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14 octobre 2013

Stacey Kent : interview pour la sortie de The Changing Lights

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Stacey Kent est considérée comme l’une des plus étonnantes et élégantes révélations du jazz vocal actuel. Sa voix unique, mêlant le swing, la sensualité et la limpidité font d’elle une grande diva de jazz. Américaine de naissance, neuf albums à son actif, couronnée de prix prestigieux (dont le BBC Jazz Award en 2007), Stacey Kent est une chanteuse de l’âme. Il n’est pas évident de placer Stacey Kent dans une case. Une Américaine qui parle couramment le français, de même que le portugais, l’italien et l’allemand. Elle franchit sans effort les frontières entre les genres et, dotée d’un timbre de voix à la fois vif et tendre, Stacey Kent colore de façon swing et dynamique des chansons jazz intemporelles.
Elle a signé en 2007 sur le label Blue Note/EMI (aujourd’hui Parlophone) et a vendu plus d’un demi-million d’albums à travers le monde.

Je suis allé à sa rencontre (elle était accompagnée par son mari et compositeur Jim Tomlinson) le 2 juillet dernier dans le jardin de sa maison de disque française, à l’occasion de la sortie de son nouvel album The Changing Lights, dont j’ai écrit la chronique pour Le Magazine des Espaces Culturels Leclerc (daté du mois de septembre 2013).

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stacey kent,the changing lights,interview,mandorInterview :

Précision : Stacey Kent a fait l’effort de répondre à mes questions en langue française. Parfois, j’ai un peu reformulé les phrases, mais en faisant très attention de ne pas trahir sa pensée initiale.

C’est le 10e album. Ça constitue une œuvre conséquente en peu de temps finalement.

J’aime beaucoup le parcours qu’a pris ma carrière. Quand j’ai commencé à enregistrer, j’ai fait des albums à la chaîne et pour être honnête j’estime qu’on a bougé un peu trop vite au début. Comme j’ai eu beaucoup de succès, j’ai fait beaucoup de tournées, et j’ai enregistré trop vite entre deux albums. Il fallait que je réfléchisse plus à là où je voulais aller. Après l’album The Boy Next Door, tout à changé pour le mieux.

Vous n’avez pas enregistré pendant 4 ans.

J’ai juste fait des concerts. J’ai donc eu beaucoup de temps pour réfléchir sur ce que je voulais faire pour l’album suivant. J’ai beaucoup aimé The Boy Next Door, mais je dirais que c’est vraiment la fin d’une époque. Blue Note est venue me voir sur scène à Paris et ils m’ont proposé d’intégrer leur label. Tout à coup, la vie a changé. J’ai pu prendre mon temps et j’ai envisagé ce métier autrement.

Dans ce monde du jazz, vous êtes chanteuse, mais vous êtes aussi une formidable raconteuse d’histoire.

A un moment donné, je voulais pouvoir chanter une histoire entière dans les 3-4 minutes d’une chanson. Les gens avec lesquels j’ai commencé à collaborer après The Boy Next Door m’ont écrit des chansons comme ça. Une chanson, une vie. Contrairement à avant, la musique devait s’intégrer aux textes, du coup, parfois, elle devait s’improviser. Ça donnait un résultat très intense. J’ai l’impression que ça m’a permis de mieux m’exprimer. Je me suis sentie beaucoup mieux dans ce milieu du jazz. J’ai enfin compris où était ma place.

Songs from The Changing Lights (teaser officiel).

Dans l’album d’il y a deux ans, Raconte moi, vous repreniez quelques standards français,stacey kent,the changing lights,interview,mandor mélangés à des titres originaux. Dans The Changing Lights, vous reprenez des classiques brésiliens, mais vous les intégrez parmi des morceaux nouveaux. Vous n’aimez pas faire des albums de reprises sans valeur ajoutée personnelle ?

Avec Jim, on a fait ça dans les trois derniers albums. Vous avez oublié Breakfast on the Morning Tram, il y avait pas mal de reprises dont quelques-unes de Gainsbourg ou de Pierre Barouh. Je trouve qu’intégrer ces reprises au milieu de chansons originales donne plus de logique à l’ensemble. J’ai la chance d’avoir des chansons écrites pour moi par mon mari qui me connait mieux que quiconque comme artiste et comme femme. On fait une balance entre ces chansons inédites écrites pour moi et des chansons déjà écrites, mais que je choisis parce qu’elles me correspondent totalement.

Ça demande beaucoup de recherches, je présume, pour trouver les bons morceaux.

Oui, pour The Changing Lights, par exemple, on a mis quatre ans. Il faut réfléchir, il faut du temps aussi pour bouger, discuter et pour faire des découvertes.

Je sais que vous discutez beaucoup avec Jim Tomlinson sur votre musique.

Oui, du matin au soir, voire même la nuit. C’est un mélange de notre vie personnelle et de notre travail. C’est marrant parce que nous en parlions ce matin au petit déjeuner. On passe beaucoup de temps ensemble, mais c’est chaque jour de plus en plus intense entre nous. On ne sait pas où notre relation commence et où elle se termine.

Ce n’est pas lassant de travailler et de vivre avec la même personne ?

Non. Vraiment, au contraire. On vit dans un dialogue personnel et musical 24 heures par jour et on adore.

C’est un luxe ?

Oui, tout à fait. Je ne dis pas que c’est l’idéal pour tout le monde. Ça l’est pour nous. Ça marche très bien. J’ai très confiance en Jim et en moi. Là, on vient de déménager. On était dans un petit appartement dans le Colorado et on a trouvé une maison avec beaucoup d’espace et de tranquillité. Nous n’avons pas de distraction, pas de télévision, pas de voisin. Que des animaux, des arbres et des montagnes. Tout ceci nous inspire. On discute, on se sépare pour continuer nos travaux différents, on se rejoint, on rediscute et on finit par jouer de la musique ensemble. On est vraiment habité…

Le premier single de l'album The Changing Lights, "One Note Samba".

Votre amour de la musique brésilienne, ce n’est pas qu’avec ce nouvel album que vousstacey kent,the changing lights,interview,mandor nous le prouvez. Ce n’est pas la première fois que vous en interprétez dans des disques.

Pour Jim et moi, ce disque n’est pas un disque brésilien. Je dirais que c’est un album à la sensibilité brésilienne spirituellement. Le Brésil est un immense pays avec beaucoup de musiques différentes qui viennent d’Europe ou d’Afrique. Pour moi, ce qui compte c’est l’esprit de bossa-nova qui est très intense, mais très calme. Il y a beaucoup de percussions, mais joués à l’économie. C’est ce minimaliste qui compte pour moi parce que la fondation de ma musique c’est la clarté, la tranquillité, la légèreté et l’intensité. C’est un peu ma personnalité aussi. Je suis attirée par ce qui me ressemble.

Quand on reprend des chansons connues, il faut être au moins au même niveau que la version originale.

On peut se réapproprier des chefs d’œuvres joués par des maîtres sans avoir peur. On a confiance en notre propre son et style et on ne passe pas notre temps à comparer les versions. Il faut prendre plaisir à rendre à ces chansons notre personnalité à nous. Ce n’est pas arrogant de ma part. Je remercie tous ces « monstres » d’avoir créé ces morceaux légendaires et exceptionnels.

Ce qui est amusant, c’est que, du coup, on a l’impression que même vos chansons à vous sont des standards.

On fait en sorte que nos chansons se mêlent aux standards de manière à former un même univers.

Cet album a été fait dans le sud de Londres et pas au Brésil. Pourquoi ?

On a juste un musicien brésilien. Avec Jim, on s’est beaucoup demandé s’il fallait ou non aller là-bas pour enregistrer. On a estimé qu’il n’était pas utile de se rendre au Brésil pour trouver la sensibilité brésilienne parce que cette sensibilité est déjà dans nos cœurs et nos esprits. 

Un autre extrait de The Changing Lights, "This Happy Madness".

Pourquoi dites-vous, je vous cite dans le communiqué de presse que j’ai reçu,  que « c’est un album crucial » ?

Quand la maison de disque indique cela, c’est vrai. Nous dialoguons beaucoup avant de sortir un communiqué de presse me concernant. Donc, oui, c’était crucial. Je vais vous dire quelque chose d’important que je n’ai dit nulle part ailleurs. Quelque chose un peu dramatique s’est passée dans ma vie personnelle il y a quelques années. Après cela, j’ai décidé de réfléchir sur moi et ce que je voulais faire de ma vie.

Un long silence.

Je reprends.

N’en parlez pas si c’est trop dur…

Bon, c’est juste pour expliquer qu’il y a cinq ans, j’ai dit à Jim : « je veux apprendre le Portugais », il a répondu que lui aussi. On a arrêté de faire des tournées pendant trois étés, ce qui est une décision importante parce que c’est une période où on est très sollicité, pour rentrer dans un monde lusophone, portugais. On a abandonné la langue anglaise complètement pendant sept semaines pour ne parler qu’en Portugais. On a fait des découvertes musicales, sociales, personnelles. On a pris des cours intensifs de Portugais dans une université. C’était vraiment une histoire d’amour entre nous deux. Je sens que c’est un peu abstrait comme j’explique, excusez-moi. Ce que je veux dire, c’est que cet album n’est pas la seule preuve d’amour que l’on porte au Brésil. Vraiment pas…

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Avec Stacey Kent, le 2 juillet 2013 (photo Jim Tomlinson) 

13 octobre 2013

Orna Danecan (Anne Cardona): interview pour... un futur EP

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Orna Danecan, (Anne Cardona) fait partie d’une mouvance d’artistes que j’aime beaucoup. Exigeante et qualitative. 

Avant, Anne Cardona, c’était des textes malins, malicieux, poétiques, qui parlaient à tout le monde. Aujourd’hui, Orna Danecan, c’est une nouvelle chanteuse, un autre style (voire biographie ci-dessous). Mais elle vise toujours là où ça fait mal parfois, là où ça fait du bien souvent. Ce qui est sûr, c’est que ses chansons font mouche toujours.
Pour écouter quelques nouvelles chansons, cliquer là !

J’ai reçu Anne Cardona pour me parler de son double Orna Danecan le 1er juillet dernier.

Biographie officielle :

Orna Danecan a une voix. Grave. Élégante. Singulière. Théâtres, télé, radio, depuis toujours sa voix lui montre la voie.
Ballades pop ou folk sombre, accompagnées de violoncelle et de guitares twang, la musique d’Orna, onirique, mêle mélancolie et délices d’une enfance effacée.
On pense à Mazzy Star, Jesse Sykes, Rufus Wainwright ou Lee Hazelwood.
Écriture enfantine ou crépusculaire, Orna Danecan ne sacrifie pas les mots et les intègre harmonieusement à ses influences musicales folk rock anglo-saxonnes.

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Interview :

Tu m’as envoyé une maquette. Habituellement, je ne mandorise pas sur maquette, mais là, j’ai vraiment beaucoup aimé. Tu es donc l’exception qui confirme la règle.

Il y a six titres. Le premier, qui est censé être un single, « L’homme de ma vie d’en ce moment », est plus produit, mais les autres sont volontairement épurés. Il n’y a que guitare, violoncelle, voix. Je vais évidemment faire un EP dans les mois qui viennent et il sera plus produit. Cette maquette est juste un outil de démarchage.

Tu as fait pas mal de scènes. Les Trois Baudets et le Divan du Monde par exemple l’année dernière avec tes nouvelles chansons.

Oui, mais j’ai fait beaucoup de concerts avec mon ancien projet et donc, avec mon ancien nom, qui est mon vrai patronyme, Anne Cardona. Pour ce nouveau projet, c’est encore un peu neuf, tout est en train de se préparer en fait.

Changer de nom, d’ailleurs, ça ne brouille pas un peu les pistes pour ceux qui te suivent depuis Anne Cardona ?

Tu sais, je pense que je les ai perdus. Ça faisait deux ans que je n’avais pas fait de scène, donc mon public, pas très nombreux à la base, a dû m’oublier.

532035_173323419492143_592117076_n.jpgPourquoi as-tu changé de nom ? J’insiste parce que ce n’est pas d’une logique implacable.

J’avais fait beaucoup de scènes, gagné des tremplins, obtenu pas mal d’articles dans la presse, ça, c’est le côté positif. Mais, j’avais fait aussi une grosse vague de démarchage dans les maisons de disques, les labels, les éditeurs, les tourneurs et, je vais être franche avec toi, j’ai eu zéro réponse. Ce n’est pas aussi simple que ça, il y a eu des opportunités qui ont capoté, des promesses non tenues… bref, comme ça arrive à plein de jeunes artistes. Ça m’a totalement déprimée et j’ai pris la décision de tout arrêter. Comme je suis bilingue, un peu plus tard, je me suis mis à écrire et composer en anglais. Comme ce que je composais musicalement était fondamentalement différent, j’ai décidé de changer de nom. Mais entre temps, je suis revenue à mes premiers amours, les textes en français, mais je ne pouvais déjà plus rechanger de nom une troisième fois (rires). Je vais essayer de garder celui-là longtemps.

Orna Danecan, ça sonne irlandais.

Ce n’est pas un hasard. J’ai passé énormément de temps de ma vie en Irlande. C’est d’ailleurs là où j’ai appris à parler anglais. Bon, tu l’avais compris, accessoirement, c’est une anagramme d’Anne Cardona. J’ai fait mon Boris Vian.

D’où te vient ta culture musicale ?

Mes parents m’ont un peu aidée, mais globalement, je me l’ai acquise seule. Mais, je n’ai pas une culture musicale incroyable. Je suis assez monomaniaque en fait. Cette année par exemple, j’ai écouté trois, quatre albums, mais en boucle. Je les connais par cœur, note par note. Par exemple celui de Sharon van Etten. Une Américaine folkeuse qui a beaucoup travaillé avec The National. C’est d’ailleurs Aaron Dessner, guitariste et clavier du groupe, qui a réalisé son disque. Si je dois t’en citer un autre, un français, celui de Camille, Ilo Veyou. Bon, il y en a d’autres… mais pas des masses.

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Tes textes, de drôles dans ta première partie de carrière de chanteuse, sont devenus plus grinçants et mélancoliques.

Je me suis sans doute assagie. Avant, je faisais plus rire les gens, parce que le rire, c’est un super mode d’adhésion. Mais à un moment, j’ai remarqué que j’en avais marre de faire rire. Je pense que je masquais mes faiblesses par ça. Dans la vie, je ne dis pas que je suis une fille sinistre, mais je suis plus mélancolique qu’hilarante. Ce n’est pas pour rien que j’ai travaillé avec Bertrand Louis pour la réalisation d’un disque. C’est l’un des artistes les plus talentueux de notre génération, mais ce n’est pas le plus drôle. Je vais peut-être ramer un peu plus pour faire venir les gens à mes spectacles, mais en tout cas, je me sens mieux dans mes chansons d’aujourd’hui.

Sur scène, tu es réceptive à ce qu’il se passe dans le public.562183_166953813462437_942766058_n.jpg

Oui, je sens quand ça marche et quand ça ne marche pas. Tu sais, je vois très mal, j’ai une maladie aux yeux. Du temps où je faisais du théâtre, c’était dur parce que je voyais le public, mal parce que c’était dans le noir,  mais maintenant, je ne vois rien réellement. Ça m’aide pour le trac, du coup, mais en revanche, il y a des trucs que je ne perçois pas. Je ne vois pas les gens dans la salle, je vois à peine mes musiciens… La perception, pour moi, est de l’ordre du feeling auditif.

En enquêtant sur toi sur Internet, je suis tombé sur une page où on peut écouter plein de pubs avec ta voix. Ce n’est pas un pan de ta vie que tu caches, on peut donc en parler.

Ça fait quinze ans que je fais des voix de pubs. Je fais tout sauf du doublage. C'est-à-dire du documentaire, de la bande-annonce, de la pub, des films institutionnels. C’est avec ça que je mange.

Depuis un an, tu animes aussi une émission de télé pour la chaîne Voyage, une chaîne du câble.

Je suis allée en Islande, au Cambodge, en Guinée-Bissau, en Roumanie, en Bolivie. À chaque fois, je pars 15 jours. Ces émissions seront multi diffusées cet hiver.

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Tu as fait le cours Florent, et donc aussi du théâtre. Tu es vraiment pluridisciplinaire.

Quand j’étais gamine, je voulais être actrice. C’était donc cette activité mon premier cheval de bataille, j’ai donc fait ça pas mal de temps au théâtre et à la télé. A un moment, je me suis inscrite à l’école ATLA et après au Studio des Variétés.

Tu avais des textes depuis pas mal de temps.

Oui, donc avec un ami, on a monté un répertoire piano-voix. Je me suis carrément prise au jeu, mais au départ, ce n’était pas ça que je voulais faire.

Que vas-tu faire à présent que cette maquette existe ?

Je suis en train de chercher des réalisateurs pour faire un EP. Je rencontre des gens dont j’ai envie, mais il faut qu’ils aient envie de moi également. Il faut que financièrement on puisse trouver un accord et souvent, les gens dont j’ai envie sont des gens chers. Donc, ce n’est pas simple. Mon idée est quand même de produire un EP pour que plus personne ne puisse me dire : « c’est chouette tes chansons, mais je ne sais pas exactement où tu vas. »

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12 octobre 2013

Faby Perier : interview pour sa carrière et sa lutte contre le cancer

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(Photo : Sylvie Pedroni)

Faby Perier et moi, c’est une longue histoire… de rendez-vous manqués. Depuis 2008, elle m’envoyait régulièrement des messages pour que nous nous rencontrions et qu’elle m’explique son travail. J’avais compris qu’elle interprétait une chanson qui évoquait son cancer. Je n’avais pas creusé et je dois dire que j’étais peu enthousiaste à l’idée de la mandoriser. La maladie, inconsciemment, me rebutait. Je ne me le suis pas avoué ainsi, mais au fond, mon refus venait de là. Et puis, un jour, le cancer a emporté ma sœur. Le cancer, je l’ai regardé en face en le traitant de connard. Ma mère, ma sœur… ça suffit comme ça !

L’homme est un sale égoïste, il s’intéresse à des trucs uniquement quand il est concerné.

Et Faby m’a recontacté une énième fois. J’ai approfondi mes recherches sur elle et j’ai compris qu’elle faisait beaucoup pour la lutte contre le cancer (du sein notamment). Et j’ai compris qu’il était temps de se croiser.

Ainsi fut fait à l’agence le 16 septembre dernier… 

(De plus, durant ce mois d’octobre, c’est l’opération Octobre Rose. Pour la 20ème année consécutive en France, la campagne de lutte contre le cancer du sein,  organisée par l'association "Le Cancer du Sein, Parlons-en !" vous propose de lutter contre le cancer du sein en vous informant et en dialoguant. Convaincre les femmes du rôle primordial du dépistage précoce et faire progresser la recherche, telle est la vocation de cette campagne et de l'Association. Pour en savoir plus, voir là. Faby Perier va beaucoup chanter pour Octobre Rose durant cette période. Voir ici)

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Biographie officielle :

Ce n'est pas un hasard, si l'univers de Faby est empreint de la sensibilité d'une femme qui a croisé aux détours de rencontres les bouleversements de cette vie qui nous touche, nous surprend et à laquelle nous tenons tant.

Après une enfance bousculée, une éducation musicale plutôt classique où elle apprend le piano, le violoncelle et la guitare, Faby découvre la pop music et la chanson française grâce à des artistes de pianos-bars ; elle comprend alors que les textes sont aussi porteurs d'émotions.

En 2003, l'envie d'écrire devient de plus en plus présente et c'est avec sa sœur jumelle qu'elle écrira à quatre mains l'album "Authentique". Pourtant, cet album ne lui ressemble pas vraiment et l'envie de se retrouver seule devant sa page blanche se révèle à elle comme une évidence.

C'est ainsi qu'en avril 2008, son deuxième album Au nom de celles voit le jour. Un album résolument féminin où elle chante avec une tendresse perceptible, les femmes, l'amour, la vie, ses bonheurs, ses douleurs, de toute la puissance de sa sincérité.

Cet album n'aurait dû être que la réalisation de son rêve qu'elle voulait partager avec le public. Mais la vie en a décidé autrement... Elle apprend en avril 2008 qu'elle est atteinte d'un cancer. Pourtant malgré cette épreuve difficile, elle n'a de cesse que de croire en l'avenir pour atteindre ce rêve.

3775000068004.jpgSon troisième album Au fil de nos vies commence à se dessiner en 2009 et le premier "Ce matin-là" nait de l'annonce de sa rémission du cancer du sein, l'épreuve qu'elle a rencontrée. Au fil des interviews radio, des échanges sur la toile, ce titre est devenu l'emblème de toutes ces personnes qui se battent contre le cancer. Des internautes fans s'emparent de cette chanson-hymne, la partagent sur les réseaux internet et la font découvrir aux associations de lutte contre le cancer pour lesquelles Faby se mobilise également fréquemment.

Faby se mobilise toujours auprès des associations de lutte contre le cancer et est la marraine d'une association qui a pour but d'offrir des places de spectacles aux personnes qui ont rencontré l'épreuve du cancer.

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Interview :

J’ai l’image de vous de « la chanteuse qui chante pour lutter contre le cancer », ce qui est parfaitement réducteur parce que vous chantez depuis 15 ans.

J’étais chanteuse de piano-bar. J’ai sorti il y a longtemps un premier album auto produit en 2003. Je l’ai écrit avec ma sœur jumelle et je ne m’y retrouvais pas du tout. Et en 2008, juste avant que j’apprenne que j’ai un cancer, j’ai préparé un album en auto production. Je n’ai rien fait avec parce que j’ai reçu l’album pressé au moment où je venais de me faire opérer d’un cancer du sein. Ce que j’avais écrit, du coup, n’avait aucun sens par rapport à ce que je vivais.

Alors, peu de temps après, vous avez écrit une chanson, « Ce matin-là », qui raconte votre histoire, votre cancer, et ce de manière frontale.

Je crois qu’il faut parler de sa maladie. J’ai essayé de toucher les gens en racontant comment j’ai vécu l’annonce du cancer. Quand je vois les campagnes à la télé, je trouve qu’elles ne sont pas touchantes et surtout, on n’arrive pas à se dire que ça peut nous arriver.

Le clip de "Ce matin-là".

De livrer sa vie en chanson, ça a été un exutoire pour aller mieux?

Ce n’est même pas ça. J’ai appris que j’avais un cancer au mois d’avril 2008, je suis rentrée à l’hôpital au mois d’octobre 2008 et j’ai appris que j’étais en rémission. En sortant de l’hôpital, j’ai libéré ce que j’avais dans les tripes. J’ai écrit cette chanson et, très vite, j’ai eu le besoin irrépressible de l’enregistrer en studio. Quand je l’ai enregistrée, je sortais de traitement, donc je n’avais pas beaucoup de souffle, mais j’ai toujours souhaité garder cette version-là.

Pendant les 6 mois où vous avez été malade, vous n’avez rien dit à personne.

Je me suis éloignée de tous quand j’étais en plein dans la maladie. Dès que j’ai su que j’étais en rémission, je me suis dit que j’allais communiquer sur cette maladie. Je me suis servie de ma condition d’artiste pour faire passer un message.

Beaucoup de gens ont apprécié cette chanson.

Beaucoup de femmes qui ont traversé cette épreuve considèrent que je suis leur porte-parole.. Elles voient que je suis encore là, bien vivante et que je fais des choses.

Vous allez bien ?

Je réponds toujours que je vais bien aujourd’hui. Avec toujours la peur au ventre.

Pour moi, votre nom est associé à la lutte contre le cancer. Vous n’avez pas peur d’être 1013515_10201466694730436_1770950096_n.jpgcataloguée ?

J’ai fait ce choix-là. Disons que ce choix s’est imposé à moi. Tant pis si c’est compliqué. Je suis une femme qui accepte les défis et qui va au combat. Après, ça devient compliqué de faire découvrir son univers en dehors de la lutte contre le cancer. Mais, les artistes sont parfois là aussi pour mettre sous les projecteurs des choses difficiles.

Vous n’avez pas peur que ce soit un peu anxiogène ?

Vous savez, dans mon répertoire, il y a des chansons qui parlent d’amour et des chansons qui parlent de la vie. De toute manière, la vie est plutôt anxiogène.

On a justement peut-être besoin d’en sortir, non ?

Quand on regarde quelqu’un comme Renaud, il n’a jamais fait des chansons qui étaient très gaies. Tout le monde connait Renaud et beaucoup l’aiment.

C’était plus des chansons sociétales, la maladie, ça fait peur.

Mes chansons ne sont pas faites pour faire peur, mais pour donner de l’espoir. J’ai écrit « Ce matin-là », par exemple, pour dire au gens que ça n’arrive pas qu’aux autres. Elle peut servir aussi aux associations qui luttent contre cette maladie et qui ont besoin d’une chanson. Elle est une sorte d’hymne. La ligue contre le cancer la reprend régulièrement…

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Que pensez-vous des chaînes féminines sur Facebook pour la prévention du cancer du sein. Celles où on donne la couleur de son string par exemple. Moi, ça m’exaspère, je me suis fait houspiller quand j’ai dit ça sur mon mur.

 Très honnêtement, je ne suis pas contre… On peut considérer que ça n’apporte pas grand-chose, mais si. Ça apporte l’échange.

Moi, j’ai contesté le fait que les hommes soient bannis de cette histoire-là.

Ça, c’est vrai que c’est un peu con parce que le cancer du sein touche aussi les hommes. Mais, mon avis est qu’on ne peut pas être contre quelque chose qui amène à la discussion.

Je trouve que c’est mieux d’être plus direct.

Oui, mais autour du cancer, les gens ont du mal à être directs. Le cancer est extrêmement tabou. On le voit bien ne serait-ce qu’en regardant la communication faite par certaines associations.

Revenons à vous. Psychologiquement, quand vous allez chanter là où il y a des malades, comme ça vous arrive souvent, ce n’est pas un peu lourd à porter, à voir, à supporter ?

C’est dur, mais si pour ces personnes malades ce sontt trois minutes de bonheur et d’espoir, c’est trois minutes de gagnées. J’ai choisi le fait d’être porte-parole, il faut que j’assume le fait que ce n’est pas toujours simple. Mais, je dois aussi préciser que cela me donne beaucoup aussi.

Vous êtes à l’origine de l’association  Au Nom de Celles.

Oui, on  organise des évènements, des spectacles avec le soutien d'artistes et de partenaires pour permettre d'offrir le divertissement aux personnes qui ont rencontré l'épreuve du cancer. On est à la recherche de salles de spectacles qui nous offrent des places de spectacles gratuits. On essaie de faire des évènements où je suis en avant et des évènements où il y a plusieurs artistes.

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Votre  4e disque va sortir bientôt, car je crois que vous avez trouvé le financement nécessaire sur Ulule.

En 32 jours la somme était réunie grâce aux internautes. Je suis en train de terminer l’album. J’espère qu’il sera pressé pour le 25 octobre.

Vous êtes la seule chanteuse a parler du cancer. Je sais que d’autres ont cette maladie et se taisent.

Je pense que c’est difficile à porter. On m’a dit plein de fois que je faisais une connerie d’en parler et que je foutais ma carrière en l’air. Moi, je pense qu’il faut parler de la différence et ne pas la cacher. Je suis une femme de combat, je viens de la DASS et j’ai un passé un peu lourd, alors je me moque de ce qu’on dit de moi.

Vous n’avez pas envie de poser les valises ?

Si, parfois. J’aimerais trouver quelqu’un qui s’occupe de moi pour que je puisse vraiment me consacrer à ma carrière artistique et aux messages que je veux faire passer. Je suis ma propre attachée de presse et je suis lasse de cela. J’en ai ras le bol parce qu’un artiste qui doit se vendre lui-même, c’est contre nature.  

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Et un rendez-vous important, ce mardi...

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10 octobre 2013

Ayo : interview pour la sortie Ticket to the World

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Ticket to the world, le nouvel album d'Ayo est depuis lundi matin dans les bacs. Un album que la chanteuse allemande d'origine nigériane et tzigane a voulu résolument cosmopolite. Un disque dans lequel Ayo est 100% elle-même. Ticket to the world contient en son titre la philosophie de ce 4e opus. La musique comme passeport pour le monde. Un souffle de liberté. Un mélange d'influences issues du brassage.

Pour MusiqueMag, je suis allée rejoindre la talentueuse Ayo dans un bar de la capitale, le 19 juillet dernier. Elle a répondu aux questions dans un Français plus qu’honorable (et toujours avec un sourire toujours rayonnant).

Avant que vous lisiez l'interview, voici la chronique que j'ai réalisée pour Le Magazine des espaces culturels Leclerc (daté du mois d'octobre 2013).

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Le clip de "Fire" en duo avec Youssoupha.

DSC0838lll8.JPGInterview :

Vous chantez dans cet album des chansons plus universelles, moins portées sur votre propre vie.

Sans doute, mais je le fais sans m’en rendre compte. Quand je fais de la musique, je deviens bête. Je ne le fais pas avec ma tête, mais à l’instinct. Je ne conceptualise rien. Les textes arrivent comme ça. D’ailleurs, je n’écris pas dans le but de faire des disques. Au bout de 20 chansons écrites en tournée ou n’importe où, je me dis : « Tiens ! Si je faisais un nouveau disque ? »

C’est un métier qui se fait uniquement dans le plaisir ?

Ce n’est pas uniquement le plaisir, c’est un besoin profond. Si je ne compose pas et si je n’écris pas, je deviens triste, voire méchante. Dans  la vie, je suis joyeuse et j’aime bien les gens, mais si je ne fais pas de musique je perds tout mon équilibre. Pour moi, la musique, c’est une thérapie. C’était ça au début et ça l’est encore.

Vous allez mieux aujourd’hui ? C’est en tout cas ce que l’on ressent dans ce disque.

Vous savez, la vie est une vague. C’est comme un cœur qui bat… ça va plus ou moins vite. Ce sont des hauts et des bas, ce n’est jamais une ligne. Si c’est une ligne, ça veut dire qu’on est mort. C’est très important d’accepter que la vie soit ainsi faite.

Artiste, c’est quand même le seul métier où on peut se servir de ses malheurs pour en faire quelque chose de beau.

Ca console. Parfois, mes amis se moquent de moi en me disant qu’il faut qu’ils me créent des problèmes pour que je puisse écrire de bonnes chansons.

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Avez-vous plus de facilité à écrire quand ça ne va pas ?

Pour moi, la musique, c’est tellement quelque chose de spirituel. Tout comme l’amour d’ailleurs. Quand j’écris ou que je chante une chanson, je suis capable de pleurer, il se passe quelque chose de réellement divin. Ensuite, je me sens beaucoup mieux.

Et que cette chanson touche les gens. C’est magique, non ?

Lors de l’un de mes concerts, j’ai vu récemment une dame qui pleurait. Je l’ai regardée et je me suis demandé comment c’était possible qu’une femme ressente la même chose que moi pour une chanson qui est, pourtant, très personnelle. J’ai compris que mon histoire, c’était aussi son histoire. Quand on est artiste, on partage plus qu’on ne le pense. Une chanson livrée au public n’appartient plus à la personne qui l’a créée.

Les artistes ont finalement un pouvoir phénoménal.

En tout cas, personnellement, je ne pense pas avoir du pouvoir. C’est la musique qui détient ce pouvoir. Je le sais, elle m’a sauvée alors, je connais ses bienfaits sur l’Homme. Elle m’a fait sortir d’un trou énorme.

Mais, c’est vous qui la créez, cette musique !

Je l’ai créée, mais je crois que c’est un cadeau du ciel. J’ai la certitude que demain, tout peut se finir. Je peux très bien continuer de chanter et que plus personne ne ressente rien pour mes chansons. La musique, c’est une affaire de connexion.

Divine ?

Oui, je crois. Je le répète, je ne crois pas que la musique que je crée vienne de moi. Je suis persuadée que c’est un cadeau. J’ai la sensation que si demain, je deviens arrogante, prétentieuse, méchante, tout va s’arrêter. Si je change, je crois que je ne sentirai plus cette connexion. Ce que j’aime avec la musique, c’est qu’elle permet de communiquer avec tous les gens du monde entier. C’est une même et seule langue.

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Vous êtes en train de me dire que vous avez peur que tout s’arrête parce que c’est un métier fragile ?

De tout mon cœur, je vous assure que je ne crois pas que ce que je fais est spécial. Ce qui est spécial, c’est l’énergie qu’il y a entre le public et moi lors des concerts. Les âmes se rencontrent et c’est comme de la magie.

Vous inspirez la sympathie, vous vous en rendez compte ?

Oui, je sens bien l’affection qu’ont les gens pour moi quand je marche dans la rue et qu’ils me reconnaissent. Je me sens parfois adoptée par eux. J’aime quand des personnes viennent échanger des choses avec moi. J’aime les gens, parce que je suis comme eux. Je ne me sens pas exceptionnelle et différente des autres.

Je sais que vous n’aimez pas le star-system.

Je suis contre le star-system. Je hais ça. Bien sûr, il m’arrive de vouloir me protéger, de souhaiter être tranquille, mais il y a des façons de le faire. Hier, j’étais avec mes enfants, un groupe de filles a voulu me prendre en photo, j’ai expliqué avec le sourire que lorsque je n’étais pas seule, je ne le souhaitais pas. Elles étaient super gentilles et ont très bien compris. On n’a pas besoin de garde du corps, des gens pour faire la sécurité ou je ne sais quoi. Franchement, je trouve ça débile.

On va revenir à l’album. Vous travaillez toujours avec la même équipe.

Je suis quelqu’un de fidèle. Avec mon producteur notamment. C’est un peu comme un mariage. Quand on a trouvé la bonne personne, pourquoi aller chercher ailleurs ? Mon précédent album n’a pas bien marché, mais ce n’est pas grave. On recommence avec les mêmes. J’aime bien que l’on vive les bons et les moins bons moments ensemble. Mes musiciens jouent incroyablement bien et ils me font grandir aussi. Quand on joue avec des gens qui frisent la perfection, on veut être à leur hauteur. J’ai besoin de m’élever en permanence. Par exemple, quand on travaille avec le bassiste de Sting ou de Stevie Wonder, il faut s’accrocher (rires). Je tiens à dire aussi que je ne peux travailler qu’avec des musiciens humains et humbles.

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On dit de vous que vous êtes si honnête que vous dites toujours la vérité aux gens. Est-ce vrai ?

Oui, c’est la pure vérité et c’est peut-être un problème. Quand j’étais petite, ma famille et mes amis me disaient que j’étais trop directe et trop honnête. Je n’ai pas de filtre. Et aujourd’hui, je suis encore comme ça. Je ne peux pas changer. Je n’aime pas tromper le monde, j’ai l’impression de me tromper moi-même. Je ne veux pas jouer à être ce que je ne suis pas, ni dire ce que je ne pense pas.

C’est un album à tendance douce, très folk, mais il y a un peu de hip-hop, de la soul, de la country, de la musique africaine.

C’est un peu comme dans mes deux premiers disques en fait, qui étaient très variés avec pas mal de titres très rythmiques. Dans le 3e, c’était très différent, j’avais envie de jouer de la guitare électrique parce que j’en avais un peu marre de l’acoustique.

Parlez-moi du premier single. Une nouvelle version du premier titre du disque, « Fire », en duo avec Youssoupha.

Youssoupha est un grand rappeur et il a quelque chose à dire. J’ai entendu dire qu’il voulait travailler avec moi. Avant qu’il sorte son disque, je voulais travailler avec lui. J’avais vu une vidéo de lui sur YouTube et je m’étais dit qu’il était très bon. Quand on m’a demandé avec quel rappeur français je voulais interpréter Fire, je n’ai pas hésité une seconde. On m’a répondu qu’il me « kiffait », alors les choses se sont faites naturellement et dans le respect l’un de l’autre.

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Avec Ayo, après l'entretien, le 19 juillet 2013.

09 octobre 2013

Vitaa et Maître Gims : interview pour le single "Game Over"

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Cela faisait presque 4 ans que l'on n'avait pas entendu parler de Vitaa. Pendant son silence médiatique, la chanteuse a construit sa vie de famille et est devenue maman. Quant à Maître Gims, il est partout et sur tous les fronts. Le rappeur chanteur charismatique de Sexion D'Assaut a délaissé ses camarades pour un album solo (Subliminal) qui cartonne. Aujourd’hui, il s'autorise une escapade musicale avec Vitaa pour un duo electro pop énergique et surprenant.

(Il est extrêmement rare que je fasse une interview pour la sortie d’un single. Mais, parfois, pour MusiqueMag, je fais des choses auxquelles je ne m'adonne pas habituellement pour les autres médias pour lesquels je travaille. J’ai accepté cette interview parce que ça me change de mon quotidien de chanteurs/teuses à texte. Ce n’est pas la première fois que je m’adonne à cet exercice de style, certains lecteurs de ce blog en sont un peu « perturbés » (et me reprochent parfois aussi mes quelques écarts éditoriaux). Moi, ça m’amuse follement de rencontrer les idoles des jeunes d’aujourd’hui comme Tal, Keen V et autres M Pokora. Ce n’est pas ma came, vous le savez, (j’ai 46 ans, quoi !) mais j’aime bien aussi essayer de comprendre qui se cache derrière ces artistes-là. Faire preuve d’ouverture n’a jamais tué personne (et génère même un sacré trafic sur ce blog, pour ne rien vous cacher).

Et surtout, le soir, quand je rentre à la maison, je suis l’idole de ma fille de 8 ans. Et ça, franchement, quand je lui montre les photos où je pose avec ses artistes préférés et que je vois des étoiles dans ses yeux, ça n’a pas de prix. J’aime crâner devant ma progéniture.)

Je suis donc allé à la rencontre de Vitaa et Maître Gims dans les locaux d’NRJ, le 3 octobre dernier pour évoquer leur collaboration et ce single (déjà en tête des ventes).

Le clip de "Game Over".

vitaa,maître gims,game over,interview,mandor,musique magInterview :

Vitaa, pourquoi avoir sollicité Maître Gims pour ce single ?

Vitaa : Je voulais bosser avec lui sur mon album, mais à la base, je ne savais pas du tout ce qui allait se passer. C’est l’artiste du moment. À l’époque où je lui ai demandé, il ne participait pas trop aux albums des autres. Finalement, ça c’est fait. Il a produit un titre de l’album et « Game Over » s’est fait dans la foulée, mais ce n’était pas prévu initialement. On a trouvé le résultat tellement chanmé que c’est le titre qu’on a mis en avant directement.

Maître Gims, tu connaissais Vitaa évidemment…

Maître Gims : Depuis longtemps. C’est la seule fille qui pouvait poser avec des rappeurs et qui pouvait aussi chanter avec d’autres chanteuses. Elle est capable de faire de la variété. Non, vraiment, elle peut vraiment tout faire. Quand Vitaa a eu du succès, j’étais encore dans mon quartier à rapper et je n’étais pas du tout connu. À cette époque-là, on m’aurait dit que j’avais la possibilité de faire un son avec elle, j’aurais dit oui direct. Et plus tard, quand ça a marché aussi pour moi, je n’ai pas hésité.  Si je faisais un son avec une fille, ça ne pouvait être qu’avec elle. Voilà qui est fait. Ça correspond à mon style.

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Maître Gims et Vitaa (chez Cauet) quelques minutes avant notre interview...

Qui a écrit et composé « Game Over » ?

Maître Gims : On l’a vraiment travaillé ensemble. Les questions, les réponses, le clash… on l’a vraiment écrit à deux. Il faut être ensemble pour écrire un tel titre. Il faut être d’accord sur tout.

Vitaa : Dans ce morceau-là et dans tout ce qu’on a fait ensemble, il m’a amené dans un autre univers que le mien. Habituellement, je suis très fermée musicalement. Maître Gims a un truc très moderne dans ses mélodies et son son. Pour moi, « Game Over » est important. Pour lui, c’est juste un hit de plus. (Rires)

Maître Gims : Au début, tu n’aimais pas mes propositions. Dis-le.

Vitaa : Il est arrivé avec « J’aimerais te dire » et j’ai été surprise. Oui, tu as raison, je n’aimais pas parce que ce n’était pas ce que je faisais d’habitude. Ça m’a un peu déstabilisée. Ça faisait un peu du Goldman, mais en plus urbain. J’aime Goldman, mais je ne savais pas comment aborder cette chanson pour moi. Il m’a dit « laisse-moi faire ! ». Et il m’a présenté un morceau dont je raffole maintenant. Mais de toute façon, même « Game Over », je ne m’y serais pas risquée seule. Ce n’est pas ma musique habituelle.

Maître Gims, tu voulais qu’elle sorte de son univers.

Maitre Gims : Je lui disais tout le temps, depuis longtemps en plus. Elle veut toujours rester dans sa musique à elle alors qu’elle peut faire plein de choses. Moi, je la verrais bien dans le reggae. Le reggae moderne.

Pourquoi ne pas avoir réalisé l’ensemble ?

Maître Gims : Si j’avais eu le temps, je l’aurais fait avec plaisir. De toute façon, je suis arrivé au milieu du projet.

Vitaa : J’ai vu comme il bossait. Franchement, il va très très vite. Il vient, il a des idées, il a toute une équipe qui fait les prods avec lui. C’est hallucinant comme ça roule avec lui. Maitre Gims, c’est une machine de guerre.

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Ton album sort quand Vitaa ?

Pour l’instant, on ne sait pas trop. En novembre, peut-être. Il sera à tonalité pop urbaine.

Il va s’appeler comment ?

On est en train d’y réfléchir.

Tout est secret, alors ?

Non, mais nous sommes en train de définir tout ça actuellement.

Tu as hâte de revenir ?

Vitaa : Oui, vraiment. J’ai fait un break parce que j’ai eu un petit garçon, mais là, j’ai vraiment envie d’y retourner. Et quand je vois le succès du single, je suis d’autant plus motivée.

Maître Gims, il paraît que Jean-Jacques Goldman t’a appelé pour participer aux Enfoirés. C’est vrai ?

Maître Gims : Oui, il m’a fait cette proposition. Je n’ai pas encore répondu officiellement. Mais, je n’ai pas refusé. Ça m’a surpris, c’est quand même un truc de dingue.

Vitaa, trouves-tu que la situation a changé dans le monde de la musique depuis 2006 ?

Vitaa : Oui. Déjà le digital a pris une place qui me dépasse. Aujourd’hui, quand tu es en haut sur iTunes, tu es en haut en physique. Le single a disparu en physique. Les réseaux sociaux sont devenus hyper importants pour un artiste. Moi, je dois réapprendre à communiquer avec mon public. J’exagère un peu, mais il y plein de choses nouvelles pour moi. Je suis sûre que je vais m’en sortir.

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Vitaa, Mandor et Maître Gims, le 3 octobre 2013 après l'interview à NRJ.

07 octobre 2013

Julien Blanc-Gras : interview pour Touriste et Paradis [avant liquidation]

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(Photo : Fred Kihn)

Julien Blanc-Gras, je le lis depuis longtemps (depuis son premier roman, en fait). Je le croise parfois (nous avons des amis communs). Il m’arrive même de le mandoriser (enfin, juste une fois avant cette chronique-là). Ce journaliste-auteur est un garçon éminemment sympathique et doué dans ce qu’il entreprend. Il est en train de se faire un nom à la fois dans le journalisme et dans le monde littéraire français.

Cet été, je suis parti en vacances avec ses deux derniers livres, Touriste (en poche) et le plus récent, Paradis [avant liquidation]. Je me suis tout bonnement régalé. Julien Blanc-Gras m’a passionné, amusé, fait éclater de rire parfois et surtout fait voyager.

Le 27 août dernier, il est venu me faire une petite visite à l’agence, dans le but original de répondre à quelques savantes questions. Merci à lui.

julien blanc-gras,touriste,paradis avant liquidation,interview,mandorDescription de Paradis [avant liquidation].

« Il y a des pays en voie de développement et des espèces en voie de disparition. La république des Kiribati est un pays en voie de disparition. Perdu au milieu de l'océan Pacifique, ce petit paradis semble promis à l’engloutissement par le changement climatique.
J’ai organisé ma vie autour d’une ambition saugrenue, le quadrillage méthodique de la planète. Moteur : toujours voir un pays en plus. Ce qui se profile ici, c’est un pays en moins. Je dois m’y rendre avant qu’il ne soit rayé de la carte. »

Au bord de lagons de carte postale, le journaliste écrivain entraine le lecteur dans ses péripéties cocasses ou dramatiques, narrées avec son écriture élégante, son humour et sa justesse de ton habituel, entre distance et empathie. On rencontre les pêcheurs et les présidents, les missionnaires et les ivrognes, les expatriés et les candidats au départ. Autant de fragments qui composent un tableau de ce paradis en sursis, confronté à un défi sans précédent. Peuplées depuis 3000 ans, les Kiribati devront-elles déménager pour survivre ?

Un éclairage inédit sur cette contrée méconnue, éloignée de la mondialisation et pourtant aux avant-postes de la menace climatique.

Description de Touriste.julien blanc-gras,touriste,paradis avant liquidation,interview,mandor

« On compte environ 200 états souverains. On vit à peu près 30000 jours. Si l'on considère l'existence sous un angle mathématico-géographique, on devrait passer 150 jours dans chaque pays. Il faut se rendre à l'évidence. Je dois aller dans tous les pays du monde. Je ne trouverai pas le repos dans l’immobilité.
Untel veut devenir une star, un autre posséder un yacht ou coucher avec des sœurs jumelles. Je veux juste aller à Lusaka. Et à Thimbu. Et à Valparaiso. Certains veulent faire de leur vie une œuvre d’art, je compte en faire un long voyage.
Je n’ai pas l’intention de me proclamer explorateur. Je ne veux ni conquérir les sommets vertigineux ni braver les déserts infernaux. Je ne suis pas aussi exigeant. Touriste, ça me suffit.
Le touriste traverse la vie, curieux et détendu, avec le soleil en prime. Il prend le temps d’être futile. De s’adonner à des activités non productives mais enrichissantes. Le monde est sa maison. Chaque ville, une victoire.
Le touriste inspire le dédain, j’en suis bien conscient. Ce serait un être mou, au dilettantisme disgracieux. C’est un cliché qui résulte d’une honte de soi, car on est toujours le touriste de quelqu’un. »

Obsédé par les cartes, le narrateur décide de visiter tous les pays du globe. Des favelas colombiennes aux hôtels clubs tunisiens, en passant par les karaokés du Yang-tsé-Kiang, les villages oubliés du Mozambique, les vagues polynésiennes, les plateaux de Bollywood, le tumulte du Proche-Orient et même par la Suisse, ce promeneur globalisé nous guide à travers l’inépuisable diversité des mondes.

Avec ce roman géographique, Julien Blanc-Gras nous propose  une esthétique du voyage simple, aventureux, drôle et intelligent.

L’auteur :

Né en 1976 à Gap, Julien Blanc-Gras est journaliste de profession et voyageur par vocation. Il a publié trois romans au Diable vauvert, Gringoland, qui conte un périple latino-américain, lauréat en 2005 du festival du premier roman de Chambéry et « Talents à découvrir » des librairies Cultura ; Comment devenir un dieu vivant en 2008, une comédie apocalyptique déjantée ; et Touriste, un récit de voyage curieux, surprenant, malicieux.

Il a séjourné aux îles Kiribati à l'automne 2011 pour réaliser son dernier livre, Paradis [avant liquidation].

julien blanc-gras,touriste,paradis avant liquidation,interview,mandorInterview :

Dans ces deux livres, racontes-tu toujours des histoires vraies ?  

C’est différent d’un livre à l’autre. Touriste est un roman basé sur mes voyages et des histoires que j’ai vécues. Parfois, je modifie un peu le trait, je modifie les personnages. Je me permets un peu de fiction, parce que c’est indiqué sur la couverture : roman. Bon, c’est quand même vrai à 95%. Quant à Paradis [avant liquidation], il s’agit d’un récit. La contrainte que je m’étais donnée était que ce soit plus journalistique. Donc, tout est vrai. Le nom des personnages, les dialogues, les situations.

Au début de Touriste, tu racontes que quand tu étais jeune tu regardais les cartes en te disant que tu allais un jour vérifier si tout était réellement comme ça.

J’ai une passion de la géographie depuis que je suis enfant. J’avais un ballon gonflable avec la carte du monde, mais j’avais surtout la carte du monde affichée à côté de mon lit et je m’endormais en la regardant. Ça me faisait complètement rêver.

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Tu écris: « Je voyageais en cherchant un sens à ma vie, et ça avait marché. J’avais trouvé un sens à ma vie. » Quand as-tu su que tu allais consacrer ta vie au voyage ?

Assez tardivement finalement. Après mes études. À 23 ans, j’ai fait un voyage au Mexique, que je relate dans mon premier roman Gringoland. J’étais parti pour quelques semaines pour voir un copain qui étudiait là-bas et, finalement, je suis resté un an. C’était la découverte du vrai voyage en solitaire en toute liberté. Je suis rentré de ce voyage, je me suis mis à bosser et très rapidement, j’ai compris que j’avais envie de voyager. J’ai donc organisé ma vie professionnelle dans ce sens et avec cette envie-là.

Tu es aujourd’hui payé pour le faire, tu as donc mené à bien l’ambition qui t’animait.

Oui. Maintenant, qu’on ne se méprenne pas. Je passe une grande partie de ma vie en France. Je pars beaucoup, mais je ne suis pas toujours en voyage, comme la lecture des livres pourrait le laisser supposer. Je fais à peu près 10 voyages par an. Parfois, c’est très court. 4 jours pour aller faire une interview ou couvrir un évènement.

Quand tu pars longtemps, tu es content de revenir chez toi à Paris.

Le retour fait partie du plaisir de voyager. On est soucieux de retrouver les proches et les gens qu’on aime. Et puis, on est content de retrouver un peu de confort. Quand tu n’as pas pris de douche chaude depuis deux semaines, tu apprécies la chose,  je t’assure.

Paradis [avant liquidation] est un livre palpitant et souvent drôle. La seule chose que je te reproche, c’est qu’il est très frustrant, car trop court.

Je le prends comme un compliment parce que ça veut dire que je n’ai pas ennuyé mon lecteur et c’est quand même mon souci principal. Je crois que nos temps de concentration ont diminué. Je pense continuer à écrire en format court. C’est une façon de garder l’intérêt du lecteur. De plus, des formats courts, c’est ce que j’ai envie de lire. Dans Paradis [avant liquidation], ce sont des petites séquences qui composent un tableau.

En lisant Touriste, on se dit que tu as de la chance. Tu voyages, c’est un beau métier. Le rêve absolu. Puis soudain, tu vas en Colombie et là, on se dit que ça doit être moins marrant… mais toi, rien ne t’arrête.

Est-ce que rien ne m’arrête ? Je ne sais pas. Pour la Colombie, j’allais voir un ami qui travaillait là-bas. J’essaie de dire que ce n’est pas si dangereux que ça, si tu fais attention. À l’époque, certes, c’était le pays où il y avait le plus d’homicides, mais ce n’est pas non plus un pays en guerre, donc c’était praticable. Si tu ne traînes pas dans les quartiers chauds la nuit, tu t’en sors. Après, quand tu aimes voyager, il ne faut pas être timoré. Et puis, il est bon d’avoir le frisson parfois. Se demander si c’est raisonnable d’aller dans un pays, ça fait aussi partie du plaisir de s’y rendre.

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Tu as besoin d’adrénaline ?

Le voyage, c’est aussi l’adrénaline de la découverte chaque jour d’un nouvel endroit, ce qui ne veut pas nécessairement dire « prise de risque ». Je ne suis ni un casse-cou, ni un aventurier. D’ailleurs, c’est aussi pour ça que j’ai appelé ce bouquin Touriste. C’était une forme d’humilité. Je voulais faire un livre de voyage, je me suis dit que je n’étais pas un explorateur, pas un aventurier, pas correspondant de guerre, alors je suis quoi ? Bon, ben touriste quoi ! Pour moi, le touriste au singulier du titre, c’est le narrateur.

Mais, c’est évidemment un peu ironique Julien.

L’ironie, c’est un peu ma façon de voir et de décrire le monde. Je l’applique aux autres, je l’applique au narrateur et à moi-même.

Tu n’as rien contre les vrais touristes, même si tu en as raillé quelques-uns dans Touriste.

J’ai un peu grossi le trait pour faire des situations que je raconte quelque chose de drôle. Je dis bien que chacun voyage comme il veut. Je n’ai de mépris pour aucune forme de tourisme. Je ne fais jamais la leçon à quiconque. Si monsieur et madame machin veulent aller en club vacances à Djerba pour se reposer le cerveau au soleil, je ne vois pas au nom de quoi je critiquerais ça. Ce n’est évidemment pas mon truc, mais je respecte ce genre de souhait.

julien blanc-gras,touriste,paradis avant liquidation,interview,mandorTa méthode de découverte quand tu vas dans un pays, c’est le pifomètre. Tu vas quelque part au gré des hasards et des rencontres.

Ça dépend. C’est un mélange d’improvisation et de préparation, en fait. Pour les deux livres, la démarche est différente. Pour Paradis [avant liquidation], je suis parti dans un pays en sachant que j’allais écrire un livre dessus. C’était un acte délibéré, volontaire, prévu. Je savais que c’était un travail compliqué, donc j’ai fait un travail  de journaliste avant de partir. J’ai enquêté, je me suis documenté, j’ai pris des contacts en amont, j’ai pris des rendez-vous. En gros, je suis allé en reportage. Touriste, c’est une compilation des différents voyages que j’ai faits au fil des années. Il y avait des voyages qui étaient à but professionnel, d’autres à but personnel. Quand je voyage tout seul, je pars avec mon sac à dos, un peu à l’improviste. Souvent j’arrive dans un pays, je n’ai pas réservé de chambre d’hôtel pour le soir et puis « on verra bien ». Le côté « on verra bien ce qu’il va se passer » est souvent déclencheur de nombreux évènements.

Ce n’est pas inconséquent, voire dangereux d’agir ainsi ?

Il faut être ouvert à toutes les possibilités en tout cas. Quand je voyage, je veux qu’il m’arrive des trucs, comme ça, accessoirement, je peux les raconter dans des bouquins, et puis surtout les vivre. Il faut avoir envie de découvrir des choses que tu ne connais pas. Le moteur, c’est évidemment la curiosité. C’est un cliché de chez cliché, mais en voyage, tu t’enrichis au contact de l’autre.

Quand tu vis des trucs pas très sympas, je suis sûr que tu te dis « ce n’est pas grave, je vais pouvoir le raconter dans un livre ».

Exactement. Ça m’arrive souvent. Dans le voyage, il y a le plaisir de vivre au premier degré le truc et aussi le plaisir de le raconter. Il y en a qui font une soirée diapo, moi je fais des livres. L’envie de partager avec tes amis ou le lecteur participe beaucoup au fait d’aimer voyager.

julien blanc-gras,touriste,paradis avant liquidation,interview,mandorTu as souvent écrit des livres burlesques, mais comme ces deux derniers sont ancrés dans la réalité, ils me touchent plus.

Dans Comment devenir un dieu vivant, on voyait bien que c’était fou fou, qu’on n’était plus dans le réel. Il était impossible de s’identifier, de s’imaginer à la place du narrateur. Dans Touriste, si. J’ai reçu pour ce livre des tas de témoignages de personnes qui m’ont dit qu’ils avaient vécu quasiment les mêmes situations, les mêmes aventures. Moi, ça me fait plaisir que le lecteur s’identifie. Je vais rester dans ce genre de livre un long moment parce que ça créé du lien avec les gens. J’écris aussi pour cela.

Parlons du petit dernier, Paradis [avant liquidation]. Ce n’est donc pas du tout la même démarche que pour Touriste.

C’est à peu près la même personne, le même narrateur. Dans Touriste, c’est quelqu’un qui est très proche de moi, dans Paradis [avant liquidation], c’est moi à 100%. Je te le disais tout à l’heure, c’est le même principe de voyage et de découverte, sauf que cette fois-ci, c’est dans un but précis, sérieux, rigoureux et journalistique… mais en ajoutant un style et un ton pour rendre l’enquête littéraire.

Pourquoi avoir choisi ce sujet ?

J’ai vu passer cette dépêche AFP et j’ai trouvé que c’était complètement dingue. Un pays qui envisage sa propre disparition physique, c’est du jamais vu ! Ça m’a trotté dans la tête et je me suis organisé pour aller dans la République des Kiribati. Ce n’était pas simple. C’est loin, c’est cher, il faut se dégager du temps. Et je ne le regrette pas!

Tu es parti combien de temps ?

Six semaines.

Les habitants étaient un peu méfiants parce qu’ils ont vu passer d’autres journalistes. Ils étaient comment avec toi ?

La plupart m’ont ouvert leur porte très gentiment.

Ils sont « très serviables, mais pas efficaces », je te cite.

Ils mettent du cœur à tenter de te rendre service, mais ils n’y parviennent jamais.

Sur un planisphère, ce pays est à peine visible à l’œil nu. Sa surface terrestre ne couvrejulien blanc-gras,touriste,paradis avant liquidation,interview,mandor même pas celle d’un département français, mais on pourrait faire rentrer l’Inde dans son espace maritime. La République des Kiribati est à la fois un des plus petits et un des plus grands pays. Une aberration géographique à laquelle tu n’as pas pu résister.

Ça a fasciné mon côté malade de la géo. C’est un endroit unique au monde pour toutes les raisons évoquées tout à l’heure. Il était impossible pour moi de faire l’impasse sur ce pays.

Tu dis que choisir de faire cette enquête est un mauvais choix stratégique. Difficile de trouver moins branchés que les Kiribati.

Je pensais vraiment ça. Choisir le changement climatique comme thème de livre n’était à priori pas non plus une idée fédératrice. Ce n’est pas un sujet très sexy. Moi-même, avant de me pencher en détail sur le sujet parce que j’allais le traiter dans ce bouquin, ça ne me passionnait pas des masses. Les thématiques écologiques ne passionnent pas les foules, il faut le reconnaître.

Il y a des moments sérieux et rigoureux et puis parfois, ça part en live, ce qui est plutôt ta marque de fabrique. Il y a un doux mélange des deux.

Moi, j’aime écrire des livres informatifs et plaisants. Je ne veux surtout pas être dans le pédagogique et le pontifiant. Là, le but était de faire un portrait d’un pays.  Donc, pour le comprendre, puisque personne ne le connait, il fallait des données précises. Il faut donner de l’info, donc toute la difficulté de l’exercice était que ce livre ne fasse pas article de journal, essai ou thèse. Dans des chapitres courts, j’ai sélectionné les informations pour qu’elles soient digérables sans être ennuyeuses.

Habituellement, les catastrophes naturelles sont soudaines et violentes. Les Kiribati, eux,  expérimentent la catastrophe au ralenti.

On ne trouve ce phénomène que là-bas. Mine de rien, ce petit pays que personne ne connait à plein de caractéristiques uniques qui font une bonne trame littéraire pour écrire un livre.

julien blanc-gras,touriste,paradis avant liquidation,interview,mandorTu mets en scène le narrateur et ça, j’adore !

Il faut toujours trouver l’équilibre et la distance que tu prends avec ton sujet. Je me mets en scène quand ça peut être rigolo ou que ça explique les conditions du reportage, donc que ça permet de comprendre aussi le pays.

Est-ce qu’il t’arrive de te demander ce que tu fous là ?

Je me régale du « qu’est-ce que je fous là ? » Plus la situation est incongrue, plus je me dis que c’est absurde d’être là, plus j’ai une jouissance à ça. Encore une fois, je jubile, car je sais que je vais pouvoir écrire des pages intéressantes pour un livre.

Pourrais-tu vivre sans voyage ?

Je ne pourrais absolument pas rester à Paris tout le temps. Je deviendrais fou. J’ai besoin de mon espace, d’horizons nouveaux, de liberté, d’ouverture. J’estime que j’ai une chance folle de pouvoir faire ça, dans d’assez bonnes conditions en plus.

Julien Blanc-Gras, finalement, c’est un écrivain voyageur ?

Ça me va. Je voyage et j’écris des livres de voyage. Je trouve ça cool comme terme. Je lis aussi parfois, « écrivain globe-trotter ». Mais, je me considère avant tout journaliste.

Tu te sens écrivain quand même ?

Oui, par la force des choses. Je publie des livres et les gens m’appellent comme ça. Mes deux métiers de journaliste et d’auteur, plus le temps passe et plus ils se croisent et se rejoignent. Notamment dans Paradis [avant liquidation].

Paradis [avant liquidation] et Touriste ont nettement mieux marché que tes précédents livres…et ils ont obtenu beaucoup de presses,  j’imagine que tu es ravi.

Ça fait super plaisir. Si tu écris, c’est pour être lu. Il ne faut pas faire attention à ça, mais je n’y suis pas insensible.

Je te connais, tu es loin d’avoir un ego surdimensionné, mais est-ce que ça touche l’ego quand même ?

Évidemment. Il faut de l’ego pour écrire, quand même. Juste, il faut trouver l’équilibre délicat entre mégalomanie et humilité.

julien blanc-gras,touriste,paradis avant liquidation,interview,mandorQuand tu interviewes Bret Easton Ellis, comme tu viens de le faire pour Le Monde (à lire ici), tu te sens encore romancier ?

Pour le coup, je suis dans ma peau de journaliste du Monde qui va interviewer un écrivain. C’est moi qui pose les questions. Je ne mélange pas les genres dans cet exercice.

Il savait que tu écrivais ?

À la fin de l’interview, on a bu un verre, on a diné… c’était un peu plus informel, donc je lui ai dit que j’écrivais des livres. Je crois qu’il n’en avait rien à foutre (rires).

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Après l'interview, le 27 août 2013.

A lire, un article très intéressant publié sur le site Rue89, la semaine dernière.

La page Facebook du livre Paradis [avant liquidation].

06 octobre 2013

The Popopopops : interview pour la sortie de Swell

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J’avais vaguement entendu parler de ce groupe pop rennais au nom bizarre The Popopopops. Je savais que depuis 4 ans, ils avaient remporté pas mal de prix et qu’ils faisaient des tournées mondiales alors qu’ils n’étaient pas encore prophètes en leur pays. Aujourd’hui, ils arrivent avec leur premier disque, Swell. Selon les Inrocks, « The Popopopops n’a pas perdu en force de frappe, mais gagné en précision et en élégance. On sent, tout au long de Swell, que le groupe a su dompter son explosivité juvénile et s’autoriser à visiter certaines terres jusque-là bien éloignées de son bastion originel. On croise sur cet audacieux premier album à l’armature pop des tentatives plutôt réussies de hip-hop (Text Me Call Me) et d’electro-pop (Cross the Line, Wavelength). »

Rencontre à l’agence, le 16 juillet dernier, avec Victor Solf (Chant, claviers, compositions) et Simon Carpentier (Chant, basse, compositions et textes).

the popopopops,swell,interview,simon carpentier,victor solf,mandorBiographie officielle (raccourcie) :

Depuis leurs débuts, The Popopopops enchaînent les concerts en France (Transmusicales, prix CQFD Les Inrocks, Zénith, Olympia en support de Skip The Use …) et à l’étranger (Hollande, Allemagne, Russie, Canada…). La réputation qu’ils acquièrent par leur live électrisant ne les détourne pas d’un travail ininterrompu de compositions. Les quatre Rennais signent en mai 2012 « A Quick Remedy », un EP intense. Ils y affirment ainsi leur identité singulière : celle d’un groupe alliant énergie scénique et audace des compositions.

Ces nombreuses expériences ont permis au groupe d’évoluer et de digérer les multiples influences à l’origine de leur vocation, telles que Frank Zappa, Television, TV On The Radio et The Whitest Boy Alive. Les pistes explorées dans l’EP, notamment avec l’hymne « My Mind Is Old », se sont cristallisées pour aboutir à l’écriture de ce premier album, Swell.the popopopops,swell,interview,simon carpentier,victor solf,mandor

En juillet 2012, ils entament donc un enregistrement exigeant sur plus de 6 mois. Dans 5 studios différents, ils ont minutieusement recherché différentes sonorités, ambiances et atmosphères, pour transcender leur son live et authentique et l’adapter à l’exigence des productions studio actuelles.

Ils organisent les collaborations et marient les gênes rock du réalisateur anglais Tom Peters (Klaxons, Cradle of Filth) avec l’élégance de l’école française du mix grâce à Maxime Le Guil (Concrete Knives, Camille, Joey Starr). Dans la recherche de cette alchimie, le groupe a été accompagné par Mickaël Declerck, leur ingénieur son live et studio, véritable cinquième membre du groupe.

the popopopops,swell,interview,simon carpentier,victor solf,mandorInterview :

Vous venez de Rennes, une ville avec une école de rock français hallucinante. Je me souviens de Marquis de Sade par exemple. Vous étiez jeune à l’époque ce cette mouvance du rock rennais, mais ça vous parle ?

Victor : Nous n’étions pas nés quand ils ont commencé. Mais nous les connaissions tous. Beaucoup sont encore là.

Simon : On se souvient d’Étienne Daho, Marquis de Sade, Kalashnikov, j’en oublie plein, mais tous ces groupes sont un héritage pour nous. C’est une force pour une ville qui a déjà beaucoup de caractère.

Il y a donc une nouvelle scène rock qui a pris la suite de ces groupes mythiques.

Victor : Il y a beaucoup de groupes dans beaucoup de styles différents. Dans notre style en particulier, on répète dans les mêmes lieux, donc ça crée une émulation et des échanges entre nous. Avec les Juvéniles par exemple, ou le groupe Manceau. Il y a une tradition, des lieux, beaucoup de bars dans lesquels on peut commencer, un héritage…

Tout a réellement commencé au lycée Émile Zola. Ce n’est pas une légende ?

Victor : Au début, il n’y avait que le batteur, Guillaume, et moi. A la base, on était amis et on voulait juste faire un duo de reprises de blues. On n’était pas du tout dans l’esprit de faire des compos. Mais, on s’est rendu compte que piano/batterie, au bout d’un moment, c’était assez limité. On a donc cherché des musiciens dans le lycée. C’est comme ça qu’on a rencontré les deux guitaristes. Simon, bassiste chanteur ici présent avec moi, est arrivé plus tard.

Une fois que le groupe est créé, il faut se faire connaître.

Victor : Oui, mais ça s’est fait naturellement. Chaque concert en amenait un autre. Notre premier concert, c’était au bal du lycée, il y a 6 ans. A ce concert-là, il y avait une femme qui animait la semaine d’après un concert sur la place du centre-ville. Nous y sommes allés, et nous avons rencontré là-bas une autre dame qui nous a vus et qui organisait une soirée de clôture d’un prix Goncourt, je ne sais plus bien, dans un lieu prestigieux. Elle nous a embarqués… nous avons toujours fonctionné ainsi. Après cette expérience-là, nous avons voulu continuer sérieusement parce que nous avons senti que nous adorions ça. Nous avons donc pressé un CD que nous avons donné à tous les bars de Rennes. Dans l’année qui a suivi, nous avons fait la fête de la musique.

C’est à cette Fête de la musique que vous avez rencontré Jean-Louis Brossard, directeur des rencontres Trans Musicales.

Victor : Oui, il nous a dit qu’il allait nous embarquer partout. Nous avons ouvert son festival au Parc Expo et nous avons fait sa tournée des Trans. Nous avions 6 mois pour être prêts alors que le groupe avait un an.

Quand vous avez fait les Trans, vous étiez dans quel état d’esprit ?

Victor : Nous ne nous rendions pas vraiment compte. Nous étions complètement innocents et complètement seuls. Pour 99% des groupes, les Trans Musicales, c’est une expérience que tu vis avec toute une équipe de promoteurs, de managers, qui sont là et qui t’accompagnent. (En souriant) Je pense que clairement, on n’était pas fini.

"Sign", live au Festival Art Rock.

Après ça, vous avez tourné pendant deux ans dans le monde entier.

Victor : Oui, nous pouvons dire qu’aujourd’hui, nous avons une vraie bouteille scénique. Nous sommes vraiment capables de gérer n’importe quelle scène. Quand tu as 17 ans et que tu joues devant 3000 personnes, tu apprends beaucoup.

Au début de votre carrière, à Rennes, on vous prenait pour des babys rockers, parce que c’était un  peu la mode avec le BB Brunes et ce genre de groupe.

Victor : Oui, comme Rennes est une ville très rock pur et dur, on nous l’a fait payer très durement. Le milieu nous comparait aux babyrockers, il trouvait que ce n’était pas intéressant, pas profond, dans les textes, la musique, l’attitude. Au début, nous étions très vexés. Très triste même. Je pense que se faire aimer de sa propre ville est le truc le plus dur. Au final, nous avons transformé ça en force.

Et c’est pour ça qu’on ne vous voit jamais sur les pochettes de disque et que vous apparaissez très peu dans vos clips ?

Victor : Nous voulons détacher nos personnes de la musique que l’on fait.

Vous faites jeunes parce que vous êtes jeunes.

Victor : Nous ne voulons pas que notre musique le soit, en tout cas.

Clip de "Cross The Line".

En 2009, vous remporter le prix des Inrocks CQFD.

Victor : Ça nous a bien encouragés. Mais, nous étions obsédés par le live. Nous sommes allés à Montréal, à Moscou, en Allemagne, en Espagne, aux Pays-Bas, en Hollande… il nous ait arrivé de jouer devant 15 000 personnes. C’était génial, mais nous n’étions pas encore passés par la phase « que va-t-on faire en studio, qu’est-ce que l’on veut être » ?

Avant ce disque, il n’y avait eu qu’un EP.

Victor : Et avant ça, nous n’avions sorti qu’un single. On n’avait qu’un titre qui nous portait pour faire des dates. Quand la tournée s’est calmée, avec Simon, nous avons décidé de se poser. On vit dans un monde ou tout est très rapide, où tout doit se faire dans l’instant. Nos partenaires nous demandaient de sortir quelque chose dans les deux mois. Nous avons dit non et nous avons mis un an à faire l’EP.

Vous avez fait l’Olympia en première partie de Skip The Use et le Zénith en première partie de Pony Pony Run Run.

Simon : C’était bien. Une très belle expérience, après ce n’est pas la même chose que si les gens étaient venus pour nous voir nous.

Clip de "Hypnotise Me".

Cet album, c’est ce que vous êtes après 5 ans de vie de groupe ?

Simon : Nous sommes très bien entourés. Il y a Michael Declerck, un ingénieur son live et studio qui nous suit tout le temps.

Victor : Nous avons vécu ensemble, il s’est imprégné de notre musique… et il a fini par créer ce son-là. Il a parfaitement fait la passerelle entre ce que nous faisions en live et ce qu’il avait envie d’entendre en studio.

Simon : Nous nous sommes permis des choses en studio qu’on ne s’est jamais permis en live. Sur l’album, nous avons ajouté des couches de claviers avec des sons acoustiques et des sons analogiques parce que l’opportunité nous a été donnée de bénéficier de plein de claviers de toutes sortes. Sur scène, nous n’avons qu’un seul clavier, c’est celui de Victor, du coup, on épure, nous gardons les meilleurs riffs.

Victor : En live c’est très brut et plus rock en fait.

Si je vous dis que votre musique me rappelle par moment celle de Depeche Mode, c’est une insulte ?

Victor : Pas du tout, nous aimons beaucoup et on nous le dit souvent.

Clip de "My Mind Is Old".

Vous avez chacun vos influences musicales et pourtant, il y a une parfaite osmose dans l’album…

Victor : Nous, on aime le hip-hop,  le rock, la pop… Nous en sommes complètement imprégnés. Alors, nous jonglons avec nos influences et nous les transformons en force. En France, ce qui manque, ce sont des prises de risques. Les Anglais et les Américains n’hésitent pas à se jeter à l’eau. Je pense beaucoup au dernier album de Kanye West. Il est tellement parti loin dans ce qu’il voulait que son album a été très mal accueilli, mais une semaine après, le monde a crié au génie. C’est ce que je déplore ici, on se met trop dans des carcans et pas assez en danger.

Votre disque est aussi complexe et pointu qu’il est facile d’accès. C’est un paradoxe rare.

Victor : Une de nos préoccupations principales est pourtant de rester dans un format pop dans le sens couplet refrain, couplet refrain… Nous ne serons jamais un groupe de fusion, un groupe expérimental. Nous allons toujours vers le plus évident.

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Vous deux, vous êtes les têtes pensantes du groupe.

Simon: Moi, j’écris la plupart des paroles et nous composons tous les deux. Ensuite, nous proposons au reste du groupe quand on estime qu’une chanson est aboutie. Après il y a l’étape primordiale. C’est de la jouer en répétition pour voir ce que cela donne avec tous les instruments.

Vous arrive-t-il de vous engueuler lors des phases de créations.

Victor : Comme nous sommes chacun très indépendants, que nous sommes capables de faire une chanson de A à Z, ça a toujours été assez conflictuel entre nous. Nous avons fait récemment une session de voix plutôt houleuse. Mais c’est du très bon conflit. C’est sain.

Simon : Le jour où nous ne nous engueulerons plus, c’est qu’on n’aura plus envie de prendre le temps de bien faire. C’est une question d’émulation. En plus, l’un veut impressionner l’autre, ça nous fait avancer.

Clip de "Pure".

Je sais que vous continuez à apprendre à travailler votre voix.

Victor : Mon expérience vocale a été pendant très longtemps aléatoire et approximative. J’ai été passionné par la voix quand j’été à la fin de l’école primaire, début du collège. Je faisais partie d’une chorale. J’étais choriste soliste. J’ai arrêté du jour au lendemain, à l’adolescence. Je n’ai repris que depuis quelques mois le travail sur la voix au Studio des Variétés. J’ai réussi à prendre confiance en moi et avoir beaucoup plus de certitude sur ce que j’étais capable de bien faire. En fait, je voulais apprendre à connaître ma voix et à bien chanter. J’étais dans l’instinctif, l’émotion et la puissance, mais c’était quelque chose qui n’était pas du tout contrôlé. Maintenant j’apprends à contrôler et, du coup, à m’en servir d’autant plus. Maintenant, c’est moi qui contrôle ma voix et non l’inverse.

Simon : Moi aussi je prends des cours avec une personne. Dès que tu te mets à travailler avec des professionnels de la voix, tu te rends compte que c’est un instrument comme l’est une basse ou une guitare, sauf qu’il est à l’intérieur de ton corps, il faut avoir une technique et une rigueur énormes si tu veux avoir de l’endurance et faire passer les émotions que tu souhaites.

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Quelques prochaines dates de tournées...

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A noter que The Popopopops est dans la compilation Fier comme un coq réalisée par Les Inrockuptibles avec "Cross The Line".

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03 octobre 2013

Gilles Paris : interview pour Autobiographie d'une Courgette (nouvelle édition)

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Gilles Paris est un auteur que j’ai fréquenté de nombreuses années sans savoir qu’il écrivait des livres. Notre relation a d’abord été professionnelle (il est un attaché de presse incontournable dans le milieu littéraire), puis elle est devenue amicale au fil du temps. Il y a un an et demi, je l’ai mandorisé pour Au pays des kangourous. J'ai récidivé avec beaucoup de plaisir à l’occasion de la sortie de la nouvelle édition de son roman « culte » Autobiographie d’une Courgette. C'était le 26 juillet dernier, un jour de canicule...

autobiographie-courgette-1260569-616x0.jpg4e de couverture :

Un nom de cucurbitacée en guise de sobriquet, ça n’est pas banal ! La vie même d’Icare, alias Courgette, neuf ans, n’a rien d’ordinaire : son père est parti faire le tour du monde « avec une poule » ; sa mère n’a d’yeux que pour la télévision, d’intérêt que pour les canettes de bière et d’énergie que pour les raclées qu’elle inflige à son fils. Mais Courgette surmonte ces malheurs sans se plaindre… Jusqu’au jour où, découvrant un revolver, il tue accidentellement sa mère. Le voici placé en foyer. Une tragédie ? Et si, au contraire, ce drame était la condition de rencontres et d’initiations – à l’amitié, à l’amour et au bonheur, tout simplement ?

À travers le regard optimiste de son jeune héros, Gilles Paris restitue le monde de l’enfance dans un récit aussi drôle que poignant.

L’auteur :

Gilles Paris dirige une agence de communication spécialisée dans l'édition. Il est également l'auteur de Papa et maman sont morts (Seuil, 1991) et d'Au pays des kangourous (Éditions Don Quichotte, 2012).

DSC083ll94.JPGInterview :

Autobiographie d’une courgette ressort 11 ans après sa première publication. Ce n’est pas un peu surprenant pour un auteur de savoir que son livre va avoir une deuxième vie ?

Le grand format est paru en 2002 et c’était déjà merveilleux pour moi de savoir que je passais en poche un an après chez J’ai lu, qui a en plus changé la couverture à deux reprises. Il a très bien marché dans cette collection. C’était déjà une aventure inouïe. Et puis un jour, je reçois un appel d’une éditrice de chez Flammarion qui s’appelle Thifaine Pelé et qui dirige la collection « Etonnantissimes ». Elle avait remarqué plusieurs critiques d’Autobiographie d’une Courgette sur des blogs de profs.

Comment expliques-tu que ton roman soit apprécié par tous les publics ?

Je me suis rendu compte que cette langue d’un enfant de 9 ans, qui est semblable à tous mes romans, est accessible à tout âge. Elle est simple, sans la moindre crudité et cruauté. Mais, je revendique le fait d’être au départ un romancier pour adulte. Jusqu’à présent, je n’ai pas écrit un vrai roman « jeunesse », même si ça me travaille un peu l’esprit.

Tu vas donc être étudié dans les écoles, comme un auteur classique.

Quand le grand format était paru, j’avais eu la chance d’avoir eu des extraits d’Autobiographie d’une Courgette dans un manuel Bordas de classe de 3e. Etre étudié en classe, ça a un côté magique.

Tu as participé récemment à un programme qui s’appelle « Lecture pour tous », qui lutte contre l’illettrisme.

Je suis allé à Nice pour rencontrer des classes de CM1, de CM2, des collèges, ainsi que dans des hôpitaux d’enfants malades … Je me suis retrouvé devant des centaines de mômes qui avaient lu mes livres et particulièrement cette version d’Autobiographie d’une Courgette.

Parle-moi de cette version assez originale.

D’abord, elle coute moins cher que la version poche, elle bénéficie de formidables dessins de Charles Berberian. Il y a des jeux, des tests.

Et un avant-propos.

Oui, son auteur décortique mon roman et en fait soudain un roman social. Moi, je ne l’ai jamais vu sous cet angle là quand je l’écrivais. Je prends toujours de la distance, je ne relis jamais mes livres, alors voir quelqu’un qui analyse mon propre roman, la manière dont je travaille, me fait sourire. Je n’ai jamais d’arrière-pensée quand j’écris, ni de volonté de lutter contre quoi que ce soit.

Charles Berberian, c’est la grande classe !img535.jpg

Au départ, il devait faire juste la couverture. Il était même réticent parce qu’il trouvait qu’illustrer un roman était un peu étrange. Un roman est une entité en lui-même et il n’a pas besoin d’illustration pour qu’on puisse le comprendre. Et puis il l’a lu… et pour ma grande chance, il l’a beaucoup aimé. Il a donc fait la couverture et une dizaine de dessins, ce qui n’était pas prévu. Ses dessins sont très poétiques, très justes et collent parfaitement au texte. C’est assez miraculeux.

Puisque le narrateur a toujours 9 ans, quelle différence littéraire y a-t-il entre Au pays des kangourous et Autobiographie d’une Courgette ?

Dans Au pays des kangourous, on était dans un milieu social assez favorisé. Le papa écrit pour les autres et la mère est toujours en voyage et gravit les échelons de la boite pour laquelle elle travaille. Dans Autobiographie d’une Courgette, on est dans un milieu défavorisé. Le héros à une mère alcoolique qui passe son temps à regarder la télévision. Le père est parti, tout ça est un peu misérable. L’enfant ne connait pas l’école, donc, ne connait aucun autre enfant, à part le voisin qui joue avec un cochon. La langue que j’ai utilisée dans Autobiographie d’une Courgette est très différente que pour Au pays des kangourous. Elle peut même déstabiliser. Ce n’est pas un langage poli et bien soigné, je voulais une « voix » d’un môme de la campagne qui n’est jamais allé à l’école. Paradoxalement, le fait qu’il tue sa mère accidentellement, ce qui est un geste absolument atroce, est sa chance. Grâce à ça, il va pouvoir trouver l’amour qui lui a manqué enfant. J’aimais bien ce paradoxe total dans le roman : un début très violent et la forme de résilience et de résurgence qui s’en suit et qui va le sauver.

Il vit des galères, ce petit garçon, mais il ne semble jamais malheureux.

C’est le miracle de l’enfance. Nous, les adultes, quand on vit un drame, on le vit à fond. Moi, j’imagine toujours le pire, comme ça, je ne suis pas déçu. Quand on est enfant, on n’a pas cette notion là du danger. Il ne faut jamais l’oublier, mais un enfant de 9 ans ne juge pas, il cherche à comprendre. J’ai toujours choisi des enfants narrateurs qui ont un sens de l’optimisme rude à toute épreuve. Tous les enfants de mes romans sont des résilients. Tous. Ce sont des enfants qui malgré le drame ou malgré le handicap qui pourrait être le leur à travers ce qu’il traverse restent d’un stoïcisme absolument total, comme si au fond les épreuves n’étaient là que pour les renforcer. Dans la vie, ce ne sont pas les épreuves qui sont importantes, c’est ce qu’on en fait. Les adultes ont plutôt tendance à dramatiser et à compliquer les choses.

Toi, quand tu as des soucis, tu agis en adulte, je le sais, je te connais, mais au fond de toi, je suis sûr que tu as un regard d’enfant face à eux.

Je suis d’accord avec toi. Je crois que j’ai ce point commun avec mes narrateurs. Je suis quelqu’un qui a beaucoup de mal à juger les gens. Je n’ai pas d’à priori sur les gens en général. Il m’est arrivé de me faire avoir à cause de cet état de fait, mais pas tant que ça parce que je sens bien les gens. J’ai une hyper sensibilité envers eux. Je les sens ou je ne les sens pas. Mais je ne juge pas. Quelqu’un qui me ferait un truc pas cool, je ne vais pas tout de suite en faire un ennemi, je vais d’abord essayer de comprendre pourquoi il a fait ça.

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Le Gilles Paris auteur se comporte-t-il comme le Gilles Paris attaché de presse ?

Ce sont deux personnes différentes. Je m’occupe de beaucoup d’écrivains et beaucoup d’entres eux ne savent pas que je le suis moi-même. Je ne leur dis pas. Il y a plein d’éditeurs avec lesquels je suis sous contrat qui l’ignorent aussi complètement. Dans mon métier, ce qui est très important, c’est d’être le plus discret possible. Ma vie privée, je n’en parle jamais à part à mes amis très proches. Je fais vraiment la différence entre mon métier et la vie privée. Ma place n’est pas dans la vie de mes auteurs. A part 4 ou 5, la plupart des auteurs dont je m’occupe ne sont pas des amis.

L’action du livre se situe notamment dans une maison d’accueil. Tu as enquêté sur ce genre d’établissement ?

Quand ce livre est sorti, à l’époque chez Plon, on éditait un juge pour enfant. Je l’ai rencontré et il a commencé à m’expliquer comment ça se passait quand un enfant tuait sa mère. Il m’a dit trois choses. Premièrement : un enfant qui tue un de ses proches, ne se rend pas toujours compte de ce qu’il a fait tout de suite. Deuxièmement : il est tout de suite prononcé comme un incapable mineur. Troisièmement : il m’a aiguillé vers la fondation Cognac Jay.

Samoreau(pressoirs_du_Roy)1.jpgUne fondation qui crée et développe des établissements de solidarité sociale dans les secteurs sanitaire, médico-social, social et éducatif pour tous les publics.

Oui, c’est exactement ça. Je suis allé voir la directrice des Pressoirs du Roy, établissement qui appartient à la Fondation, et dont je me suis largement inspiré. J’ai dû aller la voir souvent pour gagner sa confiance. Elle m’a présenté aux éducateurs. Ils m’ont énormément aidé à comprendre leurs personnalités très différentes les unes des autres. Chacun avait une manière d’approcher les enfants et j’ai voulu montrer cette diversité à travers différents éducateurs du roman. En tout cas, je n’ai pas voulu faire un livre sur les rouages d’une maison d’accueil, je voulais juste que ce soit crédible.

Est-ce que tu crois que tu changes la vie des gens quand ils te lisent ?

Je ne crois pas. A une exception près. Au salon du livre de Gérard Collard, à Saint-Maur-des-Fossés, une dame est venue me voir dans l’après-midi. Elle m’a dit qu’elle était prof de français et que, quand elle a lu mon livre, elle a décidé de changer sa vie. Elle est devenue éducatrice. C’est dingue ! Je trouve ça sublime.

Je vais te dire la vérité. J’ai commencé Autobiographie d’une Courgette un peu àalbums_2013.12.jpg reculons, un peu comme quand j’ai lu Au Pays des kangourous parce que j’ai un peu de mal avec les narrateurs enfants. Or, à chaque fois, tu réussis à me happer. Je commence tes livres, je ne les lâche plus.

Les émotions de mes enfants, je les vis au moment où je les écris. Si c’est une scène qui va t’émouvoir, tu peux être sûr que je pleure en l’écrivant.

L’histoire de Courgette, ce n’est pas ton histoire, on est d’accord.

Non, moi j’ai eu la chance d’avoir une enfance heureuse. Mes parents étaient ce qu’on appelle des bourgeois moyens. Mon père était architecte, maman ne travaillait pas. J’ai une sœur, Geneviève, qui est artiste et chanteuse. On avait une vie plutôt agréable. On habitait un bel appartement à République.

Bref, ta vie, ce n’était pas Les Misérables.

Peut-être que ça donne la distance nécessaire pour parler d’enfances qui sont moins agréables. La projection de l’autobiographie dans les romans me laisse perplexe. Moi, c’est la partie inconsciente qui m’intéresse. Te rendre compte ultérieurement que tu as écrit une scène qui au fond correspond à quelque chose que tu as vécu il y a longtemps, je trouve ça plus beau que de déverser des choses trop personnelles dans un roman. Par exemple, Au pays des kangourous est un roman beaucoup plus autobiographique et j’ai eu du mal avec ça. Je savais que j’allais mettre des choses de moi, je savais que j’allais devoir parler de choses personnelles.

Sur la dépression, je le rappelle.

Oui et c’était très personnel. C’était quelque chose qui me retenait presque, mais j’ai fini par y aller quand même.

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Habituellement, tu sors un livre tous les 10 ans… et là, j’entends avec stupeur que tu sors déjà un nouveau livre chez Héloïse d’Ormesson. Que se passe-t-il Gilles ? D’où vient cette frénésie d’écriture ?

Je ne me suis jamais dit en prenant mon petit déjeuner : « Tiens ! Si j’écrivais un livre tous les dix ans ! ». Aujourd’hui, j’ai 54 ans, si je continue à écrire un livre tous les 10 ans, il ne m’en reste pas beaucoup. Or, j’ai encore beaucoup de chose à raconter. Et puis l’accueil d’Au pays des kangourous s’est tellement bien passé que j’ai décidé d’arrêter ce rythme et de passer à la vitesse supérieure. C’est vrai que je me suis lancé dans une frénésie d’écriture. J’ai d’abord écrit des nouvelles, parce que j’adore ça. J’en ai publié plusieurs pour des journaux et pour des sites Internet. Albin Michel m’a aussi demandé d’écrire des textes. Il y en a un qui va être publié à la fin de cette année dans une collection qui s’appelle « Toi mon frère, toi ma sœur ». C’était un texte très autobiographique, du coup, j’ai beaucoup hésité à me lancer dans cette entreprise et je l’ai fait. Encore par le biais d’un enfant de 9 ans. Ca me permettra d’avoir de la distance. Albin Michel m’a demandé de faire la même chose à propos de mon père. Ca sortira l’année prochaine, après mon roman L’été des lucioles, chez Héloïse d’Ormesson.

Ce livre aussi aura un narrateur âgé de 9 ans ?

Ça fait 40 ans que j’écris comme un enfant de 9 ans, je ne vais pas soudain me mettre à écrire comme un adulte. J’ai essayé, ça ne marche pas. Cette langue, je l’ai en moi et j’ai beaucoup de choses à raconter avec. Il faut toujours surprendre le lecteur. Quelque soit le milieu et l’histoire, il faut systématiquement tout changer.

Ce qui est le cas de L’été des lucioles?

Ce sera un roman beaucoup plus léger… en apparence, évidemment, je m’appelle quand même Gilles Paris. Il n’y aura pas trop de fond social derrière, mais une dimension beaucoup plus romanesque. Quand j’ai rendu les premières épreuves à Héloïse d’Ormesson, femme peu expansive et discrète,  et que j’ai attendu son retour, j’avais un peu peur. Au final, ce qu’elle m’en a dit m’a beaucoup touché.

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Avec Gilles Paris, à l'issue de l'interview, le 26 juillet 2013.

Bonus : Lire un livre et se retrouver citer en bas de page dans l'avant-propos (ce n'est pas la première fois, certes, mais cela fait toujours bizarre d'être une "source")...

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30 septembre 2013

Elsa Kopf : interview pour Marvelously Dangerous

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C’est le génial et prolifique Pierre Faa (tête pensante du trio pop Peppermoon) qui m’a parlé pour la première fois d’Elsa Kopf (il a très largement participé à l’élaboration de son deuxième album). Quand j’ai reçu Marvelously Dangerous, j’ai immédiatement été séduit. La jeune femme a un nom à consonance germanique pour une voix cristalline et des mélodies du sud. Elsa chante des amours espiègles et ensoleillés... Le 15 juillet dernier (quoi je suis en retard ???), Elsa Kopf est venue à l’agence…

Biographie officielle :

En 2011, elle nous a conté les plus belles de ses joies acoustiques dans un délicieux album, au croisement de la folk et du jazz. Elsa Kopf revient avec « Marvelously Dangerous », onze chansons nées dans le salon-studio de son ami de toujours, Pierre Faa. Voilà dix ans qu’elle fréquente l’architecte du trio Peppermoon avec l’envie réciproque d’écrire des chansons puis d’enregistrer.

elsa kopf,marvellously dangerous,interview,mandor,pierre faaOn connaissait Elsa Kopf pour la richesse de ses mélodies et de ses rythmes – conjuguant le swing, la bossa et le jazz – mais surtout pour la délicatesse de son timbre de voix. On retrouve toutes ces qualités dans les arrangements de Pierre Faa, qui les souligne de subtiles broderies digitales : claviers, boucles, échos, delays... 

Elsa chante en anglais, en français et en espagnol. Des langues qui l’ont accompagnée tout au long de sa vie, de Strasbourg où elle est née, à l’Argentine et l’Espagne où elle a vécu et retourne régulièrement. Trois palettes de vocabulaire et de sonorités dont elle se sert spontanément, sur lesquelles son timbre déploie toutes ses nuances. En bref, Marvelously Dangerous est un splendide herbier d’histoires nostalgiques et impertinentes, servies par des mélodies entêtantes.

Voici un medley de l'album, histoire que vous vous fassiez une idée...

elsa kopf,marvellously dangerous,interview,mandor,pierre faaInterview :

Comment as-tu débuté ?

Dès l’âge de 4 ans, j’ai souhaité devenir chanteuse. Ma mère, Joëlle Kopf, est parolière. Elle a notamment écrit dans les années 80 un tube qui s’appelle « Femme libérée » pour Cookie Dingler. C’était d’ailleurs le voisin du dessous et souvent, il y avait des fêtes avec plein de musiciens qui jouaient du piano, faisaient des bœufs dans une ambiance incroyable. J’ai vraiment grandi dans une ambiance de musique et ça m’a donné des idées très précises sur ce que je voulais devenir. Mon émission préférée était L’École des Fans et je me voyais y participer. C’était mon rêve, mon fantasme absolu (rires).

Une mère parolière, certes, mais pas musicienne.

Si. En fait, elle a fait des très belles chansons et elle ne les a jamais sorties. C’est dommage parce qu’à l’époque, pour sortir des chansons, il fallait avoir un label, des musiciens, payer des maquettes… enfin, c’était encore très compliqué. Et puis elle venait d’avoir deux enfants, elle vivait à Strasbourg, bref, elle n’avait pas tout pour faire avancer les projets. Elle a donc lâché le truc pour rester uniquement parolière. C’est moi qui continue à sa place…

Ta mère t’a incité à faire de la musique ?

Elle m’a inscrit à des cours de piano, mais ça ne me plaisait pas vraiment. Je n’avais pas non plus une voix très bien placée, donc je chantais très mal. À 15 ans, j’ai commencé en même temps la guitare et l’écriture de chansons. Dès que j’ai su faire deux accords, j’ai fait ma première chanson. Ensuite, je me suis écrit un répertoire.

Que pense ta mère de ce que tu fais ?

Elle aime beaucoup. Elle est ma plus grande fan, en toute objectivité évidemment (rires). On travaille parfois ensemble. On se met mutuellement sur des projets, parfois on écrit des chansons ensemble pour d’autres gens.

À un moment, tu es partie à Paris. Pour y faire quoi?elsa kopf,marvellously dangerous,interview,mandor,pierre faa

J’ai commencé à faire une école de musique tout en travaillant à côté. Un jour, j’ai rencontré un chéri qui était Argentin. Je suis donc partie avec lui en Espagne et en Argentine. J’ai fait mes petites expériences et je suis revenue en 2005. J’ai commencé à travailler sur mon premier album, Acoustic Joys et j’ai eu tellement de galères qu’il n’est sorti qu’en 2011.

La passion pour la musique argentine te vient d’où ?

Mon beau-père est argentin et depuis que j’ai 10 ans, je passe tous mes étés en Espagne. Donc, j’ai grandi avec Astrud Gilberto et  toute la musique sud-américaine. Ce sont de très beaux souvenirs d’enfance.

Du coup, tu refuses de choisir parmi dans toutes tes cultures.

Mon père est allemand, je chante donc aussi dans cette langue. Chaque langue a une certaine manière d’être appréhendée. C’est très intéressant.

Pierre Faa a écrit toutes les chansons en langue française et toi le reste.

On avait depuis longtemps fait des chansons avec Pierre et ce disque était l’occasion de pouvoir en faire quelque chose. J’écris aussi en Français, mais j’adore les textes de Pierre, alors je lui ai laissé la place. Ses chansons méritaient d’exister.

Clip de "Des enfants insolents".

elsa kopf,marvellously dangerous,interview,mandor,pierre faaRaconte-moi votre rencontre.

Il y a très longtemps on m’a parlé de lui en me disant qu’il fallait que je le rencontre. On s’est donc donné rendez-vous, on a bu un thé ensemble et on a discuté musique. On s’est beaucoup apprécié, puis je suis partie en Espagne faire ma petite vie. Quand je suis revenue en 2006, il y a eu MySpace. On avait chacun un pseudo, mais sans  savoir que l’un était l’autre, on s’est contacté tant nos univers respectifs nous plaisait. On était fait pour se rencontrer vraiment.

Pierre est une espèce d’alter ego ?

Ce serait prétentieux de dire ça. Il a une culture et une curiosité que je lui envie. Il me fait toujours découvrir des trucs incroyables. Des humoristes, des séries, des restaurants, des galeries d’art, des artistes… à chaque fois, il tombe dans le mille. Je m’inspire de lui, parce que c’est un bosseur, il fait tout tout seul. Il bosse beaucoup et est très indépendant… et ça j’aime bien.

Comment appelles-tu la musique que tu fais ?

De la folktronica. C’est un peu de la folk, mais avec de l’électronique.

Qui dirige qui ?

Personne. On fait ensemble. Quand je ne sais pas, c’est plus lui. En tout cas, il fait superbement ce que je déteste faire moi-même: le traitement sonore, la prise de son. Pour moi c’est de l’astrophysique et des mathématiques mis au milieu d’émotion, de rêverie et de poésie. Je le bénis parce qu’il a la méticulosité que j’aimerais avoir.

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Il parait que vocalement, tu n’es jamais contente. C’est vrai ?

Tout à fait vrai. Je dis toujours à Pierre qu’il faut refaire. Il ne m’a permis que trois prises par chanson. Mais, je me dis toujours quand je sors de studio que j’aurais pu mieux faire.

Il y a un moment où pourtant tu aimais bien ta voix…

J’aimais bien ma voix quand je faisais une voix mystérieuse de chanteuse sensuelle, mais quand je chantais des chansons pour toute la famille et devant tout le monde, j’avais une voix très haut perchée, voire de crécelle. Du coup, j’ai pris des cours de chant avec un grand ténor, qui d’ailleurs joue l’arbre qui chante dans le film Intouchables, Fabrice Mantegna. C’est le meilleur prof que l’on puisse avoir. On a fait un coaching intensif ensemble pendant 6 mois.

Tu dis beaucoup de choses dans tes chansons. Elles ne sont pas moralisatrices, encore moins démagos. Ouf !

Merci de le comprendre comme ça. Qui suis-je pour faire la morale ? Si ça peut se faire poser des questions aux gens, c’est très bien.

Mais la majorité des chansons sont des chansons d’amour poético-sarcastiques. Ça te va comme définition ?

C’est tout à fait ça. Je suis une fille assez fleur bleue et une éternelle incurable romantique. Mais il y a dans l’album des chansons un peu plus noires.

Clip de "Sugar Roses".

Est-ce que tes chansons te ressemblent ?elsa kopf,marvellously dangerous,interview,mandor,pierre faa

C’est complètement moi. C’est ma vie que j’essaie de mettre en beauté. Ce qui est bien avec la musique et avec les différents arts, c’est que toutes les galères qu’un artiste traverse deviennent des cadeaux. On peut en faire quelque chose. Le pire pour un artiste, c’est qu’il ne lui arrive rien.

Un artiste se met à nu. C’est compliqué parfois de se dévoiler devant des inconnus ?

Dans l’album, il y a certaines chansons que j’ai écrites et que je ne pensais pas mettre. Du coup, je me suis dévoilée à 100%. Par exemple, il y en a une que j’ai écrite pour dire à quelqu’un que je l’aimais, parce que je n’arrivais pas à lui dire en vrai. Maintenant que le disque est sorti, il va l’entendre… parfois, on se met dans des situations… Mais, évidemment, aujourd’hui, j’assume.

Il va falloir les chanter sur scène maintenant.

J’adore la scène. Bon, quand il y a de gros enjeux, je suis un peu traqueuse. J’ai horreur du moment avant de rentrer sur scène. Je me demande ce que je fais là. Après ça va.

C’est quoi, pour toi, le critère d’une bonne chanson ?

C’est si la chanson me reste dans la tête. Je me dis que si elle reste dans ma tête, elle restera dans la tête des autres personnes. Si elles ne passent pas le cap de me séduire moi pendant quelques jours, je la mets de côté ou je la retravaille ou je la laisse dormir quelques années.

C’est un album que vous avez financé sur un site participatif.

Je ne pensais pas du tout à ce système de financement au départ. C’est Pierre Faa qui m’a convaincue de la faire en participatif. Moi, je me disais que personne n’allait mettre de sous sur moi. On a présenté notre projet avec amour et on a récolté un peu plus de 5000 euros, ce dont nous avions besoin pour boucler le projet.

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Après l'interview...

18 septembre 2013

Zep : interview pour Une histoire d'hommes

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Zep quitte une nouvelle fois la cour de l’école et son Titeuf aux 20 millions d’exemplaires561716_0202728272551_web_tete.jpg vendus. Il revient avec Une histoire d'hommes, un album racontant les retrouvailles d’anciens copains, membres d’un même groupe de rock qui a sévi il y a 18 ans. L’un d’eux a réussi. Sandro est devenu une star, les autres galèrent ou ont pris une voie beaucoup plus sage. Ils se retrouvent un week-end invités par la star, refont l’histoire, imaginent ce qu’aurait été le groupe s’il n’avait pas explosé en vol et découvrent une sombre vérité, un secret enfoui qui vont expliquer pas mal de choses sur les uns et les autres. Émotions, tendresse, apparences trompeuses, rien n'est simple quand les quatre amis sont ensemble. Chacun a ses démons, ses petites fautes inavouables. Mais l'amitié est plus forte, et la raison de ces retrouvailles sera d'autant plus violente qu'elle lèvera le voile sur une incroyable histoire. Zep livre là un album splendide et très touchant.

Le 13 septembre dernier, j’ai rencontré Zep au sein même de la jeune maison d’édition consacrée à la BD, Rue de Sèvres.

IMG_1529.JPGInterview :

Vous avez remarqué combien cet album suscite la curiosité ?

Quand on est associé aussi fortement à un personnage comme Titeuf, dès qu’on en sort, ça suscite de l’intérêt. J’ai déjà fait des projets parallèles comme Happy Sex, qui était un livre réservé aux adultes. Comme Titeuf l’est pour les enfants, il a fallu que je me justifie constamment quand j’ai changé mon fusil d’épaule. Alors que c’est le propre d’un artiste, il est censé évoluer. On ne peut pas raconter les mêmes choses à 40, 30 ou 20 ans.

Avec Titeuf, vous aviez déjà évoqué tous les sujets possibles et imaginables, comme le deuil, le secret, mais en version humoristique. Dans cet album, c’est en version plus adulte. C’est compliqué de passer d’un univers à l’autre ?

Non, ce n’est pas compliqué parce que c’était quelque chose que j’avais besoin de faire. Tous ces sujets me touchaient, même les plus graves, mais pour Titeuf,  je les travaillais avec une pirouette humoristique. Ça me permettait de garder une espèce de protection et de mettre une distance sur des choses que je pourrais dire moi. Avec l’âge, j’ai eu envie de sortir du bois. J’ai eu envie de raconter des histoires sans faire le rigolo. J’ai enfin atteint une forme de maturité que je n’avais pas jusque-là. Un album comme Une histoire d’hommes a mis du temps à venir.

Y a-t-il  a eu un déclic pour que vous remarquiez que vous étiez prêt ?zep-carnet-intime.jpg

Le déclic c’était le livre Carnet intime, qui était une compilation de mes carnets de voyage et mon premier livre sans gag.

Mais le public a suivi aussi dans ce registre-là.

Oui, et ce n’était pas gagné d’avance. C’est toujours mieux si le public nous lit.

Vous ne seriez pas allé dans ces directions si les premières tentatives avaient échoué.

C’est encourageant, c’est sûr. Pour Carnet intime, il y a plein de gens qui m’ont dit qu’ils n’étaient pas sensibles à mon travail humoristique, mais qu’avec ce livre, quelque chose les avait touchées. Je m’octroie désormais le droit de jouer dans des registres différents. Quand on est artiste, on nous associe tellement à un personnage, qu’il ne faut pas le mettre en péril.

Mais, dans votre cas, c’est normal. Titeuf vous accompagne quand même depuis 20 ans.

Justement, ça fait du bien de le quitter pour faire autre chose. C’est un truc que ma génération peut faire, qui était un peu plus compliqué pour la génération précédente.  A l’époque de Franquin et d’Uderzo, c’était un jeu risqué. Franquin, quand il a fait ses Idées noires, ça a été la mort de Gaston Lagaffe. Il a mis 10 ans à refaire un Gaston après et ce n’était pas le meilleur. Clairement, il n’avait plus envie de le faire.

titeuf-au-cinema-en-2010-01.jpgVous, vous répétez bien que vous allez faire de nouveaux albums de Titeuf.

C’est vrai. Je conjure peut-être le mauvais sort. Mais, je n’ai pas l’impression d’avoir fait la même chose pendant 20 ans jusqu’à aujourd’hui. L’album de Titeuf que j’ai fait il y a deux ans est complètement différent de celui que j’ai fait  il y a 10 ans ou celui que j’ai fait il y a 20 ans. Je ne me retrouverais pas du tout dans une carrière comme celle de Jim Davis avec Garfield où rien n’a bougé depuis 40 ans. Ce sont les mêmes gags avec les mêmes dessins. C’est une autre démarche, mais je trouve qu’ici, en Europe, on a la possibilité de faire une bande dessinée d’auteur variée.

J’ai lu de la part de critiques qui écrivaient sur Une histoire d’hommes que désormais, ils sentaient qu’il y avait un scénario… ça ne doit pas vous faire plaisir de lire ça. Titeuf, ce n’était pas scénarisé ?

Ils disent cela parce que c’est un long récit. Dans l’idée des gens, s’il y a un long récit, il y a un scénario, si c’est du gag, c’est juste une idée de gag. Il faut avouer que sur une page, il y a une idée et un jet immédiat, alors je peux comprendre ce genre de critique. Cet amalgame ne me vexe pas. 

Dans une histoire d’homme, il n’y a pas beaucoup d’humour, mais il y en a un peu. Il y a même un personnage, Franck, qui me rappelle votre univers habituel.

C’est comme la vie, il n’y a pas que des gens qui sont que drôles ou que tristes. Même dans Titeuf, c’est de l’humour, mais il y a des moments sensibles et touchants. Dans Une histoire d’hommes, ces 4 copains qui ne se sont pas vus depuis 18 ans ont aussi envie de faire les cons, de boire ensemble… c’est assez légitime. Ils se retrouvent dans des circonstances tragiques, il y a plein de secrets qui pèsent sur eux. Ils ont donc tous besoin de se marrer.

Il y a du Titeuf, chez Franck.

C’est marrant ce que vous me dites là parce qu’on me demande souvent si Titeuf va grandir. Et bien, si Titeuf grandissait, potentiellement, il peut être Yvan, pas Franck. Titeuf et Yvan sont deux loosers et ils se prennent des baffes avec les filles.

 

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Sandro est donc celui qui a réussi. Il est devenu une star du rock français. Quand il fait venir ses anciens camarades, il gère plutôt bien la situation.

On sent quand même qu’il y a chez lui une part de culpabilité, mais en même temps, il a fait sa vie et il ne doit rien aux autres. Et les autres ont fait leur vie, sauf Yvan. Mais Yvan, lui, il a choisi d’attendre.

Si le ton est dans l’ensemble grave, c’est une histoire optimiste ?

La fin est ouverte en tout cas. Malgré toutes les révélations fracassantes de ce livre, dont je ne peux pas parler ici, on peut imaginer que leur vie va reprendre sous de meilleurs auspices.

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Dans Une histoire d’hommes, vous ne dessinez pas de la même manière que dans Titeuf. On a l’impression que ce n’est pas le même artiste.

Je n’ai pas le recul nécessaire pour dire ça, mais quand même, comme vous, j’ai l’impression que c’est très différent. Je pense que le dessin d’un dessinateur va s’adapter à ce qu’il a envie de raconter. Bon, ça ne se fait pas non plus en claquant des doigts. J’ai redessiné l’album trois fois en neuf mois. Il y a eu du boulot pour l’acquisition de ce nouveau dessin.

Mais votre trait reste votre trait.

J’ai cette manière de dessiner qui est une forme de ligne claire. Je dessine tout. Je ne suis pas Hugo Pratt qui met un coup de pinceau et c’est une ville. Si je dessine une ville, je dessine toutes les tuiles, les toits, les cheminées (rires).

Vous êtres un méticuleux.

Je suis un méticuleux, un peu obsessionnel et en même temps, je dessine très vite. Il faut sortir de certains automatismes. Mon dessin humour est beaucoup plus précis, beaucoup plus sûr de lui. Pour Une histoire d’hommes, il est un peu plus fragile, mais ça va avec le personnage principal Sandro. 

1558587874.jpgBon, personnellement, je ne peux pas ne pas évoquer Goldman avec vous. Vous êtes quand même celui qui avez réalisé sa dernière pochette. Celle de Chansons pour les pieds.

Oui, et je crois que ce sera vraiment sa dernière pochette. Il me donne de ses nouvelles de temps en temps. Il veut voir grandir ses enfants et je ne suis pas certain qu'il sorte un nouveau disque un jour.

Ce n’est pas une bonne nouvelle que vous me dites là.

(Il sourit)

Il a lu Une histoire d'hommes ?

Oui.  Jean-Jacques m’a d’ailleurs envoyé un petit mot charmant pour me dire qu’il avait aimé. Il m’a parlé du passage ou Yvan annonce la mort de son père à Franck. Quand il dit « Il est mort. Il n’a jamais beaucoup vécu. Je ne suis pas sûr qu’il ait vu la différence ».

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Zep et Mandor après l'interview le 13 septembre 2013.

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16 septembre 2013

Tristen : interview pour Mars en marche

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Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis.

Je n’avais pas été emballé par le premier album de Tristen, L'ombre à suivre. Pas touché du tout. L'artiste s'est pourtant bien fait repérer avec ce disque...

Mais son attachée de presse (Flavie Rodriguez) a retenté le coup avec son second album. En insistant un peu : « Écoute-le, ça n’a rien à voir avec le premier ! Je t’assure, tu vas être surpris. »

Il est agréable de travailler avec des attachées de presse qui connaissent parfaitement tes goûts. J’ai adoré dès la première écoute. Je n’ai pas eu l’impression d’écouter le même artiste.

Vous pouvez découvrir toutes les chansons de l'album ici!

J’ai donné rendez-vous à Tristen à l’agence le 28 juin dernier pour une conversation en toute franchise.

triste,mars en marche,interview,mandorArgumentaire officiel de l’album :

Il faut se rendre à l’évidence, de nombreux signes nous incitent à penser que la fin est proche. Malgré le futur incertain de notre espèce, qui ne sera bientôt plus qu’un irritant souvenir, Tristen, lui, décide dans un élan héroïque et salvateur de mettre un pied devant l’autre :
Mars en Marche, son second album, paraîtra chez Bleeding Gold Records le 16 septembre 2013 (aujourd’hui donc) en digital et en vinyle.
Hommage dérisoire rendu à Mars, le dieu romain de la guerre et de la fertilité, Mars en Marche se joue de l’imaginaire masculin. Tristen y feint la colère dans des murder songs hallucinées : "Le lustre" et son lustre suicidaire, "La pluie horizontale" et son infirmière un rien dangereuse, "Ce qui reste de toi" et sa fin ménagère. Il y joue l’ingénu dans d’étranges love songs : "La femme qui ne souriait jamais", "En solitaire". Il se met aussi à nu dans des sad songs à la délicatesse surréaliste : chevauchée messianique dans "Laisse pleurer les hommes", poésie banlieusarde dans "Les boîtes aux lettres".

Guitariste, bassiste, batteur, touche-à-tout, Tristen utilise tout l’arsenal du musicien bricolo pour réaliser un album aux sonorités subtiles et charnelles. Ses arrangements audacieux et personnels permettent le mariage aventureux, mais assumé de différentes influences. Mars en Marche célèbre la rencontre de Stereolab et d’Abba, d’un Mathieu Boogaerts et d’Arcade Fire, d’un Albin de la Simone et de Karkwa.

Tristen signe la plupart des musiques et prend part à l'écriture des textes de cet album qu'il partage avec sa bande de copains - musiciens et auteurs de la scène rock indé Parisienne - avec qui il se produit depuis quelques années : Bénédicte Monat (Blanche as a Name) qui prête même sa voix dans quelques chansons, Charlotte Gérand (Chérie ++), Loic Carron (Chérie ++, Yéti Lane, Cyann and Ben), Yann Giraud (Porco Rosso), Julien Cortes (Querencia, Erevan Tusk), Dominique Pascaud (Alex Rossi, Sandy Trash), Pacôme Genty (Rose Ttacet, Erevan Tusk, Mascara Snake).

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Interview :

Je vais être sincère avec toi. Ton premier album, je ne l’avais pas autant apprécié que celui-là. Je n’avais pas du tout été touché par ton travail. Et avec cet album, c’est tout le contraire.

J’ai fait un album beaucoup plus personnel, mais plus fou, parfois surréaliste. Le précédent album était centré sur les relations de couple passées, futures, fantasmées… Là, je parle toujours des filles, mais c’est annexe. C’est marginal. Ce disque est à mon sens beaucoup plus dérangeant.

D’où vient ce changement ?

Je me suis fait beaucoup plus confiance. J’ai beaucoup plus écrit que pour le précédent. Parfois, c’était même de l’écriture automatique sur 3, 4 chansons. Moi, j’ai l’angoisse de la page blanche, c’est pour ça que je demande de l’aide pour l’écriture à d’autres personnes bien qualifiées. Quand je reçois des ébauches de textes, je peux réagir et travailler sur ces textes. Bon, j’ai essayé de lutter contre cette angoisse. Pour moi, le texte, c’est comme un instrument, comme une basse. Si on me demande ce que veut dire telle ou telle parole, c’est comme si on me demandait ce que veut dire telle ou telle partie de basse. Ça me parle, mais ça ne veut pas obligatoirement dire quelque chose.

Teaser 1 de Mars en marche.

Tu es un solitaire dans la création, mais tu aimes bien être entouré.

C’est paradoxal, mais c’est humain. C’est solitaire parce que c’est comme ça que j’ai appris à créer mes propres chansons. J’ai joué dans des groupes et j’ai été frustré du processus de groupe. Suite à ça, je me suis mis à faire mes propres chansons seul. Mais, c’est nul d’être tout seul, donc je m’entoure pour l’écriture et même parfois pour des arrangements. Tout est une question de rencontre. Par contre, j’aime bien tout contrôler quand même.

Tu aimes bien avoir des propositions nouvelles et choisir, finalement.

Je commence à m’ouvrir. C’est vrai que je n’étais pas comme ça avant, mais j’ai compris aujourd’hui qu’on ne peut pas tout faire bien. Mon talent à moi, il est plutôt dans l’arrangement. Dans l’écriture totale, j’ai besoin que l’on m’aide, il faut le reconnaître. Il faut être conscient de ses faiblesses et de ses qualités.

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Tu es arrivé à Paris il y a 10 ans pour faire de la musique et tu viens de me dire que tu viens tout juste d’avoir confiance en toi musicalement et textuellement. Quel est l’élément déclencheur de ta nouvelle assurance ?

Il n’y a pas eu de déclic, ça a été un processus. À vrai dire, j’ai déjà fait 6 ou 7 albums tirés à 10 exemplaires et distribués uniquement aux amis. Ce sont les retours qu’ils m’en ont faits qui ont fini par être encourageants et qui m’ont poussé à continuer. Pour sortir un CD commercialisé, il faut déjà un certain standing. Mon premier, il y avait des maladresses, celui-ci est meilleur. En toute objectivité.

Tu chantes depuis longtemps ?

D’abord, il faut que tu saches que j’accepte l’idée d’être un chanteur depuis peu. Au début, j’ai fait des chansons, j’avais honte de les chanter, ensuite un peu moins honte, ensuite, j’ai pris conscience que j’avais une voix…etc. Mon assurance vient au fur et à mesure des expériences et du temps qui passe.

Teaser 3 de Mars en marche.

Tu as bien « bourlingué » en tant que musicien pour plein de groupes et de genres différents.

Quand j’habitais dans le sud de la France, j’ai fait notamment du metal et du jazz rock. Quand je suis arrivé à Paris, je me suis plus consacré au rock indé en accompagnant pas mal de gens. Querencia (pop rock indé à la Interpol) comme batteur, Dominique Pascaud (chanson française classe) comme percussionniste, Saibu (rock classieux en anglais) comme batteur, Alex Rossi (variété hype italo-gersoise) comme batteur, Myra Lee (pop folk indé ) comme percu, batteur, ou claviériste, Porco Rosso (pop française indé) comme batteur C++ désormais Chérie++ (chansons douces amères) comme ingé son, puis batteur, puis bassiste et enfin, Folks (pop française indé) comme bassiste. Folks, tu le connais, je crois.

Oui, je l’ai reçu ici. J’adore. Après avoir bossé pour le « milieu indé », on a envie d’être un peu plus sous la lumière ?

J’aime ce que je fais, je ne vais pas faire des choses plus basiques pour avoir plus de notoriété.

Mais, je trouve ton album très accessible et pas du tout underground.

Tant mieux alors ! Je suis au delta de la variété et du rock indé de toute façon. J’aime beaucoup la Véronique Sanson des années 70, Abba, des trucs comme ça…bien populaires, mais de qualité. Abba, c’est ma madeleine de Proust à moi. Quand j’étais petit, j’écoutais un conte musical qui s’appelle Abbacadabra.

Ah oui ! Mais je suis fan. Il y avait Daniel Balavoine, Frida, Plastic Bertrand, Catherine Ferry, Fabienne Thibeault !

Dis donc, c’est la première fois que je rencontre quelqu’un dans ma vie qui connait Abbacadabra !

"L'enfant do", extrait d'Abbacadabra (1983).

Oui, bon, ça n’a pas très bien vieilli…

En tout cas, en écoutant ça enfant, il faut croire que cela m’a marqué. Quand j’ai entendu Abba pour la première fois, je me suis demandé qui étaient ces gens qui copiaient Abbacadabra. Les Abba auraient eu la prod d’Arcad Fire, ils seraient le groupe ultime. C’est à la fois populaire et très grand public, mais il y a des éléments musicaux qui me plaisent vraiment. Ça ne s’entend pas forcément dans ce que je fais, mais c’est un groupe qui m’impressionne et que je respecte énormément.

Peut-on dire que Mars en marche est un disque conceptuel ?

Il y a un lien entre toutes les chansons en tout cas. La colère. Pour la blague, Mars, c’est le dieu de la guerre et de la fertilité. La sonorité « Mars en marche » me plait. Ça représente l’aspect guerrier en action.

Tes concerts vont devenir plus rock ?

Ça l’était déjà avant. Il y a aussi un côté electro parce que j’ai des programmations sur scène. J’ai un guitariste avec moi et je joue moi-même de la guitare. Mon côté rock indé ressort pas mal quand je donne un concert.  

triste,mars en marche,interview,mandor

Tu joues aussi pour d’autres artistes. Nous nous sommes croisés au Prix Georges Moustaki. Tu accompagnais Céline Olivier.

Je joue encore pour d’autres, peut-être un peu moins en ce moment parce que je m’occupe de mon disque. J’ai besoin de ça aussi pour vivre artistiquement. Je n’en ai pas besoin financièrement.

Tu es chargé de mission au sein d’une cellule FSE (Fond social européen). Mazette !

Je ne sais pas si ça va intéresser les lecteurs de savoir ça. Ça n’a aucun lien avec la musique. Cela dit, j’ai une maitrise de maths. Pour moi, les maths, c’est de la poésie, ce sont des structures, c’est des formes, c’est de la beauté.

Les maths te servent-elles pour créer de la musique ?

Oui, mais pas dans le sens où les gens l’entendent, c'est-à-dire d’un côté froid et calculateur. Les maths, c’est plus le côté scientifique, c'est-à-dire l’erreur. On fait des erreurs et c’est de ses erreurs qu’on apprend. C’est ça la démarche scientifique.

Teaser 4 de Mars en marche.

Tristen sera en concert le 30 septembre 2013 aux 3 baudets et le 28 novembre à la péniche Antipode.

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Tristen et Mandor, le 28 juin 2013.

09 septembre 2013

Stéphane Haumant : interview pour Le jugement dernier

stéphane haumant,le jugement dernier,interview,mandor

Dans son premier thriller, Le Jugement dernier : l'énigme du Codex Lucis, le journaliste Stéphane Haumant (que les abonnés de Canal+ connaissent bien puisqu’il est le présentateur/producteur de Spéciale Investigation) entraîne le lecteur sur la piste d'un manuscrit Cathare qui annoncerait l'Apocalypse. Il raconte également, avec une plume alerte et précise, l’enquête d’un policier Américain et d’un journaliste Français qui se lancent à la recherche des coupables d’une série d'attentats ayant ensanglanté le Brésil, les États-Unis, puis le Japon.

Un très bon premier roman (1er du longue série ?).

Stéphane Haumant est passé me voir à l’agence le 19 juillet dernier…(Merci à Gilles Paris).

stéphane haumant,le jugement dernier,interview,mandor4e de couverture :

Des bombes sèment la terreur au Brésil, aux États-Unis, au Japon, en Inde. Pas des bombes ordinaires, mais celles du « Jugement dernier », des engins miniaturisés d'une effroyable efficacité ! Qui se cache derrière ces attentats et pourquoi sont-ils commis, causant des milliers de morts ?
Un policier américain et un journaliste français se lancent sur la piste des mystérieux coupables qui ne formulent aucune revendication.
Comment imaginer qu'ils devront remonter à un texte apocalyptique, le Codex Lucis des Cathares, pour identifier la source d'un complot vieux de neuf siècles et posant une question cruciale : l'humanité a-t-elle un avenir ?

L’auteur : 

Grand reporter, journaliste d'investigation, Stéphane Haumant est producteur de l'émission spéciale Investigation sur Canal +. Le Jugement dernier : l'énigme du Codex Lucis est son premier roman.

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Interview :

En lisant Le jugement dernier, on sent la patte du journaliste qui a fréquenté le terrain pendant des années. On voyage beaucoup dans ce roman.

Pendant une quinzaine d’années, j’ai été reporter donc je suis allé dans la plupart des pays que j’évoque pour y bosser. Je me suis effectivement inspiré de plein de souvenirs et d’anecdotes que j’ai vécues quand je suis allé dans ces pays. Je parle du Japon, du Brésil, de la Russie et de la plupart des pays d’Europe…

Quand on est journaliste, on a un style d’écriture bien particulier. On se doit d’être clair et concis. Dans un roman, il faut ça, plus du style. Le vôtre est-il venu naturellement ?

C’est totalement intuitif et empirique. J’avais une idée d’histoire en tête et je l’ai écrite sans me poser trop de questions. J’ai écrit spontanément dans un style peut-être un peu journalistique et sec, mais moi, ça me convenait bien. Je trouvais même que c’était cohérent avec ce que je voulais faire en termes de rythme et d’efficacité.

stéphane haumant,le jugement dernier,interview,mandorDu coup, il n’y a pas de fioritures. On ne s’ennuie jamais.

Je voulais écrire un livre comme on regarde un film d’action américain, que cela aille vite et rebondisse sans arrêt. Mais, je souhaitais aussi que derrière toute cette énergie, il y ait matière à réflexion. Je ne voulais pas de longues introspections de mes personnages, mais qu’ils n’existent que par ce qu’ils font. À travers ce qu’ils font, on comprend qui ils sont.

C’est un roman d’anticipation, dont l’action se situe dans 25 ans. Le monde que vous avez inventé ressemble tout de même au monde d’aujourd’hui.

Quand j’étais enfant, j’imaginais qu’en l’an 2000, il y aurait des voitures qui volent, que l’on vivrait dans des combinaisons en aluminium et qu’on mangerait des pilules. Finalement, 35 ans après, le monde est assez proche, à part quelques outils technologiques qui ont révolutionné nos vies. Donc je me dis que dans 25 ou 30 ans, la vie ne sera pas forcément très différente d’aujourd’hui et les angoisses des hommes seront probablement les mêmes.

Les questions existentielles de l’Homme restent les mêmes, vous avez raison.

Qu’est-ce que la liberté ? Comment doit-on organiser la société ? Les questions sur la vie, la mort… toutes ces questions n’ont pas changé et seront encore là dans 40 ans.

Je trouve ça intéressant de lire le livre d’un journaliste. Dans ce métier, il faut vérifier ses informations, être rigoureux, ne rien inventer…  alors que lorsque l’on est écrivain, rien de tout cela n’est obligatoire. Au contraire, c’est l’imagination, l’invention, la fantaisie qui priment.

99% de ce que je raconte dans ce livre est authentique. Après, le romancier que je suis a fait rentrer 1% de fantaisie et d’imagination, a tordu un peu le réel à la marge. Mais tordre à la marge permet d’inventer des choses totalement plausibles, qui pourtant n’ont pas existé. Je voulais que le lecteur, à chaque page, se demande si telle ou telle chose est vraie ou pas. J’ai voulu créer un jeu sur le vrai et le faux entre l’actualité et l’histoire.

Vous vous êtes amusé à écrire ?

Honnêtement, je pensais écrire ce livre en 3, 4 mois et ça m’a pris plutôt trois ans. J’ai découvert que le métier d’écrivain était un vrai métier et que c’était difficile. J’ai construit une sorte de puzzle. Ce n’est pas simple un puzzle. On place, on retire, on recommence, on hésite… Tout ça prend du temps, mais  une fois que le puzzle est fini, on est content.

Stéphane Haumant/Dan Brown, même combat ?stéphane haumant,le jugement dernier,interview,mandor

Il y a l’idée d’un grand complot qui régirait le monde. Dan Brown n’est pas le seul à l’avoir imaginé. C’est lui qui a fait le plus gros succès, mais il y a pléthore de livres avant lui et après lui sur ce sujet.

Croyez-vous à un complot mondial ?

Moi, pas du tout. Qu’il y ait des sociétés secrètes qui fassent du lobbying, qui travaillent, qui influencent, ça, il y en a un paquet, dont la plus célèbre est la Franc-maçonnerie. Après, qu’elles dirigent le monde, je n’y crois pas du tout. En revanche, ce qui me frappe, c’est que depuis 10 ou 15 ans, cette croyance-là est devenue une sorte de religion à part entière. À côté du catholicisme, du protestantisme, aujourd’hui il y a la théorie du complot qui mobilise quand même des dizaines de millions de gens. C’est une religion informelle qui n’a pas de gourou, mais qui, quand même, donne à tout un tas de gens, une grille de lecture du monde. Ca m’intéressait d’utiliser cette grille de lecture et de la confronter à d’autres, plus politiques, plus religieuses. Comme plus personne ne croit aux institutions, ni aux hommes politiques, on imagine qu’il y a quelque part des organisations secrètes qui changent le monde.  

Avec votre livre, vous confortez la théorie du complot, non ?

Déjà, on peut se dire que cette histoire se passe dans l’avenir, donc elle ne cherche pas à expliquer le présent.

Mais permettez-moi de vous dire qu’en vous lisant, on oublie un peu que l’action se situe dans 25 ans.

Oui, je sais. Alors, soit on peut se dire que mon livre est la preuve que la théorie du complot est vraie. Un peu comme a fait Dan Brown qui avait donné la clef de l’énigme de l’humanité à travers Jésus et la Bible. J’ai surtout voulu démontrer qu’avec un peu d’imagination et un peu de persuasion, on peut inventer tous les complots que l’on veut. Et qu’avec la théorie du complot, ce qu’il y a de formidable, c’est que l’on peut tout expliquer.

stéphane haumant,le jugement dernier,interview,mandorVous parlez du Trésor des Cathares. Le fameux trésor est en fait  un livre, le Codex Lucis (le livre de la lumière) qui révèle le secret des origines de l’homme. Rien que cela !

Tout ce que j’évoque dans ce livre à ce sujet sont des thèses, des hypothèses. Celles qui existent ne sont pas plus crédibles que celle que je rajoute. L’imaginaire de l’homme se nourrit de ces mystères historiques qu’il tourne dans tous les sens pour essayer de comprendre ce qui se cache en dessous. Je m’en suis servi et je me suis amusé avec.

Vous mettez en scène un journaliste français et un flic du FBI qui enquêtent chacun de leur côté sur la même affaire et qui finiront par se rejoindre. Journaliste et policier, c’est un peu le même métier finalement.

Ce sont les deux faces d’un même métier en tout cas. Les deux enquêtent, les deux cherchent la vérité, mais pas pour les mêmes raisons.Ca m’amusait de les mettre en parallèle parce que ce sont des professions qui se côtoient, mais qui travaillent de façon différente. Le journaliste est sur le terrain, il rencontre des gens. Il fait son enquête un peu au ras des pâquerettes. Le flic, lui, a accès à des documents officiels, des réunions importantes à la Maison Blanche par exemple. Eux aussi sont à deux niveaux de lecture du monde et de collecte d’indices très différents, mais ils vont parvenir au même point d’arrivée. Les journalistes ont une liberté d’action qui fait qu’ils trouvent des choses que les flics ne trouvent pas forcément.

Le flic Balthazar est un peu rentre-dedans quand même. Il n’attend pas toujours les autorisations officielles…

Il y a des gens qui sont mus par une espèce d’énergie qui, dans la quête de la vérité, peut devenir un peu extrême. Sur certaines enquêtes un peu exceptionnelles, on peut aller très loin et donc se bruler les ailes. Cette enquête-là ne pouvait se mener en respectant toutes les règles. Pour un journaliste, c’est un peu une seconde nature de louvoyer avec les règles, c’est plus rare du côté des institutions. Il arrive que des flics ou des juges aussi sortent des cadres et des règles du jeu juridiques parce qu’ils pensent que c’est la seule façon de toucher la vérité après  laquelle ils courent parfois depuis des années.

Vous-même, avez-vous pris beaucoup de risques professionnels ? Je parle d’avant la présentation de Spéciale Investigation ?

Je n’ai jamais été reporter de guerre, donc je me suis très rarement retrouvé dans des situations où ma sécurité physique était en jeu. Après, de ne pas tout à fait respecter les consignes étiquetées par les autorités ici ou là, c’est fréquent et ça fait partie du jeu. Si on veut sortir des infos et avoir un discours qui ne soit pas un discours officiel, on est obligé en permanence de sortir des cadres. Par nature, notre métier exige que nous soyons tous des francs tireurs.

stéphane haumant,le jugement dernier,interview,mandorVous n’êtes aujourd’hui plus sur le terrain. Vous présentez et dirigez Spéciale Investigation… c’est autre chose comme vie.

Je créé une ligne éditoriale. On reçoit beaucoup de projets, il faut en garder 40 par an, les accompagner… En gros, mon équipe et moi choisissons les sujets, on les initie, on peut intervenir en cours de tournage, on aide le journaliste à mettre en forme de la façon la plus efficace, pédagogue, claire et en même temps la plus haletante possible s’il éprouve des difficultés. À la fin, c’est un travail collectif et on essaie de faire accoucher le mieux possible le bébé. Une enquête c’est une matière assez complexe à mettre en forme. Il y a beaucoup de paramètres à prendre en compte.

Avec ce livre, vous vous faites interviewer. Soudain, vous êtes de l’autre côté de la barrière…

C’est plus difficile pour moi de parler de mon livre que de parler de l’émission. Parler de l’émission, c’est parler de films faits par d’autres. J’y mets une certaine distance. Je suis à l’aise sur les problématiques liées à mon métier. Parle du livre, c’est parler un peu de soi. C’est moins facile, mais je me lance quand même.

Il y a aura une suite à ce livre?

Oui, je l’écris en ce moment. L’histoire de ce livre se clôt, mais elle peut se rouvrir. J’ai des personnages secondaires qui pourraient avoir des rôles plus importants dans le second.

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07 septembre 2013

Anastasia : Interview pour Beau parleur

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J’ai reçu le disque d’une dénommée Anastasia, Beau parleur, et j’ai beaucoup aimé. La voix, tirant un peu vers les graves, le propos plutôt masculin, insolent et sexy. Guitare et voix sont les instruments principaux qu'elle utilise pour nous plonger dans son univers qui allie jazz et airs d'antan, groove et blues, soul et ambiance tropicale... Son disque est sacrément abouti, mature et cohérent.

Le lendemain, je vous jure que c’est vrai, j’ai reçu l’album d’un groupe que je ne connaissais pas, Les Dessous de la Vie, La libido du linving room. J’écoute et j’ai un sentiment curieux. La voix me rappelle celle de la jeune chanteuse de la veille. Normal, c’est elle. Les deux disques sont sortis en même temps et les deux attachées de presse de chaque opus me les ont envoyés sans se concerter.

La mandorisation s’imposait donc. Ainsi fut fait, le 9 juillet dernier. Une forte personnalité la jeune femme. Je me suis dit que je n’étais pas à l’abri d’être en face d’une future grande de la chanson française.

Biographie officielle d’Anastasia :

Quand on entend Anastasia chanter on l’imagine bien flâner dans les clubs de jazz, et fredonner des airs d’antan. Bluesy et souriante, cette jeune artiste à la veine urbaine, possède sa propre vitalité, son propre groove, ainsi qu’un son authentique, roots à souhait.anastasia,beau parleur,les dessous de la vie,interview mandor

Elle contacte Batlik en 2011 en lui envoyant quelques titres. Début 2012, elle enregistre son 1er album « Beau parleur » au studio de la Cuve à Aubervilliers, dans les locaux d’A Brûle Pourpoint. Coté scène, elle assure les premières parties de Batlik, Fred Métayer, Karpatt, Berry ou Tété. « Beau parleur » est sorti le 25 mars 2013, en co-production avec le propre label d’Anastasia, Budhi’s prod.

On tient là une vraie nature, un feu bouillonnant, une personnalité qui en impose. Ces premiers titres guitare voix la placent entre Brésil et Jamaïque, les deux tropiques où la guitare est reine. Merveilleuse petite tache de son, sa musique et sa gouaille s’unissent pour offrir une musique évocatrice, une simplicité, des mots et une poésie en couleur instantanée.

anastasia,beau parleur,les dessous de la vie,interview mandorBiographie officielle des Dessous de la Vie :

Pétillants de fraîcheur, Les Dessous de la Vie exultent sur la scène indépendante et, au passage, remportent plusieurs prix de la chanson Française. Le quintet bien trempé exalte la poésie des chansons intimistes qui virevoltent du swing au jazz musette, du hip hop au jazz manouche. Les intrépides complices incarnent leurs mélodies qui nous accrochent et nous entraînent hardiment dans La libido du living-room. Autoproduit, ce premier album dévoile les dessous de la vie sentimentale avec une subtile énergie.

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Interview :

Contrairement à ce que l’on pourrait éventuellement penser, tu n’es pas une débutante…

Avant les dessous de la vie, j’étais dans un groupe avec Gaël, qui est l’auteur compositeur des Dessous de la vie et l’auteur compositeur de mon album. On avait un groupe de punk, ska, reggae.

Musicalement, j’ai la sensation que tu t’es essayé à tout?

J’étais au conservatoire à Mulhouse, je faisais du piano classique. C’était en parallèle à toutes mes études. J’ai eu quelques bases pédagogiques pour apprendre à chanter, mais je n’ai jamais pris de cours de chant officiel.

Tu as pratiqué « l’autoditasme urbain » dis-tu. As-tu beaucoup appris dans la rue ?

La guitare, l’accordéon et le chant… j’ai appris tout ça en allant jouer avec des potes dans la rue. J’habitais à côté d’une zup. Il y a des rappeurs qui venaient, qui posaient… 

"J'aimerais" aux Francofolies 2013

anastasia,beau parleur,les dessous de la vie,interview mandorTon parcours est étonnant. Tu as fait un Master en musicologie, puis un Master de Sciences-Po en politique et gestion de la culture.

Je voulais comprendre comment développer un projet culturel. Et mes parents ne me lâchaient pas. Ils voulaient que j’aie des diplômes. Quand j’ai eu mes diplômes, je me suis mis la tête dans les projets et je n’en suis plus sortie.

Tu écoutais quoi dans ta prime jeunesse ?

Tu sais, depuis quelques années, je me suis plus focalisée sur la musique black comme Erykah Badu, Krystle Warren, Robert Glasper… Quand j’avais entre 13 et 16 ans, je n’écoutais que de la chanson française. Aujourd’hui, j’aime beaucoup Batlik, mais aussi Bazbaz, Sandra Nkaké. Mais comme mon père écoutait beaucoup de jazz, de jazz fusion, ça fait partie également de ma culture musicale.

Tes parents ne voulaient pas que tu deviennes musicienne?

Non parce que mon père était un super pianiste de jazz et organiste. Il aurait rêvé faire ça de sa vie, mais il n’a pas réussi.  Du coup mes parents étaient flippés que je ne parvienne pas à ce que j’avais pour ambition d’entreprendre.

Comment ils voient les choses pour toi aujourd’hui ?

Maintenant, ils sont super fiers. Ils sont là à presque à tous mes concerts et ils aiment beaucoup ce que je fais. Au début, ma mère, quand je lui faisais écouter une chanson, elle me disait qu’elle trouvait cela triste. Elle me conseillait de chanter des chansons plus légères et plus gaies. Mon père, lui, depuis le début, a toujours aimé. Dans le prochain album, on fera sans doute un morceau ensemble.

" Je Vole ", pour Strasbourg Acoustik. Session tournée au Musée Tomi Ungerer de Strasbourg.  Février 2013.

Avoir fait des études de musicologie t’apporte quoi, concrètement ?anastasia,beau parleur,les dessous de la vie,interview mandor

Ça m’apporte une méthodologie dans mes compositions, dans la manière de travailler ma musique, de l’apprendre, de l’analyser aussi. Quand j’écoute un artiste que j’adore, je repique des petites choses. Je sais les prendre et les comprendre.

Paradoxalement, est-ce que ça n’empêche pas la spontanéité pendant la création ?

Non, parce qu’au niveau guitare et chant, je suis complètement autodidacte donc, forcément, j’oublie la méthodologie. Je réfléchis un peu quand je fais les chœurs ou les harmonisations, mais au niveau de la composition et de ma façon de chanter, c’est assez libre, instinctif et spontané.

Comment est né le groupe Les dessous de la vie ?

J’ai rencontré Gaël Muller à Mulhouse. On a commencé à faire ce premier groupe donc je viens de te parler. Quand le projet s’est effondré, on s’est retrouvé, moi avec l’accordéon et lui avec sa guitare. Il a commencé à composer des chansons françaises du type La Rue Kétanou, les Tètes Raides, Négresses Vertes et tout ça. Une amie nous a inscrits à un tremplin à Mulhouse et on a remporté la deuxième place. Ça nous a mis en confiance. On a commencé notre répertoire et très vite, nous avons été visibles dans le réseau des musiques actuelles en Alsace. Petit à petit, on nous a proposé des scènes. Petit à petit on a eu envie de rajouter d’autres musiciens. Ensuite, il y a des professionnels qui se sont un peu intéressés à nous. On fait de la scène avec Les dessous de la vie depuis 2009, mais depuis 2010, on le fait de manière professionnelle.

Teaser de la sortie de l'album La Libido du living room du groupe Les dessous de la vie.

C’est un groupe de jazz, un peu musette, mais aussi un peu hip-hop. L’accordéon que tuanastasia,beau parleur,les dessous de la vie,interview mandor utilises dans le groupe, tu l’oublies sur ton disque perso.

J’avais la tête dans Les dessous de la vie pendant très longtemps. J’étais vraiment dans le truc accordéon-voix. Quand j’ai terminé mes études, j’avais une plage de temps qui me permettait de développer ce projet guitare-voix que je traîne depuis que j’ai 14 ans. C’est seulement en 2011 que j’ai demandé à Gaël à m’aider à construire mon répertoire en lui parlant de ma vie, en lui racontant mes petites histoires à moi. Et puis, on se fréquente depuis 10 ans, donc il me connait très bien.

Tu ne te sentais pas prête à écrire seule ?

Gaël a une plume que j’aime énormément et qui me correspond parfaitement. Mais ça va venir. Je pense que dans mon deuxième album, il y aura des chansons à moi. Mais, je crois que j’aime bien interpréter.

anastasia,beau parleur,les dessous de la vie,interview mandorTu as contacté Batlik en 2011. Comment la rencontre s’est-elle déroulée ?

Je ne le connaissais pas personnellement. Je ne savais pas comment il était. Juste qu’il avait beaucoup de caractère. Mais, moi, j’ai plein d’amis avec des mauvais caractères et moi aussi, d’ailleurs, je n’ai pas un caractère facile. Finalement, ça s’est passé plutôt normalement.

Tu devais faire combien de titres avec lui ?

J’avais préparé 5, 6 titres. On les a réalisés rapidement et comme on avait encore du temps, il m’a proposé de faire les suivantes. 11 en tout. Je suis rentrée à Strasbourg, quelques jours après, il m’a appelée pour me dire qu’il aimait vraiment bien mes chansons et qu’il était prêt à m’aider plus encore. A l’époque, je voulais sortir un EP, mais je n’avais pas prévu de budget pour. Sans Batlik, j’en aurais sorti que 500 exemplaires et je n’aurais jamais fait tout ce que j’ai fait grâce à lui. On m’a ouvert plus de portes grâce à son nom et à sa bonne réputation. Il ne faut pas se le cacher, Batlik m’a aussi créé de la légitimité.


France ô Folies : ANASTASIA - Mulhouse par franceo

Tu joues beaucoup avec les mots dans tes textes.

J’aime bien les jeux de mots. J’aime bien les oppositions, les extrêmes et la dichotomie. J’aime bien jouer avec cet effet un peu schizophrénique.

C’est quoi tes chansons finalement ?

Ce sont des visions masculines chantées dans la bouche d’une fille. Je suis dans un cycle un peu bizarre où c’est moi qui demande à mon auteur compositeur des histoires de filles. Il les imagine en tant que mec et c’est une bouche de fille qui les rechante. Ce sont des choses personnelles sur l’amour, la confiance, la vie de couple… C’est assez sexy, ce ne sont pas des chansons de petite midinette qui raconte sa vie, en tout cas.

C’est même souvent insolent.

Je m’en fous, je dis ce que je pense et ça me va super bien parce que je suis comme ça dans la vie.

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Après l'interview...

Pour finir, voici la chronique sur le disque d'Anastasia d'une des rares consœurs que j'apprécie dans le métier, Stéphanie Berrebi du magazine FrancoFans. Une vraie passionnée. Comme il y en a peu.

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01 septembre 2013

Fabien Hérisson, Claire Favan et Jacques Saussey : interview pour Santé!

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Près de vingt auteurs ont répondu présents à l’appel de Fabien Hérisson pour l’écriture du recueil 2013 du collectif des auteurs du noir. Cette année, le thème est la santé, la maladie, sous toutes ses formes. L’année dernière, j’avais déjà reçu le directeur de collection pour un premier recueil de nouvelles, Les auteurs du noir face à la différence. Le 12 juillet dernier, Fabien Hérisson est revenu me parler de ce deuxième recueil dont les droits seront versés à La Fondation maladies rares. Il était accompagné de deux auteurs (et pas des moindres) ayant participé à cet ouvrage.

(Notez que j'ai été témoin de la signature du contrat d'édition entre Fabien Hérisson et Sébastien Mousse, le nouvel éditeur. J'aime bien voire naître un tel projet.)

Pour vous procurer le livre, aller là.

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Force en présence :

Fabien Hérisson : Il est né un soir de décembre 73. Il consacre une grande partie de son temps libre à la lecture de polars, à la rédaction de chroniques pour K-libre et à l’administration, sous le pseudo du Proprio, de Livresque du Noir, un site sous forme de tribune, dédié aux auteurs du Noir. Il organise aussi chaque année l’espace polar du Salon du livre de Provins.

Claire Favan : Elle travaille dans la finance, mais elle dévore des livres depuis son plus jeune âge. « Le Silence des Agneaux » de Thomas Harris marque un tournant définitif dans le choix de ses lectures alors qu’elle est âgée d’une quinzaine d’années. Sa passion pour les romans sur les tueurs en série est née. Elle-même écrit depuis une dizaine d’années. En juin 2008, elle se lance le défi de retracer le parcours d’un tueur en série depuis son adolescence. Si elle souhaite remonter aussi loin dans la vie de son personnage, c’est afin de traiter de sujets qui l’interpellent : la construction du mode opératoire, la signature et les motivations profondes de ce genre d’individus.

En octobre 2009, elle prend contact avec les éditions « Les Nouveaux Auteurs » qui lui offrent l’opportunité de réaliser son rêve… Elle a sorti dans cette maison d’édition deux thrillers à glacer le sang, Le tueur intime (Grand Prix VSD du polar 2010) et Le tueur de l’ombre. Un troisième est prévu pour bientôt.

Jacques Saussey : Il a commencé à écrire ses premières nouvelles à 27 ans, en 1988. Deux nouvelles ont été primées dans des concours (« Quelques petites taches de sang » en 2002 aux Noires de Pau, et « Alfred Jarry est mort » en 2007) et une éditée en BD (« Le joyau du Pacifique », en 2007). Il est l’auteur aux éditions « Les Nouveaux Auteurs » de De sinistre mémoire, Quatre racines blanches, Colère noire. Le 5 septembre prochain, sortira son dernier né, Principes mortels.

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De gauche à droite: Jacques Saussey, Claire Favan et Fabien Hérisson.

Note de l’éditeur :

Le collectif des auteurs du noir remet le couvert !

Cette fois-ci le thème imposé est la santé, chaque auteur a donc écrit une nouvelle dont il cède les droits. Retrouvez dans ce recueil : Bérengère de Bodinat, Jean-Luc Bizien, Armelle Carbonel, Luc Doyelle (mandorisés trois fois là), Claire Favan, Maxime Gillio, Fabien Hérisson, Annabelle Léna (mandorisée ici), André Marois, Bernard Minier, Michaël Moslonka, Max Obione, Jean-Marie Palach, Gaëlle Perrin, Stanislas Petrosky, Jacques Saussey.

Capture-d’écran-2010-01-05-à-07.46.56-272x300.jpgPréfacé par Marina Carrère d’Encausse, médecin échographiste, journaliste et présentatrice du magazine de la santé sur France 5.

Les droits d’auteurs seront reversés à la fondation maladies rares qui est née de la volonté des associations de malades et de celle de tous les acteurs, médecins et chercheurs, impliqués dans la recherche et la prise en charge des malades dans le domaine des maladies rares. La fondation maladies rares a pour principaux objectifs de mettre en lien et de fédérer les acteurs de la recherche et du soin dans les maladies rares, et de financer, sur la base d'appels d'offres pluriannuels, les projets de recherche ciblés sur les maladies rares, sans restriction du type de maladie ni de champ disciplinaire (Recherche clinique, physiopathologique, thérapeutique, sciences humaines et sociales).

Teaser du livre.

Interview:

Fabien, c’est toi qui es à l’origine de ce nouveau recueil de nouvelles. Peux-tu nous en parler ?

Fabien : Santé! est la continuité de ce que nous avions fait avec le premier, Les auteurs du noir face à la différence. Nous avons changé d’éditeur. Nous sommes maintenant chez L’atelier Mosesu. Le principe de ce recueil a plu à l’éditeur, Sébastien Mousse, et il a décidé d’en faire un rendez-vous annuel. Nous réitérerons donc régulièrement ce genre de recueil, toujours au format poche et à un prix très accessible (10 euros). Santé !cette année, est vendu au profit de l’Association maladie rare.

Ce recueil se fait sous ta direction, comment sélectionnes-tu les auteurs qui vont y participer ?

Fabien : Rien de plus simple. Je démarche les auteurs dont j’ai lu les ouvrages et que j’apprécie humainement. Certains m’on sollicité directement.

Et comment Jacques Saussey et de Claire Favran sont-ils arrivés dans l’aventure ?

Fabien : Je les ai frappés pour qu’ils acceptent (rire collégial). Non, on se voit régulièrement dans des salons notamment, et on en avait parlé de vive voix.

Claire, quand tu reçois ce genre de proposition, tu réagis comment ?

Claire : C’est vrai qu’au départ, moi, les nouvelles, ce n’est pas un exercice auquel je me livre spontanément. Je suis plutôt du genre à écrire des livres volumineux. Quand Fabien m’a parlé de ce recueil, je me suis immédiatement demandé si j’allais avoir une idée et de préférence, une idée de qualité pour que cette nouvelle soit intéressante et trouve sa place parmi les autres. Les gens, en achetant ce livre savent qu’ils font une bonne action. La contrepartie, c’est qu’ils prennent plaisir à ce qu’ils peuvent lire dans le recueil. C’est une mission pour nous de donner une nouvelle qui soit plus qu’honorable.

Être confrontée, avec des gros guillemets, à d’autres auteurs, est-ce que cela met de la fabien hérisson,claire favan,jacques sussey,santé!,interview,mandor,atelier mosesupression ?

Claire : Un peu oui. On veut faire au moins aussi bien. C’est une réaction naturelle. Je trouve que ma nouvelle sort un peu du cadre par rapport aux autres.

Et toi Jacques, comment tu as été contacté ?

Jacques : Je connais Fabien depuis un moment. On est en contact sur Facebook. J’ai vu passer son projet et ça m’a intéressé tout de suite. Contrairement à Claire, moi, j’ai démarré en écrivant des nouvelles. C’était vraiment mon premier type d’écriture. J’avais déjà écrit cette nouvelle dans mon propre recueil de nouvelles qui en contenait trente. Il y en avait deux qui concernaient la santé. J’en ai choisi une que j’ai retravaillée pour la retranscrire dans mon écriture actuelle.

Fabien, en tant que directeur de collection au sein de L’Atelier Mosesu, quand tu reçois les nouvelles, qu’en fais-tu ?

J’en prends connaissance. S’il y a des choses à revoir, je contacte les auteurs pour leur demander d’apporter des modifications, mais après il y a un travail de relecture et de correction qui est fait par Maxime Gillio. Il se trouve qu’il y a eu généralement très peu de retouches à faire. Ce sont des auteurs expérimentés que nous avons là.

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Claire Favan et Jacques Saussey (par Paul Colize)

Claire, ta nouvelle se situe dans une maison de retraite. Ça change de ton héros récurrent, serial killer ; Will Edwards. Ça fait du bien de sortir de ses habitudes littéraires ?

En effet, c’est bien de sortir de ses histoires habituelles, mais ce n’est pas la première fois. Pour cette nouvelle, je me suis inspiré de ce que je vois quand je vais rendre visite à ma grand-mère dans une maison de retraite. Il ne se passe pas ce que je raconte, mais je trouve ces endroits monstrueux. J’ai exploité les traumatismes que me procure ce genre de lieux. J’ai mis pas mal d’humour noir, sinon, cette histoire aurait été trop glauque. Je ne voulais pas que le lecteur déprime (rire).

Toi, Jacques, tu nous livres une histoire de don de reins.

Jacques : Quand j’ai démarré, j’écrivais essentiellement des nouvelles très noires. Je voulais que l’angoisse se sente tout de suite dans cette histoire. Je voulais qu’au bout de quelques lignes, on se mette dans la peau de cette maman qui a un choix terrible à faire pour sa fille. Pour moi, la nouvelle Noire doit amener le lecteur là où il ne peut pas imaginer aller.

Claire, toi aussi, tu es d’accord. Il faut balader le lecteur?

Claire : Je suis toujours d’accord avec Jacques parce qu’il m’a tout appris sur la nouvelle. On se connait très bien et on a tendance à travailler en binôme. On est le premier lecteur de l’autre. Depuis nos publications respectives chez Les Nouveaux Auteurs, on se suit.

Jacques : On s’envoie nos premières moutures de textes pour avoir la réaction immédiate de l’autre. On essaie d’être le plus objectif possible. On a chacun nos techniques, mais on se les échange parfois. Je la conseille, elle me conseille… c’est un échange constructif.

Claire : Moi, j’ai lu son prochain roman et lui a lu le mien. On s’est dit des choses… on apporte mutuellement un regard sur ce que l’autre écrit.

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Pendant l'interview avec Claire Favan et Fabien Hérisson.

Fabien, toi, tu n’es pas écrivain, enfin tu ne t’assumes pas comme tel en tout cas, mais il y a toujours une nouvelle de toi dans tes recueils.

Fabien : J’aime participer. Ça m’amuse, ça m’exerce et ça me donne une légitimité pour le promouvoir. Cela dit, dans celui de l’année prochaine, je n’en ferai pas partie.

Ah bon ?

Fabien : Oui, parce qu’il sera 100% féminin.

Oui, en effet, c’est une bonne raison. J’ai remarqué que tu n’utilises presque pas les dialogues. Ton écriture est très compacte dans cette histoire de trafic de sang impliquant beaucoup de personnes haut placées.

Fabien : L’histoire s’y prêtait. Je suis plus dans un monologue puisqu’on assiste à un interrogatoire. Je voulais mettre le doigt sur l’état de la santé en France, les difficultés des hôpitaux, leur insalubrité, leur budget qui est de plus en plus restreints. Je voulais montrer qu’à vouloir tailler dans les budgets, on peut arriver à certaines dérives. Des trafics de se genre existent plus ou moins en Afrique.

Je me fais l’avocat du diable. Est-ce que ça sert à quelque chose de sortir ce genre de recueil ? Est-ce que ça rapporte quelque chose ou c’est juste symbolique ?

Fabien : C’est sûr que c’est essentiellement symbolique. Pour le premier recueil, les droits vont tomber ce mois-ci. On va reverser 1400 euros à l’association. Je pense qu’on sera sur la même chose pour celui-ci. 1400 euros, c’est symbolique, mais c’est aussi montrer qu’ensemble, quand on conjugue nos efforts, nos différents talents, on peut arriver à faire des choses.

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Avec Fabien Hérisson.

Toi, Fabien, de toute manière, c’est ta philosophie de vie.

Fabien : On peut toujours se plaindre et râler sur tout, sans jamais prendre d’initiative. Mais aussi, on peut râler et se demander ce que l’on peut faire à son niveau.

Claire et Jacques, c’est important d’avoir quelqu’un comme Fabien qui insuffle ce genre de chose ?

Jacques : Déjà, quand il a fait son site Livresque du noir, on a senti un esprit fédérateur qui rassemblait tous les auteurs du noir. Un espace ouvert où chaque auteur pouvait parler de son livre, il n’y en avait pas deux comme ça.

Claire : C’est marrant parce que j’ai déjeuné avec lui récemment, et je lui ai fait le même genre de déclaration. Je trouve extra tout ce que fait Fabien. Un dévouement pour le milieu du polar. Sa sœur Stéphanie est pareille d’ailleurs. Elle, c’est par le biais de sa librairie. C’est vraiment une famille hyper investie.

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Claire Favan et Fabien Hérisson signent le recueil...

Je trouve que les auteurs du noir sont moins égocentriques que ceux de la blanche. Je le pense sincèrement. Qu’en penses-tu Fabien ?

Il y a une différence, en effet. Il y a toujours des exceptions, mais l’ego est moins démesuré. Les gens sont plus humbles et il y a une certaine convivialité, une certaine fraternité entre auteurs. Quand tu vas dans des salons, tu regardes l’espace polar par rapport au reste, tu as tout compris.

Claire : On se connait tous, on s’apprécie tous… mais j’ai vraiment l’impression que c’est une grande famille.

fabien hérisson,claire favan,jacques sussey,santé!,interview,mandor,atelier mosesuFabien : J’ajoute qu’il y a un vivier de plumes dans la littérature française qui est assez exceptionnel. Je trouve qu’on ne les met pas suffisamment en avant. Je suis content que ma frangine Stéphanie (voir photo à gauche) ait le culot et le courage de mettre ces petits auteurs et ces petits éditeurs en avant dans sa librairie (la Librairie égrevilloise).Si toutes les librairies prenaient des  risques plutôt que de mettre en avant les têtes de gondole, ils verraient leur chiffre d’affaires évoluer différemment. Le lecteur viendrait chercher du conseil et découvrirait des bouquins qui en valent la peine.

Dans ce genre de recueil, il y a des auteurs qu’on connait moins, c’est aussi une façon de les faire connaître.

Fabien : C’était l’objectif premier de ces recueils. Mélanger des auteurs peu connus avec des auteurs confirmés.

Les auteurs très confirmés sont-ils faciles à convaincre ?

Je crois qu’ils aiment la démarche. J’ai rarement rencontré de refus. Ceux qui ont refusé ont eu toujours de bonnes raisons.

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Claire et Jacques, vous, on commence à beaucoup entendre parler de vous sur la planète polar.

Claire : On a l’impression, mais c’est parce que l’on se voit à travers Facebook, alors que ce réseau social déforme tout. Il faut rester suffisamment réaliste, savoir ouvrir les yeux sur notre place hors Facebook. Il y a une nuance. Avec la sortie de mon troisième roman, c’est là que je me rendrai compte et que j’ouvrirai les yeux (rire).

Jacques : On se rend compte que l’on a un public et qu’il augmente un petit peu de livre en livre, mais c’est tout. La seule évolution qui me saute aux yeux, c’est quand je relis mes premiers romans… c’est mon écriture qui évolue.

Claire : On apprend des choses des retours que nous font les lecteurs.

Jacques : Il faut être ouvert aux critiques et accepter celles qui sont judicieuses.

Fabien, parlons de la préface. Elle est signée Marina Carrère d’Encausse.

C’est une chance qu’elle ait acceptée de la rédiger. En plus, elle ne s’est pas contentée d’écrire une préface bateau. Elle a évoqué le rapport entre la médecine et le polar dans un très beau texte. De plus, elle avait une parfaite légitimité parce qu’on était sur la thématique de la santé, parce que c’est une fan de polar et de littérature policière, parce qu’elle est journaliste. Elle avait toutes les qualités requises pour être la préfacière. Je n’avais pas d’autres vues qu’elle pour l’écrire.

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30 août 2013

Sophie Adriansen : interview pour Quand nous serons frère et soeur

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Sophie Adriansen m’a fait parvenir son premier roman, Quand nous serons frère et soeur, avec ce petit mot : Le point de départ de ce roman est le Salon de Coulommiers 2011, où j’étais entre Laurent Richioud (cf. page 217) et toi… (voir la mandorisation sur ce salon avec les photos qui confirment les dires de Sophie (et aussi de superbes clichés de la marraine de ce salon, la comédienne Mélanie Laurent. Je dis ça, c'est juste pour inciter les lecteurs à cliquer sur le lien. Mélanie Laurent, c'est mon produit d'appel pour cette chronique. Hé ho! Je sais comment ça marche. Une star et la foule en délire se presse... Je ne suis pas né de la dernière pluie. Je sais comment fonctionne le monde. Hum... ça va sinon, vous?).

Bref, je me reporte à la page217, donc, et lis :

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J’ai donc involontairement assisté à la naissance de l’idée de ce roman. J’en suis fort flatté parce qu’en lisant Quand nous serons frère et sœur, j’ai été impressionné par la qualité de ce roman. Son tout premier, que je trouve merveilleusement bien écrit, optimiste, tendre et très émouvant. Un conte moderne sur l’importance de tisser des liens. Mais pas que.

Sophie Adriansen est passée me voir le 11 juillet dernier…

sophie adriansen,quand nous serons frère et soeur,interview,mandorNote de l’éditeur :

«II n'était tout simplement pas comme elle.
Il ne serait jamais son frère, c'était aussi simple que cela.
On ne pouvait se décréter frère et sœur par volonté commune ou désir profond, ni même décision unilatérale, et encore moins parce qu'on avait reçu un bout de papier l'affirmant.»

Louisa, la trentaine dynamique et urbaine, n'a jamais connu son père. Par une chaude journée d'avril, elle apprend la mort de celui-ci et découvre dans la foulée qu'il lui a laissé un conséquent héritage. Mais cet argent inespéré est soumis à une condition : elle doit cohabiter un mois avec un frère dont elle ignorait jusqu'à l'existence. Ne se doutant pas qu'elle prend un aller simple pour le début du reste de sa vie, Louisa fait sa valise et débarque à Lougeac, village du centre de la France où elle n'est pas la bienvenue et où les rumeurs vont bon train.
Quand nous serons frère et sœur est une ode à l'échange et à la simplicité qui met en scène l'étonnante rencontre d'une jeune femme enlisée dans son passé, que le mystère de ses origines a rendue méfiante, avec un homme concentré sur le présent, dans un récit servi par une écriture lumineuse.

sophie adriansen,quand nous serons frère et soeur,interview,mandorL’auteure :

Sophie Adriansen (que je suis depuis le début, car je n'ai aucun doute sur l'immense carrière littéraire qui l'attend... ce n'est pas pour rien que je l'accueille ici régulièrement) est l'auteure de plusieurs ouvrages en littérature générale, Je vous emmène au bout de la ligne aux Éditions Max Milo (mandorisé là), Trois années avec la SLA aux Éditions de l'Officine (mandorisé aussi là), Un meeting aux Editions StoryLab et en littérature jeunesse Ca fait longtemps que j'ai passé l'âge d'aller en colo aux Editions Volpilière. Elle a aussi écrit une biographie sur Louis de Funès, Regardez-moi vous là, vous ! aux éditions Premium (mandorisé également ici). Ses nouvelles ont été publiées en recueil et dans différentes revues.
Chroniqueuse et jurée littéraire, elle est membre de la Société des Gens de Lettres.
Quand nous serons frère et sœur est son premier roman.

Interview :

Ton livre est un roman sur la filiation, autant que sur la différence culturelle et environnementale.

C’est la confrontation de deux univers. Que se passe-t-il quand deux personnes aux univers très différents sont amenées à cohabiter pour une durée déterminée ? Je voulais que la découverte soit des deux côtés. Luisa est une working girl, son frère Matthias est un peu rustre, sauvage. Il la juge quand, par exemple, elle cherche du réseau, quand elle s’habille pour descendre au village alors que tout le monde s’en fout. Elle aussi le juge. Elle se sent même humiliée par le fait que Matthias ne fasse pas d’effort vestimentaire pour elle, humiliée aussi parce qu’il lui met un pot de chambre dans sa mansarde…

Ils réagissent positivement, en même temps. Il y a une même progression dans les efforts.

Elle va comprendre qu’il y a des choses que l’on peut vivre, qui sont plus importantes que ce qui arrive par l’argent ou par le progrès. Elle va perdre un peu son caractère matérialiste et lui, à l’inverse, va apprendre qu’il y a tout un tas de choses qui peut devenir des marques d’attention pouvant prendre de l’importance quand on est face à l’autre avec un grand A. La relation humaine, c’est un muscle finalement. Ce sont deux handicapés de la famille. Louisa et Matthias vont faire des efforts, alors qu’aucun d’eux n’était habitué à ça.

Qu’est-ce qui fait que Matthias finit par s’intéresser à cette sœur qui ne lui ressemblesophie adriansen,quand nous serons frère et soeur,interview,mandor pas ?

Il se rend compte qu’il s’est empêché de vivre. Il lui a même fait une dédicace dans un livre qu’il a écrit : « les ombres sont parfois pires que les tombes ». Il est vraiment entouré de fantômes. Son père qui est mort, sa mère qui est comme morte… soudain, il se rend compte qu’il a encore quelqu’un pour qui il peut exister. Il se rend compte aussi qu’il est la seule personne du cercle familial, au sens large, qui existe encore pour Louisa. Ça va le sensibiliser, le toucher. C’était la volonté du père, il prend conscience de la préciosité de ce lien-là.

Il y a un côté miroir chez le frère et la sœur.

Quand tu es seul, tu n’es pas capable de déceler tes faiblesses ou tes défauts, mais elles deviennent flagrantes quand tu les vois chez l’autre. C’est l’un qui révèle l’autre et qui permet à l’autre de s’ouvrir, même sur le plan amoureux. Ce n’était pas du tout prévu. Ils ne sont pas là pour ça. Ils sont là pour se connaître eux, simplement…

Leur père était-il quelqu’un de bien, finalement ?

Je ne peux pas te donner une réponse aussi tranchée. En tout cas, avec les années, il a pris la mesure de sa lâcheté, il a donc voulu réparer les dommages causés. Il n’a pas été capable d’aller jusqu’au bout, c'est-à-dire de les rencontrer de son vivant. Il a eu très peur de leur jugement. Il a raison parce que les enfants avaient chacun un bon paquet de griefs à son encontre.

Tu évoques aussi le racisme ordinaire dans ton livre…

J’ai beaucoup d’affinités, au moins intellectuelles, avec l’Afrique, mais surtout, je trouvais que dans la confrontation de deux univers, c’était intéressant que ce soit elle qui ne puisse s’imaginer que son frère soit autrement que noir. En fait il est blanc. Elle est noire, lui est blanc.

Mais dans le village, ce racisme est discret…

Du coup, on ne sait pas si c’est vraiment un racisme latent ou juste la méfiance que l’on peut avoir dans un petit village quand un étranger débarque… quelle que soit sa couleur de peau. L’étranger éveille toujours la curiosité, la méfiance et les regards insidieux. C’est peut-être la parano de Louisa qui fait que les regards de méfiance des gens deviennent des regards racistes. Je ne veux pas que l’on sache vraiment.

Louisa dit qu’elle est noire de peau et blanche dans la tête.

Elle n’a jamais mis les pieds en Afrique. Sa mère a volontairement coupé tous les liens culturels avec l’Afrique. Elle  méprise même les femmes noires qui portent des boubous dans le métro. Sa mère se veut complètement française. Elle a élevé sa fille avec ces valeurs-là, ce qui fait que Louisa est coupée des deux côtés. Elle sent que sa couleur de peau l’empêche d’être complètement intégrée au pays qui est le seul qu’elle connaisse.

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Qu’est-ce qui t’intéressait le plus en écrivant ce livre ?

C’était de savoir si les liens familiaux pouvaient s’apprendre. Je voulais réfléchir sur le rapport du temps passé ensemble par rapport à cet état de fait qu’est la fraternité. C’était ça mon thème central, les autres sont venus se greffer autour. Le thème de l’argent par exemple.

Toi, Sophie Adriansen, sais-tu où est ta place ?

Mon changement radical, je l’ai fait il y a quelques années. J’ai quitté le monde de la banque où j’avais un bel avenir pour une situation précaire dans la littérature. Aujourd’hui, je me sens à ma place. C’est pour ça que j’ai déjà écrit plusieurs histoires de gens qui sont persuadés d’être à leur bonne place et qui un jour ont eu une révélation.

Tu prépares une adaptation cinématographique de ce roman grâce à la FEMIS.

Je prépare cela pendant toute l’année 2013. Au départ, quand j’ai présenté le projet pour lequel j’ai été retenue, je parlais d’une adaptation télévisuelle parce que j’avais l’idée de faire un joli téléfilm à partir de ça. Plus ça va, plus je travaille, plus je me dis que ça pourrait devenir un film de cinéma. Sachant qu’écrire un film à partir d’un livre, c’est garder les murs de la maison, mais tout péter autour, tout péter à l’intérieur et faire des extensions… en fait, tout changer.

Où en es-tu de ce projet exactement ?

J’écris le scénario dans les meilleures conditions possible parce que la FEMIS, c’est la meilleure école pour ça. Je suis avec des pros qui m’aident à tirer le meilleur de mon point de départ, ce livre, pour lequel ils m’ont retenue. Ils ont vu le potentiel d’adaptation du livre et mon envie d’aller jusqu’au bout.

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