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02 juin 2013

Daniel Martinange : interview pour L'ouragan

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Lire Daniel Martinange est une expérience littéraire unique. On est blackbaboulé par son inclassable et remuant ouragan. Vous lirez, si vous l’osez, une histoire d’amour passionnelle, menée tambour battant (jamais expression aura été si proche de la réalité).

Le cinquantenaire Antoine, rencontre enfin la perle de sa vie, la sensuelle (et plus que ça encore) Bahia. L’ouragan (chez Stéphane Million Editeur) est l’histoire d’un amour fou qui va les mener au pire sur un rythme haletant (ah bon ! Vous aviez compris ?). Ce livre sans aucune fioriture, sans aucun temps mort, est un melting pot de petites histoires hantées par cette femme disparue. Antoine va croiser d’autres personnages tout aussi singuliers et paumés que lui. Une albinos perdue dans les méandres de la quête de l’amour, un Indien Navajo très particulier, une nymphomane qui se fout de ce que l’on peut penser d’elle, un fakir et sa planche à clous et des animaux qui parlent. Bref, ce roman est complètement dingue, mais addictif. Il m’a paru évident qu’une rencontre avec son auteur s’imposait. Ainsi, Daniel Martinange est venu à l’agence le 10 avril dernier.

daniel martinange,l'ouragan,editions stéphane million,interview,mandor4e de couverture :
Un premier roman à l’écriture qui tranche dans le vif - saccadée, syncopée. On se laisse embarquer dès les premières pages, dans une ambiance technicolor qui rappelle les films de Wim Wenders.

Antoine, cinquante ans, rencontre Bahia.
«Il l’avait rencontrée aux Baléares lors d’un voyage organisé, après le décès accidentel de ses parents. Elle beuglait des airs chaloupés dans un boui-boui à touristes. Dix ans de moins que lui, peau sombre, avalanche de cheveux noirs, croupe canaille, seins flambeurs, aisselles acides. La première fois il jouit très vite, en grognant. La seconde, elle lui mord le cou. Il l’avait ramenée. Pour le village : une extraterrestre. Pour lui : l’inespérée salvatrice.»

L’auteur :
Daniel Martinange habite dans la Loire. Il a publié de nombreuses nouvelles chez divers éditeurs. L’Ouragan est son premier roman.

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daniel martinange,l'ouragan,editions stéphane million,interview,mandorInterview :

Daniel Martinange, c’est un pseudo… Vous avez écrit sous votre vrai nom, il y a très longtemps.

Mon vrai nom de famille est le deuxième nom de famille français le plus courant et il y a déjà deux homonymes qui publient des livres. Il y en a un qui est prof à l’université de Poitiers et qui publie des ouvrages historiques. Et un autre qui publie des romans du terroir. J’ai cru bon de me distinguer d’eux. Martinange, c’est le nom d’un hameau proche de là où j’habite.

Mais, vous avez publié sous votre vrai nom, un recueil de poèmes en 1973, qui n’est pas passé inaperçu.

En effet, je l’ai publié chez Guy Chambelland. Le recueil s’appelait Amour de terres. J’ai remporté un prix de l’Académie Française qui m’a permis d’empocher un chèque de 500 francs (sourire). J’étais content, c’était la moitié de mon salaire de l’époque… J’ai eu pour cet ouvrage une superbe critique d’Alain Bosquet dans la NRF. Suite à cette critique, j’avais un deuxième recueil de nouvelles qui était terminé, on m’a mis en contact avec un éditeur de chez Gallimard, Jean Grosjean. Il était aussi membre du comité de lecture, secrétaire général de la revue NRF et était connu comme un grand poète chrétien. Il avait beaucoup aimé ce deuxième recueil et avait décidé de le publier chez Gallimard dans un opuscule que la maison d’édition sortait tous les deux-trois ans qui s’appelait Les cahiers de poésies. Ces cahiers regroupaient trois ou quatre jeunes poètes. J’avais été choisi pour être l’un d’entre eux, mais Les cahiers de poésies ont été finalement supprimés peu avant la publication dans laquelle je devais figurer…

Vous étiez fortement déçu, j’imagine.

Un peu. Du coup, je n’ai pas insisté dans la poésie. J’ai décidé de me lancer dans la nouvelle sous le nom de Daniel Martinange.

daniel martinange,l'ouragan,editions stéphane million,interview,mandorDes nouvelles de science-fiction.

J’ai commencé à écrire des nouvelles, mais je ne savais absolument pas qu’il s’agissait de nouvelles de science-fiction. Pour moi, c’était juste des nouvelles « fantastiques », qui relevaient de l’imaginaire. À l’époque, je n’avais jamais lu une ligne de SF, pas même Jules Verne que pourtant tout le monde avait lu dans sa jeunesse.

Des éditeurs ont commencé à publier vos nouvelles de SF en tout cas.

Bernard Blanc pour son fanzine, mélange d’écologie et de science-fiction, ainsi que pour les éditions Kesselring et aussi Yves Frémion, chez J’ai Lu pour une anthologie trimestrielle de science-fiction qui s’appelait Univers. (Note de Mandor : dans les n°15 en 1977 et 18  en 1978, pour les amateurs qui seraient tentés de les retrouver).

Ensuite, Bernard Blanc et Yves Frémion vous ont mis en contact avec d’autres éditeurs.daniel martinange,l'ouragan,editions stéphane million,interview,mandor

Oui, avec des gens qui préparaient des anthologies collectives chez Denoël, j’ai d’ailleurs publié deux nouvelles dans la collection Présence du futur et j’ai publié beaucoup de nouvelles dans leur revue Fictions. Par contre, on me disait à chaque fois qu’on aimait bien ce que j’écrivais, mais que ce n’était pas de la science-fiction, ce que je savais parfaitement. Je demandais ce que c’était, mais personne n’était capable de me le dire. Du coup, aucun éditeur de l’époque n’a souhaité publier le roman que j’avais écrit. Tout passait bien en nouvelles, mais le roman, lui, ne passait pas.

Vous avez aussi failli intégrer Fleuve Noir dans ces années-là. On est là à la fin des années 70, début des années 80.

Ça m’intéressait d’écrire des romans dits « populaires ». Ça tombait bien, Patrick Siry, le directeur littéraire du Fleuve Noir, voulait me voir. Il m’aurait bien recruté comme auteur maison, mais pour rentrer dans cette maison, il fallait fournir la collection Anticipation et la collection Spécial Police. À l’époque, j’étais employé de banque, je n’ai pas osé tout plaquer pour me lancer dans cette aventure risquée.

Paradoxalement, peu de temps après, vous avez démissionné de cette banque.

Au bout de 10 ans d’ennuis au quotidien, je ne supportais plus de travailler dans un bureau. Alors, je me suis remis à écrire des romans de science-fiction, mais ça ne passait toujours pas auprès des éditeurs. Alors, j’ai pris la décision radicale d’écrire.

Pendant 20 ans. C’est énorme.

Au début, je touchais des droits d’auteurs. Après, je suis devenu « nègre » et je faisais aussi des lectures de manuscrits dans une petite maison d’édition de Saint-Étienne. Après deux dépressions nerveuses graves qui m’ont empêché d’écrire, j’ai recherché un travail salarié. Mes droits d’auteurs, puis mes économies commençaient à chuter. Je suis marié, je ne voulais pas être à la charge de ma femme. À l’époque, j’habitais à Saint-Étienne et j’achetais un quotidien national qui s’appelait Le Matin de Paris. Je me suis rendu compte qu’il n’avait pas de correspondant dans la Loire. Je les ai appelés pour proposer ma candidature. Ils ont accepté. C’est comme ça que j’ai commencé à faire du journalisme. Dans les mois qui ont suivi, je suis devenu correspondant de la région Rhône-Alpes de L’évènement du Jeudi. J’ai fait par exemple 3 pages sur l’art moderne à Saint-Étienne.

Après, moment de gloire, vous avez travaillé pour Le bois national, l’hebdomadaire  national de la filière bois.

Oui, et je suis surtout devenu correspond du Monde grâce à Bruno Frappat qui a lancé les pages Rhône-Alpes.

daniel martinange,l'ouragan,editions stéphane million,interview,mandorEt aujourd’hui, vous êtes revenu dans le monde de la littérature.

Je ne pensais pas pouvoir recommencer à écrire, mais j’ai quand même décidé de faire de la littérature générale. Ça a donné L’ouragan, livre pour lequel vous me recevez aujourd’hui. Stéphane Million a programmé mon deuxième roman au mois de mars 2014.

Vous êtes très à l’aise dans la littérature générale, si j’en juge ce livre brillant.

Mais je serais aussi à l’aise dans la littérature de l’imaginaire. J’ai du mal à laisser tomber cet aspect-là de mon écriture, même si ce n’est pas celle qui est mise en avant en ce moment. J’aime la littérature réaliste quand c’est du polar ou du roman noir. J’adore Nadine Monfils par exemple. Parce qu’en plus, elle ajoute une dose d’humour non négligeable. J’aurais bien aimé être l’auteur de certains de ces ouvrages (rires). C’est un réalisme très exagéré, donc souvent drôle.

C’est intéressant ce que vous me dites là, parce que dans L’ouragan, tout n’est pas toujours « réaliste », justement. Votre écriture et vive et complètement folle. À la limite du surréalisme…

Je n’ai aucune culture classique. Les seuls auteurs du 19e siècle que j’ai lu sont Rimbaud et Baudelaire. Mais pour moi, ce ne sont pas des auteurs classiques, ce sont des auteurs modernes. Ce qui m’intéresse dans la littérature, c’est ce qui s’écrit aujourd’hui. Enfin, la littérature du 20e et du 21e siècle. Albert Camus et Paul Morand en font partie. Vous me dites que  L’ouragan est surréaliste, je ne suis pas d’accord. Il est pour moi est un roman très réaliste. C’est comme Paris. C’est un bordel monstre, mais il y a plein de choses intéressantes et notamment sur le plan culturel. Mon roman, c’est pareil, vous découvrirez beaucoup de choses dans ce bordel, il vous suffit juste de prendre un peu le temps pour visiter avec attention, pour gratter pour découvrir ce qu’il y a derrière les lignes. Mon roman, c’est la vie, la société, le monde… bref, un bordel monstre.

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Critique dans le magazine ELLE ( 22 juin 2012).

Tous les personnages sont à la fois insensés et « borderline ». Ils n’ont peur de rien.

Dans la vie, il ne faut avoir peur de rien, sauf de la bêtise et de l’ignorance. Moi, ce sont les deux seules choses qui me font vraiment très peur. Les drames qui arrivent dans le monde depuis quelques décennies viennent de ça.

Votre héros principal, Antoine, est pourtant complètement inculte et ignorant.

C’est vrai, mais il est intelligent. Il a une intelligence sauvage. C’est aussi un écologiste abrupte. À 50 ans, il s’est rendu compte qu’il s’emmerdait dans sa vie. Il est tout seul, sans relation sentimentale, donc, sans relation sexuelle, sinon tarifée et la masturbation devant la télé. En plus, il s’emmerde dans son boulot qui le rend esclave. Je raconte l’histoire de ce type qui explose, qui sort de lui-même grâce à la jolie Bahia.

Grâce ou à cause. Au début du roman, il finit par tuer Bahia et son amant. Il rencontre ensuite une jeune fille, Hélène, avec laquelle il s’enfuit en Argentine, une Patricia déboule dans leur vie, il part aux États-Unis, il monte un élevage de zébu pour faire de la mozzarella… je schématise l’histoire, mais tout va très vite.

Ce qui est important aussi, c’est sa rencontre avec le patron d’un ranch, un indien Navarro. Antoine est un petit paysan qui se trouve plein de points communs avec cet indien si différent de lui à la base. Notamment l’amour de la nature et le fait de se sentir bien avec les arbres et avec les animaux.

daniel martinange,l'ouragan,editions stéphane million,interview,mandorOui, il est beaucoup question d’animaux d’ailleurs.

Je ne fais aucune différence entre l’espèce humaine et l’espèce animale. La différence, c’est juste la culture et la conscience d’être mortel. Nous sommes des singes, nous descendons du singe et plus précisément, comme l’a confirmé une équipe de chercheurs américains, des bonobos. D’ailleurs, savez-vous comment font les bonobos pour résoudre les conflits ?

Oui, ils copulent. Enfin, ils font l’amour…

C’est ça. Je trouve très burlesque que nous descendions des bonobos. Nous ne sommes rien d’autre que des singes améliorés. Tout ça pour vous dire que j’aime autant la vie humaine, que la vie animale, que la vie végétale. Je place tout à la même échelle de valeurs.

Daniel Martinange est un auteur qui fait voyager le lecteur…  

J’aime beaucoup le film de Wim Wenders, Paris Texas, c’est même un film culte. Les thèmes de l’errance et du nomadisme sont pour moi très importants. Je pense que nous sommes tous des nomades qui ont été sédentarisés soit par la force, soit volontairement. Je pense que l’attirance de beaucoup de gens pour la littérature, le cinéma ou la musique, c’est le nomadisme. Ces formes d’expression artistiques font voyager. On est extirpé de soi, on sort de là où on est. C’est essentiel pour traverser nos vies réelles. Une soupape obligatoire pour ne pas se flinguer.

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01 juin 2013

Marie Cherrier : interview pour la sortie de Billie

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(Photo: Jean-Marc Lubrano)

3 ans qu’on n’avait pas eu de nouvelles de Marie Cherrier. Elle manquait. L’amateur de chanson française suit cette jeune femme depuis la sortie de son premier album, Ni vue ni connue, en 2004. Je l’ai déjà mandorisé à l’occasion de son album Live à La Cigale. Je m’étais amusé à expliquer pourquoi je l’aimais (l’artiste, évidemment, mais j’avais laissé planer le doute).

Marie Cherrier est passée à l’agence le 8 avril dernier pour évoquer son 3e disque studio Billie (dans les bacs depuis le 27 mai dernier). Comme d’habitude, j’ai passé un bon moment…

Marie-Cherrier-3-JM-Lubrano.jpgBiographie officielle (et un peu raccourcie):

Marie Cherrier, auteur-compositeur-interprète de la scène française grandit à Onzain (Loir-et-Cher). À 17 ans elle se produit dans des bars pour interpréter ses chansons, et complète son répertoire en reprenant Renaud et Serge Gainsbourg.
Elle enregistre son premier album Ni vue ni connue en 2004, réalisé par Jean-François Delfour (compositeur de Caroline d’MC Solaar et directeur artistique des Rencontres d’Astaffort auxquelles Marie participe).
Début du succès : elle est invitée au journal de France 2, France Inter, dans les grands festivals (Printemps de Bourges, Francofolies, Alors Chante à Montauban…), dans les salles parisiennes (Casino de Paris, Trianon, Bataclan…), et en première partie de Francis Cabrel, Juliette Gréco, Thiéphaine, …
Distingué par le coup de coeur de l’Académie Charles Cros et les 3 clés de Télérama : l’album Ni vue ni connue se vend à plus de 20 000 exemplaires.
Alors quoi? Son deuxième album, sort en 2007. Plus grave, avec un regard sans concession sur le monde (et avec une chanson coup de poing pour réveiller Renaud). La tournée continue en France, en Europe, ainsi qu’au Maroc, Laos, Colombie…, et se termine sous les acclamations du public à la Cigale en mars 2008. Cette soirée est enregistrée, et gravée dans un Live à la Cigale.

En 2010, Marie décide de prendre du recul et observe le monde changer.
Elle fait une rencontre déterminante avec Michael Désir, batteur de renom. Il  lui propose une collaboration musicale et devient co-compositeur et réalisateur de son nouvel album.
Portée par des musiques pop, la fougue revient de plus belle. Marie créé un personnage sauvage, audacieux et iconographique qui incarne la liberté : Billie.

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DSC0743nn5.JPGInterview :

Billie est un personnage fictif. Pourquoi as-tu endossé la peau de ce personnage qui est toi et pas tout à fait toi ?

Elle est plus que moi. Plus extraordinaire. Moi je suis chanteuse, auteur-compositeur interprète, Billie, elle, est plus une femme d’aventures. Tout ce qu’elle est, c’est ce que j’admire chez une femme, du coup, j’essaie de lui ressembler. Elle est ce que l’on ne peut pas être parce que sinon, on n’aurait pas de vie sociale correcte. Ce personnage est sans limites, un peu mystérieux et solitaire. Moi, j’aime la solitude, mais j’aime aussi  les gens, l’amitié… Billie, en fait, c’est plus une attitude, un charisme qu’une vraie personne. C’est un modèle d’attitude pour récupérer un peu de fierté qui me manque terriblement. C’est aussi pour se souvenir qu’être entier, c’est être vivant. Billie personnalise la vie. Il ne faut pas oublier les sentiments les plus puissants que l’on a. Elle, elle s’assume pleinement. Billie, c’est la sauvagerie d’un être.

Dire que Billie n’est pas toi, ça permet de dire beaucoup plus de choses dans ton album… bien que tu n’as jamais eu la langue dans la poche dans les disques précédents.

Je n’ai jamais eu l’habitude de planquer mes sentiments, même sous mon nom… c’est dans l’ordre des choses. Billie, c’est un nom et un être plus sauvage, un peu androgyne. Moi, je me suis bien reconnu dans Lucky Luke, un homme peut bien se reconnaître dans Billie.

Billie est présentée comme sauvage, libre, révoltée, j’ajoute rebelle. Je persiste à dire 431835_356012727831706_943301722_n.pngqu’elle te ressemble au moins en partie. Derrière tes textes, que je connais bien et depuis longtemps, c’est la trace de toi qui est restée en moi.

Disons que c’est ma petite sœur Billy. Mais sans limites. C’est marrant que tu me parles de « laisser une trace ». C’est quelque chose à laquelle je n’ai jamais pensé. Sauf depuis cette année en fait.  J’ai presque 10 ans de carrière. J’ai écrit mon premier disque à 18 ans, j’en ai 28 aujourd’hui. Après m’être arrêté à peu près 3 ans et que je constate que, lorsque je reviens, il reste encore des gens qui sont encore là à m’attendre, je me rends compte que mes chansons ont vécu. Je n’avais pas la notion de durée dans le temps et d’impact à long terme. Dans mes chansons, j’ai toujours envie de laisser une petite philosophie de vie, tant mieux si elles perdurent, alors.

D’ailleurs, quel regard as-tu sur tes deux premiers albums studio ?

J’ai beaucoup de tendresse pour eux. Je m’aperçois que ce que je pense et fais aujourd’hui est juste une continuité de ce que je faisais avant. Je n’ai pas changé radicalement de vision des choses. J’ai toujours chanté des histoires de choses cassées par un réel trop dur. Je suis assez contente et fière d’avoir laissé des chansons comme celles-ci. Pendant qu’elles existent, moi, je continue à évoluer, à progresser.

Billie a plein de valeurs.

Elle est attachée à des choses puissantes. L’amour, la passion… et puis aussi la violence, là aussi c’est puissant. Je le répète, elle est comme ça, un peu extrême et radicale parce qu’elle veut se sentir vivante.

Mais, toi non plus, j’ai l’impression que tu ne fais pas les choses à moitié.

J’aime bien aller au bout des choses, je ne m’arrête pas avant. Juste, si j’étais comme Billie, je n’aurais plus d’amis parce qu’elle est trop extrême dans sa passion. Elle en devient égoïste. Dans la vraie vie, il faut composer, il faut faire attention. Moi, j’essaie d’être au maximum telle que je suis réellement, mais ce n’est pas toujours possible de lutter contre les conventions. Il faut être extrême, comme il faut être réservé. Elle n’a pas ce côté réservé, elle n’y pense pas, elle n’a pas ce côté dans sa vie.

"La cavale" (Live aux 5 Baudets le 7 mai 2013)

Dans la chanson « La cavale », dans laquelle tes inspirations gainsbouriennes sont marquées, c’est une déclaration d’amour nerveuse, mais alors, pas du tout gnangnan.

Je n’aime pas le gnangnan. J’ai toujours balancé mon côté très féminin avec des mots un peu tranchés. J’ai des références très masculines en termes de chansons et de textes. J’ai peu d’idoles féminines. À part peut-être Édith Piaf. Dans l’écriture, je l’ai toujours dit, ceux que je respecte sont Renaud, Brassens et Brel. Du coup, mon vocabulaire est très masculin et m’empêche donc de tomber dans le côté gnangnan, comme tu dis.

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(Photo : Fifou)

« Collée à ta bouche » est aussi une chanson aussi gainsbourienne, mais surtout très… charnelle.

Là, j’ai pris une autre direction. Je suis très contente d’avoir ce genre de morceau, parce que cela exprime de façon différente une histoire d’amour. Jusqu’à présent, j’étais plus terre à terre. C’était toujours sous forme de petite comptine. 

La chanson « Billie brouillard », fait-elle référence à « La ballade Willy Brouillard » de Renaud ?

Pour le titre, oui, il y a une légère inspiration (sourire). Cependant, la chanson n’a rien à voir et c’est peut-être celle qui ressemble le moins à mes chansons inspirées de son œuvre. Dans cet album, c’est « T’es où » qui se rapproche le plus de lui. Je ne peux pas dire le contraire, il y a toujours eu un peu de Renaud dans mon travail.

Clip de "T'es où?"

Parlons de « T’es où » justement.  Qui sont les « bandits honnêtes qui changeaient la vie » ?

J’ai écrit cette chanson en 2008 et il y a encore des révolutionnaires en 2013, heureusement. Mais en 2008, je n’avais pas encore internet, et je me demandais où ils étaient passés. Je croyais qu’ils étaient tous morts. J’ai toujours eu besoin d’aimer les grands hommes,  les grandes personnalités, que ce soit en chanson, en cinéma, en politique… des gens pour qui on a envie de dire « je suis avec toi, je pense comme toi ». Ces gens m’aident à être plus exigeante avec moi. Il y a des êtres humains qui savent dire et faire les choses, qui savent mener, qui savent faire rêver, qui savent porter plus haut. Ça, ça m’a toujours fasciné, porté et aidé tous les jours. Là, récemment, il y en a un qui vient de mourir, Hugo Chavez.

Hugo Chavez ? Je suis étonné.marie cherrier,billie,mandor,interview

Oui, je lui ai dédié  « T’es où ». Tous les grands personnages sont décriés. Comme je n’écoute pas les médias et que je vais voir les vidéos à leur source, du coup, j’ai écouté des discours entiers. Je peux affirmer que cet homme-là m’a beaucoup touché. Et bien avant qu’il ne meure. C’était quelqu’un que je respectais énormément et que je respecte encore. Il me donne envie de continuer à lever le poing.

Tu as dû être révolutionnaire dans une autre vie !

Je respecte les grandes idées et les philosophies de vie qui font que ça avance.  On peut espérer autre chose que la médiocrité ambiante.

Mais, dans la vie, on est tous un peu médiocres et on n’y peut rien.

Oui, mais chacun peut prendre la décision de s’élever. Les gens, effectivement, c’est médiocre, l’individu, pas du tout. Chacun à son libre arbitre pour faire le bien, au moins un peu, et ne pas se laisser bouffer par la médiocrité.

"J'm'appelle Billie" (clip officiel signé Neels Castillon)

Michael Désir, batteur de renom, est devenu co-compositeur et réalisateur de cet album. Une vraie collaboration artistique qui a rendu ce disque carrément rock parfois. Du coup, ta façon de chanter est sensiblement différente sur certains titres.

Oui. C’est plus d’exigence encore. En travaillant ensemble, on a mélangé deux mondes. Moi, je viens de la pure chanson française et lui, plus de la pop. Michael a baigné dans Michael Jackson, Toto et compagnie. Il a joué aussi bien avec Keziah Jones, Ayo qu’avec Obispo ou Christophe Maé. Il y avait quelque chose à trouver pour que l’on puisse travailler ensemble. Ça passait aussi forcément par un travail sur la voix. Là, il y a une place énorme pour la rythmique, donc c’était une autre façon de placer le chant. J’ai laissé une place aux chœurs, ce que je n’avais jamais fait avant parce que c’est moins dans la tradition de la chanson. Il fallait trouver le bon mélange et le bon dosage. Il a fallu que je défende d’où je venais, tout en étant très attirée par le monde de l’autre, en voulant même me l’approprier, mais du coup, en faisant attention de ne pas perdre ce qu’on a à apporter. Ça a été délicat à ficeler et en même temps, très naturel. Ce qui est marrant, c’est que les compositions ont été faites très vite, mais c’est dans la réalisation qu’il a fallu faire attention. Ça m’a apporté énormément. J’avais beaucoup à apprendre musicalement parlant.

marie cherrier,billie,mandor,interviewIl y a une discipline de vie à acquérir quand on fait un album.

Oui, mais avant, je n’en avais aucune conscience. Ma discipline de vie, c’était vivre et en profiter. Je n’avais aucune barrière. 

Tu ne fumes plus par exemple ?

Je fume beaucoup moins et je ne garde que les cigarettes qui vont me faire vraiment plaisir. Certains, après m’avoir vu sur scène, m’en ont fait la remarque. Quand je vois dans quel état est Renaud, je suis triste pour lui. Il a manqué de quelqu’un qui lui dise de se calmer à ce niveau-là. Moi, de toute manière, mes modèles ont toujours été des gens qui se détruisaient… Entre Gainsbourg et Renaud, tu vois de quoi je parle ? Je ne veux pas tomber dans un trip autodestructeur pour pouvoir continuer à créer et m’exprimer sur scène.

marie cherrier,billie,mandor,interview

C’est marrant parce qu’avant que je reçoive ce nouvel album et que l’on se voit ici aujourd’hui, je me demandais ce que tu étais devenue.

Moi aussi, je me demandais quand j’allais revenir (rires).

Pourquoi ce long moment de silence ?

Ma rencontre avec Michael Désir m’a un peu fâché avec le monde de la chanson. J’étais fâché contre le manque d’exigence, de travail, du laisser-aller des artistes.  C’est un travail d’écrire des chansons, si on ne va pas au bout, il y a plein de choses qu’on laisse passer. J’étais fâché que tout le monde trouve tout sympa et que tout le monde s’en contente. J’étais ravie, du coup, de tomber sur quelqu’un de très exigeant autant avec lui-même qu’avec les autres. J’ai pris du recul et je reviens plus apaisée par rapport à ce métier. Avec Michael, on a eu la même ambition démesurée de travailler à tout prix sur quelque chose, jusqu’au bout, et le penser un peu large. On a refusé la facilité ou le commercial. C’était une grande aventure menée par deux grands amoureux de la musique. J’espère que le public sera touché.

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Pour découvrir (ou redécouvrir) cette artiste, si vous habitez à Paris ou en région parisienne...

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Bonus: le point de vue de ma copine es blog musical Le blog de la blonde (qui est allée la voir aux 3 Baudets).

Les éditions du Chemin de Fer et Mercedes Deambrosis invité de "La virgule du printemps" à Ozoir la Ferrière

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C’est la deuxième année que j’anime La Virgule de Printemps à Ozoir-la-Ferrière organisée par Luc-Michel Fouassier (qui est déjà à l’origine du Salon du livre de la ville). L’année dernière, l’invité principal était François Bégaudeau (voir là). Cette année, Luc-Michel a pris des risques en n’invitant pas une personnalité médiatique. Il faut prendre des risques, sinon, les choses n'avancent pas. Il a choisi de mettre en avant une maison d’édition qu’il aime beaucoup. Les éditions du Chemin de fer, éditent, depuis 2005, des textes courts illustrés par des artistes contemporains. Les deux éditeurs de cette maison, François Grosso et Renaud Buenerd étaient donc présents, accompagnés de l’une de leurs auteures fétiche Mercedes Daambrosis.

Pour annoncer l’évènement, la ville avait placé des affiches absolument partout…

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Pendant cette rencontre (dont le public se comptait sur tous les doigts de trois mains, malgré la campagne d'affichage, donc), on a appris notamment (je résume) qu’"à chaque nouveau projet, chaque nouvelle rencontre doit savoir enthousiasmer et participer à la réponse à ces questions: pourquoi des mots, comment des images, pourquoi un livre ?"
"Les éditions du Chemin de fer proposent à des auteurs ayant déjà publié la mise en image d'un texte inédit par un plasticien, rééditent également des textes épuisés, inédits ou méconnus du patrimoine littéraire". La rencontre a duré une heure, alors, évidemment, nous avons abordé de nombreux sujets dont les relations auteurs/éditeurs, la fabrication d'un livre, les choix éditoriaux, les difficultés économiques d'une maison d'édition, comment être et rester original, l'écriture de ce type d'ouvrage, le choix du plasticien pour tel ou tel livre...

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Quant à Mercedes Deambrosis, dont j’avais fait la connaissance lors du dernier Salon du livre de Provins, ce que j'aime chez elle, c'est qu'elle se distingue par sa plume assassine. "Elle dénonce les faux-semblants que nous imposent la société, les masques que nous sommes tenus de revêtir" (si, si, même vous !)

"Et si l’Espagne de ses origines est souvent la scène de ses romans et nouvelles, c’est sans doute parce que là, plus qu’ailleurs, le carcan de la religion, de la bourgeoisie, des apparences a pesé et pèse encore".

"Ayant vécu les heures sombres du franquisme, Mercedes Deambrosis prend donc souvent l'Histoire d'Espagne comme décor de ses livres. En 2004 elle publie un recueil de nouvelles, La promenade des délices, relatant la vie quotidienne sous la guerre civile espagnole, et un roman, Milagrosa, traitant de l'emprise du pouvoir du Caudillo sur les Espagnols".

"Pour Mercedes Deambrosis, la vie est un théâtre où les existences sont vouées à l’aliénation. Le dialogue, la communication sont alors le seul moyen qui reste à ses personnages pour ne pas faire face à la vacuité de leurs vies".

L’essentiel de ses romans est publié chez Buchet Chastel et récemment, elle a sorti un thriller aux éditions La Branche.

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Après la rencontre, les signatures... Ici Mercedes Deambrosis et un de ses éditeurs, Renaud Buénerd. L'un à illustré l'histoire de l'autre dans Rien de bien grave. Oui, un éditeur peut aussi être peintre/plasticien/illustrateur.

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Photo souvenir. A mes côtés, Renaud Buénerd, François Grosso (les deux éditeur des Editions du Chemin de Fer), Mercedes Deambrosis (l'auteure) et Luc-Michel Fouassier, l'organisateur de l'évènement (avec lequel je travaille depuis près de 5 ans).

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Dernière minute (et c'est une sacrée belle coïncidence): La Société des Gens de Lettres a décerné deux jours après cette rencontre ses Grands prix de printemps 2013. Les Editions du Chemin de Fer viennent d'obtenir un prix notable : Le grand prix SGDL de la nouvelle à Annie Mignard pour La fête sauvage (vu par Emmanuel Tête).

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28 mai 2013

Matthias Vincenot : interview pour "Les années aperçues" et bien plus...

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Deux conseils de sorties...

Ce soir à 20h30 à la Sorbonne, amphithéâtre Richelieu, à l’occasion de l’ouverture du 15ème anniversaire de Poésie en liberté (concours international de poésie en langue française : www.poesie-en-liberte.com), Matthias Vincenot et Poésie et Chanson Sorbonne, avec Poésie en liberté vous propose Escale poésie et chanson. Poètes, chanteurs et comédiens feront escale, le temps d’une soirée atypique.

Au programme : chanson avec Manu Lods et Laurent Madiot. Carte blanche poétique au comédien et poète Claude Mercutio. Lecture de poèmes lauréats du concours Poésie en liberté par les comédiennes Armelle Deutsch, Nadège Beausson-Diagne, Pauline Parigot et Léopoldine Serre. Lecture de leurs poèmes par les poètes André Prodhomme, Président du jury Poésie en liberté 2013, et Matthias Vincenot, Directeur artistique de Poésie en liberté.

Entrée libre sur réservation :
Agenda-culturel@paris-sorbonne.fr / 01 40 46 33 72 / president@poesie-en-liberte.com

Sinon, il y a aussi Chanson Française en Sorbonne le 6 juin prochain:

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Là encore, cette soirée est à l’initiative de Matthias Vincenot.

Je connais personnellement ce garçon depuis que je suis devenu l’un des membres du jury du Prix Georges Moustaki cette année. Avec Thierry Cadet, il est à l’origine de ce prix qui récompense des artistes qui sortent des albums autoproduits et/ou indépendants. Matthias Vincenot est aussi poète. Il publie régulièrement des recueils de poèmes. Le dernier en date s'intitule Les années aperçues. Matthias Vincenot organise bon nombre de manifestations artistiques qui mélangent poèmes et chansons. C’est un vrai passionné comme je les aime, alors j’ai décidé de le mandoriser. Il est venu à l’agence le 2 avril dernier…

DSC07399.JPGInterview :

Si j’en juge ton parcours, tu as toujours fait beaucoup de choses artistiques dans ta vie.

Depuis tout petit, j’avais 7 ans, j’écrivais déjà des petites histoires, des romans, des poèmes et des chansons. Je dessinais aussi, mais j’ai vite arrêté cette activité-là. Ensuite, je n’ai jamais arrêté.  J’ai toujours eu une personnalité à faire beaucoup de truc de mon monde.

De ton monde ?

Tout à l’heure, nous parlerons du Festival Déc’Ouvrir de Concèze. Mes parents ont une maison à Concèze. Quand j’y allais enfant, mes parents pensaient que j’allais jouer au tracteur, aller à la pêche avec les voisins de mon âge. Mais pas du tout. En fait, c’était les voisins qui venaient chez moi, qui jouaient aux petites voitures et qui chantaient. Quand je te dis que je faisais des trucs de mon monde, c’est ça. J’ai toujours privilégié ce qui était artistique.

Tu es devenu docteur es-lettres, tu as donc poursuivi dans la voie de l’écriture, des Lettres en général. Tu es même professeur en cours de civilisation française à la Sorbonne.

Oui, c’est un institut pour étudiant étranger.

Tu es sociétaire de l’Académie Charles-Cros.201623_2013-01-26-matthias-vincenot-paris.jpg

Je m’occupe notamment de la commission « Paroles enregistrées », ce sont les documents sonores. Ça me prend beaucoup de temps. Je suis également membre de la commission « chanson ».

Tu ne te contentes pas de créer, tu aimes beaucoup organiser des évènements.

Je suis nul pour organiser un anniversaire. Tout ce qu’on organise dans la vie de tous les jours, je ne sais pas. Par contre, organiser des soirées, des choses comme ça liées à la poésie et à la chanson, oui. En fait, c’est né quand j’ai publié mon premier recueil en 1998. J’étais en terminal, je suis rentré peu de temps après à la Sorbonne, ça a correspondu à la sortie de mon deuxième recueil. Je me disais que j’avais la chance d’être dans un lieu où je pouvais faire des choses, donc  ça m’a donné l’idée d’organiser des soirées de poésie. Je faisais venir soit les poètes dont je connaissais l’œuvre, soit que je découvrais. Ça m’a permis de découvrir de la poésie en plus de celle que je connaissais déjà et de faire découvrir celle que j’aimais personnellement. Dans un deuxième temps, j’ai aussi organisé des soirées pour faire découvrir des chanteurs. La Sorbonne m’a toujours laissé carte blanche pour toutes mes fantaisies.

Tu allies aussi ces deux arts, la poésie et la chanson.

Pour moi, ce n’est pas la même chose, la poésie et la chanson, mais ce sont deux éléments qui peuvent faire une rencontre.

affiche-2012.jpgBon, parlons donc du Festival Déc’Ouvrir de Concèze qui mêle la chanson et la poésie.

J’invite des chanteurs et des poètes. Parfois, il y en a qui pensent que c’est un festival de poésies chantées. Pas du tout. Ce n’est pas non plus un festival de spectacles poétiques. L’idée c’est de faire venir des poètes qui disent leurs textes et de faire venir des chanteurs qui chantent leurs chansons, tout simplement. Le tout dans un esprit de diversité et de variété.

Il y a des artistes confirmés et d’autres, à découvrir…

Oui, par exemple dans le programme 2013, qui n’est d’ailleurs pas encore dévoilé, il y a aussi bien quelqu’un comme Francesca Solleville ou comme Jil Caplan. Chacune est une sorte de tête d’affiche, mais dans des réseaux totalement différents. Il est vrai qu’avoir des gens un peu connu permet d’avoir un peu plus de visibilité, d’émissions plus longues, mais ce n’est pas la raison principale. Ce sont des gens qui ont du talent, c’est tout. Je suis certain que je pourrais faire fonctionner ce festival sans artistes connus parce que les gens qui viennent sont des gens qui ont compris le concept. Les médias locaux suivent énormément cet évènement, je n’ai aucun problème.

Parlons du Prix Georges Moustaki que tu as créé avec Thierry Cadet. Je trouve que25020_519861951366635_952122248_n.jpg c’est un prix formidable. Pourquoi avoir choisi cet artiste et pas un Brel, Ferré ou Brassens ? Vous en vouliez un vivant ?

(Notez que cette interview a été réalisée avant le décès de Georges Moustaki.)

On ne voulait pas forcément quelqu’un de vivant, on voulait quelqu’un qui ait un lien avec l’indépendance. On a estimé que s’il y avait quelqu’un dans le monde de la chanson absolument incontesté et qui avait un esprit d’indépendance et de liberté, c’est bien Georges Moustaki. On a espéré qu’il accepte de donner au prix et il a accepté tout de suite.

Thierry Cadet et toi êtes allés le voir ?

Oui.  Il nous a dit quelque chose de très beau : « Vous voyez, la maladie aura eu au moins un avantage, elle aura été l’occasion de travailler ensemble ». Il en a parlé aussi à Jean-Pierre Pasqualini dans le magazine Platine. Ça nous a touchés parce que c’est quand même Moustaki et surtout, ça montre l’humilité et la grandeur du bonhomme.

Le prix Georges Moustaki commence à prendre de l’importance…

Oui, ça évolue, c’est bien. Ce qu’il nous faut maintenant, c’est trouver des financements parce que les seuls que nous ayons, c’est l’Université Paris Sorbonne. C’est elle qui la finance et l’ensemble des soirées que j’organise d’ailleurs. C’est mon association en réalité qui distribue une somme pour le Prix Georges Moustaki. Il nous faut trouver d’urgence d’autres moyens.

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Je ne comprends pas que la presse, les médias en général,  ne couvre pas plus l’évènement.

On a beaucoup d’annonces, de reportages et de retours de la soirée sur internet. Au niveau des médias classiques, on a eu une belle annonce dans L’express. Le magazine Platine aussi joue le jeu. Disons que ça prend progressivement. Ce prix se développe petit à petit. En tout cas, les artistes qui ont le prix le mettent très en avant. Pour eux, c’est un gage de qualité. Et puis, les programmateurs, les tourneurs et les responsables de festivals sont très attentifs à ce qu’il se passe chez nous. Ce prix commence à compter.

Avec comme président du jury, cette année, Alexis HK… la classe !

Oui, on fait très attention à qui préside. La première année, on a eu Arnold Turboust, l’année dernière Jeanne Cherhal et Enzo Enzo. On choisit des gens qui adhèrent à l’esprit du prix.

31471_560326910658533_512083142_n.jpgAbordons ton recueil de poèmes qui vient de sortir, Les années aperçues. Ton amour de la poésie est arrivé par quel biais ?

L’un de mes tout premiers livres, c’était une anthologie de poésies du Cherche-Midi. Quand j’étais gosse, j’étais fasciné par la rue du Cherche-Midi. C’est amusant parce que cette anthologie a été réalisée par le grand poète Jean Orizet et aujourd’hui, je fais partie d’anthologie qu’il a réalisée. Il ne sait pas que c’est un peu grâce à lui que j’ai découvert la poésie. Il faudra que je lui dise un jour.

Tu as à ton actif, 11 recueils de poèmes.  Tu fais partie d’une nouvelle génération de poètes qui devient importante.

Disons que je suis dans pas mal d’anthologies et que l’on me prend au sérieux dans cet univers. Après, c’est un petit monde.

Je trouve qu’être considéré comme poète, c’est énorme. Tu arrives à te considérer comme tel ?

C’est quoi être poète ? Il y a des tas de gens qui écrivent de la poésie, je le sais bien. Après, il y a la nature de ce que tu écris et « le statut de poète ».  J’imagine que quand on commence à être publié, on peut dire qu’on est poète.

Être poète au 21e siècle, ça représente quoi ?

Le poète dans la société est absolument mis sur un piédestal, mais parfaitement ignoré. La poésie est considérée comme un truc qui ne se vend pas, elle existe très peu dans les médias, beaucoup de libraires n’en vendent pas… donc, ce statut de « poète » n’est pas particulièrement enviable. Souvent quand je vais dans des lycées, les lycéens sont étonnés de me voir parce qu’ils pensent que tous les poètes sont morts. Il y a certes plein d’enseignants qui mettent en avant la poésie d’aujourd’hui, mais pour la plupart, ils sont obligés de mettre en avant les poètes incontournables. Le programme scolaire veut ça. On apprend la poésie jusqu’à la moitié du 20e siècle. Beaucoup de jeunes pensent que la poésie d’aujourd’hui n’existe pas.

Je te l’ai dit récemment, je ne connais pas grand-chose à cet art littéraire. Ce n’est pas dans ma culture, mais j’ai curieusement beaucoup apprécié ton style à toi. Ta façon de jouer avec les mots m’a finalement transporté et ton rythme aussi.

Ça me fait plaisir ce que tu me dis parce que la poésie, pour moi, c’est d’abord du rythme. Du rythme qui doit tenir dans les mots. Et c’est aussi ce que les mots vont te faire au-delà du sens. La poésie qui n’a que du sens, ça devient de la narration et ça peut devenir rapidement de la prose coupée en morceaux. Moi, j’appelle la poésie, la chair des mots. Léo ferré disait : « les poètes qui comptent sur leur doigt pour avoir leur nombre de syllabes, ce ne sont pas des poètes, ce sont des dactylographes ». Pour résumé, la poésie, c’est le rythme, la suggestion et la sensation.

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Tu aimes jouer tes poèmes. Tu fais des lectures, des récitals à partir d’eux. Pour la sortie de Les années aperçues, tu as organisé une soirée étonnante.

Je lisais mes poèmes accompagnés d’un septet, l’ensemble Déc’Ouvrir qui est né à mon festival de Concèze, et mes lectures étaient entrecoupées de chanteurs qui ont fait deux titres chacun.

Quand on sort un recueil de poésie, faut-il nécessairement des liens entre chaque poème ?

Il faut au moins une cohérence dans chaque recueil, mais en réalité, elle se fait dans chaque recueil par l’atmosphère qui s’en dégage et, car ces poèmes ont tous été écrits dans la même période. Par contre, ce serait difficile d’écrire un recueil de poèmes avec une thématique, ça ferait trop exercice de style.

Comment t’arrive un poème ? Tu sais l’expliquer ?

Il arrive de façon bizarre. J’ai un vers qui arrive dans la tête, il peut arriver n’importe quand, là pendant que je te parle par exemple.

Que fais-tu dans ce cas-là. Tu interromps l’interview et tu le notes ?

Je m’arrête de te parler et je le note sur un papier.

Ah oui ! Tu interromps l’interview, carrément ! Sacrilège !

Qu’est-ce qui serait plus grave ? Interrompre l’interview ou perdre le poème ?

Bon, d’accord, je ne lutte pas.

Si tu veux, je peux écrire le poème tout en te parlant. (Rires)

images.jpgTu aimes qui dans la poésie française ?

Quand on parle des poètes contemporains, les gens ne les connaissent pas. Dans les classiques, j’en ai au moins deux : Rimbaud et Apollinaire. Rimbaud parce qu’il a transformé la langue poétique et qu’à partir de lui, la règle n’est plus un absolu. La poésie peut désormais être libre et aller dans tous les sens. Si elle s’impose une règle, elle se l’impose pour le fond. Ce n’est pas la forme qui précède le fond, c’est le fond qui précède la forme. C’est un changement énorme par rapport à ce qui avait pu se faire en partie avant.

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Pour le rythme. C’est un des premiers à ne pas avoir mis de ponctuations dans ses poèmes. Mon écriture, instinctivement, me vient de la même façon que lui. Je n’ai pas de ponctuations à la fin de mes vers. Andrée Chédid, que tu connais, avait dit dans une émission, Le cercle de minuit, dans laquelle j’étais aussi invité, que ma poésie était limpide et profonde. Tant mieux si c’est ça. J’espère en tout cas.

Tu as commencé à 17 ans. Tu étais considéré comme le plus jeune poète de France.

Oui et je connaissais le plus vieux poète qui était Pierre Béarn. On a fêté ses 100 ans à la Sorbonne. Il est mort à 102 ans. Bon, aujourd’hui, je ne suis plus le plus jeune, évidemment. C’est dur de constater que l’on vieillit.

Tu organises aussi le concours Poésie en liberté.

On m’a proposé d’en être le directeur artistique il y a 3 ans parce que les gens qui s’en occupaient savaient que j’organisais beaucoup de choses.

Que fais-tu en ce moment ?

Ma thèse sur "la poésie et la chanson". Elle va être publiée aux éditions de l’Amandier l’année prochaine. Ça devrait s’appeler Le mot et la note, mais je n’en suis pas encore sûr. Il y a aussi un livre qui devrait paraître dans une maison d’édition de Corrèze sur les paysages. Ce sera un certain nombre de mes poèmes autour des lieux et des paysages que je vais appeler Les choses qui changent.

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23 mai 2013

Grégoire Delacourt : interview pour La première chose qu'on regarde

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(photo : Benjamin Decoin)

Grégoire Delacourt est mon invité du jour. Avant de lire l’interview qu’il m’a accordée, voici ma chronique à propos du livre pour lequel il me reçoit, La première chose qu'on regarde, publié dans Le magazine des espaces culturels Leclerc daté du mois de mars 2013.

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Avec Grégoire Delacourt, nous avons des amis communs, ce qui a facilité notre approche mutuelle. Cela étant, l’homme et disert et sympathique naturellement. Le 25 avril dernier, ce fils de pub m'a reçu dans la salle de réunion de son agence Quelle belle journée.

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DSC07517.JPGInterview :

C’est le livre d’après un succès qui est le plus difficile à écrire ?

Non, chaque livre est dur. Chacun est un premier livre. Mais, de toute façon, est-ce qu’un premier livre, c’est vraiment un premier livre ? On porte beaucoup de choses en soi avant de publier un premier livre. On a tous écrit des histoires dans la tête. Pour répondre plus précisément à votre question, il paraît que c’est de sortir un deuxième livre qui est compliqué. Parce que, de mémoire, il y a un romancier sur deux qui n’écrit pas de deuxième. Il y a une grosse déperdition. La liste de mes envies, le livre qui m’a fait remarquer, était mon deuxième livre. J’ai eu de la chance.

Mais, vous aviez écrit des romans non publiés avant votre premier livre, L’écrivain de la famille ?

Non, mais j’ai écrit un long métrage que j’ai même réalisé, Préférence.  Il réunissait Annie Girardot, Anna Galliena et Jean-Marc Barr. Il est sorti en salle en juin 1997, mais il n’a pas marché. J’avais aussi essayé d’écrire une pièce de théâtre parce que je suis fan de Beckett, Vian et de théâtre en général, mais c’est resté dans mon tiroir parce que j’ai considéré que les dialogues étaient un cauchemar à faire.


Préférence - Bande annonce FR par _Caprice_

La première chose qu’on regarde est un roman sur l’apparence. Sur comment on est jugé plus par son physique que par son âme.

Les gens beaux souffrent. Ils attirent les belles et les moins belles pour les raisons qui ne sont pas les meilleures. Tout le monde en veut un bout.

sipa_00641472_000051.jpegMais, le succès rend beau, aussi. Faisons le parallèle avec vous et avec votre notoriété soudaine… le regard des autres a changé sur vous.

Un peu, mais moi, je ne change pas. Je suis un homme simple. Mais, vous savez, un écrivain est caché derrière son livre. On produit quelque chose et on peut rester dans l’ombre tant qu’on le souhaite. Il y a d’ailleurs des écrivains qui ont décidé d’être cachés à jamais. On ne met pas en scène nous-mêmes notre physique, notre éloquence, comme un acteur, un chanteur, un présentateur à la télé. C’est vrai qu’un peu de notoriété fait qu’il y a une collusion entre le livre, la notoriété et l’auteur. On confond ce qui est écrit et celui qui écrit. Moi, je n’en suis pas beaucoup victime. Récemment, j’ai eu un prix donné par des lycéens à Arcachon, une jeune fille de 14 ans est venue vers moi pour me demander l’adresse de Guillaume Musso. On n’est pas encore dans la même catégorie (sourire). Mais, en gros, on est assez protégé quand on est écrivain. On ne nous emmerde pas dans la rue, on ne nous demande pas de dédicaces ou de faire des photos. Ça, c’est juste dans les salons du livre ou en dédicace en librairie. Dans la vie « normale », il y a quelque chose de distant.

Mais vous, vous portez un regard très distancié sur tout ça.

Tout retombe assez vite, il ne faut pas déconner. Notre notoriété est liée à l’actualité du livre, je ne me fais aucune illusion. Moi, je refuse toute télé ou radio qui ne concerne pas le livre. On m’a demandé de participer à telle manifestation ou faire acte de présence pour telle ou telle cause, ce n’est pas mon boulot. J’ai un travail, j’ai une famille, j’écris des livres et je tente de ne pas sortir de ça.

Quand on fait la démarche de mettre des barrières, ça veut dire que l’on sait qu’il faut s’en mettre.

Oui, vous avez raison. À ce propos, j’ai fermé ma page Facebook. On me demandait trop de choses. Trop de monde, parce que je suis plutôt sympa, me sollicitait dans tous les sens. J’ai reçu des textes, des demandes d’aides pour être publié... Ça prenait beaucoup trop de mon temps. Une des raisons qui m’a incité à quitter ce réseau, je vais vous dire franchement, c’est qu’il y a un « ami Facebook », récemment, qui a su que j’avais signé mes livres pas loin de là où il habitait. Je ne lui ai pas signalé ma venue. J’ai reçu un message dans laquelle cette personne m’engueulait parce que je ne l’avais pas prévenu et qu’il ne comprenait pas parce que nous étions « amis ». La collusion entre le réel et le virtuel m’a frappé à ce moment-là. C’est compliqué de ne froisser personne. J’ai donc arrêté Facebook un peu radicalement, il est vrai.

Revenons au livre. La première chose qu’on regarde est un roman sur l’apparence. CeLe%20miroir%20%E0%20deux%20faces.jpeg thème vous travaille-t-il ?

Il travaille l’époque. Il travaille toute une génération de gamines. J’ai trois filles, je sais de quoi je parle. Quand je lis qu’une fille sur deux envisage une intervention chirurgicale, je trouve ça terrifiant. Est-ce qu’elles ne s’aiment pas comme elles sont, est-ce qu’elles sont contraintes par les magazines, par la télé, par les romanciers, par la culture d’aujourd’hui d’être un modèle qui ressemble a quelque chose de formaté ? Ça me fait froid dans le dos. Ça me fait froid dans le dos comme quand j’ai vu au cinéma Le miroir à deux faces d’André Cayatte avec Bourvil, Michèle Morgan et Gérard Oury. Je suis dans la pub, je vois les choses. On crée des normes. C’est terrifiant de voir Jeanne Fonda qui doit avoir 125 ans qui prétend être jeune pour toujours. Non, on peut vieillir joliment. On peut-être une vieille belle dame. On n’est pas obligé de se lisser.

Ce livre évoque aussi la fascination qu’on a pour les « people ».

Les journaux « people » font des milliards de chiffre d’affaires. Les gens s’intéressent plus à la vie des gens de papier, des gens inaccessibles, plutôt qu’à leur voisin. Tout ça était présent dans mon esprit et un jour, c’est ressorti en roman.

scarlett-johansson.jpgJeanine, le sosie de Scarlett Johansson, vit très mal cette ressemblance.

Elle est prise pour quelqu’un d’autre de trop belle. On peut être pris pour ce qu’on n’est pas et c’est très dur. Je pense qu’il y a beaucoup de douleur chez les filles trop jolies, comme beaucoup de mépris chez les filles au physique ingrat. Je crois que tout le monde est déstabilisé quand il est pris pour quelqu’un d’autre que soi. Le physique est la clef d’entrée dans le monde. Quand la clef est faussée, on n’ouvre pas facilement les portes…

Arthur Dreyfuss n’est pas très attirant et cette bombe sexuelle tombe amoureuse de lui.  Vous n’avez pas eu peur de ne pas être crédible ?

La magie, c’est quand ça marche. Quand on referme un livre et qu’on se dit que tout est vrai. Je vous l’accorde, je n’y suis pas allé en finesse. J’ai décrit Arthur en caleçon avec son marcel quand il a ouvert à Scarlett. Déjà, cette scène ne devrait pas marcher. Ce qui est beau dans le travail d’un romancier, c’est de se dire que ça va marcher. J’ai aimé le vertige, la sensation d’être toujours en équilibre. Si cette histoire est incroyable, elle peut être vraie. J’ai reçu du courrier de lectrices qui me félicitent de comprendre la difficulté d’aimer, d’être aimé, et de comprendre et expliquer les problèmes liés à l’apparence.

Ça vous amuse que chaque roman soit interprété diversement par tel ou tel lecteur.

Oui. Parfois, c’est même troublant. Pour ce livre, un vieux monsieur est venu me demander dans un salon du livre, s’il y avait une lecture christique et chrétienne. L’action de mon roman se situe pendant 6 jours. Il pensait que je donnais une nouvelle version d’Adam et Ève. Arthur et Jeanine sont à la recherche de l’amour originel. Ils se dépouillent de toutes les apparences pour arriver à l’amour absolu. Cet amour est impossible et il est déjà perdu. J’ai regardé ce monsieur et je lui ai dit qu’il avait raison. C’était une interprétation possible parce que je voulais raconter la naissance de l’amour.

6a00d8345167db69e2017744b2ca8f970d-250wi.jpgVous faites beaucoup référence à Jean Follain.

J’aimerais qu’on vende du Follain. C’est de toute beauté ce qu’il a écrit. Je cite des extraits d’Exister et Usage du temps. À 18 ans, je lisais beaucoup de poésies. J’avais acheté une collection de poésie chez Gallimard, ils me sont tous tombés des mains, sauf Jean Follain qui est resté et qui a traversé un demi-siècle avec moi. Quand je voulais qu’Arthur rencontre  les mots, j’ai mis le bouquin de Follain que j’adorais. J’ai toujours mis un livre dans mes livres. Dans La liste de mes envies, c’était, Que moi joie demeure de Jean Giono.

Vous dites que les livres vous ont un peu sauvé la vie. Expliquez-moi…

J’étais en pension très tôt, et à des moments les plus noirs, les plus durs de l’enfance, c’est vrai qu’un livre a ouvert des portes, des coins de ciel bleu. J’ai compris en lisant qu’il y avait des situations pires que celles que je vivais.

Vos livres donnent de la joie à vos lecteurs, alors qu’ils se terminent toujours mal.

On ma rangé un peu vite dans les « feel good books » (des écrivains positifs). C’est du foutage de gueule. Ça me fait rire parce que dans La liste de mes envies, l’héroïne laisse crever son mec comme une merde. Elle part sans un mot. Elle est brisée cette pauvre femme avec ses millions. Je pense qu’en littérature, le bonheur, c’est emmerdant. Le bonheur, c’est bien que dans nous vies à nous, en fiction, on s’en fout. Le bonheur ne peut d’ailleurs pas s’écrire.

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envies.jpgVous décortiquez l’âme humaine dans tout ce qu’elle a de beau et dans ce qu’elle a de laid.

Oui, j’aime bien ça. Dans La liste de mes envies, c’est un truc de scientifique. Je prends une famille, quatre personnes, une maison. Je fous une bombe dedans qui s’appelle « 18 millions ». Et moi, comme un sadique, je regarde ce qu’il se passe… tout ce que ça détruit. Dans La première chose qu’on regarde, je mets deux personnes : la plus belle fille du monde et un mec banal qui aime les belles filles. Ils vont détruire tout ce qui n’est pas eux. Avec ce livre, j’avais envie de raconter une histoire d’amour pour des gens plus jeunes. Je trouve que les gamins ne lisent pas assez. Ma fille de 17 ans à lu ce livre et elle l’a trouvé très beau, très romantique. Elle m’a dit : « ton livre il est terrible, parce qu’il me fait grandir et parce qu’il m’apprend qu’on est condamné à tout perdre… et que l’on va toujours, toujours perdre ». Donc il faut accepter la perte.

Mais, j’ai remarqué que vous mettiez en avant que, dans la vie, de toute manière, on est condamné à tout perdre.

Grandir, c’est accepté de tout perdre. On perd l’amour, la santé, les rêves, les illusions et finalement la vie. Dans tous mes livres, je le remarque comme vous aujourd’hui, c’est l’idée de la perte qui m’obsède. Dans les livres, je préviens que, de toute manière, ça va mal finir. Mais avec humour et tendresse.

C’est quoi écrire un livre pour vous?

C’est une arme géniale. On peut faire du bien ou du mal. C’est bien de faire du bien, je trouve. Un livre, c’est parfois un cadeau que l’on fait aux gens. C’est extraordinaire, on fait ce qu’on veut. Il n’y a pas de patron ? Tous les jours, moi, dans la pub, il y a des clients qui me disent, « plus gros le logo » « plus petit le titre », « l’image plus souriante », « plus gourmande la moutarde »… là, dans l’exercice de l’écriture de roman, je fais ce que je veux. 

Ce qui est bien, c’est que vous n’écrivez pas pour gagner de l’argent puisque vous êtes à 276938_l-ecrivain-de-la-famille-de-gregoire-delacourt.jpgla tête de votre propre agence de publicité. Du coup, vous n’avez aucune pression.

Si on écrit pour gagner de l’argent, je pense qu’on commence à écrire moins bien. Il ne faut pas qu’il y ait un côté intéressé. L’écriture doit être un désintéressement et un plaisir absolu. On écrit pour être lu, par pour gagner sa vie. D’abord, économiquement, on ne peut pas gagner d’argent avec un bouquin. Ça ne se vend pas, faut arrêter le mythe. Si on fait 10 000, c’est un best seller quoi ! Avec mon premier livre, L’écrivain de la famille, j’ai fait 20 000 exemplaires et 70 000 en poche pour le moment. C’est formidable. Vous vendez 20 000 exemplaires vous gagnez 30 000 euros. 30 000 euros pour 3 ans de travail, ça ramène à 800 euros par mois. L’écriture, c’est un vrai besoin d’amour, d’altruisme, c’est une façon de se faire plaisir et de faire plaisir aux autres. Après, si on gagne plus tant mieux. Avec La liste de mes envies, je vais gagner un peu de sous, je vous l’avoue. Les ventes en France et à l’étranger sont considérables. Mais, je n’aurais jamais l’arrogance d’arrêter mon travail dans la pub. Ça voudrait dire que je suis sûr d’en vendre à chaque fois autant que La liste de mes envies, ce qui est impossible.

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19 mai 2013

Lena Ka et Cédric Barré : interview pour le single Nos Amor

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La chaine du cœur avec Lena Ka, est une nouvelle association créée pour venir en aide aux orphelins du Cap-Vert. Elle est portée par la chanteuse Lena Ka, dans le but de les approvisionner en cartons remplis de fournitures scolaires et autres produits d’hygiène. Pour parler de ce « projet » (qui n’en ai plus un puisqu’il est déjà en route), deux invités pour le prix d’un. Lena Ka, elle-même et Cédric Barré qui a « produit » le single « Nos amor » (composée par l'excellentissime Cyril Paulus qu'il va bien falloir que je mandorise un jour, nom de Zeus!) dont les bénéfices de la vente reviendront à l’opération sus citée.

Le 22 mars dernier, ils sont venus à l’agence pour évoquer leur collaboration commune, mais aussi leur carrière respective… et l’industrie du disque. C'était d'ailleurs la première fois qu'il se rencontrait physiquement.

182531_375428992561752_909681635_n.jpgLena Ka :

Lena Ka démarre sa carrière de chanteuse à dix-huit ans, en entrant au Studio des Variétés, pour y suivre des cours de chant classique. Puis elle se forme aux Ateliers de la Chanson de Paris, aujourd’hui La Manufacture Chanson, durant deux années. Parallèlement à cette formation, elle commence à être engagée comme choriste et effectue son premier passage télé au Hit Machine d’M6, en 1995. Elle intègre deux orchestres et remplace une chanteuse dont la carrière décolle … une certaine Hélène Segara.

Après avoir rencontré les producteurs de Lââm, elle leur fait écouter sa version de « Tous les cris les SOS » de Daniel Balavoine, réarrangée dans un esprit pop acoustique, comme elle affectionne. C’est le début d’une nouvelle aventure musicale… Les producteurs craquent pour sa version, le single sort en mars 1999 et entre très rapidement dans le classement des meilleures ventes.

 "Tous les cris, les SOS" par Lena Ka (+interview de Thierry Cadet sur Télé Melody).

Lena compose les chansons de son premier album depuis un certain temps, mais ce n’est qu’en 2002 que celui-ci sort, chez Warner, après le lancement fracassant du duo avec Umberto Tozzi, « Ti amo ». Entre les mots comporte plusieurs singles, les deux reprises, mais également « Sur mon épaule » que Lena a composé, ou « Aussi loin que tes rêves », qu’elle a adaptée en français pour le dessin animé Atlantide l’empire perdu et les Studios Disney.

Lena réussit à trouver le temps de composer pour Pauline et … Johnny Hallyday !

En mars 2010, Lena sort son deuxième album en autoproduction, avec le soutien de la Sacem Cinquième saison.

487641_4156746591789_1820349248_n.jpgCédric Barré :

Auteur, compositeur, interprète et producteur, Cédric Barré sort son premier album Ether en 2003, en autoproduction et enregistré en solo. Le disque sera très vite remarqué et remportera le 1er prix régional du tremplin Universal et 3e prix national. L’album est également coup de cœur SACEM.
Ce sera l’occasion de faire ses armes sur scène avec des premières parties pour Jeanne Cherhal, Yves Duteil, Chamfort et d’être sélectionné pour la finale de la Rose d’or à l’Olympia…

En 2006 il participe aux prestigieuses rencontres d’Astaffort en compagnie de Francis Cabrel, Mickaël Jones ou encore Sanseverino et sort son deuxième album La ronde. Il écrit pour d’autres artistes et crée en 2007 avec Thierry Cadet le collectif des Marguerites contre Alzheimer avec 26 artistes pour qui il écrit l’hymne « J’y étais pas », au profit de France Alzheimer.
Pendant cette période il réalise un projet instrumental et expérimental autour du Marquis de Sade, Donatien qui paraît en 2012.

2013 voit naître le dernier E.P 4 titres, On m’a dit réalisé par Usmar dans un univers plus pop et actuel qui marque de nouveau une évolution dans sa carrière en prévision de son nouvel album.

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598740_10200238761786545_1605169513_n.jpgInterview :

Lena, parle-nous du projet Opération Cap Vert.

Lena : J’ai une copine au Cap-Vert, Amelia. Je lui demande quand je peux venir la rejoindre. Quelques jours après sa réponse, me voilà embarquée dans l' "opération Cap-Vert": une collecte de fournitures scolaires, vêtements, jouets et produits d'hygiène pour le cabinet d’action sociale de Mindelo, qui s'occupe de nombreux orphelins de l'île.

Connaissais-tu l'immense pauvreté de ce pays ?

Lena : Non. De cet ensemble d'îles, je ne connaissais que la voix de Cesaria. En un mois, une grande chaîne d'entraide et de générosité s’est mise en place. Au total, une trentaine de cartons m’ont été envoyés de partout en France et de pays limitrophes. Après neuf mois de recherche d’un transporteur franco-capverdien, et grâce à Teofilo Chantre ainsi qu’à Julia Sarr, j’ai pu contacter le directeur du label de Cesaria, qui lui même m’a mise en contact avec son transporteur. Le 23 décembre dernier, après plusieurs démarches auprès du consulat cap-verdien en France, ainsi qu’auprès de la douane de Mindelo, les cartons ont enfin pu être distribués aux enfants, juste avant Noël …

Grâce à ce soutien matériel et financier, tu as pu monter l’association “La chaîne du Cœur avec Lena Ka”.

Lena : Grâce aux donateurs, des enfants et adolescents ont un peu plus pour écrire, s’habiller, se laver et jouer.

"Nos amore", nouveau single de Lena Ka avec la participation de Teofilo Chantre. Les bénéfices des ventes de ce disque seront reversés à l'association "La chaîne du coeur avec Lena Ka" au profit des enfants du Cap-Vert.

Cette aventure aussi spontanée qu'inattendue t’a naturellement amenée à enregistrer une chanson-hommage à Cesaria Evora, “Nos amor”, avec la participation exceptionnelle d’un autre immense artiste cap-verdien, Teofilo Chantre.

Lena : Cette chanson composée  par Cyril Paulus, écrite par Hans Stoiber, arrangée par Franck Perrolle et enregistrée par Valentin Devaux est sortie en avril 2013 sur le label de Cédric Barré, Midi 52.

Cédric : J’ai tout de suite adhéré à ce projet et j’ai décidé de produire cette chanson. Lena avait déjà enregistré la version acoustique avec Cyril. J’ai trouvé cette musique très « musique du monde » et très ensoleillé. J’ai contacté Léna, elle m’a dit OK ! On est parti sur le fait que tout le monde serait bénévole sur le projet. Je le sors sur mon label, mais je ne tire aucun bénéfice sur cette chanson. L’idée était qu’il y ait une ligne directrice et un fil conducteur à tout ça et que ça ne s’éparpille pas dans tous les sens. Mon rôle était de réunir tout le monde dans la bulle et de faire avancer le projet. J’ai demandé au guitariste Franck Perrolle de nous rejoindre pour avoir une version plus « arrangée ». Puis la photographe et réalisatrice de clip, Sand Mulas, est venue aussi. C’est un projet de pote qui s’est créé autour de cette chanson, finalement. Du coup, on est tous motivés de la même façon pour que ça vive aussi et que ça aille le plus loin possible.

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Lena Ka et Teofilo Chantre.

Vous vendez la chanson uniquement sur internet.

Cédric : Au prix où nous vendons la chanson, 5 euros, il vaut mieux. Sur 5 euros, on va verser à l’association 3 euros. Ne pas passer par un distributeur permet de supprimer les frais de grossiste, de distribution et de retour. On compte sur le soutien des internautes pour se mobiliser, vendre ce titre autour d’eux, en devenir les ambassadeurs. Il faut qu’ils y croient autant que les artistes. Symboliquement, on veut remettre un beau chèque à la fin.

lena-ka-cinquieme-saison-album-inedit-2010-897054554_ML.jpgParlons à présent de vos carrières respectives. Lena, ton dernier album Cinquième saison est en vente aussi sur internet.

Lena : Après ma rupture de contrat avec Warner, j’ai arrêté de faire de la musique quelque temps. Je n’avais plus envie. J’étais un peu écœurée par le système, très franchement. Bon, je ne peux pas me passer de la musique, j’y suis donc revenue. J’ai eu envie de faire mon truc un peu toute seule, de façon artisanale, mais avec l’aide de la SACEM. J’ai fait un album qui me plait en prenant mon temps, sans aucune pression. Maintenant que j’ai pris du recul par rapport à ce système, j’ai beaucoup d’admiration envers les artistes qui tracent et qui continuent malgré l’énorme pression du métier. Il faut être vraiment armé psychologiquement.


Lena Ka / Comme un dix septembre / Clip officiel réalisé par Sand Mulas par chartsinfrance.

Mais tu continues la scène ?

Lena : Oui, régulièrement. Et je donne beaucoup de cours de chant. C’est une vraie passion que j’ai. Transmettre aux autres mon savoir. Et j’essaie aussi de continuer à composer.

Je me souviens que tes deux premiers albums étaient assez sombres…

Lena : Oui, et cette chanson, « Nos amore » est solaire. En tant que Parisienne, j’ai besoin de soleil et désormais dans la musique aussi. Écrire un album entier dans l’esprit ce single, ça me plairait beaucoup.

Cédric, tu n’as jamais été dans la grosse machinerie qu’a connue Lena.cedric-barré-on-ma-dit-2013-interview.jpg

Cédric : Pour mon projet collectif Les marguerites contre Alzheimer, on était chez EMI, quand même.

Oh oui ! Pardon.

Cédric : Du coup, je me retrouve beaucoup dans ce que tu dis Léna. Dès que tu mets un doigt là dedans, c’est ton bras qui y passe complètement. Tu te fais happer. En même temps, je comprends qu’il y ait des exigences importantes pour les grosses maisons de disque. Pour mon projet solo, je n’ai connu que des labels indépendants, avec des pressions moindres, donc. L’inconvénient d’un album indépendant, c’est qu’il ne fait pas forcément le travail que nous, artistes, nous attendons. C’est frustrant de se dire qu’on a un beau projet, qu’il est prêt à vivre et qui au final, n’est pas mis en avant parce qu’il n’y a pas l’équipe et la force de frappe suffisantes pour le défendre.

Ton premier disque date de 2003, en complète autoproduction.

Cédric : Je l’avais fait pour le plaisir et aussi pour démarcher. Ça a plutôt bien fonctionné parce que ça m’a permis d’obtenir une bourse de la SACEM pour l’autoproduction, de faire quelques scènes, d’être repéré pour les rencontres d’Astaffort avec Cabrel… et j’ai fait pas mal de scènes, dont l’Olympia pour La Rose d’Or. Comme j’ai eu un petit succès d’estime, 3 ans plus tard, je me suis dit qu’il fallait que je continue. C’est là que j’ai monté mon propre label pour sortir mon deuxième album, La ronde. Il a moyennement marché d’ailleurs. Je me suis mis à écrire pour d’autres, composer, réaliser des albums et je me suis rendu compte que je m’éclatais plus en faisant tout ça. Je suis assez en retrait. Je n’aime pas trop être mis en avant. Ça m’a fait un bien fou pendant deux ans. Après, je ne sais pas. Peut-être un problème d’ego, mais ça m’a manqué. J’avais envie de refaire des choses pour moi, j’avais envie de créer des choses pour moi.

"J'y étais pas" (2007) - Les Marguerites
23 artistes indépendants s'engagent contre la maladie d'Alzheimer (avec quelques mandorisés tels que Chloé Clerc, Mickael Miro et Thierry Cadet).

307629_2222161708376_1442572_n.jpgEt c’est à ce moment que Thierry Cadet intervient.

Cédric : Il m’a contacté en 2007 pour me dire qu’il était tombé sur ma chanson « J’y étais pas » (sur l’album La ronde). Il avait perdu sa grand-mère de la maladie d’Alzheimer et il se retrouvait complètement dans ma chanson. Il avait envie de monter un collectif, on a donc fini par travailler ensemble sur un single au profit de la lutte contre la maladie d’Alzheimer. On a contacté France Alzheimer qui a dit banco, mais qui ne nous a pas du tout soutenu, c’est le moins que l’on puisse dire… On a aussi trouvé un distributeur, EMI. Du jour au lendemain, on est passé d’une fabrication artisanale de 2000 exemplaires à 15 000. Ça nous a mis une grosse pression. Aujourd’hui, je pense que les projets, il faut les laisser à leur juste mesure. On repart sur un deuxième single très bientôt et chaque année on fait un concert. On a que des artistes indépendants… Il faut garder le côté humain. Il n’y a pas que les artistes surexposés qui ont le droit de faire des choses. Les fonds permettent à des malades de partir en vacances dans une ferme pédagogique, pour garder le contact avec les animaux. C’est la raison pour laquelle il faut qu’on en vende le plus possible.

Toi aussi Léna, avec ton association, tu fais du bien à ceux qui en ont besoin. Un artiste, ça sert aussi à ça ?

Léna : Oui, un artiste a besoin de se sentir utile. A ma petite échelle, j’ai compris à quel point c’était compliqué de gérer une association caritative. Mais, le projet de Cédric ou le mien, ce qui est intéressant, c’est que l’on sait où va l’argent. Tout est clair.

Nouveau single de Cédric Barré.
Réalisé par Sand Mulas - une co-production Horscene
Textes et musique: Cédric Barré, produit et réalisé par Usmar
Copyright Midi 52 2012

Cédric, revenons à toi. Il y a un EP qui vient de sortir, « On m’a dit ».

Cédric : Après 3 ans de réflexions, avec ce disque, aujourd’hui, j’affirme là où je veux aller musicalement. En général, je faisais tout tout seul. Là, j’ai travaillé avec un producteur, Usmar, un artiste qui fait de l’electro. Cet artiste-là, je l’ai rencontré aux rencontres d’Astaffort. Il fait ce que j’ai toujours voulu faire moi-même, de l’electro et en même temps, de la chanson, le tout restant accessible. Je lui ai demandé de travailler avec moi. On est parti sur trois titres pour voir ce que ça allait donner. « On m’a dit » est pas mal diffusé en radio, sans aucune promo. On va peut-être faire un album entier l’année prochaine.

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A l'issue de l'interview, le 22 mars 2013.

(Merci à Sand Mulas pour (notamment) les deux photos des biographies de Lena Ka et Cédric Barré.)

18 mai 2013

Laurent Lamarca : interview pour Nouvelle Fraîche

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(Photo : Julien Bourgeois)

Laurent Lamarca séduit, attire. Une tête d’écorché vif et un charisme émanant un naturel, une exactitude, une vérité dans les expressions, dans les gestes et dans les attitudes. Des textes d’un réalisme troublant et un côté voyou a faire chavirer le cœur des filles. Je l’ai rencontré le 5 décembre 2012. Oui, vous avez bien lu. Il y a plus de 5 mois. Nous avions convenu avec son attaché de presse que l’interview serait publiée quand l'album le sera en physique. Je ne crois pas qu’il le soit encore, alors je décide de mettre en ligne cette mini interview. Mini interview parce qu'en 5 mois, beaucoup de propos deviennent obsolètes. Dommage...

Biographie officielle (mais largement écourtée et quelque peu modifié. Du coup, ce n'est plus la biographie officielle, mais, bon... on ne va pas chipoter) :

Laurent Lamarca propose un premier disque, façonné en home studio avec son plus fidèle acolyte Victor. Laurent Lamarca, c’est une enfance heureuse en banlieue lyonnaise, passée à construire des cabanes, s'émerveiller devant les oiseaux, apprendre la clarinette. Des après-midis dans le garage de son père musicien, transformé en home studio: c'est là que retentirent les notes de son premier groupe, formé avec cousines et sœurs. Laurent Lamarca a vécu une adolescence placée sous le signe de la musique, partagée entre les groupes de rock à guitares héritées de Noir Désir et les projets trip-hop.

293642_355940034504026_1094673388_n.jpgUn jour, un éditeur parisien lui propose d'écrire des chansons pour les autres. Laurent accepte le défi et prend le chemin de la capitale. Très vite, il décide de revenir à un projet personnel et de chanter sous son propre nom.

Il travaille avec l'auteure Helene Pince, collaboratrice de Bertrand Burgalat ou Luce. Pour soigner les arrangements, il convie son ancien acolyte Victor. Au mix, il fait appel à l'omniprésent Julien Delfaud (Revolver, Keren Ann, Phoenix). De ces rencontres naîtront Nouvelle Fraîche, un premier disque à l'écriture sensible et au vaste champ musical, qui apparait comme le trait d'union entre les projets passés du monsieur. On y passe du folk, à la chanson, de la pop à des ambiances électroniques. Si le jeune homme respire la joie, ses textes souvent bouleversent.

Le clip de "J'ai laissé derrière moi" (une chanson qui me parle terriblement).

Laurent-Lamarca.jpgInterview :

Tu as vécu dans une ambiance familiale musicale.

Mon père est musicien. Ma mère aussi, d’ailleurs. Elle joue de l’accordéon. Bref, ils sont de très gros amateurs de musique. Depuis que je suis gamin, il y a des bœufs à la maison. Mes parents étaient un peu des hippies. Les gens arrivaient sans prévenir à la maison, ils fumaient des joints, jouaient de la gratte. J’ai été élevé dans ce genre de contexte.

En ce moment, tu vis le rêve de ton père…

C’est exactement ça. Mon père est sicilien et son parcours est bizarre. Il a fait beaucoup de rock , il y a très longtemps, puis il est devenu fan de Laurent Voulzy, ensuite, il a joué de l’electro acoustique, puis de la chanson, puis de la country. Là, en ce moment, il a monté un groupe de punk.

Clip de "Kleptomane".

Au départ, tu as joué dans pas mal de groupes, à Lyon.

Oui, ça ne fait que 3 ans que je suis à Paris. J’ai joué dans des groupes comme Musicale Partition, un groupe de variété sous influence Voulzy,  XX Mariani, groupe de rock sombre et fougueux, bref, plein de choses différentes,  pas toutes de très bon gout d’ailleurs. A Lyon, j’ai eu l’impression d’être arrivé un peu au bout de la chose. XX Mariani, groupe sur lequel j’étais à fond à l’époque, a splitté un peu de la douleur. D’un coup, je me suis retrouvé sans rien et je suis monté à Paris parce que j’ai eu un plan pour pouvoir faire des chansons pour d’autres artistes.

Qui ça ?

Camélia Jordana, Luce, Ycare, par exemple. Ça m’a fait pas mal bosser et ça m’a fait du bien.

Ca donne confiance en ses talents d’auteurs, je suppose.

J’étais dans une période hyper angoissée. Ça faisait tellement longtemps que je voulais vivre de la musique, tellement longtemps que j’avais besoin d’un peu de reconnaissance, tellement longtemps que je me posais des questions sur mon intérêt à rester dans ce milieu. Travailler pour d’autres, ça m’a soulagé de cette angoisse-là.

"Taxi", version acoustique pour Le Transistor.com.

Beaucoup de gens du métier ont découvert ta voix sur les maquettes que tu enregistrais pour les autres…

Tout le monde m’entendait chanter. Mes potes, mon éditeur, des maisons de disque… et tout le monde trouvaient ma voix intéressante. De fil en aiguille, ils m’incitaient tous à travailler sérieusement pour moi. Écrire des chansons qui me correspondaient.

Du coup, ça t’a fait repartir à zéro.

C’est exactement ça. Mais, j’ai mis trois mois à me retrouver. J’ai finalement pioché dans toutes les influences que j’ai eues : rock, electro, variété…

Il est d’ailleurs impossible de dire de quel genre est ton album Nouvelle fraîche. Et j’adore le grain de ta voix.

Merci. Je trouve que je n’ai pas une grande voix et j’ai toujours été complexé par mon chant. Le seul axe que je tiens dans ce disque, ce sont les textes. Moi, je suis vraiment dans la chanson. Il me faut un texte et ensuite je fais la musique. La musique est vraiment au service du texte. Je prends un texte et je définis quels accords ou suite d’accords fonctionnent le mieux par rapport à lui. Tel style musical, telle sonorité, ça va bien coller avec, ça va bien le mettre en valeur, soit d’une manière illustrative, mais aussi sensitive… Bref, tout tourne autour des mots.

"Little Rimbaud" en acoustique pour La Bande Sonore.com à l'Atelier 154 à Paris 11e.

Les textes sont écrits pour la plupart par Hélène Pince.

Avec Hélène, on travaille d’une manière que j’adore. Elle m’envoie des textes. C’est la friche totale. Récemment, elle a battu son record. Elle m’a fait parvenir un texte qui faisait 9 pages. Je réduis, je découpe, je prends ici et là, ce que j’estime le meilleur. J’ai de la matière.

La scène est l’endroit où tu te sens le mieux…

Je n’arrête pas d’en faire. Pour mes propres concerts ou en première partie de pas mal d’artistes. La scène, c’est ce que je préfère. Tu joues devant des gens, tu te marres, tu fais parfois pleurer, il y a une relation forte qui s’instaure entre le public et toi. Si j’ai des chansons qui ne sont pas forcément très drôles, j’aime bien faire un peu d’humour entre les chansons. Je veux communiquer avec le public comme je pourrais communiquer avec des amis.

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Et si vous voulez participer à son prochain clip, c'est le moment où jamais...

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15 mai 2013

Manu : interview pour La dernière étoile

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La voix de Manu m’est familière depuis des années puisque je l’ai beaucoup écouté dans les années 90, alors qu’elle était la chanteuse du groupe Dolly (groupe rock majeur qui n’a pourtant pas aujourd’hui la reconnaissance qu’il mérite). Du coup, quand il y a 5 ans, son premier album Rendez-vous, est sorti, j’ai suivi l’évènement de près. Puis deux après, quand son DVD live est sorti, Rendez-vous à l'Elysée Montmartre, aussi (mandorisation ici). Manu sort ces jours-ci un deuxième album solo, La dernière étoile. Un passage à l’agence s’est donc imposé le 20 mars dernier pour évoquer ce disque intense, lumineux et profond.

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Emmanuelle Monet, “Manu”, c’est avant tout l’ex-chanteuse du groupe culte Dolly, un groupe largement présent dans la petite galaxie du rock français des années 1990, un groupe ayant à son actif quatre albums vendus à plus de 370 000 exemplaires et qui après dix ans de succès (on se rappelle tous de leur plus gros tube sorti en 1997 « Je n' veux pas rester sage ») s’est tragiquement interrompu par la mort du bassiste Micka en mai 2005. S'ensuivront deux années d'écriture pour Manu, en mode exutoire, ses chansons les plus personnelles, qu'elle décidera finalement de coucher sur disque avec l'aide précieuse de Nikko, son ex-compère et guitariste de Dolly, ainsi que Ben et Nirox. Ce premier album solo Rendez-Vous réalisé et mixé par Jean-François Delort et Nikko sortira le 29 septembre 2008. Un disque écoulé à plus de 10 000 exemplaires, capable d’aligner avec une facilité presque insolente des mélodies qu’on pourrait écouter jusqu’à l’usure, une sincérité parfois troublante, mais non dénuée de poésie. Manu partira alors en tournée dans toute la France, tournée qui s'achèvera en novembre 2009 par un Rendez-Vous à l'Élysée Montmartre, cd/dvd Live sorti en 2010. Après quelques dates en 2011, Manu compose à nouveau. Ce deuxième album, ce nouveau rendez-vous très attendu, s'intitule La Dernière Étoile. Réalisé par Nikko et mixé par Clive Martin, il est sorti le mois dernier.

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Manu avec son "band" : Shanka, Manu, Nirox, Ben.

Interview :

Vous retravaillez avec  les mêmes personnes que pour votre premier album solo Rendez-vous, dont Nikko.

Je le considère comme mon binôme. On se comprend sans se parler, je peux lui demander des choses  que peu de personnes comprendraient. C’est important de trouver la personne avec qui on peut travailler facilement. Je suis fan de ce qu’il fait, donc pour arranger et sublimer mes petits morceaux, je pense à lui directement.

Vous avez participé un peu plus à la réalisation de ce deuxième album, il me semble…

Nikko m’a incité à le faire seule parce qu’il n’était pas disponible au départ, il était en tournée avec Eiffel. Au départ, créer tout seule ne m’amusait pas. J’aime bien le partage dans la musique. Par obligation, j’ai dû me plier à cela, mais au final, ça m’a plu. Je suis rentrée dans les détails, j’ai fait mes petites programmations moi-même, ce que je n’avais jamais fait jusqu’à présent. Ensuite, il a revu tout ça avec ma base. J’étais rassurée dans le sens où je savais qu’il ne laisserait rien passer de médiocre.

Cet amour du partage vient aussi du fait que vous avez toujours été très entourée.

Je viens d’une expérience de groupe. Mon école s’est faite à plusieurs. Aujourd’hui, il est certain que je peaufine davantage ce que je fais. Je ne me contente pas d’acoustique/ chant, je vais chercher plus loin. 


MANU Clip "Que fais tu ?" Tekini Records (2013) par ManuOfficialTv

Rendez-vous était décrit comme un album « exutoire » après la mort tragique de Micka. Est-ce que l’album, La dernière étoile, peut être considéré comme plus serein ?

Oui, parce que je vais beaucoup mieux. Et puis, j’ai arrêté de me regarder le nombril. Pour certaines chansons, j’étais plus dans l’observation. Je prenais beaucoup de notes, donc j’avais de la matière à l’avance. Ça m’a servi pour des chansons comme « J’attends l’heure » ou « Le paradis ». Les textes sont venus assez spontanément avec la mélodie.

Je reviens sur le fait que vous vous regardiez le nombril. Vous considérez que le premier album solo était trop auto centré ?

Depuis Dolly, la plupart des thèmes que j’aborde sont toujours liés à ce que je vis et ce que je ressens.

Comme tous les autres artistes qui chantent leurs propres chansons.

Oui, mais c’est bien de se faire l’interprète de ce que l’on observe. Au bout d’un moment, moi-même, je me saoulais. J’avais l’impression de tourner en rond. Bon, en même temps, c’est aussi pour cela qu’avec mon public, on partageait les mêmes émotions. Mes doutes et mes questionnements, on les retrouve chez beaucoup de gens et eux-mêmes s’approprient les chansons par rapport à ce qu’ils vivent. Mais, j’avais quand même envie de m’ouvrir un peu et d’observer ce qu’il se passe autour de nous.

(Vous me connaissez, je suis hyper corporate... voici donc le CD'Aujourd'hui (que je n'ai pas fait) consacré à Manu).

Dans le disque, il n’y a pas beaucoup de musiciens.

Nikko a fait la quasi-totalité des instruments. Il a laissé des parties de batteries à Nirox et Ben est venu faire quelques guitares quand même. On a gardé des bouts de basse à moi et une ou deux de mes guitares.

Il y a des chansons sur la vieillesse, le temps qui passe, la jalousie, l’amour et la mort… des thèmes récurrents ?

« Que fais-tu », la chanson sur la femme qui attend son homme à la maison, ça m’a fait marrer de la faire parce que le thème de la jalousie est un thème récurrent chez moi, notamment dans les deux premiers Dolly. Aujourd’hui, je me suis assagi, je contrôle la situation, il a donc fallu que je me remette dans la peau de quelqu’un de jaloux. Je pense ne plus avoir ce problème-là.

"Je pars avant", session Noir et Blanc de Radio Néo (avec Nirox, Ben et Shanka).

Il y a deux textes de France Cartigny.

C’est une très bonne amie. Je lui ai confié deux textes parce que je n’arrivais pas bien à les faire. Je bloquais un peu. Je suis fan de ce qu’elle fait, alors j’avais toute confiance en elle.

Il y a pas mal de chansons encore un peu sombres, mais la lumière apparaît plus. C’est un album d’espoir finalement.

Je voulais qu’il soit moins plombant et plus lumineux que le premier. Il est la somme de ce que je suis en ce moment. Mon écriture correspond toujours à mon état d’esprit et mon moral du moment. Ce disque s’appelle La dernière étoile, parce qu’il réconcilie le désabusement et l’espoir.

Là, je me dirige vers un gros cliché, je le sais. Puisque tu vas mieux, ça a été plus compliqué d’écrire ?

Il est indéniable qu’on a beaucoup plus de matière quand on n’est pas bien. On peut se regarder le nombril aisément, puisqu’on est malheureux. Alors, je peux dire qu’effectivement, le processus d’écriture a été plus long. Mais, c’est aussi agréable d’écrire quand on va bien, il m’a fallu juste un déclic. Le déclic de prendre des notes par exemple. Avant, j’attendais d’avoir la musique et la mélodie. C’est ça qui m’inspirait les mots. Maintenant, je fais de la musique pour aller avec un texte. C’est une autre façon de travailler.

Vu ce que rapporte la musique actuellement, pourquoi continues-tu à faire des disques ?

Parce que je suis passionnée. Ce qui m’intéresse, c’est de progresser, d’avancer, pas de devenir riche. Je suis très lucide sur ce métier.

"Talk (about)" en live acoustique du Cargo (avec Nikko et Matt).

Je trouve qu’au bout du deuxième disque, on reconnait une « touche » Manu. Il y a une vraie continuité entre les deux albums.

J’espère. Trouver une couleur et une cohérence, c’est un peu l’objectif quand on crée.

Tu aimes bien travailler vite sur les chansons.

Oui, parce que sinon, on se perd. Je peux passer plusieurs jours sur un texte, mais si c’est plusieurs semaines, j’abandonne. Quand ça vient tout de suite, c’est tellement magique. Je travaille beaucoup à l’instinct, mais Nikko est mon garde fou qui protège tout ça.

La dernière étoile est-il un album rock ?

Oui, complètement. Même s’il y a de la pop aussi et un petit côté folk « bluegrass », le folk des Bayous, le folk poisseux (rires).

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13 mai 2013

Féfé : interview pour Le charme des premiers jours

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(Photo Jean-Marc Lubrano)

Féfé sort son très attendu deuxième album solo, Le Charme des premiers jours, la semaine prochaine (le 20 mai).  Le 22 avril dernier, je suis allé à sa rencontre dans son QG, un bar nommé Le Bidule. Avant de lire son interview, voici ma chronique publiée dans Le magazine des Espaces culturels Leclerc (daté du mois de mai 2013).

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féfé,le charme des premiers jours,interview,le magazine des espaces culturels leclerc,mandorInterview :

Cet album a été fait un peu à l’instinct. C’est la sensation qu’il donne à son écoute en tout cas.

Pour le premier album, je m’étais posé beaucoup de questions avant de faire chaque titre. C’était très difficile pour moi parce que je sortais d’un groupe. J’apprenais de nouveaux instruments et une nouvelle manière de faire des chansons. Pour celui-ci, je ne savais pas du tout où j’allais aller. Il n’y avait rien de prémédité. Juste je voulais plus de rap et plus de chansons. Y arriver à tel point qu’on ne sache plus différencier l’un de l’autre.

Je trouve que cet album est plus chanté que rapé.

Ma sœur me dit exactement le contraire. Chacun y trouve ce qu’il y trouve. Les notes sont mélangées aux flows, aux mélodies, aux chants... Je suis ravi qu’on me dise tout et son contraire. C’est ma victoire.

L’évadé du rap, ça vous convient comme appellation ?

On me voit un peu comme un électron libre. Je suis un peu fou-fou. Incontrôlable musicalement. Depuis toujours, je suis dans ma bulle. Quand j’étais dans Saïan Supa Crew, j’étais un peu plus réservé, aujourd’hui, je m’exprime complètement. Je vais là où j’ai envie d’aller sans plus me poser de questions. Je fais de la manière la plus pure et la plus simple possible.

Dans le premier titre de l’album, « Le chant d’une étoile », vous expliquez que vous allez mettre un coup de pied dans la fourmilière musicale et que vous allez casser les codes.

Je n’aime pas la panoplie, j’essaie de tout casser. Dans cet album, j’ai enfin accepté d’être musicien. Je ne suis pas un grand guitariste, mais j’ai mon doigté, la manière de faire les choses. Je fais des chansons avec tous les outils qui sont les miens et de mon époque. J’ai commencé avec le rap, j’utilise donc le sample et les autres techniques liées à ce genre, mais j’utilise aussi aujourd’hui  la composition pure. J’essaie plein de choses. Bref, je sors des limites que je m’imposais moi-même sans raison.

"Parodie" (audio).

Qu’est-ce que c’est votre culture musicale de départ ?

Elle vient de mon père. Il écoutait beaucoup tout ce qui est Motown, Stax, beaucoup de Fela, parce qu’on est du Nigeria, mais aussi du Nougaro, du Hallyday, de la country, comme Kenny Rogers. Il y a des gens qui me disent qu’ils ne sentent pas de frontière dans ma musique, mais ça vient de toutes ces années à écouter beaucoup de choses variées.

Le succès de votre premier disque aide à se sentir à l’aise avec le deuxième.

Il m’a même complètement libéré. Pour le premier, je me suis jeté dans le vide et beaucoup de monde s’est intéressé à mon travail, même des gens du milieu « urbain ». J’ai constaté que plus tu es toi, plus les gens le voient, et plus les gens t’acceptent.

Dans « La somme », vous dévoilez le Féfé papounet. Vous dites à vos enfants, « je ne suis pas parfait, mais je fais et donne le maximum pour vous ».

Je dis aussi, « ce que je vous lègue, ce ne sont pas des leçons, c’est la somme de ce que j’ai moi-même vécu, positif ou négatif et après faites en ce que vous voulez ».

Dans « Cause toujours », vous évoquez aussi la condition de l’artiste aujourd’hui.  Elle est plus difficile qu’avant…

En ce moment, en effet, c’est très compliqué. On vend moins de disques, les concerts, ça va encore, mais on sent aussi une petite baisse de fréquentation. Il faut s’accrocher. Je me demande quelle est la finalité de tout ça pour un artiste. C’est là où on va voir ceux qui font vraiment ce métier par passion et ceux qui veulent juste encaisser des chèques.

Le clip de "Le charme des premiers jours".

féfé,le charme des premiers jours,interview,le magazine des espaces culturels leclerc,mandorCet album s’appelle Le charme des premiers jours, c’est aussi le premier single. Vous parlez de la difficulté d’aimer une personne du début à très longtemps après avec la même puissance.

J’ai écrit cette chanson parce qu’autour de moi, il y avait des couples qui avaient l’air solide et qui se sont séparés. Ça m’a ramené à mon propre couple. Il y a des hauts et des bas comme dans tous les couples. Parfois, quand il y a du mou, on se demande pourquoi l’autre l’aime… il faut se battre, il n’y a jamais rien d’acquis. Au début, c’est toujours magique, il faut se battre pour que cela le reste toujours.

Dans « Ailleurs », on est en Jamaïque.

C’est du pur reggae. C’est la seule chanson dans laquelle j’ai moins cherché à mélanger les genres. Je dis dans cette chanson qu’il faut arrêter de chercher cet éternel Eden, arrêter de croire que l’herbe est plus verte à côté.

Dans « 3 Words », vous dites que vous n’avez pas de cause à brandir.

Je n’ai pas envie de rentrer dans le cliché du mec qui émet ses opinions tel un gourou dont il faut prendre le discours comme argent comptant. Je ne suis pas là non plus pour représenter telle cause ou telle cause. Je ne me sens pas assez grandiloquent pour ça. J’évoque juste des prises de tête d’un mec banal.

C’est une façon de dire « laissez-moi à ma place ! »

Ne me montez pas plus haut que je ne le suis, mais ne me descendez pas non plus. Laissez-moi à ma place, oui, c’est la bonne formule.

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Vous n’aimez pas la starification extrême de l’artiste?

Je déteste ça. En concert, par exemple, je descends dans le public pour casser l’éventuelle barrière qu’il y a entre nous. C’est une façon de dire : « Il y a de la lumière, vous me voyez, je suis exactement comme vous, sauf que moi, mon kiff, c’est faire de la musique ». En ce moment, on starifie tout et n’importe qui.  C’est symptomatique de l’époque.

J’ai l’impression qu’un artiste grandit/vieillit moins vite qu’un autre…

Personnellement, j’ai toujours cette part en moi d’enfance. Je grandis beaucoup moins vite que les gens de mon entourage. Même mes enfants me disent que je suis un gamin. Plus je grandis, moins je sais. Pourtant, j’en apprends de plus en plus…

Vous êtes fier de ce deuxième album ?

Pour quelques instants musicaux ou quelques phrases. Mais, je ne me fais pas encore rêver. Je vise des choses inatteignables pour continuer à être sur la brèche  et me pousser encore plus en avant.

La musique c’est toute votre vie ?

Oui, et en même temps, ce n’est rien. Pour moi, la musique c’est tout, et ce n’est rien du tout. Juste, quand j’arrive à divertir les gens et que les gens sont heureux, ça me rend heureux. Il faut relativiser ce métier…

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12 mai 2013

Babel : interview pour l'EP La vie est un cirque

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(Photo : Juliette Rozzonelli)

Babel, ce n’est pas un groupe de chansons, mais (comme les membres le précisent eux-mêmes), un groupe de chants-sons. Textes impressionnants et profonds et énorme place accordée aux traitements du son très actuel. Ce disque donne une pêche incroyable. C’est un de mes très gros coups de cœur de ces derniers mois.

L’aventure commence en 2011, ils s’appelaient à l’époque Babel Quartet. Leur premier album, L’Évadé sort rapidement. Le disque s’écoule à un bon millier d’exemplaires. Chemin faisant, leur répertoire se construit et de nouveaux titres naissent. L'EP, La vie est un cirque, en témoigne.

Babel, c’est Sébastien Rousselet (textes et chants), Nino Vella (claviers), Solène Comsa (violoncelle, scie musicale) et DJ Slade (platines, sampleur).

Le 14 mars dernier, de passage à Paris pour un concert au Canal 93 de Bobigny (soirée organisée par Francofans), Sébastien Rousselet et Nino Vella sont passés boire un coup avec moi dans un troquet, à côté de l’agence…

babel,la vie est un cirque,interview,mandorBiographie officielle :

En 2011 on avait sorti L’évadé. Pour s’échapper en musique dès nos débuts. On s’appelait Babel Quartet. Chant violoncelle clavier platines. On voulait lier ces 4 mondes pour en faire un 5e qui serait à nous. Mots-électro ? Word music ? Non, chant-son ! Hip-hop hop hourrah ! S’il faut une étiquette, ce sera celle-là. On passe en radio : France Inter, Fip, France Culture, etc.

En 2012 on joue dans des cuisines aux Chant’appart, on transpire au Chantier des Francos, on dresse un Cabaret sauvage à Paname et on bourlingue aux Francofolies de la Rochelle. Grosse année, gros boulot. Le son devient plus puissant, le show se peaufine en lumières et en costards, et le groupe s’appelle maintenant Babel…tout court. De nouveaux titres sont écrits.

On s’était réuni pour ne pas devenir des clones, mais on est tous des clowns. Alors en 2013 on sort La vie est un cirque.
Y a 5 titres à écouter sur ce disque. Comme un avant-goût de l’album chapiteau qui sortira de nos têtes et de nos mains en 2014.

On danse, on pleure, on se marre!
On vous avait prévenu. La vie est un cirque.

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Interview :

Comment est né Babel?

Sébastien : Nous venons tous les quatre de Maine-et-Loire. Moi, je viens d’à côté, La Mayenne. À l’origine, j’étais tout seul en guitare-voix. Un ami m’a dit que si j’avais envie d’étoffer mes chansons, de les étoffer de façon plus charnue, il pouvait me faire rencontrer les personnes adéquates. Il m’a fait rencontrer Nino, ici présent, puis les autres membres… et tout de suite, le feeling et la cohésion étaient là. Dès les premières répétitions, j’ai mis mes chansons sur la table et ils ont en fait ce qu’ils en ont voulu. J’ai aimé immédiatement. C’était la première étape avant que l’on se mette à composer ensemble. Sur l’EP La vie est un cirque, chacun a composé au moins un morceau. Le premier album, en 2011, sous le nom de Babel Quartet, L’évadé, c’était un collectif au niveau des arrangements, mais les chansons ont été  interprétées sur une base qui était la mienne. Aujourd’hui, avec ce nouvel EP, ce sont vraiment les chansons d’un groupe.

"La vie est un cirque" (clip officiel).

Nino, quand on t’a contacté pour rejoindre Sébastien, tu as accepté rapidement ?

Nino : Au début, ça m’a inquiété. J’étais étudiant quand on s’est rencontré et j’avais déjà un groupe. Je ne voulais pas vraiment m’éparpiller. Un copain musicien m’a dit qu’il jouait dans 6 groupes, alors, ça m’a incité à essayer avec Sébastien. Et c’est devenu très vite mon projet principal, le projet dans lequel j’ai eu envie de m’investir le plus.

Et toi, Sébastien, ça t’a fait bizarre de passer de guitare-voix à un groupe complet ?

Sébastien : J’avais vraiment envie de ça, mais au départ, ça défrise un peu. Moi, j’avais l’habitude d’être seul tout le temps. Quand tu écris et composes, quand tu es sur la route, tu gères tout, tu ne t’engueules avec personne, tu es ton propre dictateur, mais quand tu fais partie d’un groupe, tu dois partager les idées des uns et des autres, échanger sur tout, parlementer, c’est plus riche, mais c’est vite le bordel. Au départ, il a fallu que je m’acclimate, mais très vite, tout est devenu naturel. J’étais en demande de ça, donc, ça ne pouvait que bien se passer.

Il a fallu restructurer toutes tes chansons originelles quand le groupe s’est formé.

Sébastien : Il y avait le squelette des chansons en guitare-voix. Après, on a ajouté, élagué, modifié… c’était un travail aussi important qu’intéressant.

Même pour tes textes ?

Sébastien : Oui, on n’a rien épargné. Je t’avoue que c’est chiant d’épurer un texte, mais il fallait bien que je laisse de la place aux musiciens.

Nino : Mais souvent, tu as remarqué que c’était pour la bonne cause. On était à la recherche de l’efficacité et tes changements ont rendu « efficaces » toutes tes chansons.

"Le bal" (live 2013-La Bouche d'air - Salle Paul Fort)

babel,la vie est un cirque,interview,mandorVotre premier album, L’évadé, s’est vite fait remarquer par les professionnels de la chanson. L’année suivante, en 2012, ça a été directement une grosse année.

Sébastien : on a fait le chantier des Francos, c’était énorme pour nous. Avant, on avait fait le Chainon manquant, les Chant’appart, ce genre de réseau qui fait rayonner la chanson française.

C’est avec ce nouvel EP, La vie est un cirque, que vous avez enfin trouvé votre vrai son.

Sébastien : Tout à fait. En tout cas, on est là où on a envie d’être, mais je te garantis qu’on a envie d’aller ailleurs, plus loin encore dans l’audace. 

Vous avez l’impression d’avoir trouvé la bonne formule ?

Nino : La direction qu’on a commencé à prendre dans l’EP nous plait beaucoup, même si nous savons qu’elle est perfectible.

Sébastien : Nous garderons cette énergie qui caractérise nos chansons, ainsi que la rage qui en découle.

"J'aime bien ce qu'est vieux" (audio)

babel,la vie est un cirque,interview,mandorLes textes m’impressionnent. Ce sont des textes que j’appelle  « mine de rien ». On peut les écouter sans faire gaffe, mais si on est attentif, on découvre des couches, des sous-couches où beaucoup de choses sont dites. Du grand art !

Sébastien : Dans la chanson « J’aime bien ce qu’est vieux », par exemple, il y a un côté qui est hors compétition et aujourd’hui, on est dans le monde de la compétitivité et de la compétition. Il faut être le plus fort, il faut écraser la gueule de l’autre pour y arriver. Il faut être beau, musclé, faire 1m 80, être blond, toujours dans l’attention du regard de l’autre et dans la compet’. Pour moi les vieux, c’est comme les enfants, ils sont inutiles pour la société et ça j’aime bien.

Mais, le groupe Babel est obligé de rentrer dans une certaine compétition pour se faire connaître.

Sébastien : Iil y a un côté un peu comme ça, mais on essaie d’y échapper. Dans la compétition, il y a la notion d’arriver le premier, comme si il n’y avait pas de la place pour tout le monde. Nous, on ne se bat pas contre les autres, on est dans une logique solidaire. Même si, nous ne sommes pas encore très connus, on essaie d’aider nos potes qui le sont encore moins. Malgré tout, il faut se dépasser, communiquer pour faire connaitre le groupe. Ce n’est pas ce que nous préférons faire, mais c’est un mal nécessaire.

Nino : On préférerait passer plus de temps sur la musique, mais il y a des moments où on est obligé de le faire.

Sébastien : J’aimerais passer ce temps-là à écrire mes textes, ma musique, répéter, c’est sûr.

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Pendant l'entretien. Sébastien Rousselet et Nino Vella, le 14 mars 2013.

Il y a quelques chansons, non pas engagées, mais revendicatives… pas moralisatrices en tout cas. Ouf !

Sébastien : Entre nous, ça ferait chier tout le reste du groupe si j’avais ce langage là de moralisateur. Je pense, Nino, que tu serais le premier à me le faire remarquer. J’ai horreur qu’on me fasse la morale dans la vie, je ne vais pas la faire aux autres. Mon travail est d’abord un travail sur les mots avant d’être un travail sur les idées. Ce sont les émotions qui priment avant les réflexions. Mes chansons ne sont pas des prétextes à idées, même si j’essaie d’y mettre du sens et du son. Il est hors de question que je chante des fadaises et des conneries pour autant. Je veux qu’il y ait une profondeur.

Nino, tu es toujours d’accord avec ce qu’écrit Sébastien ?

Nino : Moi, je reviens uniquement sur l’aspect musical et rythmique… sur le sens, il n’y a jamais de source de discorde entre nous.  

Je trouve qu’il y a aussi une fraicheur qui fait du bien dans vos morceaux.

Dans mon écriture, il y a une fougue, une énergie et quelque chose de vivant, mais un fond qui peut sembler douloureux et pas toujours reluisant. Ce que j’essaie de dire dans mes textes et dans ma musique, en gros, c’est : « c’est la merde, mais ce n’est pas grave. On fait ce constat-là et on va s’en sortir. Il y a du chemin à faire, mais ce chemin-là est praticable donc on va y aller. Il y a de la lumière au bout du tunnel, vous verrez ! »

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Et concernant la musique, là, tout le monde à son mot à dire ?

Nino : Il y a beaucoup de conversations. Ça peut prendre du temps pour se mettre d’accord.

Sébastien : Comme on vient de quatre univers différents. Nino vient à l’origine du conservatoire classique et de jazz.  Nico (DJ Slade)  vient vraiment du hip-hop, il a appris lui-même, même s’il s’est perfectionné au département de musiques actuelles au conservatoire. Solène vient du classique, mais excelle en jazz rock et musique traditionnelle tibétaine. Moi, chanteur, conteur, un peu comédien, blues, un peu rock, pas mal rock même. Les quatre ensembles, ça fait un truc qui peut paraître compliqué sur le papier, mais en fait, nous créons des passerelles. Même s’il faut beaucoup discuter. C’est très riche.

Nino : Du coup, on a tous évolué dans nos goûts. On est beaucoup plus ouvert qu’avant. Tout le monde s’habitue aux styles et aux préférences des autres. Je trouve ça formidable.

Cet EP, La vie est un cirque, contient 5 titres, c’est frustrant.

Sébastien : C’est pour donner faim avant l’album. On a des chansons déjà faites, donc qui sont en cours de préparation et on va créer encore jusqu’à la fin de l’été. On va enregistrer nous-mêmes des préproductions. Après, on fera le tri dans les chansons qu’on a envie de garder pour le disque. On a envie de sortir ce deuxième album au printemps prochain.

"Au feu" (live 2012 aux Francofolies de La Rochelle).

Les titres présents sur l’EP y seront.

Sébastien : Il y a de grandes chances, mais rien n’est encore bien déterminé.

Vous testez les chansons sur scène pour voir celles qui accrochent le public ?

Nino : On les teste sur scène, déjà pour nous. On n’est pas uniquement sur le : « est-ce que ça plait aux gens » ? Est-ce que ça nous plait quand on est sur scène, comment les ressentons-nous ? Ca aussi, c’est important.

Vous avez déjà un public qui vous suit fidèlement. 

Sébastien : On sent une émulsion ? Bon, on n’est pas hyper connu sur la toile, donc on n’est pas hyper connu tout court. Aujourd’hui, les artistes existent beaucoup par le web. Mais, ce qui est certain, c’est que, quand on fait des concerts devant des gens qui ne nous connaissent pas, quel que soit l’âge, ça se passe toujours super bien.

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Bonus : "La chanson, ça fait chier", un titre en acoustique à prendre au second degré, mais pas que.

10 mai 2013

Pierre-Yves Tinguely : interview pour Codex Lethalis

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(© www.enzo-capaccio.com)

Avec Codex Lethalis, l’auteur suisse Pierre-Yves Tinguely nous embarque dans une chasse morbide/mortelle, un subtil jeu de piste dont les règles échappent totalement aux enquêteurs. Une traque mêlant plusieurs ingrédients : technologie de pointe, ésotérisme, haine et vengeance et une dose considérable de suspense qui donne un rythme soutenu au roman. Pierre-Yves Tinguely est venu le 22 mars dernier à l’agence pour parler de ce premier roman (qui ne sera assurément pas le dernier).

41stOQFc8+L._SL500_.jpg4e de couverture :

Deux agents de police en patrouille découvrent une scène effroyable : une petite famille apparemment ordinaire a été massacrée. 
Pourquoi Harold Buchanan, bon père de famille sans histoires, aurait-il tué sa fillette et sa femme avant de se supprimer ? L'autopsie révèle que sa propre mort n'est pas un suicide : son cerveau et ses globes oculaires ont comme bouilli. Un informaticien est chargé d'inspecter l'ordinateur de Buchanan : à son tour, il est pris d'une crise de folie meurtrière, et le massacre est évité de peu. D'autres scènes similaires se succèdent : des gens deviennent fous de rage et s'effondrent après avoir tenté d'anéantir tout ce qui les entoure.
Le point commun de toutes ces personnes à la fois meurtrières et victimes ? Une vidéo, huit secondes de mort vivante, diffusée sur la Toile et ouverte d'un simple clic sur leur écran.

Dans ce premier roman époustouflant, mêlant thriller et fantastique, Pierre-Yves Tinguely compose un récit démoniaque. Avec un scénario glaçant parfaitement maîtrisé, une écriture clinique et une tension sans temps mort, il impose sa propre loi, celle de la terreur aveugle et sans nom.

L'auteur :

Né en 1959, Pierre-Yves Tinguely possède la double nationalité franco-suisse. Après plusieurs années à Genève, il vit aujourd'hui à Annemasse où il poursuit sa carrière de graphiste indépendant. Amateur d'art déco, de rock des années cinquante et d'art en général, il est avant tout passionné par l'écriture à laquelle il consacre l'essentiel de ses loisirs.

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Interview :

Vous aviez écrit deux livres avant celui-ci. Non publiés.

Le premier était déjà un thriller fantastique, un peu de la veine de Codex. Le deuxième, c’est un roman tout à fait contemporain. Ces deux textes-là n’ont pas été édités parce qu’ils n’étaient parfaitement aboutis. Ca m’a quand même prouvé que j’étais capable d’écrire un livre du début à la fin et ça, ça m’a rassuré. J’ai pris un plaisir fou à les écrire, surtout le deuxième que j’ai écrit en seulement 6 semaines. C’était un immense cri du cœur et c’est une histoire pour laquelle j’ai beaucoup d’affection. Je vais surement la réécrire en vue d’une publication future.

Pourquoi écrivez-vous ce genre-là ?

La frontière qui sépare notre réalité d'un univers sombre et impalpable m'a toujours fasciné. L'intrusion de l'inexplicable dans notre monde cartographié et millimétré, comme un grain de sable dans une belle mécanique, n'a jamais cessé de faire naître en moi des histoires où l'impossible se conjugue à nos perceptions pour mieux nous en faire douter. L'interprétation du monde est devenue pour moi un terrain de jeux sur lequel vous ne devriez pas me suivre, amis lecteurs, car je ne réponds de rien, si jamais vous deviez me perdre en route.

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Codex Lethalis est le 1er volet d’une trilogie.

Oui. Le deuxième est déjà écrit. Je suis en train de réfléchir sérieusement au troisième.

Le thriller fantastique est un genre que vous avec beaucoup lu ?

J’en ai beaucoup lu, effectivement. J’ai commencé par les grands classiques, Edgard  Allen Poe, H.P Lovecraft, beaucoup de SF comme Asimov et compagnie. Mon premier roman non édité mêlait déjà enquête policière, fantastique, démon, etc…  Avec Codex, je suis revenu à mes sources littéraires de jeunesse.

Et vous êtes allé très loin…

De cette histoire de tuer quelqu’un à travers un écran d’ordinateur et de l’idée de faire cohabiter les mondes des démons et des forces obscures avec les nouvelles technologies qu’on utilise aujourd’hui, est né un enfant monstre : cette fameuse méthode dont se sert le tueur pour éliminer ses victimes.

Ce livre se lit de manière frénétique pour en connaître l’issue. Vous maîtrisez parfaitement les codes de cette littérature.

Je n’ai pas du tout cherché à mettre en place ces codes-là. De façon inconsciente, du fait que j’ai ingurgité des heures et des heures de films fantastiques, de lectures de même genre, de thrillers, de policiers. Pour finir, ça a façonné ma manière de penser par rapport à une histoire. J’écris mes histoires comme un film et d’ailleurs, beaucoup de critiques me le disent… ce livre est un film. Il y a une cohérence entre le moment du travail de l’écriture et ce que je reçois après. Je n’étais donc pas l’erreur lors de l’écriture.

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(© www.enzo-capaccio.com)

Vous vous amusez à écrire ce genre d’histoire ?

Je prends un pied d’enfer. C’est du boulot considérable, mais sur le fond, c’est très très jouissif. Avoir une idée, voir la scène dans son imagination et déterminer comment je vais la décrire. J’adore cette procédure-là. Je deviens presque un metteur en scène. Je mets la lumière ici, la caméra là, le mec il va rentrer de ce côté, ça va faire une super scène avec une image incroyable.

Il y a des scènes extrêmement  violentes, à la limite de l’insoutenable. Vous n’avez jamais eu peur d’aller trop loin ?

Aussi insoutenable qu’elle soit, la violence, si elle est « justifiée », plus dans la forme que dans le fond par rapport à la cohérence de l’histoire elle-même et de la déviance du tueur, elle peut être extrêmement dure et choquante. Dans Codex, elle n’est jamais dans le cadre d’une scène gore, gratuite, juste là pour repeindre les murs.

Les enquêteurs sont des personnes très humaines. Si l’inspecteur Reeds est un flic efficace, il est aussi quelqu’un de très fragile. Il a perdu sa femme dans un accident de voiture et ne s’en est jamais remis.

Ce serait tout à fait aberrant d’écrire une histoire dans laquelle un auteur met des personnages qui ne ressentent rien, qui n’ont pas eu de vie, qui n’ont pas d’expériences, de vécus, de chemins… C’est ça qui fait la fibre des personnages et c’est pour ces raisons que le lecteur s’attache à ces personnages. Mes personnages, je m’endors avec le soir et je me réveille avec le matin. Quand je suis dans le processus d’écriture, ils font partie de ma famille.

Ça ne doit pas être simple de vivre avec vous, dites donc !

J’avoue qu’il a eu des moments difficiles. Je suis plutôt un solitaire et je suis dans un moment de ma vie où je suis seul, j’en profite pour écrire. J’ai quand même écrit une partie de Codex alors que j’étais encore marié et au sein de ma famille. Ça ne m’a pas spécialement gêné. J’arrivais à scinder mes périodes d’écriture et ma vie de ma famille. Maintenant, le problème ne se pose plus. Cela étant, je viens de finir l’écriture du 2 et je suis complètement à l’ouest. Je me sens largué. Une grosse coquille vide.

codex_lethalis_03.jpgA la télé, j’aime les types qui ont des dons extraordinaires, comme The Mentalist par exemple. Dans Codex, il y a un détective privé qui s’appelle Davis, il comprend les choses par rapport aux couleurs qu’il voit.

Lui, c’est un peu sa malédiction. S’il voit juste un halo rougeâtre, oranger, ça veux dire qu’il y a quelque chose de mal. Il arrive de mieux en mieux à maitriser ce don et ses visions, mais il faut parvenir à vivre avec ça. Ce don lui provoque des migraines difficiles à gérer, mais lui permet de donner un sérieux coup de pouce aux enquêteurs officiels.

La maison d’édition a adoré votre livre immédiatement, mais vous a demandé de changer la fin…

Oui. J’avoue que ça a été presque plus dur que d’écrire le bouquin original. Quand on écrit une autre fin, il faut d’abord la trouver, puis il faut revenir sur l’ensemble de l’histoire, repérer tous les endroits chronologiques, tous les personnages et faire en sorte de trouver de la cohérence à tout ça. Black Moon avait raison, ma nouvelle fin est bien meilleure aujourd’hui. J’étais trop dans le fantastique…

Osciller du réel au fantastique, ça peut être un exercice un peu casse-gueule. Il faut trouver le bon dosage pour que l’histoire reste crédible.

C’est fondamental. Je fais intervenir dans l’histoire une notion de livre maudit, des incantations, des démons qui apparaissent… il fallait que la construction autour de ce livre maudit le rende crédible et qu’on se dise qu’un livre de cette nature peut exister.

Vous étonnez-vous d’avoir toutes ces idées-là en tête pour en faire des romans ?

Plus depuis le temps. Je trouve même qu’actuellement, je suis encore en deçà de ce que je pourrais faire. Je maîtrise ma force pour que mes histoires restent structurées et « lisibles ». De livre en livre, je sais que j’irais plus loin dans l’expertise psychologique, dans les tréfonds de l’âme humaine.

Vous êtres graphiste de formation et exercez encore pour gagner votre vie. Mais, par contre, je sais que vous voulez faire de l’écriture un métier.

J’espère bien. Pour moi, c’est une aventure aussi tardive qu’inattendue, mais ce n’est que le début de l’histoire. Je ne sais pas bien où elle va me mener. Ne serait-ce que le fait d’être édité, de rentrer dans ce monde là, pour moi, c’est d’abord une aventure humaine, alors après, si ça devient une aventure commerciale, tant mieux pour tout le monde. Pour le moment, c’est surtout le prétexte de rencontrer les gens et dans ces gens, notamment les lecteurs. En tant qu’artiste, j’ai besoin de ce contact-là. Ca fait 25 ans que je suis graphiste, ça fait 25 ans que j’ai envie de faire de la peinture, de la sculpture, de la soudure et que je n’en fais pas parce que je dois faire mont travail rémunérateur pour vivre. Là, je fais un bouquin et il est édité, ça me donne une échappatoire et l’occasion de, peut être, me permettre enfin d’exprimer ma condition d’artiste, ma créativité, mais au sens large du terme. La littérature n’est qu’un des éléments de mes activités.

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01 mai 2013

Swann Ménigot : interview pour son prochain EP

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(Photo : Sand Mulas)

Swann Ménigot, est né à Paris, a grandi en Champagne et habite désormais  à Lyon. L’homme chante de jolies chansons qui, s’il était un peu médiatisé, trouveraient certainement un large public…

5 nouveaux titres sont à découvrir sur Noomiz. Indéniablement Swann Ménigot à une très jolie voix et un sacré sens de la mélodie.

C’est mon ami et confrère Thierry Cadet qui me l’a fait découvrir. Il est d’ailleurs son manager. Tous les deux sont venus à l’agence le 21 février dernier pour une mandorisation en règle.

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swann ménigot,blonde ou brune,interview,ep,thierry cadet,mandorInterview :

Tu as pas mal tourné en faisant des reprises dans des groupes.

C’est ma partie alimentaire. Reprendre les chansons des autres avec différentsgroupes, dans des bals, thés dansants, pubs… c’est ce qui me fait manger.

C’est une sacrée école en tout cas.

C’est en tout cas différent que lorsque je travaille pour mon projet perso. Quand je compose, je suis moi, je propose mon vrai univers. Quand je suis avec les groupes, on me demande de faire du Johnny ou du Goldman. Ce sont deux aspects du métier qui n’ont rien à voir.

Passer du temps à interpréter les chansons des autres, est-ce que ça influence ta façon de chanter ? Même inconsciemment ?

Ça fait 10 ans que je fais ce taf, et pendant 10 ans, je suis passé par plein de blocages. Je n’arrivais plus à chanter, j’avais des trous de mémoire pour certaines chansons. J’avais des blocages psychologiques quand je chantais mes propres titres. Quand j’ai compris que c’était deux exercices différents, ça m’a débloqué. Je ne peux pas faire de la création quand je fais de la reprise et je ne peux pas imiter Goldman quand je chante mes chansons… le plus difficile a été de faire le distinguo.

Du coup, tu dois savoir mieux que personne ce qu’attendent les gens.

C’est bouleversant. Goldman n’a pratiquement fait que des tubes. Quand tu commences à vouloir créer avec cette idée-là, c’est mort. J’ai compris qu’il fallait que je me fasse plaisir avant tout. Si j’ai du plaisir, peut-être que le public aura du plaisir.

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Tu as commencé comment ta carrière solo?

J’ai fait le tremplin Rhône-Alpes Découvertes 2008. J’ai gagné le droit d’enregistrer une maquette en studio. D’une maquette, j’ai pris la décision de faire un album et à partir de ce moment-là, j’ai commencé à tourner.

Tu as donc un premier album complètement auto produit.

Comme c’est un premier album, je lui trouve pas mal de défaut et aujourd’hui, je sais que je l’aurais fait autrement. Mais, je l’aime comme un premier bébé.

Swann Ménigot interprète l'acoustique du "P'tit bonheur", présente sur son nouvel à venir...
Une production Horscene
Réalisation et montage : Sand Mulas
Son : Cédric Barré

Tu as l’impression d’avoir beaucoup progressé ?swann ménigot,blonde ou brune,interview,ep,thierry cadet,mandor

Ça va paraître bizarre, mais c’est parce que je suis monté à Paris beaucoup plus souvent. Au début, je pensais naïvement que mon autoproduit était déjà bien. J’ai bien vite compris que le son que j’avais n’était pas très actuel. Les professionnels que j’ai rencontrés connaissent bien le métier, savent ce qui se fait ou pas. Ils m’ont apporté un regard et surtout une écoute.

Sur Noomiz, on peut entendre 5 nouvelles chansons.

Ce sont des titres qui sont le fruit des conseils que l’ont m’a apporté. Avant j’étais entre la chanson et la variété, c’est à la fois une force et une faiblesse. Là, je trouve même qu’on se rapproche de la pop music. J’essaie de faire en sorte que les gens qui tombent sur mes chansons écoutent attentivement mes textes et aient envie de bouger, de danser.

C’est quoi ta culture musicale, à la base ?

Un peu de tout. Ado, j’ai beaucoup écouté Mettalica, Led Zeppelin, Brassens, Frédéric Chopin… tu vois, je vais dans tous les sens. Aujourd’hui, je fonctionne au coup de cœur. Je suis capable d’écouter une chanson en boucle pendant des mois.

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swann ménigot,blonde ou brune,interview,ep,thierry cadet,mandorT'es-tu isolé pour écrire tes nouvelles chansons ?

Non, c’est l’inverse, on a fait un travail de fond avec toute mon équipe et ceux qui croient en moi. Contrairement à d’habitude, j’ai plutôt ouvert les portes.

Acceptes-tu facilement les conseils ?

J’ai appris a accepter, parce que c’était chaud au départ. Ça a un rapport direct avec l’ego. Ce que tu as créé, tu as envie que personne n’y touche au départ. Je me dis qu’il faut avancer, alors j’écoute ce que l’on me dit.

Tu as un sacré sens de la mélodie, je trouve.

Je fais attention à ça. En cela, je suis plus pop que chanson française. La musique me porte en premier et le texte est secondaire. Le texte, j’ai l’impression que c’est le conscient qui l’analyse, tandis que la musique va directement toucher ton inconscient. La musique est reliée directement à l’émotion. Quand je crée une mélodie, qu’elle me fait vibrer et que je me la répète toute la journée, c’est gagné. 

Il y a un clip de « Blonde ou brune », titre qui vient d’être lancé en radio.

C’est un clip de fans. J’ai lancé un appel il y a quelques mois sur internet pour proposer à des fans d’y participer. Ça donne le clip que tu as vu.

Tu as déjà des fans, donc.

Pas encore beaucoup, mais ils sont fidèles.

Tu prépares un EP avec de nouvelles chansons pour la rentrée prochaine.

Il faut que les gens puissent écouter ce que je fais. Le support physique est important pour beaucoup. On va regrouper les chansons qui nous ont servis à faire la maquette et qui sont écoutables sur Noomiz et on va les retraiter un petit peu. On ajoutera un ou deux titres en plus sur l’EP.

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Tu as rencontré l’année dernière, Thierry Cadet, qui est devenu ton manager. Je vais lui poser des questions sur toi. Tu veux bien ?

Oui.

Thierry, pourquoi t’es-tu intéressé à Swann ?

Thierry Cadet : J’ai aimé immédiatement son sens des mélodies et son timbre de voix. Quand je l’ai vu, je l’ai trouvé tellement seul que j’ai eu envie de m’occuper de lui. S’il avait été entouré, je n’aurais même pas eu l’idée de le manager. Sur le Prix Moustaki 2012, là où je l’ai rencontré, il était le seul à être en autoprod, les autres étaient dans des petits labels. Il avait le fond et pas du tout la forme. Je trouvais ça dommage qu’il ne sache pas se vendre alors qu’il a tout pour réussir. Un putain de talent d’auteur, de compositeur et il a timbre de voix très chaud, très chaleureux, très solaire… bref, je n’avais pas envie de le laisser filer. Je me suis dit que j’avais envie d’avancer professionnellement avec lui.

Swann : Mais, ton regard sur mes chansons, sur la pochette et les photos pourraves que j’avais pour mon premier disque, m’a aidé à vouloir changer, évoluer le mieux possible.

Thierry : Oui, avec Sandrine Mulas, on a refait des photos pour changer un peu ton image. Je sais qu’avec le recul, tu en as conscience. C’est aussi ce que j’aime chez toi… tu es lucide et tu acceptes ce que l’on te dit… et c’est rare.

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29 avril 2013

MeLL : interview pour Relation Cheap

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(Photos en noir et blanc : Emma Picq)

Quoi ? MeLL se serait « assagie » ? Pas vraiment, juste, sa voix se fait dorénavant plus douce et ses compositions un peu moins énervées. Mais, son esprit punk des débuts, lui, est bel est bien resté intacte.

Son 5e album, qui laisse une grande place à l’introspection et aux histoires d’amour un peu dérisoires, « Relation Cheap », sort précisément aujourd’hui (29 avril 2013). Et le 15 mai, elle présentera son nouvel opus sur la scène des 3 Baudets à Paris. L’occasion était belle de la rencontrer… pour la première fois, d’ailleurs. (Merci encore une fois à Flavie Rodriguez).

mell,relation cheap,interview,mandorBiographie officielle (écourtée, mais visible en intégralité ici) :

MeLL n’est pas du genre à faire comme tout le monde… Son premier album, Mon pied en pleine face, sorti en 2003, donne le ton. Elle crée un nouveau genre artistique « la chanson décoiffée » : un rock à mèche folle, pas très loin du punk alterno et de la chanson française, aux textes ciselés et incisifs.  Voitures à pédales (2005) et C’est quand qu’on rigole  (2007) la font entrer au Panthéon des auteurs-compositeurs-interprètes qui disent ce qu’ils pensent et qui pensent ce qu’ils disent. Son franc-parler et son attitude rentre-dedans séduisent Christian Olivier des Têtes Raides qui n’hésite pas à collaborer le temps de deux albums dont Western Spaghetti. Elle se renouvelle, se réinvente et se met perpétuellement en danger.

Pour son nouvel opus Relation Cheap, elle repart avec une nouvelle équipe qui lui permet d’expérimenter l’introspection. Car c’est en solo avec sa plume et sa guitare électrique qu’elle va cette fois explorer l’amour, l’intimité, les love songs et les slows, le tout branché sur du 220 Volts.

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(Photo : Emma Picq)

Interview :

Au-delà ta carrière personnelle, je te vois collaborer avec pas mal d’autres artistes. Récemment encore avec Louis Ville ou Céline Ollivier.

Je travaille avec des gens avec qui, humainement, ça se passe bien. Céline, par exemple, c’est une amie depuis 18 ans ; à peu près. Louis, on se connait aussi depuis longtemps parce que nous sommes de la même région. Il m’a beaucoup soutenu au début. Il avait déjà une carrière et des albums derrière lui. Là, je travaille avec Karimouche sur son prochain album. C’est vraiment une histoire de rencontres.

Tu adores travailler avec les autres, en fait.

J’aime beaucoup. J’ai découvert ça en 2008. Je suis partie faire un atelier d’écriture au Québec pendant 15 jours. J’ai rencontré une chanteuse anglophone canadienne qui m’a dit qu’elle adorait mon son de guitare. Trois mois après, elle avait une tournée aux États-Unis. Je suis donc partie à Nashville, à Memphis, en Floride,  à La Nouvelle-Orléans pour jouer. Je me suis rendu compte que j’ai adoré être en retrait. Je prends tellement de plaisir à jouer de la guitare que je me fous de chanter ou pas. Ça m’a aidé aussi à mieux saisir la place des musiciens au sein d’un groupe. Je suis devenue une leadeuse de groupe cool qui donne une belle place à mes musiciens quand je suis en concert en mon nom. Mais, tu sais, j’ai eu aussi une belle expérience de merde. Je sais aussi ce que c’est que d’être maltraitée en tant que musicienne.

Pas de nom, évidemment…

Pas de nom. Mais, il se reconnaîtra, je pense.

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(Photo : Marylène Eytier)

Quand on enquête sur toi, on découvre que tu as fait tes premières scènes en 2000. On ne trouve rien de ce que tu as fait avant. Pourtant, j’aime bien savoir comment on décide de devenir musicien et d’y consacrer sa vie…

Il y avait une guitare à la maison, parce que mon père gratouille un peu, et il nous a toujours chanté des chansons. Des Beatles à Julos Beaucarne. J’ai d’ailleurs récemment retrouvé une photo de mes parents, à la fin des années 70, où ils jouaient de la guitare tous les deux.

Quel a été ton premier contact avec une guitare ?

A 8 ans, j’avais pris la guitare paternelle  (d’un luthier vosgien). Je sautais sur le lit, le son d’une des chansons les plus électriques des Beatles à fond et je me regardais dans la glace. Et j’ai cassé la guitare en deux. Je me suis dit que ça avait l’air cool d’être chanteuse de rock.

Tu as débuté comment à Nancy ?

Quand j’étais pré ado et ado, ma principale activité à cette époque-là était de faire du handball. Je suis rentré en sport étude de cette discipline sportive. J’étais en équipe de France des moins de 18 ans. Et puis, un jour, en terminal,  je me suis blessée. Mais, j’étais déjà attirée par la musique. Elle provoquait en moi des émotions particulières. Un peu plus tard, j’étais assez fan de Courtney Love. Je trouvais chouette, une nana qui donnait tout, sans aucune limite. J’ai dû découvrir PJ Harvey à la même époque. J’ai fait un transfert. J’aurais aimé être elles à ce moment-là.

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(Photo : Marylène Eytier)

Puis, tu as commencé à jouer de la guitare dans la cour d’école.

Oui et je me faisais toujours engueuler parce qu’il fallait que j’aille réviser mon bac. J’ai fait mon premier concert deux mois après l’avoir obtenu.

Dans quelle circonstance ?

Justement, dans un gros concours de circonstances. Je ne m’étais jamais dit que, toute ma vie, j’allais être intermittente du spectacle, je chanterais des chansons, j’allais faire des albums. J’avais juste 4 chansons, je faisais quelques reprises, rien de terrible quoi ! C’était un pari avec une amie qui était peintre. Le pari c’était que si elle trouvait un endroit pour exposer, il fallait que je joue au vernissage. Au vernissage, j’ai rencontré mon premier bassiste. Il avait un studio d’enregistrement. On a donc commencé à enregistrer, ensuite on a monté un groupe… Ça n’a pas été plus compliqué que ça. Il n’y a eu aucun calcul de départ. Une passion a pris le pas sur l’autre. Je n’ai jamais repris le handball. Je me suis retrouvée à 17 ans dans des bistrots avec plein de musiciens bien plus âgés que moi… des vieux de 30 ans (rires). J’ai joué tout de suite avec des gens qui avaient de l’expérience. Je me baladais tout le temps avec ma guitare, c’était même un problème pour moi parce que, sans elle, je n’arrivais pas à communiquer.

Tes parents devaient être contents. J’ironise…

Au début, c’était un peu chaud. Mais, parfois, c’est un peu con le destin. Quand tu es en terminal, tu dois faire trois choix de direction. Premier choix, c’était une école d’ingénieur. J’adorais la chimie, j’ai fait un bac scientifique. Deuxième choix, c’était Khâgne-hypokhâgne. Troisième choix, c’était un BTS de son pour devenir « technicien du son ». J’ai raté le concours d’entrée à l’école d’ingénieur de 4 points. Khâgne, ils m’ont refusé à cause de mon dossier de comportement. BTS son, pareil. Je me suis retrouvée avec rien. À la rentrée, je me suis donc inscrite en Fac de philo, comme tous les jeunes qui ne savent pas quoi faire. Ma mère est psy, je pensais aussi que ça pouvait m’aider. J’y suis restée 6 mois.

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Et puis, tu as tout arrêté pour ne faire que de la musique.

J’ai vécu le besoin de faire de la musique comme une urgence. J’avais besoin de sortir des trucs pour me libérer. La musique, c’était une excuse. En plus, je ne savais pas chanter. Aujourd’hui, la musique est moins une excuse. Dans mon nouvel album, je pense pouvoir dire que c’est un tournant à ce niveau-là.

La musique est plus importante que les textes. C’est ce que tu me dis ?

Disons qu’il y a un équilibre entre les deux. J’ai beaucoup bossé la musique et je voulais arrêter de me prendre pour une poétesse que je suis la seule à comprendre. Une poétesse de comptoir finalement. Je voulais que les mots sonnent et surtout que le propos soit plus clair. Réussir à être plus dans le premier degré est difficile pour moi.

Qu’est-ce qui a été l’élément déclencheur de cette volonté de faire plus clair ?

On me disait que je faisais souvent des jeux de mots, parfois un peu potaches. Je ne pouvais pas m’en empêcher, sinon j’avais l’impression de m’emmerder quand j’écrivais. Il fallait que je me fasse rigoler. Je pense aussi que j’ai évolué par rapport à mes influences, à ce que j’écoute aujourd’hui. J’écoute énormément de musiques différentes. Un album est le fruit de ce que tu as vécu et écouté les deux précédentes années. Moi, j’ai écouté notamment de la new wave française et de la variété française des années 60.

Le yéyé ?

Plus les gens qui faisaient le garage yéyé, comme Dutronc, des gens comme ça. Dans mon album, il y a des clins d’œil à ses années-là. Ma guitare est assez surf.

Ta façon de jouer de la guitare est devenue, ces dernières années, un peu plus « américaine ».

Oui. Les influences fifties du rock’n’roll. J’aime bien les sons de cette époque-là.


MeLL - Un pied dans le vide - Clip officiel par ArtdistoVideo

Ton album sonne différemment de la production française d’aujourd’hui, du coup.

Les boites à rythmes et les claviers sont vraiment eighties et les guitares rappellent les sixties. Ça donne ce curieux mélange.

Tu as repris « Succès fou » de Christophe dans une version personnelle exceptionnelle, je trouve.

Si c’était un mec qui l’avait reprise, je pense que ça n’aurait eu aucun intérêt. Christophe chante cette chanson admirablement. Il a interprété cette chanson avec subtilité grâce à son côté dandy décadent assez fin. En tant que fille, reprendre ce titre me paraissait assez décalé pour tenter l’expérience. C’est la première fois que je mets une reprise dans un de mes disques.

Il y a une constante dans tes textes. Tu chantes l’amour avec beaucoup d’ironie.

J’ai appelé mon disque Relation Cheap parce que je trouve qu’il y a foutage de gueule dans les relations. Je me moque des relations légères, vécues comme le reste de notre époque, rapidement et sans état d’âme, de la surconsommation d’amour, et de tout ce qu’on jette : les relation(s) cheap, donc. En vrai, cette volonté de faire ce disque était une ode aux relations profondes et ancrées. Je suis fidèle en amour et en amitié quand j’aime vraiment. En vrai, je suis une romantique à fleur de peau, mais je ne peux pas l’écrire.

Tu as beaucoup plus parlé de toi dans tes premiers albums. Moins dans celui-là.

Il est un peu plus léger, en effet. Ce disque n’est pas très autobiographique. Je me sens mieux avec ce que je fais musicalement et textuellement aujourd’hui.

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Tu as fait 5 albums en 10 ans, c’est beaucoup, je trouve.

J’ai eu la chance d’avoir eu les opportunités d’en faire sans trop de difficultés, d’avoir un label, des gens qui croient en moi et qui ont envie de bosser sur le projet.

J’aimerais aborder l’aspect littéraire de ta vie. Tu as sorti 3 livres. De la poésie.

Les deux premiers, La Reine des Guenons et Qultures, c’est ce qu’appelle Boris Vian de « la fausse poésie ». Il n’y a pas grande prétention là dedans, parfois ça rime, parfois ça ne rime pas. Ce sont juste des textes courts, souvent écrits quand j’étais sur la route. Le dernier, Lucky Looser, est un texte un peu plus long, mais qui reste une nouvelle poétique. Tu peux la lire de A à Z, ça fait une histoire et tu peux le mettre dans tes toilettes et l’ouvrir à n’importe quelle page, tu y trouveras quelque chose à retenir. Tout se lit indépendamment.

Ton premier disque, Mon pied en pleine face, date de 2003.

Eh !!! Mais, c’est donc mes 10 ans de carrière ! Je n’avais même pas remarqué. Il faut que je fasse une fête ! Allez, champagne !

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28 avril 2013

Saule : interview pour Géant

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Saule est un géant. Il mesure 2 mètres, mais est surtout grand par le talent. Ses deux premiers albums, Vous êtes ici et Western, sortis en 2006 et 2009, ont reçu une flopée de critiques élogieuses et de récompenses dans son pays natal, la Belgique. Mais pas vraiment en France.

Après avoir croisé la route de Dominique A sur le disque précédent, c'est Charlie Winston qui l'a pris sous son aile pour son troisième disque, Géant.

Juste avant d’aller enregistrer Taratata quelques heures plus tard, Saule a fait un crochet à l’agence. C’était le 26 février dernier et ce fut un bon moment…

saule,géant,charlie winston,interview,mandorBiographie officielle :

Bien sûr, Saule a déjà publié deux albums très réussis qui lui ont assuré une petite place dans le cœur du public. Mais Géant est un nouveau départ, une bouffée d’air frais qui extirpe le chanteur de l’atmosphère un peu confinée de la « nouvelle chanson française » pour le voir explorer de nouveaux territoires, au confluent de deux cultures qui s’ignorent trop souvent : le rock anglo-saxon de ses premières amours musicales adolescentes (Jeff Buckley, Radiohead) et la chanson de qualité dans laquelle il baigne depuis sa plus tendre enfance (Brassens, Gainsbourg).
Réalisé par Charlie Winston, Géant est un album libéré, sur lequel Saule se lâche et trouve enfin sa voie, unique et originale, mais aussi sa voix, sublime et ensorcelante.

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Interview :

Comment avez-vous connu Charlie Winston ?

Ça s’est fait de manière instinctive. On s’est rencontré dans l’émission Le pont des artistes sur France Inter. Je l’ai vu sur scène et j’étais fan de son titre « Like a Hobo », mais je ne connaissais pas le reste de son premier album. J’ai pris une vraie claque musicale et en plus, je me suis rendu compte que  le mec derrière était super cool et ouvert. Humainement, tu ne peux que l’aimer. On est devenu potes immédiatement.

Teaser de l'album Géant.

C’est même lui qui vous a proposé de réaliser cet album.

C’est assez marrant comme parfois, les choses te tombent du ciel sans les avoir calculé. Je lui avais juste demandé que l’on chante une chanson ensemble. Je lui ai dit, innocemment, que je ne savais pas encore qui allait réaliser le disque,  parce que, de par la demo qui existait, je savais que j’allais avoir besoin de quelqu’un qui s’y connaisse en musique pop anglophone. Il m’a presque interrompu pour me dire que ça l’intéressait. Je suis tombé des nues.

La direction musicale de ce troisième album, elle vient de vous, pas de lui.

Oui, elle était déjà discrètement présente sur le second, mais je n’étais pas allé au bout de ce que je voulais faire. Il y avait un truc un peu plus sombre que ma personnalité à moi et donc, j’avais envie de m’ouvrir à quelque chose de plus lumineux. J’avais besoin d’évoluer  aussi musicalement, aller plus loin.

Le clip de "Dusty Men" (feat. Charlie Winston)

Le sombre est encore là, mais dans les textes, plus du tout dans la musique.

J’aime ce contraste-là. Le côté mélancolique dans l’écriture et le côté plus enjoué dans la musique.

Est-ce que d’album en album, vous parvenez à vous raconter. Je me souviens qu’au départ, vous étiez très pudique.

Je crois que chaque album me rapproche de moi même. J’ai décidé de moins me brimer, me brider dans l’écriture. Pour mon deuxième album, mon label français me disait d’arrêter de tabler tout sur l’autodérision, qui est très belge, pour aller plus vers un côté classieux. Ce que j’ai fait. Ils me parlaient tout le temps de Bashung, de Dominique A, des artistes de cette veine-là. Pour ce troisième album, j’ai décidé de ne plus montrer uniquement cette facette-là. J’ai souhaité qu’on arrête de vouloir me cataloguer dans une case alors que je ne suis pas comme ça dans ma vie, dans ma personnalité.

C’est dur de s’extirper des gens qui vous font confiance et qui s’occupent de vous.

Oui, parce qu’en même temps, chacun donne son avis et tu ne sais plus toi-même où tu veux aller vraiment. Si je me raccrochais à tout ce qu’on veut que je sois, je serais une girouette permanente. A un moment, il faut dire stop. Le matériau, c’est moi, donc je vais m’écouter.

Du coup, Géant est l’album qui vous ressemble le plus ?

Oui, je pense. Le premier était très perso aussi, mais celui-ci est plus proche de mes influences musicales réelles. Le premier, j’étais même parti dans un délire très minimaliste. Mais, j’ose dire que ce troisième est le grand frère du premier quand même.

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Il y a une chanson dans Géant qui s’intitule « L’économie des mots ». Ce qui m’a frappé, c’est aussi cette évolution dans votre écriture. Elle est plus précise, plus ciselée, plus épurée.

J’ai voulu donner plus de part à la musique. C’est une grosse discussion que j’ai eue avec Charlie pendant l’enregistrement de l’album. Lui est arrivé au moment où j’avais déjà tout écrit, un peu pour faire le choix des titres. J’avoue qu’il n’a pas hésité à me donner deux trois challenges. Un des challenges était justement l’économie des mots. C’est lui qui a employé ce terme que l’on n’utilise pas en français. Il me demandait de faire des chansons dans lesquelles je devais mettre moins de mots.

Pour travailler, vous vous êtes enfermés dans une maison. Vous étiez en vase clos.

C’est aussi ce qui a fait caisse de résonnance à l’amitié qui est en train de naître. On a passé un mois tous les jours ensemble. On avait nos chambres l’une à côté de l’autre, on mangeait ensemble tout le temps… en fait, l’ambiance qu’il y avait pendant la conception de l’album transpire sur le disque.

C’est en tout cas la première fois qu’il réalise un album officiellement pour une autre personne. On reconnait bien sa patte, d’ailleurs.

Oui et non. Quand on écoute Dusty Men, les gens me disent qu’ils reconnaissent clairement son style, alors que c’est moi qui l’ai écrit. C’est ça qui est génial, j’ai voulu faire du Winston et j’y suis parvenu. Lui, a tenté de respecter mon univers et je trouve qu’il a réussi aussi. Nos univers sont devenus complémentaires. Ils se sont enchevêtrés. On a des goûts communs qui coïncident beaucoup et c’était très rare qu’en studio, on ne soit pas d’accord. Il n’y avait aucune forme d’ego entre nous, nous étions là au service de la musique.

Deuxième single de l'album Géant, "Chanteur bio".

Sur pas mal de chansons, vous avez manié l’art de l’autodérision à son paroxysme.

Il y a une forme d’amour propre là dedans. Dans l’autodérision, on s’aime quand même au moins un petit peu. On apprend à rire de soi parce qu’on s’aime bien. « Le bon gros géant » en est l’exemple parfait. Certains journalistes m’ont demandé si j’avais écrit cette chanson pour régler mes comptes avec la nature. Quand j’étais plus jeune, en fait, je n’en ai pas souffert. Mes potes me vannaient en m’appelant « paratonnerre ». Vous savez, à l’adolescence, il y en a qui était boutonneux, et bien moi j’étais grand. Chacun son problème. Je suis passé par une phase d’acceptation, mais j’ai eu la chance de faire des études de théâtre. Au conservatoire, la première chose que l’on t’apprend, c’est d’être à l’aise sur un plateau.

La perception qu’ont les gens d’une chanson, c’est quelque chose qui vous fascine ?

C’est dingue. Sur le premier album, il y a une chanson qui s’appelle « Si (S’il ne me restait qu’un seul jour) ». Je l’avais écrite très égoïstement parce que depuis que je suis môme, j’ai peur de la mort. C’était une chanson médicament qui m’avait permis d’exorciser toutes les peurs que j’avais en moi par rapport à ça. Quand j’ai vu la portée de cette chanson, j’ai trouvé ça complètement ahurissant. Des gens atteints d’un cancer me disaient qu’ils écoutaient cette chanson tous les jours et que ça les aidait à tenir debout. Ça fait presque peur. Je me suis rendu compte que tu pouvais écrire une chanson très personnelle, mais que cela n’empêchait pas de toucher à l’universalité. 

Le clip de "Si (s'il ne me restait qu'un seul jour)".

Dans ce nouveau disque, j’ai l’impression qu’il ya pas mal de morceaux susceptibles de devenir des tubes.

C’est ce que l’on me dit. C’est une belle leçon pour moi. Je remarque que j’arrive à faire des titres tubesques quand je ne réfléchis pas à cela et que je laisse mon instinct agir, créer. « Dusty Men », c’est une chanson complètement instinctive que j’ai écrite en quelques minutes et au dernier moment.

Moi, j’aime votre voix. Elle part vite dans les aigus. J’adore.

Ma plus grande idole reste Jeff Buckley. Avant de chanter en français, je chantais dans un groupe de rock dont les influences étaient clairement Buckley et Radiohead. C’est à ce moment que j’ai appris à explorer ma voix dans les aigus. Vu le physique que j’ai, c’est plutôt un bon contraste.

Je sais que vous travaillez sur ce qui pourrait s’apparenter à une comédie musicale.

C’est un conte musical. Je suis à la lisière du théâtre et de la musique. J’espère concrétiser ce projet qui me tient réeellement à coeur. Il me permettra enfin d'allier mes deux activités artistiques préférées.

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Après l'interview le 26 février 2016, à l'agence.

27 avril 2013

Gaël Faye : interview pour Pili Pili sur un Croissant au Beurre

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gaël faye,pili pili sur un croissant au beurre,interview,mandorGaël Faye, auteur-rappeur franco-rwandais, est la moitié du groupe Milk Coffee & Sugar. Depuis toujours, il aborde les thèmes de l’exil, du métissage, de la domination et du génocide. Pour ce premier album solo, Pili Pili sur un Croissant au Beurre, réalisé par Guillaume Poncelet et enregistré entre Paris et Bujumbura, Gaël Faye raconte sa propre vie avec nostalgie, indignation et tendresse. Il nous dit tout sur son enfance entre le Burundi et la France, son rapport au hip-hop, ses amours et ses combats. Il y a du rap bien sûr, mais teinté de soul, de jazz parfois et de world music. Ne passons pas sous silence la participation de Tumi Molekane (MC sud africain de Tumi & The Volume), Ben l’Oncle Soul et la voix unique de Bonga (icône de la musique lusophone). On va beaucoup entendre parler du sensible Faye en 2013. Ce sera mérité.

Le 13 février dernier, l’artiste a fait un petit détour par l’agence pour m’en dire un peu plus…

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gaël faye,pili pili sur un croissant au beurre,interview,mandorInterview :

Tu es né en 1982 au Burundi, d’une mère rwandaise et d’un père français. Le 1er avril 1995, à treize ans, tu quittes malgré toi ton pays natal, en proie à la guerre, pour rejoindre la France.

Ce n’est pas un drame pour moi, c’est une trajectoire de vie. Au moment où je quitte le Burundi, il vient d’y avoir un génocide au Rwanda, le pays de ma mère. Elle faisait partie du camp des génocidés. Énormément de membres de notre famille, cousins, cousines ont été décimés. J’ai quitté le Burundi alors que ceux qui restaient allaient vivre dans la guerre pendant plus de 10 ans. La France, c’est ma porte d’exit. Tu te dis : « c’est difficile ce que je vis » et très vite, tu ajoutes « n’en fait pas une montagne ». Je me refuse de dramatiser ma situation… d’autres sont restés et on souffert.

Tu as grandi plus vite avec cette « trajectoire » ?

Quand je suis arrivé en France, j’avais 13 ans. En 4e, je voyais bien qu’avec les gamins français, je ne faisais pas partie du même monde, je n’avais pas vécu la même chose. Je sortais de deux ans de guerre et ma famille et moi étions très marqués par la politique, mais concrètement. Chez nous, ce qu’un politicien disait avait une incidence immédiate sur notre vie personnelle. J’avais une maturité différente, c’est clair, mais j’en ai beaucoup souffert. Je  n’avais pas les mêmes repaires que les autres.

Comment tu réagis envers les gens qui s’énervent ou s’engueulent pour des broutilles par exemple ?

Pendant longtemps, ça ma vraiment beaucoup agacé. Il y a un morceau qui s’appelle « Charivari » dans lequel je dis : « rien à foutre de ta vie naïve ». C’est presque arrogant et méchant. Quand je racontais mes problèmes, souvent on me disait que mes trucs d’Africains, il fallait que j’oublie. Je me suis pris ces réflexions dans la face par des copains de mon âge, qui eux pleuraient quand ils n’avaient pas le jouet espéré. J’avais un peu les boules par rapport à tout ça. L’écriture m’a beaucoup calmé et aujourd’hui, à 30 ans, je peux comprendre qu’une souffrance soit personnelle. Il n’y a pas de hiérarchie dans la douleur. Je peux comprendre que quelqu’un soit terrassé parce qu’il a perdu son chihuahua.

Medley de l'album Pili Pili sur un Croissant au Beurre.

Tu écris depuis l’âge de 13 ans… tu as eu le temps de parfaire ta plume.

C’est vrai que ça fait longtemps que je malaxe la langue. Ce que j’aime dans le rap, c’est le flow. Cette manière de glisser avec des mots. Tu as une métrique. Avec ce flow, j’essaie d’apporter le fond, la forme et le sens.

Pourquoi as-tu commencé à écrire ?

A un moment donné, j’ai eu l’impression de me heurter au silence des autres et à ma propre impossibilité à formaliser ce que j’avais en moi. Parce exemple, encore aujourd’hui, j’ai toujours du mal à dire aux gens autour de moi que je les aime. Je ne m’exprime pas facilement par la parole, je préfère me cacher derrière un texte. Et dans le texte, pourtant, je vais tout dire. On pourrait considérer que c’est de l’impudeur, alors que c’est au contraire de la pudeur. Tout est maîtrisé et contrôlé.  

Clip de "Je pars".

Dans un premier album, est-ce que l’on donne tout ? Est-ce qu’à un moment, tu t’es dit, voilà, je ne peux pas aller plus loin...

Je me disais que cet album allait me permettre de tourner la page. Maintenant qu’il est sorti, je me dis que ce n’est pas la page, mais c’est un livre que je ferme. Ce livre-là, j’ai envie de le rouvrir plus tard.

Tu vas pourtant aller le défendre sur scène, en promo… tu n’es pas prêt de fermer ce livre.

C’est ce qui est compliqué avec un album. Quand je suis en live, je revis les choses. Il y a ce moment que je suis en train de donner avec des gens uniques dans la salle. C’est un instant. L’album, lui, est figé. C’est pour ça que j’ai du mal à l’écouter. A un moment donné, j’ai figé des souffles, l’articulation, des prises de respirations… je ne l’aurais peut-être pas fait de la même façon à un autre moment.

Tu es un solitaire quand tu crées, par contre, sur ton disque, tu es accompagné de 28 musiciens.

C’est énorme et je ne pense pas que je le referai demain la veille (rire). Ça a été compliqué à tout gérer, d’autant plus que cela a été fait en indé total. On a eu la chance, une fois que l’album était terminé, de trouver le partenaire idéal, Motown France, mais il ne faut pas oublier que c’est un album qu’on a fait tout seul sur 10 ans. En plus, à la base, je suis un rappeur, je ne suis pas un musicien. Je n’ai pas le langage pour expliquer ce que je veux aux musiciens. Ça a été une grosse aventure avec plein d’obstacles sur le chemin.

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Revenons à la littérature. Tu lis peu de romans, mais par contre, beaucoup de poésies.

Les poètes que j’ai beaucoup lus sont Léon-Gontran Damas, René Depestre, Aimé Césaire, mais aussi Blaise Cendrars, Guillaume Apollinaire, René Char.

On dit de toi que tu es aussi un poète. Terme que tu réfutes.

J’ai une trop haute opinion de cette « fonction ». C’est un peu comme Arthur Rimbaud, un poète doit avoir une soif d’absolu total. Rimbaud, il ne pensait pas au marketing et à toutes ces choses-là.

Mais, l’époque à changé. Qui sait ce qu’aurait fait Rimbaud ? Peut-être aurait-il tweeté comme un fou.

Je ne sais pas.

Clip de "Petit pays".

Et écrire un livre, ça te tente ?

J’ai des velléités à tenter d’écrire quelque chose qui ressemble à un roman. Je ne veux pas dire que je suis écrivain, je ne veux pas dire que je fais de la littérature. J’ai poussé les études très loin et j’ai beaucoup travaillé parce que je considérais que la musique, pour moi, ce n’était pas possible. J’étais bloqué par l’album de Lauryn Hill et par quelques autres géants du hip-hop. Je me demandais ce que j’allais faire derrière. Récemment, j’en parlais avec mon guitariste, Sacha et il m’a répondu que s’il n’y avait que l’Everest, on s’emmerderait. Heureusement qu’il y a aussi les Alpes, les collines… Pour l’instant, j’essaie juste de faire exister des choses qui sont en moi. Mais, je ne peux pas m’autoproclamer poète, écrivain, ce sont des choses que je mets ailleurs.

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