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06 mars 2013

Barbara Béghin : interview pour la sortie de son premier album

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(Photos et design: Wanda Kujacz)

barbara béghin,interview,vincent-marie bouvot,mandor« Son aspiration, Barbara Béghin la puise dans l’air du temps, assise à la terrasse des cafés elle observe, saisit au vol un mot, une idée, capture une image qu’elle note dans ses carnets qui ne la quittent jamais. De ces instants fugaces, Barbara y puise son inspiration pour nous conter toujours avec optimisme et humour la vie des autres. Le résultat est un album composé de 11 chansons, autant de fragments du quotidien, de tableaux représentants l’Homme et ses amours, avec comme élément fondateur et narrateur central : la Femme. »

Ainsi est présenté officiellement le premier album de Barbara Béghin, personnalité à la fois fantasque et mutine.

J’ai fait la connaissance de cette jeune femme il y a déjà quelques mois chez son réalisateur/arrangeur/compositeur, Vincent-Marie Bouvot dans son studio d’enregistrement de Deuil-la-Barre. Je n’étais pas venue pour elle, mais Barbara était présente. Je suis repartie avec son disque. Je l’ai souvent écouté, car je le trouve iconoclaste et très varié (rock, chanson, electro…). Et j’aime beaucoup le grain de sa voix. Je suis très sensible aux voix, je le répète souvent ici.

Pour écouter sur Deezer, c'est ici.

Le 12 février dernier, Barbara Béghin est venue à ma rencontre à l’agence pour évoquer ce premier disque et sa relation avec la musique.

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barbara béghin,interview,vincent-marie bouvot,mandorInterview :

Tu as commencé la musique à l’âge de 4 ans.

Je suis un peu née avec déjà à l’esprit le spectacle.  Le spectacle plus que la chanson, d’ailleurs. Mes parents aimaient ça et ils nous ont installé un grenier ou nous pouvions faire ce que nous voulions avec ma frangine. On a tout de suite été dans la volonté de créer et d’imaginer des choses. On imitait aussi ce que l’on voyait à la télé.

Ta relation à la musique est plutôt ouverte, j’ai l’impression.

Oui. Et aujourd’hui, je sais que j’ai encore beaucoup d’artistes et de genres musicaux à découvrir. J’ai plus une affection pour des chansons que pour des styles. On a d’ailleurs du mal à définir ce que je fais moi comme genre. Je réponds que c’est de la chanson française.

Je reviens à tes parents. Tu as de la chance, ils t’ont encouragé en te faisant faire des cours de danse, de chant, de piano, de théâtre…

Dans le nord, avec ma sœur, on a commencé par la danse. Mon plaisir de la gestuelle et de la scène me vient de là. Après, quand nous sommes allés en Normandie, j’ai fait partie d’une première association de musique, puis d’une seconde, mais de théâtre. À 13 ans, j’ai pris des cours de chant quand ma prof de musique à mis en place un groupe pour faire des prestations, des reprises essentiellement. Je suis devenue la chanteuse du groupe. L’envie du spectacle, c’est aussi le fait de ne pas rester cachée derrière un piano et pouvoir se défouler autrement qu’en jouant de la musique. Ce n’est pas de l’exhibition, c’est le plaisir de ne pas être enterrée, de se dévoiler un petit peu. Ça m’apporte quelque chose que la vie ne m’apporte pas tous les jours.

Clip de "Toujours, Toujours".

Quand tu étais adolescente, tu as même sorti un EP.barbara béghin,interview,vincent-marie bouvot,mandor

Toujours avec cette association de musique en Normandie. J’ai dit à ma prof que j’écrivais des petites chansons… de collégiennes (rires). Elle m’a proposé de faire de la musique dessus ensemble. On a fait un premier 4 titres avec un groupe qui s’appelait Stationnement Interdit. C’était une toute première expérience d’enregistrement et un travail différent de la scène. On prend notre voix en pleine tronche et c’est là que l’on découvre nos premiers petits défauts. Quelques années plus tard, toujours avec le même groupe on a fait un 11 titres.

Depuis ce 11 titres dont tu nous parles et ce premier album solo, tu as l’impression d’avoir fait des progrès ?

Euh… oui, en étant objective, je peux le dire. C’est dû à un travail d’écoute et de réflexion. Et de nouvelles relations aussi. C’est Vincent-Marie Bouvot qui a mis le doigt sur des choses qui n’étaient pas possibles. Quand on fait des reprises, on essaie d’imiter ou d’interpréter de la même façon que les artistes originaux. Après, c’est très dur de retrouver son identité vocale personnelle.

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Pour faire ton disque, tu t’es inscrite sur le site participatif Akamusic en 2009. Ça a marché puisque tu as réuni assez d’argent  pour enregistrer.

C’était le moment où je tournais un peu en rond. Il fallait que j’avance, je ne pouvais pas stagner. J’avais une irrépressible envie de chanter mes propres chansons. Ça finissait par m’obséder. J’avais entendu parler des plates-formes participatives et j’ai tenté le truc. Ça m’a permis de former une équipe que je n’avais plus. J’ai mis des maquettes plutôt bien enregistrées. Avec de l’effort et de l’énergie et la volonté de s’intéresser aux principes communautaires et de tous les réseaux sociaux, la jauge a augmenté et ça m’a permis de sortir un premier single. À partir de là, le directeur artistique d’Akamusic m’a proposé de rencontrer Vincent-Marie Bouvot.

"Comme une allumette".

barbara béghin,interview,vincent-marie bouvot,mandorTu le connaissais ?

Non. Le monde des arrangeurs m’était parfaitement inconnu. On m’a vite expliqué qu’il avait travaillé pour Julie Piétri, Elsa et Zazie. J’ai écouté les albums qu’il a réalisés pour elles et j’ai reconnu une patte et un son que j’aimais beaucoup. J’ai eu le sentiment qu’il pouvait m’apporter ce que je voulais dans la recherche des sons et des mélodies. Des mélodies très efficaces…

L'as-tu rencontré pour savoir si vous pouviez travailler ensemble?

Oui. À notre premier rendez-vous, je lui ai fait écouter mes maquettes. Il a eu un regard critique dessus et m’a expliqué comment faire évoluer les chansons. Ça m’a plu tout de suite, car j’ai besoin que l’on m’explique ce qui ne va pas et que l’on me montre comment on peut changer ce qui ne va pas. Il a compris que ce que j’aimais, c’était d’essayer d’écrire des textes qui racontaient des histoires et des musiques qui font bouger avec des mélodies que l’on pouvait chanter facilement et que les gens pouvaient reprendre. On s’est quitté sans se préciser si nous allions nous revoir. Mais moi, j’avais l’impression que tout était bon pour moi. J’ai appris un peu plus tard qu’il était partant aussi.

"Pas seulement pour lui" en studio.

Tu as eu combien d’argent pour faire cet album ?

Au final, 80 000 euros grâce à 800 producteurs.

Une fois que l’album est enregistré, les producteurs suivent ce que tu fais ?

Je leur donne le maximum d’infos possible. Il ne faut pas que les gens pensent que, parce qu’on a fait une production sur un site communautaire, participatif qu’on va sortir plus vite que tous les autres artistes qui rament. Certains pensent que l’on va tout de suite cartonner et que l’on va tous faire comme Joyce Jonathan et Grégoire. Il faut donc les rassurer en leur disant que l’on fait tout notre possible pour que ça marche. Moi, je ne lâche rien. Je mets en place ma scène en ce moment.  

Dans ce disque, ce qui est fou, c’est que ta voix varie de chanson en chanson.

Ça vient des genres différents qu’il y a et qui permettent une interprétation différente.  C’est aussi la volonté avec Vincent-Marie d’aller chercher le maximum de ce que je pouvais faire parfois. J’ai osé des choses que je m’interdisais presque.

Extrait de "Emmeline".

Tu racontes les histoires d’une jeune femme de ton âge, parfois de manière un peu désillusionnée.

Pas tant que ça. J’essaie de positionner mes personnages et j’évite d’exprimer mes positions personnelles  dans mes chansons. Au  niveau de l’interprétation, j’essaie aussi d’avoir la position d’artiste chanteuse qui prend les choses graves avec une pointe de légèreté quand même.  Je  prends les choses comme elles viennent et j’essaye d’habiller mes chansons à ma sauce, en envisageant que la vie peut être sympathique quand on choisit ce qu’on veut faire.

Tu chantes aux Déchargeurs durant plusieurs jours...

En coréalisation pour 15 représentations du 19 mars au 6 avril. C’est bien parce que cela va me permettre de roder la scène et d’inviter un maximum de professionnels. Je veux leur montrer ce dont je suis capable de faire. On a choisi de faire une proposition guitare-voix et une version guitare-batterie-voix. Il y a aussi la possibilité de m’aider à financer mes scènes. (Là). Le 17 mai, je serai aussi au Sentier des Halles.

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Je sais...

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04 mars 2013

Kent : interview pour Le temps des âmes

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Kent, je le croise depuis des années (la dernière fois, c’était pour une interview filmée). J’ai une profonde admiration pour lui (depuis Starshooter, à la fin des années 70, c’est dire). Mais d’album en album, l’homme crée une œuvre. Franchement mésestimé. Tant qu’il sortira de nouveaux disques, je continuerai à le suivre, à l’interroger et à le mettre en avant. Il est un de nos meilleurs chanteurs/poètes français et il serait bon qu’on commence à le remarquer.

481452_10152353811030573_838870821_n.jpgLe temps des âmes sort aujourd’hui. Voici comment il est présenté officiellement :

« Une voix, un piano, des chansons nouvelles… Le Temps des âmes est un dialogue de Kent avec le piano de Marc Haussmann, le mythique Ian Caple étant d’un bout à l’autre aux manettes. Une aventure de musique, de mots, de liberté, dans laquelle Kent se met à nu et chante sa vérité sur l’amour, le plaisir, le temps qui passe… »

Le 7 janvier dernier, Kent est passé à l’agence (accompagnée de son attachée de presse Flavie Rodriguez. Merci à elle !)

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74388_10150285903385573_1097494_n.jpgInterview :

Pourquoi un album presque entièrement en piano voix ?

Ce n’est pas un album piano voix classique. Ce genre-là m’ennuie souvent, j’ai donc voulu éviter l’écueil. Il y a d’autres instruments, mais tout en discrétion.

Tout a commencé lors d’un concert à Berlin que vous donniez avec le pianiste qui figure sur cet album, Marc Hausmann.

Il y avait des nouvelles chansons sur lesquelles je travaillais, j’essayais plein de versions, mais le résultat ne me plaisait jamais complètement. Ça allait, mais il me manquait quelque chose. Et puis avec Marc, lors de cette soirée, tout s’est enclenché. J’ai laissé tomber immédiatement les maquettes d’avant. J’ai déçu beaucoup de gens qui travaillaient avec moi (rires). En musique et en art en général, il y a un moment ou le propos est plus fort que l’affectif. On fait des dégâts, mais il faut y aller. C’est comme ça qu’on évolue et c’est comme ça qu’on donne quelque chose de beau. Dans la vie, il se passe parfois la même chose, mais c’est beaucoup plus cruel parce que ça engage des couples, des familles. Parfois, pour qu’il se passe des choses, il faut rompre. « Quand on aime, il faut partir » disait Cendrars.

Ce terme « rompre » est intéressant. Il colle bien à votre discographie. Aucun album à vous ne se ressemble. Il y a toujours rupture avec le précédent, il me semble.

Il n’y a que ça qui m’intéresse. Pas seulement dans mon parcours, mais dans ma vie. J’aime être surpris. Je n’aime pas remettre deux fois les pieds dans les mêmes traces. J’évite de me mettre dans des mécaniques et dans un pilotage automatique. Je refuse les recettes évidentes. Il y a très peu de prises de risques. Moi, si je ne prends pas de risques, je m’ennuie.

Et si on s’ennuie, on ennuie les autres ?

Oui, parce que, lorsqu’on s’ennuie, on fait les choses mal. Peut-être que l’on réussit une carrière quand on est détaché de tout… Il faut être égoïste, penser d’abord à l’argent. Moi, j’en suis incapable.

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C’est quoi réussir une carrière ?

Pour moi, c’est plutôt réussir sa vie, en fait… au niveau bancaire.

Il ne faut pas vous plaindre de ne pas être riche. Vous n’avez jamais fait de concessions dans la musique. Vous l’avez cherché.

Mais si, j’en ai fait. Et ça ne m’a jamais rien rapporté. Si c’est pour faire quelque chose dont je ne suis pas fier, qui sort et qui ne marche pas, autant être content de ce que je fais et pouvoir me regarder dans la glace. Aujourd’hui, en 2013, je me dis « advienne que pourra ». Au stade où j’en suis, pour continuer, il faut que ce que je propose soit intéressant et sans aucune concession pour plaire.

Dans ce disque, vos textes sont mis puissamment en avant et c’est une bonne chose parce que vous êtes un grand auteur.

L’essence du propos. J’aime bien l’épure, mais je n’aime pas le minimalisme. Parfois, minimalisme rime avec pauvre. Moi, j’aime bien les accords riches. Quand je travaillais les arrangements de ces nouvelles chansons, j’ai souhaité m’en tenir à l’essentiel. Bon, je ne suis pas tout seul dans cette aventure discographique. Marc quand il se met au piano, c’est un ovni. Il pense à la chanson, mais pas à « dans quel genre la jouer ». C’est un instinctif…

Vous avez enregistré cet album en 5 jours, chez Rodolphe Burger, à Sainte-Marie-aux-Mines.

Oui, c’était un endroit extrêmement tranquille pour travailler, du coup, on était très spontané. C’est un havre de paix où tu fais ce que tu veux. C’est à toi de trouver le bon état d’esprit au bon moment de la journée ou de la nuit. Les chansons, je les avais déjà beaucoup chantées et travaillées en amont. Quand on est arrivé chez Rodolphe, Marc avait les chansons au bout des doigts, moi je les avais au bout des lèvres…

Certaines de ces chansons existaient depuis longtemps.

Moi, j’ai une boite d’archives. Je ne jette rien. Il n’y a jamais de mauvaises idées, il y a simplement de mauvais moments… et parfois il y a aussi la mauvaise personne. Parfois, je tombe sur une vieille cassette de 1987. Tout est nul, sauf subitement une suite d’accords. Je suis capable de la réutiliser en 2013. Ça m’arrive aussi de retomber sur des vieux textes. Subitement, j’en relis un, mes cheveux se dressent et je me dis « ça va coller avec la musique que je viens de faire ». Là, tout s’arrête. Tu n’as plus faim, il ne fait plus nuit, il ne fait plus jour et tu y vas à fond.

"L'éternité" en live enregistré le 08 septembre 2012 à la Japy Factory à l'occasion du vernissage du "Rock Your Art".

Dans « L’éternité », vous expliquez que vous ne croyez pas au destin. Rien n’est inscrit dans le marbre.

L’espoir n’existerait pas s’il y avait un destin. On n’est jamais à l’abri d’une bonne surprise, vous savez.

Vous dites que rien n’est fait pour durer. Ce n’est pas très optimiste.

Si quelque chose est fait pour durer, il n’y a plus de liberté. Dans cette chanson-là, ce que je mets en avant, c’est surtout la déveine, quand les dès sont jetés. J’ai voulu dire que cette déveine ne dure jamais. Je parle de l’état d’esprit que l’on met face au bonheur ou au malheur. Je fais partie de ces gens qui, pendant des années, quand il touchait au bonheur, se disaient « ce sera mieux demain encore ». Je ne profitais pas du moment. Ce sont des conneries. Carpe diem. Il faut profiter du bonheur que l’on vit dans l’instant.

Dans « Notre amour », vous racontez la vie agitée d’un couple qui dure, malgré les secousses rencontrées. J’aime beaucoup cet angle inédit.

Dans la chanson, l’amour c’est toujours la plainte et quand on veut chanter l’amour positif, ça devient vite mielleux. Le grand amour, ce n’est pas Holiday On Ice. Un grand amour, ça dure, mais c’est une montagne russe.

"Le temps des âmes"

« Le temps des âmes », ce n’est pas la chanson la plus gaie de l’album… c’est une chanson sur la vieillesse « qui est un drame ».

Moi, je trouve que c’est la chanson la plus gaie de l’album. Elle m’a été inspirée par une lecture sur le post humanisme de Jean-Michel Besnier. J’ai un regard très négatif sur le futur, sur notre avenir par rapport aux machines qui nous envahissent, sur le fait que l’on perde du vécu par rapport à la matière. Le posthumanisme imaginait qu’être là, en chair et en os, c’est juste une étape dans l’humanité. On vit une époque où le corps humain est un poids. C’est pour ça que je dis que la vieillesse est un drame. A 20 ans, on ne s’en rend pas compte, mais à 50, oui. Et pourtant, on a l’impression d’avoir encore 20 ans. Moi, mes genoux commencent à me faire mal, je commence à rouiller. Ça ne va pas aller en s’arrangeant, alors que j’ai encore tant de choses à faire. Et j’ai envie de vivre. Comment aller plus loin ? Peut-être en arrivant à se passer du corps. Bon, ce que je raconte est un peu compliqué, j’en ai conscience. Vous savez, cette chanson est un peu philosophique. Je fais de la poésie, je n’explique pas toujours les choses que je chante.

Vous parlez pas mal du temps qui passe et de la vieillesse. Un artiste vieillit-il moins vite que les autres ?

Ton environnement professionnel ne veut pas que tu vieillisses. Ce n’est pas bon, le murissement, ça ne se vend pas. Il y a un couloir très sombre et assez long dans lequel on entre et d’où on sort au bout d’un moment quand on est un homme… et les femmes rarement. A un moment, il faut revenir avec les cheveux gris, le visage buriné et là, on dit de toi que tu as vécu, voire survécu. Une femme qui a survécu, on n’aime pas trop ça dans la musique. Toute l’industrie du loisir aujourd’hui s’adresse aux jeunes, tout est donc tourné vers eux. On ne demande jamais aux jeunes de se tourner vers les plus âgés.

C’est marrant, c’est ce qui s’est passé dans le rock quand vous étiez jeunes.

On avait 15 ans et on rêvait d’être comme ceux que l’on voyait sur scène et qui étaient plus grands que nous. C’était des grands frères et ils nous donnaient envie de passer à l’âge adulte. Aujourd’hui, la tendance s’est inversée. On nous demande de nous adresser à des enfants de 15 ans…

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Ton public à toi réclame encore du Starshooter et tous tes tubes en solo.

Il ne faut surtout pas flatter les gens qui viennent te voir dans le sens de la nostalgie. Tout le monde attend ça. Tout le monde est aux abus… euh… aux aguets. Je viens de faire un beau lapsus là. Pour un chanteur, c’est une discipline à avoir de se refuser la nostalgie. C’est facile la nostalgie. Moi, je trouve que je chante mieux qu’avant, que mes textes et mes musiques sont plus intéressants aujourd’hui. Pourquoi ressasser le passé ?

Il y a une chanson qui s’appelle « Volontaire ». Elle dit que la vie est trop courte et qu’il faut en profiter. Et surtout, il y a un message important : ne prenons pas de chemin linéaire, tout droit. Prenons les chemins de traverse.

Dans cette chanson, je défends ma ligne de vie. J’ai fait des erreurs certes, qui m’ont conduit dans des impasses. Qu’est-ce qu’une erreur au fond ? Moi, j’ai découvert beaucoup de choses merveilleuses par erreur. C’est l’accident qui peut faire évoluer. C’est encore plus probant dans les sciences. Quand on suit une ligne, quand on devient expert en quelque chose, on oublie ce qu’il se passe autour et donc on a une idée fausse. Soit on a une idée globale des choses, soit on sait que les autres existent et on se tourne parfois vers eux pour son propre compte.

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Pour finir,  voici images, coulisses et confidences sur l'enregistrementen. En 5 épisodes...

03 mars 2013

Sébastien Mousse et Michel Vigneron: interview pour la série Luc Mandoline

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luc mandoline,harpicide,interview,sébastien mousse,michel vigneron,mandorAujourd’hui, je vais évoquer un nouveau personnage de la littérature policière. Un personnage récurrent comme on les aime. Luc Mandoline.

Luc Mandoline est un thanatopracteur. Un quoi ? Un embaumeur, si vous préférez. Son job consiste à préparer les défunts. C’est Sébastien Mousse, lui-même thanatopracteur, qui a inventé ce personnage. Chaque opus est écrit par un auteur différent qui va s’approprier pendant deux cent cinquante pages l’univers de Luc Mandoline. Le mélange des auteurs permet les styles les plus variés, du polar classique au roman noir, en passant par la S-F, la fantasy, l’humour décalé… Il y en aura pour tous les goûts.

La bible de Luc Mandoline:
Longtemps, il a voulu être médecin légiste. Durant sa scolarité, il dévore les manuels, romans et biographies sur le sujet, mais son caractère bien trempé et son refus viscéral de l’autorité lui valent l’exclusion de plusieurs établissements scolaires. Il s’engage alors dans la Légion étrangère pendant huit années. Huit années aussi sans voir Élisa, sa confidente, son amour platonique, huit années sans se voir, mais pas une semaine sans s’écrire. C’est en se liant d’amitié avec un autre camarade légionnaire, Sullivan, qu’il découvre la thanatopraxie. Sullivan a prévu de se reconvertir dans le milieu du funéraire à sa sortie de la légion. Luc s’engage dans la même voie que son ami. Seulement, quand la mort lui paraît trop suspecte, la famille trop bizarre, c’est plus fort que lui, il faut qu’il fouine, qu’il enquête à sa façon. Au risque de faire remonter la vérité la plus sordide.

J’ai rencontré Sébastien Mousse à l’agence le 31 janvier dernier. Je lui ai posé quelques questions sur cette aventure éditoriale. Puis ensuite, j’ai interviewé Michel Vigneron, l’auteur du premier volet de la série, Harpicide (préfacé par Franck Thilliez).

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luc mandoline,harpicide,interview,sébastien mousse,michel vigneron,mandorInterview :

Tu es un passionné de polar avant tout.

J’ai beaucoup fréquenté le polar quand j’étais ado, puis j’ai arrêté. Et puis, j’ai fait mon service militaire dans les transmissions. Dans les transmissions, tu es derrière une machine dans un bureau à coder des messages et quand il n’y a rien à faire, tu lis. C’est là que j’ai redécouvert San Antonio et Le poulpe.

Tu dis d’ailleurs que le personnage de Luc Mandoline est un mélange des deux séries. Moi, je le trouve plus violent que les deux autres.

Dans le premier roman, c’est Michel Vigneron qui l’a rendu comme ça. Ses romans sont durs et violents, il n’a pas fait exception à la règle pour la série. Et encore, c’est la première fois que dans un roman de Michel, il y a une happy end. D’habitude, ses héros meurent. Là, comme il débutait la série, je lui ai demandé de ne pas me le tuer (rires).

C’est toi qui as créé la « bible » du héros.

Je me suis amusé à créer un personnage, Luc Mandoline. Autour de lui, il faut aussi faire luc mandoline,harpicide,interview,sébastien mousse,michel vigneron,mandorgraviter d’autres personnages. J’ai fait en sorte que les auteurs pressentis puissent s’amuser.

Il y a de nombreux clins d’œil à Frédéric Dard, dans les noms des personnages, dis donc.

Oui, Élisa Deuilh, Sullivan Mermet, Franck Sauvage, Alexandre Benoit… tous ces noms viennent de la littérature de Frédéric Dard. J’ai emprunté et mélangé un peu… le seul nom qui ne vient pas de cet auteur, c’est le nom du flic Maxime Claeneboo. Claeneboo, c’est le nom d’un personnage d’un pote auteur a qui je dois beaucoup, Maxime Gillio. C’est un des personnages de Le cimetière des morts qui chantent.

Ce sont des livres qui ne dépassent pas les 250 000 signes.

C’est court, mais c’est fait exprès. Je ne voulais aucune fioriture et que ce soit rythmé. En 10 pages, il faut que nous soyons dans l’action. 

Le teaser de la série.

Luc Mandoline n’est pas que thanatopracteur, il a passé 8 ans dans la Légion étrangère. Il a des couilles, on peut dire ça.

Oui, il sait se défendre et ça ne le gêne pas de tuer. On ne sait pas trop pourquoi, mais dans la genèse de Luc Mandoline, il a pratiqué plus ou moins la médecine légale.

Tu as d’autres points communs « raisonnables » avec Luc Mandoline à part le fait que tu sois toi-même thanatopracteur ?

Moi, j’aurais voulu être médecin légiste, mais j’étais un gros fainéant à l’école. Pendant un temps, les thanatopracteurs étaient assistants des médecins légistes…

Tu as créé ta maison d’édition dans le but de faire cette série. Tu es courageux !luc mandoline,harpicide,interview,sébastien mousse,michel vigneron,mandor

C’est une association culturelle en fait. Moi, j’ai un métier pour vivre et ce que je fais dans l’édition est de la pure passion. L’argent qui rentre au fur et à mesure que l’on vend des livres, c’est de l’autofinancement pour payer les auteurs, ce qui est la moindre des choses puisqu’ils ont un contrat d’édition. Les rentrées financières servent aussi à financer les prochains livres.

Es-tu tenté d’écrire un livre ?

J’écris aussi, mais sous pseudo et sous mon propre nom. J’ai écrit au profit de l’association des amis de San Antonio.  J’ai aussi participé au recueil L’exquise Nouvelle sous le pseudo de L’Aligator. Je veux faire mes preuves sans que l’on sache que c’est Sébastien Mousse l’éditeur qui écrit. J’ai un manuscrit à 4 mains qui devraient sortir sous mon propre nom. Je vais commencer à assumer cette partie-là de mes activités.

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Je sais que tu vas lancer de nouvelles collections.

La première collection que je vais produire et éditer, c’est avec Fabien Hérisson, du collectif des auteurs du noir. Nous allons sortir un recueil intitulé Santé, sur les maladies orphelines. (Pour en savoir plus, c’est ici. Mandor a assisté à la signature de cette collaboration). Ensuite, avec une Bérangère Soustre de Condat-Rabourdin, criminologue et anthropologue judiciaire, je sors la collection Post Mortem. 3 numéros par an plus un hors série au moment des fêtes de fin d’année sur un tueur en série en particulier. C’est de la vulgarisation scientifique et pas du tout de la fiction. On va s’amuser à démonter ce que l’on voit dans Les experts ou NCIS, des séries de ce genre qui montrent beaucoup de choses fausses. Enfin, je vais sortir Les nouvelles d’en bas. Ce seront des livres petits formats écrits par des auteurs différents avec des styles différents. Polar, noir, humour, érotique, gore. Ils ont juste un prologue à respecter. Marcel est gardien de cimetière et il a la particularité de pouvoir parler aux défunts.

Entre ton métier de thanatopracteur et ce qui tu fais dans l’édition, c’est un travail de fou. Tu as d’autres activités ?

Je m’occupe de l’association des amis de San Antonio, je gère le blog de l’association. Je suis collectionneur de plantes, j’ai plus de 80 espèces de bambous, des bananiers, des palmiers. Il faut donc que j’entretienne tout ça. Je fais aussi du moulage et de la peinture.

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luc mandoline,harpicide,interview,sébastien mousse,michel vigneron,mandorLe premier épisode des aventures de Luc Mandoline s’intitule Harpicide. Il m’a particulièrement intéressé, car l’action se situe dans un département français d’outre-mer que je connais très bien. La Guyane. J’y ai vécu 6 ans. Il est question du 3e REI…  mon père en a été dans les années 80, le médecin-chef. J’y ai donc trainé mes guêtres très souvent. Bref, la lecture de ce roman particulièrement noir m’a transporté dans une précédente vie personnelle (et intense). J’ai donc posé quelques questions à Michel Vigneron à propos de ce livre et de la Guyane.

L’histoire :

Un légionnaire s’est fait tuer lors d’une mission Harpie. Le chef de corps du 3e REI fait appel à Luc, ancien de ce régiment, afin de s’occuper du défunt, et surtout de faire la lumière sur cette affaire. Et pour cela Luc à carte blanche, ce qui n’est pas pour lui déplaire. Nous voici plongés dans l’univers de l’orpaillage clandestin, de sa violence, des garimpeiros et de la prostitution. Un roman sans concession, violent et réaliste. Michel Vigneron à mis toute la verve qui le caractérise dans l’écriture de cet opus de l’Embaumeur.

L’auteur : Né en 1970 à Calais, Michel Vigneron habite désormais en Guyane où il dirige uneluc mandoline,harpicide,interview,sébastien mousse,michel vigneron,mandor équipe de 80 policiers. Entré dans la Police nationale en 1995 comme gardien de la paix, il exerce dans le Xe arrondissement de Paris de 1996 à 2000. De cette date à fin 2001, il travaille à la Police aux frontières de Calais, dans la Brigade mobile de Recherche départementale où il faisait la chasse aux réseaux de passeurs et de trafic des êtres humains.
Après avoir réussi le concours de lieutenant et un an et demi de formation, il est affecté au commissariat de Boulogne-sur-Mer comme chef de secteur pendant deux ans. Il décide alors de travailler de nuit et gère toute l’activité judiciaire, ainsi qu’une quarantaine de gardiens.

En 2008 est sorti mon premier roman Marilyne de Boulogne, suivi en 2009 de Boulogne K puis est arrivé Le puits de la perversion en 2010, le tout aux éditions Ravet Anceau, collection Polars en Nord. Les mots qui reviennent le plus souvent en ce qui concerne mes polars sont « réalistes, violents, crus, sombres, durs »…

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Interview :

Commencer le premier volet d’une série, est-ce que cela met un peu de pression ?

La pression ? Non ! J’ai préféré laisser ça à l’éditeur, Sébastien Mousse. Il ne faut pas perdre d’esprit que pour moi, l’écriture reste un plaisir, mon violon d’Ingres : ça me distrait. Ce n’est pas  mon métier, je ne gagne pas ma vie avec mes livres. Je ne me prends pas au sérieux, mais cela ne m’empêche pas d’écrire sérieusement. L’aventure Mandoline était excitante, enthousiasmante. C’était un défi qui m’amusait plus qu’il ne m’angoissait.

Dans Harpicide, Luc Mandoline est implacable, parfois même sans foi ni loi. « Une véritable machine de guerre, un instrument de mort sans pitié qui exécute froidement ceux qui osent se mettre en travers de sa route, ceux qui mettent sa tribu en danger. » Vous ne vous êtes pas demandé si vous n’alliez pas trop loin avec ce personnage qui sera récurrent ?

Quand Sébastien m’a brossé le portrait de son personnage, je l’ai tout de suite imaginé dans la forêt guyanaise ! L’Embaumeur m’a donné l’envie d’écrire une aventure tendue, pleine des excès que l’on pouvait trouver dans certaines séries B des années 80/90. Je ne pensais vraiment pas que le récit serait pris à ce point au sérieux ! Donc non, je n’avais pas l’impression d’aller trop loin. Luc est un personnage de fiction, un jouet entre les mains des auteurs approchés par Sébastien. Même s’il passe par le fer pas mal de types dans « Harpicide », il se calme dans « Ainsi fut-il ». Ce deuxième opus montre bien que « mon » Luc n’a aucune influence sur celui des autres auteurs qui ne se sentent pas obligés de trucider à tour de bras parce que ce cinglé de Vigneron a sorti l’artillerie lourde dès le premier numéro !

luc mandoline,harpicide,interview,sébastien mousse,michel vigneron,mandorSébastien Mousse dit de ce livre : « C'est du Vigneron pur jus, sombre, hyperréaliste, violent. » Vous avez l’impression que c’est votre marque de fabrique ?

Ces mots reviennent souvent quand il s’agit de mes livres. J’ai un rapport à la violence très différent des gens « normaux » de par mon métier. Bien sûr, je ne la pratique pas, mais elle fait partie de mon monde (ou plutôt de mes mondes) depuis près de vingt ans, c’est pourquoi je la décris et la mets en scène si facilement. Pour moi, cela n’a rien d’extraordinaire. Sombre et hyperréaliste… c’est comme ça que j’aime les polars : désespérés et sans fard. J’adore déprimer en regardant « MR73 » !

Vous évoquez l’orpaillage illégal, la Mission Harpie, la Légion… de manière réaliste, sombre, dure et violente, sans aucune concession. Votre métier de policier en Guyane vous a-t-il permis d’être confronté à certaines situations évoquées dans le livre ?

Non, je n’ai jamais participé à une mission Harpie. Si tel avait été le cas, je n’aurais pas écrit sur le thème. Je me défends d’utiliser directement mon vécu professionnel pour écrire un roman. J’utilise des ambiances, des anecdotes, mais rien de plus. La mission Harpie est quelque chose de très délicat, de très sensible en Guyane, ce qui oblige à une grande vigilance. Pour écrire Harpicide, je n’ai utilisé que des dossiers de presse libres de consultation, des articles locaux, des comptes-rendus d’affaires judiciaires déjà jugées.

Plus généralement, je sais la Guyane de plus en plus violente d’année en année. C’est uneluc mandoline,harpicide,interview,sébastien mousse,michel vigneron,mandor source d’inspiration pour votre travail d’écrivain, du coup ?

La Guyane est très stimulante pour un scribouillard comme moi, et j’ai un ou deux scenarii en tête qui pourraient voir le jour. Il faut juste trouver le temps… Mais je tiens tout de même à mettre un bémol à la violence croissante de la région ; je me sens plus en sécurité ici que dans de nombreuses villes de métropole. Ici, je peux encore traverser la place des Palmistes, en uniforme, sans me faire cracher dessus, ni me faire insulter ! Pour le reste, il suffit juste de prendre quelques précautions de base, comme éviter de se promener en ville avec une bijouterie autour du cou ! Il est clair que tout peut très vite déraper ici, que les esprits s’enflamment en une fraction de seconde, parfois pour des peccadilles. Mais il ne faut pas oublier que la Guyane est en Amérique du Sud, nous avons ici des populations issues de pays réputés pour leur violence : le Brésil, le Guyana…

Vous citez le 3e REI, le 9e RIMA, ça ne les dérange pas de se retrouver dans cette histoire ?

Pour ce que j’en sais, ça les fait plutôt marrer ! Ils savent que ce n’est qu’un roman, rien de plus. « Harpicide » n’est pas une enquête de terrain sur le plan Harpie, mais bel et bien une fiction qui utilise cette mission comme prétexte.

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Vous dites que « le cœur de l’orpaillage, ce n’est pas ces pauvres diables qui s’empoisonnent avec le mercure et autres saloperies qu’ils utilisent pour récupérer l’or, mais les pourritures  qui vivent au Surinam ou au Brésil, à l’abri de la justice française ».  Vous avez un sentiment de révolte en vous, par rapport à ce que vous voyez des ces « affaires  guyanaises » ?

Bien plus que le vol de l’or, c’est l’esclavage des garimpeiros, le massacre de la forêt, l’empoisonnement des populations qui me répugnent.

Y a-t-il vraiment, comme il est plus que suggéré dans votre livre, des sites d’orpaillages « conséquents » exploités jusqu’au bout, sans aucune intervention des services de l’état parce que, bénéficiant de protections ?

Il existe de gros sites clandestins qui, dès qu’ils sont repérés, font l’objet d’une intervention des services de l’État. La mission Harpie, c’est tout de même presque 4000 missions en 2012 ! On dira que le bilan est mitigé, mais il ne faut pas oublier que l’ennemi fait partie de la forêt et qu’il est, de ce fait, difficile à chasser. Et le domaine forestier couvre quand même 96% d’un territoire immense, hostile. Ce n’est pas le bois de Vincennes. La paranoïa que je décris n’est là que pour nourrir le climat du roman, ce n’est pas une vérité. Je le répète, j’ai écrit un roman, pas un documentaire.

Vous dirigez une équipe de 80 policiers. Quel regard ont-ils sur votre deuxième vie ? Vous lisent-ils ? Et que pensent-ils d’Harpicide en particulier ?

Cela les amuse. Ils retrouvent dans le livre mes éléments de langage (et oui, je parle comme un charretier !). « Harpicide » ne les choque pas outre mesure.

Vous sentez-vous bien en Guyane et quel est votre point de vue sur ce département français ?

La Guyane, on accroche ou on déteste ! Ma famille et moi appartenons à la première catégorie. Dès l’instant où vous comprenez qu’on n’y vit pas comme en Métro, tout se passe très bien. Tout s’accélère en ce moment : la démographie explose, le brassage culturel devient de plus en plus visible –  avec ses avantages et ses inconvénients –  et la population est de plus en plus jeune. Il va y avoir un sacré boulot d’accompagnement pour cette région riche au sens large du terme. Les Guyanais méritent toute notre l’attention.

28 février 2013

Catherine Locandro : interview pour L'enfant de Calabre

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(Photo : blogrtbf.typepad.com)

Catherine Locandro, à travers son cinquième roman L'enfant de Calabre, nous fait vivre l'horreur de la guerre, les douleurs physiques et morales des jeunes légionnaires, mais surtout, nous mène dans une quête identitaire qui passe par une enquête familiale absolument passionnante. Ce livre, pour des raisons diverses et personnelles, m’a beaucoup intéressé. Il m’a même foutu de petites claques de temps en temps. Mais, je vous jure, j’ai tendu l’autre joue à chaque fois et j’ai en redemandé encore. Catherine Locandro est venue à l’agence le 13 février 2013.

535629_101253046708703_1284499796_n.jpg4e de couverture :

Lorsqu'elle pousse la porte de l'agence de détectives privés Azur Enquêtes, Frédérique a en main une photographie, celle de son père Vittorio, ancien combattant d'Indochine, en compagnie d'une inconnue. À Nice, ville de son enfance, elle espère retrouver la trace de cette femme blonde au teint pâle et au sourire timide. Mais à trente-neuf ans, ce qu'elle souhaite bien plus encore, c'est découvrir enfin qui était ce légionnaire taiseux. Quitte à reconstruire son roman familial. Dans un labyrinthe de souvenirs - de Diên Bien Phu à Cittanova -, de voyages en rencontres, Frédérique convoque ses aïeuls et entrecroise trois générations marquées par la douleur et l'injustice. Entre revenants et fantômes, parviendra-t-elle à démêler sa propre histoire, enchevêtrée telles les rues de Gênes, jusqu'à son issue inattendue ? Un texte incisif et poignant, comme un coup de couteau dans le rideau qui masque les secrets et conjure le sort.

L’auteure :

Née à Nice en 1973, Catherine Locandro vit à Bruxelles. Scénariste, elle publie son premier roman, Clara la nuit, qui remporte le prix René Fallet, en 2005. L'Enfant de Calabre est son cinquième roman.

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Interview :

Quand on sait que vous êtes née à Nice, que vous habitez à Bruxelles, que vous êtes auteure, vous comprenez que l’on fasse le rapprochement entre votre héroïne Frédérique et vous…

Ce livre-là est très personnel et très important pour moi. Il est un peu particulier par rapport aux précédents. J’ai l’impression d’avoir écrit les autres pour arriver à celui-ci et pour écrire celui-ci, j’ai puisé dans mon histoire familiale. Ça faisait longtemps que j’avais envie d’écrire un livre sur mon père et sur ma grand-mère maternelle. Il se trouve que mon père m’a fait ce cadeau immense de me raconter des choses sur son enfance et sur Diên Biên Phu. Il a été légionnaire dans cette bataille. J’avais donc une base autobiographique, mais j’ai voulu transformer ce témoignage en fiction en malaxant et mélangeant tout ça.

Dans le livre, le père de Frédérique est décédé. Elle tombe sur une photo où elle voit son père en compagnie d’une femme qui n’est pas sa mère.

Oui, c’est un détail important. Et sur cette photo, ce qui l’a trouble, c’est que son père a une expression qu’elle ne lui a jamais vue. Elle a l’impression d’être devant un étranger et ça va faire écho à un certain vide qu’elle a souvent senti en elle… l’impression aussi qu’il manquait des pièces au puzzle familial et à son propre puzzle intime. Elle va partir à la recherche de cette femme et elle va reconstituer l’histoire de son père. Elle va comprendre qui il était vraiment. Pour Frédérique, c’est une plongée dans le passé pour mieux comprendre le présent et pour essayer de mieux s’en sortir dans le présent.

AVT_Catherine-Locandro_6385.jpegEt vous, en tant que Catherine Locandro, ça vous a fait du bien d’écrire et de voir sortir cette espèce de bilan de vie ?

Oui. C’est la fin d’un cycle pour moi. C’est même la fin d’une quête personnelle.

J’irais jusqu’à dire une quête identitaire…

Chercher du sens, chercher à comprendre de quelle manière ce qui a pu se passer avant dans les générations précédentes a pu m’influencer aussi, de quelle manière ça a fait la personne que je suis aujourd’hui. Il faut savoir se débarrasser de bagages trop encombrants. L’important, c’est d’arriver à un moment donné à faire le tri.

Vous aviez un gros sac et vous l’avez un peu délesté, c’est ça ?

Oui. Il reste dans le sac les choses importantes, les choses qui me renforcent et que je n’ai pas envie de laisser par terre.

Ce livre a-t-il été pénible à écrire ?

C’était un peu difficile parce que j’avais cette matière qu’était le témoignage de mon père et que c’était un tel cadeau qu’il me faisait que je ne voulais surtout pas le trahir. C’est pour ça que je me suis beaucoup documenté à côté de ce qu’il m’a raconté… sur la guerre d’Indochine par exemple.

J’ai remarqué, effectivement, qu’il y a quelques passages bien éclairants et précis, sur cette guerre.

J’ai lu beaucoup de livres qui m’ont permis de m’y retrouver parce que c’est vrai que c’est un moment de l’histoire assez méconnu finalement. Les gens qui ont lu le livre sont souvent surpris par ce que je raconte sur cette période-là. Ils ne pensaient pas qu’il s’était passé toutes ces choses-là. Qui sait qu’il y a eu 12 000 prisonniers après la bataille de Diên Biên Phu, par exemple, et que parmi ses prisonniers, il n’y a eu que 3000 survivants ? Ces prisonniers ont effectué une longue marche d’à peu près 700 kilomètres dans des conditions complètement inhumaines et que je raconte.

Il y a des passages assez durs.

Je voulais être au plus près de ce qu’ont vécu et de ce qu’ont pu ressentir les hommes dont je parle. Au maximum. Je ne sais pas ce que c’est la guerre. Physiquement, pour moi, c’est une autre dimension, il fallait donc que je me mette dans la peau de ces légionnaires. J’ai essayé d’être juste dans ce que je décrivais et être juste dans ce que je décrivais c’était de décrire un carnage. Il n’y a pas d’autres mots. C’était un véritable carnage.

Est-ce que la difficulté pour vous a été aussi de vaincre une éventuelle autocensure ?2214_1019523692037_2454_n.jpg

Il fallait que j’aille au bout de ce live. Il fallait que j’écrive certaines choses. Je savais que mon père lirait ce livre, donc je ne voulais pas qu’il ait l’impression que je fais n’importe quoi avec ce qu’il m’a raconté… et en même temps, il fallait que je garde ma liberté. Il fallait que j’écrive ce que j’avais à écrire. Il fallait que j’écrive ce que ce livre exigeait de moi. J’ai dû lutter parfois contre une espèce d’auto censure, donc ça a pris du temps.

Y a-t-il eu des compromis ?

Non, justement. L’idée était de ne pas en faire du tout.

Ce livre va casser les non-dits dans votre famille, il me semble…

Je n’ai pas encore eu le retour de mon père. Je ne sais pas encore trop ce qu’il en a pensé, mais pour moi, ce livre est aussi le passage à l’âge adulte. J’ai écrit ce que j’avais besoin d’écrire, je suis heureuse que ce livre existe. Je suis heureuse d’être arrivée au bout de ce que représentait cette aventure-là.

Votre père vous a raconté son histoire parce que vous lui avez demandé ?

Je pense qu’il en avait besoin. Je lui ai offert un dictaphone en me disant que, peut-être, il allait s’en servir. Je n’en étais pas certaine. Il s’en est servi et m’a donné ses cassettes.

eho_locandro3p.jpgVous parlez aussi d’amour. D’amour entre femmes.

Frédérique était trop proche de moi pour être autre chose qu’homosexuelle. À aucun moment, je ne me suis bloquée là-dessus.

Frédérique est pleine d’incertitude sur l’amour. Elle ne veut pas se laisser aller complètement.

Elle est dans un moment de sa vie où elle ne va pas bien du tout, donc c’est difficile pour elle de s’engager. Il faut d’abord qu’elle éclaircisse certaines choses pour arriver à avancer un peu. Elle fait un peu du surplace. J’ai essayé d’emmener Frédérique à accepter le fait qu’au bout du compte son identité n’est pas quelque chose de monolithique. Son identité n’est pas forcément ce qu’elle croit, c’est beaucoup plus complexe que ça, il faut qu’elle fasse avec. J’essaie de l’amener vers une certaine forme d’acceptation.

Catherine Locandro présente "L'enfant de Calabre" pour la librairie Mollat.

Quand on écrit un livre comme L’enfant de Calabre , qui est peut-être le livre de votre vie, est-ce que l’on se demande ce qu’on va bien pouvoir écrire après ?

Très bonne question (rires). Je me la pose beaucoup en ce moment. Je sais que ce que j’écrirai par la suite sera différent. Ce fil conducteur de la quête d’identité que l’on retrouve dans tous mes livres est arrivé au bout. Il était temps de le rompre et de passer à autre chose.

Est-ce que l’on peut dire qu’avec ce livre vous avez enfin résolu vos problèmes ?

J’en ai réglé certains et j’en ai mis à plat certains autres. Dans L’enfant de Calabre, je fais dire à Frédérique que pour écrire, il faut avoir un fantôme à côté de soi. Le fantôme de Frédérique, c’est sa grand-mère maternelle. Pour moi aussi ça a été cette femme-là, que je n’ai pas connue, mais qui m’a beaucoup influencée. Quand j’ai commencé à écrire ce livre, je me suis dit que c’était aussi pour la sortir de la fausse commune dans laquelle on l’avait enterré. J’ai le sentiment d’avoir accompli la mission que je m’étais donnée.

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25 février 2013

François Raoult : interview pour Vent de face

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François Raoult est un chanteur dont j’avais beaucoup entendu parler par des amis communs. De plus, coïncidence, quelques-uns de ses paroliers ou compositeurs sont des artistes déjà mandorisés (dont j'apprécie le travail, donc). Un jour, son attachée de presse m’a contacté pour que je le rencontre. J’ai accepté sans hésiter parce que son disque, Vent de face, reçu quelques jours auparavant, m’avait enthousiasmé. Particulièrement sa voix et son sens de la mélodie. François Raoult est venu à l’agence le 4 février dernier. Et je dois dire que j’ai été impressionné par sa franchise… et sa gentillesse.

Extrait de la biographie officielle :
Fils de marin, élevé entre les mers du Sud et la mer d’Iroise dans le Finistère, François Raoult ne passera jamais deux années de suite dans la même école. Et pourtant bon élève: solfège, saxophone, bachelier, diplômé, s'ensuivront quelques années professionnelles à Londres et à Paris, avant de tout foutre en l'air pour rejoindre le courant qui l'appelle depuis toujours: chanter ! Tout ira très vite.
Évidemment, on se souvient de La Nouvelle Star, l'émission télévisée où il termine finaliste face à Luce.

françois raoult,vent de face,interview,mandorPuis la grande traversée avec ce premier album, réalisé à deux mains par Benjamin Constant et Benjamin Tesquet. Son premier album, Vent de face.

Treize titres qui couvrent les quatre hémisphères (Nord, Sud, droit et gauche) au gré des ressacs et des courants. Un disque sur l'héritage du temps d'avant et de ses ricochets dans la caboche d'un futur trentenaire. Un travail formé par la jeunesse, écrit entre la capitale et le Finistère : chez lui.
Si François Raoult est auteur, compositeur et que sa patte traîne tout au long de cet album, il a aussi choisi de ne pas voyager en solitaire et s'est entouré pour l'occasion de quelques plumes de la scène actuelle (Bertrand Soulier, Pierre Dominique Burgaud, David Scrima, Jérôme Attal, Benjamin Tesquet).

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Interview :

Tu as commencé à Brest, bien avant que l’on te voie à La Nouvelle Star.

Mon père est un marin d’état, donc j’ai pas mal voyagé. La première fois que je me suis posé, c’était à Paris. J’avais 6 ans, et c’est à ce moment que j’ai commencé le saxo. J’en ai fait 10 ans. Après je suis retourné en Bretagne et j’ai fait de la musique dans un orchestre philharmonique. En 5e, j’ai fait partie de la chorale de mon lycée et de mon collège. J’y allais plus pour draguer les filles. Je n’avais pas encore de potes, j’ai un peu une victime (rires). En seconde, j’ai monté un groupe de rock, ce qui m’a bien aidé à m’intégrer socialement. Ça a marché plutôt pas mal. On a gagné des tremplins et enregistré un CD 5 titres. Il faudrait que je te fasse écouter ça, c’est assez immonde.

françois raoult,vent de face,interview,mandorJe sais qu’à cette époque, tu te demandais si tu avais une assez belle voix pour « faire » chanteur.

C’est vrai. Je voulais continuer dans la musique après le lycée, mais avec mes parents, on a passé un contrat moral. Il fallait que j’aie un bac +2 et un diplôme. Au final, j’ai un bac +6 et j’ai même fait un IUT Tech de Co pendant deux ans. La mère d’un ami qui est directrice de l’IUFM de Bretagne et qui trouvait que j’avais du talent ne voulait pas que j’arrête de chanter. Du coup, elle m’a pris dans sa chorale à Quimper. Après j’ai fait une école de commerce, et parallèlement, j’ai fait partie d’une association de musique. Mais j’avais juste l’impression de chantonner. J’étais très introvertie.

C’est avec La Nouvelle Star 2010 que tu as appris énormément.

Cette émission me donnait des sensations incroyables. Déjà sur les castings, j’avais déjà ressenti beaucoup d’émotions.

Tu es arrivé deuxième. C’est souvent la bonne place, tu sais.

Je le sais parfaitement. Ce que je voulais, c’était être présent à chaque prime. Du coup, je n’ai pas vécu ma deuxième place comme un échec, je t’assure.

Clip de "Aux frais des quatre saisons"

Ton album est arrivé deux ans plus tard.

J’ai trouvé ça long. La frustration est dure à encaisser. Il y a eu beaucoup de journées mortes à  partir de la fin de l’émission, et ça, c’est compliqué à gérer. Et financièrement parlant, c’est super dur.

(Ironique) Quoi ? Tous les gens qui font de la télé ne sont pas riches ?

Moi, j’ai gagné 437,68 euros net avec La Nouvelle Star.

Par semaine ?

Non, en tout. Tu vois, ça n’aide pas à vivre. Après, on a fait un concert à l’Olympia, ça nous a fait gagner un peu de sous, mais pas grand-chose. Le plus dur, c’est de ne pas être indépendant financièrement pendant deux ans vis-à-vis des proches, de la famille, de mes parents qui m’ont payé des études qui coûtent un bras. Aujourd’hui, ils n’ont plus envie que j’arrête ce métier et moi non plus. Il y a encore un mois je me posais la question, là, les choses ont l’air de se débloquer un peu. On commence à rentrer en radio. On a eu que des retours positifs de l’album de la part des professionnels, mais dans la masse populaire il ne se passe pas grand-chose. Le public n’a pas l’air au courant que ce disque existe.

Boule Noire - François Raoult from Simon Guillemin on Vimeo.

Ce disque a été conçu avec la collaboration d’un artiste que j’aime beaucoup, Bertrand Soulier. Je te dis franchement, c’est ce qui m’a fait m’intéresser à ton disque.

Bertrand, c’est comme mon grand frère maintenant. Il a l’impression que je suis lui plus jeune et moi, chaque mot qu’il écrit me parle. Dès qu’il m’envoie un texte, il n’y a rien à changer.

Tu cosignes les textes et les musiques ?

Je suis un bon mélodiste, mais je n’ai pas encore le niveau musical nécessaire pour finir une chanson de A à Z. J’arrive souvent avec des mélodies, je trouve des bons refrains qui percutent, après la gamme d’accords à besoin d’être enrichie donc, je travaille avec des musiciens pour ça. Pour les textes, c’est pareil, j’ai des inspirations, mais je n’arrive pas à retoucher. Je les envoie à Bertrand, il casse tout et il refait la déco.

Tu apprends avec ces gens-là ?

C’est énorme. J’ai travaillé avec Jean Fauque et Bertrand Soulier deux semaines non-stop et ça a été deux semaines de formation intensive. Jean Fauque m’a expliqué comment il écrivait avec Bashung, c’était passionnant. Jean et Bertrand m’ont beaucoup appris.

Tu as pris des cours de chants ?

Oui, avec Nathalie Dupuy, une prof super connue. Elle a un truc supplémentaire, elle est un peu psychiatre. J’ai arrêté au moment où je commençais à trop maîtriser.

François Raoult chante la chanson des Innocents "L'autre Finistère" dans Le Grand Studio d'RTL (juste parce que j'adore cette chanson).

Moi, j’aime la variété et la nouvelle scène. Ton album est un mélange entre les deux.

Je suis d’accord et c’était notre plus gros problème au début. Les gens ont eu un peu de mal à savoir où on se plaçait. J’ai voulu faire un disque qui soit plus le proche dans l’âme et dans l’atmosphère de ce que j’écoute : Bashung, Gainsbourg… je voulais que ce soit aussi noble. Mais moi, je suis plus jeune et ça manque de rock dans la réalisation et dans les textes. On a voulu mettre trop de couches. Le prochain album sur lequel je suis déjà en train de bosser sera résolument plus simple, plus organique, plus accessible. Les nouvelles chansons sont beaucoup plus frontales. Je pense, j’espère être un chanteur populaire.

Comment définis-tu ta musique alors ?

De la pop variété. Désormais, je vais trouver une bonne mélodie de voix, un bon texte et un riff de guitares qui soit efficace après le reste suivra.

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Tu m’as dit en off que tu étais un peu trop hermétique au niveau des mots.

Je déteste les mots et les images faciles. Ça peut me rendre dingue. Je n’assume pas les mots « amour », « toujours », « hirondelle »… Tu vois ce que je veux dire ? J’ai besoin de mettre des images plus sombres et plus fortes, mais on me dit que mes images ne sont pas assez compréhensibles au grand nombre. Bertrand Soulier m’a aidé un peu à ce niveau-là.

Je sais que tu as plein d’autres projets.

Je développe une série télé, des concepts d’émissions. La télé, ça m’attire énormément. Quand je suis sorti de La Nouvelle Star, j’ai rencontré toutes les boites de prod de France qui m’ont convoqué pour que je sois animateur télé. J’ai répondu que je voulais faire de la musique d’abord. Sinon, j’adorerais réaliser un long métrage. Pour moi, tout ça, c’est le même métier. J’adore la création.

Tu lis beaucoup ?

Là, en ce moment, je lis Louis-Ferdinand Céline. Depuis que j’ai commencé la lecture de ses œuvres, c’est un truc de fou, ça part dans tous les sens dans ma tête.

Pour terminer, c’est quoi ton rêve dans la musique ?

Mon rêve suprême ce n’est pas l’Olympia. Mon Olympia à moi, ce sont Les Vieilles Charrues. Le jour où je fais la grande scène des vieilles charrues, je serais comme un dingue.

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(Cette photo est une photo artistique. C'est un genre. New style. Signé: Mandor Mauvaisefoi)

24 février 2013

Le Larron : Interview pour la sortie de Original

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le-larron-original.jpgIl y a trois ans Le Larron sortait son premier album, saisissant d’audace textuelle et d’aisance scénique. Vient de paraître, son 2e opus intitulé Original. Les 6 titres + 1 remix qui le composent sont des perles de cynisme et d’humour noir dont la marque de fabrique est toujours de la provoc habile, mais jamais méchante, portée par une plume affûtée et poétique. Le Larron est passé à l’agence le 30 janvier dernier pour une interview sans concession.

Il existe une version officielle de la biographie de Le Larron, mais elle décrit ce dont nous parlons dans l’interview, donc aucun intérêt de la publier… en revanche, sur sa page Facebook officielle, l’artiste, qui n’a décidément pas la langue dans sa poche, explique ce qu’il pense des biographies « officielles ».

J’adore.

« J’ai toujours adoré lire les (auto)biographies d’artistes en herbe. Je voue une grande 1162_58233832232_8133_n.jpgadmiration aux rédacteurs de ces petits bijoux littéraires. Et en général plus l’artiste est mauvais et plus belle est la biographie, comme s’il était possible de convaincre le lecteur de ces panégyriques du talent que l’artiste n’a pas su mettre dans son travail.
Ainsi, si l’on en croit sa biographie L’Artiste fait toujours preuve d’une sensibilité exacerbée doublée d’un incroyable talent de mélodiste qui lui fit composer dès l’âge de 4 ans des pièces majeures de l’art du 20e siècle. Ses textes mordants qui rappellent toujours le meilleur de Ferré sont immanquablement lovés dans de subtils arrangements aux accents gainsbouriens… Et dire qu’on avait loupé ça à l’écoute…
Donc pour ma part je ne vous dirais pas ce qu’il faut penser de ma musique, vous n’avez qu’à écouter. Et si vous trouvez ça un peu con, c’est normal, ça a toujours été mon ambition, et si vous n’aimez pas, ce n’est pas grave, tous les goûts sont dans la nature ! Et merci de laisser Ferré et Gainsbourg en dehors de tout ça. »

Sinon, la vraie bio est .

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Interview :

Cet EP est le deuxième, mais tu estimes qu’il est le premier.

Je fais de la musique depuis longtemps, mais j’ai toujours accompagné, écrit ou arrangé pour les autres. J’étais sûr d’avoir une voix de merde, donc je n’ai jamais essayé de chanter. Quand on me demandait de faire les chœurs pour les autres, c’était un vrai calvaire. A me retrouver comme un crétin avec des chansons que personne ne voulait chanter, j’ai dû les maquetter avec ma voix pour les présenter à des éditeurs. Par hasard, ces chansons sont tombées dans les mains d’un distributeur qui m’a conseillé de les chanter moi-même. C’est ce que j’ai fait et le disque  a fini par sortir, mais ce n’était pas prévu. Je n’avais pas de label ni de tourneur. Je ne m’étais pas positionné en interprète sur ce disque, j’étais juste auteur compositeur. Il n’y a avait pas de couleur musicale bien déterminée.  

Désormais, tu te sens plus légitime en tant que chanteur, c’est ça ?

Je me suis posé des questions en tant qu’interprète. Avec Original, j’ai fait un disque du Larron. Ce n’est pas un disque qui pourrait être chanté par n’importe qui. J’ai fait trois ans de tournée avant de sortir cet EP, donc, j’ai un peu progressé en chant. Je ne force plus la voix, je fais gaffe à la respiration, bref, j’ai acquis une « technique ».

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Sur scène, tu ne fais pas que chanter et jouer de la musique…

Ce que j’aime, c’est aussi le côté show man. Moi, j’ai un côté un peu clown. Emmerder un peu le public, râler, ça j’adore.

Tu as d’ailleurs un peu cette réputation dans le métier. On te décrit ainsi : bougon, exigeant, perfectionniste, maniaque…

C’est vrai, j’avoue. Je ne m’énerve pas beaucoup, mais je peux râler, grogner. Je suis exigeant avec moi-même, je suis donc exigeant avec ceux qui travaillent avec moi. Je n’ai aucun problème pour dire à quelqu’un que ce qu’il a fait, c’est de la merde. Il faut au moins accepter ça quand on bosse avec moi. Si c’est bien, je suis ravi, si ce n’est pas bien, je le dis. Il y a des gens qui sont habitués à ce que l’on prenne des précautions avec eux… ils ont un peu de mal avec ça.

La diplomatie, ce n’est pas ton fort ?

Ce n’est pas ultra mon fort, non. Je n’ai pas envie de perdre du temps avec des gens qui ne font pas le boulot. Quand je bosse avec des gens dont j’adore le travail, ça se passe très bien. Au fond, je suis un garçon gentil.

Tu as accompagné pas mal d’artistes au clavier et tu as fait de nombreuses scènes avec ton premier album. Tu es rodé.

La première fois que je suis monté sur scène pour chanter, c’était le 8 janvier 2009 et l’album sortait le 24 avril 2009. On était 150 à « L’opéra », un bistrot de Bastille. Tous mes potes sont venus, c’était blindé et il y a eu une ambiance de folie. Je me suis dit : « si c’est ça être chanteur, je veux bien recommencer ! »  Un an après, j’étais sélectionné à Montauban et c’est allé très vite. À part les Francos, on a été un peu partout. On a eu les prix Vesoul, les prix de la Sacem, le Prix France Bleu-Grand Zebrock, le Prix Fondation la Poste, on a tout gagné aux Mans Cité Chanson, sélections de l'académie Charles Cros et du Festival Alors Chante… Ce qui m’a fasciné, c’est que les professionnels ou le public qui votaient reconnaissaient l’interprète. Je n’en revenais pas. Moi, mon rêve était juste de réaliser des albums pour d’autres artistes. Je n’avais jamais pensé être devant.

Tu reviens donc avec un EP de 8 titres. Avec des textes toujours pince-sans-rire…

Oui, je n’ai pas changé l’écriture.

Bon, il y a « Le labyrinthe » qui n’était pas de toi.

Qui n’est pas mal écrit quand même… par un certain Victor Hugo. Cette adaptation n’est pas du tout réfléchie. Je suis un énorme fan de roman noir français et particulièrement de l’œuvre de Thierry Jonquet. Dans un de ces bouquins, Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte, qui parle des émeutes dans les banlieues en 2005, « Le labyrinthe » sert de filigrane à tous les chapitres. Pour chaque chapitre, il prend un vers ou deux. J’ai cherché ce poème, je l’ai lu et je l’ai pris en pleine poire. J’avais envie sur ce disque-là de faire une chanson plus politique, de parler de la société et pas uniquement d’amour contrarié. C’est compliqué parce qu’il ne faut pas être donneur de leçon.

Clip de "Je t'aime".

Une chanson comme « Je t’aime » m’amuse beaucoup.

C’est la première fois que j’écrivais un texte sur de la musique totalement terminée. On me reprochait de ne pas faire une chanson d’amour qui se termine bien. J’ai donc écrit un texte avec « je t’aime » dedans, à la Lara Fabian. Comme je suis un peu tordu, j’ai forcé quelqu’un à dire « je t’aime » à quelqu’un d’autre. La méthode Coué, donc. Le mec qui chante n’a rien compris à l’amour, évidemment.

Je sens que tu aimes bien casser tous les codes.

C’est un peu le rôle d’un artiste.

61SGJM57BSL._SL500_AA300_.jpgTon album provoque en moi un truc paradoxal. Les textes sont noirs, mais il fout la banane.

C’est un peu comme l’album Les idées noires de Franquin. Tu lis ça, tu es mort de rire et pourtant ce qu’il raconte est affreux. Je suis très noir dans mes chansons, mais si tu viens à un de mes concerts, tu seras mort de rire.

Lisa Portelli chante dans deux de tes chansons. Pourquoi ?

J’avais prévu qu’elle n’apparaisse qu’une fois dans « Tes yeux verts ». Au début, je la chantais tout seul et puis finalement, je me suis dit qu’il serait intéressant de faire un duo avec une jolie jeune fille avec des yeux verts. Je n’ai pas trouvé tout de suite. Un jour, je vais voir Lisa en concert et j’ai vu cette nana lisa-portelli.jpgavec ses yeux verts et sa guitare électrique, je me suis dit immédiatement que c’était elle. Je lui ai proposé, elle a aimé la chanson, elle est venue dans mon studio et elle a chanté la chanson. Et il se trouve qu’en même temps j’étais en train de bosser sur « Je t’aime ». Je trouvais que sans une voix féminine la chanson était un peu trop glauque, elle ne fonctionnait pas. J’ai demandé à Lisa de me faire juste une voix témoin. Elle l’a fait, j’ai bossé pendant 3 mois sur cette chanson en faisant plein d’essais avec d’autres interprètes, mais ça ne me convenait pas. Du coup, Lisa m’a dit qu’elle aimait aussi beaucoup cette chanson, presque plus que « Tes yeux verts ». J’ai donc gardé la voix témoin de Lisa.

Cet album est produit par toi…

Seul, dans mon studio. Je n’ai pas le choix. On ne trouve pas de producteur pour ce que je fais. Mais j’ai assez de connaissances du bizness parce que j’ai passé deux ans à Virgin Music. C’était un boulot alimentaire, mais j’ai compris comment les choses fonctionnaient. Grâce à ça, j’arrive à m’en sortir. Ce qui est triste, c’est qu’il y a plein de mecs qui sont juste des auteurs compositeurs surdoués, mais qui sont incapables de se démerder à comprendre comment marche une demande de subvention, monter un label etc… Ils risquent, eux, d’avoir beaucoup plus de difficultés pour s’en sortir.  Le truc le plus compliqué en ce moment, qu’on soit en indépendant ou pas, c’est que les revenus généraux ont été divisés par 5 ou 10, du coup, on a du mal à boucler les fins de mois.

Le_Larron_31.jpgAujourd’hui, payer ses musiciens ça devient compliqué, je sais bien.

Là, ils sont tous plus ou moins bénévoles. Je me démerde pour lâcher un peu de sous parce que je ne veux pas qu’ils travaillent pour rien. Il y a 5 ans, c’était plus simple. Je savais que j’allais vendre au moins 10 000 disques. Là, si ça ne marche pas trop, j’en vends 300 et ça ne couvre même pas la fabrication de la pochette et le graphiste. Je ne me fais pas de l’argent sur leur dos, s’il y a de l’argent qui rentre, youpi, on partage. On va devoir attendre un an ou deux que la Sacem me rétribue pour qu’il y ait un peu d’argent afin que je puisse les payer. Il y a 5 ans, ils auraient eu un salaire tout de suite qui leur aurait permis d’être intermittents tout de suite, qui leur aurait permis de bosser sur d’autres projets…etc. Cela étant, ça a cassé l’industrie et du coup, il y a plein d’artisans qui ont retrouvé de la place. Mais, c’est dur pour eux aussi.

Tu cites Winston Churchill : « Le succès, c’est d’aller d’échec en échec sans perdre son enthousiasme ». Toi, tu n’as jamais eu d’échec.

Je n’ai pas besoin du Larron pour gagner ma vie. Je fais de la musique de commande, je réalise des albums pour d’autres gens. J’ai fait Le Larron comme une récrée et ça a commencé à bien marcher. Je n’ai pas de clients là-dessus… Le Larron, c’est mon jouet. J’en fais ce que je veux. Aujourd’hui, j’ai 36 balais, je n’ai toujours pas de disque d’or. Le moindre connard qui sort de la Star Ac a vendu plus que moi. Je fais de la musique depuis 20 ans sérieusement, quand même, et je n’ai pas l’impression d’être un incontournable. 

Ça va peut-être venir. Tu rentres en playlist sur France Inter, le Mouv’, FIP, France Bleu, Europe 1…

C’est une grosse surprise. Je pensais sortir un EP en numérique et les choses se précipitent un peu. Je voulais juste dire, « coucou, dans 6 mois, j’arrive avec un disque !». Ça se passe super bien, mais je ne sais pas jusqu’où ça ira.

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Bonus :

6ème soirée de remise du prix Centre des Ecritures de la Chanson Voix du Sud / Fondation La Poste - jeudi 28 mars au studio Raspail à Paris, avec LE LARRON. Soirée animée par Didier Varrod (France Inter) et Francis Cabrel.


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21 février 2013

ReDeYe : interview pour End of the season

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(Photo : Renaud De Foville)

530632_10151202679442045_833854753_n.jpgReDeYe propose depuis 2008 une musique folk classieuse et apaisée. Ce projet mené par Guillaume Fresneau, du groupe Dahlia, évoque immanquablement les grands espaces américains. J’en parlais déjà ici à la naissance du projet. Les morceaux de ReDeYe puisent leur inspiration chez les meilleurs songwriters d’outre-Atlantique.

On note des collaborations prestigieuses. Évoquons par exemple la trompette de Jérôme Lorichon (Hermane Düne), les violons de Lucille Vallez (Ex – Pony Express), où encore Raphaël Seguinier (Cocoon, Saul Williams, Nouvelle Vague) et Cyril Bilbeaud (Sloy) qui interviennent tous deux à la batterie.

Sans frontières, ReDeYe propose un folk US sans complexes qui pourrait bien devenir la marque de fabrique d'un groupe affirmé et fort prometteur. À suivre avec attention.

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538132_10151434850633493_1230496429_n.jpgInterview:

C’est un disque intimiste, mais avec du monde autour de toi.

Avec Jean-Charles Versari à la production, on a commencé à faire des voix-guitares les plus convaincantes possibles, ensuite on a étoffé l’affaire en allant chercher des gens qui correspondaient au mieux à nos envies musicales. Mon idée était de faire une musique dans laquelle on se sent bien, dans un univers intime, un peu écarté du monde. Je pense qu’il faut que ça se ressente dès le studio.  Je ne me vois pas appeler un musicien juste pour le cachet. Il fallait que l’on travaille en famille avec des gens qui vivent la musique comme nous.

Les critiques de l’album sont dithyrambiques.

J’ai l’impression que les gens ont compris ce que nous voulions transmettre avec cet album. On a voulu recréer une sorte de petit monde parallèle fait d’espace, de voyages et de contrées lointaines. J’ai envie que les gens voyagent avec ce disque.

Un voyage pour où ?

J’ai grandi au Texas, c’est donc plus le sud des États-Unis. Je suis arrivé aux États-Unis à l’âge de 5 ans et j’y suis resté jusqu’à 12 ans. Il y a dans ma musique la notion d’étendue et d’espace.  Mon père, bien avant de partir là-bas, était complètement imprégné de cette musique-là. Il a toujours été fan de blues, de rock et de folk.

Du coup, il n’a pas été déçu que tu commences ta carrière musicale avec un groupe qui chante en français, Dahlia, plutôt qu’avec les ReDeYe.

Il se moquait gentiment de moi. Il disait, ton disque, dans  les bacs, il est classé dans la chanson française. Musicalement, il me comprenait quand même. Par contre, avec ReDeYe, il est aux anges…

Clip de "Cover me".

On sait que tous les enfants veulent tuer le père. Faire la musique qu’aime son père, ça ne met pas un peu de pression ?

Il y a une sorte d’héritage, en effet. Mais, pour moi, quand on fait de la musique, on fait un lien entre ce qui a existé et ce qui va exister. Je ne crois pas aux musiciens qui sont complètement originaux. Chaque musicien choisit parmi ce qui l’intéresse, le transforme un peu pour le faire avancer. Je crois beaucoup en l’idée qu’on est tous un peu connectés. Chacun a sa propre vision des choses et c’est ça qui fait avancer les choses. Je ne crois pas au miracle musical qui apparait comme ça du jour au lendemain.

Tu es le seul à faire cette folk-là en France en tout cas. C’est un album américain.

Beaucoup de gens me disent ça. Il y a d’autres projets de ce style ou apparentés qui viennent d’Allemagne, d’Angleterre, de Suède. Donc moi je suis content d’être le seul français. Le seul breton même.

On entend moins ton côté breton dans ton disque que dans celui de Nolwenn Leroy !

(Rires). J’aime beaucoup cette réflexion. On la garde !

Dans ce nouvel album, il y a le même climat que l’EP, sauf qu’il y en d’autres… car il y a des instruments nouveaux.

J’ai l’impression de suivre un chemin. L’EP, c’était un essai. Une des idées directrices était d’enlever la batterie et de restreindre au maximum les instruments. Cette fois-ci, je suis parti de la même base, mais j’ai décidé de me projeter  et d’ouvrir mon champ des possibilités musicales. Il y a donc de la batterie sur 3, 4 morceaux, j’ai ajouté aussi des cuivres, des trompettes et un saxophone baryton.

"Out of the Blue" (version live).

Il y a même des titres un peu rythmés.

Oui, « Disappear », par exemple. C’est une de celles que les gens remarquent le plus. Ce titre ouvre peut-être sur la suite, sur la tournure que prendra ce projet. Comme j’étais dans un format album, c’était intéressant pour moi d’amener d’autres choses.

As-tu fait très attention à l’ordre des titres ?

Oui, c‘est pour moi ultra important. Je suis un grand fan d’album et  les albums doivent raconter une histoire. Rien ne doit être laissé au hasard. On a passé deux ans de notre vie et toute notre énergie à cet album, donc on a eu le temps de la penser.

Est-ce que ReDeYe ne devient pas ton projet numéro 1 ?

Maintenant, effectivement, il le devient. Les choses, la vie, les rencontres, les temps de studio font que je n’ai travaillé que sur ce projet. Il faut dire qu’il me colle à la peau complètement.  Je ne me vois même pas faire autre chose en ce moment.

"Disappear" à Lake Travis, Texas.

Si ce disque a une tonalité mélancolique, tout le monde s’accorde à dire qu’il n’est pas triste.546955_10151120043627045_2005806029_n.jpg

Ça me fait extrêmement plaisir d’entendre ça. C’est important pour moi que ce disque ne soit pas considéré comme plombant, car on l’a joué dans une bonne humeur totale. Cette mélancolie dont tu parles est une mélancolie que je retrouve quand je vais aux États-Unis. C’est une mélancolie presque cathartique. C’est comme le blues. Le blues, pour moi n’est pas triste, c’est une sorte d’expression de sentiments qui peut aller de la tristesse à la joie, mais sous une forme mélancolique. Pas triste en tout cas. De toute manière, faire de la musique, ce n’est jamais triste.

Si tu es triste, tu ne fais pas de musique ?

Non. Faire de la musique, c’est déjà avoir une énergie et avoir envie de communiquer. Si je joue dans un état de tristesse, j’ai peur que ce soit pleurnichard. Je m’évite le pathétique dans la musique. Je ne me sens pas d’imposer aux gens ce genre de sentiments.

Et l’inverse ? Quand tu es trop heureux ?

C’est pareil. Je ne fais pas de musique non plus parce que je suis dans une sorte de bonheur qui va finir par trop s’entendre… un peu dégoulinant. Il faut être dans un état particulier quand tu fais de la musique. Ni heureux, ni malheureux, c’est une sorte de transe.

Je serais un peu étonné si un jour tu ne t’attaquais pas à la musique de film.

J’ai fait de la musique de courts-métrages, mais le milieu du long métrage est assez fermé. Dans mes morceaux, on voit des images. J’adorerai travailler sur une musique de film, je ne peux pas te dire le contraire. 

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16 février 2013

Mandor interviewé pour le site L'oreille à l'envers!

6700_139354020280_5043846_n.jpgL’oreille à l’envers (et autre sens en éveil) est un site musical d’excellente tenue dirigé par un passionné de musique, Hervé Collet. Un jour, ce dernier me contacte pour me dire le bien qu’il pensait de mon travail. Entre confrères, c’est une chose plutôt rare que de témoigner son intérêt à « l’autre ». Quand il m’a proposé de m’interviewer, outre le fait que je suis toujours dans la position du type qui se demande qui cela va intéresser d’écouter un journaliste raconter sa vie, j’ai accepté. C’était surtout l’opportunité pour moi d’expliquer (pour la  première fois et en détail) comment j’envisageais la façon de faire mon métier.

L’interview dure 26 minutes. C’est insensé à l’ère du zapping immédiat. Pardon !

(Merci Hervé. Merci vraiment. Aussi pour l'élégance d'avoir écrit (mine de rien) un laïus sur les P'tits Courageux... ce qui m'a peut-être le plus touché.)

15 février 2013

Magali Ripoll : ce soir aux Sentiers des Halles

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Ce soir, au nouveau Sentiers des HallesMagali Ripoll, auteure, compositrice, interprète et musicienne, que vous pouvez retrouver tous les soirs dans N’oubliez pas les paroles sur France 2, vous invite à découvrir son univers fantaisiste, parfois décalé.  Mêlant l’accordéon, son premier amour, aux musiques actuelles, elle vous charmera par sa personnalité et sa voix électriquement naturelle, à la fois femme enfant, drôle et sensible. Magali Ripoll est passée ce lundi 11 février à l’agence pour une interview fort sympathique (merci à Valérie Motté !)

15617_4641722735149_382054101_n.jpgBiographie officielle (un peu écourtée):

Originaire de Bourgogne, Magali grandit à St Raphaël (Var), dans une famille de musiciens (son grand-père jouait de l’accordéon, du saxophone, de la guitare ; son père de la batterie et son oncle de la guitare). À cinq ans, elle apprend le solfège et très vite l’envie de jouer d’un instrument de musique la titille.

Durant son adolescence, elle gagne son argent de poche en jouant tous les samedis soirs dans les bals et les salles des fêtes, accompagnée à la batterie par son père. Ce sont ses premiers pas sur scène. Puis elle forme un groupe de musique au lycée avec des copains.

Bien vite, elle quitte le Sud pour rejoindre la Capitale et y tenter sa chance. Afin d’enrichir sa palette artistique, elle prend des cours de théâtre, de chant et participe à quelques auditions, qui lui permettent de faire des rencontres musicales.

Depuis une dizaine d’années, elle accompagne de nombreux artistes sur les routes (Charles Aznavour, Lorie, Nâdiya, Richard Gotainer, Emmanuel Moire, Line Renaud…). Elle est également aux côtés de Nagui, sur France 2, dans l’émission N’oubliez pas les paroles où elle chante, joue du clavier et de l’accordéon.

Elle prépare son album solo dont elle écrit et compose la plupart des chansons. Son univers fantaisiste, parfois décalé, donne une tonalité pétillante à ses titres.

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folio2.jpg.pngInterview :

Tu as baigné dans une ambiance assez chanson française dans ta jeunesse…

Oui, avec beaucoup d’accordéons musettes. Mon grand-père maternel était accordéoniste et saxophoniste, d’ailleurs. Il l’est toujours aujourd’hui. Et puis j’ai fait du bal avec mon  père, donc c’est vrai que la chanson française occupait une grande place. Mais, en même temps, à 30 %, mes parents écoutaient à la maison du Deep Purple, du Beatles.

Qu’est- ce que tu trouves à l’accordéon pour qu’encore aujourd’hui, tu ne te sépares pas de cet instrument?

Il est autant touchant que festif. Le son de l’accordéon me procure en tout cas des émotions incroyables. Quand j’entendais le professeur d’accordéon qui habitait à côté de chez nous donner ses cours, je ressentais des tas de sensations inédites qui me touchaient profondément. Une espèce de mélancolie inexplicable, comme si c’était un son que j’avais toujours entendu. J’ai compris qu’avec un accordéon, on pouvait très vite partir en vrille et faire la fête.

Pour l’instant, de ce que j’ai entendu de tes chansons, tu présentes la Magali Ripoll plutôt joyeuse. C’est le cas dans la chanson que tu fais découvrir « Les dessous de la vie » par exemple. (Que vous pouvez écoutez ici, d'ailleurs)

Tu as raison, ce que j’écris et je chante pour le moment est plutôt joyeux et festif. Je pense que c’est pour une question de maturité que je n’ai pas encore acquise complètement. Peut-être que pour le moment, j’ai peur du côté mélancolique de l’accordéon et que j’attends d’être prête. Pour le moment, je crois même que ça m’angoisse, mais j’y viendrai un jour.

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Avec l’accordéon, tu prouves que l’on peut faire ce que l’on veut de cet instrument?

Je veux inventer une sorte de mariage possible entre les musiques actuelles (comprenant celles des 20 dernières années et Anglo-saxonnes) et cet instrument considéré comme franchouillard.

Dans « Les dessous de la vie », on ne l’entend pas beaucoup l’accordéon finalement.

Il y a pas mal de chansons où l’accordéon n’est pas présent. Je ne suis pas obnubilé par cet instrument non plus. Il y a des chansons dans lesquelles, je joue du piano, d’autres dans lesquelles je me contente de chanter sans jouer d’un instrument, d’autres avec l’accordéon, notamment quand je joue du Prince ou du Lenny Kravitz sur scène.

Ce soir aux Sentiers des Halles, on verra ce genre de performance ?

Oui. On essaie de trouver le juste milieu pour faire parler les morceaux qui existent comme « Kiss » de Prince, qui est une chanson intouchable, mais que, paradoxalement, on peut reprendre de 1000 formes différentes. Notre version un peu tango rumba étonnera le public, tu verras.

C’est important d’avoir une formation assez complète de musicienne quand on estfolio3.jpg.jpg chanteuse et choriste ? Je dis ça car je connais des chanteurs qui n’en ont pas.

Ce n’est effectivement pas une obligation, mais moi ça me sert beaucoup. Je ne peux pas faire l’un sans l’autre. Je ne peux pas jouer de mes instruments sans chanter et je ne peux pas chanter sans faire appel à un moment donné à mes instruments. Avoir une formation musicale m’a servi pour des séances de chœurs par exemple. J’avais besoin de me référer à certaines notes et le fait d’être musicienne, de connaître le solfège et la musique, d’avoir une oreille de musicien m’a fait avancer sur mon travail plus d’une fois. Pour le parcours que j’ai, cette connaissance est d’ailleurs un élément essentiel.

Ton envie de faire ce métier a commencé quand tu faisais des bals avec ton père ?

Oui, le fait d’être sur une scène et faire danser les gens, même petite, ça me procurait un plaisir fou. C’était un rêve pour moi de faire ça toute ma vie. Quand j’accompagne des artistes sur scène, en tournée, je prolonge ce rêve.

Tu es musicienne choriste pour pléthores d’artistes, à commencer par Aznavour, Gotainer, Lorie, Line Renaud, Emmanuel Moire… comment t’es-tu fais remarquer la première fois comme choriste ?

La toute première fois, c’est le producteur de la chanteuse Lorie, Johnny Williams, qui m’a repéré dans un casting qu’avait mis en place la maison de disque EMI en 1999. C’était une sorte de Star Academy/Nouvelle Star sans les caméras. J’avais été retenue pour chanter dans un groupe de 7 chanteurs et chanteuses  qui devait sortir un single chez EMI. On a travaillé dans le studio de Johnny Williams, mais finalement le projet n’a pas abouti. Un jour, Johnny m’a rappelé pour que je vienne faire des chœurs dans le studio parce qu’il trouvait que je chantais bien et que je faisais le travail qu’il fallait. Ensuite, il m’a fait partir en tournée avec la première artiste que j’ai réellement accompagnée, Lorie.

Et après, tout s’est enchaîné.

Le directeur musical de Lorie m’a appelé pour accompagner d’autres artistes. Souvent, quand on est musicien, on se fait repérer par le réalisateur de l’album ou le directeur musical, parce que ce sont ces gens-là qui sont vraiment dans les coulisses et qui repèrent les personnes adéquates.

541949_4641718335039_813654111_n.jpgQuand on est chanteuse soit même, comment vit on le fait d’être choriste, c'est-à-dire, au service musical d’un autre chanteur ?

C’est extra parce que c’est tout un wagon de personnes qui avance en même temps derrière l’artiste. Accompagner un artiste et le servir, je trouve que c’est génial. Ce sont des sentiments vraiment très forts sur scène. Il ya une telle communion entre l’artiste et les musiciens que rien que dans parler, ça me donne des frissons.

Je vais te poser une question naïve. Est-ce qu’une choriste doit tenter de moins bien chanter que l’artiste principal pour ne pas lui faire trop d’ombre ?

Non, évidemment. Il y a les choristes et la voix de l’artiste. Peu importe si l’artiste est plus fragile vocalement, nous on fait juste notre boulot de choristes. Nos nappes de chœur doivent être justes et bien chantées. Les chœurs, ce sont des instruments comme les cordes. Elles ne sont pas là pour voler la vedette à l’artiste, mais pour le soutenir le mieux possible.

Quand on chante pour Aznavour par exemple… c’est un truc de fou quand même.

C’est un conte de fées. J’ai vibré plein de fois par des rencontres artistiques. Par exemple quand Peter Kingsberry a voulu m’engager pour sa tournée et qu’il m’a dit avec son accent anglais, « c’est super, c’est au-delà de mes espérances. Tu feras mes claviers et les chœurs », je n’y crois pas un instant. Je me demande quel est le rapport entre cette personne et moi. Pour Aznavour, c’était aussi un truc de fou. J’accompagnais Line Renaud à l’Olympia il y a un an et demi et son concert était diffusé sur France 3 un vendredi soir. Le lendemain de la diffusion du concert, j’étais en déplacement dans un train pour un concert, mon fiancé m’appelle et me dit que le chef d’orchestre de Charles Aznavour  vient d’appeler à la maison. Je suis estomaqué, mais effectivement, il m’appelle sur mon portable quelques minutes après et me dit : « Monsieur Charles Aznavour m’a contacté très tôt ce matin parce qu’il vous a vu hier soir en concert avec Line Renaud  et il voudrait que vous fassiez partie de sa tournée. Si cela vous tente ». J’ai quand même passé une audition… et j’ai été prise. Jamais je n’aurais pensé être à la hauteur, en tout cas être une assez bonne musicienne et choriste pour accompagner quelqu’un comme Aznavour, une telle légende vivante. En fait on n’y pense même pas.

Autre partie importante de ta vie en ce moment. On te voit tous les soirs dans l’émission 269483_2013945482360_7032010_n.jpgde Nagui, « N’oubliez pas les paroles ».

Cette émission, c’est ce que j’ai toujours voulu faire au sein d’un orchestre, mais que je me suis toujours retenue de faire. J’ai fait beaucoup de bals avec des orchestres dans lesquels on avait des chorégraphies, des costumes, bref, des shows qui étaient bien travaillés et ficelés. Mais, avec la personnalité que j’ai, à un moment, j’ai toujours envie de partir en vrille. Je n’arrive plus à être au premier degré de ce que je suis en train de faire. Les chefs d’orchestre pour lesquels je travaillais n’étaient pas toujours contents de mes extravagances. Je tourne toujours tout à la dérision, je n’y peux rien. Dans « N’oubliez pas les paroles », au début, le chef d’orchestre nous avait demandé de jouer sérieusement parce qu’il fallait montrer une image professionnelle jusqu’au bout des ongles. Sur France 2, en live, ça ne plaisante pas. Les premières émissions sont très marrantes parce qu’on a tous la tête sur nos pupitres, très sérieux. Quand on s’est rendu compte naturellement qu’on était quand même dans un jeu ou les gens sont là pour se marrer, pour chanter et pour se faire plaisir, et que la personne qui regarde chez elle a envie de la même chose, à un moment donner, il faut réagir. Comme Nagui et Gérard Pullicino sont quand même des joyeux lurons et ne sont pas les derniers pour la rigolade, ils ont laissé la porte ouverte à mes folies.

Tu n’as pas peur que ça te desserve, professionnellement, de te comporter ainsi ?

Ça a pu me desservir, mais parfois ça m’a fait remarquer. Mais au fond, je m’en fous que cela déplaise, sinon j’arrêterais ce comportement, je ferais attention et je me tiendrais bien. Moi, finalement, je suis comme ça, il n’y a pas à réfléchir.

Parle-nous de l’album à venir… il est fait ?

Il est quasiment fait. Les chansons sont là, mais il faut qu’elles prennent leur couleur définitive, en termes d’arrangements. En fait, je me suis retrouvée au centre d’une joyeuse pagaille, ayant ces influences musicales différentes et aimant m’en nourrir, il faut que nous parvenions à élaguer tout ça. Mais, ça ne devrait pas tarder.

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14 février 2013

Jérôme Attal : interview pour Le voyage près de chez moi

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En ce jour de Saint-Valentin, Jérôme Attal sort Le voyage près de chez moi. J’ai décidé de parler de ce livre moi aussi aujourd’hui, pour inciter mes lecteurs à offrir ce petit bijou littéraire aux femmes aimées. Parce que c’est une comédie romantique, parce que l’auteur sait parler aux/des femmes comme personne (il sait parfaitement les sublimer) et parce qu'il fait sourire à chaque page.

Jérôme Attal est un habitué de ses chroniques. Vous allez donc lire sa 9e mandorisation. (Les précédentes mandorisations : pour une présentation générale du monsieur, pour L’amoureux en lambeaux, pour Les Beatles, en rouge et en bleu, pour Le garçon qui dessinait des soleils noirs, pour Journal Fictif d’Andy Warhol , pour Pagaille Monstre, pour Folie furieuse et enfin pour L’Histoire de France racontée aux extraterrestres.

jérôme attal,le voyage près de chez moi,stéphane million éditeur,interview,mandor4e de couverture :

Après dix-sept ans passés dans le même petit appartement, le héros, vivant de sa plume, décide de déménager dans la rue d'à côté. Ne souhaitant pas ennuyer ses amis, en plein mois de décembre, il décide de transbahuter une vie de livres et de CD dans un petit cabas jaune à roulettes. C'est lors de ce voyage près de chez lui qu'il se lance un dernier défi : accoster la jolie voisine qu'il n'a jamais eu le courage d'accoster durant toutes ces années.

Un livre drôle, tendre et trépidant.

Embarquez avec lui pour un voyage haut en couleur ! Irrésistiblement romantique.

Ce qu’en dit l’auteur lui-même sur un statut Facebook publié ce matin :

Le voyage près de chez moi, est un roman d'aventures sentimentales, un voyage intime, tendre, féroce et trépidant. Entre les Trois mousquetaires d'Alexandre Dumas et Coup de foudre à Nothing Hill de Roger Michell...On y trouve aussi beaucoup du film "Drive" ou de "Bullitt" mais les voitures ont été remplacées par un caddie jaune, pour des raisons évidentes de budget et surtout parce que les autos rutilantes et qui vont vite c'est vraiment la civilisation du godemichet (comme le dit le philosophe Jean Baudrillard).
Dans Le voyage près de chez moi, il est question de chansons, de cinéma, de littérature, de rencontres, de coups de foudres qui ne dépassent pas le stade de l'orage, et d'autres qui atteignent leur cible. En résumé, c'est un roman pretty irresistible !

La bande annonce...

L’auteur :

Jérôme Attal est l’un des paroliers les plus en vue de la scène musicale française : Johnny Hallyday (« Un tableau de Hopper »), Michel Delpech, Eddy Mitchelln Florent Pagny, Jennifer (« L’envers du paradis »). Il est l’auteur de 6 livres parus chez Stéphane Million Éditeur.

Pagaille Monstre sort ce mois-ci chez Pocket.

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(Photo : Arnaud Le Guilcher)

Interview :

Alors, si on fait le pitch de ton nouveau livre, c’est l’histoire d’un type qui déménage d’une rue pour la rue d’en face.  Initialement, un tel sujet devrait faire fuir un éditeur, or, là, c’est ton éditeur Stéphane Million qui t’a incité à écrire cette histoire.

Je lui racontais que j’étais en train de déménager d’une rue à l’autre, je pense qu’il a trouvé cela très ridicule. Mais la superbe du ridicule, c’est de devenir romanesque. Il a donc considéré que cela faisait un super sujet de roman. Il a eu raison. Ce livre est un terrain d’écriture cohérent, par exemple avec mon journal en ligne que je tiens depuis 15 ans.

J’ai lu tous tes livres, tu le sais. J’estime que c’est celui dans lequel tu te dévoiles le plus. Je trouve presque que c’est une biographie de ta vie, déguisée, agréable à lire, pas chiante, voire même souvent amusante, en tout cas, très divertissante de la première à la dernière page.

Mais, souvent, j’extrapole vers le roman. Remarque, je l’ai peut-être un peu cherché si les lecteurs imaginent que c’est ma vie… le héros s’appelle Jérôme et a une vie qui ressemble à la mienne. Il y a quand même une intrigue de comédie romantique dans ce roman. Le type a vécu 17 ans au même endroit et il n’a jamais réussi à parler à la fille dont il est éperdument amoureux et qui habite de l’autre côté de la cour. Toutes ses stratégies ont échoué. Par exemple, essayer de descendre ses sacs-poubelle en même temps, faire le tour du pâté de maisons pour la croiser, et quand il l’a croise il pense s’être fait démasquer… bref, que des pauvres stratégies, grotesques et grossières. Il ne lui reste plus que 15 jours de déménagement, il a 15 jours pour enfin lui dire quelque chose.

Le Jérôme de ton livre, dans ses tentatives désespérées de contacter cette jeune femme, il frise un peu le pathétique quand même…

Il est vaillant. Il s’acharne parce qu’il a eu un précédent avec une autre voisine qui habitait au-dessus de chez lui à qui il a essayé de dire dans les escaliers un « bonjour, ça va ? ». Il était un peu stressé, il a lancé un « ça va » qui aurait pu l’air d’un « ça va pas la tête ! ». Donc la fille a pris peur et elle s’est barrée.

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Je reviens à la charge. C’est le premier livre dans lequel tu t’assumes un peu. Le héros, c’est toi.

Dans L’Histoire de France racontée aux extraterrestres, il y avait déjà des passages de ce style. Dans Pagaille monstre aussi, il y avait de sacrés bouts de moi. J’y raconte les aventures d’un jeune type qui arrive à Paris, il est étudiant en cinéma… c’est ce que j’ai fait en arrivant à Paris. Comme pour l’écriture de chansons, je travaille toujours dans une sphère assez autobiographique.

Pourquoi toujours romancer ? Ne penses-tu pas que ta propre vie suffirait à faire un roman ?

Gilles Deleuze que j’adore dit : « on a envie d’écrire et de créer quand il y a un décalage entre ce qu’on est, ce que l’on ressent et ce que la vie nous donne ». Ce qui est chouette avec l’écriture, c’est que sur un même moment ou une même rencontre, tu peux explorer des tas de directions.

Je jubile quand je te lis, car dans ce roman à l’intrigue fort simple, tu nous as encore offert des tas d’aphorismes dont tu as le secret.

On peut dire que les intrigues de Fitzgerald sont assez simples, mais c’est ce qui différencie l’écriture d’une autre forme d’expression : on n’est pas obligé de faire quelque chose de complexe. Mon livre peut paraître simple, mais à mon avis, il ne l’est pas dans ses réflexions et dans ses chemins.

Je vais citer un aphorisme qui correspond au jour où je vais publier cette chronique, le jour de la Saint Valentin : « On ne peut pas demander la lune à une personne qui, quand on la regarde, n’a pas les étoiles dans les yeux. »

Oui, elle est pas mal. Mais, pour la Saint Valentin, c’est bof.

Tu as raison. Bref, j’ai aussi remarqué que tu es de plus en plus drôle de livre en livre.

J’aime ce genre littéraire dans lequel le héros est plongé dans des situations un peu cocasses. C’est l’éternel jeune homme. C’est mon côté littérature Américaine, Salinger et Fitzgerald. Je ne me refais pas. Dans mon registre, les situations et le monde sont un peu trop sur une diagonale différente que le cœur du héros et sa « pureté ». Ça donne des situations souvent drôles.

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Dans ce livre, tu évoques ton métier de parolier. Parfois, il y a des trucs qui t’exaspèrent par rapport à la perception qu’en ont les gens.

Quand on me reproche d’avoir écrit une chanson pour Jenifer et qu’elle est jugée comme une chanson de variété quelconque, j’ai envie de conseiller à ces gens d’écouter les paroles de « L’envers du paradis ». Quand ce sont en plus des professionnels qui ne me permettent pas de participer à tel projet à cause de ça, oui, ça me donne envie de hurler. Dans Le voyage près de chez moi, on voit toutes mes activités. Le côté parolier, ma vie d’écrivain, le type qui essaie de faire des courts-métrages pour le cinéma. J’ai montré tous mes champs d’action de l’écriture.

C’est en cela que je dis qu’on en apprend plus sur toi. On connait plus Jérôme Attal à travers ce livre.

Je reconnais en toi la naïveté feinte de l’intervieweur chevronné.

Tu parles de ma naïveté feinte, parfois le Jérôme du roman, il est sacrément naïf.

Mais, c’est une posture poétique, François, voyons !

Tu racontes qu’on te considère aujourd’hui comme un écrivain, mais pas que comme parolier, tu dois encore te battre dans ce milieu de la musique. Tu écris : « Le problème avec les chansons, c’est que vous repartiez toujours de zéro, ce n’est pas parce que vous aviez écrit un beau texte qu’on vous considérait différemment. »

Je dis même qu’on n’arrête pas d’essayer d’émerger dans un monde qui sombre. Ce n’est pas parce qu’on a écrit des textes de qualités et retentissants qu’on est mieux considéré. En même temps, je suis l’un des rares auteurs de chansons qui travaillent le plus. Il y a beaucoup d’interprètes, mais en France, on a perdu la volonté de faire des chansons qui rentrent dans la vie des gens et que tu as envie d’écouter en boucle. Je crois que le milieu de la musique doit impérativement refaire confiance aux auteurs et aux compositeurs. On n’en manque pas ici. Je montre dans ce livre qu’écrire des chansons, c’est très difficile et que c’est souvent un parcours du combattant pour les imposer.

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Ce qu'en dit l'hebdomadaire Elle de cette semaine...

Tu écris aussi que tu ne crois pas à l’adage qui veut que les gens qui ont du talent finissent tous un jour ou l’autre par être reconnus. Je ne sais pas si tu parles pour toi, mais on peut dire que ton talent est aujourd’hui reconnu.

Mais pas suffisamment pour être libre de faire ce que je veux. Et encore, j’ai un éditeur qui, lui, me laisse libre et le temps de bâtir une vraie œuvre littéraire. Mais, pour la musique, il y a quand même 75% de mon travail qui ne voit pas le jour. Il y a des chansons qui existent et qui sont en attente. Si j’étais plus reconnu, les choses seraient plus faciles. Mon travail ne se perdrait pas autant.

Depuis que je te connais, 6 ans à peu près, ta notoriété a sacrément évolué Jérôme. Doucement, mais sûrement.

Je viens de nulle part, mes parents n’étaient pas dans ce milieu. J’ai travaillé. J’ai beaucoup travaillé. C’est la persévérance et de l’opiniâtreté. 

Et elle paye.

Mais pas suffisamment par rapport à ma force de travail, à ma volonté et à mon enthousiasme. Je trouve que je suis sous employé par le milieu de la musique. Tout le monde croit qu’il sait écrire. Eh bien non. On est loin de la phrase de Cioran qui dit qu’il rêverait d’un monde où on mourrait pour une virgule…

Ce livre-là est peut-être ton livre le plus « grand public ».

Oui, j’avais envie d’écrire un livre très simple et populaire. Je me suis amusé à l’écrire et je suis sorti de ce qui est calibré. J’ai essayé de faire en sorte qu’il y ait une jolie phrase le plus souvent possible.

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Même Tony Montana va acheter Le Voyage près de chez moi pour sa femme!

Tu écris aussi dans Le voyage près de chez moi qu’à peine un roman en librairie, tu songes déjà au prochain ?

Ce que je dis, c’est que c’est difficile d’être content de soi sur une forme fixe de 200 ou 300 pages. J’ai toujours envie d’écrire un livre encore plus parfait la fois prochaine.

Si je t’écoute bien, celui-ci est mieux que L’Histoire de France expliquée aux extraterrestres.

(Long silence).

Alors… non, parce qu’il est quand même très différent. Ton retournement de question, là, est un bon retour à la Connors. J’aimerais bien te rendre un bon passing à la Lendl, tu vois. Bon, je vais essayer de t’expliquer clairement. Quand je relis un de mes anciens livres, je vois toutes les directions que je n’ai pas prises et que j’aurais pu prendre, donc ça me donne envie et l’appétit d’écrire un nouveau roman. C’est pareil quand je lis des livres qui me plaisent et qui ne sont pas de moi. Ils peuvent me donner envie d’écrire. Ce sont des impulsions pour essayer toujours de s’améliorer. C’est la différence entre la vie et l’art. La vie, c’est quand même une lente dégradation physique de ce qu’on est. Au contraire, on devrait arriver à une forme le plus parfaite possible de ce que l’on créer. C’est peut-être illusoire, je ne sais pas.

Pagaille monstre sort chez Pocket. C’est la première fois qu’un de tes livres sort en poche. Alors, heureux ?

C’est très émouvant. Il a un numéro de Pocket comme JD Salinger a un numéro de Pocket. Il y a un truc symbolique que j’aime bien.

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11 février 2013

BaliMurphy : interview pour La Déroute

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Photo: Nicolas Bera(t)

balimurphy-pochette.jpgLes Balimurphy sortent un nouvel album. Un bijou intitulé La Déroute (Sam Records / distribution AMG). Voilà un groupe belge qui allie avec merveille, la forme et le fond. Musicalement et textuellement, ce disque est impressionnant. Les trois membres originels de la formation, Cédric Van Caillie, Mathieu Catala et François Delvoye sont venus exprès de Bruxelles pour cette interview exceptionnelle (merci à leur attachée de presse,  Flavie Rodriguez). Le 11 janvier dernier, nous nous sommes réunis dans un bar du 10e arrondissement de Paris. Devant une bouteille de Naoussa, un vin grec, très léger, nous avons conversé tous les quatre. Rarement, j’ai entendu un tel discours sur la façon d’aborder la musique et les textes. Certes, j’ai bu du vin, mais surtout leur parole.

Biographie officielle :

Après quatre années passées sur les routes avec l’album Poussière (2008), le groupe revient avec La Déroute, résultat de deux ans de travail et d’une collaboration avec Kris Dane à la direction artistique. Continuant d’explorer les régions musicales, les rencontres entre sourires en coin et pessimisme lucide et poétique, le groupe a privilégié ici des couleurs plus blues et électriques. Un nouveau développement d’une formation au fonctionnement atypique, avec des textes soumis par Mathieu Catala (textes et percussions) et François Delvoye (textes/guitares) au chanteur/guitariste Cédric Van Caillie et à l’ensemble du groupe composé également de Rodolphe Maquet (basses) et Martin Lauwers (violon, claviers).
L’album La Déroute est empreint d’une certaine noirceur issue des expériences personnelles et des pulsations d’un monde qui court un peu plus vers on ne sait pas toujours très bien quoi.

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Photo : Nicolas Bera(t)

Interview :

Il se passe pas mal de temps entre deux disques chez Balimurphy.

François : Entre Poussière et La déroute, il s’est passé 4 ans. Avant ça, notre rythme était de tous les deux ans, voire tous les ans et demi. Ce n’était pas vraiment des albums officiels, mais plus des démos autoproduits. Avec Poussière, on a pas mal tourné, en Belgique et en Europe, donc on a pris plus de temps pour faire le suivant.

Poussière, c’est vraiment l’album qui vous a donné une plus grande visibilité.

Mathieu : On n’est pas à la une des magazines, certes, mais on a tourné dans des salles de grandes renommées, en France et dans pas mal d’autres pays.

En Belgique, vous êtes déjà très réputés.

François : En Belgique francophone, plus précisément. Quand tu fais de la musique en Français en Belgique, tu touches un public relativement réduit. Bruxelles, la Wallonie, ce n’est pas énorme. Pour nous c’est intéressant de s’exporter partout, même dans les pays non francophones. La barrière linguistique est compliquée à franchir, ce n’est vraiment pas évident dans un sens comme dans l’autre. Il y a le moment ou l’on veut d’abord s’épanouir dans notre propre pays pour commencer à franchir la frontière et finalement, très vite, on se dirige vers la France, comme tous les groupes belges francophones.

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De gauche à droite Cédric Van Caillie, François Delvoye et Mathieu Catala.

13 02 BALIMURPHY 17845-2.jpgPour toucher les deux Belgique, n’aurait-il pas fallu que vous interprétiez vos chansons en français et en anglais ?

François : On fait ce qui ressort de nous. Mathieu et moi, nous écrivons les textes et nous sommes d’expression française avec une écriture littéraire prononcée. On n’a pas envie d’écrire différemment dans le but de s’expatrier et de s’exporter.

Mathieu : Si nous procédons dans une démarche commerciale, ce sera forcément une mauvaise démarche. En revanche, c’est une démarche artistique qui pourrait nous intéresser un jour si nous rencontrons un auteur flamand.

Cédric : Il faudrait que je travaille mon accent alors.

Oui, Cédric, c’est toi qui chantes. Ce serait à toi d’assumer les textes. Bon, on sent que vous aimez les beaux textes et, c’est amusant, François et Mathieu, on a du mal à s’imaginer qu’il y a deux auteurs différents. On ne sait pas trop qui a écrit quoi tant il y a une cohérence entre les deux albums.

François : C’est parce qu’on se connait de mieux en mieux et d’album en album. Je suis plus d’accord avec toi pour La déroute que pour Poussière. On parle beaucoup plus, Mathieu et moi, et intellectuellement, on a compris l’autre. Du coup, il y a tout un univers qui se construit.

Mathieu : On était un peu rassuré dans notre démarche artistique. En tout cas, je parle pour moi, j’étais plus en confiance. François et moi, on a donc proposé un panel de chansons plus important à Cédric.

François : Et il y a eu un travail plus collectif sur les textes apportés. C’est Cédric qui choisit in fine ce qui lui parle. Peut-être que la cohésion dont tu parles vient du choix de Cédric.

Cédric : En fait, moi, je ne m’étais pas posé la question, c’est vraiment venu naturellement. Pour la première fois, dans toute l’histoire de Balimurphy, nous avons eu des réflexions sur les textes, ensemble, à discuter de chaque phrase, de chaque mot, chaque terme utilisé. On se demandait pourquoi ce mot-là, pourquoi pas un autre.

"Les soies précieuses"

Tu n’as pas envie d’écrire toi-même, Cédric ?

Cédric : Jusqu’à présent, je me disais « chacun son travail ». En fait, ça fait des mois que Mathieu, entre autres, me conseille d’essayer d’écrire. Je ne me l’interdis pas de le faire. Peut-être qu’un jour ça viendra. Passer après eux, c’est difficile. Mais tu sais, je suis très fier de chanter leurs mots. Ce sont des mots qui sonnent bien, ce sont des histoires cohérentes et intelligentes. Comme nous l’expliquions tout à l’heure, je n’écris pas sur le papier, mais on contribue tous à la création du morceau. L’acceptation d’un morceau peut prendre aussi bien 10 minutes comme 3 ans, c’est dire les discussions qu’il y a autour d’un texte.

François : Le défi dans cette organisation entre nous, c’est de ne pas perdre la force personnelle de chacun. Dans les textes ou dans la musique, quand trop de propos se mélangent on peut perdre la force originelle de l’apport de chacun.

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Parlons musique à présent. Vos albums Poussière et La déroute ont des atmosphères différentes. La déroute me paraît moins pop rock, il est plus lent…

François : On a souvent qualifié Poussière de rock festif. Pour La Déroute, on voulait donner un peu plus d’atmosphère. On a pris ensemble la décision d’avoir un regard extérieur sur notre travail. On a pris Kris Dane, qui est directeur artistique de l’album et c’est notamment cette décision qui a donné cette couleur. Mais c’était une volonté qu’on avait à la base.

Mathieu : C’est une volonté qui est venue après la création de certains morceaux. On s’est13 02 BALIMURPHY 17875.jpg rendu compte qu’on allait vers ce nouveau chemin. La décision était de bifurquer ou d’aller à fond droit devant. On avait besoin de changer d’atmosphère, de changer notre univers. Et puis, on évolue, on vieillit.

Vous intellectualisez beaucoup votre travail.

Cédric : C’est important d’intellectualiser notre projet. Il faut savoir qui on est tout le temps, ce que l’on veut dire, où on veut aller, qui on veut être, est-ce que ce que l’on raconte est vraiment ce que l’on a envie de raconter. Moi, si je dois chanter un texte, il faut que je le sente et que je sois en totale adéquation avec le propos.

Mathieu : Nous voulons amener le texte au plus près du groupe. Dans cet album-là, on était beaucoup plus décomplexé par rapport au fait que François et moi sommes les seuls dépositaires des textes. Chacun à la possibilité de faire un travail éditorial sur le texte, chacun peut dire ce qu’il en pense sans tabou ni peur de vexer. 

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François Delvoye (textes/guitare) et Mathieu Catala (textes et percussions)

Dites-moi, il faut ranger l’ego dans votre affaire.

François : Personnellement, je ne connais pas beaucoup de groupes qui fonctionnent comme on fonctionne. Deux auteurs et un chanteur qui n’écrit pas, c’est un cas de figure rare, mais intéressant. C’est un laboratoire dans lequel on expérimente. Peut-être que demain, on va changer ce cas de figure.

Mathieu : Ca évolue tout le temps et heureusement. Il n’est pas écrit dans les statuts du groupe que c’est François et moi qui devons écrire les textes.

13 02 BALIMURPHY 17928.jpgParfois, vous pensez à Cédric quand vous écrivez, puisque c’est lui qui chante ?

Mathieu : Non, jamais. On vit des vies, certainement différentes pour pleins de choses, mais  aussi plutôt similaires. On a le même âge, on va dans les mêmes endroits, on vit beaucoup de choses en commun et on écrit sur des thèmes suffisamment universels pour qu’il puisse s’y retrouver quelque part…

François : Cédric, je ne comprends pas. Tu n’as pas beaucoup apprécié mon texte sur la politique intérieure du Guatemala.

Cédric (en riant) : il faut qu’on en discute.

Vos textes parlent de l’être humain, des failles des hommes et de la mort…

François : On n’en a beaucoup discuté entre nous. Parler de la mort, c’est la meilleure façon de vivre. Un texte comme « Millésime », par exemple, est clairement une façon d’exorciser la mort. Pour contrer la société dans laquelle on vit, on occulte complètement la douleur, la maladie, la mort. « Millésime » est une chanson spontanée assez enlevée, relevée, assez légère finalement.

Mathieu : C’est une chanson à la base très personnelle et qui très vite s’est ouverte tant ce sujet est universel. N’importe qui dans la vie a déjà ou va être confronté à quelqu’un qui viendra lui annoncer la mort d’un proche. Comme le dit François, dans la société dans laquelle on vit, on est confronté à un processus extrêmement froid, extrêmement pudique. On n’admet pas la mort, on n’admet pas le mort. Il faut très vite tourner la page et le processus de deuil n’est pas du tout accepté.

François : En quelque sorte, c’est un peu notre façon de faire des rituels traditionnels comme des enterrements avec des explosions de douleurs et de joies.

Mathieu : Ce qui a été agréable pour nous, c’est de chanter cette chanson tous les cinq. Ça ramène à une espèce de veillée plutôt joyeuse ou chacun se renvoie la balle. L’idée est de dire que le deuil n’est pas une expérience personnelle, mais collective ou chacun peut interagir.

"L'Homo Ca Pionce"

Vous n’avez pas franchement une opinion très positive sur l’être humain, il me semble, en écoutant vos textes. Dans « L’Homo ça Pionce », par exemple vous dites que nous sommes une « espèce vaniteuse, futile, inutile ».

François : J’ai une très piètre opinion de l’être humain en effet, mais là, ça n’engage que moi et je me mets dans le même sac. A la base, je suis anthropologue. Ce n’est pas que je n’aime pas les humains avec lesquels je vis, mais je suis consterné par leur vanité, leur prétention et leur vacuité. Parfois, je suis à la limite de la misanthropie. Mais c’est une misanthropie qui peut être très chaleureuse.

Mathieu : Une misanthropie comme celle d’un Céline ou un Brassens.

Le fait d’écrire vous décharge donc un peu.

François : oui, carrément.  Mais, tu sais, il y a des chansons où je me fous de ma propre gueule et quand je vois le public les chanter, c’est une expérience intéressante.

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Cédric Van Caillie (chanteur/guitariste)

Et toi Cédric, tu as quelle opinion du genre humain ?

Cédric : Je suis assez d’accord dans sa globalité, mais je pense que dans l’individualité les choses ne sont pas aussi simples. Quand on fait beaucoup de rencontres, on s’enrichit et c’est là que l’on se rend compte que les gens pris un par un sont intéressants. C’est de ceux-là que l’on se nourrit pour écrire, composer, chanter et pour avancer dans notre projet.

François : Quand tu me posais la question sur ce que je pensais de l’être humain en général, je t’ai donné une réponse qui est plus une approche philosophique. Dans le concret, dans notre rapport entre nous, dans notre rapport avec le public, dans notre rapport avec les gens de la profession, je crois que nous sommes très humains et attentifs aux autres. Ce que je pense philosophiquement de l’être humain ne m’empêche pas d’aimer les gens et d’aimer la vie.

Finalement, Balimurphy, c’est de la philosophie en musique.

François : J’assume tout à fait cela.

Mathieu : Il y a dans notre répertoire, en effet, beaucoup de textes où il est clair que nous sommes navrés pour la condition humaine. Nos chansons sont personnelles, mais deviennent universelles, car nous vivons tous la même chose. On a une vraie compassion pour les autres et pour nous-mêmes, mais encore une fois, de façon globale.

Est-ce que vous pensez qu’une chanson peut changer le cours des choses ou influencer ceux qui l’écoutent ?

François : Je ne pense pas. En tout cas, il ne faut surtout pas que nous soyons moralisateurs. Là, ce serait l’horreur pour nous. De toute manière, le retour qu’on a du public c’est qu’il est plus réactif sur nos chansons d’amour que sur nos chansons philosophiques.

"Les cent planètes"

La chanson qui ouvre l’album « 100 planètes » explique qu’il faut arrêter de nous plaindre de nos vies. Nous sommes tout petits dans l’univers…

François : Je ne comprends pas toujours tout ce que j’écris. La poésie c’est ça. On ne comprend pas toujours ce que l’on dit, mais ça sort. En tout cas, cette chanson est une chanson positive.

Cédric : C’est même la plus positive de l’album. Elle veut dire qu’il faut vivre à fond et ne pas rester face à ses problèmes sans réagir. Il faut se projeter toujours plus loin parce qu’on n’est pas là pour comprendre, on n’est pas là pour durer, profitons-en, vivons 1000 choses.

Dans « La saison des claques », vous expliquez en substance qu’il ne faut pas regarder en arrière, il faut avancer et affronter les problèmes en adulte.

Mathieu : Je cherchais un exemple tout à l’heure d’une phrase de l’un qui devient une chanson de l’autre. L’expression « une saison des claques » a été prononcée par François lors d’une soirée et j’en ai fait une chanson. Je dis qu’on a plutôt intérêt à foncer dans la broussaille épaisse et les ronces de la vie, à tracer à travers sans regarder en arrière. On court dans les branches, on en prend plein la figure, mais il faut continuer.

"La saison des claques"

Vous êtes souvent ensemble tous les trois ?

Cédric : Bruxelles est petit, on a le même cercle d’amis et ça fait 13 ans que l’on fait de la musique ensemble.

Mathieu : On a vécu beaucoup de choses ensemble.

Vous ne vous lassez pas d’être ensemble ?

François : Parfois, surtout quand on est en tournée.

Cédric : En revenant de tournée, on évite de se voir pendant 15 jours, trois semaines.

Mathieu : On se laisse respirer. C’est salvateur.

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Je crois que dans ma vie, je n’ai jamais rencontré un groupe aussi rigoureux que vous, avec une telle approche.

Mathieu : Je ne sais pas si on a de la rigueur. Nous avons des méthodes de cavistes. Il y a des vins qui sont délicieux et qui se boivent tout de suit… et d’autres qui doivent mûrir en cave. Ce n’est pas forcément pour ça qu’ils seront meilleurs que celui qu’on a débouché tout de suite. Ça dépend le plaisir qu’on veut et ce que l’on recherche.

François : Belle métaphore Mathieu !

Mathieu : Merci.

Cédric : Tout ça devant un bon verre de vin grec.

Je sais que vous aimeriez vous lancer dans la musique de film…

François : On a déjà beaucoup de rapport à l’image. Ça se voit dans les gravures sur nos pochettes, on a déjà fait des spectacles avec des visuels cinématographiques. Ça fait partie du projet Balimurphy, on n’est pas un truc monolithique. Si on peut se confronter au théâtre à la danse et au cinéma, ce sont des enjeux et des plaisirs qui nous intéressent terriblement.

Les portraits de Cédric Van Caillie, Mathieu Catala et François Delvoye sont signés Nicolas Bera(t).

L'entretien a été immortalisé par Flavie Rodriguez.

03 février 2013

The Earl Grey : interview pour la sortie de We Are Young

alexandre ragon,the earl grey,we are young,interview

Parfois, il faut que je sorte de mon univers musical. Le premier album du projet solo d’Alexandre Ragon, désormais The Earl Grey, m’en a donné l’opportunité. Ce disque m’a intéressé parce qu’il délivre une musique pop à la fois ambitieuse et accessible, dans un esprit proche des influences pop-rock américaines avec lesquelles le jeune homme a grandi, tout en y ajoutant ses sensibilités indie ou électro. Le 24 janvier, le rockeur est venu à l’agence pour m’expliquer ce projet. (Merci à Sissi Kessaï pour la découverte… alors qu’elle sait qu’à priori, je ne mange pas de ce pain-là.)

alexandre ragon,the earl grey,we are young,interviewBiographie officielle (et un peu écourtée) :

Après plusieurs années d’expérience au sein de groupes français indie-rock et pop-punk, Alexandre Ragon démarre à l’été 2009 ce projet qu’il veut le plus abouti de toute sa carrière musicale. Après avoir auto-produit en 2010 son premier EP In This Memory, The Earl Grey sillonne la France seul ou aux côtés de groupes internationaux.
En 2011, The Earl Grey signe chez Next Dimension Gears et sort une Édition Deluxe de l’EP In This Memory avec trois titres acoustiques supplémentaires.
En collaboration avec le réalisateur artistique Kevin Fouetillou, il enregistre à Insight Studio (Paris) son premier album We Are Young. Treize titres, masterisés par UE Nastasi (Panic! At The Disco, Cobra Starship, The Summer Set) aux studios Sterling Sound (NY), qui dévoilent pleinement l’univers de cet artiste aux multiples facettes.
Alexandre invite sur cet album les prestigieux groupes rock français Chunk! No, Captain Chunk! et Mary Has A Gun, ainsi que le compositeur pop-folk Olivier Delattre.

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Interview:

Raconte-moi en quelques mots l’avant The Earl Grey.

J’ai monté mon premier groupe quand j’avais 15 ans. C’était une formation pop punk, mais je chantais en français. Le style musical se rapprochait de Blink 182. Après, j’ai navigué dans plein de groupes différents. J’ai été dans des groupes plus screamo, puis plus indie, ensuite je me suis un peu posé avec un groupe de pop punk, cette fois, en anglais et avec lequel on a fait pas mal de premières parties.

Cet amour du rock, tu l’as choppé où ?

Ce sont des restes de mon adolescence. Moi, j’ai toujours aimé les mouvements un peu à contresens, un peu rebelle. J’aime sortir du cadre. J’ai grandi avec cette culture-là, punk, « bad religion », des Sex Pistols jusqu’à Greenday. A partir de ce constat, j’ai étudié un peu la musique. J’ai découvert Johnny Cash. Il faisait de la country, pourtant je t’assure, c’était un vrai punk. Dans l’attitude, il était rock, punk, le plus rebelle d’entre tous.

Sur scène, toi, tu es un vrai dingue.

Oui, ces derniers mois, j’ai appris à me gérer un peu plus. Pendant des années et des années, j’étais un peu comme un fou. Je me roulais par terre enfin, tu vois l’imagerie liée au rock pur et dur. Il y a des gens qui sont timides et très réservés et qui se forcent à exploser. Moi, c’était le contraire, j’avais trop d’énergie en moi et il fallait que je me concentre pour moins libérer d’énergie.

Cette énergie dont tu me parles, il faut aussi la catalyser pour concevoir l’album que tu as fait. C’est du rock, mais plus pop rock…

Pour être un peu plus pop, il faut être un peu plus catchy, c'est-à-dire avoir cette mélodie et un refrain qui va rester un peu plus dans la tête des gens. Les Skip The Use, un groupe que j’affectionne particulièrement joue de la pop, mais sur scène, ils sont très énergiques. Bien plus que les groupes estampillés rock.

Si je comprends bien, tu donnes une grande importance à la mélodie dans tes musiques.

C’est un premier album dont je suis très fier, mais je ne dis pas qu’il n’y a rien à faire évoluer. Moi, je vais toujours m’améliorer et je travaille beaucoup pour cela.

Que penses tes potes qui ont gardé le même style de musique, ceux qui sont restés dans lealexandre ragon,the earl grey,we are young,interview rock, punk, trash… j’en passe et des plus hardcore !

J’ai une certaine intégrité. Quand j’ai joué au Nouveau Casino, j’ai invité tous mes potes musiciens pour qu’ils voient ce que joue aujourd’hui. J’ai gagné en crédibilité, car ils ont vu que je ne tourne pas le dos à ce que je faisais avant et même parfois, je collabore avec eux. Quelque part, je montre une autre facette du metal et du rock un peu plus dur avec des mélodies et des chants entraînants. Je n’ai pas du tout l’impression de trahir mes idéaux musicaux.

Si aux États-Unis beaucoup de groupes font une musique proche de la tienne, en France, il me semble que vous êtes peu nombreux.

C’est une musique difficile à imposer. Au niveau des concerts, il y a tout un réseau de salles de musiques actuelles, mais ils ne savent pas trop ou me caser. Je ne suis « parrainé » par personne… je t’avoue que c’est difficile.

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Est-ce que ta famille t’a déjà vu sur scène ?

Mes parents étaient là au Nouveau Casino. Je pense que j’ai fait mes preuves. Je n’étais pas fait pour les études et je me suis battu longtemps pour qu’ils me laissent faire de la musique. Ils m’ont dit d’aller bosser, ce que j’ai fait. Je suis allé à l’usine, chez Quick, Mac Do, des tas de petits boulots, mais je pouvais jouer de la musique. Je me suis assumé, j’étais crevé, mais c’était le prix de ma liberté.

Mais ils aiment ta musique ?

Ils ne sont pas trop fans des parties violentes, mais des chansons comme « Special », ma mère adore et c’est le plus beau cadeau. Pendant le concert du Nouveau Casino, je lui ai dédicacé un morceau et à la fin, elle m’a dit qu’elle était très fière de moi. J’avais une petite larme…

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(Photo: Brounch)

Concernant tes textes, ce n’est pas « joie de vivre et compagnie » quand même.

Mes chansons, ce sont mes frustrations que je n’ai jamais pu exprimer dans un autre contexte. Avec mes autres groupes, je ne pouvais pas trop parler de choses personnelles. Dans cet album, ça a donc explosé. Je voulais faire des chansons uniquement sur des thèmes qui me tiennent à cœur depuis toujours. Malheureusement, ce sont des choses un peu tristes, parce qu’il est vrai que je n’ai pas un parcours hyper facile.

J’en reviens à ta famille, excuse-moi, mais elle n’est pas trop gênée par ce que tu racontes ?

On n’en parle pas. C’est quelque chose d’assez tabou. C’est vrai que dans ces titres, je me suis vraiment lâché, mais j’en avais besoin. En y réfléchissant bien, cet album a été salvateur. Par exemple, j’ai des rapports très compliqués avec ma sœur, mais depuis qu’elle m’a vu en concert et qu’elle a écouté l’album, les choses vont un peu mieux. C’est toujours compliqué d’avoir son mot à dire dans une famille avec des personnalités fortes. Avec ce disque, ils se sont rendu compte que j’avais construit quelque chose à côté et ils ont entendu ce que j’avais à dire. Du coup, réellement, on s’est tous un peu rapproché.

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Revenons à l’album. On y trouve des collaborations avec Chunk! No, Captain Chunk!, Mary Has A Gun et Olivier Delattre.

Ce sont des gens avec lesquels je m’entends musicalement parfaitement. Je ne voyais pas un premier album sans eux, tout simplement. C’était intéressant parce que leurs musiques sont différentes, même si on appartient un peu à la même scène. Une chanson, c’est un peu comme dans un couple. Ce sont des compromis, des réglages en permanence, mais surtout des expériences enrichissantes pour tous.

Tu es un mec de scène qui n’arrête pas de jouer. Et pas qu’en France.

Avec mon premier groupe, on a joué aussi en Europe. Avec The Earl Grey, j’attaque l’Angleterre. J’ai déjà fait quelques dates.

Tu es mieux perçu qu’en France ?

Je ne dirais pas ça. Ce n’est pas mieux, c’est différent. J’ai aussi tout à prouver là-bas. Encore une fois, rien n’est facile.

Clip de "Heart of Glass".

Tu as fait un clip sur ta chanson « Heart of Glass ». Tu sais que le premier 45t que j’ai acheté avec mes deniers personnels dans ma vie était Heart of Glass de Blondie ?

Génial ! La chanson n’a rien à voir avec celle de Blondie, mais c’est quand même un hommage. J’adore Blondie. Ma chanson « Changes », c’est en hommage à David Bowie. Quand j’ai découvert ses artistes, ils m’ont immédiatement impressionné. Deborah Harry et David Bowie, chacun dans leur genre était bien déjanté.

Tu écoutes quoi hormis ta musique de prédilection ?

À part le metal et le hardcore, j’écoute plein de choses. Du jazz, du blues et même du classique si tu veux savoir. D’ailleurs, le père de ma copine est violoniste de musique classique.

Pas d’electro ?

Non, pas trop.

Pourtant, il y a des pointes d’electro dans ton album.

Oui, mais je ne suis pas trop spécialisé là-dedans. J’aime bien, mais sans plus.

alexandre ragon,the earl grey,we are young,interviewLes chansons de ton EP, on ne les retrouve pas sur ton album.

J’ai beaucoup de chansons écrites, je ne vais pas remettre les mêmes. Et j’ai besoin de prouver en permanence que je travaille. J’écris et compose tout le temps, je suis un peu superactif. J’ai au moins 30 titres d’avance.

Tu as fait du théâtre. Tu te sers de cette expérience pour les concerts ?

Je suis plus dans l’ordre de l’interprétation que de la mise en scène. Oui, franchement, ça me sert pas mal.

Quand on est artiste, il y a toujours une part de schizophrénie. Tu préfères être Alexandre ou The Earl Grey ?

Je vais te dire un truc perso qui va t’éclairer. Pendant mon adolescence, j’ai été extrêmement gros. J’avais 25 kilos en plus. J’avais évidemment des problèmes avec le regard des autres. En un été, j’ai perdu 10 kilos et une année après, j’avais reperdu 10 kilos. Ça a créé cette personne qui est aujourd’hui sur scène. Aujourd’hui, le regard des gens à complètement changé. Je suis passé du mec gentil, on m’appelait nounours, à un fou fieffé sur scène qui, physiquement, peut plaire aux filles. C’est bizarre ce mélange entre celui que tu es et celui que l’on voit…

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02 février 2013

Valérie Tong Cuong : interview pour L'atelier des miracles

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L’atelier des miracles est le roman français dont tout le monde parle en ce moment. Il bénéficie d’un formidable bouche à oreille de la part des lecteurs, mais aussi de la part des libraires. « Enfin ! » suis-je tenté d’écrire. Je suis la carrière littéraire de Valérie Tong Cuong avec fidélité depuis son premier roman, Big, en 1997. 8 livres plus tard, elle est en train de toucher un plus large public. C’était l’occasion pour moi de la mandoriser de nouveau (la première fois, pour L'ardoise magique, lire là). Valérie Tong Cuong est venue à l’agence le 15 janvier dernier pour une conversation amicale et sincère.

valérie tong cuong,l'atelier des miracles,interview,mandor4e de couverture :
C'était un atelier d'horlogerie, a-t-il souri. Remettre les pendules à l'heure, réparer la mécanique humaine : c'est un peu notre spécialité, non ?

Professeur d'histoire-géo, Mariette est au bout du rouleau. Rongée par son passé, la jeune Millie est prête à tout pour l'effacer. Quant au flamboyant Monsieur Mike, ex-militaire installé sous un porche, le voilà mis à terre par la violence de la rue.

Au moment où Mariette, Mike et Millie heurtent le mur de leur existence, un homme providentiel surgit et leur tend la main - Jean, qui accueille dans son atelier les âmes cassées.
Jean dont on dit qu'il fait des miracles.

Auteur du très remarqué Providence (Stock, 2008), Valérie Tong Cuong nous plonge avec L'Atelier des miracles au cœur de nos vies intimes. C'est aussi un hymne aux rencontres qui donnent la force de se relever.

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valérie tong cuong,l'atelier des miracles,interview,mandorInterview:

Dis donc, j’entends parler de ton livre sans cesse… et en des termes élogieux.

C’est très émouvant pour moi de recevoir ces réactions qui arrivent plusieurs fois par jour. C’est la première fois que j’en reçois si massivement et aussi rapidement. Elles proviennent de lecteurs bien sûr, mais aussi de libraires. Je suis comme un enfant à Noël qui ouvre un cadeau. Je me sens pleine de gratitude et en même temps, je prends tout comme ça vient parce que je sais que demain, tout peut s’arrêter. Mon expérience et mon recul me montrent quelque chose qui est anormal… dans le sens où d’habitude, ça ne se passe pas comme ça. J’ai juste senti que j’avais touché quelque chose chez les gens.

Tu as déjà un lectorat de base déjà assez fidèle.

Oui et il m’aide beaucoup pour le bouche à oreille. Comme il y a quelques personnes qui me suivent depuis longtemps, quand celui-ci est arrivé, il y a eu une réaction immédiate. Elles sont allées immédiatement en librairie. Apparemment, elles aiment et elles en parlent. Par contre, je ne sais pas du tout si c’est un phénomène qui va prendre de l’ampleur… je n’ai pas l’expérience du gros succès donc, je ne peux pas en dire beaucoup plus. 

Tu as changé de maison pour ce livre. Tu passes de Stock à JC Lattès.

Chez Stock, ils n'ont pas été entièrement convaincus et n’ont donc pas souhaité signer le texte. Chez Lattès,  ils ont eu immédiatement un gros coup de cœur.

« L’atelier des miracles » de Jean, le sauveur d’âmes, est un ancien atelier d’horlogerie. Ce qui n’est pas le fruit du hasard, je présume.

C’était une évidence. Le travail de l’horloger est une mécanique de précision. C’est un travail minutieux et ça touche à une valeur universelle, celle du temps. C’était très symbolique par rapport au travail que Jean effectue sur l’accompagnement des vies et ses procédés… parce qu’il a des méthodes particulières, très minutieuses.

Mariette, Millie et Mike se demandent ce qui se cache derrière la bonté de Jean.valérie tong cuong,l'atelier des miracles,interview,mandor

Ils sont plus désabusés que méfiants. Jean se présente comme quelqu’un plein de bonnes intentions, comme quelqu’un qui souhaite leur venir en aide. Mariette, par exemple, se sent dans une telle impasse qu’elle ne voit pas comment il pourrait l’aider et finalement, elle va le suivre, car elle n’a nulle part ailleurs où aller. Pour elle, c’est la seule façon d’avancer un peu. Mike y croit à moitié parce qu’il se dit que c’est trop beau. Il ne comprend pas pourquoi, soudain, il aurait de la chance… mais il y va aussi, parce que c’est mieux que rien. Ils n’attendent pas de miracle, mais ils se disent « pourquoi pas ? ». Ils décident d’étudier cette possibilité, mais avec méfiance.

Jean va les mettre en confiance.

Oui, il sait parler aux autres, rassurer, réconforter. Il sait ce qui est bancal chez eux. Il leur parle de ce qui les touche vraiment. Il est très habile.

Toi-même, tu aimes étudier l’âme humaine.

J’aime explorer l’âme, les parcours, les trajectoires, la manière dont les gens évoluent, avancent, ou pas, dans leur vie. Je suis passionnée par ça, c’est même mon sujet de préoccupation principale. Du coup, je suis très à l’écoute des autres et très attentive aux gens qui m’entourent.

Mais concernant l’écriture, tu t'adonnes de plus en plus au roman choral.

Ce roman choral me permet d’explorer trois trajectoires, trois univers, trois environnements différents. Ça démultiplie le champ d’observation. C’est mon troisième roman choral, je me rends compte à l’usage que c’est un type de construction qui me convient très bien et dans lequel je m’épanouis. Il n’est pas impossible que mon prochain livre soit encore un roman choral.

Qu’est-ce qui t’intéresse exactement dans ce style littéraire?

La différence de point de vue, de vision de la vie, de posture, d’attitude, de réaction m’intéresse profondément. Sur le plan de l’écriture, c’est très jubilatoire. On est dans la peau d’un personnage, du coup, on a un mode d’expression particulier. Pour le coup, j’ai trois personnes qui s’expriment de manière très différente parce qu’elles ont des backgrounds et des personnalités différents. Il a fallu que j’écrive d’une certaine manière pour chacune d’elle. 

valérie tong cuong,l'atelier des miracles,interview,mandorQuel rapport as-tu à l’écriture ?

Pour moi, l’écriture est instinctive. J’ai le sentiment que c’est quelque chose qui m’est donné et que je suis là pour la transmettre aux lecteurs. Ce qui est sûr, c’est que je fais tellement corps avec mes personnages que, quand ils sont dans une période d’euphorie, je suis complètement euphorique, quand ils sont dans des périodes d’abattements, je suis complètement abattue aussi. Je peux vite être sur les nerfs si mes personnages le sont. J’ai du mal à m’écarter de leur état. J’ai du mal à en sortir, ça veut dire que dans la vie quotidienne, quand je suis vraiment dans une période d’écriture, j’entre dans une bulle tout à fait involontairement. Mes enfants sont obligés de me tirer par la manche pour que je réagisse.

Je te lis depuis le début de ta carrière littéraire. J’ai l’impression que tu t’es un peu adoucie.

Ce que tu ressens, c’est ma vision de la vie qui a beaucoup évolué. Je pense qu’au départ, j’étais dans des pulsions libératoires très fortes. Il y avait des choses que je voulais dire, mais ces choses-là étaient souvent très sombres. C'est-à-dire qu’à l’époque, je me sentais moi-même au pied d’un mur que je voyais infranchissable et permanent. Je considérais la vie comme un combat, mais un combat âpre dans lequel l’être humain était toujours perdant. J’avais en moi des sentiments très violents. Et puis, j’ai grandi, j’ai travaillé et j’ai découvert une autre vision de la vie dans laquelle je me sens aujourd’hui complètement à ma place. Aujourd’hui, je tends vers la conclusion que non seulement, rien n’est jamais fichu, mais en plus, la vie est une merveille. On peut soi-même la transformer avec du travail et des rencontres. Il faut rencontrer les bonnes personnes qui t’aident à enlever les filtres, à te décadrer et à voir les choses différemment. Quand on commence à voir la vie sous un bon œil, on génère autour de soi autre chose. Mes premiers romans étaient pessimistes, ils ne fermaient pas complètement la porte, mais quand même… aujourd’hui, ils sont plus optimistes.

Dans L’atelier des miracles, rien n’est noir ou blanc.

Il faut accepter la complexité de la vie et des sentiments pour avancer. Même pour soi. Il faut accepter ses imperfections, ses faiblesses. Il faut accepter qui on est, sans jugement. Dans la vie, on n’y arrive pas très facilement.

Est-ce que ce livre est la synthèse de ce que tu penses de la vie ?valérie tong cuong,l'atelier des miracles,interview,mandor

Oui, c’est très représentatif. Je pense que c’est le fruit de toute cette réflexion dont je viens de te parler.

C’est amusant, personnellement, je ne me reconnais pas dans un personnage, mais dans plusieurs…

C’est parce que ce sont avant tout des êtres humains. Mes personnages sont habités par des questions transversales. Ce sont des questions qui nous habitent tous.

L’atelier des miracles est aussi un livre sur la solidarité. Tu t’interroges sur ce sujet.

Le livre pose des questions : jusqu’où peut-on aller pour faire le bonheur des autres ? A-t-on le droit de décider du bonheur des autres ? Quand on fait le bien, est-ce pour soi ou pour l’autre ? Ce sont quand même des questions d’actualité parce qu’elles nous concernent tous dans nos vies privées et singulières. Si on veut aller plus loin, c’est même une question de géopolitique. Il y a une notion d’ingérence. Moi, je veux juste aider les gens à réfléchir et peut-être à revoir certaines de leurs positions. En tout cas, je ne veux pas apporter de réponses fermes et définitives.

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Quel est le message du livre ?

Ensemble, on avance. Seul, c’est beaucoup plus difficile. C’est un sujet qui me tenait particulièrement à cœur, car je crois que la solidarité aujourd’hui est ce qui peut sauver le monde. J’ai le sentiment que la solidarité se développe. Pas toujours de manière visible parce que beaucoup de gens le font avec humilité, mais c’est ça qui est bien. Bien sûr, il y en a qui sont au service des autres plus pour être au service de leur image. Mais à côté de ces gens-là, il y a une foule d’anonymes qui, sans rien dire à personne, tendent la main, construisent, avancent, trouvent des solutions, donnent de leur temps et de leur personne. J’ai le sentiment que ces comportements sont en train de se propager. Il y a une prise de conscience qui progresse. A un moment, la société s’est trouvée écrasée sous un système qui nous poussait vers l’individualisme forcené en agitant des craintes, des peurs, des angoisses. Comme ce système est en train de montrer de manière cruelle ses limites, les gens prennent le temps de réfléchir et se disent qu’il y a d’autres façons de se penser et de penser la société, la vie et le quotidien.

Je suis sûr que ce livre sera ton miracle à toi.

Ce serait formidable. J’écris pour les lecteurs, mais aussi pour être lu. Certains auteurs prétendent qu’ils écrivent parce qu’ils ont besoin d’écrire, moi, je ne suis pas dans ce discours. J’ai le besoin de m’adresser aux lecteurs, d’échanger et de transmettre des réflexions. Si ce livre trouve écho largement, il me permettra de poursuivre mon chemin littéraire certainement de manière plus stable.

Tu me sembles d’un naturel très tranquille aujourd’hui.

Mais avec une capacité d’émerveillement. Je prends les choses comme un cadeau. Il arrivera à ce livre ce qui doit arriver. En tout cas, je trouve gratifiant d’avoir du succès par le bouche à oreille. C’est mon plus beau cadeau.

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31 janvier 2013

Jean Elliot Senior : interview pour Balade Sauvage

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Jean Elliot Senior est un artiste comme on n’en fait plus (ou pas beaucoup, en tout cas). Il a conceptualisé son premier album solo de bout en bout et c’est une parfaite réussite. Bien sûr, certains diront que cet album est linéaire, un peu lent, triste même. Mais ils auront tort. Balade Sauvage ne reflète pas cette impression-là, il suffit d’écouter les doubles lectures musicales et textuelles pour s’en convaincre. Jean Elliot Senior est une sorte de génie insidieux. Son génie n’apparait comme une évidence qu’après écoute attentive et prolongée. Le 8 janvier dernier, ce mystérieux artiste est venu me voir à l’agence (accompagnée de son attachée de presse, Flavie Rodriguez. Que je remercie.) (Je cite souvent les attachées de presse indépendantes. Elles le méritent.)

3158164057-1.jpgBiographie officielle :

Balade Sauvage, le premier album de Jean Elliot Senior, raconte en 13 titres l’aventure d’une plante d’appartement qui décide un matin de s’échapper pour retourner vivre dans la forêt tropicale. Dans la lignée des concepts album des années 70, Balade Sauvage peut également s’entendre comme l’évocation de la perte de l’adolescence et de ses illusions… L’album a été enregistré et mixé par Dave Odlum  et mastérisé par John Golden. Dave Odlum vient de remporter un Grammy Award pour son travail avec Tinariwen. Tous les morceaux, paroles et musiques sont de Jean Elliot Senior, qui joue aussi tous les instruments, à part les trompettes et les cordes. Jean Elliot Senior a 30 ans, il est né en Argentine et est arrivé en France alors qu’il avait 3 ans. Balade Sauvage est son premier album (que vous pouvez écouter là et dont voici le teaser).

nicolas robin 2.jpgInterview :

Vous arrivez avec un album directement, sans passer par la case EP. Ça devient rare.

Dans mon parcours musical, ce n’est pas mon premier disque. Avant, j’étais dans un groupe instrumental, Crèvecœur. Le groupe a duré 8 ans et on a beaucoup tourné en Angleterre et en Irlande. On a fait 180 dates en 4 ans concentrés et nous avons enregistré deux albums.

Vous étiez quoi au sein du groupe ?

Je pense qu’on peut dire que j’étais le leader. J’étais aussi à la guitare et à la création musicale. Je composais et on affinait en groupe. On a été toujours à la marge, c’est pour ça que nous n’avons jamais percé en France. En 2003, ici, les gens du milieu nous disaient qu’ils adoraient, mais ne comprenaient pas que « ça ne chante pas ».  On s’est donc dit qu’on allait essayer ailleurs. Là-haut, ils ont apprécié. En Angleterre, ils ne se posent pas la question. S’ils aiment bien, ils font jouer. On a joué 7 fois à Londres, une fois à Paris.

Vous avez baigné dans la musique dans votre jeunesse ?

Oui, pas mal. Ma grand-mère dirigeait une chorale pendant très longtemps. Petit, on m’a un peu forcé à y participer. Un peu plus tard, je me suis mis à la guitare, tout seul. C’était ma décision.

Vous avez appris la guitare dans une école ?nicolas robin.jpg

Non, en autodidacte. Depuis toujours, j’ai toujours une approche punk. « Do it yourself ». Le piano et la guitare, j’ai appris seul. Je fais toujours les choses d’abord, je vais au bout de la création, du processus, sans regarder autour de moi et surtout, sans faire suivant les codes. Je ne me mets aucune barrière.

Comment avez-vous appris seul ? Ce n’est pas évident…

J’ai joué sur les morceaux que j’aimais bien. Je cherchais la note en écoutant le morceau. J’avais des copains qui savaient jouer et qui m’ont montré 4 accords. Rien de plus.

Vous savez lire le solfège ?

Pas du tout. Je travaille beaucoup avec Luc, qui lui aussi était dans le groupe Crèvecœur et qui, lui a eu un parcours classique. Il a fait le conservatoire. Il est prix de solfège d’écriture. Quand on travaille ensemble, il adore. Moi, je suis l’instinctif, le côté émotionnel et artistique et lui, il est le côté technique. J’ose des suites d’accords que lui n’oserait pas, il aime bien.

Vous êtes né en Argentine, mais vous n’y êtes resté que deux ans. Et vous avez vécu pas mal de temps au Mexique…

C’est un pays qui m’a marqué. C’était à la fin des années 90,  une période de ma vie où je me cherchais. Je suis resté longtemps, j’ai même travaillé là-bas. Le choc des cultures m’a un peu traumatisé. Ils avaient 50 ans de retard. Culturellement, c’était très frustrant, et il y avait déjà la violence, les assassinats…

Du coup, retour au bercail pour vous.

Retour même en catastrophe, j’étais malade. Par contre, musicalement, j’ai retenu leur façon de faire des morceaux d’apparences gaies, entrainantes, mais qui ont des paroles très tristes.

Le clip de "Mauvaise Herbe".

Cet album, Balade Sauvage, est étonnant. Vous y racontez l’histoire d’une plante d’intérieur qui ne rêve que de quitter l’appartement où elle se trouve. Pourquoi passer par ce prisme-là pour parler de l’adolescence et du besoin d’évasion et de liberté ?

Je n’ai fait que de la musique instrumentale jusqu’à présent et cet album-là m’est tombé dessus en 15 jours. Je n’avais pas forcément envie de faire quelque chose tout seul. Ça venait au rythme quasiment d’une chanson par jour. Les textes,  la musique, l’ambiance, l’intention  me sont tombés dessus comme ça. Ça m’a presque fait peur.

Vous aimez la chanson française ?

Je ne suis pas très à l’aise avec elle. Ce n’est pas ma culture. Je n’en écoute pas et elle ne m’intéresse pas, sans que cela soit péjoratif. Ce n’est pas mon univers, donc j’avais le souci de me détacher de ça. Je voulais faire les choses en background avec mon parcours musical. Du coup, je me suis lancé dans ce concept album, un peu à l’américaine.

Je vous trouve gonflé de débouler avec un album comme le vôtre.

Ça s’est imposé, il n’y a rien de réfléchi là-dedans. En tout cas, cette métaphore sur l’adolescence me tenait à cœur. Et cet album est plus personnel qu’il n’y paraît. Il y a des petites touches de ma vie, que j’ai voulues très discrètes…

Comme vous parlez d’une plante, vous avez féminisé vos textes.

J’aimais bien cette loufoquerie. Une voix d’homme qui chante quelque chose de féminin, l’idée me plaisait beaucoup.

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(Photo: Nicolas Robin)

Il y a dans Balade Sauvage des interludes, des instrumentaux. Des réminiscences de Crèvecœur ?

Parfois, un petit bout de musique se suffit à lui-même. Pas besoin d’ajouter des paroles.

Il faut préciser que vos chansons peuvent s’écouter indépendamment.

Oui, j’ai fait très attention à ça. Chaque morceau à sa propre histoire. Je ne voulais pas me fermer des portes avec des morceaux monolithiques, compacts et indissociables.

L’enregistrement aussi s’est fait rapidement. Tout dans l’urgence, comme le reste.

Contrairement à beaucoup de musiciens actuels, je ne suis pas du tout adepte des home studios. Je laisse faire ceux qui savent faire. Je suis inculte totale des logiciels de son et compagnie. Je n’y comprends rien et ça ne m’intéresse pas. Moi, je suis plutôt adepte des studios à l’ancienne. Une session studio, pour moi, c’est une carte postale musicale instantanée. C’est une photo, un polaroïd d’un instant T. Je n’aime pas l’idée de peaufiner pendant 6 mois dans un home studio. Je n’aime pas le lisse.

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La pochette est superbe.

C’est moi qui ai pris la photo. Je réfléchis à tout de A à Z. De la musique à la pochette. Je suis très cérébral sur le visuel. Cette photo que j’ai prise dans le sud de la France s’est imposée, un peu comme le reste. C’est une métaphore, la nature, une fille, le côté vert et un peu rétro, sans forcément mettre mon nom, à l’ancienne quoi.

Vous jouez tous les instruments…

C’est toujours le souci de « fais-le toi-même, ne te pose pas de question, tu n’es pas plus bête qu’un autre !». Quand je joue du piano, je ne sais pas ce que je fais. C’est une mémoire visuelle. Je tâtonne et je retiens les enchaînements. Je fais ça sur tous les instruments.

nicolas robin concert.jpgVous avez l’oreille absolue ?

Non, mais j’ai l’oreille musicale. J’entends très bien quand c’est juste ou quand c’est faux.

Comment vous vivez cette période de sortie de votre premier album ?

J’en suis fier et content et en même temps, il y a une part que je n’assume pas. La voix, le chant, je n’y suis pas encore familier.

Vous n’avez pas peur des critiques ? Que l’on dise que votre disque est trop lugubre et mélancolique?

Les critiques positives, c’est bon pour l’ego, les critiques négatives, c’est bon pour avancer. Et sinon, je prends ça comme un compliment. Lugubre et mélancolique, ça me va (sourire).

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Jean Elliot Senior, pendant l'entretien... (Photo : Flavie Rodriguez).

(Un grand merci à Nicolas Robin pour toutes les photos professionnelles qui ornent l'interview.)

28 janvier 2013

Grégory Asher : interview pour la première du Bachelor sur NT1

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J’aime quand des potes commencent à sérieusement faire parler d’eux, progressent dans leur métier, s’épanouissent dans le domaine où ils excellent. C’est le cas de Grégory Asher, animateur que j’ai connu à RTL2 en 2004 lorsque j’y officiais en tant que « flashman ». Nous nous sommes tout de suite bien entendus. Aujourd’hui encore, il y coule de beaux jours radiophoniques.

Ce soir, il y a la première du Bachelor sur NT1.

Et alors ?

Et alors, c’est justement Grégory Asher qui présente l’émission.

Voilà, désormais, pour briller en société, je peux lancer avec détachement, comme ça, l’air de rien : « tu sais que je suis pote avec le mec qui présente le Bachelor ? »

 Ça en jette un max. Je trouve. Hum…

Bref, j’aime bien mettre en avant les amis qui font le même métier que moi (ou presque). Le 17 janvier dernier, il est venu à l’agence me parler de cette aventure, mais aussi de sa carrière et de ses projets.

Sa biographie sur le site du Bachelor :

Grégory a fait ses armes dans une radio régionale avant de rejoindre RTL 2 en 2004 où il anime maintenant la tranche matinale du 9h/13h.  Passionné de musique, la station lui a également confié l'animation des concerts privés live et les interviews des plus grandes stars internationales et françaises. Depuis 2010, Grégory Ascher présente également World Series of Poker et le World poker tour sur RTL9, il est aussi l'un des présentateurs du tirage du Loto sur France 2. À chaque cérémonie de la rose, Grégory Ascher reviendra sur les enjeux de l'aventure et accompagnera notre gentleman tout au long de sa recherche du grand amour.

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Interview :

Je peux te parler de tes débuts à Radio Campus ?

Oh ! Mais toi, tu as lu ma fiche Wikipédia ? Je ne sais même pas qui s’occupe de cette page.

Je vais passer directement à RTL2, si tu le veux bien. Nous, on s’est connu là-bas. Tu faisais les nuits… aujourd’hui tu animes le 9h-13h tous les jours du lundi au vendredi.

Il y a 5 ans et demi que j’occupe cette tranche.

2529741873_1.jpgEt je sais que les derniers sondages étaient excellents pour RTL2 et pour ton créneau perso.

Ceux de janvier atteignent des records. On n’a jamais eu autant d’auditeurs en 18 ans d’histoire. Et entre 9h et 13h, on n’a jamais eu autant de monde. On a claqué le million, donc c’est vraiment chouette. Écoute, ce n’est pas fondamental, mais pour un animateur, il vaut mieux être dans le vert que dans le rouge, quoi qu’on en dise. Avec l’équipe, quand on apprend ça, on est content, et dès le lendemain, on passe à autre chose…

Toi qui aimes improviser, je le sais, ce n’est pas lassant d’animer du flux musical ?

Le flux, ça a ses avantages et ses inconvénients. Ça te permet de ne pas perdre un temps immense en préparation, ça te permet aussi d’être tout seul si tu n’as pas envie de travailler en équipe. Si ça marche, ce n’est pas que grâce à toi, mais c’est surtout grâce à la musique, mais si ça ne marche, ce n’est pas qu’à cause de toi, mais c’est aussi à cause de la musique. Travailler à RTL2,  c’est flatteur, tu en sais quelque chose. La musique est bonne et la radio a une belle image.

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Très sincèrement, je trouve qu’il faut avoir un réel talent pour faire du flux. C’est extrêmement difficile d’être original. Je le sais, je me suis adonné à cet exercice pendant  des années et ce n’est pas ce que j’ai fait de mieux dans ma carrière.

Si tu veux bien faire du flux, il faut être carré, parce que tu as au maximum 20 secondes. Ce qui va faire la différence, c’est le sourire, c’est ton timbre de voix. Il faut réussir la petite tournure qui va plaire aux gens, la petite news originale sur l’artiste ou liée à l’actualité. Il faut que les auditeurs sentent qu’on est connecté avec eux.

Bon, en plus, tu présentes les interviews très très privées et les concerts RTL2.

Oui, je trouve que tout ça s’emboite bien. Je ne bosse pas à RTL2 pour le côté alimentaire, mais parce que j’ai beaucoup de plaisir à faire de la radio. Moi ce que je voulais, quand j’étais gamin, c’était faire de la radio. Ça n’a jamais bougé et ça n’a jamais dévié. Savoir que tous les jours, j’ai la chance de monter les marches du 22 rue Bayard, que tu connais, cela m’enchante. Le lieu est majestueux, tu rentres dans un des plus beaux studios de Paris. Tu es porté et il faudrait être sacrément con pour être lassé de ça.

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Ce qui est bien avec ce créneau du 9h-13h, c’est que tu peux travailler ailleurs l’après-midi. La télévision, notamment. Tu animes des émissions de poker par exemple.

J’étais moi-même un joueur de poker. On m’a proposé il y a deux ans et demi de commenter  avec Alexia Portal les championnats du monde 2010 de poker à Las Vegas pour RTL9. On a tourné 20 émissions dans une limousine. J’avais les jambes en compote et le genou sur la tête… mais télévisuellement, c’était super à faire. Après le groupe AB m’a proposé de commenter, en cabine, les World Poker Tour. Je les commente encore aujourd’hui avec Vanessa Hellebuyck, qui est championne du monde de poker. Là, on est plus dans des termes techniques parce que l’on parle à des joueurs confirmés. On enregistre une ou deux après-midi par semaine.

Et tu animes aussi parfois le loto, en direct sur France 2.

Quand on m’a proposé cette émission, ça m’a étonné. Jamais dans ta vie, tu te dis, « je rêve de présenter le loto à la télé ». Moi, comme je n’ai pas de plan de carrière, ce sont les rencontres qui influent sur mes décisions professionnelles. 

Et tu aimes ça, présenter le loto ? En sachant que tu ne me diras pas le contraire…

Il y a deux choses géniales dans cette aventure. C’est du direct et aujourd’hui, du direct, c’est de plus en plus rare. Je suis juste après Pujadas ou Delahousse, je t’assure que je vis une minute trente de pure adrénaline. Tout est extrêmement cadré. Il y a des termes auxquels tu ne peux pas échapper, mais j’essaie d’avoir mon propre style en ayant toujours une anecdote originale. C’est un peu comme le flux radio finalement. On ne peut pas sortir du cadre, mais on essaie quand même. Il n’y a pas d’émissions ultimement ringardes ou ultimement branchées, c’est toujours ce que tu en fais.

Aujourd’hui, ton actu, c’est le Bachelor. Tu animes la nouvelle saison sur NT1.

Lors de ma première jeunesse bordelaise, j’ai été journaliste cinoche. Ce que je vis en ce moment me fait penser à ses acteurs qui tournent un film et qui doivent faire la promo un an après, alors qu’ils en ont déjà tourné un ou deux films depuis. Pour moi, c’est curieux de venir t’en parler si longtemps après le tournage. Il fallait trouver la bonne date de diffusion et il y avait tout un travail de com’ à faire…

La bande annonce de la première émission, celle du 28 janvier 2013.

As-tu accepté tout de suite de devenir l’animateur du Bachelor ?

Je trouvais que tourner cette émission était une expérience qui ne se refusait pas. D’abord, TF1 productions est une équipe de haut niveau. Le Bachelor n’est pas de la télé poubelle, ni de la télé-réalité trash à deux balles, il y a une vraie élégance dans ce programme. Il y a beaucoup d’argent investi, de beaux décors, cette émission fait rêver.

Mais, là, tu sais qui a gagné ?

Oui, je te dis. On a tout tourné.

Et donc ?

C’est ça. Tu crois que je vais te le dire.

On n’est pas aussi pote que je le pensais… (Faussement vexé).

Je ne te le dirai pas, petit malin !

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Tu as déjà vu les images de l’émission.

Oui, j’ai tout vu puisque je suis aussi la voix off de l’émission. J’interviens pas mal dans la première émission pour mettre en place les règles du jeu. Le plateau de bonjour, l’explication de la maison, la présentation et celle d’Adriano (le Bachelor 2013), la première cérémonie de la rose. Je te le vends bien ou pas ?

Tu es doué Grégory.  À ce propos, fais-tu de la promo pour cette émission ?

Oui, elle a commencé. C’est beaucoup de la promo 2.0. Maintenant, il y a Facebook et Twitter, je m’en sers beaucoup. Je vais faire des live tweet, c'est-à-dire que je vais commenter en direct avec les gens qui suivent l’émission.

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Le Bachelor sur NT1, c’est le Bachelor du pauvre d’M6, c’est ça ?

Non, mais ça ne va pas ! On ne voit aucune différence entre les deux versions. Le lieu de tournage est absolument extraordinaire, un truc de malade. Il y a un parc, une piscine, ça ressemble à un château. Les protagonistes de l’émission ont voyagé dans toute l’Europe pour leurs rendez-vous. Ils ont fait des balades en hélicoptère, en bateau, dans des endroits à couper le souffle… non je t’assure, c’est un truc de dingue. Si tu fais un Bachelor cheap, ça se voit tout de suite.

Sinon, tu es tombé amoureux combien de fois ?

Zéro. Tu es fou, tiens, je vais embrasser mon alliance. (Et il embrasse son alliance). Sinon, je peux te répondre différemment. Je m’interdisais d’avoir des contacts avec les filles, en tout cas, le moins possible. Elles sont en immersion. Elles n’avaient pas de portable, pas d’ordinateur, elles étaient dans le jeu, dans la compétition, Adriano aussi. Moi, j’avais le rôle du bon pote d’Adriano. J’étais son compère, son complice, il ne fallait pas que je copine trop avec les filles.

7754192856_gregory-ascher.jpgC’est quoi ton secret pour être un bon animateur ?

Quelle question, je te jure ! Mais, je vais te répondre quand même. À la radio et à la télé, quel que soit le type d’émission que tu présentes, il faut essayer d’être le plus naturel possible dans un environnement qui ne l’est absolument pas. La clé, c’est ça. Si tu ne t’amuses pas, les téléspectateurs vont voir que tu ne t’amuses pas. Si tu passes ton temps à vouloir contrôler ce qu’il se passe, ils vont voir que tu passes ton temps à contrôler. Il faut être soi, ça passe toujours mieux, j’en suis convaincu.

Espères-tu que cette émission te fasse franchir un nouveau cap professionnel ?

Encore une fois, je n’ai pas de plan de carrière. La seule chose que je voulais ardemment quand j’ai commencé ce métier, c’était de bosser sur une grosse radio nationale parisienne. J’ai la chance de le faire depuis 9 ans sur RTL2. Aujourd’hui, je n’ai plus 20 ans, avec les dents qui rayent le parquet. Je suis marié, j’ai un enfant, j’ai donc des responsabilités et je ne réagis plus de la même manière. J’ai des rêves comme tout le monde, des envies, mais je me laisse porter. On verra bien ce qu’il se passe. J’ai envie que cette émission marche pour une simple et bonne raison : j’ai vu l’investissement des gens autour de cette émission. La soixantaine de personnes qui travaille sur Le Bachelor s’est battue pour que cette émission soit intéressante, élégante et classe. Après, pour moi, c’est sûr, il vaut mieux être dans une émission qui marche que dans une émission qui ne marche pas du tout, professionnellement parlant, c’est une évidence. Maintenant, le héros de l’émission c’est Adriano.

Comment va évoluer ta carrière selon toi ?

Mais franchement, je ne sais pas. Je ne sais pas ce qui va se passer pour moi. Je ne vais pas te mentir à toi François. Je ne suis pas dans une promo tout à fait normale, là. Si je te dis que je n’ai rien prévu et que je ne sais pas de quoi demain sera fait, c’est que c’est la réalité.

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Grégory Asher et Mandor, le 17 janvier 2013 après l'interview.

Pour finir (et pour la rigolade), j'ai ressorti deux archives datant de nos années communes à RTL2.

Juillet 2004, avec aussi Stéphane Caza (qui anime désormais les matinales de Chérie FM)

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Décembre 2007, avec aussi à ma gauche Guillaume Aubert (qui anime le 17h-20h d'RFM) et à ma droite, notre assistante de choc, Ally Wood.

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