement barré. Je n’étais pas encore satisfaite. Ça n’allait pas jusqu’où je voulais aller. J’ai passé deux ans avec Jérémie. J’ai appris plein de choses. J’étais un peu le moteur de ce projet, parfois ça le gavait. Il est ingénieur du son confirmé et aime son travail. Il sent que ça va se bousculer au portillon et qu’il ne pourra plus faire son boulot et le projet comme il le souhaite, donc, en 2014, on décide d’arrêter de bosser ensemble.

Là, tu comprends qu’il faut que tu te prennes en main.

Oui. Ça tombe bien. Je pars seule en tournée avec le Mégaphone Tour, cela me permet de roder la formule en solo.

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(Photo : David Didier)

Ton projet K ! existe depuis plus de deux ans.

C’est un cabaret electro un peu chaotique. Les gens ne sont pas habitués à voir le cabaret sous un format « chansons ». C’est pour ça qu’il ne s’impose pas facilement.

Moi, dès que je t’ai vu la première fois, je suis tombé raide dingue de ta performance. C’était en 2014 au Pic d’Or. Tu as remporté le Pic d’Argent. Je t’ai revu l’année suivante au Prix Georges Moustaki. C’est un passage obligé les tremplins ?

C’est une très belle vitrine, mais il faut choisir ses tremplins. Des gens qui s’occupent de tremplins comme le Mégaphone Tour, le Pic d’Or ou le Prix Georges Moustaki, ce sont plus que des professionnels, ce sont des partenaires. Des gens bienveillants, des gens qui passent beaucoup de temps, de manière gratuite, à soutenir la chanson. Ces tremplins-là n’ont pas la même démarche que Ricard ou Emergenza.

Présente nous le Fantastik Show, ton conte musical pour enfant punk,  que tu présentes sur la Scène du Canal jusqu’en décembre.

Il y a de la magie, des effets spéciaux, de la rêverie, de la poésie. Les chansons que j’interprète ont été écrites sur trois ans, donc elles font partie de mon parcours de vie.

Cela ne t’a pas échappé que l’on compare ton univers à celui de Tim Burton.

J’ai un souvenir mémorable d’Edward aux mains d’argent. C’est la première fois que je voyais un mec faire des films d’horreur pour les mômes. Mais, déjà toute petite, cet univers m’intéressait. J’avais un imaginaire incroyable qui touchait autant à l’enfance qu’à l’adulte.

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(Pendant l'interview).

On ne lâche jamais tous les monstres qu’on a dans notre tête quand on est petit, n'est-ce pas?

On apprend en grandissant que ceux que l’on va rencontrer seront largement pires que ceux dont on avait peur et qui étaient censés être planqués dans nos placards. Cela dit, aujourd’hui encore, quand je m’endors la nuit, s’il y a une chaise avec un manteau, je peux le transformer en vieux monsieur qui essaie de s’accrocher à mon lit.

Et plus généralement, l’imaginaire est-il en danger ?

Je le pense vraiment. Les enfants grandissent trop vite. On ne leur laisse plus le temps d’être des enfants. On est dans une société qui est remplie de désillusions. Quand il n’y a plus d’illusion, il n’y a plus de magie.

Un album arrive au printemps 2017 et tu le feras en indé. Tu es fière d’être indépendante ?

Oui, vraiment beaucoup même. Ce n’est pas facile de l’être, mais c’est une belle famille. Il faut vraiment que les artistes indépendants soient fiers de l’être. Il faut qu’on arrête de pleurer parce qu’on n’a pas de papiers dans Libé ou Télérama. Il faut que nous soyons fiers d’être dans FrancoFans, Hexagone ou chez Mandor. On doit tous se soutenir dans cette famille.

Ce métier t’aide à fuir la réalité ou c’est l’envie que les gens fuient la réalité à travers toi.

J’espère que c’est la dernière partie de ta phrase. Un jour, quelqu’un du métier qui est très importante pour moi m’a demandé pourquoi je voulais faire ce métier. Après une nuit de réflexion, j’ai enfin trouvé la réponse : je veux faire ce métier pour émerveiller les gens.

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A l'issue de l'interview, un indice (discret) me montre que K! était moyennement contente des questions posées...

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