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24 mars 2016

Mallock : interview pour Le principe de parcimonie

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mallock,le principe de parcimonie,interview,mandor« Pardon, mais pourquoi Mallock, ce pur génie de la littérature noire, n'a pas le succès foudroyant qu'il mériterait d'avoir. Pourquoi la France ne le célèbre pas (l'Italie le vénère). Il est réellement (et largement) au-dessus de tous, tant dans l'écriture, les intrigues, la philosophie et la personnalité de ses personnages que dans le suspense. C'est violent (mais comme la société est violente), réaliste, malin, d'une intelligence rare, extrêmement bien documenté, sans concession... et souvent prophétique. Un jour, on reconnaîtra son talent à sa juste mesure. Tous ses livres sont des bijoux absolus. Le dernier, "Le principe de parcimonie", est un pur chef d'œuvre! Jamais rien lu d'aussi intense. J'ai voulu parler de lui aujourd'hui (comme une sorte de pulsion) parce que je trouve injuste que cet auteur ne soit pas porté aux nues. Je trouve injuste que les médias culturels le laissent de côtés. On ne laisse pas un auteur pareil dans la solitude du doute. Moi, je lui réitère une énième fois mon admiration sans borne. » J’ai écrit ça, il y a quelques jours, sur Facebook.

Pour tout dire, j’en ai marre de prêcher dans le désert depuis 6 ans. J’ai reçu ici Mallock, à chacun de ses nouveaux livres. Je l’ai découvert avec Le massacre des Innocents, un putain de bon thriller qui m’a époustouflé dès les premières pages et que je n’ai pu lâcher. J’ai récidivé à la sortie de Les Visages de Dieu et l’enthousiasme ne m’a pas quitté. Je lui ai ouvert cet espace pour la troisième fois pour Le cimetière des hirondelles, autre chef d’œuvre du monsieur. La quatrième fois, c’était pour Les larmes de Pancrace.

Ses livres ont toujours trois niveaux : Un niveau mythologique, un niveau narratif, un niveau purement littéraire. Aujourd’hui, je vous propose ma 5e mandorisation de Mallock. Je l’ai accueilli le 2 mars dernier, pour son nouveau chef d’œuvre, Le Principe de parcimonie. Sur fonds de crue, de boue et de sang, le voilà aux prises avec une enquête qui ne manque pas de créativité. Ce thriller baroque en immersion totale dans le monde de l’art contemporain, constitue la chronique la plus esthétiquement cruelle du commissaire. Son chef-d’œuvre, si l’on peut dire.

4e de couverture :mallock,le principe de parcimonie,interview,mandor

Dans le bocal de verre, à la place des cornichons, des doigts humains. Et sur l’étiquette cette mention : « Pervers au vinaigre. Tu ne toucheras pas aux enfants avec des pensées sales. »

En ce mois d’octobre finissant, les semaines se suivent et ne se ressemblent pas sous le ciel de la capitale. L’artiste contemporain Ivo est soufflé par une explosion en pleine performance. Quant à l’objet de son étude, La Joconde, elle s’est purement et simplement
volatilisée.

Tout porte à croire que ces méfaits sont signés Ockham, personnage dérangeant qui se met en scène dans des vidéos délirantes, entièrement habillé de latex rouge. Mais que recherche-t-il au juste ? L’argent ? Le geste politique ? Flatter son ego surdimensionné ?

Une nouvelle occasion pour Mallock de se ronger les méninges, avec cet acharnement qui fait de lui plus qu’un commissaire : un véritable extralucide auquel aucun tordu ne résiste…

Lecture de la Quatrième de couverture. Sur FinalCut ProX… © Mallock. Pour l'essentiel : prises de vues personnelles (faites au iPhone + quelques iStock et musique de Alan Singley)

mallock,le principe de parcimonie,interview,mandorL’auteur :

Sous le pseudonyme de Mallock se cache J.D. Bruet-Ferreol, peintre, photographe, designer, inventeur, directeur artistique, compositeur et bien entendu… écrivain. Depuis 2000, ce génial touche-à-tout ne se consacre plus qu’à sa carrière de peintre numérique au travers d’expos et d’édition de livres d’art, et à celle d’auteur, notamment de romans policiers. Pour cette année 2016, Fleuve Éditions met son œuvre à l’honneur, avec la publication du Principe de parcimonie, mais aussi les rééditions du Cimetière des hirondelles et des Larmes de Pancrace, en versions revues et embellies, avec des couvertures entièrement designées par Mallock. L’occasion de découvrir ou de redécouvrir cet auteur au charme singulier, en train de bâtir sa propre légende.

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Interview :

Bon, on en est au même point que d’habitude. Tu n’es toujours pas un écrivain « populaire », ce que je ne trouve toujours pas compréhensible.

Il n’y a que les blogs qui me suivent. Tu es le premier à avoir parlé de moi et beaucoup d’autres t’ont suivi. Je les remercie tous et du fond du cœur. Mais, il est certain que je déplore ne pas avoir de papier dans la presse, ni être invité nulle part pour parler de mes livres.

Pour moi, je le dis tout net, tu es le meilleur.

Tu me l’as toujours dit et ça me touche beaucoup. Je suis très laborieux, j’ai attendu très tard pour sortir tous ces livres, je bosse énormément dessus, je leur fait profiter de mon expérience de vie, de lectures, de créations dans tous les domaines. Ça donne à chaque fois, ce que j’espère être des sommes.

Tu sors trois livres d’un coup chez Fleuve Noir. Deux précédents et le nouveau, Le principe de parcimonie.

C’est une idée de mon éditrice parce qu’elle a estimé que mes deux précédents, Le cimetière des hirondelles et Les larmes de Pancrace n’avaient pas eu la carrière qu’ils méritaient. J’ai trouvé ça très sympathique de sa part. On s’est mis d’accord sur un format plus petit afin que l’accès financier, pour les gens, soit plus abordable.

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A Livre Paris 2016.

Tu es aussi graphiste et c’est toi qui as fait les couvertures de ces ouvrages.

J’ai fait les couvertures et j’ai « designé » le principe des typos et les illustrations. Je voulais que l’ensemble soit pertinent.

Il parait que tu vas aller jusqu’à neuf livres.

Après Mallock va disparaître et c’est le commissaire Amédée Mallock lui-même qui va raconter les histoires. Elles seront écrites à la première personne et les romans seront plus courts. Il racontera ce qui lui ait vraiment arrivé pendant son enfance, avec ses parents… Jusqu’à aujourd’hui, je l’ai toujours suggéré, mais ne l’ai jamais raconté pas.

Toi, tu ne t’appelles pas Mallock, mais tu écris sous ce nom. Les prochains seront écrits par Amédée Mallock et non plus par Mallock tout court qui n’est pas le commissaire, mais l’auteur… tu ne crois pas que c’est un peu compliqué tout ça ?

Il y a une mise en abyme. Cela permet de prendre du recul par rapport à ce que l’on fait. M’appeler Mallock pour écrire les aventures d’Amédée Mallock était presque de l’ordre du gag et cela m’amusait beaucoup. Mes éditeurs, eux, ne voulaient pas que je signe Mallock, parce que cela ne se faisait pas. Le simple fait que l’on me dise que cela ne se faisait pas m’a incité à le faire. Deuxième raison, le nom est court et cela permettait de ne pas ajouter de signes sur la couverture. Le personnage s’appelle Amédée Mallock, il est écrit par qui ? Pas pour mon véritable non, Jean Denis Bruet-Ferreol. Il est trop long. Je fais quoi ? Je vais chercher un troisième nom ? Principe de parcimonie, je prends le signifiant qui existe, le plus petit, c’est Mallock. Je décide de signer Mallock, deux simples syllabes.

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A Livre Paris 2016.

Dans les salons littéraires, tes lecteurs t’appellent Mallock, Amédée ou Jean-Denis ?

On m’appelle par ces trois noms.

Alors que l’on se connait bien, je continue à t’appeler Mallock. Tu es indissociable de ton héros.

Je ne dis plus rien à personne, parce que je comprends les confusions et il y a la même gentillesse derrière.

Quand je lis les histoires d’Amédée Mallock, je te vois toi dans le rôle du commissaire.

Ceux qui me connaissent ou ceux qui m’ont vu en dédicaces me font tous la réflexion.

Il faut dire que physiquement, tu corresponds bien.

Comme je rêvais d’être plus grand, je me suis rajouté quinze centimètres. Il y a vingt ans, tout à fait au départ de l’aventure Mallock, je voulais que le rôle soit tenu par Depardieu ou Nick Nolte,  alors je lui ai mis des cheveux blonds. Sinon, le reste, cela peut être moi en effet. Ce n’est pas l’essentiel. L’essentiel, c’est la vérité du personnage. J’ai contrôlé tous les personnages que j’ai créé, mais le seul que j’avais du mal à contrôler, c’était Mallock. J’ai préféré le laisser vivre sa vie et vivre la mienne en fin de compte. Je ne savais pas comment il allait être reçu.

Comment décris-tu Amédée Mallock ?

C’est un personnage d’une sensibilité exacerbée, qui souffre du monde dans lequel il vit. C’est un personnage de vérité. Nous vivons dans un monde de mensonge, de parfaite médiocrité, de non courage. Toutes les valeurs qui lui sont chers, la droiture, le courage, la sincérité, n’ont plus lieu d’être dans cette société.

Dis donc, Ockham, il pense exactement comme toi… ou comme Mallock.

Je me demande si Mallock l’écrivain n’est pas plus proche d’Ockham qu’il n’est du commissaire Amédée Mallock. J’ai un profond désespoir de voir le monde devenir ce qu’il est. Ce que l’on voit à la télévision est immonde de médiocrité, de mensonge et d’hypocrisie. Aujourd’hui, dans ce monde médiatique, nous sommes avides de tout, sauf de vérité. Moi qui suis avide de vérité, je me sens très mal.

Tu te sens un peu seul ?

Oui, je me sens seul dans ma colère, dans ma rage. Cela me tue et me déprime complètement. Heureusement que je prends des médicaments depuis des années et que je suis sous substances. Je ne vois pas comment on peut tenir dans cette société sans avoir de médications appropriées. Quelqu’un qui vit sans antidépresseur, c’est un grand malade. Si tu es lucide, tu prends des cachets ou tu t’en vas d’ici et tu n’allumes plus jamais ta radio et ta télé.

Amédée Mallock, à un moment, se demande s’il n’aime pas Ockham.

Ockham est un rédempteur fou. Quelque part, c’est un justicier. Moi, Mallock l’écrivain, si la loi n’existait pas, je me demande si je ne serais pas comme lui. Je me demande si je ne mettrais pas des bombes dans certains lieux, si je ne me baladerais pas avec des rasoirs pour couper quelques têtes.

Tu tuerais des innocents ?

Qui est innocent, à partir du moment où tu es complice et que tu profites du système à ce point-là ?

Tu dis ça parce que le système médiatique te boude ?

Non, je t’assure. Même si j’arrive à cette chose incroyable : écrire depuis 20 ans et n’avoir jamais eu un seul article dans un journal, une seule interview télé ou radio.

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Mallock et Franck Thilliez, deux maîtres du thriller français à Livre Paris 2016. 

Ça me révolte aussi, je te l’avoue.

Ça me rend fou. J’investis beaucoup de temps, d’énergie, d’amour. Je donne tout dans chacun des bouquins. Je ne m’économise pas. Si tu me voyais en train d’écrire…

Combien de temps mets-tu pour écrire un roman ?

Au minimum, trois ans. Et je ne fais que ça. On ne fait pas le genre de livre que j’écris en six mois. Il faut habiter les personnages, avant, pendant, après. Les mettre en cave. Je pose, j’attends trois mois et je relis.

Je crois savoir que tu travailles en permanence sur trois livres.

J’en finalise un, j’en écris un autre et je conçois la structure et le plan d’un troisième.

Quand tu écris, tu ne t’épargnes pas et tu ne nous épargnes pas.

J’ai envie d’aller au bout de tout. Dans mes livres, ce qui est poétique, triste, nostalgique est extrêmement poétique, triste et nostalgique. Ce qui est sanglant est donc extrêmement sanglant. Je pense que dans la réalité, nous sommes en deçà. Il m’est arrivé de rencontrer des morts dans la vie. C’est terrible et terrifiant. Dans un livre, il faut exagérer le trait si on veut que les gens aient un vrai malaise.

(A voir absolument pour comprendre qui est cet auteur!) Pour la librairie Mollat, Mallock vous présente son ouvrage "Le principe de parcimonie" aux éditions Fleuve Noir.

Tu fais comme dans la série Game of Thrones. Tu tues sans vergogne les héros récurrents auxquels nous nous sommes attachés.

Il y a une raison un peu stratégique, je dois le reconnaître. Quand tu écris un one shot, tu ne sais pas ce qu’il va se passer avec le héros, c’est ce qui crée la tension d’un véritable thriller. Comment mener un thriller avec un personnage récurrent ? Comment créer la tension ? La solution est simple : avoir une équipe autour de Mallock, composé de personnages héroïques et attachants, en sachant que n’importe lequel d’entre eux peut mourir.

On annonce une éventuelle crue du siècle de la Seine pour prochainement… et c’est ce qui arrive aussi dans ton livre.

Cette crue me permet de refaire une description de Paris que je hais et que je « aime » d’une autre façon. Je l’avais déjà décrit dans Le visage de Dieu et dans Le massacre des innocents et je ne voulais pas me répéter. J’ai toujours la peur d’avoir des livres qui se ressemblent. Je veux que l’originalité soit constante. Métaphoriquement, c’était aussi intéressant d’avoir cette eau qui vient nettoyer les rues de la capitale, comme Ockham vient nettoyer cette espèce de Sodome et Gomorrhe de la médiocrité qu’est devenue notre société.

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Après l'interview, le 2 mars 2016, à l'agence.

11 mars 2016

Anne Cardona : interview pour Oiseau de nuit

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Il y a eu un six titres Je déteste le rose en 2007, l’album Au jour la nuit en 2009, l’EP Hidden Garden sous le pseudo d’Orna Danecan en 2013 (pour lequel j’ai mandorisé cette artiste une première fois). Anne Cardona poursuit son chemin créatif avec Oiseau de nuit, aux dix titres intemporels, enchanteurs et poétiques. Ce premier album est réalisé par Benoit Guivarch et Nicolas Leroux d'Overhead ainsi que de Jean-Louis Piérot. Il contient dix chansons aux influences folks. Cette comédienne qui, le jour, fait de la télévision, du théâtre, des voix off, rêvait de chanter, ce qu’elle fait sur scène depuis déjà un certain temps. Le 11 février dernier, Anne Cardona est venue à l’agence pour une seconde interview.

1540-1.jpgArgumentaire officiel du disque :

Élégantes, sincères, singulières : ses chansons, sa voix, elle. Anne Cardona ne comprend pas la mode des chansons qu'on ne comprend pas. Pour elle, une vraie chanson, c'est un texte sans mots faiseurs, et une mélodie qui se retient sans se cacher sous des sons éphémères. Mélodies méticuleusement travaillées et pourtant mémorisables, ballades nostalgiques, avec guitares twang aux couleurs 60's et violoncelle envoûtant, ou folk plus sombre, mots choisis en français, alliés à des influences folk-rock anglo-saxonnes : ainsi se dessinent les chansons du premier album d'Anne Cardona. La mélancolie qu'elles distillent - légère, rêveuse, naïve - reste toujours au-delà des modes et modèles, empreinte de simplicité. « Ni rimes choisies, vibrante poésie, juste des mots jolis » (L'Homme de ma vie - de ces temps-ci). Les textes ne cherchent pas à faire, ils racontent.

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P10004971.JPGInterview :

Voilà enfin ton premier vrai album.

J’en avais déjà fait un, mais en autoproduction et il est resté hyper confidentiel.

Qu’a-t-il de différent par rapport à ce faisait Orna Danecan, ton pseudo utilisé pour ton précédent disque ?

Déjà, je chantais en anglais, alors qu’aujourd’hui, je chante en français.

Bravo ! Les français qui chantent en français, c’est un peu ma tasse de thé.

Je le sais. Il n’y a que cela qui a changé. Mais, tu sais, une langue, ça change la musique et la mélodie. Quand j'ai écrit en anglais, ça m’a ouvert des portes musicalement et élargit mon spectre de possibilités. Textuellement, je me suis finalement rendu compte que j’écrivais mieux en français qu’en anglais. Globalement, je suis restée sur les mêmes couleurs musicales, les mêmes influences, le même genre de son. Musicalement, c’est vraiment le prolongement de ce que je fais depuis le début de ma carrière.

Anne Cardona aux 3 Baudets le 29 septembre 2015. Quelques extraits de l'album Oiseau de nuit.

Est-ce que lorsqu’on écrit en français, on peut se permettre d’être moins exigeant avec le texte ?

Oui, surtout si cela est destiné  au marché français. On peut se permettre d’écrire des choses un peu moins littéraire et moins profond. L’anglais a vite fait de bien sonner.

Tu parles beaucoup d’amour. Par exemple, dans « Pas nous », tu expliques qu’il faut lutter contre le quotidien, ce tue l’amour.

Rien n’est jamais acquis. Comme dirait Beigbeder, l’amour dure trois ans, après il y a une sorte d’amitié qui s’installe. Une fois que l’amitié s’est rodée un peu, c’est la routine qui s’installe. S’il n’y a pas de fantaisie, de créativité au sein du couple, je trouve que ça s’étiole. Soit on décide de supporter cela, soit on décide de vivre sa vie ailleurs. Pour moi, c’est un exercice de tous les jours d’alimenter le feu du couple.

"Pas nous"

Il y a un climat de sérénité dans ta musique.562183_166953813462437_942766058_n.jpg

La musique que j’écoute est souvent triste, assez noir, mélancolique et low tempo. Généralement, la musique que l’on écoute déteint sur la musique que l’on fait. Sinon, j’avais aussi des morceaux qui avaient la patate. On ne les a pas sélectionné pour l’album, je les joue donc sur scène.

Avoir des réalisateurs, c’est confortable ?

Oui, surtout quand on passe son temps à douter de soi artistiquement. Je propose des idées d’arrangements, mais je serais incapable de tout réaliser moi-même. Je me suis entouré de personnes dont j’aimais les réalisations et le travail.

Tu es content du résultat de ce disque ?

Il est sorti récemment, mais je l’ai fait il y a presque deux ans. Pour moi, il est presque obsolète tant je suis déjà passé à autre chose. Ce n’est pas pour autant que je ne revendique pas cet album. Je l’aime beaucoup, mais aujourd’hui, je l’aurais fait différemment.

On n’entend pas ton disque à la radio. Je le déplore car il est dans l’esprit de France Inter par exemple.

C’est dur ça. Je suis dans une phase où je me demande où je vais. Quand on n’est pas en playlist sur France Inter, où que l’on n’a pas un article dans Télérama, c’est dur de démarrer un disque. Il faut que je réfléchisse à comment évoluer. Moi, j’irais bien vers l’épure, vers le piano-voix, le violoncelle-voix ou le guitare-voix. Je n’irais pas chercher dans les sons à la mode, juste parce que je vais considérer que c’est la solution pour que cela marche. L’electro eighties, ce sera fini dans deux ans.

Du coup, tu en es où concrètement dans la musique ?

Je gratouille ma guitare, j’écris, je composouille, je cherche, je réfléchis. Mais, je reviendrai. 

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Pendant l'interview, à l'agence, le 11 février 2016.

10 mars 2016

Thibaut Derien : interview pour J'habite une ville fantôme

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(Photo : Arno)

J’ai connu Thibaut Derien comme chanteur. Il écrivait et composait des chansons biens ciselées. Je l’avais interviewé à cette époque et il m’avait paru très sympathique. Un jour, il a arrêté. C’est con. 

Je l’ai retrouvé plus tard comme collaborateur de CD’Aujourd’hui. Il filmait, moi je posais des questions aux artistes. Je n’arrêtais pas de lui dire que je trouvais la situation incongrue parce que j’aurais pu tout aussi bien lui poser des questions… étant donné que je n’ai jamais cessé de le considérer comme chanteur.

Et voilà que, récemment, je le retrouve comme photographe avec sa série Sur scène dans une minute !. Il prenait en photo des artistes dans leur loge, une minute avant leur entrée sur scène. De sacrés moments de vérités.

Les gens doués dans toutes les activités artistiques sont un peu agaçants. Voire, ils m’énervent. Mais, bon, j’ai craqué quand j’ai vu son livre (et donc ses photos) de J'habite une ville fantôme (aux éditions du Petit Oiseau). Une mandorisation s’imposait.

Le 4 février dernier, dans un café parisien, puis à l’agence, Thibaut Derien s’est prêté au jeu des questions-réponses, comme si nous ne nous connaissions pas…

j'habite.jpgPrésentation du livre :

J’en avais marre de la capitale. Trop de bruit, trop de gens. Et puis je ne supportais plus mes voisins. Je voulais changer d’air, et surtout de vie. Je passais le plus sombre de mon temps affalé dans mon canapé, à refaire non pas le monde, mais l’endroit idéal où m’installer. Je m’imaginais alors vivant dans un petit village à la campagne, mais pour y avoir grandi, je savais déjà que les grands espaces n’étaient pas faits pour moi. Je me voyais repartir à zéro au bord de la mer, mais le vent et le cri des mouettes m’ont toujours tapé sur le système. Bref, je tergiversais.
Je me suis donc longtemps demandé où poser ces valises que je n’avais pas encore faites, jusqu’au jour où je suis tombé dessus, par hasard. Une ville sans voiture ni habitant, sans bruit ni mouvement, calme comme la campagne, reposante comme l’océan, mais sans nature.
Aujourd’hui je me promène en silence dans ces rues rien qu’à moi, où je n’ai qu’à me servir, où tout me tend les bras. Au début je me suis bien posé quelques questions : que s’était-il passé ici et qu’était devenue la population ? Exode rural, catastrophe naturelle, cataclysme écologique, peu importe finalement. Avec le temps j’ai appris à ne pas bouder mon plaisir, et la seule chose qui m’inquiète désormais, c’est de savoir combien de temps cela va durer. Je tue le temps, qui ne passe plus vraiment par ici, en imaginant toutes ces vies passées derrière ces volets fermés, ces rideaux de fer tirés.
Je suis comme perdu sur une île déserte, sauf que je n’ai pas envie que l’on me retrouve.
J’habite une ville fantôme.
Thibaut Derien

L'artiste :

Auteur et interprète de quatre albums (de chansons, pas de photos), Thibaut Derien a aujourd'hui troqué la musique et les mots pour le silence et l'image. Après dix années consacrées à la chanson, il retourne pleinement à sa première passion, la photographie. Sa série J'habite une ville fantôme a d'ailleurs vu le jour pendant ses tournées, tandis que la dernière, Sur scène dans une minute !, le ramène irrémédiablement aux salles de spectacle.

Il vit et travaille dans sa ville fantôme.

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P1000488.JPGInterview :

Je t’ai connu chanteur, mais en fait, tu as été photographe avant d’entamer cette carrière.

Depuis le lycée, je voulais être photographe. J’étais en pension, je me sentais un peu seul. Je travaillais dans un magasin de photos, et un jour, le patron m’a offert un appareil photo. J’ai commencé à photographier tout ce qui bougeait et j’ai vite considéré que c’était un bon compagnon de jeu. Je photographiais mon quotidien, mes promenades, mes voyages, mes week-ends... Cela me permettait de rendre ma vie plus intéressante. Ma première série était constituée de photographies d’animaux morts sur la route. Je trouvais cela très esthétique, très graphique.

Ensuite, tu es parti à Cannes pour faire « filmeur ».

J’ai répondu à une petite annonce, j’avais 19 ans et une sérieuse envie de bouger. Je faisais des photos de gamins sur les plages, je leur donnais un ticket et ils devaient venir récupérer les clichés dans un magasin.

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Après, tu es revenu à Paris.

Oui, avec la réelle ambition de devenir photographe. Mais je n’ai trouvé que des petits boulots.

Plus tard, tu as tenu un bar.

C’est là qu’est née ma passion pour la musique parce que j’organisais des concerts. J’avais 21 ans et j’étais le plus jeune patron de bar de France. Cela m’a permis de ne pas faire mon service militaire puisque j’étais chef d’entreprise.

Comme ton bar ne marchait pas la semaine, tu bossais pour Luc Besson.

Il cherchait des jeunes qui connaissaient la région pour la préparation d’un film. J’ai frappé à la porte et j’ai été embauché. J’ai travaillé pour lui trois ans. Pour Jeanne d’Arc, je suis allé même allé jusqu’en République Tchèque. J’étais stagiaire régie. C’était un boulot un peu ingrat.

Après tout ça, la chanson est arrivée dans ta vie.

Quand je tenais mon bar, voir les autres chanter m’a donné envie d’écrire des chansons. J’ai rencontré un guitariste et pendant les après-midi creuses nous nous sommes composés un petit répertoire. On est monté à Paris et on a continué à travailler des chansons ensemble. On a fini par chanter le soir dans certains cafés concerts. Au bout de six mois, on a envoyé une maquette aux Chantiers des Francofolies. En 2001, nous avons été acceptés là-bas, du coup, les programmatrices nous ont programmées sur la scène des découvertes l’année suivante. C’est là que j’ai rencontré le producteur et éditeur de spectacle, Max Amphoux. On a gagné le Prix Adami, on a signé avec Max et distribués par AZ. Ma carrière de chanteur a duré 10 ans.

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Un jour, tu as arrêté la musique. Et je t’ai demandé plein de fois de ne pas. 

Il ne faut jamais dire jamais, mais ça fait six ans que je n’ai pas écrit une chanson. Depuis que ma fille est née, je n’en ressens plus le besoin. Même écrire pour les autres, je  n’y parviens pas. Ce que je faisais n’était pas très gai. Maintenant que je suis heureux, je n’ai plus d’inspiration.

Nous nous voyons pour la sortie de J’habite une ville fantôme. Toutes ses photos représentent 10 ans de travail et de recherche. Où as-tu trouvé toutes ses devantures vieillottes de magasins ?

Ça a commencé à l’époque où j’étais en tournée. Il y avait beaucoup de centres culturels de petits villages qui programmaient des artistes comme moi. Entre le moment où on arrive et le concert du soir, il y a beaucoup de temps à tuer, voire une après-midi entière. Je me baladais donc avec mon appareil photo. La première fois que j’ai vu une vieille vitrine comme ça, j’étais loin de me douter que l’histoire allait durer autant d’années. Je trouvais cela graphique et émouvant. Quand j’ai arrêté de chanter, j’ai continué à voyager. Mais, je ne prenais jamais l’autoroute, je me promenais sur les départementales et m’arrêtais pour rechercher de vieilles devantures. 

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Cette série de photos m’a rendu très nostalgique.

Comme j’ai vécu à la campagne, j’ai connu tout ça et donc, évidemment, c’est une réminiscence de mon enfance. Et, certaines personnes âgées qui viennent à mon expo ont les larmes aux yeux.

C’est ce que tu veux provoquer ? De l’émotion…

Ces façades de boutique, ce n’est pas seulement le commerce qui ferme, c’est vraiment le lien social entre les gens qui disparait. C’est ça qui me touche le plus. Les villages français se meurent de plus en plus. Un épicier qui ferme, ce sont des vieux à qui on enlève la dernière conversation de la journée…Ces photos rappellent que l’on a changé nos modes de consommation. Les centres commerciaux sont les premiers tueurs de ces boutiques de village.  

Pourquoi n’y a-t-il pas de textes qui accompagnent tes photos. Pourquoi ?

J’aurais pu effectivement parler du contexte politique et économique, mais au final, j’ai préféré que chacun ait sa propre lecture de ses photos. Je ne voulais pas qu’on les regarde que de manière engagée, alors qu’elles sont souvent drôles et poétiques.

Tu as gagné quelques prix avec cette série de photos, dont lauréat SFR Jeunes Talents en 2013, et tu as fait quelques expos, comme au Grand Palais dans le cadre de Paris Photo.

Tout cela m’a incité à tout abandonner pour n’exercer que cette activité. Et je dois dire qu’à présent, je me sens un homme libre et sans obligation.

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Après l'interview le 4 février 2016, à l'agence.

09 mars 2016

Ivan Tirtiaux : interview pour L'envol

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(Photo : Lara Herbinia)

Le chanteur belge Ivan Tirtiaux publie son premier opus intitulé L’Envol. Il révèle un univers musical country-folk dominé par la guitare et une écriture subtile. Ses mélodies solaires aux accords sophistiqués et aux rythmiques chaloupées explorent les sonorités latines et notamment brésiliennes et Cap-Verdienne. Un vrai bouillonnement qui caresse nos oreilles. La justesse de son écriture, subtil équilibre entre épures et fioritures, ne laisse pas indifférent. Les mots sont choisis, pesés et repesés pour exprimer au mieux un chemin intérieur semé de doutes. Bref, Ivan Tirtiaux se confie à nous et on aime écouter ses confidences.

Le 2 février 2016, l’artiste est venu à ma rencontre à l’agence pour une première mandorisation. Gageons que ce ne sera pas la dernière.

ivan tirtiaux, l'envol, interview, mandoBiographie officielle :

Après s’être frotté à plusieurs instruments, la guitare devient son alter ego.

Chanteur à la voix profonde et souple, il s’invente une chanson folk, en français, à la fois ciselée et organique, empreinte de poésie, de blues et de musique latine. Auteur et compositeur exigeant, il allie un dépouillement narratif à des mélodies raffinées et des harmonies savantes.

Ses chansons célèbrent le hasard, le cours de la vie et les nombreux déboîtements du destin. On y parle de voyages, de villes, de femmes, de libellules, de désastres, de graines d’arbres, d’océans…

Le bonheur d’un spleen belge y retentit lumineux, comme le blues et la saudade d’un Nord traversé par le monde.

Sur scène, le chanteur caresse, martèle, percute sa guitare et habite littéralement la scène, soutenu par des musiciens aux talents rares.

L’album (par Luc Lorfèvre) :

“Ne sachant pas où je vais, j‘ai toujours peur d’être arrivé”, chante Ivan Tirtiaux sur « Les Océans »,  l’uneivan tirtiaux, l'envol, interview, mando des onze chansons de son premier album L’Envol.  Pas de doute,  cet auteur-compositeur interprète qui a déjà bien bourlingué dans le monde de la musique et dans le monde tout court,  possède le sens de la formule. Et si de sa voix profonde, souple et habitée, Ivan Tirtiaux nous avoue qu’il ne  sait pas où il va,  c’est pourtant sans la moindre hésitation que nous le suivons  dans son voyage mélodique.

Folk organique, blues électrique, chansons ciselées avec l’amour du mot, poésie réaliste ou onirique, mélodies  solaires rythmées ça et là d’accords jazz ou de sonorités tropicalistes… Il y a un peu de tout ça dans cet album bien ancré dans le questionnement de notre époque tout en étant réalisé “à l’ancienne” avec un amour de l’artisanat et de la nuance. Entièrement interprété dans la langue d’Aragon, dont Ivan Tirtiaux se réapproprie joliment « La Guitare », L’Envol prend de la hauteur et impose le spleen lumineux d’un artiste nous rappelant que la chanson française n’a jamais été aussi belle que lorsqu’elle ne ressemblait pas tout à fait à de la chanson française.

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ivan tirtiaux,l'envol,interview,mandoInterview :

Tu as vécu ta jeunesse dans une ferme transformée en scène de théâtre où tu as côtoyé toutes sortes d’artistes. C’est ce qui t’a donné envie d’être dans ce milieu ?

J’étais dans un environnement un peu particulier. Il n’y avait pas que des comédiens de théâtre, il y avait aussi des artisans. Dans cette vie communautaire, il y avait un forgeron, un ébéniste, un sculpteur, mon père était maître verrier. Aujourd’hui, j’envisage la musique et la chanson de manière très artisanale. Il y avait des spectacles musicaux, des pièces de théâtre… j’ai vécu dans ce milieu très longtemps, mais moi, j’ai toujours su que mon avenir était dans la musique.

Tu as commencé la musique avec l’accordéon à l’âge de 7 ans.

Dans la région où j’étais, Charleroi, c’est un instrument assez courant. Mes parents jouaient dans un spectacle où il y avait un accordéoniste. J’ai dû dire à un moment que je voulais maîtriser cet instrument. Ils m’ont inscrit à des cours d’accordéon et j’en ai joué quelques années.

La guitare est arrivée dans ta vie à l’adolescence.

L’accordéon, ce n’était pas sexy pour brancher les filles. J’ai donc utilisé la guitare de mon père et j’ai rapidement su créer des mélodies. Je jouais aussi un peu de piano et j’avais mis de l’argent de côté pour m’acheter un clavier. Comme ça coutait trop cher, j’avais juste assez d’argent pour acheter une guitare électrique. Je ne le regrette pas. J’ai une formation de jazz. Aujourd’hui, je suis guitariste professionnel et j’accompagne d’autres artistes.

Mais tu as fait de la musique funk également.

De 17 à 23 ans, je jouais et chantais du funk. C’était mon trip.

Pourtant aujourd’hui, tu sors un disque que je qualifierais de chanson française moderne.

A cette époque-là, comme c’était ce qu’écoutaient mes parents, je voulais tout faire sauf de la chanson française. J’étais en pleine rébellion, mais un jour, cette attirance pour la chanson m’a rattrapé.

Clip de "Charlatan".

Tu fais partie d’une belle famille musicale, celle qui fait de la chanson française autrement : ivan tirtiaux,l'envol,interview,mandoBertrand Belin, JP Nataf, Babx, Dominique A, Barbara Carlotti…

En fait, j’aime la chanson, mais dans toutes les langues. C’est un choix de chanter dans ma langue maternelle et de toucher à quelque chose d’authentique. Cela dit, je suis très influencé par ce que j’écoutais avant, comme Stevie Wonder pour les harmonies par exemple. J’écris en parallèle avec la mélodie et l’harmonie. Je suis très en recherche de l’harmonie. C’est ce qui m’intéresse dans la musique brésilienne, la musique classique et le jazz.

Tu joues beaucoup avec ta voix, je trouve.

J’essaie d’être au niveau des mélodies un peu sophistiquées que j’écris. Pour cela, je dois varier mes tonalités vocales.

Il faut rentrer dans ton univers, mais après, tout devient limpide, clair et d’une redoutable efficacité.

Je le prends comme un compliment parce que les artistes que j’aime le plus sont des gens dont il m’a fallu plusieurs écoutes avant de les apprécier. Ça ne me dérange pas si on me dit que mon univers n’est pas facile d’emblée. Mais je te garantis que je fais tout pour le simplifier. Mes premiers jets sont expérimentaux puis, après, je tente de les simplifier pour qu’ils soient accessibles. Il y a une grande richesse, mais aussi, une grande simplicité.

"Les océans", live studio session @ Sunny Side Inc. Studio, Brussels

C’est ton premier album. Ya-t-il des chansons anciennes ?

La majeure partie sont plutôt récentes, mais la chanson « Les océans » a 15 ans. Je l’ai joué avec mes différentes formations. Plusieurs personnes de mon entourage m’ont dit que cette chanson ne vieillissait pas, alors j’ai décidé de la mettre sur mon premier vrai album.

Toi qui viens de la scène, j’imagine que l’idée de figer tes chansons ne doit être pas très agréable.

J’avais une forme de liberté constante dans l’interprétation, alors, effectivement, tu as raison.

L’album vient de sortir en France, mais il est sorti il y a un an dans ton pays. Comment a-t-il été accueilli ?

Oui, très bien et j’ai fait beaucoup de scène avec. Je sais qu’en France, il y a un vrai public pour la musique que je joue. Chez vous, il y a beaucoup d’artistes qui cassent les schémas traditionnels de la chanson. J’en ai rencontré bon nombre d’entre eux.

"Présage", une réalisation de Stéphane Manzone - une production diFFéré

ivan tirtiaux,l'envol,interview,mandoTes chansons, aussi poétiques soient-elles, sont très autobiographiques.

Oui, mais je mets des filtres (rires). Je travaille beaucoup mes textes pour éviter que mes chansons soient un déversoir. Mais en vrai, ça l’est. L’écriture est un peu un exutoire. Pour chanter quelque chose, j’ai besoin d’un vrai moteur lié à cette chanson pour que l’interprétation soit juste.

Tu écris déjà le prochain ?

Oui, mais comme je suis exigeant, cela prend du temps.

Es-tu content de comment tu vis ton métier et de ta condition d’artiste ?

Oui et non. Ce n’est pas un métier évident pour en vivre, surtout en Belgique. Chez nous, vivre de la chanson est extrêmement dur. En France, le statut d’intermittent est beaucoup plus simple à obtenir et on peut obtenir des subventions. Mais en Belgique, il n’y a pas d’aides pour ce genre d’activité.

Tu es confiant pour l’avenir ?

Tant que je fais ce que j’aime, je reste confiant. J’adore ce métier, j’adore jouer sur scène, rencontrer d’autres artistes, partager, écrire… je ne pourrais rien faire d’autres.

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Après l'interview, le 2 février 2016, à l'agence.

07 mars 2016

Laurent Binet : interview pour La septième fonction du langage

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Les Prix Interallié et Prix du Roman Fnac 2015 ont été attribués à Laurent Binet pour son roman La septième fonction du langage. Ce livre nous faire rire en parlant de sémiologie, la science des signes, dans le langage et le comportement. Une performance ! Mais quel est l’intrigue de ce roman ? 1980, Roland Barthes, star mondiale de la sémiologie, meurt en sortant d'un déjeuner avec François Mitterrand, renversé par une camionnette. Laurent Binet imagine qu'il ne s'agit pas d'un accident. Barthes aurait pris connaissance de la 7ème fonction du langage, celle qui fait de son détenteur un orateur aux pouvoirs illimités sur ceux qui l'écoutent: qui a fait tuer Barthes pour s'emparer de ce redoutable secret ? Mitterrand ? Giscard? La CIA ? Le KGB ?

D'Althusser à Lacan, de Foucault à Derrida, de Deleuze à Baudrillard, via Sollers, Kristeva, Cixous et BHL, ce roman réunit toute l’intelligentsia de l’époque. Loin d’être réservé à un entre soi intello, l’érudition est passée au tamis de la comédie burlesque. Jubilatoire !

Je suis allé à sa rencontre, chez lui, le 25 septembre 2015 (oui, je sais, ce n’est pas tout neuf, mais bon, j’ai du mal à suivre mon propre rythme d’interviews), pour le journal des adhérents de la Fnac, Contact (pour évoquer notamment le Prix du Roman Fnac et son livre foisonnant).

laurent binet,la 7e fonction du langage,qui a tué roland barthes,interview,mandor4e de couverture :

« A Bologne, il couche avec Bianca dans un amphithéâtre du XVIIe et il échappe à un attentat à la bombe. Ici, il manque de se faire poignarder dans une bibliothèque de nuit par un philosophe du langage et il assiste à une scène de levrette plus ou moins mythologique sur une photocopieuse. Il a rencontré Giscard à l’Elysée, a croisé Foucault dans un sauna gay, a participé à une poursuite en voiture à l’issue de laquelle il a échappé à une tentative d’assassinat, a vu un homme en tuer un autre avec un parapluie empoisonné, a découvert une société secrète où on coupe les doigts des perdants, a traversé l’Atlantique pour récupérer un mystérieux document. Il a vécu en quelques mois plus d’événements extraordinaires qu’il aurait pensé en vivre durant toute sa vie. Simon sait reconnaître du romanesque quand il en rencontre. Il repense aux surnuméraires d’Umberto Eco. Il tire sur le joint. »

Le point de départ de ce roman est la mort de Roland Barthes, renversé par une camionnette de blanchisserie le 25 février 1980. L'hypothèse est qu'il s'agit d'un assassinat. Dans les milieux intellectuels et politiques de l'époque, tout le monde est suspect...

L’auteur :

En 2010, Laurent Binet a publié HHhH, qui a obtenu le Prix Goncourt du Premier roman et a été traduit dans près de quarante pays. La Septième fonction du langage est son deuxième roman, fruit de cinq ans de travail.

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laurent binet,la 7e fonction du langage,qui a tué roland barthes,interview,mandorInterview :

Comment avez-vous réagit quand on vous a annoncé que vous aviez remporté le Prix du Roman Fnac ?

Il y a des temps dans l’écriture et ça, c’est le temps de la sortie et le temps de la sortie, c’est le temps de la reconnaissance. Un prix, c’est un élément de reconnaissance non négligeable, surtout si c’est un prix composé de 800 lecteurs dont la moitié sont libraires. Les libraires sont le maillon clef de l’économie du livre et ils sont souvent désintéressés dans leur approche des bouquins. Ce type de prix est donc extrêmement gratifiant.

Vous vous étiez fait remarquer avec votre précédent livre HHhH, qui a remporté le Prix Goncourt du Premier Roman.

Pour un premier roman, c’était une exposition vraiment très utile, voire nécessaire. Les places sont chères, alors j’aime bien me faire remarquer. Je suis absolument convaincu de la qualité de mes livres, mais je n’oublie pas que dans ce milieu-là, le facteur décisif, c’est la chance. Et je dirais aussi, l’audace. Il y a beaucoup de livres de mauvaises qualités qui ont beaucoup de succès et qui sont acclamés par la critique et le contraire est aussi vrai. Il y a beaucoup de chefs d’œuvre qui sont ignorés, pas publiés ou plus simplement pas exposés. Il faut garder les pieds sur terre. Je suis très content d’avoir des prix, mais ce n’est pas ça qui me fait dire que je suis un romancier génial.

Vous venez me dire que vous étiez sûr de la qualité de vos écrits. C’est rare qu’un écrivain me confielaurent binet,la 7e fonction du langage,qui a tué roland barthes,interview,mandor cela.

L’écriture est un processus compliqué. C’est un mélange de doute et de confiance en soi. Si vous n’avez pas la confiance en vous, vous n’écrivez pas. Si vous n’avez pas cette espèce d’arrogance qui vous fait penser que ce que vous pouvez écrire va pouvoir intéresser d’autres personnes, vous ne faites rien. En même temps, si vous ne doutez pas, il n’y aura pas la remise en question nécessaire pour assurer une exigence minimale au texte. L’alchimie entre ses deux états est très complexe.

La promotion, vous en pensez-quoi ?

C’est un truc marrant, mais on s’expose beaucoup et le fait de s’exposer, ce n’est pas quelque chose qui va de soi. C’est un cliché, mais on se sent dépossédé de son œuvre parce que tout le monde parle du livre qu’on a écrit. Il vaut mieux être sûr de soi pour encaisser tout ça, même quand les critiques sont bonnes. C’est un moment bizarre et délicat.

C’est dur de parler de son œuvre ?

J’ai une formation de prof. Pendant dix ans, j’ai parlé des œuvres des autres. Ça m’intéresse de parler des œuvres en général, alors pourquoi pas de la mienne (rires). Quand cela m’arrive, j’essaie d’en parler avec détachement, comme si ce n’était pas moi l’auteur de l’œuvre en question.

laurent binet,la 7e fonction du langage,qui a tué roland barthes,interview,mandorOn arrive à analyser son propre roman ?

D’une manière générale, l’objectivité est impossible. Je fais toujours des méta-romans qui s’interrogent déjà sur eux-mêmes. Il y a des mises en abyme. C’est ce que j’appelle du méta discours. Je suis porté naturellement vers des discours critiques en tant que prof, mais en tant que romancier aussi, du coup parler de mon roman m’intéresse. Parfois les critiques laissent de côté des aspects qui, moi, me paraissent importants. Dans celui-ci par exemple, j’entends beaucoup le mot satire. C’est vrai qu’il y a une dimension satirique indéniable, mais ce n’est pas tout.

C’est vrai, moi, ce qui m’a intéressé dans ce livre, ce sont les relations du réel avec la fiction.

Dans ce roman, je me suis amusé à ancrer cette histoire dans un réel très documenté, très précis. Plus de la moitié de ce que je fais dire aux protagonistes sont des citations réelles. Après, j’expérimente pour voir jusqu’à quel point on peut tordre le réel. A un moment, je fais apparaître volontairement quelques anachronismes. Ils vont se multiplier jusqu’à ce que cela devienne énorme.

Regardez-vous ce qu’on dit de votre dernier livre dans la presse ou sur internet ?

Oui, j’avoue, je ne peux pas m’en empêcher. C’est à la fois stressant et excitant. Il suffit d’une mauvais critique sur dix pour que ça vous gâche un peu la journée ou que ça me contrarie une heure ou deux. Je suis hyper sensible comme tous les cons d’écrivains mégalos narcissiques. C’est de la sensibilité mal placé, je le sais bien. On a la chance d’être publié, on parle de notre livre, ça devrait nous suffire. J’avoue que moi je veux tout. Le succès critique, le succès public… je voudrais l’unanimité.

Vous aimez être interviewé alors ?

Je ne suis pas une bête des médias. Quand je vais à la télé ou à la radio, j’ai toujours peur de bafouiller ou de dire une énorme bêtise qui sera enregistré et qui finira sur YouTube et au zapping (rires). Là, une interview, tranquillement chez moi, à la cool, ça ne me dérange pas. J’aime bien même. A la télé et à la radio, dès que la réponse dépasse les 30 secondes, je sens l’animateur ou le journaliste devenir très nerveux parce qu’il faut déjà enchainer avec autre chose. Devoir dire des choses intéressantes avec si peu de temps, c’est extrêmement difficile je trouve.

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Laurent Binet s’attaque aux intellectuels parisiens (théoriciens de la French Theory ou nouveaux philosophes), notamment Sollers, Kristeva, BHL et Foucault.

C’est un roman souvent drôle. Vous n’épargnez ni les intellectuels, ni les hommes politiques de l’époque.

Je ne réserve pas le même traitement à tout le monde. Pour moi Philippe Sollers et Michel Foucault n’ont pas le même statut. Je mets Foucault dans des situations sexuelles, parfois scabreuses, mais qui ne sont que la réalité de sa vie, ce qui n’empêche pas que j’ai un profond respect pour son œuvre. La majeure partie des intellectuels et des politiques qui traversent mon roman, je respecte leur parole. Après, je retranscris tout ça de manière burlesque, mais sans discréditer leur propos. Cela devient juste du théâtre… et je vais même jusqu’à la bouffonnerie.

Votre histoire est un pur délire, mais parfaitement maitrisé.

Je le prends comme un compliment, merci. Ce qui est sûr, c’est que c’est extrêmement travaillé, ensuite, ça fonctionne ou pas. C’est construit, je ne vous le cache pas. J’ai ciselé ce texte avec minutie.

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Photographie réalisée par Michel Delaborde cinquante jours avant la mort de Roland Barthes pour la revue Culture et Communication, 5 février 1980.

Pourquoi avoir choisi Roland Barthes comme héros (malheureux) de votre roman ?

J’adore Barthes. Je l’admire même. Il a été le plus déterminant dans ma formation intellectuelle. C’est lui qui m’a appris à expliquer des textes. Je parle de sa mort et il se trouve que sa mort est romanesque. La scène de son décès, je la trouve très émouvante. Evidemment, je l’intègre dans une intrigue policière, mais je ne me moque jamais de lui. Je l’ai juste montré mélancolique. Ce qu’il était, je crois. Dans la fin de la première partie, pendant le repas avec Mitterrand, Barthes à la tête ailleurs et c’est la vision que j’avais de lui. Jamais vraiment là, sauf physiquement.

laurent binet,la 7e fonction du langage,qui a tué roland barthes,interview,mandorSollers, par contre, vraiment, vous ne vous privez pas.

Non, vraiment, ça ne me gêne pas de me moquer de lui. C’est un clown. Je sais qu’il a une très haute opinion de lui-même. Présenté autrement, il pourrait admettre sa part histrionique.

Mais intellectuellement, vous ne lui trouvez rien d’intéressant?

(Rires) Pour des raisons de prudence judiciaire, je ne répondrai pas à cette question.

Ce livre est une mine d’informations sur les années 80.

C’était la période de mon enfance. Ça m’a amusé de me remémorer les voitures, l’ambiance, la musique, l’actualité de ce moment-là. Mais c’est aussi cinq ans de recherche et de documentation. Vous verriez ma chambre, il y a du Deleuze, du Derrida et des tas d’autres philosophes partout.

Votre livre est « intellectuel », mais à la portée de tous.

Le professeur qui est en moi prend cette réflexion comme un compliment. J’ai essayé d’être pédagogue et exigeant.  Je brasse quand même des théories et des problématiques pointues, mais j’ai tout fait pour les rendre accessibles. C’était toute la difficulté de ce roman.

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Lors de la remise du Prix du Roman Fnac 2015.

Ce livre est aussi un thriller mené par deux enquêteurs diamétralement opposés. Rarement une enquête policière n’avait été aussi drôle et aussi mal menée.

Deux personnes antagonistes qui travaillent ensemble, c’est un truc qui fonctionne toujours depuis la nuit des temps jusqu’à Pierre Richard et Depardieu (rires). Le commissaire Bayard est l’archétype du flic beauf qui méprise les intellectuels, les considérants comme de sales gauchistes et de purs affabulateurs. Bayard ne comprend rien à la sémiologie et juge cette discipline théorique et parfaitement inutile. Il décide de demander de l’aide à un jeune professeur en sémiologie méconnu, Simon Herzog. Lors de leur première rencontre que j’ai souhaité drôle, il l’interroge d’un air hautain sur la sémiologie et sa signification. À partir de sa posture, de ses vêtements, des traces laissées par son alliance, le jeune professeur parvient à dresser un portrait juste et complet du commissaire. J’aime bien quand les éléments ont plusieurs fonctions. Ce couple-là à une fonction comique dans son opposition et une fonction pédagogique. L’un va expliquer à l’autre ce que le lecteur à besoin de savoir.

Il me semble que votre construction narrative est influencée par des films ou des séries.laurent binet,la 7e fonction du langage,qui a tué roland barthes,interview,mandor

L’ensemble est conçu un peu comme un James Bond. Les enquêteurs vont de pays en pays à partir de Bologne. James Bond est très présent dans ce livre. Il est à la fois un modèle de construction narrative et un motif récurrent.

Au fond, c’est quoi votre livre ?

Le roman, c’est le lieu du mélange des genres par excellence. Mon livre est à la fois un roman policier et un roman picaresque et un méta roman et un roman philosophique. Si vous me permettez d’être prétentieux et pompeux, je dirai que c’est un roman total et baroque.

Vous aviez beaucoup d’ambition pour ce livre ?

Je savais que ça allait être une grosse construction extrêmement minutieuse. Proust disait qu’il faisait des cathédrales, moi j’ai pensé mon livre comme un gros édifice. Il tient ou il brinqueballe, ça, c’est au lecteur de le dire.

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Après l'interview, sur le balcon de Laurent Binet, le 25 septembre 2015.

02 mars 2016

Stéphane Nolhart : interview pour le livre De sang et la maison d'édition Ravet-Anceau

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de sang,polars en nord,ravet-anceau,stéphane nolhart,interview,mandorStéphane Nolhart est écrivain. Il est d’ailleurs en pleine écriture d’un nouveau livre (dont j’ai lu les fascinantes premières pages), Largo. Il m’est arrivé de le recevoir ici comme auteur, mais je l’accueille cette fois-ci comme directeur d’ouvrage chez Ravet-Anceau à l’occasion de la sortie du livre De sang (collection Polars en nord). Je lui ai donc posé quelques questions sur la maison qui édite le livre et sur ce recueil de 30  nouvelles en particulier.

(Merci à l’éditrice de cette maison, Marion Weber-Massenat, pour ces quelques précisions apportées dans les réponses).

4e de couverture :

« Dimanche matin, des morceaux de corps humain carbonisés ont été découverts dans ce qu’il restait d’une poubelle incendiée. Dans la foulée, les pompiers ont également été sollicités pour circonscrire deux nouveaux incendies signalés à deux autres endroits de la ville. Là encore, les soldats du feu ont trouvé des restes de corps. »

Ce fait divers a inspiré trente et un auteurs de la collection Polars en Nord des éditions Ravet-Anceau. Ces de sang,polars en nord,ravet-anceau,stéphane nolhart,interview,mandorplumes expertes en crime ont imaginé les pires scénarios : ils vous offrent ici trente nouvelles inédites. Trente nouvelles plus noires, plus étonnantes et plus frémissantes les unes que les autres.

Imaginé par un journaliste de La Voix du Nord, ce fait divers est une fiction créée pour les auteurs de la collection Polars en Nord. Il fut le point de départ de l’écriture des nouvelles du 200e titre de cette collection de polars régionaux à succès.

Les auteurs et l’éditeur Ravet-Anceau ont décidé que les droits et profits de ce « Polars en Nord no 200 » seraient reversés à l’association Le Noël des déshérités de La Voix du Nord.

Ont participé à cet ouvrage : Alain Stucker, Alain-Paul Autret, Aude Lhôtelais, Benoît Chavaneau, Bernard Leconte, Bernard Thilie, Christine Desrousseaux, Christophe Arneau, Denis Albot, Emmanuel Sys, Francis Essique, Françoise Samsoën, Geneviève Reumaux et René Charlet, Gérard Bertuzzi, Guillaume Lefebvre, Hervé Hernu, Hervé Jovelin, Irénée Deltombe, J. Wouters, James Holin, Jean-Pierre Bocquet, Lakhdar Belaïd, Luc Watteau, Marc Le Piouff, Marie Goudeseune, Michel Bouvier, Philippe Declerck, Philippe Tassart, Stéphane Nolhart, Sylviane Taquet.


de sang,polars en nord,ravet-anceau,stéphane nolhart,interview,mandorInterview :

Ce livre est le 200e de la collection Polars du Nord et il coïncide avec les 10 ans de la collection. Pouvez-vous me présenter cette collection ?

La collection Polars en Nord est née en 2005 avec pour premier titre Le vagabond de la baie de Somme de Léo Lapointe, vendu à ce jour à plus de 12 000 exemplaires, toujours diffusé en librairie et adapté récemment en téléfilm pour France 3. Cette collection explore le roman noir, du polar au thriller en passant par le whodunit. Son parti pris : le suspense près de chez vous. Nos polars se déroulent principalement à ce jour  en  Nord-Pas de Calais-Picardie, en Normandie et en Belgique francophone. Nous en publions plus d’une vingtaine par an, qu’ils s’agissent de premiers romans ou d’écrits d’auteurs « maison ».

Pour trouver l’idée de ce 200e livre, vous vous êtes réunis dans les locaux de chez Ravet-Anceau. Au fil des échanges, est née l’idée d’un projet singulier, original et audacieux que j’aimerais que vous m’expliquiez.

L’équipe éditoriale a imaginé ce 200e titre comme un hommage. Il fallait qu’il s’intègre dans une réflexion globale, qu’il soit vraiment différent des autres. C’est pourquoi nous avons réuni des auteurs de la maison pour un échange. Le but : qu’ils nous disent comment ils voyaient le 200e Polars en Nord. Ce sont eux qui font vivre la collection depuis dix ans, il nous semblait important de les impliquer encore plus à ce moment particulier. Après une matinée de réflexion collective s’est dessiné le projet de ce recueil de nouvelles. Immédiatement, les auteurs ont souhaité que leurs droits d’auteur soient reversés à une association caritative. L’idée d’un fait divers commun a permis de donner une cohérence à l’ouvrage et a pimenté l’exercice : si la nouvelle est déjà en soi un genre particulier, l’écriture sous la contrainte est une difficulté supplémentaire !

Il y a trente nouvelles inspirées d’un même fait divers. Trente angles différents pour raconter la même histoire, c’est un défi facile ou complexe ?

Le point de vue des auteurs à ce sujet est assez partagé : certains ont eu du mal avec cette contrainte et ont cherché à la détourner. D’autres ont joué avec, et elle leur a parfois permis d’aller au-delà de leur zone de confort habituelle, de découvrir un autre horizon. Un nouvel imaginaire est né. De notre côté, nous craignions les redites. Mais finalement, s’il existe quelques similitudes quant aux thèmes abordés, chacun a su recréer un univers bien à lui. Le défi était complexe mais a été relevé avec brio par nos trente et un auteurs.

Bande annonce du livre, De sang, réalisé par Hervé Hernu.

Comment avez-vous choisi les auteurs ?

Nous avons partagé l’idée de l’écriture d’une nouvelle avec une quarantaine de nos auteurs Certains ont répondu avec enthousiasme et s’y sont mis rapidement. D’autres, moins à l’aise avec la forme de la nouvelle, ont préféré ne pas s’y risquer. Ou n’était pas disponible. Toutes les nouvelles que nous avons reçues ont été publiées.

Vous-même, vous vous êtes mis en danger en livrant à vos auteurs votre propre nouvelle. Pourquoi avoir écrit dans ce livre ?

Quand Marion m’a proposé d’écrire une nouvelle dans ce recueil, considérant que c’était pour une œuvre caritative, j’ai tout de suite accepté. Je travaille avec les auteurs de la collection sur les corrections ou modifications éditoriales à apporter (ou pas) à leur texte. Ce sont parfois des heures de discutions (justifiées) pour une virgule ou une idée. Contrairement aux auteurs Polars en Nord qui excellent dans le genre Polars, l’exercice était nouveau pour moi et naturellement j’avais le sentiment d’être jeté dans la fosse aux lions, un poil attendu au tournant. J’ai biaisé. J’ai fait une nouvelle noire qui parle de polars et d’éditions mais pas un polar dans les règles. Je ne suis pas descendu à proprement parlé sur leur terrain de jeux. 

Quels sont les projets de Ravet-Anceau en terme d’évolution ?

La collection Polars en Nord a vu naître sa petite sœur il y a trois ans : Polars en Nord Junior. Des enquêtes menées par des enfants pour de jeunes lecteurs (à partir de 8 ans). Nous publions par ailleurs des romans historiques et contemporains, des biographies, des livres de cuisine… Nous réfléchissons aussi actuellement à de nouvelles collections en littérature. Enfin, concernant la collection Polars en Nord la zone géographique s’étend…

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01 mars 2016

Sophie Adriansen et Jean-Marie Leau : interview pour Naître et grandir en musique

sophie adriansen,jean-marie leau,naître et grandir en musique,interview,mandorune fois n’est pas coutume,je reçois de nouveau sophie adriansen. cette fois-ci,elle est accompagnée de jean-michel leau. ensemble,ils proposent une collection d'ouvrages destinés à accompagner e,la musique pour la conception,l'oreille du fœtus à la première échographie,l'ouïe qui s'affine à la 35e semaine,l'accouchement en musique,la fin des pleurs et l'éveil musical de l'enfant. ce livre ludiq,instructif et didactique a une forte probabilité d’intéresser le,de musiciens,de médecins et de professionnels de l’accompagnement de la naiss,cet ouvrage est une mine de révélations et de conseils pratiques,pendant et après la naissance. retrouvez « naître et grandir en ,il a fondé l’ensemble vocal « les voisins du dessus » et co-écri,dont sol en cirque. il a enregistré avec zazie,alain souchon,francis cabrel,christophe ou claude nougaro. il propose chaque mois dans le mag,mais j’ai proposé ce projet à jean-marie à partir de son travail,je n’aurais jamais eu cette idée. je connaissais ses chroniques ,un jour,en discutant,je lui ai demandé si d’une manière ou d’une autre,ça ne pouvait pas se transformer en quelque chose d’écrit. un jo,nous avons concrétisé cette envie que j’avais.  jean-marie leau ,l’idée m’a plu immédiatement. ecrire n’est pas naturel pour moi,même quand j’écris mes chroniques. je suis plus dans l’oralité e,c’est-à-dire le lien entre la musique,le son et le reste de la vie.  premier constat,la musique fait partie de nos vies depuis le premier jour,et même avant notre naissance.  jean-marie : la musique,avant d’être une industrie,c’est une expression,voire un outil relationnel. il est important d’en parler dans un,c’est pour cela que nous avons appelé cette collection « les mus,jean-marie,vous êtes né sous x et vous êtes persuadés qu’il y avait de la m,de devenir,de faire,de vivre,c’est grâce à mon vécu et même celui dont je ne me souviens pas.,poétique… nous sommes des êtres musicaux. cette sensibilité est ,on arrive à valider ces concepts-là par l’imagerie cérébrale. so,c’est que,par exemple

Une fois n’est pas coutume, je reçois de nouveau Sophie Adriansen (mandorisées ici). Cette fois-ci, elle est accompagnée de Jean-Marie Leau. Ensemble, ils proposent une collection d'ouvrages destinés à accompagner en musique les meilleurs moments de la vie de chacun. Naître et grandir en musique, le premier volume vient de sortir et il est centré sur le bien-être des bébés au travers d'une dizaine de thèmes. Au programme notamment : un historique des comptines, la musique pour la conception, l'oreille du fœtus à la première échographie, l'ouïe qui s'affine à la 35e semaine, l'accouchement en musique, la fin des pleurs et l'éveil musical de l'enfant. Ce livre ludique, instructif et didactique a une forte probabilité d’intéresser les mamans et les papas d’aujourd’hui. Le 28 janvier dernier, je me suis rendu chez Sophie Adriansen, où le très sympathique Jean-Marie Leau nous a rejoint.

sophie adriansen,jean-marie leau,naître et grandir en musique,interview,mandorune fois n’est pas coutume,je reçois de nouveau sophie adriansen. cette fois-ci,elle est accompagnée de jean-michel leau. ensemble,ils proposent une collection d'ouvrages destinés à accompagner e,la musique pour la conception,l'oreille du fœtus à la première échographie,l'ouïe qui s'affine à la 35e semaine,l'accouchement en musique,la fin des pleurs et l'éveil musical de l'enfant. ce livre ludiq,instructif et didactique a une forte probabilité d’intéresser le,de musiciens,de médecins et de professionnels de l’accompagnement de la naiss,cet ouvrage est une mine de révélations et de conseils pratiques,pendant et après la naissance. retrouvez « naître et grandir en,il a fondé l’ensemble vocal « les voisins du dessus » et co-écri,dont sol en cirque. il a enregistré avec zazie,alain souchon,francis cabrel,christophe ou claude nougaro. il propose chaque mois dans le mag,mais j’ai proposé ce projet à jean-marie à partir de son travail,je n’aurais jamais eu cette idée. je connaissais ses chroniques,un jour,en discutant,je lui ai demandé si d’une manière ou d’une autre,ça ne pouvait pas se transformer en quelque chose d’écrit. un jo,nous avons concrétisé cette envie que j’avais.  jean-marie leau,l’idée m’a plu immédiatement. ecrire n’est pas naturel pour moi,même quand j’écris mes chroniques. je suis plus dans l’oralité e,c’est-à-dire le lien entre la musique,le son et le reste de la vie.  premier constat,la musique fait partie de nos vies depuis le premier jour,et même avant notre naissance.  jean-marie : la musique,avant d’être une industrie,c’est une expression,voire un outil relationnel. il est important d’en parler dans un,c’est pour cela que nous avons appelé cette collection « les mus,jean-marie,vous êtes né sous x et vous êtes persuadés qu’il y avait de la m,de devenir,de faire,de vivre,c’est grâce à mon vécu et même celui dont je ne me souviens pas.,poétique… nous sommes des êtres musicaux. cette sensibilité est,on arrive à valider ces concepts-là par l’imagerie cérébrale. so,c’est que,par exempleNote de l’éditeur :

La musique est le plus fabuleux des médicaments.
C’est particulièrement vrai pour le bien-être des bébés et des enfants.

Savez-vous que l’on peut stimuler auditivement le fœtus dès le sixième mois de grossesse ? Que le chant permet de traverser la douleur des contractions lors de l’accouchement ? Qu’un bébé pleure dans sa langue maternelle ? Qu’un morceau choisi peut l’endormir à coup sûr ? Que la musique est la première fenêtre sur l’art pour un enfant ?

Assorti de témoignages de chanteuses, de musiciens, de médecins et de professionnels de l’accompagnement de la naissance, cet ouvrage est une mine de révélations et de conseils pratiques pour découvrir le pouvoir étonnant de la musique avant, pendant et après la naissance.

Retrouvez Naître et grandir en musique et la B.O. du documentaire L’Odyssée de la vie sur Deezer et Spotify.

Les auteurs :

Jean-Marie Leau est compositeur-interprète. Auteur de nombreux génériques pour la télévision et le cinéma, il a fondé l’ensemble vocal « Les voisins du dessus » et co-écrit plusieurs contes musicaux, dont Sol en Cirque.
Il a enregistré avec Zazie, Alain Souchon, Francis Cabrel, Christophe ou Claude Nougaro.
Il propose chaque mois dans le Magazine de la Santé une chronique sur la musique.

Sophie Adriansen est l’auteur d’une quinzaine d’ouvrages de littérature générale et jeunesse ainsi que de documents autour de la santé.

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Qui est à l’origine de ce livre ?

Sophie Adriansen : C’est un peu moi, mais j’ai proposé ce projet à Jean-Marie à partir de son travail. Sans lui, je n’aurais jamais eu cette idée. Je connaissais ses chroniques qui me passionnaient et, un jour, en discutant, je lui ai demandé si d’une manière ou d’une autre, ça ne pouvait pas se transformer en quelque chose d’écrit. Un jour, nous avons concrétisé cette envie que j’avais.

Jean-Marie Leau : Je ne me suis pas posé de question, l’idée m’a plu immédiatement. Ecrire n’est pas naturel pour moi, même quand j’écris mes chroniques. Je suis plus dans l’oralité et la musique. Je crois que Sophie a eu une vraie bonne idée de me proposer ce projet. Cela donne une nouvelle consistance à ce que j’essaie de développer depuis six ans, c’est-à-dire le lien entre la musique, le son et le reste de la vie.

Premier constat, la musique fait partie de nos vies depuis le premier jour, et même avant notre naissance.

Jean-Marie : La musique, avant d’être une industrie, c’est une expression, voire un outil relationnel. Il est important d’en parler dans une collection telle que nous voulons la mener avec Sophie. Ce sujet n’est pas anodin, c’est pour cela que nous avons appelé cette collection « Les musicaments ».

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Vous, Jean-Marie, vous êtes né sous X et vous êtes persuadés qu’il y avait de la musique dans votre entourage.

Jean-Marie : Ce que la musique m’a permis d’être, de devenir, de faire, de vivre, c’est grâce à mon vécu et même celui dont je ne me souviens pas. Je ressens la musique comme une trace vibratoire, poétique… Nous sommes des êtres musicaux. Cette sensibilité est propre à l’espèce humaine. Aujourd’hui, on arrive à valider ces concepts-là par l’imagerie cérébrale.

Sophie : Ce que je trouve fascinant, c’est que, par exemple, pour les bébés prématurés, qui n’ont pas baigné dans un environnement musical avant de naître, la musique peut jouer le rôle de rassurer et d’envelopper le bébé. Ils peuvent s’en servir comme un cocon. Cela veut dire que l’on nait en étant des êtres musicaux, même quand il n’y a pas eu de conditionnement au préalable.   

Il y a beaucoup de témoignages de femmes dans cet ouvrage.

Sophie : Oui, et elles ont été heureuses de témoigner parce que ce sont souvent de bons souvenirs qu’elles racontent. Il y a aussi des témoignages d’hommes. Moi j’ai interrogé les professionnels de santé et des anonymes et Jean-Marie a interrogé des artistes.

Quel est l’objectif de cette collection ?

Sophie : Nous avons isolé un certain nombre de thèmes dans les chroniques que fait Jean-Marie. La musique est partout, dans toutes les sphères de la vie, on a donc envie de creuser ce sillon très largement.

Que la musique soit là, à tous les âges et tous les moments de la vie, c’est essentiel ?

Jean-Marie : C’est un peu comme si vous me demandiez « conseilleriez-vous aux gens, quand ils sortent, de respirer ? » Pour moi, c’est aussi essentiel. Et en plus, ce n’est pas couteux. Ce n’est pas rien que ce qui peut permettre le développement soit abordable par tous. Quand on parle d’haptonomie (la discipline du « toucher affectif ». Cette méthode permet de créer, pendant la grossesse, un échange entre le bébé et les deux parents et constitue une préparation à l’accouchement) ou d’autres conditions de naissances particulières, tout le monde ne peut pas se l’offrir. Par contre, tout le monde peut chanter et peut écouter de la musique. Cela peut apporter une nourriture et une relation supplémentaire à l’enfant.

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Y-a-t-il une musique à privilégier ?

Jean-Marie : La musique classique c’est très bien, en particulier Mozart, mais si vous allez au fin fond de l’Amazonie ou au Tibet, vous comprendrez que Mozart ne sera pas forcément le premier choix. C’est l’émotion qui prime, ce n’est pas tant le caractère ou la classification de la musique en question. C’est ce qui va être véhicule d’émotion qui prend la force.

Sophie : Ce que l’on a aussi essayé de démontrer, c’est qu’il n’y avait pas des musiques pour les enfants et des musiques pour les adultes. On n’est pas obligé de cantonner les enfants ou les bébés aux compilations de musiques électroniques ou synthétiques. On l’explique dans le livre, un enfant préférera toujours une version instrumentale plutôt qu’une version électronique. On n’est pas obligé de réduire les exigences de qualités parce que c’est un petit. La grande musique ne lui est pas inaccessible.

Les fœtus sont plus sensibles à des sons plutôt qu’à d’autres ?

Jean-Marie : Ils sont plus sensibles aux basses fréquences, après, le spectre auditif de l’enfant va s’élargir au fur et à mesure de son développement et de sa croissance.

Accoucher en musique évite la souffrance ?

Jean-Marie : On chante par le diaphragme et le diaphragme exerce une poussée. Quand on chante, c’est presque comme on accouche. On sait que celles qui pratiquent le chant ont souvent des accouchements plus rapides.

Sophie : Sur notre échantillon, toutes les chanteuses nous ont dit que l’accouchement a été plus rapide et plus facile.

Pourquoi la médecine officielle ne prône-t-elle pas l’accouchement en musique ?

Sophie : C’est en train d’arriver. On a fait un chapitre sur une approche qui s’appelle « Naître enchantés ». Il y a des maternités dans le sud qui sont en train d’avoir des labels « Naître enchantés ». Le problème, c’est que c’est contraire aux côtés cartésiens des médecins. Pour que les médecins acceptent cela, il faudrait qu’ils abandonnent les habitudes qu’ils ont apprises et qu’ils se transmettent depuis des siècles. J’espère que ce livre va contribuer à ce que l’on y vienne petit à petit.

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Le 28 janvier 2016, après l'interview.

21 février 2016

Clarika : interview pour De quoi faire battre mon cœur

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(Photo : Frank Loriou)

A la question, qu’elle est ta chanteuse préférée ? Jusqu’à la réception du nouvel album de Clarika, De quoi faire battre mon cœur, je n’ai jamais su qui répondre. J’apprécie beaucoup de chanteuses, mais Clarika a toujours figuré dans le peloton de tête. Et puis là, encore une fois, à l’écoute de ses chansons, je suis fasciné. Par sa voix, par la profondeur de ses mots, ses histoires qui me touchent au plus haut point (alors que je suis un homme, je suppose qu’elle fait remonter en moi ma part de féminité ou quelque chose comme ça), sa manière de raconter la vie… bref, j’ai décidé qu’à partir d’aujourd’hui, je répondrai « C’est Clarika ma chanteuse préférée ».  Et petit rappel : c’est elle qui, dès le milieu des années 1990, avec La Grande Sophie,  a ouvert la voie aux Jeanne CherhalAnaïs ou Camille d’aujourd’hui. Dans son nouvel album, il n’est question ni de larmoyer, ni de se répandre, elle raconte juste sa vie aujourd’hui, sans le mentor et amoureux d’avant. Cette géniale artiste a indéniablement le talent de l’autodérision.

Je l’adore. Voici donc sa deuxième mandorisation (la première est là). Elle s’est tenue dans le bar d’à côté de « mon agence », le 7 janvier dernier.

clarika,de quoi faire battre mon cœur,interview,mandor,daphné,ivressesArgumentaire de l’album (version raccourcie) :

Un disque à la fois singulier et familier, intime et universel, qui évoque, entre douceur et douleur, le thème de la séparation. Une séparation amoureuse et artistique d’avec son compagnon, le compositeur et arrangeur Jean-Jacques Nyssen, avec qui elle partageait vie et musique depuis vingt-cinq ans.

De quoi faire battre mon cœur, son septième opus, est surtout prétexte à renouveau : changement de ton, d’ambiances et d’équipe, pour prendre le pari de tout chambouler, abandonner le confort des habitudes, quitte à se mettre en danger. Pour la première fois, l’album a été concocté sous la houlette du réalisateur, arrangeur, compositeur et musicien Fred Pallem (Le Sacre du Tympan), avec la complicité de Raoul Tellier (La Maison Tellier), les deux principaux compositeurs. Au fil des plages, on croise aussi Mathieu Boogaerts, Skye, Claire Joseph, Alexis HK, Tony Melvil et même Jean-Jacques Nyssen, crédité de deux titres. Des chansons à la grave légèreté (l’émouvante « Je ne te dirai pas », sans doute l’un des plus beaux textes de Clarika, « La vie sans toi », « Rien de nous », « Dire qu’à cette heure », en duo avec Alexis HK), traversées de souvenirs turbulents (« On a fait », « Le Choix ») et de métaphores éloquentes comme dans « La Cible », en duo avec Helmut Tellier, évocation sous chapiteau d’un amant maladroit lanceur de couteau, « L’Inaperçue », portrait d’une fille transparente, ou « Le Lutétia », inspirée de l’histoire vraie d’un couple âgé venu finir ses jours dans le palace parisien.

Dans les nouvelles chansons de Clarika, il y a des pluies de cordes venues de Budapest, des traversins de clavecins, des basses gainsbouriennes, des guitares tartares et des claviers vintage. Comme la BO d’un grand film moderne qui raconterait la vie et les amours qui passent. Avec des cœurs qui battent à l’unisson. Le sien et les nôtres.

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(Photo : Frank Loriou)

clarika,de quoi faire battre mon cœur,interview,mandor,daphné,ivressesInterview :

C’est le 7e album en 20 ans de carrière.

Oui, et si on veut être précis, le premier album est sorti tout début 1994. Donc ça fait 21 ans.

Tu te sens progresser d’album en album ?

Mes albums me ressemblent, donc ils changent en même temps que je change. Je n’écris évidemment pas les mêmes choses qu’il y a 21 ans, heureusement pour vous. Dans la forme, je tente de ne jamais faire le même album que le précédent, je ne sais pas si j’y parviens. J’aime changer de collaborateurs, mais dans celui-ci, évidemment, c’est plus flagrant puisque ce n’est plus Jean-Jacques Nyssen qui a réalisé.

Du coup c’est le talentueux Fred Pallem qui s’y est collé.

Il a arrangé l’album, mais il a fait aussi quelques compositions. Diversifier la collaboration permet d’aller un peu ailleurs. Fred a permis qu’il y ait une vraie rupture.

Tu le connaissais avant de travailler avec lui ?

On se suit de loin depuis longtemps. Pour cet album, ce réalisateur arrangeur a pris les choses en main. J’avais vraiment envie de travailler avec lui et il a accepté rapidement. Notre collaboration s’est faite totalement naturellement.

Quand tu travaillais avec Jean-Jacques Nyssen, vous étiez à la maison, là, la façon de travailler n’est plus la même.

On a fait cet album dans un temps un peu plus cadré qu’avant, mais ça n’a pas trop changé la méthode de travail. Moi, ça m’a fait du bien d’avoir un souffle nouveau et une nouvelle écoute. Même les musiciens ne sont plus les mêmes que pour mes albums précédents. Je ressentais le besoin de tout changer.

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J’ai trouvé que tu étais allée très loin dans les trois chansons sur ta rupture avec Jean-Jacques
Nyssen.

C’était ça ou rien. Je ne pouvais pas faire dans la demi-mesure. Jusqu’à présent, je n’avais jamais écrit de manière viscérale. Il y a parfois des moments incontournables dans la vie qui font que les textes arrivent comme ça et on y peut rien. Ce n’est pas impudique parce que ce que je vis et chante est universel.

Ton premier single « Je ne te dirai pas » parle du manque de l’autre, avec délicatesse et classe. Aucune pleurnicherie.

Ce que je dis est tellement ce que je suis, ce que je vis et ce que je pense. C’est un mélange de douleur et d’espoir. J’ai aussi voulu faire comprendre que l’histoire était belle.

Il faut bien le dire, dans ce disque, il y a moins d’espoir dans tes chansons.

Il y a même de la tristesse, disons-le. Je n’ai pas de chansons dans les tiroirs, donc j’écris ce que je ressens. J’écris telle que je suis. Il raconte deux ans de ma vie récente… Il fallait que ça sorte et franchement, ça fait du bien. Par contre dans l’écriture musicale et les arrangements, on a cherché à rendre tout ça plus léger et digeste.

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(Photo : Frank Loriou)

C’est vrai que ton disque est loin d’être plombant et je trouve ça très fort.

C’est le retour que j’en ai. La gravité est là, mais on a réussi à l’amoindrir avec la musique. Mon équipe avait franchement peur en voyant arriver les chansons au fur et à mesure. Ils se sont dit qu’il y en avait quand même beaucoup sur ma rupture. Dans l’écriture, je suis toujours en phase avec l’état dans lequel je suis et avec la vie que je mène. Je ne peux pas faire autrement.

Tu t’es posée la question de savoir comment ton public allait prendre ces nouvelles chansons ?

Non, pas vraiment. Je sais que les albums que je préfère sont parfois des albums tristes. J’ai le goût de ça artistiquement. Je pense aussi que je suis fidèle à mon écriture habituelle, même si c’est sur des thématiques douloureuses.

Est-ce que le dernier disque est le plus important ? Celui qui compte le plus ?

Oui, pour l’instant. Jusqu’au prochain. Il y a toujours une émotion quand on sait que les gens vont découvrir vos nouvelles chansons, surtout quand elles sont si personnelles.

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(Photo : Frank Loriou)

clarika,de quoi faire battre mon cœur,interview,mandor,daphné,ivressesDepuis quelques mois, tu es en concert avec Daphné. Parle-nous de cette expérience.

On s’est rencontré à l’occasion d’une commande de la Ville de Paris qui nous donnait carte blanche à La Cigale pour clôturer le Festival des Vendanges. Comme nos managers respectifs sont amis, se connaissent et travaillent souvent ensemble et que toutes les deux, nous avions envie de nous lancer dans un projet parallèle aux nôtres, on a décidé de faire ce bout de chemin ensemble. On ne se connaissait pas, mais nous respections beaucoup ce que faisait l’autre. On a créé ce spectacle, « Ivresses ». Nous avons cherché toutes les ivresses, éthyliques, de l’amour, de la vie, des sommets… ça permet quand même un éventail assez large de chansons. On y retrouve quelques poèmes de Prévert ou Baudelaire, des chansons des autres qui vont de Serge Reggiani à Britney Spears en passant par Renaud et Barbara, et quelques chansons à nous.

Daphné et toi, vous êtes différentes.

C’est ce qui nous intéressait. En plus, nos voix collaient bien. C’est amusant parce qu’on a remarqué qu’on a des gens qui nous suivent en commun. On s’éclate vraiment à chanter les autres et c’est une très belle expérience.

Excuse ma question un peu directe. Pour toi, professionnellement parlant, les choses sont difficiles ou ça va ?

Ça va. Je me dis souvent que j’ai eu la chance d’arriver avant la panique dans cette industrie du disque. J’ai eu le temps de fidéliser un public. Si je ne suis pas une grande vendeuse de disque, j’arrive à faire des tournées et remplir les salles. La scène, c’est ce que je préfère faire. C’est la cerise sur le gâteau après l’écriture et l’enregistrement de l’album.

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Après l'interview, le 7 janvier 2016.

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Toutes les photos sont signées de l'excellent Frank Loriou (mandorisé récemment là), sauf celle avec Daphné et celle où  je suis avec Clarika

Clarika : site officiel

02 février 2016

Tom Poisson : interview pour Heureux comme les cerfs-volants

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Dire que cela fait un moment que je suis cet artiste est un euphémisme. Depuis son premier album en 2004, j’avais remarqué Tom Poisson. Il nageait déjà avec aisance dans les eaux claires de la chanson française de qualité. J’ai suivi son parcours, ses albums solos, ses projets parallèles (Les Fouteurs de Joie et The Nino’s (mandorisés là) notamment). Je l’ai interviewé 3 ou 4 fois, toujours avec un réel plaisir.

Je me suis toujours dit qu’un jour, son talent serait reconnu à sa juste valeur. Ben, pas vraiment, mais lui continue à nous offrir des albums d’une beauté et d’une malice rarement atteint. J’aime ce garçon, musicalement, textuellement et humainement.

Le 7 janvier dernier, sous une pluie battante, Tom Poisson est venu à l’agence pour me parler de son nouveau disque, qui n’est pas qu’un disque. Heureux comme les cerfs-volants est un ensemble de projets qui se croisent et s’entrecroisent (comme expliqué plus bas).

tom poisson,heureux comme les cerfs-volants,interview,mandorBiographie officielle (un chouia écourté, mais quand même pas mal longue) :

Qu’il soit Poisson, The Nino’s ou l’un des Fouteurs de Joie, Tom fait son « drôle de métier » avec envie. Il effectue entre 2010 et aujourd’hui plus de 500 concerts. Son costume de chanteur est un peu étriqué, les formes employées évoluent donc. La sincérité demeure. Chanteur, multi-instrumentiste, comédien, danseur à ses heures, il multiplie depuis quinze ans les expériences artistiques. Poisson aime fabriquer, il fait des chansons comme un gosse qui joue au Lego. Par intuition, par curiosité. Par goût du partage et du bricolage.

Vous auriez pu croisez Tom Poisson en 2000, sillonnant la France à Chevaux et Charrette, jouant le soir en plein air La Double inconstance de Marivaux ou Le Petit Monde de Georges Brassens.

En 2004, il réunit un bouquet de chansons acoustiques et séduit les critiques avec un Tom Poisson fait des chansons plein de candeur, bientôt suivi par un Tom Poisson fait des chansons – Tom-2.

En 2008, Patrick Zelnick lui propose son label Naïve pour sortir les douze titres de Riche à Millions, un album produit à quatre mains avec Alexandre Léauthaud, sur lequel figure deux duos (avec Sanseverino et Clarika). L’album s’assorti d’une jolie tournée nationale de 80 dates.

En septembre 2010, Fred Pallem signe pour Tom une réalisation « brute » qui mêle habilement les guitares folks aux guitares électriques.

Parallèlement, il rend hommage à Nino Ferrer : The Nino’s chantent Ferrer (Naïve jeunesse) font plus de 200 concerts entre 2009 et 2012 notamment sur les scènes jeune public.

En 2013, il écrit L’Homme qui rêvait d’être une girafe (Harmonia Mundi – Le Chant du monde), une fable tom poisson, Heureux comme les cerfs-volants, interview, mandor
musicale contemporaine qui ne ressemble à aucune autre. Les thématiques principale en sont la différence,
l’incommunicabilité et le « goût des autres ».

Le projet  Heureux comme les cerfs-volants :

Une combinaison triangulaire qui s’articule autour de 12 chansons, une nouvelle de 35 pages, un spectacle musical et cinématographique. Sur scène, 4 interprètes (3 musiciens, 1 vidéaste) portent l’histoire grâce aux chansons, au récit, aux projections, parfois interactives. Une forme pluri-artistique ingénieuse dominée toutefois par la musique. C’est l’histoire de Fleur, Hugo, Foued, Lili, Jean-Paul, Chérif… Les amours, les amitiés se nouent et se dénouent, les évènements de la vie sont implacables.

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tom poisson,heureux comme les cerfs-volants,interview,mandorInterview :

Ça fait 12 ans que tu sors régulièrement des disques. Celui-ci est-il le plus abouti au regard de l’expérience acquise?

Je pense avoir toujours su faire des chansons qui tenaient la route, mais après, il y a toujours cette équation insondable de savoir à quoi tient une chanson réussie. Il faut qu’il y ait l’alchimie entre le texte,  la musique, la voix et l’arrangement. Est-ce que l’association de tout va parvenir à toucher le public. Dans ce nouvel album, les passerelles sont mieux tissées. J’ai l’impression que le chanteur a fait le pont plus facilement avec le reste.

Tu n’as pas toujours assumé d’être chanteur ?

Au départ, je pensais que livrer la chanson suffisait. J’avais indéniablement le complexe du chanteur. Je l’ai résolu dans cet album. Fred Pallem, le coréalisateur et coarrangeur du disque,  m’a aidé dans ce sens.

Il est clair que tu as évolué vocalement depuis ton premier album.

Je ressens profondément que l’émotion passe autrement, du fait que le chanteur a évolué.

Le clip de "Conjonctivite", avec la participation exceptionnelle de Alexandre Kinn
Réalisation Fernando De Azevedo / Tom Poisson. Extrait de l'album HEUREUX COMME LES CERFS-VOLANTS

Pourquoi es-tu en permanence dans la création, dans des projets différents.

C’est essentiel pour mon équilibre psychique. Et puis, ça évite de trop se regarder le nombril. C’est très équilibrant d’avoir des projets différents et des implications différentes dans chacun d’eux. Il est bon de ne pas être tout le temps à la proue du navire, mais d’être un simple membre d’équipage, comme je le suis dans Les Fouteurs de Joie. Dans ce groupe, nous avons tous des spécificités et des qualités différentes. Quand je joue avec eux, il m’arrive d’avoir des frissons. Je suis partie intégrante, mais également spectateur du truc. Aujourd’hui, pour qu’un artiste continue d’exister, il faut qu’il soit multiple, à moins d’être un de ces rares artistes à être signé dans une grosse maison de disque et être pris par la main.

Toi, tu as été chez Naïve.

Mais j’ai toujours mis la charrue avant les bœufs. J’ai toujours réalisé mes albums avant de signer quoi que ce soit. Ils m’ont pris tel quel. Je n’ai jamais attendu quiconque pour commencer à travailler, ni même pour faire aboutir un projet. Je fais et après on voit s’il se passe des choses.

Extrait du spectacle tiré de l'album HEUREUX COMME LES CERFS-VOLANTS
Sortie nationale, édition médiabook (12 chansons + 1 nouvelle) février 2016

Comment produit-on son propre spectacle seul ?

C’est simple. On vide ses comptes personnels, ceux de sa structure juridique, on emprunte de l’argent à sa vieille mère, on demande des subventions. Ça pèse lourd, j’avoue.

Mais tu t’amuses.

Voilà ! C’est primordial. Ce qui me porte aussi, c’est l’investissement des gens à l’intérieur du projet. Dans l’album Heureux comme les cerfs-volants, Fred Pallem et Emiliano Turi ont donné énormément. Quant au spectacle, tous les gens qui en font partie intégrante ont aussi donné d’eux de manière ahurissante.

Le clip de "Le type en pyjama", avec Sodadeth San, Barbara Cabrita, Colomba Giovanni, Emilie Rambaud
Réalisation Fernando De Azevedo / Tom Poisson. Extrait de l'album HEUREUX COMME LES CERFS-VOLANTS 

Le projet Heureux comme les cerfs-volants est décliné en spectacle, en disque et en nouvelle.

Je tiens tout de même à préciser que l’on peut voir le spectacle sans avoir écouté le disque, ni lu la nouvelle.

J’ai envie de revenir sur la nouvelle… elle fait 37 pages. Tu n’es pas habitué à écrire des textes si longs.

J’adore le format « chanson ». Dire beaucoup de choses en trois minutes est mon exercice de style préféré. Avec cette nouvelle, je me suis fait violence. Si je me lance de l’écriture d’une nouvelle, j'ai besoin de ne pas savoir ce qu’il y aura d’écrit à la page suivante. C’est un peu comme de l’écriture automatique, parce que j’ai besoin de me surprendre jusqu’au bout.

Le disque s’écoute comme un album de variété.

Je ne voulais pas que ce soit un album concept chiatique. Je voulais que ce soit simple.

Le clip de "Les cerfs-volants". Images : François Berdeaux. Réalisation : Fernando De Azevedo, Tom Poisson
Extrait de l'album HEUREUX COMME LES CERFS-VOLANTS

Il n’y a aucune chanson qui se ressemble. Chaque chanson à son ambiance musicale et textuelle.

Depuis que je fais ce métier, j’ai toujours eu un petit truc en tête : peu importe si les gens n’aiment pas mon univers sonore et mes choix artistiques, mais par contre, je ne veux pas qu’ils s’ennuient. Je veux aussi qu’il y ait de la cohérence dans mes albums. Pour ce disque, j’avais une vingtaine de chansons, j’en ai choisi cinq que j’estimais les meilleures et que j’avais le plus de plaisir à chanter guitare-voix. Ensuite, je suis parti d’elles pour imaginer un fil rouge. Parce que ces chansons existaient, j’avais des contraintes énormes d’évènements, de climat, de prénoms…

Ces chansons parlent un peu de toi ?

Il y a une grosse part d’autobiographie dans chaque personnage. Je suis sincère, les choses sortent sans réfléchir. Soyons clair, c’est une forme de thérapie. Je n’écris pas pour aller mieux, mais je me rends compte qu’écrire débloque des choses chez moi de façon profonde. Depuis le début, ce métier, je l’envisage aussi comme ça. Dans l’album Riche à millions, je me suis rendu compte de la résonance de certaines chansons des années après, dans ma propre vie.

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Tom "Nike" Poisson. 

(Ceci n'est pas un placement de produit, ceci est une blague).

Tu as quatre clips déjà pour ce disque. C’est énorme !

Dans ma tête, ce projet était assez cinématographique depuis le début. Ce que nous faisons sur scène est qualifié par ceux qui ont vu le spectacle comme poétique et cinématographique. Ce projet est un tout. Il y a de quoi lire, de quoi voir, de quoi écouter.

Tu n’as pas peur que ce projet soit trop ambitieux, que les gens ne comprennent pas ?

Maintenant que c’est fait, j’ai peur de ça. Mais je n’avais pas peur avant. Je fais toujours les choses de manières intuitives. Advienne que pourra.   

Tu n’as jamais autant travaillé que depuis que c’est la crise. Tu es tout le temps sur la route.

En 6 ans, j’ai fait 500 concerts. Mes scènes perso, Les Fouteurs de Joie, les Nino’s m’ont bien occupé. Et ma parenthèse jeune public… j’ai fait 200 dates aves L’homme qui rêvait d’être une girafe. Au passage, c’est grâce à ce spectacle que j’ai compris que c’était possible de raconter une histoire avec de l’image, du théâtre et des chansons. Avec le spectacle Heureux comme les cerfs-volants, je confirme la chose. Le public pourra en juger le 11 février au Café de la Danse.

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Après l'interview, le 7 janvier 2016, Tom et moi, heureux comme des Poisson sous l'eau. 

31 janvier 2016

Corinne Royer : interview pour Et leurs baisers au loin les suivent

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(© Laurent d'Oliviera)

"On a toujours le choix entre la vérité et le mensonge. Et je sais à présent que si la vérité est une compagne discrète dont on peut se défaire, le mensonge est une harpie qu'on épouse pour des noces de diamant." Corinne Royer revient avec un magnifique roman sur les secrets de famille et les non-dits, notamment. « J’ai voulu que ce texte éprouve la justesse de nos sentiments, la puissance de nos attachements, un roman à l’intérieur duquel s’insinueraient plusieurs livres comme s’entrelacent plusieurs vies dans chacune de nos existences. »

Pour cette deuxième mandorisation (la première est ici), l’auteure stéphanoise est de nouveau passée à l’agence, le 12 janvier dernier. Elle me dit tout sur ce livre aussi palpitant qu’envoûtant. Et leurs baisers au loin les suivent déplie les secrets sur lesquels les fragiles destins humains se bâtissent. Et le lecteur reçoit un choc émotionnel intense.

corinne royer,et leurs baisers au loin les suivent,interview,mandorL’histoire par l’éditeur :

Cassandre vient déclarer à la gendarmerie la disparition de son mari. Pourtant elle sait où il se trouve, et qu’il ne reviendra plus. Bientôt, elle reçoit de mystérieux courriers annonçant des révélations au sujet du passé de Léon. Que peut-elle ignorer de cet époux taiseux, qu’elle a aimé résolument un tiers de siècle durant dans le quotidien rugueux d’une ferme de Saône-et-Loire ? Et connaissait-il bien sa femme, son étrangère à la peau sombre qui ne lui a pas donné d’enfant et n’a cessé de rêver du lointain pays de ses ancêtres ? On ne mesure jamais les zones de violence que recèle toute vie, la part de mensonge que contient tout amour, la force des liens qui nous attachent à la terre et aux hommes.
D’Haïti à la mer Égée, de l’Algérie au Mexique, de l’Antarctique aux États-Unis, ce roman fiévreux à l’écriture envoûtante explore les géographies intimes au hasard desquelles les fragiles destins humains s’abîment, se heurtent et malgré tout se bâtissent.

L’auteur :

Corinne Royer est née en 1967. Elle est l'auteur de deux autres romans publiés aux éditions Héloïse d'Ormesson : M comme Mohican (2009) et La Vie contrariée de Louise (2012, prix Terre de France La Montagne).


corinne royer,et leurs baisers au loin les suivent,interview,mandorInterview :

J’ai relu ta première mandorisation qui date de 2012. Je t’ai posé des questions sur ton troisième roman. Tu m’as répondu : « C’est une sorte de conte pour adulte, un conte un peu fantasque dont une partie se passe en France en territoire rural et dont l’autre partie devrait se passer en Haïti ». Tu as donc porté ce livre durant 4 ans ?

C’est fou ce que tu me dis parce que je ne pensais pas que l’idée avait déjà germée à cette époque-là. Je suis très étonnée. Quand tu m’as reçu la première fois, c’était pour La vie contrariée de Louise, dont l’action se passait dans un petit village français lors de la Deuxième Guerre Mondiale. Je partais d’un fait historique majeur et à partir de ce fait, je tissais des destins individuels très intimes. Il y avait donc des contraintes de contextes historiques. Au bout du compte, j’étais frustrée par rapport à ma liberté de romancière. En réaction, j’ai souhaité être complètement dans le romanesque et l’imaginaire.

Je crois que tu avais plusieurs idées à la base.

La première idée était partie d’un reportage photographique sur un petit coin de France rurale en bord de Loire, à Bourbon Lancy, le domaine du Grand Fleury. J’ai des photos (voir plus bas) où tu vois la Loire, des falaises impressionnantes et à une dizaine de mètres de la falaise érodée, tu as ce magnifique domaine agricole. Je suis allée sur place pour m’imprégner de ces lieux-là avant d’écrire le livre. Entre le moment où j’ai commencé le roman et où je l’ai terminé, le domaine a été détruit par mesure de sécurité. Le livre est un peu testamentaire par rapport à cette géographie des lieux.

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(Photos personnelles de Corinne Royer du domaine de Grand Fleury)

Et pourquoi Haïti ?

Pour des raisons personnelles, j’ai été très proches des évènements qui se sont déroulés là-bas. D’ailleurs, c’est curieux, ce séisme a eu lieu il y a 6 ans aujourd’hui pile. Bref, je me suis demandé si je situais mon roman dans ce petit coin rural de France où en Haïti. En fait, j’ai réuni les deux puisqu’il y avait cette notion de failles des deux côtés. La faille dans les falaises qui ébranlait les terrains et la faille sismique qui s’est déroulée en Haïti.

Tu as toujours des tas de romans en tête ?

Oui, je passe plus de temps à évacuer les idées qu’à en chercher. J’ai toujours été fascinée par ça. C’est-à-dire imaginer la vie rêvée des gens,  la vie fantasmée, leurs songes. J’aurais beaucoup aimé être psychanalyste. Mon travail d’écrivain revient un peu à ça.

corinne royer,et leurs baisers au loin les suivent,interview,mandorC’est ce que tu fais dans ton roman.

Il part d’un fait divers un peu burlesque. On retrouve un homme mort dans son congélateur, alors qu’il a toujours rêvé de l’antarctique. Souvent, on entend après un fait divers, « pourtant, c’était un jeune homme sans histoires… » Cette terminologie-là est très intéressante parce qu’il n’y a pas de gens sans histoires. Dans mon roman, on rentre dans une géographie des songes et dans la psychologie des personnages. On va vite se rendre compte que des personnages, à l’apparence assez lisse, en fait, trimballent un passé assez lourd et des songes et des rêves absolument vertigineux.

C’est extrêmement difficile de raconter ton livre, car il y a beaucoup d’histoires qui se mêlent, s’entrecroisent… et il faut que le lecteur découvre au fur et à mesure.

Il y a un côté un peu polar. Il y a des détails qui se recoupent, d’autres qui sont insinués et qui viennent confirmer plus tard un fait ou une action.

Il y a trois formes de narration.

Il y a le récit au présent de Cassandre qui vient de perdre son mari. On va rentrer dans le tourment que génère cette perte. Il y a la thématique du deuil, il y a aussi la question posée : comment acquérir sa liberté. Du jour au lendemain Cassandre va pouvoir faire ce qu’elle veut de sa vie. Il y a aussi les lettres de Lucien et à l’intérieur des lettres de Lucien, il y a le rendez-vous entre les deux frères à Nevers.

C’est un roman très dense. On peut s’y perdre parfois, mais on retrouve toujours son chemin.

Il est toujours à la frontière du factuel et du songe. Parfois, on ne sait plus trop où on est. Pour ce roman, je me suis inspiré de personnages réels à qui j’ai réinventé une vie, qui est d’ailleurs plus proche de ce qu’ils montrent dans la vie réelle. Je ne sais pas. C’est ça le miracle de l’écriture. Il y a aussi des personnages totalement fictifs. Quand j’ai écrit ce roman, moi-même, je ne savais plus si j’étais dans l’inspiration liée à des rencontres ou totalement dans le fictif et le romanesque. Tout cela est très subjectif.

Pardonne-moi de te dire ça, mais je trouve que tu écris encore mieux qu’avant. Il y a une beauté de corinne royer,et leurs baisers au loin les suivent,interview,mandorl’écriture saisissante.

J’ai eu le bonheur de travailler avec Marie Desmeures d’Actes Sud. Elle a eu une vraie exigence littéraire sur le texte. Elle ne m’a rien laisser passer.

On se remet en question quand on écrit un nouveau roman ?

Chaque livre est le premier. Il n’y a pas d’acquis. C’est à chaque fois une nouvelle aventure, un nouveau défi.

Comment travailles-tu ?

Je fais un plan. J’ai l’idée de la construction de mon roman et de ce qu’il va s’y passer, mais très vite, au bout d’une semaine, le plan vole en éclat. C’est vraiment la musique de la langue qui va décider des choses. L’histoire se construit dans l’écriture et non pas l’inverse.

Il y a un personnage qui parle aux morts… mais ce n’est pas Cassandre, qui pourtant est haïtienne.

Plus que jamais, aujourd’hui, nous vivons dans une société où nous sommes étiquetés, alors qu’en fait, nous sommes tous multiples. Ça m’a amusé d’imaginer que ce soit Pierre, élevé à la campagne, qui parle aux morts. Je lutte à ma façon contre les aprioris.

Dans le personnage de Cassandre, il y a une faculté de résilience.

Oui, et une volonté de réenchanter le quotidien. C’est très symbolique du peuple d’Haïti qui a vécu des horreurs à répétition, qu’elles soient politiques ou naturelles.

Tous tes personnages se posent la question de savoir qui ils sont et d’où ils sont.

Chacun va se fourvoyer ou fantasmer par rapport à ça. Le trait commun à tous mes personnages c’est qu’ils ne sont pas forcément de là où ils sont nés, ils ne sont pas forcément de là où ils ont grandi, mais qu’ils sont toujours de là où ils ont aimé.

Dans ton livre, il est aussi largement question du mensonge.

Il y a la question du malentendu et la question du mensonge. Dans mon roman, c’est toujours un mensonge bienveillant. Les personnages mentent pour protéger l’autre, ce n’est jamais pour se protéger soi-même.

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C’est un beau roman d’amours. Au pluriel.

Lacan disait : « l’amour c’est donné ce qu’on n’a pas ». En tout cas, entre mes personnages, c’est de l’amour rugueux, mais profond et extrêmement tendre. Ce livre n’est pas qu’un roman sur l’amour, il est aussi sur le déracinement, la transmission, la filiation…

Et bien plus.

Et bien plus.

Tu ne résous pas tous les problèmes…

Je pose beaucoup de questions, mais j’apporte assez peu de réponses. J’aime laisser la place et la libre interprétation aux lecteurs.

De quoi va parler ton quatrième livre ?

Je suis sur l’histoire d’un vol d’une découverte scientifique. Je suis dedans à fond, parce que je travaille avec une vieille dame de 90 ans, qui est la dame à qui on a volé la découverte. Il y aura deux dimensions dans le roman. L’histoire à peu près vraie de cette dame et en parallèle, une histoire complètement fictive.

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Après l'interview, le 12 janvier 2016. 

29 janvier 2016

Valérian Renault : interview pour l'album Laisse couler

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(Photo : Catherine Cabrol)

Ex-Vendeurs d'enclumes, l’orléanais Valérian Renault troque l'énergie du rock alternatif pour un projet plus personnel. Avec sa voix grave, il nous dévoile ses écorchures avec une fausse douceur, une grâce amère qui ne peuvent laisser indifférent. Cet auteur-compositeur nous offre un premier disque solo Laisse couler dans lequel il joue, jongle avec les émotions… et les nôtres en particulier. Une « véritable arme d'émotions massives » ai-je lu quelque part. Valerian Renault, c'est de la chanson poétique directe qui parle d'amour et de rupture, de lien avec le père, ou qui joue avec les mots.

Le 5 novembre 2015, Valérian Renault est venu me rendre visite à l’agence pour une passionnante conversation.

valérian renault,laisse couler,les vendeurs d'enclumes,interview,mandorBiographie (tiré du site Éclats Spectacle) :

Valérian Renault est un personnage authentique et délicat, doté d´un charisme éclatant. Après s´être formé à la fois à l´art dramatique, au chant lyrique et au chant jazz, c´est dans la poésie des mots qu´il va se jeter à corps perdu.

Jeune auteur compositeur interprète, c´est à 20 ans qu´il rassemble autour de ses chansons une équipe de musiciens à l´énergie endiablée et au talent détonant. Les Vendeurs d´enclumes sont nés.

Pendant plus de 10 ans ils parcourront l´espace francophone, écumant les salles de concert et récoltant les prix. Mais c´est avant tout la personnalité impétueuse et la plume singulière de Valérian Renault qui font le succès des Vendeurs d´enclumes.

C´est donc tout naturellement qu´en 2012 Valérian décide de prendre son envol et de créer un nouveau répertoire sous son nom. Son interprétation trouve alors un souffle nouveau, dans le dénuement du concert solo. Il dévoile enfin la force phénoménale de son jeu délicatement puissant ainsi que la précision et la finesse de son écriture.

Valérian Renault s´engage totalement dans son art, il investit organiquement son corps-instrument et sa voix rugueuse et envoutante dans l´émotion de ses chansons.

Il vient nous chercher où que nous soyons, il nous trouve et nous trimballe dans une fausse douceur, dans une douleur veloutée, jusqu´au KO.

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(Photo: Catherine Cabrol)

valérian renault,laisse couler,les vendeurs d'enclumes,interview,mandorInterview :

Viens-tu d’une famille de musiciens ?

Non et, en plus, on écoutait assez peu de musique. En revanche, mon père était administrateur d’une compagnie de théâtre. J’ai eu assez tôt l’habitude de voir des gens sur scène et donc assez tôt l’envie d’y être aussi. La première fois que je suis rentré dans une école d’art, c’était au conservatoire de théâtre. C’est par la suite que j’ai appris la musique.

Comment t’es-tu dirigé vers la chanson ?

J’ai dû écrire ma première chanson sur un air déjà existant vers 10 ans. Je pastichais des chansons. C’est un moyen d’expression qui m’a paru naturel très vite. Un jour, j’ai découvert quelques artistes, dont Brel, et j’ai eu envie de faire exactement comme eux.

Depuis tu écris des chansons continuellement ?

Non, ce sont des moments fugaces. Je peux passer un an à écrire trois chansons. J’ai des périodes où c’est un exercice régulier, et d’autres où c’est plus lointain. Dès qu’il se passe quelque chose d’important, j’ai besoin de le traduire en chanson.

Extrait de l'album Laisse couler, la chanson titre "Laisse couler" (audio).

Dans cet album, il est beaucoup question d’amour et de femme(s). Tu avoues, contrairement à d’autresvalérian renault,laisse couler,les vendeurs d'enclumes,interview,mandor artistes, que les chansons parlent de ce que tu vis. « Joueuse », par exemple, est une chanson très dure.

J’étais fâché avec la femme en question (rires). Mes chansons sont effectivement très personnelles, mais je ne suis pas sûr que ce soit très intéressant de le savoir. Ça ne change rien en la perception que doivent avoir les gens qui écoutent mes chansons. Le fait que ce soit vrai simplifie les choses, il y a moins besoin d’inventer. Et c’est aussi un exutoire de balancer sa colère et ce que l’on a sur le cœur. Cela peut aussi me permettre de comprendre beaucoup mieux ce qu’il s’est passé et ce que l’on ressent.

Tu as toujours un angle inédit pour aborder tes histoires.

Dans la chanson et dans l’écriture en général, ce qui me passionne, c’est d’avoir un point de vue. Qui parle ? D’où on se place pour raconter une histoire ? Les thèmes que j’aborde dans mes chansons n’ont rien d’originaux, c’est la mort, l’amour, la vie. C’est rassurant quand on est auteur ou créateur de savoir que ce que l’on fait, personne d’autre ne peut le faire car il n’est pas à notre place. Ce que je fais est unique parce qu’il n’y a que moi qui suis à ma place et à partir de là, il n’y a que moi qui voit le monde d’où je suis. Le monde que je décris, si je ne le décris pas, personne ne pourra le connaître. Je trouve que c’est un voyage dépaysant de regarder le monde dans les yeux d’un autre.

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Quand tu écris une chanson, penses-tu au côté universel qu’elle doit avoir?

Je n’y pense pas quand je l’écris, mais quand je l’écoute après et que je la critique. C’est ce qui fait que je m’éloigne d’un courant de la chanson française actuelle qui ne me parle pas du tout parce qu’il est très anecdotique et très ciblé. Chanter le quotidien ne m’intéresse pas.

Mais c’est terminé ces histoires de chanteurs qui racontent leur quotidien. Les Dominique A, Bertrand Belin et autre Arman Mélies, ils sont loin de tout ça.

Oui, c’est en train de se terminer, tu as raison. En tout cas, cela fait 15 ans que je suis sûr scène et ça fait 15 ans que j’entends Bénabar à la radio et les chanteurs que j’aime dans les petits bistrots. Bon, je te l’accorde, c’est en train de bouger. On va vers une écriture poétique et ouverte… et qui tend vers l’universel.

Tu es un « formaliste ».

Tout à fait. La forme, l’emplacement des rimes, de la métrique, des césures m’importent par-dessus tout. C’est ça qui fait qu’un auteur est un musicien et c’est là où, pour moi, la chanson est un lieu de rencontre entre la musique et le texte. Il y a un poète que j’adore, c’est Paul Valéry. Dans un de ses plus beaux poèmes extraits de Charmes, Les grenades,  il raconte en une quinzaine de vers l’univers tout entier en décrivant un fruit. Il décrit tous les mystères de la vie, de la mort… il s’agit de la description d’une nature morte et il arrive à nous bouleverser. Quand la forme se rapproche le plus possible de l’idée de la beauté, de l’harmonie, on touche à la vérité ultime.

valérian renault,laisse couler,les vendeurs d'enclumes,interview,mandorLe poème en question :

Dures grenades entr’ouvertes
Cédant à l’excès de vos grains,
Je crois voir des fronts souverains
Éclatés de leurs découvertes !

Si les soleils par vous subis,
Ô grenades entre-bâillées,
Vous ont fait d’orgueil travaillées
Craquer les cloisons de rubis,

Et que l’or sec de l’écorce
À la demande d’une force
Crève en gemmes rouges de jus,

Cette lumineuse rupture
Fait rêver une âme que j’eus
De sa secrète architecture.

Quand tu écris, t’imposes-tu des contraintes ?

Oui, des contraintes presque oulipiennes. J’aime que chaque syllabe soit à sa place, j’aime savoir pourquoi cette syllabe est à cette place là et pas à une autre.

A ce point-là !

Mais je m’amuse. C’est comme si je faisais un puzzle ou un sudoku.

L'EPK de l'album Laisse couler.

Charles Aznavour a participé à une chanson.

C’est fou ! C’est une grosse surprise, car c’est un homme que je ne connais pas et que je n’ai même jamais croisé. J’avais écrit le texte de « Tes hanches », j’avais une petite mélodie en tête, mais qui ne me plaisait pas beaucoup. J’explique à Danièle Molko, mon éditrice, la difficulté que j’ai à trouver une bonne musique. Je lui précise « je voudrais une musique un peu à la Charles Aznavour, avec des envolées lyriques et en même temps quelque chose de léger, dans les tonalités majeures  ». Elle me répond « on a qu’à demander à Charles Aznavour ! »

Evidemment ! C’est si simple…

Je croyais qu’elle plaisantait. Pas du tout. Encouragé par elle, j’ai écrit un mail à Charles Aznavour en lui envoyant le texte. A ma grande surprise, il a accepté.

Tu as une écriture très littéraire. Tu lis beaucoup ?

Non. J’ai des périodes où je peux lire beaucoup et d’autres pas du tout. Par contre, je suis très doué pour parler de livres que je n’ai pas lus, pour parler de poètes que je ne connais pas… pour faire illusion il y a du monde (rires).  Franchement, ma culture est très disparate et hasardeuse.

Tu écris vite ?

Je dois vivre, ressentir des choses. J’ai besoin d’être suffisamment plein pour avoir envie de chanter et d’écrire quelque chose. Mais une fois que je suis suffisamment plein, le moment de l’écriture est très rapide. Je ne fais quasiment pas de corrections et je ne reviens pas sur ce que j’écris. Je ne commence pas à écrire tant qu’il n’y a pas un jeu de formes qui va m’amuser. Pour le fond, je laisse exprimer ce que je ressens, la forme va se construire toute seule, il suffit de laisser les mots s’agencer entre eux et ensuite, ça coule assez rapidement.

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Pendant l'interview...

Tu as passé tellement d’année avec Les vendeurs d’enclume que ça doit te faire bizarre d’être seul sur scène, non ?

Je me sens tout nu. Nous étions cinq et ils étaient tous d’excellents musiciens, donc il n’y avait aucune question à se poser avant de monter sur scène. Nous faisions de la chanson « maximaliste » avec beaucoup d’arrangements. D’un coup, je pars à l’opposé, dans le dépouillement et l’épure total.  Ce qui est marrant, c’est que je chante aussi des chansons que je faisais avec eux, comme c’est moi qui les écrivais. Je m’aperçois depuis que je suis en solo qu’une chanson peut exister avec rien, enfin, avec pas grand-chose.

Sur ta pochette, on voit de l’encre qui sort de ta bouche…

L’album s’appelle Laisse couler. La coulure d’encre était donc dans le thème. Cela symbolise mon rapport à l’écriture. Le fait que ce soit une coulure qui tâche tout et que ce soit dégueulasse, c’est aussi parce que j’aime ça dans l’écriture. Il peut y avoir une recherche d’harmonie et de beauté dans la forme et, à la fois, j’aime bien quand ça sent un peu des pieds. Il y a des imperfections, de la violence, des mots sales, des idées pas tout à fait correctes. J’aime bien mélanger une jolie forme et un fond dégueulasse.

Tes histoires se terminent rarement bien, j’ai remarqué.

Je ne le fais pas exprès, mais tu as raison. Il n’y a pas beaucoup de happy end. Il faudrait que je m’y mette, si je veux vendre un peu à l’international (rires).

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Après l'interview, le 5 novembre 2015.

Bonus :

Et comme j'aime bien Claude Fèvre, voici son avis éclairé pour le site Nos Enchanteurs

25 janvier 2016

Frédéric Fromet : interview pour Ça Fromet!

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Mais qui est Frédéric Fromet ? Si vous êtes un fidèle auditeur de France Inter vous connaissez celui que ses copains de l’émission Si tu écoutes, j’annule tout appellent le barde. Chaque vendredi après-midi avec ses chansons sur l’actualité où il tire sur tout ce qui bouge, il fait marrer tout le monde. Il chante des atrocités, mais l’hilarité gagne ceux qui l’écoutent. Impossible de résister à sa prose décapante et irrésistible.

Ceux qui n’écoutent pas cette station de radio peuvent aussi le connaître également, mais plus comme chansonnier, dans la plus pure tradition du genre. Quoi qu’il en soit, il vient de sortir une sélection de « chansons vaches », mises en musique par les Ogres de Barback. Un petit concentré de méchanceté qui fait du bien à écouter.

Le 9 novembre 2015, Frédéric Fromet, m’a reçu dans un bar où il a ses habitudes, égal à lui-même, drôle et impertinent.

frédéric fromet,ça fromet!,interview,si tu écoutes,j'annule tout,mandorBiographie officielle :

Repéré au festival d’Avignon 2008 par le directeur du Caveau de la République, Frédéric Fromet est embauché dans ce célèbre théâtre parisien, où il fera ses armes jusqu’en avril 2014 en croquant chaque semaine l’actualité sous forme de chansons satiriques. Sa ligne de conduite : ne rien prendre au sérieux, à commencer par soi-même. Sa tronche de gentil facilitant l’expression de son esprit foncièrement frondeur, sans se départir d’une humanité certaine. Le 12 juillet 2013, Alex Vizorek, son confrère au Caveau de la République, l'invite à faire le barde en direct sur France Inter dans Le Septante-Cinq Minutes. Frédéric interviendra dès lors tous les vendredis de juillet-août 2013 et 2014 dans l'émission estivale de Charline Vanhoenacker et Alex Vizorek. Depuis septembre 2014, il sévit chaque vendredi à 17h55 en direct sur France Inter dans Si tu écoutes, j annule tout, toujours sous la houlette de Charline et Alex. Jouissant d’une remarquable liberté de parole, il s’amuse chaque semaine à brocarder l’actualité tous azimuts. Suite aux attentats de janvier 2015, sa chanson « Coulibaly Coulibalo » rencontre un auditoire notable. Il se retrouve invité à plusieurs reprises dans la matinale de Patrick Cohen. Si Frédéric s'éclate aussi à la scène. En tournée quasi-permanente avec un accordéoniste et un contrebassiste, il s’amuse et entraîne le public dans sa joie de vivre. Cet été 2015, son spectacle a affiché complet durant tout le festival d'Avignon. Le 6 novembre 2015 est paru son album Ça Fromet!

Argumentaire officiel du disque :frédéric fromet,ça fromet!,interview,si tu écoutes,j'annule tout,mandor

Le disque de Frédéric Fromet contient 17 chansons. Où tout le monde en prend pour son grade, écrirait un gratte-papier ô combien inspiré (qui pourrait même ajouter qu' « avec des textes ciselés et une sensibilité à fleur de peau, Frédéric Fromet est un artiste décalé et plein d'autodérision à qui l'on donnerait le bon dieu sans confession et qui pourtant tire à boulets rouges sur tous les travers de notre société dans un opus jubilatoire qui devrait être remboursé par la Sécurité Sociale tant il dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas »).

L'album s'ouvre sur « Je suis bobo ». A son descriptif fouillé, on devine une charge autobiographique. Une façon de dire « Maintenant que je me suis bien foutu de ma tronche, je vais pouvoir m'occuper de la vôtre... ». Le festival peut alors battre son plein. Au tableau de chasse : les provinciaux (« Chez les bouseux »), les mômes insupportables (« Morveux »), le jargon d'entreprise (« Les jeunes cadres dynamiques »), les footeux (« Shoote, shoote, shoote »), les joggeurs (« Je cours »), les chanteurs rive gauche qui roulent les r (« La Chanson Française »), l'extrême-droite (« Mawine Le Peigne »), l'extrême-gauche (« Je suis plus de gauche que vous »), la foire des intermittents du spectacle (« Juillet à Avignon »), le trop bio pour être vrai (« C'est du bio »), la société numérico-débilo-narcissique (« A cause d'un clic » et « Le Siècle des Lumières »).

frédéric fromet,ça fromet!,interview,si tu écoutes,j'annule tout,mandorTrois chansons sont directement inspirées par une actualité récente. « Coulibaly Coulibalo » rend hommage aux victimes des attentats perpétrés contre Charlie Hebdo et l'Hypercacher en janvier 2015 et se conclut par « Les fous de Dieu sont des tocards »... « Gad Elmallette » évoque une vedette qui aime sa banque en France tout en fraudant le fisc avec des placements en Suisse (révélés par le journal Le Monde en février 2015). Enfin, « Badaboum lé péti

yélico » s'inspire de cet accident d'hélicoptères en mars 2015 au cours du tournage d'une émission de télévision qui vend du temps de cerveau disponible. L'album se termine sur un enregistrement live lors de la tournée des 20 ans des Ogres de Barback, avec lesquels

Frédéric Fromet chante « J'ai tout plein d'amis au Medef ».

Les Ogres de Barback, justement, ont signé les arrangements musicaux et joué sur tous les morceaux.

A noter que les superbes illustrations de la pochette et du livret sont l'œuvre d'Aurel, sollicité pour son univers proche de celui de Frédéric à travers ses dessins de presse.

Effectivement, Ça Fromet !.

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(Photo : Fabien Espinasse)

frédéric fromet,ça fromet!,interview,si tu écoutes,j'annule tout,mandorInterview :

Il y a un projecteur braqué sur vous depuis deux ans, mais vous écrivez et chantez depuis combien de temps ?

Avant j’avais un vrai travail, j’étais un jeune cadre dynamique. Le 1er janvier 2009, j’ai été embauché par le Caveau de la République. Déjà, je devais écrire une chanson par semaine sur l’actu. Mais cette fois-ci, je la chantais sur scène, devant un public. J’ai fait ça jusqu’à ce que cet établissement ferme ses portes, en avril 2014. C’est au Caveau de la République que j’ai rencontré Alex Vizorek et c’est lui qui m’a permis d’accéder à la radio.

Vous avez pris la décision d’arrêter votre travail de « jeune cadre dynamique ». C’était risqué.

J’ai pris une année sabbatique pour tester et comme j’étais toujours accepté au Caveau de la République au bout de cette année, j’ai continué. J’ai largué mon ancienne vie. Ce qui n’empêche pas des remises en question perpétuelles. Par exemple, à la radio, j’ai l’impression de recommencer à zéro chaque semaine. Je vis désormais à la semaine la semaine. C’est ce qui fait le sel de cette activité. Ça m’oblige à donner le meilleur de ce que je suis capable de produire.

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L'équipe de Si tu écoutes, j'annule tout.

Depuis que vous faites l’émission, Si tu écoutes, j’annule tout, quasiment toutes les vidéos de vos frédéric fromet,ça fromet!,interview,si tu écoutes,j'annule tout,mandorprestations sont relayées…

Ca a réellement démarré à partir de janvier. On m’a engagé dans cette émission au dernier moment, du coup au début, comme un feignant, j’ai écoulé mon stock de chansons existantes. Elles ne portaient pas sur l’actualité de la semaine, elles se contentaient donc de marchoter. L’impact n’était pas très puissant, je dois l’avouer. Depuis que je traite de l’actualité immédiate, ce que je chante parle à plus de monde.

Nous nous en serions bien passés, mais c’est suite aux attentats du 7 janvier 2015 que tout a basculé pour vous.

Oui, j’ai chanté « Coulibaly Coulibalot » et cette chanson a eu un succès phénoménal. Pour moi, ce n’était qu’une chanson de plus pour rigoler. Je n’aurais jamais imaginé une seule seconde l’impact qu’elle aurait pu avoir.

Frédéric Fromet explique aux enfants de France les attentats de ces méchants pas beaux Djihadistes.

La France pleurait ses morts et vous, vous parlez des meurtriers en nous faisant rire…

Mais vous savez, ça m’a fait du bien à moi d’abord. Après, on m’a expliqué que ça a été une catharsis pour plein de monde. Beaucoup m’ont dit que c’était la première fois qu’ils riaient après les attentats. 

Quand on écrit ce genre de morceau, sait on jusqu’où on peut aller ? Plus précisément sait-on quelle est la limite à ne pas dépasser et s’impose-t-on des limites?

Mais quelle question chiante ? (Rires) Le mot limite n’est pas le bon mot. J’essaie juste d’être en accord avec moi-même. Depuis « Coulibaly Coulibalot », je réfléchis davantage à ce que j’écris. Il y a eu des conséquences que je n’avais pas mesurées. Tant que les chansons circulaient dans un réseau assez restreint, ça allait puisque les gens avaient les codes pour la comprendre. Celle-ci est arrivée sur les réseaux sociaux à des oreilles qui ne comprenaient pas ce que je voulais dire derrière tout ça. Il y a eu parfois une incompréhension totale de cette chanson. Il y a notamment un couplet pour dénoncer les amalgames qui a été compris au premier degré par certaines personnes… et pas par les plus tolérantes. Maintenant, je me pose la question de savoir si mon second degré ne va pas être compris au premier.

La chanson de Frédéric Fromet consacrée au port de la kippa: Où t'es kippa, où t'es?"

Ce n’est pas dommage pour le créateur que vous êtes. Vous êtes obligés de vous freiner du coup, non ?Je fais plus attention à ma façon d’écrire. Je fais en sorte que mon second degré et mon ironie soient plus perceptibles à tout le monde.

Vous n’avez jamais peur de conséquences plus importantes par rapport à ce que vous dites dans vos textes ?

Avec « Coulibaly Coulibalot », j’ai eu des problèmes. Je n’ai pas envie de m’étaler dessus, mais du coup, là, j’ai vraiment eu peur. Pendant au moins deux semaines, j’ai été un peu « bousculé ».

Vous lancez des textes « costauds » avec une musique légère, voire enjouée et une voix gentille, voire presque féminine…

Il y a beaucoup d’auditeurs de France Inter qui appellent pour connaître le nom de la fille qui chante. Ça ne me vexe pas. C’est ma voix, c’est comme ça. J’ai l’impression que ce sont tous ces points que vous évoquez qui font ma force. Cela me permet de dire beaucoup sans agresser et au contraire, provoquer un sourire. Récemment, j’ai vu un groupe qui faisait des reprises de mes chansons, je suis parti au bout de trois chansons tellement j’ai eu peur.

C’est compliqué de rendre l’actualité, souvent morose et sordide,  hilarante ?

Ma ligne de conduite est de ne rien prendre au sérieux dans ma vie et dans la chanson. Dans ce que j’écris, le problème majeur est de trouver l’angle. En ce moment je me mets beaucoup de pression dans la mesure où je sais que c’est beaucoup relayé sur les réseaux que j’appelle asociaux.

Cela vous embête d’être relayé, j’ai l’impression, non ?

Je ne vais pas me plaindre de cette forme de médiatisation, mais elle implique plus de vigilance de ma part. A la base, moi, je fais juste de la radio, mais à partir du moment où elle est filmée et relayée au plus grand nombre, ce n’est plus de la radio. J’ai mis un moment à comprendre cela.

Vous n’aimez pas les réseaux sociaux, mais vous avez-vous-même une page Facebook dans laquelle vous relayez vos chansons diffusées dans l’émission de France Inter. C’est un peu paradoxal, non ?

Je suis quelqu’un de paradoxal et plein de contradictions… mais un peu comme tout le monde.

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Vous montrez vos textes à Charline Vanhoenacker et Alex Vizorek avant de les chanter dans l’émission ?

Jamais. Ils tiennent à garder la spontanéité de leurs réactions. Je tiens à souligner que j’ai une liberté incroyable. Personne ne sait de quoi je vais parler. C’est vraiment l’émission où on peut tout se permettre.

Vous n’avez pas peur du dérapage ?

Non, parce que je fais quand même gaffe à ce que j’écris. Ça ne m’intéresse pas de déraper. Je ne suis pas pour la provoc’ à deux balles !

Je n’ai jamais compris comment les gens comme vous pouvaient savoir ce qui va passer et ce qui ne va pas passer tant parfois la frontière est mince.

Je me suis posé la question sur une chanson sur le petit Aylan. J’ai hésité à reprendre telle quelle la chanson « Hélène » de Roch Voisine, qui faisait « seul sur le sable, les yeux dans l’eau… ». Je l’ai chanté.

Il y a une autre chanson un peu tendancieuse, c’est « Badaboum lé péti Yélico ». Là, on parle de 10 morts dans deux accidents d’hélicoptère…

Il y a un passage sur la viande grillée, même moi, je me suis dit que j’étais allé un peu loin. Mais quand je me dis « je ne vais pas oser faire ça », c’est bon signe. En fait, si on écoute bien, c’est une chanson qui dénonce les travers de la téléréalité.


"Bioman, le djihadiste vert" : la chanson de... par franceinter

frédéric fromet,ça fromet!,interview,si tu écoutes,j'annule tout,mandorVous interprétez votre chanson à la radio le vendredi. Vous travaillez une semaine complète pour faire la suivante ?

Je me repose le week-end et le lundi. Le mardi, je commence à suivre sérieusement les informations et lire la presse, mais concernant l’écriture, je ne m’y mets qu’à partir du mercredi.

Il y a un côté jubilatoire à écrire une chanson pour faire marrer les gens ?

L’idée c’est de m’amuser d’abord moi-même. Cela dit, l’équipe de France Inter peut en témoigner, je suis rarement content de ce que je fais. La seule fois où j’ai été content d’une chanson, c’était quand j’ai fait un titre sur le directeur de Radio France, Mathieu Gallet. Là, j’étais content de moi.

Avez-vous la volonté de faire bouger les consciences ?

Pas du tout. Je ne fais que des chansonnettes. Je veux que dans mes chroniques, il y ait un minimum de fond, mais je ne fais pas de la chanson engagée. Ce n’est pas mon créneau. Je veux juste que les gens qui m’écoutent trouvent le sourire.

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Quand Télérama parle de Frédéric Fromet.

S’améliore-t-on de texte en texte, de semaine en semaine ?

J’espère. Je fais en sorte de m’améliorer. Mais, je ne peux pas savoir si j’y parviens ou pas. Ce n’est pas à moi de le dire, d’ailleurs.

Dans vos chansons, vous vous moquez de la société, de nous-mêmes et aussi de vous.

Oui, je ne m’épargne pas. Il y a une chanson sur la course à pied, je parle de moi. Il y a une chanson sur la nourriture bio, je mange bio. Pour se permettre de se moquer des autres, il faut savoir se moquer de soi.

Comment avez-vous choisi les chansons qui figurent dans votre disque ?

Ce sont des chansons déjà chantées dans l’émission, hormis « Le Siècle des Lumières ». Il a fallu faire un choix parmi un stock conséquent de chansons. J’ai choisi des chansons d’actualité, mais qui ne soient pas trop périssables rapidement. Ce sont aussi des chansons qui ont été jouées sur scène maintes et maintes fois. Elles ont toutes un vécu.  

"J'ai tout plein d'amis au Medef", enregistré en live avec Les Ogres de Barback.
Extrait de l'album Ça Fromet ! de Frédéric Fromet. Réalisé, arrangé et orchestré par Les Ogres de Barback.

Quel est le rôle des Ogres de Barback dans ce disque ?

Je n’aime pas les disques, mais je voyais qu’il y avait de la demande et qu’il fallait en faire un. Je me suis adressé aux Ogres qui m’avaient invité sur leur tournée des 20 ans. Après s’être réunis, ils ont accepté de m’aider, mais à condition qu’ils réalisent et qu’ils jouent dessus. C’était Noël pour moi. Ils se sont formidablement occupés de ce disque.

Comment avez-vous travaillé ensemble ?

Le plus simplement du monde. Je leur ai envoyé mes chansons en guitare voix et, ensuite, ils ont proposé leurs arrangements. Je n’ai jamais eu une remarque à faire. Ils sont vraiment très forts et très gentils. Je les aime beaucoup.

J’ai l’impression que vous êtes dans le doute permanent et que vous n’aimez pas ce que vous faites.

Au début, je pensais que c’était un frein, mais aujourd’hui, je m’aperçois que c’est plus un moteur. Ça pousse à ne jamais relâcher la pression.

Et je suis sûr que vous n’aimez pas les compliments.

Je déteste ça. Je trouve toujours une pirouette pour désamorcer un compliment. Les critiques font plus avancer que les compliments.

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Après l'interview, le 9 novembre 2015, dans un bar de la capitale. 

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15 janvier 2016

Tony Carreira : interview pour Mon Fado

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(Photo:Yves Bottalico)

Le nouvel album de Tony Carreira, le plus populaire de tous les chanteurs portugais, sort aujourd’hui. Après avoir enregistré une vingtaine d’albums, tous couronnés par un public à la ferveur impressionnante, le chanteur a choisi de se pencher sur la tradition musicale de son pays. Il m’a donné rendez-vous au sein de sa maison de disque, Sony, le 27 octobre 2015. L’homme, pourtant une véritable star, est simple, souriant, abordable et extrêmement sympathique... et il ne connait pas la langue de bois.

(J'avais mandorisé son fils, David Carreira, superstar portugaise, lui aussi.)

Argumentaire officiel du disque :tony carreira,mon fado,interview

Après Nos fiançailles, France/Portugal certifié platine en 2014, Tony Carreira revient avec un nouvel album pour son public de France : Mon Fado.

Le fado, genre musical traditionnel portugais, musique du cœur et de l’âme, dont les mélodies se sont propagées dans le monde entier, « c’est l’identité musicale de tout un peuple, ainsi qu’un état d’esprit... le Portugal ! C’est mon fado, peut aussi vouloir dire... C’est mon destin !

C’était peut-être mon destin de revenir un jour vers la France avec l’identité de mon peuple dans mes chansons… C’est mon Fado. »

Pour ce nouvel album, Tony Carreira collabore avec Serge Lama, Gioacchino, Jacques Veneruso ou encore Jorge Fernando, célèbre auteur/compositeur de fado au Portugal qui a travaillé avec Amalia Rodrigues, Ana Moura et aujourd'hui avec la jeune génération dont Mariza, et qui assure sur l’album de Tony la direction des guitares, « ces guitares uniques ».

Tony Carreira dévoile ici plusieurs titres inédits et revisite également de grands airs tels que « Canção Do Mar » (devenu « Elle tu l’aimes » d’Hélène Ségara en France) « Casa Portuguesa », « Avril au Portugal » ou encore « Sodade » de Cesaria Evora.

Tony Carreira en quelques chiffres…

- 28 ans de carrière

- 18 albums

- 60 platines

- Plus de 4 millions de disques vendus.

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(Photo:Yves Bottalico)

tony carreira,mon fado,interviewInterview :

Pourquoi ne donnez-vous plus d’interviews depuis des années au Portugal ?

Il n’y a plus grand chose à dire. J’ai une très bonne relation avec la presse et les médias, moins avec la presse people. Ma vie a été disséquée dans tous les sens. Il y a des mensonges qui sont devenues des vérités. Si je donne encore des interviews, neuf fois sur dix, je connais les questions qu’ils vont me poser. Il n’y a plus d’intérêt. Je ne veux pas qu’on me dise que je radote, que je deviens vieux (rires). C’est une forme de protection. En France, les journalistes me découvrent, n’ont aucun à priori et tout me semble positif et nouveau.

Vous venez de plus en plus souvent en France. Souhaitez-vous avoir une carrière aussi importante que celle que vous avez dans votre pays ?

Au départ de ma vie de musicien, j’ai joué en France quinze ans. Il y a entre moi et ce pays une vraie histoire. Des Olympia, des Zénith, des Palais des Congrès,  des Palais des Sports, j’en ai fait beaucoup. Ces salles ont toujours été pleines, mais uniquement de portugais de France. C’est vrai que j’aimerais beaucoup que les français me découvrent comme artiste portugais.

Vous êtes l’artiste le plus populaire au Portugal, vous avez vendu des millions de disques… ça ne vous suffit pas ?

J’ai eu des propositions pour partir au Brésil faire carrière, j’ai refusé parce que j’étais bien où j’étais et je n’avais pas envie de m’exiler là-bas un an pour faire de la promo. J’ai eu des propositions en langue espagnole à Miami que je n’ai pas accepté pour les mêmes raisons. Il n’y a que la France où je me trouve légitime pour faire une deuxième carrière. J’ai vécu ici pendant 27 ans, ce n’est pas rien.

Clip de "Mon Fado".

Le nom de votre disque porte à confusion. Il laisse supposer qu’il n’y a que du fado dedans.tony carreira,mon fado,interview

Je ne suis pas un chanteur de fado. J’ai trop de respect pour ces artistes qui font leur métier extrêmement bien. Je n’ai jamais été un très fan de fado, à part celui d’Amalia Rodriges. C’est une artiste à part qui a traversé toute les générations. Même si elle est la reine du fado, elle dépasse ce genre musical. C’est une diva.

Et vous, vous êtes quoi ?

Je suis un artiste de variété, tendance pop. Je suis un enfant immigré qui a vécu en France et dont l’école musicale, c’est plutôt la variété française des années 70-80, comme Mike Brant ou Joe Dassin. Je voudrais amener en France quelque chose de différent que ce qu’amènent les artistes extraordinaires que vous avez ici. Si je fais la même chose, je ne vois pas l’intérêt.

Vous chantez avec Adamo, une de mes chansons préférées de lui, « C’est ma vie ».

Adamo, c’est vraiment un immense monsieur. J’ai eu le privilège, dans l’album Nos fiançailles, de rencontrer des artistes de ce gabarit. Lui, il a enregistré sa voix à Bruxelles et j’ai enregistré la mienne à Lisbonne. On ne se connaissait absolument pas. On ne s’était jamais parlé. On s’est rencontré sur une émission de Michel Drucker et nous nous sommes plu immédiatement. Après les répétitions, je l’ai raccompagné en voiture. Sur la route, je lui ai offert une caisse de vin portugais qu’il a beaucoup apprécié.

Tony Carreira - Tour 2016 promo.

Tout à l’heure, en arrivant, je vous ai vu fumer tranquillement devant Sony. Ça, vous ne pouvez pas le faire au Portugal, je pense. Ça vous fait du bien d’être un peu tranquille dans la rue ?

J’aime les deux situations. Mais je vous avoue que si quelqu’un ne me reconnait pas au Portugal, ça m’inquiète (rires). Je suis aussi à l’aise dans les deux cas de figure. Cela dit, en France, il y a pas mal de Portugais et je ne peux pas marcher trop longtemps sans que l’on me demande des autographes ou des selfies…

Tout à l’heure, vous m’avez dit que vous étiez un chanteur de variété, tendance pop. En France, « chanteur de variété » à une connotation un peu ringarde. Vous, vous assumez.

Chez nous c’est pareil, mais je m’en fous. Je ne me prends pas la tête et je n’ai pas pour habitude de cracher dans l’assiette dans laquelle je mange. Je suis fier de ce que je fais. A partir du moment où j’aime ce que je fais et qu’il y a un public qui apprécie le fruit de mon travail, je suis un artiste heureux. Point barre.

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(Photo:Yves Bottalico)

Même après l’incroyable succès que vous avez, est-ce que vous vous habituez à la sortie d’un nouveau disque ?

Quand on a sorti de nombreux albums très bien accueillis, la pression est toujours là pour celui qui arrive. On sait que fatalement un jour, un album aura moins de succès. Comme on estime que le dernier est toujours le meilleur, on a un peu peur. Dans un an, je penserai différemment. Je serai plus objectif. Quand je regarde derrière moi, sur dix-sept albums, je sais que j’en ai trois merveilleux, qu’aujourd’hui j’écoute encore avec énormément de plaisir. J’en ai une dizaine que je trouve un peu en dessous et trois que j’estime franchement mauvais. Ça fait partie du parcours, c’est ce qui m’a permis d’arriver à ce stade de ma carrière.

On ne peut pas vous interviewer sans parler de votre famille. Vous avez deux fils et une fille qui suivent votre trace.

Et pourtant, je ne voulais pas. C’est compliqué pour moi de dire ça, mais pour comprendre, je suis obligé de m’expliquer. J’ai réussi une carrière dans mon pays qui est juste dingue. Mon dernier spectacle de fermeture de tournée, je peux vous montrer une photo, il y avait 300 000 personnes. C’est un truc de ouf. J’ai conscience que faire plus fort que ça, c’est quasi impossible. Je me disais que si mes enfants rentraient dans le monde de la musique, ils seraient éternellement comparés à moi. Je ne voulais pas qu’ils portent ce fardeau d’être comparé au père. J’aurais préféré qu’ils fassent un autre métier, j’ai insisté, je n’ai pas réussi.

Et puisqu’ils sont déjà plongés dedans et qu’ils ont du succès, est-ce qu’au final, ils sont comparés à vous ?

Pas du tout. Au début, Mickaël un peu, mais pas David. Ce sont deux grandes stars portugaises. Leur popularité est extraordinaire.

Le concert de ses 25 ans de carrière à Lisbonne en 2013.

Le plus extraordinaire, c’est que parfois, vous êtes les trois premiers du top portugais.

C’est complètement dingue. J’étais récemment à Lisbonne pour voir Mickaël dans la plus grande salle du Portugal, plus grand que Bercy. Comme il est gentil, il m’a invité sur scène pour chanter avec lui. Je trouve cela extraordinaire. J’ai toujours pris mon métier au sérieux tout en le faisant avec plaisir. Je crois qu’ils ont pris ça de moi. Ils ont vu comment j’ai géré ma carrière et mon comportement… ils ont été à bonne école (rires).

Et votre fille Sara, qui a 16 ans ?

Elle démarre en France. Récemment, elle a participé au conte musical Martin et les fées et jouait le rôle de la fée Célia. Je suis content pour elle, parce que je sais qu’elle s’amuse. Je me suis fait une raison, mes enfants suivent ma trace, je ne peux plus lutter.

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(Photo:Yves Bottalico)

Et vous, vous vous amusez toujours ?

Evidemment ! C’est trop bien de pratiquer un métier que l’on a choisi. C’est un luxe de nos jours. Je monte sur scène, je gagne bien ma vie, les gens m’applaudissent et me disent qu’ils m’aiment. C’est vraiment un métier de privilégié.

Quand on chante devant 300 000 personnes, comment fait-on pour garder la tête froide, pour ne pas se prendre pour Dieu ?

Un jour, Vincent Niclo m’a dit : « Quand je suis allé au Portugal, il y a avait Dieu et Tony au-dessus. » Une phrase que je répète, mais qu’il ne faut pas mal interpréter, c’est de l’humour. En vrai, c’est plus dur de faire un spectacle devant 100 personnes que devant 300 000. Mes shows, c’est de la grosse production, des scènes immenses avec de la lumière partout, de la vidéo… j’aime beaucoup que les gens en aient pour leur argent et je crois pouvoir affirmer que c’est une des clés de ma réussite. Devant 100 personnes, je ne peux pas me cacher derrière tout cet attirail, il faut être à la hauteur.

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Pendant l'interview... (photo: Nathalie Dias).

Vous faites du bien aux gens, ils vous le rendent.

J’ai beaucoup de gratitude envers eux, car ils ont changé ma vie. Il y a 25 ans, je travaillais dans une usine en région parisienne, aujourd’hui, j’ai la vie que j’ai. Il y a du travail, certes, un éventuel talent, mais il y a aussi une petite étoile et de la chance. Je crois que nos vies dépendent un peu de tout ça.

Pensez-vous qu’il y a une entité supérieure qui s’est occupée de votre cas ?

Oui, franchement, je le crois. Mais vous savez, j’ai toujours été un vrai passionné et un rêveur. Quand on est comme ça, on est capable d’écraser des montagnes, parce que vous ne voyez pas les difficultés.

A votre niveau de popularité, que peut-on vouloir de plus dans ce métier ?

Avoir la santé et chanter jusqu’à la fin. Aznavour est l’exemple de la carrière parfaite. Quand on fait ce métier et que le public vous aime depuis 28 ans, dont 18 ans toujours en haut, on ne pense pas à la retraite.

Pour paraphraser Jean-Jacques Goldman, êtes-vous allé au bout de vos rêves ?

La vie m’a donné plus que je ne souhaitais. Et je dis ça depuis longtemps.

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Après l'interview, le 27 octobre 2016 (photo : Nathalie Dias).

14 janvier 2016

Michel Kemper : interview pour Johnny Hallyday, Chansons à la Plume et au Pinceau

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michel kemper,johnny hallyday,chansons à la plume et au pinceau,interview,mandor« J’ai un collègue et ami qui écrit actuellement un livre sur Louane. Ça m’a fait sourire de l’apprendre : je me dis qu’il doit y avoir peu à écrire sur cette jeune fille qui n’a qu’un disque et un film à son actif. Moi, avec Johnny, j’ai un monstre de la scène et plus d’un demi-siècle de Chanson. De chansons et de l’Histoire de la Chanson : et c’est, angle original, dans cette Histoire passée et présente que je le situe dans ce livre. Mais, chut, je n’en dis pas plus. Si ce n’est que c’est gorgé de belles images, souvent irrésistibles, de l’ami Héran. Ça parait le 19 novembre 2015, entre la sortie du cinquantième album studio de Johnny et ses concerts parisiens, tous à guichets fermés. »

Voilà ce qu’a écrit mon ami et confrère Michel Kemper sur son site Nos Enchanteurs, le quotidien de la chanson, le 14 octobre 2015, à propos de la sortie de son livre Johnny Hallyday, Chansons à la Plume et au Pinceau. Au passage, il m’égratigne gentiment, mais Michel Kemper châtie bien quand il aime bien, alors j’ai souri devant cette belle marque d’affection à mon égard. (Oui, parce le collègue et ami qui écrivait à l’époque un livre sur Louane, c’est moi (il sort d’ailleurs le 18 février prochain, soit dit en passant). Et le moqueur Kemper a même participé à cette « biographie »).

Bref, il est chez Mandor pour parler de Johnny, je n’aurais pas parié sur une telle chose il y a un an.

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Argumentaire officiel du livre :

En plus de 250 bouquins, des plus érudits aux livres de photos, tout a été dit sur Johnny, et plus encore. Qu’y apporter de plus ? Michel Kemper et Héran importent le sang neuf d’une plume et d’un pinceau qui ne se prennent pas pour un fan, amènent d’autres angles de vue, une autre focale, d’autres fragrances, un peu d’impertinence et bien sûr de l’humour. Leur grande culture chanson remet Hallyday à sa juste place : celle d’un grand parmi ses pairs, ses impairs aussi, celle d’un navire amiral de la chanson et de ses bateaux-remorqueurs.

Chaque chanson de Johnny fait ici thématique autant qu’écho à d’autres héros, connus ou moins, des paroles et des musiques. De notre patrimoine chanson dont Johnny Hallyday est manifestement un des plus beaux faits d’arme. Mais pas le seul.

L’auteur (biographie volée sans vergogne au site du Centre la Chanson):michel kemper,johnny hallyday,chansons à la plume et au pinceau,interview,mandor

Le 9 octobre 1978 Jacques Brel décède à l’hôpital de Bobigny. Bouleversé par la mort du chanteur, celui qui n’est encore « que » typographe au  quotidien régional Libération Champagne, mais rêve de devenir journaliste, déboule le lendemain à la rédaction son « hommage » à la main. Une « nécro » est déjà prête, mais la chef du service culture préfèrera cependant publier l’article du jeune Kemper. Son premier « papier » ! Pendant 9 ans il signera toutes les chroniques concerts et critiques CD de la région de Saint-Etienne. La plume est précise, travaillée, documentée parfois mordante et sans concession ! Le style tranche avec les comptes rendus  bâclés des localiers plus à l’aise à la fête du cochon qu’à un concert de Loïc Lantoine. La suite logique, ce sera Chorus, auquel il collabore jusqu’à l’arrêt de la revue de référence. La tribu chanson sous le choc erre alors de blogs en blogs parfois mal fagotés jusqu’au jour où, de ce cyber-foisonnement, émerge le site d’un Kemper bien décidé à redonner espoir à une planète «  chanson » désenchantée : NosEnchanteurs est né ! Et en quelques années, l’auteur d’une biographie pour le moins boycottée de Bernard Lavilliers va séduire de nombreux  lecteurs visiblement preneurs d’une information quotidienne sur l’actualité d’une chanson dont la profusion est inversement proportionnellement à la pauvreté des médias du secteur. Pour de nombreux artistes, un seul mot d’ordre: obtenir le label Kemper !

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michel kemper,johnny hallyday,chansons à la plume et au pinceau,interview,mandorInterview :

Ce livre fait partie d’une collection, peux-tu m’en parler ?

Une collection qui est née en 2013, avec un premier tome sur Brassens, partagé entre Jean-Paul Sermonte et Jean-Marc Héran. Puis en 2014 avec Renaud : là ; c'était Baptiste Vignol et Héran. C'est par Baptiste que j'ai découvert cette collection et que je me suis lié d'amitié avec Jean-Marc. Il y a eu ensuite au printemps 2015 le Brel, entre Bruno Brel et Héran. Et un jour, Héran m'a proposé le Hallyday. Le soir même, je domptais mon oreille en écoutant l'idole des toujours-jeunes.

Peux-tu comprendre que ceux qui te connaissent et qui connaissent ton travail s’étonnent du sujet de ton livre ?

Oui, bien sûr. Si on m'avait dit un jour que j'écrirais un livre sur Hallyday, je n’y aurais pas cru. Mais j'avais donné la réponse en fait il y a bien longtemps. J'étais pigiste au Progrès, spécialisé dans la chanson. Et ma chef de service m'a demandé un jour si je considérais qu'Hallyday c'était aussi de la chanson. J'ai répondu que oui, c'était trop difficile de soutenir le contraire. Et j'ai suivi Hallyday dans l'enfer vert de Geoffroy-Guichard. Le site NosEnchanteurs, qu'on considère un peu comme l'héritier de Chorus, est né, lui, de trois papiers sur Hallyday. Comme quoi... Hallyday c'est de la chanson et, de la façon dont je l'ai traité, les gens qui connaissent mon travail, qui certes ont été surpris (parfois pas qu'un peu), se retrouvent dans mon livre. Car j'y parle d'abord et avant tout de chanson. Et c'est fou comme ce livre grouille de chanteurs et de chansons. Je vais faire un aparté puisque l’on parle de chansons: j'ai un ami et collègue qui vient d’écrire un livre sur Louane. Si, si, ne riez pas ! Lui aura plus de mal à justifier son livre que moi le mien !

(Et bim ! Deuxième cassage en règle. Michel arrête de m’aimer s’il te plait !)

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Johnny Hallyday représente quoi pour toi, grand amateur de belles chansons françaises ?

D'abord le souvenir des années soixante et soixante-dix, quand la radio familiale déversait des tonnes de tubes, parmi lesquels « Oh ma jolie Sarah », « Que je t'aime » et « Noir c'est noir ». Ensuite il représente l'industrie du disque – à priori pas ma tasse de thé, donc –. Et un mystère tout de même : 55 ans de carrière, les hauts les bas, toutes les modes, comme un caméléon (en un seul mot, svp). Moi, ça m'a donné l'occasion d'explorer ce demi-siècle avec gourmandise.

Il y a 43 chansons décryptées, des très connues et d’autres plus confidentielles. Choix cornéliens ?

Ça ne m'a pas ébranlé. J'ai fait un choix composé de grands titres, d'époques différentes et de chansons pour moi inconnues qui me semblaient pouvoir être prétextes à raconter des bouts de vie, celle d'Hallyday comme la mienne, les nôtres. Par des thématiques parfois surprenantes telles que la défense de l'environnement ou la publicité. Jean-Marc Héran, le dessinateur, m'a soufflé deux ou trois titres auxquels il tenait particulièrement. Et l'ami Yves Jamait, dès qu'il a sût sur qui je bossais, a tenu à me conseiller des titres, lui le très grand amateur de Johnny. J'en ai pris quelques-uns effectivement, et pas les plus faciles.

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Il y a de très nombreuses biographies sur Johnny. Tu n’as pas eu peur de ressasser ?

Ah non, je n’ai pas fait une bio, surtout pas. J'ai lu ou survolé quelques bouquins sur Hallyday et je me suis ennuyé. Pleins de choses, des chiffres à la pelle, mais ça me semblait manquer de vie. Moi, par 43 entrées, j'essaye de retrouver cette vie mais aussi la vie de la chanson. Avec des pirouettes, de l'humour. Un peu d'impertinence aussi.

Ce doit être difficile de trouver des choses inédites à dire…

La matière chanson que j'ai utilisée est, à peu de chose près, inédite. J'ai voulu mettre Hallyday dans la chanson, le considérer par cette focale-là. J’ai eu surtout du mal à limiter mes textes pour qu'ils entrent dans les pages leur étant attribuées. Le sujet « Hallyday » est passionnant pour qui daigne s'y intéresser.

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Chaque chanson, sa période et sa thématique. C’est une vraie enquête sociologique sur la France des années 60 à nos jours finalement.

Oui, j'aime à retrouver des moments, des périodes Des endroits aussi. Dans mon livre sur Lavilliers, c'était pareil sauf que j'avais plus de place pour détailler, décrire... L'exercice Hallyday consistait à restituer une chanson en 3000 signes. Le pourquoi, le comment si besoin est, la situation de Johnny à ce moment-là, l'odeur, l'ambiance de l'époque et ce qui se chantait à l'unisson des chansons de Johnny. C'était passionnant et souvent drôle. Ma documentation allait tous azimuts, parfois très loin du sujet initial. De toute façon, pour en revenir à ta question, je tiens la chanson en son ensemble pour un traité de sociologie. Je suis content aussi d'amener aux amateurs de Johnny d'autres pistes, d'autres chanteurs, d'autres chansons. Profiter d'un livre sur Johnny pour parler de Brassens, de Bécaud, de Loïc Lantoine, de La Blanche, des Fatals Picards, de Barbara, de Yannick Le Nagard, de Cali, de Souchon et d'autres, ça me plait : je suis dans mon élément, dans l'éducation populaire !

Les dessins de Jean-Marc Héran sont souvent drôles. Tu as écrit tes textes après avoir vu les dessins ?

Oui ils sont souvent drôles. Mais pas tous, un dessin n'ayant pas toujours la fonction d'être drôle. Quand, tout fier de moi, j'ai dit un soir à Héran que je venais d'écrire sur une chanson traitant du viol (« Les chiens de paille », une idée d'Yves Jamait), j'ai senti, à l'autre bout du fil, que Jean-Marc ne débordait pas d'enthousiasme à l'idée de dessiner un viol. Voyez ce qu'il en a fait dans le livre : c'est une des plus belles pages. Jean-Marc de son côté, moi de l'autre, avons, lui par le pinceau, moi par la plume, tenté une lecture de chaque chanson. Je n'ai pas écrit sur ses dessins, lui n'a pas illustré mes textes, ce n’est pas le principe de cette collection. Mais parfois on se retrouve sur la même idée.

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Johnny, au fond, tu l’aimes ?

Ce qui est sûr c'est que je ne le déteste pas, encore moins maintenant. Surtout s'il contribue à ma fortune (rires). C'est un bonhomme important de la chanson. Et je suis content que ce livre soit tombé sur moi. Au moment de dire oui à ce livre, je le connaissais moins que le moindre de ses fans. Mais j'ai fait des progrès, je peux à présent tenir la conversation y compris avec des licenciés ès-Hallyday. J'aime bien le personnage malgré des tas de trucs qui m'irritent au plus haut point. Il m'est devenu un personnage littéraire. Et j'aime ça.

Johnny, en trois mots ?

Sylvie, Nathalie, Laeticia. J'ai adoré les faire vivre dans ce livre !

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13 janvier 2016

Dominique Maisons : interview pour Le festin des fauves

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(Photo : Kh Dedalus)

dominique maisons,le festin des fauves,interview,mandorJ'avais beaucoup apprécié le thriller de Dominique Maisons, Le psychopompe (rebaptisé Les violeurs d’âmes pour la version poche et qui avait fait l’objet d’une première mandorisation), j’avais donc hâte de lire son nouveau roman (très) noir, Le festin des fauves. Et je n'ai pas été déçu. Au contraire. Je suis resté scotché. Quel talent ce Maisons!

Ici, il est question des services de renseignements qui vont devoir déjouer les plans machiavéliques de l’autoproclamé « Judex ». Maisons nous fait découvrir les arcanes du pouvoir et du renseignement français... et tout n'est pas rose.

L'écrivain est passé me voir à l’agence le 3 novembre dernier.

4e de couverture :dominique maisons,le festin des fauves,interview,mandor

Le nouveau grand espoir du thriller français lâche les fauves.
Un roman impitoyable et magistral.

A Neuilly, un notable donne une somptueuse soirée libertine. Les hommes portent des masques de lions ou de chacals, les femmes sont les proies : gazelles ou biches. La fête s'achève dans un jaillissement de sang. L'hôte s'écroule. Un poison lui a fait exploser tous les organes. Qui est ce Judex qui revendique le meurtre et se présente en justicier ? Que viennent faire dans ce puzzle sanglant une maîtresse SM en guerre contre les hommes, trois frères brésiliens qui sèment la mort pour récupérer d'étranges urnes funéraires ?
Quand un nouveau grand ponte succombe aux avertissements de Judex, c'est tout l'appareil étatique et policier qui se retrouve en danger. Le Commandant Rossi sait qu'il est le premier fusible. Pour sauver sa peau, il doit remonter la piste de Judex jusqu'aux plus hautes sphères.

L’auteur :

Dominique Maisons est né en 1971. Il a été éditeur de presse, traducteur de bande-dessinée, a travaillé 10 ans dans la musique, a coproduit un long métrage (un thriller franco-chinois, L’œil du silence) ainsi que les DVD de La Vie privée des animaux de Patrick Bouchitey… Il a surtout vu son premier thriller couronné du Grand Prix VSD du polar 2011 : Le Psychopompe.

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(Photo : Kh Dedalus)

dominique maisons,le festin des fauves,interview,mandorInterview :

J’ai remarqué que tes trois romans sont très volumineux.

Je m’imagine toujours que le livre que je débute va faire dans les 440 pages. J’ai mon plan en tête, mais pendant l’écriture, je réalise que l’histoire demande des développements et des précisions supplémentaires. J’ai tendance à me laisser déborder… et mes personnages sont les premiers à m’inciter à déborder d’ailleurs…

Ton livre commence avec une scène quasiment gore. Il y en a plusieurs. Tu ne nous épargnes rien.

J’ai réussi à créer une ambiance tellement lourde qu’elle fait imaginer aux gens beaucoup de choses. Il n’y a pas tant d’hémoglobine que ça, si ?

Si, je t’assure. Tous ceux qui sont assassinés par le méchant de ton histoire, Judex, finissent dans d’atroces souffrances quand même.

C’est sûr, il ne rate jamais son coup (rires). Franchement, j’adore écrire des scènes un peu gore, je trouve ça drôle. Je viens de la tradition du Grand Guignol et des films d’horreur des séries Z. Quand je réussis à m’écœurer moi-même, là, je considère que la scène est réussie.

Judex est un criminel avec un fond anarchiste.

Je ne revendique aucun des propos qu’il tient. Ce n’est pas un texte politique. Judex est plus qu’un anarchiste, c’est un activiste. C’est plus un Monte Cristo qu’un révolutionnaire.

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Judex est un personnage tiré d’un feuilleton de Louis Feuillade et Arthur Bernède.

J’adore les romans populaires français, les feuilletonistes, Dumas, Feuillade, Bernède. Ces deux derniers sont responsables respectivement de Fantomas et de Belphégor. Ils font partie de notre patrimoine imaginaire. Judex, à ces débuts, étaient plus populaire que Batman. J’ose même affirmer que, quelque part, il en est à l’origine. Ce mythe du justicier masqué qui a des pouvoirs quasi surnaturels pour se venger, caché dans l’ombre… Quand Judex a traversé l’atlantique, il est devenu The Shadow. C’est pour contrer ce personnage qui était très populaire qu’un éditeur concurrent à créer Batman. Je déplore que Batman soit aujourd’hui plus connu dans la culture américaine que Judex dans la culture française. Les français ont un peu honte des personnages populaires. Ce n’est ni chic, ni noble, du coup, les personnages sont oubliés.

Du coup, avec ton roman, tu as souhaité réhabiliter Judex ?

Oui. Je trouve ce personnage extraordinaire. En 1917, il faisait chanter des banquiers véreux en leur disant « vous vous êtes enrichis sur la spéculation, vous avez ruiné des pauvres gens, donnez la moitié de votre fortune, sinon, je vous fais passer à la trappe ». Il y avait un côté Anonymous. Je trouve Judex tellement moderne. Ce qui est très fort chez lui, c’est qu’il manipule des gens pour faire des actions à sa place.

Dans ton livre, la DGSI (direction générale de la sécurité intérieure) panique complètement parce que Judex semble avoir accès à des informations tirés de dossiers secrets.

Oui, il sait tout de personnes protégées en raison d’intérêts conséquents derrière, comme un grand PDG d’un groupe pétrolier français ou un marchand d’armes… qui ramènent beaucoup d’argent à l’état.

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(Photo : Kh Dedalus)

J’ai appris beaucoup de choses sur le fonctionnement des services de renseignements français.

Tout est rigoureusement exact. La pratique des « blancs » à la DCRI, c’est authentique. Ils font des notes que personne ne signe pour que l’on ne sache pas qui les a écrites et pourquoi. Si un jour quelqu’un tombe dessus, il ne pourra pas y avoir d’interrogatoire, du style : « Pourquoi avez-vous espionné tel candidat à la présidentielle pendant six mois en mettant sous écoute sa famille, ses voisins, ses proches…etc. » Tout cela reste dans une totale opacité.

Les journalistes d’investigation en prennent pour leur grade aussi.

Ils sont méprisés par Judex qui sait qu’ils participent aussi au système. Il sait que s’il y a quelque chose de particulièrement dérangeant, ça ne sortira pas. Il y a très peu de journalistes réellement indépendants. S’il y a un fond de réalité dans le livre, tout est très exagéré. C’est un thriller que j’ai voulu populaire.

A un moment, Judex utilise un pigeon voyageur pour envoyer un message à un de ses sbires…

Ce qui est drôle, c’est qu’aujourd’hui, dans les services de renseignements, ces pratiques reviennent. Ils réapprennent à faire de l’espionnage « low-tech » avec la machine à écrire, les messages cryptés, voire les pigeons voyageurs. Aujourd’hui, Internet et le digital laissent des traces indélébiles.

Quand on referme ton roman, il reste un arrière-goût de « tous pourris ».

Non, j’ai essayé d’être équilibré. Si on écoute la voix de Judex, oui, mais on n’est pas obligé d’écouter cette seule voix, il y en a d’autres dans le roman. Celle de mon flic, le commandant Rossi, par exemple. C’est un bon flic, un peu alcoolique et désabusé, mais un bon chasseur et pas du tout pourri.

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(Photo : Kh Dedalus)

Tu écris toujours des romans foisonnants. Il faut suivre pour ne pas se perdre… et il faut avoir le cœur bien accroché.

Je respecte mon lecteur. Je lui donne des intrigues qui peuvent les stimuler. Je m’amuse parfois à le provoquer, à pousser un peu les limites, à atteindre des niveaux de noirceurs rares. La thématique de la chair, de la viande est très présente dans mes livres. Il y a un côté Hannibal Lecter dans certains de mes personnages. Il ne faut pas que mes lecteurs soient allergiques aux scènes de sang, c’est sûr. Mon prochain livre sera beaucoup plus soft.

Tu vas y parvenir ?

Oui, ce sont des ingrédients que l’on dose.

On sent que dans tes livres, il y a du fond… et de l’enquête pour parvenir à être le plus rigoureux possible.

Je n’aime pas les thrillers qui sont légers en documentation et sur les circonstances, les thrillers qui jouent sur des ficelles un peu grosses, sans fond, sans crédibilité, sans travail. Quand on écrit un thriller, on doit avoir une base de travail solide, créer des scènes et des personnages crédibles et avoir une mécanique qui fonctionne très bien. Ce que j’admire chez certains de mes confrères, c’est la capacité à brasser de l’information et de la restituer de manière fluide.

Comment fais-tu le distinguo entre un polar et un thriller ?

Pour moi, dans un thriller, les personnages sont toujours sous tension. Ils ne sont pas juste dans une enquête, ils sont menacés eux aussi.

La question qui tue. C’est quoi le secret pour écrire un bon thriller ?

Il faut créer une tension, ne jamais la laisser retomber, écrire des chapitres courts, éviter les introspections, être sans arrêt dans l’action. Le thriller, c’est un travail d’artisan, on dose, on calibre ses ingrédients.

Il y a un peu de sexe dans Le festin des fauves. Notamment avec la turbulente et jolie Lucie, ton héroïne un peu borderline.

Ces scènes-là, c’est Lucie qui les a provoquées. Elle a un compte à régler avec la gente masculine. Elle est très en colère et pour parvenir à ses fins, elle n’hésite pas à jouer de ses charmes. Ce qui la caractérise, c’est qu’elle refuse d’être une victime et qu’elle est tenace.

Tes personnages ont leurs qualités et leurs défauts. Ils sont loin d’être manichéens.

Ce qui est sûr c’est qu’ils sont paradoxaux, mais nous sommes tous paradoxaux. Tant mieux !

Tu as écrit ce livre en six mois.

Oui, et pas à temps plein. Par contre, il faut écrire tous les jours. Il faut rester sur sa lancée sinon on perd le contact avec ses personnages et l’action. Pas d’échappatoire possible. C’est difficile de rester dans l’ambiance du livre, dans la bonne direction, ça implique un contact quotidien.

Après, il y a les corrections.

Mon éditrice m’a rendu fou. Il y a eu 7 ou 8 jeux de corrections. A un moment, je connaissais le livre par cœur, je n’en pouvais plus (rires). Je dis ça, mais je suis très content d’avoir signé dans une maison d’édition exigeante. J’avais besoin et envie de cela. Cela m’a fait progresser.

Quand tu finis un livre, tu arrives à couper le cordon avec lui ?

C’est très difficile. Pour le couper, la seule solution, c’est d’en commencer un autre.

Le prochain livre ?

Il est déjà écrit. C’est un thriller qui se passe en 1909. Il y a encore un hommage très appuyé aux feuilletonistes de l’époque.

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Après l'interview, le 3 novembre 2015.