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12 mai 2013

Babel : interview pour l'EP La vie est un cirque

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(Photo : Juliette Rozzonelli)

Babel, ce n’est pas un groupe de chansons, mais (comme les membres le précisent eux-mêmes), un groupe de chants-sons. Textes impressionnants et profonds et énorme place accordée aux traitements du son très actuel. Ce disque donne une pêche incroyable. C’est un de mes très gros coups de cœur de ces derniers mois.

L’aventure commence en 2011, ils s’appelaient à l’époque Babel Quartet. Leur premier album, L’Évadé sort rapidement. Le disque s’écoule à un bon millier d’exemplaires. Chemin faisant, leur répertoire se construit et de nouveaux titres naissent. L'EP, La vie est un cirque, en témoigne.

Babel, c’est Sébastien Rousselet (textes et chants), Nino Vella (claviers), Solène Comsa (violoncelle, scie musicale) et DJ Slade (platines, sampleur).

Le 14 mars dernier, de passage à Paris pour un concert au Canal 93 de Bobigny (soirée organisée par Francofans), Sébastien Rousselet et Nino Vella sont passés boire un coup avec moi dans un troquet, à côté de l’agence…

babel,la vie est un cirque,interview,mandorBiographie officielle :

En 2011 on avait sorti L’évadé. Pour s’échapper en musique dès nos débuts. On s’appelait Babel Quartet. Chant violoncelle clavier platines. On voulait lier ces 4 mondes pour en faire un 5e qui serait à nous. Mots-électro ? Word music ? Non, chant-son ! Hip-hop hop hourrah ! S’il faut une étiquette, ce sera celle-là. On passe en radio : France Inter, Fip, France Culture, etc.

En 2012 on joue dans des cuisines aux Chant’appart, on transpire au Chantier des Francos, on dresse un Cabaret sauvage à Paname et on bourlingue aux Francofolies de la Rochelle. Grosse année, gros boulot. Le son devient plus puissant, le show se peaufine en lumières et en costards, et le groupe s’appelle maintenant Babel…tout court. De nouveaux titres sont écrits.

On s’était réuni pour ne pas devenir des clones, mais on est tous des clowns. Alors en 2013 on sort La vie est un cirque.
Y a 5 titres à écouter sur ce disque. Comme un avant-goût de l’album chapiteau qui sortira de nos têtes et de nos mains en 2014.

On danse, on pleure, on se marre!
On vous avait prévenu. La vie est un cirque.

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Interview :

Comment est né Babel?

Sébastien : Nous venons tous les quatre de Maine-et-Loire. Moi, je viens d’à côté, La Mayenne. À l’origine, j’étais tout seul en guitare-voix. Un ami m’a dit que si j’avais envie d’étoffer mes chansons, de les étoffer de façon plus charnue, il pouvait me faire rencontrer les personnes adéquates. Il m’a fait rencontrer Nino, ici présent, puis les autres membres… et tout de suite, le feeling et la cohésion étaient là. Dès les premières répétitions, j’ai mis mes chansons sur la table et ils ont en fait ce qu’ils en ont voulu. J’ai aimé immédiatement. C’était la première étape avant que l’on se mette à composer ensemble. Sur l’EP La vie est un cirque, chacun a composé au moins un morceau. Le premier album, en 2011, sous le nom de Babel Quartet, L’évadé, c’était un collectif au niveau des arrangements, mais les chansons ont été  interprétées sur une base qui était la mienne. Aujourd’hui, avec ce nouvel EP, ce sont vraiment les chansons d’un groupe.

"La vie est un cirque" (clip officiel).

Nino, quand on t’a contacté pour rejoindre Sébastien, tu as accepté rapidement ?

Nino : Au début, ça m’a inquiété. J’étais étudiant quand on s’est rencontré et j’avais déjà un groupe. Je ne voulais pas vraiment m’éparpiller. Un copain musicien m’a dit qu’il jouait dans 6 groupes, alors, ça m’a incité à essayer avec Sébastien. Et c’est devenu très vite mon projet principal, le projet dans lequel j’ai eu envie de m’investir le plus.

Et toi, Sébastien, ça t’a fait bizarre de passer de guitare-voix à un groupe complet ?

Sébastien : J’avais vraiment envie de ça, mais au départ, ça défrise un peu. Moi, j’avais l’habitude d’être seul tout le temps. Quand tu écris et composes, quand tu es sur la route, tu gères tout, tu ne t’engueules avec personne, tu es ton propre dictateur, mais quand tu fais partie d’un groupe, tu dois partager les idées des uns et des autres, échanger sur tout, parlementer, c’est plus riche, mais c’est vite le bordel. Au départ, il a fallu que je m’acclimate, mais très vite, tout est devenu naturel. J’étais en demande de ça, donc, ça ne pouvait que bien se passer.

Il a fallu restructurer toutes tes chansons originelles quand le groupe s’est formé.

Sébastien : Il y avait le squelette des chansons en guitare-voix. Après, on a ajouté, élagué, modifié… c’était un travail aussi important qu’intéressant.

Même pour tes textes ?

Sébastien : Oui, on n’a rien épargné. Je t’avoue que c’est chiant d’épurer un texte, mais il fallait bien que je laisse de la place aux musiciens.

Nino : Mais souvent, tu as remarqué que c’était pour la bonne cause. On était à la recherche de l’efficacité et tes changements ont rendu « efficaces » toutes tes chansons.

"Le bal" (live 2013-La Bouche d'air - Salle Paul Fort)

babel,la vie est un cirque,interview,mandorVotre premier album, L’évadé, s’est vite fait remarquer par les professionnels de la chanson. L’année suivante, en 2012, ça a été directement une grosse année.

Sébastien : on a fait le chantier des Francos, c’était énorme pour nous. Avant, on avait fait le Chainon manquant, les Chant’appart, ce genre de réseau qui fait rayonner la chanson française.

C’est avec ce nouvel EP, La vie est un cirque, que vous avez enfin trouvé votre vrai son.

Sébastien : Tout à fait. En tout cas, on est là où on a envie d’être, mais je te garantis qu’on a envie d’aller ailleurs, plus loin encore dans l’audace. 

Vous avez l’impression d’avoir trouvé la bonne formule ?

Nino : La direction qu’on a commencé à prendre dans l’EP nous plait beaucoup, même si nous savons qu’elle est perfectible.

Sébastien : Nous garderons cette énergie qui caractérise nos chansons, ainsi que la rage qui en découle.

"J'aime bien ce qu'est vieux" (audio)

babel,la vie est un cirque,interview,mandorLes textes m’impressionnent. Ce sont des textes que j’appelle  « mine de rien ». On peut les écouter sans faire gaffe, mais si on est attentif, on découvre des couches, des sous-couches où beaucoup de choses sont dites. Du grand art !

Sébastien : Dans la chanson « J’aime bien ce qu’est vieux », par exemple, il y a un côté qui est hors compétition et aujourd’hui, on est dans le monde de la compétitivité et de la compétition. Il faut être le plus fort, il faut écraser la gueule de l’autre pour y arriver. Il faut être beau, musclé, faire 1m 80, être blond, toujours dans l’attention du regard de l’autre et dans la compet’. Pour moi les vieux, c’est comme les enfants, ils sont inutiles pour la société et ça j’aime bien.

Mais, le groupe Babel est obligé de rentrer dans une certaine compétition pour se faire connaître.

Sébastien : Iil y a un côté un peu comme ça, mais on essaie d’y échapper. Dans la compétition, il y a la notion d’arriver le premier, comme si il n’y avait pas de la place pour tout le monde. Nous, on ne se bat pas contre les autres, on est dans une logique solidaire. Même si, nous ne sommes pas encore très connus, on essaie d’aider nos potes qui le sont encore moins. Malgré tout, il faut se dépasser, communiquer pour faire connaitre le groupe. Ce n’est pas ce que nous préférons faire, mais c’est un mal nécessaire.

Nino : On préférerait passer plus de temps sur la musique, mais il y a des moments où on est obligé de le faire.

Sébastien : J’aimerais passer ce temps-là à écrire mes textes, ma musique, répéter, c’est sûr.

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Pendant l'entretien. Sébastien Rousselet et Nino Vella, le 14 mars 2013.

Il y a quelques chansons, non pas engagées, mais revendicatives… pas moralisatrices en tout cas. Ouf !

Sébastien : Entre nous, ça ferait chier tout le reste du groupe si j’avais ce langage là de moralisateur. Je pense, Nino, que tu serais le premier à me le faire remarquer. J’ai horreur qu’on me fasse la morale dans la vie, je ne vais pas la faire aux autres. Mon travail est d’abord un travail sur les mots avant d’être un travail sur les idées. Ce sont les émotions qui priment avant les réflexions. Mes chansons ne sont pas des prétextes à idées, même si j’essaie d’y mettre du sens et du son. Il est hors de question que je chante des fadaises et des conneries pour autant. Je veux qu’il y ait une profondeur.

Nino, tu es toujours d’accord avec ce qu’écrit Sébastien ?

Nino : Moi, je reviens uniquement sur l’aspect musical et rythmique… sur le sens, il n’y a jamais de source de discorde entre nous.  

Je trouve qu’il y a aussi une fraicheur qui fait du bien dans vos morceaux.

Dans mon écriture, il y a une fougue, une énergie et quelque chose de vivant, mais un fond qui peut sembler douloureux et pas toujours reluisant. Ce que j’essaie de dire dans mes textes et dans ma musique, en gros, c’est : « c’est la merde, mais ce n’est pas grave. On fait ce constat-là et on va s’en sortir. Il y a du chemin à faire, mais ce chemin-là est praticable donc on va y aller. Il y a de la lumière au bout du tunnel, vous verrez ! »

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Et concernant la musique, là, tout le monde à son mot à dire ?

Nino : Il y a beaucoup de conversations. Ça peut prendre du temps pour se mettre d’accord.

Sébastien : Comme on vient de quatre univers différents. Nino vient à l’origine du conservatoire classique et de jazz.  Nico (DJ Slade)  vient vraiment du hip-hop, il a appris lui-même, même s’il s’est perfectionné au département de musiques actuelles au conservatoire. Solène vient du classique, mais excelle en jazz rock et musique traditionnelle tibétaine. Moi, chanteur, conteur, un peu comédien, blues, un peu rock, pas mal rock même. Les quatre ensembles, ça fait un truc qui peut paraître compliqué sur le papier, mais en fait, nous créons des passerelles. Même s’il faut beaucoup discuter. C’est très riche.

Nino : Du coup, on a tous évolué dans nos goûts. On est beaucoup plus ouvert qu’avant. Tout le monde s’habitue aux styles et aux préférences des autres. Je trouve ça formidable.

Cet EP, La vie est un cirque, contient 5 titres, c’est frustrant.

Sébastien : C’est pour donner faim avant l’album. On a des chansons déjà faites, donc qui sont en cours de préparation et on va créer encore jusqu’à la fin de l’été. On va enregistrer nous-mêmes des préproductions. Après, on fera le tri dans les chansons qu’on a envie de garder pour le disque. On a envie de sortir ce deuxième album au printemps prochain.

"Au feu" (live 2012 aux Francofolies de La Rochelle).

Les titres présents sur l’EP y seront.

Sébastien : Il y a de grandes chances, mais rien n’est encore bien déterminé.

Vous testez les chansons sur scène pour voir celles qui accrochent le public ?

Nino : On les teste sur scène, déjà pour nous. On n’est pas uniquement sur le : « est-ce que ça plait aux gens » ? Est-ce que ça nous plait quand on est sur scène, comment les ressentons-nous ? Ca aussi, c’est important.

Vous avez déjà un public qui vous suit fidèlement. 

Sébastien : On sent une émulsion ? Bon, on n’est pas hyper connu sur la toile, donc on n’est pas hyper connu tout court. Aujourd’hui, les artistes existent beaucoup par le web. Mais, ce qui est certain, c’est que, quand on fait des concerts devant des gens qui ne nous connaissent pas, quel que soit l’âge, ça se passe toujours super bien.

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Bonus : "La chanson, ça fait chier", un titre en acoustique à prendre au second degré, mais pas que.

10 mai 2013

Pierre-Yves Tinguely : interview pour Codex Lethalis

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(© www.enzo-capaccio.com)

Avec Codex Lethalis, l’auteur suisse Pierre-Yves Tinguely nous embarque dans une chasse morbide/mortelle, un subtil jeu de piste dont les règles échappent totalement aux enquêteurs. Une traque mêlant plusieurs ingrédients : technologie de pointe, ésotérisme, haine et vengeance et une dose considérable de suspense qui donne un rythme soutenu au roman. Pierre-Yves Tinguely est venu le 22 mars dernier à l’agence pour parler de ce premier roman (qui ne sera assurément pas le dernier).

41stOQFc8+L._SL500_.jpg4e de couverture :

Deux agents de police en patrouille découvrent une scène effroyable : une petite famille apparemment ordinaire a été massacrée. 
Pourquoi Harold Buchanan, bon père de famille sans histoires, aurait-il tué sa fillette et sa femme avant de se supprimer ? L'autopsie révèle que sa propre mort n'est pas un suicide : son cerveau et ses globes oculaires ont comme bouilli. Un informaticien est chargé d'inspecter l'ordinateur de Buchanan : à son tour, il est pris d'une crise de folie meurtrière, et le massacre est évité de peu. D'autres scènes similaires se succèdent : des gens deviennent fous de rage et s'effondrent après avoir tenté d'anéantir tout ce qui les entoure.
Le point commun de toutes ces personnes à la fois meurtrières et victimes ? Une vidéo, huit secondes de mort vivante, diffusée sur la Toile et ouverte d'un simple clic sur leur écran.

Dans ce premier roman époustouflant, mêlant thriller et fantastique, Pierre-Yves Tinguely compose un récit démoniaque. Avec un scénario glaçant parfaitement maîtrisé, une écriture clinique et une tension sans temps mort, il impose sa propre loi, celle de la terreur aveugle et sans nom.

L'auteur :

Né en 1959, Pierre-Yves Tinguely possède la double nationalité franco-suisse. Après plusieurs années à Genève, il vit aujourd'hui à Annemasse où il poursuit sa carrière de graphiste indépendant. Amateur d'art déco, de rock des années cinquante et d'art en général, il est avant tout passionné par l'écriture à laquelle il consacre l'essentiel de ses loisirs.

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Interview :

Vous aviez écrit deux livres avant celui-ci. Non publiés.

Le premier était déjà un thriller fantastique, un peu de la veine de Codex. Le deuxième, c’est un roman tout à fait contemporain. Ces deux textes-là n’ont pas été édités parce qu’ils n’étaient parfaitement aboutis. Ca m’a quand même prouvé que j’étais capable d’écrire un livre du début à la fin et ça, ça m’a rassuré. J’ai pris un plaisir fou à les écrire, surtout le deuxième que j’ai écrit en seulement 6 semaines. C’était un immense cri du cœur et c’est une histoire pour laquelle j’ai beaucoup d’affection. Je vais surement la réécrire en vue d’une publication future.

Pourquoi écrivez-vous ce genre-là ?

La frontière qui sépare notre réalité d'un univers sombre et impalpable m'a toujours fasciné. L'intrusion de l'inexplicable dans notre monde cartographié et millimétré, comme un grain de sable dans une belle mécanique, n'a jamais cessé de faire naître en moi des histoires où l'impossible se conjugue à nos perceptions pour mieux nous en faire douter. L'interprétation du monde est devenue pour moi un terrain de jeux sur lequel vous ne devriez pas me suivre, amis lecteurs, car je ne réponds de rien, si jamais vous deviez me perdre en route.

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Codex Lethalis est le 1er volet d’une trilogie.

Oui. Le deuxième est déjà écrit. Je suis en train de réfléchir sérieusement au troisième.

Le thriller fantastique est un genre que vous avec beaucoup lu ?

J’en ai beaucoup lu, effectivement. J’ai commencé par les grands classiques, Edgard  Allen Poe, H.P Lovecraft, beaucoup de SF comme Asimov et compagnie. Mon premier roman non édité mêlait déjà enquête policière, fantastique, démon, etc…  Avec Codex, je suis revenu à mes sources littéraires de jeunesse.

Et vous êtes allé très loin…

De cette histoire de tuer quelqu’un à travers un écran d’ordinateur et de l’idée de faire cohabiter les mondes des démons et des forces obscures avec les nouvelles technologies qu’on utilise aujourd’hui, est né un enfant monstre : cette fameuse méthode dont se sert le tueur pour éliminer ses victimes.

Ce livre se lit de manière frénétique pour en connaître l’issue. Vous maîtrisez parfaitement les codes de cette littérature.

Je n’ai pas du tout cherché à mettre en place ces codes-là. De façon inconsciente, du fait que j’ai ingurgité des heures et des heures de films fantastiques, de lectures de même genre, de thrillers, de policiers. Pour finir, ça a façonné ma manière de penser par rapport à une histoire. J’écris mes histoires comme un film et d’ailleurs, beaucoup de critiques me le disent… ce livre est un film. Il y a une cohérence entre le moment du travail de l’écriture et ce que je reçois après. Je n’étais donc pas l’erreur lors de l’écriture.

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(© www.enzo-capaccio.com)

Vous vous amusez à écrire ce genre d’histoire ?

Je prends un pied d’enfer. C’est du boulot considérable, mais sur le fond, c’est très très jouissif. Avoir une idée, voir la scène dans son imagination et déterminer comment je vais la décrire. J’adore cette procédure-là. Je deviens presque un metteur en scène. Je mets la lumière ici, la caméra là, le mec il va rentrer de ce côté, ça va faire une super scène avec une image incroyable.

Il y a des scènes extrêmement  violentes, à la limite de l’insoutenable. Vous n’avez jamais eu peur d’aller trop loin ?

Aussi insoutenable qu’elle soit, la violence, si elle est « justifiée », plus dans la forme que dans le fond par rapport à la cohérence de l’histoire elle-même et de la déviance du tueur, elle peut être extrêmement dure et choquante. Dans Codex, elle n’est jamais dans le cadre d’une scène gore, gratuite, juste là pour repeindre les murs.

Les enquêteurs sont des personnes très humaines. Si l’inspecteur Reeds est un flic efficace, il est aussi quelqu’un de très fragile. Il a perdu sa femme dans un accident de voiture et ne s’en est jamais remis.

Ce serait tout à fait aberrant d’écrire une histoire dans laquelle un auteur met des personnages qui ne ressentent rien, qui n’ont pas eu de vie, qui n’ont pas d’expériences, de vécus, de chemins… C’est ça qui fait la fibre des personnages et c’est pour ces raisons que le lecteur s’attache à ces personnages. Mes personnages, je m’endors avec le soir et je me réveille avec le matin. Quand je suis dans le processus d’écriture, ils font partie de ma famille.

Ça ne doit pas être simple de vivre avec vous, dites donc !

J’avoue qu’il a eu des moments difficiles. Je suis plutôt un solitaire et je suis dans un moment de ma vie où je suis seul, j’en profite pour écrire. J’ai quand même écrit une partie de Codex alors que j’étais encore marié et au sein de ma famille. Ça ne m’a pas spécialement gêné. J’arrivais à scinder mes périodes d’écriture et ma vie de ma famille. Maintenant, le problème ne se pose plus. Cela étant, je viens de finir l’écriture du 2 et je suis complètement à l’ouest. Je me sens largué. Une grosse coquille vide.

codex_lethalis_03.jpgA la télé, j’aime les types qui ont des dons extraordinaires, comme The Mentalist par exemple. Dans Codex, il y a un détective privé qui s’appelle Davis, il comprend les choses par rapport aux couleurs qu’il voit.

Lui, c’est un peu sa malédiction. S’il voit juste un halo rougeâtre, oranger, ça veux dire qu’il y a quelque chose de mal. Il arrive de mieux en mieux à maitriser ce don et ses visions, mais il faut parvenir à vivre avec ça. Ce don lui provoque des migraines difficiles à gérer, mais lui permet de donner un sérieux coup de pouce aux enquêteurs officiels.

La maison d’édition a adoré votre livre immédiatement, mais vous a demandé de changer la fin…

Oui. J’avoue que ça a été presque plus dur que d’écrire le bouquin original. Quand on écrit une autre fin, il faut d’abord la trouver, puis il faut revenir sur l’ensemble de l’histoire, repérer tous les endroits chronologiques, tous les personnages et faire en sorte de trouver de la cohérence à tout ça. Black Moon avait raison, ma nouvelle fin est bien meilleure aujourd’hui. J’étais trop dans le fantastique…

Osciller du réel au fantastique, ça peut être un exercice un peu casse-gueule. Il faut trouver le bon dosage pour que l’histoire reste crédible.

C’est fondamental. Je fais intervenir dans l’histoire une notion de livre maudit, des incantations, des démons qui apparaissent… il fallait que la construction autour de ce livre maudit le rende crédible et qu’on se dise qu’un livre de cette nature peut exister.

Vous étonnez-vous d’avoir toutes ces idées-là en tête pour en faire des romans ?

Plus depuis le temps. Je trouve même qu’actuellement, je suis encore en deçà de ce que je pourrais faire. Je maîtrise ma force pour que mes histoires restent structurées et « lisibles ». De livre en livre, je sais que j’irais plus loin dans l’expertise psychologique, dans les tréfonds de l’âme humaine.

Vous êtres graphiste de formation et exercez encore pour gagner votre vie. Mais, par contre, je sais que vous voulez faire de l’écriture un métier.

J’espère bien. Pour moi, c’est une aventure aussi tardive qu’inattendue, mais ce n’est que le début de l’histoire. Je ne sais pas bien où elle va me mener. Ne serait-ce que le fait d’être édité, de rentrer dans ce monde là, pour moi, c’est d’abord une aventure humaine, alors après, si ça devient une aventure commerciale, tant mieux pour tout le monde. Pour le moment, c’est surtout le prétexte de rencontrer les gens et dans ces gens, notamment les lecteurs. En tant qu’artiste, j’ai besoin de ce contact-là. Ca fait 25 ans que je suis graphiste, ça fait 25 ans que j’ai envie de faire de la peinture, de la sculpture, de la soudure et que je n’en fais pas parce que je dois faire mont travail rémunérateur pour vivre. Là, je fais un bouquin et il est édité, ça me donne une échappatoire et l’occasion de, peut être, me permettre enfin d’exprimer ma condition d’artiste, ma créativité, mais au sens large du terme. La littérature n’est qu’un des éléments de mes activités.

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01 mai 2013

Swann Ménigot : interview pour son prochain EP

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(Photo : Sand Mulas)

Swann Ménigot, est né à Paris, a grandi en Champagne et habite désormais  à Lyon. L’homme chante de jolies chansons qui, s’il était un peu médiatisé, trouveraient certainement un large public…

5 nouveaux titres sont à découvrir sur Noomiz. Indéniablement Swann Ménigot à une très jolie voix et un sacré sens de la mélodie.

C’est mon ami et confrère Thierry Cadet qui me l’a fait découvrir. Il est d’ailleurs son manager. Tous les deux sont venus à l’agence le 21 février dernier pour une mandorisation en règle.

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swann ménigot,blonde ou brune,interview,ep,thierry cadet,mandorInterview :

Tu as pas mal tourné en faisant des reprises dans des groupes.

C’est ma partie alimentaire. Reprendre les chansons des autres avec différentsgroupes, dans des bals, thés dansants, pubs… c’est ce qui me fait manger.

C’est une sacrée école en tout cas.

C’est en tout cas différent que lorsque je travaille pour mon projet perso. Quand je compose, je suis moi, je propose mon vrai univers. Quand je suis avec les groupes, on me demande de faire du Johnny ou du Goldman. Ce sont deux aspects du métier qui n’ont rien à voir.

Passer du temps à interpréter les chansons des autres, est-ce que ça influence ta façon de chanter ? Même inconsciemment ?

Ça fait 10 ans que je fais ce taf, et pendant 10 ans, je suis passé par plein de blocages. Je n’arrivais plus à chanter, j’avais des trous de mémoire pour certaines chansons. J’avais des blocages psychologiques quand je chantais mes propres titres. Quand j’ai compris que c’était deux exercices différents, ça m’a débloqué. Je ne peux pas faire de la création quand je fais de la reprise et je ne peux pas imiter Goldman quand je chante mes chansons… le plus difficile a été de faire le distinguo.

Du coup, tu dois savoir mieux que personne ce qu’attendent les gens.

C’est bouleversant. Goldman n’a pratiquement fait que des tubes. Quand tu commences à vouloir créer avec cette idée-là, c’est mort. J’ai compris qu’il fallait que je me fasse plaisir avant tout. Si j’ai du plaisir, peut-être que le public aura du plaisir.

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Tu as commencé comment ta carrière solo?

J’ai fait le tremplin Rhône-Alpes Découvertes 2008. J’ai gagné le droit d’enregistrer une maquette en studio. D’une maquette, j’ai pris la décision de faire un album et à partir de ce moment-là, j’ai commencé à tourner.

Tu as donc un premier album complètement auto produit.

Comme c’est un premier album, je lui trouve pas mal de défaut et aujourd’hui, je sais que je l’aurais fait autrement. Mais, je l’aime comme un premier bébé.

Swann Ménigot interprète l'acoustique du "P'tit bonheur", présente sur son nouvel à venir...
Une production Horscene
Réalisation et montage : Sand Mulas
Son : Cédric Barré

Tu as l’impression d’avoir beaucoup progressé ?swann ménigot,blonde ou brune,interview,ep,thierry cadet,mandor

Ça va paraître bizarre, mais c’est parce que je suis monté à Paris beaucoup plus souvent. Au début, je pensais naïvement que mon autoproduit était déjà bien. J’ai bien vite compris que le son que j’avais n’était pas très actuel. Les professionnels que j’ai rencontrés connaissent bien le métier, savent ce qui se fait ou pas. Ils m’ont apporté un regard et surtout une écoute.

Sur Noomiz, on peut entendre 5 nouvelles chansons.

Ce sont des titres qui sont le fruit des conseils que l’ont m’a apporté. Avant j’étais entre la chanson et la variété, c’est à la fois une force et une faiblesse. Là, je trouve même qu’on se rapproche de la pop music. J’essaie de faire en sorte que les gens qui tombent sur mes chansons écoutent attentivement mes textes et aient envie de bouger, de danser.

C’est quoi ta culture musicale, à la base ?

Un peu de tout. Ado, j’ai beaucoup écouté Mettalica, Led Zeppelin, Brassens, Frédéric Chopin… tu vois, je vais dans tous les sens. Aujourd’hui, je fonctionne au coup de cœur. Je suis capable d’écouter une chanson en boucle pendant des mois.

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swann ménigot,blonde ou brune,interview,ep,thierry cadet,mandorT'es-tu isolé pour écrire tes nouvelles chansons ?

Non, c’est l’inverse, on a fait un travail de fond avec toute mon équipe et ceux qui croient en moi. Contrairement à d’habitude, j’ai plutôt ouvert les portes.

Acceptes-tu facilement les conseils ?

J’ai appris a accepter, parce que c’était chaud au départ. Ça a un rapport direct avec l’ego. Ce que tu as créé, tu as envie que personne n’y touche au départ. Je me dis qu’il faut avancer, alors j’écoute ce que l’on me dit.

Tu as un sacré sens de la mélodie, je trouve.

Je fais attention à ça. En cela, je suis plus pop que chanson française. La musique me porte en premier et le texte est secondaire. Le texte, j’ai l’impression que c’est le conscient qui l’analyse, tandis que la musique va directement toucher ton inconscient. La musique est reliée directement à l’émotion. Quand je crée une mélodie, qu’elle me fait vibrer et que je me la répète toute la journée, c’est gagné. 

Il y a un clip de « Blonde ou brune », titre qui vient d’être lancé en radio.

C’est un clip de fans. J’ai lancé un appel il y a quelques mois sur internet pour proposer à des fans d’y participer. Ça donne le clip que tu as vu.

Tu as déjà des fans, donc.

Pas encore beaucoup, mais ils sont fidèles.

Tu prépares un EP avec de nouvelles chansons pour la rentrée prochaine.

Il faut que les gens puissent écouter ce que je fais. Le support physique est important pour beaucoup. On va regrouper les chansons qui nous ont servis à faire la maquette et qui sont écoutables sur Noomiz et on va les retraiter un petit peu. On ajoutera un ou deux titres en plus sur l’EP.

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Tu as rencontré l’année dernière, Thierry Cadet, qui est devenu ton manager. Je vais lui poser des questions sur toi. Tu veux bien ?

Oui.

Thierry, pourquoi t’es-tu intéressé à Swann ?

Thierry Cadet : J’ai aimé immédiatement son sens des mélodies et son timbre de voix. Quand je l’ai vu, je l’ai trouvé tellement seul que j’ai eu envie de m’occuper de lui. S’il avait été entouré, je n’aurais même pas eu l’idée de le manager. Sur le Prix Moustaki 2012, là où je l’ai rencontré, il était le seul à être en autoprod, les autres étaient dans des petits labels. Il avait le fond et pas du tout la forme. Je trouvais ça dommage qu’il ne sache pas se vendre alors qu’il a tout pour réussir. Un putain de talent d’auteur, de compositeur et il a timbre de voix très chaud, très chaleureux, très solaire… bref, je n’avais pas envie de le laisser filer. Je me suis dit que j’avais envie d’avancer professionnellement avec lui.

Swann : Mais, ton regard sur mes chansons, sur la pochette et les photos pourraves que j’avais pour mon premier disque, m’a aidé à vouloir changer, évoluer le mieux possible.

Thierry : Oui, avec Sandrine Mulas, on a refait des photos pour changer un peu ton image. Je sais qu’avec le recul, tu en as conscience. C’est aussi ce que j’aime chez toi… tu es lucide et tu acceptes ce que l’on te dit… et c’est rare.

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29 avril 2013

MeLL : interview pour Relation Cheap

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(Photos en noir et blanc : Emma Picq)

Quoi ? MeLL se serait « assagie » ? Pas vraiment, juste, sa voix se fait dorénavant plus douce et ses compositions un peu moins énervées. Mais, son esprit punk des débuts, lui, est bel est bien resté intacte.

Son 5e album, qui laisse une grande place à l’introspection et aux histoires d’amour un peu dérisoires, « Relation Cheap », sort précisément aujourd’hui (29 avril 2013). Et le 15 mai, elle présentera son nouvel opus sur la scène des 3 Baudets à Paris. L’occasion était belle de la rencontrer… pour la première fois, d’ailleurs. (Merci encore une fois à Flavie Rodriguez).

mell,relation cheap,interview,mandorBiographie officielle (écourtée, mais visible en intégralité ici) :

MeLL n’est pas du genre à faire comme tout le monde… Son premier album, Mon pied en pleine face, sorti en 2003, donne le ton. Elle crée un nouveau genre artistique « la chanson décoiffée » : un rock à mèche folle, pas très loin du punk alterno et de la chanson française, aux textes ciselés et incisifs.  Voitures à pédales (2005) et C’est quand qu’on rigole  (2007) la font entrer au Panthéon des auteurs-compositeurs-interprètes qui disent ce qu’ils pensent et qui pensent ce qu’ils disent. Son franc-parler et son attitude rentre-dedans séduisent Christian Olivier des Têtes Raides qui n’hésite pas à collaborer le temps de deux albums dont Western Spaghetti. Elle se renouvelle, se réinvente et se met perpétuellement en danger.

Pour son nouvel opus Relation Cheap, elle repart avec une nouvelle équipe qui lui permet d’expérimenter l’introspection. Car c’est en solo avec sa plume et sa guitare électrique qu’elle va cette fois explorer l’amour, l’intimité, les love songs et les slows, le tout branché sur du 220 Volts.

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(Photo : Emma Picq)

Interview :

Au-delà ta carrière personnelle, je te vois collaborer avec pas mal d’autres artistes. Récemment encore avec Louis Ville ou Céline Ollivier.

Je travaille avec des gens avec qui, humainement, ça se passe bien. Céline, par exemple, c’est une amie depuis 18 ans ; à peu près. Louis, on se connait aussi depuis longtemps parce que nous sommes de la même région. Il m’a beaucoup soutenu au début. Il avait déjà une carrière et des albums derrière lui. Là, je travaille avec Karimouche sur son prochain album. C’est vraiment une histoire de rencontres.

Tu adores travailler avec les autres, en fait.

J’aime beaucoup. J’ai découvert ça en 2008. Je suis partie faire un atelier d’écriture au Québec pendant 15 jours. J’ai rencontré une chanteuse anglophone canadienne qui m’a dit qu’elle adorait mon son de guitare. Trois mois après, elle avait une tournée aux États-Unis. Je suis donc partie à Nashville, à Memphis, en Floride,  à La Nouvelle-Orléans pour jouer. Je me suis rendu compte que j’ai adoré être en retrait. Je prends tellement de plaisir à jouer de la guitare que je me fous de chanter ou pas. Ça m’a aidé aussi à mieux saisir la place des musiciens au sein d’un groupe. Je suis devenue une leadeuse de groupe cool qui donne une belle place à mes musiciens quand je suis en concert en mon nom. Mais, tu sais, j’ai eu aussi une belle expérience de merde. Je sais aussi ce que c’est que d’être maltraitée en tant que musicienne.

Pas de nom, évidemment…

Pas de nom. Mais, il se reconnaîtra, je pense.

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(Photo : Marylène Eytier)

Quand on enquête sur toi, on découvre que tu as fait tes premières scènes en 2000. On ne trouve rien de ce que tu as fait avant. Pourtant, j’aime bien savoir comment on décide de devenir musicien et d’y consacrer sa vie…

Il y avait une guitare à la maison, parce que mon père gratouille un peu, et il nous a toujours chanté des chansons. Des Beatles à Julos Beaucarne. J’ai d’ailleurs récemment retrouvé une photo de mes parents, à la fin des années 70, où ils jouaient de la guitare tous les deux.

Quel a été ton premier contact avec une guitare ?

A 8 ans, j’avais pris la guitare paternelle  (d’un luthier vosgien). Je sautais sur le lit, le son d’une des chansons les plus électriques des Beatles à fond et je me regardais dans la glace. Et j’ai cassé la guitare en deux. Je me suis dit que ça avait l’air cool d’être chanteuse de rock.

Tu as débuté comment à Nancy ?

Quand j’étais pré ado et ado, ma principale activité à cette époque-là était de faire du handball. Je suis rentré en sport étude de cette discipline sportive. J’étais en équipe de France des moins de 18 ans. Et puis, un jour, en terminal,  je me suis blessée. Mais, j’étais déjà attirée par la musique. Elle provoquait en moi des émotions particulières. Un peu plus tard, j’étais assez fan de Courtney Love. Je trouvais chouette, une nana qui donnait tout, sans aucune limite. J’ai dû découvrir PJ Harvey à la même époque. J’ai fait un transfert. J’aurais aimé être elles à ce moment-là.

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(Photo : Marylène Eytier)

Puis, tu as commencé à jouer de la guitare dans la cour d’école.

Oui et je me faisais toujours engueuler parce qu’il fallait que j’aille réviser mon bac. J’ai fait mon premier concert deux mois après l’avoir obtenu.

Dans quelle circonstance ?

Justement, dans un gros concours de circonstances. Je ne m’étais jamais dit que, toute ma vie, j’allais être intermittente du spectacle, je chanterais des chansons, j’allais faire des albums. J’avais juste 4 chansons, je faisais quelques reprises, rien de terrible quoi ! C’était un pari avec une amie qui était peintre. Le pari c’était que si elle trouvait un endroit pour exposer, il fallait que je joue au vernissage. Au vernissage, j’ai rencontré mon premier bassiste. Il avait un studio d’enregistrement. On a donc commencé à enregistrer, ensuite on a monté un groupe… Ça n’a pas été plus compliqué que ça. Il n’y a eu aucun calcul de départ. Une passion a pris le pas sur l’autre. Je n’ai jamais repris le handball. Je me suis retrouvée à 17 ans dans des bistrots avec plein de musiciens bien plus âgés que moi… des vieux de 30 ans (rires). J’ai joué tout de suite avec des gens qui avaient de l’expérience. Je me baladais tout le temps avec ma guitare, c’était même un problème pour moi parce que, sans elle, je n’arrivais pas à communiquer.

Tes parents devaient être contents. J’ironise…

Au début, c’était un peu chaud. Mais, parfois, c’est un peu con le destin. Quand tu es en terminal, tu dois faire trois choix de direction. Premier choix, c’était une école d’ingénieur. J’adorais la chimie, j’ai fait un bac scientifique. Deuxième choix, c’était Khâgne-hypokhâgne. Troisième choix, c’était un BTS de son pour devenir « technicien du son ». J’ai raté le concours d’entrée à l’école d’ingénieur de 4 points. Khâgne, ils m’ont refusé à cause de mon dossier de comportement. BTS son, pareil. Je me suis retrouvée avec rien. À la rentrée, je me suis donc inscrite en Fac de philo, comme tous les jeunes qui ne savent pas quoi faire. Ma mère est psy, je pensais aussi que ça pouvait m’aider. J’y suis restée 6 mois.

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Et puis, tu as tout arrêté pour ne faire que de la musique.

J’ai vécu le besoin de faire de la musique comme une urgence. J’avais besoin de sortir des trucs pour me libérer. La musique, c’était une excuse. En plus, je ne savais pas chanter. Aujourd’hui, la musique est moins une excuse. Dans mon nouvel album, je pense pouvoir dire que c’est un tournant à ce niveau-là.

La musique est plus importante que les textes. C’est ce que tu me dis ?

Disons qu’il y a un équilibre entre les deux. J’ai beaucoup bossé la musique et je voulais arrêter de me prendre pour une poétesse que je suis la seule à comprendre. Une poétesse de comptoir finalement. Je voulais que les mots sonnent et surtout que le propos soit plus clair. Réussir à être plus dans le premier degré est difficile pour moi.

Qu’est-ce qui a été l’élément déclencheur de cette volonté de faire plus clair ?

On me disait que je faisais souvent des jeux de mots, parfois un peu potaches. Je ne pouvais pas m’en empêcher, sinon j’avais l’impression de m’emmerder quand j’écrivais. Il fallait que je me fasse rigoler. Je pense aussi que j’ai évolué par rapport à mes influences, à ce que j’écoute aujourd’hui. J’écoute énormément de musiques différentes. Un album est le fruit de ce que tu as vécu et écouté les deux précédentes années. Moi, j’ai écouté notamment de la new wave française et de la variété française des années 60.

Le yéyé ?

Plus les gens qui faisaient le garage yéyé, comme Dutronc, des gens comme ça. Dans mon album, il y a des clins d’œil à ses années-là. Ma guitare est assez surf.

Ta façon de jouer de la guitare est devenue, ces dernières années, un peu plus « américaine ».

Oui. Les influences fifties du rock’n’roll. J’aime bien les sons de cette époque-là.


MeLL - Un pied dans le vide - Clip officiel par ArtdistoVideo

Ton album sonne différemment de la production française d’aujourd’hui, du coup.

Les boites à rythmes et les claviers sont vraiment eighties et les guitares rappellent les sixties. Ça donne ce curieux mélange.

Tu as repris « Succès fou » de Christophe dans une version personnelle exceptionnelle, je trouve.

Si c’était un mec qui l’avait reprise, je pense que ça n’aurait eu aucun intérêt. Christophe chante cette chanson admirablement. Il a interprété cette chanson avec subtilité grâce à son côté dandy décadent assez fin. En tant que fille, reprendre ce titre me paraissait assez décalé pour tenter l’expérience. C’est la première fois que je mets une reprise dans un de mes disques.

Il y a une constante dans tes textes. Tu chantes l’amour avec beaucoup d’ironie.

J’ai appelé mon disque Relation Cheap parce que je trouve qu’il y a foutage de gueule dans les relations. Je me moque des relations légères, vécues comme le reste de notre époque, rapidement et sans état d’âme, de la surconsommation d’amour, et de tout ce qu’on jette : les relation(s) cheap, donc. En vrai, cette volonté de faire ce disque était une ode aux relations profondes et ancrées. Je suis fidèle en amour et en amitié quand j’aime vraiment. En vrai, je suis une romantique à fleur de peau, mais je ne peux pas l’écrire.

Tu as beaucoup plus parlé de toi dans tes premiers albums. Moins dans celui-là.

Il est un peu plus léger, en effet. Ce disque n’est pas très autobiographique. Je me sens mieux avec ce que je fais musicalement et textuellement aujourd’hui.

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Tu as fait 5 albums en 10 ans, c’est beaucoup, je trouve.

J’ai eu la chance d’avoir eu les opportunités d’en faire sans trop de difficultés, d’avoir un label, des gens qui croient en moi et qui ont envie de bosser sur le projet.

J’aimerais aborder l’aspect littéraire de ta vie. Tu as sorti 3 livres. De la poésie.

Les deux premiers, La Reine des Guenons et Qultures, c’est ce qu’appelle Boris Vian de « la fausse poésie ». Il n’y a pas grande prétention là dedans, parfois ça rime, parfois ça ne rime pas. Ce sont juste des textes courts, souvent écrits quand j’étais sur la route. Le dernier, Lucky Looser, est un texte un peu plus long, mais qui reste une nouvelle poétique. Tu peux la lire de A à Z, ça fait une histoire et tu peux le mettre dans tes toilettes et l’ouvrir à n’importe quelle page, tu y trouveras quelque chose à retenir. Tout se lit indépendamment.

Ton premier disque, Mon pied en pleine face, date de 2003.

Eh !!! Mais, c’est donc mes 10 ans de carrière ! Je n’avais même pas remarqué. Il faut que je fasse une fête ! Allez, champagne !

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28 avril 2013

Saule : interview pour Géant

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Saule est un géant. Il mesure 2 mètres, mais est surtout grand par le talent. Ses deux premiers albums, Vous êtes ici et Western, sortis en 2006 et 2009, ont reçu une flopée de critiques élogieuses et de récompenses dans son pays natal, la Belgique. Mais pas vraiment en France.

Après avoir croisé la route de Dominique A sur le disque précédent, c'est Charlie Winston qui l'a pris sous son aile pour son troisième disque, Géant.

Juste avant d’aller enregistrer Taratata quelques heures plus tard, Saule a fait un crochet à l’agence. C’était le 26 février dernier et ce fut un bon moment…

saule,géant,charlie winston,interview,mandorBiographie officielle :

Bien sûr, Saule a déjà publié deux albums très réussis qui lui ont assuré une petite place dans le cœur du public. Mais Géant est un nouveau départ, une bouffée d’air frais qui extirpe le chanteur de l’atmosphère un peu confinée de la « nouvelle chanson française » pour le voir explorer de nouveaux territoires, au confluent de deux cultures qui s’ignorent trop souvent : le rock anglo-saxon de ses premières amours musicales adolescentes (Jeff Buckley, Radiohead) et la chanson de qualité dans laquelle il baigne depuis sa plus tendre enfance (Brassens, Gainsbourg).
Réalisé par Charlie Winston, Géant est un album libéré, sur lequel Saule se lâche et trouve enfin sa voie, unique et originale, mais aussi sa voix, sublime et ensorcelante.

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Interview :

Comment avez-vous connu Charlie Winston ?

Ça s’est fait de manière instinctive. On s’est rencontré dans l’émission Le pont des artistes sur France Inter. Je l’ai vu sur scène et j’étais fan de son titre « Like a Hobo », mais je ne connaissais pas le reste de son premier album. J’ai pris une vraie claque musicale et en plus, je me suis rendu compte que  le mec derrière était super cool et ouvert. Humainement, tu ne peux que l’aimer. On est devenu potes immédiatement.

Teaser de l'album Géant.

C’est même lui qui vous a proposé de réaliser cet album.

C’est assez marrant comme parfois, les choses te tombent du ciel sans les avoir calculé. Je lui avais juste demandé que l’on chante une chanson ensemble. Je lui ai dit, innocemment, que je ne savais pas encore qui allait réaliser le disque,  parce que, de par la demo qui existait, je savais que j’allais avoir besoin de quelqu’un qui s’y connaisse en musique pop anglophone. Il m’a presque interrompu pour me dire que ça l’intéressait. Je suis tombé des nues.

La direction musicale de ce troisième album, elle vient de vous, pas de lui.

Oui, elle était déjà discrètement présente sur le second, mais je n’étais pas allé au bout de ce que je voulais faire. Il y avait un truc un peu plus sombre que ma personnalité à moi et donc, j’avais envie de m’ouvrir à quelque chose de plus lumineux. J’avais besoin d’évoluer  aussi musicalement, aller plus loin.

Le clip de "Dusty Men" (feat. Charlie Winston)

Le sombre est encore là, mais dans les textes, plus du tout dans la musique.

J’aime ce contraste-là. Le côté mélancolique dans l’écriture et le côté plus enjoué dans la musique.

Est-ce que d’album en album, vous parvenez à vous raconter. Je me souviens qu’au départ, vous étiez très pudique.

Je crois que chaque album me rapproche de moi même. J’ai décidé de moins me brimer, me brider dans l’écriture. Pour mon deuxième album, mon label français me disait d’arrêter de tabler tout sur l’autodérision, qui est très belge, pour aller plus vers un côté classieux. Ce que j’ai fait. Ils me parlaient tout le temps de Bashung, de Dominique A, des artistes de cette veine-là. Pour ce troisième album, j’ai décidé de ne plus montrer uniquement cette facette-là. J’ai souhaité qu’on arrête de vouloir me cataloguer dans une case alors que je ne suis pas comme ça dans ma vie, dans ma personnalité.

C’est dur de s’extirper des gens qui vous font confiance et qui s’occupent de vous.

Oui, parce qu’en même temps, chacun donne son avis et tu ne sais plus toi-même où tu veux aller vraiment. Si je me raccrochais à tout ce qu’on veut que je sois, je serais une girouette permanente. A un moment, il faut dire stop. Le matériau, c’est moi, donc je vais m’écouter.

Du coup, Géant est l’album qui vous ressemble le plus ?

Oui, je pense. Le premier était très perso aussi, mais celui-ci est plus proche de mes influences musicales réelles. Le premier, j’étais même parti dans un délire très minimaliste. Mais, j’ose dire que ce troisième est le grand frère du premier quand même.

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Il y a une chanson dans Géant qui s’intitule « L’économie des mots ». Ce qui m’a frappé, c’est aussi cette évolution dans votre écriture. Elle est plus précise, plus ciselée, plus épurée.

J’ai voulu donner plus de part à la musique. C’est une grosse discussion que j’ai eue avec Charlie pendant l’enregistrement de l’album. Lui est arrivé au moment où j’avais déjà tout écrit, un peu pour faire le choix des titres. J’avoue qu’il n’a pas hésité à me donner deux trois challenges. Un des challenges était justement l’économie des mots. C’est lui qui a employé ce terme que l’on n’utilise pas en français. Il me demandait de faire des chansons dans lesquelles je devais mettre moins de mots.

Pour travailler, vous vous êtes enfermés dans une maison. Vous étiez en vase clos.

C’est aussi ce qui a fait caisse de résonnance à l’amitié qui est en train de naître. On a passé un mois tous les jours ensemble. On avait nos chambres l’une à côté de l’autre, on mangeait ensemble tout le temps… en fait, l’ambiance qu’il y avait pendant la conception de l’album transpire sur le disque.

C’est en tout cas la première fois qu’il réalise un album officiellement pour une autre personne. On reconnait bien sa patte, d’ailleurs.

Oui et non. Quand on écoute Dusty Men, les gens me disent qu’ils reconnaissent clairement son style, alors que c’est moi qui l’ai écrit. C’est ça qui est génial, j’ai voulu faire du Winston et j’y suis parvenu. Lui, a tenté de respecter mon univers et je trouve qu’il a réussi aussi. Nos univers sont devenus complémentaires. Ils se sont enchevêtrés. On a des goûts communs qui coïncident beaucoup et c’était très rare qu’en studio, on ne soit pas d’accord. Il n’y avait aucune forme d’ego entre nous, nous étions là au service de la musique.

Deuxième single de l'album Géant, "Chanteur bio".

Sur pas mal de chansons, vous avez manié l’art de l’autodérision à son paroxysme.

Il y a une forme d’amour propre là dedans. Dans l’autodérision, on s’aime quand même au moins un petit peu. On apprend à rire de soi parce qu’on s’aime bien. « Le bon gros géant » en est l’exemple parfait. Certains journalistes m’ont demandé si j’avais écrit cette chanson pour régler mes comptes avec la nature. Quand j’étais plus jeune, en fait, je n’en ai pas souffert. Mes potes me vannaient en m’appelant « paratonnerre ». Vous savez, à l’adolescence, il y en a qui était boutonneux, et bien moi j’étais grand. Chacun son problème. Je suis passé par une phase d’acceptation, mais j’ai eu la chance de faire des études de théâtre. Au conservatoire, la première chose que l’on t’apprend, c’est d’être à l’aise sur un plateau.

La perception qu’ont les gens d’une chanson, c’est quelque chose qui vous fascine ?

C’est dingue. Sur le premier album, il y a une chanson qui s’appelle « Si (S’il ne me restait qu’un seul jour) ». Je l’avais écrite très égoïstement parce que depuis que je suis môme, j’ai peur de la mort. C’était une chanson médicament qui m’avait permis d’exorciser toutes les peurs que j’avais en moi par rapport à ça. Quand j’ai vu la portée de cette chanson, j’ai trouvé ça complètement ahurissant. Des gens atteints d’un cancer me disaient qu’ils écoutaient cette chanson tous les jours et que ça les aidait à tenir debout. Ça fait presque peur. Je me suis rendu compte que tu pouvais écrire une chanson très personnelle, mais que cela n’empêchait pas de toucher à l’universalité. 

Le clip de "Si (s'il ne me restait qu'un seul jour)".

Dans ce nouveau disque, j’ai l’impression qu’il ya pas mal de morceaux susceptibles de devenir des tubes.

C’est ce que l’on me dit. C’est une belle leçon pour moi. Je remarque que j’arrive à faire des titres tubesques quand je ne réfléchis pas à cela et que je laisse mon instinct agir, créer. « Dusty Men », c’est une chanson complètement instinctive que j’ai écrite en quelques minutes et au dernier moment.

Moi, j’aime votre voix. Elle part vite dans les aigus. J’adore.

Ma plus grande idole reste Jeff Buckley. Avant de chanter en français, je chantais dans un groupe de rock dont les influences étaient clairement Buckley et Radiohead. C’est à ce moment que j’ai appris à explorer ma voix dans les aigus. Vu le physique que j’ai, c’est plutôt un bon contraste.

Je sais que vous travaillez sur ce qui pourrait s’apparenter à une comédie musicale.

C’est un conte musical. Je suis à la lisière du théâtre et de la musique. J’espère concrétiser ce projet qui me tient réeellement à coeur. Il me permettra enfin d'allier mes deux activités artistiques préférées.

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Après l'interview le 26 février 2016, à l'agence.

27 avril 2013

Gaël Faye : interview pour Pili Pili sur un Croissant au Beurre

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gaël faye,pili pili sur un croissant au beurre,interview,mandorGaël Faye, auteur-rappeur franco-rwandais, est la moitié du groupe Milk Coffee & Sugar. Depuis toujours, il aborde les thèmes de l’exil, du métissage, de la domination et du génocide. Pour ce premier album solo, Pili Pili sur un Croissant au Beurre, réalisé par Guillaume Poncelet et enregistré entre Paris et Bujumbura, Gaël Faye raconte sa propre vie avec nostalgie, indignation et tendresse. Il nous dit tout sur son enfance entre le Burundi et la France, son rapport au hip-hop, ses amours et ses combats. Il y a du rap bien sûr, mais teinté de soul, de jazz parfois et de world music. Ne passons pas sous silence la participation de Tumi Molekane (MC sud africain de Tumi & The Volume), Ben l’Oncle Soul et la voix unique de Bonga (icône de la musique lusophone). On va beaucoup entendre parler du sensible Faye en 2013. Ce sera mérité.

Le 13 février dernier, l’artiste a fait un petit détour par l’agence pour m’en dire un peu plus…

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gaël faye,pili pili sur un croissant au beurre,interview,mandorInterview :

Tu es né en 1982 au Burundi, d’une mère rwandaise et d’un père français. Le 1er avril 1995, à treize ans, tu quittes malgré toi ton pays natal, en proie à la guerre, pour rejoindre la France.

Ce n’est pas un drame pour moi, c’est une trajectoire de vie. Au moment où je quitte le Burundi, il vient d’y avoir un génocide au Rwanda, le pays de ma mère. Elle faisait partie du camp des génocidés. Énormément de membres de notre famille, cousins, cousines ont été décimés. J’ai quitté le Burundi alors que ceux qui restaient allaient vivre dans la guerre pendant plus de 10 ans. La France, c’est ma porte d’exit. Tu te dis : « c’est difficile ce que je vis » et très vite, tu ajoutes « n’en fait pas une montagne ». Je me refuse de dramatiser ma situation… d’autres sont restés et on souffert.

Tu as grandi plus vite avec cette « trajectoire » ?

Quand je suis arrivé en France, j’avais 13 ans. En 4e, je voyais bien qu’avec les gamins français, je ne faisais pas partie du même monde, je n’avais pas vécu la même chose. Je sortais de deux ans de guerre et ma famille et moi étions très marqués par la politique, mais concrètement. Chez nous, ce qu’un politicien disait avait une incidence immédiate sur notre vie personnelle. J’avais une maturité différente, c’est clair, mais j’en ai beaucoup souffert. Je  n’avais pas les mêmes repaires que les autres.

Comment tu réagis envers les gens qui s’énervent ou s’engueulent pour des broutilles par exemple ?

Pendant longtemps, ça ma vraiment beaucoup agacé. Il y a un morceau qui s’appelle « Charivari » dans lequel je dis : « rien à foutre de ta vie naïve ». C’est presque arrogant et méchant. Quand je racontais mes problèmes, souvent on me disait que mes trucs d’Africains, il fallait que j’oublie. Je me suis pris ces réflexions dans la face par des copains de mon âge, qui eux pleuraient quand ils n’avaient pas le jouet espéré. J’avais un peu les boules par rapport à tout ça. L’écriture m’a beaucoup calmé et aujourd’hui, à 30 ans, je peux comprendre qu’une souffrance soit personnelle. Il n’y a pas de hiérarchie dans la douleur. Je peux comprendre que quelqu’un soit terrassé parce qu’il a perdu son chihuahua.

Medley de l'album Pili Pili sur un Croissant au Beurre.

Tu écris depuis l’âge de 13 ans… tu as eu le temps de parfaire ta plume.

C’est vrai que ça fait longtemps que je malaxe la langue. Ce que j’aime dans le rap, c’est le flow. Cette manière de glisser avec des mots. Tu as une métrique. Avec ce flow, j’essaie d’apporter le fond, la forme et le sens.

Pourquoi as-tu commencé à écrire ?

A un moment donné, j’ai eu l’impression de me heurter au silence des autres et à ma propre impossibilité à formaliser ce que j’avais en moi. Parce exemple, encore aujourd’hui, j’ai toujours du mal à dire aux gens autour de moi que je les aime. Je ne m’exprime pas facilement par la parole, je préfère me cacher derrière un texte. Et dans le texte, pourtant, je vais tout dire. On pourrait considérer que c’est de l’impudeur, alors que c’est au contraire de la pudeur. Tout est maîtrisé et contrôlé.  

Clip de "Je pars".

Dans un premier album, est-ce que l’on donne tout ? Est-ce qu’à un moment, tu t’es dit, voilà, je ne peux pas aller plus loin...

Je me disais que cet album allait me permettre de tourner la page. Maintenant qu’il est sorti, je me dis que ce n’est pas la page, mais c’est un livre que je ferme. Ce livre-là, j’ai envie de le rouvrir plus tard.

Tu vas pourtant aller le défendre sur scène, en promo… tu n’es pas prêt de fermer ce livre.

C’est ce qui est compliqué avec un album. Quand je suis en live, je revis les choses. Il y a ce moment que je suis en train de donner avec des gens uniques dans la salle. C’est un instant. L’album, lui, est figé. C’est pour ça que j’ai du mal à l’écouter. A un moment donné, j’ai figé des souffles, l’articulation, des prises de respirations… je ne l’aurais peut-être pas fait de la même façon à un autre moment.

Tu es un solitaire quand tu crées, par contre, sur ton disque, tu es accompagné de 28 musiciens.

C’est énorme et je ne pense pas que je le referai demain la veille (rire). Ça a été compliqué à tout gérer, d’autant plus que cela a été fait en indé total. On a eu la chance, une fois que l’album était terminé, de trouver le partenaire idéal, Motown France, mais il ne faut pas oublier que c’est un album qu’on a fait tout seul sur 10 ans. En plus, à la base, je suis un rappeur, je ne suis pas un musicien. Je n’ai pas le langage pour expliquer ce que je veux aux musiciens. Ça a été une grosse aventure avec plein d’obstacles sur le chemin.

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Revenons à la littérature. Tu lis peu de romans, mais par contre, beaucoup de poésies.

Les poètes que j’ai beaucoup lus sont Léon-Gontran Damas, René Depestre, Aimé Césaire, mais aussi Blaise Cendrars, Guillaume Apollinaire, René Char.

On dit de toi que tu es aussi un poète. Terme que tu réfutes.

J’ai une trop haute opinion de cette « fonction ». C’est un peu comme Arthur Rimbaud, un poète doit avoir une soif d’absolu total. Rimbaud, il ne pensait pas au marketing et à toutes ces choses-là.

Mais, l’époque à changé. Qui sait ce qu’aurait fait Rimbaud ? Peut-être aurait-il tweeté comme un fou.

Je ne sais pas.

Clip de "Petit pays".

Et écrire un livre, ça te tente ?

J’ai des velléités à tenter d’écrire quelque chose qui ressemble à un roman. Je ne veux pas dire que je suis écrivain, je ne veux pas dire que je fais de la littérature. J’ai poussé les études très loin et j’ai beaucoup travaillé parce que je considérais que la musique, pour moi, ce n’était pas possible. J’étais bloqué par l’album de Lauryn Hill et par quelques autres géants du hip-hop. Je me demandais ce que j’allais faire derrière. Récemment, j’en parlais avec mon guitariste, Sacha et il m’a répondu que s’il n’y avait que l’Everest, on s’emmerderait. Heureusement qu’il y a aussi les Alpes, les collines… Pour l’instant, j’essaie juste de faire exister des choses qui sont en moi. Mais, je ne peux pas m’autoproclamer poète, écrivain, ce sont des choses que je mets ailleurs.

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23 avril 2013

Quentin Mouron : interview pour Notre-Dame-de-la-Merci

quentin mouron,notre-dame-de-la-merci,au point d'effusion des égouts

Plusieurs ami(e)s vivant en Suisse m’avaient alerté sur le talent hors norme d’un jeune auteur de 23 ans. Puis son éditeur, Olivier Morattel, m’a également contacté.

Peu de temps après, j’ai reçu les deux livres de Quentin Mouron. Et je les ai dévorés d’un trait. De deux traits en fait.

Le nouveau, Notre-Dame-de-la-Merci, raconte sur une période de 24 heures les destins croisés de trois personnages singuliers. Pour observer et décrypter ces personnages médiocres, Quentin Mouron est à la fois metteur en scène et spectateur de ce huis clos. Impressionnant.

Son premier roman, Au point d’effusion des égouts, publié l’année dernière en Suisse, a rencontré un succès en librairie et reçu un accueil plus que favorable de la critique. L’auteur y racontait son voyage à Los Angeles et à Vegas, dans un style franc, à la fois drôle et mélancolique.

Le 22 mars dernier, de passage rapide à Paris, Quentin Mouron est venu à l’agence. Et le courant est passé immédiatement.

Les deux livres :

quentin mouron,notre-dame-de-la-merci,au point d'effusion des égoutsAu point d’effusion des égouts :

Roman d'aventures au sens le plus général du terme - aventure amoureuse, sociale, existentielle. Tendre et profond, drôle et sombre, ce livre présente les pérégrinations d'un jeune homme d'à peine vingt ans «tombé du ciel» dans la mégapole de Los Angeles.
Avec ce premier effort, Quentin Mouron offre une vision neuve et décomplexée de l'Amérique d'aujourd'hui, après que les fards du rêve américain ont achevé de se dissoudre.

Au point d'effusion des égouts est porté par le style unique et résolument novateur de l'auteur, par sa rythmique implacable, et sa puissance d'évocation renvoyant parfois à de la poésie en prose.

Quentin Mouron, écrivain canado-suisse, est né le 29 juillet 1989 à Lausanne.

Notre-Dame-de-la-Merci :quentin mouron,notre-dame-de-la-merci,au point d'effusion des égouts

Notre-Dame-de-la-Merci est un village de la forêt québécoise. Au cœur de l'hiver, trois personnages se dévoilent dans leurs solitudes avec l'éclairage périodique du narrateur spectateur. Deux hommes, une femme, triangle amoureux éternel. Odette, femme singulière qui a logé quelque temps en prison, veuve d'un mari Hells Angels qui a prouvé que le ridicule pouvait tuer, continue de vendre quelques enveloppes remplies de cocaïne. Daniel étouffé par sa mère a vu ses femmes disparaître en lui laissant enfants, déneige la semaine et amoureux d'Odette a accepté de distribuer discrètement son courrier. Reste Jean, la figure du mal, qui fantasme ses sales coups, peine à ravaler sa violence et rêve d'un départ vers des cieux plus ensoleillés. Les trois destins sont liés, l'issue connue, et rien de les fera dévier, ils le savent, le lecteur le sait comme le narrateur et l'auteur, et pourtant, malgré cette impuissance partagée, l'espoir subsiste. Drame de la vie, drame de la solitude, drame contemporain, triste drame, une noirceur maîtrisée par une vraie écriture et une construction originale. À découvrir absolument.

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quentin mouron,notre-dame-de-la-merci,au point d'effusion des égoutsInterview :

Avec Joël Dicker (mandorisé là), tu es considéré comme le deuxième phénomène littéraire suisse. Du coup, on vous associe pas mal, bien que vous n’ayez pas du tout le même genre d’écriture.

Ça me fait plaisir parce que nous avons un bon contact tous les deux. On s’est connu au Salon du livre de Genève il y a un an. Le seul point commun que l’on nous a trouvé, c’est d’être assez jeune. Les « anciens » que je croise me font comprendre qu’il y a longtemps qu’il n’y avait pas eu cette sorte d’engouement pour de nouveaux auteurs.

Comme si une nouvelle école se formait ?

Un peu, oui. Je pense que les gens attendaient qu’il se passe quelque chose de neuf. Ce qui ne veut pas dire que de bons livres ne sont pas sortis depuis longtemps. C’est notre esprit, notre façon de faire qui est peut-être différent. Je suis binational, Joël aussi sauf erreur. On amène peut-être une sorte d’exotisme, je ne sais pas. C’est difficile d’expliquer le focus, cette sorte de buzz, qu’il y a actuellement sur nous.

Parlons d’abord d' Au point d’effusion des égouts.  Un livre très original dans l’écriture, des phrases hyper courtes de trois ou quatre mots maximum.

Ça s’est fait naturellement. En le relisant, je l’ai découvert moi aussi. En plus j’aime Proust, alors, ce n’est pas par amour des phrases courtes que j’ai choisi cette forme. Ça s’est fait naturellement. Je pense que l’unité dans mon texte, c’est l’auteur qui la donne et après le lecteur la reconstitue de manière finalement un peu plus artificielle et analytique. J’ai écrit quatre ou cinq versions antérieures de ce roman. L’écriture n’était pas la même. C’était moins rythmé. Le contenu et le style étaient différents.

Dans ce premier roman, le narrateur, toi, tu ne le caches pas, part seul en Californie. Il quentin mouron,notre-dame-de-la-merci,au point d'effusion des égoutsva vivre des péripéties complètement dingues. On a l’impression qu’ils sont tous mabouls dans cette région-là des États-Unis. Notamment ta cousine.

Elle existe en partie. Elle n’a pas les mêmes névroses. Quand je suis arrivé à Los Angeles, j’ai débarqué chez cette cousine que je connaissais très peu. J’ai utilisé le milieu dans lequel elle était baignée. Il y a quelque chose de caricatural dans la manière de vivre des gens que j’ai rencontrés. Je me suis contenté  d’appuyer, d’exagérer leurs travers. Pour mes livres, comme beaucoup d’auteurs,  je prends toujours des éléments de la réalité, je capte des traits distinctifs des uns et des autres et je les mêle à l’imaginaire.

Tu traites durement tes personnages… tu as l’air pourtant si poli, gentil, souriant.

On m’en fait la remarque assez souvent. Je pense avoir un naturel assez sympathique,  après, ça dépend qui est en face de moi et comment la personne se comporte. Si j’écris ce que j’écris, c’est peut-être une façon de se défouler, de se décharger, je ne sais pas. Je suis plus dur dans mes pamphlets que dans mes romans, je trouve. Dans mes romans, il y a toujours un peu d’espoirs et tout le monde n’est pas irrécupérable.

C’est quand même bien noir.

Ça ne me dérange pas de peindre des choses assez noires, mais je n’ai pas envie de tomber dans une surenchère gratuite où il faut mettre un maximum de sang et de scènes macabres pour essayer de capter le lecteur.

Il m’est arrivé de sourire franchement dans les deux livres que j’ai lu de toi.

Je montre la faiblesse de l’homme en général, de certains individus en particulier, avec parfois de l’humour, parce que finalement, ces personnages peuvent être drôles. L’un n’exclut pas l’autre.

On frise d’ailleurs le burlesque parfois.

Je me base toujours sur ce que j’ai devant les yeux. Encore une fois, peut-être que je surligne un peu.

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Tu as écrit ton premier livre, Au point d'effusion des égouts, parce qu’il fallait que tu prouves quelque chose à quelqu’un. À une fille en particulier.

Oui. Mais, je l’ai encore vu la semaine dernière et elle ne sait même pas que c’est pour elle que je l’ai écrit. C’est pourtant elle qui a fait que j’ai voulu écrire tôt et publier tôt aussi. Une fille fait vraiment faire n’importe quoi (rires).

Dans Notre-Dame-de-la-Merci, j’ai  presque l’impression que ce n’est pas le même auteur.

Ce n’était pas une volonté de faire différent. Au début, je voulais écrire une sorte de tome 2 d’«Au point d’effusion des égouts » et j’avais l’impression de récidiver, de me livrer à une parodie de moi-même. J’ai donc décidé de reprendre certains thèmes qui m’ont obsédé dans mon premier livre, qui m’obsèdent pour celui-là et qui continueront à m’obséder pour les prochains.

quentin mouron,notre-dame-de-la-merci,au point d'effusion des égoutsQuels sont ces thèmes ?

L’insuffisance de l’homme à être ce qu’il aimerait être. L’incapacité d’être compris d’une part, et d’être aimé. L’incapacité de s’accomplir.

Parlons des personnages. Il y a Odette, qui vend de la coke, Daniel, le déneigeur amoureux transi qui aime Odette, et  Odette qui aime Jean, qui lui est une ordure et qui s’en fout.

Ils sont pris par des émotions sur lesquelles ils n’arrivent pas à mettre de mot. Évidemment, il y a un peu de théâtralité. On convoque des personnages pour une durée déterminée sur un décor. Ces gens qui n’ont rien à faire ensemble, si ce n’est qu’ils se trouvent géographiquement au même endroit et qu’ils se rencontrent, entraînent des implications qu’on ne mesure pas toujours, qu’eux-mêmes ne mesurent pas non plus et qui sont extrêmement fortes. Et qui finissent par se dégonfler à la fin.

Ils sont tellement lâches qu’ils n’arrivent même pas se faire du mal jusqu’au bout.

Ce sont des ratés jusqu’au bout.

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Tu écris un nouveau livre dans lequel tu mets en scène un éditeur genevois. Ça pourrait être le tien, Olivier Morattel.

Il pourrait se reconnaître. Non, je plaisante. J’ai créé un type aigri et cynique, tout le contraire d’Olivier finalement.

Je sais que tu vis avec tes textes longtemps en toi. Tu ne lâches rien tant qu’il n’est pas fini.

Je ressens le personnage, je vois là où il veut se diriger, ce qui peut lui arriver ou ne pas lui arriver. Il m’arrive de penser tout le contraire à une issue de roman pendant plusieurs mois et de changer au dernier moment.

Il y a des écrivains qui expliquent qu’ils créent leurs personnages et après, qu’ils ne dominent plus du tout là où il voulait aller. Comme s’ils faisaient leur vie indépendamment de l’auteur.

Moi, je sais rarement où je vais. Je suis plus dans des romans d’idées et d’obsessions que dans des romans à suspens ou à trames. Chez moi, à un moment ça devient organique et donc, un peu flou. Je vis en même temps que le personnage, je découvre ce qui lui arrive, je souffre ou je me marre pour lui. C’est parfois même intense.

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20 avril 2013

Marc Molk : interview pour La disparition du monde réel

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Marc Molk est un peintre dont la réputation n’est plus à faire. L’artiste est aussi écrivain. Dans son précédent roman, Pertes Humaines (Arléa, 2006) il faisait le décompte inattendu des amis perdus au fil des ans sous forme de fiches. Dans La Disparition du monde réel (Buchet/ Chastel)  il raconte des couples qui se font et se défont dans un mas provençal, un été. Évidemment, ce résumé est un raccourci honteux. Ce roman est bien plus que cela. Marc Molk a écrit une fiction, qui n’en est sans doute pas tout à fait une, par petites scènes et courtes digressions.

Un roman amer et léger, ce n’est pas le seul paradoxe de ce roman.

Marc Molk est venu à l’agence le 21 mars dernier.

9782283026113.jpg4e de couverture :

Dans un grand mas provençal, une bande d’amis passe un nouvel été. Les vacances se terminent, la quarantaine est là, l’amitié tire sur la corde. Malgré l’humour et l’ivresse, le désenchantement gagne. Comment échapper à la tristesse des choses auxquelles on ne croit plus ? L’amertume fait-elle de nous des orphelins ?
Sous la familiarité estivale pointent cauchemars et bad trips : quand les peurs et les fantasmes prennent le dessus, voilent les évidences et font vaciller le simple sentiment de réalité.

« Plus tard dans la journée, quand elle sera partie, vous jouerez la première Gnossienne d’Érik Satie, selon votre cœur qui ne bat plus. Vous vous direz que, sans ce romantisme gras et collant au fond de vous, rien n’aurait raté comme cela. Le romantisme, voilà bien ce dont il faudrait expurger le monde. »

Biographie (tiré du site de D-Fictions.fr) :marc molk,la disparition du monde réel,interview,mandor

Né en 1972, Marc Molk est peintre et écrivain. Il a commencé par abandonner sa thèse en philosophie : La fonction phénoménologique de la représentation picturale, afin de peindre pour de bon. Plusieurs années s’ensuivirent où il fut tour à tour graphiste, surveillant de collège, assistant de galerie et cobaye pour l’industrie pharmaceutique. Après avoir détruit la presque totalité de ses premières toiles, il n’a pas réussi à détruire les suivantes qui ont fait l’objet d’expositions en France et à l’étranger. Il a articulé certaines de ses peintures à des performances, réalisé des vidéos plutôt intimistes et il est l’auteur de Pertes humaines, une fiction expérimentale (Arléa, 2006). Il a participé aux ouvrages collectifs : marc molk,la disparition du monde réel,interview,mandorCollection irraisonnée de préfaces à des livres fétiches (Intervalles, 2009) et 100 monuments 100 écrivains / Histoires de France (Patrimoine-CMN, 2009) ainsi qu’à la monographie de Kimiko Yoshida, Là où je ne suis pas (Actes Sud, 2010). Son premier catalogue monographique, Ekphrasis, une peinture en fictions, sort au Label Hypothèse en coédition avec les Éditions D-Fiction pour la version numérique. Aujourd’hui, des expositions collectives ou personnelles lui sont régulièrement consacrées ; la dernière en date, « Le ciel bleu sur nous peut s’effondrer », s’est tenue à l’automne 2012 à la galerie Da End dans le 6e arrondissement de Paris.

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Interview :

En lisant ton livre, j’ai remarqué que tu as de la distance par rapport à ce que tu racontes. Que tu es un peu ironique dans l’observation des gens et plus généralement du monde dans lequel nous vivons.

Je ne sais pas parce que je ne m’en rends pas compte, mais ce qui est certain, c’est que je me sens presque obligé de rire, sinon, j’ai peur d’être rattrapé par l’esprit de sérieux. C’est plus une sorte d’antidote à une certaine mélancolie. J’ai d’ailleurs l’impression que tout le monde est mélancolique sauf qu’il y en a qui le disent et d’autres qui ne le disent pas.

Tu as écrit un livre dramatique, mais il m’est arrivé de sourire franchement.

Je me suis rendu compte qu’il y avait dans mon livre une dimension un peu acide que j’avais sécrétée sans vraiment m’en rendre compte. Je me suis dit que si je voulais aller assez loin dans une sorte de lyrisme et de discours de romantisme et de complaisance subjective et narcissique, sans être illisible tellement c’est insupportable, il fallait que je rajoute comme un trait de citron, comme dans un plat trop gras, donc de l’humour. Cet ingrédient dans la phrase fait passer un certain chaloupement romantique plus large qui sans cela paraitrait mièvre, voire niais. L’acide est comme un passeport pour que mon discours puisse devenir public.

On ne s’ennuie jamais dans ton livre. Il est rythmé et sans fioriture textuel, ce qui est rare dans un livre qui n’est pas un roman d’aventures.marc molk,la disparition du monde réel,interview,mandor

C’est de l’action intérieure. Je voulais montrer que je pouvais écrire sur 150 pages d’un bloc. Mais au final, comme dans mon premier livre, j’écris toujours par module. Il y a quelque chose qui m’a un peu libéré récemment en lisant le livre de Stephen King Écriture, mémoires d’un métier. Il dit : « En fait, si vous voulez écrire un roman, il ne faut pas que vous ayez en tête, comme brique élémentaire la phrase, mais le paragraphe ». Jusqu’à cette lecture, je pensais le contraire. Moi, j’écris des modules et après je les place.

L’action de ton livre se situe dans un grand mas provençal, un été. Une bande d’amis quarantenaires s’y réunit depuis des années. C’est inspiré de faits et de gens réels.

C’est un mélange. Il n’y a pas d’explication unique. J’ai utilisé certaines personnes comme des marionnettes, j’ai utilisé des souvenirs réels, j’ai changé des prénoms, j’ai rajouté des gens qui n’étaient pas là cet été précis, mais qui auraient dût l’être. Mais enfin, les gens qui sont dans ce roman sont quand même des gens que je connais. Je me suis rendu compte que dès que j’essayais d’imaginer quelque chose, ça sonnait creux pour moi, alors que si je prenais quelqu’un que je connaissais, dans ma tête, je pouvais le mettre dans n’importe quelle situation, je savais comment il allait réagir. Avec des réactions pas du tout téléphonées, mais des réactions originales. J’ai des amis qui ne veulent pas entendre parler du livre, tu sais.

Il faut dire que tu n’épargnes personne.

Personne, mais le narrateur non plus. Et puis ce sont mes amis et ce ne sont pas tout à fait eux.  J’ai une devise : nul n’est à l’abri du prochain manuscrit. Mes amis savent à quoi s’en tenir. Je leur téléphone, je leur demande comment ils veulent que je dissimule leur nom. Les vrais problèmes, je ne les ai pas avec mes amis de plus de 20 ans, mais avec la périphérie, les familles de mes amis qui eux ne savent pas le lien d’amour qu’il y a entre nous. C’est toute la population indirecte qui est très blessée par ce type d’écriture.

marc molk,la disparition du monde réel,interview,mandorMais ce que tu écris n’a quand même rien à voir avec une Christine Angot par exemple.

Je pense que je suis, dans l’autofiction, très prudent et délicat. J’intègre parfaitement l’idée qu’il y a des choses à cacher. Je me sentirais plus proche de quelqu’un comme Camille Laurens qui ne se sent pas le droit de tout dévoiler.

Que s’est-il passé pour que tu décides d’écrire sur cet été-là ?

D’abord, cet été a bien eu lieu, certes, mais j’ai quand même changé beaucoup de choses. Pour moi, en terme de déniaisement, il y a eu un avant et un après cet été. Je me suis senti plus affranchi après. En fait, dans ce que j’ai raconté, j’ai rassemblé des évènements de plusieurs étés. J’ai mis des choses qui étaient des inquiétudes, soit de mes amis, soit de moi. J’ai fait arriver des choses qui ne sont pas arrivées.

Est-ce qu’il faut assumer un texte de ce type ? Y a-t-il eu des conséquences concrètes ?

Le livre, c’est comme un statut Facebook. Les gens l’interprètent et sur la quantité de gens qui le lisent, il y a toutes les réactions. Il y a le fasciste de droite, le fasciste de gauche qui arrive en croyant savoir ce que tu penses, ce que tu as fait et qui te condamne soit au goulag, soit à la chaise électrique. Tu as les amis qui t’interrogent en message privé pour te demander pourquoi tu as écrit ci ou ça. Écrire un texte s’assume dans le sens où on essaie de répondre au coup par coup à chaque interrogation exprimée. Mais j’ai remarqué que plus on répond, plus le malentendu grandit…

Oui, c’est compliqué.

En plus, moi, je suis plus sur la mise en scène des discours. Je ne suis pas certain d’avoir un corpus dans une armoire (j’ouvre mon armoire normande, voilà ce que je pense, je regarde et je referme). Ca change, j’évolue, je réfléchis. Au fond, je ne peux pas dire ce que je pense. Par contre quand je vois un discours qui a une force, une esthétique, je me dis « récupération ». J’attribue ce discours à un personnage pour qui il est le plus est cohérent. Les idées que j’exprime ne sont pas nécessairement mes idées. Ce sont juste des idées stimulantes. C’est une razzia sur l’intensité.

marc molk,la disparition du monde réel,interview,mandorLa structure de ton livre a changé en cours d’écriture.

Au début, mon texte avait la forme d’un quizz Marie Claire. Ca commençait par une question et il y a avait trois choix de réactions à la situation. J’ai abandonné cette forme parce que j’avais l’impression d’écrire « un livre dont vous êtes le héros ». Je voulais rester dans la métaphore du quizz de l’été. Ca ne fonctionnait pas trop, je ne voulais pas rentrer dans quelques choses d’extrêmement complexe.

Tu as travaillé longtemps pour que ton texte trouve sa forme souhaitée ?

J’ai travaillé sur une longue durée. À peu près deux ans, alors que j’avais déjà la masse du texte. En fait, il a été polit longtemps.

Tu analyses un peu la bassesse de la vie quotidienne, les petites lâchetés de chacun. Il y a aussi des considérations sur l’acte sexuel. Il n’y a rien d’anodin dans ce livre.

En fait, j’avais une angoisse quand je mettais des passages... comment dire ?  Non pas sociologiques, mais un peu théoriques. J’avais peur de tomber dans la gravitation de Houellebecq. C’est lui qui a imposé la possibilité d’inclure des intermèdes théoriques dans une fiction. Je ne voulais pas de juxtapositions abruptes, donc ces théories sont intégrées soit à travers des lettres, soit à travers des discours de personnage. Au final, je pense que c’était important pour la consistance du texte.

La disparition du monde réel est une expression prise à Jean Baudrillard.marc molk,la disparition du monde réel,interview,mandor

Il y a cette idée d’un narrateur qui s’est décollée de la sensation de réalité. C’est peut-être de la dépression, je n’en sais rien. Tout lui paraît plus ou moins en toc. Il continue de vivre, mais avec un léger décalage.

Tu aimes mettre un coup de pied dans la fourmilière dans les arts que tu pratiques, la peinture et l’écriture.

Beaucoup des réflexions sur la création que j’ai pu utiliser dans l’écriture me viennent de réflexions sur la peinture. Je me suis rendu compte qu’en fait, les questions sur la création sont transversales. Tout ce qu’on peut avoir dans la tête va conditionner ce que l’on fait.  Au début, à 20 ans, je voulais faire quelque chose de totalement neuf, je voulais révolutionner l’Histoire de la peinture! Lentement, ça a été remplacé dans ma tête par un impératif d’idiosyncrasie. Idiosyncrasie est un mot un peu laid et en même temps intéressant. On reconnait le mot « idiot » et donc, d’une certaine manière, ça rend humble. L’idiosyncrasie, c’est ce qui touche à notre singularité propre. Chacun de nous est unique, j’ai donc souhaité le plus possible être une personne singulière.

marc molk,la disparition du monde réel,interview,mandorPourquoi, toi qui as une certaine notoriété dans le monde de la peinture, t’es-tu lancé dans l’écriture aussi ?

En fait, j’ai fait des études de Lettres. Je savais que je voulais être peintre depuis petit, mais dans ma famille, il fallait nécessairement faire des études supérieures. J’ai fait Khâgne et Hypokhâgne. Je suis allé jusqu’en thèse de philo, mais je n’ai pas soutenu ma thèse. Après, je me suis retrouvé à l’armée, enfin, j’ai trouvé un moyen de me faire réformer en allant à l’hôpital psychiatrique. Bref, tout ce qui était littérature était quand même dans mon ADN. Plus tard, j’ai épousé une jeune fille qui écrit aussi, qui est même romancière, Eloïse Lièvre (mandorisée ici). Une Normalienne très portée sur la littérature. On avait tous les deux beaucoup de discussion sur ce sujet et un été, quand j’ai écrit mon premier roman, Pertes humaines, je l’ai envoyé à des éditeurs, comme une sorte de jeu, et en fait, contre toute attente,  il a été publié. Ensuite, c’est un engrenage.

Tu n’es pas le premier peintre qui écrit aussi, il me semble.

Il y en a même énormément. Parmi les plus connus Picasso, qui a écrit des pièces de théâtre, le Douanier Rousseau aussi, on connait les lettres de Van Gogh, il y a des écrits magnifiques de Matisse, il y a je ne sais pas combien de volumes de Dubuffet, le journal de Delacroix est énorme. Il y aurait quelque chose à faire sur les écrits de peintres. Bref, je ne suis en rien original de ce côté-là.

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18 avril 2013

Emilie Marsh : interview pour La rime orpheline

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(Photo : Tristan Sébenne) 

Émilie Marsh a sorti le 25 mars dernier un album plein d’énergie et de poésie.

La pétillante fille aux cheveux rouges, qui passe sa vie à chanter, va pouvoir être entendue d’un plus large public. « La rime orpheline » est le 1er album en sortie nationale d’Émilie Marsh, financé aussi grâce au soutien de 87 membres du site participatif Ulule le 15 novembre 2012.

J’ai découvert la jeune femme au Pic d’Or de l’année dernière. Elle était accompagnée d’Étienne Champollion, son musicien/arrangeur et j’avais beaucoup apprécié leur prestation.

Une mandorisation s’imposait.

Le 18 mars dernier, Émilie Marsh est venue à l’agence.

emilie marsh,la rime orpheline,interview etienne champollion,mandorBiographie officielle un peu traficotée:

Douceur qui désarme, audace qui désarçonne. Une présence, une voix qui sourit. Qui raconte, questionne. Une chanson symphonique, une pop lumineuse. Émilie Marsh.

À ses côtés, l’homme-orchestre Étienne Champollion (piano, guitare, accordéon, vibraphone, carillons en tous genres et instruments jouets). Un magicien. Arrangeur-architecte.

Émilie Marsh c’est un goût de la rencontre artistique, du mélange des genres où la chanson se confronte à une orchestration classique.

On a déjà pu voir le duo en première partie de bon nombre d’artistes.

Prix de l’Adami et Prix Edito-Musiques lors du tremplin Vive la reprise !, Premier prix jeunes talents de Châtillon (92), Prix de la musique SACEM du Pic d’or de Tarbes, Second Prix lors de la Truffe de Périgueux...

La rime orpheline, son premier album vient de sortir.

emilie marsh,la rime orpheline,interview etienne champollion,mandor

Interview :

Quand je t’ai vu la première fois sur scène, à Tarbes au Pic d’Or de l’année dernière, j’ai tout de suite compris que tu avais été musicienne de formation. 

J’ai d’abord appris le piano et la musique dans une école de musique, puis très vite, ayant trouvé que les cours étaient un peu rébarbatifs, j’ai continué toute seule. J’avais envie de faire de la musique qui me plaisait.

Ce qui est bien, c’est que tu as de solides notions musicales.

Oui, surtout grâce au conservatoire de musique actuelle d’Aix en Provence. Là, tu fais du rock et de la chanson. Il y avait aussi des ateliers d’écriture. Ce n’est pas la même approche qu’en classique où tu as de la théorie et tu l’appliques après. Là, ça part vraiment de ta sensation, ton écoute et tu dois retranscrire ce que tu entends… au niveau outil, c’était chouette.

J’imagine que les ateliers de texte t’ont particulièrement intéressée…

Oui. Avant la musique, j’ai écrit des textes. Depuis que je suis gamine, j’écris plein de trucs. Des histoires, des poèmes, des projets de livre qui n’ont jamais abouti. C’est ensuite qu’en parallèle, j’ai commencé la musique. Un jour, j’ai allié les deux. Mais, je me suis rendu compte que ce que je préférais, c’est d’écrire des chansons.

Clip de "Je n'oserai jamais".

emilie marsh,la rime orpheline,interview etienne champollion,mandorTu travailles avec Étienne Champollion depuis 2006. J’ai du mal à vous dissocier.

On se connait depuis que l’on a 15 piges. Quand on était ado, on avait participé à un concours de poésie nationale, « Poésie en liberté ». Nous étions lauréats tous les deux. Quelques années plus tard, on a décidé de faire de la musique ensemble. Émilie Marsh, c’est un projet qui est à mon nom, mais on toujours bossé ensemble. Ce qui est bien, c’est que tout est très clair entre nous. Il n’y a jamais de problèmes d’ego. J’écris textes et musiques et lui fait les arrangements. J’avais besoin d’écrire des choses en mon nom et les porter moi-même.

On entend parler de plus en plus de toi ces derniers temps, mais tu es sur scène un peu partout et très souvent depuis de 2006…

Oui, avec ce projet-là. Sinon, je faisais partie d’un groupe de pop rock quand j’étais au lycée. Je ne chantais pas encore, je jouais juste de la guitare et j’écrivais les chansons. Quand le groupe s’est séparé, j’ai décidé de chanter moi-même.

Tu n’as jamais fait de scène seule ?

Si, au tout début, mais en effet, pas très longtemps. Pendant un an, j’étais en piano-voix ou guitare-voix. Avec Étienne, on a essayé plein de formations. On a joué à trois, quatre, dix même pour un projet particulier… on est retourné en duo depuis deux ans. On s’est rendu compte que c’était finalement la bonne formule.

Vous avez fait bon nombre de concours, de tremplins musicaux… et parfois même, vous les remportez.

Sur scène, on est beaucoup plus fort et confiant quand on est tous les deux. Comme c’était l’année où on allait sortir l’album, c’était l’année où il fallait qu’on nous voie. S’exposer, se montrer aide à faire connaître le projet.

emilie marsh,la rime orpheline,interview etienne champollion,mandor

(Photo : Tristan Sébenne)

Cet album est une belle carte de visite.

Oui, même si à l’heure actuelle, on existe beaucoup plus par la scène. Une sortie nationale d’un album te permet de te donner une meilleure visibilité.

Tu consacres ta vie à la musique.

Avec Étienne, on est intermittent depuis deux ans, donc on vit de la musique. C’est déjà un énorme palier franchi parce qu’il n’était pas évident.

Plusieurs chansons de ton album m’ont interpellé parce qu’elles ont des thèmes communs. Le doute, le non-passage à l’acte immédiat.

Mes chansons tournent beaucoup autour du manque, de l’absence, de la tension du désir.

emilie marsh,la rime orpheline,interview etienne champollion,mandorIl y a une chanson qui s’appelle « Audace ». Cet album est audacieux. Tu dis les choses clairement, sans passer par différents filtres.

Mes chansons sont directes, mais en même temps, il y a des détours. J’aime le fait d’évoquer, de suggérer…

Il y a une chanson sur la transsexualité, Lady Boy.

Oui, celle-là est assez frontale, en effet. C’est une chanson très pop, que tout le monde peut chanter, toutes générations confondues. Les enfants l’adorent d’ailleurs, même si je sais qu’ils ne captent pas du tout le propos original. Une musique légère et des propos importants…  J’aime travailler ce genre de contraste.

Est-ce que cet album est impudique ?

Quelle drôle de question ! Ce disque dit pas mal de chose, mais je trouve que j’ai suggéré malgré un aspect qui peut paraître un peu frontal. Tu sais, dans cet album, je me déplace. Ce ne sont pas forcément des histoires que j’ai eues ou des gens que j’ai connus, mais ce sont des choses qui m’ont touché à un moment donné.

C’est bien de s’inventer son monde.

Ce sont forcément des choses qui ont résonné en nous en tout cas.

Le clip de "Vanille".

Dans « Vanille », la jeune femme qui chante est jalouse de son amoureuse.

En fait, c’est une personne qui attend que l’autre la regarde. Vanille, c’est l’image de la fille libertine et libre qui mène les autres en bateau. La personne que je chante est à la fois dans une souffrance et dans un désir de la garder. Quand on veut garder quelqu’un, malheureusement, on est prêt à accepter des choses qui ne nous ressemblent pas forcément, des choses qui peuvent blesser.

Ça fait du bien d’expulser des choses personnelles dans ses chansons ?

Je ne peux pas faire autrement, en fait.  Parfois, je suis obligé de dire les choses telles qu’elles sont, même si, je le répète, parfois j’emprunte des chemins de traverse pour les exprimer.

emilie marsh,la rime orpheline,interview etienne champollion,mandor

10 avril 2013

Sarah Zeppilli: interview pour son EP.

Sarah Zeppillli

J’ai reçu récemment, un EP pop élégant contenant des chansons légères (ou un peu moins). Interprétées par une voix douce, sensuelle même. Des histoires qu’on devine parfois personnelles, mais qui tendent vers l’universel. Entre délicatesse et douce nostalgie. Je ne voulais pas que vous passiez à côté, alors j’ai demandé à Sarah Zeppilli de venir à l’agence avant son concert aux Trois Baudets, le 24 avril prochain.

L'interview s'est tenue le 6 mars dernier.

sarah zeppillliBiographie :

Après un parcours  atypique (école de communication, cours de théâtre, petits boulots divers, passage en agence de pub...), Sarah Zeppilli décide de ne se consacrer qu'à l'écriture et à la musique. Le voyage commence en Inde où elle prend ses premiers cours de chant (2002). Puis en rentrant de ce voyage de 3 mois, la chanteuse lyrique Cécile Leray lui fait découvrir son instrument, le souffle, la technique vocale. Ensuite à travers le Brésil en participant aux ateliers de l’exubérante chanteuse Monica Passos. La carrière musicale de Sarah Zeppilli peut commencer.

Quelques années après, on a pu découvrir sa voix à l’occasion de diverses collaborations musicales : bandes originales de films ( Une aventure new-yorkaise d’Olivier Lécot, Le petit marin de Stéphanie Vasseur), nombreuses musiques de pub et collaborations d’album (Diassibo Tchombiano, Orwell). Aujourd’hui, c’est avec un projet personnel ambitieux de chansons intimes qu’elle nous offre les clés de son univers.

sarah zeppillli

Interview :

Tu as eu deux grands-parents musiciens de jazz. Tu as commencé à chanter du jazz. Ça te paraissait naturel d’aller vers ce que tu connaissais ?

Oui, c’était un gout personnel et commencer par ce que l’on connait bien me paraissait logique. Mon côté artistique s’est d’abord exprimé par le théâtre, mais, bon, j’étais une piètre comédienne. C’est en allant voir des concerts que je me suis dit : « mais quel bonheur ce doit être d’être sur scène et de chanter ». Ça m’a paru plus intense que de jouer la comédie. En plus j’adorais chanter… depuis toujours. Je saoulais mon entourage à chanter constamment.

A un moment, il fallait que des professionnels t’aiguillent un peu ?

J’ai toujours fait des choses qui tournaient autour de la conscience du corps parce que chanter c’est beaucoup avoir conscience de son corps, conscience de ce qu’il se passe physiquement. En faisant du théâtre, on faisait beaucoup de relaxation, aujourd’hui, je fais beaucoup de yoga.

Oui, parce que la voix, ce n’est pas que la gorge.

Ce n’est surtout pas la gorge. Tout ça, c’est un masque, il y a des résonateurs.  Enfin, c’est un peu trop abstrait pour que je puisse t’expliquer ici, mais c’est passionnant d’aller à la découverte de ce processus. C’est important d’être guidé par quelqu’un qui a conscience de tout ça.

sarah zeppillli

Ta voix, tu as intérêt à savoir t’en servir. Tu es aussi comédienne voix. Tu fais beaucoup de publicités. (Vous pouvez en écouter certaines là !)

Je fais plein de voix pour la radio, la télé, des répondeurs téléphoniques. J’adore cette activité.

Tu as déjà sorti un EP en 2008, Chansons polaroïds, mais tu ne revendiques pas ce disque comme tel.

C’était juste des maquettes qui ont été masterisées par Discograph pour un concours qui s’appelait « En français dans le texte », que j’ai remporté. Après, j’ai fait des featurings pour d’autres albums. Ça fait un moment que je tourne, mais ce disque est vraiment le premier pour moi.

Tu fais aussi de la musique de film.

Oui, pour le moment pour deux courts-métrage et un long métrage. Un long métrage d’Olivier Lécot, Une aventure New Yorkaise. Un joli film qui est passé sur Arte. On a bossé avec Timothée Régnier, que l’on connait maintenant sous le pseudonyme de Rover. D’ailleurs, sa chanson « Aqualast », la première fois qu’elle est sortie, c’était sur la bande originale de ce film. Sur cet album, je chante deux chansons avec son frère. Lui, accompagne désormais Barbara Carlotti.

Tu travailles seule pour composer ?

Oui parfois. Et parfois, il y a certaines chansons qui sont co-composées. Je connais mes limites, même si j’essaie toujours d’aller au-delà.

Sarah Zeppilli en concert aux Trois Baudets le 24 avril 2013

sarah zeppillliJe trouve que tu as un sens prononcé de la mélodie.

Pour moi, c’est hyper important. Les premières chansons que j’ai composées, je les ai composées en chantant, sans instrument. Souvent, la mélodie vient en premier. Il m’arrive de voir mes musiciens, je chante un truc et ils me posent des accords dessus.

Il y a un orchestre de 30 cordes dans ton disque. C’est énorme.

Oui, j’ai fait un appel à contributions à mes proches et une personne à financé l’orchestre de 30 cordes. Merci à elle !

Tu as un joli univers, musicalement mélancolique.

Je revendique cet aspect mélancolique même si chaque personne à plein de facettes. Je chante avec une certaine douceur et une joie de vivre.

Cet EP, c’est pour dire : voilà ce que je suis capable de faire ?

Oui, même si le résultat final sera l’album qui est presque terminé. Je l’autoproduis donc ça prend du temps. Il manque une chanson et il nous reste tout à mixer. Je me suis entourée de deux musiciens pour le réaliser: David Berland, et Pascal Rodde. J’ai eu la chance de pouvoir bosser avec Philippe Entressangle (Cali, Keren Ann, Olivia Ruiz) à la batterie, Franck Bedèze pour les basses/ contrebasses ou Julien Chirol ( Feist) pour les cuivres avec Nicolas Giraud .

Enregistrement du 1er album de Sarah Zeppilli

Les gens qui l’ont écouté ont l’air d’avoir été charmés par ces chansons.

On ne peut pas plaire à tout le monde, mais c’est vrai que les premières appréciations lues sur Internet sont encourageantes. Nous sommes nombreux à faire ce métier et à le faire bien, alors c’est rassurant de lire des choses positives.

Tu produis cet album seule, il faut le préciser.

Oui. Après tu n’as pas les mêmes moyens pour la promo qu’un label. En même temps, parfois, tu signes sur un label et le disque ne sort pas. Au moins, là, je suis maître à 100%. J’ai un éditeur qui me soutient. Une autre personne qui s’occupe un peu de moi, un peu manager. Sinon, je suis un peu toute seule en effet.

Les musiciens et réalisateurs ont été généreux avec toi.

Oui, je me sens d’ailleurs redevable. Ce disque doit exister. On doit en parler. Ne serait-ce que pour les musiciens qui se sont engagés dessus. David Berland, par exemple, s’est donné jour et nuit durant plusieurs semaines, plusieurs mois même. Ça me met une petite pression supplémentaire et en même temps ça me booste.

Clip non officiel de "J'avais oublié Paris".

sarah zeppillliTu aimes la scène, plus que tout.

Oui, j’ai envie de parcourir la France entière. Ce n’est pas facile, surtout quand tu as un répertoire comme le mien. Assez doux. J’avoue que je ne fais pas danser les gens en concert, par contre, je les fais chanter.

Comment convaincre le public, dans cette masse d’artistes talentueux qui existent, d’aller à la découverte de ton œuvre ?

On est tous différents avec un univers différent à offrir. Plus tu es conscient de ce que tu as à proposer, plus tu es limpide, plus les gens eux-mêmes y voient clair. Il faut les happer, les charmer.

Tes origines italiennes viennent de ton grand-père qui était italien. Tu te sens un peu italienne ?

Oui.

Dans quoi ?

Dans l’appétit. Dans l’appétit de la vie et des pâtes (rires). Plus sérieusement, je me sens italienne dans ma méridionalité, dans mon besoin de soleil, dans mon envie de famille, d’être avec mes amis, dans une envie de tribu.

Tu as besoin d’être entourée tout le temps ?

Non, j’ai besoin d’un équilibre entre ma solitude et être proche des gens que j’aime. J’adore être seule et j’ai besoin des autres aussi.

Tu chantes pour donner du bonheur aux autres ?

Oui. Et j’ai aussi besoin de raconter des histoires qui partent toujours d’une émotion que je ressens. Elles peuvent être liées à des choses extérieures qui me touchent ou à des choses que je vis. Ensuite, l’imaginaire s’en mêle. Après, je me permets de relier les choses qui ne sont pas forcément liées ma propre vie. Ensuite, j’ai envie de partager les émotions et j’ai envie de faire naître d’autres émotions chez les gens. C’est une façon de leur parler.

sarah zeppillli

sarah zeppillli

09 avril 2013

Pascal Szulc : interview pour Petit recueil de pensées juives.

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Pascal Szulc est passionné d'art depuis toujours (et en pratique plusieurs avec brio). Nous nous croisons parfois et j’ai toujours été épaté par sa culture et ses connaissances sur à peu près tout. Lorsqu'il est sur sa lancée, rien ne peut l’arrêter. Je l’apprécie beaucoup. Quand j’ai su qu’il sortait avec Maguy Ly un Petit recueil de pensées juives, je lui ai demandé de venir m’en parler à l’agence le 4 mars dernier.

9782812307096-T.jpgPrésentation de l’éditeur :

Pensées issues des rituels comme des bons mots de la vie quotidienne, des écrits et commentaires talmudiques comme de la littérature et la philosophie, paroles de sagesse, de rires, de larmes, du Moyen-Orient à l’Europe centrale, elles offrent à notre réflexion, non pas un dogme, mais une vision du Judaïsme, témoignage de temps et d’espaces variés. Cinq mille ans de culture nous observent, nous élèvent. Si l’étude, fondement du judaïsme nous invite à nous tenir debout, ce recueil appelle le réveil, celui de l’esprit, si simple et complexe, à la foi.

Biographie de Pascal Szulc (par Yael Hirsch) :
Pascal Szulc forme avec Aaron Zolty un écrivain double. Une dualité qui tire sa source dans la gourmandise infinie de l’auteur. À la fois enseignant de génie et élève attentif, comédien à ses heures et spectateur intransigeant quand la nuit est tombée, parisien jusqu’à la moelle, mais habité par toute l’Europe de l’Est, Pascal Zolty accumule les connaissances pour mieux libérer les sensations de la vie nue. Très philosophe, un peu magicien et intimement musicien, c’est avec les mots qu’il livre ses symphonies postmodernes.

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DSC06788.JPGInterview :

Nous nous connaissons depuis quelques années, mais peux-tu te présenter avant de commencer ? Je m’aperçois que je ne connais pas grand-chose de personnel sur toi.

Je suis un laïque et grand défenseur de la laïcité. Mon père est déporté et fils de déporté. Mon grand-père est petit fils de rabbin, mais je n’ai pas été élevé dans une éducation religieuse. La guerre à meurtri tellement les juifs d’Europe centrale que le souci premier était l’intégration. Moi, il a fallu que je tombe amoureux de ma voisine du 3e, qui était tournée vers le judaïsme, pour aller dans une synagogue. Je ne suis pas né avec dieu dans la tête, mais avec un code-barre sur le bras. Ce que j’ai su dès le début, c’est qu’on avait beaucoup souffert. Tu nais avec la souffrance que tu as eue derrière toi et très rapidement, on te le dit. Tu nais avec le judaïsme, le désir d’intégration et le poids de la Shoah.

Tu es professeur des écoles en instituts médicaux éducatifs.

C’est mon activité à temps plein. J’apprends à lire et à écrire à des enfants polytraumatisés qui sont en fauteuil. C’est un métier très dur. Ça demande des éducateurs, des orthoptistes, des orthophonistes, des rééducateurs, des kinés, des toubibs, des neuropsychiatres, des neurologues, des psychologues… j’ai ces enfants en classe en permanence. Je fais un vrai travail en ergonomie sur les outils qu’ils peuvent utiliser pour apprendre à lire et à écrire.

Tu es aussi auteur et scénariste.

Auteur… nous avons une expérience commune. J’ai signé dans la même maison que toi, mais mon livre n’est jamais sorti. (Les éditions Laura Mare ont mis les clefs sur la porte peu de temps avant la sortie de du live de Pascal Sulzc). Et j’ai été nègre deux, trois fois pour de grands cuisiniers. Exercice très intéressant. Sinon, je suis partie prenante d’une société de production, Fidélio Production. Nous travaillons avec une vraie recherche de moyen de production indépendant. Moi, je me nourris d’art en permanence. J’ai eu la chance d’avoir eu une vie de peintre, de musicien avec de grands projets.

Pourquoi en ce moment est-ce le cinéma ?

Parce que dans le cinéma, il y a toutes les compétences que je peux avoir. En tant que compositeur, je fais pas mal de musiques de film (de courts-métrages), en tant qu’écrivain,  j’écris quelques scénarios, c’est un vrai boulot qui n’a rien à voir avec l’écriture d’un roman.

Je crois savoir que Fidelio Production travaille sur un projet qui a un rapport avec le handicap.

On prépare pour le Festival de Cannes un film documentaire d’une heure trente produit par Alexandra Lederman et Alain Miro. C’est un film sur Percujam, le groupe d’autiste rock reggae. Ça fait 6 mois que l’on tourne avec eux dans leur vie quotidienne et lorsqu’il joue de la musique. On évoque la relation avec les artistes autistes avec un public « normal ». Artistes autistes ou autistes artistes, grand débat et question fondamentale du film.


Percujam le film par Cvfidelio

Parlons de ton livre conçu avec Maguy Ly, Petit recueil de pensées juives.487439_10151501633834824_948490949_n.jpg

Ce livre appartient à une collection de citations et de pensées. Ces livres ont une visée œcuménique et même laïque. Ils sont traités sous un plan culturel, religieux, poétique ou philosophique. Dans celui-ci, il y a une égalité totale entre les humoristes, les philosophes, les rabbins, auteurs, des inconnus, des cuisiniersLe but espéré est de surprendre le lecteur et de lui donner à penser à travers cette diversité. Ce qui est intéressant c’est que c’est la multitude et la variété qui va définir ce qu’est une pensée juive.

C’est quoi, à la base, la pensée juive ?

C’est un commentaire du Talmud. Aujourd’hui, tu as un groupe de pensées juives, parmi lesquels Benny Lévy, Alain Finkielkraut, qui était sous l’égide du philosophe Michaël Lévinas, le penseur de l’altérité.

Et le recueil, finalement, c’est un recueil de pensées qui viennent de juifs ?

Pourquoi pas ? Mais est-ce que ce n’est pas un regard d’autres personnes sur le judaïsme ? Peut-être les deux à la fois.

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Le site Toutelaculture.com précise que « la pensée juive est ici vue comme la parole d’un peuple et non d’une religion. Il est alors délicieux de voir côte à côte Jean- Paul Sartre faire face à Max Jacob quand en dessous, Léon Blum regarde Nahman de Braslaw. » Mais qu’est-ce qui va faire la pensée juive ?

À la fois la dose humoristique et la force poétique de cette dérision. Il y a toujours une expression qui a un rapport avec le voyage et pour moi, il n’y a pas forcément l’aspect religieux.

Comment fait-on dans ces 5000 ans de culture, pour sélectionner les 365 pensées qui figurent dans ce recueil ? Non, parce que ça va de Gainsbourg, Romain Gary, et passant par Lévinas et Carole Zalberg.

Avant de commencer, je suis allé voir sur Internet pour voir ce qu’il se disait. Ce n’est pas le premier petit recueil du genre. Il ne fallait pas faire la même chose. Je me suis positionné en tant que personne ne connaissant pas le judaïsme. Ce qui fait le propre du judaïsme, c’est la pensée, la lecture, l’écriture, le commentaire, l’humour, le regard, le recul, la hauteur de vue… Il y a une transmission et j’ai souhaité mettre en avant l’étendue de la beauté de cette richesse incroyable. J’ai voulu aussi démontrer que c’était un dialogue tant avec dieu qu’avec les hommes. Finalement, on constate deux choses en lisant ce recueil : le judaïsme, c’est une multitude et il y a une évolution dans la pensée juive.

JUIF? Une série filmée et montée par ESTI

L’importance de la maison m’a frappé…
La maison, c’est le premier lieu de culte, par des rituels et des traditions.

Il y a une pensée par jour.

J’aime bien l’idée qu’une pensée par jour te fait du bien. J’ai cherché à évoquer la joie, le malheur, les bonnes résolutions, le commandement…

Ce que j’aime dans ce livre, c’est que la joie domine le tout.

La thématique du livre n’était pas de s’apitoyer sur notre sort et de dire « on a été maltraité ». Non, nous avons privilégié l’aspect positif de notre culture.

Tu écris un roman en ce moment, je crois.

Oui, dans l’esprit de Millénium. Je suis fasciné par la mort et je vais écrire une histoire assez étrange.

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06 avril 2013

Monsieur Roux : interview pour L'illégalité joyeuse

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Depuis son premier album, Ah si j’étais grand et beau,  j’adore les « chansons méchantes où les gentils gagnent à la fin » de Monsieur Roux. Ses « chansons peuplées de gens à la fois ordinaires et loosers magnifiques » me touchent beaucoup. Il y a dans l’œuvre d'Erwan Roux beaucoup d’autodérision, de tendresse, d’humour et désillusion.

Son troisième album vient de sortir et le 10 avril (mercredi prochain), Monsieur Roux sera en concert à Paris à L'Européen. C'était l'occasion idéale pour organiser une rencontre à l'agence. Ce qui s’est produit le 5 mars dernier grâce à Patricia Espana.

monsieur roux,l'illégalité joyeuse,interview,mandorBiographie officielle (mais raccourcie) de Monsieur Roux :

Quatre ans après son précédent disque, Monsieur Roux revient avec L'illégalité joyeuse, recueil de chansons décomplexées en français, aux airs de ballades lunaires. Enregistré et réalisé à Laval par Romuald Gablin, il aura fallu deux ans pour malaxer des sons et des mots, essayer, chercher, se perdre et puis peut-être au final se trouver pour arriver à ce résultat : Un disque d'une diversité musicale rare en "chanson française", comme si à l'instar de la pochette de l'album, on voulait nous signifier que le monde ne serait plus jamais cette carte bien rangée aux frontières tracées à la règle. On passe ainsi de sonorités africaines à des rythmiques brésiliennes, d'un phrasé hip-hop à une chanson pop sans que cela semble poser problème. Le mix de JB Bruhnes (Bertrand Belin, Emily Loiseau, Arthur H...) apportant pour finir le tout une belle lumière à l'ensemble.

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Interview :

Tout à l’heure, tu me disais en off que parfois on écoutait tes chansons selon l’image que l’on pouvait avoir de toi. Tu penses avoir quelle image dans le métier ?

Déjà, je pense n’en avoir pas vraiment. L’image que peuvent avoir les gens de l’extérieur est liée essentiellement à mon premier album et à quelques chansons un peu plus connues notamment « Petit rasta » ou « P’tite Pouf». Je pense que, du coup, je suis encore dans cette image de chanteur comique.

Je trouve que tes chansons, si elles provoquent parfois un rictus d’amusement, sont aussi teintées de profondeur et d’ironie.

Je pense que quand même, je donne l’image de quelqu’un de pas très sérieux. Mon nom aussi, provoque cela.

Clip de "Je reviens à la vie".

En tout cas, dans ce disque, j’ai l’impression que tu te montres un peu plus tel que tu es.

Comme je n’avais pas du tout d’expérience dans la musique, dans le premier album, j’ai utilisé beaucoup d’ironie et d’humour pour ne pas embêter les gens avec mes états d’âme. Dans le deuxième, Un été caniculaire, j’ai fait le contraire. Il y avait une volonté d’être pris au sérieux et de faire une musique un peu plus rock. Il y avait aussi des chansons un peu engagées parce que je pense que sur le premier album, des chansons avaient été un peu mal comprises. Sur ce troisième album, j’ai donc eu la volonté de faire le disque qui me ressemble le plus et d’assumer ce que j’étais.

Dans ton œuvre, tu dis beaucoup, mais avec une distance, un humour et un second degré assez importants. J’ai l’impression que tu as peur de tomber dans la démagogie.

Je ne sais pas si j’en ai peur, mais en tout cas, je ne me sens pas vraiment engagé politiquement. Même si j’ai des fondamentaux,  je ne sais pas où je suis précisément. Je n’ai jamais été vraiment militant dans des associations ou dans des partis politiques. Dans mes chansons, il y a quand même un parti pris, un point de vue qui est donné.

Je me suis demandé en écoutant l’album, L’illégalité joyeuse, si tu étais un homme optimiste.

Je suis désespérément optimiste ou j’ai l’optimisme désespéré. Je suis assez optimiste en général parce que j’ai confiance en mes semblables, mais parfois, ils me désespèrent un peu. Globalement, j’ai l’impression qu’on est dans une période un peu transitoire et qu’on n’a jamais été aussi évolué quand même.

"J'habite une rue" version acoustico-bucolique.

Cet album porte un message: relativisons les petits malheurs que l’on a.

Généralement, rien n’est vraiment sérieux, rien n’est vraiment très important, surtout quand on est dans des histoires un peu sentimentales. Il faut relativiser nos petites histoires par rapport à ce que peuvent vivre d’autres personnes.

Il y a quelques chansons dites « sociétales » comme « L’illégalité joyeuse », « Peste et choléra », «Jour de gloire » « Pauvre con » et « La dernière pluie ».

C'est-à-dire que je suis devenu un peu pauvre, donc, tout de suite, je me suis rendu compte de certaines choses. Dans la chanson « L’illégalité joyeuse », par exemple,  j’ai voulu expliquer que j’étais fatigué d’entendre des leçons de morale à tout bout de champ de la part de gens qui, eux-mêmes, ne respectent pas la loi et qui en aucun cas n’ont mérité la place qu’ils ont, car ils en ont hérité. Je trouve insupportable que les médias montrent du doigt les gens qui sont aux chômages, ceux qui touchent le RSA en les traitants d’assistés. Ce manque de respect m’agace prodigieusement surtout quand on sait comment ce pays fonctionne socialement. Ces gens qui montrent du doigt n’ont aucune idée de ce que c’est que de vivre avec 500 euros par mois. Ce que je ne comprends pas, c’est comment c’est possible dans notre pays que des gens qui entendent ça à longueur de journée et qui se font humilier de la sorte, ne prennent pas une batte de baseball pour aller défoncer les la gueule des gens dans la rue. Je trouve au contraire qu’ils sont très respectueux et très polis. Ça force le respect.

Toi,  tu en prends ombrage et tu en fais des chansons. Tu en fais même un concept philosophique.

Je prends les choses pas évidentes avec légèreté.

"Peste et choléra" en live à Lyon

As-tu un côté anarchiste ?

Je ne sais pas. A partir du moment où tu as un point de vue social et qu’il ne s’inscrit dans aucun parti politique, on a peut-être tendance à te considérer comme un anarchiste. En tout cas, ce qui est sûr, c’est que je ne le revendique pas.

Tu revendiques le fait d’être un branleur en tout cas.

Je n’ai pas envie de prendre les choses au sérieux parce que, quand je les prends au sérieux, ça me touche trop. Je préfère en rigoler finalement.

Du coup, les messages que tu souhaites faire passer passent en douceur…

C’est là la farce. Dire des choses assez dures en douceur.

Le tout sur une musique légère et ensoleillée.

Un peu de profondeur dans la futilité.

Tu assumes aussi la sucrerie.

Je trouve que j’ai des chansons assez sucrées. « Ton postiche te lâche » et « Les week-ends en Mayenne » par exemple. J’ai peur qu’elles soient un peu mièvres, mais j’espère qu’elles ne le sont pas.

Vous aussi, apprenez à jouer "La vie est dure" au Ukulélé!

Tu es un chanteur à texte. Ca aussi tu l’assumes ?

A la base, c’est vraiment ça parce que je n’ai pas de formation musicale et je ne suis pas un grand chanteur. J’écris mes textes et je les chante. C’est ça mon métier.

Ta musique incite à penser que tu es un grand voyageur.

Je le suis. J’aime beaucoup voyager et la musique m’a permis de le faire dans un autre cadre que des vacances. Ça m’enrichit parce que partout où je passe, je rencontre des musiciens du coin.

Quels sont tes goûts musicaux personnels ?

Ma base, c’est Renaud et les Beatles. C’est ce que j’écoute depuis que je suis enfant. J’aime bien Nougaro parce qu’il faisait aussi de la chanson métissée et discrètement engagée.  J’apprécie Brigitte Fontaine qui exprime aussi beaucoup d’idées importantes dans ces chansons, tout en ayant l’air cinglée.

Parfois, quand tu crées une chanson, as-tu peur d’être trop influencé par les autres ?

Quand je joue, je sais que parfois je veux le faire « à la manière de ». Par exemple, dans cet album, « Je reviens à la vie » est faite à la manière de JP Nataf, « Il pleut des cordes » avec des batteries inspirées de celle que l’on trouve dans des titres de l’artiste néo-zélandaise tUnE yArDs, enfin les guitares de ce disque sonnent Vampire Weekend.

Un peu de Beatles aussi ?

Oui. La fin de « Le chameau », c’est complètement pompée sur « I Want You ». J’assume complètement toutes ces inspirations.

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Pendant l'interview (photo : Patricia Espana).

As-tu l’impression de trouver ta place dans la « grande famille » de la chanson française ?

Je ne rencontre pas trop les gens du milieu de la chanson. Je ne suis pas très connu et je n’ai jamais été dans les réseaux, dans les grands festivals… et je suis un peu méfiant par rapport à la profession et au grand succès. Quand « Petit rasta » a bien marché, je me suis retrouvé dans un espèce de truc speed que je n’ai pas particulièrement apprécié. J’avais l’impression de ne plus rien contrôler. Faire des interviews de 5 minutes dans des radios très commerciales ne me passionnait pas plus que ça. Je n’ai pas non plus aimé le rapport qu’ont les gens avec toi quand le succès arrive. Finalement, je me sens plus à l’aise aujourd’hui.

Le public qui a vraiment aimé ton premier disque dans son ensemble et pas que « Petit rasta » ou « P’tite Pouf », continue à te suivre aujourd’hui. Il est plutôt fidèle.

Certains nous ont abandonnés, mais il y en a des nouveaux.

Est-ce qu’on a le public qu’on mérite ?

Si c’est le cas, ça veut dire que je suis très méritant (rires).

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Pour finir, un scoop mondial qui va bouleverser le monde de la chanson française. Monsieur Roux et Tony Montana sont très proches..., j'dis ça,j'dis rien.

04 avril 2013

Maissiat : interview pour son album Tropiques

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Récemment, lors de la finale du Prix Georges Moustaki 2013. Discussion entre deux membres du jury avant délibération. Dans ce contexte, évidemment, on parle « chanson française ».

Lui :

-Sinon, que penses-tu de Maissiat ?

Moi :

-Encore elle ? Écoute, je ne comprends pas le raffut que l’on fait autour d’elle. Non, vraiment, je ne vois pas ce qu’on lui trouve d’exceptionnel. C’est sympa, mais sans plus.

-Tu as écouté ?

-Oui. Une fois, rapidement. Mais, tu sais, je suis un peu allergique aux gens dont tout le monde parle comme de la perle du moment…

-Ah bon ! Je te comprends, mais tu devrais un peu insister, sans a priori…

-Toi, visiblement, tu aimes beaucoup.

-Oui, je suis son chef de projet.

Voilà. J’ai fait comme si je n’étais pas gêné. Comme si j’assumais mes propos.

Alors que non. Pas un instant. Je lutte depuis des années contre les a priori. Parfois, je tombe dedans. Et j'ai honte.

maissiat,tropiques,interview,mandorJe suis rentré chez moi. J’ai réécouté Tropiques et j’en compris l’enthousiasme général. Ce disque est beau. Tout simplement. Et je l’ai réécouté. Et j’ai trouvé qu’il était même hypnotisant. Aujourd’hui, avec l’album d’Arman Méliès, c’est le disque français que j’écoute le plus.

Il n’y a que les imbéciles…

Le 27 mars dernier, quelques jours avant son Café de la Danse (ce soir, le 4 avril), j’ai poussé le vice jusqu’à lui demander de venir à l’agence. Pour lui avouer tout ça et puis surtout pour la connaître mieux. (Un grand merci à Patricia Teglia pour ce rendez-vous calé du jour au lendemain).

Extraits de sa biographie officielle :maissiat,tropiques,interview,mandor

La musique de Maissiat prend racine dans une pop raffinée qui donne à la noirceur les atours de la sensualité. On y plonge, ravis du sortilège, sûrs d'en revenir pour mieux y retourner.

Une musique généreuse dans ses appels comme dans la liberté qu'elle offre à qui veut se laisser prendre : ici la voix ondule, se fait plusieurs, parle grave ou s'envole très haut ; ici le texte s'éclate en possibles, se resserre crûment, se floute à nouveau.

L'écrin est fait de pianos qui s'enlacent et se parlent, de rythmiques profondes et alanguies qui s'excitent et deviennent épileptiques, de claviers qui soufflent le froid et le chaud.

" C'est beau ! " Comme ce qui nous semble intime et lointain, comme ce qui vient résonner au fond de nous avec la force de l'insaisissable.

maissiat,tropiques,interview,mandorInterview:

Vous n’avez pas spécialement vécu dans un milieu musical.

Je n’ai pas eu d’éducation musicale en fait. Artistiquement, c’était le grand vide de ce côté-là à la maison. En cherchant un peu, j’ai bien eu un grand-père paternel friand de poésies, mais c’est le seul dans la famille qui avait un atome crochu avec un art. Par contre, depuis l’âge de 6 ans, j’ai toujours voulu faire ce métier. Peut-être qu’inconsciemment, j’ai pallié à un manque, à un vide.

Mais votre mère avait une guitare.

Elle a toujours été là et je ne l’ai jamais vu s’en servir. Mais, c’est grâce à elle que le piano est arrivé à la maison. Petit à petit, je me suis mise à l’apprentissage de cet instrument.

Quand à 6 ans, on décide que la musique va devenir sa vie, on fait quoi ?

J’ai suivi des cours de piano à l’âge de 11 ans, pendant 3 ans. Ce n’était pas le conservatoire, je pratiquais plus comme du loisir. Je chantonnais, j’avais des chansonnettes dans la tête. Je suis fille unique et lorsque nous partions en vacances avec mes parents, je me rappelle avoir eu des moments de solitude, m’être baladée sur les rochers, faire ma vie dans ma tête… j’avais déjà un fort imaginaire.

"Le départ"

Vous avez fait des études autres que musicales.

J’ai fait une école d’attachée de presse, l’EFAP, et j’ai eu mon diplôme. À 21 ans, j’ai travaillé à Lyon dans une boite de prod télé et ciné régionale. J’étais en stage et je m’entendais très bien avec le patron de cette boite, La compagnie Lyonnaise de Cinéma. Il m’a proposé au bout d’un an d’être en CDI et de devenir  assistante de direction en plus d’être chargée de com. Quand il m’a proposé tout ça, j’ai eu un déclic. Je me suis dit « non » parce que si j’acceptais ça, je me projetais dans 10 ans et j’allais y être encore. Ce n’était pas la vie dont je rêvais. Je l’ai remercié de sa confiance et j’ai démissionné.

Ensuite, vous avez cherché des musiciens.

J’ai joué avec d’autres musiciens à St Étienne. En 2005, je connaissais la musique du groupe Subway. J’aimais beaucoup à l’époque et j’apprends que leur chanteuse s’en va. Samantha Julien, la batteuse me contacte pour que je fasse des essais pour remplacer Séverine. Et j’ai intégré le groupe. J’y suis restée 4 ans.

C’était un groupe beaucoup plus rock que ce que vous faites en solo dans ce premier album.

Oui, mais c’est ce que j’aimais quand j’avais 23 ans. J’étais pleine d’envie en arrivant dans ce groupe et la forme rock me permettait d’expulser, de sortir de moi-même, de me déchainer…

Pourquoi avez-vous quitté le groupe ?

C’est le besoin d’évoluer musicalement, d’être curieuse d’autres sons. Je n’avais plus la même émulation, alors que j’en ai besoin en permanence pour travailler et bien faire les choses. Donc, je suis partie.

"Trésor"

On sent dans ce premier album, Tropiques, que vous avez des goûts musicaux variés.

Oui, j’ai une face plus obscure et une face plus claire et tout ça fait l’identité musicale d’une personne. Je suis revenue au piano pour cet album et rien ne dit que je ne repasserai pas à la guitare sur le prochain.

Chaque année, il y a toujours un ou deux albums français dont tout le monde parle en des termes dithyrambiques. C’est le cas de Tropiques.

Ce disque, ce n’est pas que j’en suis fier, mais je me sens bien avec lui. Je me sens à l’aise d’en parler, de le défendre devant la presse ou devant un public. 

Il a été fait avec la collaboration de Katel.

Entre nous, il y a eu une grande confiance mutuelle dès le départ. On a vraiment choisi de travailler ensemble. Je l’avais vu en interview à la sortie de son album Décorum en 2010. J’avais rarement entendu quelqu’un parler de musique de manière aussi brillante. Je ne la connaissais pas du tout à l’époque. Je trouvais que son esprit était fin. Son discours était clairvoyant et lumineux. Je suis allée écouter sa musique, puis je suis allée la voir en concert. À cette époque, j’avais déjà des brouillons, des maquettes… et voilà. Elle a fait un travail considérable sur le disque. Je suis arrivée avec la matière, avec tous les titres et plus qu’il y en a dans l’album…

"Les fins de nuit" (Showcase privé de Maissiat à IVRY le 21 février 2013)

Oui, là, c’est le best of finalement.

Voilà (rires). Mes arrangements étaient trop « arrangés » justement et elle est allée dans l’épure de tout ça. Elle à l’art d’aller à l’essentiel. Katel a été force de proposition sur ce disque et je pense que c’est ce qui lui donne sa patte et son caractère. J’avais besoin de quelqu’un qui me fasse accoucher de quelque chose que je sais déjà, mais que je ne sais pas encore… c’est pour ça que je parle de finalité. Entre le chemin A où je commence à faire mes brouillons et Z, où on est en sortie d’album. À mi-chemin jusqu’au point final, on est en plein dedans : faire sortir les choses de soi. Il y a des arrangements en moins, la voix n’est pas la même et du coup, on ne l’écoute pas de la même manière… c’est ça et bien plus que j’ai trouvé en travaillant avec Katel.

Je sais que vous n’aimez pas trop travailler seule.

Je travaille seule jusqu’à un certain point. Après, j’estime que pour aller au bout de quelque chose, j’ai besoin des autres. Oui, l’idée de travailler seule complètement n’est pas envisageable pour moi. Je fais ce que j’estime savoir faire et quand j’arrive au bout de ça, je sens qu’il faut que des personnes viennent apporter un savoir que je n’ai pas.

Quand j’ai écouté votre album la première fois, je ne suis pas rentré directement dans le disque.  Je ne comprenais d’ailleurs pas ce que mes collègues lui trouvaient de si intéressant. Ensuite, j’ai réécouté et j’ai compris. Plus on l’écoute, plus on l’aime.

Je vous comprends, moi quand j’entends trop parler d’un film, bizarrement, je finis par ne pas aller le voir. Sinon, que mon disque ne soit pas simple d’accès ou « évident » à la première écoute, tant mieux ! J’aime bien les personnalités, musicales ou non, vers lesquelles je vais pouvoir aller creuser, où tout n’est pas dit dès la première rencontre. J’aime bien découvrir les couches, les sous-couches, toutes les strates de quelqu’un. C’est pareil pour les chansons.

"Jaguar" (par Le Cargo)

La comparaison avec Françoise Hardy pour la voix et Alain Bashung pour les textes, vous le prenez comment.

Françoise Hardy, je peux le comprendre, parce que la ressemblance est là. Il y a quelque chose de commun entre nos deux voix, je ne peux pas le nier. J’aime beaucoup les albums de Françoise Hardy, plus anciens. J’ai écouté l’album Gin Tonic quand j’ai composé Tropiques. Quant à Bashung, je lui voue un respect et une admiration musicale totale, donc, que l’on me compare à lui, c’est presque gênant. Je n’ai pas la prétention d’être à son niveau. En écoutant mon disque, que l’on puisse penser à ça, alors tant mieux. Je ne peux que le prendre bien puisque je suis sensible à ce qu’il a fait. Il y a un titre, « Jaguar » qui pourrait éventuellement, dans l’ambiance et par les arrangements, faire penser à des chansons de Bashung.

On ne dit que du bien du disque… vous êtes étonnée, touchée ?

Je ne suis pas du genre à m’emballer. Je suis consciente de ce que je fais, de ce qu’il se passe, de ce qu’il se dit autour de l’album, mais il faut raison garder. J’arrive enfin, avec les années, à être contente, heureuse, de ce qu’il se passe. J’essaie d’être bien et centrée au maximum pour faire ce que j’ai envie de faire.

maissiat,tropiques,interview,mandor

maissiat,tropiques,interview,mandorVotre album est mélancolique, mais pas triste.

Je suis fière et contente de cette idée-là.  On parlait de Katel tout à l’heure, je pense qu’elle y est pour beaucoup. C’est vite fait de tomber dans le pathos. Suivant les arrangements qu’on place dans un titre, suivant les mots qu’on emploie et la manière dont on chante, je peux vous garantir qu’un des ingrédients peut changer beaucoup de choses. Il suffit de peu pour que cela devienne trop. Je m’en fous d’être triste, ce n’est pas le problème, mais je ne le suis pas tout le temps et c’est album ne l’est pas.

Quand on écrit une chanson, elle est perçue différemment par les gens qui l’écoutent.

Ce qui est fascinant, c’est de voir la vie d’une chanson. D’où ça vient et jusqu’où ça va. Je me rends compte que je parle parfois des chansons comme je parle de personnes. Ça prend vie, ça prend forme, ça devient mature, c’est sur un disque, ça devient plus formel.

Vous avez un sentiment de dépossession quand les chansons sont sur un disque.

Non, j’ai l’impression qu’elles prennent leur envol. C’est comme un adolescent qui partirait de chez ses parents pour faire sa vie. Mais, comme vous dites, je trouve ça fascinant la perception et l’accueil qu’une chanson peut avoir.

Un artiste déclenche des émotions. C’est une grande responsabilité.

C’est ça notre métier, tout à fait. Déclencher des émotions. C’est mon rôle d’être spectatrice, d’observer et d’en tirer quelque chose qui déclenche quelque chose chez les gens qui m’écoutent.

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31 mars 2013

Axel Bauer : interview pour la sortie de Peaux de serpents

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Le septième album d’Axel Bauer, Peaux de serpents, est sorti il y a un mois. Pour ce retour313315_10151610005847317_107752494_n.jpg attendu, le chanteur a mis l’accent sur les textes et sur une musique rock impeccable. Dans ce disque fort et profond, Marcel Kanche, Gérard Manset, Brigitte Fontaine, Jean Louis Aubert et Pierre-Yves Lebert l’accompagnent avec brio. Loin de "Cargo" ou d’"Éteins la lumière", c’est à Alain Baschung que l’on pense quand on écoute ses nouveaux titres. La voix calme et puissante qu’on ne connaissait pas à Axel Bauer fait son travail : elle nous charme, nous ensorcelle. Il nous rend serpent hypnotisé (bon j’exagère un peu, mais voyez là un lien astucieux avec le titre de son album). Une sorte de force tranquille, de puissance intrinsèque, déborde de ces titres. Ce disque est puissant et magistral. Son meilleur depuis longtemps.

Au matin du 20 février dernier, je me suis rendu à sa rencontre dans un bar parisien pour évoquer cet album… et un peu plus.

a.JPGInterview :

Je trouve ce disque plus grave et profond qu’à l’accoutumée. Votre collaboration avec Marcel Kanche n’y est pas pour rien.

C’est quelqu’un qui aime bien se promener avec son chien dans la nature. C’est quelqu’un qui fuit le tumulte de la ville. C’est un type simple qui fait les choses simplement et avec une redoutable efficacité. Il est capable d’employer et de me faire chanter le mot « hérisson » dans une chanson. C’est une prouesse pour un auteur d’utiliser le mot « hérisson » pour désigner une victime et son bourreau.

Son écriture a-t-elle modifié la vôtre ?

Oui, c’est affreux. Marcel a atteint un certain niveau d’épuration proche de la perfection. Il arrive a condenser un sentiment très fort avec deux phrases, ce que la langue anglaise permet de faire aisément. La langue française est trop ardue pour céder à cette facilité-là. Quand il m’envoyait certains textes, je regardais les miens et je trouvais qu’ils avaient beaucoup trop de mots. J’ai essayé d’épurer comme lui, au maximum. Parfois ça marchait un peu, parfois c’était difficile. Moi, quand j’écris ça vient rapidement dans un premier jet, du coup la remise en question n’est pas évidente.

Vous qui êtes aussi auteur, entrez-vous facilement dans les mots des autres ?

Avec toutes ces années, je me suis rendu compte qu’il y avait un travail même avec ses propres textes. Quand on écrit un texte soit même, comme on se dit que c’est proche de soi, on n’a pas besoin de l’interpréter. C’est une erreur. Il faut aussi avoir de la distance avec ce que l’on écrit. Il faut forger une sorte de visualisation qui nous implique émotionnellement. Je travaille selon la méthode Stanislavski. Je me crée des images, j’essaie de les rattacher à mon vécu et c’est comme ça que je choisis les textes. Pour moi, ce n’est pas la personne qui écrit le texte qui est important, ce qui est important, c’est mon degré d’implication dans ce que me propose la personne. Pour moi le texte est un cadre.

Vous avez presque tout assumé dans cet album. Vous n’êtes plus dans une major, ça change tout ?

On est face à ses propres choix. On ne peut pas s’en remettre à quelqu’un qui serait de la maison de disque, qui accompagnerait, qui dirait que c’est tel ou tel mix qu’il faut prendre. C’est donc un choix d’être le seul décideur et le seul juge de son travail. Ce n’est pas facile à faire. On n’a pas toujours le recul nécessaire, c’est aussi pour ça que j’ai pris du temps pour enregistrer cet album. Je voulais être convaincu de mes choix. Il m’est arrivé quand j’étais chez Universal, d’avoir la sensation que mon disque sortait sans avoir été au bout du processus créatif.

Vous n’avez jamais été homme à compromis, il me semble. Ni aujourd’hui, ni hier.aa.JPG

Quelquefois, mes albums m’ont emmené dans des sphères où on perd un peu pied avec la réalité. C’est peut-être ça, ne pas se compromettre, c’est accepter de perdre pied avec la réalité. Quand je fais des compromis artistiques, ça ne marche pas bien. Je ne dis pas que je n’ai pas fait une ou deux chansons pour passer à la radio. Sachant que je suis guitariste, que j’aime bien jouer avec un son un peu bluesy, avec de la distorsion parfois, j’ai du refaire des intros avec trop de guitares pour qu’une chanson soit diffusée. Finalement, ça enlevait l’essence du morceau et la chanson ne passait que deux ou trois fois, après on la zappait.

Le public et les médias vous aiment bien, en avez-vous conscience ?

Oui, je le ressens comme ça. Depuis l’époque de « Cargo », j’ai pris conscience que l’hyper succès n’était pas quelque chose que je désirais parce que c’est trop envahissant. J’ai suivi une route différente à ce moment-là et les gens ont apprécié cette décision. Je crois.

Vous chantez dans cet album avec une voix plus grave que d’habitude.

 Je crois que c’est la clope qui fait ça. À part ça, c’était quand même un peu conscient de ma part. J’ai beaucoup joué avec des amplis surpuissants et on s’habitue à chanter beaucoup plus aigu que sa propre voix pour passer au-dessus de la fréquence des amplis. Ces derniers temps, sur scène, j’avais plus de plaisir à jouer de la guitare qu’à chanter. Avant de commencer cet album, j’ai réécouté les lives qu’on avait enregistrés et je me suis dit qu’il fallait que je me calme. C’était trop trop. Pas besoin de faire AC/DC tous les soirs surtout avec les textes de Marcel. Être tout le temps dans l’énergie peut tuer l’émotion d’un texte. J’ai voulu travailler dans la descente en soi. J’ai cherché le calme et le côté posé dans la voix.

 

Vous sentez-vous apaisé aujourd’hui ?

(Long silence). Je suis un peu un angoissé quand même. J’ai un côté hypocondriaque. J’ai toujours très peur de la mort, donc je ne suis jamais totalement apaisé. Mais je vais bien. Je suis heureux, j’aime ce que je fais, j’aime cette vie, même si elle n’est pas facile tous les jours. Ce n’est pas évident de n’avoir aucune perspective sur le lendemain.

L’instabilité de ce métier vous fait peur ?

On ne sait pas ce qu’on va gagner dans la musique. On ne sait pas comment on va vivre à court terme. Il y a des moments où je me demande comment je vais faire dans 3 mois parce qu’on a plus rien de prévu. Au moment où je me demande si je vais vendre des guitares, des propositions arrivent, des choses se passent et tout à coup, ça redémarre. Non, cette vie n’est pas simple. Je suis toujours dans l’instant avec très peu de projections sur le futur.

Quand vous faites des concerts, le public est très demandeur de vos succès passés. C’est quelque chose que vous vivez bien ?

Oui. Une chanson comme « Éteins la lumière », c’est facile pour moi de la reprendre. J’ai l’impression d’avoir 15 ans à nouveau quand je la rejoue. Je suis dans un local, j’ai envie de monter un groupe de rock et je m’éclate. Il y a un côté un peu cliché, mais c’est un cliché agréable. Je viens de là. Ce sont les Led Zepellin, les Stones, les Who qui m’ont donné envie de faire de la musique. Après, pour « Cargo », c’est un peu plus compliqué parce que c’est un titre qui ne correspond pas à ce que j’appelle le « line-up » de ce que l’on fait. Le morceau est tellement exigeant au niveau du son et il y a une telle pression pour le refaire bien que du coup, il faut accepter de revenir dans les années 80. C’est le seul morceau qu’on refait presque à l’identique. Je dis bien presque… parce que je suis incapable de refaire la même chose à chaque fois.

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Ci-dessus, avec Axel Bauer le 20 février 2013, à l'issue de l'interview... et ci dessous, le 27 novembre 1987. Le temps passe, quoi!

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Enfin, pour finir, petit rappel : Axel Bauer à publié l'année dernière une autobiographie passionnante, Maintenant tu es seul... que je vous conseille de lire.

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30 mars 2013

Prohom : interview pour Un monde pour soi

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(Photo Lynn SK)

Le Lyonnais (comme moi) Philippe Prohom est un artiste aux multiples talents : auteur, compositeur, interprète, comédien, clown, intervenant scénique…

prohom-un-monde-pour-soi.jpgRevenons en quelques mots sur son déjà important parcours. Après avoir sorti deux albums chez Polydor, Prohom (2002) et Peu importe (2004), qui ont reçu un bon accueil tant du public que de la presse, Prohom a conquis la France à travers une tournée de 650 dates  accompagné par 3 musiciens. Ensuite, par souci d’indépendance, il signe justement chez un producteur indépendant un 3e album, Allers retours.

Aujourd’hui, avec un nouvel album, Un monde pour soi, il revient en force avec 12 titres electro Rock d’excellentes factures. Il y chante le processus créatif, la mort, l’amour, mais toujours avec une émotion palpable à chaque instant. Un Monde pour soi est un album sombre et dense, qui se découvre un peu plus à chaque écoute. Il me semblait important de le rencontrer. Ainsi fut fait le 28 février dernier, à l’agence. (Merci à Stéphane Cabane !)

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(Photo : Lynn SK)

DSC06724.JPGInterview:

Faut-il diversifier sa musique, sa façon de concevoir ses textes, tenter d’autres expériences, au risque de "troubler" son public. Là, je fais référence à ton précédent disque Allers retours.

La méthode de travail n’a pas tellement changé. Aujourd’hui je vois la différence d’un album à un autre, notamment dans ce 3e  dont tu me parles. C’est plus au niveau des textes et de la thématique, mais dans la méthode de travail  c’est toujours 3 cordes de guitare, des synthés, des machines… Dans le 3e, je chantais des choses plus légères. J’entends bien que cet album ressemble plus au son du premier, je le vois, mais ce n’est pas une vraie volonté.

Il n’y a rien de réfléchi dans ton travail, c’est plus de l’instinctif ?

Chez moi beaucoup. Surtout sur Un monde pour soi où je me suis vraiment laissé guider par l’évidence. J’avais 30 titres, j’ai pris ceux qui me semblaient importants pour moi, à ce moment-là, de défendre. Je vais te dire la vérité, quand je me suis retrouvé sur scène avec les chansons de mon 3e album, je me suis vite ennuyé.

Ah oui ? C’est emmerdant.

C’est même très emmerdant. Et c’est là que je me suis dit que je n’étais pas fait pour chanter l’Entertainment, pour chanter des trucs légers. Ça ne me nourrit pas assez. Mes nouvelles chansons, elles, me nourrissent.

Dans ce que tu racontes dans tes chansons, tout est essentiel, rien n’est anodin.

Je conçois très bien la chanson Entertainment, qui est là pour distraire. Ça ne m’embête pas du tout, mais ça ne me concerne pas. Je n’ai que 4 albums, c’est important pour moi de laisser une trace, quel que soit le succès de cette trace et le nombre de gens qu’elle touche… c’est ma trace personnelle. Je pense à mon enfant, à ma fierté d’être humain sur mon lit de mort, je veux laisser une trace qui est touchante et importante pour moi et les miens.

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(Photo : Lynn SK)

L’écriture est un exutoire pour toi ?

Oui, depuis très très jeune, je ressens quelque chose de fort, j’ai besoin de le coucher sur du papier. Je ne suis pas un auteur qui se pose dans le but d’écrire sur un sujet déterminé. Si je n’ai rien à dire, je n’écris rien. Je ne veux qu’écrire ce qui est important pour moi.

Dans « L’encre au bout des doigts », tu racontes un peu que l’écriture t’a sauvé.

L’écriture m’a permis d’être plus calme. Les premiers textes que j’ai écrits, à 13 ans, c’était des réactions à la société que je ne comprenais pas. Je me suis rendu compte qu’à la fin de la page, je me sentais mieux. Ca ma permis de prendre beaucoup de recul sur les choses. Quand tu écris, tu comprends mieux, tu as un autre regard, comme si tu changeais l’angle de ta caméra, tu n’es plus dans le viscéral. C’est une thérapie, finalement.

Dans « Comment lutter ? », tu réfléchis sur la lutte, l’engagement, le combat pour honorer ses propres valeurs.

Là encore, c’est une question que je me suis beaucoup posée étant jeune. Je m’étais destiné à une carrière de terroriste écologique, quand je suis sorti de l’armée.

376602_442746819102947_640133886_n.jpgTu es au premier degré, là ?

Oui. Absolument. J’avais la volonté de faire sauter des bulldozers. Et puis non, évidemment. « Comment lutter ? », c’est un constat d’échec dans lequel tu te dis qu’on est écrasé par le poids de ce monde qui marche sur la tête. Tu te demandes ce que tu peux faire. Cet album raconte un peu ça. Quand les gens mettent l’album en boucle, ils mettent « Un monde pour soi », puis « Comment lutter ? ». Si la solution était de se créer un monde autour de soi ? Si on faisait on sorte déjà qu’autour de soi, ce soit bienveillant et le plus rempli d’amour et d’humanité possible ? Que peut-on faire d’autre ? En tout cas, l’art est une façon de rassembler les gens.

Dans « Un monde pour soi », tu parles de ta relation avec le public, mais pas uniquement, si l’on gratte un peu plus.

Oui, je dis qu’il y a du sens à tous nos actes, il y a du sens à toutes les galères que l’on peut vivre dans nos vies. Plus généralement, cet album raconte une période difficile de ma vie, mais qui m’a énormément servi. Je préfère être l’homme que je suis aujourd’hui que celui que j’étais il y a 5 ans sans toutes ses galères et sans toute cette période un peu sombre.

C’est un album de questionnements. Il est profond et intime. Dans « A quoi me fier ? », tu expliques que tu te sens perdu dans le monde et perdu même à l’intérieur de toi. 

Oui, c’est terrible. J’ai perdu beaucoup de repères et quelques certitudes avec mes aventures de ces 5 dernières années.

Tu as dit dans « CD’aujourd’hui », à ma consœur Marion Combecave,  que c’est l’album qui explique le deuil des attentes.

Souvent, dans une relation amoureuse, on idéalise la personne en face, mais on est très souvent amoureux de ce qu’on aimerait qu’elle soit. On croit aimer la personne, alors qu’on aime la « person perfect », or, personne n’est parfait. Plus tu montes dans l’idéalisation, plus quand tu t’aperçois que ce n’est pas ça, de plus haut tu tombes. Je crois que toute la vie est comme ça. J’ai lu le livre « Les quatre accords toltèques », dans ces 4 accords, il y a l’idée de ne pas faire de projection. On est tout le temps dans un monde d’attentes et de frustrations.  On cout après plein de choses et la vie réelle nous échappe. On est toujours dans le plus loin, on est toujours à se faire du souci pour plus tard et on oublie de vivre ce présent-là.

Tu te sens comment aujourd’hui ? Notamment par rapport à ce disque ?

À cette époque, là, au moment où nous faisons cette interview, je suis content de cet album. Tout ce qui arrive en plus, c’est du bonus. Je n’ai besoin de personne pour me dire que cet album est bien ou n’est pas bien. Je le considère à sa juste valeur. J’espère évidemment qu’il sera bien accueilli et que les gens l’écouteront, mais si demain, j’ai une mauvaise critique et qu’un mec dit « il est tout pourri ton album », ça glissera sur moi. Toutes mes récentes épreuves de vie font que je suis détaché de tout ça.

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Au-delà du fait que ton précédent album a moyennement marché, es-tu un artiste dans le doute perpétuel ?

Pas beaucoup.

Tu es sûr de toi, alors ?

Non, pas du tout sûr de moi. C’est une histoire d’âge. Je ne suis plus tout jeune et je sais qui je suis, ce que je veux faire. Je suis conscient de mes qualités et mes défauts. Je ne suis pas Katy Perry. Mon album est sombre, il raconte des choses impliquantes et je sais bien que la majorité des gens ont envie de se marrer. Chacun à sa place et moi, je suis très bien à ma place.

Tu l’as dit, ton album est très sombre, voire désabusé… Ah ! Je viens de voir une réaction sur ton visage, quand j’ai dit "désabusé"…

Parce que je ne le trouve pas désabusé. Mes nouvelles chansons sont toutes pleines d’espoir. Je dis qu’il ne fait pas s’inquiéter, qu’il y a un sens à tout.

"JE VOUDRAIS QUE TU SOIS MORTE" - PROHOM - Clip officiel. from philippe on Vimeo.

Ta chanson, « Je voudrais que tu sois morte », a-t-elle été prise parfois au premier degré ?

Non, la majorité des gens ont compris que c’était une belle histoire d’amour, mais l’histoire d’une souffrance.  Le clip n’a pas été censuré par Facebook, ni par YouTube, donc, on a été compris.

As-tu l’impression d’être un artiste compris ?

Oui, compris de ceux qui me comprennent. Les gens qui m’ont apprécié depuis le premier album ne m’ont pas beaucoup lâché, j’en suis très satisfait. En tout cas, cet album en particulier semble tout à fait compris par ceux qui l’ont écouté. Dès le départ, ça s’est senti. Tout est très clair et j’en suis super ravi.

Te sens-tu un artiste « engagé », terme souvent détesté des artistes qui le sont ?

Indigné et désespéré par la connerie humaine, oui, depuis longtemps. Je ne comprends pas le monde, je ne comprends pas les gens qui vont dans le sens de la marche. Moi, je me sens bien dans la marge.

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Ton engagement, il se trouve dans les messages que tu livres dans tes chansons.

Mon message est simple : soyons passionnés par l’être humain, soyons passionnés par l’art… mon disque est un engagement quand je dis : créez-vous votre monde, soyez cools avec les gens autour de vous, essayer d’être moins con, développez vos qualités d’être humain, essayez d’être le meilleur possible. Je me mets dans le lot, évidemment.

Je déteste les chansons démagogiques ou moralisatrices. Il n’y en a pas dans cet album et je t’en remercie. 

Tu sais, je pourrais chanter « la guerre, c’est pas bien et l’amour, c’est vachement bien », dans tous mes albums (rires). Là aussi je suis premier degré, ce sont des choses qu'on ne chantera jamais assez.

Avant de te rencontrer, j’avais l’image de toi d’un type qui n’aimait pas trop parler de son travail et qui cultivait le mystère.

J’ai un défaut d’image. On me prend toujours pour un mec ténébreux. C’est un souci que j’essaie de corriger pour cet album. Tous les gens que je rencontre me disent que je suis plus cool qu’il n’y paraît. Et sur scène, on se fend la gueule entre les titres, je t’assure.

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