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30 novembre 2019

Mélodie Lauret : interview pour son premier EP 23h28

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(Photo : Sarah Balhadere) 

mélodie laurent,ep,23h28,interview,mandorJ’ai découvert Mélodie Lauret, lors du MaMA (festival et convention destinés aux professionnels de la musique) de cette année. Elle jouait au Cuba Café le 18 octobre dernier. J’étais mal placé et je ne voyais pas grand-chose, hormis une artiste qui me paraissait jeune, mais diablement douée. Textuellement, je me souviens avoir été impressionné. Des chansons d'amour, mais bien plus que cela.

Quelques jours plus tard, pour en avoir le cœur net, je suis allé découvrir quelques morceaux sur une plateforme de téléchargement (je sais, c’est pas bien). Et j’ai compris qu’il y avait un sacré quelque chose incitatif à surveiller cette Mélodie Lauret.

Et magie de la vie, je reçois une proposition d’interview de la part de sa maison de disque pour la sortie de son premier EP (le 29 novembre 2019), 23H28. Que j’accepte immédiatement. L’artiste m’intrigue. Je lui trouve quelque chose d’à part. Une précocité hors du commun. Ensuite, je lis son argumentaire de presse qui mélodie laurent,ep,23h28,interview,mandorprécise, « c’est à l’âge de 5 ans que Mélodie a compris qu’elle était à part. Que sa vie ne pourrait se passer ailleurs que sur scène. Aussi, depuis ses 15 ans, un Baccalauréat prématurément décroché, elle enchaîne conservatoire de théâtre, comédie musicale, écriture, composition, scène, studio. Aucune discipline ne semble l’effrayer. Aucune émotion qui ne soit source d’inspiration. Elle raconte à seulement 20 ans de manière intime et dense l’amour charnel, parle sans complexe de sexualité, de son identité queer, mais sans voyeurisme, et avec au cœur de son art l’universalité du sentiment amoureux… »

Bref, j’allais faire la connaissance d’un phénomène. Ce qui fut fait le 21 novembre dernier dans un salon de thé de la capitale. Et le moins que je puisse dire, c’est que je n’ai pas été déçu.

mélodie laurent,ep,23h28,interview,mandorMélanie Lauret par le chanteur Chaton :

Rares sont ces artistes capables en quelques mots de déloger votre cœur pour vous le rendre changé quelques chansons plus tard. Chargé aussi. Incapable de savoir si c’est ce timbre tellement particulier ou l’histoire qu’il vient de vous raconter qui vous a bouleversé. Ecouter Mélodie Lauret, c’est comme si une galaxie qui vous était jusqu’alors étrangère prenait votre être tout entier dans ses bras. Vous rendant aussi unique et singulier que l’est cette artiste précocement géniale. Ils sont d’ailleurs si rares, ces artistes, ceux qui semblent depuis quelques mois ouvrir la brèche d’un nouveau paradigme musical et créatif qu’on en oublierait presque que c’est sans doute ça au fond, un artiste. Un artiste entier. Complet. Une personne qui se livre à un point qu’il vous laisse à la fois rassuré et déchiré par une même chanson.

Car Mélodie, du bout de la voix jusqu’à celui des ongles, semble en pleine conscience. De son temps, de celui qui passe, de celui dont elle ne veut jamais gâcher la moindre seconde. A la ville comme à la scène, l’amour semble absolu, passionné, ultime. La vision est tranchante. Les mots sont choisis comme peu d’auteurs savent les choisir. Et l’interprétation d’une pureté inouïe. Qu’elle n’ait que 19 ans est un détail. Une promesse sublime certes, mais un détail. Car cet amour-là, cette fougue insensée qui détruit pour mieux reconstruire, qui use, brûle, cette fougue n’a aucun âge. Aucun genre. Aucune règle. Si ce n’est celle de ne pas mentir, jamais… 

Mélodie Lauret sur :
Facebook :
https://www.facebook.com/melodie.song.1
Instagram :
https://www.instagram.com/meslolos/

Elle sera aux Déchargeurs les 18 et 19 décembre 2019. Pour prendre vos places, c'est là!

Pour écouter l'EP, 23h28, c'est ici!

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(Photo Sarah Balhadere) 

mélodie laurent,ep,23h28,interview,mandorInterview :

J’ai été très étonné d’apprendre que vous n’aviez que 5 ans quand vous avez su que vouliez devenir une artiste.

Non seulement je savais, mais je n’ai absolument pas changé d’avis. Ca fait tellement partie de moi que je ne suis plus étonnée de cela.

Vous avez commencé par le théâtre.

D’après mes souvenirs, quand j’étais petite, j’ai suivi une copine qui voulait faire un cours d’essai. J’ai donc moi-même participé et j’y suis restée. Mais je ne voulais déjà pas que l’on m’impose des choses que je trouvais ridicule. Un jour, pour la première pièce que j’ai joué, on m’a demandé de mettre un nez de souris. J’ai refusé catégoriquement parce que je considérais que je pouvais être une petite souris sans mettre un nez de souris (rire). Pour autant, je n’ai plus jamais lâché le théâtre parce que je ne pouvais plus m’en passer.

C’était un refuge ?

Oui, surtout pendant mon adolescence. J’avais beaucoup de mal à aller à l’école. Je faisais une phobie scolaire. En 4e, j’avais une réelle peur panique. J’ai été déscolarisée pendant un an. J’ai repris en 3e pour passer un brevet et aller au lycée. Les seules interactions que j’avais à l’époque étaient un prof qui venait une fois par semaine me donner des cours de math et mes cours de théâtre. Le théâtre était le seul endroit où je pouvais aller et voir du monde. Il était hors de question que je rate un cours. C’était un endroit dans lequel je me réfugiais et dans lequel j’existais vraiment parce que je jouais des personnages et je portais les mots d’autres gens. J’avais soif des mots, tout simplement. J’avais l’envie d’être bavarde.

L’envie d’être bavarde ?

Oui. Dans la vie, j’étais hyper timide, je n’avais pas d’amis. J’en avais seulement sur internet. Je parlais beaucoup sur les forums… J’ai pris l’habitude d’écrire en discutant avec les gens sur internet. Au théâtre, sur scène, je n’avais pas peur de parler parce que je n’étais pas moi. Quand je joue Phèdre, je parle avec des mots qui ne m’appartiennent pas et qui ne sont même pas ceux de mon époque.

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(Photo Sarah Balhadere) 

Dans la musique, vous êtes moins un personnage.

Vous avez raison, c’est beaucoup plus moi. Je parle de moi dans mes chansons, donc je ne me cache plus derrière quelqu’un d’autre. Sur scène, pour le moment, j’ai moins d’aisance pour chanter que quand je suis sur scène pour exprimer les mots des autres.

Dans tout ça, je crois comprendre que c’est l’écriture qui vous intéresse. Vous avez même dit « je chante pour écrire ».

J’ai dit ça ?

Oui, il me semble.

Non, mais c’est bien comme phrase. Je vais préciser. Je ne chante pas pour écrire, mais pour vivre. Mes émotions et mes histoires existent. Elles viennent de mon cerveau et à différentes choses liées à lui qui les rendent trop fortes et qui me font rentrer dans un spleen immense. Ces émotions sont trop fortes pour les gens, pour moi et pour la société dans laquelle on est. Mon moyen de les mettre un peu en cage, c’est de les écrire sous une forme poétique. Ainsi, elles existent différemment et je les tiens à distance.

Comment écrivez-vous ?

Ça commence souvent par une phrase poétique qui me vient en tête. De là découle des choses. Il m’arrive aussi de savoir que je veux que ma phrase se termine par un mot en particulier. A partir de ce moment-là, j’articule les choses autour. Dans « 23h28 », j’avais en tête le mot bourrasque, il fallait impérativement que je place ce mot.

Clip de "23h28", réalisé par Guillaume Genetet.

Vos chansons racontent votre histoire, mais en version romancée, c’est ça ?

Oui, on peut dire ça. Mais je n’ai pas cherché à les rendre universelles. Je suis égoïste quand j’écris une chanson. Je ne pense pas aux autres. Au début, elles n’avaient pas vocation à devenir publiques. Pas à ce point en tout cas. Je ne me dis jamais : « Est-ce que ça va plaire aux gens ? », sinon, je ferais de la pop commerciale. Ce serait même plus simple. Mais je ne sais pas mentir sur ce que j’ai envie de faire. Même ma mère m’a demandé pourquoi je ne faisais pas une chanson joyeuse, une chanson qui fasse danser. C’est simplement parce que je n’y arrive pas. Ce n’est pas mon essence.

Qu’aimez-vous dans les mots ?

C’est le fait de pouvoir les assembler de manière maligne pour que ce soit joli. Quand j’ai une phrase qui sonne bien dans mon esprit, je suis surexcitée. Je suis beaucoup plus émue par le fait de lire une jolie phrase que de voir un joli paysage. Une phrase finement écrite me rend dans une très grande joie.

Dans la chanson française, vous appréciez Barbara. C’est celle qui vous touche le plus ?

Je ne peux pas répondre à cela parce que je n’ai pas tout écouté. Je ne supporte pas l’idée de me dire que telle ou telle chose est ce que je préfère parce que je sais qu’il y a des choses que je ne connais pas encore. Quant à Barbara, j’aime profondément cette artiste, mais j’aime aussi son identité autant visuelle qu’artistique. Elle a des chansons merveilleuses. Après, il y a des artistes contemporains qui m’inspirent aussi énormément. Raphaële Lanadère, Babx… Quand j’avais 8 ans, j’étais follement fan de Camélia Jordana (qui fait partie du giron de Babx). C’est un peu elle qui m’a donné envie de chanter.

Clip de "Quand j'entends les gens", réalisé par Guillaume Genetet. 

Ce qui me fascine chez vous, c’est votre précocité. Là, je constate que depuis le début de l’interview, vous n’avez pas le discours d’une jeune femme de 20 ans.

Je suis précoce diagnostiquée. Je ne le dis pas habituellement parce que cela a une connotation très pédante. Il y a 1000 mots pour dire ça dont surdouée, précoce, zèbre, haut potentiel. Je n’aime pas en parler parce que je sais aussi que les gens ne savent pas ce que cela provoque chez quelqu’un. Personnellement, ça m’a provoqué plus de problèmes que de joies dans ma vie. En même temps, je sais que mon inspiration et mon hyper sensibilité viennent de là. Mais, il y a beaucoup de choses qui me portent encore préjudice... dont une anxiété immense.

Vous ne vous sentez pas à votre place avec des gens de votre âge, je présume.

J’ai toujours été attirée par ceux qui étaient plus vieux que moi. Quand j’avais 12 ans, j’avais des amis de 26 ans et c’était normal pour moi. Aujourd’hui, je me vois mal être entourée de personnes de 20 ans. J’aurais l’impression qu’il y a une vie qui nous sépare. C’est le propre de la précocité, il y a un décalage immense et c’est ce décalage qui est compliqué à vivre. Je n’ai pas forcément envie que l’on me regarde comme celle qui est en avance sur tout et comme celle qui est décalée.

Clip de "Elles avaient 15 ans", réalisé par Guillaume Genetet.

Vous avez écrit une pièce de théâtre il y a deux ans, "J'irai danser tes 20 ans". C’est un exercice autrement plus compliqué qu’une chanson, non ?

Oui, assurément. Je n’ai pas vraiment choisi d’écrire cette pièce. A 18 ans, pour mon anniversaire, ma mère m’a offert la location d’une salle de théâtre, le Mélo d'Amélie. Elle m’a dit d’en faire ce que je voulais. C’était merveilleux parce que tout ce que je voulais, c’était d’être sur scène. Ce cadeau est bien la preuve que ma mère me connait on ne peut mieux. Du coup, puisqu’il fallait que je fasse quelque chose de cette scène, j’ai écrit une pièce en un temps très réduit, puis j’ai fait la mise en scène, cherché des décors… et enfin, on l’a joué. Pour aller plus loin dans ma réponse, la difficulté a été de mettre en scène mes émotions. Dans les chansons, c’est facile, il n’y a pas besoin d’explications. Dans les chansons, mes émotions sont sans filtre et on les prend comme elles sont.

Interview de Céline Héranval au sujet de la pièce de Mélodie Lauret.  

Je reviens à votre précocité. Votre projet musical et votre personnalité sont, à mon avis, bien parti pour vous emmener vers le succès. Qui dit succès dit centre d’attention et obligation d’affronter beaucoup de personnes. Comment pensez-vous vivre cela ?

La différence avec la vraie vie, c’est qu’il y a un cadre. Là, nous nous parlons, mais je sais qu’il y a un enjeu professionnel. Nous nous sommes donné rendez-vous pour parler précisément d’une chose et je le sais en avance. Dans les rapports sociaux de la vraie vie, ce qui me fait peur, c’est qu’il n’y a aucun cadre. Quand je bois un verre avec des amis, je gère beaucoup moins bien. Au début je me forçais à aimer ce genre de moment et d’ambiance. Je me forçais à exister pleinement dans cette circonstance. Un jour, j’ai compris que mon écoute suffisait pour exister. Je n’avais pas besoin de parler… Ma seule présence est une existence et c’est suffisant. En tout cas, j’ai accepté que cela suffise.

Ça doit être fatiguant de vivre ainsi…

En général, les gens sont fatigués physiquement quand ils ont eu une dure journée et qu’ils ont traversé des choses compliquées. Moi, j’ai une fatigue émotionnelle qui est constante parce qu’il n’y a rien qui n’est pas fatiguant, parce qu’il n’y a rien qui est vécu à un stade normal. Chez moi, même une joie est une joie fatigante. L’euphorie comme la tristesse peuvent devenir une solitude. Tout est décuplé et changeant en moi à une vitesse phénoménale.

Là, vous pouvez changer dans quelques secondes ?

Oui. Avec vous, je vais très bien, mais il se peut que dans deux secondes je sorte parce que j’ai vu une lumière qui ne m’a pas plu et que cela me mette dans un état immensément triste. Il y a quelque chose de très mouvant en moi et je ne sais jamais à quoi m’attendre.

Clip de "Minuit quelque part", réalisé par Guillaume Genetet. 

Parlons de vos chansons. A l’exception d’une, « Minuit quelque part », ce ne sont que des chansons d’amour…

Et c’est la seule que je n’ai pas écrite. Si je n’écris que sur l’amour, c’est parce que c’est un des sujets qui m’anime le plus. Je trouve qu’il est sans limite et sans fin.

Ce sont des amours féminines.

Parce que c’est ce que je suis, et c’est parce que c’est le seul amour que je connais. Par contre, je ne veux pas que l’on pense que c’est un acte de revendication quelconque. J’écris des chansons d’amour, c’est tout. Si des gens osent me dire un jour qu’ils se sentent exclus parce que je parle d’amour de femmes, je trouverais ça totalement stupide. Je suis une femme lesbienne et j’écoute des chansons d’amour d’hommes qui parlent à des femmes… ça ne me gêne pas. Par contre, si des femmes lesbiennes se sentent concernées par mes chansons, j’en suis ravie. 

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Pendant l'interview...

Si je peux me permettre, votre position est importante en 2019. C’est bien qu’il y ait cette visibilité-là.

J’aimerais juste que les amours entre deux personnes du même sexe soient normalisés. J’ai envie que les amours homosexuels ne soient même plus un sujet. A la limite, ce qui est militant, c’est de rendre tout ça banal.

Est-ce que les choses évoluent ?

Elles ont l’air d’évoluer bien, mais ça ne suffira jamais. L’homophobie, la lesbophobie et la transphobie n’existent pas que dans la violence physique ou verbale. Vous, en tant qu’homme blanc hétéro, vous ne pouvez pas avoir la même vision et la même intériorité que moi ou que d’autres parce qu’il y a des choses minimes qui sont extrêmement violentes pour nous. Par exemple, jusqu’à il y a deux mois, si on tapait le mot « lesbienne » sur Google, on ne tombait que sur du porno. C’est extrêmement violent. Il n’y a pas que les agressions dans la rue qui nous touchent, c’est aussi ces « petites » choses qui sont loin d’être anodines.

Vous-mêmes, vous êtes victime de remarque dans la rue ?

Quand je marche main dans la main avec ma copine, il n’y a tout simplement pas un jour où je n’ai pas de réactions négatives. Beaucoup ont, à notre endroit, des regards et des paroles terriblement déplacés. Quand un couple hétérosexuel se roule des pelles sur le quai d’une gare ça ne choque personne. Du coup tenir la main d’une femme quand on est une femme, ça devient un acte militant.

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Après l'interview, le 21 novembre 2019.

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26 novembre 2019

Isabelle Piana : interview pour Seule La Nuit-Solo la Notte.

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(Photo : Sara Galimberti)

isabelle piana,stefy gamboni,seule la nuit - solo la notte,interview,mandor,papik,nerio poggiComme l’indique l’argumentaire de presse, "c'est lors d'un séjour en Grèce que la speakerine d’RTL, Isabelle Piana, découvre l'étonnante voix de la chanteuse Italienne Stefy Gamboni.

A travers les réseaux sociaux, les deux artistes font connaissance et partagent leur passion pour le même univers musical. Cela les conduit, rapidement, en studio pour donner cet album duo Seule la Nuit - Solo la Notte. Il ne restait donc plus qu'à se retrouver sur scène... Ce qui sera le cas pour deux concerts exceptionnels, les 4 et 5 décembre prochain, dans le cadre des Soirées Musicales "AkJeudi" des Rendez-Vous d'Ailleurs, le nouveau Théâtre-seule la nuit - solo la notte,interview,mandor,isabelle piana,stefy gamboni,papik,nerio poggiCabaret tendance de l'Est Parisien. En attendant, bien-sûr, d'autres dates dans leurs pays respectifs…"

Le disque est à écouter sur toutes les plateformes musicales.

Symboliquement, j’ai donné rendez-vous à Isabelle Piana le 5 novembre dernier chez Savy, un bistrot situé rue Bayard, en face des anciens locaux d’RTL. C’est là que nous nous étions connus à la fin des années 90 (voir photo à droite… j’ai été notamment monsieur météo de cette station pendant un an).

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(Photo : Sara Galimberti)

isabelle piana,stefy gamboni,seule la nuit - solo la notte,interview,mandor,papik,nerio poggiInterview :

Quand je travaillais avec toi à RTL, tu ne m’avais jamais dit que tu chantais.

(Rires). J’ai le droit d’avoir mon jardin secret. J’ai arrêté de chanter, il y a plus de 30 ans, quand je suis arrivée à Paris pour travailler à RTL. Mais en 1987, avec une équipe toulousaine, j’ai failli sortir un single. Ça ne s’est pas fait parce que j’ai été obligée de quitter la région. Radio France Toulouse avait fermé et il fallait bien que je continue à bosser, donc je suis partie à Paris. J’ai été très frustrée pendant longtemps par ce projet avorté.

Mais tu as fait de la musique dans ta jeunesse ?

J’ai fait du piano et maman en jouait aussi beaucoup. J’ai baigné dans la musique classique, jazz…

Raconte-moi ta rencontre avec Stefy Gambony. J’ai bien compris que la première fois que tu as isabelle piana,stefy gamboni,seule la nuit - solo la notte,interview,mandor,papik,nerio poggientendu sa voix, c’était à travers un poste de radio sur une plage en Grèce…

C’était en juillet de l’année dernière. J’entends en effet une musique qui me charme vraiment. C’est jazzy, un peu bossa, ça fleure bon le Brésil. Bref, mon univers. Un son bien rond et très joli. Grâce à Shazam, je télécharge l’album Cocktail Mina de Papik. J’écoute tous les artistes présents sur le disque et je tombe en extase sur la voix de Stefy, que je ne connaissais pas. J’ai appris par la suite qu’elle chantait depuis 30 ans dans sa région, à Ostia, au sud de Rome. Elle fait deux trois concerts pas semaine. Elle vit de ce métier. Elle a une très belle réputation. Il fallait que je rentre en contact avec elle. J’ai fini par la trouver sur Facebook.

Et tu te lies d’amitié avec elle.

Il y a eu un feeling immédiat entre nous. Nous avons à peu près le même âge et les mêmes goûts musicaux. Très vite, je lui propose de reprendre ensemble la chanson « Parole, parole », en version bossa, chantée en français et en italien, avec la collaboration de Papik. Il n’y a jamais eu une version féminine de cette chanson. Je trouvais que c’était intéressant de le faire. Elle me répond qu’elle lui va poser la question, puis qu’elle reviendra vers moi.

Elle finit par te faire rencontrer le fameux Papik.

Je suis venu en Italie après les fêtes de Noël. Stefy ne voulait même pas que je lui envoie des maquettes avec ma voix dessus. J’ai trouvé ça à la fois fou, simple et naturel. Ils savaient juste que je faisais de la radio et que j’avais fait un peu de musique avant, rien de plus.

"Parole, parole" (version audio).

En janvier dernier, tu rentres donc en studio pour enregistrer juste « Parole, parole ».

Oui. Et là, on remarque immédiatement que nos deux voix matchent parfaitement. Ensuite, je rentre à Paris, je fais écouter ça à mon directeur d’RTL, Christopher Baldelli. Il me regarde du coin de l’œil et il me dit : « J’adore ! » On va le passer cet été. J’étais comme une folle. Une gamine de 4 ans. Comme c’est un titre estival, RTL l’a diffusé pendant l’été, mais bien avant, il y a eu une première diffusion dans l'émission "Laissez-vous tenter". 

isabelle piana,stefy gamboni,seule la nuit - solo la notte,interview,mandor,papik,nerio poggiComme « Parole, parole » a été bien accueilli, tu as décidé qu’il ne fallait pas en rester là.

Je ne voulais pas laisser seul ce pauvre petit single. J’ai décidé de produire l’album avec mes propres sous. J’appelle Stefy. Elle considère que c’est de la folie, mais elle accepte. Je fais de même avec Nerio Poggi, le vrai nom de Papik, et cela l’intéresse aussi. C’était parti. Je choisis toutes les chansons. Je lui annonce que l’on va faire des reprises, des adaptations, mais que je veux aussi au moins une nouveauté. Il m’a proposé « Solo la notte », une chanson uniquement en italien. J’ai insisté pour que la chanson soit franco-italienne. Avec l’accord du créateur de cette chanson, Daniele Bengi Benati (voir photo au début de cette question), j’ai donc intégré des paroles en français ayant un rapport avec l’histoire italienne originale. Nerio, quant à lui, a réalisé tous les arrangements de l’album… c’est le meilleur.

"Seule la nuit Solo la notte" (version audio).

isabelle piana,stefy gamboni,seule la nuit - solo la notte,interview,mandor,papik,nerio poggiVous avez enregistré le disque en combien de temps ?

En une semaine. On a beaucoup travaillé.

Comme tu as des origines italiennes, j’imagine que c’est la raison pour laquelle il y a beaucoup de chansons italiennes.

C’est aussi une manière de rendre hommage à mes parents qui ne sont plus là. Ils seraient comme des fous en entendant ce disque. Ce sont des chansons qu’ils aimaient beaucoup. Ce projet est quelque chose de fort et je regrette qu’ils ne soient plus là. J’y pense tous les jours…

C’est un disque élégant, glamour, jazzy et même un peu sexy. Le disque idéal pour passer la soirée avec la personne qu’on aime.

Tu as tout à fait raison. Tu bois un verre, bien accompagné, ce sera le début d’une bonne soirée, je pense.

Il y aura une suite à cet album ?

Je n’en sais rien. Ce disque existe et c’est déjà ça.

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Et il y a deux concerts qui se profilent à l’horizon.

Oui, les 4 et 5 décembre, au théâtre cabaret Les Rendez-Vous d’Ailleurs.

Tu as le trac ?

Je suis complétement flippée, tu veux dire. Ça fait 30 ans que je ne suis pas retournée sur une scène devant un public. Je suis très excitée par la perspective de ces concerts.

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Pendant l'interview...

(Photo : Cléo Marie)

Mais sur RTL, tu parles dans des émissions où il y a un public.

Quand je fais mes pubs dans les émissions en public, comme chez Stéphane Bern par exemple, ça n’a rien à voir. Je me contente de parler. Tandis que sur scène (et dans le disque), je chante en deux langues. Ce n’est pas du tout le même exercice.

Ça te rend heureuse de monter sur scène ?

Je suis sur mon nuage. J’en rêvais depuis très longtemps. Et puis, je t’avoue que j’aimerais que ça puisse permettre à Stefy de se faire repérer en France. Elle a une voix tellement exceptionnelle.

Ça te rend heureuse et ce disque peut rendre des gens heureux.

C’est aussi très important pour moi. Je trouve que ce sont des musiques qui rendent heureux quand on les écoute. Les mélodies italiennes sont à tomber.

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Après l'interview, le 5 novembre 2019. 

(Photo : Cléo Marie)

24 novembre 2019

Marlène Rodriguez : interview pour Histoire de C

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(@Sally)

marlène rodriguez,histoire de c,interview,mandorAuteure, compositrice et interprète, Marlène Rodriguez vient de sortir son premier album Histoire de C (disponible depuis le 25 octobre). « Un album naturel, non prémédité, non formaté, non « ciblé » pour un public ou un autre, dont le ton, la diversité se sont imposés d’eux-mêmes, au fur et à mesure, une suite d’évidences, une harmonie. » explique l’argumentaire de presse. Un très bel album de variété, au sens propre du terme et dans le sens qu’il est très varié. Il pourrait même devenir populaire.

Son site officiel.

Sa page Facebook.

Sa page Instagram.

Et pour écouter son premier disque, Histoire de C, c’est ici.

Le 5 novembre dernier, j’ai rencontré cette nouvelle artiste dans les bureaux de Music Media Consulting (qui s’occupe de sa promotion).

Argumentaire de presse :marlène rodriguez,histoire de c,interview,mandor

Depuis toujours elle avait chanté, voulu chanter avant tout, mais plutôt ses chansons que celles des autres … et ce n'était pas venu.

Et tout d'un coup, en juin 2016, le besoin s’est imposé, presqu’inexplicable: une soudaine envolée magique de textes et de mélodies est sortie d’elle, dix, bientôt quinze chansons en quelques semaines, un signal fort.
Pas question d’en faire abstraction, comme si elles n'existaient pas, n'avaient aucun sens, aucune raison d’être. Le moment, son moment, était venu, elle le savait.

Peu après, le hasard (en l’occurrence le tennis), la providence mettent sur sa route un complice expérimenté, JP Domboy (conseiller en communication, agent artistique et musicien) qui est immédiatement séduit par le projet ; il contacte et convainc facilement ses amis musiciens/réalisateurs/arrangeurs Celmar Engel et JJ Cramier de se joindre à l’aventure. La décision est prise d’enregistrer sans tarder quelques titres, en auto-production histoire d’avancer vite et de maîtriser, rester libre.

Été/automne 2017: journées en studio pour enregistrer les trois premiers titres (« Comment », « L’Arrêté » et « La Septième »). Dans la foulée est réalisé un premier clip sur sa chanson « Comment »… Un premier show-case au Réservoir, à Paris, le 11 juin 2018; excitant et si convaincant que Marlène prend la décision d’enregistrer sept autres chansons pour constituer son premier album. 

marlène rodriguez,histoire de c,interview,mandorLe disque :

Les textes traitent presque tous d’histoires de Cœur, des relations amoureuses, de couple, si complexes, différentes, belles ou difficiles: abandon, fusion, séparation, amour fou ou foutu, parfois unilatéral, la désinvolture masculine, le plaisir du partage, l’espoir du retour, la fameuse et cruciale septième année du couple (habilement entremêlée ici à la septième note de la gamme de do, le Si). Elle évoque aussi les gens qui ont choisi de ne plus continuer à vivre.

Une dizaine de titres multicolores (rock, blues, zouk, rumba, valse, reggae, ballade,…) sur ses textes très personnels, soignés et marqués d’un vrai style, la participation de musiciennes/ciens rares et formidables : guitaristes, claviers, cuivres, choristes, bassistes, violoncelliste, percussionniste, accordéoniste, musiciens / ingésons / réalisateurs comme Fred Jaillard ou Sergio Tomassi... qui ont travaillé avec Jean-Jacques Goldman, Barbara, Thomas Dutronc, Carla Bruni, Charles Aznavour, Kassav, Michel Berger, Richard Gotainer

Le 31 décembre 2018 Marlène Rodriguez a mis officiellement un terme à son activité dans la finance pour enfin réaliser, sans filet, pleinement son rêve, sa certitude de toujours: être une chanteuse auteure/compositrice à 100%.

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(@Sally)

marlène rodriguez,histoire de c,interview,mandorInterview :

Tu viens de la finance internationale où tu occupais des postes à responsabilité entre Londres et Paris.

Si la musique ne m’était pas tombée dessus, j’avais une carrière toute tracée. Je suis restée dans ce milieu une dizaine d’années et puis j’ai tout arrêté pour la musique.

Revenons en arrière. Dans ta jeunesse, tu as fait de la danse classique, de la chorale, du chant classique, de la flûte traversière au conservatoire de ta ville (Clamart, 92)… Toi et la musique, ce n’est donc pas une rencontre subite ?

Pas d u tout. A un moment, à la suite de toutes ces études de musique au Conservatoire, s’est posée la question de me professionnaliser ou pas. J’ai rencontré des gens formidables qui m’ont donné le goût de l’effort et du travail. Ma prof de flûte, par exemple, a été quelqu’un de fondamental dans ma vie. Elle m’a construite avec cette phrase : « La vitesse se travaille lentement. » Dans n’importe quel domaine, on a envie de réussir vite, alors que c’est en prenant son temps, en ayant de la patience, de l’écoute et du travail que les choses arrivent.

Tes parents ont été derrière toi pour faire de la musique ?

Oui. Ma maman était particulièrement assidue. Elle répétait beaucoup avec moi. C’était drôle parce que quand je répétais la flute, alors qu’elle ne lisait pas le solfège, elle repérait tout de même les erreurs que je pouvais faire dans une partition. Elle me faisait reprendre, reprendre, jusqu’à ce que l’erreur s’efface. Elle avait l’oreille musicale ou alors, à force d’écouter mes répétitions, elle savait que je ne faisais pas la même chose que précédemment.

J’ai bien compris que tu as eu une maman et des professeurs qui t’ont donné le goût de l’effort, mais aimais-tu les examens de Conservatoire pour passer d’une classe à l’autre?

J’en ai passé pour la danse, pour la flute et plus tard pour le chant. Il fallait « prouver » qu’on était assez bon pour être accepté au niveau supérieur. Je ressentais du stress parce qu’il y avait un enjeu social. En tout cas, curieusement, ça m’a donné ce goût d’être exposée.

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(@Sally)

Un beau jour de 2016, tout ce que tu as gardé en toi pendant des années est sorti soudainement. Onmarlène rodriguez,histoire de c,interview,mandor peut expliquer l’écriture de tes premières chansons ainsi ?

C’était une gestation. Quelque chose d’écrit dans l’ADN. Pendant deux ans, entre 2016 et 2018, j’ai beaucoup été dans l’écriture et la composition. C’était surprenant pour moi parce que, quand vous avez attendu quelque chose toute la vie et que vous avez la conviction absolue que ça va arriver, le jour où ça arrive, on a du mal à réaliser. J’ai conscience de la chance incroyable que cette conviction se soit réalisée.

C’était de l’écriture automatique ?

Oui. C’est comme si mon cerveau se mettait sur off pour laisser la place à la création. J’utilisais le logiciel Evernote sur mon téléphone. J’écrivais les paroles et j’enregistrais ma voix presque en même temps que les paroles sortaient. Quand je rentrais le soir chez moi, j’écrivais, je maquettais sur mon piano et je chantais avec mon micro. J’extrayais ça en MP3 et j’écoutais sans savoir si c’était bien où pas. Mais au fond, c’est comme tout dans la vie. Est-ce que l’on se trompe vraiment en étant dans l’action ? Surtout quand l’action est menée par quelque chose qui est plus fort que vous.

Tu as compris tes textes immédiatement ?

Tu as raison de me poser cette question. Je n’ai pas toujours tout compris. En tout cas, beaucoup de choses étaient obscures pour moi, et parfois même, elles le sont restées. Il y a une inconscience profonde dans la conception de ces titres. En tout cas, j’ai remarqué que quand je chantais ces chansons, cela provoquait un défoulement d’émotions à l’intérieur de moi.

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(@Sally)

Pendant ces deux années, entre 2016 et 2018, tu menais de front ton activité dans la finance internationale et ta création artistique. Est-ce que l’on continue à bien faire son boulot rémunérateur principal ?

Tu mets le doigt sur le point qui m’a préoccupé très vite. En mai 2018, j’ai annoncé à mes équipes que je ne pouvais plus faire les deux. Je leur ai dit que j’étais prête à sauter dans l’océan. Ils m’ont répondu très gentiment qu’ils allaient voir comment ils allaient aménager mon temps pour que je puisse faire les deux. Il y avait vraiment de la bienveillance dans cette démarche. Ils étaient très soutenants dans ce projet. Mais, à cette époque, ils ne savaient pas que cela faisait déjà deux ans que je menais ceux deux vies en même temps. En règle générale, j’ai du mal à faire les choses à moitié, je suis plutôt du genre à les faire à 300%. Là, je sentais que je pouvais devenir un peu moins bonne et moins énergique dans la finance. Je l’ai quitté 6 mois plus tard, le temps de trouver quelqu’un pour me remplacer.

marlène rodriguez,histoire de c,interview,mandorTa rencontre avec Jean-Pierre Domboy (photo de gauche) est importante dans ton histoire musicale, puisque c’est lui qui a fait la direction artistique de ton disque.

Mon papa et lui sont dans le même club de tennis. Un soir, il voit Jean-Pierre avec Véronique Sanson dans une émission. Quelques semaines après, c’est-à-dire six mois après que j’ai commencée à écrire, ils se voient au club. Papa lui demande ce qu’il faisait dans la vie avant. Il lui explique ensuite que sa fille écrit des chansons et qu’elle a attendu ça depuis toujours. Jean-Pierre lui répond que se lancer dans la musique est hyper compliqué. Il n’était pas du tout dans l’objectif de remettre un pied dans la musique, mais il demande à mon père que je lui envoie mes maquettes. Au moins, il me dira vraiment ce qu’il en pense. Je lui ai envoyé une dizaine de chansons. Nous nous sommes rencontrés en mars 2017 et tout s’est enchainé parce qu’il a aimé. Aujourd’hui, à cause de moi, il a de nouveau les deux pieds dans ce milieu-là (rires).

Tu viens de parler de Véronique Sanson. Je crois savoir que c’est une chanteuse que tu aimes marlène rodriguez,histoire de c,interview,mandorbeaucoup.

C’est quelqu’un que j’ai toujours beaucoup écouté. J’étais présente lors de son 70e anniversaire qu’elle a fêté au Palais des Sports. Jean-Pierre a pu avoir des places et nous l’avons rencontré à l’issue du concert (voir photo à droite). Quand elle parle ou quand elle chante, je me sens concernée par ce qu’elle raconte. Il y a beaucoup d’artistes que j’apprécie, mais elle, c’est différent. J’ai l’impression de vivre les choses avec elle. Cette sensibilité qu’elle arrive à partager, ça m’a toujours beaucoup touché.

Qu’est-ce qui fait qu’à 15 ans, on envoie des lettres à Jean-Jacques Goldman (ma relation avec lui expliquée ici) ?

C’est à cause de sa tournée « Chansons pour les pieds ». Je l’ai vu une première fois au Zénith de Paris. J’ai tellement été emportée par son spectacle, j’ai senti une telle communion avec les gens, que j’ai voulu y retourner. Deux jours après, c’est ce que j’ai fait. J’ai ressenti le besoin de lui écrire. Je ne me souviens plus de ce que je lui ai raconté, mais ça faisait six pages. Un an plus tard, chez mes parents, je reçois une petite lettre qui venait de Chamonix. Il me conseillait de poursuivre mes études, de trouver un groupe, de commencer à chanter dans les mariages ou dans quelques fêtes de la musique. Il m’a dit que le chemin était long, mais merveilleux. C’est fou, Goldman répond toujours à ceux qui lui écrivent.

Clip de "Comment". 

marlène rodriguez,histoire de c,interview,mandorRevenons à ton album. Musicalement, aucune chanson ne ressemble à une autre.

Les idées qui ont été mises en place sont venues très naturellement. On ne s’est pas dit « on va faire différent ». L’inspiration a été très variée, donc les chansons le sont aussi. C’est un album multicolore qu’on ne peut pas mettre dans une case. Enfin, si. Je pense qu’on peut quand même le mettre dans la case chanson française, pop à textes.

Tu chantes l’amour, mais qui ne finit pas toujours bien. Parfois tu utilises des mots en rapport avec la musique. Par exemple dans « L’arrêté », tu chantes : Sur une portée en quelques lignes, et en deux temps, trois mesures, ont résonné fortissimo de longs silences.

C’est exact. Il y a des parallèles qui se sont faites de manière extrêmement inconsciente. J’ai eu une formation musicale qui a duré très longtemps, de 5 ans à 18 ans, il y a donc des chansons dans lesquelles se retrouvent des mots qui ont rapport avec la technique musicale. C’est bizarre quand la technicité se met au service de l’émotion, sans qu’on y pense plus.

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Pendant l'interview...

Tes musiciens sont des grands. J’imagine que tu mesures ta chance de les avoir eus. marlène rodriguez,histoire de c,interview,mandor

Ce sont de grands musiciens, je le sais, mais ce sont surtout des personnes qui ont une sensibilité incroyable. Ils ont mis leur talent au service de la mienne et de mes chansons. On ne se connaissait pas, mais en studio, il y a quelque chose qui s’est passé entre nous. Devant eux, j’ai donné ce que je suis. J’ai été complètement transparente, je n’ai pas essayé d’être quelqu’un d’autre. Ils ont apprécié, je crois.

Le titre de l’album s’appelle Histoires de C. Tu joues un peu sur l’ambiguïté là. 

La limite est fine sur le C (rires). Au milieu de tous ses titres, il y a une phrase que j’ai écrite qui était : « Parce que tout commence souvent par une histoire de cœur ». Cette phrase est très représentative de ma vie. Mes rencontres dans ma vie amoureuse ou professionnelle ont été conduites par le cœur. C’est comme cela que je suis mon chemin. Je m’étais toujours dit que si je sortais un album un jour, je l’appellerai Histoire de C.

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Après l'interview, le 5 novembre 2019.

23 novembre 2019

Cléo Marie : interview pour l'EP La Cadence

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(@Nacera Laamari)

Quel beau projet que celui de la chanteuse, bassiste et guitariste Cléo Marie. Il réunit poésie, mélodie, humour (très second degré) et délicatesse. La Cadence est un premier EP de 5 titres enchanteurs aux textes intimes, étranges et espiègles, le tout sur des mélodies ciselées et particulièrement efficaces. 

Il ne faudra pas la louper le 15 janvier 2020 sur la scène du très bel auditorium de la cité internationale des arts. Elle y présentera ce premier EP... Et bien plus encore. La billetterie de l'évènement est ici.

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Sa page Instagram

Pour écouter l'EP, La Cadence.

J’ai rencontré Cléo Marie, le 5 novembre dernier, dans une brasserie proche des Champs-Elysées.

cléo marie,la cadence,ep,interview,mandorArgumentaire de presse :

La cadence, si elle évoque la progression rythmique de sons ou de mouvements, revêt une notion bien particulière pour Cléo Marie. Artiste puissante et gracile à la fois, ses multiples visages se déclinent au gré de mélodies tour à tour subtiles et brutes. La Cadence, titre du premier EP de la musicienne, est tout cela à la fois : un univers où Cléo rencontre Marie, et vice versa. Un recueil de chansons à textes portées par une voix espiègle à la singulière particularité, où les mélodies à la guitare et à la basse forment une berceuse qui aurait été composée pour des adultes…

Habitée, inspirée et animée par une théâtralité évanescente, Cléo Marie tricote ses textes poétiques en usant de métaphores douces-amères emmenées par un tempo pop entrainant (« La Cigarette »). Qui est Cléo ? Qui est Marie ? Une bicéphalie créatrice se développe sur « Les Fleurs », où l’ambiance se fait intimiste et inquiétante, grâce à cette plume mystérieuse et ces arrangements riches et entêtants, mêlant synthés et électronique.

C’est aussi dans ses balades que la chanteuse, bassiste et guitariste déploie une mélancolie qui ne semble cléo marie,la cadence,ep,interview,mandorparadoxalement jamais renoncer à un renouveau, une renaissance, comme sur le titre éponyme « La Cadence », que l’on peut écouter autant comme une comptine que comme une confession à cœur ouvert. Sur scène, Cléo Marie a l’élégance d’introduire ses chansons avec une généreuse dose d’humour. Un second degré qui crée de véritables respirations entre ses titres profonds.

Seule à la réalisation de cette œuvre très personnelle, Cléo Marie a elle-même enregistré les basses, guitares, voix et programmations de cet EP qui ne vous quitte plus dès lors que vous avez baissé la garde. Se laisser happer par cette grâce, se prendre au jeu mélodique de sa voix captivante : voilà la bonne attitude à adopter devant cette Cadence douce et prenante. « L’amour, je n’y crois pas », susurre Cléo Marie avec malice. A l’écoute de son premier EP, on a tout simplement encore envie d’y croire pour elle.

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(@Nacera Laamari)

cléo marie,la cadence,ep,interview,mandorInterview :

Cléo Marie est plus une entité composée de deux personnes que toi toute seule, si j’ai bien compris.

Dans l’imaginaire de ce projet-là, il y a deux entités. Je m’appelle réellement Cléo et mon deuxième prénom est Marie. Cléo, c’est moi. La nana musicienne qui écrit ses chansons dans sa chambre et Marie, c’est une forme d’inspiration. Cela pourrait être une vraie femme qui m’inspire dans les sujets de mes chansons, mais c’est aussi cette chose difficilement identifiable qui tu traverses quand tu écris.

On appelle ça l’inspiration, non ?

C’est exactement ça. Ça touche beaucoup de gens qui créent. Quand je suis à la maison, je sens le moment où ça va arriver. Soudain, je ressens le besoin de sortir ce qui s’impose en moi avec le style d’écriture qui m’est propre. Je me demande toujours si cette émotion fulgurante m’appartient complètement.

Peut-on parler d’écriture automatique ?

C’est quand même souvent le fruit d’un minimum de réflexion, mais une réflexion qui est différée. Je vais être touchée par un sujet, je vais ensuite me renseigner sur ce sujet et ensuite l’inspiration fait son chemin. En tout cas, ma façon d’écrire est très viscérale, mais empreinte de douceur.

Dans quel état tu dois être pour écrire ?

Principalement quand je suis dans des états émotionnels un peu forts, que ce soit négatifs ou positifs.

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(@Mehdi Demaked)

A la base, tu es connue pour être une bassiste émérite.

J’ai bossé pour des spectacles et des artistes en tant que bassiste, en effet. Je gratouille aussi la guitare depuis quelques années, mais je m’en sers uniquement pour moi. Dans mes concerts, j’alterne ces deux instruments.

Cléo Marie est ton premier projet en tant que chanteuse. Qu’est-ce qui t’a poussé à te mettre un peu plus en avant ?

J’ai commencé à écrire des chansons avec des mélodies dans la tête sans me dire que j’allais les chanter moi-même. C’était ma catharsis et ça m’a fait un bien fou. Je me suis sentie apaisée. A un moment, je me suis dit que j’allais chanter ses textes moi-même tant ils étaient intimes. A partir de là, j’ai développé le chant et l’interprétation en prenant des cours. Je n’ai pas l’ambition ou la prétention de devenir une grande chanteuse à voix, mais j’ai eu envie, pour mon épanouissement personnel artistique, de développer ça en un projet officiel.

Tu as employé le mot catharsis. C’est un mot fort.

Ecrire ce que je ressens m’évite peut-être de passer par la case "brûler des maisons ou tuer des bébés chats (rires).

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(@Dan Piper)

Tu gères toute seule ce projet ?

Complètement. J’ai le contrôle sur tout, de mon image à ce que je vais raconter dans mes textes et entre mes morceaux.

On ne se connait pas, mais tu me sembles humble et discrète. Tu arrives facilement à te mettre en avant ?

Je me cache souvent derrière une petite dose d’humour. Selon les contextes, je peux être assez intimidée, mais je me suis rendu compte qu’en lead, seule, j’ose quand même pas mal de choses. Là, tout repose sur moi, mais ma démarche est tellement sincère que finalement, je me sens légitime. J’ai de vraies choses à raconter qui sont complètement moi.

Tu continues à accompagner des gens ?

Oui. J’aime continuer à être derrière. Les bassistes ont la réputation d’avoir un tempérament assez discret. Bref, j’aime bien faire les deux, mais comme je viens de te le dire, je me sens plus épanouie maintenant que j’ai ce projet.

Tous tes textes parlent de toi. Ce que j’aime, c’est que tu poétises tes histoires. Rien n’est clair, mais tout est compréhensible.

Comme ce sont des émotions qui me traversent, ce n’est pas forcément ultra claire et limpide. Quand j’ai fini d’écrire, je me rends compte qu’il peut y avoir plusieurs interprétations de mes textes. Les émotions ne m’appartenant pas, ce que j’écris devient malgré moi universel.

Clip de "Les fleurs" réalisé par Sébastien Angel. Lumières: Jean-Luc Chanonat. Image: Alice Gelmi et Sébastien Angel.

Dans « Les fleurs », par exemple, je n’ai pas su déceler de quoi tu parlais exactement.

C’est la chanson la plus compliquée pour moi à raconter. Je dirais que c’est une femme qui peut développer des relations avec les gens de manière complètement candide et bienveillante, sans forcément se poser la question de l’attachement et de l’engagement… sauf que les personnes qu’elle rencontre ne sont pas dans la même optique.

La chanson la plus claire est « Nathan ». Tu parles d’un homme qui est avec une femme, qui a un enfant avec elle, mais qui est homosexuel.

Il a construit sa vie avec une femme qu’il aime et on ne sait pas s’il va finir par assumer son homosexualité. Pour être heureux, il faudrait qu’il l’assume…

J’aime beaucoup « Berceuse de comptoir ». Dans cette chanson, tu es l’alcool.

Je me positionne du côté de la substance addictive. Je suis l’alcool qui parle à cette femme alcoolique, c’est un peu le serpent dans Le livre de la jungle. J’interprète cette chanson comme une comptine pour enfant, avec beaucoup de douceur. Dans l’alcool, il y a de la douceur, c’est apaisant. Cette chanson peut-être aussi un discours amoureux.

Clip de "La cigarette", réalisé par Marc Lahore. Conception marionnette / Comédienne : Eve Bigontina.
Maquillage : Sarah Pariset. Accessoires : Sarah Pariset / Alexis Hayere.

Après l’alcool, tu évoques aussi « La cigarette ». De manière imagée, tu racontes la fin d’un amour… un amour qui se consume ?

Tu peux le voir comme ça. Pour moi, la protagoniste de « La cigarette », je l'ai imaginé comme une vieille dame qui perd la mémoire. Tout lui échappe, ses souvenirs et son corps qui commence à décroitre… C’est assez violent. Parfois, on me dit que la cigarette, c’est aussi le temps qui passe…

« La cadence », c’est une chanson sur l’amour pas encore trouvé et l’espoir qu’on le trouvera un jour?

Là encore, on peut voir de deux manières différentes cette chanson. Ton option ou l’amour qui est toujours présent. Tant qu’il y a de la vie, il y a de la cadence et de l’amour.

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(@Alice Gelmi)

Tu ne « genres » pas les chansons et les personnes dans cet EP. Pourquoi ?

Je ne me suis pas dit « il ne faut pas genrer ». Peut-être qu’on peut penser que dans les chansons d’amour, je me positionne comme un homme parce que j’aime les femmes. Quand une femme fait une chanson d’amour sur quelqu’un qui lui a fait du mal, tout le monde pense que c’est un mec, mais non, une femme aussi peut faire du mal à une autre femme.

Il se dégage de ce disque un climat mélancolique. Ca reflète ta personnalité ?

Oui, je suis comme ça. En tout cas, ça reflète mon état d’esprit émotionnel au moment où j’ai écrit ces chansons. J’ai un coté mélancolique, mais si tu écoutes bien, dans toutes les chansons, il y a l’espoir toujours présent. Je crois vraiment en la beauté de l’être humain, en la douceur de l’humanité et de la nature. Je crois aussi en la résilience.

Et ce second degré que l’on retrouve dans tes textes, il te ressemble ?

Je ne suis pas souvent premier degré, en effet.

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Pendant l'interview…

cléo marie,la cadence,ep,interview,mandor(@Thomas Guerigen) Pourquoi sortir un disque aujourd’hui ?

Quand on veut sortir un EP aujourd’hui, je crois que chaque artiste se demande à quoi bon. Mais au fond, c’est le meilleur moyen de présenter ce que l’on est capable de faire. J’ai une vingtaine de chansons sous le coude qui sont en construction, donc, j’ai un projet d’album. Comme pour l’EP, j’ai quasiment tout fait seule, chez moi. Là, j’aimerais bien travailler avec un arrangeur, cela me permettrait de bosser uniquement sur les textes et les mélodies. Ce qui est bien dans le fait d’avoir travaillé seule, c’est que j’ai commencé à trouver une couleur. Ce sera donc plus facile pour un arrangeur de comprendre ce que je veux par la suite.

Tu as un tourneur ?

Non, tu fais bien d’en parler. Ça m’aiderait beaucoup d’en avoir un. J’ai envie de tourner dans le réseau « chanson française », dans des scènes un peu intimistes pour des gens qui viennent écouter du texte. Sur scène, je suis seule avec ma guitare et ma basse et un kick electro qui me permet de rajouter un peu de rythmique sur certains morceaux un peu plus enlevés. Mais je ne veux pas m’enfermer dans la métrique. Je veux pouvoir, aux grès des émotions, faire des ralentis ou des grosses nuances.

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Après l'interview, Chez Savy, le 5 novembre 2019.

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Et n'oubliez pas...

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22 novembre 2019

Marcel et son orchestre : interview pour Hits, hits, hits, hourra!!!

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(Photo : Deborah Priem)

Depuis plus de 30 ans, l'esprit de Marcel et son Orchestre fait la différence : un rock'n'roll exutoire dans des habits de Carnaval.

J’avais reçu en 2014, le chanteur de la formation de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), Franck Vandecasteele. Il était venu m’expliquer pourquoi le groupe arrêtait sa carrière en pleine gloire. Et puis en 2017, ils sont revenus au Grand Sud de Lille. Le groupe a même repris la route en 2018 et en 2019 pour une tournée "Sans Complexe". Aujourd'hui, les Marcel sortent une super compilation

Pour évoquer (notamment) ce retour très attendu par leurs nombreux fans, le 24 octobre dernier, j’ai donné rendez-vous à trois membres éminents du groupe : Franck Vandecasteele (« Mouloud » chant et percussions), Jean-Baptiste Jimenez (« JB » guitare) et Pierrick Viard (« Bidingue », claviers).

marcel et son orchestre,franck vandecasteele,mouloud,jean-baptiste jimenez,jb,pierrick viard,bidingue,interview,mandorArgumentaire de presse officiel :

En août 2017, après cinq ans d’absence, Marcel et son orchestre annonçait son retour pour trois dates à Lille. L’engouement du public est là, tout comme l’énergie et l’envie. S’en suivront deux tournées en 2018 et 2019 réunissant à chaque date plusieurs milliers de personnes.

Pour remercier ce public, toujours fidèle après plusieurs années d’absence, quel meilleur cadeau qu’une compilation réunissant 47 titres sur un double digipak et 26 titres sur un double vinyle ? Quoi de mieux qu’une compilation qui retracerait la discographie du groupe ? Pour ce faire, de nombreux mois ont été nécessaires pour récupérer les premiers enregistrements et les inédits oubliés.
N’aillant pas pour habitude de faire les choses à moitié, le groupe réalise ensuite un véritable travail d’orfèvre sur chacun des titres : la plupart sont remixés et certaines pépites de la discographie sont même réenregistrés. Pris dans cette dynamique positive, le groupe ira même jusqu’à composer et enregistrer un nouveau titre (« Plus c’est con, plus c’est bon » présent sur le CD2).

Après son retour sur le devant de la scène, Marcel et orchestre est désormais de retour dans les bacs avec une compilation qui illustre, son tout aussi bien que son triptyque fédérateur – « Danse, Déconne, Dénonce » - ce qu’est Marcel : un exutoire où le rire devient une arme.

Le site officiel.

La page Facebook.

La compilation est écoutable sur ces différentes plateformes.

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(Photo : Deborah Priem)

marcel et son orchestre,franck vandecasteele,mouloud,jean-baptiste jimenez,jb,pierrick viard,bidingue,interview,mandorInterview :

Franck, je t’ai reçu en 2014 à l’annonce de l’arrêt du groupe. Qu’est-ce qui a fait que vous revenez aujourd’hui ?

Franck : Comme dans les bonnes cantines, un jour ou l’autre, tu y retournes manger. On ne s’était pas interdit de revenir, mais il fallait faire une pause pour que chacun se retrouve et fasse des choses pour lui. On a eu l’occasion de rejouer ensemble pour des fêtes d’anniversaire ou des départs de potes et on a fini par nous faire des propositions. On nous a mis un local à disposition pour répéter et c’était reparti.

Dès que vous avez annoncé votre retour sur scène, le public s’est jeté sur les réservations.

Franck : On a mis en vente les places de concerts de décembre au mois d’aout à 10h00 du matin. A 10h10, il y avait 1800 places vendues. A midi, les 4000 places étaient achetées. Il y a eu 6000 demandes de places non satisfaites. Un truc de taré.

Le teaser du Sans Complexe Tour 2019.

Dans vos chansons, vous revendiquez des faits de société avec humour. Il n’y a plus beaucoup de groupes comme le vôtre.

Franck : Je suis désolé, mais quand Christophe Maé chante « il est où le bonheur ? », il prend des risques. Sans plaisanter, ce matin, dans une  émission de radio, on a chanté « Nous n’avons plus les moyens ». Le traitement médiatique qu’il y a eu sur la crise des gilets jaunes était juste odieux. Les gens manifestent parce qu’ils n’arrivent pas à vivre décemment et on les traite de beauf.

Il y a certains de vos textes qui collent encore à l’actualité d’aujourd’hui.

Franck : Le monde est pire aujourd’hui. La solution du libéralisme, c’est de dire : « Méfiez-vous, si ce n’est pas nous, c’est le chaos ! » Quelque part, c’est la confiscation du choix. Ce qu’il y a d’épouvantable là-dedans, c’est que l’on nous vend l’inéluctable. On voudrait que les gamins aient foi en l’avenir, mais on leur vend un système implacable qui ne peut pas bouger. On te dit : « il faut sauver la planète » et, en même temps, on donne le pouvoir à n’importe qui. Par exemple, on met l’extrême droite au pouvoir au Brésil. Il faut appeler un chat un chat. Ce sont les multinationales qui ont voulu que ce soit Jair Bolsonaro qui soit président du Brésil, histoire de lever le moratoire sur les terres indiennes. L’idée et de faire tous les forages possible n’importe où et aussi récupérer des métaux rares pour mettre dans nos Smartphones et nos tablettes.

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(Photo : Deborah Priem)

Ça me rappelle, dans votre album de 1998, Crâne pas, t’es chauve, la chanson « Si ça rapporte ».

Oui, mais la situation a empiré. Aujourd’hui, on a une économie qui considère que le problème, c’est l’humain, parce que ce qui coûte cher, c’est la main d’œuvre. Une économie qui n’est pas au service de l’humain, mais qui est au service du profit, ne peut pas générer des choses belles. On est carrément dans une économie qui veut se débarrasser de l’humain. On le voit avec la robotisation et l’intelligence artificielle… A moyen terme, je ne sais pas qui va rester employable.

C’est aussi valable pour le monde de la musique. Que pensez-vous des plateformes pour écouter de la musique gratuitement ?

Franck : Si c’était pour moi, je m’en branlerais. Ce qui nous est arrivé avec Marcel, c’est 100 fois au-dessus de ce à quoi on prétendait. Il y a des injustices que tu ne perçois pas forcément pour toi-même. Juste, les artistes sont les dindons de la farce. Quand on était chez Wagram, on touchait 20 centimes d’euro par album vendu. Avec les droits périphériques, Adami ou autre Sacem, ça faisait sensiblement un euro dans notre poche par album vendu. 100 albums vendus, 100 euros dans ta poche. Aujourd’hui sur les streamings, tu es rémunéré 0, 0024 centimes par titre. En clair, il faut que tu aies un million de vues pour commencer à gagner 100 balles. C’est un problème de répartition. Ces plateformes ont compris qu’il n’y avait plus à répartir. Aujourd’hui, on rémunère le contenant, mais pas le contenu.

Je me fais l’avocat du diable, mais on peut voir les choses autrement. Ces plateformes permettent de découvrir Marcel et son orchestre très facilement. Et ensuite, ça peut donner envie d’aller les voir en concert…

Franck : J’entends ce que tu dis, mais je ne suis pas d’accord. Les fournisseurs d’accès disent aux artistes : « Ne vous plaignez pas, vous êtes dans ma vitrine, donc, je vous rends attractifs. » Je réponds que si ta vitrine est attractive, c’est que nous sommes dedans. Il ne faut pas inverser les choses. Aujourd’hui, celui qui gagne du pognon, c’est le portier de la boite de nuit. On est en train d’assister à une uberisation de tout. Celui qui crée, c’est le con de l’affaire.

Jibé : C’est le même problème dans le rapport des agriculteurs avec les supermarchés.

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Vous évoquez des sujets de société, parfois graves, mais toujours avec humour. C’est le meilleur moyen de faire passer les messages…

Jibé : En tout cas, l’humour a toujours été l’angle pour aborder un sujet sérieux.

Franck : En plus, une chanson doit faire 3 minutes. En 3 minutes, tu ne peux pas faire thèse, antithèse, synthèse. Pour nous, l’humour est notre oxygène. Comme dirait l’autre, c’est le dernier rempart avant le désespoir.

Vous ne donnez jamais de leçon dans vos chansons.

Franck : Les donneurs de leçons sont pénibles. On n’est pas du tout là-dedans.

Jibé : On n’aime surtout pas enfoncer des portes ouvertes. La guerre, c’est mal, le racisme, ce n’est pas bien… on ne va jamais sur ces terrains-là.

Franck : L’engagement, ce n’est pas chercher les causes entendues. S’indigner, tout le monde sait le faire. Et une fois que tu t’es indigné, qu’as-tu à dire ? Si tu ne t’attaques pas aux causes, tu déplores simplement les effets.

J’ai un gros problème avec la chanson engagée.

Franck : Nous aussi, mais ça dépend laquelle. Dans la chanson engagée, tu mets François Béranger, Bernard Lavilliers ou Pierre Perret ? Moi, ce sont des gens qui m’ont conscientisé. Vraiment.

Pierrick : Il y a une façon de dire et de faire la chanson engagée. Souvent, comme dans un scénario de films, c’est la façon de raconter les choses qui est importante.

Franck : Je ne me pose jamais la question de savoir si une chanson est engagée ou pas, c’est juste un sujet qui s’impose à moi. Point.

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(Pendant l'interview…)

Y a-t-il des chansons innocentes ? marcel et son orchestre,franck vandecasteele,mouloud,jean-baptiste jimenez,jb,pierrick viard,bidingue,interview,mandor

Non, je ne crois pas. Même dans les chansons d’amour. Dans « Je vais t’aimer », Michel Sardou chante l’amour, mais il reste Sardou. Sa façon de voir les choses, sa façon de voir la femme subsiste. Il commence sa chanson ainsi : « A faire pâlir tous les Marquis de Sade, à faire rougir les putains de la rade, à faire trembler les murs de Jéricho, je vais t’aimer… » Quand il chante ça, qu’est-ce qu’il dit à la gonzesse ? « Tu vas prendre cher ! ». C’est terrible. On croit que c’est une chanson d’amour, sauf que c’est d’un machisme parfait.

J’adore ! Sardou vu par Marcel et son orchestre !

Franck : Je trouve que Sardou est un des pères du rap français.

En effet, si on part du principe que c’est un clasheur.

Franck : Il a compris que pour buzzer, il faut d’abord choquer. Il a toujours utilisé la punchline qui va bien ou le mot qui dérape sur des sujets un peu glissants.

marcel et son orchestre,franck vandecasteele,mouloud,jean-baptiste jimenez,jb,pierrick viard,bidingue,interview,mandorVous revenez avec une super compilation. Comment avez-vous choisi ces 46 chansons ?

Franck : Avec Marcel, il y a au minimum 150 titres enregistrés. Franchement, l’idée d’une compil’, c’est plutôt l’idée d’une maison de disque. Ce n’est pas plus excitant que cela de réfléchir à compiler des morceaux. Ce n’est pas très créatif. En plus, on se demande à qui cela s’adresse parce que les fans ont déjà tout. Peut-être que ça s’adresse à des nouveaux qui pourraient apprécier le groupe. Il y a encore des gens qui nous découvrent.

Je crois savoir que ça a fini par vous amuser de farfouiller dans vos archives.

Franck : On a récupéré tous nos masters et en numérisant les bandes, nous nous sommes aperçus qu’il y avait plein d’inédits, des morceaux que nous avions même oublié. C’était la première fois qu’on jetait un coup d’œil dans le rétroviseur pour regarder notre histoire. On a finalement eu du plaisir à réécouter et redécouvrir certaines chansons.

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Vous saviez quels été vos hits ?

Pierrick : Tu as raison de poser cette question parce que nous n’avions pas tous les mêmes. On a hésité à enfoncer les portes ouvertes ou à mettre des morceaux plus surprenants. On a essayé de faire un bon dosage entre les hits et les raretés.

Ce que j’aime bien chez vous, c’est que vous vous moquez des autres autant que vous faites preuve d’autodérision. Dans votre nouveau single « Plus c’est con, plus c’est bon », vous ne vous épargnez pas.

Pierrick : Les seules personnes qui peuvent se moquer de nous sans que l’on se vexe, c’est bien nous.

L'inédit de cette compilation, "Plus c'est con, plus c'est bon".

Vous comprenez pourquoi le public est ravi de vous revoir ?

Jibé : On ne sait pas pourquoi les gens nous aiment bien. On a lancé une campagne Ulule et un paquet de gens ont adhéré et ont donné pas mal de sous. Comme les temps sont durs, nous savons que ce n’est pas facile de donner de l’argent.

Mais comme les temps sont durs, les gens ont besoin d’entendre et de voir des artistes qui les détendent…

Pierrick : Les chanteurs d’aujourd’hui sont souvent très tristes et sombres. Ils en ont marre de la vie et se prennent au sérieux. Cette ambiance glauque devient très standardisée. Le public a donc besoin de légèreté et de folie.

Franck : Marcel et son orchestre promènent un carnaval. On a tous les codes du carnaval, mais on n’en a pas le répertoire. Nous ne faisons pas de chansons à boire, ni de chansons grivoises. C’est quoi le carnaval ? C’est le jour des fous en même temps que l’exutoire. C’est le moment où tu vas rire de l’autorité, de l’institution et de la religion, mais dans un cadre libérateur. Le carnaval, c’est le complet lâcher prise.

marcel et son orchestre,franck vandecasteele,mouloud,jean-baptiste jimenez,jb,pierrick viard,bidingue,interview,mandorLes artistes qui font aussi rires ne sont pas souvent pris au sérieux. Cela m’agace un peu.

Franck : Dans tous les domaines artistiques, c’est le même problème. Quand tu fais une comédie, la critique va dire « ce film n’a pas d’autres prétentions que de faire rire ». Je me souviens d’un édito du dessinateur Gotlib (voir photo de gauche), un génie, dans Fluide Glacial. Il répondait à cette injonction : « mais elle est énorme cette prétention de faire rire ». Le ressort comique, c’est de la mécanique de précision. Il faut une métrique parfaite et les sonorités au bon endroit. Dans la chanson, j’ai beaucoup d’admiration pour Gotainer. C’est un maître en la matière. En bande dessinée, je suis immensément fan de Franquin. Il a changé ma vie. Dans Gaston Lagaffe, tout est là. Les considérations écologiques, les cadences infernales au travail… c’est insensé. Je considère que dans la poésie de Gaston, c’est le rebelle parfait.

Vous repassez à l’Olympia le 22 février prochain. C’est une date normale ou il y a un quelque chose en plus dans cette salle mythique ?

Franck : On a fait les quéqués la première fois que l’on a jouée dans cette salle. Je suis parti du principe que c’est plus glorieux de faire 3000 spectateurs dans la Creuse, parce que les gens font en moyenne 250 bornes pour venir au concert, que de de faire complet à l’Olympia. Nous l’avions donc abordé "branleurs". Au moment du concert, il s’est passé un truc curieux. Tu sais, nous, les Marcel, on se claque la bise, mais nous ne sommes pas des tactiles. Nous avons une vraie pudeur les uns envers les autres. Nous sommes des tendres et des affectifs, mais on ne l’exprime pas. On ne va pas se dire « je t’aime », mais on va se charrier et c’est notre façon de nous témoigner de l’affection. Eh bien, ce jour-là, avant de monter sur scène, nous nous sommes pris dans les bras. Cela n’était jamais arrivé. Pas de doute, faire l’Olympia, c’est chargé.

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Après l'interview, le 24 octobre 2019.

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17 novembre 2019

Mathieu Saïkaly : interview pour Quatre murs blancs

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(Photos : Aline Deschamps)

mathieu saïkali,quatre murs blancs,interview,mandorDans le deuxième album de Mathieu Saïkaly, Quatre murs blancs, « l’artiste questionne la place des illusions dans une vie et dans les relations, la recherche de la vérité, la confrontation avec les autres et avec soi-même. Un peu à la manière de tableaux. Son écriture est influencée par le courant impressionniste. Le plus important pour lui est de saisir la subtilité d’une émotion, d’une pensée ou d’une situation, plutôt que de raconter une histoire avec un début, un milieu, une fin. » Voilà ce qu’on apprend du dossier de presse. Le site indiemusic a poussé encore plus loin l’analyse : « L’histoire sous-jacente de Quatre murs blancs est celle d’un isolement volontaire. Celui, concret, de l’artiste face au doute, aux repères de plus en plus indéfinis de la communication grâce à l’art, pouvant rapidement conduire au déséquilibre moral. Mais plus que tout, celui, intérieur, de la solitude propice à la création, tandis que l’on s’éloigne du genre humain pour mieux se confronter à ses propres capacités. » Pas mieux.

L’album (que vous pouvez écouter ici) m’a transporté du début à la fin et m’a fait me questionner sur ma propre existence.

Le 21 octobre, j’ai donné rendez-vous à ce jeune homme qui m’intrigue depuis longtemps et je n’ai pas été déçu du voyage. Il a été souvent intérieur, donc pas toujours facile à décrypter. C’est aussi le charme de mon métier...

Sa page Facebook.

Biographie officielle :mathieu saïkali,quatre murs blancs,interview,mandor

Mathieu Saïkaly est né le 8 mars 1993 à Avon (77) d’un père libanais et d’une mère française née de parents italiens. Il passe sa jeunesse en région parisienne mais aussi en Chine lors de l’adolescence, avant de revenir en Île-de-France.

C’est à 9 ans qu’il commence la guitare. Dès 2010, Mathieu Saïkaly lance sa chaîne YouTube, MathPlup (cette chaîne aujourd’hui compte plus de 30 000 abonnés). Il y poste des reprises, des compositions et quelques expérimentations musicales.

En 2013, après une licence d’anglais, il décide de « prendre un an pour la musique », en parallèle il continue de prendre des cours d’Art Dramatique au conservatoire du 20e arrondissement.

Sur les conseils de ses amis, il décide de s’inscrire à la Nouvelle Star. Il remporte l’émission en février 2014 et signe chez Polydor / Universal.

D’août 2014 à juin 2015, il participe et conçoit avec l’écrivain Nicolas Rey une chronique hebdomadaire de 10 minutes sur France Inter dans l'émission de Pascale Clark, A'live sous le nom Les Garçons Manqués. Nicolas lit des extraits de textes, de lui-même ou de différents auteurs, et Mathieu Saïkaly chante des extraits de chansons : ils alternent à la manière d’un ping-pong.

En juillet 2016, Mathieu Saïkaly incarne un petit rôle dans le film, Jusqu’à la garde, de Xavier Legrand, sorti en Février 2018.

D’octobre 2014 à février 2017, Les Garçons Manqués interprètent un premier spectacle intitulé Et vivre était sublime. Ce spectacle remporte le Prix du public Avignon Off 2015 dans la catégorie « conte, poésie, lecture ».
Depuis mars 2017, ils jouent un deuxième spectacle des Garçons Manqués, Des Nouvelles De l’Amour.

Il sort son premier album en août 2015 intitulé A Million Particles qui cumule aujourd’hui plus de 4 millions d’écoutes sur Spotify.

En 2016, il quitte Polydor pour fonder son propre label Double Oxalis afin d’enregistrer son nouvel album Quatre Murs Blancs (L’autre Distribution / Idol).

mathieu saïkali,quatre murs blancs,interview,mandorLe disque (argumentaire de presse officiel):

Quatre murs blancs est un parcours d’indépendant pour Mathieu Saïkaly. À 23 ans, un an après la sortie de son premier album chez Polydor / Universal, le jeune parisien prend la décision de poursuivre son aventure sur son propre label, Double Oxalis, seul garant de son intégrité artistique. De cet engagement personnel lui vient en composant, l’idée d’un album en deux phases : le premier chapitre sera en français, le second en anglais.

Touche-à-tout insatiable aperçu à la radio, au théâtre (Les garçons manqués avec Nicolas Rey), à la télévision et au cinéma, le doux poète Saïkaly aime à peindre les émotions parfois complexes de l’humain à travers ses propres spectres. Ses douze titres qui touchent aux émotions universelles, traversées de joie, de peur, de doute et de courage en sont la preuve. Transpercé par la question universelle de l’amour autant que par la quête d’une vérité essentielle, Saïkaly se met à nu dans cet exercice courageux et salutaire, à l’instar de sa pochette le dévoilant de dos, au milieu d’une pièce minimaliste, apaisante et minérale.

Ce second album traduit une renaissance, un retour à l'essentiel, la promesse d’un voyage et d’une ouverture non plus vers soi mais au monde. Avec Quatre murs blancs, Saïkaly va de l’avant et vogue vers son futur. Un projet entier, empreint de poésie, de douceur, de sagesse et d’une quête de vérité enfin comblée.

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(Photo : Aline Deschamps)

mathieu saïkali,quatre murs blancs,interview,mandorInterview :

Quitter un gros label pour monter le sien plus « discret », c’est un sacré risque, non ?

Au début, il y a le plaisir de l’idée, mais quand tu commences à mettre les mains dans le cambouis, c’est là que tu mesures l’ampleur du projet. C’est du travail qui ne comprend plus uniquement la musique. Il y a aussi beaucoup d’administratifs. De plus, j’ai beaucoup investi dans le label. Je n’ai fait que ça d’ailleurs. Dans 6 mois, je te dirai si j’ai bien fait ou pas (rires).

Ton label s’appelle Double Oxalis. Après quelques recherches, j’ai découvert qu’un Oxalis est une plante qui ressemble à un trèfle. C’est pour te porter bonheur ?

Je ne l’ai pas fait exprès, mais c’est peut-être inconscient.

Ces dernières années, est-ce que l’on peut dire que tu as un peu ramé ?

En 2016, ça a été un peu chaotique chez Polydor. Quand Vincent Bolloré a repris la tête de Vivendi, (Universal appartient à ce grand groupe), il y a eu de nombreux changements d’équipes. Mon directeur artistique, grâce à qui j’avais pu faire mon premier album, a été licencié à ce moment-là. Il était pourtant formidable. Pendant un an, pour moi, ça a été marécageux. Je ne savais plus pourquoi j’étais là. A un moment, on a décidé d’arrêter parce que je ne faisais plus partie de leur « politique ». Même s’il n’y avait pas de problèmes majeurs entre nous, nos états d’esprits n’étaient pas très compatibles.

Clip de "Jeux d'ombres", extrait de l'album Quatre murs blancs

Qu’est ce qui fait l’originalité de tes chansons ?

J’essaie de rester sincère au maximum. Je recherche et explore sans cesse. Je ne reste jamais dans quelque chose qui a déjà été fait. Je ne veux mettre aucune barrière. Juste, je mets à plat ce que je ressens et je construis autour de ça.

Tu veux donc que ça parte toujours de quelque chose qui soit véridique.

Oui, il faut que l’émotion que j’avais à la base ne soit pas amoindrie par le processus de construction de la chanson jusqu’à son aboutissement. Dans ce chemin, il y a plein de pièges dans lequel tu peux tomber. Le passage en studio en est un. J’essaie de conserver l’émotion le plus possible.

Pour cela, il faut savoir s’entourer ?

Il faut bien choisir son entourage professionnel. C’est très important d’avoir une pleine confiance envers les gens avec lesquels tu travailles. Leurs propositions peuvent déclencher quelque chose en moi qui me fasse réfléchir.

Clip de "Je ne me souviens de rien", extrait de l'album Quatre murs blancs

mathieu saïkali,quatre murs blancs,interview,mandorIl y a deux visages chez Saïkali ?

J’ai différentes faces dans mon expression artistique. Comme mon projet avec l’écrivain Nicolas Rey, Les Garçons Manqués, le prouve. Je fais des reprises très joyeuses et spontanées et parfois très profondes et intimes. Je prends beaucoup de plaisir à explorer ces deux aspects-là de ma personnalité.

Dans ton disque Quatre murs blancs, c’est la deuxième face qui est mise en avant.

Dans ma vie, il y a eu différents drames qui se sont enchaînés, donc, mes textes ont été largement influencés par ce que je vivais.

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Nicolas Rey et Mathieu Saïkaly, Les Garçons Manqués. 

Ce disque est une renaissance ?

Renaissance est le mot juste. C’est vraiment ça. J’ai aperçu un horizon et j’ai décidé de m’en approcher au maximum. Avant je parlais de tout sans vraiment synthétiser ce que je voulais dire. Ca partait dans tous les sens. Dans ce disque, en termes de musique et de texte, j’ai eu moins peur de me montrer et j’ai su comment m’abandonner. Du coup, c’est moi à 100%.

Les chansons ont été écrites de 2016 à fin 2017. Tu es déjà passé à autre chose dans ta tête ?

Je t’avoue que je ne suis plus du tout dans le même état d’esprit, mais c’est facile de me remettre dedans pour la scène ou la promo. Dès que j’en reparle, l’histoire revient et je ne fais pas semblant.

mathieu saïkali,quatre murs blancs,interview,mandorTu t’es mis à nu, non seulement dans tes textes, mais aussi sur la pochette. Ce n’est pas innocent.

J’avais cette image de moi en tête depuis longtemps et j’ai fini par assumer le truc. Je suis nu et je propose de me mettre à nu dans mes textes. Ça se tient. Dans ce nouveau disque, je m’interroge sur ce qu’est la nature d’une vérité. Quelle la profondeur d’une vérité ? Comment cette profondeur s’exprime ? Peut-elle être pure ? Peut-on détacher la vérité des illusions ? Les zones d’ombres que l’on a en soi, peuvent-elles devenir pures ? J’évoque le cœur humain avec toutes ses contradictions et ses paradoxes.

Ta musique et tes textes sont exigeants, mais abordables. C’est rare.

J’espère même qu’ils sont populaires. S’il y a une vraie recherche, je t’assure qu’on n’a pas besoin d’avoir une culture incroyable pour écouter mes chansons. J’ai fait en sorte de toucher au cœur et à l’âme.

Ta voix n’est pas forcément mise en avant. Elle est presque au même niveau que la musique.

C’est volontaire. En France, culturellement, la voix est mise en avant. Dans la musicalité que j’ai explorée, je voulais qu’elles ne soient pas ensemble. Je ne veux pas que l’on s’attache spécialement aux paroles, mais à l’ensemble de la musique. Quand la compréhension n’est pas directe, c’est l’émotion qui ressort avant tout.

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Pendant l'interview...

Tu chantes en français, en anglais et parfois dans les deux langues dans la même chanson.

Je ne suis pas allé chercher les mêmes émotions en anglais qu’en français. Ce sont deux chapitres différents.

Tu parles anglais depuis l’âge de 6 ans.

Mon père est libanais. Ses frères et sœurs sont allés aux Etats-Unis au moment de la guerre, du coup, je parle en anglais à mes cousins qui sont nés là-bas. C’est aussi une langue que j’ai étudié à la fac. La littérature, je l’ai abordé en lisant des livres en anglais. J’ai une passion absolue pour cette langue.

Clip de "Mama oh I swear", extrait de l'album Quatre murs blancs

Mais tu as lu aussi des classiques en français ? mathieu saïkali,quatre murs blancs,interview,mandor (Photo à droite : José Cañavate Comellas)

Oui, évidemment. J’ai lu Camus, Céline, Albert Cohen en français.

Comme Bertrand Belin ou Dominique A, tu n’as pas envie d’écrire un roman ?

C’est marrant que tu me parles de ça, parce que j’en ai parlé récemment à Nicolas Rey. J’ai écrit une nouvelle. C’est quelque chose qui m’intéresse à fond, mais je n’ose pas m’y plonger complètement. Avec une chanson, il faut exprimer beaucoup avec peu de mots, et avec un livre, tu peux passer quatre pages sur un détail. C’est l’exact opposé. J’adore, mais je ne sais pas si j’en serais capable. Il m’arrive d’écrire sans contrainte d’espace, mais il faut que j’y travaille encore.

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Après l'interview, le 21 octobre 2019.

10 novembre 2019

I Muvrini : interview de Jean-François Bernardini pour Portu in core

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(Photo : Gypsy Flores)

i muvrini,jean-françois bernardini,portu in core,l'autre enquête corse,interview,mandorI Muvrini est un groupe corse fondé par Alain et Jean-François Bernardini à la fin des années 70. Il oscille entre chants traditionnels corses, musique du monde et variété. Véritable référence de la musique corse, le groupe s'est produit sur les plus grandes scènes françaises - de l'Olympia à Bercy en passant par le Trianon - et comptabilise huit disques d'or et deux Victoires de la Musique.

I Muvrini revient avec un nouvel album, Portu in core (Columbia - Sony Music) : un album pour chanter dans la tempête, accorder les consciences, élever les voix. Le leader du groupe, Jean-François Bernardini (déjà mandorisé ici en 2012), sort parallément un livre, L’autre enquête Corse, le trauma Corsica-France (éditions L'aube). L’occasion était belle de se rencontrer une nouvelle fois. C’est ce que nous avons fait le 23 octobre dernier dans une salle de sa maison de disque, Sony. Dans cette interview, il est question notamment de création, de violence et de non-violence… et de la musique d’aujourd’hui.

Vous pouvez écouter le disque Porto in core, par exemple ici.

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(Photo : Philippe Dutoit)

Argumentaire de presse : i muvrini,jean-françois bernardini,portu in core,l'autre enquête corse,interview,mandor

Avoir le peuple dans la voix, le chant d’un ruisseau, le port d’attache, la flamme et la force des vivants. Entre urgence et espoir, I Muvrini nous proposent leur nouvel album Portu in core (port d’attache).

Ainsi, ils annoncent la couleur: l’âme arc-en-ciel. Chanter dans la tempête. Accorder les consciences. Elever les voix. Debout les cœurs. Notre maison, la Terre brûle : mieux vaut ne pas en parler? - Alors chantons.

Dans le son de leurs langues, I Muvrini interrogent, bousculent, et se frottent au réel. Ni donneurs de leçons, ni prophètes du désespoir, ils donnent du sens en réinventant leur musique et leur rôle d’artiste.

Il y a ainsi des horizons que les chansons ont l’audace d’ouvrir, pour dialoguer à l’oreille du monde. Le raffinement et l'insolence poétiques d’I Muvrini viennent claquer à nos fenêtres, danser sous nos yeux, attiser nos courages. Comme le chant des baleines, qui s’entendent et se comprennent d’un bout de la planète à l’autre, rien n’est plus universel que ce grain de singularité que les mouflons de Corsica sculptent dans une musique entre Terre, Mer et Ciel.

Ce nouvel album est rock, poétique, electro, pop, blues, chanson, musique du monde, corse… I Muvrini refusent de « chanter en rond ».

Mais surtout, entre port d’attache et planète, ils chantent: pour que change le goût et le cap du monde. Ils nous invitent à faire le cercle dans un nouveau village. Un paese novu.

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(Photo : Philippe Dutoit)

i muvrini,jean-françois bernardini,portu in core,l'autre enquête corse,interview,mandorInterview :

Portu In Core est le 17e album studio. Ça commence à devenir une sacrée œuvre !

Nous sommes assez prolifiques. Nous sortons un album par an ou un tous les deux ans. Nous avons une capacité à nous renouveler et à créer qui est un signe de bonne santé.

Vos thèmes sont souvent les mêmes : les droits de l’homme, l’écologie, l’humanité… Est-ce facile de se renouveler quand on a autant d’albums à son actif ?

Un album, c’est un voyage. Etre artiste, c’est voyager dans le temps. Parfois, c’est la tempête, parfois il fait nuit, parfois il fait sombre, parfois il y a de l’espoir. Ce qui est clair, c’est que tout ce qui est autour de nous se renouvelle, forcément, nous nous renouvelons nous aussi. Dans notre itinéraire, s’il y a une force, c’est cette capacité à réinventer. Il suffit de se connecter au monde tel qu’il nous interroge aujourd’hui.

Est-ce que votre curiosité est parfois altérée ?

Non, elle n’est jamais en berne. Si c’était le cas, cette aventure I Muvrini n’aurait pas le droit d’exister. Notre curiosité n’a jamais été aussi forte qu’aujourd’hui. On n’a jamais été aussi juste dans notre capacité à mêler notre musique aux problématiques du monde et aux sonx de l’époque. Nous avons un public de plus en plus large qui perçoit notre musique, nos engagements, nos implications, nos volontés d’être transformant dans le monde tel qu’il est.

Clip de "En 2043" extrait de l'album Portu in core.

Transformer le monde, est-ce le rôle principal d’un artiste ?

Oui. Un artiste n’a pas de recette, il a un guide. Et le guide, c’est sa sensibilité. Avec sa sensibilité, il est comme un mineur dans le tunnel. Il a une lampe sur le front et il avance avec ça. Nous, nous avons cette lumière intérieure.

I Muvrini arrive toujours à avoir un son moderne. Comment faites-vous ?

En studio, nous sommes en perpétuel recherches de sons, de timbres, de mélodies et de rythmiques. Le travail en studio nous enthousiasme tellement qu’il pourrait presque nous suffire. C’est un travail exaltant de trouver les ingrédients pour que cela sonne le mieux possible. On est dans une quête de mixages métissés. Nous n’avons pas peur des sons d’aujourd’hui. Les loops électroniques nous séduisent comme peut nous séduire une voix d’un berger. Il y a différentes ondes et vibrations qui nous parviennent, nous les utilisons. C’est notre façon d’être moderne aujourd’hui.

Depuis le début de l’interview, vous dites « nous » et jamais « je », alors que vous êtes le maitre d’œuvre principal.

Pour moi « nous » n’est pas un élément de langage. Je sais très bien qu’un groupe n’existe que parce qu’il y a une confiance, une énergie qui circule, des talents qui s’additionnent… c’est ça qui fait notre force. Après, c’est comme dans un organe humain. Si je vous demande ce qu’il y a de plus important entre le cœur et les poumons, vous répondez quoi ? Je fais ma part, mais si le cœur ne bat pas, ça dysfonctionne. J’emmène le premier jet, mais si le premier jet est tout seul, il est bien orphelin. On donne tous le maximum de ce que l’on peut donner. Mon travail de capitaine de cordée, je le fais plus intensément que jamais, avec plus de conscience que jamais, grâce à tous les membres du groupe. On est tous là au service d’un projet, l’aventure I Muvrini… et c’est aventure est plus forte que nous.

Tournée 2019.

En 17 albums, le monde a changé en pire. Faire de la musique peut-il l’embellir et changer des choses ?

Si j’avais le sentiment de faire de la musique uniquement décorative, je resterais chez moi cueillir des olives ou apprendre des chansons aux enfants. Le monde a une phase d’ombre, mais il a aussi un visage qui est enchanteur et fantastique. C’est celui-là que nous cultivons. Comment on trouve le passage de la ligne entre la fragilité en la force ? C’est ce que nous cherchons. Beaucoup ont le sentiment que tout s’écroule, je préfère avoir le sentiment que tout est possible.

Sur quel progrès les êtres humains devraient se pencher ?

C’est un progrès éthique. Il y a une possibilité de célébrer la noblesse, les valeurs, la nature profonde de l’être humain. On essaie de nous faire croire que l’homme est violent par nature et qu’il est égoïste. Ce n’est pas vrai. C’est contre nature. Aujourd’hui, les neurosciences prouvent que l’être humain est un être de compassion, d’altruisme, d’empathie, de partage et d’égalité. C’est ça notre nature, mais nous en sommes détournés en permanence.

Vous voulez dire qu’on veut nous « désempathiser » ?

C’est exactement ça. On nous demande de nous occuper que de soi. Il faut devenir un tueur pour être le premier. C’est un monde qui à l’arrogance de nous refaire l’âme, c’est-à-dire de malmener ce que nous avons d’essentiel. A nous de résister. Je suis prêt à vendre mon âme, mais pas à n’importe qui, ni à n’importe quoi.

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(Photo : Pierre Michelangeli)

Est-ce que plus on est engagé, moins on est artiste ?

Je me dis toujours que si le livre que tu veux lire n’existe pas, il faut l'écrire soi-même. Mais, on me dit souvent de m’occuper de ma carrière plutôt que de m’engager humainement pour différentes causes. Pourtant, I Muvrini a un devoir : être sur scène avec le peuple, nourrir, porter le pain pour le cœur et l’âme. Je sais que les vents sont souvent contraires, mais je peux vous dire qu’en vivant de l’intérieur ce que nous vivons, tant au niveau de la scène, qu’au niveau des centaines de conférences sur la non-violence que je peux donner avec l’ONG Umani, il y a des chantiers d’espoir incroyables. Ce qui est beau, c’est que même quand l’être humain à une âme abîmée, il est très facile de le transformer. Encore faut-il prendre le temps d’aller semer dans ce jardin-là, celui du bien commun. La plus grande qualité de l’âme humaine, c’est qu’elle a une grande capacité à se transformer pour le positif qui est insoupçonnable.

Je reviens à cette notion d’être artiste. Les artistes ont-ils une mission ? Si oui, laquelle ?

Est-ce que notre mission n’est pas de donner la meilleure nourriture à chacun ? C’est sur scène, mais c’est aussi en dehors de la scène. Il ne faut pas se contenter de donner son opinion sur le monde, ça chacun peut le faire, il faut aussi incarner quelque chose. Aller ensemencer la non-violence dans les collèges, les lycées, les universités, les prisons et auprès du grand public, c’est important. Qui investit dans la non-violence alors que c’est le paradigme de l’avenir ? Nous sommes dans un monde où la violence nous intoxique au quotidien. Violence verbale, comportementale, mentale. Cela nous prépare une société dont personne n’a envie. Je le répète, la violence nous met hors de notre nature. Hors de notre équipement de base biologique. La violence est une violation de notre nature, mais nous sommes tous intoxiqués. Il faut faire ce travail de detox et dire « tu as le droit à mieux ! »

Est-ce que le problème n’est pas que la violence est devenue télégénique ?

Si. Vous appuyez sur le bon point. La violence est partout. Dans les médias, dans les films, dans les jeux vidéo, dans la publicité. Si, aujourd’hui, j’avais agressé une grand-mère dans Paris, je serais à la une dès ce soir. Par contre, je sors un album et un livre et je ne vais pas être à la une. Avec la vulgarité, le mal et la violence, vous trouvez une place incroyable sur la médiasphère. Si la violence était aussi efficace pour renverser la justice et le mensonge, je ne crois pas qu’elle aurait toute cette publicité. Par contre, elle est très efficace pour enterrer les vraies causes, pour tuer les causes nobles, pour abîmer les hommes, donc pour nous vouer à l’échec. C’est pour ça qu’il faut se vacciner de ce poison.

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Parce que vous ne vous contentez pas de l’a chanter, quand I Muvrini évoque la non-violence sur scène, du coup, les gens comprennent de quoi vous parlez.

C’est tout à fait ça. La non-violence est nos semailles quotidiennes. Depuis 2011, j’ai donné plus de 450 conférences. Je vous assure, quand je rentre chez moi, je suis milliardaire. C’est comme si j’avais reçu un disque d’or.

Qu’est-ce que cela vous apporte, à vous, Jean-François Bernardini ?

C’est exaltant. Une conférence dans un lycée où il y a 500 élèves qui écoutent, ne touchent pas à leur portable pendant deux heures, débattent et réagissent à cette problématique, c’est quelque chose qui me bouleverse. C’est là que l’on comprend qu’il faut juste expliquer des choses et donner la parole à ces gamins.

Paradoxalement, j’ai remarqué que la non-violence ne fait pas l’objet de chansons spécifiques dans votre répertoire ?

Parce qu’elle est transversale à tous les autres thèmes. Non-violence et écologie, non-violence et économie, non-violence et amour, non-violence et empathie. C’est partout. L’Homme est extrêmement violent avec la planète, avec les animaux, avec la façon dont il communique… pour que l’on change de paradigme, il suffit juste que l’on dise oui à notre nature.

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Pendant l'interview...

L’artiste répond avec quoi aux problèmes du monde ?

Pas avec des armes, ni avec des slogans. Il répond avec de la beauté. Comment transformer ce négatif, comment l’éclairer et lui donner du sens ? Chaque artiste devrait se poser cette question. La pathogénèse (désigne le ou les processus responsable(s) du déclenchement et du développement d'une maladie donnée. On l'utilise aussi pour désigner les évènements ayant conduit à l'apparition d'une maladie et le déroulement de cette dernière), on nous l’a vend tous les jours, mais la salutogenèse (liée au « sens de la cohérence ». Une personne « cohérente » perçoit les événements comme compréhensibles, maîtrisables et significatifs), on ne nous en parle pas. Nous, nous disons qu’elle peut exister. Qu’est-ce qui font les conditions de la bonne santé de quelqu’un ? Comprendre ton monde, savoir que tu peux le transformer et savoir que ce que tu fais à un sens.

Que pensez-vous de la musique d’aujourd’hui ?

Nous sommes passés de la case « musique » à la case « divertissement ». Plus il y a de vide et de superficiel et mieux ça va. Tout le monde se réfugient dans la sphère privée et racontent sa petite histoire d’amour. Est-ce que ça suffit au peuple ? Je suis sûr que non. Il cherche autre chose, une vraie nourriture. Celle qui te met debout et qui éclaire.

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Après l'interview, le 23 octobre 2019, dans les locaux de Sony.

Sinon, Jean-François Bernardini vient de sortir un livre...

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04 novembre 2019

Dave : interview pour Souviens-toi d'aimer

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Sans renier « Vanina » ou « Du côté de chez Swann », Dave s’immisce dans un chemin plus personnel, voire risqué, avec son nouvel album, Souviens toi d’aimer, une phrase de l'abbé Pierre que le formidable interprète décline en 12 chansons. C'est Renaud qui est à l'origine de ce beau projet.

C’est un album très intime, un album de chansons françaises. Avec des textes de qualité signé Patrick Loiseau… et Renaud pour une chanson. Du sur-mesure.

Dave a toujours été un chanteur respectable, mais à partir d’aujourd’hui, avec ce très joli album, plus personne ne pourra en douter.

J’ai rencontré Dave dans sa loge de Vivement Dimanche, dont il était l’invité le 21 octobre dernier. C’était la troisième fois que je l’interviewais et, comme d’habitude, il a été drôle, souriant et très sympathique. J’en connais qui n’ont pas la même carrière et qui se prennent beaucoup plus au sérieux…

Sa page officielle Facebook.

Pour écouter l'album Souviens-toi d'aimer, c'est là!

daave,souviens toi d'aimer,interview,mandorBiographie officielle (par Patrice Demailly) :

Il y a l'homme. Populaire, récréatif, fin gourmet, spontané, sourire accroché à son accent hollandais et bonne humeur pétaradante. Un client idéal pour intervieweur allergique aux réponses cadrées. Parce que Dave a le sens de la formule, l'art de la digression savoureuse ou la phrase-sentence autant percutante qu'inattendue. Joueur souvent, gentiment railleur parfois, vif toujours, et même délicieusement intraitable envers lui-même. Son solide capitale sympathie s'est naturellement propagé sur l'écran cathodique : animateur d'émissions (Salut les chouchous, Domino Day, Du côté de chez Dave), commentateur caustique pour l'Eurovision, membre du jury de La France a un incroyable talent... Le plus français des Néerlandais fait en quelque sorte un peu partie de la famille.

Il y a le chanteur. Populaire (bis), entertainer, armé de chansons inscrites dans l'inconscient collectif et contagieuses (faut-il encore vraiment citer « Vanina », « Du côté de chez Swann », « Est-ce par hasard », « Mon cœur est malade » ou « Dansez maintenant » ?), voix immédiatement identifiable et longévité exemplaire. Son terrain de jeu privilégié, c'est la scène. Qu'il arpente en respectant ces quatre principes chevillés à son corps volcan : émotion, folie, générosité, humour. Ne pas s'attendre avec lui à ce que le spectacle ronronne. Ne pas s'attendre, non plus, à ce qu'il chante à l'économie.

D'un point de vue discographique, il s'était fait plus rare ces derniers temps. Hormis un disque de ses chansons revisitées à la sauce soul-Motown en 2011, il faut remonter treize ans en arrière pour trouver la trace de titres originaux (Tout le plaisir a été pour moi). Ce qui a impulsé cet album, c'est une rencontre inopinée. Dave se produit alors à l'auditorium du Thor, près de l'Isle-sur-la-Sorgue, au profit de l'association des chiens-guide pour enfants aveugles. Dans la salle, le chanteur Renaud s'est déplacé en voisin. Il est scotché par l'énergie et les facéties décomplexées de son aîné. En loge, il lui glisse : « Tu es un clown musical ». Les deux hommes, dont les résidences secondaires sont à proximité, se rapprochent, échangent, sympathisent. Autre point commun entre eux, Thierry Geoffroy, ami très proche du chanteur au bandana rouge et co-compositeur du morceau « Dernier Regard » pour Dave en 1990. Il fait entendre à Renaud « La fille aux deux papas ». Chanson sur l'homoparentalité, écrite par Patrick Loiseau, parolier attitré et compagnon de Dave, à la demande de Marc-Olivier Fogiel. Sujet sociétal. Sujet engagé. Sujet clivant… Renaud craque pour ce titre et décide, dans la foulée, de produire l'album. Son offrande ne s'arrête pas là puisque il glisse aussi un texte sensible et aux éclats brisés (« Une femme qui s'en va »).

Le disque (par Patrice Demailly:daave,souviens toi d'aimer,interview,mandor

Dave retourne donc au charbon de la nouveauté et pète le feu. Lui le fougueux des planches se réhabitue à la moquette des studios. Direction le mythique ICP à Bruxelles sous la houlette de Thierry Geoffroy - réalisation et arrangements - et du réputé Phil Delire (Thiéfaine, Noir Désir, Bashung, Renaud) au mixage. Du panache, de la délicatesse, de la conviction. Pas besoin chez lui de baisser de tonalité. Dave chante comme aux premiers jours les mots de Patrick Loiseau. Leur belle complicité se dessine même pour la première fois sous la forme d'un duo (« Deux moitiés d'une même orange »). Paroles aux effets miroir, paroles célébrant l'évidence de l'alchimie (Désir, attirance et osmose / Où est la raison dans tout ça / En tout cas tu m'accorderas / Que la vie a bien fait les choses). La voix très pure embrasse le souvenir. Souvenir de l'ultime départ de sa mère dans une version ici magnifiée par un écrin de cordes (« Dernier regard »). Souvenir d'amis disparus, emportés par la maladie de l'amour (« Sous quel arc en ciel »). Souvenir d'une époque bénie et insouciante sur une mélodie de Gilbert Montagné (« La nostalgie sera toujours ce qu'elle est »). Thierry Geoffroy ne s'enferme jamais dans l'immobilisme et dresse un écrin musical aussi classieux qu'audacieux (« Inséparés », épique et accrocheur). Il y aussi une chanson sur les morsures du temps qui passe (« Quittons-nous bon amants »), une autre sur la fatalité de la mort (« Plus libre que l'air »), des manifestes pour la pensée positive (« Pas à l'abri », « Souviens-toi d'aimer ») et un titre qui rappelle par sa thématique le « Par amour par pitié » de Sylvie Vartan (« L'inventaire »). Cette percée aux émotions diffuses prend une allure de conquête. Dave a un incroyable talent. Celui de surprendre et d'emballer dans un même élan.

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daave,souviens toi d'aimer,interview,mandorInterview :

La dernière fois que je vous ai interviewé, c’était en 2006, pour l’album Tout le plaisir a été pour moi. Avec ce nouveau, Souviens-toi d’aimer, j’ai l’impression que ce sont les deux disques les plus intimes de votre carrière…

Vous avez raison. Dans les deux albums, ce sont des textes très profonds signés de Patrick Loiseau, mon compagnon. C’est donc presque autobiographique. Il est la plume, normal pour quelqu’un qui s’appelle Loiseau, et moi je suis son porte-parole, en quelque sorte. Les chansons parlent de nous puisque nous avons une vie commune de bientôt un demi-siècle. Pour vous donner un exemple très précis, la chanson « Quittons-nous bons amants », je lui ai demandé de changer un peu la fin parce qu’elle finissait mal. Parfois, je lui suggère des modifications, mais très rarement.

Souviens-toi d’aimer est un album d’auteur ?

Oui, j’insiste là-dessus. C’est un album d’auteur et pas de parolier. Je ne suis que le transmetteur de ses textes. Par contre, je ne renie pas l’importance de chansons comme « Du côté de chez Swann » ou même « Vanina », c’est important que des chansons populaires existent. Elles font du bien aux gens. Ce n’est pas très important ce que ces chansons racontent, mais tout le monde s’en souvient des décennies après. Il doit bien y avoir une raison.

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En 2006, pour l'album Tout le plaisir a été pour moi.

C’est quoi pour vous, une chanson à texte ?

Un poème avec de la musique. Les chansons comme « Vanina », « Est-ce par hasard » ou « Danser maintenant », c’est juste la rencontre entre des sons, des paroles et des notes.

C’est difficile de faire des chansons « populaires ». J’ai beaucoup d’admiration pour ceux qui y parviennent.

Vous avez raison parce que c’est compliqué de faire simple et efficace. Mais, à mon âge je ressens le besoin de chanter d’autres sortes de chansons. Continuer à faire chanteur pour minettes, ce serait pathétique.

Je vous ai entendu dire sur France Culture, toujours sous forme de clin d’œil, que ce disque était enfin « celui de la maturité ».

A 75 ans, il serait temps. A mon âge, on n’est pas mûr, on est plutôt blet (rires). Pendant longtemps, on ne se voit pas trop vieillir. Comme les cocus, nous sommes les derniers au courant qu’on est vieux. Bref, aujourd’hui, je ne cherche plus le tube. Je cherche à faire un bel album. Bon, si je veux être tout à fait franc avec vous, les gens de mon âge rêvent tous de répéter ce qu’a fait Henri Salvador avec son album, Chambre avec vue, dans lequel il y avait le magnifique « Jardin d’hiver ». Personne ne cracherait sur deux millions d’albums vendus (rires).

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Dave et Renaud cet été sur l'Isle-sur-la-Sorgue.

Parlons de Renaud (mandorisé là). Renaud qui produit Dave, ça en a surpris plus d’un !

C’est rare qu’un chanteur donne de l’argent à un autre artiste pour faire un disque, surtout quand ils appartiennent à deux mondes aussi différents. Ma rencontre avec lui, on dirait un film de Lelouch. Il y a tellement de hasards…

Racontez-nous alors.

Renaud s’est installé sur l'Isle-sur-la-Sorgue il y a 30 ans, moi, il y a 24 ans. Thierry Geoffroy, qui a composé 8 chansons dans cet album, s’est installé à 7 kilomètres de là, il y a quelques années. Sa femme, qui est hollandaise, à vue dans la presse que j’allais faire un concert philanthropique au profit des chiens guides pour les enfants aveugles. Elle a demandé à la bande à Renaud de venir avec elle me voir. C’était il y a 4 ans. Quand Renaud m’a vu sur scène, il a compris que je n’étais plus un chanteur à minettes. On est devenu copains et il a décidé de produire mon album. C’est vraiment une histoire vauclusienne.

Sans lui, réellement, cet album n’aurait pas vu le jour ?

Si, mais pas dans des conditions si optimales. Enregistrer aux studios de l’ICP à Bruxelles, avoir 40 cordes, ça coûte les yeux de la tête. Je vous avoue que si j’étais une maison de disque, je n’engagerais certainement pas un chanteur septuagénaire. Dans les radios, on passe rarement des chanteurs qui ont plus de 60 ans. Heureusement qu’il y a la télé. Là, je suis plutôt le bienvenu.

"La fille aux deux papas". 

Vous êtes un bon client et vous ne vous interdisez rien. Même pas les gros mots.

Patrick Loiseau m’a expliqué mon problème avec ça. Pour moi, les gros mots sortent facilement, parce qu’ils ne sont pas dans ma langue natale. Quand à huit ans, on t’ordonne de ne plus dire tel ou tel mot, tu t’en souviens à vie, donc tu ne le dit plus. Mais les gros mots français pour moi, c’est comme l’argent du Monopoly. Ce n’est pas sérieux de dire bite, couille… parce que ce n’est pas ma langue. En Hollandais, je n’oserais jamais le dire.

Pourquoi chantez-vous encore ?

Quand on a travaillé toute sa vie à la chaine, on est content que ça s’arrête. On a envie de profiter de sa retraite. Mais un artiste doit toujours avoir des projets. S’il n’a pas de projets, il n’est plus artiste. Je cite avec regret mon amie Annie Cordy qui a décidé d’arrêter le métier. C’est normal, elle a 91 ans, mais elle va moins bien. Quand elle me voit à la télé en ce moment, elle me demande si je ne suis pas fatigué, je lui réponds que je n’ai pas le temps d’être fatigué.

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En 2011, après le tournage de l'émission de France  2, CD'Aujourd'hui, pour son album Blue Eyed Soul.

Pourquoi avoir choisi de chanter à Bobino le 18 novembre prochain?

Parce que mes chansons sont de plus en plus Rive Gauche. Le plus difficile sera de trouver comment chanter mes nouveaux titres en calant aussi les anciennes que le public attend. L’ordre d’un tour de chant est très important.

Vous vous mettez en danger ?

Je n’aime pas les artistes qui disent cela. Se mettre en danger, c’est partir chanter au Kurdistan, ce n’est pas avoir un problème de set list.

Audio de "Inséparés".

Vous qui avez tout connu dans ce métier. Aujourd’hui, êtes-vous satisfait de votre sort professionnel.

Oui. Je serais gonflé de dire le contraire. Je n’ai qu’un regret. C’est que je n’ai pas eu l’occasion de porter la chanson ailleurs que dans les pays francophones.

Pourquoi ?

Parce que je n’en ai jamais eu le temps. Comme j’ai la chance de parler plusieurs langues, j’aurais bien aimé être ambassadeur de la chanson française dans les pays anglo-saxons.

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Après l'interview, le 21 octobre 2019.

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02 novembre 2019

Lise Martin : interview pour Persona

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(Photos : Paul Rousteau)

IMG_4746.jpgNeuf ans après Gare des Silences, son premier EP, et cinq ans après Déments-Songes, son double album, voici le nouvel album de Lise Martin, Persona. Comme l’indique mieux que je ne pourrais le faire Flavie Gibral dans le magazine Hexagone : « Lise Martin prouve qu’il est possible de composer des mémoires intimes et poétiques, et de livrer avec légèreté un esprit gémissant en proie aux longs ennuis. La nature, le vent, le soleil, éléments éternels, viennent vivifier une poétique qui fuit justement la trivialité. »

J’aime Lise Martin (déjà mandorisée là en 2016) parce que c’est une grande voix au service de grands textes, le tout sur des mélodies délicates et particulièrement efficaces. Et parce qu’elle parvient à rester lumineuse malgré le sombre qui est en elle.

De passage express à Paris (pour faire la première partie d’Alex Beaupain dans le cadre du Festi’Val de Marne), nous nous sommes donné rendez-vous en terrasse d’un bar des Halles, le 19 octobre dernier.

Mini biographie officielle (la complète est ici):

La voix de Lise Martin semble avoir traversé le temps, et vient, avec puissance et douceur, faire vibrer les cordes sensibles. Les chansons qu’elle écrit et compose naissent là où la chanson à texte rencontre la musique folk, et de ce mariage nait un style musical à la fois original et familier où l’on devine tour à tour les influences de Barbara, Joan Baez ou Léonard Cohen. Lise présente aujourd’hui son nouvel album, Persona. Ce mot latin désignait le masque de l’acteur du théâtre antique au travers duquel (per) passe le son (sona). Dans les chansons de cet album, Lise interroge la partie visible et audible du rôle que chacun joue pour trouver sa place dans ce monde, explorant les fêlures, les espoirs, les engagements et les joies de différents moments de la vie.

Son site officiel.

Pour acheter les disques de Lise Martin

Pour écouter l'album Persona.

L’album (argumentaire de presse officiel) :61588163_10161799734035076_984226910185717760_n.jpg

Le mot persona vient du latin per-sonare : parler à travers, et désignait le masque des acteurs de théâtre qui avait pour fonction de leur donner l'apparence du personnage qu'ils interprétaient, tout en permettant  à leurs voix de porter suffisamment loin pour être audibles des spectateurs. Dans sa psychologie analytique, Carl Gustav Jung a repris ce mot pour désigner la part de la personnalité qui organise le rapport de l'individu à la société, c’est à dire la façon dont chacun doit plus ou moins se couler dans un personnage socialement prédéfini pour répondre aux exigences de la vie en société. La persona donne à tout sujet social une triple possibilité de jeu : « apparaître sous tel ou tel jour », « se cacher derrière tel ou tel masque », « se construire un visage et un comportement pour s'en faire un rempart » (Dialogue du moi et de l'inconscient). Nous prenons un visage de circonstance, nous jouons un rôle social, nous nous différencions par un titre (docteur, professeur, maître, colonel, etc.), autant d'effets de cette fonction psychique que la persona recouvre. S'adapter à la société (« faire sa place au soleil ») est une nécessité qui remplit toute la première partie de la vie humaine. Cette tâche d'intégration sociale oblige à cacher des pans entiers de la vie intérieure et à laisser en friche une partie des possibilités créatrices de l'individu. Mais selon Jung, la finalité de la vie psychique est de pouvoir ensuite, dans la seconde partie de la vie, dépasser cette adaptation pour  aller « à la découverte de son âme ».

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(Photo : Paul Rousteau)

IMG_4608 (2).jpgInterview :

A la fin de ta première mandorisation, tu m’as affirmé que le prochain album allait être plus simple, moins produit que ton premier disque, Déments Songes. Es-tu toujours d’accord avec tes propos de 2016 ?

(Rires) Pas du tout. A ce moment-là, j’étais partie pour faire un disque sobre, guitare-voix, mais après ma rencontre avec Daniel Mizrahi, qui a arrangé et réalisé l’album, il m’a emmené dans une autre direction…

C’était l’homme de la situation pour ce nouvel album ?IMG_4748.jpg

Pour une fois, j’ai fait le test de me laisser guider et c’était très intéressant pour moi qui avait l’habitude de tout gérer. De toute façon, comme j’ai eu un bébé, je ne pouvais pas tout gérer. J’avais aussi envie de voir ce que quelqu’un d’autre pouvait apporter à ma musique parce que lorsque je travaillais seule, je n’avais pas de recul. Je suis vraiment contente du résultat. Daniel a tout de suite compris ma musique, donc je savais qu’il n’allait pas m’emmener dans une direction qui ne me conviendrait pas. Il était toujours à l’écoute de ce que pouvais faire comme remarque.

Teaser Persona (1).

Cet album me parait plus autobiographique que le précédent, non ? 69426024_2700023900057664_490346181277253632_n.jpg

J’ai un angle d’approche différent. Il y a beaucoup de chansons qui ont un départ autobiographique, d’autres sont des histoires que l’on m’a racontées ou des choses dont je me sens proche émotionnellement. J’ai aussi peut-être évolué dans ma façon de m’exprimer.

Qu’interroges-tu dans Persona ?

J’interroge les différents masques que je porte, celui de chanteuse-interprète, celui d’auteure, mais aussi et surtout celui de femme, et j’essaie aussi de regarder au-delà des apparences, pour tenter de voir quels sont les masques qui protègent et sont donc indispensables, et quels sont ceux qui cachent et font obstacle à la rencontre.

Teaser Persona (2).

Quand je dis que c’est plus personnel, c’est par exemple quand tu évoques l’aide aux personnes âgées dans « J’ai reçu ».

Dans cet album, finalement, tu as raison, je me livre tout de même plus. Je crois que dans Déments Songes, il y avait plus de pudeur.

J’ai trouvé à la fois très intéressant et très surprenant que pour parler de ta grossesse, qui est quelque chose d'intime, tu aies choisi une chanson de Rémo Gary, « Je rebondis ».

C’est Rémo qui m’a proposé ce texte il y a plusieurs années. J’ai eu un coup de foudre pour ses mots, mais je n’avais pas encore vécu cette expérience. Ce texte m’a réellement bouleversé, mais j’ai mis du temps à le mettre en musique parce que j’ai été intimidée. C’était un peu avant que je tombe enceinte. Quand je l’ai été, chanter cette chanson m’a rendu heureuse comme rarement. J’ai pu transmettre quelque chose que je vivais.

"Je rebondis". Concert du 04:04:2019 au Zèbre de Belleville. Images et montage: Morgan Eloy.

"Si quelque chose craque". Concert du 04:04:2019 au Zèbre de Belleville. Images et montage: Morgan Eloy.

Dans « Si quelque chose craque », tu racontes l’histoire d’une femme qui doute beaucoup d’elle. Est-ce ton cas?

C’est une chanson que j’ai commencé il y a longtemps et que j’ai fini récemment tant le sujet était complexe pour moi. Je m’y livre beaucoup plus que dans aucune autre chanson. J’ai essayé de mettre des mots sur quelque chose que je ressens parfois quand je regarde ce monde qui ne va pas bien. Quand je me vois dans ce monde, je me demande comment je me positionne ? Quel choix je fais ? Quel acte je pose ? C’est vertigineux parce qu’on ne peut pas être bien dans un monde comme ça. 

Tu es plus fragile que l’image que tu présentes aux gens ?

J’admets de ne pas être uniquement la femme forte que je montre.

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(Photo : Paul Rousteau)

Je fais un lien entre « Si quelque chose craque » et « A zéro ». Pour être bien, faut-il repartir à zéro, faire table rase du passé ?

J’ai souvent eu envie de repartir à zéro face à des situations que j’estimais trop compliquées à gérer. Finalement, je crois qu’on ne fait jamais complètement table rase du passé. Cette chanson, c’était l’idée de s’alléger, l’idée de se défaire de ce qui est inutile et superflu, comme je le dis dans la chanson, « de ce qui fige les contours ».

As-tu écrit ces nouvelles chansons avant d’être enceinte ?

Oui. Ces chansons font partie d’un processus de quelques années qui ont précédé le fait d’être mère. Devenir mère est arrivée parce que je me suis sentie enfin prête pour ça… après avoir fait un bon ménage dans ma vie et dans ma tête.

Comment fait-on ce ménage ?

J’ai fait un jeûne d’une semaine, puis je me suis rasée les cheveux et je suis partie sur le chemin de Compostelle. J’ai cherché à être en cohérence avec mes opinions. Si je n’ai pas tout effacé de ma mémoire pendant cette période-là, ça m’a permis de repartir à zéro.

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Au Festival Ta Parole 2019

(Photo : Christian Arnaud)

Quitter Paris a dû également t’aider dans ce processus.

Bien sûr. Je suis désormais installée à la campagne. J’ai un jardin que je cultive moi-même. J’ai grandi à la campagne, mes parents avaient une ferme, donc j’ai envie d’être de nouveau plus proche de la terre. J’adorais me promener dans les champs, aller m’asseoir sous les arbres. Aujourd’hui je me dis que l’on met en danger toute cette beauté. Je trouve que nous sommes allés très loin dans l’horreur dans la manière dont on traite la terre et les animaux. Et les humains aussi.

Tu ne vas arrêter ton métier pour autant j’espère ?

Non, pas du tout. J’aime mon métier et j’ai envie de le continuer. Par contre, comme je me sens un plus en cohérence avec ce que je voulais, il y a quelque chose d’apaisée en moi et je pense que ça devrait se sentir dans les nouvelles chansons que je suis en train d’écrire.

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(Photo : David Desreumaux/Hexagone)

Tu as écrit une chanson d’amour que je qualifierais de « modérée », « Tes ailes ».

(Rires) C’est pour dire : « Je suis là, mais je ne peux pas te porter. Je ne suis pas tes ailes. Ton bonheur et ta joie ne dépendent pas de moi ». C’est marrant parce que beaucoup de femmes se sont reconnues dans cette chanson. Cela dit, les hommes aussi peuvent penser cela.

J’ai l’impression qu’il y a plus d’espoir dans l’album Persona que dans Déments Songes.

C’est absolument vrai. Si mon album est jaune, ce n’est pas le fruit du hasard. Cette couleur représente ce qu’il y a à l’intérieur du disque. Je le voulais lumineux parce qu’il est significatif d’un pas vers l’apaisement et la joie.

Tu te rends compte que ton nom commence à devenir important dans la chanson d’aujourd’hui ?

Ce que je constate, c’est qu’il y a des choses qui ont évolué pour moi. J’ai beaucoup de retour de gens qui sont touchés par ma voix et par mes textes et ça me plait parce que je chante vraiment pour partager avec le public. J’ai à cœur d’évoluer et de donner le meilleur de moi-même.

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TIOU © David Desreumaux
Corentin Grellier @Marie-Sonia Jouanneau
Lise Martin © David Desreumaux

Tu viens d’être labellisée par le Réseau chanson Occitanie (dont les objectifs sont les suivants : le repérage d’artistes du territoire régional, le soutien pour leur développement et leur diffusion, l’accompagnement vers les professionnels, la coopération et l’échange d’informations entre membres du réseau.) Ça te fait quoi ?

Ça fait plaisir, d’autant que je suis nouvellement toulousaine, donc je me sens vraiment bien accueillie là-bas. Ça va me permettre une nouvelle visibilité que je n’avais pas jusqu’à présent et aussi de rencontrer les professionnels de ce réseau. Il y a à la fois une aide financière et une aide de développement de projet. Avec les deux autres labellisés, Tiou et Corentin Grellier, nous avons rendez-vous le 30 novembre à Montpellier pour exprimer nos besoins et essayer de voir comment mettre quelque chose en place pour qu’ils puissent nous aider dans nos directions respectives.

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Lise Martin en première partie d'Alex Beaupain, le 19 octobre 2019, au Théâtre Antoine Vitez d'Ivry-sur-Seine.

Tu es contente de ton sort dans la chanson ?

C’est toujours un peu difficile quand on n’est plus vraiment nouvelle et pas encore complètement installée.

C’est-à-dire ?

Quand on débute, beaucoup nous soutiennent parce qu’on est débutant, et quand on est installé, c’est plus facile. Mais il y a un entre-deux dans lequel je me trouve actuellement. Du coup, je ne sais pas toujours par quel bout prendre les choses pour continuer à évoluer et être présente, mais je reste confiante. Je travaille sans cesse. Il faut de la ténacité dans ce métier. Et j’en ai.

Martin-Lise-Vander-Valentin-presque-un-cri-chansons-de-vladimir-vissotsky-carrée.jpgTu continues tes spectacles avec Valentin Vander autour de Vladimir Vyssotski ? (Poète, comédien, chanteur et compositeur russe, Vladimir Vyssotki a tourné dans une trentaine de films et écrit près de 800 chansons en URSS. Malgré une œuvre sans cesse censurée par le régime soviétique, son histoire est celle d’une voix, celle d’un peuple qui n’a jamais cessé de l’aimer.)

Oui parce que c’est une collaboration très constructive et enrichissante. C’est un vrai plaisir de travailler avec Valentin. Ce spectacle va tourner longtemps parce que le répertoire de Vyssotski ne deviendra jamais obsolète. C’est important de faire entendre ses textes qui sont particulièrement puissants, intemporels, universels et très humains. Il est possible même qu’on ajoute d’autres traductions au fur et à mesure. Cela s’est très bien passé quand on a joué à Barjac. Pas mal de professionnels ont beaucoup apprécié. Là, nous sommes en train d’organiser les dates pour 2020.  

Lise Martin et Valentin Vander dans "Chanson pour l'ami" de Vladimir Vissotsky. Chanson issue du spectacle "Presque un cri".

Lise Martin et Valentin Vander dans "La lettre" de Vladimir Vissotsky. Chanson issue du spectacle "Presque un cri".

Tu as toujours plein d’activités musicales différentes à plusieurs. Ça fait du bien de partager ?

Après la sortie de mon premier album, j’ai pu vivre uniquement de la musique. Avant, j’avais toujours un petit boulot à côté. Grâce à l’intermittence, ça m’a libéré du temps pour participer à plein d’autres projets. Je trouve ça important de partager avec d’autres artistes, ça nous permet de ne pas rester dans nos propres univers et d’enrichir nos répertoires personnels. J’aime beaucoup travailler avec d’autres artistes. J’ai l’impression de grandir un peu plus à chaque fois.

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Après l'interview, le 19 octobre 2019.

31 octobre 2019

LMZG - Lamuzgueule : interview de Charlot Beretta pour Swingocracy

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LMZG - LAMUZGUEULE est l'un des groupes phare de la scène electro swing européenne avec + 300 concerts en 6 ans dans toute l’Europe, de Prague à Londres, et de Rome à Berlin.

Le groupe mélange l'universalité du swing avec les beats & bass d'une électro puissante et pointue. Son objectif : fédérer dans la danse avec une musique intemporelle et addictive qui réunit toutes les générations !

Des textes en anglais et en français, chantés ou rappés, par un duo à la Bonnie and Clyde (Déborah Reboul alias Lizzie Ivy et Romain Deschamps alias Charlot Beretta) accompagné par un saxophoniste survolté et un pianiste bondissant qui s’enflamment, en passant par les mashups des samples d’un multi instrumentiste qui assure la basse, les synthés basses et les machines.

Précisons, et c'est important, que leur 4e album, Swingocracy (que vous pouvez écouter là) est un disque uniquement composé de reprises, mais que les trois premiers ne contiennent que des titres originaux écrits et composés par Charlot Beretta. Je ne voudrais que l'on pense que LMZG n'est qu'un groupe spécialisé dans les chansons des autres. J'ai conscience que cette mandorisation pourrait le laisser croire...

Leur site officiel.

Leur page Facebook officielle.

Le 19 octobre dernier, j’ai retrouvé le chanteur et auteur-compositeur du groupe, Charlot Beretta, dans un bar de Pigalle.

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(Photo : Stéphane Lagarde)

Mini biographie officielle :

Entre clash électronique et flash-back : swing, funk ou hip hop, mais aussi des cuivres et un piano cabaret, LMZG se joue des époques et des styles. Le groupe cartonne sur les scènes du monde entier grâce à sa vision de la french touch et d’un live déchainé et souriant. Si vous les cherchez chez votre disquaire ils seront classés entre Caravan Palace (mandorisés ici) et Deluxe, dans une musique fédératrice et positive.

Après des tournées françaises et européennes, ainsi que leur présence sur les meilleures compilations aux côtés de stars du genre (sur le label Wagram) ils s’imposent comme une révélation à ne pas manquer !

lmzg,lamuzgueule,romain deschamps,charlot beretta,swingocracy,interview,mandorL’album Swingocracy (par Charlot Beretta lui-même) :

Pourquoi ce nom ? Nous avons imaginé un monde de paillettes et casquettes, gouverné par une femme, présidente des Etats "Funky" où les postes de radios transforment instantanément les airs connus et toutes les musiques que vous connaissez dans un swing dynamité ou un hiphop électronique ! Voilà donc un album de covers : des reprises que nous avons arrangées, mélangées avec des cuivres, des pianos cabaret et du vieux Rhum que l'on servait sous la prohibition. Des grands tubes et pas seulement. Cet Album est la concrétisation de plus d’un an de travail, de collaborations, de répétitions et reflète le plaisir et l'énergie de nos concerts et de l'univers musical développé tout au long de cette année d’aventures.

Il vient compléter Zoologic notre précédent  album de compositions originales ! Cette année, en tournée nous défendrons les 2 albums. Pourquoi se priver !

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lmzg,lamuzgueule,romain deschamps,charlot beretta,swingocracy,interview,mandorInterview :

Comment est né LMZG ?

En 2011, j’ai rencontré à la fac un copain qui faisait du banjo. Nous avons commencé à écrire des chansons. Lui est parti ailleurs pour travailler, du coup, je me suis entouré de musiciens que l’on a rencontré dans des jams. On a décidé de monter ce projet et très vite, nous avons sorti un premier album, Radio Béret et Disco Zina en 2011. Ça a tout de suite bien pris dans le milieu electro swing qui était en train d’exploser avec le premier disque de Caravan Palace. Nous avons beaucoup tourné en Europe de l’Est avant de démarrer en France. Là-bas, ce qui leur plaisait, c’était de chanter en français. Ils aimaient aussi notre accent quand on chantait nos refrains en anglais. Pour eux, c’est la French Touch.

Vous n’étiez pas prophète en votre pays.

Ni dans notre ville, Grenoble, qui était il y a 10 ans une ville très reggae et très hip-hop.

Vous avez sorti ensuite un deuxième album, Bada Boom Boom Swing.

Il a été très bien accueilli, même par le public français. On a été l’un des « albums indispensables » du magazine Francofans. Depuis ce disque, en 2014, nous faisons 40 à 50 dates par an.

On vous a beaucoup vu dans des festivals, et pas des moindres.

En 5 ans, on a fait 300 dates dont d’énormes festivals comme le Montreux Jazz Festival ou le Fusion Festival… Depuis un an, on essaie de jouer aussi beaucoup pour les SMAC (Scènes de Musiques Actuelles) et ça marche bien. Je prends autant de plaisir sur les petites scènes que sur les grosses, même si j’ai plus le trac dans les petites parce qu’on voit plus les gens.

Lean On x DANCE x Magic Key (Major Lazer Dj Snake / Justice / One T Cool T).

Pourquoi, chantez-vous en anglais et en français ? lmzg,lamuzgueule,romain deschamps,charlot beretta,swingocracy,interview,mandor

C’est simple. Moi, je préfère chanter en français et Lizzie Ivy préfère en anglais. On ne se prive pas de ce que l’on a envie de faire.

J’ai remarqué que vous chantiez toujours en duo. Vous n’aimeriez pas parfois sortir de ce schéma et chanter des chansons en solo ?

Pour le prochain disque, on pense à modifier la chose. Une chanson plus féminine pour Lizzie et une chanson plus adaptée pour moi. Cela pourra optimiser les propositions artistiques.

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Sur scène, la chanteuse du groupe, Déborah Reboul, dite Lizzie Ivy. 

Depuis 2011, vous n’avez jamais arrêté, il me semble.

C’est sûrement parce que j’ai un peu la peur de la pause. S’il y a une année sans album, je me demande ce qu’il va se passer. Aura-t-on autant de concerts ? C’est sur la scène que je vis.

Sans scène, tu as l’impression de ne pas exister ?

Je ne sais pas. J’en parlerai à mon psy (rires). En tout cas, c’est certainement là que je me sens le mieux.

Havana x Sweet Dreams - (Camila Cabello / Eurythmics).

La scène de l’electro swing est une famille ?

Nous nous connaissons tous, hormis les plus réputés de ce genre musical, Caravan Palace et Parov Stelar. Ils sont très sympas, mais ils ne se mélangent pas aux autres. Les groupes comme nous, il y en a quatre en France, on se connait et on travaille souvent ensemble. On essaye de développer la scène electro swing d’aujourd’hui parce qu’elle a besoin de se développer. Elle est jeune, elle n’a que 10 ans, mais elle a un public en demande.

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En septembre dernier, concert en Russie pour présenter Swingocracy.

Qu’est-ce que le public aime dans cette musique ?

Le fantasme des années 30 et la prohibition. Les gens viennent parfois costumés et dansent sur un son à la fois vintage et moderne.

Vous-mêmes, vous avez influencé des danseurs grâce à votre vidéo « Gangsta’s Paradise ».

C’était notre première reprise et elle a été streamée plus de 400 000 fois par le milieu de la danse. Il y a plein de vidéos qui circulent sur Facebook où on voit des danseurs faire leur chorégraphie sur nos chansons.

GANGSTA'S PARADISE - COOLIO & STEVIE WONDER.

Avec Swingocracy, n'êtes vous pas allés dans la facilité en enregistrant uniquement des reprises ?

(Photo : Stéphane Lagarde).

lmzg,lamuzgueule,romain deschamps,charlot beretta,swingocracy,interview,mandorÇa n’a justement pas été simple du tout. Ce sont des morceaux que les gens connaissent très bien et nous, nous souhaitions qu’ils ne soient pas reconnaissables de manière évidente. Nous avons donc tout réorchestré et arrangé avec des cuivres, des beats électroniques, des claviers… On a pas mal de bon retour. Je t’avoue aussi qu’avec ce disque de covers, on espère être connus d’un plus large public encore.

C’était un peu stratégique ?

Un peu, mais on avait aussi le besoin de faire une pause dans la composition pour prendre plus de temps pour le prochain album qui sortira en 2020 ou 2021.

Je crois savoir qu’à la base Swingocracy aurait dû être un album avec des mashups (style consistant à mélanger deux, voire plusieurs titres en une seule piste).

On n’a pas pu le faire en disque à cause des droits, mais on peut les retrouver en vidéos sur notre chaîne YouTube. Il y a par exemple la chanson de Stromae « Alors on danse » mashupé avec Black Eyed Peas, « Let’s Get It Started ».

Alors on Danse x Let’s Get it Started - LMZG (Stromae / Black Eyed Peas).

C’est quoi les problèmes de droit avec les mashups ?

Tous les artistes n’ont pas envie de se mélanger entre eux. Obtenir des autorisations pour des covers est beaucoup plus simple.

C’est compliqué de reprendre des tubes planétaires comme « Umbrella », « Lady Marmelade » ou « Bad Romance » ? On paye ?

On ne paye pas. On fait ce que l’on veut à partir du moment où on garde la grille d’accords et que l’on ne modifie pas le texte. Tous les revenus, sauf les royalties, reviennent aux artistes. Le but n’était pas de gagner de l’argent sur le travail d’autres artistes. En réarrangeant et réorchestrant toutes ces chansons, nous avons identifié plus clairement le style que l’on voudrait faire sur le prochain album de compositions. Il risque d’être plus pop, plus cuivré et plus hip-hop dans la rythmique. On gardera quand même nos samples de swing.

J'ai remarqué que vous avez une sérieuse fan base.

En streaming, nous avons 30 000 auditeurs mensuels, ce qui n’est pas ridicule pour un groupe en développement. Nous avons aussi 12 000 fans sur les réseaux sociaux. On essaie de développer cette partie là de la promotion parce que ça fait partie du travail actuel d’un artiste ou de son équipe.

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Avec Romain Deschamps dit Charlot Beretta, après l'interview, le 19 octobre 2019.

30 octobre 2019

Da Silva : interview pour Au revoir chagrin

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(Photos : Richard Dumas)

da silva,au revoir chagrin,interview,mandor« Pour son septième album, Da Silva nous entraîne dans une odyssée inédite et métissée. Des rythmes reggae aux accents pop en passant par le tempo de la valse, Au revoir chagrin s’écoute comme un voyage audacieux à travers les genres », nous prévient l’argumentaire de presse. En tout cas, il est clair qu’avec ce nouveau disque, Da Silva part à la recherche d’une émotion lointaine, presque fantasmée que l’auditeur prend en pleine tronche. Tronche de vie. « Pour cet album, j'étais à la recherche de la première émotion que j'ai ressentie quand j'ai écouté The Cure à 13 ans. Cette même émotion qui peut provoquer la première belle cuite, le premier baiser réussi ou le premier sentiment vraiment amoureux, celui qui fait peur. J'espère que ce sentiment sera partagé » explique l’artiste. Da Silva, qui a quitté la pop pour revenir à la chanson, nous emporte avec ses histoires pas banales racontées avec une écriture moins frontale, mais toujours aussi esthétique. L’homme a un indéniable savoir-faire (qu’il conteste). Je n’en ai jamais douté, mais cet album le prouve une ultime fois, Da Silva est un auteur-compositeur-interprète d’exception.

Sa page Facebook.

Son site officiel.

Le 23 septembre dernier, nous nous sommes retrouvés pour une seconde mandorisation (la première est à lire ici). Comme l’homme dit ce qu’il pense, sans filtre, cela donne une interview pas piquée des hannetons.

Biographie officielle :da silva,au revoir chagrin,interview,mandor(Photos : Richard Dumas) 

En 2019, il y a ce drôle de mot qui pourrait résumer la situation de Da Silva. Apatride. Apatride dans un paysage musical du XXIe siècle où l’homme se sent forcément trop à l’étroit. Parce que les frontières, il s’en fiche. Parce que les étiquettes, les castes, les classes, il déteste – même s’il semble évident qu’il appartient à une lignée qui irait de Charles Aznavour à Daniel Darc (pour résumer). Depuis son apparition sur le devant de la scène en 2004 – et très vite tout en haut de l’affiche (le single décisif « L’indécision » sur l’album Décembre en été) –, l’homme a emprunté les directions qui l’ont souvent mené là où personne ne l’attendait. Car entre deux albums studio, les succès et les tournées, il a écrit pour les enfants (cinq livres CD à ce jour), mis son talent de compositeur, auteur et producteur au service des autres (ici Soprano, là Jenifer), assouvi ses passions (pour la photographie, pour le théâtre, entre autres), cultivé des amitiés – et peut-être quelques inimitiés aussi. Alors, forcément, il semble loin le temps des premiers tâtonnements, des premiers pas, des premiers enregistrements, des premières aventures, du rock déglingué de Punishment Park, de la pop ourlée de Venus Coma, de l’electro ouatée de Mitsu. ll semble loin le temps de l’adolescence à Nevers pour ce Rennais d’adoption qui ne prend jamais rien pour acquis. Qui, plus que certains, accepte de se remettre en question. De se mettre en danger. De tout balayer d’un revers de main pour tout recommencer.

da silva,au revoir chagrin,interview,mandorLe disque (que vous pouvez écouter ici):

Il en a été ainsi à l’heure d’imaginer ce septième album, mais son premier pour le label AT(h)OME. Da Silva a fait table rase de son passé (plus ou moins) récent. Pour ce disque qu’il a un instant pensé enregistrer à Cuba, il a choisi comme fil conducteur de ne pas en avoir. Il rêvait surtout “de bordel, de désordre ”.

Dans ce disque, il a renoué avec ces premiers vertiges, en essayant d’être le moins professionnel possible, en redevenant un débutant « qui fait un peu n’importe quoi ». Mais qui finit par le faire bien – et c’est bien là l’essentiel –, grâce à une écriture décomplexée, grâce à une certaine négligence qui mène parfois à l’excellence. Derrière une pochette en guise d’hommage à la bande originale de Five Days From Home signée Bill Conti, Au revoir chagrin– clin d’œil au magnifique roman de Françoise Sagan ? – dévoile dix chansons (et ici, ce n’est pas un mot à prendre à la légère) aux personnalités bien trempées. Des chansons qui flirtent avec la pop (« S’agapo »), le reggae (« Le Garçon »), la valse (« Rien »), prennent un accent brésilien (« Loin ») ou mariachi (« À l’endroit de la douleur »). Des chansons où l’on croit apercevoir les silhouettes de Tom Waits, Jean-Louis Murat et Brigitte Fontaine, où l’esprit du label Saravah semble s’être glissé dans les silences, où l’on croise Sylvie Hoarau de Brigitte ou Hakim Hamadouche, un proche du regretté Rachid Taha. Épris comme jamais de cette liberté qui lui colle pourtant à la peau comme ces tatouages qu’il affectionne, entouré d’une garde rapprochée – Nicolas Fiszman à basse, aux guitares et coréalisateur du disque, Denis Benarosh à batterie, Reyn Ouwehand aux claviers, Olivier Bodson aux cuivres –, Da Silva a pris ses responsabilités pour imaginer un album exotique et métissé, une invitation à un voyage musical et mélodique « loin du monde » tel qu’on le connait aujourd’hui. Un voyage pour lequel on se contentera de prendre un aller simple.

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(Photo : Richard Dumas)

da silva,au revoir chagrin,interview,mandorInterview :

Est-ce qu’au bout de 7 albums, on considère qu’on a bâti une œuvre ?

Je ne pense pas du tout en ces termes-là. Il y a des gens qui ont fait un album et c’est un chef d’œuvre. Une œuvre, ça peut même être juste une chanson. Ne pas en faire une deuxième, qu’est-ce que ça peut faire ? Une fois que tu as été touché par la grâce…

C’est quoi être touché par la grâce pour un créateur de chansons ?

C’est de créer une chanson incroyable qui a un caractère minuscule permettant de rentrer dans quelque chose de gigantesque et ainsi, toucher à l’universel. La grâce, c’est aussi quand la musique vous touche à des endroits auxquels vous ne vous attendiez pas.

Toi, tu as été touché par la grâce.

Non, je ne crois pas.

D’album en album, tu surprends toujours.

Ne pas être là où l’on m’attend est le but que je veux atteindre. Ce disque, je le voulais épicé et métissé. Je voulais créer aussi un joyeux bordel. J’ai passé beaucoup de temps à faire des albums dans lesquels je rangeais bien mes chansons. Tout allait dans le même sens et je me suis lassé de ça parce que ça m’a demandé beaucoup de travail.

Le clip de "Le garçon".

La composition, c’est facile ou difficile pour toi ?

La musique, c’est quelque chose de difficile. Souvent, je me dis : « A quoi bon faire ceci ou cela ? Ça a déjà été fait.» « A quoi bon faire ça comme ça ? » « Est-ce que là, je délivre assez d’émotions ? ». Faire de la musique comme ça, c’est facile, mais dès que l’on sait que l’on va devoir la figer sur un disque, là, ça devient plus compliqué.

Pourquoi faire de la musique alors ?

Parce que j’en ai besoin. Je fais de la musique depuis que je suis enfant. Même si je m’adonne aussi à la peinture et au théâtre, c’est un moyen d’expression dont je ne peux plus me passer.

Fabriquer des chansons, c’est un art ou un moyen d’expression ?

C’est un moyen d’expression qui est important et qui fait du bien à notre société. Une société sans musique serait insupportable. De manière générale, la culture est fondamentale dans ma vie. Il faut bien que toutes les idées que j’ai dans mon imaginaire finissent par sortir.

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Da Silva dédicace son disque...

Ton imaginaire est constamment en fonction ?

Oui, au point de m’empêcher de dormir. L’imaginaire, c’est fantastique, mais ça va dans un sens comme dans l’autre. On ne décide ni quand il se met en marche, ni quand il s’arrête.

C’est problématique d’avoir le cerveau en fusion perpétuellement ?

Oui. C’est difficile pour moi d’être présent dans la société. D’être présent à table et tenir tout le repas en étant concentré, pour moi c’est dur. Je n’arrive pas à m’accrocher à un sujet et à m’y tenir. Souvent, dans une conversation avec quelqu’un, j’ai des absences. Avec le temps, je me sens de plus en plus sauvage… et ça me convient bien. En cela, les réseaux sociaux m’ont fait beaucoup de bien. On peut communiquer avec les gens sans avoir besoin de se retrouver tous ensemble.

Les gens t’ennuient un peu ?

Non, le problème vient de moi. Quand je suis dans une période de peinture ou d’écriture de chansons, je n’ai pas le désir de faire autre chose que ça.

Tu t’ennuies quand tu ne crées pas ?

J’aime bien l’ennuie et j’aime bien m’ennuyer. Mon cerveau est comme un volcan en éruption, alors quand je m’ennuie, il me laisse un peu en paix. C’est un moment d’accalmie très appréciable.

Je ne sais pas comment tu fais pour t’ennuyer. Entre toutes tes activités et ce qui est mis à notre disposition pour se distraire (les réseaux sociaux, Netflix et compagnie)…

En ce moment, c’est sûr, on s’accoutume assez bien du médiocre. C’est comme si on mange tous les jours, toute la journée, notre palais ne va plus être apte à reconnaître le salé du sucré. Si on mange moins, en ciblant plus les aliments, le salé devient hyper salé et le sucré hyper sucré. Tous les parfums reviennent. Bref, si on part dans une frénésie de consommation, de contenus, d’images, de musiques, de clips, d’informations, on n’est plus du tout exigeant. On gobe tout ! Je crois qu’il faut essayer de digérer ce que l’on consomme avant d’entasser. Attention, je me mets dans le lot. Je suis addict à peu près à tout. Je me suis fait avoir comme les autres.

Dire que l’on s’ennuie, ça peut signifier qu’on est seul, abandonné de tous.

C’est effectivement mal vu dans la société de dire que l’on s’ennuie. Ce n’est pas classe du tout. « Oh ! Le pauvre, il s’ennuie, il est seul ! » Je le répète, c’est très important l’ennui. L’ennui, c’est par cet endroit que tout arrive, que tout passe.

Clip de "Loin".

Dans ta chanson « Loin », tu chantes qu’il faut prendre le temps de respirer et de désobéir.

Je crois que la société telle que nous la connaissons est terminée. Notre époque est finie, usée, vieille, sur les rotules. Ça va continuer ainsi parce qu’il y a trop de choses qui sont entreprises. Le monde qui fonctionne sur le modèle économique d’aujourd’hui va droit dans le mur. Ce modèle a tout usé. Les hommes, la nature et le climat. Ce modèle a même usé l’extravagance. On ne peut plus en rajouter. La coupe est pleine. Pour s’en sortir, il faudrait au minimum ralentir. Mais on ne ralentira pas.

Ce monde a usé Da Silva ?

Je ne suis pas indemne. Je ne sors pas de la vie quotidienne sans prendre des coups. Je suis comme tout le monde. J’ai quand même un endroit où je peux me réfugier, c’est la création, l’imaginaire. Je peux être dans une espèce de bulle ou les choses m’atteignent moins.

Dans « Au revoir chagrin », tu expliques que tu es moins malheureux qu’avant.

J’arrive désormais à être heureux avec des choses minuscules. Je suis heureux d’avoir Tom Waits sur ma platine, je suis heureux de m’être couché tard et d’avoir profité de la nuit et de son calme, je suis heureux d’attendre un peu sans rien faire, je suis heureux de me retrouver parfois. Notre société hurle en permanence, c’est terrifiant. Le bonheur, lui, se cache dans des trucs minuscules. Il est là, mais il est difficile de l’apercevoir. Je le vois mieux aujourd’hui.

Audio de "3 fois rien".

Dans « 3 fois rien » tu expliques que, désormais, il va falloir te prendre tel que tu es. Tu ne feras plus aucun effort.

Dans tous mes albums, j’ai toujours eu une chanson un peu comme ça. J’ai toujours fait un portrait de moi qui rappelle qu’il ne faut pas compter sur moi pour essayer de plaire, sinon je n’en serais pas où j’en suis aujourd’hui. Si j’avais accepté toutes les concessions, j’aurais eu une autre carrière commerciale. En tout cas, je suis très fier de mon chemin.

Que représente un nouveau disque pour toi ?

Chaque nouveau disque est en rapport avec un moment de sa vie. C’est même plus que ça. C’est un moment de sa vie qu’on a envie d’éclairer. Actuellement, j’ai envie d’éclairer des moments plus doux, joyeux, chatoyants… et un peu plus décadent aussi, dans certaines chansons. Je n’ai pas éclairé qu’une seule partie de moi-même, donc je montre un éventail un peu plus large. Je pense que mon public habituel me découvrira autrement.

La sortie d’un disque aujourd’hui, c’est important ?

C’est absolument un non-évènement. Je me demande à quoi ça sert, mais je continue quand même à en sortir.

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Da Silva en concert :

04/02 : PARIS (75) La Maroquinerie
11/03 : TOULOUSE (31) Le Rex
12/03 : BORDEAUX (33) Salle du Grand Parc
26/03 : CANTELEU (76) Espace Culturel François Mitterand
27/03 : CHELLES (77) Les Cuizines
13/05 : LYON (69) Festival Changez d’Air
03/11 : EPINAL (88) La Louvière
04/11 : EPINAL (88) La Louvière
Et d autres dates à venir ...

Tu es connu de tous les gens du métier, de beaucoup d’artistes, mais tu n’es pas un chanteur dit « populaire ».

Je ne suis connu que des gens qui s’intéressent à la musique, mais pas du tout du public. Si vous parlez aux gens de Da Silva, ça leur rappelle plus une entreprise de bâtiment ou un carreleur qu’un chanteur français. Je ne suis jamais à la télévision parce qu’on ne m’y invite pas. Tant pis si j’ai fait 7 albums, si j’ai écrit plus de 200 chansons pour les autres dont de nombreux tubes, notamment pour Soprano, Elsa, Hélène Ségara, Enrico Macias, Julie Zenatti, Superbus ou Jenifer, si j’ai écrit 6 livres pour enfants chez Actes Sud Junior, si j’ai joué un spectacle jeune public au Festival d’Avignon qui a été complet tous les soir, si j’ai composé deux BO de films, si je fais de la peinture qui se vend très bien, même à l’étranger…

C’est incompréhensible que tu ne sois pas plus médiatisé.

Je ne suis pas du tout en colère de cette situation. Je suis juste connu d’un certain public de fidèles qui me suit. Ces fidèles sont peu nombreux. Ma vie n’intéresse pas les grands médias peut-être parce que je ne sais pas être totalement consensuel. Ou alors, je n’ai pas la tête de l’emploi. Je suis peut-être trop moche.

N’importe quoi !

Si. Les chanteurs qui passent à la télé, ce sont de beaux gars et de belles filles. Sache en tout cas, que ça ne me fait pas de peine.

Heureusement, les gens du métier te font confiance.

De ce côté-là, ça va. Ils me demandent des textes pour des artistes. Ça me fait travailler et vivre. Je trouve même que certaines personnes du métier prennent soin de moi. Ils doivent reconnaître que ce que je fais n’est pas si mal. Je ne remercierai jamais assez ceux qui me permettent de pratiquer ma passion et ceux qui m’accompagnent, comme mes tourneurs et mes maisons de disque successives. J’ai une chance incroyable parce que je sais bien que je ne suis pas grand-chose dans l’économie de tout ça, mais on me permet de continuer à faire des concerts, à monter des projets de plus en plus fous. Certains sont socio-éducatifs. Je vais dans les collèges, dans les lycées, dans les prisons… Je vais partout où je peux me rendre utile, où je peux créer du lien, où je peux réfléchir autrement et ça c’est très important.

Considères-tu avoir un savoir-faire pour écrire des chansons ?

C’est exactement le contraire. Je suis souvent un type un peu dépassé. Les chansons me tombent sur la tête. Je ne maîtrise rien. Non, vraiment, je n’ai pas trop de savoir-faire. Je ne suis pas un mec qui se met à la table et qui buche des heures. Je ne sais pas faire ça.

Ça vient comment alors ?

Par excitations frénétiques.

Je ne comprends pas.

C’est comme les excitations que tu peux avoir quand tu es maniaco-dépressif. Les moments d’excitations extrêmes te font produire, produire, produire sans t’arrêter.

Tu as donc l’impression de ne pas faire d’efforts ?

Je fais des efforts tout le temps. Plus les années passent, plus j’ai l’impression de m’éloigner du monde réel et du quotidien, donc je fais des efforts pour rester un peu les pieds sur terre. Je fais même beaucoup d’efforts, mais en faisant en sorte d’avoir la politesse et l’élégance pour que ça ne se voie pas. L’effort, c’est beau quand ça ne se voit pas.

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(Photo : Richard Dumas)

La musique, ce n’est pas un travail?

Non, c’est une passion. J’essaie de transmettre des émotions, de communiquer. Communiquer ce que je ressens. Ca jaillit !

Tu es un instinctif alors ?

Oui. Mais je réfléchis aussi sur le monde. Je ne suis pas un penseur, mais je passe beaucoup de temps à penser à notre société, en tant que citoyen. Je passe beaucoup de temps à lire et à analyser ce qui est en train de se passer dans ce monde.

Que penses-tu des hommes ?

Ils sont fantastiques, même s’il y a aussi de vrais salauds. On fait avec tout ça puisqu’on sait bien qu’on est tous monstrueux. En tout cas, il y a une part de monstruosité chez tout le monde. On avoue ou on n’avoue pas, mais on cache tous des trucs démentiels.

Tu veux dire que si on gratte chez qui que ce soit, on y trouve du pas très bon ?

Pourquoi gratter ? Qu’est-ce que tu me racontes ? Tu ne la vois pas la monstruosité chez les gens quand tu observes bien ?

Pas toujours. Avec l’âge qui avance, es-tu devenu plus calme ?

Oui. C’était nécessaire sinon j’y serais passé.

La création t’a sauvé ?

Elle m’a sauvé autant qu’elle m’a abîmé. Tu ne traverses pas des heures et des heures à créer dans différents domaines sans dommages. Tu as laissé un peu de toi quand même.

A quoi bon tout ça ?

Je suis né et, comme tout le monde, je vais mourir. Entre temps, il a fallu que je m’exprime, alors je m’exprime.

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Après l'interview, le 23 septembre 2019.

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28 octobre 2019

Marie Sigal : interview pour l'EP Les géraniums

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(Photo : Lionel Pesqué)

marie sigal,les géraniums,ep,la centrifugeuse,interview,mandorMarie Sigal « modèle une musique plus que singulière qui doit autant à Debussy qu’à James Blake, en passant par Feu ! Chatterton. De ce bouquet d’influences s’élèvent des chansons au charme étrange et contagieux, qui revendiquent le goût des mots en décloisonnant les genres » explique l’argumentaire de presse. Il poursuit : « Ces petites constructions de rêves, portées avec passion, créent de la beauté dans les recoins les plus inattendus. Marie Sigal explore les contraires et les entrechoque. S’emparant parfois de thèmes aux limites du malaise pour mieux les sublimer, elle nous embarque entre cimes et abîmes, dans des mélodies vives et enivrantes. » 

Je ne connaissais pas Marie Sigal, mais quand j’ai reçu son EP, j’ai été surpris par l’originalité de ses chansons. Un peu de Christine and the Queens et un peu de… je ne sais pas. D’elle-même. Mais j’ai été conquis.

Son site internet.

Sa page Facebook.

Pour écouter l'EP.

C’est dans un bar de la Gare Saint-Lazare que nous nous sommes donné rendez-vous, le 15 octobre dernier pour une première mandorisation.

Biographie officielle :marie sigal,les géraniums,ep,la centrifugeuse,interview,mandor

Marie Sigal est chanteuse-pianiste et auteure-compositrice-interprète. Après une formation classique en conservatoires, elle crée un projet éponyme de chanson et de pop qui l’amène à sortir trois disques (2011, 2014 et 2019) et à se produire en France et à l’étranger.

C’est aux Etats-Unis que Marie Sigal vient chercher l’inspiration pour son dernier EP, Les géraniums, composé intégralement en français. En résidence américaine, elle se reconnecte à ses racines, écoute et lis en français, comme une plongée en soi. Une langue révélée à elle-même. Marie participe à des projets aux esthétiques diverses : BO du documentaire Arte Brice (réalisation : Sandrine Mörch) primé au festival de Deauville Green Awards en 2017 ; diverses bandes originales pour compagnies de danse – compagnie Myriam Naisy et Parascom notamment – et de théâtre ; Trio Tenza (world music) ; lectures musicales auprès d’écrivains et de poètes français et américains…

marie sigal,les géraniums,ep,la centrifugeuse,interview,mandorInvestie dans la transmission de sa passion, Marie Sigal mène régulièrement des actions culturelles et pédagogiques.

Découvrez tous ses projets parallèles sur le site www.lacanopeedemariesigal.com

Le projet Marie Sigal parcourt les scènes : Trois baudets (Paris), Virginia Center of Creative Arts (USA), L’appart (Bangkok), Festival de Marrakech, Fondation Boris Vian (Eus), Forum Léo Ferré (Ivry), Festival Détours de chant (Toulouse), Pause Guitare (Albi), Festival de Carcassonne, Voix de femmes (Maury), Palais des rois de Majorque (Perpignan)… Et les premières parties: Barbara Carlotti, Thomas Fersen, Peter Van Poehl, Elysian Fields, Nosfell, Florent Marchet, Coming Soon, Daphné

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(Photo : Lionel Pesqué)

marie sigal,les géraniums,ep,la centrifugeuse,interview,mandorInterview :

Ton dernier album, The Nature Of, date d’il y a cinq ans et tu chantais en langue anglaise. Tu es partie aux Etats-Unis et tu reviens avec un EP en français. C’est étrange.

Je suis très paradoxale. J’ai gagné un concours qui offrait une résidence aux Etats-Unis. Je suis arrivée dans ce pays pour vivre mon « american dream ». Là-bas, j’ai composé quasiment un album. Je ne vivais qu’avec des artistes américains et au bout d’un moment, j’ai voulu me reconnecter à mes racines. J’ai commencé à réécouter les Rita Mitsouko, à beaucoup écouter Gainsbourg, Bashung, Feu ! Chatterton, Christine and the Queens, beaucoup de rap français, j’en passe et des meilleurs. Mes collègues américains ne connaissaient rien de ce que j’écoutais. La seule artiste française qui est connue, c’est Edith Piaf. Dans l’avion du retour, je me suis dit qu’il fallait que mon album soit en français parce que c’était mes racines et que c’était ce que j’étais. Il fallait que j’arrête de penser et parler une autre culture que la mienne.

Tu évoques Christine and the Queens. Le premier titre de ton EP, « Beauté » m’a fait penser à son univers. A tort ou à raison ?

A raison tort (rires). Parce que c’est complètement inconscient. Je ne suis pas fan de tout, mais elle m’a nourri avec sa nouvelle manière de placer le français sur une musique très anglo-saxonne.

Selon toi, ta musique est anglo-saxonne?

Je ne sais pas quoi répondre à cette question. Je suis musicienne, alors je ne cherche pas à faire de la musique française. « Wagon-lit » et « Vapeurs », c’est un peu de la musique de film. Ce ne sont pas des chansons traditionnelles, en tout cas. « Géranium » est très connotée Gainsbourg, je trouve. « Le bât blesse », ce serait plutôt Bashung. C’est encore un EP sous influence. Pour l’album, j’essaie de sortir de mes influences.

Clip de "Les géraniums".

Tu es une vraie musicienne. Tu as fait les Conservatoires de Bordeaux et de Toulouse.marie sigal,les géraniums,ep,la centrifugeuse,interview,mandor

J’ai commencé le piano à 5 ans, mais je suis rentrée très tard au Conservatoire. J’ai bossé cet instrument comme une folle de 16 à 19 ans. J’ai aussi suivi des cours de chant, mais je n’ai pas poussé les études jusqu’au bout parce que je n’avais pas envie de faire du lyrique. J’étais passionnée de musique baroque. Toujours aujourd’hui d’ailleurs. J’ai aussi beaucoup chanté de chant sacré.

Tu as quitté le Conservatoire un peu fâchée. Pourquoi ?

Le classique ne me correspondait pas, l’institution était trop lourde, il y avait trop de concours, de compétitions et j’avais des besoins créatifs et de liberté. J’avais des projets avec la danse, le théâtre, le documentaire, avec de la pop, de la musique contemporaine…

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(Photo : Lionel Pesqué)

marie sigal,les géraniums,ep,la centrifugeuse,interview,mandorTu as aussi fait des études de psychologie avec succès. A tel point que c’était ton premier métier. Ça te sert dans la musique ?

Oh que oui ! Ça m’a permis d’être dans l’empathie et l’amour de l’humain. La musique c’est un média dont je me sers pour me connaitre, pour connaitre les autres, pour parler à mes contemporains. Etre musicien, c’est être humain. On peut parler avec ou sans mots. Avant, je ne disais pas que j’étais psychologue, mais aujourd’hui, je vois du lien avec tout mon parcours. Je me sers aussi de la psycho dans mes relations avec mes équipes, avec les autres musiciens, avec les professionnels. Ça me permet de comprendre beaucoup de choses et de sortir d’éventuelles situations conflictuelles. Beaucoup d’artistes, s’ils ne sont pas psy, ont une connaissance de l’humain et sont ultra sensibles. Tu lis Bob Dylan ou Patti Smith, tu te dis qu’ils ont passé leur vie à lire celle des autres dans les cafés, les lieux publics, les livres et les rencontres.

Un artiste doit être très observateur du monde qui l’entoure.

Tout à fait. D’ailleurs, j’ai le secret espoir d’écrire un jour une chanson personnelle qui devienne universelle, avec des mots simples, et qui touchent des tonnes de gens.

Clip de "Le bât blesse".

marie sigal,les géraniums,ep,la centrifugeuse,interview,mandorPour le moment, tes textes peuvent avoir des doubles lectures. C’est le cas de « Le bât blesse » par exemple.

C’est pour ça que j’aime Bashung et ses auteurs, à commencer par Jean Fauque. Je peux aussi aimer de la variété comme ont pu en faire des Michel Berger ou des Daniel Balavoine. Bref, « Le bât blesse » est une chanson très interne, qui est partie de loin pour moi. J’ai touché des choses pas forcément faciles, alors j’ai eu besoin d’une couverture qui m’enrobe. La poésie est une belle couverture. J’aime qu’un texte ait plusieurs facettes et que chacun y puise ce qu’il veut, ce qu’il ressent.

Dans tes clips et sur la pochette, tu te montres très sensuelle.

Ce disque est une première étape. Ce n’est pas très joli comme expression, mais c’est comme si j’enlevais des couches d’oignon. Il fallait que je me retrouve un peu à poil. J’étais quelqu’un de très complexée et ce projet me permet de me mettre en lumière et de mettre en lumière mes recoins les plus inattendus. Me mettre en maillot de bain sur la pochette de mon disque et me montrer en lingerie dans un clip un peu érotique, je n’en reviens toujours pas. Je crois que j'aime avant tout sortir de ma zone de confort et jouer avec les codes et les genres. Ce projet me permet de libérer la féminité mais aussi la masculinité que j'ai en moi.

Sur scène, il y a beaucoup de corporalité, avec la danse notamment.

Je danse beaucoup sur scène. Il n’y a pas de vraie chorégraphie, c’est plutôt du lâcher-prise avec mon corps.

Tu règles des choses avec cet EP ?

Oui. Je n’ai jamais été aussi bien dans ma peau qu’aujourd’hui. Ça me soigne et ça me fait du bien de sortir ces choses-là. Je sens que la légèreté arrive et ça me procure un bien fou.

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(Photo : Lionel Pesqué)

Tes musiques sont plutôt tristes et contemplatives. Dans l’album, il y aura aussi de la légèreté dans la musique ?

Oui, car j’adore la musique dansante. Je t’assure qu’avec l’album à venir, je vais sortir de mes habitudes. Je me reproche quelque chose. Mes productions discographiques ne dégagent pas l’énergie scénique. Comme je suis très perfectionniste, j’ai tendance à aplanir. Je mets un peu de pastel un peu partout, alors que sur scène, je suis plus rauque et rock, plus énergique en tout cas. 

Il est fini cet album ?

Presque. Il manque deux chansons. J’ai les textes, mais pas encore les musiques. Il me manque aussi du financement. Nous allons donc faire appel à un financement participatif. J’aimerais que l’album sorte début 2020.

Clip de "Beauté".  

« “Beauté”, c’est un clip en noir et blanc à la peau nue. J’y utilise mon corps comme une pièce vivante de musée : il est mouvant et soumis au sombre, au cadre, aux aspérités, à un désir de libération. Ce corps est vulnérable, imparfait, vivace, et c’est ça qui le rend beau, je crois. J’ai coréalisé le clip avec Lionel Pesqué, car outre le fait que j’admire son travail depuis des années, il est photographe avant d’être vidéaste. Je voulais un regard neuf, plus cru et esthétique, inspiré du photomontage, notamment de La jetée de Chris Marker. Nous avons tourné le clip en deux heures, un matin au réveil, sans maquillage, sans artifice ni superflu. C’était assez pulsionnel. Juste ma musique, le corps, et nos regards comme alliés. Joakim Coutouly est venu sublimer le tout par son montage rythmé et sensible. » (explications du clip données à Longueur d'ondes

Tu te sens plus chanteuse que musicienne ?

Chanteuse, c’est être musicienne et poète. Pour moi, tout est musique. Les gens qui parlent dans ce bar, le son des enfants, les verres qui s’entrechoquent… c’est de la musique tout ça.

Donc, je suis chanteur aussi ?

Oui, bien sûr. D’ailleurs, je donne des stages pour prouver aux gens qu’ils ont tous le droit de chanter. Dans le dernier stage, j’avais une fille qui n’était pas une chanteuse à voix, elle a chanté trois notes et elle nous a fait pleurer. Elle est arrivée tellement chargée sur scène que l’émotion a débordée.

J’ai remarqué que tu chantais différemment selon les chansons.

Tu me fais penser à une scène en studio avec Olivier Cussac, mon coréalisateur. Il n’arrêtait pas de me dire que j’étais en train de lui faire une autre voix. Mais moi j’adore ça. Je suis un peu une chanteuse caméléon. Je chante différemment selon la langue, les genres de musique ou les projets.

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Release party au Warlus, le 25 octobre 2019. (Photo de Mandor)

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Release party au Warlus, le 25 octobre 2019. Avec ses choristes féminines d'un soir… (Photo de Mandor)

Tu joues avec trois musiciens sur scène et sur l’EP. Des jazzeux.

Il y a Noam Lerville à la guitare, Philippe Burneau aux claviers et à la basse et Théo Glass à la batterie. Ce sont de vrais instrumentistes et j’aime leur liberté et leurs propositions. Je précise que ces musiciens ont un vrai attrait pour le texte et pour la chanson.

Toi qui viens du classique, tu aimes le jazz ?

C’est justement parce que je viens du classique que j’aime le jazz. Ça m’emporte ailleurs sans que je ne maîtrise rien et c’est le contraire du classique. Mais je t’avoue que je suis moins fan de la musique que de la pratique. J’adore improviser parce que ça me met en danger.

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Olivier Cussac, Marie Sigal et Philippe Waterballs au Studio Condorcet.

Vous vous êtes bien trouvés avec Olivier Cussac.

Il vient du classique, du jazz, du rock, de la musique de film. Il touche à tout. Je me suis beaucoup retrouvée dans ses différentes facettes. Ensemble, on a pu aller partout.

Parlons littérature. Tu lis beaucoup ?

Oui. Surtout de la poésie.

J’ai vu une photo de toi avec des livres dont un d’Andrée Chédid.

J’adore cette poétesse. C’est simple, mais profond et intime. Je trouve que les mots, on se les enlève du corps. Je n’aime pas trop la poésie romantique, je préfère la poésie contemporaine. J’aime aussi les Haïkus. J’en lis beaucoup, partout. Un livre de poésie ou d’Haïkus on peut le prendre dans n’importe quel sens et à n’importe quel moment. J'aime cette liberté.

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Après l'interview, le 15 octobre 2019.

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27 octobre 2019

Boucan (Mathias Imbert, Brunoï Zarn et Piero Pépin): Interview pour Déborder

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(De gauche à droite : Mathias Imbert, Bruno Zarn et Piero Pépin. Photo : Anna Mano)

boucan,mathias imbert,brunoi zarn,piero pépin,déborder,interview,mandorTrois musiciens iconoclastes venant d’univers différents se sont réunis pour proposer un disque au métissage musical impressionnant. C’est certain, Mathias Imbert, déjà mandorisé là en 2007, là en 2016 et en 2018 avec Bancal Chéri (contrebasse et chant), Brunoï Zarn (guitares, banjo et chant) et Piero Pépin (trompette) n’aiment pas cloisonner. Ils s’amusent à bousculer les lignes et sauter de case en case. Tant mieux ! Boucan, c’est donc le nom de ce trio infernal, ne vient pas de sortir le disque le plus populaire qui soit (sortir de la route n’est pas en France signe de succès annoncé), mais certainement le plus intéressant musicalement de ces derniers mois.

Vous pouvez écouter l'album Déborder ici.

Leur page Facebook.

Leur site officiel.

Le 15 octobre dernier, j’ai rencontré ces trois musiciens hors pairs dans un café parisien.

Biographie officielle par DC SHELL :boucan,mathias imbert,brunoi zarn,piero pépin,déborder,interview,mandor

On est prévenus dès le titre de l’album : Déborder. Ça va déborder. Déborder des vases clos et étanches où, séparément, macéraient le rock, la poésie, le jazz, le punk, la vie, et le reste. Car Boucan brasse tout cela dans un bordel inspiré, jouissif et iconoclaste. Un boucan, au départ, désignait un lieu de débauche. Et ce Boucan-ci est un putain de trio. Un ménage à trois accouplant, sous le maquereautage génial de John Parish, un lutin punk facétieux malmenant une contrebasse plus grande que lui, Mathias Imbert (Jim Murple Memorial, De Rien et Imbert Imbert) – un colosse aux doigts de fée prolongés d’une guitare ou d’un banjo, patibulaire mais presque, Brunoï Zarn (Le Roi Nu, Kestekop, Double Hapax) – et un spectre solaire bien embouché d’une trompette, Piero Pépin (Le Tigre des Platanes). A la voix, c’est tantôt l’un, l’autre, ou le troisième larron en foire, voire les trois à la fois en un tohu-bohu d’hurluberlus emboucanés.

boucan,mathias imbert,brunoi zarn,piero pépin,déborder,interview,mandorUne palanquée de décennies plus tard, les vrais héritiers de « Sandinista », c’est finalement… EUX, ces francs-tireurs partisans des marges urbaines !
Boucan, et leur brûlot trempé de gazoil clandestin, d’hymnes despérados à la fraternité des dépossédés, d’instant-chronicles surréalistes qui suintent d’une humanité franche, d’hymnes de ramblas à pochards paumés…
Composition du stupéfiant : une base mixte, dosant le bluegrass, Ferré, les chants de matelots, John Lee Hooker et le Grand Serge. Filtrée au zéphyr du Wild West. Frappée au tamis surréaliste.
Distillée au soleil du Deep South.
Les additions d’ingrédients sont dispensées à l’humeur, pas de formatage, pas de calibrage ici, juste de la pulsion chaleureuse, de l’intuitif, du charnel, du passionnel.
La contrebasse de marlou swingue, le bugle miaule, le banjo rattle furieusement et les choeurs punkifient dans une furia de chansons néo-réalistes, cinglées par une ironie de bon aloi et parfumée au sang des poètes…
Boucan, les Dos Passos de la Zone Perdue !

« Ce premier album restera l’un des plus étonnants de l’été. » fff TELERAMA

« Boucan a vraiment son propre son. » JOHN PARISH

« Ce premier album ne ressemble à aucun autre. » ROCK & FOLK

« On dit que le calme peut annoncer une tempête et c’est bien ici le cas. » FRANCOFANS

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(Photo : Anna Mano)

boucan,mathias imbert,brunoi zarn,piero pépin,déborder,interview,mandorInterview :

Vous vous êtes rencontrés il y a 3 ans, mais tout à fait par le fruit du hasard.

Brunoï Zarn : Après un vernissage, il y a eu une soirée où tous les musiciens présents ont fait un bœuf. Nous étions une vingtaine, mais nous trois, nous avons décidé de nous revoir. On avait compris que ça collait bien entre nous. C’est ce qu’on a fait trois fois et on a décidé de monter le groupe Boucan.

Mathias Imbert : A la fin de cette fameuse soirée, c’est Piero, que je connaissais déjà un peu, qui m’a dit qu’il fallait faire quelque chose avec ce guitariste, Brunoï. C’est le son que nous avions tous les trois qui collait bien entre nous. Dès la première répétition, on a eu la confirmation que nous étions faits pour jouer ensemble.

Piero Pépin : Brunoï est venu me voir ce soir-là et il m’a dit un truc génial : « j’ai fait des morceaux pour guitare et trompette, mais je ne connais pas de trompettiste. » J’ai trouvé ça formidable, donc on a tenté le truc.

Clip officiel de "Déborder". Images, Montage : Yaka. Regard chorégraphique : Patricia Ferrara. Décors : Anna Mano. Musique : Boucan. Avec l'aimable participation de Thierry "Le Druide" Giralt dit Gisto, Anna Mano et Keramsi

Le style musical… les styles musicaux, devrais-je dire, vous les avez trouvé dès le départ ?

Brunoï Zarn : Ça s’est fait naturellement. On vient de styles différents, mais nous avons une culture similaire et surtout, nous sommes très ouverts et curieux. Mathias vient de la chanson, mais il fait aussi du rock, Piero vient du jazz, mais il était batteur dans un groupe punk rock et moi je viens du rock’n roll, mais j’ai joué bien d’autres choses.

Mathias Imbert : Et une amitié est arrivée sans crier garde.

Piero Pépin : Tout de suite les grands mots ! (rires.)

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(Photo : Anna Mano)

Les journalistes tentent toujours de décrire votre style : jazz, jazz fusion, punk, rock…

Brunoï Zarn : Nous n’avons aucune barrière.

Mathias Imbert : Effectivement, nous n’avons pas envie de nous laisser envahir par les barrières. Mais pour le site de notre tourneur, il a fallu que l’on trouve une définition de ce que fait Boucan. On a trouvé : poésie rock-jazz-folk.

Un peu free jazz aussi, non ?

Piero Pépin : Un très bon ami musicien m’a fait cette réflexion un jour : « free jazz, ça ne veut rien dire parce que si le jazz n’est pas free, ce n’est pas du jazz ». Le jazz est forcément quelque chose de libre. Cela dit, avec Boucan, je n’ai pas l’impression que l’on fait du free jazz.

Brunoï Zarn : Comme on ne fait pas du punk, ce sont juste des accroches pour construire notre musique.

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(Photo : Anna Mano)

En tout cas, ça donne une musique libre et indomptable, je trouve.

Mathias Imbert : La construction d’une chanson peut être très établie : intro, couplet, refrain. Nous avons voulu sortir de ce systématisme. Sortir des cadres peut aussi surprendre l’auditeur au point de le perdre. La plupart des gens préfèrent se retrouver dans ce qu’ils connaissent déjà. Comme la musique expérimentale alimente notre univers, les surprises que nous apportons peuvent éventuellement effrayer.

Piéro Pépin : On a demandé toute sa vie à Nino Ferrer de chanter « Le téléfon » et « Les cornichons », alors qu’il a créé des chansons magnifiques. Il a fait des disques splendides qu’il ne vendait pas. Il a fini par se foutre en l’air.

J’aime bien l’idée que vous décloisonniez la musique. En France, on n’aime pas trop ça…

Brunoï Zarn : En France, des gens qui décloisonnent, il y en a plein et depuis longtemps. Mais on ne les entend pas. Je pense à Jean-François Pauvros ou à la contrebassiste Joëlle Léandre.

Mathias Imbert : Non, mais là, tu parles de musiciens qui sont cloisonnés dans leur style. Joëlle fait de l’improvisation expérimentale, mais finalement, ça recloisonne.

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Boucan, comme le dit un journaliste, « c’est un bordel inspiré et iconoclaste » ?

Piero Pépin : Ca nous va très bien.

Vous parvenez à écrire et composer facilement ensemble ?

Brunoï Zarn : Il y a des chansons qui figurent sur l’album qui sont arrivées dès les premières répétitions. Nous ne nous sommes jamais dit qu’on allait faire du jazz ou du rock… on ne se disait rien de tout cela. Je le répète, tout s’est fait naturellement.

Aucune prise de tête ?

Mathias Imbert : de temps en temps, Piero voulait mettre le B après le C alors que moi, je préfèrerais avoir le A à ce moment-là.

Brunoï Zarn : Oui, mais après, il y a Mathias qui ramène un texte et du coup, il faut mettre le C à la place du B et là… Sans rire, on travaille ensemble. On ne s’interdit rien et il n’y a pas de chef. Il y a une direction artistique, mais qui nous appartient.

Mathias Imbert : C’est une entité.

Clip de "Etrangler" par David Vallet (Scopitone Is Not Dead).

Les textes chantés par Brunoï sont de Brunoï et ceux chantés par Mathias sont de Mathias.

Mathias Imbert : C’est parce qu’on n’arrive pas à écrire ensemble. J’ai aussi essayé avec l’autre groupe dont je fais partie, Bancal Chéri, mais je n’y arrive pas. Je suis très personnel dans l’écriture. Je prends un certain plaisir à essayer de sortir des mots qui viennent de mon moi profond.

Mathias, tu écris de la même façon pour Boucan et pour Imbert Imbert ?

Mathias Imbert : Non, pas du tout. Avec Boucan, nous questionnons plus la construction d’une chanson. Avec Imbert Imbert, je trouve un intérêt à trouver une construction qui reste une chanson originale, certes, mais qui est plus « normale »… et qui me fait rester dans les clous. Avec Boucan, c’est le contraire. Je me demande à quel point un instrumental peut être considérée comme une chanson à part entière. A partir de combien de mots, une musique devient une chanson ? Dans « Etrangler », une chanson écrite par Brunoï, il n’y a que cinq mots. Est-ce déjà une chanson à texte ? Ça m’intéresse vraiment d’avoir la réponse, mais c’est difficile.

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Brunoï Zarn, Piero Pépin et Mathias Imbert aux Rockfield Studios.

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Aux Rockfield Studios, John Parish et Boucan.

John Parish dit qu’il n’a jamais entendu la musique que vous jouez ailleurs. C’est un sacré compliment, je trouve.

Brunoï Zarn : Ça nous a confirmé dans l’idée qu’on a bien fait de créer ce groupe.

J’ai lu quelque part qu’il a juste mis en lumière le foisonnement de vos idées ?

Brunoï Zarn : Il nous a complètement accompagné, sans essayer de prendre la main sur notre musique. Il a beaucoup de talent et de savoir-faire.

John Parish is talking about the recording of "Déborder", fist album of Boucan.

Ça fait du bien un regard extérieur ?

Mathias Imbert : Surtout un regard de cette qualité. Franchement, il a respecté notre travail. Ce qui nous a fait du bien, c’était une approbation de la part d’un magicien comme lui. Quand il te dit : « celle-là, elle est bonne », tu ne discutes pas.

Piero Pépin : Comme vient de dire Bruno, il a apporté son savoir-faire en termes d’expériences, de matériels et d’écoute. On a enregistré dans des conditions magnifiques dans des studios de légende au Pays de Galles, les Rockfield Studios, qui ont accueilli Queen, Dr. Feelgood, Motörhead, Iggy Pop, Bashung et tellement d’autres. Je te prie de croire que quand on joue là, on ne fait pas les malins.

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Pendant l'interview...

Vous avez ressenti les ombres tutélaires de ces artistes au-dessus de vos têtes ?

Mathias Imbert : Moi, je ne sens pas ce genre de choses, mais Piero et Brunoï oui.

Brunoï Zarn : Tu es avec John Parish dans un lieu qui a été important pour l’histoire du rock. Les propriétaires du studio te racontent des anecdotes avec des Jimi Hendrix, des Freddy Mercury ou des gens de cet acabit, ça ne peut pas te laisser indifférent.

Piero Pépin : Je suis comme toi Brunoï. J’ai pensé à tous les artistes qui étaient passés avant nous. C’est vertigineux.

Octobre 2018. Boucan au Rockfield Studio (Pays de Galles) pour l'enregistrement de leur 1er album. John Parish à la production.

Il parait que John Parish écoute toujours le tout, jamais la voix seul ou tel instrument seul…

Mathias Imbert : Même dans le mix, c’était intéressant de le voir bosser. Je n’avais jamais vu ça. Il travaille comme un instrumentiste. Il fait tourner la bande du début à la fin. Pendant une heure et demie, il travaille et ensuite il nous dit : « un truc comme ça, ça vous irez ? » Après il enregistre.

Il n’y a rien de numérique dans votre disque.

Mathias Imbert : John Parish ne travaille qu’en analogique.

Piero Pépin : C’est une manière de travailler à l’ancienne stupéfiante et d’une redoutable efficacité.

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A l'issue de l'interview, Piero Pépin, Mathias Imbert et Brunoï Zarn le 15 octobre 2019.

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25 octobre 2019

Robi : interview pour Traverse

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(c) Marikel Lahana

« Pour signer ce troisième album attendu, Robi a pris le temps. Celui de chercher sans se précipiter, de questionner pour mieux créer, d’attendre de se reconnecter à sa plus profonde nécessité. Traverse témoigne aujourd’hui d’un chemin » explique le dossier de presse. Le Mandor que je suis avait beaucoup apprécié ses précédents chemins, celui de son premier album L’hiver et la joie et celui de La cavale. Cette fois-ci, poursuit le dossier de presse, « Robi nous offre avec cet album accueillant et solaire une forme de memento mori qui semble nous dire : buvons, dansons à chaque seconde que la mort n’aura pas. Avec Traverse, sa musique reflète plus que jamais la femme, la mère, l’artiste qu’elle est aujourd’hui, engagée sur un chemin qui s’affirme, d’album en album, n’être résolument que le sien. L’élégance. »

Vous pouvez écouter l'album ici.

Le 30 septembre dernier, Robi m’a donné rendez-vous sur une terrasse d’un hôtel de Pigalle pour une troisième mandorisation.

robi,traverse,fraca,interview,mandorBiographie officielle (légèrement écourtée):

(c) Marian Adreani

Robi ressemble tout entière à sa musique, à moins que ce ne soit l’inverse. L’une et l’autre sont éprises de franchise et d’absolu, puisant leur force dans leurs contradictions intimes. Avec ce troisième album, Traverse, elle chante l’été en réponse à l’hiver d’autrefois, cherchant désormais moins le contraste et le tranchant que l’équilibre et l’harmonie.

Robi n’a jamais su faire semblant. Elle n’est pas de ces artistes qui se plient aux modes de l’instant mais de ceux qui suivent leur instinct profond, traquant sans relâche les vérités les plus nues. Habile à faire sonner les espaces entre les mots, elle scrute ses propres failles avec une lucidité implacable pour mieux parler aux nôtres. Préférant faire siens les moyens dont elle dispose plutôt que de se plier aux codes d’une industrie volontiers frileuse, elle s’inscrit dans une famille musicale où partage est le maître mot : qu’elle réalise des clips pour elle-même ou pour d’autres (Superbravo, Maud Lübeck, Maissiat), prête son tube « On ne meurt plus d’amour » à la revue du cabaret Madame Arthur ou fonde avec Emilie Marsh et Katel le label 100% féminin FRACA !!!.

La presse a cherché des filiations du côté de Joy Division, Portishead, Bashung, Barbara ou encore Dominique A – lequel lui apporte très tôt son soutien en l’invitant à assurer ses premières parties, puis en lui prêtant sa voix pour chanter « Ma route » en duo. L’hiver et la joie, son premier album, remporte en 2014 le prix Georges-Moustaki couronnant un premier album indépendant. L’année suivante, La Cavale surprend par son choix radical de tourner le dos à une formule familière (textes scandés, motifs répétés) pour s’aventurer sur d’autres terres musicales : impact mois frontal, écriture plus ample, constructions plus complexes mettant en relief un chant de plus en plus affirmé. Un album salué comme plus abouti et personnel encore que son prédécesseur.

L’album (argumentaire de presse) :robi,traverse,fraca,interview,mandor

Si l’on retrouve intactes les obsessions de toujours (le passage du temps, la mort inéluctable, la solitude inhérente à l’être humain) et la densité de l’écriture poétique de Robi, quelque chose a changé. La noirceur inquiète cède ici la place à une lumière nouvelle. Une forme d’acceptation : l’apaisement de ceux qui ont douté, tâtonné, scruté les gouffres et frôlé les abîmes pour commencer enfin à se trouver. Une manière de victoire sur les manques, les angoisses, la dureté de l’existence. La mort nous attend au bout du parcours, mais il y a tant de choses à goûter dans l’intervalle : l’éblouissement d’une vague et le plaisir des sens (« C’est dire le bonheur »), l’âge accueilli comme un cadeau précieux à l’approche de la quarantaine (« La bienvenue »). Et quand Robi s’adresse à ses deux enfants pour leur confier les âpres vérités de ce monde, c’est avec une infinie bienveillance (« Le soleil hélas »). Même quand les sujets sont graves, elle les regarde enfin sans peur.

Épaulée par Auden qui l’aide à donner corps à ces dix morceaux, elle poursuit sa quête de l’émotion la plus vraie, du mot le plus juste et de la mélodie la plus immédiate, parant sa musique d’une gamme de couleurs nouvelles, de la légèreté sautillante d’une comptine macabre (« La belle ronde ») à l’émotion d’une poignante confession (« Ma déconvenue »). La mer, le soleil, le voyage s’invitent et imprègnent les textures électros, puisant dans la terre et l’eau d’une enfance et d’une adolescence vécues entre Afrique, Calédonie et Réunion : sonorités fluides et aquatiques, rythmiques évoquant le battement étouffé d’un cœur plus serein ou de sa petite musique première. Ce périple comme chemin vers soi et vers l’autre. D’autres collaborateurs viennent d’ailleurs lui donner la main : Katel qui réalise « Impatience et paresse », Valentin Durup et Hervé qui arrangent respectivement « Chambre d’embarquement » et « Traverse », lui même co-écrit avec Mélanie Isaac.

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(c) Marikel Lahana

robi,traverse,fraca,interview,mandorInterview :

Ce troisième album me semble te retrouver plus apaisée…

Dans les deux premiers disques, j’étais dans quelque chose de l’ordre de la colère et de la rage. J’ai l’impression que je cherchais à en découdre. Ce troisième est peut-être celui de la maturité.

Je n’aurais jamais osé prononcer cette phrase.

C’est pourtant vrai. Je cherche moins à me battre. Aujourd’hui, je cherche plus à englober, à comprendre, à réfléchir et aussi plus à me donner. Dans un premier album, il y a toujours quelque chose de très cathartique, quelque chose que l’on porte en soi, souvent depuis l’adolescence. Je crois que j’ai dégueulé des choses très enfouies et de très intimes. Ensuite, on devient ce que l’on fait. Je suis enfin devenue chanteuse quand j’ai retrouvé le désir et une forme d’innocence.

Il s’est passé quatre ans entre ton album La cavale et celui-ci. C’est long, non ?

J’ai écrit un troisième album assez rapidement, puis je l’ai jeté à la poubelle en totalité. J’avais l’impression d’être dans la démarche de faire un troisième album. C’est la plus mauvaise raison pour faire un album. Je n’avais pas de raison concrète de m’exprimer. Pour avoir quelque chose à dire à dire d’essentiel, il faut vivre.

Aujourd’hui, j’imagine que tu n’as plus le même regard sur le monde et sur toi.

C’est tout à fait cela. J’avais aussi besoin de déconstruire quelque chose pour ne pas éternellement écrire le même album et creuser les mêmes sillons. Je refuse de me laisser enfermer dans une ornière. Je suis de nouveau dans l’envie.

Clip de "Le soleil hélas".

"Tourné chez elle à La Réunion, "Le soleil Hélas" , une ballade, à la manière d'un « dark zouk » , entre joie et nostalgie, entre électro et béguine, fait le lien entre hier, aujourd’hui et demain. Une adresse en filigrane à ses enfants, une réflexion en demi teinte sur la vie, sa puissance et son intrinsèque solitude. Un voyage mental et sensuel dans l’espace et le temps, de l’évocation de ses lointains ailleurs à celui de maintenant : son adolescence réunionnaise après une enfance en Afrique ( Nigéria, Sénégal, Madagascar),  partie le jour de ses 18 ans en direction de ses rêves, Paris. Il s'y dit l'horizon fini et infini de l'Homme."

Quand as-tu senti que le moment était arrivé de revenir ? robi,traverse,fraca,interview,mandor

Quand la musique est revenue en moi. Et elle est revenue quand j'ai  renoncé. A un moment, dans mon corps, je me suis dit que je pouvais vivre sans la musique. Donc, ce qui est venu derrière, c’était du désir, pas du volontarisme.

Il est écrit dans la bio que tu « scrutes tes propres failles pour parler de celles des autres ».

On ne parle jamais que de soi et de son rapport au monde. Quand on parle de l’intime, on va vers l’universel. Il n’y a rien de plus relié à l’universel que l’extrême intimité.

« Bienvenue » et « Le soleil est là » sont des chansons dans lesquelles tu t’adresses à tes enfant.

Je m’adresse à mes enfants, mais aussi à celle que j’étais et à celle qui est en devenir Ce n’est pas que ma jeunesse est finie, mais je suis à un moment de passage. Il y a quelque chose qui ne m’appartient plus. Je passe le relais. Je le ressens très fort. Dans la vitalité de mes enfants, je sens que c’est leur monde à présent. C’est beau. Grandir, vieillir, c’est apprendre à mourir. C’est un renoncement à son propre ego. Aujourd’hui, j’accompagne la colère de mes enfants, plus du tout la mienne.

Dans ce disque, il y a de l’espoir.

Dans mes morceaux que l’on m’a dits « sombre », j’y voyais une rage de vivre, quelque chose d’extrêmement vivant dans ce rapport contrasté à la mort. Je trouve qu’on oublie trop souvent que l’on va mourir. Pour moi, c’est une source d’énergie et de joie.

Clip de "C'est dire le bonheur", un titre entre lumière et nostalgie qui énonce la foi de ROBI en la parole comme sixième sens. Une parole de chaire et de vibration, qui contient en elle même tous les autres,  les continue. Une parole qui nous projette en nous même et vers l’autre. Une parole comme un geste, quand énoncer les choses, passé, présent, futur,  donne corps et sens à la vie. Sens, comme synonyme de  signification en philosophie et en linguistique. Sens comme métaphysique : raison, fondement, justification, destination, intention, ou valeur : « La vie a-t-elle un sens ? » Sens, en physiologie, comme dispositifs de perception d'informations chez les animaux, dont l’homme.

Certains trouvent-ils ce nouvel album lumineux ?

Oui et heureusement. La musique l’est davantage, mais il y a quelque chose de nostalgique dans cet album, quelque chose de plus subtil et de plus complexe quant au rapport à la vie et au monde.

Chez toi, il y a toujours une double lecture.

J’avoue que je ne me sens pas toujours très comprise. Mon écriture n’arrête pas de dire « soyons heureux parce qu’on est malheureux » ou « c’est terriblement malheureux de savoir qu’on est heureux parce que ça va s’arrêter ». Elle dit toujours le contrepoint de ce qu’elle a l’air de dire. C’est mon rapport à la vie qui est comme ça.

Malgré le fait que cet album soit plus lumineux, il y a toujours les mêmes obsessions que dans tes précédents disques, le rapport au temps et à la mort principalement.

Notre finitude est quelque chose qui m’obsède, mais pas du tout d’une façon négative. Cela me rend très joyeuse de me lever le matin, de voir le soleil et de rire beaucoup. J’ai un rapport à la fête et à la joie quasiment militant. Je me le dois à moi-même et aux autres.

Parfois, on se montre différent que ce que nous sommes, mais j’ai toujours tendance à penser que l’on est ce que l’on écrit.

On est ce qu’on écrit, on est aussi ce qu’on est dans la vie sociale. Mon écriture explique ce contraste, il me semble.

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Pendant l'interview...

Tu fais des clips pour d’autres artistes. Qu’est-ce que cela t’apporte ?

C’est une autre écriture. Je filme et je monte moi-même. Je m’accapare l’image comme la continuité du geste musical. Aujourd’hui, je ne peux pas me passer du bonheur de travailler et de réfléchir l’image. Mais je ne veux pas me professionnaliser dans ce domaine, sinon, je risquerais de ne plus avoir de parti pris personnel.

Parle-moi du label FRACA!!! que tu as monté avec Katel et Emilie Marsh.

C’est un label qui a renoncé au cynisme et à l’amertume. On est à un endroit militant où tout est collectif. Nous travaillons ensemble, les unes pour les autres, avec de la joie et de la bienveillance. On croit en la musique et aux humains… et nous pensons que la vie vaut le coup d'être vécue le plus intensément et avec le maximum de fraternité.

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Après l'interview, le 30 septembre 2019.

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20 octobre 2019

Debout sur le zinc : interview pour Vian par Debout sur le Zinc

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debout sur le zinc,boris vian,vian par debout sur le zinc,éditions jacques canetti,françoise canetti,interview,mandor« Pour fêter le 100ème anniversaire de la naissance de Boris Vian, il fallait bien un groupe de « rock littéraire» de 6 musiciens bouillonnants d’énergie pour révéler en quoi les chansons de Boris Vian percutent notre époque et notre oreille, aujourd’hui ». C’est pour cette raison que Debout sur le Zinc et les Productions Jacques Canetti viennent de faire paraître un album de 15 chansons de Boris Vian, dont 5 chansons sont inédites, Vian par Debout sur le Zinc (que vous pouvez écouter là)

Le jeudi 26 septembre dernier, deux membres éminents du groupe, Simon Mimoun (chant, violon, trompette, guitare) et Olivier Sulpice (banjo, mandoline), me donnent rendez-vous au Théâtre des Trois Baudets. Ce n’est pas le fruit du hasard parce que Debout sur le Zinc doivent s’y produire le soir même pour chanter l’album (précisément là où Boris Vian a interprété pour la première fois ses premières chansons encouragé par Jacques Canetti). Lieu donc, particulièrement symbolique.

Une tournée de 50 dates dans la francophonie est prévue en 2019-2020.

Argumentaire de presse (par Françoise Canetti, directrice des Editions et Productions Jacques Canetti :debout sur le zinc,boris vian,vian par debout sur le zinc,éditions jacques canetti,françoise canetti,interview,mandor

Entrainée par Eliette Abécassis (mandorisée là), je chavire en allant écouter Debout sur le Zinc au Casino de Paris un soir de 2010 ; à quelques encablures du Théâtre des Trois Baudets là où Boris Vian encouragé puis poussé par mon père Jacques Canetti interpréta ses premières chansons en 1955.

Debout sur le Zinc est un groupe de rock littéraire composé de 6 musiciens qui jouent d’une quinzaine d’instruments et passent du rock au jazz manouche, du blues au slam, avec des accents klezmer. 10 albums- studio, quelques 2000 concerts, ils tournent partout en France et à l’étranger depuis 20 ans. A Paris ils ont pu fouler les planches de l’Olympia, du Casino de Paris, du Trianon, du Zénith… et bientôt, avec les chansons de Boris Vian, une autre grande salle parisienne les attend fin 2020.

Nous nous retrouvons en 2018 autour des chansons de Boris Vian. Toutes les chansons choisies par Debout sur le Zinc ont été écrites par Boris entre 1951 et 1958 ; au moment où la France se reconstruisait et trouvait de nouveaux repères. A l’époque, certaines ont été censurées avant de devenir, telle « Le Déserteur » , un hymne à la Paix reconnu dans tous les pays du monde ; d’autres telle que « Ne vous mariez pas les filles » écrite en 1957 dénonce la vulgarité de certains hommes et annonce le mouvement MeToo à travers le viol conjugal.

D’autres sont restées dans les tiroirs de Boris Vian, telles « Il est tard », « On fait des rêves », « Je te veux » ; parmi les inédites de l’album.

Petite fille, je me souviens avoir vu débuter Boris Vian aux Trois Baudets. il dénonçait notamment toute forme de conformisme, de totalitarisme, de snobisme, consumérisme … il me paraissait si grand, si blême, si peu « exhibitionniste ». Il avait écrit un petit texte qui était lu avant son entrée sur scène « Certains spectateurs diront peut-être en voyant Boris Vian pour la première fois aux Trois Baudets : Comment? Mais hier encore il ne chantait pas. Qu’ils se rassurent. Aujourd’hui non plus ». Debout sur le Zinc a choisi de lui prêter ses voix et d’offrir à ses chansons d’entrer dans nos vies.

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debout sur le zinc,boris vian,vian par debout sur le zinc,éditions jacques canetti,françoise canetti,interview,mandorInterview :

Que représente Boris Vian pour vous ?

Simon Mimoun : Il y a une sorte de filiation musicale et littéraire. Je crois pouvoir dire qu’il est l’inspirateur de toute la chanson française. Brassens était fan de Vian, Gainsbourg a fait des musiques pour lui. Avec Trenet, c’est lui qui a lancé la chanson moderne des années 50 et 60.

Pourtant, depuis 30 ans que j’interroge les artistes sur leurs influences, il n’est jamais cité.

Simon Mimoun : C’est donc notre rôle de le faire redécouvrir sous ce jour-là. Vian a eu cette chance d’être étudié à l’école, du coup, il est pérenne en littérature, mais cela met une certaine distance. Il devient presque intouchable. Peut-être a-t-il même une connotation un peu intello.

Peut-on dire que l’entrée de Vian par la chanson est beaucoup plus évidente ?

Simon Mimoun : Oui. Et on se rend compte plus intensément de qui il est à travers elle. Quand on écoute ses chansons, on a l’impression qu’il écrit sur tout et n’importe quoi, mais en fait, on finit par s’apercevoir que tout est autobiographique.

EPK Vian par Debout dur le Zinc.

Il y a dans son répertoire plus de 500 chansons. C’est énorme !

Simon Mimoun : Un grand auteur écrit en général 300 chansons dans sa carrière. Vian était capable d’écrire sur tout et tout le temps. Comme il savait qu’il allait mourir jeune, il y a eu un phénomène d’urgence chez lui.

Les 500 chansons sont-elles écoutables quelque part ?

Simon Mimoun : Pas toutes. Nous, on en a récupéré quelques-unes où il y avait marqué « musique à faire ». C’est pour ça qu’il y a des inédits dans cet album. C’est nous qui avons fait la musique. Grace à Françoise Canetti, nous avons eu accès à 150 chansons, à peu-près.

Composer des musiques sur des chansons de Vian qui n’en ont pas, sacrée pression, non ?

Simon Mimoun : Non, pas du tout. Il y a bien sûr « Le déserteur » avec lequel on s’est dit qu’on allait peut-être nous manger tout cru parce que c’est une madeleine de Proust pour plein de gens. Tu sais, ce disque est un projet alternatif entre deux albums, comme nous avons l’habitude d’en faire régulièrement. Ce disque a été réalisé dans la sérénité parce qu’on fait les choses d’abord pour nous.

Françoise Canetti et Simon Mimoun, chanteur et compositeur sur TV5 MONDE.

Françoise Canetti, qui est à l’origine de ce disque, a validé votre travail ?

Simon Mimoun : Oui, mais c’était une contrainte éditoriale. Comme elle est coproductrice du disque et éditrice d’un certain nombre de chansons, nous avons dû faire un choix en fonction de ce qu’elle avait dans son catalogue. Grâce à elle, on a pu fouiller dans des cartons de Jacques Canetti et nous avons trouvé de sacrés pépites.

Olivier Sulpice : Elle a fait aussi valider des choses par la Cohérie Boris Vian (représentée aujourd’hui par Patrick Vian, Michelle Léglise et la Fond’Action Boris Vian). Ça s’est très bien passé. Ils sont venus voir le spectacle l’année dernière à Avignon. Du coup, nous sommes intégrés au projet des festivités du 100e anniversaire de la naissance de Boris Vian.

Clip de "Ne vous mariez pas les filles".

debout sur le zinc,boris vian,vian par debout sur le zinc,éditions jacques canetti,françoise canetti,interview,mandorDans le spectacle, il y a autant de Vian que de Debout sur le Zinc ?

Olivier Sulpice : Les textes sont de Vian en intégralité, mais entre les musiques que l’on a composées et les réarrangements que l’on a conçus, je trouve que c’est assez équilibré.

Simon Mimoun : Une chanson, c’est une musique, un texte et une diction. Pour moi, ça fait deux tiers dans la machinerie d’une chanson.

Qu’est-ce qui vous plait chez Boris Vian ?

Olivier Sulpice : Comme d’habitude, chez Debout sur le Zinc, chacun va prendre ce qui le nourrit. Personnellement, c’est le Paris des années 50. J’aime bien les références au jazz, à la musique vivante de Saint-Germain, à la musette…

Simon Mimoun : Ce qui m’intéresse chez Vian, c’est le personnage. Les chansons lui ressemblent tellement qu’au bout d’un moment, on rentre dans sa tête. Rentrer dans la tête d’un homme comme lui, c’est beau et fantastique. Je le répète, il sait qu’il va mourir. Même si tous les jours il y pense, il n’est pas obscur, car il est extrêmement amoureux de la vie. Il y a donc une tension dans ses textes entre son caractère et son non déni de la mort qui est hyper belle et qui donne de la profondeur de champs à toutes ses chansons.

C’est bien, de votre part, de refaire découvrir cet artiste hors norme.

Simon Mimoun : Quand j’ai demandé à Françoise Canetti pourquoi elle s’était lancée dans ce projet, elle a répondu que c’était nécessaire, car c’est un pan de l’histoire musicale de France. Je le crois profondément. Il faut magnifier l’édition de Jacques Canetti en général et Vian en particulier et faire en sorte qu’il reste à la surface de la culture commune.

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Le soir de l'interview, Debout sur le Zinc au Trois Baudets (photo: David Desreumaux/Hexagone)

Vian était #metoo avant tout le monde.

Simon Mimoun : En tout cas, dans une époque extrêmement misogyne, il ne l’est pas du tout. C’est beau et fort. Chez tous les auteurs de l’époque, Brel, Brassens et les autres, on trouve de la misogynie, pas une once chez Vian.

Il y a des Boris Vian en 2019 ?

Simon Mimoun : Il n’y a pas deux Boris Vian, mais il y a plein d’auteurs géniaux. Certes, ils ne sont pas médiatisés. On peut les voir en concert… il suffit de chercher.

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(Pendant l'interview…)

Dans le disque et le spectacle, vous avez choisi des chansons situées entre les années 50 et 58.

Simon Mimoun : C’est parce que c’est la période où il était chez Jacques Canetti.

Olivier Sulpice : Précisons qu’on a eu le droit de sortir des éditions Canetti. « Le déserteur » n’était pas chez lui par exemple.

Effectivement, c’est difficile de faire un disque sur Vian sans ce titre.

Simon Mimoun : C’était possible, mais c’était pour nous des souvenirs d’enfance. « Le déserteur », c’est un plaisir égoïste. C’est marrant parce qu’il ne disait pas que ce texte était antimilitariste, mais profondément pro-civil.

"Le déserteur" par Debout sur le Zinc.

Vous êtes fiers de cet album ?

Simon Mimoun : Oui, car nous trouvons qu’il est très réussi. Nous sommes aussi super contents du spectacle. Je ne veux pas faire de la fausse modestie, nous sommes ravis de ce projet, à tous les niveaux.

Olivier Sulpice : On est aussi fiers qu’après 20 ans de carrière, nous ayons encore du jus pour attaquer de nouveaux projets de cette envergure.

Au début, aucun artiste ne voulait chanter les chansons de Vian.

Simon Mimoun : Et c’est pour cela qu’il a commencé à les chanter lui-même, ici, aux Trois Baudets.

Olivier Sulpice : Même lui, il y a été à reculons. C’est peut-être pour cela qu’il a laissé moins de traces que Brel et Brassens.

Simon Mimoun : Je te propose un exercice sympa. Réécoute la chanson « Quand j'aurai du vent dans mon crâne » et imagine là avec la voix de Gainsbourg. Tu constateras que c’est du Gainsbourg pur jus. Vian a manqué de rendez-vous avec de grands interprètes de l’époque. Après, évidemment, il y a eu serge Reggiani, Philippe Clay, des gens comme ça, mais ils n’étaient pas là au début.

"Quand j'aurai du vent dans mon crâne" par  Debout sur le Zinc.

C’était un bon chanteur ? debout sur le zinc,boris vian,vian par debout sur le zinc,éditions jacques canetti,françoise canetti,interview,mandor

Simon Mimoun : Je ne crois pas.

Olivier Sulpice : Je ne suis pas fan de sa voix.

Simon Mimoun : Il ne peut pas avoir toutes les qualités du monde… il en avait tellement. Il était traducteur, trompettiste, écrivain, ingénieur, auteur de livrets d’opéra… Ça va, il pouvait ne pas être un grand interprète (rires).

Boris Vian était-il un homme engagé ?

Simon Mimoun : Pour moi, faire de la musique, c’est s’engager. Concernant Vian, je ne peux pas te préciser la teneur de son engagement, mais c’était quelqu’un qui pensait librement et qui ne s’interdisait aucun thème sociétal.

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Pendant l'interview (bis)...

Etait-il en avance sur son temps ?

Simon Mimoun : Par exemple, au niveau de la misogynie dont nous parlions tout à l’heure. Toi qui t’occupes aussi de littérature, tu dois avoir lu ses nouvelles. Il y en a une où il a inventé l’autolib’. Il y prônait le vol légal des voitures. Tu vas à un endroit, tu laisses tes clefs dessus, et quelqu’un qui en a besoin l’a prend et va ailleurs avec. Il a inventé ça et bien d’autres choses. Il était visionnaire.

Vian est-il méconnu aujourd’hui ?

Olivier Sulpice : Je ne pense pas. Les gens à partir de 35-40 ans le connaissent il me semble.

Simon Mimoun : Moi je trouve qu’il est méconnu en tant qu’auteur de chansons. Et je déplore un peu que personne ne connaisse vraiment son histoire alors que c’était vraiment un précurseur.

Ce disque et ce spectacle sont une forme de réhabilitation ?

Simon Mimoun : Pas du tout. Boris Vian n’a pas besoin de nous pour qu’on le connaisse. Nous proposons juste un nouvel éclairage.

Boris Vian était-il un génie ?

Simon Mimoun : Je n’aime pas utiliser ce terme car il est souvent galvaudé, mais nous n’en sommes pas loin.

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