Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

14 février 2013

Jérôme Attal : interview pour Le voyage près de chez moi

jérôme attal,le voyage près de chez moi,stéphane million éditeur,interview,mandor

En ce jour de Saint-Valentin, Jérôme Attal sort Le voyage près de chez moi. J’ai décidé de parler de ce livre moi aussi aujourd’hui, pour inciter mes lecteurs à offrir ce petit bijou littéraire aux femmes aimées. Parce que c’est une comédie romantique, parce que l’auteur sait parler aux/des femmes comme personne (il sait parfaitement les sublimer) et parce qu'il fait sourire à chaque page.

Jérôme Attal est un habitué de ses chroniques. Vous allez donc lire sa 9e mandorisation. (Les précédentes mandorisations : pour une présentation générale du monsieur, pour L’amoureux en lambeaux, pour Les Beatles, en rouge et en bleu, pour Le garçon qui dessinait des soleils noirs, pour Journal Fictif d’Andy Warhol , pour Pagaille Monstre, pour Folie furieuse et enfin pour L’Histoire de France racontée aux extraterrestres.

jérôme attal,le voyage près de chez moi,stéphane million éditeur,interview,mandor4e de couverture :

Après dix-sept ans passés dans le même petit appartement, le héros, vivant de sa plume, décide de déménager dans la rue d'à côté. Ne souhaitant pas ennuyer ses amis, en plein mois de décembre, il décide de transbahuter une vie de livres et de CD dans un petit cabas jaune à roulettes. C'est lors de ce voyage près de chez lui qu'il se lance un dernier défi : accoster la jolie voisine qu'il n'a jamais eu le courage d'accoster durant toutes ces années.

Un livre drôle, tendre et trépidant.

Embarquez avec lui pour un voyage haut en couleur ! Irrésistiblement romantique.

Ce qu’en dit l’auteur lui-même sur un statut Facebook publié ce matin :

Le voyage près de chez moi, est un roman d'aventures sentimentales, un voyage intime, tendre, féroce et trépidant. Entre les Trois mousquetaires d'Alexandre Dumas et Coup de foudre à Nothing Hill de Roger Michell...On y trouve aussi beaucoup du film "Drive" ou de "Bullitt" mais les voitures ont été remplacées par un caddie jaune, pour des raisons évidentes de budget et surtout parce que les autos rutilantes et qui vont vite c'est vraiment la civilisation du godemichet (comme le dit le philosophe Jean Baudrillard).
Dans Le voyage près de chez moi, il est question de chansons, de cinéma, de littérature, de rencontres, de coups de foudres qui ne dépassent pas le stade de l'orage, et d'autres qui atteignent leur cible. En résumé, c'est un roman pretty irresistible !

La bande annonce...

L’auteur :

Jérôme Attal est l’un des paroliers les plus en vue de la scène musicale française : Johnny Hallyday (« Un tableau de Hopper »), Michel Delpech, Eddy Mitchelln Florent Pagny, Jennifer (« L’envers du paradis »). Il est l’auteur de 6 livres parus chez Stéphane Million Éditeur.

Pagaille Monstre sort ce mois-ci chez Pocket.

jérôme attal,le voyage près de chez moi,stéphane million éditeur,interview,mandor

(Photo : Arnaud Le Guilcher)

Interview :

Alors, si on fait le pitch de ton nouveau livre, c’est l’histoire d’un type qui déménage d’une rue pour la rue d’en face.  Initialement, un tel sujet devrait faire fuir un éditeur, or, là, c’est ton éditeur Stéphane Million qui t’a incité à écrire cette histoire.

Je lui racontais que j’étais en train de déménager d’une rue à l’autre, je pense qu’il a trouvé cela très ridicule. Mais la superbe du ridicule, c’est de devenir romanesque. Il a donc considéré que cela faisait un super sujet de roman. Il a eu raison. Ce livre est un terrain d’écriture cohérent, par exemple avec mon journal en ligne que je tiens depuis 15 ans.

J’ai lu tous tes livres, tu le sais. J’estime que c’est celui dans lequel tu te dévoiles le plus. Je trouve presque que c’est une biographie de ta vie, déguisée, agréable à lire, pas chiante, voire même souvent amusante, en tout cas, très divertissante de la première à la dernière page.

Mais, souvent, j’extrapole vers le roman. Remarque, je l’ai peut-être un peu cherché si les lecteurs imaginent que c’est ma vie… le héros s’appelle Jérôme et a une vie qui ressemble à la mienne. Il y a quand même une intrigue de comédie romantique dans ce roman. Le type a vécu 17 ans au même endroit et il n’a jamais réussi à parler à la fille dont il est éperdument amoureux et qui habite de l’autre côté de la cour. Toutes ses stratégies ont échoué. Par exemple, essayer de descendre ses sacs-poubelle en même temps, faire le tour du pâté de maisons pour la croiser, et quand il l’a croise il pense s’être fait démasquer… bref, que des pauvres stratégies, grotesques et grossières. Il ne lui reste plus que 15 jours de déménagement, il a 15 jours pour enfin lui dire quelque chose.

Le Jérôme de ton livre, dans ses tentatives désespérées de contacter cette jeune femme, il frise un peu le pathétique quand même…

Il est vaillant. Il s’acharne parce qu’il a eu un précédent avec une autre voisine qui habitait au-dessus de chez lui à qui il a essayé de dire dans les escaliers un « bonjour, ça va ? ». Il était un peu stressé, il a lancé un « ça va » qui aurait pu l’air d’un « ça va pas la tête ! ». Donc la fille a pris peur et elle s’est barrée.

jérôme attal,le voyage près de chez moi,stéphane million éditeur,interview,mandor

Je reviens à la charge. C’est le premier livre dans lequel tu t’assumes un peu. Le héros, c’est toi.

Dans L’Histoire de France racontée aux extraterrestres, il y avait déjà des passages de ce style. Dans Pagaille monstre aussi, il y avait de sacrés bouts de moi. J’y raconte les aventures d’un jeune type qui arrive à Paris, il est étudiant en cinéma… c’est ce que j’ai fait en arrivant à Paris. Comme pour l’écriture de chansons, je travaille toujours dans une sphère assez autobiographique.

Pourquoi toujours romancer ? Ne penses-tu pas que ta propre vie suffirait à faire un roman ?

Gilles Deleuze que j’adore dit : « on a envie d’écrire et de créer quand il y a un décalage entre ce qu’on est, ce que l’on ressent et ce que la vie nous donne ». Ce qui est chouette avec l’écriture, c’est que sur un même moment ou une même rencontre, tu peux explorer des tas de directions.

Je jubile quand je te lis, car dans ce roman à l’intrigue fort simple, tu nous as encore offert des tas d’aphorismes dont tu as le secret.

On peut dire que les intrigues de Fitzgerald sont assez simples, mais c’est ce qui différencie l’écriture d’une autre forme d’expression : on n’est pas obligé de faire quelque chose de complexe. Mon livre peut paraître simple, mais à mon avis, il ne l’est pas dans ses réflexions et dans ses chemins.

Je vais citer un aphorisme qui correspond au jour où je vais publier cette chronique, le jour de la Saint Valentin : « On ne peut pas demander la lune à une personne qui, quand on la regarde, n’a pas les étoiles dans les yeux. »

Oui, elle est pas mal. Mais, pour la Saint Valentin, c’est bof.

Tu as raison. Bref, j’ai aussi remarqué que tu es de plus en plus drôle de livre en livre.

J’aime ce genre littéraire dans lequel le héros est plongé dans des situations un peu cocasses. C’est l’éternel jeune homme. C’est mon côté littérature Américaine, Salinger et Fitzgerald. Je ne me refais pas. Dans mon registre, les situations et le monde sont un peu trop sur une diagonale différente que le cœur du héros et sa « pureté ». Ça donne des situations souvent drôles.

jérôme attal,le voyage près de chez moi,stéphane million éditeur,interview,mandor

Dans ce livre, tu évoques ton métier de parolier. Parfois, il y a des trucs qui t’exaspèrent par rapport à la perception qu’en ont les gens.

Quand on me reproche d’avoir écrit une chanson pour Jenifer et qu’elle est jugée comme une chanson de variété quelconque, j’ai envie de conseiller à ces gens d’écouter les paroles de « L’envers du paradis ». Quand ce sont en plus des professionnels qui ne me permettent pas de participer à tel projet à cause de ça, oui, ça me donne envie de hurler. Dans Le voyage près de chez moi, on voit toutes mes activités. Le côté parolier, ma vie d’écrivain, le type qui essaie de faire des courts-métrages pour le cinéma. J’ai montré tous mes champs d’action de l’écriture.

C’est en cela que je dis qu’on en apprend plus sur toi. On connait plus Jérôme Attal à travers ce livre.

Je reconnais en toi la naïveté feinte de l’intervieweur chevronné.

Tu parles de ma naïveté feinte, parfois le Jérôme du roman, il est sacrément naïf.

Mais, c’est une posture poétique, François, voyons !

Tu racontes qu’on te considère aujourd’hui comme un écrivain, mais pas que comme parolier, tu dois encore te battre dans ce milieu de la musique. Tu écris : « Le problème avec les chansons, c’est que vous repartiez toujours de zéro, ce n’est pas parce que vous aviez écrit un beau texte qu’on vous considérait différemment. »

Je dis même qu’on n’arrête pas d’essayer d’émerger dans un monde qui sombre. Ce n’est pas parce qu’on a écrit des textes de qualités et retentissants qu’on est mieux considéré. En même temps, je suis l’un des rares auteurs de chansons qui travaillent le plus. Il y a beaucoup d’interprètes, mais en France, on a perdu la volonté de faire des chansons qui rentrent dans la vie des gens et que tu as envie d’écouter en boucle. Je crois que le milieu de la musique doit impérativement refaire confiance aux auteurs et aux compositeurs. On n’en manque pas ici. Je montre dans ce livre qu’écrire des chansons, c’est très difficile et que c’est souvent un parcours du combattant pour les imposer.

jérôme attal,le voyage près de chez moi,stéphane million éditeur,interview,mandor

Ce qu'en dit l'hebdomadaire Elle de cette semaine...

Tu écris aussi que tu ne crois pas à l’adage qui veut que les gens qui ont du talent finissent tous un jour ou l’autre par être reconnus. Je ne sais pas si tu parles pour toi, mais on peut dire que ton talent est aujourd’hui reconnu.

Mais pas suffisamment pour être libre de faire ce que je veux. Et encore, j’ai un éditeur qui, lui, me laisse libre et le temps de bâtir une vraie œuvre littéraire. Mais, pour la musique, il y a quand même 75% de mon travail qui ne voit pas le jour. Il y a des chansons qui existent et qui sont en attente. Si j’étais plus reconnu, les choses seraient plus faciles. Mon travail ne se perdrait pas autant.

Depuis que je te connais, 6 ans à peu près, ta notoriété a sacrément évolué Jérôme. Doucement, mais sûrement.

Je viens de nulle part, mes parents n’étaient pas dans ce milieu. J’ai travaillé. J’ai beaucoup travaillé. C’est la persévérance et de l’opiniâtreté. 

Et elle paye.

Mais pas suffisamment par rapport à ma force de travail, à ma volonté et à mon enthousiasme. Je trouve que je suis sous employé par le milieu de la musique. Tout le monde croit qu’il sait écrire. Eh bien non. On est loin de la phrase de Cioran qui dit qu’il rêverait d’un monde où on mourrait pour une virgule…

Ce livre-là est peut-être ton livre le plus « grand public ».

Oui, j’avais envie d’écrire un livre très simple et populaire. Je me suis amusé à l’écrire et je suis sorti de ce qui est calibré. J’ai essayé de faire en sorte qu’il y ait une jolie phrase le plus souvent possible.

jérôme attal,le voyage près de chez moi,stéphane million éditeur,interview,mandor

Même Tony Montana va acheter Le Voyage près de chez moi pour sa femme!

Tu écris aussi dans Le voyage près de chez moi qu’à peine un roman en librairie, tu songes déjà au prochain ?

Ce que je dis, c’est que c’est difficile d’être content de soi sur une forme fixe de 200 ou 300 pages. J’ai toujours envie d’écrire un livre encore plus parfait la fois prochaine.

Si je t’écoute bien, celui-ci est mieux que L’Histoire de France expliquée aux extraterrestres.

(Long silence).

Alors… non, parce qu’il est quand même très différent. Ton retournement de question, là, est un bon retour à la Connors. J’aimerais bien te rendre un bon passing à la Lendl, tu vois. Bon, je vais essayer de t’expliquer clairement. Quand je relis un de mes anciens livres, je vois toutes les directions que je n’ai pas prises et que j’aurais pu prendre, donc ça me donne envie et l’appétit d’écrire un nouveau roman. C’est pareil quand je lis des livres qui me plaisent et qui ne sont pas de moi. Ils peuvent me donner envie d’écrire. Ce sont des impulsions pour essayer toujours de s’améliorer. C’est la différence entre la vie et l’art. La vie, c’est quand même une lente dégradation physique de ce qu’on est. Au contraire, on devrait arriver à une forme le plus parfaite possible de ce que l’on créer. C’est peut-être illusoire, je ne sais pas.

Pagaille monstre sort chez Pocket. C’est la première fois qu’un de tes livres sort en poche. Alors, heureux ?

C’est très émouvant. Il a un numéro de Pocket comme JD Salinger a un numéro de Pocket. Il y a un truc symbolique que j’aime bien.

jérôme attal,le voyage près de chez moi,stéphane million éditeur,interview,mandor

11 février 2013

BaliMurphy : interview pour La Déroute

13 02 BALIMURPHY 17832.jpg

Photo: Nicolas Bera(t)

balimurphy-pochette.jpgLes Balimurphy sortent un nouvel album. Un bijou intitulé La Déroute (Sam Records / distribution AMG). Voilà un groupe belge qui allie avec merveille, la forme et le fond. Musicalement et textuellement, ce disque est impressionnant. Les trois membres originels de la formation, Cédric Van Caillie, Mathieu Catala et François Delvoye sont venus exprès de Bruxelles pour cette interview exceptionnelle (merci à leur attachée de presse,  Flavie Rodriguez). Le 11 janvier dernier, nous nous sommes réunis dans un bar du 10e arrondissement de Paris. Devant une bouteille de Naoussa, un vin grec, très léger, nous avons conversé tous les quatre. Rarement, j’ai entendu un tel discours sur la façon d’aborder la musique et les textes. Certes, j’ai bu du vin, mais surtout leur parole.

Biographie officielle :

Après quatre années passées sur les routes avec l’album Poussière (2008), le groupe revient avec La Déroute, résultat de deux ans de travail et d’une collaboration avec Kris Dane à la direction artistique. Continuant d’explorer les régions musicales, les rencontres entre sourires en coin et pessimisme lucide et poétique, le groupe a privilégié ici des couleurs plus blues et électriques. Un nouveau développement d’une formation au fonctionnement atypique, avec des textes soumis par Mathieu Catala (textes et percussions) et François Delvoye (textes/guitares) au chanteur/guitariste Cédric Van Caillie et à l’ensemble du groupe composé également de Rodolphe Maquet (basses) et Martin Lauwers (violon, claviers).
L’album La Déroute est empreint d’une certaine noirceur issue des expériences personnelles et des pulsations d’un monde qui court un peu plus vers on ne sait pas toujours très bien quoi.

13 02 BALIMURPHY 17754.jpg

Photo : Nicolas Bera(t)

Interview :

Il se passe pas mal de temps entre deux disques chez Balimurphy.

François : Entre Poussière et La déroute, il s’est passé 4 ans. Avant ça, notre rythme était de tous les deux ans, voire tous les ans et demi. Ce n’était pas vraiment des albums officiels, mais plus des démos autoproduits. Avec Poussière, on a pas mal tourné, en Belgique et en Europe, donc on a pris plus de temps pour faire le suivant.

Poussière, c’est vraiment l’album qui vous a donné une plus grande visibilité.

Mathieu : On n’est pas à la une des magazines, certes, mais on a tourné dans des salles de grandes renommées, en France et dans pas mal d’autres pays.

En Belgique, vous êtes déjà très réputés.

François : En Belgique francophone, plus précisément. Quand tu fais de la musique en Français en Belgique, tu touches un public relativement réduit. Bruxelles, la Wallonie, ce n’est pas énorme. Pour nous c’est intéressant de s’exporter partout, même dans les pays non francophones. La barrière linguistique est compliquée à franchir, ce n’est vraiment pas évident dans un sens comme dans l’autre. Il y a le moment ou l’on veut d’abord s’épanouir dans notre propre pays pour commencer à franchir la frontière et finalement, très vite, on se dirige vers la France, comme tous les groupes belges francophones.

DSC06485.JPG

De gauche à droite Cédric Van Caillie, François Delvoye et Mathieu Catala.

13 02 BALIMURPHY 17845-2.jpgPour toucher les deux Belgique, n’aurait-il pas fallu que vous interprétiez vos chansons en français et en anglais ?

François : On fait ce qui ressort de nous. Mathieu et moi, nous écrivons les textes et nous sommes d’expression française avec une écriture littéraire prononcée. On n’a pas envie d’écrire différemment dans le but de s’expatrier et de s’exporter.

Mathieu : Si nous procédons dans une démarche commerciale, ce sera forcément une mauvaise démarche. En revanche, c’est une démarche artistique qui pourrait nous intéresser un jour si nous rencontrons un auteur flamand.

Cédric : Il faudrait que je travaille mon accent alors.

Oui, Cédric, c’est toi qui chantes. Ce serait à toi d’assumer les textes. Bon, on sent que vous aimez les beaux textes et, c’est amusant, François et Mathieu, on a du mal à s’imaginer qu’il y a deux auteurs différents. On ne sait pas trop qui a écrit quoi tant il y a une cohérence entre les deux albums.

François : C’est parce qu’on se connait de mieux en mieux et d’album en album. Je suis plus d’accord avec toi pour La déroute que pour Poussière. On parle beaucoup plus, Mathieu et moi, et intellectuellement, on a compris l’autre. Du coup, il y a tout un univers qui se construit.

Mathieu : On était un peu rassuré dans notre démarche artistique. En tout cas, je parle pour moi, j’étais plus en confiance. François et moi, on a donc proposé un panel de chansons plus important à Cédric.

François : Et il y a eu un travail plus collectif sur les textes apportés. C’est Cédric qui choisit in fine ce qui lui parle. Peut-être que la cohésion dont tu parles vient du choix de Cédric.

Cédric : En fait, moi, je ne m’étais pas posé la question, c’est vraiment venu naturellement. Pour la première fois, dans toute l’histoire de Balimurphy, nous avons eu des réflexions sur les textes, ensemble, à discuter de chaque phrase, de chaque mot, chaque terme utilisé. On se demandait pourquoi ce mot-là, pourquoi pas un autre.

"Les soies précieuses"

Tu n’as pas envie d’écrire toi-même, Cédric ?

Cédric : Jusqu’à présent, je me disais « chacun son travail ». En fait, ça fait des mois que Mathieu, entre autres, me conseille d’essayer d’écrire. Je ne me l’interdis pas de le faire. Peut-être qu’un jour ça viendra. Passer après eux, c’est difficile. Mais tu sais, je suis très fier de chanter leurs mots. Ce sont des mots qui sonnent bien, ce sont des histoires cohérentes et intelligentes. Comme nous l’expliquions tout à l’heure, je n’écris pas sur le papier, mais on contribue tous à la création du morceau. L’acceptation d’un morceau peut prendre aussi bien 10 minutes comme 3 ans, c’est dire les discussions qu’il y a autour d’un texte.

François : Le défi dans cette organisation entre nous, c’est de ne pas perdre la force personnelle de chacun. Dans les textes ou dans la musique, quand trop de propos se mélangent on peut perdre la force originelle de l’apport de chacun.

DSC06483.JPG

Parlons musique à présent. Vos albums Poussière et La déroute ont des atmosphères différentes. La déroute me paraît moins pop rock, il est plus lent…

François : On a souvent qualifié Poussière de rock festif. Pour La Déroute, on voulait donner un peu plus d’atmosphère. On a pris ensemble la décision d’avoir un regard extérieur sur notre travail. On a pris Kris Dane, qui est directeur artistique de l’album et c’est notamment cette décision qui a donné cette couleur. Mais c’était une volonté qu’on avait à la base.

Mathieu : C’est une volonté qui est venue après la création de certains morceaux. On s’est13 02 BALIMURPHY 17875.jpg rendu compte qu’on allait vers ce nouveau chemin. La décision était de bifurquer ou d’aller à fond droit devant. On avait besoin de changer d’atmosphère, de changer notre univers. Et puis, on évolue, on vieillit.

Vous intellectualisez beaucoup votre travail.

Cédric : C’est important d’intellectualiser notre projet. Il faut savoir qui on est tout le temps, ce que l’on veut dire, où on veut aller, qui on veut être, est-ce que ce que l’on raconte est vraiment ce que l’on a envie de raconter. Moi, si je dois chanter un texte, il faut que je le sente et que je sois en totale adéquation avec le propos.

Mathieu : Nous voulons amener le texte au plus près du groupe. Dans cet album-là, on était beaucoup plus décomplexé par rapport au fait que François et moi sommes les seuls dépositaires des textes. Chacun à la possibilité de faire un travail éditorial sur le texte, chacun peut dire ce qu’il en pense sans tabou ni peur de vexer. 

DSC06489.JPG

François Delvoye (textes/guitare) et Mathieu Catala (textes et percussions)

Dites-moi, il faut ranger l’ego dans votre affaire.

François : Personnellement, je ne connais pas beaucoup de groupes qui fonctionnent comme on fonctionne. Deux auteurs et un chanteur qui n’écrit pas, c’est un cas de figure rare, mais intéressant. C’est un laboratoire dans lequel on expérimente. Peut-être que demain, on va changer ce cas de figure.

Mathieu : Ca évolue tout le temps et heureusement. Il n’est pas écrit dans les statuts du groupe que c’est François et moi qui devons écrire les textes.

13 02 BALIMURPHY 17928.jpgParfois, vous pensez à Cédric quand vous écrivez, puisque c’est lui qui chante ?

Mathieu : Non, jamais. On vit des vies, certainement différentes pour pleins de choses, mais  aussi plutôt similaires. On a le même âge, on va dans les mêmes endroits, on vit beaucoup de choses en commun et on écrit sur des thèmes suffisamment universels pour qu’il puisse s’y retrouver quelque part…

François : Cédric, je ne comprends pas. Tu n’as pas beaucoup apprécié mon texte sur la politique intérieure du Guatemala.

Cédric (en riant) : il faut qu’on en discute.

Vos textes parlent de l’être humain, des failles des hommes et de la mort…

François : On n’en a beaucoup discuté entre nous. Parler de la mort, c’est la meilleure façon de vivre. Un texte comme « Millésime », par exemple, est clairement une façon d’exorciser la mort. Pour contrer la société dans laquelle on vit, on occulte complètement la douleur, la maladie, la mort. « Millésime » est une chanson spontanée assez enlevée, relevée, assez légère finalement.

Mathieu : C’est une chanson à la base très personnelle et qui très vite s’est ouverte tant ce sujet est universel. N’importe qui dans la vie a déjà ou va être confronté à quelqu’un qui viendra lui annoncer la mort d’un proche. Comme le dit François, dans la société dans laquelle on vit, on est confronté à un processus extrêmement froid, extrêmement pudique. On n’admet pas la mort, on n’admet pas le mort. Il faut très vite tourner la page et le processus de deuil n’est pas du tout accepté.

François : En quelque sorte, c’est un peu notre façon de faire des rituels traditionnels comme des enterrements avec des explosions de douleurs et de joies.

Mathieu : Ce qui a été agréable pour nous, c’est de chanter cette chanson tous les cinq. Ça ramène à une espèce de veillée plutôt joyeuse ou chacun se renvoie la balle. L’idée est de dire que le deuil n’est pas une expérience personnelle, mais collective ou chacun peut interagir.

"L'Homo Ca Pionce"

Vous n’avez pas franchement une opinion très positive sur l’être humain, il me semble, en écoutant vos textes. Dans « L’Homo ça Pionce », par exemple vous dites que nous sommes une « espèce vaniteuse, futile, inutile ».

François : J’ai une très piètre opinion de l’être humain en effet, mais là, ça n’engage que moi et je me mets dans le même sac. A la base, je suis anthropologue. Ce n’est pas que je n’aime pas les humains avec lesquels je vis, mais je suis consterné par leur vanité, leur prétention et leur vacuité. Parfois, je suis à la limite de la misanthropie. Mais c’est une misanthropie qui peut être très chaleureuse.

Mathieu : Une misanthropie comme celle d’un Céline ou un Brassens.

Le fait d’écrire vous décharge donc un peu.

François : oui, carrément.  Mais, tu sais, il y a des chansons où je me fous de ma propre gueule et quand je vois le public les chanter, c’est une expérience intéressante.

DSC06487.JPG

Cédric Van Caillie (chanteur/guitariste)

Et toi Cédric, tu as quelle opinion du genre humain ?

Cédric : Je suis assez d’accord dans sa globalité, mais je pense que dans l’individualité les choses ne sont pas aussi simples. Quand on fait beaucoup de rencontres, on s’enrichit et c’est là que l’on se rend compte que les gens pris un par un sont intéressants. C’est de ceux-là que l’on se nourrit pour écrire, composer, chanter et pour avancer dans notre projet.

François : Quand tu me posais la question sur ce que je pensais de l’être humain en général, je t’ai donné une réponse qui est plus une approche philosophique. Dans le concret, dans notre rapport entre nous, dans notre rapport avec le public, dans notre rapport avec les gens de la profession, je crois que nous sommes très humains et attentifs aux autres. Ce que je pense philosophiquement de l’être humain ne m’empêche pas d’aimer les gens et d’aimer la vie.

Finalement, Balimurphy, c’est de la philosophie en musique.

François : J’assume tout à fait cela.

Mathieu : Il y a dans notre répertoire, en effet, beaucoup de textes où il est clair que nous sommes navrés pour la condition humaine. Nos chansons sont personnelles, mais deviennent universelles, car nous vivons tous la même chose. On a une vraie compassion pour les autres et pour nous-mêmes, mais encore une fois, de façon globale.

Est-ce que vous pensez qu’une chanson peut changer le cours des choses ou influencer ceux qui l’écoutent ?

François : Je ne pense pas. En tout cas, il ne faut surtout pas que nous soyons moralisateurs. Là, ce serait l’horreur pour nous. De toute manière, le retour qu’on a du public c’est qu’il est plus réactif sur nos chansons d’amour que sur nos chansons philosophiques.

"Les cent planètes"

La chanson qui ouvre l’album « 100 planètes » explique qu’il faut arrêter de nous plaindre de nos vies. Nous sommes tout petits dans l’univers…

François : Je ne comprends pas toujours tout ce que j’écris. La poésie c’est ça. On ne comprend pas toujours ce que l’on dit, mais ça sort. En tout cas, cette chanson est une chanson positive.

Cédric : C’est même la plus positive de l’album. Elle veut dire qu’il faut vivre à fond et ne pas rester face à ses problèmes sans réagir. Il faut se projeter toujours plus loin parce qu’on n’est pas là pour comprendre, on n’est pas là pour durer, profitons-en, vivons 1000 choses.

Dans « La saison des claques », vous expliquez en substance qu’il ne faut pas regarder en arrière, il faut avancer et affronter les problèmes en adulte.

Mathieu : Je cherchais un exemple tout à l’heure d’une phrase de l’un qui devient une chanson de l’autre. L’expression « une saison des claques » a été prononcée par François lors d’une soirée et j’en ai fait une chanson. Je dis qu’on a plutôt intérêt à foncer dans la broussaille épaisse et les ronces de la vie, à tracer à travers sans regarder en arrière. On court dans les branches, on en prend plein la figure, mais il faut continuer.

"La saison des claques"

Vous êtes souvent ensemble tous les trois ?

Cédric : Bruxelles est petit, on a le même cercle d’amis et ça fait 13 ans que l’on fait de la musique ensemble.

Mathieu : On a vécu beaucoup de choses ensemble.

Vous ne vous lassez pas d’être ensemble ?

François : Parfois, surtout quand on est en tournée.

Cédric : En revenant de tournée, on évite de se voir pendant 15 jours, trois semaines.

Mathieu : On se laisse respirer. C’est salvateur.

DSC06486.JPG

Je crois que dans ma vie, je n’ai jamais rencontré un groupe aussi rigoureux que vous, avec une telle approche.

Mathieu : Je ne sais pas si on a de la rigueur. Nous avons des méthodes de cavistes. Il y a des vins qui sont délicieux et qui se boivent tout de suit… et d’autres qui doivent mûrir en cave. Ce n’est pas forcément pour ça qu’ils seront meilleurs que celui qu’on a débouché tout de suite. Ça dépend le plaisir qu’on veut et ce que l’on recherche.

François : Belle métaphore Mathieu !

Mathieu : Merci.

Cédric : Tout ça devant un bon verre de vin grec.

Je sais que vous aimeriez vous lancer dans la musique de film…

François : On a déjà beaucoup de rapport à l’image. Ça se voit dans les gravures sur nos pochettes, on a déjà fait des spectacles avec des visuels cinématographiques. Ça fait partie du projet Balimurphy, on n’est pas un truc monolithique. Si on peut se confronter au théâtre à la danse et au cinéma, ce sont des enjeux et des plaisirs qui nous intéressent terriblement.

Les portraits de Cédric Van Caillie, Mathieu Catala et François Delvoye sont signés Nicolas Bera(t).

L'entretien a été immortalisé par Flavie Rodriguez.

03 février 2013

The Earl Grey : interview pour la sortie de We Are Young

alexandre ragon,the earl grey,we are young,interview

Parfois, il faut que je sorte de mon univers musical. Le premier album du projet solo d’Alexandre Ragon, désormais The Earl Grey, m’en a donné l’opportunité. Ce disque m’a intéressé parce qu’il délivre une musique pop à la fois ambitieuse et accessible, dans un esprit proche des influences pop-rock américaines avec lesquelles le jeune homme a grandi, tout en y ajoutant ses sensibilités indie ou électro. Le 24 janvier, le rockeur est venu à l’agence pour m’expliquer ce projet. (Merci à Sissi Kessaï pour la découverte… alors qu’elle sait qu’à priori, je ne mange pas de ce pain-là.)

alexandre ragon,the earl grey,we are young,interviewBiographie officielle (et un peu écourtée) :

Après plusieurs années d’expérience au sein de groupes français indie-rock et pop-punk, Alexandre Ragon démarre à l’été 2009 ce projet qu’il veut le plus abouti de toute sa carrière musicale. Après avoir auto-produit en 2010 son premier EP In This Memory, The Earl Grey sillonne la France seul ou aux côtés de groupes internationaux.
En 2011, The Earl Grey signe chez Next Dimension Gears et sort une Édition Deluxe de l’EP In This Memory avec trois titres acoustiques supplémentaires.
En collaboration avec le réalisateur artistique Kevin Fouetillou, il enregistre à Insight Studio (Paris) son premier album We Are Young. Treize titres, masterisés par UE Nastasi (Panic! At The Disco, Cobra Starship, The Summer Set) aux studios Sterling Sound (NY), qui dévoilent pleinement l’univers de cet artiste aux multiples facettes.
Alexandre invite sur cet album les prestigieux groupes rock français Chunk! No, Captain Chunk! et Mary Has A Gun, ainsi que le compositeur pop-folk Olivier Delattre.

alexandre ragon,the earl grey,we are young,interview

Interview:

Raconte-moi en quelques mots l’avant The Earl Grey.

J’ai monté mon premier groupe quand j’avais 15 ans. C’était une formation pop punk, mais je chantais en français. Le style musical se rapprochait de Blink 182. Après, j’ai navigué dans plein de groupes différents. J’ai été dans des groupes plus screamo, puis plus indie, ensuite je me suis un peu posé avec un groupe de pop punk, cette fois, en anglais et avec lequel on a fait pas mal de premières parties.

Cet amour du rock, tu l’as choppé où ?

Ce sont des restes de mon adolescence. Moi, j’ai toujours aimé les mouvements un peu à contresens, un peu rebelle. J’aime sortir du cadre. J’ai grandi avec cette culture-là, punk, « bad religion », des Sex Pistols jusqu’à Greenday. A partir de ce constat, j’ai étudié un peu la musique. J’ai découvert Johnny Cash. Il faisait de la country, pourtant je t’assure, c’était un vrai punk. Dans l’attitude, il était rock, punk, le plus rebelle d’entre tous.

Sur scène, toi, tu es un vrai dingue.

Oui, ces derniers mois, j’ai appris à me gérer un peu plus. Pendant des années et des années, j’étais un peu comme un fou. Je me roulais par terre enfin, tu vois l’imagerie liée au rock pur et dur. Il y a des gens qui sont timides et très réservés et qui se forcent à exploser. Moi, c’était le contraire, j’avais trop d’énergie en moi et il fallait que je me concentre pour moins libérer d’énergie.

Cette énergie dont tu me parles, il faut aussi la catalyser pour concevoir l’album que tu as fait. C’est du rock, mais plus pop rock…

Pour être un peu plus pop, il faut être un peu plus catchy, c'est-à-dire avoir cette mélodie et un refrain qui va rester un peu plus dans la tête des gens. Les Skip The Use, un groupe que j’affectionne particulièrement joue de la pop, mais sur scène, ils sont très énergiques. Bien plus que les groupes estampillés rock.

Si je comprends bien, tu donnes une grande importance à la mélodie dans tes musiques.

C’est un premier album dont je suis très fier, mais je ne dis pas qu’il n’y a rien à faire évoluer. Moi, je vais toujours m’améliorer et je travaille beaucoup pour cela.

Que penses tes potes qui ont gardé le même style de musique, ceux qui sont restés dans lealexandre ragon,the earl grey,we are young,interview rock, punk, trash… j’en passe et des plus hardcore !

J’ai une certaine intégrité. Quand j’ai joué au Nouveau Casino, j’ai invité tous mes potes musiciens pour qu’ils voient ce que joue aujourd’hui. J’ai gagné en crédibilité, car ils ont vu que je ne tourne pas le dos à ce que je faisais avant et même parfois, je collabore avec eux. Quelque part, je montre une autre facette du metal et du rock un peu plus dur avec des mélodies et des chants entraînants. Je n’ai pas du tout l’impression de trahir mes idéaux musicaux.

Si aux États-Unis beaucoup de groupes font une musique proche de la tienne, en France, il me semble que vous êtes peu nombreux.

C’est une musique difficile à imposer. Au niveau des concerts, il y a tout un réseau de salles de musiques actuelles, mais ils ne savent pas trop ou me caser. Je ne suis « parrainé » par personne… je t’avoue que c’est difficile.

alexandre ragon,the earl grey,we are young,interview

Est-ce que ta famille t’a déjà vu sur scène ?

Mes parents étaient là au Nouveau Casino. Je pense que j’ai fait mes preuves. Je n’étais pas fait pour les études et je me suis battu longtemps pour qu’ils me laissent faire de la musique. Ils m’ont dit d’aller bosser, ce que j’ai fait. Je suis allé à l’usine, chez Quick, Mac Do, des tas de petits boulots, mais je pouvais jouer de la musique. Je me suis assumé, j’étais crevé, mais c’était le prix de ma liberté.

Mais ils aiment ta musique ?

Ils ne sont pas trop fans des parties violentes, mais des chansons comme « Special », ma mère adore et c’est le plus beau cadeau. Pendant le concert du Nouveau Casino, je lui ai dédicacé un morceau et à la fin, elle m’a dit qu’elle était très fière de moi. J’avais une petite larme…

alexandre ragon,the earl grey,we are young,interview

(Photo: Brounch)

Concernant tes textes, ce n’est pas « joie de vivre et compagnie » quand même.

Mes chansons, ce sont mes frustrations que je n’ai jamais pu exprimer dans un autre contexte. Avec mes autres groupes, je ne pouvais pas trop parler de choses personnelles. Dans cet album, ça a donc explosé. Je voulais faire des chansons uniquement sur des thèmes qui me tiennent à cœur depuis toujours. Malheureusement, ce sont des choses un peu tristes, parce qu’il est vrai que je n’ai pas un parcours hyper facile.

J’en reviens à ta famille, excuse-moi, mais elle n’est pas trop gênée par ce que tu racontes ?

On n’en parle pas. C’est quelque chose d’assez tabou. C’est vrai que dans ces titres, je me suis vraiment lâché, mais j’en avais besoin. En y réfléchissant bien, cet album a été salvateur. Par exemple, j’ai des rapports très compliqués avec ma sœur, mais depuis qu’elle m’a vu en concert et qu’elle a écouté l’album, les choses vont un peu mieux. C’est toujours compliqué d’avoir son mot à dire dans une famille avec des personnalités fortes. Avec ce disque, ils se sont rendu compte que j’avais construit quelque chose à côté et ils ont entendu ce que j’avais à dire. Du coup, réellement, on s’est tous un peu rapproché.

alexandre ragon,the earl grey,we are young,interview

Revenons à l’album. On y trouve des collaborations avec Chunk! No, Captain Chunk!, Mary Has A Gun et Olivier Delattre.

Ce sont des gens avec lesquels je m’entends musicalement parfaitement. Je ne voyais pas un premier album sans eux, tout simplement. C’était intéressant parce que leurs musiques sont différentes, même si on appartient un peu à la même scène. Une chanson, c’est un peu comme dans un couple. Ce sont des compromis, des réglages en permanence, mais surtout des expériences enrichissantes pour tous.

Tu es un mec de scène qui n’arrête pas de jouer. Et pas qu’en France.

Avec mon premier groupe, on a joué aussi en Europe. Avec The Earl Grey, j’attaque l’Angleterre. J’ai déjà fait quelques dates.

Tu es mieux perçu qu’en France ?

Je ne dirais pas ça. Ce n’est pas mieux, c’est différent. J’ai aussi tout à prouver là-bas. Encore une fois, rien n’est facile.

Clip de "Heart of Glass".

Tu as fait un clip sur ta chanson « Heart of Glass ». Tu sais que le premier 45t que j’ai acheté avec mes deniers personnels dans ma vie était Heart of Glass de Blondie ?

Génial ! La chanson n’a rien à voir avec celle de Blondie, mais c’est quand même un hommage. J’adore Blondie. Ma chanson « Changes », c’est en hommage à David Bowie. Quand j’ai découvert ses artistes, ils m’ont immédiatement impressionné. Deborah Harry et David Bowie, chacun dans leur genre était bien déjanté.

Tu écoutes quoi hormis ta musique de prédilection ?

À part le metal et le hardcore, j’écoute plein de choses. Du jazz, du blues et même du classique si tu veux savoir. D’ailleurs, le père de ma copine est violoniste de musique classique.

Pas d’electro ?

Non, pas trop.

Pourtant, il y a des pointes d’electro dans ton album.

Oui, mais je ne suis pas trop spécialisé là-dedans. J’aime bien, mais sans plus.

alexandre ragon,the earl grey,we are young,interviewLes chansons de ton EP, on ne les retrouve pas sur ton album.

J’ai beaucoup de chansons écrites, je ne vais pas remettre les mêmes. Et j’ai besoin de prouver en permanence que je travaille. J’écris et compose tout le temps, je suis un peu superactif. J’ai au moins 30 titres d’avance.

Tu as fait du théâtre. Tu te sers de cette expérience pour les concerts ?

Je suis plus dans l’ordre de l’interprétation que de la mise en scène. Oui, franchement, ça me sert pas mal.

Quand on est artiste, il y a toujours une part de schizophrénie. Tu préfères être Alexandre ou The Earl Grey ?

Je vais te dire un truc perso qui va t’éclairer. Pendant mon adolescence, j’ai été extrêmement gros. J’avais 25 kilos en plus. J’avais évidemment des problèmes avec le regard des autres. En un été, j’ai perdu 10 kilos et une année après, j’avais reperdu 10 kilos. Ça a créé cette personne qui est aujourd’hui sur scène. Aujourd’hui, le regard des gens à complètement changé. Je suis passé du mec gentil, on m’appelait nounours, à un fou fieffé sur scène qui, physiquement, peut plaire aux filles. C’est bizarre ce mélange entre celui que tu es et celui que l’on voit…

alexandre ragon,the earl grey,we are young,interview

alexandre ragon,the earl grey,we are young,interview

02 février 2013

Valérie Tong Cuong : interview pour L'atelier des miracles

valérie tong cuong,l'atelier des miracles,interview,mandor

L’atelier des miracles est le roman français dont tout le monde parle en ce moment. Il bénéficie d’un formidable bouche à oreille de la part des lecteurs, mais aussi de la part des libraires. « Enfin ! » suis-je tenté d’écrire. Je suis la carrière littéraire de Valérie Tong Cuong avec fidélité depuis son premier roman, Big, en 1997. 8 livres plus tard, elle est en train de toucher un plus large public. C’était l’occasion pour moi de la mandoriser de nouveau (la première fois, pour L'ardoise magique, lire là). Valérie Tong Cuong est venue à l’agence le 15 janvier dernier pour une conversation amicale et sincère.

valérie tong cuong,l'atelier des miracles,interview,mandor4e de couverture :
C'était un atelier d'horlogerie, a-t-il souri. Remettre les pendules à l'heure, réparer la mécanique humaine : c'est un peu notre spécialité, non ?

Professeur d'histoire-géo, Mariette est au bout du rouleau. Rongée par son passé, la jeune Millie est prête à tout pour l'effacer. Quant au flamboyant Monsieur Mike, ex-militaire installé sous un porche, le voilà mis à terre par la violence de la rue.

Au moment où Mariette, Mike et Millie heurtent le mur de leur existence, un homme providentiel surgit et leur tend la main - Jean, qui accueille dans son atelier les âmes cassées.
Jean dont on dit qu'il fait des miracles.

Auteur du très remarqué Providence (Stock, 2008), Valérie Tong Cuong nous plonge avec L'Atelier des miracles au cœur de nos vies intimes. C'est aussi un hymne aux rencontres qui donnent la force de se relever.

valérie tong cuong,l'atelier des miracles,interview,mandor

valérie tong cuong,l'atelier des miracles,interview,mandorInterview:

Dis donc, j’entends parler de ton livre sans cesse… et en des termes élogieux.

C’est très émouvant pour moi de recevoir ces réactions qui arrivent plusieurs fois par jour. C’est la première fois que j’en reçois si massivement et aussi rapidement. Elles proviennent de lecteurs bien sûr, mais aussi de libraires. Je suis comme un enfant à Noël qui ouvre un cadeau. Je me sens pleine de gratitude et en même temps, je prends tout comme ça vient parce que je sais que demain, tout peut s’arrêter. Mon expérience et mon recul me montrent quelque chose qui est anormal… dans le sens où d’habitude, ça ne se passe pas comme ça. J’ai juste senti que j’avais touché quelque chose chez les gens.

Tu as déjà un lectorat de base déjà assez fidèle.

Oui et il m’aide beaucoup pour le bouche à oreille. Comme il y a quelques personnes qui me suivent depuis longtemps, quand celui-ci est arrivé, il y a eu une réaction immédiate. Elles sont allées immédiatement en librairie. Apparemment, elles aiment et elles en parlent. Par contre, je ne sais pas du tout si c’est un phénomène qui va prendre de l’ampleur… je n’ai pas l’expérience du gros succès donc, je ne peux pas en dire beaucoup plus. 

Tu as changé de maison pour ce livre. Tu passes de Stock à JC Lattès.

Chez Stock, ils n'ont pas été entièrement convaincus et n’ont donc pas souhaité signer le texte. Chez Lattès,  ils ont eu immédiatement un gros coup de cœur.

« L’atelier des miracles » de Jean, le sauveur d’âmes, est un ancien atelier d’horlogerie. Ce qui n’est pas le fruit du hasard, je présume.

C’était une évidence. Le travail de l’horloger est une mécanique de précision. C’est un travail minutieux et ça touche à une valeur universelle, celle du temps. C’était très symbolique par rapport au travail que Jean effectue sur l’accompagnement des vies et ses procédés… parce qu’il a des méthodes particulières, très minutieuses.

Mariette, Millie et Mike se demandent ce qui se cache derrière la bonté de Jean.valérie tong cuong,l'atelier des miracles,interview,mandor

Ils sont plus désabusés que méfiants. Jean se présente comme quelqu’un plein de bonnes intentions, comme quelqu’un qui souhaite leur venir en aide. Mariette, par exemple, se sent dans une telle impasse qu’elle ne voit pas comment il pourrait l’aider et finalement, elle va le suivre, car elle n’a nulle part ailleurs où aller. Pour elle, c’est la seule façon d’avancer un peu. Mike y croit à moitié parce qu’il se dit que c’est trop beau. Il ne comprend pas pourquoi, soudain, il aurait de la chance… mais il y va aussi, parce que c’est mieux que rien. Ils n’attendent pas de miracle, mais ils se disent « pourquoi pas ? ». Ils décident d’étudier cette possibilité, mais avec méfiance.

Jean va les mettre en confiance.

Oui, il sait parler aux autres, rassurer, réconforter. Il sait ce qui est bancal chez eux. Il leur parle de ce qui les touche vraiment. Il est très habile.

Toi-même, tu aimes étudier l’âme humaine.

J’aime explorer l’âme, les parcours, les trajectoires, la manière dont les gens évoluent, avancent, ou pas, dans leur vie. Je suis passionnée par ça, c’est même mon sujet de préoccupation principale. Du coup, je suis très à l’écoute des autres et très attentive aux gens qui m’entourent.

Mais concernant l’écriture, tu t'adonnes de plus en plus au roman choral.

Ce roman choral me permet d’explorer trois trajectoires, trois univers, trois environnements différents. Ça démultiplie le champ d’observation. C’est mon troisième roman choral, je me rends compte à l’usage que c’est un type de construction qui me convient très bien et dans lequel je m’épanouis. Il n’est pas impossible que mon prochain livre soit encore un roman choral.

Qu’est-ce qui t’intéresse exactement dans ce style littéraire?

La différence de point de vue, de vision de la vie, de posture, d’attitude, de réaction m’intéresse profondément. Sur le plan de l’écriture, c’est très jubilatoire. On est dans la peau d’un personnage, du coup, on a un mode d’expression particulier. Pour le coup, j’ai trois personnes qui s’expriment de manière très différente parce qu’elles ont des backgrounds et des personnalités différents. Il a fallu que j’écrive d’une certaine manière pour chacune d’elle. 

valérie tong cuong,l'atelier des miracles,interview,mandorQuel rapport as-tu à l’écriture ?

Pour moi, l’écriture est instinctive. J’ai le sentiment que c’est quelque chose qui m’est donné et que je suis là pour la transmettre aux lecteurs. Ce qui est sûr, c’est que je fais tellement corps avec mes personnages que, quand ils sont dans une période d’euphorie, je suis complètement euphorique, quand ils sont dans des périodes d’abattements, je suis complètement abattue aussi. Je peux vite être sur les nerfs si mes personnages le sont. J’ai du mal à m’écarter de leur état. J’ai du mal à en sortir, ça veut dire que dans la vie quotidienne, quand je suis vraiment dans une période d’écriture, j’entre dans une bulle tout à fait involontairement. Mes enfants sont obligés de me tirer par la manche pour que je réagisse.

Je te lis depuis le début de ta carrière littéraire. J’ai l’impression que tu t’es un peu adoucie.

Ce que tu ressens, c’est ma vision de la vie qui a beaucoup évolué. Je pense qu’au départ, j’étais dans des pulsions libératoires très fortes. Il y avait des choses que je voulais dire, mais ces choses-là étaient souvent très sombres. C'est-à-dire qu’à l’époque, je me sentais moi-même au pied d’un mur que je voyais infranchissable et permanent. Je considérais la vie comme un combat, mais un combat âpre dans lequel l’être humain était toujours perdant. J’avais en moi des sentiments très violents. Et puis, j’ai grandi, j’ai travaillé et j’ai découvert une autre vision de la vie dans laquelle je me sens aujourd’hui complètement à ma place. Aujourd’hui, je tends vers la conclusion que non seulement, rien n’est jamais fichu, mais en plus, la vie est une merveille. On peut soi-même la transformer avec du travail et des rencontres. Il faut rencontrer les bonnes personnes qui t’aident à enlever les filtres, à te décadrer et à voir les choses différemment. Quand on commence à voir la vie sous un bon œil, on génère autour de soi autre chose. Mes premiers romans étaient pessimistes, ils ne fermaient pas complètement la porte, mais quand même… aujourd’hui, ils sont plus optimistes.

Dans L’atelier des miracles, rien n’est noir ou blanc.

Il faut accepter la complexité de la vie et des sentiments pour avancer. Même pour soi. Il faut accepter ses imperfections, ses faiblesses. Il faut accepter qui on est, sans jugement. Dans la vie, on n’y arrive pas très facilement.

Est-ce que ce livre est la synthèse de ce que tu penses de la vie ?valérie tong cuong,l'atelier des miracles,interview,mandor

Oui, c’est très représentatif. Je pense que c’est le fruit de toute cette réflexion dont je viens de te parler.

C’est amusant, personnellement, je ne me reconnais pas dans un personnage, mais dans plusieurs…

C’est parce que ce sont avant tout des êtres humains. Mes personnages sont habités par des questions transversales. Ce sont des questions qui nous habitent tous.

L’atelier des miracles est aussi un livre sur la solidarité. Tu t’interroges sur ce sujet.

Le livre pose des questions : jusqu’où peut-on aller pour faire le bonheur des autres ? A-t-on le droit de décider du bonheur des autres ? Quand on fait le bien, est-ce pour soi ou pour l’autre ? Ce sont quand même des questions d’actualité parce qu’elles nous concernent tous dans nos vies privées et singulières. Si on veut aller plus loin, c’est même une question de géopolitique. Il y a une notion d’ingérence. Moi, je veux juste aider les gens à réfléchir et peut-être à revoir certaines de leurs positions. En tout cas, je ne veux pas apporter de réponses fermes et définitives.

valérie tong cuong,l'atelier des miracles,interview,mandor

Quel est le message du livre ?

Ensemble, on avance. Seul, c’est beaucoup plus difficile. C’est un sujet qui me tenait particulièrement à cœur, car je crois que la solidarité aujourd’hui est ce qui peut sauver le monde. J’ai le sentiment que la solidarité se développe. Pas toujours de manière visible parce que beaucoup de gens le font avec humilité, mais c’est ça qui est bien. Bien sûr, il y en a qui sont au service des autres plus pour être au service de leur image. Mais à côté de ces gens-là, il y a une foule d’anonymes qui, sans rien dire à personne, tendent la main, construisent, avancent, trouvent des solutions, donnent de leur temps et de leur personne. J’ai le sentiment que ces comportements sont en train de se propager. Il y a une prise de conscience qui progresse. A un moment, la société s’est trouvée écrasée sous un système qui nous poussait vers l’individualisme forcené en agitant des craintes, des peurs, des angoisses. Comme ce système est en train de montrer de manière cruelle ses limites, les gens prennent le temps de réfléchir et se disent qu’il y a d’autres façons de se penser et de penser la société, la vie et le quotidien.

Je suis sûr que ce livre sera ton miracle à toi.

Ce serait formidable. J’écris pour les lecteurs, mais aussi pour être lu. Certains auteurs prétendent qu’ils écrivent parce qu’ils ont besoin d’écrire, moi, je ne suis pas dans ce discours. J’ai le besoin de m’adresser aux lecteurs, d’échanger et de transmettre des réflexions. Si ce livre trouve écho largement, il me permettra de poursuivre mon chemin littéraire certainement de manière plus stable.

Tu me sembles d’un naturel très tranquille aujourd’hui.

Mais avec une capacité d’émerveillement. Je prends les choses comme un cadeau. Il arrivera à ce livre ce qui doit arriver. En tout cas, je trouve gratifiant d’avoir du succès par le bouche à oreille. C’est mon plus beau cadeau.

valérie tong cuong,l'atelier des miracles,interview,mandor

valérie tong cuong,l'atelier des miracles,interview,mandor

31 janvier 2013

Jean Elliot Senior : interview pour Balade Sauvage

header_jes.jpg

Jean Elliot Senior est un artiste comme on n’en fait plus (ou pas beaucoup, en tout cas). Il a conceptualisé son premier album solo de bout en bout et c’est une parfaite réussite. Bien sûr, certains diront que cet album est linéaire, un peu lent, triste même. Mais ils auront tort. Balade Sauvage ne reflète pas cette impression-là, il suffit d’écouter les doubles lectures musicales et textuelles pour s’en convaincre. Jean Elliot Senior est une sorte de génie insidieux. Son génie n’apparait comme une évidence qu’après écoute attentive et prolongée. Le 8 janvier dernier, ce mystérieux artiste est venu me voir à l’agence (accompagnée de son attachée de presse, Flavie Rodriguez. Que je remercie.) (Je cite souvent les attachées de presse indépendantes. Elles le méritent.)

3158164057-1.jpgBiographie officielle :

Balade Sauvage, le premier album de Jean Elliot Senior, raconte en 13 titres l’aventure d’une plante d’appartement qui décide un matin de s’échapper pour retourner vivre dans la forêt tropicale. Dans la lignée des concepts album des années 70, Balade Sauvage peut également s’entendre comme l’évocation de la perte de l’adolescence et de ses illusions… L’album a été enregistré et mixé par Dave Odlum  et mastérisé par John Golden. Dave Odlum vient de remporter un Grammy Award pour son travail avec Tinariwen. Tous les morceaux, paroles et musiques sont de Jean Elliot Senior, qui joue aussi tous les instruments, à part les trompettes et les cordes. Jean Elliot Senior a 30 ans, il est né en Argentine et est arrivé en France alors qu’il avait 3 ans. Balade Sauvage est son premier album (que vous pouvez écouter là et dont voici le teaser).

nicolas robin 2.jpgInterview :

Vous arrivez avec un album directement, sans passer par la case EP. Ça devient rare.

Dans mon parcours musical, ce n’est pas mon premier disque. Avant, j’étais dans un groupe instrumental, Crèvecœur. Le groupe a duré 8 ans et on a beaucoup tourné en Angleterre et en Irlande. On a fait 180 dates en 4 ans concentrés et nous avons enregistré deux albums.

Vous étiez quoi au sein du groupe ?

Je pense qu’on peut dire que j’étais le leader. J’étais aussi à la guitare et à la création musicale. Je composais et on affinait en groupe. On a été toujours à la marge, c’est pour ça que nous n’avons jamais percé en France. En 2003, ici, les gens du milieu nous disaient qu’ils adoraient, mais ne comprenaient pas que « ça ne chante pas ».  On s’est donc dit qu’on allait essayer ailleurs. Là-haut, ils ont apprécié. En Angleterre, ils ne se posent pas la question. S’ils aiment bien, ils font jouer. On a joué 7 fois à Londres, une fois à Paris.

Vous avez baigné dans la musique dans votre jeunesse ?

Oui, pas mal. Ma grand-mère dirigeait une chorale pendant très longtemps. Petit, on m’a un peu forcé à y participer. Un peu plus tard, je me suis mis à la guitare, tout seul. C’était ma décision.

Vous avez appris la guitare dans une école ?nicolas robin.jpg

Non, en autodidacte. Depuis toujours, j’ai toujours une approche punk. « Do it yourself ». Le piano et la guitare, j’ai appris seul. Je fais toujours les choses d’abord, je vais au bout de la création, du processus, sans regarder autour de moi et surtout, sans faire suivant les codes. Je ne me mets aucune barrière.

Comment avez-vous appris seul ? Ce n’est pas évident…

J’ai joué sur les morceaux que j’aimais bien. Je cherchais la note en écoutant le morceau. J’avais des copains qui savaient jouer et qui m’ont montré 4 accords. Rien de plus.

Vous savez lire le solfège ?

Pas du tout. Je travaille beaucoup avec Luc, qui lui aussi était dans le groupe Crèvecœur et qui, lui a eu un parcours classique. Il a fait le conservatoire. Il est prix de solfège d’écriture. Quand on travaille ensemble, il adore. Moi, je suis l’instinctif, le côté émotionnel et artistique et lui, il est le côté technique. J’ose des suites d’accords que lui n’oserait pas, il aime bien.

Vous êtes né en Argentine, mais vous n’y êtes resté que deux ans. Et vous avez vécu pas mal de temps au Mexique…

C’est un pays qui m’a marqué. C’était à la fin des années 90,  une période de ma vie où je me cherchais. Je suis resté longtemps, j’ai même travaillé là-bas. Le choc des cultures m’a un peu traumatisé. Ils avaient 50 ans de retard. Culturellement, c’était très frustrant, et il y avait déjà la violence, les assassinats…

Du coup, retour au bercail pour vous.

Retour même en catastrophe, j’étais malade. Par contre, musicalement, j’ai retenu leur façon de faire des morceaux d’apparences gaies, entrainantes, mais qui ont des paroles très tristes.

Le clip de "Mauvaise Herbe".

Cet album, Balade Sauvage, est étonnant. Vous y racontez l’histoire d’une plante d’intérieur qui ne rêve que de quitter l’appartement où elle se trouve. Pourquoi passer par ce prisme-là pour parler de l’adolescence et du besoin d’évasion et de liberté ?

Je n’ai fait que de la musique instrumentale jusqu’à présent et cet album-là m’est tombé dessus en 15 jours. Je n’avais pas forcément envie de faire quelque chose tout seul. Ça venait au rythme quasiment d’une chanson par jour. Les textes,  la musique, l’ambiance, l’intention  me sont tombés dessus comme ça. Ça m’a presque fait peur.

Vous aimez la chanson française ?

Je ne suis pas très à l’aise avec elle. Ce n’est pas ma culture. Je n’en écoute pas et elle ne m’intéresse pas, sans que cela soit péjoratif. Ce n’est pas mon univers, donc j’avais le souci de me détacher de ça. Je voulais faire les choses en background avec mon parcours musical. Du coup, je me suis lancé dans ce concept album, un peu à l’américaine.

Je vous trouve gonflé de débouler avec un album comme le vôtre.

Ça s’est imposé, il n’y a rien de réfléchi là-dedans. En tout cas, cette métaphore sur l’adolescence me tenait à cœur. Et cet album est plus personnel qu’il n’y paraît. Il y a des petites touches de ma vie, que j’ai voulues très discrètes…

Comme vous parlez d’une plante, vous avez féminisé vos textes.

J’aimais bien cette loufoquerie. Une voix d’homme qui chante quelque chose de féminin, l’idée me plaisait beaucoup.

robin nicolas 4.jpg

(Photo: Nicolas Robin)

Il y a dans Balade Sauvage des interludes, des instrumentaux. Des réminiscences de Crèvecœur ?

Parfois, un petit bout de musique se suffit à lui-même. Pas besoin d’ajouter des paroles.

Il faut préciser que vos chansons peuvent s’écouter indépendamment.

Oui, j’ai fait très attention à ça. Chaque morceau à sa propre histoire. Je ne voulais pas me fermer des portes avec des morceaux monolithiques, compacts et indissociables.

L’enregistrement aussi s’est fait rapidement. Tout dans l’urgence, comme le reste.

Contrairement à beaucoup de musiciens actuels, je ne suis pas du tout adepte des home studios. Je laisse faire ceux qui savent faire. Je suis inculte totale des logiciels de son et compagnie. Je n’y comprends rien et ça ne m’intéresse pas. Moi, je suis plutôt adepte des studios à l’ancienne. Une session studio, pour moi, c’est une carte postale musicale instantanée. C’est une photo, un polaroïd d’un instant T. Je n’aime pas l’idée de peaufiner pendant 6 mois dans un home studio. Je n’aime pas le lisse.

191484_278183972299730_1308901469_o.jpg

La pochette est superbe.

C’est moi qui ai pris la photo. Je réfléchis à tout de A à Z. De la musique à la pochette. Je suis très cérébral sur le visuel. Cette photo que j’ai prise dans le sud de la France s’est imposée, un peu comme le reste. C’est une métaphore, la nature, une fille, le côté vert et un peu rétro, sans forcément mettre mon nom, à l’ancienne quoi.

Vous jouez tous les instruments…

C’est toujours le souci de « fais-le toi-même, ne te pose pas de question, tu n’es pas plus bête qu’un autre !». Quand je joue du piano, je ne sais pas ce que je fais. C’est une mémoire visuelle. Je tâtonne et je retiens les enchaînements. Je fais ça sur tous les instruments.

nicolas robin concert.jpgVous avez l’oreille absolue ?

Non, mais j’ai l’oreille musicale. J’entends très bien quand c’est juste ou quand c’est faux.

Comment vous vivez cette période de sortie de votre premier album ?

J’en suis fier et content et en même temps, il y a une part que je n’assume pas. La voix, le chant, je n’y suis pas encore familier.

Vous n’avez pas peur des critiques ? Que l’on dise que votre disque est trop lugubre et mélancolique?

Les critiques positives, c’est bon pour l’ego, les critiques négatives, c’est bon pour avancer. Et sinon, je prends ça comme un compliment. Lugubre et mélancolique, ça me va (sourire).

DSC06462.JPG

Jean Elliot Senior, pendant l'entretien... (Photo : Flavie Rodriguez).

(Un grand merci à Nicolas Robin pour toutes les photos professionnelles qui ornent l'interview.)

28 janvier 2013

Grégory Asher : interview pour la première du Bachelor sur NT1

560820_10151365348324253_1691016010_n.jpg

J’aime quand des potes commencent à sérieusement faire parler d’eux, progressent dans leur métier, s’épanouissent dans le domaine où ils excellent. C’est le cas de Grégory Asher, animateur que j’ai connu à RTL2 en 2004 lorsque j’y officiais en tant que « flashman ». Nous nous sommes tout de suite bien entendus. Aujourd’hui encore, il y coule de beaux jours radiophoniques.

Ce soir, il y a la première du Bachelor sur NT1.

Et alors ?

Et alors, c’est justement Grégory Asher qui présente l’émission.

Voilà, désormais, pour briller en société, je peux lancer avec détachement, comme ça, l’air de rien : « tu sais que je suis pote avec le mec qui présente le Bachelor ? »

 Ça en jette un max. Je trouve. Hum…

Bref, j’aime bien mettre en avant les amis qui font le même métier que moi (ou presque). Le 17 janvier dernier, il est venu à l’agence me parler de cette aventure, mais aussi de sa carrière et de ses projets.

Sa biographie sur le site du Bachelor :

Grégory a fait ses armes dans une radio régionale avant de rejoindre RTL 2 en 2004 où il anime maintenant la tranche matinale du 9h/13h.  Passionné de musique, la station lui a également confié l'animation des concerts privés live et les interviews des plus grandes stars internationales et françaises. Depuis 2010, Grégory Ascher présente également World Series of Poker et le World poker tour sur RTL9, il est aussi l'un des présentateurs du tirage du Loto sur France 2. À chaque cérémonie de la rose, Grégory Ascher reviendra sur les enjeux de l'aventure et accompagnera notre gentleman tout au long de sa recherche du grand amour.

DSC06513.JPG

Interview :

Je peux te parler de tes débuts à Radio Campus ?

Oh ! Mais toi, tu as lu ma fiche Wikipédia ? Je ne sais même pas qui s’occupe de cette page.

Je vais passer directement à RTL2, si tu le veux bien. Nous, on s’est connu là-bas. Tu faisais les nuits… aujourd’hui tu animes le 9h-13h tous les jours du lundi au vendredi.

Il y a 5 ans et demi que j’occupe cette tranche.

2529741873_1.jpgEt je sais que les derniers sondages étaient excellents pour RTL2 et pour ton créneau perso.

Ceux de janvier atteignent des records. On n’a jamais eu autant d’auditeurs en 18 ans d’histoire. Et entre 9h et 13h, on n’a jamais eu autant de monde. On a claqué le million, donc c’est vraiment chouette. Écoute, ce n’est pas fondamental, mais pour un animateur, il vaut mieux être dans le vert que dans le rouge, quoi qu’on en dise. Avec l’équipe, quand on apprend ça, on est content, et dès le lendemain, on passe à autre chose…

Toi qui aimes improviser, je le sais, ce n’est pas lassant d’animer du flux musical ?

Le flux, ça a ses avantages et ses inconvénients. Ça te permet de ne pas perdre un temps immense en préparation, ça te permet aussi d’être tout seul si tu n’as pas envie de travailler en équipe. Si ça marche, ce n’est pas que grâce à toi, mais c’est surtout grâce à la musique, mais si ça ne marche, ce n’est pas qu’à cause de toi, mais c’est aussi à cause de la musique. Travailler à RTL2,  c’est flatteur, tu en sais quelque chose. La musique est bonne et la radio a une belle image.

322182_10150551542009253_204722806_o.jpg

Très sincèrement, je trouve qu’il faut avoir un réel talent pour faire du flux. C’est extrêmement difficile d’être original. Je le sais, je me suis adonné à cet exercice pendant  des années et ce n’est pas ce que j’ai fait de mieux dans ma carrière.

Si tu veux bien faire du flux, il faut être carré, parce que tu as au maximum 20 secondes. Ce qui va faire la différence, c’est le sourire, c’est ton timbre de voix. Il faut réussir la petite tournure qui va plaire aux gens, la petite news originale sur l’artiste ou liée à l’actualité. Il faut que les auditeurs sentent qu’on est connecté avec eux.

Bon, en plus, tu présentes les interviews très très privées et les concerts RTL2.

Oui, je trouve que tout ça s’emboite bien. Je ne bosse pas à RTL2 pour le côté alimentaire, mais parce que j’ai beaucoup de plaisir à faire de la radio. Moi ce que je voulais, quand j’étais gamin, c’était faire de la radio. Ça n’a jamais bougé et ça n’a jamais dévié. Savoir que tous les jours, j’ai la chance de monter les marches du 22 rue Bayard, que tu connais, cela m’enchante. Le lieu est majestueux, tu rentres dans un des plus beaux studios de Paris. Tu es porté et il faudrait être sacrément con pour être lassé de ça.

380106_10151430981885802_764580415_n.jpg

Ce qui est bien avec ce créneau du 9h-13h, c’est que tu peux travailler ailleurs l’après-midi. La télévision, notamment. Tu animes des émissions de poker par exemple.

J’étais moi-même un joueur de poker. On m’a proposé il y a deux ans et demi de commenter  avec Alexia Portal les championnats du monde 2010 de poker à Las Vegas pour RTL9. On a tourné 20 émissions dans une limousine. J’avais les jambes en compote et le genou sur la tête… mais télévisuellement, c’était super à faire. Après le groupe AB m’a proposé de commenter, en cabine, les World Poker Tour. Je les commente encore aujourd’hui avec Vanessa Hellebuyck, qui est championne du monde de poker. Là, on est plus dans des termes techniques parce que l’on parle à des joueurs confirmés. On enregistre une ou deux après-midi par semaine.

Et tu animes aussi parfois le loto, en direct sur France 2.

Quand on m’a proposé cette émission, ça m’a étonné. Jamais dans ta vie, tu te dis, « je rêve de présenter le loto à la télé ». Moi, comme je n’ai pas de plan de carrière, ce sont les rencontres qui influent sur mes décisions professionnelles. 

Et tu aimes ça, présenter le loto ? En sachant que tu ne me diras pas le contraire…

Il y a deux choses géniales dans cette aventure. C’est du direct et aujourd’hui, du direct, c’est de plus en plus rare. Je suis juste après Pujadas ou Delahousse, je t’assure que je vis une minute trente de pure adrénaline. Tout est extrêmement cadré. Il y a des termes auxquels tu ne peux pas échapper, mais j’essaie d’avoir mon propre style en ayant toujours une anecdote originale. C’est un peu comme le flux radio finalement. On ne peut pas sortir du cadre, mais on essaie quand même. Il n’y a pas d’émissions ultimement ringardes ou ultimement branchées, c’est toujours ce que tu en fais.

Aujourd’hui, ton actu, c’est le Bachelor. Tu animes la nouvelle saison sur NT1.

Lors de ma première jeunesse bordelaise, j’ai été journaliste cinoche. Ce que je vis en ce moment me fait penser à ses acteurs qui tournent un film et qui doivent faire la promo un an après, alors qu’ils en ont déjà tourné un ou deux films depuis. Pour moi, c’est curieux de venir t’en parler si longtemps après le tournage. Il fallait trouver la bonne date de diffusion et il y avait tout un travail de com’ à faire…

La bande annonce de la première émission, celle du 28 janvier 2013.

As-tu accepté tout de suite de devenir l’animateur du Bachelor ?

Je trouvais que tourner cette émission était une expérience qui ne se refusait pas. D’abord, TF1 productions est une équipe de haut niveau. Le Bachelor n’est pas de la télé poubelle, ni de la télé-réalité trash à deux balles, il y a une vraie élégance dans ce programme. Il y a beaucoup d’argent investi, de beaux décors, cette émission fait rêver.

Mais, là, tu sais qui a gagné ?

Oui, je te dis. On a tout tourné.

Et donc ?

C’est ça. Tu crois que je vais te le dire.

On n’est pas aussi pote que je le pensais… (Faussement vexé).

Je ne te le dirai pas, petit malin !

Capture-decran-2013-01-27-a-14.jpeg

Tu as déjà vu les images de l’émission.

Oui, j’ai tout vu puisque je suis aussi la voix off de l’émission. J’interviens pas mal dans la première émission pour mettre en place les règles du jeu. Le plateau de bonjour, l’explication de la maison, la présentation et celle d’Adriano (le Bachelor 2013), la première cérémonie de la rose. Je te le vends bien ou pas ?

Tu es doué Grégory.  À ce propos, fais-tu de la promo pour cette émission ?

Oui, elle a commencé. C’est beaucoup de la promo 2.0. Maintenant, il y a Facebook et Twitter, je m’en sers beaucoup. Je vais faire des live tweet, c'est-à-dire que je vais commenter en direct avec les gens qui suivent l’émission.

523172_10151373771324253_997397108_n.jpg

Le Bachelor sur NT1, c’est le Bachelor du pauvre d’M6, c’est ça ?

Non, mais ça ne va pas ! On ne voit aucune différence entre les deux versions. Le lieu de tournage est absolument extraordinaire, un truc de malade. Il y a un parc, une piscine, ça ressemble à un château. Les protagonistes de l’émission ont voyagé dans toute l’Europe pour leurs rendez-vous. Ils ont fait des balades en hélicoptère, en bateau, dans des endroits à couper le souffle… non je t’assure, c’est un truc de dingue. Si tu fais un Bachelor cheap, ça se voit tout de suite.

Sinon, tu es tombé amoureux combien de fois ?

Zéro. Tu es fou, tiens, je vais embrasser mon alliance. (Et il embrasse son alliance). Sinon, je peux te répondre différemment. Je m’interdisais d’avoir des contacts avec les filles, en tout cas, le moins possible. Elles sont en immersion. Elles n’avaient pas de portable, pas d’ordinateur, elles étaient dans le jeu, dans la compétition, Adriano aussi. Moi, j’avais le rôle du bon pote d’Adriano. J’étais son compère, son complice, il ne fallait pas que je copine trop avec les filles.

7754192856_gregory-ascher.jpgC’est quoi ton secret pour être un bon animateur ?

Quelle question, je te jure ! Mais, je vais te répondre quand même. À la radio et à la télé, quel que soit le type d’émission que tu présentes, il faut essayer d’être le plus naturel possible dans un environnement qui ne l’est absolument pas. La clé, c’est ça. Si tu ne t’amuses pas, les téléspectateurs vont voir que tu ne t’amuses pas. Si tu passes ton temps à vouloir contrôler ce qu’il se passe, ils vont voir que tu passes ton temps à contrôler. Il faut être soi, ça passe toujours mieux, j’en suis convaincu.

Espères-tu que cette émission te fasse franchir un nouveau cap professionnel ?

Encore une fois, je n’ai pas de plan de carrière. La seule chose que je voulais ardemment quand j’ai commencé ce métier, c’était de bosser sur une grosse radio nationale parisienne. J’ai la chance de le faire depuis 9 ans sur RTL2. Aujourd’hui, je n’ai plus 20 ans, avec les dents qui rayent le parquet. Je suis marié, j’ai un enfant, j’ai donc des responsabilités et je ne réagis plus de la même manière. J’ai des rêves comme tout le monde, des envies, mais je me laisse porter. On verra bien ce qu’il se passe. J’ai envie que cette émission marche pour une simple et bonne raison : j’ai vu l’investissement des gens autour de cette émission. La soixantaine de personnes qui travaille sur Le Bachelor s’est battue pour que cette émission soit intéressante, élégante et classe. Après, pour moi, c’est sûr, il vaut mieux être dans une émission qui marche que dans une émission qui ne marche pas du tout, professionnellement parlant, c’est une évidence. Maintenant, le héros de l’émission c’est Adriano.

Comment va évoluer ta carrière selon toi ?

Mais franchement, je ne sais pas. Je ne sais pas ce qui va se passer pour moi. Je ne vais pas te mentir à toi François. Je ne suis pas dans une promo tout à fait normale, là. Si je te dis que je n’ai rien prévu et que je ne sais pas de quoi demain sera fait, c’est que c’est la réalité.

DSC06514.JPG

Grégory Asher et Mandor, le 17 janvier 2013 après l'interview.

Pour finir (et pour la rigolade), j'ai ressorti deux archives datant de nos années communes à RTL2.

Juillet 2004, avec aussi Stéphane Caza (qui anime désormais les matinales de Chérie FM)

20 08 04.jpg

Décembre 2007, avec aussi à ma gauche Guillaume Aubert (qui anime le 17h-20h d'RFM) et à ma droite, notre assistante de choc, Ally Wood.

26 12 2007.jpg

27 janvier 2013

Søphie Adriånseñ : interview pour Louis de Funès-regardez-moi là, vous!

sophie adriansen,interview,louis de funès,mandor

Trente ans, jour pour jour, après sa mort, Louis de Funès manque au cinéma français. Selon un sondage Ifop pour le JDD paru aujourd’hui, quelque 74% des Français établissent ce diagnostic, faisant de l'acteur comique une valeur incontournable dans le divertissement.

Pour célébrer cette journée anniversaire, j’ai décidé de recevoir Sophie Adriansen qui sort une brillante biographie sur le comédien, Louis de Funès-Regardez-moi là, vous !

Sophie Adriansen est déjà passée par la case Mandor a deux reprises (ici et ). La jeune auteure sort des livres à un rythme assez soutenu, je dois dire. Et c’est temps mieux parce que sa plume est agréable et les sujets de ses livres particulièrement variés.

Ainsi, le 22 janvier dernier, elle est venue à l’agence pour évoquer son ouvrage, Louis de Funès et ses projets littéraires futurs.

sophie adriansen,interview,louis de funès,mandor4e de couverture :

Il y a trente ans, Louis de Funès nous quittait. Trente ans déjà, trente ans seulement. Le roi du rire conserve une place à part dans nos cœurs : malgré le temps qui passe, il reste un de nos acteurs de légende préférés. Bourvil, Jean Carmet, Michel Galabru (mandorisé là), Jean Lefebvre, Daniel Gélin, Jean Gabin, Yves Montand, Jean Marais (curieusement mandorisé ici), Coluche, Pierre Mondy, Michel Serrault, Jean-Claude Brialy, Bernard Blier, Mireille Darc, Mylène Demongeot (mandorisée là), Claude Gensac ont été ses inoubliables partenaires à l’écran – et pour certains d’entre eux, de vrais camarades. Gérard Oury, Georges Lautner, Claude Zidi, Robert Dhéry, Sacha Guitry, Pierre Tchernia, Michel Audiard, Claude Autant-Lara, Édouard Molinaro, Claude Sautet lui ont façonné des rôles mythiques. Léonor de Funès, sa mère, Jeanne de Maupassant, son épouse, Patrick et Olivier, ses fils, ont été les piliers d’une vie privée qu’il a veillé à protéger au maximum. Dans cette biographie, Sophie Adriansen revisite le parcours de Louis de Funès à travers trente rencontres particulièrement marquantes et propose des lectures étonnantes et inédites de plus de trente films qui nous en disent chacun un peu plus sur l’homme qu’il était. C’est Louis de Funès comme vous ne l’avez jamais vu. C’est Louis de Funès comme vous ne l’avez jamais lu.

L’auteur : Sophie Adriansen est l’auteur entre autres de Je vous emmène au bout de la ligne, Trois années avec la SLA, J’ai passé l’âge de la colo !, Quand nous serons frère et sœur. Lectrice compulsive, elle contribue à plusieurs sites littéraires, participe à des jurys et tient depuis 2009 le blog de lecture Sophielit, finaliste du Prix des Bloggeuses de ELLE 2011.

sophie adriansen,interview,louis de funès,mandor

Interview :

Comment en es-tu venue à écrire une biographie sur Louis de Funès ? Je ne t’attendais pas sur ce terrain-là.

C’est la maison d’édition qui m’a proposé de rendre hommage à de Funès. Elle m’a demandé comment j’étais par rapport au sujet Louis de Funès.

Et tu aimais bien ?

Je ne connaissais pas particulièrement, à part les films que tout le monde a vus. Pour moi, c’est un morceau d’enfance. J’étais ravie de me plonger dans ce sujet dont j’avais tout à apprendre. L’homme qu’il était dans la vie était un parfait inconnu.

Quand on écrit une biographie, étant donné le travail considérable que cela demande, on espère qu’on l’aimera humainement, je présume…

S’il m’avait agacé dès le départ, je n’aurais pas accepté ce projet parce qu’effectivement, c’est compliqué de vivre pendant des mois avec quelqu’un que tu n’aimes pas.

Des biographies sur de Funès, il en a pléthore. Je te connais, je sais que tu n’as pas pu entamer ce genre de livre sans trouver un angle particulier.

En effet, je ne voulais pas faire une bio classique de plus. De Funès est mort il y a 30 ans. Tout ce qu’il y a eu à dire sur lui a été dit. L’objectif a été de trouver une manière différente et nouvelle de présenter ce comédien. J’ai donc décidé de m’intéresser à ses rencontres marquantes.

Tu as donc enquêté sur tout plein d’autres personnalités, du coup. 30 en tout.

Pour les membres de sa famille, ils s’étaient déjà exprimés, ce n’était pas le plus compliqué. Si j’avais eu le temps et la possibilité, j’aurais d’ailleurs pu écrire un livre 10 fois plus long que celui-ci. En allant rechercher dans  les rapports de Louis de Funès avec les autres, j’ai eu envie d’en dire plus sur eux parce que toutes les vies qu’il a croisées sont des destins en soi. Quand on lit la vie de tout le cinéma français d’après-guerre, on ne peut qu’être fascinée.

sophie adriansen,interview,louis de funès,mandor

Sophie Adriansen interviewée pour le 19.45 de M6 d'hier...

En fait, je constate que ce travail de biographe, tu sembles l’avoir adoré.

Oui, j’ai vraiment adoré. J’espère que ça se sent. Je me suis prise de passion pour ce travail, pour de Funès et pour tous ceux qu’il a fréquentés.

Tu as mis tellement de cœur à l’ouvrage que tu as même parfois corrigé certains témoignages, comme celui de Georges Lautner. Tu vérifies les sources des sources ?

Dans le cas précis dont tu me parles, j’avais tiré une information des mémoires de Lautner lui-même. Il détaille quelque chose du film à sketches « Les bons vivants ». J’ai vu le sketch dont il parlait et je me suis rendu compte que ce qu’il disait n’était pas tout à fait la réalité. C’était juste un décalage de souvenir, rien de bien grave. Mais, de manière générale, je vérifie tout. La mémoire n’est pas infaillible. Je tenais absolument à être au plus près de la vérité. Je considère qu’on ne peut pas s’amuser avec elle. Quand je pouvais vérifier, je vérifiais, quand je ne le pouvais pas, je ne l’écrivais pas. Il faut être irréprochable quand on écrit une biographie.

En quoi Louis de Funès t’est-il sympathique?

Parce que j’aime les gens qui travaillent beaucoup. En fait, quand j’ai commencé à dire que je travaillais sur de Funès, tout le monde m’a dit qu’il était insupportable sur les plateaux et j’ai donc cherché à comprendre pourquoi il avait cette réputation-là. Comme Claude François, il était mal-aimé parce qu’il était hyper exigeant. De Funès avait le doute comme moteur, du coup, il était convaincu que tout pouvait s’arrêter s’il faisait un mauvais film. Il avait une telle pression qu’il ne supportait pas qu’on ne travaille pas autant que lui autour de lui. Il y a des gens avec lesquels ça fonctionnait, les Michel Galabru, les Claude Gensac, les Coluche, certains réalisateurs… et il y a les autres qui travaillaient moins et avec lesquels ça ne fonctionnait pas. Ils considéraient son comportement uniquement comme une volonté d’exister plus que les autres. Ils en prenaient donc ombrage. Jean Lefèvre, Jean Gabin ou Jean Marais au fil des Fantomas, par exemple.

Interview de Louis de Funès.

Est-ce que Louis de Funès t’est sorti par les trous de nez au bout d’un moment ?

Non, je n’en ai jamais eu ras le bol parce qu’il est très attachant. Ça y est, je l’aime pour toujours Louis de Funès. Par contre, pendant toute l’écriture de ce livre, j’ai vu la vie par son prisme. Socialement, ça peut-être compliqué aussi. Dès que quelqu’un me disait quelque chose et que ça m’évoquait de Funès je sortais des références ayant un rapport avec lui. J’étais tellement imprégné que j’ai eu du mal à en sortir.

Ah oui ? Ça vampirise la vie personnelle, donc.

Quand tu fais de l’écriture à temps plein, finalement, c’est toujours comme ça. J’ai travaillé sur différents sujets, et des sujets beaucoup moins drôles, par exemple avec une rescapée de la rafle du Val d’hiv, il y a un an et demi. C’était autrement plus compliqué parce que je n’arrivais à rien regarder du tout sur la guerre. Je ne voulais pas regarder de fiction sur un sujet que je traitais en vrai, sans filtre. À côté de ça, avoir ta vie et tes humeurs dictées par de Funès, c’est plutôt un bonheur.

Écrire une biographie, ça nécessite quoi ? Lire les autres biographies sur de Funès et sur ceux qui l’ont côtoyé?

J’aurais vraiment dû tenir une comptabilité parce que ça m’intéresse. Pour les biographies des autres comédiens, je n’ai lu que les passages concernant Louis de Funès, mais sinon, oui, j’ai lu une quantité énorme de livres sur lui, comme indiqué à la fin de mon ouvrage.

Ce qui est sympa, c’est qu’on n’est pas obligé de lire ton livre dans l’ordre. On peut le picorer de page en page.

Même les encadrés sur les films peuvent se lire à part. Cela étant, je ne l’avais pas pensé comme ça, mais au final, je constate que les gens apprécient.

Je reviens sur ce détail, mais as-tu regardé tous les films de Louis de Funès ?

Si jamais, il y en a certains que je n’ai pas regardés en entier, dans le tout début de sa filmographie, j’ai au moins vu les séquences dans lequel il apparait. Dans ces films, il apparait potentiellement une minute où il fait 3 silhouettes dans un film d’une heure et demie.

Un concentré de Louis de Funès.

Ma question emmerdante. Tu n’y échapperas pas et surtout, tous les journalistes te la poseront : quel est ton film préféré de lui ?

Je ne peux pas répondre à une telle question. C’est super compliqué d’en choisir un. Je peux t’en donner 10.

Allez, deux, trois.

Pour plein de gens, ce sera La grande vadrouille qui est le film de lui qu’on a le plus vu. Moi, je trouve qu’il n’a pas la fraîcheur de plein d’autres.

Tu vois, je trouve intéressant que tu ne puisses pas répondre à cette question.

Je le connais trop et c’est trop vaste pour ne t’en donner qu’un seul.  Je peux te dire, Nous irons à Deauville.  C’est un film de 1962 que j’adore. Il y a avec lui Serrault, Galabru, Brialy… Est-ce que pour autant, c’est mon numéro un ? J’aime aussi beaucoup Comme un cheveu sur la soupe un film de 1957. Il y joue un pianiste, un compositeur maudit qui trouve le succès sur le tard. C’est très agréable de le voir au piano. Après, dans les films populaires, en couleur, moi j’aime bien L’homme-orchestre et Rabbi Jacob. Je ne me lasserai jamais de ces films.

Il fait partie de ta famille maintenant…

Oui, voilà, c’est un nouveau papi.

sophie adriansen,interview,louis de funès,mandor

Tu as sorti beaucoup de livres en peu de temps. Tous différents. Mais à quand ton premier grand roman ?

J’ai un premier roman qui sort le 30 janvier, Quand nous serons frère et sœur. Je t’avoue que je fais des expérimentations dans tous les sens depuis que j’ai commencé à publier des livres. Je ne me connais pas encore parfaitement bien dans l’écriture. Comme plein d’adultes,  j’ai besoin d’autorisations en permanence, c’est aussi pour ça que je lis beaucoup. En lisant, les verrous sautent. Je me dis : «  Tiens, untel ou untel écris comme ça, donc on peut le faire ». Ce doit être un manque total de confiance. En même temps, j’assume tous les livres que j’ai écrits. Je pense qu’il n’y a rien dans le lot que je renierais, même dans longtemps.

Dans tout ce que tu as écrit, tu parles des autres. Jamais de toi, même si tu parles de la vie de ton homme ou de celle de ton oncle. Il va falloir que tu parles de toi plus frontalement un jour.

Ça c’est plus compliqué. Mais, dis donc, tu es mal placé pour me faire cette réflexion. Toi qui fais parler les autres. Je suis comme toi, pour l’instant, je me nourris des autres et puis le reste viendra sans doute… c’est toujours plus facile de parler des autres que de parler de soi-même.

Tu y viendras. Tu le confirmes.

Oui, je le confirme.

sophie adriansen,interview,louis de funès,mandor

(Bon, je vous l'avoue, j'ai contribué involontairement à cet ouvrage. Je l'ai découvert en lisant le livre... C'est très curieux de devenir ""source de bas de page".)

sophie adriansen,interview,louis de funès,mandor

26 janvier 2013

La Goutte : interview pour Drôle de monde

la goutte,drôle de monde,interview,mandor

La Goutte, c’est Gabriel de Villeneuve (chant /guitare), Hugo Lagorsse (guitare/banjo/trompette/soubassophone), Jonathan Testar (violoncelle), Ludivine Vandenbroucke (accordéon/claviers), Pierre Yves Lemay (batterie) et Alexandre Viallet (basse/clarinette).

la goutte,drôle de monde,interview,mandorLa Goutte, c’est d’abord une histoire d’amitié qui s’est forgée autour de la chanson. Un mélange de chansons avec beaucoup d'instruments acoustiques, d'influences arabo-andalouses ou slave et celle de grande chanson française comme Brel, Brassens ou Boby Lapointe. Les membres de La Goutte explorent ces petites choses de la vie qui les touchent et qu'ils veulent partager - réflexions sur l'humanité, sur les vraies valeurs d'un monde confronté au progrès, à l'indifférence - et qu'ils jugent parfois absurde. Le 4 janvier dernier, Gabriel de Villeneuve, Hugo Lagorsse et l’ex-percussionniste du groupe, dont je n’ai pas encore l’identité (faute professionnelle, je sais) sont venus me rejoindre dans un café parisien lors d’un passage parisien rare et rapide…

Biographie officielle :

Au printemps 2012, La Goutte concrétise avec brio son second projet discographique.
Entre conte moderne et réalité urbaine, "Drôle de monde" porte un regard cherchant dans le quotidien l'empreinte d'une valeur que l'on nomme humanité.
Les six musiciens nous livrent un son parfois plus électrique, où la batterie et les cuivres ont su trouver leur place sans dérober au groupe son identité première, résolument acoustique.

Vous pouvez écouter quelques titres là.

la goutte,drôle de monde,interview,mandor

Interview :

Vous vous connaissez depuis toujours.

Gabriel : Il y en a deux, trois dans le groupe qui se connaissent depuis l’âge de 10 à 15 ans.

C’est bien de se connaître parfaitement. Cela permet d’être solidaire dans une vie de musicien dont on sait qu’elle peut être compliquée…

Gabriel : Ça dépend. Ca peut-être aussi plus compliqué que si c’est juste un rapport de travail. Là, on est dans des rapports mêlés entre amitié et profession. Quand on est dans une phase de professionnalisation, il faut gérer cet aspect-là. On s’en tire plutôt bien.

Vous existez en tant que La goutte depuis 4 ans. Vous avez employé le terme de professionnalisation. Quand se rend-on compte que l’on passe d’amateur à professionnel ?

Hugo : Le fait que les concerts soient fréquentés, ça rend plus crédible. Aujourd’hui, nous avons un tourneur, ça facilite les choses.

Gabriel : Nous n’avons plus du tout le même rythme de travail. Quand nous étions plus jeunes, on se voyait une fois par semaine pour les répétitions et puis c’est tout. Aujourd’hui, on se voit plus souvent…

la goutte,drôle de monde,interview,mandor

Vous avez commencé à jouer ensemble dans la rue. La meilleure école musicale du monde, je présume…

Gabriel : Oui, c’est sûr. Les gens, ils n’en ont rien à battre. Il faut parvenir à capter leur intérêt. C’est une bonne leçon d’humilité aussi. Là, après ton interview, on y retourne.

Ah bon ! Sérieusement ?

Gabriel : Oui. On adore ça. Moi, c’est le fait de jouer qui m’anime. Alors, dans la rue, nous nous sentons complètement libres. C’est génial.

la goutte,drôle de monde,interview,mandorA Lille et dans sa région, vous avez déjà un public conséquent.

Hugo : Disons, qu’on est en train de grappiller sur le territoire pour se faire connaître. On fait pas mal de premières parties pour nous faire repérer. Ob a joué avec Les Ogres de Barback, Alexis HK, Barcella, Rageous Gratoons, Les Fils de Teuhpu, Debout sur le Zinc, Mon Côté Punk, As de Trèfle…

Gabriel : Parfois, on passe aussi en tête d’affiche. Maintenant, pas mal de personnes se déplacent assez loin pour venir nous voir. Beaucoup connaissent les chansons par cœur et ça fait bizarre.

Gabriel, c’est toi qui écris les textes et qui chantes.

Gabriel : Oui, personne d’autre ne se mêle des textes. En général, les autres membres du groupe me font confiance.

Tu écris des textes un peu « engagés », avec toute la réserve que je mets dans ce terme, des chansons humanistes en tout cas et souvent incisives… il faut que tout le monde soit d’accord avec tes propos, je suppose.

Gabriel : Tu as raison, ce n’est pas une évidence. Bon, on est copain depuis toujours, ce n’est pas pour rien non plus. On a tous à peu près les mêmes idées. Parmi les musiciens du groupe, il pourrait y avoir des personnes qui n’ont pas la même manière de penser que moi, mais en fait non.

Hugo : Avant tout, nous, on se concentre sur la composition de la musique.

la goutte,drôle de monde,interview,mandor

De gauche à droite : Hugo Lagorsse, l'ex percussioniste du groupe et Gabriel de Villeneuve).

Moi, j’ai un souci avec les chansons trop engagées. Je déteste ça en fait. Je trouve que la chanson doit plus servir à faire rêver, à permettre à l’auditeur de s’évader. Je n’aime pas les artistes qui donnent des leçons de morale aux gens. Tandis que dans tes textes, Gabriel, tu dis beaucoup de choses importantes, sans en faire des caisses. J’aime ça.

Gabriel : Moi, je chante les constats du monde que je vois et que je vis. Je ne dis jamais les méchants sont là, les gentils sont ici… Je ne prends pas parti. J’évite les préjugés un peu faciles. On peut très vite basculer vers la démagogie. Chanter ce que les gens ont envie d’entendre, être moralisateur bien pensant, c’est très facile tu sais. Donc, moi, je ne rentre pas dans ce truc-là.

Écris-tu « facilement ».

Gabriel : Il y a tous les cas de figure. La chanson « Drôle de monde », qui porte le nom de l’album, je l’ai écrite en deux ans. Quand j’ai commencé à écrire, j’étais plus spontané, aujourd’hui je réfléchis beaucoup à ce que je veux transmettre comme message. Je suis un peu plus long. Il y a des périodes ou je n’ai pas le temps, il y a des périodes où je n’ai rien à dire. Mais, j’ai plein de textes en avance. J’ai la matière pour enregistrer un nouvel album. Je suis d’ailleurs impatient.

la goutte,drôle de monde,interview,mandor

Et musicalement, la création est collégiale. Ce doit être un beau bordel ?

Gabriel : Moi, j’arrive avec une base musicale et on en discute. Parfois, ça plait tel quel, parfois on change tout. Chacun agrémente le squelette.

Votre disque est sorti en mars dernier. C’est une sacrée belle carte de visite. la goutte,drôle de monde,interview,mandor

Hugo : Oui. Nos morceaux sont enfin bien construits et leurs réalisations discographiques nous servent de base dans nos concerts. Et depuis que ce disque est sorti, on a gagné en crédibilité. Les gens ont besoin d’un truc physique pour considérer que l’on fait vraiment ce métier professionnellement. En plus, le disque est plus soigné qu’un premier EP. Il y a 11 titres, on a fait un effort pour le visuel, la réalisation est très satisfaisante. Bref, on a mis les moyens financiers pour avoir un disque dont on soit fier. A nous d’en faire un peu plus pour communiquer dessus.

Vous méritez vraiment qu’on vous connaisse mieux.

Gabriel : On a mis tout notre argent dans le disque. On n’a plus les moyens de nous payer une attachée de presse. C’est compliqué de faire de la promo quand on n’est pas rompu à l’exercice. A la base, se vendre, ce n’est pas notre métier. Par contre, jouer de la musique, on sait faire…

la goutte,drôle de monde,interview,mandor

(Voici leur page Facebook, seul endroit sur le net où l'on peut voir et surtout écouter quelques morceaux...)

(Le chanteur du groupe, Gabriel de Villeneuve, anime des ateliers d'écritures).


24 janvier 2013

Carole Zalberg : interview pour Je suis un arbre

arton1628.jpgDeuxième mandorisation pour Carole Zalberg. La première fois, c’était l’année dernière pour la sortie de son précédent roman sorti aux éditions Actes Sud, A défaut d’Amérique.

Son nouveau livre, Je suis un arbre, est destiné aux adolescents à partir de 13 ans. Il m’a profondément touché parce que l’histoire que raconte l’auteure est proche de la réalité que j’ai vécue dans ma jeunesse (ceux qui ont lu mon livre ou ceux qui me connaissent comprendront). Je ne pouvais donc pas passer à côté de ce petit livre (de la collection D’une seule voix). Carole Zalberg est venue à l’agence le 4 janvier dernier.

COUV-je-suis-un-arbre-ok-1DECOUV.jpgL’histoire :

Fleur est solide. Fleur s’occupe avec patience et parfois résignation d’une mère aimante, fantasque, mais qui sombre un peu plus chaque jour dans l’alcoolisme. Louna elle aussi est livrée à elle-même. Fatiguée de s’occuper d’un père dépassé et négligent, Louna claque la porte et se réfugie chez Fleur et sa mère. La maladresse touchante et la fraîcheur de son amie envers sa mère vont permettre à Fleur d’accepter parfois de lâcher prise et un équilibre s’installe entre ces personnages, fragile, mais lumineux.

L’auteur :

Née en 1965, Carole Zalberg vit à Paris. Romancière, elle est notamment l'auteur de Mort et vie de Lili Riviera (2005) et Chez eux (2004) aux éditions Phébus, de La Mère horizontale (2008) et Et qu'on m'emporte (2009) chez Albin Michel. Elle a obtenu le Grand Prix SGDL du Livre Jeunesse pour Le Jour où Lania est partie (Nathan Poche, 2008). Animatrice d'ateliers d'écriture en milieu scolaire et de rencontres littéraires, Carole Zalberg travaille également à des projets en lien avec le cinéma ou le théâtre : À défaut d'Amérique (Actes Sud, 2012) est en cours d'adaptation pour le cinéma.

DSC06439.JPG

DSC06438.JPGInterview :

Si je simplifie un peu, Je suis un arbre est la version pour ado de ton roman La Mère horizontale. Tu racontes l’histoire d’une fille qui s’occupe seule d’une mère alcoolique, mais aimante. Dans une certaine mesure, j’ai vécu ce qu’à vécu Fleur. Et toi ?

Pas du tout. J’ai pu confronter ce que je pouvais percevoir de ces situations-là à des situations réelles. Dans la vie, j’ai croisé des enfants de parents alcooliques qui m’ont dit que j’étais proche de la réalité. À tel point que certains étaient même très gênés parce qu’ils pensaient que c’était mon histoire. Ma mère était d’ailleurs très malheureuse et je passais mon temps à rétablir la vérité. Paradoxalement, j’ai l’impression que c’est une partie de moi tellement je porte les personnages de cette trilogie depuis « La Mère horizontale ».

Mais, pourquoi ce thème ? Je ne comprends pas qu’on ait l’idée d’écrire un si beau et grave texte si on n’a pas vécu la chose.

Ce qui me bouleverse avant tout, c’est la force des enfants. Après, les sujets, tu les rencontres comme les gens. J’ai dû croiser d'anciens enfants qui ont été confrontés à ça et que je trouvais particulièrement solides. Je dis chapeau. On peut tenir debout en ayant vécu des choses pareilles.

La maternité, c’est un sujet déjà, à la base, qui te fascine.

Je trouve que la maternité est un très beau matériau romanesque. C’est un moment ou les positions sont complètement bouleversées. Pendant un certain temps, tu es autant ancien enfant de tes parents que nouvelle maman, voire tout le temps. Peut-être que c’est quelque chose qui reste et qui fait partie intégrante de cette relation-là. Ces situations de mères « empêchées » avec des enfants qui se retrouvent contraints d’assurer, je trouve qu’il y a quelque chose à la fois de très poignant là-dedans et de très intéressant. Tout est exacerbé. Parmi tout ce que je raconte, y a-t-il des peurs que j’ai en moi, ou que j’ai eues en devenant mère ? Je ne sais pas.

J’aime bien l’inversion des rôles. La fille qui s’occupe de la mère…

Ce qui est douloureux dans cette situation, c’est qu’effectivement, elle devient mère de sa mère, mais elle n’est encore qu’une adolescente. Il y a forcément une souffrance et un conflit par rapport à ça. On le voit un peu dans sa vie sentimentale et amoureuse qui n’est finalement pas très avancée. Ça fige certaines choses. Toute la maturité est mise dans ce rapport avec la mère, dans les responsabilités qu’elle a. Il n’y aucune place à la légèreté et pourtant, il en faut pour avancer dans la vie d’ado.

Fleur à une copine, Louna, qui elle-même a de gros problèmes de communication avec son père. A la suite du départ de sa femme, il a abandonné son poste de « papa ». Voilà un deuxième problème  que vivent parfois les jeunes.

Ces situations me paraissent assez fréquentes. Là, c’est le père qui se retrouve dans une situation de faiblesse et quasiment d’incapacité, je trouve ça intéressant à côté de l’image qu’on a des pères qui assurent, qui sont costauds. Il y a aussi des pères qui sont fragiles, qui s’occupent peu de leurs enfants, même quand ils les élèvent seuls, ce qui est rare. Ce n’est pas par désamour ou indifférence, mais parce qu’ils sont abimés. Le père de Louna est complètement handicapé, il s’est laissé happer par son chagrin. Peut-être que sa fille lui rappelle sa femme ?

Ce livre n’est jamais larmoyant ni pathétique.

Je crois que dans ma façon d’écrire et dans ma façon d’aborder les romans de manière générale, c’est une constante. J’ai tendance à aborder des sujets graves, donc je considère qu’il ne faut surtout pas en rajouter. J’essaie d’être le plus sobre et le plus tenu possible dans la façon d’en parler. De plus, je ne vois pas forcément le pathos dans ces situations-là. Ce qui m’attire dans ce genre d’histoire, c’est la force qui s’en dégage et les moments de tendresse. Je crois qu’au bout du compte, c’est un texte dans lequel il y a énormément de douceur et de tendresse.

DSC06437.JPG

Ce qui m’a frappé dans ton livre, c’est qu’il n’y a pas d’interventions d’adultes pour aider les deux jeunes filles…

C’est parce que la mère de Fleur s’est retrouvée elle-même dans une situation où elle est très isolée par rapport à sa famille.

Mais, même l’école n’intervient pas.

Parce que Fleur se débrouille pour que personne ne remarque rien. Et sa mère n’est pas totalement hors circuit, elle se montre parfois, du coup, ça passe. Il n’y pas de stigmates chez Fleur, on ne se rend compte donc de rien.

Écrire un tel livre, est-ce aussi le moyen d’aider les jeunes qui vivent ce genre d’expérience ?

Je ne le fais pas pour ça en tout cas. Mais s’ils peuvent se reconnaître dans cette histoire et se dire qu’ils ne sont pas tout seuls à vivre ça et qu’on peut s’en sortir, je serai très heureuse. Comme je ne parle pas en connaissance de cause, je n’ai aucune légitimité à donner des conseils. Je n’ai pas non plus la prétention de développer des théories. Je suis juste allée au bout de mon intuition et de mon invention.

Tu n’as pas peur que certaines personnes qui vivent ce que tu racontes te demandent de quel droit tu racontes ce genre d’histoire ?

Je pense que les romanciers ont vraiment tous les droits, à leurs risques et périls. Tu peux t’emparer d’un sujet qui est très loin de toi et finalement tomber complètement à côté. Une chose à laquelle je fais très attention, c’est de ne pas être obscène, ni sordide.

En séance de dédicaces, plein de gens vont te raconter leurs histoires personnelles.

J’ai l’habitude de remettre les choses dans la littérature. J’ai parfaitement conscience que ce livre n’est pas un guide de vie, mais je sais qu’avec ce genre de sujet et on est tout de même confronté à cette conséquence.

Fleur est aussi une des héroïnes de ton précédent roman, A défaut d’Amérique.

Quand tu as créé des personnages, toute une lignée, autant aller partout et visiter tous les recoins avec eux. Ce doit être mon goût du cinéma qui fait ça. C’est comme si je déplaçais les caméras pour voir ce que ça donne d’un autre angle.

Je sais que tu as envie de faire des lectures de ce livre à voix haute…

Oui, c’est quelque chose que j’aime bien faire. J’aime l’idée de faire entendre un texte comme tu l’as toi dans l’oreille. C’est presque comme de la musique.

Tu te relis à voix haute après la phase d’écriture ?

Tout le temps. C’est essentiel et aussi important que le sens des mots. Je suis vraiment capable de changer un mot, même s’il dit parfaitement ce que je voulais exprimer, parce que je trouve qu’il ne sonne pas bien dans la phrase ou qu’il casse le rythme. Je pense que ça contribue au sens général du texte.

la-mere-horizontale.jpgJe reviens à ton livre La Mère horizontale, on peut dire que c’est la version adulte de Je suis un arbre ?

C’est beaucoup plus développé. La Mère horizontale, c’est donc Fleur qui est adulte et qui attend un bébé. Du coup, elle a la force de se pencher sur son passé et de se dire que les choses ne vont pas se répéter avec elle. La particularité de cette lignée de femmes, c’est de se transmettre cette incapacité, ou du moins, cette grande difficulté à être une mère et plus précisément, à être une mère debout et compétente. Fleur à la conviction au moment où elle entame le récit qu’elle va s’en sortir et qu’elle saura être mère.

Tu as une personnalité lumineuse, tu souris tout le temps, mais ton œuvre est grave…

Justement, je dépose dans tous mes livres ce qui est sombre en moi.

DSC06440.JPG

22 janvier 2013

Olivier Bas : interview pour La Nouvelle Star

olivier bas,interview,la nouvelle star,mandor

Certains trouveront que c’est un peu fort le café d’interviewer quelqu’un que l’on connait bien. Avec lequel on travaille. Olivier Bas et le directeur artistique de l’émission de France 2 pour laquelle je collabore régulièrement, CD’Aujourd’hui. Alors, bon, l’inviter à me parler de son actualité, est-ce bien raisonnable ? Je n’en sais rien et, au fond, je m’en fous. La Nouvelle Star cartonne (la semaine dernière, l’émission a attiré plus de téléspectateurs que celle de Stéphane Bern sur France 2) et j’ai toujours regardé cette émission. Quelqu’un que je connais y participe de l’intérieur et y tient un rôle majeur, j’ai eu du mal à résister… Aussi, Olivier est venu me voir à l’agence, au lendemain du premier prime en direct. C’était mercredi dernier (le 16 janvier).

olivier bas,interview,la nouvelle star,mandorBiographie (tirée du site officiel de La Nouvelle Star) :

Originaire de Tours, Olivier Bas débute à la libération des ondes en 1981. En avril 1984, il intègre la jeune maison de disques Virgin et accompagne les premiers pas des Innocents, Liane Foly, Rita Mitsouko, Étienne Daho, ainsi que le catalogue international.

Au début des années 2000, il quitte définitivement les maisons de disque et il dirige la collection «Indétendances» initiée par la FNAC qui cherche à mettre en avant les labels Indépendants.

Olivier Bas évolue dans la musique depuis plus de 30 ans. A la fois homme de communication, journaliste et découvreur de talents, il est le candidat idéal pour devenir membre du jury de La Nouvelle Star. Comme Maurane, il intègre cette année l'émission.

olivier bas,interview,la nouvelle star,mandor

olivier bas,interview,la nouvelle star,mandorInterview :

Avant tout, je suis obligé de te demander comment tu es arrivé dans cette aventure. Parce que, tous ceux qui te connaissent et qui bossent avec toi l’ont appris du jour au lendemain, en même temps que tout le monde.

Ce n’était pas par volonté de cacher le truc. C’est allé très vite. Les gens de la production de l’émission m’ont appelé le mardi, on s’est vu le jeudi et la conférence de presse de rentrée de D8 était le jeudi suivant. Le mercredi matin d’avant la conférence, je n’avais toujours pas la réponse. Ils m’ont appelé à 20h45 pour me dire qu’ils m’envoyaient le contrat…

Dans la charte de l’émission dans tous les pays du monde, il y a dans le jury, 3 artistes musiciens chanteurs et un professionnel de la profession. Toi, tu es le professionnel de la profession.

Je sais qu’ils ont vu beaucoup de managers, beaucoup de personnes de maison de disques, je ne sais pas qui exactement, ils étaient très nombreux à avoir été castés. Pour être franc, je sais que Bertrand Burgalat a décliné à la dernière minute. Me concernant, j’y croyais moyennement, car je savais que j’avais un vrai déficit de notoriété. Dans la profession, peut-être que  les gens me connaissent, mais le grand public ne me connait pas du tout. La production et la chaîne émettaient des doutes à mon sujet à cause de cela.

Bon, au final, c’est toi qui as été choisi. C’est un truc de ouf pour toi Olivier ! Même si avec le festival dont tu t’occupais, Fnac Indétendances, tu présentais les artistes sur scène, tu es quand même réputé pour être un homme de l’ombre. Jury de la Nouvelle Star, c’est un truc qui te surexpose du jour au lendemain.

Je vais te dire, les vrais décisionnaires dans cette histoire-là ont été mes enfants. Ils ont 16 et 13 ans. Quand il y a des décisions à prendre, on fait des réunions ensemble. On se met par terre et on discute… Je leur ai demandé ce qu’ils en pensaient. Mine de rien, il y a des répercussions aussi pour eux. Ils m’ont tout de suite dit de foncer. Tu sais d’où je viens, ma famille, c’est plutôt France Inter, Libé, Les Inrocks, Télérama, et bien il n’y a personne qui m’a dit de ne pas y aller. Il y a dans mon entourage juste une personne qui a émis un doute, mais c’est tout.

Il faut être un peu inconscient pour se lancer dans cette aventure, non ?

C’est certain. Mais, il faut être honnête, c’est flatteur d’être choisi dans un programme comme ça. Ce que j’ai voulu apporter, c’est ce que je porte depuis très longtemps. À Marseille, il y a une candidate qui a chanté le merveilleux « Pisser debout » de Giedré. La production a pris ça comme un gag, moi comme quelque chose de sérieux. Résultat, ça a fait changer la vision de cette chanson, qui effectivement, hors contexte, est très particulière. Tout à coup, la production a vu qu’il y avait ce créneau-là. C’est comme quand Florian reprend Babx, je peux placer un mot sur Babx parce que c’est mon univers.

olivier bas,interview,la nouvelle star,mandor

Quand tu rentres dans cette aventure, tu te trouves à côté de « monstres » médiatiques comme Sinclair et André Manoukian qui connaissent la machine et ses codes. Comment trouve-t-on sa place ?

Le premier jour, je te confirme que j’ai été très mauvais, parce que je n’étais pas très à l’aise, je ne connaissais pas la mécanique, ce qu’on pouvait dire, ne pas dire…

Et Maurane ?

Elle est hors compétition parce qu’elle est incontestable dans le paysage musical francophone. Elle est très dans la technique et ce que les gens découvrent d’elle, c’est qu’elle est très drôle. Il ne faut jamais oublier que Maurane est belge et j’aime cet humour un peu absurde à la Poelvoorde, Damiens ou Devos qu’elle peut avoir parfois. Elle n’a peur de rien, elle est cash et il n’y a aucun calcul avec elle. Avec Maurane il y a eu une forte complicité dès le départ parce qu’on était les deux nouveaux. André Manoukian, lui, c’est la statue du commandeur. On se connait depuis 25 ans, c’était bizarre de se retrouver dans ce contexte là. Enfin avec Sinclair, on ne se connaissait pas du tout. Il a une qualité que moi je n’ai pas et, évidemment, mis en parallèle, ça fait un peu un contraste, il est très précis dans ses propos. Mais lui, mine de rien, c’est sa troisième année.

olivier bas,interview,la nouvelle star,mandorJustement, dis-moi franchement. Quelles sont tes relations avec Sinclair. On a l’impression qu’il te cherche un peu.

J’aimerais bien que l’on soit tous les deux pour répondre à cette question. Moi, je n’ai aucun malaise par rapport à lui, après, j’espère que lui n’en a pas non plus. C’est un jeu, tu sais. Il y a deux émissions, et moi ça m’a fait rire, Sinclair dit en parlant de moi: « Mais on ne peut pas le changer celui-là ! ». Je sais que c’était de l’humour, mais il s’est pris des tombereaux d’insultes et moi des marques de nombreuses marques de sympathie. On va se calmer ! Je pense qu’humainement on a énormément de points communs, mais nous n’avons pas du tout la même culture musicale.

Est-ce que la prod vous demande de mettre de l’ambiance entre vous, de vous engueuler, de surenchérir un peu pour le bien du spectacle ?

Ils n’ont pas besoin de le demander. On le sait. Nous sommes les seuls permanents à l’écran donc on doit avoir la responsabilité d’intéresser les téléspectateurs, c’est un minimum. La question qu’on me pose souvent c’est : « est-ce qu’ils t’ont demandé d’avoir un rôle ? » En aucun cas. Ils m’ont juste dit : « sois celui que tu es ».

Hier, sur le prime, je t’ai senti à l’aise, plus encore que pendant les sélections en province, alors que c’était du direct.

Oui, j’étais encore un peu inconscient. Maintenant, on commence un peu à connaître les candidats. On a plus peur de rater quelqu’un de bien. Moi, j’ai toujours eu cette angoisse-là, et je crois que les autres membres du jury aussi. Les candidats seraient des auteurs-compositeurs-interprètes, je serais beaucoup plus sur  mon terrain. Là, il faut que je juge uniquement sur la notion d’interprétation. Pour moi, c’est un vrai exercice. Ce qui est très intéressant, intellectuellement, à titre personnel aussi.

Évidemment, tu vas me dire ici qui est ton candidat préféré…

Évidemment que non. Je peux avoir des affinités, je peux avoir des envies, mais je ne peux pas présumer de ce que les candidats vont nous faire. Tu vois, hier Charlotte a été éliminée, alors que c’était clairement quelqu’un qu’on mettait en haut du panier.

Tu es crevé à la fin d’une émission ?olivier bas,interview,la nouvelle star,mandor

Non. Il y a de l’adrénaline. A  tel point, que je suis resté jusqu’à la fin. Je n’avais pas envie de partir.

Tu es allé voir les artistes après ?

C’est marrant que tu dises « artistes » et pas « candidats ». C’est bon signe. J’ai surtout beaucoup parlé avec les trois qui ont été éliminés parce que ce sont eux qui ont besoin de nous. Les autres, l’aventure continue, on évite de trop être avec eux.

Et Cyril Hanouna ?  Il te titille pas mal… surtout pour la coupe de cheveux…

J’avais travaillé il y a 4 ans avec lui sur une spéciale de CD’Aujourd’hui. Je pense qu’en 4 ans, il a bossé comme un malade et qu’il a compris que ça ne pouvait pas marcher autrement. C’est un bosseur hallucinant. En tout cas, dans l’émission, je le trouve très tendre avec les candidats. C’est son rôle, mais avec le personnage grandiloquent qu’il montre dans ses émissions personnelles, je ne m’attendais pas à le voir sur ce terrain-là. Il est aussi taquin, mais toujours à bon escient.

olivier bas,interview,la nouvelle star,mandor

Quelle différence fais-tu entre La Nouvelle Star et les autres émissions de ce type ?

Ce qui me plait énormément dans La Nouvelle Star, c’est que c’est absolument une émission démocratique. La seule restriction, c’est d’avoir entre 16 et 34 ans, mais autrement, tu peux venir. Les autres émissions, tu es appelé. Nous, on ne sait pas qui on aura.

À la base, tu es un découvreur de talent, donc tu es habitué à juger, à sélectionner, à prendre des décisions, ne serait-ce que pour CD’Aujourd’hui, mais tu fais ça dans ton bureau, sous l’œil de quiconque. Dans La Nouvelle Star, il faut dire les choses en face de l’intéressé, frontalement.

Dans mon travail habituel, les disques arrivés à moi sont des disques signés, dont les artistes sont encadrés, mais s’ils ne sont pas choisis pour CD’Aujourd’hui, le monde ne s’écroule pas. Pour La Nouvelle Star, il y a des gens très jeunes, entre 16 et 25 ans. Ils sont d’ailleurs assez costauds et pas du tout naïfs contrairement à ce que l’on pourrait penser. Ils savent très bien que pour eux, ça peut être un énorme accélérateur. Il y a eu des pleurs, évidemment, mais ce sont plus des pleurs de fatigue que de désespoir.

Mais, ça te fait quelque chose de les voir craquer.

Oui, mais si je commence à rentrer là-dedans, je suis mort. Je me dis juste que ce n’est pas ma faute s’ils sont venus nous voir.

olivier bas,interview,la nouvelle star,mandor

Quand je regarde ce genre d’émission, je trouve toujours ridicule qu’un membre du jury pleure d’émotion… je me dis toujours que c’est du chiqué. Or, la semaine dernière, je t’ai vu verser ta larme pour le départ de Charles-Henri. Je me suis dit : « non, même Olivier ! »

Salaud ! Non, mais ce n’est pas tout à fait ça. Ce n’est pas l’élimination de Charles-Henri qui m’a ému, c’est la solidarité entre les 16 candidats qui étaient là, tous sur le même bateau. Remettons les choses dans leur contexte. Il était 23h, on venait de passer trois jours presque non-stop et on savait que ça allait se terminer là, donc j’ai eu un espèce de relâchement. Quand Julie gagne, elle pense presque plus à celui qui est éliminé. J’ai trouvé ça très beau et très émouvant. On dit tellement qu’on vit dans un monde individualiste, dans un monde de compétition, et dieu sait si cette émission est une compétition… voir un groupe de jeunes qui ne se connaissaient pas il y deux mois avoir une entité comme ça, moi, ça m’a scotché.

As-tu peur, personnellement, de te faire casser par les gens, le public, les internautes ? D’être finalement mal vu ?

Je le vis en ce moment. Hier, j’ai dit à une fille qui a été éliminée, un truc que je n’aurais peut-être pas dû dire : « je crois que vous allez vous souvenir très longtemps du 15 janvier 2013 ». Tout le monde m’a dit que je n’avais pas le droit d’être aussi méchant. Mais, après l’émission, je suis allé voir la fille en question et elle m’a dit qu’il n’y avait aucun problème. J’ai un nom de famille qui facilite les jeux de mots faciles, donc certains internautes s’en sont donnés à cœur joie. Je ne m’attendais pas à ça, c’est très violent. Je n’y avais pas pensé avant, mais c’est quand même pas mal douloureux. En fait, cette expérience m’apprend beaucoup de choses.

Tu feras gaffe la prochaine fois ?

Non, parce que je suis comme ça. Moi, je n’ai pas eu le sentiment d’être méchant. Si j’avais eu ce sentiment, j’aurais été très mal à l’aise et je serais encore en train de m’excuser publiquement. Là, je n’ai pas du tout l’impression d’avoir dépassé les bornes.

olivier bas,interview,la nouvelle star,mandor

Je t’ai vu la semaine dernière invité au Grand Journal. Mazette!

Tu soulignais tout à l’heure qu'avec le Festival Fnac Indétendances, quand je l’organisais, je montais sur scène pour présenter les artistes. Il faut que je l’avoue, j’ai un côté un peu cabot. Ça me fait super plaisir de me montrer. Quand j’ai annoncé à ma fille que je faisais cette émission, la discussion a duré très peu de temps parce qu’elle m’a dit qu’elle allait appeler ses copines. Ce qui est amusant, c’est qu’il y a 5 ans, j’ai passé un casting pour cette émission afin d’être leur monsieur musique. Non, franchement, ça me fait marrer de faire ce genre d’émission. J’aime bien même.

Espères-tu que cette émission te « popularise » et te permette de faire de la télé autrement.

Revenons un peu aux fondamentaux. La raison pour laquelle j’ai voulu être dans La Nouvelle Star, c’est aussi pour représenter des choses et soyons clair, si grâce à ça, demain, je peux avoir une vraie belle émission de télévision ou de radio qui parle de ce que je défends, je prends. Ca fait des années qu’ont me dit que mes projets sont intéressants, mais que je ne suis pas assez connu pour les concrétiser à l’antenne. Là, au moins, ils pourront juste me dire « on s’en fout, tu nous emmerdes ! » Il n’y aura plus cette étape-là d’anonymat.

En parlant de ça, on commence à te reconnaitre dans la rue ?

C’est curieux, je vois le regard des gens qui se demandent si c’est bien moi. Dans le métro ou quand je voyage en seconde classe pour rentrer chez moi à Bordeaux, les gens se disent que ça ne peut pas être le juré de La Nouvelle Star. Un mec de La Nouvelle Star, c’est forcément un parisien. Bon, tu veux que je te dise, dans la rue, quand on m’arrête, ce ne sont que des garçons, pas des filles. Je suis extrêmement déçu.

olivier bas,interview,la nouvelle star,mandor

Tu abordes un sujet intéressant. Comment ça se passe en province. Les jeunes chanteuses tentent-elles des rapports de séduction avec les membres du jury ?

Non, pas du tout. Ou alors, elles le font devant la caméra, et principalement pour charmer André Manoukian. Si tu attends que je te révèle des trucs croustillants, je vais te décevoir. Les choses sont assez claires.

Est-ce que ton image a changé depuis que tu fais cette émission ?

C’est peu de le dire. Il y a des gens de la profession qui ont changé d’opinion sur moi depuis que je fais ça. Ce n’est pas aussi vulgaire que ça, mais quand même. Je m’y attendais un peu. Tu sais, si un jour CD’Aujourd’hui s’arrête ou si moi j’arrête, il y a des gens qui changeront de nouveau d’attitude envers moi. C’est comme ça, c’est le genre humain. J’en ai déjà fait l’observation maintes fois au cours de ma carrière. Quand j’ai arrêté les maisons de disque et avant d’avoir CD’Aujourd’hui, beaucoup m’avaient rayé de leur carnet d’adresses.  Quand CD’Aujourd’hui est arrivé, ils sont tous venus me dire que j’étais un homme magnifique et essentiel pour la bonne marche de la musique. Ça fait mal sur le coup, mais j’ai compris que les choses se déroulent ainsi systématiquement à chaque changement de situation.

On ne s’y habitue pas ?

Ça fait mal tout le temps. Là, aujourd’hui, ça va, c’est dans le bon sens, mais je sais que si ça tourne mal, ça va recommencer. Je suis très lucide. Moi, Dieu sait si je suis chiant dans le boulot, mais je ne suis pas comme ça. Je n’ai pas cette mentalité-là.

olivier bas,interview,la nouvelle star,mandor

21 janvier 2013

Nilem : interview pour son premier EP "Planter le décor"

nilem,planter le décor,interview

(Photo : Emilie Arfeuil)

Nilem vient de sortir son premier E.P, Planter le décor. Un titre annonciateur d’un monde musical imagé, mais aussi une volonté d'écrire une nouvelle page de son histoire personnelle. Après avoir évolué avec un nombre considérable d’artistes, il était temps qu’il sorte de l’ombre. Il le mérite amplement. J’ai demandé à Nilem de venir à l’agence le 3 janvier dernier pour évoquer l’ensemble de sa carrière que cela.

Biographie officielle (extraits) :

Dans la vie ou sur scène, Nilem a donné à sa guitare la dimension d'un véritable compagnon de route. Elle est l'arbre à six cordes qui cache une forêt de savoir-faire, car ce guitariste talentueux est également un arrangeur, réalisateur, multi-instrumentiste qui a su placer tous ses talents au service de nombreuses collaborations : Ben Mazué, Carmen Maria Vega, Madjo, Duberman, You & You (mandorisé là), Kid with no eyes, Jeff Brodnax... Avec qui il a arpenté de nombreuses salles en France et à l'étranger ( Japon, Roumanie, Ukraine, Belgique, Suisse, Croatie, Bosnie, Slovénie, Hongrie ), et de nombreux festivals comme les Francofolies, les Eurockéennes,nilem,planter le décor,interview Paroles et musique, Alors chante, Solidays, Rock en seine, Le printemps de Bourges, le festival chorus.... ).

Nilem a ressenti l'envie de porter sur scène son propre univers. C'est tout d'abord par son grain de voix puissant, rugueux, velouté, pudique et tout en nuance que Nilem étonne. Dans son monde musical, très pictural, en clair-obscur, s'entrelacent l'ombre et la lumière, l'endroit et l'envers, l'ici et l'ailleurs. Au fil de ses compositions, Nilem ne cesse de jouer avec les contrastes. En français ou en anglais, ses chansons aux teintes pop, folk et blues sont souvent traversées par un souffle romantique : correspondances entre l'état d'âme et le paysage extérieur, tableaux nocturnes, endroits ombragés, arpèges cristallins, rythmique énergique et boisée, chœurs enivrants, mélodies exaltées....

nilem,planter le décor,interview

Interview :

C’est grâce à ta maman qui jouait beaucoup de piano à la maison que ton goût prononcé pour la musique a commencé.

Elle a pris l’initiative très tôt de nous inscrire dans des écoles de musique. L’éveil musical, je l’ai depuis tout petit. Ensuite, on rejette toujours ce que nos parents nous obligent à faire. À 9 ans, j’ai un peu arrêté. Plus tard, le rock m’a donné envie de jouer de la guitare. J’ai eu ma période garage et  grunge, puis après j’ai dérivé vers le métal. À partir de ce moment là, naturellement et de moi-même, j’ai eu envie de me remettre à faire de la musique. J’en suis presque devenu autiste.

C'est-à-dire que tu n’as passé ton temps qu’à ça ?

C’était devenu une grosse passion et, effectivement, je ne faisais plus que ça. Pendant mes années lycées, j’étais constamment dans mon univers personnel. J’ai eu l’obligation d’avoir mon bac, mais à 19 ans, je suis parti dans une école de musique.

A la Music Academy International de Nancy.

C’est une école qui te prépare au métier de musicien. On emmagasine beaucoup d’informations musicales, on t’apprend  aussi comment le milieu fonctionne, mais après, tout le travail reste à faire. Il faut à être à la fois patient et s’acharner.

nilem,planter le décor,interview

(Photo du teaser realisé par Germain Lalot)

Tu as beaucoup écouté de jazz et de musique improvisée.

En apprentissage, c’était très important. J’en ai même beaucoup joué à une période, mais plus maintenant.

Tu as aussi joué du funk, de la world music, de la folk, j’en passe et des meilleurs.

À un moment donné, je me suis aperçu que tous les types de musique pouvaient m’apporter quelque chose.

Teaser du EP.

Faut-il tout maîtriser pour rencontrer sa « voie » ?

C’est bien de tout connaître et j’avais envie d’avoir une palette assez vaste. J’aime analyser la musique, j’aime savoir comment tel musicien aborde telle musique, c’est très instructif pour moi et porteur pour ma musique personnelle.

En 2003, tu arrives à Paris.

Oui, je viens de Bordeaux. Arrivé dans la capitale, j’ai fait plein de petits boulots et beaucoup de jams dans des clubs où les musiciens se rencontrent. Il faut rencontrer les gens. C’est un milieu où les gens ne t’acceptent pas comme ça. Il est fermé et il faut savoir s’imposer.

Tu as rencontré des artistes avec lesquels ça s’est très bien passé.

Oui, il fallait que je me fasse violence, j’étais un peu timide, mais j’ai fini par faire les bonnes rencontres. Ben Mazué par exemple, que j’accompagne encore de temps en temps… et quelques autres. De fil en aiguille, avec les années et mes différentes collaborations, c’est devenu mon métier.

Tu as appris beaucoup avec les autres ?

Oui, tu apprends de tout le monde. Les artistes sont des éponges. C’est ce qui est beau dans ce métier-là, c’est très humain. La musique, c’est l’échange et le partage. Et le partage peut être très intense sur scène. Sans vouloir exagérer, ça se rapproche un peu de l’amour, toute proportion gardée. Ces moments-là nous rappellent pourquoi on est là.

Et pourquoi vous êtes là ?

Le plaisir de faire de la musique. Personnellement, c’est la seule chose que je sais faire. Je ne sais pas ce que je ferais si je ne m’adonnais pas à cette activité. On verra dans 15 ans ce qu’il se passera.

Version acoustique de "La discorde".

Tu sors un premier EP, certes, mais malgré cela, tu as déjà fait l’Olympia, la Cigale, la Maroquinerie, l’Alhambra… toutes les salles parisiennes importantes, même si, souvent, c’était en première partie ou pour accompagner d’autres artistes.

Oui, je sais la chance que j’ai. Ce sont des salles mythiques et c’était des moments très forts à chaque fois. Le fait de sortir ce premier EP comme un débutant qui n’a pas fait grand-chose me fait un peu redescendre. Je rejoue dans des petits endroits mes propres chansons. Avec ce projet, je dois recommencer à zéro. Les professionnels me connaissent, mais n’ont pas confiance tout de suite. Je dois faire mes preuves en tant que Nilem. C’est à la fois curieux et super intéressant de défendre son projet personnel.

Je sais que la scène est très importante pour toi.

Ce qui m’excite le plus, c’est l’adrénaline qu’on peut avoir sur scène. Ce que l’on peut ressentir quand on descend, cette angoisse que l’on peut avoir quand on monte et cette envie de remonter quand on descend. C’est ça qui me fait aimer le métier. Ces rencontres, cette interaction avec les gens…

On n’est plus le même quand on monte sur scène ?

Si tu es le même dans la vie que sur scène, c’est que ce que tu fais n’est pas très profond. Le public attend autre chose de toi, tu dois être plus ou moins transformé. C’est comme ça que je vois les choses. Moi, quand je suis sur scène, je suis ailleurs. C’est totalement un autre monde. Les artistes qui me font frissonner sur scène sont ceux qui sont dans le lâcher-prise total, dans l’oublie d’eux-mêmes.

Version live de "Les fauves".

Comment décide-t-on de créer son propre projet ?

Quand on en ressent le besoin. Je suis guitariste à la base, le chant est arrivé beaucoup plus tard. Le fait d’ouvrir la bouche et chanter n’a pas été un truc très naturel pour moi. J’ai découvert ma voix progressivement et j’ai entendu mes amis musiciens ou chanteurs me dirent : « tu t’es écouté chanter ? ». Ils m’ont dit qu’il y avait quelque chose à faire de ce côté-là et ils ont insisté pour que je tente l’aventure. Le temps me manquait, mais l’envie était là. J’ai commencé à composer des chansons et la passion s’est transformée en frustration. J’ai compris qu’il fallait que je mette mon « talent » aussi à mon service et pas seulement à celui des autres. J’ai travaillé ensuite dans ce sens sérieusement, et ce pendant deux ans et demi, mais avec des phases assez éloignées. Ce qu’il me manquait, c’est de m’y plonger vraiment, m’immerger totalement. Ce que j’ai fait au début 2012.

Il a fallu que tu trouves des collaborateurs pour t’écrire tes textes.

Oui, parce que quand j’ai commencé le projet Nilem, je n’écrivais pas beaucoup, je n’avais pas confiance en mon écriture. J’ai donc collaboré avec Céline Righi, Yannick Marais (de La maison Tellier) et Cae, qui eux, ont su mettre en mot avec talent mes idées. Ça prend un peu de temps parce qu’on ne maîtrise pas tout.

Il fallait que ces textes correspondent à ta pensée et à ta personnalité.

Ce n’était pas simple. J’ai expliqué aux auteurs ce que j’avais envie de transmettre dans mes chansons. Ils avaient la musique, on a échangé des idées et des textes sont apparus.

Textuellement, tu voulais transmettre quelque chose, un message particulier.

C’est aujourd’hui que je commence à avoir des envies de textes plus précis. Je commence d’ailleurs aussi à écrire. Ça me permettra de retranscrire réellement ce que j’ai au fond de moi. Je veux que mes compositions, aussi bien que ce que je chante, soient ma quête personnelle à 100%.

Version live de "Brise lame".

Quand le chant est une révélation tardive, on prend des cours ?

Disons que j’ai beaucoup appris avec les artistes/chanteurs/amis que j’ai accompagnés. Ils m’ont donné des conseils, des techniques vocales. Le souffle, l’inspiration, l’endurance, tous ces trucs-là…

Ta musique est un genre de pop, de folk, de blues… et plus. Difficile à déterminer.

J’ai du mal à expliquer ce qu’est précisément ma musique. Au début, j’étais partie dans un truc très folk, très intimiste, et je me suis finalement enflammé dans les arrangements. Inconsciemment, toutes les influences que j’ai eues pendant des années sont un peu là.

Ton EP s’intitule Planter le décor. Ce n’est pas un hasard.

C’est une façon de dire, je pose mes valises, c’est bon. Je présente quelque chose de personnel, je plante le décor, c’est parti et advienne que pourra.

nilem,planter le décor,interview

13 janvier 2013

Eric Genetet : interview pour Et n'attendre personne

eric genetet,et n'attendre personne,interview,mandor

(Photo : Sandrine Roudeix)

Éric Genetet et moi, nous nous connaissons depuis des lustres. Nous sommes amis de jeunesse. Je l’ai déjà expliqué ici (avec en bonus quelques archives concernant notre vie d’animateurs radio). Il est toujours délicat d’interviewer un pote pour parler de son actu. Exercice de style que je n’aime pas, parce que l’amitié ne doit pas parasiter son objectivité. C’est compliqué et je ne suis pas sûr d’y parvenir. J’ai aimé le troisième roman d’Éric, Et n’attendre personne, parce que le sujet m’intéresse, qu’il est bien écrit, mais aussi parce que je le reconnais dans certains aspects du héros qu’il fait vivre dans cette histoire. Bref, Eric est venu me voir à l'agence le 2  janvier dernier. Vous allez lire une interview/conversation comme deux vieux potes se parlent.

eric genetet,et n'attendre personne,interview,mandor

eric genetet,et n'attendre personne,interview,mandorL’histoire :

Strasbourg. Alberto et Isabella forment un couple harmonieux. Le soir de son vingtième anniversaire, leur fils unique leur annonce qu'il part s'installer à New York. Même s'il n'en laisse rien paraître, cette nouvelle met Alberto KO. À l'inverse, Isabella profite de cet envol pour saisir une opportunité professionnelle à Bruxelles et savourer le plaisir d'être à nouveau égoïste... Resté seul en Alsace, Alberto mène une existence terne. Lassé par son métier de photographe de presse, irrité par la médiocrité de son supérieur hiérarchique, il finit par se faire licencier. Toujours amoureux de sa femme, Alberto est déterminé à la reconquérir, mais ses tentatives de séduction ne sont pas concluantes. Sa situation ne s'arrange guère lorsque sa mère lui révèle un terrible secret de famille...
Avec une écriture sobre et élégante, Éric Genetet dépeint finement la crise du couple et de la quarantaine. Il entraîne peu à peu le lecteur vers un dénouement insoupçonné.

L'auteur :

Né à Rueil-Malmaison en 1967, Éric Genetet vit depuis trente ans à Strasbourg où il exerce la profession de journaliste (radio, télévision, presse écrite). Il a publié en 2008 chez Eho, Le Fiancé de la lune. Et n'attendre personne est son troisième roman.

eric genetet,et n'attendre personne,interview,mandorInterview :

Qu’est-ce que ce nouveau roman représente pour toi ?

Il représente quatre ans de ma vie. Je l’ai commencé pendant une période très compliquée comprenant rupture et nouvelle histoire, tant sentimentalement que professionnellement. J’étais en période de mutation totale et ce livre a traversé ces quatre années en étant l’objectif principal de ma vie. Comme je ne suis pas écrivain à plein temps et que j’avais beaucoup d’autres choses à faire, j’avais du mal à être dessus en permanence. Ma vie et quelques évènements annexes ont décidé que ce livre mettrait longtemps à sortir.

Pourquoi ce livre est-il si important ?

Il participe à l’acte décrire et l’acte de devenir écrivain.

Lors de ta précédente et première mandorisation qui date de 2008, tu me disais que tu ne te sentirais écrivain qu’à la fin de ta vie.

(Sourire) C’est mon troisième livre, peut-être vais-je monter en grade. Je sais aujourd’hui que je vais consacrer ma vie à l’écriture. Il y a un désir profond en moi et il n’y a que ce désir-là qui compte. Après, ça marchera, ça ne marchera pas… je m’en fous. Mais, si ça marche, c’est l’assurance d’en faire d’autres.

Non, tu ne t’en fous pas, en fait.

Je t’assure que je ne recherche pas de reconnaissance particulière. L’idéal pour moi serait qu’on me donne juste les moyens de pouvoir écrire le livre suivant. Et puis, dans ma maison d’édition, je connais des gens qui sont passés de l’anonymat au succès.

eric genetet,et n'attendre personne,interview,mandorTatiana de Rosnay, par exemple.

Oui. Et quand je la vois évoluer, je me dis que j’aimerais bien avoir sa vie.

C’est marrant, j’ai reconnu ton style en lisant ce troisième livre. Tu commences à avoir une patte Genetet.

Mais, tu n’as pas remarqué de changements dans celui-là ?

Si. Il n’y a plus de scènes inutiles. C’est encore plus épuré que dans Le fiancé de la lune… et ton écriture est plus exigeante

Au départ, j’ai écrit 300 000 signes, je crois qu’il n’en reste que 180 000. Et puis surtout, j’ai écrit 17 versions différentes. Quand j’ai signé mon contrat pour ce livre, ce n’était pas tout à fait cette histoire-là. Le début était le même. L’enfant qui s’en va, les parents un peu paumés parce qu’ils ne sont pas préparés au moment où l’enfant quitte le foyer. Le père qui se retrouve seul vivait des choses qui n’avaient rien à voir avec ce que je lui fais vivre dans la version définitive. Héloïse d’Ormesson aimait bien la façon dont j’avais traité l’histoire d’amour dans la difficulté. J’ai donc insisté dans cet angle-là. Que devient un couple quand l’enfant s’en va ? Quelles remises en question en découlent ?

C’est un thème qui correspond bien à l’Éric Genenet que je connais…

Avec ce livre, j’ai l’impression toutefois que j’ai fini un cycle. Pour le quatrième, déjà en cours d’écriture, je passe complètement à autre chose.

Dans Et n’attendre personne, tu évoques aussi la crise de la quarantaine.

J’insiste, la crise de la quarantaine dans le couple.

eric genetet,et n'attendre personne,interview,mandor

Il est sage Alberto, ton héros…

Tu veux dire, par rapport à moi ? Et bien, j’ai fait exprès qu’il soit à l’opposé de moi. Mais arrête de considérer que mes héros de roman sont des Éric Genetet.

Je n’y peux rien, je te connais trop. En plus, tu en fais un journaliste qui habite à Strasbourg, qui ne se laisse pas faire avec sa hiérarchie, qui a le même âge que toi… avoue que ça peut porter à confusion !

Oui, mais je suis auteur de romans. Il y a un peu de celui que je suis devenu, comme il y avait un peu celui que j’étais dans Le fiancé de la lune quand je l’ai écrit. Mais ce n’est pas un copié collé de moi-même, je t’assure. Mes héros ont leur propre personnalité et leur propre vie.

eric genetet,et n'attendre personne,interview,mandorJe suis un peu lourd, je sais, mais ce livre, est-il un peu un bilan un peu déguisé de ta vie?

Ce n’est pas un bilan, c’est une projection. J’ai un enfant qui a 8 ans et demi, je me suis imaginé l’instant où il va s’en aller pour mener sa propre vie. Je suis allé plus loin, je me suis imaginé dans une vie de couple depuis 20 ans. C’est une vraie projection, un vrai fantasme, même. C’est un truc que j’aurais bien aimé réussir et que je n’ai pas encore réussi. Je me suis dit, dans ce livre, que quand on réussit ça, ce n’est peut-être pas aussi limpide que le tableau le laisse supposer. On a vécu 20 ans avec quelqu’un, on est sûr de l’aimer, il n’y a pas de doute et puis si, il y a quand même des doutes et puis si, il y a quand même des remises en question à faire. Après le virage de l’enfant qui part, est-ce qu’on peut vivre de la même manière qu’avant le virage ? Pour moi, sans dévoiler l’intrigue du livre, ça me parait compliqué. Après une remise en question, tu ne peux pas continuer comme tu as vécu.

Alberto se demande si, je te cite, « l’amour n’est pas simplement un rayon inconsistant qui meurt derrière un gratte-ciel ». Ce n’est pas une vision très optimiste de l’amour… Tiens, je vais encore faire  référence à notre dernière interview qui date d’il y a plus de 4 ans. Tu me disais que, pour toi, l’amour était une vaste fumisterie. Je suis chiant avec mes questions ?

(Rire) Oui, mais ce n’est pas grave. Il n’y a que toi qui peux oser me poser ce genre de question ! J’avais vraiment dit ça ?

Traite-moi de menteur !

J’avais dit « une vaste fumisterie ». Et bien, ça allait fort à l’époque dans ma vie personnelle, je suppose. Bon, en fait, 4 ans plus tard, j’ai très envie de croire que ce n’est pas une fumisterie et que c’est quelque chose de possible dans le long terme, jusqu’à la fin de sa vie, pourquoi pas, si on a trouvé quelqu’un avec qui partager ça. L’amour, ça doit être le socle de sa vie, mais peut-être ne faut-il pas qu’il le soit trop ? On pense souvent à vivre l’amour avant de se construire soi-même. Je crois qu’on peut être seulement en amour quand on s’aime soit même et quand on est complètement construit. Aujourd’hui, je suis peut-être plus en capacité d’aimer qu’il y a 4 ans.

Ton personnage, Alberto, déprime de manière assez sévère. « Il se trouve inadapté au monde, suspendu dans le vide face à l’absurdité de l’existence ».

Entrer en dépression est même constructeur. Là, en l’occurrence, je me suis inspiré d’un moment de ma vie difficile et qui date d’il y a deux ans et demi. Il y a une scène où dans la douche, il a le pommeau dans les mains et il pleure pendant des heures. J’ai vécu cela pour la première fois de ma vie. C’est bien quand ça arrive, parce que c’est bien de toucher le fond. C’est à ce moment-là qu’il faut se poser les bonnes questions pour remonter sans prendre des raccourcis. C’est long. Quand on sort d’une dépression, on sort grandi, plus fort et plus proche de ce qu’on doit être. Je n’ai jamais voulu être dans l’alexithymie (note de Mandor, dixit Wikipédia : désigne les difficultés dans l’expression verbale des émotions communément observées parmi les patients présentant des symptômes psychosomatiques), je pense que, du coup, ça m’a construit. Je suis plus en paix avec moi-même aujourd’hui.

eric genetet,et n'attendre personne,interview,mandor

Ce livre, pendant cette période de dépression, était devenu comme un pote.

Oui, c’est exactement cela. Il était là, il me soutenait, je le soutenais, bref, on se soutenait mutuellement.

Maintenant, ton pote va passer entre d’autres mains.

Je lui en veux un peu de me faire des infidélités. Le salaud ! Sérieusement, je n’écris pas pour que mes histoires restent dans mes placards. J’écris pour en faire d’autres, je l’ai déjà dit, et c’est le passage obligé. Moi, je suis plutôt content qu’il aille voir d’autres gens. J’espère juste que ce livre leur apporte quelque chose, qu’il les touche. Le livre est un objet de partage.

Ça t’a fait du bien de l’écrire?

En fait, ça me fait du bien de faire ce travail-là. Être devant mon ordinateur à n’importe quel moment du jour et de la nuit, dans n’importe quel endroit, et raconter des histoires.

Je trouve que ton héros est cool. Sa femme s’en va vivre sa vie d’animatrice seule en Belgique… il ne dit rien.

Sa femme se sent émancipée. Elle part, mais on ne sait pas si elle a un amant.

Lui s’autopersuade qu’elle en a un.

Il comprend la situation parce qu’il considère qu’au bout de 20 ans c’est normal. Il n’est pas cool, il est tolérant et respectueux de la vie de l’autre, ce qui n’est pas tout à fait la même chose. Alberto se comporte bien par rapport à la situation et au choix de sa femme. Il y a trop de types qui se comportent mal avec leur femme quand ils soupçonnent qu’il pourrait se passer quelque chose avec un autre homme. Je ne dis pas qu’il faut tromper les gens, mais quand on sent quelque chose, on est déjà un peu responsable soi-même de ce que va faire l’autre. Dans chaque couple, s’il y a rupture, il n’y a jamais qu’un seul coupable. C’est toujours du 50-50.

Cette  affirmation est sujette à caution à mon avis… Autre point important de ton livre, Alberto a été abandonné par son père. Du coup, il lui manque des repères et il semble perdu dans tout ce qui touche à l’affect et à l’amour.

Personne n’ignore que l’on est influencé par que l’on a vu de ses parents. Si on a vu de l’amour, on aura plus de facilité à vivre l’amour et à en donner. Si on n’a rien vu, on aura beaucoup de difficulté à construire une histoire avec quelqu’un. Alberto n’a pas vu grand-chose. Il a vu un père absent, un peu froid, un peu solitaire, qui ne donnait pas grand-chose. Donc, quand il rencontre la femme dont il tombe amoureux, deux cas de figure s’imposent à lui. Soit il reproduit le même schéma de ce qu’il s’est passé dans sa jeunesse, soit il s’y oppose et il s’engouffre dans quelque chose qui le rassure. Lui, quand il rencontre Isabella, femme sûre d’elle et protectrice, il s’engouffre dans cette brèche-là pendant 20 ans. Forcément, quand cette histoire d’amour est remise en question, c’est tout son être qui est remis en question.

Personnellement, toi tu as toujours été dans le doute.

Oui, mais ne l’écris pas sur ton blog, hein.

Promis, tu me connais… Bon, on peut dire que ce livre est assez personnel.

Oui, par rapport aux deux autres qui étaient pas mal autobiographiques, celui-là ne l’est pas. Tu as raison, il est juste personnel. Ma propre vie se mélange avec celle de mon héros, parfois.

Isabella, c’est la femme idéale pour toi ou la femme fantasmée ?

Je sais très bien que la femme idéale n’existe pas. Isabella, limite, elle est trop parfaite. En tout cas, elle laisse libre Alberto et du coup, elle prend elle aussi de la liberté qu’elle n’avait jusque-là pas vraiment utilisée. D’un seul coup, elle décide de tout mettre sur la table, c’est comme au poker. En face, il a un beau jeu, mais il n’ose pas contre-attaquer tout de suite.

La vie n’est finalement qu’une partie de poker.

(Rire) Qui a dit ça ? Patrick Bruel ?

eric genetet,et n'attendre personne,interview,mandorSinon,  j’ai beaucoup aimé ton marque-page à l’effigie de ton livre (en rigolant).

(Sérieusement)  Parlons de ce marque-page. Tu sais quand j’étais môme j’adorais le football et surtout l’équipe de France. Pour moi, le marque-page, c’est le survêtement, c’est le maillot, c’est l’équipement. Le marque-page, c’est mon maillot de l’équipe de France.

Tu écris actuellement un 4e roman sur un sujet qui te touche beaucoup et très important pour toi. Ton ancienne dyslexie.

Mon ancienne dyslexie qui a marqué toute ma vie, à un point que je n’imaginais même pas.

C’est bien que tu écrives un livre sur elle. Tu m’en parles depuis si longtemps.

J’ai déjà écrit 70 000 signes et j’ai trouvé le titre.

Qui est ?

Je ne te le dis qu’à toi. C’est…

(Non, je ne le répète pas ici… quand même…)

eric genetet,et n'attendre personne,interview,mandor

Et pour les habitants de Strasbourg et de ses environs... c'est samedi prochain.

eric genetet,et n'attendre personne,interview,mandor

09 janvier 2013

Peïo : interview pour L'ombre et la lumière

peïo,l'ombre et la lumière,interview,mandor

(Photo : Jean-Baptiste Millot)

Peïo est un chanteur qui joue déjà depuis des années, mais je ne connaissais pas son existence. J’ai reçu son premier album récemment et je l’ai trouvé très beau à tout point de vue. Des textes sur l’identité, l’immigration, les joies de l’existence, ses difficultés, les injustices et… des histoires d’amour. Ses musiques éclectiques rappellent aussi bien « les miracles acoustiques de Feist que les harmonies vocales d’Elliott Smith, la pureté des musiques africaines, et le folk du Ben Harper du début ». Rien que ça. L’Ombre et La Lumière permet à Péïo d’ouvrir les portes de la chanson française et d‘y pénétrer sans rougir. Le 11 décembre dernier, il a aussi pénétré les portes de l’agence pour me permettre de faire sa connaissance et ainsi, vous le présenter sur ce blog.

peïo,l'ombre et la lumière,interview,mandorBiographie sélective :

Peïo promène sa musique aux quatre coins de France. On l’a aperçu en première partie de Zebda ou Jehro. On l’a vu fouler les scènes de l’Alhambra, de la Bouche d’Air, du Sentier des Halles ou de la Lune des Pirates. En Bretagne à Tinténiac, on l’a vu embraser une foule de 4000 personnes. Petit à petit, il rédige les chapitres d’une histoire musicale qui se prolonge aujourd’hui avec la sortie d’un premier album joliment intitulé L’Ombre et La Lumière. Il y a là Seb Martel (Camille, M), le batteur Toma Milteau, le guitariste Pierre Sangra (Thomas Fersen) et le réalisateur Dominique Ledudal (Tryo, Vincent Delerm, JP Nataf). Preuve supplémentaire du talent du jeune homme : il y a quelques semaines, en mettant en musique le poème L'Attrape-rêves de Michel Butor, Peïo remportait le concours du Printemps des Poètes présidé par Christian Olivier des Têtes Raides.

peïo,l'ombre et la lumière,interview,mandor

peïo,l'ombre et la lumière,interview,mandorInterview :

Tu as beaucoup bougé dans ta vie. Mais on peut dire que tu viens du Pays Basque.

C’est là où habitent mes grands-parents, c’est là aussi où j’allais en vacances l’été. C’est un endroit où je me sens bien. À côté de ça, j’ai vécu à Lille, à Lorient… j’ai bien bourlingué à droite et à gauche.

La musique fait partie de ta vie depuis très longtemps.

J’ai commencé la musique très jeune. Mes parents m’ont mis au conservatoire où j’ai suivi un cursus important en tant que trompettiste. J’ai fini par me lasser de cet instrument, car j’avais la sensation d’un manque. En particulier le manque du fait de chanter, d’écrire et de dire les choses. Je voulais exprimer des émotions, il me fallait donc prendre une autre direction.

Tu as décidé de chanter et ce n’est pas un acte anodin.

Je sentais en moi des tas de choses qui n’arrivaient pas à sortir. Avec la chanson, elles y parviennent. Je n’ai pas trouvé d’autres moyens pour atteindre le bien-être que je ressens actuellement.

Le clip de "Petite Fleur"

Dans ton album L’ombre et la lumière, il est question de métissage. Tu es issu de métissage toi-même ?

Oui, mais je n’en dirai pas plus pour garder le mystère. Sans rire, c’est tellement complexe que ce serait forcément incomplet et je ne veux pas en oublier une partie.

Mais, ça occupe pas mal tes chansons musicalement et textuellement.

Il y a deux albums très importants pour moi, le dernier album d’Alain Bashung, Bleu pétrole, et celui de Rokia Traoré, Tchamantché, que je trouve fabuleux. Musicalement, je ne voulais pas tomber dans un style trop convenu, trop africain, avec du kora par exemple, mais je ne voulais pas non plus faire de la pure chanson française.

Tu ne veux ni être catalogué dans la « musique du monde » ni dans la « chanson française ». Ça va devenir compliqué, là.

Je ne cherche pas à être dans un truc précis, je cherche juste à jouer de la musique qui me fait plaisir et dans lequel je me sens bien. Mon métissage c'est une richesse, mais ce n'est pas toujours simple dans la quête de mon identité.

"De Gibraltar"

Quête d’identité, certes, mais il est aussi question de la peur de la différence, comme dans la chanson « D’où je viens ».

J’ai du mal à comprendre comment on peut juger une personne et surtout, comment on peut la juger uniquement sur des critères de nationalité et d’identité et pas sur ce que l’on vit avec elle.

Toi qui te sens parfois exclu, tu as choisi de chanter, acte qui réunit les gens…

Je crois que c’est pour ça que le disque s’intitule L’ombre et la lumière. C’est paradoxal, mais la vie est paradoxale.

Tu as travaillé avec ton binôme, Alex Tolub.

Il y a des textes de lui et de moi, mais si on demandait aux gens de deviner qui a fait quoi, la réponse serait compliquée. Alex est mon opposé en caractère, mais il est capable d’exprimer les choses que j’ai en moi. Cette dualité est très forte et complémentaire.

peïo,l'ombre et la lumière,interview,mandor

(Photo en concert à l'Alhambra : Wing Tat SHEK (c) 2012)

Ce disque est une histoire de rencontres.

Effectivement. Autour de ce projet, on a réussi à réunir des gens qui se connaissaient dans le milieu, mais qui ne s’étaient jamais rencontrés. Ce disque a été enregistré en trois semaines, ce qui est  énorme dans le contexte économique actuel.

Mais comment as-tu choisi les musiciens qui participent à cet album ?

On a choisi des musiciens parce que leur histoire personnelle, musicale, la façon dont ils avaient évolué, nous intéressait. On a cherché toutes ces pièces de puzzle pour avoir les gens capables de faire ce que nous ne serions pas capables de faire nous-mêmes. On a envie de placer la barre haute dès ce premier album.

"Mon âme a pleuré" au Pont des artistes sur France Inter en septembre 2011.

Il est très varié musicalement.

Le risque que l’on craignait, c’était de faire un patchwork un peu formel. La chanson jazz, la chanson africaine… on ne voulait surtout pas ça. On voulait par contre faire un disque qui ne lasse pas les gens.

Tu sembles à la fois déterminé pour réussir à t’imposer et lucide sur le métier.

Ça fait quand même 5 ans que je travaille sur ce projet. Tout ne s’est pas fait facilement, loin de là. Je suis très heureux qu’enfin ce disque voie le jour. Ça me rend en joie. Je viens d’avoir une petite fille il y a quelques semaines, c’est donc une jolie période… ce que j’aime quand on fait ce métier, c’est que c’est angoissant parce que tu ne sais pas de quoi demain sera fait, mais en même temps, tu peux être tous les jours surpris. Et moi j’aime cette idée d’être surpris. C’est un luxe dans le monde formaté dans lequel on est.

peïo,l'ombre et la lumière,interview,mandorTu es le gagnant du Concours André Chédid 2012 du poème chanté organisé par Le Printemps des Poètes.

On te propose un poème, on te demande de l’interpréter sur ta propre musique. C’est compliqué, mais très intéressant. C’est ma petite sœur qui a reçu ce message et qui me l’a transmis. Au début, je regarde vite fait, mais je ne m'en occupe pas tout de suite. Quand, un peu plus tard j'y reviens, je me lance dans ce projet avec beaucoup de passion. Quand j’ai lu le texte proposé, il m’a parlé immédiatement et de façon quasi automatique une musique et une mélodie me sont venues. J’ai demandé à Pierre Sangra d’enregistrer ça chez lui et on a envoyé le titre. Au final, j'étais lauréat avec Christian Olivier des Têtes Raides comme président de jury. J'ai ressenti une très grande émotion et une forme de reconnaissance de ma démarche artistique !

Du coup, tu as écrit au poète que tu as mis en musique, Michel Butor.

Je lui ai envoyé mon album et il l’a trouvé très bien. Il m’a envoyé un message me donnant l’autorisation d’utiliser l’ensemble de ses textes pour faire un album. Du coup, j’ai ce projet en tête.

peïo,l'ombre et la lumière,interview,mandor

05 janvier 2013

Loraine B : interview pour 1=3

Cr+®dits photos Sylvere H (9).jpg

(photo : Sylvere H)

Verso cover.jpgJ’ai connu Loraine B, alors qu’elle était stagiaire attachée de presse, mais, je ne savais rien de sa double vie. Le mois dernier, je reçois un mail d’elle dans lequel elle me fait part de son activité musicale avec différents liens pour écouter/voir pas mal de choses. Je lui ai trouvé beaucoup d’originalité et j’ai aimé sa voix. Bien sûr, il y a une marge de progression, mais Loraine B a un potentiel conséquent. Il y a fort à parier qu’on entende beaucoup parler d’elle un jour.

Je lui ai donc demandé de venir à l’agence mi-décembre dernier.

Biographie écourtée :

Cette grande blonde de 23 ans, arrière-petite-fille de l’écrivain Georges Bernanos, présente son cinq titres folk rock monté à coups de guitares, de piano… à coups d’espoir et à coups de gueule. En 2011, elle rencontre Duncan Roberts (label Spozzle et leader du groupe Dictafone) qui la prend sous son aile pour enregistrer son premier EP, une autoproduction de cinq titres écrits, composés par Loraine, et arrangés par Duncan. C’est ainsi que « 1 = 3 » voit le jour…

(Loraine B sera en concert au Sentier des Halles les 19 Janvier et 8 Février 2013.)

DSC06289.JPG

Cr+®dits photos Sylvere H.jpegInterview :

Tu ne débarques pas dans la sphère musicale comme ça. Tu as déjà joué dans quelques groupes avant de commencer ton projet solo actuel.

J’ai commencé la musique à l’âge de 9 ans. J’étais une enfant très calme. Je passais beaucoup de temps à observer, mais il me fallait une activité pour libérer l’énergie accumulée en moi. J’ai donc fait beaucoup de sport, mais un jour, j’ai eu un sérieux problème aux genoux qui a fait que j’ai dû arrêter. Mas parents m’ont donc proposé de faire de la musique. Au début, j’ai dit non et au final j’ai décidé d’apprendre le saxophone. J’en ai fait 4 ans et de fil en aiguille j’ai consacré ma vie à la musique.

Comment décide-t-on de consacrer sa vie à la musique si jeune ?

La théorie m’ennuyait profondément au conservatoire et m’a mis des barrières que je n’aimais pas du tout. Je crois que mon prof de solfège n’a pas un très bon souvenir de moi. Je n’avais pas besoin d’apprendre, j’avais beaucoup de facilité, du coup, j’étais complètement arrogante et je foutais un peu la merde dans son cours. Je voulais que la musique soit associée à l’amusement.

Tu as donc arrêté le saxophone au conservatoire.DSC06290.JPG

Et dans la même foulée, mon grand-père nous a ramené un synthé. Là, j’ai commencé à travailler cet instrument toute seule. J’ai aimé apprendre toute seule.

La théorie t’ennuyait, mais heureusement que tu l’avais, finalement.

Oui, tu as raison, heureusement que j’ai fait 4 ans de solfège ! C’est peu par rapport à d’autres musiciens. Je peux lire une partition, je connais les temps et les mesures, ce qui me facilite la tâche.

La suite logique pour toi a été d’intégrer un groupe ?

J’étais au lycée, je terminais tard et j’ai entendu de la musique rock. J’ai poussé la porte et j’ai vu deux nanas et un mec qui faisaient du punk, je trouvais ça génial. Ça m’a donné envie de me mettre à la basse. Ils n’avaient pas de bassiste et par un lien intermédiaire j’ai postulé pour le groupe et ils m’ont pris. On a fait des concerts et quelques festivals. Trois nanas qui jouent du punk, ça attire l’œil. On a fait le Gibus, l’Élysée Montmartre, la Batofar, le New Morning…

Ce groupe-là a duré jusqu’à la terminale.

Oui parce qu’après, je suis partie au Canada pour étudier. Mon parrain m’avait offert une guitare peu avant mon départ. J’ai tenté de composer des musiques, seule là-bas avec ce que j’avais appris avec le groupe. J’avais 18 ans, j’étais loin de ma famille, je m’occupais ainsi. Quand je suis rentré en France, c’est là que tout à commencé sérieusement.

DSC06291.JPG

Aujourd’hui, il y a un EP. En l’écoutant, je me suis dit « cette nana est complètement déjanté ! ». Tu parles de schizophrénie, de bipolarité, de folie…

C’est le manque de limite qui m’intéresse. Ceux que l’on appelle fous ont des limites tellement plus larges que les nôtres, les gens dits « normaux ». C’est un sujet qui me fascine et j’en ai fait une chanson dont le clip vient de sortir, « Multiple ».

En tout cas, je décèle en toi une farouche volonté de ne pas faire « lisse », de déranger un peu même.

C’est ennuyeux le lisse. C’est comme le caractère des gens. J’aime bien les fortes personnalités. Cela étant, je ne sais pas s’il existe des gens vraiment lisses. J’ai remarqué que quand on gratte un peu, on trouve toujours autre chose.

Cr+®dits photos Sylvere H (4).jpgTu écris tous tes textes et tes musiques seule. Tu es une solitaire ?

Si j’écris seule, c’est un peu par la force des choses. J’aime la solitude autant que je la déteste. Quand personne ne peut le faire pour toi, tu le fais toi-même et advienne que pourra. Duncan Roberts m’a apporté son aide, principalement pour tous les arrangements. Les voix, je les ai enregistrées chez moi et on les a gardées telles quelles. Duncan a considéré qu’on n’arriverait pas à reproduire la même acoustique.

Parlons de la chanson « À vos jouets ».

Pour comprendre cette chanson, je vais t’expliquer l’histoire. Je suis partie toute seule en Normandie, pour écrire. J’étais sur la plage, il y avait beaucoup de familles autour de moi. Une petite fille passe devant moi avec sa mère. Elle lui raconte avec conviction et enthousiasme une histoire passionnante sur un coquillage et sa mère ne l’écoutait pas. Pire encore, une fois que la petite a terminé elle regarde sa mère toute fière et elle de lui répondre : « oui, et ? ». La petite l’a regardé le regard un peu perdu… ça m’a beaucoup touché. Après, j’ai commencé à observer parce que j’ai travaillé avec des enfants et j’ai vu souvent les maladresses des parents envers leurs enfants. On essaie de faire grandir les enfants trop vite et c’est vraiment quelque chose qui me déplait.

110_1759-bernanos.jpgTu es l’arrière-petite-fille de Georges Bernanos. Ton nom d’artiste est Loraine B. Tu refuses de mettre en avant cette parenté ?

Non, juste, je trouvais que mon nom était trop long. Ce n’est pas par souci de tuer l’arrière-grand-père. Concernant Georges Bernanos, ma famille ne m’a jamais poussé à le lire et je n’ai pas vécu avec cette ombre tutélaire. Mes parents m’ont éduqué dans une liberté raisonnable. Ils m’ont bien éduqué et encouragé pour que je m’intéresse à l’art. J’ai eu beaucoup de chance.

Tes parents pensent quoi de ton cheminement ?

Ils ne se rendent pas compte du travail qu’ils ont fait avant pour que j’aboutisse à ce que je fais aujourd’hui. Voyant les facilités que j’avais en musique, ma mère, quand j’ai voulu aller en Économie et Social, au lycée, elle m’a demandé si je ne préférais pas entrer dans une école de musique. Moi, je ne voulais pas de contrainte et j’avais peur d’être écœurée de la musique. Quand j’ai commencé à faire mes concerts, mon père me signait mes absences pour que j’aille faire mes balances, en contrepartie, il fallait que j’aie de bonnes notes. Ça m’a donné une certaine légitimité dans ma liberté. Je peux l’affirmer haut et fort, ça m’a aidé d’avoir une famille artistique qui me comprenait.

Cr+®dits photos Maxime Rivault.jpg

(photo : Maxime Rivault)

Mais quand tu écris des textes, tu sens l’ombre de l’illustre ainé ?

Ça a commencé au collège. Tous les profs de français me demandaient si j’étais de la famille de Georges. Une de mes profs m’a même demandé de faire un exposé sur lui, ce que j’ai fait. C’était bizarre, car il fallait que j’intéresse les autres élèves avec quelqu’un de ma famille. En même temps, je trouve que c’est normal que cela intéresse les gens. Je comprends que l’on veuille me rapprocher de Bernanos, mais ce n’est pas moi qui me mets de la pression parce que ça vient de l’extérieur. J’arrive à me détacher de tout ça. Je fais ce que j’ai à faire sans me soucier de ce qu’en penseront les autres.

Je t’ai connue attachée de presse. Ça t’aide pour promouvoir ton EP ?

Oui, j’ai vraiment beaucoup appris avec Brigitte (note de Mandor : Brigitte Batcave, attachée de presse fort performante et que j’apprécie beaucoup humainement). Je fais tout moi-même : la mise en place, des disques et des concerts, le développement d’une association que je vais créer, la promo, diriger les musiciens en répétition… toutes ces choses auxquelles on ne pense pas forcément quand on commence à envisager ce métier.

DSC06293.JPG

Merci à Sylvere H pour les deux "portraits" de Loraine en noir et blanc.

03 janvier 2013

Jennifer Murzeau : interview pour Les grimaces

jennifer murzeau,les grimaces,interview,mandor

(Photo : Diane Pol-Lajaima)

J’ai rencontré Jennifer Murzeau au Salon du livre d’Ozoir-la-Ferrière 2012 que j’ai animé. Elle a fait partie de la cinquantaine d’auteurs interviewés dans la journée. Parfois, dans ce genre de contexte, je tombe sur quelqu’un qui me parle de son livre avec passion/enthousiasme et qui provoque chez moi un vif intérêt. À la fin de ma courte interview, je lui ai demandé de me faire parvenir son roman, Les grimaces.

Six jours plus tard, je l’ai reçu.

Deux jours plus tard, je l’avais lu.

Quelques jours plus tard, le 20 décembre dernier, j’ai demandé à Jennifer Murzeau de venir à l’agence…

jennifer murzeau,les grimaces,interview,mandor4e de couverture :

Angelina est chargée de production pour une chaîne de télé du câble. Depuis plus de trois ans, elle subit la perfidie de sa collègue, assiste aux batailles d’égo qui l’excluent, observe toutes ces grimaces qu’elle ne sait pas faire. Éternelle anonyme, elle souffre en silence de son intégration ratée dans le monde du travail jusqu’au jour où elle décide de se venger. Il lui faut une victime qui paye pour ce trop-plein d’humiliations. Elle choisit Marie. Puis elle laisse vaciller sa raison et grandir son obsession pour cette jeune et belle présentatrice qui semble avoir le monde à ses pieds.

À travers les yeux de ses personnages, Jennifer Murzeau détaille un quotidien fait de petites violences et de grands ridicules. Elle dépeint avec un humour caustique un univers où finalement chacun se débat pour exister dans une compétition sans pitié.

L’auteure :

Jennifer Murzeau est journaliste. Elle a travaillé pour France 2, Direct 8 et France Culture. Elle collabore aujourd’hui au magazine Glamour. Les grimaces est son premier roman.

jennifer murzeau,les grimaces,interview,mandor

jennifer murzeau,les grimaces,interview,mandorInterview:

Dans ce livre, tu évoques le milieu de la télévision, la vie en entreprise, mais aussi la société en général.

L’action se situe dans le monde des médias parce que c’est un milieu que je connais bien. Ça a été un terrain d’observation extrêmement fertile, extrêmement intéressant, parce que c’est un milieu où les egos sont beaucoup plus exacerbés. C’est donc un beau matériau romanesque. Après, il est vrai que le monde de l’entreprise m’intéresse au premier chef. Ça se passe dans le monde des médias, mais je n’avais pas pour ambition d’épingler particulièrement ce milieu. Je ne considère pas qu’il soit pire qu’un autre. Je pense juste qu’il est plus haut en couleur et qu’il met certaines choses plus en valeur. Ce qui m’intéresse fondamentalement, c’est le monde de l’entreprise, son côté un peu coercitif, âpre, le fait qu’il durcit énormément le rapport entre les gens, surtout depuis quelques années avec la crise… Je me suis beaucoup documentée sur la question, j’ai regardé pas mal de documentaires ou de films. C’est un sujet passionnant parce qu’on a là tous les travers humains et toute la difficulté d’être au monde qui s’exprime quotidiennement.

Ton héroïne, Angélina, est une pauvre fille, pas très gâtée par la nature.

Elle fait son travail comme un petit soldat. Elle est très consciencieuse, mais ça ne suffit pas. La méritocratie, dans la vraie vie, j’y crois de moins en moins. C’est vrai que si on ne se positionne pas avec la conviction qu’on est un gagnant et qu’on est très bon, ça marche moins bien. Elle a été parachutée là par piston grâce à son père qui s’inquiétait de son désœuvrement. Ce n’est donc pas une vocation pour Angélina. Elle veut juste honorer le fait d’avoir un boulot. Elle maîtrise mal les codes pour être comme un poisson dans l’eau dans ce bocal-là. Ce livre est aussi une réflexion sur l’image que l’on renvoie. Si on se forge une image qui n’est pas très valorisante et efficace, elle nous suit comme une mauvaise odeur.

Il y a le pendant d’Angélina. Marie, une très jolie jeune femme qui semble avoir beaucoupjennifer murzeau,les grimaces,interview,mandor d’aisance et affronter ce milieu avec une certaine assurance.

Pourtant, on va vite comprendre qu’elle aussi est esclave de son image. Angelina, elle, je la montre au moment où elle pète les plombs. Elle a toujours été lucide, mais il y a un moment ou la lucidité lui a été trop pesante. La violence qu’elle avait en elle, assez contenue, émerge d’un coup. Marie, elle, a cherché à escamoter cette lucidité pour avancer. Du coup, elles sont toutes les deux à un point de croisement. Effectivement, l’une est le contraire de l’autre, mais toutes les deux sont finalement des jeunes femmes qui galèrent.

Au début, Marie joue de sa séduction…

Ça lui a servi et puis ça a fini par la desservir. Quand on est une femme, trop jouer avec les codes de la séduction, je crois que sur le long court c’est un handicap. Je pense que les femmes ont une responsabilité et qu’il ne faut pas trop jouer là-dessus si on veut qu’il y ait une réelle égalité homme femme. On sait que les hommes peuvent être subjugués et faibles face à la beauté et la séduction féminine et faire intervenir ça dans la sphère professionnelle, c’est contre-productif à long terme. Il faut que les rapports de séductions soient assez contenus sinon, c’est très casse-gueule. Marie, elle a commencé comme ça, à battre des cils, à jouer de sa plastique. Au final, elle a été cataloguée. C’est très pernicieux comme genre de schéma. En plus, comme elle ne couche pas, elle devient aux yeux de toute l’entreprise, l’allumeuse de service. Je tiens à préciser que je ne dis pas qu’il faut cacher toute forme de séduction chez une femme, je dis juste qu’il ne faut pas en faire un outil, une arme pour gravir les échelons de l’entreprise.

Avec toi, le monde de l’entreprise en prend un sérieux coup. Tu dis que finalement, elle nous rend faibles. Nous sommes tous plus ou moins des prisonniers…

L’entreprise infantilise un peu. Les choses y sont cadrées, elle offre des horaires, une mutuelle, des objectifs. Ca peut-être réconfortant, mais ça peut vite être un piège. Parce qu’elle offre aussi une compétition, crée des rivalités. Si on s’investit trop, si on donne trop de temps à l’entreprise, si on sacrifie sa vie privée, on peut y laisser des plumes. Existentiellement parlant, la vie finit par ne plus avoir beaucoup de sens, on se venge en consommant plus que de raison, on gobe des sédatifs…

Actuellement, tu travailles en Freelance. La vie en entreprise ne te tente plus ?

J’y étais pas mal de temps. Si on me proposait vraiment un job qui me plait, je pourrais revenir dans une entreprise, mais il faudrait vraiment que ce soit quelque chose qui m’excite. Moi, je suis contente d’être en freelance. C’est une liberté qui a un prix, puisque c’est précaire et que je gagne moins bien ma vie qu’avant, mais je me suis extirpée de ce monde-là pour écrire. J’étais incapable d’écrire quand je bossais en entreprise. Je rentrais chez moi le soir, j’étais trop fatiguée. Aujourd’hui, il y a des journées que je dédie entièrement à la lecture et à l’écriture.

jennifer murzeau,les grimaces,interview,mandor

(Photo : Diane Pol-Lajaima)

Ce livre n’est donc pas un one shot. Tu as la volonté de devenir écrivain.

Oui, même si je trouve à ce premier livre quelques imperfections. Quelques erreurs dans la forme et le style. Ce sont des erreurs de premier roman. Il faut bannir autant que possible, les adjectifs, les adverbes et pourtant j’ai le sentiment d’avoir beaucoup élagué. Dans un premier roman, on a toujours peur de ne pas être compris, donc on veut caractériser au maximum pour qu’il n’y ait pas d’ambigüité.

Tu écris le deuxième en ce moment ?

Je considère qu’il faut que je fabrique des frères et sœurs à mon premier roman et qu’ils soient mieux que lui. J’ai ce réel désir d’écrire. Oui, je veux devenir écrivain. Ça me parait très pompeux de le dire, mais c’est mon ambition.

C’est un désir qui remonte à loin ?

Oui, à l’adolescence. Mon amour de l’écriture vient de mon amour de la littérature, tout simplement. Si je ne lis pas un certain temps, je me sens un peu vide et le désir d’écrire s’émousse.

La littérature, c’est ton carburant.

Complètement. Je ne prends pas beaucoup de risques parce que je lis beaucoup de classiques. Et puis aussi un peu de romans contemporains. Dernièrement, j’ai découvert Éric Reinhardt et je trouve ses écrits absolument géniaux. Il explore des thèmes qui me sont chers liés au social et à l’entreprise. Quand je le lis, ça me donne énormément envie d’écrire.

Écris-tu facilement ?

Non, c’est du travail. Quand je suis attelée à la tâche, les mots viennent, mais d’abord il faut s’y mettre, ce qui peut prendre du temps et ensuite il faut rester concentrée, il faut y croire, il faut avancer, c’est dur. Il y a un truc qui m’agace fortement quand je lis des interviews de pas mal d’écrivains. Ils ont tendance à entretenir un mythe de l’écrivain qui aurait été touché du doigt de dieu, désigné pour écrire et qui accoucherait comme ça de son œuvre. Je n’y crois pas. C’est du boulot, c’est de l’acharnement et c’est de la foi.

Ton deuxième roman se passe dans le milieu de l’entreprise ou tu changes de cap ?

Je tourne autour des mêmes thèmes, mais ça ne se passera pas à proprement parler en entreprise. Je vais essayer d’explorer le thème de la désocialisation. Comment ça se passe quand on ne joue plus le jeu.

Dans le monde de la télévision, tu préfères être devant la caméra, ou derrière ?

Avant je préférais être derrière. Aujourd’hui, être devant m’intéresserait.

Je te verrais bien chroniqueuse littéraire.

J’aimerais bien faire ça parce que j’aime beaucoup défendre les œuvres et faire découvrir les choses. Ce sont malheureusement des circuits hyper fermés. Si quelqu’un a la clé… je suis sur joignable sur Facebook.

jennifer murzeau,les grimaces,interview,mandor