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15 mars 2014

Caryl Ferey : interview pour la sortie en poche de Mapuche et en DVD de Zulu

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Le 23 janvier, dans un café de la capitale, j’ai interviewé de nouveau Caryl Ferey pour la sortie en poche de Mapuche. Ce livre sorti en version grand format il y a deux ans était déjà la « raison » de notre première mandorisation. C’est la première fois que je rencontre un écrivain pour parler d’un même livre en si peu de temps…

Que fait-on à ce moment-là ? On trouve de nouveaux angles.

Avant de lire l’interview, voici ma chronique publiée de Le magazine des Espaces Culturels Leclerc daté du mois de février 2014.

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S08_Livre_Detail_Article_Caryl_Ferey02.jpgInterview :

Est-ce que la sortie d’un de ses livres en version poche est un événement dans la vie d’un écrivain ?

Oui, et pour plusieurs raisons. Quand mes premiers livres sont sortis quelques années plus tard en poche, j’ai eu la possibilité de retravailler le texte. C’est ce que j’avais fait par exemple pour Haka. Quand je l’ai relu avant sa ressortie cinq ans après, j’ai eu des crises d’urticaire tellement je trouvais certaines scènes complètement loupées, on aurait dit des feuilletons de TF1. J’ai donc bossé de nouveau tout ce qui n’allait pas cinq ans après. C’est une deuxième chance pour des livres, pas inaboutis, mais pas complètement réussis. La version poche, c’est toujours la version qui reste, alors autant qu’elle soit la plus parfaite.

Un poche dure plus longtemps qu’un grand format.

Oui, un poche, c’est notre retraite. Un auteur n’a pas de retraite, alors avec les poches, on peut en vendre toujours 20 ans après. Il ne faut pas se leurrer, les auteurs aiment ce format aussi pour cela.

Et les gens achètent plus de poches que de grands formats. Vous vous en rendez compte ?

Et comment ! La crise, l’écrivain la ressent. En signature, j’ai rencontré plein de gens me dire, Mapuche, je l’achèterai en poche parce que je n’ai plus de tune. Je comprends parfaitement, c’est trois fois moins cher… et je sais ce que c’est d’avoir des problèmes d’argent.

Il y a eu deux ans entre la sortie en grand format de Mapuche et la version poche. L’avez-vous retravaillé ?

Non parce que je trouve que Mapuche, tout comme Zulu, sont mes deux bouquins les plus aboutis. Qu’ils plaisent ou pas, moi, je trouve qu’ils sont bien comme ils sont.

Mapuche, dans sa version grand format, s’est-il bien vendu ?mapuche-caryl-ferey-9782070130764.gif

Il est sorti dans la pire période que l’on puisse imaginer, c'est-à-dire entre les deux tours des élections présidentielles. Les ventes de livres chutent de 30% et, en plus, nous étions en pleine crise. Mapuche s’est vendu à 80 000 exemplaires. Pour faire une comparaison, Zulu s’était vendu à 50 000 exemplaires.Mapuche est mon plus grand succès. Il m’a fallu un an après l’avoir terminé pour en faire mon deuil. Je n’ai jamais été marqué comme ça par un livre.

Vous êtes donc auteur de best-seller !

Je n’aime pas ce terme. C’est souvent péjoratif. Pour beaucoup,  un best-seller, c’est une merde. Dans notre milieu, on n’aime pas employer ce terme.

Quel est votre but d’écrivain ?

C’est de progresser dans l’écriture. Je sais que je viens de loin. Paradoxalement, pour moi, c’est toujours compliqué d’écrire un livre.

Vous écrivez quoi en ce moment ?
Un roman qui se passe au Chili. Ce n’est pas la suite de Mapuche parce que le Chili n’est pas l’Argentine, même s’ils sont voisins et que leur histoire est commune. Pour l’instant, il est en chantier. On espère le sortir en 2016. Je sors un roman tous les quatre ans.

Bande annonce de Zulu.

1459288_10201730897289191_500140520_n.jpgParlons de l’adaptation au cinéma de votre livre Zulu, qui sort en DVD le 18 avril prochain. Vous avez apprécié le travail du réalisateur Jérôme Salle et des comédiens, Orlando Bloom et Forest Whitaker, je crois.

Quand Jérôme Salle a pris le projet, il ne connaissait pas l’Afrique du Sud. Nous nous sommes donc rencontrés et on a tout de suite sympathisé. C’est quelqu’un d’intelligent, accessible, humble… le courant est passé immédiatement. Je lui ai dit qu’il n’avait pas besoin de se faire suer pour le repérage, parce que je l’avais déjà fait. Il est allé sur place et il m’appelait pour que je lui dise où était tel ou tel bar. On était assez complice, du coup, la production m’a invité sur le tournage et là, pour moi, c’était magique. Quand Orlando Bloom m’a vu arriver, il m’a dit : « C’est toi l’auteur ? Mais c’est le rôle de ma vie ! Ça fait des années que j’attendais un rôle comme ça. » Je me suis retourné pour vérifier si c’était bien à moi qu’il parlait. Il y avait une ambiance géniale. Bloom et Whitaker sont des stars qui ne se prennent pas pour des stars. Comme moi je suis breton et que j’aime les rapports simples, j’ai beaucoup apprécié ces deux personnalités.

Pour Mapuche, y a-t-il une option sérieuse pour le cinéma?

Oui. Je suis en train d’écrire ma quatrième version du scénario. Il y a déjà un producteur et un réalisateur. Maintenant, il faut trouver un financement. Comme Zulu n’a pas bien marché, on a fait 300 000 entrées au lieu des 600 000 espérées, ça calme les investisseurs. On essaie de trouver des financements sud-américains pour parvenir à nos fins.

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Le poing levé, c'est celui de Caryl Ferey... après l'interview, le 23 janvier 2014.

10 mars 2014

Amel Bent : interview pour Instinct

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Amel Bent, j’avoue, est une artiste que j’apprécie. Bien sûr, ce n’est pas ma musique de référence et je ne passe pas ma journée à l’écouter (c’est le moins que je puisse dire), mais j’aime beaucoup sa voix et aussi sa personnalité. Franche, directe et sans complexe. C’est rare dans le métier. Amel Bent est donc passée ici régulièrement (en 2007 , en 2008 ici et encore , en 2011). Je l’accueille une nouvelle fois à l’occasion de la sortie de son nouvel album Instinct.

Avant de lire l’interview qu’elle m’a accordée dans un bar parisien le 27 février dernier, voici ma chronique sur ce nouvel opus publiée dans Le magazine des loisirs culturels Auchan (daté des mois de février et mars 2014).

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amel bent,instinct,interview,mandorInterview :

Vous avez dix ans de carrière et cinq disques au compteur. Un disque tous les deux ans, c’est le rythme idéal ?

C’est le rythme qui me permet de prendre assez de recul entre deux albums et deux tournées. J’en ai besoin pour me ressourcer.

Votre précédent album était profondément varié, celui-ci est un disque plus énergique à tendance R’nB.

Grâce à ma participation à « Danse avec les stars », j’ai pu montrer d’autres facettes de ma personnalité. Cette émission m'a aidé dans le sens où je me suis rendu compte qu'il y avait une différence entre faire sa star et faire le show. Ce sont deux choses vraiment complètement différentes. J'ai appris à m'octroyer le droit de faire du show, tout en restant la personne que je suis. Pour ce disque, j’avais envie de m’éclater et de complètement me libérer. Donc, nous avons écrit des chansons sur lesquelles je pouvais me laisser aller. Je veux donner beaucoup plus à mon public, tout en gardant ma patte Amel Bent. Avant, j’étais trop timide. Et puis, je ne suis pas une photo. Je ne veux pas jaunir. Il faut évoluer d’album en album, mais en restant soi.

Clip de "Regarde-nous".

Dans la chanson « Regarde-nous » ou « Instinct », vous chantez différemment. Vous en rendez-vous compte ?

J’avais une énergie complètement différente, cela doit influer sur la façon d’interpréter. J’ai dû parfois remuscler la voix tant il fallait que j’aille dans des directions vocales inhabituelles pour moi. Par contre, dans les ballades « En silence» et « Les temps qui courent », je chante plus posément. Je trouve que cet album est le plus équilibré de tous.

« Les temps qui courent » est une chanson très forte.

C’est celle qui me bouleverse le plus de toutes mes chansons. Quand j’interprète ce titre sur scène, je ne peux pas m’empêcher de pleurer. Dans un album dans lequel il y a de nouvelles choses très pêchues et originales, je trouve curieux d’être attachée aussi fortement à la chanson qui est certainement la plus mélancolique de mon répertoire. On ne se refait pas.

Il paraît que pendant l’enregistrement de vos albums, vous avez toujours la même équipe, le même studio, le même micro. Pourquoi ?

Depuis mon premier album, effectivement, j’ai le même micro. Il a été fait pour moi, pour ma tessiture de voix. Il capte toutes mes harmoniques. Je ne peux pas chanter dans un autre micro. Ce n’est pas du fétichisme, c’est technique. Quand je fais de la scène, c’est la même chose, j’ai le même ingénieur du son depuis ma première tournée.

"En silence", version acoustique.

C’est rassurant de travailler avec des gens qui vous connaissent ?

Ce sont surtout des gens qui m’aiment. Volodia, mon réalisateur, c’est un bonheur de travailler avec lui. C’est quelqu’un qui a un fort caractère et une personnalité pas très facile. Il ne s’entend pas avec tout le monde, mais lui et moi, ça a fonctionné immédiatement. C’est inexplicable, mais c’est comme ça. Il a compris tout de suite ce dont j’avais besoin et nous n’avons pas besoin de nous parler pour nous comprendre.

Cherchez-vous un tube aussi fort et durable que « Ma philosophie », quand vous concevez un album ?

Non, pas du tout. Je veux faire des chansons qui me plaisent. Quand j’ai débuté, j’ai imposé « Ma philosophie» comme premier single. J’avais 18 ans, je n’avais aucune notion de ce qu’était un tube, mais je trouvais que c’était la chanson qui me parlait le plus et je voulais que les gens l’entendent. Depuis le début de ma carrière, de toute façon, quand il y a un tube, c’est un accident. Pareil pour «Où je vais ». Personne ne souhaitait voir ce titre en premier single d’un album. J’ai insisté, le titre a cartonné. C’est un métier où il faut imposer ses convictions.

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Avez-vous peur que le succès s’en aille ?

Pas du tout. Là, je suis en tournée, il y a du monde partout. Je suis reconnaissante d’être à dix ans de carrière et de sortir un cinquième album. Aujourd’hui, je veux durer et garder ce succès, au moins d’estime, que j’ai. Je ne suis plus une petite nouvelle, mais je ne suis pas non plus une grande dame de la chanson française confirmée. Je suis entre les deux.

Amel Bent, justement, en tournée, ça donne quoi ?

Les concerts se découpent en trois parties. “Danse Avec Les Stars” m'a vraiment donné envie de créer des ambiances différentes, d'ajouter de la danse, du show, de changer de tenues... On a beaucoup taffé en termes de lumières par exemple. Et au final, on propose trois tableaux complètement différents. Le premier, je suis un peu en lionne, avec mes danseuses, on fait les morceaux ambiance tribale, un peu africains, tout ça. Dans les thèmes, c'est ambiance warrior. Et on revisite tous les albums. Le deuxième tableau, c'est tout en noir et blanc, c'est acoustique, j'ai la grande robe, Aurélien et son piano qui sont devant, et on reprend les morceaux mélancoliques. Et la troisième partie, c'est celle un peu festive, où je reviens encore en dansant, plein de couleurs, plus pop. Et tout ça dure une heure trente.

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Selfie de et avec Amel Bent après l'interview, le 27 février 2014.

07 mars 2014

Pierre Bellanger : interview pour La souveraineté numérique

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Dans La souveraineté numérique, Pierre Bellanger, fondateur et président de Skyrock, explique comment Internet est contrôlé par les Américains et pourquoi cela va mettre un terme à notre économie. Il explique que « la grande dépression que nous connaissons depuis cinq ans n'est qu'un modeste épisode en comparaison du cataclysme qui s'annonce ». L’expert d’Internet donne ses alternatives pour éviter cela.

Je suis allé à sa rencontre, le 21 janvier dernier, dans son bureau de Skyrock, pour tenter d’en savoir plus.

1507-1.jpg4e de couverture :

« La mondialisation a dévasté nos classes populaires.
L’Internet va dévorer nos classes moyennes.

La grande dépression que nous connaissons depuis cinq ans
n’est qu’un modeste épisode en comparaison du cataclysme qui s’annonce.
La France et l’Europe n’ont aucune maîtrise sur cette révolution.
L’Internet et ses services sont contrôlés par les Américains.
L’Internet siphonne nos emplois, nos données, nos vies privées, notre propriété intellectuelle, notre prospérité, notre fiscalité, notre souveraineté.

Nous allons donc subir ce bouleversement qui mettra un terme
à notre modèle social et économique.

Y a-t-il pour nous une alternative ?
Oui.

L’ambition de ce travail est de nous en donner la chance. »


La souveraineté numérique, de Pierre Bellanger par editionsstock

L’auteur :

Pierre Bellanger est le fondateur et président de Skyrock. Entrepreneur et expert d’Internet, il est à l’origine de skyrock.com, premier réseau social français.

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DSC08763hh.JPGInterview :

Pourquoi pousser un cri d’alarme maintenant ?

Depuis des années, nous savons que des informations sont recueillies sur nos comportements et servent de contrepartie aux services gratuits que nous utilisons sur Internet. Quand un service est gratuit, c’est que son utilisateur est le produit. L’affaire Snowden (Edward Snowden, ancien employé du renseignement américain) a révélé au grand public l’espionnage massif dont sont victimes les particuliers comme les entreprises. Cette divulgation a mis en conscience du grand nombre notre vulnérabilité. Nous assistons actuellement à une prise de conscience collective comme il y a pu avoir jadis sur les virus informatiques, sur les OGM, sur les colorants alimentaires ou sur les ondes électromagnétiques des antennes de mobiles. Ce livre arrive au moment où ces questions demandent des réponses.

Vous, vous réfléchissez sur la question de la souveraineté numérique longtemps.

Avec Skyrock, je suis à la tête d’une des principales entreprises d’Internet en France, donc on est au cœur de ces préoccupations pour nos utilisateurs. C’est notre slogan « Ici T Libre ! », sur  skyrock.com, les utilisateurs sont propriétaires de leurs données, peuvent les effacer, peuvent avoir des identités choisies et multiples, bref ils sont libres. La valeur économique migre de la société vers les réseaux et des réseaux vers les réseaux de services qui en deviennent les nouveaux acteurs dominants.

Et principalement aux États-Unis. Ce pays est l’ennemi numéro un ?

L’ennemi numéro un, c’est nous-mêmes. Ce que je mets en avant dans le livre, ce n’est pas une critique des États-Unis. L’espionnage est pratiqué dans tous les pays, l’ambition industrielle concerne le monde entier. En revanche, ce sont nos carences que je mets en avant. Face à une dynamique extraordinaire, on ne peut pas rester sans réagir. Que ce soit les États-Unis ou n’importe quel autre pays à l’origine de cette dynamique, la problématique, elle est chez nous, pas chez eux.

Vous faites le constat suivant : confrontée à la révolution de l’Internet, la France a renoncé à maîtriser son destin sur les réseaux informatiques. La France a livré sa souveraineté numérique sans débat ni combat. Comment expliquer cette passivité ?

On a toujours eu vis-à-vis d’Internet une réaction affective. Au début, de peur, ensuite, de candeur. On a de la parano et de la naïveté, mais rarement de la raison. Raisonnons, ayons du bon sens et de la rigueur. Et regardons ce phénomène dans ce qu’il est dans la réalité et pas simplement d’un point de vue de l’affect.

Perd-on la notion de prudence ?

L’Internet, c’est un moyen de liberté pour nous tous, d’émancipation, d’accès à l’information, d’accès aux autres. Cette liberté-là, il ne faut absolument pas la perdre ni la remettre en question, simplement, il ne faut pas la payer de notre liberté.

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C’est un livre sur le monde tel que nous le connaissons et qui va bientôt disparaitre. On est tous en danger économique et donc, du coup, social, voire sociétal.

L’Internet ne vient pas à côté du monde que nous connaissons, il le remplace. Si Internet remplace le monde que nous connaissons, qu’est-ce que cela signifie pour nous, dans nos vies quotidiennes, pour nos enfants, pour notre métier ? Dans ce livre, je prends l’exemple de nombreux secteurs : l’automobile, la banque, l’agroalimentaire, l’assurance, le transport, l’industrie, etc. Et je m’interroge sur un point : si Internet remplace cela, qu’est-ce que cela signifie pour vous ? 

Vous imaginez de nombreux petits scénarios de ce qu’il va se passer d’ici deux ou trois ans.

Je suis à la lisière de ce qu’il se passe aujourd’hui. Ce n’est pas de la science-fiction, c’est notre réalité proche. Il y a un danger, mais le fait d’en prendre conscience est positif.  La dernière phrase du livre c’est : le réseau est notre chance. On est en danger si on ne se rend pas compte qu’il y a un danger. C’est cela la souveraineté numérique : une maitrise de nos vies, la maitrise de notre destin sur les réseaux informatiques.

Quelle était votre ambition en écrivant ce livre ? Que tout le monde se rallie à votre cause ?pierre bellanger,la souveraineté numérique,interview,mandor

L’ambition, c’est d’être un levier de conscience. J’ai été auditionné au Sénat récemment sur ce sujet et je propose des éléments de législation. Que ce soient des industriels ou de simples citoyens, chacun à son échelle peut réagir, peut se poser des questions, peut interroger ses élus. Je propose que l’on devienne propriétaire de ses données personnelles. Aujourd’hui, vous chantez une chanson, elle est protégée. Par contre, toutes les données numériques qui sont captées n’ont aucune protection. La trace numérique qu’on laisse sur le réseau doit être la propriété de la personne qui en est à l’origine, car c’est une extension de la personne, une extension de son être.

Donnez-moi un exemple.

L’ensemble des données recueillies sur vous constitue une sorte de double numérique dont vous n’avez ni la connaissance, ni la maîtrise, ni la propriété. Par ces informations,  il est possible de connaître vos habitudes, vos dépenses, vos ennuis de santé, votre vie tout court. On sait grâce à votre double numérique que vous avez un chien parce que vous avez échangé ou posté sa photo sur le réseau. Demain, vous voulez louer un appartement, sachez que le propriétaire peut faire appel à une société pour savoir quelles sont vos habitudes. S’il ne veut pas d’animal, vous n’aurez pas l’appartement. C’est valable pour la location d’appartement, pour un emprunt, un contrat d’assurance, un emploi. Le double numérique joue ainsi un rôle majeur dans votre vie. Et vous n’avez aucune maitrise sur ce processus parce que vous n’êtes pas propriétaire de vos données et que donc vous n’en contrôlez pas l’usage.

Et donc, il faut légiférer ?

Oui, il faut créer un nouveau droit de propriété : la propriété des données informatiques personnelles. Par ailleurs, toute captation, conservation et usage de données en provenance de citoyens européens doit avoir lieu sur le territoire européen. Cela implique la localisation des serveurs à la source des données. Enfin l’exportation de données informatiques personnelles hors de la communauté européenne doit être réglementée et taxée.

pierre bellanger,la souveraineté numérique,interview,mandorVous proposez dans votre livre 12 priorités plan Réseau. On ne va pas les donner ici, mais pouvez-vous nous donner quelques points importants ?

Outre le cadre législatif, il nous faut un réseau de services (moteur de recherche, commerce électronique, carnet d’adresses, calendrier, carte, navigateur, etc..) associé à un système d’exploitation (le logiciel qui pilote les machines) autour duquel s’organisera la mise en réseau des différents secteurs de notre économie. Une telle entreprise investie dans les logiciels, les réseaux et les terminaux s’appelle un résogiciel. Il faut un acteur majeur français et européen. Il ne s’agit pas bien entendu de remplacer les services américains que nous utilisons tous les jours, mais d’apporter un choix aux utilisateurs et de faire mieux respecter leurs droits et leurs libertés.

Qui vous écoute ?

Chacun est concerné. Il n’y a pas un plan social aujourd’hui que l’on ne puisse pas de près ou de loin rapprocher de notre retard numérique. La crise économique actuelle va apparaître de plus en plus comme une crise numérique. Quel programme politique peut-il encore s’ancrer dans le siècle précédent et faire l’impasse sur la révolution des réseaux numériques ? Notre vie quotidienne, nos emplois, l’éducation des enfants, notre santé, la garantie des retraites, tout cela est en cause. Celui qui lit « La souveraineté numérique » accroît ses chances de s’en sortir. Voilà qui m’écoute.

Est-ce qu’il faut faire la révolution ?

La révolution est en cours à nos dépens. À nous d’être lucides, de motiver nos élus et de reprendre collectivement notre souveraineté numérique.

Quelqu’un lit se livre et décide d’agir, que peut-il faire concrètement ?

Chacun a le pouvoir du réseau au bout de son clavier et de son écran. Et rien n’arrête les bonnes idées.

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Après l'interview, le 21 janvier 2014.

04 mars 2014

Romain Monnery : interview pour Le saut du requin

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Toutes les histoires d’amour sont des questions sans réponse : où commence l’indifférence ? CDD ou CDI ? Comment se dire adieu ? Quel rapport entre le yéti et le point G ? Est-ce que ronfler, c’est tromper ? Deux garçons, une fille, combien de possibilités ? Sur fond d’Internet et de chansons populaires, Le Saut du requin explore le fonctionnement d’un couple moderne perdu entre non-dits et pas chassé. Bref, ceci n’est pas une comédie romantique, mais ça y ressemble.

Ainsi est résumé ce livre drôle, parfois excessif, mais qui fait réfléchir sur la vie à deux.

J’ai reçu son auteur, Romain Monnery, à l’agence le 22 janvier dernier. Un jeune homme qui n’est pas précisément fan de l’exercice de l’interview, mais qui si plie avec le sourire…

romain monnery,le saut du requin,libre,seul et assoupi,interview,mandorMot de l’éditeur :

« Internet n’avait rien arrangé. L’amour – si tant est que ce truc avait un jour existé – était devenu un jeu de hasard dont on avait perdu le mode d’emploi. Sans foi. Ni loi. On y jouait en ligne, à tâtons, à plusieurs, sans réfléchir, vaille que vaille, pour un résultat chaque jour un peu plus incertain. »
Méline, fille simple qui ne se prend pas au sérieux, et Ziggy, artiste multiface un brin prétentieux, forment un couple atypique. Après un an d’une histoire en dents de scie, Méline aimerait bien que la relation évolue. Mais Ziggy n’est pas du genre à accepter les compromis. La collègue de Méline, et néanmoins amie, a une solution : elle lui suggère d’aller voir ailleurs, pourquoi pas du côté de Fabrice, leur collègue. Un garçon qui n’est pas vraiment Brad Pitt, mais puisque Méline n’est pas Angelina Jolie non plus, tout va bien.
Le saut du requin, expression bien connue des amateurs de séries, décrit ce moment de chute d’audience dans une série à succès où les scénaristes créent une situation absurde pour en relancer l’intérêt. C'est exactement ce qui se passe dans toute relation amoureuse sur le déclin. Garanti sans requin ni marteau, ce roman explore le fonctionnement d’un couple moderne perdu entre non-dits et pas chassés, jusqu’à ce que les choses de la vie le rattrapent.

L’auteur :

Romain Monnery est né en 1980. Il participe à la revue littéraire Décapage. Après Libre, seul et assoupi, adapté au cinéma, voici son deuxième roman.

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Interview :

Ziggy, ton héros, a tous les défauts du monde.

C’est un peu une compilation de tout ce qu’il ne faut pas être. Dans la vraie vie, je n’ai jamais rencontré des gens aussi hauts en couleur que lui. Être comme il se montre est difficilement conciliable avec nos vies sociales.

Il est ton double maléfique ?

C’est tout à fait ça. Il est le contraire de ce que je suis. Il est outrancier dans tous ses raisonnements et ses comportements. Dans la littérature, j’aime ce genre de personnage, exagéré et excessif. Par exemple, Ignatus dans La conjuration des imbéciles de John Kennedy Toole. C’est le genre de héros qui me fait mourir de rire.

Effectivement, on peut mettre en parallèle ton Ziggy et Ignatus.

Ignatus est plus intellectuel. Il a un ego plus grand que le ventre et ça rend son intégration sociale un peu compliquée. Ziggy, c’est plus dans les relations amoureuses qu’il a un sérieux problème. Cela dit, je tiens à préciser que je ne compare pas mon roman à La conjuration des imbéciles. C’est un chef d’œuvre, ce serait très prétentieux de ma part.

Ton livre est souvent drôle, excessif, et très second degré.

J’ai du mal à faire autrement, sinon, je ressens un sentiment d’imposture. J’ai essayé d’écrire sérieusement et quand je me relis, je constate que je ne suis pas fait pour ça. Je ne parviens à rien de bon quand j’écris au premier degré.

Tu es aussi sarcastique et ironique.

Mon but était d’écrire une farce avec des figures imposées sur les couples version trentenaires d’aujourd’hui. Pour traiter ce sujet, le mécanisme caricatural et humoristique était celui qui me convenait le mieux. Je voulais aussi écrire un truc un peu hybride entre sitcom et livre.

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En écrivant de cette manière, n’as-tu pas peur de ne pas être pris au sérieux par les amateurs de littérature ?

Ça me traverse l’esprit, mais je suis résigné. Il n’y a aucune chance pour que je sois pris au sérieux avec un livre comme celui-ci. Mon premier livre, je l’ai écrit juste pour qu’il plaise à mes potes qui, à la base, ne lisent pratiquement pas. J’ai donc intégré en format littéraire des tics de langage et des codes de la télévision, principalement des séries.

J’ai lu que tu préférais les séries télévisées à La Grande Librairie. Est-ce vrai ?

Il faut que je me méfie. Dans les premières interviews que je donnais, je répondais souvent en faisant du second degré. Malheureusement, ça a toujours été pris comme du premier degré. J’ai dit ça un jour, mais c’est faux. J’aime aussi beaucoup La Grande Librairie.

Tu viens d’un milieu où on ne lisait pas beaucoup, je crois.

La culture à la maison, c’était plus la télé, en effet. J’ai commencé à vraiment lire à l’âge de 20 ans. Étant jeune, je lisais beaucoup, après j’ai arrêté pour le foot et le skate, des trucs comme ça. Un jour, par hasard, je me suis remis à lire des livres d’horreur et de frissons, comme Stephen King. À l’époque, je ne comprenais pas qu’on lise des romans sérieux.

romain monnery,le saut du requin,libre,seul et assoupi,interview,mandorA un moment, tu as découvert Bret Easton Ellis.

Oui, au Gibert Joseph de Lyon. Un jour, ils ont inversé les rayons. Les thrillers ont laissé la place à la littérature dite « normale ». Je suis tombé sur la 4e de couverture de Moins que zéro. Ça me renvoyait à ce que je vivais à l’époque en tant qu’étudiant. Je me retrouvais dans le côté perte de repères, vide existentiel. Moi, j’étais un peu entre les sous doués et Houellebecq. Bref, lire Bret Easton Ellis a été une révélation. Puis, je me suis intéressé à Douglas Coupland et à ce genre d’auteurs.

Ensuite, tu es passé à la nouvelle génération des auteurs français, c’est ça ?

Oui. Philippe Jaenada, Virginie Despentes, Michel Houellebecq ou Grégoire Bouillier. Je ne savais pas qu’on pouvait faire rentrer le réel de la vie quotidienne dans les livres, sans ennuyer les lecteurs.

Quand as-tu pris la décision d’écrire toi aussi ?

J’ai un pote qui m’a un peu initié à l’écriture et qui écrivait beaucoup de nouvelles. Nous avons eu le projet d’écrire un jour un recueil de nouvelles sur la désinvolture. Nous ne l’avons pas écrit. Par contre, j’ai découvert les blogs. C’était magique, il y avait une liberté totale d’écriture et de ton. J’écrivais comme je parlais et ça m’a vraiment décomplexé. Après, je me suis pris au jeu, je me suis beaucoup entraîné… comme un sportif.

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Tu écrivais quoi dans ce blog qui s’appelait « Un salon pour deux »?

C’était le point de départ du premier livre. Je vivais en colocation. On était à deux dans un salon et il n’y avait pas beaucoup d’intimité. Mon blog, c’était mon exutoire. Je m’échappais un peu en racontant ce que je vivais, mais en grossissant pas mal les traits. J’ai repris des extraits du blog, je les ai remaniés et j’en ai fait mon premier roman.

Parle-moi de Jean-Baptiste Gendarme, le rédacteur en chef de la revue littéraire Décapage. Il a fait beaucoup pour toi ?

Il a pris la barre du bateau et m’a indiqué où aller. Il a beaucoup coupé. Au moins la moitié. Moi, j’étais dans le côté situation, gag, situation, gag… je ne savais pas construire une intrigue littéraire. Jean-Baptiste m’a beaucoup appris.

Que réponds-tu quand on te demande ce que tu fais dans la vie ?

Je me décompose. Je ne sais jamais quoi répondre. J’ai un vrai problème avec le « small talk » (conversation qui se fait sur un ton léger, informel)en société. Parler de tout, de rien, de soi… je ne sais pas faire. Quand je réponds « je ne fais rien », ça met les gens mal à l’aise. Quand je dis que je suis journaliste, les gens te demandent où et là, tu réponds « nulle part », ça rend aussi les gens mal à l’aise. Je reste évasif, mais je ne dis surtout pas que j’écris des livres.

Pourquoi ?

J’ai un sentiment d’imposture en permanence.

Tu ne te sens pas légitime ?

Je ne me sentirai jamais légitime. C’est une question d’éducation et d’origine sociale. Quand je me retrouve dans des salons du livre ou des endroits de ce genre, je suis toujours gêné. Moi, j’ai l’impression d’écrire des comédies, des petites blagues.

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 J’ai l’impression que tu ne veux jamais te prendre au sérieux. Ai-je tort de penser ça ?

Non. Je suis mal à l’aise avec le côté solennel et sérieux. Du coup, ça me joue des tours à tous les niveaux, car je ne sais jamais comment me positionner par rapport aux gens. Je fais du second degré en permanence et beaucoup de personnes le prennent au premier. Ça ne facilite pas les rapports humains. Une de mes idoles est Jacques Dutronc. Il se sert du second degré pour communiquer parce qu’il est timide…

Je sais que tu n’as pas fait beaucoup de promo pour le premier livre. Là, tu te fais violence ?

Quand je répondais aux interviews, j’essayais d’être drôle, mais je ne l’étais pas du tout parce que  le journaliste et moi étions dans un complet décalage. Quand je relisais mes propos, je voyais bien que le résultat était nul. En fait, je ne sais jamais ce que les gens attendent de moi. Je suis hyper vite sur la défensive ou j’en fais dix fois trop…

Tu me parlais de Jacques Dutronc il y a un instant. Pour toi, le couple idéal, c’est celui romain monnery,le saut du requin,libre,seul et assoupi,interview,mandorqu’il forme avec Françoise Hardy. C’est vrai ?

Ça reste de la théorie, parce que j’imagine que ça n’a pas été facile pour Françoise Hardy. Ça fascine toujours les couples comme Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, mais en pratique, je ne suis pas certain que ce ne soit pas extrêmement compliqué. Il faut être soit très fort, soit pas amoureux.

Ziggy ne croit pas en l’amour. C’est une génération désillusionnée sur ce sujet ?

Je crois que c’était pareil il y a 30 ans. Les hommes avaient aussi peur de s’engager.

Internet n’arrange rien, j’imagine.

Internet crée une dépendance aux autres. Une dépendance que le couple ne suffit plus à combler. C’est un peu un ménage à trois imposé : moi, toi et tous les autres. Tu as l’émetteur, le récepteur, et par internet, tous les gens qui font office de parasites. Cela implique une mise en scène de soi et du couple. J’ai l’impression que c’est un vrai frein aux relations amoureuses. Au moindre souci, on est tenté de regarder ailleurs. Les barrières sont tombées et l’intimité du couple a presque disparu.

Et toi, dans ta vie, tu gères bien tout ça ?

(Rires) Je ne gère rien du tout. Mais, franchement, j’ai un peu une phobie des réseaux sociaux. Je suis sur Facebook, mais pas de manière active. J’ai très peur du regard des autres, alors les réseaux sociaux, c’est hyper intimidant pour moi.

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Tu n’écris pas tout à fait de manière classique. Il y a même un style inédit.

Il faut essayer d’écrire des livres avec l’écriture d’aujourd’hui. Moi, je fais rentrer les smileys, les SMS, les hashtags. J’ai essayé de retranscrire une réalité dans le format écrit. Les gens lisent de moins en moins, je tente de me mettre au niveau des attentes et des exigences. Mon objectif était d’intéresser les gens qui n’ont pas l’habitude de lire, au risque de déplaire à ceux qui n’aiment que les « hussards ».

Je sens que tu n’es pas à l’aise pour parler de toi, mais pourtant tu as des activités qui ont pour conséquence d’amener la lumière vers ta personne…

C’est justement le fruit d’une impuissance à communiquer. Je ne suis pas à l’aise à l’oral, j’ai un esprit un peu sinueux, alors pour moi, l’écriture, c’est un peu une fuite, une façon de m’exprimer sécurisante et un moyen de surmonter mes angoisses. Je me cache clairement derrière mes personnages. C’est une façon de détourner sa timidité.

romain monnery,le saut du requin,libre,seul et assoupi,interview,mandorParle-nous de l’adaptation au cinéma de ton premier livre, Libre, seul et assoupi.

Les producteurs ont posé une option peu de temps après la sortie. Dans 98% des cas, ce genre d’option n’aboutit pas. Moi, j’ai juste rencontré les gens de Gaumont au début et je n’ai plus jamais eu de nouvelles jusqu’au jour où ils ont poursuivi l’option six mois de plus. Un jour, j’ai appris dans les médias que le film se faisait.

Tu n’as pas eu le droit de regard sur l’adaptation ?

Pas du tout. Je suis arrivé après la bataille. Le tournage avait romain monnery,le saut du requin,libre,seul et assoupi,interview,mandorcommencé. Là, on m’a donné le scénario. J’ai échangé trois mots avec le réalisateur, mais c’est tout. C’est vraiment leur projet de A à Z.

Tu l’as vu terminé ?

Oui. Ça fait très bizarre. Il y a un peu de moi et un peu du réalisateur, Benjamin Guedj, qui, d’après ce que j’ai compris, a vécu des situations similaires aux miennes. Sinon, je me suis bien marré. Il y a Félix Moati qui est absolument génial. Baptiste Lecaplain aussi est intéressant. Il est à contre-emploi. Quand tu le vois sur scène ou sur les plateaux, c’est une boule d’énergie. Là, il est sur la réserve, un peu mélancolique. Il a la joie triste.

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Après l'interview, le 22 janvier 2014.

25 février 2014

Christian Olivier (Têtes Raides) : interview pour Les Terriens

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Lorsque l'on s'intéresse à la poésie et la chanson française engagée, il est impossible de ne pas évoquer les Têtes Raides. Les Terriens raconte qui nous sommes, avec nos qualités et nos travers universels. Rencontre avec la « tête pensante » du groupe, à La Niche (son antre), le 6 janvier dernier.

(Précédente mandorisation de Christian Olivier, ici).

Avant de lire l'interview, je vous propose ma mini chronique sur ce nouvel album, paru dans Le Magazine des Espaces Culturels Leclerc, daté du mois de février 2014.

 

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christian olivier,les têtes raides,les terriens,interviews,mandorInterview :

Vous sortez sensiblement un album tous les deux ans depuis 1988.

Nous sommes constants, mais nous avons toujours des choses à dire. Si on n’avait plus rien à dire, nous ferions autre chose. Il faut avoir de la matière pour raconter des histoires, mais il faut aussi avoir la flamme et l’envie de continuer. Une chanson peut être écrite en deux jours ou en six mois. Nous, on raconte toujours des histoires qui vont dans les profondeurs, tant au niveau du sens que de la forme. Têtes Raides, c’est plein de styles mélangés. De la chanson au rock par exemple. On ne se met aucun frein. Souvent, le rythme et la mélodie viennent au moment où j’écris le texte.

Ce sont les textes qui rythment la chanson ?

Un peu des deux. Sur Les Terriens, il y a eu au moins quatre titres qui sont partis de la musique. On a eu la volonté de travailler sur un son assez nouveau pour nous. On a pris un autre chemin. Par rapport à l’album précédent où il y avait un travail sur les cordes, violons, violoncelles et les cuivres, là on est sur un son et une rythmique plus électriques. On a trois guitares électriques. Si je dois schématiser, je dis que c’est un album blues rock. C’est même parfois rockabilly, par exemple dans « Moderato » et « Les Terriens ». Autant dire que Brian Setzer (ex leader des Stray Cats) est passé nous voir.

Teaser n°2.

Chantez-vous différemment selon la matière sonore que vous utilisez ?

Obligatoirement. Il y a un mouvement qui se fait naturellement. Je n’arrive pas à forcer dans le chant. Pour moi, il est l’aboutissement entre la matière sonore et l’harmonie. Au bout d’un moment, le chant se place tout seul. J’ai une manière de chanter un peu brute ou, disons... naturelle. Je la travaille et la cherche, mais je ne fais jamais d’effet. J’essaie de rester sur le ressenti et le sens. Je me demande constamment ce que cela peut procurer comme émotion. La voix, pour moi, c’est un instrument et une matière sonore. Selon l’harmonie, je vais toujours chercher la profondeur et l’émotion tout au fond de moi.

Selon les chansons, on ne chante pas de la même façon ?

Non, ça bouge. C’est un vrai instrument de musique. L’interprétation et la tonalité vont être différentes.

Vous êtes dans l’instinctif ?

Oui, mais on peut prendre du temps. Quand on rentre dans l’album, on est proche de ce que l’on aimerait avoir, mais pour aller un peu plus loin, le chemin peut être compliqué parce que l’on peut se perdre.

Teaser n°4.

Dans « Moderato » et « La Tache », vous évoquez le retour du fascisme en France. L’actualité abonde dans votre sens, non ?

Oui, et nous le déplorons. L’histoire nous amène à penser qu’il faut toujours rester sur ses gardes. Ce qui est le plus choquant, c’est l’histoire qui se répète et même qui s’aggrave parfois. L’histoire devrait servir à ne pas faire deux fois les mêmes conneries.

La chanson « Les Terriens » parle aussi du genre humain. Par contre, vous ne dites pas s’ils sont bons ou vauriens…

Les vauriens sont parfois de bons terriens, vous savez. Mes chansons, contrairement à ce que l’on pourrait penser, sont toujours positives. Les gens ont pu penser que non, mais si. Même si je ne chante pas des choses toujours drôles, il y a toujours une grosse lumière au bout.

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Vous êtes bien, vous, parmi les Terriens ?

Je suis bien parce que j’ai réussi à faire avancer un univers et que j’arrive à faire bouger des choses à mon niveau. Je suis bien, mais c’est un combat de tous les jours. Je n’apprends à personne que la vie est un combat perpétuel.

N’êtes vous jamais tenté d’aborder des thèmes un peu plus légers ?

Je ne choisis pas. Je ne suis pas quelqu’un qui construit les choses en essayant d’édulcorer, même si parfois il y a de l’humour. Quand j’évoque l’amour, je ne peux pas faire dans la légèreté, car c’est toujours compliqué. Je suis toujours dans la recherche d’une certaine beauté et d’une certaine grâce. 

Teaser n°5.

Travaillez-vous encore votre voix ?

Je la travaille quand j’écris des morceaux, quand je suis en train de répéter. Naguère, j’ai fait un an de cours de chant classique qui m’avait donné les bases fondamentales. La respiration, le ventre... pour moi le chant vient de là. Que l’on soit fatigué ou pas, il faut pouvoir chanter.

Êtes-vous satisfait de cet album maintenant qu’il est terminé et qu’il est bientôt à la disposition du public ?

Je suis super heureux de cet album. Dès que j’entends la première chanson, je trouve qu’il y a quelque chose de nouveau dedans. J’ai pris beaucoup de plaisir à l’enregistrer et surtout, je suis heureux du son nouveau qu’il contient.

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C’est quoi les Têtes Raides ?

Dans tout disque des Têtes Raides, il y a la musique, le texte, le sens et puis l’histoire humaine qui est là. L’album s’est enregistré en studio en live. C’est un animal à plusieurs têtes. On joue des chansons très lentes, mais à l’énergie toujours très forte. Dans nos textes, il y a des couches, des strates à gratter pour comprendre tout.

Il y a une chanson en anglais. Pourquoi ?

Généralement, les chansons en anglais sortent comme ça. Je suis très mauvais en anglais, mais en même temps, je suis très bon. L’un des premiers textes que j’ai écrit en anglais, c’est « Lesson number six ». L’anglais a un côté musical que le français n’a pas.

Il y a des thèmes majeurs dans votre œuvre.

J’écris beaucoup sur l’absence, l’attente et l’oubli. Dans mon écriture, il y a plusieurs niveaux. Quand je raconte une histoire, j’aime bien quand il y a une autre histoire qui est en train de se jouer. J’aime bien les couches et les strates.

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Après l'interview, le 6 janvier 2014.

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22 février 2014

Elisa Tovati : interview pour Cabine 23

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elisa tovati,bertrand soulier,cabine 23,interview,mandorCabine 23, le nouveau disque/projet d’Élisa Tovati nous emmène direction Irkoutsk en Sibérie pendant18 chansons et 56 minutes. Une expédition musicale au départ de Paris. On suit une jeune femme qui part sans laisser d'adresse, à la recherche de ses origines et de surprises. Un retour à l'essentiel salvateur.

On visite Venise, Vienne, Athènes, Istanbul, ou Moscou... Élisa Tovati réalise même quelques-uns de ses fantasmes à travers ce personnage installé dans la Cabine 23, voiture 3 : rencontres, flirts, découvertes et révision des langues étrangères.

Un carnet de voyage signé Bertrand Soulier (l’homme providence) et Pierre-Dominique Burgaud à qui l'on doit les deux Soldat Rose. Les frères Souchon ou Élodie Frégé ont également collaboré.

J’ai rencontré Élisa Tovati (déjà mandorisée pour son précédent album) le 18 décembre dernier, dans un bar « select » de la capitale. En résulte un riche et long entretien dans lequel la chanteuse se dévoile beaucoup.

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elisa tovati,bertrand soulier,cabine 23,interview,mandorInterview :

Quand l’album précédent a très bien marché, du coup, on entre dans la phase de création avec un peu plus de pressions ?

C’est l’inverse ! Moi ça m’a détendue ! Parce que je savais que si  Le syndrome de Peter Pan  n’avait pas marché, je n’aurais probablement pas eu la chance de faire un autre album. Le marché étant si difficile, ça aurait été compliqué de trouver des producteurs et  maisons de  disques qui veuillent investir de l’argent. Le fait d’avoir rencontré un vrai succès populaire sur cet album me donnait la possibilité immédiate de continuer à faire de la musique et un autre album, donc j’étais déjà ravie. En plus, du coup on m’a fait encore plus confiance. On m’a laissée tranquille, dans mon petit coin. On m’a laissé trouver où j’avais envie de m’en aller, comment j’avais envie de raconter des histoires aux gens, donc en fait, on a fait quelque chose d‘assez rigolo.

Excuse-moi, mais pourquoi dis-tu toujours « on » ?

Parce que je travaille avec Bertrand Soulier en binôme. Donc on crée, on pense, on réfléchit, on fantasme, on écrit, on va jusqu’au bout du bout tous les deux ensemble.  On a fini par trouver l’idée de cet album après des jours de réflexions et c’est devenu comme une évidence. On a donné rendez-vous aux producteurs quand tout a été terminé. Je suis arrivé avec les chansons, mais aussi une pochette, un livret, un univers, un synopsis. Je voulais qu’ils comprennent tout… et donc ils ont été assez scotchés. Ils étaient très étonnés, très heureux de voir à quel point on était allé loin.

Clip de "Eye Liner".

Je me souviens que pour l’album précédent, déjà avec Bertrand, vous vous étiez isolés tous les deux en vase clos. Avez-vous fait la même chose pour Cabine 23

Oui sauf que, dès qu’on a commencé à avoir des textes, on a voulu élargir notre cercle avec d’autres compositeurs. Parfois, on avait un texte qu’on donnait à un ou deux compositeurs différents. Nous voulions voir quelle était la chanson qui ressortirait le mieux par rapport à notre concept. C’était très compliqué parce qu’à  la fin, on savait que c’était un puzzle où les chansons devraient s’imbriquer selon un ordre précis, selon l’ordre du voyage. Il ne fallait pas raconter la même chose, sur tous les textes qu’on voulait exploiter. On voulait évoquer mes origines, parler des autres, du voyage, de cet Orient-Express mythique, parler d’histoires d’amour, d’amitié, du devoir de mémoire.

Vaste programme !

Oui, du coup, on a écrit beaucoup de chansons, presque quarante, je crois. Ensuite,  il y a des chansons qui se sont éliminées toutes seules.  Les moins bonnes s’effaçaient jusqu’à ce que le puzzle soit construit le mieux possible.

Quels sont les autres auteurs principaux ?elisa tovati,bertrand soulier,cabine 23,interview,mandor

Bertrand Soulier  était l’auteur principal, ensuite, il y certains textes où il s’est fait aider par Pierre-Dominique Burgaud. Il a fini par faire partie de la boucle. Il s’intéressait énormément. On lui donnait des nouvelles du projet tous les jours. Il y a aussi Élodie Frégé, l’une de mes  meilleures amies. Je lui ai expliqué que c’était un album un peu comme un film musical sur l’Orient-Express, le train, l’histoire d’une fille qui voyage d’ouest en est, etc. Et donc elle m’a proposé «  Au train où vont les choses » et je l’ai acceptée. Elle avait parfaitement compris ce que nous voulions.

Et concernant les compositeurs ?

J’ai tout de suite fait appel aux frères Souchon, Pierre et Ours, que j’adore ! Toutes mes rencontres sont aussi importantes humainement que qualitativement. Pierre et Ours, je pourrais passer des jours, des mois, des  années à travailler avec eux tellement ils me font du bien et tellement c’est agréable.

Tu ne peux travailler qu’avec des gens positifs ?

Je ne peux absolument pas travailler dans un univers hostile, dans des tensions ou dans l’urgence. Il faut que ce soit de vrais moments intenses, de vraies récréations où le moment est suspendu. Tous mes compositeurs sont des gens avec lesquels humainement, il y a beaucoup d’atomes crochus et qui ont beaucoup de talent. Il me faut les deux.

Duo avec Brice Conrad : "Tout le temps".

Très honnêtement en tant que journaliste, quand j’ai vu arriver ton disque, je me suis dit : « Oh mince ! Un album concept ! » Puis, j’ai écouté. Et je l’ai trouvé très beau, aussi bien musicalement que textuellement. Il y a vraiment des chansons qui chamboulent.

J’ai l’impression que dans cet album, pour une fois, il y a la tête et les jambes. C’est un album que j’achèterais bien volontiers. Parce que dans les albums, qu’est-ce que j’aime ? J’aime que les textes soient intelligents. J’aime que la musique me fasse voyager. J’aime apprendre des choses sur les artistes.

Et qu’est-ce que tu n’aimes pas ?

Je déteste les textes qui sont futiles, où tu ne comprends jamais rien, mystérieux, abstraits et tout ça. J’ai vraiment besoin que ce soit des minis scénarios, qu’un disque raconte quelque chose.  

Cabine 23, c’est ton disque le plus personnel ?

C’est une évidence. En plus, j’avais très envie de montrer une image plus glamour et moins bohème. Dans ce disque, je regroupe tout.  Il y a la comédienne, il y a la chanteuse , il y a l’être humain. Je dis effectivement des choses très personnelles que l’on comprend ou que l’on ne comprend pas d’ailleurs. Il y a plusieurs tiroirs sur certaines chansons. J’avais vraiment envie de présenter aux gens quelque chose de consistant que je serais fière de montrer à mes enfants dans quelques années.

Les chansons ont un ordre évidemment pensé parce qu’il y a le parcours du voyage. C’était une difficulté supplémentaire ? 

Oui, parce que tu ne pouvais pas avoir cinq chansons en France et aucune en Russie, il fallait que tout soit équilibré. Donc, il y a eu des choix pas évidents à faire de temps en temps. 

Extrait de "Je voyage".

Je reviens à Bertrand Soulier qui est un auteur-compositeur-interprète que j’aime beaucoup. Ça s’imposait que tu travailles de nouveau avec lui ?

On est très proche, d’abord. C’est comme une histoire d’amour. J’ai appris à vraiment bien le connaître. Il sait où sont mes qualités où sont mes défauts. Il connait ma famille, mes enfants. Il a partagé énormément de choses avec moi. Étant donné que j’aime avoir des albums très personnels, c’est essentiel. Retravailler avec lui a été un  gain de temps énorme. C’est un peu comme si tu dois reprendre un psy, toute la démarche à faire pour en trouver un nouveau est fatigante. Rien que pour ça je reste avec le mien ! (rires). Sans plaisanter, Bertrand a un talent monstre et  moi, j’ai besoin de travailler avec des gens qui n’ont pas d’égo et qui savent accepter quand on leur dit « non, je n’aime pas, ça ce n’est pas pour moi, il faut transformer ça… »  J’ai eu des tonnes d’expériences avec des gens qui étaient tellement chiants ! Tous les jours je me dis : « Quelle chance j’ai eue de rencontrer Bertrand !» Il m’aide sur tous les plans et quoi que je lui demande.

Qui a eu l’idée de ce concept de voyage ?

Moi. Il y  a plein de raisons qui ont fait que c’était évident. D’abord j’ai été conçue dans un train, donc quand j’ai raconté ça à Bertrand, ça l’a bien fait rire. C’était un train qui faisait Paris-Saint Raphaël. Ensuite le train a toujours eu une importance énorme pour moi. Toute ma famille a pris des trains de la mort pendant  la Deuxième Guerre mondiale et elle n’est jamais revenue. Donc le train, c’est quelque chose qui est lourd de significations pour moi. Troisième chose, plus légère, j’aime le train, car je suis une fille extrêmement  speed et que nous sommes dans un monde où on ne prend le temps de rien. Quand tu es dans un train, tu prends le temps de voir les paysages qui défilent, de voir les gens qu’il y a autour de toi par exemple.  

Ça devenait essentiel de parler de tes origines ?

Oui, je ressentais le besoin de me montrer telle que je suis. Moitié nord, moitié sud. Je voulais expliquer ce qu’il s’était passé dans ma famille, pourquoi je suis comme je suis. Je n’ai pas eu de famille à part mes parents. Je veux mériter le fait d’être moi ici, alors que d’autres n’ont pas eu la chance d’être là. Tu sais, les gens qui sont très gais, alors que ce sont des gens qui travaillent jusqu’au soir, des gens qui ont peur du vide et qui remplissent de nombreuses pages, ce n’est pas pour rien.

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Est-ce que cet album est aussi pour « remettre les pendules à l’heure » ? Pour que l’on sache qui se cache derrière la toujours souriante Élisa Tovati ?

Quand tu es comédienne, tu passes ton temps à brouiller les pistes. Tu joues des rôles de pute, d’infirmière, de moche. Franchement, je n’ai jamais eu envie de prouver quoi que ce soit à quiconque. Dans la vie de tous les jours, je suis une fille pleine d’énergie, très souriante et qui essaye d’avoir beaucoup de respect pour les autres, d’être très bien élevée. Après les gens jugent ou pas, mais je suis comme ça et j’ai mes raisons de l’être. C’est vrai que de temps en temps, c’est bien de divulguer quelques secrets profonds.

Tout à l’heure, tu as employé le mot « psy » et c’est vrai que quand on parle de soi dans ses chansons, qu’on fait référence à sa  famille, qu’on exprime ce qu’il y a au fond de soi… ça permet d’aller mieux ?

Si tu t’exprimes dans la vie, si tu dis les choses, si tu ne les gardes pas pour toi, normalement,  tu n’as  pas besoin d’aller voir qui que ce soit pour parler. Parfois, il y a des choses à l’intérieur de soi qui sont difficiles à exprimer. Moi j’ai appris qu’on a dit que je m’appelais Tovati, car je n’assumais pas ma religion et mes origines. Ça m'a beaucoup choquée, parce qu’une petite fille d’ancien déporté, je te jure qu’elle a l’étoile gravée dans le corps. Tovati, c’est une coquille qui date de nombreuses années, j’avais 16 ans. J'étais annoncée ainsi pour un concert espagnol. Les organisateurs ont confondu Touati avec Tovati. C’est juste ça. Rien à voir avec le fait que je me cache et que je n’assume pas et tout ça …

Je trouve que Cabine 23 est un disque culotté.

À travers cet album, on ressent beaucoup de choses. De la solitude, un peu d’amusement avec les hommes, évidemment du glamour et un côté un peu mystérieux. On ne peut pas utiliser n’importe quel mot dans n’importe quel album et cet album-là nous permettait quelques audaces, quelques textes un peu désuets, quelques jeux de mots un peu rigolos, voilà, des choses un peu plus culottées, comme tu le dis.  

C’est la gravité dans la légèreté.

Voilà.

C’est un petit peu ta marque de fabrique, je l’ai remarqué depuis le début de ta carrière. Je trouve que c’est vraiment un très bel album. Il faut gratter et c’est ça qui est  intéressant. Comme tu l’as dit tout à l’heure il y a des gens qui comprennent des choses et d’autres qui ne comprennent pas. 

Et d’ailleurs, c’est vraiment très étonnant parce que j’ai commencé un peu la promo et si tu savais, à l’intérieur, ce que ça me fait d’en parler. J’ai l’impression de naviguer en permanence, c’est-à-dire que des tonnes de fois je me retiens, je suis sur le point de pleurer. C’est idiot, mais c’est tellement personnel, ça remue tellement de choses à l’intérieur de moi que je suis vraiment prise par l’émotion. Je me dis : « Tu ne vas pas pleurer devant le journaliste quand même ! »

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À ce point-là ?

Ce n’est pas un album que je sors pour vendre du disque. Je demande aux journalistes : « Je vous en supplie, prenez cinquante minutes pour écouter cet album d’un bout à l’autre sans vous arrêter et vous me comprendrez. Ne volez pas deux-trois chansons comme ça, des bouts de chansons  n’importe comment, prenez le temps de rentrer dans mon univers ». C’est le seul truc que je veux avant que l’on m’interviewe. C’est comme pour un film. S’il y a un mec qui fait une interview et qui n’a regardé que deux-trois scènes du film, j’ai envie de dire : « Mais regardez le film d’un bout à l’autre. Vous serez surpris, étonnés ou vous détesterez, mais au moins, vous vous ferez votre opinion ! »

Ce qui est bien dans tes chansons, c’est que c’est un mélange d’Histoire avec un grand « H » et l’histoire avec un petit « h ». C’est personnel et universel et c’est assez fort d’arriver à ce bon compromis. J’ai raison de dire ça ? 

Oui, tu as totalement raison de dire ça. Il y a des chansons comme « Les langues étrangères » ou « S’embrasser » qui sont des petites choses un peu sucrées et tu as des chansons plus graves comme « La mémoire », « Pitchipoï » ou « Tout le temps ».

Même si c’est grave, ce n’est pas plombant. Je me suis dit qu’il y avait surement une volonté de ne pas faire un album comme ça.

Tu as raison, ce n’est pas plombant. Par exemple, la chanson préférée de mes enfants, c’est « Pitchipoï » parce que la sonorité est rigolote. « Je t’emmène à Pitchipoï, ma petite mémoire cowboy » qui fait bien rire mon fils. En fait, c’est de très loin la chanson la plus dramatique de cet album. C’est la chanson la plus grave. Celle que j’ai mis le plus de temps à chanter. C’est une chanson à double tiroir. Pitchipoï, c’est juste Auschwitz. Pitchipoï c’est le nom que donnaient les gens à la destination finale de ces trains de la mort. 

Extrait de "Pitchipoï".

elisa tovati,bertrand soulier,cabine 23,interview,mandorÀ la fin de « Pitchipoï », on entend des hommes qui chantent. Ça m’a touché, alors que je n’ai pas compris ce qu’ils chantaient.

Le Kaddish, c’est la prière des morts. Moi j’ai presque 180 personnes de ma famille qui sont mortes dans les camps, donc à la fin, il y a la prière des morts. Je vais te dire très sincèrement, ma mère quand elle l’a écoutée j’ai mis deux heures et demie à la récupérer après. Quand tu entends les paroles : « c’est un conte de fer, un chemin de fée, peut-être qu’on trouvera le Golem, on retrouvera tous les gens qu’on aime, c’est des histoires qu’on dit dans le noir aux enfants… », si tu sais de quoi on parle, forcément, ça n’a pas la même signification. 

« La mémoire » aussi est une chanson très forte.

C’est une chanson qui est, elle aussi, plus profonde qu’il n’y parait. Je ne pouvais pas traverser ces pays sans aborder des sujets forts et difficiles. Mon disque n’est pas un film d’Alexandre Arcady !

Est-ce que ce disque a remué beaucoup de choses en toi ? 

Je me suis beaucoup battue pour qu’il existe et pour qu’il soit à la hauteur. J’ai eu l’impression que rien n’a été facile. En fait j’ai eu l’impression d’être sur une piste d’athlétisme et d’avoir des haies à sauter. Mais dès que j’en sautais une, il fallait se concentrer sur celle d’après pour ne pas chuter et pour ne pas les faire tomber. Encore aujourd’hui, j’ai cette impression. J’ai la conviction qu’il faut emmener jusqu’au bout ce projet parce qu’il le mérite. Et à la fois c’est dur. Tu vois il faut convaincre les gens, il faut être là, derrière tout le temps.

Et ta maison de disque ne te dit pas : « elle est chiante, maintenant » ? 

Non, elle trouve ça fantastique, parce que les gens qui y travaillent n’ont jamais vu quelqu’un qui s’implique autant dans tout, qui va acheter les fringues, qui coud pour les musiciens… Ils trouvent ça dingue, quoi !

As-tu peur que ce disque ne soit pas compris et qu’il ne trouve pas son public ?

Est-ce que l’album va avoir du succès ou pas.  Je n’en sais rien et ça ne sera pas en rapport avec sa qualité. Maintenant ce qui est génial c’est vraiment d’avoir quelque chose dans la tête et de le réaliser d’un bout à l’autre. C’est ça qui est fantastique. 

Est-ce l’album de ta vie ? 

Je ne pense pas. Tu sais c’est toujours le dernier album que tu estimes le plus.

Mais tu n’es jamais allée aussi loin. Là ce n’est plus qu’Élisa Tovati, c’est la famille, le passé… 

Je n’ai pas du tout envie de penser au prochain album parce que j’ai déjà tout à faire avec celui-là, mais à un moment donné, j’ai un peu le tournis en me disant : « Mon Dieu, après un album comme ça on fait quoi ? » Ce n’est pas que je trouve qu’il est bon et qu’il n’y a pas mieux à faire, pas du tout, mais j’ai donné tellement de choses personnelles qu’après, il va vraiment falloir que je me secoue pour retrouver des bonnes idées et avoir surtout un projet qui me donne autant envie de me lever le matin. Je venais d’accoucher quand j’ai commencé cet album. J’ai fait beaucoup de sacrifices professionnels puisque j’ai refusé des tonnes de films et des sacrifices personnels puisque j’ai dû faire des choix entre mon bébé et le projet. Donc si tu veux, j’ai eu l’impression d’avoir sacrifié beaucoup de choses pour ce projet.

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Pour toi, quelle est la chanson la plus importante ?

Pour des raisons différentes, j’aime beaucoup  « La petite Tour Eiffel ». J’aime beaucoup l’ambiance de cette chanson et j’aime la poésie du texte. J’aime cette chanson parce que l’héroïne de mes chansons est au bout du voyage et qu’elle se rend compte que finalement Paris lui manque. C’est un sentiment que j’ai beaucoup eu à des moments de ma vie ou j’étais loin de Paris. J’aime beaucoup « Pitchipoï » parce que je suis fière de l’avoir faite et qu’elle existe dans l’album. « S’embrasser », je pense que c’est une chanson élégante donc j’adore la chanter. « Au départ, Paris », aussi est important pour moi. Je rêvais d’avoir une chanson qui parle à la fois de mes origines grâce à la musique et qui lance aussi bien le projet.

Tes parents ont-ils été touchés ?

J’ai toujours peur de les décevoir. Mais ils sont très fiers de ce disque. Ils sont fiers, ils l’écoutent, ils le montrent, ils suivent ce que je fais. Il y a des chansons qui ont été plus dures à entendre que d’autres. Et il y a aussi des chansons qui ont suscité des réactions. Ma mère a eu le double effet sur Pitchipoï. Au début, c’était choquant pour elle. Elle n’a pas pu aller jusqu’au bout de la chanson, donc elle a arrêté. Elle était en colère et a commencé à s’énerver. Et puis elle a réécouté la chanson d’un bout à l’autre et elle a pleuré. Elle a fini par me remercier.

Pourquoi cette réaction ?

C’est un peu comme si quelqu’un meurt. Tu n’oses pas toucher pas à ses affaires, ni à sa chambre. Il y a quelque chose d’un peu sacré. Et puis, il y a quelqu’un de bienveillant de ta famille qui se dit : « mais pour qu’elle puisse avancer, il faut faire place nette ». Cette personne met tout dans un carton et tout d’un coup, la chambre est vidée et nettoyée. Tu as envie de foutre une paire de baffes à la personne en disant « mais pourquoi t’as enlevé mes souvenirs ?» et à la fois tu as envie de lui dire : «  Merci, parce que je n’aurais pas eu le courage de le faire ». Donc c’est un peu ça. Tu vois, c’est un petit mélange. J’ai quand même marché sur des œufs. Il y a un mot que j’ai été obligée d’enlever. C’était une demande très ferme.

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Avais-tu prévenu ta famille que tu étais sur un tel projet ?

On en parlait comme ça, mais j’ai été très secrète sur cet album. Je n’en parlais pas à mon compagnon, ni à mes producteurs. Je n’ai rien fait écouter, car j’avais peur de la réaction des gens. Je ne voulais pas me laisser distraire, ni me laisser influencer. J’avais envie qu’ils prennent le projet comme il était. C’était à prendre ou à laisser.

Un train, de toute manière, ça ne fait pas des demi-tours facilement. 

C’est ça. Le train était en route et il fallait le laisser arriver à la gare pour le présenter.

Tu te sens mieux maintenant que ce disque est fait ?

Oui, ce disque est une lourde responsabilité et je l’ai fait. J’ai besoin de me coucher le soir en me disant que dans la journée j’ai fait des choses utiles et que j’ai appris des choses par rapport au matin. J’ai besoin d’avancer. J’ai besoin d’être sur le chemin, vraiment. C’est le chemin, la route, le voyage. C’est vraiment un truc qui est très fort en moi. Que ce soit des sillons tortueux ou droits, il faut que j’avance parce que j’ai le devoir d’avancer.

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Avec Élisa Tovati le 18 janvier 2013.

21 février 2014

Claire Favan : interview pour Apnée noire

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Attention ! Apnée noire est un livre dangereux. Une fois ouvert, vous ne pouvez plus le refermer. Dans ce troisième thriller, Claire Favan met en scène deux enquêteurs qui reviennent sur une affaire mal jugée un an plus tôt. Cet inspecteur et cette agent du FBI (une femme magnifique) se retrouvent à collaborer suite à une scène de crime "déjà vue". Leur duo est loin d'être calme et serein... mais nous assistons, médusés, à leur rapprochement.

Cette auteure nous entraine dans l’univers d’un tueur en série avec pudeur et intelligence.

Mais ce roman est bien plus que cela. IL FAUT LE LIRE ABSOLUMENT!

Le 15 janvier dernier, j'ai reçu pour la seconde fois Claire Favan, à l’agence (la première, c'était pour ce recueil collectif).

claire favan,apnée noire,interview,mandorRésumé :

« Vêtue d’un pyjama en satin écru, la jeune femme repose dans une baignoire remplie, en position de foetus inversé. Ses mains et ses chevilles sont étroitement liées derrière son dos et elle flotte encore avec un soupçon de grâce. » A Columbia, sur la côte est des États-Unis, c’est la scène macabre que découvre le lieutenant Sandino. Officier intègre, c’est aussi un homme brisé depuis la disparition de sa famille. Pour mener cette enquête, il doit collaborer avec Megan Halliwell, l’agent du FBI qui a permis l’année précédente l’arrestation de Vernon Chester, un tueur psychopathe qui vient d’être exécuté. Très vite pourtant, il apparaît que ce dernier meurtre présente des ressemblances troublantes avec les crimes commis par Chester. Comment est-ce possible ? Tandis que Megan n’ose imaginer le pire, une erreur judiciaire, Sandino se concentre sur certaines incohérences. De discordes en silences la relation des deux policiers évolue, alors que chaque jour le tueur semble se rapprocher d’eux, omniprésent et insaisissable…

L’auteure :

Claire Favan a déjà publié deux thrillers : Le tueur intime (Points seuil, 2010) qui a obtenu le Prix VSD du polar et Le tueur de l’ombre (2011).

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claire favan,apnée noire,interview,mandorInterview :

Avant tes trois livres publiés, tu en as écrit des dizaines, je te cite, « impubliables ».

Je dis "impubliables" parce que c’est un tout autre style et je n’ai aucune intention un jour de les faire paraître. J’écrivais pour mon propre plaisir, « pour mon ordinateur », comme disaient mes proches. Un jour, ces derniers m’ont poussée à tenter l’expérience.

Tu écrivais quoi à cette époque ?

Je me faisais la main sur des intrigues historiques, des histoires un peu sentimentales.

J’ai lu que tu écrivais beaucoup, étant plus jeune, pour fuir la réalité et pour oublier le divorce de tes parents…

Effectivement, écrire a été une soupape. J’écrivais pour accentuer cet effet que je cherchais déjà dans la lecture. Accéder à une part de rêve et à des choses qui ne faisaient pas partie de ma vie de tous les jours… Petit à petit, je me suis fait mon style, jusqu’au jour où le rêve est devenu réalité.

Tu es passée à la littérature noire de quelle manière ?

Parce que je ne lisais que ça. Un jour, je me suis demandé pourquoi je ne faisais pas un alliage entre ce que j’aime lire et le fait d’écrire. Quand j’écrivais des livres historiques, je trouvais ça très compliqué parce qu’il faut s’exprimer avec un langage différent. D’un seul coup, écrire des romans contemporains, ça devenait beaucoup plus facile.

Tu lisais quoi précisément ?claire favan,apnée noire,interview,mandor

Je suis très Stephen King. Je pense toujours à ma mère qui, un jour, a refermé un livre en disant : « C’est génial ! C’est l’histoire d’un tueur en série. Je n’avais jamais lu un livre comme ça ! ». Ce jour-là, elle m’a donné une deuxième naissance.

Tout le monde s’accorde à dire que tu as une parfaite technique de ce genre littéraire là.

Pourtant, je n’ai aucune méthode. Je suis autodidacte. J’écris pour me faire plaisir. Je sais quels livres me font plaisir en tant que lectrice, donc le minimum que je puisse faire, c’est d’essayer de rentrer dans les codes des romans noirs… en sachant que je ne les connais pourtant pas. C’est instinctif.

Tu n’as pas lu Ecrire un livre en 10 leçons ?

(Rires)  Non, j’ai lu Ecrire un livre pour les nuls.

Tes deux premiers romans sont plus violents que celui-ci.

Dans mon premier livre, je voulais répondre à mes questions de lectrice. Le côté psychologique me passionne et je voulais qu’on comprenne pourquoi et comment on devient un tueur en série. Will Edward, mon tueur en série des deux premiers romans, est violent et pervers. J’ai d’abord décrit son traumatisme à lui et je l’ai transcrit sur ses victimes, façon miroir.

Pourquoi une jeune femme comme toi écrit des choses si noires ?

Ce n’est peut-être pas dans l’ordre des choses, mais je suis ainsi. Si tu me colles une autobiographie dans les mains, je pleure. La réalité en livre ne m’intéresse absolument pas. Je ne veux pas le quotidien, je veux du rêve.

Pourquoi Apnée noire est il moins violent que tes deux précédents livres ?

Je ne suis pas tueuse en série, donc jouer dans la surenchère, très peu pour moi.  Je ne me voyais pas écrire un degré au-dessus de mes deux premiers romans, sinon, c’était le carnage absolu. Dans mon dernier livre, le tueur est différent, je m’ajuste à lui.

claire favan,apnée noire,interview,mandorLe très médiatique libraire, Gérard Collard a décrété à la télé que tu étais la polardeuse à suivre absolument en 2013.

Avant lui, il y a eu François Paf, un de mes lecteurs qui a décidé qu’il fallait que Gérard Collard lise le livre. Et il a fait des pieds et des mains pour qu'il en soit ainsi. Sans lui, le livre ne serait probablement jamais arrivé jusqu’à ses yeux. Le fait qu’il parle de mes deux premiers livres à la télé de cette façon, je ne m’y attendais pas du tout. Ça a été une merveilleuse surprise.

Ça a boosté les ventes ?

Oui. Il a un impact énorme. C’est le dieu des auteurs (rires). Cela dit, il ne faut pas s’emballer. On repart à zéro avec chaque livre et il faut toujours faire ses preuves. Rien n’est jamais gagné. Je me fais plaisir et j’essaie de faire plaisir aux autres.

Tu es analyste financier, donc tu gagnes ta vie autrement qu’avec la littérature. Ça permet de rester zen ?

C’est une indépendance d’esprit. J’ai juste le trac de la perception du livre. Je sais ce que j’ai voulu dire, mais je ne sais pas comment les gens vont le percevoir.

Pour balader le lecteur, c’est compliqué ?

Non, parce que je sais où je vais dès le départ, donc je peux emprunter de fausses pistes. Au départ, j’ai une idée de base. Soit elle passe et ça veut dire qu’elle n’était pas viable, soit elle reste et elle est complétée par plein d’autres idées qui deviennent des scènes et les principaux ressorts de mon intrigue. Je connais ma scène d’intro, je connais ma scène finale, je sais par où je passe.

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claire favan,apnée noire,interview,mandorTu m’as dit en off que, quand tu étais la Claire Favan écrivain, tu ne te comportais pas exactement comme la Claire Favan analyste financier.

Dans ma vraie vie, je ne fume pas. Claire Favan fume. Je ne me maquille pas. Claire Favan oui.

Oh ! Le beau cas de schizophrénie ! Tu m’inquiètes.

(Rires) Physiquement, je n’ai pas tout à fait les mêmes caractéristiques. Mince ! Je n’aurais pas dû le dire ! Tout le monde va avoir peur. Claire Favan n’existe pas tout le temps. La majeure partie du temps, je suis moi, avec sa part de vie secrète.

Le plus dur, dans un thriller, c’est de ne pas louper la fin ?

La fin d’Apnée noire a changé parce que je devais toujours la justifier à mes premiers lecteurs. Donc, je ne trouvais pas ça normal. Si on doit expliquer une fin, c’est qu’elle n’est pas bonne. Soudain, mon éditeur m’a donné un conseil et cela a débloqué la situation. Bingo ! Je suis partie sur autre chose et, du coup, je n’ai plus besoin de la justifier.

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Tu écris en ce moment ton 4e livre officiel et un autre pas publiable. Explique-moi pourquoi tu écris aussi des livres non publiables. Ça me travaille.

C’est pour faire plaisir à mon ordinateur, je te dis…  j’ai besoin de beaucoup écrire. Plus sérieusement, la parution d’Apnée noire a été compliquée éditorialement parlant, du coup, j’ai eu beaucoup de phases de doute et d’incertitude. J’ai donc écrit ce fameux roman qui ne sera pas publié pour me prouver que le plaisir d’écrire était encore là. C’était une soupape. Il n’y avait plus aucune pression de nulle part et en un mois, je l’avais écrit. Mais, je tiens à dire que ma vie privée et mon quotidien sont prioritaires par rapport à l’écriture.

Que penses-tu de la communauté des gens qui écrit de la littérature « noire » ?

Sincèrement, j’ai rencontré des gens formidables dans ce milieu. Nous ne sommes pas forcément des amis, mais quand on se voit, c’est avec beaucoup de plaisir. On rigole bien et il y a des vrais partages d’expériences.

Tu ne te vois plus vivre sans cette deuxième vie d’auteure, je présume ?

Sincèrement, pendant ma période de doute, avant la parution d’Apnée noire, je me disais que si quelque chose comme ça, qui vient après la vie de tous les jours, faisait plus de mal que de bien, j’étais prête à l’abandonner. Au moment où j’étais prête à abandonner, les choses se sont débouclées. Aujourd’hui, j’ai compris que c’était comme ça. On écrit et il y a toujours des hauts et des bas. Ce n’est pas linéaire.

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12 février 2014

Da Silva : interview pour Villa Rosa

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Ça fait un moment que je suis la carrière de Da Silva. Depuis son premier opus, en fait. J’ai chroniqué bon nombre de ses albums pour différents journaux. Mais, je n’ai jamais eu l’opportunité de le rencontrer. Voilà qui est fait. Et bien fait. L’homme est sympathique, disert et dit ce qu'il pense.

Il est passé à l’agence quelques jours avant son concert au Café de la Danse, le 12 février 2014.

Avant de lire le fruit de notre conversation, je vous propose ma chronique de son nouveau disque, Villa Rosa, publiée dans Le Magazine des Espaces Culturels Leclerc, datée du mois de février.

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da silva,villa rosa,café de la danseInterview :

Sur ce nouveau disque, l'ambiance est moins minimaliste. Mais ce changement avait déjà commencé avec l’album précédent « La distance », non ?

Il y a un truc qui est assez étonnant. C’est mon 5e album, j’ai fait près de 400 dates et très honnêtement, j’ai toujours fait la même chose. En tout cas, je dis toujours la même chose. C’est le propre d’un artiste, on a quelques obsessions, on n’arrive pas à s’en défaire.

Quelles sont les tiennes ?

Le deuil, la mort, la joie, la vie, le rapport à l’autre, les sentiments amoureux… des problèmes existentiels. Je me pose toujours les mêmes questions dans mes chansons, mais je change ma façon de le dire. Je creuse mon sillon.

Mais la musique varie d’album en album.

Je suis en perpétuelle recherche. J’ai commencé avec un disque très dépouillé, Décembre en été, enregistré en guitare-voix avec notamment le titre « L’indécision ». Les deux albums suivants, De beaux jours à venir et La tendresse des fous, avec Joseph Racaille aux cordes, aux vents et aux cuivres, étaient plus orchestrés. Pour le quatrième album, La distance, je suis passé à un format plus pop avec des basses, batteries et claviers. D’un seul coup, avec ce 5e disque, les gens te disent « c’est plus enjoué ». C’est juste plus orchestré. J’ai enrobé un peu le poivre dans un bonbon. J’ai réussi à tromper l’ennemi.

Qui est l’ennemi ?

Moi. J’ai réussi à m’étonner de mon propre travail. J’ai réussi à me renouveler. Un artiste qui ne se renouvelle pas, il est mort.

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C’est vrai que tous les artistes parlent de la même chose ? 

Ce qui différencie un artiste d’un autre, c’est le style. Cela dit, on ne raconte pas tous la même chose. Il y a des chanteurs engagés, des chanteurs sentimentaux, des chanteurs romantiques, d’autres qui sont très crus… Moi, dans mon écriture, j’emploie des métaphores. J’essaie aussi de mettre un peu de distance entre le sentiment et le ressenti, avec un peu de pudeur.

Tu es chanteur de quoi, toi ?

C’est très dur de le définir. J’ai très peu de recul sur moi. C’est comme quand on me demande mes influences, j’ai beaucoup de mal à répondre. L’influence, ça travaille dans ton dos. C’est inconscient. Ce qui est inspirant pour moi, c’est une photo. J’aime bien quand l’image est arrêtée. Ça me permet de fantasmer. Je me demande ce qu’il s’est passé avant et qu’est ce qu’il s’est passé après. Tout m’est permis sur une image arrêtée. Ça me fait chier les clips !

Pourtant, tu en as fait quatorze et déjà trois pour ce 5e album.

(Rires). Ne te moque pas ! J’aime les images arrêtées, je te dis.

Clip de "Villa Rosa" extrait de l'album Villa Rosa.

J’ai l’image de toi d’un artiste qui ne fait aucune concession.                      

Je fais zéro concession. On ne va pas me faire faire la tartignolle à la télé, tu vois. Je viens du punk rock, quand j’ai commencé j’avais 17 ans. Aujourd’hui, j’ai 38 ans. J’ai passé 21 ans de ma vie à essayer de m’aimer un peu, à essayer d’aimer les autres, à essayer d’être un mec « bien », de ne pas être un salaud. À travers tout ça, j’ai une seule liberté et elle a canalisé toute ma vie et mon esprit. C’est la musique. Et jamais un producteur ne m’a imposé quelque chose. Le reste, c’est de l’intelligence. Quand on me dit qu’il faut que j’aille faire une séance photo avec machin, une interview avec truc, je dis toujours oui. Moi, je considère que je ne fais pas de promo. Je vais rencontrer un mec, on va discuter ou pas, ça va être super ou ça va être nul. Je ne suis jamais en représentation. Je ne m’habille pas de façon exceptionnelle, je ressemble au voisin d’à côté, je fais 1m60, je suis chauve, il n’y a rien à dire sur moi de transcendant. Je ne joue pas au chanteur beau gosse ! Moi, je ne pense qu’à la musique et je sais que si je perds la main là-dessus, ma vie s’écroule.

Pourquoi es-tu parti de chez tôt Ou tard ?

Un label, c’est un deal que tu signes à deux. On te propose un contrat, tu viens avec ton avocat et tu signes ou pas. Quand tu signes un contrat, tu es content et quand tu n’es plus content, tu t’en vas. Je devais leur rendre un album et j’ai refusé. Je me suis tiré au quatrième album. Je dois te dire que je ne me suis pas fait que des copains.

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Il faut que tu te sentes bien tout le temps avec les gens qui t’entourent professionnellement ?

C’est la moindre des choses. Mais, en général, j’ai du mal à me sentir bien. J’arrive à dire « je me suis senti bien »,  « j’ai été bien » ou « j’étais bien », mais il est très difficile pour moi de ressentir le bien-être au présent.

Tu n’arrives pas à profiter des moments intenses que tu vis ?

Je n’arrive pas à synthétiser le plaisir dans l’instant. Je donne. Je peine à recevoir.

Mais ton pessimisme légendaire se transforme peu à peu en optimisme, non ?

Quand j’ai eu conscience de la vie, très tôt, je me suis dit que tout ça n’irait pas loin. Je le sentais comme ça. Je trouvais que la vie était un bordel, un véritable chaos. C’est bien après que je me suis dit que la vie, c’était quand même bien. Aujourd’hui, je suis satisfait de celle que je mène. J’ai une fille, ça, c’est le plus important. Et aussi, j’ai fait cinq albums, je suis toujours là, il y a encore des gens qui ont encore envie de venir me voir en concert et ils sont heureux quand ils viennent.

Clip de "Le coureur de fond" extrait de l'album Villa Rosa.

Tu fais le plus beau métier du monde ?

Je ne le conseillerais pas à tout le monde. Mais j’ai toujours rêvé de faire ce métier et aujourd’hui j’y suis. Qui peut s’enorgueillir de faire le métier dont il a rêvé gamin ? C’est une petite victoire sur la vie, non ?

Tu as donc le sentiment d’avoir réussi ta vie ?

Réussir sa vie, ce n’est pas que ça. Réussir sa vie, c’est ce que tu as réussi à apporter aux autres, ce que tu as réussi à faire passer comme message. Chaque jour, j’essaie d’apporter un peu de bonne humeur autour de moi. Tu vois, quand je suis arrivé tout à l’heure, j’ai déconné pour que l’ambiance soit cool directement et que les choses se passent bien.

Ce comportement est-il naturel ou te fais-tu violence ?

Je ne sais pas si c’est naturel, mais c’est une philosophie de vie. Je ne veux pas emmerder les gens. Je ne dis jamais « je veux », mais « il serait souhaitable ».

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C’est marrant parce que je m’aperçois que tu es plutôt hyperactif depuis que tu es là et pourtant tes chansons sont souvent calmes. Je ne parle pas de celles de tes deux derniers albums…

J’aime bien ce petit livre de Stig Dagerman, « Notre besoin de consolation est impossible à rassasier ». Quand j’ai lu ce bouquin, je me suis dit que ma musique devait avoir la fonction de faire du bien et de consoler. Ce que je dis dans mes chansons est très dur, mais ça rassure quand même. Tu te dis qu’il y a pire que ce que l’on vit soi-même. Je fais de la musique qui console.

Elle console les gens, mais te console-t-elle aussi ?

Oui, un peu. Elle me réconcilie avec moi, avec la vie, avec ce qui nous passe entre les doigts, avec ce que l’on rate, avec ce que l’on réussit et ce que l’on ne réussira plus. J’ai décidé de ne pas vivre comme un légume. J’ai décidé d’avoir conscience d’être vivant.

Quand tu fais quelque chose qui est nase, tu le reconnais ?

On ne peut pas faire bien tout le temps. Moi, je fais du mal aux gens, souvent. Mais oui, je le reconnais, je leur dis pardon.

Faut-il mentir parfois ?

Oui… mais bien. Il faut bien mentir. Connais-tu la différence entre la sincérité et la franchise ?

Non.

La franchise c’est l’idée de dire tout ce que tu penses. La sincérité, c’est de penser tout ce que tu dis. Là, ça prend son sens parce que tu réfléchis avant de dire quelque chose. Moi, la franchise, je n’en ai rien à foutre, mais j’adore la sincérité. Bon, après tout le monde se réclame de la sincérité, c’est très noble. Personne ne se réclame d’être une ordure, alors qu’on est constitué de 50% de ça.

Ah bon ?

L’homme a des vices. Il est poussé par la facilité. Il faut toujours lutter pour retrouver un peu de noblesse, d’élégance et d’humanité.

LSDR #4 - Da Silva - Un jour peut être extrait de "Villa Rosa" from Tomat'Prod on Vimeo.

da silva,villa rosa,café de la danseLa scène, pour toi, c’est quoi ?

Il faut créer un spectacle, revisiter et réorchestrer toutes les chansons, aller les chercher dans cinq répertoires, proposer des inédits. Il faut soigner son entrée, soigner sa sortie, et au milieu être captivant. Il faut être aimé, il faut se faire aimer et il faut aimer. Un artiste, il devient beau quand il sort de scène, que la salle est debout, que les gens tapent dans les mains et qu’ils ne veulent pas qu’il parte.

Ça fait du bien a l’ego ?

Oui, les applaudissements sincères flattent l’ego. C’est une sorte d’adrénaline dont il est difficile de rester insensible.

C’est aussi une satisfaction par rapport à tes parents ?

Mon père est ouvrier et ma mère femme de ménage. Mon père voulait que je devienne soit médecin, soit avocat même s’il n’a jamais été ni chez l’un, ni chez l’autre. Ma mère voulait juste que je ne fasse pas les ménages parce que c’est galère. Après mon père, constatant mon taux d’absentéisme à l’école, s’est contenté de vouloir que je devienne ouvrier à l’usine. A 17 ans, je leur ai dit que je voulais devenir Garcimore, parce que j’étais fan de ce magicien qui loupait toujours ses tours, tu imagines le tableau.

J’ai l’impression que tu ne sacralises personne.

Je ne suis fan de personne. J’ai trop écouté de musique pour ne m’attacher qu’à un groupe ou à un chanteur. Et puis, plus généralement, je t’accorde à toi autant de crédit que si je parlais au barman du coin, je suis désolé de te dire ça, mais c’est vrai.

Ça ne me dérange pas. Je ne me sens pas plus important.

Je ne sacralise personne, de fait, cela agit comme un miroir. Je ne peux pas avoir le melon.

Tu écris beaucoup pour d’autres artistes. Tu es très sollicité ?

Oui et, à chaque fois, je le prends comme un compliment. Ce que j’aime bien c’est poser mon regard sur quelqu’un, c’est fantasmer. On me fait un brief sur la personne à qui je dois écrire des chansons. Quand je travaille pour Claire Denamur ou Mélanie Pain qui font des albums de chansons exigeantes et qualitatives ou pour une chanteuse de variété pop comme Jenifer, quand elles m’appellent, j’ai le brief. Mon envie est de leur dessiner une robe qui leur va bien.

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(Photo : Guillaume Depagne)

Par rapport à ton répertoire, j’avais l’image de toi d’un type un peu dark. En fait, tu es tout le contraire.

Je n’ai jamais été un mec désagréable ou « dark » comme tu dis. Mais, tu sais, il n’y a jamais plus triste qu’un clown et donc, vice versa.

Parfois ça cache des choses !

Il faut bien rendre la vie meilleure qu’elle n’est, non ?

Pour cet album, tu as travaillé avec deux réalisateurs. C’était plus confortable pour toi ?

Non, ce n’est pas plus confortable. J’ai fait des maquettes guitares, voix, basses, guitares, batteries et j’ai confié mes maquettes à deux de mes musiciens qui sont aussi deux amis. C’est difficile de faire un cumul des mandats plus explosif. C’était pimenté. Il y a la fête, l’amour que tu as pour les gens, leur projection qu’ils ont de ta musique, la projection que toi tu en as. Nous nous connaissons très bien et parfois, nous n’avons pas eu la même vision des titres. Personne n’a rien lâché. Ça a explosé, mais cela a fait exactement l’album que je voulais et l’album qu’ils voulaient. On a réussi à ne pas faire de compromis. Personne n’a tort ou raison, il y a juste des visions différentes. Au lieu d’empiler les visions et faire des compromis, on peut aussi se désaxer et regarder les choses de façons différentes et trouver un arrangement qui soit transversal. Il faut faire du jus de cerveau, tu ne fais pas un disque en regardant pousser les pâquerettes.

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C’est le disque que tu voulais faire ?

Il est fidèle à mon évolution musicale et textuelle. Il y a tout ce que je voulais. Il y a des titres pop, comme « La tasse », avec un orchestre de cinquante cordes et juste un son de batterie.

Cinquante musiciens! Tu n’as pas eu peur de perdre ta chanson, ou en tout cas la réalisation de ta chanson ?

Pendant très longtemps, j’enregistrais mes disques chez moi et je jouais tous les instruments. Je pensais que lorsque tu faisais jouer les instruments par d’autres musiciens, ça diluait le propos de ta chanson. Dans la musique, il y a le temps fort et le temps faible. On a tous une rythmique intérieur, un groove à soi, un battement,  une pulsation. Je me disais que si quelqu’un mettait sa pulsation dans ma pulsation le château allait s’effondrer par le centre. J’ai compris qu’il n’en était rien et qu’il fallait que j’aille rechercher dans les ressources des gens. J’ai ouvert la vanne, maintenant ça déborde (rires). Le prochain album, ça va chier.

Le prochain sera hyper orchestré ?

J’ai très envie de faire un album uniquement avec un orchestre.

Un best of en version symphonique ?

Un best of, c’est un peu embêtant étant donné que je ne sais pas ce qui est best et ce qui est of chez moi !

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Après l'interview, le 5 février 2014.

11 février 2014

Nilda Fernandez : interview pour Basta Ya!

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Révélé par "Madrid Madrid", puis par « Nos fiançailles » et encore « Mes yeux dans ton regard », Nilda Fernandez a rapidement affiché sa double culture franco-espagnole. Au cours des années, il a exploré des univers musicaux différents qui l'ont emmené du Québec, à la Russie en passant par l'Amérique du Sud. Personnage atypique, il n'a jamais réellement intégré le milieu du show-biz français.

Et c’est pour cela, aussi, que j’apprécie le personnage.

Le 5 février dernier, le troubadour est passé par l’agence pour me parler de son nouvel album et son passage au New Morning

nilda fernandez,basta ya,interview new morning,mandorMini biographie officielle :

Nilda Fernandez a toujours tendu à fuir les projecteurs trop violents. Avec sa recherche d’une existence nomade, il passe d’une langue à l’autre et provoque une forte adhésion de la part de ses admirateurs dans les différents pays où il passe. Sa trajectoire revendique en permanence une responsabilité totale de l'artiste face à sa création.

Lucide par rapport à son art et au rôle ambigu que l'artiste peut jouer dans les sociétés contemporaines, il réussit le tour de force d'exister aujourd'hui en s'étant affranchi des limites étrangères à son art et aux aspirations de ceux qui le suivent.

Ce chanteur talentueux, plein d'intégrité artistique, hostile à toute routine, n'en finit pas d'être à la recherche de nouvelles aventures musicales, de nouveaux lieux ou de nouveaux visages qui lui fournissent une riche source d'inspiration pour des chansons merveilleusement originales.

Son dernier album, Basta Ya ! composé puis enregistré dans la pure tradition folk-rock, en témoigne une fois de plus. Pour le vendre, Nilda Fernandez a choisi de s'appuyer uniquement sur son site internet avec un système original. L'acheteur précommande le disque au prix de 6 euros, mais il ne reçoit les chansons qu'une par une, à intervalle irrégulier.

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nilda fernandez,basta ya,interview new morning,mandorInterview :

On ne peut pas dire « Nilda Fernandez revient ». Vous êtes toujours pas monts et par vaux. Vous passez votre temps à partir et à revenir… c’est une constante.

C’est une technique de vie que j’ai adopté. Aussi dans ma vie personnelle et affective. Je ne veux pas me créer de lassitude et d’usure. L’usure, ça m’a beaucoup préoccupé.

Vous sentez qu’il y a de l’usure en vous ?

Non, mais j’ai senti que cela pouvait arriver. Je pense que lorsqu’on atteint l’usure, c’est trop tard.

C’est bien d’avoir la lucidité de se dire qu’elle est en train d’arriver.

Je crois que tout le monde est capable de cette lucidité. Après, c’est la peur qui fait que l’on ne réagit pas.

Il faut du courage pour partir comme vous l’avez fait, en Russie, à Cuba, par exemple, pour tenter de nouvelles expériences personnelles et musicales.

Si le courage, c’est juste de maîtriser ses peurs, alors oui je suis courageux. La peur c’est une paralysie, le courage, c’est empêcher cette paralysie. C’est donc à la portée de tout le monde.

nilda fernandez,basta ya,interview new morning,mandor

nilda fernandez,basta ya,interview new morning,mandorVous sortez un nouvel album Basta Ya ! Pour se le procurer, il faut aller sur votre site.

Avec des amis, nous avons beaucoup travaillé sur mon site pour qu’il soit aussi une plate forme de téléchargement consacrée à ma musique uniquement. Pour obtenir mes nouvelles chansons, on télécharge ce qui est mis en ligne petit à petit. Celui qui achète dès le départ aura deux chansons directement, puis d’autres au fur et à mesure.

Pourquoi ce procédé ?

On a réfléchi au fait que lancer un album maintenant, comme ça, d’un coup, c’est une forme de galvaudage immédiat. On picore dedans, on prend ci, on prend ça… il n’y a pas vraiment un respect de l’ensemble. Pour moi, chaque chanson à sa raison d’être différente des autres.

Ce n’est pas un peu compliqué pour l’amateur de vos chansons?

Un peu parce que tout le monde est conditionné, de l’acheteur aux médias. C’est super dur de dire « on va faire autrement ». Cet « autrement » à autant de valeur que la démarche habituelle. En réalité, je fais des singles avec un album à la clef.

Ce qui est clair, c’est que vous êtes devenu producteur indépendant et que vous n’êtes plus attaché à l’industrie du disque. Pourquoi êtes-vous sorti de cette industrie ?

Disons que le dernier contrat que j’ai eu dans un gros label, c’était au moment où je suis parti en Russie. J’ai eu un choix à faire. On me demandait de faire un album ou de vivre ma vie en Russie comme il se profilait. Le type qui à l’époque tenait ce label m’a déconseillé de partir parce que ce n’était pas une bonne décision stratégique. Le best of venait de sortir et il m’a dit que « les médias étaient chauds ». Je lui ai demandé ce que cela voulait dire. Cette phrase m’a paru tellement stupide que je n’ai pas hésité une seconde. Je lui ai dit que je ne voulais pas faire l’album qu’il attendait et que je savais que par rapport à mon contrat j’étais en faute. Comme il avait besoin d’économiser sur les avances des artistes qui étaient budgétés, parce qu’il avait perdu du fric avec l’album de Michael Jackson, on a décidé de se séparer d’un accord commun. Ça nous arrangeait tous les deux. Tout ça, c’est du passé, je n’ai aucune rancœur.

Ça vous a fait du bien d’être indépendant ?

Oui. Je me suis servi de l’industrie du disque de manière très opportuniste. Elle m’a servi, mais je n’ai aucun état d’âme là-dessus. Ce n’est pas une fidélité à un individu, ce sont des actionnaires derrière. À un moment, ils étaient intéressants parce qu’ils investissaient réellement. Ce n’étaient pas des philanthropes, mais il y avait des gens avec une certaine fibre. Ils ont disparu peu à peu. Aujourd’hui, l’industrie du disque n’a aucun intérêt. Mais vraiment aucun ! Tous les artistes sont capables de s’en passer et de mener une carrière en dehors des structures.

Avez-vous fait parfois des concessions dans votre carrière ?

J’ai vraiment la fierté de dire que je n’en ai jamais fait, mais avec les conséquences que cela suppose. Quand tu mets le doigt dans le « je fais semblant», il est compliqué d’en sortir.

Vous comparez les artistes à un paysan métayer du moyen-âge. nilda fernandez,basta ya,interview new morning,mandor

C’est le système des avances. Nous les artistes, on ne sait pas ce que l’on gagne. On nous donne une somme et ensuite, on passe notre temps à rembourser des dettes. C’est une comptabilité de créances. J’ai eu la chance de côtoyer Nougaro (sur la photo, à droite, en compagnie aussi de Georges Moustaki), à Moscou au début des années 2000. Je l’ai fait venir pour le faire connaître au public de là-bas. Il était affecté par le fait qu’il commençait les répétitions avec des musiciens pour préparer sa tournée et qu’il devait déjà de l’argent. Il partait en tournée endetté. Psychologiquement, ce n’est pas rien.

Bon, j'avoue, je me fais plaisir. Je suis fan de Nino Ferrer (mandorisé ici)... le voir chanter "Le sud" avec Nilda Fernandez, c'est un véritable délice.

Ce que j’aime bien chez vous, c’est que vous n’avez pas la langue dans votre poche. C’est rare.

Je suis prudent parfois, parce que je me demande si j’ai raison ou si j’ai le droit d’affirmer des choses qui ne seraient pas totalement juste. Quand je suis convaincu de quelque chose, je ressens le besoin de le dire parce que ça fait du bien. Je ne veux plus être dans le gris et de ménager Pierre ou Paul. Si on n’est pas méchant, on ne sait pas qu’on est bon. Si on n’est pas dur, on ne sait pas qu’on est doux. Pour moi, il y a des choses à dire parce que les gens sont paumés.

Est-ce que vous montrez l’exemple en jetant à la face du monde votre liberté ?

L’artiste se doit de donner l’exemple de quelqu’un qui ne se laisse pas piquer sa liberté et sa liberté de faire.

Êtes-vous plus engagé que lorsque vous avez commencé ?

Dans ce monde-là, bien confus sur le plan des idées et des valeurs, je crois qu’il est bon de glisser quelques messages dans des chansons. J’aime le faire avec discrétion dans être moralisateur.

Le regretté Grégory Lemarchal reprend en 2006, à l'Olympia, l'un des plus grands succès de Nilda Fernandez, "Nos Fiançailles".

Vous n’aimez pas parler de vos textes en interview.

Quand on commence à parler d’un texte, c’est qu’il est raté.

Au New Morning, vous allez jouer l’intégralité de Ya Basta ! ?

Oui, pour la première fois de ma vie, je peux dire que je joue tout mon dernier album. Je vais le mélanger avec des anciens titres…

C’est frustrant de savoir que le public n’attend que des chansons comme « Nos fiançailles » ou « Madrid Madrid » ?

C’est un plaisir parce que c’est la serrure de toutes les autres. J’ai toujours de la reconnaissance pour des chansons qui ont ouvert les portes. Quand je les ai écrites, j’espérais qu’elle me suivrait toute la vie. Je me suis aperçu que quand une chanson atteint quelque chose de profond chez des gens, elle peut accompagner leur vie dans de grands moments. Il y a des gens qui se sont mariés sur « Nos fiançailles ».

Nilda Fernandez "Mes yeux dans ton regard" à Taratata.

Qu’est-ce que c’est être artiste pour vous ?

Je ne sais pas. J’ai plus réfléchi sur la notion de l’art.

Alors, qu’est-ce que l’art ?

C’est ce qui ne sert à rien et qui n’a aucune utilité. On ne peut pas l’utiliser pour autre chose que ce qu’il est. C’est quelque chose d’indispensable, mais qui est irrécupérable. L’art sert à se rendre compte qu’on est humain et à absorber des émotions et des sentiments. Il ne sert à rien d’autre. J’en veux beaucoup à ceux qui le détournent pour en faire de l’utilitaire.

Comment vivez-vous la célébrité ? Est-ce facile de garder la tête froide ?

Oui, c’est parfois difficile. Il est facile de se prendre pour ce que tu n’es pas. Si tu te regardes que dans le regard des autres, tu es perdu. Si tu ne t’aimes pas, tu vas chercher dans les yeux des autres leur amour pour t’aider à t’aimer toi.

Vous aimez-vous ?

Oui.

"Sinfanai Retu"

Vous aimez ce que vous êtes devenu ?

Oui. Je ne veux pas mettre de bémol à ce constat, ça voudrait dire qu’on n’arrive jamais à rien. S’aimer c’est le contraire d’être narcissique. Je ne suis pas narcissique. Narcisse, ce n’est pas quelqu’un qui s’aime, c’est quelqu’un qui cherche son image en permanence et pour qui les autres n’existent pas. S’aimer, c’est aussi accepter que l’autre ait le droit de s’aimer.

Et s’accepter avec ses propres défauts.

Et accepter de se dire que ses défauts sont des débordements de qualités. Le défaut, c’est une qualité qui va trop loin.

Menez-vous la vie dont vous aviez rêvé enfant ?

Oui. Quand j’étais gamin, je me rêvais à l’arrière des tramways. À Barcelone, quand j’étais petit, je voyais le mec qui recevait les billets. Ils discutaient avec tout le monde, il était tranquille, tout le monde le payait (non, parce que je croyais que l’argent était pour lui). Les rêves de l’enfance sont les projections de l’avenir et moi je me projetais comme receveur de billets dans le tram, mais aussi comme voyageur. J’ai commencé à découvrir qu’il existait une rue devant chez moi, qu’il existait d’autres rues autour de la mienne, qu’il existait une ville dans laquelle était incluse ma rue et les rues avoisinantes et petit à petit, le monde s’élargit. Et l’enfant que j’étais se demandait « ça va jusqu’où ? » J’ai très vite eu envie de voir autre chose pour corriger ma vision des choses et du monde.

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Après l'interview le 5 février 2014.

Cadeau bonus:

Amusons-nous un peu... voici une photo des mêmes protagonistes, il y a 20 ans, à 10 jours près (le 1er février 1994, à Top Music à Strasbourg).

Personne n'a changé, je sais. 

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09 février 2014

Robi : interview pour L'hiver et la joie

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(Photo : Franck Loriou)

Robi aime le minimalisme. Quelques notes de synthé, une rythmique asséchée, lancinante. L’hiver et la joie est un disque réellement envoutant. On l’écoute, une fois, deux fois… on ne peut plus s’en passer. Un effet addictif.

C’est de la chanson française, mais une fois que j’ai dit ça, je n’ai rien dit… vous comprendrez en lisant la suite.

Avant son passage à la Gaieté Lyrique, le 12 février prochain, la jeune femme est passée à l’agence pour une longue interview aussi chaleureuse que passionnante.

J’aime les artistes qui ont un discours sur leur œuvre.

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Argu de l’album :

L’hiver et la joie, le premier album de Robi, s’annonce comme une partie de cache cache entre ombre et lumière, où l’on croise l’électropunk cramé de Suicide (Où Suis-Je), la new-waverobi,chloé robineau,l'hiver et la joie,interview,mandor spectrale de Young Marble Giants (Belle Et Bien), ou encore Dominique A, venu donner, en chair et en os, la réplique sur Ma Route, chemin de traverse aux arrangements obsédants. Entre l’immédiateté de On Ne Meurt Plus D’Amour, la chevauchée stroboscopique de Tout Ce Temps et la confession troublante de Cherche Avec Moi, Robi reprend le groupe Trisomie 21 (Il Se Noie), et donne le vertige, ambassadrice d’un minimalisme habité, qui fait du bien là où ça fait mal. Avec une assurance fragile, elle égrène ses chansons, comme destinées à la piste de danse d’un bar paumé, où il ferait bon noyer sa mélancolie à deux pas du dance floor.

Robi vu par les Inrocks :

La chanteuse oscille entre l’obscurité et la lumière, la force et la délicatesse. Sorte de Dominique A au féminin, Robi sort des sentiers battus avec des textes ciselés, précis et cascadeurs. Les chansons sont changeantes. Robi passe du rire aux larmes, de la chaleur à la tristesse de l’hiver sans jamais s’arrêter. Le résultat est noir, poétique, mais terriblement entêtant et efficace.

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(Photo : Franck Loriou).

robi,chloé robineau,l'hiver et la joie,interview,mandorInterview :

Je t’ai vu pour la première fois en première partie d’Arman Mélies à La Maroquinerie. J’ai l’impression qu’il y a quelques artistes qui t’adoubent plus ou moins.

Arman Mélies, je ne le connaissais pas. C’est lui qui a tenu à ce que je participe à son clip « Le plus bel incendie », sur lequel il y a un certain nombre d’autres artistes. Je suis d’ailleurs l’outsider de ce clip, personne ne sait qui je suis. Ça m’a flatté d’autant que j’aime ce que fait Arman. Ensuite, il m’a proposé de faire la première partie de sa Maroquinerie. C’est étrange parce qu’on ne se connait pas plus que ça. Je ne sais absolument pas comment il est tombé sur mon travail. J’ai l’impression que je suis acceptée du milieu d’une certaine chanson un peu tendue, un peu rugueuse, un peu rock. Il n’y a pas tellement de monde sur ce terrain-là.

J’aime bien savoir comment un ou une artiste en arrive à décider de faire ce métier. La musique a commencé comment pour toi ?

Il y a toujours eu de la musique à la maison, mais comme il y en a dans toutes les maisons. Je n’ai pas l’impression que mes parents m’ont orientée vers la musique. J’ai toujours été une amatrice de chanson parce qu’effectivement, on écoutait beaucoup Brel, Brassens, Ferrat, Ferré, mais on écoutait aussi les Rolling Stones, beaucoup de jazz vocal, de blues. La véritable source, elle est plus à l’endroit de l’écriture. Depuis l’âge de 14, 15 ans, comme toute adolescente qui se respecte, je me suis mise à écrire et je n’ai pas su m’arrêter.

Tu écrivais quoi ?

Plutôt de la poésie. Et la poésie implique une musicalité. Suite à certaines rencontres, j’ai pu mettre mes écrits en musique. C’est ce que j’ai fait à 18 ans, arrivée à Paris, dans un cadre très intime au départ. Petits cafés concerts entre copains.

Au départ, tu étais venue pour la musique ?

Non, j’étais venue faire des études de Lettres et un peu de théâtre. Très vite, je me suis aperçue que la Fac n’était pas faite pour moi et que le métier de comédienne non plus. Cette nécessité d’écriture a pris de plus en plus de place dans ma vie et à l’intérieur de moi.

"Ma route" feat. Dominique A.

Pendant très longtemps, tu as travaillé avec des compositeurs.robi,chloé robineau,l'hiver et la joie,interview,mandor

Oui, ils étaient dans des veines très « chansons » dans lesquelles je ne me reconnaissais pas forcément. Moi, j’avais très peu de connaissance musicale. Je n’arrivais pas à me faire comprendre, ni à donner l’impulsion de l’endroit où j’avais envie d’aller, c'est-à-dire vers quelque chose de beaucoup plus brut et tendu. Je me reconnaissais davantage dans des Dominique A, des Murat ou des Bertrand Belin. Des artistes pour qui l’exigence musicale et l’exigence textuelle sont aussi importantes. Ils ne sont pas dans une démarche de chansons forcément narratives avec un début, un milieu et une fin. Comme eux, je préfère quelque chose de plus opaque, mystérieux et étrange.

As-tu mis longtemps à composer toi-même ?

Oui, parce que pendant très longtemps, je ne me suis ni sentie légitime, ni à la hauteur. Je ne me sens pas bonne praticienne de la musique. Le processus a donc été relativement long. Une bonne dizaine d’années. 

À 30 ans, te sens-tu en phase avec toi-même ?

Oui, tout à fait. J’ai lâché un certain nombre d’idées préconçues, de tentatives de ressembler à quelqu’un d’autre.

Il faut se libérer de ses influences ?

Il faut accepter d’être ni Rimbaud, ni Barbara pour n’être que soi et le vivre bien. Il faut se dire que se trouver soi, c’est déjà pas mal. Ça m’a pris du temps pour accepter cette dualité en moi. J’étais très attirée par la musique anglo-saxonne tout en n’ayant absolument pas envie d’écrire en anglais, ne serait-ce que parce que j’en serais bien incapable et parce que ce qui m’intéresse, c’est la langue française. La langue pour moi, c’est vraiment la patrie. J’ai vécu en Afrique toute mon enfance. La seule chose qui me reliait à la culture française c’était la radio sur laquelle on écoutait France Inter, France Culture ou RFI en longues ondes.

"On ne meurt plus d'amour".

robi,chloé robineau,l'hiver et la joie,interview,mandorTu parles de l’Afrique. J’ai l’impression que tes influences liées à ce pays ne viennent pas de la musique.

Ce que j’ai ingurgité bien inconsciemment, c’est le goût de la répétition, le goût de la scansion, le goût de décharner le mot. On approche la dimension organique de la dimension spirituelle. Il en découle une compréhension plus sensitive que cérébrale. C’est ma démarche en tout cas.

Le rythme aussi t’intéresse ?

Je construis tous mes morceaux sur une tournerie rythmique. Je fais pareil pour mes mélodies. Ça a clairement à voir avec mon enfance en Afrique.

Ton album est très épuré, il n’y a pas un mot de trop.

Je ne suis pas dans quelque chose de bavard. J’ai besoin que les choses viennent directement faire écho. Je ne suis pas là pour raconter une histoire. J’essaie d’être au plus près d’un ressenti et de l’épouiller le plus précisément possible. Je dénude l’émotion et les sentiments. La démarche de simplicité est primordiale. Je ne cherche pas à être forcément lisible. J’espère que ça touche et que ça parle quand même à certaines personnes.

Assez rapidement après la sortie de ton EP, tu as été finaliste du Lab 2011 des Inrocks. Ça fait du bien ce genre d’encouragement quand on débute?

Évidemment. C’était une première déclaration d’intention. Ça m’a libérée. Je n’attendais rien, mais quand on commence avoir des signes de gens qui ont l’air de comprendre l’endroit où on est et où on a envie d’aller, c’est une reconnaissance nécessaire. Même si on a besoin d’être au plus près de soi pour créer, sans la peur du regard des autres, on ne crée pas pour chanter dans sa salle de bain. Même si ça part d’une démarche intime, c’est un mouvement vers l’autre. C’est un appel au partage et à la résonance.

"Où suis-je?"

Je trouve que la contradiction est ce qui te caractérise le plus. Le titre de ton album :robi,chloé robineau,l'hiver et la joie,interview,mandor L’hiver et la joie. Tristesse, rire, larmes, joie, bonheur… c’est tout ça ton album.

Moi, je suis profondément comme ça. J’ai l’impression que chaque joie contient une détresse terrible. Chaque bonheur aussi, à l’idée même qu’il se termine, contient un désespoir terrible. A contrario, à l’intérieur de toutes nos grandes peines naissent de belles choses, même si elles sont infimes. Moi qui ai vécu en Afrique toute ma jeunesse, je n’ai connu que l’été éternel.  J’ai appelé mon album L’hiver et la joie parce que, 15 ans plus tard, l’hiver reste pour moi une douleur immense. Mais en même temps, c’est dans cette douleur, dans cette dureté de l’hiver que j’arrive à écrire. C’est dans cette difficulté de vivre que nait en moi la nécessité d’écrire. Tout contient son inverse et la vie même porte ça en elle. Pour être honnête, je n’arrive pas à me remettre de l’absurdité d’être sur Terre et de l’absurdité de devoir mourir un jour. La création m’aide à tenir, mais elle n’est que le reflet de mon rapport au monde.

Comment écris-tu ?

J’écris toujours en marchant. C’est le mouvement, le balancier qui m’aide à me concentrer, je crois. Sinon, je suis un peu trop digressive. J’écris dans ma tête.

Tu retiens comment ?

Je retiens et si je ne retiens pas, ça veut dire que ça ne valait pas le coup. Quand je suis relativement contente, j’enregistre.

"Cherche avec moi" (live à La Boule Noire - mars 2013).

robi,chloé robineau,l'hiver et la joie,interview,mandorLa scène, ça représente quoi pour toi?

Un endroit magique. Je suis extrêmement traqueuse et donc encore un peu sauvage dans mon rapport avec le public. La scène, c’est à la fois un endroit de pudeur et d’impudeur. On livre une intimité très forte dans le cadre d’une scène avec des projecteurs sur soi. Là encore, c’est un énorme paradoxe.

As-tu pris des cours de chant ?

Oui, j’en prends pour la première fois de ma vie. Je me suis retrouvée en tournée et je n’avais jamais chanté à cette fréquence-là, j’avais donc besoin d’apprendre à gérer certaines choses, dont la fatigue.

Ça t’apporte beaucoup ?

Ça me sensibilise sur des choses dont je ne m’apercevais pas forcément. Ma prof de chant me disait récemment que toute la difficulté pour un auteur compositeur c’est de lâcher le texte et de se repenser interprète. Autre difficulté : se laisser traverser par ce qu’on est en train de raconter plutôt que de l’intellectualiser. Pourquoi essayer de surjouer ou de surligner un texte qui se suffit à lui-même ? Il faut arriver à redevenir un passeur.

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Pendant l'interview...

Tu fais de la chanson française, mais peu conventionnelle. Ta musique rock, trip hop, un peu electro, ça déstabilise un peu les journalistes qui parlent de toi, non ?

Cette très belle exigence autour du texte est typiquement française, on ne la trouve pas dans les autres pays. Quand on chante en français, on fait de la chanson française, qu’on le veuille ou pas. J’ai tourné autour de cette question, puis j’ai arrêté.

Disons qu’il y a plein de chansons françaises.

Oui, et surtout, il y a plein d’artistes différents. Que fait un Bertrand Belin ? Il fait du Bertrand Belin. Que fait un Dominique A ? Il fait du Dominique A. Si on accepte de renoncer à se battre contre un moulin qui n’arrêtera jamais de tourner, il faut parvenir à être soi-même et faire du soi-même. Ce qui m’intéresse, c’est d’être en tension sur un fil. Je veux faire ce que j’entends et ce que j’ai besoin de faire. Je veux rester centrée sur la pulsion première.

Es-tu souvent dans le doute ?

Tout le temps. En fait, je bascule de l’un à l’autre. Je suis à la fois très entière et à la fois complètement habitée de multiples doutes et de peurs. Je suis terrifiée en permanence. Mais c’est aussi un moteur, parce qu’il faut trouver des réponses à son état. Bizarrement, ça me donne de l’énergie. Ne serait-ce que pour l’espoir vain de me sortir de tous ces doutes.

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Après l'interview, le 20 janvier dernier.

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(Photo : Franck Loriou).

Merci à Franck Loriou pour sa sélection des photos de Robi. Et merci de m'avoir permis de les utiliser ici.

(Les deux seules qui ne sont pas de lui sont celles prises à l'agence, évidemment... mais parfois, il est bon que les choses soient dites).

02 février 2014

Jean-Philippe Rimbaud : interview pour le projet Retrouver Montcalm

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1378354_521631214582998_489568179_n.jpgRetrouver Montcalm est un projet de Jean-Philippe Rimbaud mêlant film, chansons et écriture, vidéo, cinéma, album, chanson, rock… il est ici question d'amour, de désir, de lassitude et de séparation. Sorte de journal intime, trop intime pour être compris, les textes se transforment en contes bruts à la fois abrupts et poétiques. Chaque auditeur pourra s'y voir, reflété comme dans un miroir déformant. Rimbaud impose son univers entre une certaine chanson française et une pop bricolée où se croisent ses fantasmes de guitares gitanes, de fanfares et d'électricité. Pour ce projet, l’artiste s'est entouré de musiciens de tous horizons pour ciseler des titres rêches, cousinant avec ses influences assumées telles que Dominique A, Bertrand Betsch, Miossec ou encore Pascal Comelade. Jean-Philippe Rimbaud joue avec ses musiciens, avec ses instruments et avec son habilité de réalisateur pour délivrer des chansons aux ambiances étrangement élégantes.

Ce qu'en dit Rock & Folk:

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J’ai reçu Jean-Philippe Rimbaud à l’agence le 13 novembre 2013.

Biographie par Jean Théfaine (CHORUS) :251174_129459920466798_7896259_n.jpg

En 2000, Rimbaud décide de s’y « mettre sérieusement ». Une année entière, pendant les  moments libres que lui laisse son service civil, il compose sur son PC ce qui sera son premier album, Que les jardins, un autoproduit paru en 2001.

Dans le même mouvement, il délaisse les pseudos, s’assume en tant que Rimbaud, participe au Chantier des Francos en 2003, enregistre Le jour de l’explosion, un deuxième opus sombre et angoissé. Un reflet, quasi autobiographique de la rupture sentimentale qui le secoue alors très fort. Cet album, il le défend en solo, avec guitare et sampler, sur une quarantaine de dates.

En parallèle, Trame, un collectif d’artistes transdisciplinaires (musique, vidéo, illustration, photo) se fonde à son initiative et porte dorénavant la réalisation de ses projets.

Les talents de Rimbaud lui même ne s’arrêtent pas à la musique ! Il est aussi vidéaste et concepteur de courts-métrages. Et ses savoir-faire, il les met au service de ses créations.

Ni même en Sibérie, sortie en mars 2008, marquera une étape supplémentaire dans la reconnaissance de la qualité de son travail. Il sera programmé dans des salles parisiennes ou des festivals de premier plan (Divan du monde, Scène Bastille, La Bellevilloise, Fiesta des Suds), et assurera de « belles premières parties » devant Cali, Bashung, The Do, et Ours.

La seule constante dans le travail de Jean-Philippe Rimbaud qui en devient sa marque de fabrique, c’est sa façon assez unique de transformer ses états d’âme en contes bruts de décoffrage foisonnant d’images, faussement bancals, délicatement empoisonnés, définitivement troublants.

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DSC08529.JPGInterview :

Ton projet réunissant film, chansons et livre est impressionnant.

Je ne sais plus quel artiste américain disait qu’il n’aurait jamais fait une œuvre aussi énorme si ses deux, trois premiers disques avaient marché. J’ai sorti un premier album, Le jour de l’explosion, sur un petit label en 2006. J’en ai vendu 270. Le label a continué à me porter en 2008, avec un autre album Ni même en Sibérie. J’en ai vendu plus et j’ai fait plein de premières parties. Mais, tout ça, c’était du faux parce que j’étais soutenu par des institutionnels. Quand tu es en région, les institutionnels jettent leur dévolu sur un ou deux artistes pendant une période assez courte de un ou deux ans. Ils les soutiennent à bout de bras. Fin 2007, j’étais « Découverte Printemps de Bourges » en région PACA et c’est cette région qui m’a soutenu pendant deux ans. J’ai reçu des subventions pour faire avancer le projet, il y a eu du lobbying qui m’a permis de faire les belles premières parties dont je viens de te parler. Mais, je n’ai pas franchi le cap national. Pas de presse, ni de télé ou passage en radio. Les portes étaient fermées.

En 2009, sentais-tu que c’était en train de redescendre ?

Oui. Ma compagne m’a dit qu’il fallait que je prenne le temps. J’ai donc décidé de créer tranquillement un projet énorme. Comme j’avais réalisé des clips et que j’aime manier la vidéo, l’idée m’est venue de faire un petit film lié aux chansons que j’écrivais. J’ai retrouvé des bouts de scénarios que j’avais faits trois ans auparavant et ça parlait de la même chose. Des histoires de séparations, de transformations et de retrouvailles.

Bande Annonce de retrouver Montcalm. Un film court de Jean-Philippe Rimbaud (29 min)

255166_132241603521963_7516212_n.jpgJ’ai vu ton film, ça fait très Nouvelle vague, dans la forme narrative et aussi parce qu’il y a de nombreux flashbacks. Ça fait très Godard période A bout de souffle ou Truffaut période Les quatre cents coups.

Oui, peut-être. Moi, je suis plus inspiré par quelqu’un comme Alain Guiraudie (note de Mandor : réalisateur tarnais, dont le film L’inconnu du lac est nommé aux César 2014, notamment dans les catégories de meilleur réalisateur, meilleur film, meilleur espoir masculin, meilleur acteur dans un second rôle). Le scénario de mon film est devenu une carte avec des séquences qui répondaient ou qui allaient plus loin que mes chansons. Après, j’en ai fait un film.

Tu as fait un blog pour expliquer le projet.

Le nerf de la guerre, c’est la communication. J’avais beaucoup aimé les livres de la collection « La machine aux cailloux ». Ces ouvrages invitent les musiciens à réfléchir et à écrire sur la création artistique et son processus. Il y a avait par exemple Dominique A, Bertrand Betsch, Mathieu Boogaerts, Bastien Lallemant ou encore Bertrand Belin. Je me suis retrouvé dans ce que je commençais à écrire sur mon blog.

Sur ta bio officielle, tu parles plus facilement de Miossec, Dominique A ou Bertrand Betsch, que de Daniel Balavoine ou Dalida. La variété a pourtant traversé ta vie.

Les premiers ont plus influencé ma musique que les seconds…  J’ai trouvé dans ces artistes-là ce que je voulais faire. Cela dit, il y a ce que l’on veut faire, ce que l’on croit faire et ce que l’on fait réellement. Il y a des distorsions énormes. Pour en revenir à ma période variété, elle est plus liée à l’enfance.

"Montcalm" extrait de Retrouver Montcalm. Réalisé par Jean-Philippe Rimbaud et mixé par Gilles Martin

Tu as enregistré ta première cassette en 1993.

Ma musique était très inspirée des riffs de Nirvana. C’est ce groupe qui m’a donné envie de faire de la musique. Je chantais du rock, mais en langue française. D’ailleurs, c’est une période où j’ai commencé à écouter Noir Désir. Pour moi, l’album Tostaki, c’est le grunge français.

Miossec, en 1994 a aussi déclenché quelque chose chez toi.

Il faisait du rock, mais avec deux guitares sèches. Avec une guitare folk, j’ai joué des morceaux dans l’esprit de ce qu’il faisait. Pour moi, être rock, c’est plus un esprit qu’un monde sonore.

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À la fin du film, tu dis : « Un album, un film… qu’est-ce que je cherche ? » Que jean-philippe rimbaud,retrouver montcalm,interview,mandorcherches-tu toi, parce qu’il n’y a pas la réponse dans le livre.

Je ne sais pas. Je suis un gamin, quelque part, je crois que je cherche l’amour. L’amour du public notamment. C’est peut-être égocentrique, mais j’ai besoin de créer. Et faire dans le vent, ça ne me suffit pas.

Tu n’as pas envie de devenir un artiste maudit, quoi !

J’en prends le chemin (rires). Il faut que mon projet soit vu et entendu.

C’est dur ?

J’avais une maison de disque, mais elle a coulé. Mon nouveau disque est une autoproduction. Dans mon livre, je l’explique, je cherche la bonne personne pour m’aider à faire connaître mon travail et à le développer. Ça peut être un manager, un tourneur, quelqu’un d’influent ou d’investi qui arrivera à mettre le projecteur sur ma musique.

Tu aimerais te faire remarquer par quel genre de maison de disque ?

L’idéal serait par des labels comme Cinq7 ou tôt Ou tard. Pour jouer et faire de belles dates, il faut un disque qui s’est fait remarquer, pour avoir un retentissement, il faut un label, et pour avoir un label, il faut avoir eu un petit retentissement. Ce sont des marches que tu dois monter… j’ai dû en louper une. Je cherche un moyen de continuer et de monter mon spectacle qui inclut musique et vidéos de manière sereine.

Extraits du spectacle "retrouver Montcalm" de Jean-Philippe Rimbaud

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Après l'interview, le 13 novembre 2013.

31 janvier 2014

Nancy Morepa : interview pour Amor

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Je ne parle pas souvent de poésie sur mon blog. Je ne suis pas très sensible à cette forme de littérature. Je fais exception aujourd’hui pour parler d’un recueil signé Nancy Morepa, Amor. Je lis son blog Un message parmi tant d’autres (anciennement Un lambeau de poète) depuis sa création et souvent je suis touché par ses mots. Crus, forts, sensibles. Elle raconte sa vie, un peu les nôtres aussi, sans aucune concession.

Au début du mois de novembre dernier, nous nous sommes retrouvés dans un bar du 10e arrondissement.

4e de couverture :nancy morepa,amor,interview,mandor

"L'ennui me gagne, les autres s'agrippent à ma destinée voulant la piétiner pour tuer le leur, d'ennui. Mais l'heure a sonné et je me défends gracieusement face à l'ennemi, m'engage sur le jeu, le monopole de la vie. Je ne jette pas les dés ni de poudre aux yeux, juste me défie de traverser la fange sans m'y noyer."

Auteure :

Nancy Morepa a déjà écrit : Sans limite (recueil de nouvelles), Un lambeau de poète (poésie), Emmurés dehors (nouvelle), Cerveau brûlé (poésie), Amor (poésie).

nancy morepa,amor,interview,mandorInterview :

Tu écris des poèmes depuis longtemps… pourquoi t’es-tu adonnée à cette activité ?

En fait, la poésie, c’est elle qui m’a choisie. Ça fait prétentieux de dire cela ainsi, mais c’est pourtant la réalité. Mon premier poème faisait cinq lignes. Je l’ai écrit quand j’avais 10 ans, alors que j’étais en classe. Il y a avait une chanson qui passait et ça a joué sur mes émotions. J’ai écrit un texte un peu mystique.

À partir de ce moment, tu as écrit dans quel état d’esprit ?

Pendant que j’étais en colère ou que je ressentais des émotions. Pour dire la vérité, j’écris beaucoup quand j’ai bu. J’aime bien boire pour écrire. Ça me stimule. Pour moi, aujourd’hui, la poésie est plus un exercice excitant. J’écris en alexandrin, mais j’aimerais changer mon style radicalement. Je vais devenir mon propre bourreau pour évoluer. J’aime quand ma plume me prend et qu’elle se déchaîne sur le papier.

Tu parles de l’écriture comme d’une relation physique, charnelle.

Je n’envisage pas la chose autrement, mais c’est difficile à expliquer.

Il me semble que ton écriture est instinctive.

J’ai l’amour des mots évidemment, mais j’écris comme ça vient. Parfois, je me dis même « advienne que pourra ». Après quand je lis, je comprends que c’est mon inconscient qui parle, tout simplement. L’inconscient peut  donner des textes mystiques.

Étant jeune, tu lisais de la poésie ?

Pas du tout. À part Baudelaire… je ne suis pas allée à l’école, donc, je n’ai même pas lu les classiques qu’on lit dans sa jeunesse ou son adolescence.  Mes parents ont eu beau faire, j’ai été en décrochage scolaire vers l’âge de 12 ans. On les a menacés d’aller en prison s’ils ne m’obligeaient pas à aller en classe. Je ne faisais rien de mal, j’allais me promener dans les bois.

Tu avais quel âge ?

Ça a commencé vers 13, 14 ans. C’est à ce moment que j’ai commencé à écrire. À cet âge-là, j’étais déjà angoissée. J’avais plein de problèmes. Mon angoisse première, c’est que ma mère meurt. Elle mourra un jour, comme toi et moi. J’ai eu du mal à accepter cette réalité.

La poésie t’aide à communiquer ?nancy morepa,amor,interview,mandor

À l’école, on me traitait de sorcière, on me crachait dessus. J’étais à la campagne, je n’étais pas habillée comme eux, je ne parlais à personne, je m’asseyais par terre, j’étais très solitaire. Je ne rentrais pas dans les conversations superficielles. Je n’arrivais pas à m’accommoder des relations banales. Je préférais me taire…

Tu t’es toujours sentie à part ?

Oui.

Maintenant encore ?

Non. Je me sens désormais bien adaptée, mais par contre beaucoup de gens trouvent qu’il y a quelque chose en moi de particulier. Parfois, il y a un truc qui fait surface chez moi qui étonne les autres.

Pour gagner ta vie, tu es consultante en télé marketing dans un call center. C’est supportable comme métier pour quelqu’un comme toi ?

Je baratine des gens toute la journée et cela va à l’encontre de mes idéaux. Mon boulot d’avant, je n’en pouvais plus… Je vendais des crédits aux gens. Je poussais des personnes qui n’avaient déjà plus rien à prendre des crédits, tu te rends compte !

L’être humain est paradoxal. Dans ce livre, tu parles beaucoup d’amour, de sentiments, de sexe…

Dans la poésie, on parle beaucoup de soi. Il me semble qu’il y a moins de mensonges que dans un roman.

Tu te moques que l’on te juge ?

On peut penser ce que l’on veut de ce que j’écris, de toute façon, chacun va interpréter à sa manière. Oui, je me dévoile, mais en même temps, il y a tellement de choses à comprendre… ceux qui vont lire et qui vont penser me connaître, c’est très bien. C’est très faux, mais c’est très bien. Moi-même, je ne suis pas sûre d’avoir tout saisi chez moi. Je ne m’inquiète pas, ce ne sont que des mots.

nancy morepa,amor,interview,mandorEst-ce que cela te fait du bien de parler de ta vie à travers les poèmes ?

Oui, sinon, je ne le ferais pas. Il y a même un côté excitant, dans tous les sens du terme. On a tous des hormones qui nous font nous sentir violents, on a tous des sentiments de haine qui nous traversent l’esprit. Moi, je ne garde pas en moi tout ça, j’écris.

As-tu une ambition littéraire ?

À 14 ans, je voulais devenir écrivain. Je me considérais comme un poète maudit. Aujourd’hui, j’ai grandi, j’aimerais être reconnue pour ce que j’écris.

Ton tout premier rêve, c’était de devenir comédienne.

À 18 ans, je voulais aller à l’Académie des Beaux Arts, mais pour cela, il fallait que j’aie un diplôme. J’ai pleuré parce que je n’en avais aucun. J’ai cru que ma vie était finie. En fait, rien n’est jamais foutu. Je peux encore faire du théâtre et devenir comédienne. Dans la comédie, ce que j’aime, c’est être sur scène, interpréter quelque chose qui m’intéresse… je ne veux pas interpréter n’importe quoi.

Il y a aussi la musique dans ta vie.

J’aimerais scander mes poésies en musique. J’ai trouvé un ingénieur du son et nous avons un projet. Lui voulait du texte et il aime beaucoup ce que j’écris. Il est ambitieux, il veut faire un album.

Tu as écrit des recueils de nouvelles. As-tu envie de te lancer dans les romans ?

J’en ai déjà écrit un. Je tente de trouver un éditeur pour le publier. Je ne l’ai pas encore proposé à mon éditeur du moment…

Te concernant, quand je lis ton blog, je te trouve à la fois provocatrice, à la fois un peunancy morepa,amor,interview,mandor foldingue.

Tu as bien cerné le personnage. Non, en fait, je ne suis pas un personnage, c’est bien moi. Mais j’apprécie beaucoup qu’on ne parvienne pas à me mettre dans une catégorie.

Il est beaucoup question de sexe dans tes poésies.

C’est ce qu’il y a de mieux dans la vie. Je me pose une question principale : c’est quoi aimer ? En fait, j’ai été dégoûtée très jeune par l’amour. J’ai compris qu’on ne pensait en fait qu’à ça. Écrire me sauvera toujours. De tout.

Extraits du recueil Amor interprété par Nancy Morepa:

Sans musique : "Bordel".
podcast

Avec musique :

"Hankies".

"Les prétendus prétendants".

28 janvier 2014

Marcel Rufo: interview pour Grands-parents, à vous de jouer

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À travers les relations qu'il a eues avec sa grand-mère et des lettres imaginaires à ses éventuels futurs petits-enfants, le professeur Marcel Rufo, célèbre pédopsychiatre, aborde différentes situations familiales. Dans Grands-parents, à vous de jouer (qui vient de sortir en poche), il donne à ses lecteurs des conseils qui devraient leur permettre de devenir des grands-pères parfaits, ce qu'il redoute de ne jamais pouvoir être lui-même. Un discours très optimiste et qui intéressera toute la famille.

Biographie officielle :

Clinicien avant tout, dans ses livres Marcel Rufo s’appuie sur ses rencontres avec ses patients et leur famille pour éclairer et faire le lien avec la théorie psychiatrique ou psychanalytique.
Dans ce nouveau livre, il a choisi de réfléchir à partir d’une expérience personnelle : les relations qu’il a eues, petit, avec son unique grand-mère, une femme extravagante, autoritaire, d’origine italienne. Replongeant dans cette histoire, il développe ce que le pédopsychiatre qu’il est devenu peut maintenant en comprendre.
Comment ce petit garçon introverti a pu devenir un pédopsychiatre extraverti, un grand communicant à l’aise avec les médias… On voit là que rien n’est jamais joué au niveau de l’enfance.
9782253177456-T.jpgDans un troisième temps, Marcel Rufo, pas encore grand-père, se projette dans l’avenir et écrit à son petit-fils ou sa petite-fille imaginaire, en se mettant dans la position quasi idéale du grand-père parfait qu’il imagine devenir et ne sera sans doute jamais. Longtemps chef de clinique puis chef de service à l’Espace Arthur, Hôpital de Sainte-Marguerite, à Marseille, le Pr Marcel Rufo, pédopsychiatre, a dirigé de 2004 à 2007 la Maison des Adolescents à Paris. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages, dont Œdipe toi-même !, Détache-moi !, Chacun cherche un père et Tiens bon ! aux Editions Anne Carrière. Il est actuellement directeur médical de l’Espace Méditerranéen de l’Adolescence, Hôpital Salvator, à Marseille.

Cette mandorisation est une conversation téléphonique… il habite dans le sud de la France, je suis à Paris. Il y avait urgence et je n'ai pu percer le mystère Rufo...

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marcel rufo,grands-parents,à vous de jouer,interview,mandorInterview :

Vous relatez dans ce livre beaucoup de souvenirs personnels d’enfance. Notamment votre relation avec votre unique et extravagante grand-mère. Mais aussi avec votre père et votre mère. Est-ce votre livre le plus intime ?

Surement. À l’origine, c’était un simple compte-rendu à usage familial qui aurait dû rester dans un tiroir. Après, je me suis rappelé que j’étais pédopsychiatre et que je pouvais peut-être imaginer être grand-père, alors que je ne le suis pas. À ce moment, je me suis mis dans la position des cas que je rencontre à partir du socle clinique de mon auto-clinique. 

C’est compliqué de procéder ainsi ?

Ma grand-mère, Eugénie, dont je parle beaucoup au début du livre, est morte en 1970. Je n’ai eu aucun mal à me souvenir de tout. C’est la preuve que l’imprégnation de nos grands-parents est fondamentale. En écrivant 40 ans après sa mort, tous les souvenirs me sont revenus avec une très grande facilité. Ce n’était donc pas compliqué.

Vous n’êtes pas encore grand-père. Vous êtes un grand-père imaginaire. Vous dites dans ce livre que nos petits enfants existent dans nos têtes avant d’être présents dans nos vies.

On parle toujours du désir d’être mère, voire du désir d’être père. On parle assez rarement du désir d’être grand-père ou grand-mère. On dirait que c’est quelque chose qu’on leur impose, quelque chose qui n’est pas de leur fait. Je revendique que c’est complètement faux. À un moment donné de sa vie, on est en position de dire qu’on a construit son existence sur Terre et que l’on peut transmettre différemment ce que l’on a appris à ses éventuels petits-enfants.

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Votre grand-mère était un ogre, quelqu’un de tout puissant. C’est elle qui vous a construit. Elle vous a montré que dans la difficulté on peut toujours s’en sortir.

Aucune vie n’est tranquille et linéaire. Ma grand-mère m’a bien montré que l’on peut rester forte, sereine, optimiste et compétente, alors que l’on traverse des évènements assez terribles. Je crois que l’on se construit plus dans les difficultés que dans la facilité.

Par rapport aux parents, qu’est-ce qu’apportent les grands-parents dans la construction d’un enfant.

C’est assez simple. Les grands-parents sont déterminants dans la notion de temporalité. Ils sont du passé, mais permettent de voir l’avenir, sans être responsable de cet avenir. C’est la grande différence qu’il y a avec les parents. Les parents sont plus dans le présent et l’avenir de leur enfant, alors que les grands-parents sont dans le passé pour donner des pistes et des socles pour l’avenir. Pour résumer, ils facilitent l’avenir de leurs petits-enfants par la transmission de leur passé.

Les grands-parents font des choses avec leurs petits enfants qu’ils ne faisaient pas avec marcel rufo,grands-parents,à vous de jouer,interview,mandorleurs enfants. Pourquoi ?

L’attitude des grands-parents est plus facile à jouer que celles de parents. Il peut y avoir des rivalités fraternelles à cause de ça. Un parent peut dire à un de ses propres parents: « c’est incroyable ce que tu fais à mon enfant, tu ne l’as jamais fait avec moi ! » Peu de famille échappe à cette banalité.

Vous dites que les grands-parents, c’est l’arbre de vie. Ils représentent le passé, la mémoire de ce qui nous a précédés. Pourquoi faut-il raconter le passé ?

Les enfants sont les explorateurs des histoires familiales. Il y a des tas de théories psychanalytiques qui disent que les secrets de famille, quand ils sont douloureux, sont évolutifs. Comme si un secret non dévoilé entrainait des conséquences terribles sur l’enfant. Ça, c’est l’aspect un peu dramatique de la psychiatrie. Moi, je dirais qu’il y a certains secrets qu’il faut conserver et d’autres que l’on peut avouer. Par exemple, les grands-parents peuvent  raconter leur fragilité à l’école ou leur crainte des échecs aux examens. Ça aide beaucoup les enfants de savoir que malgré la force que les grands-parents dégagent, ils pouvaient, eux aussi, douter.  

Vous dites qu’un grand-père ne doit pas hésiter à raconter des transgressions ou des désobéissances faites par lui pour entrouvrir une porte sur la future vie des petits-enfants.

Ce qui aide les enfants, c’est la notion d’honnêteté des parents. Mais les enfants adorent la transgression, les tricheries, les mensonges et les gros mots. Il ne faut pas confondre le mensonge qui est un bon signe de développement chez l’enfant, puisque ça prouve qu’il pense, et le mensonge pervers et toxique qui est fait pour instrumentaliser l’autre.

Ce livre est sorti l’année dernière dans sa version grand format. Avez-vous compris son succès phénoménal ?

C’est un livre générique et généraliste qui touche et parle à tout le monde. J’explique qu’on a des enfants pour prolonger notre vie. Je dis qu’avoir un petit-enfant, c’est ne pas mourir.

marcel rufo,grands-parents,à vous de jouer,interview,mandorVotre fille a-t-elle lu ce livre et comment a-t-elle réagi ?

Elle a réagi de manière très amusante. Elle est normalienne. En général, les normaliennes sont un peu raides sur l’écriture. Elle m’a dit qu’elle avait appris des choses qui sont de l’ordre de son histoire et qui l’intéressaient beaucoup. Elle a trouvé bizarre la sensation de partager ses propres histoires familiales avec des milliers de lecteurs.

En tant que pédopsychiatre, avez-vous le sentiment d’avoir bien compris et bien éduqué votre fille ?

Les psys, avec leurs enfants, ils ne comprennent rien. Ils ont les mêmes difficultés que les autres. Lorsque l’affection vous envahit, on ne peut pas bien réfléchir. Moi, j’ai plus appris de ma fille qu’elle a appris de moi.

Pour conclure, êtes-vous pressé d’être grand-père ?

Ce livre est un peu cathartique. J’ai l’impression d’avoir été grand-père dans l’imaginaire et moi, l’imaginaire m’intéresse tout autant que la réalité. Je suis sûr d’une chose. Je serai un bien meilleur grand-père que je n’ai été père.

(Voir l'article original).

25 janvier 2014

Klô Pelgag : interview pour L'alchimie des monstres

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klô pelgag,l'alchimie des monstres,interview,mandorKlô Pelgag déboule avec ses 23 ans et un premier album, L’alchimie des monstres, absolument formidable, en tout point (musicalement, textuellement et vocalement). L’auteure-compositrice-interprète, pianiste et guitariste, impose des gâteries oniriques vêtues de musiques qui se fichent des étiquettes. Elle chante la taxidermie, la chimiothérapie, le Nicaragua, les mariages d’oiseaux ! Des chansons pour le moins originales, remplies d’images fortes et inquiétantes, livrées sur des airs baignés de cordes. Le répertoire de la jeune femme est captivant.

Lors d’un récent passage à Paris, le 15 octobre dernier, Klô Pelgag s’est arrêté à l’agence.

Elle est aussi calme et douce dans la vie qu’elle est vive et déjantée sur scène. Une charmante rencontre…

Autobiographie officielle :

L’essence Pelgagien se puise devant le fleuve St-Laurent. C’est à Rivière-Ouelle qu’est basé le laboratoire de création où un piano sans brassière, accoté à une fenêtre qui offre un regard plongeant jusque dans le creux de la petite baie où les histoires s’inventent. Inspirées par l’art visuel (Botero, Dali, Magritte, Marc Séguin), la littérature et le théâtre (Vian, Ionesco, Réjean Ducharme), le cinéma (André Forcier, Jean-Claude Lauzon, Pierre Perrault, Wes Anderson) et la musique (Chopin, Brel, King Crimson, Gentle Giant etc.), je m’efforce à faire de mes chansons un paysage pour les aveugles. Je veux que la musique et les mots se confondent. Que l’un n’existe pas sans l’autre.

(La suite ici)

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klô pelgag,l'alchimie des monstres,interview,mandorInterview :

Tu arrives subitement en France et le charme opère. Mais tu chantes au Québec depuis plusieurs années.

Ça fait 4 ans que j’écris des chansons. Mais à l’origine, je souhaitais devenir comédienne. Après l’école secondaire, j’ai pris des cours de théâtre. Ça a été super révélateur de mon choix de vie par la suite. C’était la première fois que je me sentais bien dans quelque chose.

Tu ressentais des trucs en toi, mais tu ne savais pas comment les ressortir, c’est ça ?

Comme tout adolescent qui se cherche. En plus, j’habitais un petit village où artistiquement, on ne pouvait rien faire. Il fallait que j’aille chercher l’art, puisque l’art ne venait pas à moi. Je me contentais d’écrire des chansons.

En écoutant les chansons de ton album, j’ai été impressionné par ton univers foisonnant.

J’ai des trucs bizarres dans la tête depuis toute petite. Les choses qui m’intéressent ne sont pas nécessairement les histoires qui parlent de la réalité. Moi, j’aime les histoires qui nous font entrer à l’intérieur de soi ou de quelqu’un. Je suis certaine que tout le monde a ça en lui, mais ne l’exploite pas. J’ai toujours un intérêt pour inventer des histoires. Ce que je raconte est très spontané. Ça jaillit en moi sans que je réfléchisse.

Il y a beaucoup d’images dans tes chansons.

Quand je lis un roman ou que j’écoute une chanson, je ne retiens pas forcément tout, mais plutôt une image qui m’a frappé. Je fonctionne beaucoup en image dans mes chansons parce que c’est ce qui m’intéresse et que je trouve cela percutant.

Clip de "La fièvre des fleurs".

klô pelgag,l'alchimie des monstres,interview,mandorIl y a dans tes chansons des sujets récurrents et très noirs, comme la maladie et la mort. On pourrait croire que c’est anxiogène, et bien  même pas ! La musique plutôt joyeuse et la façon de chanter vive et intense déplombent tout ça.

Dans la vie en général, j’adore les contrastes. Quand je parle de la leucémie dans « La fièvre des fleurs », je ne peux pas utiliser une musique triste. On peut tout chanter, je pense, mais il faut amener la chanson dans la bonne dimension et le bon point de vue.

Tu as des obsessions, quand même !

J’ai remarqué ça quand j’ai terminé l’album. Je ne peux pas analyser les raisons pour lesquelles je pense à tous ces sujets noirs. J’aime les trucs violents. J’aime quand c’est percutant et que ça va chercher au fond de soi. Je n’aime pas les choses sans intérêt, les choses plates.

Il y a aussi un grand rapport au corps dans tes textes.

Le corps, ça concerne tout le monde. Avec notre pensée, c’est la seule chose qui nous appartient.

J’ai écouté tes chansons comme je lis des nouvelles.

Je donne des clés pour que l’on comprenne mes chansons peu à peu, pas frontalement. J’adore pouvoir relire un roman trois fois et redécouvrir des choses à chaque fois. Les différents degrés dans un texte, je trouve ça primordial et riche. C’est fou parce que je procède ainsi presque inconsciemment.

Clip de "Les maladies de cœur".

Quand tu as commencé à écrire, c’était immédiatement dans le but d’en faire des chansons ?

J’ai commencé en écrivant des nouvelles pour des journaux littéraires d’école. Mais je trouve que la chanson est quelque chose de très expressif et qui se partage comme aucun autre art. J’aime quand mon texte colle à mes musiques.

On peut dire que tu es une chanteuse à texte avant tout.

Je ne suis pas d’accord. « Le dermatologue », par exemple, est une chanson plus musicale que textuelle. Pour moi les lignes mélodiques sont très importantes, j’adore les harmonies. Les arrangements prennent une grande place aussi dans ma façon de travailler.

Tu commences par les textes ?

Non, je fais les deux en même temps. Quand je veux créer une chanson, je commence au piano, peu à peu, je rentre dans un genre de bulle. La musique et les accords qui arrivent, au bout d’un moment, me donnent l’idée d’un texte. Les deux s’influencent peu à peu.

Ce qui revient sur toi quand je lis la presse, ce sont des mots comme « absurde », « folle », « délirante », « passionnée », « surréaliste », « poétique »… tous ces mots te conviennent-ils ?

Ça fait longtemps que j’entends et lis ça sur moi, donc je suis habituée. Je vois un sens à ça. Je l’ai un peu cherché quand même. (Sourire).

"Comme des rames", dans l'émission Belle et Bum, le 11 novembre 2013.

"Les corbeaux", dans l'émission Belle et Bum, le 11 novembre 2013.

Regardes-tu dans les journaux ou sur internet ce que disent les gens de toi ou es-tu klô pelgag,l'alchimie des monstres,interview,mandorcomplètement détachée du regard des autres ?

Non, je regarde. C’est intéressant d’avoir les opinions des gens. Dans mes chansons, le voyage est intense et il y a une grande place à l’interprétation qu’on peut faire des textes, donc, je suis curieuse d’en découvrir des différentes des miennes par d’autres personnes.

Y a-t-il des artistes qui t’ont donné envie de faire ce métier ?

Je n’ai jamais eu d’idée fixe sur ce que j’aurais aimé devenir ou faire, mais quand j’ai lu Boris Vian ou Eugène Ionesco, ça a été de gros coups de cœur pour moi et ça m’a donné envie de passer beaucoup de temps avec les mots. Quand j’ai lu leurs œuvres respectives, je me suis dit que je n’étais pas la seule à être folle (rires). Ça m’a incité à faire ce que j’avais au fond de moi, mais que je n’osais pas sortir. Vian et Ionesco m’ont permis de me situer quelque part.

Avec l’imaginaire que tu avais, tu te sentais seule ?

Oui. Quand j’étais adolescente surtout. D’où je viens, les gens n’aimaient pas tellement la littérature, le théâtre ou l’art en général. Ça m’a beaucoup isolée.

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Aujourd’hui, tu deviens une artiste populaire dans ton pays. Ce paradoxe te rassure-t-il ?

Oui, quand même. Comme j’adore faire ce métier, j’adore faire des spectacles, j’adore le contact avec les gens, j’espère qu’il y aura de plus en plus de monde à mes rendez-vous. La scène, pour moi, c’est un art vivant. Il faut se battre et donner de sa personne sans limites. Plus les gens embarquent dans mon univers, plus j’ai envie de donner. C’est tellement un échange les concerts… Je ne fais jamais deux fois le même. J’aime me renouveler constamment.

Qu’est-ce que te donne le public en échange de ta prestation ?

Les réactions, la spontanéité, la surprise… j’aime parfois créer des malaises, tester un peu les gens, aller voir ce que sont leurs limites, alors si personne ne réagit, ce que je fais ou dis tombe à l’eau. Mais c’est rare (sourire).

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Pendant l'interview...

Est-ce que tu es consciente du rôle de l’artiste dans la vie des gens ?

Ce qui m’a amené à faire ce travail, c’est beaucoup l’inconscience. Quand j’ai commencé, pas mal de personnes me disaient que mes textes étaient compliqués et que les gens ne comprendraient rien. Mais il y a aussi des gens qui me disaient que je prenais le bon chemin et qui m’ont encouragée. C’est important de ne pas trop réfléchir, mais d’être conscient de l’utilité de faire de la musique. Je pense que je peux apporter quelque chose de bien, quelque chose de pertinent. Je vais tout faire pour me dépasser continuellement.

Quand tu étais petite, je sais que tu voulais être travailleuse sociale.

Je voulais faire quelque chose qui aide les gens. Au début, quand j’ai commencé à écrire des chansons, je ne savais pas si j’avais pris la bonne voie parce que je ne voyais pas en quoi ça pouvait aider les gens. Aujourd’hui, je reçois tant de lettres de personnes à qui mes chansons font du bien que je me dis que ce que je fais n’est pas si inutile de ça.

Tu sembles un peu timide dans la vie, alors que sur scène, tu exploses…

Je le suis vraiment. Par contre, en concert, c’est moi puissance cinq. Je suis moins gênée dans une salle remplie que devant une personne. C’est paradoxal, parce que je n’aime pas quand il y a plein de monde en société, car je ne peux pas parler profondément avec les gens. Je suis un peu compliquée dans mon fonctionnement. 

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Après l'interview, le 15 octobre 2014...

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23 janvier 2014

Hélène Ségara/Jonathan Dassin: la fausse polémique relayée partout!

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Voilà l’histoire d'un buzz qui n'en est pas vraiment un… et dans lequel je me trouve impliqué involontairement.

Et je dois dire que tout m'échappe.

Le 19 décembre 2013, j'interviewe le fils de Joe Dassin, Jonathan (c'est la deuxième fois... humainement, j'aime bien ce type) pour parler de la sortie de son premier album personnel. Nous évoquons toutes sortes de choses et, à un moment, je lui parle de la sortie de l'album d'Hélène Ségara en duo virtuel avec Joe Dassin. Je ne lui en parlerais pas, je ne ferais pas correctement mon boulot. Jonathan recadre diplomatiquement certaines choses. Rien de grave. Aucune animosité, juste une pointe de déception…

Et surtout, c’était il y a un mois. Cette interview passe totalement inaperçue… (à part de mes fidèles lecteurs.)

Il y a trois jours, le blog de la télévision Melody TV reprend un extrait dans lequel Jonathan explique qu'il n'a jamais dit qu'Hélène Ségara était la Joe Dassin au féminin. Pas de titre racoleur, pas de surenchère, pas de déformation. Rien de grave donc. La Terre continue de tourner...

Mais depuis avant-hier, la machine s'emballe. Un engrenage infernal. La chronique est relayée partout (où il ne faudrait pas).

Chez Morandini, Charts in France, Ozap, Voici, Closer, Public, RTL Belgique, PureTrend et Télé Loisirs et Télé Star.

Le Grand Chelem de la presse people!

Je suis écœuré.

Écœuré des sous-titres de certains sites (pas tous), écœuré des résumés sommaires de l’affaire, écœuré des allusions sans fondement, écœuré que l’on sorte des phrases de leur contexte, écœuré que l’on me mêle à tout ce merdier…

Et surtout,  au regard de cette mise en avant de mauvaise foi, racoleuse parfois, je plains sincèrement Hélène Ségara, chanteuse qui ne fait pas partie de mon panthéon personnel, mais pour laquelle j’ai beaucoup de respect. Je sais aussi qu’elle traverse des soucis de santé (ce que savent pertinemment tous ces sites), ce n’était pas le moment de lui apporter ce genre de tracas supplémentaires. Mais, le mal est fait. Insidieux ou frontal, je ne sais pas comment la chanteuse a vécu la chose, mais le fait de savoir que je suis en partie responsable de cette cabale me rend dingue. Je ne suis pas précisément un journaliste « people » (ce que tous ces relais peuvent désormais laisser imaginer) et j’ai une haute considération du métier de journaliste culturel que je pratique depuis presque trente ans… sans aucun dérapage de ce genre.

Mon blog, lui, a 7 ans. Il me permet de défendre beaucoup d'artistes peu médiatisés, d'autres un peu plus. Toujours dans le respect du travail de la personne concernée dans mes chroniques. Et la seule fois où l'on me cite à droite à gauche, c'est quand il y a un semblant de polémique de merde (parce qu’encore une fois, replacer dans son contexte, il n’y en a aucune dans ma chronique mandorienne).

Je ne suis pas naïf et ne suis dupe de rien. Je sais que le système marche ainsi, mais quand même...
C'est à désespérer.

Du métier, de la mentalité de certains « journalistes » et des lecteurs qui suivent tout ça avec délectation, voire jubilation. (Le malheur des uns… etc.)

Qu’Hélène Ségara et Jonathan Dassin me pardonnent... je ne souhaitais pas ce tintamarre.

Évidemment, je leur ouvre cet espace, s’ils le souhaitent, pour un éventuel droit de réponse ou mise au point.

(Notez que depuis hier, Jonathan Dassin fait tout pour enterrer cette polémique inutile... Nouvelle preuve d'intelligence et de sagesse de sa part.)

EDIT le 23 janvier 2014 à 14h00:

Je viens de recevoir ce communiqué:


France Bleu Midi Ensemble
Réactions de Jonathan Dassin

Mercredi 22 janvier, 13H10

Ce midi, Jonathan Dassin s’est exprimé sur France Bleu concernant la polémique naissante suite à un entretien accordé en décembre à Mandor.fr et ressorti hier par Melody.tv concernant l’album de reprises  des chansons de Joe Dassin. Selon le fils du chanteur, ses propos ont été mal interprétés.

Jonathan Dassin a confirmé ne pas avoir collaboré à cet album, mais tient à rappeler qu’il est « tout à fait en accord avec ce projet. Il n’y a jamais eu d’ambigüité ».  Il précise : « j’ai rencontré Hélène Ségara une fois et on a parlé spécifiquement de ce projet », avant de rappeler que « dans cet article, je dis combien je suis content que cet album marche ».

podcast

Dont acte.

Fin de la polémique. Tant mieux.