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20 décembre 2014

Sandra Martineau : interview pour Les blessures du silence

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Cela faisait trois années de suite que je rencontrais Sandra Martineau au Salon du livre de Provins. Elle y participait en tant qu’auteure et moi en tant qu’animateur. Il m’arrivait de l’interviewer, mais je n’avais jamais rien lu d’elle. Il fallait donc remédier à cela.

Elle m’a fait parvenir son dernier roman, Les blessures du silence. Un vrai bon thriller psychologique qui n’a rien à envier à bien des livres de romanciers à succès. Au fil des pages, le rythme ne laisse de répit ni aux lecteurs, ni aux protagonistes du livre. Sandra Martineau malmène tout le monde avec, on le sent, une certaine jubilation.

La jeune femme est venue à l'agence le 18 novembre dernier pour une première mandorisation.

sandra martineau,les blessures du silence,interviewRésumé de Les blessures du silence :

Yohann, jeune journaliste ambitieux à l’appétit sexuel grandissant, s’inquiète de ses migraines de plus en plus fréquentes et de ses cauchemars récurrents : il se noie.
Alice décide de quitter son petit ami volage Samuel et part chez sa mère à Lavernat. Elle n’arrivera jamais à destination et c’est Samuel qui fait part de sa disparition.
Antonia, inspectrice de police, enquête sur Florence Ouvrier retrouvée morte en forêt du côté de… Lavernat. Mort, disparition, les affaires sont-elles liées ?
Yohann, de son côté va voir un guérisseur pour ses maux de tête et celui-ci lui conseille de demander à sa mère s’il n’a pas eu un accident en relation avec l’eau. Tout en menant l’enquête pour comprendre ce qui le hante, il alimente le journal avec des révélations surprenantes sur la mort de Florence Ouvrier…
Sa quête personnelle, son enquête sur le meurtre et la disparition l’emmènent sur des routes non parcourues depuis très longtemps. Pourquoi ?

Biographie officielle :sandra martineau,les blessures du silence,interview

L’histoire démarre en Juin 1978 à St-Brieuc. Malgré un prix Louis Guilloux pour une nouvelle écrite au lycée, Sandra ne prend pas tout de suite conscience de l’importance qu’ont les mots dans sa vie. Au fil des années, le dessin, la photographie, les études supérieures viennent rythmer son existence sur un ton différent mais l’écriture n’est jamais bien loin.

1998, les projets s’allongent dans sa tête avec le besoin de les coucher sur papier. C’est le début des scénarii, solution intermédiaire entre les nouvelles et le roman. Un premier manuscrit tente de prendre forme. ¨Pas assez pertinent, elle veut frapper plus fort pour se démarquer des autres. C’est là, qu’un flash vient changer toute la donne : son personnage confronté à d’horribles scènes de crimes, sans jamais les voir, sans jamais prendre conscience du danger qu’il encoure. L’héroïne venait de perdre la vue en quelques secondes et cet élément apporterait de la consistance à son histoire. Entre sa vie de famille et la gestion d’une entreprise,  il lui faudra près de cinq ans, pour achever ce premier roman « Confiance Aveugle » sorti en avril 2010.

D’autres idées pour de futurs manuscrits viennent alourdir ses journées, ou plutôt ses soirées. Promotion en Enfer, verra le jour en mai 2012. Son troisième manuscrit, un roman policier, Les blessures du silence est sorti récemment.

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sandra martineau,les blessures du silence,interviewInterview :

Les blessures du silence est ton troisième livre, te sens-tu auteure aujourd’hui ?

C’est difficile, car je ne suis jamais satisfaite complètement. Il va me falloir du temps pour m’estimer « auteure ». Quand mon deuxième livre est sorti, j’ai choisi délibérément une thématique différente du premier. Je suis partie sur du thriller au lieu d’écrire un autre polar. Je ne voulais pas que l’on compare les deux livres et, surtout, je souhaitais surprendre.

C’est un vaste sujet, mais la frontière est mince entre le thriller et le polar, non ?

Pour moi, un polar est une enquête policière et un thriller est plus une histoire à suspens.

Les blessures du silence, c’est quoi alors ?

Un thriller psychologique.

Depuis quand écris-tu ?

Depuis le collège. Quand la maîtresse nous faisait faire une rédaction, j’étais la seule contente. J’aimais déjà beaucoup écrire des histoires.

Comment as-tu commencé cette activité ?sandra martineau,les blessures du silence,interview

En écrivant quelques nouvelles, puis un scénario. J’ai vu que ça ne fonctionnerait pas pour moi dans ce registre. J’ai donc décidé d’attaquer un roman. Le cinéma me faisait un peu fantasmer, donc je me disais que mon livre pourrait être éventuellement adapté.

Te souviens-tu quand tu t’es lancée réellement ?

Quand j’étais enceinte de ma fille. J’ai donc accouché deux fois à peu de jours d’intervalle : d’un enfant et d’un livre.

Un roman, c’est un exercice compliqué pour toi ?

Tu es obligé de détailler énormément et de creuser au fond de toi-même. Je n’avais pas forcément envie de gratter. Il en est sorti Confiance aveugle. C’est un livre très violent. Je ne pouvais pas aller plus loin dans la violence, il me semble. La petite fille qui est égorgée au début du roman, c’était peut-être aussi tuer la petite fille qui est en moi.

sandra martineau,les blessures du silence,interviewTu n’as pas aimé ton enfance ?

Pas du tout. Ma scolarité a été très difficile, mais j’ai quand même réussi.

L’écriture, aujourd’hui, est-ce une forme de thérapie ?

Oui, je le reconnais. Après Confiance aveugle, du coup, j’avais envie d’autre chose que de violence. A la base, j’étais partie pour faire une longue thématique sur les tueurs en série, mais je me suis soudainement sentie vidée. Je n’avais plus ce désir de tuer, d’assassiner et de terroriser. J’ai donc décidé d’introduire plus de psychologie. On ne cherche plus à savoir comment et qui a tué, mais pourquoi. Je trouvais que c’était aussi intéressant d’emmener le lecteur sur une touche qui n’était pas sanguinaire.

Un de tes films cultes est Seven. Cela se ressent dans ton livre.

Oui, ça permet de comprendre vers quelle logique je vais. Pas vers Alice au pays des Merveilles, en tout cas.

Tu es quelqu’un d’avenant, on a du mal à s’imaginer que tu sois capable de sortir tant sandra martineau,les blessures du silence,interviewd’horreur.

A cause de mon image, plutôt douce et souriante, d’après ce que l’on me dit souvent, les gens pensent que j’écris des choses avec la sensibilité inscrite sur mon visage. Beaucoup s’imaginaient avant de me lire que j’avais un côté fleur bleue.

Au fond, pourquoi écrire ?

Parce que les idées foisonnent en moi. J’ai cinq-six carnets à la maison et dès que j’ai une idée, je l’inscris. J’ai toujours besoin d’évacuer ce qui est en moi. Je tire un peu la chasse d’eau à chaque fois que j’écris, c’est-à-dire que je me libère de ce que j’ai dans la tête. L’écriture, c’est un exutoire.

Quand écris-tu?

Je travaille avec mon mari dans son garage. On se voit toute la journée, donc le soir, je n’ai pas d’état d’âme à m’isoler pour écrire. Il sait que j’ai besoin de ces moments-là. Je suis capable d’écrire juste quatre lignes dans une soirée, mais le maximum, c’est une bonne page.

sandra martineau,les blessures du silence,interviewQuels sont tes modèles ?

En salon, je deviens comme une adolescente dès que je croise Franck Thilliez. Quand j’ai fini La chambre des morts, j’ai compris ce que je voulais produire comme émotion en matière de littérature. Avant cette lecture, je ne savais pas encore dans quoi j’allais me lancer. Ça a débloqué complétement ma situation littéraire.

Tu lui as dit ?

Oui, plusieurs fois. La première, il a été très touché… Aujourd’hui, j’essaie de m’émanciper et je pense avoir trouvé mon style, même si j’essaie de ne pas être trop éloignée de l’ambiance du « maître ».

Les personnages de Les blessures du silence sont tous attachants. Ils ne sont pas manichéens.

C’est ça qui m’intéresse. Je m'attache aujourd'hui à créer des personnages qui soient plutôt des anti-héros. Même les « gentils » peuvent avoir des défauts de la vie quotidienne... qui sont agaçants.

Pour le moment, tu es chez Sixto, une maison d’édition encore plutôt « confidentielle ». sandra martineau,les blessures du silence,interviewQuand tu es dans un salon, est-ce que tes collègues te le font ressentir ?

Au début, franchement, oui. Certains auteurs me faisaient comprendre que mes romans n’étaient tirés qu’à 1000 exemplaires. Après, ils ont compris que j'étais déterminée à faire mon trou. Je le fais gentiment. Je ne marche sur la tête de personne et j’avance petit à petit. Parfois, dans des salons, je vends plus que certains « grands » auteurs. J’en ai tiré une grande fierté parce que c’est grâce à une façon de communiquer avec les gens. Il faut les intéresser et les amener à vouloir découvrir ton univers.

Le monde du polar est quand même un monde très masculin, non ?

Oui, complètement. On m’appelait « la jeunette » parfois, avec une certaine condescendance. Il faut savoir se faire respecter. Tu es jeune, tu arrives timidement avec ton premier roman, tu es forcément un peu raillée. Dès le début, je ne me suis pas laissé faire. C’était le seul moyen pour qu’ils me respectent très vite.

Parle-moi de ton quatrième roman. Je sais que tu es en train de le terminer actuellement.

Il se déroule lors d’une croisière. C’est la croisière de la dernière chance pour mon personnage principal, un type dont on peut penser qu’il est parfait et gentil… et bien, on va vite se rendre compte que pas tant que ça. Il y a un enchaînement de péripéties qui indiquent que cette traversée va finir "en live".

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Après l'interview le 18 novembre 2014.

17 décembre 2014

MTatiana : interview pour l'EP Psyché-Délice et pour sa participation à Rising Star

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J’ai découvert MTatiana comme la plupart des gens. En regardant Rising Star.

Je l’ai vu chanter « Jalouse » de Mademoiselle K (voir là) et j’ai flashé. Sur sa voix et son interprétation. Puis la semaine suivante, elle a interprété « Comme un boomerang » de Gainsbourg (voir ici). Pareil. Encore une fois bluffé…

Donc, je lui ai envoyé un message par Facebook, un peu curieux d’en savoir un peu plus sur sa carrière et ses ambitions  futures.

Elle m’a répondu rapidement.

Rendez-vous fut pris dans un bar à côté de mon boulot, le 30 octobre dernier…

Et j’ai vite compris que la demoiselle ne débutait pas dans le métier.

mtatiana,psyché-délice,rising star,interviewBiographie :

À 25 ans, cette jeune mezzo, MTatiana s’impose doucement mais sûrement dans le paysage musical. Originaire d'Orléans, fille d'une maman accordéoniste et un père guitariste bassiste, Tatiana Matre, chanteuse récemment découverte ou redécouverte lors de l'émission Rising Star sur M6, a sorti récemment un EP remarquable, Psyché-Délice.

MTatiana a été choriste de Sinclair, premier rôle dans les comédies musicales Peau d'Âne et Footloose, doublure aussi dans « 1789, Les Amants de la Bastille ». La formidable interprète qui a adoré Piaf, Janis Joplin, Brel, Ella Fitzgerald, Billie Holiday, et qui voue une tendre admiration à l'Irlandaise Imelda May est une délicieuse pin-up du rock doublée d'une délicieuse poétesse piquante.

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(Photo : Yann Herve)

mtatiana,psyché-délice,rising star,interviewInterview :

Je t’avoue que je ne te connaissais pas avant Rising Star. Comment es-tu arrivée dans cette émission ?

On m’a contacté parce que j’avais fait auparavant des comédies musicales à Paris. Sur 1789, les amants de la Bastille, pendant deux ans, j’étais comédienne et doublure de trois chanteuses et je dansais dans quelques tableaux. J’ai aussi été l’héroïne principale des comédies musicales Peau d’Âne et Footloose. J’avais déjà un EP et je préparais mon premier album.

Tu as accepté immédiatement ?

Au départ, j’étais hyper réticente parce que, quand tu fais ce genre d’émission, il y a toujours des aprioris et des étiquettes qui s’installent. En fin de compte, j’ai considéré que c’était un bon tremplin et une bonne visibilité pour lancer mon projet et me faire connaître.

Et aujourd’hui, penses-tu toujours que c’était une bonne idée de faire cette émission ?

Oui, parce que même si je n’ai eu que deux passages, ce sont deux passages qui ont marqué les téléspectateurs.

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Avais-tu, toi-même, quelques aprioris ? mtatiana,psyché-délice,rising star,interview

Un peu. J’avais peur d’avoir les étiquettes Rising Star, M6, télé crochet collées à moi. Comme j’ai fait plein d’autres choses avant cette émission, ça m’ennuyait que l’on me réduise à ça. Après réflexion, j’ai compris qu’il fallait être médiatisé artistiquement pour concrétiser un projet.

Cela dit, ce sont souvent les perdants qui se font plus remarquer que les gagnants.

C’est ce que l’on m’a dit souvent. Je viens d’Orléans, donc pour le moment, j’ai eu pas mal d’interviews dans la Région Centre.

Dans Rising Star, on ne chante pas son propre répertoire. J’imagine qu’il y a un côté un peu frustrant de ne pas montrer ce que l’on sait faire, musicalement et textuellement.

Oui. La production préférait que l’on passe d’abord par un répertoire connu afin que les personnes s’intéressent aux chansons. Le principe est simple : plus on va loin, plus ils nous laissent la possibilité de faire nos chansons personnelles. Moi, je ne suis pas allée assez loin.

mtatiana,psyché-délice,rising star,interviewAs-tu été déçue de partir si vite ?

Sur le coup, oui. Lors des duels, il était clair que l’univers de ma concurrente était beaucoup plus actuel que le mien. Je peux comprendre le choix de ceux qui ont voté. Mon public était peut-être un peu plus âgé.

Ton amour de la musique vient sans doute de tes parents, non ?

Mon père avait un groupe de hard rock quand il était plus jeune. Il était guitariste bassiste dans les Hell’s Stress (voir photo ci-dessous). Ils ont fait les premières parties de Trust et de Téléphone. Maman, elle, faisait de l’accordéon et a eu tous ses prix de Conservatoire. Mes sœurs et moi, on a grandi là-dedans, mais je suis la seule à avoir pris ce chemin pour en faire mon métier. Ma voix a muri relativement vite et on a pris conscience qu’il y avait peut-être des choses intéressantes à faire. Mes parents ont créé une association de théâtre qui a duré dix ans et ont été très encourageants avec moi. J’ai été prise dans un café-théâtre à Orléans et tout a débuté-là. J’ai fait du théâtre d’impro, de la comédie musicale, du cabaret… Je suis vite devenu pluridisciplinaire.

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De Gauche à Droite : Hakim Sersar (guitare), Serge Matre, le papa de MTatiana (basse), François Ibanez (chant), Bruno Luccioni (guitare), Franck Dauphin (batterie).

Quand es-tu arrivée à Paris ?

Après mon bac, j’ai pris une année sabbatique pour voir si c’était possible de percer. J’ai fait l’école Richard Cross pendant deux ans et c’est là que j’ai été vraiment formée en technique vocale.

Faut-il faire ce genre d’école pour réussir ?

Je pense que c’est important d’acquérir de la technique. Sans elle, on fatigue plus vite et on gère moins bien le stress. Prendre des cours me parait important, mais chacun fait comme il le sent. 

Clip de "Brune Blonde"

Tes chansons personnelles racontent ta vie personnelle.mtatiana,psyché-délice,rising star,interview

Oui, elles racontent mes histoires. « Brune Blonde », le premier single, c’est moi en audition. Je raconte avec humour ce qu’il se passe et comment j’agis.

Ton EP a un côté swing pop, un peu manouche.

J’aimerais que l’on soit plus rock. Mon projet est appelé à évoluer de toute façon. Cet EP est très propre, mais je sais que ces chansons-là, en live, seront beaucoup plus pêchues.

Es-tu confiante ?

Oui, parce que j’en ai marre d’être toujours dans le doute. Là, j’y ai mis tout mon cœur. S’il y a des choses à modifier, je le ferai avec plaisir, mais je crois en ce projet.

mtatiana,psyché-délice,rising star,interviewQui aimes-tu dans la jeune génération ?

Emilie Simon, Camille, Olivia Ruiz. Des gens qui ont une personnalité musicale et vocale forte.

Et dans l’ancienne génération ?

Jacques Brel. J’adore ses textes et la passion avec laquelle il interprétait ses chansons. Ma maman était fan de Piaf, du coup, elle m’a beaucoup touché.

Qu’écoutais-tu principalement quand tu étais jeune ?

Beaucoupde jazz. En fait, dans ma jeunesse et mon adolescence, je n’écoutais pas beaucoup de musique de mon temps. Je me suis ouverte à l’actualité musicale, il y a peu.

Tu écris des textes souvent ?

Oui. Mais pas que des chansons. Des poèmes, une pièce de théâtre aussi… Les mots sont ma passion.

Pour toi, quelle serait la carrière idéale ?

Celle d’Imelda May. Je m’en inspire énormément. J’adore son univers rockabilly à fond. Je suis allée voir ses concerts. Je m’inspire beaucoup d’elle, visuellement et musicalement parlant.

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Après l'interview, le 30 octobre 2014 (photo : Stella Alquier)

14 décembre 2014

Ottilie [B] : interview pour Histoires d’O Deux [live]

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10404105_744515545642830_8415760718074310611_n.jpgOttilie [B] revient un an après la sortie de son premier album Histoire d’O2. Je ne vais pas revenir sur sa biographie et son premier album, car l’artiste a été le sujet d’une longue mandorisation explicative sur son œuvre et sa démarche (à lire ici). Cette fois-ci, elle revient avec un EP Live, Histoires d’O Deux [live], contenant quatre titres de son album et deux inédits. Et le résultat est magistral. J’ai donc décidé de l’accueillir une seconde fois pour en savoir plus sur ce deuxième disque et sur l’évolution de sa carrière naissante. Rendez-vous dans un bar de la capitale, un beau jour d’octobre dernier…

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Ottilie [B] avec Didier Simione et Pascal Colomb (photo de Rodolphe Julienne).

Argumentaire de l’EP :10714297_148754741961563_6856475991457435982_o.jpg

Ottilie [B] poursuit sa démarche d’innovation artistique et d’affirmation de son projet en intégrant de nouveaux musiciens et un nouveau directeur artistique à son projet initial Histoires d’O2.

Le groupe, formé par Didier Simione aux machines/clavier/basse et Pascal Colomb à la batterie/guitare/clavier, s’approprie les chansons d’Ottilie [B] sous la co-direction artistique de Nicolas Repac du label No Format dans cet EP de 6 titres Live.

Ensemble, ils proposent au public une performance live dont la qualité d’orchestration et l’arrangement n’ont d’égal que les folies numériques avant-gardistes du collectif Adrénaline-Dopamine (projections vidéo/multimédia pour le dernier live de Stromae).

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IMG_6057.JPGInterview :

Cet EP live sort un peu plus d’un an après ton premier album.

J’avais envie de montrer ce que donnaient certaines de mes chansons en live. Je trouvais mon album assez retenu, assez conceptuel. Ce n’est pas une question d’esthétique, mais de dynamique. Il y a eu un travail de direction musicale avec Nicolas Repac qui m’a beaucoup apporté en termes de liens. Son regard extérieur m’a apporté une richesse que je ne pouvais pas laisser au placard. Aujourd’hui, il est en playlist sur France Inter et je suis ravie.

Je trouve que réunir vos deux univers est une sacrée bonne idée. Ils ne sont pas aux antipodes l’un de l’autre.

Nous sommes, il me semble, de la même famille d’artistes. Nous mettons en lumière des choses sombres. Je suis allé le voir parce que j’adorais sa façon d’utiliser les samples, de travailler la matière organique, d’utiliser des beats electros pas clinquants mais texturés…  On a eu tout de suite un échange artistique hyper prolifique dans une atmosphère particulièrement intéressante. Ça a duré une bonne dizaine de jours et ensuite, nous avons mixé ensemble.

Live Concept "Donne tes elles"
Histoires d'O.deux (IN/EX Music 2014 / L'Autre Distribution)
Réalisation : Transfuges

Qu’est que Nicolas Repac aime chez toi ?10403420_744515482309503_7677936459111018419_n.jpg

D’après ce qu’il m’a dit, la voix et l’écriture. Il m’a dirigé et c’était délectable. J’ai pu me concentrer plus particulièrement sur l’interprétation. Il m’a permis de déployer ma voix. C’est comme ça, en tout cas, que je le ressens.

C’est un EP live, mais nous n’entendons aucun applaudissement.

Il existe la version avec les applaudissements, mais on a préféré les shunter. C’est un choix permettant d’être diffuser en radio.

Tu écris de nouvelles chansons en ce moment ?

Oui. Je suis quelqu’un de très maniaque. Je suis capable de ciseler un texte très longtemps ou d’en pondre dans l’urgence et la rapidité. C’est un peu au cas par cas. S’il y a une méthodologie, il n’y a pas de recette miracle.

10 novembre 2014, Froggy's Session de Ottilie [B], Le Chêne, Villejuif.
Titre : Au Bord des Lèvres
Cette session a été enregistrée par Froggy's Delight avec l'aimable autorisation des artistes.

10264322_744515678976150_737810954950320245_n.jpgTon nouvel album avance, alors ?

Petit à petit. Il évoquera le passage de la vie à la mort… la traversée. Ça ne va pas être un disque plombant et triste, je te rassure. Ça parle juste d’un changement d’état et son voyage. A priori, ce sera un double album : une partie en studio et une partie en voyage. Je mettrai en avant le côté world music qui est en moi et le chant originel. Je vais être dans le rétro futur. Je cherche en permanence le lien avec le futur, tout en restant le plus moderne possible.

Tu as un lien très fort avec les ancêtres, les origines et avec le futur. As-tu l’impression d’établir un trait d’union entre le passé et le modernisme le plus absolu ?

Oui, par quelque chose de l’ordre de l’instant. L’absolu présent c’est le désir premier d’être ensemble et de se rencontrer. Le lien, c’est ce qui résume le passé et le futur. Mon propos est de questionner sur ce qui est réel ou sur ce qui est virtuel. Dans mes concerts d’ailleurs, il y a un hologramme. En voyant un hologramme commencer un morceau et moi qui arrive en chantant en vrai implique, j’espère, que les gens se demandent ce qui est vrai et ce qui est faux… A qui et à quoi on donne du crédit ?

Depuis la dernière fois que nous nous sommes vus, tu as été sélectionné dans pas mal de prix prestigieux. Sélection Meilleur Premier Album France Inter/Télérama et Coup de cœur Académie Charles Cros, notamment.

Ce qui est bien c’est quand tu ne t’y attends pas et que tu ne vas pas à la cherche d’un prix. Ce n’est pas un concours, ni un tremplin, ça te tombe dessus comme ça.

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Après l'interview, en octobre 2014.

12 décembre 2014

Fred de Mai : interview pour Flic de rue

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Pas besoin d’exercer le métier de policier pour apprécier Flic de rue (Rouge Sang éditions), le premier livre publié du flic/auteur/photographe/blogueur Fred de Mai. Une écriture sensible, émouvante, lucide et percutante souvent. Pas de doute, l’homme sait raconter son vécu de manière littéraire, voire poétique. Les joies, malheurs et absurdités de son métier sont racontés sans aucune concession au style et à la vérité. De passage à Paris, Fred de Mai est passé à l’agence le 24 octobre dernier, pour évoquer son livre et son métier.

fred de mai,flic de rue,rouge sang éditions,interview,mandor4e de couverture:

Ce livre est un recueil de sentiments et ressentiments sous forme de textes mêlant poèmes, slams et témoignages.

Que ce soit en tenue ou en civil, à Paris, Lyon ou Marseille, en Police-Secours ou en BAC, il a toujours été un « Flic de rue » qui a vécu chaque mot de ce livre.
Il est l’auteur de toutes les photos publiées dans cet ouvrage.

L’auteur :

Fred de Mai est le pseudonyme d’un policier en activité, auteur et photographe. Il a choisi l’anonymat pour des raisons de discrétions professionnelles.fred de mai,flic de rue,rouge sang éditions,interview,mandor

Il était un des blogueurs les plus actifs au début des années 2000. En 2006, dans un des classements en vogue sur Internet, il fut même référencé 53ème parmi les 100 blogueurs Français les plus influents.

En 2010 il remporta un concours de slam organisé pour les 10 ans de la Francophonie par le Ministère de la Culture et TV5 Monde.

Après une période de silence,  et avant la ré-édition de son livre Flic de rue chez Rouge Sang éditions, il revient aussi en réactivant son blog.

Toutes les photos de cette chronique mandorienne sont signées Fred de Mai (sauf celles prises lors de l'interview).

fred de mai,flic de rue,rouge sang éditions,interview,mandorInterview :

Tu es en France l’un des précurseurs des blogs. Je t’ai d’ailleurs connu de réputation à cette époque-là. Tu étais un blogueur « influent ».

Je suis devenu blogueur grâce à mon épouse. C’était une période où j’étais hors travail. Disons, que je travaillais déjà dans la police, mais elle m’avait mis dans un placard. J’ai commencé à écrire un roman et ma femme m’a parlé des blogs, « le gros truc à la mode ». J’ai pris un pseudo, car je n’étais pas en odeur de sainteté dans la police et je ne voulais pas que cette nouvelle activité me nuise encore plus.  J’ai donc fait un blog d’un auteur pour que l’on parle de lui.

Tout au départ, il y avait même deux blogs.

Oui, celui de Fred de Mai et celui de Paul Vachard, le roman que je vais sortir bientôt.Paul réagissait aux propos de Fred.

C’est schizo ton truc !fred de mai,flic de rue,rouge sang éditions,interview,mandor

Oui, on est très nombreux dans ma tête.Bref, ces deux blogs m’ont bien canalisé et  m’ont fait du bien. J’ai surtout compris que je savais écrire.

Et c’est le manque de police qui t’a fait écrire le blog « Flic de rue » ?

Quand tout le monde a su que j’étais flic, j’ai voulu montrer quel genre de flic j’étais. C’était facile pour moi d’écrire des petites histoires que j’avais personnellement vécues.

Flic de rue, le livre, est une réédition.

Oui, en 2009, une agence de com’ est venue me voir pour me proposer de faire une version papier de ce que j’écrivais sur le blog. Ils voulaient prouver que même les blogueurs pouvaient publier sur papier. C’est sorti mal imprimé et il y avait pas mal de coquilles. Du coup, je n’ai pas fait trop de promo… Par la même occasion, j’ai aussi arrêté le blog et je me suis mis à l’écriture de mon roman, Vachard.

Teaser du livre Flic de rue.

fred de mai,flic de rue,rouge sang éditions,interview,mandorFlic de rue est un recueil de nouvelles « vécues » réalistes et littéraires.

Sans prétention, quand j’écris, j’ai l’impression d’être un gamin doué qui ne s’en rend pas compte. Ça me vient naturellement, même s’il y a un travail de retouches après. J’aime épurer au maximum. Avec ces textes, j’ai fait du tweet avant l’heure. Je déteste tout ce qui dépasse. Il faut couper avec acharnement. L’écrivain Thierry Serfati m’a dit un jour que dans l’écriture, le plus dur était de couper.

Il y a des textes très durs et d’autres assez drôles.

Il faut avoir beaucoup d’humour et de recul pour faire notre métier. Si tu prends tout au sérieux, tu es foutu ! Si tu n’es pas bien dans ta tête, tu ne te sens pas bien au boulot et que l’on te fait voir toute la misère du monde, tu prends ton pétard et tu t’arrêtes là. Même dans les cas les plus graves, je t’assure qu’on arrive à trouver de quoi rire.

J’ai compris en lisant Flic de rue qu’il y avait trois situations difficiles quand tu fais ce métier : voir des morts, garder son self control par rapport aux provocations… et l’administration. Et il y en a des pages sur l’administration.

J’étais en colère à cette époque-là. L’administration n’est pas rancunière, car aujourd’hui, elle me fait ma publicité.

Quelle relation as-tu avec elle maintenant ?

Très bonne. Comme quoi, chez nous, rien n’est immuable. Aujourd’hui, j’ai un discours complètement différent qu’à l’époque où j’ai écrit le livre. La police a évolué, c’est clair !

Tu t’interroges sur le fait d’être un bon chef dans le livre…fred de mai,flic de rue,rouge sang éditions,interview,mandor

C’est la pire expérience que j’ai connue. Je suis un chef qui aime fonder une équipe et souder les gars. C’est dur parce qu’on n’a pas les mêmes motivations. Chef, tu devrais être le tampon, mais tu ne l’es pas. Certains t’utilisent comme marteau, d’autres comme bouclier. Tu es donc celui qui prend tous les coups. Mes pires comme mes meilleurs moments sont en tant que chef.

Il y a des scènes très émouvantes dans ton livre, celles où il y a des enfants impliqués dans les « affaires ».

Tu sais, je chiale quand j’écris des textes comme ça. Ce sont des actions que j’ai vécues à une époque où j’étais séparé géographiquement de mon fils. Pendant cinq ans, je l’ai vu trois fois par an pendant les vacances, donc forcément, il me manquait. Je ne pouvais donc absolument pas comprendre que l’on puisse faire délibérément du mal à un gamin.

Tu en es où dans la police ? Appartiens-tu toujours à la BAC ?

Non, j’ai fini ce qui était anti criminalité pure. C’est un travail génial, mais je vieillis. Aujourd’hui, je suis l’un des responsables d’un service qui s’occupe du plus grand centre commercial d’Europe. On y fait tout : on traite, on appelle la justice et on clôture. Je travaille encore plus qu’avant et je m’éclate.

Tu es flic dans un centre commercial, si je comprends bien ?

Oui, c’est le seul cas en France. On est la police nationale. Il y a 100 000 passages jour et il faut gérer cela. C’est un énorme trafic. Sur 1200 interpellés à l’année, tu as 1000 affaires résolues. Pour la police c’est hypra intéressant. Ça prouve qu’elle est très efficace.

fred de mai,flic de rue,rouge sang éditions,interview,mandorJ’en ai déjà parlé à ton éditeur et ex flic lui aussi, Marc Louboutin (mandorisé là), je ne comprends pas comment on peut vivre normalement quand on fait ce métier.  La vie de famille, par exemple… c’est compliqué.

Il faut laisser le boulot au vestiaire. Si tu ne le fais pas, tu es mort. Parfois, c’est tellement dur que je rentre chez moi brisé…

Tu te traites toi-même d’alcoolique dans le livre. Boire aide aussi à oublier ce qu’il s’est passé dans la journée.

Aujourd’hui, je ne bois plus d’alcool fort, mais pendant un moment, ça m’arrivait d’être no limit. Tu as toujours quelque chose à oublier. Et puis, il y a un autre phénomène. Quand tu es avec une bonne équipe, tu fais des pots. Ça te permet de parler et de gérer les problèmes plus tranquillement, sans gravité. On fait un métier où il faudrait presque un soutien quotidien à ce niveau-là. Nous ne l’avons pas… on se démerde pour le trouver.

Ton livre devrait bien se vendre dans le milieu de la police.

Il a déjà un bon bouche à oreille. Quand un flic fait un bouquin sur les flics et qui est approuvé par les flics, on peut estampiller l’ouvrage d’un « lu et approuvé ». Beaucoup de mes collègues l’achètent, mais d’autres qui n’ont rien à voir ce métier aussi, ce qui m’a beaucoup surpris.

Aimerais-tu être conseillé sur un film ou une série sur la police ?fred de mai,flic de rue,rouge sang éditions,interview,mandor

Oui, la plupart de ceux qui officient dans ce rôle ne sont plus flics. Ce sont des anciens. Par exemple, Olivier Marchal. J’aime bien ce qu’il fait, mais c’est une police qui n’existe pas. Il invente la police de ses rêves. Avec lui, le flic se drogue, il est forcément violent, forcément tout seul, forcément alcoolique, il va forcément tuer quelqu’un et il est un peu bandit. Super l’image de la police ! Et puis d’un autre côté, on a Pinot simple flic. Deux extrêmes. Il y a peut-être un juste milieu à évoquer, non ?

Je reviens sur ton prochain roman, Vachard. De quoi va-t-il parler ?

Paul Vachard est le fils du meilleur flic de France,  mais son père ne l’aime pas. Sa mère est partie, il ne reçoit donc pas d’amour du tout. Pour obtenir l’amour de son père, le gamin a tout essayé, parfois de façon très maladroite. Pour faire plaisir à ce paternel, il va devenir flic lui aussi. Mais contrairement à son géniteur, c’est un flic pitoyable. Mais il va trouver un moyen pour que son père s’intéresse à lui. Devenir tueur en série.  Je ne te dis pas ce qu’il se passe après, mais ça part en live !

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Pendant l'interview le 24 octobre 2014.

09 décembre 2014

Les Yeux d'la Tête : interview pour l'EP I don't speak English

LES YEUX D LA TETE @ Cre¦üdit HAMZA DJENAT.jpg

Les Yeux d’la Tête est un groupe parisien de chanson fondé en 2006 par les chanteurs guitaristes Benoît Savard et Guillaume Jousselin. J’ai déjà parlé dans une première mandorisation datant du mois de novembre 2012. Le 29 octobre dernier, à l’occasion de la sortie de leur EP I don’t speak english, nous nous sommes donné rendez-vous dans un bar parisien.

lydlat1.jpgArgumentaire de l’EP I don’t speak english :

Une sensation made in France de fabrication parisienne, tout en énergie et en finesse.

Avec leur nouvel EP I don’t speak English, Les Yeux d’la Tête livrent quatre pépites éclectiques de chansons accrocheuses et rythmées, à découvrir d’urgence!

La beauté et la poésie des textes en français, la chaleur des musiques balkaniques et gipsy, l’énergie du punk et du rock, le groove du hip-hop, la transe de l’électro, Les Yeux d’la Tête offrent un hymne à la joie et à la danse, authentique et résolument ancré dans son temps.

Porté par six talentueux multi-instrumentistes, Les Yeux d’la Tête sont composés de deux leaders Benoit Savard et Guillaume Jousselin guitare/chant. Accompagnés de leurs complices de toujours, Eddy Lopez au saxophone et Antoine Allièse à l’accordéon. On notera l’arrivée de deux nouvelles recrues Emilien Pottier à la basse et Xavier Hamon à la batterie et aux percussions.

Les Yeux nous bercent avec classe vers une musique libre, prenante, touchante et ardente. Dans ce10009854_822209744459209_2357145767837642414_n.jpg nouvel EP, ils illustrent avec brio cet amour pluriel de la musique et défendent leur foi en leur langue maternelle (« I Dont’ speak english »), toujours avec une pointe d’humour et d’ironie, (« Sois belle et tais toi ») et cette envie de croiser les cultures (« Balkan Boogie »), d’explorer des routes musicales avec détours et double sens. Entrez dans la danse (« Hasta la vida »)... Les Yeux d’la Tête ont le vent en poupe, déjà considéré comme un groupe «kulte» en Allemagne, ils poursuivent leur chemin sur leur terrain de jeu favori, la scène!

Depuis 2006, Les Yeux d’la Tête, forts de plus 300 concerts dans 10 pays de Paris à Berlin, de Budapest à l’Angleterre, sillonnent le monde avec leurs chansons remplies d'émotions, de groove, d’humour et de générosité. Une musique sans frontière, sans étiquette, à partager sans modération.

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le3.jpgInterview :

Nous nous sommes rencontrés il y a pile deux ans. Que s’est-il passé depuis ?

Benoît Savard : Après la sortie de Madones, on a trouvé un tourneur, 3C. Il nous a fait faire une belle tournée. On a participé à beaucoup de festivals français et internationaux, Angleterre, Allemagne, Autriche, Italie, Belgique, La Réunion… etc.

Vous avez donc créé ces nouveaux morceaux sur la route ?

Guillaume Jousselin : Voyager n’empêche pas d’écrire et de composer. Au contraire.Cela nous a beaucoup inspiré.

C’est la première fois que vous sortez un EP.

Sortir un EP en non un album est pour nous une nouvelle façon de fonctionner. On a d’autres chansons sous le coude. Il n’est pas interdit de penser que l’on sorte un vrai troisième album au printemps prochain.

Benoît Savard : A ce propos, j’ai l’impression qu’un EP est moins impactant qu’un album. Les gens qui achètent des disques physiques sont un peu déçus parce qu’on ne peut pas trouver l’EP en magasin. Dans l’inconscient collectif, les gens se disent qu’un EP, c’est un disque transitoire. Ils s’imaginent que l’album va arriver bientôt. Non, c’est vraiment une œuvre à part entière.

Teaser de "I don't speak English".

La chanson "I don't speak English" en audio.

Dans « I don’t speak english , vous vous moquez un peu des groupes français qui chantentLYDLAT2.jpg en anglais.

Benoît Savard : L’idée de base était de faire un clin d’œil à tous les groupes français qui veulent à tout prix chanter en anglais. Nous, nous défendons la chanson française dans le monde, alors on a voulu s’amuser un peu. Mais ce n’est pas méchant du tout. Nous, on ne veut pas succomber à la facilité et à la tentation de chanter en anglais des morceaux plus pop ou plus « mainstream ». Nous sommes dans le sens et décrire du sens en anglais nous paraît très compliqué.

Les deux titres « Hasta la vida » et « Balkan Boogie » sont plus dans l’esprit de vos deux albums.

Guillaume Jousselin : Oui, c’est dans le même style. Mais on continue à chercher à innover, à partir dans des directions un peu nouvelles pour nous. Si ces deux chansons ressemblent à ce que l’on a fait précédemment, c’est dans la façon dont on les a produites.

Êtes-vous en recherche d’évolution musicale?

Benoît Savard : Dès qu’une chanson ressemble un peu trop à ce que l’on a déjà fait, on s’efforce de la modifier.

Guillaume Jousselin : Il faut évoluer tout le temps parce que la musique, elle-même, évolue. Ça nous excite d’emmener la chanson française dans des terrains pas encore fréquentés, en mettant par exemple des pointes électro ou des rythmes hip-hop dessus. Bon, en même temps, on reconnait notre patte dans toutes nos chansons. 

SAUT @ Cre¦üdit Hamza Djenat.jpg

Comment vous perçoivent les pays non francophones ?

Guillaume Jousselin : Selon ce que certains nous disent, nous leur apportons un peu de fraîcheur. Ils ne sont pas habitués à un genre musical comme le nôtre. Ils trouvent aussi que nous sommes généreux sur scène. On n’a jamais eu de problème de public qui n’a pas été réceptif ou qui n’a pas compris notre travail. Même s’ils ne comprennent pas les paroles, le lien se fait immédiatement. Nous nous intéressons beaucoup aux pays dans lesquels nous chantons et le public s’en aperçoit.

Benoît Savard : On dit quelques mots dans la langue du pays, sinon, on parle en anglais et quasiment tout le monde comprend.

aaaa.jpgSur la pochette de l’EP, on voit deux gamins en train de s’engueuler.

Benoît Savard : Il y a une part d’enfance et de jeu. On souligne qu’il ne faut pas se prendre au sérieux et garder son âme d’enfant… innocent.  

C’est un peu vous deux ? Êtes-vous de grands enfants ?

Benoît Savard : Oui, encore un peu. Ce que j’aime dans cette photo, c’est qu’elle fait bicéphale. Comme Guillaume et moi. Nous somme chacun auteur-compositeur et c’est un projet à deux, c’est donc une photo assez symbolique.

Maintenant que cet EP est sorti, que se passe-t-il pour vous ?

Benoît Savard : On n’était pas rentré chez nous depuis deux mois, donc nous allons nous reposer un peu. Très vite, nous allons nous mettre en mode « création » pour la suite. On va mettre en forme les chansons déjà écrites, nous allons les parfaire… et bien sûr, nous en écrirons d’autres.

Guillaume Jousselin : Et sinon, je tiens à signaler une date importante à retenir. Nous serons en concert à la Flèche d'Or le samedi 4 avril 2015.

Musicalement, ça ira dans quel sens ?

Benoît Savard : On n’en sait encore rien, mais on ne se donne jamais de ligne fixe dans la création.

Guillaume Jousselin : Nous sommes très spontanés. Une idée arrive et nous voyons où elle nous amène. Nous allons certainement aborder des thèmes inédits et aller dans des directions musicales influencées par nos voyages. On a déjà testé quelques rythmes différents mélangés aux nôtres et nous sommes plutôt satisfaits. On continue à expérimenter en fait.

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Après l'interview, le 29 octobre 2014. (Nous tentons l'imitation parfaite de la pochette de l'EP.)

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08 décembre 2014

Rodrigue : interview pour #SpectaculaireDiffus

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(Photo : Nam Thai Lai)

rodrigue,#spectaculairediffus,interview,mandorAprès Le jour où je suis devenu fou et L'Entre-Mondes, le lillois Rodrigue sort son troisième album #SpectaculaireDiffus, dans lequel il adresse notamment une critique à la société du spectacle (et à la société tout court). Rodrigue est un nouveau fou chantant, qui met un sacré coup de pied dans la fourmilière chanson. À l'occasion de cette sortie, cet amoureux des mots est venu à l’agence le 20 octobre dernier pour une deuxième mandorisation (la première est ).

Argumentaire officiel :rodrigue,#spectaculairediffus,interview,mandor

Du rock français sans lipstick mais qui flirte insolemment avec la pop, parfois libertaire et
insouciante, souvent sombre et engagée.En solo ou en groupe, avec en sept ans, plus de300 concerts au compteur, trois albums, deux dvds et un livre de nouvelles, le projet a aujourd'huiatteint une maturité et une force sans précédent.Plume à la fois acide et passionnée, l'artiste est inclassable, créatif et survolté.Rodrigue tord les vers et efface les codes pour offrir en live un set qui n'a de cesse d'interpeller et de venir secouer les âmes pour les éprouver. #SpectaculaireDiffus, troisième album, interroge la vérité de l'information, des amours, des émotions. Il interroge aussi ce qu’entretient l’homme face à lui-même, à l’autre, à la société. la poésie et la sincérité comme sérums libérateurs.

C’est un album pop, en français, sans paillettes, ni cotillons, à la fois classe et animal, sensible comme un Boris Vian, désinvolte comme un vieux punk, explosif comme l’absinthe, avec ce petit quelque chose d’un film d’auteur façon Truffaut.

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(Photo : Pierre Urbaniak)

rodrigue,#spectaculairediffus,interview,mandorInterview :

Première constatation, #SpectaculaireDiffus est très bien produit.

D’album en album, je deviens de plus en plus exigeant et l’expérience aide à faire des progrès. Les musiciens qui m’accompagnent et moi « grandissons » aussi et donc, heureusement, nous nous améliorons.

C’est la première fois que tu fais un album avec les musiciens qui sont avec toi sur scène.

Sur mes précédents disques, quand j’avais un réalisateur, je me laissais parfois influencer par eux. Ils souhaitaient travailler avec tel ou tel musicien. Là, comme j’ai été plus indépendant, j’ai effectivement choisi mes musiciens de scène. On se connait pas mal puisque nous jouons ensemble depuis longtemps. On a pris le temps de bien faire les choses, car nous n’avions pas de contrainte de temps pour le studio.

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Rodrigue et ses musiciens. (Photo : Benoît Poix)

A l’écoute de ce troisième album, il me semble qu’il y a moins de folie que dans tes deux précédents, même s’il en reste encore une sacrée part. #Spectaculaire Diffus, n’est-il pas plus premier degré ?

Disons que les chansons sont plus calibrées pour être « grand public », avec de gros guillemets. Par rapport aux autres albums, la créativité se place autre part. Peut-être moins dans l’imaginaire et le fantastique que dans des positions philosophiques. Ce n’est pas un album moins fou. Des chansons comme « 1911 », « International » ou « Mi ange, mi démon » sont un peu borderline quand même.

J’adore « Un petit mot de travers ». Tu y attaques les médias et surtout l’uniformisation de l’information…

Ce sont des sujets qui me touchent, en tant qu’artiste et en tant qu’humain. Nous sommes dans un monde où on ne sait plus ce qui est vrai et ce qui n’est plus vrai. On rentre dans un monde où tout est devenu spectacle.

Clip de "Un petit mot de travers".

Tu chantes «la société du spectacle » de Debord, alors ?

Tu ne crois pas si bien dire.Ma chanson « Sa chatte » aussi est représentative de cette société-là. Mon nouvel album s’habille de ses plus belles parures, ce qui n’implique pas que je chante désormais des chansons mièvres et sans saveurs. C’est pour ça que mon disque se termine en poésie.

Il y a beaucoup de chansons qui n’ont pas de refrain.

Oui, tu as raison. Mais ça monte toujours crescendo. Et à aucun moment il n’y a de propos inutile. C’est un peu parlé-chanté au début et, petit à petit, il y a une explosion des instruments. J’aime casser le système habituel couplet/refrain, tout en restant pop.

Tu n’aimes pas les chansons construites de manière conventionnelles.

Et cela depuis mon adolescence. C’est pour ça que j’écoutais beaucoup de metal. Dans le metal, les groupes ont l’habitude de faire des chansons qui durent cinq minutes et qui finissent par avoir des ruptures assez brutales.

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Peux-tu m’en dire plus sur la chanson « Ta chatte », un chouia provocatrice ?

Ce n’est pas une chanson sexuelle. C’est une chanson sur la société du spectacle. J’explique que, quand on a trouvé un concept, on l’utilise à fond jusqu’à le galvauder. A la base, le concept publicitaire, il est beau. A la base, une femme, c’est beau. Mais, ce qu’on en fait, c’est du spectacle. Je t’avoue que la première fois que j’ai interprété cette chanson sur scène, j’ai pris mon pied. Je savais ce que j’allais faire et je me demandais comment le public allait réagir. Il y a des gens qui avaient le sourire et qui ont commencé à rigoler, d’autres qui me semblaient un peu choqués. J’adore parce que j’ai l’impression de faire quelque chose d’inconvenant.

Je n’aime pas poser cette question, mais dans ce cas, elle s’impose. Pourquoi as-tu appelé ton album #SpectaculaireDiffus ?

Je joue avec le fait que cet album sera pesé, soupesé, comparé, jugé dans un océan de sorties.

As-tu besoin d’être rassuré de la qualité de tes dernières chansons ?

Mais qui n’a pas besoin de l’être ? Je suis comme tout le monde. Quand, toi-même, tu m’as dit tout le bien que tu pensais de l’album, ça m’a rassuré. Quand j’ai vu que des gens m’ont aidé à financer l’album grâce à Ulule, ça m’a rassuré. Je me dis que je ne suis pas si seul dans mon petit monde. Il y en a qui l’apprécie.

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(Photo : Benoît Poix)

rodrigue,#spectaculairediffus,interview,mandorPourquoi prends-tu ton temps entre deux albums ?

Je suis incapable d’en sortir tous les ans. Tous les trois ans, ça me parait bien. Il y a beaucoup de scènes entre deux disques, tu sais.

Ta fan base est fidèle et patiente, alors.

Ceux qui sont là depuis le début sont encore présents aujourd’hui… et ils le sont encore à fond. Cela ne cesse de m’étonner.

Cet album contient aussi pas mal de chansons d’amour. Tu n’en parles ni de manière classique, encore moins de manière positive. Les chansons « Stone » et « La tâche » en témoignent.

Je traite ce sujet universel en choisissant des angles bien particuliers. Dans « Stone », c’est quelqu’un qui se parle à lui-même. C’est un peu schizophrénique. Il parle à sa deuxième facette.  Dans « La tâche », ce sont des questionnements d’amour adultes. Mais l’imaginaire est toujours sous-jacent.

Teaser présentation en live et en clips de Rodrigue...

Dans « La route », j’ai l’impression qu’à la fin, tu te demandes si tu ne t’es pas trompé de chemin, si dans ta vie tu n’as pas blessé des gens, si tu n’as pas été injuste avec telle ou telle personne. Une sorte de chanson mea culpa.

C’est une chanson qui compte beaucoup pour moi, sur l’amour filial.

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(Photo : Benoît Poix)

Sur la pochette, on voit un zèbre et sur tes nouvelles photos « promo », tu es maquillé en zèbre. Pourquoi ?

C’est un animal qui a beaucoup de contradictions. Il ne voulait pas choisir entre le blanc et le noir, il s’est dit qu’il allait prendre les deux (rires). Nous sommes tous un peu rayés. On ne sait pas choisir entre deux directions. On peut être un zèbre avec une crête et être habillé en costard avec une cravate à pois. C’est un peu moi.

Ce que j’apprécie dans ton œuvre, c’est qu’elle n’est pas démagogique…

Elle a pu parfois l’être au début, mais je fais désormais très attention. Je préfère faire des chansons plus sophistiquées et suggérer plutôt que montrer.

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Après l'interview, le 20 octobre 2014. (Notez le petit démon derrière nous...)

04 décembre 2014

Charlie : interview pour Les fleurs sauvages

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Il y a quelques mois (le 7 avril 2014), la chanteuse Charlie a proposé au public son deuxième album, Les fleurs sauvages (AT(h)HOME). A cette occasion, le 16 octobre dernier, nous nous sommes donné rendez-vous dans un bar parisien.

Jolie rencontre pour joli album.

Biographie officielle (écourtée) :1441318_10152290960152457_151735812_n.jpg

La première fois qu’on l’a aperçue, il y a six ans, Charlie était invitée sur le disque de Mauss sur un duo, « Je recherche ». Depuis, Charlie s’est lancée seule sur la route avec un premier album éponyme, emmené par un tube pop « Le sapin ». Elle chantait des chansons enlevées, mais rêvait en secret de climats plus intimes et des formats miniatures. Sa rencontre avec Emmanuel Da Silva va précipiter le rêve en mélodies. Ensemble, ils ont monté un petit atelier de musiciens : Scaba Palotaï aux guitares, Baptiste Brondy derrière la batterie, Jeff Hallam en mode basse et Fréderic Fortuny préposé aux claviers… pour confectionner une dizaine de mini-métrages pop doux-amers.
Charlie voulait du grain, du relief dans le son et du confort dans les arrangements, entendre la noblesse des matières simples, organiser un petit voyage dans des contrées acoustiques ou tendrement électriques.
Emmanuel Da Silva lui a apporté les premiers titres et Charlie s’est glissée dans ces écrins de guitares dans l’écho ; elle a délicatement soufflé ses textes au fil de ces déambulations en apesanteur, épousé ces ballades dans de grands espaces au parfum d’Amérique.
Autour des ingrédients de base, des harmonicas, des pianos droits et quelques cordes vont intégrer la caravane sur la route.
Avec ses acolytes, Charlie s’autorise à parler ses mélodies, ose les cassures dans sa diction, et s’évader de l’orthodoxie pop pour dessiner des ciels changeants. Elle transporte The Kills au pays de Lewis Caroll (« Tout ce qui brille »), XX dans la prose française (« Les vents contraires », « Les pluies ») et rejoint Keren Ann ou Emily Loizeau sur les terres précieuses de la musique d’ici, décomplexée et décadenassée.

1146606_10152290980387457_46690622_n.jpgInterview :

Quelle a été votre première confrontation avec le monde de la musique ?

Avec un copain batteur, on a monté un groupe quand on était au lycée. Petit à petit, on a continué, chacun de notre côté. Je me suis mise à apprendre la guitare et j’ai commencé à créer mes chansons toute seule. Le fonctionnement en groupe ne me correspondait pas vraiment. J’ai appris sur le tas, au niveau de la voix, du chant et de la façon d’écrire. A cette époque-là, déjà, j’ai compris que je n’aimais pas les contraintes collectives.

Pourquoi avez-vous choisi de travailler avec Da Silva ?

J’aimais beaucoup ses albums. J’avais le sentiment que son univers correspondait parfaitement à celui que je voulais avoir. En plus, je savais qu’il avait l’habitude de réaliser des albums pour des artistes.

Il y avait aussi l’envie d’avoir un réalisateur pour ce deuxième album ?

Oui, je voulais être dirigée. Ce qui m’impressionne chez Emmanuel Da Silva, c’est qu’il arrive à se fondre dans l’univers de l’artiste pour lequel il travaille, mais en laissant sa patte et sa couleur. Il se met vraiment au service des artistes. Il a un côté caméléon impressionnant. Il a une grande intelligence de la musique.

"Sans commentaire" en duo avec Da Silva.

Vous avez beaucoup discuté pour qu’il saisisse qui vous êtes ?1486821_10152082356397457_499266391_n.jpg

Tout à fait. On a parlé de ma vie, mais aussi de couleurs musicales, de choix d’instruments et même de choix de musiciens. Nous avons aussi beaucoup évoqué les chansons et leur relief. J’avais beaucoup de morceaux très calmes, du coup, on a co-écrit pour essayer d’avoir quelque chose de dentelé. On voulait éviter le plat et le lisse. Il m’a beaucoup apporté. Le fait d’avoir une vraie direction et une vraie réalisation, c’était nouveau pour moi. Je suis ravie du résultat parce que je n’avais pas envie que mon deuxième album ressemble au premier.

Vous semblez appréciez que les artistes français chantent dans leur langue. Pourquoi ?

La langue française, il faut l’apprivoiser. Plus que l’anglais en tout cas. On peut dire n’importe quoi en anglais, tout passe. Si on transpose n’importe quel tube de Michael Jackson en français, c’est une catastrophe. En anglais, on peut ne pas rechercher les effets de style.

Dans la chanson française, il faut la forme et le fond…

Ça fait beaucoup, mais c’est ce que je trouve intéressant.

"Si seulement si".

10177875_10152318715027457_1077689901_n.jpgEn matière de chanson française, quelles sont vos références ?

Il y a Murat, Daho, Bashung… tous ces grands noms. En artistes femmes, j’aime beaucoup Emily Loizeau et Émilie Simon. J’aime les gens qui ont des choses à proposer en termes d’imageries.

Musicalement, comment pourrait-on qualifier votre album ?

Mon idée de départ était qu’il soit folk, chanson aussi, mais il est devenu un peu pop.

Il y a des chansons quand même intimes… c’est compliqué de les partager ?

Je trouve que ce qui est intéressant dans l’écriture, c’est de raconter des choses personnelles, toujours un peu maquillées et métaphoriques. J’aime quand il faut gratter pour comprendre un texte.

Quand vous écrivez, vous vous dites quoi ?

Je me demande systématiquement quelle histoire j’aimerais que l’on me raconte. J’espère être sincère et moi-même au maximum. Il faut transmettre quelque chose d’immédiat et de spontanée. Quand j’écris, tout est évident. Ça reste un jeu que j’essaie de maîtriser en m’amusant.

Créer pour soi et faire en sorte que cela devienne universel, c’est un peu curieux, non ?

Si je suis vraiment sincère, je dois avouer que je fais d’abord de la musique pour moi. Il y a pas mal de périodes dans ma vie où je n’en joue pas. Quand je n’ai rien à dire ou que je n’ai pas envie, je reste silencieuse. Il faut de la ressource pour créer et des histoires à raconter. On ne peut pas toujours écrire des choses pertinentes et belles.

"Le naufrage".

Vocalement, vous avez une jolie voix, mais il me semble que vous n’êtes pas dans la charlie16.jpgperformance.

Par rapport au premier album, je voulais une interprétation plus simple. Être dans la performance ne me procure aucune émotion. J’essaie d’aller à l’essentiel et de chanter le plus simplement possible. La voix est un outil. Il y a une palette d’interprétations beaucoup plus vaste que sur une guitare et un piano. Je persiste à dire que la voix est plus riche qu’un instrument.

C’est compliqué de perdurer dans l’industrie du disque en 2014 ?

Il faut se battre. C’est une lutte de tous les instants. Il faut être créatif et savoir s’imposer. Rien n’est joué d’avance. Il y a aussi le facteur chance. Tu peux faire de la très bonne musique et ne jamais avoir un focus porté vers toi.

Si vous aimez la scène, est-ce parce que vous êtes une ancienne danseuse ?

Très certainement. Pendant 25 ans, j’ai fait du classique et du contemporain. La scène, c’est un peu chez moi, du coup, je ne peux concevoir ce métier sans ce passage.

Qu’est-ce qui vous inspire ?

L’amour, la simplicité, les voyages, l’introspection, un livre, un film, des images, une photo… Ce que je vis et ce que vit mon entourage aussi. Cela aboutit à des chansons… ou non.

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Après l'interview, le 16 octobre 2014.

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03 décembre 2014

Les Ogres de Barback : interview pour leur 20 ans de carrière

les ogres de barback,fred,alice,interview,20 ans,mandor

(Photo : Pierre Wetzel)

les ogres de barback,fred,alice,interview,20 ans,mandorLes Ogres de Barback fêtent en fanfare (c’est le cas de le dire) leur 20 ans d’existence. Pour l’occasion ils se sont offert depuis le 24 octobre jusqu’au samedi 6 novembre prochain un «joyeux bordel» avec des invités et trois heures de concert tous les soirs.

Les Ogres n'ont pas leur pareil pour dénoncer l'intolérance et revendiquer la liberté. D'autant qu'ils le font avec un talent indéniable. Chansons sans frontières aux mots et aux mélodies suspendues à nos cœurs. Ils ont l’art de mettre en musique les réalités du quotidien qui les touchent, en mêlant poésie et humour. Pétri d’influences diverses, le groupe aime mettre en valeur ses différentes inspirations musicales. Elles vont de la chanson française (Brassens, Renaud…) à la musique du monde, notamment des pays de l’Est, en passant par la scène alternative.les ogres de barback,fred,alice,interview,20 ans,mandor

Pour les fans de la fratrie sort un coffret en édition limitée qui retrace en sons, images et objets inédits vingt ans d’histoire(s) au travers d’un double CD (inédits, collaborations avec d’autres artistes, morceaux live jamais édités…), la réédition de la toute première K7 audio, un 45 tours, les affiches, un portfolio… la totale, quoi !

Je suis allé à la rencontre de deux des quatre frères et sœurs : Fred et Alice, le 15 octobre dernier, à la Maison de la Radio.

les ogres de barback,fred,alice,interview,20 ans,mandorArgumentaire officiel :

20 ans ! Ce n’est même pas l’âge qu’avaient Alice, Mathilde, Sam ou Fred quand ils sont devenus Ogres.

20 ans d’une histoire foncièrement singulière et profondément marquée du sceau de la liberté, à tous niveaux. Une histoire si dense en projets et riches en expériences variées qu’on ne peut ici qu’en exposer les grandes lignes.

20 ans à défendre, sans aucune concession à « l’air du temps », leur conception de la chanson française : décloisonnée et ouverte sur le monde, qu’elle se fasse « classique » ou métissée, acoustique ou électrique, clin d’œil aux glorieux anciens ou directement en prise avec les sonorités du nouveau millénaire, poétique ou survoltée, amoureuse ou contestataire, pour les petits ou pour les grands ou pour les deux à la fois…

En trois phrases :

Télérama – Valérie Lehoux : « Formation culte, dont la longévité ne doit rien ni à la mode ni aux médias » 

Le Figaro – Bertrand Dicale : « En dehors de tous les circuits du show-business, une carrière au succès exemplaire » 

Aujourd’hui en France – Emmanuelle Marolle : « Bienvenue chez les Ogres de Barback, une histoire unique en France » 

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(Photo : Camille Simeray et Lionel Le Guen)

Interview d’Alice et Fred :

Fêter ses 20 ans d’existence, ça signifie quoi pour les Ogres ?

Alice : Ce qui est certain, c’est que nous n’avons pas vu le temps passer. Quand on a décidé de fêter nos 20 ans, on avait l’impression d’avoir fêté nos 10 ans récemment. Comme on a eu des milliards de projets et qu’on ne s’est jamais arrêté, du coup, c’est passé à la vitesse de la lumière.

Fred : Par contre, on a vu les kilomètres passer. On a fait une dizaine de disques, plus de 2000 concerts. Des concerts tous différents ! Assis, debout, calmes, rock'n'roll… On est des boulimiques de travail et de musique. On ne s'est jamais ennuyé.

Vous êtes toujours en évolution et dans l’action.

Alice : Concrètement, en tant que groupe indépendant, c’est difficile d’arrêter. Mais c’est aussi dans notre caractère. On a du mal à ne rien faire. Nous ne nous lassons pas de faire des disques, des concerts et avoir toutes sortes de projets. Quand on a une envie, il faut qu’elle aboutisse, sinon, cela nous frustre.

Retour rapide en images sur 20 ans d'une histoire marquée par la multiplicité et la diversité d'aventures humaines menées en toute indépendance.

On a l’impression que vous consacrez votre vie à la musique.

Fred : Oui, c’est un peu vrai, mais on a réussi à concilier cela avec une vie familiale.

Faut-il décrocher de ce métier parfois ?

Fred : On ne décroche jamais parce que, lorsque nous sommes à la maison, nous préparons le projet d’après. On a choisi un chemin qui est plus fourni que si une maison de disque s’occupait de nous. Nous faisons des réunions pour décider de la pochette,  du livret, de la sortie. On a toujours du boulot. Et je ne parle même pas  de ce qui est administratif.

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Est-ce que votre situation est confortable ?

Fred : Oui. Par chance, ça marche bien pour nous. On arrive à ramener beaucoup de monde dans les salles où nous nous produisons. Je ne vous cache pas qu’avec la chute du disque, on a commencé à avoir peur. Mais on se dit que tant qu’il y a du monde à nos concerts, nous continuons.

Vous avez beaucoup de fans qui vous suivent depuis le début. Ils sont d’une fidélité exemplaire.

Fred : Depuis deux ans et principalement sur cette tournée des 20 ans, on commence à avoir des gens qui nous ont écoutés adolescents. Ils ont arrêté parce qu’ils sont passés à autre chose, puis nous ont redécouvert avec Pitt’Ocha et enfin, reviennent nous voir en concert avec leurs enfants. Vous savez, nous faisons des concerts en essayant de ne pas nous foutre de la gueule des gens. On s’applique et on se donne le plus possible. Quand certaines personnes nous disent que c’est leur 20e concert qu’ils voient de nous, c’est notre récompense.

Pour cette tournée anniversaire, les Ogres se sont acoquinés avec la Fanfare Eyo'nlé, du Bénin.
Retour sur la création de ce spectacle, et premières images de live !

Quand on joue depuis 20 ans, est-ce que la principale difficulté est de savoir se renouveler ?

Alice : On essaie de faire en sorte que les gens qui viennent nous voir tous les deux ans depuis 20 ans n’assistent pas au même concert. La grande question systématique c’est : qu’avons-nous déjà fait et que peut-on bien faire de nouveau.

Pour votre tournée 2014, vous êtes partis avec Eyo’nlé, fanfare béninoise rencontrée il y a quelques années. C’est ça aussi se renouveler ?

Fred : Si on fait le bilan, on a accompagné l’ex chanteur des VRP, Néry, pendant 6 mois. Avec les Hurlements d’Léo, on a tourné pendant deux ans, puis on est parti sur les routes avec une fanfare belge, la fanfare du belgistan, pendant deux ans encore. Entre tous ses projets, nous faisions des concerts un an ou deux seuls. Toutes ces expériences nous ont permis d’aller sur d’autres terrains musicaux et de ne pas s’enliser. Nous, à la base, c’était quatre instruments et de la chanson française traditionnelle.

Et les voyages vous ont apporté beaucoup.

Fred : S’il n’y avait pas eu les voyages, nous ne serions sans doute plus là. Nous avons besoin de nous intéresser à d’autres cultures. Par exemple, la musique du monde est arrivée bien après nos deux premières influences, la chanson française et le rock punk. Ce sont les voyages qui nous ont donné le goût prononcé pour ce genre musical.

Etape 13 - St Etienne - 28.11.14
avec Pierre Perret, Les Tit' Nassels, Reno Bistan, la fanfare Eyo'nlé, et Nico Quintin à la batterie.

Quand vous entendez quelqu’un comme Pierre Perret vous prendre comme exemple de ce qui se fait de mieux dans la chanson d’aujourd’hui, ça vous fait quoi ?

Fred : Je ne sais pas. Je ne comprends pas trop l’importance musicale qu’on nous trouve. J’ai conscience qu’on a rien révolutionné à ce niveau-là. Je sais qu’il y a des gens qui écoutent de la techno, du punk, du hard et qui font référence aux Ogres de Barback. Nous sommes depuis le début sans concession aucune sur notre carrière. Indépendants du début à la fin, donc libres de faire ce que nous souhaitons… et c’est ça qui doit impressionner pas mal de monde.

Vous avez fait le choix de ne pas vous exposer. Pourquoi ?

Alice : On cultive notre non starification. A la fin des concerts, on va voir les gens, on discute avec eux, on peut aller dans un bar avec certains. Nous sommes abordables.

Fred : On ne nous reconnait pas dans la rue et ça nous va très bien. Personnellement, on m’a reconnu trois fois dans la rue en 20 ans de carrière. Ne pas accepter les invitations à la télé et ne pas mettre nos tronches sur les photos… cela nous préserve.

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Après l'interview, le 15 octobre 2014, avec Fred, Alice et quatre membres de la fanfare béninoises Eyo'nlé. 

01 décembre 2014

Interview : Vianney pour Idées Blanches

 

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Quand on fait le métier que je fais, immanquablement, on me demande quel est mon coup de cœur de ces derniers mois en matière de musique/littérature française d’aujourd’hui. Pendant très longtemps, je n’ai su que répondre. J’ingurgite trop, sans prendre le temps d’apprécier à leur juste valeur ce que je lis/j’écoute.

Mais en musique, ça y est ! J’ai un nom. Vianney.

Il a 23 ans et vient de sortir son premier album

Alors qu'il a fait les premières parties de Florent Pagny cette année, Vianney s'est vite fait remarquer, notamment grâce au titre "Je te déteste", qui passe sur les ondes depuis cet été. Depuis le 20 octobre, Idées Blanches est dans les bacs. Ses textes sont soignés, ses refrains entêtants (notamment le titre "Pas là"), sa voix est charismatique et ses mélodies rythmées. Pourtant Vianney ne pensait pas vivre de sa musique un jour, même si depuis ado, il n'a cessé de jouer et d'écrire des chansons. Les douze titres d'Idées Blanches ont été écrits pendant l'été 2013, chez Antoine Essertier, en Auvergne. Vianney est à découvrir en concert le 1er décembre au Zénith de Paris et le 31 janvier au Café de la Danse !

Je suis allé à la rencontre du chanteur le 15 octobre dernier dans un bar de la capitale.

couv via.jpgBiographie officielle :

Ses morceaux ont la couleur et la chaleur des feux de joie, le rayonnement des grands embrasements populaires. Chanteur à textes et à voix, Vianney s’impose avec son premier album. Sans effort ni cliché.

A 23 ans à peine, l’auteur-compositeur-interprète se dévoile entre tempérance et flamboyance. Avec application et fougue, l’autodidacte qu’est Vianney, fraîchement diplômé d’un cursus Haute Couture, tisse la toile de ses rêves et lustre ses accords, qu’il double de bure ou de satin. 

A la sortie du lycée militaire de Saint-Cyr, où il est pensionnaire trois ans durant, Vianney fait d’abord des études de commerce entre la France et Londres, puis une école de stylisme à Paris. Sa passion pour la musique ne date pourtant pas de la veille : dès son plus jeune âge, son père, fin mélomane, l’a initié aux joies d’une discothèque francophone, dorée sur tranche, entre Barbara et Dick Annegarn, Thomas Fersen ou Maxime Le Forestier.

Mélodiste subtil autant que fin styliste, il pratique, comme une seconde nature, l’art du gimmick via 2.jpgmusical. Ses textes empreints de fausse simplicité frappent aussi par leur naturelle bienveillance et une constante acuité portée sur l’autre.

Pour capter l’essence de ce disque, Vianney a fait appel à Antoine Essertier (Daran et les Chaises, Soha, Boulevard des Airs). Au carrefour de la pop et d’une folk vivace, au gré parfois aussi de méandres électro, le résultat de ces sessions studio est organique et très rond. 

Enregistré sur trois semaines en Auvergne, Idées Blanches a également bénéficié de la présence de Julien Tekeyan à la batterie, de son frère Geoffroy à la basse et de Cyril Barbessol au piano.

Idées Blanches : un disque profond, sous des airs légers et des refrains entêtants. Entre chanson d’auteur et variété millésimée, la musique de Vianney construit des ponts. 

DSC09507.JPGInterview :

Tu sors ton premier album à 23 ans et tout le métier parle de toi comme la découverte de l’année.

Il n’y a que l’avenir qui donne raison à ce que l’on dit. Je ne sais pas comment interpréter les commentaires sur ce sujet. C’est génial si tu me dis ça, mais je n’en ai pas encore vraiment conscience. Je sais que mon label a de bons échos, il n’en reste pas moins que le démarrage reste coton.

Coton… c’est à dire ?

C’est-à-dire que rien n’est gagné et qu’il y a tout à faire.

Tes deux premiers singles, « Je te déteste » et « Pas là » ont cartonné. Pour un inconnu c’est extrêmement rare.

Cartonné n’est pas le mot, mais je me suis un peu fait repérer.

Clip de "Je te déteste".

Tu joues de la guitare depuis l’âge de 12 ans. via 6.jpg

Et un peu de piano aussi. Je n’ai pas officiellement appris la musique et quand tu arrives à un certain niveau, ça devient un défaut. Je suis au stade où j’aimerais bien évoluer. Je suis encore un peu limité parce que je ne sais pas lire la musique.

Si tu ne connais pas le solfège,  comment fais-tu ?

Je fais tout au feeling. Je ne suis pas un grand chanteur, mais en même temps, ça fait partie de ce que je suis.

J’ai lu que ton père était très amateur de chansons françaises. Il aimait Dick Annegarn, Thomas Fersen, François Béranger et Maxime Le Forestier, des artistes comme ça.

Pour moi, le plus grand a toujours été Dick Annegarn. Quand j’étais petit, c’est l’artiste qui a provoqué des  trucs chez moi assez contradictoires. Il y a des chansons de lui qui m’énervaient, elles me paraissaient je-m’en-foutiste et pourtant, je les écoutais .J’aime quand quelqu’un de talentueux me perturbe

Tu as eu de la chance d’avoir un père aussi pointu en musique française.

En plus, il est dans la logique de la transmission. Quand il a vu que je savais jouer de la guitare, de son côté, il n’a plus jamais joué. C’est révélateur de sa volonté de transmettre sa culture musicale, l’amour de la chanson française que lui-même a reçu de ses parents et que je transmettrai, moi, à mes enfants.

Il doit être content de ce qu’il t’arrive.

Oui. Et ma mère aussi d’ailleurs. Je peux même dire qu’ils sont très contents. Ils savent que je fais ça depuis toujours, alors ils ne sont pas inquiets. Ils ont conscience que je ne peux que m’épanouir parce que je fais un métier qui m’a toujours passionné. La différence, c’est qu’aujourd’hui, je le pratique à plein temps. Désormais, quand je joue dans ma chambre, je ne culpabilise plus (rire).

Clip de "Pas là".

Via 7.jpgQuand as-tu su que ta voie (et ta voix) allait te mener à la chanson, officiellement ?

Je me suis dit que c’était le chemin à suivre en juin dernier, quand j’ai terminé mes études. Au moment où tous les étudiants partaient en stage, j’ai compris que je n’en n’avais pas envie. J’ai pris la décision de ne faire que de la musique. C’était le bonheur absolu.

Etant donné le succès que tu commences à avoir et tout ce que tu dois doit faire pour te faire connaitre encore plus, promo, scènes, plateaux, je suppose que tu commences à être un peu dépassé…

C’est exactement ça. Je ne contrôle plus grand-chose. Avant, je connaissais toutes les personnes qui étaient derrière mon projet. Maintenant, j’ai des abonnés, des followers, tout ça… je n’étais pas dans ce trip.

Tu n’as pas peur que tout ceci te change ?

Non, je sais que je peux rester honnête. En tout cas, je veux le rester. Je ne me déguise pas. Je suis honnête sur tout ce que je fais et sur tout ce que je dis. Je sais qu’il y a des gens qui lisent ce que je peux raconter et qui peuvent même en penser quelque chose. Je dois donc montrer que je suis fidèle à ce que je chante. Je ne veux surtout pas mentir.

Mais quand tu es sur scène, tu deviens forcément quelqu’un d’autre, non ?

Quand je suis sur scène, je ne dois penser qu’au public, pas à moi. J’ai compris que l’on pouvait faire rêver les gens et c’est quelque chose que je n’imaginais pas. Quand j’étais en première partie de Florent Pagny, lors de sa tournée, je regardais la tête des gens pendant son concert. Je les trouvais éclairés et heureux. Ils écoutent et ont la banane. Du coup, j’ai compris également que je pouvais apporter un peu de bien à des gens.

Et cela met un peu de pression ?

Non, parce que je me présente tel que je suis depuis le début. Je n’ai qu’à continuer ce que j’ai toujours fait. J’imagine que les gens qui viennent à mes concerts sont des gens qui adhèrent à ce que je suis et ce que je fais.


Vianney : "Chanson d'Hiver", extrait de l'album... par francemusique

Il y a beaucoup d’humours noirs, de seconds degrés et d’ironies dans tes chansons… tu esvia 8.jpg comme ça dans la vie ?

Je suis comme ça, en effet. J’essaie de prendre de la distance avec les choses difficiles que je peux évoquer dans l’album. L’humour sert à oublier les soucis ou les envisager sous un angle différent.

Votre album s’intitule « Idées blanches ». C’est parce qu’il est optimiste ?

Oui, mine de rien, il est très positif sur plein de choses. Il y a un soupçon d’idéalisme, voire même de naïveté. On est sur la frontière. Je pense être un idéaliste de plein de choses. Notamment, de l’amour et de l’éthique.

Parfois, il me semble que tu es désillusionné. Dans « Le débutant de l’amour » par exemple. Je trouve curieux qu’à 23 ans, tu écrives ce genre de chanson.

Tu as pris un super exemple. J’ai écrit cette chanson quand j’étais un peu seul. C’était un peu difficile amoureusement. Le constat que je dresse est que l’amour ne fonctionne pas s’il est vécu en dilettante. Il n’y a que l’amour entier qui fonctionne. L’amour ne tiendra pas s’il est à trois, s’il est partagé, s’il n’est pas entier. C’est une vision très idéaliste de l’amour.

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Dans tes chansons, il y a plusieurs couches de compréhensions.

Ce n’est quand même pas ultra métaphorique.

Si. Une chanson comme « Je te déteste » n’est pas interprété  au premier degré.

Disons que c'est chanté au 3e degré autour d'une histoire vraie. C’était la seule et première fois que je détestais quelqu’un. Une jeune fille s’est mal comportée envers moi, celle dont je raconte l’histoire dans « Je te déteste » et « Pas là ».

C’est une sacrée muse, dis donc !

J’ai souffert, mais j’ai tenté de prendre de la hauteur en écrivant ces deux chansons. Il n’y a aucune perfidie, juste de l’humour noir par rapport aux évènements.

via 9.jpgY-a-t-il une chanson au premier degré ?

Oui, c’est « Mon étoile ».

Tu parles vraiment d’une danseuse étoile ?

Oui. Ce titre est assez réaliste et je donne des images qui sont assez claires.

Les gens s’approprient les chansons. Comment tu le vis ?

Il y a beaucoup de choses qui me touchent parce que je constate que l’on a un pouvoir par les mots.

Il y a une puissance tubesque dans tes chansons.

Je ne le fais pas consciemment, mais j’aime l’équilibre entre la chanson et la variété. Je fais en sorte que la mélodie soit accessible immédiatement et que les textes soient dans des degrés divers. Je n’ai aucune vocation à être un artiste incompris.

Veux-tu devenir populaire ?

Si ça veut dire plaire et être compris d’un grand nombre de gens, oui, j’aimerais bien. Mais dans mes chansons, il y aura un contraste entre le haut et le petit niveau.

Ton plan de carrière à l'air réfléchi !

Non, mais toi, par exemple, tu me fais réfléchir à ces choses, mais je n’en avais pas conscience avant d’être confronté à ton regard.

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Comme Stromae, tu as un look un peu désuet.

Je ne le fais pas exprès. Je m’habille toujours comme ça depuis que j’ai huit ans. Je ne changerai jamais mon look, parce que j’ai toujours été comme ça. J’ai toujours porté des chemises. Je me sens nu si je n’ai pas de col. Il y a des chanteurs qui se déguisent très bien.et ça leur va super bien. Stromae est déguisé tout le temps et le résultat est génial. Moi, je ne suis pas fait pour ça.

Sans te comparer à lui, je trouve que vous n’êtes pas aux antipodes dans la façon d’envisager le métier.

C’est gentil de me dire ça. Je ne sais pas si je mérite un tel compliment. S’il y a une carrière idéale souhaitable, c’est la sienne.

Aimes-tu la variété ?

Il y a une certaine variété que j’adore. Pour moi, Joe Dassin était une bête. Polnareff, Delpech, Bécaud… et bien d’autres aussi. Ils ont chanté des chansons d’un niveau très élevé. Aujourd’hui, je trouve le niveau très triste, alors qu’il y a de bons arrangeurs.

Aimes-tu la promo ?

Ça dépend de l’interlocuteur. Si on m’amène dans des directions hors promo, j’aime bien. Cabrel dit que ça ne sert à rien de lui poser des questions sur ses chansons parce que tout est dedans… moi, c’est un peu la même chose.

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Le 15 octobre 2014, après l'interview.

Edit (5 juin 2015):

vianney; idées blanches,interview,mandor,je te déteste,pas làJ'avais hâte de voir Vianney sur scène... parce que ce n'est qu'ainsi que l'on peut juger de la qualité véritable d'un artiste. Et là, je dois dire que je n'ai pas été déçu. 

Au Trianon, le jeudi 4 juin dernier, seul à la guitare (hormis une chanson où un pianiste l'accompagne), le surdoué de la chanson française a conquis/soulevé son public du début à la fin du concert... je n'ai jamais vu une telle performance. Une heure trente de concert sans artifice. C'est rare.

Personnellement, j'aurais aimé parfois la présence de musiciens supplémentaires et de choristes. Mais, bon, les personnes avec lesquelles je suis allé voir n'étaient pas d'accord avec moi. 

On est en tout cas tous d'accord pour prétendre que Vianney est là pour longtemps. Très longtemps. 

Voici un reportage de BFM TV sur la soirée…

Et quelques photos dans les coulisses, après le concert de Vianney.

Ici, selfie avec mon pote Thierry Cadet et le chanteur. 

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Après le concert... il est de coutume de saluer l'artiste quand on le connait un peu. 

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J'ai revu Vianney quelques mois plus tard lors de la 30e édition d'Alors Chante! à Castelsarrasin. Nous avons posé comme deux touristes au bord de la Garonne… 

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26 novembre 2014

Il Divo : interview du français du groupe, Sébastien Izambard, pour A musical Affair

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il divo,sébastien izambard,interview,a musical affair,mandorIl Divo a toujours su lier avec génie l’opéra à la musique pop. Après avoir vendu plus de 26 millions d’albums (dont plus de 800 000 en France), classé plus de 50 titres numéro1 et reçu plus de 160 disques d’or et de platine dans 33 pays, revoici le groupe pour un disque compilant des classiques de comédies musicales françaises et américaines, A musical Affair. Urs Bühler, Carlos Marin, David Miller et Sébastien Izambard chantent des extraits de Notre-Dame de Paris, Les Dix Commandements, Roméo et Juliette, Les Misérables en compagnie de vedettes françaises telles que Florent Pagny, Hélène Ségara, Lisa Angell, Natasha St-Pier, Anggun et Vincent Niclo. Ce septième album reprend aussi Some Enchanted Evening (« South Pacific »), Bring Him Home (« Les Misérables ») ou encore Tonight (« West Side Story »), interprétés avec émotion et romantisme, véritable signature du groupe. Le 21 octobre dernier, dans un palace parisien, j’ai rencontré le seul français du groupe, Sébastien Izambard, de passage pour une demi-journée en France.

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Interview :il divo,sébastien izambard,interview,a musical affair,mandor

Depuis 10 ans, vous n’avez jamais arrêté.

C’est vraiment le cas de le dire. On n’a jamais cessé d’être en tournée et d’enregistrer des disques. Nous sommes des boulimiques du travail. On est dépendant de ça, c’est même notre raison d’être.  Il Divo a marché très vite dans le monde entier, sauf en France d’ailleurs.

Au début, les français vous ont suivi.

Oui, c’est vrai. Pour les deux premiers albums. Mais plus après. Parfois, ça marche moins bien, alors il faut présenter un répertoire différent et essayer de reconquérir le public. C’est un combat de tous les instants. Il est impossible de rester sur nos acquis.

Cela dit, vous avez une longévité exceptionnelle.

C’est vrai. Au début du projet, on était sûr de rien. Pour être honnête, nous pensions que nous allions pouvoir exister quatre ou cinq ans, pas plus.

Nouvel album « A Musical Affair » - version française
16 chansons de légende issues des plus grandes comédies musicales
En duo avec Vincent Niclo, Hélène Ségara, Natasha st-Pier, Anggun, Lisa Angell…

il divo,sébastien izambard,interview,a musical affair,mandorQui a choisi les personnalités françaises qui ont participé à cet album, A musical Affair ?

C’est notre nouvelle maison de disque française, Sony BMG, qui nous a proposé des artistes. J’ai trouvé le choix judicieux parce que les voix sont toutes exceptionnelles. Personnellement, je me retrouve à chanter avec mon copain Florent Pagny. Il m’a connu tout jeune. Je retrouve aussi Vincent Niclo que j’ai rencontré il y a un an dans une émission de télé en Allemagne. Je lui avais dit, dans les coulisses, que ça serait sympa que l’on enregistre ensemble. Le destin est facétieux parce qu’il a réalisé ce que j’ai demandé.

Est-ce difficile de chanter avec des chanteurs de variété ?

Pas vraiment. Ce sont eux qui se sont calés sur nous. Cet album est fait pour nous représenter, pas pour les représenter eux. C’est très égoïste, mais très logiquement, c’était à eux de se plonger dans notre univers. Ils l’ont compris et ont parfaitement joué le jeu. On leur a demandé de ne pas changer leur personnalité. Parce qu’on les aime tels qu’ils sont… sans Il Divo.

Il y a dix ans, Il Divo était le seul groupe qui mélangeait opéra et pop. Depuis, ce genre il divo,sébastien izambard,interview,a musical affair,mandorde groupe pullule.

Oui, nous avons de nombreux enfants (rires). Mon collègue d’Il Divo, Carlos Marin, dit toujours que les gens peuvent faire des infidélités en allant voir les enfants, mais ils finissent toujours par revenir voir papa.

Le groupe est resté le même depuis le début. Il n’y a eu aucun changement de casting.

Parce que personne n’a voulu faire son Robbie Williams. L’ambiance est aussi bonne qu’au début de l’aventure. En plus, maintenant, nous nous connaissons parfaitement et on s’apprécie les uns les autres.

Sébastien, vous habitez en Angleterre depuis 11 ans. Vous ne vous sentez plus français, je suppose ?

Même si j’aime la France, j’ai plus l’impression de faire partie du monde. Mon endroit préféré, c’est le Japon. J’adore aller là-bas. En plus, nous sommes très populaires dans ce pays. J’emmène souvent mes enfants où je vais. Pas tout le temps, mais quand ils peuvent. Du coup, je les sens très ouvert.

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Avec Sébastien Izambard, après l'interview, le 21 octobre dernier.

25 novembre 2014

Laetitia Shériff : interview pour Pandemonium, Solace and Stars

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Dix ans tout juste après la sortie de son premier album et après six ans de relatif silence discographique (si on oublie des albums avec le groupe Trunks, des BO pour des films documentaires, du cinéma, du théâtre, des spectacles de danse, des collaborations à foison…), Lætitia Shériff revient avec son troisième opus, Pandemonium, Solace and Stars, tout aussi furieusement désespéré que doux et salvateur. Un voyage au cœur de la nature humaine. Lætitia Shériff brouille les pistes sans ne jamais perdre en route le cercle de ses admirateurs. Je l’apprécie aussi pour cela.

Le 15 octobre dernier, la chanteuse musicienne est venue à l’agence située à quelques numéros de là où elle a passé son enfance.

laetitia shériff,pandemonium,solace and stars,interview,mandorBiographie officielle :

Contrairement au patronyme qu'elle s'est choisi, Lætitia Shériff n'est pas du genre à (faire) respecter la loi. Elle serait même plutôt de ceux qui la transgressent avec gourmandise, comme en atteste la liste de ses collaborateurs par le passé, tous des vandales de la bien-pensance musicale (l'immense saxophoniste de jazz François Jeanneau, la diva punk Lydia Lunch, le producteur de musiques électroniques Robert Le Magnifique, l'expérimentateur Noël Akchoté ou encore le guitariste polymorphe Olivier Mellano...).

En dix ans, sans aucun plan de carrière réfléchi à l'avance, la chanteuse/bassiste a su laisser son empreinte indélébile sur une poignée de disques exigeants, sous son nom ou bien sous un autre (Trunks), mais également dans des BO de documentaires, au cinéma, au théâtre ou dans des spectacles de danse.

Néanmoins la véritable performance de Lætitia Shériff, c'est de réussir à justement canaliser laetitia shériff,pandemonium,solace and stars,interview,mandorcette soif de liberté, à formater son audace formelle. Son dernier disque, Pandemonium Solace and Stars, est ainsi une petite merveille de rage lumineuse, de désespoir fertile, qui l'autorise désormais à marcher dans les pas d'illustres ainés comme Scott Walker, Neil Young ou Nick Cave. Bien sûr, dans sa discothèque personnelle, on imagine que les disques de Sonic Youth, Dominique A ou The Breeders tiennent également une place de choix. Elle en partage les obsessions en tout cas. Et l'art de la mélodie sournoise.

Elle est épaulée par son vieil ami Thomas Poli (guitariste de Montgomery et collaborateur de Dominique A), le batteur Nicolas Courret (Eiffel) ainsi que la violoniste Carla Pallone (Mansfield.Tya) invitée sur trois titres. Au grain de sa voix, au son de ce disque équilibriste, on sent qu'elle ne triche pas. Qu'elle ne peut pas.

laetitia shériff,pandemonium,solace and stars,interview,mandorInterview :

D’où t’es venue ta passion pour la musique ?

De mon éducation familiale. Il y avait de la musique tout le temps à la maison. J’ai deux grands frères et une grande sœur. Mes parents aussi étaient mélomanes.Tout ce beau monde écoutaient de la musique, mais tendance rock...

Tu as fait partie d’un groupe lorsque tu étais au lycée.

J’étais bassiste. Dans les groupes, il manque toujours un(e) bassiste, alors j’ai réussi facilement à m’intégrer. Pour moi, c’était un moyen d’expression parallèle. Quand tu es adolescent, tu as des choses à dire, mais tu n’y arrives pas forcément. La musique m’a aidé. Même si, à cette époque, j’enregistrais déjà sur magnéto cassette, je ne voulais pas en faire un métier.

Tu es autodidacte. Tu as appris seule la basse et la guitare en jouant avec d’autres musiciens.

Oui, mais je tiens à dire que j’ai pris des cours de solfège il y a deux ans. Comme je suis intervenante dans les écoles, je voulais être au niveau. Il y a un minimum de codes à respecter... et ça rassure les directeurs d’école.

Teaser du nouvel album de Laetitia Shériff : "Pandemonium, Solace and Stars".

Quand tu quittes ton logement familial, tu te retrouves dans un quartier populaire à Lille.laetitia shériff,pandemonium,solace and stars,interview,mandor

Oui, du coup, c’était assez facile de me retrouver à jouer dans des bistrots ou participer à des « open micros ». Après, tout s’est fait naturellement entre 1998 et 2003. J’ai été poussée par des amis musiciens, j’ai rencontré des tas de gens et, finalement, en 2004, c’est la sortie du premier disque.

Quand on commence amateur, on se demande toujours quand on devient professionnelle, non ?

On met du temps à se décréter comme telle, en effet. Quand tu arrives à remplir tes papiers administratifs en indiquant « musicienne » dessus, c’est que tu as franchi un cap. Par contre, j’ai toujours l’impression d’être « artiste en développement ». Ou plutôt « en émergence ». Je préfère ce terme.

Entre ton premier album et celui qui vient de sortir, Pandemonium, Solace and Stars, on sent une évolution notable. Mais ta patte est toujours là. C’est dur de garder le cap ?

Il suffit d’honorer ta musique. Il faut qu’elle continue à te faire du bien. J’essaie de rester spontanée, ce n’est pas toujours facile quand ton travail commence à prendre de l’importance.

"The Living Dead" - Extrait du nouvel album de Laetitia Shériff : "Pandemonium, Solace and Stars.

Réalisation : Marie Larrivé. 

laetitia shériff,pandemonium,solace and stars,interview,mandorTu travailles avec les mêmes personnes depuis longtemps. As-tu besoin de repères durables ?

Oui, ce sont des curseurs affectifs qui font qu’on ne se sent jamais tanguer, même durant les traversées du désert. Dans une carrière, il y a des moments où on stagne. Mais je crois que ces périodes sont nécessaires parce qu'on est en phase d’observation. Tu vas chercher quelque chose qui va te sauver de cette impasse. Moi, je regarde les autres et je m’imprègne du monde dans laquelle je vis.

Ta musique est plutôt sombre.

Ça vient peut-être du fait qu’elle est électrique. Si je suis optimiste, je me sens aussi révoltée et indignée. En utilisant ce son-là, cette électricité, j’espère éviter la démagogie. Dans ma musique, il y a des paysages… c’est plutôt cinématographique. Et puis, je joue avec la complexité du monde et ses paradoxes.

Je te vois comme une laborantine.

Oui, c’est exactement ça. D’où le fait que j’écrive en anglais et que je mélange les sons. A la fin, ça donne quelque chose de brut.

"Fellow", extrait de l'album Pandemonium, Solace and Stars (Froggy's session).

Tu as été l’une des premières à jouer de la musique rock indie.

On me dit ça souvent. Je ne suis pas d’accord parce que nous sommes nombreux et nombreuses à faire ce genre de musique depuis des années. C’est juste une question de curiosité et de visibilité. Comme je suis en période de promo, on me voit pas mal en ce moment, donc on peut se faire une opinion sur ce que je fais… J’ai conscience qu’il y a de nombreux artistes qui existent depuis très longtemps et qui font ce genre de musique-là avec un talent fou.

Outre ta carrière solo, tu diversifies tes activités musicales.

J’ai besoin de la diversité dans ce métier. Il est bon aussi de ce mettre « en danger ».

Comment faut-il aborder ta musique ?

« Elle est ta toi cette chanson… », chantait Brassens. Chacun fait ce qu’il veut d’une chanson. Dans ce disque, j’ai abordé plus de choses. C’est certainement mon disque le plus intime. Il y a un mélange de fantastique et de réalité. J’aborde l’enfer ou les étoiles. C’est à celui qui écoute les chansons de choisir là où il veut aller. Mon disque, s’il fallait que je le schématise, je dirais que c’est comme une journée qui commence mal et qui finit bien.

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Après l'interview, le 15 octobre 2014.

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21 novembre 2014

Raùl Paz : interview pour la sortie de Ven Ven

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(Photo : Christophe Berlet)

Raul Paz s’est toujours senti affranchi. C’est cela qui l’avait poussé à quitter son pays, à l’âge de 24 ans, pour le Brésil, d’abord, l’Uruguay, puis la France. Cela aussi qui lui a permis d’éviter tous les clichés, d’ouvrir une voie musicale sans complexe. Peu de jeunes musiciens cubains ont réussi à séduire un aussi large public : en France, Raul Paz a vendu 200 000 disques, et 300 000 à l’international. Il a atteint un niveau de célébrité à l'international auquel peu de jeunes musiciens cubains osent imaginer accéder un jour, et ce n'est certainement pas grâce à du marketing bien ficelé. Je suis allé à sa rencontre le 13 novembre dernier dans un bar de Cuba... euh... non, dans un bar parisien. Pardon.

raul paz,ven ven,interview,mandorCourte biographie :

Après 200.000 albums vendus en France, et 4 ans d'absence, Raul Paz revient en force avec son dixième album studio, Ven Ven. Enregistré à Cuba avec une section de cuivres, puis mixé à Paris par Florent Livet (Phoenix, Bloc Party, Elephanz, Coeur de Pirate...).

Raùl Paz a toujours voulu s'éloigner des clichés de la musique cubaine, et il a su plonger ses racines dans un bain décapant de musiques urbaines, rap, dub, reggae, funk, créant une musique métissée, chaleureuse et originale. Son authenticité, sa vitalité, sa voix exceptionnelle et le choix de musiciens servant impeccablement sa musique font de chaque concert de Raul Paz un événement. C'est ce qui lui a permis au fil des années et de ses cinq précédents albums de se créer un public fidèle et de plus en plus nombreux.

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raul paz,ven ven,interview,mandorInterview :

Vous venez de sortir votre 10e album… ça devient une belle carrière, non ?

Ce qui est amusant, c’est que l’on commence le métier en se disant que l’on fait un album et tout s’enchaîne rapidement. On ne voit pas le temps passer, mais on travaille, on sort des disques et la vie passe à une allure folle. Là, je viens d’ailleurs de finir mon nouveau disque.

Vous êtes cubain, mais vous avez la volonté de montrer que la musique de votre pays a évolué, s’est modernisée. Est-ce que vous trouviez la musique cubaine « désuète » ?

L’idée n’est pas de montrer que je ne fais pas une musique cubaine, mais qu’au contraire, elle est très cubaine, mais très cubaine d’aujourd’hui. Pour moi, c’est un combat qui est presque politique. La seule façon que mon pays sorte de ce sommeil éternel artistique, qu’on a depuis 50 ans, c’est en démontrant au monde entier qu’on existe dans le monde actuel. Nous ne sommes pas figés dans les années 50 même si nous sommes fiers de cette musique. Personnellement, j’ai besoin de dire autre chose et de manière différente.

Clip de "Ven Ven".

Vous appartenez à un petit groupe d’artistes qui habitait à l’étranger et qui a eu envie deraul paz,ven ven,interview,mandor rentrer à Cuba à  partir de 2005.

Oui et ce groupe s’appelle comme mon album précédent, Havanization. Ce sont des artistes de l’art plastique, du théâtre et de la musique qui sont revenus à Cuba pour tenter d’ouvrir des portes. On commence à avoir les armes pour dire « Ok ! Je peux garder des choses, mais j’ai mon mot à dire. »

C'est l’état Cubain qui est venu vous chercher pour que vous reveniez habiter à Cuba.

Il y a à Cuba une nouvelle génération de politiciens qui tente de moderniser l’art. Ils sont nés avec la révolution, mais ils savent qu’ils ont fait des conneries. Ils ont jeté tout le monde, il faut maintenant en récupérer certains.

Vous n’avez pas eu l’impression de vous faire récupérer par l’état cubain?

Je me suis posé la question. Mais après réflexion, je me suis demandé si moi aussi, je pouvais récupérer quelque chose en étant là-bas, ou, au moins, apporter quelque chose à mon pays. Je me suis senti des responsabilités civiques à donner l’exemple.

Teaser de "Chiquita".

raul paz,ven ven,interview,mandorC’était important de revenir à Cuba pour vous ?

Oui, mais j’avais peur. Très vite, j’ai senti que les gens comprenaient ce que je voulais faire et surtout qu’ils l’acceptaient. Je ne nie pas la tradition et je ne veux surtout pas tuer la musique cubaine. De toute façon, Cuba est un carrefour d’influences.

Votre musique était déjà rentrée clandestinement à Cuba.

Et on me disait que j’étais le symbole de la modernité. Ma musique est aussi bien influencée par la musique cubaine que par la musique européenne. Je voulais montrer que notre musique était autre chose qu’une carte postale.

Entre temps, vous êtes devenu français.

Ça m’a enlevé tous mes complexes. La France m’a accueilli, je suis français, maintenant j’appartiens à ce monde-là. J’en ai fini avec la nostalgie basique.

Vous vous sentez français ?

Oui. Comme vous, j’ai une soif illimitée de liberté. Je peux désormais dire ce que je crois et ce que je pense.

Teaser "Nadie Sabe".

Pour cet album Ven Ven, vous avez écrit 40 chansons pour n’en retenir qu’une dizaine… raul paz,ven ven,interview,mandorvous êtes très productif.

Pour moi, il y a deux mondes. Celui du spectacle et celui de la création. Je compose pour moi et pour plein d’autres artistes. A Cuba, je viens de terminer un album qui est la bande originale d’une télénovela. Toutes les chansons sont de moi, mais sont interprétées par d’autres artistes. J’adore écrire pour les autres. Ici, j’ai écrit pour Florent Pagny par exemple. J’écris surtout pour des artistes espagnols et bien sûr des artistes cubains aussi.

Avez-vous peur que cela s’arrête ?

Honnêtement, je ne vois pas comment cela pourrait s’arrêter. Je compose de plus en plus. Je vais faire la mise en scène de la Traviata. Je dirige un festival dédié à la francophonie à Cuba. On me propose plein de projets, je n’arrive pas à tous les accepter. Non, vraiment, tout va bien dans ma vie.

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Après l'interview, le 13 novembre 2014 dans un bar parisien.

16 novembre 2014

La Maison Tellier : interview d'Helmut Tellier pour Beauté partout

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(Photo : François Berthier)

Que de chemin parcouru depuis la sortie de Beauté pour tous en octobre 2013 pour La Maison Tellier ! Un album unanimement salué par la critique (3 singles playlistés par France Inter, Radio Nova, 4 Clefs Télérama,…), des prestations scéniques remarquées en : France, Etats Unis, Angleterre, Quebec, Belgique et Suisse.

Si vous avez adoré cet album, découvrez maintenant la magie qu'ils dégagent en concert avec Beauté Partout, leur album live. A l'occasion de cette sortie, Beauté pour tous est également réédité en édition deluxe 2 cd (Studio + Live).

Le 8 octobre dernier, Helmut Tellier, le cofondateur et chanteur de la formation normande, est passé me voir à l’agence pour évoquer leur 10 ans de carrière et cet album live… majestueux !

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Argumentaire officiel (écourté) à l’occasion de la sortie de Beauté pour tous:

Lorsqu’en 2010, la Maison Tellier revient pour L’Art De La Fugue, un troisième album en forme d’ode au voyage et à l’errance, on entendait déjà le vent souffler dans les plaines poussiéreuses et le train siffler trois fois tout au loin. Se rappelaient aussi à notre bon souvenir, leurs deux premiers disques (La Maison Tellier et Second Souffle, enregistrés pratiquement à la suite en 2006 et 2007) qui étaient parvenus à réunir les fans de Neil Young, Calexico, Moriarty et les amateurs d’un certain rock français élégant (pensez Dominique A ou Alain Bashung).

la maison tellier,helmut tellier,beauté pour tous,beauté partout,interview,mandorLorsqu’il est question de retourner en studio pour un quatrième opus, Helmut et Raoul Tellier veulent insuffler une nouvelle dynamique à leur musique. Pour la première fois, les deux songwriters écrivent toutes les chansons de l’album ensemble… et en langue française. Exit le chant en Anglais, donc. C’est aussi un moyen se défaire un peu de l’étiquette de cowboy acoustique accolée au groupe depuis ses débuts.

Beauté Pour Tous est à nouveau un récit de voyage. Un voyage dans le temps. Un voyage extraordinaire inspiré de steampunk, des films de Georges Meliès, des illustrations d’Alphonse de Neville et d’Edouard Riou (L’Exposition Universelle) ou par Octave Mirbeau (Prison D’Eden).

Malgré sa grâce et son gout pour le verbe délicat, Beauté Pour Tous est un mélange de saveurs vintage et de textures modernes, de pop et de rock, de Vieux Continent et de Nouveau Monde.

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la maison tellier,helmut tellier,beauté pour tous,beauté partout,interview,mandorInterview :

10 ans de carrière… l’heure des bilans a sonné ?

Je ne regarde jamais en arrière. Avec les autres membres du groupe, on se connait vraiment bien et nous savons aller plus vite à l’essentiel quand nous travaillons des nouvelles chansons ou un live. Franchement, j’ai l’impression que tout est allé vite, d’autant que c’est une suite de hasards qui a fait que l’on s’est retrouvé musicien. Nous n’étions pas partis pour devenir ce que nous sommes devenus.

Racontez-nous ce hasard-là.

Avec Raoul, le guitariste avec lequel j’ai fondé le groupe, on était déjà dans la vingtaine bien entamée. Nous avions allégrement commencé des vies de fonctionnaires bien ennuyeuses. Sans le savoir, lui et moi, nous avions ce rêve-là en nous. Lui était un guitariste chevronné qui jouait dans son coin et moi, j’avais très envie d’écrire des chansons. Tout seul, je ne parvenais pas à me dépatouiller. Il est arrivé et il a mis sa patte et de l’ordre dans mon travail. Nous avons fini par faire des petits concerts dans notre ville, Rouen. Un jour, on est tombé sur un promoteur, un gars qui avait un label et une boite d’édition. Il nous a proposé de faire un disque. Ensuite, tout est allé très vite sans que nous l’ayons voulu et sans que l’on y croie particulièrement.

Considérez-vous comme une chance d’être présent dans le monde de la musique et de sortir des disques depuis 10 ans ?

On n’a jamais réfléchi de manière globale. Ce qui est fait est fait. Il y a plein de choses qu'on aimerait modifier sur les disques qu’on a déjà sortis. Aujourd’hui nous sommes tournés vers l’avenir parce que nous voulons faire perdurer notre carrière. On n’a pas du tout envie de revenir à nos vies d’avant. C’est pour cela que l’on veut continuer à enregistrer des disques et qu’ils soient les meilleurs possible.

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Vous avez une très bonne réputation dans le métier et un public qui vous suit depuis le début, mais vous n’êtes pas encore reconnus par un large public.

C’est cliché de dire cela, mais avoir un public fidèle, que l’on croise au fil des concerts, c’est déjà quelque chose de très important pour nous. Me dire que l’on fait partie de la vie de certaines personnes, c’est un truc qui me touche vraiment.

Vous n’avez pas d’ambition de starification, j’ai l’impression.

On est dans une période où l’on se dit que l’on va essayer de rendre nos chansons plus « populaires » avec de gros guillemets, pour toucher plus de monde et continuer à vivre de notre musique. On ne se contente plus de faire de la musique uniquement pour nous.

Faire des chansons qui vous plaisent et qui plaisent aussi au public. Trouver un juste compromis… Est-ce que vous pensez à cela quand vous écrivez des chansons ?

Avec le temps, de plus en plus. On se rend compte qu’il peut y avoir des petites choses qui peuvent faciliter le lien entre nous et le public. Sur le dernier album, Beauté pour tous, nous avons travaillé avec un mixeur renommé qui excelle en la matière. Il sait créer un son qui peut intéresser les radios, sans dénaturer notre travail. C’est un équilibre subtil à trouver. Aujourd’hui, passer en radio est une question de survie. Nous sommes en quête du tube ultime, un titre qui soit exigeant pour nous et qui pourrait plaire à beaucoup de monde. Dans notre dernier album, Beauté pour tous, la chanson « Sur un volcan », nous a permis d’accéder à un public un peu plus large. Il y a des gens qui sont venus à nous par le biais de cette chanson-là et qui y sont restés.

Clip de "Sur un volcan".

Je trouve votre musique addictive. Quand on commence à l’écouter, on a du mal à s’en extirper.

Merci de le dire. Il y a dans le groupe des maniaques de la composition. Les arrangements sont pas mal travaillés, de ce point de vue-là, peut-être y trouvez vous quelque chose.

Vous-même, je trouve que vous avez évolué dans votre façon d’écrire.

Au début, j’avais tendance à écrire des petites histoires, des mini scénarios. Je me suis rendu compte que ce sont des chansons qui s’épuisent assez vite. Aujourd’hui, j’essaie de trouver l’équilibre entre ça et des chansons un peu plus ésotériques, ce que je ne sais pas encore bien maîtriser. J’aime beaucoup Murat, mais parfois, je reste un peu sur ma faim. Pour moi, ses paroles sont trop poétiques.

C’est amusant que vous me disiez ça parce que je l’ai interviewé récemment pour son dernier album, Babel. Quand je lui ai dit que l’on ne comprenait pas toujours le sens de ses chansons, il m'a répondu que ça lui était complètement égal.

C’est une très bonne attitude de sa part. Il fait ce qu’il veut parce que c’est un vrai poète.

Murat écrit beaucoup. Et vous ?

Je n’écris pas beaucoup. Je suis un besogneux. Je n’arrive pas à écrire dix chansons pour en avoir une. Si le groupe et moi pensons que nous sommes dans la bonne direction dans une chanson, je vais passer beaucoup de temps dessus en essayant de la peaufiner au maximum.

Clip de "Un bon français".

J’aimerais revenir sur le nom du groupe, La Maison Tellier. J’ai l’impression que vous aimez jouer avec le public. Vous avez longtemps fait croire que les autres musiciens étaient vos frères. Ils s’appellent tous Tellier.

Inconsciemment, on a considéré au début que c’était bien de créer un truc un peu mystérieux. C’était aussi une manière de ne pas nous mettre en avant directement. Nous sommes des garçons plutôt réservés. Pour nous, c'était un déguisement, un masque. Les gens pensaient que nous étions frères et nous n’avons jamais démenti parce que, La Maison Tellier, c’est comme une entreprise familiale.

Encore aujourd’hui, je sais que des gens y croient ?

Oui, et ça devient un peu embarrassant parce que cela fait des années que l’on s’amuse avec ça. Nous sentons bien que beaucoup ont envie de croire que nous sommes cinq frangins. Je finis par répondre que nous sommes des frères de sons, des frères qui se sont choisis. Peut-être que le prochain album s’appellera Faux frères et que l’on fera tomber les masques une bonne fois pour toute.

La question qui tue : quel est le style de votre musique ?

J’aime bien dire que nous faisons de la variété. Ce terme est devenu galvaudé, mais ce qui est un fait chez nous, c’est que nos influences sont variées. Je sais que l’on traîne la réputation d’être un groupe de folk. Cela dit, on l’a bien cherché (rires). Aujourd’hui, nous avons l’ambition d’approcher le travail de Bashung qui était à la fois exigeant et populaire et qui a mis du temps à y arriver. C’est un vrai exemple pour nous.

Teaser Beauté partout.

Pourquoi sortir un live ?

Très sincèrement, c’est AT(h)OME qui nous l’a proposé. Nous, nous y sommes allés à reculons parce que nous ne voyions pas l’intérêt de la chose. Personnellement, dans ma discographie, je n’ai pas de disque en concert, je ne suis pas très amateur de cela. On doit au label d’avoir insisté et de nous avoir donné les moyens de faire le meilleur album live possible. A l’arrivée, on est super content du résultat. Je pense que ce disque peut intéresser au moins ceux qui nous suivent depuis le début. Nos chansons en ressortent plus énergiques et reflètent plutôt bien notre travail.

Il y a principalement les chansons de Beauté pour tous.

Oui, et deux ou trois chansons de l’album précédent, L’art de la fugue, ainsi que deux inédits. Dans la prochaine tournée, on fera plus une rétrospective de notre carrière. Nous piocherons dans la cinquantaine de morceaux enregistrés.

Avez-vous le sentiment d’avoir progressé depuis 2004 ?

J’espère. En tout cas, au niveau de ma voix, j’ai enfin l’impression de l’avoir trouvé. Au début, je chantais plus instinctivement, aujourd’hui, c’est plus « maîtrisé ».

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Avec Helmut Tellier, le 8 octobre 2014.

12 novembre 2014

Jean Guidoni : interview pour Paris-Milan

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(Photo : Marc Journeau/ Media Access)

Depuis les débuts de sa carrière à la fin des années 1970, Jean Guidoni a toujours exploré les marges, les à-côtés, et ceux qui s’exemptent des normes. Costume noir de cabaret, maquillage de clown blanc ou bas résilles, le théâtral Guidoni a fait de la chanson un objet de mise en scène. En cela et bien d’autres choses, je l’apprécie.

En fait, j’ai du mal à dire « Revoilà l’artiste ! » parce que le « prodige » marseillais n'était en fait jamais parti. Il s'était simplement orienté vers un répertoire « à dire », donc moins médiatisé, malgré le suivi d'un public constant. Je l’avais d’ailleurs mandorisé une première fois en avril 2007.

Avec « Paris-Milan », Guidoni sort son 13e opus studio, composé de textes inédits d'Allain Leprest. L’occasion pour moi de partir à sa rencontre, le 2 octobre dernier, pour un long entretien (alors qu’il n’est pas précisément amateur des interviews).

jean guidoni,allain leprest,paris-milan,interview,mandorJean Guidoni (mini biographie extraite de ce site):
Interprète d'exception, Jean Guidoni vit ses passions et ses révoltes sur scène, sans jamais simuler. Jean Guidoni est à la fois son et images; chant, théâtre et danse réunis dans un même théâtre, en un même moment.
Quiconque n'a pas eu le bonheur de voir Jean Guidoni arpenter une scène ne peut mesurer l'incomparable talent de cet artiste, qui sait faire vibrer le public à chaque instant, en lui insufflant un fulgurant courant d'émotions tour à tour empreint de tendresse, de violence et d'une profonde vérité.
Jean Guidoni a parfois la réputation d'être un chanteur "noir" mais seul son humour l'est parfois. Le rire n'est jamais absent de ses spectacles et il faut absolument voir ses chansons magnifiques portées par son interprétation.

Le disque et le récital  Paris-Milan :jean guidoni,allain leprest,paris-milan,interview,mandor

30 ans après Crimes passionnels, Jean Guidoni revient avec un nouvel album et un nouveau spectacle, Paris Milan, taillé sur mesure:12 textes inédits d'Allain Leprest habillés par les mélodies imparables de Romain Didier, avec, gourmandise, un duo avec Juliette. L’idée de ce projet est née lors du spectacle : Où vont les chevaux quand ils dorment (hommage à Leprest), il est alors apparu évident que Jean trouvait là un auteur à la  mesure de son talent.

jean guidoni,allain leprest,paris-milan,interview,mandorInterview :

Ce n’est pas votre premier hommage à Allain Leprest.

J’ai en effet participé à l’album Chez Leprest (volume 1) dans lequel j’avais chanté « J’ai peur » et au spectacle Où vont les chevaux quand ils dorment avec Romain Didier et Yves Jamait.

Vous vous sentez proche d’Allain Leprest en quoi ?

L’amour des mots, la façon dont il aborde les choses. Tout est paradoxal dans ses textes et j’aime beaucoup les paradoxes. Il y a aussi un fond d’enfance qui nous lie. Nous avons aussi un désarroi artistique commun. Lui était toujours en attente de quelque chose dans ce métier. Il voulait prouver quelque chose. Moi aussi, d’une certaine manière.

Il représente quoi pour vous ?

Un interprète écorché extraordinaire, fantastique. Je ne le connaissais pas beaucoup, même s’il m’est arrivé de le croiser. Si nos brèves rencontres ont été amicales, je ne peux pas dire que nous étions amis. Je n’ai jamais eu de relations proches avec lui, mais cela n’empêche pas que je lui trouvais un talent fou. Il y a quelques années, j’ai même eu une forte envie de travailler avec lui. L’idée de lui demander de m’écrire des chansons m’a traversé l’esprit plus d’une fois… et puis je n’ai finalement pas osé.

Vous étiez intimidé par lui ?jean guidoni,allain leprest,paris-milan,interview,mandor

Ce n’est pas ça, mais étant moi-même auteur et interprète, j’ai eu du mal à faire cette démarche. On nous aurait présenté officiellement et on m’aurait proposé une collaboration avec lui, j’aurais accepté immédiatement. J’ai beaucoup de respect pour ce genre de parcours d’homme et d’artiste.

Comment est arrivé ce projet de disque Paris-Milan ?

Un soir de répétition d’Où vont les chevaux quand ils dorment, Didier Pascalis, le producteur d’Allain Leprest, me dit qu’il a trois chansons inédites d’Allain et qu’il aimerait que je les chante sur un album en préparation. J’ai accepté. Le lendemain, il revient me voir pour me proposer finalement d’enregistrer tout un album avec uniquement des inédits d’Allain. J’étais sur un autre projet à ce moment-là, je lui ai donc demandé de patienter le temps de m’organiser avec mon équipe. J’avais quand même très envie de le faire, donc, dès le lendemain, je lui ai dit que j’étais partant.

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Avec Allain Leprest et Romain Didier en novembre 2005 après une interview commune.

Vous aviez déjà travaillé avec Romain Didier, donc vous aviez confiance en la musique qu’il allait vous proposer, je suppose.

Tout à fait. Je sais le talent qu’il a et comment il travaille. De plus, j’ai une manière de travailler un peu spéciale. J’aime bien laisser aux gens qui travaillent avec moi toute la latitude pour qu’ils expriment leur créativité au mieux. Je ne veux pas les enfermer dans des idées que je pourrais avoir. Au début de ma carrière, j’étais un peu dictateur et je peux vous dire que ça ne donne jamais rien de bon (sourire).

Vous avez justement votre propre univers qui est immense et intense. Est-ce facile de rentrer dans un autre univers… tout aussi intense ?

Disons que j’ai l’habitude de m’approprier les chansons. Je fais on sorte qu’on ne sache plus qui a écrit quoi. J’essaie de faire du Guidoni de tout ce que je chante. Je respecte toujours l’auteur que j’interprète, mais je ne le sacralise pas. Je peux même dire que je ne me place pas derrière lui. J’ai l’habitude de travailler avec des auteurs de grands talents, alors c’est devenu un jeu pour moi de m’approprier leurs textes.

Vous avez pensé à Allain Leprest lors de l’enregistrement ?

Oui, mais comme s’il était encore là. Je n’ai pas pensé une seconde qu’il était mort. J’ai fait comme si nous avions discuté ensemble de comment il fallait que j’aborde les chansons.

Extrait de PARIS MILAN from TACET FILMS on Vimeo.

Vous avez choisi uniquement des chansons de lui qui n’étaient pas trop intimes. Pourquoi ?

Il incarnait vraiment ses chansons, au même titre que moi j’incarne les miennes. Donc, quand ce qu’il disait dans les chansons me correspondaient trop profondément, je passais à une autre. J’ai pris des textes qu’il n’avait jamais chantés et dont l’écriture ne m’était pas trop personnelle. Je souhaitais qu’ils soient le plus universels possible. Vous savez, pour moi, Leprest est l’équivalent de Prévert. Il est aussi important.

Beaucoup vous adulent de votre vivant.

Pas tant que ça. Je vois bien que, lorsque je sors de ma tanière pour faire des concerts ou la promo d’un nouveau disque, quelques personnes me disent le bien qu’ils pensent de mes chansons. Ça fait plaisir, évidemment. A la base, j’ai l’impression que personne ne me connait et ne m’aime.

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Jean Guidoni... 1000 personnes debout au Théâtre de la Ville pour un Paris-Milan exceptionnel en octobre 2014. 

jean guidoni,allain leprest,paris-milan,interview,mandorVous vous êtes senti un peu « artiste maudit », à un moment ?

Mais tout le temps et encore aujourd’hui. Enfin, ça dépend des jours. C’est selon mon moral. Je fais ce métier pour la scène, alors tant que j’en fais, ça va. Je ne suis pas dans une victimisation de ma condition. Depuis que je fais ce métier, je me suis toujours juré de ne jamais être aigri

Il y aurait de quoi ?

On peut devenir aigri si on s’estime en compétition. A mon âge, je ne suis plus en compétition avec personne. De toute manière, je n’ai jamais abordé ce métier ainsi.

Vous savez que vous êtes très important pour les gens qui aiment la chanson française de qualité ?

Je n’ose le croire. On me dit que certains m’attendent entre deux albums, je veux bien le concevoir, mais j’ai du mal à digérer cette information.

Ecrivez-vous beaucoup ?

J’écris quand je le sens, quand j’ai des choses à dire. Je ne suis pas un fana de l’écriture à tout prix. Ça m’est égal si dans un de mes albums, il n’y a pas une chanson de moi. Il y a suffisamment de bons auteurs.

Ce n’est pas la première fois que je vous interviewe et j’ai la sensation d’être devant unejean guidoni,allain leprest,paris-milan,interview,mandor personne un peu timide.

En fait, je ne suis pas si timide que cela, je ne suis pas un dragueur. Ni amicalement, ni amoureusement. Je me demande toujours si j’intéresse les gens qui sont en face de moi. J’ai toujours ce réflexe d’être sur la réserve. Je suis très liant, mais j’observe les gens avant de l’être.

Vous imposez le respect. Quand on vous voit, on n’a pas forcément envie de vous tapez sur l’épaule.

Je le sais (rires).

Sur scène, vous êtes complètement transfiguré.

Je ne me l’explique pas. Je m’en rends compte et je me demande toujours ce qu’il m’arrive. Je vous assure que je n’en joue pas. Ça vient tout seul. Sur une scène, je suis différent. Je me sens différent. C’est peut-être mon vrai moi qui apparaît, je ne sais pas. En tout cas, j’ai toujours envie de donner généreusement.

C’est difficile de durer dans ce métier ?

C’est surtout dur d’être de nouveau naïf à chaque fois. J’ai toujours envie de retrouver une certaine fraîcheur et de me réinventer. Je tente de me remettre en question et en mouvement constamment. Il faut respecter aussi ce que l’on est devenu avec l’âge.

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Avec Denis Péan (leader de Lo'Jo) et Jean Guidoni le 2 octobre dernier au Café des Ondes. Le premier est fan du second et souhaitait le rencontrer sachant que j'allais l'interviewer juste après lui. Les hasards de la vie...

Et n'oubliez pas...

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11 novembre 2014

Valentin Marceau : interview pour "Défendre Alice" et "Sybille Kill"

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La dernière fois que j’ai reçu Jérôme Attal, avant de me quitter, il me demande si je connais le jeune chanteur Valentin Marceau. Je réponds par l’affirmative. Je déballe même ma science infuse en lui ajoutant qu’il était le leader du groupe BoXon avant de se lancer en solo… mais qu’à part ça, je n’en sais pas plus.

Comme Jérôme a écrit pour lui pas mal de chansons pour son album à venir (dont les deux premiers singles, « Défendre Alice » et « Sybille Kill »), j’ai décidé de me pencher sur le cas de ce jeune artiste en devenir.

Ainsi, Valentin Marceau est venu à l’agence le 8 octobre dernier.

valentin marceau,sybill kill,défendre alice,interview,mandor,boxonBiographie officielle (légèrement écourtée) :

L’histoire de Valentin Marceau commence quand il est jeune avec l’inspiration. Celle de Bob Dylan et des grands du rock, qui lui transmettent l’amour du chant et de la guitare et marquent de leur influence folk et rock le paysage musical de Valentin.

Puis vient la passion des instruments alors que Valentin grandit : piano, ukulélé et guitare n’ont à ce jour plus aucun secret pour lui.

Valentin veut quelque chose de beau, de sincère et de vrai. La recherche de la mélodie et de l’harmonie pour la musique, un message à faire passer dans ses textes, Valentin a beaucoup travaillé avec Dominique Blanc-Francard, le réalisateur de son premier album, A nos amours, sorti en juin 2013. Valentin fait voyager et raconte avec poésie et romantisme des histoires auxquelles tout le monde peut s’identifier.

Et l’histoire continue de s’écrire aujourd’hui sur un nouvel album à paraître prochainement. Où rêve et réalité continuent de se mélanger pour conter des histoires. Où Valentin s’épanouit encore et raconte le film de la vie tel qu’il la conçoit aujourd’hui : entre doutes et espoirs, entre joies et peines, empreint du désir irrépressible d’en vivre pleinement chaque instant. Un album concocté entre Lille, Paris, Bruges, Biarritz et la Touraine dans lequel Valentin s’est entouré d’auteurs de talent comme Christian Vié ou Jérôme Attal, le tout réalisé par Tristan Salvati.

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valentin marceau,sybill kill,défendre alice,interview,mandor,boxonInterview :

Quand et comment as-tu commencé à jouer de la musique ?

Mon père est un vrai mélomane. Ma mère aussi, mais plus discrètement. J’ai donc grandi dans une maison où on écoutait beaucoup de musique, même si on n’en faisait pas. Par contre, mon père est dessinateur et ma mère travaille dans l’événementiel, j’ai donc quand même vécu dans un milieu artistique. Mes parents ont plein d’amis musiciens et un jour, l’un de leur pote a amené une guitare à la maison… c’est comme ça que j’ai commencé.

Très vite, tu t’es dirigé vers le rock.

J’ai même commencé avec le metal, parce que mes grands-cousins en écoutaient. A 11 ans, je chantais du hardcore aigu et j’avais les cheveux longs. Je faisais partie d’un groupe de rockers au collège. C’est un style vers lequel je me suis vite éloigné parce que je me suis rendu compte que ce n’était pas ce qui me plaisait. Très vite, j’ai découvert Nirvana et leur mélodie et leur sensibilité m’ont beaucoup plus parlé que ce que j’écoutais auparavant.

Le groupe auquel tu as appartenu, Boxon, n’était pas très rock, non ?

Ah bon ! Tu trouves ? On était quand même guitare-basse-batterie et on essayait de mettre le feu partout où l’on passait. Je suis d’accord avec toi sur le fait que ce n’était pas du grunge.

Je trouvais ça « pop » énergique.

Oui, ça me va aussi. J’ai toujours défini mon travail comme de la pop folk.

A l’époque de Boxon, écrivais-tu tes textes toi-même ?

Oui. Sur mon premier album, A nos amours, aussi d’ailleurs.

Pour toi, le contenu des propos est-il important ?

Primordial. C’est impossible pour moi de défendre une chanson à laquelle je ne crois pas. Je l’ai déjà fait sur mon premier album et je peux te certifier que ça ne marche pas. Aujourd’hui, on est dans une ère où la pop ne privilégie pas les paroles, je trouve ça dommage. L’essence d’une musique est ce que l’on raconte. Le fond et le style sont importants. C’est pour ça que travailler avec quelqu'un de la trempe de Jérôme Attal est riche d’enseignements.

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Pendant l'interview.

Pourquoi as-tu décidé soudain de laisser le soin à d’autres d’écrire pour toi ?

Ça s’est fait tout seul. Un jour, j’ai moins écrit. Je suis arrivé à une période de ma vie où je n’ai plus eu d’inspiration. J’ai toujours mis plus de temps à écrire un texte qu’une musique. Pour moi, composer est beaucoup plus intuitif. Quand j’ai rencontré Jérôme, j’ai vu sa facilité et son talent, ça m’a calmé (rires).

Vous vous êtes rencontrés comment avec Jérôme ?

Aux Rencontres d’Astaffort. Il m’impressionnait parce qu’il était capable d’écrire plusieurs textes par nuit. Il ne dormait et ne mangeait presque pas. Je considère que Jérôme est une machine de guerre. Ce qui m’a rapproché de lui, c’est que j’ai vite compris que, sans avoir son talent, j’écrivais des textes qui n’étaient pas aux antipodes des siens. J’avais une ambiance d’écriture poétique et de climat, un peu à la Noir Désir ou Bashung. Jérôme à l’art de mélanger ce climat avec quelque chose de plus défini et de plus construit. Il m’a apporté vraiment beaucoup. On travaille ensemble aussi pour d’autres artistes. Vraiment, j’espère que notre collaboration va perdurer. Avec lui, j’ai l’impression d’être un vrai groupe de rock (rires).

Vous n’êtes pourtant pas de la même génération.

Mais Jérôme, c’est un éternel jeune. J'ai l'impression qu'on a le même âge.

Tu vas sortir un album prochainement, la date n’est pas fixée, mais pour le moment, tu sors quelques singles.

J’insiste sur le fait que le but est de sortir l’album au bout. J’ai l’impression que les maisons de disque signent de plus en plus les artistes au single. Je trouve ça dommage, parce que pour découvrir un artiste, il faut aller en profondeur. J’imagine que les labels ne veulent plus prendre de risque en ces temps difficiles.

Clip officiel de "Défendre Alice" (texte de Jérôme Attal).

valentin marceau,sybill kill,défendre alice,interview,mandor,boxon« Défendre Alice » est un succès radio. C’est encourageant.

Il y a eu beaucoup d’engouement autour de cette chanson. Le clip sur internet a vraiment bien marché (note de Mandor : près de 500 000 vues) et j’ai fait pas mal de concerts et de plateaux grâce à ce titre.

Dans ton album, actuellement en cours d’enregistrement, il y a pas mal de ballades, je crois.

Oui, mais elles ne seront pas sirupeuses. La production qu’il y aura derrière va les booster. C’est un album que nous souhaitons assez rock.

Je sais que tu as déjà ton home studio.

Oui, il me permet de travailler continuellement sans me soucier de l’argent et du temps. Le luxe de la génération à laquelle j’appartiens, c’est que l’on a le MacBook et qu’on peut tout faire avec. Pour le disque qui arrive, j’ai fait toute la pré-production et ensuite, on est passé en studio avec Tristan Salvati qui m’aide à rendre les morceaux plus puissants et efficaces.

J’ai eu l’opportunité d’écouter certains de tes prochains titres. Tes chansons ne sont pas aussi lisses qu’elles en ont l’air. Je décèle derrière elles quelqu’un d’un peu torturé.

Je le suis complètement. Ma vie est une catastrophe, mais ce n’est pas grave, c’est ce qui m’aide à persévérer dans ce métier. J’ai envie de dire et sortir beaucoup de choses qui sont en moi. Je ne suis pas quelqu’un de super bien dans ma peau et en ce moment. Pour tout te dire, je suis en pleine période de doutes intenses. Je remets tout en question sur ce que je fais. Par exemple, hier, je suis resté chez moi, complètement contemplatif. Je n’ai rien fait à part réfléchir sur comment j’allais axer de manière la plus intelligente possible cet album.

Souvent, la chanson aide à sortir la tête de l’eau.valentin marceau,sybill kill,défendre alice,interview,mandor,boxon

Ça aide même un peu tout le monde. En cas de malheur, écouter une chanson peut-être une putain de thérapie incroyable. Quand tu écoutes une chanson et que tu as envie de pleurer, c’est une sensation curieusement agréable. Quand je chante, j’ai la même sensation, mais en encore plus fort. Bon, je n’ai pas envie de jouer les artistes maudits, parce que ce n’est pas ce que je suis non plus. J’ai ma vie, j’ai ma famille, j’ai mon entourage avec lesquels je suis bien.

Ce besoin d’être sur scène, c’est pour te prouver des choses ? Et pour prouver des choses aussi à ta famille ?

Il y a quelque chose de cet ordre-là, tu as complètement raison. C’est un métier où tu n’es jamais pris au sérieux, sauf si on te voit beaucoup à la télé. Ce qui n’est pas encore mon cas. C’est débile parce que ça ne change rien à notre qualité d’artiste et à ce que l’on fait, mais c’est comme ça.

Mais tes parents croient en toi ?

J’ai toujours été soutenu par ma famille. J’ai juste envie de leur prouver qu’ils ont eu raison. J’aimerais qu’ils soient fiers de moi. C’est important.

Clip officiel de "Sybille Kill" (texte de Jérôme Attal).

valentin marceau,sybill kill,défendre alice,interview,mandor,boxonJ’ai lu que Grand Corps Malade et Jean-Louis Aubert t’ont aidé à te faire connaître. Peux-tu m’expliquer comment ?

J’ai rencontré Jean-Louis Aubert chez Dominique Blanc-Francard, chez qui je faisais mon premier album. Il faisait le sien dans le studio voisin. Parfois, il venait écouter ce que l’on faisait. Plus tard, j’ai lu qu’il parlait de moi dans une interview comme sa dernière "découverte musicale". Bon, après les médias en ont fait tout un truc du genre « c’est le protégé de Jean-Louis Aubert »… en fait, ce n’est jamais allé si loin. Mais, je pense qu’en disant cela, il savait ce que ça allait engendrer derrière. Alors, je le remercie pour ce coup de pouce là.

Et Grand Corps Malade ?

Je l’ai rencontré comme Jérôme aux Rencontres d’Astaffort. On s’est bien entendu et on a beaucoup échangé. Il a accepté de parler pour mon EPK en disant des choses très sympas sur mon premier album et sur ma musique en général. Ce genre de soutien permet à un jeune artiste d’y croire et de continuer à rêver. C’est motivant, car on commence à percevoir une proximité avec ce milieu qui n’est pas facile d’accès. Bon, après, il ne faut pas se leurrer, l’évolution n’est pas radicale. J’avance petit à petit.

Lentement, mais sûrement, quoi !

 Il y a des artistes comme Zaz et Stromae qui ont fait « boum » sur un titre. Aujourd’hui, on est dans une conjoncture où tout le monde recherche son « boum ». Je trouve dommage qu’on oublie qu’il y a des artistes qui avancent progressivement. Moi, à 23 ans, je ne suis pas un artiste qui fait « boum ».

On ne laisse plus le temps aux jeunes artistes de se développer. Personnellement, je trouve cela déplorable.

J’ai quand même de la chance. J’ai un manager qui croit en moi depuis que j’ai 16 ans et qui ne me lâche pas malgré les hauts et les bas que j’ai traversés. C’est une sacrée chance. Et j’ai une maison de disque, Play On, qui est patiente avec moi. Ils ont sorti mon premier album qui n’a pas bien marché, mais ils ne me lâchent pas non plus. En ce moment, le succès de « Défendre Alice » et de "Sybill Kill" rassure tout le monde. Quant à la suite, personne ne la connait...

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Après l'interview, le 8 octobre 2014.