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23 août 2013

Clément Bénech : interview pour L'été slovène

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« Dans l’été slovène, Clément Bénech est un guide épatant, drôle et subtil, que l'on accompagne le sourire aux lèvres d'un bout à l'autre d'un périple semé d'embûches » explique Alexandre Fillon dans le magazine Lire. C’est tout à fait ça ! Ce livre m’a emballé. Comme m’a emballé l’auteur la première fois que je l’ai rencontré. C’était le 14 avril 2013, au Salon du Livre 2013 de Provins. J’anime ce salon chaque année depuis 4 ans et je passe de table en table pour interroger quelques minutes un maximum d’auteurs possible. Quand je suis arrivé à Clément Bénech, j’ai posé quelques questions simples sur son livre et il m’a répondu de manière si surréaliste qu’il m’a fait marrer. Je me suis dit : « Toi, mon gars, je vais lire ton livre et je te mandorise »… Voilà qui est fait. Donc.

clément bénech,l'été slovène,interview,mandorClément Bénech est venu à l’agence le 11 juillet 2013. Je me suis arrangé pour que l’entretien garde une tournure un peu « sérieuse », mais ça n’a pas toujours été évident. J’apprécie ce garçon. Il n’a que 22 ans et il m’impressionne beaucoup. Un auteur et un esprit à suivre. On n’a pas fini d’en entendre parler…

L’histoire :

Cet été-là, il part avec Eléna en Slovénie, pour changer d'air. Mais très vite, tout vient contrarier l'intimité du jeune couple : la traversée à la nage d'un lac glacé, une nuit passée dans un parc, un accident de voiture, une chatte en chaleur dans leur chambre d'hôtel, rien ne se passe comme ils l'espéraient. Dès lors, ce périple chaotique semble déteindre sur leur relation au point qu'ils finissent par ressembler, l'un pour l'autre, au pays qu'ils traversent : aussi familier que mystérieux, aussi énervant qu'attendrissant. Avec beaucoup d'humour et de subtilité, Clément Bénech nous offre les instantanés d'un amour qui décline et qui, malgré la bonne volonté des deux amants, court inexorablement vers sa fin.

clément bénech,l'été slovène,interview,mandorInterview :

Tu as eu une scolarité particulière…

En primaire, j’ai sauté une classe. Ma grand-mère m’a appris à lire très tôt, du coup, je lisais donc beaucoup. J’ai arrêté en 6e, presque complètement. Pendant tout mon collège et mon lycée, je ne m’intéressais qu’au Basket. J’achetais des magazines de basket. Je vivais basket constamment.

Tu faisais donc le minimum syndical en classe.

Voilà. Je lisais juste les livres obligatoires. Je suis très exclusif dans mon tempérament. Quand j’ai une passion, ça devient obsessionnel.

Aujourd’hui, c’est la littérature qui t’obsède.

Au point que je me dis que je fais l’impasse sur plein de choses. Le cinéma, par exemple. Je ne connais rien.

Comment es-tu passé du basket à la littérature, alors ?clément bénech,l'été slovène,interview,mandor

Un jour, ma mère m’a offert un livre sur le basket écrit par Harlan Coben. C’était un polar sur le monde de la NBA et ça m’a beaucoup intéressé. Ensuite, j’ai lu d’autres livres de lui. La transition s’est faite en douceur finalement. Après j’ai lu Le portrait de Dorian Gray, d’Oscar Wilde. Ce roman a été mon entrée dans la grande littérature. Le côté fantastique de ce livre s’est senti par répliques dans ce que j’écrivais : venir insérer dans un endroit très réaliste une histoire complètement improbable. C’est étrange, ce n’est jamais de la science-fiction. C’est juste un détail. Ca ressemble un peu à un rêve où tout est normal, quand soudain, un truc bizarre…

C’est amusant que tu parles de détails chez Oscar Wilde, parce qu’en te lisant, j’ai remarqué très vite qu’il y en avait aussi beaucoup dans ta façon de raconter. Tu vas te focaliser sur quelque chose qui n’est pas essentiel, mais qui finit par passionner le lecteur.

Je crois que ça, c’est une similitude avec la psychanalyse. La psychanalyse est un univers qui m’intéresse beaucoup, plus dans son côté vision du monde que guérison. Dans ce que j’écris, ce qui me passionne, c’est comment un petit détail va être ressassé et analysé. Souvent un détail en psychanalyse, ça va cacher des choses gigantesques. C’est ce que j’aime bien dans les récits de Freud.

Tu as l’air de t’être régalé à écrire ce livre.

Oui et d’ailleurs, c’est une condition sine qua non de la littérature. Il faut qu’il y ait une jubilation. J’aime bien sentir cette jubilation chez les autres. Il se trouve que je la sens, plus particulièrement dans les récits autobiographiques ou autofictifs, mais il y a des écrivains comme Éric Chevillard qui arrivent à créer cette jubilation avec des choses qui sont à des années-lumière de lui en créant des mondes originaux.

Tu aimes les bons mots, les jeux de mots. Tu as un sens de la formule assez sidérant.

L’humour, c’est un état d’esprit et une vision du monde. J’ai été un peu élevé dans ce sérail. J’ai un père contrepétographe. Du coup, dans ma famille, on a une culture humoristique. Mon père ne va jamais dire un truc directement. Il va toujours le modifier. Il ne peut pas m’envoyer un mail, sans mettre un mot à la place d’un autre. D’un côté, c’est bien, mais du coup, j’ai du mal avec le solennel.

Ton couple est étrange. Le jeune homme et la jeune femme sont différents, mais au fond, ils sont pareils.

Ils ont un reste de complicité quand même. Nous suivons dans mon livre la fin d’un amour qui a duré assez longtemps. Ils n’arrêtent pas de se parler, ils sont incapables de se taire.

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Ils sont jeunes, beaux, sportifs, ils ont tout pour plaire. Ils sont un peu agaçants, en fait. Ce narrateur, est-ce qu’il te ressemble ?

Je pense qu’il est un peu plus tranchant que moi, un peu moins conciliant et peut-être un peu plus cavalier, un peu plus osé dans ce qu’il fait. Moi, je suis un peu retranché.

Que pensent tes parents de ton livre ?

Ils sont assez fiers, je crois. Ils sont inquiets, car j’ai une vie universitaire un peu chaotique. Comme j’ai écrit, c’est devenu ma priorité. Cette année, j’ai bossé pour avoir un concours de journalisme. Je vais étudier à Bordeaux l’année prochaine. Je suis retombé sur mes pattes, donc, mes parents étaient contents.

Tu souhaites devenir journaliste spécialisé en quoi ?

Je ne sais pas encore. Je verrai cela plus précisément quand je serai dans cette école.

Tu as eu 22 ans, fin avril. Tu sais que publier chez Flammarion à cet âge-là n’est pas très courant. Ce n’est pas un cas unique, mais…

Ni un Cahuzac.

Ah d’accord ! Je la note et j’en ferai un statut. Sérieusement, ça fait quoi à ton âge d’être publié dans une grande maison d’édition après avoir essuyé quelques refus ?

Ça a été dur d’imposer mes 3 premiers romans. Le troisième avait quand même attiré l’œil de Flammarion. Ça a donc été plus rapide pour publier le quatrième.

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Pourquoi as-tu choisi comme lieu de vacances la Slovénie, qui est un pays qui ne fait pas forcément rêver à la base.

C’est un peu mon goût du paradoxe. J’aime bien ce côté un peu bizarre. On se dit tous : « Qu’est-ce que c’est que ce pays ? » J’y suis allé deux fois en vacances. Une fois en été avec deux amis, une fois en hiver avec une fille.

Si elle l’a lu, elle a dû se sentir visée.

Elle l’a lu. Mais, avec elle, le voyage s’était plutôt bien passé. J’y retourne en septembre parce qu’il y a l’euro de basket 2013.

Je n’ai pas été emballé par le pitch de ton livre. Un couple qui part en Slovénie et qui s’emmerde, je schématise, mais bon… il y a plus romanesque. Et pourtant, je me suis régalé.

C’est très difficile pour moi d’expliquer mon livre aux gens. Je suis obligé d’utiliser la forme « il y a ». Il y a un chat, il y a un lac… c’est ma manière d’écrire. J’ai des visions comme ça, des choses que je veux absolument mettre. Même si c’est très éloigné, je vais les tirer pour essayer de les faire rentrer. C’est ce qui relève de mon travail dans l’écriture. Essayer d’emmener des choses qui normalement n’auraient pas pu rentrer. Après, dans la marmite, je vais essayer de faire un truc  qui finira par ressembler à quelque chose.

J’ai appris des choses essentielles, comme «comment calmer une chatte en chaleur ».

C’est une histoire que l’on m’a racontée. C’est amusant parce que la chatte en question s’appelait vraiment Swann… et il se trouve que ce sont les 100 ans de la sortie de « Du côté de chez Swann » cette année et que j’adore Proust. Je n’avais pas calculé.

Je te sens dans la même veine que Pierre Desproges.

En terminal et en première année de fac, j’ai commencé à vouloir écrire en lisant Modiano et en découvrant les sketchs de Desproges. Les deux en même temps. J’ai tout lu et vu de Desproges. Je suis très attiré par son côté pince-sans-rire et son côté vaguement absurde. La minute nécessaire de monsieur Cyclopède est un truc essentiel. En ce moment j’écris un petit feuilleton que j’aimerais proposer à France Culture qui est un peu dans l’esprit cyclopédien.

56 minutes de La minute nécessaire de monsieur Cyclopède.

Il semblerait qu’il se passe quelque chose autour de toi… tu t’en rends compte ?

C’est difficile de se rendre compte. J’ai une bonne presse, mais j’ai du mal à me mettre dans la disponibilité d’esprit de me dire « il y a d’autres gens qui me lisent ».

Quand le livre est sorti (en mars dernier), tu t’es senti un peu dépossédé ?

Tu te dis : « Est-ce qu’il ne faut pas le rattraper », « est-ce que j’ai bien fait de sortir ce livre ? », « est-ce qu’il ne fallait pas attendre le prochain ? »… toutes ces sortes de questions.

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Ma première rencontre avec Clément Bénech (le 14 avril au Salon du Livre de Provins 2013).

Je sais que tu as commencé un nouveau livre.

Il se passe à Berlin et c’est un portrait de femme. J’ai déjà le titre : Lève-toi et charme.

Flammarion est au courant ?

Vaguement (rire).

Quand tu écris, tu es dans le doute ?

Pour L’été slovène, pas trop, parce qu’il m’habitait vraiment. Je me disais que même si les lecteurs trouvaient cela mauvais, ce n’était pas grave. J’avais besoin de le faire. Je ne m’étais pas vraiment posé la question de savoir si c’était bon ou pas. Le roman que je viens d’attaquer suscite plus cette question.

Comment peut-on plus douter sur un livre que sur un autre ?

C’est une question de proximité avec soi-même. Quand on a quelque chose qui nous est très cher, on se pose moins la question. Et quand on se met à construire un peu plus une intrigue, des personnages, un univers, on se demande plus comment il va être reçu.

Et quand on s’est fait remarquer avec un premier roman, il y a une pression supplémentaire pour le suivant.

Oui, il y a le mythe du deuxième roman. On verra bien. Je n’ai pas une tradition de barrer ce que j’ai fait. Je garde beaucoup.

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Le premier jet est souvent le meilleur ?

Voilà. C’est en partie lié avec la psychanalyse. Le côté instinctif est primordial quand j’écris. Si ce n’est pas vrai dans les phrases, c’est au moins vrai dans les sujets et dans les idées. Je vais rarement abandonner une idée. Je vais la remanier éventuellement. Un truc qui pour moi va provoquer une espèce de vision, une image rétinienne, je ne veux pas le mettre au rebut.

Je suis fasciné par les écrivains qui arrivent à être objectifs sur leur propre travail. Tu y parviens toi ?

C’est un peu paradoxal, mais je crois qu’on n’écrit jamais mieux qu’en faisant taire le lecteur en soi. Il ne faut pas se demander comment ça va être reçu. Moi, je suis incapable de me lire. J’ai un réflexe de recul quand on me montre un texte à moi.

As-tu un premier lecteur ?

J’ai de très bons amis qui me lisent. Je crois qu’il faut être capable de faire la part des choses. C’est aussi ça être auteur. C’est parvenir à choisir, à trancher, même quand on te fait des remarques. Pour ce roman, j’avais un lecteur privilégié qui était Jean-Baptiste Gendarme. Au début, j’ai publié dans sa revue, Décapage (voir la très ancienne mandorisation de Jean-Baptiste Gendarme).

Tu écris tous les jours ?

J’attends d’être un peu habité. Je me force très rarement. Ma méthode est simple : j’attends de savoir tout ce qu’il y aura dans mon roman avant de le commencer. J’écris souvent la nuit. Je trouve beaucoup d’idées pendant que je m’endors et au moment du réveil. Il y a toutes les idées qui valsent un peu. Ce que j’aime en littérature c’est faire se rencontrer des choses qui ne sont pas amenées à se rencontrer. Par exemple un chat et un coton-tige. Du coup, ça créé une espèce de foudre.

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17 août 2013

Manitas de Plata : les dessous de son appel à l'aide.

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1076946_10151788830688674_1623340026_o.jpgJ’ai passé beaucoup de temps dans mon enfance, l’été, à La Grande-Motte. Et j’ai toujours entendu parler de Manitas de Plata. La star connue dans le monde entier (93 millions d'albums vendus) a choisi d’y élire domicile il y a 35 ans. Très souvent, je l’ai croisé, je l’ai même parfois interviewé (voir à gauche). Gamin, je me souviens l’avoir vu stationner dans sa Rolls près de la plage pour signer des autographes. J’avais de lui l’image d’un artiste toujours souriant, flambeur et entouré constamment de jeunes et jolies femmes. Manitas de Plata fait partie de mon enfance. Une madeleine de Proust, en quelque sorte.

Comme l’indique sa fiche Wikipédia, « Manitas de Plata est aujourd'hui considéré comme le plus grand guitariste flamenco au monde bien que controversé par les puristes traditionalistes de l'école académique espagnole, du fait de son analphabétisme et de son non-académisme. Manitas reste pourtant l'artiste du monde flamenco, toutes tendances confondues, qui aura le plus vendu d'albums dans le monde, artiste toujours respecté et aimé justement de par son art extraordinaire. Manitas de Plata a rencontré les personnes les plus influentes du monde artistique, économique, littéraire et politique, toutes subjuguées par l'art, la personnalité de l'artiste à la fois modeste, quelque peu narcissique, mais toujours si attachant, émouvant et authentique… Manitas de Plata est et restera l'un des plus grands artistes du XXe siècle. »

Et cet artiste aimerait finir sa vie dans son petit studio de La Grande-Motte.

Manitas de plata répond aux questions de Denise Glaser en improvisant les réponses avec sa guitare.

Peu avant de partir en vacances cette année de nouveau dans cette ville balnéaire, je découvre une interview de son ex-compagne, Nathalie Stickelbaut, dans le Midi-Libre

(Lire l’article ici, pour comprendre la suite de cette mandorisation un peu particulière).

Dans cet article, elle explique les soucis financiers de l’artiste et espère que son inquiétude suscitera un élan de solidarité de la part de ceux qui n’ont pas oublié qui est Manitas de Plata.

Elle en appelle à la mobilisation pour permettre au génial Gitan d'avoir une fin de vie décente.

Mais voilà, à la suite de la parution de cet article Nathalie Stickelbaut en a pris pour son grade. Beaucoup de personnes ne comprennent pas comment Manitas a pu en arriver là. Beaucoup aussi ne comprennent pas pourquoi, il faudrait l’aider lui et pas les autres. Beaucoup disent qu’il suffit de placer Manitas de Plata dans une maison de retraite. Allez hop l’artiste ! A la niche ! Certes, cela reviendrait beaucoup moins cher que d’employer des gens 24 heures sur 24 pour le garder à domicile, mais ce serait le tuer (excusez du détail !).

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Manitas avec Pablo Picasso.

Non, il ne faut pas que Manitas de Plata finisse ce qui lui reste à vivre dans une maison de retraite.

Parce que sa santé est précaire. (Il n’est pas raisonnable. Pensez-vous, il continue de fumer un paquet de cigarettes par jour malgré les recommandations des médecins).

Parce que tous ses souvenirs glanés ici et là après des années de carrière sont amassés dans son studio. Que tous ses souvenirs, c’est sa vie. Il est inenvisageable de lui demander de s’en séparer.

Et surtout, parce que quelqu’un qui a fait rayonner la culture de son pays dans le monde entier à le droit, il me semble, à quelques égards. Un artiste, ça se chouchoute, ça se protège. C’est une pierre précieuse. Quand elle a brillé de toute sa splendeur, tout le monde était bien content de l’admirer, maintenant qu’elle perd ses éclats, il est injuste et ingrat de l’abandonner.

Manitas dans l'émission anglaise Top of the Pops en 1971.

Un artiste donne du plaisir, change la vie des gens, permet à tout le monde de s’évader du triste quotidien que nous vivons. Un artiste est fragile, parfois inconséquent, mais toujours généreux et provocateur de bonheur immédiat. Une douce lumière dans le chaos sombre de nos cerveaux et de nos petites existences.

manitas de plata,appel à l'aide,nathalie stickelbaut,la grande-motte,mandorJ’ai trop lu à la disparition d’une personnalité qu’elle est « décédée seule, malheureuse et abandonnée de tous ». Évitons cela à Manitas de Plata. Il est temps de le faire.

Bien sûr qu’il y a des combats plus importants à mener. Ce n’est pas à moi qu’il faut dire cela, j’en mène d’autres… mais, aider un artiste n’est pas un combat anodin. Les vendeurs de rêve sont des gens à part. Il faut les protéger quand ils ont besoin de nous. C’est la moindre des choses. Ils nous ont donné, donnons-leur en retour. Même un peu.

J’ai pris contact avec Nathalie Stickelbaut. Je lui ai expliqué qui j’étais et ce que je souhaitais faire pour l’artiste. Très vite, elle a accepté de me recevoir chez Manitas. En sa présence, évidemment. La rencontre s’est donc tenue le 31 juillet dernier. (Quelques jours après le passage de France 3).

(Je tiens à dire que la démarche de Nathalie est complètement désintéressée. Je l’ai vue s’occuper de l’artiste devant moi, j’ai lu dans les yeux de l’un et de l’autre la tendresse qui les unit. Je précise cela, car nous sommes dans une époque où la suspicion est presque une règle de vie. « Pourquoi fait-elle tout ça ? » Parce qu’ils se sont aimés réellement et qu’elle ne supporte pas de le voir finir sa vie ainsi. C’est tout. Elle n’a aucun intérêt à entreprendre toutes ses démarches. Ça ne lui apporte, pour le moment, que des soucis…)

manitas de plata,appel à l'aide,nathalie stickelbaut,la grande-motte,mandorInterview:

Nathalie, pourquoi cet appel ?

Quand on n’a pas trop de relations, c’est difficile de joindre ceux qui peuvent aider. Et les personnes du métier que je réussissais à joindre ne pouvaient rien faire pour lui. Je manque de contacts et de réseau. C’était un peu difficile pour moi, en étant seule à la Grande-Motte de trouver les ressources nécessaires pour aider Manitas à vivre chez lui.

Du coup, vous avez contacté le Midi-Libre. Vous avez dit des choses qui ont choqué certaines personnes… D’ailleurs, après cet article, vous n’avez pas été épargnée.

De façon un peu naïve, j’ai donné le montant de sa retraite. Pas mal de personnes ont perçu moyennement la chose. Ils ont dit qu’avec cette somme-là, on pouvait vivre décemment. Effectivement, on peut vivre correctement, si on est en bonne santé. Vivre chez soi, quand on perd son autonomie et qu’on a besoin de quelqu’un 24 h sur 24, ca coûte très très cher. Il faut employer 3 personnes pour qu’elles puissent se relayer.

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Sur les murs de Manitas.

Puisqu’il n’a pas les moyens de rester à domicile, on vous reproche de ne pas le placer dans une maison de retraite, vous répondez quoi ?

D’abord que moi, je ne décide rien. Je l’aide, c’est tout. Manitas vit dans son tout petit studio à la Grande-Motte depuis 35 ans. Il a accumulé ici, au fil des années, tous ses souvenirs : affiches, photos, médailles que lui ont été remises par des municipalités. Toute sa vie est là. Ici, c’est comme un petit musée Manitas de Plata. L’enlever d’ici, ce serait le tuer.

Nathalie, vous comprenez que des gens qui ont les mêmes soucis que Manitas soient choqués qu’on le favorise lui et pas eux.Manitas-Marlon.JPG

Je le comprends parfaitement. Mais Manitas est une figure de la musique. Il a fait beaucoup pour le rayonnement de la France. Il a marqué la musique dès les années 60 et 70 en apportant quelque chose de nouveau.  Il a été adulé par des millions de personnes. Je pense qu’il mérite de finir sa vie, tranquillement, chez lui. Il a été l’ami de Chaplin, Picasso, Brando… il a côtoyé la Terre entière…

Il y a eu d’autres mauvaises réactions ?

On me reproche de faire appel au Conseil Général ou aux mairies. Pourquoi pour lui, alors qu’il y a plein d’autres personnes à aider ? J’ai entendu ça des dizaines de fois.

Vous craignez que l’on vous reproche de demander un passe-droit ?

Un peu. Moi, je pense simplement que le fait de rendre publique une situation peut parfois accélérer les choses ou permettre de bénéficier des droits normaux dus à toute personne… Alors que la célébrité peut avoir l’effet contraire.

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Sur les murs de Manitas.

Combien il faudrait par mois, pour que Manitas puisse rester chez lui.

Il a déjà sa retraite. Il faudrait environ 5000 euros par mois en plus pour lui permettre d’avoir quelqu’un avec lui 24 heures sur 24.

C’est beaucoup. Je pense qu’il faut être clair, vous souhaiteriez quoi de la part des gens qui liront cette interview ?

En priorité, trouver de l’argent. Que d’autres artistes se mobilisent. Que des associations d’aide aux artistes se mobilisent. Au début, j’ai fait appel aux fans et ça a choqué… avec une association, j’espère leur proposer par exemple des loteries. Certains artistes se sont manifestés pour proposer des photos qu’ils avaient faites de Manitas. Un artiste a proposé de faire une lithographie originale que l’on pourrait vendre au bénéfice de Manitas. À propos d’action, une association de Montpellier organise une soirée le 7 septembre prochainau château de Grammont à partir de 19h00. Les bénéfices de cette soirée lui seront reversés. (Pour en savoir plus, cliquez ici !)

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Le 31 juillet 2013, Manitas de Plata, très fatigué, mais tenant à participé à l'interview...

Manitas dans un programme TV des années 1975 avec les siens et son improvisation d'une rumba magique et orientale.

Il y a des personnes qui se sont proposées pour s’occuper bénévolement de Manitas.

Oui, c’est très touchant. C’est une grande aide, mais ce n’est pas une situation viable à long terme. C’est beaucoup trop instable et précaire.

Y a-t-il eu déjà des premières retombées suite à votre article du Midi Libre.

Oui, du coup la Carsat de l’Hérault s’est penchée sur le dossier de Manitas. Le souci est qu’il n’avait jamais demandé cette retraite, il n’a donc jamais eu la retraite « droits ouverts » du régime général de la Carsat. Là, du coup, ses droits vont être activés. À partir du mois prochain, il va toucher quelques centaines d’euros en plus. C’est le premier effet positif. D’autres organismes m’ont signalé des aides ponctuelles possibles prévues dans leur fonctionnement standard et dont Manitas n’avait jusqu’à présent pas bénéficié.

Si les gens veulent donner de l’argent, il faut procéder comment ?

Nous venons d’avoir le certificat de dépôt auprès de la Préfecture pour « Manitas de Plata Association ». Pour l’instant le plus simple est de faire un chèque à l’ordre de « Manitas de Plata Association » et de l’adresser à « Manitas de Plata Association - Le Temple du Soleil - Bât. F - 272 rue F. Mistral - 34280 LA GRANDE MOTTE ». Le site de l’association est en cours de création, nous proposerons très bientôt d’autres modes d’aide. Web à venir : http://www.manitasdeplataassociation.com.

Manitas joue pour Brigitte Bardot dans les années 70.

Nathalie, que fait La Grande-Motte pour lui ?

A la mairie, ils me répondent que c’est un luxe de vivre chez soi quand on est plus autonome et qu’il a les moyens d’aller dans une maison de retraite. Une mairie n’a pas de fonds prévus pour aider les personnes dans sa situation à vivre chez elles.

manitas de plata,appel à l'aide,nathalie stickelbaut,la grande-motte,mandorManitas, vous avez envie de rejouer de la guitare ?

Bien sûr.

Vous rejouez ?

Ça m’arrive. En 5 minutes tout revient.

Vous vous sentez bien ?

Oui. Je suis un peu fatigué, mais ça va.

Ca vous plait de rencontrer des journalistes ?

Oui,  je vois des gens, c’est bien. Ça me plait beaucoup. Je sais que vous venez pour m’aider.

Vous êtes bien dans ce studio ?

Oui, mais personne ne vient me voir. Je suis tout le temps tout seul.

En Camargue, Manitas de Plata improvise avec Bambo, Manuel Arenas, son neveu et les siens, une rumba dont il a le secret.

Nathalie, pourquoi vous êtes-vous lancée dans ce combat ?

Je connais très bien Manitas, j’ai partagé sa vie pendant 10 ans : je sais qu’il ne pourrait vivre ailleurs. J’ai pu constater après ses 4 jours d’hospitalisation en début d’année dans quel état il est revenu : il ne parlait plus, il ne bougeait plus… C’est revenu petit à petit. Mais j’ai pris encore plus conscience à quel point c’était important qu’il puisse continuer à vivre chez lui. Il a des besoins simples : ses cigarettes, ses souvenirs autour de lui et la vue sur la mer. Mais il n’est plus autonome et personne ne peut trouver seul les moyens nécessaires pour assurer son maintien à domicile en toute sécurité, alors avec son plus jeune fils Fernando nous avons décidé de rendre cette situation publique pour mobiliser un maximum de personnes.

Pour l’image de Manitas, tous ces articles dans la presse, ce que je vais faire sur mon blog, ça ne va pas donner une image négative du personnage ?

Certains articles avec des titres à sensation ont pu choquer. Mais, au final, on retiendra tout ce qui a été bénéfique, à commencer par l’élan de générosité des gens, les témoignages de sympathie, les aides des uns et des autres. Vous savez, ça faisait longtemps que Manitas ne voyait plus grand monde. Là, il rencontre du monde et ça a pour effet de lui apporter de l’énergie supplémentaire. Ça l’oblige à être toujours impeccable, à bouger, à sortir... Mais je pense qu’il préférerait revenir à la lumière pour une raison plus artistique.

(Dernières informations qui m’ont été confiées pratiquement sous le sceau du secret: Manitas de Plata souhaite s’entraîner à la guitare chez lui, mais il aurait besoin d’un petit ampli pour mettre sur sa guitare sèche…  là, aussi si un bienfaiteur pouvait faire quelque chose. Il aurait aussi besoin d’un fauteuil roulant plus confortable pour pouvoir sortir plus.)

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Nathalie Stickelbaut, Manitas de Plata et Mandor dans le studio de l'artiste le 31 juillet 2013.

11 août 2013

Laetitia Chazel : interview pour Drôle de genre

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J’ai déjà mandorisé Laetitia Chazel, il y a moins d’un an, à l’occasion de la sortie de son premier roman, Le dégoût. Il a d’ailleurs reçu à cette époque le Prix du roman du mois des Espaces culturels Leclerc et Télé 7 Jours.

En cet été 2013, elle revient avec un second livre, Drôle de genre. Une enquête sociale mâtinée de polar menée de main de maître. L’écriture de Laetitia Chazel est sans fioriture et précise. Elle a l’art de nous inciter à tourner la page suivante de manière compulsive. Laetitia Chazel fait désormais partie des auteurs que je suivrai avec attention et que j’accueillerai ici le plus souvent possible…

Le 26 juin dernier, nous nous sommes donnés rendez-vous à l’agence pour une deuxième rencontre.

drole-de-genre.jpgLe mot de l’éditeur :

À 40 ans, Janis-Pearl, capitaine de la Brigade des Mœurs vit seule avec son chat à Paris. Après une enquête qui tourne mal par sa faute et son entêtement, elle quitte la police. Comme elle vient d’hériter de son père, rock star déjantée des années 70, elle projette d’acheter une maison dans les Alpilles où réside Jade, sa seule amie. Elle n’a pas uniquement hérité d’une jolie fortune de son père, elle tient son prénom aussi psychédélique que l’était sa mère, emportée ad patres par les paradis artificiels. Et pas mal de blessures sans nom.

Installée chez Jade et Toni qui tiennent une maison d’hôtes, flanquée d’un mentor en la personne du voisin Victor, Janis se lance dans sa nouvelle vie avec application. Jusqu’au moment où près de là, une petite fille, placée dans une famille d’accueil, disparaît. Contre toute attente et malgré son expérience, Janis refuse de se mêler de l’affaire. À l’inverse, elle se passionne pour les révoltes et désarrois d’Emma, la fille du couple de notables dont elle envisage d’acheter la maison. Persuadée qu’Emma est battue par son père, l’ex-flic de la brigade des Mœurs prend fait et cause pour l’adolescente. Elle accepte de l’aider au point d’organiser un chantage.

Que cherche donc Janis-Pearl, cette drôle de fille d’un « drôle de genre » ? Quel est ce secret dont elle est incapable de parler ? Quelles ombres risquent-elles de surgir des ténébreuses affaires dans ces Alpilles en plein soleil ?

L’auteur :

Née en 1963 dans le Gard, Laetitia Chazel vit entre Paris et un hameau près d’Uzès dans le Gard. Après avoir exercé ses talents dans le monde de la publicité, elle est aujourd’hui scénariste et romancière. Elle a publié Dégoût en 2012 (Alma éditeur). Drôle de genre est son second roman.

DSC08251.JPGInterview :

Après le dégout, déjà un deuxième roman. Tu sors un livre par an, comme Amélie Nothomb finalement ?

L’idée, ce serait d’en sortir un par an, jusqu’à l’année prochaine. Le 3e est prêt pour la même époque. Entre Dégout, Drôle de genre et le prochain, dont je ne te donne pas encore le titre, il y a l’idée d’explorer l’idée de manque. Dans Dégout, c’était le manque du sens de l’odorat et du goût, dans Drôle de genre, j’évoque plutôt le manque affectif et la solitude et dans le troisième, ce sera le manque de liberté. Après, j’arrêterai et je passerai à autre chose.

Tu veux éviter toute référence autobiographique dans tes livres. Pourquoi ?

Beaucoup d’écrivains racontent leur vie, je ne vois pas en quoi la mienne aurait un quelconque intérêt pour les lecteurs. Dans Dégout, j’ai voulu tellement m’éloigner de moi que j’ai pris un homme comme héros. Pour Drôle de genre, j’ai pris une fille, mais je pense qu’elle est assez différente de moi.

Ton héroïne est très attachante, je trouve.

C’est marrant parce qu’il y a des gens qui la détestent. Un journaliste qui a écrit un papier sur mon livre a affirmé que c’était « le genre de personnage qu’on adore détester et qu’on déteste adorer. »  

Je n’ai pas du tout eu ce sentiment-là, parce que tu expliques bien tout ce qu’elle a vécu. Les problèmes qu’elle a subis étant jeune, ses problèmes de manque de confiance dans le cadre de son travail en tant que policière.

Moi, je l’ai faite très solitaire, très isolée, mais j’ai voulu qu’elle s’ouvre. Elle part vers le soleil chez des amies de manière positive. C’est pour ça que j’insiste, quand la petite fille disparaît, sur le fait qu’elle n’en a rien à faire. Elle veut juste acheter sa maison, vivre une autre vie et ne surtout pas replonger dans une nouvelle enquête policière, ne plus remettre les pieds dans sa vie d’avant. C’est pour ça que les gens se sont dit « elle est étrange cette fille, un enfant disparaît, elle refuse de s’en occuper ». Moi, je l’aime beaucoup Janis.

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Il y a plein de fausses pistes dans ton livre.

Oui. Tu commences le premier chapitre, tu te dis que c’est un roman policier, le deuxième chapitre, elle n’est déjà plus policière… et ainsi de suite. Quand elle arrive dans le sud, on pourrait se dire que ça prend la tournure d’un téléfilm de France 3. Il y a quelqu’un qui arrive dans un petit village et comme par hasard, il y a une disparition. Je voulais qu’autour de ses fausses pistes, mon héroïne continue à rester droite dans ses bottes.

Ce qui est certain, c’est qu’elle n’a pas des réactions communes à celles que pourraient avoir d’autres personnes dans des circonstances similaires.

Je pense que son manque réel affectif et cette peur de l’amour, qui deviennent évidents quand Victor arrive dans l’histoire, font de cette femme une personne qui n’est pas comme tout le monde. Je pense que si Janice était assise avec nous, on sentirait quelque chose émaner de sa présence un peu différente de nous. Enfin j’espère.

chazel320_973319694_north_320x.jpgTu en parles comme si le personnage existait.

Parce que pour Bart, le héros de Dégout, beaucoup de gens sont venus m’en parler dans les signatures. Ils me disaient d’embrasser Bart pour eux ou de le saluer. Je trouvais cela étrange et même saisissant. Du coup, il est devenu un peu existant. D’ailleurs, je lui ai dédicacé Drôle de genre. Le prochain sera donc dédicacé à Janice, c’est déjà prévu. Si tu veux, je ne suis pas du tout amoureuse de mes personnages, mais j’ai l’impression qu’ils prennent corps après les avoir imaginés.

Il y a des personnages de ton livre auxquels je ne parviens pas à m’attacher. Victor, par exemple. Il est vénal et velléitaire. Ça fait beaucoup pour un seul homme. Je m’étonne que Janice envisage la possibilité d’entretenir une relation avec cet homme.

C’est la première fois qu’elle a une telle proximité avec un homme. En plus, elle vit avec lui et il est gentil. Et comme il a côté un peu déprimé parce que sa femme l’a quitté, il ne voit plus ses enfants, il a un côté touchant quand même. Il n’est pas fait pour être super sympathique, mais pour Janice, il est quand même une sorte d’appui.

Ton livre est un peu sociétal. Il se passe dans un petit village du sud de la France. Il y alaetitia chazel,drôle de gens,interview,mandor un couple de femmes homosexuelles qui tient un mas. Une jeune fille disparait. On les accuse directement…

Oui, en plus, elles ont des hôtes qui sont homos, ce qui n’arrange rien. J’ai lu quelque part que c’était un combat contre l’homophobie. Il se trouve que ce livre est sorti en plein milieu de ces histoires de mariage pour tous, mais je l’ai écrit l’année dernière. Moi, je vis dans un village, dans le sud  et j’entends bien ce qu’il se passe. Je pense que l’homophobie est prête à rejaillir à n’importe quel moment…  les gens sont bien intégrés et soudain, quelque chose ne va pas et hop ! On en profite pour faire une différence de traitement. Les homos y sont forcément pour quelque chose… Mais, tu ne m’as pas dit, tu as aimé alors ?

Oui, beaucoup, sinon tu ne serais pas là. Et comme le départ frise le polar, je me suis dit que tu devrais te lancer dans ce genre carrément.

Pour le moment, je ne me vois pas écrire un policier. Il faut que j’affine mon style et que je le trouve davantage. C’est pour cela que j’écris un livre par an. Je vais avoir 50 ans cet été et je me dis qu’il faut que j’y aille à fond. Dans la symbolique, j’ai fait de la pub pendant 20 ans, je n’ai plus de temps à perdre pour la littérature. À chaque fois, ça va être un peu polar et enquête sociale.

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Tu décris la complexité de l’âme… aucun de tes personnages n’est manichéen.

J’adore l’idée d’avoir beaucoup de personnages très différents et faire naviguer tout ça. Ils représentent ce que nous sommes tous. Personne n’est tout rose et tout noir. Quand tu sais cela, tu peux jouer avec tes personnages.

Tu t’y retrouves comment avec eux ?

Je fais rire tout le monde chez Alma. Un jour, je leur ai expliqué comment je travaillais. J’ai des fiches personnages. Je me fais une bible pour chacun d’eux. J’écris une histoire autour d’eux et ensuite, je réunis tout le monde.

laetitia chazel,drôle de gens,interview,mandorComment se passent tes relations avec Alma ?

Il faudrait leur demander, mais moi, j’ai l’impression qu’elles sont bonnes. J’étais tellement contente qu’ils me choisissent pour Dégout. Ils débutaient, moi aussi. Ca créé des liens. Ils ne savent pas vraiment où je vais, mais ils me font confiance. Le livre que j’écris actuellement, ils connaissent à peu près l’idée, j’ai écrit une centaine de pages, pour l’instant, personne ne m’a demandé de les montrer.  

Tu retravailles beaucoup avec eux, je crois.

C’est un truc qui m’est resté de la pub. Toute la journée, on te refait faire le travail effectué.  Je n’hésite jamais à reprendre quand on me fait des remarques. Il y a eu 5 versions pour ce livre, 5 versions pour Dégout. Pour moi, ce ne serait pas la meilleure solution de m’enfermer en me disant que j’ai raison. Il faut savoir accepter de dire oui à ce qu’on te propose de modifier, pour que la fois où tu dis non, on respecte ce non. C’est du donnant donnant. Il y a des choses sur lesquelles il ne faut pas transiger.

Tu relis ton livre à haute voix avec ton éditrice…

J’aime bien le son des mots. Tu vois, mon système de phrases avec les adjectifs accolés, je trouve que ça sonne. Ce n’est pas du rap, mais c’est la même idée. J’aime quand c’est efficace.

Et c’est très efficace. On reconnait bien là, la fille de pub. 546580_10151113282349189_636423167_n.jpg

Il n’y a pas longtemps, tu as mandorisé Grégoire Delacourt, qui lui aussi vient de la pub… il n’emploie pas le mot efficacité, mais on fonctionne un peu de la même façon. On a la même culture.

Lui est conscient que la pub l’a aidé à trouver des formules.

Mais moi aussi. Nous avons sans doute des automatismes. Il y a une forme de cousinage entre nous.

Parle-nous de la couverture illustrée par Loustal.

Il a été contacté par Alma. Il a reçu quelques extraits du livre et il s’est fait raconter l’histoire. Quand j’ai vu l’illustration arriver, j’ai été assez bluffée. Elle reflétait parfaitement l’ambiance du livre. Mais Loustal, tu l’as compris, je ne le connais pas en vrai.

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23 juillet 2013

Keen'V: interview pour Ange ou démon

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-Ce que tu fais, à priori, c’est l’antithèse de ce que j’aime. J’ai 46 ans et je ne corresponds pas du tout au public visé. Mais ça m’intéressait quand même de te rencontrer. Par curiosité.

-Merci de ta franchise. Je comprends parfaitement que mon travail ne te touche pas.

-Mais, j’ai bossé sur ton disque comme je le fais sur n’importe quel autre disque que je traite habituellement et je dois dire que j’ai été surpris par tes chansons calmes et émouvantes comme « Mon père », « Elle nie l’évidence » ou « Malgré moi ». Ce sont réellement de très bonnes chansons. Je te suivrais presque avec intérêt si tu développais ce côté-là de ton répertoire.

-Moi, pour le moment, je suis bien avec ce que je fais et j’adore les morceaux rythmés que tu n’aimes pas. C’est dans celles-ci que je me sens le plus à l’aise et que j’aime le plus chanter… Tu sais, moi je chante pour faire danser et amuser les gens. Donner un peu de légèreté dans ce monde quand même pas mal obscur, il n'y a rien de déshonorant...

C’est ainsi que nous avons débuté notre conversation/interview avec Keen'V, le 9 juillet dernier dans au bar d’un hôtel parisien.

Voilà tout à fait le genre d’artiste vers lequel je ne viens pas naturellement. Et c’est (aussi) ce que j’apprécie dans mon métier. Rencontrer quelqu’un qui ne m’inspire pas un intérêt grandiose (voire même qui m’indispose textuellement et musicalement) parce qu’un des médias pour lequel je travaille m’y incite… et être surpris. Par les qualités humaines et les propos échangés.

J’ai rencontré Keen'V pour le site musical auquel je collabore, MusiqueMag (l’interview originale est visible là.) Mais, j’ai aussi chroniqué le disque pour lequel je rencontre l’artiste pour Le magazine des espaces culturels Leclerc (daté des mois de juillet/août 2013).

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keen v,ange ou démon,interview,musiquemagInterview :

Dans cet album, il y a le Keen'V que l’on connait, chansons légères sur rythmes dansants, mais aussi des chansons profondes et émouvantes. Celles-ci ne sont heureusement pas inspirées de ta vie personnelle.

Comme je me suis mis une grosse carapace, j’ai du mal à être touché par quoi que ce soit. Donc, j’ai du mal à m’inspirer de mes propres difficultés. Il y a juste en amour où, éventuellement, je parle un peu de mes histoires.

Ce qui est curieux dans ce disque, c’est qu’il a des chansons comme « Quitte-moi » dans laquelle tu joues une ordure et celle qui lui succède, « Je ne gâcherai pas tout », dans laquelle tu es l’homme idéal.

C’est l’antagonisme parfait. Tu as l’enculé et le mec adorable. Je suis content que tu aies employé l’expression « jouer », parce que c’est exactement ça. Je joue mes chansons et ce n’est jamais moi. J’aime bien prendre la musique comme si c’était de l’acting, comme si je jouais un rôle. Je me mets dans la peau du personnage. Jouer un enculé, personne ne le fait, pourquoi ne le ferais-je pas ?

Clip de "Copine de baise".

Comme tu le fais par exemple dans « Copine de baise », qui est une chanson très provocante.

J’ai eu pas mal de relations longues jusqu’au jour où je n’ai plus cru à l’amour. Aujourd’hui, comme je n’ai pas le temps de me poser, au final, j’ai des copines de baise. J’ai toujours dit que j’étais célibataire, mais que j’avais des copines. Je n’ai aucune honte à l’avouer et désormais, à le chanter.

C’est le quatrième album. Trouves-tu que ta carrière a progressé rapidement ?

Non. On a eu le temps de voir arriver les choses. En 2008, l’album Phenom’N a bien marché avec notamment le titre « À l’horizontale». On a fait deux ans de tournée avec ce disque. Quant j’ai sorti « J’aimerai trop » en 2001, tiré de l’album Carpe Diem, là par contre, on a été largué. On n’a pas vu arriver ce tube. À part ce méga succès, je trouve que tout est allé en progression.

Je sais que tu as l’impression qu’on te met des bâtons dans les roues. Explique-moi pourquoi tu as cette sensation ?

Je ne joue pas au people, moi. Je ne suis donc pas dans les petits papiers de certains. Je préfère me concentrer sur la musique pendant que d’autres sortent en soirée à boire du champagne.

Tu ne joues pas le jeu du show-biz.

Du tout. De la promo oui, mais pas du show-biz. La promo, à partir du moment où les questions sont intelligentes, c’est un réel plaisir. En toute honnêteté, je n’aime pas la foule et particulièrement la foule en mouvement. Sur scène ça va, mais je ne pourrais pas traverser la foule comme Johnny Hallyday.

Clip de "La vie du bon côté".

Dans ce disque, il y a plein de genres musicaux.

Je n’ai rien à prouver à quiconque. Sauf à mon public. Dans chacun de mes albums, il y a des styles musicaux différents, mais effectivement, dans celui-ci, nous sommes allés un peu plus loin. Il y a aussi du rock, du reggae, de la soul. Je ne me contente pas du dance hall qui a fait mon succès. Mon album, c’est comme un jus de fruit multivitaminé dans lequel il y a de tout. Des chansons rythmées et ensoleillées pour la plupart et des chansons émouvantes et lentes qui devraient déclenchées d’autres émotions.

Ta voix devient parfois plus blues…

Je n’ai pas une grande voix et il y a beaucoup de choses que je ne sais pas chanter. Ma vraie faculté n’est pas dans ma voix, mais plus dans ma façon d’interpréter. Je sais où aller par rapport aux chansons. Jacques Brel n’a jamais chanté comme Adèle, que je sache !

Pour beaucoup, ce que tu fais n’est pas d’un haut niveau. Dans l’esprit de beaucoup, keen v,ange ou démon,interview,musiquemagchanson légère égale chanson nulle.

Je m’en moque royalement. Ça me passe très largement au-dessus de ma tête. Je fais ce genre de musique parce que j’aime ça. Être critiqué par des gens qui n’aiment pas le genre que j’affectionne, je m’en fous. J’aime ça ! Tu n’aimes pas, et bien, n’écoutes pas ! Pendant qu’ils perdent leur temps à critiquer, moi je continue à tracer ma route. Ça ne m’atteint pas dans le sens où j’essaie de plaire à mon public. Plaire à tout le monde, c’est plaire à n’importe qui ! Je ne comprends pas pourquoi certains de mes collègues sont touchés par les critiques ?

Si un artiste en prend plein la gueule sur ses textes et sa musique, moi, je comprends qu’il le prenne moyennement.

Oui, mais si on ne t’explique pas pourquoi ce tu fais c’est de la merde, comment peut on être touché ?

Très sincèrement, tant mieux pour toi, si ça ne t’atteint pas.

Je relativise tout. Je sais que les gens qui disent que je ne sais pas chanter ne sont jamais venus me voir en live. Les gens qui sont venus, ils savent… Je vais plus loin. Les critiques, je les lis. Ça m’amuse et ça me détend même. Ça me permet de voir la profondeur de la débilité humaine. Et puis, très franchement, la vraie question dans tout ça, c’est : pourquoi des gens décident de commenter des forums ou des sites avec la ferme intention de détruire un artiste ? Moi, j’aime tellement la vie que je ne comprends pas cette perte de temps. Les seules critiques qui me font de la peine, ce sont celles de mon public.

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Tu te sens victime de la jalousie ?

Comme tout le monde. En France, plus tu montes, plus on veut te descendre. Nous sommes le seul pays dans le monde à agir ainsi. Ici, on n’aide pas les gens, on ne les encense pas, on veut qu’ils soient à notre niveau. Du coup, encore une fois, je m’en fous.

Tu es très détaché de la notoriété ?

Il y a des gens qui font Secret Story pour être reconnus, je ne comprends pas. Je ne comprends pas le fait de vouloir être reconnu dans la rue. Après ça t’empêches de vivre, donc je ne vois pas l’intérêt. Moi, je veux vivre de ma passion et point barre.

Tu es anxieux à quelques jours de la sortie de cet album ?

Je suis anxieux comme un gamin qui attend ses jouets de Noël. J’ai hâte de savoir ce que mon public va en penser... je ne veux tellement pas le décevoir.

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20 juillet 2013

NACH : interview pour son premier EP

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Dans la famille Chedid, il y avait la grand-mère Andrée, écrivain et poète. Il y a toujours le père Louis, chanteur, une de mes idoles de jeunesse que je continue à apprécier sans modération. Il y a le fils, le phénoménal Matthieu alias -M-, devenu poids lourd de la scène française (voir tout ce beau monde en bas de cette chronique).

Anna Chedid arrive à son tour sous les feux de la rampe avec un pseudo, NASH, un projet pop-rock francophone très original.

LOGO NACH SUR NOIR.jpg"Lève-toi", "Oh oui je t'aime" et "Libre", les trois titres disponibles aujourd'hui à l'écoute sur une clé USB (album prévu début 2014) donnent une idée du talent de la jeune femme. Des compos béton et des textes, piquants mélanges d'ironie et de romantisme. Sa voix ensuite. Ample, puissante, se baladant sans démonstration.

Elle est passée me voir à l’agence le 10 juillet dernier.

(Merci à Christelle Florence d’avoir organisé la rencontre si rapidement et avec efficacité). Sa page Facebook.

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Biographie officielle :

Subtil est l'art de celle qui se fait appeler NACH.
Un jeu de miroirs, chassé-croisé musical, portrait chinois toujours en devenir… L'univers de Nach se refuse au formatage, cher aux géomètres du marché de la musique.

Conservatoire, comédie, scène rock: Dans son kaléidoscope à elle, tournent Scarlatti, Tim Burton, Hendrix, La Callas, Mathieu Boogaerts, Nina Simone, Khalil Gibran et les Fleurs du Mal.

DSC08346nn.JPGInterview :

Si vous êtes une enfant de la balle, vous avez tout de même envisagé ce métier sérieusement. Vous avez fait le conservatoire par exemple.

Bien sûr, la musique a bercé mon enfance et j’ai toujours été en contact avec des instruments de musique. Si j’ai été sensibilisée à cet art, je ne pensais réellement pas du tout en faire mon métier. Je pensais être psychologue ou comédienne. En fait, j’écrivais beaucoup. Un jour, j’ai écrit un morceau pour quelqu’un et j’ai commencé à le chanter. Et là, j’ai eu une révélation très forte. J’ai compris que moi aussi, j’étais reliée à la musique… comme presque tout le monde dans ma famille.

Vous vous êtes dit à un moment : « je ne vais quand même pas faire comme les autres ! »

Il y a un peu de ça. À un moment donné, il faut arrêter. Nous ne sommes pas bons qu’à ça ! Et en fait, j’ai suivi le mouvement.

Vous, vous êtes plus intéressée par la voix.

Oui. J’ai même fait du chant lyrique.

Et maintenant, vous faites quoi ?

De la chanson française pop. Après, je ne fais pas de la musique pour rentrer dans les cases.

Teaser "Film live".

Dans le film que l’on trouve dans votre clé USB, il y a trois chansons. Toutes différentes les unes des autres.

Moi, je m’investis dans ma chanson comme dans un thème, dans une couleur, dans une ambiance et dans une histoire à part entière. Je ne suis pas la même dans la tête quand j’écris « Lève-toi », « Oh oui, je t’aime ! » ou « Je suis libre ». Quand je chante l’une d’elles, je me retrouve dans l’état d’esprit dans lequel j’étais quand je l’ai créée.

Quand vous avez décidé de vous y mettre à fond, vous avez demandé conseil à votre père ?

Quel que soit mon métier, j’aurais demandé conseil comme le fait une fille auprès des siens. Après, c’est un luxe incroyable d’avoir mon père ou mon frère Matthieu qui ont beaucoup d’expérience et qui peuvent m’aider, qui peuvent répondre à des questions et surtout qui peuvent me comprendre.

Je sais que vous êtes par contre très indépendants les uns des autres artistiquement.

Oui. On est vraiment chacun dans sa créativité, sa musique et après, on se donne du recul, des avis…

"Minuit". Enregistrement live au Comptoir Général.

Mais, jeunette, vous trainiez dans les pattes de votre père en studio quand il répétait ou enregistrait. C’est un peu normal que vous attrapiez le virus.

Oui, mais regardez ma sœur. Elle, elle fait de la création vidéo, elle n’est pas chanteuse. Bon, au fond, c’est sûr, vous avez raison. Ça me parait assez évident que je sois sur ces traces-là.

Mais, y a-t-il un processus intellectuel qui fait que l’on se dit, moi, je ne vais pas suivre le courant.

Ce n’est pas réfléchi de cette manière-là. Si on s’écoute vraiment et qu’on a quelque chose à dire et qu’on a vraiment envie de faire ce métier parce qu’on en a besoin aussi, on n’a pas besoin de se dire qu’on va se démarquer des autres. Je ne suis pas comme Matthieu, je suis une fille avec une histoire différente de la sienne, même si on est de la même famille. J’ai un autre univers, je dis autre chose et je dégage autre chose.

M interprète le titre "Délivre" sur le plateau des Victoires de la musique 2011 en compagnie de sa soeur Anna.

Vous avez tourné deux ans avec lui comme musicienne et choriste. Ca vous a apporté quoi de jouer devant 6000 personnes régulièrement ?

C’est fou parce qu’il y a aussi mon autre frère Joseph dans l’aventure. Donc, se retrouver tous les trois dans ce cas de figure, c’est très fort. Joseph et moi, on avait peu d’expérience et on s’est retrouvé à faire 12 Olympia, 3 Bercy, Les Vieilles Charrues devant 60 000 personnes, on est parti en Chine, au Canada… bref, c’était la folie totale. Ça a été un rêve fulgurant de deux ans. Matthieu a été notre pilier. Il nous a beaucoup appris.

Pourquoi, vous permet-il de vivre ça ?

Je pense fondamentalement qu’il le fait parce qu’il en a profondément envie. Artistiquement, il en a envie. Il est content d’avoir ma voix par exemple sur ses choeurs. Il est content d’avoir mon clavier. Et je pense aussi que c’est un gros cadeau qu’il nous fait. Il a 16 ans de plus que nous. Au-delà d’être le frère, il a un côté « papa » avec nous. Ça fait partie de l’éducation qu’il nous offre.

Quand on passe de 6000 personnes en jouant pour un chanteur populaire comme -M- à pas grand monde pour son projet personnel, ce n’est pas un peu déstabilisant ?

Ça remet les pendules à l’heure. Ça me montre où je suis. Ce qui est génial dans ce métier, c’est que, même si on joue devant 60 000 personnes aux Vieilles Charrues et que le lendemain, on joue devant 30 personnes dans un appartement à Paris, l’émotion, dans un sens, est la même. C’est la même démarche. C’est la musique !

"Lève toi". Session Francosonik sur le Mouv'

Vous faites les textes et la musique de vos chansons.

J’adore écrire, j’adore composer, j’adore chanter et même j’adore travailler pour les autres.

Vous écrivez beaucoup ?

Je compose surtout beaucoup. Les textes viennent souvent après. À mon sens, c’est plus difficile d’écrire un texte que de composer une mélodie.

Vous en êtes où aujourd’hui, dans votre carrière en tant que NACH ?

Ça va lentement, mais sûrement. Ça va lentement, mais au bon rythme j’ai l’impression. Là, j’ai très envie de faire mon premier disque, mais je pense que ça va arriver bientôt. J’espère le sortir en 2014.

C’est qui NACH, exactement?

NACH, c’est moi. C’est une voix féminine qui chante des textes en Français. Après NASH se partage avec qui veut.

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464031_10151457341627842_297972270_o.jpgVous avez besoin d’être entourée de proches pour votre tournée personnelle.

La tournée, c’est une aventure humaine. Une tournée, c’est 5%, on fait de la musique et le reste, on vit. Je suis comme Matthieu, je veux aussi en faire profiter les gens que j’aime.

Quand les gens viennent vous voir sur scène, vous savez qu’ils viennent d’abord voir la sœur de ou la fille de.

Je le sais parfaitement. Il ne faut pas arriver avec cette énergie là sur scène. Si j’arrive en m’excusant d’exister, ça ne marchera jamais. Au-delà d’être la sœur de -M-, je suis aussi NACH.

Les chansons sont déjà écrites en vue du futur premier album ?

J’en ai énormément dans mes tiroirs parce que ça fait très longtemps que j’en écris. En 8 ans, j’en ai fait pas mal. Il va falloir que je les réécoute toutes. J’en ai une quarantaine, dont pas mal que je ne joue plus du tout auxquelles je pense un peu en ce moment. J’ai des textes forts. Bon, en plus, j’en fais aussi pas mal des nouvelles. C’est inspirant de vouloir faire un disque. Il faut juste que je trouve une cohérence entre mes anciennes chansons et les nouvelles.

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Votre grand-mère Andrée, que je connaissais un peu et que j’aimais beaucoup, a-t-elle eu de l’influence sur vous ?

Oui, c’est elle, à 8 ans, qui m’a offert mon premier cahier. Je voulais être poète quand j’étais petite, certainement parce qu’elle l’était. Elle m’a beaucoup poussée à écrire. C’est beaucoup grâce à elle que j’aime écrire.

Elle a lu certains de vos textes ?

Malheureusement non. Mais peut-être qu’elle les entend de là-haut ?

Tu es à la recherche d’un label, je crois ?

J’ai un super éditeur, j’ai un super tourneur, j’ai un super manager, mais je n’ai pas de label. Même si je ne trouve pas de label, de toute manière, je ferai mon disque par mes propres moyens. Je trouverai une solution. Je sens que c’est le moment, je ne vais donc pas attendre.

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Bonus mandorien:

Quelques moments chédidiens de ma vie des années 90 à aujourd'hui...

La Grand-Mère, Andrée Chédid.

Le 12 décembre 1998, à Radio Notre Dame.

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Là, pour une émission sur Lucy, j'avais réuni Andrée Chédid pour Lucy, la femme verticale et le paléonthologue, "papa" de Lucy, Yves Coppens pour Le genou de Lucy. Grande et belle émission... qui s'est tenu le 1er avril 1999.

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Le papa, Louis Chédid.

Le 15 janvier 1993 : rencontre à la Fnac de Strasbourg.

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Le 11 octobre 2010 dans un bar de la capitale pour la sortie de On ne dit jamais assez aux gens qu'on aime qu'on les aime (voir la mandorisation, là).

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Et Matthieu Chédid, à l'occasion de la sortie de son dernier disque, Îl, pour CD'Aujourdhui (voir là).

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19 juillet 2013

Dominique Dyens : Interview pour Lundi Noir

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« Tension extrême dans un décor feutré, spirale du mensonge, vertige de l'adultère et ivresse du pouvoir... » c’est la marque de fabrique de Dominique Dyens. Dans ce nouveau roman, Lundi noir, elle s'amuse "à écailler le vernis des conventions et conjugue le drame bourgeois à l'ère de la délinquance en col blanc".

Je l’avais déjà mandorisé pour son précédent roman, Intuitions et ce fut un véritable plaisir humain et intellectuel. Un bis repetita s’imposait donc pour Lundi noir (je suis fidèle quand j’aime les gens). C’était le 19 juin dernier à l’agence…

9782350872254,0-1636840.jpg4e de couverture :

Homme d’affaires redouté, Paul Deshoulières a 55 ans, une belle situation, une femme élégante et deux enfants. Tous les signes extérieurs de la réussite. À la suite d’une opération chirurgicale qui le laisse impuissant, la honte le ronge. Diminué, obsédé par l’idée de perdre sa femme, ce requin de la finance est prêt à tout, même à un irréparable délit d’initiés, pour la retenir. Mais son montage illicite tourne mal et entraîne sa ruine. Pire, il est soupçonné d’ententes délictueuses avec la mafia de l’Est, des entreprises pharmaceutiques douteuses, et des trusts opaques.
Trahi par sa femme, qui fuit dans les bras de ses amants, abandonné par ses amis, harcelé par son broker (ses pertes se montent à plusieurs millions), poursuivi par l’AMF (autorité des marchés financiers), il se réfugie dans le souvenir de son premier amour, Madeleine, et décide de tout mettre en œuvre pour la retrouver. Cette femme, qui l’avait initié aux plaisirs de la chair lorsqu’il avait quinze ans, est désormais atteinte d’Alzheimer et se repose dans une maison de retraite de la côte Est américaine. Son décès brutal donne lieu à de surprenantes révélations. Comment Madeleine était-elle liée à ces OPA ? Pourquoi a-t-elle décidé de secourir Paul ?

L’auteure :

Dominique Dyens vit à Paris. Elle est l’auteur de six romans dont, entre autres, La Femme éclaboussée, le décapant Éloge de la cellulite et autres disgrâces, et Intuitions. Elle écrit également pour le cinéma et la jeunesse, et collabore à diverses revues littéraires.

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eho_dyens2p.jpgInterview :

Comme le titre de ce livre l’indique, ce roman est peut-être plus noir que d’habitude ?

D’une certaine façon, dans la première partie, il y a les codes du thriller. C’est serré, il y a une dégringolade, des évènements extérieurs et beaucoup de suspens. Habituellement, dans mes livres c’est un peu plus psychologique. Dans Lundi noir, il y a vraiment des faits. C’est un livre, entre guillemets, « à l’américaine ». Cela étant, la deuxième partie est aussi humaine que dans mes précédents livres.

On en apprend pas mal sur le milieu de la finance. J’ai eu peur que l’on se perde dans de fumeuses explications sur cet univers très complexe. Il n’en est rien.

Avant d’écrire ce livre, je n’y connaissais rien à ce milieu. Raison pour laquelle je reculais le fait de l’écrire. Je voulais aborder depuis très longtemps la chute d’un homme de pouvoir dans le milieu de la finance. C’était bien avant la crise de 2008. J’ai travaillé, je me suis documentée, je suis allée sur des sites… au début,  je ne comprenais rien. Je me disais que je n’allais jamais y arriver. Je suis passée par des premiers mois très difficiles. Avec le temps et l’expérience, j’ai commencé enfin à comprendre les choses. Pour que ce soit compréhensible, il fallait que je comprenne ce que je racontais. Il fallait que j’explique pourquoi mon héros allait perdre beaucoup d’argent rapidement et que la situation reste crédible.

Tu parles de la puissance d’un homme, mais aussi de son impuissance.

Je ne dis pas que tous les hommes de pouvoir sont impuissants, évidemment. Mais, je pense que les personnes qui sont à la recherche incessante du pouvoir et qui ne vivent que pour le pouvoir cachent automatiquement une impuissance. Pas forcément érectile, comme dans mon livre, mais une impuissance ou une fragilité dans autre chose.

Tu dis qu’il n’y a pas un homme puissant qui n’a pas un problème quelque part…

Je le répète, je parle des hommes qui ne vivent que pour le pouvoir. Je suis intimement persuadée qu’ils ont quelque chose à se prouver ou qu’ils ont quelque chose à cacher aux autres.

L’impuissance érectile des hommes… on en parle très peu dans les romans.

Jamais d’ailleurs. Dans mes romans, mes « héros » sont plutôt des femmes. C’était toujours des femmes qui cachaient une souffrance et d’énormes fêlures. Dans Intuitions, c’était la perte d’un enfant. Là, je parle d’un homme. J’avais envie de faire évoluer un homme qui souffre, donc présenter un homme dans sa fragilité.

J’ai l’impression que tu as été interpellée par le fait que l’impuissance est une maladie indéniable, mais que l’on tait.

Il y a des impuissances ponctuelles psychologiques, mais il y a aussi les cancers de la prostate qui ont pour conséquence, pour certains hommes, d’avoir une impuissance définitive. Ce n’est jamais abordé. C’est complètement tabou. Pour me documenter, j’ai enquêté sur Internet. D’ailleurs c’est drôle parce que j’ai tapé sur Google « impuissance masculine » et depuis, j’ai de nombreux spams sur le Viagra qui arrivent sur ma boite mail. Je me suis rendu compte que sur les forums, il n’y avait pas de témoignages d’hommes. Il n’y a que des témoignages de femmes. Les hommes qui sont vraiment atteints dans leur chair, ils n’en parlent pas. La société n’en parle pas non plus, alors qu’on parle beaucoup de la ménopause chez les femmes, même si ce n’est pas tout à fait la même chose. Pas parce qu’on se préoccupe de l’aspect psychologique, plus pour vendre beaucoup de médicaments, je te l’accorde. On parle aussi un peu des conséquences après l’ablation d’un sein à la suite d’un cancer. Du coup, j’aime bien traités les sujets tabous.

J’ai lu tous tes romans et j’ai remarqué que c’est la première fois que tu écris à la 181991_10150094484906668_8304017_n.jpgpremière personne. Et c’est quand tu te mets à la place d’un homme. C’est curieux.

Comment veux-tu parler de ton sexe autrement qu’à la première personne ?

L’impuissance de Paul Deshoulières implique que sa femme Alice aille voir ailleurs. Cette femme, je te le dis franchement, je ne lui trouve pas beaucoup de qualité humaine.

Paul, par certains côtés, est très touchant et bouleversant, mais sa femme, effectivement, est loin d’être une sainte. Elle est très vénale, mais finalement, je lui trouve quelques circonstances atténuantes. Au fond, c’est une midinette, une femme qui a toujours rêvé au grand amour qu’elle n’a jamais rencontré. Elle a quand même été trompée par son mari dès le début, ça a donc pu la changer intérieurement, même si elle l’a épousé pour l’argent dès le départ. Quand son mari est devenu impuissant, elle a quand même essayé une autre sexualité avec lui avant de prendre des amants. Lui n’a pas été capable d’assumer sa déroute sexuelle, il a donc été très agressif envers elle. Je ne prends pas sa défense parce qu’elle n’est pas très sympathique, mais tout n’a pas été rose pour elle.

Ce roman se passe, comme à l’accoutumée dans ton œuvre, dans un milieu bourgeois. Tu n’as pas envie d’en sortir ?

J’aimerais bien, mais je n’y peux rien, ce milieu m’inspire. Personnellement, je le traverse plus que le milieu ouvrier. Non pas que je fréquente des gens comme ceux dont je parle dans mes livres, mais ce milieu m’est familier. Ça m’inspire parce que je trouve qu’il y a plus d’hypocrisie qu’ailleurs. C’est le royaume de l’apparence.

C’est ton 7e roman. Il y a aussi un recueil de nouvelles pour ado. Dis donc, ça commence à s’appeler une œuvre… Crois-tu que si on lit tous tes livres, on connait bien Dominique Dyens ?

On peut déceler dans mes livres des thématiques qui me travaillent. Par exemple, je parle beaucoup du désir. Et du désir de la femme qui n’est plus désirée. J’évoque aussi des problèmes de couple. Je ne sais pas pourquoi je me lance toujours dans ces histoires-là alors que je fais partie des dinosaures mariés depuis très longtemps et que j’ai la chance de ne pas être dans ce cas.

Tu conjures le mauvais sort, au fond ?

Peut-être (rires). Mais le couple, l’amour, les émotions, les sentiments, la sexualité, tout ça, c’est fascinant. La mort aussi a un côté fascinant. Dans mes livres, elle est toujours présente. Tout ceci fait sans doute partie de mes névroses.

Sais-tu déjà sur quoi tu vas écrire après ce roman ?

J’ai une idée, mais je ne l’ai pas assez développée pour savoir su ça peut aboutir à l’écriture d’un livre. Il faut que ça se décante. J’ai honte, mais quand j’ai fini d’écrire un livre, je deviens très paresseuse. Ce qui est dommage, c’est que je n’en profite pas pour vivre à fond. Je me laisse vivre. Bon, c’est pas mal.

Quand tu écris, tu es rigoureuse ?

Très rigoureuse. Je me coupe du monde, je ne sors pas de la maison. Ça devient obsessionnel. Et moins je sors, moins j’ai envie de sortir.

Pour en revenir à Lundi noir, ça m’a fait penser que je te verrais bien écrire des thrillers assumés comme tels.

J’ai déjà fait deux romans avec des policiers, mais c’était autant « policier » que « psychologique ». La femme éclaboussée, un drame bourgeois et Maud à jamais, un thriller amoureux. Il y avait le même policier avec sa même équipe. Il n’est pas exclu que je reprenne tout ce beau monde un jour. Je ne ferais pas ce qu’on appelle un « polar » pur et dur. J’ai besoin que le lecteur s’attache aux personnages et que le crime, la merde, arrivent après. C’est important qu’il y ait de l’épaisseur dans l’attachement.

Tu as un lectorat qui te suit, j’ai remarqué…

Tout à fait. Il est là et c’est très agréable. C’est un sacré réconfort. Justement, quand j’ai du mal à écrire ou quand je suis découragée, je pense à mes lecteurs fidèles. Je pense aux témoignages que j’ai. Facebook facilite d’ailleurs la communication avec les lecteurs. Je me dis : « Au moins, je sais pourquoi j’écris ». Quand je sais que je donne du plaisir aux gens, c’est le plus beau des cadeaux.

Tu écris des romans noirs et pourtant, tu es une fille gaie quand on te connait dans la vie.

Je ne te dis pas que je suis tout le temps gai, que je n’ai pas mes soucis, mes angoisses, mais en tout cas, je suis plutôt optimiste comme fille. Tu vois, j’ai fait des progrès. Dans Lundi noir, ma fin est moins cynique que d’habitude… un jour, j’écrirai une comédie, je te le promets.

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Pour finir, voici Dominique Dyens... qui vous présente Lundi noir pour la librairie Mollat.

16 juillet 2013

Elodie Frégé : interview pour Amuse-bouches

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(Photo: André Rau)

Élodie Frégé est la chanteuse française la plus glamour d’entre toutes. Une des plus belles voix aussi. Cela fait un moment que je regrette qu’elle ne chante plus qu’en retenue et qu’elle n’exploite pas ses possibilités vocales plus intensément.

J’aime bien humainement cette femme fragile, peu à l’aise devant un micro (même si de rencontre en rencontre, je trouve qu’elle parvient à se détendre et à dire des choses) et surtout très sympathique.

(Voir ma précédente mandorisation en 2010. Et ma première en 2006).

Si je ne suis pas fan de ses productions discographiques (hormis peut-être « La fille de l’après-midi », son précédent album) je m’évertue à croire qu’un jour sortira l’album qu’elle mérite et qui la fera enfin reconnaître à sa juste mesure.

Avant de vous proposer l’interview d’Élodie Frégé (qui s’est tenu au Platine Hôtel, lieu rendant hommage à Marylin Monroe, le 12 juin dernier), voilà ce que j’en ai dit dans Le magazine des loisirs culturels Auchan. Une chronique polie.

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BOalqrXCQAAaPFx.jpg large.jpgInterview :

Vous avez chanté avec des musiciens latinos pour cet album. Travailler avec une chanteuse française qu’ils ne connaissaient pas, ça leur a plu ?

Ils étaient ravis. Ça les changeait de leur quotidien. Ils nous ont apporté beaucoup parce qu’ils ont vraiment un son à eux. C’était super intéressant pour tout le monde, finalement. En plus, ce sont des personnes qui ne se prennent pas du tout la tête. Il n’y avait pas de problème d’ego. En plus, ils étaient contents de retravailler pour Marc avec qui il avait déjà tourné pour la tournée de Nouvelle Vague aux États-Unis.

Ces musiciens ont tendance à improviser plus que nécessaire, vous avez su les gérer pour qu’ils ne sortent pas trop de vos sentiers balisés ?

Moi, je crois plutôt que c’est comme ça que l’on fait de la musique. J’aime les musiciens qui partent en free-style. Il faut juste parfois les canaliser un peu, mais ils sont très bons… grâce à leur façon de faire intuitive, ça sonne « live » et c’est ce que l’on souhaitait.

Le genre musical de ce quatrième album est un mélange de samba, cha-cha, mambo… oserais-je dire des rythmes un peu désuets. Charmants en tout cas.

Les arrangements sont très modernes et c’est le génie de Marc Colin. Moi, je voulais revenir plus intensément à cette musique-là parce que j’avais pris beaucoup de plaisir à chanter « Je te dis non », une bossa-nova qui figurait sur mon premier album et que Catherine Breillat avait d’ailleurs mise en image. Ensuite, avec Benjamin Biolay, on avait un peu abordé ces thèmes, mais c’était un peu moins chaloupé bien que pur et live. Pur et live, c’est ce que l’on retrouve dans Amuse Bouches.

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(Photo: André Rau)

Pourquoi un album quasi entièrement bossa nova ?

Je l’ai ressenti ainsi. C’est dans ce but que j’ai choisi Marc Colin. Il excelle en la matière avec Nouvelle Vague. Moi, je n’avais pas envie de chanter comme une damnée, en hurlant et en faisant des prouesses techniques. Pour ce disque, il a fallu chanter plus dans la retenue, avec beaucoup de nuance puisque j’ai privilégié la sensualité.

En entendant une chanson comme « Garce carbonique », je me suis fait la réflexion que c’était des chansons extrêmement difficiles à chanter.

Cette chanson-là, on l’a un peu improvisé à Miami. J’ai écrit un texte à partir de ce très mauvais jeu de mots (rires). « Garce carbonique » raconte l’histoire d’une fille qui asphyxie un peu ses proies, une sorte de mante religieuse. Les personnages de cet album sont moins victimes que ceux qui figurent sur mes albums précédents.

Vous êtes plus cash qu’avant…

Depuis des années que j’écris mes textes, j’avoue que j’ai toujours été un peu trop littéraire. J’utilisais beaucoup de métaphores, d’assonances, de litotes… Aujourd’hui, ça y est ! C’est bon ! Je crois que j’ai montré des choses en tant qu’auteure. J’ai peut-être voulu trop le prouver dans l’album La fille de l’après-midi. J’étais très égoïste sur ce disque. J’ai écrit pour moi, pour le plaisir d’écrire, du coup j’ai touché moins de monde et, en tout cas, pas le même public. Par contre les critiques étaient très bonnes. Bref, du coup, délestée de cette charge de prouver que l’on vaut quelque chose après être passée dans une émission de TF1, finalement, on revient aux choses essentielles. On fait moins de détours. J’ai remarqué qu’en vieillissant, ce n’est pas que j’ai moins de pudeur, mais j’ai moins de mal à exprimer des choses de femmes. Je ne suis plus une adolescente. Je ne peux plus raconter des histoires de jeunes filles qui cherchent l’amour, mal aimées, mal baisées.

Dans ce nouveau disque, il reste quand même un peu de l’ancienne Élodie Frégé… un fond mélancolique.

Parce que c’est comme ça que je suis. En tant qu’artiste, il faut que je sois nourrie de choses diverses et variées, mais l’ayant beaucoup exprimée sur le précédent disque, là j’ai pu me lâcher un peu plus dans l’humour, l’auto dérision et le jeu. Moi, j’aime les choses de la vie. Les choses que l’on peut savourer. Les gens ne connaissent pas cette facette de ma personnalité et pouvoir l’exprimer artistiquement, sans parler de ma vie privée, c’était assez jouissif en fait. Pour être tout à fait sincère, je ne pensais pas pouvoir me renouveler, je n’avais même pas beaucoup d’idées de chansons tellement j’avais tout donné pour La fille de l’après-midi. Je m’étais investi tellement dans tout… et finalement, ça m’allège d’un poids et je me retrouve dans ce nouveau disque avec quelque chose de plus simple et épuré.

Dans Amuse Bouches, on sent une forme de sérénité.

Pendant l’enregistrement, en tout cas, grâce à Marc Colin, j’étais assez sereine.  Il est calme et rassurant. C’est important pour une artiste comme moi. Il dédramatise tout et on a jamais peur avec lui. Moi qui dramatise tout, c’était très bien que je me retrouve avec lui. Ça a contrebalancé. 

Clip de "Comment t'appelles-tu ce matin".

Dans vos nouvelles chansons, j’ai trouvé que les femmes que vous interprétiez, les soumises,  étaient devenues dominatrices… notamment dans le premier single « Comment t’appelles-tu ce matin ? ».

C’est vous qui ressentez les choses comme ça, et c’est tant mieux parce que je veux que chacun lise mes chansons comme il le souhaite. Je voulais mettre en avant ces histoires que l’on raconte sur les femmes qui se réveillent en ne sachant pas le prénom de la personne qui est dans leur lit. Je voulais déculpabiliser ça, parce que ce n’est pas grave. Bon, je précise, je ne parle jamais de ma vie privée et ce personnage n’est pas du tout moi. Par contre, on se rejoint dans le fait de chercher un amour, de donner sa chance à des personnes avec qui ça ne marche pas. Ça arrive à tout le monde. La fille de « Comment t’appelles-tu ce matin ? » est quelqu’un de seul. Est-ce que ce n’est pas à elle qu’elle se pose la question ? Je ne sais pas.

Elle n’est donc pas une dominatrice ?

Elle peut être tout et n’importe quoi, selon la personne avec laquelle elle s’est couchée la veille. C’est surtout une femme perdue qui ne sait plus qui elle est.

Les titres de vos chansons sont très « charnels » : « Ma bouche, tes yeux », « Ma langue au chat »… ce n’est pas un hasard, je présume.

C’est très « corps », charnel, les cinq sens… c’est très sensuel. Même dans la façon de chanter. Je me suis amusée à interpréter ces textes de manière sensuelle, comme si je jouais un personnage. Cela dit, ça fait partie de moi. La chanson « La ceinture » qui date de 2006, je l’avais aussi interprété de façon sensuelle. Dans cet album, de par les textes, l’émotion est sensuelle tout de suite.

Il y a une reprise de Gainsbourg : « La fille qui fait tchic ti tchic ».

C’est encore Marc Colin qui m’a fait découvrir cette reprise. Gainsbourg l’a écrite pour Michèle Mercier.

Michèle Mercier chante "La fille qui tchic ti tchic".

« Dans l’escalier » fait un peu roman noir…

On s’est clairement inspiré des films à la Hitchcock. J’imaginais cette fille tirée à 4 épingles avec un regard gourmand sur un homme qu’elle voit monter devant elle et dont elle admire le fessier. On ne sait pas si elle a envie de lui ou s’il y a autre chose... bon, à la fin, elle le tue, un peu comme ces insectes qui tuent leur partenaire après avoir fait l’amour avec eux.

Il y a aussi « Ta maladie ». Là, vous êtes le venin d’un homme.

Un jour, j’ai commencé à imaginer une chanson et je l’ai tout de suite appelé « Ta maladie ». En général, d’ailleurs, je commence toujours par le titre. C’est déclencheur du reste. Le titre va me parler. Bref, j’ai remarqué que généralement, une femme, il faut qu’elle soit une mère ou une infirmière pour un homme. Ou une putain. Souvent, on est l’infirmière. Souvent, l’homme sort d’un chagrin d’amour. J’ai remarqué ce truc. Il faut qu’on prenne soin d’un homme quoi. Ou d’une femme, ça dépend (sourire). Ce truc de l’infirmière, je trouve ça un peu humiliant. Il y a un moment, on a envie d’avoir un autre rôle. Plutôt que d’être l’infirmière, donc le remède, je me suis dit que c’était très intéressant de devenir une espèce de venin, de peste. Une peste noire qui rentre dans les veines d’un homme et qui lui fout la fièvre, qui le cloue au lit. Le champ lexical de la maladie, il n’est pas loin de celui du coït (rires). Le mec se retrouve au lit, il a de la fièvre, il a chaud, il n’arrive plus à respirer. Voilà, du coup, je me suis amusée avec ça. J’ai voulu contaminer le cœur et le corps d’un homme. Je suis terrible, hein ?

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(Photo : André Rau)

Vous avez joué dans Potiche de François Ozon, film dans lequel, vous jouiez le même rôle que Catherine Deneuve, mais jeune. On est ici dans un hôtel dont la thématique est Marylin Monroe…  ces femmes vous évoquent quoi ?

Elles ont une ambivalence qui en fait des icônes. Elles étaient plutôt cérébrales avec une beauté particulière. Elles étaient des femmes qui faisaient rêver.  C’était aussi des femmes drôles que j’imagine fragiles et perdues… souvent on les catalogue dans les femmes fatales.

Vous avez un côté comme ça.

C’est possible. Souvent, quand je fais une prestation à la télévision, la seule chose qu’on me dit, c’est : « Tu étais très belle ». Moi, je trouve que c’est une insulte. Je veux toujours être très belle, parce que ça me met à l’aise avec moi-même quand je vais chanter. Mais quand on me fait cette réflexion, je me dis qu’on ne m’a pas écouté, on m’a juste regardé. Pourtant, je joue avec ça parce que je ne vois pas pourquoi je m’empêcherais d’être bien dans ma peau, de me sentir femme, belle et désirable sous prétexte que les gens ne voient que ça.

C’est paradoxal comme comportement ?

Je suis très paradoxale. Je suis à la fois une fille qui n’a pas du tout confiance en elle, mais qui pourtant se jette dans la gueule du loup pour aller chanter des chansons face à un public. Je n’ai pas confiance en moi, je pense. Je doute en permanence parce que c’est le propre d’un artiste. Bon, je ne veux pas parler de ma vie privée, mais quand on est artiste, on écrit des choses, il faut bien que ça sorte de quelque part. Si j’avais juste une enveloppe corporelle plutôt glamour, ça ne marcherait pas. Il faut bien que sous l’enveloppe il y ait quelque chose.

Vous vous retrouvez chez ce genre de femmes là ? Les Deneuve ou Marylin...

Je me retrouve dans celles qui ont eu longtemps un complexe d’infériorité à un moment, un manque d’affection et un manque de sécurité en fait. Pour moi, le corps est un laissez-passer. Un passeport pour l’affection et un passeport pour qu’on nous écoute. Je sais, c’est terrible de dire ça.

Mais, vous savez que vous avez plein de qualités.

Vous avez raison, je ne veux pas m’affliger, mais effectivement, j’ai besoin d’être rassurée en permanence. Le fait de passer par une enveloppe corporelle très féminine et glamour est rassurant. Je le répète, ça ne veut pas dire qu’à l’intérieur, il n’y a rien.

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14 juillet 2013

Laurent Montagne : interview pour A quoi jouons-nous?

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(Photo : Tanguy Soulairol)

L’ancien chanteur du groupe Les Acrobates poursuit sa route avec un troisième album solo, A quoi jouons-nous?.Des textes intenses, d’une émotion rare, réchauffés par des envolées pop et assurément rock. Ça frissonne, ça bouillonne, ça détonne ! Son album m’ayant beaucoup plu, le très sympathique et réservé Laurent Montagne est venu me rendre visite à l’agence le 10 juin dernier… et il s’est confié comme rarement.

Biographie officielle (mais retouchée et raccourcie, comme d’habitude. Je ne respecte jamais rien. Honte à moi.) :

Une énergie flamboyante, des textes ciselés comme de purs diamants, une voie aérienne se promenant d’octave en octave, revoilà l’ancien chanteur des Acrobates. Un panache scénique détonnant, accompagné par un trio plein de spontanéité et résolument rock.

Du son et du sens, des mélodies hypnotiques pour des chansons bouillonnantes et débordantes de poésie.

laurent montagne,à quoi jouons-nous,interview,mandor,coup de coeur charles cros 2013Épaulé notamment par Pierre-Yves Serre (Mes Anjes Noires). Laurent Montagne poursuit sa route en format A4 avec un nouvel album « A quoi jouons-nous ? », mixé au studio Recall (Noir Désir : Des Visages Des Figures). Diatribes rock, envolées pop alternent avec des morceaux intimes et autres moments vécus épousés par la fragilité de la voix de Laurent.

Repéré en 2007 par Le Chantier des Francofolies, Laurent sillonne depuis les routes, Francofolies de La Rochelle, Alors chante, Pause Guitare, Printival, Café de la Danse... Il a fait notamment les 1ères parties de Gaetan Roussel, Emily Loizeau, Mathieu Boogaerts, Thomas Fersen... Il a également participé aux « Chroniques lycéennes » de l’Académie Charles Cros en 2009 et reçu le coup de cœur de cette même Académie avec le groupe Les Acrobates pour leur dernier album La Belle Histoire.

En parallèle et avec la même équipe, Il a également créé à partir de ses chansons un spectacle solo jeune public produit par Les Jeunesses Musicales de France et Les Francofolies.

laurent montagne,à quoi jouons-nous,interview,mandor,coup de coeur charles cros 2013

Interview :

Être chanteur en langue française n’implique pas nécessairement qu’on aime la chanson française. Toi tu apprécies ?

Je suis venu à la musique par le rock et la pop. J’écoutais les Smith, les Pixies… des groupes comme ça. Je faisais mes études sur Lyon et à cette époque, il y avait beaucoup de musique punk, mais surtout de musique Indus. C’était un peu sauvage ce que j’écoutais (rires). Mon intérêt pour la chanson française est venu un peu plus tard.

Tu as commencé très tard la musique.

Je suis allé en fac faire des maths et au bout de deux ans de fac, j’ai rencontré des gens qui faisaient de la musique. Je me suis mis à chanter dans les soirées étudiantes et j’ai compris à ce moment-là qu’il y avait un truc. Les gens étaient intéressés par ce que je jouais et je me sentais hyper à l’aise. Dans la vie de tous les jours, je suis quelqu’un de réservé. J’aime bien la solitude. Et là, en chantant, j’ai trouvé mon truc. Il y a eu un deuxième temps où est venue l’écriture et ensuite le temps de la lecture, puis le temps de l’écoute de la chanson française… j’ai tout fait progressivement, mais intensément.

Il y a quand même un chanteur que tu suivais depuis longtemps, c’est Jacques Brel.

Oui, je l’écoute depuis que je suis enfant. Après, je me suis mis à écouter Ferré, Barbara… et d’autres qui savaient interpréter et écrire.

Ta passion à toi, c’est le chant.

Oui, c’est vraiment quelque chose que j’ai toujours aimé et que j’aime toujours. Ensuite, c’est l’écriture. C’est marrant parce que c’est deux temps très différents dans la chanson. Le temps de l’écriture, c’est le temps de la solitude. J’aime bien parce que je peux prendre mon temps. Je réécris énormément. Et il y a le temps de l’immédiateté qui est le temps où tu chantes devant les gens. Le rapport direct aux gens me fascine et m’intéresse… j’ai senti que pour moi, ce moyen-là était le meilleur pour que je puisse m’exprimer.

Les Acrobates. Clip de "Schizophrène" (2007)

Il y a eu un moment dans ta carrière musicale assez important, c’était ton aventure avec Les Acrobates. Un duo de chansons « AcoustiDynamicoRock » créé en 1998.

On finissait nos études avec Cyril Douay. On se demandait ce qu’on allait faire à présent. On ne vivait presque de rien, on a décidé de faire de la musique ensemble et d’enregistrer un disque. Cyril était plus dans la musique et les arrangements. C’est quelqu’un qui bidouillait énormément. Aujourd’hui, il a un projet qui s’appelle The Chase et qui tourne pas mal. On a quand même fait 3 albums ensemble. À l’époque c’était assez facile. On enregistrait et mixait un disque en un jour, ce qui peut paraître aujourd’hui incroyable. On a été pris par Pias pour la distribution, ensuite, en licence. On a mis le pied dans l’étrier et puis c’était parti… on a fait plein de concerts, on a été repéré par les Francofolies… et puis moi, au bout de 7 ans, j’ai ressenti le besoin de vivre ma passion de m’exprimer dans les chansons à 100%. J’ai eu besoin d’être tout seul face à mon texte. Je suis reparti en solo.

Pendant 6 ans, tu es parti sur les routes, seul avec ta guitare…

Oui. J’ai commencé par faire « le chantier des Francofolies » et en même temps, je venais d’être papa. Mon univers était donc teinté d’enfance, même si ce n’était pas des chansons destinées aux enfants. Mais les Francos m’ont proposé de faire, à partir de mes chansons, un spectacle pour jeune public qui a été repris par les Jeunesses musicales de France. J’ai énormément tourné avec ce spectacle.

À la fin, tu n’en pouvais plus d’être seul…

J’ai fait un dernier spectacle où il n’y avait que des Laurent Montaigne sur scène. En vidéo, je chantais avec moi-même. Là, j’avais fait le tour de ma mégalomanie, c’était bon… 

Tu as eu envie de continuer, mais de nouveau avec des musiciens.

Il s’avérait que mon cousin Pierre-Yves Serre ressortait d’un projet avec un groupe qui s’appelait Mes Anjes Noires, qui a d’ailleurs beaucoup tourné. Il a eu envie d’arrêter avec ce groupe. C’est quelqu’un qui fait de la musique depuis l’âge de 5 ans, qui a fait le conservatoire… on a donc travaillé ensemble. Il m’a apporté ses arrangements et quelques compositions. Il m’a dit que faire du rock avec une guitare sèche était assez limité.  C’est lui qui m’a incité à tenter l’aventure avec un batteur et un bassiste.

Le clip de "Coloscopie d'un président" (2013)

« Coloscopie d’un président » est dans la mouvance de ce que faisait Noir Désir !

Noir Désir reste dans mes influences. Ils sont les premiers a avoir chanté des paroles intelligentes sur de la musique rock en France. J’ai aussi beaucoup de respect pour Dominique A (mandorisés ici). Lui, plus sur la musique pop. On ne peut pas chanter en Français en ayant les mêmes airs de chant qu’en Anglais. Dominique A, lui, y parvient. Sur mon nouvel album, je me suis forcé à faire des morceaux qui sont plus des ballades et qui tentent de réussir ce que réussit Dominique A.

Tu lui rends hommage d’ailleurs, en interprétant un de ses titres, « Le courage des oiseaux » dans ton nouvel album.

Il m’a ouvert une voie dans l’écriture en langue française. Par rapport à lui, je pense que j’ai un côté plus populaire, plus accessible. Lui, il poursuit sa route, parfois de manière expérimentale. Il est impressionnant.

Reprise Live du "Courage des Oiseaux" de Dominique A enregistrée à La Presqu'île à Annonay (2013).

Que penses-tu de la variété française ?

Ce que je n’aime pas dans la variété, c’est le fait d’aller dans la facilité pour vouloir trop plaire aux gens. Par contre, le côté chanson populaire, je viens de ce milieu-là. Mes chansons, pour la plupart, peuvent être écoutées par tout le monde. Mes chansons, c’est moi.

Ton album n’est pas un album de variété, mais il est très varié. Même ta façon de chanter n’est pas la même d’une chanson à l’autre.

En France, on aime bien reconnaître tout de suite la fin d’un chanteur. Moi, j’ai une tessiture très large. Quand je chante, j’ai une voix de haute-contre et une voix un peu grave quand je parle. J’en joue pas mal.

À chaque chanson, te demandes-tu avec quelle voix tu vas l’interpréter ?

Non, ça vient tout seul. Comme je suis autodidacte, parfois, quand je crée une chanson, je peux avoir un petit mimétisme par rapport à des gens que j’ai pu écouter. Que ce soit Noir Désir ou Dominique A. Donc, je fais extrêmement gaffe. J’arrête tout de suite si je décèle une similitude vocale.

laurent montagne,à quoi jouons-nous,interview,mandor,coup de coeur charles cros 2013

(Photo : Raphael Métral)

Ça fait 15 ans que tu chantes. Trouves-tu que le succès tarde un peu à venir ?

Non, je prends mon temps et ça me convient bien.  Je suis un solitaire, je pourrais vivre dans une grotte, je n’ai pas de réseau… ça n’aide pas à avancer rapidement dans le chemin de la notoriété. Ce n’est pas dans ma manière d’être,  je n’ai pas envie de me forcer là-dessus. Par contre, je suis un solitaire qui aime bien les rencontres. Quand je fais un concert, après ma prestation, je vais voir les gens qui étaient dans la salle et je parle avec eux longtemps. J’adore ça. Juste, j’aime bien dissocier les deux. Pour répondre plus précisément à ta question, j’aimerai passer un échelon supplémentaire dans l’échelle du succès, mais uniquement pour pouvoir jouer plus souvent. J’ai fait 3 albums solos, 3 albums avec Les Acrobates, j’ai toujours la petite lueur d’espoir, mais en même temps, je relativise beaucoup.

Quand tu montes sur scène, tu te transfigures ou tu restes le même ?

Un peu les deux. C’est une petite partie de moi que je ressors au maximum. Aux « Chantiers des Francos », j’avais fait de belles rencontres avec Philippe Albaret et Benjamin Georjon qui me faisaient travailler la scène. Ils m’avaient dit que le but sur scène n’était pas forcément d’être naturel, mais de paraître naturel. Il faut qu’une partie naturelle de moi s’exprime vraiment… J’ai en moi un côté exubérant que je montre plus quand je suis sur scène, mais toujours avec de la fragilité et de la sincérité. Je suis un chanteur, je ne me cache pas derrière un micro.

Finalement, tu exprimes plus tes idées et ton ressenti sur scène que dans la vie ?

Tu as raison. C’est plus facile pour moi en ayant une lumière en pleine poire, devant des gens, avec un micro. Peut-être que dans la vie, il faudrait que je me balade avec une petite estrade. C’est plus facile pour moi parce que je vais travailler le texte avant. Je sais ce que je vais dire, je ne pars pas dans l’inconnu. Le texte va être écrit, réécrit, je vais avoir peser le pour et le contre.

Depuis peu, tu es « Coup de Cœur de l’Académie Charles Cros 2013 ». C’est encourageant de recevoir ce genre de prix ?

Ça permet de se faire un peu remarquer et ça fait plaisir que son travail soit reconnu. Quand toi tu es quelqu’un qui est plus dans l’indépendance et qui vit un peu sur les chemins de traverse, oui, c’est utile.

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12 juillet 2013

Simon Autain: interview pour son premier EP

simon autain,interview,ep,pic d'or,mandorJ’ai découvert Simon Autain au Pic d’Or de cette année. Je peux même dire, sans vexer personne (j’espère), que c’était ma plus belle découverte de cette édition. (Même si je connaissais la moitié des artistes sélectionnés, mais ça n’a rien à voir). Le jeune homme est arrivé sur scène, habillé en dandy d’un autre temps, puis s’est mis à jouer au piano. Puis à chanter. Pendant ce temps, je me suis mis à frissonner. Avec le public et avec la quasi-totalité de mes amis jurés. Une vraie claque ! Puis quand nous l’avons revu chanter une seconde chanson, on a tendu la joue gauche.

J’avais déjà écouté son EP reçu quelques semaines avant, mais l’effet n’avait pas été le même sur moi. Un Simon Autain, certes, ça s’écoute, mais surtout ça se regarde et ça se ressent. Et ça déclenche toutes sortes d’émotions.

Pour la petite histoire, Simon Autain est reparti bredouille du Pic d’Or. C’est à peine simon autain,interview,ep,pic d'or,mandorcroyable. Un cas d’école. Largement favori lors de la demi-finale et de la finale, l’artiste nous a déçus lors de sa dernière prestation. Déception à la hauteur du choc qu’il nous avait procuré lors de ses deux premières prestations, du coup, nous avons été intraitables (et à mon sens parfaitement injustes. Je m’inclus, car je ne l’ai pas défendu non plus). Après coup, j’ai d’énormes remords. Il a fait deux mauvais choix de chansons lors de la finale (préférant interpréter des chansons personnelles et importantes pour lui plutôt que des chansons universelles et touchantes pour le public). Et il y a eu des remarques au public, disons… maladroites. Étant donné que certains autres artistes finalistes très talentueux sont allés, eux, crescendo dans la progression, le jury n’a plus su où placer Simon Autain.

L’artiste n’a pas non plus compris pourquoi il n'avait reçu aucun prix parmi les 5 proposés. Mais il a su très vite reprendre du poil de la bête et entendre avec humilité et intelligence ce que nous lui avons dit (chacun de nous il me semble).

Simon Autain, un mois plus tard (le 31 mai dernier) est passé me voir à l’agence. Et évidemment, nous avons notamment reparlé de sa mésaventure du Pic d’Or. Franche et diplomate explication entre l’artiste et l’un des jurés.

Biographie officielle (mais réarrangée et raccourcie) :

Originaire de Montpellier, Simon Autain passe son temps entre Poitiers et Paris. Quand il a découvert les Beach Boys, la pop est entrée dans sa vie et ne l’a plus lâché. Parce que les harmonies vocales, la beauté de la chose. Et l’histoire qui va avec. Une histoire de famille, de mort, qui lui inspira d’ailleurs un morceau, « Marina Del Rey ».

Mais avant, il y eut dix années de piano. Puis les premiers groupes, en tant que guitariste. Avant de devenir ce qu’il est aujourd’hui : chanteur, auteur, compositeur, et, fait assez rare pour un aussi jeune artiste, arrangeur. Et très vite, naît cette envie de ne pas souffrir d’une étiquette. Simon ne sera ni chanson, ni pop, et privilégiera la simplicité des textes, qui n’est pas la facilité.

simon autain,interview,ep,pic d'or,mandorEn studio avec Dominique Blanc-Francard (et Bénédicte Schmitt), Simon joue de (presque) tout, convoque quelques potes, quelques rencontres, et accouche de ce premier EP. Au détour de ces cinq titres, il raconte une belle histoire. On y croise des questionnements sur la mort, sur la véritable importance de l’Amour, du couple… La vie.

Ce premier EP, cette première déclaration, le place sur l’échiquier pop des futurs grands, des têtes à suivre. Un artiste singulier, une voix reconnaissable entre mille au service de textes mêlant le noir et le lumineux.

Notez le bien, il s’appelle Simon. Simon Autain.

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Interview:

Tu as 24 ans et tu as commencé à faire de la musique à l’âge de 9 ans. Plutôt précoce comme garçon.

Je pianotais tout seul à la maison et mes parents m’ont donc proposé de prendre des cours particuliers de piano classique avec une prof. J’y ai trouvé beaucoup d’intérêts. Je jouais tout le temps, ce qui me permettait d’avancer assez vite. Mais je travaillais très peu les cours. D’ailleurs, aujourd’hui, le solfège, je le lis super mal alors que j’en ai fait pendant 10 ans. J’en ai fait d’ailleurs malgré moi parce que je tentais les concours du conservatoire en candidat libre. J’apprenais mes morceaux, mais le solfège, ça m’a toujours gonflé. Je les apprenais plus en écoutant des CD.

Je crois savoir que tu étais en 5e quand tu as pris la décision nette et définitive de faire ce métier-là.

Oui. J’ai dit à mes parents que je voulais faire de la musique. J’ai ajouté que l’école me saoulait. Je voulais l’arrêter à 16 ans pour ne faire que de la musique, mais ils n’ont pas voulu. Pour faire plaisir à ma mère, il fallait au minimum que j’aie le bac.

Donc tu jouais parallèlement à l’école ?

J’ai joué en tant que guitariste dans des groupes forts différents les uns des autres. Certains très bourrins, assez metal. J’ai commencé à chanter dans un groupe folk de mon lycée qui était assez théâtral, complètement barjo, The Flower Dicks.

simon autain,interview,ep,pic d'or,mandorDans ta bio, je lis que tu as découvert les Beach Boys à l’âge de 10 ans.

C’est vraiment le groupe de mon enfance. Mon père était un immense fan des Beach Boys. Il écoutait ça tout le temps. Même à Noël il mettait les disques de Noël des Beach Boys. J’écoutais ça avec mon frère, avec lequel j’avais une relation assez forte, du coup, ces histoires de frères résonnaient pas mal en nous.

Hormis les histoires qu’ils racontaient, leurs harmonies étaient fascinantes.

Évidemment. Et j’ai été très touché par l’histoire de Brian Wilson, qui était un vrai autiste. Il refusait parfois de partir en tournée, il refaisait toutes les voix des albums lui-même, il engueulait tout le monde parce qu’il n’était pas content…

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(Photo: Nöt Pixbynot)

Au Pic d’Or, le jury t’a trouvé bluffant et très mature lors de tes deux premières prestations.

À Tarbes, j’ai montré d’abord une facette de mon univers qui est très intime, assez premier degré, assez mélancolique, mais il n’y a pas que ça dans mon travail. Je pense que j’ai grillé mes cartouches très rapidement en chantant deux chansons qui me tenaient à cœur dès le départ. J’aurais dû les garder pour la finale et commencer avec des titres un peu plus légers. Et surtout, je ne peux pas passer d’un extrême à un autre extrême. Au Pic d’Or, j’aurais dû choisir juste une facette. En fait, j’ai trop cru en la victoire. Il ne faut jamais y croire et se battre. J’avoue qu’avant de rentrer sur scène, je me suis dit que ça allait le faire… j’ai pris des risques qui n’étaient pas nécessaires. C’est bizarre ma réaction, parce que ce n’est pas mon mode de fonctionnement habituel. Je ne suis pas un arriviste. Parfois, j’ai juste le goût du « ça passe ou ça casse ».

Mais, tu sais très bien que je suis allé te voir le premier soir pour te dire tout le bien que je pensais de toi. Je crois t’avoir influencé involontairement. Arnold Turboust m’a d’ailleurs gentiment remis dans le droit chemin à ce sujet… Je t’ai donné trop de confiance en te communiquant mon enthousiasme. Je le regrette profondément.

Ça a dû jouer, mais c’est à moi de contrôler ce genre de chose. Si tout le monde te dit « c’est génial !», il ne faut surtout finir par y croire. Sans devenir pour autant « artiste maudit » qui n’accepte pas les compliments. Il faut arriver à rester concentré. Rester dans le calme et ne pas bouger de sa sincérité. C’est difficile, mais ça fait partie du métier. Tu sais, on fait un boulot de risques dans lequel on doit surprendre les gens et se surprendre soi-même. Lors du Pic d’Or, je suis allé dans la provoc. J’ai mal joué mon truc parce que tout le monde a eu l’impression que j’agressais le public. Rien n’est jamais acquis, c’était donc une bonne leçon pour moi.

Il n’en reste pas moins que ta voix nous a fascinées.

Pour moi, c’est le plus important. En ce moment, je bosse avec deux potes sur mon album (qui devrait sortir en septembre). Comme ils ne viennent pas de la chanson, je leur répète souvent que là, on est dans les arrangements, on est dans le son, certes, mais que tout ça c’est du vent. On s’en fout. Le plus important, c’est la voix, il n’y a pas à tergiverser. Un mec comme Tom Waits, il peut chanter n’importe quoi, tu vois.

Tu joues beaucoup avec le public ?

Oui, j’adore ça. Je ne l’ai pas fait au Pic d’Or ou du moins, je ne l’ai pas bien fait. On ne peut pas faire la même chose sur la longueur d’un concert que sur un tremplin. Je n’avais pas encore l’expérience nécessaire pour le comprendre.

Le clip de "Le voyage en douce".

Je reviens à ton EP réalisé par Dominique Blanc-Francard. Une sacrée belle carte de visite !

C’est mon label qui m’a proposé Dominique Blanc-Francard et sa compagne Bénédicte Schmitt. Je n’étais quasiment jamais rentré en studio, à part pour des tout petits projets. Moi, j’ai toujours fait seul mes maquettes et mes arrangements. Et là, la démarche de studio m’angoissait terriblement. Je me suis retrouvé devant des gens adorables et compétents. 

Mais, tu ne renouvelles pas l’expérience pour ton album.

Humainement, c’était génial. J’ai eu une légère frustration au niveau du temps. C’est un studio qui coûte quand même cher, on ne peut pas prendre notre temps. Il faut constamment tracer et on arrive au mixage, on a plus que deux jours. Comme je suis un grand fan de post prod, quand je bosse tout seul, je prends énormément de temps pour tout bien placer. Je suis de plus en plus passionné par le son et ça me dérange de ne pas aboutir ce travail-là, car je le considère aussi important que le reste. Alors, je précise. Il y a la voix d’abord, comme nous le disions tout à l’heure, ensuite,  il y a, au même niveau, le texte et la chanson et le son et les arrangements. Je suis très pointilleux là-dessus.

C’est pour ça que tu bosses en ce moment avec des musiciens qui travaillent beaucoup dans l’électronique ?

Oui, avec ce genre musical, tu n’as pas toujours la compo, mais tu as toujours le son. Mais, ne t’inquiète pas, je ne suis pas en train d’enregistrer un album électro. Ça reste très acoustique. Il y a bien un ou deux synthés à droite à gauche mélangés à des cordes… Moi, j’adore chanter sur de la musique orchestrée. Il y a beaucoup de violons et par moment, c’est même grandiloquent, avec des envolées...

Mai 2013: Simon Autain prépare son premier album studio. Première étape, enregistrement des parties basse batterie au studio Soyuz de Paris.

Tu trouves que les choses bougent vite en ce moment pour toi ?

Si je veux que les choses aillent plus vite, il faut que ça vienne de moi. Attendre d’un label, c’est un peu une erreur. Si on attend de lui, on est frustré. Un label, c’est un plus. Les gens des labels ne peuvent pas penser à notre place, ils ne peuvent pas prendre des décisions artistiques à la place du principal concerné, l’artiste. Si on n’a pas envie de se sentir dépossédés par ses créations, il faut anticiper. Il faut dire : « Tiens, j’ai fait ma pochette, ça va ressembler à ça ! Qu’est-ce que vous en pensez ? Elle est déjà faite… » Moi, je suis quelqu’un d’autonome. On n’est jamais mieux servi que par soi même…  Quand on a des idées et qu’on a envie, on va s’investir 10 fois plus que n’importe qui. Les gens qui passent deux heures sur mon projet et qui me conseillent, j’ai un peu de mal parce que moi, j’y ai passé un temps fou. Je suis accro à ça et c’est ma vie…

Tu ne décroches jamais de la musique ?

Je suis toujours dedans, en effet. Je compose, j’écris tout le temps.       

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Quand tu es en studio, tu sais que c’est bon ou tu as du mal à t’arrêter ?

Je suis un gourmand. Tant qu’on ne m’arrête pas, je ne m’arrête pas.

Comme Voulzy ?

Non, pas du tout parce que moi, je suis un fan des prises spontanées. Il y a beaucoup de sons que j’avais faits sur la maquette et que je garde. J’adore l’instantané. Voulzy, c’est tout sauf ça. Il est méticuleux, mais pour moi, il l’est trop. Du coup, il perd le côté spontané de la musique. Moi, j’m’en fous s’il y a du bruit, s’il y a un souffle dans ce qu’on enregistre. Si ça le fait, je garde. Je ne me pose pas trop de questions.

Outre ton album, tu bosses sur d’autres projets, dont un avec Benjamin Paulin (mandorisé là). 

Là, je bosse avec lui sur son disque. J’ai coécrit et co-composé la moitié des chansons… C’est un mec hyper talentueux, un vrai auteur.

Si je te dis que ce que tu fais me rappelle le meilleur de la variété des années 70 et 80. William Sheller, Julien Clerc, des gens comme ça, tu ne m’en veux pas ?

William Sheller, je suis très fan. Julien Clerc, il y a juste quelques chansons du début que j’aime vraiment. J’ai beaucoup écouté l’album intitulé N°7 et notamment une chanson qui est dingue « Souffrir par toi n’est pas souffrir » écrite par Étienne Roda-Gil. C’est une chanson magnifique.

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Bonus : L'interview de Simon Autain par HorsCène. Très complémentaire ce celle-ci...

09 juillet 2013

Taïro: interview pour Ainsi soit-il

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Bon a priori, le reggae français et le ragga, ce n’est pas ma tasse de thé. Dire que je suis allé à reculons à la rencontre de cet artiste n’est pas totalement faux. Mais, bon, j’ai toujours le secret espoir de trouver en chacun quelque chose d’intéressant, des propos qui me surprennent et qui permettent un débat. C’est exactement ce qu’il s’est passé avec Taïro.

Avant de vous proposer mon interview, voici ma chronique sur ce disque (sorti hier, lundi 8 juillet) écrite pour Le Magazine des Espaces Culturels Leclerc (daté des mois de juillet-août 2013).

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Rencontre avec le roi du reggae français dans les locaux de sa maison de disque Polydor chez Universal Music. C’était le 25 juin dernier.

taïro,ainsi soit-il,interview,le magazine des espaces culturels leclerc,mandorInterview :

Ton album est à la fois léger et grave. Tu parles aussi bien de l’injustice et des problèmes sociétaux que de femmes ou des joints.

Je me laisse porter par mon inspiration. Avant de faire un album et de me lancer dans une chanson, je n’établis pas de plan particulier. Je ne réfléchis pas en amont aux sujets que je vais aborder. J’y vais à l’instinct, mais j’essaie aussi de diversifier les sujets pour ne pas ennuyer ceux qui m’écoutent. Ça me parait difficile de vivre dans ce monde, d’être musicien et auteur et d’être monomaniaque ou monocorde ou monothématique. Je n’ai pas de mal à parler de mes émotions.

Pourquoi as-tu commencé à faire de la musique et à écrire des chansons?

 À 15 ans, quand j’ai commencé, j’étais très influencé par le parcours de mon père qui est révolutionnaire politique marocain. J’avais trouvé dans le reggae, musique connue pour son aspect revendicatif,  une possibilité de suivre ses traces et continuer son combat. Dans ma famille, on a l’esprit de sacrifice. J’ai perdu une tante d’une grève de la faim en prison et mon père a fait quatre années de prison. Il s’en est sorti, heureusement pour lui. Au début, j’avais l’impression d’être investi par ça et d’avoir une mission. Je ne pouvais pas chanter des chansons sur notre petit quotidien. À un moment, je me suis demandé qui j’étais pour dire « ça, c’est bien, ça, c’est pas bien » ou « regardez qui sont les bons, qui sont les méchants ! »

Aujourd’hui, tu fais réfléchir et tu divertis. Ce nouvel album est vraiment un mélange des deux.

En tout cas, quand j’écris, je me laisse complètement aller vers l’émotion que je ressens à ce moment-là. Soit difficile, soit joyeuse. Je me laisse aller à cette actualité qui peut me toucher, à cette histoire d’amour que je peux vivre. Rien n’est plus calculé. Ça me permet de ne pas m’ennuyer à la fois quand j’écris et puis, j’espère, de ne pas trop ennuyer le public. L’idéal serait que les gens qui m’écoutent trouvent une résonance à leur propre douleur ou leur propre bonheur.

Taïro - "Love Love Love"

Quand tu écris « Justice », tu es traversé par quoi ?

C’était à un moment où je n’arrivais plus à vivre de la musique, un moment où je suis au RSA et forcément, ça influe sur mon inspiration. Ce n’est pas le fait que certaines personnes gagnent beaucoup d’argent qui me gêne, c’est le fait que d’autres en gagnent si peu en bossant comme des fous. C’est ça le problème.

Ton père était un révolutionnaire, crois-tu que l’on peut faire la révolution en chanson ?

Je pense que la seule chose qui pourrait faire changer les choses, c’est surtout la politique. C’est vraiment là qu’il pourrait y avoir un contre-pouvoir, parce que le pouvoir est devenu économique et uniquement économique. J’ai l’impression que les grandes sociétés pèsent un peu plus sur les décisions politiques que les convictions de ces mêmes hommes politiques. Je ne dis pas que mes chansons peuvent changer le monde, mais si elles peuvent faire du bien à ceux qui les écoutent, je serai déjà très content.

Je sais aussi que tu veux permettre à ceux qui t'écoutent de s’évader.

Parler uniquement des problèmes des gens, est-ce vraiment les aider ? Est-ce qu’avec ma musique, je ne me dois pas de leur permettre de s’échapper de la réalité. Dans cette vie assez difficile, ne dois-je pas leur permettre de partir le matin avec un peu de baume au cœur et d’énergie.

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Dans le premier titre « Je m’en fous », tu réponds à ceux qui ne croyaient pas en toi et c’est aussi un hommage à la musique.

C’est un clin d’œil à la fois aux gens qui n’ont pas cru en moi et à la fois au public. C’est une manière d’être complice avec les gens qui vont écouter le disque. Je ne viens pas du tout d’un milieu musical. Ma mère avait quelques disques. De Bob Marley, de Léonard Cohen, de Janis Joplin, de la musique des années 70 et beaucoup de musiques classiques. Au début, j’avais beaucoup de naïveté parce que je croyais énormément en moi, mais en fait j’avais beaucoup de carences et de lacunes. J’avais beaucoup d’énergie, beaucoup d’envies, mais très peu de connaissances musicales. Bon, dans cette chanson, j’appuie un peu le trait. C’est une chanson, il faut parfois surligner pour que le message passe mieux.

J’ai noté que tu apprécies les doubles lectures.

J’aime amener à un point de vue que l’on ne comprenne pas tout de suite et qu’on va découvrir à la fin du morceau. J’essaie de faire en sorte qu’on veuille le redécouvrir avec d’autres relectures.

taïro,ainsi soit-il,interview,le magazine des espaces culturels leclerc,mandorDans « Ainsi soit-il », qui est aussi le titre de l’album, tu parles d’un départ. On imagine un suicide…

Je raconte mon hypothétique dernier jour. On ne va pas échapper à la mort. Ça nous arrivera à tous un jour. Plutôt qu’angoisser ce moment, peut-être faut-il essayer de le regarder un peu différemment. Essayons de penser à la vie qu’on a eue plutôt qu’à la mort.

Dans « Bébé toute seule », tu expliques à une femme que les enfants ont besoin d’un père.

Mes parents se sont séparés quand j’étais très jeune. Mon père a toujours été présent et aimant. Je crois que ce dont un enfant a besoin le plus en grandissant, c’est l’amour de ses deux parents, s’ils sont là. Il peut arriver dans la vie qu’une femme se retrouve seule avec un enfant et qu’elle soit obligée de l’élever comme ça. Je ne veux surtout pas que cette chanson lui fasse penser que c’est impossible. C’est surtout une fille qui m’a inspiré ce texte. Elle voulait garder son enfant alors que le père était parti, sans que cela ne lui pose aucun problème. Il y avait quelque chose de très naïf dans son discours. A 21 ans, elle était ancrée dans cette certitude qu’il n’y a absolument pas besoin du père, qu’il n’est pas utile de savoir qui il est et qu’il suffira un iniquement de l’amour d’une maman. C’est un peu court comme vision des choses. Si on a la possibilité d’offrir l’amour d’un papa et d’une maman, ou de deux papas ou de deux mamans, c’est quand même mieux pour un enfant. Cette chanson est une discussion entre deux points de vue. Il ne s’agit pas de faire la morale ou la leçon, mais juste d’équilibrer le débat.

Les chansons « Love, love, love » et « High Grade », notamment, évoquent ton amour destaïro,ainsi soit-il,interview,le magazine des espaces culturels leclerc,mandor joints.

C’était un peu pour rigoler et, surtout, c’est une thématique récurrente du reggae. C’est un classique que j’avais envie de revisiter un petit peu. Et puis, je trouve qu’il y a quelque chose qui ne va pas en France à ce niveau-là. On a le système le plus répressif et on a le plus de consommateurs. On a cette hypocrisie absolue pour dire que c’est pour nous protéger, alors qu’il y a d’autres choses dans la vie qui sont tout à fait légales et qui sont beaucoup plus dangereuses. L’alcool, par exemple. Quand on est consommateur d’herbe, au pire, on se fait du mal à soi. Quand on a une société pétrolière, quand on envoie un bateau qui s’éclate en pleine mer et qui défonce la Terre, c’est dangereux pour tout le monde, mais pourtant, même s’ils se font engueuler, ils continuent à faire du business. Il y a une inégalité là-dessus qui est gênante. Il y a une déresponsabilisation des gens. Il n’est pas question de dire que c’est la panacée du peuple et que ceux qui ne fument pas n’ont rien compris à la vie et passe à côté de quelque chose de fantastique. Je ne comprends pas que l’on puisse être en danger pénalement. Cet effet d’interdit créer encore plus de désir chez les jeunes pour jouer avec la loi. La chanson que j’ai faite « Bonne Weed », si elle a eu tant de succès, c’est en partie grâce à ça.

Taïro Feat. Kalash, Kenyon, 3010 & Némir - "Bonne Weed Remix"

La chanson SF 92 parle de la destinée d’un fusil militaire.

SF 92, c’est un modèle de Beretta. Au départ, je voulais raconter l’histoire d’un soldat, mais en commençant à écrire, je me suis dit que je pourrais pousser la personnification  plus loin. Personnifier un objet pouvait être intéressant. J’ai donc extrapolé à partir de ce que j’ai lu de l’histoire de ce flingue. J’ai imaginé quel pourrait être le parcours d’une arme que l’on a fabriquée dans les années 80.

Pourquoi y a-t-il ces 3 featurings ?

Parce que j’aime le travail de Youssoupha, Merlot et Kalash. Faire des morceaux avec les gens, ce n’est pas un truc que je recherche absolument, c’est même une démarche un peu difficile pour moi d’aller frapper à la porte pour dire « excuse-moi, tu veux chanter un morceau avec moi ? » Généralement, quand j’ai chanté avec d’autres artistes pour mes albums, ça s’est fait grâce à des rencontres et puis, parce qu’il y avait un désir commun de faire quelque chose ensemble. C’est assez génial de pouvoir faire de la musique à plusieurs. C’est quelque chose de très stimulant et très gratifiant.

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Tu as fait un album en 2009 chez Warner et pas mal de street tape et tu reviens là dans un gros label, Polydor chez Universal. Que fait un rebelle de nouveau dans ce genre de maison de disque ?

En signant ici, je me suis demandé si c’était une bonne idée et  par quel chemin j’allais passer. Avec les street tape que je faisais, je pouvais vivre de ma musique grâce à une économie autosuffisante qui me permettait de faire ce que j’aime dans une grande liberté. En étant ici, je me suis dit que c’était une possibilité de faire découvrir ma musique à plus de gens. Être supporté par Universal, ça va sans doute me permettre d’avoir plus de visibilité. Il est possible que ça m’ouvre une partie de leur réseau en télé, radio et presse écrite. Si cela permet de véhiculer des informations sur ma musique, allons-y…

Et tu as enregistré ce disque dans de meilleures conditions. Il faut le dire aussi.

Oui. Ca m’a permis de revisiter les morceaux. Quand j’ai signé avec eux, cet album était maquetté, quasiment fait, mais là, on a pu faire venir d’autres musiciens, rejouer, remixer… il faut bien le reconnaître, ça fait un meilleur disque.

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29 juin 2013

Renaud Hantson: interview pour Homme à failles

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Renaud Hantson fait partie de mon panthéon personnel. Au même titre que Balavoine, Goldman, Berger, Cabrel et autre Souchon. Sauf que lui, il est toujours sorti des sentiers habituellement bien balisés de ce métier. Il a été difficile pour moi, et sans doute pour les autres « fans », de le suivre avec assiduité, car il a pris beaucoup de chemins différents. Et il n’a jamais fait de concessions. Aucune. Ou vraiment très peu. Alors, les chanteurs de sa génération, de sa mouvance, lui sont passés devant sans complexe. Pourtant, les Calogéro-Pagny-Obispo, il les surpassait largement. Mais, à faire du metal, à faire connerie sur connerie dans sa vie personnelle, à se perdre dans la drogue et le sexe pendant 18 ans, on ne fidélise pas vraiment son public. Moi-même, j’ai cessé de le suivre. Presque oublié. De temps à autre, je me demandais ce qu’il devenait, mais sans plus. Le temps est assassin. Il travaillait, même pas mal, mais comme il n’était plus médiatisé (et que Facebook n’était pas encore là), il était difficile de le savoir.

Je l’avais rencontré quelques fois dans les années 90 (voir photos après l’interview) et j’airenaud hantson,homme à failles,interview,mandor toujours bien apprécié nos rencontres.

Et puis cette année, coup sur coup, je l’ai rencontré et interviewé deux fois en un mois à l’occasion de la sortie de sa deuxième biographie, Homme à failles, sexe & drogues & show business, tome 2 (aux Editions du Préau). D’abord et succinctement au Salon du livre de Provins le 14 mars dernier, puis quelques jours plus tard, à l’agence, le 15 mai. Il est venu avec Olivier Vadrot son manager. Le but était qu’il dise ce qu’il pense, sans langue de bois. Je le confirme, la langue de bois, il ne connait pas. J’ai décidé de retranscrire l’interview dans sa quasi-totalité. J’aime quand on sort des conventions, quand le type que j’ai en face de moi se fout complètement des conséquences de ce qu’il raconte parce qu’il est honnête et qu’il n’a plus rien à prouver à quiconque. Ça devient rare. Donc, ne soyez pas choqués par ses propos, ne le jugez pas comme quelqu’un de prétentieux ou d’arrogant, il est juste cash et franc. Il dit ce qu’il pense. Point barre. Renaud Hantson est un survivant, et rencontrer un survivant, ça ne m’arrive pas tous les jours.

renaud hantson,homme à failles,interview,mandor4e de couverture de Homme à failles:

Après son précédent ouvrage où il dévoilait son parcours musical et ses 17 années d’addiction à la cocaïne, l’auteur-compositeur-interprète et comédien Renaud Hantson (Starmania, La Légende de Jimmy, Notre-Dame de Paris) revient avec un deuxième tome encore plus personnel et virulent. Pour faire suite à son autobiographie, c’est sous la forme d un abécédaire que l’auteur a choisi cette fois-ci de s’exprimer. Contrainte des plus difficiles puisqu’il s’est imposé de décliner chaque lettre de l’alphabet en sept mots, comme les sept péchés capitaux ou les sept notes de la gamme en musique. Ainsi, il passe en revue des termes aussi différents qu’animateur, banlieue, drogue, groupies, paranoïa, quinquagénaire, rock, sexe, télévision ou xénophobie. Sans vouloir se substituer aux intellectuels, Renaud Hantson parle du monde dans lequel nous vivons et va encore plus loin dans sa description d’une addiction pernicieuse à la cocaïne afin de prévenir les générations futures des dangers d’une telle descente aux enfers. Une fois de plus, ce livre étonnera par sa sincérité et son réalisme. Dans un show-business où tout n’est que poudre aux yeux, Renaud Hantson fait figure d’OVNI et se met à nu à nouveau pour notre plus grand plaisir. Écrit en collaboration avec Audrey Chariras. Préface du docteur Laurent Karila, psychiatre-addictologue à l’hôpital Paul Brousse à Villejuif. Postface d’Olivier Vadrot, manager.

renaud hantson,homme à failles,interview,mandorInterview :

En lisant ce livre, je me suis dit que tu étais et es encore le chanteur français le plus rock’n’roll d’entre tous. Je ne sais pas si vous êtes deux à avoir eu ce genre de vie.

Ça a été presque caricatural. En fait, j’ai eu les opportunités de toutes mes idoles. Je monte un groupe de metal, les Satan Jokers de 1983 à 1985 et dans le genre, ça fait un succès considérable. Pour ce groupe, j’ai inventé le terme « les fils du métal ». Il est resté pour désigner un groupe de hard rock. Ça devient un truc culte. Un peu plus tard, je rencontre Michel Berger, les gonzesses me courent après alors que je joue Ziggy dans Starmania, un personnage gay. Je deviens même une égérie dans le circuit gay. J’ai toujours une espèce de difficulté à trouver mes marques sur mes albums solos. Ensuite, j’enchaine avec le rôle principal de La légende Jimmy, le second opéra rock de Michel Berger et Luc Plamondon, mis en scène par Jérôme Savary. Là, je rentre dans l’excès. J’ai un accident de voiture un soir après le spectacle. Personne ne le sait parce que je ne suis pas médiatisé et pas entouré comme une rock star.

Clip de "C'est du sirop" en 1988. Un de ses premiers tubes.

Un extrait de Starmania, version 1988 : "La chanson de Ziggy" par Réjane et Renaud Hantson.

La drogue arrive en 1994.

Oui. Deux ans après la mort de Michel Berger.

C’est lié ?

Ma thérapie a prouvé que c’était lié, en effet. Il était comme un père spirituel. Je lui faisais écouter mes maquettes. Il me donnait son avis et de manière très franche. Indéniablement, il avait une valeur ajoutée. Mais il avait aussi du flair et une lucidité sur le métier. Quand il est parti, je n’avais plus cet ami, je n’avais plus personne à qui faire écouter mes disques. Je me suis senti complètement perdu. Après, je me suis perdu avec des trucs de rock stars. Comme mes idoles.

Et tu n’as rien vu venir.

Je continue à travailler. Donc je triche. Je fais des albums. Je rentre même dans une troisième comédie musicale, Notre Dame de Paris. Plamondon me rappelle après la mort de Michel, il s’engueule avec Cocciante, moi je ne leur fais aucun cadeau, comme une rock star. C'est-à-dire que je leur coûte un bras. En 2000, je suis au pic de mon addiction. Et c’est quand je fais Notre Dame de Paris. J’y allais comme si j’allais à l’usine. Après je continue à faire des disques, mais avec une vision du bizness et du métier qui n’est plus la même. Je comprends pourquoi Berger en 1990 était déjà désespéré par rapport à ce métier, aux médias, à l’évolution des médias, l’évolution des formats, l’évolution du public…etc. Je vois ce qui l’a usé. Bref, je pars encore plus en vrille.

Extrait de la comédie Musicale La légende de Jimmy filmé lors de la soirée hommage à Michel Berger à Paris le 23 avril 2012 au Réservoir.

Tu prends encore du plaisir à quelque chose à ce moment-là ?

Oui, mais juste en matière de sexualité. J’ai utilisé mes « excès » uniquement dans le cadre de  jeux à connotations physiques, avec mes compagnes. C’est une forme d’antidépresseur. Se mettre la tête à l’envers dans la sexualité pendant 3 jours de suite, c’est une façon d’éviter les 4 autres jours de la semaine où on s’est fait chier. Je refais face à la réalité le lundi et je me dis que je fais un métier de merde. Et je me dis que les gens ne sont pas à leur place, que le talent n’est pas reconnu. Je ne pense pas qu’à moi. Je pense à des types comme Gildas Arzel, comme Art Mengo, comme Daniel Lévy. Il y a un paquet de mecs qui ont plus de couilles, de voix, de talents… je me demande pourquoi on n’occupe pas la place des mecs qui sont là depuis 25 ans et qui vendent d’ailleurs de moins en moins de disques, et qui font le même album à chaque fois. Je me demande ça, entre autres, et je me perds dans la drogue.

Tu t’es perdu dans la drogue à cause de cette incompréhension.

Pas uniquement. Il y a des gens, comme moi, qui ont une propension à ça. T’as des gens qui peuvent boire un coup et s’arrêter. Moi, je ne peux pas. En matière de cocaïne, c’est la même chose. Moi, il ne faut jamais que je commence.

Clip de "Apprendre à vivre sans toi", un hommage à son ami et mentor Michel Berger en 1994 (et qui me fait penser irrémédiablement à ma soeur Florence, disparue il y a trois mois, et dont je me remets difficilement du départ précipité).

renaud hantson,homme à failles,interview,mandorAprès Poudre aux yeux, c’est le deuxième livre que tu sors sur ce sujet. Ca devient addictif d’écrire, de te raconter ?

Le premier livre est moins trash. Il y a eu une très grosse relecture de Flammarion, parce qu’ils savent faire. Mais, en fait, à peu près tout ce qu’ils ont voulu que j’enlève, je l’ai laissé. C’est quand même l’auteur qui a le choix final. C’est sous forme d’autobiographie. Je pars de mes débuts dans la musique avec ma famille. Mes grands-parents qui m’offrent ma première batterie jusqu’à Satan Jokers, la rencontre avec Michel Berger, sa disparition, l’apparition de la drogue dans ma vie, les sorties nocturnes, un peu de sexe, beaucoup de show-biz. J’ai l’impression d’avoir tout dit dans ce bouquin. Suite à la parution de ce livre, je me demande comment ça se fait que je n’aie toujours pas compris. Le deuxième est apparu à cause de ça. J’ai voulu raconter que c’est encore plus compliqué que ce que je croyais. On a longtemps dit aux gens que certaines drogues étaient des drogues festives, alors que les drogues psychologiques sont les plus infernales à arrêter. Bien sûr qu’avec l’héroïne, tu es ferré physiquement. L’alcool, il y a un dealer tous les 100 mètres. La coke, t’as l’impression qu’il y a des choses que tu ne pourras plus jamais faire sans. Les relations sexuelles par exemple. J’ai du réapprendre sans. Le paradoxe, c’est que la drogue n’est pas du tout efficace pour ça. J’ai donc voulu parler de tous les trucs glauques dont je n’avais pas parlé dans le premier livre qui était un peu plus mainstream, un peu plus grand public.

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A l'Elysée en 1989 lors d'une représentation de Starmania devant Lady Di, le Prince Charles, Michel Berger et le Président François Mitterand... 

Je n’ai jamais lu une biographie aussi trash, autant non censurée !

Il y a celles de Clapton et de Keith Richard qui sont aussi pas mal dans le genre. En fait, tu as commencé l’interview en disant exactement la réalité, c’est un truc de fou. Je n’occupe pas la première place du hit-parade, mais je crois être le seul artiste en France à avoir vécu une telle existence de rock star. À part Hallyday bien sûr.

Cette deuxième autobiographie, elle était essentielle pour toi ?

C’était nécessaire. C’est un deuxième acte thérapeutique. Il fallait que toute la merde sorte. Là, ça va. Je n’ai plus rien à sortir.

Une autre facette de Renaud Hantson. Il est aussi le leader des Satan Jokers. Ici au Hellfest 2009, interprétant "Fils du metal".

renaud hantson,homme à failles,interview,mandorQuand je pense à toi, et Dieu sait si j’adore ce que tu fais depuis longtemps, je ne comprends pas où tu vas. Tu fais du hard rock, tu joues dans des comédies musicales, tu chantes de la bonne variété, tu as un groupe plus folk... je crois que c’est la raison pour laquelle le public n’a pas suivi ta carrière comme tu le méritais. Il était un peu perdu.

C’est possible. Fais du co-management ou deviens co-producteur (rires) ! C’est très exact ce que tu dis. On est dans un truc totalement illogique parce que le seul moment où je suis heureux, le seul moment où je suis complètement opérationnel, c’est quand je suis sur scène ou dans un studio. Le reste de ma vie est totalement dérisoire. En cela, il y a un parallèle avec Johnny. Le reste ne m’intéresse pas. Faire des courbettes aux médias, aller appuyer sur un buzzer dans une émission en prime time, juste pour faire une télé et ne même pas y chanter en direct, ça ne m’intéresse plus.  J’ai 50 balais, je trouve ce métier d’une superficialité sans limites. En même temps, c’était une lâcheté et une facilité de fuir et me réfugiant dans des phantasmes et dans la consommation de drogues. C’était plus dur pour moi de se battre, j’en ai parfaitement conscience. J’aurais dû me battre.

Oui, du coup, tu as laissé la place aux autres.

J’ai laissé passer devant moi des gens pas plus talentueux, dans la même mouvance, mais qui eux, ont su s’entourer. Mon problème, c’est qu’avant de rencontrer quelqu’un comme Olivier Vadrot ou avant de pouvoir parler comme je te parle là, il y a eu des années où je n’étais pas moi-même. Les maisons de disque que j’ai eu dans lesquels j’étais « artiste maison » m’ont fait faire des trucs qui n’étaient pas cohérents. Je ne suis pas un artiste destiné à OK, Podium, Salut les copains !, tout comme je ne suis pas un artiste formaté NRJ. Il y a d’autres moyens de vendre des disques, il y a d’autres moyens de réunir beaucoup de public en concert que ça. Regarde Thiéfaine ou Lavilliers.

Autre tube de Renaud Hantson, "Voyeur", à Agde le 24 juillet 2012. (Avec une battle de batteries en ouverture).

Toi, tu sors souvent des disques, tu fais beaucoup de concert en ton nom propre ou avec tes deux groupes. Tu es vraiment un chanteur en activité.

Moi, ce que je veux, c’est laisser une trace. Tant que le disque physique existe, tant qu’on n’est pas balayé par la technologie, je veux faire un maximum de disques. Là, je prépare un album de blues pour Furious Zoo, je prépare un opéra rock avec Satan Jokers sur les addictions sexuelles avec le docteur Karila et enfin, je vais aussi sortir un nouvel album solo.

Revenons à la littérature. Écrire, c’est pour prévenir,  pour s’en sortir ou pour ne pas retomber.

Les trois. Moi, j’ai récupéré toutes les merdes que l’on peut récupérer à cause de la drogue. Les problèmes respiratoires. Il y a une clim’, je suis malade. Je n’étais pas allergique, je suis allergique. Mes voies respiratoires sont niquées. Il y a deux solutions, soit je mets du Dérinox et pendant trois heures, j’ai les cloisons qui se rebouchent, soit je prends de la coke. Reprendre de la coke, je vais éviter. Je crois que j’ai assez consommé. L’écriture, c’est très simple. C’est prévenir que c’est beaucoup plus galère de s’en sortir pour les générations à venir. Leur dire que les drogues seront de plus en plus addictives, même la fumette. Leur dire que, pour cette espèce d’ersatz de plaisir qu’ils vont trouver, ils vont avoir un mal fou à faire machine arrière. Écrire, pour moi, c’est thérapeutique. Le temps passé à écrire m’évite déjà de penser à faire des conneries.

Tu dis quand même dans tes livres que tu ne seras jamais sorti de l’auberge…

Les anciens addicts restent toute leur vie des anciens addicts. Moi, j’ai une réelle volonté à arrêter les conneries. Je fais de la prévention. Le projet Addictions de Satan Jokers a été validé par la MILDT (la mission interministérielle de lutte contre la drogue et la Toxicomanie). Je n’ai absolument pas envie d’être un usurpateur. Et je ne suis pas un usurpateur. Il se trouve simplement que je dis haut et fort que j’ai fait déjà 12 faux pas minimum depuis la sortie de ce livre parce que c’est dur. C’est un combat permanent.

Que peux-tu faire concrètement pour que tu t’en sortes réellement et sur le long terme ?

Je n’ai qu’une chose à faire par rapport à l’évolution que je souhaite dans ma vie musicale, artistique et créative, ça s’appelle la thérapie comportementale. Ça implique un changement de carnet d’adresses. Ce que pour l’instant, je m’oppose à faire puisque ça voudrait dire pour moi, quasiment changer de métier.

Eh oui. Parce que toutes tes relations sont des relations professionnelles.

Voilà. Et dans ces relations professionnelles, il y a un 5e de gens qui sont en rapport avec la substance. Je n’ai pas choisi les choses ainsi, mais c’est comme ça. Je suis dans une merde noire.

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Lors de l'entretien, le 15 mai 2013. (Photo de son manager Olivier Vadrot).

Tu veux expliquer quoi d’autre dans « Homme à failles » ?

Je veux expliquer pourquoi je n’ai pas été là 18 ans. Pourquoi je n’ai pas livré bataille avec le show-bizness. Pourquoi j’ai laissé ma place, comme je te le disais tout à l’heure, aux Calogero, Obispo, Pagny et compagnie. C’est très présomptueux de dire ça, mais il n’y a pourtant pas de match entre eux et moi.

Extraits d' "Opera Rock", album de Renaud Hantson comprenant 20 titres extraits des plus grands opéras rock et comédies musicales francophones et internationaux.

C’est sûr, ça n’aide pas à sortir la tête de l’eau.

Il y a un truc qu’on ne peut pas m’enlever, c’est ma voix, les chansons que je sais écrire et la scène que je maîtrise. Moi, depuis 2005, je vais à la bataille. Comme je veux me prouver des choses et parce que j’aime le danger, que j’aime prouver que dans n’importe quelle configuration, je peux assurer, je ne me refuse pas de jouer dans des endroits improbables, des lieux où je ne devrais jamais jouer. Il ne faut pas voir ça comme une chute libre. C’est un vrai parti pris. Je pourrais aller voir des gros tourneurs, mais la réalité, c’est que j’aime ma liberté. Je ne vais que là où on a envie d’aller. Je paye le prix, mais je trouve ça vachement bien. Quand on m’appelle aujourd’hui, moi, je veux avoir un temps de parole. Je veux parler de prévention, je n’ai pas spécialement envie de venir juste vendre ma soupe. Quand on a Renaud Hantson, on a un package.

Mais, c’est peut-être ça le problème. Du coup, tu fais moins de télé.

Je sais. Par contre, je fais des émissions auxquelles je n’aurais jamais eu accès, comme Le journal de la santé et Le journal de 20h qui fait un reportage sur la cocaïne.

Journal de France 2 le 16 octobre 2012.

Après l’écriture de ce livre, as-tu ressenti un vide ?

Énormément. Ces deux livres pour moi sont importants et je pense qu’ils peuvent donner espoir a des gens qui sont dans des problèmes addictifs. Toutes les addictions : la bouffe, le jeu, le sexe, la drogue, l’alcool, la cigarette. J’explique que le seul déclencheur, c’est soi même. Moi, je considère que je suis mon pire ennemi. Ce n’est pas mon entourage le problème, je n’accuse personne. Le problème de l’addiction, c’est qu’une bonne nouvelle me donne envie de faire un excès et une mauvaise nouvelle me donne envie de le masquer en faisant un excès.

Comment envisages-tu ta vie aujourd’hui ?

La dernière partie de ma vie sera la musique et la prévention. Parce que j’ai gaspillé 18 années. Je me suis fait du mal, mais j’ai payé. Je suis un technicien de la voix et je vais rester compétitif. Je vais jouer de plus en plus et je vais continuer la prévention parce que ce sont les deux seuls trucs qui m’excitent encore.

En matière de créativité, moi qui suis ton actu, j’ai parfois du mal à suivre le rythme… et je ne parle pas des pavés que tu écris sur ta page Facebook.

C’est de la psychothérapie publique et ça me fait du bien, je te l’avoue. Ce qui m’intéresse sur internet, c’est qu’on a un contact direct avec les gens. Mes séances de psychothérapie publique sur mes pages Facebook, c’est une manière d’être en contact direct avec les gens qui m’aiment.

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A la fin de l'entretien...

Pour finir, je ressors les archives Hantsonniennes...

Lors de "la nuit des Top" de la radio Top Music, le 21 novembre 1992 au Hall Rhénus de Strasbourg.

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Lors d'une rencontre FNAC de Strasbourg, le 12 janvier 1993.

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Et 20 ans plus tard, lors du dernier Salon du livre de Provins, le 14 mars 2013.

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24 juin 2013

Sophie Maurin : interview pour la sortie de son album eponyme

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« Une cascade de notes qui s’épanche en un ruissellement d’arpèges, un piano ragtime, l’humeur bluesy d’un violoncelle, une voix féminine libre comme l’air qui fait le mur, vocalise, croise l’anglais et le français… » Ainsi est présenté le premier album de Sophie Maurin. L’impression de facilité, de légèreté, qui se dégage de ses chansons est pourtant trompeuse. Elle a minutieusement échafaudé ses arrangements, structuré son projet en soignant le moindre détail : toypiano, kalimba, clarinette, percussions en tous genres, ainsi qu’une splendide section de cuivres, swinguent ensemble ou séparément. La force de la chanteuse-pianiste est d’avoir réussi à rassembler un grand nombre de titres forts avec les auteurs et compositeurs qui l’accompagnent. Sophie Maurin redonne ses lettres de noblesse au terme de "pop". Pas de doute,  elle est promise à un grand avenir.

Ce soir la jeune femme se produira aux Trois Baudets dans le cadre des soirées KLAXON. L’occasion idéale de la découvrir.

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Sophie Maurin est venue à l’agence le 28 mai dernier. Un moment sympathique avec l’une des plus belles découvertes de la chanson française de cette année…

Interview :

Outre auteur-compositeur interprète, tu es aussi architecte.

J’ai réussi à jongler entre la musique et l’archi jusqu’à ma signature en maison de disque. Quand ça a commencé à se professionnaliser, je n’ai plus eu le temps de faire autre chose.

Mais, à la base, tu es spécialisée dans l’architecture de l’urgence.

Oui, je suis spécialisée dans tout ce qui lié aux risques parasismiques, inondations. C’est dans l’humanitaire. J’ai travaillé sur des camps de réfugiés en fait. C’est marrant que tu parles d’architecture…

Parce que cette activité se ressent énormément dans la structure de tes chansons.

On a réalisé cet album à trois avec Florent Livet et Jérémy Verlet et ils étaient très étonnés par ça. Je suis très distraite, mais j’ai un esprit très carré qui est certainement dû à mes études d’architecture. J’avais toujours besoin de noter tout ce que je voulais, quand je le voulais.

Clip officiel de "Far Away".

Dans chacune de tes chansons, rien n’est linéaire. Comme quand on voit un immeuble un peu bizarre, mais qui tient bien sur ses fondations.

Ça me plait bien comme comparaison.

Quand ta vie s’est-elle tournée à 100% vers la musique ?

J’ai eu la chance de commencer les cours de piano à l’âge de 6 ans. Avant cela, j’avais fait de l’éveil musical à la maternelle. Tu vois que ce n’est pas nouveau. J’ai appris les mots en même temps que les notes. Le piano, j’aimais beaucoup ça, en revanche les partitions beaucoup moins. Je n’étais pas très douée pour être honnête. Je n’aimais pas cela. Ce qui me permettait chaque année de passer dans la classe supérieure, c’était la lecture chantée. C’est quelque chose qui me plaisait et mes profs l’avaient remarqué. Ils m’ont proposé d’être l’accompagnatrice au piano de la chorale de mon école de musique, qui par la suite est devenue un conservatoire. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à faire du piano, chanter en même temps et prendre goût à ce jeu simultané entre le piano et la voix. C’est à ce moment-là aussi que j’ai commencé à composer et que mon goût pour la chanson s’est affirmé.

Quand tu as appris la musique, les codes t’ennuyaient.

Oui, mais il y a des morceaux sur lesquels très vite, tu pouvais te faire plaisir. Je voyais l’aspect ludique et je n’étais pas du tout travailleuse. Parfois, j’avais la partition sous les yeux, mais je faisais semblant de lire les notes, alors que c’est  à l’oreille que je recherchais les mélodies. J’ai eu la chance d’avoir un super prof qui m’a permis de faire du classique, mais aussi du boogie, du blues, des ragtimes parce que j’aimais beaucoup ça. 

Ton père, lui, était fan des Beatles. Il t’a transmis cette « passion ».

Il m’avait acheté toutes les partitions de John Lennon pour le piano, je travaillais donc aussi ça en même temps que le reste. La musique classique, elle n’a jamais été toute seule. Pour moi, il y avait un lien entre toutes les musiques.

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J’ai l’impression que tu t’es toujours sentie comme un poisson dans l’eau dès que tu jouais de la musique.

En fait, les premières années, j’avais une prof qui était assez méchante, du coup, ça me plaisait de jouer, mais je n’allais pas aux cours avec plaisir. À un moment, elle a quitté la direction de l’école de musique, dont elle était la directrice, et en CE2 ou CM1, je me suis retrouvée avec un nouveau prof et à partir de ce moment, il y a eu un déclic en moi. Il m’a fait confiance. Il m’a tout de suite fait faire des concerts, m’a fait passer des examens de fin d’année. Il m’a vraiment mis en avant et c’est à ce moment-là que j’ai pris conscience et confiance du bonheur que j’éprouvais en faisant du piano. Vraiment, je le remercie encore une fois.

Après les études officielles, il se passe quoi pour toi ?

Je suis originaire du Var, en Provence. Après le bac, je suis venue à Paris, à la fois pour la musique et pour mes études. Pour gagner de l’argent et un peu pour m’amuser, je faisais des pianos-bars. Je jouais des reprises et des classiques, mais j’intégrais au milieu quelques compos personnelles. Mes premiers concerts avec uniquement mes chansons datent de 2008. Au départ, j’étais en formule piano voix, puis ensuite, j’ai été rejointe par une violoncelliste avec laquelle je faisais mes études et un percussionniste. En 2010, j’ai passé mon diplôme d’archi et dans la foulée, j’ai autoproduit un EP. Un 7 titres. Et c’est à partir de cet EP que les choses ont commencé à devenir sérieuses. J’ai eu des premiers rendez-vous avec des directeurs artistiques, j’ai eu des propositions de contrats d’édition.

À partir du moment où tu commences à constater que les professionnels commencent à s’intéresser à toi, j’imagine que tu commences à hésiter entre l’architecture et la musique.

C’est exactement ça. Cet EP, c’était un peu ma carotte pendant que je passais mon diplôme. Je me disais que si j’arrivais à l’avoir en 6 mois, je me donnerais l’opportunité de réaliser cet EP. Je me disais que si je rentrais dans la vie active en tant qu’architecte, il fallait qu’il me reste une trace de mon travail musical. Pour qu'à 60 ans, je puisse pouvoir réécouter ce que j’ai fait à 20 ans. Je me disais aussi qu'il pouvait tomber dans de bonnes mains, que ça me ferait un support à vendre après les concerts et une belle carte de visite. Au final, il a été un élément déclencheur de belles opportunités et le départ de plein de choses.

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Remise du diplôme Charles Cros " Coup de coeur 2013", le 9 mai 2013 par Alain Fantapié, le Président de l'Académie Charles Cros! (©Francis Vernhet)

Que se passe-t-il dans ta tête quand tu t’aperçois que "la sauce" commence à prendre?

Il y a une petite euphorie. Ça m’a donné confiance en moi. J’ai eu une bourse de la SACEM pour l’auto production, donc je me suis dit que je n’avais pas à rougir de ce que je faisais. Il doit y avoir quelque chose de pas trop mal dans mon travail. Mais, je remarque déjà à quel point tout est éphémère. Parfois, l’équipe avec laquelle je travaille et moi sommes enthousiastes, parfois déçus. Ça oscille d’un jour à l’autre selon les nouvelles que l’on reçoit. J’ai eu la chance de faire un album enregistré dans de bonnes conditions, mais tout reste à faire et je ne sais pas combien de temps je vais pouvoir vivre de la musique. Je n’attends pas grand-chose parce que j’ai trop peur d’être déçue.

Parlons de ta voix. Tout le monde s’accorde à dire qu’elle est exceptionnelle…

Je le raconte rarement, mais ma façon de chanter est due à un problème de cordes vocales que j’ai eu plus jeune. Un défaut qui, à moyen terme, allait me faire perdre ma voix. J’avais des cordes vocales qui, quand j’émettais un son, n’étaient pas complètement collées. Il y avait de l’air qui passait entre et qui les usait. J’ai dû faire toute une rééducation qui a duré un an pour apprendre à mieux placer ma voix parlée et chantée. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à chanter différemment de peur de perdre ma voix. J’ai même amplifié, je pense, tout ce que j’ai appris. Je l’exagère un peu, j’en suis certaine. Maintenant, je fais le travail inverse pour avoir du recul par rapport à ça. Si je hache et saccade les mots, je l’avoue aujourd’hui, c’est à cause de ça.  

L’atmosphère de ton disque est plutôt joyeuse, alors que tes textes ne le sont pas.

La majorité de mes chansons sont tristes. Quand je me mets au piano pour écrire ou composer, je suis toujours dans une mauvaise phase. Il y a quelque chose qui me dérange. Je suis triste, je suis dans un mood plutôt désagréable et le but, c’est de se servir de cette émotion pour créer quelque chose qui fait du bien. Au fond, je dois être un peu optimiste.

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Tu as écrit à peu près la moitié des textes.

J’ai de très bons auteurs aussi, je serais stupide de me priver de leur talent. Et, en règle générale, j’ai toujours des tonnes de musique en stock. Je suis moins prolifique au niveau des textes. Ce n’est pas du tout de la prétention, mais je suis plus douée en tant que musicienne qu’en tant qu’auteure. C’est la musique qui m’a amené à chanter. En revanche, le plaisir des mots et du texte, c’est venu beaucoup plus tard.

Je n’ai pas envie de parler de tes chansons. J’aimerais que les gens les découvrent vierges de tout commentaire.

Je trouve ça très bien. Moi parfois, je suis déçue d’en apprendre trop sur les prémices d’une chanson que j’aime. Le but, c’est qu’on puisse avoir plusieurs interprétations de mes textes et qu’on les ressente par rapport à l’état d’esprit qu’on a au moment où on les écoute.

Plus on écoute ton disque, plus on découvre des choses… il faut explorer toutes les différentes strates.

J’aime bien qu’on écoute mes chansons sans y  réfléchir, sans intellectualiser mes propos. Mais, j’aime bien aussi qu’on y revienne pour gratter et découvrir des choses inattendues musicalement, dans les textes et dans les arrangements. J’espère que l’on peut apprécier ce disque sans se prendre la tête, mais aussi en le découvrant intensément.

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Après l'interview...

Bonus: Comme Sophie Maurin vient d'obtenir les 4 clefs de Télérama (et que ça devient rare), je propose l'article de Valérie Lehoux.

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21 juin 2013

Eric Rochant : interview pour la sortie de Möbius en DVD

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Dorénavant, je vous proposerai aussi quelques rencontres « cinéma ». Un des médias pour lequel je travaille me le permet. Je suis ravi, même si tout est plus compliqué à organiser par rapport à la musique et la littérature. Cela étant, dans ces deux domaines artistiques, j’ai beaucoup de contacts, ce qui facilite tout. Mes incursions dans le 7e art, elles, sont rares… alors je passe par les voies normales… qui sont sacrément balisées et pleines d’obstacles (qui s’appellent notamment chiffres et validations).

Bref, parlons de Möbius, le dernier film d’Éric Rochant qui sort en DVD le 3 juillet prochain.

Bande annonce de Möbius.

éric rochant,möbius,interview,mandorJean Dujardin est un agent secret russe au passé trouble, Cécile de France est un génie maléfique de la finance internationale. Ils s'aiment d'un amour passionné et inattendu. Le seul lien qui unit ses héros peu recommandables au spectateur est la passion qui les dévore. Une fois adoptée cette profession de foi, on jouira du spectacle rare d'un film français dont l'auteur est décidé à divertir autrement que par le rire. C’est rare et passionnant. Rencontre avec le réalisateur, Éric Rochant (Un monde sans pitié, Aux yeux du monde, Les patriotes... et la saison 2 et 3 de Mafiosa...), le 4 juin dernier, dans un salon du Park Hyatt de la capitale.

Interview :

Möbius est un film moitié d’amour, moitié d’espionnage, à équivalence égale. Vous n’avez pas voulu privilégier un de ces deux genres ?

Je voulais raconter une histoire d’amour dans un contexte d’intrigue d’espionnage parce que je pense que les deux genres pouvaient s’interpénétrer de manière  intéressante et dramatique. L’histoire était celle-ci : comment de vrais sentiments, très purs et très forts peuvent s’insinuer dans une machine de guerre, dans la mécanique de l’espionnage. En fait, je ne voulais pas refaire un simple film d’espionnage, car j’en avais déjà réalisé un, Les patriotes.

Vous n’aviez pas encore abordé dans votre filmographie une vraie histoire d’amour passionnelle. Avez-vous eu peur de vous lancer dans un genre que vous n’aviez pas encore traité ?

Un mélange de peur et d’excitation. J’étais excité par le défi que je m’étais lancé à moi-même. Je n’en suis pas à m’assoir et à appliquer des recettes que je maitrise déjà. J’ai envie d’explorer des nouveaux pays du cinéma.

Il y a une histoire d’amour, certes, mais d’une sensualité rare au cinéma.

C’est très physique, voire sexuel. Là, aussi, c’était nouveau pour moi. Ce que j’avais écrit sur le papier était très spécifique. J’ai essayé d’être au plus près des souffles, de la peau, des regards, des caresses et surtout filmer le plaisir féminin.

Cécile de France a tourné des scènes très intimes.éric rochant,möbius,interview,mandor
Souvent, pour tourner ce genre de scènes, on demande aux comédiens de boire un coup de vodka et de faire ce qu’ils peuvent. Ils sont obligés de ressentir quelque chose, mais évidemment, ils ne le ressentent pas.  Ils doivent faire semblant en vrai. Là, il fallait aller plus loin encore qu’une scène d’amour « normale ». Je suis allé dans les détails, donc ça a demandé une vraie direction d’acteur. Du coup, ça a déplacé la pudeur et la gêne sur moi. Je suis devenu le plus embarrassé et le plus impudique. Mes indications, il fallait les sortir, je vous assure (rires).

Vous avez choisi Cécile de France et Jean Dujardin dans les rôles principaux. Quand on choisit deux personnes pour tenir un film, il faut être sûr que ça va coller entre eux… c’est un risque.

Même si ce choix est calculé et désiré, il y a quand même une part d’inconnue. Jean et Cécile ne se connaissaient pas, mais lui l’appréciait énormément et il avait vraiment envie de tourner avec elle. Ils se sont retrouvés aussi sur leur désir de faire le film et de faire le film tel que je leur avais décrit. Ils ont une même manière d’aborder le métier, ils sont tous les deux extrêmement travailleurs, mais ils sont aussi très simples et très humbles.

éric rochant,möbius,interview,mandorEt diriger Tim Roth, c’était facile ?

Tim Roth ne m’impressionne pas plus que Jean Dujardin ou Cécile de France. Il a du charisme et un certain caractère, il joue à l’anglo-saxonne, mais ça n’a pas été du tout un problème de le diriger. On s’adapte à la personnalité du comédien, c’est tout. Mais, c’est valable pour tout le monde.

Un réalisateur est aussi un peu un psy, non ? Sur votre tournage il y avait l’école française, l’école anglo-saxonne, l’école russe… il faut composer avec chaque façon de faire des comédiens, non ?

Vous avez raison, j’ai fait un travail de psy. Moi, je parle aux uns et aux autres en privé, jamais devant tout le monde. J’ai une relation à chacun. Je ne peux pas demander la même chose à telle ou telle personne de la même manière. Ça fait partie du métier. En plus, moi, je n’aime pas faire des films dans le drame. Il y a des réalisateurs qui cherche ça, qui cherche la tension permanente, moi, c’est le contraire. Je suis assez diplomate.

Vous avez écrit ce film en même temps que vous réalisiez deux saisons de « Mafiosa » pour Canal+. C’était facile de passer de l’un à l’autre ?

Ce que j’ai appris en faisant Mafiosa, d’une certaine manière, je m’en suis servi en faisait Möbius. Aujourd’hui, j’aime la série autant que j’aime le cinéma, je suis donc plutôt content de passer de l’un à l’autre.

Extrait "restaurant".

éric rochant,möbius,interview,mandorQuand on dit de Möbius que c’est un film « à l’européenne », le réalisateur en pense quoi ?

On dit tout d’un film. Quand on réalise un film, on a le droit à tous les jugements possibles, qu’ils soient dithyrambiques ou quasi insultants. Pour celui-là, j’ai été servi dans le tout et son contraire, du coup, il ne faut pas attacher trop d’importance à une critique en particulier. Par contre, pour avancer et progresser, il faut faire attention à ce qu’il se dégage, pour ensuite, éventuellement pouvoir en tenir compte sur ce qu’on fait après. Il faut se blinder sur le détail, mais ne pas ignorer la tendance. Sur ce film, franchement, je n’ai pas eu à me plaindre…

L’écriture de ce film a été difficile. Vous avez même jeté l’éponge une première fois, pour la reprendre ensuite.

Ce qui est décourageant parfois, c’est d’avoir un idéal et de ne pas réussir à l’atteindre. Ce qui est décourageant, c’est aussi le manque d’inspiration. Parfois, on n’a rien dans la tête, ou on a que de la merde (rire). On n’arrive pas à trouver la bonne idée qui correspond au désir que l’on a. Ce qui est formidable, c’est quand ça se débloque.

Eric Rochant est le premier réalisateur à tweeter au fur et à mesure du tournage d'un film.

éric rochant,möbius,interview,mandorDès que l’on parle d’économie et d’espionnage, la trame peut tout de suite être compliquée. Pour le bien du spectateur, on est obligé de simplifier ?

Il y a un débat à ce sujet précis. Un débat d’abord avec moi-même et après, avec moi et mes producteurs, sur la facilité de lecture et la crédibilité. Il faut que le spectateur comprenne un maximum de choses, mais en lui faisant comprendre un maximum de choses, on le sort de la réalité, parce qu’on est obligé de lui parler, de lui donner des infos. Si quelqu’un venait faire un stage d’immersion dans n’importe quel milieu, il ne comprendrait pas tout, parce qu’on ne lui donne pas toutes les clefs. En fait, quand on fait un film, on se demande toujours quelle clef il faut donner aux spectateurs au sacrifice de la crédibilité. Parfois, on se dit qu’il vaut mieux que le spectateur ne comprenne pas trop tout, mais qu’il ait l’impression que c’est vrai. Il y a un arbitrage et un savant dosage à faire. Dans Möbius, il y a tout ce qu’il faut comprendre. Mais c’est très fin. L’idéal, c’est de le revoir deux ou trois fois.

Je ne peux pas ne pas vous parler de Jean Dujardin. Il a accepté de faire votre film avant éric rochant,möbius,interview,mandord’être ce qu’il est devenu après Cannes 2012 et les Oscars… Pour lui, votre film est devenu une soupape pour ne pas exploser en plein vol.

Il me l’a dit pendant le tournage. Grâce à Möbius, le ballon à l’hélium ne s’est pas envolé. Même s’il était dans les cieux, il est resté accroché à la terre.  J’étais très content qu’il soit reconnu comme comédien, en plus l’oscar pour The artist, pour le coup, est très largement mérité. Il y avait le risque qu’il revienne de tout ça en pensant tout connaître et tout savoir, en faisant « je suis monsieur l’oscar », mais Jean est tellement le contraire de cette attitude… Sur le plateau, il rigolait en jouant le mec qui a les chevilles gonflées et c’était très drôle. Jean à cette intelligence humaine de ne pas être dupe de ce qui lui est arrivé.

La sortie en DVD du film, c’est important pour vous ?

J’aime bien l’idée d’une deuxième carrière pour un film. Même si Möbius a bien marché en salle, il est resté 6 semaines à l’affiche, c’est toujours plaisant de le voir revivre quelques mois après. Je suis content que les gens puissent voir et revoir le film comme ils le souhaitent.

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Après l'interview, le 4 juin 2013.

19 juin 2013

Madeleine Besson : interview pour la sortie de The Walker

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J’ai vu Madeleine Besson pour la première fois sur la scène des Muzik’Elles de Meaux, il y a 3 ans. Elle était « coup de cœur »  de cette manifestation musicale. Sa présence sur scène, mais aussi la fraîcheur de ses compositions avait bluffé les 2000 personnes présentes ce jour-là. Cette chanteuse francophone à la voix joliment éraillée écrit en anglais. Son univers musical a des accents de rhythm and blues américain et de pop music anglaise. Son 1er EP, The Walker vient de sortir, en attendant l’album (prévue à l’automne 2013). Ce disque enregistré en live avec son groupe en une semaine est réalisé par David Coulter (Arthur H, Tom Waits, Les Pogues, Damon Albarn... ). Un bijou dont j’ai tenu à parler avec elle le 14 juin dernier à l’agence.

J’ai souhaité publier cette chronique rapidement, car ce soir (mercredi 19 juin 2013), Madeleine Besson se produit avec d’autres artistes au Petit Bain.

Pub, donc !

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Biographie officielle :

Madeleine Besson est une jeune artiste aux facettes multiples. Sa carrière a commencé au cinéma avec Coline Serreau (sa mère, qui a fait une apparition fugace chez Mandor il y a quelques années) qui lui a confié entre autres rôles celui de Marie dans le film  18 ans après. Madeleine est ensuite passée à la réalisation d’un documentaire sur Benno Besson (son père, homme de théâtre et créateur avec Bertolt Brecht du Berliner Ensemble) en Italie.
Depuis 2006, c’est la musique qui a pris le relais. Après avoir participé à de nombreuses classes de chant, piano, violon et composition, Madeleine Besson a écrit plusieurs musiques originales pour la scène et le cinéma : « Saint-Jacques La Mecque », « L’école des femmes », « Solutions Locales pour un Désordre Global » de Coline Serreau ainsi qu’un spectacle-concert monté à Berlin « Wilhem Busch Traümt Von Paris ».
Depuis 2009, Madeleine se produit sur scène entourée de musiciens avec son propre répertoire. En juin 2010, Madeleine Besson a fait une résidence à la Scène Nationale de Melun-Sénart en partenariat avec Le Coach et la région Franche-Comté suivie en juillet d’une série de concerts dans le cadre du Festival Bancs Publics à Salins-les-Bains (Doubs).
Coup de cœur de la sixième édition du Festival Muzik’elles de Meaux en septembre 2010, une série de concerts s’est mise en place à Paris et en région pour l’année 2011 et 2012, dont la première partie de Cyndi Lauper qui l’invite sur la scène de l’Olympia pour un duo « Girls just wanna have fun ».

En avril 2011, Madeleine Besson emporte le Tremplin des Jeunes Charrues de Saint-Malo ce qui lui donne l’occasion de se produire au festival des Vieilles Charrues à Carhaix le 17 juillet.
Elle est accueillie également au Printemps de Bourges 2011, dans le off, sur « La scène des Tontons ».

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madeleine besson,the walker,interview,mandorInterview :

La musique a toujours fait partie de ta vie.

On peut le dire. J’ai commencé le violon à l’âge de deux ans.

Ta mère t’a un peu forcé et tu as mis presque dix à aimer en jouer. Tu as été traumatisée dans ta jeunesse, dis donc.

Oui, mais c’est parce que je n’aimais pas qu’on me force à faire quelque chose. Aujourd’hui, je suis très contente d’avoir eu cette opportunité de faire de la musique si tôt. Je remercie ma mère. Elle devait savoir, sentir qu’il y a avait quelque chose en moi lié à cet art.

Tu as la double culture franco-américaine. Tu as vécu les 7 premières années de ta vie aux États-Unis, ensuite, tu es venue en France. Dans tes chansons, tu chantes dans les deux langues, parfois dans la même chanson.

J’ai trouvé l’idée de mélanger les deux étaient original et ça m’a amusé de la faire. C’est une liberté que je me suis donnée. Ça me convient et ça me ressemble.

Chanter le blues, ça te vient de tes parents ?

Non, pas du tout. Ma mère, elle écoutait du jazz et beaucoup de classique. Bien sûr, elle m’a fait découvrir aussi un peu de blues, mais sans plus. Moi, c’était vraiment cette musique, mais aussi les Beatles. Aujourd’hui encore, ça me prend aux tripes. Quand j’entends du blues, il se passe quelque chose en moi. C’est très fort à l’intérieur et c’est incontrôlable.

Le 18 mai 2011 au Studio de l'Ermitage.

Te concernant, je lis des comparaisons avec Janis Joplin, Etta James, Aretha Franklin… c’est gênant ?

Ho la la ! Je ne me prends pas la tête là-dessus. D’ailleurs, aujourd’hui, je suis plus attirée par Etta James. J’aime vraiment ce qu’elle fait. Janis Joplin, c’est quand j’étais plus jeune. J’aimais sa façon de chanter, comment elle voyait la vie, comment elle l’a vivait à travers sa musique. Cette profondeur me touchait au plus haut point.

Tu as ta propre identité vocale. C’est difficile de ne pas « imiter » les artistes que l’on aime ?

Je fais très attention à ça. Au début, j’ai voulu imiter pour comprendre leur technique. Ca a fait partie de mon processus d’apprentissage, mais après, il faut s’approprier ce savoir par rapport à comment on le ressent soi-même.

Live in Paris au Divan du Monde le 13 mars 2012

David Coulter a réalisé ce disque.

J’avais commencé à travailler avec un autre réalisateur pendant un an en Angleterre. Ça a été une très belle rencontre musicale et humaine. Mais, je me suis sentie un peu déracinée en bossant là-bas. Je ne m’attendais pas à ce que cela se passe comme cela. Il y a un truc qui n’allait pas, donc, du coup, je suis revenue en France et on a décidé de trouver quelqu’un avec qui le faire en France, qui connaissait la langue anglaise et française à la fois. J’ai rencontré David Coulter qui a bien voulu travailler sur le projet. Ça a tout de suite collé entre nous et il m’a inspiré immédiatement de la confiance. C’est hyper important pour moi.

L’enregistrement s’est effectué à la vitesse grand V.

17 morceaux en 3 jours, oui, c’est pas mal. On a enregistré en live dans le studio. J’ai fait 11 voix sur 13 en une journée.

Pourquoi si rapidement ?

Parce qu’on n’avait pas beaucoup de frics (rires). On n’avait pas trop le choix. Plus sérieusement, j’ai pris pour cet album mes musiciens de scènes, donc on connaissait parfaitement tous les morceaux. On n’a pas eu besoin de se roder. Il y avait une énergie que l’on connaissait tous, alors, tout est allé rapidement. Je suis très contente du résultat parce que je n’ai fait aucune concession. Cet un album qui me ressemble complètement.

Tu travailles avec l’agence Abacaba et Danièle Molko, une vraie pro comme on n’en fait plus beaucoup.

Le travail énorme que fait Abacaba m’impressionne. Elles sont d’une redoutable efficacité. J’adore travailler avec elles. Il y a une histoire de confiance entre nous. C’est profond comme travail, comme écoute des autres… ça me plait beaucoup de travailler comme ça.

Est-ce que tu considères que ta carrière va à un bon rythme ?

Ça ne va jamais assez vite. Avec moi, il ne faut pas que ça traîne, en même temps, je ne contrôle pas les lois du temps. Je me suis longtemps cherchée et j’avais envie de m’entourer des bonnes personnes pour ne pas faire ce métier n’importe comment. Je ne veux pas monter vite et fort pour redescendre aussi vite et fort.

Ouverture de Cyndi Lauper à l'Olympia le 3 juillet 2011.

En France, on ne fait plus ce genre de disque. Du blues rock, comme ça, « à l’ancienne », si je puis dire, ça devient rare.

C’est une musique intemporelle de toute façon. Mais, c’est enregistré de manière très humaine, très organique. Il n’y a pas de superflu. C’est direct, frontal et ça, j’adore.

madeleine besson,the walker,interview,mandorComment tu vis la sortie de cet EP ?

J’ai un peu d’anxiété par rapport à comment il va être reçu. En même temps, ce disque est fait, il ne m’appartient plus vraiment. J’ai le trac, c’est sûr, mais c’est un bon trac.

Je t’ai vu il y a 3 ans aux Muzik’Elles de Meaux. Tu as mis le public dans ta poche en deux temps, trois mouvements.

Depuis que j’ai commencé, j’ai envie que le public soit avec moi immédiatement. J’ai envie de les capter, de les embarquer, de leur parler au cœur, de les toucher. Je fais ce métier pour ça.

Que pense ta mère, Coline Serreau, de ton parcours artistique ?

Elle m’encourage énormément. Elle m’aide beaucoup dans le sens où elle m’apprend beaucoup sur le travail de scène.

Tu es une vraie enfant de la balle.

Moi, j’ai passé ma jeunesse dans les coulisses de théâtre, sur les plateaux de cinéma… j’étais toujours dans cette ambiance. La scène, c’était à la fois fascinant, mais c’était aussi comme à la maison. C’est quelque chose de très proche. En même temps, je ne suis dupe de rien dans ce métier.

Bande annonce de 18 ans après.

madeleine besson,the walker,interview,mandorTu as eu le rôle principal féminin de 18 ans après, le film de ta mère. Tu t’intéresses encore au cinéma ?

Oui, beaucoup. Et j’ai plein de projets à ce niveau-là.

À part des scènes pour défendre tes titres, je sais que tu as beaucoup d’autres activités prévues dans les prochains jours.

Là, je suis en train de composer une musique de film. Je vais faire une tournée dans tout le sud avec la chorale de ma mère que je dirige et dans laquelle je chante. En juillet, je tourne dans un court-métrage.

Est-ce que parfois tu ne te dis qu’il faudrait que tu catalyses ton énergie pour un seul domaine artistique.

(Gros éclat de rire). Ça ne va pas non ? C’est trop bien de pouvoir faire plein de choses. Je sais me concentrer et catalyser mon énergie pour chaque chose, ne t’inquiète pas. On me donne l’occasion de me diversifier, j’en profite. Je sais la chance que j’ai.

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15 juin 2013

Jules : interview pour Le sale gosse

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Je lui ai dit dès son arrivée à l’agence. Cela faisait très longtemps que je n’avais eu un coup de cœur immédiat pour un artiste. Une écoute de Le sale gosse dans son intégralité et hop ! J’ai adhéré à tout. La voix, les textes, ses mélodies d’une redoutable efficacité et une tête à la Docteur House. Difficile de ne pas inviter Jules pour faire sa connaissance. Le 29 mai dernier, l’homme est arrivé et il m’a plu humainement tout aussi rapidement que son œuvre.

Aujourd'hui était le jour idéal pour publier cette chronique. Jules est ce soir au Forum de Vauréal pour un concert exceptionnel où il aura "carte blanche"...

481708_4390482173783_691233095_n.jpgBiographie officielle,  hyper sérieuse et pas du tout drôle (et un peu tronquée, parce que bon, si la bio est plus longue que l’interview, on en sort plus.) :

Quand les filles de l’école se trémoussent sur les tubes pop des 80’s, Jules fume la pipe en se passant les disques de Serge Reggiani, Jacques Brel, Nino Ferrer, Bob Dylan, Renaud ou Goldman. La spirale de la défaite est enclenchée, impossible de faire demi-tour.
En 1988, il enfile une veste en velours et commence la musique avec deux frangins, Sam et Fred, qui deviendront les insupportables Ogres de Barback. Autant dire que ça ne s’arrange pas.

Jules navigue ensuite parmi plusieurs groupes. Il se met au service des autres pour pouvoir acheter du Viagra. Il alterne entre des plateaux télé noir et blanc au piano avec Julio Iglesias, et des sessions de bassiste avec des artistes aussi médiocres que Kent, Jacques Higelin, Bénabar ou Catherine Ringer, dans la variété comme dans le rock alternatif… De pire en pire donc.

Cela aurait pu s’arrêter là si Jules n’avait pas, alors, les deux pires idées de sa vie : Il commence à se couper les poils du nez, alors que, plus tu coupes, plus ça repousse. Mais surtout, il veut écrire ses propres chansons et les défendre sur scène. Oh le con…

Du coup, fiasco total : En 2007 il est élu artiste de son département par l’Adiam et le Conseil 314141_4374496934162_913011114_n.jpgGénéral du Val d’Oise. Il reçoit le soutien incongru (et jamais démenti depuis) du Forum, scène de musiques actuelles de Vauréal (95). Ensuite il est élu « Artiste découverte » à l’Estival de Saint-Germain (78), « Grand Prix du public », « Grand Prix du Jury » et « Prix Claude Lemesle » à « La Ruée vers l’Aure » de Bayeux. Il est également sélectionné comme « Découverte » au Festival ALORS CHANTE de Montauban.
Il a franchi toutes les étapes, tous les statuts labellisés, tous les cols du fémur.

Coup de bol, il se révèle être un véritable homme de scène. Le déambulateur plait aux fans et aux femmes. Jules s’entoure des meilleurs musiciens du monde sur un malentendu et se forge un public fidèle, conquis et sans cesse vieillissant… Les pauvres. Probablement le syndrome de Stockholm…

Aujourd’hui, Jules, c’est une centaine de concerts partout en France, dont la tournée "L’Homme le plus fort du Monde" produite par Béatrice Adnot et qui atteint son point d’orgue Bontempi en janvier 2012 lors d’une date au Divan du Monde épique et archicomble.

Jules-salegosse-visuel.jpgAllez comprendre… C’est aussi deux albums autoproduits : Les années douces et L’Homme le plus fort du Monde (avec 4 204 exemplaires vendus, sous la menace, à ce jour) et ce nouvel album qui vient de sortir sur le label Polychrone.

Un nouvel album, un nouveau spectacle, une nouvelle tournée… Le tout motivé par l’énergie du désespoir. Ne l’encouragez pas. Le type est père de famille. Faites ça pour ses gosses.

En plus « Variété alternative » ça veut rien dire.
Merci pour lui.

Avant l'interview, voici le premier clip tiré de Le sale gosse"

Interview :

C’est ton vrai deuxième album, je ne compte pas le premier autoproduit.

Le disque se vend de moins en moins, mais il reste un outil indispensable pour se faire connaître et trouver des dates de concerts. On a cru à Internet, mais c’est tellement saturé de ce côté-là qu’il faut quand même exister « physiquement ». Le numérique à ces limites aussi, vu que tout le monde balance tout et n’importe quoi. Ca devient plus compliqué de faire le tri en numérique que pour le disque physique.

Le tien, en plus du fond, il y a la forme. Il est très beau.

On avait déjà perdu entre le vinyle et le CD, alors maintenant, si on a même plus le CD… Ma pochette est inspirée de celles de Nino Ferrer et de Jacques Dutronc.

Teaser de l'album "Le sale gosse".

Tu as débuté à la fin des années 80 avec Sam et Fred des Ogres de Barback.

On a eu un groupe pendant 12 ans qui s’appelait Les minoritaires. C’est en allant voir avec Sam la Mano Negra à La Cigale en 1988 qu’on a pris une grosse claque. On avait 13 piges et on s’est dit qu’il fallait faire ça. Sam avait quelques bases, il jouait un peu de guitare. Son père était dans le groupe Il était une fois. Donc il a baigné dans cet environnement musical, contrairement à moi. Mes parents étaient mélomanes, mais pas du tout musiciens.

Vous faisiez quoi comme musique ?

Au début, c’était improbable. On avait un synthé et trois guitares, pas de batterie. Fred est arrivé plus tard avec l’accordéon… c’est une période bénie parce qu’on a trouvé des concerts partout pendant 10 ans. On s’organisait des tournées improvisées et on se payait nos vacances avec ça. On allait voir les mairies et c’était hyper simple.

Vous jouiez vos propres titres ou vous faisiez des reprises ?

Au début, on faisait des reprises et au fur et à mesure, on mettait nos chansons. C’était du rock alternatif, mais hyper maladroit. C’était clairement un joyeux bordel. On était fan de variété comme Goldman et on voulait être la Mano Negra. On n’était pas des brutes de technique, mais il y avait une telle énergie et une spontanéité sur scène que ça marchait. On avait 16 ans et on jouait parfois devant 3000 personnes.

"La bonne nouvelle",enregistré en live au Sax à Achères le 26 janvier 2013.

Après cette expérience, tu as joué dans d’autres groupes ?

J’ai joué dans un autre groupe qui s’appelait Mazette, mais il ne se voulait qu’amateur. Je jouais surtout pas mal pour les autres. Je faisais des plateaux télé. Pendant longtemps, par exemple, j’étais claviériste de Julio Iglesias. Je me souviens d’une émission mémorable sur M6 présentée par Virginie Efira et Magloire sur la culture gay. Julio était invité et je me souviens qu’il y avait deux mecs en slip qui se dandinaient dans une cage et moi j’étais au milieu avec mon petit clavier. C’était un grand moment. Mes premiers pas dans le show bizness étaient éclatants comme tu peux le remarquer.

Tu as bossé avec Polo aussi, l’ancien chanteur des Satellites.

C’est un super auteur compositeur. Il m’a fait rencontrer pas mal de gens, ce qui m’a permis de jouer très épisodiquement avec Bénabar, Catherine Ringer, Kent ou Jacques Higelin.

Jouer avec des gens comme ça, c’est énorme.

J’ai une qualité, c’est que je joue de tout, mais je ne joue rien de très bien. Je ne suis pas un très bon musicien, mais je joue du piano, de la guitare, de la basse, je chante, donc je peux faire les chœurs, et tout ça, pour les prods, dans des équipes réduites, c’est pratique. Souvent, j’ai remplacé des mecs au pied levé.

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Il y a un moment où tu t’es dit que tu allais faire ce métier sérieusement ?

Oui, mais c’était déjà mon métier. Ça fait bien longtemps que je vis grâce à la musique, mais à partir du moment où j’ai eu mon fils, j’ai restreint mes départs en tournée pour les autres artistes. Il y a 10 ans, juste avant que je commence Jules, on m’a proposé de faire la tournée d’Olivia Ruiz à ces débuts. J’ai refusé et c’est à ce moment précis que j’ai décidé de faire mes propres chansons pour décider de mes propres tournées. J’ai décidé de monter mon projet pour ne plus être tributaire des uns et des autres.

Quand tu as enfin créé tes chansons pour Jules, tu as créé le personnage qui allait avec ?

Oui, mais il est venu sans réfléchir. Je suis un « one man song », alors que je ne suis pas une grande gueule et que je suis même très discret dans la vie. Sur scène, oui, c’est un peu « docteur Jekyll et mister Hyde ». J’ai un principe. Je veux absolument dédramatiser  la fonction d’artiste. Je n’ai jamais le trac et j’ai envie que les gens se sentent vraiment proches très très vite. Parfois, ça me dessert, parce que j’ai peut-être tendance à briser trop vite la glace. Je fais un peu le sale gosse et le cabot.

a1812427807_10.jpgC’est marrant d’avoir un double ?

Aujourd’hui, ces deux facettes sont même devenues indispensables. Je suis devenu carrément schizophrène… Si je venais avec mon personnage civil sur scène, ça n’intéresserait personne. Moi, je n’aime pas aller voir des chanteurs sur scène qui s’excuse d’être là. Mon premier album s’appelait L’homme le plus fort du monde, ce n’était pas pour rien. Je me sens parfois l’homme le plus fort du monde. Quand je suis Jules, je me sens un peu invincible, alors que dans la vie,  je suis beaucoup plus mesuré.

Tu es taquin avec le public, quand même.

Oui, un peu. Pas trop ironique. Si, un peu aussi. Selon les soirs, selon comment je sens les choses, il n’y a pas de calcul. Ce qui me fait avancer, c’est que dans nos concerts à nous et lors de toutes les premières parties que nous faisons, on ne prend jamais de four.

Revenons à L’homme le plus fort du monde. Je sais que tu adores ce disque.

Il a beaucoup d’imperfections, mais il m’a permis de rencontrer tous les gens avec lesquels je travaille aujourd’hui, c'est-à-dire Le Vilain Orchestra, mon éditeur et producteur, ma tourneuse… je lui dois tout à cet album.

Et puis, il y a celui-ci, Le sale gosse. J’aimerai que l’on s’attarde sur la chanson, jean-jacques-goldman-mickael-jones-plus-belles-photos-concert_472246.jpg« Jean-Jacques ». Une chanson sur Michael Jones.

J’ai eu la chance de le rencontrer. On a fait ensemble un festival organisé par Gérald Dahan qui s’appelait « Rires et rock ». On a sympathisé assez vite. Moi, je suis vraiment fan de Jean-Jacques Goldman. C’est le mec qui m’a donné envie de faire de la musique. Je voulais faire Jean-Jacques Goldman, comme métier, quand j’étais petit. Quand j’ai rencontré son binôme de « Je te donne », je n’ai pipé mot de Goldman. Mais, je me suis rendu compte que ce type ne pouvait rencontrer quelqu’un qui n’ait envie de lui demander des nouvelles de Goldman. Michael Jones fait une carrière, des disques, des concerts et pourtant, il n’a d’autres choix que de vivre dans l’ombre du géant qu’est Goldman. Ce ne doit pas être évident. Ma chanson n’est pas méchante. Elle est même pleine de tendresse. On s’appelait souvent avec Michaël Jones. Pour L’homme le plus fort du monde, il m’a même donné des conseils. Depuis que je lui ai envoyé ma chanson, je n’ai plus aucune nouvelle. J’attends un appel de son psy qui va me dire que j’ai niqué 30 ans de thérapie.

Ce qui me fascine chez toi, c’est ton sens de la mélodie et de la chanson tubesque. « Mal barré » en est un exemple flagrant.

Ça vient de ma culture variété. Goldman, mais aussi Ferrer, Dutronc père.  Le mot variété est tellement beau… il est juste galvaudé à cause de la variétoche.

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Tu as une voix très grave qui ne correspond pas forcément à ta voix chantée. C’est curieux.

J’ai le syndrome du mec qui a fait beaucoup de concerts dans des conditions pas terribles. Souvent mes tessitures, je les prenais plus haut pour être sûr que l’on m’entende dans les rades où il m’est arrivé de chanter. Comme je me suis beaucoup forcé, mes tessitures sont devenues plus aiguës.

Il y a dans tes chansons autant d’ironie, de second degré, que de mélancolie et de tendresse. Tu es comme ça dans la vie ?

J’essaie d’être optimiste, mais j’ai souvent du mal. Je n’ai aucune nostalgie. Jamais. Je ne regrette pas quand j’avais 18 ans, ni qu’en j’en avais 30. Franchement, j’adore ma vie, même si parfois, mais ça me fait un peu flipper. J’ai un optimisme raisonnable mesuré et mélancolique.

Parle-nous du Vilain Orchestra.

J’ai une chance inouïe. C’est incroyable le talent de ces mecs-là. Je ne suis pas un grand musicien, je le répète, mais j’ai la chance de jouer avec des musiciens fabuleux. Ils sont aussi ingérables que talentueux. Ils ont une sorte de folie douce qui fait qu’il n’y a aucun concert pareil. À la base, ce ne sont pas des copains, ils ont été mes musiciens pour le disque, ils sont devenus des gens que j’aime bien. Des maillons essentiels à ma carrière actuelle. Ils m’amènent beaucoup artistiquement, mais attention, c’est moi le boss. La preuve, quel nom est écrit en plus gros sur la pochette ?

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