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26 avril 2014

Pierrot panse : interview pour La chamade

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(Photo : Lucie Sassiat)

Pierrot panse est le pseudo ou le projet (je ne sais pas trop) d’un jeune auteur-compositeur-interprète, Guillaume Ougier, très talentueux, à la fois sensible et mordant. Après Façon de panser, son premier album, je le mandorise une seconde fois (la première ici) pour son lumineux, profond et humain La chamade. Il est revenu à l’agence le 7 février dernier pour m’en dire un peu plus sur l’évolution de sa jeune carrière.

Biographie officielle (la plus courte de l’histoire des biographies officielles, soit dit enpierrot panse,la chamade,interview,mandor passant) :

Des bouts de vie qui s’empilent, qui se cassent la gueule, on ramasse tout et on recommence. Ça rit, ça pleure, ça rêve, ça grince des dents… c’est bizarrement foutu un être humain !

Parcours :

2008, il autoproduit un EP 5 titres « Parle à mon cul… ma tête est en balade »

2011 voit naître son premier album « Façon de panser »

2013, son second album « La Chamade » voit le jour. L’aide à l’autoproduction de la Sacem lui est attribuée.

Ce qu’en pensent mes confrères (éclairés) :

« Pierrot est comme un peintre en sentiments maîtrisant son art avec subtilité » – Stéphanie Berrebi (FrancoFans)

« Une réalisation soignée, une orchestration fine et ample » – Soul Kitchen

« La chamade lèche ses mélodies et ses harmonies vocales » – Thierry Cadet (Horscene)

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pierrot panse,la chamade,interview,mandorInterview :

Je trouve que cet album est mieux produit que le premier et que ta musique a sacrément évolué.

J’ai beaucoup plus travaillé avant d’entrer en studio et j’ai grandi entre les deux disques. Il s’est passé trois ans. A l’époque où j’ai écrit le premier, j’étais beaucoup dans la chanson. Depuis, j’ai beaucoup écouté des groupes comme Radiohead et j’ai cherché à découvrir des musiques plus fouillées.

Entre écouter les choses et pouvoir les réaliser soi-même, il y a une grosse marge.

L’ingé son avec lequel j’ai bossé, qui est le même que sur mon premier album, s’est lui aussi beaucoup plus retrouvé dans ce style de musique, plus rock finalement. J’ai la sensation qu’il s’est un peu plus fait plaisir parce qu’il s’est plus reconnu dans le projet.

J’adore le premier titre, « Fatigue palpable ».  Musicalement, je me suis vraiment dit qu’il fallait que tu ailles dans ce sens-là.

C’est justement ce que je compte faire. J’aurais aimé développer plus ce genre de musique sur ce deuxième album, mais il faut que ça murisse encore un peu en moi. Utiliser des machines pour faire du rythme, c’est quelque chose qui commence vraiment à me tenter.

Clip de "Bien longtemps" réalisé, filmé et monté par Rémi Pinaud.

Considères-tu que La chamade est un album de transition ?pierrot panse,la chamade,interview,mandor

Complètement. C’est une transition en douceur entre la chanson à texte de mon premier album et ce que j’ai envie de faire pour le prochain. Je ne peux pas changer radicalement de style. Ceux qui me suivent ne comprendraient pas un changement soudain.

La chanson « Ca commence quand ? » va dans la même direction que « Fatigue palpable ».

Oui, mais ce sont justement les deux morceaux qui divisent mon public.

Je trouvais ton premier album un peu trop doux, je te l’avais dit à l’époque. Celui-ci est vraiment intéressant, tant au niveau des textes que de la musique… j’attends le troisième avec beaucoup d’impatience. C’est très plaisant de voir quelqu’un comme toi évoluer dans le bon sens.

Ça me fait plaisir ce que tu dis, parce qu’il est hors de question pour moi de faire le même album. Mon but est d’essayer des choses différentes et d’évoluer. J’ai mis « Fatigue palpable » au début pour affirmer mon changement de direction.

Tu fais pas mal de concerts en solo. Tu vas t’en sortir comment avec un tel album ?

Réadapter les morceaux en solo est un peu galère, je te le concède.  Ça demande du travail, il faut revoir les morceaux. Mais, ça fait partie de mon métier.

Il y a une chanson que j’aime beaucoup, « Chaque seconde ». Un type qui regarde par la fenêtre des personnages en bas de chez lui.

Ces personnages existent. C’est une chanson à peine romancée. Mais, le vrai thème de cette chanson, c’est la façade que montrent les gens en société. Elle n’est jamais le reflet de ce qu’ils sont réellement. Les vraies émotions, les vrais échanges, on les montre très rarement. J’ai la chance depuis quelque temps de partager des vrais bons moments  avec des gens comme Thierry Cadet ou David Govrache par exemple. Nous nous voyons régulièrement et on peut dire que nous sommes assez proches. Quand tu es avec ces gens-là, tu peux dire ce que tu veux, tu sais que tu ne seras pas jugé. Quand tu vis de tels bons moments d’humanité, tu te rends compte que 80% du reste de tes rapports sont hyper faussés et pas vraiment honnêtes. « Chaque seconde », parle de ça avec différents personnages.

Si on te demande quelle musique tu fais, tu réponds quoi aux gens ?

Il y a une définition qui m’est venue récemment. Je dis que mon travail est de la chanson à vif. Parce qu’elle vient du bide.

Pierrot panse, autoproduction Sacem 2013.

Espères-tu que ce deuxième disque déclenche plus d’intérêt pour toi, de la part des médias, des professionnels et du public ?

Déjà, l’attribution d’une subvention de la Sacem pour faire ce disque à quelque chose d’encourageant en terme de crédibilité… et aussi en terme de finances. 4500 euros, ce n’est pas rien. Ça me rembourse la totalité de l’album. C’est un signe qui me laisse penser qu’il a déjà plus d’avenir que le premier et qu’on commence à reconnaître que mon travail est honorable.

As-tu fait des compromis pour ce disque ?

J’ai juste pris conscience de certaines choses. Avant, j’écrivais une histoire, sans penser au refrain. Thierry Cadet m’a fait remarquer que quand on fredonne une chanson, on fredonne un refrain. Avant, je faisais ma tambouille tout seul. Je m’aperçois qu’on manque d’objectivité sur son travail quand on a le nez dedans constamment. Aujourd’hui, j’écoute les conseils de mes amis. Ils m’aident à rendre du recul sur ce que je fais. Le troisième album va dépoter, je te promets.

As-tu une équipe pour la scène, pour lancer ton disque?

Non. Je suis toujours seul. Je n’ai pas de tourneur par exemple. Ce n’est pas évident de gérer tout moi-même. Ce que j’aime, c’est faire des chansons, écrire, les enregistrer… je fais tout ça par mes propres moyens.

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Es-tu optimiste sur la viabilité de ton projet Pierrot Panse ?

Je suis assez optimiste artistiquement sur l’avenir, dans le sens où je sais qu’il y a du chemin qui est fait et que j’évolue.

Tu es optimiste pour ta carrière, mais pas trop dans les textes de tes chansons.

Là, c’est ton point de vue. Pour moi, parler de choses un peu tristes n’est pas forcément un gage de pessimisme. Le mec qui m’a donné envie d’écrire, c’est Mano Solo. Je n’ai jamais trouvé Mano Solo triste. Au contraire, c’était un combattant dans un décor lourd à digérer, mais il avait la niaque et la rage de vivre. Son répertoire était plein d’énergie et de vie !

En écoutant attentivement tes chansons, j’ai quand même l’impression que tu n’as pas une vision de l’homme très positive, non ?

Parfois, je suis un peu emmerdé, je perds un peu espoir. Quand je vois les gens s’engueuler dans le métro parce que l’un a bousculé l’autre, quand je vois que les gens sont à fleur de peau, qu’ils s’énervent pour rien et qu’ils sont prêts à exploser pour des trucs anodins, ça me donne un semblant de désillusion sur les Hommes. À côté de ça, quand je suis avec mes vrais amis, ça me redonne espoir en l’humanité.

Quand tu dis que La chamade est un album apaisé, j’ai du mal à le comprendre.

En fait, quand je dis ça, je crois que je parle de moi finalement.

Ton album va toucher beaucoup de gens, j’en suis sûr…

Je suis dans le sentiment, dans l’humain. Il y a un moment, il faut bien reconnaître qu’on est tous foutus pareil. On vit tous plus ou moins les mêmes trucs dans la vie. Je chante des chansons dont les histoires peuvent arriver à tout le monde. J’espère qu’il touchera un maximum de personnes.

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Après l'interview le 7 février 2014.

25 avril 2014

Daphné : interview pour l'album Fauve

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daphné,fauve,interview,mandorJ’ai rencontré pour la première fois Daphné dans un café parisien à l’occasion de la sortie de son premier disque L’émeraude, en 2005. Il en avait résulté une longue interview pour le journal des magasins Virgin. Deux ans plus tard, deuxième interview  (mandorisée, par la même occasion) pour évoquer l’album Carmin dans un salon de thé. Nous ne nous sommes plus jamais revus, jusqu’au 12 mars dernier. Je me suis cette fois-ci rendu dans les locaux de sa maison de disque, Naïve, pour évoquer la sortie de son quatrième album, Fauve. Comme à chaque fois, avant de commencer l’interview, elle m'a demandé des nouvelles de ma fille Stella. Et comme à chaque fois, ça m'a touché qu’après autant de temps, elle se souvienne d’elle. Et comme à chaque fois, je ne lui ai pas parlé de sa maladie orpheline… parce qu’on n’est pas là pour ça.

Biographie officielle (signée Sophie Delassein), coupée à la machette (la bio, pas l’auteure de la bio) :

Après L’émeraude, après Carmin, la lauréate du Prix Constantin sortait, Bleu Venise, où les hommes semblaient littéralement transpercés par les flèches décochées par Cupidon. Ces figures masculines énigmatiques, sensuelles, éprises, cruelles, peuplent depuis le début les chansons de Daphné.

Il y a eu aussi en 2012, Treize chansons de Barbara.

2014, Daphné inscrit ses nouvelles chansons aux teintes fauves, comme ces mélanges daphné,fauve,interview,mandorincandescents qui font apparaître une danse sur une toile de Matisse ou des arbres mouvants dans un tableau signé Maurice de Vlaminck. D’emblée, on retrouve ce grain si chaud dans son chant, qui s’enfonce dans les graves ou tutoie les aigus avec le même sentiment d’intimité, ce timbre reconnaissable entre tous, mélange de langueur assumée et d’exaltation retenue.

Voici donc quatorze nouvelles chansons signées Daphné, paroles et musique. Elles illustrent deux notions chères à l’artiste : la beauté et sa demi-sœur la liberté. Deux notions perceptibles dans les orchestrations, légères et savantes, fruit de discussions entre la chanteuse et David Hadjadj, de nouveau.

Daphné traite de la beauté et de la liberté, donc, et ces deux notions s’appliquent à l’amour. L’amour dans tous ses états. Et, quand elle retrouve Benjamin Biolay, celui-là même qui lui fit la courte échelle à ses débuts, c’est pour un duo, un dialogue entre deux enfants d’assassins qui le deviendront à leur tour, leur descendance aussi.

Ici tout est pensé, senti, inspiré. C’est Daphné.

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daphné,fauve,interview,mandorInterview :

Cinq albums, neuf ans de carrière. Trouvez-vous que le temps est vite passé ?

Que le temps passe vite, on le sait et on n’a pas le choix. Je ne dirais pas que c’est un combat perdu d’avance parce que ce n’est pas un combat. Je prends les choses comme elles viennent.

Si le temps qui passe n’est pas un combat, ce métier l’est-il ?

Oui. Il y a plein de choses sur lesquelles il faut vraiment se battre. Il faut aimer énormément chanter, faire des chansons, aller sur scène, pour faire ce métier aujourd’hui. À côté de ça, il y a beaucoup d’énergie dépensée pour ce métier, mais qui n’ont rien à voir avec le fait de chanter.

Quoi par exemple ?

Je suis quelqu’un qui n’aime pas subir les choses. Quand on est chanteuse dans une maison de disque, il y a un cadre bien défini, même si, personnellement, j’ai la chance qu’on me laisse faire ce que je veux artistiquement. Je ne veux pas rentrer dans les détails des coulisses, des contrats, des choses comme ça, mais il faut savoir que la musique est une industrie. Nous, artistes, on est vu comme un produit.

Clip de Flores Negras.

La musique, c’est une industrie qui provoque aussi du rêve à ceux qui écoutent les daphné,fauve,interview,mandorartistes.

Je ne sais pas si mon intention est de faire rêver les gens. C’est plus concret que ça. Mon intention est de les faire voyager. Avec des images, avec des sensations… Je suis moi-même embarquée par la musique et j’ai beaucoup d’images qui viennent à moi quand j’écoute des chansons que j’aime.

D’album en album, vous suivez votre chemin avec audace et cohérence.

C’est un plaisir de me positionner comme une chanteuse qui raconte des histoires ou des sensations. Je suis un fil qui me vient naturellement. Appeler  mes albums du nom d’une couleur, c’est un jeu. Je m’amuse. Mon parcours est ludique. Écrire des chansons est un plaisir. Je ne me dis pas : « je vais faire ça parce que c’est cohérent dans ma carrière », je le fais parce que j’en ai envie. Une chanson n’est pas du tout intellectuelle, c’est quelque chose de très spontané, même si je les travaille beaucoup les textes pour qu’elles sonnent naturellement. Pour moi, les chansons, ce sont comme des personnes. Elles ont leur indépendance et sont aussi totalement indisciplinées. Elles arrivent comme elles veulent et elles s’imposent. Quand on est chanteur, quand on écrit, il faut une capacité d’accueil. Il faut s’abandonner à ce que raconte une chanson.

Vous n’êtes pas maître de la situation quand une chanson arrive.

Si, parce que j’y prends beaucoup de plaisir. Un de mes plus grands plaisirs, c’est d’écrire des chansons, de jouer avec le son des mots, d’imaginer comment elles vont être habillées, notamment avec quels instruments. Pour moi, le plaisir de la création des chansons est le cœur de ce métier.

daphné,fauve,interview,mandorCet album s’appelle Fauve. Comme la couleur et aussi comme un animal sauvage. Êtes-vous quelqu’un de sauvage ?

Dans la chanson « Tout d’un animal », j’explique que je suis quelqu’un qui a besoin d’espace, de liberté et qui le revendique. J’ai une part sauvage en moi et je trouve qu’il est important de la préserver.

Est-ce facile de rester sauvage de nos jours ?

Ça, c’est un travail. Et je crois que le combat, finalement, il est là. Pour rester sauvage, il faut se battre.

Vous utilisez votre voix comme un instrument de musique… et chaque chanson à sa façon de l’utiliser.

C’est en fonction de l’émotion de la chanson. Prenons une chanson d’amour,  j’en ai fait beaucoup dans tous mes albums. Je ne me verrais pas chanter comme une dingue une déclaration d’amour. Pour moi, c’est l’intime, il y a une douceur. Pour des chansons qui évoquent la liberté, j’utilise ma voix de manière plus frondeuse. Je n’ai jamais considéré le chant comme une démonstration. Tous les gens qui me touchent dans la chanson ne sont jamais dans la démonstration. Pour moi, le chant n’est pas un exercice. La voix est là pour être au plus près possible de l’émotion. Je ne me dis jamais : « Tiens ! Je vais montrer que ma voix peut monter sur plusieurs octaves ! »

Votre album et la tournée d’un an où vous avez chanté des chansons de Barbara ont été loués par tous. Que retenez-vous de cette expérience ?

Outre les souvenirs que cette expérience musicale a engendrés, ça m’a donné encore plus d’assise dans ma liberté, parce que c’était une femme sans concession. C’est très important parce que sa façon d’être correspondait parfaitement à mon tempérament depuis que je suis toute petite.

Clip de "Où est la fantaisie".

daphné,fauve,interview,mandorDans « Où est la fantaisie », vous chantez le manque de fantaisie dans la vie. C’est important pour vous cette légèreté d’être?

Il faut arrêter de se faire des nœuds avec des choses qui ne sont pas si graves. Bien sûr, il y a parfois des choses dramatiques qui arrivent dans nos vies. Mais, même dans ces choses-là, on peut y trouver une forme de surréalisme, de l’absurdité, de l’humour. Moi, même quand il m’arrive des choses vraiment pas drôles, j’ai une capacité à rebondir. Ça rend la vie plus gaie. Je vois beaucoup de gens qui n’osent pas montrer leur fantaisie à cause du regard des autres. Beaucoup pensent que pour paraître intelligent, il faut être sérieux. Moi, je pense exactement le contraire. Plus on est en paix avec soi même, plus on peut raconter des bêtises, s’amuser et profiter de la vie. La fantaisie, c’est comme si c’était montrer une de ses failles.

Vous, vous n’avez jamais freiné votre fantaisie.

A chaque fois que j’ai fait un travail normal dans ma vie pour gagner ma vie avant d’être chanteuse, il fallait toujours que j’amène ma touche. Par exemple, j’ai travaillé un moment à la Samaritaine. J’ai refait toute la décoration de mon rayon. Du coup, j’ai été virée parce que ce n’est pas ce que l’on m’avait demandé. Quand je fais quelque chose, j’aime le faire selon mon ressenti. Je déplore le fait qu’on ne peut pas toujours suivre son cœur et ses élans.

Il y a un duo avec Benjamin Biolay, Ballade criminelle. Il a toujours été là, avec et pour vous.

Ça fait maintenant 10 ans que l’on s’est rencontré. Je lui avais donné une maquette et trois mois et demi après j’ai signé avec ma maison de disque de l’époque. Benjamin, c’est mon parrain, mon ange gardien. C’est un artiste que j’aime beaucoup, à qui je dois beaucoup. Et, en plus, nos voix s’accordent très simplement.


Daphné - Ballade Criminelle - La Fauve 2014 par MaudClifton

24 avril 2014

Radio Elvis : interview pour son premier EP

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Pierre Guénard est le leader de Radio Elvis. Il remet à plat les codes du rock et de la chanson française pour nous en livrer une vision moderne et onirique. Le résultat est là : un rock littéraire et atmosphérique (que j’apprécie beaucoup).

A l'occasion de la sortie de son premier EP, il est passé me voir à l’agence (sur les bons conseils de son pote Simon Autain, que je remercie donc ici) le 6 février dernier… pour une interview où il ne s’interdit aucun propos. Pas lisse le jeune homme, et c’est bien.

pierre guénard,radio elvvis,interview,epBio des inRocks Labs : Ce n’est pas un hasard si Pierre Guénard a débuté sa carrière comme slameur, ouvrant les concerts d’un certain Grand Corps Malade dans son Poitou natal. Délaissant ensuite le flow et la Vienne, Pierre monte à Paris et se baptise Radio Elvis, un pseudo trompant l’ennemi puisque ses compositions francophones sont à mille lieues de Memphis. Parmi ses thèmes récurrents, les marins et les conquêtes espagnoles ont une place de choix, accompagnés de reverbs rehaussant les couleurs de ses voyages introspectifs.

Après avoir écumé les salles de concert seul avec son sampler, Radio Elvis s’entoure de deux autres voyageurs, Colin et Manu, donnant un virage plus pop et désinhibé à ses pérégrinations verbales. S’inspirant des codes de la chanson française (Dominique A et Murat) et des outlaws déglingués de l’ouest sauvage (16 Horsepower, The Gun Club), Radio Elvis se taille un costume de premier choix sur la scène actuelle.

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Interview :

Pourquoi as-tu commencé ta carrière par du slam?

J’ai toujours voulu faire de la musique. Le slam, c’était le moyen de patienter afin de m’adonner à cette activité sérieusement. C’était vraiment une parenthèse.  Je faisais déjà des chansons, mais je ne savais pas avec qui les jouer et comment m’y prendre pour avancer sur ce chemin. Après le lycée, le slam s’est imposé à moi. J’aimais écrire et cet art me permettait de faire de la scène assez facilement. J’ai testé mes textes et je me suis confronté à un premier public réel. C’était un bon apprentissage. Trois minutes sans rien d’autre que sa voix et ses textes, c’est plus dur qu’une heure et demie de concerts avec des musiciens.

Toi qui étais musicien, ça a dû être un peu frustrant, non ?

J’adorais faire du spoken word. J’adorais improviser sur de la musique et faire chanter les mots dessus. À Poitiers, j’ai même monté une scène de spoken word.

Clip officiel de "La traversée" (inspiré du clip d'"I'm Not A Young Man Anymore" de Lou Reed par Andy Warhol (https://www.youtube.com/watch?v=crjeF8G13x8)).

pierre guénard,radio elvvis,interview,epC’est hyper paradoxal par rapport à ce que l’on peut écouter dans ton EP. Tu as une écriture poétique exceptionnelle. Je ne te vois pas improviser tes textes tant ceux de tes chansons ont l’air travaillés.

Quand je faisais du spoken word, je n’improvisais pas. J’improvisais juste dans la forme du texte. Je ne les connaissais pas par cœur, mais j’en avais plein en tête, dont je me foutais du sens.  Ce qui comptait, c’était le son.

Tu as fait ça jusqu’en 2009, ensuite, tu as pris un autre chemin.

Je suis monté à Paris pour faire de la musique. Paris, pour moi, c’est un vieux rêve de gamin. Comme le cliché de la chanson, je suis monté pour être en haut de l’affiche un jour. Je me suis fait une place dans un squat, les anciennes presses du Parisien. Du coup, j’étais en résidence là-bas et je pouvais y aller quand je voulais. Je faisais beaucoup de recherches musicales et parfois, des chansons de dix minutes, avec trois textes différents.

Dans ton EP, il y a des chansons longues. Notamment « Goliath » et « Le continent », et chacune d’elles a pas mal d’influences musicales.

Je suis incapable de ne jouer qu’un style particulier.

pierre guénard,radio elvvis,interview,ep

Quand tu es arrivé à Paris, je crois savoir que tu t’es senti un peu seul au début…

C’était même très douloureux pour moi. Je ne connaissais personne, pas même un musicien. Quand je voyais des gens de mon âge réussir, ça me faisait assez mal, parce que j’avais l’impression de passer à côté de quelque chose. Aujourd’hui, à 26 ans, je suis serein par rapport à ça parce que je joue avec des gens que j’ai choisis. Mais, je me considère encore comme un loup solitaire pas encore intégré dans ce milieu.

Tu souffres déjà de certaines comparaisons, notamment avec Dominique A.

C’est agréable comme souffrance. J’ai découvert très tardivement cet artiste et au départ, je n’aimais pas du tout. Je trouvais ridicule sa manière de chanter. Un peu trop précieux. J’ai mis du temps à aimer, mais quand j’ai découvert l’album Horizon, j’ai fini par beaucoup apprécier. Plus je m’assumais, plus j’aimais Dominique A, plus je devenais moi aussi un peu précieux. Du coup, j’ai écouté très intensément son œuvre pendant un an.

Sur ta chanson « La traversée », on sent une certaine influence de lui.

Oui, on a la même tonalité de voix. Cela dit, quand j’étais ado, on comparait ma voix à celle de Bertrand Cantat. Tant que je ne serai pas passé chez Drucker, on me comparera toujours à quelqu’un d’autre. C’est la loi des débutants que personne ne connait.

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Fais-tu beaucoup de scènes, justement pour te faire connaître ?

J’ai mis un an à faire des concerts en dehors du squat où j’étais. J’ai trois formules : en trio, et deux duos différents selon si je suis avec le batteur ou avec le guitariste. Il faut que je parvienne à faire de plus en plus de scènes, il n’y a qu’ainsi que je pourrai me faire repérer par la profession.

As-tu toujours eu envie d’être chanteur ?

Oui, depuis tout petit. En cachette. Je voulais devenir chanteur ou écrivain. Avec mon métier, j’allie un peu les deux. Même si je ne serai jamais écrivain comme je l’entends. Comme Jack London par exemple.

Parlons de tes références littéraires. Jack London, comme on vient de le dire, mais aussi John Fante. Ce sont vraiment des auteurs que tu as lus ou c’est pour faire bien dans ta bio?

Je ne mens pas dans la bio. J’ai lu très tard. À partir de 2008, donc j’ai pas mal de retard à rattraper. De Fante, je n’ai lu que Demande à la poussière, et de London, là, j’en ai lu pas mal. Beaucoup de nouvelles et Martin Eden. J’ai une passion pour la littérature de voyage. Là, je viens de me faire quasiment l’intégrale de Saint-Exupéry. Je n’arrive pas à m’en remettre.

Les music'ovores : "Demande à la poussière". 

Tes lectures influencent-elles tes écrits ?

Oui, car j’écris en lisant. Je lis et j’ai toujours mon carnet à côté. Parfois, les mots m’inspirent une formule. Lire est le moyen le plus simple et le plus jouissif que j’ai trouvé d’écrire. L’inspiration, c’est tout ce qu’on assimile et qui ressort à un moment, rien de plus. Tout ce que l’on vit ressort. L’inspiration, ce ne sont que des souvenirs un peu modifiés. Il y a aussi des textes que j’ai faits en état de semi-conscience. Je me réveille, j’ai une phrase, je la note immédiatement.

Aimes-tu qu’on ne comprenne pas le sens des textes à la première écoute ?

Je ne le fais pas forcément volontairement, mais je trouve cela très intéressant. Quand j’ai commencé à écrire en 2009, ça me plaisait réellement, aujourd’hui, je considère que si les gens dansent à mes concerts, c’est bien, mais s’ils comprennent le sens de mes textes, c’est encore mieux.

Au début, devenir populaire t’effrayait un peu, c’est ça ?

De manière très prétentieuse, je voyais l’art au sens noble du terme, je me prenais vraiment trop au sérieux. À un moment, j’ai réalisé que ce n’était que de la musique et je me suis mis à démystifier un peu tout ça. J’ai aussi réalisé que je n’étais pas l’élu, que ce n’était pas moi qui allais tout révolutionner et qu’il fallait être humble.

"Goliath" (Froggy's Session)

Tu te considérais un peu comme un poète maudit, que personne ne comprend ?

Oui, et j’en avais marre que les spectateurs quittent la salle avant la fin du spectacle. J’ai toujours eu peur de perdre mon côté rimbaldien, l’énergie que je voulais dégager. Je n’avais peur de rien, j’y allais sans faire aucune concession. J’étais très barré. Je jouais des morceaux de vingt minutes, sans narration, sans savoir-faire. Je ne voulais ni de choses gaies dans mes chansons, ni mélodies. J’étais aussi beaucoup dans le cliché. Aujourd’hui, j’ai gardé cette énergie, mais je la maîtrise mieux. J’apprends à faire les choses de façon plus abordable. Par la lumière on peut montrer plus d’obscurité. Pour parler de la mort ou de choses graves inhérentes à l’homme, on n’est pas obligé d’être dans la tragédie. J’ai compris que c’est en étant soi même qu’on peut être le plus original.

Ton EP a ceci de particulier que plus on l’écoute, plus on l’aime parce qu’on en découvre toutes les richesses. Et elles sont nombreuses…

C’est génial ce que tu me dis là parce que, quand j’aime un artiste, moi, je dois l’écouter plusieurs fois pour tout déceler. Bashung m’a beaucoup marqué avec ses albums, L’imprudence ou Fantaisie militaire par exemple. Il nous donnait la possibilité de ne pas comprendre. Je trouvais cette désinvolture géniale. Je ne comprenais pas où il voulait en venir et plus j’écoutais, plus je commençais à assimiler les choses.

Pourquoi veux-tu être un artiste ?

Désir et orgueil. À la base c’est un rêve. Ce rêve est devenu un sacerdoce par orgueil.

pierre guénard,radio elvvis,interview,ep

21 avril 2014

Jewly : interview pour son album Bang Bang Bang

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(Artwork : Markus Lemanovski)

J’ai mandorisé la chanteuse de rock, Jewly, pour la première fois en juillet 2011. C'était à l'occasion de la sortie de son EP No Shoes. Nous avions déjà beaucoup évoqué le pourquoi du comment de sa passion pour la musique. Aussi, aujourd’hui, je vous propose une courte interview, à l’occasion de la sortie de son premier album Bang Bang Bang. Un album rock, énergique et lumineux.

La jeune femme est passée à l’agence en décembre 2013 m’apporter son disque. Je ne l’ai pas laissé filer sans lui poser quelques questions au préalable. Incorrigible Mandor !

catherine-theulin-3.jpgBio inspirée de celle dite « officielle » :

Jewly a les armes en main pour conquérir le monde. Forgées dans le plus précieux des métaux, ce Rock’n'Roll américain, celui des rebelles qui se frayaient, guitares à la main, un chemin vers la liberté d’être, celui né dans les champs de coton dans lesquels les esclaves noirs chantaient pour survivre, celui, qui en passant par l’Angleterre des Rolling Stones, s’est gorgé d’universalité.

Jewly, chanteuse du 21e siècle, aborde les sujets de son époque et de sa condition. Vectrice de ses colères, de ses amours, de ses peurs, de ses erreurs et de ses espoirs, sa voix, marinée dans un velours éraillé, dans une poussière soyeuse, dans une féroce douceur, vous racontera sa vie, celle de ses contemporains.

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Jewly joue beaucoup. Sur les scènes de France, d’outre Navarre, d’Allemagne, du Canada, des USA où elle croisa Rover, Florent Pagny, Axelle Red, Manu Lanvin…, elle porte toujours sa cartouchière de femme reptile ondulante, sa cartouchière de sensualité électrique, sa cartouchière de bête de scène.

Son nouvel album : Bang Bang Bang.

Le deuxième opus de Jewly a été réalisé par Hervé Koster, un ancien Trust, la basse y est jouée par Phil Spalding, un anglais au pedigree tout droit issu du who’s who du Rock international, et ses fidèles musiciens, le guitariste, Sylvain Troesch et le batteur, Raph Schuler, sont aussi de la partie. Ce joyau brut a du coffre, de l’âme, de l’ampleur et délivre une salve de chansons coups de poing qui vous tatoueront l’âme de bonheur.

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La team de Bang bang bang (© Marc Lehmann)

DSC0857ll1.JPGInterview :

Tu t’es entourée d’une équipe de musiciens sacrément réputée pour ton premier album.

J’ai voulu m’entourer d’une équipe professionnelle et aguerrie. La première étape a été de trouver un réalisateur. C’est extrêmement difficile de trouver celui qui puisse te convenir. Il faut avoir beaucoup de qualités : la compétence musicale, l’organisation et aussi le côté humain. J’ai rencontré certaines personnes, avec lesquelles ça n’est pas passé pour cette dernière raison. J’ai trouvé Hervé Koster, l’ancien batteur de Trust, de Noah, de Bertignac… On s’est rencontré et ça a parfaitement collé. Musicalement et humainement.

Ton EP était plus jazz-rock. Avec Bang Bang Bang, là, on est franchement dans le rock pur.

J’ai enregistré l’EP en 2011. Après, nous nous sommes surtout consacrés à la scène et on a beaucoup tourné. Au bout d’un moment, je me suis dit qu’il fallait faire un album. Parce que, d’une part, il y avait des gens qui nous le demandaient, et d’autre part, l’EP ne correspondait plus du tout à ce que l’on jouait en concert. On était beaucoup plus rock, donc ce n’était plus cohérent.

CLIP Jewly / The Other Side Bang Bang Bang. Tiré de l'album BANG BANG BANG.
Sortie Officielle 5 mars 2014

Ce sont tes propres compositions et tes propres textes, pour la majeure partie.

J’ai collaboré avec Mina Moutski sur quatre textes. Pour la musique, je viens avec les mélodies de base, ensuite, on travaille beaucoup avec Sylvain, le guitariste et Raph, le batteur. Ensuite, Hervé, qui avait aussi la casquette d’arrangeur, a un peu remanié les titres.

Tu chantes en anglais parce qu’une rockeuse se doit de chanter dans cette langue ?

Au départ, je pensais que je faisais cela pour une certaine protection… mais en fait, non. C’est vraiment une question de sonorité des mots et de la langue. Il y a quand même deux titres en français. C’était important pour moi de chanter aussi dans ma langue maternelle.

"L'incarcérée". Live "Place Kléber" - Strasbourg - Décembre 2013

C’est toi qui as produit l’album ?

C’est une société de prod que j’ai créée. Je voulais garder la main mise sur tout et prendre toutes les décisions. En France, cette musique, très anglo-saxonne n’est pas évidente à produire. On te pousse forcément à aller dans une certaine direction, une direction peut-être un peu plus « française ». J’ai pu enregistrer cet album grâce à des mécènes.

Es-tu fière de ce premier disque ?

Oui, parce que c’est moi jusqu’au bout. Qui je suis, ce que j’ai envie de dire, la musique que j’ai envie d’offrir. J’ai été entourée de gens qui m’ont beaucoup apporté, mais qui m’ont écoutée. Je ne me suis pas écartée du travail que je voulais faire. C’est l’album le plus authentique qui soit par rapport à ma personnalité et à mes goûts.

Avec Raph Schuler, Herve Koster, Sylvain Troesch et Steven Forward..jpg

Lors de l'enregistrement de l'album, avec Raph Schuler, Herve Koster, Sylvain Troesch et Steven Forward.

Pourquoi ne te montres-tu pas sur la pochette de ton album ?

Je ne voulais pas me mettre en avant. Je préfère que ce soit la musique qui le soit. J’ai aussi peut-être une certaine pudeur.

Es-tu confiante en l’avenir ?

Je crois en ce que j’ai fait. Je sais que cet album est plutôt qualitatif et qu’on n’a pas fait de copié collé sur les autres. C’est un disque original. Maintenant, je sais aussi qu’on est en France et que ce disque ne sera pas facile à défendre. Autant sur scène, je n’ai pas d’inquiétude, car on n’arrête pas de tourner et que ça se passe très bien, autant pour entendre un de mes titres en radio, je sais qu’il va falloir lutter.

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20 avril 2014

Tony Melvil : interview pour l'EP La cavale

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« Tony Melvil est un mec paumé dans ce monde où tout va à toute vitesse, où chacun a ses certitudes, glisse ce dernier en décrivant son personnage. Il n'a pas forcément d'avis sur ce qui se passe autour de lui. Il se débat juste contre quelque chose qui l'agace sans trop savoir quoi, ni sans trouver de solution. » C’est ainsi qu’Étienne Villeminot présente Tony Melvil, le personnage qu’il s’est inventé et avec lequel il commence à petit bout de chemin fort honorable dans le petit monde de la chanson française.

Ce « pessimiste qui se soigne » épanche sur disque et sur scène son désarroi, à la recherche d'une identité qui sans cesse lui échappe. J’ai découvert cet artiste original et touchant grâce à son premier EP Tentative d'évasion. On y découvre un être torturé, mais surtout « à l'ouest » et décalé. Le voici qui revient avec un deuxième EP, encore plus abouti, La cavale (chez At(h)ome)

Je l’adore. Il fallait à tout prix que nous nous croisions. Notre rendez-vous n’a pas été simple à organiser, l’homme habite à Lille, mais Tony Melvil a fini par venir me voir à l’agence. C’était le 18 décembre 2013. J’attendais la sortie de ce deuxième disque pour publier enfin le fruit de notre entretien. Voilà qui est fait.

tony melvil,Étienne villeminot,la cavale,interview,mandorBiographie officielle (mais écourtée) :

Né en 1982 à Dijon, Étienne Villeminot, démarre une carrière de musicien en 2002 dans différentes formations lilloises, notamment auprès du chanteur Lulu (mandorisé là) et du groupe de rue Tchobello. Violoniste classique de formation, il se met rapidement à la guitare et au chant et enchaîne de nombreuses expériences de spectacle dans lesquelles il est tour à tour violoniste, guitariste, comédien, choriste, compositeur, figurant, roadie, mais aussi chargé d’administration ou comptable.

En 2009, poussé par Thibaud Defever (Presque Oui) et Romain Delebarre (Delbi), il se lance en solo sous l’anagramme Tony Melvil et teste ses propres chansons sur scène. Repéré par Tour de Chauffe en 2010, puis par Domaine Musiques en 2011, il enregistre à l’automne 2011 Tentative d’évasion, premier EP 7 titres, arrangé et réalisé par Delbi.

Sorti en février 2012, « Tentative d’évasion » fait sortir Tony Melvil de l’anonymat, grâce à des chroniques élogieuses, notamment dans Télérama et Francofans, mais aussi grâce à des concerts de plus en plus nombreux.

En 2013, Tony Melvil se fait remarquer lors de plusieurs rendez-vous du réseau chanson tony melvil,Étienne villeminot,la cavale,interview,mandornational. Ainsi, il obtient des premiers prix lors des concours de la Manufacture Chanson à Paris, de l’AMJA à Angers, et enfin lors du Concours Jeunes Talents du Festival Jacques Brel de Vesoul. Dans le Nord-Pas-de-Calais, Tony Melvil est soutenu par le dispositif de la région « Résidence Musiques Actuelles » aux Arcades de Fâches-Thumesnil et par la Marmite.

Parallèlement, Tony Melvil développe son goût pour les mélanges et a monté en 2012 sa Compagnie Illimitée, dont le but est de créer des spectacles pluridisciplinaires à base de chansons. Son premier spectacle Quand je serai petit, destiné au jeune public, sera mis en scène par Marie Levavasseur (Cie Tourneboulé). Il s’agit d’un duo avec le musicien / producteur lillois Usmar, prévu pour l’automne 2014.

tony melvil,Étienne villeminot,la cavale,interview,mandorArgumentaire de l’EP :

Deux ans après sa remarquée « Tentative d’évasion », Tony Melvil revient avec un nouvel EP intitulé La Cavale. La métaphore est filée, la quête de liberté affirmée. Le chanteur lillois ajoute ici au blues introspectif et rugueux du musicien/arrangeur Delbi la chaleur de son violon, baignant de lumière des textes souvent ombrageux. Mixé par Dominique Ledudal (Fersen, Higelin, JP Nataf, Les Innocents) au studio Garage à Paris, La Cavale assoit Tony Melvil et sa personnalité singulière dans le paysage musical français, un personnage aux multiples facettes ayant pour terrain de jeu le second degré et le non-dit.

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tony melvil,Étienne villeminot,la cavale,interview,mandorInterview :

Quand as-tu décidé de faire de la chanson ton métier ?

Quand il a fallu se projeter professionnellement et qu’il a fallu que je me pose la question de ce que j’allais faire dans ma vie. Vers 22 ans. J’en ai aujourd’hui 31.

Au départ, tu as une formation de violon classique.

J’ai commencé à 4 ans et demi. Je suis issu d’une famille de musiciens amateurs. Mon père est organiste. La musique a toujours eu une place très centrale, mais jusqu’à Bach. Pas plus loin. On n’entendait jamais de la chanson, ni de la musique dite « moderne ».

Tu aimais la musique classique à cette époque ?

Je ne me posais pas la question. C’est à partir du moment où je suis devenu ado que j’ai découvert d’autres musiques. A 13 ans, j’ai écouté Brassens en boucle. Ça devenait tellement obsessionnel que j’ai inquiété mes parents. Ensuite, il y a eu Brel. Puis, j’ai beaucoup écouté des groupes comme Les Têtes Raides ou Noir Désir. Mon goût pour la chanson n’est pas arrivé par hasard...

Et les fondamentaux de la culture rock ?

Seulement à l’âge de 20 ans. Led Zep ou les Beatles, je savais qu’ils existaient, mais je ne savais pas trop ce qu’ils faisaient. Je n’avais entendu que des brides de morceaux, mais j’ai découvert tout ça sérieusement sur le tard.

Les miroirs à l'envers - Clip officiel.

tony melvil,Étienne villeminot,la cavale,interview,mandorTu es un autodidacte. Un jour, tu as décidé d’acheter une guitare et d’apprendre seul.

J’ai utilisé la guitare comme un son d’accompagnement et c’est à ce moment que tout a démarré dans ma tête. A 18 ans, je me suis aperçu que j’avais goût à ça. Cinq ans plus tard, ça s’est mis en place.

Tu fais de la chanson française, mais pas si traditionnelle que ça. Tes textes sont très « pince-sans-rire ».

Ce qui m’amuse beaucoup, c’est le décalage. Tu peux tout traiter sans te prendre au sérieux et en restant très léger. A partir du moment où tu es dans le second, voire le troisième degré, tu peux finalement te permettre d’aller beaucoup plus dans le fond des choses.

Tu as beaucoup parlé d’enfermement dans ton premier EP. Dans le second, le thème central est plutôt la liberté, la tentative d’évasion, mais surtout les catastrophes.

Il y a deux chansons qui partent d’un paysage presque post apocalyptique et je m’interroge sur ce qu’il se passe après. On essaie de nettoyer, de faire table rase, mais il reste plein de résidus sous le tapis, derrière les cloisons et même sous la peau. C’est une métaphore sur la société. Ce sont des textes un peu noirs, mais qui se prêtent à une musique un peu plus mordante, un peu plus rock.

Pourtant, tes chansons me font sourire à chaque fois… surtout quand je te vois les interpréter sur scène. Ton attitude va à l’encontre de ce que tu racontes.

J’ai appris la technique du clown un peu moderne. Aujourd’hui, les clowns tristes et les clowns sérieux travaillent beaucoup plus sur le sourire que sur le rire. Moi je travaille sur une atmosphère toujours second degré, une atmosphère où ça peut déraper à chaque instant, chaque phrase.

Du coup, tout ce que tu dis peut-être pris à double sens.

J’aime bien que l’on m’attende quelque part et, soudain, surprendre en renversant la situation.

"Sans langue, sans visage" en live.

Il y a énormément de sorties françaises. Ce n’est pas un peu décourageant ?

Ce qui m’étonne, c’est le nombre de projets de qualité qui sortent. Je trouve épatant la qualité de visions professionnelles des artistes. Parfois, tant de talents, ça décourage, parfois, tu te dis que tu es costaud et que tu vas te battre pour réussir. C’est presque un combat contre soi-même tant c’est une question de motivation. Il faut que je trouve le courage de tenir le temps qu’il faut pour que mon projet continue à se développer. Trouver aussi les moyens de continuer à faire des disques, des concerts… c’est un combat permanent, mais un combat noble.

As-tu une date butoir pour être satisfait de ton sort ?

Je me dis toujours qu’à 35 ans, il faudra que je fasse le point. Ça me laisse encore près de quatre ans.

Tony Melvil est un personnage qui n’est pas tout à fait toi. Est-ce quelqu’un qui te permet de dire et faire des choses que tu ne ferais pas sous ta propre identité ?

Oui, je reviens au parallèle que je faisais avec les clowns d’aujourd’hui tout à l’heure. Tony Melvil, c’est un clown dans le sens de la définition qu’ils en font dans le cirque : sa propre facette, mais dans la maladresse. Je suis en caricature permanente et certains traits de ma personnalité sont gommés parce qu’ils n’ont pas d’intérêt à être mis en spectacle. Tout vient de soi dans le clown.

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Tony Melvil est-il un peu cynique ?

Prendre les choses avec une grosse louche et ne pas être que dans la subtilité, c’est intéressant. Quand on exagère le trait, ça peut très bien passer pour du cynisme. Le prisme de la scène incite à faire les choses en beaucoup plus grand.

Ta voix se libère dans ce deuxième EP, La Cavale.

En effet, je suis moins dans le raconté, moins dans le posé, plus dans le chanté.

Quels sont tes projets immédiats?

En parallèle du projet Tony Melvil, je m’intéresse beaucoup à la danse contemporaine, au théâtre, bref aux autres disciplines du spectacle vivant et à leur manière de travailler. Parfois, on doit aller très vite et on survole certains aspects. La lumière, la mise en scène, le décor… parce qu’on doit être sur des formes très simples et souples. J’ai donc monté une compagnie : La Compagnie Illimitée. Elle a pour vocation de partir de la base de la matière chanson et d’en faire des spectacles qui mélangent d’autres disciplines. Là, on s’est lancé dans un spectacle pour jeune public à partir de six ans, mais qui est avant tout un spectacle pour tous dans lequel il y a plusieurs degrés de lectures. Ça s’appelle « Quand je serai petit ». C’est le regard et l’interrogation d’hommes de trente ans sur leurs souvenirs d’enfance. Qu’aurait pensé l’enfant qu’on était à dix ans de ce qu’on est devenu,  jeune adulte ? Quel rapport a-t-on avec ça ? Est-ce qu’on réalise réellement nos rêves d’artistes ? On bosse beaucoup là-dessus. Les premières sont prévues en octobre 2014.

Les artistes, ne sont-ils pas de grands enfants ?

On grandit, mais on essaie de ne pas vieillir. C’est important d’arriver avec un regard neuf, sans certitude, sans règle, sans marche à suivre. Il faut garder son âme et son regard d’enfant et surtout… savoir se renouveler constamment.

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Tony Melvil et la chanteuse Dyne, mandorisée le même jour. Après les interviews, nous avons discuté chansons et musique.

12 avril 2014

Léonid : interview pour son premier album Léonid

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Léonid m’a été fortement suggéré par la chanteuse Yoanna (mandorisée là en 2007). Quand j’aime bien l’œuvre de quelqu’un et que ce quelqu’un me propose de découvrir l’œuvre d’un autre artiste, j’y jette un coup d’oreille soutenu. Et là, j’avoue, j’ai été conquis immédiatement. Un chanteur à texte comme on en fait de moins en moins. Un type qui, mine de rien, dit beaucoup de choses importantes sur la société et sur les tourments intérieurs de chacun. On écoute sans se méfier, pourtant Léonid est bien un chanteur engagé. Il ne le revendique pas, mais c’est pourtant clair. De toute la nouvelle génération de chanteur français dit « à texte », il est l’un des plus subversifs.

Léonid a passé 20 ans à travailler avec et pour les autres. Il était temps qu’il sorte le fruit de son travail. Pas grand monde n’est encore au courant, mais il est artiste important que l’on serait bien inspiré d’écouter. Léonid est passé me voir à l’agence le 20 janvier dernier (une semaine avant la sortie de l'album) pour une interview sans concession.

léonid,fafa daïan,yoanna,interview,mandorBiographie officielle:

S'il vit dans la tête de Fafa Daïan depuis l'enfance, Léonid n'a vu le jour qu'en 2010. Une petite vingtaine d'années d'hésitation à venir au monde qui permettra à son géniteur de se forger une expérience.
Entre autres, 13 années de scène, de studio, de composition et d'écriture avec le groupe Sinsemilia, 4 années d'une collaboration passionnée avec la chanteuse suisse Yoanna (
co-écriture, réalisation scène et studio, arrangement), 3 autres années à travailler avec la chanteuse Djazia Satour au développement de son projet solo (réalisation scène et studio, arrangement).
Bien que comblé par des expériences aussi variées que passionnantes, Fafa Daïan reste fermement décidé́ à ne pas avorter le gamin qui lui répétait sans cesse : "quand j'sera grand, j'sera chanteur !"
Alors un beau matin, il se botte le cul, se chauffe la voix entre 2 clopes, enfile son costume de chanteur et dépoussière pour l'occasion son surnom de petit garçon : Léonid !
Au départ, sur scène ils entaient 4 et maintenant ils sont 2.
Multi-instrumentiste autodidacte, sur scène en famille depuis l'âge de 9 ans, Rémi d'Aversa joue l'homme-orchestre pour Léonid avec une humilité et une aisance déconcertantes.

léonid,fafa daïan,yoanna,interview,mandorInterview :

Tu as commencé avec Sinsemilia en tant que trompettiste. Un départ en fanfare, non ?

Oui, un peu par défaut parce que c’est un instrument que j’ai commencé petit, mais qui ne m’a pas vraiment fasciné. J’ai fait dix ans de trompette avec Sinsemilia. Un jour, j’ai prévenu le groupe que soit il me changeait d’instrument, soit je quittais le groupe. Les six dernières années, j’ai été clavier et guitariste.

Tu es resté treize ans au sein de cette formation. C’est quand même énorme !

Oui. J’ai connu la grande époque de Sinsemilia. On a fait les plus grandes scènes de France et d’ailleurs. Cette aventure humaine a été riche et incroyable pour moi. On était une bande de copains qui prenait la route. Nous n’étions pas super bons musiciens au départ, mais il y avait une fureur incroyable quand on montait sur scène. On avait l’impression de jouer nos vies.  En plus, il n’y avait pas une personne mise plus en valeur qu’une autre. C’était très sain.

Et un jour, tu as quitté Sinsemilia. Pourquoi ?léonid,fafa daïan,yoanna,interview,mandor

Au bout de treize ans, je me suis un petit peu lassé. Je ne défendais plus souvent ce que l’on faisait. Je ne veux pas cracher dans la soupe parce que ce passé, pour moi, est extraordinaire. Juste, à un moment, je ne me suis plus reconnu. Je ne prenais plus vraiment de plaisir à monter sur scène. Je trouvais aberrant de jouer dans des salles complètement hystériques. J’avais l’impression qu’on pouvait faire tout et n’importe quoi, de toute façon, les gens allaient hurler. Je regardais ça du haut de la scène et je me faisais la réflexion que je ne comprenais pas et j’avais la sensation que tout ça me correspondait de moins en moins.

Certains auraient été grisés par cela. Toi, ça a été le contraire.

Tant qu’il y avait l’excitation de conquérir le public à la force de notre travail et de notre enthousiasme, c’était bien, mais une fois que c’était installé, que l’on était dans une certaine routine, ça ne m’a pas plu. J’ai commencé à monter des petits projets, à rejouer dans des bars ou des petites salles devant cinquante personnes, à présenter un travail dont j’étais extrêmement fier. J’ai retrouvé ma flamme de départ et ça m’a procuré des sensations incroyables.

Tu chantais déjà ?

Pas tout de suite. J’ai énormément travaillé pour les autres. J’ai envie de chanter depuis que j’ai l’âge de dix ans, mais j’avais une pudeur et un manque de confiance qui ont fait que j’ai mis du temps à me lancer. Là, ça fait quatre ans que j’ose avec Léonid. Petit à petit, j’ose de plus en plus, avec de moins en moins de pudeur. Je commence à trouver ma place.

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Tu as travaillé avec une chanteuse que j’apprécie beaucoup, Yoanna.

J’ai même beaucoup travaillé pour elle. Pendant cinq ans, ça a été toute ma vie. J’ai aidé au développement de ce projet, j’ai réalisé son premier album, j’ai monté son équipe autour d’elle. J’aimais me fondre dans quelqu’un d’autre. J’étais l’ombre de Yoanna.

Cette artiste a une sacrée personnalité.

Une sacrée personnalité et une bête de scène. Je l’ai rencontrée dans les rues à Aurillac, elle faisait des reprises avec son accordéon, je suis resté scotché. Elle avait beaucoup de charisme et dégageait quelque chose de fascinant. Je me suis démerdé pour avoir son numéro et au bout de quatre mois, on est rentré en contact. Et l’histoire musicale entre nous a commencé… et a continué longtemps.

Et puis ça s’est arrêté.

Oui, de manière assez nette. Ça devenait un peu trop passionnel. Ensuite, j’ai repris ma collaboration avec elle comme éclairagiste. Je suis revenu par la petite porte histoire de dire « je ne suis pas loin », mais on s’est quitté musicalement en très bon terme.

J’ai l’impression que quand tu collabores avec quelqu’un, Yoanna ou Djazia Satour, tu ne fais pas les choses à moitié. As-tu besoin de tout régir ?

Exactement, mais j’ai du mal à faire plusieurs choses. C’est pour ça que je suis monomaniaque. J’ai envie de ne pas regretter. Quitte à se lancer dans un projet, il faut donner les moyens pour que ça ait de la gueule. Pour moi, un projet musical qui ait de la gueule, ça ne se résume pas qu’à un bon disque et une série de bonnes chansons. C’est un tout. Il faut aussi un spectacle avec du fond et de la forme, une com’ qui soit cohérente avec l’idée qui est défendue dans les chansons. J’aime bien avoir une vision globale.

léonid,fafa daïan,yoanna,interview,mandorAujourd’hui, il y a Léonid. C’est qui Léonid ?

C’est moi. Il s’agit de mon surnom de petit garçon. Mon enfance est un moment de ma vie qui n’est pas encore digérée.

Au début de ce « projet », vous étiez quatre, je crois.

Oui. C’était une formation de quatre instrumentistes chanteurs énormément basée sur les harmonies vocales. Pour moi, les mélanges de voix, c’est ce qu’il y a de plus magique. Cette formule a duré trois ans. On a eu des retours dithyrambiques sur nos concerts, mais c’est une histoire qui ne s’est pas du tout développée parce que je suis l’anti commerce incarné. Je suis incapable de me vendre.

Tu te cachais encore beaucoup derrière les autres avec cette première formation.

C’était une machine de guerre quand on montait sur scène. Et effectivement, je me cachais toujours derrière, je n’arrive pas à expliquer pourquoi. C’est un travail que je revendique, mais je ne voulais pas me mettre en avant. J’y allais sans vraiment y aller.

C’est fou ce paradoxe. Tu veux réussir dans la chanson, tu fais tout pour et au final, tu détestes que l’on te voie.

C’est fou, je ne te le fais pas dire. Il y a un côté schizophrène. Mais, je vais te dire la vérité : j’ai des problèmes de crises d’angoisse par rapport à plein de choses, mais notamment, le fait d’avoir la responsabilité d’un spectacle, d’être celui qui est mis en avant. A chaque concert, je me dis que je devrais être partout sauf ici.

Mais sur scène, tu sembles très à l’aise. Tu communiques beaucoup avec ton public.

C’est incroyable. Quand je suis sur scène, il y a un truc en moi qui se réveille et qui sort de ne je ne sais où. Avant c’est l’horreur, pendant, c’est le bonheur.

Teaser 2014 Léonid (duo). Images tirées des concerts à la Bobine de Grenoble les 3 et 4 octobre 2013.

Aujourd’hui, pourquoi as-tu réduit la formation ?

Pour que ce soit plus fluide, au niveau des déplacements, de la logistique et aussi, parce qu’il y avait des soucis de disponibilités des uns et des autres. Mais, au final, le fait de se retrouver à deux avec Rémi, a été un révélateur incroyable.

Rémi, c’est ton cousin germain. Léonid devient une histoire de famille.

Oui, et on a monté un spectacle complètement hybride. Rémi est un musicien génial. Il joue de tout, on l’appelle « la pieuvre ». Il fait l’orchestre. Il a un clavier dans chaque main, une grosse caisse, un pad, il fait les chœurs en même temps. Le tout avec une humilité, une simplicité et une sensibilité qui sont rares et essentielles pour moi. Notre complicité est sans aucune faille.

J’adore tes textes… ils sont un peu cyniques et jamais méchants.

Comme j’ai beaucoup de pudeur, je ne veux surtout pas tomber dans le pathos et le larmoyant. J’ai au fond de moi des peurs et des préoccupations qui sont assez lourdes, j’ai donc trouvé le moyen de les exprimer à travers l’ironie, la légèreté et le cynisme. Je veux que les gens ne sachent pas s’ils doivent sourire ou partir en courant.

Léonid et ses invité(e)s dans "La révolution d'octobre". Images tirées des concerts d'octobre 2013 à la Bobine de Grenoble.

Tu joues beaucoup avec les mots.

Je suis un très grand amateur de textes et de chansons. Brassens par exemple, son travail est fascinant. Après, j’ai grandi avec Renaud. Ce qu’il faisait entre 1975 et 1985 était purement génial. Je suis fou aussi de Gainsbourg et d’Higelin. J’ai grandi avec tous ces gens-là. Du coup, quand je prends mon stylo pour écrire, je pense à eux et je ne veux pas rendre une copie médiocre. Je n’écris jamais à la légère. Je veux de la forme et du fond.

Ca représente quoi pour toi de sortir ton premier album ?

Un énorme bonheur. Ce que j’avais fait jusqu’à présent dans mon métier, je sentais que ça ne touchait pas mes proches. S’ils étaient contents de me voir à la télé avec Sinsemilia, je sentais qu’il n’y avait pas un réel intérêt pour le fond. Ils n’allaient pas me voir en concert, ni n’écoutaient mes disques. Je sentais qu’il y a avait un décalage entre le monde dans lequel j’évoluais dans ma vie personnelle et le monde dans lequel j’évoluais musicalement. Avec cet album, j’ai l’impression qu’il y a un truc qui en en train de se passer. Les deux se retrouvent enfin. Quand je vois ma grande sœur, qui est pour moi une référence, me faire des remarques sur mes chansons, ça me touche beaucoup. Quand j’apprends que ma meilleure amie, qui est une grande amatrice de chanson française, écoute mon disque régulièrement, pour moi, c’est énorme.

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Léonid: "Quand j'entends les questions de Mandor, je m'endors".

léonid,fafa daïan,yoanna,interview,mandorQuand elle a su que je te recevais, Yoanna m’a demandé de te poser deux questions. Voici la première : pourquoi as-tu si peur des silences ?

Long silence…

J’ai arrangé beaucoup de chansons pour elle. J’aime quand il y en a partout. Quand il y a une petite mélodie là, s’il y a un blanc, j’ajoute un truc rythmique qui relance… bref, je n’aime pas quand il n’y a rien. Yoanna m’a toujours dit qu’elle aimait mon travail, mais que ça manquait de silence.

J’ai cru qu’il y a avait une référence à ton attitude dans la vie.

Elle fait peut-être aussi référence à comment je suis dans la vie. J’ai tellement peur de tout dans la vraie vie qu’elle aurait pu simplement poser la question « pourquoi as-tu si peur ? ».

Tu aurais répondu quoi ?

Que je n’en sais rien.

Deuxième question de Yoanna : qu’est-ce que ça fait de commencer sa carrière à l’Olympia en étant disque d’or et aujourd’hui, de devoir jouer devant vingt vieilles, vendre trente albums, le tout produit par un label à chier ? 

(Rires) La réponse est simple. Je redécouvre le bonheur de pratiquer mon métier.

"Instant culture". Une fausse interview qui fait déclencher plus qu'un sourire et quelques extraits de l'album.

Pourquoi es-tu anti-sytème ?

J’ai de qui tenir. Je suis issu d’une famille extrêmement militante. Les membres de ma famille sont tous communistes. Moi, je ne suis pas du tout militant, mais j’ai hérité de toutes les valeurs de ce parti. Je ne suis pas militant, car je suis pessimiste. Dans l’espèce humaine, je ne pense pas que l’homme soit foncièrement bon. Je pense qu’il va droit dans un mur qu’il a construit lui-même. Je vois difficilement comment l’humanité pourrait s’en sortir autrement. En tout cas, je ne veux pas faire comme mon père, du porte-à-porte pour sensibiliser les gens.

Mais, c’est du militantisme de dire des choses importantes dans des chansons, non ?

En tout cas, je dis ce que j’ai dans le bide. Vu que dans mon bide il y a un héritage politique, des messages sortent certainement, mais forcément tournés en dérision.

Pourquoi chantes-tu, au fond ?

Je me pose la question tout le temps. Quand j’étais petit, on m’a offert un disque de Renaud. Je me suis juste dire que je voulais faire pareil. Je suis fasciné par ça depuis mon enfance. Être chanteur, aujourd’hui, pour moi, c’est aussi être aux commandes de ma propre vie. Je n’ai aucun intermédiaire. Je mène ma barque comme je l’entends.

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Après l'interview, le 20 janvier 2014.

04 avril 2014

Jean-Christophe Rufin de l'Académie française: interview pour Le collier rouge

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jean-christophe rufin,le collier rouge,interview,mandor,académie françaiseAnnée du centenaire de la Première Guerre mondiale oblige, c’est avec un roman sur l’après-guerre que Jean-Christophe Rufin fait son retour.Un jour, un ancien poilu anarchiste et antimilitariste décide de décorer son chien de sa médaille militaire. En 1919, cet acte est considéré comme un signe de rébellion. Dans Le collier rouge, l’Académicien Jean-Christophe Rufin met en lumière trois destins qui se croisent : celui d’un ancien héros de la guerre (notre poilu anarchiste), retenu prisonnier au fond d’une caserne, celui de son chien, posté devant la porte, qui aboie jour et nuit, et celui d’une femme qui attend et espère, non loin de là. Ce livre aussi réjouissant qu’émouvant interroge sur la loyauté et la fidélité.

Le 27 février dernier, je suis allé à la rencontre de Jean-Christophe Rufin dans un bureau de chez Gallimard pour une heure d’interview.

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jean-christophe rufin,le collier rouge,interview,mandor,académie françaiseInterview :

Le collier rouge est un roman très court. Est-ce que c’est un « entre deux livres » ou chaque livre a autant d’importance ?

Le poids, pour le poisson, c’est important… pour les livres, on peut considérer qu’il n’est pas proportionnel à l’intérêt qu’on peut lui trouver. Ce livre est petit en volume, mais c’est un livre complet parce qu’il a été longuement porté et il traite de sujets importants qui me touchent profondément. Il est dense et à beaucoup de niveaux de lecture. Il a pris cette forme courte parce qu’il n’y avait aucune raison que j’en mette plus. Pour moi, Le collier rouge a autant d’importance que les autres.

Je crois savoir que vous avez écrit ce livre dans des conditions particulières.

Contrairement à d’habitude, je ne savais pas vraiment où j’allais. Je n’ai pas fait de plan. Je voyais devant moi s’ouvrir des portes les unes après les autres au bout de chaque chapitre. La rédaction du livre s’est faite très vite, de façon à vivre l’aventure comme si j’étais dedans, presque en temps réel.

Vous aviez hâte d’en sortir ?

Oui, parce qu’à un moment, on ne sait plus trop comment on va s’en tirer. C’est même un peu angoissant. J’ai une amie romancière canadienne qui dit : « il n’y a qu’une seule intrigue dans tous les livres, c’est comment l’auteur va se sortir de la panade dont il s’est mis ». Moi, pour Le collier rouge, je n’ai pas toujours tout maitrisé. Par exemple, la dimension sur tout le mouvement ouvrier de l’époque, je ne l’avais pas prévue.

Ce livre terminé, avez-vous eu le sentiment du devoir accompli ?

Généralement, tant que j’écris, je suis guidé par une boussole assez précise. Je n’ai aucun doute de rien. Mais une fois que le livre est fini, c’est le contraire. Je me dis que ce que je viens d’écrire est nul. Dès qu’on arrive au stade où il vit sa vie, où il est publié, où il appartient aux autres, où il est lu par des critiques, puis par des lecteurs, je panique, parce que j’ai pris de la distance… je ne suis plus dedans. Après, c’est le succès ou l’échec qui finit par vous rassurer ou vous démoraliser.

Ça fait 15 ans que vous faites ce métier. Vous habituez-vous à la sortie d’un livre ?

Non. D’ailleurs quand je vois les jeunes qui démarrent, qui ont un grand succès avec un livre et qui deviennent immédiatement sûrs d’eux, j’ai envie de leur dire de se calmer. Tout se joue sur la durée. Une carrière d’écrivain, c’est une course de fond. C’est long, il faut donc accepter l’idée qu’il y a des hauts, des bas, des succès et des échecs. Moi, j’ai fait un livre d’anticipation qui n’a pas marché auprès de mon public initial, Globalia. Les jeunes ont plutôt apprécié, mais mon public habituel a bloqué. Cela dit, j’essaie de ne jamais faire la même chose. J’aime bien l’idée de ne pas être là où l'on m’attend. Je n’aime pas être enfermé, je suis claustrophobe.

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Écrire un livre sur la Première Guerre Mondiale quand on fête ses 100 ans, est-ce de l’opportunisme ?

J’avais envie d’écrire sur la guerre de 14 depuis très longtemps. Le grand-père qui m’a élevé a fait cette guerre. J’ai beaucoup de souvenirs liés à elle comme dans beaucoup de familles françaises. J’ai écrit le livre sans me rappeler que c’était le centenaire. Quand je m’en suis rendu compte, j’ai été très gêné parce que je ne voulais pas que les gens pensent que c’était un livre de circonstance. Du coup, j’ai même pensé attendre pour le publier plus tard. À cause du succès de mon livre sur Compostelle, Immortelle randonnée, Compostelle malgré moi, on n’a pas pu sortir le livre avant. Pour moi, cette date est plutôt un inconvénient. Ça m’ennuie de rajouter un document de plus sur cette guerre.

Dans votre roman, la guerre n’est abordée que de façon extérieure. Est-ce un roman sur « comment on s’en sort après avoir vécu ça » ?

Ce livre ne célèbre pas de guerre, encore moins une victoire puisque je considère qu’il n’y a pas eu de victoire. C’est une guerre de vaincus de tous les côtés. Ce livre est très en marge des autres ouvrages sur le sujet. Le collier rouge est plus un livre sur « qu’aurait-il fallu faire pour éviter la guerre ? » L’univers de la guerre est un univers animal, d’où la comparaison avec le chien. Il faut dépasser le sentiment animal d’attaquer l’autre pour défendre les siens. C’est respectable, mais c’est une impasse. Je veux faire prendre conscience que ce qu’ont vécu ces soldats n’était pas humain, mais animal. Le chien est au centre de la vision que je voudrais donner de cette guerre.

Tous vos personnages ont cessé d’être obtus après la guerre.

C’est une guerre qui a transformé profondément tout le monde. Tous ceux qui l’ont vécue ont perdu toutes leurs certitudes. Il y a eu beaucoup de croisements sociaux et intellectuels. Les tranchées, c’était des lieux de mélange. Des lieux où l’aristocrate pouvait rencontrer l’ouvrier ou le paysan et vivre la même chose : le danger et la mort.

Votre héros ne fait rien pour s’en sortir parce qu’il a des convictions et qu’il s’y tient.

Le juge veut faire sortir le prisonnier de prison, mais ce dernier veut y rester. Il veut affirmer haut et fort ses convictions sur la guerre. On comprendra aussi que derrière les actes de l’ancien soldat, derrière ses décisions, il y a une femme. Il n’ose pas l’aborder pour lui demander des explications sur son comportement… et pour éviter ça, il va s’enfermer dans quelque chose de spectaculaire où il va se donner le beau rôle. Mais au fond, c’est un appel pour elle. Il veut renouer avec elle sans oser le faire.

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Le chien nous apprend beaucoup sur l’homme dans ce livre. C’est un peu lui le héros du roman ?

Je le pense. J’adore ce chien. À travers lui, j’ai voulu rendre hommage aux dizaines de milliers d’animaux qui se sont retrouvées dans les tranchées. C’est un phénomène très peu connu.

On les utilisait pour déminer, pour chasser les rats… ils avaient une réelle utilité.

Il y a ceux qui étaient là parce qu’ils avaient suivi leur maître. Ceux-là, les poilus les utilisaient directement en fonction des problèmes qu’il pouvait y avoir dans les tranchées. Mais, il y avait aussi des chiens acheminés par l’état major pour une utilisation vraiment militaire. Il y avait aussi des pigeons qui ont bien servi pendant cette guerre. Saviez-vous que des pigeons ont  réussi à faire passer des messages à travers les lignes et qu’ils ont été décorés après la guerre ?

Vous ne trouvez pas cela ridicule ?

Vous savez, les pigeons, c’était le Facebook de l’époque, la communication ultime. C’est comme les chiens… aujourd’hui, on utilise des robots pour déminer. On a une vision archaïque des choses aujourd’hui. Après cette guerre, ce que je trouve très touchant, c’est l’attendrissement de ces hommes pour la souffrance animale.

Dans ce livre, y a-t-il un personnage qui vous ressemble ?

On doit mettre de soi dans chaque personnage. Pour décrire le travail de chaque auteur, on peut dire que c’est une autobiographie éclatée, une autobiographie sous forme de fragments. Les éclats sont présents dans tous les personnages et dans toutes les situations. Mettre de soi dans tous les personnages, c’est ce qui les rend vivants.

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Vous êtes membres de l’Académie française. Est-ce que cela met de la pression quand on écrit ?

L’Académie est l’institution la plus ancienne de la nation. Elle a été créée sous la monarchie et elle n’existe que par ceux qui la font vivre, c'est-à-dire nous, les quarante académiciens. Pour la faire vivre, chaque génération reprend le flambeau et porte ce défi. Il faut être vivant, faire preuve d’initiative, être très présent. Je me réjouis quand Hélène Carrère d’Encausse, Éric Orsenna, Max Gallo et Jean-Marie Rouart publient des livres. Nous ne sommes pas tenus au succès et au génie en permanence, mais on fait ce que l'on peut. Nous sommes là, bien décidés à faire bouger cette Académie.

Vous avez eu plusieurs vies et vous avez été décorés de nombreuses fois. Récemment, vous avez reçu l’insigne d’Officier de la Légion d’honneur. Savez-vous pourquoi vous avez reçu cette récompense ?

Je l’ai eue au titre des affaires étrangères et de la francophonie. En tant qu’ambassadeur, j’ai travaillé pour le pays dans des conditions pas toujours faciles. J’accepte que l’on m’honore parce que j’ai un profond respect pour les institutions et la nation. Mais, je ne veux pas que ces décorations me transforment en statut. Il faut rester vivant et actif. C’est pour ça que j’écris beaucoup et que j’essaie d’être à la hauteur.

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A l'issue de l'entretien, chez Gallimard, le 27 février 2014.

03 avril 2014

Dyne : interview pour son EP "A la tombée des nues"

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(© Hélène Kérisit)

Voilà une artiste encore inconnue dont j’aime la voix (elle est capable, avec une dextérité étonnante, de descendre dans les graves comme de monter dans les aigus), les textes et les compositions. Pianiste hors pair, Dyne chante et joue avec une sorte d’urgence qui ne peut pas laisser indifférent. Une bonne raison pour s’y intéresser et lui offrir ici un peu de visibilité. Pour le moment, il n'existe encore aucun clip, juste des captations lors de Tremplins ou lors de prestations dans de petites salles.Quand j’ai reçu la chanteuse à l’agence, le 18 décembre dernier, j’ai été très étonné par ses propos. Elle tient un discours inédit pas piqué des hannetons, mais intéressant. J’aime être surpris quand un artiste me parle et là... je n’ai pas été déçu.

dyne,à la tombée des nues,interview,mandorBiographie officielle, à propos de l’EP 6 titres, A la tombée des nues.

Ça parle d’amour. Comme pas mal d’autres avant elle.
Ça parle avec pas grand-chose, un piano, une voix, une contrebasse, parfois une guitare. Ça suffit à évoquer les rêves et les espoirs, les désillusions aussi. Ça parle de quelques-uns sans jamais vraiment les dire et c’est ce qui touche, l’émotion brute et fragile qui s’immisce entre les lignes des notes. Des parcelles de classique, jazz, latino, variété, des parcelles de gens, de vécus, de cœur que Dyne livre sur un plateau d’argent à qui veut l’écouter.

Car Dyne c’est ce mélange d’une intimité si étrange qu’elle en reste ouverte à chacun, là, sous vos oreilles, c’est son émoi qui bat au rythme de ses songes, aux rythmes saccadés, brisés par l’effet de surprise que peut prendre la tournure des vers. En musique, rien ne se répète vraiment, Dyne se joue du piano sur les sentiments… avec sincérité. C’est un mot d’ordre et de droiture, c’est bien sa vie qu’elle met en jeu dans ses textes. Au service d’une mélancolie qui empoigne avec douceur, des mélodies qui n’ont pas de refrain, dont on se souvient pourtant.

Et s’il fallait trouver un but à la démarche, il serait dans l’instant. Creuser dans les silences comme on creuse sa bulle, une brèche dans le temps où l’auditoire est pris d’une même chaleur, partager l’émotion d’un être qui se donne sans carapace l’espace d’une chanson.

Pour en savoir plus sur son actu, suivez sa page Facebook.

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(© Hélène Kérisit)

dyne,à la tombée des nues,interview,mandorInterview :

Tu as un cursus d’arts appliqués. À la base, tu voulais devenir mangaka (auteur de manga)

Oui, j’ai suivi cette voie jusqu’à mon bac, puis j’ai tenté de faire un BTS de design de mode avant de changer d'orientation une nouvelle fois et faire une licence de musicologie. Je voulais raconter des histoires.

Dans le dessin, tu aimes quoi ?

Les gens. Dans le dessin et le design, j’aime croquer les gens. Mais, plus généralement, depuis toute petite, j’écris des romans, des livres dont tu es le héros et je raconte les gens.

Tu ne te contentes donc pas d’un art.

Et je vais même te dire que la forme d’art dans laquelle je suis le moins à l’aise, c’est la chanson. La poésie d’une chanson est extrêmement difficile à trouver. C’est compliqué d’amener des situations, des contextes, des surprises avec des mots épurés. La poésie, les paroles de chansons, ce sont des éclats de surprises.

Comment en es-tu venue à décider de chanter ?

J’ai commencé à composer à l’âge de huit ans. J’aimais inventer. Je me suis mise à écrire des chansons quand je suis tombée amoureuse, à l’âge de douze ans. J’aimais écrire des déclarations. J’ai commencé à chanter parce qu’il fallait bien que quelqu’un interprète le fruit de mon travail d’auteure-compositrice. À cette époque, je n’avais pas spécialement envie d’être sous les projecteurs. Même aujourd’hui, ce qui me plait le plus, c’est inventer.

"Si tu l'as pas compris", version live en 2013.

Tes chansons sont compliquées dans leur structure. Tu ne te contentes pas de trois dyne,à la tombée des nues,interview,mandoraccords…

Elles ne sont pas évidentes à jouer et chanter en même temps, en effet. Je ne fais pas forcément des chansons que l’on a envie de fredonner. Je prends le chant et le texte avec la musique. C’est comme si c’était une voix qui faisait partie de la musique.

C’est rare de créer une chanson texte plus musique en même temps. 

Chez moi, tout vient ensemble. Mais, c’est aussi une volonté. Comme je ne me sens pas la plus douée en la matière, je préfère créer de la manière la plus sincère possible. Donc, je compose et écris uniquement quand ça vient. Il me faut l’inspiration ou une volonté profonde de sortir quelque chose. Quand l’inspiration vient, elle se matérialise en un jet. Et après, je ne retouche pas. J’accepte ce que j’écris sans rien changer parce que c’est venu de mon cœur. Je ne juge pas ce que je fais, sinon je me prends trop la tête.

C’est de l’écriture instinctive ?

Complètement instinctive. C’est même de l’écriture inconsciente. Encore une fois, j’écris des chansons, ensuite, je vois ce que j’ai créé. Il y a des artistes qui ont une intention et qui vont la créer. Moi, je crée et après je vois l’intention que j’ai mise en avant. Il m’arrive de découvrir des phases de ma vie.

Musicalement, c’est pareil ?

Quasiment. Je lis la musique à peu près, mais je ne connais ni les accords, ni les gammes. Rien n’est prémédité. C’est pour cela que mes chansons sont parfois imparfaites. Par contre, elles sont le reflet exact de ce que je suis.

Je trouve ta voix exceptionnelle.

Le problème de la voix, c’est qu’elle fait partie de ton physique, donc, tu peux l’abimer. Et c’est quelque chose qui ne se remplace pas. J’ai donc pris quelques cours avec un professeur incroyable.

Tu t’amuses bien avec elle.

J’ai une voix plutôt « jazz ». J’arrive à sortir des timbres différents.

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As-tu des modèles dans la chanson ?

Je commence tout juste à m’intéresser à la chanson française. Je sais que je vais choquer beaucoup de personnes, mais ça m’a répugnée pendant un moment. Je ne trouvais pas ça bon. J’avais du mal avec les textes et je trouvais la musique pauvre. Alors que non, en fait, évidemment. Mais les premières chansons qui sont arrivées à moi ne m’ont pas marquées. Ça ne m’a pas donné envie de chercher. Même Brassens et Brel, ça ne m’a rien procuré. Par contre, un jour, je suis tombée sur Barbara et je me suis sentie assez proche d’elle.

Tu as fait une fac de musicologie. Tu devrais être ouverte aussi à la chanson, non ?dyne,à la tombée des nues,interview,mandor

C’est d’ailleurs là que j’ai un peu changé d’avis, car il y a avait un cours de chanson française. Par la force des choses, ça m’a amenée à découvrir ce monde-là. Ça m’a davantage intéressée quand j’ai compris les contextes, ce qu’il y a derrière les chansons, les thèmes d’une œuvre…  Mais quand même, j’ai du mal avec les chanteurs morts. Je préfère aller vers le vivant. Je sais que je peux encore être surprise par eux.

Et dans les « vivants », alors, tu apprécies qui ?

J’adore Nicolas Jules par exemple. Ses textes m’ont vraiment étonnée. La chanson, ce n’est pas là où on va trouver la plus grande musique. Moi, je suis très musicale, j’aime le rythme, le groove…

C’est l’hôpital qui se moque de la charité… on ne peut pas dire que ton EP soit hyper groove.

C’est paradoxal, je sais, mais ce que je fais, je ne l’écouterais pas. Ce n’est pas un truc vers lequel je me tournerais. C’est de la chanson. Mais, c’est ce qui sort de moi, je n’y peux rien. Par contre, je t’avoue qu’en ce moment, il y a des nouvelles chansons qui m’arrivent. Elles sont plus « punchy » et plus jazz.

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Qu’est-ce que ça t’apporte de chanter ?

J’ai besoin de m’exprimer au plus juste, de sortir des choses qui me touchent. J’ai remarqué que je pouvais faire de la musique pendant des heures et que je ne m’ennuyais jamais. C’est ça qui m’a poussée à persister dans cette voie. C’est toujours une source de curiosité et d’approfondissement. Mes autres activités, au bout d’un moment, ça pouvait devenir une corvée.

As-tu envie de devenir chanteuse musicienne professionnelle?

Ce n’est pas forcément une envie. C’est un besoin mêlé à un devoir.

Un devoir ?

C’est un devoir que je ressens en moi. Je pense que chacun à son utilité sur Terre et est doué pour quelque chose. Il a donc le devoir de le partager avec les autres. Je sens en tout cas qu’il y a quelque chose dans l’expression que je dois développer.

Je reviens au terme « devoir ». C’est amusant parce que pendant longtemps, je pensais que les artistes avaient pour mission de divertir, faire réfléchir ou sensibiliser. Tu penses quoi du terme « mission » ?

Je n’ose pas l’utiliser parce qu’il est très fort. Le problème du monde dans lequel on vit, c’est que l’on met des valeurs sur la société, mais tout le monde est « à part » et chaque mission est importante. La mission de l’artiste a un rapport avec les autres. Elle est un exemple, un regard et un véhicule.

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Te sens-tu parfois habitée ? Quand tu es sur scène par exemple.

Parfois, je suis tellement partie que j’oublie ce que je fais. Il faut que je parvienne à un équilibre entre la concentration et l’abandon.

Il faut s’abandonner ?

En s’abandonnant, pour ma part, c’est là où je parviens à me connecter aux autres. Plus je m’abandonne, plus les gens me disent que je suis avec eux.

J’ai lu que quand tu écrivais une chanson, tu pensais toujours à une personne. Est-ce toujours le cas ?

Beaucoup moins. J’évolue. Maintenant, un texte peut me venir par rapport à un mot que j’entends. Par exemple, j’ai une chanson récente qui s’appelle « Girouette ». Je suis partie de ce mot. Maintenant que le texte est terminé, je sais à qui s’adresse cette chanson. Je me découvre à partir de mes inspirations.

"Girouette" en concert privé en région aixoise en février 2014. A la contrebasse Renaud Duret.

Est-ce que tu trouves que ta carrière est longue à aboutir ?

En ce moment, je suis découragée. Je continue parce que j’en ai le devoir… et c’est ça qui me permet de tenir.

Te sens-tu différente des autres ?

Tous les gens sont différents, tous les gens sont similaires.

Ton discours est très original. Aucun autre artiste n’ose vraiment l’aborder.

C'est difficile d'en parler ouvertement, il faut pouvoir assumer un tel discours. Ça peut être assimilé à beaucoup de choses. Je ne veux pas être considérée comme quelqu’un d’illuminé, par exemple. Quand tu tiens des propos aussi francs dans une direction, tu sais que ça ne va pas correspondre à plein d’autres directions et de modes de pensée. Je prends le risque. Je veux être la plus sincère possible. Dans mes chansons et dans ma vie.

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Une selfie avec Dyne et mes deux stagiaires de 13 ans, présentes ce jour-là pendant l'interview.

29 mars 2014

Danakil : interview express pour Entre les lignes

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danakil,entre les lignes,interview,mandorDanakil est depuis plus de dix ans l'un des fers de lance du reggae français. Le succès de ce combo ne doit rien au hasard tant il a su faire siennes les inspirations et les influences musicales jamaïcaines en leur ajoutant ce que les textes de chanson française ont de meilleur. Leur quatrième album, Entre les lignes propose une fois de plus, des textes engagés et conscients parlant de l'actualité comme peu sont capables de le faire.

Conversation, le mois dernier, avec Das aka Mathieu Dassieu, saxophoniste, compositeur, manager et coach du groupe.

Interview:

Êtes-vous nombreux à faire partie de la scène française reggae française ?

Nous sommes une ribambelle de groupes à arpenter les routes de France avec cette musique qui est pourtant boycottée par la plupart des grands médias. Nous avons très peu de visibilité médiatique, mais sur la route, dans les salles de concert, il y a un vrai engouement.

Il y a beaucoup de clichés autour des groupes de reggae. Lesquels entendez-vous le plus souvent ?

On réduit le reggae à des textes faibles, qui ne sont que dans la dénonciation et l’anti système. Le reggae est un vrai mouvement qui compte beaucoup d’amateurs qui savent que ce n’est pas que ça. Nous prônons aussi la pensée positive.

Clip de "Hypocrites".

Danakil est un groupe engagé et conscient à l’écriture très poétique. Vous faites attention à écrire de cette manière ?

Nous savons que nous n’avons pas le droit à l’erreur. Nous sommes conscients de nous être adonnés à quelques facilités dans le passé. Aujourd’hui, il faut faire attention aux styles des textes pour ne pas nuire à notre mouvement. L’écriture et les messages que l’ont fait passer sont primordiaux. Il faut tourner les choses le mieux possible.

Vous dénoncez dans vos chansons, mais vous ne franchissez pas la frontière de la démagogie. C’est compliqué ?

On compose tous ensemble, mais c’est Balik, notre chanteur, qui écrit les textes. Il puise son inspiration dans les faits d'actualité qu'il dénonce avec poésie et détermination. Les autres membres ne s’interdisent pas de faire des remarques s'ils estiment que c’est mal tourné ou que telle partie a plus sa place à tel endroit. On est dix à réfléchir dessus, donc, on ne laisse pas passer grand-chose qui ne serait pas honorable. Du coup, on assume à 100% ce qui est écrit et chanté par Balik. Nous ne sommes pas uniquement dans la revendication. Nous faisons aussi des chansons légères qui ne sont pas prises de tête. Il faut aussi savoir se laisser aller et être positif.

Clip de "Le rêve".

Les membres du groupe se connaissent depuis près de 15 ans, vous avez 10 ans de carrière, vous sortez un quatrième album… est-il compliqué de se renouveler ?

Quand on s’est rencontré, on était un groupe de lycéen. Nous avions 18 ans. Nous sommes arrivés à la professionnalisation de notre métier de musicien très progressivement. Chaque album a marqué une progression musicale du groupe. Aujourd’hui, nous avons 30 ans et je trouve que nous ne sommes jamais allés aussi loin de la production d’un album. Entre les lignes est l’album le mieux produit et dont les arrangements sont les plus fouillés.

Il y a des guests dans votre album. C’est le plaisir de partager avec d’autres musiciens avant tout ?

Dans cet album, on a choisi des featurings affectifs. Ce n’est pas le feat avec les Twinkles Brothers qui va nous permettre de vendre 50 000 albums de plus. C’est juste la volonté de travailler avec des gens qu’on écoute depuis qu’on est mômes. Pareil pour Groundation. On a partagé la route avec eux pendant une année, on a donc noué des liens humains avec eux. Ils font vraiment l’unanimité au sein de Danakil. Ce sont des musiciens exceptionnels qui sont de vraies sources d’inspiration pour nous. Il y a aussi Ky-Mani Marley, une vraie référence ultime en reggae pour nous. On l’écoutait quand nous étions jeunes et le fait de jouer avec lui dans un album à nous nous montre que les choses avancent. 

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27 mars 2014

Zachary Richard : interview pour Le fou

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Avec Le Fou, son 20e album, le "Roi du Cajun" Zachary Richard, créateur du tube Travailler, c’est trop dur, renoue avec le public français. Comme à ses débuts, cet écologiste, empreint de spiritualité, défend avec ferveur le français de Louisiane, sur le groove ensoleillé et chantant de sa région natale…

Le grand retour de Zachary Richard en France est donc un évènement! Après cinq ans d’absence, il foule à nouveau ce territoire. Entre ce défenseur hors pair de la musique louisianaise et l’Hexagone, s’établit pourtant une histoire longue, tumultueuse et passionnelle: de celle qui dure.

Rencontre, dans les locaux de TV5 Monde, le 6 mars dernier, avec un musicien amoureux de la langue de ses ancêtres.

zachary richard,le fou,interview,mandorBiographie officielle (extrait) :

Francophone militant, écologiste engagé, poète, chanteur, auteur et compositeur, la musique de Zachary Richard est très enracinée dans sa Louisiane natale. Inspirées par la multitude de styles musicaux de la région, ses chansons dépassent, cependant, les limites d’aucun genre.  Fortes en poésie et riches en atmosphère, elles appartiennent à un univers unique et passionné.

En octobre 2012, Zachary Richard lance le 20e album de sa carrière. Retournant aux racines, Le Fou est imprégné des rythmes et des sons de la Louisiane. C’est un album simple, mais riche en sentiment et émotion.  Les thèmes de résistance (« Laisse le vent souffler ») de séparation (« La chanson des migrateurs ») et de crise identitaire (« Orignal » ou « Caribou ») sont toujours présents, mais l’album est épicé par plusieurs chansons inspirées par la Louisiane comme seul Zachary sait le faire (« Clif’s Zydeco », « Sweet Sweet », « Crevasse Crevasse », « Bee de la manche »). La chanson titre parle de la marée noire de 2010, de quoi, selon l’auteur, devenir fou. 

- le Québec n’est pas TRÈS exportateur

Ce nouvel album reflète la sensibilité et  l’engagement de cet auteur-compositeur difficile à définir dont la carrière nous charme et nous bouscule depuis quarante ans. 

zachary richard,le fou,interview,mandorInterview :

Vous êtes venu il y a cinq ans… cette fois-ci, y a-t-il une différence ?

Oui. Je trouve que les gens sont plus sympathiques. C’est quand même très stressant la vie parisienne, c’est bruyant également, on est toujours bousculé dans tous les sens. En revanche, peut-être que les gens cherchent ici à trouver une sympathie entre eux pour que ce stress puisse être apprivoisé.

Vous avez reçu hier le Prix du Cercle Richelieu-Senghor (remis à "une personnalité dont l'action a contribué de façon exceptionnelle au rayonnement international de la langue française"). Ça vous a touché un tel prix ?

On fait d’abord de la musique parce qu’on aime ça, mais quand on est reconnu, c’est toujours très flatteur. Ce prix, en particulier, me touche parce que Léopold Sédar Senghor est quelqu’un que j’admire et qui est admirable dans sa vision de la francophonie. Cette diversité multi-ethnique, multi-culturelle et multi-raciale, qui était la vision de Senghor est quelque chose qui me bouleverse profondément.

Clip de "Laisse les vent souffler" extrait de l'album Le fou.

Pourquoi défendez-vous la langue française depuis toujours ?zachary richard,le fou,interview,mandor

Parce que je l’aime. Si je revendique la possibilité de s’exprimer en français en Louisiane, c’est parce que cela m’est cher. Il y a deux choses qui me touchent beaucoup en Louisiane : l’environnement naturel et la culture cajun française. Il se trouve que les deux sont menacés, c’est donc normal et naturel pour moi de vouloir venir en aide à l’un et à l’autre. J’ai pris conscience du monde en 1968, dans des États-Unis qui étaient déchirés par la guerre du Vietnam. Moi, j’étais du côté des résistants et donc, ma vision du monde, ma vision musicale et ma vision poétique ont été forgées dans le creuset de 1968. J’ai commencé à composer des chansons, fortement inspirées par des gens comme Bob Dylan ou Neil Young. J’ai commencé à écrire de la poésie inspirée par Gary Snyder et Léonard Cohen… J’ai eu la chance de voir la société à travers les lunettes de cette période-là fort tourmentée et de m’imaginer qu’on pouvait améliorer les choses.

Il y a dans la tradition américaine des chanteurs engagés, c’est pour cela que vous l’êtes vous aussi ?

Je ne suis pas un chanteur engagé, mais je suis assez fier de penser que des choses que je fais ou des chansons que j’écris peuvent avoir une influence positive sur la société. De pouvoir transmettre notre héritage français en Louisiane est extraordinaire. Je refuse la notion qu’on nous l’arrache face à la culture américaine, rouleau compresseur assimilatrice… je résiste.

Le plus grand succès de Zachary Richard, "Travailler, c'est trop dur".

zachary richard,le fou,interview,mandorVous chantez des chansons pour qu’il y ait un impact sur la vie des gens ?

J’écris des chansons, avant tout, pour m’exprimer. Il se trouve que j’exprime plein de choses. J’ai des chansons frivoles, voire ridicules. Ce n’est pas volontaire. Je prends mes chansons comme elles viennent. J’ai les antennes sorties et j’attends que la muse vienne me visiter. Je n’ai jamais écrit une chanson volontairement, je ne me suis jamais considéré non plus comme un prédicateur qui donne des leçons. Je veux juste véhiculer de l’émotion et une pensée que je souhaite subtile et positive. Il se trouve qu’à travers les centaines de chansons que j’ai composées, il y en a qui s’adresse à la conscience collective.

Quand vous dites que vous attendez la muse, caricaturez-vous un peu ?

Non, pas du tout. Je suis très indiscipliné, donc, par la force des choses, j’attends l’inspiration. Mais, il se trouve que je n’ai pas à attendre très longtemps. La vie d’un être humain est pleine d’émotion,  de belles choses, de lumière et de noirceur, donc forcément, ça va surgir un jour. Pour la musique, c’est plus simple, j’entends des mélodies tout le temps. Depuis l’âge de huit ans, ma tête est chargée de mélodies et de musiques. Où que je sois et dans n’importe quelle circonstance je peux entendre la musique des anges.

Être auteur compositeur, est-ce un métier fascinant pour vous ?

Il y a à la fois, le rythme, le son, le son des mots et aussi le sens. J’essaie toujours de dire des choses qui ont du sens et qui vont pouvoir transmettre une émotion ou une pensée de la façon la plus élégante. D’avoir quelque chose à dire vient de l’inconscient et du brouillard, mais elle vient aussi de mon expérience. Sur mes treize nouvelles chansons, je raconte ma vie et uniquement à travers le prisme de choses qui me préoccupent, qui me touchent, qui me font chier ou qui m’exaltent. Ça passe par des processus spirituels, magiques ou mystiques, je n’en sais rien, je m’en fous. Je ne veux même pas tenter d’analyser, j’ai trop peur de perdre mon « modjo ».

Quand vous avez cette matière brute, est-ce jubilatoire pour vous de la travailler ?

La chanson, c’est de l’artisanat. Tout bon artisan a du plaisir à faire son métier. J’ai une satisfaction à bien travailler.

Zacharie Richard, Francis Cabrel et Alain Souchon interprètent "Jolie Louise".

En France, il y a des grands de la chanson qui vous vouent une admiration sans bornes.zachary richard,le fou,interview,mandor Francis Cabrel, Alain Souchon, Julien Clerc par exemple. Mais le grand public ne vous connait pas… je ne le comprends pas.

Ça ne m’ennuie plus, parce qu’il y a des explications à ce phénomène. Je n’ai jamais été très présent sur le territoire français. Je suis très connu au Québec, mais le Québec n’est pas très exportateur de culture, à part Céline Dion, Isabelle Boulay et Lara Fabian… Ma relation avec le territoire français a été un peu « polluée » par une vision nord-américaine. J’étais frustré de ne pas être accueilli à bras ouverts par ce pays parce que je tenais le flambeau de la langue française en Louisiane. J’ai fini par comprendre qu’on ne peut pas imposer la vision ou les préjugés d’une culture sur une autre. J’ai enfin compris que ce n’était pas au public de venir vers moi, mais c’était à moi d’aller vers le public. A partir de là, j’ai commencé à apprécier mes séjours en France.

Cet album s’appelle Le fou. Il reprend le titre d’une chanson sur un Fou de Bassan. Mais, plus généralement, faut-il avoir un grain de folie pour être artiste ?

Je suis mal placé pour répondre, mais je pense qu’on l’est tous un peu. La carrière artistique est très difficile parce qu’on est très vulnérable. On arrive, on ouvre son cœur et les gens peuvent te cracher dessus aussi bien qu’ils peuvent t’embrasser. C’est compliqué de gérer tout ça.

C’est le prix à payer pour exercer ce métier ?

On est à la fois chaman, prêtre, chanteur, guérisseur et « divertisseur ». Parmi nous, il y en a qui sont très adulés, car ils apportent beaucoup de bonheur. Véhiculer du bonheur, ça rend parfois fou parce qu’il y a des histoires d’ego à canaliser. Votre question est difficile parce que moi-même je m’interroge sur ce sujet. Baudelaire prétendait qu’il fallait plonger dans la folie pour créer de l’art, mais moi, je prétends qu’il faut surtout être ouvert à la vie. Les émotions, les passions sont la matière brute de la chanson. Il faut savoir gérer ça pour ne pas aller à la perdition.

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Après l'interview, le 6 mars 2014.

23 mars 2014

Franck Monnet : interview pour Waimarama

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Franck Monnet a choisi de vivre aux antipodes de Paris, dans un petit bout de terre face à l'océan pacifique. Après huit ans de silence, cet orfèvre d'une pop raffinée, présente son nouveau disque, Waimarama. Réalisé par Edith Fambuena (Daho, Higelin, Bashung…), Waimarama frappe par la précision et l'intimité de ses climats, inscrivant Franck Monnet au coeur de la scène d'aujourd'hui ; libre, décomplexée, vagabonde et touchante.

Je l’ai rencontré à l’Hôtel du Nord pour une interview, le 28 février dernier. Je dois dire que j’étais ravi de rencontrer cet artiste majeur de la chanson française (d’autant plus que c’était la première fois).

franck monnet,waimarama,interview,mandorBiographie officielle (largement raccourcie) :

Après huit ans d’absence, celui qu’on a surnommé « le dentellier de la pop » brise le silence. Évidemment, il serait pratique de présenter ce nouvel album de Franck Monnet avec cette formule à l’emporte-pièce : « le meilleur chanteur français de Nouvelle-Zélande », puisqu’il a choisi d’y vivre. Franck Monnet est un auteur-compositeur-interprète accompli, il est un parolier adoubé, notamment par Vanessa Paradis ou Claire Diterzi. On les comprend. D’autant qu’avec le temps, son écriture ne cesse de gagner en limpidité. Waimarama, le titre du disque, est le nom d’un petit paradis face à l’océan pacifique. Musicalement, cet album s’inscrit sous le signe du dépouillement, qui n’a jamais été synonyme d’austérité : des cuivres et des cordes viennent ponctuellement habiller ses mélodies ciselées d’une main d’artisan. Orfèvre d’une pop raffinée, il est de ceux qui savent faire le pont entre le souci du texte et celui du son.

Les chansons qui composent Waimarama ont été écrites et pré-produites entre Paris etfranck monnet,waimarama,interview,mandor Paekakariki : une période de transition qui a vu le chanteur à la fois devenir père et sortir de son dandysme parisien pour s’établir en Nouvelle-Zélande. Elle a été endeuillée par la disparition de la chanteuse Lhasa, à laquelle le titre « Les Faons » est dédié. La suite de l’enregistrement a eu lieu en petit comité à Paris et au studio de la Fabrique, à Saint-Rémy de Provence, en 2013. Edith Fambuena l’a réalisé (Alain Bashung, Etienne Daho, Jacques Higelin...). Elle a eu la mission délicate de draper les chansons sans qu’elles aient l’air trop habillées. Elle est responsable du climat, des profondeurs de son, des samples discrets. Enfin, quatre chanteuses sont venues lui donner la réplique : Pauline Croze et Camelia Jordana pour deux duos, Jeanne Added aux choeurs, rejointe parfois par Lisa Tomlins, chanteuse māori. Franck Monnet est un chanteur discret. Trop, peut-être. Mais qui passe un cap avec Waimarama. Le cap d’une carrière singulière qui va forcément le mener dans la lumière.

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(Photo : Julien Mignot)

Interview :

S’exiler en Nouvelle Zélande tant de temps… Ressens-tu une attente de la part de ton public ?

Je ne me suis pas du tout posé la question de savoir si on m’attendait. J’ai fait mes trucs dans mon coin. J’espérais que ceux qui aimaient bien mes disques précédents seraient contents de me revoir.

Ce départ et cet arrêt brutal ont étonné tout le monde, en tout cas.

Il fallait que je m’arrête. Ca m’avait pris du temps de faire le répertoire de mes quatre premiers albums. Je n’ai jamais été rapide contrairement à ce qu’on aurait pu croire. Quand j’ai fini Malidor et le conte pour enfants, Quand on arrive à Malidor, un livre CD  sorti chez Actes-Sud, j’ai compris que j’étais à la fin d’un cycle et qu’il fallait que je recommence à zéro.

franck monnet,waimarama,interview,mandorIl s’est passé huit ans entre ton précédent album, Malidor et celui-ci, Waimarama. As-tu eu peur que plus personne ne se souvienne de toi ?

Non,  j’espérais juste que les gens qui m’avaient été fidèles jusqu’à présent allaient avoir la curiosité d’écouter mes nouvelles chansons. Ceux qui se sont approchés de moi lors de la première partie de ma carrière ne se sont pas approchés de moi parce que j’étais connu. Parce que, justement, je n’étais pas connu. Ils étaient là pour des raisons profondes, donc aujourd’hui ils sont toujours là. Je n’ai jamais eu de cour de toute façon. Je n’étais pas ce genre de chanteur-là.

Il y a un manque à un moment ?

Par rapport au métier, ça me manquait sans me manquer. Je faisais mes chansons pour les autres et puis voilà. C’est Paris et mes amis qui me manquaient beaucoup. Moi, j’aime bien la ville. Il y a une densité qui me plait. Je vis à Paekakariki, un village où tout le monde se connait. C’est très chaleureux et très agréable, vraiment. J’ai une vie très douce, mais je te le répète, la France me manque souvent.

Que fais-tu là-bas ?

Je me réfugie pas mal dans la lecture. Je lis beaucoup de littérature du 19e et du 20e siècle. Avec la femme qui partage ma vie, on aime bien aussi regarder les films français. Par exemple, on s’est refait un cycle Jacques Demy récemment. On se souvient qu’on est d’ici.

On se voit là pour la promo de ton nouveau disque. Aimes-tu parler de ton œuvre ?

J’aime bien. Parfois, j’en parle un peu trop d’ailleurs. C’est marrant, on me croit discret, alors que je suis bavard sur ce que je fais. J’aime bien discuter du contenu des chansons, par exemple.

Et bien, c’est tout à fait ce que je ne vais pas faire aujourd’hui, parce que personnellement, je considère qu’il est inutile de faire des explications de textes de chansons qui se suffisent à elles-mêmes.

Tu as raison. Mais moi je crois qu’il y a des chansons qui se prêtent à des discussions et d’autres qui ne s’y prêtent pas. Les chansons énigmatiques, je n’ai pas envie d’en parler, alors que celles qui sont explicites, il me semble que l’on peut avoir envie de développer le sujet évoqué.

Malidor était plus nerveux que Waimarama. C’était beaucoup guitare, basse, batterie…franck monnet,waimarama,interview,mandor

Oui, c’est vrai. J’aime beaucoup Malidor, même s’il était un peu morbide quand même. Le concept de Malidor est né en 2001. J’avais créé un monde gothique  et très urbain, où tu ne pouvais t’échapper que dans les rêves. Je sais que les chansons que j’avais rassemblées pour faire cet album étaient très noires.

Parlons de ce nouveau disque. J’adore « Sans John », la chanson hommage à John Lennon dans laquelle tu te présentes.

C’est une chanson sur un type qui raconte sa vie avec la perspective de la mort de son idole. Ca décrit aussi une génération. Je vois bien dans les chansons des gens de mon âge, même des gens comme Eminem ou Kurt Cobain, une empreinte considérable, avouée ou pas, de l’œuvre de John Lennon. Je vais te donner un scoop. Dans la première version, je disais John Lennon à chaque couplet. Un ami m’a dit que je devrais dire son nom seulement à la fin. Je l’ai écouté et effectivement, la chanson est plus forte ainsi.

John Lennon est-il ta référence absolue ?

Non. Les dernières années, j’ai plus écouté Radiohead que les Beatles. J’écoute aussi beaucoup de musique classique et baroque.

Et chez les français ?

Je ne vais pas être original. D’abord les « classiques » : Brassens, Brel, Barbara, dont je suis très gourmand encore aujourd’hui. Je suis aussi très attentif à ce que fait Souchon, Julien Clerc. Je suis également très fan de Michel Fugain quand il était avec son Big Bazar. En fait, j’aime bien écouter de la variété.

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Pendant l'interview.

Ta voix n’est pas aux antipodes de celles de Souchon et de Jipé des Innocents dans Waimarama.

Jipé, c’est un artiste important pour moi. Quand j’étais étudiant, les Innocents cartonnaient déjà. Je les écoutais en sachant parfaitement que c’était le genre de famille musicale dont je me sentais proche. Il y a aussi les Rita Mitsouko qui m’ont beaucoup marqué.

Pauline Croze participe à ton album sur « Quelqu’un ». Il y a aussi Camélia Jordana sur « Plus rien à me mettre ».

J’ai rencontré Pauline Croze en 2003, juste avant que ça n’explose pour elle. J’étais juré du Chorus des Hauts-de-Seine. J’ai vu arriver cette gamine avec sa guitare. Elle a chanté « T’es beau » et ça a été un choc. La gifle. Je suis allé la voir et on a beaucoup parlé. A l’époque, elle m’avait demandé des chansons, mais je ne suis jamais parvenu à lui en faire.

Tu es beaucoup demandé par les autres artistes.

Je suis toujours assez pessimiste sur l’intérêt que je peux susciter. Mais, je pense que c’est une bonne attitude. Quand on sort un disque, il y a plein de gens qui te disent que ce que tu fais est extraordinaire et tout le monde veut faire des trucs avec toi. En fait, il faut se méfier de ça. Il y a le buzz et il y a la réalité de ce que l’on peut réaliser avec d’autres artistes.

Clip de "Différents".

franck monnet,waimarama,interview,mandorC’est Edith Fambuena qui a réalisé ton album. Cette rencontre ne m’étonne pas.

Ca a été une vraie belle rencontre, en tout cas. Je lui ai dit que j’étais impressionné par sa carrière et les disques de références qu’elle a réalisées. Fantaisie Militaire de Bashung, c’est un monument, une merveille absolue. Edith est une immense artiste et je suis très content d’avoir fait ce disque avec elle. On s’est très bien entendu. Une fois que je suis en studio, je suis plutôt très docile avec le réalisateur du disque.

Tu es un peu aux ordres ?

Oui, limite. Quand j’arrive en studio, mes chansons sont déjà très structurées et posées. A moins que je tombe sur des gens qui me proposent des choses qui me paraissent incohérentes ou un peu trop « au petit bonheur », je peux aller assez loin. Avec Matthieu Chédid, j’étais allé assez loin pour le suivre. Avec Sébastien Martel et Vincent Segal aussi, cela dit.

Ca permet de sortir de ses propres chemins.

C’est l’intérêt de travailler avec d’autres personnes.

Avec Edith Fambuena, on reste proche de ton univers.

Parce que les chansons étaient déjà arrangées. La pré-production était très avancée. J’y ai passé pas mal de temps. Elle, elle a retravaillé le climat des chansons pour que tout cela soit homogène.

Dans ton album, il y a quelques chansons sur le pays dans lequel tu habites désormais.

Oui, par exemple « Anorak » est une chanson qui est inspirée du village où on est. Quand je dis « la maison est froide, les nuits d’hiver… », je parle du bois qu’il faut rentrer… je peux te montrer des photos. Le garage, il est plein de bois pour l’hiver et je peux te dire que c’est absolument indispensable. Les maisons ne sont pas isolées et la température descend à 4°. Dans « Paris », je parle aussi d’éloignement. Mais, « Waimarama » est évidemment la chanson la plus parlante sur ma vie en Nouvelle-Zélande. Mon disque n’est pas spécifiquement néo-zélandais. C’est un album sur un garçon qui est en train de faire le passage. J’ai encore mon passeport accroché.

Clip de "Waimarama".

franck monnet,waimarama,interview,mandorDans « Les faons », tu rends hommage à Lhasa. Son décès t’a remué. 

Bien sûr. C’est une chanson pas du tout larmoyante, mais il y a beaucoup de peine derrière. J’ai d’excellents souvenirs avec elle à Montréal. Et la chanson que nous avons chanté ensemble, « Fiancés », était très importante pour moi. Son décès a consterné tout le monde. Une fois, je l’ai rencontrée par hasard, dans la rue à Paris, elle avait manifesté beaucoup d’enthousiasme par rapport à ce que je faisais à l’époque. C’était, à chaque fois, très encourageant de la voir.

As-tu besoin que l’on t’encourage ?

Comme tout le monde. Ca m’a fait plaisir de retrouver tôt Ou tard pour ça. Tu es loin et tu es tout seul à juger tes chansons et puis un jour on te dit qu’elles sont intéressantes. Tu es content.

Tu t’étais séparé de tôt Ou tard…

Deux fois, même. (Il se met à chanter du Claude François) Ca s’en va et ça revient…

Waimarama est un album magique. Plus tu l’écoutes, plus tu l’aimes. 

C’est la preuve qu’il est très réussi (rires). Je déconne à peine. Il est plus léger que Malidor, il est aussi assez court, ramassé, mais dense. Il y a une première écoute qui incite à penser que ce nouveau disque est plus pop et joyeux, et une écoute plus approfondie où on comprend ce qu’il y a derrière tout ça. J’ai eu une nécessité de faire un auto portrait et de me présenter. L’individu que je suis dans la société et dans sa génération.

Les avis sur cet album sont dithyrambiques. Ca te rassure ?

Je ne sais pas si ça me rassure. (Un long silence). Je reste prudent. Ce métier est très instable et c’est ce qui fait sa beauté en fait. Je ne sais pas si j’ai envie d’être rassuré.

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Après l'interview, le 28 février 2014, à l'Hôtel du Nord.

(Merci à Patrick Swirc et Julien Mignot pour les photos professionnelles).

(Merci à Amélie Mousset pour les photos lors de l'interview).

22 mars 2014

Guillaume Gallienne : interview pour le sortie en dvd et BluRay de "Les garçons et Guillaume, à table !"

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DSC08773.JPGA l'occasion de la sortie du DVD Les garçons et Guillaume, à table ! (le 20 mars 2014), l'auteur, acteur et réalisateur Guillaume Gallienne s'est livré à moi (devant trois caméras) lors d'une interview. C’était le 31 janvier dernier dans un salon de chez Gaumont. Quelques minutes avant l'enregistrement, il venait d'apprendre qu'il était nommé 10 fois pour les César 2014, c'est dire s'il était de bonne humeur.

Né dans une famille aisée, Guillaume Gallienne grandi entouré de frères virils. Amateur de monarques, l’enfant n’a d’yeux que pour le piano et la culture. Personne ne le comprend, ni son père pour qui ilguillaume gallienne,dvd,bluray,les garçons et guillaume,à table !,interview,mandor est un cas social, ni sa mère qui l’a toujours considéré comme une fille.

Tiré de sa pièce de théâtre à succès, le sociétaire de la Comédie Française se raconte sans fard dans ce premier film irrésistible. Avec un rare sens de la finesse, dans le jeu comme dans l’écriture, précise et caustique, il livre un résultat réjouissant.

Au final, grâce à ce film, Guillaume Gallienne a remporté cinq Césars en 2014 : meilleur film, meilleur acteur, meilleur premier film, meilleur montage et meilleure adaptation.

(Voir l'interview dans son contexte original).

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Après l'interview, le 31 janvier 2014.

15 mars 2014

Caryl Ferey : interview pour la sortie en poche de Mapuche et en DVD de Zulu

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Le 23 janvier, dans un café de la capitale, j’ai interviewé de nouveau Caryl Ferey pour la sortie en poche de Mapuche. Ce livre sorti en version grand format il y a deux ans était déjà la « raison » de notre première mandorisation. C’est la première fois que je rencontre un écrivain pour parler d’un même livre en si peu de temps…

Que fait-on à ce moment-là ? On trouve de nouveaux angles.

Avant de lire l’interview, voici ma chronique publiée de Le magazine des Espaces Culturels Leclerc daté du mois de février 2014.

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S08_Livre_Detail_Article_Caryl_Ferey02.jpgInterview :

Est-ce que la sortie d’un de ses livres en version poche est un événement dans la vie d’un écrivain ?

Oui, et pour plusieurs raisons. Quand mes premiers livres sont sortis quelques années plus tard en poche, j’ai eu la possibilité de retravailler le texte. C’est ce que j’avais fait par exemple pour Haka. Quand je l’ai relu avant sa ressortie cinq ans après, j’ai eu des crises d’urticaire tellement je trouvais certaines scènes complètement loupées, on aurait dit des feuilletons de TF1. J’ai donc bossé de nouveau tout ce qui n’allait pas cinq ans après. C’est une deuxième chance pour des livres, pas inaboutis, mais pas complètement réussis. La version poche, c’est toujours la version qui reste, alors autant qu’elle soit la plus parfaite.

Un poche dure plus longtemps qu’un grand format.

Oui, un poche, c’est notre retraite. Un auteur n’a pas de retraite, alors avec les poches, on peut en vendre toujours 20 ans après. Il ne faut pas se leurrer, les auteurs aiment ce format aussi pour cela.

Et les gens achètent plus de poches que de grands formats. Vous vous en rendez compte ?

Et comment ! La crise, l’écrivain la ressent. En signature, j’ai rencontré plein de gens me dire, Mapuche, je l’achèterai en poche parce que je n’ai plus de tune. Je comprends parfaitement, c’est trois fois moins cher… et je sais ce que c’est d’avoir des problèmes d’argent.

Il y a eu deux ans entre la sortie en grand format de Mapuche et la version poche. L’avez-vous retravaillé ?

Non parce que je trouve que Mapuche, tout comme Zulu, sont mes deux bouquins les plus aboutis. Qu’ils plaisent ou pas, moi, je trouve qu’ils sont bien comme ils sont.

Mapuche, dans sa version grand format, s’est-il bien vendu ?mapuche-caryl-ferey-9782070130764.gif

Il est sorti dans la pire période que l’on puisse imaginer, c'est-à-dire entre les deux tours des élections présidentielles. Les ventes de livres chutent de 30% et, en plus, nous étions en pleine crise. Mapuche s’est vendu à 80 000 exemplaires. Pour faire une comparaison, Zulu s’était vendu à 50 000 exemplaires.Mapuche est mon plus grand succès. Il m’a fallu un an après l’avoir terminé pour en faire mon deuil. Je n’ai jamais été marqué comme ça par un livre.

Vous êtes donc auteur de best-seller !

Je n’aime pas ce terme. C’est souvent péjoratif. Pour beaucoup,  un best-seller, c’est une merde. Dans notre milieu, on n’aime pas employer ce terme.

Quel est votre but d’écrivain ?

C’est de progresser dans l’écriture. Je sais que je viens de loin. Paradoxalement, pour moi, c’est toujours compliqué d’écrire un livre.

Vous écrivez quoi en ce moment ?
Un roman qui se passe au Chili. Ce n’est pas la suite de Mapuche parce que le Chili n’est pas l’Argentine, même s’ils sont voisins et que leur histoire est commune. Pour l’instant, il est en chantier. On espère le sortir en 2016. Je sors un roman tous les quatre ans.

Bande annonce de Zulu.

1459288_10201730897289191_500140520_n.jpgParlons de l’adaptation au cinéma de votre livre Zulu, qui sort en DVD le 18 avril prochain. Vous avez apprécié le travail du réalisateur Jérôme Salle et des comédiens, Orlando Bloom et Forest Whitaker, je crois.

Quand Jérôme Salle a pris le projet, il ne connaissait pas l’Afrique du Sud. Nous nous sommes donc rencontrés et on a tout de suite sympathisé. C’est quelqu’un d’intelligent, accessible, humble… le courant est passé immédiatement. Je lui ai dit qu’il n’avait pas besoin de se faire suer pour le repérage, parce que je l’avais déjà fait. Il est allé sur place et il m’appelait pour que je lui dise où était tel ou tel bar. On était assez complice, du coup, la production m’a invité sur le tournage et là, pour moi, c’était magique. Quand Orlando Bloom m’a vu arriver, il m’a dit : « C’est toi l’auteur ? Mais c’est le rôle de ma vie ! Ça fait des années que j’attendais un rôle comme ça. » Je me suis retourné pour vérifier si c’était bien à moi qu’il parlait. Il y avait une ambiance géniale. Bloom et Whitaker sont des stars qui ne se prennent pas pour des stars. Comme moi je suis breton et que j’aime les rapports simples, j’ai beaucoup apprécié ces deux personnalités.

Pour Mapuche, y a-t-il une option sérieuse pour le cinéma?

Oui. Je suis en train d’écrire ma quatrième version du scénario. Il y a déjà un producteur et un réalisateur. Maintenant, il faut trouver un financement. Comme Zulu n’a pas bien marché, on a fait 300 000 entrées au lieu des 600 000 espérées, ça calme les investisseurs. On essaie de trouver des financements sud-américains pour parvenir à nos fins.

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Le poing levé, c'est celui de Caryl Ferey... après l'interview, le 23 janvier 2014.

10 mars 2014

Amel Bent : interview pour Instinct

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Amel Bent, j’avoue, est une artiste que j’apprécie. Bien sûr, ce n’est pas ma musique de référence et je ne passe pas ma journée à l’écouter (c’est le moins que je puisse dire), mais j’aime beaucoup sa voix et aussi sa personnalité. Franche, directe et sans complexe. C’est rare dans le métier. Amel Bent est donc passée ici régulièrement (en 2007 , en 2008 ici et encore , en 2011). Je l’accueille une nouvelle fois à l’occasion de la sortie de son nouvel album Instinct.

Avant de lire l’interview qu’elle m’a accordée dans un bar parisien le 27 février dernier, voici ma chronique sur ce nouvel opus publiée dans Le magazine des loisirs culturels Auchan (daté des mois de février et mars 2014).

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amel bent,instinct,interview,mandorInterview :

Vous avez dix ans de carrière et cinq disques au compteur. Un disque tous les deux ans, c’est le rythme idéal ?

C’est le rythme qui me permet de prendre assez de recul entre deux albums et deux tournées. J’en ai besoin pour me ressourcer.

Votre précédent album était profondément varié, celui-ci est un disque plus énergique à tendance R’nB.

Grâce à ma participation à « Danse avec les stars », j’ai pu montrer d’autres facettes de ma personnalité. Cette émission m'a aidé dans le sens où je me suis rendu compte qu'il y avait une différence entre faire sa star et faire le show. Ce sont deux choses vraiment complètement différentes. J'ai appris à m'octroyer le droit de faire du show, tout en restant la personne que je suis. Pour ce disque, j’avais envie de m’éclater et de complètement me libérer. Donc, nous avons écrit des chansons sur lesquelles je pouvais me laisser aller. Je veux donner beaucoup plus à mon public, tout en gardant ma patte Amel Bent. Avant, j’étais trop timide. Et puis, je ne suis pas une photo. Je ne veux pas jaunir. Il faut évoluer d’album en album, mais en restant soi.

Clip de "Regarde-nous".

Dans la chanson « Regarde-nous » ou « Instinct », vous chantez différemment. Vous en rendez-vous compte ?

J’avais une énergie complètement différente, cela doit influer sur la façon d’interpréter. J’ai dû parfois remuscler la voix tant il fallait que j’aille dans des directions vocales inhabituelles pour moi. Par contre, dans les ballades « En silence» et « Les temps qui courent », je chante plus posément. Je trouve que cet album est le plus équilibré de tous.

« Les temps qui courent » est une chanson très forte.

C’est celle qui me bouleverse le plus de toutes mes chansons. Quand j’interprète ce titre sur scène, je ne peux pas m’empêcher de pleurer. Dans un album dans lequel il y a de nouvelles choses très pêchues et originales, je trouve curieux d’être attachée aussi fortement à la chanson qui est certainement la plus mélancolique de mon répertoire. On ne se refait pas.

Il paraît que pendant l’enregistrement de vos albums, vous avez toujours la même équipe, le même studio, le même micro. Pourquoi ?

Depuis mon premier album, effectivement, j’ai le même micro. Il a été fait pour moi, pour ma tessiture de voix. Il capte toutes mes harmoniques. Je ne peux pas chanter dans un autre micro. Ce n’est pas du fétichisme, c’est technique. Quand je fais de la scène, c’est la même chose, j’ai le même ingénieur du son depuis ma première tournée.

"En silence", version acoustique.

C’est rassurant de travailler avec des gens qui vous connaissent ?

Ce sont surtout des gens qui m’aiment. Volodia, mon réalisateur, c’est un bonheur de travailler avec lui. C’est quelqu’un qui a un fort caractère et une personnalité pas très facile. Il ne s’entend pas avec tout le monde, mais lui et moi, ça a fonctionné immédiatement. C’est inexplicable, mais c’est comme ça. Il a compris tout de suite ce dont j’avais besoin et nous n’avons pas besoin de nous parler pour nous comprendre.

Cherchez-vous un tube aussi fort et durable que « Ma philosophie », quand vous concevez un album ?

Non, pas du tout. Je veux faire des chansons qui me plaisent. Quand j’ai débuté, j’ai imposé « Ma philosophie» comme premier single. J’avais 18 ans, je n’avais aucune notion de ce qu’était un tube, mais je trouvais que c’était la chanson qui me parlait le plus et je voulais que les gens l’entendent. Depuis le début de ma carrière, de toute façon, quand il y a un tube, c’est un accident. Pareil pour «Où je vais ». Personne ne souhaitait voir ce titre en premier single d’un album. J’ai insisté, le titre a cartonné. C’est un métier où il faut imposer ses convictions.

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Avez-vous peur que le succès s’en aille ?

Pas du tout. Là, je suis en tournée, il y a du monde partout. Je suis reconnaissante d’être à dix ans de carrière et de sortir un cinquième album. Aujourd’hui, je veux durer et garder ce succès, au moins d’estime, que j’ai. Je ne suis plus une petite nouvelle, mais je ne suis pas non plus une grande dame de la chanson française confirmée. Je suis entre les deux.

Amel Bent, justement, en tournée, ça donne quoi ?

Les concerts se découpent en trois parties. “Danse Avec Les Stars” m'a vraiment donné envie de créer des ambiances différentes, d'ajouter de la danse, du show, de changer de tenues... On a beaucoup taffé en termes de lumières par exemple. Et au final, on propose trois tableaux complètement différents. Le premier, je suis un peu en lionne, avec mes danseuses, on fait les morceaux ambiance tribale, un peu africains, tout ça. Dans les thèmes, c'est ambiance warrior. Et on revisite tous les albums. Le deuxième tableau, c'est tout en noir et blanc, c'est acoustique, j'ai la grande robe, Aurélien et son piano qui sont devant, et on reprend les morceaux mélancoliques. Et la troisième partie, c'est celle un peu festive, où je reviens encore en dansant, plein de couleurs, plus pop. Et tout ça dure une heure trente.

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Selfie de et avec Amel Bent après l'interview, le 27 février 2014.

07 mars 2014

Pierre Bellanger : interview pour La souveraineté numérique

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Dans La souveraineté numérique, Pierre Bellanger, fondateur et président de Skyrock, explique comment Internet est contrôlé par les Américains et pourquoi cela va mettre un terme à notre économie. Il explique que « la grande dépression que nous connaissons depuis cinq ans n'est qu'un modeste épisode en comparaison du cataclysme qui s'annonce ». L’expert d’Internet donne ses alternatives pour éviter cela.

Je suis allé à sa rencontre, le 21 janvier dernier, dans son bureau de Skyrock, pour tenter d’en savoir plus.

1507-1.jpg4e de couverture :

« La mondialisation a dévasté nos classes populaires.
L’Internet va dévorer nos classes moyennes.

La grande dépression que nous connaissons depuis cinq ans
n’est qu’un modeste épisode en comparaison du cataclysme qui s’annonce.
La France et l’Europe n’ont aucune maîtrise sur cette révolution.
L’Internet et ses services sont contrôlés par les Américains.
L’Internet siphonne nos emplois, nos données, nos vies privées, notre propriété intellectuelle, notre prospérité, notre fiscalité, notre souveraineté.

Nous allons donc subir ce bouleversement qui mettra un terme
à notre modèle social et économique.

Y a-t-il pour nous une alternative ?
Oui.

L’ambition de ce travail est de nous en donner la chance. »


La souveraineté numérique, de Pierre Bellanger par editionsstock

L’auteur :

Pierre Bellanger est le fondateur et président de Skyrock. Entrepreneur et expert d’Internet, il est à l’origine de skyrock.com, premier réseau social français.

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DSC08763hh.JPGInterview :

Pourquoi pousser un cri d’alarme maintenant ?

Depuis des années, nous savons que des informations sont recueillies sur nos comportements et servent de contrepartie aux services gratuits que nous utilisons sur Internet. Quand un service est gratuit, c’est que son utilisateur est le produit. L’affaire Snowden (Edward Snowden, ancien employé du renseignement américain) a révélé au grand public l’espionnage massif dont sont victimes les particuliers comme les entreprises. Cette divulgation a mis en conscience du grand nombre notre vulnérabilité. Nous assistons actuellement à une prise de conscience collective comme il y a pu avoir jadis sur les virus informatiques, sur les OGM, sur les colorants alimentaires ou sur les ondes électromagnétiques des antennes de mobiles. Ce livre arrive au moment où ces questions demandent des réponses.

Vous, vous réfléchissez sur la question de la souveraineté numérique longtemps.

Avec Skyrock, je suis à la tête d’une des principales entreprises d’Internet en France, donc on est au cœur de ces préoccupations pour nos utilisateurs. C’est notre slogan « Ici T Libre ! », sur  skyrock.com, les utilisateurs sont propriétaires de leurs données, peuvent les effacer, peuvent avoir des identités choisies et multiples, bref ils sont libres. La valeur économique migre de la société vers les réseaux et des réseaux vers les réseaux de services qui en deviennent les nouveaux acteurs dominants.

Et principalement aux États-Unis. Ce pays est l’ennemi numéro un ?

L’ennemi numéro un, c’est nous-mêmes. Ce que je mets en avant dans le livre, ce n’est pas une critique des États-Unis. L’espionnage est pratiqué dans tous les pays, l’ambition industrielle concerne le monde entier. En revanche, ce sont nos carences que je mets en avant. Face à une dynamique extraordinaire, on ne peut pas rester sans réagir. Que ce soit les États-Unis ou n’importe quel autre pays à l’origine de cette dynamique, la problématique, elle est chez nous, pas chez eux.

Vous faites le constat suivant : confrontée à la révolution de l’Internet, la France a renoncé à maîtriser son destin sur les réseaux informatiques. La France a livré sa souveraineté numérique sans débat ni combat. Comment expliquer cette passivité ?

On a toujours eu vis-à-vis d’Internet une réaction affective. Au début, de peur, ensuite, de candeur. On a de la parano et de la naïveté, mais rarement de la raison. Raisonnons, ayons du bon sens et de la rigueur. Et regardons ce phénomène dans ce qu’il est dans la réalité et pas simplement d’un point de vue de l’affect.

Perd-on la notion de prudence ?

L’Internet, c’est un moyen de liberté pour nous tous, d’émancipation, d’accès à l’information, d’accès aux autres. Cette liberté-là, il ne faut absolument pas la perdre ni la remettre en question, simplement, il ne faut pas la payer de notre liberté.

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C’est un livre sur le monde tel que nous le connaissons et qui va bientôt disparaitre. On est tous en danger économique et donc, du coup, social, voire sociétal.

L’Internet ne vient pas à côté du monde que nous connaissons, il le remplace. Si Internet remplace le monde que nous connaissons, qu’est-ce que cela signifie pour nous, dans nos vies quotidiennes, pour nos enfants, pour notre métier ? Dans ce livre, je prends l’exemple de nombreux secteurs : l’automobile, la banque, l’agroalimentaire, l’assurance, le transport, l’industrie, etc. Et je m’interroge sur un point : si Internet remplace cela, qu’est-ce que cela signifie pour vous ? 

Vous imaginez de nombreux petits scénarios de ce qu’il va se passer d’ici deux ou trois ans.

Je suis à la lisière de ce qu’il se passe aujourd’hui. Ce n’est pas de la science-fiction, c’est notre réalité proche. Il y a un danger, mais le fait d’en prendre conscience est positif.  La dernière phrase du livre c’est : le réseau est notre chance. On est en danger si on ne se rend pas compte qu’il y a un danger. C’est cela la souveraineté numérique : une maitrise de nos vies, la maitrise de notre destin sur les réseaux informatiques.

Quelle était votre ambition en écrivant ce livre ? Que tout le monde se rallie à votre cause ?pierre bellanger,la souveraineté numérique,interview,mandor

L’ambition, c’est d’être un levier de conscience. J’ai été auditionné au Sénat récemment sur ce sujet et je propose des éléments de législation. Que ce soient des industriels ou de simples citoyens, chacun à son échelle peut réagir, peut se poser des questions, peut interroger ses élus. Je propose que l’on devienne propriétaire de ses données personnelles. Aujourd’hui, vous chantez une chanson, elle est protégée. Par contre, toutes les données numériques qui sont captées n’ont aucune protection. La trace numérique qu’on laisse sur le réseau doit être la propriété de la personne qui en est à l’origine, car c’est une extension de la personne, une extension de son être.

Donnez-moi un exemple.

L’ensemble des données recueillies sur vous constitue une sorte de double numérique dont vous n’avez ni la connaissance, ni la maîtrise, ni la propriété. Par ces informations,  il est possible de connaître vos habitudes, vos dépenses, vos ennuis de santé, votre vie tout court. On sait grâce à votre double numérique que vous avez un chien parce que vous avez échangé ou posté sa photo sur le réseau. Demain, vous voulez louer un appartement, sachez que le propriétaire peut faire appel à une société pour savoir quelles sont vos habitudes. S’il ne veut pas d’animal, vous n’aurez pas l’appartement. C’est valable pour la location d’appartement, pour un emprunt, un contrat d’assurance, un emploi. Le double numérique joue ainsi un rôle majeur dans votre vie. Et vous n’avez aucune maitrise sur ce processus parce que vous n’êtes pas propriétaire de vos données et que donc vous n’en contrôlez pas l’usage.

Et donc, il faut légiférer ?

Oui, il faut créer un nouveau droit de propriété : la propriété des données informatiques personnelles. Par ailleurs, toute captation, conservation et usage de données en provenance de citoyens européens doit avoir lieu sur le territoire européen. Cela implique la localisation des serveurs à la source des données. Enfin l’exportation de données informatiques personnelles hors de la communauté européenne doit être réglementée et taxée.

pierre bellanger,la souveraineté numérique,interview,mandorVous proposez dans votre livre 12 priorités plan Réseau. On ne va pas les donner ici, mais pouvez-vous nous donner quelques points importants ?

Outre le cadre législatif, il nous faut un réseau de services (moteur de recherche, commerce électronique, carnet d’adresses, calendrier, carte, navigateur, etc..) associé à un système d’exploitation (le logiciel qui pilote les machines) autour duquel s’organisera la mise en réseau des différents secteurs de notre économie. Une telle entreprise investie dans les logiciels, les réseaux et les terminaux s’appelle un résogiciel. Il faut un acteur majeur français et européen. Il ne s’agit pas bien entendu de remplacer les services américains que nous utilisons tous les jours, mais d’apporter un choix aux utilisateurs et de faire mieux respecter leurs droits et leurs libertés.

Qui vous écoute ?

Chacun est concerné. Il n’y a pas un plan social aujourd’hui que l’on ne puisse pas de près ou de loin rapprocher de notre retard numérique. La crise économique actuelle va apparaître de plus en plus comme une crise numérique. Quel programme politique peut-il encore s’ancrer dans le siècle précédent et faire l’impasse sur la révolution des réseaux numériques ? Notre vie quotidienne, nos emplois, l’éducation des enfants, notre santé, la garantie des retraites, tout cela est en cause. Celui qui lit « La souveraineté numérique » accroît ses chances de s’en sortir. Voilà qui m’écoute.

Est-ce qu’il faut faire la révolution ?

La révolution est en cours à nos dépens. À nous d’être lucides, de motiver nos élus et de reprendre collectivement notre souveraineté numérique.

Quelqu’un lit se livre et décide d’agir, que peut-il faire concrètement ?

Chacun a le pouvoir du réseau au bout de son clavier et de son écran. Et rien n’arrête les bonnes idées.

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Après l'interview, le 21 janvier 2014.