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09 novembre 2015

Morgane Imbeaud : interview pour Les songes de Léo

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morgane imbeaud,les songes de léo,interview,cocoon,mandorNous connaissons tous, Morgane Imbeaud comme la chanteuse du duo clermontois Cocoon, mais cette artiste n’est pas femme d’un seul projet. Cela fait des années qu’elle pense à son projet musical pour enfants Les songes de Léo. Elle a écrit ce texte et composé les musiques qui accompagnent le parcours initiatique de Léo. Puis se sont ajoutés les dessins de l’illustrateur Christophe Chabouté, et quelques chansons écrites spécialement par Jean-Louis Murat. Les songes de Léo ont ainsi pris forme en dix chapitres.   

Le 6 novembre 2015, jour de la sortie de l’album, je suis allé à la rencontre de cette chanteuse épanouie dans une chapellerie. Pourquoi dans un tel endroit ? Parce que l’attachée de presse cherchait un endroit tranquille… et il se trouve que sa maman tenait ce magasin de chapeaux. Bonne idée !

Biographie officielle :

Morgane Imbeaud commence ses études musicales à l’âge de 7 ans avec le violon mais son attirance se morgane imbeaud,les songes de léo,interview,cocoon,mandortourne très vite vers le piano.

Son aventure musicale commence lorsqu’elle rencontre Mark Daumail en 2005 pour former Cocoon. Le premier concert a lieu le 2/11/2005. Suit une longue liste de dates en France et à l’étranger, en passant par la Suisse, l’Allemagne, l’Angleterre, l’Australie, les Etats-Unis, la Chine, les plus grands festivals (Printemps de Bourges, les Vieilles Charrues, les Francofolies, Solidays, les Eurockéennes…) et les plus célèbres scènes parisiennes comme l’Olympia, le Casino de Paris, la Maroquinerie, entre autres, les accueillent.

Leurs deux albums, My friends all died in a plane crash, sorti en 2007 et Where the oceans end, sorti en 2010, sont disques d’or et de platine.
Parallèlement à Cocoon, Morgane collabore avec d’autres artistes : en 2007, elle participe à l’enregistrement du prestigieux album Charles et Léo aux cotés de Jean-Louis Murat et de Denis Clavaizolle. En 2008, elle chante aux cotés de Julien Doré sur son premier album Erzats. La même année, elle apparait sur la chanson « J’irai au Paradis » de Daniel Darc, sur l’album Amours Suprèmes.

En août 2011, après leur tournée d’été, les deux membres de Cocoon décident de faire une pause afin de se consacrer à leurs projets parallèles respectifs.

morgane imbeaud,les songes de léo,interview,cocoon,mandorEn 2012, Morgane se lance dans un nouveau projet avec de nouveaux musiciens et crée Peaks. Un EP Love sort le 11 février 2012. Depuis 2014, elle forme le projet Un Orage avec Xavier Caux, qu’elle a rencontré sur les routes. Un EP est à venir très bientôt.

Parallèlement, elle sort son projet solo, un conte musical qu’elle a écrit et mis en musique : Les songes de Léo.

Les Songes de Léo (argumentaire officiel):

Elle en rêvait. Un disque, un livre, un spectacle, autour du même projet. Depuis toujours, Morgane Imbeaud croit en l’émotion unique provoquée par l’association de la musique et des images, un état sans frontière où toute création serait possible. Seule au piano, elle goûte à sa grande expérience de la scène et de l’écriture pop pour donner la vie à Léo, personnage mi-humain mi- félin qui habitera son grand projet.
Bande-originale d’un film imaginaire, conte moderne entre grands classiques et musique contemporaine, où la petite fille renaît entre chaque ligne, Léo est la toute première création de Morgane.

Spectacle longuement écrit et soigneusement interprété, porté depuis des années par une artiste à la sensibilité sans pareille, Léo s’aventure aux confins du conceptuel, et s’adresse à chacun d’entre nous, l’enfant fasciné par la noirceur des sous-bois, comme l’adulte enfermé dans ses certitudes.

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(Photo Alexis Magand)

morgane imbeaud,les songes de léo,interview,cocoon,mandorInterview :

Tu dis que Les songes de Léo est le disque de ta vie. Pourquoi ?

Parce qu’il est l’aboutissement de tout ce que j’ai appris depuis que je fais de la musique et parce que je porte cette histoire depuis des années. Quand j’ai intégré Cocoon, je sortais du lycée et c’est à ce moment que j’ai appris réellement à faire de la musique. Ce projet est revenu dans ma tête il y a deux ans, quand je me suis remise à faire des thèmes de piano. J’aime beaucoup le partage et l’échange, c’est pour ça que je travaille beaucoup avec d’autres personnes, mais j’ai aussi élaboré ce projet pour montrer que j’étais capable de faire des choses toute seule. J’ai écrit un conte, mais avec des chansons qui ne sont pas narratives.

Quand tu as attaqué ce projet, a-t-il fallu que tu te désintoxiques  de la pop cocoonesque ?

Non, ça m’a même nourri. On se sert de toutes les expériences acquises et on crée.

Les songes de Léo - Morgane Imbeaud. Teaser.

L’histoire de Léo n’est pas très gaie. En dix chapitres brefs écrits à la première personne, tu racontesmorgane imbeaud,les songes de léo,interview,cocoon,mandor la folie, l’enfermement, la normalité, l’acceptation de soi.  

Ce sont des sentiments profondément contemporains vus par les yeux d’un personnage unique et singulier, confronté à la peur primale des rites initiatiques. De par les dessins et de par le fait que l’on emploie le mot « conte », on pense que c’est pour les enfants. Mais alors, pas du tout. C’est un conte qui s’adresse au public de 10 à 77 ans. Je n’ai pas d’enfant, mais je crois pouvoir dire que cette histoire est un peu dure pour les plus jeunes. J’avais envie de parler à l’enfant enfermé dans chaque adulte. Les adultes ont toutes les peurs et les sentiments que tu évoques dans ta question.

Toi aussi, tu les as ?

Jeune, j’ai toujours été très angoissée, très stressée. Aujourd’hui, je suis « guérie ». Je me connais par cœur, de corps en tout cas. Je me sens un peu plus armée que beaucoup de personnes de mon entourage. L’histoire que j’interprète, c’est un peu pour banaliser toutes ses peurs. Je veux faire comprendre que ce sont juste des sentiments normaux, même si je n’aime pas ce mot. Si quelqu’un n’a pas rencontré ces états-là, un jour, ça arrivera.

05 novembre 2015, Froggy's Session de Morgane Imbeaud, pour "Amour suis-moi".

Tu vas mieux depuis l’écriture de ce conte ?

(Rires) Ca va beaucoup mieux. Mais j’avais fait une vraie psychothérapie il y a longtemps et je n’avais plus envie d’en parler. Je me suis très vite dit « vivons et oublions tout ça ! ». Si j’ai voulu y revenir, c’est parce que c’est très présent autour de nous. Nous sommes dans un monde vraiment anxiogène. Quand on est angoissé, on se fait une montagne de tout et on se concentre sur son nombril. Je veux dire que ce n’est pas grave de traverser ces moments de doutes et d’angoisses, cela finit par passer.

Tu t’es entourée de Christophe Chabouté, un célèbre auteur de roman graphique, pour les illustrations et la création des personnages. Il ne participe jamais au projet des autres.

Quand j’ai lu qu’il ne travaillait avec personne, je me suis dit que j’étais en train de me tirer une balle dans le pied. Je l’ai contacté grâce à Facebook et il a accepté. Je suis super contente parce que le résultat est extraordinaire.

morgane imbeaud,les songes de léo,interview,cocoon,mandorJean-Louis Murat  a écrit quelques textes de chansons. C’est loin d’être votre première collaboration.

Même si on se connait, il fallait que le projet lui plaise. Il me connait tellement bien qu’il a réussi à me toucher avec ses mots, là où je ne pensais pas que cela soit possible.

Il y a des textes en anglais. C’est un peu désarçonnant.

J’ai arrêté de me bloquer là-dessus. Merci à Christine & The Queens  et Emilie Simon qui n’ont jamais hésité à chanter dans les deux langues. Il y a des chansons que j’ai pensées en anglais. Ce que j’ai envie de dire de primordiale, je ne peux le faire qu’en anglais.

Vous en êtes où avec Cocoon ?

Le nouvel album, Welcome Home sort le 27 mai prochain, mais comme je suis sur tous mes projets, Peaks, Un Orage et Les Songes de Léo, je n’y participe pas.

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Pendant l'interview.

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Après l'interview, le 6 novembre 2015. 

L'EPK du projet Les songes de Léo.

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01 novembre 2015

Ingrid Desjours : interview pour Les fauves

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ingrid desjours,les fauves,la bête noire,interview,mandor« Depuis 1954 et la toute première enquête de Nestor Burma dans Les Nouveaux Mystères de Paris de Léo Malet, les éditions Robert Laffont proposent au plus grand nombre polars et thrillers, français et étrangers. C’est avec cet héritage chevillé au corps que nous lançons en octobre la collection « La Bête noire ».
Des intrigues fortes et originales, une littérature populaire de qualité destinée tant aux inconditionnels qu’à la nouvelle génération, une maison et des auteurs en relation directe avec leurs lecteurs. La Bête noire traquera ces derniers sur tous les territoires du polar : enquêtes âpres, thrillers abrasifs, suspenses éreintants, true-crimes glaçants, la bête grondera d’un constant désir d’adrénaline. Rassurez-vous, elle sera certes vorace, mais nous ne la nourrirons que d’une dizaine de titres par an, moitié français, moitié étrangers. La qualité la rassasiera plus que la quantité.La Bête noire est née, à vous de l’apprivoiser ! »

Voilà la présentation officielle de cette nouvelle collection dirigé par Glenn Tavennec. C’est le roman d’Ingrid Desjours (mandorisées , , (sous le nom de Myra Eljundir) et encore ), Les Fauves, qui lance cette collection.

Ingrid Desjours fait partie de ces auteurs de romans noirs dont je guette les sorties depuis le premier roman tant je suis admiratif de son talent. Les Fauves est un livre qui se dévore (je sais, c’est facile, mais tellement vrai). Un page turner qui fait froid dans le dos et qu’il est impossible de lâcher. La noirceur humaine, comme si vous y étiez. Le meilleur polar d’Ingrid Desjours. Sociétal et obscur comme jamais. Impressionnant!

Le 14 octobre dernier, nous avons déjeuné ensemble dans une brasserie de la capitale (micro ouvert).

4e de couverture :ingrid desjours,les fauves,la bête noire,interview,mandor

Votre pire prédateur : Celui qui vous aura apprivoisé.
« Torturez-la ! Violez-la ! Tuez-la ! » À la tête d'une ONG luttant contre le recrutement de jeunes par l'État islamique, l'ambitieuse Haiko est devenue la cible d'une terrible fatwa.
Lorsqu'elle engage Lars comme garde du corps, le militaire tout juste revenu d'Afghanistan a un mauvais pressentiment. Sa cliente lui a-t-elle dit l'entière vérité sur ses activités ? Serait-ce la mission de trop pour cet ancien otage des talibans ?
Dans cet univers où règnent paranoïa et faux-semblants, Haiko et Lars se fascinent et se défient tels deux fauves prêts à se sauter à la gorge, sans jamais baisser leur garde.

« L'ex-profileuse est passée maitre dans la manipulation de sa proie : le cerveau du lecteur » Julie Malaure, Le Point.
« La faculté stupéfiante d'Ingrid Desjours à dépeindre les émotions humaines fait mouche à chaque fois » Marie Rogatien, Le Figaro Magazine.

ingrid desjours,les fauves,la bête noire,interview,mandorL’auteur :

Ingrid Desjours est psychocriminologue. Après avoir exercé de nombreuses années auprès de criminels sexuels en Belgique, elle décide en 2007 de se retirer en Irlande pour écrire son premier thriller. Depuis, elle se consacre entièrement à l'écriture de romans et de scénarios pour des séries télévisées. Les nombreux psychopathes qu'elle a profilés et expertisés l'inspirent aujourd'hui encore. Outre ses tableaux cliniques pertinents, l'auteur excelle dans l'art de lever le voile sur la psychologie humaine et de faire ressentir au lecteur ce que vivent ses personnages, pour le meilleur et surtout pour le pire.

Ses quatre premiers romans, Écho (2009), Potens (2010), Sa vie dans les yeux d'une poupée (2013) et Tout pour plaire (2014) ont été plébiscités tant par le public que par les libraires. Consécration : Tout pour plaire est en cours de développement pour une série TV par Arte. Elle a également animé l'écriture de Connexions, un polar interactif édité en partenariat avec l'émission « Au Field de la nuit » (TF1). Son dernier-né, Les Fauves, ouvre la nouvelle collection de polars et thrillers des éditions Robert Laffont : « La Bête noire. »

Ingrid Desjours publie également chez le même éditeur des sagas fantastiques chez Robert Laffont sous le pseudonyme de Myra Eljundir : la trilogie Kaleb ainsi que Après nous, dont le premier tome paraîtra en mai 2016.

ingrid desjours,les fauves,la bête noire,interview,mandorInterview :

Ton 9e roman est particulier par rapport aux autres. Il est noir, certes, mais tu te diriges très nettement vers  la critique sociale et politique, dans la grande tradition du néo-polar français des années 70 et 80. Et tu pulvérises la frontière entre littérature de genre et littérature tout court.

Depuis Echo qui est sorti en 2009, j’ai écrit huit autres livres. J’ai changé, j’ai vieilli. On dit souvent qu’un livre, c’est comme un bébé. Je suis d’accord avec cette affirmation, c’est quelque chose d’organique. Ce que je crée est fonction de ce que je suis. Je n’applique pas une recette que j’utiliserais à chaque roman. Le livre dépend de moi, de mon état d’esprit, de l’évolution de mes réflexions, bonnes ou mauvaises. Il est le miroir de ce que je suis. Je ne vois pas mon écriture se figer, se scléroser dans un genre. J’ai envie de partager mes émotions et mes pensées, j’ai donc besoin de plus d’espace de parole.

L’action se situe en France peu après l’attentat contre les membres de Charlie Hebdo, le 7 ingrid desjours,les fauves,la bête noire,interview,mandorjanvier 2015.

Ça a été une espèce de déclic. Même avant ces évènements-là, j’étais déjà catastrophée par la montée des intégrismes et par l’apathie et l’inertie de nos dirigeants par rapport à ce problème. Quand est arrivé l’attentat de Charlie Hebdo, j’ai été très affectée et il a eu un impact très fort sur moi. Moi qui dénigre certains médias qui jouent beaucoup sur l’émotion au détriment de la véritable information, j’ai fait comme tout le monde. J’ai allumé mon poste sur une chaine d’info en continu et je n’ai pas pu lâcher l’écran de la journée, j’étais complètement hypnotisée. J’avais besoin de ce truc-là qui était horrible. Un vrai lavage de cerveau ! Avec ce livre, j’ai voulu témoigner et crier ce qui me révolte. La montée des intégrismes, la montée des haines et les épouvantails qu’agitent les politiques. Ce qu’il se passe en Europe et dans le monde me fout véritablement en l’air. Avant j’avais plus de réticences et de craintes à dévoiler ce que je pensais, peut-être par peur d’être jugée ou d’être à côté de la plaque. Mais à partir du moment où tu n’assènes pas les choses comme des vérités absolues et que tu gardes un peu d’humilité, au contraire, il faut parler, échanger.

Savais-tu, le 7 janvier, que tu allais en parler dans un livre ?

Non, ça m’est venu quelques mois après. Le livre a été écrit assez rapidement du coup. Un jour, c’est devenu une évidence, un besoin intense d’en parler.

Ton héroïne s’appelle Haiko, une jeune femingrid desjours,les fauves,la bête noire,interview,mandorme, fille d'une célèbre journaliste dont le combat est d'empêcher les jeunes français de se faire laver le cerveau et de partir en Syrie faire le Djihad. Pour cela, elle a monté une association, N.e.r.F (Nos enfants resteront en France), qui a pour but de sensibiliser, agir auprès des jeunes qui commencent à se radicaliser et dans le pire des cas, contrecarrer le départ en Syrie, à la demande des parents.

Haiko est une jeune femme qui se cherche. Elle porte une culpabilité terrible et recherche la légitimité à sa vie et à son existence. Elle essaie de racheter deux fautes qu’elle estime avoir commise, cela en fait une espèce de passionaria qui pourfend les injustices et qui est de toutes les grandes causes. Elle a aussi besoin de se rassurer, alors elle utilise beaucoup les réseaux sociaux et les médias. Elle est très accro à la notoriété et à l’image d’elle qu’on lui renvoie. Comme si elle cherchait la confirmation qu’elle existe dans ce monde.

Elle est trouble.

Oui, d’un côté, elle fait des choses très positives, parce qu’elle défend des gamins et d’un autre côté, on sent bien qu’il n’y a pas que ça. 

Tant et si bien que l’on se demande si c’est une sainte ou une diablesse.

J’aime bien pointer du doigt nos filtres, nos préjugés et nos interprétations. On confond souvent analyse et interprétation. Moi, je fais en sorte que les lecteurs interprètent. Je ne mens pas dans mes livres, c’est le lecteur qui se trompe lui-même. Les apparences sont souvent très trompeuses. Il faut arrêter de tout prendre pour argent comptant.

Et les réseaux sociaux n’arrangent rien.

Cela crée des embrasements spontanés complètement démentiels. Une chasse aux sorcières en chasse une autre. Les gens prennent ce qu’on leur dit sans vérifier. Ils s’emballent, jugent, s’enthousiasment, dénigrent…C’est toujours de la surréaction et de la mauvaise émotion. Je parle aussi de cela dans Les fauves.

Ton héros masculin s’appelle Lars, un ancien militaire revenu d'Afghanistan qui a de ingrid desjours,les fauves,la bête noire,interview,mandorlourdes séquelles psychologiques. Il a été pris en otage par des Talibans et il est en ressorti traumatisé. Depuis son retour en France, Lars est addict à l'alcool et aux amphétamines, il a suivi une formation pour devenir agent de sécurité rapprochée. Il doit surveiller Haiko.

Il est aussi la quintessence de la virilité ! Il a une force brute et beaucoup de charisme. Haiko et lui, c’est le chêne et le roseau. L’homme que l’on croit un roc a une fêlure énorme. C’est un homme extrêmement fragile, un colosse aux pieds d’argile.

Il est attachant.

Oui, parce qu’il est entier, sincère et vrai. Il doute beaucoup et se débat avec ce qu’il a. Parfois, c’est la drogue, parfois c’est Dieu, parfois ce sont ses convictions. Il sait à quel point il est atteint, entamé et il essaie de préserver le peu qui lui reste. Il s’accroche à sa dernière petite part d’humanité. C’est un pur.

Une association qui essaie d’empêcher les enfants de partir en Syrie, ça existe ?

Il y a des gens qui sont spécialisés dans la déradicalisation et qui doivent faire un travail de détricotage énorme auprès de ces jeunes. Une association qui enlève les enfants, ça n’existe pas, en tout cas, pas à ma connaissance. C’est, a priori, le fruit de mon imagination.

Tu t’appuies sur des faits véridiques et pimentes le récit en ajoutant des articles et des témoignages sortis dans la presse ou disponibles sur internet. Tu as beaucoup enquêté ?

Je voulais avoir une vision la plus exhaustive possible. Je ne suis ni experte en géopolitique, ni en théologie, ni en profil de djihadiste, alors j’ai beaucoup cherché sur internet. J’ai été en contact avec un recruteur, j’ai lu des témoignages de familles d’ado qui sont partis et qui ont pu revenir, je me suis retrouvée sur le darknet et j’ai vu des discours et la propagande des Djihadistes… avec tout ça, j’ai essayé d’être plus dans l’analyse que dans l’interprétation. Je n’étais pas en très bonne compagnie ces derniers mois, je suis contente de revenir à la vie.

Tu ne t’es pas demandé si ce livre pouvait être dangereux pour toi ?

Je me suis dit que ce livre pourrait être mal interprété. On comprend ce que l’on est capable de comprendre. Il faut raison garder, c’est juste un roman et un témoignage parmi d’autres. Si on commence à ne plus rien dire parce qu’on a peur, on est déjà dans une dictature alors. M’autocensurer serait malhonnête.

ingrid desjours,les fauves,la bête noire,interview,mandorQu’est-ce qui a été le plus difficile pour écrire ce roman ?

Sans conteste de donner la parole à tout le monde avec les vrais et bons arguments de chaque partie concernée. L’idée n’était pas de faire un procès à charge, mais d’essayer de comprendre les motivations des gens qui pouvaient être attirés par le djihad. On critique leur modèle social et leurs aspirations, mais posons-nous les bonnes questions : comment a-t-on pu générer cette envie-là chez la jeunesse ? Et nous, quel modèle de société propose-t-on ? On est déjà dans la chute de l’Empire romain là, une chute et une fin de civilisation qui n’est pas très reluisante. On propose aux jeunes un monde matérialiste, un monde sans croyance, sans valeur, un monde où personne n’a sa place. L’être humain a fondamentalement besoin de beauté, besoin de croire, besoin d’une forme de spiritualité et nous avons complètement négligé cette transmission-là. Finalement, comment ne pas être attiré par un mode de pensée morbide. Beaucoup d’islamistes vénèrent la mort. La mort est l’aboutissement final. On n’a pas assez ancrés les jeunes dans la vie, ils en viennent à souhaiter la mort. C’est quand même terrible.

Est-ce que la préparation et l’écriture de ce roman t’ont épuisé ?

L’écriture a plutôt été libératrice. Ce sont mes recherches qui ont eu des conséquences sur mon moral. Je ne suis déjà pas une grande optimiste et je n’ai pas une foi en l’humanité énorme, mais quand j’ai lu ce que j’ai lu et vu ce que j’ai vu, ça ne s’est pas arrangé. L’humain me désespère et m’horrifie. Au nom de la folie d’une poignée d’hommes, on tue, on torture, on massacre. Je ne sais pas où va ce monde…

Self défense avec Ingrid Desjours. Comment vous défendre quand un agresseur vous menace avec un couteau ?

Dernière réflexion sur Les fauves, plus anecdotique celle-ci. J’aime beaucoup le personnage qui enquête. Un certain capitaine François Alquier.

Ça m’a beaucoup amusé de te piquer ton nom et même de mettre un peu de toi dans mon personnage. Je me suis marrée à en faire un technophobe, un mec qui prend ses notes sur un petit calepin, qui n’est pas du tout branché réseaux sociaux, ordinateur… J’hurlais de rire en écrivant derrière mon ordi de te décrire ainsi. J’en ai fait aussi un amateur de photos. Le capitaine François Alquier mène tous ses interrogatoires avec des photos. Plus sérieusement, ce n’est pas rien, parce que le nom que je choisis pour un personnage va avoir une incidence sur sa personnalité.

Changeons de sujet, parlons de la déclinaison de ton roman Tout pour plaire en feuilleton ingrid desjours,les fauves,la bête noire,interview,mandorpour Arte.

Je viens de signer un contrat avec Arte série qui m’a demandé de développer mon roman en une mini-série de trois épisodes de 52 minutes. Je suis coscénariste avec Florent Meyer. Ensemble nous remanions le texte original, c’est donc une libre adaptation. Nous nous réservons même le droit d’une fin différente. Le producteur Stéphane Strano, de Delante TV, croit en moi et me soutient depuis le début. Je suis très heureuse que l’on me fasse confiance à ce point. J’ai juste peur de ne pas être à la hauteur, mais il paraît que c’est normal. 

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Le 14 octobre 2015, après l'entretien.

Pour finir, voilà ce qu'en pense l'excellent David Medioni pour Les déblogueurs TV.

27 octobre 2015

Arman Méliès : interview pour Vertigone

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(Photo : Frank Loriou)

arman méliès,vertigone,interview,mandor« D’Arman Méliès, on connaissait le folk astral des premiers disques, les miniatures cinématographiques, la poésie surréaliste, et les relectures post-punk du dernier album en date, AM IV. A l’évidence, il faudra désormais compter avec lui sur le terrain de l’indie-rock épique et impétueux, avec ce nouvel album sanguin, lyrique et ombrageux, Vertigone » explique le dossier de presse.

Personnellement, je tiens Vertigone pour un chef d’œuvre, au sens non galvaudé du texte. « Il dévoile un univers sanguin qui fait la part belle à un lyrisme libérateur ». J’avais déjà rencontré Arman Méliès pour le précédent, AM IV, que je pensais inégalable tant il m’avait ébloui. Mais ce génie s’est surpassé, musicalement, textuellement et même vocalement. Oui, Arman Méliès est aussi un puissant chanteur de rock, ce qu’il nous avait caché pendant des années. On ne peut que s’incliner devant un disque si vertigineux. Hop ! Levons-nous tous et applaudissons à tout rompre ce magicien/maestro. Je peux vous parier que cet album majeur (au minimum l'album français de l'année), deviendra un jour un album culte.

Biographie officielle (largement écourtée) :arman méliès,vertigone,interview,mandor

En cinq albums, Arman Méliès s’est construit un patronyme solide dans le monde de la création française. Un nom de musicien, un compositeur réputé voyageur, pour lui ou d’autres (Bashung, Thiéfaine…), capable de glisser d’une pop oblique jusqu’aux contrées électroniques. Un curieux, défricheur, cascadeur même. Sa dernière expérience AM IV  était synthétique… et le revoilà, avec Vertigone, amoureux des racines, interprète, taillant dans les guitares ce qu’il avait sondé auparavant dans les claviers. L’homme n’a pas changé, il est fils d’exigence mais il « avait des envies de chanteur, voulait retrouver la magie du guitare-voix sans se cacher derrière la technologie ». Toutes les chansons ont donc été composées à l’ancienne, dans la tradition : avec un rythme, une guitare et une ligne de chant. Retour aux bases toute ! Donc. Quand le son est proche de l’os, que l’essence blues ronge les guitares et que la voix raconte l’histoire dans un instant d’exultation et de don. La musique, Arman Méliès la veut maintenant comme une vibration pure, une exploration sans filet, une expérience sans prismes, ni filtres, ni masques…
Arman Méliès est là. Et si Vertigone est certainement son album le plus rugueux, il n’a rien de minimal, au contraire. Peut-être tient-il là son disque le plus foisonnant et le plus extraverti. En studio, les arrangements ont fait leur œuvre pour venir « chatoyer » les rudesses d’origine et le plaisir des enjolures a parfait la pureté de l’intention. L’orchestration, jamais bavarde, y sert la limpidité du chant et la musique naturelle du texte.

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 (Photo : Frank Loriou)

arman méliès,vertigone,interview,mandorInterview :

Cinquième album. Cela commence à faire une œuvre.

On s’en approche doucement. A mon sens, il faut flirter avec la dizaine pour constituer une œuvre qui se tienne. Cela dit, Jeff Buckley n’a fait qu’un disque, mais c’est une œuvre tout de même. Un chef d’œuvre, pour être tout à fait exact. Le nombre d’album n’a pas d’importance, au fond, mais quand je regarde mes camarades de jeu comme Dominique A ou Jean-Louis Murat, ils en sont à un certain nombre de disques que je n’ai pas atteint.

Il me semble que c’est ton précédent album, AM IV, qui t’a révélé. Pour moi, ce disque a été un choc en tout cas.

Il a été effectivement un peu plus exposé. Sur les trois premiers disques, j’avais réussi à m’installer comme un auteur compositeur qu’il fallait un peu suivre. Le fait d’avoir collaboré avec Bashung, Thiéfaine et Julien Doré, m’a donné un peu de crédit auprès des gens de la profession. Le fait d’avoir détourner, à peine, un discours politique de Sarkozy a fait un peu parler. Le clip de « Mon plus bel incendie » où un tueur à gage extermine mes collègues chanteurs et chanteuses françaises s’est aussi fait remarquer. Toutes ces choses-là réunies font qu’on pose un regard un peu plus important sur ma petite personne. Ça a permis d’éclairer un peu mieux la sortie d’AM IV. C’est curieux parce que je continue aujourd’hui à le trouver difficile d’accès.

Clip de "Mon plus bel incendie" tiré de l'album AM IV.

Revenons au clip de « Mon plus bel incendie ». Bousiller tous vos confrères, je trouvaisarman méliès,vertigone,interview,mandor l’idée énorme.

Il y avait l’idée de jouer sur le climat ultra concurrentielle que l’on peut vivre, je parle en termes économiques et politiques, pas forcément dans le milieu de la chanson, même si je me suis amusé à tuer mes amis artistes. En vrai, ce n’est pas parce qu’untel marche que l’autre ne va pas marcher. On est plutôt à s’entraider les uns, les autres selon les petites familles musicales que nous nous sommes créés. Je n’ai jamais senti de concurrence.

Le climat ultra concurrentiel dont tu me parles, tu le ressens en tant qu’artiste ?

Moi, non franchement. Je fais partie des artistes un peu privilégié, un peu à part. Cela dit, dans la vie de tous les jours, je vois bien que les gens en bavent, que certaines personnes sont lourdées comme des moins que rien. Je trouve qu’il y a une violence économique aujourd’hui dans le monde dans lequel nous vivons. Encore une fois, je sais que je fais partie des privilégiés parce que je fais un métier que j’adore, que je ne considère pas comme du travail, mais comme une passion, parce que j’arrive à en vivre, parce que je fais des concerts partout en France et parfois même dans le monde. C’est ambivalent, parce qu’on a beau être ancré dans une certaine réalité et être sensible à cela, en même temps, on sait très bien que nous, artistes, on est en train de vivre notre rêve de gosse.

Clip officiel de "Constamment je brûle". Titre extrait de l'album Vertigone.

arman méliès,vertigone,interview,mandorEst-ce que tu fais ce métier aussi pour fuir cette réalité ?

Je ne le considère pas comme une fuite, même si j’ai toujours été un peu rêveur. Même enfant, j’avais tendance à m’échapper dans mon monde. En tout cas, je n’ai pas opté pour la musique pour fuir tout ça. Sans doute que, par moment, cela préserve un peu. Cela permet de réenchanter le monde et d’en voir les effets les plus positifs sur la réalité.

Tu as employé un mot que j’aime bien : « réenchanter ». Des gens comme toi donnent du bonheur. Ils redécorent le monde de manière jolie et positive.

Tu as raison, même si ce n’est pas exclusivement cela. C’est de l’ordre du don de permettre d’offrir une vision un peu différente au public et de proposer le monde sous un autre axe pour envisager le réel.

Est-ce que Vertigone est la continuité d’AM VI ?

Je ne sais pas, mais c’est un album logique dans ma discographie. Ce cinquième album est l’aboutissement temporaire d’une évolution qui me parait naturelle. Quand j’ai commencé à écrire Vertigone, dans un souci de ne pas me répéter, j’avais la volonté de me démarquer d’AM IV. J’essaie de faire en sorte de ne jamais concevoir deux fois le même disque. J’envisageais AM IV comme un album très conceptuel, froid, voire un peu désincarné. A l’inverse, là, j’avais envie de faire quelque chose qui était très incarné avec des chansons qui prennent chair. C’est aussi pour cela que je les chante différemment.

Teaser 1 de l'album Vertigone.

Tu te lâches avec ta voix. J’adore !

Ça m’est venu naturellement. Sur les deux premiers disques, j’avais une crainte d’être un peu trop lyrique et que ce lyrisme transforme mes chansons en quelque chose de grandiloquent. J’ai donc fait profil bas et j’ai retenu cet élan vocal pour obtenir quelque chose qui soit de l’ordre de la sobriété et du minimalisme. Aujourd’hui, avec l’envie de la scène, l’expérience et l’âge, le chant s’est transformé. Au fur et à mesure, je me suis aperçu que je poussais plus ma voix et que j’y trouvais énormément de plaisir.

Tu as été musicien de Julien Doré (mandorisés là) sur sa dernière tournée à succès. Vous avez fait de arman méliès,vertigone,interview,mandornombreuses dates et il y avait du monde partout. Est-ce que cela a influencé la conception de ton dernier album ?

Oui, dans une certaine mesure. Il y avait quelque chose de très pop, très lumineux, très arrangé dans l’album de Julien. Sur la tournée qui a suivi, on était dans quelque chose de l’ordre du contrôle. En réaction à cela, je crois que j’ai eu envie de lâcher les chevaux. Quand j’ai commencé à écrire mes chansons, j’ai eu envie de me livrer un peu plus.

Tu as écrit tes chansons lors de la tournée de Julien Doré.

Oui, en fin de matinée, début d’après-midi, avant les balances du concert du soir. J’ai moins de problème pour trouver l’inspiration que la méthode de travail. On est dans un cadre où nous changeons de salle tous les jours. On peut se retrouver dans une petite loge sans fenêtre. Parfois nous sommes plusieurs dans la même salle. Chacun est sur son ordinateur pour ne pas trop déranger les autres. Parfois, on est seul et on peut faire un peu plus de bruit. On n’est pas toujours dans une situation très confortable pour l’écriture, mais ça venait naturellement. Comme un ouvrier, tous les jours, je me mettais au travail.

Teaser 2 de l'album Vertigone.

arman méliès,vertigone,interview,mandorPeut-on dire que cet album s’est fait facilement ?

Oui. J’avais du temps chaque jour, donc je l’ai utilisé à cela. Peu à peu, je voyais où j’allais et à quoi je voulais que mon album ressemble.

Tu as jeté beaucoup de chansons ?

C’est la première fois que j’en jette autant, en tout cas. Pour mes précédents albums, lorsque je les concevais, je ne jetais presque rien. Là, j’ai écrit plus que d’habitude. En tout, près de 25 chansons. J’ai beaucoup élagué.

Tu voulais te diriger vers où avec ce disque ?

Je voulais revenir aux guitares. Je souhaitais concevoir un disque « classic rock» et qu’il ne soit pas nostalgique d’une époque, ni qu’il soit référencé par rapport à tel courant musical ou tel artiste. Je voulais aussi quelque chose qui soit contemporain et qui ressemble à notre époque.

Tu m’impressionnes musicalement, mais aussi textuellement. Tu n’écris comme personne d’autre. On se laisse embarquer dans des histoires que l’on ne comprend pas toujours. Enfin, là, je parle pour moi.

Le travail de mes textes consiste à ce qu’ils ne soient pas hermétiques. Je veux que l’on puisse se raconter quelque chose assez vite en écoutant les textes. Si on ne comprend pas ce que je raconte, on peut au moins s’en faire une interprétation. Il y a plusieurs degrés de lecture et chacun, selon sa vie personnelle, selon ses références, selon ses influences, se raconte sa propre histoire. Les textes se doivent d’être vraiment subjectifs. Je joue avec la subjectivité de l’auditeur.

Teaser 3 de l'album Vertigone.

Dans ton nouvel album, on est transporté dans la mythologie.arman méliès,vertigone,interview,mandor

Les chants sont « épiques ». Certains de mes textes sont mêmes des odes à la vie.

D’où te vient l’inspiration de ces textes ?

Elles me sont un peu sorties comme ça. Après je fais du tri dans ce qu’il me tombe dessus, parce que parfois, il y a des choses qui ne font pas sens. Il y a des thèmes que l’on retrouve d’une chanson à l’autre, parfois même une même phrase ou des mots en commun. Toutes les chansons ont des liens entre elles.

On fait un disque comme on fait un puzzle ?

Je comparerais ça à un mini recueil de mini nouvelles.

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Pendant l'interview...

arman méliès,vertigone,interview,mandorAimerais-tu écrire un livre ?

Oui. J’ai des collègues qui se sont adonnés à cette activité. Dominique A et Bertrand Belin par exemple. Je n’envisage d’écrire des nouvelles ou un roman qu’assis derrière un bureau pendant des semaines, voire des mois et je n’en ai pas la patience. J’ai déjà fait des tentatives de romans, mais je n’arrive pas à les terminer. Il y a toujours un moment où je préfère reprendre la guitare et écrire une chanson. Je n’arrive pas à m’astreindre à une discipline très difficile. Peut-être qu’aucun de mes romans n’aboutira.

Toutes les critiques sur ce nouveau disque sont extrêmement élogieuses, cela te rassure ?

Bien sûr. Je lis la plupart des critiques par curiosité et je dois dire qu’en ce moment, je suis gâté. Mais, si l’album n’avait pas trouvé l’adhésion des critiques musicaux, j’aurais eu au moins la fierté d’avoir fait l’album que je voulais. Je suis très satisfait et fier de lui. Aujourd’hui, il ne m’appartient plus.

Je trouve superbe la pochette et l’artwork de ton disque signé Franck Loriou.

On a flirté avec le vintage, mais on ne voulait pas être dans le cliché du vieil album. Je trouve que la pochette ressemble aux chansons : classique et classe.

(A noter que toutes les photos qui "décorent" cette chronique mandorienne sont de Frank Loriou, sauf celle avec Julien Doré et, évidemment, celles prises à l'agence). 

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Après l'interview, à l'agence, le 6 octobre 2015.

26 octobre 2015

ALTERNALIVRES (Saison 3): Bilan et photos

alternalivres,

Il y a quelques mois, Arnaud Dudek, écrivain mandorisé deux fois et , me contacte pour me proposer d’animer une journée de rencontres littéraires qu’il organise avec un ami à lui, Didier Ray. Il m’envoie le programme… et j’ai très vite accepté. D’abord parce que j’aime beaucoup Arnaud (garçon aussi talentueux que sympathique) et parce que j’ai trouvé beaucoup d’intérêts à participer à cette manifestation, notamment parce que les invités présents ce jour-là me plaisaient. De fortes personnalités...

Ainsi, le samedi 24 octobre 2015, je me suis rendu à Messey-sur-Grosne, commune située dans le département de Saône-et-Loire en région Bourgogne-Franche-Comté, à la rencontre de deux éditeurs prestigieux, Serge Safran (Serge Safran éditeur) et Dominique Bordes (Monsieur Toussaint Louverture), de trois primo-romanciers, Éloïse Cohen de Timary, Benjamin Fogel et Éric Metzger et d’un fantastique auteur de nouvelles, Bernard Quiriny (qui, habituellement, ne se déplace jamais dans ce genre de rencontres/débats. Il a fait exception à la règle, je suis donc ravi d’avoir eu la chance de l’interroger.)

alternalivresMot de présentation des organisateurs:

La littérature est vivante. La littérature ose encore. Certes, beaucoup ne cherchent à produire ou à vendre que ce qui marche. Mais contre vents et marées, contre fusions et rachats, des éditeurs, des libraires indépendants n’ont pas cessé de lutter contre l’uniformisation des goûts et la standardisation. Ce sont ces acteurs de la vie culturelle que nous souhaitons mettre à l’honneur- mais aussi les romanciers, les poètes qui s’épanouissent grâce à eux. C’est l’ADN d’AlternaLivres.

Après le thème de l’engagement en 2012, puis l’édition au féminin en 2013, AlternaLivres s’installe à Messey-sur-Grosne pour y raconter des histoires. Tout simplement. Celles d’écrivains pris dans le tourbillon de la grande Histoire.

Celles d’éditeurs qui croient à la littérature. Celles racontées par des auteurs de talent. Et puis celles des poilus de Laurent Gaudé, que lira pour nous le talentueux comédien Julien Pillot.

AlternaLivres sera enfin au coeur d’un événement : l’inauguration de la médiathèque de Messey-sur-Grosne, alternalivresambitieux projet culturel.

De la littérature, des histoires. Des passeurs de livres aussi enthousiastes qu’engagés. Tout ceci avec le souci constant de s’adresser à tous les lecteurs, les érudits, les amateurs de littérature, les novices ou les simples curieux. Voilà qui promet une belle journée, n’est-ce pas  ?

Les organisateurs, Didier Ray et Arnaud Dudek.

Didier Ray est ingénieur du son à France Télévisions. Il a notamment travaillé sur la série « Un siècle d'écrivains » initiée par Bernard Rapp - ce qui provoqué de belles rencontres avec l’œuvre d'une bonne cinquantaine d’auteurs. Dans les lectures préférées de ce passionné d’histoire et grand amateur de poésie, Duby, Amouroux, Ponge, ou encore Michaux occupent des places de choix.

Arnaud Dudek est né à Nancy en 1979. Son premier roman, Rester Sage (2012, Alma éditeur – 2014, Pocket) a  notamment fait partie de la sélection finale du Goncourt du premier roman, et a été adapté au théâtre par la compagnie Oculus. Après Les fuyants en 2013, il a publié un troisième roman, Une plage au pôle Nord, en janvier 2015.

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(Arnaud Dudek et Didier Ray. Photo: info-chalon.com)

Il y a eu plusieurs cafés littéraires. Voici les protagonistes de deux d'entre eux. (Mais pour voir l'ensemble du programme proposé, cliquez là!)

Café littéraire#1

"C'est l'histoire...": Avec trois primo-romanciers et un nouvelliste chevronné.

Benjamin Fogel est le fondateur du site internet Playlist Society, et de la maison d’édition du même nom. Il est également l’auteur d’un premier roman, Le renoncement d'Howard Devoto (éditions Les mots et le reste), biographie fictionnelle ou histoire réelle de l'un des fondateurs du groupe post-punk Magazine.

Eric Metzger est un pilier du Petit journal de Canal + avec son complice Quentin Margot, mais il est aussi un raconteur d’histoires. Il a fait des études de lettres, et même entamé une thèse. Et puis il est l’auteur d’un joli premier roman, La nuit des trente (L’Arpenteur), soit l’histoire de Félix, un garçon désabusé, qui vagabonde dans Paris pour fêter ses trente ans.

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Éloïse Cohen de Timary est née à Paris en 1982. Elle a fait ses études à Sciences Po. Co-auteure du documentaire « Sous les pavés, la jupe », diffusé sur Arte, elle est actuellement rédactrice en chef adjointe de Socialter, magazine de l’économie nouvelle génération. Histoire d’identités, Babylone Underground, son premier roman, a été publié en 2015 par Serge Safran Editeur.

Bernard Quiriny est un écrivain belge, docteur en droit, critique littéraire (Madame Figaro, L’Opinion, MK2 3 couleurs…) et professeur des universités à l'Université de Bourgogne. En bon disciple de Borges, Bernard Quiriny n'a pas son pareil pour s'emparer d'une idée poétique et la développer dans une écriture délicieusement hors des modes. Dans son dernier recueil de nouvelles, Histoires assassines (Rivages), finaliste du Goncourt de la nouvelle 2015, il a concocté bon nombre de trames jouissives.

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Café Littéraire#2

L’éditeur, passeur d’histoires: Avec deux éditeurs. 

Dominique Bordes, éditeur indépendant et radioactif, fondateur de Monsieur Toussaint Louverture. En moins de dix ans, l'éditeur s'est construit une réputation de dénicheur de chefs d’œuvre étrangers oubliés, des « ratés » de l'édition qu'il redécouvre ici et là, dans des préfaces, des entretiens, au hasard de lectures. Le dernier stade de la soif et À l'épreuve de la faim de Frederick Exley, Enig Marcheur de Russell Hoban ou Le linguiste était presque parfait de David Carkeet ont atteint ou dépassé les 15 000 exemplaires vendus. Les deux romans de Steve Tesich ont carrément été des cartons.

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Serge Safran, éditeur et auteur. Cofondateur des éditions Zulma, il crée en 2011 Serge Safran éditeur. Cette maison propose quatre à cinq titres par an de littérature contemporaine, française ou étrangère. À savoir un choix personnel guidé par l'originalité du sujet, la force d'émotivité et le dérangement des codes établis, qu’ils soient moraux, littéraires ou esthétiques. L'idée est avant tout d'offrir de réelles découvertes. Donc de privilégier, sans que cela soit une contrainte, ni une limite, de nouveaux ou jeunes auteurs, en tout cas des écrivains méritant d’être soutenus et encouragés avec passion.

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Petite photo avant de quitter Messey-sur-Grosne, de gauche à droite : Éloïse Cohen de Timary, Benjamin Fogel, Éric Metzger, bibi, Serge Szafran et Bernard Quiriny.

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Le soir, retour à Paris en train avec tous les auteurs et éditeurs. Je n'ai pu m'empêcher d'immortaliser un moment avec Eric Metzger, parce que son second degré constant et son humour m'ont beaucoup fait rire ce jour-là (et qu'il m'amuse beaucoup à la télé). Je précise que son roman La nuit des trente (L’Arpenteur) est plus qu'honorable. Un premier roman bien écrit qui se laisse bien lire. La chute est étonnante. Eric Metzger craignait de ne pas avoir tout à fait sa place au milieu des autres écrivains, lui "le clown de Canal qui se déguise avec des perruques", comme il l'a répété plusieurs fois. Si, il avait sa place. J'attends le deuxième roman.  

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20 octobre 2015

Babx : interview pour Cristal automatique#1

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(Photo : Julien Mignot)

Chanteur virtuose doté d’une grande sensibilité littéraire, Babx écrit, compose et arrange ses disques lui-même. Il m’a toujours impressionné par l’ampleur et la sophistication de ses textes, l’atmosphère fiévreuse et planante de ses chansons. Ces albums, Babx (2006), Crystal Ballroom (2009) et Drones personnels (2014) placent cet artiste au-delà de la concurrence.

Pour son 4e album, Cristal automatique#1, il a décidé de mettre en musique des textes de Rimbaud, Baudelaire, Kerouac, Aimé Césaire, etc... sur son propre label, Bisonbison.

C'est aussi audacieux que délicieux !

Une rencontre s’imposait. Elle s’est tenue le 2 septembre, par un beau jour ensoleillé… dans la cour de l’agence (parce que l’artiste voulait fumer à volonté).

babx,cristal automatique#1,interview,bisonbison,mandorUn extrait du mot de Babx au sujet de Cristal automatique#1 :

Il m'a toujours été impossible de créer des mots à partir d'une musique, c'est-à-dire emporter la musique vers la parole. À l'inverse, les mots ont toujours été pour moi vecteurs de musiques, d'espaces, de rythmes, de couleurs, de silences et de voix.

« A noir, E blanc, I rouge » disait Rimbaud. Les lettres et les mots comme une palette de couleurs universelles qui attendraient qu'on les mélange, un orchestre d'orphelins qui s'accorderaient pour les retrouvailles. La langue de Kerouac, cymbale nerveuse, Arthur Rimbaud, Organiste Vaudou saturé, Gaston Miron, Bison élégiaque, Prévert, bal populaire avec ses hauts parleurs branchés sur l'enfance…

Parfois, souvent, les mots se suffisent à eux-mêmes et rajouter de la musique dessus serait comme un maquillage un peu vulgaire. Quand Olivier Chaudenson m'a proposé une création autour des textes qui m'ont accompagné ou « influencé », je me suis demandé comment réunir la musique et ces mots-là, sans que l'un serve de « faire-valoir » à l'autre. Alors j'ai essayé tout simplement de partirbabx,cristal automatique#1,interview,bisonbison,mandor de l'émotion pure que m'inspiraient certains textes et de composer leurs jumeaux musicaux. Un peu comme on écrirait de la musique en se souvenant d'un tableau, ou comme un tableau qui se souviendrait d'une musique.

Ce qu’en pense Didier Varrod :

« Ceci est un disque courageux. Ceci est un album qui sonne comme une nécessité. Une alarme lancée à une industrie discographique en pleine déroute. Le sonneur s’appelle Babx, de son vrai nom David Babin. Il est auteur compositeur interprète et le voilà qui prend le maquis après avoir sorti trois albums dans les circuits normalement balisés. Puisque tout le monde a semble-t-il  peur de la chute des ventes de disques, Babx prend le risque se faire peur lui-même en revenant aux grands textes et à cette poésie abrasive des grands brulés de la littérature. Pour redonner un sens à notre chanson et à sa tradition... »

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babx,cristal automatique#1,interview,bisonbison,mandorInterview :

Babx m’interrompt au moment où je commence à poser ma première question…

La dernière fois que nous nous sommes vus, j’étais avec L dans un bar. Tu étais venu l’interviewer pour la sortie de son tout premier EP et moi, je l’accompagnais.

Tu as une bonne mémoire. Je m’en souviens, c’était en mars 2008. Ça m’avait fait plaisir que tu sois là parce que je te suis et t’interviewe depuis ton premier disque. Je ne m’attendais pas à te voir.

C’était avant qu’elle devienne Mylène Farmer (rire).

Pour commencer, j’aimerais que tu me parles de Bisonbison, le label indépendant que tu as créé.

J’ai essayé d’arrêter de comprendre ce que l’on me demandait dans les labels où j’officiais. J’ai mis trois disques à réaliser que, vraiment, je n’y comprenais rien. J’essaye de m’écarter un peu de l’idée « d’industrie de la musique » pour revenir à quelque chose qui s’apparente plus à une sorte d’artisanat. Je veux faire, sans restriction aucune, la musique que j’ai envie de faire sans me poser la question du marketing et de l’image. J’ai réalisé qu’il y avait toujours une étape où ça commençait à m’échapper en termes de sens. En gros, je faisais un album. Je passais un an à y réfléchir comme un malade, je l’enregistrais avec tout mon cœur avec l’idée de ce que je m’en faisais. Quand cet album sortait, il était pris en relais par des gens qui n’avaient pas du tout le passif lié à l’album. Arrivé à cette étape-là, je commençais à ne plus rien comprendre de ce qu’on était en train de faire de mon disque, ni ce que l’on était en train de raconter… tout à coup, il fallait avoir une image, une représentation d’apparence extérieure qui rompait avec ce que je voulais faire jusque-là.

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(Photo : Julien Mignot)

Tu as compris que tu ne pourrais pas demander aux gens des maisons de disque d’être dans ton rythme et réciproquement, c’est ça ?

Tu ne peux pas mieux résumer. Je ne leur reproche rien et je ne suis pas en train de partir en croisade contre les maisons de disque, mais je pense que je n’avais plus rien à y faire. Le fait d’avoir initié Bisonbison avec cet album-là, un disque avec uniquement les textes des autres, c’était pour retrouver un sens à tout ça. Pour les maisons de disque, il fallait d’abord faire une carrière avant de faire de la musique et ça ne me convenait pas. Bisonbison est né de ce constat.

Avoir son propre label, ça veut dire le gérer. Ce qui implique de donner du temps et babx,cristal automatique#1,interview,bisonbison,mandorde l’énergie que l’on pourrait consacrer à la création, non ?

Ce sont des soucis, je te l’accorde, mais qui provoquent une énergie assez saine. Tu dois parer aux éventuels problèmes sans attendre des autres qu’ils les règlent pour toi. Tout devient concret. Je contrôle plus ma production, je sais pourquoi je fais telle chose et à qui ça s’adresse. Je ne veux pas forcément parler à la masse, mais si quelques personnes s’intéressent profondément à mon travail, c’est déjà pas mal.

Ton premier disque labélisé Bisonbison est celui pour lequel je te reçois aujourd’hui, Cristal Automatique#1. Un disque dans lequel tu mets en musique des textes de Rimbaud, Baudelaire, Kerouac, Aimé Césaire, etc. Un disque très exigeant sans aucune concession.

Avec L, on avait ce réflexe naturel de mettre des poèmes en musique, cela fait donc longtemps que je pratique cet exercice. Un jour Olivier Chaudenson, pour son festival de Manosque, m’a demandé de faire un concert basé autour de mes influences littéraires et poétiques. En réitérant ce concert de manière spontanée et surtout pas régulière, j’ai constaté que cela nous apportait quelque chose d’essentiel par rapport à la musique. On avait des retours du public vraiment très fort. Un jour, je me suis fait engueuler par un spectateur présent qui m’a lancé « mais, putain, il est où votre album ? Vous ne pouvez pas faire ça et nous laisser rentrer chez nous sans pouvoir réécouter ce que vous nous avez proposé ! » J’ai obtempéré. J’ai sorti ce disque comme je le voulais. Sans aucune vanité, je suis très fier de lui et je suis certain qu’il concerne beaucoup de personnes. Ce sont des textes que je vénère plus que tout. Ce disque n’est pas des cacahuètes en attendant de bouffer, contrairement à ce qu’insinuait ma précédente maison de disque quand je leur ai proposé ce projet. C’est un vrai disque de Babx, pas un « en attendant le prochain ».

“Cristal Automatique” : Un concert littéraire de Babx. Enregistrement réalisé à la Maison de la poésie, le 11 avril 2014 et diffusé sur les ondes de France Culture. Sur des textes d’Arthur Rimbaud, Charles Baudelaire, Jean Genet, Antonin Artaud, Tom Waits, Gaston Miron, Aimé Césaire et Barbara. Au violoncelle et à la guitare électrique : Julien Lefèvre. À la batterie : Frédéric Jean. Au piano et au chant : Babx.

babx,cristal automatique#1,interview,bisonbison,mandorCe disque est présenté en édition limité.

Je voulais être cohérent dans la manière dont j’allais le présenter. Cette édition limitée est numérotée, tirée à 350 exemplaires, fabriquée par une relieuse et illustrée par le plasticien, Laurent Allaire. J’ai reconvoqué le travail de la main au moment où on constate que tout est très dématérialisé. Je fais toujours le parallèle avec la cuisine, parce que ce sont mes deux passions. Ce disque est la différence entre ce qui est fait chez Flunch et le plat maison préparé avec amour chez soi. Dans mon label, quand on dit qu’on fait de la musique, on fait réellement de la musique.

Quand on a les mots de Rimbaud, de Genet, d’Arthaud, Kerouac et les autres, leur coller de la musique doit être une montagne à gravir, non ?

Je ne le vois pas du tout comme ça. Je le vis très spontanément. Je n’ai jamais été écrasé par les figures de ces gens-là. Pour moi, ce sont des gentils sorciers. Leurs textes m’ont accompagné depuis très longtemps, je ne suis donc pas intimidé de m’attaquer à ces œuvres. La règle du jeu de mon travail est simple : il faut que la musique que j’écris pour ces textes soit quasi automatiques, d'où le nom de l'album. Je ne voulais pas que cela me prenne plus d’un quart d’heure par texte. Je me suis posé deux questions : Qu’est-ce que le texte m’amène comme émotion ? Si tu lis ce texte-là, comment tu le raconterais en musique. Finalement, tout est venu très vite et je n’ai pas eu à y réfléchir.

Il y a parfois de longues plages musicales.babx,cristal automatique#1,interview,bisonbison,mandor

Je voulais laisser le temps aux textes de résonner longuement à travers la musique. J’avais l’idée que l’on reste longtemps avec le sentiment du poème qui dégénère musicalement.

Presque tous les titres sont enregistrés en live.

C’était pour garder une sensation de fraîcheur et de spontanéité.

Les douze textes choisis sont ceux que tu préfères ?

Ils font partie de mes préférés, mais ce sont surtout ceux pour lesquels il était facile de faire de la musique. Il y a des textes qui se refusaient à une mise en musique et je pense qu’il y a des textes qui n’appellent à absolument aucune musique d’ailleurs. André Breton a demandé dans son testament à ce que l’on ne mette jamais de musique sur ses textes. Si j’avais eu l’inspiration pour mettre une musique sur un texte de Breton, je n'aurais pas respecté la volonté du défunt.

Tu irais à l’encontre des dernières volontés d’un auteur ?

Sans aucun problème. Les gens morts sont morts, après, les vivants font ce qu’ils veulent (rire).

Tu ne t’interdis rien ?

Pourquoi je m’interdirais quelque chose ? Dans le très beau film italien Il Postino, le facteur en question dit « la poésie n’appartient pas à ceux qui l’écrivent, mais à ceux qui l’entendent. » Je suis persuadé de ça. Une fois que l’on a créé quelque chose, il faut savoir lâcher prise.

Et si quelqu’un reprenait une de tes chansons ?

Je n’aurais rien à dire. Si cette chanson est sortie, elle est sortie aussi pour prendre l’air. Une création n’est pas faite pour rester enfermée chez son créateur, donc oui, je m’en fous.

Quand tu lis un recueil de poèmes, tu arrives à ne pas avoir de musique qui s’impose ?

Bien sûr. Je pense à une musique sur un texte uniquement si je me dis que j’ai envie de le mettre en musique. Je suis un lecteur « normal ». Je n’ai aucune interférence de ce type.

Quand j’ai su l’existence de ce disque, je me suis dit qu’il n’y avait que toi pour faire ça.

Il y a aussi Bertrand Belin qui a fait un truc magnifique sur Christophe Tarkos. L peut très bien s’adonner à ça aussi. Je pense que nous allons être de plus en plus nombreux à le faire et je m’en réjouis.

Tu viens de réaliser le disque de Grand Corps Malade.

Son album s’appelle Il nous restera ça et il a invité plein de gens comme Aznavour, Thiéfaine, Jeanne Cherhal et Renaud a écrire un poème et le dire eux-mêmes. Avec Angelo Foley, on a fait la musique là-dessus. J’ai l’impression que, quelque part, il y a une nécessité de poésie en ce moment. La musique accompagne cette nécessité-là.

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Babx et Angelo Foley lors de la réalisation du disque de Grand Corps Malade.

Le teaser de l'album de Grand Corps Malade, Il nous restera ça.

Les gens ont-ils un besoin viscéral de poésie ?

Oui, j’en suis persuadé. Ça me rappelle des choses que j’ai pu voir au Pakistan. Il y a un idiome musical qui s’appelle le qawwali. Ce sont des poèmes mystiques chantés. Les gens se ruent pour aller écouter ça. La tradition veut que l’on recouvre les musiciens de billets. Les gens qui assistent à ça sont généralement des gens qui n’ont pas d’argent du tout. Ils doivent choisir entre bouffer ou donner de l’argent aux musiciens.

Il y a donc une ferveur à l’écoute de ces textes-là ?

Oui. Je me rends compte que cet état-là, il n’y a que la poésie qui peut le donner. Il y a des concerts de Cristal automatique qui sont vraiment dingues dans la manière dont les gens s’abreuvent de ces mots et de cette poésie-là.

Toi-même, tu fais de la poésie ?

La poésie, je ne sais pas ce que c’est (rire).

Non, mais sans rire.

J’essaie, en tout cas. La poésie n’est pas un style littéraire, c’est une manière de voir la vie, de la transcender, de l’appréhender. C’est un filtre par lequel on voit la vie. On peut faire de la poésie dans tout. On est un être poétique ou on ne l’est pas.

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Pendant l'interview...

babx,cristal automatique#1,interview,bisonbison,mandorTu travailles pour pas mal de gens connus (comme Camélia Jordana) et aussi pour des jeunes en devenir. Parle-nous de Karoline Rose.

C’est une immense artiste et la première signature de Bisonbison. C’est une artiste franco-allemande, ancienne metalleuse, dans le mouvement des Riot Girls, un peu post punk quoi !  Elle est venue me demander de réaliser son disque qui est en anglais et en français. C’est du rock électronique assez punk.

Un peu une nouvelle Nina Hagen ?

Oui, il y a un peu de ce genre de personnalité, mais en bien plus moderne dans le son.  

Teaser#1. Karoline Rose sera à la Cigale le 20 octobre, en première partie de Jeanne Added. 

Tu te sens proche de quels artistes, outre ceux avez lesquels tu as travaillé ?

Si je ne dois pas citer ceux avec lesquels j’ai travaillé, il n’en reste plus beaucoup. Je ne me sens pas proche de Bertrand Belin, mais je respecte énormément son travail. Il y a aussi Feu Chatterton que je trouve superbe, parce qu’ils osent vraiment des choses. Le groupe Grand Blanc aussi est intéressant. Fauve, aussi. Pas du tout dans leur musique, mais dans leur attitude, dans leur envie de ne pas jouer le jeu. Je me sens proche des gens qui prennent un peu de risque. J’aime les gens qui s’abandonnent dans une sorte d’expérimentation et qui ont envie de rendre le public plus curieux en sortant de leur concert que quand ils y sont rentrés. Je me sens proche de gens qui incarnent quelque chose de l’ordre de la liberté. Je considère que quand on est artiste, on a la vocation de prendre une liberté. Les gens qui vont voir les concerts payent pour voir des gens qui prennent une liberté qu’eux n’osent pas prendre.

Tu te sens compris dans ta démarche ?

Oui, la preuve, nous nous parlons. Je te le répète, je n’ai pas à être compris par la masse. Je ne suis pas un politicien, je n’ai pas à être élu. Je souhaite juste un public qui s’intéresse à mon travail… mais qui s’intéresse profondément.

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 Après l'interview, le 2 septembre 2015.

Et n'oubliez pas...

J'y serai. J'en jubile d'avance.

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13 octobre 2015

Babel (Sébastien Rousselet) : interview pour la sortie de l'EP "BLESS(E) YOU"

(Juliette Rozzonelli 2).jpg

(Photo : Juliette Rozzonelli)

Le retour de Babel est une sacrée bonne nouvelle. BLESS[E] YOU  est une vraie bombe. A grand coup de sons electro ultra-contemporains se mêlant au violoncelle et piano, ce disque est une grenade dégoupillée. Ça explose de partout au milieu de mélodies magnifiques et particulièrement efficaces. Étonnant et addictif.

Musicien, comédien, slameur, chanteur, Sébastien Rousselet manie le verbe avec verve. « Radicaux mais pas indécents » dit-il. Les textes de Babel ressemblent à leur auteur. Il est venu à l’agence le 14 septembre dernier pour me parler de ce deuxième EP (que j’écoute réellement en boucle).

Comme j’ai déjà reçu Sébastien (accompagné par Nino Vella, le clavier du groupe) dans une première mandorisation, il y a deux ans, je vous épargne les débuts du groupe et tout le toutim.

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(Photo : Corentin Luis).

10012530_895521440491841_2548012861792848734_n.jpgNous sommes passés directement à l’essentiel.

Argu officiel :

Babel c’est une organique machine. Du boom boom sensible. Du chant-son. En français dans le texte. Pour danser et penser. Chant, scratches, violoncelle, claviers. On brûle sur scène pour te réchauffer. On te cueille au ventre, donne des coups et des caresses qui te bénissent et te blessent. Après un album et un EP auto-produits, un tour aux Francofolies en passant par le Chantier et plus d’une centaine de concerts aux 6 coins de l’hexagone, Babel revient avec son nouvel EP, BLESS(E) YOU et un show explosif, punchy et touchant.

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(Photo : Benjamin Pavone)

DSC00742dd.JPGInterview :

Il y a une sacrée évolution entre votre précédent EP et celui-ci.

On a cherché à développer le son qu’on avait commencé à trouver avec le précédent EP, La vie est un cirque. A cette époque, je trouve qu’on allait encore bouffer à tous les râteliers. On était encore un peu dans la chanson. Aujourd’hui, malgré l’éclectisme de ces nouveaux titres, je considère que nous avons gagné en cohérence. On est moins dans la variété, dans le sens « varié », on est moins hybride.

On vous le reprochait ?

Un peu, oui. Et nous, parfois, quand on faisait des concerts, on avait l’impression de faire de la musique d’un autre groupe. Le retour des programmateurs étaient symbolisé par une question : c’est qui Babel ? C’est de la chanson, de l’electro, du slam ? Ils nous reprochaient d’aller partout et nulle part.

C’est chiant de s’entendre dire ça ?

Évidemment. Le public ne se pose jamais ce genre de questions. Ce ne sont que les professionnels qui te remettent en question et qui ne savent pas où te cataloguer.

"Bless(e) You" en live @ Au fil du Son 2015. Image : Corentin Luis - Joris Favraud. Montage : Corentin Luis.

J’ai toujours trouvé qu’il y avait une unité chez vous et que tout était cohérent.

Pendant un an et demi, on a cherché une certaine évolution, mais on a galéré. Il a fallu que l’on trouve la place de chacun, que l’on détermine comment on compose, qui emmène quoi. Personnellement, j’écris les textes et je participe un peu à la musique. Je peux emmener une compo guitare-voix, mais de plus en plus, j’ai laissé le champ libre aux autres membres du groupe. De plus en plus, j’essaie de me détacher de l’aspect composition et harmonie, parce que, très honnêtement, il y en a qui le fond mieux que moi. Chez nous, tout le monde peut composer. C’est à la fois riche et compliqué.

Toi, tu écris en utilisant la méthode Boris Vian. C’est quoi cette méthode.

Il écrivait une musique, puis il écrivait un texte dessus ensuite, un autre compositeur refaisait une musique sur le texte. C’est ce que je fais parce que j’ai besoin de musique pour écrire mes textes.

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(Photo: Carmen M au Festival Epipapu)

Ce que j’apprécie dans votre son « electro pop rock chanson », c’est le sens de la mélodie.

La mélodie est primordiale dans une chanson. Même dans les chansons dites « à texte », comme celles de Georges Brassens. Chez tous les amateurs de Brassens, il n’y a au fond que 10% qui connaissent les paroles, mais tout le monde fredonne la mélodie. Ça te reste tellement dans la tête que ça en devient diabolique.

"Climb the Tower" en live @ Au Fil du Son 2015. Image : Corentin Luis - Joris Favraud. Montage : Corentin Luis.

Vos concerts, actuellement, font l’unanimité. C’est une vraie claque pour tout le monde. 

On essaie de faire en sorte que notre spectacle soit léché. Nous sommes tous assez exigeant par rapport à nos décors, nos sons et nos lumières. Nous voulons être fiers de ce que l’on présente, aussi visuellement.

Votre public est de plus en plus nombreux.

Nous sentons que la mayonnaise prend. Nous avons des passages clips à la télé… et des choses se profilent à l’horizon. Je ne t’en dis pas plus, parce que tant que ce n’est pas fait ça reste du vent.

Bon, il y a des maisons de disque et des radios qui sont intéressés, c’est ça ?

Advienne que pourra.

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(Photo: Eric Coehoorn)

Vous êtes dans une période positive, là, j’ai l’impression.

Oui et c’est agréable parce que nous sommes passés par une grosse période de doute. On ramait un peu et comme je te l’ai dit tout à l’heure, nous nous cherchions artistiquement. Un jour, tout s’est débloqué et c’était parti. On a eu envie d’aller vers quelque chose de moins hip hop, qui était un peu la marque de fabrique du premier, pour aller vers une musique plus « épique »… un peu « musique de film » avec du texte dessus, tout en gardant le côté electro.

Voilà, on peut vous cataloguer. Vous faite de l’electro épique ! Tu valides ?

Je valide complètement. On aime bien les grandes envolées lyriques…

Dans vos chansons, tu dis beaucoup sur l’état de la société d’aujourd’hui, mais sans faire la morale. Tu constates, point barre.

Je déteste qu’on me fasse la morale, ce n’est pas pour la faire aux autres. Je ne fais aucune chanson manichéenne non plus. Comme je m’intéresse au monde et que ça me touche, j’écris sur ce qui me touche. Je parle de ce que je ressens plus de ce que je pense. Il y a des idées qui en ressortent, forcément.

Clip officiel de "Bless(e) You".

Dans « Bless(e) You », tu parles au peuple et il y a de la colère.

Il y a une forme de désespoir dans cette chanson. La chanson engagée, genre anti militariste de base, je n’y arrive pas. Dans cette chanson, je tape sur l’armée, la guerre, pas sur les militaires. Eux, ils font leur travail. Le militaire que « j’interprète » a cru au bien-fondé de la guerre qu’il est obligé de mener, mais il se rend compte qu’il s’est fait baiser la gueule, qu’on a utilisé des idées pour l’utiliser lui et ses camarades. Dans les chansons engagées, on est dans le jugement, moi, je ne prends jamais cette direction. Je ne veux pas faire mon chanteur de gauche de merde (rires).

Vos fans suivent votre évolution d’album en EP. Comment ont-ils réagi à ces nouvelles chansons ?

Les retours sont globalement positifs. Il n’y a pas de sentiment de trahison. Le fait que nous nous éloignons de la chanson traditionnelle pour une musique plus électrique et électronique ne semble pas choquer grand monde.

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(Photo : Arnaud Grislin).

Je me suis fait la réflexion que l’on n’a pas l’habitude d’avoir de bons textes sur ce genre de musique.

C’est notre challenge. J’essaie de bien écrire, de bien tourner les compliments… je suis très exigeant et je me donne du mal pour amener du fond. Pour moi, ce n’est pas un exemple, mais Stromae a bien réussi ça. C’est très populaire sans avoir vendu son âme. Il est très sincère, ses textes sont d’enfer. C’est très simple, mais ce n’est pas simpliste. C’est accessible et ça envoie d’enfer ! Sans faire la même musique, j’essaie de faire en sorte que l’on prenne une direction de cette nature. Faire danser sur des textes noirs, j’aime l’idée.

Tu as envie de produire une œuvre classe… et qui touche tout le monde.

Je me sens populaire aussi. Je viens de là. Autant j’aime la grande littérature et les films d’auteurs, autant j’aime le dernier Mad Max. Je veux tirer les gens, modestement, vers le haut, mais en faisant de la musique qui plaise à un maximum de gens.

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Le 14 septembre 2014, après l'interview.

07 octobre 2015

Hippocampe Fou : interview pour la sortie de ☆ CÉLESTE ☆

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Hippocampe Fou, fine et inventive plume du rap français, revient avec l’album CÉLESTE . L’artiste extrêmement doué se surpasse techniquement et s'accompagne de textes aérés et de refrains aériens. Voyages, vie quotidienne, expériences personnelles, désillusions, religion, sont quelques-uns des thèmes traités sans ego trip ni vulgarité avec subtilité, poésie et créativité. C’est finalement assez rare pour que ce « détail » soit signalé.

Le 29 juillet, Hippocampe pas si Fou que ça est passé à l’agence pour une mandorisation en règle.

hippocampe fou,celeste,interview,mandor,video rapBiographie officielle (très raccourcie) :

Après avoir exploré les fonds marins avec °°AQUATRIP°°, rencontré un public nombreux et enthousiaste, ce grand enfant d’Hippocampe Fou, toujours dans la lune refuse de quitter son pays imaginaire et nous invite à un voyage insolite et surréaliste, à la recherche de l'extase, avec son nouvel album ☆ CÉLESTE ☆. Accompagné de productions musicales redoutables, Hippo manie flows, jeux de mots et story-telling avec une dextérité surprenante. Sa langue affûtée bouscule l'imagination et suscitent la réflexion en visitant un nouvel espace : le Ciel. Suivi de très près sur le net (avec 5 millions de vues sur sa chaîne YouTube), Hippo livre un album pétillant qui revient avec humour et profondeur aux sources du rap français.

Amoureux des images et des mots, avide d'évasion, dans ce nouvel opus Hippo déroule ses chansons comme des courts-métrages. Ce conteur moderne explore une multitude de style : mélancolique ("Las Estrellas"), romantique ("Mes échecs"), introspectif ("Si j'étais..."), onirique ("Presque rien"), burlesque ("La grande évasion"), historique ("Chasse aux sorcières"), grotesque ("Chorale des orphelins à la langue coupée"), autobiographique ("Arbuste généalogique »)... Artiste protéiforme, il soigne le fond et la forme.

Reconnu pour son flow fluide au débit ultra rapide, sa technique qui oscille entre slam et rap, il hippocampe fou,celeste,interview,mandor,video rappeut se vanter de réussir à rapper sur tout type de rythme et de bpm. Classé 2ème sur la liste des rappeurs français possédant le vocabulaire le plus large, selon le Huffington Post, Hippo maîtrise assonances, allitérations et métaphores percutantes, ce qui en fait un MC complet.

Dans ce nouvel album, des oreilles curieuses pourront croiser, entre autres, les métaphores du sage Gaël Faye, le flow inimitable des Américains The Procussions, les chœurs des sirènes Mary May & EMJI (qui a remporté l'édition 2015 de la Nouvelle Star), la flûte traversière enchanteresse de Marine Thibault (Cat's Eyes), l'harmonica du virtuose Greg Zlap et même un refrain chanté par le père d'Hippo : Francisco Gonzalez.

Avec ☆ CÉLESTE , l'homme derrière le cheval de mer se réinvente. Il a grandi, déterré ses émotions et s'aventure dans les sombres recoins de notre existence. À la manière d'un Charlie Chaplin, Hippo y défend un rire empreint d'émotion. Son style populaire, intemporel est toujours à la recherche de l'inédit. Créer l'extraordinaire en détournant l'ordinaire.

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hippocampe fou,celeste,interview,mandor,video rapInterview :

Tu vis de ta musique, ce n’est pas donné à tout le monde.

Depuis quelques années, je suis intermittent du spectacle. Entre les concerts et les ateliers, j’arrive à vivre de mon art.

Tu as fait des webs séries sur YouTube. Cela a largement contribué à ta notoriété.

C’est partie d’une envie de m’amuser avec mes proches dans un premier temps et avec les gens, par la suite. La web-série « Video rap » a bien plu. En 2009, ça a fait pas mal de bruit, notamment grâce au réalisateur de la web série, Le visiteur du futur », François Descraques. Il a partagé sur son blog quelques épisodes, ce qui a eu pour effet de me ramener beaucoup de gens, dont certains sont restés fidèles. Je suis passé de 300 vues à 10.000. A partir de ce jour-là, c’est devenu plus sérieux et moins confidentiel.

Video Rap: "Chez moi y a un Lama" (2010).

J’ai regardé pas mal de tes vidéos. On sent une âme de comédien.

J’aime bien jouer des scénettes humoristiques qui amènent quelque chose de plus sérieux derrière. J’aime jouer le passage du looser au brillant rappeur. Je suis un mix de ces deux personnages.

Dans tes vidéos et dans tes chansons, je sens de l'ironie et du second degré.

C’est sans doute une forme de pudeur. Je ne fonctionne pas en disant les choses frontalement.  Même dans le quotidien, quand quelque chose va mal, je suis plus du genre à lâcher la petite phrase cynique ou ironique qui parfois peut mettre mal à l’aise les gens… mais je suis comme ça.

Clip de "La grande évasion" (en duo avec Céo).

Dans « La grande évasion », sous couvert d’une chanson un peu délirante, le fond est triste.

On ne rigole jamais autant que quand c’est dramatique. Moi, j’aime bien aller carrément dans le burlesque. C’est le principe des films de Chaplin ou de Buster Keaton. Il y a toujours la notion de souffrance, mais avec le sourire.

Présente nous Céo.

C’est mon acolyte scénique. Je ne voulais plus être seul sur scène parce que je commençais à faire de gros concerts. Il est beatmaker, graphiste, rappeur entre autres. Sur « La grande évasion », c’est lui qui a fait l’instru.

Il y a des guests tel que Gaël Faye (mandorisé là) dans "Presque rien" par exemple.

Lui, il a la métaphore très facile. Je lui ai proposé le feat trois semaines avant qu’on l’enregistre et il a commencé à écrire sa partie dix jours avant. Il y a plein de belles images et de jeux de mots d’une finesse rare. Il écrit très bien et j’ai beaucoup d’admiration pour lui.

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 Gaël Faye et Hippocampe Fou.

Toi aussi tu joues avec les mots comme personne.

J’aime jouer sur différents lexiques, entrechoquer les mots, jongler avec. Je joue entre le sens et la forme.

Le son des mots, c’est un instrument de musique ?

Bien sûr. Je suis le fils d'un guitariste et compositeur colombien. Je l’ai vu travailler ses gammes et morceaux très longuement. Il avait des problèmes de vue, il ne pouvait pas lire les partitions, donc il devait mémoriser les morceaux en les jouant sans cesse. Il a voulu m’apprendre la guitare, mais ça m’ennuyait et ça me faisait mal aux doigts, j’ai donc refusé. Du coup, quand j’ai commencé à m’intéresser à la possibilité de raconter des histoires avec des mots qui peuvent groover, je me suis dit qu’il était possible de vivre en devenant conteur. Je savais que j’allais pouvoir faire sonner les mots, comme mon père pouvait faire sonner les cordes de sa guitare.

Le mot « conteur » te convient bien.

A ma disparition, j’aimerais bien que l’on place « conteur » sur ma tombe. Je trouve ce terme ultra classe.

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Que pense ton père de ton travail ?

Alors que je finissais mes études de cinéma, je suis parti en Colombie avec lui pour faire un documentaire sur sa personne. Je voulais faire un film sur la composition, la musique et l’exil. Pendant ce voyage, je lui ai fait écouter deux morceaux dont j’étais fier. Il m’a dit qu’il trouvait ça bien et m’a encouragé à en faire d’autres. Aujourd’hui, je vis de ma musique, je sors mon deuxième album et je suis très heureux.

Tu as commencé en animant des soirées slam.

C’était des années avec des hauts et des bas. Alors que je faisais deux heures de textes et d’impro, il m’arrivait, à la fin d’une soirée, de repartir avec une fortune. Deux euros (rire). Quand on a connu ce genre de galère, on est content quand une vingtaine de personnes, qui ne sont pas tes amis, se déplacent pour venir te voir à un concert. Aujourd’hui, j’alterne les gros festivals, les grosses scènes et des trucs plus intimes.

Tu fais aussi des ateliers d’écriture.

Je me retrouve face à dix jeunes qui ne me connaissent pas et qui ont leurs propres références. Je dois les convaincre avec un morceau qu’ils n’ont jamais écouté que ce que je fais est bien et que l’on va faire des trucs cools ensemble. J’ai une pression soudaine qui est plus grande que si j’étais devant 1000 personnes.

"Freestyle Céleste"

Il n’y a pas un clip de toi qui ressemble à un autre. Pourquoi ?

Je travaille toujours avec des gens différents qui ont des savoir-faire personnels. Je ne veux pas refaire deux fois le même clip. Je veux surprendre le public. Je cite souvent Kubrick et Lars Von Trier qui sont deux de mes réalisateurs cultes. Ils ont su se renouveler à chaque film et proposer une forme cinématographique différente. J’aime les gens qui savent se réinventer.

Chez les chanteurs, tu peux me donner des exemples ?

Oui, Camille. A chaque album, elle a su changer de style de manière inattendue.

Entre °°AQUATRIP°° et ☆ CÉLESTE ☆, il y a un monde ?

L’eau de mer s’est évaporée, ça a formé des petits nuages et moi, en tant que créature aquatique, j’ai sorti mes petites nageoires de l’eau, des petites pattes ont poussé et j’ai commencé à marcher sur la terre ferme et j’ai regardé les nuages. L’idée de cet album, ce n’est pas de partir dans les plus lointaines galaxies, c’est simplement l’envie d’aller au-delà des nuages. Il y a une envie de rêver éveillé en marchant sur les nuages avec l’auditeur.

Il y a différents niveaux de lectures dans tes textes.

Oui, je m’amuse un peu, mais j’ai quand même du mal à être trop abstrait. Il y a certains artistes que je ne saisis pas. Par exemple Christine and the Queens, il y a des chansons que j’aime beaucoup, mais je ne comprends pas toujours ce qu’elle veut dire. C’est un peu trop ésotérique pour moi. J’ai envie que les gens comprennent ce que je raconte et que l’image soit claire. J’aime emmener les gens dans mon univers, de temps en temps, au détour d’une phrase, les perdre et puis finir par les récupérer. J’aime déconcerter, mais en douceur. Si j’étais une œuvre, je serais plus au Louvre qu’au Palais de Tokyo.

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Pendant l'interview...

Tu as du mal à trouver tes rimes ou c’est plutôt facile ?

Je recherche les punchlines. Il faut que ça sonne au niveau des allitérations et des assonances et, en même temps, il ne faut pas que ce soit juste un jeu sonore, il faut que cela veuille dire quelque chose de bien. Comme je dis dans le freestyle « Céleste » : «quand j’écris, je réfléchis jusqu’à ce que je sue. » Je cherche toujours le juste mot.

A quel public t’adresses-tu ?

Mon but n’est pas d’être le plus technique des rappeurs, mais de raconter des .histoires dans lesquels un petit de 4 ans, quelqu’un de l’âge de mes parents ou une personne âgée puissent se retrouver à un moment… et reconnaître la poésie que j’y mets tout en restant fidèle à mes envies.  

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Après l'interview, dans la cour de l'agence, le 29 juillet 2015.

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06 octobre 2015

Clip de "Octobre Rose" (de Faby Perier) pour sensibiliser à la lutte du cancer du sein.

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Des chanteurs, comédiens, journalistes et musiciens ont uni leurs voix pour Octobre Rose. Il s’agissait-là de sensibiliser à la lutte contre le cancer du sein.

J’ai accepté de prêter ma voix à cette chanson et de participer à ce clip parce que je connais Faby Perier et son combat de tous les instants depuis de longues années. Elle a même été mandorisée il y a deux ans. Est-ce que cela sert à quelque chose ? Je n’en sais rien. Mais, si ça peut aider moralement au moins une personne, je me dis qu’une après-midi à enregistrer cette chanson n’est pas du temps perdu.

Dans ce clip pour apprécierez les voix de (par ordre alphabétique) Zakia Abasse, Méliane Abasse, François Alquier, Anne Bernex, Noemie Caillault, Pauline Cartoon, Jimmy James, Lizzy Ling, Ahmed Mouici (ex Pow Wow), Julia Nuret, Marie Sang de Bourbe et Slimane.

Paroles : Faby Perier
Musique : Rabah Bahloul
Arrangements : Chris Richard
Studio Human : Simon Cloquet-Lafollye
Mixage : Steven Forward

Musiciens : Romain Fitoussi, Romain Molist, Chris Richard, Nicolas Ramassamy

Réalisation et montage : Jenny Bardelaye

MCKS Prod : Rachid Abasse ( Fouz DK ) et Faby Perier

Et attention! Une soirée à ne pas louper!

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Quelques photos de l'enregistrement...

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Faby Perier, l'instigatrice de cette "aventure" musicale et humaine.

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Méliane Abasse.

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Ahmed Mouici (ex Pow Wow)et Faby.

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Le même, mais seul.

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Le collectif (1).

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Faby Perier et Jean-Jacques Goldman (il me semble).

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Là, c'est avec Johnny Hallyday (il me semble aussi).

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Le collectif (2).

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De gauche à droite, les chanteuses Julia Nuret et Lizzy Ling (http://www.lizzyling.com/), la comédienne Anne Bernex (http://www.annebernex.fr/), bibi (l'homme de la bande), la chanteuse Faby Perier (l'instigatrice du projet http://www.fabyofficiel.com/), l'humoriste Pauline Cartoon (http://www.pauline-cartoon.com/) et Méliane Abasse.

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Arrangement : Chris Richard

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Réalisation et montage : Jenny Bardelaye

01 octobre 2015

Angèle : Interview pour son EP, Prélude

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(Photo : Guillaume Ougier)

Angèle (Osinski) est une artiste que j'ai découvert au Pic d'Or. Voilà ce que j’en disais dans ma récente chronique mandorienne consacré à ce tremplin tarbais (j’adore m’autociter) : « Textes et musiques exigeants, une présence remarquable et une voix belle et singulière (allez, disons le, pas aux antipodes de celle de la chanteuse L. Avec son répertoire, Angèle ne sera pas la reine des tremplins, mais peut toucher un public conséquent si elle sort des disques honorablement produits. Elle a tout. Charme et chansons. Deux atouts qu'il faudra que cette artiste sache faire fructifier. »

Je suis ensuite allé la voir dans une petite salle parisienne peu de temps après.

Et puis je l’ai mandorisé, juste avant l’été (ce qui signifie que je crois en son fort potentiel).

angèle,interview,mandorBiographie officielle :

Chanteuse, auteure-compositrice, Angèle nous offre des textes ciselés et des compositions sensuelles et oniriques interprétés avec délicatesse et puissance.Nourrie aux airs de Barbara, Tom Waits et Lhasa, elle livre, avec son premier EP « Prélude » (sélectionné par le Prix Georges Moustaki en 2014 et par le Pic d’Or en 2015), une œuvre profonde et lumineuse, mystérieuse et incarnée. Elle est aujourd’hui en préparation de son premier album: « Nocturne ».

Angèle a longtemps chanté les chansons des autres. Après une formation classique (piano, solfège, chant au Conservatoire du VIème arrondissement de Paris), elle s’est immergée dans diverses traditions: jazz, chants tsiganes, tango, musique brésilienne… Elle a appris, au contact de musiciens, au hasard des rencontres, de concerts en concerts, leur musique, leur culture et un peu de leur langue.

Les morceaux de son EP, Prélude, ont été enregistrés par Stéphane Prin (notamment ingénieur du son pour Jean-Louis Murat, Camille, Bashung, Miossec, etc…) avec Manu Chehab (« Fedayi Pacha » et « Elektraum » chez Hammerbass) à la guitare électrique, au oud et à la scie musicale, Catherine Gauduchon et Angèle au piano et Marc Heullant à la batterie et aux percussions. Depuis octobre 2014, Didier Goret (pianiste notamment pour Juliette, Anne Sylvestre, Allain Leprest, etc…) a rejoint Angèle sur scène, au piano et aux arrangements.

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(Photo : Cédrick Nöt)

angèle,interview,mandorInterview :

Je crois savoir que tes parents écoutaient beaucoup de musiques quand tu étais plus jeune.

Ils écoutaient chacun un style différent. Ma mère était une fan de chansons françaises et de variétés. Dans le film La femme d’à côté de François Truffaut, à un moment, Gérard Depardieu vient voir Fanny Ardant. Ils ont une histoire d’amour tumultueuse. Il lui apporte un petit transistor pour qu’elle écoute de la musique. Il a un air méprisant parce qu’elle aime écouter des chansons. Elle lui dit que « la chanson, c’est l’art de raconter des choses qui servent à la vie en trois minutes ». Pour elle, c’est un grand art. Ma mère était pareille. Elle aimait aussi bien Fréhel, Piaf, Barbara que Souchon et Voulzy par exemple. Par contre, mon père était à fond musique classique et jazz. Mes parents se retrouvaient sur le jazz vocal. Billie Holiday était une voix de mon enfance.

Ce que tu fais aujourd’hui est l’intégration de tout ça ?

Oui, mais d’autres influences encore. J’ai mon parcours de rencontre musical personnel. J’ai une formation de piano classique. J’étais au Conservatoire à Paris en piano, solfège et chant. Je ne suis pas restée longtemps.

Ton père jouait du violon étant petit.

Oui, il est juif polonais. Il est né en France de justesse. Il était issu d’une famille très pauvre et il fallait s’en sortir par le talent et la musique. Ma grand-mère faisait les chœurs à l’opéra de Varsovie et mon grand-père était basse dans le même opéra. Il y avait dans ma famille, une culture de la musique.

Au bout d’un moment, tu as vécu la musique comme une obligation.

Oui, alors je m’en suis éloignée. J’ai toujours adoré lire, écrire et les mots m’ont toujours fasciné… le théâtre m’a interpellé pendant longtemps.

Clip de "Prélude".

Tu as souhaité devenir comédienne ?

J’ai tellement vu de comédie musicale quand j’étais gamine que, pour moi, devenir comédienne, ça voulait dire chanter, danser et jouer de la musique. Dans ma tête, c’était un ensemble. Après, je me suis rendu compte que non, alors j’ai privilégié la comédie, le jeu… mais tout en écrivant.

L’écriture est une constante dans ta vie ?

Oui, l’écriture de nouvelles, de romans, de poèmes… je crois que je me suis adonnée à toutes les formes à part les scénarii et du théâtre.

Paradoxalement, c’est pendant ton parcours de comédienne que tu t’es rapprochée de la musique. 

Dans ce métier-là, il y avait une forme de superficialité et je ne comprenais pas la logique de certaines choses. Au moins, la musique, c’était concret. Tu chantes juste, tu chantes faux, tu triches, tu ne triches pas… les choses sont claires.

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(Photo : Frédéric Petit)

Tu as recommencé la musique en allant à la Chope des Puces, à Paris.

C’était des guitaristes de jazz manouche qui jouaient là tous les samedis et les dimanches. J’y suis allée tous les dimanches pendant deux ans. Les musiciens qui m’ont entendu chanter m’ont dit que j’avais une belle voix, j’ai fini par chanter du jazz manouche et des chants tziganes avec eux. Par le biais de ces musiciens, j’en ai rencontré d’autres qui étaient brésiliens et j’ai aussi chanté avec eux. Pendant très longtemps, au hasard des rencontres, j’ai chanté dans une langue qui n’était pas la mienne, à chaque fois en m’immergeant dans une culture différente. Je me vis comme une éternelle étudiante en musique. Mes petites études au Conservatoire, par rapport à ce que je découvrais là, ce n’était pas grand-chose. L’enseignement de la musique en France est très dogmatique, tandis que mes expériences musicales ont fait exploser les barrières. J’ai découvert que l’on pouvait chanter, écrire et composer de plein de manières différentes.

Clip de "Colin-maillard".

Aujourd’hui, tu es revenue vers une facture un peu plus classique de la chanson.

Les rares fois où je chantais en français, je sentais qu’il y avait une connexion immédiate, parce que c’était la langue du public qui venait me voir. Le français est ma langue et chaque mot était chargé de mon histoire. En tant que chanteuse, j’ai eu l’impression de vivre la vraie rencontre avec le public à ce moment-là. Je me suis mise de plus en plus à écrire en français et j’ai eu envie de m’entourer d’une équipe pour aller chanter mes chansons sur scène.

Après ton EP, tu travailles sur de nouvelles chansons ?

Je suis en train de travailler à une forme qui ira plus loin que ce que j’ai proposé jusqu’à présent. J’ai beaucoup tourné en piano voix pour des raisons économiques, mais là, j’ai envie d’une formule à deux ou trois musiciens sur scène avec des sonorités hyper importantes pour moi. Je voudrais une guitare électrique, une batterie et un oud … A long terme, je cherche à être entourée. Pour l’instant, tout est fait maison.

Tu as ta propre personnalité et ton propre univers, mais parfois flotte un air de Babx ou de L. Tu n’es pas aux antipodes en tout cas, ce qui, de ma part, est un sacré compliment.

Je connais un peu Babx, nous nous sommes croisés à une période de nos vies, mais on ne s’est pas vus depuis des années. Je sais juste que nous avons écouté les mêmes choses et que nous avons les mêmes goûts en matière de musique, donc forcément, puisque nous avons des influences communes, il y a des choses qui vont se retrouver dans la façon d’écrire et dans la façon d’être en scène face aux gens. J’assume très bien les similitudes. C’est même flatteur que l’on m’en fasse la remarque.

Extrait d'un concert d'Angèle à l'ACP Manufacture Chanson, "Boite à musique" (avec au piano, Didier Goret).

Etre artiste en 2015, c’est dur ?

Oui, c’est un combat, mais jalonné de moments très intenses, très beaux. C’est très « cliché » ce que je vais te dire, mais je suis heureuse de me lever tous les matins en me disant que je vais écrire et composer. Pour répondre à ta question. C’est un combat que j’accepte de vivre.

Quel est le genre d’artiste que tu respectes et aimes ?

Celui qui propose un truc qui dépasse l’intime et qui rencontre ce que, moi, j’ai de plus intime. Ça me permet de me sentir… moins seule. Intrinsèquement, profondément, charnellement, en tant qu’être humain, il m’arrive de me sentir reliée à un artiste. Ça m’a fait ça avec la regrettée Lhasa que j’avais vu en concert au Grand Rex. Ce sont des gens comme ça qui, par l’affirmation de leur imaginaire et cette proposition d’aller vers un rapport hyper sincère au fond d’eux-mêmes pour aller inventer, réinventer qui ils sont, qui me touche au plus haut degré. Comme je suis très ambitieuse, c’est ce que j’essaie de proposer aux gens qui viennent me voir.

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(Photo : Thomas Bader)

angèle,interview,mandor(A gauche: Angèle, notre ami commun, le subtil et délicat Bastien Lucas et Mandor).

Quand tu écris, il n’y a pas quelque chose de l’ordre du mystique ?

Je pars souvent d’une phrase banale liée à des choses que j’ai vécues, des choses personnelles ou que j’ai pu observer, mais souvent, ce sont des événements sur lesquels je ne me suis pas attardée. Sur le moment, j’ai cru que ça n’avait pas vraiment d’importance. De cette phrase naît tout un processus d’imbrication de pensées, de mots qui forment, au bout d’un moment, une chanson. Je rejoins ta question… par moment, j’ai l’impression que cela m’est dicté.

Et pour la musique ?

J’écris d’abord les paroles et la musique vient ensuite. Une des phrases du morceau va sonner d’une certaine manière et l’intonation va induire une musique. Tout est logique dans la musique. On croit que ça forme une contrainte, mais au contraire, ça offre beaucoup de libertés. Il faut juste trouver le chemin le plus proche de ce que tu as voulu exprimer dans la chanson. Quand j’écris une chanson, j’ai l’impression de forer un puits.

Un artiste est souvent pudique, pourtant il se déshabille sur scène.

Dans la vie, je suis très pudique et sur scène, ce que je cherche, c’est la transparence, c’est-à-dire que je suis encore plus qu’à poil. C’est le dénuement le plus total. C’est ce que je ressens intimement, profondément, que je vais laisser voir. Je ne vais pas le montrer, je vais juste le laisser voir. Et désormais, je ne vais plus hésiter à plonger dans les failles…

Il faut avoir des failles pour chanter des chansons qui montrent les failles ?

Ça peut-être pratique oui.

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Après l'interview, à l'agence.

Bonus : LA B.A.C - EPISODE 2 - PRÉLUDE

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Le numéro 2 de la géniale série hexagonale. Un trio de choc qui enquête dans le milieu de la chanson. Cette fois-ci, Mad, Mercier et Desreumaux s'en prennent à Angèle.  

29 septembre 2015

Arnaud Balvay et Nicolas Cabos: Interview pour John Ford et les indiens

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Connu pour avoir très mauvais caractère, le réalisateur de western, John Ford, ne s'est pas fait que des amis dans le métier. Il s'est cependant beaucoup attaché aux Indiens qu'il a employés dans une dizaine de ses films. Des Navajos pour l'essentiel, qui l'ont accueilli à Monument Valley, leur vallée sacrée devenue l'un des endroits de prédilection du maître du western. Dans John Ford et les indiens, les deux cinéphiles, Arnaud Balvay et Nicolas Cabos, ont recueilli les témoignages des Navajos et de leurs descendants pour reconstituer un pan de l'histoire du septième art américain et pour brosser le portrait complexe d'un homme bourru. Le regard que porte le cinéaste irlandais sur les Indiens, qui ont longtemps été considérés comme des êtres stupides et alcooliques, a évolué au fil de ses longs-métrages. Après ce livre, on reverra différemment les westerns de ce géant du cinéma.

Le 9 juillet dernier, ces deux érudits, aux propos parfois mordants, sont venus me voir à l’agence pour évoquer ce livre. (Merci à Olivier Portnoi pour la suggestion et la mise en contact entre eux et moi).

arnaud balvay,nicolas cabos,john ford et les indiens,navajos,interview,mandor4e de couverture :

John Ford et les Indiens, c’est l’histoire d’une rencontre.

En 1938, alors qu’il est à la recherche d’un lieu pour tourner La Chevauchée fantastique, qui va relancer le western, John Ford découvre Monument Valley et ses habitants : les Indiens Navajos.

Après ce premier contact, Ford et les Navajos s’illustrent chacun de leur côté pendant la Seconde guerre mondiale avant de se retrouver en 1946 pour La Poursuite infernale. Jusqu’à la fin de sa vie, en 1973, John Ford tournera sept autres films avec les Navajos.

Au cours de ces trois décennies, le réalisateur et les Amérindiens ne cesseront de se découvrir mutuellement et noueront des liens forts et durables. Ces relations feront évoluer les conceptions de Ford au sujet des « Native Americans », modifieront sa façon de les filmer et amélioreront pour un temps la vie matérielle des Navajos.

En s’appuyant sur les archives du réalisateur et des témoignages inédits, le livre raconte cet âge d’or vu des « deux côtés de l’épopée » comme disait Ford.

Les auteurs : arnaud balvay,nicolas cabos,john ford et les indiens,navajos,interview,mandor

Arnaud Balvay est docteur en histoire, spécialiste de l’Amérique du Nord et des Amérindiens. Il a publié plusieurs articles et ouvrages spécialisés (L’Épée et la plume. Amérindiens et soldats des troupes de la marine en Louisiane et au Pays d’en Haut (1683-1763), Québec, 2006 ; La Révolte des Natchez, Paris, 2008). Depuis près de vingt ans, il entretient des relations avec des amis navajos vivant à Phœnix, Flagstaff ou Kayenta.

Nicolas Cabos est professeur de cinéma, chroniqueur, scénariste, auteur dramatique et metteur en scène. Professeur à l’École Supérieure de Gestion, il anime un cours de cinéphilie destiné à des étudiants en master de production audiovisuelle. Co-commissaire de l’exposition Le Cinéma à Saint-Cloud, le rêve et l’industrie, au Musée des Avelines de Saint-Cloud en 2012, il en a également co-signé le catalogue.

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Arnaud Balvay et Nicolas Cabos (1er et 3eme à gauche) avec des Navajos à Monument Valley.

arnaud balvay,nicolas cabos,john ford et les indiens,navajos,interview,mandorInterview :

Est-ce que l’on peut dire que Nicolas Cabos est plus spécialisé sur John Ford et Arnaud Balvay sur les indiens d’Amérique du Nord ?

Nicolas Cabos : Le livre raconte la rencontre entre John Ford et les indiens. On peut dire que pour moi, c’était la rencontre avec la culture Navajo que je ne connaissais pas du tout et que pour Arnaud, c’était la rencontre avec John Ford. Il y a eu une complémentarité essentielle.

John Ford n’avait pas l’air d’être un homme facile à vivre.

Nicolas : En effet, c’était un vrai pitbull.

Arnaud Balvay : Il pouvait être aussi un gros con. Un peu raciste parfois.

Nicolas : Uniquement quand il s’était torché la veille, ce qu’il faisait régulièrement. Mais, il ne fallait pas du tout lui désobéir. Ford était extrêmement autoritaire envers tout le monde. Et bizarrement, il ne l’était pas envers les Navajos.

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Pourquoi ?

Arnaud : Parce qu’il avait un profond respect pour leur culture très riche. Il était aussi impressionné par leur façon de s’en sortir dans des conditions de vie compliquées.Quand tu découvres une culture jusqu’alors inconnue, tu as souvent un apriori positif… et quand tu as des choses à reprocher à ta société d’origine tu vas projeter tes envies et tes fantasmes sur cette autre culture. Je crois que c’est ce qu’il s’est passé avec John Ford.

Nicolas : Et Ford avait beaucoup de choses à reprocher à sa société d’origine. En fait, plus qu’un sale con, c’était un râleur congénital. Il n’était jamais content de rien, y compris de lui-même. Avec les Navajos, il a trouvé le seul peuple qu’il ait complètement respecté. Avec John Ford, ils faisaient leur travail sérieusement en ne se prenant pas pour plus que ce qu’ils n’étaient. Ford en avait marre d’Hollywood et de tous les gens qui avaient un melon pas possible, donc être en compagnie de gens qui étaient naturels lui faisait du bien. Et puis, il y avait des aspects de la vie des Navajos qu’il enviait un peu.

Lesquels ?

Nicolas : La communion avec la nature.

Arnaud : La vie avec les chevaux et le respect des traditions.

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Au début, John Ford leur faisait jouer des caricatures d’indiens. Il ne leur a d’ailleurs jamais fait jouer des Navajos (le plus souvent des Cheyennes) même si les danses et les chants filmés étaient authentiquement navajos.

Nicolas : C’est l’idée qu’il a voulu donner de ces indiens-là qui n’étaient pas complètement vrais. Il n’a pas caricaturé les indiens, il a caricaturé l’ensemble de l’ouest. Au départ, dans la manière de construire les narrations de ses films, les indiens, ce n’est pas ce qui l’intéressaient. Lui, ce qui l’intéressait, c’était l’ouest et son imagerie. Là où « La chevauchée fantastique » à une importance primordiale chez Ford, c’est qu’il va tomber amoureux de Monument Valley et donc tomber dans un amour esthétique pour les Navajos. A partir de là, il a commencé à s’intéresser à eux, puis à leur culture. Pour lui, les Navajos sont devenus l’ouest.

Arnaud, toi qui est défenseur des indiens d’Amérique du Nord, tu as été agacé parfois par les films de John Ford ?

Arnaud : Ce n’était pas par rapport aux indiens. Moi, voir un mec à cheval tourner en rond pendant des heures, ça ne me passionne pas plus que ça.

Nicolas : Oui, mais ça correspond tout à fait à la narration du film. L’indien essaie d’aller d’un point A à un point B et il n’y arrive jamais.

Arnaud : Avant tout, chez Ford, c’est son pragmatisme qu’il faut noter. S’il faut caricaturer les indiens pour que le film marche, il n’hésite pas.

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Vous aviez déjà une très grande connaissance de vos sujets respectifs. En vous rendant à Monument Valley pour interviewer les descendants de ces indiens Navajos, très franchement, vous avez appris beaucoup ?

Nicolas : On a appris plein de choses sur le fond, notamment sur la manière dont eux ressentaient John Ford et ce que sa venue leur a apporté. Il y a des anecdotes sur lui qui sont relayés dans tous les livres, dont on a appris qu’elles sont complètement fausses. Par exemple, le fait que les Navajos disent n’importe quoi en Navajo dans les films de Ford, c’est absolument faux.

Arnaud : Nous n’avons pas fait preuve de naïveté. Quand les indiens nous disaient quelque chose, nous vérifions les propos en recoupant les informations. Nous avons fait un vrai travail d’historien pour être au plus près de la vérité.

Il y a une certaine jubilation à casser des idées reçues ?

Arnaud : Moi, j’aime bien casser des mythes.

Nicolas : Quand j’ai rencontré Arnaud, il m’a dit « j’aime bien Monument Valley, mais Ford, ça me fait chier, je n’aime pas ses films ! » Il était sur la même ligne que Tarantino. Il pensait  que dans les films de Ford, les indiens étaient décérébrés et qu’ils tombaient comme des mouches au moindre coup de feu. Je pense que le mythe de Ford, réalisateur raciste est tombé chez Arnaud.

Arnaud : Mais toi,  tu idolâtrais Ford, j’ai réussi à amoindrir ton exaltation (rires).  

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Pendant l'interview...

Votre livre est magnifique. Dans le fond comme dans la forme… et il semblerait qu’il soit bien reçu par les lecteurs.

Arnaud : Ce n’est pas le premier livre que je sors. A chaque fois, on envoie 150 exemplaires aux journalistes et je n’ai jamais eu plus de trois critiques. Là, on a fait des émissions de télé et de radio et on a eu beaucoup d’articles, souvent élogieux. Je remercie notre attachée de presse (sourire).

Nicolas : Quand je vois que notre livre est « coup de cœur » d’un libraire à Marseille, ça me fait infiniment plaisir. Et j’ai aussi remarqué que certains lecteurs qui n’y connaissaient rien au cinéma en général et sur Ford en particulier y ont trouvé du plaisir.

C’est dommage que vous n’ayez rien filmé.

Arnaud : Mais, on a filmé. Nous prévoyons de faire un documentaire à partir de ces images. Il y a un producteur qui est en train de chercher les financiers.

A mon avis, ce livre va devenir le livre référence sur John Ford.

Nicolas et Arnaud: Nous l’espérons.

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Arnaud Balvay (à gauche) et Nicolas Cabos, après l'interview le 9 juillet 2015.

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09 septembre 2015

Laurent Kebous et Napo Romero : interview pour Les Hurlements d'Léo chantent Mano Solo

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Mano Solo est au centre d'un album/hommage imaginé par le groupe Les Hurlements D'Léo avec une pléiade d'invités. Les Hurlements d'Léo chantent Mano Solo est une belle somme "dans l'esprit de..." qui rassemble autour du chanteur libertaire toute une famille de musiciens alternatifs. Ils ont puisé largement dans le répertoire des débuts (pas moins de dix titres sont extraits de son premier album) et des Frères Misère, son éphémère groupe de punk. Epaulés par les compagnons de route du sieur Solo – dont le guitariste de tous ses groupes, Napo Romero - et une belle brochette d'invités issus pour la plupart de la scène festive (Les Ogres de Barback (mandorisés là), Debout sur le Zinc, Babylon Circus, La Ruda…)

Le 25 juin dernier, j’ai pris un café en compagnie de Laurent Kebous (chanteur leader des Hurlements d'Léo) et de Napo Romero (guitariste des Gutter Rats, des Chihuahuas et des Frères Misère, les trois groupes qu'a emmené Mano Solo en marge des disques en son nom).

les hurlements d'léo,les hurlements d'léo chantent mano solo,laurent kebous,napo romero,mano solo,interview,mandorArgumentaire de presse :

Chanter Solo. A huit. Hurler sa rage, porter son énergie rock, distiller sa poésie héritée des plus grands auteurs français. Cela ne pouvait qu’être eux. Les Hurlements d’Léo s’attaquent à Mano, en petits frères de la même trempe. Celle qui noue le ventre et illumine les rires.

Celle qui rend la vie plus intense. Celle qui ne se résigne pas à voir les fascismes en tous genres ramper dans les cerveaux d’une France malade de ses peurs. Celle dont les colères se chantent haut et fort. Les Hurlements ne pouvant penser que collectif, l’idée d’enregistrer les chansons avec des invités fait rapidement son chemin. Sur des cuivres délicats, Nilda Fernandez (mandorisé ici)apporte une belle sensualité à « Allo Paris », la grande Francesca Solleville porte « Le monde entier » avec une tremblante intensité. Romain Humeau (Eiffel) dépose « Le limon » avec une grâce touchante.

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Ne pas se fier à leur ragga lent aux senteurs d’orient : les Toulousains de Zebda (mandorisé ici) regardent « Les habitants du feu rouge » avec la même fraternité déchirée. Et déchirante. La copine Mell (mandorisée là (« Y’a maldonne »), l’incandescente Melissmell (mandorisée ici) (« La rouille »), le compagnon de route bordelais Bertrand Cantat (« Allez viens »), les potes des Ogres de Barback (« Sacré cœur »), les copains de Debout sur le zinc (« Une image ») et les autres…

Derrière chacun dans le studio, les Hurlements épaulés de Napo Romero toujours, assurent une toile de fond à la couleur musicale commune donnant aussi au disque sa cohérence dans sa diversité.

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les hurlements d'léo,les hurlements d'léo chantent mano solo,laurent kebous,napo romero,mano solo,interview,mandorInterview :

Laurent, c’est toi qui es l’initiateur de ce projet. 

Laurent Kebous : J’ai eu cette idée dans un camion, à la fin de la tournée « Bordel de luxe ». J’ai lâché ça en ne sachant pas trop avec qui j’allais le faire, ni comment. Les autres membres du groupe m’ont dit qu’ils étaient bien chauds pour participer à l’aventure eux aussi. Ça m’a fait plaisir de monter ce projet avec cette famille-là. Au départ, je voulais enregistrer ce disque avec plein de gens de l’extérieur… mais c’est très bien que cela se soit déroulé ainsi.

Quand les Hurlements d’Léo ont dit qu’ils participaient, il a fallu mettre le projet en route.

Laurent : Le rendez-vous qui a été primordial, c’était celui avec Fatia. La manageuse de Mano Solo a été la clef qui a ouvert toutes les portes. On s’est donné rendez-vous à Paris et on a discuté pendant trois heures.

Tu voulais son accord ?

Laurent : Non, je voulais lui dire que l’on voulait faire ce projet, je voulais aussi lui parler du parcours des Hurlement d’Léo et pourquoi on en était arrivé là. Mais, elle a trouvé notre démarche intéressante et nous a promis de la soutenir. Cela dit, je tiens à préciser que le répertoire de Mano Solo ne nous appartient pas et que nous ne sommes pas les gardiens du temple. Tant mieux si un autre projet autour de Mano Solo voit le jour.

C’est Fatia qui t’a mis en contact avec Napo Romero, le guitariste de Mano Solo et de sesles hurlements d'léo,les hurlements d'léo chantent mano solo,laurent kebous,napo romero,mano solo,interview,mandor groupes.

Laurent : J’appelle Napo et on parle un long moment. Nous nous étions déjà croisé sur des festivals, mais sans plus. En parlant, on se rend compte que nous avons des idées et des idéologies communes.

Vous l’avez donc inclus dans le projet ?

Laurent : On a laissé faire les évènements et les choses se sont mises en place. Quand Napo est arrivé, le projet a pris vie avec tous les protagonistes et c’est devenu ce que tu connais aujourd’hui.

Napo, quand Laurent t’a parlé de ce projet, tu as pensé quoi ?

Napo Romero : A ce moment-là, j’avais dans l’idée de remonter les Frères Misère, l’un des groupes de Mano dont j’étais guitariste. Mano étant parti en 2010, j’estimais que le temps de deuil était passé et que c’était le moment de faire quelque chose pour lui rendre hommage. J’ai donc proposé à Laurent de créer des co-plateaux Hurlement d’Léo / Frères Misère. Mais très vite, je me suis rendu compte que Frères Misère, ce n’était pas pour demain et que son projet à lui était bien pour demain.  

Mano Solo reprend en public un titre de l'album des "Frères Misère", groupe dont il était la voix et le parolier. "Je me suis fait du mal" (Mano Solo / Frères Misère, Polygram, 1996).

Avec Mano Solo, vous vous êtes connus jeunes ?

Napo : On avait 17 ans. Nous avons eu de rapports assez spéciaux. De douleur, d’amour, de combat, de haine… on a tout connu, tout traversé. Je suis super content parce qu’avec ce projet, je retrouve un truc là où je l’ai laissé. Moi, j’ai travaillé pour les deux premiers albums de Mano et l’album des Frères Misère et, il se trouve que les Hurlement d’Léo, dans leur choix de morceaux, ont surtout choisi des morceaux de ces trois albums.

Laurent : Avec Erwan Naour, avec qui j’ai monté les Hurlements d’Léo,  nous avons appris à jouer sur des chansons de Mano Solo du premier album. C’est un peu lui qui nous a permis de nous décomplexer par rapport à l’écriture et à aller vers cette poésie crue, lucide et ancrée dans son temps. Les deux premiers disques et l’album des Frères Misère, c’est vraiment ce qu’on a préféré de cet artiste.

Napo : Je voudrais ajouter qu’il y avait un grand intérêt pour moi de rencontrer une génération de musiciens que j’avais laissé échapper. Je connaissais Les Hurlements d’Léo, Les Ogres de Barback, toute cette mouvance, mais juste de nom. Avec ce projet, j’ai la chance de les connaître de l’intérieur. Cette génération-là est un peu héritière de Mano Solo ou de Renaud, des gens qui disaient des vraies choses et surtout rien d’inutile. Ils enlevaient leur pudeur pour pouvoir le faire.

Mano Solo chante "Trop de silence" en 1995 au Bataclan.

Laurent, tu as rencontré Mano Solo une fois, je crois ?

Laurent : Oui, c’était en 1997, à Vitrolles. Une salle de spectacle, Le Sous-Marin, a été fermée par le Front National dès qu’ils ont pris les clefs de la ville. Les associations militantes sur place se fédèrent. Elles louent un chapiteau et l’installent à la limite de la ville, juste devant le panneau Vitrolles. Ils organisent quatre jours de débats et de concerts. Mano est invité et nous aussi. On se croise et on discute dix minutes. Cet entretien a été très furtif.  Le gars n’était pas là pour rien et c’est de cela que nous avons parlé. Se servir de sa musique et de ses propos pour défendre ou combattre quelque chose, c’était son credo.

C’est le rôle de l’artiste ?

Napo : Oui, le rôle de l’artiste, c’est un rôle de journaliste. On écrit sur son temps et on parle de ce que l’on voit et de ce que l’on ressent.

On peut considérer que le reste peut exister ? Faire de la musique pour divertir ou détendre…

Laurent : Oui, ce n’est pas notre cas, comme tu le sais. On prend position pour ou contre des choses.

Napo : Les Hurlements d’Léo n’est pas un groupe engagé, c’est un groupe qui s’engage.

Laurent : On est impliqué. On vit notre temps et on voit ce qu’il se passe, donc on en parle. Parfois, ça fait un peu chier les gens, mais il n’y a pas que ça sur une heure et demie de concert. On a aussi de très belles chansons d’amour. Les mecs qui parlent de leur nombril toute la journée et qui envahissent les ondes, ils nous pourrissent les esgourdes, je suis désolé.

Napo : En ce moment, en France, on est avec des ennemis. Les fascistes sont des ennemis. Historiquement, ma famille a quitté l’Espagne avec Franco et moi, aujourd’hui, je me demande si je vais devoir quitter la France quand le FN sera au pouvoir. Merde ! Il y a un moment où tu ne peux pas ne rien dire. Toute ma vie, je me suis battu contre les fascistes et contre les Lepen. Quand je vois où nous en sommes aujourd’hui, je me dis qu’on a bien fait de combattre, sinon, ce serait encore pire. On ne peut pas ne rien dire. On ne peut pas venir chanter sa petite chanson d’amour à la télé ou à la radio. Il faut prendre la parole dès que c’est possible. Le peuple a besoin de parler et les artistes sont aussi les représentants du peuple.

As-tu l’impression que l’artiste est mal vu aujourd’hui dans la société?

Napo : Mais tu as vu le statut de l’artiste ? On est déconsidéré sur tous les points de vue. Nous, les intermittents du spectacle, nous sommes des profiteurs du système. Nous sommes devenus des bobos… Avec tous les gouvernements de droite successifs, on s’en est pris plein la gueule. Et tous les métiers de l’art, c’est comme ça. Je veux prendre la route et chanter des chansons d’amour et des chansons révolutionnaires. Je suis désolé, je ramène tout à ça, mais on n’en peut plus. J’ai envie de gueuler.

Laurent, tu es moins radical que Napo, il me semble ?

Laurent : Je le suis autant, mais pas de la même façon. Avec mon autre groupe, El Comunero, on fait des chants révolutionnaires espagnols. J’ai cette soupape pour gueuler au monde entier que ça va mal.

Napo : Je te parle de ça parce que, pour moi, Mano Solo, c’est aussi ça. C’est quelqu’un qui dit ce qu’il pense au moment où il le pense. J’ai l’impression que tout le monde fait des chichis et que personne ne dit la vérité. On enjolive tout, on fait gaffe de ne vexer personne. Un artiste n’a pas à se préserver pour conserver son public. On n’est pas artiste pour vendre des disques.

Teaser #1 de l'album Les Hurlements d'Léo chantent Mano Solo.

En tout cas, c’est bien de permettre que l’œuvre importante de Mano Solo soit connue d’une nouvelle génération.

Laurent : On voulait toucher le plus largement possible un auditoire qu’il n’avait plus beaucoup à la fin. C’est pour cela qu’il y a beaucoup d’invités. Mano, il a été plébiscité plus pour sa maladie que pour sa musique. Beaucoup de femmes adulaient ce mec dans les concerts. Il était beau, flamboyant et il criait à tout le monde qu’il était en train de crever, mais qu’il était plus vivant que tout le monde. Il donnait une énergie incroyable à ceux qu’il rencontrait et à ceux qui venaient le voir en concert. Il en avait ras le bol que les médias ne parlent que de son Sida et pas de ses chansons. A la fin, je crois que Mano Solo était boudé des ondes parce qu’il critiquait trop le système médiatique.

Napo : C’était un artiste difficile. Lui-même était un outsider dès le départ. Il était parfois un peu extrême.

Sur le disque, je ne m’attendais pas à trouver un groupe comme Zebda.

Laurent : On s’est connecté avec eux, on a discuté et on s’est aperçu que la femme d’Akim, un des chanteurs du groupe, aime beaucoup Mano Solo. Du coup, ils nous proposent de changer le morceau qui leur avait été attribué. Ce que nous avons accepté. Ils ont vraiment fusionné leur musique avec celle de Mano.

Napo : Quand tu entends un membre de Zebda dire qu’il a découvert un artiste et qu’il n’a pas fini de le découvrir, je trouve ça génial. Il pensait que toutes ses chansons parlaient de ses problèmes personnels. De leur côté, les Zebda ont découvert qu’il pouvait aussi chanter l’amour, la vie, la résurrection, la force, le combat.

Quand le projet a fait le tour de ce monde-là, est-ce que des artistes ont sonné à votre porte pour en être ?

Laurent : Il y en a qui ont pu agir ainsi, mais plus finement que tu ne poses la question. Tous les gens qui sont sur cet album sont des gens assez fins.

Napo : Ce n’est pas la bande à Renaud !

Laurent : Notre album est garanti 100% sans Enfoiré.  Il y en a qui, par des détours, nous ont dit qu’ils étaient intéressés et d’autres que nous sommes allés chercher. Certains ont accepté, d’autres pas.

Il y a eu des refus ?

Laurent : Juste un, parce qu’il ne se sentait pas défendre une chanson de Mano Solo. C’est un chanteur qu’on aime bien, issu de la scène française metal.

Dis-moi qui.

Après tout, ce n’est pas un secret d’état. C’est Renaud de Lofofora (mandorisé là). On lui a proposé un morceau des Frères Misère, il a écouté et il nous a dit que ça ne lui évoquait rien et qu’il refusait donc de participer. Mais il l’a dit très gentiment et c’est honnête de sa part. Sinon, je regrette la non-participation de Christian Olivier. Il était occupé à préparer une expo. Après, on a été au plus simple. Quand on avait trop d’entremetteurs pour toucher un artiste, on a botté en touche. On voulait rester sur la rencontre et sur l’humain.

Napo : On n’a pas fait appel qu’à des gens connus. Je trouve ça très bien que ce disque serve à faire connaître de nouveaux artistes qui ont de très gros talents.

"Allez viens" par Bertrand Cantat.

J’ai entendu dire que Mano Solo n’aimait pas Bertrand Cantat, or, on le retrouve dans le disque. Cela m’a étonné.

Laurent : Mano Solo n’aimait pas Noir Désir, ce qui est tout à fait différent. Il n’a jamais rien dit d’autre. Ca coupe court à tout débat.

Napo : Cela dit, autant Melismell a transcendé « La rouille », autant lui n’a pas transcendé « Allez viens ! » Je le trouve trop serré, trop tendu.

Laurent : Ah bon ? Mais par rapport au texte, je le trouve super. C’est pour cela qu’il est dans ce registre-là, je pense. Cantat et ses copains Noir Désir ont inspiré certains jeunes gens qui commençaient à faire de la musique et ils ont insufflé une idée de comment se positionner par rapport à son rôle d’artiste. Utiliser certains médias, mais ne pas être tout le temps dans l’opportunisme de se montrer partout en faisant n’importe quoi.

Napo : Il a dit dans un film que l’on a fait pour un teaser : « Mano Solo, c’est comme moi. C’est de la drogue dure, c’est trop violent, c’est trop dangereux, il faut consommer avec modération ». Ce passage n’est pas dans le teaser, mais il a été filmé.

"La rouille" chantée par Melissmell.

Dans ce projet, il fallait garder une cohésion musicale.

Laurent : Comme Les Hurlements d’Léo jouent sur tous les morceaux, elle est là la cohésion musicale. En ce sens, ce disque n’est pas vraiment un « tribute ». Un « tribute » est fait par des gens qui enregistrent chacun de leur côté et qui rendent leur copie quand elle est terminée. Là, tous les artistes étaient invités dans notre studio. On a joué ces morceaux pendant 50 dates en live, je pense qu’on peut considérer qu’on les maitrise… Il y a notre son présent sur les 26 titres.

Il y a eu des fusions avec des groupes ?

Laurent : Bien sûr et heureusement. On parlait de Zebda tout à l’heure, mais il y a eu aussi Babylone Circus et Melissmel, par exemple.

Vous êtes sur ce projet depuis deux ans. Craignez-vous que cet album ne trouve pas son public ?

Laurent : On est heureux d’avoir porté ce projet jusqu’au bout. Ça n’a pas toujours été une entreprise très facile. On savait que l’on s’attaquait à un monument. Pour certains, Mano Solo est Dieu le père.

Napo : Il y a plein de gens qui ne pouvaient pas s’imaginer que l’on pouvait reprendre Mano Solo. Quand ils ont vu et entendu notre travail, ils n’ont pu que constater le respect de l’œuvre et de l’artiste.

Laurent : Il y avait des gens sceptiques qui se raccrochent aujourd’hui aux wagons parce qu’ils ont compris.

Il était impossible qu’il n’y ait qu’un chanteur qui s’attaque à ce répertoire…

Laurent : Tu as raison. Si on avait choisi une seule personne pour être le porte-voix de Mano Solo, le projet crevait dans l’œuf. Personne ne peut se prendre pour lui tant il était unique.

Fred des Ogres de Barback a accompagné les Hurlements d'Léo sur la tournée les Hurlements d'Léo chantent Mano Solo.

Chanter Mano Solo, ça ne doit pas être évident.

Napo : Pour moi, ce qui est important, c’est qu’il y ait une intensité dans le chant.

Laurent : Moi, je suis dans l’interprétation, mais on a un timbre, Mano Solo et moi, qui n’est pas aux antipodes.

Napo : On a essayé de ne pas dénaturer les lignes de chant.

Laurent : On n’a pas touché aux mots, ni aux mélodies vocales. Avec les arrangements, par contre, on n’y a pas été avec le dos de la cuillère. On voulait quand même que ça reste Les Hurlements d’Léo chantent Mano Solo.

Napo : Ce qui est chouette, c’est que l’on a la chance que ce ne soit pas le énième projet sur Mano Solo.

Oui, et il va falloir s’accrocher pour faire mieux.

Napo : Nous, on a fait ça avec une approche, une réflexion. Ce n’est pas tout le monde qui se donne ces moyens-là pour rendre hommage à un artiste.

Laurent : Mano Solo est l’un des auteurs majeurs de sa génération. Je pense même que c’est le meilleur. Il fallait être digne de lui.

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Après l'interview le 25 juin 2015, avec Laurent Kebous (à gauche) et Napo Romero (à droite) au bar La Fourmi (Pigalle).

25 août 2015

Frank Darcel : interview pour l'EP de Republik (et l'album Elements... à venir)

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(Photo : Philippe Boulben)

franck darcel,republik ep,elements,marquis de sade,mandorFranck Darcel (à gauche, au début des années 80, avec Etienne Daho et Arnold Turboust), je le connaissais comme le créateur et leader du groupe rennais Marquis de Sade et comme le réalisateur des deux premiers albums d’Etienne Daho. Je savais qu’il continuait à jouer de la musique à droite à gauche… mais pas grand-chose d’autre.

Un jour, j’ai reçu l’EP de Republik. Du rock à l’américaine des années 70. Pas ma musique de prédilection, mais il se dégage quelque chose de puissant et d’envoutant dans ces quatre morceaux. Puis je remarque que Franck Darcel est le créateur, leader et chanteur du groupe. Son attachée de presse (que j’apprécie beaucoup), Sissi Kessaï, me demande si je suis intéressé de le rencontrer en vue d’une mandorisation. On ne refuse pas un musicien qui a marqué le rock français. Et j’étais curieux de me retrouver face à cet homme qui me paraissait un peu rustre et peu enclin à répondre aux interviews. En réalité, le 3 juin dernier, c’est un homme à l’exact opposé à qui j’ai posé des questions (sacré à priori !)

Biographie : Les premiers éléments (par Antonio de Bragança) :

Ancien guitariste de Marquis de Sade et d’Octobre (qui avait comme lead vocal Pascal franck darcel,republik ep,elements,marquis de sade,mandorObispo... voir photo à droite), producteur entre autres d’albums d’Étienne Daho, d’Alan Stivell, GNR au Portugal ou très récemment de James Chance, Frank Darcel revient à ses premiers amours : la guitare électrique. Le nouveau Republik, groupe dans lequel Darcel assure maintenant également le chant, cite parfois l’errance des dowtown rockers d’une ville fruit qu’on imagine éternelle. Rien de nostalgique ici pourtant puisque le projet se nourrit autant des chutes de murs et autre changement de siècle et compte sur les mordants Stéphane Kerihuel à la guitare, Eva Montfort à la basse et Federico Climovich à la batterie.

franck darcel,republik ep,elements,marquis de sade,mandorÀ l’écoute de ces quatre titres annonçant l’album à venir de Republik, Elements, on pense à d’autres films, tournés en ocre et gris, avec des pointes de bleu, des films existant ou pas encore tournés.

« Saleen », balade aux accents faulknériens, frappe juste d’entrée avec ce soupçon d’electro et une mélodie imparable servie avec sensualité par la chaude voix du rocker rennais. Sur l’habité « Winter Of Love », ce n’est ni plus ni moins la section rythmique de Talking Heads et Tom Tom Club qui se mêle avec brio à la partie, quand Tina Weymouth officie à la basse et Chris Franz à la batterie. Dans cet hiver de l’amour qui évoque une ville qu’on ne peut quitter, Tina Weymouth prend aussi les chœurs en main avec son amie Wendy James. Vient ensuite « Reality », insolente saillie rock’n roll, imaginée par Darcel en hommage à son ami Jacno. Le quatre titres, pris d’une nostalgique et toute lisboète langueur, s’achève par le sombre et écorché « Move », serti par les claviers d’Adriano Cominotto.

Une des expériences les plus originales et excitantes du rock hexagonal et de ses extensions atlantiques.

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(Photo : Philippe Boulben)

franck darcel,republik ep,elements,marquis de sade,mandorInterview :

Qu’avez-vous fait ses dernières années avant de créer Republik ?

J’ai vécu une partie des années 90 au Portugal. Je me suis retrouvé là-bas à produire une artiste française au début des années 90, Arielle. J’ai découvert Lisbonne que je connaissais très peu et je suis tombé amoureux de la ville. Du coup, j’ai essayé de voir s’il n’y avait pas moyen de travailler pour des groupes portugais. L’opportunité m’en a été donnée en 1993. J’ai produit un groupe de cette ville et le titre que nous avons fait est devenu un très gros tube radio. C’est même devenu l’hymne des supporters du Benfica. C’est mon premier disque d’or portugais.

En 1995, vous décidez de vous installer là-bas.

Pour Sony, j’ai commencé à travailler avec un artiste qui s’appelle Paulo Gonzo. On a fait cinq albums ensemble. C’est un peu le Eros Ramazzoti portugais. Avec le deuxième album, nous avons été numéro un pendant six mois. J’ai vécu là-bas en famille et je suis rentré en 2000. Entre temps, j’ai fait un peu de musique capverdienne, du fado. J’ai travaillé aussi avec un groupe de Porto qui s’appelle GNR. Vu de France, il est logique que j’aie été porté disparu de la scène puisque je n’y étais plus.

franck darcel,republik ep,elements,marquis de sade,mandorQu’avez-vous fait en rentrant en France en 2000 ?

J’ai produit un album d’Alan Stivell, Back to Breizh. Ça m’a plu parce que c’était une manière assez sympa de revenir en Bretagne. Après, j’ai eu un petit accident d’oreille. Des acouphènes, à cause d’une sirène d’alarme. J’ai donc dû m’écarter des studios pendant quelques années. Je ne pouvais plus écouter fort. Je n’osais plus m’approcher d’une guitare parce que je savais que ça allait siffler un peu plus. A l’écart du monde musical, j’ai démarré une petite carrière de romancier avec un livre qui est sorti chez Flammarion, Le dériveur.

Ce n’était pas votre premier roman, il me semble.franck darcel,republik ep,elements,marquis de sade,mandor

En effet, j’avais écrit un roman à Lisbonne. Un ami, critique littéraire l’avait lu et trouvé pas mal. Il m’a mis en contact avec Flammarion. Je racontais ma vision de Lisbonne, c’était un peu mystique et, du coup, ça ne tenait pas vraiment debout. L’éditrice n’avait pas trop aimé, mais elle m’a demandé d’écrire quelque chose que je maîtrisais plus, comme par exemple, mon retour en Bretagne.  J’ai pris comme base la ville de Lorient et j’ai raconté l’histoire d’un ancien commando marine qui part en errance aux Etats-Unis. J’ai écrit ce livre en deux mois en demi et il a été publié. J’ai eu des bonnes critiques et on en a vendu un peu. Mon éditrice m’en a demandé un deuxième. A l’époque, je continuais à faire de l’édition musicale, ça m’évitait d’aller en studio, mais me permettait de rester en contact avec la musique. Je n’ai donc pas écrit de deuxième roman, mais j’ai proposé de retravailler mon premier roman portugais. Il a fini par sortir sous le titre L’ennemi de la chance, mais je pense que c’était une erreur de ma part de revenir sur ça.

franck darcel,republik ep,elements,marquis de sade,mandorParlez-moi de, Rok, l’anthologie du rock en Bretagne.

Je me suis dit qu’en Bretagne, il y avait quelque chose à raconter sur l’épopée du rock depuis le départ. La première vague rennaise vient du groupe dont je faisais partie, Marquis de Sade.  C’est autour de notre groupe que les Trans Musicales de Rennes se sont fondées. En discutant avec des musiciens du coin, je me suis rendu compte que des villes portuaires comme Brest et Saint-Nazaire avait eu une histoire très particulière avec le rock’n’roll. Saint-Nazaire, grâce à la base américaine qui était là. On a fait un vrai travail d’historien incluant des enquêtes universitaires. Ce projet complètement fou s’est avéré ne pas tenir en un tome. Le tome 1 est sorti en 2010 et raconte les années 60, 70 et 80. Le tome 2 est sorti il y a deux ans et raconte les années 90 à nos jours.

Vous qui avez été un agitateur musical de la scène rennaise, vous la suivez toujours de près ?

A Rennes, entre les anciens et la jeune vague, il y a très peu de liens. On ne fréquente pas les mêmes endroits, car il manque un endroit fédérateur où tout le monde pourrait se retrouver. Le fait que j’ai monté Republik depuis quelques mois a pour conséquence que nous nous retrouvons un peu en compétition.

Vous venez d’employer le mot compétition. C’est une compétition avec les autres groupes ?

Oui et c’est assez sain. Au début des années 80, il y avait beaucoup moins de groupes à Rennes, mais on se tirait un peu la bourre… ce qui était normal. Quelque chose a changé aujourd’hui. Comme les projets permettent moins aux jeunes de vivre de la musique, ils ont tendance à jouer dans plusieurs groupes. Ca complique énormément les choses au niveau des emplois du temps et à l’esprit de corps. Avant, quand on appartenait à un groupe, on le défendait à fond. Ça s’est un peu perdu. Quand on voit le même batteur ou le même guitariste dans trois groupes différents, on ne sait plus trop avec qui il joue.  

Selon vous, cela représente quoi Franck Darcel pour les jeunes musiciens rennais ? franck darcel,republik ep,elements,marquis de sade,mandor

Je sais que le groupe rennais Montgomery, dont je m’occupais et qui a sorti deux albums chez Naïve, était des grands fans de La Notte, la Notte d’Etienne Daho. Ils écoutaient souvent cet album et ils savaient que j’en étais le réalisateur. Je sentais qu’ils avaient du respect pour moi. Sinon, pendant les années 90, lors de ma période portugaise, quand je revenais à Rennes,  je crois que Marquis de Sade ne pesait plus grand-chose. C’est quand l’émission Les enfants du rock d’Antoine De Caunes a été mis sur YouTube en 2004 que les jeunes rennais ont pu voir ce que l’on représentait et ce que l’on faisait sur scène. Sans internet, je ne sais pas si le « mythe », entre guillemet, aurait pu durer longtemps.

franck darcel,republik ep,elements,marquis de sade,mandorMarquis de Sade a été un des premiers groupes de rock français important. Et pas qu’à Rennes !

On a dû un peu marquer l’époque, mais, en même temps, nous n’étions pas si nombreux que cela à faire ce genre de musique.

Mais, comment expliquez-vous que vous êtes devenus mythiques ?

Quand on s’arrête au bout de deux albums, en phase ascendante, il n’y a rien de mieux pour laisser un bon souvenir. Aujourd’hui, à Rennes, on reparle de nouveau de nous avec un certain respect.

Vous revenez avec Republik.  Ça n’a rien à voir avec Marquis de Sade, mais c’est un groupe tout de même très électrique, tendance années 70.

Depuis Marquis de Sade, en matière de rock, j’ai toujours été plus intéressé par ce qu’il se passait à New York que par ce qu’il se passait à Londres. J’avais la chance d’avoir un oncle d’Amérique qui vivait à New York. Dès 1975, j’ai commencé à aller là-bas. J’ai passé l’été 1978 à aller voir tous les groupes. J’ai été très influencé par eux. Richard Hell, Television, Talking Heads. Je reste dans cette mouvance-là.

Clip officiel de "Saleen".

Republik a changé plusieurs fois de formule.franck darcel,republik ep,elements,marquis de sade,mandor

Au départ, je ne me destinais pas au chant. J’avais peu d’expérience dans ce domaine, à part en tant que choriste. J’ai commencé à faire venir une section rythmique, puis on a répété et petit à petit, on est arrivé à une formule qui me paraissait intéressante. J’ai cherché un chanteur sur MySpace et on en a trouvé un. J’ai fait venir à la guitare Xavier Géronimi qui est un vieux compère, avec qui on a fait les premiers Daho, qui a été un guitariste de Bashung et qui est venu travailler avec moi au Portugal. Cette formule-là a trouvé ses limites assez rapidement. On a fait quelques concerts, dont un Nouveau Casino à Paris. Il y avait du monde, mais je crois que le groupe n’avait pas vraiment d’identité. Je l’ai donc mis en stand-by un moment. Comme le chanteur que nous avions jouait dans deux autres groupes, lorsque nous  voulions répéter plus, il n’était jamais là. Partager un batteur avec une autre formation, c’est faisable, mais partager son chanteur, ça devient plus compliqué. J’ai fini par me mettre à chanter.

Vous avez sorti un premier quatre titres, il y a trois ans.

Jean-Louis Brossard des Trans Musicales l’a écouté et nous a programmés en 2013. On n’avait plus de bassiste à l’époque. Le guitariste solo a invité Eva Monfort, une jeune fille qui joue très bien de la basse. Comme les Trans se sont bien passés, on s’est dit qu’on allait revenir dans cette configuration sérieusement.

franck darcel,republik ep,elements,marquis de sade,mandorDans ce deuxième EP, il y a des invités, notamment, Chris Franz et Tina Weymouth, la rythmique de Taking Heads.

Il y avait une espèce de légende urbaine qui disait que Tinaétait originaire du coin. Gilles Le Guen, qui a écrit dans le tome 2 de Rok, l’anthologie du rock en Bretagne, connaissait des gens qui connaissaient bien Tina et Chris. Il a envoyé un mail et un jour Tina a répondu qu’elle était bien originaire du coin. On s’est vu un été à Paimpol et nous sommes devenus très potes rapidement. J’ai été les voir eux Etats-Unis, puis eux sont venus nous voir en studio l’année dernière, alors que nous étions en plein enregistrement. Ils ont voulu écouter et ils ont trouvé que c’était vraiment bien. J’ai demandé à Chris s’ils joueraient sur un titre. Il nous a demandé de lui envoyer le titre en question. Début septembre j’ai reçu les sessions de« Winter of love ». En plus, Tina a fait des chœurs, ce que je ne lui avais pas demandé. J’ai trouvé ça génial. Avec les anglo-saxons, les choses se font naturellement.

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Pendant l'interview...

Cet EP est l’avant-première de l’album à venir, Elements.

On devrait le terminer incessamment. James Chance ou encore Yann Tiersen ont participé, eux aussi, à l’album, en plus des guitaristes Xavier Géronimi et Yann Le Ker. On prévoit qu’il soit dans les magasins vers la fin du mois d’octobre. On a sorti le clip en janvier, l’EP en juin et l’album sort en octobre. On fait avancer le projet Republik lentement, mais sûrement.

Vous êtes quelqu’un d’important dans le monde de la musique française et on a l’impression qu’avec ce projet, vous redémarrez à zéro, comme un débutant. Ce n’est pas un peu difficile parfois ?

Il y a toujours beaucoup de remises en questions. J’ai été dans des tas de projets. Certains ont marché, d’autres pas. J’évolue dans ce milieu de la musique toujours avec humilité. Je ne peux pas dire que je recommence tout à fait à zéro, car mon nom m’apporte tout de même quelques facilités, soyons honnête. Avoir Tina et Chris, par exemple, n’aurait pas été possible sans mon background. Accéder à quelques médias aussi, parce que je ne suis pas un inconnu. Il y a un effet de curiosité des journalistes. Comme vous par exemple.

Tout à fait. Avez-vous eu des premiers retours sur cet EP ?

Ce que j’ai lu ces dix derniers jours est en tout cas très encourageant. Ça bouge aussi en radio. C’est trop tôt pour être complètement optimiste…

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Pendant l'interview le 3 juin 2015, à l'agence.

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19 août 2015

Sollex : interview pour Chansons en roue libre.

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Romain Lefrançois, alias Sollex fait de la chanson en roue libre, un mélange séduisant de mélodies accrocheuses et de textes drôles et piquants. Il s’inscrit dans la lignée de Bénabar, Thomas Fersen (mandorisé là) ou Bobby Lapointe.

Il aime raconter des histoires, jouer avec les mots, camper des personnages hauts en couleur, embarquer les spectateurs dans son univers espiègle et décalé.

Le 24 juin dernier, nous nous sommes retrouvés dans un café parisien.

Biographie officielle (très largement écourtée):sollex,romain lefrançois,chansons en roue libre,interview,mandor

«Un adulte c’est un enfant qui a mal tourné.» Franquin.

Interprétées en solo, duo ou en trio, les chansons de Sollex interpellent l’enfant caché derrière la carapace de chaque adulte et ouvrent une parenthèse baroque, énergique et colorée vers un univers original.

En 2008, Romain sort des sentiers battus de l’open space où il travaille pour démarrer le projet SOLLEX. En souvenir d’un grand-père qui se rendait à l’usine de Bobigny en Solex et d’un père héritier du vélomoteur familial pour arpenter les rues de Paris, Romain reprend le flambeau 30 ans plus tard, mais lui rajoute deux « ailes » : deux ailes synonymes de liberté et d’évasion musicale.

sollex,romain lefrançois,chansons en roue libre,interview,mandorL’album :

Chansons en roue libre… est le premier album de Sollex. L’univers frais, espiègle, acide, grinçant et parfois déjanté de Romain qui s’adresse à des auditeurs de 4 à 104 ans appréciant la chanson dans ce qu’elle a de plus simple : des histoires, des émotions et de la fantaisie. Dans ce millefeuille musical, chaque chanson est une tranche de vie qui interpelle les grands comme les petits. Les textes qui dansent sur des rythmes variés, abordent la nostalgie, les rêves de gosses et les regrets d’adultes, l’amour, l’amitié, la mélancolie, la vie de bureau, la mer et les supers héros ! 

Dans cet album vous trouverez des sons et des bruits authentiques et insolites comme une « guitare baryton » (guitare désaccordée de 3 tons) en lieu et place d’une basse, une casserole, une sonnerie de four, un extrait de BFM dans la salle de bain de Laurent, des « frottements » sur un vieux jean de Romain pour imiter le bruit du train, plusieurs réveils matin et même le public du Trabendo lors du passage remarqué de Sollex entre les groupes Métal du Fallenfest… Vous découvrirez également la douce voix de Juliette Brousset sur « Coquillage et Nutella » et les diaboliques congas de Guilherme Alves sur « Batman ».

Chansons en roue libre… fixe pour l’éternité un ensemble de chansons qui ont leur propre histoire et leur origine autobiographique.

Ses chansons sont et.

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sollex,romain lefrançois,chansons en roue libre,interview,mandorInterview :

Tu as 34 ans. Tu chantes depuis combien de temps ?

J’ai commencé le piano à huit ans au conservatoire pour une raison bien précise. A la base, je voulais être danseur, avec et comme ma sœur. Mais la prof de danse m’a dit qu’elle ne prenait pas les garçons. Comme je suis très proche de ma sœur, j’ai voulu faire du piano dans le secret espoir de l’accompagner un jour. Pendant mes études de commerce, j’ai arrêté le piano pour me mettre à la guitare. C’est à ce moment que je me suis mis à chanter et à m’intéresser à la chanson.

Dans ta jeunesse, tes parents en écoutaient.

Oui, ça allait de Brassens à Barbara en passant par les deux Elvis, Presley et Costello. C’est marrant que l’on parle de ça, parce que j’ai en projet de faire des covers de gens qui m’ont marqué dans ma jeunesse. Des gens comme Vian, Higelin, Souchon. Je ne vais pas reprendre du Brassens, parce que, même si ça m’a marqué, ce n’est pas dans mon écriture, ni dans mon univers.

Je crois savoir que Bénabar a été un élément déclencheur…

A l’époque, on l’entendait beaucoup, ainsi que –M-. J’ai eu comme un déclic en entendant les chansons réalistes et humoristiques de Bénabar. Je me suis un peu reconnu en lui. J’ai donc voulu écrire des histoires et les mettre en musique. J’ai commencé en écrivant des chansons très délirantes sur des champignons ou des slips par exemple… enfin, tout ce qui me passait par la tête. Là, aujourd’hui, j’ai réussi à catalyser mes histoires. Je suis un peu plus « raisonnable ». Et encore, je n’en suis pas si sûr.

C’est vrai que la comparaison avec Bénabar n’est pas exagérée.

J’ai le même second degré. Je prends souvent les choses graves à la dérision. Avec la petite pointe d’humour et la spontanéité du texte, tout passe. Je ne suis jamais dans la boutade pour la boutade, il faut que cela me vienne naturellement.

Clip de "Coquillage et Nutella".

sollex,romain lefrançois,chansons en roue libre,interview,mandorQu’est ce qui a fait qu’un jour, tu as décidé de faire chanteur comme métier ?

Avant de m’essayer à cette profession un peu casse-gueule, je faisais des études de commerce. J’étais destiné à faire du marketing. En travaillant dans ce monde-là, je me suis aperçu que je passais la moitié de mon temps à écrire des chansons. Chaque réflexion dans les openspaces me donnaient envie d’écrire une chanson sur le thème abordé. Je me suis dit que ça ne pouvait plus continuer ainsi. Il fallait que je fasse un choix. Mon entourage m’a incité à me lancer.

Alors, on se lance comment ?

On lâche le guidon et on y va. Je suis allé chanter dans les bars avec je ne sais quel tour de chant pas très cohérent. Comme je n’avais pas assez de chansons au départ, je faisais pas mal de reprises. J’essayais de comprendre comment les choses fonctionnaient. La première chose que j’ai faite professionnellement, c’est d’envoyer une démo pour Le Printemps de Bourges. C’était l’occasion de réaliser ma première maquette avec des chansons que je ne joue quasiment plus. Du coup, je me suis servi de cette maquette pour trouver des dates. Et voilà !

Ton truc, c’est la scène.

Les gens me le disent à chaque fois. Mes chansons et moi, nous prenons toute notre dimension sur une scène. On me croise, je ne paie pas de mine. Je suis un peu gringalet et j’ai la gueule du premier de la classe. Sur scène, je me sens vraiment moi.

J’adore ce genre de contraste chez les artistes.sollex,romain lefrançois,chansons en roue libre,interview,mandor

Je me transforme et je pars complètement en vrille.

Ce nom, Sollex, ce n’est pas hyper sexy !

Au départ, quand j’ai envoyé ma première maquette, je ne voulais pas le faire sous mon nom, Romain Lefrançois. Je voulais un nom d’artiste et Sollex est sorti tout seul. En réfléchissant sur le pourquoi du comment, je me suis souvenu que mon grand-père me parlait beaucoup du solex qu’il avait et que mon père lui aussi en avait hérité d’un. J’ai repris inconsciemment un truc familial, ce n’est pas plus compliqué que cela.

Avoir un pseudo permet de faire le distinguo entre sa vie normale et sa vie d’artiste ?

C’est un métier où l’on devient un peu schizophrène. Dans la vie civile, il y a forcément, par l’éducation, des barrières à ne pas franchir. On ne peut pas tout faire et dire. La scène, par contre, est un espace de liberté infini. Je pense même que pour préserver cette folie qu’on a sur scène, il faut savoir se contenir dans la vie pour pouvoir exploser devant le public. Si j’étais dans la vie comme je suis sur scène, complètement barré, ce serait fatiguant pour les autres.

"Yes, we can", extrait du live au festival "En attendant le jour J" à l'Espace Christian Dente. Son et images ACP Manufacture Chanson.

Ton album démarre de manière « chanson française traditionnelle », mais très vite, musicalement et textuellement, tu nous surprends.

Se surprendre soi-même et surprendre le public permet de ne pas s’ennuyer. Il y a quinze chansons et on aurait pu en avoir dix-neuf, mais pour une meilleure cohésion de l’album, on a fait le choix d’en retirer. Que ce soit sur l’album ou sur scène, j’aime faire des plages qui soient cohérentes, puis faire des contre-pieds. Il n’y a rien de pire que de ne pas être surpris à un concert. L’autoroute endort, les chemins de traverses stimulent. Dernièrement, j’ai regardé un concert de Brel, le maître de l’interprétation et du live, et j’ai remarqué qu’il utilisait tout le temps des contre-pieds. Il passait de chansons rigolotes à une chanson qui te mettait une énorme claque. Le contraste est primordial pour toucher les gens et ne pas les perdre en route.

L’humour et l’ironie que tu as sur scène, l’as-tu dans la vie ?

Oui. C’est beaucoup pour supporter la vie. Si on n’a pas d’humour, si on n’a aucun recul sur soi ou sur ce qu’il se passe autour, ça devient un peu difficile. L’humour, c’est aussi la capacité à savoir ne rien faire, se poser, prendre du recul et savoir s’ennuyer.

J’adore la chanson « Batman ». A la fin, il casse tout dans le studio.

C’est mon passage préféré sur le disque. Batman, le seul superhéros qui n’a aucun super pouvoir. Oui, mais il a beaucoup d’argent. Il s’achète de supers bagnoles et du super matos et il se débrouille avec tout ça. Cela dit, il se bat bien. Mais sa relation avec Robin est louche (rire).

Dans « Mamie », une chanson très drôle et tendre à la fois, ta mamie te fait danser sur de la tektonik. Est-ce bien raisonnable ?

Mon grand-père a fini ses jours dans une maison de retraite, j’étais vraiment à son chevet quand il est parti. J’ai trouvé ces lieux-là tristes et déprimants. Les vieux sont suivis, il y a un cadre, ne sont donc pas abandonnés, mais quand même. L’endroit est un peu glauque. Mais dans la chanson dont tu parles, je leur rends hommage d’une certaine façon. Je positive la vieillesse. J’aime les personnes âgées et cette chanson n’est pas faite pour se moquer d’eux, au contraire. J’ai voulu qu’elle leur donne de l’espoir.

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Que pense ta famille de ce que tu fais ?

Tout le monde me soutient, même si parfois, ils sont inquiets. Ils voient que je me démène et  constatent aussi que j’ai le feu sacré, la passion absolue pour ce métier. Pour la petite histoire, quand j’ai choisi de me lancer dedans, au bout d’un an, ma mère m’appelle pour savoir si j’avais fini mon année sabbatique. Elle n’avait pas compris que c’était sérieux. En vrai, si je ne crée pas, que ce soit de la chanson, du dessin ou d’autres choses, je suis malheureux. Je crois qu’aujourd’hui, mes parents ont compris que j’étais un artiste. Que je suis né comme ça. Etre artiste, c’est une façon d’être et beaucoup de travail.

Et que pensent-ils de l’album ?

Par rapport à d’où je suis parti, les premières maquettes qu’ils ont entendu, ils sont rassurés. Je leur ai fait écouter le disque complètement terminé. Ils ont été surpris et conquis du chemin accompli. Ils ont hâte de voir la suite.

Ils t’ont vu sur scène ?

Oui. Ils viennent le plus souvent possible. Quand ils me voient en concert, ils ne me reconnaissent pas. Ma sœur et mes parents ont l’impression de voir un autre frère, un autre fils. Ils voient Sollex et non Romain. Ils font la différence.

Il y a un peu de Thomas Fersen et d’Oldelaf (mandorisé ici) en toi, non ?

Tu viens de citer deux artistes que j’aime beaucoup. J’apprécie le compliment à sa juste valeur.

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Quels sont les jeunes d’aujourd’hui dont tu as remarqué le travail ?

J’aime bien un jeune artiste qui s’appelle Guillaume Farley. Il a une voix et des textes fantastiques. Je le trouve épatant. Il y a aussi le trio Orlando, dont je trouve le travail intéressant. J’aime leur univers, leur folie et leur professionnalisme sur scène. Ils en jettent immédiatement. Ils sont impressionnants. Sinon, j’écoute aussi beaucoup Karpatt que j’ai découvert quand j’ai commencé à écrire des chansons. Leur premier album, A l’ombre du ficus, est une pépite.

Chez les plus anciens, hormis, Brel, Brassens, Barbara ?

J’aime Dick Annegarn et Pierre Vassiliu. Le Gainsbourg du début aussi. Le côté acide du « Poinçonneur des Lilas » par exemple. Il y a un second degré au vitriol que j’apprécie beaucoup. Mais mon papa spirituel, celui qui a bercé mon enfance, c’est Jacques Higelin. Je me suis beaucoup penché sur son travail. C’est vraiment un artiste complet. Il a cette générosité sur scène que j’espère donner aussi un jour. Je tente déjà.

Tu travailles sur un prochain EP ? 

Oui. On va sur une énergie un peu plus rock et j’essaie d’aller toujours plus loin dans le second degré.

Tes chansons sont parfois autobiographiques ?

Oui, mais souvent très déguisées.

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Michel Kemper, sur le site de Nos Enchanteurs a dit de toi, de mémoire, que « tu ne faisais pas de la chanson engagée, mais engageante ». C’est une jolie formule qui te correspond parfaitement.

Oui. J’adore. Je penche plus du côté de Vian que de Zebda. Quelle subtilité quand Bris Vian écrit « Le déserteur ». Textes et mélodies magnifiques. L’ensemble est très élégant. La classe absolue.

Toi aussi, tu dis des choses. Sur l’enfance, la vieillesse, la société, le monde du travail, par exemple.

Si les gens veulent bien écouter les choses. Parfois, ils s’arrêtent au premier degré et si on s’arrête au premier degré on passe à côté de ce qu’est vraiment Sollex.

Es-tu confiant pour ton avenir musical ?

Je suis un pessimiste optimiste. Quand je vois le monde, je suis pessimiste et en même temps, j’ai une force de vie qui me rend optimiste, sinon, je ne ferais pas ce que je fais. Je suis confiant en mon avenir à partir du moment où on travaille, on réfléchit, on prend un peu de recul et on ne fonce pas tête baissée. Je ne veux pas m’enfermer et regarder mon nombril. Je veux m’ouvrir de plus en plus. Ce qui me donne confiance, aussi, c’est que je suis soutenu par ma femme et par mes deux petits enfants… et ça, c’est précieux. Mon petit garçon de cinq ans veut écrire des chansons avec moi. Ça me donne la niaque. 

sollex,romain lefrançois,chansons en roue libre,interview,mandorAprès l'interview, le 24 juin 2015, sur la terrasse d'un café parisien.

17 août 2015

Julien Blanc-Gras: interview pour In Utero et pour la version BD de Touriste

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Tout futur papa devrait posséder ce livre. Avec un style ironique, drôle, touchant et une rigueur d’observation impressionnante, Julien Blanc-Gras, tient le journal de la grossesse de sa femme, tel un aventurier des temps modernes. « Un voyage étrange… une expérience à travers les contrées sauvages et inexplorées menant à la paternité. »

Dans In utero, page après page, le lecteur partage les questionnements et les constats de l’auteur. Julien Blanc-Gras ne cherche d’ailleurs pas à être racoleur, c’est un livre simple et honnête, dans lequel tous les papas et les futurs se retrouveront. 

Les différentes étapes sont traitées avec une telle dérision qu’il vous sera très difficile de ne pas esquisser de sourire. « In utero » trouvera un écho particulier pour beaucoup d’hommes qui se sentent parfois exclus ou tout simplement pas à la hauteur de ce raz de marée sur le point de déferler et bousculer leur existence.

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« La paternité reste un truc pas viril », notait  Virginie Despentes (mandorisée là), auteure de Apocalypse bébé. L’injustice est réparée avec ce délicieux récit de Julien Blanc-Gras. A mettre absolument entre les mains de tous les futurs pères. Et aussi des mères pour mieux comprendre les questions existentielles qui traversent le géniteur apeuré.

Le 8 juillet dernier, ce papa désormais épanoui (mais un chouia fatigué par une nuit sans beaucoup de sommeil), est passé pour la seconde fois à l’agence pour sa troisième mandorisation. (La première là en 2008 et la seconde en 2013… et il y a un peu de lui aussi ici.) C’était sa première interview au sujet de ce livre.

julien blanc gras,in utero,touriste,bd,mademoiselle caroline,interview,mandor4 e de couverture :

« Il n'y a aucune raison de paniquer. Nous allons créer et accompagner une existence. C'est une formidable nouvelle, me dis-je en tapant vol aller simple Patagonie sur mon clavier. » Journal de grossesse d'un futur père, In utero relate cette aventure intime et universelle, avec ses joies, ses angoisses et ses questions fondamentales. Faut-il se reproduire dans un monde surpeuplé ? Comment faire rire une femme enceinte ? Et surtout, peut-on accoucher en chaussettes ?"

L’auteur :

Né en 1976 à Gap, Julien Blanc-Gras est journaliste de profession et voyageur par vocation. Il a publié trois romans au Diable vauvert, Gringoland, qui conte un périple latino-américain, lauréat en 2005 du festival du premier roman de Chambéry et « Talents à découvrir » des librairies Cultura ; Comment devenir un dieu vivant en 2008, une comédie apocalyptique déjantée ; et Touriste, un récit de voyage curieux, surprenant, malicieux. Il a séjourné aux îles Kiribati à l'automne 2011 pour réaliser son dernier livre, Paradis [avant liquidation].

julien blanc gras,in utero,touriste,bd,mademoiselle caroline,interview,mandorL’interview :

Devenir papa, c’est donc une aventure qui mérite qu’on écrive un livre sur le sujet ?

C’est un voyage vers la planète paternité. D’ailleurs, je suppose que tu as remarqué que dans le ton, le style, la forme, je le traite comme mes voyages de mes livres précédents. Au début, je n’avais pas l’intention d’écrire un livre sur la grossesse. J’ai commencé à écrire le soir même où on a appris qu’on allait être parents. J’étais bouleversé par la nouvelle, je me suis donc mis à écrire pour expulser mes émotions et mettre de l’ordre dans mes idées. J’ai continué les jours qui ont suivi sans savoir que j’allais le publier un jour. A la base, je voulais que ce soit un document destiné à mon fils… pour qu’il le lise plus tard. A un moment, je me suis dit que, comme j’étais écrivain, il était logique que j’écrive sur ce sujet « officiellement ».

Il y a très peu de livres sur l’état du père pendant la grossesse, à part ceux de John Fante et de Philippe Jaenada.

En effet. Par contre, on trouve beaucoup de livres pratiques du jeune papa. Il y a aussi beaucoup de récits de grossesse écrits par des femmes.

Ce n’est pas très sexy pour un homme d’évoquer ce sujet ?

Virginie Despentes explique que ça ne fait pas très viril. Moi, je ne trouve pas que ce soit dévirilisant d’écrire sur la paternité.

Ta femme, dans le livre, tu l’appelles « La femme ». Es-tu marié d’ailleurs ?

Figure toi que nous nous sommes pacsés il y a trois jours.

Félicitations ! Quand tu lui as appris que tu voulais écrire sur sa grossesse, qu’a-t-elle julien blanc gras,in utero,touriste,bd,mademoiselle caroline,interview,mandordit ?

Comme je l’ai expliqué dans In Utero, ma femme ne fait pas trop de cas de mes livres. Je lui ai soumis l’idée parce que je ne voulais pas écrire ce livre sans lui demander l’autorisation.  Elle est quand même le personnage principal et l’action se passe un peu dans son utérus. Elle m’a répondu qu’effectivement, ça pouvait être rigolo. Elle a été la première lectrice de ce livre.

Elle a aimé ?

Je crois que ça lui a plu, sinon, elle me l’aurait dit. Elle ne m’a pas censuré, c’est déjà pas mal.

Que ressent précisément l’homme qui va être papa ?

A la fois de l’exaltation et de la joie… et en même temps une terreur et une panique irrépressible. L’idée que l’on va avoir une nouvelle vie et que la précédente est perdue à jamais n’est pas facile à assimiler. Et puis, c’est la fin de l’insouciance et de l’égoïsme. Tout le livre repose sur la bascule entre la joie et la peur.

Tu dis que l’enfant entraîne une réduction considérable du niveau de liberté. Or, cette liberté est ton gagne-pain. L’annonce de l’arrivée de cet enfant a eu pour première conséquence d’une remise en question professionnelle. Tu as eu peur de la perte de la liberté ?

Ça traverse la tête de tous les futurs pères. Notre liberté se trouve réduite du fait que l’on devient responsable d’un petit être merveilleux. Dans mon cas, peut-être encore plus car je n’ai pas une vie réglée par le salariat. Mon métier est de voyager et d’écrire donc, ce processus-là, chez moi, était encore plus développé.  

Ce roman est universel. Tous les papas du monde entier vont se retrouver.

J’ai essayé de raconter mon expérience intime, mais aussi de prendre un peu de distance et de recul pour que ce ne soit pas que mon histoire, mon nombril et celui de « la femme ».

julien blanc gras,in utero,touriste,bd,mademoiselle caroline,interview,mandorTu donnes quelques références sur comment la grossesse se passe dans certains pays que tu as traversé. Là, on retrouve le Julien Blanc-Gras que l’on connait.

Il n’y a pas tant que ça des différences. On retrouve l’universalité de certains gestes et de certaines attitudes dans des cultures très différentes, parce que, finalement, cette expérience est partagée par tous les êtres sur Terre.

« Rétif à l’autorité, j’ai toujours refusé d’avoir un patron. Mon quotidien sera désormais régulé par un dictateur… Le bébé, ce nazi. » Tu n’y vas va pas un peu fort, là ?

Il s’agit évidemment d’humour. Je pense que les lecteurs saisiront le second degré. Cela dit, j’ai pu le vérifier depuis (rires).

Maintenant que l’enfant est là, trouves-tu des accointances entre tes écrits et la réalité ?

Sans dire que l’enfant est un nazi, il pratique en tout cas une forme de torture assez raffiné qui est « la privation de sommeil ». J’ai expérimenté cette torture encore cette nuit (rire). Le fait de savoir à quoi on s’attend et le fait de le vivre, c’est autre chose. Je dis cela, mais c’est l’expérience la plus merveilleuse qu’un homme puisse vivre.

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Tu racontes tous les incontournables des différentes étapes de la grossesse.

Le test de paternité, la première échographie, la deuxième, les angoisses par rapport à l’accouchement, les cours de préparation à l’accouchement qui sont un peu folklos et l’accouchement lui-même, qui est un moment assez intense. Tu te poses des questions du genre : « Est-ce que tout va bien chez l’enfant ? » ou « est-ce un garçon ou une fille ? » Ce que tu vis en tant que père est à la fois exaltant et terrifiant.

Souvent, tu expliques que tu t’es senti inutile pendant la grossesse.

Cette sensation d’inutilité, je crois que de nombreux futurs pères l’ont vécu aussi. Tu fais de ton mieux, mais tu ne peux pas faire grand-chose, si ce n’est soutenir ta femme et lui emmener des fraises quand elle le désire.

Tout ce que tu racontes, tu l’as vécu ?

Le fil du livre étant la grossesse de ma compagne, c’est donc très autobiographique, mais il y a une partie documentée que j’ai insérée dans le récit.

Je trouve que ton livre a comme vertu de rassurer les jeunes futurs papas.

Je n’ai pas pensé à l’effet que ce livre allait faire sur le lecteur, mais il est vrai que la trame narrative est une marche vers l’optimisme. Une fois qu’on a pris la décision d’être parent, il faut se forcer à être optimiste parce qu’on n’a pas le choix.

julien blanc gras,in utero,touriste,bd,mademoiselle caroline,interview,mandorTu dis même : « L’enfant, c’est un acte optimiste. Un pari sur l’éternité. »

On peut avoir un tempérament désabusé, voire pessimiste, ce qui est mon cas, il n’en reste pas moins que ça change ta façon d’envisager la vie.

Je te cite encore : « Le monde ne devient pas plus dangereux quand on devient père, mais notre rapport au danger se modifie ».

Je ne parlais pas pour ma propre personne, parce que je n’ai pas plus peur qu’avant. Je sais juste que si je meurs, les conséquences seront plus graves. Je suis désormais responsable d’un petit être qui n’est pas encore autonome. Moi, j’ai plus peur pour les autres. Pour ma compagne et pour mon enfant notamment.

As-tu perdu la liberté, finalement ?

La difficulté, c’est de trouver l’équilibre entre la responsabilité qui t’incombe et le niveau de liberté que tu peux garder. Pour l’instant, j’arrive à continuer à voyager et à faire ce qui me plait, tout en étant un père présent.

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Pendant l'interview...

As-tu changé depuis que tu es papa ?

Oui, bien sûr. Ça change un homme étant donné que les priorités changent.

Tu continues aussi souvent de partir en voyage ?julien blanc gras,in utero,touriste,bd,mademoiselle caroline,interview,mandor

Oui, mais je ne pars plus deux ou trois mois comme je le faisais avant. Je n’ai pas envie de rentrer et qu’un jour mon fils me dise : « bonjour monsieur ».

Ce livre est aussi une belle déclaration d’amour à « La femme »…

Oui, évidemment que c’est aussi ça.

Et il y a du fond dans ce livre… comme d’habitude.

J’essaie toujours de traiter des sujets sérieux avec légèreté. Dans In utero, je parle un peu du sens de la vie. Choisir de faire des enfants ou pas, c’est la question la plus importante à se poser dans la vie.

Pour conclure sur ce livre, tu dirais quoi ?

Que le fait d’être père est la chose la plus merveilleuse et la plus chiante qui me soit arrivé. Le côté dur est largement compensé par le bonheur que cela t’apporte.

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Julien Blanc-Gras et Mademoiselle Caroline.

julien blanc gras,in utero,touriste,bd,mademoiselle caroline,interview,mandorOn va parler de la bande dessinée tiré de ton livre, Touriste. Comment est née l’idée ?  

De manière très naturelle. J’ai rencontré Mademoiselle Caroline dans un salon du livre. Nous étions installés l’un à côté de l’autre et nous avons échangé nos ouvrages. J’aimais bien ses dessins et elle a bien aimé Touriste. Après quelques messages de félicitations réciproques, je lui ai proposé d’adapter mon livre en bande dessinée. Elle a répondu immédiatement que c’était une super idée. On a proposé le projet à son éditeur, Delcourt. Il a dit oui et voilà.

Le résultat est franchement remarquable.

Elle a fait un super boulot. Elle a beaucoup travaillé sur ce projet. Plus que moi. Je me suis contenté de faire l’adaptation scénaristique.

C’est du boulot quand même !

Oui, parce qu’il faut casser ce que tu as construit pour le reconstruire différemment avec d’autres contraintes. J’ai élagué un tiers du roman, sinon, la BD aurait fait 2000 pages. Caroline a adapté et réinterprété. C’est-à-dire qu’elle a mis sa personnalité graphique et pas que graphique. Cette BD, c’est aussi sa BD.

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J’ai reconnu nos amis communs, François Perrin, Philippe Jaenada (mandorisés ensemble là) et Richard Gaitet (mandorisé tout seul ici).

Oui, on s’est fait plaisir avec quelques clins d’œil. Ils n’ennuient pas le lecteur et ça fait plaisir aux potes en question. Et Caroline connait et apprécie beaucoup Philippe Jaenada, c’est aussi un hommage.

Et le Prix Goncourt décerné à Bertrand Guillot (mandorisé là) !

C’est prophétique, il l’aura un jour.

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Et ça fait quoi de devenir un personnage de BD ?

En termes d’ego trip, c’est formidable, non ? Ça fait bizarre parce que je suis très amateur de bandes dessinées. Mon père en a des milliers et j’en ai bouffé pendant toute mon enfance.

Et une version ciné ?

Ce serait le rêve. Mais ça couterait cher. S’il faut tourner dans quinze pays…

Quels sont tes projets ?

Je suis en train d’écrire un récit de voyage sur le Qatar où je suis allé au mois de décembre dernier. Il sortira au Diable Vauvert l’an prochain. J’y ai passé un mois. C’est un pays dont on parle beaucoup, mais que l’on connait assez peu de l’intérieur. Il y a plein de trucs rigolos et inattendus à raconter sur ce pays. Sinon, je pars prochainement au Groenland pendant trois semaines. Je pense que j’en tirerai également un récit de voyage.

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L'interview s'étant (évidemment) très mal passée, Julien Blanc-Gras s'est énervé...

16 août 2015

Gil Alma (de "Nos chers voisins") : interview pour son one-man-show, "La vie est belle"

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Vous le connaissez tous, Gil Alma est un des comédiens du programme court de TF1, Nos chers voisins. Il joue le rôle d’Alain Stuck. « Plutôt charmant, ce serveur dans l'hôtellerie a cependant une vision assez machiste de la vie. Légèrement misogyne et égocentrique, il est persuadé de faire preuve d'autorité chez lui mais est complètement manipulé par son beau-fils et sa compagne, Karine, qu'il aime passionnément. Il pense mériter l'admiration des femmes en général. Il a souvent de grandes théories sur la vie mais maîtrise assez mal l'art de l'argumentation. Sympathique, bon vivant et tolérant, il adore les gens et faire la fête… » (présentation du site de la série)

Le succès de Nos chers voisins accroît alors de manière signi­fi­ca­tive la noto­riété de l’ac­teur. Avec le cinéma (il a joué dans 11 films), la télé, le théâtre, la pub et même des clips, Gil Alma mène en paral­lèle une carrière d’hu­mo­riste. En 2012 naît son premier one-man show, baptisé Gil Alma Born to be a star ou presque et, tout récemment, un deuxième intitulé La vie est belle.

J’ai rencontré le comédien, le 28 juillet dernier, dans les coulisses du 18ème plateau Comedy Queen organisé par Give Your Talents et présenté par Boris Gasiorowski au Théâtre de Dix Heures. Il en était le parrain.

gil alma, nos chers voisins, la vie est belle, interviewInterview :

Tu es parrain du Comedy Queen, 18e du nom. Tu en attends quoi ?

J’attends d’apprendre des autres. Je suis sûr que parmi ces jeunes, il y en a des forts doués. Moi, je reste humble face à eux, même si je suis censé avoir plus d’expériences. Je ne pense pas donner de conseils particuliers. Chaque humoriste a son travail et je ne me vois pas juger un autre. Moi, je viens surtout découvrir de nouveaux talents.

En arrivant, je t’ai vu manger, converser avec les uns et les autres.

Il ne manquerait plus que je mette de la distance avec ceux qui débutent. Il n’y a aucune différence entre nous.

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Tu es connu pour ton rôle dans Nos chers voisins, mais tu as 11 films au cinéma à ton actif et de nombreux rôles dans des séries télés… j’imagine qu’on ne te parle que de ton rôle d’Alain Stuck.

C’est normal et ça me fait plaisir. Il faut savoir accepter l’étiquette qu’on te colle… sinon, tu deviens malheureux. J’accepte qu’on m’arrête dans la rue et qu’on m’appelle Alain ou minou. On me voit tous les jours à la télé dans ce rôle, je serais étonné du contraire. Ça devient une partie de moi.

Ça ouvre des portes ?

Oui. Mais ça en ferme aussi. En termes de boulot, on m’a oublié dans le genre « dramatique ». C’est pourtant ce que je faisais avant. Je ne vais pas me plaindre. Je travaille beaucoup en ce moment. Quand j’ai commencé le théâtre à l’âge de 19 ans, j’y suis allé parce que je faisais rire les copains.

Sur ton site internet officiel, il est indiqué : comédien-auteur-humoriste.

Ce sont mes trois activités. Le statut d’humoriste, je l’assume complètement parce que je fais du one-man-show. Je vais jouer mon nouveau spectacle La vie est belle à partir de janvier 2016. En ce moment, je le joue déjà, mais dans de toutes petites salles. Je le rode. Je vois ce qui marche, ce que je dois modifier, je change, je réécris… bref, je le fignole pour qu’il soit prêt au moment voulu.

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Rien à voir avec ton premier one-man-show, Gil Alma Born to be a star?

Non, tout est nouveau. Entre temps, j’ai eu des enfants et c’est une sacrée source d’inspiration. J’ai évolué en tant que bonhomme et le spectacle évolue en fonction.

Quand tu as commencé le théâtre, c’était pour te lancer dans le one-man-show ?

Je ne savais pas trop. Pendant que je prenais mes cours, j’étais aussi poissonnier sur les marchés. Ma vie allait basculer entre ses deux métiers : poissonnier ou comédien. J’étais très mauvais en Français. Mes classiques, je ne les connaissais pas du tout, je suis donc arrivé là comme un cheveu sur la soupe. Au bout de trois ans, je me suis dit qu’il fallait que je monte tout seul sur scène. C’était comme une évidence.

Tu as pris des cours d’art dramatique.

Oui. Ce qui m’a obligé à lire les classiques que je n’avais jamais lu. C’était dur au début, mais ça m’a beaucoup plu. J’étais timide et passer sur scène devant des gens que je ne connaissais pas, c’était compliqué. Etre comédien, ça s’apprend. Donc, j’ai appris au fil des années. Beaucoup de gens m’ont fait confiance, ce qui me permet aujourd’hui de travailler.

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Quand les gens viennent vous voir, ils viennent applaudir Gil ou Alain ?

Honnêtement, c’était plutôt Alain, mais ils ne ressortent jamais déçus de Gil.

Il te ressemble un peu cet Alain ?

La comédie, c’est surligner les défauts. Tous les défauts qu’Alain a dans la série, je les ai, mais à un niveau moins important… sinon, je serais un cas grave (rire).

Quand tu as été pris dans ce rôle-là, tu t’es dit « pourquoi moi ? »

Non, j’étais content. J’avais déjà fait un programme court qui s’appelait « Tongs et paréo » sur M6 en 2008. On n’a fait qu’une saison, on s’est planté. L’écriture ne devait pas être assez ficelée. Je m’étais donc dit que, pour moi, le programme court humoristique, c’était fini. Quand j’ai été pris pour Nos chers voisins, j’ai pris ça comme une seconde chance.

Dans ton rôle d’Alain Stuck, tu as la possibilité de suggérer des choses ?

Il y a 35 auteurs sur cette série. La première saison, on a fait 1200 minutes. Je ne sais pas si tu t’imagines ce que cela représente. Ça fait 1200 sketchs. J’ai dû en faire 500. A la télé, c’est énorme. Parfois, j’essaie d’improviser, même de manière infime, mais tout est écrit, donc c’est délicat. On est assez strict.

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Vous tournez à quel rythme ?

On tourne trois mois et demi à l’année, tous les jours entre 9 heures et 18heures. Ce sont des heures de bureau. On fait de 6 à 10 sketchs par jour, donc nous avons 6 pages par jour à apprendre. Je te donne là des moyennes. On n’a pas beaucoup le temps de souffler, mais c’est stimulant.

Depuis 3 ans, tu dois apprécier cette popularité…

Oui, bien sûr, mais ce qui m’intéresse c’est de bosser et de faire des rencontres artistiques. Bon, c’est toujours sympa quand les gens nous sourient, nous accueillent à bras ouvert. Tu sais, je suis préparé au fait que ça puisse s’arrêter un jour. Et la série et la popularité. Le sens inverse arrive très vite. Je ne m’accroche donc pas trop à ça. Je relativise.

Tu te souhaites quoi dans ce métier ?

Je suis content de ce que j’ai et il faut savoir être content de ce que l’on a. J’aimerais évidemment que mon one-man-show prenne et que je m’amuse avec les gens. En télé, nous sommes en pourparlers pour faire un téléfilm qui débouchera surement sur un six fois cinquante-deux minutes de Nos chers voisins. Un peu comme la série Fais pas ci, fais pas ça. Ce serait sympa parce que l’on sortirait un peu des sketchs. Cela ferait évoluer les personnages et nous aussi. Pour finir, un peu de cinéma ne me déplairait pas.

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Pendant l'interview le 28 juillet 2015 au Théâtre de 10 heures.

Edit : 

Presque deux ans plus tard, le 15 avril 2017, j'assistais à sa dernière parisienne à l'Apollo Théâtre.

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