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28 novembre 2013

Arnaud Dudek : interview pour Les fuyants

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Je devais rencontrer Arnaud Dudek à l’occasion de la sortie de son premier livre Rester sage. Il n’habitait pas à Paris, ça a été compliqué à organiser. J’avais tant aimé le premier que je n’ai pas voulu louper le second… Pour Les fuyants, impossible, donc, de le laisser m’échapper. Nous avons petit-déjeuné ensemble (micro ouvert) le 27 septembre 2013, à la terrasse d’un bar, à proximité de la Gare Montparnasse. Ça caillait sévère, mais l’ambiance était fort chaleureuse.

les-fuyants.jpgNote de l’éditeur :

Dans la famille Hintel quatre hommes décident d’en découdre avec la filiation. Mais l’herbe est-elle vraiment plus verte ailleurs ? Une tragi-comédie tendre et rosse, désopilante à souhait, construite comme un Rubik’s cube.

Jacob, David, Simon et Joseph Hintel n’ont pas vraiment l’esprit de famille chevillé au corps. Les uns après les autres, ils s’évaporent. Adieu famille, moquette et vieillesse : la vie, même ordinaire, est ailleurs. Courage, partons. Les trois premiers fuyants connaîtront des fortunes diverses : Jacob pose ses valises au pays de l’ennui (sidéral), David choisit les contrées éternelles (il avale un insecticide), Simon part en quête de sagesse à marche forcée (en devenant oncle actif à défaut d’être mari ad hoc). Seul le petit dernier, Joseph, hacker farouchement marxiste et amoureux transi, brise la ligne de fuite et les habitudes de la tribu.

Après Rester sage, retenu dans la sélection finale du Goncourt 2012 du premier roman et traduit aux Pays-Bas, Arnaud Dudek propose une nouvelle tragi-comédie. Ici, les personnages voudraient ne pas rester sages mais le demeurent, malgré eux. Enlevée, savamment organisée, sa mini-saga familiale, écrite en phrases courtes qui font mouche, file les chagrins et les drames de la filiation d'une voix rieuse et parfois narquoise.

L’auteur : 

Arnaud Dudek est né en 1979 à Nancy. Après Rester sage (Alma, 2012) sélectionné pour le Prix Goncourt du premier roman, Les fuyants (Alma, 2013) est son second roman.

Sa page Wikipédia.

arnaud dudek,les fuyants,interview,almaInterview :

Tu as commencé à te faire remarquer en publiant dans la revue littéraire Décapage. C’est son directeur, Jean-Baptiste Gendarme, qui t’a repéré, je crois.

C’était en 2003. Décapage existait en format papier noir et blanc, il faisait 20 pages et c’était très mal diffusé. Il n’y avait pas la diffusion par maison d’édition comme aujourd’hui.

Comment as-tu connu Décapage?

Via le site de Philippe Jaenada qui était parrain d’un des numéros. Il avait mis un lien qui amenait vers la page de la revue. J’ai donc envoyé une nouvelle à l’adresse mail indiquée. Pour la première nouvelle, j’ai reçu un mail très administratif de Jean-Baptiste disant que ça ne lui plaisait pas trop, mais que si j’avais d’autres textes, éventuellement, pourquoi pas. Comme j’en avais une quinzaine dans mon panier, dans la foulée, je lui ai envoyé une autre nouvelle. Il n’en a pas été satisfait. Il a fallu que je la retravaille. Décapage, c’est l’école de l’exigence. Pour une revue de l’époque quasiment sans diffusion, Jean-Baptiste avait la même exigence que maintenant. Finalement, j’ai participé à tous les numéros du 23 au 35. J’ai arrêté quand ils ont été repris par La Table Ronde. Les numéros se sont espacés et le gratin littéraire a commencé à grignoter les pages. Il y avait moins de place pour les auteurs du démarrage.

Avant Décapage, écrivais-tu dans le but de te faire publier ?arnaud dudek,les fuyants,interview,alma

J’écrivais surtout dans le but de me faire plaisir avant tout. En fait, j’écris depuis que j’ai 12 ans. Au début dans mon coin et ça a fini par se savoir autour de mon cercle d’amis. Beaucoup m’ont incité à participer au journal du lycée. Ce que j’ai fait. Le proviseur a failli nous interdire de publication tant ma nouvelle était hard. 

Tu étais donc déjà subversif ?

Tout est relatif. Pour un lycée de campagne de la banlieue de Nancy, je l’étais peut-être.

J’ai lu tes deux romans. Si je devais te comparer à un chanteur, ce serait Alain Souchon, mine de rien, l’artiste le plus subversif d’entre tous.

Ah oui ? Ça me plait bien cette réflexion. Je peux comprendre cette comparaison.

arnaud dudek,les fuyants,interview,almaEn 2007, tu sors un recueil de nouvelles, Copenhague, aux éditions Filaplomb.

Un homme m’a contacté via le blog que je tenais avec François Perrin, J’irai cracher sur vos blogs. Cet éditeur franco-belge voulait monter une maison d’édition uniquement dédiée aux nouvelles. C’est sorti tout à fait confidentiellement. C’est d’ailleurs aujourd’hui introuvable.

Ensuite Jean-Baptiste Gendarme t’a mis en contact avec Story Lab quand ils ont monté leur structure d’édition numérique. Et tu as publié un autre recueil de nouvelles, Les vies imperméables.

J’ai fait de l’archéologie dans mon « œuvre » de jeunesse et j’ai compilé toutes mes nouvelles. C’était juste avant mon premier roman Rester Sage.

Bon, avec ce roman, les choses sérieuses commencent… tu passes au format long. 

J’avais fait une première tentative quatre ans auparavant, mais ce n’était pas concluant. Avec le recul, je suis obligé de constater que ça ne ressemblait à rien. En fait, quand tu viens du court, c’est intimidant de s’attaquer au roman. Ce n’est pas le même exercice. Et c’est compliqué de se consacrer à un roman quand tu as une vie professionnelle chargée.

Tu as envoyé le manuscrit de Rester Sage aux éditions Alma, toujours via Jean-Baptiste arnaud dudek,les fuyants,interview,almaGendarme.

Et, à ma grande surprise, ça a fonctionné.

Et ce livre t’a donné une certaine visibilité puisqu’il y a eu pas mal de presses très positives.

Oui, ça a été plutôt bien reçu… je suis allé de surprise en surprise. Un matin, je prends mon train et je me retrouve à la Une du Monde des Livres. Donc, j’ai appelé tout mon répertoire (rires). Bernard Pivot aussi en a parlé plus que positivement. Je suis ravi pour la maison d’édition et je ne te cache pas que je suis ravi aussi pour mon égo. Mais, le plus important, c’est que ça me permet de continuer.

Je trouve ton écriture très originale. Pas du tout linéaire.

Tu as raison. Elle est comme mon esprit : un peu tordue. J’ai beaucoup de mal à avoir du recul sur ça. Qui dit école de la nouvelle, dit patchwork. J’ai donc écrit un puzzle de nouvelles qui cherche la cohérence. Finalement, ça m’a demandé presque plus de travail de cohérence que d’écriture,.

arnaud dudek,les fuyants,interview,almaPlus dans Rester sage que dans ton dernier roman, Les fuyants, il y a un truc que j’aime beaucoup, ce sont les digressions à la Pérec ou à la Jaenada.

Ce roman s’est construit par petits bouts. Je l’ai pas mal repris parce que c’était un texte un peu ancien. Pour des tas de raisons, je me suis coupé dans mon élan. Au bout d’un certain temps, quand on revient sur un texte, on est soi-même un peu perdu. Le fait de créer dans le train, par à-coup, fait que j’ai des idées de personnages qui arrivent subitement. Et qui sortent de ce que je comptais écrire. Il faut que je trouve une autre idée pour les rattacher aux autres… j’ai dû faire des plans pour m’y retrouver. Le jeu avec l’éditeur, c’était de gratter un peu pour gagner en cohérence globale.

Avec ton éditrice, pour te rendre compte si les mots fonctionnent entre eux, tu as relu à haute voix ton roman.

C’est l’école Alma Editeur, l’école Catherine Argand pour être plus précis. Se rendre compte de l’oralité pour des textes très travaillés stylistiquement, c’est primordial.

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D’après ce que j’ai compris de ton œuvre, c’est que tu parles de la société à travers des « petites vies » de « petites gens ».

C’est la conséquence de ma sensibilité couleur Coca Cola (voir photo ci-dessus). Je lis beaucoup la presse et je suis très sensible à tout ce qui m’entoure. J’ai beaucoup œuvré dans des associations. Ce ne sont pas les histoires qui me font aller vers l’écriture, mais plutôt les personnages. Et je veux intégrer une dimension sociale. J’aime beaucoup le cinéma de Ken Loach par exemple. Je n’écrirais jamais une histoire d’écrivains dans le 16e arrondissement.

Tes personnages masculins sont attachants, mais ne sont jamais reluisants. Disons-le, ils ont beaucoup de défauts.

Ils ne sont pas parfaits. Ils sont faibles.

Tu es parfois très caustique.arnaud dudek,les fuyants,interview,alma

C’est volontaire. Je veux faire passer des choses lourdes sans pathos. J’essaie de déclencher un peu de sourires. Quand tu lis l’histoire de Rester sage, ça donne ça : un pauvre type qui se fait larguer par sa copine, qui perd son travail, qui à 30 ans se pose plein de questions et qui est limite dépressif. Il y a quatre personnages paumés et l’histoire commence par un suicide. Si je n’inclus pas un peu d’ironie et de légèreté, je ne sais pas qui va lire ce roman.

Comment travailles-tu tes romans ?

Pour les deux, j’ai travaillé de la même façon. Je suis un vrai fonctionnaire, c’est horrible. En gros, c’est trois mois d’écriture intensive et après c’est 9 mois de retravail de manuscrit. C’est une question d’affinage et de cohérence.

Tu as été sélectionné dans plein de prix littéraires, dont le fameux Prix Goncourt du premier roman. Tu as même été dans la sélection finale. C’est encourageant, j’imagine.

Les prix littéraires permettent de faire pas mal de rencontres. Je me souviens, pour le Prix Emmanuel Roblès, les nommés se sont retrouvés à Blois. On a bien mangé et on a parlé aux lecteurs de ce prix de lecteurs.

As-tu des auteurs contemporains français que tu aimes particulièrement ?

Je suis Philippe Jaenada depuis toujours. J’aime aussi beaucoup Yves Ravey, que peu de gens connaissent. Un auteur des éditions Minuit qui est absolument confidentiel, malgré ces 15 romans. Ce sont des polars sociaux, un peu à la Manchette, mais encore plus épurés. Il a une écriture que j’aime beaucoup. Une écriture qui va à l’essentiel.

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Ça fait 10 ans que tu es fonctionnaire à l’éducation nationale…

Je fais beaucoup de ressources humaines. En gros, mon travail consiste à recruter des enseignants et en amont à préparer les campagnes d’emploi. L’autre parti de mon travail est de rencontrer au quotidien les gens qui ont des difficultés de tout ordre : « Mon salaire ne correspond pas à ce que j’attendais », « ma femme vient d’être mutée en Suisse, je travaille toujours à Dijon, quelle solution pouvez-vous m’apporter pour que ma vie soit plus simple ? »… des choses comme ça.

Les fuyants, c’est le roman de la fuite en avant.

Je parle de ce que je connais le mieux finalement. Face à beaucoup de complications de la vie, j’ai tendance à fuir, à me recroqueviller et à éviter les obstacles. C’est d’ailleurs un comportement très masculin. Avec mon premier roman, j’avais l’horizontalité, j’ai décidé de m’attaquer à la verticalité. Dans Rester sage, ce sont deux amis qui sont sur la même ligne, qui ont tous les deux 30 ans. L’un considère qu’il a raté sa vie, l’autre non, pas franchement, mais quand tu la rates un peu, ce n’est pas terrible non plus. La verticalité, c’est passer à la famille, passer à 4 générations et voir s’il y a un gène de la fuite.

arnaud dudek,les fuyants,interview,almaTu as mis un peu d’histoire familiale…

Bien sûr. Il y a de belles fuites dans ma famille proche. Il y a notamment un « je reviens, je vais chercher des cigarettes ! »

Comment a réagi ta famille par rapport à ce roman ?

Mes parents l’ont lu après la sortie. Il y a forcément pas mal d’histoires familiales même si c’est en filigrane. On n’en parle pas trop entre nous. En fait, ils ne m’ont fait aucun reproche.

Te considères-tu comme un écrivain ?

Non, pas encore. Il faut au moins 10 livres pour cela.

Si je dis que tu es le Claude Sautet de la littérature, tu l’acceptes ?

Je raconte des histoires très simples vécues par des gens du quotidien, mais où beaucoup de choses sont dites, mine de rien. C’est l’arrière-plan social que je trouve intéressant dans une histoire. S’il n’y en a pas, je ne vois pas l’intérêt d’écrire.

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Le 27 septembre, à l'issue de l'interview...

26 novembre 2013

Thomas Gunzig : interview pour Manuel de survie à l'usage des incapables

thomas gunzig, Manuel de survie à l'usage des incapables

Enfin, j’ai rencontré Thomas Gunzig ! Un des écrivains les plus noirs, cinglants et drôles de la littérature francophone. J’ai lu avec jubilation son dernier roman, Manuel de survie à l'usage des incapables, mi-thriller no-futuriste, mi-conte philosophique déjanté. Il y narre avec délectation: la technologie à outrance, l’individualisme triomphant, la violence suburbaine, l’ambition des uns, la suprématie et la morgue des autres. Comme le dit si justement le site Médiapart, un bestiaire des hommes en quelque sorte, indispensable.  

Le 23 septembre dernier, nous nous sommes donné rendez-vous dans le café jouxtant Europe 1. (Merci au passage à son attachée de presse Anne Vaudoyer !)

thomas gunzig,manuel de survie à l'usage des incapables4e de couverture :

Comment un jeune employé malheureux, un assistant au rayon primeur, un baleinier compatissant et quatre frères, Blanc, Brun, Gris et Noir, quatre jeunes loups aux dents longues surentraînés et prêts à tout pour se faire une place au soleil, se retrouvent-ils liés par la conjonction fortuite d’un attentat frauduleux et d’un licenciement abusif ?
On l'apprendra en suivant avec passion leurs aventures burlesques et noires dans les sinusoïdes étranges du destin, et leurs différentes façons de composer avec les sévères lois du cynisme contemporain.
Sur le chemin, le roman fourmille d’images magnifiques, cocktail d’humour saugrenu et de poésie : « la tristesse pouvait s’installer dans une vie et s'y planter durablement, comme une vis bien serrée avec une couche de rouille par-dessus » ou « il sentait que la vie était une épreuve aussi désagréable qu'une longue angine »...
Des morceaux de bravoure inoubliables, tels la création du monde en tant que supermarché, des références constantes aux contre-cultures cinématographiques, un art du rebondissement tiré des meilleurs feuilletons populaires, une précision jubilatoire, un sens de la narration et un style inoubliables, font de ce roman une vraie réussite.

thomas gunzig,manuel de survie à l'usage des incapablesL’auteur (par le site du Diable Vauvert):

Thomas Gunzig est né en 1970 à Bruxelles. Il est licencié en Sciences Politiques. En 1994 il remporte le Prix de l'Écrivain Etudiant de la ville de Bruxelles pour Situation instable penchant vers le mois d'août (éditions Jacques Grancher).

En 1996 il devient le lauréat du prix de la RTBF et du Prix Spécial du Jury pour la nouvelle Elle mettait les cafards en boîte lors de la Fureur de Lire.

En 1997, second recueil de nouvelles, Il y avait quelque chose dans le noir qu'on n'avait pas vu (éditions Julliard, J'ai Lu Nouvelle Génération), mises en scène en France et en Belgique.

En mai 1999, troisième recueil de nouvelles, À part moi personne n'est mort (éditions du Castor Astral, J'ai Lu Nouvelle Génération). Il est également l'auteur d'une comédie musicale, Belle à mourir, jouée en 1999 en Belgique.

En 2000 il remporte le prix de la SCAM et réalise de nombreuses fictions pour Radio France. Il publie Bruxelles, Capitale culturelle de l'Europe aux éditions Autrement en 2000 et chez Labor De la terrible et magnifique histoire des créatures les plus moches de l'univers en 2002 et un recueil de nouvelles, Carbowaterstoemp, en 2005.

Son premier roman, Mort d'un parfait bilingue (Au diable Vauvert 2001), s'est vu distingué par les prix Victor Rossel et Club Méditerranée et son recueil de nouvelles, Le Plus Petit Zoo du monde (Au diable Vauvert, 2003), par le Prix des Éditeurs.

Il est lauréat en 2004 du prix de l'Académie Royale de Langue et Littérature Française de Belgique.

Son quatrième roman, 10 000 litres d'horreur pure, est paru en août 2007. En 2009, Assortiment pour une vie meilleure recueille l'intégralité de ses nouvelles parues entre 2004 et 2009. Enfin, en 2010, paraît son cinquième roman, Kuru.

Thomas Gunzig est professeur de littérature à La Cambre. Ses livres sont traduits dans le monde entier.

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Interview :

En quelle année se situe ce roman ? J’ai imaginé que c’était dans une trentaine d’années…

Je le situe dans un présent un peu alternatif. J’ai toujours eu du mal à faire de la vraie science-fiction parce qu’il faut imaginer de la technologie future compliquée. J’ai voulu créer un monde qui ressemble très fort au nôtre, à ceci près qu’il y a des différences notables qui rendent certains personnages /animaux, des êtres avec de super pouvoirs.

Pourquoi avez-vous fait cela ?

Je n’en sais absolument rien. Au début, je voulais situer l’action uniquement dans un grand magasin un peu claustrophobique. Quand je me suis renseigné sur le monde des grands magasins, j’en suis venu à avoir des infos sur l’agroalimentaire. J’ai fini par me dire que j’allais créer un monde où la grande distribution a pris toute la place et où les OGM aussi ont pris toute la place… même dans le corps humain.

thomas gunzig,manuel de survie à l'usage des incapablesLe monde selon Gunzing n’est pas très réjouissant.

On vit dans un monde terriblement clos. Il faut gagner de l’argent, mais les possibilités d’en gagner ne sont pas infinies. La plupart du temps, nous sommes employés. Nous appartenons à un système pyramidal. On appartient à un directeur, qui appartient à un directeur qui appartient à un directeur…etc. Nous craignons de perdre son boulot, donc nous vivons dans la peur en permanence de ne plus avoir d’argent et d’être au chômage. Nous avons peur aussi de perdre la liberté de disposer de son propre corps et de perdre la liberté de manger des choses qui n’appartiennent pas au système agroalimentaire. Je parle de toutes ces choses dans ce livre.

La vie dans un grand magasin, ça ne doit pas être très loin de ce que vous racontez…

J’ai lu des bouquins de management spécialisés sur la grande distribution, des magazines  spécialisés dans ce domaine, en français et en anglais, à destination des employés et des directeurs de grande distribution. Je me suis régalé, il y a par exemple 3 pages enflammées sur la nouvelle gamme des Tic Tac ou sur les subtilités des fromages à pâte molle de je ne sais pas qui. Il y a de la passion et de l’amour là-dedans. C’est assez génial à lire. J’ai beaucoup discuté également avec le directeur d’un magasin Carrefour. Je suis allé voir pas mal de sites de chat de caissières. J’ai passé près d’un an à récolter toutes sortes d’informations. J’aime donner du corps à ce que j’écris. On peut avoir le meilleur imaginaire du monde, il n’y a rien de mieux que de se documenter pour prendre une orientation inattendue.

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Parler économie, management, grande distribution, agroalimentaire n’est pas très thomas gunzig,manuel de survie à l'usage des incapables« sexy ». Vous n’avez jamais eu peur de devenir un peu rébarbatif et d’attaquer un sujet un peu « casse-gueule » ?

Je sentais qu’il y avait quelque chose d’excitant dans cette matière-là. J’avais envie de parler de ce monde de commerciaux, de chefs, de sous-chefs, de sous sous chefs et de super chefs, de peur, de hiérarchie. J’ai adoré m’imprégner du vocabulaire de ce milieu, un peu arrogant, mais qui au fond est creux et ne veut rien dire. Cette société parfois pathétique m’excitait pas mal. Mais, je rassure les gens qui font ce métier, tous les univers ont leurs côtés ridicules. On a tous un côté guignol par moment, quel que soit le job que l’on pratique.

Vous évoquez des sujets sociétaux sur un rythme effréné et de manière délirante.

Parfois, je me dis que je devrais une fois pour toute choisir une option. Sous ce polar, il y a un fond socio-économique. On parle d’amour, un peu de sexe. On est dans le prospectif, mais pas forcément. C’est à la fois drôle et très noir. Mélanger tout ça à pour conséquence que mes livres ne marchent jamais. Enfin, ça marche un peu, mais si je pouvais en vendre 100 000 un jour, ça serait bien. Vous savez, j’ai analysé la rentrée littéraire. Ce qui se vend bien, ce sont les livres dans lesquels on sait ce que l’on va lire. Le dernier Nothomb ou le dernier Werber, on sait où l’on va. Bon, cela étant, je serais incapable d’écrire autre chose que ce que j’écris moi.

thomas gunzig,manuel de survie à l'usage des incapablesJe vous sens très touché par les ventes éventuelles de votre livre.

Quand un livre vient de sortir, on est super aux abois. J’en ai marre d’avoir d’autres activités pour vivre. Je fais de la radio, je suis un tout petit peu prof, je fais des spectacles, de la photo,  j’écris des scénarios. J’aimerais pouvoir écrire un livre tous les deux ans et pouvoir vivre de ça. Le rêve.

Il en faut peu, pour que ça marche, vous savez.

Il me faut  50 000 euros par an. Ça fait 50 000 livres vendus. J’ai trois enfants et une pension alimentaire… j’ai très mal géré ma vie (rire).

Mais, vous ne pouvez quand même pas écrire des romans, disons « grand public », juste pour en vendre beaucoup et gagner de l’argent.

À une période, j’en avais marre de constater que mes livres ne décollaient pas plus. J’ai décidé d’écrire un livre à la Marc Lévy. Vraiment pour le pognon. Je ne suis pas parvenu à le faire. J’en ai déduit que pour faire du Marc Lévy, il faut être Marc Lévy. Je ne me moquerai plus jamais de Marc Lévy depuis que j’ai essayé de faire comme lui. Je suis péniblement arrivé à écrire cinq pages.

Pourquoi écrivez-vous des livres si précis, si fouillés et si volumineux?

Parce que c’est super excitant. J’adore construire une histoire, inventer des personnages, créer des situations rocambolesques, mais crédibles. Il n’y a rien de plus jubilatoire que de sentir que tous les éléments que l’on a mis en place commencent à s’imbriquer les uns dans les autres correctement. Si on peut partager des émotions, une histoire, faire rire ou pleurer les gens, c’est fantastique.  Avec Manuel de survie à l’usage des incapables, j’ai l’impression d’avoir réussi concrétiser le fruit de mon imagination parfois un peu trop fertile. Les êtres humains sont faits pour communiquer entre eux. La littérature est un bon moyen pour le faire. En fait, si je réfléchis bien, écrire donne un peu un sens à ma vie.

Est-ce que vous êtes un peu déprimé, comme vos personnages?

Mais oui, je suis comme les personnages de mes bouquins. J’ai super peur de tout : perdre ma famille, devenir pauvre, être à la rue… Même les méchants de mes livres, je les aime bien. Je rentre en empathie avec eux. J’aurais du mal à écrire un livre en créant des gens que je méprise, que je déteste et que je ne comprends pas.

Les méchants, on les comprend, car vous expliquez pourquoi ils en sont arrivés à ce thomas gunzig,manuel de survie à l'usage des incapablespoint de cruauté.

La morale de ça, c’est qu’on a tous des raisons d’être ce que nous sommes. Il suffit d’un rien dans notre histoire pour que l’on devienne un preneur d’otages au Kenya ou un sympathique journaliste en France.

Dans ce livre, au début, j’ai eu peur de me perdre tant il y avait d’actions et de personnages.

J’avoue, il y a une grosse mise en place de la dramaturgie, mais ensuite, la lecture devient assez simple. On suit les mêmes personnages et on s’y habitue.

Vous pensez déjà au prochain livre ?

Oui. J’ai commencé celui-là il y a 5 ans. Et puis, en même temps, j’ai commencé à faire beaucoup de radio, beaucoup de spectacles et de scénarios. Je me suis donc interrompu pendant 4 ans et j’ai eu l’impression d’avoir perdu un temps de malade. Je ne veux plus revivre ça. J’avais un besoin irrépressible d’écrire un nouveau livre. Je vais me discipliner. J’ai décidé de sortir un livre tous les deux ans.

C’est difficile de se discipliner ?

Oui, très difficile, parce que la vie joue contre vous complètement. Entre mes 3 enfants et tous mes boulots, c’est hyper dur.

thomas gunzig,manuel de survie à l'usage des incapablesJ’aime des gens comme vous qui font exploser les conventions littéraires.

C’est ce que disait Italo Calvino dans son livre Leçons américaines. Il y a 5 leçons : légèreté, rapidité, exactitude, visibilité, multiplicité. Dans la leçon sur la multiplicité, il explique que les auteurs doivent se mettre des défis qu’ils savent impossibles, inaccessibles, qu’ils doivent multiplier les savoirs. Il fait peu ou prou l'éloge de la pluridisciplinarité, et revient sur la nécessité de la connaissance, mais dans sa dimension tant scientifique que sociale, pour mieux pouvoir percevoir le réel, afin de le retranscrire, via ce qu'il décrit dans son roman. Ce n’est qu’ainsi que la littérature va pouvoir se renouveler.

Est-ce que vous avez l’impression que l’on comprend votre travail ?

Je ne sais pas. Moi, je n’ai comme ambition littéraire que de faire un livre qui emporte le lecteur, qui le fait voyager, qui le fait marrer et qui le distrait. Robert-Louis Stevenson dans son Essai sur l’art de la fiction disait notamment que toute lecture digne de ce nom doit être pénétrante et voluptueuse et qu’elle doit vous arracher à vous-même. Vous devez vous extirper d’un livre l’esprit en feu.

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Après l'interview, le 23 septembre 2013.

23 novembre 2013

Antiloops : interview pour leur 1er EP (Yep)

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Antiloops est un projet proposé par Ludivine Issambourg. Elle est accompagnée de  quatre musiciens professionnels reconnus, issus de différentes cultures musicales, s’imprégnant mutuellement de leur forte personnalité afin de créer un bouquet musical original qui donne envie de bouger, danser, onduler son corps...

Ludivine Issambourg et Mr Gib sont venus à l’agence le 25 septembre dernier pour nous parler de ce projet on conventionnel et surprenant.

(Merci à Isabelle Pares pour cette sacrée belle découverte!)

antiloops,ludivine issambourg,mr gib(yep),interview,mandorBiographie :

La flûtiste Ludivine Issambourg qui a brillé aux côtés de Wax Tailor (mandorisé là) pendant 4 ans présente son projet Antiloops : un doux mélange de hip-hop, jazz, électro accompagné d'une pincée de flûte ensorcelante et d'un petit arôme scratch pour un vent nouveau sur la scène jazz française. Lauréats des trophées Sunside, chouchous des pointures de la critique musicale française et récemment première partie de Magic Malik, Antiloops, ou le plaidoyer contre la monotonie musicale. Le dénominateur commun de cette formation en tout point exceptionnelle s'appelle Groove.

Les autres membres de Antiloops sont Julie Saury (batterie), Mr Gib (scratch), Nicolas Derand (claviers) et Timothée (basse).

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antiloops,ludivine issambourg,mr gib(yep),interview,mandorInterview:

Ludivine, la flute est ton instrument de prédilection depuis ta prime jeunesse ?

Ludivine : Oui. J’ai commencé à 9 ans. J’ai un parcours classique, mais c’est un trompettiste qui m’a appris la flute. Donc, j’ai appris par le jazz. Déjà, ça ne partait pas sur une voie conventionnelle. Très tôt, j’ai été initiée au jazz, j’ai joué en big band. Très rapidement, j’ai écouté Roland Kirk et ça a été la révélation pour moi. Après,  j’ai exprimé le souhait d’en faire mon métier. On m’a conseillé de passer  par le classique, donc je suis rentrée à 15 ans dans une école de musique.

C’est à cet âge que tu as décidé d’en faire ton métier.

Ludivine : Entre 12 et 15 ans, ça a commencé à sérieusement me turlupiner. Au collège, mon prof de musique m’a un peu testée. Il a vu que j’avais des capacités et m’a donc boostée. Ce n’est pas rien de choisir de devenir musicienne professionnelle, il a donc fallu que je réfléchisse avec mes parents. D’habitude, on rentre dans une école de musique à 6 ans, pas à 15 ans.

Je n’ai pas vu et entendu beaucoup de flutistes jouer comme toi en tout cas.

Ludivine : Ma manière de jouer est inspirée de flutistes de jazz. Le premier solo de flute dans le jazz est apparu en 1929. Ensuite, les vrais flutistes jazzmen sont arrivés dans les années 50, comme Hubert Laws, Roland Kirk, Éric Dolphy, Yusef Lateef, des gens comme ça. Je n’ai rien inventé. J’ai juste choisi des moyens d’expressions qui me convenaient et qui me parlaient et je me les suis réappropriés en 2013 avec d’autres sons.

Est-ce difficile de se détacher des maîtres ?

Ludivine : Je ne me suis jamais vraiment posé la question. On m’a toujours inculqué le fait d’être moi même. A partir de là, je pense qu’on se détache et qu’il n’est pas compliqué d’être différent.

Extrait de l'EP "Yep".

Mr Gib, toi, tu es beatmaker. C’est quoi exactement ? Une sorte de DJ fou ?

Mr Gib : C’est un peu ça. Cela dit, on peut être beatmaker sans être DJ. C’est quelqu’un qui utilise les machines, les boites à rythmes, les sampleurs, les ordinateurs de toutes sortes et les programmes qui vont avec pour faire de la musique.

Tu as toujours fait ça ?

Mr Gib : Non, j’ai fait du saxophone pendant longtemps, après j’ai suivi une formation d’ingé son et je me suis mis à faire du scratch. J’ai arrêté le saxo à cause du scratch. En 2001, à Marseille, j’ai rencontré des gens avec qui j’ai monté un groupe qui s’appelle La fine équipe. On était un groupe de scratcheurs composé de plusieurs DJ et on faisait de la musique en utilisant les platines comme instrument.

Antiloops, à la base, c’est vous deux, puis d’autres musiciens sont venus vous rejoindre.

Mr Gib : Au départ, c’est Ludivine. C’est elle qui compose et qui arrange. Moi, elle m’a juste proposé de faire des scratchs sur ses morceaux et j’ai trouvé l’idée intéressante. J’avais deux casquettes. La casquette de DJ pour faire les scratchs et pour participer un peu aux arrangements et la casquette d’ingé son. On a enregistré et mixé dans mon studio.

Ludivine : Moi, je suis une grande fan de scratch depuis longtemps. Je pense que c’est un instrument, sauf que la matière première n’est pas les notes, mais une culture musicale faite de vinyles et de samples. 

Qu’as-tu voulu faire avec ce groupe, Ludivine ?

Ludivine : Je voulais monter un quintet moderne. Au lieu d’avoir un collègue trompettiste, saxophoniste, tromboniste, à côté de moi, j’ai un scratcheur. Le problème des scratcheurs dans les groupes, c’est qu’ils tiennent souvent le rôle de la feuille de salade sur le côté de l’assiette. Moi, je voulais lui rendre une vraie place.

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Vous travaillez comment tous les deux ?

Mr Gib : D’un point de vue pratique, ne serait-ce que pour la gestion du temps des uns et des autres, c’est plus simple que Ludivine vienne avec des morceaux déjà avancés et que moi je lui propose des choses à placer dessus. Le problème principal du scratch, c’est de savoir quelle texture, quel son nous souhaitons et quelle histoire nous voulons raconter.

Ludivine, est-ce facile de diriger la machine « Antiloops » ? Il y a pas mal de musiciens avec chacun sa personnalité…

Ludivine : C’est parfois du sport. En même temps, ce n’est pas la première formation dans laquelle je suis leadeuse. Je dis souvent « plus on est de fous, plus on rit ». J’aime réunir les gens.

Mr Gib : Il y a une vraie bonne énergie autour du projet. C’est assez sympa de voir que les gens adhérent si facilement au projet.

Je n’ai pas su définir le style d’Antiloops quand j’ai écouté pour la première fois. Les journalistes vont tous vous demander quel genre vous jouez, vous le savez.

Ludivine : Oui, je suis au courant (rire). Pour l’instant, je dirais hip-hop jazz ou electro jazz… c’est difficile et surtout, ça évolue tout le temps.

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(Photo : Jérôme Flament)

Le groupe existe depuis un an. Je trouve que vous parvenez à vous faire remarquer assez vite.

Ludivine : Effectivement. Dire le contraire serait mentir. On a fait le disque il y a un an, notre premier concert le 13 décembre 2012, mais ça commence à bien prendre.

Votre musique ne fait pas partie de ma culture personnelle, mais dès la première écoute, j’ai aimé. J’en déduis que vous faites de la musique très fédératrice.

Ludivine : Je voulais faire de la musique à moi, avec ma patte, mais je voulais surtout qu’elle soit accessible à tous. L’universalité, c’est quelque chose qui me parle. On ne fait pas de la musique pour musiciens, on ne fait pas de la musique pour les jazzeux non plus.

Mr Gib : Ca peut l’être, mais ce n’est pas que. Les gens qui écoutent du jazz, s’ils sont un peu ouverts, peuvent s’y retrouver et ceux qui écoutent de la musique groove ou black music, peuvent s’y retrouver aussi. On sent que Ludivine a un amour pour le hip-hop et la groove music. Ça transpire dans ses compos.

Ludivine, il vient d’où cet amour du groove ?

Ludivine : Même gamine, dans le big band de mon prof, il y avait un morceau un peu plus groovy, moins ternaire, moins jazz que les autres, c’est celui que je préférais. C’est une question de ressenti du corps.

"Luna" live au Sunset le 30 mars 2013

Vous avez reçu un prix prestigieux récemment. Le trophée Sunside 2013. 1er prix « Groupe » et premier prix « Soliste ».

Mr Gib : Il y avait 4 groupes par soir pendant 3 soirs. Ce n’était pas un petit concours.

Ludivine : Déjà, on était surpris d’être sélectionné parce que le Sunset, c’est un club mythique de jazz à Paris. On ne s’est pas posé de questions. Il fallait jouer, on a joué. Et on a gagné sans chercher à gagner. On n’a pas cherché à plaire… on a cherché à être nous-mêmes.

C’est encourageant pour la suite, en tout cas.

Ludivine : Au niveau de mon instrument et de ma quête, c’est intéressant. Je suis chef de gondole de la flute jazz et j’ai envie d’emmener loin cet instrument.

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(Photo: Jérôme Flament).

Trouves-tu que la flute n’est pas très valorisée dans le monde du jazz ?

Ludivine : Je ne dirais pas ça. Il y a beaucoup plus de flutes dans la musique de tous genres qu’on ne le pense. Sur dix morceaux, tu en as trois où tu vas entendre de la flute. Dans le hip-hop, par exemple, il y en a énormément. Tout le monde à une image classique de la flute, j’ai juste envie de lui faire changer d’image. Et à priori, quand on fait autre chose avec, ça plait.

Sur l’EP, il n’y a qu’un morceau avec un guest, Louis Katerz. 

Ludivine : J’aimerais mettre un peu plus de morceaux avec des voix. Pour le moment, c’est encore un peu le laboratoire. Sur l’album, il y aura plein de guests, MC, chanteurs… Peut-être qu’à long terme, une formule à six, c'est-à-dire en ajoutant une voix, serait idéale. Peut-être…

Wax Tailor, avec qui Ludivine a travaillé pendant 4 ans, et C2C ont ouvert une brèche intéressante pour ce genre de musique, non ?

Mr Gib : Oui. Le public a capté que l’on pouvait faire de la musique pas uniquement avec des instruments de musique. Il a compris aussi que l’hybridation des choses, ça pouvait être sympa.

Ludivine, tu projettes l’image d’une femme sûre d’elle. Tu l’es ?

Ludivine : J’aime ce que je fais. Si moi je n’ai pas confiance en mon projet, qui va avoir confiance ? Après, je suis comme tout le monde. J’ai des moments de doutes et de stress. J’ai des moments de relâchements où je baisse un peu les bras.

Et les autres membres du groupe sont là pour te galvaniser ?

Ludivine : Quelquefois, ils ne le savent pas (rire). 

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Avec Ludivine Issambourg et Mr Gib après l'interview, le 25 septembre 2013.

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22 novembre 2013

Flow : interview pour toutes sortes de choses... sans langue de bois.

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Voix cassée et rage au cœur, Flow chante comme on mène une bataille. Toutes ses chansons sont comme des cris de révolte. Cette grande dame de la chanson est une sorte de grand-reporter de la chanson, fière et insoumise.

J’aime beaucoup Flow. Depuis son premier album. Pour ses chansons et son caractère entier et sans concession. Une forte personnalité, ça manque pas mal.

J'ai déjà interviewé Flow pour son précédent disque. J’avais déjà constaté que la chanteuse n’avait pas la langue dans sa poche… cette fois-ci, elle a encore moins de retenue. Tant mieux. Je n’aime ni les discours formatés, ni les propos conventionnels. Et puis, parfois, il est bon de rencontrer des humains humains. Des francs du collier. Des qui prennent des risques. Des qui parlent  sans peur, mais avec cœur.

Flow est venue à l'agence le 4 septembre dernier avec l'idée de me parler sans s'autocensurer.

flow,interview,intime conviction,mandorBiographie (un chouia réduite) :

Après plus de dix ans passés à sillonner le monde, pour réaliser des reportages photo pour de nombreux quotidiens en France et au Québec, Florence Vaillant, globe-trotteuse se pose à Saint Barth et se met à écrire des chansons. Yannick Noah (mandorisés ici) l’entend chanter lors d’une soirée et l’invite à se produire en première partie de ses premiers concerts parisiens au Café de la Danse. Rappels et standing ovation, elle ne repartira pas.  

Son premier album L’Âme De Fond est produit par Guizmo (Tryo) et sort fin 2008, accueilli par d’excellentes critiques. Suivront des dizaines de concerts en France, Suisse, Belgique et Québec, la remise du prix Raoul Breton par la Sacem, le premier prix du jury et celui du public du Festival Le Mans Cité Chanson.

Réalisé par Romain Didier (à moitié mandorisé), Larmes Blanches sort en janvier 2011 sur sa propre étiquette (Les Ailes Du Chat) distribué par Wagram.

2012 est année de réflexion et de recherche. Dans sa retraite de l’arrière-pays montpelliérain, Flow se consacre pleinement à l’écriture et à la composition d’un troisième album qu’elle souhaite différent de ce qu’elle a fait auparavant. Si sa plume est plus inspirée que jamais et si les mélodies sont d’une  lumineuse évidence, l’album s’annonce intime et acoustique comme en témoigne un premier EP de trois titres.

Enregistrés à Paris début 2013 en compagnie d’Étienne Abeillon (guitare et chant), les 13 titres de ce nouvel opus ont été réalisés par Stéfane Goldman et mixés par Gilles Martin (Miossec, Dominique A, Deus, Claire Diterzi, Jil is Lucky, Indochine…) . 

L’album intitulé Intime Conviction sortira, à priori, en 2014.

Lu Dans La Presse :

"Une jeune femme qui ressemblerait à Patti Smith et élevée par une grand-mère punk qui aurait écouté Piaf…"
(Sud-Ouest)

"Une voix à réveiller les âmes !"
(Le Midi Libre)

"Il y a les marchands de sommeil et puis il y a Flow, vendeuse de réveil."
(Francofans)

"Ce n’est plus de la chanson engagée, c’est de la chanson nécessaire."
(Marianne)

"Poésie à fleur de peau qui ne peut laisser personne indifférent."
(Addiction Le Mag) Tiens! Ça, c'est moi.

"Artiste à la voix puissante et hors du commun"
(Longueur D’Ondes)

"Flo chante avec conviction et une étonnante énergie sur des musiques métissées qui balancent entre chanson réaliste et punk classique"
(Dernières Nouvelles d’Alsace)

flow,interview,intime conviction,mandorInterview :

Je te décerne le prix de la plus rebelle et la plus revendicatrice de la chanson française.

Une grande gueule oui ! Je pensais que je pouvais être un grain de sable dans la machine. Ce n’est pas aussi simple que cela.

Tu es rentrée dans le système par le biais de Yannick Noah. Il a fait entrer le loup dans la bergerie, non ?

Yannick n’a pas fait ça pour ça, mais il m’a laissé peut-être foutre mon bazar, car  il aime les challenges. Il m’a sentie pugnace. Mon travail à moi, dans la vie, je crois que c’est clown. Mais clown social. Mon maître à penser, c’est Coluche. Sur l’approche politique et humaine. Il bougeait ses fesses et faisait en sorte que les choses évoluent, en bousculant très fort. C’est le travail que je cherche à faire dans mes chansons. Elles sont satiriques, mais elles restent hyper tendres.

Quand je te vois évoluer, revendiquer, j’ai l’impression de regarder Don Quichotte se battre contre les moulins à vent.

Je crois que c’est Bilal qui dit : « Être des hommes libres est peut-être une utopie, mais l’idée est si belle, qu’elle vaut la peine d’être défendue ». Étienne, le guitariste avec lequel je joue et aussi le parrain de ma fille, était vraiment petit quand je l’ai rencontré. Il avait 16 ans. À 16 ans, on suit la lumière sans vraiment réfléchir. Plus âgé, un jour, il m’a écouté parler avec beaucoup de flamme à des gens et il est venu me dire à part : « tu sais, je ne voudrais pas être désagréable, mais on ne peut pas le changer le monde ». Je lui ai répondu : « Chut, je vais te dire un secret : Je le sais. Je suis au courant, mais ce n’est pas grave. J’essaie quand même. Un jour je serai morte et toi tu seras encore vivant. Et si ma fille te demande comment j’étais, tu répondras : ta mère était un peu folle, mais au moins elle a essayé. » Bien sûr que David et Goliath, ça n’existe que dans les livres. Moi, me contenter de regarder les choses passer, ça m’est insupportable. Je m’en fous de me cogner la tête souvent.

Clip de "Sans regret".

flow,interview,intime conviction,mandorEn ce moment, tu essaies de sortir ton 3e album… et ce n’est pas simple du tout. Je crois que tu as rencontré des personnes qui ont voulu travailler avec toi, mais ça ne s’est pas bien passé.

On n’a plus été d’accord. Quand on n’est plus d’accord avec quelqu’un avec lequel on n’a que l’argent en commun, il faut payer. C’est un peu comme un mariage. Au début, on s’aime beaucoup, puis on ne s’aime plus. On divorce. Il faut partager les meubles, mais c’est difficile de couper le chien en deux. J’essaie de récupérer ce que je considère être à moi. Le droit d’écrire et de chanter mes chansons.

Tu as voulu t’associer à des personnes qui n’étaient pas comme toi. C’est ça l’erreur ?

Je suis un peu comme un chien qui renifle de l’eau. Je ne réfléchis pas assez. Je devrais me poser plus souvent, m’emballer moins vite et être moins réactive parfois.

Visiblement, tu n’y parviens pas.

La bête qui est sur scène, ce n’est pas du cinoche. L’espèce de machin qui saute dans tous les sens, qui hurle, qui s’arrache le ventre, les tripes et le cœur à volonté, je vis avec tous les jours. Flow, l’artiste, tous les jours, je me réveille avec elle… et elle n’est pas facile à gérer.

Es-tu une schizophrène revendiquée ?

Je le suis un peu (la réelle schizophrénie est une chose bien plus grave). Comme tous les artistes. En fait, je suis honnête voir brutale et ça, ce n’est pas très bankable. Les gens n’aiment pas qu’on leur révèle que sur les droits de reproduction mécanique, c'est-à-dire la vente directe des disques, sur un prix moyen de 18 euros, bien moins d’un euro seulement reviennent à l’artiste signé, selon son contrat, dire le commerce acharné fait autour de la culture et de la musique. Oui,  il faut être honnête, peut-être que les gens arrêteront d’acheter des disques, peut-être qu’ils voudront donner plus d’argent directement à l’artiste qui les porte…

En 2011, Yannick Noah continue de présenter Flow aux médias. Ici "Le sourire d'un môme" en live à Chabada.

On ne peut pas dire que tu te sentes bien dans l’industrie de la musique…flow,interview,intime conviction,mandor

Il y a l’industrie de la musique, certes, mais je rêve que l’artisanat musical existe.Je veux qu’il y ait une place obligatoire (une loi) pour les artistes autoproduits dans les festivals et sur les radios, comme on a fait une tranche pour la chanson française.Il y a les majors qu’on connait et il n’y aurait pas une place pour le reste ?! Moi, je dis qu’il peut y avoir deux énormes Mac Donald dans la même rue et un petit Bouchon lyonnais aussi.

Tu n’as pas envie de rentrer dans le mode proposé.

Je voulais jouer le jeu de la matrice pro, mais je crois que les règles me déplaisent. Et surtout je crois qu’y en a qui trichent !! (Sourire)

Ton deuxième album a été distribué chez Wagram, tu t’es associée à des hommes d’affaires pour tenter de sortir le 3e. Ça se passe mal tout le temps, tu es en conflit à chaque fois…

C’est vrai. Mais tu sais, je me dis que ce n’est pas que de leur faute. Je suis terrible quand je m’énerve ou que ça ne se passe pas comme je veux ; je prends ma part de responsabilité. Je n’ai ni haine, ni envie de violence contre ces gens. C’est juste des gens.

Mais pourquoi tu vas vers eux ?

Parce que je te l’ai dit, je suis utopiste et  je crois que même chez un monsieur très très riche, il y a un petit garçon dedans. De l’humanité aussi. Finalement, je me rends compte que l’argent et l’ego sont très forts contre le coeur humain.

Oui, mais ça tu le savais avant, je présume. Pourquoi ne pas te contenter de faire cet album grâce à Ulule et le soutien de ceux qui t’aiment ?

L’idée c’est l’autoroute. Tu as une voiture, elle roule vite. Moi, j’ai la chance que l’on m’ait donnée une grosse voiture, c'est-à-dire que mes textes plaisent et que ma force de scène fonctionne, alors j’ai voulu essayer l’autoroute pour aller plus vite. C’est légitime, non ? Je me demande pourquoi je prends les camions de face. Peut-être que je prends l’autoroute dans le mauvais sens (rires).

"Citoyen" enregistré le 23 Mars 2011 à L' Affiche à Reims.

Tu n’arrives pas à jouer le jeu, en fait.

Je voulais venir à la fête, mais je ne veux pas boire. Et, je ne veux pas que l’on mette de l’alcool dans mon verre. Et je n’ai pas envie de boire pour faire comme tout le monde. Alors, au bout d’un moment, on me trouve chiante et on ne m’invite plus à la fête. On a le droit d’être différent et de vouloir intégrer le système quand même ! On est un peu responsable de ce qui nous arrive. S'ils vendent Génération Goldman 2 ,3 ou 4 carrément, c’est qu’il y a des gens qui achètent. A croire qu’il n’y a plus d’auteurs. Ils cherchent en radio-crochets ou téléréalité les nouvelles sources de talent… avides de pognon et de strass… pour les passer a leur sauce… Et du coup les éteindre.

Par contre, je sais que tu aimes bien Stromae. Tu vois que tout n’est pas à jeter aujourd’hui.

Je n’ai jamais dit qu’il fallait tout jeter. Ce Belge, j’ai l’impression que c’est un bon monsieur. Il y a du texte derrière tout ce qu’il fait. Je ne l’ai pas rencontré, mais il me plait dans ses interviews. Il a l’air chouette. Par contre, on nous gave de « Papaoutai » à la radio et il n’y a plus rien pour les autres.

Mais ce dont tu parles n’est pas nouveau. Ça a toujours été comme ça.

Et alors, qu’est-ce qu’on attend pour faire quelque chose ? Les artistes autonomes  doivent être légitimés et ne doivent surtout plus être marginalisés.

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(Photo: André Hébrard)

Tu as une personnalité qui peut faire peur, du moins qui peut impressionner, quand on ne te connait pas.

Je ne suis pas schizo. En vrai, je suis hyperactive. Depuis l’enfance. Ça m’a fait renvoyer des collèges… c’est juste une tare. Ça emmène une bipolarité certaine, je ne suis pas dupe. Par exemple, j’ai déjà écrit le 4e album alors que le 3e n’est pas encore sorti et qu’il est même en bagarre. Il faut que j’écrive tout le temps. J’écris, j’écris, j’écris. Écrire pour ne pas mourir, chantait Anne Sylvestre (mandorisée là).

Tu n’as pas envie parfois de lâcher prise un peu. Tu n’as pas envie de te reposer…

Si je regarde ma fille, j’ai trop honte. Dès que je baisse un peu ma culotte, je la regarde et je la remonte tout de suite. Je ne peux pas lui dire « ça y est, on est sorti de la merde, on a une belle maison parce que maman, elle a sucé le kiki ! » Le goût il reste dans ta bouche. Jusqu’à ta mort.

Ta façon d’expliquer les choses est assez brutale.

Mais, le monde est brutal, alors je fais comme le monde. C’est la seule manière pour que les gens comprennent.

Te sens-tu seule dans ton combat ?

Non. Je me sens même pas mal entourée. Ma maitresse à penser de la révolution musicale, elle n’est pas connue. Elle s’appelle Géraldine Torres. Voilà une femme irréprochable. Il nous faut des Lucie Aubrac, des incorruptibles magnifiques !!!

Ton attitude est un peu risquée pour perdurer dans ce métier.

Quand les gens me rencontrent, ils voient bien que je suis une sorte d’allumée en mission ; je n’ai pas de carrière. J’ai une vie et un idéal, la chanson est une des formes, un des outils, c’est tout.

Il y a de tout dans ce métier. Mais, toi, tu es vraiment à part. Différente…

Je ne prends pas de coke. Je n’ai pas de problème sexuel. Je suis fidèle. Je suis même stricte. Très famille. J’aime rester chez moi. Je n’ai rien à voir avec ce métier. J’aime manger bio. J’aime l’eau de source. J’aime courir dans les bois. J’aime les chevaux… J’ai vraiment cru que je pourrais emmener une nouvelle couleur à l’arc-en-ciel. C’est prétentieux, hein ?

C’est utopique, je dirais. Tu te sens désillusionnée, du coup ?

Je me suis surestimée c’est sur, ou j'ai sous-estimé le bouillon culturel commercial.

Tu es considérée comme très chieuse, mais sacrément talentueuse. Tu le sais ?

Tu me mords, je te mords. Tu me pousses, je te pousse. Je voulais changer les choses et je me suis pris des baffes : j’ai tenté de les rendre !! (Rires). Le talent vient de la fêlure. Je suis fêlée !!!

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Flow discutant à l'agence avec un personnage d'Assassins Creed...

Et aujourd’hui, tu vas te calmer ?

NON !!! Mais quand tu ne cesses de passer sous des rouleaux compresseurs, au bout d’un moment, tu es lassé. La nouvelle Flow est bien plus posée et bien plus libre. Je vais enfin arrêter de me faire du mal. Chaque goutte d’adrénaline pourrit mon muscle, me rend vieille, m’use. Il faut que je réagisse.

As-tu une idée de la date de sortie du disque ?

La vraie réponse serait : quand on sera prêt ! Mais : le plus vite possible me plait d’avantage. La force d’être indépendant et autonome c’est de pulvériser les calendriers habituels et de tenter  la surprise !!!

Pour finir, je voudrais que tu me parles du bracelet que tu portes…

C’est une idée amusante : c’est la queue de la souris verte !! C’est l’enfance, la différence, la force des petits regroupés !! C’est une façon, de dire que l’on cherche à avoir une culture autre que seulement celle de la grande diffusion. C’est un symbole un peu comme le ruban rouge solidarité contre le sida. On a déposé le projet il y a quelques mois ! Un site est en construction. C’est une forme de reconnaissance symbolique, ça veut dire : je choisis ce que je consomme aussi au niveau culturel. Ça s’appelle : CHOISIS TA CULTURE. Moi j’y crois !!

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Liens Facebook : flowdesflow ou flowofficiel

www. Lesflow.fr (work in progress)

17 novembre 2013

Louis Chédid : interview pour Deux fois l'infini et ses 40 ans de carrière

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De Louis Chédid, il est souvent question sur mon blog… je l’ai interviewé maintes fois, ainsi que sa descendance, fils et fille.  Chédid père fait partie de mon panthéon musical depuis la fin des années 70. Je connais son œuvre parfaitement et l’apprécie beaucoup humainement.

A l’occasion de la sortie de son nouveau disque, Deux fois l’infini et l'intégrale célébrant ses 40 ans de carrière, une nouvelle rencontre s’imposait donc. Ainsi fut fait le 1er octobre dernier dans un bar un peu arabisant de la capitale. 

Avant de lire l’interview, voici ma chronique de l’album écrite pour Le magazine des Espaces Culturels Leclerc (daté du mois de novembre 2013).

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louis chédid,deux fois l'infini,40 ans de carrière,interview,mandor,scoopInterview :

On s’était rencontré pour le précédent album On ne dit jamais assez aux gens qu'on aime qu'on les aime, qui a été un grand succès. Ça vous a surpris ?

Le succès d’un de mes disques m’étonne toujours. Il faut systématiquement s’attendre au succès, à l’insuccès ou au semi-échec. Évidemment, je préfère quand ça marche. Ce n’est pas parce qu’on s’appelle Louis Chédid ou untel et untel que les choses sont acquises. Qui que vous soyez, vous avez des hauts et des bas parce que vous êtes plus ou moins en phase avec le public. Parfois, vous faites ce que vous considérez comme votre meilleur album et vous ne touchez pas les gens. Il peut y avoir des circonstances qui font que vous arrivez au bon endroit et au bon moment. Parfois le contraire.

Pourquoi avoir intitulé cet album ainsi ?

J’ai fait la comédie musicale Le soldat Rose. Alors que j’enregistrais l’album, un jeune chanteur de la troupe me demande comment j’allais l’appeler. Je lui réponds « seize », puisque c’est le 16e album. Il me répond aussi sec que seize, c’est deux fois l’infini, deux fois huit. J’ai trouvé l’idée subtile et sublime. À cette époque, je n’avais que 15 chansons. J’en parle à Marc Thonon (boss de TôtOuTard) qui adore l’idée… j’avais une musique que j’adorais et du coup, j’ai fait une chanson sur ce sujet et je l’ai intitulé « Deux fois l’infini ». Du coup, ça m’a fait seize chansons. C’était juste une belle coïncidence.

"Deux fois l'infini" en version live pour Le Figaro.TV.

Pourquoi, à chaque album, changez-vous de musiciens et de réalisateur ?

Pour moi, chaque disque est une aventure différente et je trouve que c’est important de se remettre en question. À chaque album et à chaque tournée, je change d’équipe parce que j’ai besoin de travailler avec des gens qui redécouvrent mon répertoire et ma façon de travailler. Ça me stimule. Je n’ai pas envie de partir avec des musiciens qui connaissent par cœur mon répertoire. Celui qui ne pense pas comme ça, il est mort. On repart à zéro à chaque fois. Pour un artiste, rien n’est jamais acquis, alors il faut savoir se renouveler.

Savez-vous quand une chanson est réussie ?

Je n’ai aucun jugement sur ce que je fais. Je fais, c’est tout. Après, je travaille avec des gens qui écoutent quand tout est maquetté et qui me donnent leur sentiment et leur avis. Je ne jette aucune de mes chansons parce que, parfois, j’ai failli en jeter qui sont devenues des tubes. Je me méfie énormément de moi. Il n’y a pas plus critique sur son propre travail qu’un auteur compositeur interprète. Aucune critique au monde ne peut égaler la sienne.

"Si tu veux de moi" version live pour Figaro.TV.

Il y a des musiques très électroniques où on sent qu’il y a la grosse machinerie derrière et des chansons acoustiques guitare-voix très simples.

Quand on commence un disque, il ne faut pas partir en se demandant ce que l’on va pouvoir faire d’original ou de nouveau pour que ça plaise encore aux gens. Comme je n’ai pas la formule pour que ça plaise, je fais exactement ce que je sens et ce dont j’ai envie. Plus on est en harmonie avec soi même, plus on est heureux de faire les choses, on a une chance de toucher les autres.

Pourquoi avoir décidé de jouer tous les instruments dans cet album ?

C’était un retour aux sources. J’ai souvent fait ça au début de ma carrière, avec les moyens du bord. Il n’y avait pas de Pro Tools ni de MIDI. J’ai trouvé amusant, après 16 disques, de revenir à ce procédé avec les moyens d’aujourd’hui. Si j’aime jouer à la guitare en acoustique, j’adore et maîtrise l’informatique musicale, donc, je me suis régalé à combiner les deux.

Il y a un nouveau venu à la réalisation, Samy Osta.

Il avait réalisé l’album de Rover. Et justement, Rover, tout comme moi dans cet album, joue tous les instruments. Donc, il est sensible à cette manière de travailler. On a sympathisé immédiatement. On a passé du temps en studio et ça a tout de suite fonctionné.

Clip officiel de "Scoop".

Votre premier single, « Scoop » a exactement le même thème que « Le cha cha cha de l’insécurité » : les médias qui mettent en avant constamment l’insécurité. C’est amusant de prendre le même sujet, mais d’en faire une chanson avec un angle différent ?

Oui. C’est ce que nous faisons tous. Moi, en tout cas, c’est un sujet de préoccupation, donc, j’en parle. Et ça m’amuse de faire des chansons graves avec une musique ludique. Une chanson comme « Anne, ma sœur Anne », ne serait jamais passée avec une musique qui aurait paraphrasé le texte ou qui aurait été de la même « humeur », très militante et très premier degré. Je crois sincèrement que tout le monde s’en serait foutu.

Il y a des chansons sociétales, des chansons d’amour… des chansons « concernées ». Quand on a déjà tout chanté, où puise-t-on l’inspiration?

Aujourd’hui, l’info est partout. Qui ne va pas sur internet aujourd’hui ? À part Alain Souchon (rire). Moi, je n’ai pas de télé, mais je suis au courant de tout. On est envahi de faits divers. On a même l’impression qu’il n’y a plus que ça.

Il y a des chansons de départs. Parfois, je n’ai pas compris si vous évoquiez des personnes décédées ou une fin d’histoire d’amour…

Pour moi c’est pareil. Pour certaines personnes, la fin d’une histoire d’amour, c’est une séparation aussi puissante que la mort.

L'EPK de Deux fois l'infini... à regarder en complément de cette interview.

louis chédid,deux fois l'infini,40 ans de carrière,interview,mandor,scoopQuand on vous rappelle que vous avez 40 ans de carrière, trouvez-vous ce chiffre vertigineux ?

Non, pas vraiment. C’est abstrait pour moi. Quand j’ai commencé en 1973, j’étais persuadé que je ne ferais que deux, trois disques… Ce qui est certain, c’est que je n’aurais pas aimé que l’on fête mes 40 ans de carrière s’il n’y avait pas l’actualité de ce dernier album. Je n’aurais même pas fait une intégrale. Je n’ai pas envie d’être un chanteur des années 80 et 90. Ça me plait d’être un chanteur contemporain et de continuer à faire des albums qui marchent et qui touchent les gens. Dans ma tête, je fais un nouveau disque comme si c’était le premier.

Vous êtes toujours aussi excité par ce métier ?

Oui, je me sens toujours débutant. Je ne me lasse pas de cette vie. J’ai toujours l’envie ancrée en moi. Je suis comme un gosse. Il y a quelques jours, je me suis acheté une nouvelle guitare, alors que j’en ai déjà plein et que je n’en ai pas besoin. J’ai tourné autour et j’ai craqué, je l’ai achetée. Tant mieux. Je ne me sens pas avoir 65 ans.

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Pendant l'interview...

Vous flippez à chaque sortie de disque ?

Oui. Ne croyez pas que je me crois invincible et sûr de moi. D’ailleurs, tous mes potes, les Souchon, les Voulzy ou les Jonasz, ils sont comme moi.

Vous êtes restés modernes.

Parce qu’on ne se dit jamais que c’est acquis. On se remet toujours en question.

Êtes-vous fier de votre carrière ?

Je ne veux pas faire le faux modeste. Je suis fier d’avoir mené ma carrière sans faire de compromis. Je n’ai jamais cédé au diktat de la mode du moment. Je sais toujours ce que je veux et je sais surtout ce que je ne veux pas. Je suis ma route en essayant de rester cohérent.

Avec cet intégral et ce nouveau disque, vous bouclez la boucle.

Oui, d’ailleurs, deux fois l’infini, ça forme une boucle. Il n’y a pas de hasard.

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Après l'interview, le 1er octobre 2013.

16 novembre 2013

Baptiste Lecaplain : interview pour le DVD Baptiste Lecaplain se tape l'affiche

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Après un an au théâtre le Bout, un an au théâtre le Temple, un an au théâtre Trévise, 30 Bataclans complets et une tournée dans toute la France, soit plus de 250 000 spectateurs conquis, le jeune humoriste dont tout le monde parle, Baptiste Lecaplain revient pour les 2 dernières irrévocables de Baptiste se tape l'affiche, les 9 et 16 décembre prochain  aux Folies Bergère pour fêter la sortie de son DVD.

Baptiste Lecaplain vous l’avez vu dans la série Bref  sur Canal +. Il était le colocataire (un peu lourdingue) de Kyan Khojandi (que j'adore et qui est mandorisé là). Vous l’avez peut-être remarqué aussi dans l'un des rôles principaux de Nous York le film de Géraldine Nakache et Hervé Mimram.
Sachez aussi qu’il sera le héros du film Libre et assoupi aux côtés de Charlotte Le Bon et Félix Moati.

Baptiste Lecaplain est venu à l’agence le 21 octobre dernier… pour Le magazine des Espaces Culturels Leclerc (daté du mois de novembre 2013) et son site internet.

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Promo sortie du DVD.

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 L'interview intégrale (10 minutes sans montage) par bibi.

Quelques photos de l'interview à l'agence...

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Après l'interview...

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14 novembre 2013

Julien Doré : interview pour LØVE

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Ne vous y trompez pas, le nouvel album de Julien Doré,  LØVE, ne veut pas dire amour. C'est en réalité la traduction danoise de « Lion ».  Ce troisième opus, qui succède à Ersatzt et Bichon, ne parle pas d'amour (quoique) mais plutôt de la perte de l'amour, de l'après, du manque… Entre ballades électros et chansons pop orchestrales, cet album enregistré avec ses amis de longue date, des musiciens qui le connaissent depuis longtemps, est à la fois grave et sensible. Ce lion-là nous fait rugir de plaisir. Autant dire que j’étais content d’aller une nouvelle fois à sa rencontre (mandorisations précédentes ici).

Le 2 septembre dernier, je suis allé à sa rencontre dans sa maison de disque, Sony.

julien doré,lØve,interview,mandorInterview :

Jusqu’au dernier moment, à l’instar d’un Voulzy, tu fignoles cet album. Tu es un besogneux ?

L’essentiel pour moi est de bien finaliser les chansons parce qu’elles sont extrêmement importantes pour moi. Quand on en a choisi pour figurer dans un album, on a envie que les dernières choses auxquelles on pense soient respectées. Vu que je n’ai travaillé qu’avec des potes pour ce disque, dont le réalisateur Antoine Gaillet que je connais depuis super longtemps, on pouvait se voir très vite, se comprendre très vite et modifier ce que je souhaitais. Tout a été simple dans le processus de l’enregistrement, comme si tout était une évidence. Je venais de finir la tournée en décembre et j’ai commencé à écrire. Autour de moi se sont greffés mes meilleurs amis, Darko, Baptiste Homo, Clément Agapitos. Ils sont venus et on a cocomposé sur mes textes. On a avancé comme ça. Je savais quel studio était idéal, je savais qu’il fallait que l’on parte dans le sud. Tout c’est fait sans réfléchir vraiment…

Tu as écrit ce disque après une rupture, du coup, les textes sont plutôt dans la tristesse,julien doré,lØve,interview,mandor  contrairement à la musique. Tu aimes ce genre de contraste ?

Pour moi, c’est plus la rupture avec le deuxième album qui est important. En écrivant mes premiers textes, j’avais l’impression que ce que j’avais écrit musicalement venait envelopper mes propos de la même façon. Pour ce nouveau disque, la première chose que j’ai précisée à mes gars, c’est que je voulais que ça groove. Je voulais qu’il y ait des lignes de basses, que la batterie soit rapide et je voulais aussi que l’on puisse danser sur mes textes qui évoquent des souvenirs et une histoire d’amour  aujourd’hui terminée. Je trouve que toute la première partie du disque à une espèce d’équilibre dans la production qui est assez fraîche, assez solaire et assez dense.

Tes albums sont toujours plus doux que ce que tu fais sur scène.

Mon dernier spectacle était vraiment étudié,  presque théâtral. Quand j’écoute un artiste, j’aime bien que ses chansons soient musicalement légèrement différentes sur scène que sur disque. J’aime bien quand il y a une recherche, l’idée de prolonger des choses, couper, modifier, étonner… Mes musiciens et moi, très vite, on s’éloigne des versions du disque, mais on garde le fond.

LØVE est un disque plein d’espoir ?

J’ai voulu dire dans mes chansons que quelque chose qui a existé sera toujours là en nous. Autant faire appel aux plus beaux souvenirs pour décrire ces choses-là. C’est le thème d’une chanson comme « Paris-Seychelles » par exemple. Dans ce sens-là, c’est vraiment le disque que je voulais faire.

Clip de "Paris-Seychelles".

julien doré,lØve,interview,mandorIl y a une unité musicale dans ce disque, même s’il y a des changements de rythme.

C’est parfaitement juste et c’est la première fois que j’y parviens. Encore une fois, ça a été possible parce que j’ai bossé avec mes potes de musique, très proches. Le soleil a été emmené par le lieu où on a enregistré, par les lignes de basses écrites par Clément et par Darko. Je savais que le soleil viendrait de cette façon-là. J’ai aussi focalisé sur l’écriture de mes textes et j’ai gardé une ligne de conduite dans mes mots. En fait, j’ai essayé de simplifier mon écriture. Tous ensemble, on a réussi à trouver l’équilibre qui est celui que l’on a dans la vie. L’amitié sert beaucoup en musique.

Trouvais-tu que ton écriture était trop complexe ?

Le deuxième album a été celui où j’ai décidé de me faire confiance sur mes textes. J’adore écrire en français. Pendant cette période-là, j’ai même écrit pour Julien Clerc ou Françoise Hardy. Dans mes tous premiers textes, j’étais plus dans l’écriture automatique et j’avais la sensation de mettre trop d’images. Je suis aujourd’hui plus clair et plus premier degré.

La chanson « Corbeau blanc », je me suis demandé si c’était du premier ou du deuxième degré, par exemple. Je ne savais pas si tu évoquais un suicide ou la fin d’un concert où l’on se dit au revoir…

En ce moment, je pense plus à la fin des concerts, mais quand je l’ai écrite, c’était plus dans ce que tu imaginais. Ce texte-là s’est imposé tout seul. D’un coup.

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Parlons de duo. Il y en a un avec Micky Green, « Chou wasabi ».

Cette chanson, je l’ai écrite en sachant que je voulais faire un duo assez simple. Une espèce d’histoire d’amour avec un ping-pong verbal. J’ai pensé hyper vite à Micky parce que l’on s’était croisé pas mal de fois quand j’étais en promo pour mon premier album. Elle sortait le sien au même moment. Je lui ai envoyé une première version, mais je tenais à ce qu’elle écrive aussi ce qu’elle allait interpréter. C’est elle qui a écrit son couplet en Anglais.

« Habemus Papaye » est, lui, interprété avec les Brigitte. Une collaboration discrète. Elles font juste les chœurs.

C’était autant leur volonté que la mienne. J’aimais bien le fait d’être au centre avec une voix basse et qu’elles chantent de manière angélique, enveloppante, respectueuse et assez sexy. J’aime beaucoup leur voix.

Je suis très fan d’Arman Mélias (mandorisé là). Il a écrit 3 chansons pour cet album, tu n’en as retenu qu’une, « Mon apache ». julien doré,lØve,interview,mandor

Il y a un vrai échange entre nous. Nous avons coécrit une chanson sur son dernier album, « Pompéi » et c’est pour moi une sacrée marque de confiance. Ce que j’aime aussi chez lui, c’est notre échange sur scène. C’est fort. Le voir responsable de son projet musical personnel, en l’assumant en tant que leader, et voir ce qu’il est capable de lâcher pour moi à la guitare et aux chants sur scène, ça me touche. Il repart avec moi sur scène pour la tournée. Pour ce disque-là, il m’a encouragé fortement à affirmer mon écriture en français. Il a souhaité que ce soit mes mots que j’interprète enfin.

Toutes les chansons s’imbriquent parfaitement  les unes dans les autres. Le choix de l’ordre des chansons, c’est comme quand on fabrique un puzzle?

C’est encore plus compliqué. On assemble tout doucement les choses dans un premier temps, puis on les défait en studio, pour les refaire ensuite. C’est un puzzle qu’on fait et refait bien quatre fois avant de décider comment l’encadrer. Et puis sur scène, on va défaire tout ça. Une chanson est vivante, un disque se doit d’être malléable une fois qu’il prend vie devant le public.

A chaque fois que je te croise, je te sens impatient.

C’est marrant ce que tu me dis parce que c’est ce que je pense de moi et tout le monde me dit le contraire. Les gens me disent que j’ai une grande patience. En fait, je suis impatient, notamment avec tout ce qui me fait chier.

Quoi, par exemple ?

Toutes les parties liées à des codes à respecter dans l’industrie de la musique et du disque. Il faut aussi faire attention avec internet, avec la télévision et tant mieux. C’est nécessaire de prévoir les choses et de ne pas faire n’importe quoi. Quand j’étais aux Beaux-arts, je faisais un truc, ensuite, je passais à autre chose, là, c’est plus compliqué.

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Trois photos prises lors de l'écoute "privée" du 3 juillet dernier de quelques titres de LØVE.

julien doré,lØve,interview,mandorLe 3 juillet dernier, tu as fait écouter cinq extraits de ton disque au Studio de la Seine, en ta présence, à quelques journalistes triés sur le volet… dont moi, merci. Ce n’est pas gênant d’être là et de regarder les journalistes découvrir tes nouveaux morceaux ?

Ce n’était pas un poste de surveillance pour voir comment les journalistes réagissent. Pour moi, c’est plutôt respectueux d’accompagner son travail, surtout quand il est encore en chantier. C’est peut-être con, peut-être désuet, mais c’était une évidence pour moi. Je ne vois pas qui pouvait venir à ma place. Moi, je trouve ça normal de défendre un projet nourri de bonnes ondes et dont je suis fier.

Est-ce que c’était aussi un moyen de vérifier qu’on est sur le bon chemin ?

 Ce serait hypocrite de dire l’inverse. J’avais envie d’être là parce que c’est ma voix, mon travail et que c’était le fruit d’un long processus. Ça m’a rassuré que des gens comme toi viennent me dire ce qu’ils en pensaient après. Je me souviens, toi, tu m’avais parlé de « Corbeau blanc ».

Tu as une chanson qui t’importe plus que les autres, toi ?

J’aime énormément « Paris-Seychelles » parce que pour moi cette chanson est le soleil du disque. J’aime aussi beaucoup « On attendra l’hiver » et « Corbeau blanc ».

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Après l'interview, le 2 septembre 2013.

11 novembre 2013

Agnès Bihl : interview pour 36 heures de la vie d'une femme...

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Réaliste, engagée, poétique, atypique, drôle et corrosive. Une plume acide trempée dans le volcan jamais éteint de la révolte et de l'indignation. Cette femme de son époque, Agnès Bihl nous livre un nouveau projet. Double. Un disque et un livre intitulés 36 heures dans la vie d'une femme (parce que 24 heures, c'est pas assez). Une sorte de journal dans lequel on peut lire de manière jubilatoire une galerie de portraits débordants d'énergie et d'émotions. 14 nouvelles chansons adaptées en prose, de courtes histoires extrêmement bien écrites et enlevées. On connaissait la magnifique auteure de chansons empreintes de poésie, d’humour et de militantisme discret, son premier livre la confirme comme l'une des plumes les plus inventives… dans la littérature également.

Une rencontre avec Agnès Bihl s’imposait. Ce n’était d’ailleurs pas la première. Le 9 octobre, elle est venue à ma rencontre à l’agence.

agnès bihl,36 heures de la vie d’une femme (parce que 24 c’est pas assez),interview,mandorExtrait de sa biographie officielle :

Toujours aussi exigeante dans l’écriture des textes de son nouvel album 36 heures de la vie d’une femme (parce que 24 c’est pas assez), Agnès Bihl nous offre parmi les plus belles chansons de sa carrière. Elle passe aussi pour la première fois la barrière vers l’édition littéraire pour offrir le prolongement de cet album sous forme d’un recueil de nouvelles surprenant qui enrichit formidablement l’écoute de son disque. Lectrice boulimique, elle se nourrit aussi bien de Romain Gary que de Laurent Binet, de Simone de Beauvoir ou de Fred Vargas que de Denis Lehane ou Joyce Carols Aotes et se permet donc dans ses pages de revisiter tous les univers littéraires qu’elle côtoie, quel qu’en soit le genre. D’une scène de comptoir aux pérégrinations d’un médecin serial killer, d’une manifestation hilarante à l’émotion d’une grossesse en forme de déclaration d’amour maternelle, Agnès Bihl explore les facettes de nos contemporain(e)s avec un style aussi rythmé qu’une de ses chansons dont l’air entêtant se fait littérature captivante et émouvante.

agnès bihl,36 heures de la vie d’une femme (parce que 24 c’est pas assez),interview,mandorInterview :

14 nouvelles chansons que l’on retrouve métamorphosées en nouvelles dans un livre. Quel pari fou !

C’est un exercice de style d’écrire une nouvelle autour de chaque chanson. J’ai changé d’angle parce que je ne voulais pas répéter la même chose. Une chanson mélancolique comme « La déprime » devient une nouvelle très drôle dans le recueil. Il y a de grosses différences de narration. « La plus belle, c’est ma mère » est une chanson d’amour adressée à ma mère et dans le livre, c’est le fœtus qui parle quelques jours avant sa naissance.

J’avais bien remarqué que les points de vue et angles changeaient… hormis « Le baiser de la concierge » qui est quasiment identique.

C’est exactement la même parce qu’il s’agit d’une histoire vraie. Pour les autres chansons et nouvelles, j’ai laissé libre cours à mon imagination et à mon vécu, ensuite j’ai trié. Mais là, comme il s’agissait de la rafle du Vel d’Hiv’, j’avais une gêne, une réticence à créer une œuvre de fiction autour de ce douloureux sujet. Cette histoire est lourde de sens, d’horreurs et de souvenirs atroces. C’est une chanson historique, donc, je n’ai pas voulu travestir la réalité ni m’amuser avec l’histoire.

Montage amateur sur "Le baiser de la concierge".

Comment l’idée vous est venue de décliner vos chansons en nouvelles ?

Un peu par hasard. J’avais un trop-plein d’écriture et encore beaucoup de choses à dire sur les chansons que j’avais écrites. J’avais envie de me confronter à l’exercice de la prose, j’avais envie de m’imposer des contraintes et d’aller voir un autre paysage. Celui du livre.

Sortir un livre vous donne-t-il un peu plus le trac que de sortir un nouveau disque ?agnès bihl,36 heures de la vie d’une femme (parce que 24 c’est pas assez),interview,mandor

Un disque, je l’interprète sur scène. Je vois immédiatement les réactions. L’émotion est palpable. Pour un livre, c’est différent. Je ne suis pas derrière l’épaule de chaque personne qui lit, donc je ne peux pas être témoin des réactions des lecteurs.

Comment et pourquoi Don Quichotte a accepté ce projet ?

Ça s’est passé assez simplement. J’ai écrit trois nouvelles complètement différentes, autant dans le fond que dans la forme narrative. Dans l’ordre : « Le baiser de la concierge », « Pleure pas Casanova » et « Toubib or not toubib ». Je les ai envoyées à trois maisons différentes et c’est Stéphanie Chévrier de Don Quichotte qui m’a appelée en premier. Elle m’a dit qu’elle avait été bouleversée par « Le baiser de la concierge » et qu’elle aimait beaucoup les deux autres nouvelles. Elle m’a donc dit qu’elle était intéressée par mon projet. A partir de ce moment-là, j’ai commencé à être très prise par le temps parce que je n’avais pas fini d’écrire les chansons de l’album et le studio était calé.

Le clip de "La sieste crapuleuse".

Il a fallu que vous mettiez les bouchées doubles pour parvenir à finir votre disque et écrire les autres nouvelles dans un temps très court.

Oui, et en plus, mine de rien, j’avais des concerts à faire et un clip à tourner… bref, j’étais charrette en tout. Je déteste travailler dans l’urgence. Je suis une perfectionniste. Je mets du temps à écrire, car je suis très exigeante. Je corrige beaucoup ce que je fais, en chanson et en prose. Quand j’écris, je me sens vraiment artisan. Il faut que le bois soit exactement celui que je souhaite ensuite, il faut que je prenne le temps de graver mes mots dedans… Malgré tout, le projet m’a tant galvanisée que je suis parvenue à tout réaliser dans les temps.

Votre forte personnalité qui passe d’un extrême à l’autre se ressent dans vos chansons et votre livre.

J’ai des humeurs très entières. Quand ça ne va pas, ça ne va vraiment pas, quand ça va bien, je suis euphorique. Je ne connais pas la tiédeur des choses.

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Il y a beaucoup de jolies formules dans ce recueil. Presque des slogans.

Je m’intéresse beaucoup aux mots. Je suis un rat de bibliothèque. J’adore les définitions, les formules, les détournements de jeux de mots… dans mes 5 albums, on peut déceler tout cela. J’aime le détournement et fatalement, ça se voit dans ma prose. C’est ma façon d’écrire.

Bon, ce n’est quand même pas la joie la vie d’une femme, par votre prisme…

C’est marrant, ma mère vient de me dire ça. Elle m’a dit : « Ton recueil de nouvelles est vraiment très drôle, mais franchement, ma minette chérie, c’est pas la joie ! ».

Pauvres femmes, quand même !

Pour les mecs non plus, ce n’est pas la joie. Personne n’est épargné et de toute manière, pour qui est-ce la joie à 100% ?

"La plus belle, c'est ma mère", dans Vivement Dimanche, invitée par Guy Bedos.

Vos chansons et vos nouvelles sont, certes drôles, mais souvent pathétiques et graves.

Boris Vian disait que «l’humour est la politesse du désespoir ». Molière disait en latin « corriger les mœurs en provoquant le rire ». Dans les pièces de Guitry, les relations hommes/femmes sont à désespérer, mais c’est très drôle. En tant que public, j’aime énormément cette manière de présenter les choses. En littérature je suis une grande fan de Marcel Aymé, de Romain Gary.

Que des auteurs actuels quoi !

Attendez ! Je lis aussi beaucoup d’auteurs d’aujourd’hui. Je viens de lire Freedom de Jonathan Franzen. C’est un bouquin qui m’a fait sourire à plein d’endroits, rire à d’autres, en même temps, il est pathétique et hyper grave. Il passe au crible la société américaine, la middle class d’aujourd’hui. J’aime ce style. Dire des choses en provoquant toutes les émotions possibles. C’est ce que je m’évertue à faire dans mes chansons et dans mes nouvelles.

Dans la chanson actuelle, vous vous sentez proche de qui ?

Yves Jamait (mandorisés ici) par exemple et Alexis HK (mandorisés là) aussi. J’aime leur humour grinçant qui fait à la fois rire, qui fait aussi se poser des questions et qui fait travailler l’esprit critique des gens.

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Ce recueil, c’est comme une excroissance du disque ?

J’ai voulu varier les plaisirs en me bousculant un peu. Au bout de 5 albums, on va dire que je ne suis plus tout à fait débutante dans l’écriture des chansons. Je sais généralement où je vais quand je présente un texte. Le livre n’est pas une excroissance du disque puisque les deux peuvent se déguster indépendamment. Juste, ils se complètent. En y réfléchissant bien, j’ai mis peut-être un peu plus de moi dans le bouquin finalement.

Quand on a déjà enregistré 4 disques, se demande-t-on de quoi on va bien pouvoir parler dans le 5?

J’aime bien avoir des thèmes récurrents, mais il faut que je me renouvelle à l’intérieur de ces thèmes, parce que sinon je m’ennuie et donc, j’ennuie ceux qui m’écoutent. Les angles des chansons drôles, un peu moqueuses que j’écris sur les hommes viennent à moi naturellement. Quand un thème commence à me titiller, c’est qu’il faut qu’il sorte.

Quand on écrit des chansons, puis des nouvelles qui sont publiées, est-ce que ça donne envie de se lancer dans la grande aventure du roman ?

Je ne peux pas vous répondre aujourd’hui, tant je suis essorée. Dans le recueil de nouvelles, il y a certains thèmes qui peuvent être développés en plus long. Franchement, j’y pense sérieusement. Je suppose que je ne vais pas m’arrêter en si bon chemin.

Vous ne pensez qu’à l’écriture ?

Non, artistiquement, je pense aussi à la scène. En vrai, je pense d’abord à ma fille, à mes potes, à ceux qui m’entourent…

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Après l'interview, le 9 octobre 2013.

10 novembre 2013

Caracol : interview pour Blanc mercredi

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(Photo : Maude Chauvin)

Ce mardi 12 novembre, le Zèbre de Belleville accueille deux grandes et réputées chanteuses québécoises Jorane et Caracol. La première a été mandorisée lors de son précédent passage en France, voici la mandorisation de la seconde, rencontrée lors d’un récent aller-retour de la chanteuse. C’était le 17 septembre dernier.

(Toutes les photos hors agence sont de Maude Chauvin. Merci à elle.)

caracol,blanc mercredi,interview,zèbre de belleville,mandorBiographie officielle :

Enfant, Carole Facal (alias Caracol) étudie le violon. Adolescente, elle poursuit une autre passion: la planche à neige. Pendant 6 ans, elle parcourt le monde à la recherche de montagnes et de glaciers sur les circuits compétitifs de « halfpipe » et « big air ». Une suite d’heureux hasard la ramène finalement à Montréal et à la musique, domaine dans lequel elle fait carrière depuis 2005.

Paru en 2008, son premier album L'arbre aux parfums lui vaut de nombreux prix et nominations: Prix Miroir 2009, Prix des Diffuseurs Européens SODEC/Rideau, nominations au JUNO Awards 2009, Canadian Folk Music Awards 2009, et ADISQ 2009. Elle reçoit le titre de « Révélation Radio-Canada 2009 ».

Le nouvel album :caracol,blanc mercredi,interview,zèbre de belleville,mandor

Alors qu'il neige dehors, Caracol s'enferme dans un cocon sonore pour composer les pièces de Blanc mercredi. Dans le microcosme feutré de son studio, entourée de ses fidèles instruments, elle écrit, écrit, écrit. Inspirée par des images hivernales, des poèmes d'amour, des livres de peinture et d'art déco, les chansons se mettent à couler. Des textes francophones et anglophones se collent à des musiques aux accents folk, pop-alternatif et rétro-soul. Harmonies vocales raffinées, guitares résonateurs, ukulélés, vieux amplis et percussions de toutes sortes se rejoignent délicatement, créant ainsi une collection de chansons hypersensibles par lesquelles Caracol souhaite rappeler que la beauté existe toujours. Et que les certitudes, aussi rares soient-elles, sont belles.

caracol,blanc mercredi,interview,zèbre de belleville,mandorInterview :

Dans votre enfance, vous avez baigné dans la musique classique.

Je viens d’une famille où la musique classique était très importante. On en écoutait tout le temps. Quand j’étais petite, j’ai fait du violon classique. J’ai fini par renier cette musique-là tellement je l’ai entendue.

Mais, il en reste des traces dans votre musique…

Toute cette formation classique qui est quelque part dans mon cerveau, consciemment, je la mets de côté quand j’écris des chansons. Je connais des méthodes d’écriture où certaines choses sont admises et d’autres où elles le sont moins. Moi, quand j’écris, je mets tout ça de côté.

Vous essayez de casser les schémas ?

En fait, je me fie plus à mon intuition et à ma naïveté qu’à la technique que je possède. Pour moi, la première idée est toujours la meilleure. Je conçois toutes les parties des instruments  avec ma voix… et aussi avec des onomatopées.

Clip de "Blanc mercredi".

caracol,blanc mercredi,interview,zèbre de belleville,mandorVous avez un monde clairement à vous.

J’écoute beaucoup de musique et ça me nourrit. Mais quand je compose, je n’écoute jamais rien en référence. Avant d’écrire quelque chose, je repars de zéro. Je fais table rase de ce que je sais faire et de ce que je connais. Depuis le temps que je fais de la musique, j’ai appris à me faire confiance et à faire confiance à mes petits trucs fabriqués main.

C’est votre petit ami qui réalise tous vos albums… ça aide ?

Il me laisse tout faire seule jusqu’à la fin. C’est au moment de l’enregistrement qu’il va ajouter le cachet sonore. C’est l’idéal pour moi. Je n’aime pas que l’on tente de m’influencer pendant la période de création.

Vous parlez de cachet sonore… vous, vous avez commencé dans la sonorisation en 1998.

Il y a eu la partie snowboard dans ma vie, de nombreuses compétitions… et puis un jour, je me suis blessée. Il y a eu à ce moment-là beaucoup de remises en question. Qu’allais-je faire de ma vie ? Je suis toujours impulsive dans mes décisions et je n’ai jamais hésité à faire de grosses coupures pour repartir. Je me suis acheté un sac à dos et une guitare et je suis partie en Europe pendant un an. J’ai fait le tour des grandes capitales et j’ai rencontré plein de gens. C’est pendant ce voyage-là que j’ai commencé à écrire vraiment.

Clip de "Horseshoe Woman".

Que s’est-il passé après ce voyage en Europe ?caracol,blanc mercredi,interview,zèbre de belleville,mandor

Je suis rentré à Montréal en ayant la certitude d’avoir trouvé le but de ma vie. Faire de la musique. Je ne me voyais tellement pas au-devant de la scène que j’ai décidé d’étudier en sonorisation. Je me rêvais en train de réaliser et enregistrer des albums, je ne me suis jamais rêvée chanteuse. J’ai un côté très timide et je ne me voyais pas me dévoiler devant tout le monde. Mes premières chansons, j’ai été incapable de les chanter devant les gens.

C’est de la timidité ou de la pudeur ?

Plus de la pudeur, vous avez raison. Aujourd’hui, avant chaque concert je me demande pourquoi je fais ça. Me mettre à nu devant un public. On a besoin de cette écoute, mais si on se met à penser que des gens nous écoutent, on ne veut plus être écouté. Je vis tout le temps dans cette contradiction : vouloir de l’attention et ne pas vouloir de l’attention. C’est le combat entre la partie altruiste et la partie narcissique de ma personne.

Tu as fait partie du duo DobaCaracol.

J’écrivais la majorité des chansons et Doriane les interprétait. Elle était beaucoup plus extravertie que moi. Faire partie de ce duo m’a facilité l’approche de la scène, car seule, j’en avais peur. J’avais de la difficulté à me laisser aller. DobaCaracol a été mon école… et une très bonne école parce qu’on a fait beaucoup de concerts sur tous les continents et on a eu un succès tout à fait inattendu. Notre premier album qui n’est pas sorti en France, mais au Québec, en 2001, c’est moi qui l’avais enregistré dans le studio dans lequel je travaillais. Les patrons étaient gentils, ils m’avaient prêté les clefs. On avait la nuit et les week-ends pour travailler dans le studio. À cette époque, je voulais plus m’améliorer en tant que qu’ingénieur du son beaucoup plus que promouvoir mon groupe. Je ne pensais aucunement avoir des chances de succès. 

DobaCaracol : "Étrange" (avec Christophe Mali).

Vous avez gardé un bon souvenir de cette collaboration avec Doriane ?

Oui. Ça a duré longtemps. 10 ans en tout et d’une intensité extraordinaire. Il y a eu des moments formidables et des moments difficiles. On n’était pas préparé à tout ça. On était jeune et on ne connaissait pas l’industrie de la musique. Nous étions chacune mères célibataires… ce n’était pas évident à gérer et de tout assumer. C’est ce qui nous a brûlées, je pense. Aujourd’hui, nous sommes amies et nous sommes contentes d’avoir vécu ça ensemble. Par contre, on n’a pas envie de recommencer. Nous sommes ravies d’être passées à autre chose. Nos projets respectifs nous ressemblent plus.

caracol,blanc mercredi,interview,zèbre de belleville,mandorEn 2008 sort votre premier album solo, L’arbre aux parfums. Vous recevez une pluie de récompenses.

Après le succès de DobaCaracol, je me demandais bien comment allait se passer la suite. J’avais une pression parce qu’il ne fallait pas que je rate mon coup. Ça a été un soulagement de constater que cet album a été bien accueilli et donc que j’étais capable de poursuivre seule ma carrière avec succès.

C’était un album plutôt sombre.

J’avais accumulé pas mal de frustrations et j’avais besoin de les exprimer. L’arbre aux parfums et Blanc mercredi, c’est vraiment l’ombre et la lumière. Ces deux albums montrent deux aspects de ma personnalité à deux époques différentes. Aujourd’hui, je suis beaucoup plus positive.

Clip de "J'ai soif".

C’est vrai que Blanc mercredi est un album lumineux et positif, mais avec une touche de mélancolie.

La mélancolie, c’est moi (rires). J’ai beaucoup plus de facilités à tomber dans la mélancolie que dans la joie et le bonheur. La mélancolie n’est pas toujours synonyme de tristesse et de désespoir. J’aime la nostalgie. Je trouve que c’est une belle émotion.

Vous chantez en trois langues. C’est très rare…

Ma mère est Suisse, mon père est Uruguayen et moi je suis née au Québec.  Ma langue maternelle est le français, mais j’ai beaucoup voyagé. Je suis partie très jeune de la maison pour suivre mon rêve de devenir snowboardeuse professionnelle.  J’ai vécu en Colombie britannique, dans l’ouest du Canada, aux États-Unis, en Europe…  j’ai donc beaucoup pratiqué la langue anglaise. Mes premières chansons, je les ai écrites en anglais et en espagnol. Oui, parce que j’ai passé beaucoup de temps à Madrid, puis à Barcelone. Ce qui est amusant, c’est que j’ai utilisé ma langue maternelle en dernier pour écrire des chansons.

Parce que c’est plus compliqué d’écrire en français ?

Oui.  C’est une langue que je trouve plus compliquée à dompter pour la chanson. Pour que mes textes me plaisent en Français, il faut que je travaille beaucoup plus que ceux en anglais ou en espagnol. Mais, je suis perfectionniste. Toutes les chansons enregistrées sont abouties.

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Après l'interview, le 17 septembre 2013.

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08 novembre 2013

Dry : interview pour Maintenant ou jamais

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dry,maintenant ou jamais,interviewÉvoquer Dry, c’est à la fois se souvenir de l’âge d’or du hardcore et évoquer l’actualité rapologique grand public. Le rappeur Dry, membre de la Mafia K’1fry, connu et reconnu pour sa discographie au sein du groupe Intouchable (qu’il forme avec Demon One) revient avec un troisième album qu’il a mis plus d’un an à réaliser, Maintenant ou jamais. Toujours signé chez Wati B, on constate que Dry n’a rien perdu de son flow et de sa technique… après plus de 15 ans de rap derrière lui, ce n’est pas franchement étonnant. Dry pose sur des prods plutôt enjouées avec des thèmes qui parlent à toutes les générations, mais principalement aux ados.
Comme à l’accoutumée, Dry a invité la Sexion D'Assaut sur un morceau. Le groupe avait déjà participé à l'enregistrement des deux précédents opus du rappeur, tout comme Maître Gims, qui impose son style sur le single "Le choix". Parmi les autres featurings, Shin Sekai, Tal, Kayna Samet, Amalya et Dr Berize. Entre autoportrait grinçant, sons festifs, morceaux très personnels ou hardcore.

Teaser de l'album Maintenant ou jamais.

Dry est venu me voir à l’agence le 21 octobre dernier…

dry,maintenant ou jamais,interviewInterview :

Ton nouveau disque est très éloigné de ce que tu faisais avec les groupes Intouchable et Mafia K’1fry. Tu es devenu plus « édulcoré ».

C’est la vie qui veut ça. C’est une question d’évolution. Après, il y a une chose qui m’a frappé quand je faisais les concerts avec la Sexion. J’arrivais avec mes morceaux et mes textes d’avant et je sentais bien que le public que j’avais en face de moi n’était pas très client de ce que je faisais. J’avais beaucoup de flow, beaucoup de débit, un argot assez spécial. Les jeunes qui m’écoutaient, me regardaient ne comprenaient pas tout de ma démarche. J’ai donc pris un peu de recul et j’ai essayé de comprendre comment il fallait que j’envisage mon prochain album pour toucher un maximum de personnes. Il fallait que je me déradicalise.

Tu as deux enfants. Ça calme son homme ?

Oui. Il se trouve qu’aujourd’hui, ils peuvent écouter ma musique. Ma mère aussi. Avant ce que je faisais était un peu gore, un peu hardcore. Mais, j’étais dans la rue, je ne menais pas la même vie. Aujourd’hui, c’est différent, je suis beaucoup chez moi. Je pourrais m’inventer une image, garder celle d’avant. Le mec qui fait la loi dans sa cité. Je ne suis plus ça, je n’interprète plus ça.

Ta réputation te précède. Tu n’as plus rien à prouver à quiconque ?

C’est intéressant de continuer à prendre des risques. Je dis juste : qui m’aime me suive et tant pis pour ceux qui ne m’aiment pas.

Clip de "On fait pas semblant" (feat Dr Beriz de l'Institut).

Tu n’as pas peur que les puristes de rap disent que tu t’es sérieusement adouci ?

Bien sûr, mais je ne fais pas de la musique pour eux. Je fais la musique que j’aime aujourd’hui. J’ai vu d’autres rappeurs changer, comme Oxmo Puccino, ça leur a bien réussi. Moi, je ne vois pas rapper ce que je rappais il y a 25 ans. Oui, c’est édulcoré, mais ma vie s’est édulcorée.

Il y a déjà une différence entre ton précédent album Tôt ou tard et celui-ci, Maintenant ou jamais.

J’ai plus osé dans le dernier. Je me suis beaucoup plus livré et j’ai beaucoup plus assumé mon chant. C’est un cap que j’ai enfin réussi à passer. On m’avait toujours dit que je pouvais le faire, mais je n’ai jamais vraiment eu confiance donc j’y allais avec des pincettes. Sortons de groupes comme Intouchable ou Mafia K’1 fry, j’avais un peu honte de mes capacités en solo.

En plus, tu chantes avec Maître Gims qui a une voix extraordinaire… tu n’as peur de rien dis donc ?

Lui, il m’a incité à chanter en me disant qu’il fallait que je prenne ce risque. Il était sûr que j’y parviendrais, ça m’a beaucoup encouragé. Mais, il n’y a pas que lui qui m’a bousculé pour que je tente la chose…

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Dry au Stade de France.

Tu as chanté au Stade de France et en première partie de Sexion d’Assaut partout en France. Ça te plait d’être sous la lumière grâce à Wati B ?

Ce n’est que du bonheur. Le problème, c’est qu’on s’habitue à tout ça. Il faut que je fasse attention. J’ai fait des tournées avec 113, avec Kery James aussi. Ça n’a rien à voir avec ce qu’il se passe aujourd’hui. Désormais, on réunit des familles et il y a beaucoup de monde. C’est magnifique, je t’assure.

Tu racontes ton envie de succès dans ton dernier disque.

Oui, parce que j’ai galéré. Aujourd’hui,  je suis encore là et je gagne ma vie. Pour finir, ce serait bien d’avoir un trophée.

Un trophée ? C’est quoi ?

Je ne sais pas au fond. Ma réussite, c’est ma continuité, mais je ne serais pas contre un disque d’or.

Clip de "En place".

Il y a plein de featurings avec que des artistes qui cartonnent, comme Maître Gims et Tal par exemple. dry,maintenant ou jamais,interview

J’ai toujours fait des morceaux avec les gens de Wati B. Après, avec Kayna Samet ou Amalya, une jeune femme qui a fait The Voice, ce sont des artistes que j’apprécie beaucoup. Quant à Tal, j’ai chanté sur son album, elle m’a rendu la pareille sur le mien.

Dans le rap, j’ai remarqué que, soit il y a beaucoup de solidarité, soit ça clashe sévère.

J’ai toujours pensé que dans le rap, il était extrêmement difficile d’y arriver seul. Même si on y parvient, ça ne dure pas longtemps. Si on n’y va en équipe, entre amis, on a plus de chance de durer.

Mafia K’1 fry a enregistré des maquettes. Est-ce que cela va aboutir à un album et est-ce que tous les membres comme vous, Rohf et Kery James en feront partie ?

Je pense qu’il y aura tout le monde sauf Rohf. Pour le moment rien n’est fait. Il y a quelques morceaux et l’envie, mais on se dit que ce serait dommage de ternir l’histoire. On a fait des bons albums qui sont devenus des disques d’or. Je crains un retour, car nous ne sommes plus beaucoup d’actualité et le rap change. Je vois bien ce que les gens aiment aujourd’hui. Ça n’a rien à voir avec ce que fait la Mafia K’1 fry. Si on sort un disque, il faut être au top, nous n’avons pas le choix. On ne veut pas faire un album pour faire un album.

Et un retour d’Intouchable ?

C’est exactement la même problématique. Si c’est pour faire moins bien, ça ne sert à rien de revenir de ce côté-là non plus. Il faut trouver des bons thèmes et une bonne cohésion entre Demon One et moi.

Comment vis-tu la sortie de Maintenant ou jamais ?

Je suis un peu angoissé par les résultats. Je suis confiant parce que c’est un bon album. Il est très ouvert. J’ai montré que sur chaque morceau il y a un style différent et que je m’en suis sorti sur chacun d’eux. Ce disque raconte une histoire avec un sens et un fil conducteur. Je n’ai en aucune manière transigé avec ce que je suis aujourd’hui.

Clip de "Bloqué".

Dans le clip de « Bloqué », on dirait que tu es un superhéros.

C’est marrant que tu utilises le terme de superhéros. Souvent pendant la tournée, je regarde mes collègues de Sexion d’Assaut ou quand je me vois sur scène en vidéo, seul face au public, j’ai l’impression qu’on est des superhéros.

Quand tu es sur scène devant parfois 10 000 personnes comme au Stade de France, on se sent comment ?

On se sent fort quand les gens vous aiment. Quand ils vous font ressentir qu’ils apprécient ce que vous faites. C’est une sensation que je ne retrouve nulle part ailleurs.

C’est dur de redescendre sur Terre après ?

Non. La vie nous rappelle toujours à son bon droit.

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Chifoumi avec Dry, après l'interview, le 21 octobre 2013.

07 novembre 2013

Norig : interview pour son deuxième album Ionela

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(Photo : Marguerite Mai)

Ce soir Norig se produit au Café de la Danse. Un spectacle à ne pas manquer tant la jeune femme à du talent et sait toucher le cœur et l’âme. Norig est un jour tombée amoureuse du chant tzigane, ce « cri » dans lequel elle se reconnait. Tant mieux pour nous. Depuis, elle n'a eu de cesse de s'imprégner de cette culture pour se l'approprier à sa façon, poétique et puissante. Aujourd’hui, elle chante en français et le résultat est remarquable. Plume, musique et voix exceptionnelles, Norig enchante.

L'artiste est passée me voir à l'agence, le 4 octobre dernier.

norig,ionela,interview,café de la danseArgumentaire :

Après un premier album, Gadji, (vendu à plus de 10 000 exemplaires en 2006), une bande originale pour Tony Gatlif, une tournée européenne avec le spectacle Django Drom (Salle Pleyel, Jazz in Marciac, Les Nuits de Fourvière…), Norig revient aujourd’hui avec Ionela, nouvel album riche d’histoires sensibles, contées en Français, et de mélodies d’où s’envolent des vapeurs balkaniques.

Forte d'une écriture sincère et poétique, des histoires plein la tête et plein le cœur, la chanteuse écrit désormais ses textes. Désireuse de raconter et chanter avec ses propres mots, pour partager ses rencontres, ses héroïnes, ses errances et sa poésie, sa capacité à écrire de vrais récits répond en écho lyrique aux compositions du musicien Sébastien Giniaux. Il crée sur Ionela une mosaïque musicale aux inspirations multiples : Jazz, classiques et rock.
Des mélodies pleines, des valses, l'orchestration épique d'un tango laissent la place à une guitare qui s’électrise en phrasés balkaniques, et se ballade en Nougaro (mandorisé là)…

L'album Ionela nous embarque sur une vague d'émotion, nous attache à une nostalgie, une mélancolie, sublimées par l'incroyable voix de Norig, émouvante, puissante et grisante.

norig,ionela,interview,café de la danseInterview :

As-tu toujours eu un goût prononcé pour la musique ?

J’ai abordé la musique par besoin et presque dans l’urgence. Je n’ai pas pris des cours de chant pour prendre des cours de chant, il fallait que je prenne des cours de chant. Je sentais qu’il fallait que j’exprime quelque chose à travers la voix. Je viens d’un milieu familial où on faisait de la musique. Mon père est guitariste classique. J’ai beaucoup écouté Villa-Lobos et de musique baroque. J’ai vraiment beaucoup baigné dans la musique classique.

Tu as pris des cours de chant avec qui ?

Avec Martina Catella. Elle travaillait sur les techniques vocales du monde entier. Je suis arrivée dans cette école par hasard, je ne m’imaginais pas qu’un jour je ferais de la musique tsigane. Après, tout est affaire de hasards et de concours de circonstances. Après mes premiers cours de chant, j’ai vu Le temps des gitans d’Émir Kusturica. J’ai eu un choc émotionnel en voyant ce film. Je suis tombée amoureuse de la chanson qui revient en boucle, Erdelesi. J’ai dit à ma prof que je voulais la chanter. Ensuite, j’ai rencontré Sébastien Giniaux. Lui qui était violoncelliste de formation s’est mis à la guitare. Lui et moi avions beaucoup d’intérêt pour cette musique-là, donc on a travaillé ensemble pendant 12 ans.

Les héroïnes + interview.

Tu t’es reconnue dans la musique tsigane ?norig,ionela,interview,café de la danse

Je me suis parfaitement retrouvée dans cette musique qui est arrachée.

Tes grands-parents maternels sont espagnols.

Oui et mes parents sont nés à Montpellier dans des quartiers populaires, il y avait une certaine proximité avec les quartiers gitans. On croisait Manitas de Platas (mandorisé là) dans la rue, j’ai un oncle gitan par alliance.... Bref, quand j’écoute du flamenco, je sens que ça réveille des choses en moi.

Le fait que tu joues cette musique, du coup, ce n’est pas que le fruit du hasard.

Peut-être qu’il n’y a pas de hasard, en effet. On ne se retrouve jamais quelque part sans raison. Cette influence est un peu impalpable.

Le premier album, Gadji, était plus radical que Ionela. Ce n’était que de la musique tsigane.

C’est le disque avec lequel tout commence. Un disque à part parce qu’il y avait beaucoup de compositions originales et donc il ne rentrait pas dans la catégorie de musique traditionnelle. On ne se posait pas de questions. C’était évident qu’il fallait que je fasse ce disque-là comme ça, à ce moment-là.

Dans tes deux albums, il y a une chanson de Gainsbourg. « Les petits papiers » dans l’un et « L’aquoiboniste » dans l’autre. 

J’aime beaucoup le Gainsbourg de l’époque « Ce mortel ennui » ou « La javanaise ». Il jouait avec les mots et avec la résonnance des mots. Je sais que Gainsbourg aimait beaucoup le jazz manouche.

"Ionela".

Dans cet album, Ionela, tu as écrit de nombreux textes. Plus que dans le premier.

La musique tsigane est la musique dans laquelle je me retrouve émotionnellement. Les gens ne comprennent pas nécessairement ce que je raconte, mais ça touche leur âme. A un moment, j’ai réalisé qu’il me manquait quelque chose : ma culture française. J’avais besoin de m’exprimer dans ma propre langue et de raconter des choses qui m’appartiennent plus. Cet album me dévoile complètement. Ce n’est pas très confortable de se mettre à nu sans rien cacher, mais je ne fais pas de la musique pour être dans le confort.

Tu es méticuleuse dans ton écriture poétique ?

Oui. J’ai essayé de m’imposer des écritures cadrées avec strophes, refrains. Ça m’amuse de chercher la rime, la phrase, l’image. Parfois, je sais où je vais, parfois, je ne sais pas.

Quels artistes t’impressionnent en matière d’écriture ?

Les textes de Bashung (mandorisé ici) m’impressionnent. Je les trouvais beaux, parce qu’ils étaient libres. La liberté dans l’écriture me fascine. J’écoute beaucoup de musiques anglo-saxonnes, Noir Désir, de la chanson française un peu passée, de la musique traditionnelle. Je peux écouter une chanson jusqu’à ce que mort s’en suive. J’aime beaucoup les textes de Léo Ferré et de Philippe Léotard (chez Mandor ici).

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Comment tu vis ton Café de la Danse à venir (ce soir) ?

Je fais beaucoup de concerts en tzigane et en roumain et je m’y sens à l’aise. C’est plus effrayant de présenter ses textes personnels en français, mais je suis très excitée de le présenter au public. Il y aura tout de même des chansons tsiganes, celles qui me paraissent les plus importantes et qui auront un sens dans ce spectacle. On jouera sur scène le disque parce que le disque a été enregistré quasiment en live. Il y aura peut-être un invité ou deux. Il faudra venir vérifier sur place.

Tu as un fond mélancolique.

C’est mon côté Mylène Farmer, mais il ne faut pas le dire (rires).

Tu fais de la musique pour qui ? Pour toi, pour les autres, pour aller mieux ?

Je pense qu’on ne peut pas commencer la musique pour les autres. Il faut commencer pour soi. Je me souviens, quand je montais sur scène, les musiciens avec lesquels je travaillais me disaient « il faut qu’on s’écoute, il faut qu’on soit ensemble, après on reverse tout au public ». Pour que le public ressente les émotions, il faut bien qu’entre les musiciens et moi, il se passe quelque chose.

Techniquement, quand on chante en roumain ou en français, on chante de la même façon ?

Pas moi. Il faut accepter d’entendre la voix différemment. Ce ne sont pas les mêmes consonances, on ne place pas la voix de la même manière. Le roumain, c’est une langue latine, il y a des voyelles qu’on n’utilise pas du tout en français. Pour moi c’est impensable de chanter en français comme on chante en tsigane.

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(Photo : Marguerite Mai)

Il faut parvenir à se défaire des chanteurs ou chanteuses illustres dont on aime le travail ?

Oui. Ma prof de chant, au début, me déculpabilisait sur le fait que j’imitais des chanteuses. Elle me disait qu’au début, c’était normal. J’ai donc beaucoup imité et recopié les voix. Les années ont passé et ma voix a changé très naturellement. Une voix, c’est comme la calligraphie, il y a des pleins et des déliés. Je veux qu’au moment où j’envoie ma voix délicatement, il y ait du sens et que l’émotion soit très présente. En tout cas, j’ai envie d’interpréter mes chansons en langue française avec la même ferveur que j’ai dans la musique tsigane.

Tu me sembles être quelqu’un de nostalgique…

Oui, mais pas dans la nostalgie mélancolique. Ça ne veut pas dire ne pas vivre dans le présent, ça veut dire juste procurer une sensation douce dans le souvenir.

Je sens que ce disque est fait avec le cœur.

Je ne sais pas où je serai dans quelques années, j’ai donc toujours l’impression que c’est le dernier. J’ai mis du temps à écrire ces textes et donc,  j’aimerais que les gens les écoutent. Mais c’est pareil pour la musique. Ce que j’aime dans ces chansons, c’est qu’il y a de vraies mélodies. C’est important les mélodies. C’est ce que l’on retient.

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Norig et Mandor, après l'interview le 4 octobre 2013.

04 novembre 2013

Von Pariahs : interview pour la sortie de Hidden Tensions

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Hidden Tensions est le premier album des Von Pariahs, groupe rock venu du grand ouest. Après 4 ans de concerts rageurs et fulminants, voilà enfin couchées sur disque leurs chansons brûlots. Un album totalement maîtrisé, sans temps mort.

Le 12 septembre dernier, j’ai reçu à l’agence Théo Radère (Guitare), Sam Sprent (chanteur) et Marc-Antoine Riot (guitare).

von pariahs,hidden tensions,interviewBiographie d’Adrien Toffolet (que je ne connaissais pas, mais qui, après enquête Googlienne se révèle être Journaliste indépendant, ex-rédacteur en chef adjoint de Voxpop et cofondateur de DumDum.) :

En seulement quelques années d’existence, des concerts à la pelle, un EP avec deux tubes en puissance, « Someone New » et « Skywalking », sans oublier un passage triomphal par les Transmusicales 2012, les nantais des Von Pariahs ont déjà marqué les esprits.

Leur musique est en phase avec leur époque : un mélange de mélodies rock, punk, brutes et franches, qui rencontre la puissance des années 80, de la cold wave à la no wave en passant par le shoegaze. Le tout chanté d’une voix sincère et singulière en anglais – Sam, le chanteur, est originaire de Jersey. Bref, leur musique est celle d’une génération d’artistes qui, grâce au net, a digéré rapidement toute l’histoire de la musique pour mieux la disséquer, n’en retenir que le meilleur et composer de vraies chansons originales tournées vers l’avenir.

Sur scène, le groupe domine tout l’espace de sa présence, l’honnêteté transpire en chaque note et leurs morceaux prennent une forme encore plus intense, à la fois humaine et sauvage. Luz, dessinateur et grand amateur de rock, après les avoir vus en concert a même trouvé les mots justes pour qualifier le groupe : « Ian Curtis n’est pas mort, il se bourre la gueule à Nantes avec le plus prometteur des jeunes groupes français, les Von Pariahs, voix interpolesque et son Joy-Strokesien ! »von pariahs,hidden tensions,interview

Aujourd’hui, les 6 membres des Von Pariahs présentent l’aboutissement de tous leurs efforts : Hidden Tensions. Mixé par Stefan Brändström (Holograms) et enregistré aux studios Black Box par David Odlum (Tinariwen…) et au studio Odyssey par Michael Declerck, ce premier album a tout pour faire entrer les Von Pariahs dans l’Histoire du rock français : de vraies chansons, intelligentes et bourrées de rage. À l’image de la pochette d’Hidden Tensions, création de l’artiste plasticien Théo Mercier, ils jouent un rock fort, mais tout en sobriété. 

(Les Von Pariahs ont uploadé leur album sur Soundcloud... pratique pour écouter et partager.)

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Interview :

Êtes-vous tous arrivés en même temps au sein du groupe ?

Sam : Non. J’ai rencontré Théo à l’âge de 9 ans quand je suis arrivé en France. On n’était pas dans la même école, mais nous nous voyions au centre de loisirs de notre ville. Théo a fait quelques groupes avec Guillaume Cibard, notre batteur et un jour, il a eu envie de faire un projet de groupe pop rock anglais, de la britpop. Il y avait la copine de Guillaume, Mélodie, qui faisait de la guitare. Ils étaient trois, mais il manquait un chanteur. Théo me connaissant, sachant que je chantais un peu et qu’en plus j’étais anglais, m’a proposé de les rejoindre. Je les avais déjà vus sur scène, donc j’avais très envie de les rejoindre.

Live de "Gruesome".

Vous vous appeliez alors Fat Pandas. Rapidement, vous avez joué dans des petites salles de Fontenay-le-Comte.

Sam : Il n’y avait pas beaucoup d’endroits, mais il y avait notamment le Blues Bar, un bar assez rock’n roll. Après, on a surtout joué dans des fêtes de la bière.

Théo : Dans des bars des villes alentour aussi.

On apprend beaucoup dans ce genre d’endroit, notamment capter l’attention d’un public qui ne vient pas pour vous.

Théo : Effectivement, on se retrouve confronté à un public qui n’est pas forcément réceptif à ce que l’on joue. Ce sont des gens qui sont là plus par habitude que pour aller à un concert. Parfois, il y avait des familles avec des enfants en bas âge, alors que l’on joue un rock énergique. C’était un peu bizarre et pas toujours évident. En même temps, ça nous a permis de renforcer notre confiance en nous. On a appris à se donner à 100% sur chaque date, chaque concert. Peu importe le contexte.

Il y a 4 ans, Mélodie est partie et Marc Antoine, Hugo et Romain vous ont rejoint pour former les Von Pariahs. Vous avez évolué  musicalement…

Sam : L’évolution est perpétuelle et encore là aujourd’hui, mais notre identité s’est vraiment forgée à ce moment-là.

Théo : Le spectre d’influence était plus ou moins dessiné, après c’est vrai que nos influences sont difficilement définissables. On écoute beaucoup de musiques de beaucoup de styles différents.

Live (Nouvelles Scènes 2013) : "Skywalking".

Il y a des noms qui reviennent souvent quand on parle de vous. Von Pariahs, ce serait Gang Of Four qui se mixe avec Jesus And Mary Chain, Joy Division et Talking Heads. Ça vous fait plaisir ?

Sam : Ce qui nous fait plus plaisir, à vrai dire, c’est ce que ressentent les gens et ce que notre musique leur procure comme émotion. Après, on comprend très bien que le public ait besoin de références pour savoir le style qu’on a à peu près. Moi, les Joy Division, je les ai bien découverts après avoir vu en 2007 le film Control, qui relate la vie de Ian Curtis. Mais, je tiens à dire qu’on ne fait pas que de la cold wave, on a juste des influences. On joue un rock ouvert à plein d’autres univers.

Quand on vous voit sur scène, on est obligé de constater que vous êtes encore plus énergiques que dans votre disque Hidden Tensions.

Théo : Un groupe, c’est avant tout un groupe de live, sinon, ça n’a aucun intérêt. La musique est faite pour être vécue en réalité. Le disque est une technologie qui a permis au groupe de pouvoir s’élargir à un public plus grand et c’est aussi un univers à part entière parce qu’il y a la production qui rentre en jeu. Il n’en reste pas moins que je pense qu’on ne connait pas vraiment un groupe si on ne la pas vu au moins une fois en live.

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(Photo : Mc Nema)

À quel moment, vous êtes-vous rendu compte que le public commençait à s’intéresser à vous ?

Sam : Le vrai déclic au niveau du public, c’était il y a 5 ans, quand nous nous sommes basés sur Nantes. On a eu plus d’opportunités de jouer. Il y a pas mal de lieux et d’associations qui ont envie de programmer de jeunes groupes. Je crois que notre première date, c’était à une Fête de la Musique, dans un bar blindé. Ça s’est super bien passé.

Théo : À partir de ce moment-là, notre nom a commencé à circuler. Les gens ne s’attendaient pas à voir des petits vendéens débarquer avec ce genre de musique. On a toujours aimé être les outsiders et ça nous a toujours réussi. L’année dernière, pour la première fois, le Printemps de Bourges organisait un prix récompensant une des 32 Découvertes. Personne ne nous attendait, et au final, on a gagné ce prix.

Remporter ce genre de Prix, ça rassure et donne de l’énergie ?

Sam : On a toujours cru en notre musique

Théo : Croire en notre groupe, ça a été assez naturel. C’est une lapalissade de dire que si tu n’es pas bien dans ta peau, si tu ne sais pas où tu vas, ça devient plus compliqué. Nous, on s’est trouvé, on a été dans une cohésion assez immédiate. Depuis que les Von Pariahs existent, on a conscience que c’est l’aventure de notre vie.

Clip de "Still Human".

Vous avez la niaque, ça se sent…

Sam : C’est la vie quoi ! Il faut se battre.

Vous êtes six. C’est beaucoup… ça se passe bien la vie en communauté ?

Sam : C’est super enrichissant parce qu’on a des personnalités très différentes et atypiques.

Théo : On se connait tous depuis qu’on est ado. On s’est retrouvé par rapport à des goûts musicaux. On ne s’est pas vraiment choisi, ça s’est imposé comme ça. La chance qu’on a eue dans notre vie, c’est d’être tout de suite ensemble et que ça fonctionne.

Il y a une hiérarchie dans votre groupe ?

Théo : Il y a une grosse hiérarchie même. Je compose tous les instruments des morceaux, ensuite le groupe joue le fruit de mon travail et y apporte finalement sa richesse de jeu. Chaque musicien va donner une âme aux parties que j’apporte. Il y a une cohésion si forte entre nous qu’on ne sait même pas d’où elle vient. Jouer ensemble nous transcende, on ne peut pas expliquer d’où ça vient.

Et c’est Sam qui écrit les textes. Ca aussi, c’est bien déterminé.

Sam : Je chante mes propres textes et il ne peut en être autrement.

Je sais que tu écris les textes sur la musique que t’apporte Théo, jamais le contraire.

Sam : Sur sa musique, je créer la ligne de chant, puis les paroles. Nous procédons toujours ainsi.

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(Photo : William Beaucardet)

Tout le monde s’accorde à dire que vos morceaux rappellent un peu ce que faisaient les anciens sus cités, mais que vous avez quand même votre propre style original et moderne.

Théo : Rien ne peut nous faire plus plaisir.

Votre musique est très mélodique, mais enrobée parfois de musique expérimentale.

Théo : Non. On n’incorpore pas des choses qui peuvent paraître plus expérimentales. On ne veut pas aller trop loin, il faut toujours clarifier son propos musical. C’est comme ça qu’on arrive à trouver la vraie essence du morceau qu’on veut développer.

Êtes-vous satisfaits à 100% de l’album ?

Théo : On ne s’imaginait pas poser sur l’album des chansons dont nous étions à moitié satisfaits. De la première à la dernière seconde, tout ce qui est présent sur ce disque est mûri et complètement abouti.

Sam : La grosse différence pour nous maintenant que le disque est sorti, c’est que les gens qui viendront nous voir en concert connaitront nos morceaux. Ça fait toute la différence.

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Après l'interview, le 12 septembre 2013 de gauche  à droite Théo Radère (guitare et compositions), Sam Sprent (chanteur et auteur) et Marc-Antoine Riot (guitare).

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03 novembre 2013

Salon du livre d'Ozoir-la-Ferrière 2013 : Bilan et photos

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C'est la cinquième fois que j'anime le salon du livre d'Ozoir-la-Ferrière. (Voir là en 2009, ici en 2010, en 2011 et l'année dernière). Toujours aussi fatigant, mais toujours aussi exaltant, dis-je chaque année. Plus de 40 interviews, un quizz littéraire et je ne sais pas combien de kilomètres parcourus...

Cette année, petite révolution, deux rencontres de 45 minutes avec deux auteurs exceptionnels et rares, Jean-Philippe Toussaint et Christian Oster. Aucun des deux n'aime et ne va dans des salons du livre et aucun des deux ne s'est jamais adonné à ce genre d'exercice: parler avec un journaliste en public. Je ne suis donc pas peu fier de ce doublé prestigieux. La troisième prévue (avec Michel Quint) n'a pas eu lieu à cause d'un souci de temps. Je le déplore.

Comme chaque année, je rapporte de ce salon quelques souvenirs photographiques (merci à Philippe Schroeder, à la mairie d'Ozoir-la-Ferrière et à Maryline Martin pour les clichés de cette année...)

Commençons avec un article du Pays Briard publié la veille du salon.

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Comme chaque année, le salon commence avec un quizz littéraire (concocté par l'organisateur du salon, Luc-Michel Fouassier, présent sur la photo ci-dessous) auxquels participent le public, mais aussi les auteurs et les éditeurs présents. Cette année, il s'agissait de découvrir les anagrammes d'auteurs mondialement connus. Gros succès ! Nous nous sommes franchement bien amusés !

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Pose naturelle devant l'affiche du salon avec l'un des invités d'honneur, Jean-Philippe Toussaint et l'organisateur de cet évènement littéraire, Luc-Michel Fouassier (qui me fait confiance à chaque fois et depuis de nombreuses années maintenant. Je le remercie une nouvelle fois ici).

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(Photo : Philippe Schroeder)

Jean-Philippe Toussaint est venu présenté Nue, le quatrième et dernier volet de l'ensemble romanesque MARIE MADELEINE MARGUERITE DE MONTALTE, qui retrace quatre saisons de la vie de Marie, créatrice de haute couture et compagne du narrateur : Faire l’amour, hiver (2002) ; Fuir, été (2005) ; La Vérité sur Marie, printemps-été (2009) ; Nue, automne-hiver (2013).

Sa venue était d’autant plus exceptionnelle qu’il était dans les 4 derniers sélectionnés pour devenir le Prix Goncourt 2013 une semaine plus tard (au final, il est arrivé en deuxième position). Comme je le disais en introduction, Jean-Philippe Toussaint ne se rend jamais à aucun salon littéraire. Aucun. Il ne participe à aucune interview publique. Il n’aime pas ça. Cette rencontre a donc été un évènement exceptionnel. 45 minutes que je regrette de ne pas avoir enregistrées. Nous avons parlé de l'ensemble de son œuvre (que je connais parfaitement pour être un lecteur de longue date du monsieur) et de son rapport à l'écriture et la littérature. C'était passionnant.

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(Photo: Philippe Schroeder)

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(Photo: Philippe Schroeder)

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A l'issue de l'interview, le maire de la ville, Jean-François Oneto a remis la médaille de la ville à Jean-Philippe Toussaint.

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(Photo : Philippe Schroeder)

Parfois, dans un salon, certains pètent un câble. C'est le cas de mes amis, le docteur/auteur Olivier Kourilsky et Maryline Martin.

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Maryline Martin, mandorisée il n'y a pas si longtemps...

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Olivier Kourilsky est médecin, ancien chef du service de néphrologie-dialyse du Centre hospitalier Sud Francilien (Évry). Professeur honoraire au Collège de médecine des Hôpitaux de Paris, il est aujourd'hui, auteur de thrillers.

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(Photo : Philippe Schroeder)

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(Photo : Philippe Schroeder)

Luc-Michel Fouassier, Michel Quint, Victoria Bedos, Christine Van de Putte, Simonetta Greggio et Jean-Philippe Toussaint.

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Bernard Boudeau, un auteur de thrillers machiavéliques souvent récompensé.

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(Photo : Philippe Schroeder)

Les éditions Quadrature, avec notamment, l'un de ses dirigeants, auteur mandorisé, Patrick Dupuis.

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Quand un de mes chanteurs préférés, Fabien Martin, me rend visite en compagnie de sa dulcinée, la comédienne Caroline Santini, juste par amitié... ça m'a fait très plaisir. Merci vous deux!

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Le public est venu nombreux...

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Deuxième interview en public. Cette fois-ci, avec Christian Oster (mandorisé là). Comme Jean-Philippe Toussaint, il ne se rend jamais à des salons ni ne répond à des journalistes dans ce genre de contexte. Christian Oster, Prix Médicis 1999 pour Mon grand appartement,  a également publié des romans policiers et de nombreux livres pour enfants (une trentaine de titres à L'École des loisirs). De tout cela et de ses derniers livres nous avons parlé. Je mesure ma chance d’avoir animé cette rencontre.

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(Photo : Philippe Schroeder)

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Un public de charme...

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(Photo : Philippe Schroeder)

Jean-François Oneto, le maire d'Ozoir-la-Ferrière, Victoria Bedos et... Simonetta Greggio pour la remise des prix du concours de nouvelles...

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Jean-François Oneto, Simonetta Greggio et Luc-Michel Fouassier.

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Luc-Michel Fouassier, Victoria Bedos, Jean-François Oneto et la gagnante du concours de nouvelles.

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Pour finir, un moment de complicité avec la sculptrice et auteure Hélène Jousse et Jean-Philippe Toussaint.

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 (Photo : Philippe Schoeder)

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02 novembre 2013

Cats on Trees : interview pour leur premier album

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Voilà un duo indie-pop fort rafraîchissant. Formé en 2007 par la chanteuse et pianiste Nina Goern et le batteur Yohan Hennequin, Cats On Trees joue intensément depuis quelques années déjà. Les textes sont prenants, intimes tout en touchant des thématiques universelles.

J’ai rencontré les deux sympathiques jeunes gens, le 10 septembre dernier dans un bar parisien.

983603_10151671630071858_124711940_n.jpgBiographie officielle (un peu raccourcie) :

Une fille, un garçon. Un piano, une batterie et une voix envoutante. De la virtuosité et de l’énergie. Cats on Trees a trouvé l’osmose idéale, le mélange de sons et de rythmes qui parlent au corps et à l’âme.

Né en 2007, révélé par des prestations scéniques et un premier EP repérés par la presse spécialisée. Épris de liberté ces félins-là ont pris leur temps. Le temps d’aller au fond des choses.

Trois ans durant, Nina Goern et Yohan Hennequin ont laissé mûrir leur projet d’album, testant, gommant, recommençant, explorant. Pas en chercheurs maniaques plutôt en philosophes. Le vécu comme matière première. Des petits contes du quotidien sur ce qui compte vraiment. Du très perso qui devient de l’universel. Le tout greffé sur un squelette innovant : une ossature batterie-piano aux émotions inédites. Mais logiques. Au fil des rencontres, l’album prenant corps, se sont ajoutés d’autres regards, d’autres sons, comme ces intenses vagues de cordes qui étoffent le propos. Celles d’un véritable orchestre avec la complicité d’Albin de la Simone aux arrangements de cordes. Ou celles des guitares acoustiques de Pierre Rougean et Jean-Christophe Urbain, coréalisateurs de l’album.
Alternent pour finir de la pop brillante ou légère, toujours bien enracinée.

DSC08420.JPGInterview :

Vous vous êtes rencontrés comment ?

Nina : Grâce à une amie qu’on a en commun avec qui on a formé un projet. Il s’est passé quelque chose d’inexplicable humainement et artistiquement, entre nous. On a senti qu’il fallait que l’on travaille ensemble parce qu’on se comprenait immédiatement. Tout paraissait simple quand on composait tous les deux. L’alter ego, il n’est pas que dans la musique, il est aussi dans la vie et l’amitié.

Yohan : Ce que l’on fait ensemble est un projet humain. On aurait pu jouer n’importe quel instrument, il fallait que l’on fasse quelque chose tous les deux. C’était évident. On le ressent encore aujourd’hui dans notre travail. On continue à se comprendre presque sans se parler. On compose de manière très fluide et très spontanée. C’est une collaboration très riche.

C’est une fusion totale entre vous deux ?

Nina : Une fusion sans concession.

Yohan : On a une visée commune sur laquelle on n’a pas besoin de débattre pour être d’accord.

Nina : Quand bien même, il y a des moments de désaccords, on trouve toujours rapidement une solution.

Vous existez et tournez depuis 2007. Considérez-vous que les choses sont allées vite avantAna Bloom.jpg de signer chez tôt Ou tard ?

Nina : Les choses se sont faites assez naturellement et plutôt rapidement. De 2007 à 2013, on a fait pas mal de concerts, ensuite, nous avons pris notre temps pour enregistrer.

Yohan : C’est une évolution dans la durée, mais jalonnée de beaucoup de chance. Déjà avec Nina, on s’est trouvé. C’est une rencontre humaine énorme et une rencontre artistique super complice. Musicalement, on fait tout ensemble. Un premier EP, quelques concerts. On a trouvé un tourneur avec lequel on travaille toujours. Nous avons gagné le Printemps de Bourges en 2010, on a donc eu une exposition un peu plus grande. Nous avons également trouvé un directeur artistique et c’est grâce à lui qu’on a rencontré l’équipe de tôt Ou tard. On a eu énormément de chance parce qu’ils nous ont laissé le temps, avec des moyens extraordinaires, de faire l’album que nous voulions réaliser. On a mis trois ans, ce qui n’est pas donné à tout le monde.

En effet, ils n’étaient pas pressés !

Yohan : On a fait plein de morceaux et on a ensuite sélectionné ceux que nous estimions les meilleurs. Ça a été dur de faire un best of. Un premier album, tu as une vie pour le préparer. C’est le condensé de plein d’années de boulot et d’expériences de vie. On est super content du résultat.

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Clip officiel de Sirens call.

Vous avez été surpris par l’accueil réservé à votre premier single, Sirens call ?

Nina : On a été très étonné, en effet. Nous avons la chance d’avoir beaucoup de passages sur des radios importantes et les radios locales nous suivent de manière conséquente depuis le début. C’est gratifiant et encourageant.

Les textes de vos chansons ne sont pas toujours positifs.

Nina : Chaque chanson raconte des histoires que l’on a vécues et elles ne sont pas toutes heureuses. Mais il y a toujours une résolution positive à la fin parce qu’on a pris chaque histoire avec beaucoup de philosophie et de recul.

Yohan : C’est important de partir d’expérience propre pour garder la sensibilité et le côté touchant d’une histoire. Ce qui nous parle dans l’art, au cinéma, en peinture ou en littérature, ce sont des œuvres dans lesquelles tu sais ou devines une vulnérabilité de l’artiste. On veut voir l’humain sans masque. Il  faut donc que nos chansons soient sincères et que cela évoque quelque chose à l’auditeur.

Vous avez un sacré sens de la mélodie. À tel point que chacun de vos titres est un tube potentiel.

Yohan : On adore la mélodie. C’est un truc primordial.

Nina : Ce qu’on aime dans la mélodie, c’est qu’elle parle d’elle-même, sans avoir besoin forcément d’un texte.

Yohan : Après, on attache de l’importance au sens du texte. Le texte fait partie d’une pierre angulaire du morceau autant que la mélodie. Il faut que la musique sublime le texte et que le texte sublime la musique. Tout est intrinsèquement lié.

"Tikiboy" live au Studio Ferber 2013.

Il y a des noms connus qui ont collaboré à votre album.

Yohan : Albin de la Simone, Jean-Christophe Urbain… on a eu un orchestre de 12 cordes sur 4 morceaux. Nous sommes réellement gâtés.

Pourquoi chanter en anglais ?

Yohan : On adore des chanteurs français tels que Thomas Fersen, Dominique A ou Vincent Delerm, mais si on avait chanté en français, on aurait eu l’impression que le texte passait avant la musique. Dès qu’il y a un texte en français, on focalise dessus et la musique passe au second plan. C’est en tout cas comme ça que l’on ressent la chose.

C’est difficile d’avoir sa propre identité ?

Yohan : Je vois ce que tu veux dire, mais je pense que quand tu te montres tel que tu es avec tes défauts et tes qualités, c’est ça qui fait que tu es une personne unique et que tu as un truc différent à proposer. Nous, on se montre tels que nous sommes, on ne se cache pas derrière des masques. Ce n’est jamais bon de trop se maquiller.

Comment vivez-vous ce qui se passe autour de vous en ce moment ?

Nina : On ne peut pas nier qu’on a une pression. On fait de cette pression une source d’inspiration aussi. On est déjà en train de faire les titres du deuxième album. Ca nous permet aussi de ne pas nous focaliser sur comment les gens vont prendre le premier disque.

Votre pochette est à l’image de vos chansons, je trouve. Très travaillée.

Yohan : La photographe, Anna Bloom et le graphiste, André  Palais, nous ont bien cernés. Il y a le côté organique et humain qui correspond bien aux morceaux amples et sensibles qui se développent sur la longueur. Après, il y a le côté plus pop, plus moderne, plus spontané.

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01 novembre 2013

Gérard de Villiers... mort d'un auteur polémique!

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L'écrivain Gérard de Villiers, auteur de la saga de romans d'espionnage SAS, est mort hier à l'âge de 83 ans d'une longue maladie, selon un message sur Twitter de son avocat Éric Morain.

Me Morain a précisé à l'AFP : "Il avait souhaité que son décès soit annoncé comme cela".

Christine de Villiers épouse de l'auteur et dirigeante des éditions Gérard de Villiers a indiqué que son mari souffrait d'un cancer du pancréas avec des métastases au foie. "Sur les dernières semaines il restait conscient mais très fragile. Il n'avait pas supporté la chimiothérapie", ajoute Christine de Villiers. "C'est exactement la mort qu'il ne voulait pas".

Début février, le New York Times l'avait consacré comme "l'auteur de romans d'espionnage qui en savait trop". Il venait de passer dix jours en Afghanistan, théâtre de ses deux SAS à venir, les 198 et 199es de la série. Gérard de Villiers déclarait récemment ignorer le nombre exact de livres vendus depuis 1965 et la publication de SAS à Istanbul, le premier de la série mettant en scène Son Altesse Sérénissime (SAS) le prince Malko Linge : "Sans doute entre 120 et 150 millions tous pays confondus", avançait-il.

Je republie aujourd’hui sa mandorisation datée du 30 janvier 2007.

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img569.jpg"Holà! Tu parles de Gérard de Villiers aujourd'hui!

Attention, terrain glissant!

Il est raciste et homophobe.

Il a dit des trucs chez Ardisson, j'te dis pas."

Je sais, j'ai vu.

D'ailleurs, je viens de le regarder de nouveau...

Ca me choque... j'avais oublié certains propos.

Mais, pourquoi ne pas accepter de le rencontrer?

L'homme m'a toujours intrigué.

Et la connerie n'est pas contagieuse.

Heureusement parce que j'ai déjà mon lot d'obscurité.

De toute manière, je ne peux pas m'en empêcher.

Chacun sait que l'homme n'est pas manichéen.

Le tout blanc ou tout noir, je n'y crois pas... donc j'aime me faire ma propre idée.

 

Petit, j’ai vu un documentaire dans lequel Gérard de Villiers dictait ses textes à une jeune fille… avec des gros seins, comme sur les couvertures de ses SAS. Je le trouvais libidineux. Personnellement, je n’ai jamais pu lire un de ses livres (sauf le dernier parce que je l’ai chroniqué) mais j’en ai toujours vu traîner à la maison.

Papa, c’est une chose que j’ai du mal à te pardonner !

Hier, je me suis donc retrouvé chez celui qui a vendu 150 millions d’exemplaires de SAS. Quarante ans d’histoire du monde, quarante ans d’évolution géopolitique sont rassemblés dans ces 166 volumes, publiés au rythme de quatre par an.

Ce mois-ci, l’auteur sort Rouge Liban. Je ne sais pas pourquoi la décision a été prise d’en parler dans mon magazine, mais évidemment, j’ai trouvé intéressant de le rencontrer…

Il m’accueille fort courtoisement, j'irais presque jusqu'à dire chaleureusement. Le salon est un musée. Statue de femme nue, toiles (de maîtres) et photos de jeunes filles aux poitrines généreuses… entre autres, mais c’est ce qui m’a sauté aux yeux !

medium_devilliers.jpgIl est toujours prolixe pour parler de sa production "littéraire".

Force est de constater que Gérard de Villiers est toujours bien informé. Si les nombreux voyages sont une source substantielle et fiable pour ses informations et ses repérages « mes livres reflètent 80% de la réalité », il n’en demeure pas moins qu’il a un réseau fourni d’amis, de journalistes et de diplomates pour bénéficier de connaissances supplémentaires et diffuser en douce ce qui se passe en coulisse...

-J’ai beaucoup d’amis dans le monde du renseignement. Ce n’est pas pour ça que je suis un espion à la solde de je ne sais quel pays ! Disons que je suis à la marge. Je suis immergé dans ce monde là, c’est ce qui donne de l’authenticité à mes SAS.

Dans SAS, il navigue à vue entre le sexe, l’espionnage, la réalité et la fiction. Le terrain et l’imagination sont les deux mamelles de son succès. Mais alors, quid de ses nègres?

-Tous les journalistes que je côtoie sur le terrain en rigolent encore. Dans les pays en guerre, je fais exactement le même travail qu’eux sur le terrain. Je ne sais pas d’où ça vient cette histoire de nègre.

La publication d’au moins un livre tous les 3 mois, peut-être ? 

Toujours à la pointe des évènements géopolitiques et à l’affût de ce qui fait sensation, l’auteur a vécu 1000 vies,medium_Sabreau.jpg même si parfois, il les invente. Récemment, Gérard de Villiers a sorti Sabre au clair et pied au plancher, une autobiographie « la plus exacte possible ! ». Pour la première fois, il enlève une partie de son masque, raconte sa période de journaliste, distille des anecdotes sur des célébrités rencontrées. Le premier chapitre explique son enfance.

-Mon père était absent, j’ai été élevé par ma mère et ses deux sœurs, j’aurais pu finir homosexuel…

Affligeante cette réflexion.

Au lieu de quoi, il voue un culte sans borne pour le corps des femmes.

-C’est génétique. On appelait déjà mon grand-père, « Divan le terrible »… Mon père s’est marié 4 fois, j’ai fait comme lui...

Plus loin, il justifie ses amitiés avec des gens et agents « troubles ». Par contre, aucun règlement de compte ni de révélation croustillante. « À cause des avocats ! ».

Courage, fuyons!

Villiers sort discrètement de l’obscurité et réduit sa part d’ombre à dose homéopathique. Il s’énerve pourtant quand on lui parle des intellectuels de gauche qui le rangent dans la littérature d’extrême droite.

-Tout ceci est complètement inventé. C’est ridicule ! C’est grotesque ! Je suis de la droite libérale, tendance Sarko, pas Chirac !

Il est content quand je lui affirme que ces derniers temps, il semble en voie de réhabilitation.

Ce qui est la vérité.

Je lis des papiers sur lui assez consensuels.

 

-Franchement, je ne sais pas. Là, je vois beaucoup de journalistes, tous aimables. Maintenant, j’attends la sortie des articles…

Chat échaudé craint l’eau froide. Il n’en reste pas moins une certitude, Gérard de Villiers n’est pas prêt d’arrêter d’écrire, de voyager, d’enquêter, de baiser.

-Vous savez, la retraite, c’est une invention des compagnies d’assurance pour gagner de l’argent !

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Je sens pour moi, qu’après ce cliché, il est temps de le laisser. Il est 15 heures, Gérard de Villiers baille souvent. A 75 ans, les z’héros (???) ont bien le droit d’être fatigués.