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15 juin 2015

Sigolène Vinson : interview pour Le caillou

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Une jeune femme qui rêve d’être un caillou. Il n’y avait que Sigolène Vinson pour oser entreprendre un tel livre. Elle a pourtant réussi une fable solaire sur le vieillissement, la création et la solitude. Une réussite littéraire très originale. Une écriture exceptionnelle et un sujet captivant. L’héroïne (dont on ignore le nom) retourne sur les traces du passé d'un vieux voisin décédé. Un retour aux sources en Corse apportera l'apaisement moral et physique dans la vie monotone de cette femme.

Pour tout dire, Sigolène Vinson est une personne que j’aime beaucoup. Je l’ai rencontré la première fois pour la mandorisation de son livre J’ai déserté le pays de mon enfance (elle est aussi présente dans cette mandorisation un peu spéciale). Et puis nous sommes devenus amis. On a souvent refait le monde.

Mais, le monde qu’on refait, visiblement, on ne le refait pas toujours très bien.

Son monde a elle s’est écroulé. Et nous, on a eu peur. Sacrément.

Sigolène Vinson fait partie des rescapés du massacre de Charlie Hebdo. Elle était au cœur de la tragédie. Et aujourd’hui, elle tente de s’en remettre.

Elle fait comme elle peut.

En tout cas, parler de son roman sans faire allusion au lien de l’auteure avec ce lâche et ignoble attentat aurait été d’une hypocrisie sans nom.

Parce que tout est lié.

Et parce que ce 7 janvier 2015 fait partie de l’histoire… et fait surtout partie de son histoire.

Le 18 mai dernier, quand Sigolène est venue à l’agence, c’est la première fois que je la revoyais sourire. Elle me semblait redevenir ce qu’elle était avant « les évènements ». Mais, je sais bien que ce n’était qu’une illusion. Que rien ne sera jamais comme avant pour elle. Je sais aussi qu’elle est forte et qu’elle se bat jour après jour. Je suis heureux que son « Caillou » soit si bien accueilli. Et que l’on puisse parler de nouveau littérature. Avec légèreté et passion.

sigolène vinson,le caillou,interview,chalrie hebdo,attentat,mandorLa 4e de couverture :

Le Caillou, c’est l’histoire d’une femme qui voulait devenir un caillou.

« Avant de raccrocher, je lui confie que j’ai dans l’idée de partir quelques jours en Corse. Je l’entends renifler et pleurer. Pour elle, c’est le premier signe de vie que je donne depuis bien longtemps. Le dernier qu’elle a perçu, c’est le cri que j’ai poussé en venant au monde. Elle oublie qu’enfant, je riais tout le temps et embrassais le bonheur commun. Ce n’est que plus tard que j’ai eu des vues nouvelles, d’abord celle d’un désert sous ma fenêtre, et depuis peu, celle du large. »

L’auteure :

Sigolène Vinson est née en 1974. Elle est journaliste à Charlie Hebdo et à Causette. Elle est également l'auteur d'une autofiction (J’ai déserté le pays de l’enfance, Plon, 2011) et de plusieurs polars écrits à quatre mains avec Philippe Kleinman.

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sigolène vinson,le caillou,interview,chalrie hebdo,attentat,mandorInterview :

L’idée de vouloir écrire un livre sur une jeune femme qui veut devenir un caillou t’es venue comment ?

J’aime beaucoup les cailloux et j’ai vécu dans des pays où il y en a beaucoup. Dans J’ai déserté le pays de l’enfance, il y avait déjà un caillou dans le coffre des bagnoles pour éviter qu’une bouteille de gaz n’explose. J’ai vécu en Corse et je passais mon temps assise sur un caillou. Il y a deux ans, je me suis inscrite à l’école du Louvre en auditeur libre. J’ai fait de l’histoire de l’art. Même si ce que je préférais était la peinture, j’ai aussi fait de la sculpture. Un jour, la prof nous présente Le gisant de Catherine de Médicis. Je décris cette sculpture dans mon livre. Elle est à la fois assez terrifiante et troublante. Bref, on donne au caillou la forme humaine, je me suis donc demandée pourquoi on n’essayait pas l’inverse. Ce n’est pas une idée nouvelle. Dans Les visiteurs du soir de Marcel Carné, à la fin, des personnes deviennent des statuts. Dans le livre, L’âge de pierre, de Paul Guimard, un homme désire devenir granit. Je pense aussi à la fin des Travailleurs de la mer de Victor Hugo quand Gilliatt va s’asseoir dans un siège naturel creusé dans le roc du rivage, la « Chaise Gild-Holm-'Ur », et se laisse submerger par la mer tout en regardant s'éloigner le navire. L’idée n’est donc pas nouvelle, mais je voulais me l’approprier à ma façon.

Les personnages de ton roman sont inspirés de gens que tu as croisé ?

Oui. Mais j’ai forcé le trait de chacun. Normalement, personne ne devrait se reconnaitre (rire).

Ton roman est difficile à expliquer. Il est tellement plein de surprises et de rebondissements, qu’on est obligé de rester à la surface pour ne rien déflorer.

Oui, le roman est très structuré, mais j’écris simplement, je recherche l’économie de moyen.

L’héroïne te ressemble.

Pourtant, ce n’est pas moi. D’ailleurs, je ne la décris jamais. Récemment, ma mère, qui a lu ce livre et qui a été très touchée, m’appelle et me demande pourquoi je la fait mourir avant mon père. Je suis obligée de lui expliquer que ce n’est qu’un roman et qu’il ne s’agit pas d’elle. Parce que je marque « je », elle pense que c’est moi.

Je reconnais quand même un peu de toi dans la façon d’être, de penser et de voir le monde.

Oui, bien sûr, nous ne sommes pas aux antipodes l’une de l’autre. La narratrice est très proche de moi. Et je te concède que la vieillesse dont je nappe mon héroïne est celle que je m’imagine. En espérant devenir vieille… J’ai toujours pensé que je ne serai jamais vieille. En commençant à écrire ce livre, il y a deux ans, je me suis dit que je m’offrais une vieillesse que peut-être je n’aurai pas.

Pourquoi ton héroïne n’a-t-elle pas d’identité ?

Peut-être que c’est parce qu’elle n’existe pas. Peut-être que c’est vraiment un caillou sur la mer. Il y a dans ce livre plusieurs réalités… mais laquelle est la bonne ? S’il y en a une bonne…

Dans cette fable, il y a à la fois de la violence, de la douceur et une belle dose d’humour.

En vrai, je voulais faire rire, mais je savais bien que quelques passages étaient tristes. Je suis comme ça, drôle et triste à la fois.

Quelles sont tes références en matière de rire dans la littérature.

San Antonio et Romain Gary. Oui, Romain Gary me fait pas mal rire.

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Dans le Lire de ce mois-ci.

Ton héroïne dit : « quand j’ai besoin d’un bouc émissaire, je me regarde dans la glace et je le trouve ». C’est de l’autoflagellation.

J’aime bien me faire du mal (rires). A une époque, je me complaisais là-dedans. Plus aujourd’hui (silence).

A cause de ce que tu as vécu le 7 janvier ?

Bien sûr. Depuis, je vois la vie autrement. Je suis triste perpétuellement, mais j’imagine que je suis contente d’être en vie. Pour l’instant, je marche un peu décalée. Ça s’appelle une dissociation mentale et c’est quelque chose contre laquelle je ne peux  rien faire. Je marche en dehors du monde. J’ai l’impression d’être à côté de vous tous, en fait.

Et être encore en vie t’a donné envie de vivre des choses incroyables ?

Je pensais que c’est ce qui allait se passer en moi, mais finalement, tu reprends un quotidien… Avant, j’étais déjà quelqu’un de très peu énervée, mais aujourd’hui, je le suis encore moins. Je peux être en colère contre les choses politiques, humanistes etc… mais pas contre les choses du quotidien. Plus rien ne m’énerve.

Y-a-t-il une hiérarchie dans la douleur ?

J’ai appris que non. Chacun, avec son histoire personnelle à une douleur, il n’y a aucune hiérarchie. A Charlie, il y a eu ceux qui ont vu les choses, ceux qui étaient en bas… la douleur est similaire. Tu sais, mes amis continuent à me raconter leur petits tracas et je les écoute avec intérêt. Jamais, je ne vais leur dire d’arrêter parce que moi, j’ai vu dix corps d’amis par terre. Bon, j’arrête un peu, je vais chialer là.

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Sigolène Vinson entourée de ses amis Honoré, Cabu et Charb...

Pardon, je m’étais promis de ne pas aller vers ce terrain-là. En tout cas, ce livre, si tu l’avais entamé récemment, tu ne l’aurais pas écrit de la même façon, non ?

Je suis sûr que si. Le personnage voulait devenir un caillou pour ne plus avoir mal. Là, ce que je me garde de faire tellement j’ai mal, c’est de ne pas devenir un caillou… parce qu’on peut très vite devenir insensible à tout ce qui nous entoure.

Tu écris beaucoup en ce moment ?

Non, l’imaginaire est en berne. Les médecins m’ont dit que c’était normal après ce qu'il m’est arrivé. Mes idées sont bloquées, je n’arrive pas à divaguer trop. Je vais me contenter pour le moment de reprendre des choses que j’avais écrites avant et je vais les retravailler. J’écris encore des articles pour Charlie et désormais pour Causette. Tout ce qui est factuel, je peux le faire, mais c’est tout. Quand j’essaie de faire divaguer mon esprit, il me ramène toujours au même truc. Toujours.

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Pendant l'interview.

Parlons de la Corse, un des « héros » de ton livre.

J’y ai vécu quatre ans. Mon ex-compagnon était corse. J’ai fait beaucoup de boulots saisonniers là-bas. Il y a deux ans encore, j’étais dans une caravane pendant six mois.

Tu te moques un peu des corses, mais avec une telle tendresse que personne ne pourra s’offusquer.

J’aime terriblement la Corse. J’y ai beaucoup d’amis. C’est vrai que la rive sud d’Ajaccio est assez particulière. Il y a une solidarité familiale et amicale qui est forte, et en même temps, il y a une espèce de pudeur. Les gens parlent beaucoup, mais n’expriment pas l’émotion, leur intimité et les sentiments. Là, c’est bloqué.

Leur rapport à la mort est très particulier.

Je l’ai rendu un peu philosophique dans le livre. Il y a deux ans, tous les jours dans Corse Matin, la une était sur un assassinat. Dans mon roman, j’en ai fait un truc récurrent, un peu drôle, un peu caricatural... J’ai tiré ça vers une philosophie de vie qui est de mourir. Par solidarité, ils s’entretuent, parce que c’est mieux de mourir. Moi, personnellement, je n’ai pas envie de mourir…

Ton héroïne est libre. On aimerait tous faire comme elle.

Moi aussi.

Mais tu es souvent partie seule quelque part dans un pays lointain.

C’est vrai. Mais, je ne l’ai sans doute pas assez fait. Aujourd’hui, je vis par procuration à travers ce que j’écris.

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Après l'interview...

Ton livre est très bien accueilli.

Je suis surprise, mais mon éditeur semblait y croire. Habituellement, il édite de la littérature ardue. Je lui ai envoyé parce que nos amis communs, Erwan Lahrer et Bertrand Guillot, qui avaient lu le livre L’ancêtre de Juan José Saer, me l'avaient conseillé. J’ai trouvé cette maison très intéressante et j’ai envoyé mon texte assez rapidement. Je n’y croyais pas trop, car je pensais que mon écriture était trop simple pour que cela passe. Finalement, l’éditeur, Frédéric Martin, a été emballé par le texte. Il a trouvé Le caillou plein d’amour et très généreux. Il a fait le pari de m’éditer.

sigolène vinson,le caillou,interview,chalrie hebdo,attentat,mandorQuel sera ton prochain livre ?

Il va s’appeler Courir après les ombres et sortira, à priori, le 18 août chez Plon. Il sera très différent du Caillou, mais pas si différent… Il y aura de nombreuses solitudes qui s’entrecroiseront. Ce sera aussi une fable.

Depuis cet attentant du 7 janvier, tu es très connue. Les journalistes doivent s’intéresser à toi… mais pas uniquement pour ton actualité littéraire.

Je suis encore beaucoup contactée pour parler de l’attentat parce qu’il y a des docs qui se préparent sur le sujet à l’occasion du premier anniversaire. Mais j’ai remarqué que beaucoup de journalistes littéraires qui ont lu mon livre ne savaient pas qui j’étais.

Ça me paraît curieux qu’on ne sache pas qui tu es, parce que lorsqu’on tape ton nom sur Google…

En ce moment, je t’assure que j’aimerais bien m’appeler autrement que Sigolène Vinson.

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Après l'interview, le 18 mai 2015, j'ai raccompagné Sigolène à sa Harley Davidson (une passion absolue).

10 juin 2015

Jean-Baptiste Bullet : interview pour sa chanson #JeSuisCharlie

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(Photo : Franck Scuotto)

jean-baptiste bullet,jb bullet,je suis charlie,interview,mandorC'est en regardant le journal télévisé du 20 heures, le mercredi 7 janvier au soir, après l'attentat au journal satirique Charlie Hebdo qui a coûté la vie à 12 personnes, que Jean-Baptiste Bullet (à gauche, photo de Manuel Tondon) a pris son crayon pour jeter sur un papier ses rimes et sa colère. Tout est sorti comme ça, du cœur au stylo. Des mots simples, parfois crus, faciles à retenir, qui taclent directement les terroristes.

Guitare à la main, Jean-Baptiste Bullet, artiste jusqu'alors inconnu, décide de partager ses idées par le biais d'une chanson. Il  y chante sa révolte et témoigne son indignation, puis la diffuse sur sa page Facebook. Succès fulgurant : le lendemain même heure, elle affiche 6,8 millions de vues !

La fameuse vidéo : #JeSuisCharlie

Très vite, ce jeune tarbais âgé de 25 ans (qui a fait des études notariales) est devenu la coqueluchejean-baptiste bullet,jb bullet,je suis charlie,interview,mandor des médias. Sa composition fait le tour des continents, traduite en anglais, en russe et même en chinois. Interviewé partout, le jeune homme a chanté sur le plateau du Grand 8 et lors de la grande soirée d'hommage à Charlie Hebdo, à la Maison de la radio, au côté de Patrick Bruel, d'Alain Souchon, ou encore de Grand Corps Malade, également auteur d'un texte de circonstance contre l'obscurantisme et la barbarie. Une véritable consécration pour cet anonyme devenu du jour au lendemain l'un des hérauts/héros de ce grand mouvement citoyen qui s'est levé face à l'inacceptable.

Profitant du tremplin de Tarbes, le Pic d’Or, dont je suis l’un des membres du jury, j’ai rencontré Jean-Baptiste Bullet. Un jeune homme extrêmement sympathique et simple que j’ai pu côtoyer pendant trois jours. Avant de quitter la ville, je lui ai proposé de le mandoriser. Je voulais savoir ce qu’il se passait dans la tête d’un type qui acquiert une notoriété planétaire en moins de 24 heures… « Pas de problème ! Viens chez moi quand tu veux et on fait ça tranquillement ! ». Voilà, sans formalité et avec un sens de l’accueil inégalable, j’ai passé une heure chez lui le 22 mai dernier. Et si je ne suis pas resté plus, c’est bien parce qu’il avait trois chats qui tournaient autour de moi (et que je suis allergique aux poils des félidés).

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Interview (au vin blanc) :

Quand tu as-vu ce qu’il s’est passé dans la rédac de Charlie Hebdo, tu as immédiatement réagi ?

Disons que j’ai suivi à partir de midi ce qu’il s’est passé heure par heure ce 7 janvier et ça m’a mis une grosse boule au ventre.  Je ne me sentais pas bien du tout. J’ai pas mal discuté par mail et au téléphone avec des amis de Paris. Ils me racontaient qu’ils ne comprenaient rien, mais qu’il y avait un climat de terreur.  C’est à 18 heures que j’ai eu le déclic. Quand j’ai vu le policier qui s’est fait descendre alors qu’il était à terre. Ca tournait en boucle à la télé et dans les réseaux sociaux comme si c’était normal. Moi, j’étais choqué. Ce sont des images que nous sommes habitués à voir, mais dans les films. Là, cela se passait il y a quelques minutes, chez nous, à Paris. J’ai été profondément choqué. Je voyais que tout le monde écrivait sur cet événement sur Facebook et Twitter. Je me disais qu’il fallait que je fasse quelque chose. Je ne savais pas vraiment quoi. J’ai regardé le JT et pendant le JT, j’ai pris une feuille, celle que je t’ai montré tout à l’heure et que tu as photographié, et j’ai commencé a noté des phrases bout à bout.

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La feuille sur laquelle Jean-Baptiste Bullet a écrit son texte...

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Un peu plus tard dans la soirée, tu as mis tes paroles au clair ?

Oui, j’avais deux-trois accords que je commençais à faire tourner et je lisais mon texte pour chercher une mélodie et un rythme. A un moment, il y a une phrase de la chanson  qui m’a fait arrêter net. Je me suis dit que je connaissais. Après quelques minutes de réflexions, j’avais compris que je jouais  inconsciemment « Hexagone » de Renaud. Je suis un très grand fan de Renaud, c’est mon artiste français préféré, mais c’est une chanson que je n’avais pas dans mon répertoire habituel. Je suis donc allé vérifier les accords et je n’ai pu que constater qu’effectivement, je chantais la même chanson avec un autre texte.

(Photo à gauche: Manuel Tondon)

 Cela dit, pour coller un texte à une chanson existante et connue, ce n’est pas une mince affaire.

C’était inconscient. Je ne sais pas si des forces supérieures étaient avec moi, mais encore aujourd’hui, je me pose la question. J’ai balancé ma chanson avec ce que je me souvenais d’ « Hexagone » et je trouvais que ça collait. De toute façon, je n’avais aucune prétention avec cette chanson. Le soir même, j’ai voulu m’enregistrer et me filmer avec mon téléphone, mais il n’y avait plus de place sur mon mobile. J’ai décidé d’aller me coucher avec la perspective de le faire le lendemain avec ma webcam.

Ce que tu as fait en te réveillant.

Oui, j’avais la gueule dans le pâté avec ma voix grave du matin. J’ai pris mon texte et  j’ai essayé de l’apprendre. J’y suis parvenu et j’ai fait trois prises. Au bout de la troisième, comme j’avais la rage, j’ai décidé de la poster tout en me disant que l’on ne comprenait rien à ce que je chantais. J’ai donc mis des sous-titres pour être sûr que mon message allait passer.

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Ensuite, tu as posté ta vidéo sur ta page Facebook JB Bullet qui était suivie par 500 personnes, tu es parti manger tranquillos, puis tu es allé à ton cours de musique à 14h, c’est ça ?

Oui et pendant que je suis à ce cours, mon téléphone ne cesse de sonner et vibrer. Je sors de là et je constate que c’est l’explosion totale. Une fois rentré, avant d’assister à une manifestation à Tarbes pour Charlie Hebdo à 16h30, je constate que ma vidéo fait 200 000 vues et que j’ai 2000 messages.

Quels étaient les messages qui revenaient le plus fréquemment ?

C’était : « peux-tu mettre cette chanson sur YouTube parce qu’on aimerait la partager ailleurs que sur Facebook ». Rapidement, un type l’avait partagé sur Facebook et faisait croire que JB Bullet, c’était lui. Déjà, des trucs tordus arrivaient. Bref, je mets la vidéo sur YouTube et je pars à la manif. Quand je reviens de la manif trois heures après, je ne comprends rien à ce qu’il se passe. Je me retrouve avec des milliers de messages. Naïvement, j’essaie de répondre à tout le monde, mais je me suis très vite retrouvé dépassé. A 23 heures, il y avait 9 millions de vues. Ce soir-là, j’ai reçu des appels de partout. Deux médias québécois, un journal belge et Fun radio qui me demandaient de passer en direct dans leur émission.  J’étais avec mon pote Kevin. Il me tenait mon téléphone et je leur jouais une partie de la chanson. La soirée se passe et je décrète que je n’en peux plus.

Oui,  tu as besoin de souffler… et je suppose que tu ne comprends pas ce qu’il t’arrive.

Je pars à L’Etal 36 boire un canon. Quelqu’un me demande de prendre ma guitare et de chanter la chanson. J’obtempère, puis je vais me coucher. Je ne te cache pas que j’ai un peu de mal à m’endormir. Je tremblais, je n’étais pas bien du tout. Je me suis même posé la question de tout supprimer. J’avais conscience que tout ceci était en train de me dépasser. Certes, c’est mon rêve de gosse d’être artiste, mais pas comme ça. Soudain, j’étais connu à cause d’une tragédie…

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Que s’est-il passé le lendemain ?

Je retourne à L’Etal 36 avec mon petit ordi portable et je tente de répondre à tous mes mails. Là, j’ai un membre du groupe O’Positif, un groupe local qui m’avait recruté pour être  chanteur avec eux, qui me dit qu’un type de France 5 le harcèle pour que je sois sur le plateau d’Anne-Sophie Lapix. Il est 11h30 du matin. Je rappelle ce type qui me dit que l’équipe de l’émission aimerait m’avoir sur le plateau juste avec ma guitare, ce même jour à 18h. Ok ! Je regarde les horaires des avions. Rien à Tarbes, ni à Pau, ni à Biarritz. Bon ben Toulouse alors. Je ne me rase pas, ne me change pas. Je fais une heure trente de bagnole, une heure trente d’avion et à Paris, ils m’attendent en taxi moto.

Quand tu arrives à Paris, tu ressens quoi ?

J’ai l’impression d’être dans une ville en état de guerre. Je voyais des gens qui hurlaient dans la rue et des camions de police par milliers dans la rue. Ça se passait pendant la prise d’otage et rien n’était réglé. Ma chanson, je l’ai faite par rapport à ce qu’il s’était passé la veille à Charlie Hebdo, mais là, on était en pleine tuerie de l’Hyper Cacher. Moi, j’en étais à me dire que si un mec me reconnaissait, il pouvait me descendre tranquillement. Après, je me disais que si je me faisais buter, j’aurais au moins dit ce que je pensais au fond de moi. C’était complètement surréaliste.

JB Bullet dans un numéro spécial du Grand 8 sur Direct 8.

Après France 5, il y a eu D8.

Je me retrouve au milieu de personnalité comme Julien Clerc, Claude Guéant, Audrey Pulvar, Arthur H…  et personne ne m’a reconnu. On me prenait pour un technicien. La chaine m’avait passé un T Shirt « Je suis Charlie ». On m’avait mis un peu à l’écart dans les loges. Je ne voulais pas du tout m’imposer, alors je restais dans mon coin. La production de l’émission est venue me voir pour me demander de faire une version raccourcie de ma chanson. Je me retrouve à chanter ma chanson après Julien Clerc.

Il vient te voir, je crois.

Oui, il me dit que Renaud doit être très fier. Je lui réponds que je n’en sais rien.  J’ai soudain peur qu’il soit déçu ou en colère. Il y a des histoires de droits auxquels je n’avais pas songé.  Même aujourd’hui, je ne sais pas s’il a apprécié cette chanson, je n’ai jamais eu de réaction de sa part.

As-tu essayé d’analyser rétrospectivement ce succès ?

Récemment, quand j’étais aux States, j’ai enfin pu souffler et essayer de comprendre ce qu’il s’était passé. Je pense que c’était à Renaud d’écrire cette chanson. Je ne comprends pas pourquoi c’est moi qui aie collé ces mots à sa chanson. Je ne réalise pas encore tout ce qu’il s’est passé.

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Après l’émission sur D8, tu reviens illico à Tarbes.

Oui, direct, c’est taxi-moto, avion, voiture. J’arrive à deux heures du matin à Tarbes. Je me demande ce qu’il m’est arrivé. J’essaie de m’endormir, sans succès et dès le lendemain, rebelote, on me demande d’aller à la soirée de France 2 consacrée à Charlie Hebdo. Je vois Nagui, un type que je regardais à la télé et dont j’étais  fan quand j’étais petit.  Là, je me retrouve avec Souchon, Bruel, Tryo, Grand Corps Malade, Biolay… nous étions tous ensemble dans une minuscule loge et moi je ne disais rien, j’étais trop gêné.

Tout le monde savait qui tu étais ?

Au fur et à mesure, ils se sont tous dit qui j’étais. Le plus impressionnant, c’est quand Bruel est arrivé. Il était dans l’embrasure de la porte, moi j’étais assis à côté de Souchon. Ce dernier me tape sur le genou et il dit à Bruel que je suis le jeune qui a fait une chanson sur Charlie Hebdo. Bruel me regarde avec de grands yeux. Il me dit : « Oui, c’est toi. Hier j’avais quinze personnes qui mangeaient chez moi, je leur ai montré ta vidéo sur le Smartphone. » Ensuite, il arrête un mec qui passait, en l’occurrence Laurent Chapeau, le directeur général de Sony Music, et lui dit de s’intéresser à moi parce que j’irai loin. Ensuite, il me passe son numéro en me disant que ce serait bien que l’on fasse des choses ensemble. Moi, je me demande toujours ce qu’il m’arrive.

Ensuite, tu patientes péniblement je crois.

On me fait passer en fin de soirée, je n’en pouvais plus. Je n’avais d’ailleurs plus de voix. Tout le monde avait des musiciens, j’étais le seul à chanter simplement avec ma guitare. Après ma prestation, je suis revenu à Tarbes et j’ai repris ma vie exactement telle qu’elle était avant.

JB Bullet lors de l'émission spéciale sur France 2, "Je suis Charlie".

Dans les rues de Tarbes, j’imagine que les gens ont un peu changé avec toi.

C’est marrant, j’ai l’impression qu’il y a comme une sorte de microcosme à Tarbes qui fait que pas grand-chose n’a changé. Après, j’ai essayé de rester le plus moi-même possible. Avant, je faisais le couillon, maintenant, j’essaie de rester le plus discret possible. 

Les premiers jours, tu as été placé sous protection policière.

Oui, madame la préfète des Hautes-Pyrénées m’a convoqué pour me signifier cela. Elle m’a félicité pour ma chanson, mais m’a dit qu’il fallait prendre des mesures. Pendant deux semaines, à chaque fois que je voyais un comportement suspect, que je constatais quoi que ce soit ou que je me déplaçais pour une interview quelque part, il y avait un mec à chaque entrée. Les premiers jours, deux policiers me suivaient partout. Je suis tombé sur des personnes adorables.

Aujourd’hui, sur tes deux vidéos de ta chanson, tu avoisines les 17 millions de vues. T’es tu dis que tu te mettais toi-même en danger ? Parce que ce tu chantes n’est pas anodin.

C’est ma famille qui a eu peur pour moi. Moi, je me suis dit : « Maintenant tu as fait ça, ce que as dit a été de A à Z ce que tu pensais. Donc, si tu fais descendre, tu te fais descendre pour tes idées et tu auras fait un petit quelque chose dans ta vie. » Nous avons beaucoup d’ancêtres qui sont morts pour défendre nos valeurs, alors pourquoi pas moi ? Comme il faut bien mourir un jour, je me suis dit que si quelqu’un voulait me descendre, il le fera et point barre.

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As-tu reçu des lettres de menaces sur Facebook ou ailleurs ?

Non quasiment pas. J’ai reçu deux messages litigieux, mais c’était deux dessins de terroristes avec une kalachnikov. Les gens ne sont pas fous, si on veut me tuer, on ne va pas m’envoyer un message avant.

Et aujourd’hui, considères-tu que tu ne crains plus rien ?

Oui et non. Mine de rien, tous ces trucs sont très organisés. Les types qui ont attaqué Charlie Hebdo ont attendu plusieurs années après les caricatures. Donc, s’ils veulent une nouvelle petite actu dans quelques temps, on ne sait jamais… Après, au final, la parole forte de ma chanson c’est « tu salis ta religion ». Je n’assimile pas l’acte de ceux qui ont fait parler d’eux durant ces deux journées à de la religion. Une religion montre des chemins de vie, c’est tout. Mais bon, je dois assumer ce que je chante dans cette chanson, « je n’ai pas peur de toi l'extrémiste ». J’ai reçu beaucoup de messages de personnes de confession musulmane pour me remercier.

Y a-t-il un moment qui t’as le plus retourné ?

Oui, quand je me suis retrouvé sur D8 devant la maman de ce jeune militaire, musulman, qui s’est fait descendre par Mohammed Merah à Montauban. A la fin de l’émission, elle m’a pris dans ses bras en me remerciant pour ce que j’avais fait. Là, j’avais les larmes aux yeux.

Il s’est passé quelques mois depuis tout ça. Tu t’en remets ?

Je ne comprends toujours pas. Par exemple, hier soir, je me suis retrouvé en première partie de Thomas Fersen pour les 30 ans du Pic d’Or. Je ne me sens pas hyper légitime. Je sais que c’est parce que j’ai eu cette popularité soudaine. J’ai juste six mois d’expérience de chanteur, j’ai bien conscience que je n’ai pas le niveau. Et quand je vois ce que les demi-finalistes et les finalistes du Pic d’Or ont produit aujourd’hui, je me sens con. Je me retrouve totalement surévalué et je sais très bien qu’il faut que je bosse encore à fond. Tout reste à faire.

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Pendant l'interview.

As-tu conscience que toute ta vie, tu seras l’homme qui a fait la chanson de Charlie Hebdo ?

Je ne m’en rends pas compte. Tu me le dis comme ça, mais je n’y ai jamais pensé.

Dans la mémoire collective ça restera. Il y a eu le drame. Il y a eu la chanson. Il y a eu la marche…

C’est très difficile d’avoir le moindre recul parce que, mise à part les plateaux télés qui se sont enchainés très vite, je vis à Tarbes et je vois tout ça de Tarbes. Je suis dans mon monde. Et mon monde n’est pas le monde.

Tu fais quoi aujourd’hui ?

Il faut que je bosse beaucoup pour espérer me lancer officiellement dans la musique. Je vais chanter tout l’été dans la rue avec un pote. On a quelques spots sur la Côte d’Azur.

Je peux te souhaiter quoi pour l’avenir ?

Ce serait de continuer sur cette lancée, continuer à réaliser ce rêve de gamin. Ce serait aussi d’arriver à progresser artistiquement. D’entendre une de mes chansons à la radio, pas Charlie, une nouvelle qui ne serait pas associée à un événement dramatique. J’aimerais faire ressentir de l’émotion aux gens. Tu peux me souhaiter d’être heureux dans la vie, d’être fier de ce que je fais et de pouvoir vivre de mes chansons. Je souhaiterais aussi continuer à rencontrer les gens. J’aime le contact avec de nouvelles personnes et échanger.

Note de Mandor : pour en savoir plus sur le projet de musical de Jean-Baptiste Bullet, voici sa page KissKissBankBank... je suivrai l'évolution de ce garçon de très près (et je vous tiendrai informé ici-même).

Son site officiel.

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Après l'interview, le 22 mai 2015, dans la pièce où JB Bullet a enregistré sa vidéo.

08 juin 2015

HK & Les Saltimbanks : interview pour "Rallumeur d'étoiles" et débat sur la chanson engagée

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HK, c’est 20 ans d'écriture et de musique, du bas des tours HLM de son quartier jusqu'aux scènes des plus grands festivals ; 20 ans de combats contre toutes formes de préjugés, d'étiquettes et d'à priori. 20 années qui, espère-t-il, en appelle 20 autres. Sur les routes, avec son groupe, les Saltimbanks.

Cela étant dit, je déteste la chanson engagée, surtout à ce point… je ne m’en suis jamais caché. Cela fait plusieurs fois que l’on me proposait de rencontrer Hadadi Kaddour, dit HK, mais je n’avais pas trouvé en moi une très forte motivation pour le faire. J’avais de gros à priori (alors que lui lutte contre). Quand j’ai reçu le dernier disque d'HK & Les Saltimbanks, Rallumeurs d’étoiles, je l’ai écouté… et je l’ai trouvé intéressant, bien ficelé et assez diversifié. Franchement, je me suis surpris à bien aimer. Je me suis donc dit qu’il ne serait pas négligeable qu’une rencontre ait lieu entre un journaliste un peu buté sur la question de l’engagement dans les chansons et un chanteur qui est l’un des chantres de cette chanson « révolutionnaire ».

La rencontre s’est donc déroulée à l’agence le 22 avril dernier. (Il n’y a eu aucun blessé. Nous étions entre gens de bonnes compagnies.)

hk & les saltimbanks,rallumeurs d'étoiles,interview,la chanson engagé,mandorBiographie officielle :

« Mon grand-père était un poilu de la première guerre mondiale. Ma mère et mon père, des immigrés algériens ayant fait le grand voyage : des montagnes de Kabylie jusqu'aux pavés roubaisiens. Et moi... je suis un saltimbanque ». Ainsi se définit HK, né en 1976, dans un quartier populaire de Roubaix. Fils de marchands de fruits et légumes, il a, très jeune, fréquenté les marchés pour aider « le paternel » : tablier bleu, casquette et numéro de claquettes pour amuser la clientèle. Sa première scène, en quelque sorte !

À l'âge de 15 ans, HK est frappé de plein fouet par la révolution hip hop. Il monte son premier groupe Juste Cause, avec lequel il fera véritablement ses premières armes, puis Piece of salam, avec qui il écumera toutes les scènes de la région lilloise. En 2005, il forme avec son acolyte Said un groupe au format « révolutionnaire » : M.A.P, le Ministère des Affaires Populaires. C’est du Hip-hop avec un accordéon, un violon et une farouche volonté de porter l’identité d'une région ouvrière et métissée, modeste mais chaleureuse.Ils seront « Révélation du printemps de Bourges » en 2006. Leur premier album "Debout là-D'dans" sortira dans la foulée. Un deuxième album voit le jour en 2008 « Les bronzés font du ch'ti »

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En 2009, HK, qui a des envies de colorer sa musique de chanson, de musiques du monde, et de reggae, se lance en solo Enfin, pas vraiment ! Il forme le groupe HK et les Saltimbanks avec des musiciens virtuoses et taillés pour la scène. Deux albums naîtront : Tout d'abord, en 2011, Citoyen du Monde sur lequel figure l'emblématique « On lâche rien », chanson reprise dans les hk & les saltimbanks,rallumeurs d'étoiles,interview,la chanson engagé,mandormanifestations ainsi qu'au cinéma dans La vie d'Adèle. Puis, en 2012, Les Temps Modernes, incluant un autre titre phare du groupe : "Indignez-vous" en hommage à Stéphane Hessel (voir photo à gauche). Entre 2009 et 20014, le groupe enchaine les tournées partout en France et en Europe, allant même se produire par deux fois aux États-Unis et au Québec.

Parallèlement, HK sort en 2012 son premier roman, aux accents auto-biographiques, J'écris donc j'existe. Il en publiera un second, Neapolis. S’ensuit l'album Les Déserteurs en 2014, hommage à la chanson française et à la musique châabi.

L’album:
Aujourd’hui sort le 3ème opus de HK et les Saltimbanks, Rallumeurs d'étoiles, dont le titre esthk & les saltimbanks,rallumeurs d'étoiles,interview,la chanson engagé,mandor inspiré d'un vers d’Apollinaire : « Il est grand temps de rallumer les étoiles », une référence à une époque sombre, propices aux obscurantismes de toute forme entre fanatismes et xénophobies.

Cet album se conçoit à la fois comme un hommage et une utopie. Une ode à tous les « rallumeurs » d'étoiles anonymes qui, chaque jour, à leur petite échelle, par un geste, un engagement, une parole, une création, entretiennent une lueur. Des chansons pour aujourd'hui et pour demain, comme « Rallumeurs d' étoiles » dont le refrain est chanté par les enfants du groupe, « Dounia », en duo avecle chanteur malien Aboubacar Kouyaté ou encore « Para cuando la vida ? » dans lequel HK se joint au chanteur chilien Leon Pena Casanova pour interroger nos sociétés « déshumanisantes ». Des chansons d'amour aussi comme « Si un jour je tombe » et « Je te dis non ».

Amour, musique, voyage... alors, adieu HK le chanteur engagé ? Certainement pas ! Mais un engagement résolument poétique, artistique et créatif : « sans haine, sans armes et sans violence ».

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hk & les saltimbanks,rallumeurs d'étoiles,interview,la chanson engagé,mandorInterview :

As-tu toujours chanté pour faire bouger les opinions ?

J’ai été nourri à ça. Quand j’étais enfant, mes grands frères et mes grandes sœurs écoutaient Bob Marley pour certains d’entre eux, la musique afro américaine pour d’autres et du folk protest song comme Dylan ou Springsteen. J’ai un peu été conditionné dans la chanson qui dit des choses. Dans ma façon d’écrire, j’ai toujours ce besoin de raconter une histoire ancrée dans une certaine forme de réalité, raconter des choses que j’ai pu vivre, voir, ressentir. Quand je suis touché par quelque chose, il faut que cela devienne une chanson.

Tu veux bousculer ceux qui t’écoutent ?

Je suis un enfant de Coluche. On ne les voit plus beaucoup ces gens qui font bouger les choses, on ne leur donne plus d’audience. Je me pose souvent la question. Verrait-on Coluche aujourd’hui à la télé ? Est-ce qu’il aurait pu dire les mêmes choses qu’avant ? Ne serait-il pas trop dérangeant ? Ne serait-il pas trop décalé de cette époque ? On ne peut pas savoir parce qu’il n’y a plus de gens comme lui à la télé.

Le nouveau clip d'HK & Les Saltimbanks : Para Cuando La Vida? (C'est pour quand la vie?) avec la participation de Leon Peña Casanova. Extrait de l'album Rallumeurs d'étoiles.

Pour revenir à la chanson engagée comme la tienne, ce qui me gêne, c’est le côté « donneur de leçon ».

Je ne sais pas dans quelle mesure on peut estimer que je donne des leçons ou pas. Je ne réfléchis pas comme ça et je n’ai jamais réfléchi ainsi. L’angle de mes chansons est simple : je raconte ce qui m’a touché, ému ou indigné. Alors, c’est vrai, j’ai grandi à Roubaix, la ville la plus pauvre de France. J’ai vu les quartiers touchés par l’extrême précarité, la toxicomanie, les SDF, les lascars en bas des tours HLM, les cités ghettos… tout ça fait partie de mon quotidien. Quand j’ai commencé à écrire, c’était naturel de raconter ce que je voyais. Quand tu racontes tout ça, tu creuses et tu finis pour toucher à des maux de société. Sur notre premier album, Citoyen du monde,  je chantais une chanson qui s’appelle « Ta récompense ». C’est l’histoire d’un migrant qui estime ne pas avoir le choix, qui est en train de mourir là où il est né et qui n’a rien à perdre. Il n’a tellement rien à perdre qu’il prend des risques inconsidérés pour venir en France ou dans un pays accueillant. Les journalistes me demandaient déjà si cette chanson n’était pas un peu moraliste ou démago. Ça m’énerve un peu, parce que ce sont des choses qui existent. Je ne suis pour rien si elles existent. On a le droit de choisir de voir le monde tel qu’il peut être, d’accepter des visions, des témoignages que l’on peut transmettre par le biais de l’art.

Pour toi, l’art sert à ça ?

L’art sert à chatouiller, à interpeller, à questionner, à déranger. Quand on me dit que mes chansons dérangent, je vais te dire franchement, je suis content. A côté de ça, juste avant la sortie de ce nouvel album, j’ai participé à un album de chanson française avec des chansons de Brel, Brassens etc… Moi, j’ai chanté « La chanson des deux amants » de Brel. J’aime ça aussi, mais il y a plein de gens qui savent mieux que moi écrire et interpréter ce genre de chanson. Moi, je fais autre chose et autre chose, c’est ce que certains étiquettent comme de la chanson engagée.

"On lâche rien" (décembre 2010)

C’est le bon terme. Tu ne peux pas dire le contraire. Tu as quand même une chanson qu’on entend dans toutes les manifs, « On lâche rien ».

J’assume et je revendique cette chanson. Et je suis content de la retrouver dans la rue parce que j’ai toujours dit que ma musique venait de la rue. C’est donc dans la rue qu’elle a raisonné et qu’elle s’est propagée, pas par les ondes hertziennes. Mais tu sais, on a fait plein d’autres choses. Dans notre premier album, il y a une chanson qui s’intitule « Sur un air d’accordéon ». On reprend dans le refrain, une vieille chanson de Lucienne Delyle. C’est une chanson très poétique, mais les journalistes ne mettent pas assez en valeur ce genre de chanson. On ne nous accorde pas le droit d’écrire des choses belles et jolies.

Tu es trop étiqueté, c’est pour ça.

Ce n’est pas mon problème. Ça m’arrange peut-être de penser ça, mais aujourd’hui, dans notre société, nous avons un problème avec les gens qui disent les choses. Pour Télérama, j’ai débattu sur ce sujet avec Philippe Torreton. L’idée n’est pas de dire qu’on est obligé d’être d’accord, mais si ce ne sont pas les artistes qui vont revendiquer ou parler de la société, qui va le faire ? Qui peut jouer ce rôle de poil à gratter ?

"Sur la même longueur d'ondes" extrait de Rallumeurs d'étoiles.

Moi, je trouve Torreton trop radical. Il prétend que les artistes doivent impérativement dénoncer les affres de la société. Il dit aussi que si un artiste ne revendique pas, ce n’est pas vraiment un artiste…

S’il dit réellement ce que tu me rapportes, je ne suis pas d’accord. En tout cas, à moi, il ne m’a pas dit ça. Brel a toujours refusé d’avoir des engagements dans ce qu’il chantait, il a pourtant écrit les plus belles chansons françaises. A côté de ça, il y a Brassens que j’adore aussi, qui disait « je suis tellement anarchiste que quand je vois des gendarmes, je traverse dans les clous pour qu’ils ne me fassent pas chier ».

Tu as vu le débat entre Brassens et Ferrat sur l’engagement ?

J’allais t’en parler. J’adore autant l’un que l’autre. Je vis un truc étrange quand je regarde ce débat, parce que je me revendique de l’un et de l’autre. Ferrat défend sa vision d’artiste contestataire au premier degré en disant et en faisant les choses. Il assume ce côté-là. Brassens, lui, dit que la chanson peut changer les choses, mais jamais au premier degré. « Gare aux gorille » est une chanson très dure contre la peine de mort. « Au marché de Brive-la-Gaillarde », c’est carrément une chanson gendarmicide. Il est allé sur des terrains sur lesquels je ne m’aventurerais même pas. D’abord parce que je n’ai pas le génie de Brassens.

Georges Brassens - Jean Ferrat: dialogue sur l'engagement (mars 1969).

Tu disais il y a quelques années : « la démocratie, c’est le pouvoir au peuple ».

La république, c’est le bien commun. Aujourd’hui, ce sont les intérêts privés, les lobbies qui font la loi. Pour être président, il faut faire allégeance aux grandes puissances de l’argent ou industrielles. On m’a dit que remettre en cause le système faisait le jeu de l’extrême droite. Mais c’est tout le contraire. Pourquoi le FN monte ? Parce que ses membres se sont érigés chantres de l’antisystème. Le monde est formidable, il n’y a rien à changer ? Avec le temps et la patience, tout s’arrangera, c’est ça ? C’est le fait de dire que tout va bien et qu’il n’y a rien à changer qui a fait le lit de l’extrême droite. Il y a des problèmes, mais il n’y a que ce parti qui le dit.  On fait quoi alors ? On se tait ? C’est le sujet de notre discussion, je n’ai pas de réponse à ça. On a notre petit engagement par la musique, d’autres le font autrement, chacun dans sa sphère pour faire bouger et évoluer les choses dans le bon sens.

Il n’empêche que quand je recevais tes albums, j’ai toujours été agacé par le nombre importants de chansons engagées. Cela me crispait à un point. Dans « Rallumeurs d’étoiles », enfin tu te diversifies ! Es-tu plus apaisé aujourd’hui ?

Peut-être. J’ai 38 ans désormais, je suis papa de deux enfants… quelque part, ça doit m’adoucir. Ce nouveau disque est une réponse à nos albums précédents. J’ai toujours eu des albums concept. Dans le premier, Citoyen du monde, je me suis présenté. Je suis un chti, fils d’immigré algérien, en même temps, je suis né à 500 mètres de la frontière belge. J’étais un peu perdu dans les notions de nationalisme. J’étais quoi ? Algérien, Français… et à 500 mètres près, j’aurais pu trouver des raisons d’être fier d’être belge. Ce qui compte et ce qui importe, ce sont les valeurs qui nous animent. C’est ça qui nous permet de nous positionner en toutes circonstances.

Et dans le deuxième, Les temps modernes ?

Je faisais le constat amer d’une société déshumanisante. Et donc, le troisième, Rallumeurs d’étoiles », c’est une réponse à ce constat amer. Je n’ai surtout pas envie d’être enfermé dans une sorte de nihilisme en disant que c’est la merde et qu’on ne croit plus en rien. Nous croyons en ces gens qui, autour de nous, par un acte, une parole, un engagement, nous remplissent le cœur et nous éclairent. Je voulais rendre hommage à tous ces gens qu’on ne voit pas à la télé et qui font beaucoup pour les autres. Parfois, ce que je raconte peut paraître con et banal à dire, mais en même temps, je trouve ça tellement vrai et vital. Je dis qu’il faut souffler un peu et regarder le monde. Dans une des dernières chansons, on reprend trois vers d’un poème de Pablo Neruda qui dit « ne te laisse pas mourir lentement, n’oublie jamais d’être heureux, vis maintenant ! »

Est-ce que HK & les Saltimbanks est un groupe positif ?

En parlant de nous, une journaliste de La Voix du Nord a titré « Une révolte joyeuse et en mouvement ». C’est une belle définition de ce que nous voulons proposer. Nous luttons contre des choses qui nous indignent et pour des valeurs qui nous animent. Le rapport à l’autre, une société un peu plus humaine, fraternelle et solidaire, une société moins dans la course et l’individualisme.

"A nous de jouer maintenant", extrait de Rallumeurs d'étoiles.

Aimerais-tu faire de la politique ? Parce que s’exprimer en chanson ne fait ni avancer, ni changer le monde.

Tu es fou ! Je ne suis pas du tout d’accord avec toi. Ça veut dire quoi ce que tu racontes? Qu’en tant que musicien, je ne dois m’occuper de rien ? Je ne dois pas être engagé ? Quand je te disais que j’ai écouté Bob Marley, Dylan et Springsteen, je sais ce que ça m’a apporté. Ça m’a construit. Si les chansons ne font pas changer les choses, ça fait changer les gens. Je suis peut-être mégalo, mais la chose que je regrette dans mon parcours aujourd’hui, c’est de ne pas avoir d’audience suffisante pour pouvoir faire changer les choses de manière plus décisives. Nous sommes dans une époque qui appelle à des changements radicaux et un questionnement. Doit-on poursuivre sur cette société du matérialisme, de l’individualisme, de la réussite sociale individuelle, du temps de cerveau disponible… une société ou le cynisme est absolu ? Ou alors, est-ce que l’on s’arrête et on se pose des questions ? Chacun d’entre nous devons nous responsabiliser individuellement. On doit se demander « qu’est-ce que je dois faire moi ? ».

Balavoine, un temps, avait envisagé de se diriger vers la politique. Bon, très vite, il a compris que ce n’était pas pour lui.

Tu t’imagines à côté de quoi on serait passé musicalement et textuellement ? Il a écrit des chansons sublimes, il a dit des choses importantes dans les émissions où il était invité. On a besoin de gens qui soient à cette place-là. L’artiste a un rôle à jouer. Il ne faut pas non plus se prendre pour qui nous ne sommes pas, mais il faut donner un peu de soi et de sa pensée pour faire bouger les consciences. Je continuerai toujours dans cette voie-là.

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Pendant l'interview le 22 avril 2015, à l'agence.

02 juin 2015

Théophile Ardy :interview pour Mon petit coin de paradis

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11178377_1439760043000779_517607473724056196_n.jpgAlain Pilot, l’animateur de l’excellente émission d’RFI, La bande passante, dit de Théophile Ardy : C'est une belle découverte, comme il en arrive parfois au détour d'un chemin... Théophile Ardy, ce nom vous est peut-être étranger, pourtant c'est un auteur à fleur de peau, qui sait nous faire transpirer ses émotions dans des élans de rock purs et durs, transporté par des textes percutants et écorchés, un artiste-artisan planant qui ne demande qu'à être découvert ! 

Il a raison Alain Pilot. Cet artiste qui a quinze ans de carrière professionnelle, quatre albums et des projets à revendre est d’un sacré haut niveau.

L’homme à un ton engagé, une voix un peu éraillée et pleine d’inflexions, des textes pas toujours très joyeux. Ses chansons sont des analyses de la société sur des mélodies légères, dynamiques et efficaces. Au programme, beaucoup de désillusions et quelques lueurs. C’est beau.

J’ai rencontré Théophile Ardy lors de ma seconde mandorisation de Romain Lateltin. Ils sont arrivés ensemble à l’agence. J’avais entendu parler de lui, mais je n’avais jamais écouté son œuvre. Je l’ai découvert quelques jours plus tard. Et j’ai beaucoup aimé.

Comme il vient de sortir son nouvel album, Mon petit coin de paradis, il y a quelques jours, je lui ai demandé de repasser à l’agence, mais cette fois-ci seul. C’est ce qu’il a fait le 22 avril dernier.

Biographie officielle :3760151854200_600.jpg

« Nourris aux rimes tendres et universelles d'Alain Souchon (mandorisé là), marqué au fer rouge de l'époque, il joue avec les clichés du bonheur et en extrait l'essence, dans l'instant, au cœur des autres. »

Auteur-compositeur-interprète né à Lyon, Théophile Ardy commence à chanter dans la chorale d’une mission française en Tunisie, le pays de son enfance. De retour en France, il écrit ses premières chansons à l’âge de 15 ans et choisi un pseudonyme empruntant aux racines supposés de son nom de famille des références qui lui sont chères : variété française, poésie, spiritualité. Il entame ainsi un long cheminement musical et humain dont ce 4e album est le fruit.

Au travers d’une expérience de vie le menant d’un sentiment d’ultra moderne solitude à celui d’indépendance, Théophile Ardy témoigne de la fin d’un monde. Le sourie en coin, le goût des autres en ciment, il chante une vibrante métaphore de l’humanité.

DSC00266.JPGInterview :

Tu as commencé à chanter dans la chorale d’une mission française en Tunisie. Que faisais-tu là-bas ?

Mon père était homme d’affaire, ingénieur. On est parti avec toute la famille dans ce pays, un peu à l’aventure, pour que mon père puisse monter une boite. J’avais six ans et j’étais dans une mission française dans laquelle il y avait une chorale. J’ai commencé la musique en chantant du Brassens dans un chœur d’enfants.

A 15 ans, tu t’es mis à écrire des poèmes.

Il se trouve que j’avais des facilités littéraires. Je voyais de la reconnaissance dans les yeux de mes parents quand j’écrivais. L’attrait pour les textes est d’ailleurs venu des yeux brillants de mes parents quand ils lisaient ce que j’écrivais. Mon père se demandait d’où venaient ce « talent » et cette passion pour les mots.

Tu racontais quoi ?

Il y avait déjà un vernis d’observation de la société. Nous parlions beaucoup en famille, cela m’inspirait des textes.

"Aux quatre vents", enregistré dans le Backstage en 2015.

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Pendant l'interview (1).

Avant de sortir ton premier disque, tu as fait quoi ?

J’ai fait quelques erreurs (rires). Un an après avoir démarré sur les scènes lyonnaises, je me suis retrouvé au Transbordeur de Lyon, en tête d’affiche. Je suis allé un peu trop vite. J’ai fait un concert intéressant, les gens présents ont beaucoup apprécié, mais il n’y avait pas grand monde dans la salle. Donc, dans ma région, je me suis un peu brûlé les ailes. Tout le monde m’avait prévenu de ne pas faire ça… et tout le monde avait raison. Je me suis forgé une réputation de petit artiste prétentieux. Cela dit j’avais fait trente cafés concerts avant le Transbordeur. J’étais confiant parce que six mois avant j’avais rempli Le Chaos, une salle de 600 places. J’ai donc constaté que de 600 à 2000, il y avait un monde. Tu ne remplis pas une salle comme cela !

Aujourd’hui, tu es devenu ton propre producteur avec Romain Lateltin. Elle est bien cette association de deux artistes.

Oui, nous nous entendons très bien. On va chercher les gens où ils sont. Nous faisons des concerts à domicile ou dans les médiathèques par exemple. On joue devant des petits comités, on vend nos disques, on fait des rencontres « vivantes » qu’on entretient ensuite par mail… on tente de convaincre les gens, les uns après les autres. On a remplacé la quantité par la qualité.

Théophile Ardy en live (extraits). Une grande voix et un sens inné de la mélodie.

Ce que j’aime dans ton disque, c’est que dès la première écoute, on retient la mélodie. J’ai l’impression qu’il est truffé de tubes potentiels.

Je viens de la scène, alors, je pense à la scène. Sur ce disque coréalisé avec Christian Morfin, j’ai fait un vrai travail de studio et c’est un vrai effort pour moi. Je sais que si j’ai un bon refrain, les gens vont être immédiatement avec moi et peut-être même chanter. Une chanson, j’aime bien qu’elle permette d’être en communion avec le public.

« Le goût des autres » est une chanson sur la tolérance que l’on devrait avoir les uns envers les autres.

Le minimum, pour moi, c’est la tolérance. Au mieux, c’est la curiosité et le top, c’est le goût. Se tolérer, c’est vivre à côté des uns et des autres. Moi, je suis comme tout le monde, j’aime bien rester dans mon coin, mais les concerts à domicile m’ont obligé à aller vers les autres, et finalement, j’ai pris conscience à quel point cela fait partie des moments où je suis le plus heureux.

"Majorité silencieuse", enregistré dans le Backstage en avril 2015.

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Pendant l'interview (2).

Il y a deux chansons qui se suivent « La majorité silencieuse » et « Aux quatre vents ». Dans la seconde, tu dis le contraire de la première. Ce sont deux personnages différents, l’un est désabusé, l’autre fait une déclaration d’amour à la vie.

Ces deux personnages me ressemblent beaucoup. J’ai deux visions de la vie. Une positive et une négative. D’un côté, je trouve absurde la vie et de l’autre, j’ai plein d’espoir pour l’avenir. Dans « La majorité silencieuse » je demande aux gens de sortir de l’isolement. Il ne faut pas rester trop dans sa bulle. « Aux quatre vents », c’est la bulle de vie.

Aimes-tu que des personnes s’approprient tes chansons ?

Bien sûr. Quand je ressens une émotion et que j’arrive à la transmettre et à la partager avec quelqu’un, je me dis que j’ai réussi ce que je voulais. Ce sont des moments magiques. Si quelqu’un a ressenti une émotion qui n’est pas celle que j’ai voulu transmettre, c’est encore plus magique. Je perds le contrôle et j’aime ça.

Pourquoi fais-tu ce métier ?

Je suis de nature cartésienne, ce métier me permet d’explorer mes zones d’ombre. Je fais de la chanson parce que j’explore l’émotion. Quand l’émotion est partagée avec le public, alors là, c’est encore plus puissant.

Quel est ton prochain projet musical ?

Un nouveau projet en duo avec Romain Lateltin. En tout, 10 titres. Des chansons avec des beats electro.

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Après l'interview, le 22 avril dernier.

31 mai 2015

Sophie Adriansen : interview pour Max et les poissons

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(Photo : Marc Lehmann)

Sophie Adriansen écrit beaucoup. Toutes sortes de livres. Son éclectisme force le respect. Je la mandorise parfois (là pour un joli roman, là pour une biographie, là pour un essai avec la participation de Mathieu Simonet, là pour une soirée littéraire, là enfin pour un portrait) tant je lui trouve du talent… Quand elle se met à écrire des romans (celui-ci est le second), elle sait toucher au cœur et à l’âme.

Comme l’explique le blog « La cause littéraire » au sujet de Max et les poissons, « chaque année, Sophie Adriansen célèbre son anniversaire à la même date que celle de la rafle du « Vél’d’Hiv ». Après avoir fait la connaissance d’une femme-courage qui lui a raconté son histoire, elle a ainsi donné naissance à ce magnifique ouvrage. La pureté et l’innocence de ce petit garçon, Max Geiger, prend aux tripes et arrache les larmes du lecteur. »

Pas mieux.

Tout est dit dans ces 80 pages : l’abomination de l’extermination, la rafle, les camps, les justes... mais avec une délicatesse et une poésie rare.

Max et les poissons est un très beau témoignage à la mémoire de toutes celles et ceux qui ont été emportés en ce fameux mois de juillet 1942.

Signalons enfin les magnifiques et efficaces illustrations de Tom Haugomat, qui a aussi réalisé la couverture.

Sophie Adriansen, le 22 avril dernier, est venue à l’agence pour m’expliquer les raisons qui l’ont poussé à écrire ce roman. Et plus encore…

sophie adriansen,max et les poissons,nathan,interview,rafle du vel d'hiv',mandorL’histoire :

Un regard d'enfant sur la rafle du Vel d'Hiv’.

Max a un poisson rouge ! C’est sa récompense : à l’école, il a reçu un prix d’excellence. Max a aussi une étoile jaune sur la poitrine. Il la trouve jolie, mais ses camarades se moquent de lui et disent qu’elle sent mauvais. Il ne comprend pas pourquoi. Comme il ne comprend pas cette histoire de « rafle » dont parlent ses parents. Ils disent qu’elle aura lieu demain, mais c’est impossible : demain, c’est son anniversaire ! Il sait déjà que sa sœur lui a fait un cadre en pâte à sel et il espère que ses parents lui offriront un second poisson…

Quelques extraits du livre :

La guerre, ça fait marcher les Allemands dans les rues et serrer fort les mains des petits sophie adriansen,max et les poissons,nathan,interview,rafle du vel d'hiv',mandorgarçons.

Est-ce qu'enlever un enfant sans l'autorisation de ses parents, c'est vraiment une bonne façon de le protéger ? Je n'avais pas l'air d'être vraiment en danger au milieu des immeubles en forme de U. Je n'étais pas en danger puisque j'étais avec papa, maman et Hélène.

On s'entasse. Je n'ai plus revu Daniel. Je ne sais pas ce qui se passe, mais j'ai peur. Parce que papa, maman et Hélène ont peur eux aussi. Je le sens. Et quand les grands ont peur, c'est comme une couverture toute râpée par laquelle passe le jour : ça ne protège plus de rien.

Tu es le meilleur élève de la classe. L'étoile n'y change rien. Regarde, tu n'es pas le seul à en porter une. La classe est une constellation, chacun brille à sa façon.

Est-ce qu'il y a des poissons juifs et d'autres pas juifs? Nous, on est juifs. C'est pour ça qu'on a des étoiles cousues à nos habits. Papa et maman me répètent qu'être juif, ce n'est pas avoir fait quelque chose de mal. Mais je n'arrive pas à les croire.
J'ai l'impression que ce n'est pas bien, d'être juif maintenant.

La guerre, ça commence l’été et ça empêche de faire des châteaux de sable. La guerre, ça empêche d’aller se baigner dans l’eau salée. La guerre, ça remplace les vacances à la plage par les jeux dans l’impasse avec Daniel et Bernard.

Quand on ne veut aucun mal à un enfant, on n’a pas besoin de le dire, normalement.

L’auteure :

Sophie Adriansen est l'auteur de plusieurs romans en littérature générale et jeunesse et de deux biographies. Elle a également cosigné des témoignages et été formée à l'écriture de scénario à la Fémis. Lectrice compulsive, elle contribue à plusieurs sites littéraires et tient depuis 2009 le Blog de lecture Sophielit.

sophie adriansen,max et les poissons,nathan,interview,rafle du vel d'hiv',mandorInterview :

Pourquoi as-tu choisi ce sujet ?

Je ne l’ai pas choisi, c’est lui qui s’est imposé. Il y a quelques années, j’ai travaillé avec une femme qui a échappé à la rafle du Vel d’Hiv. Elle voulait écrire ses mémoires pour ses petits-enfants. Il se trouve que j’ai l’âge de ses petits-enfants et qu’elle à l’âge de mes grands-parents, une certaine complicité s’est donc nouée. Nous nous sommes racontées plein de choses. Elle m’a fait part de son témoignage et j’ai été en contact avec tout un tas de documents qu’elle a conservé. Une fois le travail avec cette femme terminé, je pense que tout cela a infusé en moi. On ne peut pas évacuer aussi facilement un sujet comme celui-ci. Je me suis retrouvée face à un morceau d’Histoire. Ses parents ont été « raflés » le 16 juillet 1942.

La voix de ce petit Max s’est imposée à toi longtemps après ?

Oui. L’histoire de Max est différente de celle de cette femme. Elle est restée à Paris après l’arrestation de ses parents et ce, pendant toute l’occupation. Elle a bénéficié de la solidarité du voisinage. Dans la réalité, aucun enfant raflé n’est revenu. Du côté de l’enfant qui parvient à être sauvé, mon livre est vraiment de la fiction. On n’a pas de cas rapporté d’exfiltration comme moi, je l’ai imaginé.

Les Justes ont existé et ont été nombreux. Tu leur rends hommage.

Oui, c’était un moyen de parler d’eux. Dans la littérature, on parle beaucoup de la rafle, des camps, mais beaucoup moins des Justes.

Tu vas dans les écoles pour parler de ce livre.

Oui. C’est amusant parce que, parfois les élèves me disent que c’est une fin triste, parfois que c’est une fin heureuse. Les enfants ont deux points de vue très différents. Je ne dirai pas pourquoi parce que ce serait dévoiler un peu trop l’issue de cette histoire.

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Le Vel d'Hiv' le 16 juillet 1042.

C’est un livre délicat et intelligent qui ne tire pas les larmes, même s’il est très émouvant. Tu as trouvé le bon dosage d’émotion, je trouve.

Ce n’est pas compliqué de faire pleurer avec un sujet comme ça. Ce n’était surtout pas le but. J’ai préféré la crédibilité. La femme dont je parlais tout à l’heure m’a raconté qu’elle a appris les choses au fur et à mesure et qu’elle ne se rendait pas toujours compte de ce qu’il se passait réellement. Moi, à partir du moment où j’ai entendu la voix de Max, j’ai considéré les choses avec son regard à lui. Il n’y avait pas de raison qu’il s’inquiète dans la mesure où ses parents tentaient de le rassurer. Il ne voit que l’avenir très proche. Comme c’est son anniversaire, il ne voit que le moment où il aura son cadeau, le lendemain, il ne se souciera que de l’endroit où il va. Rien ne lui paraît dramatique. Il ne peut pas imaginer qu’il y a des horreurs derrière. C’est un garçon qui a toujours été protégé et pour qui le monde s’arrête au bout de l’impasse. J’ai essayé de me mettre dans la peau de cet enfant de huit ans.

Comment a réagi la femme qui t’a inspiré cette histoire quand elle a lu le livre?

Elle était très contente. Ce n’était pas son histoire, donc je n’ai rien dévoilé de personnel la concernant. C’est un hommage aux « enfants de juillet », les enfants qui ont vécu cette rafle. Elle est donc ravie, car ce livre participe du devoir de mémoire. On m’a confié une histoire avec un petit h qui appartient à l’Histoire avec grand H… ma responsabilité d’écrivain était d’en faire de la fiction pour qu’on n’oublie pas.

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La rafle.

Tu es allée à Auschwitz et à Birkenau au mois de janvier dernier...

A Birkenau, il y a écrit dans toutes les langues du monde que c’est précisément en se souvenant de ce qu’il s’est passé qu’on peut espérer que ça ne se reproduise pas. Je crois profondément à ça.

Ce livre est destiné à des enfants à partir 9 ans.

Quand Nathan m’a appelé pour me dire qu’ils voulaient publier Max et les poissons, ils m’ont demandé pour quel âge je l’avais écrit. Je n’ai pas su répondre. Je ne m’étais pas posée la question. Ils l’ont fait lire à des instituteurs de différents niveaux et ce sont eux qui ont déterminé que c’était à partir de 9 ans. A 9 ans, dans le programme scolaire, on a déjà commencé à aborder la seconde guerre mondiale. Dans les faits, je suis déjà allée dans une classe de CE1, les enfants avaient donc 7 ans, ils connaissaient des choses de la seconde guerre mondiale, mais rien de la Shoah. On a quand même pu en parler. Je trouve qu’entre 7 et 10 ans, c’est bien qu’il y ait un adulte pas très loin derrière pour expliquer certaines parties du livre. Le fait que ce livre soit court, écrit gros et structuré en chapitres courts, permet que cet ouvrage soit étudié en classe. A la demande de l’éditeur, j’ai rajouté à la fin des éléments chronologiques réels. Il ne s’agissait pas de raconter de nouveau la guerre, mais d’apporter quelques éclairages sur ce qu’il s’était vraiment passé en rapport direct avec l’histoire de Max. Si ce livre peut permettre aux enfants  d’entrer dans ce sujet et de le comprendre par ce biais où l’on parle de tolérance et de solidarité, moi je suis ravie.

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Pendant l'interview...

Quelles sont le genre de questions que les enfants qui ont lu ton livre te posent?

Il y a d’abord des questions comme « c’est quoi un écrivain ? »ou « comment on fabrique un livre ? ». Mais il y a aussi des questions plus basées sur le livre en lui-même. « Pourquoi les juifs se sont laissés faire, alors qu’ils étaient plus nombreux ?», « pourquoi ils n’essaient pas de s’échapper ? », « pourquoi les enfants de l’école de Max se moquent de lui à partir du moment où il porte une étoile jaune ? », « pourquoi Max fête son anniversaire précisément le jour de la rafle ? »… Ce sont des questions qui parlent d’Histoire et qui parlent aussi des choix que je fais en tant qu’écrivain.

Tu es à nouveau en train d'écrire pour la jeunesse.

Oui, ce sera  un roman qui se passe sous l'Occupation à Paris, après la rafle, toujours par le biais du regard d’un enfant. Entre 1942 et 1945, je raconte une capitale vidée de beaucoup de juifs avec, malgré tout, des enfants et des adultes qui restent, résistent, cachent, survivent…  j’évoque aussi les problèmes d’identité et l’occupant toujours présent. Bref, je n'ai pas encore tout dit sur cette période.

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Après l'interview, le 22 avril 2015.

Bonus:

Joss, libraire à Vannes (56), dit tout le bien qu'elle pense sur ce livre essentiel...

30 mai 2015

Daguerre & Bertille : interview pour leur premier album commun

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Daguerre et Bertille chantent le couple (mais dans ce qu’il a de moins évident), sur des rythmes accrocheurs et des mélodies entraînantes. « Une dizaine de titres pour une balade dans les méandres de l’amour, du coup de foudre à l’absence, de la routine conjurée avec drôlerie au portrait du blaireau » explique le dossier de presse. En duo ou en solo, les deux voix se marient avec bonheur dans une pop délicieusement bricolée. Le duo est venu me rendre visite le 21 avril dernier. Pour Olivier Daguerre, c’était un retour à l’agence puisqu’il a déjà été mandorisé il y a trois ans, à l’occasion de la sortie de son album Mandragore. Déjà, il évoquait sa collaboration avec Bertille Fraisse

olivier daguerre,bertille fraisse,daguerre & bertille,interview,mandorBiographie du duo :

Olivier Daguerre et Bertille Fraisse se sont rencontrés il y a quelques années, en studio, lors de l'enregistrement du quatrième album de Daguerre, Mandragore. A cette occasion, Bertille, multi-instrumentiste, virtuose du violon, fit aussi découvrir la singularité de sa voix. Ce fût un véritable coup de cœur pour le chanteur de Daguerre qui lui proposa de rejoindre son groupe sur scène.
La tournée terminée, Daguerre et Bertille ont joué les prolongations acoustiques, en duo, sur plusieurs dizaines de dates. Comme une évidence, l'idée de ne pas en rester là et de réaliser un projet artistique commun, venait de naître : l'album Daguerre & Bertille, pensé comme une nouvelle en 10 chapitres met en scène un homme et une femme qui se partagent plaisir, frustation, abandon et folie.
Daguerre et Bertille forment un duo sensuel aux chansons d'amour à coudre... découdre...recoudre.

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olivier daguerre,bertille fraisse,daguerre & bertille,interview,mandorInterview :

Olivier, tu m’avais déjà parlé de Bertille dans notre précédente mandorisation. Que s’est-il passé pour que vous fassiez carrément un album à deux ?

Olivier Daguerre : Dès nos séances de studio pour Mandragore, j’ai senti que notre collaboration n’allait pas s’arrêter là. Elle était déjà de tous les titres. Ses cordes m’intéressaient et je voulais une voix féminine pour trancher avec la mienne. Suite à l’enregistrement, je ne savais pas trop comment on allait faire vivre ce disque au niveau de la scène. J’ai finalement proposé à Bertille de partir en tournée avec nous. Une réelle complicité artistique s’est créée. Je trouvais très agréable de travailler avec elle. Je ne me posais pas 36 000 questions, je lui faisais une complète confiance. Elle m’a amené pas mal de choses nouvelles de par sa personnalité humaine… et aussi musicale. Il y a en elle une grâce et un contraste avec moi qui m’est devenu essentiel artistiquement.

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Bertille, je crois que tu ne connaissais pas Olivier.

Bertille Fraisse : En effet, je n’avais jamais entendu parler de lui. Mais nous nous sommes très vite entendus. Je suis musicienne, je rencontre des gens, on me propose une collaboration et j’accepte si je sens les choses. J’ai toujours travaillé à l’instinct et je ne collabore qu’avec des gens que j’apprécie. Avec Olivier, nous nous sommes rendu compte que nous étions du même bois. On se comprend bien, on se parle de ce qui nous touche… il y a une forme d’intimité fraternelle qui s’est installée rapidement entre nous.

Dans votre album, il y a des duos et des titres chantés par l’un ou par l’autre.

Olivier : J’ai écrit les chansons de ce disque sur la route pendant la tournée acoustique, mais en pensant à ce projet. Je commençais à en parler à Bertille, mais pas frontalement. Au départ, je voulais écrire comme une sorte de recueil de nouvelles sur des histoires de couples faussement légères. L’homme, la femme, le couple… chacun à ses propres histoires à interpréter.

Clip de "Des mots".

Olivier, c’est la première fois que tu confies les guitares-voix et les arrangements à quelqu’un.

Oui, ça n’a pas été sans difficulté. Mais j’avais une confiance absolue en Bertille et Julien Lebart. Ils ne sont pas de la même génération, du coup, je pense que ça donne un coup de jeune à mes chansons.

Tu as co-réalisé et arrangé le disque, Bertille. C’est une grosse pression d’avoir cette responsabilité ?

Bertille : La pression vient du fait que l’on vous fait confiance. Pour quelqu’un qui débarque un peu dans un univers qu’il ne connait pas bien, qui fait son chemin petit à petit, c’est impressionnant. Peut-être qu’Olivier a décelé en moi des capacités insoupçonnées.

Tu aimes te mettre en danger ?

Bertille : Avec Olivier, je ne suis jamais en danger. C’est toujours très bienveillant, on se parle beaucoup. Entre le moment où on a parlé du projet et le moment où il a été réalisé, ça a été des vagues d’émotion, de discussions. Pour Olivier, dans sa démarche de me confier quelque chose qu’il n’avait jamais confié à quiconque auparavant, ça a été un vrai travail.

Olivier : Il ne fallait pas que je sois là pendant qu’ils travaillaient sur les titres, sinon, ça compliquait tout. Ça n’a pas été simple, j’ai du mal à déléguer depuis toujours, mais comme on discutait beaucoup, ça a fini par me rassurer. Enfin pour être sincère, dans la théorie, arriver à déléguer, pas de problème… mais dans la pratique, c’était moins évident. Bertille m’a parfois recadré.

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A quels moments par exemple ?

Parfois, quand Olivier apparaissait lors de nos séances avec Julien, ça déséquilibrait un peu le travail que l’on faisait. Il y a une fois où je lui ai demandé si j’étais dans ma mission ou à côté de la plaque. Il fallait qu’il décide. Je suis quelqu’un d’entier. C’est oui ou non. Si on me confie une mission, je la prends à cœur. Olivier me connait, il savait à qui il avait à faire. Il m’est arrivée d’être dans la surreaction parce que je suis une hyper sensible. J’ai du caractère, j’ai du goût, j’aime le débat, j’aime la discussion. Je viens du sud de la France… on parle fort et avec les mains.

Olivier : Je venais perturber un couple qui été en train de travailler sur mes chansons, j’ai fini par m’en rendre compte. Moi, je venais plus par curiosité. Je commençais à craquer de ne pas entendre le résultat. Je reconnais qu’il ne fallait pas que je vienne. Je suis venu deux fois, ça a « fighté », je ne suis plus revenu. Après, tout s’est super bien passé.

Et puis vous parliez beaucoup, j’imagine.

Nous sommes de grands bavards. Nous parlions aussi bien de métaphysique que des choses essentielles de la vie et de nos vie personnelles. J’ai écrit pour Bertille en fonction de ce qu’elle me racontait lors de ces conversations, de ce que je savais d’elle et des personnes que nous rencontrions durant cette tournée. Autour de moi, dans mon entourage, c’était un vrai tumulte sentimental. Je crois que dans chaque titre, chacun peut retrouver un peu de soi. Que ce soit violent, bienveillant ou tragique…

Clip de "Une ombre".

Vous avez beaucoup appris en travaillant avec l’autre ?

Olivier : Oui, énormément. Et j’apprends toujours en l’a voyant travailler.

Bertille : Et inversement. Au contact de l’autre, on progresse beaucoup.

En chanson, on a tout dit sur l’amour … il te fallait trouver de nouveaux angles, Olivier ?

Olivier : Je suis le Frédéric François du punk. J’adore écrire sur l’amour parce qu’encore aujourd’hui, ça reste une des valeurs qui ne s’est pas cassée la gueule et à laquelle on peut se raccrocher. Dans un monde très compliqué et ultra individualiste, je trouve que c’est important de se raccrocher à ça. L’Amour avec un grand A est le pilier de tout.

Bertille : Tous les deux, dans la vie, l’amour est notre moteur. Individuellement, dans notre façon d’être, avec nos proches, avec nous-mêmes. Sur le fait de faire un disque de chansons d’amour, à aucun moment, il y a une volonté de réinventer quoi que ce soit. Ce qui est amusant, c’est de faire passer par nos filtres respectifs des histoires qui sont universelles. C’est agréable à faire vivre et on se sent compris par les gens qui nous écoutent.

Clip de "Dans le silence des agneaux".

Dans le clip, « Dans le silence des agneaux » vous suggérez que vous êtes ensemble. Et puis, vous interprétez un album de chansons d’amour, alors forcément, on se pose la question : sont-ils ensemble réellement ?

Olivier : C’est vrai, cette question revient sans cesse, surtout depuis la diffusion du clip en question. Bertille et moi sommes passionnés de cinéma, donc ça nous amuse de travestir la réalité. Je trouve important qu’on n’ait pas peur de nos peaux et qu’il y ait de la sensualité entre nous. On ne triche pas vraiment.

Bertille : Même si on joue. Ça nous amuse que les gens se pose la question, ça veut dire que nous sommes crédibles. On est juste très complice.

Bertille, tu es surdiplômée du conservatoire et de l’université de musicologie.

Olivier : (Rires) C’est tout l’inverse de moi.

Bertille : J’ai fait de la musique classique un long moment, j’ai grandi avec ça. A l’adolescence, j’ai découvert le hip hop, ça a été la révolution, l’explosion dans ma tête. Et puis, j’ai aimé la musique électronique, les machines, les bidouilles… et enfin, j’ai découvert le rock à 20 ans. Après mes études au conservatoire, où je restais huit heures par jour sur mon violon, j’ai passé quelques années à désapprendre.

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Pendant l'interview...

olivier daguerre,bertille fraisse,daguerre & bertille,interview,mandorCe disque est plus electro que dans les précédents albums d’Olivier.

Olivier : Oui, très clairement. C’est de la pop electro. C’est un disque de chansons pop electro, pour être précis.

Bertille : Heureusement que Julien était avec moi, il nous a remis vers un chemin plus traditionnel. Moi, je suis arrivée avec mes codes complètement explosés, parce que j’en n’ai aucun, du coup, Julien qui s’y connait en chanson française a fait un peu le garde-fou. Cet album est le fruit de jolis compromis. On a discuté jusqu’à ce qu’on arrive à la bonne solution.

Allez-vous récidivez ?

Olivier : Je n’en sais rien. On a fait ce disque comme ça. Je l’ai senti et on l’a enregistré. Il est trop tôt pour savoir si on en fera un second ensemble.

Bertille : Il ne faut se leurrer. Ce projet est bien le 5e album de Daguerre. C’est un album qui est unique dans sa conception même, mais il s’inscrit vraiment dans la continuité de la carrière de Daguerre. C’est du Daguerre.

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Après l'interview, le 21 avril 2015.

27 mai 2015

Daniel Bélanger : quand une star québécoise vient chanter en France...

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Daniel Bélanger est un song writer  québécois que j’admire depuis son premier disque (sorti en 1992). Je ne l’ai jamais lâché tout en regrettant que la France passe à côté de cet artiste hors pair et singulier. Alors qu’il est une énorme star dans son pays, cet auteur-compositeur-interprète au charisme fabuleux, magnétique est venu nous montrer son talent les 16 et 17 avril dernier aux Trois Baudets pendant deux soirées pour le moins étincelantes. On a apprécié un artiste qui sait habiter la scène en solo, en musique comme en monologues humoristiques. Une voix extraordinaire (aux multiples possibilités), une guitare blues, des textes aussi profonds que déchirants. La claque. Non, mais la vraie claque.

A l’issue de son concert du 16 avril 2015, Daniel Bélanger s’est assis à ma table.

Deux hommes, quatre bières… une mandorisation.

daniel bélanger,trois baudets,interview,mandorBiographie officielle (assez longue et pourtant sacrément raccourcie):

En 1992, Daniel Bélanger lance une petite bombe dans le paysage musical québécois, Les insomniaques s'amusent. Avec sa poésie débridée, ses mélodies ciselées, le premier album de Daniel Bélanger séduit rapidement un large public et extasie la critique. L'année d'après, avec une tournée depuis sacrée historique, avec des ventes qui filent allègrement vers les 175 000 exemplaires et le Félix de l'album pop-rock de l'année en poche, l'auteur-compositeur interprète occupe déjà une place toute spéciale dans le cœur des Québécois.

Pendant qu'il continue de récolter les trophées, Daniel Bélanger cogite Quatre saisons dans le désordre, qui paraît en 1996. La palette sonore s'élargit, les textes sont chaque fois bourrés d'invention. Les récompenses pleuvent et les ventes s'affolent (album certifié platine).

1998: Daniel Bélanger choisit pour un temps de voyager «Seul dans l'espace». La tournée ainsi nommée connaît un immense succès et conduit à l'enregistrement d'un album atypique, Tricycle (1999), composé d'extraits de spectacles captés à différents moments de sa carrière.

2000: Erreur d'impression (Coronet Liv), un recueil de 150 historiettes amusées, flirtant avec l'absurde, fait le bonheur de ses fans.

Avec l'album Rêver mieux, lancé en octobre 2001, le créateur s'approprie de façon ludique et inspirée les sonorités électro. Une fois de plus, le public est au rendez-vous (album certifié platine) et la moisson de prix époustouflante.

Daniel Bélanger fait aussi quelques incursions réussies dans le registre de la musique de film et en daniel bélanger,trois baudets,interview,mandorsurprend plus d'un, en 2003, avec un objet d'art non identifié appelé Déflaboxe, plongée poético-musicale dans l'esprit d'un pugiliste (payé pour perdre).

L'album L'échec du matériel, paru en avril 2007, marque une nouvelle étape dans le parcours d'un artiste qui ne réapparaît jamais tout à fait là où on l'attendait. Un album ancré comme jamais dans les préoccupations et les quêtes de ses contemporains, qui va donner lieu à une tournée d'une centaine de dates avec musiciens, auxquelles s'ajoutent une quarantaine de spectacles en solo.

Paraît alors Joli chaos, en novembre 2008, une compilation étayée de quelques inédits.

De nouveau tenté par l'aventure littéraire, l'homme aux vingt-deux Félix fait un pas de côté avec Auto-stop (Les Allusifs), un «roman-chanson» racontant l'histoire d'un jeune homme de 19 ans qui traîne son mal-être sur les routes d'Europe.

Le dernier album en date de Daniel Bélanger s’intitule Chic de ville, irrésistible virée sur les routes d'une Amérique intérieure. L'album, en partie enregistré au Blackbird Studio de Nashville, Tennessee.

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daniel bélanger,trois baudets,interview,mandorInterview :

En France, les amateurs de chansons francophones vous connaissent bien, votre carrière au Québec est spectaculaire, mais le grand public d’ici ne vous connait pas. Vous en êtes chagriné ?

Je ne sais pas trop comment je suis considéré en France, mais j’imagine que beaucoup ne me connaissent pas et cela m’importe peu. J’ai fait beaucoup d’effort pour accroitre ma notoriété au début de ma carrière, puis très vite, je n’ai pas insisté. Mon premier et mon deuxième album ont été distribués ici, mais n’ont pas bien marché. Ma maison de disque n’a rien fait pour me pousser à venir chez vous et moi, j’ai laissé faire les choses. Tout cela n’est pas bien grave.

D’autant que dans votre pays, ça marchait très bien.

Je n’avais donc pas le feeling d’insister ailleurs. Pendant longtemps, mon succès québécois m’a suffi parce que ça m’a beaucoup occupé. Je voulais avoir une vie « confortable ». Ne pas vivre uniquement pour la musique. J’ai eu des enfants et je souhaitais profiter au maximum de ma famille. La musique et le spectacle, c’est très intense, mais la famille aussi. Maintenant que mes deux filles sont grandes, j’ai plus de temps et du coup, plus d’idées et d’énergie pour les réaliser.

Daniel Bélanger - Sèche tes Pleurs from Audiogram on Vimeo. (J'ai découvert Daniel Bélanger avec cette chanson... j'ai adoré immédiatement).

Au Québec, vous êtes une véritable star multi-récompensée, raison pour laquelle je m’étonne que nous connaissions d’autres québécois moins « titrés » que vous. Je ne comprends pas pourquoi on connait plus Richard Desjardins que Daniel Bélanger.

Je ne suis pas très people, je ne donne pas beaucoup d’entrevues, mais il y a toujours du monde dans les salles et les gens me donnent de l’affection. J’en suis très fier. Ces derniers temps, j’ai ressenti un besoin intense d’aller voir les français, je ne sais pas trop pourquoi.

Ce soir, j’ai adoré votre show guitare-voix. C’était gigantesque, je ne sais pas comment vous faites pour transcender votre public ainsi…

On reconnait une bonne chanson, si elle est bonne en guitare-voix. Après, on peut la jouer n’importe comment, elle restera bonne. Il m’arrive de jouer aussi avec des musiciens, souvent même, mais j’adore cette formule simple et efficace. En France, je voulais que le public entende mes textes sans fioriture autour.

"La folie en quatre" en duo avec Pierre Lapointe sur Radio Canada en juillet 2014.

La jeune génération des artistes québécois vous adulent. Pierre Lapointe (mandorisé là) comme Ariane Moffat par exemple.

(Rire) Je sais, mais ça me donne un coup de vieux. Ariane, qui a été ma choriste et musicienne de nombreuses années, m’appelle son mentor. Quant à  Pierre, il m’a dit un jour qu’il prenait exemple sur moi dans la manière de faire les choses de ce métier, notamment dans la diversification. Tout comme moi, il est pluridisciplinaire et extrêmement créatif. Je suis très fier que ces artistes si talentueux se réclament un peu de moi. C’est valorisant, il ne faut pas le cacher.

Certaines de vos chansons montrent de vous un côté fortement barré quand même.

Ma culture, c’est la poésie et la technique du parolier.

La technique du parolier ?

La technique du parolier, c’est de développer un contact avec celui qui entend, alors que le poète se contente de lancer son cri. Moi j’aime les deux. Je m’amuse à sortir des sentiers battus parce que je trouve que la vie ordinaire n’est pas réjouissante et qu’elle est même contraignante. Alors, j’invente d’autres vies. Pas vraiment ordinaires et lisses.

Meddley de quelques succès de Daniel Bélanger : "Dans un Spoutnik", "Opium", "Fous n'importe où", "Rêver mieux" (une de mes chansons préférées du monsieur) et "Reste", version "Star Académie" Québécoise en 2012.

daniel bélanger,trois baudets,interview,mandorVous cultivez le goût du mystère. Par exemple, je sais que vous n’aimez pas les interviews. Vous n’aimez pas que l’on creuse pour voir ce qu’il y a derrière vos chansons.

Il y a des façons de creuser. Creuser en trois minutes sur un plateau de télévision entre deux annonces de lessive ou creuser comme nous le faisons là, tranquillement. Je préfère la deuxième proposition. C’est très rare que l’on puisse parler de notre métier sur la longueur quand on est en entrevue. Je n’aime pas dire des généralités, je veux prendre mon temps pour développer, c’est tout. Et surtout, je donne des entrevues quand j’ai du travail à présenter et uniquement à des gens que l’on m’a recommandé.

Ce soir, j’ai vu un musicien de blues.

Parce que je le suis. Je suis content de vous l’entendre dire, parce que j’ai toujours considéré que je faisais du blues, avec une influence « chanson » très forte. Le public québécois est assez blues. C’est un peuple qui a souffert, qui est en Amérique et qui a donc des affinités avec cette musique. Il y a une nation de blues, une nation de tristesse. Nous avons des chansons traditionnelles qui sont très tristes et qui s’apparentent aux blues.

La majeure partie de vos chansons sont tristes ou graves.

Oui, c’est vrai, mais il y a toujours un angle pour essayer d’entrevoir la lumière. Au Québec, nous avons une approche de la vie qui fait que même si on a plein de soucis, la lumière finit toujours par arriver.

Entre les chansons, vous déridez l’atmosphère avec des monologues amusants.

J’aime jouer avec le public en le déridant après une chanson un peu triste. Ca désamorce et ça amorce. J’aime bien les chutes de températures.

Daniel Bélanger "Tu peux partir" from Audiogram on Vimeo.

Comment êtes-vous considéré au Québec ?daniel bélanger,trois baudets,interview,mandor

Pendant longtemps, j’ai été un chanteur que l’on classait dans « la relève ». Ça a duré très longtemps, je bossais comme un fou, j’ai rencontré beaucoup de succès, j’ai été reconnu de mes pairs… aujourd’hui, j’ai l’impression que je suis un vieux de la vieille. Nous ne sommes plus trop nombreux actifs de ma génération.

Il reste qui de votre génération ?

Il y a Jean Leloup et je ne vois trop qui d’autre. Il n’y en a vraiment pas beaucoup.

Qui vous inspire ?

Jeff Buckley par exemple. Et comme je suis le plus jeune d’une famille de cinq enfants, j’ai été influencé par la musique de mes frères. Ils écoutaient beaucoup de musique british comme Joe Cocker ou Led Zeppelin. Très rock donc. Et par ma mère et mes sœurs, de la chanson française comme Serge Reggiani ou Georges Moustaki.

C’est amusant parce que cela se ressent dans votre musique.

Je suis blues rock avec une sensibilité chanson, en effet.

Vous êtes en train de préparer un nouvel album.

J’ai déjà neuf chansons de prêtes. Je vais me mettre à travailler là-dessus sérieusement en mai-juin. Le disque devrait sortir cet automne au Québec. 

Daniel Bélanger - Étreintes from Audiogram on Vimeo.

Je sens chez vous une force et une fragilité à la fois.

C’est marrant, on ne m’a jamais dit ça. On n’a jamais osé. On me parle de ma force parce que je suis un grand gaillard, mais pas de ma fragilité. Alors, que vous avez raison, je suis comme ça, en vrai.

J’adore votre voix. Quand elle s’envole vers les aigus, je frissonne.

J’étais un fan des Rita Mitsouko. La voix de Catherine Ringer se démarquait des autres voix françaises féminines. J’aime ce genre de voix-là, celles qui poussent. Moi, j’ai appris à chanter avec un micro. Toutes les nuances de ma voix, c’est un peu un jeu avec mon micro. Bon, je vous avoue qu’aujourd’hui, il faut que je fasse avec les réalités de l’âge. Je perds des hautes, alors j’essaie d’être créatif pour compenser.

Être sur scène, est-ce un combat ?

Il faut juste s’en tenir à quelque chose de vrai. Et s’en tenir à quelque chose de vrai, c’est déjà un petit peu suspect. Avec des effets de voix, je sais que je vais chercher le public, mais j’essaie d’être le plus sincère possible. Sur scène, ce qui est certain, c’est que j’ai du plaisir, mais que je ne me repose pas.

Il y a eu deux « standing ovation »ce soir, j’imagine que vous n’y êtes pas insensible.

Pour moi, c’est une récompense, c’est précieux.

Daniel Bélanger "Reste" from Audiogram on Vimeo.

daniel bélanger,trois baudets,interview,mandorPourquoi chantez-vous ?

Pour gagner ma vie (rires). Bon, pas seulement. C’est un métier très valorisant. Mon père était un autodidacte. Il a appris seul le piano et la guitare. Quand on faisait des fêtes, en fin de soirée, on demandait à mon père de jouer. Il interprétait alors de vieux classiques paillards. Des chansons un peu « sexe », un peu « scato ». Tout le monde était émerveillé et content. Il était d’une telle générosité.

C’est en voyant votre père chanter que vous avez décidé de faire ce métier ?

C’est une influence, certainement. Je n’y ai jamais pensé… au fond, oui. C’est drôle, vous pointez là quelque chose que j’ai enfoui en moi. Parfois, les interviews, ça vaut bien une séance de psy (rires).

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Le 16 avril 2015, pendant l'interview...

23 mai 2015

Lisa Angell : interview pour sa participation à l'Eurovision de la chanson

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(©Donja Pitsch)

unnamed.jpgChanteuse à la voix exceptionnelle, authentique, sincère et généreuse, Lisa Angell a été choisie par France 2 pour représenter la France à l’Eurovision 2015. Extrêmement « fière et heureuse » elle s’apprête à vivre une expérience magique.Avec N'oubliez pas, chanson écrite par Robert Goldman, et 1er single de son nouvel album, c’est un message universel, un message de paix que la chanteuse adressera à toute l'Europe ce samedi 23 mai prochain en direct de Vienne.

 

Le moins qu'on puisse dire, c'est que la France n'a pas brillé ces dernières années à l'Eurovision Song Contest. Espérons que la tendance s’inverse en 2015.

 

J’aime bien Lisa Angell. Quand j’ai été engagé par Olivier Bas pour être l’un des journalistes deLisa-Angell-(Cover-album-BD).jpg la défunte émission CD‘Aujourd’hui, elle a été mon premier « sujet ». Et je me souviens qu’elle était toute timide. Et pour cause, c’était sa toute première interview télé (ou toute première interview tout court). « Vous serez indulgent avec moi, promis ! » m’avait-elle dit. Je n’ai pas eu besoin de l’être. Elle avait assuré comme il le fallait.

Quand « on » m’a demandé de la rencontrer pour parler de sa participation à l’Eurovision et de son nouveau disque, je n’ai pas hésité. Lisa Angell excelle dans son domaine : la variété française populaire…

Le 11 mai dernier, je suis allé à sa rencontre dans les locaux de sa nouvelle maison de disque, SonyMusic.

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(©Donja Pitsch)

Lisa-Angell---Photo-Promo-(c)Nathalie-Guyon-FTV.JPGInterview :

Nous nous sommes vus la première fois il y a quatre ans pour votre premier album… et là, vous sortez le quatrième. Un album par an ! Bon rendement.

J’ai un âge où on ne peut pas se permettre de prendre son temps. Le premier disque est sorti en octobre 2011 et on en a fait un chaque année depuis. C’était une volonté de mon ancienne maison de disque qui voulait absolument me faire connaître... Est-ce que c’était bien ? Je ne sais pas. Peut-être avons-nous fait trop vite les choses...

Vous venez de le dire, vous avez changé de maison de disque…

C’est bien parce qu’elle me laisse plus d’autonomies. Elle me permet de faire la musique j’aime vraiment. Elle me fait confiance et, donc, me laisse libre de mes choix. C’est très appréciable. Je tiens à dire qu’ils m’avaient contacté bien avant de savoir que j’allais faire l’Eurovision. Il y a de la part de SonyMusic une vraie volonté de travailler ensemble.

Vous avez été longtemps dans l’ombre, comment vivez-vous ce qui vous arrive depuis quatre ans.

J’apprends mon métier de « célébrité »… ça me fait bizarre. En même temps, je suis contente de parvenir à faire ma place à un haut niveau dans ce milieu.

Pour ce nouvel album, vous avez travaillé avec Robert Goldman, Patrick Fiori, Serge Lama, Jacques Veneruso.

J’ai rencontré Patrick Fiori sur l’émission consacrée à Charles Aznavour, Hier encore. Il m’a dit que j’avais une voix de dingue et qu’il souhaitait me faire des chansons quand un projet d’album d’inédits arrivera. Quand tel fut le cas, je l’ai appelé et il m’a présenté des personnes qui travaillent avec lui régulièrement dont Jacques Veneruso, Robert Goldman et Serge Lama. J’ai reçu des chansons de toutes ces personnes. Ils ont écrit pour moi. Certaines étaient un peu trop « généralistes » et n’étaient pas ciblées par rapport à ce que je voulais faire. Tous les auteurs compositeurs et moi nous sommes donc réunis en studio, entre nous. Ce n’est pas parce que je travaillais avec des pointures que je devais dire que tout était bien. Je ne suis pas une chanteuse « artifice ». Les textes sont primordiaux pour moi. On a beaucoup parlé et j’ai expliqué ce que je souhaitais réellement. On a échangé des idées, on a passé des moments intimes et ainsi, ils m’ont mieux perçu.

Et Serge Lama aussi s’est mis à votre service ?

Oui. C’est fou parce que Serge Lama, c’est ce monsieur que je vais voir à l’âge de 7 ans au Palais des Congrès. Je l’ai vu finir un concert à genoux, habillé tout en blanc et chanter « Je suis malade ». Un choc. En sortant de son concert, j’ai dit à mes parents que je voulais faire comme ce monsieur quand je serais grande. Ils m’ont dit « c’est ça, oui, oui ! » Aujourd’hui, voilà que je travaille avec ce grand homme de la chanson française. Les fées ne se sont pas bercées sur mon berceau, mais par contre, sur mon lit, depuis quatre ans, elles y vont à fond (rires).

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(©Donja Pitsch)

Peut-on dire que ce quatrième album est finalement votre premier vrai disque ?

Très sincèrement oui. Cet album est ce que je voulais faire à la base. Je ne renie pas le premier  que j’ai fait en 2011, mais il s’est fait dans une précipitation hallucinante. Je fais en juin « Les années bonheur » de Patrick Sébastien et en août, il fallait rendre un album… on ne pouvait pas faire des miracles, c’est pour ça qu’il y avait des reprises.

Dans celui-ci, il n’y a aucune reprise. Uniquement des chansons inédites. Vous vouliez que ces nouvelles chansons parlent de vous, mais qu’elles soient universelles en même temps.

Exactement. C’est la musique que j’aime et je l’offre aux gens avec toute mon intégrité. Cet album me ressemble à 100%. J’aime toutes les chansons sans exception. Toutes racontent des sujets que j’ai vécus ou que des proches ont vécus. Il n’y a pas de « Il était une fois », il n’y a que des histoires vraies.

Sauf « N’oubliez pas ».

Oui, sauf celle-là, en effet. Comme j’ai vécu en Chine et que j’ai affronté un typhon 15, j’ai vu des horreurs. Alors, quand j’ai reçu la chanson, je n’ai pas pensé à la guerre, mais elle m’a fait sens par rapport à ce que j’avais vécu. Je savais qu’elle allait être dans mon album…

Clip officiel de "N'oubliez pas".

Comment a-t-elle été choisie pour représenter la chanson de la France à l’Eurovision ?

C’est Robert Goldman qui est allé voir Nathalie André avec ce titre, sans me le dire. A ce moment-là, ce n’était qu’une maquette.

Vous n’avez eu aucun stress, du coup, puisque vous n’étiez pas au courant de la démarche de votre auteur.

Voilà. Et je trouve cela admirable de la part de Robert. Je rentre des vacances de Noël, début janvier, et il m’appelle pour m’annoncer que c’est moi qui représente la France à l’Eurovision. Pour moi, cette nouvelle était hallucinante. C’est un vrai conte de fée.

J’imagine la pression que vous devez avoir… surtout avec les scores minables de la France lors des années précédentes.

Sincèrement, je n’ai pas pensé à ce qu’il s’était passé auparavant. Je me suis juste dit que mon rêve d’enfant était en train de se réaliser. En fait, tout se réalise… que se passe-t-il ? Parce que je n’ai rien attendu, quand on m’annonce que je représente la France à l’Eurovision, c’est comme si on m’annonçait que je gagnais l’Euro Millions. J’ai ressenti comme un feu d’artifice. J’avais le feu dans mon corps. Et puis, quand j’ai appelé papa qui a 87 ans pour lui annoncer la nouvelle, il n’en revenait pas. Depuis toujours, je disais à mes parents que je voulais faire l’Eurovision.

Les répétitions de Lisa Angell cette semaine à Vienne. La chanson avec la scénographie que vous verrez ce soir à la télévision lors de la cérémonie de l'Eurovision...

Lisa-Angell---Photo-Promo 2-(c)Nathalie-Guyon-FTV.JPGVous regardiez les cérémonies à la télé ?

Je me prépare depuis petite à ce moment. Chaque année, je donne une feuille et un crayon à chaque membre de ma famille. On note les artistes. Moi, je mets une robe, je fais semblant de chanter pour représenter mon pays. A 16 ans, quand je vois Céline Dion remporter ce concours, je supplie mes parents d’envoyer une cassette à la production. Comme ils ne connaissaient personne, ils ne l’ont pas fait. Les choses arrivent quand on ne s’y attend pas.

Comment a réagi votre papa ?

Il a pleuré.

Quand je vous vois, là, j’ai l’impression que vous êtes zen.

Disons que je suis prudente. Je fais attention. J’ai cherché à me faire une place dans ce métier pendant des années et je n’y arrivais. Il y a des gens que j’ai essayé de contacter pendant des années sans y parvenir. Du coup, je me dis que l’on peut passer à côté de gens qui ont du talent pendant des années et un jour, les découvrir. Je me dis juste qu’heureusement que ce n’est pas trop tard pour moi. J’ai fait 30 ans de piano-bar et aujourd’hui, voilà ce qu’il m’arrive.

Bravo à Patrick Sébastien qui a été le premier à croire en vous. Il vous a fait passer dans ses émissions et il a même produit votre premier album.

D’autant qu’il a pris des risques. Je n’avais pas l’âge, ni le physique idéal pour lancer quelqu’un. Patrick est un vrai amoureux des artistes, il sait les reconnaître et ensuite les imposer et les défendre. Il a aidé beaucoup de gens qui n’avaient pas de profils « communs ». Dany Boon, Yves Jamait et moi par exemple.

Vous êtes encore en relation avec lui ?

Oui, bien sûr. Il est très heureux pour moi. Il trouve que je le mérite. J’ai appris que pendant deux ans, lui aussi, avait posé ma candidature pour l’Eurovision à France 3… toujours sans me le dire.

Avec vous, pour l’Eurovision, on revient à une chanson et une façon d’interpréter plus « traditionnelle ».

Oui, et je le revendique. Je suis très fière de cela.

Chanter devant 200 millions de téléspectateurs, vous le vivez bien ?

Tout à fait (gros éclat de rire). Je sais que je représente mon pays, mais en même temps, il faut que je parvienne à profiter de ce que je vais vivre. Je vais tenter de ne pas me mettre une pression terrible. Pour faire bien les choses, il faut prendre du plaisir. Je pense très sincèrement que la chanson est forte et qu’elle véhicule un message qui parle à tout le monde. Beaucoup de gens peuvent s’identifier à ce titre. Je suis très fière de véhiculer ce message.

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Après l'interview, le 11 mai 2015, chez SonyMusic.

20 mai 2015

Jérôme Attal : interview pour Aide-moi si tu peux

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(Photo : Astrid di Crollalanza)

Jérôme Attal est l’artiste le plus souvent mandorisé. Voici mon onzième entretien. Comme je le dis souvent, c'est toujours un réel plaisir d'échanger avec lui. Raffiné, cultivé, drôle, élégant… je suis très attaché à lui, mais également à son œuvre. Son écriture me touche comme aucune autre.

(Voici ses précédentes mandorisations pour une présentation générale du monsieur, pour L’amoureux en lambeaux, pour Les Beatles, en rouge et en bleu, pour Le garçon qui dessinait des soleils noirs, pour Journal Fictif d’Andy Warhol , pour Pagaille Monstre, pour Folie furieuse, pour L’Histoire de France racontée aux extraterrestres,pour Le voyage près de chez moi et enfin pour Presque la mer.)

Le 14 avril dernier, Jérôme Attal m’a rendu une énième visite à l’agence pour parler de son nouveau roman Aide-moi si tu peux.

jérôme attal,aide-moi si tu peux,interview,mandor,flammarionNote de l’éditeur :

Populaire, décalé, poétique : le premier polar de Jérôme Attal !

Il est toujours prêt à dégainer un bon mot comme certains brandissent leur revolver. Stéphane Caglia n'est pas un flic comme les autres. Pour échapper à la violence urbaine qui est son quotidien, il se réfugie dans les années 80 – les années de son enfance. Traqué par un tueur à la solde d'une mystérieuse secte, il va devoir enquêter sur la disparition d'une jeune fille, liée à une série de crimes. Tamara, dix-sept ans, postait sur Internet des reprises de chansons des Beatles. Là est peut-être la clé de l'énigme...
Jérôme Attal s'accapare les codes de l'intrigue policière pour signer un roman poétique, drôle, à la fois nostalgique et vivifiant, truffé de bons mots sur les relations amoureuses et de réflexions mordantes sur le monde d'aujourd'hui.

Auteur :

Jérôme Attal est un touche-à-tout : musique, cinéma, littérature. Il est parolier d'un grand nombre d'artistes (Johnny Hallyday, Eddy Mitchell, Vanessa Paradis, Michel Delpech, Florent Pagny, Garou, Jenifer), scénariste et acteur (Alice Island, 2013, et La Fille aux allumettes, 2009 sur Arte), et également l'auteur de huit romans, dont Pagaille monstre, Folie furieuse et L'Histoire de France racontée aux extra-terrestres, tous trois aujourd'hui chez Pocket.

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Interview :

C’est la première fois que tu vas sur le terrain du roman policier. Mais c’est un roman policier à la Jérôme Attal, c’est-à-dire pas du tout classique.

J’ai lu récemment dans Les Cahiers du Cinéma une interview d’Howard Hawks, le réalisateur du film Le Grand Sommeil. Il racontait qu’il ne s’était pas soucié de la logique et au final, ça a fait un film génial. Je ne me compare évidemment pas à lui, mais j’aime bien l’idée d’avoir écrit un policier dans lequel je sacrifie la logique des choses pour une jolie phrase. Il y a l’intrigue policière et l’intrigue dans la façon d’écrire. Cela m’amuse de m’accaparer un genre littéraire et de « l’arranger » à ma sauce. J’aime beaucoup Richard Brautigan. Il a notamment écrit Un privé à Babylone qui est un roman policier qui n’a rien à voir avec un roman policier. Ça me plaisait de marcher sur ses traces-là.

Ton flic à la quarantaine et il est complètement déphasé par rapport à son époque.

Il trouve que la société est déliquescente et il reste bloqué dans les années 80. On reste toujours bloqué dans les années de son enfance, les années où on se sent protégé. Mon flic a Corinne Charby comme sonnerie de portable…

A ce propos, ton flic n’a pas de chance en amour…

Ça m’a amusé que la seule fille qu’il rencontre et avec qui ça va être éventuellement possible, n’aime pas les années 80. Elle trouve la culture et la société de cette période horrible. Elle lui dit que ça représente  le début du Sida, la guerre Iran Irak,  le sacre de Bernard Tapie… Donc, lui, il perd tous ses moyens. Dans ce roman, il y a plein de de ressors de comédie qui me plaisaient et me permettaient de développer mon univers personnel.

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Il y a encore les Beatles dans ton livre.

Tu le sais, ils sont ma référence musicale absolue. Je les place donc dans chaque roman. Dans celui-ci, mon tueur est fan du groupe. Il chante quelques-unes de leurs chansons et les met ensuite sur Youtube. Puis, il zigouille ceux qui n’aiment pas ses prestations et qui l'expriment dans les commentaires. Il considère qu’on ne peut pas tout se permettre. Le flic également trouve qu’on ne peut pas tout se permettre dans la vie. Il a finalement un état d’esprit similaire au tueur.

Le flic, Stéphane Caglia, n’est pas tout blanc lui non plus. Il a appartenu à une espèce de secte, « les Souterrains Stellaires ».

Oui, les initiales, ça fait SS. Les Souterrains Stellaires, c’est un peu métaphorique. Ça veut dire qu’on n’arrive jamais vierge quelque part. On a toujours un wagon de casseroles que l’on traîne derrière soi et, même, qui nous poursuit. Le monde des souvenirs peut te poursuivre à la fois de manière triste et agréable, comme quand il pense à ses parents, et aussi de manière triste et agressive, comme quand les Souterrains Stellaires se rappellent à lui.

Quand j’imaginais Stéphane Caglia, je te voyais toi.

Ça veut dire que c’est un peu réussi, non ? Pour être franc, ce flic est un peu moins délicat que moi. Et il a une meilleure forme physique.

Tu aurais aimé être flic ?

Non, mais je trouve qu’il y a une analogie entre ce métier et le mien. Quelqu’un qui écrit veut intervenir. Quand quelque chose ou quelqu’un m’émeut, j’ai envie d’intervenir, mais pas physiquement, par le biais de l’écriture. Voilà, je trouve qu’il y a une similitude dans l’intervention.

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Récemment en concert... avec son livre.

Stéphane Caglia est courageux, mais il hésite souvent avant de mener une action coup de poing.

Tu as raison. Mais quand il se trouve devant quelque chose qu’il trouve indécent, qui le choc, il intervient sans se poser de question.

Sa partenaire, d’origine anglaise, Prudence Sparks, est jeune, belle, efficace… tout pour plaire, quoi !

Si je mets des filles dans mes livres, autant qu’elles soient jolies, non ?

Stéphane Caglia n’a pas une très haute opinion du monde dans lequel il vit.

Je suis comme le héros, je trouve que le monde est de plus en plus violent et que les gens deviennent déliquescents. Je trouve qu’il y a un laisser-aller comportemental. Ce que mon héros ne supporte pas, c’est vraiment l’indécence.

Tu n’as pas peur que casser les codes d’un genre littéraire agacent les lecteurs et les journalistes spécialisés?

Non, parce que j’ai des gens qui me lisent et qui semblent aimer ça. Je ne suis peut-être pas suffisamment académique pour susciter l’enthousiasme des gens qui décernent les prix littéraires. Je pense que mes livres sont trop divertissants.

Au bout de neuf romans, ce silence de la part des professionnels commence à bien faire, non ?

A partir du moment, où on me permet juste de faire le suivant, je suis déjà satisfait. C’est comme dans la chanson. Je n’ai pas la carte. A chaque fois, c’est un combat. Mais, j’y vais. Je suis assez souvent victorieux en plus.

Que te reste-t-il comme genre littéraire à explorer?

Le roman historique. Je n’y ai pas encore touché.

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Après l'interview, le 14 avril 2015.

07 mai 2015

Franck Calderon et Hervé de Moras : interview pour La prétendue innocence des fleurs

franck caldéron,hervé de moras,la prétendue innocence des fleurs,interview,mandorFranck Calderon et Hervé de Moras sont amis d’enfance et complices d’écriture depuis le collège. Et, coïncidence, ce sont aussi mes amis d’enfance. Nous nous connaissons depuis l’âge de 7 ans. Et nous étions très proches (nous le sommes d’ailleurs toujours).

Il y a trois ans, Franck m’annonce qu’il vient de finir un roman avec Hervé. Je jubile. Connaissant les deux hommes depuis toujours, je trouve qu’unir leur talent n’est pas une mauvaise idée. Franck écrit des scénarios pour des films et des téléfilms, il sait y faire pour aller droit à l’essentiel… et je connais sa foisonnante imagination. Hervé est un esprit vif avec un sens inné de la répartie. Lui aussi déborde d’imagination. De plus, il écrit superbement (il est enseignant, c’est la moindre des choses).

Quand ils m’ont fait lire la première mouture du roman, je n’en revenais pas. J’avais peur d’être déçu et de devoir leur dire. J’avais peur de manquer d’objectivité aussi. Mais non, j’ai été impressionné et j’étais certain qu’ils tenaient là une histoire en béton (mauvaise expression quand le thème central sont les fleurs…)

Ils ont du talent les salauds !

Je leur ai fait part de quelques réflexions, sur le rythme notamment, mais franchement, en l’état, le roman se tenait parfaitement. Il ne leur restait plus qu’à parvenir à être publié.

Ce qui est fait, chez Scrinéo. Et le livre sort aujourd’hui. Et j’en suis très fier. Parce que c’était eux, parce que c’était moi et que c’est un sacré bon roman.

Je tiens à dire que je ne le dirais pas si je ne le pensais pas. Question de réputation à garder encore un moment…

La prétendue innocence des fleurs, est un texte percutant où le mystère, l’aventure sentimentale et l’intrigue judiciaire s’entremêlent, sur fond d’un jeu de pistes lié au langage des fleurs conduisant à un dénouement inattendu.

Je peux vous assurer que vous ne serez pas déçu.

Voici quelques réactions bloguesques :

Lue et approuvée par Blabla mia.

L'écrivain bestseller Grégoire Delacourt a beaucoup aimé également.

Le 21 avril dernier, chez Franck, nous avons profité d’un passage d’Hervé (qui habite à Nîmes) pour nous réunir et parler de ce livre. Conversation entre trois potes, mais en restant professionnels tout de même (un peu). In vino veritas...

franck caldéron,hervé de moras,la prétendue innocence des fleurs,interview,mandorL’histoire :

Le bouquet était prêt : Cinq iris mauves, cinq lys blancs et deux jacinthes sauvages. Dans quelques heures à peine, il serait livré au cabinet du juge d’instruction Marc Ferrer, plongé dans la plus importante affaire criminelle de sa carrière.

Pourquoi ce bouquet ? Que signifie cet énigmatique jeu de piste qui le conduira, de bouquets en bouquets, de Paris à Venise, en passant par Nîmes ? Et pourquoi ce langage des fleurs, réminiscence d’un amour fou disparu huit ans plus tôt ?

Une brèche s’ouvre cachant un incroyable secret.

La Prétendue innocence des fleurs est un roman inclassable où le mystère, l’aventure sentimentale et l’intrigue judiciaire s’entremêlent pour tenir le lecteur en haleine jusqu'au dénouement.

Ce qu'en pense le directeur du Festival Polar de Cognac, Bernard Bec:

Comme pour un feuilleton, les deux auteurs baladent les lecteurs dans différentes histoires centrées essentiellement sur un même personnage. Plusieurs pistes nous sont proposées, et perso, je n'ai pas choisi la bonne. Un must !

Un premier avis de blogueuse.

Les auteurs :franck caldéron,hervé de moras,la prétendue innocence des fleurs,interview,mandor
Franck Calderon est producteur et scénariste de télévision et a produit ou écrit de gros succès d’audience pour les principales chaines.
Il a été à la tête de la production à TF1 Production. Il a supervisé notamment les séries R.I.S et Interpol.

Hervé de Moras, lui,est enseignant.

C’est dans l’enfance qu’ils puisent la complicité nécessaire, ciment de leur écriture à quatre mains. Ce style « Calderon de Moras » est ainsi d’un genre inclassable mais addictif (pour l’aspect thriller), et féminin (pour l’aspect sentimental). Leur prochain roman est en cours d’écriture.

Le teaser du livre.

franck caldéron,hervé de moras,la prétendue innocence des fleurs,interview,mandorInterview :

Contre toute attente, vous entrez dans le monde des auteurs de polar. 

Hervé de Moras : C’est étrange parce que j’estime que nous ne sommes pas dans un genre précis. A la base, nous ne voulions pas écrire un polar, mais il semblerait, selon les professionnels,  que nous appartenions désormais à cette catégorie

Franck Caldéron : Enfin, disons que nous voulions écrire un thriller, mais avec une dimension humaine. Nous ne sommes pas partis d’une intrigue polar, ni d’une intrigue amoureuse, nous sommes partis d’un parcours initiatique. Aujourd’hui, dans le roman, il y a donc ce parcours, mais aussi une histoire d’amour et une vraie intrigue judiciaire

Hervé : Moi clairement, j’avais plus dans l’idée d’écrire une histoire d’amour romantico-psychologique. Les cadavres, ce n’est pas mon truc. Les gens criblés de balles, on ne sait pas qui est l’assassin… ça ne m’a jamais intéressé.

Tu es le romantique du duo, quoi !franck caldéron,hervé de moras,la prétendue innocence des fleurs,interview,mandor

Hervé : Voilà, c’est ça (rires). En fait, le polar n’est pas du tout mon univers. J’avais juste  balancé à Franck quelques ingrédients que je voulais voir apparaître dans l’histoire. Un type égaré dans un cimetière, un jeu de piste… et je voulais même faire un clin d’œil au Grand Meaulnes, un de mes romans préférés quand j’étais adolescent. Au début du livre, la rencontre est très Grand Meaulnes. Un type qui tombe en panne, qui arrive dans un château alors qu’un bal s’y déroule… Quant à Franck, lui, très vite, il a eu ses impératifs d’efficacité et de rythme. Il a amené la manière de tendre le récit. Il me disait : « C’est bien joli, mais qu’est-ce qu’il va se passer à ce moment-là ? Pourquoi tel personnage ? Quel sera le rebondissement à tel moment ? » C’est comme ça que l’on a tissé notre écriture. Nous sommes vraiment complémentaires. Ce n’est pas une façon de parler.

L’un et l’autre, en genre littéraire, vous étiez aux antipodes, finalement ?

Franck : Non, nous ne sommes pas aux antipodes, c’est excessif de dire cela. Quand on avait treize ans, déjà, nous écrivions des maximes et des pensées. On a quand même un univers commun. Hervé est plus classique que moi, mais classique dans le bon sens du terme. Non parce que quand tu dis « classique », certains entendent « chiant ». Nous avons deux approches de la littérature et de l’écriture un peu différentes, mais qui s’enrichissent. Nous sommes d’accord sur le fond. Il faut donner au lecteur à la fois un divertissement et une vraie et belle histoire. Ce qu’il y a de plus important dans notre écriture commune, c’est la grande part de mystère.

Hervé : Ce qui est fou, c’est que nous n’avons jamais été en conflit sur ce qu’il fallait écrire ou sur les orientations que l’on prenait. C’est une collaboration aussi profonde que naturelle.

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Lors de l'interview, le 21 avril 2015.

franck caldéron,hervé de moras,la prétendue innocence des fleurs,interview,mandorQui est à l’origine de quoi dans ce roman?

Hervé : C’est tellement imbriqué qu’il est impossible de répondre à cette question. Je peux juste te dire que le langage des fleurs, l’idée du jeu de piste floral, c’est plutôt ma composante romantique, mais ça ne fait pas l’histoire.

Le langage des fleurs comme base de jeu de piste, quelle trouvaille ingénieuse !

Hervé : C’était juste une réponse à un problème. A savoir : comment laisser un message codé sur une tombe ? En plus, un message qui soit visible par tout le monde, mais qui s’adresse à une personne en particulier… et que personne n’enlève. Mais cette histoire, je te jure, on l’a construite de toute pièce ensemble.

Il y a beaucoup de références dans ce livre. Sur les fleurs, sur la musique ou sur l’aspect judiciaire des choses. Tout est rigoureusement exact ?

Franck : Tout est extrêmement documenté. Tout ce que l’on raconte sur le métier de juge d’instruction, par exemple, est vrai. On a fait lire le roman à un procureur pour qu’il nous précise des choses et qu’il valide ce qu’on en dit. Concernant le langage des fleurs, nous sommes allés chercher les meilleures références sur la question. Tout ce qui est dit sur la musique, sur la vie de Ravel, est authentique. Pour être crédible, c’était important de ne pas raconter des choses fausses.

Il y a plein d'évènements mystérieux autour de votre roman, des coïncidences étonnantes…

Hervé : La première coïncidence, c’est qu’à l’époque, je travaillais près du cimetière où se déroule l’histoire originelle. J’allais me balader parfois dans ce cimetière entre midi et deux, pour m’imprégner des lieux et trouver l’inspiration. Quand on a décidé qu’il fallait trouver la tombe d’un botaniste, j’ai décidé de partir à la recherche d’une tombe qui pourrait nous inspirer. J'ai rapidement été attiré par une chapelle au fond du cimetière. Quand je me suis approché de cette tombe, j'ai vu qu'à l'intérieur une plaque indiquait : Julien Callas, inspecteur des eaux et forêts. J’appelle Franck pour lui dire. Il descend à Nîmes et vient avec moi au cimetière. Je lui demande d’essayer de trouver la tombe que j’ai choisie. Il la trouve du premier coup, alors que le cimetière est aussi grand que plusieurs terrains de football. Le soir, chez moi, on tape le nom de ce Julien Callas et on découvre avec stupeur que ce type-là a écrit un livre, non pas sur le langage des fleurs, comme dans notre roman, mais sur la flore locale… Fort curieuse coïncidence !

Il y a aussi une histoire avec un morceau de musique de Ravel…franck caldéron,hervé de moras,la prétendue innocence des fleurs,interview,mandor

Franck : Dans l’histoire, nous avions aussi besoin de la tombe d’une pianiste. Nous nous apercevons que Marguerite Long, qui est une grande concertiste, est enterrée à Nîmes dans le même cimetière que Julien Callas. On décide donc de prendre sa tombe comme modèle. Il se trouve que pour l’histoire, on avait choisi au préalable un morceau de Ravel qui est récurrent dans le roman. Bien après, nous nous sommes aperçus que Ravel avait dédié le concerto en sol à Marguerite Long et qu’elle avait été la première dans le monde à le jouer. C’est quand même bizarre…

Hervé : Très vite, nous sommes retrouvés avec un botaniste qui existait et une pianiste qui existait aussi. A partir de là, il y a des fils qui se sont tirés et attirés naturellement. Le filon s’est imposé à nous. Assez tard dans l’écriture, la réalité a alimenté la fiction. La clef de notre énigme est cachée dans la réalité, la réalité de cette base, à savoir la botanique, la musique, Ravel… mais je ne veux pas en dire plus.

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Lors de l'interview, le 21 avril 2015.

Est-ce que ces « coïncidences » vous confortent dans l’idée que ce livre a été créé au-delà de votre volonté ?

Hervé : Ça nous a donné le sentiment que les choses nous dépassaient. J’ai toujours pensé que l’homme ne créait jamais rien, qu’un poète, un musicien ou un écrivain découvrait juste  les choses. C’est tout à fait différent comme approche. C’est comme un chineur qui cherche dans une caisse et qui trouve un bel objet.

Franck : Tout a du sens. Les choses ne se font jamais au hasard.

C’est quoi pour toi un polar, Franck ?

Franck : C’est un genre, mais surtout un vecteur. Avec une histoire policière, tu peux tout raconter. Tu peux raconter des choses aussi horribles que sublimes, des drames shakespeariens, des histoires totalement romanesques. Le polar est un vecteur qui te fait rentrer dans l’âme humaine. Quand quelqu’un tue quelqu’un d’autre, c’est avant tout une histoire humaine.

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Le 5 mai 2015, première signature à la librairie Tessier à Nîmes. 

Qui a décidé d’écrire ce livre ?

Hervé : L’idée vient de Franck. Nous étions au comptoir d’une bodega. Je ne te cache pas que nous étions déjà  fortement alcoolisés. C’est là que nous nous sommes promis d’écrire ensemble. Lors de cette soirée, on a jeté des idées de sujets, mais je peux te dire que le livre qui existe aujourd’hui n’a strictement rien à voir avec les propositions de l’époque. Pour nous, ce roman est tout sauf un truc figé que l’on remplit comme un livre de coloriage. Il était en mouvement permanent. C’est en tout cas, une formidable aventure humaine.

Je suis à la fois fier et impressionné que vous ayez réussi à mener à bien ce projet littéraire…

Franck : J’ai toujours eu une sorte d’admiration pour les capacités d’Hervé à avoir des fulgurances et à comprendre certaines choses qui ne m’étaient pas accessibles facilement, voire qui m’étaient inaccessibles. Quand je travaille avec lui, j’ai l’impression d’être plus intelligent. 

Hervé : Je crois surtout qu’il y a beaucoup de respect entre nous. Du coup, quand l’un de nous lance une idée, elle est toujours respectée. On considère que ce qui a été dit est intéressant et digne d’être dit. Parce que l’on se connait, on sait que ce n’est pas une idée en l’air et que ça part forcément de quelque chose de profond.

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Avec Franck et Hervé, un mois avant l'interview... une soirée de retrouvailles.

Et j'espère vous voir mardi prochain...

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05 mai 2015

Yoanna : interview pour Princesse

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(Photo:Jessica Calvo)

yoanna,princesse,interview,mandorYoanna est l’une des plus brillantes chanteuses francophones de ses dernières années. Je la suis depuis son premier album et je garde une admiration sans faille pour son œuvre  (trois disques, Moi Bordel ! (2008), qui m’a permis de la mandoriser une première fois, Un peu brisée (2012) et enfin Princesse (2015). Yoanna est une très grande, mais nous ne sommes pas si nombreux à le savoir.

Cette chanteuse, certains de mes confrères ne l’aiment pas, ne la défendent pas/plus. Soit, ils considèrent que ses chansons sont trop noires et glauques (je l’ai entendu dire, alors que c’est juste puissant et intense, que ça fouille dans le tréfonds de l’être humain et que c’est pas toujours joli-joli…), soit ils n’aiment pas sa « grande gueule ». C’est sûr Yoanna est franche du collier, ça lui joue des tours. Comme dit mon copain David Desreumaux sur son site Hexagone (dont je loue le travail intelligent, précis, extrêmement bien documenté) : Ce que l’on aime chez Yoanna, c’est qu’elle n’a pas sa langue dans sa poche – ni son accordéon – et que cette langue est fleurie comme un parterre à l’anglaise. Elle caresse comme elle griffe et l’on kife cette sincérité brute et parfois brutale. »

Mais, moi je l’aime cette artiste suisse. Nous nous sommes loupées plusieurs fois, avant de parvenir à prendre un café ensemble pour parler de son nouveau disque, du métier et de toutes sortes de choses… c’était le 17 mars dernier… et c’était bien.

Avant l’interview, je vous propose de lire ce qu’en dit Isabelle Dhordain (Le Pont Suspendu, le 5 Février 2015), parce qu’il n’y a aucun mot à changer tant je pense pareil :

« Voici qu’un des plus intéressants albums de chansons françaises vient de sortir. Celui de Yoannayoanna,princesse,interview,mandor.  A peine trente ans et une plume d’une maturité saisissante, mise en valeur par des arrangements sobres, minimalistes et entêtants, parfois répétitifs pour appuyer les phrases clefs des chansons. Avec sa complice Marion Ferrieu au violoncelle et Frédéric Monestier à la réalisation. Yoanna à l’accordéon, voix en avant, livre enfin son troisième album aux musiques hybrides loin de la popinette à la mode !
Yoanna c’est l’anti produit marketing fabriqué par les télé-crochets. Elle est Anti système, anti média, anti cons ! Anti tout ! Bref une belle rebelle !

Yoanna c’est du vrai, de l’authentique, de la sincérité de la sensibilité, et une grand gueule pour défendre ses idées. La belle rebelle s’est changée en « Princesse » pour son troisième album. Yoanna prend la parole comme toujours, elle a des choses à dire, sur elle, sur nous, sur les politiques, sur la société, sur les sentiments, sur la solitude, sur la mort, sur la vie en somme. Elle a des yeux aiguisés comme des couteaux lorsqu’elle regarde ses contemporains.
Il y a plus d’un coup de gueule dans son sac à dos, mais sous la cuirasse il y a surtout beaucoup de coups d’amour, et des coups de blues. Une chanson française au féminin qui change des mièvreries habituelles de ses consœurs, petite sœur d’un Loïc Lantoine, petite fille d’une Brigitte Fontaine. L’un pour les aspérités, et les textes scandés, l’autre pour la tendresse. 
Elle est double cette jeune chanteuse, c’était d’ailleurs le titre d’une chanson de son deuxième album. Espérons que les programmateurs de festivals et de salles, qui se plaignent des français qui écrivent et chantent en anglais, vont se pencher sur cette princesse au plus vite, au lieu de pleurer sur le manque de nouveaux talents! 
Yoanna tire la chanson française vers le haut, c’est incontestable. »

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Interview :

yoanna,princesse,interview,mandorNous nous sommes vus pour la première fois en 2008. Depuis, tu as enregistré deux albums, tu as fait un nombre important de concert et tu as acquis une belle réputation des amateurs de belles chansons.

Tu veux vraiment mon impression ? En 2008, j’étais jeune, il y avait donc le côté petite fille, nouvelle découverte, toute fraiche, toute mimi. Après avoir été « découverte » sur les festivals, on finit par n’être plus une découverte. Je bénéficiais du renom de certains groupes qui gravitaient autour de nous. Sinsemilia, Tryo, Debout sur le zinc… Sur ma bio, il y avait plein de noms, donc les gens étaient curieux de découvrir qui j’étais. Bon, si j’avais eu une chanson co-écrite avec –M-, je n’aurais pas du tout eu les mêmes retombées médiatiques. Malgré cela, il s’est passé un truc avec Moi Bordel ! Après, ça s’est vite calmé. Peut-être n’ai-je pas fais les bon choix. Pour tout te dire, je n’arrive pas à analyser mon parcours.

Il y a eu Un Peu brisée en 2012.yoanna,princesse,interview,mandor

Certains ont été étonnés que je puisse sortir un deuxième album. Comme il y a eu quatre ans entre les deux albums, les gens me disaient « Oh ! Tu fais encore de la musique ? »

Et aujourd’hui, il y a Princesse.

Oui, mais tout le monde s’en fout. Il n'y a quasiment aucune presse  sur ce disque. Je ne comprends pas le silence autour ce disque, à ce point-là… je trouve ça curieux.

Je suis d’accord avec toi, j’adore ce disque. Je le trouve brillant, intense, profond…  Je ne comprends pas que, ni les journalistes musicaux, ni le public ne te suivent.

Je pense que je suis respectée, mais dans un milieu qui est quand même très petit. C’est assez fermé. Je suppose que Christophe Maé et Pascal Obispo n’ont jamais entendu parler de moi. Je pense aussi que je ne suis pas rentable. On ne me programme pas en festival ni ailleurs. On me répond que mon univers est trop glauque. Et puis les gens ne peuvent pas me coller d’étiquette, alors ça les emmerdent. Et le truc de bosser toute seule, ça les emmerdent aussi.

"Voici venu", extrait de l'album Princesse -(HibOO d'live - session acoustique au cimetière de Montmartre par Rod Maurice).

yoanna,princesse,interview,mandorMême si tu ne le comprend pas, comment expliques-tu le silence autour de toi et de ton œuvre ?

Je pense que mon travail est féministe. Je suis une personne féministe, mais  malgré moi… j’ai mis douze ans à m’en rendre compte. Ce que je dégage en tant que femme, ça renvoie à un truc. Ce que j’écris se reflète dans mon attitude sur scène. Je ne suis pas dans la séduction à tout prix. Il y a un jeu de la femme que je ne joue pas, je ne sais pas comment te l’expliquer.

Et le monde musical est un monde de mec… dommage.

Les musiciens, les tourneurs, les journalistes, pour la plupart, ce sont des mecs, tu as raison… il n’y a que chez les attachées de presse que l’on trouve des femmes en majorité. J’évolue dans un monde de bonhomme et je pense que ce que je dis dans mes chansons ne leur plait pas.

Quant à ton œuvre, on ne la classe pas dans la catégorie « divertissement ».

Moi, le divertissement dans la musique m’emmerde. Que ce soit le « terrorisme festif » ou les bonnasses qui gémissent à tout bout de champ, moi, ce n’est pas possible. Le divertissement ne m’intéresse pas.

Y a-t-il une différence entre ce que tu fais dans la musique et ce que tu es ?yoanna,princesse,interview,mandor

Oui, d’autant plus depuis que je suis maman de deux enfants. Je crois à la création à partir du moment où elle t’aide à savoir qui tu es, où elle te permet d’avancer et de rectifier ton comportement  Toutes les disciplines artistiques sont des cadeaux pour que chacun de nous apprenions à nous connaître. Je pense que les gens qui ont eu des traumatismes deviennent artistes… il y a beaucoup de chtarbés dans le milieu artistique. J’ai lu des bouquins très sérieux dans lesquels ils écrivaient qu’il y 90% de dégénérés mentaux dans le milieu artistique. Entre ceux qui ont des tocs, qui sont bipolaires, dépressifs, alcooliques, qui sont anorexiques, j’en passe et des meilleurs, je t’assure, il ne reste plus grand monde.

Tu fais partie de quelle catégorie?

De toutes à la fois (rires). Sérieusement, je ne suis plus dans la même catégorie qu’en 2008. J’étais bourrée tout le temps.

Quand nous nous sommes vus pour ta première mandorisation, tu étais bourrée ?

Disons que j’étais à la bière et à jeun. J’étais morte de trouille parce que le soir même je jouais eu Divan du Monde en première partie des Sea Girls. Ça me foutait un trac de fou. Avant de monter sur scène, je m’étais ingurgitée une demie bouteille de rhum, j’étais JoeyStarr. Je pars du principe que monter sur scène, ce n’est pas normal.

Ce que tu me dis là est paradoxal quand on fait ce métier.

Mais, moi j’ai fait ce métier parce que j’étais en échec. Nous sommes tous tombés par hasard dans la musique. Et je peux te dire que nombreux sont ceux qui utilisent la musique comme une thérapie comportementale. On arrive là parce que c’est tout ce que l’on peut faire. Nous ne sommes pas capables de faire des études parce que l’on refuse l’autorité, parce qu’on a un problème avec le collectif… non, je te dis, on se retrouve dans la musique par hasard.

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(Photo : Jessica Calvo)

Alors, aujourd’hui, tu es dans quelle catégorie, puisque tu n’es plus dans celle des artistes qui boivent ?

A partir du moment où il y a eu l’arrivée de mon premier enfant, je n’ai plus rien capté pendant un an et demi. J’ai pris beaucoup de recul sur la musique. Je ne me disais pas que je voulais être une bonne mère, mais je souhaitais simplement être la moins nocive possible. Je savais que j’allais faire des conneries et que ce serait dur, parce que j’ai eu mon premier fils très tôt, et donc j’ai décidé de prendre soin de moi. J’ai décidé alors de m’aimer plus et d’être plus gentille avec moi.

Dans « Nos corps », c’est ton fils qu’on entend ?

J’ai fait du chantage à la sucette pour qu’il chante sur cette chanson (rires). Dans cette chanson, j’explique que les complexes physiques, ce n’est pas que féminin, c’est aussi beaucoup masculin. Je connais plein de mecs qui sont ultra complexés, mais qui gardent tout en eux. On fait tous des complexes jusqu’à un certain âge et quand on arrête de s’en faire, c’est qu’on est en train de crever. Notre corps n’est que notre enveloppe, ça ne devrait pas poser autant de problème que ça. Le message que je veux faire transparaitre dans cette chanson est qu’il faut accepter son corps comme il est, on perdra moins de temps.

yoanna,princesse,interview,mandorDans tes chansons, j’ai toujours l’impression que tu parles de toi. Dans « J’ai peur » par exemple?

C’est un peu moi et les autres. J’ai peur de la mort. Surtout de la mort des autres. De mes enfants… rien que dans parler, j’ai les poils qui se dressent. La mort de mon conjoint aussi me stresse au plus haut point. Ma mort à moi, je m’en fous un peu, égoïstement. J’ai plus peur de la maladie et de la souffrance. En plus, je ne supporte pas le milieu médical.

Tu as l’image de quelqu’un qui chante des chansons dont les sujets sont toujours négatifs.

Il faut dire que j’ai commencé dès le premier album. J’ai évoqué l’inceste, c'était d’ailleurs mon grand sujet… et la musique m’a fait du bien. J’encourage les lecteurs qui nous lisent de sortir leur traumatisme par n’importe quel moyen, à les exprimer. Il faut absolument sortir la merde de soi. Mon premier disque Moi bordel !, j’ai sorti la merde.

Ça te faisait plaisir que les gens écoutent la merde que tu sortais ?

Non, pas tout le temps. Ce disque, je n’ai jamais pu l’écouter. Quand je chantais sur scène des chansons qui évoquaient l’inceste, j’étais très mal à l’aise quand les gens tapaient des mains.

Il ne manquerait plus qu’ils scandent « bis ».

(Eclat de rire). Non, je n’ai jamais compris pourquoi le public applaudit pendant une chanson, alors que tu racontes des trucs super gore.

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(Photo : Lu)

Au fond, tes trois albums n’ont rien à voir.

Oui, artistiquement, c’est incohérent. C’est quoi le point commun entre Princesse et Moi bordel ! ? Je trouve que mon nouvel album est moins glauque que le premier. Je ne sais pas où je vais et j'avoue que je me cherche continuellement.

Tu composes tout en mineur. Ca influence les textes de tes chansons ?

Grave. Plein de potes m’incitent à composer en majeur. Dans la vie, j’adore me marrer, je suis assez solaire, mais ça ne se reflète pas dans mon travail. Certains proches le regrettent. Je vais essayer de rectifier le tir, mais j’ai peur de tomber dans la mièvrerie. J’ai peur de la légèreté, du divertissement, de la douceur, de la préciosité… du coup je vais à l’extrême. Peut-être trop.

Ce disque est très balzacien, période « comédie humaine ».

Oui, j’aborde les rapports de force, la lutte des classes, l’injustice sociale et l’abus de pouvoir. Il m’a fallu trois disques pour aborder des thèmes autres que moi.

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Tu ne fais pas beaucoup de concessions pour te mettre dans la poche les gens du métier.

Mais quelles concessions il aurait fallu que je fasse ? Isabelle Dhordain m’a dit la même chose.

Je ne sais pas. C’est l’image que j’ai de toi. Tu irais faire n’importe quelle télé, par exemple ?

Oui. Juste, on ne m’invite pas, c’est tout. Mon personnage d’indé, il vient aussi de « tu ne veux pas de moi, alors, moi non plus, je ne veux pas de toi !  Vous ne voulez pas de mon taf ? Alors je ne veux pas de vos médias à la con ! » C'est une réaction quoi! Et puis, économiquement, je suis contre le libéralisme. Archi contre. Je trouve que dans le monde de la musique, on est dans le libéralisme à l'extrême. On est dans un truc inadmissible éthiquement parlant. Si un jour j’arrête la musique, ce ne sera pas à cause de la musique, ce sera à cause de la mafia parisienne.

Mais si tu refuses de t’intégrer là-dedans, ne t’étonnes pas de ne pas avancer vite.

Je ne refuse pas, ils ne me le demanderont jamais.

Mais s’ils te le demandaient, tu accepterais ?

Mais oui. Si on ne me propose pas des crottes de nez, pourquoi pas ? A l’époque de Moi Bordel ! il y avait des gens qui étaient intéressés par moi. Je ne citerais pas les labels, mais il y a eu des beaux.

Pourquoi as-tu refusé alors ?

Parce que je ne me sentais pas prête. C’est allé super vite. Et ils ont voulu m’imposer des réalisateurs. Moi, je voulais bosser avec Fafa Daïan (mandorisé là). A 19 piges, je leur ai dit d’aller se faire voir, je voulais bosser avec qui je voulais. Aujourd’hui, j’agirais certainement différemment.

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L’argent, c’est le nerf de la guerre ?

Tu m’étonnes. Tu vois, là, on est à Paris pour jouer à RFI. Les seules personnes dans tout le bâtiment qui ne sont pas payés, ce sont les musiciens. Il faut le dire, les gens ne le savent pas. Ça me coute 450 euros d’aller jouer à RFI, entre les billets de train et l’hôtel…

Et je sais que ce n’est pas simple de jouer dans une salle parisienne.

A Paris, à part les bistrots et l’Espace Jemmapes, toutes les salles sont privatisées. Il n’y a plus une salle qui n’appartient pas à une société de production.

Tu sais que dire tout ça ne va pas arranger ta réputation ?

Je le sais parfaitement. Je n’ai pas envie d’enrichir un mec qui a déjà six salles dans Paris. Je l’emmerde. Je débecte le concept du « toujours plus ».

Tu ne pourras pas marcher avec le système. Jamais.

Mais, il ne marche pas le système, donc je m’en fous.

"Elle est double" extrait du précédent album Un peu brisée.

Te sens-tu un peu seule ?

Je me sens seule, même si, à Grenoble, je suis très entourée. Je ne me sens pas rentable, je ne suis pas du tout dans une course à l’argent, au succès, mais ça me fais juste chier de devoir batailler pour faire mon métier.

Tu es blessée ?

Non, mais j’ai l’impression parfois d’être aigrie, en colère contre les autres artistes, voire jalouse.

Tu aimerais que l’économie liée à la musique marche comment?

Moi, je suis plus proche du collectif, comme celui du monde du hip hop. On s’entraide à quatre cinq groupes, pour avoir un studio dans lequel on bosse ensemble. Je rêve que l’on remonte un réseau de distribution en France de disques indépendants. Mais, je rêve…

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Après l'interview, le 17 mars 2015, dans un café parisien.

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03 mai 2015

Grégoire Delacourt fait La Poz' à Ozoir-la-Ferrière

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grégoire delacourt,la poz,ozoir-la-ferrière,interview,mandor,luc-michel fouassierGrégoire Delacourt est un écrivain/homme que j’apprécie beaucoup. Il me semble que l’on s’en aperçoit dans les deux mandorisations qui lui sont consacrés. Ici en 2014 pour On ne voyait que le bonheur et là en 2013 pour La première chose qu’on regarde. Deux grandes interviews dans lesquelles l’auteur se confie comme jamais. Il y a une espèce de confiance mutuelle entre l’auteur et le journaliste, je crois. J’étais donc ravi de lui proposer un débat en public, autre exercice dans "l’art" de l’interview, dans le cadre des cafés littéraires proposés par Luc-Michel Fouassier, adjoint à la mairie d’Ozoir-la-Ferrière, délégué à l’événementiel littéraire (et aussi auteur maintes fois mandorisés).

Petit rappel : Le premier café littéraire d’Ozoir-la-Ferrière, c’était avec François Bégaudeau, le second avec Mercedes Deambrosis.

Bref, Grégoire Delacourt a accepté ce rendez-vous en sachant qu’il allait être entre des mains et des personnes plutôt bienveillantes. Cette « Poz’ » s’est tenue le 27 mars dernier. L’homme a conquis l’assistance, car il sait y faire. Il est, ce qu’on appelle plus communément, un « bon client »… moi, je vais jusqu’à dire, un "client idéal ».

Je regrette toujours de ne pas penser à enregistrer ces entretiens, mais, globalement, si vous lisez les deux mandorisations sus-citées, on se rapproche de ce qui a été dit.

Voici donc quelques photos de cette soirée.

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(Photo : Lionel Brard)

Qu'il est agréable d'animer un débat dans une salle bien remplie, quand on sait Ô combien il est difficile de faire bouger les gens pour assister à une rencontre culturelle. Je ne compte plus les débats avec des écrivains que j'ai animé devant un public très restreint... Il est triste de constater que seuls les noms connus permettent d'attirer le chaland.

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Animer un débat avec Grégoire Delacourt, ce sont des moments qui n'engendrent pas la mélancolie...

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(Photo : Lionel Brard)

Quoique... parfois si. L'écrivain sait captiver son public en lui faisait traverser toutes sortes d'émotions. Il émeut son auditoire, comme il est capable de le faire rire aux éclats. C'est tout Grégoire Delacourt.

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(Photo : Lionel Brard)

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Après le show Delacourt, évidemment, petite séance de signatures...

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Ici l'auteur avec l'organisateur de cet évènement, Luc-Michel Fouassier (qui me fait confiance depuis 2009 pour animer les salons du livre et les cafés littéraires dont il a la charge. Encore une fois, merci à lui!)

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Après La Poz', c'est la pause et la pose avec Grégoire Delacourt.

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grégoire delacourt,la poz,ozoir-la-ferrière,interview,mandor,luc-michel fouassierA noter que, depuis cette rencontre, son nouveau livre est sorti (c’était la semaine dernière, pour être précis), Les quatre saisons de l'été. Il fera l’objet d’une quatrième mandorisation (j’espère). En attendant, voici ce qu’en dit l’éditeur :

Été 99, dont certains prétendent qu’il est le dernier avant la fin du monde.
Sur les longues plages du Touquet, les enfants crient parce que la mer est froide, les mères somnolent au soleil. Et partout, dans les dunes, les bars, les digues, des histoires d’amour qui éclosent. Enivrent. Et griffent. Quatre couples, à l’âge des quatre saisons d’une vie, se rencontrent, se croisent et s’influencent sans le savoir.
Ils ont 15, 35, 55 et 75 ans. Ils sont toutes nos histoires d’amour.

Après le succès mondial de La Liste de mes envies (plus d’un million d’exemplaires vendus), de La première chose qu’on regarde et à la rentrée littéraire 2014 d’On ne voyait que le bonheur (130 000 exemplaires vendus), Grégoire Delacourt ausculte avec brio et délicatesse le sentiment amoureux.

02 mai 2015

Lucrèce Sassella : interview pour 22 ans

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La talentueuse Lucrèce Sassella sort son premier disque, 22 ans. Toutes les chansons sont écrites par Antoine Sahler, le complice musical de François Morel sur scène. Soit douze petites merveilles taillées sur mesure pour cette artiste polyvalente.

 La jeune femme s’est entourée d’Antoine Sahler et d'autres musiciens, dont un quatuor à cordes exclusivement féminin.

Comme le dit le journaliste Laurent Delmas, « le duo Sassella / Salher est un mélange de mélancolie et de badinage propre à Charles Trenet. Les douze chansons de cet album passent aisément du rire aux larmes, de l'homme adoré et moqué à la rupture qui fait mal, des rues de Paris qui se dérobent aux mille petits tics quotidiens, de l'âge qui file aux autres filles, de la colère à la joie de vivre. »

L'écouter sur Deezer.

Et voilà ce qu'en dit Jérôme Garcin dans L'Obs du début du mois de février dernier...

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Le 5 mars dernier, j’ai reçu la visite à l’agence de cette délicieuse fée Clochette.

lucrèce sassella,22 ans,22h22,antoine salher,interview,mandorBiographie officielle :

Après des études de piano classique, Lucrèce Sassella décide de chanter et commence par le Jazz: elle crée un quintet, sélectionné en 2005 pour le concours national Crest Jazz Vocal. Elle enregistre également des chœurs pour des artistes divers: Brigitte Fontaine, Areski Belkacem, Bernard Lavilliers, Sophie Forte, François Morel… Elle travaille régulièrement avec l'arrangeur et compositeur Fred Pallem (bande originale du Crazy Horse, jingles de Noël pour Arte …), et a signé les arrangements vocaux du dernier spectacle des Sea Girls. Elle fait partie du groupe The Endless Summer (2 albums + 1 EP). En 2011, elle joue et chante dans une pièce de théâtre sur le cinéma, Instants Critiques aux côtés d'Olivier Saladin et Olivier Broche mise en scène par François Morel.

Depuis plusieurs années, elle travaille avec l'auteur-compositeur Antoine Sahler. Ensemble, ils enregistrent un EP 5 titres en 2013. Parallèlement, ils créent le spectacle 22h22, dans lequel ils interprètent les chansons de leur répertoire. Le spectacle est créé en septembre 2012 au théâtre d’Épernay, et a été invité par François Morel tous les lundis entre janvier et avril 2013 au théâtre de la Pépinière dans le cadre de sa carte blanche.

Lucrèce Sassella vient de sortir son premier album 22 ans : 12 chansons qui dessinent le portrait d'une jeune femme aux  prises avec quelques grandes questions existentielles :
L'amour éternel dure-t-il toujours ? Comment choisir un galet parmi trois millions?
Un 1er album qui impose d'emblée Lucrèce Sassella comme une artiste à forte personnalité.

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lucrèce sassella,22 ans,22h22,antoine salher,interview,mandorInterview :

La plupart des chansons qui figurent sur 22 ans existaient déjà dans votre spectacle 22h22 en 2012.

Il y a certaines chansons uniquement. On n’a pas pu enregistrer tous les titres du spectacle.

Vous avez joué, dansé, chanté, fait de la musique, dans la pièce de théâtre, Instants Critiques aux côtés d'Olivier Saladin et Olivier Broche, mise en scène par François Morel. Cette expérience a dû vous apprendre beaucoup.

J’ai appris beaucoup au niveau humain et artistique. Je me suis servie de mes acquis avec cette pièce pour monter 22h22 avec Antoine Sahler. Je n’avais plus du tout envie de monter sur une scène pour faire juste un concert. J’avais envie d’utiliser toutes les armes du théâtre, tous les moyens magiques, les très belles lumières, l’idée d’être dans un décor. Je trouve que les chansons d’Antoine s’y prêtent vraiment.

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Lucrèce Sassella avec Olivier Saladin, Olivier Broche et François Morel.

D’aucun pourrait dire qu’une chanson doit se suffire à elle-même.

Je suis d’accord, mais ça n’empêche pas. Le pari de ce spectacle était d’embellir encore plus ces chansons.

Au départ, c’était la musique qui vous intéressait.

J’ai une formation de piano classique, ensuite j’ai bifurqué vers le jazz, là je me suis mise à chanter. J’ai monté plusieurs groupes de jazz dans lesquels nous reprenions des standards chantés en anglais… mais j’écrivais de nouveaux arrangements.

Vous étiez frustrée de ne pas chanter en français ?

Complètement. Mais le jazz interprété en français, c’est très compliqué à faire. Au bout d’un moment, je ne voyais plus l’intérêt de réinterpréter des standards qui ont été écrit il y a cinquante ans aux Etats-Unis, dans une culture qui n’est pas vraiment la nôtre. Dans le projet 22h22, Antoine a écrit toutes les chansons pour moi. Elles me collent parfaitement à la peau.

Vous avez aussi fait partie du groupe Rigolus.

C’est une fanfare de jazz complètement déjantée qui va aussi vers le rock, voire vers le punk. On était trois chanteuses. C’était des chansons qui pouvaient faire penser à du Queen. Il y a avait une grosse part d’instrumental dans ce groupe. C’était une expérience musicale unique avec des musiciens incroyables. Là aussi, j’ai appris beaucoup.

Pourquoi avoir fait des chœurs pour bon nombre d’artistes ?

Ça fait partie de mon métier de faire ce genre d’activité. Cela permet de se frotter à des univers musicaux qui ne sont pas forcément les nôtres. Chanter pour Bernard Lavilliers, ce n’est pas à des kilomètres de moi, mais c’est une chance de pouvoir vivre cette expérience.

"J'aime comme tu m'aimes" (ceci n'est pas un clip, juste la chanson).

C’est grâce à François Morel que vous avez pu enregistrer ce disque.

Il nous a aidé financièrement et nous a offert sa structure de production. François a l’esprit de famille. Il y a quelques années, on buvait l’apéro avec lui, on lui a chanté une des futures chansons de l’album… il a pleuré. Ensuite, il nous a dit qu’il fallait absolument que nous fassions un spectacle pour faire connaître nos chansons. Il nous a donc bien aidés pour qu’il en soit ainsi. Nous lui devons beaucoup.

Avec Antoine Salher, vous discutez beaucoup des textes avant qu’ils soient écrits ?

Pas tellement finalement. Je tiens à préciser que nous sommes ensemble dans la vie, ce qui explique qu’il me connait parfaitement bien. Même des choses dont nous ne parlons pas tous les deux, il peut en faire une chanson. Par exemple « Le plus beau jour » qui évoque la mort, la disparition, il l’a écrite à une période où la mort rodait autour de nous. On a vécu des trucs horribles. Sans en parler entre nous, il m’a proposé cette chanson. C’était bouleversant.

C’est confortable de travailler avec l’homme que l’on aime ?

C’est plus que confortable, c’est le rêve. Ses chansons, c’est comme enfiler une chaussure à sa pointure, on est tout de suite bien dedans.

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Une pleine page dans le Figaroscope du début du mois de mars dernier.

Il y a dans les chansons de l’album un sens incroyable de la mélodie.

C’est le génie d’Antoine. Il a l’art de créer des morceaux qu’on entend une fois et qui restent toute la journée dans la tête.

Il y a des chansons graves, très graves mêmes, d’autres plus légères, mais toujours sur des musiques enjouées.

Il y a effectivement un mélange de légèreté et de gravité. Ça me définit bien d’ailleurs. Pouvoir rire ou pleurer de tout… Sinon, chanter des choses dramatiques sur des musiques dramatiques avec un arrangement dramatique, j’aurais un peu de mal. Je trouve plus intéressant de détourner ça. Je crois au pouvoir de la vie. Il faut continuer, même quand il t’arrive des choses horribles.

Votre spectacle s’intitulait 22h22, ton disque s’appelle 22 ans. Le chiffre 22 est symbolique de quelque chose ?

Je n’y attache pas une énorme importance, je ne suis pas superstitieuse. C’est partie d’une amie à moi qui regarde tout le temps son téléphone. Quand il est 22h22, elle me dit : « Oh ! Regarde, il n’y a que des deux, il faut faire un vœu ! » Antoine en a fait une chanson… c’est vraiment tout bête.

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Les critiques sur cet album sont toutes élogieuses.

On a de la chance, tout ce qui est écrit sur le disque est super. Je n’ai pas beaucoup de doutes sur la qualité de cet album parce que je trouve qu’il est beau et j’en suis très contente. On est beaucoup à avoir travaillé dessus. Le réalisateur, l’ingénieur du son, tous les musiciens qui sont venus participer à ça… c’est aussi leur disque. Être content du résultat permet de le défendre mordicus.

Les artistes sont des donneurs de rêves. Les gens viennent voir un chanteur sur scène et ils oublient leurs tracas.

Le doute, je ne l’ai pas sur le disque, mais sur scène, tous les soirs. Il faut tout donner, passer soi-même un bon moment pour que cela soit communicatif. Je sais ce que nous pouvons apporter à certains. Il ne faut se louper.

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Vous sentez-vous appartenir à une famille musicale ?

Je ne sais pas si j’appartiens à leur famille, mais les gens que j’aime bien écouter sont Albin de la Simone, Mathieu Boogaerts, Jeanne Cherhal, Vincent Delerm et Bertrand Belin. Je ne fais pas la même musique qu’eux, mais je les admire.

Comment vivez-vous cette période de sortie d’album ?

C’est une période très étrange. J’ai l’impression de faire une grande traversée en kayak. Il faut toujours continuer de ramer, même quand on ne voit pas encore l’horizon.

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Après l'interview, le 5 mars 2015.

30 avril 2015

Fabien Boeuf : interview pour Dans les cordes

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Troisième album solo pour Fabien Boeuf (que je suis avec beaucoup d’intérêt depuis le début de sa carrière solo) et qui appartient à cette confrérie d'artistes-artisans pour qui seul compte le goût du travail bien fait. Il est accompagné par un violoniste, trois violoncellistes, un bassiste/beatboxer et un guitariste. Une réunion d’artistes qui n’utilisent… que des cordes ! D’où le nom de l’opus : Dans les cordes.

Ce nouveau disque contient de magnifiques chansons nostalgiques et colorées sur des rythmes teintés de folk et de chanson française. Un album réussi qui succède à ses deux premiers (Au-dedans, 2007 et Les premiers papillons, 2010) ainsi que son expérience rock au sein du groupe POC (1999-2005).

Le 4 mars dernier, Fabien Boeuf a quitté le sud-ouest pour venir me voir à l’agence (euh... en vrai,  pour jouer aux Trois Baudets). Belle rencontre.

fabien boeuf,dans les cordes,interview,mandorArgumentaire officiel (signée Hélène Fiszpan), légèrement modifié :

La nouvelle création de Fabien Boeuf est une aventure collective, une envie de poursuivre ces moments de partages humains et musicaux amorcés à l’occasion du projet Bœuf avec les autres (2009) ou lors de collaborations avec de jeunes artistes comme Aliose ou Gaël Faure. Dans les cordes c’est avant tout une rencontre scénique, la réunion sur le ring de quelques anciennes connaissances : le violoniste Baltazar Montanaro (ZEF), le bassiste et beatboxer Scotch (Scotch et Sofa), le guitariste et compagnon de toujours Damien Dulau, et la violoncelliste Martina Rodriguez, nouvelle venue de l’histoire.

Ses douze nouveaux morceaux sont plus mélodiques, plus pop, plus rock, plus folk et se déploientfabien boeuf,dans les cordes,interview,mandor en une belle introspection acoustique et électrique. Aux arrangements méticuleux, fusion heureuse de ce combo hétéroclite, répondent l’écriture et la voix de Fabien, cordes sensibles du projet. Entre puissance et caresse, l’univers délicat de l’auteur-compositeur déroule le fil de la vie.

Mots d’amour ou maux de tous les jours, la joute est imagée, sensible, tendre, combative. Expert en la matière, Fabien Boeuf s’appuie avec toujours plus d’assurance sur cette incroyable voix qui le caractérise, pleine de force et de fêlures, équilibre parfait qui saisit au cœur et aux tripes. Il envoie dans les cordes toutes ses plus belles intuitions, libère ses instincts, et revient sur scène plus accompli que jamais, prêt à relever tous les combats.

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fabien boeuf,dans les cordes,interview,mandorInterview :

Ce disque a mis un peu de temps à sortir, je crois.

Au départ, nous étions axés sur un disque live de fin de tournée qui avait pour but de marquer le coup. Quand on a fabriqué le spectacle, on a pris un gite pour enregistrer à chaud les idées avant d’attaquer les concerts. Mais, j’ai arrêté ma collaboration avec mon précédent tourneur et pas mal de temps est passé avant que j’en retrouve un autre. Pour appuyer son travail, on a fait mixer notre disque à Paris par Antoine Gaillet et nous l’avons sorti.

Entre le précédent album et celui-ci, tu as fais quoi ?

J’ai travaillé avec d’autres artistes. A la base, je suis plutôt solitaire, mais depuis mon projet Bœuf avec les autres, j’ai appris à collaborer. Ensuite je suis allé aux rencontres d’Astaffort en tant qu’auteur compositeur. La philosophie de la structure de Cabrel est super bonne parce qu’il y a un accompagnement sur le long terme. J’ai commencé par y aller pour apprendre. Ensuite, ils m’ont identifié un peu et m’ont demandé de revenir comme « enseignant ». En 2012, j’ai remporté le prix du Centre des Ecritures et de la Chanson, décerné par Francis Cabrel. Prix pas négligeable, car il m’a permis de financer en partie l’enregistrement de mon album Des cordes.

Fabien Boeuf reçoit le Prix Centre des Écritures de la chanson Voix du Sud.

Mais, tu avais déjà amorcé le travail d’écriture avec d’autres artistes.

Oui, avec Scotch et Sofa et Gaël Faure par exemple. D’ailleurs, je continue à travailler avec et pour eux aujourd’hui. Je leur écris des textes.

Tu travailles avec de belles voix, celle de Chloé Monin, la chanteuse de Scotch et Sofa, est magnifique… celle de Gaël Faure aussi.

Oui, Chloé met sa voix où elle veut. C’est une méga chanteuse. Quant à Gaël, c’est l’une des plus belles voix masculine de sa génération. Mais pour travailler avec moi, une voix ne suffit pas, il faut ajouter à cela le côté humain. J’ai besoin de me sentir bien avec les gens avec lesquels je collabore.

Clip de "Avec des bouteilles", extrait de l'album "Des cordes".

fabien boeuf,dans les cordes,interview,mandorJ’avais adoré ton disque Boeuf avec les autres.

Après avoir sorti mon premier album, j’ai fait des concerts et j’ai croisé beaucoup d’autres artistes. On a passé de bonnes soirées et souvent, on se disait que nous allions travailler ensemble… et bien sûr, généralement, ça n’aboutissait jamais. Alors, j’ai décidé de faire un disque dans ce sens. De plus, j’ai un nom qui n’est pas négligeable pour ce genre de projet. Il m’a servi de prétexte pour partager avec d’autres. J’ai rappelé des gens comme les Bali Murphy, Daguerre, Scotch et Sofa, Monsieur Lune, Rodolphe Testut… je leur ai proposé de participer à un essai artistique. L’idée était de s’enfermer deux jours et qu’à l’issue de ces deux jours, une chanson soit créée entièrement. Il y avait une espèce d’urgence qui nous faisait aller à l’essentiel. Les ego étaient mis de côté parce qu’on ne connaissait pas la destinée de ces chansons. C’était une très belle expérience.

Parlons de ce troisième disque, Des cordes. C’est une aventure collective, non ?

Pour mes deux premiers albums, j’étais plus solitaire. J’avais besoin de définir qui j’étais et de bien saisir à quoi j’aspirais artistiquement. Quand j’ai commencé à gouter au partage de la création, je n’ai pu qu’admettre que c’était beaucoup plus riche.Ca t’amène à aller dans des directions vers lesquelles tu ne te dirigerais pas seul. J’ai tendu des perches à des musiciens. Nous nous sommes enfermés pendant quatre fois une semaine. Je voulais qu’ils participent aux arrangements. Après, quand il faut défendre les titres sur scène, c’est plus naturel et ça sonne mieux.

"La journée" (extrait de l'album Dans les cordes), version live.

Ce disque a été enregistré dans des conditions « live ».fabien boeuf,dans les cordes,interview,mandor

Nous étions tous dans la même pièce avec des micros partout. Le résultat est exactement ce que je souhaitais. On avait quatorze titres, on en a gardé douze et nous avons enregistré le tout en cinq jours.

Tu es un chanteur de convictions, cela se sent.

Je laisse des messages dans mes chansons, mais de manière très discrète. Je n’aime pas les discours moralisateurs à deux balles. Mais pour les artistes, il y a un vrai rôle à jouer dans la société. Personnellement, j’essaie de travailler sur l’émotion, comme si c’était un matériau. Je m’emploie à mettre l’accent sur la sensibilité des gens, à tenter de les émouvoir. J’espère que cela va les adoucir…

Un artiste doit délivrer de l’émotion, mais également et impérativement des messages ?

J’en suis convaincu. En tant qu’individu, l’éveil que tu ne peux pas avoir à l’école ou au sein de ta famille, parfois, ce sont les artistes qui peuvent te le donner. Moi, j’avais des parents mélomanes qui m’ont nourri aux Brassens, aux Ferrat… des artistes avec des convictions. Ce n’est pas le cas de tout le monde. Moi, comme je ne cesse de te le répéter, je voudrais bien avoir un rôle à jouer…

Une chanson ne doit pas servir à rien ?

Tu as tout dit. C’est dommage si une chanson ne sert à rien. Si, elle ne provoque rien, c’est une catastrophe. Il faudrait bannir des albums les chansons inutiles.

Des extraits live de 3 titres du projet "dans les cordes" : "Dans les cordes", "plus tard" et "presque".

fabien boeuf,dans les cordes,interview,mandorTu te sens comment dans ce milieu ?

Je suis plus observateur qu’acteur au premier plan. Je n’ai pas une notoriété qui me permet le contraire.

Comment vis-tu ta condition d’artiste en 2015 ?

J’ai une vision un peu particulière de par mon statut. J’ai fait le choix de ne pas être intermittent du spectacle, de rester en province, du coup, je suis artisan. Je fais du ramonage pour gagner ma vie. Je suis saisonnier sur l’année. Comme j’ai ma clientèle, je choisis les jours que je peux prendre pour jouer de la musique. Le fait de faire un métier manuel me permet de garder de la liberté financière, et du coup, de mouvement et de choix.

Les gens qui aiment la belle chanson française te connaissent et t’apprécient, tu t’en rends compte ?

Je sais que je ne suis pas connu, mais un peu reconnu.

As-tu des artistes que tu respectes et qui ont une admiration réciproque ?

Alexis HK par exemple. Tété aussi. Aliose, Ludo Pin, Philippe Prohom… je me sens en osmose avec ce genre d’artiste. Je me sens de la même famille.

Francis Cabrel t’aime beaucoup aussi.

Quel honneur !

Est-ce qu’un auteur doit beaucoup écrire pour écrire de mieux en mieux ?

Je crois. Cela dit, je ne suis pas sûr. J’ai découvert récemment Christine and The Queens. Je trouve que c’est une des meilleures plumes françaises. Elle est toute jeune, elle déboule comme ça, je ne suis pas sûr qu’elle ait beaucoup écrit. Elle a dû beaucoup écouter, beaucoup lire, beaucoup s’imprégner. Il faut parfois être une espèce d’éponge. Pour restituer, il faut prendre. Pour pouvoir recevoir il faut pouvoir donner.

Micro trottoir réalisé par Fabien Bœuf lui-même dans le cadre de la sortie de son nouvel album,"Dans les cordes". Amusant, second degré et original.

Toi, le plus souvent, tu écris ce que tu vis.fabien boeuf,dans les cordes,interview,mandor

Je ne peux écrire que sur ce que je connais. Si je faisais semblant, cela sonnerait faux.

Es-tu exigeant avec toi-même ?

Non, je suis assez instinctif. Je ne veux pas trop intellectualiser la chanson, ni dans l’écriture, ni dans la restitution. Mes plus grosses émotions musicales viennent des chansons simples. « Le sud » de Nino Ferrer ou « Mistral gagnant » de Renaud. Tu n’as pas une grande voix, mais une simplicité, un univers, un propos…c’est ça le secret d’une bonne chanson. Moi, je cours après ça. Je cherche éperdument une simplicité qui touche.

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A l'issue de l'interview, le 4 mars 2015.

29 avril 2015

Olivier Kourilsky : interview pour Le 7e péché

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J’ai rencontré Olivier Kourilsky, alias le Docteur K, médecin néphrologue mais aussi auteur, sur de nombreux salons que j’animais. Il m’est donc arrivé de l’interviewer sommairement dans ce cadre-là. Mais, l’homme et l’auteur m’ont toujours intrigué. Son œuvre, dont les intrigues se déroulent dans le milieu hospitalier, de nombreuses personnes m’en disaient du bien. Quant à sa personnalité, elle me plaisait beaucoup. Cette sommité de la médecine a su rester simple, abordable et sympathique (ce qui est plutôt une exception quand on atteint le haut de l’échelle de ce milieu). Qui croise Olivier Kourilsky souhaite devenir son ami. Il m’a envoyé son nouveau roman, Le 7e péché. Je l’ai lu et approuvé immédiatement. L’homme sait balader ses lecteurs et donner envie de tourner la page. Ce dernier opus, mettant en scène un médecin néphrologue (tiens donc !), est un excellent cru et sans doute un de ses meilleurs romans (dis-je en n’ayant pas lu les précédents). Sans blague, il m’a happé jusqu’au bout. Impossible de lâcher ce polar avant l’issue. Bluffante.

Le 9 mars dernier, Olivier Kourilsky est venu à l’agence…

olivier kourilsky,le 7e péché,interview,mandor4e de couverture :

Christian Arribeau, jeune médecin ambitieux et pétri d’orgueil, a planifié sa carrière pour accéder aux plus hautes fonctions, balayant tous ses concurrents. Il vient de franchir la dernière étape avant sa nomination comme professeur de néphrologie. Mais, alors qu’il sort discrètement d'un immeuble, il renverse un clochard qui s’est jeté sous ses roues.

Paniqué à l’idée des conséquences sur sa carrière et persuadé que personne ne l’a vu, il prend la fuite.

Commence alors une vertigineuse descente aux enfers, orchestrée par l’obstination d’un policier et l’intervention d’un témoin mystérieux aux motivations obscures.

S’agissait-il d’un banal accident ou d’une machination ? Et dans ce cas, qui tire les ficelles ? L’univers bien organisé et la belle assurance d’Arribeau vont s’écrouler comme un château de cartes.
Une intrigue noire et haletante ciselée par le Docteur K qui signe son septième roman.

L’auteur : olivier kourilsky,le 7e péché,interview,mandor

Olivier Kourilsky, alias le Docteur K, est médecin néphrologue, professeur honoraire au Collège de médecine des Hôpitaux de Paris ; il a dirigé le service de néphrologie du Centre Hospitalier Sud-Francilien.

Il écrit des romans policiers depuis un peu plus de dix ans et a publié six ouvrages depuis 2005, dont Meurtre pour de bonnes raisons, prix Littré 2010.

Ses personnages évoluent souvent dans le monde hospitalier, entre les années soixante et aujourd’hui. Au fil du temps, on suit le professeur Banari, le commissaire Maupas, le commandant Chaudron, jeune policière chef de groupe à la Crim'…

Olivier Kourilsky est membre de la Société des gens de lettres et de la Société des auteurs de Normandie.

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olivier kourilsky,le 7e péché,interview,mandorInterview :

Nous nous sommes beaucoup croisés dans pas mal de salons… je crois que tu aimes aller à la rencontre du public.

C’est un passage obligé de toute façon, mais c’est parfois un peu fatiguant. L’an dernier, j’ai participé à 35 salons du livre. L’écriture est un plaisir solitaire, alors c’est toujours agréable de rencontrer des « collègues » et des lecteurs. Les discussions qui en émanent sont souvent enrichissantes. On crée des liens.

Tu es un grand médecin. Explique-moi ce qu’était ta spécialité.

J’étais spécialiste des maladies rénales et je dirigeais un service de néphrologie dialyse, suivi de transplantation etc… que j’avais monté de zéro il y une trentaine d’années. J’ai été rattrapé par la limite d’âge il y a quatre ans. Je n’ai pas voulu me prolonger parce que l’ambiance devenait un peu plus pesante et très administrative... Comme j’avais envie de continuer à faire ce que j’aimais, j’ai gardé trois demi-journées par semaine de consultations et de visites dans un centre d’autodialyse.

Un médecin de ton niveau, c’est sérieux, c’est exigeant, ça travaille beaucoup. Vis-tu ta vie d’écrivain de la même manière, c’est-à-dire de façon rigoureuse ?

A l’origine, c’est une activité ludique. J’écris quand j’en ai envie. Je peux passer des jours sans écrire. Je n’ai pas d’hygiène de vie particulière pour m’installer devant mon ordinateur. Je sais que je suis plus prolifique le matin, à la fraîche. Quand j’écris un roman, cela m’amuse de placer mes histoires dans le milieu médical que je connais parfaitement. Ce n’est pas un exutoire sur ce que j’ai vécu, mais ça donne une certaine couleur d’authenticité.

Tu es très exigeant quant à la qualité littéraire de tes romans.olivier kourilsky,le 7e péché,interview,mandor

J’ai la chance d’avoir un éditeur qui fait son travail. Il corrige et il y a autant de corrections pour ce septième livre que pour le premier…pour progresser, il faut mettre son ego de côté. Je mets un an à écrire un roman, puis j’ai à peu près deux mois de travail sur le texte. Je tiens à ce que l’histoire soit servie par une belle écriture. Les polars doivent être aussi bien écrit que des romans de la littérature dite « blanche ».

As-tu pris du plaisir à écrire Le 7e péché ?

Oui, ça a été même jubilatoire de mettre en scène, écrit à la première personne, un personnage de médecin absolument imbuvable. Il se fiche des malades, mais il a un talon d’Achille qui fait que le lecteur, j’espère, n’a pas envie de s’en débarrasser. Il est amoureux d’une seule personne depuis toujours. Une femme qu’il a connu valide et qu’il continue à aimer alors qu’elle est devenue handicapée.

Handicapée, mais magnifique et sensuelle. Toute personne qui la croise est foudroyée par sa beauté et sa personnalité.

C’est sa faiblesse, ce qui fait qu’on finit presque par le prendre en pitié. Certains lecteurs m’ont dit qu’ils espéraient qu’il s’en tire alors qu’il est odieux.

L’histoire commence ainsi. En quittant sa petite amie, la fameuse handicapée, il renverse un clochard et il part sans s’arrêter.

Après, il vivra une descente aux enfers douglaskennedyenne. Je ne souhaite à personne de vivre ce déchainement de circonstances contre lui. Je me suis beaucoup amusé à créer ces rebondissements successifs. Je crois que le livre est bien rythmé.

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Il n’y a ni violence (si ce n’est psychologique), ni hémoglobine, ni policier complètement torturé et alcoolique…

Certains me le reprochent, mais ce n’est pas comme ça que j’envisage la littérature policière. Je suis plus dans la suggestion que dans la démonstration.

Ton héros, Christian Arribeau, c’est l’antithèse de ce que tu aimes chez les médecins. Dans Le 7e péché, tu évoques la rude concurrence dans le milieu de la médecine.

Quand tu débutes et que tu veux accéder à certains postes, l’organisation est faite pour que les gens soient en concurrence. Il y a souvent une place pour cinq impétrants, donc forcément, surviennent des histoires de jalousies et parfois de coups tordus. Quand j’ai monté mon service de zéro, je me suis heurté à certains de mes collègues de ma spécialité qui étaient installés à la périphérie de Paris. Ils m'ont dit qu’Évry, ça ne les arrangeait pas. Ils avaient peur que je prenne leurs malades. Si on veut monter quelque chose, il faut avoir de l’ambition et se battre. Au début, j’étais très gentil, je ne me disputais avec personne… quand j’ai voulu monter mon affaire, j’ai appris à sortir les crocs. La description des mécanismes de nominations que j’explique dans mon livre est rigoureusement exacte. J’ai été membre du conseil de la faculté pendant huit ans à Kremlin-Bicêtre et lors des réunions de ce qu’on appelait « la révision des effectifs », c’était souvent très chaud.

Comment un grand médecin comme toi s’est-il métamorphosé en auteur de polar ?

J’ai toujours été atypique dans mon milieu professionnel, car j’ai constamment eu du mal à me prendre au sérieux. Ça m’a parfois un peu pénalisé dans ma carrière parce que les gens croyaient que j’étais un rigolo, alors que je ne l’étais pas du tout quand je travaillais ou que j’avais quelque chose en vue.

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Tu as toujours adoré raconter des histoires.

Oui… et le policier se prêtait très bien à mes envies d’écriture. Je mets en parallèle la médecine et la police. En médecine, quand on fait un diagnostic, c’est une enquête. On interroge les gens, on met les indice en corrélations. Il y a beaucoup de points communs. En plus, je suis d’une génération où on écrivait beaucoup et mon père, médecin lui aussi, était extrêmement exigeant et méticuleux sur l’écriture, il avait donc tendance à me sabrer dès que j’écrivais des choses. Il faut savoir aussi que j’ai écrit plusieurs livres « techniques »et des articles de médecine dans des revues spécialisées. J’ai dû faire une troisième édition d’un manuel de néphrologie en même temps que sortait Le 7e péché, je te garantis que ça m’a beaucoup moins amusé (rires).

Etais-tu lecteur de roman policier ?

Oui, bien sûr. Mais j’adore aussi les romans historiques ou toutes sortes de romans d’ailleurs. Par contre, je ne lis jamais quand j’écris un livre. C’est trop perturbant dans le mécanisme d’écriture.

Es-tu dans le doute quand tu écris ?

Terriblement. J’ai un tarif syndical, je fais toujours des romans de 200 pages. Je n’arrive pas à écrire de gros pavés. Généralement, quand j’arrive à la 120e, j’ai l’impression de ne plus rien avoir à dire. Peu à peu, des idées de rebondissements arrivent de je ne sais où. Au moment où  je mets un point final au livre, c’est le doute complet. Heureusement d’ailleurs. Je crois que, quand on écrit, être dans le doute permet de ne pas se laisser aller à la facilité.

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Le 26 octobre 2013, au Salon du livre d'Ozoir-la-Ferrière, notre première rencontre.

olivier kourilsky,le 7e péché,interview,mandorTu es très fidèle à ton éditeur.

J’ai mis 33 éditeurs, comme l’âge du christ, avant d’en trouver un qui m’accepte, alors, je le garde (rires). J’ai cherché un an et demi un éditeur sans faire jouer de relations. Glyphe est une petite maison. Ils sont trois ou quatre, mais ils ont quand même 200 titres en stock, ils travaillent très bien et l’ambiance est familiale. Pour moi, c’est important. Je suis d’une fidélité totale, d’autant qu’ils attendent toujours le suivant en m’engueulant presque parce que je ne fournis pas assez vite. Je ne veux pas changer d’éditeur… même si on m’a fait remarquer que mon frère Philippe était publié chez Odile Jacob, une maison très sérieuse. Je suis bien où je suis et on ne fait pas le même genre de livre.

Dans ta famille, vous étiez quasiment tous dans la recherche ou dans la médecine à un haut niveau.

L’hérédité familiale est assez lourde, en effet… Mon frère Philippe, que je viens d’évoquer, est polytechnicien, après il s’est tourné vers la recherche. Il est devenu directeur général de l’institut Pasteur et a écrit plusieurs livres chez Odile Jacob.