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16 juillet 2013

Elodie Frégé : interview pour Amuse-bouches

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(Photo: André Rau)

Élodie Frégé est la chanteuse française la plus glamour d’entre toutes. Une des plus belles voix aussi. Cela fait un moment que je regrette qu’elle ne chante plus qu’en retenue et qu’elle n’exploite pas ses possibilités vocales plus intensément.

J’aime bien humainement cette femme fragile, peu à l’aise devant un micro (même si de rencontre en rencontre, je trouve qu’elle parvient à se détendre et à dire des choses) et surtout très sympathique.

(Voir ma précédente mandorisation en 2010. Et ma première en 2006).

Si je ne suis pas fan de ses productions discographiques (hormis peut-être « La fille de l’après-midi », son précédent album) je m’évertue à croire qu’un jour sortira l’album qu’elle mérite et qui la fera enfin reconnaître à sa juste mesure.

Avant de vous proposer l’interview d’Élodie Frégé (qui s’est tenu au Platine Hôtel, lieu rendant hommage à Marylin Monroe, le 12 juin dernier), voilà ce que j’en ai dit dans Le magazine des loisirs culturels Auchan. Une chronique polie.

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BOalqrXCQAAaPFx.jpg large.jpgInterview :

Vous avez chanté avec des musiciens latinos pour cet album. Travailler avec une chanteuse française qu’ils ne connaissaient pas, ça leur a plu ?

Ils étaient ravis. Ça les changeait de leur quotidien. Ils nous ont apporté beaucoup parce qu’ils ont vraiment un son à eux. C’était super intéressant pour tout le monde, finalement. En plus, ce sont des personnes qui ne se prennent pas du tout la tête. Il n’y avait pas de problème d’ego. En plus, ils étaient contents de retravailler pour Marc avec qui il avait déjà tourné pour la tournée de Nouvelle Vague aux États-Unis.

Ces musiciens ont tendance à improviser plus que nécessaire, vous avez su les gérer pour qu’ils ne sortent pas trop de vos sentiers balisés ?

Moi, je crois plutôt que c’est comme ça que l’on fait de la musique. J’aime les musiciens qui partent en free-style. Il faut juste parfois les canaliser un peu, mais ils sont très bons… grâce à leur façon de faire intuitive, ça sonne « live » et c’est ce que l’on souhaitait.

Le genre musical de ce quatrième album est un mélange de samba, cha-cha, mambo… oserais-je dire des rythmes un peu désuets. Charmants en tout cas.

Les arrangements sont très modernes et c’est le génie de Marc Colin. Moi, je voulais revenir plus intensément à cette musique-là parce que j’avais pris beaucoup de plaisir à chanter « Je te dis non », une bossa-nova qui figurait sur mon premier album et que Catherine Breillat avait d’ailleurs mise en image. Ensuite, avec Benjamin Biolay, on avait un peu abordé ces thèmes, mais c’était un peu moins chaloupé bien que pur et live. Pur et live, c’est ce que l’on retrouve dans Amuse Bouches.

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(Photo: André Rau)

Pourquoi un album quasi entièrement bossa nova ?

Je l’ai ressenti ainsi. C’est dans ce but que j’ai choisi Marc Colin. Il excelle en la matière avec Nouvelle Vague. Moi, je n’avais pas envie de chanter comme une damnée, en hurlant et en faisant des prouesses techniques. Pour ce disque, il a fallu chanter plus dans la retenue, avec beaucoup de nuance puisque j’ai privilégié la sensualité.

En entendant une chanson comme « Garce carbonique », je me suis fait la réflexion que c’était des chansons extrêmement difficiles à chanter.

Cette chanson-là, on l’a un peu improvisé à Miami. J’ai écrit un texte à partir de ce très mauvais jeu de mots (rires). « Garce carbonique » raconte l’histoire d’une fille qui asphyxie un peu ses proies, une sorte de mante religieuse. Les personnages de cet album sont moins victimes que ceux qui figurent sur mes albums précédents.

Vous êtes plus cash qu’avant…

Depuis des années que j’écris mes textes, j’avoue que j’ai toujours été un peu trop littéraire. J’utilisais beaucoup de métaphores, d’assonances, de litotes… Aujourd’hui, ça y est ! C’est bon ! Je crois que j’ai montré des choses en tant qu’auteure. J’ai peut-être voulu trop le prouver dans l’album La fille de l’après-midi. J’étais très égoïste sur ce disque. J’ai écrit pour moi, pour le plaisir d’écrire, du coup j’ai touché moins de monde et, en tout cas, pas le même public. Par contre les critiques étaient très bonnes. Bref, du coup, délestée de cette charge de prouver que l’on vaut quelque chose après être passée dans une émission de TF1, finalement, on revient aux choses essentielles. On fait moins de détours. J’ai remarqué qu’en vieillissant, ce n’est pas que j’ai moins de pudeur, mais j’ai moins de mal à exprimer des choses de femmes. Je ne suis plus une adolescente. Je ne peux plus raconter des histoires de jeunes filles qui cherchent l’amour, mal aimées, mal baisées.

Dans ce nouveau disque, il reste quand même un peu de l’ancienne Élodie Frégé… un fond mélancolique.

Parce que c’est comme ça que je suis. En tant qu’artiste, il faut que je sois nourrie de choses diverses et variées, mais l’ayant beaucoup exprimée sur le précédent disque, là j’ai pu me lâcher un peu plus dans l’humour, l’auto dérision et le jeu. Moi, j’aime les choses de la vie. Les choses que l’on peut savourer. Les gens ne connaissent pas cette facette de ma personnalité et pouvoir l’exprimer artistiquement, sans parler de ma vie privée, c’était assez jouissif en fait. Pour être tout à fait sincère, je ne pensais pas pouvoir me renouveler, je n’avais même pas beaucoup d’idées de chansons tellement j’avais tout donné pour La fille de l’après-midi. Je m’étais investi tellement dans tout… et finalement, ça m’allège d’un poids et je me retrouve dans ce nouveau disque avec quelque chose de plus simple et épuré.

Dans Amuse Bouches, on sent une forme de sérénité.

Pendant l’enregistrement, en tout cas, grâce à Marc Colin, j’étais assez sereine.  Il est calme et rassurant. C’est important pour une artiste comme moi. Il dédramatise tout et on a jamais peur avec lui. Moi qui dramatise tout, c’était très bien que je me retrouve avec lui. Ça a contrebalancé. 

Clip de "Comment t'appelles-tu ce matin".

Dans vos nouvelles chansons, j’ai trouvé que les femmes que vous interprétiez, les soumises,  étaient devenues dominatrices… notamment dans le premier single « Comment t’appelles-tu ce matin ? ».

C’est vous qui ressentez les choses comme ça, et c’est tant mieux parce que je veux que chacun lise mes chansons comme il le souhaite. Je voulais mettre en avant ces histoires que l’on raconte sur les femmes qui se réveillent en ne sachant pas le prénom de la personne qui est dans leur lit. Je voulais déculpabiliser ça, parce que ce n’est pas grave. Bon, je précise, je ne parle jamais de ma vie privée et ce personnage n’est pas du tout moi. Par contre, on se rejoint dans le fait de chercher un amour, de donner sa chance à des personnes avec qui ça ne marche pas. Ça arrive à tout le monde. La fille de « Comment t’appelles-tu ce matin ? » est quelqu’un de seul. Est-ce que ce n’est pas à elle qu’elle se pose la question ? Je ne sais pas.

Elle n’est donc pas une dominatrice ?

Elle peut être tout et n’importe quoi, selon la personne avec laquelle elle s’est couchée la veille. C’est surtout une femme perdue qui ne sait plus qui elle est.

Les titres de vos chansons sont très « charnels » : « Ma bouche, tes yeux », « Ma langue au chat »… ce n’est pas un hasard, je présume.

C’est très « corps », charnel, les cinq sens… c’est très sensuel. Même dans la façon de chanter. Je me suis amusée à interpréter ces textes de manière sensuelle, comme si je jouais un personnage. Cela dit, ça fait partie de moi. La chanson « La ceinture » qui date de 2006, je l’avais aussi interprété de façon sensuelle. Dans cet album, de par les textes, l’émotion est sensuelle tout de suite.

Il y a une reprise de Gainsbourg : « La fille qui fait tchic ti tchic ».

C’est encore Marc Colin qui m’a fait découvrir cette reprise. Gainsbourg l’a écrite pour Michèle Mercier.

Michèle Mercier chante "La fille qui tchic ti tchic".

« Dans l’escalier » fait un peu roman noir…

On s’est clairement inspiré des films à la Hitchcock. J’imaginais cette fille tirée à 4 épingles avec un regard gourmand sur un homme qu’elle voit monter devant elle et dont elle admire le fessier. On ne sait pas si elle a envie de lui ou s’il y a autre chose... bon, à la fin, elle le tue, un peu comme ces insectes qui tuent leur partenaire après avoir fait l’amour avec eux.

Il y a aussi « Ta maladie ». Là, vous êtes le venin d’un homme.

Un jour, j’ai commencé à imaginer une chanson et je l’ai tout de suite appelé « Ta maladie ». En général, d’ailleurs, je commence toujours par le titre. C’est déclencheur du reste. Le titre va me parler. Bref, j’ai remarqué que généralement, une femme, il faut qu’elle soit une mère ou une infirmière pour un homme. Ou une putain. Souvent, on est l’infirmière. Souvent, l’homme sort d’un chagrin d’amour. J’ai remarqué ce truc. Il faut qu’on prenne soin d’un homme quoi. Ou d’une femme, ça dépend (sourire). Ce truc de l’infirmière, je trouve ça un peu humiliant. Il y a un moment, on a envie d’avoir un autre rôle. Plutôt que d’être l’infirmière, donc le remède, je me suis dit que c’était très intéressant de devenir une espèce de venin, de peste. Une peste noire qui rentre dans les veines d’un homme et qui lui fout la fièvre, qui le cloue au lit. Le champ lexical de la maladie, il n’est pas loin de celui du coït (rires). Le mec se retrouve au lit, il a de la fièvre, il a chaud, il n’arrive plus à respirer. Voilà, du coup, je me suis amusée avec ça. J’ai voulu contaminer le cœur et le corps d’un homme. Je suis terrible, hein ?

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(Photo : André Rau)

Vous avez joué dans Potiche de François Ozon, film dans lequel, vous jouiez le même rôle que Catherine Deneuve, mais jeune. On est ici dans un hôtel dont la thématique est Marylin Monroe…  ces femmes vous évoquent quoi ?

Elles ont une ambivalence qui en fait des icônes. Elles étaient plutôt cérébrales avec une beauté particulière. Elles étaient des femmes qui faisaient rêver.  C’était aussi des femmes drôles que j’imagine fragiles et perdues… souvent on les catalogue dans les femmes fatales.

Vous avez un côté comme ça.

C’est possible. Souvent, quand je fais une prestation à la télévision, la seule chose qu’on me dit, c’est : « Tu étais très belle ». Moi, je trouve que c’est une insulte. Je veux toujours être très belle, parce que ça me met à l’aise avec moi-même quand je vais chanter. Mais quand on me fait cette réflexion, je me dis qu’on ne m’a pas écouté, on m’a juste regardé. Pourtant, je joue avec ça parce que je ne vois pas pourquoi je m’empêcherais d’être bien dans ma peau, de me sentir femme, belle et désirable sous prétexte que les gens ne voient que ça.

C’est paradoxal comme comportement ?

Je suis très paradoxale. Je suis à la fois une fille qui n’a pas du tout confiance en elle, mais qui pourtant se jette dans la gueule du loup pour aller chanter des chansons face à un public. Je n’ai pas confiance en moi, je pense. Je doute en permanence parce que c’est le propre d’un artiste. Bon, je ne veux pas parler de ma vie privée, mais quand on est artiste, on écrit des choses, il faut bien que ça sorte de quelque part. Si j’avais juste une enveloppe corporelle plutôt glamour, ça ne marcherait pas. Il faut bien que sous l’enveloppe il y ait quelque chose.

Vous vous retrouvez chez ce genre de femmes là ? Les Deneuve ou Marylin...

Je me retrouve dans celles qui ont eu longtemps un complexe d’infériorité à un moment, un manque d’affection et un manque de sécurité en fait. Pour moi, le corps est un laissez-passer. Un passeport pour l’affection et un passeport pour qu’on nous écoute. Je sais, c’est terrible de dire ça.

Mais, vous savez que vous avez plein de qualités.

Vous avez raison, je ne veux pas m’affliger, mais effectivement, j’ai besoin d’être rassurée en permanence. Le fait de passer par une enveloppe corporelle très féminine et glamour est rassurant. Je le répète, ça ne veut pas dire qu’à l’intérieur, il n’y a rien.

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14 juillet 2013

Laurent Montagne : interview pour A quoi jouons-nous?

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(Photo : Tanguy Soulairol)

L’ancien chanteur du groupe Les Acrobates poursuit sa route avec un troisième album solo, A quoi jouons-nous?.Des textes intenses, d’une émotion rare, réchauffés par des envolées pop et assurément rock. Ça frissonne, ça bouillonne, ça détonne ! Son album m’ayant beaucoup plu, le très sympathique et réservé Laurent Montagne est venu me rendre visite à l’agence le 10 juin dernier… et il s’est confié comme rarement.

Biographie officielle (mais retouchée et raccourcie, comme d’habitude. Je ne respecte jamais rien. Honte à moi.) :

Une énergie flamboyante, des textes ciselés comme de purs diamants, une voie aérienne se promenant d’octave en octave, revoilà l’ancien chanteur des Acrobates. Un panache scénique détonnant, accompagné par un trio plein de spontanéité et résolument rock.

Du son et du sens, des mélodies hypnotiques pour des chansons bouillonnantes et débordantes de poésie.

laurent montagne,à quoi jouons-nous,interview,mandor,coup de coeur charles cros 2013Épaulé notamment par Pierre-Yves Serre (Mes Anjes Noires). Laurent Montagne poursuit sa route en format A4 avec un nouvel album « A quoi jouons-nous ? », mixé au studio Recall (Noir Désir : Des Visages Des Figures). Diatribes rock, envolées pop alternent avec des morceaux intimes et autres moments vécus épousés par la fragilité de la voix de Laurent.

Repéré en 2007 par Le Chantier des Francofolies, Laurent sillonne depuis les routes, Francofolies de La Rochelle, Alors chante, Pause Guitare, Printival, Café de la Danse... Il a fait notamment les 1ères parties de Gaetan Roussel, Emily Loizeau, Mathieu Boogaerts, Thomas Fersen... Il a également participé aux « Chroniques lycéennes » de l’Académie Charles Cros en 2009 et reçu le coup de cœur de cette même Académie avec le groupe Les Acrobates pour leur dernier album La Belle Histoire.

En parallèle et avec la même équipe, Il a également créé à partir de ses chansons un spectacle solo jeune public produit par Les Jeunesses Musicales de France et Les Francofolies.

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Interview :

Être chanteur en langue française n’implique pas nécessairement qu’on aime la chanson française. Toi tu apprécies ?

Je suis venu à la musique par le rock et la pop. J’écoutais les Smith, les Pixies… des groupes comme ça. Je faisais mes études sur Lyon et à cette époque, il y avait beaucoup de musique punk, mais surtout de musique Indus. C’était un peu sauvage ce que j’écoutais (rires). Mon intérêt pour la chanson française est venu un peu plus tard.

Tu as commencé très tard la musique.

Je suis allé en fac faire des maths et au bout de deux ans de fac, j’ai rencontré des gens qui faisaient de la musique. Je me suis mis à chanter dans les soirées étudiantes et j’ai compris à ce moment-là qu’il y avait un truc. Les gens étaient intéressés par ce que je jouais et je me sentais hyper à l’aise. Dans la vie de tous les jours, je suis quelqu’un de réservé. J’aime bien la solitude. Et là, en chantant, j’ai trouvé mon truc. Il y a eu un deuxième temps où est venue l’écriture et ensuite le temps de la lecture, puis le temps de l’écoute de la chanson française… j’ai tout fait progressivement, mais intensément.

Il y a quand même un chanteur que tu suivais depuis longtemps, c’est Jacques Brel.

Oui, je l’écoute depuis que je suis enfant. Après, je me suis mis à écouter Ferré, Barbara… et d’autres qui savaient interpréter et écrire.

Ta passion à toi, c’est le chant.

Oui, c’est vraiment quelque chose que j’ai toujours aimé et que j’aime toujours. Ensuite, c’est l’écriture. C’est marrant parce que c’est deux temps très différents dans la chanson. Le temps de l’écriture, c’est le temps de la solitude. J’aime bien parce que je peux prendre mon temps. Je réécris énormément. Et il y a le temps de l’immédiateté qui est le temps où tu chantes devant les gens. Le rapport direct aux gens me fascine et m’intéresse… j’ai senti que pour moi, ce moyen-là était le meilleur pour que je puisse m’exprimer.

Les Acrobates. Clip de "Schizophrène" (2007)

Il y a eu un moment dans ta carrière musicale assez important, c’était ton aventure avec Les Acrobates. Un duo de chansons « AcoustiDynamicoRock » créé en 1998.

On finissait nos études avec Cyril Douay. On se demandait ce qu’on allait faire à présent. On ne vivait presque de rien, on a décidé de faire de la musique ensemble et d’enregistrer un disque. Cyril était plus dans la musique et les arrangements. C’est quelqu’un qui bidouillait énormément. Aujourd’hui, il a un projet qui s’appelle The Chase et qui tourne pas mal. On a quand même fait 3 albums ensemble. À l’époque c’était assez facile. On enregistrait et mixait un disque en un jour, ce qui peut paraître aujourd’hui incroyable. On a été pris par Pias pour la distribution, ensuite, en licence. On a mis le pied dans l’étrier et puis c’était parti… on a fait plein de concerts, on a été repéré par les Francofolies… et puis moi, au bout de 7 ans, j’ai ressenti le besoin de vivre ma passion de m’exprimer dans les chansons à 100%. J’ai eu besoin d’être tout seul face à mon texte. Je suis reparti en solo.

Pendant 6 ans, tu es parti sur les routes, seul avec ta guitare…

Oui. J’ai commencé par faire « le chantier des Francofolies » et en même temps, je venais d’être papa. Mon univers était donc teinté d’enfance, même si ce n’était pas des chansons destinées aux enfants. Mais les Francos m’ont proposé de faire, à partir de mes chansons, un spectacle pour jeune public qui a été repris par les Jeunesses musicales de France. J’ai énormément tourné avec ce spectacle.

À la fin, tu n’en pouvais plus d’être seul…

J’ai fait un dernier spectacle où il n’y avait que des Laurent Montaigne sur scène. En vidéo, je chantais avec moi-même. Là, j’avais fait le tour de ma mégalomanie, c’était bon… 

Tu as eu envie de continuer, mais de nouveau avec des musiciens.

Il s’avérait que mon cousin Pierre-Yves Serre ressortait d’un projet avec un groupe qui s’appelait Mes Anjes Noires, qui a d’ailleurs beaucoup tourné. Il a eu envie d’arrêter avec ce groupe. C’est quelqu’un qui fait de la musique depuis l’âge de 5 ans, qui a fait le conservatoire… on a donc travaillé ensemble. Il m’a apporté ses arrangements et quelques compositions. Il m’a dit que faire du rock avec une guitare sèche était assez limité.  C’est lui qui m’a incité à tenter l’aventure avec un batteur et un bassiste.

Le clip de "Coloscopie d'un président" (2013)

« Coloscopie d’un président » est dans la mouvance de ce que faisait Noir Désir !

Noir Désir reste dans mes influences. Ils sont les premiers a avoir chanté des paroles intelligentes sur de la musique rock en France. J’ai aussi beaucoup de respect pour Dominique A (mandorisés ici). Lui, plus sur la musique pop. On ne peut pas chanter en Français en ayant les mêmes airs de chant qu’en Anglais. Dominique A, lui, y parvient. Sur mon nouvel album, je me suis forcé à faire des morceaux qui sont plus des ballades et qui tentent de réussir ce que réussit Dominique A.

Tu lui rends hommage d’ailleurs, en interprétant un de ses titres, « Le courage des oiseaux » dans ton nouvel album.

Il m’a ouvert une voie dans l’écriture en langue française. Par rapport à lui, je pense que j’ai un côté plus populaire, plus accessible. Lui, il poursuit sa route, parfois de manière expérimentale. Il est impressionnant.

Reprise Live du "Courage des Oiseaux" de Dominique A enregistrée à La Presqu'île à Annonay (2013).

Que penses-tu de la variété française ?

Ce que je n’aime pas dans la variété, c’est le fait d’aller dans la facilité pour vouloir trop plaire aux gens. Par contre, le côté chanson populaire, je viens de ce milieu-là. Mes chansons, pour la plupart, peuvent être écoutées par tout le monde. Mes chansons, c’est moi.

Ton album n’est pas un album de variété, mais il est très varié. Même ta façon de chanter n’est pas la même d’une chanson à l’autre.

En France, on aime bien reconnaître tout de suite la fin d’un chanteur. Moi, j’ai une tessiture très large. Quand je chante, j’ai une voix de haute-contre et une voix un peu grave quand je parle. J’en joue pas mal.

À chaque chanson, te demandes-tu avec quelle voix tu vas l’interpréter ?

Non, ça vient tout seul. Comme je suis autodidacte, parfois, quand je crée une chanson, je peux avoir un petit mimétisme par rapport à des gens que j’ai pu écouter. Que ce soit Noir Désir ou Dominique A. Donc, je fais extrêmement gaffe. J’arrête tout de suite si je décèle une similitude vocale.

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(Photo : Raphael Métral)

Ça fait 15 ans que tu chantes. Trouves-tu que le succès tarde un peu à venir ?

Non, je prends mon temps et ça me convient bien.  Je suis un solitaire, je pourrais vivre dans une grotte, je n’ai pas de réseau… ça n’aide pas à avancer rapidement dans le chemin de la notoriété. Ce n’est pas dans ma manière d’être,  je n’ai pas envie de me forcer là-dessus. Par contre, je suis un solitaire qui aime bien les rencontres. Quand je fais un concert, après ma prestation, je vais voir les gens qui étaient dans la salle et je parle avec eux longtemps. J’adore ça. Juste, j’aime bien dissocier les deux. Pour répondre plus précisément à ta question, j’aimerai passer un échelon supplémentaire dans l’échelle du succès, mais uniquement pour pouvoir jouer plus souvent. J’ai fait 3 albums solos, 3 albums avec Les Acrobates, j’ai toujours la petite lueur d’espoir, mais en même temps, je relativise beaucoup.

Quand tu montes sur scène, tu te transfigures ou tu restes le même ?

Un peu les deux. C’est une petite partie de moi que je ressors au maximum. Aux « Chantiers des Francos », j’avais fait de belles rencontres avec Philippe Albaret et Benjamin Georjon qui me faisaient travailler la scène. Ils m’avaient dit que le but sur scène n’était pas forcément d’être naturel, mais de paraître naturel. Il faut qu’une partie naturelle de moi s’exprime vraiment… J’ai en moi un côté exubérant que je montre plus quand je suis sur scène, mais toujours avec de la fragilité et de la sincérité. Je suis un chanteur, je ne me cache pas derrière un micro.

Finalement, tu exprimes plus tes idées et ton ressenti sur scène que dans la vie ?

Tu as raison. C’est plus facile pour moi en ayant une lumière en pleine poire, devant des gens, avec un micro. Peut-être que dans la vie, il faudrait que je me balade avec une petite estrade. C’est plus facile pour moi parce que je vais travailler le texte avant. Je sais ce que je vais dire, je ne pars pas dans l’inconnu. Le texte va être écrit, réécrit, je vais avoir peser le pour et le contre.

Depuis peu, tu es « Coup de Cœur de l’Académie Charles Cros 2013 ». C’est encourageant de recevoir ce genre de prix ?

Ça permet de se faire un peu remarquer et ça fait plaisir que son travail soit reconnu. Quand toi tu es quelqu’un qui est plus dans l’indépendance et qui vit un peu sur les chemins de traverse, oui, c’est utile.

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12 juillet 2013

Simon Autain: interview pour son premier EP

simon autain,interview,ep,pic d'or,mandorJ’ai découvert Simon Autain au Pic d’Or de cette année. Je peux même dire, sans vexer personne (j’espère), que c’était ma plus belle découverte de cette édition. (Même si je connaissais la moitié des artistes sélectionnés, mais ça n’a rien à voir). Le jeune homme est arrivé sur scène, habillé en dandy d’un autre temps, puis s’est mis à jouer au piano. Puis à chanter. Pendant ce temps, je me suis mis à frissonner. Avec le public et avec la quasi-totalité de mes amis jurés. Une vraie claque ! Puis quand nous l’avons revu chanter une seconde chanson, on a tendu la joue gauche.

J’avais déjà écouté son EP reçu quelques semaines avant, mais l’effet n’avait pas été le même sur moi. Un Simon Autain, certes, ça s’écoute, mais surtout ça se regarde et ça se ressent. Et ça déclenche toutes sortes d’émotions.

Pour la petite histoire, Simon Autain est reparti bredouille du Pic d’Or. C’est à peine simon autain,interview,ep,pic d'or,mandorcroyable. Un cas d’école. Largement favori lors de la demi-finale et de la finale, l’artiste nous a déçus lors de sa dernière prestation. Déception à la hauteur du choc qu’il nous avait procuré lors de ses deux premières prestations, du coup, nous avons été intraitables (et à mon sens parfaitement injustes. Je m’inclus, car je ne l’ai pas défendu non plus). Après coup, j’ai d’énormes remords. Il a fait deux mauvais choix de chansons lors de la finale (préférant interpréter des chansons personnelles et importantes pour lui plutôt que des chansons universelles et touchantes pour le public). Et il y a eu des remarques au public, disons… maladroites. Étant donné que certains autres artistes finalistes très talentueux sont allés, eux, crescendo dans la progression, le jury n’a plus su où placer Simon Autain.

L’artiste n’a pas non plus compris pourquoi il n'avait reçu aucun prix parmi les 5 proposés. Mais il a su très vite reprendre du poil de la bête et entendre avec humilité et intelligence ce que nous lui avons dit (chacun de nous il me semble).

Simon Autain, un mois plus tard (le 31 mai dernier) est passé me voir à l’agence. Et évidemment, nous avons notamment reparlé de sa mésaventure du Pic d’Or. Franche et diplomate explication entre l’artiste et l’un des jurés.

Biographie officielle (mais réarrangée et raccourcie) :

Originaire de Montpellier, Simon Autain passe son temps entre Poitiers et Paris. Quand il a découvert les Beach Boys, la pop est entrée dans sa vie et ne l’a plus lâché. Parce que les harmonies vocales, la beauté de la chose. Et l’histoire qui va avec. Une histoire de famille, de mort, qui lui inspira d’ailleurs un morceau, « Marina Del Rey ».

Mais avant, il y eut dix années de piano. Puis les premiers groupes, en tant que guitariste. Avant de devenir ce qu’il est aujourd’hui : chanteur, auteur, compositeur, et, fait assez rare pour un aussi jeune artiste, arrangeur. Et très vite, naît cette envie de ne pas souffrir d’une étiquette. Simon ne sera ni chanson, ni pop, et privilégiera la simplicité des textes, qui n’est pas la facilité.

simon autain,interview,ep,pic d'or,mandorEn studio avec Dominique Blanc-Francard (et Bénédicte Schmitt), Simon joue de (presque) tout, convoque quelques potes, quelques rencontres, et accouche de ce premier EP. Au détour de ces cinq titres, il raconte une belle histoire. On y croise des questionnements sur la mort, sur la véritable importance de l’Amour, du couple… La vie.

Ce premier EP, cette première déclaration, le place sur l’échiquier pop des futurs grands, des têtes à suivre. Un artiste singulier, une voix reconnaissable entre mille au service de textes mêlant le noir et le lumineux.

Notez le bien, il s’appelle Simon. Simon Autain.

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Interview:

Tu as 24 ans et tu as commencé à faire de la musique à l’âge de 9 ans. Plutôt précoce comme garçon.

Je pianotais tout seul à la maison et mes parents m’ont donc proposé de prendre des cours particuliers de piano classique avec une prof. J’y ai trouvé beaucoup d’intérêts. Je jouais tout le temps, ce qui me permettait d’avancer assez vite. Mais je travaillais très peu les cours. D’ailleurs, aujourd’hui, le solfège, je le lis super mal alors que j’en ai fait pendant 10 ans. J’en ai fait d’ailleurs malgré moi parce que je tentais les concours du conservatoire en candidat libre. J’apprenais mes morceaux, mais le solfège, ça m’a toujours gonflé. Je les apprenais plus en écoutant des CD.

Je crois savoir que tu étais en 5e quand tu as pris la décision nette et définitive de faire ce métier-là.

Oui. J’ai dit à mes parents que je voulais faire de la musique. J’ai ajouté que l’école me saoulait. Je voulais l’arrêter à 16 ans pour ne faire que de la musique, mais ils n’ont pas voulu. Pour faire plaisir à ma mère, il fallait au minimum que j’aie le bac.

Donc tu jouais parallèlement à l’école ?

J’ai joué en tant que guitariste dans des groupes forts différents les uns des autres. Certains très bourrins, assez metal. J’ai commencé à chanter dans un groupe folk de mon lycée qui était assez théâtral, complètement barjo, The Flower Dicks.

simon autain,interview,ep,pic d'or,mandorDans ta bio, je lis que tu as découvert les Beach Boys à l’âge de 10 ans.

C’est vraiment le groupe de mon enfance. Mon père était un immense fan des Beach Boys. Il écoutait ça tout le temps. Même à Noël il mettait les disques de Noël des Beach Boys. J’écoutais ça avec mon frère, avec lequel j’avais une relation assez forte, du coup, ces histoires de frères résonnaient pas mal en nous.

Hormis les histoires qu’ils racontaient, leurs harmonies étaient fascinantes.

Évidemment. Et j’ai été très touché par l’histoire de Brian Wilson, qui était un vrai autiste. Il refusait parfois de partir en tournée, il refaisait toutes les voix des albums lui-même, il engueulait tout le monde parce qu’il n’était pas content…

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(Photo: Nöt Pixbynot)

Au Pic d’Or, le jury t’a trouvé bluffant et très mature lors de tes deux premières prestations.

À Tarbes, j’ai montré d’abord une facette de mon univers qui est très intime, assez premier degré, assez mélancolique, mais il n’y a pas que ça dans mon travail. Je pense que j’ai grillé mes cartouches très rapidement en chantant deux chansons qui me tenaient à cœur dès le départ. J’aurais dû les garder pour la finale et commencer avec des titres un peu plus légers. Et surtout, je ne peux pas passer d’un extrême à un autre extrême. Au Pic d’Or, j’aurais dû choisir juste une facette. En fait, j’ai trop cru en la victoire. Il ne faut jamais y croire et se battre. J’avoue qu’avant de rentrer sur scène, je me suis dit que ça allait le faire… j’ai pris des risques qui n’étaient pas nécessaires. C’est bizarre ma réaction, parce que ce n’est pas mon mode de fonctionnement habituel. Je ne suis pas un arriviste. Parfois, j’ai juste le goût du « ça passe ou ça casse ».

Mais, tu sais très bien que je suis allé te voir le premier soir pour te dire tout le bien que je pensais de toi. Je crois t’avoir influencé involontairement. Arnold Turboust m’a d’ailleurs gentiment remis dans le droit chemin à ce sujet… Je t’ai donné trop de confiance en te communiquant mon enthousiasme. Je le regrette profondément.

Ça a dû jouer, mais c’est à moi de contrôler ce genre de chose. Si tout le monde te dit « c’est génial !», il ne faut surtout finir par y croire. Sans devenir pour autant « artiste maudit » qui n’accepte pas les compliments. Il faut arriver à rester concentré. Rester dans le calme et ne pas bouger de sa sincérité. C’est difficile, mais ça fait partie du métier. Tu sais, on fait un boulot de risques dans lequel on doit surprendre les gens et se surprendre soi-même. Lors du Pic d’Or, je suis allé dans la provoc. J’ai mal joué mon truc parce que tout le monde a eu l’impression que j’agressais le public. Rien n’est jamais acquis, c’était donc une bonne leçon pour moi.

Il n’en reste pas moins que ta voix nous a fascinées.

Pour moi, c’est le plus important. En ce moment, je bosse avec deux potes sur mon album (qui devrait sortir en septembre). Comme ils ne viennent pas de la chanson, je leur répète souvent que là, on est dans les arrangements, on est dans le son, certes, mais que tout ça c’est du vent. On s’en fout. Le plus important, c’est la voix, il n’y a pas à tergiverser. Un mec comme Tom Waits, il peut chanter n’importe quoi, tu vois.

Tu joues beaucoup avec le public ?

Oui, j’adore ça. Je ne l’ai pas fait au Pic d’Or ou du moins, je ne l’ai pas bien fait. On ne peut pas faire la même chose sur la longueur d’un concert que sur un tremplin. Je n’avais pas encore l’expérience nécessaire pour le comprendre.

Le clip de "Le voyage en douce".

Je reviens à ton EP réalisé par Dominique Blanc-Francard. Une sacrée belle carte de visite !

C’est mon label qui m’a proposé Dominique Blanc-Francard et sa compagne Bénédicte Schmitt. Je n’étais quasiment jamais rentré en studio, à part pour des tout petits projets. Moi, j’ai toujours fait seul mes maquettes et mes arrangements. Et là, la démarche de studio m’angoissait terriblement. Je me suis retrouvé devant des gens adorables et compétents. 

Mais, tu ne renouvelles pas l’expérience pour ton album.

Humainement, c’était génial. J’ai eu une légère frustration au niveau du temps. C’est un studio qui coûte quand même cher, on ne peut pas prendre notre temps. Il faut constamment tracer et on arrive au mixage, on a plus que deux jours. Comme je suis un grand fan de post prod, quand je bosse tout seul, je prends énormément de temps pour tout bien placer. Je suis de plus en plus passionné par le son et ça me dérange de ne pas aboutir ce travail-là, car je le considère aussi important que le reste. Alors, je précise. Il y a la voix d’abord, comme nous le disions tout à l’heure, ensuite,  il y a, au même niveau, le texte et la chanson et le son et les arrangements. Je suis très pointilleux là-dessus.

C’est pour ça que tu bosses en ce moment avec des musiciens qui travaillent beaucoup dans l’électronique ?

Oui, avec ce genre musical, tu n’as pas toujours la compo, mais tu as toujours le son. Mais, ne t’inquiète pas, je ne suis pas en train d’enregistrer un album électro. Ça reste très acoustique. Il y a bien un ou deux synthés à droite à gauche mélangés à des cordes… Moi, j’adore chanter sur de la musique orchestrée. Il y a beaucoup de violons et par moment, c’est même grandiloquent, avec des envolées...

Mai 2013: Simon Autain prépare son premier album studio. Première étape, enregistrement des parties basse batterie au studio Soyuz de Paris.

Tu trouves que les choses bougent vite en ce moment pour toi ?

Si je veux que les choses aillent plus vite, il faut que ça vienne de moi. Attendre d’un label, c’est un peu une erreur. Si on attend de lui, on est frustré. Un label, c’est un plus. Les gens des labels ne peuvent pas penser à notre place, ils ne peuvent pas prendre des décisions artistiques à la place du principal concerné, l’artiste. Si on n’a pas envie de se sentir dépossédés par ses créations, il faut anticiper. Il faut dire : « Tiens, j’ai fait ma pochette, ça va ressembler à ça ! Qu’est-ce que vous en pensez ? Elle est déjà faite… » Moi, je suis quelqu’un d’autonome. On n’est jamais mieux servi que par soi même…  Quand on a des idées et qu’on a envie, on va s’investir 10 fois plus que n’importe qui. Les gens qui passent deux heures sur mon projet et qui me conseillent, j’ai un peu de mal parce que moi, j’y ai passé un temps fou. Je suis accro à ça et c’est ma vie…

Tu ne décroches jamais de la musique ?

Je suis toujours dedans, en effet. Je compose, j’écris tout le temps.       

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Quand tu es en studio, tu sais que c’est bon ou tu as du mal à t’arrêter ?

Je suis un gourmand. Tant qu’on ne m’arrête pas, je ne m’arrête pas.

Comme Voulzy ?

Non, pas du tout parce que moi, je suis un fan des prises spontanées. Il y a beaucoup de sons que j’avais faits sur la maquette et que je garde. J’adore l’instantané. Voulzy, c’est tout sauf ça. Il est méticuleux, mais pour moi, il l’est trop. Du coup, il perd le côté spontané de la musique. Moi, j’m’en fous s’il y a du bruit, s’il y a un souffle dans ce qu’on enregistre. Si ça le fait, je garde. Je ne me pose pas trop de questions.

Outre ton album, tu bosses sur d’autres projets, dont un avec Benjamin Paulin (mandorisé là). 

Là, je bosse avec lui sur son disque. J’ai coécrit et co-composé la moitié des chansons… C’est un mec hyper talentueux, un vrai auteur.

Si je te dis que ce que tu fais me rappelle le meilleur de la variété des années 70 et 80. William Sheller, Julien Clerc, des gens comme ça, tu ne m’en veux pas ?

William Sheller, je suis très fan. Julien Clerc, il y a juste quelques chansons du début que j’aime vraiment. J’ai beaucoup écouté l’album intitulé N°7 et notamment une chanson qui est dingue « Souffrir par toi n’est pas souffrir » écrite par Étienne Roda-Gil. C’est une chanson magnifique.

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Bonus : L'interview de Simon Autain par HorsCène. Très complémentaire ce celle-ci...

09 juillet 2013

Taïro: interview pour Ainsi soit-il

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Bon a priori, le reggae français et le ragga, ce n’est pas ma tasse de thé. Dire que je suis allé à reculons à la rencontre de cet artiste n’est pas totalement faux. Mais, bon, j’ai toujours le secret espoir de trouver en chacun quelque chose d’intéressant, des propos qui me surprennent et qui permettent un débat. C’est exactement ce qu’il s’est passé avec Taïro.

Avant de vous proposer mon interview, voici ma chronique sur ce disque (sorti hier, lundi 8 juillet) écrite pour Le Magazine des Espaces Culturels Leclerc (daté des mois de juillet-août 2013).

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Rencontre avec le roi du reggae français dans les locaux de sa maison de disque Polydor chez Universal Music. C’était le 25 juin dernier.

taïro,ainsi soit-il,interview,le magazine des espaces culturels leclerc,mandorInterview :

Ton album est à la fois léger et grave. Tu parles aussi bien de l’injustice et des problèmes sociétaux que de femmes ou des joints.

Je me laisse porter par mon inspiration. Avant de faire un album et de me lancer dans une chanson, je n’établis pas de plan particulier. Je ne réfléchis pas en amont aux sujets que je vais aborder. J’y vais à l’instinct, mais j’essaie aussi de diversifier les sujets pour ne pas ennuyer ceux qui m’écoutent. Ça me parait difficile de vivre dans ce monde, d’être musicien et auteur et d’être monomaniaque ou monocorde ou monothématique. Je n’ai pas de mal à parler de mes émotions.

Pourquoi as-tu commencé à faire de la musique et à écrire des chansons?

 À 15 ans, quand j’ai commencé, j’étais très influencé par le parcours de mon père qui est révolutionnaire politique marocain. J’avais trouvé dans le reggae, musique connue pour son aspect revendicatif,  une possibilité de suivre ses traces et continuer son combat. Dans ma famille, on a l’esprit de sacrifice. J’ai perdu une tante d’une grève de la faim en prison et mon père a fait quatre années de prison. Il s’en est sorti, heureusement pour lui. Au début, j’avais l’impression d’être investi par ça et d’avoir une mission. Je ne pouvais pas chanter des chansons sur notre petit quotidien. À un moment, je me suis demandé qui j’étais pour dire « ça, c’est bien, ça, c’est pas bien » ou « regardez qui sont les bons, qui sont les méchants ! »

Aujourd’hui, tu fais réfléchir et tu divertis. Ce nouvel album est vraiment un mélange des deux.

En tout cas, quand j’écris, je me laisse complètement aller vers l’émotion que je ressens à ce moment-là. Soit difficile, soit joyeuse. Je me laisse aller à cette actualité qui peut me toucher, à cette histoire d’amour que je peux vivre. Rien n’est plus calculé. Ça me permet de ne pas m’ennuyer à la fois quand j’écris et puis, j’espère, de ne pas trop ennuyer le public. L’idéal serait que les gens qui m’écoutent trouvent une résonance à leur propre douleur ou leur propre bonheur.

Taïro - "Love Love Love"

Quand tu écris « Justice », tu es traversé par quoi ?

C’était à un moment où je n’arrivais plus à vivre de la musique, un moment où je suis au RSA et forcément, ça influe sur mon inspiration. Ce n’est pas le fait que certaines personnes gagnent beaucoup d’argent qui me gêne, c’est le fait que d’autres en gagnent si peu en bossant comme des fous. C’est ça le problème.

Ton père était un révolutionnaire, crois-tu que l’on peut faire la révolution en chanson ?

Je pense que la seule chose qui pourrait faire changer les choses, c’est surtout la politique. C’est vraiment là qu’il pourrait y avoir un contre-pouvoir, parce que le pouvoir est devenu économique et uniquement économique. J’ai l’impression que les grandes sociétés pèsent un peu plus sur les décisions politiques que les convictions de ces mêmes hommes politiques. Je ne dis pas que mes chansons peuvent changer le monde, mais si elles peuvent faire du bien à ceux qui les écoutent, je serai déjà très content.

Je sais aussi que tu veux permettre à ceux qui t'écoutent de s’évader.

Parler uniquement des problèmes des gens, est-ce vraiment les aider ? Est-ce qu’avec ma musique, je ne me dois pas de leur permettre de s’échapper de la réalité. Dans cette vie assez difficile, ne dois-je pas leur permettre de partir le matin avec un peu de baume au cœur et d’énergie.

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Dans le premier titre « Je m’en fous », tu réponds à ceux qui ne croyaient pas en toi et c’est aussi un hommage à la musique.

C’est un clin d’œil à la fois aux gens qui n’ont pas cru en moi et à la fois au public. C’est une manière d’être complice avec les gens qui vont écouter le disque. Je ne viens pas du tout d’un milieu musical. Ma mère avait quelques disques. De Bob Marley, de Léonard Cohen, de Janis Joplin, de la musique des années 70 et beaucoup de musiques classiques. Au début, j’avais beaucoup de naïveté parce que je croyais énormément en moi, mais en fait j’avais beaucoup de carences et de lacunes. J’avais beaucoup d’énergie, beaucoup d’envies, mais très peu de connaissances musicales. Bon, dans cette chanson, j’appuie un peu le trait. C’est une chanson, il faut parfois surligner pour que le message passe mieux.

J’ai noté que tu apprécies les doubles lectures.

J’aime amener à un point de vue que l’on ne comprenne pas tout de suite et qu’on va découvrir à la fin du morceau. J’essaie de faire en sorte qu’on veuille le redécouvrir avec d’autres relectures.

taïro,ainsi soit-il,interview,le magazine des espaces culturels leclerc,mandorDans « Ainsi soit-il », qui est aussi le titre de l’album, tu parles d’un départ. On imagine un suicide…

Je raconte mon hypothétique dernier jour. On ne va pas échapper à la mort. Ça nous arrivera à tous un jour. Plutôt qu’angoisser ce moment, peut-être faut-il essayer de le regarder un peu différemment. Essayons de penser à la vie qu’on a eue plutôt qu’à la mort.

Dans « Bébé toute seule », tu expliques à une femme que les enfants ont besoin d’un père.

Mes parents se sont séparés quand j’étais très jeune. Mon père a toujours été présent et aimant. Je crois que ce dont un enfant a besoin le plus en grandissant, c’est l’amour de ses deux parents, s’ils sont là. Il peut arriver dans la vie qu’une femme se retrouve seule avec un enfant et qu’elle soit obligée de l’élever comme ça. Je ne veux surtout pas que cette chanson lui fasse penser que c’est impossible. C’est surtout une fille qui m’a inspiré ce texte. Elle voulait garder son enfant alors que le père était parti, sans que cela ne lui pose aucun problème. Il y avait quelque chose de très naïf dans son discours. A 21 ans, elle était ancrée dans cette certitude qu’il n’y a absolument pas besoin du père, qu’il n’est pas utile de savoir qui il est et qu’il suffira un iniquement de l’amour d’une maman. C’est un peu court comme vision des choses. Si on a la possibilité d’offrir l’amour d’un papa et d’une maman, ou de deux papas ou de deux mamans, c’est quand même mieux pour un enfant. Cette chanson est une discussion entre deux points de vue. Il ne s’agit pas de faire la morale ou la leçon, mais juste d’équilibrer le débat.

Les chansons « Love, love, love » et « High Grade », notamment, évoquent ton amour destaïro,ainsi soit-il,interview,le magazine des espaces culturels leclerc,mandor joints.

C’était un peu pour rigoler et, surtout, c’est une thématique récurrente du reggae. C’est un classique que j’avais envie de revisiter un petit peu. Et puis, je trouve qu’il y a quelque chose qui ne va pas en France à ce niveau-là. On a le système le plus répressif et on a le plus de consommateurs. On a cette hypocrisie absolue pour dire que c’est pour nous protéger, alors qu’il y a d’autres choses dans la vie qui sont tout à fait légales et qui sont beaucoup plus dangereuses. L’alcool, par exemple. Quand on est consommateur d’herbe, au pire, on se fait du mal à soi. Quand on a une société pétrolière, quand on envoie un bateau qui s’éclate en pleine mer et qui défonce la Terre, c’est dangereux pour tout le monde, mais pourtant, même s’ils se font engueuler, ils continuent à faire du business. Il y a une inégalité là-dessus qui est gênante. Il y a une déresponsabilisation des gens. Il n’est pas question de dire que c’est la panacée du peuple et que ceux qui ne fument pas n’ont rien compris à la vie et passe à côté de quelque chose de fantastique. Je ne comprends pas que l’on puisse être en danger pénalement. Cet effet d’interdit créer encore plus de désir chez les jeunes pour jouer avec la loi. La chanson que j’ai faite « Bonne Weed », si elle a eu tant de succès, c’est en partie grâce à ça.

Taïro Feat. Kalash, Kenyon, 3010 & Némir - "Bonne Weed Remix"

La chanson SF 92 parle de la destinée d’un fusil militaire.

SF 92, c’est un modèle de Beretta. Au départ, je voulais raconter l’histoire d’un soldat, mais en commençant à écrire, je me suis dit que je pourrais pousser la personnification  plus loin. Personnifier un objet pouvait être intéressant. J’ai donc extrapolé à partir de ce que j’ai lu de l’histoire de ce flingue. J’ai imaginé quel pourrait être le parcours d’une arme que l’on a fabriquée dans les années 80.

Pourquoi y a-t-il ces 3 featurings ?

Parce que j’aime le travail de Youssoupha, Merlot et Kalash. Faire des morceaux avec les gens, ce n’est pas un truc que je recherche absolument, c’est même une démarche un peu difficile pour moi d’aller frapper à la porte pour dire « excuse-moi, tu veux chanter un morceau avec moi ? » Généralement, quand j’ai chanté avec d’autres artistes pour mes albums, ça s’est fait grâce à des rencontres et puis, parce qu’il y avait un désir commun de faire quelque chose ensemble. C’est assez génial de pouvoir faire de la musique à plusieurs. C’est quelque chose de très stimulant et très gratifiant.

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Tu as fait un album en 2009 chez Warner et pas mal de street tape et tu reviens là dans un gros label, Polydor chez Universal. Que fait un rebelle de nouveau dans ce genre de maison de disque ?

En signant ici, je me suis demandé si c’était une bonne idée et  par quel chemin j’allais passer. Avec les street tape que je faisais, je pouvais vivre de ma musique grâce à une économie autosuffisante qui me permettait de faire ce que j’aime dans une grande liberté. En étant ici, je me suis dit que c’était une possibilité de faire découvrir ma musique à plus de gens. Être supporté par Universal, ça va sans doute me permettre d’avoir plus de visibilité. Il est possible que ça m’ouvre une partie de leur réseau en télé, radio et presse écrite. Si cela permet de véhiculer des informations sur ma musique, allons-y…

Et tu as enregistré ce disque dans de meilleures conditions. Il faut le dire aussi.

Oui. Ca m’a permis de revisiter les morceaux. Quand j’ai signé avec eux, cet album était maquetté, quasiment fait, mais là, on a pu faire venir d’autres musiciens, rejouer, remixer… il faut bien le reconnaître, ça fait un meilleur disque.

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29 juin 2013

Renaud Hantson: interview pour Homme à failles

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Renaud Hantson fait partie de mon panthéon personnel. Au même titre que Balavoine, Goldman, Berger, Cabrel et autre Souchon. Sauf que lui, il est toujours sorti des sentiers habituellement bien balisés de ce métier. Il a été difficile pour moi, et sans doute pour les autres « fans », de le suivre avec assiduité, car il a pris beaucoup de chemins différents. Et il n’a jamais fait de concessions. Aucune. Ou vraiment très peu. Alors, les chanteurs de sa génération, de sa mouvance, lui sont passés devant sans complexe. Pourtant, les Calogéro-Pagny-Obispo, il les surpassait largement. Mais, à faire du metal, à faire connerie sur connerie dans sa vie personnelle, à se perdre dans la drogue et le sexe pendant 18 ans, on ne fidélise pas vraiment son public. Moi-même, j’ai cessé de le suivre. Presque oublié. De temps à autre, je me demandais ce qu’il devenait, mais sans plus. Le temps est assassin. Il travaillait, même pas mal, mais comme il n’était plus médiatisé (et que Facebook n’était pas encore là), il était difficile de le savoir.

Je l’avais rencontré quelques fois dans les années 90 (voir photos après l’interview) et j’airenaud hantson,homme à failles,interview,mandor toujours bien apprécié nos rencontres.

Et puis cette année, coup sur coup, je l’ai rencontré et interviewé deux fois en un mois à l’occasion de la sortie de sa deuxième biographie, Homme à failles, sexe & drogues & show business, tome 2 (aux Editions du Préau). D’abord et succinctement au Salon du livre de Provins le 14 mars dernier, puis quelques jours plus tard, à l’agence, le 15 mai. Il est venu avec Olivier Vadrot son manager. Le but était qu’il dise ce qu’il pense, sans langue de bois. Je le confirme, la langue de bois, il ne connait pas. J’ai décidé de retranscrire l’interview dans sa quasi-totalité. J’aime quand on sort des conventions, quand le type que j’ai en face de moi se fout complètement des conséquences de ce qu’il raconte parce qu’il est honnête et qu’il n’a plus rien à prouver à quiconque. Ça devient rare. Donc, ne soyez pas choqués par ses propos, ne le jugez pas comme quelqu’un de prétentieux ou d’arrogant, il est juste cash et franc. Il dit ce qu’il pense. Point barre. Renaud Hantson est un survivant, et rencontrer un survivant, ça ne m’arrive pas tous les jours.

renaud hantson,homme à failles,interview,mandor4e de couverture de Homme à failles:

Après son précédent ouvrage où il dévoilait son parcours musical et ses 17 années d’addiction à la cocaïne, l’auteur-compositeur-interprète et comédien Renaud Hantson (Starmania, La Légende de Jimmy, Notre-Dame de Paris) revient avec un deuxième tome encore plus personnel et virulent. Pour faire suite à son autobiographie, c’est sous la forme d un abécédaire que l’auteur a choisi cette fois-ci de s’exprimer. Contrainte des plus difficiles puisqu’il s’est imposé de décliner chaque lettre de l’alphabet en sept mots, comme les sept péchés capitaux ou les sept notes de la gamme en musique. Ainsi, il passe en revue des termes aussi différents qu’animateur, banlieue, drogue, groupies, paranoïa, quinquagénaire, rock, sexe, télévision ou xénophobie. Sans vouloir se substituer aux intellectuels, Renaud Hantson parle du monde dans lequel nous vivons et va encore plus loin dans sa description d’une addiction pernicieuse à la cocaïne afin de prévenir les générations futures des dangers d’une telle descente aux enfers. Une fois de plus, ce livre étonnera par sa sincérité et son réalisme. Dans un show-business où tout n’est que poudre aux yeux, Renaud Hantson fait figure d’OVNI et se met à nu à nouveau pour notre plus grand plaisir. Écrit en collaboration avec Audrey Chariras. Préface du docteur Laurent Karila, psychiatre-addictologue à l’hôpital Paul Brousse à Villejuif. Postface d’Olivier Vadrot, manager.

renaud hantson,homme à failles,interview,mandorInterview :

En lisant ce livre, je me suis dit que tu étais et es encore le chanteur français le plus rock’n’roll d’entre tous. Je ne sais pas si vous êtes deux à avoir eu ce genre de vie.

Ça a été presque caricatural. En fait, j’ai eu les opportunités de toutes mes idoles. Je monte un groupe de metal, les Satan Jokers de 1983 à 1985 et dans le genre, ça fait un succès considérable. Pour ce groupe, j’ai inventé le terme « les fils du métal ». Il est resté pour désigner un groupe de hard rock. Ça devient un truc culte. Un peu plus tard, je rencontre Michel Berger, les gonzesses me courent après alors que je joue Ziggy dans Starmania, un personnage gay. Je deviens même une égérie dans le circuit gay. J’ai toujours une espèce de difficulté à trouver mes marques sur mes albums solos. Ensuite, j’enchaine avec le rôle principal de La légende Jimmy, le second opéra rock de Michel Berger et Luc Plamondon, mis en scène par Jérôme Savary. Là, je rentre dans l’excès. J’ai un accident de voiture un soir après le spectacle. Personne ne le sait parce que je ne suis pas médiatisé et pas entouré comme une rock star.

Clip de "C'est du sirop" en 1988. Un de ses premiers tubes.

Un extrait de Starmania, version 1988 : "La chanson de Ziggy" par Réjane et Renaud Hantson.

La drogue arrive en 1994.

Oui. Deux ans après la mort de Michel Berger.

C’est lié ?

Ma thérapie a prouvé que c’était lié, en effet. Il était comme un père spirituel. Je lui faisais écouter mes maquettes. Il me donnait son avis et de manière très franche. Indéniablement, il avait une valeur ajoutée. Mais il avait aussi du flair et une lucidité sur le métier. Quand il est parti, je n’avais plus cet ami, je n’avais plus personne à qui faire écouter mes disques. Je me suis senti complètement perdu. Après, je me suis perdu avec des trucs de rock stars. Comme mes idoles.

Et tu n’as rien vu venir.

Je continue à travailler. Donc je triche. Je fais des albums. Je rentre même dans une troisième comédie musicale, Notre Dame de Paris. Plamondon me rappelle après la mort de Michel, il s’engueule avec Cocciante, moi je ne leur fais aucun cadeau, comme une rock star. C'est-à-dire que je leur coûte un bras. En 2000, je suis au pic de mon addiction. Et c’est quand je fais Notre Dame de Paris. J’y allais comme si j’allais à l’usine. Après je continue à faire des disques, mais avec une vision du bizness et du métier qui n’est plus la même. Je comprends pourquoi Berger en 1990 était déjà désespéré par rapport à ce métier, aux médias, à l’évolution des médias, l’évolution des formats, l’évolution du public…etc. Je vois ce qui l’a usé. Bref, je pars encore plus en vrille.

Extrait de la comédie Musicale La légende de Jimmy filmé lors de la soirée hommage à Michel Berger à Paris le 23 avril 2012 au Réservoir.

Tu prends encore du plaisir à quelque chose à ce moment-là ?

Oui, mais juste en matière de sexualité. J’ai utilisé mes « excès » uniquement dans le cadre de  jeux à connotations physiques, avec mes compagnes. C’est une forme d’antidépresseur. Se mettre la tête à l’envers dans la sexualité pendant 3 jours de suite, c’est une façon d’éviter les 4 autres jours de la semaine où on s’est fait chier. Je refais face à la réalité le lundi et je me dis que je fais un métier de merde. Et je me dis que les gens ne sont pas à leur place, que le talent n’est pas reconnu. Je ne pense pas qu’à moi. Je pense à des types comme Gildas Arzel, comme Art Mengo, comme Daniel Lévy. Il y a un paquet de mecs qui ont plus de couilles, de voix, de talents… je me demande pourquoi on n’occupe pas la place des mecs qui sont là depuis 25 ans et qui vendent d’ailleurs de moins en moins de disques, et qui font le même album à chaque fois. Je me demande ça, entre autres, et je me perds dans la drogue.

Tu t’es perdu dans la drogue à cause de cette incompréhension.

Pas uniquement. Il y a des gens, comme moi, qui ont une propension à ça. T’as des gens qui peuvent boire un coup et s’arrêter. Moi, je ne peux pas. En matière de cocaïne, c’est la même chose. Moi, il ne faut jamais que je commence.

Clip de "Apprendre à vivre sans toi", un hommage à son ami et mentor Michel Berger en 1994 (et qui me fait penser irrémédiablement à ma soeur Florence, disparue il y a trois mois, et dont je me remets difficilement du départ précipité).

renaud hantson,homme à failles,interview,mandorAprès Poudre aux yeux, c’est le deuxième livre que tu sors sur ce sujet. Ca devient addictif d’écrire, de te raconter ?

Le premier livre est moins trash. Il y a eu une très grosse relecture de Flammarion, parce qu’ils savent faire. Mais, en fait, à peu près tout ce qu’ils ont voulu que j’enlève, je l’ai laissé. C’est quand même l’auteur qui a le choix final. C’est sous forme d’autobiographie. Je pars de mes débuts dans la musique avec ma famille. Mes grands-parents qui m’offrent ma première batterie jusqu’à Satan Jokers, la rencontre avec Michel Berger, sa disparition, l’apparition de la drogue dans ma vie, les sorties nocturnes, un peu de sexe, beaucoup de show-biz. J’ai l’impression d’avoir tout dit dans ce bouquin. Suite à la parution de ce livre, je me demande comment ça se fait que je n’aie toujours pas compris. Le deuxième est apparu à cause de ça. J’ai voulu raconter que c’est encore plus compliqué que ce que je croyais. On a longtemps dit aux gens que certaines drogues étaient des drogues festives, alors que les drogues psychologiques sont les plus infernales à arrêter. Bien sûr qu’avec l’héroïne, tu es ferré physiquement. L’alcool, il y a un dealer tous les 100 mètres. La coke, t’as l’impression qu’il y a des choses que tu ne pourras plus jamais faire sans. Les relations sexuelles par exemple. J’ai du réapprendre sans. Le paradoxe, c’est que la drogue n’est pas du tout efficace pour ça. J’ai donc voulu parler de tous les trucs glauques dont je n’avais pas parlé dans le premier livre qui était un peu plus mainstream, un peu plus grand public.

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A l'Elysée en 1989 lors d'une représentation de Starmania devant Lady Di, le Prince Charles, Michel Berger et le Président François Mitterand... 

Je n’ai jamais lu une biographie aussi trash, autant non censurée !

Il y a celles de Clapton et de Keith Richard qui sont aussi pas mal dans le genre. En fait, tu as commencé l’interview en disant exactement la réalité, c’est un truc de fou. Je n’occupe pas la première place du hit-parade, mais je crois être le seul artiste en France à avoir vécu une telle existence de rock star. À part Hallyday bien sûr.

Cette deuxième autobiographie, elle était essentielle pour toi ?

C’était nécessaire. C’est un deuxième acte thérapeutique. Il fallait que toute la merde sorte. Là, ça va. Je n’ai plus rien à sortir.

Une autre facette de Renaud Hantson. Il est aussi le leader des Satan Jokers. Ici au Hellfest 2009, interprétant "Fils du metal".

renaud hantson,homme à failles,interview,mandorQuand je pense à toi, et Dieu sait si j’adore ce que tu fais depuis longtemps, je ne comprends pas où tu vas. Tu fais du hard rock, tu joues dans des comédies musicales, tu chantes de la bonne variété, tu as un groupe plus folk... je crois que c’est la raison pour laquelle le public n’a pas suivi ta carrière comme tu le méritais. Il était un peu perdu.

C’est possible. Fais du co-management ou deviens co-producteur (rires) ! C’est très exact ce que tu dis. On est dans un truc totalement illogique parce que le seul moment où je suis heureux, le seul moment où je suis complètement opérationnel, c’est quand je suis sur scène ou dans un studio. Le reste de ma vie est totalement dérisoire. En cela, il y a un parallèle avec Johnny. Le reste ne m’intéresse pas. Faire des courbettes aux médias, aller appuyer sur un buzzer dans une émission en prime time, juste pour faire une télé et ne même pas y chanter en direct, ça ne m’intéresse plus.  J’ai 50 balais, je trouve ce métier d’une superficialité sans limites. En même temps, c’était une lâcheté et une facilité de fuir et me réfugiant dans des phantasmes et dans la consommation de drogues. C’était plus dur pour moi de se battre, j’en ai parfaitement conscience. J’aurais dû me battre.

Oui, du coup, tu as laissé la place aux autres.

J’ai laissé passer devant moi des gens pas plus talentueux, dans la même mouvance, mais qui eux, ont su s’entourer. Mon problème, c’est qu’avant de rencontrer quelqu’un comme Olivier Vadrot ou avant de pouvoir parler comme je te parle là, il y a eu des années où je n’étais pas moi-même. Les maisons de disque que j’ai eu dans lesquels j’étais « artiste maison » m’ont fait faire des trucs qui n’étaient pas cohérents. Je ne suis pas un artiste destiné à OK, Podium, Salut les copains !, tout comme je ne suis pas un artiste formaté NRJ. Il y a d’autres moyens de vendre des disques, il y a d’autres moyens de réunir beaucoup de public en concert que ça. Regarde Thiéfaine ou Lavilliers.

Autre tube de Renaud Hantson, "Voyeur", à Agde le 24 juillet 2012. (Avec une battle de batteries en ouverture).

Toi, tu sors souvent des disques, tu fais beaucoup de concert en ton nom propre ou avec tes deux groupes. Tu es vraiment un chanteur en activité.

Moi, ce que je veux, c’est laisser une trace. Tant que le disque physique existe, tant qu’on n’est pas balayé par la technologie, je veux faire un maximum de disques. Là, je prépare un album de blues pour Furious Zoo, je prépare un opéra rock avec Satan Jokers sur les addictions sexuelles avec le docteur Karila et enfin, je vais aussi sortir un nouvel album solo.

Revenons à la littérature. Écrire, c’est pour prévenir,  pour s’en sortir ou pour ne pas retomber.

Les trois. Moi, j’ai récupéré toutes les merdes que l’on peut récupérer à cause de la drogue. Les problèmes respiratoires. Il y a une clim’, je suis malade. Je n’étais pas allergique, je suis allergique. Mes voies respiratoires sont niquées. Il y a deux solutions, soit je mets du Dérinox et pendant trois heures, j’ai les cloisons qui se rebouchent, soit je prends de la coke. Reprendre de la coke, je vais éviter. Je crois que j’ai assez consommé. L’écriture, c’est très simple. C’est prévenir que c’est beaucoup plus galère de s’en sortir pour les générations à venir. Leur dire que les drogues seront de plus en plus addictives, même la fumette. Leur dire que, pour cette espèce d’ersatz de plaisir qu’ils vont trouver, ils vont avoir un mal fou à faire machine arrière. Écrire, pour moi, c’est thérapeutique. Le temps passé à écrire m’évite déjà de penser à faire des conneries.

Tu dis quand même dans tes livres que tu ne seras jamais sorti de l’auberge…

Les anciens addicts restent toute leur vie des anciens addicts. Moi, j’ai une réelle volonté à arrêter les conneries. Je fais de la prévention. Le projet Addictions de Satan Jokers a été validé par la MILDT (la mission interministérielle de lutte contre la drogue et la Toxicomanie). Je n’ai absolument pas envie d’être un usurpateur. Et je ne suis pas un usurpateur. Il se trouve simplement que je dis haut et fort que j’ai fait déjà 12 faux pas minimum depuis la sortie de ce livre parce que c’est dur. C’est un combat permanent.

Que peux-tu faire concrètement pour que tu t’en sortes réellement et sur le long terme ?

Je n’ai qu’une chose à faire par rapport à l’évolution que je souhaite dans ma vie musicale, artistique et créative, ça s’appelle la thérapie comportementale. Ça implique un changement de carnet d’adresses. Ce que pour l’instant, je m’oppose à faire puisque ça voudrait dire pour moi, quasiment changer de métier.

Eh oui. Parce que toutes tes relations sont des relations professionnelles.

Voilà. Et dans ces relations professionnelles, il y a un 5e de gens qui sont en rapport avec la substance. Je n’ai pas choisi les choses ainsi, mais c’est comme ça. Je suis dans une merde noire.

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Lors de l'entretien, le 15 mai 2013. (Photo de son manager Olivier Vadrot).

Tu veux expliquer quoi d’autre dans « Homme à failles » ?

Je veux expliquer pourquoi je n’ai pas été là 18 ans. Pourquoi je n’ai pas livré bataille avec le show-bizness. Pourquoi j’ai laissé ma place, comme je te le disais tout à l’heure, aux Calogero, Obispo, Pagny et compagnie. C’est très présomptueux de dire ça, mais il n’y a pourtant pas de match entre eux et moi.

Extraits d' "Opera Rock", album de Renaud Hantson comprenant 20 titres extraits des plus grands opéras rock et comédies musicales francophones et internationaux.

C’est sûr, ça n’aide pas à sortir la tête de l’eau.

Il y a un truc qu’on ne peut pas m’enlever, c’est ma voix, les chansons que je sais écrire et la scène que je maîtrise. Moi, depuis 2005, je vais à la bataille. Comme je veux me prouver des choses et parce que j’aime le danger, que j’aime prouver que dans n’importe quelle configuration, je peux assurer, je ne me refuse pas de jouer dans des endroits improbables, des lieux où je ne devrais jamais jouer. Il ne faut pas voir ça comme une chute libre. C’est un vrai parti pris. Je pourrais aller voir des gros tourneurs, mais la réalité, c’est que j’aime ma liberté. Je ne vais que là où on a envie d’aller. Je paye le prix, mais je trouve ça vachement bien. Quand on m’appelle aujourd’hui, moi, je veux avoir un temps de parole. Je veux parler de prévention, je n’ai pas spécialement envie de venir juste vendre ma soupe. Quand on a Renaud Hantson, on a un package.

Mais, c’est peut-être ça le problème. Du coup, tu fais moins de télé.

Je sais. Par contre, je fais des émissions auxquelles je n’aurais jamais eu accès, comme Le journal de la santé et Le journal de 20h qui fait un reportage sur la cocaïne.

Journal de France 2 le 16 octobre 2012.

Après l’écriture de ce livre, as-tu ressenti un vide ?

Énormément. Ces deux livres pour moi sont importants et je pense qu’ils peuvent donner espoir a des gens qui sont dans des problèmes addictifs. Toutes les addictions : la bouffe, le jeu, le sexe, la drogue, l’alcool, la cigarette. J’explique que le seul déclencheur, c’est soi même. Moi, je considère que je suis mon pire ennemi. Ce n’est pas mon entourage le problème, je n’accuse personne. Le problème de l’addiction, c’est qu’une bonne nouvelle me donne envie de faire un excès et une mauvaise nouvelle me donne envie de le masquer en faisant un excès.

Comment envisages-tu ta vie aujourd’hui ?

La dernière partie de ma vie sera la musique et la prévention. Parce que j’ai gaspillé 18 années. Je me suis fait du mal, mais j’ai payé. Je suis un technicien de la voix et je vais rester compétitif. Je vais jouer de plus en plus et je vais continuer la prévention parce que ce sont les deux seuls trucs qui m’excitent encore.

En matière de créativité, moi qui suis ton actu, j’ai parfois du mal à suivre le rythme… et je ne parle pas des pavés que tu écris sur ta page Facebook.

C’est de la psychothérapie publique et ça me fait du bien, je te l’avoue. Ce qui m’intéresse sur internet, c’est qu’on a un contact direct avec les gens. Mes séances de psychothérapie publique sur mes pages Facebook, c’est une manière d’être en contact direct avec les gens qui m’aiment.

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A la fin de l'entretien...

Pour finir, je ressors les archives Hantsonniennes...

Lors de "la nuit des Top" de la radio Top Music, le 21 novembre 1992 au Hall Rhénus de Strasbourg.

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Lors d'une rencontre FNAC de Strasbourg, le 12 janvier 1993.

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Et 20 ans plus tard, lors du dernier Salon du livre de Provins, le 14 mars 2013.

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24 juin 2013

Sophie Maurin : interview pour la sortie de son album eponyme

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« Une cascade de notes qui s’épanche en un ruissellement d’arpèges, un piano ragtime, l’humeur bluesy d’un violoncelle, une voix féminine libre comme l’air qui fait le mur, vocalise, croise l’anglais et le français… » Ainsi est présenté le premier album de Sophie Maurin. L’impression de facilité, de légèreté, qui se dégage de ses chansons est pourtant trompeuse. Elle a minutieusement échafaudé ses arrangements, structuré son projet en soignant le moindre détail : toypiano, kalimba, clarinette, percussions en tous genres, ainsi qu’une splendide section de cuivres, swinguent ensemble ou séparément. La force de la chanteuse-pianiste est d’avoir réussi à rassembler un grand nombre de titres forts avec les auteurs et compositeurs qui l’accompagnent. Sophie Maurin redonne ses lettres de noblesse au terme de "pop". Pas de doute,  elle est promise à un grand avenir.

Ce soir la jeune femme se produira aux Trois Baudets dans le cadre des soirées KLAXON. L’occasion idéale de la découvrir.

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Sophie Maurin est venue à l’agence le 28 mai dernier. Un moment sympathique avec l’une des plus belles découvertes de la chanson française de cette année…

Interview :

Outre auteur-compositeur interprète, tu es aussi architecte.

J’ai réussi à jongler entre la musique et l’archi jusqu’à ma signature en maison de disque. Quand ça a commencé à se professionnaliser, je n’ai plus eu le temps de faire autre chose.

Mais, à la base, tu es spécialisée dans l’architecture de l’urgence.

Oui, je suis spécialisée dans tout ce qui lié aux risques parasismiques, inondations. C’est dans l’humanitaire. J’ai travaillé sur des camps de réfugiés en fait. C’est marrant que tu parles d’architecture…

Parce que cette activité se ressent énormément dans la structure de tes chansons.

On a réalisé cet album à trois avec Florent Livet et Jérémy Verlet et ils étaient très étonnés par ça. Je suis très distraite, mais j’ai un esprit très carré qui est certainement dû à mes études d’architecture. J’avais toujours besoin de noter tout ce que je voulais, quand je le voulais.

Clip officiel de "Far Away".

Dans chacune de tes chansons, rien n’est linéaire. Comme quand on voit un immeuble un peu bizarre, mais qui tient bien sur ses fondations.

Ça me plait bien comme comparaison.

Quand ta vie s’est-elle tournée à 100% vers la musique ?

J’ai eu la chance de commencer les cours de piano à l’âge de 6 ans. Avant cela, j’avais fait de l’éveil musical à la maternelle. Tu vois que ce n’est pas nouveau. J’ai appris les mots en même temps que les notes. Le piano, j’aimais beaucoup ça, en revanche les partitions beaucoup moins. Je n’étais pas très douée pour être honnête. Je n’aimais pas cela. Ce qui me permettait chaque année de passer dans la classe supérieure, c’était la lecture chantée. C’est quelque chose qui me plaisait et mes profs l’avaient remarqué. Ils m’ont proposé d’être l’accompagnatrice au piano de la chorale de mon école de musique, qui par la suite est devenue un conservatoire. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à faire du piano, chanter en même temps et prendre goût à ce jeu simultané entre le piano et la voix. C’est à ce moment-là aussi que j’ai commencé à composer et que mon goût pour la chanson s’est affirmé.

Quand tu as appris la musique, les codes t’ennuyaient.

Oui, mais il y a des morceaux sur lesquels très vite, tu pouvais te faire plaisir. Je voyais l’aspect ludique et je n’étais pas du tout travailleuse. Parfois, j’avais la partition sous les yeux, mais je faisais semblant de lire les notes, alors que c’est  à l’oreille que je recherchais les mélodies. J’ai eu la chance d’avoir un super prof qui m’a permis de faire du classique, mais aussi du boogie, du blues, des ragtimes parce que j’aimais beaucoup ça. 

Ton père, lui, était fan des Beatles. Il t’a transmis cette « passion ».

Il m’avait acheté toutes les partitions de John Lennon pour le piano, je travaillais donc aussi ça en même temps que le reste. La musique classique, elle n’a jamais été toute seule. Pour moi, il y avait un lien entre toutes les musiques.

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J’ai l’impression que tu t’es toujours sentie comme un poisson dans l’eau dès que tu jouais de la musique.

En fait, les premières années, j’avais une prof qui était assez méchante, du coup, ça me plaisait de jouer, mais je n’allais pas aux cours avec plaisir. À un moment, elle a quitté la direction de l’école de musique, dont elle était la directrice, et en CE2 ou CM1, je me suis retrouvée avec un nouveau prof et à partir de ce moment, il y a eu un déclic en moi. Il m’a fait confiance. Il m’a tout de suite fait faire des concerts, m’a fait passer des examens de fin d’année. Il m’a vraiment mis en avant et c’est à ce moment-là que j’ai pris conscience et confiance du bonheur que j’éprouvais en faisant du piano. Vraiment, je le remercie encore une fois.

Après les études officielles, il se passe quoi pour toi ?

Je suis originaire du Var, en Provence. Après le bac, je suis venue à Paris, à la fois pour la musique et pour mes études. Pour gagner de l’argent et un peu pour m’amuser, je faisais des pianos-bars. Je jouais des reprises et des classiques, mais j’intégrais au milieu quelques compos personnelles. Mes premiers concerts avec uniquement mes chansons datent de 2008. Au départ, j’étais en formule piano voix, puis ensuite, j’ai été rejointe par une violoncelliste avec laquelle je faisais mes études et un percussionniste. En 2010, j’ai passé mon diplôme d’archi et dans la foulée, j’ai autoproduit un EP. Un 7 titres. Et c’est à partir de cet EP que les choses ont commencé à devenir sérieuses. J’ai eu des premiers rendez-vous avec des directeurs artistiques, j’ai eu des propositions de contrats d’édition.

À partir du moment où tu commences à constater que les professionnels commencent à s’intéresser à toi, j’imagine que tu commences à hésiter entre l’architecture et la musique.

C’est exactement ça. Cet EP, c’était un peu ma carotte pendant que je passais mon diplôme. Je me disais que si j’arrivais à l’avoir en 6 mois, je me donnerais l’opportunité de réaliser cet EP. Je me disais que si je rentrais dans la vie active en tant qu’architecte, il fallait qu’il me reste une trace de mon travail musical. Pour qu'à 60 ans, je puisse pouvoir réécouter ce que j’ai fait à 20 ans. Je me disais aussi qu'il pouvait tomber dans de bonnes mains, que ça me ferait un support à vendre après les concerts et une belle carte de visite. Au final, il a été un élément déclencheur de belles opportunités et le départ de plein de choses.

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Remise du diplôme Charles Cros " Coup de coeur 2013", le 9 mai 2013 par Alain Fantapié, le Président de l'Académie Charles Cros! (©Francis Vernhet)

Que se passe-t-il dans ta tête quand tu t’aperçois que "la sauce" commence à prendre?

Il y a une petite euphorie. Ça m’a donné confiance en moi. J’ai eu une bourse de la SACEM pour l’auto production, donc je me suis dit que je n’avais pas à rougir de ce que je faisais. Il doit y avoir quelque chose de pas trop mal dans mon travail. Mais, je remarque déjà à quel point tout est éphémère. Parfois, l’équipe avec laquelle je travaille et moi sommes enthousiastes, parfois déçus. Ça oscille d’un jour à l’autre selon les nouvelles que l’on reçoit. J’ai eu la chance de faire un album enregistré dans de bonnes conditions, mais tout reste à faire et je ne sais pas combien de temps je vais pouvoir vivre de la musique. Je n’attends pas grand-chose parce que j’ai trop peur d’être déçue.

Parlons de ta voix. Tout le monde s’accorde à dire qu’elle est exceptionnelle…

Je le raconte rarement, mais ma façon de chanter est due à un problème de cordes vocales que j’ai eu plus jeune. Un défaut qui, à moyen terme, allait me faire perdre ma voix. J’avais des cordes vocales qui, quand j’émettais un son, n’étaient pas complètement collées. Il y avait de l’air qui passait entre et qui les usait. J’ai dû faire toute une rééducation qui a duré un an pour apprendre à mieux placer ma voix parlée et chantée. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à chanter différemment de peur de perdre ma voix. J’ai même amplifié, je pense, tout ce que j’ai appris. Je l’exagère un peu, j’en suis certaine. Maintenant, je fais le travail inverse pour avoir du recul par rapport à ça. Si je hache et saccade les mots, je l’avoue aujourd’hui, c’est à cause de ça.  

L’atmosphère de ton disque est plutôt joyeuse, alors que tes textes ne le sont pas.

La majorité de mes chansons sont tristes. Quand je me mets au piano pour écrire ou composer, je suis toujours dans une mauvaise phase. Il y a quelque chose qui me dérange. Je suis triste, je suis dans un mood plutôt désagréable et le but, c’est de se servir de cette émotion pour créer quelque chose qui fait du bien. Au fond, je dois être un peu optimiste.

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Tu as écrit à peu près la moitié des textes.

J’ai de très bons auteurs aussi, je serais stupide de me priver de leur talent. Et, en règle générale, j’ai toujours des tonnes de musique en stock. Je suis moins prolifique au niveau des textes. Ce n’est pas du tout de la prétention, mais je suis plus douée en tant que musicienne qu’en tant qu’auteure. C’est la musique qui m’a amené à chanter. En revanche, le plaisir des mots et du texte, c’est venu beaucoup plus tard.

Je n’ai pas envie de parler de tes chansons. J’aimerais que les gens les découvrent vierges de tout commentaire.

Je trouve ça très bien. Moi parfois, je suis déçue d’en apprendre trop sur les prémices d’une chanson que j’aime. Le but, c’est qu’on puisse avoir plusieurs interprétations de mes textes et qu’on les ressente par rapport à l’état d’esprit qu’on a au moment où on les écoute.

Plus on écoute ton disque, plus on découvre des choses… il faut explorer toutes les différentes strates.

J’aime bien qu’on écoute mes chansons sans y  réfléchir, sans intellectualiser mes propos. Mais, j’aime bien aussi qu’on y revienne pour gratter et découvrir des choses inattendues musicalement, dans les textes et dans les arrangements. J’espère que l’on peut apprécier ce disque sans se prendre la tête, mais aussi en le découvrant intensément.

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Après l'interview...

Bonus: Comme Sophie Maurin vient d'obtenir les 4 clefs de Télérama (et que ça devient rare), je propose l'article de Valérie Lehoux.

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21 juin 2013

Eric Rochant : interview pour la sortie de Möbius en DVD

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Dorénavant, je vous proposerai aussi quelques rencontres « cinéma ». Un des médias pour lequel je travaille me le permet. Je suis ravi, même si tout est plus compliqué à organiser par rapport à la musique et la littérature. Cela étant, dans ces deux domaines artistiques, j’ai beaucoup de contacts, ce qui facilite tout. Mes incursions dans le 7e art, elles, sont rares… alors je passe par les voies normales… qui sont sacrément balisées et pleines d’obstacles (qui s’appellent notamment chiffres et validations).

Bref, parlons de Möbius, le dernier film d’Éric Rochant qui sort en DVD le 3 juillet prochain.

Bande annonce de Möbius.

éric rochant,möbius,interview,mandorJean Dujardin est un agent secret russe au passé trouble, Cécile de France est un génie maléfique de la finance internationale. Ils s'aiment d'un amour passionné et inattendu. Le seul lien qui unit ses héros peu recommandables au spectateur est la passion qui les dévore. Une fois adoptée cette profession de foi, on jouira du spectacle rare d'un film français dont l'auteur est décidé à divertir autrement que par le rire. C’est rare et passionnant. Rencontre avec le réalisateur, Éric Rochant (Un monde sans pitié, Aux yeux du monde, Les patriotes... et la saison 2 et 3 de Mafiosa...), le 4 juin dernier, dans un salon du Park Hyatt de la capitale.

Interview :

Möbius est un film moitié d’amour, moitié d’espionnage, à équivalence égale. Vous n’avez pas voulu privilégier un de ces deux genres ?

Je voulais raconter une histoire d’amour dans un contexte d’intrigue d’espionnage parce que je pense que les deux genres pouvaient s’interpénétrer de manière  intéressante et dramatique. L’histoire était celle-ci : comment de vrais sentiments, très purs et très forts peuvent s’insinuer dans une machine de guerre, dans la mécanique de l’espionnage. En fait, je ne voulais pas refaire un simple film d’espionnage, car j’en avais déjà réalisé un, Les patriotes.

Vous n’aviez pas encore abordé dans votre filmographie une vraie histoire d’amour passionnelle. Avez-vous eu peur de vous lancer dans un genre que vous n’aviez pas encore traité ?

Un mélange de peur et d’excitation. J’étais excité par le défi que je m’étais lancé à moi-même. Je n’en suis pas à m’assoir et à appliquer des recettes que je maitrise déjà. J’ai envie d’explorer des nouveaux pays du cinéma.

Il y a une histoire d’amour, certes, mais d’une sensualité rare au cinéma.

C’est très physique, voire sexuel. Là, aussi, c’était nouveau pour moi. Ce que j’avais écrit sur le papier était très spécifique. J’ai essayé d’être au plus près des souffles, de la peau, des regards, des caresses et surtout filmer le plaisir féminin.

Cécile de France a tourné des scènes très intimes.éric rochant,möbius,interview,mandor
Souvent, pour tourner ce genre de scènes, on demande aux comédiens de boire un coup de vodka et de faire ce qu’ils peuvent. Ils sont obligés de ressentir quelque chose, mais évidemment, ils ne le ressentent pas.  Ils doivent faire semblant en vrai. Là, il fallait aller plus loin encore qu’une scène d’amour « normale ». Je suis allé dans les détails, donc ça a demandé une vraie direction d’acteur. Du coup, ça a déplacé la pudeur et la gêne sur moi. Je suis devenu le plus embarrassé et le plus impudique. Mes indications, il fallait les sortir, je vous assure (rires).

Vous avez choisi Cécile de France et Jean Dujardin dans les rôles principaux. Quand on choisit deux personnes pour tenir un film, il faut être sûr que ça va coller entre eux… c’est un risque.

Même si ce choix est calculé et désiré, il y a quand même une part d’inconnue. Jean et Cécile ne se connaissaient pas, mais lui l’appréciait énormément et il avait vraiment envie de tourner avec elle. Ils se sont retrouvés aussi sur leur désir de faire le film et de faire le film tel que je leur avais décrit. Ils ont une même manière d’aborder le métier, ils sont tous les deux extrêmement travailleurs, mais ils sont aussi très simples et très humbles.

éric rochant,möbius,interview,mandorEt diriger Tim Roth, c’était facile ?

Tim Roth ne m’impressionne pas plus que Jean Dujardin ou Cécile de France. Il a du charisme et un certain caractère, il joue à l’anglo-saxonne, mais ça n’a pas été du tout un problème de le diriger. On s’adapte à la personnalité du comédien, c’est tout. Mais, c’est valable pour tout le monde.

Un réalisateur est aussi un peu un psy, non ? Sur votre tournage il y avait l’école française, l’école anglo-saxonne, l’école russe… il faut composer avec chaque façon de faire des comédiens, non ?

Vous avez raison, j’ai fait un travail de psy. Moi, je parle aux uns et aux autres en privé, jamais devant tout le monde. J’ai une relation à chacun. Je ne peux pas demander la même chose à telle ou telle personne de la même manière. Ça fait partie du métier. En plus, moi, je n’aime pas faire des films dans le drame. Il y a des réalisateurs qui cherche ça, qui cherche la tension permanente, moi, c’est le contraire. Je suis assez diplomate.

Vous avez écrit ce film en même temps que vous réalisiez deux saisons de « Mafiosa » pour Canal+. C’était facile de passer de l’un à l’autre ?

Ce que j’ai appris en faisant Mafiosa, d’une certaine manière, je m’en suis servi en faisait Möbius. Aujourd’hui, j’aime la série autant que j’aime le cinéma, je suis donc plutôt content de passer de l’un à l’autre.

Extrait "restaurant".

éric rochant,möbius,interview,mandorQuand on dit de Möbius que c’est un film « à l’européenne », le réalisateur en pense quoi ?

On dit tout d’un film. Quand on réalise un film, on a le droit à tous les jugements possibles, qu’ils soient dithyrambiques ou quasi insultants. Pour celui-là, j’ai été servi dans le tout et son contraire, du coup, il ne faut pas attacher trop d’importance à une critique en particulier. Par contre, pour avancer et progresser, il faut faire attention à ce qu’il se dégage, pour ensuite, éventuellement pouvoir en tenir compte sur ce qu’on fait après. Il faut se blinder sur le détail, mais ne pas ignorer la tendance. Sur ce film, franchement, je n’ai pas eu à me plaindre…

L’écriture de ce film a été difficile. Vous avez même jeté l’éponge une première fois, pour la reprendre ensuite.

Ce qui est décourageant parfois, c’est d’avoir un idéal et de ne pas réussir à l’atteindre. Ce qui est décourageant, c’est aussi le manque d’inspiration. Parfois, on n’a rien dans la tête, ou on a que de la merde (rire). On n’arrive pas à trouver la bonne idée qui correspond au désir que l’on a. Ce qui est formidable, c’est quand ça se débloque.

Eric Rochant est le premier réalisateur à tweeter au fur et à mesure du tournage d'un film.

éric rochant,möbius,interview,mandorDès que l’on parle d’économie et d’espionnage, la trame peut tout de suite être compliquée. Pour le bien du spectateur, on est obligé de simplifier ?

Il y a un débat à ce sujet précis. Un débat d’abord avec moi-même et après, avec moi et mes producteurs, sur la facilité de lecture et la crédibilité. Il faut que le spectateur comprenne un maximum de choses, mais en lui faisant comprendre un maximum de choses, on le sort de la réalité, parce qu’on est obligé de lui parler, de lui donner des infos. Si quelqu’un venait faire un stage d’immersion dans n’importe quel milieu, il ne comprendrait pas tout, parce qu’on ne lui donne pas toutes les clefs. En fait, quand on fait un film, on se demande toujours quelle clef il faut donner aux spectateurs au sacrifice de la crédibilité. Parfois, on se dit qu’il vaut mieux que le spectateur ne comprenne pas trop tout, mais qu’il ait l’impression que c’est vrai. Il y a un arbitrage et un savant dosage à faire. Dans Möbius, il y a tout ce qu’il faut comprendre. Mais c’est très fin. L’idéal, c’est de le revoir deux ou trois fois.

Je ne peux pas ne pas vous parler de Jean Dujardin. Il a accepté de faire votre film avant éric rochant,möbius,interview,mandord’être ce qu’il est devenu après Cannes 2012 et les Oscars… Pour lui, votre film est devenu une soupape pour ne pas exploser en plein vol.

Il me l’a dit pendant le tournage. Grâce à Möbius, le ballon à l’hélium ne s’est pas envolé. Même s’il était dans les cieux, il est resté accroché à la terre.  J’étais très content qu’il soit reconnu comme comédien, en plus l’oscar pour The artist, pour le coup, est très largement mérité. Il y avait le risque qu’il revienne de tout ça en pensant tout connaître et tout savoir, en faisant « je suis monsieur l’oscar », mais Jean est tellement le contraire de cette attitude… Sur le plateau, il rigolait en jouant le mec qui a les chevilles gonflées et c’était très drôle. Jean à cette intelligence humaine de ne pas être dupe de ce qui lui est arrivé.

La sortie en DVD du film, c’est important pour vous ?

J’aime bien l’idée d’une deuxième carrière pour un film. Même si Möbius a bien marché en salle, il est resté 6 semaines à l’affiche, c’est toujours plaisant de le voir revivre quelques mois après. Je suis content que les gens puissent voir et revoir le film comme ils le souhaitent.

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Après l'interview, le 4 juin 2013.

19 juin 2013

Madeleine Besson : interview pour la sortie de The Walker

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J’ai vu Madeleine Besson pour la première fois sur la scène des Muzik’Elles de Meaux, il y a 3 ans. Elle était « coup de cœur »  de cette manifestation musicale. Sa présence sur scène, mais aussi la fraîcheur de ses compositions avait bluffé les 2000 personnes présentes ce jour-là. Cette chanteuse francophone à la voix joliment éraillée écrit en anglais. Son univers musical a des accents de rhythm and blues américain et de pop music anglaise. Son 1er EP, The Walker vient de sortir, en attendant l’album (prévue à l’automne 2013). Ce disque enregistré en live avec son groupe en une semaine est réalisé par David Coulter (Arthur H, Tom Waits, Les Pogues, Damon Albarn... ). Un bijou dont j’ai tenu à parler avec elle le 14 juin dernier à l’agence.

J’ai souhaité publier cette chronique rapidement, car ce soir (mercredi 19 juin 2013), Madeleine Besson se produit avec d’autres artistes au Petit Bain.

Pub, donc !

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Biographie officielle :

Madeleine Besson est une jeune artiste aux facettes multiples. Sa carrière a commencé au cinéma avec Coline Serreau (sa mère, qui a fait une apparition fugace chez Mandor il y a quelques années) qui lui a confié entre autres rôles celui de Marie dans le film  18 ans après. Madeleine est ensuite passée à la réalisation d’un documentaire sur Benno Besson (son père, homme de théâtre et créateur avec Bertolt Brecht du Berliner Ensemble) en Italie.
Depuis 2006, c’est la musique qui a pris le relais. Après avoir participé à de nombreuses classes de chant, piano, violon et composition, Madeleine Besson a écrit plusieurs musiques originales pour la scène et le cinéma : « Saint-Jacques La Mecque », « L’école des femmes », « Solutions Locales pour un Désordre Global » de Coline Serreau ainsi qu’un spectacle-concert monté à Berlin « Wilhem Busch Traümt Von Paris ».
Depuis 2009, Madeleine se produit sur scène entourée de musiciens avec son propre répertoire. En juin 2010, Madeleine Besson a fait une résidence à la Scène Nationale de Melun-Sénart en partenariat avec Le Coach et la région Franche-Comté suivie en juillet d’une série de concerts dans le cadre du Festival Bancs Publics à Salins-les-Bains (Doubs).
Coup de cœur de la sixième édition du Festival Muzik’elles de Meaux en septembre 2010, une série de concerts s’est mise en place à Paris et en région pour l’année 2011 et 2012, dont la première partie de Cyndi Lauper qui l’invite sur la scène de l’Olympia pour un duo « Girls just wanna have fun ».

En avril 2011, Madeleine Besson emporte le Tremplin des Jeunes Charrues de Saint-Malo ce qui lui donne l’occasion de se produire au festival des Vieilles Charrues à Carhaix le 17 juillet.
Elle est accueillie également au Printemps de Bourges 2011, dans le off, sur « La scène des Tontons ».

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madeleine besson,the walker,interview,mandorInterview :

La musique a toujours fait partie de ta vie.

On peut le dire. J’ai commencé le violon à l’âge de deux ans.

Ta mère t’a un peu forcé et tu as mis presque dix à aimer en jouer. Tu as été traumatisée dans ta jeunesse, dis donc.

Oui, mais c’est parce que je n’aimais pas qu’on me force à faire quelque chose. Aujourd’hui, je suis très contente d’avoir eu cette opportunité de faire de la musique si tôt. Je remercie ma mère. Elle devait savoir, sentir qu’il y a avait quelque chose en moi lié à cet art.

Tu as la double culture franco-américaine. Tu as vécu les 7 premières années de ta vie aux États-Unis, ensuite, tu es venue en France. Dans tes chansons, tu chantes dans les deux langues, parfois dans la même chanson.

J’ai trouvé l’idée de mélanger les deux étaient original et ça m’a amusé de la faire. C’est une liberté que je me suis donnée. Ça me convient et ça me ressemble.

Chanter le blues, ça te vient de tes parents ?

Non, pas du tout. Ma mère, elle écoutait du jazz et beaucoup de classique. Bien sûr, elle m’a fait découvrir aussi un peu de blues, mais sans plus. Moi, c’était vraiment cette musique, mais aussi les Beatles. Aujourd’hui encore, ça me prend aux tripes. Quand j’entends du blues, il se passe quelque chose en moi. C’est très fort à l’intérieur et c’est incontrôlable.

Le 18 mai 2011 au Studio de l'Ermitage.

Te concernant, je lis des comparaisons avec Janis Joplin, Etta James, Aretha Franklin… c’est gênant ?

Ho la la ! Je ne me prends pas la tête là-dessus. D’ailleurs, aujourd’hui, je suis plus attirée par Etta James. J’aime vraiment ce qu’elle fait. Janis Joplin, c’est quand j’étais plus jeune. J’aimais sa façon de chanter, comment elle voyait la vie, comment elle l’a vivait à travers sa musique. Cette profondeur me touchait au plus haut point.

Tu as ta propre identité vocale. C’est difficile de ne pas « imiter » les artistes que l’on aime ?

Je fais très attention à ça. Au début, j’ai voulu imiter pour comprendre leur technique. Ca a fait partie de mon processus d’apprentissage, mais après, il faut s’approprier ce savoir par rapport à comment on le ressent soi-même.

Live in Paris au Divan du Monde le 13 mars 2012

David Coulter a réalisé ce disque.

J’avais commencé à travailler avec un autre réalisateur pendant un an en Angleterre. Ça a été une très belle rencontre musicale et humaine. Mais, je me suis sentie un peu déracinée en bossant là-bas. Je ne m’attendais pas à ce que cela se passe comme cela. Il y a un truc qui n’allait pas, donc, du coup, je suis revenue en France et on a décidé de trouver quelqu’un avec qui le faire en France, qui connaissait la langue anglaise et française à la fois. J’ai rencontré David Coulter qui a bien voulu travailler sur le projet. Ça a tout de suite collé entre nous et il m’a inspiré immédiatement de la confiance. C’est hyper important pour moi.

L’enregistrement s’est effectué à la vitesse grand V.

17 morceaux en 3 jours, oui, c’est pas mal. On a enregistré en live dans le studio. J’ai fait 11 voix sur 13 en une journée.

Pourquoi si rapidement ?

Parce qu’on n’avait pas beaucoup de frics (rires). On n’avait pas trop le choix. Plus sérieusement, j’ai pris pour cet album mes musiciens de scènes, donc on connaissait parfaitement tous les morceaux. On n’a pas eu besoin de se roder. Il y avait une énergie que l’on connaissait tous, alors, tout est allé rapidement. Je suis très contente du résultat parce que je n’ai fait aucune concession. Cet un album qui me ressemble complètement.

Tu travailles avec l’agence Abacaba et Danièle Molko, une vraie pro comme on n’en fait plus beaucoup.

Le travail énorme que fait Abacaba m’impressionne. Elles sont d’une redoutable efficacité. J’adore travailler avec elles. Il y a une histoire de confiance entre nous. C’est profond comme travail, comme écoute des autres… ça me plait beaucoup de travailler comme ça.

Est-ce que tu considères que ta carrière va à un bon rythme ?

Ça ne va jamais assez vite. Avec moi, il ne faut pas que ça traîne, en même temps, je ne contrôle pas les lois du temps. Je me suis longtemps cherchée et j’avais envie de m’entourer des bonnes personnes pour ne pas faire ce métier n’importe comment. Je ne veux pas monter vite et fort pour redescendre aussi vite et fort.

Ouverture de Cyndi Lauper à l'Olympia le 3 juillet 2011.

En France, on ne fait plus ce genre de disque. Du blues rock, comme ça, « à l’ancienne », si je puis dire, ça devient rare.

C’est une musique intemporelle de toute façon. Mais, c’est enregistré de manière très humaine, très organique. Il n’y a pas de superflu. C’est direct, frontal et ça, j’adore.

madeleine besson,the walker,interview,mandorComment tu vis la sortie de cet EP ?

J’ai un peu d’anxiété par rapport à comment il va être reçu. En même temps, ce disque est fait, il ne m’appartient plus vraiment. J’ai le trac, c’est sûr, mais c’est un bon trac.

Je t’ai vu il y a 3 ans aux Muzik’Elles de Meaux. Tu as mis le public dans ta poche en deux temps, trois mouvements.

Depuis que j’ai commencé, j’ai envie que le public soit avec moi immédiatement. J’ai envie de les capter, de les embarquer, de leur parler au cœur, de les toucher. Je fais ce métier pour ça.

Que pense ta mère, Coline Serreau, de ton parcours artistique ?

Elle m’encourage énormément. Elle m’aide beaucoup dans le sens où elle m’apprend beaucoup sur le travail de scène.

Tu es une vraie enfant de la balle.

Moi, j’ai passé ma jeunesse dans les coulisses de théâtre, sur les plateaux de cinéma… j’étais toujours dans cette ambiance. La scène, c’était à la fois fascinant, mais c’était aussi comme à la maison. C’est quelque chose de très proche. En même temps, je ne suis dupe de rien dans ce métier.

Bande annonce de 18 ans après.

madeleine besson,the walker,interview,mandorTu as eu le rôle principal féminin de 18 ans après, le film de ta mère. Tu t’intéresses encore au cinéma ?

Oui, beaucoup. Et j’ai plein de projets à ce niveau-là.

À part des scènes pour défendre tes titres, je sais que tu as beaucoup d’autres activités prévues dans les prochains jours.

Là, je suis en train de composer une musique de film. Je vais faire une tournée dans tout le sud avec la chorale de ma mère que je dirige et dans laquelle je chante. En juillet, je tourne dans un court-métrage.

Est-ce que parfois tu ne te dis qu’il faudrait que tu catalyses ton énergie pour un seul domaine artistique.

(Gros éclat de rire). Ça ne va pas non ? C’est trop bien de pouvoir faire plein de choses. Je sais me concentrer et catalyser mon énergie pour chaque chose, ne t’inquiète pas. On me donne l’occasion de me diversifier, j’en profite. Je sais la chance que j’ai.

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15 juin 2013

Jules : interview pour Le sale gosse

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Je lui ai dit dès son arrivée à l’agence. Cela faisait très longtemps que je n’avais eu un coup de cœur immédiat pour un artiste. Une écoute de Le sale gosse dans son intégralité et hop ! J’ai adhéré à tout. La voix, les textes, ses mélodies d’une redoutable efficacité et une tête à la Docteur House. Difficile de ne pas inviter Jules pour faire sa connaissance. Le 29 mai dernier, l’homme est arrivé et il m’a plu humainement tout aussi rapidement que son œuvre.

Aujourd'hui était le jour idéal pour publier cette chronique. Jules est ce soir au Forum de Vauréal pour un concert exceptionnel où il aura "carte blanche"...

481708_4390482173783_691233095_n.jpgBiographie officielle,  hyper sérieuse et pas du tout drôle (et un peu tronquée, parce que bon, si la bio est plus longue que l’interview, on en sort plus.) :

Quand les filles de l’école se trémoussent sur les tubes pop des 80’s, Jules fume la pipe en se passant les disques de Serge Reggiani, Jacques Brel, Nino Ferrer, Bob Dylan, Renaud ou Goldman. La spirale de la défaite est enclenchée, impossible de faire demi-tour.
En 1988, il enfile une veste en velours et commence la musique avec deux frangins, Sam et Fred, qui deviendront les insupportables Ogres de Barback. Autant dire que ça ne s’arrange pas.

Jules navigue ensuite parmi plusieurs groupes. Il se met au service des autres pour pouvoir acheter du Viagra. Il alterne entre des plateaux télé noir et blanc au piano avec Julio Iglesias, et des sessions de bassiste avec des artistes aussi médiocres que Kent, Jacques Higelin, Bénabar ou Catherine Ringer, dans la variété comme dans le rock alternatif… De pire en pire donc.

Cela aurait pu s’arrêter là si Jules n’avait pas, alors, les deux pires idées de sa vie : Il commence à se couper les poils du nez, alors que, plus tu coupes, plus ça repousse. Mais surtout, il veut écrire ses propres chansons et les défendre sur scène. Oh le con…

Du coup, fiasco total : En 2007 il est élu artiste de son département par l’Adiam et le Conseil 314141_4374496934162_913011114_n.jpgGénéral du Val d’Oise. Il reçoit le soutien incongru (et jamais démenti depuis) du Forum, scène de musiques actuelles de Vauréal (95). Ensuite il est élu « Artiste découverte » à l’Estival de Saint-Germain (78), « Grand Prix du public », « Grand Prix du Jury » et « Prix Claude Lemesle » à « La Ruée vers l’Aure » de Bayeux. Il est également sélectionné comme « Découverte » au Festival ALORS CHANTE de Montauban.
Il a franchi toutes les étapes, tous les statuts labellisés, tous les cols du fémur.

Coup de bol, il se révèle être un véritable homme de scène. Le déambulateur plait aux fans et aux femmes. Jules s’entoure des meilleurs musiciens du monde sur un malentendu et se forge un public fidèle, conquis et sans cesse vieillissant… Les pauvres. Probablement le syndrome de Stockholm…

Aujourd’hui, Jules, c’est une centaine de concerts partout en France, dont la tournée "L’Homme le plus fort du Monde" produite par Béatrice Adnot et qui atteint son point d’orgue Bontempi en janvier 2012 lors d’une date au Divan du Monde épique et archicomble.

Jules-salegosse-visuel.jpgAllez comprendre… C’est aussi deux albums autoproduits : Les années douces et L’Homme le plus fort du Monde (avec 4 204 exemplaires vendus, sous la menace, à ce jour) et ce nouvel album qui vient de sortir sur le label Polychrone.

Un nouvel album, un nouveau spectacle, une nouvelle tournée… Le tout motivé par l’énergie du désespoir. Ne l’encouragez pas. Le type est père de famille. Faites ça pour ses gosses.

En plus « Variété alternative » ça veut rien dire.
Merci pour lui.

Avant l'interview, voici le premier clip tiré de Le sale gosse"

Interview :

C’est ton vrai deuxième album, je ne compte pas le premier autoproduit.

Le disque se vend de moins en moins, mais il reste un outil indispensable pour se faire connaître et trouver des dates de concerts. On a cru à Internet, mais c’est tellement saturé de ce côté-là qu’il faut quand même exister « physiquement ». Le numérique à ces limites aussi, vu que tout le monde balance tout et n’importe quoi. Ca devient plus compliqué de faire le tri en numérique que pour le disque physique.

Le tien, en plus du fond, il y a la forme. Il est très beau.

On avait déjà perdu entre le vinyle et le CD, alors maintenant, si on a même plus le CD… Ma pochette est inspirée de celles de Nino Ferrer et de Jacques Dutronc.

Teaser de l'album "Le sale gosse".

Tu as débuté à la fin des années 80 avec Sam et Fred des Ogres de Barback.

On a eu un groupe pendant 12 ans qui s’appelait Les minoritaires. C’est en allant voir avec Sam la Mano Negra à La Cigale en 1988 qu’on a pris une grosse claque. On avait 13 piges et on s’est dit qu’il fallait faire ça. Sam avait quelques bases, il jouait un peu de guitare. Son père était dans le groupe Il était une fois. Donc il a baigné dans cet environnement musical, contrairement à moi. Mes parents étaient mélomanes, mais pas du tout musiciens.

Vous faisiez quoi comme musique ?

Au début, c’était improbable. On avait un synthé et trois guitares, pas de batterie. Fred est arrivé plus tard avec l’accordéon… c’est une période bénie parce qu’on a trouvé des concerts partout pendant 10 ans. On s’organisait des tournées improvisées et on se payait nos vacances avec ça. On allait voir les mairies et c’était hyper simple.

Vous jouiez vos propres titres ou vous faisiez des reprises ?

Au début, on faisait des reprises et au fur et à mesure, on mettait nos chansons. C’était du rock alternatif, mais hyper maladroit. C’était clairement un joyeux bordel. On était fan de variété comme Goldman et on voulait être la Mano Negra. On n’était pas des brutes de technique, mais il y avait une telle énergie et une spontanéité sur scène que ça marchait. On avait 16 ans et on jouait parfois devant 3000 personnes.

"La bonne nouvelle",enregistré en live au Sax à Achères le 26 janvier 2013.

Après cette expérience, tu as joué dans d’autres groupes ?

J’ai joué dans un autre groupe qui s’appelait Mazette, mais il ne se voulait qu’amateur. Je jouais surtout pas mal pour les autres. Je faisais des plateaux télé. Pendant longtemps, par exemple, j’étais claviériste de Julio Iglesias. Je me souviens d’une émission mémorable sur M6 présentée par Virginie Efira et Magloire sur la culture gay. Julio était invité et je me souviens qu’il y avait deux mecs en slip qui se dandinaient dans une cage et moi j’étais au milieu avec mon petit clavier. C’était un grand moment. Mes premiers pas dans le show bizness étaient éclatants comme tu peux le remarquer.

Tu as bossé avec Polo aussi, l’ancien chanteur des Satellites.

C’est un super auteur compositeur. Il m’a fait rencontrer pas mal de gens, ce qui m’a permis de jouer très épisodiquement avec Bénabar, Catherine Ringer, Kent ou Jacques Higelin.

Jouer avec des gens comme ça, c’est énorme.

J’ai une qualité, c’est que je joue de tout, mais je ne joue rien de très bien. Je ne suis pas un très bon musicien, mais je joue du piano, de la guitare, de la basse, je chante, donc je peux faire les chœurs, et tout ça, pour les prods, dans des équipes réduites, c’est pratique. Souvent, j’ai remplacé des mecs au pied levé.

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Il y a un moment où tu t’es dit que tu allais faire ce métier sérieusement ?

Oui, mais c’était déjà mon métier. Ça fait bien longtemps que je vis grâce à la musique, mais à partir du moment où j’ai eu mon fils, j’ai restreint mes départs en tournée pour les autres artistes. Il y a 10 ans, juste avant que je commence Jules, on m’a proposé de faire la tournée d’Olivia Ruiz à ces débuts. J’ai refusé et c’est à ce moment précis que j’ai décidé de faire mes propres chansons pour décider de mes propres tournées. J’ai décidé de monter mon projet pour ne plus être tributaire des uns et des autres.

Quand tu as enfin créé tes chansons pour Jules, tu as créé le personnage qui allait avec ?

Oui, mais il est venu sans réfléchir. Je suis un « one man song », alors que je ne suis pas une grande gueule et que je suis même très discret dans la vie. Sur scène, oui, c’est un peu « docteur Jekyll et mister Hyde ». J’ai un principe. Je veux absolument dédramatiser  la fonction d’artiste. Je n’ai jamais le trac et j’ai envie que les gens se sentent vraiment proches très très vite. Parfois, ça me dessert, parce que j’ai peut-être tendance à briser trop vite la glace. Je fais un peu le sale gosse et le cabot.

a1812427807_10.jpgC’est marrant d’avoir un double ?

Aujourd’hui, ces deux facettes sont même devenues indispensables. Je suis devenu carrément schizophrène… Si je venais avec mon personnage civil sur scène, ça n’intéresserait personne. Moi, je n’aime pas aller voir des chanteurs sur scène qui s’excuse d’être là. Mon premier album s’appelait L’homme le plus fort du monde, ce n’était pas pour rien. Je me sens parfois l’homme le plus fort du monde. Quand je suis Jules, je me sens un peu invincible, alors que dans la vie,  je suis beaucoup plus mesuré.

Tu es taquin avec le public, quand même.

Oui, un peu. Pas trop ironique. Si, un peu aussi. Selon les soirs, selon comment je sens les choses, il n’y a pas de calcul. Ce qui me fait avancer, c’est que dans nos concerts à nous et lors de toutes les premières parties que nous faisons, on ne prend jamais de four.

Revenons à L’homme le plus fort du monde. Je sais que tu adores ce disque.

Il a beaucoup d’imperfections, mais il m’a permis de rencontrer tous les gens avec lesquels je travaille aujourd’hui, c'est-à-dire Le Vilain Orchestra, mon éditeur et producteur, ma tourneuse… je lui dois tout à cet album.

Et puis, il y a celui-ci, Le sale gosse. J’aimerai que l’on s’attarde sur la chanson, jean-jacques-goldman-mickael-jones-plus-belles-photos-concert_472246.jpg« Jean-Jacques ». Une chanson sur Michael Jones.

J’ai eu la chance de le rencontrer. On a fait ensemble un festival organisé par Gérald Dahan qui s’appelait « Rires et rock ». On a sympathisé assez vite. Moi, je suis vraiment fan de Jean-Jacques Goldman. C’est le mec qui m’a donné envie de faire de la musique. Je voulais faire Jean-Jacques Goldman, comme métier, quand j’étais petit. Quand j’ai rencontré son binôme de « Je te donne », je n’ai pipé mot de Goldman. Mais, je me suis rendu compte que ce type ne pouvait rencontrer quelqu’un qui n’ait envie de lui demander des nouvelles de Goldman. Michael Jones fait une carrière, des disques, des concerts et pourtant, il n’a d’autres choix que de vivre dans l’ombre du géant qu’est Goldman. Ce ne doit pas être évident. Ma chanson n’est pas méchante. Elle est même pleine de tendresse. On s’appelait souvent avec Michaël Jones. Pour L’homme le plus fort du monde, il m’a même donné des conseils. Depuis que je lui ai envoyé ma chanson, je n’ai plus aucune nouvelle. J’attends un appel de son psy qui va me dire que j’ai niqué 30 ans de thérapie.

Ce qui me fascine chez toi, c’est ton sens de la mélodie et de la chanson tubesque. « Mal barré » en est un exemple flagrant.

Ça vient de ma culture variété. Goldman, mais aussi Ferrer, Dutronc père.  Le mot variété est tellement beau… il est juste galvaudé à cause de la variétoche.

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Tu as une voix très grave qui ne correspond pas forcément à ta voix chantée. C’est curieux.

J’ai le syndrome du mec qui a fait beaucoup de concerts dans des conditions pas terribles. Souvent mes tessitures, je les prenais plus haut pour être sûr que l’on m’entende dans les rades où il m’est arrivé de chanter. Comme je me suis beaucoup forcé, mes tessitures sont devenues plus aiguës.

Il y a dans tes chansons autant d’ironie, de second degré, que de mélancolie et de tendresse. Tu es comme ça dans la vie ?

J’essaie d’être optimiste, mais j’ai souvent du mal. Je n’ai aucune nostalgie. Jamais. Je ne regrette pas quand j’avais 18 ans, ni qu’en j’en avais 30. Franchement, j’adore ma vie, même si parfois, mais ça me fait un peu flipper. J’ai un optimisme raisonnable mesuré et mélancolique.

Parle-nous du Vilain Orchestra.

J’ai une chance inouïe. C’est incroyable le talent de ces mecs-là. Je ne suis pas un grand musicien, je le répète, mais j’ai la chance de jouer avec des musiciens fabuleux. Ils sont aussi ingérables que talentueux. Ils ont une sorte de folie douce qui fait qu’il n’y a aucun concert pareil. À la base, ce ne sont pas des copains, ils ont été mes musiciens pour le disque, ils sont devenus des gens que j’aime bien. Des maillons essentiels à ma carrière actuelle. Ils m’amènent beaucoup artistiquement, mais attention, c’est moi le boss. La preuve, quel nom est écrit en plus gros sur la pochette ?

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Ingrid Desjours : interview pour Sa vie dans les yeux d'une poupée

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Dans le nouveau polar d’Ingrid Desjours, Sa vie dans les yeux d'une poupée (Plon), se pose, en filigrane, la question du rapport au corps accidenté, du deuil, ou encore des conséquences psychologiques d'un grave traumatisme, jusqu'à la folie parfois. Vous ne ressortirez pas indemne de ce thriller psychologique unique.

Ingrid Desjours est passée me voir le 6 mai dernier. Voici donc la deuxième mandorisation (voir la première ici) de cette auteure qui n’a ni la langue, ni la plume dans sa poche.

ingrid desjours,sa vie dans les yeux d'une poupée,interview,mandor4e de couverture :

Barbara, vingt-quatre ans, a tout oublié de l'horreur qu'elle a vécue, ce soir d'hiver dans un parc désert. Pourtant, de cette incursion au cœur de la douleur et de l’épouvante, elle n'est pas revenue seule : elle a ramené avec elle une vision, une hallucination tenace, entrevue à travers les lambeaux de son cauchemar. Une image avec qui la jeune femme vit. Hantée, obsédée. Et habitée par une soif inextinguible de vengeance dont la poupée qu’elle vient de s’offrir se fait le relais. C'est comme ça que la douce Barbara se laisse progressivement posséder par un double maléfique. Et commet en son nom les pires atrocités. Sur ses traces, Marc Percolès, flic provocateur et omniscient, au corps et au cœur plus couturés que Frankenstein. Il est le premier à faire le lien entre la petite esthéticienne sans histoire et le monstre qui torture des hommes, la nuit tombée. Prêt à tout pour la coincer, il n'hésitera pas à sortir du cadre légal pour arrêter l'escalade de violence. Mais, en cours d'enquête, il comprendra que Barbara ne tient pas forcément les rênes de sa folie, et que d'autres personnes de son entourage ont tout intérêt à ce qu'elle continue. Et que, elle aussi, il devra la sauver.

L’auteure : ingrid desjours,sa vie dans les yeux d'une poupée,interview,mandor

Née en 1976, Ingrid Desjours est psychologue spécialisée en psycho-criminologie. Après avoir pratiqué en Belgique auprès de criminels sexuels, elle se consacre aujourd’hui à l’écriture romanesque et scénaristique. Elle a déjà publié Echo et Potens (Plon, 2009 et 2010) remarqués et plébiscités par la presse et le public. Elle a animé l’écriture de Connexions, un polar interactif édité en partenariat avec l’émission Au Field de la nuit (TFI).

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ingrid desjours,sa vie dans les yeux d'une poupée,interview,mandorInterview :

Ton livre commence avec une scène de viol très réaliste.

C’est la scène fondamentale constructrice de ce qui va se passer par la suite et à la fois destructrice. Je ne pouvais pas concevoir un viol autrement que dans la violence. C’est marrant parce que je ne m’attendais pas à ce que les gens réagissent autant sur cette scène. Et c’est surtout les hommes qui sont surpris, choqués pour certains d’entre eux. Dans une scène d’amour, j’aime bien ménager la pudeur de mes personnages. Dans ce cas là, je préfère suggérer parce que c’est quelque chose de beau et on a tous nos références en termes de sensualité et d’amour. Là c’est facile de laisser l’imagination du lecteur faire son travail. Pour cette scène de viol, je ne voulais pas qu’il y ait d’esquive et d’ambigüité possible. Je déplore que dans certains films elles soient un peu érotisées, ce qui fait que l’on arrive à des scènes qui peuvent devenir esthétiques, voire excitantes. Moi, je ne voulais surtout pas ça. Je voulais montrer l’horreur de ce qu’une femme subit dans ces moments-là et décrire tout ce qui peut monter dans la tête d’une femme qui se fait violer, ce à quoi elle va s’accrocher…

Ton héroïne, Barbara, qui a été victime de ce viol, met un voile sur cette partie là de sa vie.

Ça montre bien qu’après des agressions, qu’elles aient eues lieu dans l’enfance ou à l’âge adulte, c’est important de pouvoir mettre des mots dessus. Petite, déjà, Barbara n’a pu mettre de mots dessus quand son beau-père l’a violé. Quelque part, elle était dans le déni. Elle n’a pas de petit ami, elle est « pure », elle sait que passer en pleine nuit dans un parc, pour une femme seule, ce n’est pas le meilleur truc à faire. Quelque part, elle est dans une répétition de schéma. Je ne dis pas qu’elle recherchait à se faire de nouveau violer, mais elle s’est mise en danger. Elle est dans la peau de victime depuis toujours. Elle se vit victime depuis toujours justement parce qu’il y a eu ce déni. Ce livre met beaucoup l’accent sur l’importance de dire les choses, de les nommer. Plus tard, finalement, ce qui va lui permettre de croire en une rédemption possible, et de lui faire accéder à une part de beau, c’est la façon dont un homme va la nommer. Un détail qui révolutionne tout dans sa tête.

Pour tous les personnages de ton roman, Barbara, Marc, le flic et la maman de Barbara, on se demande constamment s’ils sont victimes ou tortionnaires.

La mère, par exemple, elle est les deux. Se sentir victime et ne pas dépasser ce statut de victime, ça autorise à plein de choses. Ça autorise à se plaindre, à faire payer les autres, à envahir les autres avec sa douleur, sa peine et son martyre. « Oui, mais moi j’ai besoin de réparation, après tout ce qui m’est arrivé… » et, finalement, la victime se transforme en bourreau. Ce n’est pas une démarche, ce n’est pas volontaire, mais pour moi, c’est la logique des choses.

Les mères dans tous tes romans sont un peu tordues… je ne te demande pas pourquoi ?ingrid desjours,sa vie dans les yeux d'une poupée,interview,mandor

(Sourires. Mais pas de réponse.)

J’ai remarqué que tu ne t’interdis rien quand tu écris un livre. En tout cas, tu ne respectes pas les codes du thriller.

Déjà, je lis très peu de genre de roman, voire pas du tout. Les codes, je peux allègrement m’assoir dessus parce que je ne les connais pas. Et je n’ai pas envie d’écrire selon un canevas préétabli.

Il y a beaucoup plus de psychologie que chez bon nombre de tes confrères auteurs de thriller.

La psychologie m’a toujours fasciné, j’ai d’ailleurs fait des études assez conséquentes sur le sujet, tu le sais. Depuis que je suis gamine, j’observe les gens. Et je n’observe pas seulement ce qu’il y a de plus beau. Rassure-toi, je suis capable de m’émerveiller des belles choses, mais j’ai un gros problème dans la vie, c’est que je ne suis dupe de rien. J’ai une lucidité, comment dire…  abominablement douloureuse. Ça plus mes études plus mon expérience professionnelle, oui, ça donne des livres où la psychologie est mise en avant. Ce que j’aime, c’est gratter derrière le vernis, derrière les apparences. « Si j’arrache un morceau de ta peau, il y a quoi derrière ? » C’est ce que je me demande toujours quand je discute avec quelqu’un. Même les masques que l’on porte sont révélateurs de ce qu’on est. On ne choisit pas par hasard. Déjà, on en choisit une que l’on peut porter. Les gens ne savent pas regarder en profondeur. Ils regardent en surface.

Le flic, Marc Percolès, est désagréable, abjecte souvent, de mauvaise foi tout le temps.

Pour moi, il est extrêmement attachant. C’est un hérisson. C’est quelqu’un qui te dit merde avant de te dire oui parce que c’est sa façon à lui de se protéger. C’est un écorché vif, dans tous les sens du terme en plus. Il préfère tenir les gens à distance que d’être dans cette souffrance permanente que les autres sont susceptibles de lui apporter. Il pense que quoiqu’il advienne, on va finir par lui faire du mal. Il a du mal à croire en la nature humaine dans ce qu’elle peut avoir de beau. Donc, il envoie chier.

Barbara, elle, finit par avoir un petit copain, Raoul, qui n’est pas moins qu’un sombre connard.

Elle ne sait pas qu’elle est mignonne. Elle ne sait pas qu’elle pourrait en avoir un autre. C’est un choix de dépit. C’est un choix de noyée. En fait, elle tend la main et elle attrape celle du premier qui passe par là. Elle a quand même l’espoir qu’il la sauve. Elle a une image catastrophique des hommes, finalement, lui, l’a conforté dans l’idée qu’elle n’est rien, qu’elle est secondaire, qu’elle n’est bonne qu’à la satisfaire sexuellement ? C’est très cohérent par rapport à l’image des hommes qu’elle s’est construite petite.

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Bon, nous allons évoquer son amour pour les poupées. C’est ce que justifie le titre de ce livre.

La poupée qui parle à Barbara, c’est plus un symbole. Histoire d’avoir une interface parlante plutôt que quelque chose qui lui vient d’on ne sait où. Je trouve que la poupée se prête tellement à toutes les projections. Il y a un côté fascinant. Depuis la sortie du livre, je découvre à quel point les poupées font flipper beaucoup de gens. À partir du moment où on quitte le monde de l’enfance, une poupée perd tout son côté charmant. Ça doit renvoyer à une part de soi qui est morte et on ne veut pas être confronté à ce qui nous renvoie à l’enfance.

Je sais que les personnages de ce livre t’ont envahi pendant l’écriture. À quel point ?

C’est une question de résonnance. Marc et Barbara étaient indissociables de ce que j’étais au moment où je l’ai écrit. J’avais envie d’être autant amoureuse que Barbara et je me sentais tellement Marc.

ingrid desjours,sa vie dans les yeux d'une poupée,interview,mandorÇa va loin.

Le personnage qui est le plus moi, c’est Marc, à l’évidence. Quand j’écrivais ce livre, j’avais des émotions « montagne russe ». Je voyais tout à travers les yeux de Marc et j’avais les espoirs de Barbara. Est-ce que ce sont eux qui m’habitaient ou est-ce moi qui les remplissais de moi à ce moment-là? Peu importe parce que dans les deux cas, ça fait boite de résonnance, ça finit par vibrer.

Tes lecteurs te disent souvent que c’est un livre dur.

J’aime bien quand on me dit ça, parce qu’au moins, ça a provoqué quelque chose.et ça ne laisse personne indifférent. Ce qu’on me dit souvent, c’est qu’après avoir refermé le livre, il faut un petit temps de réadaptation. On m’a dit que les personnages continuaient à exister quelque part.

C’est vrai que tes personnages sont très très forts.

Pour moi, ce ne sont pas des personnages, ce sont des personnes. C’est ça qui fait toute la différence. S’il y a truc que j’ai remarqué depuis que j’écris, c’est que finalement les lecteurs aiment bien avoir leur propre représentation et moi, je n’ai pas à leur imposer ma vision. Je leur donne des cartes et après, ils en font ce qu’ils veulent. Si j’imposais un physique et un personnage, ce serait déjà rentrer dans une espèce de dictature et je ne veux pas être un dictateur.

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Une interview "coup de poing"!

13 juin 2013

Anoki : interview pour l'EP Allumeur d'étoiles

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Anoki est un artiste que j’ai découvert un peu au hasard. A l’écoute de ses titres, j’ai décelé en lui un auteur compositeur-interprète intéressant avec, certes, une marge de progression (comme beaucoup), mais il a indéniablement quelque chose de différent. Un truc en plus. Je sens qu’il peut aller loin s’il persiste et qu’il ne lâche pas ce combat difficile. Car pour réussir quand on est un jeune chanteur, c’est une lapalissade que de dire qu’il faut s’accrocher/lutter/croire en soi.

Le 25 avril dernier, Anoki a quitté sa ville vendéenne pour venir me voir à l’agence… j’ai rencontré un jeune homme sensible, sympathique… et qui sait où il veut aller.

anoki,l'allumeur d'étoiles,interview,mandorSa biographie (selon Akamusic) :

Anoki est « L’Allumeur d’étoiles ».

L'univers d'Anoki est fait de ballades folks et de chansons françaises poétiques. Inspiré par Barbara, Brel, Ferré ou Aznavour et empreint de mélodies douces et accrocheuses, il possède de nombreux arguments pour nous faire rêver avec des textes remplis d’espoir quel que soit le sujet traité.

Sa musique et ses textes s’inspirent profondément de la vie. D’un tout petit détail jusqu'aux sentiments que chacun de nous peut ressentir à un moment ou à un autre, son approche est profondément attachée à l’humain et à sa condition. Nourri d’une somme infinie de styles (musique celtique, folklore français ou folk US, chansons françaises d’hier et d’aujourd’hui, rock, blues, musiques ethniques ou éthériques…), la musique d’Anoki est variée et originale, une musique qui nous fait nous rapprocher les uns des autres pour mieux y revenir.

Le rêve comme prélude au bonheur… …Rêve qui nous invite au voyage.

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anoki,l'allumeur d'étoiles,interview,mandorInterview :

Je n’ai pas trouvé grand-chose de personnel sur toi sur Internet quand j’ai fait mes recherches sur ton cas.

Je suis quelqu’un de très secret et je divulgue les informations au compte-goutte. D’abord, je parle très peu de moi et de ma vie privée. Et je ne raconte que ce qui est concret. Je ne m’avance jamais dans les projets, les choses qui ne sont pas signées. Ce métier n’est pas très sûr, alors je me tais quand les certitudes ne sont pas là. Il faut garder la tête dans les étoiles, mais les pieds sur terre.

Bon, mais moi, je veux en savoir plus sur toi. Tu as des parents militants et mélomanes.

Mes parents étaient agriculteurs. Ils étaient très modestes, mais m’ont ouvert très tôt l’esprit à la culture. Ils m’ont fait lire beaucoup de romans, ils m’emmenaient toujours dans les concerts, et des concerts souvent de choses engagées. Sans être étiquetés politiquement, on ne peut pas dire qu’ils sont de droite, mais en tout cas, j’ai été élevé dans l’engagement.

Tes chansons ne reflètent pas ça.

Pas dans l’EP, mais dans d’autres chansons qui figureront sur l’album, un peu quand même. Raisonnablement, de toute manière.

Clip de "La chute".

Tu écris beaucoup et pas que des chansons.

J’ai écrit deux pièces de théâtre en Alexandrin, mais avec une histoire moderne et deux romans. C’est mon jardin secret.

Tu ne veux pas tenter de les faire publier ?

Non, c’est pour moi.

Je ne comprends pas que l’on écrive des romans ou des pièces et qu’on veuille les garder uniquement pour soi.

Pour le moment, je ne dis pas que je ne les proposerai pas dans quelques mois. Même mes chansons, ça fait 10 ans qu’elles sont écrites. Elles sont évidemment retravaillées, mais la base est là depuis une dizaine d’années. Il faut que mon travail d’écriture murisse longtemps. Un jour je me suis dit que pour mes chansons, c’était le moment d’agir.

D’où ton pseudo, Anoki.

Oui, en amérindien, ça veut dire « celui qui agit », dans le sens « qui agit sur sa vie ».

Tu a des origines amérindiennes ?

Non, je suis attiré par sa culture. J’aime beaucoup les valeurs dégagées par ce peuple. Des valeurs non matérialistes. Ils n’ont pas le sens de la propriété privée. Pour eux, tout ce qui est naturel ne leur appartient pas. Intellectuellement, je me sens assez proche de cette philosophie, tout en gardant mon côté matérialiste.

Clip (studio) de "L'allumeur d'étoiles".

Tu as aussi fait du théâtre.

Oui, ça m’a d’ailleurs beaucoup apporté.  J’ai suivi des cours d’un professeur qui a exercé aux cours Florent et Simon dans les années 70. On ne peut pas faire un travail sur scène, sans être un peu comédien. A moins d’être chanteur à voix et là, c’est la technique vocale qui va l’emporter. Moi, je suis loin de ça.

Tu as suivi des cours à la Music Academy International de Nancy.

C’est une grande école formatrice de musicien professionnel. La plupart des professeurs qui officient dans cette école jouent pour les grosses pointures françaises, voire certaines, internationales.

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Aujourd’hui, tu concrétises tes années de "musique" et d’"écriture" en sortant un EP. Tu es passé par le label belge Akamusic pour ça. C’est un site participatif en fait.

J’ai presque 250 producteurs qui ont investi 35 000 euros. C’est flatteur d’avoir eu autant de soutien. Ca encourage et surtout, on n’a pas du tout envie de décevoir tous ces gens qui ont eu confiance en moi. C’est le grand public qui met de l’argent, ce ne sont pas des professionnels. Je trouve cela très positif.

J’imagine que ça te donne de la responsabilité par rapport aux « investisseurs ».

Ils se sont engagés et je me dois donc de donner le maximum de moi-même pour pouvoir réussir. Il est vrai qu’il faut être patient. Tout ceci demande du temps, du travail sans arrêt. Mais le jeu en vaut la chandelle.

Clip (studio) de "Nos vieux".

Tu as un travail « rémunérateur » lié à la musique.

Je suis professeur de guitare indépendant, en effet. C’est ça qui me permet de manger, de vivre un petit peu.

Il y a de nombreuses radios qui diffusent tes chansons.

Près de 70 en Belgique et en France. Et le 14 juin, je vais avoir une première nationale sur le réseau RCF. Dans le 11h-13h, je vais faire un mini concert de 7 ou 8 morceaux pour 60 stations.

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Tu exerces en tant que guitariste depuis 10 ans. Ça doit faire bizarre d’être considéré comme un débutant.

Mais, le projet en lui-même a démarré il y a à peine un an. Il y a eu un an de préparation avant. Ça fait donc deux ans.

Il est indiqué dans ta bio que tu t’es inspiré de la belle chanson française, genre Barbara, Brel, Aznavour.

C’est ma culture. Surtout les textes de Brel. J’ai longtemps admiré sa manière de vivre les mots. L’interprétation, c’est porter le texte en exprimant des émotions.

Quand on aime ces artistes-là, ça doit mettre un peu de pressions quant à l’écriture des textes.

Je ne me mets aucune pression. Ils ont du génie et moi je ne suis que moi, à ma petite échelle. Je n’ai pas dit que je voulais les imiter ou que j’avais leur talent. Juste, je veux faire un travail honorable en me servant des bases de ma culture musicale.

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Tu trouves les sujets de tes chansons facilement ?

Oui. « Nos vieux » par exemple, l’inspiration m’est venue après avoir vu deux vieux qui se promenaient, au bord de la mer. J’écris d’une traite quand j’ai l’idée. Pour les mélodies, c’est la même chose. Elles peuvent me venir la nuit. Je me lève et enregistre en chantant la mélodie que j’ai en tête. Ensuite, je mets les accords dessus.

Tes textes sont très personnels, mais beaucoup peuvent s’y retrouver.

Dans cet EP, il y a quand même 3 chansons d’amour. Il y en a une éthérique, une très personnelle et une plus universelle.

Tu as l’impression d’être impudique parfois.

Sur scène, il faut que je le sois, mais sinon, je suis au contraire très pudique.

Tu en as où dans la conception de ton premier album ?

Tout est presque composé. Il faut que l’on arrange les chansons avec mes trois musiciens. Ce disque est pré-produit, mais il n’est pas encore produit. Pour cela, il faut des fonds où une signature dans un label… en fait, je cherche des fonds pour monter mon propre label et financer cet album. (Voir son site où tout est expliqué).

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09 juin 2013

Charles-Baptiste : interview pour son premier album à venir Sentiments inavouables

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Charles-Baptiste est un garçon tout à fait étonnant et original. Un grand jeune homme, toujours tiré à quatre épingles, cheveux bouclés, lunettes disproportionnées,  un peu décalé, qui chante des chansons françaises aussi graves qu’elles semblent légères. Un peu pop, un peu variété, beaucoup classe. 

Avant de sortir un album très bientôt, « Sentiments inavouables » (chez Mercury/Universal), j’ai reçu un EP comportant quelques extraits de ce disque à venir. Énorme coup de cœur pour ce qu’il dégage, pour les propos qu’il chante et surtout pour son sens rare de la mélodie. Sa grande force à mon avis.

Charles Baptiste se produit demain aux 3 baudets.  Il est passé à l’agence le 31 mai dernier histoire que nous fassions connaissance. J’avais hâte de le rencontrer. Je n’ai pas été déçu. Un artiste sympathique, très fin,  la tête sur les épaules et charismatique.

charles-baptiste,sentiments inavouables,interview,mandorBiographie de Universal (un chouia abrégée):

Vous vous souvenez de Claude Rich, dans Les Tontons Flingueurs ? Le gendre idéal à qui Lino Ventura rêvait de mettre une gifle ? Le type très énervant qui se révèle finalement très attachant quand on apprend à le connaître ?

Comme lui, Charles-Baptiste joue du piano, question d’éducation. Comme lui, Charles-Baptiste a une allure d’intellectuel, et une âme d’artiste. Comme lui, Charles-Baptiste ose la franchise, mais avec les manières.

Ses textes sont à la fois émouvants et étrangement drôles, les compositions mêlant culture classique et délire pop. Surtout, Charles-Baptiste promet de dire la vérité, toute la vérité. Même si elle est cruelle. Surtout si elle touche au cœur.

Si vous aussi vous passez vos week-ends cachés dans votre chambre à écouter des 33 tours de variété française des années soixante-dix, sortez au grand jour, Charles-Baptiste vous comprend.

N’ayez pas peur.

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Interview :

En cherchant à savoir comment tu as débuté et comment tu en es venu à consacrer ta vie à la musique, je n’ai rien trouvé rien sur Internet. On a l’impression que tu es né en 2002.

J’ai toujours l’impression que les artistes racontent le même discours, comme les actrices qui disent qu’elles ont toujours voulu faire du cinéma. En fait, je ne sais pas si c’est intéressant que je te dise que moi aussi, j’ai toujours voulu faire de la musique et que j’ai commencé le piano à tel âge…

Moi, ça m’intéresse, je t’assure.

Bon, je te raconte autrement la chose. Tout se décide à l’adolescence. Il y a ceux qui réussissent à l’adolescence, qui couchent avec plein de filles et il y a ceux qui ont eu du mal, qui ont eu quelques frustrations, ce qui a été mon cas… et qui développe donc une sensibilité autre. Quand on est une star au lycée, il n’est pas certain qu’on devienne une star dans la vie (rires).

Clip de "Aussi cool que toi".

Les chanteurs plaisent aux filles, tu as raison, c’est bien connu.

Des types comme Mick Jagger et Paul Mc Cartney ont commencé pour plaire aux filles. Après ils se sont pris au jeu et c’est devenu un truc fondamental. Quand un artiste débute, il y a toujours la notion de plaire aux autres, puis très vite ça devient une drogue dont ils ne peuvent plus se passer.

À l’adolescence, tu as commencé à chanter, à écrire des textes, à composer?

Non, je me contentais d’écrire des lettres enflammées à des filles. Un peu partout en France, on peut trouver des filles qui ont reçu mes missives.

Mais sinon, musicalement, tu as une formation classique.

Je viens du sud-ouest et là-bas, j’ai fait du piano au conservatoire de Pau et ensuite un peu à Bordeaux. Pendant que mes copains allaient au foot, au tennis et aux anniversaires, moi je travaillais mon piano. À 17 ans, j’ai un peu hésité. Je me suis dit que ce n’était pas ma voie. Je n’avais pas envie de ne pas devenir Glenn Gould. Je n’avais pas envie d’être au milieu.

Tu es arrivé à Paris à 18 ans. Du coup.

Oui, et je me suis vite rendu compte qu’aller vers les gens, et vers les filles en particulier, avec un piano, c’était trop compliqué. En plus, en 2001, c’était les Strokes, les Libertines, les White Stripes qu’on entendait. Le piano était un instrument qui n’avait aucun intérêt.

Tu te sentais déjà décalé ?

Oui, un petit peu. Et c’était une période où beaucoup de jeunes artistes français chantaient en anglais. À partir de 2004, j’ai appris les basiques accords de guitares et je me suis mis à chanter dans les bars ou les tout petits endroits ou on pouvait chanter. On peut dire que j’ai bien ramé. J’ai même fondé une formation rock, un peu comme les BB Brunes. C’était un peu le passage obligé. Eux ont tracé, moi, je suis resté sur place (rires). À cette époque, j’ai eu des propositions qui n’ont pas abouti. Je me suis donc remis à travailler. J’y suis retourné en 2007, ça n’a toujours pas marché, j’ai continué à travailler et en 2009, enfin, j’ai eu une proposition d’un éditeur.

Clip de "Piquez-moi avant".

Il faut beaucoup d’années avant de se faire remarquer. C’est presque une lapalissade….

Sur un plateau de Drucker, Michel Berger a dit un jour qu’il fallait 10 ans pour se faire remarquer. Drucker lui a demandé de ne pas en parler pour ne décourager personne…

Moi, ça fait deux ans que j’entends parler de toi comme un type qui revendique le fait d’être un chanteur de variété. Je vais te dire franchement, je t’ai trouvé intrigant. Je me demandais qui se cachait derrière cet artiste-là.

Quand j’ai commencé à chanter dans un habillage rock, en 2007, c’était parce que sinon, je savais qu’on n’allait intéresser personne. Mais, comme je chantais déjà en Français, quand on me demandait dans les soirées ce que je faisais, je répondais, sous forme de provocation, « de la variété ».  Pour certains, c’était intrigant, pour d’autres, ils se taillaient… 

Mais, tu l’aimes cette variété.

Oui, fondamentalement. Je pense à l’âge d’or de la variété des années 70. Julien Clerc, William Sheller, Christophe, Michel Polnareff. Mais je peux aussi évoquer celle des années 80. Il y a un désir de mélodie et de chanson qui est immense. Ils cherchaient à écrire des titres qui pouvaient être chantés par tout le monde. Je fais la même chose aujourd’hui.

Les artistes que tu viens de citer sont des mélodistes hors pair, mais des mélodistes qui portent une attention toute particulière aux textes. Toi, tu as un côté léger et amusant dans ton personnage. J’ai peur que, du coup, le public ne remarque pas la profondeur de tes textes.

Je revendique une forme de fraîcheur et de légèreté. Tu as vu le temps qu’il fait ? Il y a des trucs affreux dans les journaux. Non, je n’ai pas besoin de rajouter à la sinistrose ambiante.

Que tes textes ne soient pas hyper positifs ne m’a pas échappé Charles-Baptiste.

J’utilise des mélodies légères pour évoquer des choses graves. Je crois qu’on n’a pas besoin de sombrer dans le pathos dès qu’on exprime des choses profondes. Je suis en recherche de sens et d’expression de sens, je veux dire des choses, mais à travers une recherche très humaine. Une chanson comme « Non négociable », c’est un type qui est désespéré, qui rampe et qui en devient attendrissant.

Beaucoup de tes personnages sont pathétiques, non ?

Oui, ils sont pathétiques, mais tous profondément humains. Le fait qu’ils le disent, qu’ils s’expriment… déjà, ils s’en sortent.

Clip de "C'est cette année".

Avant cet EP, il y en a eu un précédent.

Je n’avais jamais présenté de musique enregistrée. Je sentais qu’il fallait que je présente quelque chose qui montre ce que j’ai envie de faire. Qu’il en reste quelque chose. Je voulais aussi montrer une étape de la construction d’un disque, comme une sorte de photographie. Quand on regarde les croquis d’un grand peintre, on découvre ce qu’il y a, mais on ne voit pas encore le sourire de la Joconde. On devine juste ce que ça va éventuellement devenir.

Es-tu du genre à revenir encore et encore sur tes textes et ta musique ?

Non, je suis quelqu’un d’impulsif. Les chansons que je considère comme les meilleures sont celles dont j’ai eu l’idée en 15 minutes. Maintenant, j’écris beaucoup de choses dans mon I Phone. Je note juste des petites phrases très parlées. Je bénéficie d’un temps créatif, celui du demi-sommeil. Souvent j’écris au moment où je suis en train de m’endormir ou au moment où je suis en train de me réveiller. C’est quasiment systématique. J’ouvre alors mon I Phone et j’écris avec les yeux brulés par la lumière de l’appareil de façon automatique quasiment toute la chanson. Ensuite, je me rendors, je la laisse macérer et pendant la journée, je la joue 50 fois au piano.

Depuis 9 ans que tu fais ce métier-là, as-tu l’impression d’avoir progressé ?

Si j’ai progressé, c’est parce que désormais, je sais quel est mon style. Je sais ce qui fait ma marque de fabrique et ce qui continuera à la faire dans les années futures. Cette marque là fera que je serai aimé ou décrié.

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Pendant l'interview.

Toutes ces années que tu estimes « galère » t’ont permis de te trouver, finalement.

Je suis comme un laboureur. Comme je viens du sud, les agriculteurs font partie de ma culture. On passe et on repasse dans les champs. Il y a des artistes qui cherchent à se réinventer tout le temps, moi, j’ai l’impression que je vais passer ma vie à creuser ce sillon.  Cette idée de progrès est intéressante. Quand je réécoute les chansons que je faisais en 2005-2006, je n’arrive pas à les décrier parce qu’il y a quelque chose quand même dans l’aspect juvénile qui est dans une énergie intéressante. Pas l’énergie du désespoir, mais l’énergie de l’espoir justement. Aujourd’hui, je suis peut-être un peu plus réfléchi.

Ton album va sortir chez Mercury. Te voilà rassuré sur ton sort ?

Personne n’est jamais rassuré dans ce monde-là et à cette époque. C’est une étape supplémentaire et c’est très encourageant. J’ai toujours voulu signer pour un gros label, parce que le style que je fais, la variété française, qu’on appellera peut-être « de la pop en français », c’est assez difficile de passer par d’autres moyens.

Tu restes libre en termes d’image ?

Tout à fait. Ils m’ont connu, puis signé pour ce que suis et représente. Je sais que pour les purs interprètes, c’est plus difficile d’imposer une image. Ils sont beaucoup plus pris en charge, couvés, on leur impose des chansons. Disons qu’on leur propose intensivement. Comme j’écris toutes mes chansons, les compose, je signe tous les arrangements, je sais donc parfaitement où je vais et comment je vais y aller. J’ai une vision assez forte des choses. Dans mon travail, je suis radicalement moi, en fait. Une chanson, elle touche si elle sincère, si elle n’est pas sincère, elle passe à la trappe.

(Petite pause... qui montre que Charles-Baptiste est aussi talentueux qu'il est malin.)

L'adaptation française de "Get Lucky", le dernier tube de Daft Punk. Ce clip a bénéficié d'un gros buzz!

Maintenant que tu es chanteur, tu te sens mieux ?

Se considère-t-on chanteur ? C’est un peu dangereux de se considérer chanteur. En tout cas, c’est juste fabuleux de pouvoir faire ce métier. Je dis souvent que la chance que j’ai de pouvoir tourner en France, c’est de pouvoir gouter tous les vins et les fromages français.

Bon, tu ne réponds pas vraiment à ma question qui était plus psychanalytique qu’elle en paraissait… Parlons de la scène. J’ai remarqué que le contact entre le public et toi s’établissait immédiatement.

Si on vient en concert, c’est pour sortir de son quotidien et partir un peu ailleurs. Il y a deux choses. À la fois une énergie positive, une façon de dire « ça va mal, mais ça va bien, ça ira mieux demain, vous verrez » et puis, évidemment, il y a des moments de mélancolie. Mais, ces moments-là de mélancolies, je les qualifie de chaudes.

La mélancolie est effectivement sous-jacente dans tes chansons.

Tu crois que le bonheur intéresse les gens, que les gens complètement heureux attirent le public ? Le bonheur, tout le monde s’en fout. Georg Wilhelm Friedrich Hegel disait « le bonheur sont les pages blanches de l’histoire ». Chez un chanteur, on a besoin de sentir une petite fracture qui nous rappelle nos fractures intimes et c’est comme ça qu’a lieu l’échange entre un chanteur et le public. L’écrivain, Anne Serre disait que chez un écrivain, elle sentait la cicatrice. Et elle voyait la qualité de l’écrivain si sa cicatrice était de la même taille que les siennes.

Tu as beaucoup de cicatrices ?

(Rires) Ça cicatrise toute la vie, c’est ça qui est bien. Une chanson, c’est à chaque fois un peu de mercurochrome. Mercurochrome, le pansement des héros !

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Un artiste a-t-il une mission ?

Tu brandis là, je le sens, la dimension d’utilité publique. On peut aller du divertissement aux messages politiques engagés. Ce que je fais se situe entre les deux. L’artiste a un rôle social qui est notamment de tisser du lien. Avant, il y avait les prêtres, les rabbins et les imams, maintenant, il y a les artistes. Les concerts, c’est comme la messe, non ?

Tu n’es pas un chanteur engagé. Merci.

Je n’aime pas les donneurs de leçon. Ça m’insupporte, ces gens qui disent des choses et qui en privé font le contraire. « À mort les riches depuis mon hôtel 4 étoiles ! »

Tes parents sont du milieu ?

Pas du tout. Ils sont tous médecins dans ma famille. Mes parents et ma sœur aussi.

Comment prennent-ils la direction de ta vie ?

Ils sont très bienveillants. Bon, ils font attention dans les interviews quand je parle d’eux. Ils me disent « Oh ! Tu y vas un peu fort. On ne t’a jamais obligé à faire du piano. » En fait, je pense qu’ils voient que je fais ce métier avec beaucoup de rigueur. C’est quelque chose que je ne cherche pas à montrer, mais je travaille beaucoup.

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08 juin 2013

Loïc Lantoine : interview pour la sortie de J'ai changé

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Loïc Lantoine est un ovni dans le paysage de la chanson française. Cela fait longtemps que je voulais le rencontrer. Ses textes faits de sombres pensées et de tendre humanité me touchent au plus haut point. Je ne suis pas le seul, je sais. Ses mots traînent beaucoup d'entre nous jusque dans les tréfonds de nos conneries et de notre folie. Poète de notre temps, conteur d'un autre temps, l’homme n’est pas fan des interviews. Mais son attachée de  presse, la très efficace Sissi Kessaï, fait en sorte de lui faire faire de la (bonne) promo à l’occasion de la sortie de son nouvel album J’ai changé. Une rencontre mandorienne était donc une évidence (surtout pour moi). Le 24 avril dernier, nous nous sommes retrouvés dans un café (mais devant une bière. Non, deux ou trois, je ne sais plus bien).

71tSgtUbQ9L._SL1083_.jpgBiographie par Philippe Barbot (pardon à lui, mais nettement raccourcie) :

Déjà presque dix ans que le loustic Lantoine fait tanguer la langue, chavirer la rime et culbuter les strophes. Avec son complice et alter-égal François Pierron, le chantre de la chanson pas chantée a baroudé de bars en gîtes, de clubs en bouges avec une inaltérable constance et trois albums sous les aisselles : Badaboum , premier essai tapageur en 2004, suivi de Tout est calme deux ans après et du live À l'attaque , en 2008, ont forgé sa réputation de poète routard déglinguant les conventions littéraires et musicales avec un bagout et une pépie dignes d'un Bukowski ch'timi ou d'un Tom Waits nordiste. Loïc Lantoine est revenu. Il a changé, mais pas trop. Juste ce qu'il faut. En mieux. Il a changé. C'est du moins ce qu'il prétend dans le titre de ce nouvel album, aux chansons rodées comme d'habitude sur scène, pendant deux années de tournée. C'est vrai, y'a du nouveau dans cet album. Si l'on y retrouve la familière diction rocailleuse et les singuliers sonnets en vers et contre tous, on ne peut pas ne pas remarquer que le champion de la chanson chahutée s'est mis à... chanter. Loïc Lantoine le duo est devenu Loïc Lantoine le gang. Pour souder cet éclectique club des cinq, il fallait un lien, un regard extérieur, un arrangeur ni trop arrangeant ni trop dérangé : Daniel Yvinec, musicien maestro et directeur de l'Orchestre National de Jazz, a signé une réalisation à la fois dense et précise.

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loïc lantoine,j'ai changé,interview,mandorInterview :

Tes nouvelles chansons bénéficient de nouveaux musiciens. Elles sont donc plus musclées que d’habitude.

Ça s’est fait naturellement. Avec François Pierron, à la sortie du deuxième album, on tournait avec deux personnes supplémentaires, mais qui changeaient souvent. Parmi ces gens-là, il y avait Éric Philippon et Joseph Doherty. On a eu l’envie de figer les choses, alors on leur a demandé s’ils voulaient créer des nouvelles chansons à quatre. Ils ont dit oui. On était content. Thomas Fiancette est arrivé en renfort à la batterie un peu après. Nous voilà cinq maintenant. Mais rien n’était prémédité.

Du coup, vous avez créé pas mal de chansons, tous ensemble, en résidence.

Il y avait quelques textes qui préexistaient, mais je prends de plus en plus de plaisir à écrire en compagnie des musiciens. Ils sont en train de répéter, il m’arrive de les arrêter sur quelque chose qui me touche, ils restent un peu dessus. Une fois que j’ai accroché quelques vers, que je vois où je pourrais aller, je vais m’isoler, je termine la chanson et je leur fait écouter. On essaie de trucs. Parfois même la musique change complètement parce qu’ils ont trouvé autre chose… Ce n’est pas très réfléchi tout ça. Les trois quarts de ces chansons ont été écrits en leur compagnie.

Tu n’es donc pas un solitaire dans la création.

J’ai commencé comme ça, vraiment tout seul, et maintenant, beaucoup moins. Mes musiciens trainent d’autres émotions, d’autres sensibilités et ça m’ouvre l’esprit. J’ai tendance à penser que les chansons ne m’appartiennent pas, donc je trouve ça bien d’être influencé par d’autres. Ça donne des chansons plus riches.

De plus, ce qui est bien, c’est que tes musiciens ont vraiment des influences musicales différentes les unes des autres.

Joseph, c’est un irlandais qui jouait dans Son of the Desert. Il vient du rock pur et dur. Éric, dit « Fil », c’était le guitariste de la Tordue. Quant à Thomas, autant il va s’éclater à jouer de la batterie sur de la valse musette que sur du rock qui tache. Et François, c’est mon compagnon et contrebassiste de toujours… Ils auraient pu jouer n’importe quoi, je les ai choisis aussi pour leur côté humain. L’important, ce sont les bonshommes avant tout.

Clip de "Je ferme". Réalisation : Laurent Benhamou.

J’ai souvent lu que par rapport à ta musique et à ta voix, tu n’étais pas sûr de toi.

Je ne suis pas sûr de moi en général. Pour ma coupe de cheveux, comme pour mon pull ou pour mon chant. J’ai du mal à me revendiquer comme chanteur. Ca me fait toujours marrer parce que j’ai l’impression que c’est un malentendu gigantesque.

Tu as un public nombreux depuis des années.

Il n’est pas si nombreux que tu le dis, mais il est fidèle et varié et ça, ça nous fait plaisir. Il y a des gens qui nous ont découverts par le biais de la chanson traditionnelle et, avec le temps, des gens sont arrivés par d’autres entrées. Parce qu’on joue aussi du rock, monsieur !

Après les concerts, tu aimes bien parler avec ton public.

De moins en moins. Je suis un peu gêné parfois. C’est compliqué, j’ai autant de mal à recevoir les compliments que les insultes. Quand on me dit des choses très gentilles, je ne sais jamais quoi répondre et j’ai les mains qui deviennent moites. Je n’aime pas avoir les mains moites.

C’est une forme de timidité.

Oui. D’ailleurs, c’est marrant dans ce boulot le nombre de gens timides. J’ai un peu réfléchi là-dessus, ce n’est pas une histoire de thérapie. La timidité doit être une qualité parce qu’elle permet d’avoir de la pudeur. Les gens qui sont un peu plus tête brulée sont sans doute plus « évident ». C’est pour ça que ça marche un peu mieux pour les gens un peu torturés.

Pourtant, chanteur, c’est quand même un métier sacrément impudique. loïc lantoine,j'ai changé,interview,mandor

C’est justement quand on est dans le paradoxe qu’une certaine richesse arrive. C’est un métier qui est complètement aberrant, il ne faut pas faire ça. Quand tu es timide, dire à des gens « taisez-vous, c’est moi qui parle », c’est absolument n’importe quoi.

Y a-t-il deux Loïc Lantoine. Celui qui est sur scène et celui qui est dans la vie ?

Disons que celui qui est sur scène est une caricature de celui qui traine ses guêtres dans la vie. Je ne pense pas que l’on puisse réellement me connaître à travers ce que l’on voit de moi sur scène. Tous les traits sont là, mais j’exagère tout. Je suis bien plus quelconque que ce que je peux donner à voir. Je ne me réveille pas tous les matins en faisant une déclaration d’amour infernale à ma femme, par exemple (rires).

Tu as testé tes nouvelles chansons sur scène avant de les enregistrer. Pourquoi ?

C’est un rapport qui s’est inversé. La logique voudrait qu’on enregistre des chansons et après qu’on les tourne. C’est bien beau d’imaginer comment on va assumer une chanson devant les gens, mais tant qu’on ne l’a pas fait, on ne sait pas ce que ça va donner. Ce qu’on a « boxé » en studio, sur scène, on s’aperçoit que ça passe mieux en douceur. Parfois l’inverse, on a envie de muscler une chanson qu’on a enregistrée trop cul-cul. On ne sait jamais comment on investit une chanson, alors je trouve que roder une chanson avant de la graver est un bon procédé.

Ce n’est donc pas pour voir la réaction du public ?

Non, c’est juste pour voir comment on assume les chansons. Il faut être un peu schizo dans ce métier. Quand j’écris, j’essaie de me plaire en tant que public potentiel. Si je dois commencer à prendre la température des goûts des gens, je suis mort. Je fais des chansons pour le Modem après.

Tiède. Milieu quoi !

Voilà.

Tu ne te censures jamais ?

Je ne m’interdis rien dans la chanson. Mais il y a une petite alarme intérieure qui clignote parfois. Surtout sur les intertextes, parce qu’il m’arrive de sortir de grosses conneries sur scène. Je suis là pour faire passer un bon moment aux gens, alors souvent, je vais à fond. Parfois trop, mais les gens aiment quand même bien déconner. Moi aussi.

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Chanter des nouvelles chansons à un public, ça doit faire un peu peur.

On a créé ce nouveau spectacle à Évreux. Il y avait 17 nouvelles chansons et on les a toutes jouées. Je n’étais vraiment pas à l’aise. J’étais en panique même. Quand on a joué une chanson 30 fois, on est quand même plus à l’aise dedans. Tout est une question de rodage.

loïc lantoine,j'ai changé,interview,mandorPour les amateurs de chansons françaises dites traditionnelles, tu es une très grosse référence. Un peu à l’instar d’un Allain Leprest (mon hommage mandorien ici).

Leprest, c’est mon papa de métier, c’est lui qui m’a mis un peu le pied à l’étrier. Mon entrée dans le boulot c’était de coécrire avec Allain des chansons pour le chanteur Jehan. C’était pour moi hallucinant parce qu’ils étaient mes deux artistes français préférés, chacun dans leur domaine. Avec Allain, on s’est côtoyé jusqu’à sa mort.

Tu n’aimes pas du tout les comparaisons avec d’autres artistes.

Je ne comprends pas pourquoi on me compare à Allain Leprest. Léo Ferré aussi revient loïc lantoine,j'ai changé,interview,mandorbeaucoup. Peut-être parce que je fais des phrases trop longue. Arno, à la limite, là je comprends parce que j’ai une voix de fumeur, mais c’est tout. Je suis beaucoup moins connu que ces artistes-là en tout cas. C’est pour ça que je continue ce qu’on fait là.

La promo ?

Oui. Ce n’est pas un truc qui m’est très agréable. Je n’aime pas parler de moi. Mais l’idée de donner la possibilité au plus grand nombre de gens de me connaître m’intéresse. Après, ils feront le choix de m’écouter ou pas. Je joue le jeu des interviews, mais, encore une fois, ce n’est pas très agréable. (Il me regarde, se demande si je suis vexé, puis ajoute). Non, mais avec toi, ce n’est pas pareil…

Je sais très bien qu’il y a des artistes que je vais emmerder. Je sais très bien que tu n’es pas hyper fan des interviews, mais je m’en fous, je viens quand même parce que j’ai envie de te connaître. C’est égoïste de ma part,  je le sais bien.

Non, mais j’ai besoin de communiquer sur mon travail, mais je préférerais boire un coup avec toi, sans micro. Tu vois ce que je veux dire.

Dans chaque album, ce sont souvent les mêmes thèmes. L’amitié, l’amour, un bar qui se ferme… L’œuvre de Loïc Lantoine, c’est toujours pareil sauf que c’est jamais pareil.

Tu as raison. Je ne sais pas de quoi parler si ce n’est de ces choses-là. J’ai de l’admiration pour les gens qui sont capables de raconter des petites histoires surréalistes. Je trouve quelques chansons de Thomas Fersen très réussies et complètement dingues. Il invente des mondes, moi j’en suis bien incapable. Quand il raconte l’histoire d’une bille qui tombe des escaliers, je le trouve très très fort. Avec moi, la bille, elle rencontre un copain dans l’escalier. Ils vont au bar d’à côté boire un coup, mais le bar il est fermé (rires).

Ce qui compte plus que tout pour toi, c’est l’émotion qui se dégage d’une chanson.

Oui. Les émotions fortes. De mes chansons, il faut que se dégage de la colère, de la tendresse, de la nostalgie, de la fraternité, l’amour fou, une musique, un instant, une idée qui va me mettre en branle. Je veux faire naitre des émotions variées chez les gens. On est fabriqué pour vibrer. Une chanson n’est jamais belle. Si la personne qui l’écoute ressent de belles choses, c’est cette personne qui est belle. La chanson, on s’en fout.

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Après l'interview, le 24 avril 2013, dans un café parisien.

06 juin 2013

Stéphanie Hochet : interview pour Sang d'encre

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(photo : Maurice Rougemont)

Je ne vais pas tergiverser longtemps, Stéphanie Hochet est l’une des plumes féminines françaises qui m’intéressent le plus ces dernières années. Il y a un an tout juste, je la recevais ici à l’occasion de la sortie de son précédent roman, Les éphémérides, qui m’avait déjà fortement impressionné. En lisant l’incisif et puissant Sang d’encre, on pénètre autant dans la chair de l’Homme que dans son âme. En peu de mots, juste l’essentiel et l’efficace. Encore une fois, Stéphanie Hochet, laissera en moi des traces indélébiles de son œuvre. Je me souviendrai « à vie » de cette fiction. Le 23 avril dernier, l'auteure est revenue à l'agence, pour une interview (évidemment) marquante...

stéphanie hochet,sang d'encre,interview,mandorNote de l’éditeur :

La fascination qu’exercent tatouages et tatoueurs sur le narrateur l’a conduit à dessiner pour l’un d’eux, son ami Dimitri. Mais il a longtemps résisté à offrir sa peau aux poinçons et à l’encre. C’est une phrase latine  sur les heures qui passent Vulnerant omnes, ultima necat, (toutes blessent, la dernière tue), qui le fera changer d’avis et bouleversera son existence. Dès que Dimitri la lui tatoue sur la poitrine, il devient un autre homme dans ses rapports aux femmes, au temps, à l’existence. Mais très vite l’encre des premiers mots pâlit et, étrangement, son sang en fait autant…

Dans une langue dense et puissante, Stéphanie Hochet écrit une fiction aux marges du fantastique, une méditation sensuelle sur le sang et l’écriture, la peau et la mémoire, les traces et l’oubli.

L’auteure (selon le site Evene) :

Auteure à la plume acérée, Stéphanie Hochet se distingue parmi les figures montantes de sa génération. Titulaire d’une maîtrise d’anglais, spécialiste du théâtre élisabéthain, la jeune femme débute sa carrière en tant qu’enseignante en Grande-Bretagne. Son premier roman, Moutarde douce, paraît en 2001. Mais ce sont les romans Les Infernales et Je ne connais pas ma force qui la révèlent au grand public. En 2009, l’écrivain publie un très remarqué et très sombre Combat de l’amour et de la faim. Portés par un style nerveux, les textes de Stéphanie Hochet abordent les questions de la survie, du pouvoir ou de la lutte, autant de thèmes puisés dans ses lectures de Nietzsche, de Dostoïevski ou de Marguerite Yourcenar.

stéphanie hochet,sang d'encre,interview,mandorInterview :

Sang d’encre est publié aux éditions des Busclats, créées et dirigées par Marie-Claude Char et Michèle Gazier.

Michèle Gazier me connaissait, mais pas Marie-Claude Char (la veuve de René Char). Je n’ai pas eu une pression particulière parce que je savais que Michèle Gazier avait apprécié mes deux précédents romans et qu’elle me faisait confiance. J’ai saisi l’opportunité d’écrire chez elles pour me lancer dans quelque chose d’un peu particulier. Ce sont de petits livres qu'elles appellent les "pas de côté". Des écrivains confirmés sont invités à écrire dans cette collection des textes qu'ils n'auraient pas publié ailleurs.

Toi, tu es partie de quel point de départ ?

Je me suis d’abord penchée sur l’histoire du tatouage. Que nous apprend l’étude du tatouage et que nous apprennent les tatouages des différentes civilisations ? J’ai découvert par exemple que le tatouage était déjà pratiqué chez les hommes préhistoriques, chez les Grecs et les Romains, mais dans ce cas précis, pour désigner les esclaves… il y a toujours un rapport entre les tatouages et l’appartenance. Aujourd’hui, on se tatoue quelque chose parce qu’on a envie d’en posséder les caractéristiques. Si tu te tatoues un serpent ou un tigre, c’est que quelque part la force du serpent ou du tigre te fascine et que tu veux en posséder l’esprit. On se tatoue rarement un gentil panda (rires). Il y a toujours appropriation. En tout cas, c’est devenu une fiction qui a touché un thème devenu un peu obsédant pour moi.

Pourquoi le thème du tatouage est-il devenu obsédant ?stéphanie hochet,sang d'encre,interview,mandor

Je pense que ça faisait longtemps que je l’avais en moi, mais j’ai senti depuis le début qu’il fallait que ce soit un texte à part. C’est en  explorant ce thème que j’ai découvert ce qu’il y avait derrière. Chez moi, c’était quelque chose qui éveillait une curiosité, une sorte de fascination, une très grande envie, un très grand désir et en même temps, une très grande frustration parce que je ne suis jamais passée à l’acte. Ca peut paraître troublant parce que je raconte dans le livre les sensations lors d’une séance de tatouage et les impressions que ressentent les tatoués. Mais, j’ai interviewé de véritables tatoueurs pour retranscrire aux mieux cet état. C’était donc un thème à la fois obsédant et transgressif parce que je ne suis pas personnellement passée à l'acte.

Tu as une appréhension ?

Compte tenu de ce que je ressens quand je tombe malade, et dans quel état mental je suis alors, je me suis dit que si j’appliquais quelque chose sur mon corps, j’allais sans doute me retrouver dans un état mental différent, également. Je pense qu’il n’y a pas de séparation entre le corps et le mental. La séparation chair et esprit pour moi n’existe pas.

Moi, je juge quelqu’un en regardant son tatouage comme je juge quelqu’un en regardant sa bibliothèque… ce n’est pas bien, mais je ne peux pas m’en empêcher.

Sauf que la bibliothèque est amovible. Elle peut varier avec le temps. Le tatouage est là à vie. Mon angoisse est née de cet « à vie ».  Qu’est-ce que ça signifie aujourd’hui de poser sur son corps quelque chose qui va rester à vie ? La seule façon de faire disparaître un tatouage pourrait être le laser, mais en réalité, ce n’est pas une véritable façon de l’enlever puisqu’il reste toujours une trace. La peau n’est plus vierge. Je suis peut-être un peu tordue, mais pour moi, s’il reste une trace, il reste quelque chose. Comment accepter l’idée que l’on se marque à vie ? Si on n’est pas éternel, si on n’a pas d’œuvre derrière soi (et encore, est-ce qu’un œuvre résiste au temps ?), est-ce qu’il faut prendre le risque de se marquer pour toujours ? Il fallait que je tourne autour de l’idée d’une certaine forme d’éternité. L’éternité n’existe pas, donc, pour le corps humain, l’éternité c’est toute la vie.

stéphanie hochet,sang d'encre,interview,mandorIl y a beaucoup d’idées dans ce livre. Un peu de philosophie aussi.

Quand j’en parle là, avec toi, j’ai l’impression que les idées sont un peu complexes et intellectualisées. Quand j’écris une fiction ou un roman, je suis une romancière, c'est-à-dire que j’incarne mes idées. Je ne me lance pas de grandes digressions intellectuelles. Le roman, c’est une histoire de vécu, c’est une histoire d’incarnation.

Ton narrateur est hypocondriaque. Tu l’es toi aussi ?

J’ai du mal à trouver quel terme s’applique le mieux à mon cas. Je ne sais pas si je suis hypocondriaque ou nosophobe (la peur d'attraper des maladies). La maladie est quelque chose qui me hante suffisamment pour qu’elle s’introduise dans mes romans comme véritable thématique. La phrase d'exergue de mon précédent livre, Les éphémérides était puisée dans La maladie comme métaphore de Susan Sontag. Ce n'est pas un hasard.

Dans Sang d’encre particulièrement.

Oui, tu as raison. Le but n’était pas d’être obscur ou compliqué, d’ailleurs, je pense que le livre est accessible à tout le monde.

Tu aimes savoir ce que pensent les gens qui ont lu ta fiction ?

Chaque lecture d’autrui t’apporte quelque chose, te fait découvrir ton texte, c’est ça qui est fou et passionnant. En tant que romancière je ne commence pas par les idées mais par l'incarnation, même si, sous-jacentes sont les idées. C’est aux lecteurs d’intellectualiser le texte. Sang d’encre a souvent été interprété de manière originale et pertinente. Ça se recoupe, mais il y a des lectures singulières. Les gens ont saisi ce que ce texte a d’universel. À partir d’un simple tatouage, je pense avoir touché un vrai questionnement humain autour de questions simples : qu’est-ce que je laisse derrière moi ? Qu’est-ce que je décide de faire de ma vie à 40 ans ? Quel bilan puis-je faire quand je regarde derrière moi ? Que signifie mon passé ? Le narrateur se pose ce genre de questions. C’est quelqu’un qui doit être terriblement inquiet et qui, quand même, a conscience de l’importance de l’enjeu. Il a conscience que le tatouage, c’est très significatif et c’est pour ça qu’il s’est fait tatouer une phrase qui doit avoir rapport avec la mort et avec la vie. Vulnerant omnes, ultima necat, (toutes blessent, la dernière tue) est une phrase que l’on trouve sur les cadrans solaires des Romains. Elle nous rappelle que nous sommes tous mortels. Un jour cette phrase s’efface partiellement et elle change de sens…

Ta fiction devient alors fantastique.

Il y a un pied dans le fantastique, mais l’air de rien.

Tu ne cites pas nommément la maladie qu’attrape le narrateur.stéphanie hochet,sang d'encre,interview,mandor

Je fais comprendre aux lecteurs de quoi il s’agit, puisque je précise qu’il s’agit d’une maladie du sang et que je donne la sonorité du mot. En fait, c’est une leucémie. Il y a un chassé-croisé entre l’encre et le sang. Un sang qui perdrait de sa couleur, des globules rouges qui disparaitraient et l’encre qui disparait aussi de sa peau.

Le narrateur nie sa maladie.

Il ne veut pas en entendre parler, il refuse de se soigner pendant tout un temps, il regarde ailleurs. Il est trop fasciné par son tatouage.

Il a peur aussi.

Oui, c’est un livre qui parle de notre fin, de notre finitude.

Le narrateur reste ou quitte une femme en fonction de leur réaction par rapport à son tatouage…

Un tatouage est destiné à être exhibé. Pourtant, certaines personnes le cachent, mais c’est hypocrite parce qu'ils le cachent pour le montrer. Le narrateur ne pense plus qu’à ça, une fois qu’il l’a sur le corps. Il cherche à exister par ce tatouage, il cherche à susciter le commentaire des jeunes femmes. Il est très déçu parce qu’aucune n’est vraiment fascinée par son tatouage. Elles ne lui parlent que des lettres qui s’effacent.

stéphanie hochet,sang d'encre,interview,mandorIl y a dans cette fiction un autre personnage important, Dimitri, le tatoueur.

C’est un personnage énigmatique et j’ai même fait en sorte qu’il reste une sorte d’inconnu. Il est volontairement dans l’ombre. C’est un personnage secret, qui a le pouvoir. Il a le pouvoir de marquer les gens à vie au premier sens du terme. Le narrateur se demande d’ailleurs si Dimitri ne marque pas un peu trop les gens, s’il ne rentre pas en peu trop dans leur vie. Jusqu’où il va ? Toute la question est là. Est-ce que ce n’est pas déjà une façon de rentrer dans la vie des gens que de rentrer dans leur peau ?

Je n’y avais jamais songé, mais tatouer, c’est l’acte le plus intime que l’on puisse faire aux gens.

C’est extrêmement fort. Quand vous écrivez un livre et que les gens vous lisent, s’ils retiennent ce qu’ils ont lu pendant quelques années, c’est que vous les avez un peu marqués, mais il y a l’oubli et le temps qui passent au bout d’un moment. Avec un tatouage, vous ne pouvez pas oublier le tatoueur. Personne ne mesure l’importance symbolique de l’inscription sur la peau.

Si tu prenais l’incroyable décision de te faire tatouer, sais-tu ce que tu demanderais ?

J’y ai souvent pensé. Mais la meilleure solution pour moi serait que je devienne moi-même tatoueuse parce que j’aurais sans arrêt envie d’inventer quelque chose.

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 Stéphanie Hochet adoubée par son amie de plume assassine, Amélie Nothomb.

Est-ce que l’on peut dire que c’est ton roman le plus personnel ? On a l’impression que tu nous livres toutes tes angoisses et obsessions…

Je ne sais pas si c’est le plus personnel. J’ai du mal à dire lequel de mes livres est le plus personnel. Ils sont tous tellement personnels par définition, mais c’est peut-être le plus abouti. Il fait 97 pages, mais c'est du concentré. Le sujet étant plus court, plus serré, plus physique et plus angoissé, peut-être que ça parle plus de moi. Pour certains autres projets littéraires, j’avais l’ambition de réunir des choses assez différentes de moi, mais là, effectivement, sans doute que ça touche quelque chose de très intime. Je pense énormément à ce que l’on laisse de soi. J’écris des livres qui m’engagent tout le temps, mais je ne suis pas sûre qu’ils vont rester. Vraiment, c’est un mystère ce qu’on laisse derrière soi.

Tes romans ont une acuité phénoménale, je trouve.

Je veux que mes romans soient extrêmement précis. Il faut écrire avec acuité comme il faut vivre avec acuité. Quand on est quelque part, il faut savoir regarder les choses. Il ne faut pas vivre en se disant qu’on a déjà tout vu. Dans mes romans, je fais en sorte d’attacher une grande importance à la perception. Sang d’encre est un livre qui s’attache particulièrement aux perceptions qui nous font entrer dans un vertige et qui font entrer le narrateur dans une sorte de délire logique. Je n’ai pas envie de céder à ça personnellement, mais mes personnages peuvent rentrer dans ce processus. La littérature sert aussi à explorer tous les chemins.

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(Stéphanie Hochet avec l'écrivain Lilian Auzas "Riefensthal")

Dans tes livres, il y a souvent un temps d’immersion.

On entre dans quelque chose lentement et ensuite, ça va prendre une direction que les lecteurs verront ou pas Il faut accepter de prendre son temps au début et de ne pas savoir les choses tout de suite.

Ton 10e livre est en route ?

J’en suis aux prémices. Je suis prudente là-dessus, car les débuts sont très fragiles. Je commence à tâtonner sur quelque chose.

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Avec Stéphanie Hochet, le 23 avril 2013.

Edit : Souvenirs d'une soirée chez notre ami commun, Kevin Juliat, un soir d'été 2012...

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De gauche à droite : Stéphane Nolhart, Lilian Auzas, Stéphanie Hochet, Myriam Thibault, Kevin Juliat et moi.

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Les mêmes dans le désordre, mais Kevin a été remplacé par un voisin qui avait pris un peu d'avance sur nous, éthiliquement parlant.

03 juin 2013

Emma Solal : interview pour Robes du soir

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Pierre Faa est un auteur-compositeur interprète doublé d’un talentueux journaliste musical. Si je ne le connais pas très bien, quand nous nous voyions, on a l’impression d’être pote depuis longtemps. Bref, j’aime bien son travail et j’aime bien nos rencontres. Quand j’ai su qu’il avait travaillé (et pas qu’un peu) avec une jeune femme, Emma Solal, je me suis donc intéressé de près à son travail.

«  D’histoires d’amour, fragiles et mystérieuses, piquantes ou légères, du désir d’Italie, de la beauté tragique des fleurs, Emma Solal butine un jardin musical empreint de couleurs et de fragrances, oscillant entre langueur et facétie ».

Du coup, j’ai demandé à Pierre de me mettre en contact avec la chanteuse. Ainsi le 11 avril dernier, elle est venue à l’agence pour que nous fassions connaissance... (son site, ici).

emma solal,robes du soir,pierre mc faa,interview,mandorBiographie officielle, mais un raccourcie :

Emma Solal écrit, chante, rêve... Elle réinvente cette chanson colorisée qu'ont pratiquée Paris Combo, Pink Martini, Enzo Enzo… Il y a en elle des souvenirs de Saint Germain des Prés. On imagine bien cette longue fille brune et lunaire dans la bande à Gréco, époque Rose Rouge, entre Queneau, Boris Vian et Sagan. En même temps, Emma est radicalement de son temps, avec des émotions aussi diverses et spontanées que les couleurs de sa pochette.
Après le succès de sa résidence au théâtre des Déchargeurs, elle sort son premier album « Robes du soir » très encouragé par les internautes. Pour ce premier opus, Emma choisit sa bande, ses amis de musique, avec le talent pour toute considération marketing.
Ça s'appelle la liberté, la fraîcheur, le changement.

Hormis ses créations, il y a des chansons de Pierre Faa (son groupe Peppermoon a séduit l'Asie), un texte d’Éric Chemouny (auteur notamment de "Sang pour sang" d'un certain Johnny Hallyday), Giuseppe Cucè, des musiques de Joël Ducourneau, Charles Rouah...

À vous d'entendre son grain de folie, les saveurs de sa voix et le bel avenir qui l'attend !

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(Photo : Stéphane Chouan)

emma solal,robes du soir,pierre mc faa,interview,mandorInterview :

Comment a commencé ton histoire d’amour avec la musique ?

Ça a toujours été là. J’ai fait du piano toute jeune et j’ai poursuivi en chorale universitaire. Ma mère a toujours organisé des concerts de musique classique, donc j’ai toujours été bercée par cet environnement.

Tu tentes de vivre de ta musique aujourd’hui, mais tu as eu une autre vie avant de prendre cette décision.

J’étais économiste pendant longtemps dans des services de recherches économiques, mais tout en faisant de la musique. D’ailleurs, je suis partie en Italie pendant 4 ans pour faire ma thèse d’économie. C’est à mon retour que j’ai commencé à travailler avec des pianistes sur des répertoires de chansons, notamment celles de Serge Rezvani, Mireille, Dalida, des artistes comme ça. Je négociais des temps partiels avec mes employeurs de manière à gagner du temps pour la musique. Concrètement, j’ai mené de front les deux activités pendant 10 ans. Pendant ces 10 ans, j’ai vu que la musique prenait une place fondamentale, cruciale, vitale. J’ai donc fini par cesser l’économie pour me consacrer uniquement à la musique. Quand je suis partie de la banque dans laquelle je travaillais, la crise est arrivée, je pense qu’il y a un lien de cause à effet (rire).

Clip de "Robes du soir".

Il y a donc un moment où on ressent le besoin de choisir.

Oui, la vie est courte et on a tellement de belles choses à faire. Et puis, c’était deux activités un peu trop parallèles.

Tu as investi Les déchargeurs de mars à juin 2011.

C’était tous les samedis soirs. Et c’était complet tout le temps. Bon, cette salle ne peut contenir que 22 personnes, mais pour quelqu’un qui débutait, c’était déjà extraordinaire. La promiscuité avec le public, la chaleur qui s’en dégageait, j’ai adoré. Cette expérience a été très formatrice en tout cas.

Tu as rencontré Pierre Faa, 6 mois avant d’avoir signé le contrat avec la programmatrice du lieu.

Pierre est une rencontre fondamentale dans ma vie musicale. Il a écrit des chansons, paroles et musiques de plus de la moitié des chansons, mais il a fait aussi l’artwork, il m’a mis en contact notamment avec l’arrangeur qui est un de ses amis d’adolescence et les musiciens qui ont participé à mon album.

Quand on l’écoute, c’est le jazz qui domine, mais pas que. Ce que je trouve étonnant, c’est cette musique un peu « d’avant », finalement d’une modernité absolue.

C’est un peu à l’image de ce que je suis, je pense. Un peu antique et moderne. J’aime beaucoup de choses en fait. J’aime la « variété ». À la fin de mon album, il y a même une tendance electro. Je ne ferme la porte à rien. Il y a des chansons mélancoliques et d’autres plus up tempo, plus solaires… j’ai des origines italiennes par ma grand-mère, alors, le soleil est souvent là.

Clip de "A toi enfant".

Tu as fait appel à un site participatif, Ulule pour faire ton disque.

Grâce à Ulule, j’ai pu financer cet album sans problème. Il fallait 3500 euros… que j’ai eus facilement. Comme je te l’ai expliqué en évoquant mon parcours, ce n’est pas un caprice cette histoire de musique. Ça s’est vraiment ancré dans ma vie progressivement. Et je suis très persévérante, très déterminée. Ça a pris le temps que ça a pris, mais nous y sommes parvenus.

Ce disque est une très belle carte de visite pour se présenter aux gens, pour montrer l’étendue de ton travail.

J’y tenais vraiment, même si le disque n’est plus vraiment le sens de l’histoire.

Quand on t’évoque Saint-Germain-des-Prés, Gréco, Vian… c’est une époque dans emma solal,robes du soir,pierre mc faa,interview,mandorlaquelle tu aurais réellement vivre ?

J’aurais bien aimé, mais je suis bien aussi en 2013. Ce sont des références de chansons qui me touchent et avec lesquelles j’ai grandi.  Ce que j’aimais à cette époque, c’est une certaine légèreté et une audace. Ces chansons étaient plus distancées, ironiques, joyeuses, plus drôles même… on est aujourd’hui dans une époque anxiogène, à tous les niveaux, ce n’est pas pour autant que je suis passéiste. Je trouve juste qu’il y a beaucoup de choses aujourd’hui à réinventer, à proposer. C’est un challenge intéressant.

Il y a une chanson très poétique, « J’ai racheté la tour Eiffel ». Je crois qu’elle s’est fait repérer ailleurs qu’en France.

En Asie, elle figure sur une compilation distribuée en chine, Taïwan Hong Kong. Elle s’appelle French Café. Sinon, certaines de mes chansons ont été relayées sur des radios étrangères avec plus de facilité qu’en France. Espagne, Hollande, Angleterre, Pays-Bas. Il y a moins de catégorisation à l’extérieur. En France, j’ai l’impression que dès lors qu’on n’est pas clairement identifiable, tout devient compliqué. Les programmateurs hésitent à te diffuser, car ils ne savent pas dans quelle case te ranger.

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(Photo : Stéphane Chouan)

La question qui tue. Tu chantes pour quoi ? T’épanouir ou rendre les autres heureux ?

Les deux à la fois. Il y a quelque chose de très, non pas thérapeutique parce que ce n’est pas ça, mais de très essentiel dans ce rapport à la vibration, au corps, à la respiration… quelque chose de très basique qui vient des tripes. Chanter, c’est un accès au corps qu’on n’a pas forcément dans la vie de tous les jours. Au-delà de ça, le plaisir de partager, de proposer un univers. J’adore la scène et ses moments de partages autant avec les musiciens qu’avec le public. C’est émouvant de constater qu’il y a quelque chose qui passe dans ce qu’on a envie de dire. Ce sont des moments de vie uniques et incroyables.

Tu écoutes quoi chez tes confrères et consœurs  de la chanson française.

J’adore Barbara Carlotti, Clarika, la Grande Sophie, Loane, Nicola Son… mais aussi Arthur H, des gens comme ça.

emma solal,robes du soir,pierre mc faa,interview,mandorCe métier est-il difficile ?

C’est tellement agréable d’être dans son désir et faire des choses qu’on aime. En France, il y a un peu trop le discours comme quoi tout est difficile. Il faut travailler, il faut y aller, même si le climat est quand même très morose.

Tu recherches un tourneur, pas forcément une maison de disque.

J’ai l’impression qu’il y a des artistes qui perdent beaucoup de temps et beaucoup d’énergie a essayé de rentrer en contact avec les maisons de disque qui sont, elles même en difficulté. C’est peut-être dans l’autre sens qu’il faut le faire. Il faut proposer et voir si on peut capter l’attention de quelqu’un.

Es-tu positive pour l’avenir ?

Oui. Je crois aux chances que l’on se donne soi-même. Je crois au fait que quand on est dans son désir, le monde répond. S’il ne répond pas, ce n’est pas grave. Il y a plein d’autres choses à faire.

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