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06 octobre 2013

The Popopopops : interview pour la sortie de Swell

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J’avais vaguement entendu parler de ce groupe pop rennais au nom bizarre The Popopopops. Je savais que depuis 4 ans, ils avaient remporté pas mal de prix et qu’ils faisaient des tournées mondiales alors qu’ils n’étaient pas encore prophètes en leur pays. Aujourd’hui, ils arrivent avec leur premier disque, Swell. Selon les Inrocks, « The Popopopops n’a pas perdu en force de frappe, mais gagné en précision et en élégance. On sent, tout au long de Swell, que le groupe a su dompter son explosivité juvénile et s’autoriser à visiter certaines terres jusque-là bien éloignées de son bastion originel. On croise sur cet audacieux premier album à l’armature pop des tentatives plutôt réussies de hip-hop (Text Me Call Me) et d’electro-pop (Cross the Line, Wavelength). »

Rencontre à l’agence, le 16 juillet dernier, avec Victor Solf (Chant, claviers, compositions) et Simon Carpentier (Chant, basse, compositions et textes).

the popopopops,swell,interview,simon carpentier,victor solf,mandorBiographie officielle (raccourcie) :

Depuis leurs débuts, The Popopopops enchaînent les concerts en France (Transmusicales, prix CQFD Les Inrocks, Zénith, Olympia en support de Skip The Use …) et à l’étranger (Hollande, Allemagne, Russie, Canada…). La réputation qu’ils acquièrent par leur live électrisant ne les détourne pas d’un travail ininterrompu de compositions. Les quatre Rennais signent en mai 2012 « A Quick Remedy », un EP intense. Ils y affirment ainsi leur identité singulière : celle d’un groupe alliant énergie scénique et audace des compositions.

Ces nombreuses expériences ont permis au groupe d’évoluer et de digérer les multiples influences à l’origine de leur vocation, telles que Frank Zappa, Television, TV On The Radio et The Whitest Boy Alive. Les pistes explorées dans l’EP, notamment avec l’hymne « My Mind Is Old », se sont cristallisées pour aboutir à l’écriture de ce premier album, Swell.the popopopops,swell,interview,simon carpentier,victor solf,mandor

En juillet 2012, ils entament donc un enregistrement exigeant sur plus de 6 mois. Dans 5 studios différents, ils ont minutieusement recherché différentes sonorités, ambiances et atmosphères, pour transcender leur son live et authentique et l’adapter à l’exigence des productions studio actuelles.

Ils organisent les collaborations et marient les gênes rock du réalisateur anglais Tom Peters (Klaxons, Cradle of Filth) avec l’élégance de l’école française du mix grâce à Maxime Le Guil (Concrete Knives, Camille, Joey Starr). Dans la recherche de cette alchimie, le groupe a été accompagné par Mickaël Declerck, leur ingénieur son live et studio, véritable cinquième membre du groupe.

the popopopops,swell,interview,simon carpentier,victor solf,mandorInterview :

Vous venez de Rennes, une ville avec une école de rock français hallucinante. Je me souviens de Marquis de Sade par exemple. Vous étiez jeune à l’époque ce cette mouvance du rock rennais, mais ça vous parle ?

Victor : Nous n’étions pas nés quand ils ont commencé. Mais nous les connaissions tous. Beaucoup sont encore là.

Simon : On se souvient d’Étienne Daho, Marquis de Sade, Kalashnikov, j’en oublie plein, mais tous ces groupes sont un héritage pour nous. C’est une force pour une ville qui a déjà beaucoup de caractère.

Il y a donc une nouvelle scène rock qui a pris la suite de ces groupes mythiques.

Victor : Il y a beaucoup de groupes dans beaucoup de styles différents. Dans notre style en particulier, on répète dans les mêmes lieux, donc ça crée une émulation et des échanges entre nous. Avec les Juvéniles par exemple, ou le groupe Manceau. Il y a une tradition, des lieux, beaucoup de bars dans lesquels on peut commencer, un héritage…

Tout a réellement commencé au lycée Émile Zola. Ce n’est pas une légende ?

Victor : Au début, il n’y avait que le batteur, Guillaume, et moi. A la base, on était amis et on voulait juste faire un duo de reprises de blues. On n’était pas du tout dans l’esprit de faire des compos. Mais, on s’est rendu compte que piano/batterie, au bout d’un moment, c’était assez limité. On a donc cherché des musiciens dans le lycée. C’est comme ça qu’on a rencontré les deux guitaristes. Simon, bassiste chanteur ici présent avec moi, est arrivé plus tard.

Une fois que le groupe est créé, il faut se faire connaître.

Victor : Oui, mais ça s’est fait naturellement. Chaque concert en amenait un autre. Notre premier concert, c’était au bal du lycée, il y a 6 ans. A ce concert-là, il y avait une femme qui animait la semaine d’après un concert sur la place du centre-ville. Nous y sommes allés, et nous avons rencontré là-bas une autre dame qui nous a vus et qui organisait une soirée de clôture d’un prix Goncourt, je ne sais plus bien, dans un lieu prestigieux. Elle nous a embarqués… nous avons toujours fonctionné ainsi. Après cette expérience-là, nous avons voulu continuer sérieusement parce que nous avons senti que nous adorions ça. Nous avons donc pressé un CD que nous avons donné à tous les bars de Rennes. Dans l’année qui a suivi, nous avons fait la fête de la musique.

C’est à cette Fête de la musique que vous avez rencontré Jean-Louis Brossard, directeur des rencontres Trans Musicales.

Victor : Oui, il nous a dit qu’il allait nous embarquer partout. Nous avons ouvert son festival au Parc Expo et nous avons fait sa tournée des Trans. Nous avions 6 mois pour être prêts alors que le groupe avait un an.

Quand vous avez fait les Trans, vous étiez dans quel état d’esprit ?

Victor : Nous ne nous rendions pas vraiment compte. Nous étions complètement innocents et complètement seuls. Pour 99% des groupes, les Trans Musicales, c’est une expérience que tu vis avec toute une équipe de promoteurs, de managers, qui sont là et qui t’accompagnent. (En souriant) Je pense que clairement, on n’était pas fini.

"Sign", live au Festival Art Rock.

Après ça, vous avez tourné pendant deux ans dans le monde entier.

Victor : Oui, nous pouvons dire qu’aujourd’hui, nous avons une vraie bouteille scénique. Nous sommes vraiment capables de gérer n’importe quelle scène. Quand tu as 17 ans et que tu joues devant 3000 personnes, tu apprends beaucoup.

Au début de votre carrière, à Rennes, on vous prenait pour des babys rockers, parce que c’était un  peu la mode avec le BB Brunes et ce genre de groupe.

Victor : Oui, comme Rennes est une ville très rock pur et dur, on nous l’a fait payer très durement. Le milieu nous comparait aux babyrockers, il trouvait que ce n’était pas intéressant, pas profond, dans les textes, la musique, l’attitude. Au début, nous étions très vexés. Très triste même. Je pense que se faire aimer de sa propre ville est le truc le plus dur. Au final, nous avons transformé ça en force.

Et c’est pour ça qu’on ne vous voit jamais sur les pochettes de disque et que vous apparaissez très peu dans vos clips ?

Victor : Nous voulons détacher nos personnes de la musique que l’on fait.

Vous faites jeunes parce que vous êtes jeunes.

Victor : Nous ne voulons pas que notre musique le soit, en tout cas.

Clip de "Cross The Line".

En 2009, vous remporter le prix des Inrocks CQFD.

Victor : Ça nous a bien encouragés. Mais, nous étions obsédés par le live. Nous sommes allés à Montréal, à Moscou, en Allemagne, en Espagne, aux Pays-Bas, en Hollande… il nous ait arrivé de jouer devant 15 000 personnes. C’était génial, mais nous n’étions pas encore passés par la phase « que va-t-on faire en studio, qu’est-ce que l’on veut être » ?

Avant ce disque, il n’y avait eu qu’un EP.

Victor : Et avant ça, nous n’avions sorti qu’un single. On n’avait qu’un titre qui nous portait pour faire des dates. Quand la tournée s’est calmée, avec Simon, nous avons décidé de se poser. On vit dans un monde ou tout est très rapide, où tout doit se faire dans l’instant. Nos partenaires nous demandaient de sortir quelque chose dans les deux mois. Nous avons dit non et nous avons mis un an à faire l’EP.

Vous avez fait l’Olympia en première partie de Skip The Use et le Zénith en première partie de Pony Pony Run Run.

Simon : C’était bien. Une très belle expérience, après ce n’est pas la même chose que si les gens étaient venus pour nous voir nous.

Clip de "Hypnotise Me".

Cet album, c’est ce que vous êtes après 5 ans de vie de groupe ?

Simon : Nous sommes très bien entourés. Il y a Michael Declerck, un ingénieur son live et studio qui nous suit tout le temps.

Victor : Nous avons vécu ensemble, il s’est imprégné de notre musique… et il a fini par créer ce son-là. Il a parfaitement fait la passerelle entre ce que nous faisions en live et ce qu’il avait envie d’entendre en studio.

Simon : Nous nous sommes permis des choses en studio qu’on ne s’est jamais permis en live. Sur l’album, nous avons ajouté des couches de claviers avec des sons acoustiques et des sons analogiques parce que l’opportunité nous a été donnée de bénéficier de plein de claviers de toutes sortes. Sur scène, nous n’avons qu’un seul clavier, c’est celui de Victor, du coup, on épure, nous gardons les meilleurs riffs.

Victor : En live c’est très brut et plus rock en fait.

Si je vous dis que votre musique me rappelle par moment celle de Depeche Mode, c’est une insulte ?

Victor : Pas du tout, nous aimons beaucoup et on nous le dit souvent.

Clip de "My Mind Is Old".

Vous avez chacun vos influences musicales et pourtant, il y a une parfaite osmose dans l’album…

Victor : Nous, on aime le hip-hop,  le rock, la pop… Nous en sommes complètement imprégnés. Alors, nous jonglons avec nos influences et nous les transformons en force. En France, ce qui manque, ce sont des prises de risques. Les Anglais et les Américains n’hésitent pas à se jeter à l’eau. Je pense beaucoup au dernier album de Kanye West. Il est tellement parti loin dans ce qu’il voulait que son album a été très mal accueilli, mais une semaine après, le monde a crié au génie. C’est ce que je déplore ici, on se met trop dans des carcans et pas assez en danger.

Votre disque est aussi complexe et pointu qu’il est facile d’accès. C’est un paradoxe rare.

Victor : Une de nos préoccupations principales est pourtant de rester dans un format pop dans le sens couplet refrain, couplet refrain… Nous ne serons jamais un groupe de fusion, un groupe expérimental. Nous allons toujours vers le plus évident.

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Vous deux, vous êtes les têtes pensantes du groupe.

Simon: Moi, j’écris la plupart des paroles et nous composons tous les deux. Ensuite, nous proposons au reste du groupe quand on estime qu’une chanson est aboutie. Après il y a l’étape primordiale. C’est de la jouer en répétition pour voir ce que cela donne avec tous les instruments.

Vous arrive-t-il de vous engueuler lors des phases de créations.

Victor : Comme nous sommes chacun très indépendants, que nous sommes capables de faire une chanson de A à Z, ça a toujours été assez conflictuel entre nous. Nous avons fait récemment une session de voix plutôt houleuse. Mais c’est du très bon conflit. C’est sain.

Simon : Le jour où nous ne nous engueulerons plus, c’est qu’on n’aura plus envie de prendre le temps de bien faire. C’est une question d’émulation. En plus, l’un veut impressionner l’autre, ça nous fait avancer.

Clip de "Pure".

Je sais que vous continuez à apprendre à travailler votre voix.

Victor : Mon expérience vocale a été pendant très longtemps aléatoire et approximative. J’ai été passionné par la voix quand j’été à la fin de l’école primaire, début du collège. Je faisais partie d’une chorale. J’étais choriste soliste. J’ai arrêté du jour au lendemain, à l’adolescence. Je n’ai repris que depuis quelques mois le travail sur la voix au Studio des Variétés. J’ai réussi à prendre confiance en moi et avoir beaucoup plus de certitude sur ce que j’étais capable de bien faire. En fait, je voulais apprendre à connaître ma voix et à bien chanter. J’étais dans l’instinctif, l’émotion et la puissance, mais c’était quelque chose qui n’était pas du tout contrôlé. Maintenant j’apprends à contrôler et, du coup, à m’en servir d’autant plus. Maintenant, c’est moi qui contrôle ma voix et non l’inverse.

Simon : Moi aussi je prends des cours avec une personne. Dès que tu te mets à travailler avec des professionnels de la voix, tu te rends compte que c’est un instrument comme l’est une basse ou une guitare, sauf qu’il est à l’intérieur de ton corps, il faut avoir une technique et une rigueur énormes si tu veux avoir de l’endurance et faire passer les émotions que tu souhaites.

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Quelques prochaines dates de tournées...

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A noter que The Popopopops est dans la compilation Fier comme un coq réalisée par Les Inrockuptibles avec "Cross The Line".

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03 octobre 2013

Gilles Paris : interview pour Autobiographie d'une Courgette (nouvelle édition)

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Gilles Paris est un auteur que j’ai fréquenté de nombreuses années sans savoir qu’il écrivait des livres. Notre relation a d’abord été professionnelle (il est un attaché de presse incontournable dans le milieu littéraire), puis elle est devenue amicale au fil du temps. Il y a un an et demi, je l’ai mandorisé pour Au pays des kangourous. J'ai récidivé avec beaucoup de plaisir à l’occasion de la sortie de la nouvelle édition de son roman « culte » Autobiographie d’une Courgette. C'était le 26 juillet dernier, un jour de canicule...

autobiographie-courgette-1260569-616x0.jpg4e de couverture :

Un nom de cucurbitacée en guise de sobriquet, ça n’est pas banal ! La vie même d’Icare, alias Courgette, neuf ans, n’a rien d’ordinaire : son père est parti faire le tour du monde « avec une poule » ; sa mère n’a d’yeux que pour la télévision, d’intérêt que pour les canettes de bière et d’énergie que pour les raclées qu’elle inflige à son fils. Mais Courgette surmonte ces malheurs sans se plaindre… Jusqu’au jour où, découvrant un revolver, il tue accidentellement sa mère. Le voici placé en foyer. Une tragédie ? Et si, au contraire, ce drame était la condition de rencontres et d’initiations – à l’amitié, à l’amour et au bonheur, tout simplement ?

À travers le regard optimiste de son jeune héros, Gilles Paris restitue le monde de l’enfance dans un récit aussi drôle que poignant.

L’auteur :

Gilles Paris dirige une agence de communication spécialisée dans l'édition. Il est également l'auteur de Papa et maman sont morts (Seuil, 1991) et d'Au pays des kangourous (Éditions Don Quichotte, 2012).

DSC083ll94.JPGInterview :

Autobiographie d’une courgette ressort 11 ans après sa première publication. Ce n’est pas un peu surprenant pour un auteur de savoir que son livre va avoir une deuxième vie ?

Le grand format est paru en 2002 et c’était déjà merveilleux pour moi de savoir que je passais en poche un an après chez J’ai lu, qui a en plus changé la couverture à deux reprises. Il a très bien marché dans cette collection. C’était déjà une aventure inouïe. Et puis un jour, je reçois un appel d’une éditrice de chez Flammarion qui s’appelle Thifaine Pelé et qui dirige la collection « Etonnantissimes ». Elle avait remarqué plusieurs critiques d’Autobiographie d’une Courgette sur des blogs de profs.

Comment expliques-tu que ton roman soit apprécié par tous les publics ?

Je me suis rendu compte que cette langue d’un enfant de 9 ans, qui est semblable à tous mes romans, est accessible à tout âge. Elle est simple, sans la moindre crudité et cruauté. Mais, je revendique le fait d’être au départ un romancier pour adulte. Jusqu’à présent, je n’ai pas écrit un vrai roman « jeunesse », même si ça me travaille un peu l’esprit.

Tu vas donc être étudié dans les écoles, comme un auteur classique.

Quand le grand format était paru, j’avais eu la chance d’avoir eu des extraits d’Autobiographie d’une Courgette dans un manuel Bordas de classe de 3e. Etre étudié en classe, ça a un côté magique.

Tu as participé récemment à un programme qui s’appelle « Lecture pour tous », qui lutte contre l’illettrisme.

Je suis allé à Nice pour rencontrer des classes de CM1, de CM2, des collèges, ainsi que dans des hôpitaux d’enfants malades … Je me suis retrouvé devant des centaines de mômes qui avaient lu mes livres et particulièrement cette version d’Autobiographie d’une Courgette.

Parle-moi de cette version assez originale.

D’abord, elle coute moins cher que la version poche, elle bénéficie de formidables dessins de Charles Berberian. Il y a des jeux, des tests.

Et un avant-propos.

Oui, son auteur décortique mon roman et en fait soudain un roman social. Moi, je ne l’ai jamais vu sous cet angle là quand je l’écrivais. Je prends toujours de la distance, je ne relis jamais mes livres, alors voir quelqu’un qui analyse mon propre roman, la manière dont je travaille, me fait sourire. Je n’ai jamais d’arrière-pensée quand j’écris, ni de volonté de lutter contre quoi que ce soit.

Charles Berberian, c’est la grande classe !img535.jpg

Au départ, il devait faire juste la couverture. Il était même réticent parce qu’il trouvait qu’illustrer un roman était un peu étrange. Un roman est une entité en lui-même et il n’a pas besoin d’illustration pour qu’on puisse le comprendre. Et puis il l’a lu… et pour ma grande chance, il l’a beaucoup aimé. Il a donc fait la couverture et une dizaine de dessins, ce qui n’était pas prévu. Ses dessins sont très poétiques, très justes et collent parfaitement au texte. C’est assez miraculeux.

Puisque le narrateur a toujours 9 ans, quelle différence littéraire y a-t-il entre Au pays des kangourous et Autobiographie d’une Courgette ?

Dans Au pays des kangourous, on était dans un milieu social assez favorisé. Le papa écrit pour les autres et la mère est toujours en voyage et gravit les échelons de la boite pour laquelle elle travaille. Dans Autobiographie d’une Courgette, on est dans un milieu défavorisé. Le héros à une mère alcoolique qui passe son temps à regarder la télévision. Le père est parti, tout ça est un peu misérable. L’enfant ne connait pas l’école, donc, ne connait aucun autre enfant, à part le voisin qui joue avec un cochon. La langue que j’ai utilisée dans Autobiographie d’une Courgette est très différente que pour Au pays des kangourous. Elle peut même déstabiliser. Ce n’est pas un langage poli et bien soigné, je voulais une « voix » d’un môme de la campagne qui n’est jamais allé à l’école. Paradoxalement, le fait qu’il tue sa mère accidentellement, ce qui est un geste absolument atroce, est sa chance. Grâce à ça, il va pouvoir trouver l’amour qui lui a manqué enfant. J’aimais bien ce paradoxe total dans le roman : un début très violent et la forme de résilience et de résurgence qui s’en suit et qui va le sauver.

Il vit des galères, ce petit garçon, mais il ne semble jamais malheureux.

C’est le miracle de l’enfance. Nous, les adultes, quand on vit un drame, on le vit à fond. Moi, j’imagine toujours le pire, comme ça, je ne suis pas déçu. Quand on est enfant, on n’a pas cette notion là du danger. Il ne faut jamais l’oublier, mais un enfant de 9 ans ne juge pas, il cherche à comprendre. J’ai toujours choisi des enfants narrateurs qui ont un sens de l’optimisme rude à toute épreuve. Tous les enfants de mes romans sont des résilients. Tous. Ce sont des enfants qui malgré le drame ou malgré le handicap qui pourrait être le leur à travers ce qu’il traverse restent d’un stoïcisme absolument total, comme si au fond les épreuves n’étaient là que pour les renforcer. Dans la vie, ce ne sont pas les épreuves qui sont importantes, c’est ce qu’on en fait. Les adultes ont plutôt tendance à dramatiser et à compliquer les choses.

Toi, quand tu as des soucis, tu agis en adulte, je le sais, je te connais, mais au fond de toi, je suis sûr que tu as un regard d’enfant face à eux.

Je suis d’accord avec toi. Je crois que j’ai ce point commun avec mes narrateurs. Je suis quelqu’un qui a beaucoup de mal à juger les gens. Je n’ai pas d’à priori sur les gens en général. Il m’est arrivé de me faire avoir à cause de cet état de fait, mais pas tant que ça parce que je sens bien les gens. J’ai une hyper sensibilité envers eux. Je les sens ou je ne les sens pas. Mais je ne juge pas. Quelqu’un qui me ferait un truc pas cool, je ne vais pas tout de suite en faire un ennemi, je vais d’abord essayer de comprendre pourquoi il a fait ça.

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Le Gilles Paris auteur se comporte-t-il comme le Gilles Paris attaché de presse ?

Ce sont deux personnes différentes. Je m’occupe de beaucoup d’écrivains et beaucoup d’entres eux ne savent pas que je le suis moi-même. Je ne leur dis pas. Il y a plein d’éditeurs avec lesquels je suis sous contrat qui l’ignorent aussi complètement. Dans mon métier, ce qui est très important, c’est d’être le plus discret possible. Ma vie privée, je n’en parle jamais à part à mes amis très proches. Je fais vraiment la différence entre mon métier et la vie privée. Ma place n’est pas dans la vie de mes auteurs. A part 4 ou 5, la plupart des auteurs dont je m’occupe ne sont pas des amis.

L’action du livre se situe notamment dans une maison d’accueil. Tu as enquêté sur ce genre d’établissement ?

Quand ce livre est sorti, à l’époque chez Plon, on éditait un juge pour enfant. Je l’ai rencontré et il a commencé à m’expliquer comment ça se passait quand un enfant tuait sa mère. Il m’a dit trois choses. Premièrement : un enfant qui tue un de ses proches, ne se rend pas toujours compte de ce qu’il a fait tout de suite. Deuxièmement : il est tout de suite prononcé comme un incapable mineur. Troisièmement : il m’a aiguillé vers la fondation Cognac Jay.

Samoreau(pressoirs_du_Roy)1.jpgUne fondation qui crée et développe des établissements de solidarité sociale dans les secteurs sanitaire, médico-social, social et éducatif pour tous les publics.

Oui, c’est exactement ça. Je suis allé voir la directrice des Pressoirs du Roy, établissement qui appartient à la Fondation, et dont je me suis largement inspiré. J’ai dû aller la voir souvent pour gagner sa confiance. Elle m’a présenté aux éducateurs. Ils m’ont énormément aidé à comprendre leurs personnalités très différentes les unes des autres. Chacun avait une manière d’approcher les enfants et j’ai voulu montrer cette diversité à travers différents éducateurs du roman. En tout cas, je n’ai pas voulu faire un livre sur les rouages d’une maison d’accueil, je voulais juste que ce soit crédible.

Est-ce que tu crois que tu changes la vie des gens quand ils te lisent ?

Je ne crois pas. A une exception près. Au salon du livre de Gérard Collard, à Saint-Maur-des-Fossés, une dame est venue me voir dans l’après-midi. Elle m’a dit qu’elle était prof de français et que, quand elle a lu mon livre, elle a décidé de changer sa vie. Elle est devenue éducatrice. C’est dingue ! Je trouve ça sublime.

Je vais te dire la vérité. J’ai commencé Autobiographie d’une Courgette un peu àalbums_2013.12.jpg reculons, un peu comme quand j’ai lu Au Pays des kangourous parce que j’ai un peu de mal avec les narrateurs enfants. Or, à chaque fois, tu réussis à me happer. Je commence tes livres, je ne les lâche plus.

Les émotions de mes enfants, je les vis au moment où je les écris. Si c’est une scène qui va t’émouvoir, tu peux être sûr que je pleure en l’écrivant.

L’histoire de Courgette, ce n’est pas ton histoire, on est d’accord.

Non, moi j’ai eu la chance d’avoir une enfance heureuse. Mes parents étaient ce qu’on appelle des bourgeois moyens. Mon père était architecte, maman ne travaillait pas. J’ai une sœur, Geneviève, qui est artiste et chanteuse. On avait une vie plutôt agréable. On habitait un bel appartement à République.

Bref, ta vie, ce n’était pas Les Misérables.

Peut-être que ça donne la distance nécessaire pour parler d’enfances qui sont moins agréables. La projection de l’autobiographie dans les romans me laisse perplexe. Moi, c’est la partie inconsciente qui m’intéresse. Te rendre compte ultérieurement que tu as écrit une scène qui au fond correspond à quelque chose que tu as vécu il y a longtemps, je trouve ça plus beau que de déverser des choses trop personnelles dans un roman. Par exemple, Au pays des kangourous est un roman beaucoup plus autobiographique et j’ai eu du mal avec ça. Je savais que j’allais mettre des choses de moi, je savais que j’allais devoir parler de choses personnelles.

Sur la dépression, je le rappelle.

Oui et c’était très personnel. C’était quelque chose qui me retenait presque, mais j’ai fini par y aller quand même.

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Habituellement, tu sors un livre tous les 10 ans… et là, j’entends avec stupeur que tu sors déjà un nouveau livre chez Héloïse d’Ormesson. Que se passe-t-il Gilles ? D’où vient cette frénésie d’écriture ?

Je ne me suis jamais dit en prenant mon petit déjeuner : « Tiens ! Si j’écrivais un livre tous les dix ans ! ». Aujourd’hui, j’ai 54 ans, si je continue à écrire un livre tous les 10 ans, il ne m’en reste pas beaucoup. Or, j’ai encore beaucoup de chose à raconter. Et puis l’accueil d’Au pays des kangourous s’est tellement bien passé que j’ai décidé d’arrêter ce rythme et de passer à la vitesse supérieure. C’est vrai que je me suis lancé dans une frénésie d’écriture. J’ai d’abord écrit des nouvelles, parce que j’adore ça. J’en ai publié plusieurs pour des journaux et pour des sites Internet. Albin Michel m’a aussi demandé d’écrire des textes. Il y en a un qui va être publié à la fin de cette année dans une collection qui s’appelle « Toi mon frère, toi ma sœur ». C’était un texte très autobiographique, du coup, j’ai beaucoup hésité à me lancer dans cette entreprise et je l’ai fait. Encore par le biais d’un enfant de 9 ans. Ca me permettra d’avoir de la distance. Albin Michel m’a demandé de faire la même chose à propos de mon père. Ca sortira l’année prochaine, après mon roman L’été des lucioles, chez Héloïse d’Ormesson.

Ce livre aussi aura un narrateur âgé de 9 ans ?

Ça fait 40 ans que j’écris comme un enfant de 9 ans, je ne vais pas soudain me mettre à écrire comme un adulte. J’ai essayé, ça ne marche pas. Cette langue, je l’ai en moi et j’ai beaucoup de choses à raconter avec. Il faut toujours surprendre le lecteur. Quelque soit le milieu et l’histoire, il faut systématiquement tout changer.

Ce qui est le cas de L’été des lucioles?

Ce sera un roman beaucoup plus léger… en apparence, évidemment, je m’appelle quand même Gilles Paris. Il n’y aura pas trop de fond social derrière, mais une dimension beaucoup plus romanesque. Quand j’ai rendu les premières épreuves à Héloïse d’Ormesson, femme peu expansive et discrète,  et que j’ai attendu son retour, j’avais un peu peur. Au final, ce qu’elle m’en a dit m’a beaucoup touché.

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Avec Gilles Paris, à l'issue de l'interview, le 26 juillet 2013.

Bonus : Lire un livre et se retrouver citer en bas de page dans l'avant-propos (ce n'est pas la première fois, certes, mais cela fait toujours bizarre d'être une "source")...

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30 septembre 2013

Elsa Kopf : interview pour Marvelously Dangerous

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C’est le génial et prolifique Pierre Faa (tête pensante du trio pop Peppermoon) qui m’a parlé pour la première fois d’Elsa Kopf (il a très largement participé à l’élaboration de son deuxième album). Quand j’ai reçu Marvelously Dangerous, j’ai immédiatement été séduit. La jeune femme a un nom à consonance germanique pour une voix cristalline et des mélodies du sud. Elsa chante des amours espiègles et ensoleillés... Le 15 juillet dernier (quoi je suis en retard ???), Elsa Kopf est venue à l’agence…

Biographie officielle :

En 2011, elle nous a conté les plus belles de ses joies acoustiques dans un délicieux album, au croisement de la folk et du jazz. Elsa Kopf revient avec « Marvelously Dangerous », onze chansons nées dans le salon-studio de son ami de toujours, Pierre Faa. Voilà dix ans qu’elle fréquente l’architecte du trio Peppermoon avec l’envie réciproque d’écrire des chansons puis d’enregistrer.

elsa kopf,marvellously dangerous,interview,mandor,pierre faaOn connaissait Elsa Kopf pour la richesse de ses mélodies et de ses rythmes – conjuguant le swing, la bossa et le jazz – mais surtout pour la délicatesse de son timbre de voix. On retrouve toutes ces qualités dans les arrangements de Pierre Faa, qui les souligne de subtiles broderies digitales : claviers, boucles, échos, delays... 

Elsa chante en anglais, en français et en espagnol. Des langues qui l’ont accompagnée tout au long de sa vie, de Strasbourg où elle est née, à l’Argentine et l’Espagne où elle a vécu et retourne régulièrement. Trois palettes de vocabulaire et de sonorités dont elle se sert spontanément, sur lesquelles son timbre déploie toutes ses nuances. En bref, Marvelously Dangerous est un splendide herbier d’histoires nostalgiques et impertinentes, servies par des mélodies entêtantes.

Voici un medley de l'album, histoire que vous vous fassiez une idée...

elsa kopf,marvellously dangerous,interview,mandor,pierre faaInterview :

Comment as-tu débuté ?

Dès l’âge de 4 ans, j’ai souhaité devenir chanteuse. Ma mère, Joëlle Kopf, est parolière. Elle a notamment écrit dans les années 80 un tube qui s’appelle « Femme libérée » pour Cookie Dingler. C’était d’ailleurs le voisin du dessous et souvent, il y avait des fêtes avec plein de musiciens qui jouaient du piano, faisaient des bœufs dans une ambiance incroyable. J’ai vraiment grandi dans une ambiance de musique et ça m’a donné des idées très précises sur ce que je voulais devenir. Mon émission préférée était L’École des Fans et je me voyais y participer. C’était mon rêve, mon fantasme absolu (rires).

Une mère parolière, certes, mais pas musicienne.

Si. En fait, elle a fait des très belles chansons et elle ne les a jamais sorties. C’est dommage parce qu’à l’époque, pour sortir des chansons, il fallait avoir un label, des musiciens, payer des maquettes… enfin, c’était encore très compliqué. Et puis elle venait d’avoir deux enfants, elle vivait à Strasbourg, bref, elle n’avait pas tout pour faire avancer les projets. Elle a donc lâché le truc pour rester uniquement parolière. C’est moi qui continue à sa place…

Ta mère t’a incité à faire de la musique ?

Elle m’a inscrit à des cours de piano, mais ça ne me plaisait pas vraiment. Je n’avais pas non plus une voix très bien placée, donc je chantais très mal. À 15 ans, j’ai commencé en même temps la guitare et l’écriture de chansons. Dès que j’ai su faire deux accords, j’ai fait ma première chanson. Ensuite, je me suis écrit un répertoire.

Que pense ta mère de ce que tu fais ?

Elle aime beaucoup. Elle est ma plus grande fan, en toute objectivité évidemment (rires). On travaille parfois ensemble. On se met mutuellement sur des projets, parfois on écrit des chansons ensemble pour d’autres gens.

À un moment, tu es partie à Paris. Pour y faire quoi?elsa kopf,marvellously dangerous,interview,mandor,pierre faa

J’ai commencé à faire une école de musique tout en travaillant à côté. Un jour, j’ai rencontré un chéri qui était Argentin. Je suis donc partie avec lui en Espagne et en Argentine. J’ai fait mes petites expériences et je suis revenue en 2005. J’ai commencé à travailler sur mon premier album, Acoustic Joys et j’ai eu tellement de galères qu’il n’est sorti qu’en 2011.

La passion pour la musique argentine te vient d’où ?

Mon beau-père est argentin et depuis que j’ai 10 ans, je passe tous mes étés en Espagne. Donc, j’ai grandi avec Astrud Gilberto et  toute la musique sud-américaine. Ce sont de très beaux souvenirs d’enfance.

Du coup, tu refuses de choisir parmi dans toutes tes cultures.

Mon père est allemand, je chante donc aussi dans cette langue. Chaque langue a une certaine manière d’être appréhendée. C’est très intéressant.

Pierre Faa a écrit toutes les chansons en langue française et toi le reste.

On avait depuis longtemps fait des chansons avec Pierre et ce disque était l’occasion de pouvoir en faire quelque chose. J’écris aussi en Français, mais j’adore les textes de Pierre, alors je lui ai laissé la place. Ses chansons méritaient d’exister.

Clip de "Des enfants insolents".

elsa kopf,marvellously dangerous,interview,mandor,pierre faaRaconte-moi votre rencontre.

Il y a très longtemps on m’a parlé de lui en me disant qu’il fallait que je le rencontre. On s’est donc donné rendez-vous, on a bu un thé ensemble et on a discuté musique. On s’est beaucoup apprécié, puis je suis partie en Espagne faire ma petite vie. Quand je suis revenue en 2006, il y a eu MySpace. On avait chacun un pseudo, mais sans  savoir que l’un était l’autre, on s’est contacté tant nos univers respectifs nous plaisait. On était fait pour se rencontrer vraiment.

Pierre est une espèce d’alter ego ?

Ce serait prétentieux de dire ça. Il a une culture et une curiosité que je lui envie. Il me fait toujours découvrir des trucs incroyables. Des humoristes, des séries, des restaurants, des galeries d’art, des artistes… à chaque fois, il tombe dans le mille. Je m’inspire de lui, parce que c’est un bosseur, il fait tout tout seul. Il bosse beaucoup et est très indépendant… et ça j’aime bien.

Comment appelles-tu la musique que tu fais ?

De la folktronica. C’est un peu de la folk, mais avec de l’électronique.

Qui dirige qui ?

Personne. On fait ensemble. Quand je ne sais pas, c’est plus lui. En tout cas, il fait superbement ce que je déteste faire moi-même: le traitement sonore, la prise de son. Pour moi c’est de l’astrophysique et des mathématiques mis au milieu d’émotion, de rêverie et de poésie. Je le bénis parce qu’il a la méticulosité que j’aimerais avoir.

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Il parait que vocalement, tu n’es jamais contente. C’est vrai ?

Tout à fait vrai. Je dis toujours à Pierre qu’il faut refaire. Il ne m’a permis que trois prises par chanson. Mais, je me dis toujours quand je sors de studio que j’aurais pu mieux faire.

Il y a un moment où pourtant tu aimais bien ta voix…

J’aimais bien ma voix quand je faisais une voix mystérieuse de chanteuse sensuelle, mais quand je chantais des chansons pour toute la famille et devant tout le monde, j’avais une voix très haut perchée, voire de crécelle. Du coup, j’ai pris des cours de chant avec un grand ténor, qui d’ailleurs joue l’arbre qui chante dans le film Intouchables, Fabrice Mantegna. C’est le meilleur prof que l’on puisse avoir. On a fait un coaching intensif ensemble pendant 6 mois.

Tu dis beaucoup de choses dans tes chansons. Elles ne sont pas moralisatrices, encore moins démagos. Ouf !

Merci de le comprendre comme ça. Qui suis-je pour faire la morale ? Si ça peut se faire poser des questions aux gens, c’est très bien.

Mais la majorité des chansons sont des chansons d’amour poético-sarcastiques. Ça te va comme définition ?

C’est tout à fait ça. Je suis une fille assez fleur bleue et une éternelle incurable romantique. Mais il y a dans l’album des chansons un peu plus noires.

Clip de "Sugar Roses".

Est-ce que tes chansons te ressemblent ?elsa kopf,marvellously dangerous,interview,mandor,pierre faa

C’est complètement moi. C’est ma vie que j’essaie de mettre en beauté. Ce qui est bien avec la musique et avec les différents arts, c’est que toutes les galères qu’un artiste traverse deviennent des cadeaux. On peut en faire quelque chose. Le pire pour un artiste, c’est qu’il ne lui arrive rien.

Un artiste se met à nu. C’est compliqué parfois de se dévoiler devant des inconnus ?

Dans l’album, il y a certaines chansons que j’ai écrites et que je ne pensais pas mettre. Du coup, je me suis dévoilée à 100%. Par exemple, il y en a une que j’ai écrite pour dire à quelqu’un que je l’aimais, parce que je n’arrivais pas à lui dire en vrai. Maintenant que le disque est sorti, il va l’entendre… parfois, on se met dans des situations… Mais, évidemment, aujourd’hui, j’assume.

Il va falloir les chanter sur scène maintenant.

J’adore la scène. Bon, quand il y a de gros enjeux, je suis un peu traqueuse. J’ai horreur du moment avant de rentrer sur scène. Je me demande ce que je fais là. Après ça va.

C’est quoi, pour toi, le critère d’une bonne chanson ?

C’est si la chanson me reste dans la tête. Je me dis que si elle reste dans ma tête, elle restera dans la tête des autres personnes. Si elles ne passent pas le cap de me séduire moi pendant quelques jours, je la mets de côté ou je la retravaille ou je la laisse dormir quelques années.

C’est un album que vous avez financé sur un site participatif.

Je ne pensais pas du tout à ce système de financement au départ. C’est Pierre Faa qui m’a convaincue de la faire en participatif. Moi, je me disais que personne n’allait mettre de sous sur moi. On a présenté notre projet avec amour et on a récolté un peu plus de 5000 euros, ce dont nous avions besoin pour boucler le projet.

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Après l'interview...

18 septembre 2013

Zep : interview pour Une histoire d'hommes

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Zep quitte une nouvelle fois la cour de l’école et son Titeuf aux 20 millions d’exemplaires561716_0202728272551_web_tete.jpg vendus. Il revient avec Une histoire d'hommes, un album racontant les retrouvailles d’anciens copains, membres d’un même groupe de rock qui a sévi il y a 18 ans. L’un d’eux a réussi. Sandro est devenu une star, les autres galèrent ou ont pris une voie beaucoup plus sage. Ils se retrouvent un week-end invités par la star, refont l’histoire, imaginent ce qu’aurait été le groupe s’il n’avait pas explosé en vol et découvrent une sombre vérité, un secret enfoui qui vont expliquer pas mal de choses sur les uns et les autres. Émotions, tendresse, apparences trompeuses, rien n'est simple quand les quatre amis sont ensemble. Chacun a ses démons, ses petites fautes inavouables. Mais l'amitié est plus forte, et la raison de ces retrouvailles sera d'autant plus violente qu'elle lèvera le voile sur une incroyable histoire. Zep livre là un album splendide et très touchant.

Le 13 septembre dernier, j’ai rencontré Zep au sein même de la jeune maison d’édition consacrée à la BD, Rue de Sèvres.

IMG_1529.JPGInterview :

Vous avez remarqué combien cet album suscite la curiosité ?

Quand on est associé aussi fortement à un personnage comme Titeuf, dès qu’on en sort, ça suscite de l’intérêt. J’ai déjà fait des projets parallèles comme Happy Sex, qui était un livre réservé aux adultes. Comme Titeuf l’est pour les enfants, il a fallu que je me justifie constamment quand j’ai changé mon fusil d’épaule. Alors que c’est le propre d’un artiste, il est censé évoluer. On ne peut pas raconter les mêmes choses à 40, 30 ou 20 ans.

Avec Titeuf, vous aviez déjà évoqué tous les sujets possibles et imaginables, comme le deuil, le secret, mais en version humoristique. Dans cet album, c’est en version plus adulte. C’est compliqué de passer d’un univers à l’autre ?

Non, ce n’est pas compliqué parce que c’était quelque chose que j’avais besoin de faire. Tous ces sujets me touchaient, même les plus graves, mais pour Titeuf,  je les travaillais avec une pirouette humoristique. Ça me permettait de garder une espèce de protection et de mettre une distance sur des choses que je pourrais dire moi. Avec l’âge, j’ai eu envie de sortir du bois. J’ai eu envie de raconter des histoires sans faire le rigolo. J’ai enfin atteint une forme de maturité que je n’avais pas jusque-là. Un album comme Une histoire d’hommes a mis du temps à venir.

Y a-t-il  a eu un déclic pour que vous remarquiez que vous étiez prêt ?zep-carnet-intime.jpg

Le déclic c’était le livre Carnet intime, qui était une compilation de mes carnets de voyage et mon premier livre sans gag.

Mais le public a suivi aussi dans ce registre-là.

Oui, et ce n’était pas gagné d’avance. C’est toujours mieux si le public nous lit.

Vous ne seriez pas allé dans ces directions si les premières tentatives avaient échoué.

C’est encourageant, c’est sûr. Pour Carnet intime, il y a plein de gens qui m’ont dit qu’ils n’étaient pas sensibles à mon travail humoristique, mais qu’avec ce livre, quelque chose les avait touchées. Je m’octroie désormais le droit de jouer dans des registres différents. Quand on est artiste, on nous associe tellement à un personnage, qu’il ne faut pas le mettre en péril.

Mais, dans votre cas, c’est normal. Titeuf vous accompagne quand même depuis 20 ans.

Justement, ça fait du bien de le quitter pour faire autre chose. C’est un truc que ma génération peut faire, qui était un peu plus compliqué pour la génération précédente.  A l’époque de Franquin et d’Uderzo, c’était un jeu risqué. Franquin, quand il a fait ses Idées noires, ça a été la mort de Gaston Lagaffe. Il a mis 10 ans à refaire un Gaston après et ce n’était pas le meilleur. Clairement, il n’avait plus envie de le faire.

titeuf-au-cinema-en-2010-01.jpgVous, vous répétez bien que vous allez faire de nouveaux albums de Titeuf.

C’est vrai. Je conjure peut-être le mauvais sort. Mais, je n’ai pas l’impression d’avoir fait la même chose pendant 20 ans jusqu’à aujourd’hui. L’album de Titeuf que j’ai fait il y a deux ans est complètement différent de celui que j’ai fait  il y a 10 ans ou celui que j’ai fait il y a 20 ans. Je ne me retrouverais pas du tout dans une carrière comme celle de Jim Davis avec Garfield où rien n’a bougé depuis 40 ans. Ce sont les mêmes gags avec les mêmes dessins. C’est une autre démarche, mais je trouve qu’ici, en Europe, on a la possibilité de faire une bande dessinée d’auteur variée.

J’ai lu de la part de critiques qui écrivaient sur Une histoire d’hommes que désormais, ils sentaient qu’il y avait un scénario… ça ne doit pas vous faire plaisir de lire ça. Titeuf, ce n’était pas scénarisé ?

Ils disent cela parce que c’est un long récit. Dans l’idée des gens, s’il y a un long récit, il y a un scénario, si c’est du gag, c’est juste une idée de gag. Il faut avouer que sur une page, il y a une idée et un jet immédiat, alors je peux comprendre ce genre de critique. Cet amalgame ne me vexe pas. 

Dans une histoire d’homme, il n’y a pas beaucoup d’humour, mais il y en a un peu. Il y a même un personnage, Franck, qui me rappelle votre univers habituel.

C’est comme la vie, il n’y a pas que des gens qui sont que drôles ou que tristes. Même dans Titeuf, c’est de l’humour, mais il y a des moments sensibles et touchants. Dans Une histoire d’hommes, ces 4 copains qui ne se sont pas vus depuis 18 ans ont aussi envie de faire les cons, de boire ensemble… c’est assez légitime. Ils se retrouvent dans des circonstances tragiques, il y a plein de secrets qui pèsent sur eux. Ils ont donc tous besoin de se marrer.

Il y a du Titeuf, chez Franck.

C’est marrant ce que vous me dites là parce qu’on me demande souvent si Titeuf va grandir. Et bien, si Titeuf grandissait, potentiellement, il peut être Yvan, pas Franck. Titeuf et Yvan sont deux loosers et ils se prennent des baffes avec les filles.

 

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Sandro est donc celui qui a réussi. Il est devenu une star du rock français. Quand il fait venir ses anciens camarades, il gère plutôt bien la situation.

On sent quand même qu’il y a chez lui une part de culpabilité, mais en même temps, il a fait sa vie et il ne doit rien aux autres. Et les autres ont fait leur vie, sauf Yvan. Mais Yvan, lui, il a choisi d’attendre.

Si le ton est dans l’ensemble grave, c’est une histoire optimiste ?

La fin est ouverte en tout cas. Malgré toutes les révélations fracassantes de ce livre, dont je ne peux pas parler ici, on peut imaginer que leur vie va reprendre sous de meilleurs auspices.

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Dans Une histoire d’hommes, vous ne dessinez pas de la même manière que dans Titeuf. On a l’impression que ce n’est pas le même artiste.

Je n’ai pas le recul nécessaire pour dire ça, mais quand même, comme vous, j’ai l’impression que c’est très différent. Je pense que le dessin d’un dessinateur va s’adapter à ce qu’il a envie de raconter. Bon, ça ne se fait pas non plus en claquant des doigts. J’ai redessiné l’album trois fois en neuf mois. Il y a eu du boulot pour l’acquisition de ce nouveau dessin.

Mais votre trait reste votre trait.

J’ai cette manière de dessiner qui est une forme de ligne claire. Je dessine tout. Je ne suis pas Hugo Pratt qui met un coup de pinceau et c’est une ville. Si je dessine une ville, je dessine toutes les tuiles, les toits, les cheminées (rires).

Vous êtres un méticuleux.

Je suis un méticuleux, un peu obsessionnel et en même temps, je dessine très vite. Il faut sortir de certains automatismes. Mon dessin humour est beaucoup plus précis, beaucoup plus sûr de lui. Pour Une histoire d’hommes, il est un peu plus fragile, mais ça va avec le personnage principal Sandro. 

1558587874.jpgBon, personnellement, je ne peux pas ne pas évoquer Goldman avec vous. Vous êtes quand même celui qui avez réalisé sa dernière pochette. Celle de Chansons pour les pieds.

Oui, et je crois que ce sera vraiment sa dernière pochette. Il me donne de ses nouvelles de temps en temps. Il veut voir grandir ses enfants et je ne suis pas certain qu'il sorte un nouveau disque un jour.

Ce n’est pas une bonne nouvelle que vous me dites là.

(Il sourit)

Il a lu Une histoire d'hommes ?

Oui.  Jean-Jacques m’a d’ailleurs envoyé un petit mot charmant pour me dire qu’il avait aimé. Il m’a parlé du passage ou Yvan annonce la mort de son père à Franck. Quand il dit « Il est mort. Il n’a jamais beaucoup vécu. Je ne suis pas sûr qu’il ait vu la différence ».

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Zep et Mandor après l'interview le 13 septembre 2013.

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16 septembre 2013

Tristen : interview pour Mars en marche

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Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis.

Je n’avais pas été emballé par le premier album de Tristen, L'ombre à suivre. Pas touché du tout. L'artiste s'est pourtant bien fait repérer avec ce disque...

Mais son attachée de presse (Flavie Rodriguez) a retenté le coup avec son second album. En insistant un peu : « Écoute-le, ça n’a rien à voir avec le premier ! Je t’assure, tu vas être surpris. »

Il est agréable de travailler avec des attachées de presse qui connaissent parfaitement tes goûts. J’ai adoré dès la première écoute. Je n’ai pas eu l’impression d’écouter le même artiste.

Vous pouvez découvrir toutes les chansons de l'album ici!

J’ai donné rendez-vous à Tristen à l’agence le 28 juin dernier pour une conversation en toute franchise.

triste,mars en marche,interview,mandorArgumentaire officiel de l’album :

Il faut se rendre à l’évidence, de nombreux signes nous incitent à penser que la fin est proche. Malgré le futur incertain de notre espèce, qui ne sera bientôt plus qu’un irritant souvenir, Tristen, lui, décide dans un élan héroïque et salvateur de mettre un pied devant l’autre :
Mars en Marche, son second album, paraîtra chez Bleeding Gold Records le 16 septembre 2013 (aujourd’hui donc) en digital et en vinyle.
Hommage dérisoire rendu à Mars, le dieu romain de la guerre et de la fertilité, Mars en Marche se joue de l’imaginaire masculin. Tristen y feint la colère dans des murder songs hallucinées : "Le lustre" et son lustre suicidaire, "La pluie horizontale" et son infirmière un rien dangereuse, "Ce qui reste de toi" et sa fin ménagère. Il y joue l’ingénu dans d’étranges love songs : "La femme qui ne souriait jamais", "En solitaire". Il se met aussi à nu dans des sad songs à la délicatesse surréaliste : chevauchée messianique dans "Laisse pleurer les hommes", poésie banlieusarde dans "Les boîtes aux lettres".

Guitariste, bassiste, batteur, touche-à-tout, Tristen utilise tout l’arsenal du musicien bricolo pour réaliser un album aux sonorités subtiles et charnelles. Ses arrangements audacieux et personnels permettent le mariage aventureux, mais assumé de différentes influences. Mars en Marche célèbre la rencontre de Stereolab et d’Abba, d’un Mathieu Boogaerts et d’Arcade Fire, d’un Albin de la Simone et de Karkwa.

Tristen signe la plupart des musiques et prend part à l'écriture des textes de cet album qu'il partage avec sa bande de copains - musiciens et auteurs de la scène rock indé Parisienne - avec qui il se produit depuis quelques années : Bénédicte Monat (Blanche as a Name) qui prête même sa voix dans quelques chansons, Charlotte Gérand (Chérie ++), Loic Carron (Chérie ++, Yéti Lane, Cyann and Ben), Yann Giraud (Porco Rosso), Julien Cortes (Querencia, Erevan Tusk), Dominique Pascaud (Alex Rossi, Sandy Trash), Pacôme Genty (Rose Ttacet, Erevan Tusk, Mascara Snake).

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Interview :

Je vais être sincère avec toi. Ton premier album, je ne l’avais pas autant apprécié que celui-là. Je n’avais pas du tout été touché par ton travail. Et avec cet album, c’est tout le contraire.

J’ai fait un album beaucoup plus personnel, mais plus fou, parfois surréaliste. Le précédent album était centré sur les relations de couple passées, futures, fantasmées… Là, je parle toujours des filles, mais c’est annexe. C’est marginal. Ce disque est à mon sens beaucoup plus dérangeant.

D’où vient ce changement ?

Je me suis fait beaucoup plus confiance. J’ai beaucoup plus écrit que pour le précédent. Parfois, c’était même de l’écriture automatique sur 3, 4 chansons. Moi, j’ai l’angoisse de la page blanche, c’est pour ça que je demande de l’aide pour l’écriture à d’autres personnes bien qualifiées. Quand je reçois des ébauches de textes, je peux réagir et travailler sur ces textes. Bon, j’ai essayé de lutter contre cette angoisse. Pour moi, le texte, c’est comme un instrument, comme une basse. Si on me demande ce que veut dire telle ou telle parole, c’est comme si on me demandait ce que veut dire telle ou telle partie de basse. Ça me parle, mais ça ne veut pas obligatoirement dire quelque chose.

Teaser 1 de Mars en marche.

Tu es un solitaire dans la création, mais tu aimes bien être entouré.

C’est paradoxal, mais c’est humain. C’est solitaire parce que c’est comme ça que j’ai appris à créer mes propres chansons. J’ai joué dans des groupes et j’ai été frustré du processus de groupe. Suite à ça, je me suis mis à faire mes propres chansons seul. Mais, c’est nul d’être tout seul, donc je m’entoure pour l’écriture et même parfois pour des arrangements. Tout est une question de rencontre. Par contre, j’aime bien tout contrôler quand même.

Tu aimes bien avoir des propositions nouvelles et choisir, finalement.

Je commence à m’ouvrir. C’est vrai que je n’étais pas comme ça avant, mais j’ai compris aujourd’hui qu’on ne peut pas tout faire bien. Mon talent à moi, il est plutôt dans l’arrangement. Dans l’écriture totale, j’ai besoin que l’on m’aide, il faut le reconnaître. Il faut être conscient de ses faiblesses et de ses qualités.

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Tu es arrivé à Paris il y a 10 ans pour faire de la musique et tu viens de me dire que tu viens tout juste d’avoir confiance en toi musicalement et textuellement. Quel est l’élément déclencheur de ta nouvelle assurance ?

Il n’y a pas eu de déclic, ça a été un processus. À vrai dire, j’ai déjà fait 6 ou 7 albums tirés à 10 exemplaires et distribués uniquement aux amis. Ce sont les retours qu’ils m’en ont faits qui ont fini par être encourageants et qui m’ont poussé à continuer. Pour sortir un CD commercialisé, il faut déjà un certain standing. Mon premier, il y avait des maladresses, celui-ci est meilleur. En toute objectivité.

Tu chantes depuis longtemps ?

D’abord, il faut que tu saches que j’accepte l’idée d’être un chanteur depuis peu. Au début, j’ai fait des chansons, j’avais honte de les chanter, ensuite un peu moins honte, ensuite, j’ai pris conscience que j’avais une voix…etc. Mon assurance vient au fur et à mesure des expériences et du temps qui passe.

Teaser 3 de Mars en marche.

Tu as bien « bourlingué » en tant que musicien pour plein de groupes et de genres différents.

Quand j’habitais dans le sud de la France, j’ai fait notamment du metal et du jazz rock. Quand je suis arrivé à Paris, je me suis plus consacré au rock indé en accompagnant pas mal de gens. Querencia (pop rock indé à la Interpol) comme batteur, Dominique Pascaud (chanson française classe) comme percussionniste, Saibu (rock classieux en anglais) comme batteur, Alex Rossi (variété hype italo-gersoise) comme batteur, Myra Lee (pop folk indé ) comme percu, batteur, ou claviériste, Porco Rosso (pop française indé) comme batteur C++ désormais Chérie++ (chansons douces amères) comme ingé son, puis batteur, puis bassiste et enfin, Folks (pop française indé) comme bassiste. Folks, tu le connais, je crois.

Oui, je l’ai reçu ici. J’adore. Après avoir bossé pour le « milieu indé », on a envie d’être un peu plus sous la lumière ?

J’aime ce que je fais, je ne vais pas faire des choses plus basiques pour avoir plus de notoriété.

Mais, je trouve ton album très accessible et pas du tout underground.

Tant mieux alors ! Je suis au delta de la variété et du rock indé de toute façon. J’aime beaucoup la Véronique Sanson des années 70, Abba, des trucs comme ça…bien populaires, mais de qualité. Abba, c’est ma madeleine de Proust à moi. Quand j’étais petit, j’écoutais un conte musical qui s’appelle Abbacadabra.

Ah oui ! Mais je suis fan. Il y avait Daniel Balavoine, Frida, Plastic Bertrand, Catherine Ferry, Fabienne Thibeault !

Dis donc, c’est la première fois que je rencontre quelqu’un dans ma vie qui connait Abbacadabra !

"L'enfant do", extrait d'Abbacadabra (1983).

Oui, bon, ça n’a pas très bien vieilli…

En tout cas, en écoutant ça enfant, il faut croire que cela m’a marqué. Quand j’ai entendu Abba pour la première fois, je me suis demandé qui étaient ces gens qui copiaient Abbacadabra. Les Abba auraient eu la prod d’Arcad Fire, ils seraient le groupe ultime. C’est à la fois populaire et très grand public, mais il y a des éléments musicaux qui me plaisent vraiment. Ça ne s’entend pas forcément dans ce que je fais, mais c’est un groupe qui m’impressionne et que je respecte énormément.

Peut-on dire que Mars en marche est un disque conceptuel ?

Il y a un lien entre toutes les chansons en tout cas. La colère. Pour la blague, Mars, c’est le dieu de la guerre et de la fertilité. La sonorité « Mars en marche » me plait. Ça représente l’aspect guerrier en action.

Tes concerts vont devenir plus rock ?

Ça l’était déjà avant. Il y a aussi un côté electro parce que j’ai des programmations sur scène. J’ai un guitariste avec moi et je joue moi-même de la guitare. Mon côté rock indé ressort pas mal quand je donne un concert.  

triste,mars en marche,interview,mandor

Tu joues aussi pour d’autres artistes. Nous nous sommes croisés au Prix Georges Moustaki. Tu accompagnais Céline Olivier.

Je joue encore pour d’autres, peut-être un peu moins en ce moment parce que je m’occupe de mon disque. J’ai besoin de ça aussi pour vivre artistiquement. Je n’en ai pas besoin financièrement.

Tu es chargé de mission au sein d’une cellule FSE (Fond social européen). Mazette !

Je ne sais pas si ça va intéresser les lecteurs de savoir ça. Ça n’a aucun lien avec la musique. Cela dit, j’ai une maitrise de maths. Pour moi, les maths, c’est de la poésie, ce sont des structures, c’est des formes, c’est de la beauté.

Les maths te servent-elles pour créer de la musique ?

Oui, mais pas dans le sens où les gens l’entendent, c'est-à-dire d’un côté froid et calculateur. Les maths, c’est plus le côté scientifique, c'est-à-dire l’erreur. On fait des erreurs et c’est de ses erreurs qu’on apprend. C’est ça la démarche scientifique.

Teaser 4 de Mars en marche.

Tristen sera en concert le 30 septembre 2013 aux 3 baudets et le 28 novembre à la péniche Antipode.

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Tristen et Mandor, le 28 juin 2013.

09 septembre 2013

Stéphane Haumant : interview pour Le jugement dernier

stéphane haumant,le jugement dernier,interview,mandor

Dans son premier thriller, Le Jugement dernier : l'énigme du Codex Lucis, le journaliste Stéphane Haumant (que les abonnés de Canal+ connaissent bien puisqu’il est le présentateur/producteur de Spéciale Investigation) entraîne le lecteur sur la piste d'un manuscrit Cathare qui annoncerait l'Apocalypse. Il raconte également, avec une plume alerte et précise, l’enquête d’un policier Américain et d’un journaliste Français qui se lancent à la recherche des coupables d’une série d'attentats ayant ensanglanté le Brésil, les États-Unis, puis le Japon.

Un très bon premier roman (1er du longue série ?).

Stéphane Haumant est passé me voir à l’agence le 19 juillet dernier…(Merci à Gilles Paris).

stéphane haumant,le jugement dernier,interview,mandor4e de couverture :

Des bombes sèment la terreur au Brésil, aux États-Unis, au Japon, en Inde. Pas des bombes ordinaires, mais celles du « Jugement dernier », des engins miniaturisés d'une effroyable efficacité ! Qui se cache derrière ces attentats et pourquoi sont-ils commis, causant des milliers de morts ?
Un policier américain et un journaliste français se lancent sur la piste des mystérieux coupables qui ne formulent aucune revendication.
Comment imaginer qu'ils devront remonter à un texte apocalyptique, le Codex Lucis des Cathares, pour identifier la source d'un complot vieux de neuf siècles et posant une question cruciale : l'humanité a-t-elle un avenir ?

L’auteur : 

Grand reporter, journaliste d'investigation, Stéphane Haumant est producteur de l'émission spéciale Investigation sur Canal +. Le Jugement dernier : l'énigme du Codex Lucis est son premier roman.

stéphane haumant,le jugement dernier,interview,mandor

Interview :

En lisant Le jugement dernier, on sent la patte du journaliste qui a fréquenté le terrain pendant des années. On voyage beaucoup dans ce roman.

Pendant une quinzaine d’années, j’ai été reporter donc je suis allé dans la plupart des pays que j’évoque pour y bosser. Je me suis effectivement inspiré de plein de souvenirs et d’anecdotes que j’ai vécues quand je suis allé dans ces pays. Je parle du Japon, du Brésil, de la Russie et de la plupart des pays d’Europe…

Quand on est journaliste, on a un style d’écriture bien particulier. On se doit d’être clair et concis. Dans un roman, il faut ça, plus du style. Le vôtre est-il venu naturellement ?

C’est totalement intuitif et empirique. J’avais une idée d’histoire en tête et je l’ai écrite sans me poser trop de questions. J’ai écrit spontanément dans un style peut-être un peu journalistique et sec, mais moi, ça me convenait bien. Je trouvais même que c’était cohérent avec ce que je voulais faire en termes de rythme et d’efficacité.

stéphane haumant,le jugement dernier,interview,mandorDu coup, il n’y a pas de fioritures. On ne s’ennuie jamais.

Je voulais écrire un livre comme on regarde un film d’action américain, que cela aille vite et rebondisse sans arrêt. Mais, je souhaitais aussi que derrière toute cette énergie, il y ait matière à réflexion. Je ne voulais pas de longues introspections de mes personnages, mais qu’ils n’existent que par ce qu’ils font. À travers ce qu’ils font, on comprend qui ils sont.

C’est un roman d’anticipation, dont l’action se situe dans 25 ans. Le monde que vous avez inventé ressemble tout de même au monde d’aujourd’hui.

Quand j’étais enfant, j’imaginais qu’en l’an 2000, il y aurait des voitures qui volent, que l’on vivrait dans des combinaisons en aluminium et qu’on mangerait des pilules. Finalement, 35 ans après, le monde est assez proche, à part quelques outils technologiques qui ont révolutionné nos vies. Donc je me dis que dans 25 ou 30 ans, la vie ne sera pas forcément très différente d’aujourd’hui et les angoisses des hommes seront probablement les mêmes.

Les questions existentielles de l’Homme restent les mêmes, vous avez raison.

Qu’est-ce que la liberté ? Comment doit-on organiser la société ? Les questions sur la vie, la mort… toutes ces questions n’ont pas changé et seront encore là dans 40 ans.

Je trouve ça intéressant de lire le livre d’un journaliste. Dans ce métier, il faut vérifier ses informations, être rigoureux, ne rien inventer…  alors que lorsque l’on est écrivain, rien de tout cela n’est obligatoire. Au contraire, c’est l’imagination, l’invention, la fantaisie qui priment.

99% de ce que je raconte dans ce livre est authentique. Après, le romancier que je suis a fait rentrer 1% de fantaisie et d’imagination, a tordu un peu le réel à la marge. Mais tordre à la marge permet d’inventer des choses totalement plausibles, qui pourtant n’ont pas existé. Je voulais que le lecteur, à chaque page, se demande si telle ou telle chose est vraie ou pas. J’ai voulu créer un jeu sur le vrai et le faux entre l’actualité et l’histoire.

Vous vous êtes amusé à écrire ?

Honnêtement, je pensais écrire ce livre en 3, 4 mois et ça m’a pris plutôt trois ans. J’ai découvert que le métier d’écrivain était un vrai métier et que c’était difficile. J’ai construit une sorte de puzzle. Ce n’est pas simple un puzzle. On place, on retire, on recommence, on hésite… Tout ça prend du temps, mais  une fois que le puzzle est fini, on est content.

Stéphane Haumant/Dan Brown, même combat ?stéphane haumant,le jugement dernier,interview,mandor

Il y a l’idée d’un grand complot qui régirait le monde. Dan Brown n’est pas le seul à l’avoir imaginé. C’est lui qui a fait le plus gros succès, mais il y a pléthore de livres avant lui et après lui sur ce sujet.

Croyez-vous à un complot mondial ?

Moi, pas du tout. Qu’il y ait des sociétés secrètes qui fassent du lobbying, qui travaillent, qui influencent, ça, il y en a un paquet, dont la plus célèbre est la Franc-maçonnerie. Après, qu’elles dirigent le monde, je n’y crois pas du tout. En revanche, ce qui me frappe, c’est que depuis 10 ou 15 ans, cette croyance-là est devenue une sorte de religion à part entière. À côté du catholicisme, du protestantisme, aujourd’hui il y a la théorie du complot qui mobilise quand même des dizaines de millions de gens. C’est une religion informelle qui n’a pas de gourou, mais qui, quand même, donne à tout un tas de gens, une grille de lecture du monde. Ca m’intéressait d’utiliser cette grille de lecture et de la confronter à d’autres, plus politiques, plus religieuses. Comme plus personne ne croit aux institutions, ni aux hommes politiques, on imagine qu’il y a quelque part des organisations secrètes qui changent le monde.  

Avec votre livre, vous confortez la théorie du complot, non ?

Déjà, on peut se dire que cette histoire se passe dans l’avenir, donc elle ne cherche pas à expliquer le présent.

Mais permettez-moi de vous dire qu’en vous lisant, on oublie un peu que l’action se situe dans 25 ans.

Oui, je sais. Alors, soit on peut se dire que mon livre est la preuve que la théorie du complot est vraie. Un peu comme a fait Dan Brown qui avait donné la clef de l’énigme de l’humanité à travers Jésus et la Bible. J’ai surtout voulu démontrer qu’avec un peu d’imagination et un peu de persuasion, on peut inventer tous les complots que l’on veut. Et qu’avec la théorie du complot, ce qu’il y a de formidable, c’est que l’on peut tout expliquer.

stéphane haumant,le jugement dernier,interview,mandorVous parlez du Trésor des Cathares. Le fameux trésor est en fait  un livre, le Codex Lucis (le livre de la lumière) qui révèle le secret des origines de l’homme. Rien que cela !

Tout ce que j’évoque dans ce livre à ce sujet sont des thèses, des hypothèses. Celles qui existent ne sont pas plus crédibles que celle que je rajoute. L’imaginaire de l’homme se nourrit de ces mystères historiques qu’il tourne dans tous les sens pour essayer de comprendre ce qui se cache en dessous. Je m’en suis servi et je me suis amusé avec.

Vous mettez en scène un journaliste français et un flic du FBI qui enquêtent chacun de leur côté sur la même affaire et qui finiront par se rejoindre. Journaliste et policier, c’est un peu le même métier finalement.

Ce sont les deux faces d’un même métier en tout cas. Les deux enquêtent, les deux cherchent la vérité, mais pas pour les mêmes raisons.Ca m’amusait de les mettre en parallèle parce que ce sont des professions qui se côtoient, mais qui travaillent de façon différente. Le journaliste est sur le terrain, il rencontre des gens. Il fait son enquête un peu au ras des pâquerettes. Le flic, lui, a accès à des documents officiels, des réunions importantes à la Maison Blanche par exemple. Eux aussi sont à deux niveaux de lecture du monde et de collecte d’indices très différents, mais ils vont parvenir au même point d’arrivée. Les journalistes ont une liberté d’action qui fait qu’ils trouvent des choses que les flics ne trouvent pas forcément.

Le flic Balthazar est un peu rentre-dedans quand même. Il n’attend pas toujours les autorisations officielles…

Il y a des gens qui sont mus par une espèce d’énergie qui, dans la quête de la vérité, peut devenir un peu extrême. Sur certaines enquêtes un peu exceptionnelles, on peut aller très loin et donc se bruler les ailes. Cette enquête-là ne pouvait se mener en respectant toutes les règles. Pour un journaliste, c’est un peu une seconde nature de louvoyer avec les règles, c’est plus rare du côté des institutions. Il arrive que des flics ou des juges aussi sortent des cadres et des règles du jeu juridiques parce qu’ils pensent que c’est la seule façon de toucher la vérité après  laquelle ils courent parfois depuis des années.

Vous-même, avez-vous pris beaucoup de risques professionnels ? Je parle d’avant la présentation de Spéciale Investigation ?

Je n’ai jamais été reporter de guerre, donc je me suis très rarement retrouvé dans des situations où ma sécurité physique était en jeu. Après, de ne pas tout à fait respecter les consignes étiquetées par les autorités ici ou là, c’est fréquent et ça fait partie du jeu. Si on veut sortir des infos et avoir un discours qui ne soit pas un discours officiel, on est obligé en permanence de sortir des cadres. Par nature, notre métier exige que nous soyons tous des francs tireurs.

stéphane haumant,le jugement dernier,interview,mandorVous n’êtes aujourd’hui plus sur le terrain. Vous présentez et dirigez Spéciale Investigation… c’est autre chose comme vie.

Je créé une ligne éditoriale. On reçoit beaucoup de projets, il faut en garder 40 par an, les accompagner… En gros, mon équipe et moi choisissons les sujets, on les initie, on peut intervenir en cours de tournage, on aide le journaliste à mettre en forme de la façon la plus efficace, pédagogue, claire et en même temps la plus haletante possible s’il éprouve des difficultés. À la fin, c’est un travail collectif et on essaie de faire accoucher le mieux possible le bébé. Une enquête c’est une matière assez complexe à mettre en forme. Il y a beaucoup de paramètres à prendre en compte.

Avec ce livre, vous vous faites interviewer. Soudain, vous êtes de l’autre côté de la barrière…

C’est plus difficile pour moi de parler de mon livre que de parler de l’émission. Parler de l’émission, c’est parler de films faits par d’autres. J’y mets une certaine distance. Je suis à l’aise sur les problématiques liées à mon métier. Parle du livre, c’est parler un peu de soi. C’est moins facile, mais je me lance quand même.

Il y a aura une suite à ce livre?

Oui, je l’écris en ce moment. L’histoire de ce livre se clôt, mais elle peut se rouvrir. J’ai des personnages secondaires qui pourraient avoir des rôles plus importants dans le second.

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07 septembre 2013

Anastasia : Interview pour Beau parleur

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J’ai reçu le disque d’une dénommée Anastasia, Beau parleur, et j’ai beaucoup aimé. La voix, tirant un peu vers les graves, le propos plutôt masculin, insolent et sexy. Guitare et voix sont les instruments principaux qu'elle utilise pour nous plonger dans son univers qui allie jazz et airs d'antan, groove et blues, soul et ambiance tropicale... Son disque est sacrément abouti, mature et cohérent.

Le lendemain, je vous jure que c’est vrai, j’ai reçu l’album d’un groupe que je ne connaissais pas, Les Dessous de la Vie, La libido du linving room. J’écoute et j’ai un sentiment curieux. La voix me rappelle celle de la jeune chanteuse de la veille. Normal, c’est elle. Les deux disques sont sortis en même temps et les deux attachées de presse de chaque opus me les ont envoyés sans se concerter.

La mandorisation s’imposait donc. Ainsi fut fait, le 9 juillet dernier. Une forte personnalité la jeune femme. Je me suis dit que je n’étais pas à l’abri d’être en face d’une future grande de la chanson française.

Biographie officielle d’Anastasia :

Quand on entend Anastasia chanter on l’imagine bien flâner dans les clubs de jazz, et fredonner des airs d’antan. Bluesy et souriante, cette jeune artiste à la veine urbaine, possède sa propre vitalité, son propre groove, ainsi qu’un son authentique, roots à souhait.anastasia,beau parleur,les dessous de la vie,interview mandor

Elle contacte Batlik en 2011 en lui envoyant quelques titres. Début 2012, elle enregistre son 1er album « Beau parleur » au studio de la Cuve à Aubervilliers, dans les locaux d’A Brûle Pourpoint. Coté scène, elle assure les premières parties de Batlik, Fred Métayer, Karpatt, Berry ou Tété. « Beau parleur » est sorti le 25 mars 2013, en co-production avec le propre label d’Anastasia, Budhi’s prod.

On tient là une vraie nature, un feu bouillonnant, une personnalité qui en impose. Ces premiers titres guitare voix la placent entre Brésil et Jamaïque, les deux tropiques où la guitare est reine. Merveilleuse petite tache de son, sa musique et sa gouaille s’unissent pour offrir une musique évocatrice, une simplicité, des mots et une poésie en couleur instantanée.

anastasia,beau parleur,les dessous de la vie,interview mandorBiographie officielle des Dessous de la Vie :

Pétillants de fraîcheur, Les Dessous de la Vie exultent sur la scène indépendante et, au passage, remportent plusieurs prix de la chanson Française. Le quintet bien trempé exalte la poésie des chansons intimistes qui virevoltent du swing au jazz musette, du hip hop au jazz manouche. Les intrépides complices incarnent leurs mélodies qui nous accrochent et nous entraînent hardiment dans La libido du living-room. Autoproduit, ce premier album dévoile les dessous de la vie sentimentale avec une subtile énergie.

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Interview :

Contrairement à ce que l’on pourrait éventuellement penser, tu n’es pas une débutante…

Avant les dessous de la vie, j’étais dans un groupe avec Gaël, qui est l’auteur compositeur des Dessous de la vie et l’auteur compositeur de mon album. On avait un groupe de punk, ska, reggae.

Musicalement, j’ai la sensation que tu t’es essayé à tout?

J’étais au conservatoire à Mulhouse, je faisais du piano classique. C’était en parallèle à toutes mes études. J’ai eu quelques bases pédagogiques pour apprendre à chanter, mais je n’ai jamais pris de cours de chant officiel.

Tu as pratiqué « l’autoditasme urbain » dis-tu. As-tu beaucoup appris dans la rue ?

La guitare, l’accordéon et le chant… j’ai appris tout ça en allant jouer avec des potes dans la rue. J’habitais à côté d’une zup. Il y a des rappeurs qui venaient, qui posaient… 

"J'aimerais" aux Francofolies 2013

anastasia,beau parleur,les dessous de la vie,interview mandorTon parcours est étonnant. Tu as fait un Master en musicologie, puis un Master de Sciences-Po en politique et gestion de la culture.

Je voulais comprendre comment développer un projet culturel. Et mes parents ne me lâchaient pas. Ils voulaient que j’aie des diplômes. Quand j’ai eu mes diplômes, je me suis mis la tête dans les projets et je n’en suis plus sortie.

Tu écoutais quoi dans ta prime jeunesse ?

Tu sais, depuis quelques années, je me suis plus focalisée sur la musique black comme Erykah Badu, Krystle Warren, Robert Glasper… Quand j’avais entre 13 et 16 ans, je n’écoutais que de la chanson française. Aujourd’hui, j’aime beaucoup Batlik, mais aussi Bazbaz, Sandra Nkaké. Mais comme mon père écoutait beaucoup de jazz, de jazz fusion, ça fait partie également de ma culture musicale.

Tes parents ne voulaient pas que tu deviennes musicienne?

Non parce que mon père était un super pianiste de jazz et organiste. Il aurait rêvé faire ça de sa vie, mais il n’a pas réussi.  Du coup mes parents étaient flippés que je ne parvienne pas à ce que j’avais pour ambition d’entreprendre.

Comment ils voient les choses pour toi aujourd’hui ?

Maintenant, ils sont super fiers. Ils sont là à presque à tous mes concerts et ils aiment beaucoup ce que je fais. Au début, ma mère, quand je lui faisais écouter une chanson, elle me disait qu’elle trouvait cela triste. Elle me conseillait de chanter des chansons plus légères et plus gaies. Mon père, lui, depuis le début, a toujours aimé. Dans le prochain album, on fera sans doute un morceau ensemble.

" Je Vole ", pour Strasbourg Acoustik. Session tournée au Musée Tomi Ungerer de Strasbourg.  Février 2013.

Avoir fait des études de musicologie t’apporte quoi, concrètement ?anastasia,beau parleur,les dessous de la vie,interview mandor

Ça m’apporte une méthodologie dans mes compositions, dans la manière de travailler ma musique, de l’apprendre, de l’analyser aussi. Quand j’écoute un artiste que j’adore, je repique des petites choses. Je sais les prendre et les comprendre.

Paradoxalement, est-ce que ça n’empêche pas la spontanéité pendant la création ?

Non, parce qu’au niveau guitare et chant, je suis complètement autodidacte donc, forcément, j’oublie la méthodologie. Je réfléchis un peu quand je fais les chœurs ou les harmonisations, mais au niveau de la composition et de ma façon de chanter, c’est assez libre, instinctif et spontané.

Comment est né le groupe Les dessous de la vie ?

J’ai rencontré Gaël Muller à Mulhouse. On a commencé à faire ce premier groupe donc je viens de te parler. Quand le projet s’est effondré, on s’est retrouvé, moi avec l’accordéon et lui avec sa guitare. Il a commencé à composer des chansons françaises du type La Rue Kétanou, les Tètes Raides, Négresses Vertes et tout ça. Une amie nous a inscrits à un tremplin à Mulhouse et on a remporté la deuxième place. Ça nous a mis en confiance. On a commencé notre répertoire et très vite, nous avons été visibles dans le réseau des musiques actuelles en Alsace. Petit à petit, on nous a proposé des scènes. Petit à petit on a eu envie de rajouter d’autres musiciens. Ensuite, il y a des professionnels qui se sont un peu intéressés à nous. On fait de la scène avec Les dessous de la vie depuis 2009, mais depuis 2010, on le fait de manière professionnelle.

Teaser de la sortie de l'album La Libido du living room du groupe Les dessous de la vie.

C’est un groupe de jazz, un peu musette, mais aussi un peu hip-hop. L’accordéon que tuanastasia,beau parleur,les dessous de la vie,interview mandor utilises dans le groupe, tu l’oublies sur ton disque perso.

J’avais la tête dans Les dessous de la vie pendant très longtemps. J’étais vraiment dans le truc accordéon-voix. Quand j’ai terminé mes études, j’avais une plage de temps qui me permettait de développer ce projet guitare-voix que je traîne depuis que j’ai 14 ans. C’est seulement en 2011 que j’ai demandé à Gaël à m’aider à construire mon répertoire en lui parlant de ma vie, en lui racontant mes petites histoires à moi. Et puis, on se fréquente depuis 10 ans, donc il me connait très bien.

Tu ne te sentais pas prête à écrire seule ?

Gaël a une plume que j’aime énormément et qui me correspond parfaitement. Mais ça va venir. Je pense que dans mon deuxième album, il y aura des chansons à moi. Mais, je crois que j’aime bien interpréter.

anastasia,beau parleur,les dessous de la vie,interview mandorTu as contacté Batlik en 2011. Comment la rencontre s’est-elle déroulée ?

Je ne le connaissais pas personnellement. Je ne savais pas comment il était. Juste qu’il avait beaucoup de caractère. Mais, moi, j’ai plein d’amis avec des mauvais caractères et moi aussi, d’ailleurs, je n’ai pas un caractère facile. Finalement, ça s’est passé plutôt normalement.

Tu devais faire combien de titres avec lui ?

J’avais préparé 5, 6 titres. On les a réalisés rapidement et comme on avait encore du temps, il m’a proposé de faire les suivantes. 11 en tout. Je suis rentrée à Strasbourg, quelques jours après, il m’a appelée pour me dire qu’il aimait vraiment bien mes chansons et qu’il était prêt à m’aider plus encore. A l’époque, je voulais sortir un EP, mais je n’avais pas prévu de budget pour. Sans Batlik, j’en aurais sorti que 500 exemplaires et je n’aurais jamais fait tout ce que j’ai fait grâce à lui. On m’a ouvert plus de portes grâce à son nom et à sa bonne réputation. Il ne faut pas se le cacher, Batlik m’a aussi créé de la légitimité.


France ô Folies : ANASTASIA - Mulhouse par franceo

Tu joues beaucoup avec les mots dans tes textes.

J’aime bien les jeux de mots. J’aime bien les oppositions, les extrêmes et la dichotomie. J’aime bien jouer avec cet effet un peu schizophrénique.

C’est quoi tes chansons finalement ?

Ce sont des visions masculines chantées dans la bouche d’une fille. Je suis dans un cycle un peu bizarre où c’est moi qui demande à mon auteur compositeur des histoires de filles. Il les imagine en tant que mec et c’est une bouche de fille qui les rechante. Ce sont des choses personnelles sur l’amour, la confiance, la vie de couple… C’est assez sexy, ce ne sont pas des chansons de petite midinette qui raconte sa vie, en tout cas.

C’est même souvent insolent.

Je m’en fous, je dis ce que je pense et ça me va super bien parce que je suis comme ça dans la vie.

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Après l'interview...

Pour finir, voici la chronique sur le disque d'Anastasia d'une des rares consœurs que j'apprécie dans le métier, Stéphanie Berrebi du magazine FrancoFans. Une vraie passionnée. Comme il y en a peu.

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01 septembre 2013

Fabien Hérisson, Claire Favan et Jacques Saussey : interview pour Santé!

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Près de vingt auteurs ont répondu présents à l’appel de Fabien Hérisson pour l’écriture du recueil 2013 du collectif des auteurs du noir. Cette année, le thème est la santé, la maladie, sous toutes ses formes. L’année dernière, j’avais déjà reçu le directeur de collection pour un premier recueil de nouvelles, Les auteurs du noir face à la différence. Le 12 juillet dernier, Fabien Hérisson est revenu me parler de ce deuxième recueil dont les droits seront versés à La Fondation maladies rares. Il était accompagné de deux auteurs (et pas des moindres) ayant participé à cet ouvrage.

(Notez que j'ai été témoin de la signature du contrat d'édition entre Fabien Hérisson et Sébastien Mousse, le nouvel éditeur. J'aime bien voire naître un tel projet.)

Pour vous procurer le livre, aller là.

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Force en présence :

Fabien Hérisson : Il est né un soir de décembre 73. Il consacre une grande partie de son temps libre à la lecture de polars, à la rédaction de chroniques pour K-libre et à l’administration, sous le pseudo du Proprio, de Livresque du Noir, un site sous forme de tribune, dédié aux auteurs du Noir. Il organise aussi chaque année l’espace polar du Salon du livre de Provins.

Claire Favan : Elle travaille dans la finance, mais elle dévore des livres depuis son plus jeune âge. « Le Silence des Agneaux » de Thomas Harris marque un tournant définitif dans le choix de ses lectures alors qu’elle est âgée d’une quinzaine d’années. Sa passion pour les romans sur les tueurs en série est née. Elle-même écrit depuis une dizaine d’années. En juin 2008, elle se lance le défi de retracer le parcours d’un tueur en série depuis son adolescence. Si elle souhaite remonter aussi loin dans la vie de son personnage, c’est afin de traiter de sujets qui l’interpellent : la construction du mode opératoire, la signature et les motivations profondes de ce genre d’individus.

En octobre 2009, elle prend contact avec les éditions « Les Nouveaux Auteurs » qui lui offrent l’opportunité de réaliser son rêve… Elle a sorti dans cette maison d’édition deux thrillers à glacer le sang, Le tueur intime (Grand Prix VSD du polar 2010) et Le tueur de l’ombre. Un troisième est prévu pour bientôt.

Jacques Saussey : Il a commencé à écrire ses premières nouvelles à 27 ans, en 1988. Deux nouvelles ont été primées dans des concours (« Quelques petites taches de sang » en 2002 aux Noires de Pau, et « Alfred Jarry est mort » en 2007) et une éditée en BD (« Le joyau du Pacifique », en 2007). Il est l’auteur aux éditions « Les Nouveaux Auteurs » de De sinistre mémoire, Quatre racines blanches, Colère noire. Le 5 septembre prochain, sortira son dernier né, Principes mortels.

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De gauche à droite: Jacques Saussey, Claire Favan et Fabien Hérisson.

Note de l’éditeur :

Le collectif des auteurs du noir remet le couvert !

Cette fois-ci le thème imposé est la santé, chaque auteur a donc écrit une nouvelle dont il cède les droits. Retrouvez dans ce recueil : Bérengère de Bodinat, Jean-Luc Bizien, Armelle Carbonel, Luc Doyelle (mandorisés trois fois là), Claire Favan, Maxime Gillio, Fabien Hérisson, Annabelle Léna (mandorisée ici), André Marois, Bernard Minier, Michaël Moslonka, Max Obione, Jean-Marie Palach, Gaëlle Perrin, Stanislas Petrosky, Jacques Saussey.

Capture-d’écran-2010-01-05-à-07.46.56-272x300.jpgPréfacé par Marina Carrère d’Encausse, médecin échographiste, journaliste et présentatrice du magazine de la santé sur France 5.

Les droits d’auteurs seront reversés à la fondation maladies rares qui est née de la volonté des associations de malades et de celle de tous les acteurs, médecins et chercheurs, impliqués dans la recherche et la prise en charge des malades dans le domaine des maladies rares. La fondation maladies rares a pour principaux objectifs de mettre en lien et de fédérer les acteurs de la recherche et du soin dans les maladies rares, et de financer, sur la base d'appels d'offres pluriannuels, les projets de recherche ciblés sur les maladies rares, sans restriction du type de maladie ni de champ disciplinaire (Recherche clinique, physiopathologique, thérapeutique, sciences humaines et sociales).

Teaser du livre.

Interview:

Fabien, c’est toi qui es à l’origine de ce nouveau recueil de nouvelles. Peux-tu nous en parler ?

Fabien : Santé! est la continuité de ce que nous avions fait avec le premier, Les auteurs du noir face à la différence. Nous avons changé d’éditeur. Nous sommes maintenant chez L’atelier Mosesu. Le principe de ce recueil a plu à l’éditeur, Sébastien Mousse, et il a décidé d’en faire un rendez-vous annuel. Nous réitérerons donc régulièrement ce genre de recueil, toujours au format poche et à un prix très accessible (10 euros). Santé !cette année, est vendu au profit de l’Association maladie rare.

Ce recueil se fait sous ta direction, comment sélectionnes-tu les auteurs qui vont y participer ?

Fabien : Rien de plus simple. Je démarche les auteurs dont j’ai lu les ouvrages et que j’apprécie humainement. Certains m’on sollicité directement.

Et comment Jacques Saussey et de Claire Favran sont-ils arrivés dans l’aventure ?

Fabien : Je les ai frappés pour qu’ils acceptent (rire collégial). Non, on se voit régulièrement dans des salons notamment, et on en avait parlé de vive voix.

Claire, quand tu reçois ce genre de proposition, tu réagis comment ?

Claire : C’est vrai qu’au départ, moi, les nouvelles, ce n’est pas un exercice auquel je me livre spontanément. Je suis plutôt du genre à écrire des livres volumineux. Quand Fabien m’a parlé de ce recueil, je me suis immédiatement demandé si j’allais avoir une idée et de préférence, une idée de qualité pour que cette nouvelle soit intéressante et trouve sa place parmi les autres. Les gens, en achetant ce livre savent qu’ils font une bonne action. La contrepartie, c’est qu’ils prennent plaisir à ce qu’ils peuvent lire dans le recueil. C’est une mission pour nous de donner une nouvelle qui soit plus qu’honorable.

Être confrontée, avec des gros guillemets, à d’autres auteurs, est-ce que cela met de la fabien hérisson,claire favan,jacques sussey,santé!,interview,mandor,atelier mosesupression ?

Claire : Un peu oui. On veut faire au moins aussi bien. C’est une réaction naturelle. Je trouve que ma nouvelle sort un peu du cadre par rapport aux autres.

Et toi Jacques, comment tu as été contacté ?

Jacques : Je connais Fabien depuis un moment. On est en contact sur Facebook. J’ai vu passer son projet et ça m’a intéressé tout de suite. Contrairement à Claire, moi, j’ai démarré en écrivant des nouvelles. C’était vraiment mon premier type d’écriture. J’avais déjà écrit cette nouvelle dans mon propre recueil de nouvelles qui en contenait trente. Il y en avait deux qui concernaient la santé. J’en ai choisi une que j’ai retravaillée pour la retranscrire dans mon écriture actuelle.

Fabien, en tant que directeur de collection au sein de L’Atelier Mosesu, quand tu reçois les nouvelles, qu’en fais-tu ?

J’en prends connaissance. S’il y a des choses à revoir, je contacte les auteurs pour leur demander d’apporter des modifications, mais après il y a un travail de relecture et de correction qui est fait par Maxime Gillio. Il se trouve qu’il y a eu généralement très peu de retouches à faire. Ce sont des auteurs expérimentés que nous avons là.

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Claire Favan et Jacques Saussey (par Paul Colize)

Claire, ta nouvelle se situe dans une maison de retraite. Ça change de ton héros récurrent, serial killer ; Will Edwards. Ça fait du bien de sortir de ses habitudes littéraires ?

En effet, c’est bien de sortir de ses histoires habituelles, mais ce n’est pas la première fois. Pour cette nouvelle, je me suis inspiré de ce que je vois quand je vais rendre visite à ma grand-mère dans une maison de retraite. Il ne se passe pas ce que je raconte, mais je trouve ces endroits monstrueux. J’ai exploité les traumatismes que me procure ce genre de lieux. J’ai mis pas mal d’humour noir, sinon, cette histoire aurait été trop glauque. Je ne voulais pas que le lecteur déprime (rire).

Toi, Jacques, tu nous livres une histoire de don de reins.

Jacques : Quand j’ai démarré, j’écrivais essentiellement des nouvelles très noires. Je voulais que l’angoisse se sente tout de suite dans cette histoire. Je voulais qu’au bout de quelques lignes, on se mette dans la peau de cette maman qui a un choix terrible à faire pour sa fille. Pour moi, la nouvelle Noire doit amener le lecteur là où il ne peut pas imaginer aller.

Claire, toi aussi, tu es d’accord. Il faut balader le lecteur?

Claire : Je suis toujours d’accord avec Jacques parce qu’il m’a tout appris sur la nouvelle. On se connait très bien et on a tendance à travailler en binôme. On est le premier lecteur de l’autre. Depuis nos publications respectives chez Les Nouveaux Auteurs, on se suit.

Jacques : On s’envoie nos premières moutures de textes pour avoir la réaction immédiate de l’autre. On essaie d’être le plus objectif possible. On a chacun nos techniques, mais on se les échange parfois. Je la conseille, elle me conseille… c’est un échange constructif.

Claire : Moi, j’ai lu son prochain roman et lui a lu le mien. On s’est dit des choses… on apporte mutuellement un regard sur ce que l’autre écrit.

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Pendant l'interview avec Claire Favan et Fabien Hérisson.

Fabien, toi, tu n’es pas écrivain, enfin tu ne t’assumes pas comme tel en tout cas, mais il y a toujours une nouvelle de toi dans tes recueils.

Fabien : J’aime participer. Ça m’amuse, ça m’exerce et ça me donne une légitimité pour le promouvoir. Cela dit, dans celui de l’année prochaine, je n’en ferai pas partie.

Ah bon ?

Fabien : Oui, parce qu’il sera 100% féminin.

Oui, en effet, c’est une bonne raison. J’ai remarqué que tu n’utilises presque pas les dialogues. Ton écriture est très compacte dans cette histoire de trafic de sang impliquant beaucoup de personnes haut placées.

Fabien : L’histoire s’y prêtait. Je suis plus dans un monologue puisqu’on assiste à un interrogatoire. Je voulais mettre le doigt sur l’état de la santé en France, les difficultés des hôpitaux, leur insalubrité, leur budget qui est de plus en plus restreints. Je voulais montrer qu’à vouloir tailler dans les budgets, on peut arriver à certaines dérives. Des trafics de se genre existent plus ou moins en Afrique.

Je me fais l’avocat du diable. Est-ce que ça sert à quelque chose de sortir ce genre de recueil ? Est-ce que ça rapporte quelque chose ou c’est juste symbolique ?

Fabien : C’est sûr que c’est essentiellement symbolique. Pour le premier recueil, les droits vont tomber ce mois-ci. On va reverser 1400 euros à l’association. Je pense qu’on sera sur la même chose pour celui-ci. 1400 euros, c’est symbolique, mais c’est aussi montrer qu’ensemble, quand on conjugue nos efforts, nos différents talents, on peut arriver à faire des choses.

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Avec Fabien Hérisson.

Toi, Fabien, de toute manière, c’est ta philosophie de vie.

Fabien : On peut toujours se plaindre et râler sur tout, sans jamais prendre d’initiative. Mais aussi, on peut râler et se demander ce que l’on peut faire à son niveau.

Claire et Jacques, c’est important d’avoir quelqu’un comme Fabien qui insuffle ce genre de chose ?

Jacques : Déjà, quand il a fait son site Livresque du noir, on a senti un esprit fédérateur qui rassemblait tous les auteurs du noir. Un espace ouvert où chaque auteur pouvait parler de son livre, il n’y en avait pas deux comme ça.

Claire : C’est marrant parce que j’ai déjeuné avec lui récemment, et je lui ai fait le même genre de déclaration. Je trouve extra tout ce que fait Fabien. Un dévouement pour le milieu du polar. Sa sœur Stéphanie est pareille d’ailleurs. Elle, c’est par le biais de sa librairie. C’est vraiment une famille hyper investie.

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Claire Favan et Fabien Hérisson signent le recueil...

Je trouve que les auteurs du noir sont moins égocentriques que ceux de la blanche. Je le pense sincèrement. Qu’en penses-tu Fabien ?

Il y a une différence, en effet. Il y a toujours des exceptions, mais l’ego est moins démesuré. Les gens sont plus humbles et il y a une certaine convivialité, une certaine fraternité entre auteurs. Quand tu vas dans des salons, tu regardes l’espace polar par rapport au reste, tu as tout compris.

Claire : On se connait tous, on s’apprécie tous… mais j’ai vraiment l’impression que c’est une grande famille.

fabien hérisson,claire favan,jacques sussey,santé!,interview,mandor,atelier mosesuFabien : J’ajoute qu’il y a un vivier de plumes dans la littérature française qui est assez exceptionnel. Je trouve qu’on ne les met pas suffisamment en avant. Je suis content que ma frangine Stéphanie (voir photo à gauche) ait le culot et le courage de mettre ces petits auteurs et ces petits éditeurs en avant dans sa librairie (la Librairie égrevilloise).Si toutes les librairies prenaient des  risques plutôt que de mettre en avant les têtes de gondole, ils verraient leur chiffre d’affaires évoluer différemment. Le lecteur viendrait chercher du conseil et découvrirait des bouquins qui en valent la peine.

Dans ce genre de recueil, il y a des auteurs qu’on connait moins, c’est aussi une façon de les faire connaître.

Fabien : C’était l’objectif premier de ces recueils. Mélanger des auteurs peu connus avec des auteurs confirmés.

Les auteurs très confirmés sont-ils faciles à convaincre ?

Je crois qu’ils aiment la démarche. J’ai rarement rencontré de refus. Ceux qui ont refusé ont eu toujours de bonnes raisons.

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Claire et Jacques, vous, on commence à beaucoup entendre parler de vous sur la planète polar.

Claire : On a l’impression, mais c’est parce que l’on se voit à travers Facebook, alors que ce réseau social déforme tout. Il faut rester suffisamment réaliste, savoir ouvrir les yeux sur notre place hors Facebook. Il y a une nuance. Avec la sortie de mon troisième roman, c’est là que je me rendrai compte et que j’ouvrirai les yeux (rire).

Jacques : On se rend compte que l’on a un public et qu’il augmente un petit peu de livre en livre, mais c’est tout. La seule évolution qui me saute aux yeux, c’est quand je relis mes premiers romans… c’est mon écriture qui évolue.

Claire : On apprend des choses des retours que nous font les lecteurs.

Jacques : Il faut être ouvert aux critiques et accepter celles qui sont judicieuses.

Fabien, parlons de la préface. Elle est signée Marina Carrère d’Encausse.

C’est une chance qu’elle ait acceptée de la rédiger. En plus, elle ne s’est pas contentée d’écrire une préface bateau. Elle a évoqué le rapport entre la médecine et le polar dans un très beau texte. De plus, elle avait une parfaite légitimité parce qu’on était sur la thématique de la santé, parce que c’est une fan de polar et de littérature policière, parce qu’elle est journaliste. Elle avait toutes les qualités requises pour être la préfacière. Je n’avais pas d’autres vues qu’elle pour l’écrire.

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30 août 2013

Sophie Adriansen : interview pour Quand nous serons frère et soeur

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Sophie Adriansen m’a fait parvenir son premier roman, Quand nous serons frère et soeur, avec ce petit mot : Le point de départ de ce roman est le Salon de Coulommiers 2011, où j’étais entre Laurent Richioud (cf. page 217) et toi… (voir la mandorisation sur ce salon avec les photos qui confirment les dires de Sophie (et aussi de superbes clichés de la marraine de ce salon, la comédienne Mélanie Laurent. Je dis ça, c'est juste pour inciter les lecteurs à cliquer sur le lien. Mélanie Laurent, c'est mon produit d'appel pour cette chronique. Hé ho! Je sais comment ça marche. Une star et la foule en délire se presse... Je ne suis pas né de la dernière pluie. Je sais comment fonctionne le monde. Hum... ça va sinon, vous?).

Bref, je me reporte à la page217, donc, et lis :

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J’ai donc involontairement assisté à la naissance de l’idée de ce roman. J’en suis fort flatté parce qu’en lisant Quand nous serons frère et sœur, j’ai été impressionné par la qualité de ce roman. Son tout premier, que je trouve merveilleusement bien écrit, optimiste, tendre et très émouvant. Un conte moderne sur l’importance de tisser des liens. Mais pas que.

Sophie Adriansen est passée me voir le 11 juillet dernier…

sophie adriansen,quand nous serons frère et soeur,interview,mandorNote de l’éditeur :

«II n'était tout simplement pas comme elle.
Il ne serait jamais son frère, c'était aussi simple que cela.
On ne pouvait se décréter frère et sœur par volonté commune ou désir profond, ni même décision unilatérale, et encore moins parce qu'on avait reçu un bout de papier l'affirmant.»

Louisa, la trentaine dynamique et urbaine, n'a jamais connu son père. Par une chaude journée d'avril, elle apprend la mort de celui-ci et découvre dans la foulée qu'il lui a laissé un conséquent héritage. Mais cet argent inespéré est soumis à une condition : elle doit cohabiter un mois avec un frère dont elle ignorait jusqu'à l'existence. Ne se doutant pas qu'elle prend un aller simple pour le début du reste de sa vie, Louisa fait sa valise et débarque à Lougeac, village du centre de la France où elle n'est pas la bienvenue et où les rumeurs vont bon train.
Quand nous serons frère et sœur est une ode à l'échange et à la simplicité qui met en scène l'étonnante rencontre d'une jeune femme enlisée dans son passé, que le mystère de ses origines a rendue méfiante, avec un homme concentré sur le présent, dans un récit servi par une écriture lumineuse.

sophie adriansen,quand nous serons frère et soeur,interview,mandorL’auteure :

Sophie Adriansen (que je suis depuis le début, car je n'ai aucun doute sur l'immense carrière littéraire qui l'attend... ce n'est pas pour rien que je l'accueille ici régulièrement) est l'auteure de plusieurs ouvrages en littérature générale, Je vous emmène au bout de la ligne aux Éditions Max Milo (mandorisé là), Trois années avec la SLA aux Éditions de l'Officine (mandorisé aussi là), Un meeting aux Editions StoryLab et en littérature jeunesse Ca fait longtemps que j'ai passé l'âge d'aller en colo aux Editions Volpilière. Elle a aussi écrit une biographie sur Louis de Funès, Regardez-moi vous là, vous ! aux éditions Premium (mandorisé également ici). Ses nouvelles ont été publiées en recueil et dans différentes revues.
Chroniqueuse et jurée littéraire, elle est membre de la Société des Gens de Lettres.
Quand nous serons frère et sœur est son premier roman.

Interview :

Ton livre est un roman sur la filiation, autant que sur la différence culturelle et environnementale.

C’est la confrontation de deux univers. Que se passe-t-il quand deux personnes aux univers très différents sont amenées à cohabiter pour une durée déterminée ? Je voulais que la découverte soit des deux côtés. Luisa est une working girl, son frère Matthias est un peu rustre, sauvage. Il la juge quand, par exemple, elle cherche du réseau, quand elle s’habille pour descendre au village alors que tout le monde s’en fout. Elle aussi le juge. Elle se sent même humiliée par le fait que Matthias ne fasse pas d’effort vestimentaire pour elle, humiliée aussi parce qu’il lui met un pot de chambre dans sa mansarde…

Ils réagissent positivement, en même temps. Il y a une même progression dans les efforts.

Elle va comprendre qu’il y a des choses que l’on peut vivre, qui sont plus importantes que ce qui arrive par l’argent ou par le progrès. Elle va perdre un peu son caractère matérialiste et lui, à l’inverse, va apprendre qu’il y a tout un tas de choses qui peut devenir des marques d’attention pouvant prendre de l’importance quand on est face à l’autre avec un grand A. La relation humaine, c’est un muscle finalement. Ce sont deux handicapés de la famille. Louisa et Matthias vont faire des efforts, alors qu’aucun d’eux n’était habitué à ça.

Qu’est-ce qui fait que Matthias finit par s’intéresser à cette sœur qui ne lui ressemblesophie adriansen,quand nous serons frère et soeur,interview,mandor pas ?

Il se rend compte qu’il s’est empêché de vivre. Il lui a même fait une dédicace dans un livre qu’il a écrit : « les ombres sont parfois pires que les tombes ». Il est vraiment entouré de fantômes. Son père qui est mort, sa mère qui est comme morte… soudain, il se rend compte qu’il a encore quelqu’un pour qui il peut exister. Il se rend compte aussi qu’il est la seule personne du cercle familial, au sens large, qui existe encore pour Louisa. Ça va le sensibiliser, le toucher. C’était la volonté du père, il prend conscience de la préciosité de ce lien-là.

Il y a un côté miroir chez le frère et la sœur.

Quand tu es seul, tu n’es pas capable de déceler tes faiblesses ou tes défauts, mais elles deviennent flagrantes quand tu les vois chez l’autre. C’est l’un qui révèle l’autre et qui permet à l’autre de s’ouvrir, même sur le plan amoureux. Ce n’était pas du tout prévu. Ils ne sont pas là pour ça. Ils sont là pour se connaître eux, simplement…

Leur père était-il quelqu’un de bien, finalement ?

Je ne peux pas te donner une réponse aussi tranchée. En tout cas, avec les années, il a pris la mesure de sa lâcheté, il a donc voulu réparer les dommages causés. Il n’a pas été capable d’aller jusqu’au bout, c'est-à-dire de les rencontrer de son vivant. Il a eu très peur de leur jugement. Il a raison parce que les enfants avaient chacun un bon paquet de griefs à son encontre.

Tu évoques aussi le racisme ordinaire dans ton livre…

J’ai beaucoup d’affinités, au moins intellectuelles, avec l’Afrique, mais surtout, je trouvais que dans la confrontation de deux univers, c’était intéressant que ce soit elle qui ne puisse s’imaginer que son frère soit autrement que noir. En fait il est blanc. Elle est noire, lui est blanc.

Mais dans le village, ce racisme est discret…

Du coup, on ne sait pas si c’est vraiment un racisme latent ou juste la méfiance que l’on peut avoir dans un petit village quand un étranger débarque… quelle que soit sa couleur de peau. L’étranger éveille toujours la curiosité, la méfiance et les regards insidieux. C’est peut-être la parano de Louisa qui fait que les regards de méfiance des gens deviennent des regards racistes. Je ne veux pas que l’on sache vraiment.

Louisa dit qu’elle est noire de peau et blanche dans la tête.

Elle n’a jamais mis les pieds en Afrique. Sa mère a volontairement coupé tous les liens culturels avec l’Afrique. Elle  méprise même les femmes noires qui portent des boubous dans le métro. Sa mère se veut complètement française. Elle a élevé sa fille avec ces valeurs-là, ce qui fait que Louisa est coupée des deux côtés. Elle sent que sa couleur de peau l’empêche d’être complètement intégrée au pays qui est le seul qu’elle connaisse.

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Qu’est-ce qui t’intéressait le plus en écrivant ce livre ?

C’était de savoir si les liens familiaux pouvaient s’apprendre. Je voulais réfléchir sur le rapport du temps passé ensemble par rapport à cet état de fait qu’est la fraternité. C’était ça mon thème central, les autres sont venus se greffer autour. Le thème de l’argent par exemple.

Toi, Sophie Adriansen, sais-tu où est ta place ?

Mon changement radical, je l’ai fait il y a quelques années. J’ai quitté le monde de la banque où j’avais un bel avenir pour une situation précaire dans la littérature. Aujourd’hui, je me sens à ma place. C’est pour ça que j’ai déjà écrit plusieurs histoires de gens qui sont persuadés d’être à leur bonne place et qui un jour ont eu une révélation.

Tu prépares une adaptation cinématographique de ce roman grâce à la FEMIS.

Je prépare cela pendant toute l’année 2013. Au départ, quand j’ai présenté le projet pour lequel j’ai été retenue, je parlais d’une adaptation télévisuelle parce que j’avais l’idée de faire un joli téléfilm à partir de ça. Plus ça va, plus je travaille, plus je me dis que ça pourrait devenir un film de cinéma. Sachant qu’écrire un film à partir d’un livre, c’est garder les murs de la maison, mais tout péter autour, tout péter à l’intérieur et faire des extensions… en fait, tout changer.

Où en es-tu de ce projet exactement ?

J’écris le scénario dans les meilleures conditions possible parce que la FEMIS, c’est la meilleure école pour ça. Je suis avec des pros qui m’aident à tirer le meilleur de mon point de départ, ce livre, pour lequel ils m’ont retenue. Ils ont vu le potentiel d’adaptation du livre et mon envie d’aller jusqu’au bout.

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23 août 2013

Clément Bénech : interview pour L'été slovène

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« Dans l’été slovène, Clément Bénech est un guide épatant, drôle et subtil, que l'on accompagne le sourire aux lèvres d'un bout à l'autre d'un périple semé d'embûches » explique Alexandre Fillon dans le magazine Lire. C’est tout à fait ça ! Ce livre m’a emballé. Comme m’a emballé l’auteur la première fois que je l’ai rencontré. C’était le 14 avril 2013, au Salon du Livre 2013 de Provins. J’anime ce salon chaque année depuis 4 ans et je passe de table en table pour interroger quelques minutes un maximum d’auteurs possible. Quand je suis arrivé à Clément Bénech, j’ai posé quelques questions simples sur son livre et il m’a répondu de manière si surréaliste qu’il m’a fait marrer. Je me suis dit : « Toi, mon gars, je vais lire ton livre et je te mandorise »… Voilà qui est fait. Donc.

clément bénech,l'été slovène,interview,mandorClément Bénech est venu à l’agence le 11 juillet 2013. Je me suis arrangé pour que l’entretien garde une tournure un peu « sérieuse », mais ça n’a pas toujours été évident. J’apprécie ce garçon. Il n’a que 22 ans et il m’impressionne beaucoup. Un auteur et un esprit à suivre. On n’a pas fini d’en entendre parler…

L’histoire :

Cet été-là, il part avec Eléna en Slovénie, pour changer d'air. Mais très vite, tout vient contrarier l'intimité du jeune couple : la traversée à la nage d'un lac glacé, une nuit passée dans un parc, un accident de voiture, une chatte en chaleur dans leur chambre d'hôtel, rien ne se passe comme ils l'espéraient. Dès lors, ce périple chaotique semble déteindre sur leur relation au point qu'ils finissent par ressembler, l'un pour l'autre, au pays qu'ils traversent : aussi familier que mystérieux, aussi énervant qu'attendrissant. Avec beaucoup d'humour et de subtilité, Clément Bénech nous offre les instantanés d'un amour qui décline et qui, malgré la bonne volonté des deux amants, court inexorablement vers sa fin.

clément bénech,l'été slovène,interview,mandorInterview :

Tu as eu une scolarité particulière…

En primaire, j’ai sauté une classe. Ma grand-mère m’a appris à lire très tôt, du coup, je lisais donc beaucoup. J’ai arrêté en 6e, presque complètement. Pendant tout mon collège et mon lycée, je ne m’intéressais qu’au Basket. J’achetais des magazines de basket. Je vivais basket constamment.

Tu faisais donc le minimum syndical en classe.

Voilà. Je lisais juste les livres obligatoires. Je suis très exclusif dans mon tempérament. Quand j’ai une passion, ça devient obsessionnel.

Aujourd’hui, c’est la littérature qui t’obsède.

Au point que je me dis que je fais l’impasse sur plein de choses. Le cinéma, par exemple. Je ne connais rien.

Comment es-tu passé du basket à la littérature, alors ?clément bénech,l'été slovène,interview,mandor

Un jour, ma mère m’a offert un livre sur le basket écrit par Harlan Coben. C’était un polar sur le monde de la NBA et ça m’a beaucoup intéressé. Ensuite, j’ai lu d’autres livres de lui. La transition s’est faite en douceur finalement. Après j’ai lu Le portrait de Dorian Gray, d’Oscar Wilde. Ce roman a été mon entrée dans la grande littérature. Le côté fantastique de ce livre s’est senti par répliques dans ce que j’écrivais : venir insérer dans un endroit très réaliste une histoire complètement improbable. C’est étrange, ce n’est jamais de la science-fiction. C’est juste un détail. Ca ressemble un peu à un rêve où tout est normal, quand soudain, un truc bizarre…

C’est amusant que tu parles de détails chez Oscar Wilde, parce qu’en te lisant, j’ai remarqué très vite qu’il y en avait aussi beaucoup dans ta façon de raconter. Tu vas te focaliser sur quelque chose qui n’est pas essentiel, mais qui finit par passionner le lecteur.

Je crois que ça, c’est une similitude avec la psychanalyse. La psychanalyse est un univers qui m’intéresse beaucoup, plus dans son côté vision du monde que guérison. Dans ce que j’écris, ce qui me passionne, c’est comment un petit détail va être ressassé et analysé. Souvent un détail en psychanalyse, ça va cacher des choses gigantesques. C’est ce que j’aime bien dans les récits de Freud.

Tu as l’air de t’être régalé à écrire ce livre.

Oui et d’ailleurs, c’est une condition sine qua non de la littérature. Il faut qu’il y ait une jubilation. J’aime bien sentir cette jubilation chez les autres. Il se trouve que je la sens, plus particulièrement dans les récits autobiographiques ou autofictifs, mais il y a des écrivains comme Éric Chevillard qui arrivent à créer cette jubilation avec des choses qui sont à des années-lumière de lui en créant des mondes originaux.

Tu aimes les bons mots, les jeux de mots. Tu as un sens de la formule assez sidérant.

L’humour, c’est un état d’esprit et une vision du monde. J’ai été un peu élevé dans ce sérail. J’ai un père contrepétographe. Du coup, dans ma famille, on a une culture humoristique. Mon père ne va jamais dire un truc directement. Il va toujours le modifier. Il ne peut pas m’envoyer un mail, sans mettre un mot à la place d’un autre. D’un côté, c’est bien, mais du coup, j’ai du mal avec le solennel.

Ton couple est étrange. Le jeune homme et la jeune femme sont différents, mais au fond, ils sont pareils.

Ils ont un reste de complicité quand même. Nous suivons dans mon livre la fin d’un amour qui a duré assez longtemps. Ils n’arrêtent pas de se parler, ils sont incapables de se taire.

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Ils sont jeunes, beaux, sportifs, ils ont tout pour plaire. Ils sont un peu agaçants, en fait. Ce narrateur, est-ce qu’il te ressemble ?

Je pense qu’il est un peu plus tranchant que moi, un peu moins conciliant et peut-être un peu plus cavalier, un peu plus osé dans ce qu’il fait. Moi, je suis un peu retranché.

Que pensent tes parents de ton livre ?

Ils sont assez fiers, je crois. Ils sont inquiets, car j’ai une vie universitaire un peu chaotique. Comme j’ai écrit, c’est devenu ma priorité. Cette année, j’ai bossé pour avoir un concours de journalisme. Je vais étudier à Bordeaux l’année prochaine. Je suis retombé sur mes pattes, donc, mes parents étaient contents.

Tu souhaites devenir journaliste spécialisé en quoi ?

Je ne sais pas encore. Je verrai cela plus précisément quand je serai dans cette école.

Tu as eu 22 ans, fin avril. Tu sais que publier chez Flammarion à cet âge-là n’est pas très courant. Ce n’est pas un cas unique, mais…

Ni un Cahuzac.

Ah d’accord ! Je la note et j’en ferai un statut. Sérieusement, ça fait quoi à ton âge d’être publié dans une grande maison d’édition après avoir essuyé quelques refus ?

Ça a été dur d’imposer mes 3 premiers romans. Le troisième avait quand même attiré l’œil de Flammarion. Ça a donc été plus rapide pour publier le quatrième.

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Pourquoi as-tu choisi comme lieu de vacances la Slovénie, qui est un pays qui ne fait pas forcément rêver à la base.

C’est un peu mon goût du paradoxe. J’aime bien ce côté un peu bizarre. On se dit tous : « Qu’est-ce que c’est que ce pays ? » J’y suis allé deux fois en vacances. Une fois en été avec deux amis, une fois en hiver avec une fille.

Si elle l’a lu, elle a dû se sentir visée.

Elle l’a lu. Mais, avec elle, le voyage s’était plutôt bien passé. J’y retourne en septembre parce qu’il y a l’euro de basket 2013.

Je n’ai pas été emballé par le pitch de ton livre. Un couple qui part en Slovénie et qui s’emmerde, je schématise, mais bon… il y a plus romanesque. Et pourtant, je me suis régalé.

C’est très difficile pour moi d’expliquer mon livre aux gens. Je suis obligé d’utiliser la forme « il y a ». Il y a un chat, il y a un lac… c’est ma manière d’écrire. J’ai des visions comme ça, des choses que je veux absolument mettre. Même si c’est très éloigné, je vais les tirer pour essayer de les faire rentrer. C’est ce qui relève de mon travail dans l’écriture. Essayer d’emmener des choses qui normalement n’auraient pas pu rentrer. Après, dans la marmite, je vais essayer de faire un truc  qui finira par ressembler à quelque chose.

J’ai appris des choses essentielles, comme «comment calmer une chatte en chaleur ».

C’est une histoire que l’on m’a racontée. C’est amusant parce que la chatte en question s’appelait vraiment Swann… et il se trouve que ce sont les 100 ans de la sortie de « Du côté de chez Swann » cette année et que j’adore Proust. Je n’avais pas calculé.

Je te sens dans la même veine que Pierre Desproges.

En terminal et en première année de fac, j’ai commencé à vouloir écrire en lisant Modiano et en découvrant les sketchs de Desproges. Les deux en même temps. J’ai tout lu et vu de Desproges. Je suis très attiré par son côté pince-sans-rire et son côté vaguement absurde. La minute nécessaire de monsieur Cyclopède est un truc essentiel. En ce moment j’écris un petit feuilleton que j’aimerais proposer à France Culture qui est un peu dans l’esprit cyclopédien.

56 minutes de La minute nécessaire de monsieur Cyclopède.

Il semblerait qu’il se passe quelque chose autour de toi… tu t’en rends compte ?

C’est difficile de se rendre compte. J’ai une bonne presse, mais j’ai du mal à me mettre dans la disponibilité d’esprit de me dire « il y a d’autres gens qui me lisent ».

Quand le livre est sorti (en mars dernier), tu t’es senti un peu dépossédé ?

Tu te dis : « Est-ce qu’il ne faut pas le rattraper », « est-ce que j’ai bien fait de sortir ce livre ? », « est-ce qu’il ne fallait pas attendre le prochain ? »… toutes ces sortes de questions.

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Ma première rencontre avec Clément Bénech (le 14 avril au Salon du Livre de Provins 2013).

Je sais que tu as commencé un nouveau livre.

Il se passe à Berlin et c’est un portrait de femme. J’ai déjà le titre : Lève-toi et charme.

Flammarion est au courant ?

Vaguement (rire).

Quand tu écris, tu es dans le doute ?

Pour L’été slovène, pas trop, parce qu’il m’habitait vraiment. Je me disais que même si les lecteurs trouvaient cela mauvais, ce n’était pas grave. J’avais besoin de le faire. Je ne m’étais pas vraiment posé la question de savoir si c’était bon ou pas. Le roman que je viens d’attaquer suscite plus cette question.

Comment peut-on plus douter sur un livre que sur un autre ?

C’est une question de proximité avec soi-même. Quand on a quelque chose qui nous est très cher, on se pose moins la question. Et quand on se met à construire un peu plus une intrigue, des personnages, un univers, on se demande plus comment il va être reçu.

Et quand on s’est fait remarquer avec un premier roman, il y a une pression supplémentaire pour le suivant.

Oui, il y a le mythe du deuxième roman. On verra bien. Je n’ai pas une tradition de barrer ce que j’ai fait. Je garde beaucoup.

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Le premier jet est souvent le meilleur ?

Voilà. C’est en partie lié avec la psychanalyse. Le côté instinctif est primordial quand j’écris. Si ce n’est pas vrai dans les phrases, c’est au moins vrai dans les sujets et dans les idées. Je vais rarement abandonner une idée. Je vais la remanier éventuellement. Un truc qui pour moi va provoquer une espèce de vision, une image rétinienne, je ne veux pas le mettre au rebut.

Je suis fasciné par les écrivains qui arrivent à être objectifs sur leur propre travail. Tu y parviens toi ?

C’est un peu paradoxal, mais je crois qu’on n’écrit jamais mieux qu’en faisant taire le lecteur en soi. Il ne faut pas se demander comment ça va être reçu. Moi, je suis incapable de me lire. J’ai un réflexe de recul quand on me montre un texte à moi.

As-tu un premier lecteur ?

J’ai de très bons amis qui me lisent. Je crois qu’il faut être capable de faire la part des choses. C’est aussi ça être auteur. C’est parvenir à choisir, à trancher, même quand on te fait des remarques. Pour ce roman, j’avais un lecteur privilégié qui était Jean-Baptiste Gendarme. Au début, j’ai publié dans sa revue, Décapage (voir la très ancienne mandorisation de Jean-Baptiste Gendarme).

Tu écris tous les jours ?

J’attends d’être un peu habité. Je me force très rarement. Ma méthode est simple : j’attends de savoir tout ce qu’il y aura dans mon roman avant de le commencer. J’écris souvent la nuit. Je trouve beaucoup d’idées pendant que je m’endors et au moment du réveil. Il y a toutes les idées qui valsent un peu. Ce que j’aime en littérature c’est faire se rencontrer des choses qui ne sont pas amenées à se rencontrer. Par exemple un chat et un coton-tige. Du coup, ça créé une espèce de foudre.

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17 août 2013

Manitas de Plata : les dessous de son appel à l'aide.

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1076946_10151788830688674_1623340026_o.jpgJ’ai passé beaucoup de temps dans mon enfance, l’été, à La Grande-Motte. Et j’ai toujours entendu parler de Manitas de Plata. La star connue dans le monde entier (93 millions d'albums vendus) a choisi d’y élire domicile il y a 35 ans. Très souvent, je l’ai croisé, je l’ai même parfois interviewé (voir à gauche). Gamin, je me souviens l’avoir vu stationner dans sa Rolls près de la plage pour signer des autographes. J’avais de lui l’image d’un artiste toujours souriant, flambeur et entouré constamment de jeunes et jolies femmes. Manitas de Plata fait partie de mon enfance. Une madeleine de Proust, en quelque sorte.

Comme l’indique sa fiche Wikipédia, « Manitas de Plata est aujourd'hui considéré comme le plus grand guitariste flamenco au monde bien que controversé par les puristes traditionalistes de l'école académique espagnole, du fait de son analphabétisme et de son non-académisme. Manitas reste pourtant l'artiste du monde flamenco, toutes tendances confondues, qui aura le plus vendu d'albums dans le monde, artiste toujours respecté et aimé justement de par son art extraordinaire. Manitas de Plata a rencontré les personnes les plus influentes du monde artistique, économique, littéraire et politique, toutes subjuguées par l'art, la personnalité de l'artiste à la fois modeste, quelque peu narcissique, mais toujours si attachant, émouvant et authentique… Manitas de Plata est et restera l'un des plus grands artistes du XXe siècle. »

Et cet artiste aimerait finir sa vie dans son petit studio de La Grande-Motte.

Manitas de plata répond aux questions de Denise Glaser en improvisant les réponses avec sa guitare.

Peu avant de partir en vacances cette année de nouveau dans cette ville balnéaire, je découvre une interview de son ex-compagne, Nathalie Stickelbaut, dans le Midi-Libre

(Lire l’article ici, pour comprendre la suite de cette mandorisation un peu particulière).

Dans cet article, elle explique les soucis financiers de l’artiste et espère que son inquiétude suscitera un élan de solidarité de la part de ceux qui n’ont pas oublié qui est Manitas de Plata.

Elle en appelle à la mobilisation pour permettre au génial Gitan d'avoir une fin de vie décente.

Mais voilà, à la suite de la parution de cet article Nathalie Stickelbaut en a pris pour son grade. Beaucoup de personnes ne comprennent pas comment Manitas a pu en arriver là. Beaucoup aussi ne comprennent pas pourquoi, il faudrait l’aider lui et pas les autres. Beaucoup disent qu’il suffit de placer Manitas de Plata dans une maison de retraite. Allez hop l’artiste ! A la niche ! Certes, cela reviendrait beaucoup moins cher que d’employer des gens 24 heures sur 24 pour le garder à domicile, mais ce serait le tuer (excusez du détail !).

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Manitas avec Pablo Picasso.

Non, il ne faut pas que Manitas de Plata finisse ce qui lui reste à vivre dans une maison de retraite.

Parce que sa santé est précaire. (Il n’est pas raisonnable. Pensez-vous, il continue de fumer un paquet de cigarettes par jour malgré les recommandations des médecins).

Parce que tous ses souvenirs glanés ici et là après des années de carrière sont amassés dans son studio. Que tous ses souvenirs, c’est sa vie. Il est inenvisageable de lui demander de s’en séparer.

Et surtout, parce que quelqu’un qui a fait rayonner la culture de son pays dans le monde entier à le droit, il me semble, à quelques égards. Un artiste, ça se chouchoute, ça se protège. C’est une pierre précieuse. Quand elle a brillé de toute sa splendeur, tout le monde était bien content de l’admirer, maintenant qu’elle perd ses éclats, il est injuste et ingrat de l’abandonner.

Manitas dans l'émission anglaise Top of the Pops en 1971.

Un artiste donne du plaisir, change la vie des gens, permet à tout le monde de s’évader du triste quotidien que nous vivons. Un artiste est fragile, parfois inconséquent, mais toujours généreux et provocateur de bonheur immédiat. Une douce lumière dans le chaos sombre de nos cerveaux et de nos petites existences.

manitas de plata,appel à l'aide,nathalie stickelbaut,la grande-motte,mandorJ’ai trop lu à la disparition d’une personnalité qu’elle est « décédée seule, malheureuse et abandonnée de tous ». Évitons cela à Manitas de Plata. Il est temps de le faire.

Bien sûr qu’il y a des combats plus importants à mener. Ce n’est pas à moi qu’il faut dire cela, j’en mène d’autres… mais, aider un artiste n’est pas un combat anodin. Les vendeurs de rêve sont des gens à part. Il faut les protéger quand ils ont besoin de nous. C’est la moindre des choses. Ils nous ont donné, donnons-leur en retour. Même un peu.

J’ai pris contact avec Nathalie Stickelbaut. Je lui ai expliqué qui j’étais et ce que je souhaitais faire pour l’artiste. Très vite, elle a accepté de me recevoir chez Manitas. En sa présence, évidemment. La rencontre s’est donc tenue le 31 juillet dernier. (Quelques jours après le passage de France 3).

(Je tiens à dire que la démarche de Nathalie est complètement désintéressée. Je l’ai vue s’occuper de l’artiste devant moi, j’ai lu dans les yeux de l’un et de l’autre la tendresse qui les unit. Je précise cela, car nous sommes dans une époque où la suspicion est presque une règle de vie. « Pourquoi fait-elle tout ça ? » Parce qu’ils se sont aimés réellement et qu’elle ne supporte pas de le voir finir sa vie ainsi. C’est tout. Elle n’a aucun intérêt à entreprendre toutes ses démarches. Ça ne lui apporte, pour le moment, que des soucis…)

manitas de plata,appel à l'aide,nathalie stickelbaut,la grande-motte,mandorInterview:

Nathalie, pourquoi cet appel ?

Quand on n’a pas trop de relations, c’est difficile de joindre ceux qui peuvent aider. Et les personnes du métier que je réussissais à joindre ne pouvaient rien faire pour lui. Je manque de contacts et de réseau. C’était un peu difficile pour moi, en étant seule à la Grande-Motte de trouver les ressources nécessaires pour aider Manitas à vivre chez lui.

Du coup, vous avez contacté le Midi-Libre. Vous avez dit des choses qui ont choqué certaines personnes… D’ailleurs, après cet article, vous n’avez pas été épargnée.

De façon un peu naïve, j’ai donné le montant de sa retraite. Pas mal de personnes ont perçu moyennement la chose. Ils ont dit qu’avec cette somme-là, on pouvait vivre décemment. Effectivement, on peut vivre correctement, si on est en bonne santé. Vivre chez soi, quand on perd son autonomie et qu’on a besoin de quelqu’un 24 h sur 24, ca coûte très très cher. Il faut employer 3 personnes pour qu’elles puissent se relayer.

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Sur les murs de Manitas.

Puisqu’il n’a pas les moyens de rester à domicile, on vous reproche de ne pas le placer dans une maison de retraite, vous répondez quoi ?

D’abord que moi, je ne décide rien. Je l’aide, c’est tout. Manitas vit dans son tout petit studio à la Grande-Motte depuis 35 ans. Il a accumulé ici, au fil des années, tous ses souvenirs : affiches, photos, médailles que lui ont été remises par des municipalités. Toute sa vie est là. Ici, c’est comme un petit musée Manitas de Plata. L’enlever d’ici, ce serait le tuer.

Nathalie, vous comprenez que des gens qui ont les mêmes soucis que Manitas soient choqués qu’on le favorise lui et pas eux.Manitas-Marlon.JPG

Je le comprends parfaitement. Mais Manitas est une figure de la musique. Il a fait beaucoup pour le rayonnement de la France. Il a marqué la musique dès les années 60 et 70 en apportant quelque chose de nouveau.  Il a été adulé par des millions de personnes. Je pense qu’il mérite de finir sa vie, tranquillement, chez lui. Il a été l’ami de Chaplin, Picasso, Brando… il a côtoyé la Terre entière…

Il y a eu d’autres mauvaises réactions ?

On me reproche de faire appel au Conseil Général ou aux mairies. Pourquoi pour lui, alors qu’il y a plein d’autres personnes à aider ? J’ai entendu ça des dizaines de fois.

Vous craignez que l’on vous reproche de demander un passe-droit ?

Un peu. Moi, je pense simplement que le fait de rendre publique une situation peut parfois accélérer les choses ou permettre de bénéficier des droits normaux dus à toute personne… Alors que la célébrité peut avoir l’effet contraire.

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Sur les murs de Manitas.

Combien il faudrait par mois, pour que Manitas puisse rester chez lui.

Il a déjà sa retraite. Il faudrait environ 5000 euros par mois en plus pour lui permettre d’avoir quelqu’un avec lui 24 heures sur 24.

C’est beaucoup. Je pense qu’il faut être clair, vous souhaiteriez quoi de la part des gens qui liront cette interview ?

En priorité, trouver de l’argent. Que d’autres artistes se mobilisent. Que des associations d’aide aux artistes se mobilisent. Au début, j’ai fait appel aux fans et ça a choqué… avec une association, j’espère leur proposer par exemple des loteries. Certains artistes se sont manifestés pour proposer des photos qu’ils avaient faites de Manitas. Un artiste a proposé de faire une lithographie originale que l’on pourrait vendre au bénéfice de Manitas. À propos d’action, une association de Montpellier organise une soirée le 7 septembre prochainau château de Grammont à partir de 19h00. Les bénéfices de cette soirée lui seront reversés. (Pour en savoir plus, cliquez ici !)

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Le 31 juillet 2013, Manitas de Plata, très fatigué, mais tenant à participé à l'interview...

Manitas dans un programme TV des années 1975 avec les siens et son improvisation d'une rumba magique et orientale.

Il y a des personnes qui se sont proposées pour s’occuper bénévolement de Manitas.

Oui, c’est très touchant. C’est une grande aide, mais ce n’est pas une situation viable à long terme. C’est beaucoup trop instable et précaire.

Y a-t-il eu déjà des premières retombées suite à votre article du Midi Libre.

Oui, du coup la Carsat de l’Hérault s’est penchée sur le dossier de Manitas. Le souci est qu’il n’avait jamais demandé cette retraite, il n’a donc jamais eu la retraite « droits ouverts » du régime général de la Carsat. Là, du coup, ses droits vont être activés. À partir du mois prochain, il va toucher quelques centaines d’euros en plus. C’est le premier effet positif. D’autres organismes m’ont signalé des aides ponctuelles possibles prévues dans leur fonctionnement standard et dont Manitas n’avait jusqu’à présent pas bénéficié.

Si les gens veulent donner de l’argent, il faut procéder comment ?

Nous venons d’avoir le certificat de dépôt auprès de la Préfecture pour « Manitas de Plata Association ». Pour l’instant le plus simple est de faire un chèque à l’ordre de « Manitas de Plata Association » et de l’adresser à « Manitas de Plata Association - Le Temple du Soleil - Bât. F - 272 rue F. Mistral - 34280 LA GRANDE MOTTE ». Le site de l’association est en cours de création, nous proposerons très bientôt d’autres modes d’aide. Web à venir : http://www.manitasdeplataassociation.com.

Manitas joue pour Brigitte Bardot dans les années 70.

Nathalie, que fait La Grande-Motte pour lui ?

A la mairie, ils me répondent que c’est un luxe de vivre chez soi quand on est plus autonome et qu’il a les moyens d’aller dans une maison de retraite. Une mairie n’a pas de fonds prévus pour aider les personnes dans sa situation à vivre chez elles.

manitas de plata,appel à l'aide,nathalie stickelbaut,la grande-motte,mandorManitas, vous avez envie de rejouer de la guitare ?

Bien sûr.

Vous rejouez ?

Ça m’arrive. En 5 minutes tout revient.

Vous vous sentez bien ?

Oui. Je suis un peu fatigué, mais ça va.

Ca vous plait de rencontrer des journalistes ?

Oui,  je vois des gens, c’est bien. Ça me plait beaucoup. Je sais que vous venez pour m’aider.

Vous êtes bien dans ce studio ?

Oui, mais personne ne vient me voir. Je suis tout le temps tout seul.

En Camargue, Manitas de Plata improvise avec Bambo, Manuel Arenas, son neveu et les siens, une rumba dont il a le secret.

Nathalie, pourquoi vous êtes-vous lancée dans ce combat ?

Je connais très bien Manitas, j’ai partagé sa vie pendant 10 ans : je sais qu’il ne pourrait vivre ailleurs. J’ai pu constater après ses 4 jours d’hospitalisation en début d’année dans quel état il est revenu : il ne parlait plus, il ne bougeait plus… C’est revenu petit à petit. Mais j’ai pris encore plus conscience à quel point c’était important qu’il puisse continuer à vivre chez lui. Il a des besoins simples : ses cigarettes, ses souvenirs autour de lui et la vue sur la mer. Mais il n’est plus autonome et personne ne peut trouver seul les moyens nécessaires pour assurer son maintien à domicile en toute sécurité, alors avec son plus jeune fils Fernando nous avons décidé de rendre cette situation publique pour mobiliser un maximum de personnes.

Pour l’image de Manitas, tous ces articles dans la presse, ce que je vais faire sur mon blog, ça ne va pas donner une image négative du personnage ?

Certains articles avec des titres à sensation ont pu choquer. Mais, au final, on retiendra tout ce qui a été bénéfique, à commencer par l’élan de générosité des gens, les témoignages de sympathie, les aides des uns et des autres. Vous savez, ça faisait longtemps que Manitas ne voyait plus grand monde. Là, il rencontre du monde et ça a pour effet de lui apporter de l’énergie supplémentaire. Ça l’oblige à être toujours impeccable, à bouger, à sortir... Mais je pense qu’il préférerait revenir à la lumière pour une raison plus artistique.

(Dernières informations qui m’ont été confiées pratiquement sous le sceau du secret: Manitas de Plata souhaite s’entraîner à la guitare chez lui, mais il aurait besoin d’un petit ampli pour mettre sur sa guitare sèche…  là, aussi si un bienfaiteur pouvait faire quelque chose. Il aurait aussi besoin d’un fauteuil roulant plus confortable pour pouvoir sortir plus.)

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Nathalie Stickelbaut, Manitas de Plata et Mandor dans le studio de l'artiste le 31 juillet 2013.

11 août 2013

Laetitia Chazel : interview pour Drôle de genre

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J’ai déjà mandorisé Laetitia Chazel, il y a moins d’un an, à l’occasion de la sortie de son premier roman, Le dégoût. Il a d’ailleurs reçu à cette époque le Prix du roman du mois des Espaces culturels Leclerc et Télé 7 Jours.

En cet été 2013, elle revient avec un second livre, Drôle de genre. Une enquête sociale mâtinée de polar menée de main de maître. L’écriture de Laetitia Chazel est sans fioriture et précise. Elle a l’art de nous inciter à tourner la page suivante de manière compulsive. Laetitia Chazel fait désormais partie des auteurs que je suivrai avec attention et que j’accueillerai ici le plus souvent possible…

Le 26 juin dernier, nous nous sommes donnés rendez-vous à l’agence pour une deuxième rencontre.

drole-de-genre.jpgLe mot de l’éditeur :

À 40 ans, Janis-Pearl, capitaine de la Brigade des Mœurs vit seule avec son chat à Paris. Après une enquête qui tourne mal par sa faute et son entêtement, elle quitte la police. Comme elle vient d’hériter de son père, rock star déjantée des années 70, elle projette d’acheter une maison dans les Alpilles où réside Jade, sa seule amie. Elle n’a pas uniquement hérité d’une jolie fortune de son père, elle tient son prénom aussi psychédélique que l’était sa mère, emportée ad patres par les paradis artificiels. Et pas mal de blessures sans nom.

Installée chez Jade et Toni qui tiennent une maison d’hôtes, flanquée d’un mentor en la personne du voisin Victor, Janis se lance dans sa nouvelle vie avec application. Jusqu’au moment où près de là, une petite fille, placée dans une famille d’accueil, disparaît. Contre toute attente et malgré son expérience, Janis refuse de se mêler de l’affaire. À l’inverse, elle se passionne pour les révoltes et désarrois d’Emma, la fille du couple de notables dont elle envisage d’acheter la maison. Persuadée qu’Emma est battue par son père, l’ex-flic de la brigade des Mœurs prend fait et cause pour l’adolescente. Elle accepte de l’aider au point d’organiser un chantage.

Que cherche donc Janis-Pearl, cette drôle de fille d’un « drôle de genre » ? Quel est ce secret dont elle est incapable de parler ? Quelles ombres risquent-elles de surgir des ténébreuses affaires dans ces Alpilles en plein soleil ?

L’auteur :

Née en 1963 dans le Gard, Laetitia Chazel vit entre Paris et un hameau près d’Uzès dans le Gard. Après avoir exercé ses talents dans le monde de la publicité, elle est aujourd’hui scénariste et romancière. Elle a publié Dégoût en 2012 (Alma éditeur). Drôle de genre est son second roman.

DSC08251.JPGInterview :

Après le dégout, déjà un deuxième roman. Tu sors un livre par an, comme Amélie Nothomb finalement ?

L’idée, ce serait d’en sortir un par an, jusqu’à l’année prochaine. Le 3e est prêt pour la même époque. Entre Dégout, Drôle de genre et le prochain, dont je ne te donne pas encore le titre, il y a l’idée d’explorer l’idée de manque. Dans Dégout, c’était le manque du sens de l’odorat et du goût, dans Drôle de genre, j’évoque plutôt le manque affectif et la solitude et dans le troisième, ce sera le manque de liberté. Après, j’arrêterai et je passerai à autre chose.

Tu veux éviter toute référence autobiographique dans tes livres. Pourquoi ?

Beaucoup d’écrivains racontent leur vie, je ne vois pas en quoi la mienne aurait un quelconque intérêt pour les lecteurs. Dans Dégout, j’ai voulu tellement m’éloigner de moi que j’ai pris un homme comme héros. Pour Drôle de genre, j’ai pris une fille, mais je pense qu’elle est assez différente de moi.

Ton héroïne est très attachante, je trouve.

C’est marrant parce qu’il y a des gens qui la détestent. Un journaliste qui a écrit un papier sur mon livre a affirmé que c’était « le genre de personnage qu’on adore détester et qu’on déteste adorer. »  

Je n’ai pas du tout eu ce sentiment-là, parce que tu expliques bien tout ce qu’elle a vécu. Les problèmes qu’elle a subis étant jeune, ses problèmes de manque de confiance dans le cadre de son travail en tant que policière.

Moi, je l’ai faite très solitaire, très isolée, mais j’ai voulu qu’elle s’ouvre. Elle part vers le soleil chez des amies de manière positive. C’est pour ça que j’insiste, quand la petite fille disparaît, sur le fait qu’elle n’en a rien à faire. Elle veut juste acheter sa maison, vivre une autre vie et ne surtout pas replonger dans une nouvelle enquête policière, ne plus remettre les pieds dans sa vie d’avant. C’est pour ça que les gens se sont dit « elle est étrange cette fille, un enfant disparaît, elle refuse de s’en occuper ». Moi, je l’aime beaucoup Janis.

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Il y a plein de fausses pistes dans ton livre.

Oui. Tu commences le premier chapitre, tu te dis que c’est un roman policier, le deuxième chapitre, elle n’est déjà plus policière… et ainsi de suite. Quand elle arrive dans le sud, on pourrait se dire que ça prend la tournure d’un téléfilm de France 3. Il y a quelqu’un qui arrive dans un petit village et comme par hasard, il y a une disparition. Je voulais qu’autour de ses fausses pistes, mon héroïne continue à rester droite dans ses bottes.

Ce qui est certain, c’est qu’elle n’a pas des réactions communes à celles que pourraient avoir d’autres personnes dans des circonstances similaires.

Je pense que son manque réel affectif et cette peur de l’amour, qui deviennent évidents quand Victor arrive dans l’histoire, font de cette femme une personne qui n’est pas comme tout le monde. Je pense que si Janice était assise avec nous, on sentirait quelque chose émaner de sa présence un peu différente de nous. Enfin j’espère.

chazel320_973319694_north_320x.jpgTu en parles comme si le personnage existait.

Parce que pour Bart, le héros de Dégout, beaucoup de gens sont venus m’en parler dans les signatures. Ils me disaient d’embrasser Bart pour eux ou de le saluer. Je trouvais cela étrange et même saisissant. Du coup, il est devenu un peu existant. D’ailleurs, je lui ai dédicacé Drôle de genre. Le prochain sera donc dédicacé à Janice, c’est déjà prévu. Si tu veux, je ne suis pas du tout amoureuse de mes personnages, mais j’ai l’impression qu’ils prennent corps après les avoir imaginés.

Il y a des personnages de ton livre auxquels je ne parviens pas à m’attacher. Victor, par exemple. Il est vénal et velléitaire. Ça fait beaucoup pour un seul homme. Je m’étonne que Janice envisage la possibilité d’entretenir une relation avec cet homme.

C’est la première fois qu’elle a une telle proximité avec un homme. En plus, elle vit avec lui et il est gentil. Et comme il a côté un peu déprimé parce que sa femme l’a quitté, il ne voit plus ses enfants, il a un côté touchant quand même. Il n’est pas fait pour être super sympathique, mais pour Janice, il est quand même une sorte d’appui.

Ton livre est un peu sociétal. Il se passe dans un petit village du sud de la France. Il y alaetitia chazel,drôle de gens,interview,mandor un couple de femmes homosexuelles qui tient un mas. Une jeune fille disparait. On les accuse directement…

Oui, en plus, elles ont des hôtes qui sont homos, ce qui n’arrange rien. J’ai lu quelque part que c’était un combat contre l’homophobie. Il se trouve que ce livre est sorti en plein milieu de ces histoires de mariage pour tous, mais je l’ai écrit l’année dernière. Moi, je vis dans un village, dans le sud  et j’entends bien ce qu’il se passe. Je pense que l’homophobie est prête à rejaillir à n’importe quel moment…  les gens sont bien intégrés et soudain, quelque chose ne va pas et hop ! On en profite pour faire une différence de traitement. Les homos y sont forcément pour quelque chose… Mais, tu ne m’as pas dit, tu as aimé alors ?

Oui, beaucoup, sinon tu ne serais pas là. Et comme le départ frise le polar, je me suis dit que tu devrais te lancer dans ce genre carrément.

Pour le moment, je ne me vois pas écrire un policier. Il faut que j’affine mon style et que je le trouve davantage. C’est pour cela que j’écris un livre par an. Je vais avoir 50 ans cet été et je me dis qu’il faut que j’y aille à fond. Dans la symbolique, j’ai fait de la pub pendant 20 ans, je n’ai plus de temps à perdre pour la littérature. À chaque fois, ça va être un peu polar et enquête sociale.

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Tu décris la complexité de l’âme… aucun de tes personnages n’est manichéen.

J’adore l’idée d’avoir beaucoup de personnages très différents et faire naviguer tout ça. Ils représentent ce que nous sommes tous. Personne n’est tout rose et tout noir. Quand tu sais cela, tu peux jouer avec tes personnages.

Tu t’y retrouves comment avec eux ?

Je fais rire tout le monde chez Alma. Un jour, je leur ai expliqué comment je travaillais. J’ai des fiches personnages. Je me fais une bible pour chacun d’eux. J’écris une histoire autour d’eux et ensuite, je réunis tout le monde.

laetitia chazel,drôle de gens,interview,mandorComment se passent tes relations avec Alma ?

Il faudrait leur demander, mais moi, j’ai l’impression qu’elles sont bonnes. J’étais tellement contente qu’ils me choisissent pour Dégout. Ils débutaient, moi aussi. Ca créé des liens. Ils ne savent pas vraiment où je vais, mais ils me font confiance. Le livre que j’écris actuellement, ils connaissent à peu près l’idée, j’ai écrit une centaine de pages, pour l’instant, personne ne m’a demandé de les montrer.  

Tu retravailles beaucoup avec eux, je crois.

C’est un truc qui m’est resté de la pub. Toute la journée, on te refait faire le travail effectué.  Je n’hésite jamais à reprendre quand on me fait des remarques. Il y a eu 5 versions pour ce livre, 5 versions pour Dégout. Pour moi, ce ne serait pas la meilleure solution de m’enfermer en me disant que j’ai raison. Il faut savoir accepter de dire oui à ce qu’on te propose de modifier, pour que la fois où tu dis non, on respecte ce non. C’est du donnant donnant. Il y a des choses sur lesquelles il ne faut pas transiger.

Tu relis ton livre à haute voix avec ton éditrice…

J’aime bien le son des mots. Tu vois, mon système de phrases avec les adjectifs accolés, je trouve que ça sonne. Ce n’est pas du rap, mais c’est la même idée. J’aime quand c’est efficace.

Et c’est très efficace. On reconnait bien là, la fille de pub. 546580_10151113282349189_636423167_n.jpg

Il n’y a pas longtemps, tu as mandorisé Grégoire Delacourt, qui lui aussi vient de la pub… il n’emploie pas le mot efficacité, mais on fonctionne un peu de la même façon. On a la même culture.

Lui est conscient que la pub l’a aidé à trouver des formules.

Mais moi aussi. Nous avons sans doute des automatismes. Il y a une forme de cousinage entre nous.

Parle-nous de la couverture illustrée par Loustal.

Il a été contacté par Alma. Il a reçu quelques extraits du livre et il s’est fait raconter l’histoire. Quand j’ai vu l’illustration arriver, j’ai été assez bluffée. Elle reflétait parfaitement l’ambiance du livre. Mais Loustal, tu l’as compris, je ne le connais pas en vrai.

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23 juillet 2013

Keen'V: interview pour Ange ou démon

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-Ce que tu fais, à priori, c’est l’antithèse de ce que j’aime. J’ai 46 ans et je ne corresponds pas du tout au public visé. Mais ça m’intéressait quand même de te rencontrer. Par curiosité.

-Merci de ta franchise. Je comprends parfaitement que mon travail ne te touche pas.

-Mais, j’ai bossé sur ton disque comme je le fais sur n’importe quel autre disque que je traite habituellement et je dois dire que j’ai été surpris par tes chansons calmes et émouvantes comme « Mon père », « Elle nie l’évidence » ou « Malgré moi ». Ce sont réellement de très bonnes chansons. Je te suivrais presque avec intérêt si tu développais ce côté-là de ton répertoire.

-Moi, pour le moment, je suis bien avec ce que je fais et j’adore les morceaux rythmés que tu n’aimes pas. C’est dans celles-ci que je me sens le plus à l’aise et que j’aime le plus chanter… Tu sais, moi je chante pour faire danser et amuser les gens. Donner un peu de légèreté dans ce monde quand même pas mal obscur, il n'y a rien de déshonorant...

C’est ainsi que nous avons débuté notre conversation/interview avec Keen'V, le 9 juillet dernier dans au bar d’un hôtel parisien.

Voilà tout à fait le genre d’artiste vers lequel je ne viens pas naturellement. Et c’est (aussi) ce que j’apprécie dans mon métier. Rencontrer quelqu’un qui ne m’inspire pas un intérêt grandiose (voire même qui m’indispose textuellement et musicalement) parce qu’un des médias pour lequel je travaille m’y incite… et être surpris. Par les qualités humaines et les propos échangés.

J’ai rencontré Keen'V pour le site musical auquel je collabore, MusiqueMag (l’interview originale est visible là.) Mais, j’ai aussi chroniqué le disque pour lequel je rencontre l’artiste pour Le magazine des espaces culturels Leclerc (daté des mois de juillet/août 2013).

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keen v,ange ou démon,interview,musiquemagInterview :

Dans cet album, il y a le Keen'V que l’on connait, chansons légères sur rythmes dansants, mais aussi des chansons profondes et émouvantes. Celles-ci ne sont heureusement pas inspirées de ta vie personnelle.

Comme je me suis mis une grosse carapace, j’ai du mal à être touché par quoi que ce soit. Donc, j’ai du mal à m’inspirer de mes propres difficultés. Il y a juste en amour où, éventuellement, je parle un peu de mes histoires.

Ce qui est curieux dans ce disque, c’est qu’il a des chansons comme « Quitte-moi » dans laquelle tu joues une ordure et celle qui lui succède, « Je ne gâcherai pas tout », dans laquelle tu es l’homme idéal.

C’est l’antagonisme parfait. Tu as l’enculé et le mec adorable. Je suis content que tu aies employé l’expression « jouer », parce que c’est exactement ça. Je joue mes chansons et ce n’est jamais moi. J’aime bien prendre la musique comme si c’était de l’acting, comme si je jouais un rôle. Je me mets dans la peau du personnage. Jouer un enculé, personne ne le fait, pourquoi ne le ferais-je pas ?

Clip de "Copine de baise".

Comme tu le fais par exemple dans « Copine de baise », qui est une chanson très provocante.

J’ai eu pas mal de relations longues jusqu’au jour où je n’ai plus cru à l’amour. Aujourd’hui, comme je n’ai pas le temps de me poser, au final, j’ai des copines de baise. J’ai toujours dit que j’étais célibataire, mais que j’avais des copines. Je n’ai aucune honte à l’avouer et désormais, à le chanter.

C’est le quatrième album. Trouves-tu que ta carrière a progressé rapidement ?

Non. On a eu le temps de voir arriver les choses. En 2008, l’album Phenom’N a bien marché avec notamment le titre « À l’horizontale». On a fait deux ans de tournée avec ce disque. Quant j’ai sorti « J’aimerai trop » en 2001, tiré de l’album Carpe Diem, là par contre, on a été largué. On n’a pas vu arriver ce tube. À part ce méga succès, je trouve que tout est allé en progression.

Je sais que tu as l’impression qu’on te met des bâtons dans les roues. Explique-moi pourquoi tu as cette sensation ?

Je ne joue pas au people, moi. Je ne suis donc pas dans les petits papiers de certains. Je préfère me concentrer sur la musique pendant que d’autres sortent en soirée à boire du champagne.

Tu ne joues pas le jeu du show-biz.

Du tout. De la promo oui, mais pas du show-biz. La promo, à partir du moment où les questions sont intelligentes, c’est un réel plaisir. En toute honnêteté, je n’aime pas la foule et particulièrement la foule en mouvement. Sur scène ça va, mais je ne pourrais pas traverser la foule comme Johnny Hallyday.

Clip de "La vie du bon côté".

Dans ce disque, il y a plein de genres musicaux.

Je n’ai rien à prouver à quiconque. Sauf à mon public. Dans chacun de mes albums, il y a des styles musicaux différents, mais effectivement, dans celui-ci, nous sommes allés un peu plus loin. Il y a aussi du rock, du reggae, de la soul. Je ne me contente pas du dance hall qui a fait mon succès. Mon album, c’est comme un jus de fruit multivitaminé dans lequel il y a de tout. Des chansons rythmées et ensoleillées pour la plupart et des chansons émouvantes et lentes qui devraient déclenchées d’autres émotions.

Ta voix devient parfois plus blues…

Je n’ai pas une grande voix et il y a beaucoup de choses que je ne sais pas chanter. Ma vraie faculté n’est pas dans ma voix, mais plus dans ma façon d’interpréter. Je sais où aller par rapport aux chansons. Jacques Brel n’a jamais chanté comme Adèle, que je sache !

Pour beaucoup, ce que tu fais n’est pas d’un haut niveau. Dans l’esprit de beaucoup, keen v,ange ou démon,interview,musiquemagchanson légère égale chanson nulle.

Je m’en moque royalement. Ça me passe très largement au-dessus de ma tête. Je fais ce genre de musique parce que j’aime ça. Être critiqué par des gens qui n’aiment pas le genre que j’affectionne, je m’en fous. J’aime ça ! Tu n’aimes pas, et bien, n’écoutes pas ! Pendant qu’ils perdent leur temps à critiquer, moi je continue à tracer ma route. Ça ne m’atteint pas dans le sens où j’essaie de plaire à mon public. Plaire à tout le monde, c’est plaire à n’importe qui ! Je ne comprends pas pourquoi certains de mes collègues sont touchés par les critiques ?

Si un artiste en prend plein la gueule sur ses textes et sa musique, moi, je comprends qu’il le prenne moyennement.

Oui, mais si on ne t’explique pas pourquoi ce tu fais c’est de la merde, comment peut on être touché ?

Très sincèrement, tant mieux pour toi, si ça ne t’atteint pas.

Je relativise tout. Je sais que les gens qui disent que je ne sais pas chanter ne sont jamais venus me voir en live. Les gens qui sont venus, ils savent… Je vais plus loin. Les critiques, je les lis. Ça m’amuse et ça me détend même. Ça me permet de voir la profondeur de la débilité humaine. Et puis, très franchement, la vraie question dans tout ça, c’est : pourquoi des gens décident de commenter des forums ou des sites avec la ferme intention de détruire un artiste ? Moi, j’aime tellement la vie que je ne comprends pas cette perte de temps. Les seules critiques qui me font de la peine, ce sont celles de mon public.

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Tu te sens victime de la jalousie ?

Comme tout le monde. En France, plus tu montes, plus on veut te descendre. Nous sommes le seul pays dans le monde à agir ainsi. Ici, on n’aide pas les gens, on ne les encense pas, on veut qu’ils soient à notre niveau. Du coup, encore une fois, je m’en fous.

Tu es très détaché de la notoriété ?

Il y a des gens qui font Secret Story pour être reconnus, je ne comprends pas. Je ne comprends pas le fait de vouloir être reconnu dans la rue. Après ça t’empêches de vivre, donc je ne vois pas l’intérêt. Moi, je veux vivre de ma passion et point barre.

Tu es anxieux à quelques jours de la sortie de cet album ?

Je suis anxieux comme un gamin qui attend ses jouets de Noël. J’ai hâte de savoir ce que mon public va en penser... je ne veux tellement pas le décevoir.

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20 juillet 2013

NACH : interview pour son premier EP

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Dans la famille Chedid, il y avait la grand-mère Andrée, écrivain et poète. Il y a toujours le père Louis, chanteur, une de mes idoles de jeunesse que je continue à apprécier sans modération. Il y a le fils, le phénoménal Matthieu alias -M-, devenu poids lourd de la scène française (voir tout ce beau monde en bas de cette chronique).

Anna Chedid arrive à son tour sous les feux de la rampe avec un pseudo, NASH, un projet pop-rock francophone très original.

LOGO NACH SUR NOIR.jpg"Lève-toi", "Oh oui je t'aime" et "Libre", les trois titres disponibles aujourd'hui à l'écoute sur une clé USB (album prévu début 2014) donnent une idée du talent de la jeune femme. Des compos béton et des textes, piquants mélanges d'ironie et de romantisme. Sa voix ensuite. Ample, puissante, se baladant sans démonstration.

Elle est passée me voir à l’agence le 10 juillet dernier.

(Merci à Christelle Florence d’avoir organisé la rencontre si rapidement et avec efficacité). Sa page Facebook.

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Biographie officielle :

Subtil est l'art de celle qui se fait appeler NACH.
Un jeu de miroirs, chassé-croisé musical, portrait chinois toujours en devenir… L'univers de Nach se refuse au formatage, cher aux géomètres du marché de la musique.

Conservatoire, comédie, scène rock: Dans son kaléidoscope à elle, tournent Scarlatti, Tim Burton, Hendrix, La Callas, Mathieu Boogaerts, Nina Simone, Khalil Gibran et les Fleurs du Mal.

DSC08346nn.JPGInterview :

Si vous êtes une enfant de la balle, vous avez tout de même envisagé ce métier sérieusement. Vous avez fait le conservatoire par exemple.

Bien sûr, la musique a bercé mon enfance et j’ai toujours été en contact avec des instruments de musique. Si j’ai été sensibilisée à cet art, je ne pensais réellement pas du tout en faire mon métier. Je pensais être psychologue ou comédienne. En fait, j’écrivais beaucoup. Un jour, j’ai écrit un morceau pour quelqu’un et j’ai commencé à le chanter. Et là, j’ai eu une révélation très forte. J’ai compris que moi aussi, j’étais reliée à la musique… comme presque tout le monde dans ma famille.

Vous vous êtes dit à un moment : « je ne vais quand même pas faire comme les autres ! »

Il y a un peu de ça. À un moment donné, il faut arrêter. Nous ne sommes pas bons qu’à ça ! Et en fait, j’ai suivi le mouvement.

Vous, vous êtes plus intéressée par la voix.

Oui. J’ai même fait du chant lyrique.

Et maintenant, vous faites quoi ?

De la chanson française pop. Après, je ne fais pas de la musique pour rentrer dans les cases.

Teaser "Film live".

Dans le film que l’on trouve dans votre clé USB, il y a trois chansons. Toutes différentes les unes des autres.

Moi, je m’investis dans ma chanson comme dans un thème, dans une couleur, dans une ambiance et dans une histoire à part entière. Je ne suis pas la même dans la tête quand j’écris « Lève-toi », « Oh oui, je t’aime ! » ou « Je suis libre ». Quand je chante l’une d’elles, je me retrouve dans l’état d’esprit dans lequel j’étais quand je l’ai créée.

Quand vous avez décidé de vous y mettre à fond, vous avez demandé conseil à votre père ?

Quel que soit mon métier, j’aurais demandé conseil comme le fait une fille auprès des siens. Après, c’est un luxe incroyable d’avoir mon père ou mon frère Matthieu qui ont beaucoup d’expérience et qui peuvent m’aider, qui peuvent répondre à des questions et surtout qui peuvent me comprendre.

Je sais que vous êtes par contre très indépendants les uns des autres artistiquement.

Oui. On est vraiment chacun dans sa créativité, sa musique et après, on se donne du recul, des avis…

"Minuit". Enregistrement live au Comptoir Général.

Mais, jeunette, vous trainiez dans les pattes de votre père en studio quand il répétait ou enregistrait. C’est un peu normal que vous attrapiez le virus.

Oui, mais regardez ma sœur. Elle, elle fait de la création vidéo, elle n’est pas chanteuse. Bon, au fond, c’est sûr, vous avez raison. Ça me parait assez évident que je sois sur ces traces-là.

Mais, y a-t-il un processus intellectuel qui fait que l’on se dit, moi, je ne vais pas suivre le courant.

Ce n’est pas réfléchi de cette manière-là. Si on s’écoute vraiment et qu’on a quelque chose à dire et qu’on a vraiment envie de faire ce métier parce qu’on en a besoin aussi, on n’a pas besoin de se dire qu’on va se démarquer des autres. Je ne suis pas comme Matthieu, je suis une fille avec une histoire différente de la sienne, même si on est de la même famille. J’ai un autre univers, je dis autre chose et je dégage autre chose.

M interprète le titre "Délivre" sur le plateau des Victoires de la musique 2011 en compagnie de sa soeur Anna.

Vous avez tourné deux ans avec lui comme musicienne et choriste. Ca vous a apporté quoi de jouer devant 6000 personnes régulièrement ?

C’est fou parce qu’il y a aussi mon autre frère Joseph dans l’aventure. Donc, se retrouver tous les trois dans ce cas de figure, c’est très fort. Joseph et moi, on avait peu d’expérience et on s’est retrouvé à faire 12 Olympia, 3 Bercy, Les Vieilles Charrues devant 60 000 personnes, on est parti en Chine, au Canada… bref, c’était la folie totale. Ça a été un rêve fulgurant de deux ans. Matthieu a été notre pilier. Il nous a beaucoup appris.

Pourquoi, vous permet-il de vivre ça ?

Je pense fondamentalement qu’il le fait parce qu’il en a profondément envie. Artistiquement, il en a envie. Il est content d’avoir ma voix par exemple sur ses choeurs. Il est content d’avoir mon clavier. Et je pense aussi que c’est un gros cadeau qu’il nous fait. Il a 16 ans de plus que nous. Au-delà d’être le frère, il a un côté « papa » avec nous. Ça fait partie de l’éducation qu’il nous offre.

Quand on passe de 6000 personnes en jouant pour un chanteur populaire comme -M- à pas grand monde pour son projet personnel, ce n’est pas un peu déstabilisant ?

Ça remet les pendules à l’heure. Ça me montre où je suis. Ce qui est génial dans ce métier, c’est que, même si on joue devant 60 000 personnes aux Vieilles Charrues et que le lendemain, on joue devant 30 personnes dans un appartement à Paris, l’émotion, dans un sens, est la même. C’est la même démarche. C’est la musique !

"Lève toi". Session Francosonik sur le Mouv'

Vous faites les textes et la musique de vos chansons.

J’adore écrire, j’adore composer, j’adore chanter et même j’adore travailler pour les autres.

Vous écrivez beaucoup ?

Je compose surtout beaucoup. Les textes viennent souvent après. À mon sens, c’est plus difficile d’écrire un texte que de composer une mélodie.

Vous en êtes où aujourd’hui, dans votre carrière en tant que NACH ?

Ça va lentement, mais sûrement. Ça va lentement, mais au bon rythme j’ai l’impression. Là, j’ai très envie de faire mon premier disque, mais je pense que ça va arriver bientôt. J’espère le sortir en 2014.

C’est qui NACH, exactement?

NACH, c’est moi. C’est une voix féminine qui chante des textes en Français. Après NASH se partage avec qui veut.

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464031_10151457341627842_297972270_o.jpgVous avez besoin d’être entourée de proches pour votre tournée personnelle.

La tournée, c’est une aventure humaine. Une tournée, c’est 5%, on fait de la musique et le reste, on vit. Je suis comme Matthieu, je veux aussi en faire profiter les gens que j’aime.

Quand les gens viennent vous voir sur scène, vous savez qu’ils viennent d’abord voir la sœur de ou la fille de.

Je le sais parfaitement. Il ne faut pas arriver avec cette énergie là sur scène. Si j’arrive en m’excusant d’exister, ça ne marchera jamais. Au-delà d’être la sœur de -M-, je suis aussi NACH.

Les chansons sont déjà écrites en vue du futur premier album ?

J’en ai énormément dans mes tiroirs parce que ça fait très longtemps que j’en écris. En 8 ans, j’en ai fait pas mal. Il va falloir que je les réécoute toutes. J’en ai une quarantaine, dont pas mal que je ne joue plus du tout auxquelles je pense un peu en ce moment. J’ai des textes forts. Bon, en plus, j’en fais aussi pas mal des nouvelles. C’est inspirant de vouloir faire un disque. Il faut juste que je trouve une cohérence entre mes anciennes chansons et les nouvelles.

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Votre grand-mère Andrée, que je connaissais un peu et que j’aimais beaucoup, a-t-elle eu de l’influence sur vous ?

Oui, c’est elle, à 8 ans, qui m’a offert mon premier cahier. Je voulais être poète quand j’étais petite, certainement parce qu’elle l’était. Elle m’a beaucoup poussée à écrire. C’est beaucoup grâce à elle que j’aime écrire.

Elle a lu certains de vos textes ?

Malheureusement non. Mais peut-être qu’elle les entend de là-haut ?

Tu es à la recherche d’un label, je crois ?

J’ai un super éditeur, j’ai un super tourneur, j’ai un super manager, mais je n’ai pas de label. Même si je ne trouve pas de label, de toute manière, je ferai mon disque par mes propres moyens. Je trouverai une solution. Je sens que c’est le moment, je ne vais donc pas attendre.

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Bonus mandorien:

Quelques moments chédidiens de ma vie des années 90 à aujourd'hui...

La Grand-Mère, Andrée Chédid.

Le 12 décembre 1998, à Radio Notre Dame.

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Là, pour une émission sur Lucy, j'avais réuni Andrée Chédid pour Lucy, la femme verticale et le paléonthologue, "papa" de Lucy, Yves Coppens pour Le genou de Lucy. Grande et belle émission... qui s'est tenu le 1er avril 1999.

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Le papa, Louis Chédid.

Le 15 janvier 1993 : rencontre à la Fnac de Strasbourg.

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Le 11 octobre 2010 dans un bar de la capitale pour la sortie de On ne dit jamais assez aux gens qu'on aime qu'on les aime (voir la mandorisation, là).

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Et Matthieu Chédid, à l'occasion de la sortie de son dernier disque, Îl, pour CD'Aujourdhui (voir là).

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19 juillet 2013

Dominique Dyens : Interview pour Lundi Noir

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« Tension extrême dans un décor feutré, spirale du mensonge, vertige de l'adultère et ivresse du pouvoir... » c’est la marque de fabrique de Dominique Dyens. Dans ce nouveau roman, Lundi noir, elle s'amuse "à écailler le vernis des conventions et conjugue le drame bourgeois à l'ère de la délinquance en col blanc".

Je l’avais déjà mandorisé pour son précédent roman, Intuitions et ce fut un véritable plaisir humain et intellectuel. Un bis repetita s’imposait donc pour Lundi noir (je suis fidèle quand j’aime les gens). C’était le 19 juin dernier à l’agence…

9782350872254,0-1636840.jpg4e de couverture :

Homme d’affaires redouté, Paul Deshoulières a 55 ans, une belle situation, une femme élégante et deux enfants. Tous les signes extérieurs de la réussite. À la suite d’une opération chirurgicale qui le laisse impuissant, la honte le ronge. Diminué, obsédé par l’idée de perdre sa femme, ce requin de la finance est prêt à tout, même à un irréparable délit d’initiés, pour la retenir. Mais son montage illicite tourne mal et entraîne sa ruine. Pire, il est soupçonné d’ententes délictueuses avec la mafia de l’Est, des entreprises pharmaceutiques douteuses, et des trusts opaques.
Trahi par sa femme, qui fuit dans les bras de ses amants, abandonné par ses amis, harcelé par son broker (ses pertes se montent à plusieurs millions), poursuivi par l’AMF (autorité des marchés financiers), il se réfugie dans le souvenir de son premier amour, Madeleine, et décide de tout mettre en œuvre pour la retrouver. Cette femme, qui l’avait initié aux plaisirs de la chair lorsqu’il avait quinze ans, est désormais atteinte d’Alzheimer et se repose dans une maison de retraite de la côte Est américaine. Son décès brutal donne lieu à de surprenantes révélations. Comment Madeleine était-elle liée à ces OPA ? Pourquoi a-t-elle décidé de secourir Paul ?

L’auteure :

Dominique Dyens vit à Paris. Elle est l’auteur de six romans dont, entre autres, La Femme éclaboussée, le décapant Éloge de la cellulite et autres disgrâces, et Intuitions. Elle écrit également pour le cinéma et la jeunesse, et collabore à diverses revues littéraires.

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eho_dyens2p.jpgInterview :

Comme le titre de ce livre l’indique, ce roman est peut-être plus noir que d’habitude ?

D’une certaine façon, dans la première partie, il y a les codes du thriller. C’est serré, il y a une dégringolade, des évènements extérieurs et beaucoup de suspens. Habituellement, dans mes livres c’est un peu plus psychologique. Dans Lundi noir, il y a vraiment des faits. C’est un livre, entre guillemets, « à l’américaine ». Cela étant, la deuxième partie est aussi humaine que dans mes précédents livres.

On en apprend pas mal sur le milieu de la finance. J’ai eu peur que l’on se perde dans de fumeuses explications sur cet univers très complexe. Il n’en est rien.

Avant d’écrire ce livre, je n’y connaissais rien à ce milieu. Raison pour laquelle je reculais le fait de l’écrire. Je voulais aborder depuis très longtemps la chute d’un homme de pouvoir dans le milieu de la finance. C’était bien avant la crise de 2008. J’ai travaillé, je me suis documentée, je suis allée sur des sites… au début,  je ne comprenais rien. Je me disais que je n’allais jamais y arriver. Je suis passée par des premiers mois très difficiles. Avec le temps et l’expérience, j’ai commencé enfin à comprendre les choses. Pour que ce soit compréhensible, il fallait que je comprenne ce que je racontais. Il fallait que j’explique pourquoi mon héros allait perdre beaucoup d’argent rapidement et que la situation reste crédible.

Tu parles de la puissance d’un homme, mais aussi de son impuissance.

Je ne dis pas que tous les hommes de pouvoir sont impuissants, évidemment. Mais, je pense que les personnes qui sont à la recherche incessante du pouvoir et qui ne vivent que pour le pouvoir cachent automatiquement une impuissance. Pas forcément érectile, comme dans mon livre, mais une impuissance ou une fragilité dans autre chose.

Tu dis qu’il n’y a pas un homme puissant qui n’a pas un problème quelque part…

Je le répète, je parle des hommes qui ne vivent que pour le pouvoir. Je suis intimement persuadée qu’ils ont quelque chose à se prouver ou qu’ils ont quelque chose à cacher aux autres.

L’impuissance érectile des hommes… on en parle très peu dans les romans.

Jamais d’ailleurs. Dans mes romans, mes « héros » sont plutôt des femmes. C’était toujours des femmes qui cachaient une souffrance et d’énormes fêlures. Dans Intuitions, c’était la perte d’un enfant. Là, je parle d’un homme. J’avais envie de faire évoluer un homme qui souffre, donc présenter un homme dans sa fragilité.

J’ai l’impression que tu as été interpellée par le fait que l’impuissance est une maladie indéniable, mais que l’on tait.

Il y a des impuissances ponctuelles psychologiques, mais il y a aussi les cancers de la prostate qui ont pour conséquence, pour certains hommes, d’avoir une impuissance définitive. Ce n’est jamais abordé. C’est complètement tabou. Pour me documenter, j’ai enquêté sur Internet. D’ailleurs c’est drôle parce que j’ai tapé sur Google « impuissance masculine » et depuis, j’ai de nombreux spams sur le Viagra qui arrivent sur ma boite mail. Je me suis rendu compte que sur les forums, il n’y avait pas de témoignages d’hommes. Il n’y a que des témoignages de femmes. Les hommes qui sont vraiment atteints dans leur chair, ils n’en parlent pas. La société n’en parle pas non plus, alors qu’on parle beaucoup de la ménopause chez les femmes, même si ce n’est pas tout à fait la même chose. Pas parce qu’on se préoccupe de l’aspect psychologique, plus pour vendre beaucoup de médicaments, je te l’accorde. On parle aussi un peu des conséquences après l’ablation d’un sein à la suite d’un cancer. Du coup, j’aime bien traités les sujets tabous.

J’ai lu tous tes romans et j’ai remarqué que c’est la première fois que tu écris à la 181991_10150094484906668_8304017_n.jpgpremière personne. Et c’est quand tu te mets à la place d’un homme. C’est curieux.

Comment veux-tu parler de ton sexe autrement qu’à la première personne ?

L’impuissance de Paul Deshoulières implique que sa femme Alice aille voir ailleurs. Cette femme, je te le dis franchement, je ne lui trouve pas beaucoup de qualité humaine.

Paul, par certains côtés, est très touchant et bouleversant, mais sa femme, effectivement, est loin d’être une sainte. Elle est très vénale, mais finalement, je lui trouve quelques circonstances atténuantes. Au fond, c’est une midinette, une femme qui a toujours rêvé au grand amour qu’elle n’a jamais rencontré. Elle a quand même été trompée par son mari dès le début, ça a donc pu la changer intérieurement, même si elle l’a épousé pour l’argent dès le départ. Quand son mari est devenu impuissant, elle a quand même essayé une autre sexualité avec lui avant de prendre des amants. Lui n’a pas été capable d’assumer sa déroute sexuelle, il a donc été très agressif envers elle. Je ne prends pas sa défense parce qu’elle n’est pas très sympathique, mais tout n’a pas été rose pour elle.

Ce roman se passe, comme à l’accoutumée dans ton œuvre, dans un milieu bourgeois. Tu n’as pas envie d’en sortir ?

J’aimerais bien, mais je n’y peux rien, ce milieu m’inspire. Personnellement, je le traverse plus que le milieu ouvrier. Non pas que je fréquente des gens comme ceux dont je parle dans mes livres, mais ce milieu m’est familier. Ça m’inspire parce que je trouve qu’il y a plus d’hypocrisie qu’ailleurs. C’est le royaume de l’apparence.

C’est ton 7e roman. Il y a aussi un recueil de nouvelles pour ado. Dis donc, ça commence à s’appeler une œuvre… Crois-tu que si on lit tous tes livres, on connait bien Dominique Dyens ?

On peut déceler dans mes livres des thématiques qui me travaillent. Par exemple, je parle beaucoup du désir. Et du désir de la femme qui n’est plus désirée. J’évoque aussi des problèmes de couple. Je ne sais pas pourquoi je me lance toujours dans ces histoires-là alors que je fais partie des dinosaures mariés depuis très longtemps et que j’ai la chance de ne pas être dans ce cas.

Tu conjures le mauvais sort, au fond ?

Peut-être (rires). Mais le couple, l’amour, les émotions, les sentiments, la sexualité, tout ça, c’est fascinant. La mort aussi a un côté fascinant. Dans mes livres, elle est toujours présente. Tout ceci fait sans doute partie de mes névroses.

Sais-tu déjà sur quoi tu vas écrire après ce roman ?

J’ai une idée, mais je ne l’ai pas assez développée pour savoir su ça peut aboutir à l’écriture d’un livre. Il faut que ça se décante. J’ai honte, mais quand j’ai fini d’écrire un livre, je deviens très paresseuse. Ce qui est dommage, c’est que je n’en profite pas pour vivre à fond. Je me laisse vivre. Bon, c’est pas mal.

Quand tu écris, tu es rigoureuse ?

Très rigoureuse. Je me coupe du monde, je ne sors pas de la maison. Ça devient obsessionnel. Et moins je sors, moins j’ai envie de sortir.

Pour en revenir à Lundi noir, ça m’a fait penser que je te verrais bien écrire des thrillers assumés comme tels.

J’ai déjà fait deux romans avec des policiers, mais c’était autant « policier » que « psychologique ». La femme éclaboussée, un drame bourgeois et Maud à jamais, un thriller amoureux. Il y avait le même policier avec sa même équipe. Il n’est pas exclu que je reprenne tout ce beau monde un jour. Je ne ferais pas ce qu’on appelle un « polar » pur et dur. J’ai besoin que le lecteur s’attache aux personnages et que le crime, la merde, arrivent après. C’est important qu’il y ait de l’épaisseur dans l’attachement.

Tu as un lectorat qui te suit, j’ai remarqué…

Tout à fait. Il est là et c’est très agréable. C’est un sacré réconfort. Justement, quand j’ai du mal à écrire ou quand je suis découragée, je pense à mes lecteurs fidèles. Je pense aux témoignages que j’ai. Facebook facilite d’ailleurs la communication avec les lecteurs. Je me dis : « Au moins, je sais pourquoi j’écris ». Quand je sais que je donne du plaisir aux gens, c’est le plus beau des cadeaux.

Tu écris des romans noirs et pourtant, tu es une fille gaie quand on te connait dans la vie.

Je ne te dis pas que je suis tout le temps gai, que je n’ai pas mes soucis, mes angoisses, mais en tout cas, je suis plutôt optimiste comme fille. Tu vois, j’ai fait des progrès. Dans Lundi noir, ma fin est moins cynique que d’habitude… un jour, j’écrirai une comédie, je te le promets.

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Pour finir, voici Dominique Dyens... qui vous présente Lundi noir pour la librairie Mollat.