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25 janvier 2016

Frédéric Fromet : interview pour Ça Fromet!

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Mais qui est Frédéric Fromet ? Si vous êtes un fidèle auditeur de France Inter vous connaissez celui que ses copains de l’émission Si tu écoutes, j’annule tout appellent le barde. Chaque vendredi après-midi avec ses chansons sur l’actualité où il tire sur tout ce qui bouge, il fait marrer tout le monde. Il chante des atrocités, mais l’hilarité gagne ceux qui l’écoutent. Impossible de résister à sa prose décapante et irrésistible.

Ceux qui n’écoutent pas cette station de radio peuvent aussi le connaître également, mais plus comme chansonnier, dans la plus pure tradition du genre. Quoi qu’il en soit, il vient de sortir une sélection de « chansons vaches », mises en musique par les Ogres de Barback. Un petit concentré de méchanceté qui fait du bien à écouter.

Le 9 novembre 2015, Frédéric Fromet, m’a reçu dans un bar où il a ses habitudes, égal à lui-même, drôle et impertinent.

frédéric fromet,ça fromet!,interview,si tu écoutes,j'annule tout,mandorBiographie officielle :

Repéré au festival d’Avignon 2008 par le directeur du Caveau de la République, Frédéric Fromet est embauché dans ce célèbre théâtre parisien, où il fera ses armes jusqu’en avril 2014 en croquant chaque semaine l’actualité sous forme de chansons satiriques. Sa ligne de conduite : ne rien prendre au sérieux, à commencer par soi-même. Sa tronche de gentil facilitant l’expression de son esprit foncièrement frondeur, sans se départir d’une humanité certaine. Le 12 juillet 2013, Alex Vizorek, son confrère au Caveau de la République, l'invite à faire le barde en direct sur France Inter dans Le Septante-Cinq Minutes. Frédéric interviendra dès lors tous les vendredis de juillet-août 2013 et 2014 dans l'émission estivale de Charline Vanhoenacker et Alex Vizorek. Depuis septembre 2014, il sévit chaque vendredi à 17h55 en direct sur France Inter dans Si tu écoutes, j annule tout, toujours sous la houlette de Charline et Alex. Jouissant d’une remarquable liberté de parole, il s’amuse chaque semaine à brocarder l’actualité tous azimuts. Suite aux attentats de janvier 2015, sa chanson « Coulibaly Coulibalo » rencontre un auditoire notable. Il se retrouve invité à plusieurs reprises dans la matinale de Patrick Cohen. Si Frédéric s'éclate aussi à la scène. En tournée quasi-permanente avec un accordéoniste et un contrebassiste, il s’amuse et entraîne le public dans sa joie de vivre. Cet été 2015, son spectacle a affiché complet durant tout le festival d'Avignon. Le 6 novembre 2015 est paru son album Ça Fromet!

Argumentaire officiel du disque :frédéric fromet,ça fromet!,interview,si tu écoutes,j'annule tout,mandor

Le disque de Frédéric Fromet contient 17 chansons. Où tout le monde en prend pour son grade, écrirait un gratte-papier ô combien inspiré (qui pourrait même ajouter qu' « avec des textes ciselés et une sensibilité à fleur de peau, Frédéric Fromet est un artiste décalé et plein d'autodérision à qui l'on donnerait le bon dieu sans confession et qui pourtant tire à boulets rouges sur tous les travers de notre société dans un opus jubilatoire qui devrait être remboursé par la Sécurité Sociale tant il dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas »).

L'album s'ouvre sur « Je suis bobo ». A son descriptif fouillé, on devine une charge autobiographique. Une façon de dire « Maintenant que je me suis bien foutu de ma tronche, je vais pouvoir m'occuper de la vôtre... ». Le festival peut alors battre son plein. Au tableau de chasse : les provinciaux (« Chez les bouseux »), les mômes insupportables (« Morveux »), le jargon d'entreprise (« Les jeunes cadres dynamiques »), les footeux (« Shoote, shoote, shoote »), les joggeurs (« Je cours »), les chanteurs rive gauche qui roulent les r (« La Chanson Française »), l'extrême-droite (« Mawine Le Peigne »), l'extrême-gauche (« Je suis plus de gauche que vous »), la foire des intermittents du spectacle (« Juillet à Avignon »), le trop bio pour être vrai (« C'est du bio »), la société numérico-débilo-narcissique (« A cause d'un clic » et « Le Siècle des Lumières »).

frédéric fromet,ça fromet!,interview,si tu écoutes,j'annule tout,mandorTrois chansons sont directement inspirées par une actualité récente. « Coulibaly Coulibalo » rend hommage aux victimes des attentats perpétrés contre Charlie Hebdo et l'Hypercacher en janvier 2015 et se conclut par « Les fous de Dieu sont des tocards »... « Gad Elmallette » évoque une vedette qui aime sa banque en France tout en fraudant le fisc avec des placements en Suisse (révélés par le journal Le Monde en février 2015). Enfin, « Badaboum lé péti

yélico » s'inspire de cet accident d'hélicoptères en mars 2015 au cours du tournage d'une émission de télévision qui vend du temps de cerveau disponible. L'album se termine sur un enregistrement live lors de la tournée des 20 ans des Ogres de Barback, avec lesquels

Frédéric Fromet chante « J'ai tout plein d'amis au Medef ».

Les Ogres de Barback, justement, ont signé les arrangements musicaux et joué sur tous les morceaux.

A noter que les superbes illustrations de la pochette et du livret sont l'œuvre d'Aurel, sollicité pour son univers proche de celui de Frédéric à travers ses dessins de presse.

Effectivement, Ça Fromet !.

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(Photo : Fabien Espinasse)

frédéric fromet,ça fromet!,interview,si tu écoutes,j'annule tout,mandorInterview :

Il y a un projecteur braqué sur vous depuis deux ans, mais vous écrivez et chantez depuis combien de temps ?

Avant j’avais un vrai travail, j’étais un jeune cadre dynamique. Le 1er janvier 2009, j’ai été embauché par le Caveau de la République. Déjà, je devais écrire une chanson par semaine sur l’actu. Mais cette fois-ci, je la chantais sur scène, devant un public. J’ai fait ça jusqu’à ce que cet établissement ferme ses portes, en avril 2014. C’est au Caveau de la République que j’ai rencontré Alex Vizorek et c’est lui qui m’a permis d’accéder à la radio.

Vous avez pris la décision d’arrêter votre travail de « jeune cadre dynamique ». C’était risqué.

J’ai pris une année sabbatique pour tester et comme j’étais toujours accepté au Caveau de la République au bout de cette année, j’ai continué. J’ai largué mon ancienne vie. Ce qui n’empêche pas des remises en question perpétuelles. Par exemple, à la radio, j’ai l’impression de recommencer à zéro chaque semaine. Je vis désormais à la semaine la semaine. C’est ce qui fait le sel de cette activité. Ça m’oblige à donner le meilleur de ce que je suis capable de produire.

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L'équipe de Si tu écoutes, j'annule tout.

Depuis que vous faites l’émission, Si tu écoutes, j’annule tout, quasiment toutes les vidéos de vos frédéric fromet,ça fromet!,interview,si tu écoutes,j'annule tout,mandorprestations sont relayées…

Ca a réellement démarré à partir de janvier. On m’a engagé dans cette émission au dernier moment, du coup au début, comme un feignant, j’ai écoulé mon stock de chansons existantes. Elles ne portaient pas sur l’actualité de la semaine, elles se contentaient donc de marchoter. L’impact n’était pas très puissant, je dois l’avouer. Depuis que je traite de l’actualité immédiate, ce que je chante parle à plus de monde.

Nous nous en serions bien passés, mais c’est suite aux attentats du 7 janvier 2015 que tout a basculé pour vous.

Oui, j’ai chanté « Coulibaly Coulibalot » et cette chanson a eu un succès phénoménal. Pour moi, ce n’était qu’une chanson de plus pour rigoler. Je n’aurais jamais imaginé une seule seconde l’impact qu’elle aurait pu avoir.

Frédéric Fromet explique aux enfants de France les attentats de ces méchants pas beaux Djihadistes.

La France pleurait ses morts et vous, vous parlez des meurtriers en nous faisant rire…

Mais vous savez, ça m’a fait du bien à moi d’abord. Après, on m’a expliqué que ça a été une catharsis pour plein de monde. Beaucoup m’ont dit que c’était la première fois qu’ils riaient après les attentats. 

Quand on écrit ce genre de morceau, sait on jusqu’où on peut aller ? Plus précisément sait-on quelle est la limite à ne pas dépasser et s’impose-t-on des limites?

Mais quelle question chiante ? (Rires) Le mot limite n’est pas le bon mot. J’essaie juste d’être en accord avec moi-même. Depuis « Coulibaly Coulibalot », je réfléchis davantage à ce que j’écris. Il y a eu des conséquences que je n’avais pas mesurées. Tant que les chansons circulaient dans un réseau assez restreint, ça allait puisque les gens avaient les codes pour la comprendre. Celle-ci est arrivée sur les réseaux sociaux à des oreilles qui ne comprenaient pas ce que je voulais dire derrière tout ça. Il y a eu parfois une incompréhension totale de cette chanson. Il y a notamment un couplet pour dénoncer les amalgames qui a été compris au premier degré par certaines personnes… et pas par les plus tolérantes. Maintenant, je me pose la question de savoir si mon second degré ne va pas être compris au premier.

La chanson de Frédéric Fromet consacrée au port de la kippa: Où t'es kippa, où t'es?"

Ce n’est pas dommage pour le créateur que vous êtes. Vous êtes obligés de vous freiner du coup, non ?Je fais plus attention à ma façon d’écrire. Je fais en sorte que mon second degré et mon ironie soient plus perceptibles à tout le monde.

Vous n’avez jamais peur de conséquences plus importantes par rapport à ce que vous dites dans vos textes ?

Avec « Coulibaly Coulibalot », j’ai eu des problèmes. Je n’ai pas envie de m’étaler dessus, mais du coup, là, j’ai vraiment eu peur. Pendant au moins deux semaines, j’ai été un peu « bousculé ».

Vous lancez des textes « costauds » avec une musique légère, voire enjouée et une voix gentille, voire presque féminine…

Il y a beaucoup d’auditeurs de France Inter qui appellent pour connaître le nom de la fille qui chante. Ça ne me vexe pas. C’est ma voix, c’est comme ça. J’ai l’impression que ce sont tous ces points que vous évoquez qui font ma force. Cela me permet de dire beaucoup sans agresser et au contraire, provoquer un sourire. Récemment, j’ai vu un groupe qui faisait des reprises de mes chansons, je suis parti au bout de trois chansons tellement j’ai eu peur.

C’est compliqué de rendre l’actualité, souvent morose et sordide,  hilarante ?

Ma ligne de conduite est de ne rien prendre au sérieux dans ma vie et dans la chanson. Dans ce que j’écris, le problème majeur est de trouver l’angle. En ce moment je me mets beaucoup de pression dans la mesure où je sais que c’est beaucoup relayé sur les réseaux que j’appelle asociaux.

Cela vous embête d’être relayé, j’ai l’impression, non ?

Je ne vais pas me plaindre de cette forme de médiatisation, mais elle implique plus de vigilance de ma part. A la base, moi, je fais juste de la radio, mais à partir du moment où elle est filmée et relayée au plus grand nombre, ce n’est plus de la radio. J’ai mis un moment à comprendre cela.

Vous n’aimez pas les réseaux sociaux, mais vous avez-vous-même une page Facebook dans laquelle vous relayez vos chansons diffusées dans l’émission de France Inter. C’est un peu paradoxal, non ?

Je suis quelqu’un de paradoxal et plein de contradictions… mais un peu comme tout le monde.

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Vous montrez vos textes à Charline Vanhoenacker et Alex Vizorek avant de les chanter dans l’émission ?

Jamais. Ils tiennent à garder la spontanéité de leurs réactions. Je tiens à souligner que j’ai une liberté incroyable. Personne ne sait de quoi je vais parler. C’est vraiment l’émission où on peut tout se permettre.

Vous n’avez pas peur du dérapage ?

Non, parce que je fais quand même gaffe à ce que j’écris. Ça ne m’intéresse pas de déraper. Je ne suis pas pour la provoc’ à deux balles !

Je n’ai jamais compris comment les gens comme vous pouvaient savoir ce qui va passer et ce qui ne va pas passer tant parfois la frontière est mince.

Je me suis posé la question sur une chanson sur le petit Aylan. J’ai hésité à reprendre telle quelle la chanson « Hélène » de Roch Voisine, qui faisait « seul sur le sable, les yeux dans l’eau… ». Je l’ai chanté.

Il y a une autre chanson un peu tendancieuse, c’est « Badaboum lé péti Yélico ». Là, on parle de 10 morts dans deux accidents d’hélicoptère…

Il y a un passage sur la viande grillée, même moi, je me suis dit que j’étais allé un peu loin. Mais quand je me dis « je ne vais pas oser faire ça », c’est bon signe. En fait, si on écoute bien, c’est une chanson qui dénonce les travers de la téléréalité.


"Bioman, le djihadiste vert" : la chanson de... par franceinter

frédéric fromet,ça fromet!,interview,si tu écoutes,j'annule tout,mandorVous interprétez votre chanson à la radio le vendredi. Vous travaillez une semaine complète pour faire la suivante ?

Je me repose le week-end et le lundi. Le mardi, je commence à suivre sérieusement les informations et lire la presse, mais concernant l’écriture, je ne m’y mets qu’à partir du mercredi.

Il y a un côté jubilatoire à écrire une chanson pour faire marrer les gens ?

L’idée c’est de m’amuser d’abord moi-même. Cela dit, l’équipe de France Inter peut en témoigner, je suis rarement content de ce que je fais. La seule fois où j’ai été content d’une chanson, c’était quand j’ai fait un titre sur le directeur de Radio France, Mathieu Gallet. Là, j’étais content de moi.

Avez-vous la volonté de faire bouger les consciences ?

Pas du tout. Je ne fais que des chansonnettes. Je veux que dans mes chroniques, il y ait un minimum de fond, mais je ne fais pas de la chanson engagée. Ce n’est pas mon créneau. Je veux juste que les gens qui m’écoutent trouvent le sourire.

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Quand Télérama parle de Frédéric Fromet.

S’améliore-t-on de texte en texte, de semaine en semaine ?

J’espère. Je fais en sorte de m’améliorer. Mais, je ne peux pas savoir si j’y parviens ou pas. Ce n’est pas à moi de le dire, d’ailleurs.

Dans vos chansons, vous vous moquez de la société, de nous-mêmes et aussi de vous.

Oui, je ne m’épargne pas. Il y a une chanson sur la course à pied, je parle de moi. Il y a une chanson sur la nourriture bio, je mange bio. Pour se permettre de se moquer des autres, il faut savoir se moquer de soi.

Comment avez-vous choisi les chansons qui figurent dans votre disque ?

Ce sont des chansons déjà chantées dans l’émission, hormis « Le Siècle des Lumières ». Il a fallu faire un choix parmi un stock conséquent de chansons. J’ai choisi des chansons d’actualité, mais qui ne soient pas trop périssables rapidement. Ce sont aussi des chansons qui ont été jouées sur scène maintes et maintes fois. Elles ont toutes un vécu.  

"J'ai tout plein d'amis au Medef", enregistré en live avec Les Ogres de Barback.
Extrait de l'album Ça Fromet ! de Frédéric Fromet. Réalisé, arrangé et orchestré par Les Ogres de Barback.

Quel est le rôle des Ogres de Barback dans ce disque ?

Je n’aime pas les disques, mais je voyais qu’il y avait de la demande et qu’il fallait en faire un. Je me suis adressé aux Ogres qui m’avaient invité sur leur tournée des 20 ans. Après s’être réunis, ils ont accepté de m’aider, mais à condition qu’ils réalisent et qu’ils jouent dessus. C’était Noël pour moi. Ils se sont formidablement occupés de ce disque.

Comment avez-vous travaillé ensemble ?

Le plus simplement du monde. Je leur ai envoyé mes chansons en guitare voix et, ensuite, ils ont proposé leurs arrangements. Je n’ai jamais eu une remarque à faire. Ils sont vraiment très forts et très gentils. Je les aime beaucoup.

J’ai l’impression que vous êtes dans le doute permanent et que vous n’aimez pas ce que vous faites.

Au début, je pensais que c’était un frein, mais aujourd’hui, je m’aperçois que c’est plus un moteur. Ça pousse à ne jamais relâcher la pression.

Et je suis sûr que vous n’aimez pas les compliments.

Je déteste ça. Je trouve toujours une pirouette pour désamorcer un compliment. Les critiques font plus avancer que les compliments.

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Après l'interview, le 9 novembre 2015, dans un bar de la capitale. 

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15 janvier 2016

Tony Carreira : interview pour Mon Fado

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(Photo:Yves Bottalico)

Le nouvel album de Tony Carreira, le plus populaire de tous les chanteurs portugais, sort aujourd’hui. Après avoir enregistré une vingtaine d’albums, tous couronnés par un public à la ferveur impressionnante, le chanteur a choisi de se pencher sur la tradition musicale de son pays. Il m’a donné rendez-vous au sein de sa maison de disque, Sony, le 27 octobre 2015. L’homme, pourtant une véritable star, est simple, souriant, abordable et extrêmement sympathique... et il ne connait pas la langue de bois.

(J'avais mandorisé son fils, David Carreira, superstar portugaise, lui aussi.)

Argumentaire officiel du disque :tony carreira,mon fado,interview

Après Nos fiançailles, France/Portugal certifié platine en 2014, Tony Carreira revient avec un nouvel album pour son public de France : Mon Fado.

Le fado, genre musical traditionnel portugais, musique du cœur et de l’âme, dont les mélodies se sont propagées dans le monde entier, « c’est l’identité musicale de tout un peuple, ainsi qu’un état d’esprit... le Portugal ! C’est mon fado, peut aussi vouloir dire... C’est mon destin !

C’était peut-être mon destin de revenir un jour vers la France avec l’identité de mon peuple dans mes chansons… C’est mon Fado. »

Pour ce nouvel album, Tony Carreira collabore avec Serge Lama, Gioacchino, Jacques Veneruso ou encore Jorge Fernando, célèbre auteur/compositeur de fado au Portugal qui a travaillé avec Amalia Rodrigues, Ana Moura et aujourd'hui avec la jeune génération dont Mariza, et qui assure sur l’album de Tony la direction des guitares, « ces guitares uniques ».

Tony Carreira dévoile ici plusieurs titres inédits et revisite également de grands airs tels que « Canção Do Mar » (devenu « Elle tu l’aimes » d’Hélène Ségara en France) « Casa Portuguesa », « Avril au Portugal » ou encore « Sodade » de Cesaria Evora.

Tony Carreira en quelques chiffres…

- 28 ans de carrière

- 18 albums

- 60 platines

- Plus de 4 millions de disques vendus.

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(Photo:Yves Bottalico)

tony carreira,mon fado,interviewInterview :

Pourquoi ne donnez-vous plus d’interviews depuis des années au Portugal ?

Il n’y a plus grand chose à dire. J’ai une très bonne relation avec la presse et les médias, moins avec la presse people. Ma vie a été disséquée dans tous les sens. Il y a des mensonges qui sont devenues des vérités. Si je donne encore des interviews, neuf fois sur dix, je connais les questions qu’ils vont me poser. Il n’y a plus d’intérêt. Je ne veux pas qu’on me dise que je radote, que je deviens vieux (rires). C’est une forme de protection. En France, les journalistes me découvrent, n’ont aucun à priori et tout me semble positif et nouveau.

Vous venez de plus en plus souvent en France. Souhaitez-vous avoir une carrière aussi importante que celle que vous avez dans votre pays ?

Au départ de ma vie de musicien, j’ai joué en France quinze ans. Il y a entre moi et ce pays une vraie histoire. Des Olympia, des Zénith, des Palais des Congrès,  des Palais des Sports, j’en ai fait beaucoup. Ces salles ont toujours été pleines, mais uniquement de portugais de France. C’est vrai que j’aimerais beaucoup que les français me découvrent comme artiste portugais.

Vous êtes l’artiste le plus populaire au Portugal, vous avez vendu des millions de disques… ça ne vous suffit pas ?

J’ai eu des propositions pour partir au Brésil faire carrière, j’ai refusé parce que j’étais bien où j’étais et je n’avais pas envie de m’exiler là-bas un an pour faire de la promo. J’ai eu des propositions en langue espagnole à Miami que je n’ai pas accepté pour les mêmes raisons. Il n’y a que la France où je me trouve légitime pour faire une deuxième carrière. J’ai vécu ici pendant 27 ans, ce n’est pas rien.

Clip de "Mon Fado".

Le nom de votre disque porte à confusion. Il laisse supposer qu’il n’y a que du fado dedans.tony carreira,mon fado,interview

Je ne suis pas un chanteur de fado. J’ai trop de respect pour ces artistes qui font leur métier extrêmement bien. Je n’ai jamais été un très fan de fado, à part celui d’Amalia Rodriges. C’est une artiste à part qui a traversé toute les générations. Même si elle est la reine du fado, elle dépasse ce genre musical. C’est une diva.

Et vous, vous êtes quoi ?

Je suis un artiste de variété, tendance pop. Je suis un enfant immigré qui a vécu en France et dont l’école musicale, c’est plutôt la variété française des années 70-80, comme Mike Brant ou Joe Dassin. Je voudrais amener en France quelque chose de différent que ce qu’amènent les artistes extraordinaires que vous avez ici. Si je fais la même chose, je ne vois pas l’intérêt.

Vous chantez avec Adamo, une de mes chansons préférées de lui, « C’est ma vie ».

Adamo, c’est vraiment un immense monsieur. J’ai eu le privilège, dans l’album Nos fiançailles, de rencontrer des artistes de ce gabarit. Lui, il a enregistré sa voix à Bruxelles et j’ai enregistré la mienne à Lisbonne. On ne se connaissait absolument pas. On ne s’était jamais parlé. On s’est rencontré sur une émission de Michel Drucker et nous nous sommes plu immédiatement. Après les répétitions, je l’ai raccompagné en voiture. Sur la route, je lui ai offert une caisse de vin portugais qu’il a beaucoup apprécié.

Tony Carreira - Tour 2016 promo.

Tout à l’heure, en arrivant, je vous ai vu fumer tranquillement devant Sony. Ça, vous ne pouvez pas le faire au Portugal, je pense. Ça vous fait du bien d’être un peu tranquille dans la rue ?

J’aime les deux situations. Mais je vous avoue que si quelqu’un ne me reconnait pas au Portugal, ça m’inquiète (rires). Je suis aussi à l’aise dans les deux cas de figure. Cela dit, en France, il y a pas mal de Portugais et je ne peux pas marcher trop longtemps sans que l’on me demande des autographes ou des selfies…

Tout à l’heure, vous m’avez dit que vous étiez un chanteur de variété, tendance pop. En France, « chanteur de variété » à une connotation un peu ringarde. Vous, vous assumez.

Chez nous c’est pareil, mais je m’en fous. Je ne me prends pas la tête et je n’ai pas pour habitude de cracher dans l’assiette dans laquelle je mange. Je suis fier de ce que je fais. A partir du moment où j’aime ce que je fais et qu’il y a un public qui apprécie le fruit de mon travail, je suis un artiste heureux. Point barre.

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(Photo:Yves Bottalico)

Même après l’incroyable succès que vous avez, est-ce que vous vous habituez à la sortie d’un nouveau disque ?

Quand on a sorti de nombreux albums très bien accueillis, la pression est toujours là pour celui qui arrive. On sait que fatalement un jour, un album aura moins de succès. Comme on estime que le dernier est toujours le meilleur, on a un peu peur. Dans un an, je penserai différemment. Je serai plus objectif. Quand je regarde derrière moi, sur dix-sept albums, je sais que j’en ai trois merveilleux, qu’aujourd’hui j’écoute encore avec énormément de plaisir. J’en ai une dizaine que je trouve un peu en dessous et trois que j’estime franchement mauvais. Ça fait partie du parcours, c’est ce qui m’a permis d’arriver à ce stade de ma carrière.

On ne peut pas vous interviewer sans parler de votre famille. Vous avez deux fils et une fille qui suivent votre trace.

Et pourtant, je ne voulais pas. C’est compliqué pour moi de dire ça, mais pour comprendre, je suis obligé de m’expliquer. J’ai réussi une carrière dans mon pays qui est juste dingue. Mon dernier spectacle de fermeture de tournée, je peux vous montrer une photo, il y avait 300 000 personnes. C’est un truc de ouf. J’ai conscience que faire plus fort que ça, c’est quasi impossible. Je me disais que si mes enfants rentraient dans le monde de la musique, ils seraient éternellement comparés à moi. Je ne voulais pas qu’ils portent ce fardeau d’être comparé au père. J’aurais préféré qu’ils fassent un autre métier, j’ai insisté, je n’ai pas réussi.

Et puisqu’ils sont déjà plongés dedans et qu’ils ont du succès, est-ce qu’au final, ils sont comparés à vous ?

Pas du tout. Au début, Mickaël un peu, mais pas David. Ce sont deux grandes stars portugaises. Leur popularité est extraordinaire.

Le concert de ses 25 ans de carrière à Lisbonne en 2013.

Le plus extraordinaire, c’est que parfois, vous êtes les trois premiers du top portugais.

C’est complètement dingue. J’étais récemment à Lisbonne pour voir Mickaël dans la plus grande salle du Portugal, plus grand que Bercy. Comme il est gentil, il m’a invité sur scène pour chanter avec lui. Je trouve cela extraordinaire. J’ai toujours pris mon métier au sérieux tout en le faisant avec plaisir. Je crois qu’ils ont pris ça de moi. Ils ont vu comment j’ai géré ma carrière et mon comportement… ils ont été à bonne école (rires).

Et votre fille Sara, qui a 16 ans ?

Elle démarre en France. Récemment, elle a participé au conte musical Martin et les fées et jouait le rôle de la fée Célia. Je suis content pour elle, parce que je sais qu’elle s’amuse. Je me suis fait une raison, mes enfants suivent ma trace, je ne peux plus lutter.

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(Photo:Yves Bottalico)

Et vous, vous vous amusez toujours ?

Evidemment ! C’est trop bien de pratiquer un métier que l’on a choisi. C’est un luxe de nos jours. Je monte sur scène, je gagne bien ma vie, les gens m’applaudissent et me disent qu’ils m’aiment. C’est vraiment un métier de privilégié.

Quand on chante devant 300 000 personnes, comment fait-on pour garder la tête froide, pour ne pas se prendre pour Dieu ?

Un jour, Vincent Niclo m’a dit : « Quand je suis allé au Portugal, il y a avait Dieu et Tony au-dessus. » Une phrase que je répète, mais qu’il ne faut pas mal interpréter, c’est de l’humour. En vrai, c’est plus dur de faire un spectacle devant 100 personnes que devant 300 000. Mes shows, c’est de la grosse production, des scènes immenses avec de la lumière partout, de la vidéo… j’aime beaucoup que les gens en aient pour leur argent et je crois pouvoir affirmer que c’est une des clés de ma réussite. Devant 100 personnes, je ne peux pas me cacher derrière tout cet attirail, il faut être à la hauteur.

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Pendant l'interview... (photo: Nathalie Dias).

Vous faites du bien aux gens, ils vous le rendent.

J’ai beaucoup de gratitude envers eux, car ils ont changé ma vie. Il y a 25 ans, je travaillais dans une usine en région parisienne, aujourd’hui, j’ai la vie que j’ai. Il y a du travail, certes, un éventuel talent, mais il y a aussi une petite étoile et de la chance. Je crois que nos vies dépendent un peu de tout ça.

Pensez-vous qu’il y a une entité supérieure qui s’est occupée de votre cas ?

Oui, franchement, je le crois. Mais vous savez, j’ai toujours été un vrai passionné et un rêveur. Quand on est comme ça, on est capable d’écraser des montagnes, parce que vous ne voyez pas les difficultés.

A votre niveau de popularité, que peut-on vouloir de plus dans ce métier ?

Avoir la santé et chanter jusqu’à la fin. Aznavour est l’exemple de la carrière parfaite. Quand on fait ce métier et que le public vous aime depuis 28 ans, dont 18 ans toujours en haut, on ne pense pas à la retraite.

Pour paraphraser Jean-Jacques Goldman, êtes-vous allé au bout de vos rêves ?

La vie m’a donné plus que je ne souhaitais. Et je dis ça depuis longtemps.

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Après l'interview, le 27 octobre 2016 (photo : Nathalie Dias).

14 janvier 2016

Michel Kemper : interview pour Johnny Hallyday, Chansons à la Plume et au Pinceau

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michel kemper,johnny hallyday,chansons à la plume et au pinceau,interview,mandor« J’ai un collègue et ami qui écrit actuellement un livre sur Louane. Ça m’a fait sourire de l’apprendre : je me dis qu’il doit y avoir peu à écrire sur cette jeune fille qui n’a qu’un disque et un film à son actif. Moi, avec Johnny, j’ai un monstre de la scène et plus d’un demi-siècle de Chanson. De chansons et de l’Histoire de la Chanson : et c’est, angle original, dans cette Histoire passée et présente que je le situe dans ce livre. Mais, chut, je n’en dis pas plus. Si ce n’est que c’est gorgé de belles images, souvent irrésistibles, de l’ami Héran. Ça parait le 19 novembre 2015, entre la sortie du cinquantième album studio de Johnny et ses concerts parisiens, tous à guichets fermés. »

Voilà ce qu’a écrit mon ami et confrère Michel Kemper sur son site Nos Enchanteurs, le quotidien de la chanson, le 14 octobre 2015, à propos de la sortie de son livre Johnny Hallyday, Chansons à la Plume et au Pinceau. Au passage, il m’égratigne gentiment, mais Michel Kemper châtie bien quand il aime bien, alors j’ai souri devant cette belle marque d’affection à mon égard. (Oui, parce le collègue et ami qui écrivait à l’époque un livre sur Louane, c’est moi (il sort d’ailleurs le 18 février prochain, soit dit en passant). Et le moqueur Kemper a même participé à cette « biographie »).

Bref, il est chez Mandor pour parler de Johnny, je n’aurais pas parié sur une telle chose il y a un an.

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Argumentaire officiel du livre :

En plus de 250 bouquins, des plus érudits aux livres de photos, tout a été dit sur Johnny, et plus encore. Qu’y apporter de plus ? Michel Kemper et Héran importent le sang neuf d’une plume et d’un pinceau qui ne se prennent pas pour un fan, amènent d’autres angles de vue, une autre focale, d’autres fragrances, un peu d’impertinence et bien sûr de l’humour. Leur grande culture chanson remet Hallyday à sa juste place : celle d’un grand parmi ses pairs, ses impairs aussi, celle d’un navire amiral de la chanson et de ses bateaux-remorqueurs.

Chaque chanson de Johnny fait ici thématique autant qu’écho à d’autres héros, connus ou moins, des paroles et des musiques. De notre patrimoine chanson dont Johnny Hallyday est manifestement un des plus beaux faits d’arme. Mais pas le seul.

L’auteur (biographie volée sans vergogne au site du Centre la Chanson):michel kemper,johnny hallyday,chansons à la plume et au pinceau,interview,mandor

Le 9 octobre 1978 Jacques Brel décède à l’hôpital de Bobigny. Bouleversé par la mort du chanteur, celui qui n’est encore « que » typographe au  quotidien régional Libération Champagne, mais rêve de devenir journaliste, déboule le lendemain à la rédaction son « hommage » à la main. Une « nécro » est déjà prête, mais la chef du service culture préfèrera cependant publier l’article du jeune Kemper. Son premier « papier » ! Pendant 9 ans il signera toutes les chroniques concerts et critiques CD de la région de Saint-Etienne. La plume est précise, travaillée, documentée parfois mordante et sans concession ! Le style tranche avec les comptes rendus  bâclés des localiers plus à l’aise à la fête du cochon qu’à un concert de Loïc Lantoine. La suite logique, ce sera Chorus, auquel il collabore jusqu’à l’arrêt de la revue de référence. La tribu chanson sous le choc erre alors de blogs en blogs parfois mal fagotés jusqu’au jour où, de ce cyber-foisonnement, émerge le site d’un Kemper bien décidé à redonner espoir à une planète «  chanson » désenchantée : NosEnchanteurs est né ! Et en quelques années, l’auteur d’une biographie pour le moins boycottée de Bernard Lavilliers va séduire de nombreux  lecteurs visiblement preneurs d’une information quotidienne sur l’actualité d’une chanson dont la profusion est inversement proportionnellement à la pauvreté des médias du secteur. Pour de nombreux artistes, un seul mot d’ordre: obtenir le label Kemper !

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michel kemper,johnny hallyday,chansons à la plume et au pinceau,interview,mandorInterview :

Ce livre fait partie d’une collection, peux-tu m’en parler ?

Une collection qui est née en 2013, avec un premier tome sur Brassens, partagé entre Jean-Paul Sermonte et Jean-Marc Héran. Puis en 2014 avec Renaud : là ; c'était Baptiste Vignol et Héran. C'est par Baptiste que j'ai découvert cette collection et que je me suis lié d'amitié avec Jean-Marc. Il y a eu ensuite au printemps 2015 le Brel, entre Bruno Brel et Héran. Et un jour, Héran m'a proposé le Hallyday. Le soir même, je domptais mon oreille en écoutant l'idole des toujours-jeunes.

Peux-tu comprendre que ceux qui te connaissent et qui connaissent ton travail s’étonnent du sujet de ton livre ?

Oui, bien sûr. Si on m'avait dit un jour que j'écrirais un livre sur Hallyday, je n’y aurais pas cru. Mais j'avais donné la réponse en fait il y a bien longtemps. J'étais pigiste au Progrès, spécialisé dans la chanson. Et ma chef de service m'a demandé un jour si je considérais qu'Hallyday c'était aussi de la chanson. J'ai répondu que oui, c'était trop difficile de soutenir le contraire. Et j'ai suivi Hallyday dans l'enfer vert de Geoffroy-Guichard. Le site NosEnchanteurs, qu'on considère un peu comme l'héritier de Chorus, est né, lui, de trois papiers sur Hallyday. Comme quoi... Hallyday c'est de la chanson et, de la façon dont je l'ai traité, les gens qui connaissent mon travail, qui certes ont été surpris (parfois pas qu'un peu), se retrouvent dans mon livre. Car j'y parle d'abord et avant tout de chanson. Et c'est fou comme ce livre grouille de chanteurs et de chansons. Je vais faire un aparté puisque l’on parle de chansons: j'ai un ami et collègue qui vient d’écrire un livre sur Louane. Si, si, ne riez pas ! Lui aura plus de mal à justifier son livre que moi le mien !

(Et bim ! Deuxième cassage en règle. Michel arrête de m’aimer s’il te plait !)

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Johnny Hallyday représente quoi pour toi, grand amateur de belles chansons françaises ?

D'abord le souvenir des années soixante et soixante-dix, quand la radio familiale déversait des tonnes de tubes, parmi lesquels « Oh ma jolie Sarah », « Que je t'aime » et « Noir c'est noir ». Ensuite il représente l'industrie du disque – à priori pas ma tasse de thé, donc –. Et un mystère tout de même : 55 ans de carrière, les hauts les bas, toutes les modes, comme un caméléon (en un seul mot, svp). Moi, ça m'a donné l'occasion d'explorer ce demi-siècle avec gourmandise.

Il y a 43 chansons décryptées, des très connues et d’autres plus confidentielles. Choix cornéliens ?

Ça ne m'a pas ébranlé. J'ai fait un choix composé de grands titres, d'époques différentes et de chansons pour moi inconnues qui me semblaient pouvoir être prétextes à raconter des bouts de vie, celle d'Hallyday comme la mienne, les nôtres. Par des thématiques parfois surprenantes telles que la défense de l'environnement ou la publicité. Jean-Marc Héran, le dessinateur, m'a soufflé deux ou trois titres auxquels il tenait particulièrement. Et l'ami Yves Jamait, dès qu'il a sût sur qui je bossais, a tenu à me conseiller des titres, lui le très grand amateur de Johnny. J'en ai pris quelques-uns effectivement, et pas les plus faciles.

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Il y a de très nombreuses biographies sur Johnny. Tu n’as pas eu peur de ressasser ?

Ah non, je n’ai pas fait une bio, surtout pas. J'ai lu ou survolé quelques bouquins sur Hallyday et je me suis ennuyé. Pleins de choses, des chiffres à la pelle, mais ça me semblait manquer de vie. Moi, par 43 entrées, j'essaye de retrouver cette vie mais aussi la vie de la chanson. Avec des pirouettes, de l'humour. Un peu d'impertinence aussi.

Ce doit être difficile de trouver des choses inédites à dire…

La matière chanson que j'ai utilisée est, à peu de chose près, inédite. J'ai voulu mettre Hallyday dans la chanson, le considérer par cette focale-là. J’ai eu surtout du mal à limiter mes textes pour qu'ils entrent dans les pages leur étant attribuées. Le sujet « Hallyday » est passionnant pour qui daigne s'y intéresser.

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Chaque chanson, sa période et sa thématique. C’est une vraie enquête sociologique sur la France des années 60 à nos jours finalement.

Oui, j'aime à retrouver des moments, des périodes Des endroits aussi. Dans mon livre sur Lavilliers, c'était pareil sauf que j'avais plus de place pour détailler, décrire... L'exercice Hallyday consistait à restituer une chanson en 3000 signes. Le pourquoi, le comment si besoin est, la situation de Johnny à ce moment-là, l'odeur, l'ambiance de l'époque et ce qui se chantait à l'unisson des chansons de Johnny. C'était passionnant et souvent drôle. Ma documentation allait tous azimuts, parfois très loin du sujet initial. De toute façon, pour en revenir à ta question, je tiens la chanson en son ensemble pour un traité de sociologie. Je suis content aussi d'amener aux amateurs de Johnny d'autres pistes, d'autres chanteurs, d'autres chansons. Profiter d'un livre sur Johnny pour parler de Brassens, de Bécaud, de Loïc Lantoine, de La Blanche, des Fatals Picards, de Barbara, de Yannick Le Nagard, de Cali, de Souchon et d'autres, ça me plait : je suis dans mon élément, dans l'éducation populaire !

Les dessins de Jean-Marc Héran sont souvent drôles. Tu as écrit tes textes après avoir vu les dessins ?

Oui ils sont souvent drôles. Mais pas tous, un dessin n'ayant pas toujours la fonction d'être drôle. Quand, tout fier de moi, j'ai dit un soir à Héran que je venais d'écrire sur une chanson traitant du viol (« Les chiens de paille », une idée d'Yves Jamait), j'ai senti, à l'autre bout du fil, que Jean-Marc ne débordait pas d'enthousiasme à l'idée de dessiner un viol. Voyez ce qu'il en a fait dans le livre : c'est une des plus belles pages. Jean-Marc de son côté, moi de l'autre, avons, lui par le pinceau, moi par la plume, tenté une lecture de chaque chanson. Je n'ai pas écrit sur ses dessins, lui n'a pas illustré mes textes, ce n’est pas le principe de cette collection. Mais parfois on se retrouve sur la même idée.

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Johnny, au fond, tu l’aimes ?

Ce qui est sûr c'est que je ne le déteste pas, encore moins maintenant. Surtout s'il contribue à ma fortune (rires). C'est un bonhomme important de la chanson. Et je suis content que ce livre soit tombé sur moi. Au moment de dire oui à ce livre, je le connaissais moins que le moindre de ses fans. Mais j'ai fait des progrès, je peux à présent tenir la conversation y compris avec des licenciés ès-Hallyday. J'aime bien le personnage malgré des tas de trucs qui m'irritent au plus haut point. Il m'est devenu un personnage littéraire. Et j'aime ça.

Johnny, en trois mots ?

Sylvie, Nathalie, Laeticia. J'ai adoré les faire vivre dans ce livre !

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13 janvier 2016

Dominique Maisons : interview pour Le festin des fauves

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(Photo : Kh Dedalus)

dominique maisons,le festin des fauves,interview,mandorJ'avais beaucoup apprécié le thriller de Dominique Maisons, Le psychopompe (rebaptisé Les violeurs d’âmes pour la version poche et qui avait fait l’objet d’une première mandorisation), j’avais donc hâte de lire son nouveau roman (très) noir, Le festin des fauves. Et je n'ai pas été déçu. Au contraire. Je suis resté scotché. Quel talent ce Maisons!

Ici, il est question des services de renseignements qui vont devoir déjouer les plans machiavéliques de l’autoproclamé « Judex ». Maisons nous fait découvrir les arcanes du pouvoir et du renseignement français... et tout n'est pas rose.

L'écrivain est passé me voir à l’agence le 3 novembre dernier.

4e de couverture :dominique maisons,le festin des fauves,interview,mandor

Le nouveau grand espoir du thriller français lâche les fauves.
Un roman impitoyable et magistral.

A Neuilly, un notable donne une somptueuse soirée libertine. Les hommes portent des masques de lions ou de chacals, les femmes sont les proies : gazelles ou biches. La fête s'achève dans un jaillissement de sang. L'hôte s'écroule. Un poison lui a fait exploser tous les organes. Qui est ce Judex qui revendique le meurtre et se présente en justicier ? Que viennent faire dans ce puzzle sanglant une maîtresse SM en guerre contre les hommes, trois frères brésiliens qui sèment la mort pour récupérer d'étranges urnes funéraires ?
Quand un nouveau grand ponte succombe aux avertissements de Judex, c'est tout l'appareil étatique et policier qui se retrouve en danger. Le Commandant Rossi sait qu'il est le premier fusible. Pour sauver sa peau, il doit remonter la piste de Judex jusqu'aux plus hautes sphères.

L’auteur :

Dominique Maisons est né en 1971. Il a été éditeur de presse, traducteur de bande-dessinée, a travaillé 10 ans dans la musique, a coproduit un long métrage (un thriller franco-chinois, L’œil du silence) ainsi que les DVD de La Vie privée des animaux de Patrick Bouchitey… Il a surtout vu son premier thriller couronné du Grand Prix VSD du polar 2011 : Le Psychopompe.

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(Photo : Kh Dedalus)

dominique maisons,le festin des fauves,interview,mandorInterview :

J’ai remarqué que tes trois romans sont très volumineux.

Je m’imagine toujours que le livre que je débute va faire dans les 440 pages. J’ai mon plan en tête, mais pendant l’écriture, je réalise que l’histoire demande des développements et des précisions supplémentaires. J’ai tendance à me laisser déborder… et mes personnages sont les premiers à m’inciter à déborder d’ailleurs…

Ton livre commence avec une scène quasiment gore. Il y en a plusieurs. Tu ne nous épargnes rien.

J’ai réussi à créer une ambiance tellement lourde qu’elle fait imaginer aux gens beaucoup de choses. Il n’y a pas tant d’hémoglobine que ça, si ?

Si, je t’assure. Tous ceux qui sont assassinés par le méchant de ton histoire, Judex, finissent dans d’atroces souffrances quand même.

C’est sûr, il ne rate jamais son coup (rires). Franchement, j’adore écrire des scènes un peu gore, je trouve ça drôle. Je viens de la tradition du Grand Guignol et des films d’horreur des séries Z. Quand je réussis à m’écœurer moi-même, là, je considère que la scène est réussie.

Judex est un criminel avec un fond anarchiste.

Je ne revendique aucun des propos qu’il tient. Ce n’est pas un texte politique. Judex est plus qu’un anarchiste, c’est un activiste. C’est plus un Monte Cristo qu’un révolutionnaire.

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Judex est un personnage tiré d’un feuilleton de Louis Feuillade et Arthur Bernède.

J’adore les romans populaires français, les feuilletonistes, Dumas, Feuillade, Bernède. Ces deux derniers sont responsables respectivement de Fantomas et de Belphégor. Ils font partie de notre patrimoine imaginaire. Judex, à ces débuts, étaient plus populaire que Batman. J’ose même affirmer que, quelque part, il en est à l’origine. Ce mythe du justicier masqué qui a des pouvoirs quasi surnaturels pour se venger, caché dans l’ombre… Quand Judex a traversé l’atlantique, il est devenu The Shadow. C’est pour contrer ce personnage qui était très populaire qu’un éditeur concurrent à créer Batman. Je déplore que Batman soit aujourd’hui plus connu dans la culture américaine que Judex dans la culture française. Les français ont un peu honte des personnages populaires. Ce n’est ni chic, ni noble, du coup, les personnages sont oubliés.

Du coup, avec ton roman, tu as souhaité réhabiliter Judex ?

Oui. Je trouve ce personnage extraordinaire. En 1917, il faisait chanter des banquiers véreux en leur disant « vous vous êtes enrichis sur la spéculation, vous avez ruiné des pauvres gens, donnez la moitié de votre fortune, sinon, je vous fais passer à la trappe ». Il y avait un côté Anonymous. Je trouve Judex tellement moderne. Ce qui est très fort chez lui, c’est qu’il manipule des gens pour faire des actions à sa place.

Dans ton livre, la DGSI (direction générale de la sécurité intérieure) panique complètement parce que Judex semble avoir accès à des informations tirés de dossiers secrets.

Oui, il sait tout de personnes protégées en raison d’intérêts conséquents derrière, comme un grand PDG d’un groupe pétrolier français ou un marchand d’armes… qui ramènent beaucoup d’argent à l’état.

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(Photo : Kh Dedalus)

J’ai appris beaucoup de choses sur le fonctionnement des services de renseignements français.

Tout est rigoureusement exact. La pratique des « blancs » à la DCRI, c’est authentique. Ils font des notes que personne ne signe pour que l’on ne sache pas qui les a écrites et pourquoi. Si un jour quelqu’un tombe dessus, il ne pourra pas y avoir d’interrogatoire, du style : « Pourquoi avez-vous espionné tel candidat à la présidentielle pendant six mois en mettant sous écoute sa famille, ses voisins, ses proches…etc. » Tout cela reste dans une totale opacité.

Les journalistes d’investigation en prennent pour leur grade aussi.

Ils sont méprisés par Judex qui sait qu’ils participent aussi au système. Il sait que s’il y a quelque chose de particulièrement dérangeant, ça ne sortira pas. Il y a très peu de journalistes réellement indépendants. S’il y a un fond de réalité dans le livre, tout est très exagéré. C’est un thriller que j’ai voulu populaire.

A un moment, Judex utilise un pigeon voyageur pour envoyer un message à un de ses sbires…

Ce qui est drôle, c’est qu’aujourd’hui, dans les services de renseignements, ces pratiques reviennent. Ils réapprennent à faire de l’espionnage « low-tech » avec la machine à écrire, les messages cryptés, voire les pigeons voyageurs. Aujourd’hui, Internet et le digital laissent des traces indélébiles.

Quand on referme ton roman, il reste un arrière-goût de « tous pourris ».

Non, j’ai essayé d’être équilibré. Si on écoute la voix de Judex, oui, mais on n’est pas obligé d’écouter cette seule voix, il y en a d’autres dans le roman. Celle de mon flic, le commandant Rossi, par exemple. C’est un bon flic, un peu alcoolique et désabusé, mais un bon chasseur et pas du tout pourri.

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(Photo : Kh Dedalus)

Tu écris toujours des romans foisonnants. Il faut suivre pour ne pas se perdre… et il faut avoir le cœur bien accroché.

Je respecte mon lecteur. Je lui donne des intrigues qui peuvent les stimuler. Je m’amuse parfois à le provoquer, à pousser un peu les limites, à atteindre des niveaux de noirceurs rares. La thématique de la chair, de la viande est très présente dans mes livres. Il y a un côté Hannibal Lecter dans certains de mes personnages. Il ne faut pas que mes lecteurs soient allergiques aux scènes de sang, c’est sûr. Mon prochain livre sera beaucoup plus soft.

Tu vas y parvenir ?

Oui, ce sont des ingrédients que l’on dose.

On sent que dans tes livres, il y a du fond… et de l’enquête pour parvenir à être le plus rigoureux possible.

Je n’aime pas les thrillers qui sont légers en documentation et sur les circonstances, les thrillers qui jouent sur des ficelles un peu grosses, sans fond, sans crédibilité, sans travail. Quand on écrit un thriller, on doit avoir une base de travail solide, créer des scènes et des personnages crédibles et avoir une mécanique qui fonctionne très bien. Ce que j’admire chez certains de mes confrères, c’est la capacité à brasser de l’information et de la restituer de manière fluide.

Comment fais-tu le distinguo entre un polar et un thriller ?

Pour moi, dans un thriller, les personnages sont toujours sous tension. Ils ne sont pas juste dans une enquête, ils sont menacés eux aussi.

La question qui tue. C’est quoi le secret pour écrire un bon thriller ?

Il faut créer une tension, ne jamais la laisser retomber, écrire des chapitres courts, éviter les introspections, être sans arrêt dans l’action. Le thriller, c’est un travail d’artisan, on dose, on calibre ses ingrédients.

Il y a un peu de sexe dans Le festin des fauves. Notamment avec la turbulente et jolie Lucie, ton héroïne un peu borderline.

Ces scènes-là, c’est Lucie qui les a provoquées. Elle a un compte à régler avec la gente masculine. Elle est très en colère et pour parvenir à ses fins, elle n’hésite pas à jouer de ses charmes. Ce qui la caractérise, c’est qu’elle refuse d’être une victime et qu’elle est tenace.

Tes personnages ont leurs qualités et leurs défauts. Ils sont loin d’être manichéens.

Ce qui est sûr c’est qu’ils sont paradoxaux, mais nous sommes tous paradoxaux. Tant mieux !

Tu as écrit ce livre en six mois.

Oui, et pas à temps plein. Par contre, il faut écrire tous les jours. Il faut rester sur sa lancée sinon on perd le contact avec ses personnages et l’action. Pas d’échappatoire possible. C’est difficile de rester dans l’ambiance du livre, dans la bonne direction, ça implique un contact quotidien.

Après, il y a les corrections.

Mon éditrice m’a rendu fou. Il y a eu 7 ou 8 jeux de corrections. A un moment, je connaissais le livre par cœur, je n’en pouvais plus (rires). Je dis ça, mais je suis très content d’avoir signé dans une maison d’édition exigeante. J’avais besoin et envie de cela. Cela m’a fait progresser.

Quand tu finis un livre, tu arrives à couper le cordon avec lui ?

C’est très difficile. Pour le couper, la seule solution, c’est d’en commencer un autre.

Le prochain livre ?

Il est déjà écrit. C’est un thriller qui se passe en 1909. Il y a encore un hommage très appuyé aux feuilletonistes de l’époque.

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Après l'interview, le 3 novembre 2015.

09 janvier 2016

Raphaële Lannadère : interview pour la sortie de L.

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Raphaële Lannadère, alias L., est une artiste que je suis depuis son premier EP. Je me trompe souvent sur le devenir des artistes, mais là, il me semble que je n’étais pas passé à côté. En 2008 (il y a 8 ans), dans ma première mandorisation, je lui prédisais un bel avenir. Dans la seconde, en 2011, elle est en session acoustique devant des caméras et déjà, elle avait pris de l’assurance. Il faut dire que tout lui souriait.

Cette jeune artiste française, auteure, compositrice et interprète, ose un chant très personnel. Sensuelles et féminines, ses chansons mêlent rock, electro, trip-hop ou tango. C’est cet alliage-là qui fait la singularité de Raphaële Lannadère.
Elle s’inscrit dans la grande lignée d’une chanson intemporelle, tout en s’ancrant dans une réalité et des considérations très contemporaines.
Le 1er décembre 2015, je me suis rendu dans les locaux de sa maison de disque, tôt Ou tard, pour une troisième interview, le lendemain de son concert enthousiasmant au Café de la Danse.


raphaële lannadère,interview,l.,mandorBiographie officielle (écourtée et triturée) :

C’est sa voix qui vous happe.
Sa voix que l’on retient, comme un sortilège antique, irrésistible, sirène des temps modernes. Pour le public et les professionnels, l'histoire commence en 2008. Cette année-là, son EP  Premières Lettres suscite rapidement la curiosité des médias. Il lui permet d’être repérée par les Inouïs du Printemps de Bourges, le chantier des Francos.
Deux ans plus tard, celle qui se fait encore appeler L., signe avec le label tôt Ou tard, et poursuit l'élaboration de son premier album. Initiale voit le jour en avril 2011, réalisé par BabX. C'est l’engouement : Prix Barbara, prix Félix Leclerc de la chanson, finaliste du prix Constantin, nomination « artiste révélation » aux Victoires de la musique 2012, et disque d’or. Tout le monde reconnaît là un auteur-compositeur comme on n’en avait plus vu depuis longtemps. A sa Une, Télérama va jusqu'à titrer : « La chanson française, c’est L ». Saluant l'éclosion d'une artiste rare.




Ses mots, leur sensibilité, leur force ont déjà conduit de grands interprètes à faire appel à ses talents de « faiseuse de chansons » (Camélia Jordana, Patrick Bruel ou Julien Clerc).

L’argumentaire de l’album L. :raphaële lannadère,interview,l.,mandor

Aujourd'hui, ses mots s’affinent encore. Dans ce second album, ils se précisent. Figurent une poésie moderne et une vision du monde qui témoignent d'un état de grande porosité, à l'égard de ce qui l'intrigue, l'amuse, la bouleverse. Le verbe est juste ; les textes, fluides. Ils nous entraînent au cœur de ses pensées et d'émotions tant universelles que personnelles. Après une tournée riche de plus de 150 dates, Raphaële Lannadère prend alors la route, seule, au volant d’une petite voiture, pour retrouver, réaménager, formuler, malaxer ou inventer ses mots en changeant d’air. Son chemin la mènera au pied du Mont Ventoux, où elle va poser ses valises et ses instruments, travailler en solitaire, chercher la trame de ce nouvel album, avant de retrouver ses musiciens et donner vie à ses chansons.

Pour cette nouvelle aventure, c’est avec Julien Perraudeau (Diving with Andy, Jacques Higelin, Christophe, Rodolphe Burger) son bassiste d’alors, qu’elle a choisi de collaborer. Ensemble, ils ont réalisé et construit L., un album ouvertement et délicatement électro. Empreint de sincérité et d’élégance.

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raphaële lannadère,interview,l.,mandorInterview :

Hier, au Café de la Danse, j’ai trouvé que tu étais plus libre, plus détendue, plus à l’aise que d’habitude. Je me trompe ?

C’est très juste. La musique de cet album y est certainement pour beaucoup, mais pas seulement. J’ai fait beaucoup de scènes ces deux dernières années et peut-être aussi que l’âge que je prends me fait évoluer ainsi. Je suis beaucoup plus heureuse aujourd’hui. Plus le temps passe, plus je suis épanouie et plus je trouve tout plus facile. La vie notamment. A presque 35 ans, j’ai plus de facilité à être dans le monde. J’ai moins peur et je me sens mieux dans ma peau.

Ça se voit sur scène, je t’assure. 

Tout est plein, doux et rond quand je suis sur scène. Je me sens vivante comme jamais. Hier, avec l’accueil des gens, les applaudissements entre tous les morceaux, j’ai eu la sensation de n’avoir jamais vécu un truc pareil. Parfois, j’avais envie de pleurer tellement j’étais émue. Je n’en revenais pas. J’ai trouvé que c’était d’une intensité dingue.

J’ai remarqué que les morceaux du premier album, en version plus electro, ça le fait aussi !

Avec mes musiciens, quand on a commencé à répéter, on a été très surpris que ça marche. A la base, Julien Perraudeau et moi, nous n’étions pas motivés pour transformer les anciens morceaux. On a commencé avec « Jalouse » et, grosse surprise, on a vite remarqué que ça marchait. Du coup, cela nous a motivés pour continuer à transformer musicalement les titres du premier disque.

Tu viens de citer Julien Perraudeau. Vous n’étiez que tous les deux pour concevoir cet album… C’est l’idéal de travailler ainsi ?

Je ne sais pas si c’est l’idéal, mais j’ai adoré travailler avec lui comme ça. C’était un grand bonheur.

Clip officiel de "J'accélère" tiré de l'album L.

Il y a un changement de direction musicale évident entre tes deux albums.

Quand j’ai commencé à enregistrer seules mes premières maquettes pour cet album, c’était de l’electro. Ça a donné la direction vers laquelle je souhaitais aller. J’ai un peu fait ça pour me marrer et parce que c’est ce genre musical que j’écoute. Enfin, j’écoute surtout des gens qui font de la musique un peu hybride. J’aime écouter des couleurs musicales qui m’intriguent. Avec Julien, on a utilisé beaucoup de petits synthés, ni analogiques, ni chics. L’idée, c’était de se dire qu’il fallait faire des chansons qui devaient supporter n’importe quelle orchestration. Le support, on s’en foutait. Ce n’était pas le propos.

Ça m’a frappé hier  quand je t’ai vu et entendu sur scène. Tes mots ont du sens, mais ont aussi un son qui s’intègre parfaitement à la musique.

Quand il n’y a pas de sens, je m’ennuie. Il est impératif qu’il y ait les deux. Ça permet de se mettre dans un rythme. C’est ludique de faire sonner les mots. Bon, en règle générale, les gens qui écrivent bien savent faire sonner les mots.

La chanson doit-elle nécessairement transmettre un message fort à chaque fois ?

Je ne sais pas. Même quand je fais passer des messages, je ne le fais jamais trop au premier degré. Je trouve que sinon, c’est un peu rêche. Je parle juste de sujets qui me touchent, qui me concernent et dont je pense qu’ils peuvent concerner d’autres personnes.

"Elle flâne" (en version acoustique) tiré de l'album L. (avec BabX au piano).

Est-ce que tu t’amuses quand tu écris des chansons ?

Oui, quand j’écris des chansons qui ne me sont pas destinées. Quand j’écris mes propres chansons, elles sont souvent très denses et ça me demande tellement d’investissement, de concentration et de disponibilité que c’est fatiguant émotionnellement. Je plonge si profondément en moi que je ressors très éprouvée.

On sait que tu as écrit pour Camélia Jordana, mais aussi pour des artistes comme Patrick Bruel et Julien Clerc…

Je suis très flattée, car ce sont eux qui m’ont demandé. Bon, Camélia, c’est la famille, donc je n’en parle pas. Pour Julien Clerc, ça a été difficile pour moi car il m’a demandé quelque chose que je sais moins bien faire. Il m’a demandé d’écrire un texte sur une musique déjà existante… ce n’est pas ce que je préfère faire. Patrick Bruel, lui, m’a demandé une chanson, alors ça, quel bonheur !

Je crois savoir que votre rencontre a été très touchante.

D’abord, il m’a invité comme « découverte » dans l’émission de Michel Drucker. Il est venu me voir dans les loges pour me dire qu’il était très heureux de me rencontrer, qu’il adorait mon premier disque et aussi qu’il adorait les deux premiers disques de David (Babx) et l’album de Camélia Jordana, bref, tout mon univers musical. Là, j’ai compris qu’il ne se moquait pas de moi (rires). Il a commencé à comparer ces quatre albums-là en argumentant. Il connait presque par cœur les chansons, j’ai halluciné. Il s’est même mis à chanter la chanson que j’avais écrite pour Camélia, « Je pars ». J’ai failli tomber par terre. J’ai compris qu’il aimait vraiment ce que l’on faisait et défendait. Il m’a juste donné son numéro, sans prendre le mien, ce que j’ai trouvé d’un chic exquis. Sa proposition était simple : « J’aimerais avoir une chanson de toi pour mon prochain album. Si tu en as envie, si tu as une idée, j’en serais très heureux.»

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C’est amusant parce qu’on s’imagine mal Raphaële Lanadère écrire pour Bruel. Ce n’est, à priori, tellement pas le même monde musical.

C’était génial de se mettre dans sa peau à lui. Je vais t’avouer une chose. Quand j’étais petite, je l’écoutais. Quand j’avais huit ans, mes trois premiers CD étaient Thriller de Michael Jackson, le double blanc des Beatles et un album live de Bruel. Ça m’a donc hyper touché de travailler pour lui

Il y a d’autres artistes pour lesquels tu aimerais écrire et composer ?

Les grands artistes de variétés me fascinent. J’adorerais travailler pour Johnny Hallyday, Patricia Kaas, Lara Fabian... tous ces interprètes m’intéressent énormément.

Michel Sardou ?

Pas du tout. Il est trop de droite. Pour moi ce serait impossible de travailler pour lui. Il a des chansons tellement pétainistes

Mets-tu toujours un peu de toi dans tes chansons ?

Oui, évidemment. Ce n’est pas possible de s’extirper de sa condition, de sa vie, de son expérience, quand on écrit une chanson. Après, ce qui est rigolo, c’est de mélanger la part fictionnelle et véridique. J’ai l’impression de faire des allers-retours entre la réalité et l’invention en permanence.

Parfois, on écrit une chanson avec un thème bien précis et l’auditeur en comprend un autre. Cela vous amuse ?

J’adore qu’une personne s’approprie une de mes chansons en la comprenant comme il le souhaite. Il y a des chansons de Ferré dont on peut avoir soi-même différentes compréhensions à différentes époques de sa vie. Certaines de ses chansons sont vraiment des compagnons pour moi. Je n’en avais pas les mêmes lecteurs à 18, 28 et aujourd’hui à 35 ans. Je trouve ça génial les différents niveaux de lectures.

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Vous aimez Ferré et bien d’autres poètes. Vous font-ils de l’ombre lorsque vous écrivez ?

Avant, mais aujourd’hui c’est fini. Ça reviendra peut-être, mais j’ai l’impression de m’en être affranchie. Il faut s’autoriser à écrire sans penser aux maîtres. A ce sujet, il faut lire Aragon. En gros, dans l’introduction de « Les yeux d’Elsa »,  il écrit « rassurez-vous les mecs, il n’y a pas de création, il faut juste pomper, pomper… et recréer ». C’est génial !

Aragon dit qu’on n’invente pas grand-chose alors ?

On parle tous de la même chose depuis la nuit des temps. Finalement, c’est touchant de se rendre compte que ce sont les mêmes événements et sentiments qui nous étonnent et qui nous émeuvent depuis toujours. Après chacun raconte ça avec son propre regard, son angle, son style.

Vous lisez beaucoup ?

Pas assez. Je lis beaucoup moins depuis que j’écris. J’adore lire de la poésie parce que c’est très court. Ça me convient très bien. Pour lire un roman, il faudrait que je sois peinarde… et je le suis de moins en moins. C’est bizarre ce que je vais te dire, mais depuis que j’écris, j’ai de plus en plus de mal à m’attacher aux personnages des autres. Je trouve ça dommage, mais je n’y peux rien.

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Après l'interview, le 1er décembre 2015, dans les locaux de sa maison de disque.

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05 janvier 2016

Selim (Joseph Chédid) : interview pour son album Maison Rock et l'album familial des Chédid

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Selim se prénomme en fait Joseph. Il est le cadet de la famille Chédid.  Le fils de Louis, frère de Matthieu (-M-) et d’Anne (Nach) est un multi-instrumentiste que l’on a entendu aux côtés d'Arthur H, Thierry Stremler, Chat, Luce ou encore de Mathieu Boogaerts… puis on l’a beaucoup remarqué lors de la récente tournée familiale Chédidienne. Une famille, un nom, une vie musicale : un héritage comme un trésor, mais pas seulement, une obligation d’exigence aussi, et de différence. Il ne manquait plus qu'à Joseph Chedid de sortir son propre disque. C’est ce qu’il vient de faire sous le nom de Selim, son deuxième prénom avec Maison Rock. Un original premier album teinté de house rock, d’électro et d’ambiances psychédéliques inspirées des seventies.  

Le 15 octobre, en plein MaMA, le rendez-vous incontournable des pros de l'industrie musicale, nous nous sommes arrêtés un moment pour faire le point sur la sortie de son disque, celle de la Chédid family et sur sa vision de la musique.

joseph chédid,selim,maison rock,interview,mama,mandorBiographie officielle, mais écourtée :

Lorsqu’on lui demande de décrire son style, Selim répond « rock pour l’énergie, psychédélique pour la rêverie poétique, électronique pour la technologie, pop pour les Beatles, français pour les racines… »

Au commencement de son projet et de ses arrangements, tiraillé entre le rock et la house, Selim décide de composer avec les deux. Son premier album devait s’appeler House Rock. Il sera, en fin de compte, baptisé Maison Rock. Parce qu’en français, « Maison » parle d’autres choses encore, dont sont aussi faites ce disque : un enregistrement réalisé à la campagne, d’un seul trait. Comme un torrent, c’est tout un univers intérieur qui se décide à éclore dans ce premier opus. Il joue de presque tous les instruments et choisit de garder les prises dans leur intégralité. Aucune coupe de montage ni sur les instruments ni sur les voix ne sera faite pour ce premier album. Il opte pour une boulimie de directions : guitare, clavier, batterie, chœur, chansons, arrangements, production…« tout ou rien » grâce auquel sa couleur musicale se distingue. Chaque prise est unique et cette fragilité qui laisse passer les failles et les imperfections fait de Selim un artiste unique et libre surtout.

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(Photo : Edouard Burgeat) 

joseph chédid,selim,maison rock,interview,mama,mandorInterview :

Je t’ai vu à l’Olympia avec toute ta famille. C’est unique et dingue comme expérience à vivre, non ?

Ça fait partie des choses assez magiques qui peuvent arriver dans une vie.

Vous n’êtes pas nombreux à pouvoir vivre ce genre d'aventure musicale.

C’était une expérience incroyable et j’ai toujours du mal à en parler. Ce que nous avons vécus est tellement vaste et riche. Vivre une tournée avec sa famille, j’ai conscience du caractère exceptionnelle de la chose, surtout quand on est, comme moi, en plein apprentissage. Je suis en début de carrière solo, ça m’a appris plein de choses et j’ai pu accéder à des salles que je n’aurais jamais pu occuper si tôt. J’ai pu chanter mes propres chansons devant des salles combles. Je ne te parle même pas du ressenti vécu et du renvoi des émotions du public. C’était proprement inouï. Je me suis retrouvé dans des états incroyables... et très agréables.

F.O.R.T. premier single extrait de l'album studio de Louis, Matthieu, Joseph et Anna CHEDID (sortie le 23 octobre 2015)

Vous avez tous une cote de sympathie énorme de la part du public. Tous les quatre, vous avez été traités de la même façon, sans discernement. J’ai trouvé ça beau.

Je pense que c’est parce que nous allons tous dans le même sens. Ce n’était pas un coup marketing et le public l’a senti. C’est parti d’une sincérité, d’une impulsion, d’une envie irrépressible. Ce qui est surréaliste, c’est de se dire : « ça pourrait être génial de chanter ensemble et partir sur les routes ». Se permettre de le faire dans d’excellentes conditions et qu’en plus, les gens se déplacent et apprécient, c’est jubilatoire !

Je connaissais ta sœur, ton frère et ton père. Tu étais le seul dont je ne savais pas grand-chose. Après l’Olympia, ça m’a donné envie d’aller voir sur Internet ce que tu faisais. Cette tournée familiale est un bon coup de projecteur.

J’ai la chance d’avoir cette famille composée d’artistes talentueux, ouverts et dans le partage. Il est clair que j’en ai bénéficié. Pour le public, j’étais celui que l’on connaissait le moins, mais le public a été extrêmement bienveillant envers moi. Mon album s’appelle Maison Rock, c’était ma maison rock tout ça ! Le centre de Maison Rock, ça a été cette tournée, en fait.

Selim : clip officiel de "Les Sirènes".

Si tu avais enregistré cet album après la tournée des Chédid, il aurait été différent ?

Non, je ne pense pas. Mais je suis très content de l’avoir enregistré avant. C’était une photographie de ce que j’étais à ce moment-là, avant cette sublime expérience. Maintenant que j’ai appris beaucoup de choses, j’ai très envie d’enregistrer un autre album. Ça va être intéressant de voir l’évolution entre les deux. Ce premier disque est vraiment un disque sans concession, je me demande bien comment je vais aborder le suivant.

joseph chédid,selim,maison rock,interview,mama,mandorTu as fait cet album complètement seul, dans le studio de ta maison à la campagne.

J’ai fait le disque que j’avais envie de faire. C’était important pour moi de ne pas filtrer parce qu’on est dans une époque très marketée et calibrée. Je n’ai pas cherché à me démarquer, encore moins de mon frère. On chante tous les deux dans les aigus et on n’y peut rien. On peut faire le lien entre nos physiques et nos deux voix, je le comprends, mais je m’en moque. Mon but n’est pas de prouver que je suis quelqu’un d’autre que mon frère. Pour moi, c’est une évidence.

Une évidence, vraiment ?

Après, je ne dis pas que ça n’a pas été un long travail pour le comprendre, pour le digérer et l’ancrer en soi. Avec le regard des autres et le jugement, c’est un sacré travail, je t’assure (rires). L’idée, c’était d’être sincère. J’avais quelque chose en moi qu’il fallait que je sorte. Cela faisait 27 ans que je mûrissais des sons, des chansons, alors, à un moment, j’ai décidé d’expérimenter mes idées… j’ai fait ce premier album. Instinctivement et sans me poser de question, j’ai essayé de traduire une époque de ma vie. Cette grande époque de ma vie se résume en 10 chansons et 35 minutes.

Selim : clip officiel de "Paranoïa". 

Quel regard portes-tu sur cette « Maison Rock » ?

Je dois t’avouer que j’en suis assez fier. J’ai l’impression que cet album est assez personnel.

Si on écoute l’album de Selim, connait-on Joseph Chédid ?

On a pas mal de clés, mais les choses sont un peu dans le désordre. Le concert Maison Rock est un peu là pour remettre l’histoire dans l’ordre, ce qui permet de comprendre mieux qui je suis.

La création d’un disque, c’est un puzzle ?

Plus que ça. C’est architectural! Là, je vais faire une grande palissade très fine et soudain, une montagne, après je remets du gravier, ensuite, une montagne. La montagne, ça pourrait être le refrain. Après, on repart sur une pente descendante très longue, puis un mur de brique.

Louis, Matthieu, Joseph et Anna Chedid interprètent en live le titre "Egomane" issu de leur album commun dans Le Grand Studio RTL. Une émission présentée par Eric Jean Jean.

En ce moment, tu fais la promo à la fois de ton disque personnel et de celui avec ta famille. Il y a un côté schizo dans ta vie ?

Ça me dynamise. J’ai besoin d’être en action et de ne jamais faire la même chose. Je ne joue pas le même rôle quand je suis avec mon père, ma sœur et mon frère. Je suis plus exposé. Ce n’est pas toujours facile, mais j’ai gagné énormément de terrain avec cette tournée familiale. Je crois qu’il faut profiter de la vie.

Ton disque est sorti il y a un an sur internet en édition limité.

Oui, j’en ai vendu 550 moi-même. Il est sorti dans une maison de disque le 4 septembre 2015 et aujourd’hui, il est dans les magasins. Beaucoup de gens du métier n’y croyaient pas, certains m’ont dit de tout refaire parce qu’il n’était pas suffisamment radiophonique…

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Ta musique est moins abordable que celle de Matthieu, non ?

Je crois plutôt que c’est une histoire de porte d’entrée. On rentre dans un univers quand on a les clés de la maison, ensuite, on s’amuse. Là, j’en suis à un stade où les gens ne savent pas par quelle porte rentrer dans la maison.

Ta sœur Nach, elle, a très rapidement identifiée son style.

Elle a ouvert la porte plus que moi et, en tant que femme, elle se définie directement. Elle se dissocie, alors que moi, je suis frère, je suis fils… ce n’est pas pareil. Ce qui est génial, c’est que ça fait partie du parcours et de la construction. Si on ne s’affranchit pas de ses choses-là, il ne faut pas se lancer dans ce métier parce que ce n’est pas vivable.

Ça y est, tu t’es affranchi ?

J’ai envie de te dire vraiment oui, mais c’est encore un sujet qui touche ma sensibilité. Disons que je suis affranchi de tout ça à 90%. Ça me permet de vivre très bien, mais il reste une petite marge de fragilité parce que je suis en train de me construire et parce qu’il y a beaucoup de choses qui se passent actuellement.

"On ne dit jamais assez aux gens qu'on aime qu'on les aime ", extrait de l'album studio de Louis, Matthieu, Jospeh et Anna CHEDID.

Quand j’ai vu le concert, j’ai pensé à ta grand-mère, Andrée Chédid, que je connaissais un peu. Elle me parlait de ton frère et de son fils avec une grande admiration artistique. Ta sœur et toi ne chantaient pas professionnellement à l’époque. J’ai imaginé qu’elle puisse vous voir tous les quatre réunis.

Il faut voir les croyances de chacun, mais elle doit bien en profiter de là-haut. Tous, nous avons bien senti qu’elle n’était pas loin. Ce sont des énergies tout ça.

Chanter, c’est aussi donner de l’énergie. 

Quand je chante, j’ai envie que les gens soient touchés au cœur, qu’ils soient enveloppés dans une émotion et que ça leur donne de l’énergie pour construire plus beau le monde de demain. C’est mon objectif.

Le propre des artistes est de donner du bonheur aux gens, de les faire rêver. C’est ce que vous avez parfaitement réussi tous les quatre.

Il faut continuer à toucher les gens, à s’engager, mais s’engager, prendre parti intelligemment et constructivement. Il faut faire quelque chose pour que ce monde change. Il faut inverser la vapeur en distillant de l’énergie positive. Je souhaite plus de conscience, de confiance, de savoir, de transmission, de partage. Nous avons tous des choses à apprendre les uns des autres. Il y a une richesse tellement incroyable en nous, que je ne comprends pas pourquoi l’homme est ainsi. Ce monde nous dépasse.  

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Le 15 octobre 2015, selfie prise par Selim à l'issue de l'interview. 

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03 janvier 2016

Chloé Lacan : interview pour Ménage à trois

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(Photo : Adeline Poulain)

Des compagnies théâtrales aux Femmes rebelles en passant par le quintette Crevette d'Acier, Chloé Lacan a pas mal roulé sa bosse avant de prendre son envol en solo. Cette artiste flirte avec une égale virtuosité du côté du jazz, du lyrique, des mélopées tziganes… tout en faisant voltiger les tabous. Gouailleuse, drôle, émouvante, dotée d'un timbre impressionnant, elle nous embarque illico dans son univers (lacanien?) qui vante pêle-mêle les douceurs des plaisirs solitaires, les bienfaits de la paresse ou la nostalgie du temps qui passe. Elle ne se la joue pas diva, Chloé Lacan. Modeste, presque discrète, elle réserve l’exubérance à son public. Elle fait sans doute partie de ceux que la scène transfigure. Elle est une comédienne pour qui la musique est un moyen d’exprimer toute une palette d’émotions. Elle a une formation de chanteuse et d’accordéoniste, mais elle reste proche du plaisir de comédienne pour interpréter les personnages qu’elle chante. La première fois que j’ai vu Chloé Lacan, c’était au Muzik’Elles de Meaux. Elle en était le coup de cœur en 2012. Ensuite, je l’avais interviewée pour la radio de ce Festival (voir photo bonus, en bas de cette chronique mandorienne).

J’ai reçu Chloé Lacan à l’agence le 20 octobre 2015 à l’occasion de la sortie de son album Ménage à trois.

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(Photo : Adeline Poulain)

chloé lacan,ménages à trois,interviewArgumentaire officielle du disque :

Comment mener une vie normale quand on a la délicatesse décadente, le désespoir hilarant, l’opéra déjanté et l’accordéon érotique ?

Après 9 ans de Crevette d’Acier et 4 ans de Plaisirs Solitaires, son spectacle solo, Chloé Lacan revient avec un nouvel Opus, où elle s’entoure de 2 complices, multi-instrumentistes.

Un “Ménage à Trois”, qui sert à merveille la folie douce de cette Diva espiègle. Le trio est polymorphe et passe d’un instrument à l’autre, tissant des univers musicaux délicats et puissants  avec une complicité jubilatoire.

Chanter la mort en dansant, mêler le Blues et l’Opéra, susurrer du Chopin, hurler de rire pour faire la nique au temps… Chloé Lacan ne s’interdit rien. Sa plume est à fleur de peau, d’une poésie océanique ou trempée d’acide tendre. Elle a du frisson dans la voix et la scène chevillée au corps.

Laissez-vous embarquer dans cette tempête musicale, l’humour en bouée de sauvetage.

Chloé Lacan : Textes, musiques, Chant, Accordéon, ukulélé
Nicolas Cloche : Piano, percussions, Ukulélé, chœurs (La crevette d’Acier, Bleu Teckel, Gospel Project…)
Brice Perda : Saxhorn Basse, Flugabone, Glokenspiel, Chœurs (Le gros Tube, Oméga, Métismatic…)

Le 16 février 2016, Chloé Lacan et ses musiciens seront en concert à Bobino.

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chloé lacan,ménages à trois,interviewInterview :

Ta participation à La Crevette d’Acier, c’était ta toute première expérience musicale ?

En termes de chanson, j’ai vraiment commencé avec cette formation, en effet. Au départ, je viens du théâtre, et c’est au cours de mes études théâtrales que j’ai découvert l’accordéon. Ça a été un véritable choc. Un coup de foudre immédiat qui a orienté plein de choses après. J’ai commencé en accompagnant un conteur, Frédéric Naud, et j’ai rencontré des gens qui faisaient de la chanson sur un projet de cirque en Auvergne. Avec eux, nous avons monté La Crevette d’Acier. Très étonnamment, je me suis mise à faire de la chanson à ce moment-là et je me suis rendu compte que je voulais faire ça depuis l’enfance, sauf que ça ne s’était jamais formulé comme ça dans la tête.

Il me semble que tu envisages tes tours de chant comme un spectacle, non ?

J’ai eu envie de monter sur scène pour ça. Les gens qui m’ont donné envie de monter sur scène, c’était Lisa Minnelli, Gene Kelly, des gens comme ça. Sur mon tour de chant actuel, il y a des choses qui sont moins scéniques, moins joués, parce qu’aujourd’hui, j’assume un peu plus la simplicité et l’émotion au premier degré. La Crevette d’Acier était hyper théâtralisé, mes tours de chant le sont moins, mais je sens la comédienne qui est en moi toujours active.

Bande annonce du nouveau spectacle de Chloé Lacan : "Ménage à Trois" avec Brice Perda et Nicolas Cloche.

Quand tu commences une chanson, tu penses à ce qu’elle va donner sur scène ?

C’est primordial et je ne fais jamais autrement.

La Chloé Lacan qui est sur scène est-elle la même que celle de la vie de tous les jours ?

Il y a plein de petits moments où elle est la même. Je pense qu’elle a juste besoin d’un petit costume pour avoir la force de monter sur scène. J’avais aussi besoin de ma gouaille que je n’ai pas forcément dans la vie. Au départ, monter sur scène a été quelque chose de violent, surtout quand j’ai commencé à chanter en solo pour Plaisirs solitaires. Avec les années et avec la confiance, je laisse sortir de plus en plus de choses de moi, en toute simplicité. Mais, globalement, je monte sur scène pour exprimer des choses que je ne peux pas exprimer dans la vie. Ce qui m’intéresse, c’est d’aller pousser plus loin que ce que l’on pousse tous les jours.

Clip officiel de "La pêche au bonheur".

C’était un besoin de te rassurer d’être à plusieurs, de ne pas être la seule tête d’affiche ?

A cette époque-là, je n’ai pas pensé mon travail en termes de tête d’affiche ou de carrière personnelle, parce que je venais du théâtre et d’un travail de troupe. Travailler en troupe, c’est une grande richesse. Il y a une complémentarité entre tous. Je me suis beaucoup nourrie des uns et des autres et j’ai beaucoup appris pendant ces années-là.

Puisque l’on évoque le travail en groupe, en voici un autre, le collectif « Femmes à bretelles ».chloé lacan,ménages à trois,interview

C’est parti d’une commande du théâtre de la ville de Bezons qui voulait un spectacle autour de l’accordéon et autour de la femme pour la Journée de la Femme du 8 mars 2006. Alice Noureux, des Blérots de R.A.V.E.L, m’a proposé de participer à cette aventure. Nous devions le jouer une fois et comme il a intéressé un public large et motivé, on le joue encore aujourd’hui deux ou trois fois par an. On a beaucoup de plaisir de se retrouver. Ça nous sort de nos projets personnels. Ce sont des moments précieux.

On apprend des autres aussi, je suppose.

On apprend même beaucoup. Dans La Crevette d’Acier, nous étions très centrés sur nous et on allait difficilement rencontrer les autres. Vers la fin de cette formation, nous nous sommes un peu plus ouverts. En solo, j’ai eu le plaisir d’être invitée souvent. J’étais toute seule, je pouvais m’intégrer plus facilement à une soirée musicale par-ci par-là. J’adorais ça parce que toute seule, je pouvais très vite tourner en rond, très vite m’assécher. Faire un saut dans Les femmes à bretelles, dans La mariée était en fuite, c’est très constructif.

chloé lacan,ménages à trois,interviewNous n’avons pas encore parlé de La mariée était en fuite.

J’étais à l’initiative de ce projet-là avec des vidéastes. Parce que l’on voulait monter des petits modules vidéos, on a déliré sur une mariée qui s’enfuyait, du coup, on a fait des duos parce que ça me faisait plaisir de partager des chansons racontant cela avec d’autres artistes comme Jeanne Cherhal, Jerem, Fred Joiselle, Nery et bien d’autres. Très vite est née l’envie d’en faire un spectacle. Ça va peut-être se rejouer en 2016.

Tu n’arrêtes jamais. Tu es toujours dans différents projets, toujours en mouvement.

Chacun à sa propre difficulté à s’arrêter. Nous sommes dans une époque qui impose le fait d’ y arriver vite et jeune. Je suis montée sur scène avec mes chansons à l’âge de 35 ans. De toute manière, je ne l’aurais pas fait avant. J’avais besoin d’avoir tout ce parcours, d’enchaîner les projets. J’ai toujours ressenti le besoin d’aller chercher de la richesse ailleurs.

Ménage à trois. Les acoustiques#1 : "Va".

Je te reçois pour ton nouvel album Ménage à trois.

Suite au Plaisirs solitaires, après quatre années de tournée, j’ai eu envie de collaborer avec des musiciens. J’avais déjà travaillé avec Nicolas Cloche, multi-instrumentiste, dans La Crevette d’Acier et je savais que je voulais recommencer. Je voulais des musiciens qui acceptent de casser ce que l’on fait d’habitude sur scène, c’est-à-dire chanter a cappella, faire des percus corporelles, et soudain, envoyer à fond la musique. C’est Nicolas qui a eu l’idée du cuivre et c’est donc Brice Perda qui nous a rejoints. Ce sont mes chansons, musiques et textes, et eux ont proposé les arrangements.

C’est un album varié.

Je pense que j’ai une peur terrible de m’enfermer dans une seule couleur. Ça doit partir d’une peur de m’ennuyer, donc, j’ai tendance à tout casser. Sur un disque, ça peut être perturbant au début parce que ça suppose de passer d’un univers à l’autre. Il n’y a pas un choix de couleur au départ.

Ménage à trois, acoustique#2, "Porto Fino". 

Le spectacle a-t-il été créé avant le disque ?

Je n’arrive pas à me projeter d’abord en disque et après sur scène. J’ai besoin que mes chansons vivent, évoluent avant de les enregistrer en studio. D’ailleurs, elles ont beaucoup bougé depuis leur origine.  

Ce que j’aime dans tes chansons, c’est qu’elles sont subversives et loin d’être lisses, mine de rien.

Je parle souvent de Liza Minnelli parce qu’elle est à la fois sublime et pas lisse. Elle est trash, très sexuée, alcoolique, elle déborde, elle dérange… elle me fascine pour ça aussi. Je pense la même chose de Nina Hagen. Je suis très loin de ces caractères-là, mais heureusement que ces artistes existent. Ils nous montrent le monde en donnant des coups dans le mur. En général, dans la vie, la société, on est dans une recherche d’uniformisation qui me terrifie.

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(Photo : Adeline Poulain)

Cette uniformisation, le consensuel qui règne de nos jours, tu le vois beaucoup autour de toi ?

Je ne le vois pas partout. D'ailleurs, je n’ai plus la télé, donc je me suis coupée d’une grosse partie de ça.

Par rapport à ton métier, te sens tu bien dans cette époque ?

Je me sens juste un peu décalée parce que mon choix musical est très acoustique. Je suis dans le spectacle vivant à fond. Le moment où je me sens le mieux, c’est quand je monte sur une scène pour chanter, quand je finis en acoustique au milieu des gens. Je cherche à être en contact direct avec le public. Je crois qu’il est aussi en attente de ça.  Je ne pense pas que j’aurais été mieux à l’âge de pierre ou au XVIII e siècle.

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(Photo : Adeline Poulain)

Je pose ma question différemment. Est-ce facile d’être une artiste comme toi en 2015 ?

Je ne pense pas que ce soit facile, mais je crois qu’aucun métier n’est facile de nos jours. De toute façon, va-t-on vers un métier parce qu’il est facile ? Je ne crois pas. J’ai eu la chance d’aller vers ce métier et m’y tenir parce qu’il me faisait évoluer, parce qu’il m’apprenait sur moi-même et sur les autres et que c’était une passion.

Tu n’as pas choisi la même direction musicale que les gens que tu admirais et qui t’ont façonné, les gens de la comédie musicales américaines avec en tête de lice Liza Minnelli, Ella Fitzgerald et Billie Holiday.

Le moyen de contourner le fait que la barre soit haute, c’est de ne pas suivre les traces des artistes que j’idolâtre. Je ne me suis jamais dit que j’allais devenir chanteuse de jazz. Le fait de mettre un accordéon sur moi m’a permis de m’éloigner de cet univers. Ce sont les Bratsch qui m’ont envie de faire de l’accordéon, mais je n’ai pas fait de la musique tzigane pour autant. Je suis allée trouver ma particularité, sinon, j’allais être écrasée par mes maîtres toutes ma vie.

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Pendant l'interview...

Te rends-tu compte que tu commences à compter dans la scène française ?

Je ne me rends pas compte parce que les gens ne me le disent pas et c’est sans doute pas plus mal. J’ai juste vu qu’on avait écrit des beaux articles sur ce que je faisais. Si j’avais l’impression d’arriver quelque part, peut-être que ce serait le début de la fin.

Tu aimes qui dans les artistes de ta génération?

Sarah Olivier, je l’aime beaucoup et on a fait pas mal de trucs ensemble. Elle est mille fois plus barrée que moi. J’aime aussi Presque Oui et Loïc Lantoine. Camille et Lhasa, c’était des grandes claques quand je suis allée les voir. Sur un projet qui s’appelle L’Ultra Bal, j’ai pu rencontrer Zaza Fournier, Karimouche, Flavia Coelho, Fixi, Alexis HK, Alexandra Gatica… Ce sont des gens dont j’apprécie beaucoup le travail, le parcours et le questionnement. J’en ai oublié car la liste est longue.

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Anne Sylvestre, avec laquelle tu as déjà partagé des scènes, chante « Les gens qui doutent ». Tu en fais partie ?

Oui et le doute peut générer des angoisses qui peuvent me freiner. Après coup, je me suis rendu compte que le doute à fait partie de l’exigence.

Pourquoi vas-tu voir un artiste sur scène ?

Je viens voir un petit supplément d’âme et la larme qui va me faire sentir vivante. C’est énorme. Nous, les artistes, on fait ce métier pour ça.

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Après l'interview, le 20 octobre 2015.

Petit Bonus :

Comme je le disais en préambule, j’ai rencontré Chloé Lacan le 22 septembre 2012 aux Muzik’Elles de Meaux. Je coanimais la radio de ce festival. Voici quelques clichés de l'interview…

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01 janvier 2016

Alexis HK : interview pour son spectacle Georges et moi

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Dans son nouveau spectacle, Georges et moi,  Alexis HK reprend quelques chansons de son aîné, Georges Brassens. « On connaissait ses talents scéniques, une petite phrase de lui entre deux chansons peut faire éclater de rire une salle entière. Ici, il va encore plus loin en inventant un personnage, une sorte de lointain cousin, un brin neurasthénique, un peu nostalgique, toujours très drôle, racontant la vie d’ici au Georges Brassens de là-bas. Le tout ponctué de seize chansons de Brassens ». Comme l’indique le dossier de presse, « pour certains, ce spectacle est l’occasion de découvrir toute une partie sulfureuse de son répertoire, celui à ne pas mettre entre toutes les oreilles… ou plutôt si, car découvrir la sexualité par les chansons de Georges Brassens est un luxe qu’il est bon de transmettre aux plus jeunes. Ce spectacle existe aussi pour cela : perpétuer les traditions. Ainsi, comme le dit Alexis, les parents qui écoutent Brassens sont plus détendus que les parents qui écoutent Michel Sardou… et leurs enfants deviennent de beaux et talentueux adultes. La preuve avec ce spectacle. Merci Georges ! »

Alexis HK (déjà mandorisé  en 2009 et plus récemment en 2012) est venu me voir à l’agence le 25 novembre dernier. Ni lui ni moi n’étions encore remis du massacre du 13 novembre 2015 au Bataclan et dans les bars parisiens. Sous le choc. Avant de commencer l’interview, je trouve le chanteur un peu sonné. Beaucoup même. Nous parlons un long moment en off de ces attentats. Puis, pendant l’entretien, on essaie de s’en tenir à son spectacle, mais impossible. Besoin d’évacuer.

alexis hk,georges et moi,georges brassens,interview,mandorArgumentaire du spectacle : Alexis HK présente un nouveau spectacle autour du répertoire et de la pensée de Georges Brassens. Le spectacle a été créé en septembre 2014 avec la collaboration artistique de François Morel au Théâtre Armande Béjart d’Asnières-sur-Seine.

Accompagné de Simon Mary à la contrebasse et de Loïc Molineri à la guitare, il interprète une sélection de chansons savoureusement irrévérencieuses. Au programme, quelques classiques de Brassens ("La femme d'Hector" ou "Les trompettes de la renommée") mais aussi des perles méconnues ("La religieuse", "La fessée") qui réveillent l’esprit sulfureux de Tonton Georges.

Brassens réveillé, l’occasion est trop belle pour converser avec cet esprit et monologuer façon stand-up avec le mythe sur les femmes, les cons, les vieux et la société d’aujourd’hui. On connaissait les talents d'orateur d'Alexis HK, le voici donc dans un spectacle hybride taillé sur mesure qui l’emmène aux portes du théâtre.

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alexis hk,georges et moi,georges brassens,interview,mandorInterview :

Dans le spectacle, tu t’adresses à Georges Brassens et tu le tiens au courant de l’état du monde. C’était avant les attentats de la semaine dernière…

J’ai l’impression que tout prend une résonance dans ce spectacle. Brassens, dans sa liberté de parole et dans sa liberté de pensée. C’est ça aussi qui a été attaqué le 13 novembre. C’est une certaine partie d’esprit libre que l’on a décimé ce soir-là. Je ne sais pas ce qu’il aurait pensé de tout ça, à part peut-être « on est vraiment tous des cons ». Ce qui nous a éteints lors de ces événements, c’est que ce sont des civils qui sont morts. C’était des innocents. Et quand on touche à l’innocence, c’est là que toutes les grandes questions de la liberté, toutes les grandes questions de la libre pensée sont mises en branle. On est surpris par cette violence inouïe, mais j’ai l’impression que pendant toutes les périodes de l’histoire, il y a eu des choses terribles. Après ce que nous venons de vivre, soit on s’effondre, soit on essaie de s’arrêter pour comprendre.

Brassens à un rôle à jouer là-dedans ?

Oui, car c’est un émancipateur de la pensée. C’est quelqu’un qui nous ramène tous à notre libre arbitre et qui nous dit : « choisis ce que tu veux, pour peu que ce soit ce que tu as choisi et ce que tu as voulu faire. C’est tragique de se dire qu’il faille ce genre d’événement pour se remettre en question, pour remettre en question la façon dont on a vécu, le mode de vie que l’on a. C’est triste à dire, mais il faut le saisir comme une occasion de regarder de notre côté aussi et d’essayer de comprendre où nous nous sommes faits des illusions et où nous avons fermé les yeux. Dans ces cas-là, on a besoin de poètes et de gens qui savent écrire et penser.

Georges et moi, capturé par Quai Baco.

Tu es en pleine tournée de Georges et moi, vas-tu changer certaine partie du spectacle après ces attentats ?

L’idée c’est quand même de rester léger parce que je crois que les gens qui me font l’honneur de venir sont en demande d’évasion et si c’est pour les ramener devant BFM TV, je pense que ce n’est pas la peine de venir au spectacle. J’ai déjà réadapté quelques points du speech, mais je n’ai pas voulu aller trop loin là-dedans parce que je tiens à ce que l’on se fasse du bien. C’est essentiel et c’était déjà l’objectif de ce spectacle bien avant tout ça. Dans la pensée de Brassens, pour moi, parmi les points les plus forts, c’est son humour et son détachement, cette façon de regarder les choses pleine de distance et de recul.

C’est un peu aussi Alexis HK, non ? Tu ne fais pas la même chose, mais je trouve que vous avez une manière similaire de concevoir une chanson.

Moi, je fais partie d’une famille Brassens. Mes parents, mes oncles, mes tantes, mes cousins… dans les réunions de famille, nous citions toujours Brassens, souvent en hurlant de rire, car nous citions les choses les plus drôles. Je pense que c’est une éducation. Au-delà du chanteur et de « l’Entertainer », il y a une dimension très forte chez Brassens. Il y a aussi une dimension individualiste dans le bon sens du terme, c‘est à dire ramener chacun à sa conscience et à son esprit et donner de l’humour à chacun pour que l’on puisse supporter tout ça. J’ai été imprégné très tôt par cet esprit-là. Ce n’est donc pas par hasard si je finis par faire ce spectacle. Ce que j’ai pu faire à titre personnel part de la même démarche : se remettre en recul par rapport à soi et par rapport au monde pour essayer de trouver soit des choses drôles, soit des choses émouvantes à dire, parce que, toute cette aventure humaine est quand même très énigmatique et très singulière. Que l’on soit dans la barbarie ou la civilisation, on a besoin de Brassens quand ça ne va pas. C’est une sorte de baume de réconfort. Je pense qu’un chanteur, en général, quelle que soit sa démarche artistique, est utile à ça. Brel, Brassens, Ferré, Fersen ou Bénabar et bien d’autres ont cette fonction de réconfort et de partage.

Session acoustique de "Le temps ne fait rien à l'affaire" par Quai Baco.

Quand tu écris une nouvelle chanson, te demandes-tu ce qu’en aurait pensé Georges Brassens ? Plus clairement, est-ce que son ombre est toujours au-dessus de toi quand tu crées ?

J’ai constaté que son ombre était là même dans des périodes où je ne l’écoutais pas du tout. Je ne passe pas mes journées à écouter Brassens non plus. Il est tellement à la base de mon enfance et de ma vie, qu’il y a des moments où je ne l’écoute pas. Malgré cela, il revient toujours. Soit on me le cite, soit je vois son nom sur une plaque de rue ou dans un parc. Je me rends compte en fait de sa puissance et de sa force. Il est comme quelqu’un qui reviendrait vous mettre la main sur l’épaule en disant que tout se passera bien. Le désarroi causé par les événements récents, c’est que même avec Brassens qui vous met la main sur l’épaule, on n’arrive pas à se réconforter… parce que là c’est trop grave.

Quand on écoute ses chansons, on s’aperçoit que rien n’est obsolète et que tout dans ce qu’il dit reste d’une modernité incroyable.

Tout à fait. Dans mon spectacle, j’ai choisi des chansons plutôt subversives. J’ai choisi le Brassens qui aide à dire  « je fais ce que je veux et je vous emmerde ». J’aime beaucoup cette dimension chez lui, derrière cet air un peu sage avec sa pipe et sa moustache. Brassens, il était un peu punk. Je dirais même qu’il était mieux qu’un punk. C’est en tout cas quelqu'un qui ne s’en laissait pas compter et qui ne s’est jamais empêcher de dire ce qu’il avait à dire. J’aime beaucoup ce Brassens-là, mais j’aime aussi beaucoup le Brassens sentimental. Les thèmes abordés par ce poète ne vieillissent pas. Que l’on parle d’amour, de la mort, de Dieu ou des cons, on se rend compte que quand des vérités sont dites et qu’elles sont dites de belle manière, elles demeurent… et elles demeurent très modernes. Brassens n’est pas un monument poussiéreux qu’on tente de récurer.

Peu de temps avant l'existence concrète du spectacle, Alexis HK interprète "Les trompettes de la renommée" de Georges Brassens, en concert à Canal 93, à Bobigny, dans le cadre des soirées FrancoFans, le 11 décembre 2014. Il est capté par le site Hexagone.

Dans ton spectacle, tu ne portes pas la moustache et tu ne fumes pas la pipe. Tu ne fais pas de mimétisme ?

(Sourire) Je ne fais ni de mimétisme, ni de parodie.

Par contre, tu modifies parfois des paroles. On entend le mot MP3 par exemple, habilement intégré dans un texte.

Volontairement, je fais des clins d’œil à la modernité pour être en connivence avec le public. Chaque fois que l’on peut faire ce genre de choses, on le fait, mais sans piétiner son œuvre, au contraire, en la prolongeant.

Le public adore ça !

Le public a toujours ce petit sourire que moi j’attends. C’est la réaction que m’ont toujours provoqué les chansons de Brassens. Ce petit sourire en coin dit : « Tu ne m’auras pas. Tu as sombré, mais moi je ne sombrerai ni dans la haine, ni dans la bêtise. J’aurais toujours ce petit sourire en coin qui démontrera que tu n’as aucune emprise sur moi. » Sous des atours légers, il y a beaucoup de profondeur chez Brassens et ça touche au cœur même de la vie et ses problématiques. (Un long silence.) J’en reviens à la gravité des événements actuels… ce petit sourire en coin, on nous l’a effacé du visage. Là, j’ai du mal à l’avoir et je vais aller le rechercher.

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Tu as joué depuis le 13 novembre ?

Oui, plusieurs fois. Je me suis appuyé sur le public et sur mon équipe pour réussir à remonter sur scène. Je ne le faisais pas pour moi, mais pour le public. Mais à titre personnel, j’avoue que là, on a réussi à éteindre quelque chose qu’il va falloir rallumer. Soit on veut le rallumer, soit on se dit que c’est définitivement éteint. Là, c’est très frais encore. Et ce n’est peut-être que le début de l’horreur, mais je ne préfère pas le penser. Je le constate, je veux le combattre.

Tu m’as dit en off que si tu ne t’étais pas caché derrière Georges Brassens, tu ne serais pas remonté sur une scène si vite.

Sans aucun doute. S’il avait été question de défendre mes propres chansons, j’aurais annulé une partie de mes concerts. Je me serais mis sous silence pour réfléchir, pour retrouver la force de continuer à créer. Là, nous nous sommes tous retrouvés autour d’un totem.

"Le pornographe" par Alexis HK (audio).

François Morel a mis en scène le spectacle… mais pas que.

Je lui ai présenté un texte qui était très touffu et dans lequel il a fallu tailler. Tous les deux, on a élagué un maximum. J’avais une grande confiance en lui sur la rythmique des choses. C’est un comédien chevronné, un habitué de la scène, en plus c’est un chanteur et un amoureux de Brassens… Je dois avouer qu’il a proposé des vannes très fidèles à l’esprit de Brassens. On les a toutes gardées parce qu’elles étaient extrêmement drôles. Quand je repense à toute cette période de création avec lui, je me rends compte de la légèreté qui régnait et du bonheur de faire ce travail avec lui. Je savais que c’était la bonne personne.

François Morel dit que ce spectacle est un hommage un peu moqueur, un peu farceur à Georges Brassens. Tu adhères à cette définition ?

Je suis complètement d’accord avec ça. Sans avoir connu Brassens, je pense que c’est quelqu’un pour qui les hommages pompeux devaient être quelque chose d’absolument insupportable. Je pense également que c’est quelqu’un qui ne veut pas être enterré sous une pierre tombale avec des gens qui pleurent ou qui écoutent ses chansons avec les sourcils dressés en surveillant si on a les bons accords et les bonnes mélodies. Il fallait être conforme à son esprit, donc être un petit peu moqueur, mais seulement un tout petit peu. En fait, ce n’est que de la tendresse. Il n’y a pas de cynisme dans ce spectacle, il y a juste de la complicité et de la connivence avec Brassens et avec le public.

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Le "La Croix" du 4 décembre 2015.

Le choix des chansons qui sont dans ton spectacle a dû être cornélien, non ?

Oui et non. Il y a avait des thèmes précis dont je voulais parler, donc je voulais des chansons qui collaient à ses thèmes. J’avais envie de parler de la gloire, des cons, de la liberté, de sexualité.

De sexualité ?

Oui, c’est un thème très fort dans l’œuvre de Brassens. On l’a traité de misogyne alors que c’est lui qui a chanté que 95 fois sur 100, la femme s’emmerde en baisant. Il n’y a pas beaucoup de mec qui ont dit ce genre de choses.

Tu as choisi aussi des chansons que tu aimais, évidemment.

Dans le choix des chansons, il y a un mélange d’intuition et de nécessité. La première condition pour faire un spectacle comme celui-là, c’est la sincérité et l’amour qu’on a pour le poète à qui on rend hommage.

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(Photo : Marc Philippe)

Selon toi, le public vient pourquoi ?

Il y a des gens qui viennent sans me connaître, juste parce que c’est un spectacle sur Brassens, d’autres parce qu’ils me connaissent, même s’ils ne sont pas des grands fans de Brassens et il y a des gens qui viennent parce qu’ils apprécient les deux. Je suis très heureux quand quelqu’un vient me voir et me dit qu’il ne connaissait pas bien Brassens, mais que grâce à mon spectacle, il a envie de se plonger dans son œuvre. J’aime bien aussi que quelqu’un qui connait bien Brassens me félicite pour mon interprétation et ce que j’ai fait de son œuvre et de son esprit. Mais la satisfaction centrale, c’est de partager l’intimité qu’on a tous avec ce chanteur. Chacun à son petit Georges Brassens en lui.

Il y a un EP reprenant six chansons. C’était pour que les gens repartent du spectacle avec un souvenir ?

Oui, c’est exactement ça. Il y a deux titres seulement communs au spectacle, la première et la dernière, entre les deux, ce sont quatre chansons inédites. Ce sont des chansons qui résonnent encore plus fort aujourd’hui. Il y a « L’assassinat », « Le roi boiteux », « Le mouton de Panurge » et « Le vin ». Ce sont des chansons que j’aime énormément et que je chante parfois dans le spectacle, à la fin quand j’ai envie d’en claquer une dernière. Ces EP sont uniquement en vinyle avec quand même des codes internet à l’intérieur pour produire un choc des époques entre le phonographe et le MP3.

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Georges Brassens en 1976.

Pourquoi ne pas faire un album en entier de reprises de Brassens ?

Je ne sais pas si j’en ai vraiment envie. J’ai l’impression qu’il y en a d’autres qui l’ont fait avant moi et qui l’ont fait très bien.

Qui ?

Je trouve que Maxime Le Forestier chante extrêmement bien Brassens, j’ai aussi adoré l’album de Renaud. Des chanteurs moins mythiques que ces deux-là s’y sont aussi collés et plutôt bien. Je préfère donc m’abstenir.

Ce que j’aime chez toi, c’est que tu aimes les projets. Tu ne te contentes pas de ta carrière personnelle. Je me souviens de ta tournée avec Benoit Dorémus et Renan Luce.

Le monde d’avant où un artiste défend son petit album, part faire sa petite tournée, puis sa petite promo, puis rentre chez lui, c’est fini. Déjà parce que l’industrie du disque a beaucoup changé, mais aussi parce qu’il y a eu tellement de choses qui ont été faites avant que je pense que c’est important de se mélanger aussi bien avec de grands chanteurs comme Brassens, mais aussi de grands chanteurs comme Renan Luce ou Benoit Dorémus. C’est nourrissant. Pour moi, faire un album, ça doit être le résultat d’un cheminement. On finit par faire un album parce qu’on a accumulé suffisamment d’expériences et d’émotion. Il faut que l’on ressente le besoin impérieux de faire un album parce que les choses doivent sortir.

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(Photo : Marc Philippe)

On est dans une époque pleine de grands artistes, mais on ne les voit pas facilement dans les médias.

Ce n’est plus le même schéma qu’à l’époque où, à l’arrivée, il n’y avait qu’une quinzaine d’artistes qui tournaient. On entendait toujours les mêmes. Cela dit, aujourd’hui, on entend toujours les mêmes dans les grands médias, par contre, il y a une forêt énorme d’artistes extrêmement talentueux qui font plein de choses variées et mixées.

Je retrouve ton nom dans pas mal de disques d’autres artistes. Très récemment, dans celui de Chloée Lacan.

Je suis dans une logique de confrérie et de fraternité avec les autres artistes. Je n’ai jamais envié un artiste qui avait plus de succès que moi. Dans le domaine musical, je considère que la compétition est absurde. Chacun doit avoir quelque chose de personnel à proposer, nous ne sommes donc pas dans la même piste de course. On est chacun dans notre univers et quand ça se mélange et que ça se respecte, c’est vraiment beau.

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Pendant l'interview...

Un album solo à venir avec tes propres chansons ?

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, faire un spectacle sur Brassens n’est pas du tout castrateur, comme on a pu me le demander. Je n’ai pas peur d’écrire de nouveau ou d’être figé. Je réalise au contraire que cela me détache du maître. Je suis en train d’écrire des nouveaux morceaux en ce moment et comme je suis dans l’œuvre de Brassens jusqu’au coup, je prends un contre-pied ou une contre-voie, comme on veut. Je travaille et j’essaie d’aller au cœur de ce que je ressens profondément. Je parle de mes rêves, de la solitude, parce que la solitude me touche beaucoup. Je pense que j’aurais un album dans les mois prochains.

Est-ce que ce que nous vivons en ce moment va influencer ton œuvre ?

On ne peut pas être imperméable à ce qu’il se passe, mais nous ne sommes pas des journalistes, non plus. Il s’agit pour nous, chanteurs, de sentir l’air du temps… et l’air du temps ne sent pas très bon. Je n’ai pas envie de m’arrêter à ça. Derrière le tragique, il y a toujours un peu d’espoir, donc je crois que c’est le moment de chanter un peu l’espoir. Je vais t’avouer un truc. Tout ça fait que je me remets beaucoup en question depuis une semaine. Même sur ma façon de vivre. Je me rends compte que j’ai trois voitures chez moi et qu’il y en a deux qui ne me servent à rien. C’est parce que je ne m’en occupe pas. Il faut que je m’occupe de les vendre. C’est absurde. Qu’est-ce que c’est que mon mode de vie d’ultra consommateur? Ça n’a aucun sens. Il y a plein de petites choses comme ça qu’il va falloir que je change dans ma vie. On laisse passer les journées comme ça parce qu’on aime bien qu’une journée soit conforme à celle de la veille. Pour l’instant, j’ai besoin de réfléchir et de me remettre en question. Avec ces attentats précis, ce qui est terrible en terme émotionnel, c’est qu’on ne peut se raccrocher à rien. On parle de l’innocence décimée et c’est ça qui devrait nous pousser à la méditation : comprendre que le monde peut aller jusque-là, aller jusqu’à ce niveau de barbarie là. Je le répète, si on doit écrire des chansons à partir de ça, il faut faire naître un espoir…

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Après l'interview, le 25 novembre 2015.

En bonus, l'émission Alcaline, le mag concernant "Georges et moi":

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12 décembre 2015

Christine and the Queens : interview pour la rééedition de Chaleur Humaine

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christine and the queens,chaleur humaine,réédition,interview,mandorDepuis trois ans, Christine and the Queens ne cesse d'intriguer, autant pour son univers interlope que pour sa gestuelle à la Michael Jackson. Elle fusionne avec aisance, tantôt en français, tantôt en anglais, la new wave des années 80, les textures d’une électro légère, de la pop et de la chanson. Une réédition de Chaleur Humaine vient de sortir (le 6 novembre dernier). Un collector qui comprend les deux titres US « No Harm Is Done » et « Jonathan » (en duo avec Perfume Genius), un réarrangement de « Safe and Holy » et les rares « Intranquillité » et « Amazoniaque » que l’on trouvait sur ses premiers EP. En bonus, un DVD de Christine and The Queens en concert au Zénith. L’occasion était belle de la rencontrer. A la base, c’était pour le site de la Fnac et pour le journal Contact de la Fnac, mais Mandor n’a pas pu s’empêcher de vous présenter la version longue de cette interview réalisée dans les loges du Grand Journal (dont elle était l’invitée « musique ») le 29 septembre dernier.

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christine and the queens,chaleur humaine,réédition,interview,mandorInterview :

Avez-vous le temps de réaliser ce que vous vivez ?

Quand il se passe beaucoup de choses pour quelqu’un et qu’il n’y a aucune interruption, on est dans un espace-temps particulier. Je suis encore dans cette réalité-là, puisque je suis en pleine tournée. Une tournée, c’est très concret, très codifié, très ritualisé. Je me rends compte de ce qu’il se passe parce que les salles sont de plus en plus grandes et de plus en plus remplies. Je sens bien que le projet a pris de l’ampleur depuis un an. Je reste tout le temps dans une logique de travail, donc je ne suis pas en train de m’assoir en ressassant ce qui est en train de m’arriver. Je suis emportée par ce qu’il m’arrive, ça me permet de ne pas trop me poser de question. Je suis une performeuse et cela demande beaucoup de travail au quotidien.

Clip officiel de "Saint Claude".

Clip officiel de "Christine".

Que représente la scène pour vous ?

C’est l’espace où je me sens présente, disponible et généreuse et où j’essaie de donner quelque chose. La scène, c’est aussi la fatigue, des questionnements… et le syndrome de l’imposture.

Ah bon ! Vous avez le syndrome de l’imposture ?

Ce syndrome ne s’arrête pas avec le succès, ça peut même s’aggraver. C’est une façon de douter et le doute peut-être bénéfique aussi. J’ai toujours beaucoup douté, ça fait partie de ma démarche. Quand je réfléchis à une chanson ou à une vidéo, je la remets beaucoup en question. Volontairement, je me fais l’avocat du diable. Mais le doute ne me paralyse pas, c’est ce qui me pousse à vouloir progresser. Très humblement, j’ai quand même commencé à chanter il y a cinq ans. Ça parait long et en même temps, c’est très peu. Je vois tous les jours les progrès que j’ai à faire. Je trouve très beau ce qu’il m’arrive maintenant, mais j’espère que cela va durer pour que je puisse avancer encore et prouver que je suis capable de beaucoup d’autres choses.

Vous restez lucide.

Oui, mais ça va, on en est pas encore dans des débauches de célébrités non plus. Je ne suis pas suivi par les paparazzis, par exemple.

Clip officiel de "No Harm Is Done" feat. Tunji Ige.

Avec le succès international du projet Christine and The Queens, avez-vous toujours le contrôle de la situation ?

Je contrôle le projet artistique, c’est à dire les vidéos, le spectacle, les chansons et les performances. Je suis un control freak. Par contre, ce qui est impossible à contrôler, c’est l’impression que l’on donne, l’amour ou la haine que nous pouvons recevoir. Tout cela nous échappe. Ce qu’il faut, c’est contrôler la source de ce que l’on propose. Au début, j’étais une jeune fille, j’ai dû beaucoup me justifier d’avoir écrit mes chansons, de vouloir faire mes vidéos moi-même. Pour une jeune fille, ce n’est surement pas très naturelle d’être patronne. C’est dommage, on devrait faire confiance aux jeunes filles avant que le succès n’arrive. C’était ma petite parenthèse féministe…

En Somme, plus on a du succès, plus on fait ce que l’on veut.

Oui. En tout cas, plus on a du succès, plus on nous donne les moyens de faire ce que l’on veut. Après, c’est à toi de savoir ce que tu veux faire de ces moyens-là.

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(Photo : David Heang pour Soul Kitchen)

Vous utilisez la langue française comme une matière sonore. Toute la difficulté est de trouver le juste équilibre entre le sens et le son ?

C’est tout à fait la difficulté d’une chanson. Le texte doit impérativement avoir du sens et du son, comme vous dites. Je redirai cette formule… avec votre copyright (sourire). Ce qui différencie une conversation d’une chanson, c’est que la conversation peut avoir juste du sens, la chanson, elle, doit aussi sonner. Comme la langue française est assez parlée, discursive, un peu plate, on a tendance à dire qu’elle est impossible à travailler en tant que matière sonore. Je pense que c’est une gageure enthousiasmante d’essayer de la faire sonner comme un instrument. Pour ça, j’écoute beaucoup de hip hop américain. Le phrasé hip hop rebondit beaucoup et c’est faussement « pas mélodieux ». C’est très rythmique. Je suis une grande fan de Kendrick Lamar. J’ai écrit Saint Claude après avoir beaucoup, beaucoup écouté Kendrick Lamar.

Clip officiel de "Jonathan" en duo avec Perfume Genius.

On vous aime pour, au choix : la musique, les textes, le personnage, la danse, l’esthétique, le langage… il y a finalement beaucoup de portes possibles pour rentrer dans votre œuvre et pour aimer votre univers. Un artiste de 2015 se doit d’offrir toutes ses possibilités de compréhension ?

Avec notre époque très connectée, avide de contenus et de liens hypertextes, c’est pas mal d’avoir ces entrées-là. Cela dit, ce n’est pas indispensable, parce qu’il y a plein de façons d’être un artiste. Je pense à Adèle, qui pour moi est une artiste à chansons. Elle ne va pas travailler nécessairement son clip ou son personnage, parce qu’elle n’en a pas besoin. C’est une diva à l’ancienne. Et puis il y a des artistes comme Stromae qui sont dans un travail total. Je me sens plutôt de ce courant-là. J’ai du mal à cloisonner la chanson d’une vidéo et d’une danse. Je crée ainsi. Cette époque où il faut donner du contenu sans cesse peut être un danger. J’adore les clips, mais je n’en ai pas sorti tant que cela. J’ai envie que la qualité soit au rendez-vous à chaque fois.

Depuis deux ans, vous êtes sans cesse sollicitée, vous êtes toujours dans l’action. Votre métier est très physique, enfin votre façon de le pratiquer est très physique. Il y a très peu de jours « off », comment faites-vous pour continuer sans cesse au même rythme et sans défaillir ?

Même le concept de jour off est terminé pour moi (rires). C’est un métier d’athlète, c’est sûr. Je danse beaucoup et, plus ça va, moins j’ai envie de calmer ça. Au contraire. C’est un peu sordide de dire ça, mais j’ai une vie assez disciplinée. Plus je danse, plus je structure ma performance, plus j’ai l’impression de pouvoir donner des choses.

Clip officiel de "Paradis perdus".

Vous avez déclaré, « plus je travaille, moins j’ai de vie personnelle, plus je suis heureuse ». Etes-vous toujours d’accord avec cette affirmation qui date d’il y a un an ?

(Taquine) Vous me voyez ce soir complètement épanouie et je n’ai aucune vie personnelle. Même avant de faire ce projet, j’étais quelqu’un qui rêvais beaucoup. Depuis toujours, j’ai préféré rêver ma vie que de la vivre. Mon film préféré est All That Jazz de Bob Fosse. Il raconte l’histoire d’un metteur en scène qui est incapable de vivre sa vie, mais qui passe son temps à mettre sa vie en scène. J’ai un mal fou à être dans le quotidien. C’est quand je m’arrête que ça ne va pas.

Est-ce un moyen de fuir le quotidien ?

Non, pas le fuir. Je suis dans une démarche ou je mets en scène mon quotidien, du coup, je suis épanouie de faire ce que je fais puisque c’est la même chose.

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Pendant l'interview...

Vous proposez dans la réédition de votre disque une captation video du récent Zénith. C’est bien d’immortaliser un spectacle vivant qui par définition est censé être éphémère ?

Je suis d’accord avec vous. L’idée de figer un concert me faisait un peu peur. Après, quand on travaille un spectacle comme ça, qu’il a beaucoup tourné, qui s’est peaufiné et qui ressemble vraiment à quelque chose dont on est fier, on a aussi envie d’avoir une trace de cela. C’est aussi une trace pour ceux qui n’ont pas pu venir et pour ceux qui auraient envie de le revoir.

Quand on sait qu’il y a des caméras pour une captation, ça change quelque chose ?

Ça ne m’a pas changé grand-chose parce qu’il y a 7000 personnes en face, ça compte beaucoup plus que la présence de caméras, vraiment. Chaque soir est un vrai défi. Quand je suis fan d’un artiste, j’attends beaucoup du live, donc j’ai pour moi cette même exigence.

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Après l'interview le 29 septembre 2015.

09 décembre 2015

France Gall : interview pour la comédie musicale Résiste

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(®Matthieu de Martignac)

France Gall est enfin sortie de sa tanière alors qu’elle avait disparu de la vie publique et artistique depuis vingt ans. Malgré les coups du sort et les deuils, la muse de Michel Berger est toujours debout. Elle revient avec un hommage à l'homme de sa vie. En articulant sa première comédie musicale autour des chansons de Michel Berger, disparu en 1992, France Gall touche le public en plein cœur. La comédie musicale Résiste fait un triomphe au Palais des Sports de Paris. Le spectacle continue jusqu'au 3 janvier 2016, puis part en tournée en France jusqu'en mai 2016. Elle, habituellement juste interprète, prend donc désormais le contrôle créatif. Elle a coécrit le livret avant de superviser chaque étape avec un appétit et une exigence non feints. Et joie pour Mandor, elle ne rechigne plus à faire la causette avec des journalistes. Le 3 septembre 2015, pour un des journaux pour lequel je travaille, France Gall a répondu très gentiment à mes questions.

france gall,bruck dawit,interview,résiste,comédie musicaleArgumentaire officiel :

Une troupe de chanteurs, danseurs et comédiens entourée de musiciens vous conteront l’histoire inédite de la jeune Maggie autour des plus grandes tubes du couple mythique Gall & Berger – Musique, Ella, Elle l’aLa Groupie du PianisteSi Maman Si, Il jouait du Piano debout, Samba Mambo, Débranche… et d’un titre inédit encore jamais révélé !

Tous les soirs, c’est au Club Lola’s que les « Papillons de nuit » se réunissent pour chanter, danser et rire jusqu’au bout de la nuit.  La célèbre boite de nuit est tenue par Maggie, son père et sa sœur. Ce trio de choc travaille d’arrache-pied pour faire tourner l’entreprise familiale.  Mais la jolie Maggie n’attend-elle pas plus de la vie ? Aller au bout de ses rêves ? Découvrir le monde ? Vivre le grand amour ?

Entourée de Mandoline, sa sœur cadette, de Tennessee, d’Angelina la rebelle, des « Princes des villes » éternels séducteurs, de Mathis le pianiste romantique, Maggie est à la recherche du bonheur maintenant.

Un soir, un événement tragique va bouleverser leur vie. Face au drame, chacun va se positionner, s’assumer et oser sauter dans le vide pour enfin devenir soi- même et prouver qu’ils existent.

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(®Matthieu de Martignac)

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Vous avez cette comédie musicale dans la tête depuis 10 ans.

J’avais envie de continuer à faire vivre la musique de Michel et j’avais épuisé toutes les ressources « banales » : sorties d’albums, l’intégrale, livres, émissions de télé… Après avoir fait tout ce qui était possible de faire, j’ai pu passer à autre chose. J’avais une envie forte d’élaborer des choses plus créatives. J’ai toujours eu peur de me lancer dans une comédie musicale parce que je n’ai jamais vraiment aimé cela. Mon ami Claude-Michel Schönberg m’a conseillé d’aller voir Mamma Mia à Londres. J’y suis allée et j’ai beaucoup aimé. J’ai été fascinée par le fait que les chansons du groupe Abba étaient mises en avant grâce à une histoire qui n’avait rien à voir avec la vie du groupe. Ça a été l’élément déclencheur qui m’a donné une furieuse envie de faire une comédie musicale originale.

A partir de là, il faut inventer une histoire… et c’est vous qui vous y êtes collée.

On m’a poussé à le faire, en même temps, personne ne connait mieux la musique de Michel que moi. Avec Bruck Dawit, on s’est dit qu’on allait essayer de le faire. Nous nous sommes vite rendus compte qu’en connaissant formidablement bien le répertoire, on pouvait écrire une histoire. C’est le départ qui a été difficile. On avait 400 chansons à notre disposition. Nous prenons lesquelles ? On en fait quoi ? Que va-t-on raconter ? Voilà les trois questions que nous nous sommes posées. On a cherché un lien qui pourrait unir le public et les chansons, ce durant plusieurs années. En remasterisant les vieux albums, on est tombé sur « La chanson de Maggie » et là, le déclic est arrivé. Le spectacle a d’ailleurs failli s’intituler Appelez-moi moi Maggie. On a fini par trouver que Résiste, c’était plus parlant, plus fort. On est parti de ce personnage qui nous donnait un décor formidable, puisqu’il travaille dans une boite de nuit. Après, il a fallu avoir un peu d’imagination pour inventer une vie à Maggie et créer les liens qui relient les chansons choisies. Depuis, le temps que je fais ce métier, je connais les règles, les lois de ce métier, pour faire un beau show. C’est ma force.

Bande annonce de Résiste.

A travers cette création d’écriture, il y a bien d’autres métiers artistiques qui viennent se greffer.

Oui, la danse par exemple. On a jamais vu des artistes s’exprimer comme ça sur scène. On a essayé d’être nouveau et au meilleur dans chaque domaine artistique.

Dans Résiste, il y a 27 chansons. Comment les avez-vous choisies ?

Ça a été très naturel et rapide. La manière d’écrire de Michel raconte toujours quelque chose, des personnages, des émotions. Notre personnage principal, Maggie, a perdu sa maman. C’est son père qui dirige la boite. Les situations font que l’on peut trouver des chansons qui correspondent à l’émotion de l’histoire que nous avons inventée. C’est un travail de deux ans d’écriture.

Il y a des chansons « obligatoires », des chansons que le public attend ?

Elles n’y seront pas toutes, mais il y a beaucoup de grand succès. Et je vous annonce qu’il y a un titre inédit de Michel, « Un dimanche au bord de l’eau ». C’est dans le spectacle un moment fort, émouvant et magnifique.

Clip de "Résiste" tiré de la comédie musicale Résiste.

Est-ce que c’était le travail le plus dur de votre vie ?

Ça a été très dur du côté des financiers et du côté de la production, mais de toute façon, ce n’est jamais simple quand on parle d’argent. Côté artistique, il n’y a eu aucun problème.

Pourquoi n’y a-t-il que des inconnus dans le casting ?

J’aime l’idée de faire découvrir des jeunes talents. Je vous assure qu’ils ne resteront pas inconnus très longtemps. J’ai voulu que pour les jeunes qui travaillent avec moi pour Résiste ce soit un tremplin. Je veux que ça leur serve à débuter leur vie professionnelle. Michel aimait faire découvrir des nouveaux à travers les spectacles qu’il montait. Dans le premier Starmania, il se trouve qu’il y avait Balavoine… on connait la suite.

Ça a été dur de trouver le bon casting ?

Oui. Léa Deleau, qui interprète notre héroïne Maggie, c’est la dernière que l’on a vu. Avant elle, nous étions dans une angoisse incroyable parce que nous n’avions personne qui correspondait.

Elle vous ressemble beaucoup.

Elle est blonde.

Oui, mais quand même, elle vous ressemble beaucoup quand vous aviez le même âge.

Grace à un travail de coaching, elle est rentrée dans mon personnage.

Clip de "Les accidents d'amour" tiré de la comédie musicale Résiste.

Avez-vous tout géré de A à Z ?

Pas du tout. On a vraiment un metteur en scène en or pour cette comédie musicale. Ladislas Chollat est un surdoué qui a compris immédiatement ce que je voulais. C’était nouveau pour lui. Il n’avait jamais mis en scène ce genre de spectacle, car il vient du théâtre. J’ai mis au peu mon nez dans la danse, mais la chorégraphe Marion Motin est extrêmement douée. Elle a vite saisi là où je voulais que l’on aille. J’aime ce qu’elle fait et ce qu’elle est, ce qu’elle défend comme mouvements et comme danse. 80% du show, c’est la danse et la mise en scène. Moi, j’ai apporté les chanteurs et les personnages. Je leur ai appris les codes qu’il faut avoir pour interpréter du Berger. J’ai fait en sorte qu’ils rentrent dans l’esprit de la musique de Michel et de mes chansons.

Quand vous voyez le spectacle, vous ressentez quoi ?

Quand la musique démarre, j’ai tellement de plaisir en moi. Ecouter ces chansons dans cette circonstance me fait un bien fou. La musique de Michel est celle que je préfère au monde, je l’ai toujours dit. D’entendre cette musique qui arrive sur une histoire qui touche les gens, ça me bouleverse. Mes personnages sont faits pour que tout le monde puisse se retrouver et pour donner des conseils. Michel donnait beaucoup de conseils à travers ses chansons. Je raconte l’histoire de quelqu’un qui n’est pas heureux et qui va vers le bonheur.

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(© www.byboby.com)

Êtes-vous dans le spectacle ?

Je serai là tous les soirs parce que c’est moi qui raconte l’histoire à ma petite fille, à travers un film. Je suis là avant chaque tableau pour introduire un nouveau jour ou pour éclaircir une situation.

En regardant ces jeunes chanter les chansons de votre vie, ça ne vous a pas donné envie de refaire de la scène ?

Vous savez, j’ai toujours suivi Michel quand il faisait ses spectacles, sauf dans Starmania, parce que je jouais dedans. J’adorais regarder comment il construisait ses spectacles. Le voir faire La légende de Jimmy par exemple, me fascinait. Etre simple spectatrice pour moi était très rare et j’aimais ça. En ce moment, je suis très heureuse avec ce spectacle. Je ne vois pas ce qui pourrait assombrir ce moment de bonheur que je traverse et que je vais traverser dans les prochains mois.

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Ce spectacle est le challenge de votre vie.

Oui, même si j’en ai eu d’autres dans ma carrière. Quand j’ai fait Bercy toute seule, ça a été très difficile. Ce que je peux dire, c’est qu’il n’y a pas plus gros challenge que ce que j’ai fait avec Résiste. J’avais un beau-père, le professeur Hamburger, qui disait : « Créer, c’est affirmer qu’on existe. C’est anéantir le néant. »

De là-haut, vous sentez que Michel Berger observe tout ce que vous faites en ce moment ?

Bien sûr. Est-ce que ça l’intéresse là où il est aujourd’hui, je ne pense pas, mais en même temps, j’ai été aidée par lui toute ma vie de son vivant. Même après sa mort, j’ai senti cette force qu’il m’a donnée en partant.

Quand vous prenez des décisions, est-ce que vous vous dites encore « qu’est-ce qu’il aurait fait ou voulu lui ? ».

Je me suis beaucoup dit ça les premières années de sa disparition et après, j’ai appris par moi-même. Aujourd’hui, je suis sûre de moi. J’ai confiance dans mes choix et dans mes directions.

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(Après l'interview, le 3 septembre 2015 ®Bruck Dawit)

07 décembre 2015

Rover : interview pour Let it Glow

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En 2012, j’avais titré ainsi ma première mandorisation de Rover : interview d’une future star mondiale. Je m’étais emporté, certes, même si je le pensais réellement. Aujourd’hui, l’homme a acquis une certaine notoriété, mais pour le moment, elle se contente d’être européenne (et ce n’est pas si mal). Dans ce deuxième album tour à tour éthéré, psychédélique ou bucolique, Let it Glow, sa voix extraordinaire et fascinante sert de fil rouge à ses nouvelles compositions. Avec elle, il fait moins d’effet. Je le regrette un peu, mais il s’en explique dans l’interview. Ce disque est plus riche et complexe que le précédent. J’ai mis plus de temps à rentrer dans son nouveau monde. Mais après plusieurs écoutes, cette œuvre a fini par m’envelopper, me transporter, pour ne plus me lâcher.

Le 30 septembre dernier, j’ai rencontré Rover dans un bureau de sa maison de disque, Cinq7.

rover,let it glow,interview,mandorArgumentaire officiel :

Rover a sorti en 2012 un premier disque, sorte de fulgurance électrique viscérale, drapée d'un velours rouge où il était possible de s'oublier. Rover a donné plus de 300 concerts depuis, a traversé les frontières, croisé les peuples, les âmes. Quand on le rencontre, on ne peut s'empêcher de voir une silhouette à la carrure colossale et aérienne.

Une voix d’ange qui résonne. Let It Glow, son deuxième disque oxymore, est gorgé de chansons cristallines ou rocailleuses, il parle de nouveau chapitre. Rover écrit la nuit, souvent, et enregistre sur bandes. Il a réalisé l'album lui-même, l'a enregistré dans un studio breton, Kerwax, avec des amplis aux lampes capricieuses, des instruments qui sonnent différemment selon la météo, l'heure de la journée... Analogique. “Choisir des instruments qui ont déjà vécu, c'est comme choisir une vieille voiture, c'est opter pour une non fiabilité, pour quelque chose qui peut avoir ses caprices. On sent qu'il y a des fantômes. Et pour celui qui est à l'écoute, ils peuvent devenir de vrais partenaires.” Un album qui a privilégié les accidents, l'instinct, le laisser-aller donc.

Let It Glow est un disque non pas de son époque mais pour son époque. C'est Bowie, Lennon et tous ceux qu'on voudra bien retrouver. Rover n'est pas un usurpateur. Et mérite mieux que des étiquettes paresseuses de toute façon. Et sa musique, très vite, écrase les facilités. Est-elle pop, est-elle rock? On ne sait pas et à vrai dire, on s'en moque.

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(Photo : Franck Morand)

rover,let it glow,interview,mandorInterview :

Depuis notre précédente rencontre en 2012, il s’est passé beaucoup de choses. Votre premier album a très bien marché et vous avez fait plus de 300 concerts en Europe. Trois ans plus tard, voici le deuxième disque. C’est le temps qu’il vous a fallu pour retrouver l’inspiration. Est-ce que l’inspiration est une lutte ?

C’est curieux, dès la première question, vous abordez le sujet même de ce disque. Est-ce que l’inspiration est une lutte ? Elle l’a été pendant longtemps. Pas au sens où je dois aller la chercher, la trouver ou même l’inventer. C’est un disque conçu dans le lâcher prise le plus total. Je ne voulais pas être dans le contrôle, ni dans la maitrise. Je ne voulais pas forcer certains angles ou forcer la main dans l’écriture en tout cas. Si ça ne venait pas, j’attendais. Let it Glow, ça veut dire ça : laissons les chansons briller par elles-mêmes, avec leurs défauts. Il y a quelque chose de l’ordre de l’évidence, plutôt que de la contrainte et du rapport conflictuel que l’on peut avoir avec l’écriture quand on écrit seul.

Est-ce de l’écriture automatique ? Si oui, il n’y a donc pas de réflexions intérieures de votre part ?

Je ne pense pas que l’écriture automatique implique qu’il n’y ait pas de réflexions intérieures. C’est une histoire de chronologie. La réflexion se fait en amont. Pour ma part, elle s’est construite lors des trois années précédentes, lors de cette longue tournée où j’étais sans cesse en déplacement, avec de nouvelles oreilles qui écoutaient chaque soir le fruit de notre travail. Trois ans, ça parait énorme pour quelqu’un qui attend un nouveau disque, mais durant cette période, il y a deux ans de tournée et une année d’écriture.

Comment avez-vous vécu votre notoriété soudaine ?

Mon rapport à l’ego est très étrange. Je suis passé de la chambre de bonne à une réelle exposition. Rover, c’est moi, il y a ma tête sur la pochette… c’est quelque chose qui peut être très violent. Après, on l’accepte ou on le vit mal, mais on fait comme on peut. Moi, ça m’a à la fois fasciné et intéressé. J’ai dû me faire violence, assumer certaine chose, d’un point de vue physique par exemple. J’ai dû aussi jauger ma capacité à enchainer les concerts, à retrouver la foi tous les soirs, à me motiver.

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(Photo : Franck Morand)

Votre voix a toujours provoqué en moi beaucoup d’émotions.

Je suis autodidacte. Jamais je n’ai conscience de ce que j’écris. Je ne sais pas lire les partitions, les portées. Je n’ai jamais appris à chanter. Je suis susceptible de faire des erreurs techniques qui abiment la voix. Mais, j’ai conscience que j’ai une voix, au moins originale. A aucun moment, je n’ai envie d’être dans la dextérité technique ou dans la démonstration. Ce que je vais dire va paraître prétentieux, mais je prends plaisir à m’écouter chanter et j’adore ma musique (rires). Sérieusement, je fais la musique que j’aimerais entendre.

Vous n’utilisez pas votre voix de la même façon. Vous jouez moins avec.

Dans le premier disque, je me présentais. Je montrais inconsciemment ce que j’étais capable de faire. Je suis moins dans la représentation aujourd’hui. La pochette de mon premier disque peut paraître prétentieuse, elle aussi, mais si on regarde bien, j’ai l’air apeuré, fragile. On voit que l’homme sur la photo n’est pas sûr de lui. Je disais de manière sous-jacente : « aimez-moi, je sais que j’ai ma place. » Avec le recul, la prétention, sur un premier disque, devient touchant, pur et naïf. Désormais, je pratique l’épure et ma musique en ressort grandi.

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(Photo : Claude Gassian)

Je vais vous poser une question très superficielle. Rover, je le vois toujours avec un blouson et des lunettes d’aviateur… Timothée Régnier aussi ?

Je suis habillé comme ça aussi quand je suis Timothée. Pour ne rien vous cacher, c’est aussi une raison technique. Les vêtements américains sont les seuls qui font ma taille et ce sont des vêtements de qualité. Je suis devenu allergique aux choses qui sont conçues pour ne pas durer. J’aime les objets qui peuvent durer quasiment une vie et dans lesquels on sent la passion. On a tendance à penser que c’est un luxe, mais non. Juste, je préfère un bon jean que cinq mauvais et le chérir. J’apporte beaucoup d’importance à la façon dont je me présente, à mon look et donc à mes vêtements. A 18 ans, je me suis beaucoup cherché, aujourd’hui, il me semble que je me suis trouvé. Ca me semble évident de m’habiller comme ça. Aller sur scène avec des vêtements que l’on aime, c’est respecter les gens, c’est respecter sa musique aussi. Je m’habille simplement, cela dit, parce que, comme en musique, je pense que c’est dans l’épure que l’on touche à la grâce.

Merci de me permettre une transition pour ma prochaine question. L’épure. C’est un mot qui me vient à l’esprit quand j’écoute ce deuxième album…

Jamais je n’ai voulu comparer le premier disque au deuxième, ni pendant l’écriture, ni pendant l’enregistrement, ni pendant les arrangements. Dans cet album, j’avais la volonté de suggérer les choses. Je ne voulais pas remplir les 24 pistes du magnéto à bandes. Je savais que l’on pouvait en laisser dix vides. J’ai appris qu’il n’était pas utile d’en faire trop parce que j’ai fini ma précédente tournée avec uniquement mon batteur. Nous sommes passés de cinq, à quatre, à trois puis à deux. J’ai épuisé tout le monde. A deux, je me suis rendu compte qu’on était à la fois plus puissant, plus percutant, plus fort, plus émouvant quand il y avait moins d’instruments. Avec une batterie et une guitare, il y avait de l’air partout. Je n’avais aucun manque d’autres instruments. C’est une vraie leçon pour moi.

"Along", teaser de l'album Let it Glow.

L’expérience de la scène, la confrontation avec le public presque chaque soir, permettent de se recentrer vers l’essentiel ?

C’est la rare nourriture première que l’on peut trouver. On passe trois ans sur la route et on rencontre le public. Ce sont des émotions très fortes et l’atterrissage peut être violent, mais forcément, on en garde quelque chose.

Le fait d’avoir fait un premier disque encensé complique le passage au suivant ?

Ça a été une vraie joie de voir la vie de ce disque, mais il y a effectivement un vrai poids après. Il a fallu que je fasse le deuil de cet album et faire en sorte que, dans ma tête, il n’existe plus. En musique, il ne faut pas s’embourgeoiser.

Pourquoi ne feriez-vous pas un disque avec peu d’instruments ?

Mon fantasme est d’enregistrer un album avec juste trois instruments. Ceux qui y parviennent sont de grands sages à mes yeux. Je pense que moins il y a d’instruments, moins un morceau vieillit.

Vos deux disques sont pourtant intemporels. On n’a pas l’impression d’être en 2015.

Pour être très honnête avec vous, je pense la même chose (rires). Ce disque devrait s’inscrire dans la durée. C’est en tout cas ce que je lui souhaite.

Clip de "Call My Name" (premier single tiré de l'album Let it Glow).

Pourquoi aime-t-on un artiste ?

On aime un artiste pour cinq secondes dans un disque dans toute sa carrière. Ce sont cinq secondes aliénantes, cinq secondes qui nous hantent. Les compositeurs courent toujours derrière une chanson. Ils ne savent pas réellement laquelle. Moi, j’ai trouvé, mais j’ai cherché longtemps pour le savoir. Je tourne autour de cette chanson que j’ai entendue quand j’avais huit ans pour essayer d’accéder à la même émotion.

(Rover refusera de me donner le titre de cette chanson).

Est-ce emmerdant de parler de son œuvre ?

Artistiquement, il y a rien de pire même. Moi, je fais des disques pour éviter de dire dans la vie ce que je chante. Je ne suis ni poète, ni écrivain et je suis très maladroit pour dire les choses dans la vie. Ce que l’on fait là, ce n’est pas pareil. Nous discutons et on ne se focalise pas sur ce que j’ai voulu exprimer dans telle ou telle chanson. Le fantasme, c’est que le disque dise tellement tout que le journaliste se fasse cette réflexion : « ça ne sert à rien de faire l’interview, finalement » (rires).

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Pendant l'interview...

Vivre sans créer, pour vous, est-ce possible ?

Non, parce que pour moi, c’est un médicament. Créer, c’est lutter contre ses angoisses. Faire un disque, ça calme l’ego, ça libère une forme de confiance en soi et ça permet de remettre les choses à plat. C’est plein de paradoxes d’écrire des chansons. C’est à la fois violent et confortable.

Quand vous êtes sur scène, vous êtes quasi en transe. Comment vous sentez-vous face à un public ?

Lors d’un concert, on est spectateur de soi-même et pas tant dans le pouvoir émotionnel. Si l’artiste a un pouvoir, je ne le maitrise pas encore. Etre sur une scène, c’est très étrange. On est en hauteur par rapport aux gens, on est le seul à prendre la parole, les gens ne peuvent s’exprimer à la fin de chaque chanson que pour un seul biais : applaudir ou non. Etre sur scène, c’est extraordinaire, jouissif même. C’est comme de la drogue. Je ne fais volontairement jamais le même concert, cela rend le métier très organique et l’émotion différente et surprenante tous les soirs.

Il faut laisser vivre les chansons à leur guise ?

Il faut les respecter, les laisser vivre, les laisser respirer. Il n’y a rien de pire qu’une chanson figée dans son arrangement. Tant qu’il y a une honnêteté dans l’interprétation, on peut faire ce que l’on veut d’une chanson.

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Le 30 septembre 2015, après l'interview.

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03 décembre 2015

Oxmo Puccino : interview pour La voix lactée

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(Photo : Vincent Desailly)

Voix majeure du rap français en même temps que chanteur et chantre du métissage musical, Oxmo Puccino est l’un des artistes majeurs de la scène française. « Fils des cités comme des chansonniers, Oxmo Puccino milite pour un rap poétique, libéré des clichés et du culte de la réussite. » dixit Télérama. Dans son huitième album, La voix lactée, il fait l'éloge de la lenteur et du temps nécessaire à la réflexion, « une question de survie ». Oxmo Puccino est un observateur de son temps qui noue une relation fraternelle avec son public depuis 20 ans. Ce n’est pas la première fois que je le rencontre, mais c’est toujours agréable d’avoir des conversations qui te portent vers le haut. Le 28 septembre dernier, je l’ai interviewé dans les locaux de sa maison de disque Cinq7.

oxmo puccino,la voix lactée,interview,mandorArgumentaire officiel :

2 disques d'or, 2 victoires de la Musique ont couronné un artiste hors norme, un observateur de son temps qui depuis 20 ans a noué une relation fraternelle avec son public.

Après une parenthèse enchantée Au Pays d'Alice aux côté de Ibrahim Maalouf, Oxmo Puccino revient avec La Voix Lactée un nouvel album coréalisé avec Renaud Letang (Feist, Liane La Havas, Gonzales...). Oxmo Puccino surprend à nouveau et revisite les codes du hip-hop. Il réussit le tour de force de renouveler son écriture, plus directe mais toujours emplie de poésie et d'humour. Tour à tour conteur, rappeur ou chanteur, l'icône du rap français n'a rien perdu de son flow et de sa plume aiguisée.

Synthèse parfaite d'un artiste ayant exploré différents horizons musicaux et revenant à ces premiers amours, on y retrouve la verve du Black Desperado, le côté obscur de l'agent spécial Jonxmoke, la puissance du Black Jack Brel.

Le résultat : un album lumineux et direct, évidemment musical, éternellement hip-hop. Entouré de ses musiciens magiciens, Oxmo Puccino nous partagera ces nouvelles mines de cristal et nous promet une tournée électrisante.

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(Photo : Vincent Desailly)

oxmo puccino,la voix lactée,interview,mandorInterview :

Ce qui est bien dans ce que vous faites, c’est que ce n’est jamais la même chose. Aucun album ne se ressemble.

Ce n’est pas facile de prendre un nouveau chemin à chaque fois. C’est même un risque, mais c’est ce qui permet de ne pas s’ennuyer et de reconnaitre les fervents.

Reconnaitre ceux qui suivent toutes les directions que vous prenez, c’est ça ?

Ce qu’il y a de commun à toutes les directions que je prends, c’est moi. Ma façon de voir les choses, mon point de vue sur les sociétés dans lesquels nous vivons. Donc, ceux qui sont fervents, la plupart du temps, sont ceux qui comprennent que mon travail est une démarche artistique globale.

Vous tissez votre toile d’araignée quoi !

Exactement. Parce que pour moi, tout est lié. Vous pouvez parler de confiture et comprendre le lien avec les insectes. Il suffit de trouver le beau cheminement. Je ne suis jamais en manque d’inspiration, car quand je ne trouve pas l’idée que je cherche dans un panier, je vais la chercher derrière moi… et souvent, je la trouve.

Est-ce que le public vous suit alors ?

J’ai des fans de base qui sont pour moi comme des amis. Non seulement ils me suivent, mais ils montent dans le bateau, indépendamment de ce que je vais proposer. Ils me pardonnent si le voyage ne leur a pas plu, mais ils attendent déjà le prochain départ.

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(Photo : Vincent Desailly)

Textuellement, il y a une certaine continuité, mais pas vraiment dans la musique.

Dans ce nouvel album, la musique est plus synthétique, plus froide, moins organique. Elle est moins fouillée en termes de composition. Elle est plus minimaliste.

Elle est moins fouillée en termes de composition ? Je trouve que c’est exactement le contraire. Ca fourmille d’idée dans tous les sens.

Sincèrement, vous avez peut-être raison. Je manque de recul pour pouvoir décrire la musique de ce disque de manière formelle et cohérente, parce que la peinture est encore trop fraîche. Il y a beaucoup de couches. Certains morceaux comme « Ton rêve », c’est comme une sorte de transe. On se laisse porter par un rythme qui tourne, sans trop de perturbations, mais c’est très riche et dense. Sur mes trois derniers albums, en termes de composition, c’était beaucoup plus fouillé, en termes d’évolution harmoniques aussi d’ailleurs. Là, on a utilisé des boites à rythmes, il y a beaucoup plus de synthétiseurs. Utiliser des synthétiseurs donne un côté « électronique » qui est moins chaleureux qu’une guitare ou qu’un piano.

C’est l’effet Renaud Letang ?

C’est l’effet Renaud Letang/Oxmo Puccino. Nous avons beaucoup travaillé ensemble. Vous savez, j’ai une certaine vision d’un objectif à atteindre. Mais sur le chemin, je peux me rendre compte que je suis en train de me tromper. C’est accepter mes erreurs qui me permet d’évoluer. Un jour, je suis venu voir Renaud sans l’envie de rentrer en studio. Mais au fur et à mesure des discussions et des choses qu’il me faisait écouter, cela m’a provoqué une sorte d’impact. Et très vite, je me suis rendu compte que l’on avait de quoi faire un album qui ne correspondait pas à ce qui avait déjà été fait… et qui était solide. J’ai donc emmené des maquettes qui sonnaient bossa nova, latino, brésilien, colombien et lui s’est chargé de remettre tout ça à l’heure d’aujourd’hui, sans perdre l’émotion que j’avais dans mes maquettes. On a fini l’album comme on l’a voulu, comme on l’a senti.

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(Photo : Vincent Desailly)

Il y a plein de thèmes différents qui peuvent être légers ou graves. Parlez-vous de vous dans vos chansons ?

Je ne suis pas toujours dans les situations que je décris, je m’inspire aussi de ce qu’il se passe dans la vie de mes amis et autour des gens que je fréquente. On pense qu’on est seul au monde à vivre quelque chose, mais d’autres personnes vivent les mêmes faits, même s’ils n’en parlent pas. On peut partager et réduire une souffrance, juste en l’évoquant. Je parle de sujets pas toujours très drôles, mais en tentant de trouver leur penchant positif. Je rentre par une petite porte afin de découvrir quelque chose d’important et d’essentiel.

Une chanson comme « Un week-end sur deux », je me suis demandé si vous l’aviez vécu.

La vie de famille est quelque chose qui est très difficile à maintenir. On est tous les jours au bord d’une faille. Ça fait partie de la vie et forcément, je me suis mis dans le cas de figure où je devrais élever ma fille à distance. J’ai des amis qui ont vécu ça pleinement. J’ai la chance d’avoir assez d’empathie pour me mettre à leur place. Je ne suis pas dans le déni. La question que je me suis posé dans ce titre, c’est : si cela m’arrivait, qu’est-ce qu’il se passerait, comment j’agirais ?

J’adore la façon que vous avez d’interpréter la chanson « Cheval sur ».

C’est le morceau va-t-en-guerre de l’album, en même temps, c’est une démonstration technique de ce qu’est le rap. Dans ce morceau, je suis à cheval sur l’impossible et si on ajoute l’accent circonflexe sur le u, ça devient « A cheval sûr ». Ça veut dire que la manière dont on veut avancer dépend énormément de qui on s’entoure. Il faut toujours prêter attention aux anciens, à ceux qui ont l’expérience, parce qu’ils en sauront toujours plus que vous. Avec l’évolution de la technologie aujourd’hui, quelque chose s’est brisée : le sens de la transmission. Je trouve ça dommage parce que je pense qu’on a toujours besoin d’un mentor pour avancer.

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(Photo : Vincent Desailly)

Dans ce disque, vous parlez beaucoup aux jeunes.

Si on ne fait pas attention à qui on se confie, on finit par être le dindon de la farce. Ce que je remarque dans la nouvelle génération, c’est que pratiquement personne ne retient les leçons des erreurs des ainés. C’est dommage. C’est comme si nous nous étions trompés pour rien.

Il faut pourtant se tromper pour avancer.

Oui, mais on peut limiter les erreurs. Il y a des dégâts qui sont irréparables, ensuite, il faut se les coltiner toute sa vie. Un mentor peut vous éviter cela. Moi, j’ai eu des mentors qui m’ont permis d’éviter beaucoup de choses. Je pense à un de mes premiers managers, Rick vlavo, à celle qui a dirigé pendant douze ans le label musical Delabel, Laurence Touitou et à ma manageuse actuelle, Nicole Schluss. Ils étaient là pour me prévenir des dangers de certains passages de vie.

J’ai l’impression que dans le métier, vous avez désormais une stature de « sage ».

J’ai toujours essayé d’aller dans l’arrangement. Et avec le temps, le ton se fait plus doux.

Vous sentez-vous appréciez de la jeune génération ?

Dans le milieu du rap, les fans ne voient que les artistes qu’ils apprécient et tous les autres n’existent pas. Pour un fan de Youssoupha, de Maître Gims ou d’Abd al Malik, je peux ne rien représenter. Ma position restera toujours incertaine, j’en suis conscient. Rien n’est acquis à vie. Mais j’aime bien ma position un peu à part. Vraiment.

Vous faites attention à ce que l’on dit de vous ?

Non. Je dis toujours que ce que l’on dit de moi est vrai. Il n’y pas de fumée sans feu et tous les malentendus sont possibles. Même si ça ne correspond pas, c’est juste une part de vérité qui a été mal traduite.

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(Photo : Vincent Desailly)

Être connu et reconnu, vous en pensez quoi ?

C’est étrange que la notoriété soit prise comme un caractère de la réussite. C’est étrange également que l’on puisse penser qu’être célèbre, c’est d’avoir réussi. Dans certaines chansons, j’essaie d’apporter une certaine vision sur cette notion qui est totalement incomprise des deux côtés. C’est-à-dire par les personnes qui se font tout un monde de la célébrité et par ceux qui la vivent. Personne n’y comprend rien. La célébrité est un accident et je trouve que ceux qui la cherchent c’est parce qu’ils ont un manque d’affection mal placé.

Vous aimez la célébrité ?

Pas du tout, mais je m’en arrange. Je suis quelqu’un de très discret, je sors peu. Je ne fais rien pour que l’on me reconnaisse.

Pour être artiste, il faut quand même avoir un peu d’ego en soi, non ?

Non. Il faut avoir un amour propre pour pouvoir suivre sa passion en toute intégrité et pour créer quelque chose qui lui ressemble… en suivant sa voie intérieure, bien sûr.

Clip de "Une chance", premier single tiré de l'album La voix lactée.

Le premier single de ce disque est « Une chance ». C’est un message pour dire aux gens de la saisir quand elle se présente ?

Je veux dire : ce qu’il vous arrive de mal est peut-être la conséquence d’avoir manqué la chance. C’est un appel à regarder sur soi et autour de soi. Un appel à faire attention à toutes ces occasions que vous avez manqué et à la prochaine qui pourrait changer votre vie. Il ne faut pas se plaindre de ce que l’on a laissé passer et il ne faut pas mettre cela sur le compte de la malchance.

Avez-vous le temps d’avoir du recul entre deux albums ?

A peine arrivé à la fin d’un projet, je pense déjà aux deux suivants. Je suis dans une machine à laver en permanence, entre le séchage et le lavage. Alors, effectivement, j’ai un peu de mal à prendre du recul et ma vie est dans le chamboulement total.

Vous menez une vie de créativité constante.

Je ne cesse jamais de créer. J’ai trop de sources d’inspiration pour me permettre de m’arrêter. C’est là qu’à la fois je prends énormément de plaisir, que je me repose et que j’ai l’impression de changer le monde. J’échange beaucoup d’idées avec d’autres chercheurs en bien-être.

« Chercheurs en bien-être ». Quelle jolie expression ! C’est ça un artiste ?

Non. Pour moi un artiste révèle la beauté de la nature qui pourrait être invisible à l’œil nu. La musique, ce n’est rien que des chants d’oiseaux ou du bruissement du vent dans une forêt de bambous qui a été harmonisé pour être accessible à tous. Le chercheur de bien-être, c’est celui qui destine cette traduction de manière consciente, c’est celui qui crée pour apporter du bien à son prochain.

Clip de "Slow Life", deuxième single tiré de l'album La voix lactée.

On s’habitue à la sortie d’un nouvel album ou c’est un éternel recommencement ?

A chaque fois, c’est un redémarrage. Le savoir ne change rien à l’affaire. C’est toujours des questionnements et puis, ça arrive toujours à une étape de notre vie qui est nouvelle. On se demande si le discours, la cohérence, l’époque dans laquelle ce disque ce situe est dans le bon timing. Suis-je décalé, dans les temps, en avance, à l’heure ?

J’ai l’impression que ce disque a été aussi pensé pour la scène, non ?

Avec cet album, j’ai vraiment hâte de retourner sur scène. Ça va être plus simple en apparence. Depuis des années j’intègre du jeu, de l’interaction avec le public, il y a un côté théâtral, des directions musicales, une scénographie. Je compte changer tout cela dans la prochaine tournée liée à ce disque. Ce nouvel album est dans l’énergie. Il est plus rythmé, plus relevé, plus rapide. Les refrains sont plus accrocheurs, plus fédérateurs… On va s’éclater.

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Pendant l'interview...

Est-ce que l’on peut dire que La voix lactée est votre album le plus « populaire ».

Je ne sais pas parce que je ne connais pas les critères de ce que nous pouvons qualifier de « populaire ». Ce que je sais, c’est qu’il y a moins de mélancolie et plus de joie. J’ai une amie très proche qui m’a dit que c’était l’album d’un homme heureux. C’est la première fois que l’on me suggère cette idée-là. Elle a sûrement raison. Je trouve que je suis heureux. Je l’ai voulu, envers et contre tout.

Le chemin pour parvenir à une certaine sérénité et à un certain bonheur est long ?

Il est long et tortueux. Il ne passe pas par où on l’a prévu... Ca révèle toute la beauté d’un parcours.

Vous êtes fier de ce disque ?

Extrêmement.

Cela vous est-il arrivé de ne pas être fier d’un disque ?

Non, parce qu’à chaque fois, j’y ai mis de mon mieux. Lorsqu’il y a des lacunes, j’en suis conscient. Mais j’ai toujours des ambitions qui dépassent ce que je peux faire. Il faut viser la lune pour toucher le ciel (rires).

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Après l'interview, le 28 septembre 2015.

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30 novembre 2015

Frank Loriou : interview pour son exposition Faces

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(Photo : Yann Orhan)

J’ai beaucoup d’admiration pour Frank Loriou. Pour l’homme qu’il est et pour son travail. Il fait partie des hommes de l’ombre incontournables dans la fabrication d’un disque. Graphiste spécialisé dans l’édition musicale et photographe à l’Agence VU, il est l’un des plus sollicités dans le petit milieu de la pop et de la chanson française. Dans le cadre du festival des Transmusicales, il expose (avec un autre photographe, Jérôme Sevrette) à la Maison des associations de Rennes depuis quelques jours et ce, jusqu’au 15 janvier 2016. Le vernissage de FACES, images de la musique actuelle a lieu le jeudi 3 décembre à 18h30. Cette exposition, son univers, ses photographies, ses réalisations artistiques m’ont donné envie d’aller à sa rencontre et d’en connaître un peu plus sur l’homme derrière l’objectif. Le 19 novembre dernier, Frank Loriou et moi nous sommes installés dans un bar près de l’agence… et le moment fut bon.

frank loriou,faces,interview,mandor,agence vuBiographie officielle :

Né en 1966 en Bretagne, Frank Loriou vit et travaille à Paris.

Photographe spécialisé dans l’édition musicale, Frank Loriou a réalisé de nombreuses images et pochettes d’albums pour des artistes comme Manu Chao, Yann Tiersen, Dominique A, Jean-Louis Murat, Arthur H, Arman Méliès, Albin de la Simone, Peter von Poehl, Aline, Robi

Son travail photographique, très pictural et essentiellement argentique, apparaît très régulièrement dans la presse nationale (Libération, Télérama, Les Inrocks, Le Monde, etc).

Il développe en parallèle une recherche personnelle à travers différentes séries sur le quotidien, l’enfance, la condition animale, le rapport à la nature, et a publié en 2009 un ouvrage photographique remarqué, intitulé « Tout est calme », où l’on retrouve toutes les obsessions de l’artiste : le vide, l’absence, l’opaque, les traces, l’insignifiant, la mémoire…

Frank Loriou est distribué par l’agence VU.

(Tous les portraits d'artistes de cette chronique mandorienne font partie de l'exposition et ont été sélectionnés par Frank Loriou.)

Son site officiel.

Sa page Facebook professionnelle.

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Frank Loriou par Mandor.

frank loriou,faces,interview,mandor,agence vuInterview :

Ce n’est pas ta première exposition.

Non, mais c’est ma première exposition de portraits d’artistes. J’ai déjà exposé mon travail personnel, tiré de mon livre « Tout est calme » sorti en 2009, dans les galeries photos de la Fnac notamment. J’ai également fait une exposition en collaboration avec Yann Tiersen autour de son album Skyline, sorti en 2011, conjointement à un showcase. Et bien d’autres encore.

Cela fait des années que je vois ton nom sur les pochettes de disques de chanteurs français d’une scène que j’adore. Comment es-tu devenu photographe spécialisé dans les portraits d’artistes?

Pendant plusieurs années, je faisais uniquement le graphisme sur les albums. Je choisissais souvent les photographes et assurais la direction artistique. Mais je développais en parallèle un travail photo personnel, qui était un peu mon jardin secret. Quand j’ai sorti le livre « Tout est calme », c’est revenu aux oreilles des professionnels de la musique et des artistes. C’est ainsi qu’ils ont commencé à me solliciter pour faire des images pour leurs albums. Ça a été une transition assez douce. Aujourd’hui je suis davantage connu en tant que photographe qu’en tant que graphiste, je crois.

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Yael Naim par Frank Loriou.

Petit à petit, l’oiseau à fait son nid.

Oui, d’une certaine façon. Mais surtout je voulais que l’on me sollicite en connaissance de cause, pour mon univers photographique, et ne pas m’imposer.

Tu t’es servi de ce que tu avais appris avec ton travail personnel pour réaliser les portraits ?

Bien sûr. D’avoir pratiqué longtemps sans aucune contrainte m’a permis de mieux savoir ou je voulais aller. Et je me suis servi aussi de la longue période où je travaillais sur les pochettes en tant que graphiste, où j’ai beaucoup appris et formé mon regard.

Il me semble que tu as un style Frank Loriou, même si tu ne fais jamais le même genre de photo. Je ne sais pas comment expliquer cela…

Je ne cherche pas à avoir une « patte » particulière, mais je comprends que l’on puisse reconnaître mes photos. Je travaille beaucoup en argentique, avec un grain spécifique, et avec des appareils qui ont aussi leur propre personnalité. Il n’y a pas de mise au point automatique, cela donne souvent des images assez « statiques », qui me touchent particulièrement. Et j’ai probablement une approche qui finit par devenir reconnaissable pour ceux qui connaissent mon travail de longue date.

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Arman Méliès par Frank Loriou.

Je précise, encore une fois, que tu ne fais jamais un travail qui ressemble à l’autre.

J’essaie, en tout cas. Je fais du noir et blanc comme de la couleur, des photos un peu floues comme très définies, du studio comme de l’extérieur. Je me donne beaucoup de liberté. J’ai le souci de la lumière, et un mode de composition des images qui doit probablement se reconnaître au bout d’un moment. J’ai aussi des obsessions, sûrement.

J’ai l’impression que tu ne fais pas de pochettes de disques d’artistes dont tu n’apprécies pas la musique. Je n’ai pas vu une pochette de toi pour Louane ou Michel Sardou.

Je crois qu’il faut aimer l’artiste que l’on photographie. Je ne suis pas seulement un « prestataire » pour une maison de disques, c’est avant tout une rencontre humaine et artistique forte. Comme je m’implique beaucoup, j’ai besoin d’apprécier les gens avec qui je travaille et que les artistes aient envie de mon univers. Après, je suis ouvert à plein de surprises. Photographier Louane pourrais m’intéresser. Michel Sardou ce serait plus compliqué.

Tu aimes être « désiré ».

J’aime que l’on vienne à moi pour de bonnes raisons. Parce que ça change tout dans le travail après. S’il y a une envie mutuelle, personne ne se protège plus de personne… et dans la confiance réciproque on arrive à faire de très belles choses, à délivrer de très belles émotions.

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Mina Tindle par Frank Loriou.

Tu viens de faire des photos pour le prochain album de Maissiat.

Je connaissais déjà Maissiat, mais sa maison de disque lui a présenté le travail de plusieurs photographes de façon anonyme. Elle a choisi mes images et, après, elle a su que c’était moi. J’ai bien aimé ce procédé, et le fait qu’elle m’ait choisit pour ma photographie avant tout. J’ai hâte de montrer les images de cette séance, dont je suis très fier.

Les artistes avec lesquels tu travailles viennent avec des idées ?

Ca dépend, il y a tous les cas de figure, mais dans tous les cas je suis très ouvert aux propositions. J’aime les images très simples, sans concept compliqué, et partant de là, j’aime que les artistes m’amènent dans leur monde. Maissiat, par exemple, savait assez bien ce qu’elle voulait, je me suis mis au service de ses envies, mais avec mon regard et ma vision.

Quand tu photographies une personnalité, tu aimes bien trouver en lui quelque chose que les autres n’ont pas vu ?

Je trouve intéressant que l’artiste garde une part de mystère, de magie. On vit dans une société basée sur la rentabilité, où l’artiste a une vraie fonction fondamentale, celle d’apporter du rêve, de l’émotion de la beauté. Vivre sans art, sans musique, sans poésie, c’est la pire chose qui puisse nous arriver. J’essaie que mes représentations de ces artistes apportent un peu de cela au public.

Y a-t-il des artistes que tu aimes bien « portraitiser »régulièrement ?

J’ai eu beaucoup de longs compagnonnage, avec Yann Tiersen notamment, dont j’ai fait la quasi-totalité des albums, mais aussi Jean-Louis Murat, Dominique A, Arthur H, et tant d’autres… Aujourd’hui de nouvelles belles histoires sont en train de se nouer, et j’en suis ravi. J’aime retrouver les artistes que j’aime régulièrement, faire évoluer avec eux leur image, même si c’est aussi une grande responsabilité. Il faut se renouveler, garder la même envie, la même énergie. Il faut à chaque fois être dans un esprit complètement nouveau. Que ce soit à chaque fois une première fois.

Tu adores travailler avec les jeunes artistes « en devenir ».

Oui, beaucoup. Je travaille en ce moment avec Baptiste W. Hamon par exemple, dont je fais le prochain album, après avoir réalisé les pochettes de ses premiers EP.

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Baptiste W. Hamon par Frank Loriou.

Est-ce que tous les artistes ont leur particularité physique?

Tout le monde est intéressant en soi. J’aborde les artistes sans idolâtrie, mais avec beaucoup d’envie, de gourmandise, presque. Ensuite c’est une question de regard et d’émotion partagée. On cherche ensemble. Je cherche pour eux. J’essaie qu’il y ait toujours quelque chose d’intime et d’authentique de délivré, quelles que soient les images. Et d’un peu radical et tendu, si possible. De lumineux, aussi.

C’est tellement important une belle pochette de disque.

C’est vrai. Je pense qu’une pochette joue sur l’inconscient… Elle doit susciter l’envie d’écouter, mais elle donne aussi souvent une orientation à l’écoute, une couleur à la musique…

Toi-même, avais-tu un photographe d’artistes que tu appréciais plus que les autres ?

Quand j’étais très jeune et que je lisais Rock & Folk et la presse musicale, j’avais remarqué le travail de deux photographes : Youri Lenquette, avec lequel j’ai eu la chance de travailler plusieurs fois, notamment pour Manu Chao, et Claude Gassian, avec qui j’ai également collaboré, tous les deux très talentueux.

Et dans les photographes actuels ?

Très naturellement je citerai Richard Dumas, que je connais bien. Il a un univers très singulier, et je me sens très proche de son approche de la photographie. C’est l’un des très grands portraitistes actuels. Il pourrait être l’un de mes maîtres, oui.

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Aline par Frank Loriou.

Y a-t-il des artistes que tu n’as pas encore photographié qui te tenteraient ?

J’aimerais bien photographier Gérard Manset (rires). Mais c’est un récalcitrant de l’objectif. Sinon, j’aurais beaucoup aimé photographier Bashung, bien sûr. Je vais travailler sur le nouvel album de Jacques Higelin, et c’est un vieux rêve que je réalise-là. Le chanteur Christophe, aussi, m’intéresserait. Je cite quelques noms comme ça, mais il y en a beaucoup d’autres, bien entendu.

Photographier quelqu’un que l’on connait très bien, je pense à celle qui partage ta vie, Robi, c’est compliqué ?

C’est assez magique de photographier la femme que l’on aime, et forcément un peu différent, c’est vrai. Mais pas tant que cela, et nous savons nous mettre à distance de notre relation dans le cadre du travail, surtout pour une session photo. Au-delà de l’aspect intime, c’est assez passionnant pour moi de travailler l’image sur ses projets, tant son travail m’intéresse et me touche artistiquement.

Tu fais le graphisme de la Une de Rock & Folk depuis 15 ans…

C’est une magnifique aventure et un rêve de gamin. J’étais abonné à ce journal et ma chambre d’ado était tapissée de photos tirées de Rock & Folk, alors quelle fierté aujourd’hui d’en faire la couverture chaque mois.

Par le biais de tes pochettes de disques, tu participes à la vie musicale française, tu t’en rends compte ?

C’est un rôle de l’ombre, mais oui, d’une certaine façon, et bien modestement, je suis acteur de la vie culturelle et musicale, comme tous ceux qui travaillent sur ces si beaux albums.

On a tous des disques dont tu as fait la pochette.

Probablement avons-nous un peu les mêmes goûts !

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Jean-Louis Murat par Frank Loriou.

Dans l’exposition photos qui se tient à Rennes, il y a 20 photos de toi. Le choix a dû être extrêmement difficile ?

Je me suis astreint à ne mettre qu’une photo par artiste, c’est donc forcément des choix cornéliens. Je pourrai faire une exposition entière sur Jean-Louis Murat seul, je crois, il est donc bien cruel de ne présenter qu’une image. Je ne présente que des photos argentiques, la plupart réalisés avec un boitier qui me tient très à cœur, et dont j’aime l’étrangeté.

Est-ce que l’on s’en sort bien quand on s’appelle Frank Loriou et que l’on est photographe en 2015?

En tout cas, je n’ai jamais cherché de travail. Je ne sais pas si on s’en sort bien, mais on travaille beaucoup. La crise de l’industrie du disque étant ce qu’elle est depuis des années, on a tous soufferts énormément. Et je suis avant tout très inquiet pour beaucoup d’artistes de leur capacité à pouvoir vivre de leur musique dans les années à venir…

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Pendant l'interview, le 19 novembre 2015.

28 novembre 2015

Geneviève Morissette : interview pour Me V'là

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Radios, magazines, webzines (et la Fnac) ne parlent plus que de ce phénomène venu de chez nos cousins d’outre Atlantique… Geneviève Morissette ! Elle vient de sortir en fanfare son premier album, Me v’là (Balandras éditions/ EPM/ Universal). Comme tous mes confrères et certains artistes me parlaient d’elle, je suis donc allé la découvrir aux Trois Baudets, lors de la soirée de lancement du disque. Le 10 septembre dernier. Et là, j’ai vu une pétillante (et excentrique) femme de mots. Une bête de scène comme on n’en fait moins, qui chante l’usure du couple, les menstruations ou l’accent québécois avec une énergie qui vient du rock.
La France est tombée en amour d’elle (Forum Léo Ferré d’Ivry, Manufacture de la chanson de Paris, Printemps de Bourges off…etc) et moi aussi.

J’ai rencontré la divine artiste à l’agence le 7 octobre dernier. Une constatation s’impose : même en interview, la dame est explosive et chaleureuse.

geneviève morissette,me v'là,interview,mandorBiographie officielle, mais modifiée et raccourcie (donc pas si officielle que cela finalement):

A l’adolescence, « la Morissette » hérite d’un vinyl de Janis Joplin dont elle adopte illico le style capillaire. C’est la révélation. La Québécoise serait chanteuse sur glace, et c’est en effet devant l’miroir qu’elle s’exerce en cachette, pendant des années.

Des scènes de concours québécois comme le Festival de la chanson de Granby où elle s’est distinguée avec quatre prix dont le celui des rencontres d’Astaffort dirigé par Francis Cabrel. C’est d’ailleurs là qu’elle croise Oldelaf avec qui elle compose un duo et Émilie Marsh qui devient plus tard, la directrice musicale de son groupe rock. La Morissette marche fièrement sur les traces de ses parents : Robert Charlebois et Diane Dufresne. Tout fraichement débarquée à Paris au début de l’année 2015 avec sa valise avec la ferme intention de mettre ses maudits cousins à genoux, la Morissette petit à petit a fait son nid.geneviève morissette,me v'là,interview,mandor

Olympia en juin 2014 lorsque Lynda Lemay l’a invitée à la rejoindre sur scène pour chanter en rappel de ses concerts. La chanteuse avait pris le pouvoir, offrant ce qu’elle a de meilleur, sa fougue, sa gaucherie désarmante, sa parlure ben québécoise assumée, sa sincérité et sa voix..quelle voix…Elle était là tout’ nu d’vant nous et le public est tombé en amour, tout de suite, inconditionnellement.

Elle ne devait rester que deux semaines à Paris, mais n’est jamais repartie, couvant son premier album, qui porte la double citoyenneté ! Enregistré à Montréal et à Paris, il a été réalisé par l’artiste québécois Antoine Gratton et quelques titres ont été enregistrés au studio Le Garage avec la précieuse collaboration de Bernard Natier.

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geneviève morissette,me v'là,interview,mandorInterview :

La « légende » dit que tu es venue deux semaines en France et que, finalement, tu n’es jamais repartie.

C’est exactement ce qu’il s’est passé. Lors de précédents passages en France, il m’est arrivé d’être invitée « à l’arrache » sur scène. Par exemple à l’Olympia lors d’un rappel de Linda Lemay (photo à gauche). Ce n’était pas la première fois que l’on m’invitait sur scène alors que je ne m’y attendais pas. Mais, j’adore ce genre de surprise. Pour en revenir à la France, j’ai senti que j’avais rendez-vous avec ce pays, la preuve, j’ai pris un billet ouvert. Quand je ne suis pas partie deux semaines plus tard, je pensais que j’allais tenir trois mois et en fait, ça fait un an que je suis ici.

Le fait d’avoir rencontré Laurent Balandras, désormais ton éditeur, n’est pas pour rien dans ta décision de rester ici.

C’est une rencontre très importante. Un soir, il m’a vu à mon spectacle et immédiatement, il m’a proposé de devenir mon éditeur. Un mois plus tard, il m’a trouvé un deal de disque… j’avais commencé à le concevoir au Québec et je l’ai terminé à Paris. On a fait beaucoup de choses à distance avec mon équipe québécoise. Bref, grâce à Laurent, les choses se sont accélérées pour moi.

Tu as sorti le disque d’abord en France, avant le Québec.

J’adorais cette idée-là. Si c’était un peu téméraire de faire ça, c’était surtout un hasard. On a eu une offre, on a saisi l’opportunité immédiatement.

Mais dans ton pays, tu avais déjà une petite notoriété ?geneviève morissette,me v'là,interview,mandor

J’avais déjà fait la route des concours, ce qui est très important au Québec. J’ai fait les trois tremplins les plus importants : Ma première Place des Arts, le Festival international de la chanson de Granby et le Festival en chanson de Petite-Vallée. Granby, c’est le plus gros festival et c’est là que j’ai gagné les résidences de création à Astaffort, dirigé par Francis Cabrel. C’est là que j’ai rencontré Emilie Marsh et Oldelaf. C’est là aussi que j’ai commencé à collaborer avec des Français. J’ai adoré la manière de travailler avec votre « culte du moment ».

C’est-à-dire ?

Les français sont en amour avec le moment présent. Moi aussi, je suis comme ça. Vivre à fond tout le temps.

Geneviève Morissette dans "Exploser" lors du concert de lancement d'album aux Trois Baudets, le 10 septembre 2015. (Hexagone).

"Comme dans un film" en duo avec Oldelaf (La Bande Sonore).

geneviève morissette,me v'là,interview,mandorDans ton spectacle, tu te moques de toi… et des français.

Il faut savoir prendre du recul et s’amuser des travers de soi et des autres. Et je me moque aussi beaucoup des hommes. Ils s’en prennent plein la gueule. A ma manière, je suis un peu féministe, je crois. Si on a pas mal avancé pour les droits et le respect des femmes, il y a encore des trucs à faire.

Je précise que ton disque n’est pas un disque féministe.

J’hésite à me mettre dans une boite, mais je répète ce que les gens me disent de leur perception de mes chansons, notamment quand on me parle de « La femme en beige » ou de « Crise de nerf ». Ce sont des chansons où la femme est un peu plus forte que l’homme. J’ai eu besoin d’écrire des choses comme ça dans mon art.

Quand on est un homme, ça doit être dur de suivre Geneviève Morissette !

(Rires) Oui, il y a un truc comme ça. Je ne suis pas la petite princesse qui dit « oui mon chéri, qu’est-ce qu’on fait ce soir ? » En vrai, j’aime prendre des initiatives et que l’on me suive. J’ai conscience d’avoir une forte personnalité.

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Geneviève Morissette entourée de son éditeur, Laurent Balandras (qui rime avec  classe) et Luc Plamondon.

Deux extraits du premier album de Geneviève Morissette, "Me v'là!" (Balandras éditions/ EPM/ Universal) réalisé par Antoine Gratton: "M'acheter un jet" et "Gueuler ma vie".

Sur scène, en fait, tu es toi dans la vie.

Je n’ai aucune autre option. Toute autre tentative devient un flop monumental. A mes débuts, j’étais à l’Ecole nationale de la chanson. Au Québec, c’est une école très importante pour les auteurs-compositeurs-interprètes. J’ai essayé plusieurs styles d’écriture et des manières de chanter différentes. A un moment donné, on apprend à descendre au fond de soi, à être complètement ce que nous sommes, avec notre héritage et notre culture. Moi, je chante dans mon français à moi, un français un peu de rue…

Alors que nous parlons la même langue, il y a des variantes de signification entre deux mots similaires.

En québécois, le sens est beaucoup à l’intonation. Pour vous, les Français, chaque mot à une définition. Vous, c’est pur, détaillé, nous c’est vraiment avec l’émotion.

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(Photo : Marylène Eytier - aubondeclic.com)

Tu es une rockeuse ?

Quand j’étais plus jeune, j’ai beaucoup été influencée par Janis Joplin et par Diane Dufresne. Quand je ne suis plus sûre de quelque chose dans la façon de concevoir mon métier, je regarde et écoute Janis. Elle est allée tellement loin que je me dis que je veux aller aussi dans cette direction-là. Il ne faut pas se contenter de peu. Je veux donner le plus possible.

Tu peux être fan d’un autre artiste ?geneviève morissette,me v'là,interview,mandor

Bien sûr. C’est important d’être aussi fan. On a des familles artistiques. Des pères, des mères, des grands-pères, des grands-mères. On vient de quelque part. Il faut savoir d’où l’on vient pour savoir où l’on va. J’ai du respect et beaucoup d’admiration pour les gens qui m’ont porté et influencé. J’ai dit à Robert Charlebois, « vous ne le savez pas, mais vous êtes mon père ! »

Ton disque reflète bien ce que tu es sur scène.

Mon côté brut, à fleur de peau, devait se retrouver sur l’album. Il ne fallait pas qu’il soit escamoté. Avec mon réalisateur, on a décidé de faire venir des gens en studio, avec des écouteurs, et on a joué devant. Ça nous a donné beaucoup d’énergie. La majorité des prises sont « live ». Quand tu es en live, tu es sur le qui-vive tout le temps, tu as peur de te tromper, tu as peur que ce soit la dernière fois que tu joues de ta vie… il se dégage quelque chose de cet état.

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Enregistrement live de l'album.

Est-ce que si on écoute ton premier album, on connait Geneviève Morissette ?geneviève morissette,me v'là,interview,mandor

Il y a encore de la matière pour d’autres disques (rires). Me V’là est un album où je mets mon pied dans la porte et où j’essaie de montrer que je ne suis pas comme tout le monde et que je ne vais pas faire pareil que les autres chanteuses. Je suis un peu rebelle et j'ai sans doute la de punk attitude en moi.

Parle-moi de la guitariste-chanteuse qui joue avec toi, Émilie Marsh, et que tu taquines beaucoup sur scène.

Avec sa permission. Ce que j’aime avec l’humour, c’est que l’on peut toujours faire passer des réflexions assez profondes. Émilie, elle est toujours partante pour délirer.

Scopitone de "Michel Drucker".

geneviève morissette,me v'là,interview,mandorQu’est-ce que tu espères désormais, pour ta carrière française.

Je veux passer à la télé. Je veux passer chez Michel Drucker. Pour les artistes québécois, Michel Drucker, il est proche de Dieu. La télé, c’est un média qui me va bien. C’est un peu comme un spectacle. Et puis, franchement, la télé française, ça me fait rêver. Et plus généralement, vous ne vous en rendez pas compte, mais vous êtes un peuple qui fait rêver.

Tu es en France pour combien de temps, du coup ?

Je suis sur le même truc qu’au début. On verra bien. A priori, je suis là pour tout l’automne parce qu’il y des choses de calées, comme La Boule Noire de Paris le 3 décembre. J’espère que je vais exploser, comme ça, je n’aurais pas à rentrer tout de suite (rires).

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Après l'interview, le 7 octobre 2015.

24 novembre 2015

Salon du Livre d'Ozoir-la-Ferrière 2015: Bilan et photos

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C'est la septième année consécutive que j'anime le Salon du livre d'Ozoir-la-Ferrière (Voir là en 2009, ici en 2010, en 2011, en 2012, en 2013 et l'année dernière). Cette année, j'ai arrêté les interviews à la chaîne. Nous nous sommes aperçus que ça n'apportait pas grand chose, si ce n'est beaucoup de parlottes inaudibles et, pour tout dire, je me lasse de ses interviews sans fonds réels. J'ai donc fait ce que je sais et aime faire : animer des débats. En l’occurrence, deux de 45 minutes, l’un avec Jean-Marie Blas de Roblès, l’autre avec le Père Guy Gilbert, les deux invités exceptionnels de cette édition.

Merci à Luc-Michel Fouassier, maire-adjoint d'Ozoir-la-Ferrière, délégué à l'événementiel littéraire, et organisateur d'actions culturelles autour du livre et notamment de ce salon. 7 ans qu'il me fait confiance...

Comme chaque année, je rapporte de ce salon quelques souvenirs photographiques.

Voilà un cliché de la foule présente (il y a eu beaucoup plus, dans l'après-midi).

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Maryline Martin, l'illustrateur Daniel, Derek Munn posent pour la postérité.

salon du livre d'ozoir-la-ferrière 2015,bilan,photos,père guy gilbert,jean-marie blas de roblès

Jean-Marie Blas de Roblès est notamment l’auteur du monumental Là où les tigres sont chez eux (Prix du roman Fnac, Prix Giono, Prix Médicis 2008). Et tout récemment du très remarqué l’Île du Point Némo. Ici avec quelques lectrices...

salon du livre d'ozoir-la-ferrière 2015,bilan,photos,père guy gilbert,jean-marie blas de roblès

Jean-Marie Blas de Roblès reçoit la médaille de la ville, au salon du livre d'Ozoir-la-Ferrière. (Remise par le maire) sous l’œil fier de Luc-Michel Fouassier, l'organisateur du salon.

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Discussion en public avec l'un des deux invités majeurs de cette édition, Jean-Marie de Roblès. Quand j'interviewe ce genre de personne, je tente de prendre de la hauteur, même s'il est compliqué de se mettre à son niveau. Il est brillant, drôle et intéressant. Il ne faut pas décevoir la salle qui écoute. 

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Ethel Salducci, lauréate du Prix Ozoir'elles pour son recueil Singulière agape (Editions Luce Wilquin). Ici avec le maire d'Ozoir-la-Ferrière, et les ozoiriennes, membres du jury.

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Le père Guy Gilbert, avec à droite le maire d'Ozoir, Jean-François Oneto et l'organisateur du salon, Luc-Michel Fouassier.

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Le Père Guy Gilbert est un prêtre et éducateur spécialisé pour les jeunes délinquants. Il est connu pour son registre de langue emprunté à la rue et pour son look de loubard (il arbore volontiers un cuir bardé de badges, comme vous le voyez sur toutes ces photos).

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Le débat avec le Père Guy Gilbert à commencé devant un public très nombreux... enfin, c'est prétentieux de dire débat. Avec le curé des loubards, c'est plutôt un monologue. Il fait son show et il le fait bien. Humour et profondeur, avec son langage bien à lui... J'ai adoré.

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Je fais une tentative d'approche pour l'interrompre. Impossible (même si impossible n'est pas François). 

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Rapprochement de micro... je vais y arriver. 

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Raté. Le Père Guy Gilbert fait une conférence, en fait. 

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Un homme exceptionnel, un curé comme il en faudrait beaucoup plus. 

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Série de photos avant de se dire adieu (avant de se dire à Dieu?).

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