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02 janvier 2015

Alexiane DE LYS : interview pour Les ailes d'émeraude

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Alexiane DE LYS est une jeune femme de 21 ans. Elle vient de publier son premier roman, Les Ailes d’émeraude, dans la lignée des dystopies actuelles, de Divergente à Hunger Games. Ce genre littéraire-là n’est habituellement pas ma tasse de thé, mais j’avoue m’être fait happer par ce roman. J’ai commencé un peu à reculons… et je n’ai plus lâché les 700 pages, haletantes. Parfait pour les matins de cette nouvelle année : un peu de magie, une héroïne forte tête aux répliques bien envoyées, moderne, frais, jeune et spontané. Divertissant, léger, en forme d’exutoire pour l’auteure, mais aussi (il me semble) pour le lecteur.

alexiane de lys,les ailes d'émeraude,interview,mandorAlexiane DE LYS, qui vit en Dordogne avec sa famille et ses nombreux animaux, est passée en coup de vent à Paris. Le 25 novembre dernier, elle a donc fait une pause avec moi pour évoquer ce roman et sa toute jeune « carrière » dans le monde des livres.

4e de couverture :

À 18 ans, Cassiopée est contrainte de quitter l’orphelinat dans lequel elle vit depuis l'accident qui a tué sa mère.
Seule au monde et lâchée dans la ville, elle a la désagréable et persistante impression d'être suivie... Un soir, elle est violemment agressée par deux inconnus. Très mal en point, elle est sauvée de ce mauvais pas par un mystérieux et séduisant garçon, Gabriel. Leur rencontre n'est pas un hasard. Grâce à lui, Cassiopée découvre sa véritable nature : elle appartient aux Myrmes, un peuple ailé doté d’incroyables pouvoirs sensoriels. En pleine métamorphose, la jeune fille se lance dans cet univers totalement nouveau avec l'espoir de percer, enfin, les mystères de son passé.

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alexiane de lys,les ailes d'émeraude,interview,mandorInterview :

J’ai lu partout que vous avez commencé à écrire ce roman parce que vous étiez éloignée de votre sœur partie étudier dans une autre ville et que cela permettait de tisser un lien avec elle. C’est vrai ou c’est un raccourci ?

Non, c’est la réalité. Je n’avais jamais écrit de roman abouti auparavant et c’est vraiment pour elle que je m’y suis mise. Au début, je lui envoyé les premiers chapitres et elle a beaucoup aimé. Du coup, je me suis prise au jeu.

Je crois savoir que vous lisiez beaucoup dans votre prime jeunesse, notamment les livres de votre papa.

Dès que j’ai appris à lire, je suis partie sur les lectures de mon âge, comme ceux de la bibliothèque rose. Assez vite, je suis passée à des livres un peu plus « sérieux », comme des polars et des thrillers. Et puis, il y a eu l’arrivée d’Hunger Games. A partir de ce moment, je me suis lancée dans la dystopie,  la science-fiction et le fantastique. J’ai beaucoup aimé Les âmes vagabondes de Stephenie Meyer et quelques romans du regretté Pierre Bottero par exemple. Mes livres préférés sont souvent des livres qui ne sont pas sortis en France.

Vous lisez donc en langue anglaise ?

Oui, et ça m’intéresse beaucoup parce que l’écriture n’est pas la même. Lire en VO est quelque chose d’enrichissant. Tout est plus précis et cela touche plus, je trouve.

Vous n’aimez pas les auteurs « classiques » de science-fiction ?alexiane de lys,les ailes d'émeraude,interview,mandor

Si, si. J’ai lu Bilbo le Hobbit de Tolkien par exemple. J’ai beaucoup aimé parce que cet auteur culte a un univers très riche et très diversifié. On est dans un autre monde, mais qui pourrait exister tellement il est précis. Dans les « classiques », j’aime bien aussi lire du Jules Verne parce qu’il était un sacré visionnaire. J’ai lu récemment Vingt mille lieues sous les mers et Voyage au centre de la Terre et je trouve que ces livres sont toujours d’actualité.

S’intéresser à ce genre de littérature signifie quoi pour vous ? S’évader du monde actuel fort peu exaltant ?

Il y a beaucoup de ça. Moi, j’ai toujours la tête dans les nuages, j’adore donc les mondes parallèles. Je suis tout le temps dans mon imagination, alors quand je lis l’imaginaire des autres, ça me fait partir immédiatement ailleurs. En fait, j’aime être transporté par les autres et, maintenant que j’écris, j’aime moi-même transporter les autres. J’essaie de procurer aux lecteurs ce que j’aimerais que l’on me procure.

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Vous croyez aux mondes parallèles ?

Je ne dis pas que j’y crois, mais je dis que ce serait sympathique qu’ils existent, en tout cas.

Votre héroïne, Cassiopée, c’est finalement tout ce que vous n’êtes pas vous ? Elle est forte, a un sale caractère, elle fait ce qu’elle veut et elle sait où elle va…

Je me suis surtout beaucoup défoulée à travers elle. Je suis quelqu’un de très réservé, qui a tendance à être timide. Je n’ai pas du tout le même comportement que Cassiopée dans la vie. Il y a en elle un peu de moi et beaucoup de ce que je ne suis pas. Elle est peut-être celle que j’aimerais être.

Quelle est la principale difficulté quand on écrit un livre comme le vôtre ?

C’est de rester crédible pendant 700 pages qui est compliqué. Mais pour m’aider, ma sœur, qui est ma première lectrice, est un peu mon baromètre. Elle me remet sur le droit chemin si je dépasse les limites du raisonnable.

Êtes-vous influençable quant à votre écriture ?

J’essaie de garder mon style. Il ne faut pas toujours tenir compte des envies et des avis des autres, parce que l’écriture est quelque chose de très personnelle. Mon monde, j’ai envie de pouvoir le personnaliser comme je l’entends et comme je le vois.

Je ne lis pas trop ce genre-là de littérature, mais je me suis fait piéger par votre livre.

J’ai toujours été emportée dans mon écriture. Mes personnages n’avaient jamais le temps de se reposer. J’étais toujours en train de décrire leurs aventures et ils ont fini par m’emporter avec eux… je ne savais pas qu’en plus, ils pourraient emporter d’éventuels lecteurs (rires).

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Vous avez inventé un peuple, les Myrmes. Comment fait-on pour inventer un nouveau peuple ?

Ce qui est compliqué, c’est d’inventer un peuple original. On a l’impression que tout a été fait dans ce domaine. Peut-être qu’inconsciemment me suis-je inspirée de certaines lectures en changeant sensiblement telle ou telle chose pour que cela devienne nouveau. Les Myrmes ont des supers sens hyper développés, ils ont des ailes… je n’avais jamais lu ça ailleurs.

Tous vos personnages sont beaux.

Peut-être qu’à ce niveau-là, j’ai été un peu naïve. C’est mon premier roman, j’ai donc favorisé mes goûts personnels (rires). Dans le deuxième tome que je suis en train d’écrire, j’essaie de faire autrement. Dans ce livre, je dois l’avouer, j’ai mis beaucoup de mes fantasmes.

alexiane de lys,les ailes d'émeraude,interview,mandorCassiopée va tout découvrir dans Les ailes d’émeraude. Les transformations physiques, sa force, l’amour, l’amitié, la trahison… toutes les étapes nécessaires pour arriver à l’âge adulte en fait. 

Quand j’ai relu le livre, je me suis rendu compte que j’avais beaucoup évolué à travers ce personnage. Il m’a changé moi-même, parce que j’ai l’impression d’avoir évolué en même temps qu’elle.

Tous vos personnages sont attachants. Ils ne sont pas manichéens.

J’en avais marre des livres où il y avait de gros méchants, de la violence à gogo, des choses tristes en permanence. Du coup, j’ai glissé un peu de légèreté, afin de ne pas être triste moi-même.

Vous ressentez les émotions de vos personnages ?

Il n’y a rien de plus vrai. Je suis une vraie éponge.

Considérez-vous que vos personnages sont presque des personnes vivantes ?

Du début à la fin, je suis allée là où ils voulaient m’emmener. J’ai la sensation qu’ils sont autour de moi et qu’ils me guident. On lit souvent ça dans les interviews d’auteurs, mais c’est tellement vrai. J’avais l’impression de passer mon temps à les suivre. Je voulais emmener Cassiopée quelque part, une fois les mains sur le clavier, elle partait complètement ailleurs. En fait, j’étais comme une spectatrice. 

Du coup, c’est facile d’écrire ?

(Rires). Pas vraiment. Devant mon écran, je suis presque en transe pour essayer de récupérer mon petit monde. J’écris un premier jet « instinctif », ensuite, je réécris plus posément pour ordonner tout ça.

Il y a des scènes de batailles. Vous n’y allez pas de mains mortes.

Je suis très à fond dans les scènes d’action. Quand j’en écris, je suis complètement dedans. Comme je suis au milieu, je décris donc tout ce que je vois de la manière la plus réelle possible. Et dans la réalité, une bataille, c’est sanglant et sans concession. Je sais que dans le livre, il y a des scènes un peu hardcore.

C’est marrant, sur la couverture de votre livre, on dirait que c’est vous…alexiane de lys,les ailes d'émeraude,interview,mandor

Il y a beaucoup de personnes qui m’ont demandé si c’était moi, mais non. C’est une coïncidence si la jeune fille me ressemble. Peut-être que, sans m’en rendre compte, j’ai décrit Cassiopée comme moi… la maison d’édition a peut-être fait ce choix de photo de manière consciente, sans me le dire.

Je verrais bien ce livre adapté au cinéma. A mon avis, le succès serait assuré.

Je suis très cinéphile, alors rien ne me ferait plus plaisir. En toute honnêteté, j’y ai pensé en écrivant le livre… ce serait un rêve d’être adapté sur grand écran. Ce serait un cas d’école, car jamais un auteur français, dans cette littérature-là, n’a été adapté au cinéma.

France Loisirs a adoré votre livre.

Oui, et il semble avoir remporté un franc succès. Je suis très heureuse d’avoir rencontré un lectorat conséquent dès la sortie de mon premier roman.

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Après l'interview, le 25 novembre 2014.

29 décembre 2014

Lou Marco : interview pour Sous la peau

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(Photo : Youri Lenquette)

La musique de Lou Marco est un mélange de rock et d’électro : une musique hybride, tout commelou marco,sous la peau,interview,mandor elle à vrai dire. Son premier album, Sous la peau, est sorti il y a quelques mois… il m’avait échappé. Séance de rattrapage obligatoire parce que je ne peux passer sous silence ce disque à la fois grave, intense et lumineux. Un recueil de chansons d’une joliesse mélodique dans un écrin électro-pop. Une belle entrée sur scène pour cette trentenaire longtemps restée dans l’ombre.

Et la voix de Lou…

La jeune femme est venue à l’agence le 19 novembre dernier…

lou marco,sous la peau,interview,mandorBiographie officielle (par Laurence Romance) :

Partout chez Lou Marco, et même dans l'air respiré, règne la musique. Les charmes surannés du passé côtoient des audaces inédites. Ici, John Carpenter rencontre les Gorillaz et l’éclatant Prince frôle l’oubliée Bobbie Gentry ; Johnny Cash unit sa voix immémoriale aux loops synthétiques d'Aphex Twin tandis que les Specials troussent joyeusement Nancy Sinatra. Surf music et dub emplissent l'atmosphère de guitares claires et de basses grondantes.

La fille qui orchestre cette orgie sonique refusera toujours de choisir entre « les trucs sauvages et primitifs, les chansons sophistiquées et les climats étranges ». Elle-même, curieusement contrastée, a poussé telle une herbe folle au milieu des percussions et autres instruments de son père. Là est née sa fascination pour les vieux synthés, pédales d'effets et « machines en tous genres ». 

Lou Marco a d’abord œuvré avec le regretté Nikola Acin, critique rock et musicien lui-même, qui signe la moitié des textes de cet album. En 2008, elle compose la musique de la pub du parfum L'Homme d'Yves Saint Laurent: "Everything Can Go", et il en écrit les paroles.lou marco,sous la peau,interview,mandor

Peu après la sortie de son EP en avril 2013, elle rencontre Arthur H (mandorisé et), qui l’encourage à écrire en français. Lou lui propose alors de reprendre « India Song », fameuse chanson du film éponyme de Marguerite Duras, qui en signa les paroles. Leur duo, empreint d’une précieuse alchimie, donne le ton: les titres de Sous la Peau agissent comme des mantras qui ont le pouvoir d’apaiser les tourments et d’exalter les sens.

Ritournelles disloquées ou rengaines de cabaret à la Tom Waits, les douze chansons de cet album, envoûtant jusqu’au vertige, vibrent d’invocations d’une impérieuse évidence.

lou marco,sous la peau,interview,mandorInterview :

C’est grâce à ton papa que la musique est entrée dans ta vie.

Je n’ai pas été élevée dans le milieu de la musique. Mon père n’en faisait pas son métier, mais il avait une collection de percussions importante. Aussi loin que je m’en souvienne, je crois que j’ai toujours aimé la musique, mais j’ai mis un certain temps à découvrir que j’avais des facilités pour m’y adonner.

Ta mère était aussi passionnée de musique ?

Elle en écoutait beaucoup. Lou Reed, Janis Joplin, Kate Bush… des artistes de cet acabit.

Et pendant ton adolescence, tu es allée vers quoi spontanément ?

J’écoutais pas mal d’électro, puis je suis passée au rock’n’roll, à la musique folk et aux chansons.

Clip de "Sous la peau".

D’après ce que j’ai compris, tu as commencé par la composition et le son avant le chant.lou marco,sous la peau,interview,mandor

Oui, j’ai très vite eu mon Home Studio, mais je ne chantais pas vraiment. Et à un moment donné, comme je gagnais ma vie avec ma voix en faisant de la pub, je me suis mise à chanter. Si ma voix « parlée » plaisait, pourquoi pas tenter une voix « chantée ».

Quand as-tu songé réellement à en faire une carrière ?

J’ai eu une commande pour une musique de pub diffusée dans le monde entier pour Yves Saint Laurent. C’est comme ça que je suis rentrée à la SACEM en tant que compositrice. J’ai commencé à me professionnaliser officiellement à partir de ce moment.


L'Homme Yves Saint Laurent - Olivier Martínez par tvspot

lou marco,sous la peau,interview,mandorCette musique de pub est ta première collaboration avec Nikola Acin (disparu en 2008) qui ensuite a travaillé avec toi sur ton premier EP.

Oui, du coup, dans ce premier album, il y a pas mal de chansons qui ont été écrites à cette époque-là. Ce disque est un mélange de chansons très anciennes et de chansons récentes. Je les aime toutes comme je pourrais aimer mes enfants. Avec Sous la peau, je clos un chapitre pour en ouvrir un autre.

Es-tu déjà sur l’écriture d’un nouvel album ?

Oui et je dois dire que cela m’effraie un peu. Il y a des chansons que j’ai écrites seule, d’autres qui sont des co-écritures. Je travaille avec Olivier Rocabois et également avec Boris Bergman que je ne vais pas te faire l’affront de te présenter. (Pour en savoir plus sur lui, lire sa mandorisation ici)

Dans ce disque, il y a beaucoup de musiques différentes et tu chantes en anglais et en français.

Pour un premier disque, j’ai trouvé que c’était bien d’ouvrir le compas de manière large. Les gens et les journalistes ont été plutôt bienveillants avec moi, donc, je me dis que j’ai bien fait.

Je sais que tu préfères chanter en anglais. Est-ce à cause de la sonorité de la langue ?lou marco,sous la peau,interview,mandor

La langue anglaise est très musicale et la langue française est très chargée de sens. Certains ont réussi à écrire des chansons très belles en français, mais c’est plus difficile. Quand je chante en français, pour moi, c’est à chaque fois un défi parce que je suis très exigeante et je veux exceller dans ce domaine.

As-tu l’impression de faire des progrès depuis tes débuts?

Je travaille beaucoup et quotidiennement, alors j’espère. Par exemple, j’ai découvert il n’y a pas longtemps, grâce à une prof de chant du Studio des Variétés,  que j’étais beaucoup plus alto que ce que j’imaginais, ce qui change beaucoup de choses en terme d’écriture.

Clip d'"India Song" par Lou Marco et Arthur H

lou marco,sous la peau,interview,mandorTu interprètes avec Arthur H « India Song » de Marguerite Duras. La petite histoire explique que vous vous êtes rencontrés au bord d’une piscine chez des amis communs… Les rencontres ont été primordiales pour l’avancée de ta « carrière ».

C’est vrai que j’ai bénéficié de la magie des rencontres assez souvent. Est-ce que ça vient de soi ou est-ce le cosmos qui nous guide ? Je n’en ai pas la moindre idée (rires).

Tu as déjà trois clips de chansons tirées de ce disque. Ils sont tous différents.

A chaque fois, ça a été des collaborations où j’ai été très impliquée. C’est bien de penser à l’image que l'on veut projeter.

Quand on te dit que sur certaines chansons, comme "Don't Care", ta voix fait penser à celle de Prince, tu dis quoi ?

Que veux-tu que je réponde à un truc pareil ? On n’arrête pas de me le dire et je le lis dans plein de chroniques sur mon album. Je suis fan de Prince, certes, mais je ne pense pas avoir sa voix. C’est flatteur en tout cas.

Clip de "Don't Care"

C’est difficile de se faire connaître ?

Le métier n’est pas toujours facile, son économie est assez bancale en ce moment. Mais ce que je sais, c’est que je ne pourrais pas vivre sans faire de musique. Qu’elle devienne populaire ou qu’elle reste confidentielle.

Es-tu confiante pour l’avenir ?

Je ne sais pas. Il faut surtout continuer à produire. Si je ne rencontre pas le succès public avec cet album, j’espère que ce sera avec le prochain.

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Après l'interview le 19 novembre 2014.

26 décembre 2014

Chico : interview pour Chico & The Gypsies & International friends

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(Photo : Carole Mathieu)

A priori, rencontrer Chico Bouchikhi de Chico & The Gypsies n’était pas, dans ma vie professionnelle, une priorité immédiate. Disons que la musique de cette  formation ne me touche pas beaucoup. Mais très vite, je me suis rendu compte que tous les gens autour de moi appréciaient son groupe et me prodiguaient des commentaires élogieux à son encontre. J’entendais des mots comme festif, chaleureux, bonheur, positif…

Je me suis soudain rendu compte que cette musique gitane faisait du bien aux gens. Une arme anti-morosité finalement.

Alors, j’ai accepté ce rendez-vous avec Chico, le jeudi 27 novembre à l’hôtel de Sers. Et je ne le regrette pas. On m’avait dit qu’il était un vrai gentil. Il l’est. Et qu’il avait des choses à dire. Je valide aussi cette deuxième affirmation.

chico,chico & the gypsies,interview chico & the gypsies & internatioanal friends,interview,mandor,manitas de plata,kendji giracArgumentaire officiel de l’album :

Véritable légende de la musique, ex-leader des Gypsy Kings et co-auteur d’hymnes planétaires tels que « Djobi Djoba » ou « Bamboléo », Chico, a vendu plus de 20 million d’albums.

Depuis plus de 20 ans, avec son groupe Chico & The Gypsies composé de Mounin, Joseph, Kema, Babato, Tané, Kassaka et Rey,  ils parcourent le monde et transmettent partout où ils passent des valeurs de fête et de partage.

Fier ambassadeur de la musique gitane, et également envoyé spécial pour la paix de l’UNESCO, Chico œuvre en faveur du rapprochement entre les peuples.

Avec un rayonnement international, et une carrière ponctuée de belles rencontres, pour ce nouvel album, Chico & The Gypsies & International friends, Chico & The Gypsies chantent aujourd’hui avec plusieurs de leurs amis du monde entier, comme Billy Paul, Kim Wilde, Kassav, Idir, Tony Carreira, Nuno Resende, Jessy Matador, Collectif Métissé et bien d'autres encore…

Spot télé de l'album Chico & The Gypsies & International friends.

Ils seront bientôt sur les routes avec notamment un beau rendez-vous le 28 avril 2015 à l'Olympia. 

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(Photo : Carole Mathieu)

chico,chico & the gypsies,interview chico & the gypsies & internatioanal friends,interview,mandor,manitas de plata,kendji giracInterview :

Qui a eu l’idée de cet album de reprises de chansons internationales ?

Moi. J’ai proposé à ma maison de disque et elle a adoré l’idée. Parfois, les choses se font simplement. On avait déjà fait un premier album sur le même concept, mais en reprenant uniquement des chansons françaises. Ça a très bien marché. Comme on a la chance d’avoir une carrière internationale, les gens nous connaissent dans le monde entier, on a voulu aller encore plus loin. Du coup, on a lancé quelques invitations d’artistes internationaux et tout le monde a répondu présent.

Il y a des rencontres improbables dans ce disque.

Pour moi, il est comme une mosaïque d’amitiés, de cultures et de musiques différentes. Ce disque est un peu comme l’UNESCO, dont je suis l’ambassadeur depuis des années. Ce disque reflète tous les continents et les différences qui en résultent… mais qui sont complémentaires.

On a l’impression que votre musique peut se fondre dans n’importe quel genre musical. Comment avez-vous travaillé avec les artistes ?

On leur a proposé des titres. Lorsque l’artiste a validé, on lui a envoyé une maquette de ce que l’on souhaite faire. Ainsi, il comprend dans quelle direction nous comptons nous rendre. Après, nous avons carte blanche et nous nous retrouvons en studio pour enregistrer… et là, on envoie le bois !

Savez-vous pourquoi tout le monde a accepté de participer à cette aventure musicale ?

Parce qu’apparemment ces artistes apprécient notre travail depuis des années. Dans l’EPK, chacun explique pourquoi il a dit oui à ce projet. Par exemple, j’étais le premier surpris de savoir que Billie Paul adore notre musique. Il raconte qu’il écoute nos disques dans sa voiture avec sa femme. Il suit ce que je fais depuis les Gipsy Kings.  Je trouve ça dingue. Si « Me and Mrs Jones » a été repris de nombreuses fois, c’est la première fois que l’artiste original l’a reprend en lui-même en duo.

EPK Chico & The Gypsies & International friends.

chico,chico & the gypsies,interview chico & the gypsies & internatioanal friends,interview,mandor,manitas de plata,kendji giracVous n’avez pas peur de vous attaquer à des chansons monumentales… comme Hôtel California des Eagles.

C’est une chanson que l’on chante sur scène depuis longtemps. Pour nous, elle fait partie des évidences musicales.

Franchement, ce disque, Chico, c’est aussi une affaire de business, non ? On sait bien que les albums qui se vendent le mieux en ce moment, ce sont les albums de reprises.

C’est d’abord une affaire de musique, d’artistes et de partages… c’est pour ça que dans cet album, on a voulu que l’on ressente tout ceci. Il y a beaucoup d’amour, de chaleur et de sincérité dans ce disque et j’espère que les gens vont sentir que l’on s’est régalé à le faire. Sinon, évidemment, l’idée que cet album se vende bien n’est pas anodine.

Le partage dans la musique, c’est ce que vous faites depuis des années.

L’idée de partage est dans ma nature. J’adore les fusions  et tenter des expériences musicales à priori pas évidentes. Longtemps, je me suis occupé d’un festival qui s’appelait « Mosaïque gitane » en Arles et à Nîmes, dans les arènes. L’idée, c’était de jouer de la musique gipsy avec la participation d’artistes incroyables. J’ai fait venir WillieColón ou Khaled quand il n’était pas connu. Des artistes de tous horizons jouaient notre musique. Quelque part, avec ce disque, je continue cette même ligne.

Chico & The Gypsies avec Billy Paul interprètent Me and Mrs Jones.

Votre disque fait du bien. Un peu de gaité dans ce monde si négatif, c’est plaisant.chico,chico & the gypsies,interview chico & the gypsies & internatioanal friends,interview,mandor,manitas de plata,kendji girac

C’est exactement ça ! On veut donner une bonne énergie pour contrer ce monde si triste actuellement. En vrai, ici, j’ai l’impression de manquer d’air. Ma musique est mon oxygène et je tente d’en donner aux autres.

Votre récompense la plus importante, finalement, c’est de donner du bonheur aux gens?

Vous avez dit le mot. Les gens qui m’arrêtent en général, dans la rue ou ailleurs, me disent : « merci pour le bonheur que vous nous donnez ! » Mon cadeau de Noël, c’est ça.

Vous êtes connus dans le monde entier. Comment gardez-vous la tête sur les épaules ?

Si on doit péter un câble, on le pète vite. Moi, je suis toujours resté zen et lucide. Ça fait 40 ans que je fais de la musique et je n’ai jamais pris ce métier au sérieux. C’est d’ailleurs ce qui m’a valu la séparation d’avec les Gipsy Kings à l’époque.

Comment ça ?

Un jour, alors que c’était une formation que j’ai fondé, j’ai osé demander des comptes à notre producteur de l’époque. Ça m’a valu l’éviction du groupe. Au final, il y a eu un partage. Eux ont gardé le nom, moi j’ai gardé l’âme (sourires).

Avec cette histoire, dans le métier, vous faites figure d’ovni en matière de reconversion immédiate.

Quand vous tombez d’un TGV en pleine marche qui s’appelle Gipsy Kings, normalement vous y laissez quelques morceaux. Moi, j’ai fondé assez vite Chico & The Gypsies. 20 ans après... je ne suis pas mécontent du résultat.

Chico & The Gypsies interprètent un extrait de l'album Chico & The Gypsies & International friends,  "Hotel California", une reprise du groupe Eagles dans Acoustic sur TV5MONDE.

chico,chico & the gypsies,interview chico & the gypsies & internatioanal friends,interview,mandor,manitas de plata,kendji giracVotre longévité est due à quoi ?

Au travail. Et aussi, je garde les pieds sur Terre. Je sais ô combien j’ai de la chance de vivre confortablement d’une telle passion.

J’ai l’impression que la vie est belle pour vous.

Très. Je me régale. Je remercie tous les jours le bon Dieu de m’avoir donné cette chance de faire ce que je fais. Je garde le même enthousiasme et la même passion que depuis le début…  c’est peut-être pour cela que je suis encore là aujourd’hui.  J’ai toujours la flamme. Je dois avoir une belle étoile au-dessus de moi. Elle me guide et m’accompagne dans la vie.

Pourtant, vous avez eu aussi des moments tragiques dans votre vie. Ce qui est arrivé à l’un de vos frères, par exemple.

C’est la blessure de ma vie.Il a été assassiné par le Mossad. Des membres du service secret israélien l’ont confondu avec quelqu’un d’autre. Ils l’ont pris pour un terroriste qui a participé à l’attentat des JO de Munich. Ceux qui ont tué mon frère ont été arrêtés et condamnés en 1973 à Oslo. C’est une tragédie incroyable. Il n’avait que 30 ans. Je ne m’en suis toujours pas remis.

Ce frère-là est celui qui vous a offert votre première guitare, c’est ça ?

Oui. Il n’était pas musicien, mais adorait la musique. C’est lui m’a fait découvrir toutes sortes de musiques. Billie Paul, ça me parle beaucoup, parce que la soul, le blues, c’est mon frère qui m’a fait découvrir et aimé. Je tiens à dire que ni Israël, ni le Mossad, ni le gouvernement, ne se sont excusés de la bavure. Je voulais que quelqu’un s’excuse tant que ma mère était vivante. Aujourd’hui, c’est trop tard.

Parlons de Manitas de Plata (mandorisé là) qui vient de disparaitre. Vous le connaissiez bien ?chico,chico & the gypsies,interview chico & the gypsies & internatioanal friends,interview,mandor,manitas de plata,kendji girac

Je le connaissais depuis toujours. Si Manitas n’avait pas existé, nous ne serions pas là à discuter. Il était l’exemple et notre patriarche musical. Son chanteur était José Reyes qui était mon beau-père. Avec les enfants de José Reyes on a fait Los Reyes, puis les Gipsy Kings. Tous les musiciens qui jouent aujourd’hui dans cet esprit-là, je dois vous dire qu’ils leur doivent beaucoup.

C’est une lourde perte en somme.

Immense ! Tout petit, j’ai grandi avec Manitas de Plata.  C’est lui qui m’a fait faire ma première scène lors de ses dix ans de carrière au Théâtre des Champs-Elysées. Et ma première télé, toujours pour l’accompagner, en 1974, chez Danièle Gilbert. J’avais 20 ans. Je lui dois beaucoup et j’ai essayé de lui rendre ce que je pouvais. Des années après, avec Chico & The Gypsies, je l’invitais avec nous pour des tournées en Amérique du Sud, en Europe, au Moyen-Orient et bien sûr dans toute la France…  Nous avons fait des spectacles extraordinaires. Pour moi, le regarder sur scène était une chose fascinante. C’était un mythe, Manitas.  

(Chico me montre sur son iPhone une série de photos de différentes époques avec le maître).

Chico & The Gypsies et Kendji Girac interprètent Camisa Negra à la fête de la musique 2014.

Aujourd’hui, que pensez-vous du succès de Kendji Girac ?

C’est super ce qu’il fait.  Il ne se prend pas la tête et laisse libre cours à sa belle énergie. Je suis ravi. Depuis le temps que je dis que dans ce peuple et cette culture, il y a un vivier de talent incroyable.

Cette génération, vous l’aidez ?

Pas uniquement la jeune génération. L’année dernière, on a fait deux Olympia où j’ai invité cinquante guitaristes et chanteurs. On s’est retrouvé presque soixante sur scène. C’est ma manière de partager.

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Après l'interview, à l'Hôtel de Sers, le 27 novembre 2014.

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23 décembre 2014

Matthias Vincenot : interview pour L'almanach insolite et pour Le mot et la note

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(Photo : Nicolas Rabot)

Matthias Vincenot est quelqu’un qui m’impressionne.

Avec l’air de ne pas y toucher, ce poète est toujours en mouvement. Il crée en permanence. Poèmes, festival, tremplin, livres… C’est la deuxième fois que je le mandorise. La première, c’était pour un recueil de poèmes, cette fois-ci, c’est pour un almanach et pour un essai. Points communs entre les deux ouvrages : les mots, la poésie, la littérature, la chanson…

Le 3 décembre dernier, Matthias Vincenot est venu à l’agence pour évoquer ses deux nouveaux ouvrages.

L’auteur :

Matthias Vincenot, né en 1981, a publié 12 recueil de poèmes, depuis Un autre ailleurs (Lettres du Monde, 1998), jusqu’au plus récent, Les Choses qui changent (Mines de rien, 2013, avec des photos de Pascal et Nicolas Rabot). Président de l’association Poésie et Chanson Sorbonne et fondateur et Directeur artistique du Festival DécOUVRIR de Concèze, il organise de nombreux moments autour de la poésie et de la chanson. Il est Sociétaire de l’Académie Charles Cros et membre d’honneur du Comité du P.E.N. Club français (Poètes Essayistes Nouvellistes). Créateur, avec Thierry Cadet, du Prix Georges Moustaki de l’album indépendant et/ou autoproduit, il est aussi le Directeur artistique de Poésie en liberté. Par ailleurs Docteur ès Lettres, il est professeur aux Cours de Civilisation française de la Sorbonne.

almanach-insolite.jpgL’Almanach insolite (éditions Mines de rien, 2014) :

Un Almanach qui ne ressemble à aucun autre. Des inédits, des nouveautés, mais pas du déjà-vu. Avec parfois des textes très courts. Du sérieux et de l’humour. Avec des personnalités de différents horizons, dans une diversité harmonieuse.
Chaque dimanche, une recette est proposée par un chef cuisinier ou des passionnés de cuisine.
Un Almanach de plus ? Non. Un nouveau type d’Almanach, avec de l’allure et du fond. Qui donnera du plaisir, qui fera rêver et réfléchir, avec lequel les lecteurs seront surpris, émus, bousculés. Un Almanach qu’on n’attend pas, un Almanach original.
En résumé, un Almanach insolite.

Interview :

C’est toi qui as eu l’idée de créer un nouvel almanach plus original que les autres ?

Oui. Je me suis dit : si je faisais un almanach comme j’ai envie d’en lire ? L’almanach a une image un peu particulière, un peu vieillotte et désuète.  On pense qu’on y lit des blagues par forcément drôles, des espèces d’astuces bidons…  moi, j’avais envie de partir de l’image qu’a cet ouvrage populaire, mais en y mettant des choses que j’aurais envie de lire moi-même.

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C’est très intellectuel alors ?

Mais, je ne lis pas et ne fais pas que des choses intellectuelles. Ce que je propose est très varié. Il y a 300 personnalités, une recette de cuisine par des chefs ou des passionnés de cuisine. Parmi les chefs : Gérard Baud, Michel Del Burgo, Jean-Luc Rabanel, Philippe Gardette et Francis Tessandier (de « Chez Francis » à Brive). Pour ce qui est des gens qui ont envoyé des textes, c’est une diversité qui va de CharlElie Couture à Monseigneur Di Falco par exemple. Je ne me suis pas cantonné à un style. On découvre les gens sous un autre jour. Quand Dave écris sur la mort, on n’imagine pas forcément qu’il écrirait sur ce sujet. 

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As-tu donné des indications aux contributeurs ?almanach-insolite4.jpg

Non, car je voulais que les participants à cet almanach se sentent libres et, se sentant libres, certains décident d’écrire des choses différentes de ce que l’on pourrait attendre d’eux. De ce côté-là, j’ai été servi.  Ici, Smaïn propose une chanson. Pour Noël Mamère et Jean Glavany, c’est un poème, de même que pour Pierre Rochefort, Arthur Dreyfus, Arno Klarsfeld, Daniel Lavoie, Alice de Lencquesaing et Jeane Manson. Guy Konopnicki évoque Dada et Alain Bauer quelques criminels mythiques. Pour le rugbyman Wenceslas Lauret, c’est l’importance de la chance. Bernard Ménez fait un plaidoyer pour l’athéisme et la laïcité. Marielle de Sarnez parle d’Europe et Bernard Combes des pendus de Tulle. De la mémoire à la perte de mémoire… par Florence Duprat, qui évoque la maladie d’Alzheimer. Frédérique Deghelt rend hommage à son oncle, François Deguelt, l’évoquant publiquement pour la première fois. On trouve aussi de nombreux textes souriants, comme celui d’Hervé Chabalier sur les marronniers dans la presse, de Christophe Girard qui s’amuse de certaines expressions courantes, de François Rollin, ou de Francis Lalanne avec une fable. Également, des nouvelles inédites, de Philippe Jaenada, et, plus étonnant, de Sophie Mounicot, de Muriel Combeauet de Céline Caussimon.Valérie Vogt, en plus d’un texte, fait découvrir une recette. Des chanteurs proposent un extrait d’une de leurs chansons, comme Liane Foly, Gérard Lenorman et Arno. CharlElie Couture écrit en prose, et s’interroge : Si j’étais une femme

Il y a aussi des éphémérides originales signées Christophe Tastet, animateur sur France Bleu Limousin.

Ces éphémérides sont ce qui se rapprochent le plus d’un almanach sauf que les siens sont très savants et, apparemment, légers. On apprend plein de choses en s’amusant. Il y a de l’humour mélangé à du fond.

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10608666_738581709546050_1201113732284525704_o.jpgEn quoi cet almanach est-il insolite ?

Parce que l’on ne s’attend pas à trouver autant de personnalités, autant de textes différents, autant de textes différents de ces personnalités, associés à cette belle mise en page, ces magnifiques photos à chaque page, les éphémérides et les recettes de cuisine. Non, franchement, c’est un almanach unique, inattendu et original.

Avec tes activités, tu connais beaucoup de monde dans la chanson française. Nombreux sont les artistes qui y participent.

Les chanteurs, nous les entendons chanter, mais parfois on oublie qu’ils savent aussi écrire.

Il y aussi pas mal de poètes.

Oui, mais je n’ai pas souhaité assommer les gens de poésies. Je voulais montrer dans un ouvrage, avec des textes différents, qu’un poème pouvait se lire avec naturel.

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Matthias Vincenot à l'agence, le 3 décembre.

couv_le_moet_et_la_note.jpgLe mot et la note (éditions de l’Amandier, 2014) :

« Tout au long de cet ouvrage, avec minutie et érudition, Matthias Vincenot traque les différences et les ressemblances entre les deux cousines. Il révèle les processus de création à travers l’analyse des figures et les œuvres maîtresses dans les deux disciplines », écrit Georges Moustaki dans son prologue. Après une introduction présentant un historique des rapports entre la poésie et la chanson, cet ouvrage tente de déterminer d’abord ce qui peut faire poésie, en s’arrêtant sur la mise en musique des poèmes, étudiant notamment comment un poème peut devenir une chanson ; ensuite, il est question de la chanson, de la façon dont on peut la définir comme de son pouvoir évocateur, qui n’est pas sans conséquences dans la culture et la mémoire populaires. Puis ce travail s’arrête sur la musique des mots, et donc sur l’utilisation du son, dans la poésie comme dans la chanson, avant de présenter le rapport des chanteurs à la poésie. Enfin, cela amène à déterminer la nature et la place du slam.

Interview :

Dans ce livre, tu as réuni tes deux passions, la chanson et la poésie.

On entend beaucoup de simplifications sur la poésie et la chanson. Soit c’est totalement différent, soit c’est totalement la même chose. Ce n’est ni totalement différent, ni totalement la même chose. Il fallait se poser un peu pour parler de tout ça. En fait, la source de ce livre est ma thèse de Doctorat que j’ai faite à la Sorbonne. J’ai voulu partager mon point de vue sur la question au-delà du cercle universitaire, c’est pour cela que j’ai transformé la thèse en livre. Je voulais élaborer un livre grand public qui puisse se lire facilement.

Allain Leprest par exemple, c’est un chanteur, mais c’est aussi un poète, non ? La leprest3.jpgfrontière entre les deux est mince en tout cas…

Pour moi Leprest est d’abord un chanteur, même s’il est aussi un poète. Mais en général, ça fait du mal à la poésie de dire que dès qu’un chanteur écrit bien, c’est un poète. Un poète quand il écrit un texte, il écrit juste pour être lu et pour être publié dans des livres. Un chanteur, quand il écrit un texte, il écrit pour être chanté. Ce n’est pas le même objectif d’écriture, ni la même façon d’écrire. Il faut être très prudent avec ça parce que la poésie est malade de cet amalgame. Dès qu’il y a un chanteur qui a des textes très riches, on dit que c’est un poète. Pendant très longtemps, on a imaginé que la poésie, c’était Brel, Brassens, Ferré et que ce n’était rien d’autre. Il n’y a rien de plus faux.

Et toi, en tant que poète, as-tu essayé d’écrire des chansons ?

J’ai tenté d’écrire des chansons, mais ça n’a pas marché. Là où il y a de très bons résultats, c’est quand des chanteurs prennent un de mes poèmes et le chantent.

Le prologue de ton livre est signé Georges Moustaki.

Je me suis dit que sur ce sujet Moustaki avait des choses à dire. Le soir de ma thèse, quand je suis arrivé chez moi, je lui ai envoyé un message et il m’a répondu tout de suite. Pour ce livre, il a écrit ce petit texte et il était déjà très fatigué, donc, ça m’a beaucoup touché.

bandeau-prix.jpgTu es aussi le co-fondateur du Prix Georges Moustaki avec Thierry Cadet. Peux-tu nous annoncer quelques nouvelles pour le prix 2015 ?

La présidente est cette année la chanteuse Rose et le parrain est le groupe Archimède. Le Prix Moustaki reste une très belle expérience, d’autant plus que nous avons de nouveaux partenaires pour cette édition, comme le FestiVal de Marne et Catalyse. Et nous avons le soutien de l’Université Paris-Sorbonne.

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Après l'interview, le 3 décembre 2014.

22 décembre 2014

Ingrid Desjours (et un peu Myra Eljundir) : interview pour Tout pour plaire

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Tout pour plaire, le nouveau livre d’Ingrid Desjours est un magistral thriller psychologique, avec une intrigue à couper le souffle. Elle nous décrit un monde où règne la noirceur humaine. La nouvelle reine du roman noir ne nous épargne pas un instant. Perversité, manipulation, calcul, vengeance, sont les maîtres mots qui animent tous ses personnages. On se demande constamment qui veut le bien ou le mal, qui est honnête et qui ment. Au programme : victimes consentantes, pervers narcissiques ou frappadingues de l'amour vache. Je me suis rarement autant fait balader.

C’est la troisième fois que je mandorise Ingrid Desjours (voir la première et la seconde). Et puis aussi, quand elle n’avait pas encore avoué qu’elle était la fameuse Myra Eljundir. Elle m’avait réservé l’exclusivité de sa première interview…

Ingrid Desjours est venue à l’agence le 11 décembre dernier pour évoquer ce très grand roman noir qu’il est impossible de lâcher. Tout pour plaire devrait en toute logique devenir un standard de ce genre littéraire.

ingrid desjours,myra eljundir,tout pour plaire,kaleb,interview4e de couverture :

Rien n'est plus suspect qu'une personne qui a tout pour plaire.

Voilà, vous y êtes. Arrivés au point de rupture. Depuis longtemps déjà, votre couple dérange. Parce qu'une belle et brillante jeune femme n'a pas pu renoncer à tout pour se consacrer à son riche mari comme ça, sans être influencée. Ou vénale.
Parce qu'un séducteur avide de pouvoir n'a pu obtenir la totale dévotion de son épouse que par la tyrannie et la manipulation. Comme tous les pervers narcissiques.
Oui les ragots vont bon train.
Alors quand s'installe chez vous un deuxième homme, aussi attirant que sulfureux, les esprits s'échauffent davantage. Et la disparition pour le moins suspecte de sa femme n'arrange rien.
Bien au contraire.
Pour vos voisins sont désormais réunis tous les ingrédients d'un drame conjugal qui pourrait bien vous mener à la mort. Vous aurez été prévenus.
Voilà, vous y êtes. Arrivés au point de rupture...

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L’auteur :ingrid desjours,myra eljundir,tout pour plaire,kaleb,interview

Ingrid Desjours est psychocriminologue. Après avoir exercé de nombreuses années auprès de criminels sexuels en Belgique, elle décide en 2007 de se retirer en Irlande pour écrire son premier thriller. Depuis, elle se consacre entièrement à l'écriture de romans et de scénarios pour des séries télévisées. Les nombreux psychopathes qu'elle a profilés et expertisés l'inspirent aujourd'hui encore. Outre ses tableaux cliniques pertinents, l'auteur excelle dans l'art de lever le voile sur la psychologie humaine et de faire ressentir au lecteur ce que vivent ses personnages, pour le meilleur et surtout pour le pire?
Ses trois premiers romans, Écho (Plon, 2009), Potens (Plon, 2010) et Sa vie dans les yeux d'une poupée (Plon, 2013) ont été très remarqués et plébiscités, tant par le public que par la presse et les libraires. Elle a également animé l'écriture de Connexions, un polar interactif édité en partenariat avec l'émission « Au Field de la nuit » (TF1). Son dernier-né, Tout pour plaire, a été pensé et conçu comme une série télévisée. Ingrid Desjours vit actuellement à Paris. Très engagée dans la défense de la cause animale, ses autres passions dévorantes sont le krav maga et le piano.

ingrid desjours,myra eljundir,tout pour plaire,kaleb,interviewInterview :

Depuis ton précédent roman Sa vie dans les yeux d’une poupée et celui-ci, Tout pour plaire, n’as-tu pas l’impression que ta carrière littéraire commence à prendre une belle tournure ?

Je ne m’en rends pas bien compte. Je suis toujours à fond dans le livre suivant. Je ne prends pas trop le temps de réaliser ce qui m’arrive et je ne me rends pas compte de ce qu’il se passe autour de moi. Tout est abstrait parce que, quand j’écris, je suis complètement ermite.

Lorsque tu fais des salons, cela te sort de ta bulle, non ?

Oui, ça me fait du bien de voir des gens, de les écouter, de leur parler… mais parfois, ils t’aspirent complètement. C’est extrêmement fatiguant parce que beaucoup ont une attente, notamment celle de leur donner ce que tu leur as déjà donné dans le bouquin. Et puis, certains lecteurs ont le sentiment de te connaître. Moi, je ne les connais pas, donc c’est un rapport très déséquilibré. Si j’adore ces rencontres, elles me laissent lessivée.

Je ne comprends pas. Aimes-tu participer à un salon du livre, alors ?ingrid desjours,myra eljundir,tout pour plaire,kaleb,interview

J’aime et je n’aime pas à la fois. Le problème c’est que plus ça va, moins j’aime parler. En fait, ce que j’ai à dire, je l’écris. Pour le reste, j’estime que ce n’est pas super intéressant, ni très important. Je ne vois pas en quoi ce que je pense passionnerait les gens. Et puis en bonne écrivain caricaturale, c’est-à-dire solitaire, j’ai besoin d’une grande plage de calme.

Depuis notre première rencontre en 2010, tu as écrit trois autres thrillers et les trois romans signés Myra Eljundir… ça commence à faire pas mal !

Je me suis fait traiter de graphomane par Mazarine Pingeot à Brive (rires).

Y a-t-il une différence d’écriture quand tu es Ingrid ou quand tu es Myra ?

Je passe de l’une à l’autre de manière très naturelle. Je ne change pas ma façon d’écrire. Même quand je suis Myra qui écrit pour les ados, je ne fais aucun compromis, ni n’édulcore quoi que ce soit.

Et ça marche de ne pas prendre les jeunes pour des cons ! Ta trilogie Kaleb a cartonné.

Oui… et on m’a dit que ça continuait à pas mal se vendre.

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Tu vas poursuivre l’œuvre de Myra Eljundir ?ingrid desjours,myra eljundir,tout pour plaire,kaleb,interview

Oui. Je sors d’abord un prochain thriller d’Ingrid en mai 2015… je vais donc officiellement décéder (rires) et en octobre, j’enchaîne sur le premier tome de la prochaine trilogie de Myra.

As-tu déjà tes nouvelles histoires en tête ?

Pour le thriller oui, il sort dans peu de temps, mais pour Myra, grosso modo.

Tu dis Ingrid et Myra quand tu te cites… ne deviens-tu pas un peu schizophrène ?

J’ai plus un syndrome de personnalité multiple (sourire). J’écris aussi dans un journal féminin, Question de de femmes, sous le nom d’Astrid Leviateur. J’y fais le psycho test et les papiers psycho-sociaux.

ingrid desjours,myra eljundir,tout pour plaire,kaleb,interviewTu m’as permis de t’interviewer en exclusivité quand personne ne savait que tu étais Myra Eljundir. Peu de temps après, tu as dévoilé ton identité. Le regrettes-tu ?

Au départ, quand j’ai créé Myra Eljundir, c’était pour ne jamais avouer qui était derrière. Nous avions des clauses de confidentialité. Les gens qui m’interviewaient signaient des papiers jurant que jamais ils ne diraient qui j’étais. Mais quelqu’un à commencer à dire que Myra était une auteure française de thriller, alors des gens se sont amusés à chercher avec beaucoup de sérieux qui était cette intrigante auteure. La photo que tu avais faite de moi de dos pour ta chronique a été pas mal reprise et comme j’avais un chapeau, beaucoup ont pensé que c’était Amélie Nothomb. D’autres ont pensé que c’était Maxime Chattam. Moi, ça m’amusait énormément jusqu’au moment où mon nom est arrivée dans les possibilités. Il y a des jeunes lecteurs de Kaleb qui ont fait un vrai travail d’enquêteur. Ils sont allés jusqu’à comparer les interviews, les silhouettes des photos et ils ont fini par être convaincu que c’était moi. Plus ça allait, plus mon nom revenait avec insistance. A un moment donné, cela devenait ridicule de nier.

C’est au salon international du livre au format de poche de Saint Maur que tu as révélé officiellement ton identité.

Je flippais parce que je me suis dit qu’au final les gens allaient être déçus que ce ne soit que moi. Certains journalistes en avaient rajouté des caisses en prétendant que j’étais un super auteur très connu.

Le mystère se lève sur Myra Eljundir à Saint-Maur en poche (juin 2014).

Tu es donc désormais exposée deux fois. Te connaissant, ça ne doit pas te plaire desingrid desjours,myra eljundir,tout pour plaire,kaleb,interview masses.

J’ai un gros problème avec le fait de m’exposer. Je suis tellement consciente à quel point on peut être vulnérable et à quel point ça te peint une grosse cible sur le front physiquement et moralement. Plus tu es exposé, plus tu es la proie d’adoration disproportionnée et étouffante ou au contraire de détestation qui peut aller jusqu’au harcèlement. J’en ai déjà fait les frais.

Tu es désormais chez Robert Laffont, c’est un changement conséquent pour toi ?

Ça change absolument tout pour moi. Que les choses soient claires, je suis très reconnaissante à Plon et à mon éditeur de l’époque de m’avoir découverte et de m’avoir donné ma chance. On a juste atteint la limite de notre relation. J’ai vite compris que Plon n’avait pas vocation à faire du thriller et que moi je n’avais pas vocation à rester chez eux. Cela étant dit, aller chez Robert Laffont est un changement radical et positif. J’ai fait une vraie rencontre humaine et professionnelle avec mon nouvel éditeur, Glenn Tavenec. J’ai commencé a travaillé avec lui sur Kaleb et maintenant je travaille avec lui sur les thrillers. Il est bosseur, sérieux et intègre. Il dit ce qu’il fait et fait ce qu’il dit. Il met la main dans le cambouis avec moi si le besoin s’en fait sentir. Il est là à chaque étape de la création du livre. Je me sens hyper soutenue par lui et par toute l’équipe de la maison.

Revenons à Tout pour plaire, je peux te dire que tu m’as baladé du début à la fin.

Intellectuellement, ce roman a été monstrueux à écrire. A chaque chapitre, il y a des retournements. Il fallait que je tienne le rythme sur 520 pages.

ingrid desjours,myra eljundir,tout pour plaire,kaleb,interviewTout pour plaire, à l’origine, était un projet de série télé.

J’ai donc eu des problèmes de structures parce qu’un scénario n’est pas un roman. On ne raconte pas les choses de la même façon. En plus, je me suis donnée comme contrainte supplémentaire de ne pas mentir.

C’est-à-dire ?

Je ne raconte que la réalité. Par exemple, mon héroïne Déborah, à un moment donné, dit à son mari qu’elle est enceinte, alors qu’en fait, elle ment. Elle dit ça pour obtenir quelque chose. J’aurais pu faire croire aux lecteurs qu’elle était enceinte et, après coup, faire comprendre qu’elle ne l’était pas. Je montre aux lecteurs qu’elle ment, donc, je dis la vérité. Je veux qu’ils voient les personnages tels qu’ils sont réellement. Je ne veux pas prendre le lecteur pour un con. Je lui montre tout.

J’ai lu quelque part que ton roman était un « thriller domestique ». C’est une appellation que  je ne connaissais pas.

C’est du suspens de foyer. Ce sont des livres où les intrigues sont placées chez monsieur et madame tout le monde. On met des personnes normales dans un contexte anormal. C’est une manière de faire en sorte que le lecteur se sente concerné et qu’il se dise que la situation aurait pu lui arriver.

Avant de lire Tout pour plaire, j’avais compris que cela évoquait un pervers narcissique.ingrid desjours,myra eljundir,tout pour plaire,kaleb,interview Or, à sa lecture, j’ai l’impression qu’il y en a plusieurs dans ton roman.

Ils ne sont pas tous pervers narcissiques, mais ils ont tous un pet au casque. Sur la dénomination de « pervers narcissique », il n’y a réellement qu’une personne concernée. Le terme « pervers narcissique » date des années 90. Il a été créé pour expliquer une forme de perversion.

La perversion, c’est quoi ?

C’est pervertir une relation à l’autre, instrumentaliser l’autre pour se servir soi. En gros, l’autre n’est plus un sujet, mais un objet. Le pervers narcissique détourne et corrompt la relation pour sauvegarder son narcissisme. Il a besoin de se valoriser en dévalorisant l’autre. C’est une façon pour lui de ne pas retourner son agressivité contre lui-même. Il va donc utiliser quelqu’un d’autre, une espèce de bouc-émissaire qui va devenir une décharge publique de toute la merde qu’il a dans la tête. Il va l’utiliser pour se sentir mieux, se conforter, avoir un petit pouvoir.

Ce sont souvent des gens dont on ne peut pas s’imaginer qu’ils sont pourris à l’intérieur.

Ce sont de grands séducteurs, des personnes qui maîtrisent parfaitement tous les rouages de la psychologie humaine et de la séduction. Ils savent toujours quoi te dire et comment souffler le chaud et le froid. Ce sont souvent des personnes charmantes. Pire encore, parfois, ce sont des personnes qui se font passer pour des victimes.

ingrid desjours,myra eljundir,tout pour plaire,kaleb,interviewY a-t-il de plus en plus de pervers narcissiques ?

A chaque époque, on a notre bouc-émissaire, notre coupable désigné. En ce moment, c’est le pervers narcissique notre ennemi intime. Avec lui, on se pose de nombreuses questions. Et si le danger venait de l’intérieur ? Est-ce que je peux faire confiance ? Où est mon individualité dans l’histoire ? Ne me fais-je pas manipuler ? Je trouve que finalement, c’est à l’image de la façon dont on fonctionne dans notre société. On se met toujours en scène sur Facebook ou Twitter, nous parlons avec le monde entier, nous offrons notre vie en pâture à la planète entière. Où sont les limites et qu’est-ce qui protège le moi ? Je pense que l’on parle de plus en plus des pervers narcissiques est révélateur de cette crainte d’être dévoré par tout le monde.

En croises-tu beaucoup et les reconnais-tu facilement ?

Oui, je les reconnais et pour autant, ça ne m’empêche pas de me faire avoir. C’est ça qui est terrible. Cela m’est arrivé d’identifier une personne comme potentiellement problématique, d’y aller à l’affect et de laisser une relation malsaine s’installer. Mais, j’ai les outils pour les sortir de ma vie définitivement, si besoin. Je ne suis pas psy au quotidien et je reste un être humain avec des périodes où je suis plus fragile qu’à d’autres. On est tous vulnérables.

Pourquoi écris-tu des livres qui montrent la face laide des gens ?

J’écris ce que je vois, ce que je connais, ce que je ressens. Ce qui est commun à tous mes livres, c’est que l’on va au-delà des apparences. Il y a les apparences et il y a la vraie nature des gens… et elle n’est pas toujours très jolie jolie à voir.

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Après l'interview, le 11 décembre 2014.

20 décembre 2014

Sandra Martineau : interview pour Les blessures du silence

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Cela faisait trois années de suite que je rencontrais Sandra Martineau au Salon du livre de Provins. Elle y participait en tant qu’auteure et moi en tant qu’animateur. Il m’arrivait de l’interviewer, mais je n’avais jamais rien lu d’elle. Il fallait donc remédier à cela.

Elle m’a fait parvenir son dernier roman, Les blessures du silence. Un vrai bon thriller psychologique qui n’a rien à envier à bien des livres de romanciers à succès. Au fil des pages, le rythme ne laisse de répit ni aux lecteurs, ni aux protagonistes du livre. Sandra Martineau malmène tout le monde avec, on le sent, une certaine jubilation.

La jeune femme est venue à l'agence le 18 novembre dernier pour une première mandorisation.

sandra martineau,les blessures du silence,interviewRésumé de Les blessures du silence :

Yohann, jeune journaliste ambitieux à l’appétit sexuel grandissant, s’inquiète de ses migraines de plus en plus fréquentes et de ses cauchemars récurrents : il se noie.
Alice décide de quitter son petit ami volage Samuel et part chez sa mère à Lavernat. Elle n’arrivera jamais à destination et c’est Samuel qui fait part de sa disparition.
Antonia, inspectrice de police, enquête sur Florence Ouvrier retrouvée morte en forêt du côté de… Lavernat. Mort, disparition, les affaires sont-elles liées ?
Yohann, de son côté va voir un guérisseur pour ses maux de tête et celui-ci lui conseille de demander à sa mère s’il n’a pas eu un accident en relation avec l’eau. Tout en menant l’enquête pour comprendre ce qui le hante, il alimente le journal avec des révélations surprenantes sur la mort de Florence Ouvrier…
Sa quête personnelle, son enquête sur le meurtre et la disparition l’emmènent sur des routes non parcourues depuis très longtemps. Pourquoi ?

Biographie officielle :sandra martineau,les blessures du silence,interview

L’histoire démarre en Juin 1978 à St-Brieuc. Malgré un prix Louis Guilloux pour une nouvelle écrite au lycée, Sandra ne prend pas tout de suite conscience de l’importance qu’ont les mots dans sa vie. Au fil des années, le dessin, la photographie, les études supérieures viennent rythmer son existence sur un ton différent mais l’écriture n’est jamais bien loin.

1998, les projets s’allongent dans sa tête avec le besoin de les coucher sur papier. C’est le début des scénarii, solution intermédiaire entre les nouvelles et le roman. Un premier manuscrit tente de prendre forme. ¨Pas assez pertinent, elle veut frapper plus fort pour se démarquer des autres. C’est là, qu’un flash vient changer toute la donne : son personnage confronté à d’horribles scènes de crimes, sans jamais les voir, sans jamais prendre conscience du danger qu’il encoure. L’héroïne venait de perdre la vue en quelques secondes et cet élément apporterait de la consistance à son histoire. Entre sa vie de famille et la gestion d’une entreprise,  il lui faudra près de cinq ans, pour achever ce premier roman « Confiance Aveugle » sorti en avril 2010.

D’autres idées pour de futurs manuscrits viennent alourdir ses journées, ou plutôt ses soirées. Promotion en Enfer, verra le jour en mai 2012. Son troisième manuscrit, un roman policier, Les blessures du silence est sorti récemment.

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sandra martineau,les blessures du silence,interviewInterview :

Les blessures du silence est ton troisième livre, te sens-tu auteure aujourd’hui ?

C’est difficile, car je ne suis jamais satisfaite complètement. Il va me falloir du temps pour m’estimer « auteure ». Quand mon deuxième livre est sorti, j’ai choisi délibérément une thématique différente du premier. Je suis partie sur du thriller au lieu d’écrire un autre polar. Je ne voulais pas que l’on compare les deux livres et, surtout, je souhaitais surprendre.

C’est un vaste sujet, mais la frontière est mince entre le thriller et le polar, non ?

Pour moi, un polar est une enquête policière et un thriller est plus une histoire à suspens.

Les blessures du silence, c’est quoi alors ?

Un thriller psychologique.

Depuis quand écris-tu ?

Depuis le collège. Quand la maîtresse nous faisait faire une rédaction, j’étais la seule contente. J’aimais déjà beaucoup écrire des histoires.

Comment as-tu commencé cette activité ?sandra martineau,les blessures du silence,interview

En écrivant quelques nouvelles, puis un scénario. J’ai vu que ça ne fonctionnerait pas pour moi dans ce registre. J’ai donc décidé d’attaquer un roman. Le cinéma me faisait un peu fantasmer, donc je me disais que mon livre pourrait être éventuellement adapté.

Te souviens-tu quand tu t’es lancée réellement ?

Quand j’étais enceinte de ma fille. J’ai donc accouché deux fois à peu de jours d’intervalle : d’un enfant et d’un livre.

Un roman, c’est un exercice compliqué pour toi ?

Tu es obligé de détailler énormément et de creuser au fond de toi-même. Je n’avais pas forcément envie de gratter. Il en est sorti Confiance aveugle. C’est un livre très violent. Je ne pouvais pas aller plus loin dans la violence, il me semble. La petite fille qui est égorgée au début du roman, c’était peut-être aussi tuer la petite fille qui est en moi.

sandra martineau,les blessures du silence,interviewTu n’as pas aimé ton enfance ?

Pas du tout. Ma scolarité a été très difficile, mais j’ai quand même réussi.

L’écriture, aujourd’hui, est-ce une forme de thérapie ?

Oui, je le reconnais. Après Confiance aveugle, du coup, j’avais envie d’autre chose que de violence. A la base, j’étais partie pour faire une longue thématique sur les tueurs en série, mais je me suis soudainement sentie vidée. Je n’avais plus ce désir de tuer, d’assassiner et de terroriser. J’ai donc décidé d’introduire plus de psychologie. On ne cherche plus à savoir comment et qui a tué, mais pourquoi. Je trouvais que c’était aussi intéressant d’emmener le lecteur sur une touche qui n’était pas sanguinaire.

Un de tes films cultes est Seven. Cela se ressent dans ton livre.

Oui, ça permet de comprendre vers quelle logique je vais. Pas vers Alice au pays des Merveilles, en tout cas.

Tu es quelqu’un d’avenant, on a du mal à s’imaginer que tu sois capable de sortir tant sandra martineau,les blessures du silence,interviewd’horreur.

A cause de mon image, plutôt douce et souriante, d’après ce que l’on me dit souvent, les gens pensent que j’écris des choses avec la sensibilité inscrite sur mon visage. Beaucoup s’imaginaient avant de me lire que j’avais un côté fleur bleue.

Au fond, pourquoi écrire ?

Parce que les idées foisonnent en moi. J’ai cinq-six carnets à la maison et dès que j’ai une idée, je l’inscris. J’ai toujours besoin d’évacuer ce qui est en moi. Je tire un peu la chasse d’eau à chaque fois que j’écris, c’est-à-dire que je me libère de ce que j’ai dans la tête. L’écriture, c’est un exutoire.

Quand écris-tu?

Je travaille avec mon mari dans son garage. On se voit toute la journée, donc le soir, je n’ai pas d’état d’âme à m’isoler pour écrire. Il sait que j’ai besoin de ces moments-là. Je suis capable d’écrire juste quatre lignes dans une soirée, mais le maximum, c’est une bonne page.

sandra martineau,les blessures du silence,interviewQuels sont tes modèles ?

En salon, je deviens comme une adolescente dès que je croise Franck Thilliez. Quand j’ai fini La chambre des morts, j’ai compris ce que je voulais produire comme émotion en matière de littérature. Avant cette lecture, je ne savais pas encore dans quoi j’allais me lancer. Ça a débloqué complétement ma situation littéraire.

Tu lui as dit ?

Oui, plusieurs fois. La première, il a été très touché… Aujourd’hui, j’essaie de m’émanciper et je pense avoir trouvé mon style, même si j’essaie de ne pas être trop éloignée de l’ambiance du « maître ».

Les personnages de Les blessures du silence sont tous attachants. Ils ne sont pas manichéens.

C’est ça qui m’intéresse. Je m'attache aujourd'hui à créer des personnages qui soient plutôt des anti-héros. Même les « gentils » peuvent avoir des défauts de la vie quotidienne... qui sont agaçants.

Pour le moment, tu es chez Sixto, une maison d’édition encore plutôt « confidentielle ». sandra martineau,les blessures du silence,interviewQuand tu es dans un salon, est-ce que tes collègues te le font ressentir ?

Au début, franchement, oui. Certains auteurs me faisaient comprendre que mes romans n’étaient tirés qu’à 1000 exemplaires. Après, ils ont compris que j'étais déterminée à faire mon trou. Je le fais gentiment. Je ne marche sur la tête de personne et j’avance petit à petit. Parfois, dans des salons, je vends plus que certains « grands » auteurs. J’en ai tiré une grande fierté parce que c’est grâce à une façon de communiquer avec les gens. Il faut les intéresser et les amener à vouloir découvrir ton univers.

Le monde du polar est quand même un monde très masculin, non ?

Oui, complètement. On m’appelait « la jeunette » parfois, avec une certaine condescendance. Il faut savoir se faire respecter. Tu es jeune, tu arrives timidement avec ton premier roman, tu es forcément un peu raillée. Dès le début, je ne me suis pas laissé faire. C’était le seul moyen pour qu’ils me respectent très vite.

Parle-moi de ton quatrième roman. Je sais que tu es en train de le terminer actuellement.

Il se déroule lors d’une croisière. C’est la croisière de la dernière chance pour mon personnage principal, un type dont on peut penser qu’il est parfait et gentil… et bien, on va vite se rendre compte que pas tant que ça. Il y a un enchaînement de péripéties qui indiquent que cette traversée va finir "en live".

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Après l'interview le 18 novembre 2014.

17 décembre 2014

MTatiana : interview pour l'EP Psyché-Délice et pour sa participation à Rising Star

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J’ai découvert MTatiana comme la plupart des gens. En regardant Rising Star.

Je l’ai vu chanter « Jalouse » de Mademoiselle K (voir là) et j’ai flashé. Sur sa voix et son interprétation. Puis la semaine suivante, elle a interprété « Comme un boomerang » de Gainsbourg (voir ici). Pareil. Encore une fois bluffé…

Donc, je lui ai envoyé un message par Facebook, un peu curieux d’en savoir un peu plus sur sa carrière et ses ambitions  futures.

Elle m’a répondu rapidement.

Rendez-vous fut pris dans un bar à côté de mon boulot, le 30 octobre dernier…

Et j’ai vite compris que la demoiselle ne débutait pas dans le métier.

mtatiana,psyché-délice,rising star,interviewBiographie :

À 25 ans, cette jeune mezzo, MTatiana s’impose doucement mais sûrement dans le paysage musical. Originaire d'Orléans, fille d'une maman accordéoniste et un père guitariste bassiste, Tatiana Matre, chanteuse récemment découverte ou redécouverte lors de l'émission Rising Star sur M6, a sorti récemment un EP remarquable, Psyché-Délice.

MTatiana a été choriste de Sinclair, premier rôle dans les comédies musicales Peau d'Âne et Footloose, doublure aussi dans « 1789, Les Amants de la Bastille ». La formidable interprète qui a adoré Piaf, Janis Joplin, Brel, Ella Fitzgerald, Billie Holiday, et qui voue une tendre admiration à l'Irlandaise Imelda May est une délicieuse pin-up du rock doublée d'une délicieuse poétesse piquante.

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(Photo : Yann Herve)

mtatiana,psyché-délice,rising star,interviewInterview :

Je t’avoue que je ne te connaissais pas avant Rising Star. Comment es-tu arrivée dans cette émission ?

On m’a contacté parce que j’avais fait auparavant des comédies musicales à Paris. Sur 1789, les amants de la Bastille, pendant deux ans, j’étais comédienne et doublure de trois chanteuses et je dansais dans quelques tableaux. J’ai aussi été l’héroïne principale des comédies musicales Peau d’Âne et Footloose. J’avais déjà un EP et je préparais mon premier album.

Tu as accepté immédiatement ?

Au départ, j’étais hyper réticente parce que, quand tu fais ce genre d’émission, il y a toujours des aprioris et des étiquettes qui s’installent. En fin de compte, j’ai considéré que c’était un bon tremplin et une bonne visibilité pour lancer mon projet et me faire connaître.

Et aujourd’hui, penses-tu toujours que c’était une bonne idée de faire cette émission ?

Oui, parce que même si je n’ai eu que deux passages, ce sont deux passages qui ont marqué les téléspectateurs.

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Avais-tu, toi-même, quelques aprioris ? mtatiana,psyché-délice,rising star,interview

Un peu. J’avais peur d’avoir les étiquettes Rising Star, M6, télé crochet collées à moi. Comme j’ai fait plein d’autres choses avant cette émission, ça m’ennuyait que l’on me réduise à ça. Après réflexion, j’ai compris qu’il fallait être médiatisé artistiquement pour concrétiser un projet.

Cela dit, ce sont souvent les perdants qui se font plus remarquer que les gagnants.

C’est ce que l’on m’a dit souvent. Je viens d’Orléans, donc pour le moment, j’ai eu pas mal d’interviews dans la Région Centre.

Dans Rising Star, on ne chante pas son propre répertoire. J’imagine qu’il y a un côté un peu frustrant de ne pas montrer ce que l’on sait faire, musicalement et textuellement.

Oui. La production préférait que l’on passe d’abord par un répertoire connu afin que les personnes s’intéressent aux chansons. Le principe est simple : plus on va loin, plus ils nous laissent la possibilité de faire nos chansons personnelles. Moi, je ne suis pas allée assez loin.

mtatiana,psyché-délice,rising star,interviewAs-tu été déçue de partir si vite ?

Sur le coup, oui. Lors des duels, il était clair que l’univers de ma concurrente était beaucoup plus actuel que le mien. Je peux comprendre le choix de ceux qui ont voté. Mon public était peut-être un peu plus âgé.

Ton amour de la musique vient sans doute de tes parents, non ?

Mon père avait un groupe de hard rock quand il était plus jeune. Il était guitariste bassiste dans les Hell’s Stress (voir photo ci-dessous). Ils ont fait les premières parties de Trust et de Téléphone. Maman, elle, faisait de l’accordéon et a eu tous ses prix de Conservatoire. Mes sœurs et moi, on a grandi là-dedans, mais je suis la seule à avoir pris ce chemin pour en faire mon métier. Ma voix a muri relativement vite et on a pris conscience qu’il y avait peut-être des choses intéressantes à faire. Mes parents ont créé une association de théâtre qui a duré dix ans et ont été très encourageants avec moi. J’ai été prise dans un café-théâtre à Orléans et tout a débuté-là. J’ai fait du théâtre d’impro, de la comédie musicale, du cabaret… Je suis vite devenu pluridisciplinaire.

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De Gauche à Droite : Hakim Sersar (guitare), Serge Matre, le papa de MTatiana (basse), François Ibanez (chant), Bruno Luccioni (guitare), Franck Dauphin (batterie).

Quand es-tu arrivée à Paris ?

Après mon bac, j’ai pris une année sabbatique pour voir si c’était possible de percer. J’ai fait l’école Richard Cross pendant deux ans et c’est là que j’ai été vraiment formée en technique vocale.

Faut-il faire ce genre d’école pour réussir ?

Je pense que c’est important d’acquérir de la technique. Sans elle, on fatigue plus vite et on gère moins bien le stress. Prendre des cours me parait important, mais chacun fait comme il le sent. 

Clip de "Brune Blonde"

Tes chansons personnelles racontent ta vie personnelle.mtatiana,psyché-délice,rising star,interview

Oui, elles racontent mes histoires. « Brune Blonde », le premier single, c’est moi en audition. Je raconte avec humour ce qu’il se passe et comment j’agis.

Ton EP a un côté swing pop, un peu manouche.

J’aimerais que l’on soit plus rock. Mon projet est appelé à évoluer de toute façon. Cet EP est très propre, mais je sais que ces chansons-là, en live, seront beaucoup plus pêchues.

Es-tu confiante ?

Oui, parce que j’en ai marre d’être toujours dans le doute. Là, j’y ai mis tout mon cœur. S’il y a des choses à modifier, je le ferai avec plaisir, mais je crois en ce projet.

mtatiana,psyché-délice,rising star,interviewQui aimes-tu dans la jeune génération ?

Emilie Simon, Camille, Olivia Ruiz. Des gens qui ont une personnalité musicale et vocale forte.

Et dans l’ancienne génération ?

Jacques Brel. J’adore ses textes et la passion avec laquelle il interprétait ses chansons. Ma maman était fan de Piaf, du coup, elle m’a beaucoup touché.

Qu’écoutais-tu principalement quand tu étais jeune ?

Beaucoupde jazz. En fait, dans ma jeunesse et mon adolescence, je n’écoutais pas beaucoup de musique de mon temps. Je me suis ouverte à l’actualité musicale, il y a peu.

Tu écris des textes souvent ?

Oui. Mais pas que des chansons. Des poèmes, une pièce de théâtre aussi… Les mots sont ma passion.

Pour toi, quelle serait la carrière idéale ?

Celle d’Imelda May. Je m’en inspire énormément. J’adore son univers rockabilly à fond. Je suis allée voir ses concerts. Je m’inspire beaucoup d’elle, visuellement et musicalement parlant.

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Après l'interview, le 30 octobre 2014 (photo : Stella Alquier)

14 décembre 2014

Ottilie [B] : interview pour Histoires d’O Deux [live]

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10404105_744515545642830_8415760718074310611_n.jpgOttilie [B] revient un an après la sortie de son premier album Histoire d’O2. Je ne vais pas revenir sur sa biographie et son premier album, car l’artiste a été le sujet d’une longue mandorisation explicative sur son œuvre et sa démarche (à lire ici). Cette fois-ci, elle revient avec un EP Live, Histoires d’O Deux [live], contenant quatre titres de son album et deux inédits. Et le résultat est magistral. J’ai donc décidé de l’accueillir une seconde fois pour en savoir plus sur ce deuxième disque et sur l’évolution de sa carrière naissante. Rendez-vous dans un bar de la capitale, un beau jour d’octobre dernier…

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Ottilie [B] avec Didier Simione et Pascal Colomb (photo de Rodolphe Julienne).

Argumentaire de l’EP :10714297_148754741961563_6856475991457435982_o.jpg

Ottilie [B] poursuit sa démarche d’innovation artistique et d’affirmation de son projet en intégrant de nouveaux musiciens et un nouveau directeur artistique à son projet initial Histoires d’O2.

Le groupe, formé par Didier Simione aux machines/clavier/basse et Pascal Colomb à la batterie/guitare/clavier, s’approprie les chansons d’Ottilie [B] sous la co-direction artistique de Nicolas Repac du label No Format dans cet EP de 6 titres Live.

Ensemble, ils proposent au public une performance live dont la qualité d’orchestration et l’arrangement n’ont d’égal que les folies numériques avant-gardistes du collectif Adrénaline-Dopamine (projections vidéo/multimédia pour le dernier live de Stromae).

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IMG_6057.JPGInterview :

Cet EP live sort un peu plus d’un an après ton premier album.

J’avais envie de montrer ce que donnaient certaines de mes chansons en live. Je trouvais mon album assez retenu, assez conceptuel. Ce n’est pas une question d’esthétique, mais de dynamique. Il y a eu un travail de direction musicale avec Nicolas Repac qui m’a beaucoup apporté en termes de liens. Son regard extérieur m’a apporté une richesse que je ne pouvais pas laisser au placard. Aujourd’hui, il est en playlist sur France Inter et je suis ravie.

Je trouve que réunir vos deux univers est une sacrée bonne idée. Ils ne sont pas aux antipodes l’un de l’autre.

Nous sommes, il me semble, de la même famille d’artistes. Nous mettons en lumière des choses sombres. Je suis allé le voir parce que j’adorais sa façon d’utiliser les samples, de travailler la matière organique, d’utiliser des beats electros pas clinquants mais texturés…  On a eu tout de suite un échange artistique hyper prolifique dans une atmosphère particulièrement intéressante. Ça a duré une bonne dizaine de jours et ensuite, nous avons mixé ensemble.

Live Concept "Donne tes elles"
Histoires d'O.deux (IN/EX Music 2014 / L'Autre Distribution)
Réalisation : Transfuges

Qu’est que Nicolas Repac aime chez toi ?10403420_744515482309503_7677936459111018419_n.jpg

D’après ce qu’il m’a dit, la voix et l’écriture. Il m’a dirigé et c’était délectable. J’ai pu me concentrer plus particulièrement sur l’interprétation. Il m’a permis de déployer ma voix. C’est comme ça, en tout cas, que je le ressens.

C’est un EP live, mais nous n’entendons aucun applaudissement.

Il existe la version avec les applaudissements, mais on a préféré les shunter. C’est un choix permettant d’être diffuser en radio.

Tu écris de nouvelles chansons en ce moment ?

Oui. Je suis quelqu’un de très maniaque. Je suis capable de ciseler un texte très longtemps ou d’en pondre dans l’urgence et la rapidité. C’est un peu au cas par cas. S’il y a une méthodologie, il n’y a pas de recette miracle.

10 novembre 2014, Froggy's Session de Ottilie [B], Le Chêne, Villejuif.
Titre : Au Bord des Lèvres
Cette session a été enregistrée par Froggy's Delight avec l'aimable autorisation des artistes.

10264322_744515678976150_737810954950320245_n.jpgTon nouvel album avance, alors ?

Petit à petit. Il évoquera le passage de la vie à la mort… la traversée. Ça ne va pas être un disque plombant et triste, je te rassure. Ça parle juste d’un changement d’état et son voyage. A priori, ce sera un double album : une partie en studio et une partie en voyage. Je mettrai en avant le côté world music qui est en moi et le chant originel. Je vais être dans le rétro futur. Je cherche en permanence le lien avec le futur, tout en restant le plus moderne possible.

Tu as un lien très fort avec les ancêtres, les origines et avec le futur. As-tu l’impression d’établir un trait d’union entre le passé et le modernisme le plus absolu ?

Oui, par quelque chose de l’ordre de l’instant. L’absolu présent c’est le désir premier d’être ensemble et de se rencontrer. Le lien, c’est ce qui résume le passé et le futur. Mon propos est de questionner sur ce qui est réel ou sur ce qui est virtuel. Dans mes concerts d’ailleurs, il y a un hologramme. En voyant un hologramme commencer un morceau et moi qui arrive en chantant en vrai implique, j’espère, que les gens se demandent ce qui est vrai et ce qui est faux… A qui et à quoi on donne du crédit ?

Depuis la dernière fois que nous nous sommes vus, tu as été sélectionné dans pas mal de prix prestigieux. Sélection Meilleur Premier Album France Inter/Télérama et Coup de cœur Académie Charles Cros, notamment.

Ce qui est bien c’est quand tu ne t’y attends pas et que tu ne vas pas à la cherche d’un prix. Ce n’est pas un concours, ni un tremplin, ça te tombe dessus comme ça.

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Après l'interview, en octobre 2014.

12 décembre 2014

Fred de Mai : interview pour Flic de rue

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Pas besoin d’exercer le métier de policier pour apprécier Flic de rue (Rouge Sang éditions), le premier livre publié du flic/auteur/photographe/blogueur Fred de Mai. Une écriture sensible, émouvante, lucide et percutante souvent. Pas de doute, l’homme sait raconter son vécu de manière littéraire, voire poétique. Les joies, malheurs et absurdités de son métier sont racontés sans aucune concession au style et à la vérité. De passage à Paris, Fred de Mai est passé à l’agence le 24 octobre dernier, pour évoquer son livre et son métier.

fred de mai,flic de rue,rouge sang éditions,interview,mandor4e de couverture:

Ce livre est un recueil de sentiments et ressentiments sous forme de textes mêlant poèmes, slams et témoignages.

Que ce soit en tenue ou en civil, à Paris, Lyon ou Marseille, en Police-Secours ou en BAC, il a toujours été un « Flic de rue » qui a vécu chaque mot de ce livre.
Il est l’auteur de toutes les photos publiées dans cet ouvrage.

L’auteur :

Fred de Mai est le pseudonyme d’un policier en activité, auteur et photographe. Il a choisi l’anonymat pour des raisons de discrétions professionnelles.fred de mai,flic de rue,rouge sang éditions,interview,mandor

Il était un des blogueurs les plus actifs au début des années 2000. En 2006, dans un des classements en vogue sur Internet, il fut même référencé 53ème parmi les 100 blogueurs Français les plus influents.

En 2010 il remporta un concours de slam organisé pour les 10 ans de la Francophonie par le Ministère de la Culture et TV5 Monde.

Après une période de silence,  et avant la ré-édition de son livre Flic de rue chez Rouge Sang éditions, il revient aussi en réactivant son blog.

Toutes les photos de cette chronique mandorienne sont signées Fred de Mai (sauf celles prises lors de l'interview).

fred de mai,flic de rue,rouge sang éditions,interview,mandorInterview :

Tu es en France l’un des précurseurs des blogs. Je t’ai d’ailleurs connu de réputation à cette époque-là. Tu étais un blogueur « influent ».

Je suis devenu blogueur grâce à mon épouse. C’était une période où j’étais hors travail. Disons, que je travaillais déjà dans la police, mais elle m’avait mis dans un placard. J’ai commencé à écrire un roman et ma femme m’a parlé des blogs, « le gros truc à la mode ». J’ai pris un pseudo, car je n’étais pas en odeur de sainteté dans la police et je ne voulais pas que cette nouvelle activité me nuise encore plus.  J’ai donc fait un blog d’un auteur pour que l’on parle de lui.

Tout au départ, il y avait même deux blogs.

Oui, celui de Fred de Mai et celui de Paul Vachard, le roman que je vais sortir bientôt.Paul réagissait aux propos de Fred.

C’est schizo ton truc !fred de mai,flic de rue,rouge sang éditions,interview,mandor

Oui, on est très nombreux dans ma tête.Bref, ces deux blogs m’ont bien canalisé et  m’ont fait du bien. J’ai surtout compris que je savais écrire.

Et c’est le manque de police qui t’a fait écrire le blog « Flic de rue » ?

Quand tout le monde a su que j’étais flic, j’ai voulu montrer quel genre de flic j’étais. C’était facile pour moi d’écrire des petites histoires que j’avais personnellement vécues.

Flic de rue, le livre, est une réédition.

Oui, en 2009, une agence de com’ est venue me voir pour me proposer de faire une version papier de ce que j’écrivais sur le blog. Ils voulaient prouver que même les blogueurs pouvaient publier sur papier. C’est sorti mal imprimé et il y avait pas mal de coquilles. Du coup, je n’ai pas fait trop de promo… Par la même occasion, j’ai aussi arrêté le blog et je me suis mis à l’écriture de mon roman, Vachard.

Teaser du livre Flic de rue.

fred de mai,flic de rue,rouge sang éditions,interview,mandorFlic de rue est un recueil de nouvelles « vécues » réalistes et littéraires.

Sans prétention, quand j’écris, j’ai l’impression d’être un gamin doué qui ne s’en rend pas compte. Ça me vient naturellement, même s’il y a un travail de retouches après. J’aime épurer au maximum. Avec ces textes, j’ai fait du tweet avant l’heure. Je déteste tout ce qui dépasse. Il faut couper avec acharnement. L’écrivain Thierry Serfati m’a dit un jour que dans l’écriture, le plus dur était de couper.

Il y a des textes très durs et d’autres assez drôles.

Il faut avoir beaucoup d’humour et de recul pour faire notre métier. Si tu prends tout au sérieux, tu es foutu ! Si tu n’es pas bien dans ta tête, tu ne te sens pas bien au boulot et que l’on te fait voir toute la misère du monde, tu prends ton pétard et tu t’arrêtes là. Même dans les cas les plus graves, je t’assure qu’on arrive à trouver de quoi rire.

J’ai compris en lisant Flic de rue qu’il y avait trois situations difficiles quand tu fais ce métier : voir des morts, garder son self control par rapport aux provocations… et l’administration. Et il y en a des pages sur l’administration.

J’étais en colère à cette époque-là. L’administration n’est pas rancunière, car aujourd’hui, elle me fait ma publicité.

Quelle relation as-tu avec elle maintenant ?

Très bonne. Comme quoi, chez nous, rien n’est immuable. Aujourd’hui, j’ai un discours complètement différent qu’à l’époque où j’ai écrit le livre. La police a évolué, c’est clair !

Tu t’interroges sur le fait d’être un bon chef dans le livre…fred de mai,flic de rue,rouge sang éditions,interview,mandor

C’est la pire expérience que j’ai connue. Je suis un chef qui aime fonder une équipe et souder les gars. C’est dur parce qu’on n’a pas les mêmes motivations. Chef, tu devrais être le tampon, mais tu ne l’es pas. Certains t’utilisent comme marteau, d’autres comme bouclier. Tu es donc celui qui prend tous les coups. Mes pires comme mes meilleurs moments sont en tant que chef.

Il y a des scènes très émouvantes dans ton livre, celles où il y a des enfants impliqués dans les « affaires ».

Tu sais, je chiale quand j’écris des textes comme ça. Ce sont des actions que j’ai vécues à une époque où j’étais séparé géographiquement de mon fils. Pendant cinq ans, je l’ai vu trois fois par an pendant les vacances, donc forcément, il me manquait. Je ne pouvais donc absolument pas comprendre que l’on puisse faire délibérément du mal à un gamin.

Tu en es où dans la police ? Appartiens-tu toujours à la BAC ?

Non, j’ai fini ce qui était anti criminalité pure. C’est un travail génial, mais je vieillis. Aujourd’hui, je suis l’un des responsables d’un service qui s’occupe du plus grand centre commercial d’Europe. On y fait tout : on traite, on appelle la justice et on clôture. Je travaille encore plus qu’avant et je m’éclate.

Tu es flic dans un centre commercial, si je comprends bien ?

Oui, c’est le seul cas en France. On est la police nationale. Il y a 100 000 passages jour et il faut gérer cela. C’est un énorme trafic. Sur 1200 interpellés à l’année, tu as 1000 affaires résolues. Pour la police c’est hypra intéressant. Ça prouve qu’elle est très efficace.

fred de mai,flic de rue,rouge sang éditions,interview,mandorJ’en ai déjà parlé à ton éditeur et ex flic lui aussi, Marc Louboutin (mandorisé là), je ne comprends pas comment on peut vivre normalement quand on fait ce métier.  La vie de famille, par exemple… c’est compliqué.

Il faut laisser le boulot au vestiaire. Si tu ne le fais pas, tu es mort. Parfois, c’est tellement dur que je rentre chez moi brisé…

Tu te traites toi-même d’alcoolique dans le livre. Boire aide aussi à oublier ce qu’il s’est passé dans la journée.

Aujourd’hui, je ne bois plus d’alcool fort, mais pendant un moment, ça m’arrivait d’être no limit. Tu as toujours quelque chose à oublier. Et puis, il y a un autre phénomène. Quand tu es avec une bonne équipe, tu fais des pots. Ça te permet de parler et de gérer les problèmes plus tranquillement, sans gravité. On fait un métier où il faudrait presque un soutien quotidien à ce niveau-là. Nous ne l’avons pas… on se démerde pour le trouver.

Ton livre devrait bien se vendre dans le milieu de la police.

Il a déjà un bon bouche à oreille. Quand un flic fait un bouquin sur les flics et qui est approuvé par les flics, on peut estampiller l’ouvrage d’un « lu et approuvé ». Beaucoup de mes collègues l’achètent, mais d’autres qui n’ont rien à voir ce métier aussi, ce qui m’a beaucoup surpris.

Aimerais-tu être conseillé sur un film ou une série sur la police ?fred de mai,flic de rue,rouge sang éditions,interview,mandor

Oui, la plupart de ceux qui officient dans ce rôle ne sont plus flics. Ce sont des anciens. Par exemple, Olivier Marchal. J’aime bien ce qu’il fait, mais c’est une police qui n’existe pas. Il invente la police de ses rêves. Avec lui, le flic se drogue, il est forcément violent, forcément tout seul, forcément alcoolique, il va forcément tuer quelqu’un et il est un peu bandit. Super l’image de la police ! Et puis d’un autre côté, on a Pinot simple flic. Deux extrêmes. Il y a peut-être un juste milieu à évoquer, non ?

Je reviens sur ton prochain roman, Vachard. De quoi va-t-il parler ?

Paul Vachard est le fils du meilleur flic de France,  mais son père ne l’aime pas. Sa mère est partie, il ne reçoit donc pas d’amour du tout. Pour obtenir l’amour de son père, le gamin a tout essayé, parfois de façon très maladroite. Pour faire plaisir à ce paternel, il va devenir flic lui aussi. Mais contrairement à son géniteur, c’est un flic pitoyable. Mais il va trouver un moyen pour que son père s’intéresse à lui. Devenir tueur en série.  Je ne te dis pas ce qu’il se passe après, mais ça part en live !

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Pendant l'interview le 24 octobre 2014.

09 décembre 2014

Les Yeux d'la Tête : interview pour l'EP I don't speak English

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Les Yeux d’la Tête est un groupe parisien de chanson fondé en 2006 par les chanteurs guitaristes Benoît Savard et Guillaume Jousselin. J’ai déjà parlé dans une première mandorisation datant du mois de novembre 2012. Le 29 octobre dernier, à l’occasion de la sortie de leur EP I don’t speak english, nous nous sommes donné rendez-vous dans un bar parisien.

lydlat1.jpgArgumentaire de l’EP I don’t speak english :

Une sensation made in France de fabrication parisienne, tout en énergie et en finesse.

Avec leur nouvel EP I don’t speak English, Les Yeux d’la Tête livrent quatre pépites éclectiques de chansons accrocheuses et rythmées, à découvrir d’urgence!

La beauté et la poésie des textes en français, la chaleur des musiques balkaniques et gipsy, l’énergie du punk et du rock, le groove du hip-hop, la transe de l’électro, Les Yeux d’la Tête offrent un hymne à la joie et à la danse, authentique et résolument ancré dans son temps.

Porté par six talentueux multi-instrumentistes, Les Yeux d’la Tête sont composés de deux leaders Benoit Savard et Guillaume Jousselin guitare/chant. Accompagnés de leurs complices de toujours, Eddy Lopez au saxophone et Antoine Allièse à l’accordéon. On notera l’arrivée de deux nouvelles recrues Emilien Pottier à la basse et Xavier Hamon à la batterie et aux percussions.

Les Yeux nous bercent avec classe vers une musique libre, prenante, touchante et ardente. Dans ce10009854_822209744459209_2357145767837642414_n.jpg nouvel EP, ils illustrent avec brio cet amour pluriel de la musique et défendent leur foi en leur langue maternelle (« I Dont’ speak english »), toujours avec une pointe d’humour et d’ironie, (« Sois belle et tais toi ») et cette envie de croiser les cultures (« Balkan Boogie »), d’explorer des routes musicales avec détours et double sens. Entrez dans la danse (« Hasta la vida »)... Les Yeux d’la Tête ont le vent en poupe, déjà considéré comme un groupe «kulte» en Allemagne, ils poursuivent leur chemin sur leur terrain de jeu favori, la scène!

Depuis 2006, Les Yeux d’la Tête, forts de plus 300 concerts dans 10 pays de Paris à Berlin, de Budapest à l’Angleterre, sillonnent le monde avec leurs chansons remplies d'émotions, de groove, d’humour et de générosité. Une musique sans frontière, sans étiquette, à partager sans modération.

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le3.jpgInterview :

Nous nous sommes rencontrés il y a pile deux ans. Que s’est-il passé depuis ?

Benoît Savard : Après la sortie de Madones, on a trouvé un tourneur, 3C. Il nous a fait faire une belle tournée. On a participé à beaucoup de festivals français et internationaux, Angleterre, Allemagne, Autriche, Italie, Belgique, La Réunion… etc.

Vous avez donc créé ces nouveaux morceaux sur la route ?

Guillaume Jousselin : Voyager n’empêche pas d’écrire et de composer. Au contraire.Cela nous a beaucoup inspiré.

C’est la première fois que vous sortez un EP.

Sortir un EP en non un album est pour nous une nouvelle façon de fonctionner. On a d’autres chansons sous le coude. Il n’est pas interdit de penser que l’on sorte un vrai troisième album au printemps prochain.

Benoît Savard : A ce propos, j’ai l’impression qu’un EP est moins impactant qu’un album. Les gens qui achètent des disques physiques sont un peu déçus parce qu’on ne peut pas trouver l’EP en magasin. Dans l’inconscient collectif, les gens se disent qu’un EP, c’est un disque transitoire. Ils s’imaginent que l’album va arriver bientôt. Non, c’est vraiment une œuvre à part entière.

Teaser de "I don't speak English".

La chanson "I don't speak English" en audio.

Dans « I don’t speak english , vous vous moquez un peu des groupes français qui chantentLYDLAT2.jpg en anglais.

Benoît Savard : L’idée de base était de faire un clin d’œil à tous les groupes français qui veulent à tout prix chanter en anglais. Nous, nous défendons la chanson française dans le monde, alors on a voulu s’amuser un peu. Mais ce n’est pas méchant du tout. Nous, on ne veut pas succomber à la facilité et à la tentation de chanter en anglais des morceaux plus pop ou plus « mainstream ». Nous sommes dans le sens et décrire du sens en anglais nous paraît très compliqué.

Les deux titres « Hasta la vida » et « Balkan Boogie » sont plus dans l’esprit de vos deux albums.

Guillaume Jousselin : Oui, c’est dans le même style. Mais on continue à chercher à innover, à partir dans des directions un peu nouvelles pour nous. Si ces deux chansons ressemblent à ce que l’on a fait précédemment, c’est dans la façon dont on les a produites.

Êtes-vous en recherche d’évolution musicale?

Benoît Savard : Dès qu’une chanson ressemble un peu trop à ce que l’on a déjà fait, on s’efforce de la modifier.

Guillaume Jousselin : Il faut évoluer tout le temps parce que la musique, elle-même, évolue. Ça nous excite d’emmener la chanson française dans des terrains pas encore fréquentés, en mettant par exemple des pointes électro ou des rythmes hip-hop dessus. Bon, en même temps, on reconnait notre patte dans toutes nos chansons. 

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Comment vous perçoivent les pays non francophones ?

Guillaume Jousselin : Selon ce que certains nous disent, nous leur apportons un peu de fraîcheur. Ils ne sont pas habitués à un genre musical comme le nôtre. Ils trouvent aussi que nous sommes généreux sur scène. On n’a jamais eu de problème de public qui n’a pas été réceptif ou qui n’a pas compris notre travail. Même s’ils ne comprennent pas les paroles, le lien se fait immédiatement. Nous nous intéressons beaucoup aux pays dans lesquels nous chantons et le public s’en aperçoit.

Benoît Savard : On dit quelques mots dans la langue du pays, sinon, on parle en anglais et quasiment tout le monde comprend.

aaaa.jpgSur la pochette de l’EP, on voit deux gamins en train de s’engueuler.

Benoît Savard : Il y a une part d’enfance et de jeu. On souligne qu’il ne faut pas se prendre au sérieux et garder son âme d’enfant… innocent.  

C’est un peu vous deux ? Êtes-vous de grands enfants ?

Benoît Savard : Oui, encore un peu. Ce que j’aime dans cette photo, c’est qu’elle fait bicéphale. Comme Guillaume et moi. Nous somme chacun auteur-compositeur et c’est un projet à deux, c’est donc une photo assez symbolique.

Maintenant que cet EP est sorti, que se passe-t-il pour vous ?

Benoît Savard : On n’était pas rentré chez nous depuis deux mois, donc nous allons nous reposer un peu. Très vite, nous allons nous mettre en mode « création » pour la suite. On va mettre en forme les chansons déjà écrites, nous allons les parfaire… et bien sûr, nous en écrirons d’autres.

Guillaume Jousselin : Et sinon, je tiens à signaler une date importante à retenir. Nous serons en concert à la Flèche d'Or le samedi 4 avril 2015.

Musicalement, ça ira dans quel sens ?

Benoît Savard : On n’en sait encore rien, mais on ne se donne jamais de ligne fixe dans la création.

Guillaume Jousselin : Nous sommes très spontanés. Une idée arrive et nous voyons où elle nous amène. Nous allons certainement aborder des thèmes inédits et aller dans des directions musicales influencées par nos voyages. On a déjà testé quelques rythmes différents mélangés aux nôtres et nous sommes plutôt satisfaits. On continue à expérimenter en fait.

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Après l'interview, le 29 octobre 2014. (Nous tentons l'imitation parfaite de la pochette de l'EP.)

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08 décembre 2014

Rodrigue : interview pour #SpectaculaireDiffus

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(Photo : Nam Thai Lai)

rodrigue,#spectaculairediffus,interview,mandorAprès Le jour où je suis devenu fou et L'Entre-Mondes, le lillois Rodrigue sort son troisième album #SpectaculaireDiffus, dans lequel il adresse notamment une critique à la société du spectacle (et à la société tout court). Rodrigue est un nouveau fou chantant, qui met un sacré coup de pied dans la fourmilière chanson. À l'occasion de cette sortie, cet amoureux des mots est venu à l’agence le 20 octobre dernier pour une deuxième mandorisation (la première est ).

Argumentaire officiel :rodrigue,#spectaculairediffus,interview,mandor

Du rock français sans lipstick mais qui flirte insolemment avec la pop, parfois libertaire et
insouciante, souvent sombre et engagée.En solo ou en groupe, avec en sept ans, plus de300 concerts au compteur, trois albums, deux dvds et un livre de nouvelles, le projet a aujourd'huiatteint une maturité et une force sans précédent.Plume à la fois acide et passionnée, l'artiste est inclassable, créatif et survolté.Rodrigue tord les vers et efface les codes pour offrir en live un set qui n'a de cesse d'interpeller et de venir secouer les âmes pour les éprouver. #SpectaculaireDiffus, troisième album, interroge la vérité de l'information, des amours, des émotions. Il interroge aussi ce qu’entretient l’homme face à lui-même, à l’autre, à la société. la poésie et la sincérité comme sérums libérateurs.

C’est un album pop, en français, sans paillettes, ni cotillons, à la fois classe et animal, sensible comme un Boris Vian, désinvolte comme un vieux punk, explosif comme l’absinthe, avec ce petit quelque chose d’un film d’auteur façon Truffaut.

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(Photo : Pierre Urbaniak)

rodrigue,#spectaculairediffus,interview,mandorInterview :

Première constatation, #SpectaculaireDiffus est très bien produit.

D’album en album, je deviens de plus en plus exigeant et l’expérience aide à faire des progrès. Les musiciens qui m’accompagnent et moi « grandissons » aussi et donc, heureusement, nous nous améliorons.

C’est la première fois que tu fais un album avec les musiciens qui sont avec toi sur scène.

Sur mes précédents disques, quand j’avais un réalisateur, je me laissais parfois influencer par eux. Ils souhaitaient travailler avec tel ou tel musicien. Là, comme j’ai été plus indépendant, j’ai effectivement choisi mes musiciens de scène. On se connait pas mal puisque nous jouons ensemble depuis longtemps. On a pris le temps de bien faire les choses, car nous n’avions pas de contrainte de temps pour le studio.

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Rodrigue et ses musiciens. (Photo : Benoît Poix)

A l’écoute de ce troisième album, il me semble qu’il y a moins de folie que dans tes deux précédents, même s’il en reste encore une sacrée part. #Spectaculaire Diffus, n’est-il pas plus premier degré ?

Disons que les chansons sont plus calibrées pour être « grand public », avec de gros guillemets. Par rapport aux autres albums, la créativité se place autre part. Peut-être moins dans l’imaginaire et le fantastique que dans des positions philosophiques. Ce n’est pas un album moins fou. Des chansons comme « 1911 », « International » ou « Mi ange, mi démon » sont un peu borderline quand même.

J’adore « Un petit mot de travers ». Tu y attaques les médias et surtout l’uniformisation de l’information…

Ce sont des sujets qui me touchent, en tant qu’artiste et en tant qu’humain. Nous sommes dans un monde où on ne sait plus ce qui est vrai et ce qui n’est plus vrai. On rentre dans un monde où tout est devenu spectacle.

Clip de "Un petit mot de travers".

Tu chantes «la société du spectacle » de Debord, alors ?

Tu ne crois pas si bien dire.Ma chanson « Sa chatte » aussi est représentative de cette société-là. Mon nouvel album s’habille de ses plus belles parures, ce qui n’implique pas que je chante désormais des chansons mièvres et sans saveurs. C’est pour ça que mon disque se termine en poésie.

Il y a beaucoup de chansons qui n’ont pas de refrain.

Oui, tu as raison. Mais ça monte toujours crescendo. Et à aucun moment il n’y a de propos inutile. C’est un peu parlé-chanté au début et, petit à petit, il y a une explosion des instruments. J’aime casser le système habituel couplet/refrain, tout en restant pop.

Tu n’aimes pas les chansons construites de manière conventionnelles.

Et cela depuis mon adolescence. C’est pour ça que j’écoutais beaucoup de metal. Dans le metal, les groupes ont l’habitude de faire des chansons qui durent cinq minutes et qui finissent par avoir des ruptures assez brutales.

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Peux-tu m’en dire plus sur la chanson « Ta chatte », un chouia provocatrice ?

Ce n’est pas une chanson sexuelle. C’est une chanson sur la société du spectacle. J’explique que, quand on a trouvé un concept, on l’utilise à fond jusqu’à le galvauder. A la base, le concept publicitaire, il est beau. A la base, une femme, c’est beau. Mais, ce qu’on en fait, c’est du spectacle. Je t’avoue que la première fois que j’ai interprété cette chanson sur scène, j’ai pris mon pied. Je savais ce que j’allais faire et je me demandais comment le public allait réagir. Il y a des gens qui avaient le sourire et qui ont commencé à rigoler, d’autres qui me semblaient un peu choqués. J’adore parce que j’ai l’impression de faire quelque chose d’inconvenant.

Je n’aime pas poser cette question, mais dans ce cas, elle s’impose. Pourquoi as-tu appelé ton album #SpectaculaireDiffus ?

Je joue avec le fait que cet album sera pesé, soupesé, comparé, jugé dans un océan de sorties.

As-tu besoin d’être rassuré de la qualité de tes dernières chansons ?

Mais qui n’a pas besoin de l’être ? Je suis comme tout le monde. Quand, toi-même, tu m’as dit tout le bien que tu pensais de l’album, ça m’a rassuré. Quand j’ai vu que des gens m’ont aidé à financer l’album grâce à Ulule, ça m’a rassuré. Je me dis que je ne suis pas si seul dans mon petit monde. Il y en a qui l’apprécie.

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(Photo : Benoît Poix)

rodrigue,#spectaculairediffus,interview,mandorPourquoi prends-tu ton temps entre deux albums ?

Je suis incapable d’en sortir tous les ans. Tous les trois ans, ça me parait bien. Il y a beaucoup de scènes entre deux disques, tu sais.

Ta fan base est fidèle et patiente, alors.

Ceux qui sont là depuis le début sont encore présents aujourd’hui… et ils le sont encore à fond. Cela ne cesse de m’étonner.

Cet album contient aussi pas mal de chansons d’amour. Tu n’en parles ni de manière classique, encore moins de manière positive. Les chansons « Stone » et « La tâche » en témoignent.

Je traite ce sujet universel en choisissant des angles bien particuliers. Dans « Stone », c’est quelqu’un qui se parle à lui-même. C’est un peu schizophrénique. Il parle à sa deuxième facette.  Dans « La tâche », ce sont des questionnements d’amour adultes. Mais l’imaginaire est toujours sous-jacent.

Teaser présentation en live et en clips de Rodrigue...

Dans « La route », j’ai l’impression qu’à la fin, tu te demandes si tu ne t’es pas trompé de chemin, si dans ta vie tu n’as pas blessé des gens, si tu n’as pas été injuste avec telle ou telle personne. Une sorte de chanson mea culpa.

C’est une chanson qui compte beaucoup pour moi, sur l’amour filial.

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(Photo : Benoît Poix)

Sur la pochette, on voit un zèbre et sur tes nouvelles photos « promo », tu es maquillé en zèbre. Pourquoi ?

C’est un animal qui a beaucoup de contradictions. Il ne voulait pas choisir entre le blanc et le noir, il s’est dit qu’il allait prendre les deux (rires). Nous sommes tous un peu rayés. On ne sait pas choisir entre deux directions. On peut être un zèbre avec une crête et être habillé en costard avec une cravate à pois. C’est un peu moi.

Ce que j’apprécie dans ton œuvre, c’est qu’elle n’est pas démagogique…

Elle a pu parfois l’être au début, mais je fais désormais très attention. Je préfère faire des chansons plus sophistiquées et suggérer plutôt que montrer.

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Après l'interview, le 20 octobre 2014. (Notez le petit démon derrière nous...)

04 décembre 2014

Charlie : interview pour Les fleurs sauvages

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Il y a quelques mois (le 7 avril 2014), la chanteuse Charlie a proposé au public son deuxième album, Les fleurs sauvages (AT(h)HOME). A cette occasion, le 16 octobre dernier, nous nous sommes donné rendez-vous dans un bar parisien.

Jolie rencontre pour joli album.

Biographie officielle (écourtée) :1441318_10152290960152457_151735812_n.jpg

La première fois qu’on l’a aperçue, il y a six ans, Charlie était invitée sur le disque de Mauss sur un duo, « Je recherche ». Depuis, Charlie s’est lancée seule sur la route avec un premier album éponyme, emmené par un tube pop « Le sapin ». Elle chantait des chansons enlevées, mais rêvait en secret de climats plus intimes et des formats miniatures. Sa rencontre avec Emmanuel Da Silva va précipiter le rêve en mélodies. Ensemble, ils ont monté un petit atelier de musiciens : Scaba Palotaï aux guitares, Baptiste Brondy derrière la batterie, Jeff Hallam en mode basse et Fréderic Fortuny préposé aux claviers… pour confectionner une dizaine de mini-métrages pop doux-amers.
Charlie voulait du grain, du relief dans le son et du confort dans les arrangements, entendre la noblesse des matières simples, organiser un petit voyage dans des contrées acoustiques ou tendrement électriques.
Emmanuel Da Silva lui a apporté les premiers titres et Charlie s’est glissée dans ces écrins de guitares dans l’écho ; elle a délicatement soufflé ses textes au fil de ces déambulations en apesanteur, épousé ces ballades dans de grands espaces au parfum d’Amérique.
Autour des ingrédients de base, des harmonicas, des pianos droits et quelques cordes vont intégrer la caravane sur la route.
Avec ses acolytes, Charlie s’autorise à parler ses mélodies, ose les cassures dans sa diction, et s’évader de l’orthodoxie pop pour dessiner des ciels changeants. Elle transporte The Kills au pays de Lewis Caroll (« Tout ce qui brille »), XX dans la prose française (« Les vents contraires », « Les pluies ») et rejoint Keren Ann ou Emily Loizeau sur les terres précieuses de la musique d’ici, décomplexée et décadenassée.

1146606_10152290980387457_46690622_n.jpgInterview :

Quelle a été votre première confrontation avec le monde de la musique ?

Avec un copain batteur, on a monté un groupe quand on était au lycée. Petit à petit, on a continué, chacun de notre côté. Je me suis mise à apprendre la guitare et j’ai commencé à créer mes chansons toute seule. Le fonctionnement en groupe ne me correspondait pas vraiment. J’ai appris sur le tas, au niveau de la voix, du chant et de la façon d’écrire. A cette époque-là, déjà, j’ai compris que je n’aimais pas les contraintes collectives.

Pourquoi avez-vous choisi de travailler avec Da Silva ?

J’aimais beaucoup ses albums. J’avais le sentiment que son univers correspondait parfaitement à celui que je voulais avoir. En plus, je savais qu’il avait l’habitude de réaliser des albums pour des artistes.

Il y avait aussi l’envie d’avoir un réalisateur pour ce deuxième album ?

Oui, je voulais être dirigée. Ce qui m’impressionne chez Emmanuel Da Silva, c’est qu’il arrive à se fondre dans l’univers de l’artiste pour lequel il travaille, mais en laissant sa patte et sa couleur. Il se met vraiment au service des artistes. Il a un côté caméléon impressionnant. Il a une grande intelligence de la musique.

"Sans commentaire" en duo avec Da Silva.

Vous avez beaucoup discuté pour qu’il saisisse qui vous êtes ?1486821_10152082356397457_499266391_n.jpg

Tout à fait. On a parlé de ma vie, mais aussi de couleurs musicales, de choix d’instruments et même de choix de musiciens. Nous avons aussi beaucoup évoqué les chansons et leur relief. J’avais beaucoup de morceaux très calmes, du coup, on a co-écrit pour essayer d’avoir quelque chose de dentelé. On voulait éviter le plat et le lisse. Il m’a beaucoup apporté. Le fait d’avoir une vraie direction et une vraie réalisation, c’était nouveau pour moi. Je suis ravie du résultat parce que je n’avais pas envie que mon deuxième album ressemble au premier.

Vous semblez appréciez que les artistes français chantent dans leur langue. Pourquoi ?

La langue française, il faut l’apprivoiser. Plus que l’anglais en tout cas. On peut dire n’importe quoi en anglais, tout passe. Si on transpose n’importe quel tube de Michael Jackson en français, c’est une catastrophe. En anglais, on peut ne pas rechercher les effets de style.

Dans la chanson française, il faut la forme et le fond…

Ça fait beaucoup, mais c’est ce que je trouve intéressant.

"Si seulement si".

10177875_10152318715027457_1077689901_n.jpgEn matière de chanson française, quelles sont vos références ?

Il y a Murat, Daho, Bashung… tous ces grands noms. En artistes femmes, j’aime beaucoup Emily Loizeau et Émilie Simon. J’aime les gens qui ont des choses à proposer en termes d’imageries.

Musicalement, comment pourrait-on qualifier votre album ?

Mon idée de départ était qu’il soit folk, chanson aussi, mais il est devenu un peu pop.

Il y a des chansons quand même intimes… c’est compliqué de les partager ?

Je trouve que ce qui est intéressant dans l’écriture, c’est de raconter des choses personnelles, toujours un peu maquillées et métaphoriques. J’aime quand il faut gratter pour comprendre un texte.

Quand vous écrivez, vous vous dites quoi ?

Je me demande systématiquement quelle histoire j’aimerais que l’on me raconte. J’espère être sincère et moi-même au maximum. Il faut transmettre quelque chose d’immédiat et de spontanée. Quand j’écris, tout est évident. Ça reste un jeu que j’essaie de maîtriser en m’amusant.

Créer pour soi et faire en sorte que cela devienne universel, c’est un peu curieux, non ?

Si je suis vraiment sincère, je dois avouer que je fais d’abord de la musique pour moi. Il y a pas mal de périodes dans ma vie où je n’en joue pas. Quand je n’ai rien à dire ou que je n’ai pas envie, je reste silencieuse. Il faut de la ressource pour créer et des histoires à raconter. On ne peut pas toujours écrire des choses pertinentes et belles.

"Le naufrage".

Vocalement, vous avez une jolie voix, mais il me semble que vous n’êtes pas dans la charlie16.jpgperformance.

Par rapport au premier album, je voulais une interprétation plus simple. Être dans la performance ne me procure aucune émotion. J’essaie d’aller à l’essentiel et de chanter le plus simplement possible. La voix est un outil. Il y a une palette d’interprétations beaucoup plus vaste que sur une guitare et un piano. Je persiste à dire que la voix est plus riche qu’un instrument.

C’est compliqué de perdurer dans l’industrie du disque en 2014 ?

Il faut se battre. C’est une lutte de tous les instants. Il faut être créatif et savoir s’imposer. Rien n’est joué d’avance. Il y a aussi le facteur chance. Tu peux faire de la très bonne musique et ne jamais avoir un focus porté vers toi.

Si vous aimez la scène, est-ce parce que vous êtes une ancienne danseuse ?

Très certainement. Pendant 25 ans, j’ai fait du classique et du contemporain. La scène, c’est un peu chez moi, du coup, je ne peux concevoir ce métier sans ce passage.

Qu’est-ce qui vous inspire ?

L’amour, la simplicité, les voyages, l’introspection, un livre, un film, des images, une photo… Ce que je vis et ce que vit mon entourage aussi. Cela aboutit à des chansons… ou non.

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Après l'interview, le 16 octobre 2014.

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03 décembre 2014

Les Ogres de Barback : interview pour leur 20 ans de carrière

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(Photo : Pierre Wetzel)

les ogres de barback,fred,alice,interview,20 ans,mandorLes Ogres de Barback fêtent en fanfare (c’est le cas de le dire) leur 20 ans d’existence. Pour l’occasion ils se sont offert depuis le 24 octobre jusqu’au samedi 6 novembre prochain un «joyeux bordel» avec des invités et trois heures de concert tous les soirs.

Les Ogres n'ont pas leur pareil pour dénoncer l'intolérance et revendiquer la liberté. D'autant qu'ils le font avec un talent indéniable. Chansons sans frontières aux mots et aux mélodies suspendues à nos cœurs. Ils ont l’art de mettre en musique les réalités du quotidien qui les touchent, en mêlant poésie et humour. Pétri d’influences diverses, le groupe aime mettre en valeur ses différentes inspirations musicales. Elles vont de la chanson française (Brassens, Renaud…) à la musique du monde, notamment des pays de l’Est, en passant par la scène alternative.les ogres de barback,fred,alice,interview,20 ans,mandor

Pour les fans de la fratrie sort un coffret en édition limitée qui retrace en sons, images et objets inédits vingt ans d’histoire(s) au travers d’un double CD (inédits, collaborations avec d’autres artistes, morceaux live jamais édités…), la réédition de la toute première K7 audio, un 45 tours, les affiches, un portfolio… la totale, quoi !

Je suis allé à la rencontre de deux des quatre frères et sœurs : Fred et Alice, le 15 octobre dernier, à la Maison de la Radio.

les ogres de barback,fred,alice,interview,20 ans,mandorArgumentaire officiel :

20 ans ! Ce n’est même pas l’âge qu’avaient Alice, Mathilde, Sam ou Fred quand ils sont devenus Ogres.

20 ans d’une histoire foncièrement singulière et profondément marquée du sceau de la liberté, à tous niveaux. Une histoire si dense en projets et riches en expériences variées qu’on ne peut ici qu’en exposer les grandes lignes.

20 ans à défendre, sans aucune concession à « l’air du temps », leur conception de la chanson française : décloisonnée et ouverte sur le monde, qu’elle se fasse « classique » ou métissée, acoustique ou électrique, clin d’œil aux glorieux anciens ou directement en prise avec les sonorités du nouveau millénaire, poétique ou survoltée, amoureuse ou contestataire, pour les petits ou pour les grands ou pour les deux à la fois…

En trois phrases :

Télérama – Valérie Lehoux : « Formation culte, dont la longévité ne doit rien ni à la mode ni aux médias » 

Le Figaro – Bertrand Dicale : « En dehors de tous les circuits du show-business, une carrière au succès exemplaire » 

Aujourd’hui en France – Emmanuelle Marolle : « Bienvenue chez les Ogres de Barback, une histoire unique en France » 

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(Photo : Camille Simeray et Lionel Le Guen)

Interview d’Alice et Fred :

Fêter ses 20 ans d’existence, ça signifie quoi pour les Ogres ?

Alice : Ce qui est certain, c’est que nous n’avons pas vu le temps passer. Quand on a décidé de fêter nos 20 ans, on avait l’impression d’avoir fêté nos 10 ans récemment. Comme on a eu des milliards de projets et qu’on ne s’est jamais arrêté, du coup, c’est passé à la vitesse de la lumière.

Fred : Par contre, on a vu les kilomètres passer. On a fait une dizaine de disques, plus de 2000 concerts. Des concerts tous différents ! Assis, debout, calmes, rock'n'roll… On est des boulimiques de travail et de musique. On ne s'est jamais ennuyé.

Vous êtes toujours en évolution et dans l’action.

Alice : Concrètement, en tant que groupe indépendant, c’est difficile d’arrêter. Mais c’est aussi dans notre caractère. On a du mal à ne rien faire. Nous ne nous lassons pas de faire des disques, des concerts et avoir toutes sortes de projets. Quand on a une envie, il faut qu’elle aboutisse, sinon, cela nous frustre.

Retour rapide en images sur 20 ans d'une histoire marquée par la multiplicité et la diversité d'aventures humaines menées en toute indépendance.

On a l’impression que vous consacrez votre vie à la musique.

Fred : Oui, c’est un peu vrai, mais on a réussi à concilier cela avec une vie familiale.

Faut-il décrocher de ce métier parfois ?

Fred : On ne décroche jamais parce que, lorsque nous sommes à la maison, nous préparons le projet d’après. On a choisi un chemin qui est plus fourni que si une maison de disque s’occupait de nous. Nous faisons des réunions pour décider de la pochette,  du livret, de la sortie. On a toujours du boulot. Et je ne parle même pas  de ce qui est administratif.

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Est-ce que votre situation est confortable ?

Fred : Oui. Par chance, ça marche bien pour nous. On arrive à ramener beaucoup de monde dans les salles où nous nous produisons. Je ne vous cache pas qu’avec la chute du disque, on a commencé à avoir peur. Mais on se dit que tant qu’il y a du monde à nos concerts, nous continuons.

Vous avez beaucoup de fans qui vous suivent depuis le début. Ils sont d’une fidélité exemplaire.

Fred : Depuis deux ans et principalement sur cette tournée des 20 ans, on commence à avoir des gens qui nous ont écoutés adolescents. Ils ont arrêté parce qu’ils sont passés à autre chose, puis nous ont redécouvert avec Pitt’Ocha et enfin, reviennent nous voir en concert avec leurs enfants. Vous savez, nous faisons des concerts en essayant de ne pas nous foutre de la gueule des gens. On s’applique et on se donne le plus possible. Quand certaines personnes nous disent que c’est leur 20e concert qu’ils voient de nous, c’est notre récompense.

Pour cette tournée anniversaire, les Ogres se sont acoquinés avec la Fanfare Eyo'nlé, du Bénin.
Retour sur la création de ce spectacle, et premières images de live !

Quand on joue depuis 20 ans, est-ce que la principale difficulté est de savoir se renouveler ?

Alice : On essaie de faire en sorte que les gens qui viennent nous voir tous les deux ans depuis 20 ans n’assistent pas au même concert. La grande question systématique c’est : qu’avons-nous déjà fait et que peut-on bien faire de nouveau.

Pour votre tournée 2014, vous êtes partis avec Eyo’nlé, fanfare béninoise rencontrée il y a quelques années. C’est ça aussi se renouveler ?

Fred : Si on fait le bilan, on a accompagné l’ex chanteur des VRP, Néry, pendant 6 mois. Avec les Hurlements d’Léo, on a tourné pendant deux ans, puis on est parti sur les routes avec une fanfare belge, la fanfare du belgistan, pendant deux ans encore. Entre tous ses projets, nous faisions des concerts un an ou deux seuls. Toutes ces expériences nous ont permis d’aller sur d’autres terrains musicaux et de ne pas s’enliser. Nous, à la base, c’était quatre instruments et de la chanson française traditionnelle.

Et les voyages vous ont apporté beaucoup.

Fred : S’il n’y avait pas eu les voyages, nous ne serions sans doute plus là. Nous avons besoin de nous intéresser à d’autres cultures. Par exemple, la musique du monde est arrivée bien après nos deux premières influences, la chanson française et le rock punk. Ce sont les voyages qui nous ont donné le goût prononcé pour ce genre musical.

Etape 13 - St Etienne - 28.11.14
avec Pierre Perret, Les Tit' Nassels, Reno Bistan, la fanfare Eyo'nlé, et Nico Quintin à la batterie.

Quand vous entendez quelqu’un comme Pierre Perret vous prendre comme exemple de ce qui se fait de mieux dans la chanson d’aujourd’hui, ça vous fait quoi ?

Fred : Je ne sais pas. Je ne comprends pas trop l’importance musicale qu’on nous trouve. J’ai conscience qu’on a rien révolutionné à ce niveau-là. Je sais qu’il y a des gens qui écoutent de la techno, du punk, du hard et qui font référence aux Ogres de Barback. Nous sommes depuis le début sans concession aucune sur notre carrière. Indépendants du début à la fin, donc libres de faire ce que nous souhaitons… et c’est ça qui doit impressionner pas mal de monde.

Vous avez fait le choix de ne pas vous exposer. Pourquoi ?

Alice : On cultive notre non starification. A la fin des concerts, on va voir les gens, on discute avec eux, on peut aller dans un bar avec certains. Nous sommes abordables.

Fred : On ne nous reconnait pas dans la rue et ça nous va très bien. Personnellement, on m’a reconnu trois fois dans la rue en 20 ans de carrière. Ne pas accepter les invitations à la télé et ne pas mettre nos tronches sur les photos… cela nous préserve.

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Après l'interview, le 15 octobre 2014, avec Fred, Alice et quatre membres de la fanfare béninoises Eyo'nlé. 

01 décembre 2014

Interview : Vianney pour Idées Blanches

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Quand on fait le métier que je fais, immanquablement, on me demande quel est mon coup de cœur de ces derniers mois en matière de musique/littérature française d’aujourd’hui. Pendant très longtemps, je n’ai su que répondre. J’ingurgite trop, sans prendre le temps d’apprécier à leur juste valeur ce que je lis/j’écoute.

Mais en musique, ça y est ! J’ai un nom. Vianney.

Il a 23 ans et vient de sortir son premier album

Alors qu'il a fait les premières parties de Florent Pagny cette année, Vianney s'est vite fait remarquer, notamment grâce au titre "Je te déteste", qui passe sur les ondes depuis cet été. Depuis le 20 octobre, Idées Blanches est dans les bacs. Ses textes sont soignés, ses refrains entêtants (notamment le titre "Pas là"), sa voix est charismatique et ses mélodies rythmées. Pourtant Vianney ne pensait pas vivre de sa musique un jour, même si depuis ado, il n'a cessé de jouer et d'écrire des chansons. Les douze titres d'Idées Blanches ont été écrits pendant l'été 2013, chez Antoine Essertier, en Auvergne. Vianney est à découvrir en concert le 1er décembre au Zénith de Paris et le 31 janvier au Café de la Danse !

Je suis allé à la rencontre du chanteur le 15 octobre dernier dans un bar de la capitale.

couv via.jpgBiographie officielle :

Ses morceaux ont la couleur et la chaleur des feux de joie, le rayonnement des grands embrasements populaires. Chanteur à textes et à voix, Vianney s’impose avec son premier album. Sans effort ni cliché.

A 23 ans à peine, l’auteur-compositeur-interprète se dévoile entre tempérance et flamboyance. Avec application et fougue, l’autodidacte qu’est Vianney, fraîchement diplômé d’un cursus Haute Couture, tisse la toile de ses rêves et lustre ses accords, qu’il double de bure ou de satin. 

A la sortie du lycée militaire de Saint-Cyr, où il est pensionnaire trois ans durant, Vianney fait d’abord des études de commerce entre la France et Londres, puis une école de stylisme à Paris. Sa passion pour la musique ne date pourtant pas de la veille : dès son plus jeune âge, son père, fin mélomane, l’a initié aux joies d’une discothèque francophone, dorée sur tranche, entre Barbara et Dick Annegarn, Thomas Fersen ou Maxime Le Forestier.

Mélodiste subtil autant que fin styliste, il pratique, comme une seconde nature, l’art du gimmick via 2.jpgmusical. Ses textes empreints de fausse simplicité frappent aussi par leur naturelle bienveillance et une constante acuité portée sur l’autre.

Pour capter l’essence de ce disque, Vianney a fait appel à Antoine Essertier (Daran et les Chaises, Soha, Boulevard des Airs). Au carrefour de la pop et d’une folk vivace, au gré parfois aussi de méandres électro, le résultat de ces sessions studio est organique et très rond. 

Enregistré sur trois semaines en Auvergne, Idées Blanches a également bénéficié de la présence de Julien Tekeyan à la batterie, de son frère Geoffroy à la basse et de Cyril Barbessol au piano.

Idées Blanches : un disque profond, sous des airs légers et des refrains entêtants. Entre chanson d’auteur et variété millésimée, la musique de Vianney construit des ponts. 

DSC09507.JPGInterview :

Tu sors ton premier album à 23 ans et tout le métier parle de toi comme la découverte de l’année.

Il n’y a que l’avenir qui donne raison à ce que l’on dit. Je ne sais pas comment interpréter les commentaires sur ce sujet. C’est génial si tu me dis ça, mais je n’en ai pas encore vraiment conscience. Je sais que mon label a de bons échos, il n’en reste pas moins que le démarrage reste coton.

Coton… c’est à dire ?

C’est-à-dire que rien n’est gagné et qu’il y a tout à faire.

Tes deux premiers singles, « Je te déteste » et « Pas là » ont cartonné. Pour un inconnu c’est extrêmement rare.

Cartonné n’est pas le mot, mais je me suis un peu fait repérer.

Clip de "Je te déteste".

Tu joues de la guitare depuis l’âge de 12 ans. via 6.jpg

Et un peu de piano aussi. Je n’ai pas officiellement appris la musique et quand tu arrives à un certain niveau, ça devient un défaut. Je suis au stade où j’aimerais bien évoluer. Je suis encore un peu limité parce que je ne sais pas lire la musique.

Si tu ne connais pas le solfège,  comment fais-tu ?

Je fais tout au feeling. Je ne suis pas un grand chanteur, mais en même temps, ça fait partie de ce que je suis.

J’ai lu que ton père était très amateur de chansons françaises. Il aimait Dick Annegarn, Thomas Fersen, François Béranger et Maxime Le Forestier, des artistes comme ça.

Pour moi, le plus grand a toujours été Dick Annegarn. Quand j’étais petit, c’est l’artiste qui a provoqué des  trucs chez moi assez contradictoires. Il y a des chansons de lui qui m’énervaient, elles me paraissaient je-m’en-foutiste et pourtant, je les écoutais .J’aime quand quelqu’un de talentueux me perturbe

Tu as eu de la chance d’avoir un père aussi pointu en musique française.

En plus, il est dans la logique de la transmission. Quand il a vu que je savais jouer de la guitare, de son côté, il n’a plus jamais joué. C’est révélateur de sa volonté de transmettre sa culture musicale, l’amour de la chanson française que lui-même a reçu de ses parents et que je transmettrai, moi, à mes enfants.

Il doit être content de ce qu’il t’arrive.

Oui. Et ma mère aussi d’ailleurs. Je peux même dire qu’ils sont très contents. Ils savent que je fais ça depuis toujours, alors ils ne sont pas inquiets. Ils ont conscience que je ne peux que m’épanouir parce que je fais un métier qui m’a toujours passionné. La différence, c’est qu’aujourd’hui, je le pratique à plein temps. Désormais, quand je joue dans ma chambre, je ne culpabilise plus (rire).

Clip de "Pas là".

Via 7.jpgQuand as-tu su que ta voie (et ta voix) allait te mener à la chanson, officiellement ?

Je me suis dit que c’était le chemin à suivre en juin dernier, quand j’ai terminé mes études. Au moment où tous les étudiants partaient en stage, j’ai compris que je n’en n’avais pas envie. J’ai pris la décision de ne faire que de la musique. C’était le bonheur absolu.

Etant donné le succès que tu commences à avoir et tout ce que tu dois doit faire pour te faire connaitre encore plus, promo, scènes, plateaux, je suppose que tu commences à être un peu dépassé…

C’est exactement ça. Je ne contrôle plus grand-chose. Avant, je connaissais toutes les personnes qui étaient derrière mon projet. Maintenant, j’ai des abonnés, des followers, tout ça… je n’étais pas dans ce trip.

Tu n’as pas peur que tout ceci te change ?

Non, je sais que je peux rester honnête. En tout cas, je veux le rester. Je ne me déguise pas. Je suis honnête sur tout ce que je fais et sur tout ce que je dis. Je sais qu’il y a des gens qui lisent ce que je peux raconter et qui peuvent même en penser quelque chose. Je dois donc montrer que je suis fidèle à ce que je chante. Je ne veux surtout pas mentir.

Mais quand tu es sur scène, tu deviens forcément quelqu’un d’autre, non ?

Quand je suis sur scène, je ne dois penser qu’au public, pas à moi. J’ai compris que l’on pouvait faire rêver les gens et c’est quelque chose que je n’imaginais pas. Quand j’étais en première partie de Florent Pagny, lors de sa tournée, je regardais la tête des gens pendant son concert. Je les trouvais éclairés et heureux. Ils écoutent et ont la banane. Du coup, j’ai compris également que je pouvais apporter un peu de bien à des gens.

Et cela met un peu de pression ?

Non, parce que je me présente tel que je suis depuis le début. Je n’ai qu’à continuer ce que j’ai toujours fait. J’imagine que les gens qui viennent à mes concerts sont des gens qui adhèrent à ce que je suis et ce que je fais.


Vianney : "Chanson d'Hiver", extrait de l'album... par francemusique

Il y a beaucoup d’humours noirs, de seconds degrés et d’ironies dans tes chansons… tu esvia 8.jpg comme ça dans la vie ?

Je suis comme ça, en effet. J’essaie de prendre de la distance avec les choses difficiles que je peux évoquer dans l’album. L’humour sert à oublier les soucis ou les envisager sous un angle différent.

Votre album s’intitule « Idées blanches ». C’est parce qu’il est optimiste ?

Oui, mine de rien, il est très positif sur plein de choses. Il y a un soupçon d’idéalisme, voire même de naïveté. On est sur la frontière. Je pense être un idéaliste de plein de choses. Notamment, de l’amour et de l’éthique.

Parfois, il me semble que tu es désillusionné. Dans « Le débutant de l’amour » par exemple. Je trouve curieux qu’à 23 ans, tu écrives ce genre de chanson.

Tu as pris un super exemple. J’ai écrit cette chanson quand j’étais un peu seul. C’était un peu difficile amoureusement. Le constat que je dresse est que l’amour ne fonctionne pas s’il est vécu en dilettante. Il n’y a que l’amour entier qui fonctionne. L’amour ne tiendra pas s’il est à trois, s’il est partagé, s’il n’est pas entier. C’est une vision très idéaliste de l’amour.

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Dans tes chansons, il y a plusieurs couches de compréhensions.

Ce n’est quand même pas ultra métaphorique.

Si. Une chanson comme « Je te déteste » n’est pas interprété  au premier degré.

Disons que c'est chanté au 3e degré autour d'une histoire vraie. C’était la seule et première fois que je détestais quelqu’un. Une jeune fille s’est mal comportée envers moi, celle dont je raconte l’histoire dans « Je te déteste » et « Pas là ».

C’est une sacrée muse, dis donc !

J’ai souffert, mais j’ai tenté de prendre de la hauteur en écrivant ces deux chansons. Il n’y a aucune perfidie, juste de l’humour noir par rapport aux évènements.

via 9.jpgY-a-t-il une chanson au premier degré ?

Oui, c’est « Mon étoile ».

Tu parles vraiment d’une danseuse étoile ?

Oui. Ce titre est assez réaliste et je donne des images qui sont assez claires.

Les gens s’approprient les chansons. Comment tu le vis ?

Il y a beaucoup de choses qui me touchent parce que je constate que l’on a un pouvoir par les mots.

Il y a une puissance tubesque dans tes chansons.

Je ne le fais pas consciemment, mais j’aime l’équilibre entre la chanson et la variété. Je fais en sorte que la mélodie soit accessible immédiatement et que les textes soient dans des degrés divers. Je n’ai aucune vocation à être un artiste incompris.

Veux-tu devenir populaire ?

Si ça veut dire plaire et être compris d’un grand nombre de gens, oui, j’aimerais bien. Mais dans mes chansons, il y aura un contraste entre le haut et le petit niveau.

Ton plan de carrière à l'air réfléchi !

Non, mais toi, par exemple, tu me fais réfléchir à ces choses, mais je n’en avais pas conscience avant d’être confronté à ton regard.

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Comme Stromae, tu as un look un peu désuet.

Je ne le fais pas exprès. Je m’habille toujours comme ça depuis que j’ai huit ans. Je ne changerai jamais mon look, parce que j’ai toujours été comme ça. J’ai toujours porté des chemises. Je me sens nu si je n’ai pas de col. Il y a des chanteurs qui se déguisent très bien.et ça leur va super bien. Stromae est déguisé tout le temps et le résultat est génial. Moi, je ne suis pas fait pour ça.

Sans te comparer à lui, je trouve que vous n’êtes pas aux antipodes dans la façon d’envisager le métier.

C’est gentil de me dire ça. Je ne sais pas si je mérite un tel compliment. S’il y a une carrière idéale souhaitable, c’est la sienne.

Aimes-tu la variété ?

Il y a une certaine variété que j’adore. Pour moi, Joe Dassin était une bête. Polnareff, Delpech, Bécaud… et bien d’autres aussi. Ils ont chanté des chansons d’un niveau très élevé. Aujourd’hui, je trouve le niveau très triste, alors qu’il y a de bons arrangeurs.

Aimes-tu la promo ?

Ça dépend de l’interlocuteur. Si on m’amène dans des directions hors promo, j’aime bien. Cabrel dit que ça ne sert à rien de lui poser des questions sur ses chansons parce que tout est dedans… moi, c’est un peu la même chose.

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Le 15 octobre 2014, après l'interview.

Edit (5 juin 2015):

vianney; idées blanches,interview,mandor,je te déteste,pas làJ'avais hâte de voir Vianney sur scène... parce que ce n'est qu'ainsi que l'on peut juger de la qualité véritable d'un artiste. Et là, je dois dire que je n'ai pas été déçu. 

Au Trianon, le jeudi 4 juin dernier, seul à la guitare (hormis une chanson où un pianiste l'accompagne), le surdoué de la chanson française a conquis/soulevé son public du début à la fin du concert... je n'ai jamais vu une telle performance. Une heure trente de concert sans artifice. C'est rare.

Personnellement, j'aurais aimé parfois la présence de musiciens supplémentaires et de choristes. Mais, bon, les personnes avec lesquelles je suis allé voir n'étaient pas d'accord avec moi. 

On est en tout cas tous d'accord pour prétendre que Vianney est là pour longtemps. Très longtemps. 

Voici un reportage de BFM TV sur la soirée...

Et quelques photos dans les coulisses, après le concert de Vianney.

Ici, selfie avec mon pote Thierry Cadet et le chanteur. 

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Le Prix Georges Moustaki était dans la place. Thierry Cadet (le cofondateur du Prix) et moi, ainsi que quelques artistes du cru 2015 : Laurie Darmon, Baptiste W. Hamon et la première partie de Vianney ce soir, Alma Forrer (qui chante avec Baptiste W. Hamon régulièrement).

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Après le concert... il est de coutume de saluer l'artiste quand on le connait un peu. 

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Mon ami Jean-Pierre Pasqualini (Platine, Melody TV) était avec nous... Platine lui a consacré 6 pages d'interview. C'est bien la première fois que Vianney a eu le droit à autant d'espace pour s'exprimer dans un magazine.

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J'ai revu Vianney quelques mois plus tard lors de la 30e édition d'Alors Chante! à Castelsarrasin. Nous avons posé comme deux touristes au bord de la Garonne… 

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26 novembre 2014

Il Divo : interview du français du groupe, Sébastien Izambard, pour A musical Affair

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il divo,sébastien izambard,interview,a musical affair,mandorIl Divo a toujours su lier avec génie l’opéra à la musique pop. Après avoir vendu plus de 26 millions d’albums (dont plus de 800 000 en France), classé plus de 50 titres numéro1 et reçu plus de 160 disques d’or et de platine dans 33 pays, revoici le groupe pour un disque compilant des classiques de comédies musicales françaises et américaines, A musical Affair. Urs Bühler, Carlos Marin, David Miller et Sébastien Izambard chantent des extraits de Notre-Dame de Paris, Les Dix Commandements, Roméo et Juliette, Les Misérables en compagnie de vedettes françaises telles que Florent Pagny, Hélène Ségara, Lisa Angell, Natasha St-Pier, Anggun et Vincent Niclo. Ce septième album reprend aussi Some Enchanted Evening (« South Pacific »), Bring Him Home (« Les Misérables ») ou encore Tonight (« West Side Story »), interprétés avec émotion et romantisme, véritable signature du groupe. Le 21 octobre dernier, dans un palace parisien, j’ai rencontré le seul français du groupe, Sébastien Izambard, de passage pour une demi-journée en France.

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Interview :il divo,sébastien izambard,interview,a musical affair,mandor

Depuis 10 ans, vous n’avez jamais arrêté.

C’est vraiment le cas de le dire. On n’a jamais cessé d’être en tournée et d’enregistrer des disques. Nous sommes des boulimiques du travail. On est dépendant de ça, c’est même notre raison d’être.  Il Divo a marché très vite dans le monde entier, sauf en France d’ailleurs.

Au début, les français vous ont suivi.

Oui, c’est vrai. Pour les deux premiers albums. Mais plus après. Parfois, ça marche moins bien, alors il faut présenter un répertoire différent et essayer de reconquérir le public. C’est un combat de tous les instants. Il est impossible de rester sur nos acquis.

Cela dit, vous avez une longévité exceptionnelle.

C’est vrai. Au début du projet, on était sûr de rien. Pour être honnête, nous pensions que nous allions pouvoir exister quatre ou cinq ans, pas plus.

Nouvel album « A Musical Affair » - version française
16 chansons de légende issues des plus grandes comédies musicales
En duo avec Vincent Niclo, Hélène Ségara, Natasha st-Pier, Anggun, Lisa Angell…

il divo,sébastien izambard,interview,a musical affair,mandorQui a choisi les personnalités françaises qui ont participé à cet album, A musical Affair ?

C’est notre nouvelle maison de disque française, Sony BMG, qui nous a proposé des artistes. J’ai trouvé le choix judicieux parce que les voix sont toutes exceptionnelles. Personnellement, je me retrouve à chanter avec mon copain Florent Pagny. Il m’a connu tout jeune. Je retrouve aussi Vincent Niclo que j’ai rencontré il y a un an dans une émission de télé en Allemagne. Je lui avais dit, dans les coulisses, que ça serait sympa que l’on enregistre ensemble. Le destin est facétieux parce qu’il a réalisé ce que j’ai demandé.

Est-ce difficile de chanter avec des chanteurs de variété ?

Pas vraiment. Ce sont eux qui se sont calés sur nous. Cet album est fait pour nous représenter, pas pour les représenter eux. C’est très égoïste, mais très logiquement, c’était à eux de se plonger dans notre univers. Ils l’ont compris et ont parfaitement joué le jeu. On leur a demandé de ne pas changer leur personnalité. Parce qu’on les aime tels qu’ils sont… sans Il Divo.

Il y a dix ans, Il Divo était le seul groupe qui mélangeait opéra et pop. Depuis, ce genre il divo,sébastien izambard,interview,a musical affair,mandorde groupe pullule.

Oui, nous avons de nombreux enfants (rires). Mon collègue d’Il Divo, Carlos Marin, dit toujours que les gens peuvent faire des infidélités en allant voir les enfants, mais ils finissent toujours par revenir voir papa.

Le groupe est resté le même depuis le début. Il n’y a eu aucun changement de casting.

Parce que personne n’a voulu faire son Robbie Williams. L’ambiance est aussi bonne qu’au début de l’aventure. En plus, maintenant, nous nous connaissons parfaitement et on s’apprécie les uns les autres.

Sébastien, vous habitez en Angleterre depuis 11 ans. Vous ne vous sentez plus français, je suppose ?

Même si j’aime la France, j’ai plus l’impression de faire partie du monde. Mon endroit préféré, c’est le Japon. J’adore aller là-bas. En plus, nous sommes très populaires dans ce pays. J’emmène souvent mes enfants où je vais. Pas tout le temps, mais quand ils peuvent. Du coup, je les sens très ouvert.

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Avec Sébastien Izambard, après l'interview, le 21 octobre dernier.