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11 mai 2019

Louis Arlette : interview pour Des ruines et des poèmes

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(Photo : Frank Loriou et mandorisé là)

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(Photo à gauche : Frank Loriou)

Après son premier disque Sourire carnivore, Louis Arlette, auteur-compositeur-interprète et ingénieur du son, remarqué par le duo Air, a sorti le 15 mars 2019 Des ruines et des Poèmes, un album pop-rock aux influences de musique industrielle mêlée de chansons à dimension littéraire, le tout, très accessible. J’apprécie beaucoup cet artiste et je le suis à chaque fois qu’il sort un disque, c’est-à-dire depuis 2016.

(Première mandorisation ici et la seconde ).

Le 31 mai, il sera à 18 heures, en showcase chez Gibert Saint-Michel (Paris) et le 26 juin, au Café de la Danse (Paris). Mais aujourd’hui, il est chez Mandor pour évoquer ce nouvel album (que vous pouvez découvrir ici)

Le 22 mars dernier, il m’a donné rendez-vous à la Halle Saint-Pierre, un musée consacré à l'art brut, singulier (ça lui correspondait bien), au pied de la butte Montmartre.

Biographie officielle signée Thomas Burgel (un peu écourtée) :louis arlette,des ruines et des poèmes,interview,mandor

(Photo à droite : Frank Loriou)

Début 2018, Louis Arlette publiait son premier album Sourire Carnivore et, déjà, tout y était. Un premier coup de tonnerre, douze chansons comme les 12 Travaux d’Héraclès pour piocher, comme lui, dans cette mythologie et littérature grecques qu’il dévore et affectionne. Une électricité libératrice et de l’électronique tapageuse, des chansons sensibles et grandioses, de régulières visites aux plus hautes lumières ou des chutes vertigineuses dans les abîmes, des mélodies aux marques indélébiles, des arrangements opulents et dédaléens, des textes ciselés, une voix se posant en maîtresse absolue de cet impressionnant édifice. Sourire Carnivore était le résultat d’une collision parfaite entre toutes les influences qui depuis l’adolescence, après des années passées penché sur le violon dont il a studieusement appris les miracles et dont il a fait son premier métier, se sont croisées dans son large spectre d’écoute ; les grands Brel ou Ferré, Depeche Mode, Radiohead, Daniel Darc, The Cure, Étienne Daho, les tricolores et les anglo-saxons, la chanson et le rock, la pop éclatante des Beatles et l’expérimentation sonique de Nine Inch Nails.

Archéologue de l’intime et géologue des humeurs de l’époque, Louis a dû, au passage, laisser quelques peaux pour réussir son impressionnante mue. "Il ne restera de mon règne, rien que des Ruines et des Poèmes", chante-t-il sur la profonde et bouleversante chanson du même titre. Pour entamer la suite de son périple, le Parisien a ainsi d’abord dû laisser une partie de lui-même, pour le pire comme pour le meilleur : la déflagration personnelle qu’a constituée son premier album a entraîné cet addictif naturel vers quelques précipices moraux et intimes dont il n’a pas été facile de s’extraire. Pour s'arracher de l’ornière et repartir en conquête, Louis a également dû se débarrasser de ses trop bonnes habitudes, de son bagage technique - celui que des années de pratique professionnelle et obsessionnelle du studio, notamment aux côté de Air dans leur mythique Studio de la rue de l’Atlas, ont posé sur ses épaules et imprimé dans ses synapses de laborantin sonique.

louis arlette,des ruines et des poèmes,interview,mandorLe disque par Thomas Burgel :

(Photo de la pochette : Frank Loriou)

À l’image de la reprise extraordinaire, atomique et exaltante de « Je suis un soir d’été » de Brel, Des Ruines et des Poèmes ne manque jamais de force. Bien au contraire : enregistré au Studio Ferber avec l’aide et l’oreille bienveillante de Philippe Paradis (Christophe, Thiéfaine, Zazie…), ce deuxième album en forme de seconde naissance irradie de puissance et de rage, déborde de beautés héroïques, de morsures magnifiques, de tumultueuses amertumes. Sa ligne plus claire, le dénuement relatif de ses arrangements, les angles plus aigus de son électricité à la colère rentrée, ses beats mécaniques, ses sonorités comme taillées à la serpe, ses synthés tranchants comme des silex ou son électricité pointilliste laissent ses chansons inspirer et expirer leurs airs, bons et mauvais, beaucoup plus librement et beaucoup plus intimement. Du noir, beaucoup, de la lumière, beaucoup aussi, l’un magnifiant l’autre comme un yin et un yang indispensables à la vie, à la mort, à la splendeur de toute chose : pas étonnant que l’un des artistes favoris de Louis Arlette soit le Caravage. Et dans ses clairs éblouissants et ces obscurs dévorants, les textes du Français, d’une vérité et d’une sincérité confondantes, trouvent une profonde résonance. Plongée acide dans les luttes intimes comme les chaos collectifs, dans les affres des corps comme dans ceux des émotions, dans les relations toxiques ou les envies maladives, les fluides infestés et les orages mentaux, ils documentent l’époque et ses troubles d’une manière sidérante.

Des ruines, mais des poèmes : Louis Arlette a peut-être avec son deuxième album, entre les beautés venimeuses de ses textes et la force herculéenne de ses morceaux, écrit la bande-son idéale, et finalement très jouissive, de ces fracas chaotiques.

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(Photo : Frank Loriou)

louis arlette,des ruines et des poèmes,interview,mandorInterview :

Tu enchaines deux albums en moins d’un an. Pourquoi ?

Entre le moment où j’ai terminé Sourire carnivore et le moment où il est sorti, il s’est écoulé un an, pour diverses raisons, notamment d’organisation et de stratégie. C’était mon premier disque et j’ai découvert tout ce qu’il ne fallait pas faire quand on sort un premier album.

Après Sourire carnivore, tu as fait beaucoup de scènes. Est-ce que tous ces concerts très énergiques ont changé ta façon d’envisager la musique pour ce nouveau disque, Des ruines et des poèmes ?

La scène, c’est cette explosion de toute la tension qu’on a accumulé. Il y a un côté très sexuel. Artistiquement parlant, une fois qu’on a obtenu ce que l’on veut, c’est vrai qu’on a envie de voir ailleurs. Je ne voulais absolument pas faire un Sourire carnivore 2. J’ai voulu aller plus loin.

Je trouve que tu chantes mieux et plus. Je me trompe ?

La voix, c’est ma discipline. C’est vraiment ce que je travaille quotidiennement. C’est important pour moi parce que je sais que c’est grâce à la voix que je vais pouvoir faire passer ce que je veux faire passer. La voix, c’est ce qui va permettre d’exprimer les textes et les textes, c’est la base. Même si je suis passionné par le son, je considère que ce n’est qu’un accompagnement.

Clip de "Je suis un soir d'été" (de Jacques Brel), tiré de l'album Des ruines et des poèmes.

Tu m’as dit que ce que tu veux transmettre, c’est avant tout pour toi.

En effet, c’est pour un ressenti physique. Je ne veux pas me priver du plaisir de cette sensation. Je voudrais aller au bout des sensations qui sont possibles. C’est un travail qui est sans fin et c’est ce qui est passionnant dans l’art en général. J’aime la discipline qu’il faut avoir pour s’améliorer et progresser.

As-tu travaillé le son de manière aussi rigoureuse que pour ton album précédent ?

Sur Sourire carnivore, j’étais vraiment tout seul pour tout faire. C’était un travail de titan et quand je suis ressorti de là, j’étais vidé, complètement épuisé. Je suis même tombé malade pour tout te dire. Sur celui-là, je me suis autorisé le fait d’avoir une équipe. Je voulais changer ma façon de faire pour voir ce que ça pouvait donner. Ça m’a permis de prendre plus de distance. L’équipe qui a travaillé avec moi a été très courageuse, car j’ai été obsessionnel jusqu’au bout. Je visais la perfection, même si je savais que nous n’allions pas l’atteindre.

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(Photo : Frank Loriou)

Tu as travaillé avec le réalisateur Philippe Paradis qui a officié comme réalisateur pour des sommités de la chanson française comme Zazie, Christophe, Daran ou Thiéfaine.

Je trouvais son son assez fascinant et rare. A la fois anglo-saxon et particulier.

Vous êtes deux artistes exigeants. Tu as travaillé facilement avec lui.

Au début, je ne savais pas exactement ce que je voulais, et donc, logiquement, lui non plus. On a confronté deux visions, deux directions et au final, Philippe Paradis a été très à l’écoute, très patient et très compréhensif. Il a vraiment fait un travail formidable.

Paradis est aussi un guitariste hors pair, il n’a fait aucune guitare sur ton disque ?

Dans cet album, le travail de la guitare est devenu très accessoire, nous nous sommes plus penchés sur des choses que j’avais l’habitude de travailler seul comme des rythmiques et des synthétiseurs. Il a pas mal épuré mon travail.

"La discorde" audio, tiré de l'album Des ruines et des poèmes.

C’est un disque percutant et incisif.

Oui, tu as raison, mais il est plus minimaliste que Sourire carnivore. Des ruines et des poèmes est beaucoup moins dense. Pour moi, entre ce disque et le précédent, c’est le jour et la nuit, je l’ai bien ressenti au mixage. Toutes les choses que j’avais apprises en studio avec Air, j’avais besoin de les lâcher. Les batteries, les violons, les guitares, des couches et des couches de ceci ou de cela, ça finissait par m’étouffer.

Sur « Semence », effectivement, il n’y a qu’une boite à rythmes, une basse et parfois une guitare.

Le reste ce n’est que de la voix. Non, vraiment, nous sommes allés à l’essentiel.

Tu évoques la fin de la civilisation. Ce n’est pas un disque très optimiste sur le devenir de l’être humain.

Ce n’est pas moi qui le dis. Les climatologues sont tous d’accord là-dessus. On va droit dans le mur, mais on ne sait pas à quelle vitesse. On sait que si on ne change pas notre façon de faire, on va assister à de gros évènements graves qui nous concernent tous et qui concernent la planète dans les 30 ans à venir. Je crois aux prises d’initiatives individuelles et aux changements de comportement individuels. Avec ce disque, je n’ai l’intention de moraliser personne, ni de prêcher. Mon but est de filtrer cette atmosphère que je trouve très anxiogène et délétère. Je n’ai pas voulu faire un disque documentaire sur la situation actuelle, j’ai juste voulu transmettre mon ressenti, mais imbibé par ce côté babylonien du monde. Tu dis que ce n’est pas optimiste, mais ce n’est pas pessimiste non plus. J’aime citer Fernando Pessoa. Il disait qu’il n’était pas pessimiste, mais triste.

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(Photo : Frank Loriou)

Je te rassure, même s’il y a des tourments, de l’anxiété et de la colère, je n’ai pas trouvé ton disque déprimant.

La pop music n’est pas faite pour déprimer. Le but de l’art est de réussir à trouver de la beauté partout et de la lumière au milieu de toute cette ombre. C’est ce qui pourrait définir ce que je recherche le plus, ce contraste entre l’ombre et la lumière.

J’ai l’impression que ce disque est plus direct. Il peut plus toucher le public parce que plus pop.

Je pense que ça vient de l’épure musicale et parce que je suis allé plus au fond des choses au niveau des textes. C’est plus premier degré.

Tu es quelqu’un de tourmenté ?

Tourmenté et à la fois apaisé. C’est comme si à l’intérieur de moi, il y avait un océan qui bouillonnait. Le tout est de savoir contenir ses tempêtes intérieures dans une cuvette… une cuvette qui serait l’art et la discipline. C’est un bon résumé de la condition humaine. On en est tous là.

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(Photo : Fred Petit)

Tu n’as pas un rejet de ce qu’est le monde ?

Non, c’est une acceptation, une résignation.

C’est l’art qui te sauve ?

C’est l’art qui nous sauve tous. C’est l’art qui permet la transmission, qui permet aux êtres humains de communiquer entre eux de la façon la plus pure et la plus vraie possible.

"Hécatombe" audio, tiré de l'album Des ruines et des poèmes.

Je sais que tu es un grand lecteur de classique.

Parfois aussi de contemporains, mais j’ai des classiques qui ne me quittent jamais.

Ça se sent dans ton écriture… comme si tu rendais hommage à tes ainés. Dans la chanson « Des ruines et des poèmes », on est carrément dans l’Iliade d’Homère.

C’est un livre que j’ai lu et relu l’année dernière et qui m’a vraiment bouleversé. Je trouvais formidable que plus de 2500 ans après, cette œuvre continue à influencer des artistes d’aujourd’hui.

Dont toi.

Dont moi. « Des ruines et des poèmes » est parti du personnage d’Hector qui se fait tuer pendant la guerre de Troie par Achille. Je trouve qu’Hector est un personnage très touchant parce qu’il est un peu un héros de l’ombre. C’est un homme qui est protégé par les dieux, mais ce n’est qu’un homme, un bon père destiné à être également un bon roi. Il est l’exact contraire d’Achille. Lui ne doit son salut qu’aux dieux. Il humilie Hector en le trainant derrière son char dans la ville de Troie. Au moment où Hector se fait tuer, il est indiqué dans l’Iliade qu’il se fait trancher la gorge, mais qu’il a le temps de dire quelques mots. Dans ma chanson, j’ai voulu développer ses mots. Evidemment, je m’identifie à ce personnage.

"Des ruines et des poèmes", tiré de l'album Des ruines et des poèmes.

Je parle rarement des pochettes. Mais là, je vois Louis Arlette qui sourit. C’est extrêmement rare, non ?

C’est un sourire à la Joconde. C’est une photo qui m’a tout de suite sauté aux yeux quand j’ai reçu le résultat de cette séance qu’on a faite avec le photographe Frank Loriou. Ce qui me plait dans cette photo, c’est la côté Caravage, ombre et lumière, le clair-obscur.

Je te le dis à chaque fois que l’on se voit, mais je trouve que tu es à part dans ce milieu.

Est-ce qu’être à part ne définirait pas l’artiste ? Est-ce que toutes les œuvres qui valent quelque chose ne seraient pas un peu à part ?

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Pendant l'interview, le 22 mars 2019, à la Halle Saint-Pierre.

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10 mai 2019

Abel Cheret : interview pour Amour Ultra Chelou

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(Photo : Marie-Pierre Durand)

abel cheret,amour ultra chelou,interview,mandor(Photo à gauche : Camille Pourcel)

« Des histoires d'amour chelou sur des rythmes tropicaux, de la nonchalance dans la voix et dans la dégaine, entre Souchon et Tellier, entre Katerine et Daho » nous explique le dossier de presse d’Abel Cherret. Pas faux. Perso, j’ai adoré ce deuxième EP, Amour ultra chelou. 5 récits pop d’histoires d’amour versant parfois vers le cynisme, le tout avec une très jolie plume sur une musique d’aujourd’hui.

EP à découvrir notamment ici.

J’avais hâte de faire sa connaissance. Et c’est un jeune homme (de 34 ans, mais qui ne les fait pas) avenant et souriant que je rencontre, le 12 avril dernier dans un bar parisien.

Mini biographie (officielle) :

Né aux Sables d'Olonne, en Vendée, son mélomane de père le berce en écoutant Bob Dylan, Dick Annegarn ou encore Jacques Higelin. Abel Chéret vit sa première expérience musicale à 15 ans comme auteur puis chanteur dans un groupe de rock. Il migre ensuite à Paris pour se libérer des fantômes de son enfance. Dans ce nouvel environnement, il écrit des chansons plus intimistes à l'humour tranchant.

L’EP (argumentaire de presse officiel) :abel cheret,amour ultra chelou,interview,mandor

Après un premier EP très organique enregistré en trio (guitare / cuivres / batterie), Abel Chéret cherche un mode d’écriture plus personnel encore et sans concession. Il troque sa guitare contre un PC et s’enferme 3 mois pour écrire et composer de nouveaux morceaux qui raisonnent avec ses obsessions du moment : l’amour et le sexe dans toutes leurs formes. Il s’allie ensuite au producteur PAG qui finalise les arrangements puis il soumet les titres à l’oreille experte d’Etienne Caylou (Clara Luciani, Eddy De Pretto) pour le mixage.

Le résultat : 5 histoires « d’Amour Ultra Chelou » touchantes et cyniques sur fond d’une électro pop percussive. L’EP Amour Ultra Chelou vient de sortir.

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(Photo : Camille Pourcel)

abel cheret,amour ultra chelou,interview,mandorInterview :

Je crois savoir que ton père écoutait beaucoup de musique ?

C'est un grand mélomane. Il écoute beaucoup de musique tous genres confondus, du classique, à la musique contemporaine en passant par le métal et la techno… Tout petit, j’entendais aussi Dick Annegarn, Higelin, deux artistes libres et exubérants et je les adorais. Mais celui que mon père a dû écouter le plus, c’est Bob Dylan. Il m’a donc beaucoup marqué.

A 15 ans, tu es déjà chanteur et auteur d’un groupe de ska punk.

A l’époque j’écoutais du rock, du punk, un peu de reggae, les groupes de rock festif à la Mano Negra. J’étais dans cette ambiance musicale quand j’ai appris qu’il y avait un groupe de rock qui se formait dans mon lycée. J'ai commencé par écrire des textes, puis au bout d’un moment, je suis devenu le chanteur et parolier. J’ai appris la musique avec ce groupe en fait. Beaucoup venaient du Conservatoire et connaissaient bien la théorie musicale et l’harmonie. Pendant 5 ans, j’ai appris la musique avec eux, entres potes.

Parallèlement, tu écrivais tes chansons personnelles.

A un moment, ils sont partie dans un délire plus pop… ils avaient d’autres ambitions. J’ai préféré rester avec mes chansons intimistes. Nous nous sommes séparés, mais eux existent encore. Ils commencent d’ailleurs à avoir du succès. C’est le groupe Léonie. Nous sommes toujours potes, mais j’ai fait mon chemin de mon côté.

Clip de "Calor Humedo". Images #animation. Réalisation : Simon Dronet http://www.simondronet.com/

C’est ton deuxième EP. Le premier est sorti en 2014.abel cheret,amour ultra chelou,interview,mandor

A l’époque, j’avais un batteur et un musicien qui faisait les cuivres. Mon projet n’était pas assez mûr à mon sens, donc je n’ai pas beaucoup communiqué dessus. J’étais quand même bien implanté dans le réseau chanson à Paris. J’ai chanté dans des salles comme Les trois baudets par exemple. Mais bon, je sentais que je n’étais pas encore là où il fallait que je sois. Je cherchais mon identité musicale.

Amour ultra chelou. J’adore le titre de ton EP. Tu l’as choisi comment ?

Un jour une copine a entendu un de ces titres et elle m’a dit : « c’est encore une chanson d’amour ultra chelou, ce que tu nous as fait ». Je me suis dit : « c’est parfait ! J’ai mon titre ».

Pourquoi n’écris-tu que des chansons d’amour ?

Quand j’écris, j’essaie de ne pas m’imposer de contraintes. Je veux être le plus libre possible dans ce que je raconte. Je sens que ça marche quand ce que j’écris est plus ou moins automatique. Je lis beaucoup de livres, des poèmes, et au bout d’un moment, dans ma tête, ça murit, ça travaille, ça fermente… et il en sort quelque chose qui vient sans que je ne réfléchisse trop. Ce qui sortait était des chansons d’amour parce que j’étais fou amoureux à l’époque où j’ai écrit l’EP. Ca a forcément joué. Dès que j’essayais d’écrire autre chose que des histoires d’amour, ça sonnait faux.

Dans ta chanson « Lovely Doll », on comprend que c’est précisément un amour ultra chelou.

Au Japon, ils ont des poupées qui sont utilisées comme objets sexuels, voire même comme des prostituées. Je suis partie de là et ça a dérivé vers le viol domestique. Je parle des hommes qui violent leur femme soumise à eux et qui deviennent donc les objets sexuels de leur mari.

Il y a des chansons un peu ambiguës, pas très claires, dont on peut deviner des doubles sens…

J’aime bien l’ambiguïté alors j’image souvent les choses. La chanson « Irma » pourrait parler d’une femme, or j’évoque l’ouragan du même nom. Tant que c’est cohérent dans les deux sens, ça me convient.

Clip de "L'amour saignant". Scénario et réalisation : Rosalie Charrier
Abel Chéret joue le rôle du groom. Le couple est incarné par Eva Danino et Vassili Schneider.
Bernard Tiélès et Geoffroy de La Taille incarnent les serveurs.

abel cheret,amour ultra chelou,interview,mandor(Photo à gauche: Marie-Pierre Durand)

Chez toi l’amour n’est pas doucereux, mielleux, dis-tu dans « L’amour saignant ».

C’est une ode ironique à l’amour jetable. Avec Tinder ou autres applications de rencontres, on a l’impression que tout le monde est accessible et que l’on peut coucher facilement avec n’importe qui. Je ne fais jamais la morale aux gens, mais je trouve dommage de ne pas prendre le temps de connaitre les gens, ça enlève tout romantisme à l’amour. Cela dit, je ne crache pas sur les sites de rencontres puisque j’ai justement rencontré ma copine sur l’un d’eux (rires).

Je trouve que tu as ta propre identité et que tu ne ressembles pas à d’autres artistes.

C’est gentil, mais certains voient dans « L’amour saignant », un côté Souchon. C’est vrai que, parfois, je suis proche de ses harmonies. D’autres m’affilient à Alex Beaupain. Tu vois je n’échappe pas aux comparaisons.

J’adore « Western eros », une chanson aventuro-coquine.

C’est la chanson la plus narrative de l’EP. Je raconte l’histoire d’un couple qui va dans un cinéma. Ils regardent un western. La fille masturbe le mec qui lui, essaie de se concentrer sur le film… mais les deux scènes se mélangent en lui. C’est une chanson très imagée là aussi.

Tu as changé ta façon de travailler tes musiques, je crois.

Avant, j’écrivais mes morceaux à la guitare. Pour cet EP, j’ai laissé tomber cet instrument pour tout ce qui est arrangements et compositions. J’ai gardé l’harmonie et je travaille tout avec un logiciel sur mon ordinateur. Je crée de la musique de façon électronique en m’inspirant de ce que j’écoutais à ce moment-là. En l’occurrence, j’étais fana de musique cubaine. J’ai donné le fruit de mon travail à mon acolyte PAG. Il a retravaillé mes sons pour qu’ils sonnent un peu mieux. J’adore sa finesse et son oreille.

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(Photo : David Desreumaux)

Tu as beaucoup fait de scène en guitare chant solo. Avec tes nouvelles chansons, tu vas être comment ?abel cheret,amour ultra chelou,interview,mandor

Ma formule favorite c’est : batterie, séquences, moi au chant et aux claviers. Avoir un batteur rend les chansons plus percussives et ça donne beaucoup de vie aux morceaux. Avant cette EP, j’avais réussi à trouver une certaine liberté avec ma guitare et depuis que je ne l’ai plus, ça m’a déséquilibré complètement. Là, je commence à bien retrouver mes marques et une certaine fraicheur que je pouvais avoir avant.

Cet EP présage d’un album à venir j’imagine.

J’ai voulu que cet EP soit très abouti pour qu’il soit la meilleure carte de visite possible. Evidemment, je travaille sur d’autres chansons et évidemment, j’aimerais garder à mes côtés, PAG et le mixeur du disque Amour Ultra Chelou, Etienne Caylou. Ça s’est tellement bien passé entre nous que j’aimerais développer quelque chose avec eux.

C’est un combat pour toi d’exister dans ce métier ?

C’est d’abord un combat avec moi-même. J’aime bien parler, échanger avec les gens, mais je n’aime pas me mettre en avant et me vendre. Cela ne fait pas partie de mon ADN. Sinon, honnêtement, faire de la musique, c’est un plaisir avant tout.

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Après l'interview, le 12 mai 2019, au Pachyderme.

09 mai 2019

Nicolas Paugam : interview pour Le ventre et l'estomac

Crédit Fred Boyer  (3).JPG

(Photo : Fred Boyer)

portrait nico cre╠üdit fred Boyer (2).jpgCe métier me fascine. Je passe ma vie à écouter et découvrir de nouveaux artistes français, je crois avoir une connaissance assez précise sur la production musicale de notre pays (et principalement en chanson et variété), puis soudain je tombe sur un espèce de génie. Cet artiste inclassable existe et je ne le savais pas.

Nicolas Paugam, donc, a sorti Aqua Mostlae, Mon Agitation, Boustrophédon et bientôt Le ventre et l’estomac, le 14 juin prochain dans les eaux mouvementés d’un style musical exigeant et original (j’ai lu quelque part de la « pop tropicale et champêtre ») et d’une voix singulière, voire déroutante. Nicolas Paugam est devenu du jour au lendemain, pour moi, un chanteur important. Il devrait être dans le haut du panier, il ne l’est pas encore. Je ne suis donc pas le seul à l’avoir loupé. J’espère que je ne serai pas le seul non plus à réparer l’erreur…

Vous pourrez découvrir en concert Nicolas Paugam avec Cedrik Boule le lundi 20 mai à L'Auguste Théâtre à Paris.

Autres dates:

Le 8 juin au centre cullturel de Lesquin ( nord ) pour le 11/11
Le 13 juin, sa release party au studio de l'Ermitage ( Paris) avec Fontaine Walace
Le 15 juin à Pinsaguel ( 31 )
Le 21 juin - Fête de la musique au Puy- Jazz concert
Le 22 Juin aux Nonières ( 07 ) jazz-concert avec les Meustaches
Le 12 juillet au festival Off des Nuits de Saint Jacques au Puy-en-Velay

… et au festival des nuits de Fourvière le 3 juillet, en ouverture du concert de Vanessa Paradis. 

Le 12 avril dernier, nous avons fait la connaissance dans un bar parisien. Conversation de haute tenue.

Biographie officielle (par Nelly Dvořák ) :

Nicolas Paugam. Il est ailleurs et parmi nous. Il chante ce qu’il veut depuis son papier peint qu’il applique aussi bien dans la nature qu’à la ville, en Bretagne comme au Brésil. On le soupçonne même parfois d’aller chanter pour les petits êtres vivant entre le mur et ledit papier, mais peut-être aussi qu’il arrive à le poser là où il n’y a même pas d’murs." Jean Palomba, le poète de Rage mue - Et en effet, c’est sans doute la poésie qui peut rendre le mieux compte de la singularité du bonhomme. Singulier, bizarre ou plus précisément excentrique, comme le classait Les Inrockuptibles dans son hors-série sur les saugrenus. Le voilà donc sur le point de sortir son quatrième disque.

Le disque (par Nelly Dvořák ):Pochette-WEB.jpg

Il nous parle de son anatomie bizarre. Oui, parce que l’estomac ne fait-il pas partie du ventre ? La chanson éponyme décrit les tourments d’un homme dans son couple qui vit diffusément son mal, pour mieux le localiser ensuite. Même chirurgie pour "Le Chasseur Blanc", comme un droit de réponse au fameux "Tu vois pas qu’on s’aime pas" puisqu’ici c’est une femme qui parle. D’ailleurs, le chanteur laisse volontiers le mot de la fin aux femmes. Mais peut-être écrirait-il la "faim" ? Quoi qu’il en soit, la résignation s’y fait plus drôle, distanciée et légère. Dans le ton et le rythme. Ces neuf chansons, avec ses scat et ses "vaya" brésiliens, manient dérision - bienveillante - jeux de mots et rimes, pour décliner différentes façons d’avoir de l’estomac... (face à sa compagne, à son compagnon donc, face à son banquier, à la meute estivale ou punitive ou face à la mort...). De fait, Nicolas Paugam pousse sa malice potache jusqu’à finir son album par un naufrage !

Teaser.

Ce quatrième album se veut le dernier de la série "collages" ; car tous ces disques se reconnaissent, au-delà de leur style croisé « entre Michel Legrand, Alain Souchon et la MPB » (Télérama), par leur pochette bigarrée réalisée par le compositeur. Voilà donc une musique éclectique et solaire aux codas ad libitum et à la poésie sans gare. Oui, à classer dans les inclassables.      

crédit Fred Boyer 5 (2).jpg

(Photo : Fred Boyer)

IMG_0680 (2).JPGInterview :

En écoutant ton nouvel album, je me suis demandé comment j’avais pu passer autant d’années à côté de toi. J’ai adoré vraiment dès la première écoute.

Ça me fait plaisir parce que je fais une musique qui me parait assez exigeante, difficile, complexe et qui mérite plusieurs écoutes.

Je n’aime pas ce qui est lisse, je me lasse de la musique qu’on écoute tout le temps, alors j’aime les artistes qui sortent franchement des sentiers battus.

Je suis comme toi. J’adore faire des découvertes. D’ailleurs, dernièrement, j’ai découvert Franck Monnet (mandorisé là), qui n’est pourtant pas un débutant. Du coup, j’ai acheté tous ses disques.

Clip de "Le ventre et l'estomac" extrait de l'album Le ventre et l'estomac.

Tu as eu une enfance marquée par quelques albums, je crois.

A la maison, il y avait quatre disques. Harvest de Neil Young, The Freewheelin’ de Bob Dylan, Alan Stivel à l’Olympia, disque mythique, et un disque de flute de pan. Ma mère m’a dit que j’écoutais en boucle celui de Dylan. Il a un son hallucinant. On n’arrive plus à faire des disques avec un son pareil. Ça vient de la table de mixage 4 pistes.

Après, c’est le jazz qui t’a intéressé.

Après le divorce de mes parents, ma mère s’est mise avec un musicien de jazz, un batteur. Mon beau-père avait une collection de 700 disques de jazz. J’ai mis du temps à apprécier complètement ce genre musical, mais j’entendais Bud Powell, Django Reinhardt, Lionel Hampton en permanence à la maison. Ça m’a nourri inconsciemment puisque, aujourd’hui, j’en joue régulièrement avec mon frère.

Clip de "La complainte du Titanic", tiré de l'album Le ventre et l'estomac.

A 19 ans, tu commences la guitare.

Compulsivement. J’étudie de très près David Bowie, Jimmy Hendrix, Nick Drake et Robert Wyatt. Avec mon frère, nous formons notre premier groupe, les Syncop’s, dans lequel nous jouons essentiellement des reprises (The Clash, The Doors, Led Zeppelin ou Rolling Stones). Bientôt les idées personnelles affluent. Nous composons nos premières chansons en français et en anglais. Ce seront les premières maquettes, les premiers disques, l’avant Da Capo, l’avant Lithium.

1995, petite consécration, vous signez un quatre titres sur le Single Club du label Lithium The Man I used to be.

Le groupe s’appellera désormais Da Capo. En 1997, l’album Minor Swing sort sur ce
même label. La presse en fait l’éloge. Le disque sort au Japon sur le label Toshiba. Nous partons en tournée en Espagne avec The Married Monk et jouons, entre autres, un concert, in memoriam, au Café de la Danse en première partie du groupe Supergrass.

Crédit Nelly Dvorak  (2).jpeg

(Photo : Nelly Dvorak)

Da Capo existe toujours ?

Oui. J’ai fait 4 disques avec mon frère, ensuite, j’en ai eu marre. J’avais mon propre univers et je ne pouvais pas trop le mettre en avant.

A 31 ans, tu viens vivre à Paris.

Je monte un groupe de swing manouche, toujours avec mon frère Alexandre, Les Frères Paugam à Meustaches. S’ensuivent des centaines de concerts dans les cafés parisiens.

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Pour ton album, Aqua Mostlae, Valérie Lehoux de Télérama a fait un rapprochement avec Michel Legrand. C'est plutôt flatteur.

Ca me parle oui, en effet. A un moment, je comptais faire un projet sur Georges Brassens. J’ai donc commencé à jouer les thèmes de Brassens à la guitare manouche et à faire des arrangements derrière, c’est-à-dire des improvisations écrites. Je me suis rendu compte que ce que je faisais était très mélodique. J’ai donc fait de la musique avec les harmonies de Brassens, mais avec mes propres mélodies. Ça a donné le disque de jazz, La tamanoir de mes rêves.

Un jour quelqu’un te conseille de mettre des textes sur tes compositions.

Voilà. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à écrire en français. Mon univers vient donc du jazz.

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Nicolas Paugam dans son ancien atelier (musique et peinture-collage).

Comment travailles-tu ta musique ?

Je compose en improvisant sur des boucles de batteries les plus swingantes ou bizarres possible et je chante en même temps. C’est hyper long et laborieux. Mon écriture est inconsciente.

Il n’y a jamais de réflexion sur le texte que tu vas faire ?

Au départ, il n’y a pas de sujet. Je suis incapable d’écrire sur un thème imposé. J’ai des mots qui me viennent automatiquement et ce sont ces mots et la mélodie qui vont me dicter la suite de la chanson. Au final, j’aborde des choses que j’ai captées inconsciemment dans des discussions, à la télé, dans la rue…

Clip de "Facile", tiré de l'album Aqua Mostlae (2013).

Pour toi, la création est-elle facile ?

Je n'ai pas à me plaindre. C’est le thème de ma chanson « Trop facile ». J’explique que c’est facile de composer pour moi. C’est facile parce que je travaille beaucoup, parce que j’écoute plein de musiques, parce que j’ai trouvé une technique solide après 20 ans de recherches et de remises en questions..

Quand tu composes, tu as besoin de solitude ?

Oui, je vais donc m’isoler dans des maisons perdues dans des coins un peu paumés comme en Lozère par exemple et je compose pendant une semaine. Il en ressort quelques bonnes chansons avec cette technique dont je viens de te parler. Le problème, c'est de trouver le temps d'y aller car j'ai un boulot alimentaire. 

Tu fais toi-même tes clips.

Ils sont très artisanaux. On y voit la nature, des enfants, du théâtre d’objets… Je crois que je serais ennuyé d’avoir toute une équipe pour faire un clip. J’aime bien cette idée d’être très indépendant et de faire ça à trois, entre copains. On peut faire des choses très artisanales et de très bonnes qualités. C’est plus une question d’idée qu’une question d’argent.

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(Pendant l'interview).

Ton univers graphique est très intéressant également.

Mon univers graphique doit beaucoup à ma maman, Elizabeth Paugam, qui fait des peintures, du collage et du théâtre. Une autre source d’inspiration primordiale, Sergueï Paradjanov un artiste arménien controversé en Union soviétique (astreint en 1973 aux travaux forcés pendant quatre ans, puis incarcéré à différentes reprises jusqu'en 1982), mais très défendu et apprécié par les cinéphiles occidentaux. Un musée lui est consacré à Erevan, en Arménie, où il est considéré comme le grand cinéaste national. Ce qu’il fait correspond exactement à ce que je suis. Il a fait un film hallucinant qui s’appelle Sayat-Nova.

(Sayat- Nova (La Couleur de la grenade), de Sergueï Paradjanov, est inspiré de la vie d’un poète arménien mort en Géorgie. Au lieu d’un récit linéaire, le cinéaste, à la fois structuraliste et traditionaliste, opte pour une série de tableaux vivants représentant des moments clés de la vie du poète. Paradjanov déclare : « Il m’a semblé qu’une image statique, au cinéma, peut avoir une profondeur, telle une miniature, une plastique, une dynamique internes… » Source : Wikipédia)

Clip de "Rendez-vous au sommet", tiré de l'album Le ventre et l'estomac.

Les Inrocks dans son édition sur « Les saugrenues » ont dit de toi : « Singulier, bizarre, ou plus précisément excentrique », ça te plait que l’on te voit ainsi ?

Oui, bien sûr. Il y a un adjectif qu'avait utilisé Grégory Cuesta sur le site Culture au poing et que j'ai découvert : Hétérodoxe (signifie « qui pense d'une autre manière que la manière habituelle, dominante »).

Ça te gêne de ne pas être reconnu à ta juste valeur professionnelle ?

Il y a une justice quelque part. J'ai commencé à chanter sur scène seulement en 2014. J’attends mon tour, tout simplement.

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Après l'interview, le 12 avril 2019 au Pachyderme.

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07 mai 2019

Musset : interview pour son EP "Orion"

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(Photo : Audrey Wnent)

musset,orion,ep,interview,christophe musset,mandor« En choisissant Orion pour titre de son premier EP, Musset parle de cet instinct qui l’a conduit, après son expérience dans le groupe Revolver, à suivre sa bonne étoile. Les cordes d’une guitare acoustique pour seules flèches, il chante aujourd’hui des textes clairs et baladeurs avec lesquels explorer le monde » explique le dossier de presse de l’artiste.

Ce qui est certain, c'est que Musset a su s’entourer pour ce premier EP solo majestueux et d’une élégance rare. Co-écriture avec Jean-Michel Reusser, coréalisation avec Stéfane Goldman et mixage par Bénédicte Schmitt

Immense coup de cœur! 

L'EP est à écouter là (par exemple).

La première fois que j’ai rencontré Christophe Musset, c’était pour une interview de Revolver pour le journal de la FNAC (lire ici). Il n’était pas le plus bavard, mais je le trouvais le plus « sage » et profond. Il ne parlait pas pour ne rien dire. Aujourd’hui, non plus, mais je l’ai senti plus libre et serein.

Le 20 mars dernier, j’ai été convié chez Jean-Michel Reusser (voir plus bas) pour parler de son retour dans le monde de la musique, désormais française.

Biographie officielle :musset,orion,ep,interview,christophe musset,mandor

Quand il compose encore la moitié fondatrice du groupe à succès Revolver, Christophe Musset enchaîne les dates, les radios, les promos, les Victoires de la musique...

Fin des années 2000, on ne parle pas encore de “stream” mais le jeune leader pop-rock sent passer le courant : celui qui électrise, galvanise et vous crame.

Addictions aux exigences des majors, culpabilité, vie personnelle en vrac.

Aujourd’hui, Christophe parle avec tendresse de ces deux albums en anglais qui l’ont fait éclore, mais à l’époque, la force n’y est plus. Le groupe tire sa dernière balle en 2013.

Il n’est pas rare que les artistes, au cours de leur carrière, doivent répondre à la question fatale : comment renaître ? Contacts en poche, Musset s’envole d’abord au Pérou pour y percer le mystère de ses fameux rites initiatiques avant de s’installer au pays basque, près de sa famille, où il bosse un temps comme libraire et compose, preuve qu’il n’oublie pas tout à fait la musique, la B.O. du film Diamond Island du franco-cambodgien Davy Chou (le film obtient le prix SACD de la Semaine de la critique à Cannes, le Grand Prix du Festival de Cabourg, la mention spéciale du Prix Jean Vigo...). Loin, très loin des vanités et du showbiz, l’écriture et ses mots lui reviennent... en français, preuve qu’il est enfin prêt à tomber le masque. En aurait-il fini avec l’éternelle adolescence ? Converti, comme il le chante, “Aux chansons qui font ressurgir / Les vestiges d’un amour, d’un empire”, on le découvre adulte, posé, curieux des autres, des forces de la nature et de musicothérapie.

musset,orion,ep,interview,christophe musset,mandorLe disque (argumentaire officiel) :

Avec un sens aigu de la transmission et le regard plein de gratitude envers ceux qui l’entourent, le beau gosse aux boucles brunes n’a rien perdu de son doigté de guitariste ni de la juvénilité de son timbre. Jeune papa, Musset se réinstalle à Paris comme on reprend le cours d’une vie qu’on aurait laissée mûrir derrière soi. Il y rencontre un nouveau mentor d’expérience, Jean-Michel Reusser, qui voit en lui le potentiel d’un Damien Rice ou d’un Sufjan Stevens à la française, ces auteurs-compositeurs-interprètes dont la voix délicate se pose sur votre épaule. Tous deux travaillent aussitôt en miroir et dessinent un univers folk, doux et aérien. Musset, qui aime le cinéma et ses bandes-son, finit par chanter de premiers titres sincères, accessibles, épurés. Un E.P. prend forme en épousant, Bénédicte Schmitt au mix, les contours de l’évidence.

Ce n’est pas un hasard si Musset chante sur l’un de ses titres : “On n’est pas vraiment là jusqu’à ce que l’on s’en aille / On ne comprend qu’après”.

Comprenez donc : Musset revient !

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(Photo : Audrey Wnent)

musset,orion,ep,interview,christophe musset,mandorInterview :

Je crois savoir que c’est toi qui es à l’origine de l’arrêt de Revolver. Que s’est-il passé ?

Etre dans un groupe, au départ, me convenait totalement. A l’époque, je n’aurais jamais eu le courage de faire quelque chose tout seul. A trois, tout semble plus facile parce que tout est divisé. Au départ, nous étions très amis, au bout de 6 ans à être ensemble 300 jours par an, même s’il n’y avait pas de tensions entre nous, ce n’était plus pareil. A un moment, j’ai dit aux deux autres qu’il fallait que je parte. C’était une urgence personnelle liée à mon rapport à la musique. J’avais l’impression d’être devenu une sorte de machine qui savait écrire des chansons, jouer de la guitare et chanter. J’avais du mal avec l’aspect « professionnel » de ce qui était avant tout une passion. En plus, dans ma vie personnelle, ce n’était pas la joie… Une tournée, c’est absolument génial quand tu es bien dans tes pompes, si tu es mal, ça t’enfonce complètement.

Aujourd’hui, vous êtes encore amis tous les trois ?

Oui, comme dit Ambroise, nous avons sauvé nos amitiés. Nous ne jouons plus ensemble, ça reviendra peut-être. En tout cas, quand on se revoit, c’est avec beaucoup plus de plaisir qu’avant.

Clip de "Aussi loin".

Après Revolver, tu es parti t’exiler au Pérou. musset,orion,ep,interview,christophe musset,mandor

Puisque j’étais malheureux en faisant de la musique, je me suis dit à ce moment-là que j’allais arrêter la musique, ce qui était parfaitement stupide. Juste avant de prendre mon avion pour le Pérou, mon petit frère m’a filé une guitare acoustique en petit format au cas où l’envie revienne. En fait, j’avais besoin de me reconnecter avec la musique dans quelque chose d’intime et de thérapeutique.

Au Pérou, tu es passé par un centre spirituel chamanique.

J’entendais les chamans chanter toute la nuit lors de leur cérémonie, des mantras en yoga et d’autres formes de musique. Ça m’a fait du bien de me connecter à ses musiques primitives, voire primales.

Quand tu es revenu au Pays Basque, tu as travaillé dans une librairie.

Oui, pendant 9 mois. J’étais dans le réel, le concret, dans une vie plus normale. Ça m’allait bien.

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(Photo : Audrey Wnent)

Ensuite, il y a trois ans, tu as écrit un album solo.

Au bout d’un an de boulot, alors que le disque était presque fini d’enregistrer, j’ai compris qu’il ne fallait pas que je le sorte. J’ai vu ce qui allait et ce qui n’allait pas, ça m’a permis de savoir où j’en étais musicalement et c’était suffisant.

Tu as fait la BO du film Diamond Island de Davy Chou, puis tu as rencontré Jean-Michel Reusser.

Nous nous sommes rencontrés au parfait moment. C’est l’ancien manager de Revolver qui m’avait parlé de lui en m'affirmant que ça allait coller entre nous. On a pris un café ensemble. On est resté 4 heures à discuter. C’était le moteur dont j’avais besoin pour redémarrer... et un miroir aussi. J’ai rencontré la bonne personne qui m’a aidé à écrire et peaufiner ma musique. Grâce à lui, je sais que l’EP que je sors me ressemble beaucoup.

Tu chantes désormais en français.

Avec Revolver, nous étions réunis par les harmonies vocales, et c’était plus simple en langue anglaise. Aujourd’hui, c’est difficile de chanter en français parce que j’avais envie de faire quelque chose se rapprochant d’Elliott Smith et de Sufjan Stevens… parce que c’est la musique que j’écoute. En tout cas, je ne voulais pas écrire du très littéraire, mais choisir les mots simples pour parler d’émotions compliquées.

"Orion" (official lyrics video).

musset,orion,ep,interview,christophe musset,mandorTon EP est très doux, comme le premier album de Revolver finalement.

Tu as raison. Sur les autres albums du groupe, on est devenu plus pop électrique. Est-ce que je ne boucle pas une boucle avec cet EP ? Je ne sais pas.

Tu as fait des concerts avec les chansons de cet EP ?

J’ai fait quelques premières parties de Dominique A. Il m’impressionne beaucoup quand je le vois seul avec sa guitare sur scène capter autant son public… et il est absolument adorable. Je pense que c’est lui qui m’a donné le déclic de chanter en français. J’entendais des influences des Smiths chez lui, entre autres, il m'a donc fait comprendre que même quand on avait cette culture là, on pouvait faire du bel ouvrage en français.

Et toi, tu es seul avec ta guitare sur scène ?

Non, seul avec mes guitares et une sorte de tapis d’effets pour apporter un peu d’imaginaire et d’atmosphère en plus.

La chanson française se porte bien en ce moment ?

Il y a un vrai renouveau de la chanson assez qualitative. Chez les hommes, j’aime beaucoup Olivier Marguerit, dit O et chez les femmes, je suis très admiratif de Clara Luciani. Elle a des textes assez saisissants. J’ai remarqué que les chansons que j’apprécie le plus en ce moment, ce sont des chansons plus portées par des femmes. Les Chris, les Camille font des chansons courageuses qui abordent des thèmes très féminins qui n’ont vraiment jamais été abordées.

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A la fin de l'interview, le 20 mars 2019.

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04 mai 2019

Chimène Badi : interview pour son nouvel album

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IMG_1314.jpgAprès avoir sillonné la France aux côtés de Julie Zenatti avec la tournée Méditerranéennes, Chimène Badi (déjà mandorisée là) revient avec treize nouvelles chansons avec Chimène, probablement son meilleur album, dans les bacs depuis le 19 avril 2019. Ce disque a été introduit avec le titre « Là-haut » lors de Destination Eurovision en janvier 2019. La chanteuse n'a pas remporté le concours sur France 2 mais elle a retrouvé l'envie de chanter après des mois un peu compliqués. Le 6 mars dernier, j'ai été convié au studio Labomatic pour écouter en avant-première 6 nouvelles chansons de Chimène Badi (et pour l'interviewer ensuite).

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« Là-haut » est arrivé comme un cadeau. C’est l’été. Chimène est loin de la musique et près de la vie quand on l’appelle dans le Sud pour lui proposer de participer à « Destination Eurovision ». Elle a sa condition : trouver LA chanson qui va faire chavirer son cœur. De retour en studio, Chimène découvre des titres écrits par Corson. Chimène est transportée.  « Là-haut » dit tout ce qu’elle est, moderne et enflammé. Co-écrit avec Yseult et Yacine Azeggagh, composé par Boban Apostolov, « Là-haut » est pour Chimène, comme un appel à poursuivre le chemin vers le mieux, vers le bien. Retrouver l’envie d’un nouvel album, de remonter sur scène. « Qui peut nous dire qui nous sommes ? Rien ni personne ». Chimène en a fini d’écouter ceux qui veulent lui dicter qui elle doit être. Elle revient désormais avec un nouvel album intitulé Chimène tout simplement, disponible dès à présent. Vous pouvez l'écouter là.

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IMG_9355 (2).JPGInterview :

Peut-on dire que c’est une nouvelle Chimène Badi que nous retrouvons dans cet album ?

J’avais envie d’évoluer dans ma manière de chanter, de poser mes mots, de gérer mon vibrato et ma puissance vocale de manière différente... C’était presque un défi de transformer ma manière un peu « old school » de chanter pour l’emmener dans un style plus actuel.

Musicalement aussi, c’est plus moderne, non ?

En décembre dernier, j’ai participé à un séminaire avec tout plein de compositeurs, de mélodistes et d’auteurs. Au détour de différentes conversations avec les uns et les autres, certaines chansons sont nées.

Clip de "Là-haut".

La chanson « Là-haut » sonne différemment de ce que vous avez l’habitude de faire.47366370_10155595543620356_6132849995994365952_n.jpg

Oui, même si la signature vocale est là. J’ai calmé mon vibrato et, comme je viens de vous le préciser, je voulais proposer quelque chose de nouveau.

Votre précédent album de 2015, « Au-delà des mots », était un album très personnel.

C’est un disque dans lequel j’ai voulu régler des choses. Je ne sais pas si je suis allée dans la bonne direction. Je ne sais pas non plus si j’avais les bonnes personnes à côté de moi. En tout cas, le public et moi ne nous sommes pas retrouvés. Dans ma jeune carrière, c’est le seul album qui a eu un triste destin (rires). Il n’a pas du tout fonctionné. Ce premier échec est arrivé tard, c’est donc troublant, voire déstabilisant. Je me suis posée des tas de questions. J’ai sans doute fait cet album alors que ce n’était pas le moment…

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49317228_10155655811060356_2763775819632345088_n.jpgCe nouveau disque éponyme est donc important pour vous, je suppose…

L’enregistrement et tout ce que je fais autour de cet album, c’est comme une première fois. Pendant 5 ans, j’étais dans le flou, un peu perdue et du coup, j’apprécie tout ce qui m’arrive de positif. J’ai mis toute ma personne et j’ai oublié le monde extérieur. Je suis dans ma bulle et je n’ai absolument pas envie d’en sortir. J’ai hâte que le public découvre ce disque, car je suis convaincue qu’il a quelque chose de particulier.

Vos nouvelles chansons sont d’une efficacité folle.

Tant mieux parce que, quand on a des retours positifs, ça fait du bien. Tout est lié aux histoires personnelles que j’ai voulu raconter et à mes ressentis. C’est flippant de ne pas savoir comment un nouvel album va être accueilli. Il faut que je sorte de ma bulle pour aller défendre le disque. Là, j’étais bien… même si j’ai suivi mon instinct autour de ces chansons, ce n’est pas le même travail de faire la promotion.

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Il y a des textes féministes, comme « Devient reine » par exemple.50818483_10155670567170356_2948312778881892352_n.jpg

Plutôt féminins que féministes. Dans cette chanson, j’explique qu’il faut prendre conscience de soi, de la femme que l’on est et de ce que l’on peut faire et véhiculer. Il faut oublier que l’on ne peut être qu’une épouse, une maman, une sœur ou une fille, mais une femme tout simplement. Cette chanson est importante pour moi parce que j’ai réalisé cela il y peu de temps. J’ai pris conscience qu’il fallait que je prenne soin de moi, que je m’écoute et que je comprenne que je n’étais pas qu’une artiste… que j’existe en tant que moi. Je ne veux plus être enchainée et n’être là uniquement pour les autres. Je veux désormais exister pour moi.

Dans « Ailleurs », j’ai l’impression que vous évoquez un pervers narcissique.

C’est exactement ça. Je parle d’un homme qui arrive à faire en sorte que celle avec qui il est n’est rien. C’est inspiré de mon parcours, mais je sais que je ne suis pas la seule à qui c’est arrivé. C’est un thème qui touche beaucoup de gens et plus que l’on ne croit. L’emprise que cette personne avait sur moi, elle ne l’a plus. Aujourd’hui, j’ai acquis une certaine force et j’espère que cette chanson va en donner à d’autres.

Dans « Ce qui m’anime », vous racontez qui vous êtes.

Je raconte comment je perçois la vie aujourd’hui. Je dis que je suis forte et fragile… ce que j’ai de ma mère et de mon père. Au travers de cette chanson, je dis que ce qui m’anime aujourd’hui, ce qui me fais tenir, ce qui me donne envie de me lever le matin, c’est ce truc lumineux qui est au fond de moi et que je ne parviens pas à expliquer concrètement. Je n’ai plus peur de la vie. En tout cas, elle m’effraie moins. Quoi qu’il arrive dans la vie, j’ai compris que tout peut s’améliorer au bout d’un moment. La vie est compliquée, imprévisible et peut te mettre des tartes hyper violentes quand tu ne t’y attends pas, mais cela permet de rentrer dans la cour des hommes. J’ai compris ça… j’en fais des chansons déguisées.

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Chimène Badi, Corson et Dominique Blanc-Francard.

56213681_10155818257535356_6682834598495256576_n (2).jpgÇa vient de votre répertoire passé.

Au début de ma carrière, je n’avais rien vécu. J’avais 18 ans. J’ai chanté des histoires d’amour que je n’avais jamais vécu de ma vie. La vie n’est pas que synonyme de tristesse et de douleur. Aujourd’hui, j’ai envie de raconter des histoires autrement. C’est mon droit.

C’est une nouvelle Chimène Badi aujourd’hui ?

Je ne sais pas, mais le sombre est loin. Je suis juste à une période de ma vie où je suis bien, donc, c’est très agréable de défendre un album dans cet état-là.

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Chimène Badi, son directeur artistique, Corson et Dominique Blanc-Francard.

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03 mai 2019

Simon Clair : interview pour Lizzy Mercier Descloux, une éclipse

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lizzy mercier descloux,une éclipse,simon clair,interview,playlist society,mandorQuand j’ai su qu’une monographie sur Lizzy Mercier Descloux allait paraître, même si j’ai trouvé l’idée excellente, je me suis demandé à qui pouvait être destiné cet ouvrage. Hormis deux, trois tubes, dont le fameux « Mais Où Sont Passées Les Gazelles? », elle n’a pas laissé une trace très profonde dans l’inconscient collectif.

(Chapeau, donc, à la maison d’édition de Benjamin Frogel et Laura Freducci, Playlist Society, de prendre des risques.)

Simon Clair (journaliste culturel spécialisé dans la musique, Society, SoFilm, SoFoot, Tsugi, Les Inrockuptibles et Stylist) a entrepris de reconstruire l’existence de cette interprète-musicienne à travers les témoignages de ses proches, ses amoureux et ses collaborateurs professionnels. Son travail minutieux est impressionnant nous permet de comprendre comment fonctionnait l’industrie du disque de l’époque, mais aussi de nous attacher à cette rebelle, libre (mais pas toujours indépendante), qu’était cette étoile filante de la musique française.

Le 18 mars dernier, rendez-vous est pris dans un bar de la capitale avec Simon Clair

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lizzy mercier descloux,une éclipse,simon clair,interview,playlist society,mandorL’argumentaire de presse (officiel) :

Elle était la muse absolue de la scène rock de New York à la fin des années 1970, l’égérie parfaite du mouvement no wave. Patti Smith, Richard Hell, Lydia Lunch étaient fous de cette chanteuse française avant-gardiste. Pourtant, Lizzy Mercier Descloux est morte à 47 ans, dans le plus grand dénuement, ne laissant qu’une trace infime dans l’histoire de la musique. Comment une figure aussi culte a-t-elle pu tomber dans l’oubli ? Lizzy Mercier Descloux, une éclipse revient sur l’histoire tragique de la chanteuse à l’aide des témoignages de ceux qui l’ont connue.

Marchant dans ses pas de Paris à New-York, la suivant dans ses voyages en Afrique du Sud, aux Bahamas ou au Brésil, le livre révèle comment l’auteure de « Mais où sont passées les gazelles ? » a été précurseuse du courant qu’on appelle aujourd’hui la world music. Il dévoile une personnalité complexe à la carrière malmenée pour ses choix artistiques iconoclastes, au sein d’une industrie musicale sexiste.

Ce qu'ils en disent : 

Les Inrocks.

Libération.

Brain Magazine.

Benzine.

Section-26.

Sun Burns Out (avec pas mal d'albums de Lizzy Mercier Descloux à écouter en intégralité).

LitZic.

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(Photo : Michel Esteban)

lizzy mercier descloux,une éclipse,simon clair,interview,playlist society,mandorInterview :

Quelle idée de faire un livre sur Lizzy Mercier Descloux ?

Je me souviens de la première rencontre avec mon éditeur, Benjamin Fogel. Je lui ai garanti que l’histoire était bien, mais aussi que nous n’allions pas en vendre des palettes. Bon, il se trouve que Benjamin lui-même, dans sa propre maison d’édition, Playlist Society, a écrit sur le groupe new-yorkais Swans, il a donc compris la logique de ma démarche. Il aime donner de la voix à des sujets qu’on ne trouve pas ailleurs.

Comment tu as connu Lizzy Mercier Descloux ? C’est plus de mon âge que du tien.

J’ai commencé à écouter beaucoup de musique autour des années 2000. C’était à un moment où il y a eu un retour du rock. Pour les gens de ma génération, cela nous a donné la possibilité de découvrir tout ce qu’écoutaient nos parents grâce à tous les sites de téléchargements illégaux. J’ai découvert le New-York rock revival qui est fantasmé par les gens de ma génération. J’ai creusé, creusé et encore creusé et après avoir découvert les Television, les Talking Heads, j’ai fini par croiser ce nom au milieu de mes découvertes, une certaine Lizzy Mercier Descloux, qui était présentée comme française. Ça m’a rassuré parce que je trouvais chiant le fait qu’à l’époque tous les meilleurs artistes soient anglais ou américains.

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Et du coup, tu t’es interrogé sur elle. lizzy mercier descloux,une éclipse,simon clair,interview,playlist society,mandor

C’est exactement ça. Je me suis demandé ce qu’elle faisait sur cette scène new-yorkaise à ce moment-là, comment elle était arrivée là, pourquoi elle était là... Je me suis renseigné très progressivement sur elle au fil des années.

Elle avait un côté iconique sur les photos de cette époque.

Iconique et magnétique. Elle m’a vraiment donné l’envie d’en savoir plus. J’ai un peu enquêté avant de me lancer pour savoir si son histoire pouvait être intéressante à raconter. J’en ai fait d’abord un article pour un journal… mais j’ai senti une frustration de ne pas être allé plus loin. J’avais gardé l’idée d’en faire un livre dans un coin de ma tête.

Artist: Rosa Yemen. Album: Rosa Yemen (Recorded: July, 1978 / Released: 1979)

lizzy mercier descloux,une éclipse,simon clair,interview,playlist society,mandorMusicalement, il y a plusieurs Lizzy Mercier Descloux.

Elle a commencé avec le duo Rosa Yemen. A ce moment-là, elle a 17 ans et un très fort tempérament. Elle n’est pas encore musicienne, elle a juste des pulsions artistiques qui se matérialisent en des espèces de chants abrasifs qui sortent un peu n’importe comment. Elle ne parle pas encore l’anglais à cette époque-là, donc, il y a des bouts d’anglais qui se mélangent avec des bouts de français.

On est en plein début de la No Wave.

Ça lui donne envie de faire passer le geste artistique avant le morceau final. Elle préfère s’affirmer en tant qu’artiste qui fait ce qu’elle sent, très free, plutôt que de faire un morceau agréable et diffusable. Elle est intransigeante.

Lizzy Mercier Descloux dans Midi Première en 1979 : "Fire".

Son compagnon d’alors, Michel Esteban (graphiste, photographe, entrepreneur, rédacteur en chef du lizzy mercier descloux,une éclipse,simon clair,interview,playlist society,mandormagazine Rock News, éditeur, producteur et cofondateur avec Michael Zilka du label discographique indépendant ZE Records) a-t-il participé au livre ?

Il a répondu à mes questions pour le livre, mais il n’a pas participé éditorialement, ni n’a eu un droit de regard avant publication. Au tout début, il m’a proposé de sortir ce livre dans une maison d’édition, Michel Esteban Editions, mais j’ai trouvé que c’était important que l’histoire de Lizzy Mercier Descloux soit, pour une fois, racontée par quelqu’un d’extérieur. Elle n’aurait pas été la même par Michel Esteban.

Tu as rencontré beaucoup de personnes qui ont été proches d’elle.

C’est le seul moyen de réussir à raconter une vie si singulière de quelqu’un qu’on n’a pas connu personnellement et qui est si complexe. Rencontrer tant de gens l’ayant côtoyé intimement m’a donné l’impression de la connaître vraiment. C’est quelqu’un qui a laissé une impression très forte aux gens. Je voyais bien qu’ils étaient tous bouleversés à l’idée de reparler d’elle. Il y a qui sont même tombés en pleurs en repensant à la fin de Lizzy Mercier Descloux. Parfois, j’ai été très ému par les témoignages.

Clip "Mais où sont passées les gazelles?"

lizzy mercier descloux,une éclipse,simon clair,interview,playlist society,mandorTu expliques dans ton livre qu’elle avait peur de ne pas être crédible s’il n’y avait pas d’homme à ses côtés.

Elle était tellement magnétique qu’il y avait toujours des mecs qui lui couraient après. Souvent, ils avaient de l’argent et elle savait qu’ils pourraient l’aider. Elle n’avait jamais vraiment travaillé… A cette époque, s’il n’y avait pas l’appui d’un homme derrière pour parler aux maisons de disques, on n’était pas pris au sérieux.

C’est curieux parce qu’à New York, à cette époque-là, elle était censée être dans un milieu avant-gardiste…

On aurait pu croire que le sexisme allait être moins présent, mais pas vraiment.

Lizzy Mercier Descloux assumait aimer les hommes et les femmes.

Elle faisait ce qu’elle voulait, donc elle aimait qui elle voulait.

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Lizzy Mercier Descloux et Patti Smith.

lizzy mercier descloux,une éclipse,simon clair,interview,playlist society,mandorSon amitié avec Patti Smith était de quelle nature ?

Elle ne l’a jamais dit, mais je suppose que c’était aussi un peu un rapport amoureux.

A-t-elle été sous-évaluée musicalement ?

Je pense que, s’il faut réévaluer une partie de sa carrière, il ne faut pas non plus tomber dans une hagiographie qui consisterait à dire qu’elle était révolutionnaire du début à la fin. Non, il ne faut pas tout revoir à la hausse. Il y a des passages dans sa discographie que je trouve un peu plus faible, notamment vers la fin de sa carrière.

Mine de rien, elle a lancé la sono mondiale, la word music avant Peter Gabriel et Paul Simon.

J’aurais du mal à croire qu’ils n’aient pas écouté le premier album solo de Lizzy Mercier Descloux. Par exemple, l’album de Paul Simon, Graceland, c’est point par point la démarche de Lizzy Mercier Descloux. On va à Soweto, on trouve des musiciens de Soweto et on fait un disque. Leurs albums respectifs ont d’ailleurs la même approche, sauf que celui de Paul Simon a eu plus de succès.

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T’es-tu attachée à elle ? lizzy mercier descloux,une éclipse,simon clair,interview,playlist society,mandor

Il y a des moments où elle pouvait être détestable. Je me souviens d’un concert au Palace ou elle a insulté les gens parce qu’elle n’était pas contente d’être dans cet endroit à la mode où il fallait être. Mais, évidemment, elle avait plein de côtés attachants, notamment son entêtement à suivre une direction autodestructrice.

Elle a connu une fin très triste, mais elle participe à sa légende.

C’est elle qui déclenche cette fin. Elle a un cancer très grave, mais refuse de se faire soigner. Elle refuse d’aller à l’hôpital et se réfugie en Corse pour vivre ses derniers jours. Elle n’en a toujours fait qu’à sa tête.

Tout au long de sa vie, elle a rencontré des légendes de la musique.

Elle a quasiment eu une histoire d’amour avec Patti Smith, elle a changé des cordes de guitare avec Éric Clapton, elle a rencontré Bob Marley, Grace Jones… et Chet Baket joue sur un de ses derniers disques.

Lizzy Mercier Descloux et Chet Baker interprètent "My Funny Valentine".

lizzy mercier descloux,une éclipse,simon clair,interview,playlist society,mandorMichel Esteban t’a raconté une anecdote sur Chet Baket qui a joué « My Funny Valentine » sur un album de Lizzy.

C’est quand même le seul morceau qu’il devait savoir jouer parfaitement. Et rien ne sortait de la trompette de cette légende absolue du jazz. Ça a été la croix et la bannière pour sortir des sons de son instrument… Il n'était pas dans un état "normal".

Avec ce livre, tu as ressenti le besoin de la réhabiliter?

Pas exactement, mais je serais content que les gens écoutent ses albums des débuts qui sont vraiment qualitatifs et novateurs. Je pense qu’en s’intéressant à son histoire, cela donne envie de s’intéresser à sa musique.

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Le 18 mars 2019, après l'interview.

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29 avril 2019

Jules et Alexis Maréchal : interview pour le spectacle Jules Box

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jules,jules et le vilain orchestra,alexis marechal,interview,jules box,mandorLe 30 avril et le 7 mai prochain, l’expérience Jules Box est prolongée aux Trois Baudets.

Le chanteur Jules (déjà mandorisé ici et ) et son équipe de fou (Yvan Descamps, Mathieu Debordes, Vincent Thermidor, StudioTF, Cyrille Raach, Alexis Maréchal, Donatien Ribes et Rénald Zapata) rendent hommage à la chanson française de 1950 à nos jours sous forme de jeu. Le public s'étonne, s'amuse à reconnaître les titres, à répondre au quizz, puis chante, se lève et danse en toute liberté en prenant conscience de la richesse de ce patrimoine culturel commun. Mais présenter aussi simplement le Jules Box ne veut rien dire parce que ça n’explique pas l’énergie, le déchainement et la joie qui en émanent. Un public réceptif dès les premières notes, j’ai rarement (voire jamais) vu ça!
S’il y a un spectacle à voir en ce moment, c’est sans nul doute celui-ci.

Le 12 avril dernier, j’ai donné rendez-vous à Jules et à son guitariste Alexis Maréchal, pour qu’ils nous disent tout sur ce show unique au monde.

Le Jules Box, qu’est-ce que c’est ? (Explications officielles)jules,jules et le vilain orchestra,alexis marechal,interview,jules box,mandor

Un concept de quiz/show musical, pour et avec le public.

La salle de spectacle est identifiée en deux équipes, bleues et rouges.

Des capitaines d’équipe de chaque camp, heureux de fouler les planches avec les musiciens sont désignés et installés dans de confortables canapés, munis d’un buzzer.

Ainsi commence avec les artistes en concert, les candidats et le public, une transmission du répertoire francophone des 50 dernières années : variété française et chansons fascinantes.

Cette discothèque idéale est interprétée sous forme de mashup (mélange) entre les succès de notre patrimoine et des standards de la pop internationale.

Ainsi on entendra le mariage entre Bruno Mars & Michel Polnareff, Ed Sheeran et Bernard Lavilliers ou Alain Souchon & Prince. Le tout en Live intégral. Notre patrimoine est un puits sans fond, ce qui permet de présenter un spectacle différent chaque soir !

En chef d’orchestre, maître à jouer et animateur de haute voltige, Jules mène ce spectacle avec une énergie riche et sincère, dans une mise en scène moderne et ouverte à tous. Un spectacle original, intergénérationnel et participatif. Une innovation détonante et dansante dès les premières notes !

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jules,jules et le vilain orchestra,alexis marechal,interview,jules box,mandorInterview :

Comment t’es venu l’idée du Jules Box.

Jules : Elle m’est venue juste avant le décès de Daniele Molko, ma productrice. C’est elle qui m’a suggéré de faire quelque chose en parallèle de mon groupe Jules et Le Vilain Orchestra. Quelque chose qui serait une sorte de récréation. Et puis la récréation dure depuis deux ans maintenant. Mais si je veux être précis, le Jule Box tourne vraiment depuis 6 mois.

Comment expliquer simplement ce qu’est le Jules Box ?

Jules : C’est un jeu. Comme tout jeu de société, si tu lis la règle avant de jeter les dés, ça saoule tout le monde. Finalement, c’est un jeu que tu apprends en jouant. Il faut laisser une part de mystère. Je peux juste dire que c’est une anthologie réinventée et déglinguée autour de notre patrimoine musical et on s’amuse autour de ça. Il y a pour le moment un répertoire de 144 chansons, mais comme c’est un puits sans fond, il y en aura bien d’autres.

Il y a des musiciens, mais aussi deux arbitres. jules,jules et le vilain orchestra,alexis marechal,interview,jules box,mandor

Jules : Oui, ce sont aussi notre ingénieur du son et notre ingénieur lumière. Ils font super bien leur staff d’arbitres, à l’instar des matchs d’impro. Moi, je suis impartial. Je n’ai pas le droit de prendre parti, ni de donner des points. Ce sont les arbitres qui décident de cela, ce qui m’arrange bien.

Il y a une partie musicale et une partie jeu.

Jules : J’ai réuni les deux choses qui me plaisent le plus. La variété et le jeu. J’adore jouer. Le jeu rassemble les gens. Je pense que ceux qui n’ont pas envie de jouer pourront passer un bon concert quand même.

Il y a des capitaines d’équipe qui montent sur scène avec toi pendant le show.

Jules : Mon spectacle est aussi venu de mon envie de rendre le spectateur moins consommateur. C’est lassant de n’avoir que cette partition-là. J’ai souhaité qu’il participe concrètement.

Alexis : Les gens n’ont pas l’habitude d’aller sur scène et nous, nous leur donnons cette possibilité. C’est quelque chose qui n’est pas à leur portée et là, soudain, ils sont en vedette.

Jules : Ils sont presque responsables de la réussite du spectacle.

Qui crée et décide des mashups ?

Jules : C’est en brainstorming que l’on fait entre nous.

Alexis : Nous sommes trois musiciens, plus Jules à jouer sur scène. Nous nous répartissons le boulot tous les quatre. On s’appelle, on exprime nos idées respectives, et ceux qui se sentent le plus proches du mashup en question le travaille et le propose ensuite aux autres.

Mais, tous vos mashups fonctionnent incroyablement. J’ai été impressionné systématiquement. Je parle du Jules Box à tout le monde.

Jules : Merci, je n’étais pas sûr que tu apprécies.

Tu es fou ! Je suis carrément fan. Il y a du lien social incroyable et on est dans une période sociétale où nous avons besoin de ça.

Merci de dire ça.

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Jules présente-nous ton guitariste Alexis.

Jules : C’est un caméléon. Il a le sens de la perfection du son et du jeu de guitare. Le solo de « Purple Rain », on dirait Prince dès le premier accord, c’est un truc de dingue.

Comme dans la peinture, c’est un faussaire ?

Jules : C’est le plus grand faussaire que je connaisse, mais ça ne l’empêche pas d’être un super créatif aussi.

Alexis : Tout ce que l’on joue est un mélange de populaire et de qualitatif, donc nous sommes ravis. Mais, parfois c’est compliqué parce que nous sommes habitués à jouer aussi les versions originales, or là, on mélange une chanson française et un standard anglophone. Il faut se débarrasser de nos automatismes.

Jules, comment sélectionnes-tu les chansons/variétés françaises ?

Jules : Il faut que la chanson sélectionnée me crée de l’émotion à un moment donné. Je ne prends pas du tube parce que c’est du tube. Ca peut-être léger comme la chanson de Desirless, « Voyage voyage ». C’est un morceau superbement écrit et la mélodie défonce tout. Ce sont juste les arrangements qui ont mal vieilli. C’est pour ça qu’avec les mashups tu redécouvres les chansons.

Ce qui est bien, c’est que vous réhabilitez la variété, et ça, ça me fait plaisir.

Jules : Il y a des ayatollahs du bon goût qui n’apprécient pas et qui font la différence. Si c’est un peu trop « popu », ce n’est pas bien. Pourquoi oppose-t-on variété et chanson à textes ? Dans « Le chanteur » de Balavoine ou « Veiller tard » de Goldman, il n’y a pas de texte ? Goldman pose d'ailleurs la question : "Pourquoi « Angie », c’est du rock et « Quand la musique est bonne » c’est de la variété?" C’est parce que tu n’as pas l’étiquette ? Pourquoi Nino Ferrer, ce n’est pas de la soul ? Pour moi, il y a deux styles de musique. Celle que j’aime bien et celle que je n’aime pas. La variété, c’est la seule musique dont tu ne peux pas expliquer pourquoi tu l’aimes. Elle nous rentre dans la gueule ou pas.

En tout cas, les gens reviennent plusieurs fois voir le Jules Box, c’est fou !

Jules : Parce que ce n’est jamais le même spectacle. Avant de monter sur scène, on ne sait pas vraiment ce que l’on va jouer. C’est toujours sur le fil. Moi, je veux juste faire oublier l’extérieur aux gens, je veux rendre heureux les personnes présentes pendant une heure et demi. David Desreumaux d’Hexagone a dit quelque chose de très bien : "Le Jules Box, c’est un jeu télé, sans la violence que peut avoir un plateau télé." Ça m’a fait plaisir parce que son magazine n’est pas spécialisé dans la variété, c’est plutôt de la chanson pointue, mais il a adoré.

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Après l'interview le 12 avril 2019, avec Jules et son guitariste Alexis Maréchal, au Pachyderme.

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25 avril 2019

La Maison Tellier : interview d'Helmut Tellier pour Primitifs modernes

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la maison tellier,helmut tellier,primitis modernes,interview,mandorCinq faux-frères. Cinq dandys de grand chemin. Depuis 6 albums maintenant, ils ont construit une Horde, patiemment, inlassablement. Leur musique est hors du temps, à la fois primitive et moderne ; c'est par la country qu'ils étaient "entrés en chanson", la vie les a portés aujourd'hui à rebrancher les guitares et les amplis qui avaient pris la poussière dans les garages de leur adolescence... Il était temps ! C’est ainsi que se présente très officiellement La Maison Tellier sur leur site.

Dans Primitifs modernes, Alexandre, Alphonse, Helmut, Léopold et Raoul Tellier, proposent des chansons avec un vrai sens de la poésie, un engagement social discret, et une vision très juste du monde d’aujourd’hui (voici la brillante chronique de ce nouveau disque par mon ami Fred Natuzzi sur le site Clair & Obscur. Je ne peux rien de dire mieux).

Le 13 mars dernier, Helmut Tellier est venu me rejoindre dans un bar de la capitale pour parler de ce disque magnifique et profond. C'est sa troisième mandorisation (la première en 2014 et la seconde en 2016).

Argumentaire de presse officiel :la maison tellier,helmut tellier,primitis modernes,interview,mandor

Dans les villes traversées à l'occasion des tournées, en face de l'île Tatihou, aux studios ICP de Bruxelles, dans des studios implantés dans la campagne normande ou au cœur du Massif central, le sixième album de La Maison Tellier s'est patiemment construit.
C'est le disque du grand retour des guitares et de chansons enregistrées vives - « live ». Plus que jamais, La Maison Tellier est la réunion de cinq musiciens qui offrent le meilleur d'eux-mêmes pour délivrer des chansons qui s'impriment dans nos mémoires et nous ramènent à nos adolescences, quand tout se noue et que se décide notre aptitude à nous engager, nous lier, nous confronter.
Après les premiers albums qui portaient le regard vers un ailleurs, après Beauté pour tous qui
parfois contemplait le passé, après Avalanche qui scrutait en lui-même, Primitifs Modernes semble regarder droit devant, et tout autour. La musique épouse cet élan en un disque physique et charnel, incarné en onze chansons qui se fraient leur chemin jusqu'à nous, convoquant la mélancolie douce des textes d'Alain Souchon ou Yves Simon, galvanisée par l'électricité d'un rock au classicisme élégant hérité du rock américain des années 90 à la manière de R.E.M.
Quand tout change, trop vite, il faut parfois savoir se rallier au premier, à l'éternel. Primitifs
Modernes
offre ceci : onze chansons qui nous ressemblent et nous ramènent à l'essentiel.

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(Photo : William Lacalmontie)

la maison tellier,helmut tellier,primitis modernes,interview,mandorInterview :

Pour ce 6e album, vous avez tout changé de votre environnement professionnel. Il fallait tout déconstruire pour mieux reconstruire ?

Il fallait planter un nouveau cadre de manière artificielle, pour éviter de nous endormir. Tous les cinq, nous avons du savoir-faire, mais aussi des travers qui finissaient par ne plus se remarquer, même par les gens qui bossaient avec nous. Changer d’équipe a permis d’ouvrir les fenêtres et les portes de la Maison, faire rentrer un peu d’air et trouver une manière de se renouveler et sans doute de s’affranchir d’habitudes de vieux garçons.

Se renouveler au bout de 6 albums, c’est une gageure que je comprends parfaitement, mais ça ne doit pas être simple.

Effectivement, nous avons beaucoup de chansons maintenant et je suis conscient que l’on parle souvent des mêmes choses. Après c’est une question de perspective. A quel endroit on va placer la caméra et où va-t-on se placer nous? Nos chansons parlent de rencontres entre des êtres humains, parfois des filles, parfois des garçons, des chansons qui parlent de l’angoisse de mourir, de la joie de vivre…

Ce sont des sujets qui reviennent parce qu’ils te sont obsessionnels ?

Complètement. Mais j’ai l’orgueil de penser que je ne suis pas le seul à avoir ces sujets-là qui me préoccupent. Ce nouvel album est relativement « politique ». Il regarde le monde extérieur là où l’album précédent regardait le moi intérieur. Je me scrutais trop le nombril.

Clip de "Chinatown".

Même l’enregistrement, vous l’avez attaqué différemment. la maison tellier,helmut tellier,primitis modernes,interview,mandor

Les orchestrations aussi, le choix du réalisateur… Pour se renouveler et nous donner envie de continuer ensemble, tout ceci était important.

A l’écoute de ce disque, on ne se dit pas non plus que c’est un autre groupe. Votre touche « maisontellierrenne » est là, c’est indéniable.

C’est tout un art subtil de changer dans la continuité, sans déboussoler les gens qui nous suivent depuis le début. Il ne faut pas trop non plus se mettre des contraintes énormes. On avait fixé un cadre, mais il n’était pas d’une rigidité extrême.

Pour une fois, vous avez pris les décisions à cinq.

Toutes les décisions concernant les chansons ont été prises de manière démocratique. Tout le monde a donné son opinion, ce qui n’était pas nécessairement le cas pour les autres albums. Avant, je prenais des décisions seuls, parfois à deux… Nous avons décidé que, désormais, nous allions jouer collectif.

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(Photo : William Lacalmontie)

la maison tellier,helmut tellier,primitis modernes,interview,mandorVous avez enregistré ce disque dans les conditions live en deux sessions de 10 jours.

Nous sortions de tournée, donc nous avions en nous une énergie rock. Souvent à l’issue des concerts, les gens venaient nous voir en s’étonnant qu’on ne retrouve pas l’énergie que l’on donne en concert sur les disques. On a donc procédé comme si nous étions devant un public et on s’est fait saigner sur nos Gibson (rires). Il fallait aussi trouver un ingénieur du son, en l'occurrence Pascal Mondaz, habitué aux concerts pour obtenir un résultat simple, minimal et efficace. Là où on a l’habitude d’avoir des arrangements très cossus, nous sommes allés à l’os. Je pense qu’il y a une cohérence dans le son et dans le propos. Du coup, le réalisateur va nous accompagner sur scène pour la tournée.

Tu co-écris et co-compose avec Raoul.

C’est devenu bicéphale, symbiotique et très naturel. Nous sommes parfaitement complémentaires. Il a un sens de la musique que je n’ai pas dans la composition, dans la virtuosité sur l’instrument, dans ce qu’il entend que je n’entendrai jamais. De mon côté, j’ai ce truc de savoir comment faire sonner les mots en français, trouver une mélodie qui sera cohérente, pas trop artificielle, ni copiée collée. Parfois, on veut faire rentrer tel mot, telle ligne mélodique sur une grille harmonique. Si ça ne passe pas de manière fluide et naturelle, je le remarque immédiatement.

Vous bossez ensemble de quelle manière. ?

On se met dans une petite baraque avec nos deux guitares, un ordinateur et une carte son pour maquetter. Il en sort toujours quelque chose. Les instrus et les suites harmoniques de Raoul ne sont pas toujours faciles à mettre en mots car tout est assez complexes. Lui, il sait que moi j’aime bien quand c’est un peu simple et que ça file tout droit, il va donc paradoxalement s’efforcer de simplifier comme il peut. A force, nous avons fini par nous apprivoiser. Nous souhaitons que notre musique soit assez immédiate sans tomber dans la complaisance et la facilité. A la fois ambitieux et accessible.

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(Photo : William Lacalmontie)

Dans certaines nouvelles chansons, vous laissez des plages musicales assez importantes pour la maison tellier,helmut tellier,primitis modernes,interview,mandorpermettre à tous les musiciens de s’exprimer, voire de s’éclater.

Nous avons des instrumentistes balaises, c’est bien parfois de le montrer. Il faut aussi gérer ces moments-là qui ne doivent pas non plus être trop démonstratifs.

Primitifs modernes est l’album qui vous ressemble le plus ?

Collectivement, oui, sans hésitation. Individuellement, c’est l’album Avalanche qui me ressemble le plus.

Tu es toujours un peu triste de ne pas faire partie d’une famille musicale dans le paysage français.

Au moment d’Avalanche, j’étais un peu malheureux de dresser ce constat. J’en parle encore dans les chansons « La horde » et « Primitifs modernes ». C’est le besoin le plus primaire d’appartenir à un groupe et pourtant, on a toujours eu l’impression de faire notre chemin en solitaire.

Clip de "La horde".

la maison tellier,helmut tellier,primitis modernes,interview,mandorJe trouve que c’est justement ce qui fait votre différence et c’est aussi ce que j’aime chez vous.

Au fond, c’est peut-être cela le secret de notre longévité. On a 15 ans d’existence et notre « horde » est encore là.

Sur la pochette du disque, on voit une télévision des années 70 avec une main qui sort comme si quelqu’un était enfermé dedans. J’imagine qu’il y a quelque chose de symbolique là-dedans.

Cette main était la même que l’on retrouvait sur les parois des cavernes. La télé qui vit, c’est une référence à des films comme Poltergeist ou Ring. Il y a aussi, le côté d’aller vers la lumière. Un des propos de ce disque c’est : « on essaie de sortir de nos grottes pour trouver un peu de soleil. »

Vous n’écrivez jamais de chansons définitives, qui jugent la société, c’est beaucoup plus subtil que cela.

Depuis le premier album de La Maison Tellier, je raconte ma vie, j’écris ma vie, soit en l’embellissant, soit en l’enlaidissant. Je mets en avant mes préoccupations de mec blanc, hétéro, quarantenaire et occidental. J’aime l’idée que mes préoccupations sur le monde qui m’entoure fassent écho aux gens et deviennent universelles.

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Après l'interview, le 13 mars 2019. 

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23 avril 2019

Thomas Monica : interview pour Le paradoxe de l'Utah

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thomas monica,le paradoxe de l'utah,iinterview,mandorLe Paradoxe de l’Utah, produit par Ian Caple, est le premier album de Thomas Monica. Sorti la semaine dernière, il est sans conteste l’un des meilleurs disques français de l’année, mélodiquement et textuellement. Un concentré de savoir-faire d’un artiste surdoué alternant avec une facilité déconcertante le parlé, le chanté, les violons, les guitares, des sons d’ici, des Etats-Unis, d’Asie, d’Afrique ou du maghreb.

Si ce type n’est pas un génie, il s’en rapproche. Je l’avais déjà repéré (et donc mandorisé) en 2016, pour son EP DELTA.MYSTIQUE, mais il n’avait pas atteint un tel niveau.

Le paradoxe de l’Utah est écoutable ici… régalez-vous !

Le 10 avril dernier, dans un bar de la capitale, j’ai interviewé une seconde fois ce futur grand de la pop française.

Argumentaire de presse officiel :thomas monica,le paradoxe de l'utah,iinterview,mandor

Après des expériences scénique avec Matthieu Chedid, un duo sur son album live Îl(s) et une nomination comme « Artiste de l’année 2017 » pour les Oui FM Awards au Trianon de Paris, Thomas Monica prépare la sortie de son premier album. Produit par Ian Caple (Alain BashungJacques HigelinTricky, CocoonEmilie SimonTindersticks…), Le Paradoxe de l’Utah » est sorti le 19 avril 2019.

A la fois chanson, rap, rock et pop, la musique orchestrée de Thomas Monica nous transporte dans un univers singulier, coloré par ses origines italiennes et arabes. Il y parle de son enfance hors normes, de l’absence d’un père, de racisme, d’écologie, de rêves … avec une langue française poétique et rythmée. A la fois auteur, compositeur, réalisateur, arrangeur et multi-instrumentiste sur ce premier opus, l’artiste s’amuse avec les sonorités qui façonnent ses pensées. 

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thomas monica,le paradoxe de l'utah,iinterview,mandorInterview :

Nous nous sommes vus il y a 3 ans pour ton EP Delta.Mystique. Depuis, tu n’as cessé de travailler.

J’ai fait plein de concerts et de premières parties. J’ai monté mon label pour être indépendant puis j’ai composé ce premier album.

Avec le talentueux Ian Caple.

Je lui avais envoyé très humblement quelques démos pour savoir ce qu’il en pensait et, après avoir écouté, il a accepté que je vienne dans son studio en Angleterre pour faire mon album. C’est un type qui a une oreille incroyable et qui est d’une gentillesse rare. Cet album a été réalisé dans une humanité idéale.

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Avec Ian Caple, lors de l'enregistrement de l'album...

Tu es arrivé avec l’album déjà composé.

Oui, a 100%. J’ai tout fait. Je l’ai écrit, composé, arrangé et enregistré moi-même. Il a aimé mon travail d’arrangement avec un petit orchestre. Je tiens à dire que pour le violon et le violoncelle, je me suis contenté de faire les arrangements. J'ai fait appel à une violoniste et une violoncelliste, toutes deux brillantes. Quand je suis arrivé dans le studio de Ian, on a repassé tout ça dans des vieilles consoles analogiques des années 70 qui appartenaient à Bowie… c’était un truc de fou. Il a fait un mixage extraordinaire. Ça donne un son vintage que j’aime beaucoup. C’est banal de le dire, mais, c’est vraiment un disque qui me ressemble totalement.

Ton disque me semble plus personnel que tes EP précédents. Tu parles de ta famille, par exemple, dans "Aux Entrelacs".

J’évoque l’ambiance multiculturelle dans laquelle j’ai grandi. Un grand-père algérien et une grand-mère italienne qui ne parlaient pas très bien français. C’est une chanson sur le racisme, le déracinement… je trouve que c’est un sujet encore et plus que jamais d’actualité. Je veux aussi dire que nous sommes des êtres multiples et qu’il faut se nourrir de plein de racines et d’influences différentes.

Clip de "Aux entrelacs".

Tu parles de ton papa dans ce disque.

Ça va être le sujet d’un livre que je suis en train d’écrire. Jusqu’à l’âge de 10 ans, j’ai cru que mon père était mort et j’ai appris récemment qu’il était encore vivant. Je ne vais pas rentrer dans les détails parce que c’est personnel et un peu compliqué. Mon album parle plus des origines et du fait de trouver sa voie.

Est-ce que chanter te permet d’aller mieux ?

Mais complètement. C’est une espèce de thérapie. J’exorcise ce qui est en moi.

Dans « Les ours polaires », parles-tu de la bipolarité ?

Tout à fait. Ce sont des gens qui naviguent entre deux eaux et cette maladie est très dure à gérer. Quelqu’un de ma famille est touché, donc je connais le sujet.

Clip de "Faux rêveur".

Es-tu écolo ? Parce que ta chanson « Round » le laisse croire. « C’est le dernier round a coup de round dupe ! ».

Je voulais faire une chanson à la fois un peu coup de poing et un peu poétique, sans tomber dans du Tryo.

J’ai eu beaucoup de difficulté à comprendre de quoi parle « Whale’s song »… et la musique est vraiment étrange. J'aime beaucoup.

J’ai beaucoup étudié les baleines à bosse. Elles émettent des sons et ont un langage musical avec des fréquences. Grâce à leurs motifs musicaux, elles créent des notes. J’ai samplé une phrase d’une baleine et j’ai composé une chanson par-dessus. Je tiens à dire que j’ai été influencé par le musicien compositeur Christophe Chassol. Il compose de la musique contemporaine avec des gens qui parlent et il met de la mélodie sur ça. C’est un génie pur de cet art qu’on appelle de la musique concrète. Dans une conversation, tu peux t’apercevoir qu’il y a des mouvements mélodiques et rythmiques. J’ai fait la même chose avec la baleine.

C’est une chanson sur le fait de manquer d’air ?

Exactement. Plus clairement, quand je dis « j’ai le souffle court mais pas les idées », j’évoque l’asthme. Je suis asthmatique.

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Musicalement, c’est très varié. Pop, rock, electro, chanson, parfois discrètement arabisé, italianisé ou japonisé…

Je me suis un peu laissé aller à toutes mes influences. Je ne me suis rien interdit.

Je me trompe ou la guitare est moins présente dans cet album ?

Il y en a beaucoup plus qu’avant, mais elle n’est pas jouée de la même manière. Avant, j’étais dans la démonstration. Là, j’ai voulu montrer que j’étais compositeur, donc, j’ai calmé mes effets guitaristiques.

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Pendant l'interview...

Ta voix est plus mise en avant.

Cela fait moins de 5 ans que je chante. Je suis avant tout guitariste. J’écris mes textes, mais pendant longtemps je n’osais pas trop les chanter. Aujourd’hui, j’ai pris un peu d’assurance à ce niveau-là. Je ne serai jamais Florent Pagny, mais je fais au mieux.

Je ne ressens plus ton côté –M-.

En France, on a besoin d’être mis dans des cases, alors j’ai tenté d’en sortir. La comparaison, je ne la prends pas mal puisque je l’apprécie beaucoup et que j’ai joué avec lui, mais mon album ne ressemble pas du tout à un album de –M-.

Tu vis de la musique ?

Oui. J’écris, je fais des arrangements pour des artistes et je fais des musiques de pubs. Tout à une cohérence pour moi.

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Après l'interview, le 10 avril au Pachyderme.

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21 avril 2019

Angèle Osinski : interview pour son album A l'évidence

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(Photo : Muriel Thibault)

angèle osinski,interview,mandorEn 2015, dans une première mandorisation, j’avais demandé à Angèle Osinski quel était le genre d’artiste qu’elle respectait et aimait. Elle m’avait répondu : « Celui qui propose un truc qui dépasse l’intime et qui rencontre ce que, moi, j’ai de plus intime. Ça me permet de me sentir… moins seule. Intrinsèquement, profondément, charnellement, en tant qu’être humain, il m’arrive de me sentir reliée à un artiste… Ce sont des gens qui, par l’affirmation de leur imaginaire et cette proposition d’aller vers un rapport hyper sincère au fond d’eux-mêmes pour aller inventer, réinventer qui ils sont, qui me touche au plus haut degré. »

C’est en découvrant l'album Élégie de la chanteuse et productrice Katel, qu’Angèle Osinski a compris qu’elle devait, qu’elle allait changer de direction musicale. Katel correspond en tout point à la réponse d’Angèle. Fini la chanson française « traditionnelle » qu’elle nous avait proposée dans son premier EP, Prélude. Ce sera avec ce prodige de la réalisation que sa musique prendra sa nouvelle forme.angèle osinski,interview,mandor

Les deux femmes sont donc entrées dans son studio pour en ressortir quelques mois après « avec des chansons aux mélodies et aux textes forts, qui mêlent une ossature rythmique très groove inspirée du hip-hop et des grilles sophistiquées très pop. Un univers qui se veut ambitieux et accessible, dansant et érudit, construit autour de la voix d'Angèle Osinski aux graves profonds et aux aigus déchirants » indique, à juste titre, sa biographie.

L’album A l'évidence sort le 26 avril 2019 sur le label du trio féminin (toutes mandorisées), Katel, Robi et Emilie Marsh, le bien nommé FRACA.

Le 13 mars dernier, j’ai donné rendez-vous à cette artiste qui a su complètement se réinventer.

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(Photo : Muriel Thibault)

Mini biographie officielle :

Angèle Osinski entre sur scène comme on entre sur un ring, pour livrer dans l'énergie de la danse et l'intensité du chant le plus beau des combats, celui qu'on mène avec soi-même.

À cette image, À l'Évidence est un album de boxe et de danse, d'énergie et de mystère, effrayant et merveilleux.

Chanter, danser, jouer la comédie : quand à l'âge de trois ans on tombe en arrêt devant Singing in the rain, ces disciplines semblent à jamais indissociables et se rêvent en Technicolor. Angèle Osinski se jette dans toutes à corps perdu. Et c’est la musique qui va triompher, là encore sous toutes ses formes, avec l’appétit de celles qui explorent, avant de trouver son Evidence grâce à une rencontre.

angèle osinski,interview,mandorLe disque (argumentaire de presse officiel) :

Alors que les dix titres sont écrits et composés par Angèle Osinski sur son piano d’enfance, la chanteuse et productrice Katel se voit confier les arrangements et la réalisation de cet album. Les titres s’enrichissent de claviers vintage (casio, pianet, moog, rhodes, …), de boîtes à rythme hip-hop ou électro (tr808, Vermona) et de motifs obsédants de cordes et de cuivres.

Dix morceaux au groove hip-hop imparable, aux harmonies pop, qui avancent par ellipse, par évocation, par images subliminales.

Il s'agit de se relever d'un été (« Passe »), d'un drame qu'on devine aux lumières troubles d'une soirée de fête (« Ne pas vous rencontrer »).

D'accepter ce qui nous a fondé (« D'ici ») pour en faire quelque chose, et avant tout un geste artistique.

À l'évidence est un album miroir qui interroge, qui s'interroge. Sur notre époque (« Amour & Décadence », sur les errements et déplacements de la vie (« À l'évidence », « Bleu piscine », « L’instant d’après », « Interrompez-moi »), sur l'absence (« Chambre 17 »).

Un parcours, un déplacement. De l’intime à l’orchestral.

Angèle Osinski semble poser des questions comme les posent les enfants. Elles placent l'auditeur dans une écoute active, réflexive. De laquelle l'étrange et l'autodérision ne sont jamais absents.

«Dis-moi, quel est le pire après la nuit?» (Après la pluie)

À chacun d'y répondre où de laisser les mots résonner.

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(Photo : Muriel Thibault)

angèle osinski,interview,mandorInterview :

Tu me donnes la sensation d’être une nouvelle artiste.

Comme j’avais écouté beaucoup de chansons françaises dans une certaine tradition, avec mon premier EP, que j’ai fait toute seule, j’avais besoin d’obtenir une espèce de validation. J’avais besoin de prouver aux autres et à moi-même que j’étais capable de faire quelque chose dans cet esprit-là. Mais il y avait de plus en plus de décalage entre ce que j’avais produit et ce que j’écoutais tous les jours.

Tu ressentais beaucoup ce décalage ?

Oui et j’en parlais souvent à tel point que pour mon deuxième disque je voulais absolument travailler avec quelqu’un qui aurait les possibilités de m’amener vers des terrains plus proches de ce que j’écoutais, c’est-à-dire plus proche de l’electro et du hip-hop, plus proche de quelque chose qui allait faire groover. A chaque fois que je rencontrais un réalisateur ou une réalisatrice aussi talentueux/se soit-il/elle, assez vite, je reprenais mes billes. J’avais un problème de rétention d’œuvre (rires).

Et un jour, la révélation.

Un jour, par hasard j’entends au milieu de plein d’autres chansons un titre du dernier album de Katel. Je me suis arrêtée nette, complètement scotchée par son travail. Je connaissais son existence, mais pas du tout ce qu’elle faisait parce que j’écoutais très peu de français.

Tu es donc allée à sa rencontre.

Oui, quelques jours après, je suis allée la voir jouer en acoustique à la Passerelle.2. Là, j’ai complètement craqué. Je n’en revenais pas qu’une telle façon de faire sonner la musique puisse exister. A la fin du concert, nous avons discuté et je lui ai donné mon EP en lui précisant que si elle pouvait envisager de réaliser mon album, j’en serais très heureuse.

Que s’est-il passé ensuite ?

Après l’avoir écouté, elle m’a répondu que dans mon style « classique », c’était parfait et qu’elle ne voyait pas où elle pourrait m’emmener. Je lui ai dit que je voulais, justement, absolument sortir de là. Du coup, j’ai écrit de nouvelles chansons, j’en ai réécrit des déjà existantes, puis il y a eu beaucoup d’allers et retours pour qu’elle me donne ses sentiments sur mes textes et mes musiques. Pas mal de chansons sont passées à la trappe et finalement, nous avons retenu les 10 titres de l’album. Chacune a été validé par Katel, du coup, je ne crains plus personne parce que je trouve qu’elle est l’une des plus audacieuses et talentueuses artistes en France aujourd’hui. Vraiment, je me sens rassurée.

Clip de "Amour et décadence", à l'ambiance très Black Mirror… réalisé par Robi et Zoé Véricel.  

Vous avez co-arrangé les chansons ensemble, mais c’est Katel qui a fait la réalisation.

Et c’est pour moi une ouverture énorme vers ce que j’aime faire. Enfin, je m’autorise à écrire de cette manière-là, c’est-à-dire de sortir d’une certaine idée que je pouvais avoir de la poésie, ou, au minimum, de la langue française bien écrite. Grâce à Katel, j’ai aussi accepté que mes musiques soient une réponse à mes paroles et vice versa. Maintenant, j’ai l’impression que le tout fait sens.

C’était impératif d’aller là où tu n’étais jamais allée ?

J’avais un besoin impératif de déplacement pour me confronter à moi-même. Quand je vais voir un artiste sur scène ou que je l’écoute sur disque, j’ai besoin d’avoir des questions avant tout… je n’ai d’ailleurs pas besoin de réponses. J’ai envie d’avoir l’imaginaire excité.

Et c’est ce que tu provoques. Je ne saisis pas tout ce que tu racontes, mais l’essentiel.

C’est ce que j’aime chez Bashung, Bertrand Belin ou Katel. Ils ont l’art de créer un espace permettant d’avoir une écoute active. Bashung disait la chose suivante : « On entre dans une chanson par la musique et on y reste pour le texte. » J’aime quand je perçois une alchimie entre la musique et le texte qui permettent d’avoir immédiatement des images et des sensations. J’aime encore plus quand on s’aperçoit que la chanson est profonde et ne parle pas de rien.

Clip de "A l'évidence" réalisé par Robi.

Tu es passée à cette écriture facilement ?

Je pense que j’ai été au bout de quelque chose avec mon premier EP. Je n’avais déjà plus grand-chose à dire avec cette forme-là. J’avais besoin d’exprimer des choses encore plus intimes et profondes. Pour qu’elles existent de manière valable artistiquement, il fallait passer par un travail sur la parole et sur l’écrit.

Y a-t-il eu un travail sur la voix ?

Oui. Il est passé par une sorte de désincarnation, une façon de poser simplement mon timbre sur mes musiques et sur mes mots sans chercher quoi que ce soit d’émotionnel et sans chercher à raconter l’histoire.

Tu désincarnes pour mieux réincarner ?

C’est un peu ça.

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Angèle Osinski, première signature du label FRACA, dirigé par Robi, Katel et Emilie Marsh.

angèle osinski,interview,mandorTu es la première signature du nouveau label FRACA.

C’est la première fois de ma vie que je me sens entourée. Il y a une équipe autour de moi qui crois en mon projet. Au début, elles m’ont proposé cela comme un label de transition avant d’aller vers un label plus important. Mais, non. J’ai tenu à ce que FRACA soit mon label officiel. Je suis hyper fière et hyper heureuse parce que j’ai l’impression d’avoir trouvé une deuxième famille.

Tu as été comédienne, j’imagine que tu aimes beaucoup tourner des clips.

Oui, c’est vraiment mon terrain de jeu. Aujourd’hui, j’ai l’impression que mes rêves d’enfance se mettent en place. Quand j’étais petite, j’avais bloqué sur le film Singing in the rain. Il m’a donné envie de chanter, danser, jouer la comédie de manière professionnelle. La façon dont j’envisage mes spectacles et ce qui va autour de ma musique, les clips par exemple, c’est totalement ça.

Avant tu chantais sous le nom d’Angèle, as-tu ajouté ton vrai patronyme parce qu’une autre Angèle est arrivée ?

Non, pas du tout. C’était une envie de ma part de me réapproprier l’intégralité de mon identité. Cela fait sens en terme d’origine et de ce que ça raconte de traversées et de voyages.

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Après l'interview, le 13 mars 2019.

20 avril 2019

Geneviève Morissette : interview pour son Olympia et son passage chez Michel Drucker

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geneviève morisette, olympia, interview, mandorCe lundi, le 22 Avril 2019, Geneviève Morissette foulera les planches de la mythique scène de l’Olympia de Paris aux côtés de l’imitateur Thierry Garcia. Cette soirée unique mariera la chanson et l’humour. Les deux artistes vous présenteront leurs spectacles respectifs et se réuniront lors de sketchs et de chansons en duo.
Le 7 Avril dernier, l’artiste québécoise était invitée sur le plateau du célèbre animateur de Vivement Dimanche Prochain, où elle a enfin pu réaliser un grand rêve : chanter « Michel Drucker» chez Michel Drucker devant Michel Drucker.

Pour ces deux évènements, j’ai mandorisé La Morissette une seconde fois (la geneviève morisette,olympia,interview,mandorpremière, en 2015, est à lire ici), le 12 avril dernier dans un bar de la capitale.

Le spectacle : SHOWS EN COLOCS 

Deux shows en Coloc avec Geneviève Morissette et Thierry Garcia est un spectacle proposé par le Don Camilo où la jeune chanteuse Québécoise pleine d’énergie et l’imitateur aux mille voix et visages (voix des guignols de l’info) vont chacun vous livrer leur dernier spectacle, mélange de chansons, d’humour, d’imitations et de surprises parmi lesquelles des sketchs en commun, des chansons en duos, la chorale de la maîtrise de Reims et le tout avec des effets visuels incroyables grâce à l’utilisation d’hologrammes totalement bluffants, … Un super show à ne pas rater !

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geneviève morisette,olympia,interview,mandorInterview :

Tu réalises deux rêves en un mois, passer en vedette à l’Olympia et être invité dans l’émission de Michel Drucker, c’est assez dingue, non ?

Oui, mais j’avoue que les deux rêves sont liés. J’ai été invité à Vivement Dimanche Prochain parce que je passe à l’Olympia. Mais c’est surtout grâce à Thierry Garcia, avec qui je fais l’Olympia, qui connait bien Drucker parce qu’il a été un de ses chroniqueurs…

Raconte-moi comment s’est passée l’émission ?

D’abord, quand je suis arrivée sur le plateau, Michel Drucker m’a regardé l’air de dire « enfin ! ». Je me suis approchée de lui et je l’ai serré hyper fort. Je n’ai rien pu faire contre cela, tant c’était instinctif. J’ai vu tellement de québécois passer sur son plateau qu’il y avait un symbole très fort pour moi. J’ai apprécié qu’il ait quitté le plateau pendant la répétition afin d’avoir la surprise pendant l’enregistrement.

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geneviève morisette,olympia,interview,mandorQuand tu es arrivée sur ce plateau, tu étais dans quel état psychologique ?

J’étais comme une folle. C’est quand le rideau s’est ouvert pour que l’on pénètre sur le plateau que j’ai réalisé ce qu’il m’arrivait. J’avais tellement rêvé cette situation que j’avais du mal à comprendre que j’y étais vraiment. Le lendemain, c’est idiot, mais j’ai pleuré d’émotion.

C’était un beau moment de télévision en tout cas.

Cerise sur le gâteau quand Éric Antoine est venu nous rejoindre en courant et qu’il a parodié ma chanson "Michel Drucker" (dont vous pouvez voir le clip ici) en se mettant à genoux. Pendant les répétitions, on m’avait dit de ne pas me mettre à genoux parce que Michel Drucker risquerait d’être trop ému. Et quand Eric Antoine a découvert la chanson, qu'il ne connaissait pas, lors de l'enregistrement, ça l'a fait vraiment rire. Il a couru sur le plateau  et a repris la chanson en exagérant, au second degré. C'était super drôle et ça m'a touché qu'il fasse cela. Il est clair qu'on a une folie en commun. 

Geneviève Morissette à Vivement Dimanche Prochain.

Je t’ai senti assez à l’aise. geneviève morisette,olympia,interview,mandor

Oui, mais très émue. J’ai pris ma place même si je me sentais comme une petite fille.

Tu as regardé combien de fois la vidéo ?

Oh ! Pas beaucoup. Juste 15 000 fois (rires).

Quand on vient de vivre un rêve, il faut qu’un autre le remplace, non ?

Je n’ai pas trop le temps d’y penser en ce moment parce qu’il se passe plein de chose pour moi. Outre l’Olympia lundi, je vais présenter à compter de 2020, sur les scènes québécoises mon premier « One-Woman-Show Musical » intitulé « De Chicoutimi à Paris », un mélange entre la chanson et l’humour. J’y évoquerai mon vécu atypique entre l’Europe et l’Amérique dans une proposition artistique unique dans le monde du spectacle québécois. Sinon, j’ai encore un rêve qui n’est pas encore exaucé. Celui que Luc Plamondon m’écrive une chanson sur ma musique, en s’inspirant de ma personnalité.

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Parlons de l’Olympia.

En co-plateau avec l’humoriste imitateur Thierry Garcia. Nous aurons des moments ensemble notamment lors de ma chanson écrite spécialement pour l’Olympia, « Olympia 2019 », qui est un hommage à la chanson française.

C’est surprenant cette association chanteuse-humoriste.

J’adore sortir des sentiers battus. Je n’aime pas faire comme tout le monde.

C’est une consécration de faire l’Olympia ?

Moi, je le prends comme une naissance. J’ai l’impression qu’après, tout pourra commencer.

geneviève morisette,olympia,interview,mandorA l’Olympia, tu vas jouer avec Roland Romanelli, connu pour ses musiques de film et pour avoir été l'un des principaux collaborateurs de Barbara, de Jean-Jacques Goldman, de Vladimir Cosma, de Guy Béart, de Leny Escudero et Francis Lai. Mazette !

Je sais la chance que j’ai. Il a fait des arrangements avec un violoncelle et un piano sur mes chansons rock’n’roll. Il m’a aussi beaucoup aidé sur la structure de mes nouvelles chansons. A ce propos, il me reste juste une chanson et l’album sera terminé. Il y a une forte probabilité qu’il sorte assez rapidement.

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Pendant l'interview...

Tu parleras de quoi dans ce disque ?

J’ai une chanson assez audacieuse sur le père, une chanson très second degré sur le rapport avec le public, une chanson sur ma quête, mon idéal, une chanson sur ma rebelle attitude qui agace pas mal de gens (rires). Il y a aussi des chansons qui disent qu’il faut suivre son instinct, ne pas écouter les autres, faire ce que l'on ressent, se battre, ne pas respecter les conventions… Tu verras à l’Olympia, je chante ces chansons… et le spectacle ressemblera à l’album.

Musicalement, c’est toujours pop rock ?

Oui, mais il sera peut-être un peu plus actuel dans le son que dans le précédent.

Que souhaites-tu à présent?

Trouver un tourneur pour faire des shows avec mon groupe en France.

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Après l'interview, le 12 avril 2019, au Pachyderme.

19 avril 2019

Thibault Eskalt : interview pour son premier EP "A la fin"

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(Photo : Sébastien Ruat)

42754149_2163058220435197_5852951650238464000_n.jpg(Pochette : Cara Mia & Joan Tosi)

Androgyne et exilé dans le silence du désert Islandais, Thibault Eskalt dévoile peu à peu une musique mystérieuse grâce un premier EP, A la fin. Les mélodies volent, sensibles et puissantes, l’émotion en lame de fond. Il chante la mélancolie, celle qu’on trouve au pays des terres brulées par le froid. Sa voix fait écho à Christophe, Bon Iver ou London Grammar, résonnant dans l’immensité. Elle recouvre des plages de synthés et s’élève parmi les guitares. La beauté puissante d’un chanteur qui incarne la solitude et qui rêve assez haut pour guider ceux qui restent à marée basse.

(Son premier clip « Quelqu’un qui m’entend » s’approche des 50 000 vues et c'est très rare pour un artiste "émergent". Il est visible plus bas).

Thibault Eskalt est un immense coup de cœur. Je l’ai donc rencontré.

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(Photo : Sébastien Ruat)

46131283_2254855047922180_8906490724145430528_n.jpgBiographie officielle (photo : Juliette Monier):

C’est sous le pseudo Eskimo que Thibault Eskalt fait ses armes dans les petites salles, les bars et dans le métro Parisien.

En 2013, on l’aperçoit sur la scène des Trois Baudets. L’image, le son et les textes fusionnent déjà pour laisser entrevoir un univers onirique, spatial et envoutant. Sa voix cristalline, repose sur un jeu de guitare aérien, simple et magnétique. Les observateurs lui trouvent la sensibilité de Christophe mais aussi la puissance de Thom Yorke.

Au début, il arpente les couloirs des fiefs de la musique actuelle à Paris, le FGO Barbara, la Manufacture Chanson et le Studio des Variétés. Plus tard, il fera partie du dispositif d’accompagnement Le Labo à Lyon et bénéficiera de journées de résidence à La Vapeur à Dijon.

A partir de 2015, il voyage beaucoup en Europe. C’est sur la route et dans le froid qu’il devient Eskalt. Après s’être exilé en Islande, il entre en résidence aux Studios La Mante à Paris, soutenu par Bidge, musicien, producteur et directeur des lieux. Les guitares s’envolent, les synthés s’installent, la batterie laisse place aux rythmes électro. Les ambiances sonores deviennent cinématographiques, bande son d’un voyage au milieu des cratères. En résulte l’EP A la Fin, dont la sortie est prévue en 2019.

Les concerts se multiplient et en avril 2019 sort "Quelqu’un qui m’entend", premier extrait de l’EP accompagné d’un clip épique présentant l’artiste échoué au milieu des falaises.

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(Photo : Sébastien Ruat)

IMG_7150 (2).JPGInterview :

Tu as commencé à chanter en 2008.

Je travaillais avec le Conservatoire de Dijon dans un cursus qui s’appelait « L’atelier chanson ». Au début, je n’avais pas un très bon niveau, mais un bout de la deuxième année, il a commencé à devenir respectable. J’ai vite monté des groupes dans la région. Un jour, Yves Jamait m’a conseillé de faire ma route tout seul. J’ai suivi son conseil. A 21 ans, je suis allé à Paris. Je me suis présenté à La Manufacture Chanson et j’y suis resté deux ans. J’étais très créatif, mais je cherchais mon univers. C’est là que j’ai trouvé ma voix, ma façon d’écrire et de composer… et aussi mon premier pseudo, Eskimo.

C’est amusant parce qu’à Dijon, tu étais dans un univers très chanson, alors que ce n’était pas du tout ta culture musicale.

Jusqu’à 18 ans j’écoutais uniquement de la musique anglo-saxonne, de la folk, de la pop, du rock… et je ne connaissais rien en chanson française. Quand il a fallu que je chante du Yves Jamait ou Les Ogres de Barback, j’étais complètement à côté de la plaque. La première fois où j’ai commencé à être satisfait de moi, c’est quand j’ai chanté « Les dingues et les paumés » de Thiéfaine. Je chantais dans les graves. Là, il y avait un truc dans la musicalité que je comprenais.

Du coup, pour être plus en phase avec la chanson, tu as participé à des ateliers d’écriture.

Oui, ceux d’Allain Leprest et de Rémo Gary. Je suis allé chercher dans la poussière de la chanson française pour pouvoir comprendre cet art, comprendre ce qu’était une structure, ce qu’était un format. Je voulais absolument maîtriser cet art et cette tradition avant d’aller vers mon propre univers.

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(Photo : Sébastien Ruat)

De 2013 à 2015, tu es entré en accompagnement au FGO-Barbara.

Là, j’ai travaillé mon son de guitare. A la suite de ça, j’ai monté un trio avec lequel on a pas mal tourné sur Paris.

Ensuite, tu es parti vivre en Autriche.

Oui, et j’ai aussi voyagé en Irlande, en Islande…

C’est sur la route et dans le froid que tu deviens Eskalt.

J’ai fait un road trip jusqu’aux montagnes du Tyrol. J’ai remonté par le nord de l’Autriche en ne prenant que les petites routes. Alors que je dormais dans ma voiture depuis quatre jours, dehors tout était noir et froid. Les essuies glaces se battaient avec la neige contre le pare-brise. Bon Iver chantait dans les enceintes, la bande son parfaite pour un road trip. J’étais fatigué, je me nourrissait de cacahuètes et de bananes depuis 4 jours. Je n’avais que l’horizon et mes rêves pour compagnie. Je passais la nuit sur la banquette arrière, enroulé dans mon sac de couchage, j’allumais le moteur toutes les heures pour faire tourner le chauffage. Pas un signe de vie, juste du noir et du froid. Comment m’étais-je retrouvé là? Est-ce que j’avais suivi mes rêves trop longtemps pour qu’ils me sèment en chemin ? Le matin s’éveillait. Un no-man’s land de végétation s’étirait devant moi et, à une centaine de mètres, un lac. Il était gelé, bleu et blanc avec des canards, des poules d’eau et des biches qui marchaient sur l’eau. Je parlais tout seul. Il faisait froid, « Es ist kalt » en allemand. Ça a donné mon nom d’aujourd’hui.

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Ensuite, tu reviens en France.

Je m’installe à Lyon et je décide d’apprendre d’autres instruments. J’avais appris à chanter, écrire et travailler le son, mais j’ai ressenti le besoin de devenir plus musicien. Comme je n’avais jamais fait d’étude musicale, j’étais encore trop dépendant des gens autour de moi.

C’est ainsi que tu rejoins le dispositif d’accompagnement Le Labo (Le Labo s'adresse aux jeunes artistes créateurs (groupe ou solo) en musiques actuelles amplifiées (Rock, Chanson, Pop, Garage rock, indie, Folk, etc.))

Cela m’a permis de sortir de la chanson traditionnelle. J’ai travaillé d’autres instruments, comme la batterie, le clavier et la musique par ordinateur. Grace au Labo, j’ai pas mal tourné aussi.

Au même moment sort aux Etats-Unis ton titre « Je ne dors plus » sous le label New Yorkais Estime Records.

C’était un morceau qu’on avait fait avec mon trio. Ce label voulait faire une compilation de chanson mondiale et moderne par des amateurs. On pouvait écouter cette compilation sur Deezer.

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(Photo : Sébastien Ruat)

En 2016, tu rencontres ton complice Bidge, musicien, producteur et responsable des Studios La Mante à Paris.

Après un concert, il m’a proposé que l’on travaille ensemble parce qu’il trouvait mon projet intéressant. Grace à lui, je ne pars plus dans tous les sens et mes chansons se sont affinées. Le son et ma voix sont devenus plus précis. Il a apporté de la simplicité et de la maturité à ce projet.

Pour ce premier EP, tu as fait appel à des paroliers.

Thierry Surgeon a écrit « Quelqu’un qui m’entend », « A la fin » et « Entre nous c’est mort ». Quant à Jeff Demara, il est l'auteur de « Le soleil mort ». Moi, j’ai écrit « Scaphandre ». Ouvrir la création à d’autres personnes m’a ouvert le champ des possibles. Ses chansons m’ont permis de passer un cap que je n’arrivais pas à atteindre.

Clip de "Quelqu'un qui m'entend"... près de 50 000 vues!

Tu parles beaucoup d’amour dans tes chansons.

Oui, à part le cri/l’appel, que je lance dans « Quelqu’un qui m’entend ». J’ai voulu raconter ma solitude d’artiste. Cette chanson m’a boosté et m’a permis de sortir de ma tanière. Elle prouve que je suis mûr et prêt. J’évoque « un passage » dans la chanson et l’EP s’intitule A la fin. C’est un cycle qui se termine pour laisser la place à un nouveau.

« Entre nous c’est mort » raconte la fin d’une histoire d’amour.

Il s’agit surtout de la culpabilité de mettre fin à une relation.

Et « Le soleil meurt » ?

Ça parle de l’insomnie, de la fin du désir, de s’adonner à l’alcool. La fuite d’un amour par la cuite… C’est une période de la vie où tu cesses d’être lumineux… ou même tu t’autodétruis. Derrière la solitude de l’homme, malgré tout, il y a cette femme qui l’aide à se maintenir. En règle générale, dans mes chansons, j’aime bien illuminer la noirceur.

« Scaphandre » est la chanson qui te correspond le plus ?

Certainement, parce que je suis l’auteur du texte. « Je me sens bien dans mon scaphandre », c’est aussi la volonté de dire « je suis seul, mais je me sens bien dans ma peau ». Ce n’est pas parce que je raconte des histoires « dark » que je vais mal.

Je suis fan de ta voix, tu le sais. Tu m’as dit que tu as eu du mal à la trouver…

Ça peut paraître ridicule mais j’ai vécu ça comme un voyage chamanique, comme la découverte d’un super pouvoir. Quand j’étais à la Manufacture Chanson, je passais tous les soirs en studio à bidouiller et à chanter jusqu’à pas d’heure. Je pouvais passer par des états de transe. Un jour, je suis ressorti avec cette voix-là.

Que souhaites-tu à présent ?

Vivre décemment ma vie de chanteur.

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Après l'interview, mars 2019, au Pachyderme (Paris).

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17 avril 2019

Les Louanges : interview pour La nuit est une panthère

les louanges,vincent roberge,interview,mandor,la nuit est une panthère

(Photo : Jean-François Sauvé)

les louanges,vincent roberge,interview,mandor,la nuit est une panthèreLes Louanges est le buzz musical québécois de l’année (avec Hubert Lenoir). Seulement quelques mois après sa sortie, son premier album La nuit est une panthère s’est taillé une place sur plusieurs palmarès/prix importants dans son pays. Il est clair qu'aucun artiste n’avait produit ce genre de musique avec autant de finesse et de singularité au Québec.

"La nuit est une panthère est l’album que Les Louanges voulait faire depuis longtemps. Tantôt terre-à-terre, tantôt surréalistes et poétiques, les 14 morceaux témoignent de l’étendue de son talent. Il chante en français et fait partie de la nouvelle génération d’artistes du Québec qui n’hésite pas à déconstruire les genres. Il fait voyager le public à travers ses sonorités éclectiques, tout en gardant des références bien locales à travers ses paroles."

Récemment, il s’est envolé pour la France, pour une série de six spectacles, dont une participation aux INOUïS du Printemps de Bourges demain. Il sera de retour au Québec en mai pour poursuivre la tournée et mettre la touche finale sur son plus gros spectacle en carrière : un concert en tête d’affiche au Club Soda le 18 juin, dans le cadre des Francos de Montréal.

J’ai rencontré Les Louanges hier (le 16 avril 2019) dans un hôtel de la capitale juste avant qu’il ne parte à Bourges.

Son disque est à découvrir ici.

Biographie officielle (Photo de droite : Jean-François Sauvé):les louanges,vincent roberge,interview,mandor,la nuit est une panthère

Les Louanges, c’est Vincent Roberge pis c’est tout. Multi instrumentiste qui joue un peu de tout en studio et qui s’entoure d’autres musiciens sur scène, Les Louanges a balancé un premier EP, Le Mercure, sur son Bandcamp en 2016 avant de le sortir de façon plus officielle l’année d’après avec une cinquième chanson, « Encéphaline ». Il a d’ailleurs été récompensé du Prix de la chanson SOCAN pour celle-ci.

Finaliste aux Francouvertes (2017) et au Festival International de la Chanson de Granby (2015), l’artiste originaire de Lévis, maintenant établi à Montréal, entame un virage vers des sonorités s’apparentant davantage à un chillwave teinté de R&B et de hip-hop sur son premier album La nuit est une panthère sorti en septembre 2018.

Présentées à cinq reprises aux Transmusicales de Rennes en 2018, les pièces de l’album oscillent entre pop et jazz (la pièce « Jupiter »), avec un penchant assumé pour le R&B (« Westcott »), le hip-hop (« Tercel ») et le chillwave. Inspiré par les grands de la musique contemporaine tout comme la nouvelle génération d’artistes aux idées avant-gardistes, le jeune auteur-producteur cite Frank Ocean, Hiatus Kaiyote, BadBadNotGood et Robert Glasper dans ses influences principales.

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les louanges,vincent roberge,interview,mandor,la nuit est une panthèreInterview :

Tu as 23 ans. Quand as-tu commencé la musique ?

Dès l’âge de 9 ans, j’ai pris des cours de différents instruments. En secondaire, j’ai fait partie de quelques groupes. J’ai aussi beaucoup joué dans la rue. Ce qui sûr, c’est que j’ai toujours su que j’allais gagner ma vie en faisant ce métier.

Tu as fait des études de jazz, je crois.

Oui, quand j’étais entre le lycée et la Fac.

Tes parents t’ont encouragé ?

Ils ont été très cools avec moi. Mes parents sont graphistes avec une vraie fibre artistique. Ils ont leur propre entreprise et aiment faire leur travail en toute indépendance. Ils me laissent donc faire ce que je veux. J’avais la bonne famille pour pouvoir foncer en toute confiance.

Ta sœur aussi fait de la musique.

Oui, c’est surprenant que les deux enfants fassent de la musique, car mes parents ne sont pas du tout musiciens.

Clip de "Pitou".

J’ai écouté et lu les paroles de tes chansons. Il y a un mélange de français, d’expressions québécoises les louanges,vincent roberge,interview,mandor,la nuit est une panthèreet un peu d’anglais, du coup, ça donne un style littéraire unique.

Notre façon de nous exprimer peut faire peur, mais ça reste essentiellement la même langue, on a juste enlevé quelques lettres et on utilise les mots anglais dans une espèce de syntaxe francophone. On ne capte pas toujours tout bien, mais après plusieurs écoutes, je t’assure qu’on finit par tout saisir (rires). J’ai une amie qui étudie la littérature à la Sorbonne et on a beaucoup de discussion sur ce que la langue québécoise pourrait apporter à la langue française. Nous, quelque part, on écrit et on parle du français américain. Ça fonctionne super bien avec la musique que je fais en tout cas. Il y a beaucoup de contractions, ça rebondit bien, ça se place bien, ça va droit au but dans une chanson.

Il y a des chansons « poétiques » et des chansons plus « premiers degrés ».

Il y a 50% de chaque. J’aime bien partir dans des textes qui n’ont pas nécessairement de sens, parce qu’ils n’en ont pas besoin, mais j’aime aussi raconter ma vie plus concrètement.

Clip de "Tercel".

les louanges,vincent roberge,interview,mandor,la nuit est une panthèreTu écris facilement ?

Non. J’ai un procédé affreusement lent. C’est stressant pour mes deadlines. Je me considère plus comme un musicien que comme un auteur. J’ai amorcé quelques études en littérature, mais j’ai surtout passé ma vie à jouer de la musique. Ecrire sur une musique, je vois ça comme un long puzzle qui prend forme tranquillement dans ma tête. A un moment donné, la chanson apparait. Mais parfois, il faut que je sois patient.

Tu es aussi exigeant avec toi-même musicalement que textuellement ?

Oui, c’est ça. La musique me vient facilement, mais les textes non. Comme je fais de la musique comme je ne l’entends pas ailleurs en ce moment, j’essaie de trouver le moyen de tordre la langue sans trop la tordre, la rendre actuelle dans le style de musique que j’aime et que je joue.

Clip de "DMs".

Parfois, tu ne te dis pas que tu vas trop loin dans l’originalité ? les louanges,vincent roberge,interview,mandor,la nuit est une panthère

Non, je me trouve encore trop facile. Je veux aller beaucoup plus loin. J’ai envie d’oser de plus en plus. Mon but est que ma musique soit accessible d’écoute, mais qu’elle soit très riche… que l’on puisse la décortiquer et que l’on trouve 1000 choses à l’intérieur.

Comment définis-tu ta musique ?

J’estime avoir fait un album à mi-chemin entre une musique alternative et du hip hop. Je voulais plaire à ceux qui aimaient la musique de l’artiste québécois Philippe Brach et ceux qui aimaient Alaclaire Ensemble. Le premier album que j’ai acheté dans ma vie, c’est Demon Days de Gorillaz. Damon Albarn a toujours invité des musiciens de styles différents, ce qui a produit des albums difficile à catégoriser… « Plastic beach », tiré de l’album du même nom, ça commence avec un orchestre indien puis Snoop Dogg rappe dessus. Dans la francophonie, on n’ose pas faire des trucs délirants comme ça, moi, je tente.

Clip de "La nuit est une panthère"

les louanges,vincent roberge,interview,mandor,la nuit est une panthèreTu ne fais aucune concession musicale histoire d’avoir un public très large. C’est rare.

Je n’ai jamais fait de choix artistique par rapport à ce que pourraient penser les gens qui m’écoutent. Je ne veux pas faire de la musique pour être populaire, j’ai toujours fait de la musique que je voulais entendre. Au Québec, il me semble que nous avons moins le poids de la tradition. Notre histoire est assez récente alors, on peut se permettre de tout inventer.

Au Québec, tu fais la collection des prix musicaux. C’est quasiment du jamais vu !

Oui, ça va bien, merci (rires). Cette dernière année, j’avoue, j’ai été gâté. Il y a quelques jours, j’ai reçu le prix Rapsat-Lelièvre (un prix attribué pour souligner l’excellence d’un album de chansons. Il est remis chaque année, en alternance, à un artiste québécois à l’occasion des Francofolies de Spa, et à un artiste de Wallonie-Bruxelles, au Coup de cœur francophone de Montréal.)

Clip de "Westcott".

Est-ce que tous ces prix te permettent de te considérer comme légitime de faire ce métier ?les louanges,vincent roberge,interview,mandor,la nuit est une panthère

Ça fait du bien d’avoir ce genre d’approbation. Les prix qui m’ont le plus touché, ce sont ceux qui m’ont été donnés par mes pairs. Quand des artistes que j’aime beaucoup me témoignent leur vif intérêt pour mon travail, ça me fait très plaisir.

Tu te sens proche de qui chez les artistes québécois ?

Il y a une cuvée d’artistes née en 1993, 1994, 1995, dont la musique fonctionne bien en ce moment. Je suis très pote avec Hubert Lenoir, par exemple. Il était là comme spectateur hier à mon show à la Boule Noire. Je suis content de faire partie de cette vague-là. Il me semble être dans le bon créneau, à la bonne vitesse.

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Après l'interview, le 16 avril 2019.

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14 avril 2019

Florent Vollant : interview pour Mishta Meshkenu

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(Photos : Jean-Charles Labarre)

florent vollant,mishta meshkenu,interview,quebec,innu,mandorAuteur-compositeur-interprète (reconnu du public et des médias aussi bien que des communautés autochtones et non-autochtones) et lauréat du prix du jury européen SODEC/Bourse Rideau en février 2018, Florent Vollant est venu présenter le 18 mars dernier aux Trois Baudets son 6e album Mishta Meshkenu (paru au Canada le 28 septembre 2018), salué par la critique et très apprécié du public.

Un folk délicat chanté en innu, des harmonies étincelantes et des mélodies fines, Mishta Meshkenu (que vous pouvez découvrir ici) c’est aussi une incursion au cœur des ambiances de la culture des Premières Nations avec un son folk, country et même tex-mex. Ses textes visent notamment à partager le vécu des communautés ainsi que la volonté de sauvegarde culturelle historique et linguistique. Complètement inconnu en France, j’ai profité de son passage éclair parisien pour rencontrer Florent Vollant, artiste mythique dans son pays.

Biographie officielle : florent vollant,mishta meshkenu,interview,quebec,innu,mandor

Auteur, compositeur et interprète d’origine innue, né au Labrador,Florent Vollant, grandit sur la réserve Maliotenam, à l’est de Sept-Îles. Il amorce sa carrière musicale dans le milieu des années quatre-vingt et contribue alors à la création du Festival Innu Nikamu qui, depuis 1984, réunit annuellement de nombreux musiciens et chanteurs des diverses nations amérindiennes. Avec un autre jeune Innu, Claude McKenzie, il forme le duo Kashtin, premier groupe autochtone du Québec à être reconnu à l’échelle internationale au milieu des années 90.

Véritable icône innue, représentant réputé de la culture innue et des communautés des Premières Nations, son parcours exceptionnel lui valent de nombreuses distinctions prestigieuses, tant pour son engagement auprès des jeunes artistes autochtones, et la défense/préservation de la culture innue, que pour sa production discographique.

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(Photo : Jean-Charles Labarre)

florent vollant,mishta meshkenu,interview,quebec,innu,mandorInterview :

La langue innue reste difficilement en vie. Pourquoi ?

Parce qu’il y a de plus en plus de jeunes de chez nous qui délaissent cette langue et cette culture. C’est une culture de territoire, de montagnes, d’immensité, de grands lacs, de rivières, d’animaux… Les jeunes quittent de plus en plus notre territoire. Moi, je veux tenir vivante cette culture le plus possible.

Votre disque m’a fait partir dans ces fameux territoires que je ne connais pourtant pas sans être pour autant trop dépaysé. C’est une curieuse sensation.

Parce que je fais du country, du folk un peu bluesy… ma musique est tout à fait accessible à tout le monde.

Mais moins la langue. florent vollant,mishta meshkenu,interview,quebec,innu,mandor

Si, parce que je crois à la langue du cœur. Avec ce que je transmets, je suis convaincu qu’on peut comprendre mes propos. Je suis sur la route pour chanter depuis l’âge de 18 ans et souvent pour me produire devant des personnes qui ne parlent pas innu. J’ai développé une capacité de transmission et de « raconter ». Sur scène je raconte ce que je chante.

Et vous chantez quoi principalement ?

Le territoire, mes parents, la résilience, la communauté Innue… et le tout avec beaucoup de compassion et de fraternité.

Clip de "Mes blues passent pu dans porte", l'une des deux chansons interprétées en français.

Il y a beaucoup de spiritualité aussi.

Nous n’avons pas une religion, mais plusieurs croyances basées sur l’entraide et le partage.

J’ai entendu dire que la religion catholique s’était imposée chez vous.

Oui, mais nous avons des rituels traditionnels qui n’ont rien à voir. On a l’esprit des animaux avec nous.

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(Photo : Jean-Charles Labarre)

florent vollant,mishta meshkenu,interview,quebec,innu,mandorPour vous, la nature et l’écologie sont des sujets essentiels.

Nos grands-parents ont vécu de chasse et de pêche. Il n’y avait pas autre chose à manger que le caribou, le saumon, le lièvre, la perdrix… Enfant, j’ai grandi avec cette nourriture-là. Les choses ont changé aujourd’hui parce que des gens sont venus nous imposer leur religion, leur langue, leur mode de vie, leur culture. On a perdu beaucoup au contact des premiers arrivants. Notre territoire est occupé par de grosses compagnies minières, il y aussi des gros barrages hydro-électriques, donc notre culture est confronté à ces gros projets. Nous sommes en lutte constante pour la survie et pour défendre notre territoire très sollicité.

Vous, Florent, vous faites partie de l’imagerie du Québec.

C’est vrai. J’ai reçu beaucoup de prix et de reconnaissances officielles. Je crois qu’avec Claude McKenzie et notre duo Kashtin on a fait des choses biens. Nous avons chanté notre coin de pays dans notre langue à travers la planète, pour faire connaitre notre attachement à la culture Innu. À la fin des années 1980, notre chanson "E Uassiuian" (« Mon enfance ») a fait le tour du monde. Depuis quelques années, nous faisons carrière chacun de notre côté.

Clip de Kashtin, "E Uassiuian".

florent vollant,mishta meshkenu,interview,quebec,innu,mandorVous avez reçu récemment la médaille d’or du Lieutenant-gouverneur du Québec. C’est une très haute distinction.

Au cours de mon parcours, on a reconnu mon travail. Je n’ai évidemment rien demandé.

Dites-moi les principaux prix qui vous ont touché.

J’ai peur que cela fasse prétentieux de dérouler tout ça… En 1994 déjà, j’ai été nommé « Artiste pour la paix » pour ma défense de la nature et des rivières québécoises. Mais plus récemment, en mai 2017, j’ai reçu le titre de Compagnon des arts et des lettres du Québec, importante distinction accordée par le CALQ. J’ai été récompensé des prix du « Meilleur Artiste » et du « Meilleur Album » pour Puamuna au Gala Teweikan, l’automne suivant. L’année dernière, j’ai été lauréat du Prix du jury européen SODEC-Bourse Rideau et, en juin dernier, j’ai reçu la prestigieuse Médaille dont vous venez de me parler.

Lancement de l'album Retrouvailles de Gilles Vigneault. 15 avril 2010 à l'Auberge Saint-Gabriel.

Alors qu’au Québec, tout le monde vous connait, en France, ce n’est pas le cas. Ça vous fait bizarre deflorent vollant,mishta meshkenu,interview,quebec,innu,mandor devoir vous présenter et repartir à zéro ?

Personne ne me connait ici et c’est très bien comme ça. Je fais de la musique et je veux rester l’esprit libre. Je viens ici parce que j’aime faire de la musique. Je viens ici parce qu’on me propose une salle. Je viens ici parce que c’est le début d’une tournée française, puis francophone. Je propose un voyage, une histoire et c’est tout ce qui m’importe. J’ai juste besoin de rencontrer un nouveau public. La notoriété n’a que peu d’importance.

Vous ne dites jamais le mot carrière. Pourquoi ?

Je n’ai pas ça dans mon esprit. Je suis un nomade qui a la chance de faire de la musique et que la musique amène un peu partout. Je suis la musique. La musique chez nous est une médecine. La musique traditionnelle soigne. Alors, maintenant, je gagne ma vie à faire chanter, à faire danser, à faire rêver les gens… je suis heureux de cela. C’est mon privilège.

EPK de l'album Mishta Meshkenu. A voir absolument, car très complémentaire de ma mandorisation. J'ai ôté de mon interview personnelle les nombreux propos  communs qu'il tient sur cette vidéo pour qu'il n'y ait pas de redondance. 

florent vollant,mishta meshkenu,interview,quebec,innu,mandorEst-ce que dans votre musique il y a quelque chose de l’ordre du chamanisme ?

(Long silence.) Chez nous, la musique, c’est une prière. Les ainés m’ont fait comprendre que quand tu chantes et que tu fais danser les gens, tu as un pouvoir. Tu es un rassembleur. Chez nous, les rassembleurs sont respectés. Il y a un esprit qui m’anime, c’est ça que je veux transmettre.

Pourquoi faites-vous ce métier, au fond ?

Ce n’est pas ce que j’aurais voulu faire. Sans aucune prétention, la musique m’a choisi. C’est devenu ma vie. Ce n’est pas tant que je sois si talentueux, c’est que j’aime ça plus que les autres. Ça fait presque 50 ans que je suis sur la route et je veux à chaque fois faire du bien aux gens qui viennent me voir.

Comment trouvez-vous le monde d’aujourd’hui ?

C’est le chaos. Mais dans mes chansons, je veux parler d’espoir. S’il n’y a plus d’espoir, il n’y a plus de musique. Je place beaucoup d’espoir dans les prochaines générations. J’ai beaucoup d’espoir quand je les vois marcher pour la planète. J’ai beaucoup d’espoir quand les jeunes s’ouvrent et ils s’ouvrent de plus en plus. Ce sont eux que je veux nourrir d’espoir et que je veux inspirer.

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Le 18 mars 2019, aux Trois Baudets, après l'interview. 

13 avril 2019

Serge Utgé-Royo : interview pour La longue mémoire...

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(Photo : Roger Pichot)

serge.jpgAuteur, compositeur, interprète, comédien, traducteur… Serge Utgé-Royo a aujourd’hui à son actif 17 disques, plus de 200 chansons, des milliers de scènes (France, francophonie, Europe…), plus de 500 000 téléchargements, 2 DVD, 6 livres (romans, contes ou recueils), des rôles et des chansons pour le cinéma et le théâtre.

Dans son nouvel album, La longue mémoire… Serge Utgé-Royo a écrit tous les textes, excepté l’un d’entre eux écrit par le poète libertaire et pacifiste Eugène Bizeau. Les musiques sont signées Utgé-Royo et Léo Nissim, pianiste et orchestrateur. Ils se sont entourés de Jean My Truong (batterie), Jack Ada (guitares), Pascal Sarton (basse, contrebasse), Deborah Nissim (claviers), Gérard Carocci (percussions), Francis Danloy (accordéon).

Serge Utgé-Royo est l’un des derniers artistes à perpétuer une chanson anar, engagée et poétique. Je l’ai retrouvé, accompagné de sa productrice Cristine Hudin et de son attaché de presse, Eric Durand, le 5 mars dernier dans un bar de la capitale.

Avant-propos du disque par Serge Utgé-Royo :couv-la-longue-memoire.jpg

Un dix-septième disque de chansons : est-ce bien raisonnable ?… Quand les musiques volent par les airs, « dématérialisées » et « gratuites », quand les chants disparaissent sous les niaiseries radiophoniques et les tubes à danser… Faut-il encore enregistrer et éditer des chansons sur des CD en plastique, avec des livrets que peu d’amateurs liront ?
Pour faire fi de ces questions, je suis entré en studio avec mes compagnons et compagnes et j’ai eu le bonheur d’y faire ce que je voulais. La mémoire a guidé, encore une fois, mes paroles ; Léo Nissim a composé un grand nombre de mélodies, en ami très proche et très sensible aux images des mots…
Et, pour faire un pied de nez aux marchands, j’ai décidé de faire un gros livre-disque, avec beaucoup de mots – qui rebuteront sans doute quelques paresseux – et des photos, et des reproductions d’œuvres peintes, et des dessins d’autres compagnons de route.
Les amis musiciens de haute volée sont venus jouer avec moi, rire et sourire, enrichir les accords et les notes. Et ça donne La longue mémoire... nostalgique, impertinente, émue, riante et humaine, simplement.

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(Photo : L'Echo)

53735572_774534942932583_4030833941236678656_n.jpgInterview :

Contrairement à vos précédents albums, vous avez ajouté le nom de Léo Nissim sur la pochette. Pourquoi ?

Pour lui rendre justice. Il ne fait pas que m’accompagner, il réalise aussi les arrangements. Il met sa patte à ce que j’écris et ce n’est pas rien. Sur le précédent disque déjà, sur la pochette, je l’avais indiqué en tant que directeur musical. Je trouve cela juste.

Quelle grande carrière vous avez !

Grande n’est pas le terme que j’aurais utilisé spontanément. J’aurais plutôt dit « longue ». Je suis heureux d’avoir pu m’exprimer. J’ai eu une chance extraordinaire et je le sais.

Et ce n’est pas fini. Vous êtes un chanteur anarchiste. Vous acceptez que l’on vous présente ainsi ?

Si je ne revendique pas cette appellation, je l’accepte parce que c’est la réalité des faits en ce qui concerne la philosophie politique qui me gêne le moins. Je ne me considère pas comme un chanteur anarchiste, mais comme un chanteur.

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Mais vous êtes un chanteur qui refuse de chanter des chansons sans consistance sociétale ou politique. 53274761_774535076265903_8640223728413704192_n.jpg

Disons qu’il y a des endroits où mes chansons ne peuvent pas passer. Elles sont trop politiques dans certains lieux. Un jour, un programmateur d’une salle de Neuilly est venu me voir. En sortant, il a dit à Cristine qu’il avait aimé le spectacle, mais que s’il me programmait, il sautait.

Il n’y a pas que de la chanson politique dans vos chansons, mais pourquoi avez-vous choisi d’en faire votre marque de fabrique ?

J’étais beaucoup plus pamphlétaire quand j’ai débuté. Là, je continue, mais je me suis calmé. Les chansons étaient mon arme politique. On peut tuer avec les mots, certes pas aussi vite et aussi facilement qu’une sulfateuse… Je suis sensible à ce que les gens me disent, à ce que certains artistes expriment. Ca me touche et parfois j’y repense après. J’espère que je provoque cela moi aussi.

Vous vouliez changer le monde ?

Oui, d’ailleurs, je le souhaite encore.

Vous considérez-vous comme un poète ?

Le dire serait prétentieux. Pour moi les mots sont importants parce que j’aime beaucoup la langue française. Malheureusement, aujourd’hui, elle perd de son importance au profit de l’image. L’image me touche aussi, mais c’est très réducteur.

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5 (2).jpgJ’ai lu dans une dépêche AFP vous concernant : « A la marge du show-biz, Utgé-Royo apporte la preuve qu’un artiste de variété peut exister sans se conformer aux exigences du système… » Artiste de variété, ce n’est pas ce que j’aurais dit de vous.

C’est un terme qui a vieilli, mais à une époque il voulait dire des choses. Ce n’était pas forcément péjoratif.

Non, mais la chanson dite à texte et politisée, je ne la classe pas dans cette catégorie-là.

J’aime beaucoup la variété, mais en effet je n’ai pas l’impression de faire la même chose. Je suis fidèle à ce que j’ai aimé comme expression politique et sociale à une époque. Rien ne m’a fait dévier de cette séduction. J’ai été séduit par des idées de liberté dans toute son essence. La recherche de la liberté dans la société, mais aussi la recherche de la liberté d’expression. Je suis toujours bien à l’aise dans ce que je défends. Je dois être un vieux con (rires).

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A l'Européen à Paris (photo : Eugenio Prieto Gabriel)

Votre public est très fidèle en tout cas.7 (2).jpg

Avec ce que je chante aujourd’hui, je suis épaté qu’il y ait encore des gens qui fassent la queue pour venir écouter mes chansons.

Peut-être qu’on a besoin d’intelligence, tout au moins de propos sur lesquels on peut réfléchir ?

Il y a des gens qui ont besoin de ça… comme moi j’en ai besoin. Mais je suis obligé de constater que dans mon public, il y a beaucoup de cheveux gris et de cheveux blancs. Je veux dire par là qu’il n’y a pas beaucoup de jeunes. Il y en a un peu, mais j’aurais aimé en voir plus.

Vous, vous écoutiez vos ainés contestataires comme Léo Ferré?

Bien sûr, mais pas uniquement. J’ai eu la chance de naître à une époque où la variété était de haute tenue. Aznavour était un grand écrivain de chansons. J’écoutais aussi Brassens, La Callas, Luis Mariano. J’ai toujours eu des goûts éclectiques.

Vous avez raison, heureusement qu’il n’y a pas que de la chanson à texte intelligente.

Oui, heureusement. Je suis un citoyen lambda qui écoute de tout.

Audio de "Les petits étrangers".

Revenons à votre nouvel album. Dans « Les petits étrangers », vous évoquez un sujet qui vous touche, les exilés.

Je suis enfant d’exilé, alors je me sens très proche humainement de ces gens. Je n’épouse pas toutes les raisons pour lesquels ils sont partis de chez eux, mais je comprends la douleur de l’arrachement. C’est un sujet que j’ai traité dans trois chansons de ce disque, c’est dire si cela me touche.

Dans « Ils n’ont pas d’avenir » vous évoquez l’après tuerie de Charlie, des terrasses de café parisiennes, du Bataclan…

Il y a des gens assassinés à Charlie Hebdo qui étaient des gens qui nous avaient accompagnés dans notre jeunesse. Parmi eux, quelqu’un que je connaissais personnellement, Tignous. Cela m’a ratatiné le moral. Après, j’ai été achevé, comme tout le monde, avec le Bataclan et les gens qui s’amusaient en terrasse du 12e arrondissement. J’ai écrit cette chanson en réaction au choc émotionnel ressenti.

Audio de "Ils n'ont pas d'avenir".

Dans « Ce mur n’est pas à vous », vous avez collé deux textes d’Eugène Bizeau. Cette chanson a une histoire.

Eugène Bizeau, mort à 106 ans, était un poète libertaire qui écrivait tous les jours. Tous ses textes, et ils étaient nombreux, ont été publiés en livre, en fascicule, dans des revues de poésie ou des journaux anarchistes comme Le Libertaire. Dans les années 20, Bizeau n’a pas du tout apprécié que le parti communiste, qui devenait important, s’accapare le mur des Fédérés dans le cimetière du Père-Lachaise pour ses cérémonies d’hommage aux Communards. Un jour de mai 1928, un article de L’Humanité a titré « Le mur est à nous ». Ulcéré par cette mainmise, excluant d’autres amis de la Commune, Bizeau a répliqué par deux textes, « Les accapareurs » et « Au mur des fédérés »… que j’ai donc repris.

Audio de "Ce mur n'est pas à vous".

Je ne peux pas ne pas vous poser la question parce que ce sont des personnes dont vous parlez dans vos chansons depuis longtemps. Que pensez-vous du mouvement des gilets jaunes ?

Il y a trois ans, je voyais des atteintes aux droits sociaux scandaleuses envers des gens qui en avaient besoin et je me demandais pourquoi ils ne se réveillaient pas. D’un seul coup, en novembre, arrive cette explosion de personnes qui, pour beaucoup, n’avaient jamais manifesté, jamais levé le poing, jamais gueulé. Enfin, il se passe quelque chose qui n’a jamais existé avant. Grand respect et chapeau bas pour ces gens qui se sont levés malgré ce que ça leur coûte en temps et en argent. Bien sûr, il y a des débordements et du cassage, mais il faut faire le distinguo entre les casseurs et les vrais gilets jaunes.

Vous chantez pour qui ?

Tiens ! Je crois qu’on ne m’a jamais posé cette question. Je chante pour moi.

C’est un peu égoïste, non ?

Oui. Je chante pour moi, pour être en accord avec ce que je pense et pour pouvoir dire, comme je le fais avec vous, ce que je pense en toute liberté. Sur scène, je balance mes mots et c’est le public qui écoute. Je les vois sourire et parfois, à la fin du spectacle, ils me disent « ce que tu as dit là, c’est ce que je pense ». Les retours me touchent profondément. Vraiment, c’est un acte égoïste.

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S’il n’y avait pas cet échange, vous n’écririez peut-être pas avec une telle passion.

Je ne me suis jamais posé cette question, mais c’est probable.

Etes-vous content de votre condition d’artiste en 2019?

Je suis satisfait et épaté d’être encore là et que des gens viennent me voir. C’est parfois un vrai effort à faire, alors je suis très honoré.

Parlons du magnifique livret. C’est une œuvre artistique.

Je suis ravi que vous l’ayez remarqué parce que c’est ce que je voulais. L’âge avançant, je me disais que c’était peut-être mon dernier disque de chansons originales. J’ai donc souhaité accueillir dans ce livret des tas d’amis artistes, peintres, dessinateurs, photographes. Je suis heureux qu’ils soient là.

On dit de vous que vous êtes le dernier des mohicans des chanteurs politiques.

Je suis un diplodocus en voie d’extinction (rires). Il n’y a plus de chanteurs comme moi parce que c’est difficile et pas vendeur du tout. Je préfèrerais que nous soyons plus nombreux à tenter de faire bouger les consciences.

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Après l'interview, le 5 mars 2019 au bar Le Pachyderme (Paris).