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14 juillet 2018

Francofolies de La Rochelle : interview de Pierre Lapointe

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Les Francofolies de La Rochelle ont accueilli hier Pierre Lapointe (déjà mandorisé là) au Grand Théâtre de la Coursive hier soir pour son spectacle Les sciences du cœur. Il y parle d’amour, de désamour de beauté et de tristesse. Des textes qui vont droit au cœur et à l’âme, qui nous entraînent dans son univers, sans artifice, sensible et sans pudeur. Une prestation imprégnée d’humanité, de tendresse, de sourires et de rires. Une musique qui nous prend à bras le corps en symbiose avec les mots et les images ; une performance à cœur ouvert, à hauteur d’homme, bien et beau dans sa peau. Une soirée pleine d’émotion (même si je n’aurais pas été contre le fait d'écouter aussi quelques chansons moins tristes).

Ce matin, il m’a livré notamment son sentiment sur ce concert.

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(Photo : Antoine Monegier du Sorbier)

francofolies de la rochelle,pierre lapointe,interview,mandorInterview :

Ton concert d’hier soir au Grand Théâtre - La Coursive était complet. Tout le monde a apprécié.

C’est parce que c’est un spectacle vivant (rires). Je préconise une espèce de sincérité. Même si elle est un peu fausse, parce que sur scène, c’est toujours faux dans le sens où c’est un espace qui est contrôlé et pas naturel. La scène, ce n’est pas la vraie vie pour moi. Dans ce contexte-là, c’est important de réussir à créer des moments vrais. Ça passe par l’acceptation de la spontanéité des éléments. Parfois, je perds ma concentration, mais je joue avec ça. Je me dis que les gens savent que le spectacle est construit. Je suis pro, mais je ne suis pas un robot, alors j’aime bien être naturel dans un spectacle très construit au millimètre près, mais malléable et vivant.

Tu parles entre les chansons et c’est souvent hilarant. Mais j’ai remarqué que tu le fais de moins en moins.

J’ai décidé de parler un peu moins sur ce spectacle-là, mais de parler à des moments très précis. Je me suis moins étalé que d’habitude.

Clip de "La science du cœur".

Je trouve gonflé qu’il n’y ait que des chansons tristes.

L’humour que je fais dans mes interventions parlées est là pour rééquilibrer, me redonner de l’énergie et pour faire respirer les gens. Sur ce disque-là, j’avais décidé de faire un clin d’œil à la grande tradition de la chanson française et francophone. Cette chanson-là, elle est souvent triste et mélancolique. Je n’ai aucun problème avec ça, je trouve ça beau et je l’assume depuis longtemps.

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(Photo : Antoine Monegier du Sorbier)

On a l’impression que tu peux tout te permettre, tout expérimenter.

Quand on est artiste, il faut se donner le droit d’être libre. Je me le suis donné. J’ai toujours ouvert un peu plus les valves en m’arrangeant pour que le public comprenne de projet en projet jusqu’où je suis prêt à aller. Il n’y a pas tant de métiers dans le monde où on peut être aussi libre. Ce que je déplore un peu chez la plupart des artistes en ce moment, c’est qu’ils n’ont pas le souhait de briser les frontières, qu’elles soient visuelles ou sonores. Camille le fait, mais elle est presque une exception.

Clip de "Sais-tu vraiment qui tu es".

En France, tu as du mal à obtenir le même succès qu’au Québec.

J’arrive en France avec des projets qui ne sont pas forcément tous faciles à vendre. J’estime que je suis en train de monter un répertoire et une œuvre et que l’on pourra les juger quand je ne serai plus de ce monde. Au Québec, j’ai une certaine notoriété qui s’est installée. D’ailleurs, je pense que c’est un accident que je sois une star comme ça. Avec mon disque La science du cœur, je fais partie des 5 artistes canadiens qui ont été numéro un au Billboard canadien. Je suis le seul canadien francophone depuis Céline Dion, les autres sont Shania Twain, The Weeknd, Arcade Fire et Drake. Moi, je fais l’éloge de la grande tradition de la chanson française avec des sonorités empruntées à la musique contemporaine. Je suis hyper content, mais je le répète, c’est pour moi un accident.

Que représentent les Francos pour toi ?

J’ai eu la chance de vivre de beaux moments ici. A chaque fois, je reçois un accueil généreux de la part du public et des organisateurs. Ce sont aussi des surprises constantes. Je tombe sur des amis à chaque fois que je reviens et ça me fait un bien fou.

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Après l'interview ce matin en salle de presse.

Francofolies de La Rochelle : interview de Voyou

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(Photo : Pierre-Emmanuel Testard)

À tout juste 28 ans, Thibaud Vanhooland, alias Voyou, a le vent en poupe et de beaux jours musicaux devant lui. Découvert via Elephanz, Pegase ou encore Rhum for Pauline, le jeune chanteur se lance en solo & nous révèle son univers éléctro-pop légèrement mélancolique à travers son premier EP, On s’emmène avec toi. Lumineuses et joliment bricolées, ses mélodies ont le chic de vous faire du bien et de rester en tête. Touché.

Je l’ai rencontré cet après-midi au lendemain de ces deux prestations aux Francofolies.

francofolies de la rochelle,interview,voyouBiographie officielle :

Voyou, on l’a découvert sur scène, seul avec sa guitare, ses machines et sa trompette, son instrument de cœur qu’il volait déjà à son père dès 3 ans. Et d’emblée, le sourire enfantin et la drôle de dégaine de ce jeune homme de 28 ans imposent un artiste au charisme hors-norme. C’est qu’il y a du Jacques Tati dans sa douce folie et ce corps un peu trop grand, pas toujours adapté au monde, mais qui s’en imprègne pour prendre son envol et virevolter avec aisance sur scène.

Portant un regard malicieux sur les vicissitudes de son époque, Voyou met la compassion et l’amitié au cœur de sa musique. Avec des mots simples et poétiques et une complète absence de cynisme, il nous raconte des histoires d’aujourd’hui. Des histoires d’amour et d’ennui, d’ailleurs et d’ici.

« Et roulez, roulez pourvu que jamais rien ne vous arrête...» : c’est tout ce qu’on souhaite à Voyou et à sa musique lumineuse et bienveillante car elle résonne déjà comme une évidence rassurante. Et si la vérité sort de la bouche des enfants, elle sort aussi de celles des voyous.

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francofolies de la rochelle,interview,voyouInterview :

Tu es déjà venu aux Francos avec Elephanz et tu as participé aux Chantiers des Francos, il y a 5 ans.

Oui, j’étais avec Feu ! Chatterton à l’époque où ils n’avaient sorti qu’un morceau sur YouTube. J’y suis retourné l’année dernière faire des showcases. Cette année, je suis passé au Théâtre Verdière et sur la grande scène, je n’en reviens pas.

Tu te rends compte qu’il se passe quelque chose autour de toi, en ce moment.

Oui, mais j’essaie de rester distant par rapport à ça. Il est difficile de rester naturel. C’est bizarre d’être si sollicité autour de quelque chose que l'on a créé dans sa chambre. C’est appréciable, mais ça peut être dangereux si on se laisse aller aux tourbillons des médias. Il faut être lucide.

Clip de "Tout seul sur ton tandem".

J’aime le fait que tu avoues apprécier les « vieux » chanteurs comme William Sheller ou Michel francofolies de la rochelle,interview,voyouFugain.

J’ai dénigré cette chanson française quand j’étais plus jeune, mais je me rends compte que je m’en suis écarté pour mieux y revenir et pour mieux la comprendre.

Tu fais de la musique pop avec des textes dignes d’intérêt, c’est rare.

Je ne suis pas contre l’idée de faire des textes qui soient ésotériques, un peu moins ancrés dans le réalisme.

Je sais que tu aimes Fishbach, Bagarre, Grand Blanc. Ce sont des artistes qui t’ont permis de penser qu’une musique pop pouvait intégrer des textes intéressants.

C’est drôle, tu n’as cité que des groupes de mon label.

Je ne l’ai pas fait exprès.

Il y a aussi Flavien Berger et La femme qui sont importants pour moi. Ces artistes ont amené un son et des textures très modernes, pas toujours faciles d’accès, et ils ont intégré des paroles en français. Ils déconstruisent complètement les codes de la variété française. Ça fait du bien à tout le monde parce que ça renouvelle le paysage musical francophone. Voir Eddy de Pretto, Juliette Armanet, Radio Elvis ou Fishbach aux Victoires de la Musique, nous les artistes de la nouvelle génération, on se dit qu’il se passe quelque chose.

Son nouveau titre, "Papillon".

francofolies de la rochelle,interview,voyouJ’ai lu que tu faisais « de la pop electronique avec zéro cynisme et beaucoup de tendresse ». Ça te convient comme définition ?

Tout à fait. Le cynisme est à la mode aujourd’hui. Le rap a pris une place super importante dans la scène française. Ce genre musical à une manière de parler beaucoup plus violente, dure, terne, froide, du coup, il y a plein de chanteurs qui font de la pop, mais qui puisent là-dedans. Moi, je suis quelqu’un d’assez heureux dans ma vie, je n’ai donc pas envie de mentir sur ce que je suis ou ressens, ni sur le point de vue que j’ai sur les choses. Les artistes doivent être là aussi pour montrer qu’il y a des choses qui vont bien, contrairement à ce que l’on voit à la télé.

Es-tu optimiste sur l’avenir de la chanson française ?

Oui, carrément. Là, nous sommes dans une phase qui est très prolifique. Ce qu’il se passe aujourd’hui dans la musique ouvre beaucoup de portes, du  coup, l’univers du possible s’agrandit, je trouve ça rassurant.

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(Photo : Aurèle Bossan)

Tu revendiques le fait de ne pas raconter tes propres histoires.

Je ne considère pas que ma vie est si intéressante qu’elle mérite que je la raconte. Nos histoires personnelles ressemblent aux histoires personnelles des autres personnes. Elles ont toutes une substance commune et je préfère raconter cette substance  plutôt que raconter les détails qui font que mon histoire est différente de celle des autres.

Comment as-tu vécu ces Francofolies ?

C’est fou, sur la scène Jean-Louis Foulquier, je me suis retrouvé catapulté devant 15 000 personnes. J’ai juste eu l’impression que je viens de courir derrière un tram, que je l’ai loupé, et que j’attends celui d’après. C’est l’aboutissement de deux ans de travail avec le Chantier des Francos.

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Pendant l'interview...

Francofolies de La Rochelle : interview de Dimoné

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(Photo : Marc Ginot)

Un univers élégant, poétique et rageur, voilà ce que le jeune groupe rock Kursed apporte aux chansons subtiles de Dimoné (mandorisés là en 2015 et là en 2017), ce dandy du sud (un de mes artistes français préférés) que les Francofolies de La Rochelle accueillent. Un voyage introspectif qu’il ne s’agirait pas de manquer.

Tout à l’heure, Dimoné et le gang Kursed se produiront au Chapitô des Francos et demain sur la scène du port. Deux voyages introspectifs électriques à pas de manquer. Interview entre deux répétions.

francofolies de la rochelle,dimoné,dimoné & les kursed,interview,mandorDimoné & Kursed par Dimoné :

Le voilà mon gang, Kursed, un groupe, rock, quatre garçons, d’une maturité rare qui jurerait presque du haut de leurs vingt ans. Electrique, toiles noires et cuirs patinés, des adorateurs de mythes sans compte à rendre à Œdipe. Et puis me voilà, moi, rendu pile au milieu, passager en mes chansons pudiquement pas sages. Elles, tendues sur cet isthme de l’existence après 5 disques à les jouer sur scène en duo avec Jean-Christophe Sirven que je vous invite à suivre sur L'Affaire Sirven. Elles, que j’ai déshabillé jusqu’à l’os, amené parfois jusqu’à la limite, et même relooké pour une Carte Noire. Il est venu le temps de me calciner à cette prédiction, à cet inéluctable appel de la tribu, avec mon pédigrée de chanteur nourri d’intranquillité. Ce sera avec Kursed et leur son donnera la couleur à mes nouvelles chansons, sur scène et sur un prochain album à paraître en 2018. 

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(Photo : Christine Cousin)

francofolies de la rochelle,dimoné,dimoné & les kursed,interview,mandorInterview :

Pourquoi t’es-tu associé au groupe Kursed ?

Avec Jean-Christophe Sirven, on avait pas mal tourné. Nous nous étions enfermés dans une précarité devenue confortable. Notre musique était devenue une recette. Je voulais changer ma façon d’envisager et de jouer la musique. Ce satané confort est pernicieux…

Qui sont les Kursed ?

Ce sont des musiciens de chez moi, de Montpellier, qui sont dans la lignée des White Stripes, Queens of the Stone Age, The Blanck Angels... C’est un groupe déjà constitué et je les ai vus plusieurs fois en concert. A un moment, j’ai compris que je voulais ce groupe de luxe derrière moi. Ils ont une acuité que je n’ai pas et ils m’ont donné envie de faire un assaut électrique avec tout ce que je revendique et qui me fonde dans la culture rock et punk. J’avais aussi de revisiter mes 50 ans, peut-être revisiter un fantasme de jeunesse. Faire de la chanson électrifiée à 3 guitares.

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(Photo : Christine Cousin)

J’ai eu la chance d’entendre trois chansons de ce nouveau projet.

Les textes que tu as entendus sont composés de beaucoup d’ellipses dans le sens, dans les mots qui ne sont pas dits. Musicalement, avec les Kursed, il y a beaucoup de liberté. Jean-Christophe me suivait plus, eux me réapprennent à compter, alors qu’ils sont plus jeunes que moi, les cons.

Tu avais besoin de ça ?

Je pense. J’avais envie de me réveiller de nouveau, de changer de rituel, de ne plus penser à ce qui m’attendais. Avec eux, justement, je ne sais pas ce qui m’attend. J’avais besoin de me repositionner pour reprendre du plaisir à refaire le circuit de la scène, des interviews, du  monde musical de la francophonie. J’ai aussi le désir de surprendre tout le monde.

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(Photo : Dany Lapointe)

Tu t’es lassé de ce que tu faisais ?

J’ai envie d’être le premier sur la brèche. Je me dis que j’ai des carences, donc je travaille. Physiquement, il faut que je m’implique.

Pourquoi les Kursed ont accepté ce projet avec toi ?

Il faudrait que tu leur poses la question, mais, à mon avis, pour le challenge. Et peut-être pour les mêmes raisons que les miennes. Ils ont du talent. Ils ont le sens du son et savent jouer de la musique. Ils sont aussi beaucoup dans la référence, peut-être avaient-ils envie de mettre des mots français dans leur musique et que quelqu’un comme moi les convenaient ? J’espère que notre jolie drague va rendre leur public et le mien curieux.

Tu as l’impression de repartir à zéro ?

J’ai quelques années de métier derrière moi, le fameux zéro n’existe plus. Tu continues ta route, c’est tout. Mes 50 ans ont remué beaucoup de choses en  moi, même dans ma vie personnelle. Tout ce qu’il se passe dans mon existence du moment à du sens. 

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(Photo : Mandor)

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(Photo : Marylène Eytier/Au bon déclic)

francofolies de la rochelle,dimoné,dimoné & les kursed,interview,mandorAux Francos, tu as passé deux jours avec une chorale adulte. Qu’as-tu fait avec elle ?

Emilie Yakich, des Chantiers des Francos, m’a fait cette proposition d’animer une chorale adulte. On a pioché dans la programmation des artistes de la nouvelle scène, on a rendu un hommage à Higelin et on a puisé dans notre répertoire à nous. On se produit ce soir au Chapitô des Francos à 20h30 et demain à 14h50 sur la scène du port.

Tu as une relation particulière avec les  Francos ?

J’ai fait beaucoup de choses avec eux et je viens souvent. Je ne fais pas que la vedette ici. Je laisse des traces de sel sur mes T-shirts. J’anime des chorales, des ateliers d’écriture et j’interviens dans différents Chantiers. Pour moi, c’est primordial d’avoir des instants latéraux.

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Après l'interview, le 14 juillet 2017.

13 juillet 2018

Francofolies de La Rochelle : interview de Clara Luciani

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 (@ Manuel Obadia-Wills RVB)

Clara Luciani, avec sa plume délicate et sa voix grave, en a déjà séduit plus d’un. Ancienne membre du groupe La Femme, elle a été entendue en featuring sur Cyborg, le dernier album de Nekfeu, et aperçue en première partie de Benjamin Biolay et des Insus. La scène, tout comme le studio, n’a donc pas de secret pour elle. Ce soir, dans le cadre des Francofolies de La Rochelle, elle se produit au Grand Théâtre de la coursive. Rencontre quelques heures avant sa prestation.

francofolies de la rochelle,interview,clara luciani,sainte-victoire,mandorArgumentaire officiel de l’album Sainte-Victoire :

Jeune. Brune. Voix grave et assurée. Auteure compositrice d'un premier album dont les dix chansons perforent le cœur comme autant de flèches embrasées. Elle a pleuré mais la vie continue. Désormais c'est elle qui mènera l'offensive et dansera jusqu'au bout de la nuit. Son premier EP Monstre d’Amour auréolé de tant de louanges était un indice. Ce premier album en est la preuve. Clara Luciani a un don pour l'écriture, celui de transposer le récit personnel en une valeur universelle. Une écriture qui possède la patine des chanteuses passionnelles avec lesquelles elle a grandi, de Françoise Hardy à Lana Del Rey en passant par Barbara, Blondie ou Nico. Si elle se défend d'être une femme de son époque, elle est pourtant une femme d'aujourd'hui. Après s'être, un temps, glissée dans les pas de ses ainés, Clara Luciani est désormais en marche pour marquer de son empreinte la nouvelle pop française. Une Sainte-Victoire.

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 (@ Manuel Obadia-Wills RVB)

francofolies de la rochelle,interview,clara luciani,sainte-victoire,mandorInterview :

C’est ta première fois aux Francos ?

Non, j’ai fait mes premières Francos à l’âge de 19 ans avec La Femme. Je chantais au sein du groupe. L’année dernière, j’ai joué sur une petite scène qui s’appelle La Guinguette. C’est donc  ma troisième fois.

Cette année a été celle de la consécration pour toi. Tu as pris le temps d’apprécier ?

Ça fait 6 ans que je suis à Paris et que j’essaie de faire ma place dans la musique. J’ai participé à plein de projets, j’ai fait plein de petits boulots en espérant ce que je vis aujourd’hui. J’apprécie au compte-goutte  tout ce qu’il m’arrive.

Soudain, les choses se sont emballées.

C’est vrai, mais j’attendais tellement ça que j’ai su recevoir ces cadeaux-là. Je ne suis pas du tout blasée.

Clip de "La grenade".

Ton premier EP  était un peu larmoyant, sombre et mélancolique. Ton album, Sainte-Victoire, lui, estfrancofolies de la rochelle,interview,clara luciani,sainte-victoire,mandor plus ouvert.

Oui, en effet. Il est plus solaire, plus optimiste. J’ai quand même l’impression que les deux disques sont complémentaires. Les deux ont un point commun, ils sont autobiographiques.

Tu as un Olympia en tant que « vedette » le 12 avril 2019. C’est une forme de consécration ?

C’est hyper excitant pour moi. J’ai fait 7 ou 8 premières parties à l’Olympia, ça fait beaucoup. J’ai en fait trois de Bernard Lavilliers, une de Juliette Armanet l’année dernière, une d’HollySiz… J’espérais tellement que les lettres rouges soient à mon nom sur la devanture. Me dire que cette chose-là va se réaliser m’émeut. J’ai appris avec le temps que monter sur scène c’est jouer de la musique, du verbe jouer. Ce doit être quelque chose de léger. Avant j’appréhendais la musique avec beaucoup de gravité, aujourd’hui, j’ai compris que sur scène, on avait le droit aussi de s’amuser.

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(Photo : Antoine Monegier)

Ça te laisse le temps d’écrire de nouvelles chansons.

Exactement. Là, je suis en plein travail. Je fais le tri dans les textes que j’ai déjà sur mon téléphone en démo. Ça va être un vrai challenge, mais j’ai hâte.

Clip de "La baie".

francofolies de la rochelle,interview,clara luciani,sainte-victoire,mandorHollySiz et Juliette Armanet, ce sont des amies ?

Oui, nous nous côtoyons. Ce sont des femmes que j’admire et que j’aime beaucoup. Elles ont eu la délicatesse de m’inviter à leur Olympia pour me soutenir et m’encourager, j’ai trouvé ça hyper chic. C’est formidable qu’il y ait des chanteuses, des femmes, solidaires entre elles. C’est important.

Ce que tu fais aujourd’hui est clair-obscur.

Il y a deux forces qui se bataillent en moi. Je suis toujours entre le rire ou les larmes, entre le chaud et le froid, entre le clair et l’obscur, entre le léger et le grave. Cette complexité, cette dualité, je crois qu’elle est propre à la nature humaine.

On sent beaucoup de sincérité dans ton album.

J’espère parce que je suis incapable de faire autre chose que ça. Je n’ai pas souhaité prendre un pseudo parce que les chansons étaient trop moi.

"Les fleurs" en live. 

"Eddy" en live.

Tu as hâte de créer de nouvelles chansons ?francofolies de la rochelle,interview,clara luciani,sainte-victoire,mandor

Si j’ai hâte de chanter de nouvelles chansons, je suis loin d’être lassée de celles-ci. Les chansons « Les fleurs », « La dernière fois », « Drôle d’époque », je les ai écrites trois mois avant de sortir l’album, donc elles sont neuves dans mon esprit.

Françoise Hardy est pour toi la grande figure féminine de la chanson française. Pourquoi ?

Je l’aime beaucoup et j’ai eu la joie de la rencontrer dernièrement. Elle est incroyable. Ce qui m’a le plus touché quand je l’ai découverte, c’est sa façon de chanter très droite, très pure, sans chichis. Sa voix est comme une flèche qui traverse très bien le temps. Elle n’a jamais essayé de chanter selon les modes. C’est une ligne directrice que je tente de suivre.

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La Rochelle, cet après-midi.

Francofolies de La Rochelle : interview de Suzane

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(Photo : Pierre & Florent)

@jupercute.jpgSon nom d'artiste, Suzane, elle l’a emprunté à sa grand-mère maternelle, mais lui a retiré un "n", pour l'esthétique (et sans doute pour qu’on la retrouve plus vite sur Internet). Elle ne compte à son actif que deux titres : « L'Insatisfait » et « La Flemme ». Mais, ces deux titres lui ont permis de vite se faire remarquer par les professionnels. Cette année, elle a déjà joué à l'Olympia et sera sur la grande scène des Francos ce soir. Lors du changement de plateau entre les rappeurs Bigflo & Oli et Lorenzo, Suzane montrera l'étendue de son talent aussi bien musical que chorégraphique.

Rencontre matinale pour parler des Francos et de ses chansons.

Biographie officielle :

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(Photo : Loll Willems)

IMG_4704.JPGInterview :

Tu t’es produite sur la petite scène du port hier. Ça s’est bien passé ?

Oui, les gens étaient très réceptifs, curieux et accueillants. Je ne pensais pas être si vite programmé dans ce festival. Je me voyais là, éventuellement, mais dans quelques années. Je trouve ça impressionnant d’être ici.

Tu mélanges de la musique electro avec de la chanson.

C’est dur de définir des mots sur sa musique. J’aime bien dire que je fais de la chanson à texte sur fond d’electro. C’est le texte qui doit sortir en premier, ensuite la musique trouve sa place. J’ai essayé de trouver un mélange subtil entre les deux.

Clip de "Insatisfait".

Ta bio indique que tu as écrit tes textes lorsque tu étais serveuse dans un restaurant. C’est vrai ?

L’envie d’écrire est arrivée à ce moment-là, donc j’écoutais beaucoup les conversations des gens qui étaient dans le restaurant. Je me suis nourrie de toutes leurs histoires. C’est un lieu  où on voit l’être humain tel qu’il est. Dans sa façon de se comporter, de se tenir, de s’exprimer. Ces gens ne voient pas la serveuse…mais la serveuse, elle, entend tout. Elle devient même une espèce d’éponge. Ma première chanson « L’insatisfait », c’est parce que j’en ai vu beaucoup et que, moi-même, je peux être insatisfaite. Dans cette chanson, j’ai mélangé mes insatisfactions à moi et celles des proches ou celles d’inconnues.

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(Photo : Antoine Monegier du Sorbier)

On ne s’improvise pas chanteuse et musicienne. Tu as pris des cours ?

J’ai découvert la musique d’abord par le corps. J’ai fait de la danse de 5 à 18 ans. Entre temps, j’ai pris des cours de chant, mais juste pour m’amuser. Quant à la musique, j’ai aussi pris quelques cours, mais pas  beaucoup. Je suis un peu naïve dans ma façon de faire, parce que je ne suis pas une grande musicienne. Je fais de la musique simple que j’ai envie d’entendre.

Clip de "La flemme". 

Il y a eu des artistes qui t’on inspiré ?

J’ai écouté tellement de choses que je ne sais même plus par qui je suis influencée. Je peux quand même dire que des artistes comme Brel, Piaf, Barbara, Renaud ont beaucoup compté pour moi. Je les ai écoutés toute ma vie. C’est sur le tard que j’ai écouté de l’electro comme Daft Punk ou Justice. Actuellement, j’écoute beaucoup Orelsan. J’aime sa façon de manier les mots. Il m’inspire beaucoup dans sa façon de raconter les choses de façon très réaliste.

Et Piaf ?

J’aime aussi beaucoup sa façon de chanter. J’ai beaucoup chanté sa chanson « L’accordéoniste » dans la rue.

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(Photo : Loll Willems)

En regardant tes clips et en écoutant ta musique, j’ai pensé aussi à Stromae.

Il a influencé toute une jeune génération. C’est un immense artiste que j’ai aussi beaucoup écouté. Il est possible qu’inconsciemment, il m’ait influencé. Si on pouvait comparer ma musique à la sienne, j’en serais très flattée.

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Droit dans les yeux. 

De quoi parleras-tu dans ton album à venir ?

Des moments de vie, d’histoires de vie, du quotidien… Je n’écris jamais sur des personnages qui ne sont pas liés à moi. J’ai un troisième titre qui arrive à la rentrée et qui s’appelle « Suzane » où je raconte mon histoire. Chaque personnage est lié aux émotions que je peux ressentir.

Es-tu confiante pour l’avenir ?

C’est dur d’être confiante. J’ai même peur. Mais plus on a peur, plus on a envie.

Tu te produis ce soir sur la grande scène Jean-Louis Foulquier pour deux chansons. Tu as le trac ?

Ça va être un grand moment, mais j’ai ultra peur. J’ai peur surtout de m’évanouir au dernier moment. Chanter devant 14 000 personnes, ce n’est pas tous les jours !

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Après l'interview, ce matin.

Francofolies de La Rochelle : interview Chaton

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francofolies de la rochelle,interview,chaton,siméo,mandorJ’ai connu Chaton quand il ne s’appelait pas encore ainsi. Il a longtemps travaillé dans la musique sous le nom de Siméo, puis comme compositeur et producteur pour des gros noms de la variété (Jenifer, Yannick Noah, Amel Bent, Natasha St-Pier….). Ensuite, la débandade. Problèmes de santé, déceptions professionnelles, crise de panique. Il a ressenti le besoin de refaire des choses pour lui. Il a décidé de travailler des sons et de hanter des textes pour raconter sa vie, ses rêves, ses désillusions, son mal-être et sa solitude, sans se mentir. Des chansons très personnelles, autobiographiques, mais qu’il est parvenu à rendre universelles. Possible est un disque réunissant des tranches de vies douces-amères et indolentes, chantées à l’autotune sur fond dub. C’est simple, insolite et curieusement cohérent. De la chanson française de qualité autotunée sur une prod dub, personne ne l’avait fait avant. Chapeau l’artiste ! Chaton s'est produit aujourd'hui sur la scène du port… l'occasion d'une rencontre pour évoquer les Francos et son album.

francofolies de la rochelle,interview,chaton,siméo,mandorInterview :

C’est ta première venue aux Francos ?

Oui, et c’est curieux. Même en tant que professionnel de la musique, auteur et compositeur, c’est la première fois que je viens. Je crois que c’était le seul festival où je ne suis jamais allé et je ne sais pas pourquoi. Le fait de venir ici directement en tant qu’interprète, ça a une petite magie en fait. Je n’ai  pas souillé ma venue ici avec d’autres choses, d’autres souvenirs… je suis complètement pur des Francos.

Tu as fait un concert tout à l’heure sur la scène du port. Il s’est bien passé ?

L’accueil a été génial. Je vais faire un autre concert au Chapitô des Francos. Il fait beau, l’ambiance est belle, on mange bien, on voit des concerts très intéressants, on rencontre plein de copains parce que tout le métier est là. Je suis heureux.

Clip de "Poésies".

J’ai lu quelque part que tu es le chainon manquant entre Souchon en PNL.

C’est un compliment, je les adore. Je suis même extrêmement fans des deux. Ça me va donc très bien.

Tes textes sont terribles de tristesse, de doutes, d'errance, de désenchantement, de grisaille urbaine, d'honnêteté. Ils sont parfois impudiques, mais je sais que tu l’assumes parfaitement.

C’est parce que j’ai écrit les chansons de cet album sans savoir qu’elles sortiraient un jour, du coup, je n’ai eu aucun frein. Je les ai écrites vraiment pour moi, je suis donc absolument impudique dedans. Le paradoxe aujourd’hui, c’est que, du coup, en interview, je n’aime pas expliquer mes chansons parce que je suis timide et pudique en vrai. Et puis, j’estime que tout est dit dans mes textes. Ce que je raconte est clair, premier degré et autobiographique. Qu’ajouter de plus ?

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(Photo : Antoine Monegier)

Tu abats les cloisons entre le hip hop, l’electro, la chanson et le dub.

Ce sont toutes les musiques de j’aime. Je fais partie de cette génération où on a moins de cloisons entre les musiques parce qu’on peut la consommer plus facilement avec internet, parce qu’il y a moins de cases et de castes et enfin  parce que le monde est de plus en plus ouvert.

Clip de "J'attends en bas".

Tu aimes beaucoup les punchlines, mais sous anxiolytiques.

C’est ma culture hip hop… et les anxiolytiques, c’est ceux que je prends le soir.

Le succès de ton album t’a étonné ?

Complètement. J’ai fait ce disque dans ma chambre, aujourd’hui, je suis aux Francofolies même pas  un an après l’avoir fini. Je l’ai mixé et enregistré tout seul, je me suis écouté à 100%, j’ai été honnête avec ce que j’avais envie de dire. Le fait qu’il y ait des gens qui l’apprécient ou qui le détestent, bref, qui ont un avis là-dessus, je trouve ça complètement incroyable.

Tu as passé 10 ans à travailler avec d’autres artistes dans le domaine de la variété, tu connais tous les tralalalas de ce métier, aujourd’hui, tu te retrouves de l’autre côté, ça t’amuse tout ça ?

Je connais la majeure partie des acteurs de ce métier. Ils savent d’où je viens, ils savent pourquoi je suis là aujourd’hui, je pense qu’il y a une forme de respect.

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Cet après-midi, à La Rochelle, après l'interview…

12 juillet 2018

Francofolies de La Rochelle : Interview de Chevalrex

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(Photo : Matthieu Zazzo)

francofolies de la rochelle,interview,chevalrex,anti slogan,mandorAprès un premier album, Catapulte, à tirage réduit (200 exemplaires), et un second en 2016, Futurisme, qui l’a fait un peu plus remarqué, voici le troisième album de Chevalrex, Anti Slogan. Il poursuit sa quête d’une musique fantasmée entre chanson minimale, symphonie de poche, vignette sixties, collage sonore. Dans Télérama, Valérie Lehoux dit de lui : « Si discret soit-il, Chevalrex mérite qu’on lui donne les moyens de se faire entendre. Une sorte d’Yves Simon des temps nouveaux, qui aurait gagné du souffle à côtoyer Georges Delerue ou François de Roubaix. Et dont les chansons, même traversées de doutes et de heurts, prennent le parti de l’existence. » Pas mieux.

Aux Francofolies, Chevalrex a fait un carton. L’occasion de le rencontrer aujourd’hui.

Argumentaire de presse officiel : francofolies de la rochelle,interview,chevalrex,anti slogan,mandor

Rémy Poncet, l’homme derrière Chevalrex, s’est d’abord fait connaître par son album Catapulte, un album lo-fi fait maison. Il rejoint ensuite Vietnam pour Futurisme, un second album auquel Télérama attribue la note maximale de 4 clés : «Ses chansons naviguent entre pop symphonique et chanson fine, confidences et lyrisme», Chevalrex “s’inscrit dans le fil d’une chanson française porteuse de sens”. Libération, Les Inrocks ou France Inter s’enthousiasment eux aussi pour cet «authentique génie» et parlent de «symphonie de poche». Avec Anti slogan, il n’est plus question de «musique de poche», l’ambition va bien au-delà, et Chevalrex s’entoure cette fois ci d’un groupe mais aussi d’un véritable orchestre de cordes pour propulser sa musique dans une toute autre dimension lumineuse, intime et raffinée.

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francofolies de la rochelle,interview,chevalrex,anti slogan,mandorInterview :

J’ai l’impression que cet album Anti slogan est l’album qui t’a révélé à plus de médias et à un public plus large.

Le premier disque que j’ai sorti, Catapulte, je l’ai sorti seul sur ma propre structure. Il n’y a eu aucune promo, ni aucune existence à part mon propre réseau. Le deuxième disque, Futurisme, c’était un peu la même chose, même si je l’ai sorti sur le même label que le nouveau. Je continuais à travailler comme graphiste à côté de ce que je faisais en musique, bref, je travaillais un peu en dilettante. Pour Anti slogan, j’ai décidé de faire les choses sérieusement. Je me suis consacré à l’écriture et à la musique avec d’autres musiciens. J’ai fait un pas pour essayer de vivre de mes chansons.

Les médias, toujours aussi originaux, disent que tu es la nouvelle révélation pop. Comment le prends-tu ?

Même si je ne suis pas dupe, c’est plaisant. Je n’ai eu aucune mauvaise critique sur ce troisième album. Ceux qui n’ont pas aimé n’en ont pas parlé. Avant Chevalrex, j’écrivais déjà des chansons, je jouais dans des groupes, mais toujours hors du cercle médiatique. Sur Futurisme, je commençais à avoir de discrets retours et déjà, ça me faisait plaisir. Ça m’a même incité à tenter la chose plus loin encore. Du coup, j’y suis allé à fond.

Clip de "L'adversaire".

Tu écris des textes que l’on pourrait qualifier de « littéraire ». Lors de l’enregistrement de ton disque, tu lisais Simone de Beauvoir. Je crois savoir que cela t’a influencé.

J’ai commencé à écrire ce disque lors de l’été 2016 et, effectivement, je lisais les œuvres autobiographiques de Simone de Beauvoir. Comme elle, j’ai toujours évoqué dans mes textes ces histoires d’émancipations, de liberté, de la famille et des rapports sociaux. Je me sens très proche de sa pensée, cela a donc dû m’influencer. Pour moi, elle a été une caution intellectuelle. Je me suis dit : « Ok ! C’est ça qu’il faut faire ! »

C’est pour ça que dans tes textes, il y a du sens profond.

Chacun peut trouver le sens qu’il veut dans mes textes. C’est vraiment une histoire de perception. Je n’ai surtout pas la prétention d’affirmer que mes chansons ont un sens profond. J’essaie d’y mettre ce qui vibre chez moi, ce qui m’intéresse.

Clip officiel de "Bonjour, c'est moi".

On dit de tes textes qu’ils sont intimes. Le sont-ils vraiment ?

C’est un jeu. Il y a beaucoup de textes qui parlent de moi et d’autres pas du tout. J’aime bien les auteurs qui travaillent autour de l’autofiction. Je m’implique dans la narration, mais ce n’est pas forcément moi. Il y a aussi des choses inconscientes qui jaillissent de moi…

Nous sommes aux Francofolies, ça te fait quelque chose de t’y produire ?

Il y a quelque chose de symbolique de jouer ici. C’est une sorte de validation de la grande famille de la chanson française. Je me dis que c’est possible d’exister en restant sur son écriture.

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Après l'interview...

Francofolies de La Rochelle : interview de Foé

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Foé est l’une des grandes révélations de la chanson de cette année. Cette année, aux Francofolies, il s’est produit sur différentes scènes. Ce samedi 14 juillet, à 17h00, à la maison des Francofolies, les Francofolies de La Rochelle et les éditions Raoul Breton vont remettre le Prix Félix Leclerc dont il est le lauréat 2018.

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Remise du Prix Félix Leclerc, deux jours après l'interview… (Photo : Aurèle Bossan)

En ce 12 juillet, accaparé par tous les médias, il m'a tout de même accordé une interview.

29541719_527403484326917_8399696509303127369_n.jpgBiographie officielle :

Chad Boccara, producteur et manager, tombe sur une de ses vidéos postées sur YouTube. Curiosité immédiate et sensation de tomber sur une pépite en or massif. Il prend le jeune toulousain sous son aile. Avant cette rencontre déterminante, Foé embrasse un itinéraire musical plutôt commun: cours de piano à domicile de l'âge de huit à quinze ans, apprentissage de la guitare dans une MJC de quartier, groupe de lycée tendance rock alternatif et dans lequel il écrit en anglais. A la maison, beaucoup de musique classique. Lui carbure plutôt à AC/DC, Red Hot Chili Peppers, Alt-J, Stupeflip et rap américain. Très peu, ou plutôt quasiment pas, de chansons françaises. Il exprime rapidement un désir tenace d'évasion sonore. Ni vitesse ni précipitation. De toute façon, les parents exigent qu'il décroche un diplôme. Chose faite l'an dernier avec l'obtention d'un DUT génie mécanique et productique, spécialité aérospatiale.

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IMG_4681.JPGInterview :

2018 est un peu ton année.

Oui, j’avoue, il se passe beaucoup de choses pour moi cette année. Tout est allé très rapidement, il parait que c’est assez rare dans le métier, à ce point-là.

Le fait d’être aux Francos représente quelque chose pour toi ?

J’ai d’abord fait les Chantiers des Francos pour apprendre notamment la gestuelle et la présence scénique. Aujourd’hui, me retrouver sur des scènes officielles des Francofolies est symboliquement très fort.

Clip de "Bouquet de pleurs".

Tu es comparé à des grands de la chanson alors qu’à la base, dans ta jeunesse, tu écoutais surtout du classique.

J’ai appris le piano et beaucoup écouté Rachmaninov ou Bach. J’ai commencé la musique au conservatoire. Ensuite je me suis mis au piano, vers mes 8 ans. Plus tard, j’ai aimé le hard rock. Je n’avais quasiment pas de connaissance en matière de chanson française. C’est aujourd’hui que j’en écoute beaucoup. J’en avais un peu  marre de ne pas connaître l’œuvre de ceux avec lesquels on me comparait. Un jour, j’ai commis une énorme bourde sur une grande radio, j’ai parlé de Léo Ferrer. Là, je me suis dit qu’il y avait urgence à parfaire mes connaissances (rires).

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(Photo : Aurèle Bossan)

Tu es jeune, te laisse-t-on libre de tes choix artistiques ?

Complètement. Je vais vers la musique que j’ai envie de faire et d’entendre. 

Ton album est très diversifié. Il y a autant de ballades que de chansons electro-pop rythmés, mais il en ressort tout de même beaucoup de mélancolie.

Oui, je dois l’être un peu, mais je ne m’en rends pas bien compte. Ces chansons ont quelques  années maintenant. Je ne sais pas si je vais continuer sur cette trace-là ou si je vais explorer d’autres terrains. C’est encore trop tôt pour savoir.

Clip de "Mommy".

Tu as eu le temps d’aller voir d’autres artistes ici ?

C’est un peu compliqué. On m’emmène à droite à gauche et je n’ai pas vraiment le temps de me poser pour voir mes collègues. Je le regrette un peu, mais je ne suis pas ici pour ça, donc, je ne me plains pas.

Tu es de Toulouse, tu habites toujours là-bas, chez tes parents. Pourquoi ?

Ça me permet de garder les pieds sur terre. Quand je ne suis pas en représentation à la télé, à la radio ou sur scène, je redeviens l’enfant de mes parents. Je ne peux donc pas péter les plombs. 

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Après l'interview...

Francofolies de La Rochelle : interview Gael Faure

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(Photo : Charlotte Abramow)

Gael Faure navigue depuis une dizaine d’années avec des chansons pop comme une succession de voyages immobiles intérieurs, qui lui ont permis de mieux regarder le monde. Passé par le Chantier des Francos, Gael nous a fait le plaisir de présenter son nouvel album, Regain, aujourd’hui au Théâtre Verdière.

Rencontre avec la future grande star de la chanson française (déjà mandorisé là en 2013) et aussi là en 2015).

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Argumentaire de presse de l’album Regain (un peu écourté) :

Il y a trois ans, on partait avec Gael Faure vers un road-trip contemplatif et un premier album De silences en bascules qui rythmait notre exode. Aujourd’hui à 30 ans, l’esprit et le cœur gonflés de voyages et d’altérité, il savoure ce bel âge rond qui le guide au plus près de la terre et des Hommes. Avec ce nouvel album, Regain, il promène sa folk synthétique et moderne de la terre à la lune, vagabonde avec bravoure sur des incantations tribales et siffle une philanthropie poétique sur de nouveaux sentiers. Parce que lucide, il a naturellement rejoint le mouvement éco-citoyen « Colibris ». C’est d’ailleurs en refermant le livre de Pierre RabhiVers la sobriété heureuse qu’il compose et écrit spontanément la chanson « Colibri ». Voilà un disque que l’on dévore tout cru, qui nous traverse, et nous replace à l’endroit. Regain nous redresse côté cœur et nous ouvre à l’autre. Gael Faure irrigue un chant cultivé par ses pères et les racines d’une folk lumineuse qu’il pigmente d’une miraculeuse modernité et sacre le renouvellement.

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(Photo : Charlotte Abramow)

IMG_4696.JPGInterview :

Un festival, c’est particulier. Les gens ne viennent pas spécialement pour te voir. Tu aimes ça quand même ?

J’aime bien. La découverte, c’est important. Un peu comme un plat qu’on ose prendre dans un menu. Tous les artistes ont juste envie de faire de bons concerts. J’avais fait les Chantiers des Francos il y a six ans et j’étais revenu deux ans plus tard en tant qu’artiste. J’ai une petite histoire à moi avec les Francos. J’adore ce festival. Ici, je me sens comme en famille.

Tu as chanté tout à l’heure quasiment toutes les chansons de ton nouvel album, Regain.

Oui, je chante très peu d’anciennes chansons. Je viens ici pour faire découvrir ce que je fais aujourd’hui. Ça n’a pas eu l’air de déranger le public.

Non, il était même très réceptif. J’ai constaté en te voyant que tu parviens à réunir toutes les générations. Ce que tu chantes parle à tout le monde.

Je trouve ça bien. J’aime quand un monsieur de 70 ans vient me voir pour me dire que mes chansons lui parlent, quand une maman me dit être bouleversée ou quand je vois des gamins danser comme des fous devant la scène ou me demander des autographes. C’est important que tout le monde puisse retrouver quelque chose dans mes chansons. Est-ce que c’est la voix, les compositions, les textes ? Je n’en sais rien.

Clip de "Courbes et lacets".

J’aimerais aborder l’aspect écologique avec toi. Tu en parles dans certaines chansons.

Cette problématique-là est déjà universelle. Sur cet album, j’ai voulu parler le plus naturellement possible des choses qui me touchent, qui m’énervent, qui m’exaspèrent, qui me font plaisir. Ce côté écologiste, humaniste et éco-citoyens, que pouvais-je en faire ? En faire des chansons sans effrayer les gens, ni les saouler. Il faut dire des choses sans dépasser un certain degré. Alain Souchon le fait très bien. Il faut de la dérision, de l’humour, il faut provoquer de la poésie, pourquoi pas faire chialer ?

Il faut un bon dosage ?

Oui, dans mes chansons et dans ma vie aussi. Tout est une question de dosage et c’est beaucoup de travail d’alimenter ce jardin-là de la vie. C’est difficile de s’épanouir, de s’émanciper et en même temps de faire attention aux autres…

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(Photo : Charlotte Abramow)

Pourquoi fais-tu ce métier ?

Je le fais parce que ça me nourrit encore. Je vois ce métier de la bonne manière. Je me dis que mon chemin est celui que je prends, il n’est pas celui des stades. Il est celui de l’artisan qui frappe à la porte des gens pour leur dire bonjour et leur parler vraiment. J’ai l’impression que je suis assez fidèle avec moi-même et mes convictions. Je n’ai pas envie de me travestir. L’honnêteté à toute sa place dans ce métier de la musique.

Ce qui est impressionnant dans ta façon de mener ta carrière, c’est que tu vas lentement, mais sûrement.

Ça fait plaisir d’entendre ça, parce que c’est ce que j’essaie de faire, alors j’aime quand on me le fait remarquer. Cet album m’a permis de me recentrer et de ne pas me presser. Je ne suis qu’un être humain parmi tant d’autres, il faut savoir se détacher de ce métier. Plus je m’éloigne de ses contingences, plus je me sens bien.

"Ereinté" en version live.

A un moment, as-tu eu peur de te perdre ?

Tout le temps. Il est important de se poser les vraies questions. Se perdre, c’est important aussi, sans doute pour mieux se retrouver. Ça aide à la création, j’ai l’impression.

Tu es l’homme le plus heureux quand tu es sur scène ?

Non, je suis l’homme le plus heureux quand je suis dans une rivière ou en forêt. Je reviens des Cévennes et je vais y revenir vite.

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(Photo : Loll Willems)

Pour moi, tu es un immense paradoxe. Tu es un homme qui aime la solitude et la nature et tu fais un métier assez impudique où on est obligé de s’exposer.

Tu as raison. C’est un enfer et c’est extraordinaire. Tu as tout dis. J’ai besoin d’être seul et en même temps, j’ai besoin de parler, de m’exposer au public. C’est un beau métier, mais il est éprouvant.

Tu as 13 ans de carrière. Tu t’en rends compte ?

C’est affreux, je ne vois pas ma vie défiler. Je commence à en parler beaucoup pour en avoir conscience. Désormais, je sais qu’il faut que je fasse les choses à fond.

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Après l'interview...

Francofolies de La Rochelle : Les siestes acoustiques de Bastien Lallemant

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Dans le cadre des Francofolies de La Rochelle 2018, les tours de La Rochelle accueillent Bastien BANDEAU BASTIEN LALLEMANT.pngLallemant (mandorisé làcompositeur-interprète, à la tour Saint-Nicolas pour des siestes acoustiques !

Comme l’indique le dossier de presse, « derrière les siestes, il y a une volonté simple : celle de proposer un spectacle sous le signe de l’imprévu et qui soit aussi divertissant pour le public que pour les artistes. Pour garder leur spontanéité, les siestes sont uniquement répétées le jour-même, dans les heures précédant l’ouverture des portes. Le répertoire est composé aussi bien d’originaux que de reprises, de duos que de collaborations. »

C’est ainsi que Bastien Lallemant conçoit ses Siestes Acoustiques que la Tour Saint Nicolas accueillera le 12, le 13 et le 14 juillet. Et surprise plus que délicieuse, une sieste acoustique Francos Juniors sera organisée le 13 juillet !

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(Photo : Loll Willems)

IMG_4675.JPGInterview :

C’est quoi une sieste acoustique ?

Il y a des matelas, des coussins, nous sommes allongés le plus confortablement possible, comme à la maison. Il n’y a pas de sono, juste des musiciens qui pendant une heure vont faire se croiser des chansons qui vont se suivre sans qu’il y ait d’applaudissements entre elles. Ce n’est pas un spectacle, mais un moment de détente absolue. On peut dormir ou ne pas dormir, regarder ou ne pas regarder... et se laisser aller. Ça se passe dans l’économie, le silence et la douceur. La douceur est le mot qui correspond le mieux à l’exercice.

C’est la première fois que tu viens aux Francos avec les siestes acoustiques ?

Oui. Je suis content, car ce n’est pas moi qui en ai eu l’idée, ce sont eux qui m’ont invité. Les siestes acoustiques voyagent dans un certain nombre de festivals, mais principalement les festivals littéraires, parce que ces siestes sont montées en mettant en relation musiciens et auteurs.

Etre ici, qu’est-ce que ça t’apporte ?

C’est l’occasion de travailler avec des gens qui sont ici plus souvent que moi, comme Albin de la Simone, Pascal Parisot, Emily Loizeau, Pierre Lapointe et Gaël Faure

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(Photo : Loll Willems)

Tu es l’artisan de ses siestes, tu es donc celui qui choisit les artistes.IMG_4672.JPG

Je tiens à ça, même si je suis très ouvert. J’invite des amis, des amis de mes amis. Tout ceci se fait naturellement. Il y a ici des artistes présents à ces Francos que j’aurais aimé intégrer, mais les horaires ne correspondaient pas.

Comment expliques-tu le succès de tes siestes ?

C’est un projet qui ne s’épuisent pas parce qu’il se renouvelle continuellement. Le public apprécie, car ce n’est jamais le même répertoire. Tu peux venir 10 fois, 10 fois, ce ne sera pas la même sieste.

Tu y puises quoi ?

Beaucoup de choses. C’est un laboratoire de musique. Connaître la mécanique des autres artistes est passionnant. Entendre des voix comme celles de Camélia Jordana ou Vanessa Paradis te susurrer aux oreilles des chansons, c’est une inexpérience qu’on n’oublie pas.

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(Photo : Loll Willems)

Informations pratiques :

Le 12 juillet à 16h30
Le 13 juillet à 10h30 (Francos juniors) et 16h30
Le 14 juillet à 16h30
Tour Saint-Nicolas
Tarif : 15 euros (10 euros pour les Siestes Francos Juniors)
Réservations : Ici

08 juillet 2018

Arman Méliès : interview pour Echappées Belles volume 1

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arman méliès,echappées belles,interview,mandorDire que Vertigone m’avait bouleversé est un euphémisme (voir ici). J’aime Arman Méliès (mandorisé aussi ) parce qu’il me touche, que sa voix m’impressionne et qu’il prend un malin plaisir à dérouter son public en prenant constamment des directions différentes, donc en prenant des risques. Ne pas se répéter, aller de l’avant, tel a toujours été l’objectif d’Arman Méliès depuis son premier album.

Mélancolique et inspiré, plus cinématique que jamais, il nous  revient avec un hommage à la nouvelle scène féminine française. Cette première Échappée Belle est constitué de quatre reprises de Maissiat, Blondino, Fishbach et Juliette Armanet et de deux inédits pour vingt minutes de musique enregistrée dans son home studio et mixée par Pierre Antoine. De très bonnes chansons retravaillées à sa façon, tant et si bien qu’on a l’impression que ces titres lui appartiennent. L’intensité de son interprétation ajoutée à l’instrumentation sophistiquée me laisse pantois d’admiration. Il ne faut pas hésiter à s’immerger dans cet univers, d’écouter et de  réécouter pour tirer de cet EP toutes les richesses qu’il contient.

Le 13 juin dernier, Arman Méliès m’a donné rendez-vous dans un bar près de chez lui pour évoquer ce premier volume de ces Echappées Belles (à écouter là).

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arman méliès,echappées belles,interview,mandorInterview :

Cet EP a surpris tout le monde. Peut-on dire que c’est un disque entre-deux ?

Oui, un autre « vrai » arrive début 2019. Il est déjà totalement écrit et arrangé, mais il y a encore beaucoup de travail d’enregistrement. Echappées Belles est plus récréatif, même si je l’ai fait sérieusement et avec le cœur.

Cela dit, même si tu n’interprètes que des reprises, on a l’impression que ce sont tes propres chansons tant tu as su intégrer ton univers.

Une des gageures était de se réapproprier ses chansons qui sont déjà très fortes. Si je les ai choisies, ce n’est pas un hasard. Ce sont des chansons qui sont importantes et intimes pour moi et dont certaines me suivent depuis deux ans. C’est bien beau de se dire « j’adore cette chanson, je vais la reprendre parce que j’ai l’idée d’un EP de reprises qui serait une sorte de chemin de traverse par rapport à mon parcours initial », mais en fait, il faut trouver l’angle pour la reprendre sans la dénaturer, sans la rendre moins bonne que l’originale et se la réapproprier. J’ai voulu habiter ses chansons de manières différentes. C’est plaisant de donner un nouvel habit à des chansons qui existent dans un format bien défini. J’ai beaucoup de respect pour ces chansons et ces chanteuses, il ne fallait donc pas que je me loupe.

Cet EP s’est fait très rapidement.

C’est une idée qui me trottait depuis quelques temps, mais j’hésitais car j’étais pris par pas mal d’autres choses. Quand je me suis décidé en mars de cette année, j’ai tout enregistré en avril. J’étais seul à la barre, c’est moi qui enregistrais et qui jouais tous les instruments hormis le saxophone. Il n’y avait pas d’histoire de planning à caler et de studio à trouver.

Le premier morceau que tu as repris est « Bleu » de Mondino.

Oui, et c’est ce qui m’a donné de faire cet EP. C’est un morceau que je jouais seul pour mon  propre plaisir. En l’enregistrant, j’ai été surpris de devoir m’y reprendre à plusieurs fois. Je me suis rendu compte que ce qui marchait en guitare-voix pour moi, ne fonctionnait plus une fois posé sur bande. Il y avait des nuances harmoniques que je n’avais pas saisies. Le phrasé que Blondino utilise sur le titre nécessite que la rythmique générale du morceau soit en accord avec ce phrasé. J’avais essayé de m’en détacher un peu, j’ai dû faire machine arrière.

Clip de la chanson de Maissiat, "Le départ".

Tu as eu peur de décevoir les interprètes originaux ?

C’était la principale pression. Le fil conducteur était que je puisse faire en sorte d’amener ma patte et ma singularité dans les morceaux sans trop les bousculer. Je ne voulais pas heurter les chanteuses. Quand on est très attaché à une chanson et à son interprétation, quand on l’a écrite, quand on l’enregistre, quand on tourne avec, si quelqu’un en fait n’importe quoi, je sais que cela peut être blessant.

Tu les as toutes contactées avant d’enregistrer les titres ?

Oui. Je leur ai évidemment demandé la permission. Pas pour des histoires de droit parce qu’on est libre de reprendre des chansons, mais par correction.

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Tu as bien éduqué ton public, il a l’habitude des changements d’Arman Méliès. Il prend ce que tu lui proposes.

Oui, j’ai cette chance d’avoir un public très fidèle et qui aime bien mes contre-pieds professionnels.

Toutes ces chanteuses connaissaient ton univers ?

Celle que je connaissais le moins, c’était Fishbach, mais elle a enregistré son album avec Antoine Gaillet qui est la personne avec laquelle j’ai enregistré tous mes disques. Ca rapproche. Même si on ne se connait pas, il y a un univers commun et des références communes.

Elles ont toutes accepté facilement ?

Oui. Tout le monde a considéré l’idée bonne et avait hâte d’écouter ce que ça allait donner.

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Juliette Armanet et Arman Méliès dans l'émission de Didier Varrod, "Foule sentimentale" sur France Inter.

arman méliès,echappées belles,interview,mandorTu as choisi trois chanteuses un peu pop electro, sauf Juliette Armanet. Et bien ça marche quand même ! Ça a été difficile de la reprendre ?

Non. C’est parfois plus compliqué quand l’esthétique musicale est proche de la mienne. Le risque est de faire presque la même chose en moins bien.

C’était compliqué de choisir parmi toute cette nouvelle génération de chanteuses ?

Pas tant que ça parce qu’au moment où je me suis dit que j’allais faire ce disque de reprises, j’en avais plein en tête. Il fallait juste que je trouve des chansons qui me plaisent, qu’elles soient adaptables par moi seul dans un studio et que l’ensemble musical soit cohérent. Les chansons choisies se sont imposées assez vite, même s’il y avait d’autres chansons que j’avais très envie de reprendre.

Elles seront sur le volume 2 alors ?

Peut-être, mais ce n’est pas certain. Je ne sais pas encore si le volume 2 sera des reprises de jeunes femmes.

Tu as prouvé que des chansons que l’on croyait féminines pouvaient devenir masculines.

C’était aussi ce que je voulais montrer. C’est dans l’air du temps de donner sa vraie place à la femme dans la société, parce que dans énormément de domaine elle est sous représentée. Si on reconnait du talent à ces jeunes femmes, c’est qu’elles sont merveilleuses. Point barre. Et je vais être très sincère, pour moi, l’avenir de la chanson française, ce sont elles. C’est ce qui se fait de mieux actuellement, c’est aussi pour cela que j’ai voulu les reprendre.

Tu te sens concerné par les #MeToo, #BalanceTonPorc et par la libération de la parole des femmes ?

En tant qu’homme, c’est toujours  un peu délicat de se positionner par rapport à ce discours. On peut vite être taxé d’opportuniste. Dire qu’on a toujours soutenu la condition féminine est très facile à dire, alors que l’on peut se comporter comme un goujat chez soi ou dans son métier. Pourtant la parole masculine a aussi sa place dans ces revendications féministes. Je ne me sentais pas de faire de long discours, mais reprendre ces chansons est aussi un geste féministe, même si j’ai mis de côté la thématique féministe dans le choix des chansons.

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Pendant l'interview...

Chaque homme à sa part de féminité, as-tu fait ressortir la tienne ?

J’ai surtout l’impression de l’avoir sorti depuis longtemps sur d’autres disques et certaines interprétations. Sur cet EP, il n’y avait pas la volonté de chercher une part de féminité en moi. Le challenge de faire honneur à ces chansons était déjà suffisant pour moi.

C’est un disque autoproduit ?

Oui, j’ai monté mon propre label, Royal Bourbon. Il est destiné à sortir tous les projets parallèles que j’ai dans les tiroirs ou des projets de gens qui me sont proches et que j’aime beaucoup qui ne nécessitent pas l’armada promotionnelle habituelle qu’une sortie nationale exige. On va essayer de sortir à chaque fois des objets singuliers et beaux pour les amoureux du disque physique.

Il y a une imagerie Arman Méliès sur les visuels des albums et dans les clips… très mystérieux.

Pour moi, tout est lié. Dans mes textes, je prends un malin plaisir à ne pas tout divulguer. Je laisse des pistes pour que chacun puisse se faire son interprétation, du coup, les visuels et les clips peuvent aussi aider à une meilleure compréhension ou à ajouter des possibilités et de l’imaginaire.

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Le 13 juin 2018, après l'interview.

07 juillet 2018

Pause Guitare 2018 : interview du gagnant du Prix Magyd Cherfi, Govrache

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Sans cesse à la recherche de la « perle rare », l’association Arpèges & Trémolos, organisatrice du festival Pause Guitare, milite et agit de façon concrète depuis de nombreuses années en faveur de la découverte dans le domaine de la chanson. Membre actif de plusieurs réseaux professionnels à échelles différentes, et de portées différentes, l’association effectue aussi un travail auprès des professionnels de la musique.

Qu’est-ce-que le Prix Magyd Cherfi ? (Tiré du site officiel de Pause Guitare)

Le Prix Magyd Cherfi, appelé auparavant tremplin « Découverte Chanson » est organisé à chaque édition du festival. Le jury se compose de professionnels du spectacle et du grand public, sensibilisé aux enjeux de la scène française actuelle. Deux raisons à cette exposition médiatique pour eux : la présence de professionnels du spectacle sur le tremplin « Jeunes Talents », et l’adhésion du public au spectacle proposé.

Comment se déroule le Prix Magyd Cherfi ?

8 groupes issus de toute la francophonie, choisis pour leur talent, jouent durant 25 minutes chacun. L’ordre de passage est établi par tirage au sort. 3 jurys votent ensuite : les professionnels, le public et le jury La Dépêche du Midi. A l’issue de ces délibérations, chaque jury délivre sa propre récompense : une date de concert de la part des professionnels, un soutien en communication de la Dépêche du Midi et 1000€ offert par La Poste pour le vote du public.

Hier, c’est Govrache (mandorisé là en 2012) qui a remporté haut la main le Prix Magyd Cherfi de cette année. Je l’ai rencontré pour qu’il me fasse part de ses impressions.

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(Photo : Marylène Eytier - aubondeclic.com)

pause guitare,prix magyd cherfi,gavrache,interview,albiInterview :

Tu as remporté deux prix importants, celui du public et du jury.

Le prix du public, c’est toujours avec une petite pointe au cœur parce que c’est génial de savoir que l’on plait au public et qu’il a été touché. Après, j’avoue que je n’avais jamais eu de prix de jury, ni aucun prix de pros… ça fait du bien aussi. Je t’assure que quand j’ai entendu que j’avais gagné je n’y croyais pas. J’ai ressenti vraiment une double émotion intense.

Tu as fait un choix audacieux. Au dernier moment, tu as décidé de ne pas chanter avec une guitare, mais juste slamer sans musique.

J’y ai pensé dans ma chambre d’hôtel ce matin. Soit je faisais ce que je fais habituellement sur un set de 25 minutes, c’est-à-dire mélanger les chansons de mes disques déjà existants et les slams de l’album à venir, soit jouer la carte de l’avenir. J’ai finalement estimé que mes chansons étaient derrière, j’ai donc eu envie de passer à autre chose.

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Après 2 concerts au centre de détention d'Albi, 7 interviews pour différents médias, le prix Magyd Cherfi, voici Govrache fin prêt pour la captation d'un slam dans le centre d'Albi... 3 jours intenses.

C’était un coup de poker.

J’ai décidé de tenter le coup. Mon idée était de susciter l’intérêt, pas forcément de gagner le prix. Je vais te dire franchement, je ne pensais pas gagner un prix sans musique.

Oui, certains ne comprennent pas le choix du jury. 

Je ne sais pas quoi dire sur le sujet, mais si tout le monde est venu dans la même optique que moi, personne ne devrait être énervé. Les huit artistes qui étaient là sont gagnants de toute façon. Ce qui compte, c’est de jouer devant des gens qui ne vont pas nous voir jouer en concert, c’est ça la base. Après il y a un choix du jury… et pour une fois, ça tombe sur moi. Personnellement, j’étais sûr que Dany Terreur gagnerait. J’ai été bluffé par sa prestation. Quelle performance !

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(Photo : Dominique Janin).

C’est ton année, j’ai l’impression, depuis que Gauvain Sers t’a emmené en première partie de sa tournée.

Grâce à Gauvain, effectivement, les choses se sont accélérées. Aujourd’hui, je suis du genre à prendre ce qui arrive sur le moment. J’évite de trop me projeter. Je l’ai fait souvent et j’ai été déçu. Maintenant, je saisi l’instant présent sans me poser de questions et c’est un gros, gros kif.

Le nouvel album arrive quand ?

On rentre en studio au mois d’août ou septembre. Je serai le 16 mars 2019 à La Cigale, normalement l’EP devrait sortir ce jour-là.

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Après l'interview, le 6 juillet 2018. (Photo : Rosanna Granieri).

Depuis le lancement de Découverte en Chanson, en 2007, 13 artistes ont reçu cette récompense :

L’Herbe Folle – 2007 / Manu Galure – 2008 / Garance – 2009 / Pauvre Martin – 2010 / Sarah Olivier – 2011/ Olivier Gil – 2012 / Gilles et Auguste – 2013 / JeserS – 2014 / K – 2015 / Denis K – 2015 / Barbara Weldens – 2015 / Emilie Marsh – 2016 / Zob’ – 2016 / Dalton Telegramme – 2017

04 juillet 2018

Jérémie Bossone : interview pour son roman Crimson Glory

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(© David Desreumaux-Lamao Editions)

jérémie bossone,crimson  glory,lamao éditions,interview,mandorSi on connait l’œuvre de Jérémie Bossone (mandorisé une première fois ici en 2015), on n’est pas étonné de le voir arriver sur ce terrain-là. Celui de la littérature. La belle en plus. Bossone n’est pas un  chanteur qui écrit, il est écrivain. Il chante aussi. Point barre. On a le droit de bien maîtriser ces deux arts. Dans Crimson Glory, il ne raconte pas sa vie. Il livre une histoire originale où l’on fait la connaissance du facétieux pirate Sean Fountain. Certes, il distille quelques parcelles de son monde à lui, principalement celles liées à son métier d’artiste. Il y a même quelques considérations bien senties sur le petit milieu de la chanson française qui pourront amuser ceux qui en font partie ou ceux qui le connaissent. Hormis cela, l’auteur nous livre un « page turner » palpitant et souvent drôle.

Rendez-vous avec Jérémie Bossone le 14 juin dernier, sur une terrasse de Belleville pour parler littérature et chansons.

4e de couverture : jérémie bossone,crimson  glory,lamao éditions,interview,mandor

Chanteur à la carrière fluctuante, le narrateur voit sa vie bousculée sur une plage lorsqu’une bouteille s'échoue entre ses pieds. A l'intérieur, un message de 1823 l'invite à une chasse au trésor insolite.

Un chassé-croisé mouvementé entre cette nouvelle aventure et sa vie de songwriter s'engage alors.

Aventures imaginaires, autobiographies romancées ?

Un jeu d'équilibriste envoutant !

L’auteur :

Après un passage par le monde du théâtre (Prix du Meilleur Acteur Florent 2004), Jérémie Bossone, auteur-compositeur-interprète, a remporté de nombreux prix (Grand Prix du Centre de la Chanson, Prix Sacem, Prix Adami...).

En 2015 son album Gloires reçoit le Coup de Cœur de l'Académie Charles Cros.

Crimson Glory est son premier roman. 

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(© Lamao Editions)

jérémie bossone,crimson  glory,lamao éditions,interview,mandorInterview :

Crimson Glory n’est pas ton premier roman je crois.

C’est le 10e que j’écris et c’est le premier publié. Pour moi, le roman est une forme d’écriture complémentaire à la chanson, ce format court où il faut tout dire en quatre couplets. Le roman me permet de dispatcher l’action, la narration, sur du plus long terme. Pour être sincère, j’ai commencé à écrire des romans bien avant ma première chanson.

Que fais-tu de ces romans ?

Je les range dans un tiroir, parce que je n’ai pas envie de me battre pour m’imposer dans le milieu de l’édition, comme je me bats pour m’imposer dans le milieu de la chanson.

Alors pourquoi Crimson Glory sort-il ?

Celui-là, j’ai voulu tenter le coup. J’avais fini le précédent qui faisait 700 pages et je le savais invendable. Crimson Glory, je le sentais plus donc, je l’ai envoyé à quelques maisons d’édition. J’ai eu des réponses presque positives, mais pas tout à fait, y compris dans de grosses maisons. Chez Albin Michel, je suis même arrivé au dernier comité de lecture, mais quelqu’un est passé devant moi. Au même moment, je reçois un mot de Fany Souville m’expliquant qu’un journaliste Bordelais avait écrit un article sur sa maison d’édition, Lamao Editions, dans lequel il était indiqué par erreur que j’avais écrit un livre chez elle. Je lui réponds, un peu sous forme de boutade, que j’aurais pourtant bien aimé.

Et du coup, tu lui as envoyé ton manuscrit par mail, c’est ça ? jérémie bossone,crimson  glory,lamao éditions,interview,mandor

Exactement. Fany (voir photo à droite) l’a lu dans la nuit.

Elle me l’a raconté récemment. Elle l’a lu sur son téléphone et elle n’a pu le lâcher.

Oui, et c’était bon signe.

Bref, vous avez fait affaire. Comment t’es venu l’idée de ce livre ?

Je marchais sur une plage avec un pote, j’étais en train de lui dire que j’étais au bout de mon roman, celui de 700 pages, que je l’avais recommencé trois fois, que ça m’avait demandé cinq ans de travail et que je n’en pouvais plus. Et soudain mon pied cogne une bouteille. Illico, ça a déclenché tout un processus. Celui d’en écrire un autre avec ce point de départ de bouteille sur une plage. En revenant dans le train qui me ramène de Toulon à Paris, je prends quelques notes, même si Proust disait que ça ne servait à rien d’accumuler les notes… Pendant deux ans, j’ai laissé murir tout ça. Un jour, j’ai dit : « C’est maintenant ». J’avais la narration et le schéma, ensuite, ça m’a pris quatre semaines de rédaction. En l’écrivant, j’ai souhaité qu’à chaque fin de page, le lecteur ait envie de tourner la suivante.

Le personnage principal du livre te ressemble beaucoup, non ?

C’est ce que me disent les gens.

Tu parles de ta vie de chanteur, de ton disque, du milieu de la musique… tu t’es un peu amusé à glisser des clefs.

Je savais que le public « chanson » qui me suit depuis quelques années allait éventuellement s’intéresser à ce disque, c’est une sorte de clin d’œil.

Clip de P-P-Patricia.

Tu n’es pas très tendre avec ce milieu.

Pas très, en effet. Il n’a pas toujours été très tendre avec moi non plus.

C’est bizarre parce que j’ai l’image d’un Jérémie Bossone aimé de ce milieu.

Ca dépend, mais globalement, je n’ai pas à me plaindre comparé à d’autres. Maintenant, on va peut-être apprendre à me détester parce que je tente d’autres aventures. En France, on aime un artiste pour une chose, un genre. On l’aime une fois pour quelque chose, on aimerait qu’il continue à faire ce pour quoi on l’a aimé. Le problème, c’est que c’est aux antipodes de ce que je suis. Faire constamment la même chose m’est proprement insupportable. Je ne peux pas. J’ai besoin de changer. J’ai besoin de métamorphoses, de passer par plusieurs formes et je sais que, fatalement, je perds des gens.

Tu as envie de chanter autre chose, avec des textes moins consensuels ?

J’aimerais chanter des sujets différents, scabreux, douteux… j’aimerais être le Roger Nimier de la chanson. J’hésite parce que je sais que les gens ne veulent pas entendre certaines choses. Faut-il leur donner tort ? A la base, la chanson est un art populaire. Si on vogue vers des choses non populaires, ont elles leur raison d’être ? Moi, je pense que oui. Il faut proposer d’autres alternatives.  Il y aura toujours des chansons sur l’amour, sur l’amitié, sur le temps qui passe, mais il ne faut plus qu’il n’y ait que ça. Il y a un continent à explorer et j’ai tendance à vouloir le rejoindre.

Clip de "Playmobil".

Revenons au livre. Il y a toi et il y a le « pirate » Sean Fountain. Par son attitude, lui aussi pourrait être un double de Jérémie Bossone, non ?

Il y a beaucoup de moi dans ce personnage, bien sûr. Je le considère  comme un grand frère, une espèce de modèle. A part que je ne vis pas au XVIIIe siècle, on a effectivement beaucoup de choses en commun.

Ce côté joueur, tu l’as ?

Oui, même s’il va très loin dans le jeu et les facéties. J’aime les gens qui vont loin, même s’ils finissent par être mal vus par une société qui a d’autres manières de fonctionner.

Il est sacrément égoïste.

Très. Je le revendique aussi chez moi, à la fois comme une force et comme une énorme faiblesse. Ce n’est pas un égoïsme qui va dans le mur, il doit être orienté vers quelque chose. C’est comme l’orgueil. Pour moi, l’orgueil est une grande valeur.

Et la vanité ?

C’est le travers de l’orgueil.

Un artiste n’est pas un homme comme tout le monde ?

C’est ce que les gens attendent. Si c’est pour être comme tout le monde, ça ne sert à rien. Il faut aller plus loin quitte à déranger, bousculer, choquer. C’est important parce que ça peut déclencher un réveil chez le public. L’artiste doit donner un coup de pied à l’ordre établi sinon, il n’a aucun intérêt.

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Quelle image penses-tu donner au public ?

Après 10 années de chansons, j’ai été enfermé dans une image d’artiste écorché vif, romantique. C’est de ma faute parce que cela doit être une part de moi que j’ai mis un peu trop en avant. J’aime déconner et rire, mais je n’arrive pas à exprimer ça dans ce que je chante. Quand je tente, ce ne sont pas mes chansons les plus réussies. Proust, encore lui, écrivait que le bonheur n’était pas fait pour être écrit, mais pour être vécu. Ce qui s’écrit, c’est le malheur.

Dans le roman, l’humour est là en tout cas. Un peu noir, second degré, sarcastique.

Je veux tirer dans le tas tout en restant élégant. J’aime les sourires qui dézinguent.

Le narrateur, il ne fait pas bon vivre avec lui quand on est une femme amoureuse.

Dans le livre, Suzanne a eu raison de partir, en effet.  La patience a des limites, j’ai les miennes. Euh… le narrateur à les siennes. A un moment donné, chacun retourne à sa place.

Est-ce que ce livre a été écrit aussi pour que les gens, voire tes proches, te comprennent, te connaissent un peu mieux ?

Je voulais montrer une forme de cynisme qui est en moi et que ne véhiculent pas mes chansons. Je le regrette, mais le peu de fois où j’ai essayé, je me suis ramassé. Ce livre me permet peut-être inconsciemment de faire voler en éclat le romantisme qui me colle à la peau.

Comme ton nouveau personnage musical Kapuche.

Oui, il se moque de tout et de tout le monde. Il n’a pas de place à défendre dans ce milieu musical… il se contente de survivre sur un radeau, et ce n’est pas facile. J’aime beaucoup ce double parce qu’il dit ce qu’il veut, comme il veut.

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Bossone et Kapuche.

jérémie bossone,crimson  glory,lamao éditions,interview,mandorAvec le projet Kapuche, tu veux balayer Jérémie Bossone ?

C’est ça. C’est moi derrière le masque, mais quand je l’endosse, je ne suis réellement plus le même. En termes d’écriture, ça m’envoie encore ailleurs, comme tu pourras le constater quand tu auras écouté le prochain album (dont voici la pochette à gauche). J’ai besoin de ça. 

Tu passes de guitare-voix à du rap insolent.

Le changement est violent, je te l’accorde. J’aimerais pourtant que l’on m’apprécie pour ma manière de passer d’un projet à un autre.

Comme dans tes chansons, dans le livre, tu parles aussi beaucoup d’alcool. Je te cite : « Quand  je pense qu’il existe des gens qui sont réfractaires aux lumières de l’alcool, je n’arrive pas à me figurer une telle étroitesse de vue ».

Je me suis fait remonter les bretelles à cause de cette phrase (rires). Il y a un bouquin à écrire sur l’alcool, sur son panache, sur ce que cela permet…

Blondin a écrit sur l’alcool.

Comme toute la bande des Hussards, ils ont fait un premier pas, il manque la dimension épique.

Tu évoques aussi l’écriture : « Or, ce qui prime en écriture, c’est la puissance ludique. C’est ce plaisir du jeu que procure l’agencement des images et des sonorités. Sans lui, nulle catharsis et les émotions retournent comme des baudruches dégonflées… ». L’écriture est ta passion absolue ?

Elle a une part prépondérante dans ma vie, c’est clair et net. Mais, ma passion absolue est de raconter des histoires. Soit en chanson, en poème, en roman, en série, ou avec des outils vidéo. 

Des outils vidéo ?

On a publié sur YouTube deux épisodes en vidéo sous forme de dessin animé avec Kapuche. Les dessins animés m’ont énormément impactés aussi, et notamment les mangas. Pour moi, c’est la dernière forme d’art qui défend une valeur épique de la narration.

Trailer de Kapuche : La Sparkle Rose.

Je sais que tu ingurgites beaucoup de séries télévisées et que tu lis des mangas. Est-ce que cela peut influencer ta façon d’écrire tes chansons ?

Absolument. Déjà, mon schéma narratif à tendance à se modifier continuellement. Ces derniers temps, contrairement à avant, je suis très porté vers la rime riche. A travers Kapuche, le rap me permet de m’y adonner.

Le rap, ce n’est pas un nouvel amour pour toi.

Non, c’est loin d’être une lubie. Ça fait  20 ans que j’en écoute et ça fait un moment que j’avais envie de m’y mettre. Déjà, pour faire comprendre au milieu « chanson » que l’on pouvait marier la chanson et le rock, ça m’a pris 10 ans. J’estime avoir fait mon job. Il faut que je fasse pareil avec le rap.

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Pendant l'interview...

Pourquoi es-tu pour la violence dans l’art ?

S’il y avait plus de violences dans l’art, il y en aurait moins dans la vie. Je ne dis pas que l’art doit se restreindre à n’être que de la violence, mais allons loin dans la violence dans l’art. Il y aura moins de guerre…

Dans Crimson Glory tu évoques aussi la morale : « Depuis que j’ai une conscience, je me suis toujours essuyé les pieds sur la morale. C’est la moindre des politesses à l’égard de la poésie. « La morale, c’est la faiblesse de la cervelle » dit le frangin Rimbaud et l’ami Proust de surenchérir « on devient moral quand on est malheureux » ». Tu aimes aller à l’encontre de la morale ?

Par posture, un peu, par essence même, par profondeur, oui. Faut dézinguer la sacro-sainte morale. Comme disait Brassens : « Je préfère me tromper tout seul qu’avoir raison avec tout le monde ». J’ai un côté sale gosse qui a envie d’avoir sa place. Une  place différente.

Un artiste, c’est un grand enfant ?

Il faudrait qu’il le soit, malheureusement, ce n’est pas toujours le cas.

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Après l'interview, le 14 juin 2018.

03 juillet 2018

Les 46e Rencontres d'Astaffort : reportage en plein coeur de l'évènement

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IMG_3439.JPGAstaffort, une localité de 2000 habitants, aux confins du Lot-et-Garonne et du Gers. Un petit village tranquille, dont personne ne parlerait s’il n’y avait l’enfant du pays… Francis Cabrel (mandorisé en 2015 et en 2012) y est né et il continue d’y vivre une bonne partie de l’année. Et surtout, il a décidé de faire du cadre de son enfance un lieu de rencontre autour de la chanson.

Il a créé les Rencontres d’Astaffort  il y a près de 25 ans pour répondre à un sentiment de solitude artistique exprimé par beaucoup d’artistes. Elles sont soutenues par de grands noms, parrains des sessions, comme Alain Souchon, Nolwenn Leroy, Maxime Le Forestier, Grand Corps Malade, Jeanne Cherhal, Julien Doré, Vianney, Renan Luce, Emily Loizeau, ...

Sont passés par là près de 800 artistes dont Emmanuel Moire, Vincent Baguian, Laurent Lamarca, Oldelaf, Gaël Faure, Benoît Dorémus, Vincha, Luciole, Emilie Marsh, S Petit Nico, Pierre-Dominique Burgaud, Ours, Lisa Leblanc, Jérôme Attal, Klo Pelgag, Lisa Portelli, Louis Delort, Valentin Marceau, Guillaume Cantillon, Ben Ricour... 

Anne-Claire Galesne, l’attachée de presse des Rencontres d’Astaffort m’a proposé de m’immerger rencontres d'astaffort,voix du sud,francis cabrel,astaffortpendant deux jours au Centre des Ecritures de la Chanson à Astaffort pour que je comprenne le mode de fonctionnement de l'association. J’ai accepté avec plaisir de venir lors des 46e Rencontres, dont le parrain était Christophe Maé, tant je me sens en adéquation avec le travail de Voix du Sud (j'avais déjà établi une première approche en 2015). Depuis des années, je défends la chanson qu’eux tentent d’élever au plus haut. Il y a une logique à ce que j’aille à la rencontre d’Astaffort.

Dans cette longue chronique mandorienne, j'ai tenté d'expliquer le mieux possible ce que j'ai vu pendant deux jours, mais à ma façon, c'est à dire à travers toute une série d'interviews. 

Commençons avec "la direction".

Tout d'abord, Pascal Bagnara, le directeur de Voix du Sud. 

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Quelle est la priorité de Voix du Sud ?

C’est défendre la chanson francophone qu'elle soit pop, slam, rap, rock, electro, mais également la chanson en langue régionale. On a fait des stages en occitan, alsacien, breton, corse et catalan. On s’aperçoit qu’en termes d’écriture, il y a les mêmes problématiques d’une langue à l’autre.

Que fait concrètement Voix du Sud ?

On permet aux jeunes auteurs, compositeurs, interprètes d’avoir une réflexion sur l’acte de création, de mener de nouvelles méthodologies et de porter un nouveau regard sur leurs habitudes de travail.

Vous les faites sortir de leur confort ?

Oui et parfois, il y a de vrais révélations. Je pense notamment à Emilie Marsh qui a laissé sa guitare sèche pour prendre sa guitare électrique suite à son passage à Astaffort. Quand on voit actuellement où elle en est,  je pense que ça a été le bon choix et la bonne impulsion. Elle est passée du jazz et de la chanson traditionnelle a du bon rock. Elle est revenue à sa source et je pense qu’aujourd’hui, elle en est très heureuse.

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Les artistes sortent de leur solitude.

Effectivement, les artistes créent de façon isolée. Ici, il y a beaucoup de familles de création qui se mettent en place. Par exemple le duo Jacques et Jacques joué par Laurent Lamarca et Vincha et les Bodie, réunissant les chanteuses Joko, Cécile Hercule et Emilie Marsh.

Au centre des écritures de la chanson Voix du Sud, il n’y a pas que les rencontres…

Les Rencontres font partie d’un grand chapitre qui s’appelle « les formations professionnelles » qui est complété par des stages, « les labos ». En fait ce sont les Rencontres d’Astaffort sur trois jours et non sur dix. Ce sont des stages plus spécifiques pour les artistes indépendants. On a cinq stages par an.

Il y a aussi des stages autour de la structuration professionnelle.

Ça s’appelle « Labo chanson n°2 ». Sur trois jours, on donne tous les repères nécessaires sur l’évolution de l’économie actuelle et sur les grands acteurs des différentes filières de la musique, scène et disque. On évoque les questions de stratégie et de rétroplanning. On a mis en place depuis deux ans un stage long autour de la structuration professionnelle ou l’auto-management avec le Studio des Variétés. 

Il y a aussi « Les rencontres répertoires ». Qu’est-ce que c’est ?

Ce sont des stages de 6 jours. On accueille trois équipes artistiques avec un cahier des charges très particulier parce qu’ils doivent venir en équipe réduite, au maximum quatre personnes. Ils viennent travailler leur répertoire. C’est une étape avant l’enregistrement et le travail scénique. On s’interroge sur le fond du projet avec un auteur, un compositeur-réalisateur. Il s’agit de mieux déterminer la direction artistique, revoir les textes, revoir la musique, simplifier, épurer, éluder et rendre plus efficace.

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Pascal Bagnara, l'un des invités d'Yvan Coujious sur Sud Radio, pour une émission spéciale consacrée aux 46e Rencontres d'Astaffort.

Il y a aussi le stage « L’écriture à la carte ».

C’est une sorte de résidence d’écriture encadrée. Il y a des apports théoriques. Il y a trois auteurs qui viennent et qui travaillent avec un formateur en écriture. Ça peut être Jean Fauque, Jérôme Attal ou Pierre-Yves Lebert.

Avec  Xavier Lacouture, vous allez mettre en fin d’année un stage autour des déclencheurs d’écriture.

C’est un stage qu’il fait actuellement à Paris et à l’étranger. Il veut le faire ici et nous, on est ravis car nous sommes dans la même démarche pédagogique.  

Il y a une quinzaine de stages cette année.

Oui, et n’oublions pas le grand volet qui s’appelle « L’action éducative et culturelle ».

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Francis Cabrel, Philippe Prohom, le coach scénique et les stagiaires des 46e Rencontres d'Astaffort.

C’est quoi la philosophie de Voix du Sud ?

C’est la transmission, la bienveillance et l’entraide. Francis Cabrel a voulu répondre aux demandes qui lui ont été faites et apporter des éléments de réponses concrètes aux jeunes artistes. La « mission » est d’aider et accompagner les jeunes artistes dans un univers qui n’est pas si simple et qui est même de plus en plus dur. On permet aussi de redynamiser et redonner confiance à certains artistes.

Tu as dû en voir passer.

On voit à peu près 130 artistes par an et ça fait 12 ans que je suis là.

Pour résumer:

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Témoignage de Jean Bonnefon, président de Voix du Sud.

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Vous êtes président depuis quand ?

Depuis dix ans. On est une belle équipe composé d’un beau conseil d’administration avec, évidemment, Francis Cabrel qui est président d’honneur et puis des gens qui représentent la Sacem, des organismes qui travaillent avec nous, des Astaffortais, des artistes, des administratifs… Ce CA est composé de gens qui connaissent chacun un morceau du métier et qui peuvent donner leur avis sur tel ou tel aspect des choses, voir des conseils aux jeunes artistes qui viennent ici.

En dix ans, avez-vous vu une évolution chez les artistes ?

Oui, mais je préfère que l’on se projette au début des Rencontres. Il y a 25 ans, il y avait des demandes spontanées d’artistes très amateurs, donc ce n’était pas le même niveau qu’aujourd’hui, même si, dans le lot, il y avait tout de même des pépites comme Vincent Baguian ou Emmanuel Moire. Aujourd’hui, le niveau général est donc plus élevé parce que ce sont des artistes déjà engagés dans le métier. On peut même dire que ce sont de jeunes professionnels. Désormais, il est rarissime qu’aux rencontres d’Astaffort, les artistes n’aient pas déjà été signés, qu’ils ne soient pas chez un éditeur ou qu’ils n’aient pas fait un ou deux albums. La seule chose qu’on ne peut pas mesurer techniquement, c’est la personnalité, l’originalité, la force que doivent avoir ces jeunes artistes pour faire une grande carrière.

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Francis Cabrel, Jean Bonnefon, Pascal Bagnara, des encadrants et les stagiaires de cette 46e édition.

Arrivez-vous à détecter très vite la pépite d’un groupe de stagiaires ?

C’est très compliqué. Sur ce stage, j’ai vu quelques personnalités qui semblent émergentes, mais on ne peut jamais rien prévoir pour l’avenir. C’est très mystérieux ce qui va faire le succès ou non d’un artiste, même pour ceux qui ont ce fameux petit supplément d’âme. En revanche, il y en a dont on sait qu’ils n’iront pas au sommet.

C’est le rôle des Rencontres d’Astaffort de leur dire ?

Non, on ne veut décourager personne, ce n’est pas le but. L’intérêt est qu’ils repartent plus forts que lorsqu’ils sont arrivés.

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Jean Bonnefon et Francis Cabrel en introduction du concert de Clôture des 46e Rencontres d'Astaffort. (Photo : Voix du Sud)

On peut dire que Voix du Sud, ça roule ?

Oui, ça roule, mais ça ne roule pas tout seul. Il y a un savoir-faire et une expérience. Il y a ici sept personnes qui travaillent à temps plein. Ce n’est pas rien pour une association qui défend la chanson. On ne peut pas laisser disparaitre cette chanson française bouffée par le marché américain. C’est une des obsessions de Francis Cabrel. Il est le premier à considérer qu’il est trop programmé en radio, il demande à ce que l’on programme un peu plus les jeunes.

Richard Seff (auteur et membre du conseil d’administration de Voix du Sud) :

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rencontres d'astaffort,voix du sud,francis cabrel,astaffortVous êtes à Voix du Sud depuis le début de l’aventure.

Un jour, Francis Cabrel m’explique qu’il a reçu une subvention pour rénover l’école du village et qu’il souhaite créer un centre d’écriture de chansons. Il aimerait que des gens qui écrivent des textes et des musiques et qui chantent, sortent de leur isolement et se rencontrent pour travailler ensemble. En 1994, j’ai monté les Rencontres d’Astaffort avec lui. Il m’a demandé d’animer la première Rencontre. Il a fallu ensuite trouver le bon modèle d’organisation. Finalement, j’ai fait ça pendant une dizaine d’années.

C’était un véritable challenge.

Oui, parce que nous partions de rien. Dès le départ, le concept était trouvé. Il fallait faire exister des chansons, qu’elles soient jouées et chantées sur scène avec un public. Une chanson n’existe que si elle est écoutée. Ça a marché beaucoup plus qu’on aurait pu l’espérer. La formule a un peu évolué, mais pas énormément.

Vous êtes rentré ensuite dans l’association Voix du Sud.

En arrêtant l’animation des Rencontres, je ne voulais pas me couper de tout ça. Aujourd’hui, je fais partie du conseil d’administration et je suis vice-président de Voix du Sud. 

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Les stagiaires des 46e Rencontres d'Astaffort. (Photo : Voix du Sud)

Trouvez-vous les artistes de plus en plus aboutis au fil des années qui passent?

Oui, un peu. La façon de travailler aujourd’hui est très différente. Quand on a démarré, c’était encore des gens qui venaient avec leur guitare. Aujourd’hui, la nouvelle génération est beaucoup plus habituée à travailler seul avec des machines, à savoir déjà faire des arrangements. Ils sont, pour la plupart, polymorphes et s’adaptent à tout plus facilement. Aujourd’hui, leurs influences musicales sont beaucoup plus larges, ça donne beaucoup plus d’éclectismes. Ce qui n’a pas changé, c’est qu’ils trouvent ici des ressources qu’ils ne soupçonnaient pas chez eux. Il faut être à la hauteur, trouver sa place et ne pas décevoir.

La chanson française se porte-t-elle bien ?

Elle ne se porte pas trop mal. Il y a quand même chaque année des artistes qui sortent et il y a une scène assez vivante, mais le contexte n’est pas favorable pour les développements de carrière. On a des utilisateurs de musique plutôt que des mélomanes. On peut aimer un titre, deux titres et se séparer de l’artiste très vite. Avant, on s’attachait à un artiste, on le suivait d’album en album. On lui laissait le temps. Aujourd’hui, on consomme très vite. Pour exister, certains artistes sortent des singles presque tous les mois, c’est valable surtout pour la musique urbaine. Il y a aussi les problèmes des nouveaux supports de diffusion, le streaming notamment, ou la rémunération des artistes ou des créateurs est minimale. Seule la scène marche bien. Ce que je peux dire, c’est que le vrai talent existe toujours dans une situation économique compliquée.

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Les stagiaires dans "La cour de création".

Beaucoup d’artistes passés par là affirment que les Rencontres d’Astaffort constitue une étape importante de leur carrière, de leur vie. Elles les ont nourris, stimulés, ont  souvent permis de rencontrer des alter-égo artistiques et de développer de nouvelles méthodologies de travail.

Les artistes qui ont participé à des séminaires d’écritures relèvent tous la singularité et la richesse particulière des Rencontres qui leur ont apporté des éléments qu’ils n’ont trouvés nulle part ailleurs. Nombreuses chansons nées à Astaffort figurent sur des albums. Ils le disent “il y a un avant et un après Astaffort”.

Voici quelques témoignages d’élèves de cette  promotion.

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Christophe Briz et Favo:

Vous avez ceci de particulier d’être vous-même enseignants en musique.

Favo : Depuis quatre ans, je mène notamment des ateliers d’écriture et de conception de chansons avec des jeunes. On voit tous les éléments du processus de création musicale.

Christophe : Ca fait une dizaine d’années que je suis dans l’enseignement. Depuis quatre ans, j’enseigne la technique vocale (voix parlée ou voix chantée) en formations ou en cours particuliers. J’accompagne aussi des artistes qui souhaitent avoir des conseils d’arrangements ou des conseils sur la construction de leurs morceaux.

Pourquoi, vous qui enseignez, venez vous dans un endroit où l’on enseigne ?

Christophe : Lors de ses Rencontres, je viens juste en tant que compositeur. J’avais envie de sortir de mon petit studio tranquille où je suis toujours seul. J’ai ressenti le besoin de rencontrer du  monde, d’échanger et de partager. L’enseignement, c’est une partie de mon travail, mais je fais aussi de la musique et je suis dans une dynamique où j’ai envie de donner plus de place à la création musicale et peut-être moins à l’enseignement. Je viens donc pour me tester, me mettre un peu en danger. Il y a un rythme de travail qui est très rapide. On doit composer une chanson en une journée, avec des gens que l’on ne connait pas. C’est intéressant et enrichissant à vivre.

Favo : J’ai dit à mes petits jeunes que j’étais content d’aller à un endroit où l’encadrant ne sera pas moi. J’avais hâte de vivre leur expérience à eux. Je savais que j’allais apprendre des autres. J’ai beaucoup apprécié les intervenants que l’on a eus, car ils m’ont proposés d’autres visions sur des choses que je savais déjà, mais exprimées autrement. Et puis, franchement, ça fait réviser les acquis. Rencontrer d’autres artistes est aussi important. Ce groupe-là était généreux d’empathie et d’entraide… Il y a eu parfois des moments difficiles, mais il y a eu de jolies issues. On a su gérer les problématiques avec recul et bienveillance.

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Favo et Christophe Briz avec Nicolas Gemus (à l'after musical du concert de clôture).

Se faire enseigner quand on est enseignant, ça ne pose pas de problèmes ?

Favo : Ma casquette  d’enseignant, je l’ai laissé chez moi. On était tous à l’écoute des uns et des autres. En tant qu’artistes, il faut oser partager ce que l’on croit savoir, écouter l’autre et construire ensemble.

Christophe : Ce n’est pas parce qu’on enseigne que l’on sait absolument tout, qu’on a forcément raison et qu’on ne peut pas progresser nous aussi. Si on vient ici, c’est que nous sommes prêts à faire évoluer notre propre vision.

Vous allez partir d’ici en sachant que vous allez faire évoluer votre méthode d’enseignement ?

Favo : Oui, je vais renouveler pas mal de choses surtout dans les ateliers d’accompagnement pour les textes. On nous a fait travailler les Haïkus (petits poèmes japonais extrêmement brefs visant à dire et célébrer l'évanescence des choses), ça permet d’aller à l’essentiel. Je ne connaissais pas cette méthode. On nous a fait travailler sur la pertinence du propos, la pertinence mélodique et la pertinence de l’attitude scénique. Même si je ne vais pas changer ma façon d’enseigner, ça m’a permis de monter mon niveau d’exigence.

Christophe : On a vu en un temps très courts des outils très efficaces pour l’aspect interprétation et l’aspect scénique. Je vais essayer de me les approprier et les utiliser.

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Arthedone (Alexandre Gonzales) et M.E.S.S (Christophe Rymland) :

Que saviez-vous des rencontres d’Astaffort ?

M.E.S.S : J’avais identifié ça comme un lieu de travail autour de la chanson française. Je ne connaissais pas le contenu exact du stage avant d’y mettre les pieds, je savais juste qu’on allait devoir travailler entre auteurs, compositeurs et interprètes. Le leitmotiv d’ici c’est de rompre la solitude artistique, ça me convenait très bien.

Arthedone : Je trouvais ça intéressant de faire sonner la langue française dans des styles de musique où on ne l’entend pas toujours. C’est ce que je m’efforce de faire en tout cas. Le patron ici, Francis Cabrel, a fait sonner la musique américaine depuis 40 ans. En cela il est précurseur et j’aimerais suivre son exemple.

Toi, il me semble que ce n’est pas ta première visite à Astaffort.

Arthedone : J’ai déjà fait des labos. Les Rencontres, c’était la voie logique après. Je découvre qu’il y a des auteurs qui sont de vraies machines de guerre. Ils sont capables d’écrire ou de composer des chansons hyper vite. Ca pulse, c’est hyper créatif, c’est génial. Je passe des jours extraordinaires.

M.E.S.S : Moi aussi, j’ai vécu comme un challenge le fait d’écrire des textes seul où à plusieurs dans une durée hyper courte. Quand tu es chez toi, tu as toujours le temps d’arranger tes chansons et au final, elles n’avancent pas. Là, il faut speeder, trancher, percuter donc, tu t’aperçois que tu peux aller au-delà de ce que tu pensais pouvoir faire en temps normal. Outre le fait que ça m’a ouvert bien des portes musicales que je ne pratiquais pas, j’ai écrit quatre textes en quatre jours. Ça ne m’est jamais arrivé.

Arthedone : Avec les autres, tu découvres tes points forts. Pour les textes, j’ai toujours  besoin d’avoir du temps et du  recul. J’essaie de trouver des « punchlines », des approches verbales on pourrait dire en français. Quatre textes en quatre jours, je n’aurais pas été capable, par contre côté musique et mélodie, je me sens beaucoup plus de facilité. J’ai appris que c’était très agréable de collaborer avec d’autres artistes et ça, je ne le savais pas. Il y a beaucoup d’entraides entre nous.

Faut-il enfermer son ego à double tour dans l’armoire ?

Arthedone : Je ne dirais pas ça comme ça. Il faut juste accepter que quelqu’un regarde par-dessus ton épaule, accepter aussi de ne pas avoir peur de tenter des choses, même si on nous dit que c’est pourri. Nous avions deux  intervenants pour l’écriture des textes, Olivier Daguerre et Jérôme Attal. Ils étaient francs, directs et nous disaient la vérité sans nous ménager sur nos textes, on n’est pas forcément habitués à s’entendre dire des choses, mais c’est essentiel pour avancer. On n’a pas de temps à perdre en fioritures ici. Les Rencontres d’Astaffort, c’est un mélange de bienveillance et d’exigence.

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Sarah Johnson et Emji :

Vous deux, vous n’êtes pas du tout dans le même registre de chansons. C’est agréable de se confronter à d’autres univers ?

Emji : Ça donne des idées et de l’air. On est trop centrés sur nos projets, sur la façon que l’on a de faire des chansons. On est venus pour mélanger les univers, les idées. On fait des connaissances, comme avec Sarah. Elle va faire ma première partie, du coup.

Sarah : C’est enrichissant parce que j’apprends à travers les autres. Emji à une maîtrise vocale que je n’ai pas. Dans la chanson humoristique, je n’ose me rendre vers ce terrain vocal là.

Emji : Ici, on nous a dit de sortir de notre zone de confort. Il y a des moments où je me suis dit : « Ah ouais, tiens ! Seule, je n’aurais pas fait comme ça et je suis très contente du résultat. » Ici, je suis venue travailler surtout l’écriture. J’avais envie d’emmener mes textes ailleurs. Ce qui est drôle, c’est que j’ai revu Jérôme Attal. C’est lui qui avait écrit mon single, « Toboggan » en sortant gagnante de La Nouvelle Star en 2015. On n’avait pas eu l’occasion de se revoir et de travailler ensemble depuis. C’était une bonne surprise. Bref, ici, on prend le temps de creuser, creuser, creuser… chose que je fais pas quand je suis seule parce que je n’ai pas d’impératif de temps. Je n’ai pas de boss derrière qui me demande de lui rendre un texte pour le soir.

Sarah : Perso, j’ai vraiment l’impression d’être sortie de cette fameuse zone de confort. On m’a conseillé de faire deux projets, un en anglais et un où je pourrais exploiter mon côté humour. Ça tombe bien, c’était la direction que je voulais prendre puisque la chanson humoristique me parle plus, en tout cas, en ce moment.

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Emji, Sarah Johnson en mode pause avec d'autres stagiaires et Christian Alazard.

Tu es venue chercher quoi ici ?

Sarah : Comme je suis aussi humoriste, j’ai plus l’habitude de travailler avec d’autres humoristes. Là, je me confronte à d’autres chanteurs, auteurs et musiciens et ça me fait un bien fou d’entendre d’autres registres que le mien.

Emji : En plus, il y a des personnalités très fortes, très authentiques et il se passe quelque chose de magique entre nous.

Sarah : Par exemple, j’ai travaillé avec Gurvan Nantel qui est auteur et qui était plus branché émotion. On a fait une chanson « Y’a pas de gomme » qui n’a pas été gardée, mais dans laquelle on a réussi à mêler nos deux univers. J’ai apporté des touches d’humour et lui sa poésie.

Allez-vous partir d’Astaffort différentes ?

Emji : Je vais changer ma manière d’aborder mes chansons, même si je vais garder mes « mauvaises » habitudes. Il faudrait que je refasse les Rencontres tous les mois, ça me permettrait de grimper rapidement des paliers supplémentaires. Sans plaisanter, je vais repartir avec de nouvelles perspectives. Je suis venue m’ouvrir un petit peu, notamment mes méninges qui étaient un peu rouillés ou même parfois bloqués. Je vais repartir pas changée, mais débloquée.

Sarah : Je suis totalement d’accord avec Emji. Je sais que j’ai pris conscience de mes propres limites. J’avais des trucs à travailler que je ne voulais pas forcément voir. En écriture, Jérôme Attal ne m’a pas épargné. Il est très exigeant, mais aussi bienveillant. Il sait nous repousser dans nos limites. Il ne se contente pas d’une simple phrase qui sonne. Ce n’est pas ça l’important. Lui, il veut la meilleure phrase possible pour avoir un meilleur texte possible. Je me demande si je n’aurais pas besoin d’un Jérôme Attal tout le temps derrière mon épaule. Quand tu passes à Astaffort, il y a obligatoirement une volonté d’évoluer.

C’est quoi pour toi les Rencontres d’Astaffort ?

Sarah : Une colonie de vacances… sans les vacances.

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Michel Robichaud et Nicolas Gemus :

Vous êtes les deux québécois de cette session. Que pensez-vous de ce stage ?

Nicolas : J’ai fait beaucoup de stages d’écriture, mais celui-là est particulier. J’ai vécu  une belle expérience de groupe, nous étions merveilleusement encadrés et tout était très professionnel.

Michel : En venant ici, je ne savais pas à quoi m’attendre. Je ne m’étais pas renseigné précisément. Je m’étais dit que je verrais sur place. La seule chose que j’ai faite, c’est d’appeler Antoine Lachance qui y était passé. Il m’a répondu que c’était la meilleure expérience en création de groupe qu’il a vécu. Je suis donc arrivé ici en toute confiance.

Vous deux, vous jouez de la folk et vous donnez beaucoup d’importance à vos mots.

Michel : Sans faire totalement la même musique, c’est vrai qu’il y a beaucoup de ressemblances dans nos répertoires respectifs et dans notre façon de travailler.

Nicolas : D’ailleurs, ici, on a créé une chanson ensemble, « On se tient ».

Vous vous êtes bien intégrés avec les français ?

Michel : Ça fait sept fois que je viens en France et à chaque fois, mon équipe et moi sommes accueillis pas en rois, mais presque. J’ai l’impression que dès qu’on est québécois, on a une immunité et un point de plus.

Nicolas : On fait rire les français avec notre accent et nos mots qui parfois ne veulent pas dire la même chose qu’en France.

Votre passage ici va-t-il changer quelque chose dans votre façon d’écrire ou composer ?

Nicolas : Je pense que mon style était déjà forgé. Je ne suis pas venu pour changer de style, mais pour vivre une expérience, rencontrer des gens. Par contre, j’ai appris à travailler dans l’urgence, alors que je suis plutôt à prendre mon temps. Le fait d’être poussé au pied du mur, d’être stimulé, d’être bien encadré, m’a fait voir que j’étais capable de rapidité et d’écrire des choses plus viscérales.

Michel : J’ai trouvé intéressant de voir les méthodes des autres stagiaires. On est obligés de partager dès le départ nos premières idées alors qu’elles ne sont pas finies, ça donne un coup. Il faut toujours reprendre, accepter les compromis, les idées de l’autre… les trois premiers jours, ça m’a demandé beaucoup de concentration et de lâcher prise.

Nicolas : Moi, je ne croyais pas en la création de groupe. J’ai eu tort. J’ai découvert que cela peut donner de très jolis résultats. Ça a été très enrichissant. Ici, c’est très intense cérébralement, mais aussi émotivement. On vit beaucoup de chose dans un minimum de temps…

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Roxanne Arnal et Michel Ghuzel (Beauty & The beast) :

Musicalement, dans votre duo, il y a un peu de jazz, de la country, du blues, de la pop et de la chanson française. Qu’êtes-vous venus rechercher ici ?

Roxanne : J’ai appris l’écriture à travers Michel. Quand le duo s’est créé j’avais 16 ans. Je n’avais pas encore de personnalité. J’avais besoin d’un autre regard sur mon travail que celui de Michel, de me mêler à plein de personnalités et, du coup, de m’émanciper dans l’écriture.

Michel : Je me suis dit que ça pouvait être sympa de voir comment les autres font pour exprimer des sentiments, des idées à travers des chansons... Quand je lis des textes de Léonard Cohen, Bob Dylan ou des auteurs français, je me rends compte que leur manière d’écrire exprime des choses très profondes avec extrêmement peu de mots. Ca a un impact terrible. Je suis venu ici pour voir si je pouvais m’approcher de cette façon d’écrire.

Avez-vous appris ce que vous souhaitiez ?

Roxanne : J’ai eu beaucoup de mal à m’affirmer. Je suis arrivée pas sûre de moi du tout et très timide. J’ai réussi peu à peu à me placer comme compositrice, donc, j’ai fini par être plus à l’aise. Ici, on travaille à trois cerveaux dans la contrainte du temps. On n’a pas le choix et ça nous met dans une incroyable énergie. Ce qui est génial, c’est qu’on a tous nos faiblesses, alors les stagiaires s’entraident beaucoup.

Michel : Le fait de travailler à plusieurs, ça m’a montré que ça pouvait servir à aller plus vite. On est parfois coincé sur un mot, une phrase que l’on trouve géniale, or c’est justement cette phrase qu’il faudrait virer pour continuer à avancer. On nous met le nez sur les écueils à éviter.

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Roxane Arnal et Michel Robichaud, dans la cour de création.

Jérôme Attal et Olivier Daguerre vous ont donc beaucoup aidé ?

Michel : Oui, même si nous n’étions pas toujours d’accord avec eux. C’est plus dans la philosophie d’aborder la chanson et de la construire qu’ils nous ont aidé. Le style d’écriture n’est pas le propos de ce stage. Il faut juste réussir des chansons en commun dans un temps limité.

Roxanne : Ce qui est fou, c’est que les encadrants n’hésitent pas à rester jusqu’à tard le soir, voire la nuit pour nous aider, nous motiver. Ils ne nous abandonnent jamais. Il n’y a qu’ici que l’on voit cela.

Michel : On doit terminer une chanson, ils restent avec nous jusqu’à ce qu’elle soit terminée.

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Ned et Bérénice Andréa :

Ici, c’est dix jours complétement fou. Vous avez-vécu la chose ainsi ?

Bérénice : Ce sont des conditions d’urgence très stimulantes et très fructueuses. Une chanson par jour, c’est de la folie.

Ned : Je n’avais pas conscience que ça allait être aussi intense. Je savais que nous allions apprendre des choses, mais je ne pensais pas qu’on allait devoir les mettre en pratique immédiatement. Quand on fait un texte, il arrive que l’on s’y reprenne à vingt fois, pareil pour les accords…

Pourquoi vous êtes-vous inscrite à ce stage ?

Ned : Je ne suis dans la musique que depuis quatre ans, j’avais besoin de ressentir de la légitimité. Je voulais savoir si avec d’autres professionnels, j’allais me sentir en décalage. Aujourd’hui, je suis rassurée sur ce que je suis. Je suis aussi venue pour l’écriture. J’avais besoin d’évoluer et, du coup, je pense avoir acquis pas mal de choses dont je vais pouvoir me resservir par la suite.

Bérénice : Moi, je m’attendais à ça parce que j’avais participé au Labo. Sur trois jours, c’est déjà très intense, donc je savais parfaitement que nous serions rincés à l’issue de ces dix jours. Je suis venue à ces Rencontres pour me challenger. J’aime le fait de me confronter aux univers des autres et de voir ce qui sort d’un mix de trois univers différents.

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Ned et Bérénice Andréa accompagnées des autres stagiaires, en pleine "effervescence".

Qu’avez-vous acquis principalement ici ?

Bérénice : De la rapidité, moins d’hésitation. Je suis sûre que je ne passerai plus trois mois sur une chanson.

Ned : Moi, c’est l’inverse. J’ai tendance à aller trop vite. Je travaille sur un album. J’avais huit chansons sur dix et là, je suis en train de me dire qu’il y en a trois qui vont dégager. J’ai compris des choses ici que je ne savais pas. Je vais rectifier certaines erreurs. Il est clair que je vais avoir une grosse remise en question personnelle.

Bérénice : Je te rejoins sur un point. Ici, on nous a appris à ne pas avoir peur de jeter.

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Jyzzel et Gurvan Nantel :

En arrivant ici, vous aviez des envies de connaissances spécifiques ?

Jyzzel : J’avais eu une première approche avec Voix du Sud en Alsace, mais c’était un stage en langue régionale. J’avais envie de récidiver, mais en langue française. J’ai un projet d’album, donc j’espérais trouver d’autres ressources en moi, d’entendre d’autres sons de cloche et perfectionner ma manière d’écrire et de composer. Ça a été le cas. Je suis dans un groupe génial avec des personnalités et des univers parfois à l’opposé du mien. C’est riche, car ça permet d’explorer beaucoup de choses.

Gurvan, tu es là uniquement comme auteur.

Gurvan : Ça fait quelques années que j’écris, parfois avec des jolis noms dans la musique comme Christian Vié, Rick Allison et même avec Jérôme Attal. Mais, je me suis rendu compte que j’écrivais toujours dans le même style. Je suis venu ici pour essayer d’emprunter d’autres chemins, voire changer complètement d’orientation musicale.

Jyzzel : Ici, on est déstabilisés, mais dans le bon sens. Au début, c’est dur. On doute, on ne se sent pas légitime, mais au final, on comprend que l’on a sacrément avancé.

Gurvan : En ce dernier jour, moi, je n’ai pas encore assez de recul pour mesurer le chemin parcouru durant ces Rencontres. J’ai besoin de laisser passer un peu de temps. Je ferai le bilan dans quelques jours.

Jyzzel : Je me rends compte qu’il y a des choses à améliorer dans mon écriture. J’aimerais être beaucoup plus efficace, comme me l’a appris ici Jérôme Attal. Moi, j’ai tendance à être trop « poétique » ou utiliser trop de métaphores.

Toi qui es auteur Gurvan, tu as envie d’écrire pour un des stagiaires ?

Gurvan : Je vais essayer d’écrire une chanson pour chaque stagiaire de cette promotion.

Ce matin, j’ai assisté à la répétition du spectacle de ce soir. J’ai vu Philippe Prohom vous coacher scéniquement… ça vous apporte beaucoup ?

Jyzzel : Ce travail-là est même impératif. Philippe nous bouscule en nous faisant faire des choses improbables tout en chantant. On est obligés de chercher dans ses tripes et de donner le maximum. On ne pense plus à son texte et à la musique, il faut être dans l’émotion. Ça fait du bien de se lâcher et de dédramatiser le truc.

Gurvan : Sa phrase, c’est « retenir l’intention de la chanson ». Ce qui est certain en tout cas, c’est que ce que nous fait faire Philippe soude énormément le groupe. 

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Yves Bertrand (La Deryves) :

Quelle est la raison de ta présence aux Rencontres d’Astaffort ?

J’étais venu au Labo il y a deux ans. J’avais beaucoup apprécié, mais ce qui m’avait le plus touché, c’était le module vocal sur la racine de la voix qui avait été proposé par Christian Alazard. J’ai appris beaucoup avec lui. Il nous a demandé de chanter des chansons a cappella devant les autres stagiaires qui doivent dire ce qu’ils en pensent après. Christian, lui, m’a dit que je chantais très bien, mais que ce n’était pas moi l’interprète. Il m’a demandé si j’avais fait du bal. J’ai répondu par l’affirmative. En fait, il m’a fait prendre conscience que je chantais beaucoup par mimétisme. Je reprenais la façon de chanter d’autres artistes. Il m’a aidé à trouver mon interprétation personnelle avec ma vraie voix.

Travailler avec les autres, c’est compliqué ?

Oui. J’écris et compose vraiment seul, ce n’est pas du tout une évidence. Je veux vraiment apprendre ça. C’est amusant parce que, l’autre jour, Francis Cabrel est venu manger à notre table et je lui ai dit que c’était difficile pour moi de partager les idées, de faire des concessions et de mettre mon ego de côté. Il m’a répondu que ce que nous faisions ici, il en serait incapable. C’est drôle parce que la raison d’être de cette école c’est l’échange et le partage.

Quinze stagiaires, quinze personnalités différentes, tu  as géré ça comment ?

Le mieux possible. On a bien vécu ce moment, mais je ne sais pas si je recommencerai tout de suite. La semaine prochaine, je prendrai un moment pour faire un debrief de ce que j’ai vécu là, pour l’instant, je suis encore trop dedans.

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Les « Astagiaires » sont aidés par des intervenants musiciens ou paroliers. J’ai rencontré tous ceux de cette 46e édition. Pour la première fois tous s'expriment sur leur rôle précis et donnent leur vision de leur travail en tant qu'enseignant. 

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Jérôme Attal en pleine séance d'écriture avec les stagiaires des 46e éditions des Rencontres d'Astaffort.

(Photo : Voix du Sud)

Jérôme Attal et Olivier Daguerre, intervenants en écriture :

Avez-vous été stagiaire aux Rencontres d’Astaffort ?

Jérôme : Deux fois. J’ai vécu des moments magiques là-bas, de création. Des moments inoubliables. Une émulation saine, créatrice, un travail d’équipe. Tout ce qui me plait dans la musique.

Olivier : J’ai participé aux rencontres d’Astaffort en 2005 en tant qu’élève.

Comment et pourquoi êtes-vous devenus encadrant ?

Jérôme : J’ai reçu un appel de Pascal Bagnara, le directeur de Voix du Sud, qui m’a demandé de rejoindre l’équipe des intervenants. J’ai accepté dans l’idée d’essayer de créer pour les stagiaires les conditions d’une expérience aussi magique que celle qui avait été la mienne. Et bien sûr faire des chansons les plus crédibles, les plus intenses possibles. Créer des bonnes chansons, ok, excellentes, ok, qui puissent être défendues et utilisées par la suite, sur le répertoire des uns ou des autres, mais aussi créer des moments de création magiques, pouvoir challenger, mettre une pression enthousiaste, bienveillante et nécessaire pour que la chanson triomphe des individualités qui la compose et donne quelque chose de formidable au final (au moins pour celles et ceux qui ont participé à sa création).

Olivier : Me concernant le mot rencontre n’a jamais aussi bien porté son nom. Suite à mon passage, l’état d’esprit unique, sensible et singulier que j’ai trouvé à Voix du Sud m’a emmené à être encadrant dans l’association.

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Olivier Daguerre en pleine séance d'écriture avec les stagiaires des 46e éditions des Rencontres d'Astaffort.

(Photo : Voix du Sud)

Êtes-vous souvent épatés par les capacités des stagiaires ?

Jérôme : Je suis épaté par la qualité des chansons, des créations, par la manière dont après les premières heures d’adaptation, les stagiaires oublient ce qui les séparent, l’égo, le confort, le contentement de soi, les habitudes et les manies, pour donner ensemble le meilleur d’eux-mêmes. Rares sont ceux qui ne jouent pas le jeu. Après, le travail des intervenants - outre une expertise la plus réaliste et la plus efficace possible - est de pouvoir créer des conditions où tout le monde est heureux et trouve sa place dans une dynamique de groupe. Pour moi, en tant qu’intervenant, cet aspect de la création m’intéresse tout autant.

Olivier : Les stagiaires sont à chaque fois des artistes épatants. Les découvertes sont belles.

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Cours avec Jérôme Attal dans "la cour de création".

Qu’est-ce que cela vous apporte ?

Jérôme : Je ne sais pas. Je ne réagis pas en termes de ce que ça m’apporte. Je fonce dans la mêlée créative. J’essaye de donner confiance aux artistes que j’épaule, je veux qu’ils sortent de là avec des chansons de dingue, complètement ragaillardis par cette expérience unique. Ce grand luxe d’être ensemble et de trouver comme sur un cours de tennis des joueurs à son niveau.

Olivier : Chaque session des Rencontres est généreuse, étonnante, passionnante. Les élèves me bouleversent systématiquement. Je fais le plein d’émotions.

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Olivier Daguerre et Rania Serrano (l'assistante essentielle de Voix du Sud).

La transmission, c’est primordial ?

Jérôme : La création c’est primordial. C’est ce qui fait respirer. Et Francis Cabrel et Voix du Sud offrent à des artistes issus de toute la francophonie de pouvoir se rencontrer mais aussi mieux s’appartenir, se resserrer sur leur création, parfois la repositionner vers quelque chose d’encore plus fort. C’est un grand luxe et je conseille à chaque artiste de se porter candidat à ce genre d’expériences si rares en France.

Olivier : La chanson m’a sauvé la vie. Transmettre ma passion viscérale, est un besoin vital pour moi et un plaisir absolu. C’est une chance de partager. Je me sens vivre.

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Philippe Prohom, coach scénique :

D’artiste à temps plein, tu as bifurqué vers cette activité de coach scénique. Comment ça s’est passé ?

Il y a 15 ans,  j’ai fait le Chantier des Francofolies de la Rochelle, en tant qu’artiste. A cette époque-là, c’était Philippe Albaret (l’actuel directeur du Studio des Variétés) qui s’en occupait. Je fais des séances avec lui et en 2005, il m’annonce qu’il compte quitter les Francos et qu’avec Jean-Louis Foulquier, ils ont pensé à moi pour le remplacer. Immense fierté. Philippe Albaret est pour moi un mentor de ma vie d’interprète. Il y a eu avant lui et après lui. Il m’a pris sous son aile et m’a formé pendant un an et demi. Je l’ai suivi sur tous les Chantiers et sur d’autres résidences. Un jour, j’ai volé de mes propres ailes. Ça fait douze ans que je suis coach scénique. Quand j’ai commencé ce métier, j’ai trouvé que c’était aussi exaltant que de faire de la musique.

Qu’est-ce que tu aimes dans cette activité ?

Tu rentres dans l’intimité d’un artiste. Tu as un contrat de confiance incroyable, tu vis des choses uniques. C’est très exaltant et gratifiant sur le moment. Aider les gens est presque aussi fort qu’être sur scène, ça m’épanouit complètement.

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C’est difficile de coacher scéniquement des gens ?

Je discute d’abord avec les artistes, je cherche à savoir quelles sont leurs attentes, ce qu’on leur dit de manières récurrentes quand ils sortent de scène, ce qu’ils ressentent quand ils sortent de scène. Ils se produisent ensuite devant moi, c’est ce qu’on appelle un filage, et je leur donne un diagnostic de ce que j’ai vu. C’est là que je mets en jeu ma crédibilité. Tout est différent à chaque fois, il faut réinventer tout par rapport à qui tu as en face de toi. Pour tout le monde, il y a des problématiques qui reviennent, ce sont notamment la confiance, la légitimité, la setlist aussi.

Ici, tu as quinze stagiaires d’un coup.

Je prends une journée pour faire leur connaissance. Je les écoute chanter et après je commence à les conseiller pour défendre les émotions qu’ils veulent communiquer dans leur chanson. Tout est important : attitude corporelle, façon d’interpréter, les arrangements…  etc. A Astaffort, la difficulté c’est de faire une setlist et de créer un spectacle, alors que, la veille, tu ne connaissais pas les morceaux. C’est un travail en urgence, en flux tendu.

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Philippe Prohom lors du filage du concert de Clôture.

Tu arrives à régler tous les problèmes ?

Je suis comme un psy. Si je ne suis pas capable de régler un problème, je ne le soulève pas. Je veux que l’artiste reparte avec des pistes de travail, pas avec des doutes.

Il faut s’adapter à chaque artiste ?

Evidemment. Je respecte la personnalité de chacun. Un artiste est très réservé, j’exploite sa réserve. Je ne vais pas essayer de le changer. Je le répète, c’est un boulot de compréhension psychologique de la personne. Tu touches à leur art, tu touches au plus profond d’eux, donc tu n’as pas intérêt à dire une connerie.

Je t’ai observé coacher tout à l’heure. Tu donnes beaucoup d’énergie.

C’est primordial. Je bosse debout, je suis devant la scène, j’y vais. Il faut être présent physiquement pour donner du répondant. Je ne suis pas là pour faire le show, mais les artistes doivent voir un type énergique qui sait ce qu’il dit.

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Julien Lebart et Christian Alazard, intervenants « musique ».

Christian, tu es là depuis le tout début de l’aventure,  il y a 25 ans. Quel est ton rôle ici ?

Christian : j’anime un module sur l’identité vocale. C’est une réflexion que j’ai depuis longtemps sur l’approche des chanteurs de variété et de leur identité vocale. Je m’étais aperçu que, souvent, un interprète est en recherche d’une sonorité qui va se déformer au fur et à mesure par rapport à ses goûts, par rapport aux artistes qu’il adore. Peu à peu, il y a une identification vocale qui se crée et ils oublient juste leur vraies voix. (Voir témoigne plus haut d’Yves Bertrand) J’ai donc un peu travaillé là-dessus en créant tout un tas d’exercices de travail extrêmement court.

Julien, tu es intervenant depuis une dizaine de Rencontres, cela fait donc cinq ans. Qu’enseignes-tu ?

Julien : Je n’anime pas de module en particulier, mais avec Christian, nous sommes tous les deux présents pour aider les stagiaires à la composition. Quand je dis « aide », il faut comprendre un regard extérieur. J’aide aussi sur les arrangements qui vont figurer dans le spectacle final. Je suis un peu plus au fait que Christian sur ce qui est machines, sur ce qui est plus electro, étant moi-même claviériste. Les machines, la programmation, c’est un peu mon quotidien. Ce qui est savoureux dans cette aventure-là, c’est que nous essayons de suivre les modes. On ne peut diviser les choses entre ce qui est le passé et ce qui est le présent, mais on essaie de répondre aux propositions artistiques que présentent les artistes qui viennent là.

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Christian Alazard et son module sur l'identité vocal avec les stagiaires des 46e Rencontres d'Astaffort. (Photos : Voix du Sud)

Christian, toi qui as vu des milliers de stagiaires passer ici, es-tu souvent épaté par le talent de certains artistes ?

Christian : Tout le temps. Chaque session est un nouveau plat plus ou moins pimenté, avec des saveurs connues ou originales. On est surpris très souvent… c’est ça la magie d’Astaffort.

Julien : On part de l’inconnu parce que ce sont les artistes qui fournissent le matériel musical et leur personnalité. Selon les compétences d’instrumentistes que l’on a dans la promo, le spectacle va être comme ci ou comme ça. Au-delà du style, on utilise les forces en présence, cela modèle donc l’esthétique musicale que l’on travaille.

Vous-mêmes, vous apprenez des autres ?

Christian : Ce sont nos stages à nous. Nous sommes intervenants et en même temps, on accumule les connaissances de ces jeunes. Ils viennent d’horizons différents avec des cultures différentes, on est obligé d’apprendre énormément d’eux.

Julien : On prend vraiment des tartes dans la figure. J’ai l’impression de recevoir autant que je donne. 

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Le parrain des 46e Rencontres d'Astaffort, Christophe Maé, avec les stagiaires.

Dernière interview, celle du parrain de ces 46e Rencontres d’Astaffort, Christophe Maé : rencontres d'astaffort,voix du sud,francis cabrel,astaffort

Aurais-tu pu suivre ce stage ?

Complètement. C’est un moyen de rencontrer des artistes et de partager la musique dans une formidable dynamique. L’idée d’arriver les mains dans les poches, de s’enfermer, de créer sans interruption pendant dix jours avec des gens que tu ne connais pas, on ne voit ça nulle part ailleurs. La démarche est hyper intéressante. Ce n’est pas pour rien que les Rencontres d’Astaffort existent depuis 25 ans.

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rencontres d'astaffort,voix du sud,francis cabrel,astaffortPourquoi as-tu accepté d’être parrain de cette promotion ?

Francis Cabrel m’en avait parlé alors que nous étions dans les coulisses d’une émission de télé en Corse il y a deux ans. Il m’avait dit qu’il aimerait bien me recevoir ici. J’ai accepté immédiatement, tant j’aime la philosophie de ces rencontres.

En tant que parrain, tu as fait quoi ?

J’ai partagé un peu avec les stagiaires. Enfin, stagiaires… pour moi, ce sont tous des artistes confirmés. Il y a du niveau dans cette promotion. J’ai été à leur écoute et j’ai répondu à leurs questions. Je donne mon avis. Ce n’est pas obligatoirement la vérité, en tout cas, c’est ma vérité. Il faut soigner ses chansons, peaufiner, avoir un univers, trouver de la subtilité, prendre son temps pour faire ses chansons… et surtout, il faut croire en son talent, se fixer un but et ne pas le lâcher.

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A l'issue de l'interview, Christophe Maé et Philippe Prohom.

L'aboutissement de chaque rencontre, c'est  le concert de Clôture donné systématiquement au Music'Halle d'Astaffort en première partie du concert du parrain. Ce vendredi 1er juin 2018, les spectateurs présents ont donc pu assister à ce que vous pouvez voir sur cette vidéo. 

Voilà, j'espère que vous avez compris l'esprit de ces rencontres et que, si vous êtes artiste, cela vous incitera à tenter l'expérience. Pour postuler pour les prochaines Rencontres, merci d’envoyer un dossier de candidature à formations@voixdusud.com.

Quant à moi, je remercie l'équipe entière de Voix du Sud, Anne-Claire Galesne et tous les stagiaires pour l'accueil qui m'a été réservé. Evidemment, je n'avais plus envie de partir. Evidemment, je reviendrai… pour la prochaine session. 

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02 juillet 2018

Pause Guitare 2018 : J-1 !

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pause guitare 2018,albi,programmeÀ partir de mardi et ce jusqu'à dimanche soir, la 22e édition du festival Pause Guitare propose une semaine de concerts. De Pratgraussals au Grand Théâtre en passant par l'Athanor et le Off sur la place du Vigan, la ville va vivre au son des découvertes et des stars.

Depuis cinq  ans, je me rends à ce festival situé à  Albi (81). Il est l'un des plus enthousiasmants de l'été (voici mes bilans de l’année dernière, de 2016 et de 2015).

Comme je le répète depuis que j’écris sur ce festival, avec ses 950 bénévoles (mené par le couple Alain et Annie Navarro), ses 80 concerts dont la moitié sont gratuits, ses 7 scènes disséminées à travers Albi, ville classée à l’UNESCO, Pause Guitare est aujourd’hui le second festival du Sud-Ouest. Il est réellement porteur d’un projet humain et culturel très fort pour le territoire. C'est aussi un événement unique de par le nombre de personnes reçues, sa qualité artistique et ses conditions d'accueil, tout public confondu. Précisons que c'est l'association Arpèges et Trémolos, dirigé par Alain Navarro, qui organise cet événement.

Teaser "Pause Guitare 2018".

C'est demain soir que le clap de début retentira. 

Des forfaits 3 jours sont proposés afin de profiter pleinement de cet évènement incontournable du Sud-Est (disponibles dans les points de ventes habituels). En voici les points forts (tirés du dossier de presse de Pause Guitare 2018).

Enfin pour creuser, se renseigner, en savoir plus sur le pourquoi du comment et pour connaître toutes les infos pratiques, c'est ici que ça se passe

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pause guitare 2018,albi,programmeLe festival, c’est du rock, de la pop... mais aussi de la chanson, car Pause Guitare, c’est aussi des "scènes découvertes" avec des artistes internationaux, où le Canada francophone est particulièrement mis en valeur! Accélérateur de talents, le festival albigeois travaille activement à l’émergence et à l’accompagnement de nouveaux artistes. Enfin, avec ses 4 scènes gratuites, dont 1 soirée dans les bars d’Albi et une programmation "hors-les-murs" Pause Guitare se veut être un événement populaire et accessible.

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