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28 mars 2013

Mallock : interview pour Le cimetière des hirondelles

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Jean-Denis Bruet-Ferreol, dit Mallock, a sorti il y a quelques semaines (le 10 janvier dernier) un thriller proprement hallucinant, Le cimetière des hirondelles (Fleuve Noir) Pour la troisième fois, Mallock, que je considère comme l’un des meilleurs auteurs français de thriller, est mandorisé (la première ici, pour Le Massacre des innocents et la deuxième , pour Les visages de Dieu). Encore une fois, je ne comprends pas le silence qu’il y a autour de lui, mais bon. Disons, qu’on ne peut pas dire qu’en France, on passe notre temps à chercher les nouveaux talents. Bref, je me comprends.

9782265097469.JPG4e de couverture :

Je l'ai tué parce qu'il m'avait tué... C'est l'unique réponse qu'obtient le commissaire Mallock lorsqu'il interroge Manuel Gemoni, homme honnête et sans histoire, parti un matin à l'autre bout du monde pour assassiner un vieillard qu'il ne connaissait même pas.

Que s'est-il passé dans la tête ou dans la vie de ce jeune papa, professeur d'université, étranger à toute forme de violence ? À quoi bon, pour Amédée Mallock, persister à mener cette enquête alors même que l'on sait avec certitude que Manuel est coupable ? Et comment parvenir à l'impossible : l'innocenter ?

Aux confins du possible, entre l'humidité hostile d'une jungle tropicale et un Paris englouti sous la neige, on retrouve dans Le Cimetière des hirondelles579049_513396472039470_116507667_n.jpg Amédée Mallock, commissaire visionnaire qui, bien que misanthrope, n'a jamais cessé de lutter contre l'iniquité foudroyante du monde...

L’auteur :

Jean-Denis Bruet-Ferreol, qui se cache sous le pseudonyme de MALLOCK (nom de famille du commissaire de sa série de thrillers littéraires) a passé 20 ans dans le milieu de la publicité. Il est peintre, photographe, designer, inventeur, directeur artistique, compositeur et, bien entendu et avant tout, écrivain. Depuis 2000, il ne se consacre plus qu'à sa carrière de peintre numérique au travers d'expos et d'édition de livres d'art, et à celle d'écrivain, notamment de romans policiers.

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Interview :

Tes romans vont être traduits dans de nombreux pays… et en France toujours pas de notoriété conséquente. Je t’ai toujours dit qu’elle viendra par les autres pays. La France suivra après.

En ce moment, il y a plein de gens qui pourraient jouer les découvreurs. Des gens qui ont de l’influence, mais non, ils parlent toujours des mêmes. Ce n’est pas de l’aigreur d’en avoir marre de lire ou de voir chaque année les mêmes auteurs, les 10 premiers, Nothomb et compagnie. Les journalistes font des articles sur les meilleures ventes actuelles. Ont-ils besoin que l’on parle d’eux ? Pour un journaliste littéraire, c’est absurde comme métier s’ils ne cherchent pas à découvrir les nouveaux talents.

Tes précédents ressortent chez Fleuve Noir.

Mon but, c’est de ressortir Le massacre des Innocents en grand format, dans une version que j’ai retravaillée cet été. Tous ceux qui l’ont lu dans sa première version m’en parlent encore. Il s’est vendu à un peu plus de 1000 exemplaires, c’est un peu comme s’il n’était pas sorti. Dans le même temps, Les visages de dieu ressortirait en Pocket. J’attends leur accord là-dessus, mais cela me semble très logique. Si ce n’est pas fait dans ce sens-là, ce sera le bordel.

DSC07267.JPGTu écris sous le nom de ton personnage, Mallock.

Ça amuse les gens. Mais ce n’est pas la première fois. San Antonio,  par exemple, est le cas le plus connu. Je m’appelle Mallock et mon héros s’appelle le commissaire Amédée Mallock. Quelque part, j’essaie de faire une distanciation, mais ça ne marche pas, les gens m’appellent Amédée. Ça donne un rapport affectueux avec les gens que je rencontre, je trouve.

Même moi, je t’appelle ainsi alors qu’on se connait dans la vie. Je ne t’appelle jamais Jean-Denis.

Ah bon ? Je n’ai pas fait attention. Plus ça va, moins je mets de distance réelle entre les qualités et les défauts de mon personnage et moi-même. Il réagit comme moi, si ce n’est que je lui donne des compétences de policiers que je suis loin d’avoir.

Tu bois moins d’alcool et tu fumes moins que lui ?

Oui. Maintenant. Avant, j’étais pire que lui. Aujourd’hui, il m’a rattrapé.

Tu prenais des trucs bizarres, qui rendent heureux, si tu vois ce que je veux dire ?

Non, je n’en ai jamais pris.

Amédée Mallock, c’est ce qui lui permet d’avoir des visions.45808_501837599862024_1608850208_n.jpg

Moi, je n’ai jamais eu besoin de ça. J’ai l’impression d’être tombé dans l’opium quand j’étais petit. Mon imagination est débordante et elle part dans tous les sens. Je n’ai pas besoin de substance pour être complètement chtarbé. L,

Mais, tu as des visions aussi ?

Ce ne sont pas vraiment des visions. C’est une forme de raisonnement qui te permet d’arriver à un résultat qui peut paraître magique aux autres. Mais, c’est juste l’habitude que tu as eue de réfléchir, de synthétiser d’une certaine façon. Et il est certain aussi que quand tu es bloqué, un peu d’alcool te débloque. C’est évident pour l’écriture.

Cette technique d’analyse que tu as, cet esprit de synthèse ne te viendraient-ils pas de la pub, univers dans lequel tu as traîné tes guêtres pendant plus de 20 ans ?

Si, c’est une évidence. Je voulais être indépendant, je me suis donc mis freelance et par la même occasion en danger. Pour réussir, il fallait que je sois meilleur que les équipes internes, du coup, on m’appelait en renfort et on me demandait de trouver un truc que les gens n’avaient pas trouvé. Au début, j’avais des techniques… tableaux sémantiques, des machins, des bidules et après, petit à petit, c’est devenu naturel. Quand on me demandait un logo ou un slogan, le temps qu’on me les demande, je les avais déjà en tête. C’est une mécanique.

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Le cimetière des hirondelles est certainement ton roman le plus surnaturel.

Manuel Gemoni traverse le monde parce qu’il a aperçu à la télévision un visage. Cette personne-là, il a l’envie irrépressible de la massacrer. Il ne sait pas pourquoi. Il essaie de penser à autre chose, mais il ne peut pas. Il va tout faire pour identifier sur une vidéo le lieu où ça se passe. Dès qu’il le sait, il quitte femme et enfant, va à Saint-Domingue et n’aura de cesse de vouloir l’assassiner. Aux policiers qui viennent l’arrêter, il va leur dire : « je l’ai tué parce qu’il m’avait tué ». Le roman va consister à prouver la parfaite véracité de cette phrase énigmatique.

Ce Manuel Gemoni est le frère de Julie, une des principales collaboratrices du commissaire Mallock.

C’est ce qui justifie que Mallock daigne sortir de chez lui. C’est un gros ours qui, habituellement, n’aime pas du tout voyager, qui aime bien son confort, qui aime bien sa caverne et tous les joujoux qu’il a dedans qui lui permet de ne pas trop angoisser. Le fait de partir, ça lui fait toujours très peur.

64363_515771195135331_1453257420_n.jpgPourquoi aimes-tu ajouter du surnaturel ?

Quand j’étais jeune, vers 18 ans, j’allais dans une librairie et j’achetais tous les livres de la collection Présence du Futur. Il y avait Asimov, Bradbury, Lovecraft et K. Dick. Ce n’était pas seulement de la science-fiction, il y a avait de la poésie et de la fantasy. J’ai l’impression que dans le label « thriller », on trouve aujourd’hui cette même largeur d’esprit. Dans ce que j’écris, le thriller me permet de toucher le fantastique. Le fantastique étant l’hésitation entre l’étrange et le merveilleux. A la fin de mes romans, tu le sais, il y a toujours le rationnel qui arrive.

Tu adores balader le lecteur là où il ne s’y attend pas.

C’est même une forme de sadisme. J’y pense parfois en écrivant. J’aime bien faire quelques entourloupes aux lecteurs.

Ce livre est dédié à ton oncle, Jean-François Lafitte.

Oui, il est mort à la guerre à l’âge de 24 ans en 1940. Je me suis inspiré de lui pour le personnage essentiel de ce roman, mais dont je ne peux pas parler là. Mon oncle n’a pas voulu se rendre. Il était blessé à la jambe. Il a dit : « un officier français ne se rend pas ». Il n’a pas eu le temps de finir sa phrase qu’il a reçu une balle dans la tête. Cet homme était un écrivain, un pianiste, un type super joyeux qui faisait rire tout le monde.

Tu as retrouvé des manuscrits de lui ?

Oui, c’est horrible. J’ai retrouvé des lettres et des cartes. Quand on ne sait pas que c’est lui, on reconnait mon écriture et ma façon de parler. Mon fils est tombé dessus un jour, il m’a demandé si c’était moi qui avais écrit.

Tu es peut-être sa réincarnation.

En tout cas, je suis la réincarnation sentimentale de Jean-François. Quand je voyais des gens qui l’avaient connu, ma mère, ma tante, des amis, ils me regardaient et une fois sur 10, ils se mettaient à pleurer.

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Pour finir, c’est quoi pour toi la noblesse de l’écriture ?

Faire voyager, raconter une histoire et passionner son lecteur. Ne pas se contenter d’un scénario déjà écrit, mais de lui faire cadeau d’un conte, un conte merveilleux, un conte que personne n’a encore jamais raconté. Il faut raconter son histoire dans une forme littéraire respectueuse de la langue. C’est très difficile d’équilibrer la forme et le fond. Moi, j’ai un orgueil d’écrivain, je le reconnais volontiers.

Dans ton prochain roman, tu nous fais voyager dans le temps.

Il se déroule sur 6 siècles. Je vais jusqu’au 14esiècle. Il devrait s’appeler Cœur corneille. C’est sur un tueur en série qui coupe et découpe tout ce qui dépasse et ce qui n’est pas important. Mais j’en ai un autre qui s’appellerait Lunatic Tango qui sortirait avant. Pour l’instant, je ne peux rien dire de plus…

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Pour en savoir plus... une interview filmée.

23 mars 2013

Erwan Larher : interview pour L'abandon du mâle en milieu hostile

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(Photo : Sandra Reinflet)

Erwan Larher fait partie des auteurs que je suis avec beaucoup d’attention depuis le départ. J’aime l’homme autant que son œuvre. Ainsi, voici la troisième mandorisation (les deux premières sont là) à l’occasion de la sortie de son livre L’abandon du mâle en milieu hostile. Erwan Larher est venu à l’agence le 27 février 2013 (avec des kouign-amann) et sa coupe légendaire, dont la réputation dépasse désormais les frontières.

erwan larher,l'abandon du mâle en milieu hostile,interview,mandor4e de couverture :

« Je te haïssais. Avec tes cheveux verts, sales, tu représentais tout ce que j’exécrais alors : le désordre, le mauvais goût, l’improductive et vaine révolte juvénile. Tu malmenais ta féminité dans des hardes trouées, des guenilles comme jetées au hasard sur ton corps. Si tu avais été ma sœur, papa t’aurait reniée. J’aurais voulu te voir traînée par les cheveux hors des salles, sous les injures, et rejetée au loin, loin de mon monde ; j’aurais souhaité te voir lavée à grande eau dans la cour et tes nippes brûlées dans un grand autodafé ; j’aurais aimé... Mais rien. Rien que tolérance démocratique et muette réprobation. J’enrageais. »

La suite ? Explosive. Entre la fille fantasque, rebelle, et le jeune garçon trop sage se noue une histoire d’amour dans laquelle celui-ci se jette à corps perdu, émerveillé.
Dans la France en pleine mutation du début des années 80, où le fric, les paillettes et les faux- semblants remplacent peu à peu les idéaux, le narrateur découvrira – tragiquement – un tout autre visage de sa belle compagne...

L’auteur :

Après avoir travaillé dans l’industrie musicale, Erwan Larher décide de se consacrer à sa vocation d’écrivain. Auteur de deux premiers romans remarqués, Autogenèse et Qu’avez-vous fait de moi ?, il est également parolier et dramaturge.

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Interview :

J’ai l’impression que ce nouveau livre est plus limpide que les précédents.

Je crois que c’est l’histoire et le personnage qui commandent le style. C’est effectivement une histoire moins complexe narrativement que Qu’avez-vous fait de moi et Autogenèse où il y avait de nombreuses couches de narration et où on n’avait un peu de mal à savoir qui parlait et qui disait la vérité. Dans L’abandon du mâle en milieu hostile, je raconte l’histoire d’un couple. L’histoire est plus simple, donc forcément, ça te parait plus limpide.

À quoi on sert dans ce monde ? Faut-il lutter, pas lutter ? Ce sont quelques-unes des questions que ce livre pose.

L’importance des idéaux aussi. C’est rigolo parce que chaque journaliste prend ce livre par un angle particulier.

Ce livre est plus riche qu’il en à l’air.

Il questionne sur l’amour, le sentiment amoureux, le couple, les idéaux, la famille, notre place dans le monde, la lutte, comme tu viens de le dire, la société…

erwan larher,l'abandon du mâle en milieu hostile,interview,mandorC’est un livre que tu as commencé il y a longtemps.

J’ai souvent des textes en cours. Je les laisse reposer, je les reprends, je les laisse de nouveau reposer, je les reprends, parfois, je les oublie complètement. Pour celui-là, c’est une histoire dont je me disais que je ne ferais rien. Je l’ai commencé en 1993, c’est te dire s’il n’est pas nouveau. Évidemment, si tu lis ce que j’ai écrit en 1993 et le texte publié aujourd’hui, ça n’a plus rien à voir.

L’action se situe en 1977.

Le cadre social, les moyens de communication n’étaient pas les mêmes. Il y avait moins de moyens de savoir ce qu’il se passait ailleurs, de s’ouvrir l’esprit. Il n’y avait pas de portables, pas Internet et il n’y avait que deux chaines et demie à la télévision. Quand tu étais à Dijon, je ne suis pas sûr que tu savais ce qu’il se passait à Paris de manière très rapide.

Pourquoi Dijon ?

C’est une ville riche avec une petite bourgeoisie locale. C’était la ville idéale pour servir mon histoire. C’est une ville viticole et généralement, là où il y a du vin, il y a de l’argent.

L’histoire commence dans une classe. Une punk aux cheveux verts arrive dans la classe du narrateur. Immédiatement, son réflexe est de la haïr.

Je pense plutôt qu’il veut la haïr. C’est une sorte d’auto défense. Pour lui, c’est imaginable que ce genre de fille pénètre dans son univers, aussi près de lui.

Il va être obligé de travailler avec elle pour un exposé et va tomber raide dingue d’elle.

C’était quelqu’un d’un peu niais et il tombe face à face sur cette jeune fille qui sort de la douche complètement nue. Est-ce que c’est une mise en scène ? Est-ce qu’elle l’a fait exprès ? À partir de ce moment-là, en tout cas, il y a chez lui une ligne de défense qui vole en éclat. Je crois que souvent l’amour est névrotique, alors a-t-il trouvé un pansement à sa névrose ? Je ne peux pas vraiment répondre.

J’ai adoré ses différentes méthodes pour la séduire. L’insistance, ensuite l’indifférence, le mépris…

Ce sont des tactiques qu’on a tous mises en œuvre, avec plus ou moins de succès.

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Pour résumer, ils vont vivre en couple, s’aimer et il va finir par découvrir des choses… disons graves. À partir de ce moment, il va se demander pourquoi, elle, elle l’a aimé.

C’est lui qui écrit, c’est lui qui raconte, donc tout ce qu’on sait de lui, c’est ce qu’il dit de lui. Si ça se trouve, il a des qualités dont il ne parle pas. Lui ne se trouve pas très beau, mais elle, elle lui dit que si. On ne sait pas s’il est vraiment comme il se décrit, mais on comprend qu’il n’a pas une très haute opinion de lui-même depuis qu’il l’a rencontré.

Ils restent ensemble pendant 6 ans, ce n’est pas rien.

Oui, c’est beaucoup. On ne reste pas avec quelqu’un aussi longtemps sans raison. La question, c’est plutôt, était-elle capable d’aimer ? Comment ? Ça ne veut pas dire la même chose pour chacun de nous. Il y a des gens pour lesquels il faut que ce soit passionnel, enflammé… pour eux, si ce n’est pas ça, ce n’est pas de l’amour. Il y a des gens qui sont plus austères, plus protestants dans leur manière d’exprimer et vivre ses sentiments. Est-ce que cet amour-là à moins de valeur que l’autre qui est explosif et tout feu, tout flamme ?

Ce livre raconte l’histoire d’une rencontre entre deux êtres solitaires.

La lucidité rend solitaire, qu’on le veuille ou non. Elle, elle ne se raconte pas d’histoire sur le monde qui l’entoure, au contraire. À un moment, quand tu es à la fois lucide et exigeant, tu te coupes du monde.

Le père du narrateur, quand il arrive ce qui arrive (et que je ne peux pas dévoiler ici), lâche son fils.

Je ne juge pas ce père sévèrement, même si son comportement n’est pas joli joli. Ce sont des gens qui sont nés avant-guerre. Ce sont d’autres valeurs. C’est une autre France. Un père ne montrait pas trop ses sentiments à ses enfants. Il ne faut pas juger avec le regard d’aujourd’hui. En 30 ans, les choses ont tellement évolué et bougé.

Lui, contrairement à elle est très « famille ».

Oui, la famille est très importante, mais d’un coup, il se demande si c’est si important que ça. Il se demande aussi s’il faut la sacraliser et si on peut avoir un regard critique sur ses parents ? J’espère que le livre questionne aussi tout ça.

Jusqu’à la fin du roman, il hésite à couper le cordon.

C’est difficile pour lui. Il a vécu dans un cadre très confortable. Il faisait partie des jeunes libéraux, il votait Giscard, il y a avait papa, maman, il allait devenir avocat. Soudain, tout cela vole en éclat. Ses certitudes envolées, il s’accroche encore plus à elle et à leur histoire.

Nous interrompons l’interview. Je vais lui faire un café, pendant ce temps il déconne sur mon appareil enregistreur. Chante « Be bop a lula » (assez bien, je dois dire). Quand je erwan larher,l'abandon du mâle en milieu hostile,interview,mandorreviens, il me demande si j’ai lu « Les pacificateurs » d’Antoine Bello ?

Non.

Je suis en train de le relire pour la suite d’Autogenèse et son pitch est génial. Il existe une organisation secrète qui falsifie la réalité. Au point de faire des fausses cartes du 15e siècle pour attester que les Vikings ont découvert l’Amérique. Elle écrit des sagas en falsifiant toutes ses sources, ce qui fait qu’on ne sait plus ce qui est advenu ou pas. Le héros va se demander pourquoi ? Moi, je crois fondamentalement que les grandes inflexions de ce monde sont décidées par une dizaine de personnes. Des financiers. C’est absolument certain.

La théorie du complot ? Non, je dis ça parce que dans tes livres, il y a toujours des groupuscules secrets.

Non, mais que fait le G8 par exemple ? Il y a ce que l’on voit du monde et ce qu’il y a en dessous.

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Sinon, pour en revenir à ton dernier livre, aimerais-tu qu’il soit adapté au cinéma ?

Non, parce que j’écris des choses pour l’audiovisuel. Je préférerais que ce soit ces choses-là qui sont écrites directement dans ce but-là, qui soient choisies. Mais franchement, je ne sais pas si j’aimerais que ce livre soit adapté au cinéma. Après, ça devient tellement autre chose. Ta création t’échappe complètement. Je n’aurai pas mon mot à dire… et vu les contrats que j’ai signés, je le sais parfaitement.

Pour t’avoir reçu souvent, je sais que tu veux construire une œuvre…

J’ai cette fatuité.

Tu sais qu’on m’a reproché d’avoir dit de tes deux premiers romans qu’ils allaient devenir cultes ?

Ah bon ! Qui ?

Là, n’est pas la question. Je le pensais et je le pense encore, mais j’avais dans la tête qu’ils n’allaient pas trouver leur public rapidement. Un roman culte ne l’est jamais dès sa sortie.

En tout cas, c’est gentil de le dire et d’assumer l’intérêt que tu trouves à mes livres. Je pense qu’Autogénèse et Qu’avez-vous fait de moi ? pourront avoir une seconde vie quand ils sortiront en poche.

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Avec Erwan, l'austérité et la retenue sont de rigueur.

18 mars 2013

Les Garçons Trottoirs : interview pour Rien ne va plus

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Photo : P-mod - Make up : Sophie R.

Les Garçons Trottoirs sont des musiciens chanteurs qui donnent la pêche et qui rendent de bonne humeur. Leur énergie et leur sens du spectacle captivent ceux qui viennent les voir en concert ou dans la rue. Oui, parce que ce groupe, outre le fait qu’ils jouent sur de nombreuses scènes françaises, continue à jouer en acoustique dans la rue. Paul d'Amour (guitare, chant), Bruno Derpmann (contrebassine, guitare, chant), Fred Villard (cajon, chant) et Jean-René Mourot (accordéon, trompette, chant) sont passés à l’agence, le 6 février dernier pour me proposer leur deuxième album Rien ne va plus.

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Les Garçons Trottoirs sont des musiciens du bitume. Ils partagent une volonté commune de bannir le matériel encombrant et de revenir à la base de ce qu'est la musique : prendre un instrument, jouer et chanter.

Fondé en août 2006, c'est dans la rue que le groupe forge son actif.

La force des Garçons Trottoirs est l'énergie avec laquelle ils captivent le public, des textes peaufinés, les voix, et surtout un grand sens du contact.

L'attrait de la scène et les invitations à s'y produire se faisant plus présentes, on les retrouve désormais en acoustique sonorisée ou non.

Les textes sont essentiellement en français et abordent des thèmes comme l'amour, la révolution, les mamans ou Jack l'Éventreur. Le style emprunte principalement à la pop, à la chanson, au blues, au cajun et au rock'n'roll. La particularité étant la part belle donnée aux voix et le choix des instruments...!

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De gauche à droite : Fred Villard, Bruno Derpmann, Jean-René Mourot et Paul d'Amour.

Interview :

Qu’est-ce qui vous a réuni ?

Bruno : En fait avec Paul, on a répondu à une commande d’un festival en 2006 pour jouer dans la rue. On a vite monté un répertoire et on a appelé quelques copains. On devait s’arrêter après la manifestation, mais étant donné que ça a plutôt bien marché, on a décidé de continuer. On a fait un album dans la foulée. On était 6 et c’était un peu le bazar. D’ailleurs, sur la durée, le bazar ne pouvait pas durer. Le fait de vouloir aller plus loin a scindé le groupe en deux. Paul et moi, on a appelé Jean-René à la rescousse à l’accordéon et on a tourné quelques mois comme ça. Bruno est arrivé en 2008. Cela fait 5 ans que ça dure et cette formule à 4 nous convient parfaitement.

Vous chantez tous et composez aussi.

Bruno : En général, la personne qui a composé la chanson en est le chanteur. Très vite, on peut se rendre compte qu’une chanson passe mieux quand tout le monde chante ensemble. Avec l’expérience, chacun sait où se poser dans une chanson par rapport à sa voix. On fait ça de manière assez naturelle.

Il est essentiel pour durer de bien s’entendre. Ce ne doit pas être simple tous les jours d’être sur la même longueur d’onde. Il faut être d’accord sur les textes

Bruno : Les textes sont faits avant qu’on les travaille ensemble. Souvent, ce sont ceux de Paul et de Bruno. C’est plus la sauce musicale et l’ambiance que l’on va faire ensemble, mais ça se passe toujours bien.

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(Photo : P-mod.)

Dans les arrangements des titres, tout est assez frontal… ça vous vient de la rue ?

Bruno : Oui, il faut être efficace immédiatement. La rue te forme à ce que l’énergie soit là en permanence et à faire en sorte de ne perdre qui que ce soit pendant la chanson. Il faut captiver l’auditeur et ne jamais le lâcher.

Quand lors d’une prestation, l’un de vous est fatigué, les autres le boostent ?

Paul : C’est un peu comme les cigognes qui migrent. Celles qui sont devant, quand elles sont fatiguées,  passent à l’arrière.

Vous ne vous produisez pas uniquement dans la rue, vous faites pas mal de scènes officielles et pas qu’à Strasbourg.

Bruno : On est content de sortir de nos bases, le Grand Est, l’Alsace Lorraine… on a fait quelques concerts à Lyon, à Rennes, à Marseille, à Angoulême.

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(Photo : Le Républicain Lorrain)

Vous faites participer le public lors de vos concerts. Disons que c’est pas mal interactif.

Jean-René : Quand on joue, on peut discuter avec les gens qui sont dans la salle. Même pendant les chansons. On aime qu’il y ait un échange entre eux et nous. Les faire participer, c’est la base du concert.

Paul : De toute façon quand on joue avec une poubelle, un cajon, une guitare et un accordéon, ça n’aurait pas de sens que l’on fasse un show à l’américaine. On ne va pas commencer à mettre des feux d’artifice et abuser d’un son et lumière de malade. Tout doit se faire humainement.

Mais si un jour, ça cartonne pour vous et que l’on vous donne les moyens de faire un spectacle avec pas mal d’argents…

Paul : Il y a des groupes comme La Rue Kétanou qui, malgré le succès, ne sortent pas de leur principe. Le peu de fois où on a essayé de changer la sauce, via des résidences, on s’est fait chier royalement. Nous, ce qu’on fait n’impose pas une réflexion intense, c’est plutôt de l’acte spontané. Avec notre répertoire, il faut que l’on s’amuse et que l’on soit en roue libre.

Bruno : Quand on arrive sur scène, notre rôle est de trouver une proximité avec les gens qui ferait que, si on était en train de jouer dans leur cuisine, ce serait pareil. Toute la difficulté, c’est que ça ne dépend pas que de nous. Le public y est aussi pour beaucoup.

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(Photo: Olivier Vax)

Vous faites parfois des premières parties. Le public qui ne vient pas pour vous doit être assez surpris…

Bruno : On arrive souvent sur des scènes d’artistes  qui ne nous ressemblent pas du tout.

Fred : Natasha St-Pier et Garou par exemple, on ne peut pas die que nous nageons dans les mêmes eaux. Il y a avait 3500 personnes et je pense qu’ils pensaient que la première partie allait être occupée par un groupe de variété. Ils ont vu 4 fous faire un concert acoustique et déménager en faisant n’importe quoi. Ils ne s’attendaient pas à ça, mais notre prestation a super bien fonctionné avec le public.

Vous êtes nus sur la pochette de votre deuxième disque. Ça a été compliqué à faire cette séance ?

Collégialement : non ! On avait fait faire de beaux costumes pour cette séance et voilà le résultat. Ce sont des photos qu’on a faites à la fin pour se détendre, pour rigoler et surtout pour les garder pour nous. On a réfléchi quelques minutes avant d’accepter que ce soit cette photo-là qui serve pour la pochette. On a pensé à la promo et au moment où on nous posera la question sur le pourquoi du comment d’apparaitre nu sur une pochette. On savait qu’on allait devoir se justifier.

Que souhaitez-vous avec cet album ?

Bruno : Le but premier c’est évidemment d’avoir un public plus large, autant en Bretagne qu’au Pays Basque. On a envie de jouer partout.

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(Photo : Thomas 'laroukss' Kalinarczyk)

Vous avez vendu 6000 exemplaires du premier album, juste dans votre région. Je trouve que c’est déjà beaucoup.

Paul : Ce sont des disques vendus à la fin des concerts, sans l’aide de personne. Ça nous a permis d’avoir un peu d’argent pour enregistrer celui-ci, « Rien ne va plus ». On a voulu passer le cap supérieur, on souhaite vivement que le public s’y intéresse. Je compare ça à un truc qui peut paraître con : c’est comme produire ses carottes et les vendre sur un marché et après, faire le choix d’une distribution nationale chez Leclerc. On joue une nouvelle carte, on  a pris des risques, on attend de voir ce qui va se passer.

Bruno : On essaie surtout de ne pas trop se prendre au sérieux.

En tout cas, on ne peut pas dire que vous soyez un groupe engagé…

Paul : Personnellement, je ne suis pas assez courageux pour tenir un engagement en chansons. Après il faut montrer l’exemple dans la vie. Quand je vois des artistes faire la morale dans les chansons et qu’un peu plus tard, je les vois poser dans les magazines bien habillés, j’ai envie de leur demander d’aller faire du bénévolat aux Secours Populaire au lieu de nous casser les pieds. Il faut être engagé dans la vie réelle. Je ne dis pas que l’art ou la musique ce n’est pas réel, mais je pense que l’engagement ne se fait pas là. L’engagement, c’est dans les actes. Et surtout, il faut une vie qui suit.

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Pendant l'interview...

Du coup, vous avez des textes plutôt légers.

Paul : On parle pas mal d’amour. On peut parler de politique en musique, mais il faut faire attention. Il faut garder un peu de neutralité. Ce sont des choses sérieuses, il faut prendre des pincettes.

Pourquoi faites-vous de la musique ? Pour détendre et faire rêver les gens ?

Fred: Moi, je me suis toujours senti utile comme ça. Quand on fait ce métier-là depuis 15 ans, parfois on a du mal à se trouver une légitimité. Il me semble que quand on monte sur scène et que les gens ont transpiré, qu’ils ont déliré parce qu’on s’est posé là et qu’on a joué, je pense que l’on fait un boulot pour la collectivité.

Bruno : Personnellement, je n’ai jamais rien fait d’autre. Ça m’a pris, j’avais 4 ans et je n’ai depuis, jamais songé à faire autre chose.

Jean-René : Moi, c’est pareil. Même si j’ai fait autre chose, la musique ne m’a jamais quitté. Je trouve tellement agréable de faire du bien aux gens, de les divertir, de les sortir de leur quotidien, de les faire rire ou même chialer. C’est assez jubilatoire.

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17 mars 2013

Paul Merci et Sarah Zine : interview pour l'EP Chansons Françaises

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(Photo : Cédric Paris)

C’est par l’entremise de Sarah Zine que j’ai découvert Paul Merci. La première est la coauteure du deuxième. Elle m’a envoyé un message accompagné d’un lien avec quelques chansons. Intéressantes, variées, noie souvent, voire étranges. Ce que j’aime dans la chanson française. Justement, la première chanson écoutée s’intitulait ainsi « Chansons Françaises ». J’ai demandé à Sarah Zine de m’envoyer l’EP du monsieur. Écouté et largement apprécié. Coïncidence, un peu plus tard, Paul Merci a fait parti des 22 demi-finalistes du Prix Georges Moustaki. J’ai convié le 13 février, Paul Merci et Sarah Zine à l’agence pour me présenter leur projet.

Sinon, jetez un coup d’œil ici, vous pouvez l’aider à réaliser le clip officiel de "Chansons Françaises".

La page Noomiz de Paul Merci.

375429_520313774654786_710829992_n.jpgExtrait de sa biographie officielle (un peu modifiée) :

C’est au théâtre qu’il fait ses premiers pas d’interprète. Amoureux de la scène, il est alors sur le point d’intégrer une troupe professionnelle de comédiens. Le choix est difficile, mais il décide finalement de se consacrer entièrement à la musique. Durant cinq ans, il va travailler sa voix avec rigueur en prenant des cours de chant lyrique. En parallèle, il commence à écrire et composer. À vingt ans, il enregistre huit titres. Par la suite, les projets qu’on lui propose ne correspondent plus à sa sensibilité et Paul n’est pas prêt à faire de concession. Pour cette raison, il préfère travailler dans le milieu de la mode et délaisse ses projets artistiques.
Les années passent jusqu’au jour où il découvre, presque par hasard, l’album de Dani «Laissez-moi rire»… ce sera le déclic ! Au fil des rencontres, il s’entoure d’une famille d’artistes avec laquelle il décide de préparer son premier album. La première à le rejoindre dans ce projet est l’auteure Sarah Zine qui écrit avec lui plusieurs titres. Tous les deux se plaisent à dire qu’ils vouent un culte quasi « insensé » à la langue française et qu’il aurait été inconcevable d’écrire dans une autre langue.

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Interview :
Tu as eu deux vies musicales, Paul, il me semble.

J’ai commencé à faire de la variété, mais j’ai une formation lyrique au départ. Aujourd’hui, ce n’est plus ma façon d’envisager l’interprétation. Je vais plus rechercher l’intention que la performance. L’intensité, elle est plus dans la présence et dans la façon de ressentir le mot. Musicalement, ce que j’écoute et ce qui me fait vibrer, ce sont des gens qui n’ont pas des voix puissantes, mais qui me touchent vraiment. Gainsbourg, Dani, Biolay ou encore Barbara Carlotti, qui elle aussi a une formation lyrique.

Avant de sortir cet EP, tu as toujours été dans le milieu de la musique ?

Oui, mais ça a toujours été ma deuxième vie. J’ai travaillé longtemps dans la mode. Je faisais de la distribution de prêt-à-porter haut de gamme et luxe. Aujourd’hui, je suis coach sportif au quotidien. J’essaie de faire ce que j’aime et m’écouter. J’ai la chance de pouvoir atteindre à chaque fois ce qui me fait plaisir. C’est assez grisant.

La première chanson que j’ai entendue de toi, c’était « Chansons Françaises ». Une chanson qui,  je l’espère, est au second degré. 

C’est à 99% du second degré. Le texte est de Sarah. Un soir que nous travaillions ensemble, je lui ai expliqué que parfois, quand je disais aux gens que je faisais de la chanson française, ils aient un mouvement de recul, un peu comme si j’annonçais que j’avais une maladie et que j’allais mourir demain. Parfois, j’en ai été décontenancé, blessé même… Sarah m’a dit qu’elle savait de quoi je parlais parce qu’elle avait vécu la même chose. Du coup, elle a eu l’idée d’écrire une chanson dans laquelle elle me met à la place des gens qui critiquent la chanson française. Le texte et la gageure m’ont tout de suite plus.

Ceci n'est pas le clip officiel de "Chansons Françaises".

Mais certaines personnes ne connaissent pas le second degré.

Il y a un double sens et il peut ne pas être compris. Mais, je fais confiance à l’intelligence des gens. Il y en a beaucoup qui creusent, tu sais. S’ils s’intéressent à qui est Paul Merci et quel est son identité aujourd’hui, ils n’auront qu’à lire ma biographie et ils sauront que je défends avant tout la langue française et la chanson française.

Cover_simu4-400x400.jpgLes gens que j’ai cités tout à l’heure, Carlotti, Biolay, Gainsbourg, sont-ils tes références absolues ?

Ces artistes-là me donnent plus une impulsion qu’une influence. À aucun moment je n’ai voulu ressembler à qui que ce soit et à aucun moment je n’y pense quand on écrit, quand on compose, quand on bosse sur les arrangements. Ça me donne juste envie de faire de la musique et de dire ce que j’ai à dire et de chanter à ma façon. Je ne suis pas là pour copier ce qui existe déjà.

Je sais que tu te sens proche de l’univers de Barbara Carlotti.

Depuis que son dernier album est sorti, je ne cesse de l’écouter. Je l’ai encore écouté ce matin. Ce disque à l’élégance folle est magique pour moi.

Sarah, toi, tu écris la plupart des textes de Paul. Tu manies bien le second degré, je trouve.

J’aime que les choses soient implicites, un peu poétiques. Je n’aime pas ce qui est trop prosaïque. En général, c’est vrai que je n’aime pas dire clairement.

Et toi Paul, ça te convient ?

Moi, je dis souvent les choses trop clairement, du coup, on a trouvé une combinaison qui est complémentaire. Comme on écrit beaucoup ensemble, elle met beaucoup de nuances à mon côté direct et parfois, je me mets un peu plus de directs à son côté plus nuancé.

Sarah, ton égo d’auteur n’est-il pas trop malmené ?

Avant, je n’avais pas envie de coécrire. Avec Paul, je me suis rendu compte que cet exercice était intéressant. Il apporte quelque chose de nouveau à mon écriture parce qu’il a beaucoup de talent.

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(Photo : Richard Boyer)

Mais, toi Paul, tu n’aurais pas pu écrire seul ?

Je n’avais pas envie, surtout. Pour moi, le partage dans la vi est primordial, quoi que je fasse. J’avais envie de me lancer sur ce nouveau projet, mais d’avoir un échange avec des gens qui pouvaient comprendre comment je vivais les choses et qui pourraient les vivre avec moi, mais naturellement, sans rien leur imposer. Avec Sarah, dès notre première conversation téléphonique, ça a été une évidence qu’il fallait qu’on travaille ensemble. Pour moi, c’est clairement notre projet et j’aime le rappeler.

Sarah, tu écris pour un homme. Il faut que tu te mettes à la place d’un homme ?

J’essaie d’écrire des choses assez universelles. Je ne me pose pas cette question. Cela étant, comme on commence à bien se connaître, je sais ce qui lui correspond. Je sais aussi ce qui va lui plaire et ce qui ne va pas lui plaire.

Paul, c’est amusant parce qu’avec ce que j’ai entendu et vu sur toi, chansons et clip, je m’attendais à accueillir un ténébreux, voire un taiseux. Je ne m’attendais pas à quelqu’un de souriant et de vif.

Peut-être que tu reçois une partie de Paul Merci et de Michael Comparato, mon vrai nom ? J’adore jouer de cette dualité. J’aime bien me projeter dans différents univers et ne pas avoir qu’une image. Même musicalement, il y a vraiment des ambiances différentes. Je ne voulais pas d’un disque linéaire qui ennuierait la personne qui l’écoute. Une chanson pour chaque état d’esprit de chaque jour parce que chaque jour est différent.

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(Photo : Cédric Paris lors du tournage du clip d'"On se croise").

Pour cet EP, vous vous êtes associés également à Philippe Bresson et David Granier ainsi qu’à Bidge, chanteur de Red Lili, pour réaliser certains arrangements. La chanteuse du groupe Magnolia, Jessica Maurin, interprète au côté de Paul « On se croise ». Ces 6 titres sont-ils annonciateurs d’un album à venir ?

Les titres sont en cours et nous en sommes très fiers. Ils sont pas mal avancés. Comme tu dois le savoir, nous ne sommes pas signés aujourd’hui et ce n’est pas tout le temps simple financièrement. On avance donc par étape. Tranquillement, mais sûrement.

Le clip d'"On se croise".

Le clip d’une des chansons les plus noires de l'EP,  « On se croise », est intéressant et... surprenant.

On a rencontré des jeunes super talentueux et humainement, ça a marché tout de suite. C’est toujours délicat de se retrouver devant une caméra. Je n’ai pas l’habitude. Ce clip m’a permis de retrouver les sensations que j’ai eues quand j’étais comédien. J’ai fait 8 ans de théâtre et ça m’a fait du bien de jouer un rôle.

« Rose for Dani » est un hommage à la chanteuse Dani.u0602498323175.jpg

Dani a cette faculté de donner un sens à chaque mot. Quand je l’écoute, j’ai l’impression d’une page qui s’ouvre avec le dictionnaire et tout le sens du mot. C’est l’artiste qui m’a permis de remettre le pied à l’étrier. J’ai traversé un long moment où je me remettais en question musicalement. Je suis allé chez un disquaire un jour, je voulais acheter un album d’Étienne Daho et je suis tombé par hasard sur un CD de Dani, Laissez-moi rire. Je l’ai acheté, je l’ai mis dans la voiture et j’ai été touché dès la première écoute. Ça l’a inspiré et ça m’a donné envie de recommencer.

Quel est l’enjeu de cet EP ?

C’était de faire de la chanson française qui puisse être entendue par plein de monde. La chanson française est parfois regardée de travers. Des gens la prennent en grippe parce qu’ils ne la comprennent pas. Les gens ont l’impression qu’elle cloisonne les gens et les genres. Moi, j’ai voulu faire une chanson française qui ouvre les champs d’écoute.

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14 mars 2013

Aymeric Patricot : Interview pour L'homme qui frappait les femmes

Dans son dernier livre, Aymeric Patricot aborde la violence à l'égard de la femme. L'homme qui frappait les femmes est son troisième roman. Un roman-choc qui bouscule les consciences. Ce livre n’est rien de moins qu’une confession, celle d'un maudit. On ne peut absolument pas sortir indemne de cette lecture.

Je connais Aymeric Patricot depuis 2006. Je l’avais mandorisé pour son premier roman, Azima la rouge. Puis nous nous sommes croisés parfois, chez lui… où ailleurs. Quand j’ai lu le titre de son nouveau livre, je me suis posé beaucoup de questions. Qu’arrive-t-il à Aymeric Patricot ? Qu’est-ce que c’est que ce livre au titre provocateur ? Puis, j’ai lu. Et largement apprécié… et j’ai compris sa démarche. Je lui ai demandé de me rejoindre à l’agence pour en parler… ce qu’il a fait le 18 février dernier.

aymeric patricot,l'homme qui frappait les femmes,interview,mandor4e de couverture :

« Je ne chercherai pas dans ce livre à me justifier ni même à présenter les choses sous un jour avantageux pour moi. Je ne ferai pas non plus l’apologie de ce que j’ai commis. Je comprends qu’on m’en veuille et, dans une certaine mesure, je comprends qu’on fantasme ma mort. (…) Je tiens d’ailleurs à m’excuser pour la véritable indécence que constitue ma vie. Je suis bien obligé de constater que ce défaut dans mon caractère m’a valu des succès… ».

Présentation de l’éditeur :

Ce roman est la confession d’un maudit. Dès l’adolescence, et les premiers émois amoureux, un désir irrépressible de frapper les femmes l’a emporté dans une chute sans fin. Il vivra désormais face à l’horizon indépassable du malheur d’autrui et de l’horreur d’être soi, sans échappatoire, comme prisonnier de lui-même, de la force inconsciente qui le gouverne. Quand l’heure de payer sera venue et que la violence se retournera contre lui, il n’aura d’autre solution que d’accepter cette terrible justice ; de bénir ce qui le débarrassera enfin de lui-même.

Dans sa postface, « L’insoutenable », Aymeric Patricot approfondit les questions que soulève ce roman-choc, d’une noirceur fascinante. Quelle part d’humanité demeure quand le mal emporte une vie ? Quelle est cette zone de nous-mêmes d’où sortent les pires pulsions ? Il prouve ainsi, à la fois en confirmant qu’il est un des romanciers les plus puissants de sa génération et en se montrant capable de prolonger son travail sur le plan théorique, que la littérature demeure un des instruments les plus féconds de connaissance de l’humain.

L’auteur :

Aymeric Patricot est professeur de lettres et enseigne à La Courneuve. Il est l’auteur de deux romans : Azima la rouge, chez Flammarion, en 2006, Suicide Girls, chez Léo Scheer, en 2010, et d’un essai : Autoportrait du professeur en territoire difficile, chez Gallimard, en 2011.

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Interview :

Quand on te connait, on se demande pourquoi tu as écrit un livre de cette nature.

Je ne pense pas être d’un tempérament violent et du coup, pour moi, il y a un côté exotique à la violence, c’est un truc un peu mystérieux et inquiétant, complètement détaché de moi. Du coup, il y a un plaisir romanesque à imaginer ce que cela pourrait donner. Dans mon précédent livre, Suicide Girls, je parlais du viol, donc j’avais une compassion pour les personnes qui en ont été victimes. Du coup, comme je parlais de la psychologie des agressées, j’ai basculé dans la logique inverse qui est ce que ressent l’agresseur. Est-ce que la psychologie de l’agresseur est si distincte de la psychologie de l’agressée ?

Dès le titre de ton livre, on est interpellé, voire choqué.

C’est un titre qui allait de soi. Je crois que je l’ai trouvé avant d’avoir écrit le roman. Je ne l’ai jamais changé. Ce titre dit les choses et ça va bien avec le roman qui va à l’essentiel.

Le narrateur explique dès le début du livre qu’il n’a pas vécu de violences dans sa jeunesse, qu’il ne reproduit pas ce qu’il a vu.

Je ne voulais pas un personnage à qui on trouve des excuses. Je ne voulais pas qu’il puisse justifier tout ce qu’il fait. Il n’est même pas misogyne, ce qu’il fait, c’est de l’ordre de la pulsion pure. C’est un psychopathe. S’il s’attaque uniquement aux femmes, c’est qu’en plus, il est un peu lâche. C’est ce mélange de pulsions gratuites et de lâchetés qui fait ce personnage.

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Il se rend compte qu’il aime battre les femmes quand il gifle sa première petite amie, Christelle.

Il remarque qu’il n’y a pas de conséquences et que personne ne le sait. Il y gagne une certaine assurance. C’est quelqu’un de très banal et violenter comme ça lui donne de l’épaisseur. Tout se décide à ce moment-là. Sa vie prend du relief parce qu’il donne quelques coups et qu’il s’en sort pas si mal. Du coup, avec le temps, ça va s’approfondir.

Très vite, il ne va plus se contenter de gifles, mais s’il devient un véritable prédateur, il n’a jamais tué.

Oui, même s’il y a une ou deux scènes où il esquinte des filles qui restent sur le carreau. On ne sait pas trop dans quel état elles sont. A priori, effectivement, il ne franchit pas ce pas-là. Mais il est presque pire qu’un meurtrier parce qu’il fait réellement souffrir. Parmi les autres limites, s’il bat sa femme, il ne bat pas ses propres enfants.

Mais Aymeric, on n’écrit pas ce genre de livre sans raison…

J’ai pu observer ou vivre des situations de violences dans ma vie qui m’ont marqué, du coup, ce livre est peut-être un exutoire, c’est vrai.  Et puis, tu sais, il y a toute une tradition littéraire du personnage indéfendable. L’étranger de Camus, c’est quand même un type qui commet un crime gratuitement. Et je ne parle même pas des héros de Easton Ellis. Finalement, on est habitué en littérature contemporaine à lire des romans épouvantables. On est baigné là dedans : les vidéos ultras violentes, les films ultras violents, la littérature américaine ultra violente, ce que j’appelle la littérature punk. J’ai envie de m’inscrire dans cette tradition-là.

Mais, je sais que tu voulais que ce soit un livre de bonne tenue et bien écrit.aymeric patricot,l'homme qui frappait les femmes,interview,mandor

L’essai à la fin, L’insoutenable, est très littéraire. Et quand le personnage fait son auto portrait, ce sont des pages qui sont écrites avec beaucoup de soin. Ce n’est pas de la littérature gratuite, sujet-verbe-complément. Je voulais aussi un livre stimulant. C’est un peu glauque, mais on le lit vite et on peut avoir du plaisir parce que ce n’est pas complaisant.

Parfois, c’est fou, on s’habitue au personnage alors que c’est une ordure, quand même.

Finalement, c’est un type qui a un quotidien glauque comme pas mal de gens. Il a une femme, des enfants et il s’en veut de leur faire subir ce côté-là de sa personnalité. Il a quelques côtés un peu humains, il s’en sort plutôt pas mal et sa vie sociale n’est pas si différente de la nôtre.

Il fait partie d’une association qui vient en aide aux femmes maltraitées. Il y exerce même une charge importante.

Dans la journée, il aide les femmes battues et le soir il les tape. Je pense que les pervers peuvent offrir un visage très rieur au quotidien et cacher le fait qu’ils commettent des saloperies. Le fait qu’il soit dans cette association, on peut l’interpréter de deux manières. Ça peut être une manière de se racheter un peu, mais je pense que lui, c’est plus pervers que ça. C’est une forme d’amusement. Il prouve ainsi que la vie est un joyeux bordel et qu’on peut faire facilement illusion en menant des vies paradoxales. Il se dit que tout ça, c’est un peu de la comédie. Bon, il y a des scènes où je montre qu’il est pris en tenaille par ses deux vies et qu’il a du mal à gérer tout ça.

On comprend chez le narrateur que la violence est un substitut de la sexualité.

Ça le fait plus triper que l’acte sexuel. Il a une vie sexuelle normale avec sa femme, mais son grand truc, c’est la violence avec les autres femmes.  À un moment, il dit : « Finalement, j’ai aimé les femmes. Toute ma vie aura été gouvernée par mon rapport avec les femmes. Je les aurais frappées, mais est-ce que ce n’est pas une forme d’amour ? Je ne les déteste pas, je prends juste plaisir à les frapper. » Il développe tout un art de la violence.

Est-ce un livre compliqué à écrire ?

Je l’ai écrit très facilement et d’une traite. Quand je me suis intéressé à des thèmes proches, je me suis dit qu’il fallait que j’écrive là-dessus. Après, c’est plus délicat de le vendre aux éditeurs et de le défendre dans la vie quotidienne auprès de ses proches. Les éditeurs « classiques » ont été choqués et n’ont pas eu envie de le publier. Sinon, c’est vrai que je passe beaucoup de temps à expliquer ce n’est pas autobiographique.

Dans la postface intitulée L’insoutenable, tu dis que « lorsqu’on publie un tel roman, il est inévitable qu’on se pose la question de votre équilibre mental. Les gens cherchent des points de correspondances avec la biographie de l’auteur ».

En toute honnêteté, je n’ai jamais eu le fantasme de battre des femmes, mais ça doit correspondre à l’inversion de choses vécues. Même dans mon métier, je suis prof en banlieue. Toute la violence que tu te prends au quotidien psychologiquement ou même physiquement, à un moment, tu l’investis dans une fiction. Je le répète, c’est une sorte d’exutoire. Une sorte de métaphore littéraire. D’ailleurs, je tiens à préciser que c’est moins un roman sur la violence faite aux femmes que sur le surgissement pulsionnel.

aymeric patricot,l'homme qui frappait les femmes,interview,mandorMais dans Suicide Girls, ton précédent roman, il y avait déjà de la violence faite aux femmes.

Je pense qu’il y a un biais éditorial. J’écris des textes plus classiques, mais qui ne sont pas toujours pris. Des textes même tendres et poétiques. Je pense que je n’écrirais plus des livres « rentre dedans » comme ces deux-là. C’est le dernier très fort autour de ce thème. Je vais m’adoucir.

Tu es professeur de lettres. Que tu sortes un livre comme celui-ci n’est pas gênant par rapport à tes élèves et même peut-être par rapport à l’éducation nationale ?

Les adolescents sont beaucoup plus ouverts et moins moralisateurs que les adultes. Ça pose plus un problème vis-à-vis de l’administration, en effet. J’avais donné Suicide Girls à mon précédent proviseur. Il avait été un peu surpris, mais il a bien compris que c’était un roman.

Tu envisages la littérature comment ? J’ai l’impression que tu veux toujours provoquer.

Je ne cherche pas à heurter délibérément. Par contre, j’aborde des thèmes délibérément un peu dérangeants, c’est vrai. Je mets les pieds dans le plat.

Comment est reçu médiatiquement L’homme qui frappait les femmes ?

Je suis surpris parce qu’avec Suicide Girls, j’ai fait un bide. Un vide journalistique total. Personne n’a fait même l’effort de le lire. Je m’étais dit qu’avec celui-là, il allait en être de même. En fait non, ce roman a beaucoup plus d’échos. Je suis invité à la radio régulièrement pour en parler parce que c’est un thème qui recoupe certaines questions sociologiques.

Était-il essentiel d’écrire l’essai L’insoutenable?

Premièrement, je ne voulais pas que l’on dise que j’étais uniquement dans la provocation. Deuxièmement, le roman est court, assez sec, je trouvais que c’était maigre pour un livre. Autant L’homme qui frappait les femmes, je l’ai écrit rapidement, autant L’insoutenable, je l’ai muri pendant des mois. C’est une écriture beaucoup plus lente et beaucoup plus personnelle. Je suis content d’avoir publié les deux parce que ça dissipe tout malentendu et j’ai moins de scrupule à le publier. J’aurais moins assumé ce livre sans l’essai.

L’écriture du roman est vive, rythmée, sans fioritures.

C’est vrai, mais j’insiste sur ce point, je ne voulais pas que ce soit un roman pauvre stylistiquement. C’est un type qui a une vie bourgeoise, donc il écrit bien. La littérature, c’est aussi le plaisir des mots. Je ne ferais jamais du trash vulgaire facile.

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12 mars 2013

Albin de la Simone : interview pour Un homme

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(Photo : Christophe Mereis)

Depuis 2003, Albin de la Simone a publié trois albums, aux chansons à la fois pop et singulières. Ses concerts, en solo, en orchestre à cordes, clavecin, combo pop ou même en duo avec le pianiste classique Alexandre Tharaud, sont toujours l'occasion de revisiter son répertoire et d'expérimenter de nouvelles trouvailles. De la Simone est aussi musicien, producteur ou arrangeur pour d'autres chanteurs : Vanessa Paradis, Alain Souchon, Keren Ann, Arthur H, Mathieu Boogaerts, JP Nataf, Iggy Pop, Alain Chamfort, Salif Keita...

Albin de la Simone est l’homme de très nombreux projets. Tant que je me refuse de les énumérer. Par contre, vous pouvez consulter sa fiche Wikipédia, elle est impressionnante.

Sinon, bon, il a déjà été mandorisé pour son précédent album, Bungalow !

537946_10152423438255201_941771756_n.jpgExtrait de la présentation officielle de l’album Un homme :

« Dans son quatrième disque, il évoque tour à tour, dans un savant mélange de fiction et de vécu, un aménagement, un enterrement, un père qui ressent sur lui le poids de ces responsabilités, un mariage, un amour éteint et un endormissement, sans trop en dire, en restant flou. Albin de la Simone a bouleversé sa façon d'écrire. Plutôt que de s'isoler du monde, « Un homme » est le résultat d'un travail continu où l'écriture s'est intégrée dans sa vie quotidienne. Pour la première fois également, beaucoup de chansons sont nées sur scène, lors des nombreux concerts que l'artiste a pu donner.

Le 17 février dernier, je suis allé à la rencontre de l’artiste, dans le studio même où il a conçu Un homme, au 104 (lieu de création et de production artistique dans lequel il est en résidence depuis 2 ans).

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Albin de la Simone, le jour de l'interview, dans le studio où il a concu l'album Un homme.

Interview :

Ton album est d’une élégance rare. J’ai l’impression qu’il plait à tout le monde.

C’est ce que les gens me disent. Je suis content. C’est super agréable une telle unanimité. J’en ai chié pour le concevoir. Je l’ai écrit ici. J’ai des souvenirs de doutes… profonds.

Quand on te dit que cet album est certainement le plus abouti, voire ton meilleur, tu ne dois pas comprendre pourquoi…

Je vois ce que j’ai cherché à faire dans celui-là que je ne cherchais pas à faire dans les précédents. Chaque album est une tentative différente. Je suis dans une période de la vie dans laquelle je me sens plus en harmonie avec moi-même et moins complexé sans doute. Je peux comprendre qu’à un moment les faisceaux se croisent et que le timing soit bon entre ce que je suis à l’intérieur et ce que j’ai envie de faire.

Clip de "Mes épaules".

Ton premier single «Mes épaules » déclenche une vague d’enthousiasme.

C’est la chanson ambassadrice de l’album, il me semble, d’après ce que j’entends. Elle a l’air de toucher d’autres gens que moi pour les mêmes raisons qu’elle me touche moi. C’est marrant, je me dis : « Tiens ! J’ai peut-être réussi une chanson. » Tu sais c’est rare une chanson qui arrive à résonner auprès de beaucoup.

Habituellement, tu pars au bout du monde pour créer un album. Là, tu es tout fait ici, où nous sommes.

Je voulais plus d’harmonie dans ma vie. Je ne voulais plus, pour parvenir à créer, devoir partir à 5000 bornes. Je commençais à trouver ça un peu bizarre en fait. J’ai eu envie d’essayer autre chose.

Dans « Ma crise », tu parles de toi un peu plus frontalement.

Je suis comme ça. Inconstant. Je suis toujours en train d’essayer des combinaisons qui marcheraient mieux dans ma vie. Je m’adresse à quelqu’un en disant : « Supporte-moi, je t’en supplie.  Je suis chiant avec ça, mais je suis comme ça… on va s’y habituer. » La crise, il faut aussi prendre ce mot au sens littéral. C’est la crise en permanence. Dans les années 80, on en parlait déjà. Il ne faut pas espérer en sortir, il faut juste intégrer que c’est tout le temps la galère, c’est toujours la merde et on est toujours inquiet pour nos enfants, comme la génération d’avant était inquiète pour nous. C’est toujours la panique. Grandir, c’est intégrer tout ça et vivre dans cette espèce de chaos.

Albin de la Simone interprète "Ma crise" pour Le Live, l'émission musicale du Figaro.

Ça t’amuse la perception différente qu’ont les gens de tes chansons…

Oui. Et je joue de plus en plus avec ça. J’adore laisser des vides intersidéraux entre certaines informations qui sont dites et le principal qui n’est pas dit. Dans « La fuite », on ne sait ni qui je suis, ni si j’ai déconné, qu’est-ce que j’ai fait, à qui je le dis… En fait, on ne sait rien. Cette chanson est aussi ambigüe que romanesque. J’adore de plus en plus ce processus d’écriture.

Est-ce que l’on peut affirmer que cet album est celui qui te ressemble le plus ?

J’ai changé au fur et à mesure des albums, mais chaque album était conforme à ce que j’étais quand je l’ai fait. J’espère évoluer. Je suis très critique sur moi-même, sur ce que j’étais il y a 5 ans et les disques que j’ai faits à cette époque. Je me sens plus équilibré, alors, chouette, mon disque à l’air plus équilibré.

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As-tu été un peu parasité par le succès de tes potes autour de toi.

Oui, en effet. Mais, j’ai aussi été parasité par le côté rock que j’ai abordé à un moment. J’ai eu l’envie moi aussi de faire bouger, comme mon ami Mathieu Chédid. Aujourd’hui, j’ai compris quelle était la place où je suis parfaitement installé et où, visiblement, on me comprend mieux.

Quelle est cette place ?

C’est assis derrière un clavier. C’est en chantant assez calmement, souvent même en acoustique, sans micro. Je crois que je suis plus fort dans les formes intimes et douces. Si je ne fais que ça, je me rends compte que tout va bien.

En concert, tu t’en rends compte ?

Je m’en rends compte principalement en concert. Depuis que je suis passé à une version acoustique, puis à une version solo, j’ai découvert ce qui était le ciment entre moi et le public. C’est un truc que je ne peux plus détruire. C’est devenu mon noyau. Pour résumer, j’ai trouvé mon noyau et il est plutôt calme.

65402_10151355836095201_325950078_n.jpgJe suis sûr que c’est l’album qui va te révéler à un public plus large.

La chanson « Mes épaules » passe à la radio. Ça me plait. Et ça me plait qu’elle plaise. Après, ma vie est tellement dense, tellement remplie, je suis tellement content de tout ce que je fais et que l’on me propose de faire, je n’espère pas grand-chose de plus. Je n’ai pas de souffrances, ni frustrations professionnelles. Un succès public plus grand pourrait changer des trucs, mais en même temps, je ne manque pas d’argent, je ne manque pas d’amour et artistiquement, je m’éclate. Je ne dis pas que je ne veux pas avoir plus de succès, je dis juste que, déjà, tout va bien.

Comment cela ? Tu es heureux ? Il ne faut donc pas souffrir pour créer ?

Ce sont des conneries de s’imaginer qu’il faut être dans la douleur pour écrire. Moi, je gamberge tout le temps quand même, d’ailleurs, on le sent bien dans ce dernier disque, c’est le fruit de quelqu’un qui gamberge.

Il y a des chansons dans lesquelles on sent que tu prends un malin plaisir à emmener l’auditeur quelque part, et en fait non. C’est ailleurs…

Tu trouves que je le fais plus que les autres ?

Tu le fais pas mal.

Je n’en ai pas conscience en fait. Mais je ne peux pas n’être que moi qui raconte mes petites histoires. Ça manquerait de relief si tout était au premier degré. L’idée d’inventer des histoires, j’adore ça. En même temps, j’aime bien dire « moi je », même si c’est « lui il ». J’aime bien qu’on puisse imaginer que la personne qui chante vit tout ça. Mes personnages, je les incarne. Par contre, je suis très peu expressif dans mon chant, mais donc, dans le texte, j’y vais à fond.

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Photo : La presse.

Il a quelques invités dans cet album. JP Nataf par exemple… et ce n’est pas la première fois.

Il n’était pas présent sur les disques précédents officiellement, mais il a toujours été là depuis mon premier album. Il écoutait mes maquettes, a toujours critiqué et s’est toujours impliqué. Il m’aidait en temps que pote. Mais là, j’ai eu envie vraiment de son jeu de guitare inimitable.

Et la présence d’Alexandre Tharaud… toi qui es pianiste, c’est inattendu.

Quand on connait Alexandre, on n’est plus pianiste. Le piano que je lui ai demandé de jouer n’est pas du tout un piano virtuose, mais il a une telle façon de jouer qu’il est inégalable. Ce qu’il joue dans mon disque est très simple, mais il le joue avec un touché exceptionnel. La différence, c’est la manière dont il enfonce les touches. Il y a une âme, une profondeur que moi je n’aurais pas su mettre.

Et la présence d’Emiliana Torrini ?

C’est ma chanteuse préférée. Je me suis dit, pourquoi ne pas appeler ma chanteuse préférée ? Je lui ai écrit, lui ai raconté mon admiration et lui ai envoyé ma chanson. Coup de bol, elle y a été sensible. On fait de la musique, on fait de l’art… je suis désormais convaincu qu’il faut être ambitieux. Quand on fait de la musique, il faut être au-delà d’exigeant. Il ne faut lésiner sur rien. Après ce sont des questions de thunes, je sais bien, mais tant qu’on peut, il faut pousser la qualité le plus loin possible. L’exigence paye immédiatement.

L’exigence te permet de travailler pour d’autres artistes.

Quand je travaillais pour Vanessa Paradis et que je réarrangeais ses morceaux pour la tournée qu’on a faite, elle m’a surpris parce qu’elle m’a dit : dis donc, tu ne lâches pas. Elle m’a donné une chance de m’exprimer à travers elle. Je peux dire qu’elle m’a vraiment incité à être exigeant. Après mon expérience avec elle, je me suis dit qu’il était temps que je me considère moi-même et que je me traite avec autant d’exigence que pour elle.

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On y croit au duo? Hum...

06 mars 2013

Barbara Béghin : interview pour la sortie de son premier album

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(Photos et design: Wanda Kujacz)

barbara béghin,interview,vincent-marie bouvot,mandor« Son aspiration, Barbara Béghin la puise dans l’air du temps, assise à la terrasse des cafés elle observe, saisit au vol un mot, une idée, capture une image qu’elle note dans ses carnets qui ne la quittent jamais. De ces instants fugaces, Barbara y puise son inspiration pour nous conter toujours avec optimisme et humour la vie des autres. Le résultat est un album composé de 11 chansons, autant de fragments du quotidien, de tableaux représentants l’Homme et ses amours, avec comme élément fondateur et narrateur central : la Femme. »

Ainsi est présenté officiellement le premier album de Barbara Béghin, personnalité à la fois fantasque et mutine.

J’ai fait la connaissance de cette jeune femme il y a déjà quelques mois chez son réalisateur/arrangeur/compositeur, Vincent-Marie Bouvot dans son studio d’enregistrement de Deuil-la-Barre. Je n’étais pas venue pour elle, mais Barbara était présente. Je suis repartie avec son disque. Je l’ai souvent écouté, car je le trouve iconoclaste et très varié (rock, chanson, electro…). Et j’aime beaucoup le grain de sa voix. Je suis très sensible aux voix, je le répète souvent ici.

Pour écouter sur Deezer, c'est ici.

Le 12 février dernier, Barbara Béghin est venue à ma rencontre à l’agence pour évoquer ce premier disque et sa relation avec la musique.

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barbara béghin,interview,vincent-marie bouvot,mandorInterview :

Tu as commencé la musique à l’âge de 4 ans.

Je suis un peu née avec déjà à l’esprit le spectacle.  Le spectacle plus que la chanson, d’ailleurs. Mes parents aimaient ça et ils nous ont installé un grenier ou nous pouvions faire ce que nous voulions avec ma frangine. On a tout de suite été dans la volonté de créer et d’imaginer des choses. On imitait aussi ce que l’on voyait à la télé.

Ta relation à la musique est plutôt ouverte, j’ai l’impression.

Oui. Et aujourd’hui, je sais que j’ai encore beaucoup d’artistes et de genres musicaux à découvrir. J’ai plus une affection pour des chansons que pour des styles. On a d’ailleurs du mal à définir ce que je fais moi comme genre. Je réponds que c’est de la chanson française.

Je reviens à tes parents. Tu as de la chance, ils t’ont encouragé en te faisant faire des cours de danse, de chant, de piano, de théâtre…

Dans le nord, avec ma sœur, on a commencé par la danse. Mon plaisir de la gestuelle et de la scène me vient de là. Après, quand nous sommes allés en Normandie, j’ai fait partie d’une première association de musique, puis d’une seconde, mais de théâtre. À 13 ans, j’ai pris des cours de chant quand ma prof de musique à mis en place un groupe pour faire des prestations, des reprises essentiellement. Je suis devenue la chanteuse du groupe. L’envie du spectacle, c’est aussi le fait de ne pas rester cachée derrière un piano et pouvoir se défouler autrement qu’en jouant de la musique. Ce n’est pas de l’exhibition, c’est le plaisir de ne pas être enterrée, de se dévoiler un petit peu. Ça m’apporte quelque chose que la vie ne m’apporte pas tous les jours.

Clip de "Toujours, Toujours".

Quand tu étais adolescente, tu as même sorti un EP.barbara béghin,interview,vincent-marie bouvot,mandor

Toujours avec cette association de musique en Normandie. J’ai dit à ma prof que j’écrivais des petites chansons… de collégiennes (rires). Elle m’a proposé de faire de la musique dessus ensemble. On a fait un premier 4 titres avec un groupe qui s’appelait Stationnement Interdit. C’était une toute première expérience d’enregistrement et un travail différent de la scène. On prend notre voix en pleine tronche et c’est là que l’on découvre nos premiers petits défauts. Quelques années plus tard, toujours avec le même groupe on a fait un 11 titres.

Depuis ce 11 titres dont tu nous parles et ce premier album solo, tu as l’impression d’avoir fait des progrès ?

Euh… oui, en étant objective, je peux le dire. C’est dû à un travail d’écoute et de réflexion. Et de nouvelles relations aussi. C’est Vincent-Marie Bouvot qui a mis le doigt sur des choses qui n’étaient pas possibles. Quand on fait des reprises, on essaie d’imiter ou d’interpréter de la même façon que les artistes originaux. Après, c’est très dur de retrouver son identité vocale personnelle.

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Pour faire ton disque, tu t’es inscrite sur le site participatif Akamusic en 2009. Ça a marché puisque tu as réuni assez d’argent  pour enregistrer.

C’était le moment où je tournais un peu en rond. Il fallait que j’avance, je ne pouvais pas stagner. J’avais une irrépressible envie de chanter mes propres chansons. Ça finissait par m’obséder. J’avais entendu parler des plates-formes participatives et j’ai tenté le truc. Ça m’a permis de former une équipe que je n’avais plus. J’ai mis des maquettes plutôt bien enregistrées. Avec de l’effort et de l’énergie et la volonté de s’intéresser aux principes communautaires et de tous les réseaux sociaux, la jauge a augmenté et ça m’a permis de sortir un premier single. À partir de là, le directeur artistique d’Akamusic m’a proposé de rencontrer Vincent-Marie Bouvot.

"Comme une allumette".

barbara béghin,interview,vincent-marie bouvot,mandorTu le connaissais ?

Non. Le monde des arrangeurs m’était parfaitement inconnu. On m’a vite expliqué qu’il avait travaillé pour Julie Piétri, Elsa et Zazie. J’ai écouté les albums qu’il a réalisés pour elles et j’ai reconnu une patte et un son que j’aimais beaucoup. J’ai eu le sentiment qu’il pouvait m’apporter ce que je voulais dans la recherche des sons et des mélodies. Des mélodies très efficaces…

L'as-tu rencontré pour savoir si vous pouviez travailler ensemble?

Oui. À notre premier rendez-vous, je lui ai fait écouter mes maquettes. Il a eu un regard critique dessus et m’a expliqué comment faire évoluer les chansons. Ça m’a plu tout de suite, car j’ai besoin que l’on m’explique ce qui ne va pas et que l’on me montre comment on peut changer ce qui ne va pas. Il a compris que ce que j’aimais, c’était d’essayer d’écrire des textes qui racontaient des histoires et des musiques qui font bouger avec des mélodies que l’on pouvait chanter facilement et que les gens pouvaient reprendre. On s’est quitté sans se préciser si nous allions nous revoir. Mais moi, j’avais l’impression que tout était bon pour moi. J’ai appris un peu plus tard qu’il était partant aussi.

"Pas seulement pour lui" en studio.

Tu as eu combien d’argent pour faire cet album ?

Au final, 80 000 euros grâce à 800 producteurs.

Une fois que l’album est enregistré, les producteurs suivent ce que tu fais ?

Je leur donne le maximum d’infos possible. Il ne faut pas que les gens pensent que, parce qu’on a fait une production sur un site communautaire, participatif qu’on va sortir plus vite que tous les autres artistes qui rament. Certains pensent que l’on va tout de suite cartonner et que l’on va tous faire comme Joyce Jonathan et Grégoire. Il faut donc les rassurer en leur disant que l’on fait tout notre possible pour que ça marche. Moi, je ne lâche rien. Je mets en place ma scène en ce moment.  

Dans ce disque, ce qui est fou, c’est que ta voix varie de chanson en chanson.

Ça vient des genres différents qu’il y a et qui permettent une interprétation différente.  C’est aussi la volonté avec Vincent-Marie d’aller chercher le maximum de ce que je pouvais faire parfois. J’ai osé des choses que je m’interdisais presque.

Extrait de "Emmeline".

Tu racontes les histoires d’une jeune femme de ton âge, parfois de manière un peu désillusionnée.

Pas tant que ça. J’essaie de positionner mes personnages et j’évite d’exprimer mes positions personnelles  dans mes chansons. Au  niveau de l’interprétation, j’essaie aussi d’avoir la position d’artiste chanteuse qui prend les choses graves avec une pointe de légèreté quand même.  Je  prends les choses comme elles viennent et j’essaye d’habiller mes chansons à ma sauce, en envisageant que la vie peut être sympathique quand on choisit ce qu’on veut faire.

Tu chantes aux Déchargeurs durant plusieurs jours...

En coréalisation pour 15 représentations du 19 mars au 6 avril. C’est bien parce que cela va me permettre de roder la scène et d’inviter un maximum de professionnels. Je veux leur montrer ce dont je suis capable de faire. On a choisi de faire une proposition guitare-voix et une version guitare-batterie-voix. Il y a aussi la possibilité de m’aider à financer mes scènes. (Là). Le 17 mai, je serai aussi au Sentier des Halles.

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Je sais...

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04 mars 2013

Kent : interview pour Le temps des âmes

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Kent, je le croise depuis des années (la dernière fois, c’était pour une interview filmée). J’ai une profonde admiration pour lui (depuis Starshooter, à la fin des années 70, c’est dire). Mais d’album en album, l’homme crée une œuvre. Franchement mésestimé. Tant qu’il sortira de nouveaux disques, je continuerai à le suivre, à l’interroger et à le mettre en avant. Il est un de nos meilleurs chanteurs/poètes français et il serait bon qu’on commence à le remarquer.

481452_10152353811030573_838870821_n.jpgLe temps des âmes sort aujourd’hui. Voici comment il est présenté officiellement :

« Une voix, un piano, des chansons nouvelles… Le Temps des âmes est un dialogue de Kent avec le piano de Marc Haussmann, le mythique Ian Caple étant d’un bout à l’autre aux manettes. Une aventure de musique, de mots, de liberté, dans laquelle Kent se met à nu et chante sa vérité sur l’amour, le plaisir, le temps qui passe… »

Le 7 janvier dernier, Kent est passé à l’agence (accompagnée de son attachée de presse Flavie Rodriguez. Merci à elle !)

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74388_10150285903385573_1097494_n.jpgInterview :

Pourquoi un album presque entièrement en piano voix ?

Ce n’est pas un album piano voix classique. Ce genre-là m’ennuie souvent, j’ai donc voulu éviter l’écueil. Il y a d’autres instruments, mais tout en discrétion.

Tout a commencé lors d’un concert à Berlin que vous donniez avec le pianiste qui figure sur cet album, Marc Hausmann.

Il y avait des nouvelles chansons sur lesquelles je travaillais, j’essayais plein de versions, mais le résultat ne me plaisait jamais complètement. Ça allait, mais il me manquait quelque chose. Et puis avec Marc, lors de cette soirée, tout s’est enclenché. J’ai laissé tomber immédiatement les maquettes d’avant. J’ai déçu beaucoup de gens qui travaillaient avec moi (rires). En musique et en art en général, il y a un moment ou le propos est plus fort que l’affectif. On fait des dégâts, mais il faut y aller. C’est comme ça qu’on évolue et c’est comme ça qu’on donne quelque chose de beau. Dans la vie, il se passe parfois la même chose, mais c’est beaucoup plus cruel parce que ça engage des couples, des familles. Parfois, pour qu’il se passe des choses, il faut rompre. « Quand on aime, il faut partir » disait Cendrars.

Ce terme « rompre » est intéressant. Il colle bien à votre discographie. Aucun album à vous ne se ressemble. Il y a toujours rupture avec le précédent, il me semble.

Il n’y a que ça qui m’intéresse. Pas seulement dans mon parcours, mais dans ma vie. J’aime être surpris. Je n’aime pas remettre deux fois les pieds dans les mêmes traces. J’évite de me mettre dans des mécaniques et dans un pilotage automatique. Je refuse les recettes évidentes. Il y a très peu de prises de risques. Moi, si je ne prends pas de risques, je m’ennuie.

Et si on s’ennuie, on ennuie les autres ?

Oui, parce que, lorsqu’on s’ennuie, on fait les choses mal. Peut-être que l’on réussit une carrière quand on est détaché de tout… Il faut être égoïste, penser d’abord à l’argent. Moi, j’en suis incapable.

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C’est quoi réussir une carrière ?

Pour moi, c’est plutôt réussir sa vie, en fait… au niveau bancaire.

Il ne faut pas vous plaindre de ne pas être riche. Vous n’avez jamais fait de concessions dans la musique. Vous l’avez cherché.

Mais si, j’en ai fait. Et ça ne m’a jamais rien rapporté. Si c’est pour faire quelque chose dont je ne suis pas fier, qui sort et qui ne marche pas, autant être content de ce que je fais et pouvoir me regarder dans la glace. Aujourd’hui, en 2013, je me dis « advienne que pourra ». Au stade où j’en suis, pour continuer, il faut que ce que je propose soit intéressant et sans aucune concession pour plaire.

Dans ce disque, vos textes sont mis puissamment en avant et c’est une bonne chose parce que vous êtes un grand auteur.

L’essence du propos. J’aime bien l’épure, mais je n’aime pas le minimalisme. Parfois, minimalisme rime avec pauvre. Moi, j’aime bien les accords riches. Quand je travaillais les arrangements de ces nouvelles chansons, j’ai souhaité m’en tenir à l’essentiel. Bon, je ne suis pas tout seul dans cette aventure discographique. Marc quand il se met au piano, c’est un ovni. Il pense à la chanson, mais pas à « dans quel genre la jouer ». C’est un instinctif…

Vous avez enregistré cet album en 5 jours, chez Rodolphe Burger, à Sainte-Marie-aux-Mines.

Oui, c’était un endroit extrêmement tranquille pour travailler, du coup, on était très spontané. C’est un havre de paix où tu fais ce que tu veux. C’est à toi de trouver le bon état d’esprit au bon moment de la journée ou de la nuit. Les chansons, je les avais déjà beaucoup chantées et travaillées en amont. Quand on est arrivé chez Rodolphe, Marc avait les chansons au bout des doigts, moi je les avais au bout des lèvres…

Certaines de ces chansons existaient depuis longtemps.

Moi, j’ai une boite d’archives. Je ne jette rien. Il n’y a jamais de mauvaises idées, il y a simplement de mauvais moments… et parfois il y a aussi la mauvaise personne. Parfois, je tombe sur une vieille cassette de 1987. Tout est nul, sauf subitement une suite d’accords. Je suis capable de la réutiliser en 2013. Ça m’arrive aussi de retomber sur des vieux textes. Subitement, j’en relis un, mes cheveux se dressent et je me dis « ça va coller avec la musique que je viens de faire ». Là, tout s’arrête. Tu n’as plus faim, il ne fait plus nuit, il ne fait plus jour et tu y vas à fond.

"L'éternité" en live enregistré le 08 septembre 2012 à la Japy Factory à l'occasion du vernissage du "Rock Your Art".

Dans « L’éternité », vous expliquez que vous ne croyez pas au destin. Rien n’est inscrit dans le marbre.

L’espoir n’existerait pas s’il y avait un destin. On n’est jamais à l’abri d’une bonne surprise, vous savez.

Vous dites que rien n’est fait pour durer. Ce n’est pas très optimiste.

Si quelque chose est fait pour durer, il n’y a plus de liberté. Dans cette chanson-là, ce que je mets en avant, c’est surtout la déveine, quand les dès sont jetés. J’ai voulu dire que cette déveine ne dure jamais. Je parle de l’état d’esprit que l’on met face au bonheur ou au malheur. Je fais partie de ces gens qui, pendant des années, quand il touchait au bonheur, se disaient « ce sera mieux demain encore ». Je ne profitais pas du moment. Ce sont des conneries. Carpe diem. Il faut profiter du bonheur que l’on vit dans l’instant.

Dans « Notre amour », vous racontez la vie agitée d’un couple qui dure, malgré les secousses rencontrées. J’aime beaucoup cet angle inédit.

Dans la chanson, l’amour c’est toujours la plainte et quand on veut chanter l’amour positif, ça devient vite mielleux. Le grand amour, ce n’est pas Holiday On Ice. Un grand amour, ça dure, mais c’est une montagne russe.

"Le temps des âmes"

« Le temps des âmes », ce n’est pas la chanson la plus gaie de l’album… c’est une chanson sur la vieillesse « qui est un drame ».

Moi, je trouve que c’est la chanson la plus gaie de l’album. Elle m’a été inspirée par une lecture sur le post humanisme de Jean-Michel Besnier. J’ai un regard très négatif sur le futur, sur notre avenir par rapport aux machines qui nous envahissent, sur le fait que l’on perde du vécu par rapport à la matière. Le posthumanisme imaginait qu’être là, en chair et en os, c’est juste une étape dans l’humanité. On vit une époque où le corps humain est un poids. C’est pour ça que je dis que la vieillesse est un drame. A 20 ans, on ne s’en rend pas compte, mais à 50, oui. Et pourtant, on a l’impression d’avoir encore 20 ans. Moi, mes genoux commencent à me faire mal, je commence à rouiller. Ça ne va pas aller en s’arrangeant, alors que j’ai encore tant de choses à faire. Et j’ai envie de vivre. Comment aller plus loin ? Peut-être en arrivant à se passer du corps. Bon, ce que je raconte est un peu compliqué, j’en ai conscience. Vous savez, cette chanson est un peu philosophique. Je fais de la poésie, je n’explique pas toujours les choses que je chante.

Vous parlez pas mal du temps qui passe et de la vieillesse. Un artiste vieillit-il moins vite que les autres ?

Ton environnement professionnel ne veut pas que tu vieillisses. Ce n’est pas bon, le murissement, ça ne se vend pas. Il y a un couloir très sombre et assez long dans lequel on entre et d’où on sort au bout d’un moment quand on est un homme… et les femmes rarement. A un moment, il faut revenir avec les cheveux gris, le visage buriné et là, on dit de toi que tu as vécu, voire survécu. Une femme qui a survécu, on n’aime pas trop ça dans la musique. Toute l’industrie du loisir aujourd’hui s’adresse aux jeunes, tout est donc tourné vers eux. On ne demande jamais aux jeunes de se tourner vers les plus âgés.

C’est marrant, c’est ce qui s’est passé dans le rock quand vous étiez jeunes.

On avait 15 ans et on rêvait d’être comme ceux que l’on voyait sur scène et qui étaient plus grands que nous. C’était des grands frères et ils nous donnaient envie de passer à l’âge adulte. Aujourd’hui, la tendance s’est inversée. On nous demande de nous adresser à des enfants de 15 ans…

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Ton public à toi réclame encore du Starshooter et tous tes tubes en solo.

Il ne faut surtout pas flatter les gens qui viennent te voir dans le sens de la nostalgie. Tout le monde attend ça. Tout le monde est aux abus… euh… aux aguets. Je viens de faire un beau lapsus là. Pour un chanteur, c’est une discipline à avoir de se refuser la nostalgie. C’est facile la nostalgie. Moi, je trouve que je chante mieux qu’avant, que mes textes et mes musiques sont plus intéressants aujourd’hui. Pourquoi ressasser le passé ?

Il y a une chanson qui s’appelle « Volontaire ». Elle dit que la vie est trop courte et qu’il faut en profiter. Et surtout, il y a un message important : ne prenons pas de chemin linéaire, tout droit. Prenons les chemins de traverse.

Dans cette chanson, je défends ma ligne de vie. J’ai fait des erreurs certes, qui m’ont conduit dans des impasses. Qu’est-ce qu’une erreur au fond ? Moi, j’ai découvert beaucoup de choses merveilleuses par erreur. C’est l’accident qui peut faire évoluer. C’est encore plus probant dans les sciences. Quand on suit une ligne, quand on devient expert en quelque chose, on oublie ce qu’il se passe autour et donc on a une idée fausse. Soit on a une idée globale des choses, soit on sait que les autres existent et on se tourne parfois vers eux pour son propre compte.

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Pour finir,  voici images, coulisses et confidences sur l'enregistrementen. En 5 épisodes...

03 mars 2013

Sébastien Mousse et Michel Vigneron: interview pour la série Luc Mandoline

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luc mandoline,harpicide,interview,sébastien mousse,michel vigneron,mandorAujourd’hui, je vais évoquer un nouveau personnage de la littérature policière. Un personnage récurrent comme on les aime. Luc Mandoline.

Luc Mandoline est un thanatopracteur. Un quoi ? Un embaumeur, si vous préférez. Son job consiste à préparer les défunts. C’est Sébastien Mousse, lui-même thanatopracteur, qui a inventé ce personnage. Chaque opus est écrit par un auteur différent qui va s’approprier pendant deux cent cinquante pages l’univers de Luc Mandoline. Le mélange des auteurs permet les styles les plus variés, du polar classique au roman noir, en passant par la S-F, la fantasy, l’humour décalé… Il y en aura pour tous les goûts.

La bible de Luc Mandoline:
Longtemps, il a voulu être médecin légiste. Durant sa scolarité, il dévore les manuels, romans et biographies sur le sujet, mais son caractère bien trempé et son refus viscéral de l’autorité lui valent l’exclusion de plusieurs établissements scolaires. Il s’engage alors dans la Légion étrangère pendant huit années. Huit années aussi sans voir Élisa, sa confidente, son amour platonique, huit années sans se voir, mais pas une semaine sans s’écrire. C’est en se liant d’amitié avec un autre camarade légionnaire, Sullivan, qu’il découvre la thanatopraxie. Sullivan a prévu de se reconvertir dans le milieu du funéraire à sa sortie de la légion. Luc s’engage dans la même voie que son ami. Seulement, quand la mort lui paraît trop suspecte, la famille trop bizarre, c’est plus fort que lui, il faut qu’il fouine, qu’il enquête à sa façon. Au risque de faire remonter la vérité la plus sordide.

J’ai rencontré Sébastien Mousse à l’agence le 31 janvier dernier. Je lui ai posé quelques questions sur cette aventure éditoriale. Puis ensuite, j’ai interviewé Michel Vigneron, l’auteur du premier volet de la série, Harpicide (préfacé par Franck Thilliez).

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luc mandoline,harpicide,interview,sébastien mousse,michel vigneron,mandorInterview :

Tu es un passionné de polar avant tout.

J’ai beaucoup fréquenté le polar quand j’étais ado, puis j’ai arrêté. Et puis, j’ai fait mon service militaire dans les transmissions. Dans les transmissions, tu es derrière une machine dans un bureau à coder des messages et quand il n’y a rien à faire, tu lis. C’est là que j’ai redécouvert San Antonio et Le poulpe.

Tu dis d’ailleurs que le personnage de Luc Mandoline est un mélange des deux séries. Moi, je le trouve plus violent que les deux autres.

Dans le premier roman, c’est Michel Vigneron qui l’a rendu comme ça. Ses romans sont durs et violents, il n’a pas fait exception à la règle pour la série. Et encore, c’est la première fois que dans un roman de Michel, il y a une happy end. D’habitude, ses héros meurent. Là, comme il débutait la série, je lui ai demandé de ne pas me le tuer (rires).

C’est toi qui as créé la « bible » du héros.

Je me suis amusé à créer un personnage, Luc Mandoline. Autour de lui, il faut aussi faire luc mandoline,harpicide,interview,sébastien mousse,michel vigneron,mandorgraviter d’autres personnages. J’ai fait en sorte que les auteurs pressentis puissent s’amuser.

Il y a de nombreux clins d’œil à Frédéric Dard, dans les noms des personnages, dis donc.

Oui, Élisa Deuilh, Sullivan Mermet, Franck Sauvage, Alexandre Benoit… tous ces noms viennent de la littérature de Frédéric Dard. J’ai emprunté et mélangé un peu… le seul nom qui ne vient pas de cet auteur, c’est le nom du flic Maxime Claeneboo. Claeneboo, c’est le nom d’un personnage d’un pote auteur a qui je dois beaucoup, Maxime Gillio. C’est un des personnages de Le cimetière des morts qui chantent.

Ce sont des livres qui ne dépassent pas les 250 000 signes.

C’est court, mais c’est fait exprès. Je ne voulais aucune fioriture et que ce soit rythmé. En 10 pages, il faut que nous soyons dans l’action. 

Le teaser de la série.

Luc Mandoline n’est pas que thanatopracteur, il a passé 8 ans dans la Légion étrangère. Il a des couilles, on peut dire ça.

Oui, il sait se défendre et ça ne le gêne pas de tuer. On ne sait pas trop pourquoi, mais dans la genèse de Luc Mandoline, il a pratiqué plus ou moins la médecine légale.

Tu as d’autres points communs « raisonnables » avec Luc Mandoline à part le fait que tu sois toi-même thanatopracteur ?

Moi, j’aurais voulu être médecin légiste, mais j’étais un gros fainéant à l’école. Pendant un temps, les thanatopracteurs étaient assistants des médecins légistes…

Tu as créé ta maison d’édition dans le but de faire cette série. Tu es courageux !luc mandoline,harpicide,interview,sébastien mousse,michel vigneron,mandor

C’est une association culturelle en fait. Moi, j’ai un métier pour vivre et ce que je fais dans l’édition est de la pure passion. L’argent qui rentre au fur et à mesure que l’on vend des livres, c’est de l’autofinancement pour payer les auteurs, ce qui est la moindre des choses puisqu’ils ont un contrat d’édition. Les rentrées financières servent aussi à financer les prochains livres.

Es-tu tenté d’écrire un livre ?

J’écris aussi, mais sous pseudo et sous mon propre nom. J’ai écrit au profit de l’association des amis de San Antonio.  J’ai aussi participé au recueil L’exquise Nouvelle sous le pseudo de L’Aligator. Je veux faire mes preuves sans que l’on sache que c’est Sébastien Mousse l’éditeur qui écrit. J’ai un manuscrit à 4 mains qui devraient sortir sous mon propre nom. Je vais commencer à assumer cette partie-là de mes activités.

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Je sais que tu vas lancer de nouvelles collections.

La première collection que je vais produire et éditer, c’est avec Fabien Hérisson, du collectif des auteurs du noir. Nous allons sortir un recueil intitulé Santé, sur les maladies orphelines. (Pour en savoir plus, c’est ici. Mandor a assisté à la signature de cette collaboration). Ensuite, avec une Bérangère Soustre de Condat-Rabourdin, criminologue et anthropologue judiciaire, je sors la collection Post Mortem. 3 numéros par an plus un hors série au moment des fêtes de fin d’année sur un tueur en série en particulier. C’est de la vulgarisation scientifique et pas du tout de la fiction. On va s’amuser à démonter ce que l’on voit dans Les experts ou NCIS, des séries de ce genre qui montrent beaucoup de choses fausses. Enfin, je vais sortir Les nouvelles d’en bas. Ce seront des livres petits formats écrits par des auteurs différents avec des styles différents. Polar, noir, humour, érotique, gore. Ils ont juste un prologue à respecter. Marcel est gardien de cimetière et il a la particularité de pouvoir parler aux défunts.

Entre ton métier de thanatopracteur et ce qui tu fais dans l’édition, c’est un travail de fou. Tu as d’autres activités ?

Je m’occupe de l’association des amis de San Antonio, je gère le blog de l’association. Je suis collectionneur de plantes, j’ai plus de 80 espèces de bambous, des bananiers, des palmiers. Il faut donc que j’entretienne tout ça. Je fais aussi du moulage et de la peinture.

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luc mandoline,harpicide,interview,sébastien mousse,michel vigneron,mandorLe premier épisode des aventures de Luc Mandoline s’intitule Harpicide. Il m’a particulièrement intéressé, car l’action se situe dans un département français d’outre-mer que je connais très bien. La Guyane. J’y ai vécu 6 ans. Il est question du 3e REI…  mon père en a été dans les années 80, le médecin-chef. J’y ai donc trainé mes guêtres très souvent. Bref, la lecture de ce roman particulièrement noir m’a transporté dans une précédente vie personnelle (et intense). J’ai donc posé quelques questions à Michel Vigneron à propos de ce livre et de la Guyane.

L’histoire :

Un légionnaire s’est fait tuer lors d’une mission Harpie. Le chef de corps du 3e REI fait appel à Luc, ancien de ce régiment, afin de s’occuper du défunt, et surtout de faire la lumière sur cette affaire. Et pour cela Luc à carte blanche, ce qui n’est pas pour lui déplaire. Nous voici plongés dans l’univers de l’orpaillage clandestin, de sa violence, des garimpeiros et de la prostitution. Un roman sans concession, violent et réaliste. Michel Vigneron à mis toute la verve qui le caractérise dans l’écriture de cet opus de l’Embaumeur.

L’auteur : Né en 1970 à Calais, Michel Vigneron habite désormais en Guyane où il dirige uneluc mandoline,harpicide,interview,sébastien mousse,michel vigneron,mandor équipe de 80 policiers. Entré dans la Police nationale en 1995 comme gardien de la paix, il exerce dans le Xe arrondissement de Paris de 1996 à 2000. De cette date à fin 2001, il travaille à la Police aux frontières de Calais, dans la Brigade mobile de Recherche départementale où il faisait la chasse aux réseaux de passeurs et de trafic des êtres humains.
Après avoir réussi le concours de lieutenant et un an et demi de formation, il est affecté au commissariat de Boulogne-sur-Mer comme chef de secteur pendant deux ans. Il décide alors de travailler de nuit et gère toute l’activité judiciaire, ainsi qu’une quarantaine de gardiens.

En 2008 est sorti mon premier roman Marilyne de Boulogne, suivi en 2009 de Boulogne K puis est arrivé Le puits de la perversion en 2010, le tout aux éditions Ravet Anceau, collection Polars en Nord. Les mots qui reviennent le plus souvent en ce qui concerne mes polars sont « réalistes, violents, crus, sombres, durs »…

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Interview :

Commencer le premier volet d’une série, est-ce que cela met un peu de pression ?

La pression ? Non ! J’ai préféré laisser ça à l’éditeur, Sébastien Mousse. Il ne faut pas perdre d’esprit que pour moi, l’écriture reste un plaisir, mon violon d’Ingres : ça me distrait. Ce n’est pas  mon métier, je ne gagne pas ma vie avec mes livres. Je ne me prends pas au sérieux, mais cela ne m’empêche pas d’écrire sérieusement. L’aventure Mandoline était excitante, enthousiasmante. C’était un défi qui m’amusait plus qu’il ne m’angoissait.

Dans Harpicide, Luc Mandoline est implacable, parfois même sans foi ni loi. « Une véritable machine de guerre, un instrument de mort sans pitié qui exécute froidement ceux qui osent se mettre en travers de sa route, ceux qui mettent sa tribu en danger. » Vous ne vous êtes pas demandé si vous n’alliez pas trop loin avec ce personnage qui sera récurrent ?

Quand Sébastien m’a brossé le portrait de son personnage, je l’ai tout de suite imaginé dans la forêt guyanaise ! L’Embaumeur m’a donné l’envie d’écrire une aventure tendue, pleine des excès que l’on pouvait trouver dans certaines séries B des années 80/90. Je ne pensais vraiment pas que le récit serait pris à ce point au sérieux ! Donc non, je n’avais pas l’impression d’aller trop loin. Luc est un personnage de fiction, un jouet entre les mains des auteurs approchés par Sébastien. Même s’il passe par le fer pas mal de types dans « Harpicide », il se calme dans « Ainsi fut-il ». Ce deuxième opus montre bien que « mon » Luc n’a aucune influence sur celui des autres auteurs qui ne se sentent pas obligés de trucider à tour de bras parce que ce cinglé de Vigneron a sorti l’artillerie lourde dès le premier numéro !

luc mandoline,harpicide,interview,sébastien mousse,michel vigneron,mandorSébastien Mousse dit de ce livre : « C'est du Vigneron pur jus, sombre, hyperréaliste, violent. » Vous avez l’impression que c’est votre marque de fabrique ?

Ces mots reviennent souvent quand il s’agit de mes livres. J’ai un rapport à la violence très différent des gens « normaux » de par mon métier. Bien sûr, je ne la pratique pas, mais elle fait partie de mon monde (ou plutôt de mes mondes) depuis près de vingt ans, c’est pourquoi je la décris et la mets en scène si facilement. Pour moi, cela n’a rien d’extraordinaire. Sombre et hyperréaliste… c’est comme ça que j’aime les polars : désespérés et sans fard. J’adore déprimer en regardant « MR73 » !

Vous évoquez l’orpaillage illégal, la Mission Harpie, la Légion… de manière réaliste, sombre, dure et violente, sans aucune concession. Votre métier de policier en Guyane vous a-t-il permis d’être confronté à certaines situations évoquées dans le livre ?

Non, je n’ai jamais participé à une mission Harpie. Si tel avait été le cas, je n’aurais pas écrit sur le thème. Je me défends d’utiliser directement mon vécu professionnel pour écrire un roman. J’utilise des ambiances, des anecdotes, mais rien de plus. La mission Harpie est quelque chose de très délicat, de très sensible en Guyane, ce qui oblige à une grande vigilance. Pour écrire Harpicide, je n’ai utilisé que des dossiers de presse libres de consultation, des articles locaux, des comptes-rendus d’affaires judiciaires déjà jugées.

Plus généralement, je sais la Guyane de plus en plus violente d’année en année. C’est uneluc mandoline,harpicide,interview,sébastien mousse,michel vigneron,mandor source d’inspiration pour votre travail d’écrivain, du coup ?

La Guyane est très stimulante pour un scribouillard comme moi, et j’ai un ou deux scenarii en tête qui pourraient voir le jour. Il faut juste trouver le temps… Mais je tiens tout de même à mettre un bémol à la violence croissante de la région ; je me sens plus en sécurité ici que dans de nombreuses villes de métropole. Ici, je peux encore traverser la place des Palmistes, en uniforme, sans me faire cracher dessus, ni me faire insulter ! Pour le reste, il suffit juste de prendre quelques précautions de base, comme éviter de se promener en ville avec une bijouterie autour du cou ! Il est clair que tout peut très vite déraper ici, que les esprits s’enflamment en une fraction de seconde, parfois pour des peccadilles. Mais il ne faut pas oublier que la Guyane est en Amérique du Sud, nous avons ici des populations issues de pays réputés pour leur violence : le Brésil, le Guyana…

Vous citez le 3e REI, le 9e RIMA, ça ne les dérange pas de se retrouver dans cette histoire ?

Pour ce que j’en sais, ça les fait plutôt marrer ! Ils savent que ce n’est qu’un roman, rien de plus. « Harpicide » n’est pas une enquête de terrain sur le plan Harpie, mais bel et bien une fiction qui utilise cette mission comme prétexte.

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Vous dites que « le cœur de l’orpaillage, ce n’est pas ces pauvres diables qui s’empoisonnent avec le mercure et autres saloperies qu’ils utilisent pour récupérer l’or, mais les pourritures  qui vivent au Surinam ou au Brésil, à l’abri de la justice française ».  Vous avez un sentiment de révolte en vous, par rapport à ce que vous voyez des ces « affaires  guyanaises » ?

Bien plus que le vol de l’or, c’est l’esclavage des garimpeiros, le massacre de la forêt, l’empoisonnement des populations qui me répugnent.

Y a-t-il vraiment, comme il est plus que suggéré dans votre livre, des sites d’orpaillages « conséquents » exploités jusqu’au bout, sans aucune intervention des services de l’état parce que, bénéficiant de protections ?

Il existe de gros sites clandestins qui, dès qu’ils sont repérés, font l’objet d’une intervention des services de l’État. La mission Harpie, c’est tout de même presque 4000 missions en 2012 ! On dira que le bilan est mitigé, mais il ne faut pas oublier que l’ennemi fait partie de la forêt et qu’il est, de ce fait, difficile à chasser. Et le domaine forestier couvre quand même 96% d’un territoire immense, hostile. Ce n’est pas le bois de Vincennes. La paranoïa que je décris n’est là que pour nourrir le climat du roman, ce n’est pas une vérité. Je le répète, j’ai écrit un roman, pas un documentaire.

Vous dirigez une équipe de 80 policiers. Quel regard ont-ils sur votre deuxième vie ? Vous lisent-ils ? Et que pensent-ils d’Harpicide en particulier ?

Cela les amuse. Ils retrouvent dans le livre mes éléments de langage (et oui, je parle comme un charretier !). « Harpicide » ne les choque pas outre mesure.

Vous sentez-vous bien en Guyane et quel est votre point de vue sur ce département français ?

La Guyane, on accroche ou on déteste ! Ma famille et moi appartenons à la première catégorie. Dès l’instant où vous comprenez qu’on n’y vit pas comme en Métro, tout se passe très bien. Tout s’accélère en ce moment : la démographie explose, le brassage culturel devient de plus en plus visible –  avec ses avantages et ses inconvénients –  et la population est de plus en plus jeune. Il va y avoir un sacré boulot d’accompagnement pour cette région riche au sens large du terme. Les Guyanais méritent toute notre l’attention.

28 février 2013

Catherine Locandro : interview pour L'enfant de Calabre

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(Photo : blogrtbf.typepad.com)

Catherine Locandro, à travers son cinquième roman L'enfant de Calabre, nous fait vivre l'horreur de la guerre, les douleurs physiques et morales des jeunes légionnaires, mais surtout, nous mène dans une quête identitaire qui passe par une enquête familiale absolument passionnante. Ce livre, pour des raisons diverses et personnelles, m’a beaucoup intéressé. Il m’a même foutu de petites claques de temps en temps. Mais, je vous jure, j’ai tendu l’autre joue à chaque fois et j’ai en redemandé encore. Catherine Locandro est venue à l’agence le 13 février 2013.

535629_101253046708703_1284499796_n.jpg4e de couverture :

Lorsqu'elle pousse la porte de l'agence de détectives privés Azur Enquêtes, Frédérique a en main une photographie, celle de son père Vittorio, ancien combattant d'Indochine, en compagnie d'une inconnue. À Nice, ville de son enfance, elle espère retrouver la trace de cette femme blonde au teint pâle et au sourire timide. Mais à trente-neuf ans, ce qu'elle souhaite bien plus encore, c'est découvrir enfin qui était ce légionnaire taiseux. Quitte à reconstruire son roman familial. Dans un labyrinthe de souvenirs - de Diên Bien Phu à Cittanova -, de voyages en rencontres, Frédérique convoque ses aïeuls et entrecroise trois générations marquées par la douleur et l'injustice. Entre revenants et fantômes, parviendra-t-elle à démêler sa propre histoire, enchevêtrée telles les rues de Gênes, jusqu'à son issue inattendue ? Un texte incisif et poignant, comme un coup de couteau dans le rideau qui masque les secrets et conjure le sort.

L’auteure :

Née à Nice en 1973, Catherine Locandro vit à Bruxelles. Scénariste, elle publie son premier roman, Clara la nuit, qui remporte le prix René Fallet, en 2005. L'Enfant de Calabre est son cinquième roman.

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Interview :

Quand on sait que vous êtes née à Nice, que vous habitez à Bruxelles, que vous êtes auteure, vous comprenez que l’on fasse le rapprochement entre votre héroïne Frédérique et vous…

Ce livre-là est très personnel et très important pour moi. Il est un peu particulier par rapport aux précédents. J’ai l’impression d’avoir écrit les autres pour arriver à celui-ci et pour écrire celui-ci, j’ai puisé dans mon histoire familiale. Ça faisait longtemps que j’avais envie d’écrire un livre sur mon père et sur ma grand-mère maternelle. Il se trouve que mon père m’a fait ce cadeau immense de me raconter des choses sur son enfance et sur Diên Biên Phu. Il a été légionnaire dans cette bataille. J’avais donc une base autobiographique, mais j’ai voulu transformer ce témoignage en fiction en malaxant et mélangeant tout ça.

Dans le livre, le père de Frédérique est décédé. Elle tombe sur une photo où elle voit son père en compagnie d’une femme qui n’est pas sa mère.

Oui, c’est un détail important. Et sur cette photo, ce qui l’a trouble, c’est que son père a une expression qu’elle ne lui a jamais vue. Elle a l’impression d’être devant un étranger et ça va faire écho à un certain vide qu’elle a souvent senti en elle… l’impression aussi qu’il manquait des pièces au puzzle familial et à son propre puzzle intime. Elle va partir à la recherche de cette femme et elle va reconstituer l’histoire de son père. Elle va comprendre qui il était vraiment. Pour Frédérique, c’est une plongée dans le passé pour mieux comprendre le présent et pour essayer de mieux s’en sortir dans le présent.

AVT_Catherine-Locandro_6385.jpegEt vous, en tant que Catherine Locandro, ça vous a fait du bien d’écrire et de voir sortir cette espèce de bilan de vie ?

Oui. C’est la fin d’un cycle pour moi. C’est même la fin d’une quête personnelle.

J’irais jusqu’à dire une quête identitaire…

Chercher du sens, chercher à comprendre de quelle manière ce qui a pu se passer avant dans les générations précédentes a pu m’influencer aussi, de quelle manière ça a fait la personne que je suis aujourd’hui. Il faut savoir se débarrasser de bagages trop encombrants. L’important, c’est d’arriver à un moment donné à faire le tri.

Vous aviez un gros sac et vous l’avez un peu délesté, c’est ça ?

Oui. Il reste dans le sac les choses importantes, les choses qui me renforcent et que je n’ai pas envie de laisser par terre.

Ce livre a-t-il été pénible à écrire ?

C’était un peu difficile parce que j’avais cette matière qu’était le témoignage de mon père et que c’était un tel cadeau qu’il me faisait que je ne voulais surtout pas le trahir. C’est pour ça que je me suis beaucoup documenté à côté de ce qu’il m’a raconté… sur la guerre d’Indochine par exemple.

J’ai remarqué, effectivement, qu’il y a quelques passages bien éclairants et précis, sur cette guerre.

J’ai lu beaucoup de livres qui m’ont permis de m’y retrouver parce que c’est vrai que c’est un moment de l’histoire assez méconnu finalement. Les gens qui ont lu le livre sont souvent surpris par ce que je raconte sur cette période-là. Ils ne pensaient pas qu’il s’était passé toutes ces choses-là. Qui sait qu’il y a eu 12 000 prisonniers après la bataille de Diên Biên Phu, par exemple, et que parmi ses prisonniers, il n’y a eu que 3000 survivants ? Ces prisonniers ont effectué une longue marche d’à peu près 700 kilomètres dans des conditions complètement inhumaines et que je raconte.

Il y a des passages assez durs.

Je voulais être au plus près de ce qu’ont vécu et de ce qu’ont pu ressentir les hommes dont je parle. Au maximum. Je ne sais pas ce que c’est la guerre. Physiquement, pour moi, c’est une autre dimension, il fallait donc que je me mette dans la peau de ces légionnaires. J’ai essayé d’être juste dans ce que je décrivais et être juste dans ce que je décrivais c’était de décrire un carnage. Il n’y a pas d’autres mots. C’était un véritable carnage.

Est-ce que la difficulté pour vous a été aussi de vaincre une éventuelle autocensure ?2214_1019523692037_2454_n.jpg

Il fallait que j’aille au bout de ce live. Il fallait que j’écrive certaines choses. Je savais que mon père lirait ce livre, donc je ne voulais pas qu’il ait l’impression que je fais n’importe quoi avec ce qu’il m’a raconté… et en même temps, il fallait que je garde ma liberté. Il fallait que j’écrive ce que j’avais à écrire. Il fallait que j’écrive ce que ce livre exigeait de moi. J’ai dû lutter parfois contre une espèce d’auto censure, donc ça a pris du temps.

Y a-t-il eu des compromis ?

Non, justement. L’idée était de ne pas en faire du tout.

Ce livre va casser les non-dits dans votre famille, il me semble…

Je n’ai pas encore eu le retour de mon père. Je ne sais pas encore trop ce qu’il en a pensé, mais pour moi, ce livre est aussi le passage à l’âge adulte. J’ai écrit ce que j’avais besoin d’écrire, je suis heureuse que ce livre existe. Je suis heureuse d’être arrivée au bout de ce que représentait cette aventure-là.

Votre père vous a raconté son histoire parce que vous lui avez demandé ?

Je pense qu’il en avait besoin. Je lui ai offert un dictaphone en me disant que, peut-être, il allait s’en servir. Je n’en étais pas certaine. Il s’en est servi et m’a donné ses cassettes.

eho_locandro3p.jpgVous parlez aussi d’amour. D’amour entre femmes.

Frédérique était trop proche de moi pour être autre chose qu’homosexuelle. À aucun moment, je ne me suis bloquée là-dessus.

Frédérique est pleine d’incertitude sur l’amour. Elle ne veut pas se laisser aller complètement.

Elle est dans un moment de sa vie où elle ne va pas bien du tout, donc c’est difficile pour elle de s’engager. Il faut d’abord qu’elle éclaircisse certaines choses pour arriver à avancer un peu. Elle fait un peu du surplace. J’ai essayé d’emmener Frédérique à accepter le fait qu’au bout du compte son identité n’est pas quelque chose de monolithique. Son identité n’est pas forcément ce qu’elle croit, c’est beaucoup plus complexe que ça, il faut qu’elle fasse avec. J’essaie de l’amener vers une certaine forme d’acceptation.

Catherine Locandro présente "L'enfant de Calabre" pour la librairie Mollat.

Quand on écrit un livre comme L’enfant de Calabre , qui est peut-être le livre de votre vie, est-ce que l’on se demande ce qu’on va bien pouvoir écrire après ?

Très bonne question (rires). Je me la pose beaucoup en ce moment. Je sais que ce que j’écrirai par la suite sera différent. Ce fil conducteur de la quête d’identité que l’on retrouve dans tous mes livres est arrivé au bout. Il était temps de le rompre et de passer à autre chose.

Est-ce que l’on peut dire qu’avec ce livre vous avez enfin résolu vos problèmes ?

J’en ai réglé certains et j’en ai mis à plat certains autres. Dans L’enfant de Calabre, je fais dire à Frédérique que pour écrire, il faut avoir un fantôme à côté de soi. Le fantôme de Frédérique, c’est sa grand-mère maternelle. Pour moi aussi ça a été cette femme-là, que je n’ai pas connue, mais qui m’a beaucoup influencée. Quand j’ai commencé à écrire ce livre, je me suis dit que c’était aussi pour la sortir de la fausse commune dans laquelle on l’avait enterré. J’ai le sentiment d’avoir accompli la mission que je m’étais donnée.

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25 février 2013

François Raoult : interview pour Vent de face

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François Raoult est un chanteur dont j’avais beaucoup entendu parler par des amis communs. De plus, coïncidence, quelques-uns de ses paroliers ou compositeurs sont des artistes déjà mandorisés (dont j'apprécie le travail, donc). Un jour, son attachée de presse m’a contacté pour que je le rencontre. J’ai accepté sans hésiter parce que son disque, Vent de face, reçu quelques jours auparavant, m’avait enthousiasmé. Particulièrement sa voix et son sens de la mélodie. François Raoult est venu à l’agence le 4 février dernier. Et je dois dire que j’ai été impressionné par sa franchise… et sa gentillesse.

Extrait de la biographie officielle :
Fils de marin, élevé entre les mers du Sud et la mer d’Iroise dans le Finistère, François Raoult ne passera jamais deux années de suite dans la même école. Et pourtant bon élève: solfège, saxophone, bachelier, diplômé, s'ensuivront quelques années professionnelles à Londres et à Paris, avant de tout foutre en l'air pour rejoindre le courant qui l'appelle depuis toujours: chanter ! Tout ira très vite.
Évidemment, on se souvient de La Nouvelle Star, l'émission télévisée où il termine finaliste face à Luce.

françois raoult,vent de face,interview,mandorPuis la grande traversée avec ce premier album, réalisé à deux mains par Benjamin Constant et Benjamin Tesquet. Son premier album, Vent de face.

Treize titres qui couvrent les quatre hémisphères (Nord, Sud, droit et gauche) au gré des ressacs et des courants. Un disque sur l'héritage du temps d'avant et de ses ricochets dans la caboche d'un futur trentenaire. Un travail formé par la jeunesse, écrit entre la capitale et le Finistère : chez lui.
Si François Raoult est auteur, compositeur et que sa patte traîne tout au long de cet album, il a aussi choisi de ne pas voyager en solitaire et s'est entouré pour l'occasion de quelques plumes de la scène actuelle (Bertrand Soulier, Pierre Dominique Burgaud, David Scrima, Jérôme Attal, Benjamin Tesquet).

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Interview :

Tu as commencé à Brest, bien avant que l’on te voie à La Nouvelle Star.

Mon père est un marin d’état, donc j’ai pas mal voyagé. La première fois que je me suis posé, c’était à Paris. J’avais 6 ans, et c’est à ce moment que j’ai commencé le saxo. J’en ai fait 10 ans. Après je suis retourné en Bretagne et j’ai fait de la musique dans un orchestre philharmonique. En 5e, j’ai fait partie de la chorale de mon lycée et de mon collège. J’y allais plus pour draguer les filles. Je n’avais pas encore de potes, j’ai un peu une victime (rires). En seconde, j’ai monté un groupe de rock, ce qui m’a bien aidé à m’intégrer socialement. Ça a marché plutôt pas mal. On a gagné des tremplins et enregistré un CD 5 titres. Il faudrait que je te fasse écouter ça, c’est assez immonde.

françois raoult,vent de face,interview,mandorJe sais qu’à cette époque, tu te demandais si tu avais une assez belle voix pour « faire » chanteur.

C’est vrai. Je voulais continuer dans la musique après le lycée, mais avec mes parents, on a passé un contrat moral. Il fallait que j’aie un bac +2 et un diplôme. Au final, j’ai un bac +6 et j’ai même fait un IUT Tech de Co pendant deux ans. La mère d’un ami qui est directrice de l’IUFM de Bretagne et qui trouvait que j’avais du talent ne voulait pas que j’arrête de chanter. Du coup, elle m’a pris dans sa chorale à Quimper. Après j’ai fait une école de commerce, et parallèlement, j’ai fait partie d’une association de musique. Mais j’avais juste l’impression de chantonner. J’étais très introvertie.

C’est avec La Nouvelle Star 2010 que tu as appris énormément.

Cette émission me donnait des sensations incroyables. Déjà sur les castings, j’avais déjà ressenti beaucoup d’émotions.

Tu es arrivé deuxième. C’est souvent la bonne place, tu sais.

Je le sais parfaitement. Ce que je voulais, c’était être présent à chaque prime. Du coup, je n’ai pas vécu ma deuxième place comme un échec, je t’assure.

Clip de "Aux frais des quatre saisons"

Ton album est arrivé deux ans plus tard.

J’ai trouvé ça long. La frustration est dure à encaisser. Il y a eu beaucoup de journées mortes à  partir de la fin de l’émission, et ça, c’est compliqué à gérer. Et financièrement parlant, c’est super dur.

(Ironique) Quoi ? Tous les gens qui font de la télé ne sont pas riches ?

Moi, j’ai gagné 437,68 euros net avec La Nouvelle Star.

Par semaine ?

Non, en tout. Tu vois, ça n’aide pas à vivre. Après, on a fait un concert à l’Olympia, ça nous a fait gagner un peu de sous, mais pas grand-chose. Le plus dur, c’est de ne pas être indépendant financièrement pendant deux ans vis-à-vis des proches, de la famille, de mes parents qui m’ont payé des études qui coûtent un bras. Aujourd’hui, ils n’ont plus envie que j’arrête ce métier et moi non plus. Il y a encore un mois je me posais la question, là, les choses ont l’air de se débloquer un peu. On commence à rentrer en radio. On a eu que des retours positifs de l’album de la part des professionnels, mais dans la masse populaire il ne se passe pas grand-chose. Le public n’a pas l’air au courant que ce disque existe.

Boule Noire - François Raoult from Simon Guillemin on Vimeo.

Ce disque a été conçu avec la collaboration d’un artiste que j’aime beaucoup, Bertrand Soulier. Je te dis franchement, c’est ce qui m’a fait m’intéresser à ton disque.

Bertrand, c’est comme mon grand frère maintenant. Il a l’impression que je suis lui plus jeune et moi, chaque mot qu’il écrit me parle. Dès qu’il m’envoie un texte, il n’y a rien à changer.

Tu cosignes les textes et les musiques ?

Je suis un bon mélodiste, mais je n’ai pas encore le niveau musical nécessaire pour finir une chanson de A à Z. J’arrive souvent avec des mélodies, je trouve des bons refrains qui percutent, après la gamme d’accords à besoin d’être enrichie donc, je travaille avec des musiciens pour ça. Pour les textes, c’est pareil, j’ai des inspirations, mais je n’arrive pas à retoucher. Je les envoie à Bertrand, il casse tout et il refait la déco.

Tu apprends avec ces gens-là ?

C’est énorme. J’ai travaillé avec Jean Fauque et Bertrand Soulier deux semaines non-stop et ça a été deux semaines de formation intensive. Jean Fauque m’a expliqué comment il écrivait avec Bashung, c’était passionnant. Jean et Bertrand m’ont beaucoup appris.

Tu as pris des cours de chants ?

Oui, avec Nathalie Dupuy, une prof super connue. Elle a un truc supplémentaire, elle est un peu psychiatre. J’ai arrêté au moment où je commençais à trop maîtriser.

François Raoult chante la chanson des Innocents "L'autre Finistère" dans Le Grand Studio d'RTL (juste parce que j'adore cette chanson).

Moi, j’aime la variété et la nouvelle scène. Ton album est un mélange entre les deux.

Je suis d’accord et c’était notre plus gros problème au début. Les gens ont eu un peu de mal à savoir où on se plaçait. J’ai voulu faire un disque qui soit plus le proche dans l’âme et dans l’atmosphère de ce que j’écoute : Bashung, Gainsbourg… je voulais que ce soit aussi noble. Mais moi, je suis plus jeune et ça manque de rock dans la réalisation et dans les textes. On a voulu mettre trop de couches. Le prochain album sur lequel je suis déjà en train de bosser sera résolument plus simple, plus organique, plus accessible. Les nouvelles chansons sont beaucoup plus frontales. Je pense, j’espère être un chanteur populaire.

Comment définis-tu ta musique alors ?

De la pop variété. Désormais, je vais trouver une bonne mélodie de voix, un bon texte et un riff de guitares qui soit efficace après le reste suivra.

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Tu m’as dit en off que tu étais un peu trop hermétique au niveau des mots.

Je déteste les mots et les images faciles. Ça peut me rendre dingue. Je n’assume pas les mots « amour », « toujours », « hirondelle »… Tu vois ce que je veux dire ? J’ai besoin de mettre des images plus sombres et plus fortes, mais on me dit que mes images ne sont pas assez compréhensibles au grand nombre. Bertrand Soulier m’a aidé un peu à ce niveau-là.

Je sais que tu as plein d’autres projets.

Je développe une série télé, des concepts d’émissions. La télé, ça m’attire énormément. Quand je suis sorti de La Nouvelle Star, j’ai rencontré toutes les boites de prod de France qui m’ont convoqué pour que je sois animateur télé. J’ai répondu que je voulais faire de la musique d’abord. Sinon, j’adorerais réaliser un long métrage. Pour moi, tout ça, c’est le même métier. J’adore la création.

Tu lis beaucoup ?

Là, en ce moment, je lis Louis-Ferdinand Céline. Depuis que j’ai commencé la lecture de ses œuvres, c’est un truc de fou, ça part dans tous les sens dans ma tête.

Pour terminer, c’est quoi ton rêve dans la musique ?

Mon rêve suprême ce n’est pas l’Olympia. Mon Olympia à moi, ce sont Les Vieilles Charrues. Le jour où je fais la grande scène des vieilles charrues, je serais comme un dingue.

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(Cette photo est une photo artistique. C'est un genre. New style. Signé: Mandor Mauvaisefoi)

24 février 2013

Le Larron : Interview pour la sortie de Original

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le-larron-original.jpgIl y a trois ans Le Larron sortait son premier album, saisissant d’audace textuelle et d’aisance scénique. Vient de paraître, son 2e opus intitulé Original. Les 6 titres + 1 remix qui le composent sont des perles de cynisme et d’humour noir dont la marque de fabrique est toujours de la provoc habile, mais jamais méchante, portée par une plume affûtée et poétique. Le Larron est passé à l’agence le 30 janvier dernier pour une interview sans concession.

Il existe une version officielle de la biographie de Le Larron, mais elle décrit ce dont nous parlons dans l’interview, donc aucun intérêt de la publier… en revanche, sur sa page Facebook officielle, l’artiste, qui n’a décidément pas la langue dans sa poche, explique ce qu’il pense des biographies « officielles ».

J’adore.

« J’ai toujours adoré lire les (auto)biographies d’artistes en herbe. Je voue une grande 1162_58233832232_8133_n.jpgadmiration aux rédacteurs de ces petits bijoux littéraires. Et en général plus l’artiste est mauvais et plus belle est la biographie, comme s’il était possible de convaincre le lecteur de ces panégyriques du talent que l’artiste n’a pas su mettre dans son travail.
Ainsi, si l’on en croit sa biographie L’Artiste fait toujours preuve d’une sensibilité exacerbée doublée d’un incroyable talent de mélodiste qui lui fit composer dès l’âge de 4 ans des pièces majeures de l’art du 20e siècle. Ses textes mordants qui rappellent toujours le meilleur de Ferré sont immanquablement lovés dans de subtils arrangements aux accents gainsbouriens… Et dire qu’on avait loupé ça à l’écoute…
Donc pour ma part je ne vous dirais pas ce qu’il faut penser de ma musique, vous n’avez qu’à écouter. Et si vous trouvez ça un peu con, c’est normal, ça a toujours été mon ambition, et si vous n’aimez pas, ce n’est pas grave, tous les goûts sont dans la nature ! Et merci de laisser Ferré et Gainsbourg en dehors de tout ça. »

Sinon, la vraie bio est .

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Interview :

Cet EP est le deuxième, mais tu estimes qu’il est le premier.

Je fais de la musique depuis longtemps, mais j’ai toujours accompagné, écrit ou arrangé pour les autres. J’étais sûr d’avoir une voix de merde, donc je n’ai jamais essayé de chanter. Quand on me demandait de faire les chœurs pour les autres, c’était un vrai calvaire. A me retrouver comme un crétin avec des chansons que personne ne voulait chanter, j’ai dû les maquetter avec ma voix pour les présenter à des éditeurs. Par hasard, ces chansons sont tombées dans les mains d’un distributeur qui m’a conseillé de les chanter moi-même. C’est ce que j’ai fait et le disque  a fini par sortir, mais ce n’était pas prévu. Je n’avais pas de label ni de tourneur. Je ne m’étais pas positionné en interprète sur ce disque, j’étais juste auteur compositeur. Il n’y a avait pas de couleur musicale bien déterminée.  

Désormais, tu te sens plus légitime en tant que chanteur, c’est ça ?

Je me suis posé des questions en tant qu’interprète. Avec Original, j’ai fait un disque du Larron. Ce n’est pas un disque qui pourrait être chanté par n’importe qui. J’ai fait trois ans de tournée avant de sortir cet EP, donc, j’ai un peu progressé en chant. Je ne force plus la voix, je fais gaffe à la respiration, bref, j’ai acquis une « technique ».

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Sur scène, tu ne fais pas que chanter et jouer de la musique…

Ce que j’aime, c’est aussi le côté show man. Moi, j’ai un côté un peu clown. Emmerder un peu le public, râler, ça j’adore.

Tu as d’ailleurs un peu cette réputation dans le métier. On te décrit ainsi : bougon, exigeant, perfectionniste, maniaque…

C’est vrai, j’avoue. Je ne m’énerve pas beaucoup, mais je peux râler, grogner. Je suis exigeant avec moi-même, je suis donc exigeant avec ceux qui travaillent avec moi. Je n’ai aucun problème pour dire à quelqu’un que ce qu’il a fait, c’est de la merde. Il faut au moins accepter ça quand on bosse avec moi. Si c’est bien, je suis ravi, si ce n’est pas bien, je le dis. Il y a des gens qui sont habitués à ce que l’on prenne des précautions avec eux… ils ont un peu de mal avec ça.

La diplomatie, ce n’est pas ton fort ?

Ce n’est pas ultra mon fort, non. Je n’ai pas envie de perdre du temps avec des gens qui ne font pas le boulot. Quand je bosse avec des gens dont j’adore le travail, ça se passe très bien. Au fond, je suis un garçon gentil.

Tu as accompagné pas mal d’artistes au clavier et tu as fait de nombreuses scènes avec ton premier album. Tu es rodé.

La première fois que je suis monté sur scène pour chanter, c’était le 8 janvier 2009 et l’album sortait le 24 avril 2009. On était 150 à « L’opéra », un bistrot de Bastille. Tous mes potes sont venus, c’était blindé et il y a eu une ambiance de folie. Je me suis dit : « si c’est ça être chanteur, je veux bien recommencer ! »  Un an après, j’étais sélectionné à Montauban et c’est allé très vite. À part les Francos, on a été un peu partout. On a eu les prix Vesoul, les prix de la Sacem, le Prix France Bleu-Grand Zebrock, le Prix Fondation la Poste, on a tout gagné aux Mans Cité Chanson, sélections de l'académie Charles Cros et du Festival Alors Chante… Ce qui m’a fasciné, c’est que les professionnels ou le public qui votaient reconnaissaient l’interprète. Je n’en revenais pas. Moi, mon rêve était juste de réaliser des albums pour d’autres artistes. Je n’avais jamais pensé être devant.

Tu reviens donc avec un EP de 8 titres. Avec des textes toujours pince-sans-rire…

Oui, je n’ai pas changé l’écriture.

Bon, il y a « Le labyrinthe » qui n’était pas de toi.

Qui n’est pas mal écrit quand même… par un certain Victor Hugo. Cette adaptation n’est pas du tout réfléchie. Je suis un énorme fan de roman noir français et particulièrement de l’œuvre de Thierry Jonquet. Dans un de ces bouquins, Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte, qui parle des émeutes dans les banlieues en 2005, « Le labyrinthe » sert de filigrane à tous les chapitres. Pour chaque chapitre, il prend un vers ou deux. J’ai cherché ce poème, je l’ai lu et je l’ai pris en pleine poire. J’avais envie sur ce disque-là de faire une chanson plus politique, de parler de la société et pas uniquement d’amour contrarié. C’est compliqué parce qu’il ne faut pas être donneur de leçon.

Clip de "Je t'aime".

Une chanson comme « Je t’aime » m’amuse beaucoup.

C’est la première fois que j’écrivais un texte sur de la musique totalement terminée. On me reprochait de ne pas faire une chanson d’amour qui se termine bien. J’ai donc écrit un texte avec « je t’aime » dedans, à la Lara Fabian. Comme je suis un peu tordu, j’ai forcé quelqu’un à dire « je t’aime » à quelqu’un d’autre. La méthode Coué, donc. Le mec qui chante n’a rien compris à l’amour, évidemment.

Je sens que tu aimes bien casser tous les codes.

C’est un peu le rôle d’un artiste.

61SGJM57BSL._SL500_AA300_.jpgTon album provoque en moi un truc paradoxal. Les textes sont noirs, mais il fout la banane.

C’est un peu comme l’album Les idées noires de Franquin. Tu lis ça, tu es mort de rire et pourtant ce qu’il raconte est affreux. Je suis très noir dans mes chansons, mais si tu viens à un de mes concerts, tu seras mort de rire.

Lisa Portelli chante dans deux de tes chansons. Pourquoi ?

J’avais prévu qu’elle n’apparaisse qu’une fois dans « Tes yeux verts ». Au début, je la chantais tout seul et puis finalement, je me suis dit qu’il serait intéressant de faire un duo avec une jolie jeune fille avec des yeux verts. Je n’ai pas trouvé tout de suite. Un jour, je vais voir Lisa en concert et j’ai vu cette nana lisa-portelli.jpgavec ses yeux verts et sa guitare électrique, je me suis dit immédiatement que c’était elle. Je lui ai proposé, elle a aimé la chanson, elle est venue dans mon studio et elle a chanté la chanson. Et il se trouve qu’en même temps j’étais en train de bosser sur « Je t’aime ». Je trouvais que sans une voix féminine la chanson était un peu trop glauque, elle ne fonctionnait pas. J’ai demandé à Lisa de me faire juste une voix témoin. Elle l’a fait, j’ai bossé pendant 3 mois sur cette chanson en faisant plein d’essais avec d’autres interprètes, mais ça ne me convenait pas. Du coup, Lisa m’a dit qu’elle aimait aussi beaucoup cette chanson, presque plus que « Tes yeux verts ». J’ai donc gardé la voix témoin de Lisa.

Cet album est produit par toi…

Seul, dans mon studio. Je n’ai pas le choix. On ne trouve pas de producteur pour ce que je fais. Mais j’ai assez de connaissances du bizness parce que j’ai passé deux ans à Virgin Music. C’était un boulot alimentaire, mais j’ai compris comment les choses fonctionnaient. Grâce à ça, j’arrive à m’en sortir. Ce qui est triste, c’est qu’il y a plein de mecs qui sont juste des auteurs compositeurs surdoués, mais qui sont incapables de se démerder à comprendre comment marche une demande de subvention, monter un label etc… Ils risquent, eux, d’avoir beaucoup plus de difficultés pour s’en sortir.  Le truc le plus compliqué en ce moment, qu’on soit en indépendant ou pas, c’est que les revenus généraux ont été divisés par 5 ou 10, du coup, on a du mal à boucler les fins de mois.

Le_Larron_31.jpgAujourd’hui, payer ses musiciens ça devient compliqué, je sais bien.

Là, ils sont tous plus ou moins bénévoles. Je me démerde pour lâcher un peu de sous parce que je ne veux pas qu’ils travaillent pour rien. Il y a 5 ans, c’était plus simple. Je savais que j’allais vendre au moins 10 000 disques. Là, si ça ne marche pas trop, j’en vends 300 et ça ne couvre même pas la fabrication de la pochette et le graphiste. Je ne me fais pas de l’argent sur leur dos, s’il y a de l’argent qui rentre, youpi, on partage. On va devoir attendre un an ou deux que la Sacem me rétribue pour qu’il y ait un peu d’argent afin que je puisse les payer. Il y a 5 ans, ils auraient eu un salaire tout de suite qui leur aurait permis d’être intermittents tout de suite, qui leur aurait permis de bosser sur d’autres projets…etc. Cela étant, ça a cassé l’industrie et du coup, il y a plein d’artisans qui ont retrouvé de la place. Mais, c’est dur pour eux aussi.

Tu cites Winston Churchill : « Le succès, c’est d’aller d’échec en échec sans perdre son enthousiasme ». Toi, tu n’as jamais eu d’échec.

Je n’ai pas besoin du Larron pour gagner ma vie. Je fais de la musique de commande, je réalise des albums pour d’autres gens. J’ai fait Le Larron comme une récrée et ça a commencé à bien marcher. Je n’ai pas de clients là-dessus… Le Larron, c’est mon jouet. J’en fais ce que je veux. Aujourd’hui, j’ai 36 balais, je n’ai toujours pas de disque d’or. Le moindre connard qui sort de la Star Ac a vendu plus que moi. Je fais de la musique depuis 20 ans sérieusement, quand même, et je n’ai pas l’impression d’être un incontournable. 

Ça va peut-être venir. Tu rentres en playlist sur France Inter, le Mouv’, FIP, France Bleu, Europe 1…

C’est une grosse surprise. Je pensais sortir un EP en numérique et les choses se précipitent un peu. Je voulais juste dire, « coucou, dans 6 mois, j’arrive avec un disque !». Ça se passe super bien, mais je ne sais pas jusqu’où ça ira.

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Bonus :

6ème soirée de remise du prix Centre des Ecritures de la Chanson Voix du Sud / Fondation La Poste - jeudi 28 mars au studio Raspail à Paris, avec LE LARRON. Soirée animée par Didier Varrod (France Inter) et Francis Cabrel.


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21 février 2013

ReDeYe : interview pour End of the season

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(Photo : Renaud De Foville)

530632_10151202679442045_833854753_n.jpgReDeYe propose depuis 2008 une musique folk classieuse et apaisée. Ce projet mené par Guillaume Fresneau, du groupe Dahlia, évoque immanquablement les grands espaces américains. J’en parlais déjà ici à la naissance du projet. Les morceaux de ReDeYe puisent leur inspiration chez les meilleurs songwriters d’outre-Atlantique.

On note des collaborations prestigieuses. Évoquons par exemple la trompette de Jérôme Lorichon (Hermane Düne), les violons de Lucille Vallez (Ex – Pony Express), où encore Raphaël Seguinier (Cocoon, Saul Williams, Nouvelle Vague) et Cyril Bilbeaud (Sloy) qui interviennent tous deux à la batterie.

Sans frontières, ReDeYe propose un folk US sans complexes qui pourrait bien devenir la marque de fabrique d'un groupe affirmé et fort prometteur. À suivre avec attention.

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538132_10151434850633493_1230496429_n.jpgInterview:

C’est un disque intimiste, mais avec du monde autour de toi.

Avec Jean-Charles Versari à la production, on a commencé à faire des voix-guitares les plus convaincantes possibles, ensuite on a étoffé l’affaire en allant chercher des gens qui correspondaient au mieux à nos envies musicales. Mon idée était de faire une musique dans laquelle on se sent bien, dans un univers intime, un peu écarté du monde. Je pense qu’il faut que ça se ressente dès le studio.  Je ne me vois pas appeler un musicien juste pour le cachet. Il fallait que l’on travaille en famille avec des gens qui vivent la musique comme nous.

Les critiques de l’album sont dithyrambiques.

J’ai l’impression que les gens ont compris ce que nous voulions transmettre avec cet album. On a voulu recréer une sorte de petit monde parallèle fait d’espace, de voyages et de contrées lointaines. J’ai envie que les gens voyagent avec ce disque.

Un voyage pour où ?

J’ai grandi au Texas, c’est donc plus le sud des États-Unis. Je suis arrivé aux États-Unis à l’âge de 5 ans et j’y suis resté jusqu’à 12 ans. Il y a dans ma musique la notion d’étendue et d’espace.  Mon père, bien avant de partir là-bas, était complètement imprégné de cette musique-là. Il a toujours été fan de blues, de rock et de folk.

Du coup, il n’a pas été déçu que tu commences ta carrière musicale avec un groupe qui chante en français, Dahlia, plutôt qu’avec les ReDeYe.

Il se moquait gentiment de moi. Il disait, ton disque, dans  les bacs, il est classé dans la chanson française. Musicalement, il me comprenait quand même. Par contre, avec ReDeYe, il est aux anges…

Clip de "Cover me".

On sait que tous les enfants veulent tuer le père. Faire la musique qu’aime son père, ça ne met pas un peu de pression ?

Il y a une sorte d’héritage, en effet. Mais, pour moi, quand on fait de la musique, on fait un lien entre ce qui a existé et ce qui va exister. Je ne crois pas aux musiciens qui sont complètement originaux. Chaque musicien choisit parmi ce qui l’intéresse, le transforme un peu pour le faire avancer. Je crois beaucoup en l’idée qu’on est tous un peu connectés. Chacun a sa propre vision des choses et c’est ça qui fait avancer les choses. Je ne crois pas au miracle musical qui apparait comme ça du jour au lendemain.

Tu es le seul à faire cette folk-là en France en tout cas. C’est un album américain.

Beaucoup de gens me disent ça. Il y a d’autres projets de ce style ou apparentés qui viennent d’Allemagne, d’Angleterre, de Suède. Donc moi je suis content d’être le seul français. Le seul breton même.

On entend moins ton côté breton dans ton disque que dans celui de Nolwenn Leroy !

(Rires). J’aime beaucoup cette réflexion. On la garde !

Dans ce nouvel album, il y a le même climat que l’EP, sauf qu’il y en d’autres… car il y a des instruments nouveaux.

J’ai l’impression de suivre un chemin. L’EP, c’était un essai. Une des idées directrices était d’enlever la batterie et de restreindre au maximum les instruments. Cette fois-ci, je suis parti de la même base, mais j’ai décidé de me projeter  et d’ouvrir mon champ des possibilités musicales. Il y a donc de la batterie sur 3, 4 morceaux, j’ai ajouté aussi des cuivres, des trompettes et un saxophone baryton.

"Out of the Blue" (version live).

Il y a même des titres un peu rythmés.

Oui, « Disappear », par exemple. C’est une de celles que les gens remarquent le plus. Ce titre ouvre peut-être sur la suite, sur la tournure que prendra ce projet. Comme j’étais dans un format album, c’était intéressant pour moi d’amener d’autres choses.

As-tu fait très attention à l’ordre des titres ?

Oui, c‘est pour moi ultra important. Je suis un grand fan d’album et  les albums doivent raconter une histoire. Rien ne doit être laissé au hasard. On a passé deux ans de notre vie et toute notre énergie à cet album, donc on a eu le temps de la penser.

Est-ce que ReDeYe ne devient pas ton projet numéro 1 ?

Maintenant, effectivement, il le devient. Les choses, la vie, les rencontres, les temps de studio font que je n’ai travaillé que sur ce projet. Il faut dire qu’il me colle à la peau complètement.  Je ne me vois même pas faire autre chose en ce moment.

"Disappear" à Lake Travis, Texas.

Si ce disque a une tonalité mélancolique, tout le monde s’accorde à dire qu’il n’est pas triste.546955_10151120043627045_2005806029_n.jpg

Ça me fait extrêmement plaisir d’entendre ça. C’est important pour moi que ce disque ne soit pas considéré comme plombant, car on l’a joué dans une bonne humeur totale. Cette mélancolie dont tu parles est une mélancolie que je retrouve quand je vais aux États-Unis. C’est une mélancolie presque cathartique. C’est comme le blues. Le blues, pour moi n’est pas triste, c’est une sorte d’expression de sentiments qui peut aller de la tristesse à la joie, mais sous une forme mélancolique. Pas triste en tout cas. De toute manière, faire de la musique, ce n’est jamais triste.

Si tu es triste, tu ne fais pas de musique ?

Non. Faire de la musique, c’est déjà avoir une énergie et avoir envie de communiquer. Si je joue dans un état de tristesse, j’ai peur que ce soit pleurnichard. Je m’évite le pathétique dans la musique. Je ne me sens pas d’imposer aux gens ce genre de sentiments.

Et l’inverse ? Quand tu es trop heureux ?

C’est pareil. Je ne fais pas de musique non plus parce que je suis dans une sorte de bonheur qui va finir par trop s’entendre… un peu dégoulinant. Il faut être dans un état particulier quand tu fais de la musique. Ni heureux, ni malheureux, c’est une sorte de transe.

Je serais un peu étonné si un jour tu ne t’attaquais pas à la musique de film.

J’ai fait de la musique de courts-métrages, mais le milieu du long métrage est assez fermé. Dans mes morceaux, on voit des images. J’adorerai travailler sur une musique de film, je ne peux pas te dire le contraire. 

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16 février 2013

Mandor interviewé pour le site L'oreille à l'envers!

6700_139354020280_5043846_n.jpgL’oreille à l’envers (et autre sens en éveil) est un site musical d’excellente tenue dirigé par un passionné de musique, Hervé Collet. Un jour, ce dernier me contacte pour me dire le bien qu’il pensait de mon travail. Entre confrères, c’est une chose plutôt rare que de témoigner son intérêt à « l’autre ». Quand il m’a proposé de m’interviewer, outre le fait que je suis toujours dans la position du type qui se demande qui cela va intéresser d’écouter un journaliste raconter sa vie, j’ai accepté. C’était surtout l’opportunité pour moi d’expliquer (pour la  première fois et en détail) comment j’envisageais la façon de faire mon métier.

L’interview dure 26 minutes. C’est insensé à l’ère du zapping immédiat. Pardon !

(Merci Hervé. Merci vraiment. Aussi pour l'élégance d'avoir écrit (mine de rien) un laïus sur les P'tits Courageux... ce qui m'a peut-être le plus touché.)

15 février 2013

Magali Ripoll : ce soir aux Sentiers des Halles

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Ce soir, au nouveau Sentiers des HallesMagali Ripoll, auteure, compositrice, interprète et musicienne, que vous pouvez retrouver tous les soirs dans N’oubliez pas les paroles sur France 2, vous invite à découvrir son univers fantaisiste, parfois décalé.  Mêlant l’accordéon, son premier amour, aux musiques actuelles, elle vous charmera par sa personnalité et sa voix électriquement naturelle, à la fois femme enfant, drôle et sensible. Magali Ripoll est passée ce lundi 11 février à l’agence pour une interview fort sympathique (merci à Valérie Motté !)

15617_4641722735149_382054101_n.jpgBiographie officielle (un peu écourtée):

Originaire de Bourgogne, Magali grandit à St Raphaël (Var), dans une famille de musiciens (son grand-père jouait de l’accordéon, du saxophone, de la guitare ; son père de la batterie et son oncle de la guitare). À cinq ans, elle apprend le solfège et très vite l’envie de jouer d’un instrument de musique la titille.

Durant son adolescence, elle gagne son argent de poche en jouant tous les samedis soirs dans les bals et les salles des fêtes, accompagnée à la batterie par son père. Ce sont ses premiers pas sur scène. Puis elle forme un groupe de musique au lycée avec des copains.

Bien vite, elle quitte le Sud pour rejoindre la Capitale et y tenter sa chance. Afin d’enrichir sa palette artistique, elle prend des cours de théâtre, de chant et participe à quelques auditions, qui lui permettent de faire des rencontres musicales.

Depuis une dizaine d’années, elle accompagne de nombreux artistes sur les routes (Charles Aznavour, Lorie, Nâdiya, Richard Gotainer, Emmanuel Moire, Line Renaud…). Elle est également aux côtés de Nagui, sur France 2, dans l’émission N’oubliez pas les paroles où elle chante, joue du clavier et de l’accordéon.

Elle prépare son album solo dont elle écrit et compose la plupart des chansons. Son univers fantaisiste, parfois décalé, donne une tonalité pétillante à ses titres.

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folio2.jpg.pngInterview :

Tu as baigné dans une ambiance assez chanson française dans ta jeunesse…

Oui, avec beaucoup d’accordéons musettes. Mon grand-père maternel était accordéoniste et saxophoniste, d’ailleurs. Il l’est toujours aujourd’hui. Et puis j’ai fait du bal avec mon  père, donc c’est vrai que la chanson française occupait une grande place. Mais, en même temps, à 30 %, mes parents écoutaient à la maison du Deep Purple, du Beatles.

Qu’est- ce que tu trouves à l’accordéon pour qu’encore aujourd’hui, tu ne te sépares pas de cet instrument?

Il est autant touchant que festif. Le son de l’accordéon me procure en tout cas des émotions incroyables. Quand j’entendais le professeur d’accordéon qui habitait à côté de chez nous donner ses cours, je ressentais des tas de sensations inédites qui me touchaient profondément. Une espèce de mélancolie inexplicable, comme si c’était un son que j’avais toujours entendu. J’ai compris qu’avec un accordéon, on pouvait très vite partir en vrille et faire la fête.

Pour l’instant, de ce que j’ai entendu de tes chansons, tu présentes la Magali Ripoll plutôt joyeuse. C’est le cas dans la chanson que tu fais découvrir « Les dessous de la vie » par exemple. (Que vous pouvez écoutez ici, d'ailleurs)

Tu as raison, ce que j’écris et je chante pour le moment est plutôt joyeux et festif. Je pense que c’est pour une question de maturité que je n’ai pas encore acquise complètement. Peut-être que pour le moment, j’ai peur du côté mélancolique de l’accordéon et que j’attends d’être prête. Pour le moment, je crois même que ça m’angoisse, mais j’y viendrai un jour.

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Avec l’accordéon, tu prouves que l’on peut faire ce que l’on veut de cet instrument?

Je veux inventer une sorte de mariage possible entre les musiques actuelles (comprenant celles des 20 dernières années et Anglo-saxonnes) et cet instrument considéré comme franchouillard.

Dans « Les dessous de la vie », on ne l’entend pas beaucoup l’accordéon finalement.

Il y a pas mal de chansons où l’accordéon n’est pas présent. Je ne suis pas obnubilé par cet instrument non plus. Il y a des chansons dans lesquelles, je joue du piano, d’autres dans lesquelles je me contente de chanter sans jouer d’un instrument, d’autres avec l’accordéon, notamment quand je joue du Prince ou du Lenny Kravitz sur scène.

Ce soir aux Sentiers des Halles, on verra ce genre de performance ?

Oui. On essaie de trouver le juste milieu pour faire parler les morceaux qui existent comme « Kiss » de Prince, qui est une chanson intouchable, mais que, paradoxalement, on peut reprendre de 1000 formes différentes. Notre version un peu tango rumba étonnera le public, tu verras.

C’est important d’avoir une formation assez complète de musicienne quand on estfolio3.jpg.jpg chanteuse et choriste ? Je dis ça car je connais des chanteurs qui n’en ont pas.

Ce n’est effectivement pas une obligation, mais moi ça me sert beaucoup. Je ne peux pas faire l’un sans l’autre. Je ne peux pas jouer de mes instruments sans chanter et je ne peux pas chanter sans faire appel à un moment donné à mes instruments. Avoir une formation musicale m’a servi pour des séances de chœurs par exemple. J’avais besoin de me référer à certaines notes et le fait d’être musicienne, de connaître le solfège et la musique, d’avoir une oreille de musicien m’a fait avancer sur mon travail plus d’une fois. Pour le parcours que j’ai, cette connaissance est d’ailleurs un élément essentiel.

Ton envie de faire ce métier a commencé quand tu faisais des bals avec ton père ?

Oui, le fait d’être sur une scène et faire danser les gens, même petite, ça me procurait un plaisir fou. C’était un rêve pour moi de faire ça toute ma vie. Quand j’accompagne des artistes sur scène, en tournée, je prolonge ce rêve.

Tu es musicienne choriste pour pléthores d’artistes, à commencer par Aznavour, Gotainer, Lorie, Line Renaud, Emmanuel Moire… comment t’es-tu fais remarquer la première fois comme choriste ?

La toute première fois, c’est le producteur de la chanteuse Lorie, Johnny Williams, qui m’a repéré dans un casting qu’avait mis en place la maison de disque EMI en 1999. C’était une sorte de Star Academy/Nouvelle Star sans les caméras. J’avais été retenue pour chanter dans un groupe de 7 chanteurs et chanteuses  qui devait sortir un single chez EMI. On a travaillé dans le studio de Johnny Williams, mais finalement le projet n’a pas abouti. Un jour, Johnny m’a rappelé pour que je vienne faire des chœurs dans le studio parce qu’il trouvait que je chantais bien et que je faisais le travail qu’il fallait. Ensuite, il m’a fait partir en tournée avec la première artiste que j’ai réellement accompagnée, Lorie.

Et après, tout s’est enchaîné.

Le directeur musical de Lorie m’a appelé pour accompagner d’autres artistes. Souvent, quand on est musicien, on se fait repérer par le réalisateur de l’album ou le directeur musical, parce que ce sont ces gens-là qui sont vraiment dans les coulisses et qui repèrent les personnes adéquates.

541949_4641718335039_813654111_n.jpgQuand on est chanteuse soit même, comment vit on le fait d’être choriste, c'est-à-dire, au service musical d’un autre chanteur ?

C’est extra parce que c’est tout un wagon de personnes qui avance en même temps derrière l’artiste. Accompagner un artiste et le servir, je trouve que c’est génial. Ce sont des sentiments vraiment très forts sur scène. Il ya une telle communion entre l’artiste et les musiciens que rien que dans parler, ça me donne des frissons.

Je vais te poser une question naïve. Est-ce qu’une choriste doit tenter de moins bien chanter que l’artiste principal pour ne pas lui faire trop d’ombre ?

Non, évidemment. Il y a les choristes et la voix de l’artiste. Peu importe si l’artiste est plus fragile vocalement, nous on fait juste notre boulot de choristes. Nos nappes de chœur doivent être justes et bien chantées. Les chœurs, ce sont des instruments comme les cordes. Elles ne sont pas là pour voler la vedette à l’artiste, mais pour le soutenir le mieux possible.

Quand on chante pour Aznavour par exemple… c’est un truc de fou quand même.

C’est un conte de fées. J’ai vibré plein de fois par des rencontres artistiques. Par exemple quand Peter Kingsberry a voulu m’engager pour sa tournée et qu’il m’a dit avec son accent anglais, « c’est super, c’est au-delà de mes espérances. Tu feras mes claviers et les chœurs », je n’y crois pas un instant. Je me demande quel est le rapport entre cette personne et moi. Pour Aznavour, c’était aussi un truc de fou. J’accompagnais Line Renaud à l’Olympia il y a un an et demi et son concert était diffusé sur France 3 un vendredi soir. Le lendemain de la diffusion du concert, j’étais en déplacement dans un train pour un concert, mon fiancé m’appelle et me dit que le chef d’orchestre de Charles Aznavour  vient d’appeler à la maison. Je suis estomaqué, mais effectivement, il m’appelle sur mon portable quelques minutes après et me dit : « Monsieur Charles Aznavour m’a contacté très tôt ce matin parce qu’il vous a vu hier soir en concert avec Line Renaud  et il voudrait que vous fassiez partie de sa tournée. Si cela vous tente ». J’ai quand même passé une audition… et j’ai été prise. Jamais je n’aurais pensé être à la hauteur, en tout cas être une assez bonne musicienne et choriste pour accompagner quelqu’un comme Aznavour, une telle légende vivante. En fait on n’y pense même pas.

Autre partie importante de ta vie en ce moment. On te voit tous les soirs dans l’émission 269483_2013945482360_7032010_n.jpgde Nagui, « N’oubliez pas les paroles ».

Cette émission, c’est ce que j’ai toujours voulu faire au sein d’un orchestre, mais que je me suis toujours retenue de faire. J’ai fait beaucoup de bals avec des orchestres dans lesquels on avait des chorégraphies, des costumes, bref, des shows qui étaient bien travaillés et ficelés. Mais, avec la personnalité que j’ai, à un moment, j’ai toujours envie de partir en vrille. Je n’arrive plus à être au premier degré de ce que je suis en train de faire. Les chefs d’orchestre pour lesquels je travaillais n’étaient pas toujours contents de mes extravagances. Je tourne toujours tout à la dérision, je n’y peux rien. Dans « N’oubliez pas les paroles », au début, le chef d’orchestre nous avait demandé de jouer sérieusement parce qu’il fallait montrer une image professionnelle jusqu’au bout des ongles. Sur France 2, en live, ça ne plaisante pas. Les premières émissions sont très marrantes parce qu’on a tous la tête sur nos pupitres, très sérieux. Quand on s’est rendu compte naturellement qu’on était quand même dans un jeu ou les gens sont là pour se marrer, pour chanter et pour se faire plaisir, et que la personne qui regarde chez elle a envie de la même chose, à un moment donner, il faut réagir. Comme Nagui et Gérard Pullicino sont quand même des joyeux lurons et ne sont pas les derniers pour la rigolade, ils ont laissé la porte ouverte à mes folies.

Tu n’as pas peur que ça te desserve, professionnellement, de te comporter ainsi ?

Ça a pu me desservir, mais parfois ça m’a fait remarquer. Mais au fond, je m’en fous que cela déplaise, sinon j’arrêterais ce comportement, je ferais attention et je me tiendrais bien. Moi, finalement, je suis comme ça, il n’y a pas à réfléchir.

Parle-nous de l’album à venir… il est fait ?

Il est quasiment fait. Les chansons sont là, mais il faut qu’elles prennent leur couleur définitive, en termes d’arrangements. En fait, je me suis retrouvée au centre d’une joyeuse pagaille, ayant ces influences musicales différentes et aimant m’en nourrir, il faut que nous parvenions à élaguer tout ça. Mais, ça ne devrait pas tarder.

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