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27 mai 2014

Cantinero : interview pour la sortie de leur premier EP

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Un jour, j’ai reçu un single d’un groupe inconnu (de moi en tout cas), Cantinero, « La roue tourne ». La radio et la télé jouent ce premier titre régulièrement, mais je ne suis jamais chaud pour recevoir un artiste dont je n’ai écouté qu’un morceau. Comme j’ai beaucoup aimé ce titre, je me suis laissé influencer par leur attaché de presse, le redoutable Pierre-Henri Janiec (oui, j’aime citer les attachés de presse.) Leur premier album est prévu pour l’automne 2014, mais leur premier EP sort le 9 juin 2014.

Le 26 février dernier, Karim et Brice sont venus se présenter à l’agence.

cantinero,interview,la roue tourne,je suis ton hommeBiographie officielle (un peu raccourcie) :

C'est dans la moiteur des salles de boxe et sur les champs de battle de la scène hip hop que Karim Ebel (chant, textes), a appris l'art de l'esquive et de la remise qui fait mouche.
Sa rencontre avec Brice Chandler (composition, guitares) va donner naissance à Cantinero.

L’histoire du groupe a débuté comme dans un bon Sergio Leone, sous un ciel sans nuage.
Les deux gringos ont longtemps chevauché, depuis leur base dans le désert de l’Est parisien, à la recherche d’une nouvelle frontière musicale où le folk, la country et le rock indé défient en duel la musique du Mexique.

Repéré et produit par David Salsedo (Silmarils, Superbus, Run Fast Records), et signé sur le label Jo &Co, Cantinero mélange poésie urbaine et ambiances cinématiques, où l'on traverse villes fantômes, western moderne, suivant le road trip d'un homme désabusé.

Le tout servi par une voix grave et chaude, reconnaissable entre mille, qui n'est pas sans rappeler la profondeur d'un Everlast et qui deviendra sans doute le signe distinctif de Cantinero dans les années à venir.

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Interview :

Vous venez chacun d’un univers différent. Tu viens d’où Karim ?

Karim : J’ai fait du rap avant de connaître Brice, notamment dans un groupe qui s’appelle Neochrome. C’était un groupe du genre Les sages poètes de la rue. Ce n’était pas revendicatif, mais nous faisions très attention aux textes. Je suis allé vers le rap parce que c’était plus simple pour moi. À la base, je ne suis pas musicien.

Et toi, Brice?

Brice : Je viens du folk. Mais j’ai fait beaucoup de musique classique. Sur certains de nos titres, ça s’entend un tout petit peu.

L’idée de vous allier est venue comment ?

Brice : Nous avions des amis communs qui faisaient de la musique. À force de discuter « son » ensemble, on nous a conseillé de nous rencontrer, comme ça, tout à fait naturellement.

Karim : Nous nous sommes tout de suite bien entendus. On  s’est vu un an avant de travailler ensemble. On écoutait plein de musique ensemble.

Et un jour, vous avez décidé de monter un projet sérieux ?

Karim : C’est arrivé comme ça. On a fait une chanson, Sad Mariachi, un morceau assez épique avec des trompettes mexicaines. Et ça nous a donné envie d’aller plus loin.

Venir de deux univers différents permet des échanges fructueux ?

Brice : Oui, c’est très intéressant. Parfois, on fait aussi quelques concessions.

Karim : Brice prodigue de bons conseils. Quand je lui propose un texte, il me donne toujours son avis. J’écris l’intégralité des paroles, mais si Brice n’est pas d’accord, on ne le fait pas. Pareil pour la musique. Si je ne sens pas un truc, on l’arrête tout de suite.

Comment vous vivez ce projet ? J’ai l’impression que vous êtes zen…

Karim : C’est tout à fait ça. Enfin du stress, il nous arrive d’en avoir. Là, on est bien reçu, c’est pour ça que l’on te parait à l’aise.

Brice : On fait nos chansons et on essaie de se faire plaisir.

Clip officiel de "La roue tourne".

Votre premier single « La roue tourne » commence à bien fonctionner. On l’entend pas mal en radio et on voit le clip à la télé. Comment vit-on un début de carrière ?

Brice : Avec plein d’espoir. Nous sommes contents que notre musique arrive aux oreilles d’un plus large public.

Karim : C’est vrai que de s’entendre à la radio, c’est très bizarre.

Brice : J’imagine que ça l’est plus pour toi parce que c’est ta voix qu’on entend.

Le clip de « La roue tourne » à été conçu en Californie.

Karim : On a eu beaucoup de chance. Brice connaissait bien la région, moi, je l’ai découverte. Pour un premier clip, tourner dans le désert, c’était une sacrée chance.

Nous vous découvrons, mais quelle va être la suite de vos aventures ?

Brice : On veut jouer le plus possible. Ce n’est pas facile de trouver des dates. Nous n’avons pas encore de tourneur. On ne veut pas aller trop vite. Nous voulons faire des petites scènes pour débuter. Des endroits intimistes pour apprendre à sentir les gens. Nous ne sommes pas contre les premières parties d’artistes.

Nouveau single (sorti aujourd'hui), "Je suis ton homme".

cantinero,interview,la roue tourne,je suis ton hommeIl y a dans votre musique des influences « americana ».

Karim : Il y aura dans notre album, des titres à la Tom Waits, des morceaux un peu épiques à la Morricone. Il y a aura aussi un peu de rocks. On n’a pas de cahier des charges. Nous allons toujours là où l’inspiration nous porte.

Tes textes parleront de quoi Karim ?

Karim : En tant qu’ancien rappeur, je n’ai pas pu m’empêcher de faire de l’ego trip. Il y aura des chansons sur le temps qui passe. J’aime bien les gens comme Everlast ou Johnny Cash. Ils viennent de la rue et ont des trucs à dire. J’ai du mal à écrire des textes joyeux. C’est toujours un peu désabusé.

Brice : « La roue tourne », on a l’impression que c’est notre chanson la plus positive de l’album, bien qu’elle soit finalement assez mélancolique.

Ce que tu écris est-il au premier degré ?

Karim : Non, j’utilise beaucoup la métaphore. Je regarde énormément de DVD, c’est donc souvent le ciné qui me donne envie d’écrire et qui m’influence beaucoup. Je prends l’écriture très au sérieux. Je ne me sentirais pas de chanter des textes qui n’ont pas vraiment de sens.

Cover de la chanson des Brigitte, "Battez-vous".

Quand on forme un duo, veut-on impressionner l’autre ?

Karim : Bien sûr. Si je sens un doute sur un texte venant de Brice, ça me blesse un peu. Mon amour propre est touché.

Brice : Moi pareil, quand Karim n’aime pas une de mes compos, il y a 24 heures de « bouderie ». Et puis après on finit toujours par comprendre et constater que l’autre a raison.

Karim : On essaie mutuellement de tirer l’autre vers le haut.

Vous avez été repérés par David Salsedo, d’ailleurs l’ambiance générale de vos chansons n’est pas aux antipodes de son univers.

Karim : Il a découvert Cantinero par MySpace, il y a quelques années. Il est venu nous voir plusieurs fois en concert au Réservoir. Il nous a proposé une première partie au Nouveau Casino à l’époque de la sortie de son disque Wine & Pasta. Ensuite, on lui a fait écouter des maquettes, puis des morceaux plus aboutis. Il a fini par nous proposer de produire le disque. Ça s’est fait vraiment par étape et il s’est beaucoup investi. Ce grand artiste est une référence majeure pour moi.

Vous vous retrouvez sur certains artistes français ?

Brice : Je crois qu’on a en commun Thomas Fersen. Ce que j’aime chez lui c’est qu’il ne te raconte jamais une histoire standard. L’instrumentation derrière part vraiment dans tous les sens. On se rejoint aussi sur MC Solaar et NTM.

Vous allez bientôt sortir un EP ?

Oui, le 9 juin prochain et un album à l’automne 2014.

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Le 26 février 2014, après l'interview...

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20 mai 2014

Arthur H : Interview pour L'or d'Eros

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(Photo : Franck Loriou)

Ce soir et demain, Arthur H (déjà mandorisé là) et le compositeur Nicolas Repac se produisent au 104 (à Paris).  D’abord, ils ont conçu ensemble L'Or Noir, superbe voyage sensoriel autour de la poésie créole contemporaine, d'Aimé Césaire, chantre de la négritude, au contemporain Dany Laferrière en passant par le regretté Édouard Glissant. L'occasion de sonder la part noire de deux musiciens assumant allègrement des identités métisses. Pour L'Or d'Éros, le second volet qui vient de paraître, tous deux rendent hommage aux auteurs les plus libres et les plus sulfureux du XXe siècle. Pour parler de ce projet, Arthur H m’a reçu dans une chambre d’un hôtel de la capitale, le 25 mars dernier.

Argumentaire officiel de ce deuxième volet de la collection Poetika Musika :

Un superbe voyage sensoriel autour de la poésie créole contemporaine. Après « L’Or Noir » consacré à la poésie de la Caraïbe francophone, Arthur H & Nicolas Repac se penchent sur la poésie érotique. Lu, interprété, par Arthur H. Musique Nicolas REPAC.

arthur h,l'or d'éros,interview,mandor,nicolas repacL'Or d'Éros c'est l'émotion du sexe, quand le sexe rentre en résonance avec le coeur et produit de la poésie. Une poésie totalement dégagée des carcans du conditionnement social, un vrai espace de liberté, d'invention et de dévoilement de soi; plus les délices, l'excitation et les labyrinthes d'un jeu sans fin. Nicolas Repac a conçu la musique comme un long film, déchirant parfois, ou tendu, ou tendre, mais toujours voluptueux, oscillant entre les largesses symphoniques et les grooves sexuels-mathématiques. Arthur H, habite chaque mot comme si les écrivains étaient tous des musiciens. Sa voix effleure le chant pour produire une hypnose sensuelle. Tous les deux rendent hommage aux auteurs du 20e siècle les plus libres et les plus sulfureux.

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arthur h,l'or d'éros,interview,mandor,nicolas repacInterview :

Présentez-nous cette collection, Poétika Musika, dont vous êtes à l’origine.

C’est une collection qui se propose de colorer les grands classiques de la poésie du XXe siècle avec un filtre musical, spatial et cinématographique. Sans l'aide du chant, il s'agit de retrouver l'ADN musical qui repose dans la cellule poétique, afin de faciliter l'accès à des textes difficiles et de redonner le goût de lire.

Quel est le but de cette collection ?

C’est de mélanger totalement la musique et la poésie et d’avoir une approche musicale de la poésie, mais sans la chanter. Quand on commence, je pose mes voix et Nicolas construit des musiques autour. Lorsque les musiques sont créées, je me recale un peu sur lui.

Vous qui êtes musicien, mettez-vous votre grain de sel dans les compositions de Nicolas Repac ?

Il est totalement maître de la situation, mais je donne souvent mon avis. Mon oreille traîne sans cesse et avec Nicolas, nous conversons.

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(Photo : Yaël Hirsch)

Est-ce votre amour de la littérature qui vous a incité à vous lancer dans ce projet ?

Non, c’est l’amour du cinéma. Je trouve que la poésie, c’est un cinéma pour pauvre. Ce sont des images à l’état brut et sauvage avec le moins de moyens possible et imaginable. Un poème, c’est l’expression la plus dépouillée et la plus désossée possible. Pour tout vous dire, je ne suis pas un grand lecteur, mais je constate que la poésie est très efficace pour créer de la manière la plus directe possible un monde.

C’est quoi la poésie pour vous ?

La poésie, c’est comme le sexe finalement. C’est un monde avec lequel on a une grande intimité et en même temps, qui sera toujours inconnaissable. Je n’ai jamais vu la poésie comme une espèce de fantasmagorie onirique, ni de doux délire pour les gens qui ne sont pas vraiment sur Terre et qui ont besoin de s’échapper de la réalité. Pour moi, c’est absolument le contraire. C’est un outil extrêmement précis pour observer des choses intimes de soi qu’on ne peut pas voir de manière frontale. Souvent, on est obligé d’avoir un regard oblique pour les remarquer, du coup, la poésie peut être pris comme un moyen très technologique pour percer la carapace et aller de l’autre côté. Ça permet de se rendre compte ce qu’est notre vraie présence au monde et notre vraie intimité.

C’est quoi être poète quand on écrit ?

C‘est tout simplement prendre de la liberté avec la langue, avec l’idée de voir l’envers du décor. Ca peut être aussi écrire un texte très cru et très simple sur le réel. En réfléchissant, je peux dire que la poésie est un moyen de faire face au réel, de manière détournée ou très frontale, le plus honnêtement possible.

Comment avez-vous choisi les textes qui figurent sur L’Or d’Éros ?arthur h,l'or d'éros,interview,mandor,nicolas repac

J’ai choisi des textes qui génèrent une émotion très immédiate, qui tout de suite délivrent des images et qui sonnent. Il faut qu’il y ait une musicalité du texte et un rythme évident. La poésie, c’est de la musique visuelle.

Est-ce que parler demande plus de concentration que de chanter ?

On doit tenir son énergie, mais on doit se laisser traverser par elle. C’est plus nourrissant de chanter que de parler, mais finalement, c’est un peu la même chose à la base. Je ne ressens aucune frustration en tout cas. Dans cet exercice de style, j’ai été très influencé par Jean-Louis Trintignant. Je l’ai vu sur scène et j’ai même écrit un poème sur mon album Baba Love pour qu’on le récite ensemble. Il a une prononciation et une articulation démoniaque. J’essaie de lui arriver au moins à la cheville en le copiant au maximum.

Il y a des textes très sexuels et d’autres plus sensuels. L’élaboration de cet album a-t-elle été une question de dosage ?

J’ai pris les textes qui avaient l’émotion, des images et du son, comme je vous le disais précédemment. Des textes très crus, en poésie, je n’en ai pas lu et vu beaucoup. Des textes trop sentimentaux, ça ne m’intéressait pas. Mes deux textes préférés sont pourtant ceux qui mélangent les deux. « La lettre à Nora » de James Joyce et « Mademoiselle mon cœur » de Georges Bataille. Je trouve que le sexe est l’émotion est reliée à une forme de vérité. Quand on fait l’amour, on éprouve une émotion en même temps. Cela me paraît indissociable.

"Lettre à Nora" de James Joyce.

Faire un disque de chansons, c’est plus simple ?

Non, au contraire. On doit inventer un monde, cela implique beaucoup de gens, il y a toujours des choix déments à faire. Moi, quand j’enregistre un disque, je me sens souvent dans une sorte de labyrinthe. Il y a toujours un moment où je me tape la tête contre les murs. Là, on n’a pas à écrire des paroles… en plus elles sont sublimes. Nicolas prend son pied à les accompagner… bref, c’est le projet plaisir ! Il n’y a aucune contrainte artistique et ça devient rare de nos jours.

Lou Doillon interprète avec vous « L’amour » d’André Breton et Paul Eluard.

Sur ce texte, une participation féminine me paraissait naturelle.

Il n’y a pas de textes de femmes. Pourquoi ?

Je n’en ai pas trouvé. Il y avait bien du Duras, mais c’était un peu trop cérébral. Sinon, j’ai trouvé des textes de femmes, mais trop cash par rapport aux aspects positifs et de beauté que nous cherchions.

Avant votre prochain album plus personnel, ce genre de projet vous fait-il du bien ? Est-ce une respiration ?

C’est un vrai ressourcement. Se frotter à ces grands auteurs est toujours positif. C’est une expérience qui m’enrichit beaucoup. Ça me donne envie d’être plus exigeant avec mes propres textes.

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Après l'interview, le 25 mars 2014.

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(Photo : Franck Loriou)

Gilles Paris : interview pour L'été des lucioles

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(® David Ignaszewski)

Comme je l’ai expliqué lors de la première mandorisation de Gilles Paris, en tant que journaliste souvent littéraire (depuis des lustres), il était inimaginable de ne pas tomber sur cette personne incontournable du milieu littéraire. J’ai dû passer par lui ou par son bureau de nombreuses fois pour obtenir livres, visuels ou même rendez-vous avec un auteur. Gilles Paris écrivain, c'est un style narratif original, émouvant, drôle et (im)pertinent. Dans chacun de ses romans, il fait parler un enfant de neuf ans. Ce n’est pas anodin. On peut se protéger et dire beaucoup derrière les propos d’un bambin… mine de rien.

Notre relation a d’abord été professionnelle, puis elle est devenue amicale au fil du temps. J’ai décidé de défendre chacun de ses nouveaux romans (la précédente mandorisation), parce qu’à chaque fois, ma part d’enfance est touchée en plein cœur.

Le 26 mars dernier, Gilles Paris est venu une nouvelle fois à l’agence pour évoquer L’été des lucioles, son premier livre aux éditions Héloïse d'Ormesson.

gilles paris,l'été des lucioles,interview,mandor4e de couverture :

Du haut de ses neuf ans, Victor a quelques certitudes : c’est parce que François, son père, n’ouvre pas son courrier qui s’amoncelle dans un placard que ses parents ne vivent plus ensemble ; c’est parce que Claire et Pilar, ses mamans, adorent regarder des mélos tout en mangeant du pop-corn qu’elles sont heureuses ensemble. Et c’est parce que les adultes n’aiment pas descendre les poubelles au local peint en vert qu’il a rencontré son meilleur ami Gaspard.

En vacances à la résidence du Grand Hôtel du Cap-Martin, Victor partira à l’aventure sur l’étroit chemin des douaniers qui surplombe la côte en compagnie de Gaspard. L’été sera placé sous le signe de l’étrange avec une invasion de lucioles, des pluies sèches et des orages aussi soudains que violents. En guidant les garçons jusqu’aux passages secrets menant aux villas qui bordent le rivage, papillons, baronne et jumeaux feront bien plus que de leur ouvrir la porte des jardins enchantés.

Un voyage au pays de l’enfance qui déborde d’émotion et de tendresse.

L’auteur :

Né à Suresnes en 1959, Gilles Paris travaille depuis plus de vingt ans dans le monde de la communication et de l’événementiel. Il a publié son premier roman, Papa et maman sont morts, en 1991, puis Autobiographie d’une Courgette en 2002. Au pays des kangourous, paru en 2012, a remporté de nombreux prix littéraires, notamment le Prix cœur de France, le Prix roman de la ville d’Aumale, le Prix des lecteurs de la bibliothèque Goncourt, le Prix Folire et en 2013 le Prix plume d’or.

gilles paris,l'été des lucioles,interview,mandorInterview :

Je reçois un Gilles Paris qui écrit un livre à la limite du fantastique.

J’avais envie de quelque chose de différent. J’ai peur de me dire un jour qu’on pourrait se lasser que je rentre dans la peau d’un enfant de 9 ans.  Du coup, j’essaie à chaque fois de surprendre, avec des histoires qui sont très différentes les unes des autres, avec des univers qui changent, des narrateurs qui ne se ressemblent pas, même si, en 20 ans, il y a une passerelle entre mes quatre romans.

C’est une langue dans laquelle tu te sens bien ?

Je ne te cache pas que j’ai envie d’y rester. Je trouve que l’époque dans laquelle on vit au quotidien est difficile pour beaucoup de gens, j’avais donc envie d’un livre « bulle », une espèce de parenthèse dans laquelle on puisse s’enfermer le temps d’une lecture. Pour moi, ça l’a été le temps de l’écriture. Ça m’a fait un bien fou. J’ai eu l’impression de m’isoler totalement du monde extérieur qui me paraissait rude. Après avoir traité des thèmes comme la dépression et les maisons d’accueils, je voulais souffler un peu de tout ça. Je souhaitais aller vers quelque chose de plus lumineux. Tous mes romans ont une empreinte à la fois grave et légère. Pour une fois, je voulais qu’avec L’été des lucioles, ce soit plus léger que grave et qu’il y ait plus de lumière que d’ombre.

Il y a la trame habituelle des conflits parentaux et de la séparation.

Des parents qui se séparent et divorcent, c’est d’une banalité totale aujourd’hui dans les familles, mais on ne se rend pas compte ce que cela peut faire sur des enfants, qu’ils soient petits, adolescents ou majeurs. Des parents qui se séparent, c’est comme une vision de l’amour qui se scinde en deux. D’une manière ou d’une autre, même si c’est très banal, l’enfant en ressent quelque chose de très fort.

C’est un roman très moderne. Le petit Victor qui passe ses vacances à Cap Martin les gilles paris,l'été des lucioles,interview,mandorpasse avec ses deux mamans.

J’ai écrit ce roman bien avant que les lois soient votées et qu’on en parle autant. Je rappelle qu’un enfant de 9 ans ne juge pas, il essaie simplement de comprendre. Il a complètement intégré ses deux mamans comme un soleil dans un ciel bleu. C’est naturel, point final.

Non seulement il accepte sa deuxième « maman », mais, même, il l’adore parce qu’elle s’occupe bien de sa vraie maman, Claire.

Il fallait qu’un adulte veille sur leur mère. Il se trouve que c’est Pilar. De plus, cette dernière fait attention à Victor, mais aussi à sa sœur Alicia. Il lui retourne cet amour qu’elle lui prodigue.

Mine de rien, c’est un livre aussi sur la tolérance.

Dans mes romans, je ne veux jamais imposer quoi que ce soit, rien asséner, ni glisser des messages subliminaux. Laissons-nous le choix de choisir ou d’accepter ce qu’on a envie de faire ou de ne pas faire !

Tu es comme tes narrateurs. Tu as beaucoup de mal à juger les gens.

Je suis comme tout le monde, j’ai des aprioris, mais je suis toujours prêt à trouver des circonstances atténuantes à tout le monde. Mais derrière ces narrateurs de 9 ans, je m’abrite. Je suis très pudique et je me dévoile personnellement très peu. Ça me permet de parler de choses assez importantes et qui me touchent, mais avec la distance nécessaire.

Et plutôt dans un sens positif.

Dans la vie, je suis comme ça. Je ne suis pas rancunier par exemple, mais je n’oublie rien. C’est très rare que je me fâche et que j’en veuille à quelqu’un. Je trouve des excuses aux gens et je passe à autre chose.

gilles paris,l'été des lucioles,interview,mandorIl y a un peu de magie dans ton roman.

Victor dit à la fin : « la vie sans magie, c’est juste la vie ». Moi, je trouve qu’il faut ajouter de la magie à la vie. On a chacun une manière très précise d’en mettre. Qu’elle soit fantastique ou qu’elle ne le soit pas, qu’elle soit imaginaire ou qu’elle ne le soit pas. Ce qui arrive à Victor à un moment donné va être extra ordinaire. C’était assez difficile, mais à la fin du livre, je voulais qu’on puisse s’imaginer brièvement qu’au fond, tout cela était de l’ordre du possible.

Victor est un petit garçon courageux.

Il est courageux et pétochard à la fois. Par rapport à Justine, la fille qu’il aime depuis deux étés, il n’a jamais osé lui parler, encore moins lui déclarer sa flamme. Et par ailleurs, il est le plus futé et plus malin que tous mes narrateurs réunis, puisqu’il écrit lui-même le roman qui s’appelle L’été des lucioles. Il a une observation de la vie très différente qu’avait Simon dans Au pays des kangourous ou qu’avait Icare dans Autobiographie d’une courgette. Il absorbe les leçons de la vie en se servant des interrogations et des réponses qu’il se donne à lui-même.

Sa mère est libraire. Elle passe sa vie à lire des romans, c’est peut-être aussi un peu pour ça qu’il écrit ?

Oui, ainsi il veut que sa mère le tienne entre ses mains. Écrire, c’est aussi l’idée de passer encore plus de temps avec sa mère qu’il adore.

Tout cela est bien symbolique.

Oui, mais toujours avec des points de suspension. La symbolique est aussi dans les papillons qui hantent le roman et qui sont le symbole de la métamorphose. Dans le roman, tous les personnages vont se transformer plus ou moins discrètement.

Que représentent pour toi les lucioles ?gilles paris,l'été des lucioles,interview,mandor

Ça représente quelque chose de magique. Elles rejoignent mes thèmes principaux. Une luciole c’est une lumière dans la nuit. On retombe sur l’ombre et la lumière. Il y a quelque chose derrière l’animal d’un peu magique… cette petite lumière qui scintille dans la nuit.

Dans tous tes livres, il y a toujours un peu d’espoir, mais dans celui-là, un peu plus. Est-ce que Gilles Paris va mieux ?

Je ne sais pas si je vais mieux. Quand j’écris, je ne suis plus tout à fait moi. Je ne pense à rien d’autre que mon narrateur. Je deviens lui. C’est un exercice difficile, périlleux et excitant d’entrer dans la peau d’un enfant de 9 ans pendant toute l’écriture d’un roman.

Ton public s’élargit de livre en livre, je trouve.

Peut-être parce que j’écris plus et que je laisse passer moins de temps entre deux livres. C’est compliqué quand tu as publié quatre romans en vingt ans de fidéliser un lectorat. Là, je travaille déjà sur le suivant. Mon rythme d’écriture s’accélère sensiblement. J’espère le publier en janvier 2016.

Il parlera de quoi ?

Mon nouveau héros de 9 ans s’appelle Maxime. C’est un garçon qui va régulièrement faire des lectures dans une maison de retraite. Il égaie la vie des personnes âgées. L’action se passe entièrement à Paris. Je ne t’en dis pas plus.

Le père de Victor s’appelle François. Tu m’as dit que c’était en mon « hommage ». C’est vrai ?

Je te promets que c’est toi. Tu sais, depuis longtemps, en fait, mes romans sont truffés de remerciements à des gens que j’aime. Il y a plusieurs manières de remercier les gens qu’on apprécie pour toutes sortes de raisons. Écrire une note à la fin du livre et remercier les gens, ce que je fais depuis deux livres, ou utiliser des noms et des prénoms des gens que j’aime pour mes personnages. J’ai beaucoup d’affection et d’amitié pour toi depuis notre premier entretien. Évidemment que tu n’es pas la caractéristique du personnage, mais c’était une façon de te remercier.

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 Le 26 mars 2014, après l'interview.

12 mai 2014

Talisco : interview pour la sortie de Run

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De Talisco, alias Jérôme Amandi, on ne connait pas grand chose. L'homme reste très mystérieux. Le single Your Wish avait déjà fait parler de lui en fin d’année 2013 dans un EP aux influences folk, pop et électro. Dans une semaine (le 19 mai 2014), Talisco sort son premier album, Run, soit onze morceaux d’évasion à la découverte des plaines californiennes. Pour essayer d’en savoir plus sur ce personnage mystérieux et fortement talentueux, je suis allé à sa rencontre, le 17 février 2014, chez Paul Beuscher Paris Bastille.

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Talisco s’aventure dans de nouvelles contrées musicales. S’enfonçant toujours plus loin dans ses expérimentations électro-folk, toujours ailleurs. Nous l’avions découvert dans les plaines americana et le folk-rock downtown, via son premier EP My Home. Depuis, le brun ténébreux à la voix d’ange a rajouté quelques cartouches à sa six-cordes et pas mal de bornes au compteur. Son premier album s’intitule Run… la course folle d’un écorché́ vif.
Dans ce nouveau road-trip, le songwriter parisien s’est baladé dans des décors somptueux, ces étendues vierges à perte de vue qu’il se plait à mettre en musique. C’est dans son home studio que Talisco s’est enfermé pour accoucher de ce recueil de contes imaginaires. C’est là, sur son établi multi- pistes, qu’il a façonné́ ses pépites, loin des recettes toutes faites et des discours formatés.
Run pourrait être un livre d’images. Talisco chemine dans les grands espaces, ses silences et ses mid-tempo hypnotiques, avant de laisser exploser cordes, beats et chants chorales quand percent enfin les lumières de la ville. Il court, Talisco, traversant les plaines westerns aux dentelles acoustiques et les déserts californiens qu’il troue de lézardes électriques et de réverbes vintage. Les titres défilent, les plans-séquences s’enchainent. L’écriture emprunte au 7ème art, l’auteur noircit des storyboards. Et, en filigrane de ces étonnants courts métrages musicaux, cette impression de chevauchée sauvage.

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talisco,jérôme amandi,run,interviewInterview :

J’ai cherché des choses sur vous sur Internet et je n’ai rien trouvé qui explique comment vous avez commencé la musique.

C’est normal que vous ne trouviez rien sur Internet. Je suis monsieur tout le monde qui fait juste de la musique. En vrai, j’ai commencé très sérieusement la musique à l’âge de 11 ans. J’ai pris notamment des cours de guitare. J’ai monté mon groupe à l’âge de 13 ans alors que j’étais encore au collège. C’était un groupe de rock et j’étais déjà très à fond. On a arrêté à l’âge de 19 ans. Très honnêtement, ce n’était pas génialissime ce que l’on faisait.

Qu’avez-vous fait ensuite ?

J’ai bossé pour manger. J’étais dans la stratégie de communication pendant quelques années.

Vous qui avez bossé dans l’événementiel et le marketing, ça doit vous servir pour vous faire repérer dans la musique, non ?

Au contraire, c’est un peu déstabilisant. J’étais dans un milieu professionnel où je me devais d’être très carré, alors que dans la musique, il faut au contraire tout lâcher. J’ai été obligé de me détacher de certaines règles commerciales ou marketing qui étaient en moi, bien en place depuis plusieurs années. Vous savez, la seule chose qui compte quand on va voir une maison de disque, c’est d’arriver avec de bons morceaux. Mon personnage n’est absolument pas mis en avant, c’est d’abord ma musique.

"Lovely" (Live @ Microbe studios).

Ne pas montrer sa tête dans les clips et rester un peu mystérieux, c’est aussi une talisco,jérôme amandi,run,interviewméthode pour qu’on s’interroge sur la personne qui est derrière la musique qu’on entend.

Pour moi, c’est juste une direction artistique. Je n’ai pas envie de faire de la pop caricaturale où le personnage est mis en avant. J’existe, certes, mais je veux que ce soit la musique et l’univers musical qui priment.

Avant votre album, vous avez sorti un EP. Avant lui, aviez-vous sorti des disques plus confidentiels ?

Quand je vous dis que j’ai arrêté la musique à l’âge de 19 ans, ce n’est pas vrai. J’ai continué en dilettante. J’ai fait beaucoup d’electro. Je suis un peu bidouilleur, un peu artisanal, et je n’ai jamais cessé de travailler ma musique pour m’amuser. Il y a eu des projets et des collaborations par plaisir. Pour tout vous dire, j’ai repris sérieusement la musique, il n’y a que trois ans.

"Your wish" est la musique de la pub Balzamik.fr

"Your wish" est aussi la musique du teaser du Disquaire Day 2014 qui s'est tenu le samedi 19 avril 2014. Le Disquaire Day vient célébrer les disquaires indépendants de France. C'est plus de 230 boutiques qui ont été, durant une journée, à l'honneur.

C’est fou parce qu’aujourd’hui, c’est quasiment l’explosion pour vous. Merci la pub Balzamik.fr qui a mis en avant « Your wish » ?

Cette pub me permet d’avoir une reconnaissance énorme et subitement. C’est une sorte de conte de fée que je vis en ce moment. Je m’éclate. Après, méfiance, méfiance. L’industrie du disque réserve bien des surprises et rien n’est jamais gagné.

On peut dire qu’il se passe des choses autour de vous… et même à l’international.

J’étais confiant quand j’ai signé dans la maison de disques, parce qu’il n’y avait encore rien de prévu, à part la sortie de l’EP. On était sur une base zéro, alors il n’y avait pas de pression. Avoir une reconnaissance auprès d’un label, pour moi, c’était déjà parfait. Aujourd’hui, il y a beaucoup d’attente auprès du disque qui va sortir dans quelques jours. Ça me fait un peu flipper.  

Vous restez très lucide, dites donc.

J’ai pas mal de potes qui sont dans la musique et qui ont pris des gadins monumentaux. On ne peut pas s’exciter parce qu’on peut tomber de la falaise. Par contre, je profite de la situation. Ce serait con de passer à côté. Il faut jongler entre l’exaltation et la prudence.

Clip de "Your Wish".

talisco,jérôme amandi,run,interviewComment peut-on définir votre musique ?

Il y a un côté song writer parce que j’écris ma musique à la guitare. Sur l’EP, il y a une énergie un peu pop, folk et même électro. Il y a vraiment trois identités. Sur l’album, j’emmène la musique encore ailleurs. Il y a un côté plus rock et très dense. Puisque vous voulez une définition, je dirais que mon album est un peu rock-électro-indé.

C’est ce que vous écoutez comme musique ?

La musique que je joue n’est pas nécessairement celle que j’écoute. Juste, j’aime ce type d’énergie, dense et positif. J’écoute du rock très indé, de l’electro un peu pointu en passant par de la pop très commerciale. À partir du moment où c’est bon et que ça me parle, je prends.

Si votre musique est qualitative, elle est aussi commerciale. Tous vos titres sont des tubes potentiels, je trouve.

L’album a un côté « efficace ». Il est frontal. Ça démarre, ça s’arrête. Introduction, conclusion. Je n’ai surtout pas la prétention de dire que tous mes morceaux sont des singles, c’est aux autres de le dire ou pas. Pour être honnête, cet album je l’ai composé le plus rapidement possible. C’est presque une technique. Je ne voulais surtout pas réfléchir à ce que je faisais. Peut-être que dans mes prochains albums, je conceptualiserai, mais là, je ne le souhaitais pas. Dès que je passais trop de temps sur un morceau… poubelle ! Cet album s’appelle Run. C’est une métaphore. Dans « run », il y a action, il y a courir, il y a l’évasion, il y a l’aventure. J’ai composé ce disque le plus spontanément possible pour faire passer les émotions les plus sincères.

Trois titres accompagnent ce court métrage d'une dizaine de minutes. Sorrow, Follow me et My Home.

Vous avez un sens de la mélodie assez évident.

Un morceau qui me plait passe d’abord par une mélodie. D’accord, il y a l’énergie et la mélodie. Mais les paroles aussi sont importantes. Elles font partie de l’énergie de la chanson. Tout est très cohérent dans cet album. Quand je dis que je l’ai fait dans l’urgence, ce n’est pas dans l’urgence bâclée. Je bosse, je suis quelqu’un de perfectionniste et j’ai besoin d’aller au bout des choses.

Talisco figure aussi dans la BO du film 3 Days To Kill (sorti le 19 mars dernier). On entend sa chanson au début de cette bande annonce.

Vous me parliez tout à l’heure du côté bidouilleur qui vous caractérise. Ça se ressent surtalisco,jérôme amandi,run,interview l’album… comment allez-vous le reproduire sur scène ?

Je ne retranscrirai pas la même chose. J’aime les concerts qui transpirent, où les choses ne sont pas calculées, où rien n’est figé. Je peux même dire que j’aime l’erreur. Mes concerts ont une tendance rock. C’est indéniablement plus rock et brut que l’album.

Si un jour Talisco a la même notoriété que Daft Punk, par exemple, resterez-vous l’homme que vous êtes aujourd’hui ?

Je ne peux pas penser à ce genre de choses. Ça reste de l’ordre du phantasme… moi, déjà, si ce disque me permet de continuer à jouer de la musique tous les jours, ce sera déjà pas mal.

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Le 17 février, après l'interview, au milieu des pianos de chez Paul Beuscher Paris Bastille.

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10 mai 2014

Romain Lateltin (et un peu Théophile Ardy) : interview pour Pas de chichi entre nous

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Dans ma première mandorisation de Romain Lateltin (en juillet 2012 pour Le râleur made in France), j’expliquais pourquoi j’aimais cet artiste. Il avait un côté irrévérencieux, ironique, drôle et classe assez impressionnant. L’artiste vient de sortir un nouvel album, Pas de chichi entre nous, dans lequel il se présente sous un autre jour. Tendre, émouvant, nostalgique et profond. Un album très fort, autant mélodiquement que textuellement, qui rend honneur à la belle chanson française.

Le 14 février dernier, Romain Lateltin est venu à l’agence avec sa team presque au complet, dont l’auteur-compositeur-interprète Théophile Ardy (à qui j’ai aussi posé des questions).

Romain Lateltin.jpgArgumentaire officiel de Pas de chichi entre nous:

À contre-courant d'une époque qui associe exigence avec performance, Romain Lateltin préfère application et sincérité. Il nous propose une parenthèse douce et sucrée, un moment de délectation sans chichi, une pause bien méritée pour qui veut retrouver son âme d'enfant.
Le râleur de l'album précédent laisse désormais place au rêveur apaisé qui retrouve, dans le souvenir d'une jeunesse candide, la joie des bonheurs partagés, de la tendresse et des plaisirs simples.
Pas de chichi entre nous vous rappelle qui vous étiez, vous fait aimer qui vous êtes et vous donne le sourire d'être là, à savourer l'existence comme on dévore des bonbons. Un régal, tout bonnement.

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Interview :

Tu as financé ton troisième album par le biais d’un site participatif. Au début, il me semble que tu étais un peu réfractaire à ce système.

Je n’osais pas. C’est toujours gênant de demander de l’argent aux amis, à la famille, aux collègues, aux connaissances… Mais, il faut bien l’avouer, c’est très pratique et surtout, j’ai eu de belles surprises. Des gens que je ne connaissais pas ou des gens que je connaissais très peu ont participé aussi. Parfois de manière conséquence.

C’est réconfortant, rassurant et motivant, non ?

Cela permet d’être serein financièrement et ce n’est pas un détail. Mais, ça te force aussi à proposer autre chose. J’ai sorti par exemple des clés USB, un coffret collector en format vinyle avec des cartes grand-formats…

Tu as gardé la même équipe que d’habitude.

Je travaille quasiment avec les mêmes personnes depuis le début. Notamment Christian Morfin qui réalise tous mes albums. Il évolue, j’évolue, ma voix évolue. Fred Gayot, avec qui j’écris les textes, a lui aussi beaucoup évolué. Je veux dire par là que nous avons tous avancé et progressé depuis le précédent album Râleur made in France.

Clip de "Pas de chichi entre nous".

97da97c82c0ca0ccd52eb2f99d41b1e4.jpgCe nouvel album est plus poétique, moins premier degré.

Je suis content que tu me dises cela. Il est plus poétique, mais aussi plus nostalgique et plus gourmand, il me semble.

Pourquoi fais-tu à chaque fois des albums conceptuels ?

J’aime bien quand il se passe quelque chose du début à la fin.

Pourquoi y a-t-il des instrus ?

Pour créer l’imagination chez ceux qui écoutent. Ce sont des pauses pour qu’ils réfléchissent sur ce qui a été dit entre deux titres. Pour moi, un album, c’est comme un livre, une série, un film, une nouvelle. Je ne conçois pas un disque sans un fil conducteur, sans un début et une fin qui se tiennent.

Ce virage vers l’enfance, ça vient de quoi ?

Je suis devenu papa. Cet album-là en est la conséquence. À force de regarder son enfant, on se rappelle de sa propre enfance. Je me suis projeté de nouveau dans ma jeunesse, dans les relations que j’ai eues avec mes parents. Beaucoup de souvenirs sont remontés à la surface.

As-tu décidé d’aborder le thème de l’enfance très vite ?

Le premier titre que j’ai trouvé pour cet album est « Principes et bienséance ». J’y raconte que je viens d’une famille plutôt traditionnelle dans laquelle on ne disait pas trop « je t’aime ». Tout est parti de cette chanson. Malgré le fait que tous mes albums soient conceptuels, au départ, rien n’est réfléchi. Je me laisse porter par l’inspiration et finalement, les chansons se relient entre elles. 

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Tu n’es pas un solitaire dans la création.

Musicalement, si. Pour les textes, je ne le suis plus depuis Le râleur made in France. Par contre, pour les arrangements, j’aime bien laisser la place aux autres musiciens, tout en sachant ce que je veux quand même.

Je sais que tu as beaucoup d’attachement envers ton album précédent, Le râleur made in France. Cela dit, je trouve Pas de chichi entre nous beaucoup mieux produit, beaucoup plus professionnel.

Tout le monde me le dit, à commencer par mon entourage musical qui est plutôt franc avec moi. Pour le moment, je n’ai eu aucun retour négatif. Peut-être que ceux qui n’aiment pas ne me le disent pas, mais je suis épargné des mauvaises critiques. Je suis mal placé pour dire que cet album est bon, mais je suis fier de lui. On a passé un an à le faire parce que nous sommes des perfectionnistes et des éternels insatisfaits.

Beaucoup d’artistes, entre deux albums, sortent des EP. Pas toi.

Nous, on voulait sortir un vrai album directement. À l’ancienne. En prenant le temps de faire les choses. La chanson « L’art du travail bien fait » semble marquer les gens qui ont écouté cet album… c’est vraiment la philosophie de ce que nous sommes maintenant et de ce que nous faisons avec le label que nous avons monté. Nous essayons d’être le plus en accord avec nous même.  

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Cet album est une autre facette de toi. Le râleur laisse la place à l’homme tendre.

L’homme tendre était déjà là sur mon tout premier album, A l’intérieur de soi-même. Sur Pas de chichi entre nous, le côté plus tendre, poétique, profond et nostalgique est particulièrement présent, je te l’accorde. En fait, ce nouveau disque, c’est juste l’enfance du râleur. J’ai un côté râleur en vrai, mais j’ai été aussi l’enfant de ce nouvel album.

Une chanson comme « Les dollars » est faussement naïve. En fait, tu dis beaucoup de choses importantes et sociétales dans tes chansons, mine de rien.

Pour faire passer un message, de temps en temps, il faut parvenir à faire croire qu’on est un peu futile ou naïf. Tu as le choix avec mes textes. Soit tu prends tout au premier degré, soit tu grattes un peu et tu vas plus loin. Tous les sujets ont été évoqués dans les chansons. L’enfance, l’amour, la paternité… je n’ai rien inventé. Il faut juste trouver l’angle original pour en parler.

Parle-moi de Théophile Ardy qui est venu avec toi aujourd’hui.

C’est un artiste avec lequel j’ai monté un label, Amstar Prod. On se connait depuis longtemps, on s’est dit qu’on allait se mutualiser, se structurer professionnellement. Du coup, en ce moment, on fait des co-plateaux sur Paris et on envisage de produire d’autres artistes plus tard si le label se porte bien. Pour le moment, nous semons, nous arrosons, mais nous ne savons pas quand ça va pousser. C’est la nature qui fait le reste.

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Théophile, raconte-moi comment tu as décidé de t’allier avec Romain.DSC08813.JPG

On se connait depuis 10 ans. Nous nous sommes croisés dans des concours, des tremplins, des concerts. Bref, nous nous sommes toujours suivis. Nous prenions souvent l’autre en première partie de nos concerts. Un échange de bon procédé, ou plutôt, une forme d’entraide qui nous plaisait beaucoup. Romain et moi, c’est presque un Pacs artistique. Dernièrement, on a voulu aller un peu plus loin en montant ce label, parce que nous avons la sensation de multiplier le fruit de nos efforts par dix. Tout va beaucoup plus vite. On se complète et on complète nos forces. À la base, j’ai plus de sensibilité scénique et Romain m’a beaucoup apporté de sensibilité à la musique enregistrée. Nous nous sommes échangés nos spécificités.

Théophile, comme Romain est mon invité principal aujourd’hui, peux-tu me dire ce que tu penses de lui professionnellement.

Quand il a enregistré ce dernier album, parfois je passais en studio. Je suis tombé amoureux de ce que j’ai entendu. C’était magique. Il y a un titre qui me tire la larme à chaque écoute, à chaque refrain, c’est la chanson dont il a parlé tout à l’heure, « L’art du travail bien fait ». C’est tout ce que je recherche dans une chanson. L’émotion captée, emprisonnée, qui se libère à chaque fois que tu appuies sur "play". En écoutant cet album, je me suis dit que Romain avait franchi un cran au-dessus. C’est un travail d’orfèvre vraiment très rare.

Théophile, avec votre structure, finalement, vous êtes producteurs  l’un de l’autre.

Oui, du coup, il y a beaucoup d’émulations entre nous. Et tout cela est basé sur l’humain. Romain est un garçon tout à fait charmant et, du coup, c’est facile de travailler avec lui.

Quelles sont vos différences, Théophile ?

On est complémentaire. Moi, je suis un peu rentre-dedans et lui, il est hyper diplomate. On n’a pas la même approche du métier, mais nous convergeons.

ulule.jpgEs-tu d’accord Romain ?

Oui, complètement. J’ai du mal à m’engueuler avec les gens. Les caractères des uns et des autres sont différents, il faut parvenir à s’adapter. Moi, j’aime les gens un peu barjots. Ceux qui m’entourent aujourd’hui le sont tous pour diverses raisons et différemment. Si moi, je suis un peu fade, je n’aime pas traîner avec des gens qui sont ainsi. J’aime bien être bousculé.

Je suis impressionné par ta pochette de disque.

C’est en partie grâce à toi, tu le sais. La dernière fois que je suis venu te voir, tu m’as dit que ce qui t’avait rebuté dans mon précédent disque, c’était la pochette… et tu m’avais incité à faire des efforts de ce côté-là. Ton conseil était constructif et je savais que c’était pour mon bien. Je me rends compte que lorsque les gens achètent le disque, ils sont heureux d’avoir ce bel objet. Je ne me rendais pas compte de cela avant. Tout est important. Le fond et la forme.

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Chrystèle Lacombe (voir ci-dessous), Théophile Ardy et Romain Lateltin. pendant l'interview.

Booking pour Romain et Théophile:
DES ROULETTES
Contacter Chrystèle Lascombes
clascombes@wanadoo.fr
T : 01 48 99 17 76 / 06 85 83 87 02

09 mai 2014

Miossec : interview pour l'album Ici-bas, ici même

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Miossec, je suis très amateur. Nous sommes nombreux dans ce cas. C’est ma deuxième mandorisation du monsieur. C’est dans le même hôtel que la maison de disque me donne rendez-vous, le 11 mars dernier. Toujours aussi souriant, disponible et sincère. C’est un vrai plaisir d’interviewer cet artiste-là.

Avant de lire l’entretien, je vous propose ma chronique de son nouvel album, Ici-bas, ici-même, publié dans Le Magazine des Espaces Culturels Leclerc (daté du mois d’avril 2014).

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miossec,ici-bas,ici même,interview,mandorInterview:

L’année prochaine, vous allez fêter vos vingt ans de carrière. Avez-vous vu le temps passer ?

Non, ça passe à une allure extraordinaire, c’est dingue. Malheureusement, plus tu vieillis, plus ça s’accélère. On a tous un temps imparti, c’est la règle du jeu et je l’accepte.

Êtes-vous inquiet du succès ou non d’un album ?

Ça dépend de la situation dans laquelle on est. Si financièrement on dépend de cet album, il en découle votre vie entière. Si le disque se retrouve rejeté et que personne n’en veut, il faut changer de métier. Je connais plein d'artistes qui vivent ce cas de figure et là, c’est terrible. Pour le moment, moi, j’ai la chance de pouvoir concevoir un disque sans penser au succès commercial et aux radios.

Ici-bas, Ici même est une phrase tirée de la chanson Qui nous aime. Pourquoi l’avoir choisie comme titre de l’album ?

Pour souligner que ce disque est quelque chose de profondément athée et qu’il n’y a absolument rien de spirituel dans ces propos. Il n’y a pas à chercher Dieu, ni le paradis, encore moins le pardon.

Vous avez conçu cet album à trois, avec Albin de la Simone et Jean-Baptiste Brunhes. Étiez-vous le chef de la bande ?

On était tous les trois les chefs de la bande, sans distinction. On avait la possibilité d’intervenir dans le domaine de l’autre. Nous nous sommes bien emmêlés. Rien n’était hiérarchisé et chaque parole entre nous avait son importance.

Vous avez travaillé tous les trois dans l’humanité la plus totale.

Je suis à la recherche de ça dans mon métier de musicien. Quand on m’a proposé de travailler avec Albin, je ne voyais pas ce qu’il pouvait m’apporter. Nous n’avions pas les mêmes goûts musicaux, à priori, mais finalement, on s’est rendu compte que si. Le jazz et la musique black des années 70 par exemple nous ont rapprochés. Quelque chose entre nous est passé.

Clip de "On vient à peine de commencer".

Tout le monde s’accorde à dire qu’Ici-bas, ici même rappelle vos premiers albums.miossec,ici-bas,ici même,interview,mandor Êtes-vous d’accord ?

Je ne sais jamais quoi répondre à ce genre d’affirmation. J’avais juste envie de tout composer dans mon coin avec une guitare. Je souhaitais que tout se tienne debout. Je suis moins allé dans la virtuosité des choses. Je pense que la simplicité et l’épure permettent d’aller plus droit au cœur. J’avais mon cadre bien déterminé qui imposait l’interdiction de faire des couches, des arrangements superposés. On était peu nombreux à faire cet album, mais j’ai l’impression que tout le monde a donné tout son cœur et ses tripes. C’était beau à voir. La notion d’effort et de travail est très importante. Quand je vois Albin de la Simone travailler, je suis très impressionné. Et il est l’un des rares artistes à se mettre complètement au service de la personne pour laquelle il collabore.

Cet album a été conçu et réalisé très rapidement.

On a fait des stages de trois fois trois journées et trois nuits. Entre les différentes sessions, chacun a fait un chemin. Nous nous sommes aperçu que lorsque les choses se reposent, c’est idéal. A la base, on a procédé ainsi parce que l’agenda d’Albin était très chargé. Ce qui était au départ une contrainte s’est avéré un avantage. Cet artiste, au sens large du terme, est vraiment bluffant.

La chanson  Répondez par oui ou par non  a été coécrit par Sophie Calle et l’écrivain Grégoire Bouillier. Pourquoi cette collaboration ?

On avait travaillé ensemble sur cette chanson avec Sophie et finalement, j’ai trouvé que ce que j’avais écrit n’était pas bon. Parfois, ça me fait du bien de ne pas me retrouver en position d’auteur. Du coup, on devient uniquement musicien et interprète. C’est agréable.

Est-ce qu’au bout de neuf albums, on ne vient pas à bout de ce qu’on a envie de dire ?

Je ne me pose pas ce genre de question tant que l’inspiration est toujours là. D’ailleurs, j’aimerais bien savoir comment une chanson arrive. C’est un mystère…


Miossec - Nos morts en live dans le Grand... par rtl-fr

« Les touristes » et « Nos morts » parlent du même sujet. La mort…

J’ai 50 ans et je vois autour de mois des cancers partout. J’ai perdu dans l’année deux copains de 51 ans. Je suis marqué par ces disparitions.

Si on vous dit que vous avez du talent, vous dites quoi ?

A mon goût, je n’ai rien de suffisamment solide sur mes neuf disques. Je suis toujours en train de travailler dans le but de me prouver que je fais de la qualité. Mais, je ne parviens jamais à me satisfaire.

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Vous écrivez aussi pour Juliette Gréco, Melody Gardot, Johnny Hallyday ou Nolwenn Leroy, qui sont de formidables interprètes. Vous ne vous interdisez aucune collaboration ?

J’ai aussi travaillé avec Baptiste Trotignon sur son disque de jazz, Song, song, song. On n’est pas là pour s’emmerder. J’adore devoir me confronter à l’écriture quand je dois écrire pour quelqu’un d’autre. C’est une sorte d’obligation d’aller au combat et de devoir se battre avec mes propres armes : des registres de vocabulaire différents. Quand on écrit pour Gréco ou pour Hallyday, on n’utilise pas les mêmes dictionnaires. Il ne faut pas être raide et ne pas avoir un ego trop fort.

Vous habitez dans le Finistère, ça vous aide à ne pas donner trop d’importance à ce métier ?

En tout cas, je ne sais pas si c’est normal de rester chez soi à regarder l’océan (rires). C’était mon fantasme quand j’étais adolescent. Le fait que via la musique, j’arrive à être là sur cette falaise est ma plus grande réussite. Si je ne fais pas de bon boulot avec tout ça, c’est que, vraiment, je suis le roi des cons.

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Après l'interview, le 11 mars 2014.

04 mai 2014

Bilan du Salon du Livre de Provins 2014!

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salon du livre provins 2014,bilan,interview,mandorLes 5 et 6 avril dernier, j'ai animé pour la 5e fois consécutive, le Salon du livre de Provins. Ici la première (avec l'invitée d'honneur Simone Veil), là, la deuxième (avec l'invité d’honneur Michel Drucker), enfin la troisième (avec les invités d'honneur Albert Jacquard et Pierre Bellemare), la quatrième (avec les invités d’honneur, Patrick Poivre d’Arvor et Stéphane Bourgouin).

Une centaine d'auteurs interviewée en deux jours...

Je le répète chaque année:

"Le contact avec des auteurs rencontrés sur l’instant et dont il faut tenter de tirer des informations essentielles, quasiment à la chaîne, rentrer dans des univers différents en faisant semblant de connaître l’œuvre des personnes interrogées, en les mettant en avant, en tentant de comprendre leur fonctionnement, c’est un loisir auquel je m’adonne avec un plaisir fou. Même si, je le sais parfaitement superficiel (je n’abhorre rien de plus que d’interroger un écrivain sans avoir lu son livre). Mais ce que j’apprécie, dans ce cas de figure, c’est la performance. L’exercice de style. Le combat. Ce n’est pas désagréable, juste exténuant à l'issue du deuxième jour."

Je remercie ici Jean-Pierre Mangin qui a shooté à tout va pendant ce week-end et m’a suivi dans quasiment toutes mes pérégrinations « interviewgatives ».

Pour les photos, merci aussi à Luc Doyelle. J’ai également puisé allègrement dans celles de Paskal Carlier et Sébastien Mousse m’en a fait parvenir quelques-unes (de Cabu). Qu’ils en soient remerciés.

Évidemment, je tiens aussi à exprimer toute ma gratitude à David Sottiez, son père Jean-Patrick et l'ensemble de l'association Encres Vives qui me font confiance depuis cinq ans. Je suis très sensible à cette fidélité sans failles.

1er jour (5 avril 2014):

Il y avait foule (comme cette photo n'en témoigne pas encore tout à fait).

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Michel Field était là pour signer son nouveau livre Le soldeur et pour présenter tout au long de l'après-midi quatre "Cartes Blanches".

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J'ai beaucoup d'admiration pour ce journaliste/animateur. Je trouve que c'est l'un des meilleurs intervieweurs en France. Et il est extrêmement sympathique, curieux, révélateur de jeunes talents. (Personnellement, j'adore interviewer un intervieweur. Personne n'est dupe du travail accompli, mais chacun joue le jeu.)

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Allez! Une petite selfie au passage.

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L'une des quatre Cartes Blanches de Michel Field a été consacrée à Sophie Adriansen pour Grace Kelly : d’Hollywood à Monaco, le roman d’une légende (Premium).

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Nicolas Clément et Mathieu Simonet (auteur pour lequel j'ai beaucoup d'admiration. J'y reviendrai ici. Je songe à faire une longue mandorisation de et avec lui.)

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Jean-Louis Vallois et Édouard Louis.

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Édouard Louis et Murielle Magellan.

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Selfie avec Édouard Louis, l'auteur (un chouia controversé) du très remarquable En finir avec Eddy Bellegueule.

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Cabu et Raymond Poulidor. Parfois, on assiste à des rencontres improbables... ce qui fait le sel de ce genre de manifestation.

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C'est la première fois que je rencontrais Cabu, dessinateur de bande dessinée et caricaturiste français de légende. Un honneur pour moi d'interviewer cet artiste-là, fervent lecteur d'Hara Kiri et de Charlie Hebdo que je suis. 

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Raymond Poulidor est dans la place!

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Je n'aurais jamais pensé interviewer Poupou un jour... Dans ce métier, tout n'est pas extrêmement logique, mais c'est justement ce que j'apprécie.

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La souriante et charismatique Maureen Dor.

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Virginie Piatti, auteure et illustratrice jeunesse. 

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Deux auteures de polar : Christelle Mercier et Sandra Martineau.

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Comme chaque année, le maire de Provins, Christian Jacob, vient visiter le salon du livre de sa ville. Et je lui tend toujours mon micro (et rassurez-vous, mes questions n'ont rien de politique). Ce que j'apprécie de sa part, c'est qu'à chaque fois, il achète lui-même quatre ou cinq livres (qu'il paie).

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David Boidin, l'un des trois EXquisMen a réussi à faire acheter Les aventures du concierge masqué (ouvrage aux soixante auteurs, dont bibi) à monsieur le maire. Je vous jure que c'est vrai!

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Et l'un des auteurs de ce livre collectif, Luc Doyelle, signe le livre à Christian Jacob. Quand un Provinois écrit à un Provinois...

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Jacques Saussey (récemment mandorisé), quand il est dans un salon, ne cesse de signer et de converser avec des lecteurs. Je ne sais pas comment il fait.

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Cela dit, comment résister à ce sourire?

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Johann Étienne.

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Parfois, je m'amuse en interviewant. Ici, je prends en photo le responsable de l'espace polar (et grand manitou du site Livresque du noir), Fabien Hérisson, quand il me répond...

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...ce qui donne ce sublime cliché. (Fabien : de rien.)

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Le journaliste, producteur, réalisateur Serge Moati.

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Les deux efficaces responsables de l'espace bandes dessinées.

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Pour terminer cette première journée, un pot a été organisé. Ici, je suis avec David Sottiez, membre éminent de l'association Encres Vives (et l'un des principaux organisateurs de ce salon) et mon amie et auteure Sophie Adriansen. A la vôtre!

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La même Sophie et Sandrine Roudeix.

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Moi je l'aime bien ce Raymond...

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Photo de cinq exquis auteurs ayant participé aux Aventures du concierge masqué (que l'on retrouvera plus bas). De gauche à droite: Luc Doyelle, David Boidin (l'eXquisMen en chef), Stéphanie Hérisson Delattre (par ailleurs une des deux libraires du salon) et Sophie Adriansen.

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2e jour (6 avril 2014):

Bernadette Desprès, illustratrice et dessinatrice de Tomtom et Nana.

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Francis Huster, de passage (éclair) au salon, mais très disponible.

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A la droite de Francis Huster, son frère Jean-Pierre, auteur lui aussi et scénariste.

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Stéphanie Hérisson Delattre, l'une des deux libraires du salon et la responsable de la (fameuse) librairie Egrevilloise.

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 La très talentueuse Caroline Guillot. J'ai beaucoup apprécié sa série Trash Cancan.

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Gilbert Sinoué, auteur de nombreux romans à succès tels que Erevan, Le Souffle du jasmin, Le Cri des pierres. Il a obtenu le Prix des libraires 1996 pour Le Livre de Saphir. Il est venu présenter et signer son nouveau roman, La nuit de Maritzburg. Et comme je suis fan de chanson/variété françaises, sachez que ce grand monsieur a écrit des chansons comme "Cette année-là" et "La solitude c'est après" pour Claude François, "Elle danse Marie" pour François Valéry... et plein d'autres chansons pour notamment Sheila, Dalida, Shake, Georges Chakiris (la liste est longue).

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David Boidin, venu présenter l'ensemble de son œuvre eXquise. Ça ne rigole plus quand on travaille...

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Christel Besnard.

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Qui est cet énergumène? Un extra-terrestre? Un chanteur? Un compositeur? Un auteur de chansons? Un auteur de romans? Peut-être bien tout ça à la fois...

(Un indice s'est glissé dans mes mains.)

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Jérôme Attal. Bravo! Vous avez gagné! J'aime beaucoup ce garçon, il est l'un des auteurs les plus mandorisés.

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Par contre, Jérôme Attal est parfois (souvent) facétieux. Sa blague préférée quand nous nous retrouvons dans un même salon, c'est de me piquer mon micro et d'annoncer à tout le monde que c'est mon anniversaire. Ce qui n'est jamais vrai. Et généralement, la salle se lève, se marre et applaudit. Et ça me poursuit tout le reste du salon. Merci Jérôme!

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Les organisateurs, réagissant au quart de tour, m'emmènent un gâteau pour fêter l'évènement. Je joue le jeu.

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Et je mange le gâteau (sans me faire prier, ni partager, évidemment).

Photo ci-dessus, signé du blagueur Jérôme Attal.

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A 15h00, cinq des soixante auteurs qui ont participé au livre collectif Les aventures du concierge masqué se sont réunis sur la scène principale du salon pour parler de ce beau projet.

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Pour débattre de ce livre à la belle histoire, Sophie Adriansen, Stéphanie Hérisson Delattre, David Boidin et Luc Doyelle.

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Oui, oui, coucou David!

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Maître Boidin parle...

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Hélène Becquet.

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Me voyant passer à côté de lui, mon nouvel ami Raymond Poulidor m'interpelle. Il a presque tout vendu. Il me demande si je veux bien l'aider à trouver acquéreur du dernier livre restant. Je m'installe donc à côté de lui et tente d'attirer le chaland.

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Et ça l'amuse.

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Allez, un dernier mot Raymond! (Et le livre a trouvé preneur.)

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Jacques Saussey et madame.

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J'aime beaucoup interviewer cet homme-là. Jacques Saussey est un grand auteur de polar, formidablement humain.

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On est des oufs!!!

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Le mot de la fin, comme chaque année, avec Jean-Patrick Sottiez, de l'association Encres Vives (et maire de Soisy-Bouy).

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Avant de quitter le salon, nous nous sommes amusés à faire une selfie avec sept auteurs de l'espace polar...
De gauche à droite: Fabien Hérisson, Sébastien Mousse, Johann Etienne, bibi, Jacques Saussey, Bernard Boudeau, Luc Doyelle et David Boidin.
 

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02 mai 2014

Carole Zalberg : interview pour Feu pour feu

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(Photo : Mélania Avanzato)

Carole Zalberg devient une auteure reconnue (enfin) à sa juste valeur. De livre en livre, son œuvre parfaitement cohérente devient de plus en plus forte et sensible avec toujours l’exil et la famille en toile de fond. Son nouveau, court et intense roman, Feu pour feu, vient de sortir. L’occasion d’une nouvelle et belle rencontre (ses autres mandorisations, là), le 26 février dernier à l’agence.

carole zalberg,feu pour feu,interview,mandor4e de couverture :

Le récit d’exil d'un père et sa fille, dont les deux voix, mues par une énergie d'entrailles et tissées sur le fil du rasoir, disent l’abîme qui les sépare : la rage urbaine de la jeune Adama face au mutisme résigné de son père, qui voit comme une malédiction la mort arriver par la main de sa fille inculpée pour un incendie dans la cité.

Explications de l’auteure :

"Au départ, il y a ce fait divers qui m’a frappée pour l’écart entre ce que je suppose aussitôt de dérisoire dans le geste et ses conséquences tragiques. Il y a plus de dix ans, des adolescentes avaient incendié les boîtes aux lettres d’un immeuble et le feu s’était propagé aux étages, faisant de nombreuses victimes. Puis il y a l’image au journal télévisé d’un bébé porté au-dessus des flots lors du sauvetage de clandestins à Lampedusa. Cette image me chavire parce que c’est une vie sauvée, mais une vie qui démarre, et je me demande ce qui suivra. Je me dis que ça n’est pas gagné et de là naît le livre : j’imagine que quinze ans plus tard, cette enfant est l’une des incendiaires et qu’entretemps, le silence a œuvré.

Je choisis de faire parler le père, de le faire parler à sa fille alors qu’elle passe une premièrecarole zalberg,feu pour feu,interview,mandor nuit en prison. Par sa voix s’impose assez vite le rapprochement entre les deux feux, le dernier réveillant le premier. Le geste d’Adama est un petit geste. Elle est peut-être une guerrière, une combative au moins, certainement pas une meurtrière. Mais le père n’en sait rien, ne sait que ce qu’il voit : la mort par la main de sa fille ou sa complicité. Je veux le suivre dans ce cheminement.

Je cherche l’essentiel. Mon essentiel. Le point où ce parcours me parle, me remue, me concerne et me permet d’écrire.

Ces trajectoires, bien sûr, on les connaît. D’autant que je me suis imprégnée de témoignages pour ensuite reconstituer une sorte de parcours emblématique. La singularité, je crois, tient au rapport du père et de sa fille, un rapport de peau, tout le temps que dure la fuite. Et aussi au tissage des langues, celle du père, précise, tellement maîtrisée qu’elle n’est que reconstitution du vivant, celle de la fille urgente et explosive, cravachant les mots, fertile, elle."

L’auteure :

Née en 1965, Carole Zalberg vit à Paris. Romancière, elle est notamment l’auteur de Mort et vie de Lili Riviera (2005) et Chez eux (2004), publiés aux éditions Phébus, et de La Mère horizontale (2008) et Et qu’on m’emporte (2009), parus chez Albin Michel. Elle a obtenu le Grand Prix SGDL du Livre Jeunesse pour Le Jour où Lania est partie (Nathan Poche, 2008). Animatrice d’ateliers d’écriture en milieu scolaire et de rencontres littéraires, Carole Zalberg travaille également à des projets en lien avec le cinéma ou le théâtre : À défaut d’Amérique (Actes Sud, 2012) est actuellement en cours d’adaptation pour le cinéma.

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carole zalberg,feu pour feu,interview,mandorInterview :

Après ton précédent roman, À défaut d’Amérique, les choses ont changé pour toi.

C’est un ensemble de choses. Mon arrivée chez Actes Sud m’a fait me sentir un peu plus à ma place. Pour cette maison, quand tu accueilles un nouvel auteur, tu mets pas mal d’énergie à le défendre. Actes Sud est vraiment un endroit pour moi. Il y a un ensemble d’éléments qui fait que ça se passe super bien et de mieux en mieux. Je pense que se sentir à la bonne place est primordial. Depuis que je suis chez Actes Sud, je touche plus de lecteurs ou de journalistes susceptibles de s’intéresser à mon travail. Donc ça fait vraiment avancer les choses.

Feu pour feu, lui aussi, est très bien accueilli par les critiques. Ce court roman semble bénéficier d’articles et de réactions tout aussi élogieux.

J’avais peur que ce texte soit réduit à des dimensions qui n’ont rien à voir avec de la littérature comme « à partir d’un fait divers », « un livre sur les jeunes en banlieue »… je suis ravie parce que l’accent a été mis sur la langue de l’écriture.

Tu devrais dire les langues de l’écriture. Il y en a deux : celle du papa et celle de la jeune fille. Celle du père est presque châtiée.

Je n’ai pas voulu imiter une façon de parler ni chez l’un, ni chez l’autre. J’ai préféré surprendre en ayant une langue qu’on n’attendait pas de ce type de personnages. Pour le père, en tout cas, ça se justifie tout à fait parce que je connais beaucoup d’hommes de certaines régions d’Afrique qui parlent ainsi, de façon digne et très posée. Ils ont souvent un rapport à la langue très respectueux.

La langue de sa fille est moins formelle et plus « bouillonnante ». carole zalberg,feu pour feu,interview,mandor

Je voulais absolument ce contraste. Deux extrêmes.

Utilise-t-elle la langue des cités ?

Non, pas vraiment, parce que sinon, elle daterait rapidement. C’est une langue fascinante qui est en mouvement perpétuel, qui s’invente, se réinvente, qui s’approprie toutes sortes d’expressions. Je me suis inspirée de la façon dont la langue des jeunes gens des cités et d’ailleurs évolue. Les choses qui se perdent dans la syntaxe, cette façon de mélanger le vieil argot avec des mots très classiques de la langue française sans qu’ils s’en aperçoivent… Ils recyclent, récupèrent et remixent tout ça à leur sauce. Ça change tout le temps.

Adama, cette jeune fille de 15 ans qui fait des bêtises, est tout de même attachante. Je schématise et raccourcis, mais quand elle comprend qu’il y a des injustices dans le monde, elle pète un câble.

Elle se construit en guerrière. Il y a quelque chose qui se protège et se durcit chez elle. Elle fait le lien avec quelque chose de son passé qu’elle ne connait pas. Pour vivre en ayant l’impression d’être solide, elle se radicalise. Ce n’est pas intellectualisé, c’est vraiment une réaction, mais elle ne veut plus être touchée par la souffrance, par le mal, par ce que le monde peut être.

carole zalberg,feu pour feu,interview,mandorLe père est un homme d’une dignité comme j’en ai vu rarement dans un roman.

Je n’ai pas réfléchi au fait de mettre en scène un héros. Mais, c’est effectivement un héros d’une épopée en concentré. Il n’a survécu aux terribles évènements que je raconte dans mon livre que pour sa fille. S’il est obligé d’admettre qu’elle a brûlé l’immeuble volontairement et qu’elle est passée du côté du mal, il cessera de vivre tout simplement, car il n’y aura plus rien qui le fera avancer.

L’exil est un thème qui te tient à cœur. Là encore, dans Feu pour Feu, tu l’évoques à travers deux faits divers.

Il y a une dizaine d’années, j’ai été marquée par l’incendie d’un immeuble dû à un feu de boites aux lettres, mais sans me dire que j’allais écrire un jour autour de ça. Beaucoup plus récemment, toutes les images que l’on a vues des naufragés de Lampeduza, m’ont beaucoup bouleversée. Ça a fait écho à des choses qui m’ont toujours beaucoup travaillée.

Tu racontes l’exil par le mouvement et par le corps.

Ce qui m’intéressait de raconter c’était comment physiquement ça se passait à ce moment-là. Que se passe-t-il quand un père qui n’est pas programmé physiquement pour s’occuper de son tout petit doit se transformer quasiment en mère ? Qu’est-ce que cela fait au corps, qu’est-ce que ça change dans la relation père/fille ?

Passons à un deuxième livre de toi qui est sorti en même temps que Feu pour feu. Mort etcarole zalberg,feu pour feu,interview,mandor vie de Lili Riviera. C’est la version poche chez Babel/Actes Sud, d’un roman sorti en 2005.

Ce livre raconte la vie de Lili Riviera, ex-star du porno aux excessives courbes sculptées par la chirurgie. Sa mort est l’occasion de dresser le portrait d'une petite fille cachée derrière les attributs monstrueux d'une créature à fantasmes. Ce récit parle avant tout d'un éperdu besoin d'amour jamais comblé. Ce roman est sorti dans sa première publication chez Phoebus. Il n’avait quasiment pas eu de vie parce qu’il est sorti à un moment où il y avait eu de gros soucis dans cette maison. Je suis contente de le revoir surgir, car c’est un livre auquel je tiens.

Actes Sud rapatrie peu à peu l’ensemble de tes textes. J’imagine que tu es ravie.

Plus que ça. C’est agréable de savoir que son œuvre est rassemblée dans et par une maison dans laquelle on se sent chez soi.

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Après l'interview, le 26 février 2014.

28 avril 2014

Gaëlle Perrin-Guillet : interview pour la sortie de Haut-le-choeur

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Gaëlle Perrin Guillet est une auteure de polars. Depuis 3 ans, nous nous rencontrons sur des salons du livre que j’anime. Et quand je commence à connaître quelqu’un, j’aime bien savoir ce qu’il écrit. Comme son premier livre à compte d’auteur est publié dans la maison d’édition d’un ami, Marc Louboutin (et Estelle Taburiaux), ma curiosité s’en est trouvée renforcée. J’ai lu Haut-le-chœur… et j’ai été réellement scotché par ce roman noir (et rouge sang).

Le 12 février dernier, la jeune femme (qui habite dans la région de Lyon) est venue me rendre visite à l’agence pour une conversation sur son œuvre et sur sa vie d’auteure.

gaëlle perrin-guillet,haut-le-choeur,interview,rouge sang éditions,mandor4e de couverture :

Alix Flament, journaliste à Chambéry, travaille sans conviction sur un article relatant les mésaventures sexuelles d’un candidat à l’élection présidentielle française.

Six ans plus tôt, elle était une spécialiste reconnue des affaires criminelles. Jusqu’à ce qu’elle publie un livre d’entretiens avec la pire tueuse en série que le pays ait connu depuis le 19e siècle, ouvrage dont elle ne se remettra pas et qui marquera la fin de sa carrière dans le domaine des faits divers.

L’évasion sanglante d’Éloane Frezet redonne vie aux cauchemars qui la hantent depuis ses dialogues hallucinés avec la meurtrière. Mais seule Alix la connaît suffisamment pour tenter d’aider la police à la traquer.

C’est sans compter que la meurtrière, loin de se terrer, espère bien tenir sa promesse de terminer l’œuvre mortelle qu’elle a dû interrompre lorsqu’elle se trouvait derrière les barreaux…

Mini biographie :

Née en 1975, Gaëlle Perrin-Guillet est secrétaire de mairie le jour et auteure de thriller la nuit. Depuis toujours amatrice de romans noirs, elle s’essaie à l’écriture en 2000 avec un premier roman intitulé Meurtres en négatif que publie les Editions Bellier. Après deux romans auto-publiés (Le Sourire du diable  en 2010 et Au fil des morts en 2011), elle participe à deux recueils des Auteurs du noir face à la différence (en 2012 aux éditions JIGAL puis en 2013 à L’atelier Mosesu). Haut-le-Chœur est son premier roman publié aux Éditions Rouge Sang.

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gaëlle perrin-guillet,haut-le-choeur,interview,rouge sang éditions,mandorInterview :

Tes deux premiers livres étaient auto-édités. Ce n’est pas toujours bien vu des personnes éditées à compte d’auteur. As-tu un peu souffert de cela, dans les salons du livre par exemple?

Les lecteurs aussi, parfois, me demandaient avec une certaine condescendance dans quelle maison mes livres étaient publiés. C’est une étiquette pénible à porter et qui, en même temps, était super intéressante.

Pourquoi intéressante ?

Parce que ça a été très formateur. C’est le moyen de se confronter aux lecteurs, sinon, le manuscrit reste dans un tiroir. Quand tu es réellement confronté aux lecteurs, tu bénéficies de critiques constructives. Tu as aussi des auteurs qui sont très intelligents et qui viennent te voir pour t’aider. Même des auteurs assez réputés. S’éditer seule pour se faire connaître a été un pari gagné. C’est une expérience à double tranchant que je ne regrette absolument pas.

J’avoue que moi-même j’ai des aprioris sur les auteurs auto-édités, parfois, j’essaie de passer outre, mais c’est compliqué.

Je comprends. Il y a tout et n’importe quoi dans l’auto-édition. Le plus cancre du monde qui va écrire le texte le plus pourri du monde peut sortir son livre, alors, c’est sûr, on ne trouve pas que des chefs d’œuvre. L’auto-édition, finalement, c’est un grand fourre-tout dans lequel, de temps en temps, on peut trouver de belles choses.

Même auto-éditée, j’ai l’impression que tu as très vite fait partie de la « famille » du polar.

J’ai eu de la chance. Mon tout premier salon, je l’ai fait à Saint-Chef, dans l’Isère. J’étais en compagnie de Maxime Gillio, Alexi Aubenque, Marin Ledun, Ayerdhal, Gilles Caillot et Aurélien Molas, notamment. Des grands du polar qui m’ont acceptée tout de suite. Vraiment, j’ai l’impression que ce monde est une grande famille.

Depuis le temps que je fais ce métier, je n’ai pas toujours entendu ça. gaëlle perrin-guillet,haut-le-choeur,interview,rouge sang éditions,mandor

Je parle de mon point de vue, je ne peux pas parler pour les autres. Dès la sortie il y a trois ans de mon premier roman en auto-édition, j’ai été acceptée, alors je ne peux pas penser autrement.

En trois ans, tu as sorti douze textes. Tu es prolifique.

Oui, mais ce sont pas mal de nouvelles de nouvelles dans des recueils. En trois ans, il est vrai que j’ai fait un chemin que je n’aurais jamais cru possible. Très étonnamment, je n’ai pas beaucoup galéré.

Comment une jeune femme qui travaille dans une mairie, en Province, qui ne connait personne dans le milieu de l’édition, se met à écrire et tout faire pour y trouver sa place ?

C’est parti d’un roman qui a été publié en 2000 aux éditions Bellier, une micro maison d’édition de Lyon. Ce livre, Meurtres en négatif, n’était pas bon du tout, mais il a été publié. J’ai écrit ça à vingt ans. Après, j’ai décidé de ne plus être publiée dans ces conditions, c’est très prétentieux de ma part, je sais. J’ai souhaité être publiée dans une grosse maison. J’ai essuyé pas mal de refus. Le manuscrit est resté dans le tiroir un long moment. C’est mon mari, un jour, qui m’a suggéré de l’auto-éditer. Au final, ça nous a permis de rembourser l’investissement de base et de décider d’en auto-éditer un second.

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Tu n’écris que des romans policiers. Tu lis ce genre depuis toujours ?

Je lis de tout, mais j’ai une préférence pour ce style-là. J’ai commencé à 14 ans avec les livres de Stephen King, comme beaucoup, et aussi ceux de Mary Higgins Clark. Je fais partie d’une génération qui a été et continue à être bercée par les séries américaines. J’ai l’impression qu’on baigne dans un milieu policier constamment.

Suis-tu les codes traditionnels du polar dans tes livres ?

Oui, sur les deux premiers, j’ai suivi les codes des romans policiers américains. D’ailleurs, ils mettaient en scène des personnages américains et l’action se situait aux États-Unis. Ça me paraissait plus facile de commencer ainsi. La mentalité des personnages de ce pays-là est complètement différente de celle d’ici. On peut leur faire faire plus de choses sans que ça ne choque personne. Dans les salons du livre, j’ai rencontré des auteurs français qui, eux, ont des codes complètement différents. Je me suis donc intéressé à leur travail. J’ai eu la confirmation que les lecteurs français voulaient des personnages français auxquels ils pouvaient s’identifier facilement. Je le savais depuis le début, mais je n’avais pas le recul nécessaire, ni la technique… et certainement pas le talent non plus. Il a fallu attendre deux bouquins pour que je me trouve au niveau du style.

Être chez Rouge Sang, une jeune maison, certes, mais belle et prometteuse, as-tu l’impression de changer de statut et que l’on te regarde autrement ?

Oui. C’est peut-être idiot, mais la reconnaissance d’un éditeur est super importante pour quelqu’un qui écrit. Avant, j’avais un problème de légitimité. Aujourd’hui, je peux enfin m’affirmer comme auteure. J’ai l’impression d’être montée d’un étage.

Teaser Haut-le-Cœur.

Tu mets en scène une serial killeuse. Des femmes tueuses en série, c’est rare. Or la tienne est particulièrement gratinée. 

C’est vrai, mais je lui trouve un côté humain. Dans la littérature policière, c’est souvent des hommes qui tuent, j’ai voulu montrer que les femmes sont aussi capables du pire.

Tu décris des scènes de crime très précises.

Je travaille beaucoup avec les livres de Stéphane Bourgoin, le spécialiste des serial-killers.

Dans les polars, généralement, on sait à la fin qui a tué. Dans Haut-le-chœur, on sait tout de suite qui est la méchante.

Oui, on sait qui, mais on ne sait pas pourquoi elle tue comme ça, avec acharnement. Toute l’intrigue réside là-dessus.

Pourquoi as-tu choisi Jean-Luc Bizien pour écrire la préface ?

Ca me tenait à cœur que ce soit lui. Je ne cherche pas le gros vendeur, ni la tête d’affiche, ni le bandeau, je cherche vraiment la relation. Jean-Luc est très important dans ma vie. Il a toujours été là pour moi. Je l’estime énormément en tant qu’homme et en tant qu’auteur. Le fait d’avoir deux trois mots de lui, en plus très originaux et touchants, était symboliquement essentiel.

Il écrit: « Voilà une fille qui vient grandir les rangs des auteurs de thrillers, une fille qui dans un grand éclat de rire va bousculer les règles de ce petit milieu. » Mazette !

Je ne peux pas commenter ça. Mais, ça me touche.

gaëlle perrin-guillet,haut-le-choeur,interview,rouge sang éditions,mandorQuand tu écris, as-tu la fin dès le départ ?

Je pensais savoir la fin, mais pas du tout. Elle a été différente de celle que j’ai imaginée au départ. Frédéric Dard disait souvent qu’il courait après ces personnages. Il a raison. Tu cours derrière eux, sans savoir trop où ils vont t’emmener. Alix, la journaliste, avait un certain caractère. Il a pris de l’ampleur sans que je n’y puisse rien. Et l’épilogue de mon livre n’existait pas au départ. Je l’ai ajouté, car il était nécessaire pour que le roman prenne tout son sens.

As-tu mis un peu de toi dans Alix ?

Bien sûr. Pas seulement dans Alix. Dans quasiment tous les personnages. Même chez les hommes… et aussi dans la serial killeuse, Éloane Frezet. À part ça, je ne suis pas du tout schizophrène.

Tu commences à me faire peur Gaëlle !

Oui, je sais. (Rires).

Dans quel état es-tu quand tu écris ?

Je suis coupée du monde et très concentrée. Je travaille dans la cuisine le soir et je n’entends plus rien. Selon la fatigue et l’inspiration, j’écris quatre à cinq heures. Gilles Legardinier m’avait conseillé de m’astreindre à écrire tous les jours, au moins un petit peu. Si on laisse du temps, ça se sent dans le récit au niveau du rythme et de l’écriture.

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A l'issue de l'interview, un autre écrivain de polar est venu nous rejoindre pour saluer Gaëlle Perrin-Guillet, l'excellent Dominique Maisons (mandorisé là).

Es-tu déjà sur le prochain roman ?

J’en ai deux en cours. J’en écris toujours un quand je finis le précédent. Quand je manque d’inspiration, ça me permet de basculer d’une histoire à l’autre sans me perdre.

Passes-tu facilement de l’un à l’autre ?

Oui, en tant que schizophrène, ce n’est pas trop compliqué.

Je sais que tu as écrit un « Embaumeur », la série de Sébastien Mousse.

Je me suis régalé, notamment dans les dialogues. C’est passionnant de partir d’un personnage déjà créé, avec sa propre personnalité, et d’en faire ce que tu veux, tout en respectant la bible imposée. Je n’aurais pas eu cette commande, je n’aurais jamais écrit ce genre de livre spontanément. C’était très intéressant à faire, en tout cas, et ça permet de s’améliorer dans l’écriture. C’est un exercice de style.

Tu as l’habitude des exercices de style. Tu as également écrit des histoires érotiques gaëlle perrin-guillet,haut-le-choeur,interview,rouge sang éditions,mandorpour La Musardine.

L’écriture, je la prends vraiment comme un plaisir. Tous les styles d’écriture sont sympas. Je trouve réducteur de se cantonner à un seul genre.

Sens-tu ton écriture évoluer de livre en livre ?

Bien sûr. Elle n’a plus rien à voir avec ce qu’elle était il y a trois ans. J’ai eu le droit à des critiques hyper constructives qui m’ont permis d’atténuer les défauts que j’avais.

As-tu le trac quand sort un nouveau livre ?

Je suis tétanisée. Surtout pour Haut-le-chœur. C’est mon premier roman édité dans une maison, j’aimerais ne pas décevoir mes éditeurs, Estelle Taburiaux et Marc Louboutin. De toute manière, dès que je sais que quelqu’un a mon livre entre les mains, je suis toujours flippée.

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Sais-tu pourquoi tu écris ?

Parce que j’adore ça. C’est un super moyen de véhiculer des idées, de faire travailler l’imaginaire des gens et même de les bousculer un peu. L’écriture est un échange. On n’écrit pas pour soi, on écrit pour être lu.

Écris-tu aussi pour fuir la réalité du quotidien ?

Ça me permet surtout d’exorciser certaines choses. Mais, effectivement, quand j’écris, je suis coupée du monde, c’est donc peut-être un moyen inconscient de me libérer de plein de choses.

Tu es secrétaire de mairie. Est-ce que les gens que tu croises dans le cadre de ce travail savent ce que tu fais ?

De plus en plus. Je suis dans un village de 4000 habitants, alors quand mon bouquin est en tête de gondole de la librairie, ça se remarque. Du coup, on m’attend un peu en tournant sur mes deux métiers. Je n’ai plus le droit à l’erreur ni d’un côté, ni de l’autre.

Es-tu confiante en ton avenir littéraire ?

Je ne le serai jamais. J’ai toujours un énorme doute sur tous mes textes. Mais il vaut mieux ça que le contraire. J’essaie de progresser à chaque roman.

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26 avril 2014

Pierrot panse : interview pour La chamade

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(Photo : Lucie Sassiat)

Pierrot panse est le pseudo ou le projet (je ne sais pas trop) d’un jeune auteur-compositeur-interprète, Guillaume Ougier, très talentueux, à la fois sensible et mordant. Après Façon de panser, son premier album, je le mandorise une seconde fois (la première ici) pour son lumineux, profond et humain La chamade. Il est revenu à l’agence le 7 février dernier pour m’en dire un peu plus sur l’évolution de sa jeune carrière.

Biographie officielle (la plus courte de l’histoire des biographies officielles, soit dit enpierrot panse,la chamade,interview,mandor passant) :

Des bouts de vie qui s’empilent, qui se cassent la gueule, on ramasse tout et on recommence. Ça rit, ça pleure, ça rêve, ça grince des dents… c’est bizarrement foutu un être humain !

Parcours :

2008, il autoproduit un EP 5 titres « Parle à mon cul… ma tête est en balade »

2011 voit naître son premier album « Façon de panser »

2013, son second album « La Chamade » voit le jour. L’aide à l’autoproduction de la Sacem lui est attribuée.

Ce qu’en pensent mes confrères (éclairés) :

« Pierrot est comme un peintre en sentiments maîtrisant son art avec subtilité » – Stéphanie Berrebi (FrancoFans)

« Une réalisation soignée, une orchestration fine et ample » – Soul Kitchen

« La chamade lèche ses mélodies et ses harmonies vocales » – Thierry Cadet (Horscene)

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pierrot panse,la chamade,interview,mandorInterview :

Je trouve que cet album est mieux produit que le premier et que ta musique a sacrément évolué.

J’ai beaucoup plus travaillé avant d’entrer en studio et j’ai grandi entre les deux disques. Il s’est passé trois ans. A l’époque où j’ai écrit le premier, j’étais beaucoup dans la chanson. Depuis, j’ai beaucoup écouté des groupes comme Radiohead et j’ai cherché à découvrir des musiques plus fouillées.

Entre écouter les choses et pouvoir les réaliser soi-même, il y a une grosse marge.

L’ingé son avec lequel j’ai bossé, qui est le même que sur mon premier album, s’est lui aussi beaucoup plus retrouvé dans ce style de musique, plus rock finalement. J’ai la sensation qu’il s’est un peu plus fait plaisir parce qu’il s’est plus reconnu dans le projet.

J’adore le premier titre, « Fatigue palpable ».  Musicalement, je me suis vraiment dit qu’il fallait que tu ailles dans ce sens-là.

C’est justement ce que je compte faire. J’aurais aimé développer plus ce genre de musique sur ce deuxième album, mais il faut que ça murisse encore un peu en moi. Utiliser des machines pour faire du rythme, c’est quelque chose qui commence vraiment à me tenter.

Clip de "Bien longtemps" réalisé, filmé et monté par Rémi Pinaud.

Considères-tu que La chamade est un album de transition ?pierrot panse,la chamade,interview,mandor

Complètement. C’est une transition en douceur entre la chanson à texte de mon premier album et ce que j’ai envie de faire pour le prochain. Je ne peux pas changer radicalement de style. Ceux qui me suivent ne comprendraient pas un changement soudain.

La chanson « Ca commence quand ? » va dans la même direction que « Fatigue palpable ».

Oui, mais ce sont justement les deux morceaux qui divisent mon public.

Je trouvais ton premier album un peu trop doux, je te l’avais dit à l’époque. Celui-ci est vraiment intéressant, tant au niveau des textes que de la musique… j’attends le troisième avec beaucoup d’impatience. C’est très plaisant de voir quelqu’un comme toi évoluer dans le bon sens.

Ça me fait plaisir ce que tu dis, parce qu’il est hors de question pour moi de faire le même album. Mon but est d’essayer des choses différentes et d’évoluer. J’ai mis « Fatigue palpable » au début pour affirmer mon changement de direction.

Tu fais pas mal de concerts en solo. Tu vas t’en sortir comment avec un tel album ?

Réadapter les morceaux en solo est un peu galère, je te le concède.  Ça demande du travail, il faut revoir les morceaux. Mais, ça fait partie de mon métier.

Il y a une chanson que j’aime beaucoup, « Chaque seconde ». Un type qui regarde par la fenêtre des personnages en bas de chez lui.

Ces personnages existent. C’est une chanson à peine romancée. Mais, le vrai thème de cette chanson, c’est la façade que montrent les gens en société. Elle n’est jamais le reflet de ce qu’ils sont réellement. Les vraies émotions, les vrais échanges, on les montre très rarement. J’ai la chance depuis quelque temps de partager des vrais bons moments  avec des gens comme Thierry Cadet ou David Govrache par exemple. Nous nous voyons régulièrement et on peut dire que nous sommes assez proches. Quand tu es avec ces gens-là, tu peux dire ce que tu veux, tu sais que tu ne seras pas jugé. Quand tu vis de tels bons moments d’humanité, tu te rends compte que 80% du reste de tes rapports sont hyper faussés et pas vraiment honnêtes. « Chaque seconde », parle de ça avec différents personnages.

Si on te demande quelle musique tu fais, tu réponds quoi aux gens ?

Il y a une définition qui m’est venue récemment. Je dis que mon travail est de la chanson à vif. Parce qu’elle vient du bide.

Pierrot panse, autoproduction Sacem 2013.

Espères-tu que ce deuxième disque déclenche plus d’intérêt pour toi, de la part des médias, des professionnels et du public ?

Déjà, l’attribution d’une subvention de la Sacem pour faire ce disque à quelque chose d’encourageant en terme de crédibilité… et aussi en terme de finances. 4500 euros, ce n’est pas rien. Ça me rembourse la totalité de l’album. C’est un signe qui me laisse penser qu’il a déjà plus d’avenir que le premier et qu’on commence à reconnaître que mon travail est honorable.

As-tu fait des compromis pour ce disque ?

J’ai juste pris conscience de certaines choses. Avant, j’écrivais une histoire, sans penser au refrain. Thierry Cadet m’a fait remarquer que quand on fredonne une chanson, on fredonne un refrain. Avant, je faisais ma tambouille tout seul. Je m’aperçois qu’on manque d’objectivité sur son travail quand on a le nez dedans constamment. Aujourd’hui, j’écoute les conseils de mes amis. Ils m’aident à rendre du recul sur ce que je fais. Le troisième album va dépoter, je te promets.

As-tu une équipe pour la scène, pour lancer ton disque?

Non. Je suis toujours seul. Je n’ai pas de tourneur par exemple. Ce n’est pas évident de gérer tout moi-même. Ce que j’aime, c’est faire des chansons, écrire, les enregistrer… je fais tout ça par mes propres moyens.

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Es-tu optimiste sur la viabilité de ton projet Pierrot Panse ?

Je suis assez optimiste artistiquement sur l’avenir, dans le sens où je sais qu’il y a du chemin qui est fait et que j’évolue.

Tu es optimiste pour ta carrière, mais pas trop dans les textes de tes chansons.

Là, c’est ton point de vue. Pour moi, parler de choses un peu tristes n’est pas forcément un gage de pessimisme. Le mec qui m’a donné envie d’écrire, c’est Mano Solo. Je n’ai jamais trouvé Mano Solo triste. Au contraire, c’était un combattant dans un décor lourd à digérer, mais il avait la niaque et la rage de vivre. Son répertoire était plein d’énergie et de vie !

En écoutant attentivement tes chansons, j’ai quand même l’impression que tu n’as pas une vision de l’homme très positive, non ?

Parfois, je suis un peu emmerdé, je perds un peu espoir. Quand je vois les gens s’engueuler dans le métro parce que l’un a bousculé l’autre, quand je vois que les gens sont à fleur de peau, qu’ils s’énervent pour rien et qu’ils sont prêts à exploser pour des trucs anodins, ça me donne un semblant de désillusion sur les Hommes. À côté de ça, quand je suis avec mes vrais amis, ça me redonne espoir en l’humanité.

Quand tu dis que La chamade est un album apaisé, j’ai du mal à le comprendre.

En fait, quand je dis ça, je crois que je parle de moi finalement.

Ton album va toucher beaucoup de gens, j’en suis sûr…

Je suis dans le sentiment, dans l’humain. Il y a un moment, il faut bien reconnaître qu’on est tous foutus pareil. On vit tous plus ou moins les mêmes trucs dans la vie. Je chante des chansons dont les histoires peuvent arriver à tout le monde. J’espère qu’il touchera un maximum de personnes.

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Après l'interview le 7 février 2014.

25 avril 2014

Daphné : interview pour l'album Fauve

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daphné,fauve,interview,mandorJ’ai rencontré pour la première fois Daphné dans un café parisien à l’occasion de la sortie de son premier disque L’émeraude, en 2005. Il en avait résulté une longue interview pour le journal des magasins Virgin. Deux ans plus tard, deuxième interview  (mandorisée, par la même occasion) pour évoquer l’album Carmin dans un salon de thé. Nous ne nous sommes plus jamais revus, jusqu’au 12 mars dernier. Je me suis cette fois-ci rendu dans les locaux de sa maison de disque, Naïve, pour évoquer la sortie de son quatrième album, Fauve. Comme à chaque fois, avant de commencer l’interview, elle m'a demandé des nouvelles de ma fille Stella. Et comme à chaque fois, ça m'a touché qu’après autant de temps, elle se souvienne d’elle. Et comme à chaque fois, je ne lui ai pas parlé de sa maladie orpheline… parce qu’on n’est pas là pour ça.

Biographie officielle (signée Sophie Delassein), coupée à la machette (la bio, pas l’auteure de la bio) :

Après L’émeraude, après Carmin, la lauréate du Prix Constantin sortait, Bleu Venise, où les hommes semblaient littéralement transpercés par les flèches décochées par Cupidon. Ces figures masculines énigmatiques, sensuelles, éprises, cruelles, peuplent depuis le début les chansons de Daphné.

Il y a eu aussi en 2012, Treize chansons de Barbara.

2014, Daphné inscrit ses nouvelles chansons aux teintes fauves, comme ces mélanges daphné,fauve,interview,mandorincandescents qui font apparaître une danse sur une toile de Matisse ou des arbres mouvants dans un tableau signé Maurice de Vlaminck. D’emblée, on retrouve ce grain si chaud dans son chant, qui s’enfonce dans les graves ou tutoie les aigus avec le même sentiment d’intimité, ce timbre reconnaissable entre tous, mélange de langueur assumée et d’exaltation retenue.

Voici donc quatorze nouvelles chansons signées Daphné, paroles et musique. Elles illustrent deux notions chères à l’artiste : la beauté et sa demi-sœur la liberté. Deux notions perceptibles dans les orchestrations, légères et savantes, fruit de discussions entre la chanteuse et David Hadjadj, de nouveau.

Daphné traite de la beauté et de la liberté, donc, et ces deux notions s’appliquent à l’amour. L’amour dans tous ses états. Et, quand elle retrouve Benjamin Biolay, celui-là même qui lui fit la courte échelle à ses débuts, c’est pour un duo, un dialogue entre deux enfants d’assassins qui le deviendront à leur tour, leur descendance aussi.

Ici tout est pensé, senti, inspiré. C’est Daphné.

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daphné,fauve,interview,mandorInterview :

Cinq albums, neuf ans de carrière. Trouvez-vous que le temps est vite passé ?

Que le temps passe vite, on le sait et on n’a pas le choix. Je ne dirais pas que c’est un combat perdu d’avance parce que ce n’est pas un combat. Je prends les choses comme elles viennent.

Si le temps qui passe n’est pas un combat, ce métier l’est-il ?

Oui. Il y a plein de choses sur lesquelles il faut vraiment se battre. Il faut aimer énormément chanter, faire des chansons, aller sur scène, pour faire ce métier aujourd’hui. À côté de ça, il y a beaucoup d’énergie dépensée pour ce métier, mais qui n’ont rien à voir avec le fait de chanter.

Quoi par exemple ?

Je suis quelqu’un qui n’aime pas subir les choses. Quand on est chanteuse dans une maison de disque, il y a un cadre bien défini, même si, personnellement, j’ai la chance qu’on me laisse faire ce que je veux artistiquement. Je ne veux pas rentrer dans les détails des coulisses, des contrats, des choses comme ça, mais il faut savoir que la musique est une industrie. Nous, artistes, on est vu comme un produit.

Clip de Flores Negras.

La musique, c’est une industrie qui provoque aussi du rêve à ceux qui écoutent les daphné,fauve,interview,mandorartistes.

Je ne sais pas si mon intention est de faire rêver les gens. C’est plus concret que ça. Mon intention est de les faire voyager. Avec des images, avec des sensations… Je suis moi-même embarquée par la musique et j’ai beaucoup d’images qui viennent à moi quand j’écoute des chansons que j’aime.

D’album en album, vous suivez votre chemin avec audace et cohérence.

C’est un plaisir de me positionner comme une chanteuse qui raconte des histoires ou des sensations. Je suis un fil qui me vient naturellement. Appeler  mes albums du nom d’une couleur, c’est un jeu. Je m’amuse. Mon parcours est ludique. Écrire des chansons est un plaisir. Je ne me dis pas : « je vais faire ça parce que c’est cohérent dans ma carrière », je le fais parce que j’en ai envie. Une chanson n’est pas du tout intellectuelle, c’est quelque chose de très spontané, même si je les travaille beaucoup les textes pour qu’elles sonnent naturellement. Pour moi, les chansons, ce sont comme des personnes. Elles ont leur indépendance et sont aussi totalement indisciplinées. Elles arrivent comme elles veulent et elles s’imposent. Quand on est chanteur, quand on écrit, il faut une capacité d’accueil. Il faut s’abandonner à ce que raconte une chanson.

Vous n’êtes pas maître de la situation quand une chanson arrive.

Si, parce que j’y prends beaucoup de plaisir. Un de mes plus grands plaisirs, c’est d’écrire des chansons, de jouer avec le son des mots, d’imaginer comment elles vont être habillées, notamment avec quels instruments. Pour moi, le plaisir de la création des chansons est le cœur de ce métier.

daphné,fauve,interview,mandorCet album s’appelle Fauve. Comme la couleur et aussi comme un animal sauvage. Êtes-vous quelqu’un de sauvage ?

Dans la chanson « Tout d’un animal », j’explique que je suis quelqu’un qui a besoin d’espace, de liberté et qui le revendique. J’ai une part sauvage en moi et je trouve qu’il est important de la préserver.

Est-ce facile de rester sauvage de nos jours ?

Ça, c’est un travail. Et je crois que le combat, finalement, il est là. Pour rester sauvage, il faut se battre.

Vous utilisez votre voix comme un instrument de musique… et chaque chanson à sa façon de l’utiliser.

C’est en fonction de l’émotion de la chanson. Prenons une chanson d’amour,  j’en ai fait beaucoup dans tous mes albums. Je ne me verrais pas chanter comme une dingue une déclaration d’amour. Pour moi, c’est l’intime, il y a une douceur. Pour des chansons qui évoquent la liberté, j’utilise ma voix de manière plus frondeuse. Je n’ai jamais considéré le chant comme une démonstration. Tous les gens qui me touchent dans la chanson ne sont jamais dans la démonstration. Pour moi, le chant n’est pas un exercice. La voix est là pour être au plus près possible de l’émotion. Je ne me dis jamais : « Tiens ! Je vais montrer que ma voix peut monter sur plusieurs octaves ! »

Votre album et la tournée d’un an où vous avez chanté des chansons de Barbara ont été loués par tous. Que retenez-vous de cette expérience ?

Outre les souvenirs que cette expérience musicale a engendrés, ça m’a donné encore plus d’assise dans ma liberté, parce que c’était une femme sans concession. C’est très important parce que sa façon d’être correspondait parfaitement à mon tempérament depuis que je suis toute petite.

Clip de "Où est la fantaisie".

daphné,fauve,interview,mandorDans « Où est la fantaisie », vous chantez le manque de fantaisie dans la vie. C’est important pour vous cette légèreté d’être?

Il faut arrêter de se faire des nœuds avec des choses qui ne sont pas si graves. Bien sûr, il y a parfois des choses dramatiques qui arrivent dans nos vies. Mais, même dans ces choses-là, on peut y trouver une forme de surréalisme, de l’absurdité, de l’humour. Moi, même quand il m’arrive des choses vraiment pas drôles, j’ai une capacité à rebondir. Ça rend la vie plus gaie. Je vois beaucoup de gens qui n’osent pas montrer leur fantaisie à cause du regard des autres. Beaucoup pensent que pour paraître intelligent, il faut être sérieux. Moi, je pense exactement le contraire. Plus on est en paix avec soi même, plus on peut raconter des bêtises, s’amuser et profiter de la vie. La fantaisie, c’est comme si c’était montrer une de ses failles.

Vous, vous n’avez jamais freiné votre fantaisie.

A chaque fois que j’ai fait un travail normal dans ma vie pour gagner ma vie avant d’être chanteuse, il fallait toujours que j’amène ma touche. Par exemple, j’ai travaillé un moment à la Samaritaine. J’ai refait toute la décoration de mon rayon. Du coup, j’ai été virée parce que ce n’est pas ce que l’on m’avait demandé. Quand je fais quelque chose, j’aime le faire selon mon ressenti. Je déplore le fait qu’on ne peut pas toujours suivre son cœur et ses élans.

Il y a un duo avec Benjamin Biolay, Ballade criminelle. Il a toujours été là, avec et pour vous.

Ça fait maintenant 10 ans que l’on s’est rencontré. Je lui avais donné une maquette et trois mois et demi après j’ai signé avec ma maison de disque de l’époque. Benjamin, c’est mon parrain, mon ange gardien. C’est un artiste que j’aime beaucoup, à qui je dois beaucoup. Et, en plus, nos voix s’accordent très simplement.


Daphné - Ballade Criminelle - La Fauve 2014 par MaudClifton

24 avril 2014

Radio Elvis : interview pour son premier EP

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Pierre Guénard est le leader de Radio Elvis. Il remet à plat les codes du rock et de la chanson française pour nous en livrer une vision moderne et onirique. Le résultat est là : un rock littéraire et atmosphérique (que j’apprécie beaucoup).

A l'occasion de la sortie de son premier EP, il est passé me voir à l’agence (sur les bons conseils de son pote Simon Autain, que je remercie donc ici) le 6 février dernier… pour une interview où il ne s’interdit aucun propos. Pas lisse le jeune homme, et c’est bien.

pierre guénard,radio elvvis,interview,epBio des inRocks Labs : Ce n’est pas un hasard si Pierre Guénard a débuté sa carrière comme slameur, ouvrant les concerts d’un certain Grand Corps Malade dans son Poitou natal. Délaissant ensuite le flow et la Vienne, Pierre monte à Paris et se baptise Radio Elvis, un pseudo trompant l’ennemi puisque ses compositions francophones sont à mille lieues de Memphis. Parmi ses thèmes récurrents, les marins et les conquêtes espagnoles ont une place de choix, accompagnés de reverbs rehaussant les couleurs de ses voyages introspectifs.

Après avoir écumé les salles de concert seul avec son sampler, Radio Elvis s’entoure de deux autres voyageurs, Colin et Manu, donnant un virage plus pop et désinhibé à ses pérégrinations verbales. S’inspirant des codes de la chanson française (Dominique A et Murat) et des outlaws déglingués de l’ouest sauvage (16 Horsepower, The Gun Club), Radio Elvis se taille un costume de premier choix sur la scène actuelle.

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Interview :

Pourquoi as-tu commencé ta carrière par du slam?

J’ai toujours voulu faire de la musique. Le slam, c’était le moyen de patienter afin de m’adonner à cette activité sérieusement. C’était vraiment une parenthèse.  Je faisais déjà des chansons, mais je ne savais pas avec qui les jouer et comment m’y prendre pour avancer sur ce chemin. Après le lycée, le slam s’est imposé à moi. J’aimais écrire et cet art me permettait de faire de la scène assez facilement. J’ai testé mes textes et je me suis confronté à un premier public réel. C’était un bon apprentissage. Trois minutes sans rien d’autre que sa voix et ses textes, c’est plus dur qu’une heure et demie de concerts avec des musiciens.

Toi qui étais musicien, ça a dû être un peu frustrant, non ?

J’adorais faire du spoken word. J’adorais improviser sur de la musique et faire chanter les mots dessus. À Poitiers, j’ai même monté une scène de spoken word.

Clip officiel de "La traversée" (inspiré du clip d'"I'm Not A Young Man Anymore" de Lou Reed par Andy Warhol (https://www.youtube.com/watch?v=crjeF8G13x8)).

pierre guénard,radio elvvis,interview,epC’est hyper paradoxal par rapport à ce que l’on peut écouter dans ton EP. Tu as une écriture poétique exceptionnelle. Je ne te vois pas improviser tes textes tant ceux de tes chansons ont l’air travaillés.

Quand je faisais du spoken word, je n’improvisais pas. J’improvisais juste dans la forme du texte. Je ne les connaissais pas par cœur, mais j’en avais plein en tête, dont je me foutais du sens.  Ce qui comptait, c’était le son.

Tu as fait ça jusqu’en 2009, ensuite, tu as pris un autre chemin.

Je suis monté à Paris pour faire de la musique. Paris, pour moi, c’est un vieux rêve de gamin. Comme le cliché de la chanson, je suis monté pour être en haut de l’affiche un jour. Je me suis fait une place dans un squat, les anciennes presses du Parisien. Du coup, j’étais en résidence là-bas et je pouvais y aller quand je voulais. Je faisais beaucoup de recherches musicales et parfois, des chansons de dix minutes, avec trois textes différents.

Dans ton EP, il y a des chansons longues. Notamment « Goliath » et « Le continent », et chacune d’elles a pas mal d’influences musicales.

Je suis incapable de ne jouer qu’un style particulier.

pierre guénard,radio elvvis,interview,ep

Quand tu es arrivé à Paris, je crois savoir que tu t’es senti un peu seul au début…

C’était même très douloureux pour moi. Je ne connaissais personne, pas même un musicien. Quand je voyais des gens de mon âge réussir, ça me faisait assez mal, parce que j’avais l’impression de passer à côté de quelque chose. Aujourd’hui, à 26 ans, je suis serein par rapport à ça parce que je joue avec des gens que j’ai choisis. Mais, je me considère encore comme un loup solitaire pas encore intégré dans ce milieu.

Tu souffres déjà de certaines comparaisons, notamment avec Dominique A.

C’est agréable comme souffrance. J’ai découvert très tardivement cet artiste et au départ, je n’aimais pas du tout. Je trouvais ridicule sa manière de chanter. Un peu trop précieux. J’ai mis du temps à aimer, mais quand j’ai découvert l’album Horizon, j’ai fini par beaucoup apprécier. Plus je m’assumais, plus j’aimais Dominique A, plus je devenais moi aussi un peu précieux. Du coup, j’ai écouté très intensément son œuvre pendant un an.

Sur ta chanson « La traversée », on sent une certaine influence de lui.

Oui, on a la même tonalité de voix. Cela dit, quand j’étais ado, on comparait ma voix à celle de Bertrand Cantat. Tant que je ne serai pas passé chez Drucker, on me comparera toujours à quelqu’un d’autre. C’est la loi des débutants que personne ne connait.

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Fais-tu beaucoup de scènes, justement pour te faire connaître ?

J’ai mis un an à faire des concerts en dehors du squat où j’étais. J’ai trois formules : en trio, et deux duos différents selon si je suis avec le batteur ou avec le guitariste. Il faut que je parvienne à faire de plus en plus de scènes, il n’y a qu’ainsi que je pourrai me faire repérer par la profession.

As-tu toujours eu envie d’être chanteur ?

Oui, depuis tout petit. En cachette. Je voulais devenir chanteur ou écrivain. Avec mon métier, j’allie un peu les deux. Même si je ne serai jamais écrivain comme je l’entends. Comme Jack London par exemple.

Parlons de tes références littéraires. Jack London, comme on vient de le dire, mais aussi John Fante. Ce sont vraiment des auteurs que tu as lus ou c’est pour faire bien dans ta bio?

Je ne mens pas dans la bio. J’ai lu très tard. À partir de 2008, donc j’ai pas mal de retard à rattraper. De Fante, je n’ai lu que Demande à la poussière, et de London, là, j’en ai lu pas mal. Beaucoup de nouvelles et Martin Eden. J’ai une passion pour la littérature de voyage. Là, je viens de me faire quasiment l’intégrale de Saint-Exupéry. Je n’arrive pas à m’en remettre.

Les music'ovores : "Demande à la poussière". 

Tes lectures influencent-elles tes écrits ?

Oui, car j’écris en lisant. Je lis et j’ai toujours mon carnet à côté. Parfois, les mots m’inspirent une formule. Lire est le moyen le plus simple et le plus jouissif que j’ai trouvé d’écrire. L’inspiration, c’est tout ce qu’on assimile et qui ressort à un moment, rien de plus. Tout ce que l’on vit ressort. L’inspiration, ce ne sont que des souvenirs un peu modifiés. Il y a aussi des textes que j’ai faits en état de semi-conscience. Je me réveille, j’ai une phrase, je la note immédiatement.

Aimes-tu qu’on ne comprenne pas le sens des textes à la première écoute ?

Je ne le fais pas forcément volontairement, mais je trouve cela très intéressant. Quand j’ai commencé à écrire en 2009, ça me plaisait réellement, aujourd’hui, je considère que si les gens dansent à mes concerts, c’est bien, mais s’ils comprennent le sens de mes textes, c’est encore mieux.

Au début, devenir populaire t’effrayait un peu, c’est ça ?

De manière très prétentieuse, je voyais l’art au sens noble du terme, je me prenais vraiment trop au sérieux. À un moment, j’ai réalisé que ce n’était que de la musique et je me suis mis à démystifier un peu tout ça. J’ai aussi réalisé que je n’étais pas l’élu, que ce n’était pas moi qui allais tout révolutionner et qu’il fallait être humble.

"Goliath" (Froggy's Session)

Tu te considérais un peu comme un poète maudit, que personne ne comprend ?

Oui, et j’en avais marre que les spectateurs quittent la salle avant la fin du spectacle. J’ai toujours eu peur de perdre mon côté rimbaldien, l’énergie que je voulais dégager. Je n’avais peur de rien, j’y allais sans faire aucune concession. J’étais très barré. Je jouais des morceaux de vingt minutes, sans narration, sans savoir-faire. Je ne voulais ni de choses gaies dans mes chansons, ni mélodies. J’étais aussi beaucoup dans le cliché. Aujourd’hui, j’ai gardé cette énergie, mais je la maîtrise mieux. J’apprends à faire les choses de façon plus abordable. Par la lumière on peut montrer plus d’obscurité. Pour parler de la mort ou de choses graves inhérentes à l’homme, on n’est pas obligé d’être dans la tragédie. J’ai compris que c’est en étant soi même qu’on peut être le plus original.

Ton EP a ceci de particulier que plus on l’écoute, plus on l’aime parce qu’on en découvre toutes les richesses. Et elles sont nombreuses…

C’est génial ce que tu me dis là parce que, quand j’aime un artiste, moi, je dois l’écouter plusieurs fois pour tout déceler. Bashung m’a beaucoup marqué avec ses albums, L’imprudence ou Fantaisie militaire par exemple. Il nous donnait la possibilité de ne pas comprendre. Je trouvais cette désinvolture géniale. Je ne comprenais pas où il voulait en venir et plus j’écoutais, plus je commençais à assimiler les choses.

Pourquoi veux-tu être un artiste ?

Désir et orgueil. À la base c’est un rêve. Ce rêve est devenu un sacerdoce par orgueil.

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21 avril 2014

Jewly : interview pour son album Bang Bang Bang

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(Artwork : Markus Lemanovski)

J’ai mandorisé la chanteuse de rock, Jewly, pour la première fois en juillet 2011. C'était à l'occasion de la sortie de son EP No Shoes. Nous avions déjà beaucoup évoqué le pourquoi du comment de sa passion pour la musique. Aussi, aujourd’hui, je vous propose une courte interview, à l’occasion de la sortie de son premier album Bang Bang Bang. Un album rock, énergique et lumineux.

La jeune femme est passée à l’agence en décembre 2013 m’apporter son disque. Je ne l’ai pas laissé filer sans lui poser quelques questions au préalable. Incorrigible Mandor !

catherine-theulin-3.jpgBio inspirée de celle dite « officielle » :

Jewly a les armes en main pour conquérir le monde. Forgées dans le plus précieux des métaux, ce Rock’n'Roll américain, celui des rebelles qui se frayaient, guitares à la main, un chemin vers la liberté d’être, celui né dans les champs de coton dans lesquels les esclaves noirs chantaient pour survivre, celui, qui en passant par l’Angleterre des Rolling Stones, s’est gorgé d’universalité.

Jewly, chanteuse du 21e siècle, aborde les sujets de son époque et de sa condition. Vectrice de ses colères, de ses amours, de ses peurs, de ses erreurs et de ses espoirs, sa voix, marinée dans un velours éraillé, dans une poussière soyeuse, dans une féroce douceur, vous racontera sa vie, celle de ses contemporains.

gaetan-martinez-2.jpg

Jewly joue beaucoup. Sur les scènes de France, d’outre Navarre, d’Allemagne, du Canada, des USA où elle croisa Rover, Florent Pagny, Axelle Red, Manu Lanvin…, elle porte toujours sa cartouchière de femme reptile ondulante, sa cartouchière de sensualité électrique, sa cartouchière de bête de scène.

Son nouvel album : Bang Bang Bang.

Le deuxième opus de Jewly a été réalisé par Hervé Koster, un ancien Trust, la basse y est jouée par Phil Spalding, un anglais au pedigree tout droit issu du who’s who du Rock international, et ses fidèles musiciens, le guitariste, Sylvain Troesch et le batteur, Raph Schuler, sont aussi de la partie. Ce joyau brut a du coffre, de l’âme, de l’ampleur et délivre une salve de chansons coups de poing qui vous tatoueront l’âme de bonheur.

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La team de Bang bang bang (© Marc Lehmann)

DSC0857ll1.JPGInterview :

Tu t’es entourée d’une équipe de musiciens sacrément réputée pour ton premier album.

J’ai voulu m’entourer d’une équipe professionnelle et aguerrie. La première étape a été de trouver un réalisateur. C’est extrêmement difficile de trouver celui qui puisse te convenir. Il faut avoir beaucoup de qualités : la compétence musicale, l’organisation et aussi le côté humain. J’ai rencontré certaines personnes, avec lesquelles ça n’est pas passé pour cette dernière raison. J’ai trouvé Hervé Koster, l’ancien batteur de Trust, de Noah, de Bertignac… On s’est rencontré et ça a parfaitement collé. Musicalement et humainement.

Ton EP était plus jazz-rock. Avec Bang Bang Bang, là, on est franchement dans le rock pur.

J’ai enregistré l’EP en 2011. Après, nous nous sommes surtout consacrés à la scène et on a beaucoup tourné. Au bout d’un moment, je me suis dit qu’il fallait faire un album. Parce que, d’une part, il y avait des gens qui nous le demandaient, et d’autre part, l’EP ne correspondait plus du tout à ce que l’on jouait en concert. On était beaucoup plus rock, donc ce n’était plus cohérent.

CLIP Jewly / The Other Side Bang Bang Bang. Tiré de l'album BANG BANG BANG.
Sortie Officielle 5 mars 2014

Ce sont tes propres compositions et tes propres textes, pour la majeure partie.

J’ai collaboré avec Mina Moutski sur quatre textes. Pour la musique, je viens avec les mélodies de base, ensuite, on travaille beaucoup avec Sylvain, le guitariste et Raph, le batteur. Ensuite, Hervé, qui avait aussi la casquette d’arrangeur, a un peu remanié les titres.

Tu chantes en anglais parce qu’une rockeuse se doit de chanter dans cette langue ?

Au départ, je pensais que je faisais cela pour une certaine protection… mais en fait, non. C’est vraiment une question de sonorité des mots et de la langue. Il y a quand même deux titres en français. C’était important pour moi de chanter aussi dans ma langue maternelle.

"L'incarcérée". Live "Place Kléber" - Strasbourg - Décembre 2013

C’est toi qui as produit l’album ?

C’est une société de prod que j’ai créée. Je voulais garder la main mise sur tout et prendre toutes les décisions. En France, cette musique, très anglo-saxonne n’est pas évidente à produire. On te pousse forcément à aller dans une certaine direction, une direction peut-être un peu plus « française ». J’ai pu enregistrer cet album grâce à des mécènes.

Es-tu fière de ce premier disque ?

Oui, parce que c’est moi jusqu’au bout. Qui je suis, ce que j’ai envie de dire, la musique que j’ai envie d’offrir. J’ai été entourée de gens qui m’ont beaucoup apporté, mais qui m’ont écoutée. Je ne me suis pas écartée du travail que je voulais faire. C’est l’album le plus authentique qui soit par rapport à ma personnalité et à mes goûts.

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Lors de l'enregistrement de l'album, avec Raph Schuler, Herve Koster, Sylvain Troesch et Steven Forward.

Pourquoi ne te montres-tu pas sur la pochette de ton album ?

Je ne voulais pas me mettre en avant. Je préfère que ce soit la musique qui le soit. J’ai aussi peut-être une certaine pudeur.

Es-tu confiante en l’avenir ?

Je crois en ce que j’ai fait. Je sais que cet album est plutôt qualitatif et qu’on n’a pas fait de copié collé sur les autres. C’est un disque original. Maintenant, je sais aussi qu’on est en France et que ce disque ne sera pas facile à défendre. Autant sur scène, je n’ai pas d’inquiétude, car on n’arrête pas de tourner et que ça se passe très bien, autant pour entendre un de mes titres en radio, je sais qu’il va falloir lutter.

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20 avril 2014

Tony Melvil : interview pour l'EP La cavale

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« Tony Melvil est un mec paumé dans ce monde où tout va à toute vitesse, où chacun a ses certitudes, glisse ce dernier en décrivant son personnage. Il n'a pas forcément d'avis sur ce qui se passe autour de lui. Il se débat juste contre quelque chose qui l'agace sans trop savoir quoi, ni sans trouver de solution. » C’est ainsi qu’Étienne Villeminot présente Tony Melvil, le personnage qu’il s’est inventé et avec lequel il commence à petit bout de chemin fort honorable dans le petit monde de la chanson française.

Ce « pessimiste qui se soigne » épanche sur disque et sur scène son désarroi, à la recherche d'une identité qui sans cesse lui échappe. J’ai découvert cet artiste original et touchant grâce à son premier EP Tentative d'évasion. On y découvre un être torturé, mais surtout « à l'ouest » et décalé. Le voici qui revient avec un deuxième EP, encore plus abouti, La cavale (chez At(h)ome)

Je l’adore. Il fallait à tout prix que nous nous croisions. Notre rendez-vous n’a pas été simple à organiser, l’homme habite à Lille, mais Tony Melvil a fini par venir me voir à l’agence. C’était le 18 décembre 2013. J’attendais la sortie de ce deuxième disque pour publier enfin le fruit de notre entretien. Voilà qui est fait.

tony melvil,Étienne villeminot,la cavale,interview,mandorBiographie officielle (mais écourtée) :

Né en 1982 à Dijon, Étienne Villeminot, démarre une carrière de musicien en 2002 dans différentes formations lilloises, notamment auprès du chanteur Lulu (mandorisé là) et du groupe de rue Tchobello. Violoniste classique de formation, il se met rapidement à la guitare et au chant et enchaîne de nombreuses expériences de spectacle dans lesquelles il est tour à tour violoniste, guitariste, comédien, choriste, compositeur, figurant, roadie, mais aussi chargé d’administration ou comptable.

En 2009, poussé par Thibaud Defever (Presque Oui) et Romain Delebarre (Delbi), il se lance en solo sous l’anagramme Tony Melvil et teste ses propres chansons sur scène. Repéré par Tour de Chauffe en 2010, puis par Domaine Musiques en 2011, il enregistre à l’automne 2011 Tentative d’évasion, premier EP 7 titres, arrangé et réalisé par Delbi.

Sorti en février 2012, « Tentative d’évasion » fait sortir Tony Melvil de l’anonymat, grâce à des chroniques élogieuses, notamment dans Télérama et Francofans, mais aussi grâce à des concerts de plus en plus nombreux.

En 2013, Tony Melvil se fait remarquer lors de plusieurs rendez-vous du réseau chanson tony melvil,Étienne villeminot,la cavale,interview,mandornational. Ainsi, il obtient des premiers prix lors des concours de la Manufacture Chanson à Paris, de l’AMJA à Angers, et enfin lors du Concours Jeunes Talents du Festival Jacques Brel de Vesoul. Dans le Nord-Pas-de-Calais, Tony Melvil est soutenu par le dispositif de la région « Résidence Musiques Actuelles » aux Arcades de Fâches-Thumesnil et par la Marmite.

Parallèlement, Tony Melvil développe son goût pour les mélanges et a monté en 2012 sa Compagnie Illimitée, dont le but est de créer des spectacles pluridisciplinaires à base de chansons. Son premier spectacle Quand je serai petit, destiné au jeune public, sera mis en scène par Marie Levavasseur (Cie Tourneboulé). Il s’agit d’un duo avec le musicien / producteur lillois Usmar, prévu pour l’automne 2014.

tony melvil,Étienne villeminot,la cavale,interview,mandorArgumentaire de l’EP :

Deux ans après sa remarquée « Tentative d’évasion », Tony Melvil revient avec un nouvel EP intitulé La Cavale. La métaphore est filée, la quête de liberté affirmée. Le chanteur lillois ajoute ici au blues introspectif et rugueux du musicien/arrangeur Delbi la chaleur de son violon, baignant de lumière des textes souvent ombrageux. Mixé par Dominique Ledudal (Fersen, Higelin, JP Nataf, Les Innocents) au studio Garage à Paris, La Cavale assoit Tony Melvil et sa personnalité singulière dans le paysage musical français, un personnage aux multiples facettes ayant pour terrain de jeu le second degré et le non-dit.

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tony melvil,Étienne villeminot,la cavale,interview,mandorInterview :

Quand as-tu décidé de faire de la chanson ton métier ?

Quand il a fallu se projeter professionnellement et qu’il a fallu que je me pose la question de ce que j’allais faire dans ma vie. Vers 22 ans. J’en ai aujourd’hui 31.

Au départ, tu as une formation de violon classique.

J’ai commencé à 4 ans et demi. Je suis issu d’une famille de musiciens amateurs. Mon père est organiste. La musique a toujours eu une place très centrale, mais jusqu’à Bach. Pas plus loin. On n’entendait jamais de la chanson, ni de la musique dite « moderne ».

Tu aimais la musique classique à cette époque ?

Je ne me posais pas la question. C’est à partir du moment où je suis devenu ado que j’ai découvert d’autres musiques. A 13 ans, j’ai écouté Brassens en boucle. Ça devenait tellement obsessionnel que j’ai inquiété mes parents. Ensuite, il y a eu Brel. Puis, j’ai beaucoup écouté des groupes comme Les Têtes Raides ou Noir Désir. Mon goût pour la chanson n’est pas arrivé par hasard...

Et les fondamentaux de la culture rock ?

Seulement à l’âge de 20 ans. Led Zep ou les Beatles, je savais qu’ils existaient, mais je ne savais pas trop ce qu’ils faisaient. Je n’avais entendu que des brides de morceaux, mais j’ai découvert tout ça sérieusement sur le tard.

Les miroirs à l'envers - Clip officiel.

tony melvil,Étienne villeminot,la cavale,interview,mandorTu es un autodidacte. Un jour, tu as décidé d’acheter une guitare et d’apprendre seul.

J’ai utilisé la guitare comme un son d’accompagnement et c’est à ce moment que tout a démarré dans ma tête. A 18 ans, je me suis aperçu que j’avais goût à ça. Cinq ans plus tard, ça s’est mis en place.

Tu fais de la chanson française, mais pas si traditionnelle que ça. Tes textes sont très « pince-sans-rire ».

Ce qui m’amuse beaucoup, c’est le décalage. Tu peux tout traiter sans te prendre au sérieux et en restant très léger. A partir du moment où tu es dans le second, voire le troisième degré, tu peux finalement te permettre d’aller beaucoup plus dans le fond des choses.

Tu as beaucoup parlé d’enfermement dans ton premier EP. Dans le second, le thème central est plutôt la liberté, la tentative d’évasion, mais surtout les catastrophes.

Il y a deux chansons qui partent d’un paysage presque post apocalyptique et je m’interroge sur ce qu’il se passe après. On essaie de nettoyer, de faire table rase, mais il reste plein de résidus sous le tapis, derrière les cloisons et même sous la peau. C’est une métaphore sur la société. Ce sont des textes un peu noirs, mais qui se prêtent à une musique un peu plus mordante, un peu plus rock.

Pourtant, tes chansons me font sourire à chaque fois… surtout quand je te vois les interpréter sur scène. Ton attitude va à l’encontre de ce que tu racontes.

J’ai appris la technique du clown un peu moderne. Aujourd’hui, les clowns tristes et les clowns sérieux travaillent beaucoup plus sur le sourire que sur le rire. Moi je travaille sur une atmosphère toujours second degré, une atmosphère où ça peut déraper à chaque instant, chaque phrase.

Du coup, tout ce que tu dis peut-être pris à double sens.

J’aime bien que l’on m’attende quelque part et, soudain, surprendre en renversant la situation.

"Sans langue, sans visage" en live.

Il y a énormément de sorties françaises. Ce n’est pas un peu décourageant ?

Ce qui m’étonne, c’est le nombre de projets de qualité qui sortent. Je trouve épatant la qualité de visions professionnelles des artistes. Parfois, tant de talents, ça décourage, parfois, tu te dis que tu es costaud et que tu vas te battre pour réussir. C’est presque un combat contre soi-même tant c’est une question de motivation. Il faut que je trouve le courage de tenir le temps qu’il faut pour que mon projet continue à se développer. Trouver aussi les moyens de continuer à faire des disques, des concerts… c’est un combat permanent, mais un combat noble.

As-tu une date butoir pour être satisfait de ton sort ?

Je me dis toujours qu’à 35 ans, il faudra que je fasse le point. Ça me laisse encore près de quatre ans.

Tony Melvil est un personnage qui n’est pas tout à fait toi. Est-ce quelqu’un qui te permet de dire et faire des choses que tu ne ferais pas sous ta propre identité ?

Oui, je reviens au parallèle que je faisais avec les clowns d’aujourd’hui tout à l’heure. Tony Melvil, c’est un clown dans le sens de la définition qu’ils en font dans le cirque : sa propre facette, mais dans la maladresse. Je suis en caricature permanente et certains traits de ma personnalité sont gommés parce qu’ils n’ont pas d’intérêt à être mis en spectacle. Tout vient de soi dans le clown.

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Tony Melvil est-il un peu cynique ?

Prendre les choses avec une grosse louche et ne pas être que dans la subtilité, c’est intéressant. Quand on exagère le trait, ça peut très bien passer pour du cynisme. Le prisme de la scène incite à faire les choses en beaucoup plus grand.

Ta voix se libère dans ce deuxième EP, La Cavale.

En effet, je suis moins dans le raconté, moins dans le posé, plus dans le chanté.

Quels sont tes projets immédiats?

En parallèle du projet Tony Melvil, je m’intéresse beaucoup à la danse contemporaine, au théâtre, bref aux autres disciplines du spectacle vivant et à leur manière de travailler. Parfois, on doit aller très vite et on survole certains aspects. La lumière, la mise en scène, le décor… parce qu’on doit être sur des formes très simples et souples. J’ai donc monté une compagnie : La Compagnie Illimitée. Elle a pour vocation de partir de la base de la matière chanson et d’en faire des spectacles qui mélangent d’autres disciplines. Là, on s’est lancé dans un spectacle pour jeune public à partir de six ans, mais qui est avant tout un spectacle pour tous dans lequel il y a plusieurs degrés de lectures. Ça s’appelle « Quand je serai petit ». C’est le regard et l’interrogation d’hommes de trente ans sur leurs souvenirs d’enfance. Qu’aurait pensé l’enfant qu’on était à dix ans de ce qu’on est devenu,  jeune adulte ? Quel rapport a-t-on avec ça ? Est-ce qu’on réalise réellement nos rêves d’artistes ? On bosse beaucoup là-dessus. Les premières sont prévues en octobre 2014.

Les artistes, ne sont-ils pas de grands enfants ?

On grandit, mais on essaie de ne pas vieillir. C’est important d’arriver avec un regard neuf, sans certitude, sans règle, sans marche à suivre. Il faut garder son âme et son regard d’enfant et surtout… savoir se renouveler constamment.

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Tony Melvil et la chanteuse Dyne, mandorisée le même jour. Après les interviews, nous avons discuté chansons et musique.

12 avril 2014

Léonid : interview pour son premier album Léonid

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Léonid m’a été fortement suggéré par la chanteuse Yoanna (mandorisée là en 2007). Quand j’aime bien l’œuvre de quelqu’un et que ce quelqu’un me propose de découvrir l’œuvre d’un autre artiste, j’y jette un coup d’oreille soutenu. Et là, j’avoue, j’ai été conquis immédiatement. Un chanteur à texte comme on en fait de moins en moins. Un type qui, mine de rien, dit beaucoup de choses importantes sur la société et sur les tourments intérieurs de chacun. On écoute sans se méfier, pourtant Léonid est bien un chanteur engagé. Il ne le revendique pas, mais c’est pourtant clair. De toute la nouvelle génération de chanteur français dit « à texte », il est l’un des plus subversifs.

Léonid a passé 20 ans à travailler avec et pour les autres. Il était temps qu’il sorte le fruit de son travail. Pas grand monde n’est encore au courant, mais il est artiste important que l’on serait bien inspiré d’écouter. Léonid est passé me voir à l’agence le 20 janvier dernier (une semaine avant la sortie de l'album) pour une interview sans concession.

léonid,fafa daïan,yoanna,interview,mandorBiographie officielle:

S'il vit dans la tête de Fafa Daïan depuis l'enfance, Léonid n'a vu le jour qu'en 2010. Une petite vingtaine d'années d'hésitation à venir au monde qui permettra à son géniteur de se forger une expérience.
Entre autres, 13 années de scène, de studio, de composition et d'écriture avec le groupe Sinsemilia, 4 années d'une collaboration passionnée avec la chanteuse suisse Yoanna (
co-écriture, réalisation scène et studio, arrangement), 3 autres années à travailler avec la chanteuse Djazia Satour au développement de son projet solo (réalisation scène et studio, arrangement).
Bien que comblé par des expériences aussi variées que passionnantes, Fafa Daïan reste fermement décidé́ à ne pas avorter le gamin qui lui répétait sans cesse : "quand j'sera grand, j'sera chanteur !"
Alors un beau matin, il se botte le cul, se chauffe la voix entre 2 clopes, enfile son costume de chanteur et dépoussière pour l'occasion son surnom de petit garçon : Léonid !
Au départ, sur scène ils entaient 4 et maintenant ils sont 2.
Multi-instrumentiste autodidacte, sur scène en famille depuis l'âge de 9 ans, Rémi d'Aversa joue l'homme-orchestre pour Léonid avec une humilité et une aisance déconcertantes.

léonid,fafa daïan,yoanna,interview,mandorInterview :

Tu as commencé avec Sinsemilia en tant que trompettiste. Un départ en fanfare, non ?

Oui, un peu par défaut parce que c’est un instrument que j’ai commencé petit, mais qui ne m’a pas vraiment fasciné. J’ai fait dix ans de trompette avec Sinsemilia. Un jour, j’ai prévenu le groupe que soit il me changeait d’instrument, soit je quittais le groupe. Les six dernières années, j’ai été clavier et guitariste.

Tu es resté treize ans au sein de cette formation. C’est quand même énorme !

Oui. J’ai connu la grande époque de Sinsemilia. On a fait les plus grandes scènes de France et d’ailleurs. Cette aventure humaine a été riche et incroyable pour moi. On était une bande de copains qui prenait la route. Nous n’étions pas super bons musiciens au départ, mais il y avait une fureur incroyable quand on montait sur scène. On avait l’impression de jouer nos vies.  En plus, il n’y avait pas une personne mise plus en valeur qu’une autre. C’était très sain.

Et un jour, tu as quitté Sinsemilia. Pourquoi ?léonid,fafa daïan,yoanna,interview,mandor

Au bout de treize ans, je me suis un petit peu lassé. Je ne défendais plus souvent ce que l’on faisait. Je ne veux pas cracher dans la soupe parce que ce passé, pour moi, est extraordinaire. Juste, à un moment, je ne me suis plus reconnu. Je ne prenais plus vraiment de plaisir à monter sur scène. Je trouvais aberrant de jouer dans des salles complètement hystériques. J’avais l’impression qu’on pouvait faire tout et n’importe quoi, de toute façon, les gens allaient hurler. Je regardais ça du haut de la scène et je me faisais la réflexion que je ne comprenais pas et j’avais la sensation que tout ça me correspondait de moins en moins.

Certains auraient été grisés par cela. Toi, ça a été le contraire.

Tant qu’il y avait l’excitation de conquérir le public à la force de notre travail et de notre enthousiasme, c’était bien, mais une fois que c’était installé, que l’on était dans une certaine routine, ça ne m’a pas plu. J’ai commencé à monter des petits projets, à rejouer dans des bars ou des petites salles devant cinquante personnes, à présenter un travail dont j’étais extrêmement fier. J’ai retrouvé ma flamme de départ et ça m’a procuré des sensations incroyables.

Tu chantais déjà ?

Pas tout de suite. J’ai énormément travaillé pour les autres. J’ai envie de chanter depuis que j’ai l’âge de dix ans, mais j’avais une pudeur et un manque de confiance qui ont fait que j’ai mis du temps à me lancer. Là, ça fait quatre ans que j’ose avec Léonid. Petit à petit, j’ose de plus en plus, avec de moins en moins de pudeur. Je commence à trouver ma place.

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Tu as travaillé avec une chanteuse que j’apprécie beaucoup, Yoanna.

J’ai même beaucoup travaillé pour elle. Pendant cinq ans, ça a été toute ma vie. J’ai aidé au développement de ce projet, j’ai réalisé son premier album, j’ai monté son équipe autour d’elle. J’aimais me fondre dans quelqu’un d’autre. J’étais l’ombre de Yoanna.

Cette artiste a une sacrée personnalité.

Une sacrée personnalité et une bête de scène. Je l’ai rencontrée dans les rues à Aurillac, elle faisait des reprises avec son accordéon, je suis resté scotché. Elle avait beaucoup de charisme et dégageait quelque chose de fascinant. Je me suis démerdé pour avoir son numéro et au bout de quatre mois, on est rentré en contact. Et l’histoire musicale entre nous a commencé… et a continué longtemps.

Et puis ça s’est arrêté.

Oui, de manière assez nette. Ça devenait un peu trop passionnel. Ensuite, j’ai repris ma collaboration avec elle comme éclairagiste. Je suis revenu par la petite porte histoire de dire « je ne suis pas loin », mais on s’est quitté musicalement en très bon terme.

J’ai l’impression que quand tu collabores avec quelqu’un, Yoanna ou Djazia Satour, tu ne fais pas les choses à moitié. As-tu besoin de tout régir ?

Exactement, mais j’ai du mal à faire plusieurs choses. C’est pour ça que je suis monomaniaque. J’ai envie de ne pas regretter. Quitte à se lancer dans un projet, il faut donner les moyens pour que ça ait de la gueule. Pour moi, un projet musical qui ait de la gueule, ça ne se résume pas qu’à un bon disque et une série de bonnes chansons. C’est un tout. Il faut aussi un spectacle avec du fond et de la forme, une com’ qui soit cohérente avec l’idée qui est défendue dans les chansons. J’aime bien avoir une vision globale.

léonid,fafa daïan,yoanna,interview,mandorAujourd’hui, il y a Léonid. C’est qui Léonid ?

C’est moi. Il s’agit de mon surnom de petit garçon. Mon enfance est un moment de ma vie qui n’est pas encore digérée.

Au début de ce « projet », vous étiez quatre, je crois.

Oui. C’était une formation de quatre instrumentistes chanteurs énormément basée sur les harmonies vocales. Pour moi, les mélanges de voix, c’est ce qu’il y a de plus magique. Cette formule a duré trois ans. On a eu des retours dithyrambiques sur nos concerts, mais c’est une histoire qui ne s’est pas du tout développée parce que je suis l’anti commerce incarné. Je suis incapable de me vendre.

Tu te cachais encore beaucoup derrière les autres avec cette première formation.

C’était une machine de guerre quand on montait sur scène. Et effectivement, je me cachais toujours derrière, je n’arrive pas à expliquer pourquoi. C’est un travail que je revendique, mais je ne voulais pas me mettre en avant. J’y allais sans vraiment y aller.

C’est fou ce paradoxe. Tu veux réussir dans la chanson, tu fais tout pour et au final, tu détestes que l’on te voie.

C’est fou, je ne te le fais pas dire. Il y a un côté schizophrène. Mais, je vais te dire la vérité : j’ai des problèmes de crises d’angoisse par rapport à plein de choses, mais notamment, le fait d’avoir la responsabilité d’un spectacle, d’être celui qui est mis en avant. A chaque concert, je me dis que je devrais être partout sauf ici.

Mais sur scène, tu sembles très à l’aise. Tu communiques beaucoup avec ton public.

C’est incroyable. Quand je suis sur scène, il y a un truc en moi qui se réveille et qui sort de ne je ne sais où. Avant c’est l’horreur, pendant, c’est le bonheur.

Teaser 2014 Léonid (duo). Images tirées des concerts à la Bobine de Grenoble les 3 et 4 octobre 2013.

Aujourd’hui, pourquoi as-tu réduit la formation ?

Pour que ce soit plus fluide, au niveau des déplacements, de la logistique et aussi, parce qu’il y avait des soucis de disponibilités des uns et des autres. Mais, au final, le fait de se retrouver à deux avec Rémi, a été un révélateur incroyable.

Rémi, c’est ton cousin germain. Léonid devient une histoire de famille.

Oui, et on a monté un spectacle complètement hybride. Rémi est un musicien génial. Il joue de tout, on l’appelle « la pieuvre ». Il fait l’orchestre. Il a un clavier dans chaque main, une grosse caisse, un pad, il fait les chœurs en même temps. Le tout avec une humilité, une simplicité et une sensibilité qui sont rares et essentielles pour moi. Notre complicité est sans aucune faille.

J’adore tes textes… ils sont un peu cyniques et jamais méchants.

Comme j’ai beaucoup de pudeur, je ne veux surtout pas tomber dans le pathos et le larmoyant. J’ai au fond de moi des peurs et des préoccupations qui sont assez lourdes, j’ai donc trouvé le moyen de les exprimer à travers l’ironie, la légèreté et le cynisme. Je veux que les gens ne sachent pas s’ils doivent sourire ou partir en courant.

Léonid et ses invité(e)s dans "La révolution d'octobre". Images tirées des concerts d'octobre 2013 à la Bobine de Grenoble.

Tu joues beaucoup avec les mots.

Je suis un très grand amateur de textes et de chansons. Brassens par exemple, son travail est fascinant. Après, j’ai grandi avec Renaud. Ce qu’il faisait entre 1975 et 1985 était purement génial. Je suis fou aussi de Gainsbourg et d’Higelin. J’ai grandi avec tous ces gens-là. Du coup, quand je prends mon stylo pour écrire, je pense à eux et je ne veux pas rendre une copie médiocre. Je n’écris jamais à la légère. Je veux de la forme et du fond.

Ca représente quoi pour toi de sortir ton premier album ?

Un énorme bonheur. Ce que j’avais fait jusqu’à présent dans mon métier, je sentais que ça ne touchait pas mes proches. S’ils étaient contents de me voir à la télé avec Sinsemilia, je sentais qu’il n’y avait pas un réel intérêt pour le fond. Ils n’allaient pas me voir en concert, ni n’écoutaient mes disques. Je sentais qu’il y a avait un décalage entre le monde dans lequel j’évoluais dans ma vie personnelle et le monde dans lequel j’évoluais musicalement. Avec cet album, j’ai l’impression qu’il y a un truc qui en en train de se passer. Les deux se retrouvent enfin. Quand je vois ma grande sœur, qui est pour moi une référence, me faire des remarques sur mes chansons, ça me touche beaucoup. Quand j’apprends que ma meilleure amie, qui est une grande amatrice de chanson française, écoute mon disque régulièrement, pour moi, c’est énorme.

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Léonid: "Quand j'entends les questions de Mandor, je m'endors".

léonid,fafa daïan,yoanna,interview,mandorQuand elle a su que je te recevais, Yoanna m’a demandé de te poser deux questions. Voici la première : pourquoi as-tu si peur des silences ?

Long silence…

J’ai arrangé beaucoup de chansons pour elle. J’aime quand il y en a partout. Quand il y a une petite mélodie là, s’il y a un blanc, j’ajoute un truc rythmique qui relance… bref, je n’aime pas quand il n’y a rien. Yoanna m’a toujours dit qu’elle aimait mon travail, mais que ça manquait de silence.

J’ai cru qu’il y a avait une référence à ton attitude dans la vie.

Elle fait peut-être aussi référence à comment je suis dans la vie. J’ai tellement peur de tout dans la vraie vie qu’elle aurait pu simplement poser la question « pourquoi as-tu si peur ? ».

Tu aurais répondu quoi ?

Que je n’en sais rien.

Deuxième question de Yoanna : qu’est-ce que ça fait de commencer sa carrière à l’Olympia en étant disque d’or et aujourd’hui, de devoir jouer devant vingt vieilles, vendre trente albums, le tout produit par un label à chier ? 

(Rires) La réponse est simple. Je redécouvre le bonheur de pratiquer mon métier.

"Instant culture". Une fausse interview qui fait déclencher plus qu'un sourire et quelques extraits de l'album.

Pourquoi es-tu anti-sytème ?

J’ai de qui tenir. Je suis issu d’une famille extrêmement militante. Les membres de ma famille sont tous communistes. Moi, je ne suis pas du tout militant, mais j’ai hérité de toutes les valeurs de ce parti. Je ne suis pas militant, car je suis pessimiste. Dans l’espèce humaine, je ne pense pas que l’homme soit foncièrement bon. Je pense qu’il va droit dans un mur qu’il a construit lui-même. Je vois difficilement comment l’humanité pourrait s’en sortir autrement. En tout cas, je ne veux pas faire comme mon père, du porte-à-porte pour sensibiliser les gens.

Mais, c’est du militantisme de dire des choses importantes dans des chansons, non ?

En tout cas, je dis ce que j’ai dans le bide. Vu que dans mon bide il y a un héritage politique, des messages sortent certainement, mais forcément tournés en dérision.

Pourquoi chantes-tu, au fond ?

Je me pose la question tout le temps. Quand j’étais petit, on m’a offert un disque de Renaud. Je me suis juste dire que je voulais faire pareil. Je suis fasciné par ça depuis mon enfance. Être chanteur, aujourd’hui, pour moi, c’est aussi être aux commandes de ma propre vie. Je n’ai aucun intermédiaire. Je mène ma barque comme je l’entends.

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Après l'interview, le 20 janvier 2014.