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29 décembre 2012

Céline Righi: interview pour la sortie de l'EP d'Odonata

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céline righi,odonata,interview,scotch et sofa,mandorParfois, on écoute un disque pour sa musique ou pour la voix de l’interprète. En ce qui me concerne, c’est surtout pour les textes. J’ai découvert Céline Righi en écoutant l’album de Scotch et Sofa (mandorisés ici). Outre la voix de Chloé et la musique de Romain, j'ai été touché et impressionné par les textes que j’entendais. Ils ne se contentaient pas d’avoir une sacrée musicalité ou sonner comme des instruments, il y avait du sens. Et du sens qui me parlait profondément. C’est ainsi que j’ai découvert le travail de Céline Righi, puisque c’est elle l’auteure de toutes ces chansons.

Quand j’ai su qu’elle se lançait elle-même dans la bataille (parce qu’aujourd’hui, monter un groupe et tenter d’exister, c’est une bataille), j’ai voulu en savoir plus, écouter son travail en tant que chanteuse. Elle m’a fait parvenir le premier EP d’Odonata. Là, aussi, gros coup de cœur pour l’ensemble du projet. Et toujours les textes de Céline qui me collent à la peau.

Le  19 décembre dernier, la jeune femme (venue de Strasbourg, quand même) s’est assise sur le nouveau canapé de l’agence pour une interview en bonne et due forme mandorienne.

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Le groupe Odonata :

Un trio sans guitare ni clavier. Chaque chanson se construit à partir de la basse, de la batterie et du chant, en français. La musique d’Odonata est impressionniste, elle parle de multiples langages. Odonata se plaît à faire feu de tous bois et à piocher dans des influences variées et assumées, influences qui sont avant tout l’expression des goûts différents – mais pas incompatibles – des trois « odonates ».

Pour écouter Odonata, c'est là !

céline righi,odonata,interview,scotch et sofa,mandorQui est Céline Righi ?

Chanteuse et parolière du trio, elle prête aussi sa plume à d’autres artistes (Célia Reggiani, Armelle Ita, Nilem), et en particulier au duo Scotch et Sofa dont elle signe tous les titres de l’album Par petits bouts, à l’exception du titre « Visite des recoins », qu'elle co-signe avec Oxmo Puccino (mandorisé là).
L’aspect rythmique et musical de sa plume s’explique par l’amour qu’elle porte à la musique, au moins tout aussi grand que celui qu’elle réserve aux mots. Plus attirée par le côté rythmique que par les harmonies, réceptive aux fréquences ténébreuses, Céline prend des cours de basse pendant cinq ans, avec, entre autres, le bassiste-contrebassiste Arnaud Grosfilley ( Rumbayazz, album « 73 touches » de Hocus Pocus ).
Son engouement pour les notes et pour la langue française réveille en elle aujourd’hui une belle envie, jusqu’alors assoupie mais néanmoins vivace : celle de chanter.

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Interview :

En lisant tes textes de chansons pour les uns et pour les autres, j’ai bien compris que tu étais une amoureuse des mots.

Toute petite, déjà, je lisais beaucoup. Il y avait beaucoup de livres à la maison grâce à mes parents. Ils ont toujours été portés vers la culture en général et la littérature et le cinéma en particulier. Du coup, j’ai appris à lire très tôt. Je crois que je savais lire avant de rentrer en CP. Mes parents se sont aperçus que je lisais grâce à l’émission « Des chiffres et des lettres ». Ensuite, plus tard, en fac de Lettres, je lisais ce que l’on me demandait de lire. J’ai un DEA de Lettres, le seuil du doctorat. Je devais embrayer avec une thèse sur Henri Michaux, mais la vie m’a emmené ailleurs et c’est très bien comme ça. Très vite, j’ai voulu lire dans les marges. Je ne voulais pas rester dans des lectures académiques.

céline righi,odonata,interview,scotch et sofa,mandorQui sont les écrivains « dans les marges » ?

Henri Michaux, par exemple, ou Tristan Egolf. J’ai toujours été attirée par la différence. Par exemple, mon mémoire de DEA, je l’ai fait sur Michaux, mais sur Michaux qui a greffé sa parole poétique sur des paroles d’aliénés. J’ai toujours été fasciné par l’art psychopathologique. Je me suis toujours mise du côté de ceux qui sont en dehors, des parias, des gens qui sont par terre dans la rue… les marginaux. Un thème qui revient souvent dans mes textes, c’est justement, l’incertitude, le fait que tout soit toujours en mouvement, que l’on peut toujours tout remettre en cause et que rien n’est défini.

Quand on est féru de littérature, on se dit que l’on va écrire soi-même. J’ai tendance à penser que la logique voudrait que l’on se dirige vers les romans, et pas forcément vers la chanson.

Sauf que moi, j’ai un baobab dans la main. Je suis incapable d’écrire un roman. Peut-être que je m’adonnerai à cette activité quand je serai plus âgée. Mais pour l’instant, j’écris seulement des fragments, des bouts. Peut-être que ça vient du fait que j’ai adoré faire des puzzles quand j’étais petite. Ça me permet de reconstituer les choses, je ne sais pas. Je n’arrive pas à écrire quelque chose sur le long terme, quelque chose de longue haleine. Je m’épuise à l’avance. Ça me fait penser à ce que disait l’écrivain voyageur, Nicolas Bouvier. Il n’a pas écrit beaucoup de livres dans sa vie, mais il disait que quand il en écrivait un, il avait l’impression de perdre des litres de sang. Ça me fait un peu ça. Quand j’écris, j’ai l’impression de m’arracher des anticorps. Quand j’ai écrit pendant quelques heures d’affilée, c’est bizarre, mais j’ai souvent besoin d’aller m’aérer ou même de prendre un bain.

De te purifier ?

Oui, tu as raison. Il y a presque de ça. C’est paradoxal, parce qu’en fait, ça me fait du bien d’écrire.

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Tu écris des textes très introspectifs. Par exemple, dans le premier titre de ton EP, « De cimes en abîmes ». On va au tréfonds de toi-même.

Ce texte est un clin d’œil à l’enfance. J’explique que je descends en enfance comme on va au charbon. « Creuser son existence comme un mineur de fond… ». La mine, pour moi, c’est une image forte parce que mes deux grands-pères étaient mineurs dans les mines de fer. C’est une image qui m’a marquée, avec toute sa symbolique. Le fait d’aller au fond du trou, dans le noir, dans les recoins sombres, c’est un peu explorer les fibres obscures de l’inconscience.

Dans mon travail d’intervieweur, j’essaie de repérer les failles chez mes interlocuteurs. Repérer et tenter de m’y engouffrer. Si on ne fait pas ça, on ne fait pas grand-chose. Or, toi, tu emploies le mot faille et c’est un de tes thèmes principaux. Ça me plait beaucoup…

Moi, c’est là-dedans que je puise pour créer. Je ne veux pas employer de grands mots, mais il y a presque quelque chose d’alchimique dans la création artistique. C’est transformer le pas beau en beau. Transformer le plomb en or. Baudelaire disait  qu’avec la boue, il faisait de l’or. Je  suis céline righi,odonata,interview,scotch et sofa,mandorquelqu’un d’hyper sensible, donc, plutôt que de pleurer sur le monde qui m’entoure, c’est ma façon à moi de mettre un peu de poésie… dans ce monde de brutes.

Tu cites, Baudelaire, je saute sur l’occasion pour parler de « Ô douleur ». 

Pour ce texte, les puristes vont certainement crier au sacrilège. J’ai repris certains vers de « L’ennemi » de Baudelaire, un poème qui m’a toujours touché, mais j’ai écrit mes propres couplets. Il y a une fusion entre le texte de Baudelaire et le mien. Je prends ça au premier degré, presque comme un exercice de style, voire un hommage à ce poète que j’adore vraiment. L’ennemi intérieur est un thème qui me parle. J’en parle aussi dans d’autres chansons, mais autrement.

Évoquons « À l’ouest »... un texte qui me touche aussi beaucoup.

J’ai un sens déplorable de l’orientation, mais c’est dû au fait que je suis très tournée vers l’intérieur. Au point que je peux arriver chez mes parents et dire : « Oh ! Il est chouette le nouveau tableau que vous avez  accroché au mur. » Et  ma mère de me répondre que ça fait 15 ans qu’il est là. C’est à ce point-là. Je ne suis pas observatrice du dehors, mais plutôt du dedans.

Tu n’arrives pas à te trouver où tu aimes te perdre ?

J’ai envie de répondre par une phrase de chanson que j’ai écrite pour Scotch et Sofa, « Visite des recoins ». « Je vais dans tous les sens, mais je ne m’égare pas. » Je cherche, ça c’est sûr, mais je ne m’égare pas. Plus j’avance dans la vie, plus j’ai l’impression de me rapprocher de moi-même, que tout ce précise et que tout fait sens.

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C’est en écrivant des textes de chansons que tu te trouves ?

Je me sens de plus en plus en paix et en adéquation avec moi-même. Au départ, je n’avais pas conscientisé cela, je ne savais pas que j’écrivais pour cette raison-là. Quand on me demandait pourquoi tu écris, je répondais souvent : « j’écris parce que je ne peux pas ne pas écrire ». Ça fait partie de moi. C’est vraiment imprimé dans chacune de mes cellules. L’écriture a pour moi des vertus apaisantes et ça me permet de découvrir et de soulever d’autres voiles. Je m’aperçois que cette instabilité qui apparaît dans mes textes, elle est mienne aussi. On peut toujours tout remettre en question. Michaux disait : même si c’est vrai, c’est faux.

Sais-tu facilement quand tu as terminé un texte ?

Oui. Je sens quand un texte est fini parce qu’à un moment donné, ça me transperce. Mais je suis d’une exigence avec les mots qui peut être pénible parfois pour les gens qui m’entourent. Quand j’écris des chansons, je fais comme Flaubert. Je dis les textes à voix haute et je sens quand ça raccroche.Ca me fait comme si j’entendais une fausse note. Ça dérange mon oreille, donc je recommence. J’ai un côté très perfectionniste et pointilleux. Je déteste l’approximatif. Ça peut me prendre du temps. Et à un moment donné,  j’ai cette espèce de sentiment d’évidence.

céline righi,odonata,interview,scotch et sofa,mandorPour Scotch et Sofa par exemple, ce que chante Chloé Monin, ce sont des histoires qui te racontent ?

Un peu oui. En tout cas, elles sont le reflet de ma réalité, parce que ces textes existaient avant que je rencontre le duo. Les textes ont parlé à Chloé et Romain et la musique de Scotch et Sofa a été tissée sur les textes. Ce qui est amusant, c’est que Chloé est encore plus en accord avec les textes aujourd’hui qu’au début, il y a 8 ans.

Tu écris tout le temps ?

Oui, je suis graphomane.

Tu me disais en off que les livres sont tes voyages…

Je ne suis pas quelqu’un qui voyage beaucoup. Je n’ai pas besoin de me déplacer physiquement pour me nourrir. J’ai un tout petit terrain de jeu. Je suis bien dans mon antre. Ce qui me nourrit ce sont les œuvres d’art de manière générale. Les livres, les tableaux, les sculptures, ça peut me faire voyager pendant des heures.

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Parlons de ton groupe Odonata. Tu t’es dit un jour : « Tiens, si je chantais moi-même mes propres chansons ? »

Le chemin de « j’écris, je mets des mots sur une feuille blanche » à « je chante mes mots » a été long. Mais de manière générale, je suis quelqu’un qui a un développement assez lent. Il faut que les choses infusent avant que j’en prenne conscience. Ce sont des rencontres importantes dans ma vie qui m’ont ouvert les yeux sur certaines choses. Au départ, je voulais être musicienne. Je me suis mise à la basse tard. Mais dans les mots, j’ai détecté la musicalité.  

Tu n’as jamais imaginé que tu pourrais toi-même chanter ?

Non, parce que je ne connaissais pas ma voix et parce que j’étais tournée vers l’écriture de manière très forte... La première rencontre qui m’a donné confiance musicalement, c’est le bassiste Marcello Guiliani (le bassiste d’Érik Truffaz). Il m’a offert une basse et m’a incité à en jouer. Ça a été un élément déclencheur. J’ai commencé à prendre des cours de basse, ensuite, j’ai joué dans des groupes avec cet instrument à Rouen. Déjà, je me suis dit que j’avais envie d’être sur scène. Ensuite, j’ai rencontré une personne qui est très importante pour moi et qui est bassiste aussi, c’est Christophe Piquet, le bassiste d’Odonata. Il m’entendait chanter mes textes et du coup, il m’a demandé pourquoi je ne le faisais pas officiellement. Timidement, j’ai commencé à me mettre devant un micro. Au départ, je susurrais plus que je ne chantais. De fil en aiguille, j’ai rencontré d’autres personnes, dont mon professeur de chant actuel, Hervé Andrione, qui a réussi à faire sauter plein de verrous. Je veux encore travailler et me perfectionner dans cette voie-là. Aujourd’hui, j’ai juste envie d’être sur scène et de chanter.

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Avec Odonata, tu n’as pas encore fait de scène ?

Non, pas encore. Ça me manque d’ailleurs beaucoup. (En souriant). Bon, je suis sur scène un petit peu tous les jours, devant mes élèves. Je suis professeur de français.

Je comprends. Il faut maîtriser le public.

Voilà, c’est ça. Le fait d’être face à un groupe c’est quelque chose que je connais bien depuis 12 ans.

Dans Odonata, vous êtes trois. Christophe Piquet à la basse et à la basse piccolo, Jérémy Steibel, à la batterie et aux percussions et toi aux textes et à la voix.

Christophe et Jérémy sont amis depuis longtemps, puisqu’ils faisaient partie du même groupe, Question d’humeur, il y a quelques années. Ils ont arrêté le groupe qui pourtant commençait à cartonner. Bref, ils sont de nouveau ensemble pour ce projet.

céline righi,odonata,interview,scotch et sofa,mandorLa question que je ne pose jamais habituellement, mais là, je suis un peu obligé de le faire parce que ça explique votre musique. Pourquoi Odonata ?

Les odonates, c’est le terme générique qui regroupe toute la famille des libellules et des demoiselles. J’aimais bien ce nom parce qu’il est beau et prononçable dans plein de langues différentes. Il y a une petite consonance latine que j’aime bien. Je trouve que la libellule est un insecte fascinant. Avant de se transformer en belle danseuse aérienne, c’est une larve hideuse et carnivore. Il faut beaucoup de mues de sa part pour pouvoir se transformer et ça me ressemble parfaitement. Ce qui m'intéresse aussi, ce sont les facettes qu’il y a sur les yeux de la libellule, elles sont kaléidoscopiques. Ca ressemble à notre musique parce que Jérémy, Christophe et moi, on ne vient pas du tout des mêmes univers musicaux, mais nous trois mis ensemble, ça donne ce résultat un peu composite.

Du coup, qualifier votre musique est impossible.

Je n’y parviens pas en tout cas. Peut-être rock electro. Il y a aussi un peu de jazz et les lignes de basse sont très inspirées par le funk. Il y a des influences pop et des envolées très lyriques…

Avec cet EP, qu’attendez-vous ?

Que la libellule aille s’envoler partout. Cet EP n’est pas destiné à la vente. C’est plus pour promouvoir le groupe, faire découvrir notre univers. Comme c’est la période des vœux, notre souhait est d’avoir des dates de concerts.

Tu es confiante en l’avenir ?

J’ai des moments de doutes où je tombe dans des gouffres d’incertitude pas possible, mais la trame de fond, elle, elle est constante. Je le sens depuis le début. Pour moi tout a un sens et les choses n’arrivent pas vraiment par hasard. Je sais qu’un jour je vais monter sur une scène et je que serai très heureuse. J’ai juste envie d’aller chanter et de partager avec Christophe et Jérémy et le public…

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Sachez enfin que, désormais, vous pourrez retrouver Céline Righi sur le blog littéraire L'anagnoste (avec Eric Bonnargent, Marc Villemain et Romain Verger).

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27 décembre 2012

Myriam Thibault et Kevin Juliat : interview croisée pour Plagiat

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Ca faisait un moment que je voulais réunir ces deux amis, Myriam Thibault, 19 ans et Kevin Juliat, 23 ans. L’une est auteure de deux romans et d’un recueil de nouvelles, l’autre travaille dans l’édition. Leur point commun : réussir dans le milieu de l’édition et travailler assidument pour.

L’excuse (parce qu’il en faut une) pour organiser cette rencontre est la sortie du deuxième roman de Myriam Thibault, Plagiat. Le 14 décembre dernier, Myriam (déjà mandorisée là) et Kevin sont passés à l’agence.

myriam thibault,kevin juliat,plagiat,interview,prix raymond radiguet4e de couverture :

Formant avec sa femme un couple bourgeois empêtré dans la routine, le narrateur de Plagiat, acteur et écrivain sûr de lui quoique légèrement désabusé, ne voit pas la catastrophe arriver  : par une sorte de paresse affective, il se laisse surprendre par le départ soudain de sa femme. Désormais seul dans leur maison, il commence à fouiller dans de vieux papiers et découvre la correspondance qu’ils avaient échangée au début de leur relation. Lui qui pensait n’avoir aucune inspiration pour son nouveau livre se décide alors à raconter leur histoire à partir de ces lettres. Mais lorsque le livre paraîtra, et connaîtra le succès, ce geste vengeur se retournera contre lui.
Amplifiant ce qu’elle avait ébauché avec ses deux premiers livres, Myriam Thibault pose la question de l’authenticité des sentiments à travers la figure d’un homme qui, en cherchant à tout prix la gloire, précipite sa propre chute.

myriam thibault,kevin juliat,plagiat,interview,prix raymond radiguetInterview :

Je vous ai réuni parce que je sais que vous vous connaissez et qu’il y a une solide amitié entre vous. Comment est-elle née ?

Kevin : Nous avions chacun un blog littéraire respectif. Quand Myriam est arrivée à Paris, nous nous sommes vus rapidement.

Vous avez quasiment le même parcours. Vous venez de province et vous êtes venus à Paris pour réussir dans le milieu littéraire, et ce, de manière parfaitement assumée. Myriam comme écrivain et Kevin comme, je n’ai pas encore tout à fait compris… mais en tout cas pour travailler dans le milieu de l’édition. Bref, vous vous êtes reconnus.

Kevin : Sauf que Myriam est beaucoup plus précoce que moi.

Myriam : Non, c’est juste que nous ne faisons pas la même chose. Au final, ça revient au même. Toi tu es dans l’édition, moi dans l’écriture.

Vous vous connaissez depuis combien de temps ?

Myriam : Depuis 3 ans… finalement depuis la sortie de mon premier livre.

Donc, quand tu es arrivée à Paris, Myriam, c’était rassurant d’avoir un ami comme Kevin ?

Myriam : Oui. C’est d’ailleurs un des rares que je connais dans le milieu qui a mon âge. Il y a peu de jeunes d’une vingtaine d’années aussi motivés que nous.

Myriam, qu’apprécies-tu chez Kevin ?

Myriam : Plein de choses. Il est super impliqué dans ce qu’il fait. Il sait ce qu’il veut faire. Nous avons à peu près les mêmes attentes et les mêmes envies. Pas au millimètre près, mais ça se recoupe.

Moi, je vous aime bien parce que vous êtes tous les deux très sympathiques, vous savez où vous voulez aller et vous vous en donnez les moyens. Vous avez une soif de réussir,  mais sans le côté arriviste qui m’exaspère habituellement.

Kevin : Quand j’explique que je suis venu à Paris pour réussir dans le milieu littéraire, c’est la première crainte que j’ai. Passer pour un arriviste. Toi-même, tu m’appelles Rastignac, ce n’est pas pour rien.

C’est au second degré Kevin.

Kevin : Je reconnais qu’au début, j’ai un peu joué à ça parce que j’ai fait des rencontres dans ce but, mais ça n’a pas été concluant. Certains ont voulu me mener vers des chemins où je ne voulais pas aller. D’autres m’ont dit de faire attention à ce milieu. J’ai écouté leurs conseils et effectivement, je ne dois pas faire n’importe quoi. Quand j’ai signé mon premier contrat dans l’édition, j’ai eu plus confiance en moi et je me suis calmé.

Tu fais quoi actuellement ?

Kevin : Je suis assistant commercial dans l’édition.

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Myriam, toi, tu viens de sortir ton troisième livre, Plagiat, toujours chez Léo Scheer. J’arrive à peine à suivre ton rythme de parution, dis donc !

Myriam : Ma fréquence de publication va peut-être s’amoindrir. Et je suis toujours chez Léo Scheer, parce que je m’entends bien avec lui. Je m’entends aussi très bien avec Angie David, l’éditrice qui s’occupe de moi. Elle a une trentaine d’années et elle comprend parfaitement ce que j’ai envie de faire. Elle me corrige, me conseille, me suggère, mais dans l’ensemble, le texte de base n’est pas trop modifié. Je me sens assez libre et c’est fort plaisant.

Pour ce livre, tu t’es inspirée de ce que tu vois dans le milieu?

Myriam : Le personnage principal est inspiré de Patrick Poivre d’Arvor. Ce n’est pas lui complètement, mais le fond est inspiré de lui.

Le plagiat, en 2012, c’est quand même pas mal jouer avec le feu.

Myriam : Oui, c’est complètement dingue de s’adonner à ça. Cela étant, je me suis moi-même un peu amusée. J’ai mis en exergue de mon livre une phrase de Jean-Jacques Schuhl. J’ai placé la même citation à la fin, mais sans le citer. Personne ne m’en a fait la remarque. Je ne sais pas si les gens l’ont remarqué. J’ai fait du plagiat pour m’amuser et je joue avec ça.

En tout cas, c’est un sujet intéressant le plagiat.

Myriam : Oui. L’année dernière, j’ai l’impression que l’on a parlé que de ça. Il y a eu les « affaires »  Rama Yade, PPDA avec Hemingway, Joseph Macé-Scaron…

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Dans Plagiat, on sent, une fois encore, que les coulisses de ce monde-là te passionnent. J’ai l’impression que tu ne peux écrire que sur ce sujet.

Myriam : Oui, c’est vrai. Je pense que je ne pourrais pas consacrer du temps et de l’énergie à un sujet qui ne me passionnerait pas. Pour écrire ce livre, j’ai lu tous les comptes rendus d’audience de PPDA, j’ai lu tous les articles qui ont été publiés sur le plagiat Camille Laurens-Marie Darrieussecq, le fameux plagiat « psychique »… bref, j’ai enquêté et ça m’a appris plein de choses.

As-tu envoyé ton livre à PPDA ?

Myriam : Non.

Penses-tu qu’il l’a lu ?

Myriam : Je ne sais pas. Je ne pense pas.

Dans ton livre, tu as délocalisé l’action. Fini Paris ?myriam thibault,kevin juliat,plagiat,interview,prix raymond radiguet

Myriam : Tout le monde m’avait fait la remarque, Kevin compris, que mes héros et l’histoire évoluaient toujours à Paris. On m’a fait comprendre que ce serait bien de me libérer de la capitale.

Kevin : J’avais peur que ça fasse trop « provinciale qui arrive à Paris ». Si on t’a dit de changer de ville, c’est pour que tu ne te fasses pas allumer au prochain livre.

Myriam : J’en ai marre que l’on me parle de ça. Cela dit, le fait de vivre à Paris me donne moins envie d’écrire dessus.

Mon avis est que le lieu n’a aucune espèce d’importance si le livre est bon. Kevin, je sais que tu es gêné de donner ton avis sur Plagiat. Donc, je vais te demander de le faire.

Kevin : Je l’ai lu avec plaisir. Mais je savais que c’était elle qui l’avait écrit, j’avais donc sa voix dans la tête. Je trouve que le style s’est enrichi par rapport au précédent roman. Je pense qu’elle a bien évolué et que son année en Lettres à Paris lui a beaucoup apporté. (S’adressant à Myriam). Pour avoir lu tes interviews quand tu avais 17 ans, les références littéraires que tu donnais, Nicolas Rey, Frédéric Beigbeder par exemple, ne sont plus les mêmes aujourd’hui. Je ne crache pas du tout sur celles-ci, mais tes goûts ont évolué. En te lisant, je vois que tu as commencé à apprendre de la littérature…disons plus classique. Il y a une nette évolution en termes de références. Sinon, je trouve que tu mènes bien ton histoire du début à la fin. Il n’y a pas de temps mort. J’ai aimé, mais je continue à croire que le prochain sera toujours meilleur. J’ai hâte de lire ce que tu écriras quand tu auras trente ans.

Myriam : Moi, je ne me rends pas compte de cette évolution dont tu parles, mais c’est vrai que mon éditeur me dit la même chose. Quand Léo à lu Plagiat, il m’a dit que c’était incomparable avec les précédents.

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C’est bien que tu sois tombé sur un éditeur qui te laisse évoluer comme ça. C’est très rare.

Myriam : C’est pour ça que je reste avec lui.

Kevin : Sinon, Myriam, tu t’es encore une fois mise dans la peau d’un homme… moi, j’attends vraiment que tu écrives avec la voix d’une femme.

C’est intéressant ce que tu dis Kevin. Le fait d’écrire à la place d’un homme, c’est quand même un peu éviter d’écrire en ton nom.

Myriam : Mais c’est complètement ça. Je n’ai pas encore envie d’écrire sur moi, et si j’écris en me mettant dans la peau d’une femme, j’ai l’impression que c’est ce que je vais faire. Dans la peau d’un homme, je m’échappe un peu. J’ai plus de facilité à être cynique et sarcastique.

myriam thibault,kevin juliat,plagiat,interview,prix raymond radiguetCe que je remarque aussi, c’est que tu écris des histoires de personnes qui ne sont pas de ton âge. Ce sont des quarantenaires généralement… et il est beaucoup question de tromperies, de coucheries.

Je n’ai pas envie de raconter des histoires de personnes de mon âge. Je ne vois pas qui ça peut intéresser. Si je raconte que j’ai 18 ans, que je suis étudiante à la fac à la Sorbonne, qu’il se passe telle ou telle chose… personne ne va me lire. Moi, en tout cas, ça ne m’intéresse pas du tout. Au départ, j’ai été étiquetée « plus jeune romancière française », aujourd’hui j’essaie de sortir un peu de ce truc.

Kevin : Je peux aussi te dire que je suis ravi de ne plus lire de name dropping dans Plagiat. Avant, tu en faisais trop.

Myriam : Je sais, tout le monde me l’a dit aussi. Je tiens compte des remarques quand elles reviennent constamment et que je les trouve pertinentes.

Ceci dit, dans Plagiat, le chien s’appelle Truffaut, ce n’est pas un hasard, tu évoques aussi Patrick Dewaere…

Myriam : Oui, mais c’est du name dropping un peu différent, beaucoup plus discret.

Je trouve que les journalistes qui écrivent sur tes livres sont plutôt bienveillants. Comme s’ils savaient que l’évolution de ton écriture allait exploser un jour et qu’il fallait encore un peu patienter.

Myriam : Oui, je me sens privilégiée. J’ai eu l’année dernière un article dans Le Monde, cette année, le Figaro Littéraire. Même Beigbeder, l’année dernière, avait été gentil. Il m’attaquait un peu, mais il m’encourageait.

myriam thibault,kevin juliat,plagiat,interview,prix raymond radiguetKevin, de ton côté, tu es en train d’écrire un livre en ce moment, non ?

Kevin : Enfin, pas tout à fait. C’est une étudiante à Rennes, qui était à la Sorbonne l’an passé, qui adorait que je raconte sur mon blog mes petites aventures dans l’édition. Elle a 7 livres à éditer pour la fin de l’année. Elle doit trouver les auteurs, les illustrateurs, faire la fabrication. Elle a pensé à moi pour être l’un des 7 auteurs. Elle veut que j’écrive sur l’histoire d’un provincial qui débarque à Paris pour réussir dans le monde de l’édition…

Ça me rappelle quelque chose…

Kevin : Oui, enfin, ça ne sera pas complètement ma vie et ça ne sera pas du tout trash. Et puis, ça sort très confidentiellement. Il sera tiré à 200 exemplaires. C’est vraiment un exercice. Ça me force aussi à écrire, parce que, contrairement à Myriam, je suis un peu une grosse feignasse. J’ai un roman en cours, qui n’a rien à voir avec ma vie, et j’en suis à plus de la moitié. Mais je procrastine à mort.

Vous avez un projet commun de prix littéraire. Ce que j’en sais, c’est qu’il sera destiné à des auteurs de moins de 30 ans. 

Kevin : On s’est mis d’accord sur les gens avec lesquels on avait de bosser pour le jury, par exemple. Tu es dans la liste d’ailleurs, mais on en reparlera plus tard… pour les autres membres, on ne dit rien encore. On monte une association pour mener à bien ce projet-là.

Comment s’appellera ce prix ?

Kevin : Le Prix Raymond Radiguet. Sa nièce, Chloé Radiguet, avec laquelle j’ai des échanges de mails, semble favorable pour qu’on utilise ce nom. On aimerait remettre ce prix, fin avril, début mai.

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Les blogs de Myriam Thibault (ici) et de Kevin Juliat ().

22 décembre 2012

Sandra Reinflet : interview pour Je t'aime [maintenant]

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© Farid Karioty

La première fois que j’ai rencontré Sandra Reinflet, c’était il y a deux ans, au Salon du livre de Châteauroux (voir là). Elle chantait accompagnée de sa guitare au lieu de signer ses livres (mais, bon, en vrai, elle alternait ses deux activités). C’est sûr, quand on croise son chemin, on s’arrête, on l'observe et on finit par vouloir communiquer avec elle.

Deux ans plus tard (donc), la jeune femme sort un livre très original, à la fois personnel et finalement sacrément universel. Il m’a paru normal de la recevoir pour en parler.

C’est ce que j’ai fait le 5 décembre dernier à « l’agence ».

sandra reinflet,je t'aime maintenant,interview,mandorNote de l’éditeur :

Sandra Reinflet a aimé vingt-quatre fois. Au moins. Son père, celui du premier baiser, son premier amant, l'homme qui n'a pas voulu, une attirance homosexuelle, celui avec lequel elle a vécu... Je t'aime [maintenant] retrace un cadran amoureux composé de 24 heures distinctes et liées par un fil : l'Histoire d'amour de l'auteure. Pour chacune des personnes, elle a choisi une heure correspondant à un moment fort. En un court texte et une photographie, elle retranscrit ce que la mémoire en a conservé. Elle est ensuite partie en quête de ces hommes parfois perdus de vue depuis des années, pour confronter le souvenir au réel, et les a photographiés chez eux. Cette histoire pourrait tout aussi bien être la nôtre. Un jeu de miroir subtil, qui dresse le portrait d’une génération. Une génération qui tarde à s’installer dans la vie adulte, refuse la contrainte, et pourtant, semble encore chercher l’éternelle rime de l’amour avec toujours.

L’auteure :

Sandra Reinflet est née en 1981. De ses rencontres avec 81 femmes autour du monde, elle en a tiré un premier livre Same same but different  (éditions Michalon), mais surtout une expérience inoubliable. Aujourd'hui, sous le pseudonyme de Marine Goodmorning, elle écrit, compose, interprète et travaille à la réalisation de son deuxième album.

Rencontre avec une jeune femme qui croque la vie !

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Interview :

J’ai lu quelque part que tu as conçu ce projet « pour interroger notre rapport à l’instantané et à l’exclusivité dans l’histoire d’amour. » Comment en as-tu eu l’idée ?

J’étais célibataire, je rentrais du Canada où j’avais passé deux mois. Je venais de vivre une histoire très poétique avec un québécois. Il était venu me voir à un concert. Quand on sort et qu’on arrive à sa voiture, on constate que son pare-brise est explosé. Il y a plein de bouts de verre partout. Il en ramasse un, me le met sur le doigt et me dit « je te fabriquerai une bague avec ». Il était aussi du genre à faire 400 kilomètres pour venir me chercher, m’accompagner à l’aéroport et me dire au revoir… C’était très platonique, mais hyper joli. En rentrant, j'ai raconté ça à mes copines qui semblaient impressionnées. Considérant que c’est un prince charmant, elles m’ont demandé si j’allais le revoir après. Quand j’ai répondu non, elles ont été déçues. Il y avait un côté « ça n’a plus de valeur parce que ce n’est pas un truc pérenne ». C’était trop ancré dans le temps. Après la réaction de mes amies, je n’ai pas beaucoup dormi. Je me suis réveillée au milieu de la nuit avec l’idée de ce projet. Cette histoire m’a marqué autant qu’une autre qui a duré 3 ans.

Il y a 24 histoires. Il a fallu sélectionner ? (Sourire).

Tu crois quoi ? Qu’il y en a beaucoup plus ? (Rire) Au début, je ne mangeais plus, je ne dormais plus. C’est le genre de projet qui prend toute ton énergie. Je n’arrêtais pas d’y réfléchir. C’est une sorte d’introspection. On se rappelle de toutes les histoires, pas forcément des plus récentes. Les souvenirs d’enfance et d’adolescence, ça te marque pour toujours.

Partir à la recherche de son passé, des gens qui ont traversé sa vie, c’est risqué. Un peu casse-gueule même. On peut être sacrément déçu !

Tu as raison. Ce qui est bien c’est que l’expérience a initié l’idée du livre, mais l’idée du livre recrée l’expérience. En même temps, tu sais que tu vas abîmer ton souvenir. J’y ai beaucoup pensé. Tu sais, il y a des gens qui ont refusé de me voir parce que pour certains, une fois que c’est fini, c’est fini. Il y en a un qui m’a dit non parce que l’histoire est enfermée dans un tiroir et qu’il n’a pas envie de l’ouvrir.

Lecture de "10:00"
Soirée de lancement de "Je T'aime [maintenant]" de Sandra Reinflet. Le 29 novembre 2012 at Le Thé des écrivains.

sandra reinflet,je t'aime maintenant,interview,mandorEn allant voir un comédien que tu aimais quand tu avais 10 ans parce que tu le regardais à la télévision, il était prévisible que ça allait ternir tes souvenirs.

Tu parles de l’acteur Patrick Bach qui jouait le rôle de Silas. Évidemment, c’était un héros, il avait 10 ans, il faisait du cheval, il était à la télé… je me doutais bien qu’en le voyant 25 ans plus tard, je n’allais pas être aussi enthousiaste. L’idée était de se demander si le cerveau est capable de faire la part des choses entre ce que tu as gardé et ce que tu vois aujourd’hui. Quand je vais penser à Silas sur son cheval, je vais forcément avoir en filigrane le visage de Patrick Bach devant. Mais, je ne trouve pas que le réel soit laid. D’ailleurs, je ne sais pas si tu as lu une remarque qu’une des personnes que j’ai photographiées m’a formulée. Il m’a dit : "je ne suis pas d’accord avec ton projet parce que tu ne m’as pas demandé de me maquiller, tu ne m’as pas rendu beau, tu n’as pas changé la lumière…". C’est vrai. C’était l’idée de ce projet. Ne pas rendre le réel esthétisant. Je les ai pris chez eux tels quels, à l’heure qui correspondait aux souvenirs. Je voulais faire du brut. Les regarder droit dans les yeux, face à l’objectif, sans artifice.

Tu as eu peur d’être déçue, certes, mais a contrario, n’as-tu pas eu peur de retomber amoureuse ?

Le premier portrait du livre, c’est celui d’un garçon dont l’histoire d’amour que je vivais avec lui n’était pas terminée. Tu sais, il y a beaucoup d’histoires qui se terminent de manière contextuelle. Moi, je voyageais beaucoup, donc parfois, la fin provenait d’un départ. Alors, quand tu revois quelqu’un dont l’histoire d’amour avec lui n’était pas achevée, tu ne sais jamais ce qui va se produire quand tu les ravives un petit peu. Je me suis dit que ce livre allait être compliqué si dès le premier homme revu, c’était aussi dur. Et puis non. Les pages avec les autres hommes étaient vraiment tournées.

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sandra reinflet,je t'aime maintenant,interview,mandorTu racontes tes histoires avec ces hommes-là. Ensuite, il y a la rencontre, et là où je trouve que tu pousses loin le bouchon,  c’est que tu leur demandes de raconter une histoire avec une autre femme.

Eux acceptent d’être 1 parmi 24, ce qui n’est pas facile pour quelqu’un avec lequel tu es resté longtemps. Je ne voulais pas qu’ils se sentent seulement une de mes heures et que moi, je leur donne l’impression de penser que je suis la seule dans leur vie.

Parfois, il y a de la jalousie de ta part quand tu entends ces histoires qui ne te concernent pas ?

Ce n’est pas toujours facile d’entendre un homme que tu as aimé te raconter un moment intime avec une autre femme. Ça dépend des gens. Il y en a qui sont devenus des amis et avec lesquels il y a beaucoup de distance, mais il y en a d’autres, ça pique encore un petit peu. Je ne suis pas très jalouse en général, mais j’ai été confrontée à la jalousie des autres. Il y a des hommes qui ont accepté cette expérience, mais en cachette de leur compagne. Certains m’ont demandé de ne pas leur envoyer le livre pour qu’il ne soit pas dans sa maison. J’ai donc constaté qu’il y a des gens qui veulent occulter le passé de l’autre. Moi, j’aime bien prendre quelqu’un en totalité, avec sa petite charrette de souvenirs.

À ces hommes, tu leur demandes aussi de raconter comment ils voient votre histoire…

Souvent, ils m’ont demandé ce que j’avais choisi moi comme moment avec eux. Parfois, ils ne sont pas d’accord. Ils m’ont dit : « Mais moi, je ne m’en rappelais pas de ce moment ! ». Les souvenirs sont très sélectifs et subjectifs. Ce sont plus des bribes de conversation que j’ai gardées parce que ça m’a marqué. Mais, ça ne parle pas toujours de moi. Parfois, ça parle de leur conception de l’amour. Mon père qui me dit par exemple : « Il faut toujours être celui qui aime le moins ».

Tiens ! Tu parles de ton père. Qu’est-ce que tes proches ont pensé de ce projet, quand même très intime ?

C’était difficile et c’était même une de mes angoisses par rapport à ce livre. Mais je ne pouvais pas traiter ce sujet sans parler d’intime. Je ne pouvais pas en parler « en général ». J’avais envie d’une implication et pour toucher les gens il faut être touché soi-même. Pour Erwan, mon compagnon d'aujourd'hui, ça ne me gêne pas du tout. Parce qu’on a une relation équilibrée, on n’est pas jaloux ni l’un ni l’autre. On est assez fataliste.

Tu as de la chance d’être tombé sur quelqu’un comme lui.

Tu te rends compte, je rencontre quelqu’un et je lui dis que pendant un an je vais voyager pour aller photographier mes ex aux quatre coins du monde. Il m’a toujours dit : « Ecoute, s’il doit se passer un truc, je n’y pourrai rien. Alors, je te fais confiance et si tu es plus heureuse avec quelqu’un d’autre qu’avec moi, tant mieux, et si ce n’est pas le cas, je préfère que tu ailles au bout et pas que tu idéalises et que tu fantasmes un truc ». Par contre mon père, il a dit oui pour me faire plaisir, mais tout ça lui passe au-dessus. Il est très « terrien », pas du tout dans l’art ou la culture. Quand je lui ai parlé de ce projet la première fois il m’a dit : « Parfois, je me demande si je suis vraiment ton père !». Nos idées sont éloignées. Je lui ai donné le livre, mais il n’arrive pas à le lire.

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© Ramez El Said

En lisant, je me disais que c’était un projet malin. On a tous le fantasme d’aller à la recherche de ses anciens amours. Du coup, ton livre touche tout le monde.

Je suis très contente quand on me dit qu’on s’y reconnait. Un ami m’a envoyé un mail en me disant : « Tu parles tellement bien du JE que ça devient un NOUS. » Ça me fait vraiment plaisir parce que c’était le but de ce livre. Ce n’était pas une autothérapie, je voulais que tout le monde se sente concerné. J’espère que ça agira comme un miroir, que chacun se posera des questions, que ça rappellera des souvenirs, que ça fera rigoler, que ça fera pleurer… on écrit pour que ça fasse un écho à l'histoire des lecteurs.

Tu n’as jamais eu peur que ton livre soit trop egocentré ?

J’ai eu très peur des réactions des gens. Moi, je savais pourquoi je le faisais, mais une question m’interpellait : est-ce que j’aurai la force de supporter les critiques, les réflexions, les réticences, les jugements de valeur des uns et des autres. J’ai essayé d’élargir le champ en allant de mon histoire à l’histoire des hommes dont je parle, jusqu’à l’histoire du lecteur. Ce sont des cercles concentriques.

As-tu eu la tentation de romancer l'histoire pour le plaisir littéraire ?

J’ai vraiment cherché à ne jamais trafiquer le réel. J’aurais pu avoir envie de le faire, mais non. Ça aurait été mentir à moi, aux hommes dont il est question dans le livre et aux lecteurs.

Il y a des passages où les hommes qui parlent de toi le font dans leur langue. Tu ne traduis pas.

C’est une réflexion qu’on a eue avec mon éditeur. Parfois, il y a des gens qui ne comprendront pas les rares passages en anglais et le passage en allemand. Je trouvais ça intéressant parce que moi aussi ça m’arrive de ne pas comprendre. On ne se comprend pas toujours en amour. J’aime bien cette petite ambigüité du langage. On n’est pas toujours sur la même longueur d’onde.

sandra reinflet,je t'aime maintenant,interview,mandorCe n’est pas la première fois que tu te bases sur ta vie pour écrire un livre. Dans Same Same but different (déjà chez Michalon), tu en as fait autant. Du 5 avril 2006 au 3 juin 2007, tu as passé 14 mois avec ton amie Yuki à sillonner la planète du Bostwana à l’Inde, en passant par le Chili, l’Australie, l’Indonésie ou encore le Japon et le Népal. Vous êtes partis à la rencontre de 81 femmes de 25 ans, toutes porteuses d’un projet fort ou l’ayant réalisé. Et nées, pour la plupart, en 1981. Un bel hommage à l’importance de croire en soi et de réaliser ses rêves.

J’adore l’aventure, j’adore l’expérience, donc j’aime bien quand la création provoque quelque chose, quand les deux sont interconnectés. « 81 femmes », c’était plus du reportage qu’artistique.

Il y a un côté sériel dans ton œuvre. Tu as d’abord rencontré 81 femmes, puis 24 hommes…

Oui, mais là, j'arrête ce procédé, involontaire en plus. Je travaille sur un nouveau projet photos/textes qui s’intitule Qui a tué mon école Jacques Prévert. J’ai retrouvé mon ancienne école primaire grâce au livre Je t’aime [maintenant]. C’est drôle comme les choses sont liées parfois. Je suis allée prendre une photo de la cour d’école, et je l’ai retrouvée à l’abandon, les vitres explosées. Elle avait été squattée. J’ai pris des photos de l’intérieur de l’école et j’ai trouvé très esthétique l’état dans lequel elle est désormais. À côté de chaque photo, je raconte juste un souvenir. Ce projet existe pour ranimer les murs et pour questionner le problème des écoles en province qui ferment. J’ai traité ce phénomène artistiquement.

Il y a toujours un travail photographique dans tes livres. Tes activités artistiques sont souvent associées…

Parfois, ça me pose des problèmes parce qu’en France, on aime bien les spécialistes. Quand j’ai fait ce voyage, ces articles et ce livre, on m’a dit « c’est super, tu peux en refaire à droite à gauche… ». Moi, le problème, c’est que je ne veux jamais faire deux fois la même chose. Je veux m’essayer à quelque chose que je ne sais pas faire. J’aime bien être nouvelle, avoir un regard neuf, pour inventer mieux. J’ai toujours voulu toucher à plein de choses. Quand j’étais gosse, je disais toujours que je serais chanteuse, voyageuse, écrivain, photographe. J’aime utiliser un autre outil pour exprimer la même chose.

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Cet été, tu es partie avec une amie, Aurélie Streiff, faire Paris-Istambul en autostop. Il y a d’ailleurs un blog qui raconte cette aventure.

Il faut que la vie soit un jeu. Après, il y a des grosses phases de travail parce que c’est laborieux d’écrire un bouquin ou de bosser sur un album. Tu sais, le temps passe vite. J’ai eu un accident de voiture quand j’avais 20 ans. J’ai réalisé que j’étais mortelle alors que c’est une considération très abstraite quand on a cet âge. Ça a été le déclic qui m’a fait réaliser qu’il fallait vivre ses rêves et qu’on n’avait pas forcément 60 ans devant nous pour les réaliser. J’ai la chance depuis l’enfance de savoir ce que je veux faire, mais au début, j’ai été lâche… j’ai fait des études. Un master de commerce. J’étais dans ce domaine et j’aurais pu facilement me laisser couler dans cette voie toute tracée.

C’est difficile de concrétiser ses envies ? Il y a tellement de paramètres dans la vie qui empêche de faire ce que l’on veut…

Moi, je pense que c’est plus dur de ne pas suivre ses envies. C’est une question de tempérament. Je m’épanouis dans l’instabilité. Il faut se connaitre soi-même et tout le monde ne peut pas supporter cette vie. Je n’ai jamais une vision à plus de trois mois de et où je vais être, de ce que je veux faire, de est-ce que j’aurai un peu de fric ou pas. C’est super précaire. Mais moi j’aime bien ça. Ça m’anime le fait de ne pas savoir, d’avoir des surprises.

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© Sommeil Paradoxal (http://www.sommeilparadoxal.com/)

Tu n’as pas l’impression que tu es une fille énervante ?

Dans quel sens ?

Tu es une femme libre, heureuse, belle, qui fait ce qu’elle veut, et qui est toujours souriante.

Ce n’est qu’en surface. S’ils viennent chez moi, ils verront que c’est galère. Je le répète, il y a des côtés précaires qui ne sont pas toujours faciles à assumer. Quand ça ne va pas, je ne m'épanche pas. Mais comme je n'ai aucun contrôle sur mes émotions, je suis capable de pleurer en une seconde dans la rue. C’est facile de faire croire que tout va bien, mais tout ne va pas bien tout le temps.

Tu es quelqu’un de très indépendant en tout cas.

Oui. Et les projets viennent de moi, c’est d’ailleurs une des difficultés. C’est difficile, mais je ne veux pas m’apitoyer là-dessus, parce que c’est aussi une grande liberté. Il faut se lever tout seul, se motiver tout seul, personne ne t’attend. Tu as envie de ne rien foutre et bien tu n’existes pas socialement. Et tant que ton livre n’est pas publié, pour les autres, tu ne fais rien. Quand tu écris, tu peux dire à tes amis, « j’écris un bouquin », mais tant qu’il n’est pas publié, ça compte pour du beurre… et les gens te disent « oui, OK ! Tu ne fous rien ! ». Il faut une force de caractère pour assumer ça.

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Sandra Reinflet en concert au Bus Palladium (Crédit : Dominique Gellez)

Quel est ton ambition littéraire et musicale?

Ce que j’espère, c’est d’avoir une reconnaissance suffisante pour que chaque projet soit moins compliqué à monter que le précédent.

À quand un roman ? Un vrai.

Je n’ai jamais voulu faire de la fiction. Je me suis toujours dit que ce n’était pas pour moi. C’est un travail de perfectionniste, ce que je ne suis pas. Mais j’écoute beaucoup mes rêves. J’ai rêvé d’une histoire, au printemps dernier. Juste après, je suis allé au Salon du livre et du vin de Saumur et j’ai rencontré plusieurs auteurs, dont Bernard Werber avec qui j’ai déjeuné. À la fin du déjeuner, il me dit : « Sandra, tu sais pourquoi on se rencontre ? ». Je réponds que non et il me dit : « parce que je sens qu’il faut que je te passe un message. Il faut que tu écrives de la fiction… et sans attendre ».  Ça me va très bien ce genre de signe...

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16 décembre 2012

Rodolphe Fontaine : interview pour "Nostalgie, quand tu nous tues"

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(Crédit : Yann Cielat)

Rodolphe Fontaine vient de sortir un deuxième roman, Nostalgie, quand tu nous tues. Un polar très bien mené avec deux héros enquêteurs attachants. Partant du principe élémentaire qu’une personne qui écrit tous les jours (sans exception) progresse de livre en livre, il n’est pas interdit de penser que cet auteur encore confidentiel deviennent  un jour un maître du polar. Le 29 novembre dernier, j’ai reçu Rodolphe Fontaine dans les locaux de « l’agence ».

rodolphe fontaine,nostalgie quand tu nous tues,interview,mandor4e de couverture :

Lorsqu’un corps sans vie est retrouvé à Rouen, au pied du pont Flaubert, le commandant de police Marius Korda est persuadé d’une chose : il a déjà croisé la victime lorsqu’il était en compagnie de son meilleur ami, Hippolyte Delyon. Alors que l’enquête n’en est qu’à ses balbutiements, un nouveau meurtre est commis et les deux amis se rendent compte que le passé des victimes est lié au leur. Peu à l’aise dans cette affaire, Marius n’hésite pas à mandater Hippolyte pour mener des investigations non officielles.
Mais le résultat de ces dernières pose un véritable problème : celui par qui les crimes sont perpétrés semble être la première victime de cette série de meurtres…

L’auteur :

Né en 1979 dans la Drôme, Rodolphe Fontaine aspirait à devenir l'enquêteur des romans policiers qu'il dévorait adolescent. Finalement, ses études de droit l'ont conduit vers le « social », milieu dans lequel il a évolué pendant plus de sept ans. Passionné depuis son plus jeune âge de lecture et d'écriture, c'est au cours d'une énième nuit d'insomnie, en juillet 1998, qu'il prend la décision d'écrire son premier roman. Mais c'est seulement en 2008, à la suite d’événements personnels ayant radicalement changé sa vision de la vie, qu'il décide de partager ses écrits. Il signe ici un excellent roman, réunissant tous les ingrédients du bon polar : suspense à volonté, psychologie, et de surcroît non dépourvu de culture littéraire !

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rodolphe fontaine,nostalgie quand tu nous tues,interview,mandorInterview :

C’est une nuit de l’année 1998 que tu as décidé d’écrire sérieusement.

C’était une nuit d’insomnie, suite à la lecture d’un roman de Stephan King, Salem, un roman qui m’a donné envie de passer le cap. Je me suis dit « pourquoi pas moi ? ». À l’époque, je me suis lancé dans un roman fantastique. Il n’a jamais été édité, j’ai dû écrire 150 pages. Pour les avoir relu il n’y a pas longtemps, je trouve que ça ressemble beaucoup à du Stephen King, le talent en moins (rires). Je tentais d’employer les mêmes ficelles.

Tu ne lisais que de la littérature fantastique à l’époque ?

Au début oui. Et puis aussi des romans policiers, les grands classiques comme les Agatha Christie, et puis petit à petit, je me suis plus orienté vers les thrillers. Aujourd’hui, par contre je dévore les romans policiers.

De toutes ces lectures, as-tu acquis des automatismes littéraires, des ficelles pour mener l’intrigue par exemple ?

Oui, mais je me dis aussi souvent : « Tiens ! Les choses sont amenées comme ça, moi, je ne serais pas allé dans la même direction, j’aurais utilisé un effet différent… ». Oui, le cerveau travaille pas mal quand je lis mes confrères.

Tu lis beaucoup ?

Oui. Et ça me stimule. Ça me donne envie de faire mieux (rires). Je lis vraiment de tout. Des romans autoédités, mais aussi des classiques du roman policier. Je suis un grand fan de Fred Vargas par exemple, de Brigitte Aubert, Exbrayat aussi. De temps en temps, je me replonge aussi dans PD James ou Agatha Christie. Je lis aussi du Houellebecq, Jean Teulé. Là, en ce moment, je suis dans ma période Bret Easton Ellis…

Bon, un jour tu écris Mortelle Tutelle. Et tu le sors en autoédition…, comme Hippolyte rodolphe fontaine,nostalgie quand tu nous tues,interview,mandorDelyon, ton héros écrivain détective de Nostalgie, quand tu nous tues.

Oui, c’est vrai. Nous avons ce point commun avec Hippolyte (sourire). J’ai évidemment tenté de me faire éditer dans des maisons d’édition, mais sans succès.

Comme c’est le cas pour bon nombre d’écrivains au début de leur carrière.

J’assume parfaitement d’être passé par là. Je m’étais lancé via The Book Edition, qui est un site qui permet d’imprimer à la demande. Grâce à Internet et le bouche à oreille, le livre a fini par trouver ses lecteurs. J’ai réussi à le placer dans quelques librairies.

Tu as joué la carte de « je suis un auteur régional » ?

Non, je ne me suis jamais basé là-dessus. Comme j’habite à côté de Rouen, on me demande si  j’ai fait exprès d’avoir situé l’action dans cette ville. C’est simplement la volonté d’écrire sur des lieux que je connais, voire que je fréquente. Je n’ai pas la volonté de me dire "comme ça, j'en vendrai beaucoup à Rouen". Ce n'est pas du tout ma démarche.

Mais ton roman a quand même du succès dans cette ville ?

Oui, les gens aiment bien s’identifier à certains personnages ou reconnaître des lieux. Bon, mais soyons clair, je n’ai pas voulu écrire un guide touristique. Je connais des auteurs qui publient chez des éditeurs régionaux, on leur demande plus de description de lieux, de monuments de la ville. Moi, je ne voulais pas tomber dans ce cliché-là. Je suis plus sur des ambiances…

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(Crédit : Yann Cielat)

J’en reviens à l’autoédition. Tu sais qu’un auteur publié ainsi est plutôt mal considéré.

Je le vis plutôt bien. Le lecteur en lui-même, il s’en moque que ce soit autoédité. Lui, il a un livre entre les mains. C’est plus par rapport aux gens de l’extérieur, qui d’ailleurs généralement n’ont pas lu le livre, qui disent que le livre est mauvais parce qu’il n’a pas trouvé preneur dans une maison d’édition.

Je vais te dire franchement, je suis aussi un peu comme ça. Quand je reçois un livre autoédité, j’ai un à priori. Mais je commence à le lire quand même pour valider ou non mon jugement facile.

C’est un réflexe classique, je te comprends. Encore une fois, il y a beaucoup d’auteurs qui commencent par l’autoédition et qui finissent par être publiés dans une vraie maison d’édition. La preuve, c’est le cas pour mon second livre, Nostalgie, quand tu nous tues.

Comment as-tu trouvé un éditeur ?

Au hasard de discussions sur internet. Une blogueuse littéraire ma parlé d’une maison d’édition de taille moyenne, Les 2 encres. Je leur ai envoyé mon manuscrit et ils m’ont appelé trois semaines après et m’ont proposé de manière enthousiaste de m’éditer .

À ce moment-là, on a l’impression de franchir un cap supérieur ?

Je croyais en ce roman parce que je n’ai pas eu des lettres de refus impersonnels comme pour le précédent. Les lettres étaient plus explicatives et personnalisées. Souvent je suis passé en deuxième lecture de comités de lecture de maisons qui ont pignon sur rue. Je me dis que ce n’est pas encore, mais ça accroche.

Et quand tu reçois le carton de livre chez toi ?

Quand on a le livre entre les mains on est content, mais en fin de compte, c’est à ce moment que tout commence.

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(Crédit : Yann Cielat)

Parlons du livre. Hippolyte Delyon est écrivain. Il aide son pote Marius Korda dans ses enquêtes policières. Pourquoi en as-tu fait un écrivain autoédité ?

Parce que j’ai voulu parler de ce monde-là qui était moins connu. Celui des gens qui écrivent, mais qui galèrent pour être édités. Je voulais parler de ce que j’avais vécu. Les lettres de refus, le stress quand on envoie son manuscrit. Il y a un peu de moi dans Hippolyte, mais il y a aussi un peu de moi dans Marius.

Marius Korda, lui, est commandant de police. Il a un jeu littéraire avec Hippolyte. L’un des deux cite une phrase d’un livre et l’autre doit deviner de quel livre est tiré la citation… ça intellectualise tes héros.

Oui, c’est vrai. Ce jeu, sorte de gimmick durant tout le livre, je le trouvais intéressant. Hippolyte est plus cultivé que Marius, mais Marius tente d’arriver au niveau de son copain. Peut-être aussi que ça peut donner envie aux lecteurs d’aller découvrir les auteurs cités. Le plus dur, c’est de trouver la citation qui est cohérente dans l’histoire.

rodolphe fontaine,nostalgie quand tu nous tues,interview,mandorQuelle est la difficulté pour bien mener une intrigue policière ?

C’est que tout soit cohérent sur toute la longueur du livre et qu’il y ait du rythme. Concernant l’intrigue, je fonctionne toujours de la même façon. J’ai une idée en tête, je commence à écrire et au bout de 150 pages, je me dis que le coupable que j’ai en tête, et  bien, ce ne sera pas lui. Après, évidemment, je reviens sur mon texte en modifiant ce qu’il faut, toujours pour obtenir la cohérence maximale. Je ne veux pas que l’on devine l’intrigue avant que l’on atteigne les dix dernières pages. J’ai le syndrome Agatha Christie.

Tu es en cours d’écriture du troisième roman ?

Je pars de Rouen, mais on va se promener du côté de la Grèce et de la Tunisie. Ce seront deux nouveaux personnages. Un détective privé et un prof de fac qui vont partir à la recherche de l’ex-femme du prof de fac. J’avais envie de faire voyager les lecteurs, sortir un peu de mes lieux habituels.

Tu n’aimerais pas avoir des héros récurrents ? Parce que je trouve qu’Hippolyte et Marcus sont des héros intéressants.

Eux vont revenir. Ce ne sera pas une suite de Nostalgie, quand tu nous tues, mais une toute nouvelle aventure.

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(Crédit : Yann Cielat)

Tu as un travail dit « alimentaire » ?

Je mets en œuvre des politiques publics à un niveau régional. Je m’occupe du financement et du pilotage de centres d’hébergement dans la réinsertion sociale.

Comment tes collègues prennent-ils ton activité d’écrivain?

Ça les intrigue et les interpelle. Moi, je ne leur en avais jamais parlé. C’est le hasard qui a fait qu’ils l’ont découvert. Ils achètent, ils lisent et d’après ce qu’ils me disent, ça leur plait.

As-tu confiance en ta destinée d’écrivain ?

Concrètement, j’aimerais bien en faire ma vie. Écrire toute la journée et en vivre. Mais je ne cherche, ni la notoriété, ni la richesse, je veux juste exercer ce métier dans de bonnes conditions. Aujourd’hui, j’écris de 23h à 3h du matin, j’aimerais avoir les moyens d’écrire plus. Il y a des jours où je me dis que j’y arriverai, parce que j’ai plein d’idées d’histoires. J’espère un jour trouver un éditeur national qui ait confiance en moi. J’écris ce qui me plait, j’essaie d’être honnête avec moi-même et de ne pas suivre des courants opportunistes. Si je m’étais lancé dans des romans de vampires pour ados, par exemple, j’aurais plus de chance d’être publié, je suppose.

Cela étant, les romans policiers, ça marche bien.

Oui, mais il y a beaucoup de concurrence.

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Merci à Yann Cielat pour toutes les photos (sauf les deux prises à l'agence).

Pour découvrir le travail de ce photographe fort talentueux, cliquez ici!

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12 décembre 2012

Carole Aurouet : si Prévert m'était conté....

carole aurouet,l'amitié selon prévert,le cinéma dessiné de jacques prévert,interview,mandor

carole aurouet,l'amitié selon prévert,le cinéma dessiné de jacques prévert,interview,mandorCarole Aurouet est maître de conférence à l’université Paris-Est-Marne-La-Vallée et spécialiste de Jacques Prévert. Je l’ai connu il y a une dizaine d’années. Elle était mon invité pour Le livre à la page une émission diffusée uniquement sur le net (cinema-tv.com était alors précurseur dans ce domaine). Elle est venue présenter un ouvrage collectif sur Prévert et le cinéma. Une amitié est née alors.

Depuis, Carole Aurouet a participé au catalogue d’exposition Jacques Prévert, Paris la belle (Flammarion, 2008) et a écrit bon nombre de livres sur Prévert, dont Jacques Prévert. L’humour de l’art (Naïve, 2007), Prévert. Portrait d’une vie (Ramsay, 2007) et Les Scénarios de Jacques Prévert (Dreamland, 2008).

Le 26 novembre dernier, je l’ai reçu à l’agence pour deux ouvrages sortis simultanément ce mois-ci (et qui feront de beaux cadeaux de Noël).

Ce qu’en dit l’éditeur, Textuel (en version réduite) :

carole aurouet,l'amitié selon prévert,le cinéma dessiné de jacques prévert,interview,mandorL'amitié selon Prévert :

Anniversaire, rendez-vous, dîners entre amis, Prévert plaçait l’amitié au centre de sa vie. À partir de la fin des années 1950, installé cité Véron, il prend l’habitude d’y consacrer chaque jour une belle éphéméride : une fleur dessinée au feutre et vivement colorée aux côtés de laquelle il notait les noms et souvent l’occasion de ses rendez-vous. Le geste est superbe, le défilé des noms vertigineux…  Fidèle à lui-même, Prévert y apparaît taquin et attachant.

Dans une galerie de seize courts portraits, Carole Aurouet raconte les liens qui attachaient Prévert à chacun de ses amis. Au fil des pages, on retrouvera donc les compères, les intimes, les inséparables : Arletty, Maurice Baquet, René Bertelé, Pierre Brasseur, Henri Crolla, Robert Doisneau, Marcel Duhamel, Jean Gabin, Paul Grimault, Joan Mirò, Aimé Maeght, Édith Piaf, Marcel Mouloudji, Pablo Picasso, Pierre Prévert, Simone Signoret, Alexandre Trauner et Boris Vian. C’est toute une époque qui défile ainsi sous nos yeux, bouillonnante, créative, éclectique.

Le cinéma dessiné de Jacques Prévert :

Dans ce livre, Carole Aurouet retrace de manière exhaustive les rapports de Jacques Prévert au carole aurouet,l'amitié selon prévert,le cinéma dessiné de jacques prévert,interview,mandorcinéma : sa petite bande d'acteurs composée d'Arletty, Brasseur, Bussières, Gabin, Morgan, Reggiani et les autres, son tandem avec son frère Pierre, ses nombreuses collaborations avec Carné, sa tendresse sans borne pour les personnages humbles et son esprit de résistance... Mais cet ouvrage montre aussi sa création à l'œuvre. Sont ainsi présentées, pour la première fois, les planches scénaristiques dessinées de l'auteur. Cet ensemble iconographique exceptionnel est complété par des fragments de scénarios autographes mis en lumière par Carole Aurouet, proposant ainsi un aperçu complet des traces et supports de la création scénaristique de Jacques Prévert. Dans un texte richement documenté, l’auteure raconte le parcours cinématographique de Jacques Prévert depuis ses premières émotions de spectateur en culotte courte, dans les années 1910, à ses derniers films, dans les années 1970. Cette présentation est illustrée de nombreuses photographies incomparables, certaines étant l'œuvre de Savitry, toutes prises durant les tournages ou au moment de la création elle-même.

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Interview :

Je t’ai interviewé la première fois il y a plus de 10 ans et c’était déjà pour un livre sur Prévert.

Oui, je n’avais pas encore soutenu ma thèse. C’était un ouvrage collectif sur Prévert et le cinéma que je dirigeais.

carole aurouet,l'amitié selon prévert,le cinéma dessiné de jacques prévert,interview,mandor10 ans après, tu as toujours la même passion. D’où t’es venue cette passion que tu ne lâches pas ?

Au début, c’était un peu un hasard. Je l’ai rencontré à l’école quand j’étais petite, comme tout le monde. Je sais que je l’ai aimé à cette période-là, parce que j’ai retrouvé des ouvrages de Paroles dans lesquels j’essayais de recopier les poèmes. Après, je l’ai un peu perdu de vue parce qu’à l’école, on le perd de vue au bout d’un moment. Quand j’ai commencé à chercher un sujet de maîtrise, qu’on appelle maintenant un master 1, j’avais envie d’allier mes deux passions, en l’occurrence, la littérature et le cinéma. J’ai trouvé un poète scénariste que j’aimais beaucoup, donc j’ai commencé ma maîtrise en travaillant sur Prévert et puis ça m’a passionné.

Ensuite, tu as continué dans le cadre de tes recherches universitaires en master 2 et en thèse.
Oui et depuis, j’ai écrit une dizaine d’ouvrages sur Prévert. Prévert, c’est à la fois, le cinéma, la poésie, la littérature pour les enfants, les collages, le théâtre, la chanson… il y a donc énormément de choses à faire et découvrir autour de son œuvre. On ne s’ennuie jamais. Je pense que d’ici deux, trois ans, j’aurai fait un peu le tour, mais là, il me reste encore des pans à fouiller.

Continues-tu d’apprendre des choses sur lui ?

Oui, constamment, sinon je m’arrêterais. En fait, c’est tout le paradoxe de Prévert. On a l’impression de bien le connaître, c’est censé être le poète le plus connu et préféré des Français, mais en fait, ce que l’on connait de lui, c’est surtout Paroles et quelques grands films comme Les enfants du Paradis. Il faut quand même savoir qu’il a écrit une centaine de scénarios et qu’il y en a plein qui sont restés sur le papier sans avoir été tournés et qui sont encore à découvrir. Ça fait partie des pans de son œuvre à fouiller. Je suis en plein dedans, parce que je prépare l’édition de ses œuvres scénaristiques pour Gallimard. Elle devrait paraître vers 2014-2015.

Bande annonce de "Les enfants du paradis".

Son oeuvre est un puit sans fond...

Oui, c'est exact. Sur le cinéma, évidemment, mais j’apprends aussi sur ses pièces de théâtre qui est une partie que je connaissais moins. Il y a beaucoup de choses à découvrir, mais c’est quelqu’un qui ne nous a pas facilité la tâche. Il ne conservait rien, alors il faut toujours partir en quête de tous les documents, que ce soit des manuscrits ou des textes. J’ai aussi initié ce qu’on appelle la génétique scénaristique. C’est l’étude de ses brouillons de scénarios qui sont très très particuliers, pour comprendre comment il crée une œuvre. Non, mais vraiment, il y a beaucoup de choses à faire.

Du coup, tu es devenue la spécialiste française, voire mondiale, de Jacques Prévert. Dès qu’il y a un livre à écrire sur lui, on fait appel à toi. C’est flatteur ?

Oui. D’avoir une reconnaissance sur son travail, c’est tout à fait agréable. Dans l’optique d’une reconnaissance, il y a aussi Le cinéma dessiné de Jacques Prévert qui concoure pour le Prix du livre de cinéma 2013. Je ne sais pas si je l’aurai, mais il sera décerné au mois de février. Il y a un engouement de la part des lecteurs, de la part des éditeurs, de la part de la famille Prévert pour mon travail… et j’en suis fière.

carole aurouet,l'amitié selon prévert,le cinéma dessiné de jacques prévert,interview,mandorCette crédibilité acquise depuis des années t’a ouvert les archives familiales de Prévert. Pour L’amitié selon Prévert,  par exemple, tu as puisé dedans. Parlons de cet ouvrage, véritable célébration de l’amitié.

L’amitié chez Prévert avait déjà été abordée, mais ponctuellement, dans des biographies, mais jamais dans un ouvrage tout seul. Comme c’est quelque chose qui est capital pour lui, il me semblait nécessaire de lui consacrer un livre. À partir de l’année 1955, Jacques Prévert, tous les matins, dessine des grandes pages d’agenda. Il commence à esquisser une immense fleur, jamais la même, puis il note le jour de la semaine… malheureusement, il ne met jamais le mois et l’année. C’est assez difficile de les classer chronologiquement.

Il était bordélique ?

Non, mais en fait, il ne sacralisait pas ses créations et ne pensait pas du tout à la postérité et à la manière dont on allait pouvoir les agencer plus tard. Après, il notait tous ses rendez-vous de la journée. C’est très amusant parce qu’on va retrouver tous ses amis, pour la plupart très célèbre, même si lui, il avait comme ami aussi bien la concierge que Picasso.

Il n’y avait pas de hiérarchie selon l’importance de la personne.

Aucune. Ce sont des éphémérides qui nous permettent de reconstituer toute la galaxie amicale de carole aurouet,l'amitié selon prévert,le cinéma dessiné de jacques prévert,interview,mandorPrévert, donc on va trouver Picasso, Miro, Arletty, Doisneau… la famille du cinéma, la famille des photographes, la famille des musiciens, la famille des comédiens. Ce qui est amusant c’est que, comme il ne se prend jamais au sérieux, on trouve beaucoup de blagues sur ses éphémérides. Elles sont aussi instructives qu’émouvantes et drôles. On retrouve son esprit qui ne veut jamais se prendre au sérieux. Il utilise aussi une orthographe phonétique qui, je trouve, préfigure les SMS.

J’ai lu qu’il savait en un clin d’œil reconnaitre ou non un ami ?

Il ne s’est jamais trompé. Comme il est quelqu’un de très entier, il peut être très amical et chaleureux, comme il peut être exécrable d’un coup, s’il n’aime pas la personne. Ce qu’il faut préciser, c’est qu’il est très fidèle en amitié et c’est un véritable engagement que Prévert demande en retour. Lui, par exemple a commis des actes extrêmement courageux. Il a aidé le compositeur Joseph Kosma et le décorateur Alexandre Trauner pendant la guerre. Ils étaient juifs et n’avaient pas le droit de travailler. Il les a cachés dans une demeure et il leur a permis de travailler clandestinement pour Les visiteurs du soir et Les enfants du Paradis. Prévert a une amitié qui s’implique et qui est courageuse.

Prévert était-il l’homme parfait ?

Non, certainement pas un homme parfait, mais il était toujours entier, honnête et juste. Il avait la vérité des sentiments et  les choses étaient dites.

Comment as-tu fait pour obtenir tous les dessins qui illustrent L’amitié selon Prévert ?

Ils sont mélangés dans des cartons des archives de la succession Fatras/ Jacques Prévert. L’ayant droit de Jacques Prévert, c’est sa petite-fille, Eugénie Bachelot-Prévert. C’est elle qui m’a donné accès aux éphémérides. On les a choisis avec l’éditeur pour essayer de montrer le panel des amis de Prévert. 

Ça continue à t’émouvoir quand tu tombes sur ce genre d’archive ?

Bien sûr. A chaque fois que je découvre quelque chose de nouveau qui me permet d’éclairer un aspect de l’art de Jacques Prévert, ça continue à m’émouvoir. Et j’en découvre toujours… j’ai l’impression que la source est intarissable.

Dans L’amitié selon Prévert, tu portraitises certains de ses amis.

J’ai essayé de prendre ceux qui étaient incontournables, ceux qui apparaissaient sur les éphémérides. Il fallait que ce soit éclectique pour qu’il y ait des gens de la littérature, du cinéma et de la chanson.

C’est une bonne manière de montrer l’art de cette époque sous toutes ses formes.

Oui, c'est vrai. Quoi qu'il fasse artistiquement, Prévert n’aimait travailler qu’avec des copains sinon, il n’avait pas envie. Il était toujours dans l’idée d’équipe, de partage, de respect, de créations communes sans se soucier des normes, de non hiérarchie entre les membres d’un même projet.

Pourquoi l’amitié était si importante pour Prévert ?

C’est quelqu’un qui s’est construit jeune avec des bandes, notamment celle des « surréalistes ». C’est quelque chose qui l’a forgé de 1924 à 1930. Ensuite, il a participé au groupe Octobre, la troupe de théâtre révolutionnaire. C’est quelqu’un qui s’est forgé, qui s’est formé comme ça.

carole aurouet,l'amitié selon prévert,le cinéma dessiné de jacques prévert,interview,mandorAbordons Le cinéma dessiné de Jacques Prévert. Le quidam moyen, quand il pense à Prévert et le cinéma, il pense à Quai des brumes, Les visiteurs du soir, Les enfants du paradis, Les portes de la nuit, Les amants de Vérone… alors qu’il a signé ou co-signé les scénarios de 100 films.

Il y a une vingtaine de films très connus qui sont passés à la postérité. Il y a des dialogues cultes comme « T’as de beaux yeux, tu sais » ou « Moi j’ai dit bizarre, comme c’est bizarre »… Il a travaillé avec les grands réalisateurs de l’époque, Carné et Cayatte, parmi les plus célèbres, mais, effectivement,  il a écrit en tout plus d’une centaine de projets. Je dis projets, parce que parfois, ça peut être simplement un synopsis de 4 pages qui n’a jamais abouti. On parlait d’émotion tout à l’heure, mais je me suis retrouvée à décacheter des enveloppes de 1932 dans lesquelles il y avait des scénarios qui étaient dans ses enveloppes depuis. J’ai aussi retrouvé des scénarios qu’il avait écrits et que personne ne connaissait.

Pourquoi certains scénarios n’ont pas dépassé le stade de projet ?

Souvent, c’est la censure officielle qui a sévi. Il y a par exemple un projet que Prévert tenait absolument à porter à l’écran et qui évoquait les bagnes d’enfants. Parfois c’est une censure plus officieuse. C’est la volonté des producteurs  ou des vedettes et comme Prévert ne voulait pas faire de concessions, s’il fallait qu’il modifie son scénario, il refusait. Je pense qu’il pouvait être à l’écoute. Si la remarque était constructive, il était prêt à retravailler, mais s'il l’a jugeait inopportune, il ne transigeait pas. J’ai aussi retrouvé des scénarios qui ont été tournés, mais qu’il a refusé de signer parce que justement le scénario avait été modifié. Quand on essaie de reconstituer sa filmographie, finalement on trouve plein de choses inattendues. J’espère que l’édition des scénarios que je prépare permettra ou donnera envie à certains réalisateurs d’aujourd’hui de les porter à l’écran.

Ce serait formidable que grâce à ton travail, on remette Jacques Prévert à l’honneur.

Oui. J’essaie modestement de le faire depuis 15 ans, parce qu’il me semble qu’on a une image de Prévert qui n’est pas juste. On a tendance à le minimiser et à l’édulcorer. Prévert, on essaie de le cantonner au « cancre » et à « En sortant de l’école », des poèmes plus doux et rêveurs pour les enfants, alors qu’il a écrit des textes très engagés, très crûs, anti cléricaux, anti militariste. Ce n’était pas seulement le gentil monsieur à casquette et cigarette. Si on voulait être percutant dans les images, Prévert c’est deux volumes dans La Pléiade. « Paroles », c’est une centaine de pages dans La Pléiade, donc Prévert, c’est une œuvre immense et diversifiée.

Tu as l’impression que ton travail commence à porter ses fruits.

Oui, j’ai l’impression. Mais le « combat » est encore long. Au niveau du collage et du théâtre, il me semble qu’il y a encore beaucoup de choses à faire.

Dans Le cinéma dessiné de Jacques Prévert, j’ai vu des superbes scénarios. Ce sont de véritables œuvres d’art.

Quand on les met à côté de tableau de Miro, il y a certaines similitudes. Ses planches sont la première étape de ses brouillons de scénario. Il fonctionne toujours de la même manière. Il prend deux grands bristols qu’il scotche ensemble. Il trace des lignes à main levée. Dans ces lignes, il va créer les personnages, ils mentionnent les principaux, toujours des plus importants au moins importants, il commence à préciser leurs caractéristiques et puis parfois des écrits des bribes de dialogues. Ensuite il ajoute ses fameux petits dessins qui permettent soit de montrer des accessoires, soit de donner à voir des costumes des personnages ou alors, certaines scènes. Il y a des dessins qui servent le propos, mais il y en a d’autres qui sont là par pur plaisir.

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Une planche du scénario d'"Une partie de campagne".

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"Les enfant du paradis".

Il écrit des bêtises parfois sur ses planches…

Prévert ne pouvait pas s’empêcher de faire des facéties. Sur l’une d’elles, il écrit « merde à celui qui lira » ou bien encore « Jésus Christ est parti sans laisser d’adresse »…

Penses-tu qu’il était conscient de la qualité de son œuvre.

S’il en avait une conscience intime, en tout cas, il l’a rejeté. Il ne se prenait pas au sérieux, il ne conservait pas ses brouillons. Il ne voulait pas que Paroles soit édité. Quand il est sorti en 1946, ça a été un succès inégalé. 5000 exemplaires d’un recueil de poésie en une semaine, ça laisse rêveur tout le monde, même aujourd’hui. C’est le recueil de poèmes français le plus traduit et le plus vendu dans le monde.

Il ne voulait recevoir aucun prix, je crois ?

Ça ne l’intéressait pas du tout. L’éditeur de Paroles a voulu le présenter à un prix littéraire. Prévert lui a envoyé un télégramme, qui est dans les archives, et qui n’était pas piqué des hannetons. Il lui a dit que la poésie n’avait pas de prix, même la sienne, et que c’était hors de question qu’il soit présenté à un prix. Il refusait prix, hiérarchie et classement. Il écrivait pour faire plaisir à certains et pour en emmerder d’autres.

carole aurouet,l'amitié selon prévert,le cinéma dessiné de jacques prévert,interview,mandorIl est beaucoup question de son frère Pierre dans ce livre.

Oui, j’aimerais aussi le réhabiliter. Il a 6 ans de moins que Jacques. Alors que petits, ils ne s’entendaient pas vraiment, quand Jacques Prévert revient de son service militaire, ils deviennent inséparables. Ils sont tous les deux passionnés de cinéma, mais c’est Pierre qui amène Jacques vers cet art-là. Ils vont réaliser trois films ensemble, après ils travailleront aussi pour des courts métrages et pour la télévision. C’est une grande amitié et une grande collaboration entre les deux frères.

Le cinéma dessiné de Jacques Prévert est sorti récemment et c’est bientôt Noël… ça tombe bien. C’est un beau cadeau.

C’est le livre de mes rêves. La qualité des reproductions, le papier, la mise en page, le travail de la graphiste… tout est extraordinaire ! Je trouve ce livre magnifique !

J’espère te revoir avant dans 10 ans, en tout cas…

D’accord (rires).

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08 décembre 2012

Garnier et Sentou... et ma fille.

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Cette chronique est un peu particulière. Elle est dédiée à ma fille Stella.

J’ai rencontré ses idoles, Garnier et Sentou. À sa demande.

Tout est parti d’une provocation. Un jour elle m’a dit que c’était bien joli d’interviewer tous les plus grands artistes, mais si je n’interviewais pas Garnier et Sentou, ça ne servait à rien. Soit. Je ne connaissais que moyennement ses deux humoristes, hormis le fait que ma fille en parle tout le temps à la maison. Alors je suis allé sur YouTube, jeter un œil. Et effectivement, ils m’ont bien fait rire. Stella a du goût en matière d’humour.garnier et sentou,les grands moyens,interview,mandor,stella alquier

Bref, je raconte l’anecdote sur Facebook et quelques minutes plus tard, le chanteur Fabien Martin répond en commentaire qu’il peut peut-être faire quelque chose… puis nous discutons en message privé. Il me dit qu’il connait la personne qui écrit avec eux et qui les met en scène. Il me conseille de contacter un dénommé Patrice Soufflard. Ce que je fais sur le champ.

J’explique à cet homme que je ne connais pas, la passion de ma fille pour Garnier et Sentou. Je lui dis aussi (sans faire de misérabilisme, rassurez-vous) que depuis que je sais qu’elle a une maladie génétique, je fais tout pour lui faire plaisir, j’essaie de lui rendre la plus belle possible, je m’évertue à lui faire des surprises.

garnier et sentou,les grands moyens,interview,mandor,stella alquierL’affaire fut pliée dans la semaine. Patrice Soufflard a contacté les deux comédiens qui ont accepté sans hésitation. C’est Cyril Garnier qui m’a appelé directement pour m’inviter à une représentation de leur pièce Les grands moyens au Théâtre de la Gaité Montparnasse. Il me propose que l’on se voie après, dans un bar proche du théâtre. Ainsi fut  fait le 17 novembre dernier.

Bon, la pièce (très drôle) n’était pas destinée à une enfant de 7 ans, mais Stella regardait Garnier et Sentou, comme hypnotisée. À l’issue de la prestation des comédiens, nous nous sommes donc rendus à notre rendez-vous.

Quand ma fille a vu Garnier et Sentou débarquer dans le bar, elle n’a pas trop su comment se comporter. Eux, charmants lui ont fait la bise et l’on mit à l’aise immédiatement.

Je leur ai dit en préambule que mon métier consistait à interviewer des artistes tous les jours, des artistes souvent « importants », mais que là, le contexte me troublait. Sentir ma fille ne pas perdre une miette de la situation. Savoir qu’elle regarde son père interroger ses idoles, c’est un peu déstabilisant. Mais, bon, je me suis mis en mode automatique…

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Interview :

Ma fille de 7 ans vous regarde à la télé, dans l’émission de Ruquier, On ne demande qu’à en rire,  dans le ONDAR Show et sur You Tube. Ça ne vous étonne pas ?

Guillaume Sentou : Moi, au même âge, je bouffais les sketchs des Inconnus au kilomètre. Ce n’est pas si surprenant que ça, vous savez.

Je suis journaliste culturel, mon métier consiste à interviewer des artistes tous les jours… un jour en rentrant à la maison, je lui ai raconté qui j’avais rencontré et elle m’a répondu : « oui, mais Garnier et Sentou, tu ne les as jamais interviewés. Ça ne sert à rien ton métier, pour moi, alors… ». Ça m’a vexé. Je me suis intéressé à vous, à votre travail et nous voilà aujourd’hui réunis.

Cyril Garnier : Ça nous fait très plaisir de pouvoir vous faire plaisir. Vous travaillez pour CD’Aujourd’hui, c’est ça ?

Oui, c’est ça. Entre autres.

Cyril Garnier : Quand je tombe dessus, je regarde. Je trouve cette émission bien faite.

Guillaume Sentou : Moi aussi. J’aime bien cette émission.

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Merci. Bon, là, nous sortons de votre pièce de théâtre, Les grands moyens. En vous voyant évoluer, je me suis fait la réflexion que vous jouiez plus en retenue dans la pièce que dans les sketches.

Guillaume Sentou : Notre duo existe depuis 2005. On a joué notre spectacle à peu près 600 fois, entre Paris, la province, Avignon. Il a évolué au moins tous les trois mois et n’a jamais eu deux fois la même gueule. Notre Point Virgule s’est arrêté en juin 2009. En aout 2009, Jean-Luc Moreau nous appelle pour auditionner pour une pièce de théâtre, À deux lits du délit, à La Michaudière. À partir de septembre 2010, on a commencé cette pièce avec Arthur Jugnot et on est resté toute la saison à l’affiche. Tout ça pour vous dire qu’on vient du théâtre en fait.

Cyril Garnier : On a même fait une école de théâtre. On a joué des pièces avant d’être en duo. Nous étions comédiens et un jour, comme on se connaissait depuis longtemps, on a décidé d’écrire ensemble. Comme ça, un peu pour voir parce qu’on n’avait jamais écrit ni l’un ni l’autre. Et puis ça s’est tout de suite bien passé et on a eu tout de suite de bons retours sur notre qualité de jeu. On a découvert nous même notre propre style finalement.

garnier et sentou,les grands moyens,interview,mandor,stella alquierJe reviens sur ma constatation initiale. Vous ne jouez pas de la même façon une pièce qu’un sketch.

Guillaume Sentou : Ça reste physique dans les deux cas. Moi, je suis acrobate et je fais de la danse depuis 10 ans pour associer ces deux activités le mieux possible au métier d’acteur. Je me souviens de Robert Hirsh dans Le fil à la patte pour Au théâtre ce soir. Sa façon de s’exprimer et de bouger, ça m’a parlé et ça même fait rêver. Nous, on veut amener des sensations théâtrales similaires.

Cyril Garnier : Arthur Jugnot, qui nous connait bien, a exploité dans la pièce toutes nos qualités multiples : les acrobaties, de la guitare, du ukulélé… Concernant le travail, ça reste un texte à interpréter, la seule différence est que ce ne sont pas nos mots à nous et ce n’est pas notre mise en scène. Quand on joue en duo, on est une heure et demie sur scène à devoir accrocher les gens tout le temps, alors que là, il y a des moments off. Ce n’est ni la même ambiance, ni la même énergie. Nous, dans ce cas de figure, on se met au service du metteur en scène, même si on s’implique beaucoup, ce n’est pas la même chose.

Bande annonce de Les grands moyens.

Mais, je ne peux pas imaginer que vous n’apportiez pas votre touche personnelle dans la mise en scène de Les grands moyens

Guillaume Sentou : Moi, et je crois que Cyril pense différemment, je n’aime pas trop toucher à ce que l’on me dit de dire et de faire. Souvent, quand on commence à désosser et qu’après on réfléchit, on revient souvent à ce qui a été écrit à la base. Il faut intégrer qu’un auteur à déjà bossé. C’est au comédien de se plier à ce qu’on lui demande…

Cette pièce est impressionnante architecturalement parlant. Parfois, il y a deux scènes en même temps… j’ai rarement vu ça !

Cyril Garnier : Je trouve que c’est une pièce très difficile à jouer, mais pas pour les parties dont vous parlez. Ça rebondit, c’est de la musique, ça part dans tous les sens, mais ça, on aime beaucoup. Ce qui est très compliqué, par contre, c’est d’être le plus juste à l’endroit ou on nous a demandé d’être en termes de sentiment qu’on déplace. Comme on est dans une comédie romantique, il y a des moments de romantisme où il ne faut pas être drôle et il y a des moments d’humour où il faut faire attention de ne pas tomber dans le romantisme. On est vraiment constamment sur un fil. Il y a des scènes où l’on peut vite passer de l’un à l’autre.

Guillaume Sentou : Moi, je suis dégoutté, j’ai une scène dramatique, mais les gens rient quand même. (Rires). C’est vexant. Non, sérieusement, ce qui est intéressant, c’est que c’est une pièce dans laquelle on rit beaucoup, mais pas seulement. On est aussi beaucoup ému.

Cyril Garnier : Notre métier, c’est de créer des émotions. La plupart du temps, l’émotion qu’on veut créer, c’est le rire… dans cette pièce, on utilise d’autres tiroirs de nous-mêmes et d’autres ficelles qu’on utilise moins souvent.

Tintin en 3D

Participer à « On ne demande qu’à en rire », c’est important pour vous ?

Guillaume Sentou : Oui, c’est Le petit Théâtre de Bouvard de notre génération. Cette émission nous a révélés à un public beaucoup plus large.

Cyril Garnier : Désormais maintenant, en plus, il y a le Ondar Show le samedi.

Guillaume Sentou : Ce qu’on aime c’est être surprenant à chaque fois, surprendre les gens et se surprendre soi.

Entre le Ondar et votre pièce de théâtre, vous trouvez quand le temps d’écrire ? Inventer des blagues, des situations comiques et un art extrêmement difficile…

Guillaume Sentou : Il y a des gens qui peuvent avoir le meilleur texte du monde, mais qui ne sont pas drôles. Quand on fait rire, en général, c’est qu’on découvre qu’on est drôle. Ce ne sont pas des rouages, ce n’est pas une science, c’est un état. « Toi, tu n’es pas drôle, lui, il me fait rire »… C’est injuste, mais c’est comme ça.

Cyril Garnier : Après il y a des techniques d’écriture. L’émission « On ne demande qu’à en rire » a été géniale pour ça. Pendant deux ans, on a écrit un sketch par semaine, donc maintenant, on a des automatismes qui se mettent en place beaucoup plus rapidement. Au début, on mettait 45 heures pour écrire un sketch, aujourd’hui, on  doit travailler une quinzaine d’heures. On a gagné vachement en efficacité. Dans une journée, on arrive facilement à faire un peu de sport le matin, écrire l’après-midi et être au théâtre le soir.

Du coup, même involontairement, vous ne pensez qu’à ça tout le temps ?

Cyril Garnier : Ce n’est pas quelque chose qui m’obsède du tout. À un moment donné, je me dis que l’on se met au travail et là, je me mets en mode gag. Après, souvent, dans la journée on reste ouvert à d’éventuelles situations gaguesques. On observe ce qu’il se passe autour de nous, mais sans que nous soyons obsédés par ça. Je dois avoir un mode veille dans mon cerveau qui est attentif à ça.

Guillaume Sentou : Moi, je suis un obsessionnel, un brin monomaniaque. Ça mouline assez constamment dans ma tête.

Vous êtes très différents tous les deux. C’est comme ça qu’on peut supporter d’être souvent ensemble ?

Cyril Garnier : Le fait d’avoir des différences enrichit le travail. Le fait que l’on reste ensemble et que l’on s’entende bien, plus que bien d’ailleurs, puisqu’on est super pote depuis 25 ans, c’est qu’on n’a pas d’ego dans notre travail. Notre objectif, c’est toujours notre projet, les sketchs, la pièce. Donc, on peut se parler très librement. Si l’un ou l’autre fait une réflexion, ce ne sera jamais pour se mettre en avant, pour être désagréable ou se placer en avant, donc on peut se parler très librement. C’est une vraie force.

Guillaume Sentou : On essaie d’être de bons parents pour nos sketchs. L’objectif, c’est le commun. Il faut se parler et s’écouter de façon à ce que le projet commun soit le meilleur possible. De temps en temps, comme un gosse, le sketch, il a sa liberté aussi. Parfois, il nous glisse entre les pattes et ce n’est plus ce qu’on avait imaginé au départ.

Garnier et Sentou avec Chantal Ladesou -Promo chic dans le Ondar Show

Comment vivez-vous la notoriété ?

Cyril Garnier : Je ne trouve pas ça compliqué à vivre, d’abord, parce qu’elle n’est pas immense.

Guillaume Sentou : On peut encore faire nos courses, ça va. Je dois avouer que j’aime bien quand même. Quand je rêvais de faire ce métier, à l’âge de 10 ans, j’espérais d’une manière ou d’une autre, être un peu connu parce que ça fait partie d’une part de réussite de ce métier. C’est très flatteur. Quand j’entends des choses sur notre travail, qui sont ce que j’aurais dit aux acteurs et aux gens qui me faisaient rire quand j’étais gamin, ça me conforte. Je voulais être ça et bien je le suis. Comme dit Cyril, la notoriété, c’est un dommage collatéral. Il ne faut surtout pas faire ce boulot pour être connu. Pour être connu, il faut faire « Les ch’tis à Ibiza » et ne pas avoir de cerveau.

Cyril Garnier : La notoriété, c’est un moyen de faire notre métier de façon dans de meilleures conditions. On peut faire plus de choses et rencontrer des gens qui ont de plus grands projets.

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On est plus épié, on n’a moins le droit à l’erreur…

Cyril Garnier : Foresti dit ça très bien : « moi, j’ai toujours gueulé sur les caissières mal polies, aujourd’hui quand je gueule sur une caissière qui me fait chier, on dit que j’ai la grosse tête». Le regard des autres change sur nous. Quand on est abordé, on ne sait plus vraiment si c’est pour nous où pour notre petite notoriété. C’est banal de faire cette constatation, mais c’est la réalité des faits. On peut être un peu plus méfiant aujourd’hui, mais rien de grave. Moi, j’ai gardé tous mes amis d’enfance, du collège. Mes amis d’aujourd’hui, ce sont toujours eux.

Guillaume Sentou : Nos amis s’en foutent que l’on soit connu. Ils sont juste très contents pour nous. Parfois, tu as raison Cyril, le regard change un peu. Moi, c’est dans ma famille que ça se passe. J’ai le droit à des petites réflexions à table, du genre, « la vedette ». Ce n’est pas grand-chose, mais c’est révélateur.

garnier et sentou,les grands moyens,interview,mandor,stella alquierJe comprends ça. Je suis pote avec Jérôme Commandeur depuis des années et quand il a explosé, je ne savais plus tout à fait comment me comporter avec lui. J’ai dû faire quelques maladresses comportementales. C’était comme si on me prenait mon pote. Bref, je pense que c’est une histoire de se sentir déposséder.

Guillaume Sentou : Ah bon ? C’est intéressant cette anecdote. Moi, je dis clairement qu’il fait que mes proches arrêtent avec ça. Ils me traitent de vedette, même sous couvert d’humour, mais je n’aime pas ça.

Cyril Garnier : Je comprends que ça puisse être compliqué quand on rencontre quelqu’un qu’on a pas vu depuis trois, quatre ans et qu’on lui dit que lundi on était au gala des artistes et qu’on a tourné un sketch avec Catherine Deneuve et Carole Bouquet. Pour nous, c’est en train de devenir notre quotidien.

Guillaume Sentou : À ce propos, ma mère m’a demandé si on pouvait encore m’adresser la parole.

Cyril Garnier : Pour quelqu’un d’extérieur à ce métier, je comprends qu’on puisse s’imaginer qu’on s’en va sur une autre sphère inatteignable, alors que fondamentalement, on n’a pas l’impression d’avoir changé. Personnellement, je travaille plus et je suis épanoui dans mon travail.

Guillaume Sentou : En même temps, ce n’est pas anodin. C’est un cercle où il y a peu d’élus. On a la chance d’imaginer qu’on est en train d’en faire partie. 

Merci à tous les deux ! Merci pour elle… Je n’oublierai pas votre gentillesse et votre disponibilité.

Jusqu’au bout, les deux comédiens humoristes ont été gentils avec Stella. Blagounettes et bisous.

Voir la lumière et la joie dans les yeux et le sourire de sa fille.

Ça m’a donné envie de pleurer.

J’ai retenu mes larmes en la voyant sortir du café.

Se sentir soudain un super papa.

Et aimer sa fille plus que tout.

Qui te prend la main dans la rue en te disant : " Merci papa ! C’est le plus beau jour de ma vie…"

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Garnier et Sentou avec Stella et papounet, le 17 novembre 2012.

05 décembre 2012

Manon Tanguy: interview pour "Faux semblants"

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Originaire de Saint-Nazaire, Manon Tanguy fait partie des artistes que j’ai découverts au Pic d’Or de l’année dernière. Son manager, Eddy Bonin, m’en avait parlé quelques semaines avant, mais je ne m’étais pas encore vraiment penché sur son cas. A tort. Quand je l’ai vu sur la scène du théâtre de Tarbes, elle m’a proprement fasciné. Ce petit bout de femme, dont la sensibilité sautait aux yeux, chantait des histoires pas faciles, mais qui touchaient toutes les personnes présentes dans le public. Sans exception. La gravité et la pureté sont rarement réunies dans la même personne.

manon tanguy,interview,pic d'or,mandor,laurent duflanc,jenny galvaoPetite biographie de la jeune femme :

Manon raconte ses histoires, insouciante. Aucun plan de carrière, juste pour le plaisir.
Puis la magie Myspace opère sans qu'elle ne la provoque. Elle enregistre 2 titres avec un bassiste (Laurent Duflanc, dit Lolo), pour la compil RD5. Et une échéance, le 8 mai 2010 qui sera une vraie libération avec ses premiers pas sur la scène du VIP à Saint Nazaire.
Puis les choses s'accélèrent et le duo éphémère est devenu groupe à part entière. Les dates s'enchaînent et les professionnels ne tarissent pas d'éloges sur le talent de cette formation (guitare, basse, piano, ukulélé...). Manon livre en 2011 un CD 6 titres prometteurs, enregistrés chez Philippe Henry (Liz et Jeanne Cherhal, Orange Blossom...). En mai ils sont récompensés par le Prix de la Sacem via Chant' Appart avec le soutien du chanteur Jehan. La formation s'étoffera dans le courant de l'été avec l'arrivée d'une violoniste, Jenny Galvao.manon tanguy,interview,pic d'or,faux semblants,mandor,laurent duflanc,jenny galvao

Manon Tanguy a été finaliste du Pic d'Or 2012 à Tarbes et de France ô Folies ! Elle a joué en 1ères parties de Laurent Voulzy, Mina Tindle, Amélie les Crayons... et elle a été « repérage du Chantier des Francos ».

Le 22 novembre dernier, Manon Tanguy est venue à l’agence avec ses deux excellents musiciens, Laurent Duflanc et Jenny Galvao… et aussi avec Eddy Bonin, le manager de tout ce beau monde. Le soir même, ils jouaient au Sentier des Halles en co-plateau avec Garance et Govrache.

manon tanguy,interview,pic d'or,faux semblants,mandor,laurent duflanc,jenny galvaoInterview :

Comment te vient l’inspiration ?

C’est un mystère. J’ai l’impression que le fruit de mes réflexions arrive malgré moi. Parfois c’est le dictionnaire qui va décider de l’orientation que la chanson va prendre. Par exemple, je me suis retrouvée à écrire un texte sur la pédophilie. Il y a des mots qui me viennent et ça va me guider sans aucune barrière de thème et de style. C’est beaucoup mon inconscient qui parle. L’observation que j’ai pu faire dans mon entourage… sinon, petit à petit, je vis des choses qui peuvent m’inspirer. Je grandis, en fait, et mon inspiration se renouvelle de plus en plus en ce moment.

Dans ce premier EP, il est facile de considérer que tu interprètes des histoires personnelles. C’est facile de faire un transfert entre la chanson à la chanteuse.

Dans mon cas, c’est un tort. Ce ne sont pas mes histoires personnelles. En fait, il y a de tout. De ce que j’ai pu observer, de ce que j’ai pu vivre, de ce que j’ai pu entendre des expériences de mon entourage. C’est très personnel dans le regard et dans l’orientation, mais pas forcément dans le vécu des situations décrites.

Tu as des sujets de prédilection ?

Dans mes anciennes chansons, j’évoque les rapports humains et dresse des portraits de personnages. Cela étant, les prochaines ne seront pas conçues de la même manière et dans le même format. Elles sortent un peu de ce schéma-là.

Manon Tanguy chante "Faux Semblants" pour Quai Baco
Session acoustique enregistrée à La Bouche d'Air

Quand je t’ai vu chanter au Pic d’Or de l’année dernière, ce qui m’a impressionné, c’est que tout le monde est rentré illico dans ton univers. On plonge dedans. Tu captes l’attention. Tu remarques cela ?

Je ne me pose pas la question. (En aparté) J’aime bien les interviews parce que, du coup, je fais le point sur ce qui m’arrive. Pourtant, je me pose pas mal de questions, mais là, je ne sais pas quoi répondre parce que moi-même, je ne me rends pas compte de comment on me perçoit dans la salle. J’ai plus tendance à me dire que je ne suis pas à ma place et que je fais chier les gens. Mes premières scènes, j’avais 16 ans et demi. Au début, je prenais ça à la rigolade, mais je me suis vite rendu compte qu’il y  avait de la visibilité autour de ce projet. Il faut que je me montre à la hauteur. J’avais la hantise de passer pour une pourrie gâtée à qui on donnait trop, alors que finalement, il n’y avait pas de fond et que ce n’était pas justifié. En fait, je ne voulais pas voler la place de quelqu’un d’autre. Aujourd’hui, je suis sorti un peu de ce processus.

C’est courant chez les très jeunes artistes. Tu as eu problème de légitimité.

Oui, parce qu’en plus,  je ne suis rien allée chercher. Ce rêve, je ne l’ai pas particulièrement souhaitée, mais il me tombe dessus et j’en suis super heureuse. Petit à petit, j’apprends à me dire que je n’ai pas volé ma place.

Comment ton entourage prend-il ta vie d’artiste ? Cette double vie en somme, puisque tu es étudiante.

On n’en parle pas beaucoup. Un peu quand j’ai un évènement particulier et puis on passe à autre chose. La chanson, c’est mon quotidien, mon plaisir, mon exutoire. C’est comme quelqu’un qui prendrait des cours de danse le mercredi après-midi. Après, si on m’enlevait cette partie-là de ma vie, je me sentirais perdue.

Manon, finaliste du Pic d'Or 2012.

Récemment, tu as fait plein de premières parties sympathiques. Laurent Voulzy, Amélie-les-Crayons, Mina Tindle…

Laurent Voulzy, j’ai un peu halluciné quand même. En plus, on est toujours reçu par des gens hyper chaleureux. Je trouve dingue que les petites chansons que j’ai écrites dans ma chambre se retrouvent interprétées devant des milliers de personnes.

Tu es dans un état d’esprit à faire ce métier ad vitam aeternam ?

Forcément, si on te demande : est-ce que tu veux vivre un rêve toute ta vie ? Tu réponds oui. Après, dans ma tête, je t’avoue que j’ai du mal à me projeter plus loin que dans un an. J’admire ceux qui disent : « ça dépend de moi, je vais prendre les choses à bras le corps et j’y arriverai ». Je réalise tout ce qu’il se passe, je ne suis pas totalement naïve, mais pour le moment, il est vrai que je me laisse porter par les autres, ceux qui croient en moi dans ce domaine. En fait, je suis un peu dépassée.

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Manon Tanguy, Jenny Galvao et Laurent Duflanc en concert...

Ce que je trouve impressionnant chez toi, c’est la différence entre ton jeune âge et la profondeur de tes chansons. Il y a une gravité chez toi, énorme.

Parfois, on me dit même que j’ai dû avoir une enfance dramatique.  J’ai eu une enfance équilibrée. Juste, tout le monde à ses souffrances. Si ce ne sont pas les siennes, il peut les observer chez ses autres, ses proches, ses intimes…  Mais pour être tout à fait franche, moi aussi, je m’étonne parfois de ce que j’écris. Je ne vais pas jusqu’à dire que c’est une écriture divine, pas du tout, mais je ne comprends pas comment vient mon inspiration. J’ai quand même l’impression que si mes chansons ne sont pas crues, elles seront fades. Mais, tu sais, j’essaie toujours de garder un peu de dérision, même si on ne la voit pas spontanément. Si on fait attention aux textes, je t’assure qu’il y en a.

Ce qui est certain, en tout cas, c’est que tu n’aimes pas ce qui est lisse.

C’est une question de personnalité, je crois. Il y a des gens qui arrivent très bien à vivre en surface, mais moi, je gratte toujours. Et derrière c’est souvent noir.

Je vais faire de la psychanalyse de comptoir. Tes chansons, c’est peut-être la face noire de ta personnalité… celle que tu ne montres pas au public.

Et celle que je ne connais pas moi-même.

Tu m’as l’air pudique et pourtant tu montes sur scène livrer tes chansons à un public.

Tant que c’est sincère, ça s’impose à moi. Je comprends que les gens, quand ils vont voir des concerts, ont envie de faire la fête. S’ils prennent mal mes chansons parce qu’elles ne sont pas très joyeuses, je l’accepterai, mais, je ne me sentirais pas mal dans le sens où j’aurais fait ce que je sais faire et ce que je peux faire. J’aurais fait ce que je suis plus que ce que je veux faire.

(En souriant) Laisse-moi réfléchir à ce que tu viens de me dire.

(Rire) Bon, je résume. Il y a une phrase de Barbara Carlotti qui m’a marqué : « On ne fait pas ce qu’on veut, on fait ce qu’on est ».

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Manon Tanguy, Jenny Galvao et Laurent Duflanc en répétition...

Je t’ai connu en Manon, te voilà Manon Tanguy.

C’est le nom de famille de ma mère. Mon nom de famille c’est Claude, mais ça faisait trop madame Claude, ce n’était pas possible (rire).  Sérieusement, j’ai pris un nom après mon prénom pour les recherches internet. Ce n’était pas pratique d’arriver à tomber sur moi en tapant mon nom sur Google. J’avoue que c’est Eddy Bonin, mon manager qui s’est occupé de ça. Moi, j’avoue, je n’y avais pas pensé. J’ai vraiment besoin d’aide pour ce qui ne concerne pas la chanson. Chacun à se place.

Bon, ton EP il est bien joli, mais à quand un album ?

Il est en préparation et en réflexion…  Il y aura des chansons de l’EP, pas toutes, et évidemment des nouvelles. Depuis septembre, on a déjà trois nouvelles chansons. Je ne veux plus prendre des angles tragiques. Je ne veux pas mentir sur les humains. Les humains ont des blessures ouvertes, mais en même temps, c’est ce qui fait qu’ils ont une énergie pour faire autre chose, c’est ce qui fait qu’ils ont pris ce chemin-là et pas un autre et qu’ils sont riches. Au fond, je ne trouve pas mes histoires tragiques... c’est simplement la vie.

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03 décembre 2012

Patrick Dupuis : interview pour la sortie de Passés imparfaits

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Patrick Dupuis, je l’ai croisé dans des salons du livre. Lui était là comme éditeur venant de Belgique. Moi comme animateur. Quand j’ai appris qu’il était aussi auteur, je me suis intéressé de près à son dernier ouvrage, Passés imparfaits. Après lecture, il m’a semblé évident de l’accueillir à « l’agence » pour une mandorisation en règle. Rendez-vous pas facile à caler, car l’homme vivant en Belgique, il a fallu attendre qu’une opportunité de visite parisienne se profile. Ainsi fut fait le 8 novembre dernier.

patrick dupuis,passés imparfaits,luce wilquin,mandor,interviewLe recueil selon l’éditeur :

Vingt et une nouvelles courtes qui explorent le passé de personnages divers et attachants. Ils ont tous des souvenirs, des regrets qui rejaillissent sur la vie qu’ils mènent. En bien, en mal, c’est selon.

Biographie officielle :

Voilà plus de 10 ans que Patrick Dupuis se consacre totalement à la nouvelle. Il est l’une des chevilles ouvrières de Quadrature, une maison d’édition dédiée à ce genre littéraire. Passés imparfaits est son troisième recueil est sort aux Editions Luce Wilquin.

Bibliographie :

Le Conseiller (roman), Ed. Quorum, Ottignies, 1993.
- Le Maître immobile (roman), Ed. Quorum, Ottignies, 1996.
- Un siècle de mouvement wallon (1890-1997) Recueil de textes commentés, Ed. Quorum, Gerpinnes, 1998 (deuxième édition, 1999).
- Ceux d’en Face (nouvelles), Ed. de l’Acanthe, Tournai, 2003.
- Nuageux à serein (nouvelles), Ed. Luce Wilquin, Avin, 2009.
- Passés imparfaits (nouvelles), Ed. Luce Wilquin, Avin, 2012.

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Interview :

Je te connais comme éditeur pour la maison d’édition belge Quadrature. J’aime d’ailleurs  beaucoup certains auteurs que publie cette maison. Mais, tu es aussi auteur de romans et de recueils de nouvelles, ce que je ne savais pas quand je t’ai connu.

Oui, j’ai aussi écrit des bouquins pédagogiques et un essai sur le mouvement wallon. Je reviens sur le fait que je suis éditeur pour Quadrature. Je ne suis pas le seul puisque nous sommes 8 et d’égales importances. Nous sommes une ASBL, une association sans but lucratif, ce qui en France est l’équivalent d’une association loi 1901. Quadrature est une structure dont le but premier n’est pas de faire de l’argent. Nous sommes tous bénévoles. C’est une danseuse qui ne nous coûte rien dans la mesure où l’on gère cela de manière tout à fait professionnelle, tant sur le plan financier qu’artistique. Ça fonctionne vraiment bien depuis 2005. On ne pensait pas que ça allait prendre autant d’importance…

Tu passes ton temps à ça aujourd’hui.

Oui, depuis que je suis à la retraite, c'est-à-dire depuis plus de 5 ans, c’est mon boulot… mais sans salaire. La maison est bénéficiaire et ça suffit à notre bonheur. On a un avantage par rapport aux autres. Nous sommes les seuls à faire que de la nouvelle.

Quadrature, c’est aussi une histoire d’amitié ?

Oui, ça ne pourrait pas marcher sans ça. Ce qui ne nous empêche pas de nous engueuler tout le temps. On a des critères de choix et chacun défend son point de vue, parfois avec véhémence. On se réunit tous les deux mois, chez les uns ou chez les autres. D’abord, il y a un apéro et après, on passe à table. Et on commence à s’engueuler sur les manuscrits.

Chez Quadrature, vous éditez 4 livres par an. Je trouve ça idéal.

Ça nous permet de chouchouter nos auteurs. Cette année, nous avons examiné 113 recueils sur 170 reçus.

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Patrick Dupuis, dans un salon du livre.

Pourquoi n’es-tu pas édité chez Quadrature ?

C’est un choix que nous avons fait dès le départ. Ce serait du grand n’importe quoi que de s’auto éditer. Comment faire passer son propre manuscrit au crible d’un comité de lecture en étant sûr que les autres feront leur travail convenablement. C’est vraiment le type de situation qui peut emmener des tensions.

D’où ta présence chez Luce Wilquin.

Luce Wilquin, c’est le plus gros éditeur indépendant francophone de Belgique. C’est quand même 25 titres par an. Bref, cette maison est une institution.

Tu es fier d’y être.

Oui, franchement. En Belgique, on ne peut pas être mieux loti. Dans mon pays, si on veut éditer des nouvelles, c’est Luce Wilquin ou nous.

T’es-tu demandé si elle avait accepté de publier ton livre parce que toi aussi tu espatrick dupuis,passés imparfaits,luce wilquin,mandor,interview éditeur ?

Non.  Parce qu’elle ma déjà refusé. Elle m’a jeté même. Quand je lui ai remis mon premier recueil,  Nuageux à serein, ça a été cinglant. Après, j’ai dû le retravailler et là, elle l’a accepté. Pour le deuxième, je n’étais donc pas assuré qu’elle me le prenne. Ça c’est mieux passé que pour le premier.

Dans tes nouvelles, tes fins sont très ouvertes… je suis un peu gêné par ça. J’aime bien connaître la fin d’une histoire.

Des nouvelles fermées, pour moi, ce n’est jamais qu’un synopsis de roman. Il faut regarder ça du point de vue du lecteur. On peut considérer que le lecteur de romans est un lecteur faignant. Je caricature volontairement… L’histoire se termine et il y a le mot fin en dessous. Pour moi, la nouvelle ce n’est jamais qu’un instant, qu’une période qui débouche sur… et bien, c’est aux lecteurs de l’imaginer, c’est aux lecteurs de bosser un petit peu. C’est ma vision de la nouvelle et ça permet des interprétations tout à fait différentes.

Ça provoque chez moi de la frustration.

C’est pour ça que dans le monde francophone, la nouvelle est un genre littéraire considéré comme mineur et relativement méprisé. Je comprends qu’il y ait des gens que ça désarçonne et qui n’aiment pas ça.

Tu parles beaucoup de la solitude, des relations de couple, qui ne sont pas très positives d’ailleurs. Ce n’est pas la première fois que tu écris sur ces sujets. Ils te fascinent ?

Aujourd’hui, j’ai envie d’écrire autrement. J’ai l’impression d’être arrivé à la fin d’un cycle. Peut-être pas, je n’en sais rien. Ce qui m’intéresse dans un conte de fées, c’est qui est juste derrière la fin. Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants. Comment vivent-ils après ? Dans le quotidien des gens, qu’est-ce qu’il y a de plus essentiel que les relations de couples. Il y a plus à dire, il y a plus à réfléchir sur des relations boiteuses ou qui posent problème. Moi, je suis en couple depuis 28 ans et ça se passe bien. Mes nouvelles ne sont pas du tout le reflet de ma vie personnelle.

Parfois, tu évoques les choses en surface, mais on les comprend en profondeur. Ça m’a bluffé cet aspect de ton écriture.

Pour moi, le texte idéal serait la page blanche. Je n’arrête pas de barrer, jeter, réécrire tout ce qui est trop explicatif. Le pire ennemi de celui qui écrit, c’est l’adjectif. La nouvelle, c’est une question d’atmosphère.

Tu retravailles beaucoup tes textes. Tu dis même que l’écriture n’est pas particulièrement plaisante, mais par contre, l’amélioration est jubilatoire.

Je suis plus à mon aise dans la réécriture que dans l’écriture. Il y a des moments de grâce dans l’écriture, mais ils sont rares. Le travail de réécriture, j’aime vraiment beaucoup.

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Es-tu un éditeur exigeant?

Autant avoir un texte qui soit le mieux possible, alors oui, il y a souvent beaucoup d’aller-retour. Le gros problème quand on écrit, c’est qu’on a trop le nez dans son texte. La construction d’un recueil, c’est horriblement compliqué, il faut absolument des regards extérieurs, en l’occurrence, ceux des éditeurs. Le regard extérieur est toujours un regard inquisiteur, très clairement. Dans le respect de l’auteur, toujours.

Dans ton recueil, il y a beaucoup de personnages. Il faut adopter un style particulier pour chacun d’eux.

J’essaie de me mettre dans la peau du personnage et de parler comme il parlerait s’il existait vraiment. Le reste vient naturellement.

Quand on est éditeur et aussi auteur, ça ne met pas une petite pression d’être publié ? Genre, tous mes auteurs à moi vont me lire et ils pourront, eux aussi, me juger.

Je ne suis pas un perdreau de l’année, je ne suis certes pas Mérimée, mais je sais que ce que j’écris est correct. Les gens aiment ou n’aiment pas, c’est tout à fait leur droit. Il y a un journaliste qui m’a fait vraiment plaisir. Il a comparé ma prose à celle de Simenon. Je suis un inconditionnel du monsieur.

Tu écris tout le temps ?

Non.

Par période ?

Non plus. Je n’ai pas de règle. J’écris peu et je jette beaucoup. Entre 2009 et aujourd’hui, j’ai écrit les nouvelles de Passés imparfaits. C’est tout. Ce n’est pas beaucoup. Par contre, du coup, j’ai le temps de fignoler mes textes.

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02 décembre 2012

Constance Amiot : interview pour la sortie de Blue Green Tomorrows

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Constance Amiot fait partie de cette catégorie d’artiste dont je suis l’évolution depuis des années avec beaucoup d’intérêt et dont je souhaite continuer à donner une visibilité sur mon blog de temps à autre.

Puissante et douce. Fragile et percutante. Belle et rebelle… C’est tout ce que la jeune femme m’inspire.

La force tranquille, quoi.

Sa folk music est envoûtante. Quand on commence à l’écouter, on ne peut plus s’en passer…

(Constance Amiot sur iTunes, sur Facebook, sur Believedigital.)

À l’occasion de la sortie de son nouvel EP, Blue Green Tomorrows, Constance Amiot est passée par « l’agence », le 6 novembre dernier.

constance amiot,blue green tomorrows,interview,mandorBiographie officielle (mais raccourcie):

Auteur, compositeur, interprète de chansons en français et en anglais, le parcours de Constance Amiot est atypique et métissé. C'est en Côte d'Ivoire, à Abidjan, qu'elle a vu le jour, mais c'est au Cameroun et dans le Maryland américain qu'elle grandira. Elle débute sa carrière au sein du groupe Virus aux Etats-Unis et sort un premier album autoproduit en France en 2005, Whisperwood. C'est à New-York et à Paris sous la direction de Dominique Ledudal qu'elle enregistre son deuxième album, Fairytale, qui sort en 2007 chez tôt Ou tard. Un album teinté de folk et de groove. Elle se retrouve alors sollicitée pour les premières parties d'artistes comme Da silva, Vincent Delerm ou encore Arno et participe à de nombreux festivals (Francofolies de la Rochelle, Primeurs de Massy, ArtRock, Musik'elles, Tous sur le Pont...). En 2009, elle signe un livre disque pour enfants, À la bonne étoile (Actes Sud/Tôt ou Tard). Elle revient en 2011 avec un album concept, Once, Twice (Tôt ou Tard). Un travail d'écriture et d'interprétation, une adaptation en anglais de l'album "La tendresse des fous" de Da Silva. En 2012, elle enregistre un EP, Blue Green Tomorrows (autoproduit). Aboutissement naturel du parcours et des différentes rencontres qu'elle a pu faire ces dernières années, on y retrouve les allers-retours rythmiques entre la chanson à texte d'ici et la folk song de là-bas.

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Interview :

Tu n’es plus chez tôt Ou tard. Tu es redevenue indépendante. Pour quelle raison ?

Ça faisait un moment que je voulais avancer à mon rythme. Moi, j’écris beaucoup et j’ai besoin de concrétiser rapidement ce que j’entreprends musicalement.

constance amiot,blue green tomorrows,interview,mandorDepuis ta première mandorisation, à l’occasion de ton premier album, il s’est passé beaucoup de choses pour toi. Je veux revenir sur l’adaptation en langue anglaise de l’album de Da Silva, La tendresse des fous. C’est inédit comme projet.

Le concept m’a beaucoup plu. C’est lui et Vincent Frèrebeau (patron de Tôt Ou Tard) qui me l’ont proposé. Ils étaient en train d’enregistrer son album et ils m’ont appelé pour m’expliquer qu’ils aimeraient que j’adapte l’album de Da Silva. Au départ, je devais juste faire la traduction. Je suis allée écouter les titres et j’ai eu un véritable coup de cœur. Tout retranscrire dans une autre langue était pour moi un challenge très intéressant. Après, ils m’ont dit que j’allais également chanter. Du coup, j’ai pris conscience que j’allais porter ce projet.

Dans cet album, Once twice, tu chantes des chansons imaginées par un homme. As-tu changé quelques phrases pour qu’elles soient crédibles dans la bouche d’une femme ?

Il n’y a rien eu à changer. C’est là que je me suis rendu compte que Da Silva n’écrivait pas des paroles pour les hommes ou pour les femmes. Il a juste un point de vue humain.

Est-ce qu’on se dit, pour ce genre de projet, que ce n’est qu’un album transitoire ?

Mais pas du tout. Je considère que c’était un vrai album parce qu’il y a un vrai travail d’écriture. Je sais que certaines personnes n’ont pas compris ce projet. On m’a beaucoup demandé pourquoi je ne revenais pas avec mes propres chansons… Ça a même été parfois très mal pris.

En  2009, tu signes (paroles, musiques et textes) un livre disque pour enfants, À la bonneconstance amiot,blue green tomorrows,interview,mandor étoile (Actes Sud/Tôt ou Tard) dont le conteur n'est autre que Sanseverino.

C’était une aventure sympa. J’ai adoré cet exercice. Tu sais, j’aime bien que l’on me propose des projets originaux qui me permettent de diversifier mes activités musicales. C’est quelque chose que j’adore faire : changer d’angle, tout le temps.

On a peur de se répéter quand on compose, quand on écrit des textes ?

C’est vrai que malgré nous, les auteurs compositeurs, on se rend compte qu’il y a des thèmes qui reviennent tout le temps. J’essaie de rester dans une émotion avant qu’elle ne file. Comme c’est quelque chose que je fais souvent, forcément il y a des thèmes qui se recroisent. Le temps qui passe, par exemple, le mois de novembre aussi… (rires). Il faudrait peut-être passer à autre chose. Ce sont les autres qui te font remarquer que tu as des obsessions : « Dis donc, tu parles souvent de l’automne… ». Je caricature un peu, mais effectivement, il faut se renouveler.

constance amiot,blue green tomorrows,interview,mandorCe qui nous intéresse aujourd’hui, c’est ton nouvel EP, Blue Green Tomorrows. 5 nouveaux titres, mais avec toujours la même équipe.

Il y a des gens qui reviennent comme Benoît Caillé, mon harmoniciste. Pour cet EP, j’ai joué avec des personnes que j’ai déjà rencontrées auparavant comme Philippe Entressangle (batterie), on avait fait un Taratata ensemble, David Lewis (trompette) de Paris Combo, lui, je l’avais rencontré sur l’album de Da Silva. Bernard Paganotti, (basse) on avait travaillé ensemble sur un projet, je lui ai donc demandé de participer à mes nouveaux titres… La musique, c’est ça. Ce n’est qu’échange et partage.

Cet EP est là pour annoncer un album ?

Les chansons sont là. Il ne me reste plus qu’à les enregistrer. Ça devrait se faire probablement au printemps. L’EP, c’est un format que je trouve sympa. Plutôt que de me lancer tout de suite sur un album, une auto prod, je préfère commencer petit à petit. On reste indépendant, mais on arrive quand même à sortir des choses.

Teaser "Blue Green Tomorrows" Constance Amiot
Extrait de l'EP Blue Green Tomorrows/Believe Digital
Image: Mathieu Pansard
Réalisation:PierroM

Mais tu cherches un label ?

Pendant un temps, je me suis dit que non. Je me suis dit que je me débrouillerai seule, mais depuis peu, je me suis décidée à en chercher un. Avec l’aide de mon management, Talent Sorcier.

Tes chansons mélangent toutes tes cultures. À commencer par les langues françaises et anglaises…

Cette façon de faire me paraît naturelle. J’ai une écriture qui est assez spontanée finalement. D’ailleurs, créativité et spontanéité, c’est ainsi que je conçois les choses.

L’inspiration te tombe dessus sans que tu t’y attendes?

En tout cas, je ne me mets jamais devant une page blanche en me demandant ce que je vais faire… ça arrive, comme ça. C’est assez chaotique pour tout te dire. L’inspiration me tombe dessus, comme tu dis, de préférence à des moments où je ne m’y attends pas. J’ai l’impression que quelqu’un me tape sur l’épaule et me donne des idées. Dans ces cas-là, j’arrête tout et j’écris mes textes.

C’est valable aussi pour les compositions ?

C’est la même chose. Les mélodies viennent comme des personnages se rappeler à moi. Elles me rattrapent en me disant : « tu te souviens, tu as commencé à écrire quelque chose, il y a 5 ans. Tu m’as laissé en plan et je suis encore là ». Elles étaient encore dans ma tête, mais je les avais gommées. Elles refont surface tout à coup et s’imposent à moi.

C’est marrant, parce que tu collabores tout le temps avec des gens que j’aime beaucoup. JP Nataf par exemple.

Ça faisait un moment que l’on se croisait et que j’avais envie de travailler avec lui. Je lui ai proposé de chanter avec moi sur une chanson, « Résonances »… je lui ai envoyé le titre et il a accepté. Au départ, cette chanson était écrite en anglais, j’ai donc ajouté des phrases françaises qui se fondaient dans le reste de l’histoire, pour qu’il les interprète.

Teaser "Résonances" Constance Amiot & JP Nataf extrait de l'EP Blue Green Tomorrows/Believe Digital
Images: Mathieu Pansard
Réal:PierroM

Il y a aussi « Manhattan », une chanson écrite par Jérôme Attal.

Dans mes disques, il y a aura toujours du Jérôme Attal. Une fois qu’on a commencé avec lui, on ne peut plus s’arrêter. Il  a une telle élégance dans l’écriture… c’est beau ce qu’il écrit. Il y a toujours des fulgurances dans ces textes. Par exemple dans Manhattan, il écrit : « Perdue dans cette effervescence des gens qui passent et qu’on oublie, sont comme de vieux amis d’enfance qui seraient touchés d’amnésie ». Il essaime comme ça des phrases tellement jolies. Il nous laisse assez libre en suggérant beaucoup… notamment  dans les chansons d’amour.

Tu le sais, je suis fan de lui.

Je te comprends, il est extraordinaire. Il a une créativité dingue. On lui demande un couplet, il nous en sort 10. On lui demande une chanson, il en écrit 5. Toutes bonnes.

constance amiot,blue green tomorrows,interview,mandorOn s’est vu la première fois pour la sortie de ton premier album officiel, Fairytale, c’était il y a 5 ans… trouves-tu que ta carrière avance à un rythme normal depuis?

Oui, j’ai l’impression de suivre une évolution normale, parce que je continue à faire ce que j’ai envie de faire, en prenant le temps qu’il me faut. Au niveau de la créativité, j’ai l’impression aussi qu’il se passe quelque chose d’assez naturel. Bon, maintenant, je t’avoue que parfois, c’est un parcours du combattant. Mais, c’est pareil pour tout le monde. On peut être découragé assez facilement, mais en même temps, c’est une passion. Elle nous rattrape toujours.

Par moment, as-tu eu envie de changer radicalement de vie ?

Oui, ça m’est arrivé. J’ai déjà imaginé passer complètement à autre chose. De toute façon, je considère que la musique sera toujours là. Même si le métier est dur, ça ne nous enlève pas la créativité. C’est ce que je me suis toujours dit dans les moments de descente, finalement. Personne ne m’empêchera jamais d’écrire. Personne ne m’empêchera de prendre ma guitare et de jouer. Personne ne m’enlèvera ça, quoi qu’il arrive.

L’objet disque pour toi, c’est important ou tu en sors juste comme prétexte pour pouvoir faire de la scène ?

Je suis encore attachée à l’objet en lui-même. C’est comme une carte postale que l’on va envoyer et que l’on va emmener avec nous sur scène. J’aime l’énergie de la scène parce qu’on a l’impression d’aller vers l’autre. Quand on écrit une chanson au départ, on l’écrit aussi pour qu’elle aille vers quelqu’un, pour qu’il y ait une rencontre. Et puis, ce que j’adore, en général, dans le quotidien, c’est me laisser surprendre par des moments qui sont inattendus. Je trouve que la scène véhicule des moments où on ne sait pas à quoi s’attendre. J’aime quand la vie est imprévisible…

Considères-tu que tu as fait des progrès depuis ton premier EP ?

J’espère que je progresse. Le but n’est pas de rester figé sur les mêmes choses. Tu sais, c’est difficile de juger son propre travail. Ça ferait prétentieux si je te disais de manière sure de moi que je progresse d’album en album.

Tu aimes parler de tes chansons, comme on le fait là ?

Cet exercice est toujours très étrange. Parfois, j’ai l’impression de parler de quelqu’un d’autre. On ne parle que de moments particuliers. Sur la création notamment. Ce sont des petits bouts de moments de vie. Ce n’est pas moi dans mon entier.  Bon, j’essaie de rester le plus possible dans l’authenticité et la sincérité. C’est important pour moi de me présenter aux autres telle que je suis réellement.

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28 novembre 2012

Les Yeux d'la Tête : interview pour Madones

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(Crédit : Le Turk)

Une amie de toujours (hello Valérie !) m’avait alerté il y a quelques mois sur l’existence de ce groupe. « Quoi ! Tu n’as jamais interviewé Les Yeux d’la Tête ! Et tu te dis spécialiste de la chanson française !!! » (Bon, j’exagère un peu, le message m’avait été lancé plus diplomatiquement).  Non seulement je n’avais jamais interviewé ce groupe, mais en plus je ne connaissais que très vaguement son existence. Il fallait que je réagisse, afin de combler cette lacune impardonnable. Or, les hasards de la vie (qui ne cesseront de m’étonner), ont fait que j’ai reçu un message de l’attachée de presse du groupe, avec laquelle je travaille depuis quelques années maintenant (hello Marie !), m’indiquant qu’un nouvel album arrivait, Madones, et qu’une rencontre avec Benoît Savard et Guillaume Jousselin, les deux fondateurs (et guitaristes chanteurs) du groupe était jouable…

Soit.

les yeux d'la tête,interview,madones,mandorAprès avoir reçu le disque, je n’ai pas hésité. J’ai compris l’enthousiasme de mon amie Valérie et moins bien compris que je sois passé à côté de cette formation si longtemps.
Benoît Savard et Guillaume Jousselin ainsi que les autres membres des Yeux d’la Tête, Eddy Lopez  (Saxophones / Chœurs), Émilien Pottier (Contrebasse / Basse électrique), Pierre Chatel (Batterie) et Antoine Alliese (Accordéon) sont réellement enthousiasmants.
Ils ont parfaitement réussi le savant mélange de rock de musique balkanique et tzigane .Une musique sans frontière et sans étiquette portée par une écriture fine et efficace.

Tout est bon. Textes, musique, ambiance générale. Généreux comme personne !

Biographie officielle :

Après plus de 300concerts dans toute l’Europe, la bande de Montmartre a su lever les foules de Paris à Berlin, de Budapest à l'Italie, du festival Alors chante aux Francofolies... les enivrant d'une ambiance chaleureuse et sincère.

Mis en boîte aux mythiques studios Davout et réalisé par Laurent Jais (Amadou et Mariam, Melissmell, Mano Negra), avec Madones ces rois de la scène offrent un album riche et bien produit à l'image de leur évolution et de leur liberté. Ils vont là où on ne les attend pas : samples hip-hop ou électros, guitares électriques, claviers rétros… tous les mélanges sont permis la qualité pour seule limite, l'émotion et les sensations pour objectifs !

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                                                               (Crédit : Le Turk)
Des sonorités gipsy (« La scène ») une valse mélancolique (« Des bouts de Papier »), mais aussi des chansons explicitement rock (« Parisiennes », « La belle inconnue ») et un carpe diem version dance-floor-balkan-beat-electro (« Profitons-en »)...

Benoît Savard et Guillaume Jousselin, les deux « têtes » pensantes des Yeux d’La Tête, sont venus à l’agence, le 31 octobre dernier.

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Interview :

Vous vous êtes rencontrés comment tous les deux ?

Benoît : Nous nous sommes rencontrés dans une école de musique à Pigalle qui s’appelle ATLA. Avec Guillaume, on était au fond de la salle… on s’est connu comme ça.

Guillaume : D’abord, nous sommes devenus amis. Très vite Benoît m’a fait découvrir tout plein de musique de l’est et la musique manouche. Moi, je venais plus du rock français des années 70. J’ai eu un vrai coup de cœur pour cette musique acoustique, cette musique tzigane qui touche directement au cœur et à l’âme. À côté, nous avions déjà chacun des groupes. Benoît jouait dans une fanfare et moi dans un groupe de rock. Dans le courant de l’année 2006 est né Les Yeux d’la Tête, version light, très acoustique. Le but était de jouer facilement partout. On n’avait pas d’ambitions spéciales à l’époque. Au début, on a pris beaucoup de plaisir à jouer dans les rues de Montmartre. Ça marchait pas mal. Ensuite, on a fait plein de petits bars dans Paris. La sauce a commencé à prendre petit à petit.

Benoît : Au fur et à mesure des concerts, on voyait que le public venait de plus en plus nombreux. Et avec Guillaume, on a très vite remarqué que ça fonctionnait bien entre nous deux, qu’il y avait une alchimie.

Guillaume : En gros, de 2006 à 2008, on a fait des petits concerts un peu partout… même sur des péniches. On est allé un peu en province aussi, mais on est surtout resté beaucoup à Paris. On voulait profiter de l’engouement qui commençait à monter. Et enfin, en 2008, on a fait notre premier album, « Danser sur les toits ».

Benoît : À partir du moment où un disque existe, ça veut dire que le groupe existe officiellement. C’est un peu comme ça que les gens considèrent les choses.

Guillaume : On avait besoin de marquer implicitement cette période, de définir ce qu’on venait de faire, graver toutes les chansons qu’on avait pour passer à autre chose et repartir de plus belle.

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C’est très dur de se démarquer dans la chanson française aujourd’hui…

Guillaume : Notre disque n’a pas eu forcément un accueil unanime des professionnels, mais la presse nous a suivies. Il y a eu pas mal de bonnes chroniques, ce qui, mine de rien, nous a permis de faire des tournées pendant 4 ans et nous dire qu’on allait faire de Les yeux d’la tête notre vie.

L’une des spécificités du groupe, c’est que vous êtes deux chanteurs.

Guillaume : Il n’y a pas de règles. Il y a des chansons que l’on chante ensemble et d’autres que l’on chante en solo. Dans les albums et dans le show, on essaie d’équilibrer nos interventions parce que c’est important de jouer cette dualité. Ce répondant qu’on a tous les deux fait partie de notre originalité.

L’un de vos tourneurs Patchanka est allemand. D’où une notoriété grandissante dans ce pays.

Guillaume : On a commencé à tourner avec ce tourneur en 2009. Il s’occupait en Allemagne d’autres groupes français, les Mass Hystéria, Karpatt, les fils de Theupu, Syrano. Au début, on se demandait ce qu’on allait bien faire en Allemagne et on s’est retrouvé avec un mec passionné par la chanson française qui se démène pour la faire découvrir en Allemagne. Aujourd’hui, c’est un coup de foudre réciproque entre nous et le public allemand. On y va au moins 3 fois par an.

La Scène. Titre présent sur l'album Madones.
Illustré par quelques images des tournées en France et en Allemagne en mai et juin 2012.
Notamment au Fusion Festival et au TFF Festival à Rudolstadt.

Vous avez même remporté le 1er Prix du festival de Folk européen Folkherbst en Allemagne.

Guillaume : un groupe français a reçu ça en Allemagne, c’est assez marrant.

Du coup, en France, on s’intéresse plus à vous. On se dit « c’est quoi ce groupe qui cartonne dans un autre pays que le sien ? »…

Benoît : Oui, on commence à remarquer cela. On nous en parle de plus en plus. C’est un argument qui incite certaines personnes qui n’osent pas prendre de risque avec un groupe qu’ils ne connaissent pas à, du coup, vouloir nous découvrir. Ils ont peur de passer à côté de quelque chose. Le succès à l’étranger interpelle toujours. C’est bien, c’est une façon comme une autre d’arriver aux oreilles des gens.

Vous êtes passé avec succès aussi en Hongrie, en Croatie, en République tchèque…

Guillaume : Une des beautés de ce métier-là, c’est d’avoir la chance d’aller découvrir ce genre de pays. Moi, je n’y étais jamais allé avant. Le fait d’y aller en tant que groupe, c’est un peu différent que d’y aller en touriste. A chaque fois, ça a été un grand bonheur et des expériences uniques.

À l’étranger, on vous demande de quoi parlent vos chansons ? Est-ce que les textes intéressent le public qui ne comprend pas le français ?

Guillaume : Tout le monde n’est malheureusement pas à cheval sur le sens des mots, mais globalement, il y a tous les cas de figure. Certains se satisfont de la mélodie, de l’intention de l’émotion qu’ils arrivent à choper et il y a ceux qui vont avoir besoin de la signification précise.

les yeux d'la tête,interview,madones,mandorDans vos chansons, l’écriture est aussi importante que la musique.

Guillaume : Ce n’est pas parce que la musique est très riche, qu’il s’y passe plein de choses, qu’on a délaissé le texte.

Benoît : Moi, je dis même que notre groupe est un groupe de chansons. Une chanson, chez nous, commence toujours par le texte. La composition vient autour. Je dirais plutôt qu’on a laissé autant de place à la musique qu’au texte, que l’inverse. La base part du texte et du sens.

Votre disque s’intitule « Madones ». Les femmes… sujets inépuisables ?

Guillaume : Ca n’a pas fait partie de la démarche initiale. Quand on a réuni toutes nos chansons, on s’est rendu compte qu’on avait beaucoup d’inspirations qui venaient des femmes.  Madones exprime toues les facettes des femmes et toutes ses formes d’inspirations qu’elles ont pu nous procurer, que ce soit dans la joie, la surprise, la tristesse et le burlesque. On est des hommes très intéressés par les femmes et par l’amour.

"Parisiennes" par Les Yeux D'La Tête en Session Live sur RFI
Émission La bande passante - diffusée le 22 septembre 2012.

Vous travaillez comment ?

Guillaume : Au fur et à mesure. On est toujours en création.

Benoît : On n’a pas ce réflexe de faire un moment une tournée et un autre, nous occuper de l’album. Toute la création se fait sur la route, un peu tout au long de l’année, du coup on se montre des musiques, des textes, à n’importe quel moment. On n’a aucune pression. C’est nécessaire que cela se passe comme ça. On fuit le côté pas naturel de la création. Le côté « faut pondre », « faut créer », très peu pour nous ! Évidemment, à un moment on se pose pour peaufiner nos chansons. C’est un peu pour ça qu’on a mis 4 ans à faire le deuxième disque. On n’a pas réussi à arrêter de tourner.

L’objet disque est superbe.

Guillaume : Il y a encore quelques passionnés qui achètent des albums, on s’est dit qu’on allait les récompenser. Aujourd’hui, l’intérêt quand on sort un disque, c’est de faire quelque chose de léché. Un petit bijou.

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On vous voit habillé en années 30, dans différentes situations. Ça vous a amusé de poser comme ça ?

Guillaume : On a beaucoup aimé se mettre en scène. La séance photo a duré 17h.

Benoît : Il y a eu une journée pour la pochette du disque, la madone, et la même chose pour toutes les photos intérieures.

Guillaume : L’artiste qui a fait tout ça s’appelle le Turk. On a eu un grand coup de cœur pour son univers visuel.

Les Yeux D'la Tête & Danakil - Peur de Tout
cabaret sauvage avril 2011

Vous serez au Café de la danse le 11 décembre.

Guillaume : on a envie de proposer aux gens qui viendront nous voir ce soir-là, l’univers musical et visuel de l’album.

Benoît : Il y aura aussi les invités qui sont venus jouer sur l’album. Tom Fire aux claviers, les Babylon Circus aux cuivres, le scratcheur de Sam Tach aux platines et Étienne Favier à la guitare manouche. Belle soirée en perspective, je vous assure. On va avoir l’occasion de faire quelque chose de très beau. Les gens s’en souviendront !

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26 novembre 2012

Alexandre Astier : interview pour Que ma joie demeure!

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alexandre astier, que ma joie demeure, interview musiquemag, mandor, jeuxactu, filmsactuAlexandre Astier est de retour dans une performance scénique époustouflante ! L’auteur de la célèbre série Kaamelott monte sur les planches pour interpréter avec finesse et brio Que Ma Joie Demeure !. Un spectacle unique où le portrait insolite de Jean Sébastien Bach est revisité avec la touche Alexandre Astier. Entre les leçons de piano désopilantes et les confessions intimes, il mélange les genres, du rire au drame, du théâtre à la musique.

Pour MusiqueMag et Les chroniques de Mandor, je suis allé à la rencontre de ce comédien auteur inspiré (que je tiens pour un génie depuis des années) dans un appartement parisien… le 15 novembre dernier. Merci à Alexandre Astier, carrément malade ce jour-là, mais qui a eu la gentillesse d’assurer l’interview avec professionnalisme et gentillesse.(Il a annulé le rendez-vous suivant.)

J’étais ce jour-là accompagné par mon collègue de FilmsActu, Fabien Waxin, fan du monsieur (qui a posé les deux dernières questions). Ensuite, il y des liens qui évoquent la fin de Kaamelott,  Kaamelott le jeu vidéo et enfin sa vision de Star Wars 7

Bande annonce...

Interview :

Comment prend-on la décision de bâtir toute une pièce sur Bach. Il faut l’aimer, il faut être touché par sa vie, l’admirer ?

Je l’avais beaucoup étudié avant, musicalement, mais le bonhomme reste un mystère. Avant que je ne fasse des recherches poussées, moi qui ai vécu dans des conservatoires toute mon enfance, il ne transparaissait rien de l’homme. Sa musique est bouleversante et elle fait école. Mais le mec, non. Il a fallu aller à la recherche de qui il était. Ce n’est qu’avec ces recherches que j’ai compris qu’il y a un sacré bonhomme derrière. Même si c’est quelque fois exagéré dans le spectacle, j’ai constaté que c’était quelqu’un de charnel, quelqu’un qui avait mauvais caractère. Il était en bisbille avec sa hiérarchie, tout le temps et sur beaucoup de points. Il était aussi  monomaniaque. Je voulais faire quelque chose sur Bach depuis longtemps, mais les choses étaient tellement floues en ce qui le concernait, que j’ai toujours reporté ce projet. Je n’avais que des choses techniques à dire. Des choses sur la partie « leçon », ça j’avais. Je savais aussi qu’il avait perdu 10 enfants sur 20, mais c’est tout.

Vous dites que c’était un être mystérieux, mais il existait des ouvrages qui ont tenté de percer le mystère, l’armure de Bach.

Notamment ceux du musicologue et écrivain, Gilles Cantagrel. Il a relevé beaucoup de traces de gens qui parlent de lui. J’ai recoupé les témoignages et j’ai pu commencer à dresser un portrait et une personnalité proche de la réalité.

Pour camper le personnage, vous êtes-vous rapproché au maximum de ce qu’on disait de lui ou, au nom de l’humour, vous l’avez un peu caricaturé ?

Je n’ai pas pu respecter de manière immodérée l’homme qu’il était réellement, parce que personne ne peut nous dire comment il était vraiment. Tout ce que je sais, c’est que c’était un bonhomme. La seule chose que je peux dire, c’est que tous les personnages historiques ont eu des vies avec plein de soucis comme on en connait tous. Ils ne sont pas sans aspérités, contrairement on ce qu’on voudrait nous faire croire. Je ne vois pas pourquoi Bach n’aurait pas été comme tout le monde.

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alexandre astier,que ma joie demeure,interview musiquemag,mandor,jeuxactu,filmsactuVous racontez tous les pans la vie de Bach, même les plus tristes. La perte de ses nombreux enfants. Et surtout la peur de la perte de nouveaux enfants… Il y a une scène très émouvante sur le sujet. C’est dur l’équilibre, à trouver, entre le rire et les larmes.

Je crois même que c’est la seule chose difficile. C’est même une quête de tous les instants. Dans Kaamelott c’est pareil, il fallait que je trouve l’équilibre entre le drôle et le pas drôle. La promesse au public, c’est qu’il ne s’ennuie pas. Ça fait un moment que je fais ça, bien avant Kaamelott. J’ai fait des pièces de théâtre avant et il y a avait toujours ce côté comédie et plus grave. Pour moi, c’est une quête permanente que de faire cohabiter les rires et les larmes sans que ce soit indigeste.

Vous dites que l’humour, c’est le verni, c’est ce qui ne se raconte pas, ce sont les couches de peintures qu’on met par-dessus une histoire sérieuse. Mais parfois, avez-vous envie de vous laisser aller aux grosses ficelles de l’humour.

C’est un truc que je n’ai pas envie de faire, mais c’est surtout un truc que je ne sais pas faire. Je crois simplement que je ne les ai pas, ces ficelles. Je ne suis pas doué pour ça. Je n’arrive pas à me fixer sur des choses qui, soi-disant marchent ou ne marchent pas, pas plus qu’un public qui éclate de rire ne me semble un meilleur public qu’un public plus discret, plus attentif, plus pudique. Je ne me base pas là-dessus. Je pense qu’une histoire, c’est une histoire et qu’une histoire n’est pas intrinsèquement drôle. Une histoire, c’est des faits, une situation. L’humour, c’est le vernis, c’est ce qu’il y a dessus, c’est la façon dont on raconte les choses. Oui, c’est une façon, pas forcément le fond. L’humour, ce n’est pas mon métier. Je raconte des histoires et je veux qu’on les prenne telles que je les donne.

Mais pourtant, chez vous l’humour est sous-jacent constamment dans votre œuvre. Vous êtes en train de me dire que l’humour qui se dégage de la façon de raconter vos histoires est naturel et non le fruit de réflexion « pour faire rire ».

C’est de la séduction. Après, comme toutes les séductions, est-ce que c’est sincère ? Est-ce que ce n’est pas se montrer sous son meilleur jour ? Un auteur-acteur sur scène, qu’est-ce que c’est d’autre pour le public que quelqu’un qui s’arrange pour être vu sous son meilleur angle ? Faire rire, ce n’est pas un truc que vous déclenchez au moment d’écrire vos scènes. Vous essayez d’être ça, toute la vie, tout le temps, partout. Vous essayez d’être celui qui arrive à faire sourire, celui qui arrive à avoir un angle de vie un peu particulier sur tel ou tel sujet.

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Donc, Alexandre Astier est un peu comme on le voit dans Kaamelott ou dans Que ma joie demeure ?

Il y a un cousinage. Il y a un fond tragique et un vernis rigolo. Sinon, je ne raconterais pas mes histoires de cette manière. ce phénomène doit s’expliquer, se psychanalyser... ça vient de très loin, je suppose.

Dans Que ma joie demeure, je suis impressionné par votre texte. Il est très compliqué, surtout au début, quand Bach répond à la question, « qu’est-ce que la musique ? »

En l’occurrence, tout ce que je raconte est vrai. C’est parce que c’est vrai que je m’y retrouve. Je suis musicien, j’ai étudié tout ce que je raconte, donc, je n’ai jamais eu de mal à retenir ces choses-là. Ce sont des termes qui sont presque phonétiques, d’où, effectivement, l’impression de complexité.

Quand on vous dit que vous avez un humour fin, spirituel, intelligent, vous avez tendance à faire le faux modeste ?

Comment dire ? Je prends le risque de demander beaucoup du public et d’exiger des choses d’eux. Je ne peux pas leur dire, « venez, je vais vous faire marrer », puis c’est fini. Je leur demande de me suivre aussi quand ce n’est pas drôle, je leur demande de me suivre quand c’est plus compliqué, je leur demande même de me suivre quand c’est même flou ou bancal. Je leur demande de me suivre tout le temps. Donc, quelqu’un qui me dirait « écoute, t’es trop compliqué, moi j’ai envie de passer une bonne soirée, tu me fais chier avec tes histoires », je serais malheureux, évidemment. À l’inverse, quand il se passe ce que vous dites, que les gens disent « j’aime bien Astier parce qu’il me parle comme ça », c’est la vraie récompense. Ça veut dire qu’il y a des gens pour recevoir ce que j’ai envie de faire.

Kaamelott : le mega best of ! (livre I et II)

Pour en revenir à Kaamelott. Il y a deux façons d’appréhender vos épisodes. Soit on se marre franchement, soit on se dit « le mec est très très fort ». Moi, je suis entre les deux…

Je pense qu’il y a les deux.

Dans le DVD, il y a une scène ou Bach parle à ses élèves, et là, j’ai vu Louis de Funes alexandre astier,que ma joie demeure,interview musiquemag,mandor,jeuxactu,filmsactudans La Grande Vadrouille. Je me suis souvenu que Kaamelott est dédicacé à Louis de Funes. En quoi vous a-t-il influencé ?

Je suis obligé d’être plus général à son sujet. Il m’a influencé dans le fait de me donner envie de jouer des situations ou mon personnage est plus rapide que les autres. Pas plus intelligent forcément, mais qui a un cran d’avance. De Funes s’est toujours arrangé pour jouer des personnages qui subissent le rythme des autres. Il est toujours un peu plus rapide que les autres, du coup, tous les autres le font traîner ou retardent ses affaires, ses enjeux. Comme je regarde de Funes depuis que je suis tout petit, je pense que j’ai hérité de l’envie de jouer ça, des situations comme ça. Donc, je joue plus volontiers des situations où Bach parle à des gens qui en savent moins que lui ou qui dirige un orchestre qui lambine et on peut y retrouver, très modestement, un peu de lui. Mais, je le répète, c’est plus général que ça. Parce que dans Kaamelott, le Roi Arthur, dans une réunion de la table ronde avec les chevaliers, c’est hérité de de Funès aussi. Je ne l’imite pas, mais c’est vraiment l’envie de jouer ça avec des gars qui ne veulent pas le suivre, qui ne sont jamais motivés, qu’il faut toujours enthousiasmer… oui, indéniablement, je pense que tout ça vient de lui.

alexandre astier,que ma joie demeure,interview musiquemag,mandor,jeuxactu,filmsactuQuand on voit Kaamelott, on voit l’histoire du Roi Arthur qui cherche sa descendance. Dans Que ma joie demeure, on voit ça aussi. La question de la descendance est-elle primordiale pour vous aussi ?

Bon sang, mais vous avez raison. Même dans mon film David et madame Hansen, il y a un enfant mort. Bon, aujourd’hui, je pense que ça va mieux. Il a fallu tout ça. On est tous en train de fourguer notre angoisse. Je ne suis pas le seul. J’avais un truc qui trainait avec ça. Avant d’avoir des enfants moi-même, j’étais persuadé de ne pas pouvoir en avoir. Je ne sais pas du tout d’où je tiens ça, parce que j’en ai eu sans problème. Je vivais dans le truc de me dire, "je ne vais pas y arriver, ça va m’être interdit". C’était un grand cauchemar alors que depuis l’âge de 16, 17 ans je souhaite en avoir. Je n’ai pas trouvé tout de suite une dame assez courtoise pour m’en faire tout de suite. J’avais 25 ans, mais si j'avais pu en faire plus tôt, je l’aurais fait, je vous assure. J’ai vécu avec cette panique jusqu’à ce que j’en ai, à tel point que quand ma femme m’a annoncé qu’elle était enceinte pour la première fois, je ne l’ai pas cru tout de suite. Je ne sais pas, l’enfance, c’est quelque chose qui me touche. La mienne. Et ma paternité, je n’en fais rien d’original, mais c’est le fruit d’une grande inspiration. Désormais, là, avec votre réflexion, je ne vais plus dire les choses de la même façon. Je pense.

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Avec Alexandre Astier, le 15 novembre 2012.

Bonus de Fabien Waxin :

Alexandre Astier évoque la fin de Kaamelott.

Il donne des détails sur Kaamelott le jeu vidéo.

Et enfin, il livre sa vision de Star Wars 7

25 novembre 2012

Virgule : interview pour la sortie de Précieuses

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Voilà encore une perle. Une artiste à part dont la voix me parle, me fait parfois dresser les poils. Je ne sais pas pourquoi Virgule m’a touché à ce point, mais c'est ainsi. Gros coup de coeur! Il a fallu que je fasse sa connaissance. Ainsi fut fait le 26 octobre dernier.

Son site officiel.

Sa page Facebook.

Sa page Soundcloud.

Les Précieuses sur iTunes.

Les precieuses_visuel.jpgBiographie officielle :

Virgule, auteur compositeur interprète, a appris à respirer dans un Paris qui l'a toujours inspirée, elle y a transformé son asthme en souffle poétique... Après avoir écumé de petites salles, et y avoir changé l'air en or, elle termine ici son premier EP : Les Précieuses. Huit titres sombres, furieux, solaires. Entourée de musiciens aériens et modernes, entre rock sauvage et folk apprivoisé, elle écrit en français et chante le langage du ventre. À mi-chemin entre l'écriture puissante d'un Bashung et les folles envolées musicales d'un Babx, Virgule nous entraine avec Les Précieuses dans un orage de frissons qu'on aime provoquer à l'infini, en touche repeat.

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Interview :

Ça fait une dizaine d’années que tu écris des chansons et 6-7 ans que tu les chantes.

Oui et j’ai fait beaucoup de cafés concerts. Dans les bars, le moment où les gens se taisent pour écouter la chanson, j’ai tout gagné.

Après un premier EP, te voilà avec un premier album. Il est super bien produit.

C’est complètement autoproduit, mais on a essayé de faire ça au mieux. J’y ai mis tout mon argent. C’est une belle carte de visite destinée au public, bien sûr, mais aussi aux journalistes, mais aussi aux directeurs de salle… bref, un moyen de me faire connaître un peu plus. Je suis en train de chercher des tourneurs.

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Cet été, tu as aussi fait une tournée des kiosques des jardins de Paris.

Ça m’a permis de bien roder mon set. Ce qui était étonnant dans cette expérience, c’est que les gens s’arrêtaient vraiment. C’était très agréable parce que l’ambiance était très familiale. On peut dire qu’on est allé à la rencontre des gens et j’en garde une très belle expérience.

Ton travail est assez unique. Tu sais que les journalistes aiment bien faire des comparaisons. Avec toi, je n’ai trouvé aucun autre artiste similaire. Je trouve que, déjà, tu as une identité hyper forte.

C’est très gentil de me dire ça. Après, j’adore la chanson française dans toute sa largesse. Je parle de Brel, Barbara, jusqu’à des artistes d’aujourd’hui comme Babx, Katel, Pauline Croze, Camille…

Elle est Belle la Vie
Extrait du 1er EP de Virgule, "Les Précieuses".

Je te dis franchement, je suis fan de ta voix. C’est rare quand je le dis. J’écoute en boucle « Elle est belle la vie », notamment pour cette raison-là.

C’est marrant, le directeur éditorial de Deezer, qui a fait que j’ai eu un peu plus de publics et des écoutes, a mis en avant cette chanson-là.

As-tu travaillé ta voix?

J’essaie de chanter le plus naturellement possible. Sinon, j’ai fait une année aux ACP, la Manufacture Chanson. J’ai pris des cours de chant collectif. C’était une super expérience et le début de mes petites chansons sur scène.

269223_10150897175623731_829203197_n.jpgLa photo de ta pochette est intrigante. Elle s’explique ?

C’est une photo de ma grand-mère prise en 1952. J’ai fait un voyage en Pologne, il y a deux ans avec elle. Elle n’est ni d’origine polonaise, ni juive, mais elle était orpheline. Pendant la guerre, elle a été dans un orphelinat et comme elle était petite, on lui avait caché que c’était la guerre. Elle ne l’a su qu’en sortant de l’orphelinat. Du coup, toute sa vie, elle s’est intéressée à ça. Un jour, je lui ai proposé d’aller faire un voyage de mémoire là-bas. C’est ce que nous avons fait ensemble. Voilà, c’est aussi un hommage que je voulais lui rendre.

Que pense ta famille de ce que tu entreprends dans la musique ?

Ils sont très contents. Ils me soutiennent beaucoup. Ma maman, notamment, qui vient me voir à toutes les dates. Ils aiment ce que je fais.

Tu écris de quelle manière ?

Quand j’écris, en gros la musique vient avec les paroles. C’est une espèce d’écriture automatique qui arrive et qu’il me suffit de recadrer après. Parfois, je passe trois heures devant ma feuille et rien ne sort, le lendemain, en très peu de temps, j’ai quasiment une chanson toute faite qui me tombe dessus. La magie de la création est fascinante.

Quand tu crées, il faut que tu sois dans un état d’esprit particulier ?

Je suis plutôt une fille très contente de vivre. Plus jeune, je pensais qu’il fallait souffrir pour écrire de belles chansons, et en fait, pas vraiment.

Ton album n’est pas triste du tout, les textes sont un peu sombres, c’est tout.

Même si on peut dire que mes textes sont tristes, j’essaie d’y ajouter toujours un peu de lumière. En grattant, on y trouve plein de choses positives.

Un montage personnel d'Esteban Kang sur la chanson "Les violons secs".

virgule2.jpgComment te vient l’inspiration ?

N’importe quoi peut m’intéresser potentiellement. Je laisse les sujets venir à moi, je ne réfléchis pas vraiment au sujet qui va m’inspirer. Je m’émerveille facilement du monde qui m’entoure.

Sais-tu quand une chanson est terminée ?

Je sais arrêter une chanson dans sa globalité en guitare-voix. Après, les arrangements, j’aurais toujours envie d’aller plus loin, mais il y a des contraintes de temps, d’argent, d’agenda des gens qui jouent avec moi.

Et tu arrives à t’écouter facilement ?

De plus en plus. C’était très difficile au début. C’est pour ça que ça me fait très plaisir tes compliments sur la voix. Au départ je considérais ma voix uniquement comme un instrument pour interpréter mes chansons. C’était simplement ce qui me permettait d’exposer mes chansons au monde. Maintenant, j’aime de plus en plus être une chanteuse et la sensation de chanter, ça commence vraiment à m’intéresser.

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Fais-tu très attention au texte ?

Oui. J’essaie de faire en sorte que mes textes ne me gênent pas à l’oreille. Je ne sais pas si c’est une histoire de pied ou de sonorité, parfois j’écris un mot et je le chante, je me dis que ce n’est pas celui-là, je le change.

Tu es musicienne à la base.

J’ai fait le saxo au conservatoire. J’ai effectué toutes mes études en mi-temps « musique ». J’allais à l’école le matin et au conservatoire l’après-midi. Après, j’ai été opéré des dents de sagesse, je ne pouvais donc plus jouer du saxo. C’est à ce moment-là que j’ai pris une guitare et que j’ai écrit ma première chanson. C’est un nouvel instrument que j’essaie d’apprivoiser chaque jour un peu plus.

As-tu confiance en ton destin musical ?

Oui, je me dis qu’il n’y a pas de raison que ça ne fonctionne pas à un moment donné avec autant d’opiniâtreté et d’envie de faire ce métier.

Elle a un Truc
Extrait du 1er EP de Virgule, "Les Précieuses".

virguleconcert1.jpgAs-tu déjà une fan base ?

Oui, mais pour l’instant, elle est petite. Je m’en suis rendu compte avec la sortie de ce disque. Ce qui est hyper cool, c’est que maintenant, il y a des personnes que je ne connais pas. Pas mal sont actifs et ça c’est plutôt positif.

Tu me sembles une fille très positive et heureuse, tes textes ne le sont pas beaucoup. C’est pour expulser le trop-plein du noir qui est en toi ?

Les gens qui me connaissent sont étonnés que j’écrive des chansons comme ça. Mais, quand je tente de faire des chansons plus amusantes, ça ne sort pas. J’ai plein de petites fêlures à l’intérieur et ce n’est pas très marrant en société de les exposer. C’est donc un bon moyen d’en parler.

Tu les évoques avec une pudeur qui me touche beaucoup.

Je suis une fille assez pudique. Mes intimes peuvent comprendre le sens de certaines paroles, mais après, les gens qui me connaissent moins font sans doute leur propre interprétation de mes fêlures à moi. C’est ça la chanson. Chacun prend ce qu’il veut et ça peut éventuellement lui faire du bien.

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Pour finir, voici ses prochaines dates de concerts...

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18 novembre 2012

Héloïse Rôth : interview pour ses concerts aux Décharcheurs

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(Photo : Benloy)

héloïse roth,déchargeurs,interview,mandorJe vous propose aujourd’hui de découvrir une artiste découverte récemment, Héloïse Rôth au hasard de ma vie et mes recherches virtuelles. J’aime beaucoup l’ambiance musicale de ses chansons et son répertoire séduisant, exigeant, lumineux et tragique. Pour se faire connaitre la chanteuse sera en concert aux Déchargeurs, dans la salle La Bohème depuis jeudi dernier (15 novembre 2012) et ce, jusqu’au 28 février 2013. C’est à 20h, tous les jeudis (relâches exceptionnelles le 27 décembre et le 03 janvier). Son spectacle dure une heure et il est d’une qualité exceptionnelle. Le déchargeur le présente ainsi : « Auteur, compositeur, interprète, Héloïse Rôth a la force tragique et sensuelle d'une femme, l'innocence et la malice de l'enfant. Elle a cette façon de s'offrir sans calcul, de jouer sa vie à chaque chanson s’inscrivant dans la plus pure tradition de la chanson à texte : voix, guitare et contrebasse. »

J’ai demandé à Héloïse Rôth, le 22 octobre dernier, de venir à l’agence pour une mandorisation en règle. J’espère sincèrement que d’autres professionnels s’attarderont sur son cas. Il le mérite. Elle aussi.

héloïse roth,déchargeurs,interview,mandorExtrait de la biographie officielle :

Héloïse Rôth est née au sein d’une famille nombreuse dans laquelle deux univers artistiques se côtoyaient : la comédie et la musique. Avant de s’embarquer dans le monde de la musique, elle joue dans quelques courts-métrages et une série pour la télévision. Mathieu Kassovitz lui offre ses premiers rôles au cinéma, en 1993 dans Métisse, puis en 1995 dans la Haine. 

C’est à Rome où elle passe son Baccalauréat qu’elle se prend à écrire et à chanter. Elle se découvre une voix particulière et en joue avec plaisir. À son retour, elle s’inscrit au Chantier (ex le Coach), structure pour les jeunes chanteurs auteurs et compositeurs qui lui permet d’arpenter ses premières scènes et rencontrer son public. Elle reprend des cours de piano et de violoncelle. Elle suit également des cours dans deux écoles de jazz : le CIM (Paris XVIIIe) et ARPEJ Paris Xème. Élève de Julia Pelaez, Carole Hemart et Élise Caron, elle perfectionne sa technique vocale. Depuis, la jeune femme au charme sauvage se lance dans la chanson… avec excellence.

Pour commence, voici le nouveau clip d'Héloïse Roth... "Prête-moi ta plume".

Prête-moi ta plume clip Héloïse Rôth from Mathieu Guetta on Vimeo.

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héloïse roth,déchargeurs,interview,mandorInterview :

Tu es issue d’une famille d’artistes.

Ma maman est musicienne, guitariste classique et mon papa est comédien, scénariste, auteur de polars.

Oui, il est même connu puisqu’il s’agit de Christian Rauth.

Il est populaire depuis que la télévision est passée par là.

Et tu as aussi une grande sœur, Julie-Anne Roth qui est aussi comédienne, au théâtre et au cinéma.

Elle écrit également des pièces de théâtre et des scénarios. En ce moment elle est braquée sur l’écriture. J’ai aussi une petite sœur qui sort d’une école de BTS de design, je ne sais pas trop comment ça s’appelle, mais elle sait peindre, dessiner, travailler sur des décors, elle aussi scénographe, bref, elle fait pas mal de choses différentes. Je tiens à préciser que j’ai aussi un frère, mais qu’il ne s’est pas lancé dans un métier artistique. Il est gérant d’une boite d’informatique.

C’est en ayant des parents artistes que tu as décidé de l’être aussi ?

Quel que soit le métier de tes parents, si tu les vois heureux dans ce qu’ils font, ça te donne envie. Je dis ça, mais au départ, je n’avais pas du tout envie d’être chanteuse et musicienne. D’ailleurs, je n’ai pas du tout été au conservatoire. J’avais très envie de faire des études, réussir ma vie, être totalement indépendante. Et puis, les métiers artistiques sont des métiers où les rapports humains sont un peu faussés. On est tous un peu dans la séduction, on est hyper égocentré, mais parce qu’il le faut, sinon on n’avance pas. Comme c’est un métier où on donne de sa personne, physiquement et mentalement, j’ai vu mes parents dans des états un peu difficiles, donc je ne rêvais pas particulièrement de ça. Mais les projets sur lesquels mes parents travaillaient étaient hyper épanouissants et beaux. Je voyais qu’il y avait de la magie dans tout ça. Du coup, c’est magie là m’a finalement séduite. Tu vois, j’ai oscillé entre les deux. J’ai envie, je n’ai pas envie.

Tu as même été comédienne, un temps.

Soyons clair, en tant que « fille de », il m’est arrivé de jouer la fille de mon père à l’écran. Puis, ensuite, des rôles plus personnels. J’ai fait de vraies rencontres, mais mes expériences dans ce milieu m’ont raconté que je n’avais pas trop envie de faire ce métier-là finalement.

Mai 2009. Extrait du court métrage " la Boîte d'Oscar" de Mathieu Guetta.
Paroles et Musique: Héloïse Rôth.
Arrangements: Antoine Pozzo di Borgo, Héloïse Rôth au Chant, Olivier Cantrelle au Piano, Antoine Pozzo di Borgo à la guitare, Jérôme Auguste Charlery à la contrebasse et David Gerbi à la Batterie.

J’ai lu que tu as commencé à écrire de la musique alors que tu étais à Rome.

Oui, là-bas, lueur… J’étais loin de ma famille et de mes amis, du coup je me suis recentrée sur moi et mes envies. J’ai soudain fait des trucs qui me faisaient plaisir à moi et pas seulement aux autres. Je me suis rendu compte qu’écrire me faisait du bien, que ça prenait de l’importance dans ma vie et que je voulais partager le fruit de mon travail.

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(Photo: Benloy)

Après, donc, tu t’es inscrite dans une école de spectacle.

C’est une structure pour les jeunes chanteurs. Je me sentais hyper timide et je me demandais comment j’allais faire pour chanter mon histoire devant des inconnus. Chanter ses propres chansons, c’est se mettre à poil devant des gens qu’on ne connait pas.

C’est un des arts les plus impudiques, c’est vrai.

Et puis là, on est seul. Il n’y a pas un metteur en scène qui croit en toi, qui te regarde, qui est bienveillant et qui te dit ce qu’il faut faire. Là, on est livré à nous même. Mais il faut le faire, il faut monter sur scène, il y a un truc un peu vital dans cette démarche. Il faut se convaincre soi-même que l’on est capable. On est obligé de se prendre en main de A à Z.

Tu as travaillé ta voix ?

Je reprends des cours aujourd’hui, mais de façon très ponctuelle, quand je sens que j’ai une difficulté. Mais je t’avoue que j’ai un petit problème avec l’autorité et l’exigence que l’autre t’impose dans le travail quand il ne se l’applique pas à lui même. Il faudrait que je tombe sur la personne idéale, qui n’est pas frustrée dans son métier, qui donne des cours de chants et qui est heureux de le faire.

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(Photo : Benloy)

Tu as chanté dans beaucoup de bars depuis 2003. L’école la plus formatrice à mon sens.

C’est génial cette expérience. Ce qui n’est pas simple, c’est le brouhaha général, mais ce qui est sympathique, c’est le contact direct et immédiat avec les gens.

En 2003, justement, pendant la semaine de la francophonie, tu es invitée par l’ambassade de France pour une tournée de 5 dates au Chili.

Oui, j’ai fait une grosse tournée avec les chansons des autres. Brassens, Brel, Ferré, Bourvil. Encore aujourd’hui, j’adore chanter ces grands-là. J’aime transmettre aux gens ce qu’il y a eu avant en matière de grandes chansons. Ce qui se passe aujourd’hui vient de ces gens-là. On ne fait que reproduire, voire imiter inconsciemment parfois. On n’a rien inventé.

Interpréter ces grands maîtres de la chanson, c’est sacrément casse-gueule, quand même !

Oui, justement. On ne peut pas y aller à moitié. On doit tout donner et c’est ça que j’apprécie dans la chanson. Le risque et le don de soi.

"Souvenirs d'école" Interprété par Héloïse Rôth. Julien Le Nagard à la guitare et Hervé Verdier à la contrebasse. Réalisation Philippe Wagner. Extrait du concert du 2 décembre 2011 au "Théâtre de la Vieille grille". Paroles Héloïse Rôth. Musique : Héloïse Rôth et Julien Le Nagard.

En écoutant ton disque, j’ai perçu dans tes chansons, une jeune femme à la fois forte, fragile, souvent ironique.Est-ce que tu chantes ce que tu es réellement ?

On  ne peut pas chanter un truc qui nous déplait. Si on veut être un minimum crédible, on chante des chansons qui nous correspondent, qui nous parlent, qui nous plaisent. Heureusement, l’écriture permet une super jolie distance. On fait semblant de raconter soi, mais on enjolive ou dramatise les choses. On s’inspire d’évènements, on imagine et après on gratouille là dedans. On pique l’histoire de plein de gens et ça donne l’histoire d’une personne.

Parfois, il y a aussi de la provocation…

Je suis un peu comme ça dans la vie. C’est de l’ironie tendre que je tente de laisser filtrer dans mes chansons. Ce n’est jamais agressif. L’ambiance générale n’est pas triste, juste un peu sombre. Sombre, ça veut dire qu’il y a quand même un peu de lumière quelque part.

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Tu es en concert aux Déchargeurs, tous les jeudis pendant 3 mois… il faudrait que mes confrères viennent aussi te voir.

C’est dur. Ils sont très occupés ou très difficiles à joindre. Ce n’est pas facile quand on est inconnue. Il me manque de la visibilité pour me faire repérer, pour attirer l’attention des professionnels susceptibles de voir mon travail. C’est un peu le challenge de cette résidence. Accueillir des gens qui peuvent raconter sur ce qu’ils voient sur scène.

A la décharge de mes confrères, nous sommes très sollicités par beaucoup d’artistes et c’est compliqué d’aller voir tout le monde. Il faut faire des choix. Mais, bon, Delerm a commencé comme toi, dans la même salle… et puis, le bouche à oreille a fonctionné.

Oui, je sais bien.  Il a commencé tout seul avec son piano dans la petite salle, comme moi. Et puis, il est passé à la salle de 200 places. Après il a signé et on connait la suite. Bon, moi, je suis déjà contente de commencer ainsi, dans une salle magnifique avec une excellente acoustique et une belle histoire.

Adaptation et Interprétation Héloïse Rôth de "I've seen that face before " ( Piazzolla /Grace Jones.) Julien Le Nagard à la guitare et Hervé Verdier à la contrebasse.

Tu es confiante en ton avenir musical ?

Oui, j’ai toujours été confiante. Il y a juste des moments de solitude à traverser. Mon problème, c’est que je crois toujours que les gens sont bienveillants, alors parfois, je tombe de haut. Mais, bon, pour le moment, j’arrive à vivre de mon métier. Je suis intermittente du spectacle et ça m’a donné un souffle. Cette petite aisance financière permet de ne pas faire n’importe quoi pour juste gagner sa vie. On peut prendre un peu plus de temps pour monter des projets le mieux possible, écrire, répéter, travailler, aller dans des directions artistiques adéquates à tes envies. J’ai passé 10 ans à ne pas pouvoir vivre de mon métier, donc tu es contente quand ça arrive.

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17 novembre 2012

Govrache : interview pour son concert au Sentier des Halles

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Govrache fut la cause de vives discussions entre membres du jury du Pic d’or 2012. Il y avait les « pour » récompenser l’audace d’un artiste qui a slamé plutôt que chanté en finale et les « contre » qui trouvaient un peu fort le café un tel comportement. Je ne vous dirai pas dans quel camps j’étais, mais ce qui est sûr, c’est que nous étions nombreux à avoir été bluffés par son texte. Au final, il a remporté le Prix du texte et le Prix du public. Govrache est un malin qui sait parfaitement mettre son auditoire dans la poche. Il faut être doué pour cela.

Quelques mois plus tard, le 19 octobre dernier, et à l’approche du concert qu’il donner jeudi prochain (le 22 novembre) en co-plateau avec Garance (mandorisée là) et Manon, j’ai demandé à Govrache de venir à l’agence, parler de tout ça.

Je tiens à le féliciter sur sa franchise absolue. Ce que vous allez lire, moi, je ne l’avais jamais entendu de la part d’un artiste.

598426_112601222213766_1320434151_n.jpgLa bio officielle :

C’est en 2008, après avoir promené sa guitare manouche sur une centaine de concerts, que David Hebert est devenu Govrache. Accompagné d'Adrien à la contrebasse et d'Antoine au violon, il fait swinguer ses textes et nos sourires : La gavroche sur la tête, la gratte en bandoulière, il se joue des interdits comme il joue de sa guitare, provoque un peu, se moque beaucoup et témoigne en souriant d’un quotidien qui l’amuse…ou l’afflige. Govrache a la trentaine et ça se sent : son écriture est celle de la jeunesse, mais cette jeunesse qui commence à prendre conscience qu’elle est éphémère.

Les textes sont caustiques et corrosifs d’un coté, tendres et nostalgiques de l’autre. On sourit, on rit, on est ému et puis on rit à nouveau. Ses chansons se suivent et nous ressemblent, parce que son inspiration vient du réel, notre réel.

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Interview :

Ce qui m’a fasciné quand je t’ai vu sur scène la première fois, c’est qu’en deux temps, trois mouvements, tu as réussi à capter l’attention du public présent dans la salle.

C’est une question d’habitude. J’ai pas mal de concerts dans les bars où il faut savoir un peu s’imposer avec ses mots et sa musique. Je chante depuis 10 ans en guitare-voix.

Pas seulement en guitare-voix. Tu as plusieurs formules, si je puis dire.

Je joue seul, en groupe, en duo, en trio. Mes prestations varient selon le budget qu’on me propose.

"Le Bleu de travail", capté sur le Bateau El Alamein à PARIS XIII le 22 septembre 2011.

Tu fais de la chanson à texte.

Oui, c’est comme ça que je qualifie mon travail, mais je suis en train de changer un peu. Je me dirige vers le slam. Je trouve que j’ai des problèmes vocaux sur scène. Je ne suis pas à l’aise avec ma voix de chanteur. Tout le monde me dit que j’ai tort de penser cela, mais c’est comme ça que je ressens les choses. Et puis, même… le slam, c’est une autre écriture, une autre manière de faire qui me correspond plus en vieillissant.

Es-tu un littéraire, comme tes textes pourraient le suggérer?

Non, pas vraiment. J’ai beaucoup lu à une époque, fait une fac de philo et eu le bac A2, mais c’est tout. Par contre, j’ai une manière de vivre un peu littéraire. J’aime bien me poser en terrasse, buller, regarder les gens, prendre des notes et surtout écrire, écrire. Mon truc, en fait, c’est d’écrire, pas de chanter, ni de jouer de la guitare. Je n’aime pas jouer de la guitare. Je ne suis pas un musicien, je suis plus un mec qui aime écrire.

Je retranscris tes propos, là, comme ça, dans l’interview ?

Oui, c’est la réalité. Le fait de jouer de la musique, c’est juste le moyen pour qu’un public entende les textes que j’écris. Je me suis dit que le meilleur moyen de faire passer des messages, c’était de les chanter dans des bars. J’aime bien ce truc de capter l’attention d’un mec qui est là, pas du tout pour toi, au milieu d’un bordel insensé. Si tu arrives à capter l’attention d’un mec ou d’une nana dans ce genre de contexte, tu as gagné ton pari. Du coup, quand tu as un public qui est venu dans une salle normale écouter de la musique, c’est vraiment facile pour moi.

"Merde, j'suis prof" au Pic d'Or 2012. ©Via production vidéo - viaprod@sfr.fr - www.via-production-video.com -

On ne va pas innocemment sur une scène si on n’est pas motivé pour jouer, non ?

J’approche des 40 balais. J’ai toujours fait ça. Je pense que si j’avais réussi mes études pour être prof, je ne ferais pas de scène. La scène c’est mon boulot. C’est la meilleure manière pour moi de gagner ma vie aujourd’hui.  Si je ne fais pas de scène, je suis barman au bar du coin et ça m’emmerde. La scène, ce n’est pas une passion. Si je gagne demain au loto, j’arrête la musique. Je continue d’écrire, mais j’arrête de faire de la musique. Quand je dis ça à mes potes musiciens, ils ne comprennent pas des masses mes propos. Eux, c’est vraiment une passion la musique.

C’est la première fois de ma vie d’intervieweur dans ce milieu que j’entends un tel discours. Je le comprends parfaitement, mais peu d’artistes vivent la chose comme toi. Sinon, tu as fait des progrès en tant qu’artiste de scène, depuis tes débuts où tu as tout de suite été à l’aise ?

La scène, ça s’apprend. Mes premiers concerts, ce n’était pas du tout ça. J’étais caché derrière ma gratte, derrière le micro. Je n’étais pas du tout à l’aise comme je le suis aujourd’hui. En dehors des problèmes de voix, aujourd’hui, il pourrait se passer n’importe quoi, je pourrais gérer sans problème. Sur scène, je suis chez moi.

C’est l’endroit où tu te sens le mieux ?

Non, l’endroit où je me sens le mieux, c’est au lit avec ma copine. (Rires). Sans plaisanter, non, ce n’est pas l’endroit où je me sens le mieux. Je préfère 1000 fois aller boire un coup avec un copain pour discuter et savoir comment il va, plutôt que d’être sur scène en face d’inconnus. Mais, c’est super agréable quand même.

Au-delà des textes de tes chansons, dans tes concerts, il y a toujours beaucoup d’humour.

Je me dis que les gens qui viennent, c’est aussi pour se marrer, passer un bon moment. J’aime bien instaurer une relation familière avec le public. Je trouve ça primordial. À la fin de mes concerts, d’ailleurs, je reste systématiquement avec le public dans la salle pour discuter avec lui.

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Pourquoi fais-tu des tremplins régulièrement. Comme le Pic d’Or à Tarbes en mai 2012 où je t’ai vu pour la première fois et même remis "le prix du texte" (voir photo ci-dessus).

Parce que ça me permet de rencontrer plein d’autres artistes. Je suis devenu pote avec Pierre Donoré par exemple. Pierrot Panse, c’est un type que je vais revoir, c’est certain. On fait connaissance avec plein de gens et c’est un des aspects positifs de ce métier. Je ne vais pas m’en priver.

Parle-moi de « Panne d’essentiel ». Je trouve que c’est une chanson importante de ton répertoire.

C’est marrant que tu me dises ça, parce que c’est vraiment la chanson que les gens reçoivent le mieux quand je l’interprète. C’est une chanson qui dit qu’il ne faut pas se tromper de vie. Non, pardon, une chanson qui dit qu’il ne faut pas se tromper de priorité plutôt. Il y a des choses plus importantes que de gagner de l’argent. C’est une chanson que je vais continuer à écrire et qui va évoluer avec le temps. Je n’ai pas la télé, mais il m’arrive de regarder le zapping sur internet. Tout tourne autour du bizness. On sauve les banques, mais on ne sauve pas les banquises.

"En panne d'essentiel", extrait du concert du 10 décembre 2011 à Ivry-Sur-Seine

Il y a aussi des chansons légères comme « N’en déplaise » et « Élise »…

Légères pour certains et puis extrêmement graves pour d’autres. Élise, il y en a qui quitte la salle quand ils entendent le texte de cette chanson.

Des cathos intégristes ?

Je ne sais pas, mais je les ai heurtés visiblement.

Ça doit te plaire. Tu as un côté provocateur je trouve.

Enfin, le but, ce n’est pas de faire fuir les gens non plus.

Tu n’es pas encore un artiste « populaire ». Es-tu heureux de la vie d’artiste que tu mènes ?

Oui. Je fais ce que j’aime et ça, c’est le plus important. Si ce n’était pas le cas, je changerais de vie dans la seconde.

Mais pour gagner ta vie, c’est suffisant ?

Je vis petitement. Et je ne consomme pas. Quand tu ne consommes pas, tu n’as pas besoin de beaucoup d’argent.

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La vie pour faire ce que l'on veut... même s'endormir quand Mandor parle.

Ton optique de vie, c’est faire ce que tu veux.

Oui, mais je passe peut-être à côté de plein de trucs. Tu vois, je n’ai pas d’enfant. J’ai un camion tout pourri, 3 T’Shirts et un jean. J’ai d’autres contraintes que quelqu’un qui va travailler tous les jours n’a pas, mais ses contraintes à lui, je ne les ai pas. Mon truc premier, c’est prendre un tout petit peu de plaisir lors de mon passage sur Terre. Depuis que je suis gosse, je suis comme ça et personne ne me changera.

Ce que j’aime dans tes chansons, c’est que tu ne fais pas la morale aux autres. Il n’y a pas de « voilà la vie, il faut faire comme ci, il faut faire comme ça… » 

Je déteste qu’on me fasse la morale, alors je ne vais certainement pas la faire aux autres. Je passe beaucoup de temps sur mes textes parce que je n’ai pas envie qu’on me prenne pour le donneur de leçons. Malgré tout, j’ai quand même envie de dire ce que je pense, après on le prend comme on veut, mais le but n’est pas de faire la morale. Tu sais, des chansons avec des personnages, ça reste des chansons égocentrées quand même. Les chansons sont tournées vers celui qui les chante. C’est moi qui pense telle ou telle chose, mais ce n’est qu’un regard parmi des milliers.

As-tu l’impression qu’un chanteur doit chanter des chansons qui soient utiles, qui fassent bouger les consciences ?

Des chansons qui fassent réfléchir pourquoi pas ? Bon, mais après, je suis parfaitement conscient que ça ne change pas la donne. Là, tu vois, je viens d’écrire un slam sur les SDF. Je tape un peu sur la société parce que si les SDF sont dans la rue, c’est parce que la société les y laisse. En tout cas, c’est mon point de vue. Si des gens sont touchés par ma chanson, je sais que rien ne changera par-derrière pour autant. Moi non plus je ne fais rien pour changer les choses concrètement. Là, je fais aussi une chanson sur l’écologie et la banquise, parait-il, ne s’arrête pas de fondre. Si on parle en termes d’utilité, j’affirme que ça ne sert à rien une chanson, si ce n’est prendre du plaisir sur un instant T.

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Tu vas être en concert le jeudi 22 novembre au Sentier des Halles. Mais pas tout seul. Tu partages le plateau avec deux autres artistes que j’aime beaucoup, Garance et Manon.

C’est un concert important pour nous. Le but, c’est aussi de faire venir quelques professionnels dans la salle. Ça fait longtemps que je voulais chanter avec Garance. On se connait depuis longtemps et j’adore ce qu’elle fait. Manon, aussi, je trouve vraiment bien son travail. Elle, je l’ai connu au Pic d’Or, mais on s’est tout de suite très bien entendu, au sens propre comme au figuré. Le concert sera bien, tu verras.

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14 novembre 2012

Jorane : interview pour L'instant aimé

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"Peu d’artistes au Québec ont un parcours et un son aussi singuliers que l’auteure-compositrice-interprète de renommée internationale qu’est devenue Jorane. Forte de dix albums, de centaines de spectacles à travers son pays, de plusieurs tournées mondiales et de collaborations artistiques aussi riches que variées, elle séduit public et critique, laissant une trace indélébile dans le paysage culturel".

jorane,l'instant aimé,interview,mandorPrésentation de l’album :

Jorane, découverte grâce aux albums Vent fou et 16mm, fée prodige du violoncelle et des voix aériennes nous revient femme et en pleine possession de sa fougue créatrice. Sur son nouvel album, après 15 ans d'expériences musicales intenses et très variées, Jorane revient à ses premières amours : des compositions instrumentales audacieuses, de longs échanges violoncelle/voix intenses, des chansons à texte poétiques et quelques reprises bien choisies, déconstruites et reconstruites à sa manière.

Jorane est venue à l’agence (merci Flavie Rodriguez…une xième fois), le 18 octobre dernier, présenter son dernier né. Un bijou absolu!

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Interview :

Je ne connais rien de votre vie. Avez-vous été élevé dans la musique?

Elle était très présente en tout cas. On avait un piano à la maison, mais on ne faisait pas de grandes fêtes musicales comme dans certaines familles québécoises ou tout le monde joue de tout. On m’avait inscrit à des cours de piano étant toute jeune. J’ai utilisé le piano comme moyen d’expression, sans apprendre vraiment à en jouer. Ensuite, j’ai appris la guitare classique, puis le violoncelle. Ça a été le coup de foudre pour cet instrument. Je savais que je voulais faire de la musique dans ma vie, mais j’ai été chanceuse que le violoncelle arrive assez tôt dans mon cheminement musical, pour que je puisse en faire mon instrument principal.

Vous venez en France de manière épisodique, mais je crois toujours avec plaisir.

Au début, j’étais ici tout le temps. Les premières fois que je suis venu en France, c’était en 1998, 1999. Je me rappelle d’avoir fait des tournées ici de plusieurs mois d’affilées. Là, ça fait 6 ans que je ne suis pas passé par ici.

En France, tous vos albums ne sortent pas. J’en ai comptabilisé 4 qui sont arrivés jusqu’à nous.

C’est ça. Oui, Vent fou, 16 mm, The You and the Now et puis celui-là, L’instant aimé. Mais, moi, j’en suis à mon dixième disque au Québec.

Teaser de l'album L'instant aimé.

jorane,l'instant aimé,interview,mandorL’instant aimé est le disque d’une artiste exigeante. C’est la première fois que j’entends un album commencer par un texte de René Char.

Je n’ai pas mis souvent des poèmes en musique. Le poème n’a pas besoin de musique pour pouvoir vivre, c’est même un peu délicat de se lancer dans cet exercice. L’an dernier, alors que j’étais en concert, on m’a apporté des cadeaux parce que c’était mon anniversaire. Parmi lesquels un recueil de poèmes de René Char. Je l’ai découvert et quand je suis tombé sur ce poème là, "Allégeance", ça a été un vrai coup de foudre, un véritable choc. Ce poème, je l’ai d’abord mis en musique spécialement pour un concert avec l'ensemble à cordes Imusici de Montréal (Moment de grâce et bougie d'allumage du projet), puis, réinterprété et réarrangé pour l'album.

C’est une sacrée responsabilité tout de même.

Il faut vraiment laisser parler l’instinct, il faut y aller avec nos émotions et il ne faut surtout pas installer des barrières au début, sinon, tout perd de son sens et c’est là qu’il ne se passe rien, que la page reste blanche. Dans l’art, c’est d’abord l’instinct, après on voit si ça vaut la peine d’être partagé.

Faut-il faire en sorte d’aller à contre-courant des autres?

Oui. Ça dépend de l’artiste et de ce qu’il a envie de partager. Moi, par exemple, avec cet album-là, je me suis dit : « OK, je fais une instrumentalisation qui vient me chercher, mais comme je ne suis pas un « band » avec les mêmes musiciens tout le temps, j’ai le plaisir de pouvoir colorer les chansons selon mon bon vouloir ». Il faut oser. Il faut travailler. Bon, je pense que c’est ce que font tous les artistes.

Pas toujours de manières si prononcées. Dans votre deuxième morceau, vous chantez, mais sans paroles. Ce sont des vocalises…

On m’a connu avec l’album 16 mm et tout l’album était élaboré avec ce principe. Il était en entier sans paroles, mais avec la voix partout. Du coup, les gens ont prétendu que c’était un langage à moi, du « joranien ». J’ai gardé ce terme-là parce que ça me fait rire. Je compare ça grossièrement à un crayon. Si on ne prend un crayon que pour écrire des mots, on passe à côté du dessin. Moi, j’utilise ma voix pour en faire de la musique.

C’est amusant, parce que je pourrais tout à fait comprendre ce genre de procédé par quelqu’un qui ne fait pas trop attention aux textes, alors que vous, vous y attachez une forte importance.

Pour que je décide d’inclure des paroles dans une chanson, il faut que ça en vaille la peine. La musique, au départ, c’est mon premier véhicule. Souvent la mélodie m’indique si j’ai besoin d’un texte ou non. Je suis mélodiste et j’aime les rythmes. J’estime que les mots ne sont pas toujours essentiels.

Jorane & I Musici - Festival International de Jazz de Montréal 2012
Réalisation et post-production : Andrew David
Caméra : Stefan Nitoslawski, Helmi Nabli et Andrew David
Enregistrement sonore : Geoffrey Applebaum

Quand vous décidez de reprendre les chansons des autres, comme c’est le cas avec celle d’Indochine et celle de Diane Dufresne, c’est toujours d’une manière, disons… surprenante.

C’est une variation sur le thème de.  C’est offrir une autre vision de cette chanson. Ce sont les mêmes accords, les mêmes enchaînements, les mêmes mots, mais l’intérêt de reprendre une chanson, c’est de lui donner une autre couleur.

D’ailleurs, votre précédent album sorti au Québec, Une sorcière comme les autres, était un album de reprise de chansons francophones.

C’est la première fois que j’enregistrais un album d’interprétation. Il y avait notamment deux chansons d’Anne Sylvestre. Je comparais cela à un kaléidoscope. C’est faire passer sa lumière à travers la couleur des autres.

Il faut vraiment faire un effort pour rentrer dans votre univers, mais quand on y est, on n’a plus envie de le quitter.

C’était encore plus difficile dans mes précédents albums. Celui-ci est beaucoup plus accessible, plus ouvert, moins hermétique. Certains de mes anciens albums étaient des albums « cocons ». Pour 16 mm, certains trouvaient cet album super sauvage, mais pour moi, c’était on ne peut plus réconfortant parce que je parlais d’un univers sans limites, qui me correspondais complètement. J’entendais que c’était des albums « dark », plus mélancoliques. Dans mon nouvel album, L’instant aimé, c’est vraiment l’inverse. Après le cocon et la chrysalide, voilà aujourd’hui le papillon. C’est un album confortable et réconfortant. Ça doit aussi venir du fait que je suis maman désormais.

Quand vos albums sont noirs, c’est parce que vous êtes « dark » intérieurement.

Mes disques ont toujours un lien avec mon état d’esprit. Mais, ça vient plutôt de mon côté chercheuse, décortiqueuse, exigeante. Je suis dans un laboratoire musical. Je conçois la musique comme un jeu, parfois joyeux, parfois plus sombre, selon les moments...

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