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12 juillet 2019

Les Francofolies de la Rochelle 2019 (4) : interview Renan Luce

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C'est sur la scène du Grand Théâtre de la Coursive que Renan Luce donnera aux FrancoFolies ce soir, à 20h, la primeur de son nouvel album éponyme, avant une tournée à l’automne. Des chansons puissantes et intimes à la fois (évoquant une séparation amoureuse), aux textes poignants et poétiques, portées par une formation inattendue, en écho aux arrangements orchestraux de la chanson française des années 1960.

Toutes ses vidéos ici.

Le 11 juillet, Renan Luce est venu au service de presse pour parler de ce spectacle et de son nouvel album.

les francofolies de la rochelle,interview,renan luce,mandorInterview :

Il y a eu 5 ans de battements entre ton précédent album et celui-ci.

Les trois premières années, j’ai passé beaucoup de temps sur les routes. Ce n’est qu’à l’issue de cette période que je me suis attelé à l’écriture. Ma vie a fait que des grandes émotions m’ont traversé et m’ont inspiré cet album-là. Les chansons sont arrivées les unes après les autres, très naturellement. Mais bon, je suis aussi lent, il faut bien le reconnaître (rires). Je cherche, je fais, je défais, je construis et déconstruis… J’ai besoin de laisser reposer les choses, ensuite, cela me permet d’être plus objectif sur mon travail.

Tu avais aussi besoin de temps pour que l’inspiration revienne ?

J’avais besoin de temps pour ouvrir d’autres portes que je n’avais pas encore ouvertes. Des portes plus intimes, des thématiques plus personnelles, de nouvelles portes musicales, une nouvelle manière de composer, plus au piano…

Il n’y a que des chansons sur ta séparation d’avec la mère de votre enfant.

Cela s’est imposé sans que je ne puisse rien y faire. Ses sentiments intenses, quand ils vous traversent, ont tendance à recouvrir tout. Il est parfois difficile de regarder ailleurs, il faut un peu de temps. Cet album a été créé sur deux ans et je suis passé par plusieurs états, ce qui m’a permis d’aborder ce thème avec des angles différents.

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Renan Luce sur scène, avec sa nouvelle formation orchestrale.

Tu n’as pas eu peur de lasser les gens qui écoutent le disque avec ce même thème ?

J’ai eu cette crainte un petit peu, mais je n’ai pas pu faire autrement. Je le répète, c’est plusieurs périodes et plusieurs regards sur une séparation et sur ce que je ressens. Tour à tour de la détresse, de la tristesse, puis de l’espoir, de l’inquiétude, des remises en question…

Tes chansons sont très intimes, mais paradoxalement assez pudiques.

Dans mon tempérament, il y a déjà une pudeur qui m’incite à ne jamais aller trop loin. Ensuite, je pense que le prisme de l’écriture, la démarche plus poétique, fait qu’il y a une petite distance. J’essaie de faire quelque chose provoquant de l’émotion brute.

L’orchestration de cet album est superbe. les francofolies de la rochelle,interview,renan luce,mandor

C’est pour moi un retour aux sources musicales de ce que j’écoutais dans mon enfance. Cette chanson orchestrale des années 60 à la Bécaud, Brel ou Aznavour m’a beaucoup marqué. Il y a une telle richesse entre les vents, les cordes et les percussions, que l’on peut passer à quelque chose de très intime, très cotonneux, à quelque chose de très tumultueux. Pour ces chansons très personnelles, j’avais envie de retrouver ma musique de cœur. J’ai l’impression de revenir à mes essentiels. J’avais besoin d’être dans le confort d’une musique qui me correspond bien.

Chantes-tu de la même façon avec cette orchestration.

J’ai un souffle plus posé, plus installé, pour suivre la largesse de l’orchestre.

Ça fait du bien d’écrire des chansons si intimes ?

Bien sûr. Ça donne une distance aux évènements. Fabriquer de l’art avec des sentiments qui remuent le couteau dans la plaie, ça m’a apaisé.

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Pendant l'interview...

La principale intéressée a écouté l’album ?

Evidemment. Elle a écouté les chansons les unes après les autres. On a cette chance d’être des parents, certes séparés, mais très proches, avec beaucoup d’affection et une belle histoire. Avec ce disque, c’est ce que je voulais faire : terminer une belle histoire.

Aux Francos, ce sera quelle formation ?

Je serai avec un orchestre plus réduit que ce qu’il y a dans l’album, mais nous sommes quand même 16 sur scène. On retrouve les textures du disque : les cordes et les vents, un trio jazz, piano, contrebasse, batterie… et beaucoup d’énergie. Il y aura une force nouvelle différente de l’album.

C’est ta 4eme participation aux Francos.

Oui. Je suis venu à chaque album. C’est pour moi un passage incontournable.

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Après l'interview, au service de presse, le 11 juillet 2019.

11 juillet 2019

Les Francofolies de La Rochelle 2019 (3) : Conférence de presse (express) d'André Manoukian

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Juillet 85, première édition des Francofolies de la Rochelle.

Une idée un peu folle née un soir, très tard, de l’imagination débridée de Jean-Louis Foulquier. Vouloir créer le festival de la scène française aux pieds des tours de la Rochelle son port d’attache.
Juillet 2019, le festival célèbre sa 35ème édition ! Et pour fêter ça, André Manoukian, le pianiste et présentateur de l’émission La vie secrète des chansonssur France 3, vous invite à le retrouver ce soir pour un concert très spécial.
Avec ses amis chanteuses et chanteurs, il revisitera 35 ans de Francofolies à travers les chansons qui ont marqué l’histoire du festival.

Rendez-vous ce soir au Grand Théâtre de la Coursive à 20h00 pour une création inédite !

En collaboration avec la Sacem.

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Voici quelques précisions d’André Manoukian lors de sa conférence de presse de ce matin (et merci au journaliste se voulant spirituel qui pose des questions stupides, sans intérêts pour ses collègues présents... mais qui prennent du temps de réponse sur un temps déjà hyper limité):

Comment avez-vous choisi les chansons ?

Avec le directeur du Festival, Gérard Pont, on a choisi à travers tous les artistes qui sont venus aux FrancoFolies 22 chansons. Après, nous avons fait un casting d’artistes de la nouvelle génération parce qu’il est de notoriété publique que je chante comme un jambon. Ils ont tous une forte personnalité originale et ils amènent tous leur lumière et leur interprétation à cette histoire. Je les accompagnerais au piano avec un quatuor à cordes et je ferai le MC. On a l’impression que chaque chanteur est un invité qui vient s’intégrer dans un son. Du coup, l’homogénéité, elle est dans la musique et le fil conducteur qu’il y a à travers cette jolie histoire.

Ce soir vous raconterez l’histoire des Francos ?

Oui et l’histoire de certaines chansons, mais surtout le rapport des artistes avec les Francofoliesde La Rochelle.

C’est quoi votre souvenir principal des Francos ?

C'est  lorsque l'on s'est retrouvés sur la scène avec Liane Foly, Maurane et d'autres artistes, qui sont venus juste parce que Foulquier avait décroché son téléphone. Quand on est sur la scène du parking Saint-Jean d'Acre, on voit ce public si particulier, qui pogote... mais  sur de la chanson française. C'est  le seul festival qui existe dans notre pays, à ce niveau-là.

Que pensez-vous de la variété française d’aujourd’hui ?

Elle est morte. Aujourd’hui, il y a de la chanson française qui est devenu un genre, le rap et quelques musiques de niche qui sont en train d’arriver. Certains qui viennent du rap ajoutent d’ailleurs de la chanson pure. La grande variété est devenue une musique classique, qu’on peut revisiter. Cela fait partie de l’évolution des choses. Avant, en France, les jeunes artistes se faisaient développer par des majors. Aujourd’hui, tout ça c’est mort, chacun se débrouille dans sa “niche”, puisqu’il faut utiliser des termes de marketing. Du coup, on n’a jamais eu autant de richesses musicales et autant de genres complètement différents. On se trouve dans une autre forme de variété puisqu’on est dans un éclatement de styles et une profusion de créativité de dingue.

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Le 11 juillet 2019, conférence de presse d'André Manoukian.

Edit : Deux photos de la soirée...

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André Manoukian et ses invités, Elodie Frégé, Ben Mazué, Maissiat, Barbara Carlotti et Tim  Dup.

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André Manoukian et ses invités, Elodie Frégé, Ben Mazué, Maissiat, Barbara Carlotti et Tim Dup.

Les Francofolies de la Rochelle 2019 (2) : interview Gainsbourg for Kids

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francofolies de la rochelle,gainsbourg dor kids,françois guernier,ben ricour,cheveu,mandor,interview« À l’image de « Ce petit garçon nommé Charlie » qui se casse la figure à tous les coins de la ville, chanson touchante et pas si désespérée qu’il avait écrite pour le dessin animé Charlie Brown et qu’il avait sans doute perçu comme un miroir de lui-même, Serge Gainsbourg avait aussi sa part d’enfance. Et comme beaucoup d’enfants, il avait le goût des mots qui sonnent, et des « Shebam ! Pow ! Blop ! Wizz ! » qui explosent dans les bulles des comic-strips. De quoi donner l’envie à la dreamteam de Wanted Joe Dassin de fouiller dans le répertoire monumental de Gainsbourg, d’en extraire quelques pépites connues et inconnues, et d’imaginer ce nouveau spectacle destiné aux grands enfants et aux familles. Bienvenue dans le comic-strip des Gainsbourg for Kids ! » Ainsi est présenté officielle ce projet.

Avec : Cheveu, François Guernier, Ben Ricour.

Conception et mise en scène : Olivier Prou
Régie et création son : Stéphane Andrivot
Création lumières : Philippe Arbert

Ce matin, aux Francofolies de La Rochelle, les 3 artistes se sont produits dans la salle bleue dans le cadre des Franco Juniors. Cette scène est spécialement dédiée au jeune public, pour le plaisir des petits, mais des grands aussi !

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De gauche à droite : Ben Ricour, Cheveu et François Guernier.

Interview :

Après Nino Ferrer et Joe Dassin, voici un hommage à Serge Gainsbourg. L’idée est de faire découvrir aux enfants un répertoire qu’on entend plus dans les médias ?

François Guernier : Oui, mais c’est surtout leur faire découvrir un répertoire de 600 chansons vers lequel ils n’ont plus accès. Quel enfant connait Serge Gainsbourg aujourd’hui ? L’idée est que son répertoire devienne un élément fédérateur entre les enfants et les parents. C’est bien qu’ils aient un artiste en commun à partager.

Le répertoire de Gainsbourg est parfois sulfureux. J’imagine que vous avez choisi des chansons comme « L’ami Caouette »…

Cheveu : Il y a plein d’autres chansons qui sont accessibles aux enfants. Je rappelle qu’avant Gainsbarre, il y a eu Gainsbourg.

Ben Ricour : Et on a pioché uniquement dans Gainsbourg. Du début de sa carrière à la période reggae, fin 1970, début des années 1980. Dans des chansons comme « Laetitia », il y a des jeux de mots qui sont hyper accessibles.

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Gainsbourg For Kids aux Francofolies de Rochelle, ce matin.

Vos concerts sont scénarisés.

Ben Ricour : On ne fait pas juste de la reprise de Gainsbourg. Il y a une histoire. Nous sommes trois déménageurs qui livrons un piano au 5 rue de Verneuil, là où habitait Gainsbourg. On sonne, il n’y a personne. Que va-t-on pouvoir faire en attendant que le propriétaire arrive ? On fait des histoires, des devinettes et de la chanson. Après, je n’en dis pas plus par respect pour le public qui viendra.

Il n’y a que des chansons interprétées par lui ?

François Guernier : Non, nous avons puisé aussi dans celles qu’il a écrites pour d’autres, comme « La gadoue » pour Jane Birkin et « Pourquoi un pyjama » pour Régine…

Ben Ricour : Il y en a un peu pour tout le monde. Il y a du connu et des chansons très peu connues. Même les fans de Gainsbourg sont souvent surpris.

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Le choix des chansons a dû être draconien ?

Cheveu : Nous avons été aidés par le metteur en scène Olivier Prou. A la base chacun en avait choisi trois que l’on avait maquetté chez nous. Après, Olivier a pioché dans notre listing commun de 35 chansons. On en a pris 18 pour le spectacle.

François Guernier : Ca a mis en évidence la part d’enfance qu’il y avait chez Gainsbourg.

Et musicalement, il pouvait connecter tous les genres musicaux.

François Guernier : T’aimes le rap, tu aimes Gainsbourg. Tu aimes le funk, tu aimes Gainsbourg. Tu aimes le rock, tu aimes Gainsbourg. Tu aimes le reggae, tu aimes Gainsbourg. Tu aimes la poésie, tu aimes Gainsbourg. Ils sont peu dans ce cas à être se balader de style en style d’époque en époque.

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Après l'interview, le 10 juillet 2019, en terrasse à La Rochelle.

Les Francofolies de La Rochelle 2019 (1) : Conférence de presse d'Angèle

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(Photo après la conférence de presse: Sébastien Acker)

Les FrancoFolies de La Rochelle 2019, c’est parti ! Pour connaitre la programmation, allez faire un tour ici.

Comme l’année dernière, je vous proposerai au quotidien des interviews d’artistes.

La première, c’est Angèle qui s’est produite hier soir sur la scène Jean-Louis Foulquier. Bon, ce n’est pas une interview en face à face (son succès est tel que les demandes étaient gigantesques), mais une conférence de presse. Un exercice journalistique auquel je n’aime pas m’adonner… sauf quand je n’ai pas le choix. Angèle ne donnera plus d’interviews avant pas mal de temps, elle lève le pied sur la promotion (elle a beaucoup donné depuis un an), il est donc intéressant d’écouter ses propos post silence.

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(Photo après la conférence de presse: Mandor)

Florilège de quelques questions.

Il s’est passé beaucoup de choses pour vous en un an. Comment avez-vous vécu cette année ?

Super bien. Il y a eu plein de rebondissements. Il y a eu la finition de l’album, le mixage, le mastering ensuite l’album est sorti. A la suite de cela il y a eu une grosse phase où j’étais très présente dans les médias et, en parallèle, il y a eu la préparation de la tournée des SMAC et des Zénith. Je n’ai pas arrêté.

Vous êtes une des nouvelles voix de votre génération, comprenez-vous ce qui plait dans vos chansons aux jeunes d’aujourd’hui ?

Peut-être qu’ils se sentent compris ? Comme je parle de moi, je parle de ma génération, donc certaines jeunes se reconnaissent dans mes chansons.

Et personnellement ?

Ça a été très positif et très intense.

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Hier soir, sur la scène Jean-Louis Foulquier

C’est quoi pour vous, être chanteuse ?

C’est un métier qui demande énormément d’implications à plein de niveau. Ça peut paraitre idiot, mais pour moi, être chanteuse c’est chanter des chansons que j’ai écrites. C’est un réel exutoire de ressentir des choses et de pouvoir ensuite les exprimer en chanson. Dans la vraie vie, j’ai du mal à exprimer ce que je ressens.

L’année dernière vous étiez aux Francos au théâtre Verdière, une salle fermée, cette année c’est la grande scène mythique Jean-Louis Foulquier. Quelle évolution !

Je trouve ça agréable. On parle de mon évolution en me disant « Ça va, tu tiens le coup ? », comme si, vraiment, j’avais un métier très dur. Il ne faut jamais oublier que c’est un métier que j’aime, que j’ai choisi et que je suis très chanceuse d’exercer. Là où ça peut être difficile, c’est la fatigue physique. Elle peut avoir un impact sur la fatigue mentale. Être constamment comme ça, avec des micros autour de moi et des gens qui m’écoutent, ça me donne l’impression de devoir dire uniquement des choses très intelligentes… et je n’ai pas toujours des choses intelligentes à dire. Etre tout le temps sur scène, ça demande d’être tout le temps en forme et je ne suis pas tout le temps en forme. Quand je marche dans la rue, ça impliquerait que je sois tout le temps souriante avec les gens, et je ne le suis pas tout le temps non plus. Le gros succès est un peu déshumanisant. On attend d’un artiste qu’il soit en permanence apte à faire son métier alors qu’on devrait être en représentation uniquement quand on est sur scène.

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Hier soir, sur la scène Jean-Louis Foulquier.

Il est compliqué de rester un être humain normal ?

Oui, c’est ça qui est le plus dur à gérer. J’essaie de ne pas m’en plaindre parce que mon succès me fait vivre des moments intenses.

Dans votre chanson « Flou », vous vous interrogez sur la notoriété. Est-ce qu’un an plus tard, c’est toujours aussi flou ?

C’est toujours aussi fou, mais un peu moins flou. Il y a plus d’information à intégrer. Je suis mieux entourée qu’il y a un an. Il n’y a autour de moi que des gens bienveillants et agréables, avec qui je peux partager tous ses moments que je traverse.

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Hier soir, sur la scène Jean-Louis Foulquier

Malgré le succès phénoménal, continuez-vous à vous sentir illégitime ?

J’avance dans la quête de la légitimité. Je crois que je l’ai trouvé, c’est bon. Si j’en suis arrivée là, c’est que j’ai beaucoup travaillé pour. A force de parler de ma famille, ça m’a fait croire que tout ce qui m’arrivait était dû à leur existence et à leur présence. Je réalise aujourd’hui que ce qui m’a vraiment aidé, c’est d’avoir des parents qui m’ont soutenu psychologiquement. Tout est arrivé tellement vite que je n’ai pas eu le temps d’analyser ce qui me tombait dessus.

Pensez-vous déjà à la suite, à votre prochain album ?

Non, je ne pense pas à un prochain album, mais je ne peux pas m’empêcher d’écrire. Il y a encore des trucs qui se passent dans ma vie dont j’ai besoin de parler. C’est comme ça que je procède. Quand des évènements m’arrivent, positifs ou négatifs, quand des questions s’imposent en moi, en général, ça fini en chansons. Je ne sais pas ce que j’en ferai parce que si c’est trop personnel, peut-être que je ne les partagerai pas.

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Hier soir, sur la scène Jean-Louis Foulquier.

09 juillet 2019

Eric Genetet : interview pour Un bonheur sans pitié

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Le 5e roman d’Éric Genetet est impressionnant. Dans Un bonheur sans pitié, il évoque un sujet difficile avec tact et force, ce qui n’est pas incompatible. On rentre dans le processus vertigineux de la manipulation mentale au sein d’un couple. Evidemment les lecteurs n’en sortent pas indemnes… et peuvent éventuellement réfléchir sur leurs propres comportements.

Le 16 mai dernier, j’ai mandorisé une troisième fois (la première ici, la deuxième ) cet écrivain qui, lentement mais sûrement, construit une belle œuvre.

eric genetet,un bonheur sans pitié,interview,mandor4e de couverture :

« Je n’aurais jamais imaginé devenir cette fille-là. Personne ne peut comprendre pourquoi je ne le quitte pas, je l’ignore moi-même. »
Après quelques mois d’une passion enivrante et sans nuage, Marina sait qu’elle a enfin trouvé le bonheur avec Torsten. Mais un jour, le masque se fissure et il révèle son vrai visage. Emportée par ses sentiments, Marina pardonne inlassablement et s’habitue à l’inacceptable, jusqu’à se perdre et sombrer.
Un bonheur sans pitié est le récit d’un amour insensé, incompréhensible et fatal. Avec justesse et sensibilité, Éric Genetet raconte, sans jamais la juger, l’histoire d’un couple régi par une violence physique et morale qui engloutit leur existence et transforme leur union en prison.

L’auteur :

Né en 1967, Éric Genetet vit entre Strasbourg et Paris. Il est l’auteur de Solo, Le Fiancé de la lune, Et n’attendre personne et Tomber (prix Folire et prix de la Ville de Belfort 2016).

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L’histoire que tu racontes est arrivée à une amie à toi, c’est ça ?

Je me suis inspiré de cette histoire qu’elle m’a racontée il y a 6 ans. J’ai vite compris que bien d’autres femmes avaient vécu des évènements similaires. Elles sont les proies d’hommes qui ne cherchent que leurs bons plaisirs. Pour cela, ils sont prêts à tout, y compris à détruire la personne avec laquelle ils vivent.

Pour dresser une personnalité à ton personnage masculin, Torsten, as-tu puisé un peu en toi ?

Peut-être que dans ma vie j’ai été considéré comme un agresseur. Evidemment, je n’ai pas été jusqu’où Torsten a été lui-même, mais je suis allé chercher des choses en moi que je n’avais pas compris au moment où je les vivais. J’ai mis des morceaux de ma vie et des comportements de gens avec qui j’ai vécu. Dans chaque couple, il y a de la manipulation, même si c’est de la manipulation douce. Je ne suis ni un pervers narcissique, ni un sociopathe, mais il m’est arrivé de ne pas avoir eu de bons comportements. En partant de ça, mais en allant beaucoup plus loin, j’ai construit les personnages de Torsten et de Marina.

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Dans le livre, tu as donné la parole aux deux. Tu t’es glissé dans la peau de la victime et dans celle du bourreau. Cela donne deux visions sur une même histoire.

Quand un couple se sépare, les deux protagonistes ne savent pas toujours pourquoi. En tout cas, il y a toujours un monstre, mais ce n’est jamais le même… et surtout, c’est toujours l’autre. Même si Torsten a un problème pathologique, je voulais qu’il puisse prendre la parole pour qu’il aille au bout de son histoire.

Tu n’utilises jamais le mot pervers narcissique.

Je ne veux pas être dans le jugement. Et puis, comme c’est une pathologie et que je ne suis pas médecin, je préfère m’abstenir. Mais pour être honnête, il s’agit bien de cela.

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Lui-même n’avoue jamais qu’il est manipulateur ou pervers narcissique.

C’est le cas de toutes les personnes qui le sont. Torsten pense qu’il a raison et qu’il est dans son bon droit. Parfois même, il se victimise. Il est dans son propre système de pensée et il ne peut pas en sortir. C’est une maladie.

Marina, elle, est dans le déni total très longtemps.

Elle refuse l’idée qu’elle est avec un tyran. S’il elle avoue qu’elle est dans cette situation de victime, elle s’écroule complètement. Elle pense que ça va finir par s’arranger car elle s’accroche aux six premiers mois qui ont été merveilleux. C’est comme une drogue pour elle. Elle est prête à tout pour retrouver ce bonheur qu’elle a vécu avec lui. Elle est même prête à le sauver lui, alors qu’elle se sacrifie déjà à tous les points de vue.

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La violence est plus morale que physique.

Dans tous les témoignages que j’ai pu recueillir, il y avait plus d’emprises psychologiques que de violences physiques, même s’il y en a aussi toujours un petit peu.

Est-ce que dans tous les couples, il y a de la manipulation ?

Je ne sais pas si c’est de la manipulation, en tout cas, elle n’est pas comparable avec celle que je décris dans le livre. Je pense que pour plaire à l’autre, on est prêt à se mentir à soi-même. C’est déjà une première manipulation.

Tu ne juges personne dans ce livre.

Ce serait mal venu de ma part de juger mes personnages. Je suis très factuel. Je pose et décris les choses pour que le lecteur se débrouille avec ça.

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Pendant l'interview...

Tu racontes cette histoire avec une vraie sensibilité.

Ça me fait plaisir d’entendre ça. J’ai peut-être développé cette sensibilité avec le temps.

C’est un livre sur la violence dans le couple.

Oui, à tel point que je voulais intituler ce livre « Une femme en grand danger ». Il est clair que Marina est en grand danger. Ce livre donne peut-être des clefs pour que les femmes qui vivent la même chose s’en sortent.

Ce livre a trouvé ses lecteurs. Tu es surpris ?

Quand j’écris, je ne me pose aucune question sur le fait de savoir si ça va intéresser des gens. J’écris un sujet parce que j’ai envie de l’écrire, point barre. Je ne suis pas un faiseur de livres, je trace mon sillon littéraire. Quand j’écris, je me sens en harmonie avec le monde. Dans ma jeunesse, l’écriture était tellement loin de moi, aujourd’hui elle est devenue le centre de ma vie. Je suis très fier de cela.

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Après l'interview, le 16 mai dernier.

08 juillet 2019

Arnaud Dudek : interview pour Laisser une trace

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(Photo : Baudouin)

Dans son 6e roman, Laisser des traces (son premier livre chez Anne Carrière), Arnaud Dudek nous charme et nous étonne encore une fois.

A travers le regard d’un maire d’une ville fictive (mais tellement réelle), l’auteur s’interroge et interroge le lecteur sur l’action politique au sens noble et moins noble du terme, sur l’inutilité de certaines actions menées, sur l’intérêt d’être le premier édile de la ville si c’est pour perdre son âme... Tout cela évoqué sans cruauté, mais avec lucidité et (oui, oui) tendresse. C’est bien là l’exploit d’Arnaud Dudek : trouver un sujet qui pourrait éventuellement sembler rébarbatif (la vie d’une mairie, quoi !), et le rendre humain, terriblement humain. Passionnant, terriblement passionnant. Je pourrais dire aussi que j’ai beaucoup appris sur les rouages parfois complexes d’une municipalité, mais j’aurais peur d’être trop réducteur (et pourtant, c’est sacrément intéressant).

J’ai déjà mandorisé Arnaud Dudek en 2013 pour son deuxième livre Les Fuyants, en 2015 pour son troisième, Une plage au pôle Nord et pour son cinquième, Tant bien que mal l’année dernière, tous chez Alma Editeur.

Le 3 juillet dernier, il m’a donné rendez-vous près de La Bibliothèque François Mitterrand pour une nouvelle conversation.

arnaud dudek,laisser des traces,interview,mandor,anne carrière,jean-baptiste gendarmeArgumentaire de presse :

Mais qui est donc Emma Nizan, cette jeune femme qui cherche à rencontrer le maire fraîchement élu de Nevilly ? On ne le sait pas, puisque Maxime Ronet s’efforce, bien malgré lui, de reporter ce rendez-vous. Une fois, deux fois, trois fois… Le jeune Ronet espère faire de la politique autrement, il veut bouger les lignes, être disponible pour chacun de ses administrés… Mais la gestion quotidienne de sa commune de 59 629 habitants et de 86 millions d’euros de dépenses annuelles de fonctionnement va lui faire perdre de vue la raison de son engagement. La rencontre ratée avec Emma Nizan vient le rappeler à l’ordre…

Dans le style qui le caractérise depuis son premier roman (Rester Sage, Alma 2012) – chapitres aussi courts que ses phrases – et avec la légèreté de celui qui ne se prend pas au sérieux, Arnaud Dudek aborde des sujets au plus près du quotidien, et raconte les gens ordinaires avec tendresse et bienveillance par petites touches, le sourire en coin.

L’auteur : arnaud dudek,laisser des traces,interview,mandor,anne carrière,jean-baptiste gendarme

Arnaud Dudek vit et travaille à Paris. Selon des sources concordantes, ce garçon discret serait né à Nancy, en 1979. Dans ses nouvelles (pour la revue littéraire Les Refusés ou pour Décapage) et dans ses romans (la plupart publiés chez Alma), il raconte les gens ordinaires avec humour et tendresse. Son premier roman, Rester sage (2012) a fait partie de la sélection finale du Goncourt du premier roman et a été adapté au théâtre par la Compagnie Oculus. Le second, Les fuyants (2013), a été sélectionné pour le prix des lycéens et apprentis de Bourgogne. Le troisième, Une plage au pôle Nord (2015) est traduit en allemand. Viennent ensuite Les vérités provisoires (2017) et Tant bien que mal (2018). Laisser des traces (2019) est son 6e roman.

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arnaud dudek,laisser des traces,interview,mandor,anne carrière,jean-baptiste gendarmeInterview :

Laisser des traces n’est pas un roman aussi « dudekien » que d’habitude.

Justement, il était temps que je sorte de ma zone de confort au profit d’une nouvelle méthode de travail. J’avais envie de changer de mes personnages d’hommes habituels : les doux rêveurs, les antihéros et les gens cabossés. Là, j’emprunte une autre voie en consacrant un livre à une personnalité plus forte. Pour se faire, j’ai décidé de creuser l’échelon local de la politique.

Dans la littérature ou dans les séries, les maires sont souvent arnaud dudek,laisser des traces,interview,mandor,anne carrière,jean-baptiste gendarmecaricaturés.

Oui, je sais bien. Don Camillon contre Peppone par exemple. Les maires sont souvent en arrière-plan ou en sujets humoristiques, comme dans la série de TF1 Père et maire. Dans les séries dites « sérieuses », on est toujours sous les ors de la République. C’est de la politique fiction au niveau présidentielle… Du coup, mettre en avant un maire me paraissait intéressant à raconter. J’ai essayé d’être le plus réaliste possible sans être trop lié par le quotidien.

arnaud dudek,laisser des traces,interview,mandor,anne carrière,jean-baptiste gendarmeCa a impliqué que tu te documentes.

Je me suis documenté avec des revues spécialisées comme « Le courrier des maires » et « Edile ». J’ai regardé aussi pas mal de documentaires. J’ai obtenu des rendez-vous avec des élus. J’ai interrogé quelques maires par mails et en ai rencontré plusieurs en face à face, dont un député qui m’a consacré pas mal de temps.

Tu n’as pas été victime de langue de bois ?

Pour éviter le vernis politique, j’ai posé quelques questions naïves et ça m’a permis d’avoir des réponses sincères. J’ai réussi à obtenir quelques confessions sur le pourquoi du comment de l’engagement et sur l’organisation d’une mairie.

T’es-tu servi des réseaux sociaux ?

Oui, parce qu’il y a beaucoup d’élus qui sont connectés. Il y un compte Twitter qui est pas mal suivi, Petit maire. Il est moins présent sur le réseau en ce moment, mais il racontait le quotidien d’une mairie rurale. J'ai appris beaucoup.

Après, tu as fait le tri des informations emmagasinées ?

C’est exactement ça. Je n’avais pas vocation à écrire un documentaire, mais il fallait poser l’action et raconter une histoire. C’était la deuxième étape et pas forcément la plus facile. L’angle de l’engagement me paraissait intéressant. Pourquoi fait-on de la politique ? Quelle trace veut-on laisser dans le quotidien des gens ? Là, comme on est sur l’échelon local : crèches, aides au quotidien, relogements, migrants… avec un budget souvent limité et le poids de l’intercommunalité qui s’ajoute à cela, fort décrié par de nombreux maires.

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Tu portes ce projet en toi depuis quand même quelques années, je crois.

J’ai toujours été passionné par la politique. Même gamin, je suivais les débats et les émissions politiques.

C’est peut-être une question d’éducation ?

Mes parents non jamais été militants, même si le vote a toujours été très important. Ni eux, ni moi n’ont séché une élection. Le devoir démocratique a toujours été important dans la famille.

Plutôt une famille de gauche ?

Oui, mais déçue par le socialisme d’aujourd’hui, cela va sans dire.

Tu as même tâté du syndicalisme étudiant quand tu étais à la Fac.

Oui, mais ça n’a pas duré très longtemps. La façon dont les choses étaient faites ne m’a pas convaincu. On était déjà dans du bourrage d’urnes. J’ai assisté à de la triche, ça m’a vite dégoûté.

Donc, c’est un sujet qui te tenait à cœur depuis longtemps.

Oui, d’ailleurs, il y a toujours eu un fond politique dans mes romans, mais ça n’a jamais pris le premier plan.

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En lisant ton livre, je me suis dit qu’un maire avait beaucoup d'actes de présences obligatoires et peu intéressants.

A partir du moment où on franchit une certaine taille de commune, la représentation prend un poids assez important. Un élu m’a dit que c’était une manière de tisser du lien social. D’autres préfèrent avoir les mains dans le cambouis, agir et faire des choses plus constructives que de la représentation. Le maire de mon livre, Maxime Ronet, se demande si ce qui ne l’intéressait pas, ce n’était pas plus la conquête du pouvoir que son exercice. Dans le cadre d’un parachutage, il a pris énormément de plaisir à conquérir.

C’est quoi son parcours ?

Il n’est pas du cru. Au départ, c’est un apparatchik. Il a fait des études autour des sciences politiques. Il a fait ses armes dans les couloirs d’un parti politique. Il a commencé par apporter des cafés, puis rédiger des dossiers et à avoir de plus en plus de poids dans le décisionnel. Petit à petit, il a gravi tous les échelons. Un jour, il est parvenu à se frotter au suffrage universel. C’est un parcours assez classique. Je me suis pas mal inspiré de trentenaires du PS qui ont pu avoir un parcours similaire.

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arnaud dudek,laisser des traces,interview,mandor,anne carrière,jean-baptiste gendarmeTu as des noms ?

Des gens comme Boris Vallaud ou Gabriel Attal par exemple, pour les plus jeunes.

En tout cas, je trouve Maxime Ronet plutôt sympathique.

Ça a été toute la difficulté. Il fallait que je trouve un juste milieu entre le requin aux dents longues et la jovialité de cette personne.

Dans les 40 premières pages, il est assez lisse.

On ne peut pas lui trouver d’aspérité, parce que je voulais que le lecteur y mette ce qu’il voulait derrière. Il est aussi un peu charmeur et séducteur, mais c’est normal parce qu’aujourd’hui, on est plus comptable d’une communication que d’un bilan. Il fallait que je trouve cet équilibre entre les fissures qui arrivent petit à petit et ce côté assez jovial et lisse.

Tu écris : « En politique, les ennemis intérieurs sont plus dangereux que les véritables adversaires ».

C’est valable dans tous les milieux à partir du moment où il y a du pouvoir. Dans une mairie, les adjoints ou les vice-présidents veulent devenir calife à la place du calife. L’opposition est parfois plus constructive. Les maires ont souvent plus à craindre de ses alliés que de ses vrais opposants.

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Tu n’as pas eu peur d’être un peu chiant en décrivant la vie d’une mairie ?

Complètement. J’ai encore des doutes (sourire). Il fallait du rythme et ne pas verser dans le documentaire.

Ton maire a une secrétaire, Alice Larchet. Un personnage essentiel de ce roman.

Je ne voulais pas être dans la caricature de la secrétaire indispensable, mais elle l'est. Elle est la voix de la sagesse, elle rappelle les rendez-vous, elle surveille si tout se passe bien. Elle est aussi là pour le soutenir quand ça va moins bien.

Je l’aime bien parce qu’elle est normale.

Tu as raison. Je me suis amusé à la construire à petites touches. J’ai voulu qu’elle ne soit pas trop dans l’admiration de son maire ou trop dans l’esprit critique. Mon éditeur, Jean-Baptiste Gendarme, m’a aidé a trouvé la bonne note pour chacun des personnages. Il ne fallait pas qu’elle soit trop minorée, ni trop importante. Je ne voulais tellement pas la représenter comme la candide secrétaire.

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Pendant l'interview...

Tu aimes bien ce milieu ?

En tout cas, il est intéressant à observer et à creuser, mais ça ne m’a pas donné envie de me présenter à des élections. Cela dit, ça m’intéresserait d’apporter ma pierre à l’édifice en prolongeant ça avec une œuvre de fiction.

Un jour, il arrive quelque chose à Emma Nizan, une jeune femme qui a demandé rendez-vous maintes fois à Maxine Ronet, sans succès. Et là, l’édile change du jour au lendemain. Son humanité ressort enfin.

Il a tellement privilégié sa carrière et certaines actions par rapport à ses propres rendez-vous à la mairie, qu’après cet évènement, il se remet complètement en question. Ce qui arrive à cette administrée à la moitié du livre vient le rappeler à l’ordre.

Tu l’aimes bien Maxime Ronet ?

Oui, comme tous mes personnages, sinon, je ne vais pas au bout de mes histoires. Il faut que j’ai de l’empathie, que je le comprenne, pour pouvoir le raconter. C’est quelqu’un que j’ai aimé suivre durant ces 200 pages.

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Après l'interview, le 3 juillet 2019.

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07 juillet 2019

Richard Gaitet : interview pour Rimbaud Warriors

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Au mois de juillet 2018, Richard Gaitet, auteur et animateur sur Radio Nova, s’embarque dans une aventure menée tambour battant : 111 kilomètres à pied dans les bottines d’Arthur Rimbaud, de Charleville-Mézières à Charleroi, sur l’itinéraire supposé de sa célèbre fugue d’octobre 1870.

Le 14 juin dernier, en terrasse, un jour de forte chaleur (ce qui justifie les bières dans la photo finale, comme si nous avions besoin de ça…), Richard et moi avons devisé sur Rimbaud et sur cette marche devenue livre fou, drôle, instructif… aux rebondissements incessants.

richard gaitet,rimbaud warriors,arthur rimbaud,interview,mandor4e de couverture :

Des poèmes plein les poings : à 15 ans, Arthur Rimbaud songe à devenir journaliste et plus encore à quitter l'inqualifiable contrée ardennaise, notamment Charleville, supérieurement idiote. Punk avant l'heure, l'élève prodige conspue l'école, l'Église, les bourgeois ou les politiciens, tout en cherchant à fuir l'emprise de sa Mother qui l'étouffe. C'est au cours de sa deuxième fugue, une course énorme à travers les faubourgs et la campagne, qu'il aurait rompu avec la vie ordinaire et écrit ses vers les plus célèbres - dont Le Dormeur du val.

Dans les bottines de l'incandescent poète adolescent, Richard Gaitet a voulu refaire ce parcours à pied, lors d'une traversée des Ardennes jusqu'en Belgique, d'abord en été au sein d'une escouade de onze vaillants « warriors », puis seul en hiver avec la tempête Gabriel sur les talons. Une épopée débraillée menée tambour battant - avec, sur la route, des rencontres inoubliables : Patti Smith, Julie la cartomancienne gitane, un coiffeur de myrtilles ou encore l'écrivain Franz Bartelt

L’auteur :

Né à Lyon en 1981 Richard Gaitet est journaliste et écrivain. Depuis 2011, il anime et produit l’émission Nova Book Box de Radio Nova. Il a fondé en 2012 le Prix de la page 111 (en compagnie d'un collectif d'auteurs, critiques ou traducteurs, le prix récompense l’auteur de la page 111 d’un roman paru à l’occasion de la rentrée littéraire.) Parallèlement, il est l’auteur de quatre romans: Les Heures pâles (2013), Découvrez Mykonos hors saison (2014) (mandorisé une première fois ici pour ces deux livres), L’Aimant (2016, avec les dessins de Riff Reb’s) (mandorisé une seconde fois pour celui-ci) et Tête en l’air (mandorisé une troisième fois ici).

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Richard Gaitet et les warriors.

richard gaitet,rimbaud warriors,arthur rimbaud,interview,mandorInterview :

Cette histoire de marche sur les traces de Rimbaud a commencé un soir de libations et de délibérations.

Je te donne la version la plus probable, car nous ne savons pas, exactement, comment toute cette histoire a démarré. Un soir où nous délibérions pour la phase préparatoire du Prix de la Page 111, avec mes camarades, écrivains, traducteurs, libraires et autres trapézistes textuels, nous avons reçu un appel d’un copain de Guillaume Jan, qui s’appelle Frédéric Thomas. Il est docteur en sciences politiques à Bruxelles et spécialiste des aspects politiques de l’œuvre d’Arthur Rimbaud. Frédéric nous suggère de transposer le Prix de la Page 111 à Bruxelles parce que la Belgique a peut-être des dispositions naturelles pour accueillir notre délire. De plus, quelques années auparavant, Guillaume a remonté la Meuse à pied en suivant une partie de l’itinéraire qu’avait emprunté Rimbaud en 1870, à 15 ans, lors de sa deuxième fugue. L’idée nous est donc venue de partir ensemble pour suivre ce chemin. Le lendemain, Bertrand Guillot nous indique qu’entre  Charleville-Mézières, point de départ, et l’arrivée jusqu'à l'emplacement du "Cabaret Vert" de Charleroi où il a écrit le poème du même titre lors de cette fugue, il y a... 111 kilomètres. On attendait qu'un signe absurde pour décider officiellement de faire cette balade entre copains. Nous sommes donc partis au mois de juillet 2018.

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D’une simple balade entre potes pour marcher sur les traces de ce poète sulfureux, ça se transforme aussi en émission de Radio pour Nova.

En effet, je me dis que ces jours sur la route pourraient donner un bon reportage radio. J’en parle à la direction qui accepte de jouer le jeu. C'est devenu un feuilleton en quatre épisode d'une heure. (Vous pouvez les écouter là).

Vous avez même suggéré à vos auditeurs de vous rejoindre.

Nous avons annoncé en ligne notre trajet entre Charleville-Mézières et Charleroi. Trois auditeurs se sont joints à nous. Le 1er juillet 2018, nous sommes partis à 11.

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Par l’intermédiaire de Frédéric Thomas, tu as consulté trois spécialistes de Rimbaud pour être certain du parcours.

Ils m’ont donné 5 ou 6 villes dans lesquelles Rimbaud est passé avec certitude. Nous en avons traversé d'autres qu'il a tout a fait pu traverser. Il y a dans cette marche 20% de flou.

Quand tu m’as parlé de ce projet l’année dernière, juste avant de partir, je me suis dit que cette marche n’était pas compliquée. En lisant ton livre, je me rendu compte que ce n’était pas évident de traverser les Ardennes à pied.

L'équipe ne comptait aucun sportif, à part Bertrand Guillot. Il n’y a pas eu de dangers majeurs ou de blessures, mais nous sommes partis sans préparation, en mode pieds nickelés, avec quelques erreurs de débutants. Une camarade a choisi de ne pas porter de chapeau alors qu’il faisait 35°, elle a chopé une insolation. Nous nous sommes fait piquer par des tiques. On ne savait pas lire les cartes, nous partions donc à gauche au lieu d’aller à droite…

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Richard Gaitet et Guillaume Jan.

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Cette balade était chiante parfois.

Il y a des moments, marcher trois heures sur la départementale, ça ne faisait pas rêver.

La récompense de fin de journée de marche, c’était la bouffe et les bières.

C’est le seul exploit sportif dont on revient plus gros, plus lourd et plus gras qu’on ne l’était au départ. Parfois, le soir, on en était à 6 ou 7 tournées, je leur disais « les gars, on ne va jamais s’en sortir ! Vous savez qu’on a 25 bornes à faire demain matin ! »

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Tu es reparti seul quelques mois plus tard.

Ce qui me gênait avant l’écriture du livre, c’est que je savais que nous n’avions pas terminé la fugue de Rimbaud. Il ne s’arrête pas à Charleroi. Il part ensuite à Bruxelles à pied. De Bruxelles, il va à Douai en train. Il passe là-bas trois semaines et c’est là qu’il a rassemblé dans ses « Cahiers de Douai » tous les poèmes qu’il a écrits pendant le mois de fugue, dont Le Dormeur du val, Au Cabaret-Vert, Ma bohème et Rêvé pour l'hiver, qui sont ses « tubes ». Si je n’avais pas poussé la marche jusqu’au bout, j’aurais eu l’impression d’avoir triché.

Tu as fait cette deuxième partie à la fin du mois de janvier de cette année.

Oui, puisqu’il fallait que je rende mon manuscrit au mois de mars. J’ai apprécié l’effet de contraste avec la première marche. L’été contre l’hiver. Le groupe joyeux contre l’introspection en solitaire.

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A un moment, à Douai, tu parviens à pénétrer dans la chambre où Rimbaud a écrit quelques chefs-d’œuvre.

Ça m’a beaucoup ému. Cette chambre est aujourd’hui occupée par un ado de 15 ans, âge qu’avait Rimbaud à l’époque où il l’occupait lui-même… et le seul poster qu’il y a dans cette piaule, c’est celui de Retour vers le futur. J’ai trouvé ça dingue parce que c’est ce que j’avais l’impression de faire : un voyage dans le passé en m’interrogeant sur ma propre époque et la survivance de la poésie de Rimbaud aujourd’hui.

Il y a eu pleins d’autres coïncidences…

Oui, mais je préfère que les lecteurs les découvrent.

Rimbaud était un marcheur obsessionnel.

Il a écrit : « Je suis un piéton, rien de plus ». C’est vraiment quelqu’un pour qui la marche à pied était absolument essentielle... et il en est mort d’ailleurs. Il marchait 15 à 40 kilomètres par jour, même en Abyssinie, à la fin de sa vie. Les médecins lui ont diagnostiqué une synovite au genou droit, qui a terriblement enflé, rendue à un point si inquiétant que l’amputation a été inévitable. Il est décédé 6 mois plus tard, à 37 ans, en 1891. Vraiment, il est mort d’avoir trop marché.

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Quelques warriors et Richard Gaitet.

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Les mêmes avec l'auteur Franz Bartelt, venu brièvement  à leur rencontre.

richard gaitet,rimbaud warriors,arthur rimbaud,interview,mandorSur le bandeau du livre, il y a une citation d’un illustre écrivain des Ardennes, Franz Bartelt, pour qui Rimbaud a été comme "une autorisation à foutre le bordel ".

Par sa farouche indépendance, Rimbaud te dit que toutes les règles, toutes les lois, toutes les conventions, toutes les convenances, il faut les questionner et les contester. Cette révolte perpétuelle, cette personnalité rétive à toute autorité, c'est très inspirant. Ca fait du bien de se frotter à de pareils énergumènes, ça nourrit, ça éduque.

Toi-même, sans être un rebelle, tu as une personnalité à part dans le monde de la radio par exemple.

Disons que je réalise, au fil des années, que je suis plutôt anticonformiste, c’est-à-dire que j'essaye d'éviter les formats, le formatage, les cadres connus, qui encombrent, qui freinent un peu l'imagination. J’essaie de faire en sorte que mon émission, chaque soir, soit différente, de surprendre et de ne jamais être là où on m’attend. J’essaie aussi d’inviter des gens qui sont eux-mêmes en dehors des discours dominants.

Quels sont tes prochains projets littéraires ?

Cet été, je vais écrire un livre pour enfants sur la fonte des glaces, avec les illustrations de Nazheli Perrot. Ensuite, j’ai dans les tuyaux deux romans. Un sur les voyages dans le temps et l'autre sur... le sang. Nous songeons aussi, avec les « warriors » qui m’ont accompagné sur la marche, de repartir sur la trace d’un autre écrivain haut perché, Alfred Jarry. Mais cette fois-ci en vélo, parce que c'était un fou de bicyclette. Je me réjouis de me coltiner à des sujets différents... pour ne pas me répéter.

Toutes les photos de la marche sont signées Eva Sanchez.

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Après l'interview, le 14 juin 2019.

04 juillet 2019

Armèle Malavallon : interview pour Dans la peau

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(Photo : Christophe Carlier)

armèle malavallon,dans la peau,interview,mandorJ’ai connu Armèle Malavallon en 2014 lorsque j’ai participé au recueil collectif Les aventures du concierge masqué (voir la mandorisation là). C’est elle qui avait la lourde tâche de gérer les auteurs (très nombreux), de corriger, voire de faire retravailler la copie de quelques-uns, tout cela avec diplomatie et efficacité.

Je l’ai retrouvée un an plus tard, alors qu’elle venait de remporter le Prix VSD Polar 2015 avec son premier roman Soleil noir (mandorisation à lire ici). Elle revient aujourd’hui avec un thriller psychologique rondement mené. Il y est question de tourments intérieurs, d’assassinats, de tatouages, d’amours compliquées... et plus anecdotiquement d'un chien protecteur et d’un chat qui s’appelle Canard.

Mon conseil lecture pour cet été !

Armèle Malavallon et moi nous nous sommes retrouvés à Pézenas le 26 avril dernier, lors du Festival Printival pour évoquer ce deuxième roman.

4e de couverture :armèle malavallon,dans la peau,interview,mandor

Paris, en plein été. Le corps d’une femme non identifiée est repêché dans la Seine. Adèle Hème, journaliste spécialisée dans les faits divers, est en pleine rupture sentimentale quand elle tombe sur cette information a priori anodine. Quel est le lien entre l’inconnue de la Seine, Jérôme Fasten, flic à la criminelle, et Oscar Ortiz, un mystérieux artiste parisien ? À tenter de vouloir le découvrir, Adèle va sombrer petit à petit dans l’obsession et la paranoïa au point de tutoyer la folie…

L’auteure :

Armèle Malavallon est vétérinaire. Elle a travaillé sur les maladies infectieuses et la nutrition animale en France et à l’étranger. Elle a publié au sein d’ouvrages collectifs (recueils de nouvelles, polar collaboratif lancé par TF1) et son premier roman Soleil Noir a remporté en 2015 le Prix VSD du polar, présidé par Franck Thilliez.

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armèle malavallon,dans la peau,interview,mandorInterview :

Dans ce thriller psychologique, rien n’est simple dans les rapports humains.

C’était principalement ce que je voulais évoquer dans ce livre : les rapports humains, les relations amoureuses et les rapports humains dans la relation amoureuse.

Adèle, ton héroïne est complexe. On sent qu’elle a du mal à gérer les choses de l’amour.

Elle a l’impression de plier sous le poids des hommes et des sentiments qu’ils éprouvent pour elle. Elle ne sait pas trop comment y répondre. Du coup, elle répond mal ou trop tard… et rarement avec enthousiasme.

Oscar, le tatoueur d’Adèle, a beaucoup de mal également avec les rapports humains.

Il a eu des problèmes dans son enfance dont il ne parvient pas à se remettre. Cela lui donne une personnalité très froide, impassible, dénuée de sentiments qui fascine Adèle. Elle a l’impression qu’il parvient à la cerner immédiatement, qu’il peut presque lire dans ses pensées.

Alors que les deux hommes de sa vie, Jérôme, le flic, et Graham, le patron de son journal, sont un peu trop exubérants et intrusifs.

Ils l’accablent trop de leurs sentiments respectifs. Elle étouffe parfois, mais elle a quand même besoin d’eux. Comme tout le monde, elle est très paradoxale.

De toute manière, on peut dire que tous tes personnages sont torturés dans ton thriller, non ?

Ils sont tous borderline et à un moment de leur vie très particulier. Adèle vient de se faire plaquer par Graham et vient de commencer son travail de tatouage qu’elle souhaitait depuis 20 ans. Quant à Jérôme, sa femme vient de le quitter et il connait des gros problèmes dans son travail. Enfin Oscar, lui, est dans une période où quelque chose va basculer. Mais je ne peux pas en dire plus, sinon je spoilerais…

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L'héroïne du livre, Adèle Hème et ses monstres intérieurs.

Il y a dans ce livre une réflexion sur la mort donnée à l’autre. Tu démontres que l’on peut tuer sans être un criminel.

J’ai voulu que l’on comprenne les rouages psychologiques de tous les personnages et pourquoi toutes ces choses terribles sont arrivées. Qui a tué ? Au fond, même si je donne la solution, ça n’a pas une importance capitale. L'intérêt est dans  l'enchaînement des faits qui vont  conduire à cette fin inéluctable. Découvrir ce qu'il s'est passé, mais surtout pourquoi ça s'est passé.

Tu prouves que n’importe qui peut devenir un assassin… ce qui n’est pas rassurant.

Tous les assassins ne sont pas forcément des monstres, des serial killers ou des psychopathes qui torturent, violent et découpent en morceau les femmes dans les caves. Les faits divers que nous lisons dans les journaux, la plupart du temps, ça n’a rien à voir avec ce que l’on voit dans les séries américaines.

Il y a une scène de sexe un peu particulière. A-t-elle été facile à écrire ?

Elle est venue assez naturellement. Je n’avais pas envie d’écrire une scène de sexe pour écrire une scène de sexe. En tout cas, elle a beaucoup marqué parce qu’on m’en parle beaucoup (rires).

Quand tu écris, y a-t-il un dosage à faire pour ne pas trop en dire ? Je reformule ma question. Laisses-tu sciemment un peu de place à l’imagination du lecteur ?

J’ai toujours en tête de ne pas trop expliquer au lecteur. Je considère qu’il ne faut pas le prendre pour un idiot. Je ne décris pas trop le physique des personnages, les décors, les lieux… d’abord parce que je trouve cela ennuyeux et surtout parce que j’aime laisser au lecteur sa part d’imaginaire.

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Après l'interview, le 26 avril 2019 à Pézenas.

01 juillet 2019

Benjamin Fogel : interview pour son livre La transparence selon Irina

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(Photo : Alexis Fogel)

La transparence selon Irina nous embarque en 2058, dans un monde où le Revenu Universel est opérationnel et où le Réseau a remplacé Internet. En échange d’une promesse de plus de sécurité, la transparence est devenue la règle, chacun ayant accès aux données centralisées et publiques de chacun. Une fois que j’ai dit cela, je n’ai rien dit tant ce livre est foisonnant et visionnaire.

J’ai connu ce brillant auteur en 2015, au Salon du Livre, Alternalivres, à Messey-sur-Grosne (lire et voir ici). Quand j’ai reçu La transparence selon Irina (sorti chez Rivages/Noir) j’ai compris que je tenais là une petite bombe en puissance. Aldous Huxley, George Orwell… si vous nous regardez ! 

Le 6 mai dernier, j'ai donné  rendez-vous à Benjamin Fogel dans un bar de la capitale  pour une première mandorisation.

benjamin fogel,la transparence selon irina,rivages noir,playlist society,interview,mandor4e de couverture :

2058 : le monde est entré dans l’ère de la transparence. Les données personnelles de chacun sont accessibles en ligne publiquement. Il est impossible d’utiliser Internet sans s’authentifier avec sa véritable identité. Pour préserver leur intimité, un certain nombre de gens choisissent d’évoluer sous pseudonyme dans la vie réelle.
Sur le Réseau, Camille, 30 ans, vit sous l’emprise intellectuelle d’Irina Loubowsky, une essayiste controversée qui s’intéresse à l’impact de la transparence sur les comportements humains. Dans la réalité, Camille se fait appeler Dyna Rogne et cultive l’ambiguïté en fréquentant un personnage trouble appelé U.Stakov, aussi bien que Chris Karmer, un policier qui traque les opposants à Internet. Mais Karmer est assassiné. Entre cette mort brutale et le mystère qui entoure Irina, Camille remet en question sa réalité mais reste loin de soupçonner la vérité. 

L’auteur : (photo de droite, Alexis Fogel)benjamin fogel,la transparence selon irina,rivages noir,playlist society,interview,mandor

Benjamin Fogel a 37 ans. Cofondateur des éditions Playlist Society, il a déjà publié un récit sur l'une des figures phares du mouvement punk, Le Renoncement de Howard Devoto (Le Mot et le Reste). Dans La Transparence selon Irina, qui mêle anticipation sociale, thriller et roman psychologique, il dépeint avec une impressionnante justesse le monde de demain, qui est déjà presque le nôtre, à l'heure du développement fulgurant des réseaux et de l'intelligence artificielle.

Voyez ce que deux confrères disent de ce livre (parmi pléthore de critiques dithyrambiques).

Les Inrockuptibles : Une critique de la société de contrôle… Il y a des romans rares, précieux, qui donnent l’impression que la réalité copie la fiction. Ce sentiment est encore plus étrange quand le livre en question se passe dans un avenir proche, la fin des années 2050 en l’occurrence.

Benzinemag : La Transparence selon Irina est l’une des lectures les plus stimulantes, perturbantes même, du moment, et qu’il est extraordinairement rassurant de voir des jeunes auteurs s’émanciper aussi franchement des codes de la littérature « dominante », que cela soit ceux du polar standard comme ceux de la littérature française « noble », la plupart du temps incapable de voir plus loin que son nombril.

benjamin fogel,la transparence selon irina,rivages noir,playlist society,interview,mandorInterview :

L’action de ton roman se situe en 2058, mais le monde décrit ressemble beaucoup à celui d’aujourd’hui.

Le livre est rarement dans la science-fiction, mais plutôt dans l’anticipation. Il ne s’appuie pas sur des évolutions technologiques à venir, mais sur des technologies déjà existantes, mais qui aujourd’hui ne communiquent pas encore entre elles.

C’est vrai que ce qui peut paraître un peu futuriste dans le livre existe déjà.

Le système de notations des êtres humains est déjà déployé en Chine. Les puces que l’on greffe dans les bras existent dans les pays nordiques. En Estonie, il y a des comptes qui sont créés en ligne à la naissance des personnes… Si toutes ces briques existent, elles ne font pas système. L’idée de mon livre est d’imaginer ce qu’il se passerait si on faisait communiquer entre elles toutes ces innovations et toutes ces technologies pour en faire un système… et un système politique.

Internet a été remplacé par le "Réseau" et la plupart des données des gens sont désormais accessibles publiquement. Pourquoi en arrive-t-on là ?

Aujourd’hui, nous sommes dans un monde qui génère beaucoup de flous, de confusions, d’interrogations. Il y a une succession de problèmes tels que la crise écologique, la déliquescence des marchés financiers comprenant délinquances en col blanc, traders inconscients, boursicotages… On a aussi des problèmes de communication et d’information à cause des fakes news. Nous sommes dans un monde difficile à diriger politiquement, parce qu’il y a beaucoup de mensonges et de manipulations. Il faut se battre pour aller chercher la vérité sous les choses. La transparence est donc devenue un projet de société pour assainir tout ça et sortir des crises écologiques et économiques. A partir du moment où tout le monde sait tout sur tout, il est plus facile de mettre en place des politiques qui permettent de trouver des solutions à tous les problèmes.

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Le réseau...

Pour toi, ce serait un monde idéal ? 

Ce qui m’intéressait, c’était de travailler à la fois sur l’ambiguïté et sur des scénarios alternatifs. J’ai tenté de montrer comment la société pourrait fonctionner différemment. La société que j’ai décrite n’est pas utopique. La transparence apporte beaucoup de choses positives, mais également des choses négatives.

Lesquelles ?

La perte de la liberté et de l’anonymat. Je pose une question : Qu’est on prêt à sacrifier comme liberté pour avoir un fonctionnement qui serait un peu plus juste ?

Aimerais-tu un monde comme celui que tu imagines ?

Dans mon livre, cette société est imparfaite et dangereuse. En revanche, j’ai réfléchi sur ce que l’on pouvait prendre de notre société actuelle et de cette société future pour les faire cohabiter. Où placer le curseur ? Quand va-t-on trop loin ?

benjamin fogel,la transparence selon irina,rivages noir,playlist society,interview,mandorSelon sa sensibilité, on peut considérer que ce livre est soit utopique, soit dystopique.

Personnellement, je m’incarne dans mon personnage principal, Camille Lavigne. Il est entre les deux mondes. Camille a une activité très forte sur les réseaux, comprend le sens de la transparence et ce que cela rapporte. En même temps, il souhaite à tout prix conserver son anonymat dans la réalité pour préserver le souffle de vie qu’il permet. Camille ne veut pas choisir. Il veut profiter du meilleur des deux mondes.

Camille n’est pas « genré ». Pourquoi ne se positionne-t-il pas entre le sexe féminin et le sexe masculin ?

Tout comme il veut profiter du meilleur de la vie virtuelle et de la vie réelle, il veut profiter du meilleur de l’homme et du meilleur de la femme.

Il y a 5 catégories de classe dans cette société. Il y a d’abord les Rienacalistes.

Ce sont sont les extrémistes de la transparence. Ils réclament une exposition et un contrôle accru des données et souhaite que toute forme d’anonymat soit interdite. On pourrait les associer à des partis d’extrême droite.

Qui sont les Rienacas ?

Le terme signifie « rien à cacher », un mot-valise caractérisant ceux qui ont embrassé l’ère de la transparence et qui utilisent leur véritable patronyme dans la réalité, permettant ainsi à quiconque de faire le lien avec leur profil sur le Réseau. Ils constituent plus des trois quarts de la population mondiale. Les Rienacas seraient un mélange entre la droite et le centre.

Il y a aussi les Nonymes.

Ce sont ceux qui ont décidé de recourir à un pseudonyme dans la réalité. Cela ne les empêche pas d’utiliser massivement le Réseau, mais leur assure que les personnes croisées dans la vie réelle ne puissent pas accéder à l’intégralité de leurs données. Eux sont plutôt de gauche.

A ne pas confondre avec les Nonistes !

Eux, ce sont des nonymes qui ont coupé les ponts avec le monde virtuel. Quoi qu’il advienne, ils ne se connectent jamais au Réseau, et vivent en marge de la société. Ils seraient d’extrême gauche.

Peut-on dire que les méchants sont les Obscuranets ?

C’est une organisation qui s’oppose au Réseau et à la prolifération du monde virtuel. Dire qu’ils sont dangereux est une question de point de vue. Encore une fois, selon sa propre sensibilité, on peut considérer que ce sont les méchants ou les véritables héros du roman. Les Obscuranets ne sont pas contre tous les apports que la transparence a pu apporter à la société, en revanche, ils trouvent que nous sommes allés trop loin et qu’il n’y a rien qui justifie la perte de liberté. On est peut-être dans une société plus juste, mais le sacrifice de la liberté a fait que c’est une société qui est morte. Une société qui est morte n’a pas de sens. Ils ne sont pas là pour dire qu’il faut retourner en arrière, ils sont là pour détruire la transparence, mais en gardant ce qui est bon dans ce système politique. Ils ont leur utilité. On pourrait les rapprocher des anarchistes d’aujourd’hui.

Ton livre s’appelle La transparence selon Irina. Qui est cette sorte de gourou influente et benjamin fogel,la transparence selon irina,rivages noir,playlist society,interview,mandorintransigeante ?

C’est un livre qui met en exergue la compétition. A partir du moment où tout est transparent, les gens sont notés et classés entre eux. Ce qui finit par départager les gens, c’est leur capacité intellectuelle. Irina Loubovsky, qui est une essayiste et une intellectuelle brillante, règne sur le monde du Réseau parce qu’elle a un niveau de connaissance et d’analyse très supérieure à la moyenne. C’est un personnage violent, écrasant, qui est dans l’exigence des autres et personnelle. Elle est intransigeante face à l’inculture. Elle considère que toute personne non cultivée ne sont pas dignes d'intérêt. Elle génère beaucoup de malaise chez les gens qu’elle côtoie sur le Réseau. En même temps, elle a un projet intellectuel très intéressant.

Il y a des annexes où tu présentes ce projet intellectuel. C’est impressionnant ! Ça donne l’impression que cette personne a réellement existé.

Souvent, dans les œuvres, on te parle d’un scientifique, d’un écrivain, d’un musicien qui est un génie de son temps, mais on ne voit jamais sa création. A partir du moment où j’ai créé le personnage d’Irina, il était clair que le lecteur devait avoir accès à sa production d’écriture.

Cette partie-là a-t-elle été la plus difficile à écrire ?

Non. En termes d’écriture, ce qui a été le plus difficile, c’était la question grammaticale du genre de Camille. Il ne fallait pas que la grammaire dévoile son genre, tout en m’imposant que le texte reste fluide. La deuxième grosse difficulté était de faire connaitre ce monde et l’exposer sans être dogmatique. J’ai donc procédé par petits à-coups, par petits détails. Enfin, la production littéraire d’Irina dans les annexes a été la troisième difficulté.

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Malgré tout ce que nous sommes en train de se dire, je tiens à préciser que ton livre est parfaitement compréhensible.

Si mon livre était compliqué en termes de propos, je voulais qu’il soit simple en termes de réception. Pour moi, le travail d’édition est une vraie composante du travail d’écriture. Avant d’envoyer le manuscrit à mon éditrice, ma compagne, Elise Lépine (co-éditrice avec l’auteur chez Playlist Society), m’a relu et a fait un premier vrai travail d’édition. Ensuite, mon éditrice chez Rivages, Jeanne Guyon, a fait le plus gros. C’est quelqu’un qui a la capacité à tirer le meilleur des auteurs. Elle m’a poussé dans mes retranchements pour que j’assume complètement ce que j’avais envie d’écrire. Je parle aussi bien de l'histoire que du style.

Dans ton livre, tu poses beaucoup de questions, mais tu ne donnes pas de réponses.

Parce que souvent, je n’ai pas les réponses (rires). Je pars aussi du principe que le lecteur est assez intelligent pour analyser une situation avec sa propre sensibilité et ses propres expériences. Moi, j’essaie de lui donner un maximum de clefs de compréhension et d’information pour qu’il puisse se faire son propre avis.

A-t-on le public que l’on mérite ? benjamin fogel,la transparence selon irina,rivages noir,playlist society,interview,mandor

Le problème n’est pas « est-ce qu’on a les lecteurs que l’on mérite ? », c’est plutôt « est-ce que les lecteurs ont les auteurs qu’ils méritent ? » Aujourd’hui, il y a énormément de livres qui sortent. On a une production de 100 000 titres par an, rééditions comprises. Quand tu viens rajouter un livre à tout ce paquet, l’auteur a une responsabilité. Il faut apporter au lecteur ce qu’il est venu chercher… et tenter de ne pas faire un livre inutile.

Pour terminer, y a-t-il des aspects autobiographiques dans ce livre ?

En effet. Il y a des choses que j’ai vécues en étant dans la peau de Camille, en particulier sur la partie manipulation psychologique sur Internet. Le fait d’être poussé par quelqu’un à l’exigence, d’entretenir des relations de maitre à élève… en cela, le livre est aussi une métaphore d’un certain état d’esprit qu’il pouvait y avoir sur Twitter à la fin des années 2000.

Ça t’a fait du bien d’écrire ce livre ?

Ça m’a fait beaucoup de bien. C’était un moyen pour moi de mettre un point final aux histoires que j’avais vécues. J’ai pu prendre du recul sur elles et voir la part de responsabilité que j’avais. Dans le livre, Camille dit que dans une histoire de manipulation, il faut qu’il y ait un manipulateur ou une manipulatrice et un manipulé ou une manipulée.

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Après l'interview, le 6 mai 2019. Photo floue comme l'est le monde d'aujourd'hui...

30 juin 2019

Sylvain Cazalbou : Argumentaire de presse pour son album Dans les pas

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Il m'arrive parfois d'écrire des biographies et des argumentaires de presse pour des artistes ou des labels qui m'en font la demande. J'accepte à partir du moment où l'artiste m'intéresse. Même si ce n'est pas toujours le style de musique que j'écoute, si la qualité est là et qu'humainement, ça se passe bien avec l'artiste en question, je m'adonne à cette activité avec plaisir. J'adore cela. Etre celui qui synthétise une vie, un début de carrière et une personnalité. C'est même touchant d'être demandé (si, si). 

Ainsi, Sylvain Cazalbou que j'ai rencontré lors de mes deux passages aux Rencontres d'Astaffort (et avec qui le feeling a été immédiat) à fait appel à moi (merci de sa confiance). Je vous livre la version finale de mon travail (bientôt, sur le site officiel de Sylvain.)

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"Elle rêve", nouveau clip de Sylvain Cazalbou. Réalisation : Michel Françoise. Auteurs : Sylvain Cazalbou & Michel Françoise. Musique et arrangements : Michel Françoise

 

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"Tu m'attendais" en duo avec Pablo Villafranca.

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22 juin 2019

Louis Ville : interview pour l'EP Et puis demain...

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LV (E.Sawicki).jpgUn nouveau Louis Ville est toujours un évènement. Même si, sur ce coup-là, il est un peu frustrant. Juste 6 titres alors que l’on en voudrait au minimum le double. Il y a quand même une bonne nouvelle, cet EP, Et puis demain… est annonciateur d’un 7e album qui va sans nul doute nous surprendre. Louis Ville n’est pas artiste/artisan à tourner en rond. Chaque album/pépite est différent et nous emporte dans un nouvel environnement musical encore peu fréquenté.

Pour ceux qui ne connaissent pas Louis Ville, découvrez le en lisant les deux mandorisations que je lui ai consacrées. La première en 2012 pour la sortie de la nouvelle édition de Cinémas, Deluxe Édition et la deuxième en 2017 pour son précédent album Le bal des fous. J’y évoque notamment sa biographie, son passé artistique, son rapport à la musique et aux textes…

Son site (avec la petite phrase de Mandor).

Vous pouvez aussi écouter l'EP là.

Pour sa troisième mandorisation, nous nous sommes retrouvés entre deux émissions et deux trains dans un restaurant de la Gare de l’Est, le 13 juin dernier.

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unnamed.jpgInterview :

L’orientation de ce disque est différente.

C’est mon disque le plus intimiste. Je dévoile plein de choses de moi, de mon vécu, de mes joies, de mes peines, de mes passions…

Tu as nettement amoindri le côté sociétal… comme si tu avais déjà tout dit.

Si je me suis parfois exprimé sur certains faits de société, je n’ai jamais été un chanteur engagé, mais j’ai souvent été ému et touché par l’injustice, donc j’ai voulu en parler, mais je n’en ai jamais fait mon fonds de commerce.

Quelle vision as-tu de la société actuelle ?

Elle est très floue. Je n’arrive pas à cerner ce qu’il se passe aujourd’hui. Politiquement parlant, je ne vois que des gens qui gesticulent.

Le discours dominant est quand même que l’on va droit dans le mur.

Fin 1970, quand j’ai commencé à faire du punk, je me souviens que l’on disait déjà cela. Le mur est partout et tout le temps là. Tant que notre société capitaliste ne se sera pas effondrée pour laisser place à un quelconque renouveau, rien ne changera. Il y a aura tellement d’inégalité que l’on ne pourra toujours pas se sentir apaisé et serein.

Musicalement, cet EP ne ressemble pas à tes précédents albums.

Je n’aime pas rester figé. J’aime les genres, mais ils ne me conviennent pas sur la durée. Rester coincé dans un univers me fait peur. J’ai l’impression qu’il m’étouffe au bout d’un moment. Toute ma vie, je me suis nourri de tas de musiques et d’influences différentes. A terme, tout ce que j’ai écouté assidument a besoin de ressortir.

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Tu as envie de te mettre en danger à chaque fois ?

Exactement. En tout cas, je n’ai pas envie de faire dans la facilité. Je peux me planter ou réussir, peu importe, il faut que ma création soit vive et intense. Je ne peux pas me reposer sur les choses qui existent déjà. Je trouve que ce n’est pas honnête vis-à-vis du public. J’admire les carrières des artistes qui se sont renouvelés fréquemment.

Il y a dans cet EP un instrumental jazzy, « Raphaël ».

C’est un hommage à un ami pianiste qui a une fin de vie pas cool. Comme je l’aime terriblement, ça m’attriste. Un jour, j’ai vu un film qui se déroulait en Amérique du sud dans lequel le final montrait un pianiste complètement habité qui jouait en live. J’ai été subjugué par ce qu’il dégageait. Il rayonnait de joie. J’ai donc voulu jouer un morceau similaire. Je suis parti dans une fulgurance pianistique qui m’a presque dépassé. Il n’y a rien de plus excitant que d’aller dans des terrains musicaux que je n’ai jamais emprunté.

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Dans « Qu’est-ce que tu me trouves », il y a même un coté hispanisant.

Ce n’est pas faux parce que cette suite de deux accords sur un demi ton, c’est très espagnol. Après, dans cette chanson, je voulais rendre hommage à ma manière à David Bowie. La voix est restée très douce, comme une petite discussion intérieure.

A propos de voix, je trouve que tu chantes différemment également. 60489216_10218078295616502_9069925714500780032_n.jpg

Le mode d’expression que j’ai souvent utilisé est le crescendo. Ca partait très doucement et ça montait en puissance. Dans cet EP, je voulais raconter des choses de manière différente, avoir une sorte de recul par rapport aux propos. Dans « Et l’étoile » par exemple, je parle de mon père qui est parti il y a presque deux ans. Je voulais avoir la voix d’un adulte qui a aussi cette fragilité d’enfant. C’est un registre que je n’ai pas l’habitude d’explorer, mais cette thématique m’a incité à exploiter ce filon-là.

Tu déclares ta flamme à celle que tu aimes dans « Qu’est-ce qu’elle me trouve ».

C’est une réflexion intérieure par rapport à l’amour que quelqu’un porte à l’autre. On se demande toujours pourquoi on est aimé de cette manière-là. Il y a des amours qui sont tellement forts, tellement indestructibles, beaux, entiers, qu’il est normal que ceux qui en sont bénéficiaires se demandent s’ils le méritent.

Et ils le méritent ?

Mais non, jamais (rires).

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Tu évoques la maladie d’Alzheimer dans « Je ne me souviens plus ». Ce que j’ai aimé, c’est que cette chanson n’est pas du tout pathos.

Au-delà de l’affect et de la tristesse que l’on peut ressentir quand on a une personne proche qui est atteint de cette maladie-là, il ne faut pas oublier que la victime est dans un autre univers. Elle n’est pas consciente d’être malade, ni de la tristesse qu’elle engendre. Je me suis mis dans la peau de quelqu’un qui commençait à oublier beaucoup de choses. Le texte est enfantin, parce que cette maladie est aussi un retour en enfance. Alzheimer accélère la boucle de la vie.

61NfpSCsdVL.jpgTa chanson « La fille du train » a-t-elle un rapport avec le best-seller du Paula Hawkins ?

Absolument. J’ai dévoré ce livre. Je trouvais que ce qui était écrit dans ce roman pouvait devenir un excellent thème de chanson. Du coup, le texte m’est venu de manière fulgurante. Il y avait plein d’images qui défilaient dans ma tête. Le rythme que j’ai trouvé a facilité l’écriture. Je voyais un film et il se transformait en mots.

J’ai l’impression que dans cet EP, tes textes sont moins « poétiques », plus frontaux.

J’avais envie de simplifier mon langage. Être le plus simple possible est un objectif que je me suis fixé afin de devenir de plus en plus universel. Je n’ai pas envie de plaire à tout le monde, je plais à qui veut, mais j’ai envie que mon discours soit compris par tous.

Il y a tout de même toujours des paraboles, des métaphores…

J’essaie d’être toujours dans l’imagerie, mais en tentant d’être plus direct et abordable

C’est dur de faire simple ?

C’est hyper compliqué même. Il m’a fallu de temps et pas mal d’albums pour y parvenir.

J’ai lu quelque part que tu n’aimes pas te présenter comme un « artiste ».

Sur l’instant, on peut offrir du rêve, un voyage à quelqu’un, mais il y a une échelle de valeur à remettre correctement en place. L’escalier que tu utilises tous les jours, fabriqué par un artisan qui a travaillé avec passion, tu ne le remarques pas. On l’utilise pourtant beaucoup plus que l’on entend une chanson.

D’accord, mais l’art est primordial pour les êtres humains.

Je sais bien et personne n’est déméritant. Tu n’as pas idée combien je respecte certains plasticiens, cinéastes, chanteurs… Il faut juste remettre les choses à leur place.

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Pendant  l'interview...

Tu dis quoi quand on te demande ton métier ?

Chanteur de variété.

De variété ?

Je ne veux pas être un chanteur de chansons. Ce que je fais est un peu pop, un peu folk, un peu rock, un peu songwriter. C’est varié, alors je suis un chanteur de variété.

Si je ne peux pas te classer dans la catégorie « chanteur de variété », je ne saurais pas où te classer pour autant.

Tu vois, je n’appartiens pas à une famille spécifique. Je dois donc être inclassable.

Désormais, tu écris des musiques pour les documentaires et le cinéma.

J’ai toujours voulu faire de la musique de commande, ne pas travailler constamment et uniquement pour mon propre univers. J’y arrive petit à petit. C’est une démarche complètement différente et super intéressante. C’est très inspirant. A terme, cela pourrait me faire dévier sur mes créations personnelles.

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Après l'interview, le 13 juin 2019. 

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09 juin 2019

Cat Loris : argumentaire de presse pour son album Hypersensible

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(Photo : Gilles Crampes)

Il m'arrive parfois d'écrire des biographies et des argumentaires de presse pour des artistes ou des labels qui m'en font la demande. J'accepte à partir du moment où l'artiste m'intéresse. Même si ce n'est pas toujours le style de musique que j'écoute, si la qualité est là et qu'humainement, ça se passe bien avec l'artiste en question, je m'adonne à cette activité avec plaisir. J'adore cela. Etre celui qui synthétise une vie, un début de carrière et une personnalité. C'est même touchant d'être demandé (si, si). 

Ainsi l'hypersensible Cat Loris à fait appel à moi (merci de sa confiance). Je vous livre la version finale de mon travail (que Cat a un peu écourté pour son site (lire   et ) et les argumentaires de presse envoyés aux journalistes).

Pour écouter et acheter le disque, c'est par ici que ça se passe.

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Aragon disait « on pense à partir de ce qu’on écrit, jamais le contraire ». Pour la sensible Cat Loris ce serait plutôt « si je n’écris pas, je n’existe pas ». Dans sa vie, l’écriture est même de l’ordre de la catharsis : « Si je n’écris pas, je tombe malade, je me perds, je ne me comprends plus. »

La chanson à texte, elle aime depuis toujours.

C’est à 8 ans, en écoutant « L’encre de tes yeux » de Francis Cabrel qu’elle décide d’embrasser le métier d’auteur de chansons. D’autres artistes vont plus tard être des révélateurs d’elle-même, des tuteurs. Clarika et Renaud en tête de liste. « Renaud, c’est un mineur de fond. Il va chercher de l’or en lui pour nous, alors que c’est difficile parce qu’il y a aussi beaucoup de charbons en soi. »

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(Photo : Gilles Crampes)

Cat commence à écrire des poèmes et à chanter seule en imitant les autres… France Gall par exemple. Elle souhaite jouer du piano, apprendre le solfège, mais c’est trop onéreux pour sa famille, elle va donc inventer un système pour écrire à sa manière la musique qu’elle invente. Elle confie à son cousin qu’elle veut devenir chanteuse, il l’encourage. Cette envie irrépressible est dans sa tête et deviendra le phare qui lui permettra de garder le cap pour y parvenir.

Ses études reflètent ensuite son obsession : apprendre le plus possible sur la création artistique, les techniques d’art, l’histoire des arts, les écrits des philosophes et des artistes, bref Cat Loris se plonge dans l’apprentissage de manière jusqu’au-boutiste (ce qu’elle est par ailleurs en règle générale). Elle commence à peindre mais c’est une autre histoire. Pour mettre un peu d’argent de côté, elle pose comme modèle d’atelier. Le don de soi au service de la créativité des autres, c’est noble.

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(Photo : Gilles Crampes)

Peur de rien blues. Dans le même temps, elle prend des cours de chant. Comme tout être normalement constitué, elle ne craint pas le paradoxe. A 20 ans, elle enregistre une première maquette dans le studio d’un ami sur une chanson de Whitney Houston, « I Will Always Love You ». Bingo. Elle se retrouve un peu plus tard à chanter dans un groupe de Hard Rock. Des professionnelles de la voix lui signalent qu’avec ce genre de chant il y a un risque qu’elle perde ses aigus. Elle se tourne alors vers le piano-voix avec une amie qui a une formation « classique » et elle commence à prendre la direction qui est la sienne aujourd’hui.

Cat commence peu à peu à tourner dans les cafés concerts parisiens, avec ses amis Jean Olivet (pour qui elle a écrit deux textes sur son album sorti en 2007) et Jean-Marie Desbeaux, des artistes fondateurs et fondamentaux pour elle. Une famille de cœur. Des gens qui partagent sa sensibilité. Bonne élève qui veut tutoyer l’excellence, Cat Loris suit l’atelier d’écriture du légendaire auteur Claude Lemesle. Pour continuer « encore et encore » à apprendre.

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Dans les chœurs, de gauche à droite, Chadi Chouman, Armelle Yons, Cat Loris et Marine Williamson.

(Photo : Gilles Crampes)

Elle lance le chantier « album », en 2016. Il s’appellera Hypersensible, ce qu’elle est intrinsèquement. « Mon premier album, c’est comme le lest que je balance pour que la montgolfière pique enfin vers le ciel. J’ai fait ce disque pour sceller ce qui a été, pour pouvoir avancer… et je l’ai fait aussi pour mon fils. »

Elle s’est tournée vers Chadi Chouman (guitariste de Debout sur le zinc), dix ans après l’avoir rencontré sur Myspace. Il a accepté de réaliser ce premier album. «Avec Chadi, j’ai appris énormément. Il n’a pas la langue de bois. Il m’a managée, coachée et il a secoué le cocotier. Il m’a débarrassée du trop-plein de moi-même et je me suis souvent demandé s’il avait raison… mais au final, il avait toujours raison. Cette épure a mis du béton dans mes failles. »

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Cat et Chadi Chouman qui a réalisé l'album, joué, composé et co-composé...

(Photo : Gilles Crampes)

Autour d’eux, une bande d’instrumentistes et de choristes réunis par le simple plaisir d’enregistrer de bonnes chansons : Salvador Douézy (batterie/percussions), Cédric Ermolieff (batterie), Thomas Benoit (basse/contrebasse), Chadi Chouman (guitares, ukulélé, banjo, trompettes, percussions, claviers), Tchoubine Colin (trombone, percussions), Romain Sassigneux (clarinette), Brice Mirrione (clavier Rhodes et Wurlitzer), Sébastien Ménard (piano), Simon Mimoun (violons), Tony Meggiorin (piano et orgue), Frédéric Longbois (piano) et Cat Loris, Armelle Yons, Marine Williamson, Chadi Chouman, Tchoubine Colin (chœurs).

Dans les chansons ciselées de Cat Loris, à la simplicité et proximité désarmante, il y a de la nostalgie, ses peurs, ses plaies, ses joies, ses espoirs. Ce qui est sombre n’est pas forcément triste, ce qui est nostalgique ne fait pas couler nécessairement de larmes. Tout est nettement plus subtil que cela et c’est bien là la signature de l’artiste : jouer sur nos émotions et nos références passées, solliciter notre délicatesse d’analyse, nous dévoiler une autre interprétation des choses. Un style et des influences au service d’un travail de composition méticuleusement pensé.

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Au piano et à la composition de "Mauvais présage", Frédéric Longbois.

(Photo : Gilles Crampes)

Elle chante qu’il faut apprendre à aimer ce que l’on est et en faire une force (« Hypersensible »), qu’on peut aider quelqu’un à porter ses valises, mais qu’il faut savoir lui rendre rapidement (« Monsieur L’escale »), que le fait d’être rattrapé par la réalité de ses sentiments est une réussite qui peut se transformer en guérison, voire mener vers la liberté (« Mon cœur, parle-moi »), que dans un couple le rapport dominant-dominé est versatile (« Ça le fait marrer »), qu’il faut profiter du moment présent et de ses côtés insaisissables (« Bonheur éphémère »), qu’il faut suivre son cœur, pas ses peurs (« Et l’amour dans tout ça ?»), qu’on peut être une femme et avoir les boules (« J’ai les boules ») et qu’il est drôle parfois d’être une garce (« Reste dormir avec moi »). Elle chante aussi la fin de l’adolescence et l’entrée dans le monde adulte (« Lâcher prise »), son côté Pierrette Richard, distraite et maladroite, dont elle préfère rigoler (« Calamitas »), la non réciprocité de l’amour (« Oublie-moi »), l’espoir qu’il y ait quelque chose après la vie (« Mauvais présage »). Enfin, elle fait un clin d’œil à son mari (« Cerf-volant ») et rend hommage à une grande résistante, Colette Longbois, la mère du chanteur Frédéric Longbois (« L’ombre »)

Clip de "Hypersensible". Réalisation : Cyrielle Boucher (http://cyrielleboucher.com/)
Artwork : Cat Loris. Photos : Collection personnelle et David Desreumaux.

Hypersensible est un album de femmes. Multiple. A l’image de Cat Loris. Singulière, impatiente, à fleur de peau, révoltée, amoureuse, intrépide, excentrique ou indécise. Mettre en mots les sensations de la vie, profondes ou légères, telle est l’ambition réussie de son écriture. Elle puise dans l’humain et l’éloquent. Si l’amour fait évidemment partie du cœur narratif du disque, ce n’est pas sa seule préoccupation : « S’il fallait que je tatoue trois mots sur moi, ce serait liberté, amour et rire. » Cat Loris a l’idée chevillée au corps et au cœur que l’espoir, même lors des moments les plus sombres, est là si on sait le voir. Cette auteure, compositeure, interprète va vous toucher parce qu’elle est touchante. Et son album est poétique et vibrant. Indispensable donc.

François Alquier

30 mai 2019

Buzy : interview pour Cheval fou

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(Photo : Lo Bricard)

buzy,cheval fou,engrenages,interview,mandorAlors que L’Harmattan réédite Engrenages (récit de la vie de Buzy jusqu’au début des années 2000), son nouvel album, Cheval Fou vient prouver de la plus belle des manières que cette artiste se conjugue aussi bien au présent qu’au futur. Soyons clair, la toujours aussi inspirée Marie-Claire Buzy n’a rien perdu de sa superbe et son retour (le 14 juin prochain) est une bonne chose pour le rock français.

Cheval Fou séduit sur tous les plans. Voix impeccable, mélodie imparable, texte puissant et profond.

Le site officiel de Buzy.

Pour commander le disque Cheval Fou.

Buzy, je l’avais déjà mandorisé là (avec deux artistes de la nouvelle génération qui lui rendaient hommage).

Le 9 mai dernier, je me suis rendu chez elle pour une deuxième interview, cette fois-ci en tête à tête. Et c’était bien.

Biographie officielle (par Christophe Basterra) :buzy,cheval fou,engrenages,interview,mandor

Neuf ans, dans un univers qui a la mémoire aussi courte, autant dire que cela s’apparente à une éternité. Neuf ans, donc, qu’est sorti Au Bon Moment, Au Bon Endroit, le dernier album de Marie-Claire Buzy. Un silence juste brisé par un disque hommage, où quinze artistes de la scène indépendante française rappelaient la pertinence d’une chanteuse pour laquelle tout a commencé en 1980.

Depuis, il y a eu huit albums studio, une quinte de hits (à commencer par « Dyslexique », « Adrian », « Body Physical », « Engrenage », « Baby Boom »…), une compilation, des collaborations prestigieuses comme autant de “moments de magie” (feu Serge Gainsbourg et Daniel Darc, Jean Fauque, Rodolphe Burger, Gérard Manset, excusez du peu) et un nouveau métier au début des années 2000, elle est aujourd’hui psychothérapeute. Une aussi longue mise entre parenthèses n’est bien sûr pas innocente. Il y a d’abord eu l’absence de toute motivation pour retourner se frotter à “un milieu compliqué”.

Il y a surtout eu de ces deuils dont il faut du temps pour cicatriser. Et, puis, petit à petit, cette envie d’écrire qui revient – cette écriture qui chez elle est comme une seconde nature, l’ami qui lui propose d’y retourner.

buzy,cheval fou,engrenages,interview,mandorLe disque : argumentaire officiel par Christophe Basterra) :

La genèse de Cheval Fou est d’une simplicité absolue. Marie-Claire a donc repris la plume, d’autant qu’elle avait des choses à dire, consternée par une société où tout n’est que “cris, chaos, rétrécissements et renfermement sur soi-même …”.

Et l’indifférence n’est pas à son programme. Alors, sur fond de rock incarné (parfois, souvent, on pense à un Bashung au féminin), ce nouvel album se dévoile sous le jour d’un disque “poétique et politique”. Un disque qui doit aussi beaucoup à ce qu’elle appelle joliment des “collaborations heureuses” avec des artistes d’une même sensibilité. Comme l’ami de longue date Arnold Turboust, qui a habillé de son plus beau piano « Journées Nuages ».

Comme l’actrice Anna Mouglalis, qui est venue prêter sa voix grave à la Nico sur le si bien nommé « Prière », chanson épurée qui résonne comme un mantra. Comme Bertrand Belin qui, après une rencontre de trois heures dans un bistrot parisien, a imaginé la musique du virevoltant « Où Vont Mourir Les Baleines », amer allégorie sur le sort des migrants. En dix chansons, Marie-Claire Buzy fait ainsi « Le Tour De Nos Têtes », mais aussi et surtout le tour de ses craintes et de ses espoirs.

Parfois, le temps de « Murmures », où elle propose de construire “des ponts contre les murs”, elle dresse le portrait d’une société qui ne fait pas toujours envie. Elle parle aussi d’amours impossibles et continue de mener une « Expérience Humaine ».

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(Photo : Lo Bricard)

buzy,cheval fou,engrenages,interview,mandorInterview :

Tu es chanteuse, mais tu ne caches pas le fait que tu es aussi psychothérapeute depuis 18 ans. Est-ce une des raisons pour lesquelles tu peux prendre 9 ans entre deux albums originaux ?

Avant de faire de la musique, j’ai fait une année de médecine et psychologie en fac. On peut donc dire que je suis retournée à mes premiers amours. Contrairement aux années 80 et 90, aujourd’hui, mon cabinet est devenu ma profession et la musique un hobby… un hobby de luxe. Economiquement, j’ai parfaitement compris qu’à moins de faire des plateaux « années 80 » et chanter « Body Physical » et « Dyslexique », je n’allais pas m’en sortir. J’ai switché parce que vivre de la musique pour moi était impossible. J’ai eu le nez fin car il n’y a presque plus de disques dans les magasins et les mises en place sont désastreuses. Les téléchargements, c’est bien, mais ils nous rapportent une misère. Ça devient un luxe de faire un album.

Tu n’aimes pas les concerts « années 80 » ?

Je ne crache pas du tout dessus et je comprends que certains artistes y participent. Moi, psychologiquement, ça ne me convient pas. Vraiment, ce n’est pas un jugement sur ceux qui s'y adonnent.

Pourquoi te relances-tu dans cette bataille qu’est sortir un disque aujourd’hui ?

Un ami qui a lu mes textes m’a un peu forcé à me remettre sur ces rails-là. C’est comme un engrenage, c’est le cas de le dire (rires). J’ai rencontré un arrangeur, Damien Someville, avec lequel on a fait une grande partie de l’album. J’ai avancé à mon rythme, pas très rapide parce que j’avais mon cabinet à côté.

"Cheval fou", lyrics video.

Une fois le disque terminé, il fallait le sortir.

Là, je n’avais pas à ce point conscience des difficultés. J’ai pris des gens qui ont démarché les labels pour moi. Sans succès. Au bout d’un moment, j’ai pris la décision de mettre l’album en distribution et de prendre tout en charge financièrement. J’ai investi l’argent d’une voiture neuve d’un bon standing. Je m’aperçois que ce métier devient artisanal, mais j’ai un caractère à aller au bout du bout.

Toi qui as connu le succès dans les années 80, tu as donc aussi connu les années fastes de l’industrie musicale française.

A cette époque, les gens achetaient des disques et comme nous rapportions de l’argent, nous étions chouchoutés. Plus les années passaient, plus je voyais le déclin de cette industrie. Aujourd’hui, j’ai une vision du spectre très large du problème puisque je fais tout, productrice et distributrice.

C’est un disque « poétique et politique » nous dit-on dans l’argumentaire de presse. En quoi est-il politique ?

Je suis très affolée par tout ce qu’il se passe actuellement dans le monde, écologiquement parlant. Ça me rend malade les dauphins, les baleines, les poissons qui bouffent du plastique à cause de nous et qui viennent s’échouer sur les plages en suffoquant. J’en ai fait la chanson: « Où vont mourir les baleines ». On est dans une période aberrante sur le plan écologique. Je ne sais pas combien de scientifiques et d’artistes tirent la sonnette d’alarme, mais la prise de conscience n’est pas telle qu’elle devrait être. Apparemment, le gouvernement n’arrive pas à surmonter les lobbys. Ce qu’il se passe est super grave. Dans mes chansons, je veux parler de tout ça de manière assez douce et poétique pour que le message passe mieux.

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Tu es écolo ?

A fond. Je ne mange pas de viande depuis 25 ans. Je suis quand même rassurée quand je vois les enfants de 14-15 ans défiler dans la rue pour l’écologie, le climat. Cette génération-là sera peut-être celle qui sauvera la planète.

La société de consommation prend le pas sur le reste, non ?

C’est exactement ça. Les gens changent leur smartphone tous les 6 mois, achètent des fringues comme des malades alors que l’on sait que l’industrie textile pourrit les rivières… Cette génération va être dans un processus de décroissance, j’en suis certaine.

Dans « Murmures », tu dis « construire des ponts contre les murs ».

On voit que tous les pays sont en train de se refermer sur eux-mêmes et se transformer en petite dictature.

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Tu as parlé de « Où vont mourir les baleines ». C’est un duo avec Bertrand Belin.

Dès que j’ai découvert ce garçon, j’ai adoré. Je lui ai envoyé ce texte, nous nous sommes rencontrés dans un troquet et nous sommes restés ensemble pendant trois heures. Il m’a dit un truc sympa, mais qui m’a interpellé : « Tu sais Buzy, tu as de la chance d’avoir fait des tubes ». Plus tard, il m’a renvoyé la chanson en ayant arrangé plus de 85%. Je lui ai demandé s’il voulait faire des chœurs dessous. Il a accepté. C’est ce qu’on appelle un featuring.

A ne pas confondre avec un duo, comme il y en un avec Anna Mouglalis sur « Prière ».

Nous avons toutes les deux des voix graves, mais à côté d’elle, j’ai une voix aigüe (rires). J’adore cette femme depuis toujours. Dans le biopic sur Gainsbourg, elle jouait Gréco… elle était formidable.

En studio, ça s’est bien passé avec elle ?

Ça a été un moment de grâce. Diriger une artiste comme elle, c’était un luxe. Elle est très instinctive, très intelligente, très engagée aussi.

Cheval fou est un album qui te ressemble énormément.

Il n’y a pas tellement de différences entre mes chansons et ce que je suis. Je suis relativement brut de décoffrage, complètement cash. Je ne trafique rien, ni en tant qu’artiste, ni en tant que thérapeute.

Parlons de « Journées Nuages » composé par notre ami commun, Arnold Turboust.

Arnold est quelqu’un de très élégant et sa musique lui ressemble.

Tu l’as connu comment ?

A l’époque de « Body Physical » il sortait « Adélaïde », donc on a fait de la promo ensemble à l’époque. Aujourd’hui, nous avons à peu près la même éthique artistique. Nous n’aimons pas faire les plateaux des années 80, par exemple.

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Est-ce que l’on peut dire que c’est un album rock ?

Oui, on ne peut pas dire que ce soit un album de variété. J’ai toujours été comme ça. Je ne me mets pas une étiquette rock sur la tête pour faire bien, c’est naturel. Mais tu sais, Arnold aussi est rock. Il est rock dandy, moi je suis rock poétique.

Il y a une chanson qui m’a beaucoup touché c’est « Cosmic Brother ».

C’est une histoire vraie. Mon frère est décédé il y a 6 ans. J’ai mis longtemps à l’écrire parce que j’ai été très très affectée par la mort de mon cadet.

Sortir un nouvel album, cela provoque quoi ?

De la douleur. Je sais pourquoi j’ai arrêté. C’est comme un bébé. Je le vis vraiment comme un accouchement. C’est très anxiogène. Heureusement, mes fans me rassurent. Ils adorent l’album.

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Chez et avec Buzy, le 9 mai 2019, après l'interview.

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Bonus : quelques anciens succès.

Dyslexique (1981).

Engrenage (1981).

Adrian (1983).

Adrénaline (1983).

Gainsbarre (1985).

I Love You Lulu (1985).

Body Physical (1986).

Baby Boom (1987).

Shepard (1989).

28 mai 2019

Elmer Food Beat : interview pour Back in Beat

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(Photo : Jean-Marie Jagu)

elmer food beat,back in beat,interview,mandor Elmer Food Beat c’est 1 million de disques vendus, des disques d’or et de platine, l’Olympia à guichet fermé, une Victoire de la Musique, plus de 1 000 concerts (de 20 à 20 000 personnes), des millions de kilomètres parcourus et des milliers de filles aimées….

Leur 6ème album, Back in Beat vient de sortir. Vous y trouverez des influences à la AC/DC, à la Ramones voire quelques accents à la Stéréophonics si vous tendez l’oreille. Avec ce disque, le groupe nantais prouve une fois de plus que l’humour est le rock ne sont pas inconciliables. Les riffs de guitares que l’on peut entendre dans ce nouveau disque sont dignes des plus grands musiciens de rock. Les nouveaux titres des Elmer sont souvent délirants, parfois surprenants, jamais répétitifs.

L'album est écoutable ici.

Le 8 mai dernier, et oui, un jour férié, j’ai rejoint deux membres éminents du groupe, Manou Ramirez (chant) et Vincent Nogue (batteur) au bar Les Ondes, à côté de La Maison de la Radio où il devait se rendre juste après notre interview. Manquait à l’appel, Grand Lolo (Laurent Lachater) et Kalou (Pascal Ambroset).

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(Photo : Jean-Marie Jagu)

L’album (argumentaire de presse officiel, mais un peu écourté) :elmer food beat,back in beat,interview,mandor

Ce 6ème opus d’Elmer Food Beat intitulé Back in Beat est un clin d’œil au groupe mythique AC/DC. Clin d’œil tout d’abord graphique puisque la pochette, toute de noir et blanc vêtue avec une touche de rouge, fait référence à la non moins légendaire pochette de Back in Black des frères Young sortie en 1980. Il existe aussi un lien affectif entre Back in Black et Back in Beat. Le premier a servi d’éloge funèbre au très charismatique Bon Scott, décédé quelques mois avant la sortie du disque. Le second sort après la disparition de Twistos, guitariste, parolier et co-fondateur de Elmer. Mais la comparaison s’arrête là.

Back in Beat n’est certainement pas un album funèbre. C’est un album fun.

L’ensemble des titres célèbre plutôt un mode de vie dédié au rock. (« Ça c’est rock » ou « On a du bol »). Réalisé à Bruxelles dans le mythique studio ICP, les 4 membres d’Elmer se sont immergés pendant plusieurs semaines pour en sortir un son léché, quasi cousu main. Rien d’agressif ou de râpeux, plutôt une production tendue axée sur la guitare. Même si les filles et leurs atouts sont toujours aussi présents et sujets à convoitise, telle la belle « Lucille », c’est bien la guitare qui, avec ses courbes voluptueuses, reste la maitresse sans égale d’Elmer Food Beat (« Ma Guitare »).

Car Back in Beat est encore et toujours un album d’amour. Amour inconditionnel aux femmes et à tout ce qu’elles représentent, prenant même le parti engagé, en ces temps de #MeToo et autre #BalanceTonPorc, de s’adresser directement aux « lourdaux qui ne comprennent pas que l’on puisse refuser » et que « Quand la dame » dit non, et bien c’est non, ironisant même sur le train de vie libidineux d’un DSK dans « Dans ce cas ».

Cet album est peuplé d’excellentes chansons et taillé pour la scène où il n’est plus à prouver qu’Elmer prend corps et tout son sens. Loin de la vision étriquée d’un groupe qui chante des paroles égrillardes, Elmer Food Beat est composé de vrais et d’excellents musiciens. Et Back in Beat en est la preuve.

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(Photo : Jean-Marie Jagu)

elmer food beat,back in beat,interview,mandorInterview :

Votre album est encore plus rock que le précédent.

Manou : Nous avons évolué depuis que nous nous sommes reformés en 2010. Nous nous sommes tracés un chemin dans lequel nous évoluons à chaque étape. Twistos ayant disparu juste avant de créer Back in Beat, Lolo a pris plus de place dans les compositions. Cela a donc accentué le mouvement, mais il était déjà initié depuis un moment.

Vincent : J’ajoute que cela faisait un moment que l’on voulait faire des disques qui se rapprochent de notre façon de jouer sur scène. On a donc joué plus brut et énergique. Bravo à Lolo qui a su adapter sa façon d’écrire les textes et la musique à la façon Elmer Food Beat. Il nous prouve bien qu’il a un gros niveau d’analyse musicale. Grand respect pour ce qu’il a fait.

Du coup, l’enregistrement s’est passé plus rapidement ?

Manou : En studio, nous n’avons pas les mêmes automatismes que sur scène. Si nous sommes parfois allés plus vite, c’est que nous avons beaucoup bossé les morceaux en amont. Tout était prêt quand nous sommes arrivés au studio ICP. En 15 jours, nous avons enregistré tous les titres… et sans pression.

"Ça c'est Rock" (clip officiel), extrait de l'album "Back In Beat". Réalisé par David Vallet.

Il y a dans ce disque des chansons qui font partie de votre ADN, mélange de cul et d’amour…

Manou : On ne peut pas s’empêcher de baser nos chansons sur le sexe, les filles, l’amour, le romantisme… parce que oui, nous sommes des grands romantiques.

Dans « Quand la dame », vous expliquez que vous vous êtes bien éclatés avec les femmes, mais uniquement si elles étaient d’accord.

Manou : C’est une chanson engagée. Nous traitons du sexe entre un homme et une femme. Moi, depuis tout petit, c’est une question d’éducation, j’ai toujours respecté les femmes. Tous les membres du groupe sont comme ça. On sait tous que « non », ça veut dire « non ». Ça ne veut pas dire « oui, peut-être ».

Vincent : On a souvent traité de sujets de société importants sous couvert d’humour. En 1991, on a parlé des capotes dans « Le plastique c’est fantastique ».

Manou : On constate qu’en concert, les filles n’hésitent pas à s’amuser avec nous, à monter sur scène… elles ont compris qu’on est juste là pour rigoler et que ce n’est pas parce qu’on raconte souvent des histoires de cul que nous sommes des gros salauds. On s’amuse ensemble, mais d’un commun accord.

Vincent : Il n’y a jamais rien de libidineux chez nous ou d’attitudes déplacées.

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(Photo : Jean-Marie Jagu)

« De toutes tailles » est un hommage aux seins des femmes.

Vincent : Tu as interprété cette chanson ainsi, c’est bien, mais ce n’est pas que ça.

Manou : Disons qu’on ne nomme aucune partie de l’anatomie, mais que les femmes et les homos pourraient aussi se sentir concernés par cette chanson.

C’est la seule ballade du disque.

Manou : J’ai fait cette commande à Lolo. Je voulais un slow comme dans l’album 30 cm et la chanson « Brigitte ». Là, je lui ai même demandé de faire un slow à la Scorpion ou à la Metallica… un slow où les filles tombent comme des mouches quoi ! (Rires).

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(Photo : Gilles Simon)

Vous reprenez une chanson de Bijou, « Sidonie ». On dirait vraiment de l’Elmer Food Beat.

Manou : C’est Kalou qui nous a demandé de reprendre ce titre. Je le connaissais, mais en relisant le texte avec attention, j’avais l’impression que c’était du Elmer. C’était incroyable !

Depuis votre retour en 2010, vous sortez un disque tous les trois ans et n’arrêtez pas de faire des concerts. Elmer Food Beat est toujours en mouvement ?

Manou : Oui parce que lorsque nous sortons un disque, cela relance la machine pour deux-trois ans. Nous sommes tout le temps sur la route avec quelques pauses, mais c’est plutôt intensif. Moi, je ne fais pas de sport, mais j’ai besoin de faire des concerts pour sortir mon trop plein d’énergie. C’est quasi vital pour moi.

"Daniela", extrait du DVD Live des 30 ans filmé le 11 Juin 2016. Avec les caméras de TV Nantes, le son de France Bleu Loire Ocean, Les Machines de L'Ile, Stéréolux et la Ville de Nantes

Vous jouez vos nouvelles chansons, évidemment, mais aussi vos incontournables.

Manou : C’est agréable de jouer tous les nouveaux titres de l’album. C’est la première fois que l’on fait ça d’ailleurs. Mais on prend quand même beaucoup de plaisir à jouer les « tubes », car nous savons que le public les attend. On joue notamment presque en intégralité 30 cm, qui est un album culte, et quelques morceaux des autres disques.

Vincent : On adore interpréter Back in Beat car le public tente de nous suivre, mais il connait moins bien ces chansons. Ils sont très attentifs à tout et commence à s’approprier les nouveaux titres en même temps que nous. Par contre, dès que « Daniela » ou « Le plastique c’est fantastique » démarre, c’est de la folie totale.

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(Photo : Gilles Simon)

elmer food beat,back in beat,interview,mandorVotre public est fidèle et il évolue.

Manou : Nous sommes la Madeleine de Proust de certains. Nous leur rappelons leurs jeunes années, leurs premiers émois amoureux ou autres. Je vais dire un truc prétentieux, mais je le pense. Elmer, ça traverse les générations et c’est indémodable. 30 ans après, les gens disent qu’Elmer Food Beat c’est pareil qu’avant… c’est énorme !

Vincent : Nos fans de l’époque viennent désormais avec leurs enfants.

Manou : On n’est pas encore comme Aznavour où il y avait 4 générations, mais bon, si on tient encore un peu, qui sait ? Pour l’instant, nous sommes à deux générations.

Qui est le plus sage du groupe ?

Manou : Ca dépend des moments. Nous sommes tous à peu près sages ou à peu près pas sages.

Vincent : Le groupe, dans son ensemble, est plutôt sage, poli, bien élevé, modéré, réfléchi. Si en apparence on reflète un grand n’importe quoi, nous sommes tout l’inverse.

Manou : On a les pieds sur terre. Avec le recul, la sagesse et l’expérience, on profite à fond de ce qui nous arrive aujourd’hui.

"Les filles trop belles" et "Mytho", deux titres en acoustique d'ELMER FOOD BEAT pour La boite Noire du Musicien.

Vous êtes surpris d’être encore là ?

Manou : Parfois. Quand tu remplis des salles et que tu vois plein de gens chanter les chansons du groupe, tu n’en reviens pas. Nous savons que nous avons de la chance.

Vincent : Par contre, il y a une chose qu’il ne faut pas nous enlever : à chaque fois que l’on monte sur scène, c’est comme si nous repartions à zéro. Chaque soir, il faut prouver que nous méritons notre place. Nous ne nous sommes jamais reposés sur nos lauriers.

Manou : Twistos disait toujours, et ce depuis le début, que nous n’avions pas le droit de décevoir notre public : « Hier on était bons, mais il faut être bons ce soir parce que ce n’est pas le même public qu’hier. »

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(Photo : Gilles Simon)

Tout au long de votre carrière, les femmes vous jetaient des petites culottes et des soutiens-gorge. Ça se fait toujours aujourd’hui ?

Manou : De moins en moins, mais quand même un peu. Ce week-end, il y en a une qui l’a fait. J’en ai plein à la maison. Depuis 30 ans, j’ai deux gros sacs de sous-vêtements (rires).

Vous avez un gros capital sympathie.

Manou : C’est vrai que partout où nous passons, nous sommes superbement bien accueillis, et par les professionnels et par le public. Il parait que nous sommes sympathiques aussi dans la vie, ça doit y faire un peu.

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Avec Manou et Vincent, après l'interview, le 8 mai 2019 au bar Les Ondes.

22 mai 2019

Isïa Marie : interview pour son premier EP

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(Photos ci-dessus et ci-dessous : Florent Laroche)

isc3afa-marie.jpgJ’ai connu cette artiste, chanteuse de rock survoltée et incendiaire, je la retrouve chanteuse « urbaine », entre rap, chanson et electro, toujours aussi survoltée et incendiaire. Isïa Marie présente son premier EP, 5 titres, le 24 mai prochain. Son charisme et son énergie hors du commun, peuvent lui permettre de devenir une icône pop. Sait-on jamais, la jeune femme de caractère est ambitieuse et, surtout, est très douée.

Attention!
Une date à retenir : Isïa Marie se produira aux Etoiles le 20 juin à 20h, dans le cadre de la soirée Eskisse (Live Nation). L’adresse : 61 rue du Château d’Eau à Paris.

Pour écouter, c'est ici: https://IsiaMarie.lnk.to/Possedee
Instagram:
https://www.instagram.com/isia_marie/

Même si nous nous étions déjà croisés, ce n’était que furtivement. Le 24 avril dernier, je me suis posé avec elle un moment dans un bar de la capitale pour en savoir plus sur cette jeune femme qui m’a toujours paru fort énigmatique, mais qui s’est révélée aimable et diserte.

Mini biographie (officielle) :57840079_10156175352696770_6142003743828213760_n.jpg

Isia Marie n’est pas une « Good Girl », et c'est tant mieux… Elle incarne à merveille la jeunesse actuelle, entre romantisme et désenchantement et nous offre quelques chansons addictives qui passent vraiment trop vite et qu’on a envie de se remettre en boucle.
Isia Marie ne s’enferme pas dans d’autres codes que les siens, et passe aisément de la Chanson à la Trap. Contemporaines, actuelles, ses compositions sont au carrefour de la Pop, du Rock, du Rap, parfois même du Spoken word.
Le premier maxi d'Isia Marie nous révèle plus qu’un répertoire : une personnalité. Outre ses aptitudes musicales et vocales, Isia Marie manie aussi bien la plume que le fouet. Elle remporte en 2017 le prix d’écriture aux rencontres d’Astaffort où elle croise à cette occasion Jean Fauque, parolier d’Alain Bashung. Ils développeront ensemble son sens de l’écriture.
Du haut de ses vingt-cinq ans, Isia Marie, guitariste, pianiste et chanteuse a déjà un beau parcours après avoir fait ses armes avec des groupes comme Eden Pill, puis Mante, qui lui ont appris à devenir une artiste qui fait la différence sur scène. Elle a su y développer un univers bien à elle avec ses costumes excentriques rétro-futuristes et sexy, qui prouvent qu'elle est bel et bien Possédée.

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(Photo : Paul Clichy)

isia marie,possédée,interview,mandorInterview :

Tu as vécu dans une famille de musicien.

Oui, ma mère est pianiste et chanteuse lyrique. Elle est prof au Conservatoire et elle vient de publier ses premières partitions aux Editions Lemoine. Mon père était trompettiste dans un orchestre privé et il est lui aussi prof au Conservatoire. Il y avait tout le temps du piano à la maison. Ils m’ont fait faire de cet instrument à l’âge de trois ans. Le midi, je rentrais à la maison, il fallait que je bosse mon piano sinon je ne sortais pas. C’était assez rigoureux. Ma mère me faisait même faire des concours.

Tu gardes quel souvenir de cette période ?

Sur le moment, je râlais, mais aujourd’hui, je suis super contente d’avoir eu cette formation-là. Mes parents m’ont vraiment tout appris. Musicalement parlant, je suis super à l’aise avec ça.

Je te connaissais guitariste électrique avec ton projet Mante. Tu as commencé quand cet instrument ?

Tard, vers 16 ans.

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(Bg Image)

Quand as-tu décidé de t’investir sérieusement dans la musique ?

Au moment du Bac. Il fallait choisir les vœux pour les études supérieures. J’étais en section scientifique, donc logiquement, j’aurais dû faire une école de médecine ou quelque chose comme ça. Je ne voulais pas. Je tenais à rentrer au Conservatoire et faire de la musique. Mes parents étaient d’accord si j’obtenais un diplôme professionnel. Je voulais chanter, être sur scène, jouer avec des gens. Je ne me voyais pas faire autre chose.

Je crois savoir que ton père te montrait pas mal de concerts, ça a été un déclic pour toi ?

Oui. Un jour il me montre le live de Jimi Hendrix au Festival de l’île de Wight, là où il brule sa guitare. Ça m’a impressionné. Cette prestation démente m’a donné envie de faire ce métier.

Tu as un côté rebelle affirmé. Tu étais déjà comme ça quand tu étais petite.

J’étais une sale gosse (rires). Aujourd’hui, je me suis calmé, même si j’ai la réputation d’être pète couille. Disons que quand un truc ne me plait pas, je le dis. Quand tu es une femme dans ce milieu, c’est compliqué, alors j’ai pris le parti de ne rien me laisser dicter. J’ai un putain de caractère, alors je ne me fais pas emmerder.

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(Isïa Marie, à l'époque de Mante, au Pic d'Or 2017. Photo : Cédrick Not)

Je t’ai vu au Pic d’Or de 2017 et j’ai remarqué ta personnalité très affirmée.

Je suis comme ça. Il faut être combatif, car nous sommes tellement nombreux sur le terrain. Il faut s’accrocher se battre pour sortir du lot. Quand tu m’as vu, j’étais dans une posture à l’époque. C’était un moyen de tenter d’avoir confiance en moi.

Je t’avais même trouvé un chouia hautaine.

Le seul moyen que j’avais trouvé pour avoir confiance en moi, c’était en étant un peu dédaigneuse. Aujourd’hui je suis passé au-delà de ça. Je n’ai plus besoin de cet artifice. J’ai désormais beaucoup plus confiance en moi, je suis donc beaucoup plus relax.

Je t’ai connu Mante, tu es devenue Isïa Marie. Pourquoi ce changement de nom ?

Quand j’ai signé mon contrat avec mon label, nous avons eu une grosse discussion sur le nom. Nous avons convenu que je prendrais ma vraie identité. Par contre, j’ai gardé la même team de musiciens, Arthur et Matthieu, deux frères de cœur.

Clip officiel de "Possédée".

Ton clip de « Possédée » se situe dans une cathédrale. Il est sorti peu de temps avant l’incendie de Notre Dame…

Je te jure, je n’y suis strictement pour rien (rires).

Tu chantes en français, alors que ta manière d’aborder la musique est très anglo-saxonne.

Je tenais à chanter en langue française. Avec mes parents, on écoutait Gainsbourg, Dutronc et Bashung. A ce propos, j’ai travaillé un an avec son parolier, Jean Fauque. C’est le meilleur, il est vraiment très fort. Il a vécu tellement de choses incroyables… il a trainé avec Bashung, Gainsbourg, Johnny. En plus, c’est une encyclopédie.

isia marie,possédée,interview,mandorTa collaboration avec Jean Fauque est partie des Rencontres d’Astaffort, il me semble.

C’est en effet à cette occasion, il y a deux ans, que je l’ai rencontré. Le courant est passé et au bout d’un moment, nous avons décidé d’écrire un album.

Ce que vous avez fait ?

Oui, mais il n’est pas encore sorti. Il s’appellera Océane et ce sera un album concept à l’image de celui de Gainsbourg, Histoire de Melody Nelson. Je trouve incroyable d’avoir pu mélanger nos influences.

Tu as appris de lui, mais a-t-il appris de toi ?

Il faudrait lui demander. Disons que Jean Fauque a une technique et un savoir-faire que je n’ai pas et que moi, j’ai une façon d’écrire influencée par le rap et les musiques urbaines. C’est moins « catholique ». Les gens de ma génération prennent des libertés avec le langage, triturent les mots. Plus ça va et plus j’ai pris des libertés avec ça.

Jean Fauque aussi a pris des libertés, c’est même un peu sa marque de fabrique.

Tu as raison. J’aime énormément sa façon d’écrire, les images qui s’imposent à nous, sa poésie… c’est pour cela que je voulais travailler avec lui.

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(A Paris, encore époque Mante, remise du Prix d'écriture 2017 des Rencontres d'Astaffort par Francis Cabrel himself)

Pour quelqu’un de rebelle, je trouve que tu es adoubée par des gens qui ne le sont pas franchement,isia marie,possédée,interview,mandor Jean Fauque et Francis Cabrel (Isïa Marie a remporté en 2017 le prix d’écriture aux rencontres d’Astaffort).

Mon travail, à l’époque en tout cas, était encore très chanson, mais rock, donc à l’ancienne. Là, le projet que je commence à dévoiler est beaucoup tiré vers l’urbain. Ça va m’ouvrir d’autres portes que je n’avais pas encore ouvertes.

L’urbain parce que tu en écoutes beaucoup ?

J’ai toujours écouté ça, mais un peu en secret parce que dans une famille de musiciens classiques, le rap, ce n’était pas le bienvenu. Mes parents ne m’interdisaient pas d’en écouter, mais ils ne comprenaient pas ce qui pouvait m’intéresser dans ce genre musical. J’ai mes paradoxes. Je suis hyper libérée et d’un autre côté, j’ai une espèce de manque de confiance en moi qui fait que j’ai quand même besoin de la reconnaissance de mes proches pour me sentir bien. Je pense que je me suis mis pas mal de barrières par rapport à ça.

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(Photo : Paul Clichy)

isia marie,possédée,interview,mandorAu final, tu as eu tellement envie de faire de l’urbain que tu t’es lancée quand même.

J’ai attendu 25 ans pour faire vraiment ce que je veux. Je sais bien que ceux qui préféraient ma période rock vont me reprocher d’avoir changé de style.

Tu te sentais quand même chanteuse de rock avant ?

Je n’ai jamais rien fait que je n’aimais pas ou que je ne ressentais pas. Je me sens donc rockeuse dans l’âme. Pour moi, le rap est proche du rock. Il y a les mêmes racines très ancrées dans le sol. C’est frontal. On ne minaude pas. Je déteste les minauderies.

Parlons de ta chanson « Good girls ».

C’est une chanson sur des filles qui veulent plaire à tout prix et qui sont prêtes à tout.

Ce qui n’est pas ton cas ?

Je fais parfois des leçons de moral, mais je suis sûre que cela m’est déjà arrivé de vouloir plaire.

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(Photo : Patrick Casté)

Dans « Schéma », tu nous présentes une miss météo très particulière.isia marie,possédée,interview,mandor

C’est un délire, une impro en studio qu’on a gardé. En fait, j’aime bien parler de l’ennui dans mes chansons. Je suis obsédée par les gens qui ont une routine de vie, qui ne se posent pas trop de questions et qui arrive à la fin de leur vie en se disant qu’ils n’ont rien fait. Cela m’effraie. Cette chanson parle un peu de ça.

Tu parles aussi d’amour, évidemment.

Avant, je parlais de l’amour en mal et depuis quelque temps, je parle de l’amour en bien (rires).

Parce que ça va mieux de ce côté-là?

Il faut croire. J’ai écrit ma première chanson d’amour positive hier. Je suis contente. Elle sera sûrement dans l’album.

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Pendant l'interview...

Ça veut dire que tu n’as pas besoin de souffrir pour créer.

Ça s’est intéressant parce que c’est ce que je croyais. Je pensais qu’il fallait être un artiste maudit pour créer de belles choses. En fait, je ne suis plus certaine de cela. Je viens tout juste de sortir de l’adolescence. A 25 ans, c’est une adolescence un peu tardive, je te l’accorde. Si je me sens encore une gamine dans la tête, je me sens mieux dans ma peau. Ça ne me fait plus peur de parler des choses belles.

Tu travailles tout le temps ?

On ne s’arrête jamais de travailler. Il y a toujours des nouveaux morceaux sur le feu.

Pourquoi fais-tu autant attention à ton image qu’à la musique.

Je trouve cela super important. Les artistes que j’admire le plus sont des gens qui ont autant travaillé leur image que la musique. C’est pour ça que les filles comme Madonna ou Lady Gaga font rêver. C’est personnel, mais je n’ai pas envie de faire de la musique pour transmettre aux gens des choses qu’ils voient tous les jours. Il faut provoquer des réactions… en bien ou en mal.

Sur la pochette « kitsch religieux » à la Pierre et Gilles de ton EP, tu es une sainte ?

En fait Isïa Marie est la vierge Marie (rires).

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Après l'interview, le 24 avril 2019.