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08 novembre 2018

Bertille : interview pour #EP

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(Photo : Vincent Bourdin)

bertille,bertille fraisse,#ep,interview,mandor« Bertille c'est un son, une humeur, une voix singulière, et le sensible comme étendard. L'élégance brute et sans compromis d'une chanson électronique et orchestrée ». C’est ainsi que nous est présentée Bertille dans son dossier de presse. Bien vu. Cela fait quelques temps que je suis cette multi-instrumentiste de formation classique dans ses différents projets. Déjà mandorisée en 2015 pour le duo qu’elle constituait avec Olivier Daguerre et plus récemment en 2017 pour sa participation au groupe Wallace. J’ai toujours apprécié l’artiste qu’elle est, mais aussi cette jeune femme, toujours souriante, un peu timide et d’une désarmante gentillesse.

Dans ce premier EP en solo (qui sort le 16 novembre), elle se livre donc pour la première fois sans se « cacher » derrière quelqu’un. Le dossier de presse l’indique parfaitement : « Un univers féminin, mélangeant le doux au dur, les caresses aux coups de griffes. »

Le 15 octobre dernier, j’ai donné rendez-vous à Bertille Fraisse en terrasse d’un bar parisien pour un troisième entretien… mais cette fois-ci, en tête à tête. C’était sa toute première interview pour ce disque.

Biographie officielle (par Samuel Rozenbaum) :bertille,bertille fraisse,#ep,interview,mandor

Si c’était la bande annonce d’un film, ce serait au début de l’après-midi. Intérieur, jour. Une lumière bleutée envahit le salon. Sur le canapé, de dos, une jeune femme. Gros plan sur sa joue, une larme coule. Avant d’atteindre le menton, l’eau a séché. Seule une légère trace reste sur sa peau, comme en filigrane, invisible si ce n’est au soleil.

La montée des océans ne peut pas être imputée à Bertille. De ses histoires tourmentées, elle ne garde que l’essence, celle qui lui permet d'avancer. Inutile de s’encombrer de la part liquide de la tristesse, elle a confié ses larmes au vent. Peut-être est-ce par pudeur, peut-être par timidité. Quoiqu’il en soit, Bertille se cache moins qu’on ne l’imagine. Nous ne sommes pas en présence d’une éternelle indécise qui bascule de la chanson à l’électro selon la mode du moment. Nous ne sommes pas face à une musicienne qui ne sait que choisir entre son violon et ses claviers. Elle est de ces figures inspirées qui ne font pas la course, qui s’exercent et peaufinent leur art sans savoir qu’elles exercent et peaufinent leur art. Bertille ne fait qu’être. Et voici le moment de la révélation, dans la succession de ses mots, l’évidence de son oreille musicale. Tout est cohérent, tout est aligné. La fréquence de chaque élément qu’elle révèle entre en résonance avec ce qu’elle est. Tout sonne juste. Nous sommes en présence d’un accord parfait.

À n’apercevoir que la légèreté de Bertille, je n’avais pas fait attention à l’épaisseur de son talent. J’ai hâte de découvrir de quelle couleur sera la fin de l’après-midi.

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(Photo : Vincent Bourdin)

bertille,bertille fraisse,#ep,interview,mandorInterview :

Enfin, nous voilà en tête à tête. Jusqu’à présent, je t’ai toujours vu accompagnée d’autres artistes.

C’était pour moi plus facile de ne pas être seule. En termes de création, on est partie prenante, mais on peut doser l’implication, alors que seule, il faut y aller en entier.

Pourquoi as-tu franchi l’étape de l’EP en solo ?

C’est la suite de mon chemin. Je ne suis pas quelqu’un qui se projette. J’avance au jour le jour. Dans mon parcours musical, j’ai toujours fonctionné ainsi : aux rencontres, à l’amitié et à l’intérêt que je porte aux projets qui me sont proposés… C’est ce chemin et les personnes que j’ai rencontré qui m’ont amené là. Le fait de chanter, par exemple, c’est quelque chose que j’ai fait petit à petit, au fil des collaborations, jusqu’à Olivier Daguerre avec qui j’ai fait l’album Daguerre et Bertille où là, j’ai trouvé une vraie place de chanteuse.

A la base tu es sidewoman (accompagnatrice).

Oui, j’ai mis ce que j’avais à proposer au service des projets des autres. J’ai fait ça très longtemps. Etonnamment, c’est l’écriture qui m’a donné envie de concrétiser ce projet solo. Moi, aussi j’ai des choses à dire.

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Bertille est aussi une formidable violoniste.

Tu les couches régulièrement sur papiers ces choses ?

Je n’ai pas encore trouvé mon fonctionnement. Parfois, ça vient d’une idée qui me traverse l’esprit, parfois ça vient d’une mélodie. Mon moteur, c’est l’émotion et le sentiment. Je suis assez novice en écriture, mais pour l’instant mes textes sont souvent ces émotions que je mets en abyme et que j’essaie de décrire le plus honnêtement  possible. Pour le moment, je suis dans ma bulle, mais dorénavant, j’essaierai d’écrire des chansons en arrêtant de regarder mon nombril pour mieux voir ce qu’il se passe autour de moi.

S’il te plait, ne fais pas de chansons engagées.

Je ne sais pas comment font ceux qui y parviennent. Je ne sais pas le faire.

Pour moi, ce n’est pas le rôle de l’artiste. Je préfère qu’il me fasse rêver plutôt qu’ils me donnent l’impression de regarder BFM TV.

Sur ce point-là, c’est très vrai. Je n’irai jamais dans cette direction. Mon engagement est dans ma vie de tous les jours.

Clip de "Je plonge".

Tu as écrit tous les textes de cet EP ?

Non, j’ai demandé à certains artistes que je connais bien et dont je suis admirative de m’accompagner. Cette façon de m’accompagner c’est aussi, de leur part, une façon de me placer sur la route. Olivier Daguerre a écrit « Les rivières" par exemple. « La véranda » est une chanson écrite par Jérôme Pinel de Strange Enquête. C’est quelqu’un que j’ai rencontré aux Rencontres d’Astaffort. Le dernier jour de cette session, il a écrit cette chanson en 24 heures et je me la suis appropriée.

A Astaffort, tu as appris à écrire pour les autres aussi ?

Quand tu écris pour toi, il faut interpréter en assumant le propos. Quand j’ai écrit pour les autres, j’ai eu l’impression de m’être autorisée beaucoup plus de choses. Grâce à Astaffort, au moment de l’écriture, je peux me dissocier de l’interprète. Avant, j’écrivais en m’imaginant interpréter ce que j’écrivais.

Tu écris à quelle fréquence ?

Pour tout t’avouer, je n’écris pas beaucoup. Je trouve que c’est un acte très précieux. Je suis très admirative des gens qui écrivent, du coup je me sens très petite par rapport à l’écriture. D’ailleurs certaines chansons ont eu trois ou quatre versions. Je suis une besogneuse.

Tu es pudique dans la vie ?

Très pudique.

Avec les chansons de cet EP, tu n’as pas eu l’impression de te mettre à nue, de te livrer à tout le monde ?

Je m’en suis rendu compte après la création. Quand j’ai écouté les chansons finies, j’ai été effarée par ce que je racontais sur moi (rires). Même si, quand on écrit une chanson on travestit un peu la réalité, il y a quand même beaucoup de moi dans mes textes.

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(Photo : François Mandor Alquier et iPhone5)

Il parait que tu puises aussi dans tes muses… Qui sont-elles ?

Mes muses, ce sont les gens qui m’ont appris des choses et qui m’ont fait ressentir des choses très fortes, qu’elles soient positives ou plus dures à vivre. Mon amoureux, d’anciens amoureux… parfois, je les mélange et je puise de l’inspiration dedans.

Tu comparerais la musique à quoi ?

A de la peinture par exemple. J’aime les paysages sonores. J’ai été forgée à l’école classique, donc il me faut de belles mélodies, mais j’aime la texture. C’est en cela que ça peut se rapprocher de la peinture. Ce que je trouve fabuleux avec la musique électronique, les synthétiseurs et les cordes, c’est la matière. Au moment de l’écriture, je décris quelque chose plus que je ne l’écris.

Tu pourrais faire des musiques de films ?

J’adorerais. Je suis toujours fascinée quand la musique fonctionne avec l’image.

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Bertille Fraisse et Maëlle Desbrosses.

Comment défends-tu tes nouvelles chansons sur scène ?

Nous sommes deux. Je travaille avec Maëlle Desbrosses, une musicienne magnifique. Elle est violoncelliste, altiste et fait les chœurs aussi. Ce que j’aime, c’est qu’elle vient de la scène jazz contemporain, expérimental même. Moi, j’ai mon ordinateur, mon synthétiseur, mon violon et ma voix. C’est la formule idéale pour mes chansons.

Que pensent Erwann de Wallace et Olivier Daguerre de cet EP? Je le rappelle, ce sont deux des artistes avec lesquels tu as collaboré.

Ils aiment beaucoup, mais c’est vrai qu’ils m’aiment beaucoup…

Tu veux dire par là qu’ils ne sont peut-être pas objectifs ?

Si, ils le sont. Ils sont honnêtes et de bons guides, alors leur avis était important car je leur fais confiance. Ils connaissent ma sensibilité et mes limites. Ce sont deux personnes qui m’ont beaucoup poussé et fait évoluer. Daguerre est à l’origine de cette envie de chanter seule. Il m’a montré que j’en étais capable.

A quelques jours de la sortie du disque, tu te sens comment ?

Je suis très entière, alors je ne peux pas faire comme si j’étais très sure de moi. La façon que j’ai de « survivre », c’est d’avoir été honnête avec ma proposition. Ce que je trouve génial, c’est que l’EP va sortir et je ne le vis pas comme une fin en soi, mais comme un début de quelque chose. Une continuité de mon chemin…

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Après l'interview, le 15 octobre 2018.

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07 novembre 2018

Zaza Fournier : interview pour Le déluge

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(Photo : Raphaël Neal)

Après 3 albums à son actif, Zaza Fournier livre un spectacle musical envoûtant à la croisée des genres. Cette fable poétique commence après le fameux « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ». Voyez le projet ci-dessous, mais je suis sûr qu’il intéressera autant les hommes que les femmes. La relation à l’autre ne va pas que dans un sens.

Cela fait 10 ans que je suis la carrière de Zaza Fournier (lire ici les mandorisations précédentes) et ce que j’apprécie par-dessus tout, c’est qu’elle évolue d’album en album et qu’elle ne se place jamais où on l’attend.

Respect.

Pour évoquer son nouveau projet, Le déluge, elle m’a donné rendez-vous, le 15 octobre dernier, au Café sans nom à Paris.

Elle sera le 13 novembre au Café de la Danse pour ce  nouveau spectacle.

zaza fournier,le déluge,interview,mandorLe projet :

Cette histoire est celle du DÉLUGE du dedans, de l'intime. L'histoire de nos tempêtes secrètes.  Le DÉLUGE  qui se déchaîne en chacun de nous. Que nous avons appris à dompter. Nous, dresseurs professionnels de Déluges !  À l'heure où l'on nous demande d'être définissables, nets, lisibles, quand nous sommes des êtres mouvants, changeants, des corps qui bougent.  Cette histoire questionne le couple, le désir, défie la fidélité, interroge notre façon d'être ensemble.  Cette histoire est celle de nos monstres, tendres et féroces.  Elle se raconte en mots mais d'abord en chansons. Des chants qui parlent à la tête et au ventre. Des chants qui remuent. Treize chansons, que Zaza Fournier écrit pour ce spectacle.  Pour les porter, elle s'entoure de deux chanteuses et musiciennes, Diane Villanueva (chant et rythmiques) et Juliette Serrad (Chant et violoncelle). Pour raconter cette histoire, là-bas au fond du bois, où les doutes sont des bêtes qui se tapissent dans l'ombre, les désirs des poissons flottants, et les remèdes des chants qui agitent.

Petites biographies des 3 artistes :

Zaza Fournier pourrait être étiquetée « chanteuse française », et l’est d’ailleurs par un public friand zaza fournier,le déluge,interview,mandord’identité marquée… Elle a un petit rien de la tradition réaliste parisienne et pourtant les mots qu’elle utilise, son jeu de scène, sa recherche de sonorités la place dans une catégorie de jeunes contemporains qui fluctuent entre l’iPod et le vintage.

zaza fournier,le déluge,interview,mandorDiane Villanueva – Percussions :

Diane a commencé la musique, au conservatoire du 9ème en chant. Elle continuera en horaires aménagés au CNR de Paris puis dans une école pluridisciplinaire (chant, danse et théâtre).

Plus tard elle découvre la percussion corporelle et décide de se perfectionner dans cet art. Elle travaillera avec des artistes comme Camille, Leela Petronio et sa compagnie le " Hip Tap Project ".

Forte de son expérience avec  Squid and the stereo, dont elle était la chanteuse, elle décide de lancer son nouveau projet Üghett, trio house/dance en français avec univers nineties élégant et culture street.

Juliette Serrad – Violoncelle :zaza fournier,le déluge,interview,mandor

Violoncelliste et chanteuse, après une formation de violoncelle classique, Juliette fait entrer dans son univers la soul, le jazz, l'électro. C'est sa rencontre avec Ibrahim Maalouf au Conservatoire de Paris qui la mène à travailler avec d'autres artistes, en mêlant le chant et le violoncelle. Elle a notamment collaboré avec Isabel Sorling, Yael Naim, le Starpop Orchestra, Gino Sitson, LAAKE... 

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(Photo : Raphaël Néal).

zaza fournier,le déluge,interview,mandorInterview :

Ce que j’aime chez toi, c’est que tu évolues de disque en disque et que tu participes à plein de projets différents. C’est pour ne pas te lasser de ce métier ?

Le résultat, c’est celui-là, mais je ne me pose pas la question ainsi. Je me demande à chaque fois : « que veux-tu faire exactement pour de vrai ? » Ce métier, c’est beaucoup de joie, mais c’est aussi plein de moments de remises en question, de frustrations…. On est sans arrêt à la merci du regard des autres, à la merci du désir des autres aussi, mais moi, j’ai décidé de faire uniquement ce qui m’est nécessaire. Si je commençais à penser à ce qu’on attend de moi, je ne ferais plus ce métier aujourd’hui. Je n’aurais pas tenu. La seule raison de continuer à faire ce métier, c’est de faire ce qui n’est pas négociable en soi.

C’est amusant, parce que finalement, c’est le thème du déluge.

Exactement.

Le déluge parle beaucoup de comment il faudrait être par rapport à ce que les gens attendent de toi, c’est ça ?

Pas que les gens. C’est une injonction que l’on peut se faire à soi-même en fonction des grands schémas qui construisent nos sociétés occidentales. Le mariage, la famille, exister socialement, être adulte c’est gagner de l’argent… Il y a des grandes lois comme ça. Il y a aussi une nécessité de se situer vis-à-vis de ces lois parce que le monde fonctionne ainsi. Moi, je crois qu’il y a un endroit de liberté à ne pas lâcher. Il faut continuer à être proche de sa singularité, de ce qui nous rend unique, voire parfois monstrueux.

Monstrueux ?

Je pense que c’est bien de se faire des amis des monstres que nous avons en nous. Ils sont là, autant que l’on s’entende bien avec eux.

C’est quoi les monstres ?

Ce sont les désirs coupables, les impulsions sauvages, ce que l’on n’assume pas de soi-même. On nous demande souvent d’être très définissables, d’être très clairs sur ce que l’on est, d’être complètement lisibles.

Etre clair sur ce que l’on est… mazette ! C’est compliqué d’être clair avec soi-même.

Tu as raison, c’est impossible. On est en mouvement permanent. L’être humain est une sacrée bestiole. 

L'EPK du projet "Le déluge".

Le poids moral est important en Europe ?zaza fournier,le déluge,interview,mandor

On a plus ou moins de marche de manœuvre selon l’endroit où l’on vit, il faut être honnête. C’est plus facile pour moi, trentenaire à Paris, que pour un jeune garçon qui se découvre homosexuel au fin fond de Nord-Pas-de-Calais dans un village de 200 habitants et qui se rêve femme.

Tu parles de la norme dont la société exige que nous soyons intégrés. Dans ta vraie vie, l’es-tu ?

Aujourd’hui, je ne me pose vraiment plus cette question. Dans mon adolescence, je me sentais complètement à côté de la plaque et donc, pas validée socialement. Je ne me reconnaissais pas dans les désirs des gens autour de moi. Je ne m’habillais pas de la même façon que les filles de mon âge. Je sentais qu’il ne fallait pas sortir des rails pour ne pas prendre le risque d’être visible pour de vrai.

Tu ne te sentais pas visible ?

Si. Je n’avais pas de problèmes avec le fait d’être moi-même. Par contre, je m’en suis plein la gueule d’être ainsi.

Devenir artiste t’a aidé à t’intégrer ?

Le luxe phénoménal que j’ai, c’est qu’en tant qu’artiste, on me demande absolument l’inverse. J’ai le droit d’être qui je veux être et d’être absolument moi-même. On me paye et on paye pour venir voir la personne que je suis moi. Ce sont ma musique et mes mots et ce n’est absolument pas interchangeable.

La Zaza Fournier de la scène est la même que la Zaza Fournier de la vraie vie ?

Maintenant, il n’y a pratiquement plus d’écart. Quand j’ai commencé il y a 10 ans, il y avait un décalage évident. A 23 ans, je me sentais 10 fois plus moi-même sur scène que dans la vie. Allez, je vais plus loin. J’avais l’impression d’être moi puissance 1000.

La première fois que je t’ai interviewé, pour ton premier disque, je t’ai trouvé très timide.

Bien sûr. A 23 ans, j’étais encore une enfant. Tout était nouveau pour moi et je ne me sentais pas légitime.

zaza fournier,le déluge,interview,mandorEn 2018, quand tu es applaudie sur scène, tu as l’impression d’être le maître du monde ?

Non, il ne s’agit pas de ça. J’ai juste l’impression d’avoir le pouvoir du temps. C’est grisant d’avoir une heure et demie où c’est moi qui malaxe l’espace et l’air.

Tu veux mettre en mouvement les sens des spectateurs ?

Quand ils le permettent. C’est plus que grisant, c’est carrément addictif. Je partage parfois plus avec le public qu’avec les gens qui font partie de mon quotidien.

Le déluge, c’est un spectacle musical ?

Oui, il y a autant de textes que de chansons. Il se passe beaucoup de choses, mais on ne sait jamais ce qu’il va se passer au tableau d’après.

Tes années de comédienne t’ont servi pour ce spectacle ?

Comme j’ai commencé le métier de chanteuse par accident, il a fallu que je travaille sur ce sentiment de légitimité. J’ai mis 10 ans à accepter tous mes endroits. Je fais des chansons depuis toujours, mais je sais que je ne suis pas une grande musicienne. L’écriture est centrale dans mon travail. Ce qui m’intéresse, c’est d’être dans l’incarnation.

Tu aimes transcender le réel ?

Oui, parce que je m’en fous du réel quand je vais au théâtre ou au concert. J’ai besoin d’être surprise. Je ne veux pas voir ce que j’avais prévu de voir.

Le réel, tu l’aimes bien ?

Ça dépend. Je suis très attentive à trouver de la joie dans la vie. C’est presque ma mission. Je pense que je suis fatigante parce que je suis capable de tricher pour inventer un peu de joie. J’essaie de me concentrer sur le sublime du quotidien.

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Zaza Fournier avec ses deux musiciennes, Diane Villanueva et Juliette Serrad.

(Photo : Raphaël Neal)

Un artiste a-t-il une mission ? zaza fournier,le déluge,interview,mandor

L’artiste doit témoigner du monde tel qu’il est. Quand on monte sur scène, nous avons la responsabilité d’avoir un truc à dire. C’est un métier. Les gens payent et prennent de leur temps pour venir te voir.  La mission, c’est d’avoir travaillé.

Le #metoo correspond bien aux propos que tu tiens dans ton spectacle, mais c’est une coïncidence ?

Oui. Mes obsessions sont les mêmes depuis 10 ans, donc, on ne peut pas dire que je suis ce mouvement. Je ne cesse de parler de la tentative de vivre ensemble, de vivre avec l’autre.

Faut-il se laisser aller à son propre désir ?

Qu’est ce que la fidélité ? Nous sommes des êtres en capacité d’être troublés en permanence. Il y a des interactions physiques incontrôlables. Nous sommes tous sujets à ça. Pour lutter contre, certains finissent dans le déni absolu parce que le poids moral est le plus fort. Ma théorie est que c’est une émotion sublime d’être troublée par l’autre. Il y a des gens qui passent leur vie à se taper sur la gueule, il y a des guerres à travers le monde, alors quand je me sens troublée par quelqu’un, je ne pense qu’à l’amour du prochain. Après chacun fait ce qu’il veut de cette émotion-là, mais je la trouve extrêmement précieuse. Je tiens à dire que mon spectacle ne dit pas quoi faire avec cela.

Le teaser du Café de la Danse, le 13 novembre prochain.

zaza fournier,le déluge,interview,mandorTu poses de nombreuses questions dans le spectacle, mais, effectivement, tu ne donnes pas forcément les réponses.

Mes réponses bougent. Tout est une question de contexte dans la vie, c’est pour ça que je ne peux pas faire de généralité. Je ne peux donner que des réponses en rapport à ce que j’ai vécu moi à tel moment de ma vie. Il faut juste se dire qu’il n’y rien d’irréversible. Est-ce qu’être ensemble, ce n’est pas d’abord être avec soi-même? C’est la grande question.

C’est un spectacle très féminin.

C’est normal. Nous sommes trois femmes sur scène. Mais, je pense que mes chansons pourraient toutes être chantées par des hommes. J’ai eu des conversations avec des hommes qui se sentent concernés par ce que je raconte et d’autres qui sont en résistance totale.

Avec Le déluge, tu lâches les chiens ?

C’est génial.

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Pendant l'interview...

Tu te sens apaisée ?

Non, pas spécialement, parce que ce sont des questions que j’ai résolu avant de les évoquer. C’est la première fois de ma vie que je me sens aussi alignée avec ce que je suis aujourd’hui. D’être absolument moi-même, ça me donne une sensation de super pouvoir.

La légitimité dont tu me parlais tout à l’heure, tu l’as maintenant ?

C’est une question que je n’ai pas résolu. Je sais que j’ai une place et j’ai conscience de ce que je sais faire. Mais je ne suis pas dupe sur mes faiblesses et ce n’est pas toujours facile à assumer. Je ne me sentirai jamais une musicienne incroyable, en même temps, je n’ai jamais travaillé pour ça. Je ne me suis jamais enfermée 15 heures par jour pour faire de la musique parce que cela n’est pas ce qui m’intéresse.

Quel rapport as-tu à la langue ?

Je ne m’excuse jamais de ce que j’écris. C’est peut-être l’endroit où je me sens le mieux. Je me sens autrice. Un musicien virtuose n’a pas de problème pour ce définir comme tel, mais il peut devenir baba devant quelqu’un qui fait des chansons simples et qui improvisent parce qu’eux ne parviennent pas à ça.

Avec tes deux musiciennes, vous êtes sur la même longueur d’onde ?

On adore ce spectacle parce qu’il n’est pas confortable.

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Le 15 octobre 2018, après l'interview.

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05 novembre 2018

Liz Van Deuq : Vanités

(c) Stéphane Merveille.jpg

(Photo : Stéphane Merveille)

lizvandeuq-merveille7.jpgL’espiègle Liz Van Deuq n’y va pas toujours de main morte. Écriture subtile, sensible, elle dit beaucoup de choses « mine de rien ». Elle envoie sous son air enjôleur quelques scuds bien sentis sur la vie, sur la sienne et notre jolie société irréprochable (ironie). Sous des airs de pianiste/chanteuse de formation classique, elle se dévoile rapidement en concert comme un personnage à double facette, la diva punk expulsant en une seconde la trop sage diplômée du conservatoire.

Après un premier album très remarqué et une tournée de deux ans, Liz Van Deuq  revient avec un nouvel album, Vanités. La sortie de ce disque est associée à une tournée 2018-2019. Pour ce nouveau projet, elle s'accompagne du label Neômme (Amélie-les-crayons), du distributeur L'Autre Distribution, de la salle Les Bains Douches (Lignières 18) et d'une solide réputation scénique.

(Pour en savoir plus sur cet album, l'excellente critique du siteNos Enchanteurs signé Michel Kemper).

(Toutes les photos professionnelles en studio sont signées Stéphane Merveille.)

J’ai donné rendez-vous à la chanteuse dans un café de Pigalle, le 18 octobre dernier, la veille de la sortie du disque. Le moins que l’on puisse constater, c’est qu’elle n’a pas la langue dans sa poche… et c’est tant mieux.

Biographie officielle :

Pianiste au touché rugissant, Liz Van Deuq est au cœur d’un piano-solo qu’elle mène au doigt et à l’œil. De son tempérament vigoureux et ultra-sensible, l’artiste fait exploser les barrières de la chanson en nous promenant, entre poésie éclairée et humour acidulé. Un spectacle qui manie la dextérité ; autant dans l’écriture des textes que dans son jeu de piano bien personnel.

Anna-Liz est son premier album. Il reçoit en 2015 le Prix Georges Moustaki, le prix de l‘ UNAC-SACEM (Union Nationale des Auteurs Compositeurs) ainsi que le Prix de la Ville du Mans. En 2015, la ville de Nevers attribue aussi à Liz Van Deuq une médaille d‘honneur pour la chanson Nevers with an «S». Un EP - 6 titres piano-voix est sorti en 2016, Musique de chambre. Son deuxième album Vanités est sorti le 19 octobre LizVanDeuq_Vanites_Cover_Square_rvb.jpg2018 chez Neômme / L'Autre Distribution.

Le disque (argumentaire officiel):

Vanités sort avec une couleur musicale plus « British », moderne et pop. C'est le duo de réalisateurs lyonnais JMZ/Sarro qui s'est attelé avec Liz à fabriquer ces textures et ambiances aériennes ou robotiques à coups d'expérimentations, pianos traités, bandes passées à l'envers, et autres alchimies musicales. En ressort un album enveloppant, où les mélodies superbes de la chanteuse sont sublimées par un habillage automne-hiver extrêmement séduisant.

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(Photo : Stéphane Merveille)

liz van deuq,vanités,neômme,interview,mandorInterview :

Tu as commencé le piano à l’âge de 7 ans. C’est tôt.

Oui, mais je ne fais pas partie des prodiges non plus. Je ne suis pas une grande technicienne de l’instrument.

Tu as pourtant cette réputation-là dans le métier.

Je ne sais pas d’où ça vient. Peut-être que c’est parce que le piano est mon accompagnateur constant. Il y a sans doute une attente du public pour qu’il y ait quelqu’un de virtuose… mais ce n’est pas moi (rires). En chanson, la place à la virtuosité musicale est moindre. On n’est pas là pour ça, je crois.

L’envie de faire de la chanson est très vite arrivée ?

Disons que j’ai commencé à 24 ans, ce n’est pas si tôt que cela. Avant, j’étais claviériste pour des groupes. Accompagnatrice est d’ailleurs une place que j’aurais envie de reprendre, même aujourd’hui.

Comment as-tu découvert la chanson française ? liz van deuq,vanités,neômme,interview,mandor

J’étais journaliste dans une radio associative. Mais j’étais aussi programmatrice et je passais beaucoup de temps à écouter les disques que nous recevions. J’ai eu de la curiosité plus profondément pour les textes un peu plus tard, mais je me suis quand même rendu compte qu’il y avait une certaine pauvreté dans les paroles des chansons, même si la musique était bonne. Je me suis dit que mes chansons avaient peut-être une place dans ce milieu…

Dans ce que tu recevais à la radio, il n’y avait vraiment pas d’artistes intéressants textuellement ?

Si, bien sûr. Je faisais là une généralité. Il y a 10 ans, j’ai reçu le disque de Claire Diterzi, Tableau de chasse. C’est en tout point une merveille. Cette chanteuse instrumentiste est libre, ses paroles sont originales et elle a une façon de chanter unique. Il y a aussi des artistes comme Agnès Bihl que je trouve formidable. Elle propose de la bonne chanson engagée comme on n’en fait pas si souvent. J’aime aussi beaucoup Jeanne Cherhal. Je me sens proche de son travail.

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En  2015, Liz Van Deuq, la gagnante du Prix Georges Moustaki de cette année-là interviewée par Thierry Cadet et moi-même. (Photo : Marylène Eytier-Aubondeclic.com)

liz van deuq,vanités,neômme,interview,mandorJe trouve que tu as un style tout à fait personnel. C’est difficile de s’extraire des influences des artistes que l’on admire ?

Ça se passe un peu malgré nous. Par inconscience, par impression, par mémoire tout simplement. La mémoire inconsciente mémorise beaucoup de choses, il faut donc essayer de ne pas être dans la répétition et le mimétisme. Personnellement, je n’invente rien non plus. Mes harmonies sont assez simples.

Quelles sont les différences entre ton premier album, Anna-Liz, et celui-ci ?

Elles sont plus dans la réalisation, dans la manière d’enregistrer les instruments et la manière d’y aller directement dans les synthés et les boites à rythmes. Harmoniquement, je suis restée sur du conventionnel.

Dans le titre « Le wifi ou dieu », on est carrément sur du slam, là !

Dans cette chanson, ce qui est marrant, c’est qu’on ne sait pas vraiment où on va… On est dans un état émotionnel.

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Liz Van Deuq au Pic d'Or 2016 (photo : Cédrick Nöt).

Que s’est-il passé dans ta tête pour faire une corrélation entre dieu et le wifi ? liz van deuq,vanités,neômme,interview,mandor

C’est débile (rires). J’étais dans un bus, fatiguée, je ne sais pas pourquoi, je me suis dit qu’il y avait plein de points communs entre le wifi et dieu. C’est un peu la même chose, sauf que le wifi, c’est pour les jeunes et dieu, pour les vieux. Chacun son placebo. Il y a une sorte de rite entre les jeunes qui sont derrière leurs écrans et la génération de mes grands-parents qui sont dans le rite d’aller à la messe et de retrouver régulièrement, eux aussi, une communauté. C’est marrant, j’en parlais à quelqu’un qui m’a indiqué qu’il existait une expression : « Google God ». Google est dieu car il sait tout. C’est ça : la connaissance aspirée par le web ou la connaissance par dieu… c’est une théorie qui fonctionne.

(Aparté mandorien : ce matin j’ai appris dans un quotidien qu’un nouveau jeu arrivait sur les écrans. Après Pokémon Go, voici Follow Jesus Christ Go. L’Eglise catholique s’inspire du jeu qui permet de chasser des créatures Pokémon en réalité augmentée, avec cette appli en mode « biblique », où l’on capture dans les rues Jésus, Moïse ou Saint Thomas…)

Il y a des chansons où tu t’amuses vraiment avec les mots. C’est le cas de « Le béguin » par exemple.

Celle-là, j’ai mis deux ans à l’écrire. Je pensais la faire en duo avec un copain, mais en fait, elle marche toute seule. Je ne regrette pas d’y avoir passé autant de temps parce qu’aujourd’hui j’en suis satisfaite.

Clip de "Supporter".

Dans « Supporter », tu te moques de la « beauferie » de certains.

Je comprends cet engouement pour le foot, mais je trouve que c’est une attitude moutonnière un peu vide de sens.

« Disque dort », c’est une pointe d’ironie sur l’industrie du disque ?

Les plateformes d’écoute de disques en streaming et certains réseaux sociaux gagnent beaucoup d’argent sur le dos des auteurs et des compositeurs. A la SACEM, ils disent qu’il y a au moins 15% de ce qui circule sur Internet qui est de la culture. Le titre est payé 0,07 centimes. Pour m’acheter une baguette, il me faut au moins 1000 écoutes. Ça ne nous rapporte rien et ça tue la profession. Ça tue aussi l’entente qu’il y avait entre l’artiste, les producteurs de disques, les managers... beaucoup n’ont plus de boulot à cause de ça. On s’est fait avoir, alors que je suis certaine que les gros groupes savaient ce qui allait nous tomber dessus.

Parfois, tu n’as pas envie de baisser les bras ?

Si. Tous les jours. Je n’ai aucune certitude, je reste lucide, alors je profite de chaque instant que m’apporte ce métier.

Ecrire une chanson, c’est facile pour toi ?

Je suis hyper précautionneuse et laborieuse vis-à-vis des chansons que j’essaie de bâtir. Je peux mettre des années à être convaincue d’une chanson. La plupart de celles qui sont dans ce deuxième album ont eu deux-trois années de taillage, de polissage. Je considère une chanson comme mon bébé, alors je dis à mon équipe d’en faire très attention (rires).

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(Photo : Marisa Winter)

C’est sérieux de faire une chanson ?

Oui, c’est sérieux. Je veux que mes chansons me plaisent et qu’elles aient de l’originalité, que ce soit au niveau de la musique, des textes et de la facture.

Il faut que les chansons soient aussi faites pour la scène.

Le disque est une chose. La scène, c’est comment on assume la fluctuation d’énergie, en fonction des tempos, en fonction de l’enchainement.

Tu as étudié la théorie musicale dans différentes universités.  Ça t’a beaucoup servi pour écrire.

Oui, pour la question du vocabulaire, du côté précieux et sérieux de la chose. La théorie musicale, c’est bien pour pouvoir définir les choses. Moi, je me raconte mes histoires et ma manière de faire des chansons avec cette théorie-là, ce qui ne m’empêche pas de ne pas être très académique.

liz van deuq,vanités,neômme,interview,mandorQuand on apprend des théories officielles, a-t-on justement envie d’en sortir ?

On est là pour ça. Aujourd’hui, le gars qui fait des chansons comme Georges Brassens et qui pense que c’est ça la modernité, je pense qu’il se plante. Je ne comprends pas le succès de la plupart des chansons que j’écoute dans les médias. C’est trop glucose pour moi. J’ai l’impression que c’est écrit en français pour les quotas. Dans la catégorie dans laquelle je suis, nous sommes nombreux à faire attention, mais on ne nous entend pas trop en radio.

Il y a des sujets que tu n’aborderas jamais ?

Oui. La politique. Je ne me sens pas prête non plus pour la chanson engagée. L’engagement fort, militant, s’il n’est pas étayé sur le sujet, ça n’a aucun intérêt. C’est comme si on faisait un communiqué de presse pour dire qu’il faut arrêter la pollution, sinon, on est tous morts dans quelques années. S’il n’y a pas des gens qui disent qu’il faut réduire nos déchets et qu’il faut arrêter de rouler comme des cons dans des bagnoles, ça ne sert à rien.

Tu fais beaucoup de concerts, j’ai remarqué.

Oui. Des petites et des moyennes jauges. J’ai la chance de pouvoir vivre de mes spectacles. La sortie de l’album va relancer l’intérêt que l’on peut déjà me porter.

Avec cet album plus pop, plus moderne que le précédent, est-ce que tu vas changer la configuration de tes concerts ?

Je continue à me présenter sur scène souvent seule au piano, mais j’ai une petite machine en plus avec moi…  petite,  mais elle fait pas mal de trucs. Je reste un personnage derrière son piano, absolument pas planqué derrière des synthétiseurs à lancer des trucs qui le dépassent. Cela reste des concerts intimistes.

J’ai lu quelqu’un dire de toi que tu es « moqueuse, tendre, pince-sans-rire et très légèrement dérangée ».

Je suis un peu critique, mais je dis les choses en douceur. Quant à « pince-sans-rire », je l’entends beaucoup parce que c’est vrai. Par contre  « très légèrement dérangée », uniquement sur scène, pas dans la vie. C’est l’effervescence de me présenter devant des gens qui me fait accentuer mon comportement, je pense.

Je t’ai croisé deux fois. La première au Prix Moustaki 2015, que tu as d’ailleurs remporté et laliz van deuq,vanités,neômme,interview,mandor seconde au Pic d’Or en 2016. J’avais l’image de toi, un peu timide.

Peut-être que c’est parce que je suis quelqu’un qui ne prend pas sa place tout de suite. Moi, je n’aime pas les gens qui parlent fort et très longtemps. Ca me dérange. Je ne m’impose jamais en société.

Ton vrai prénom est Vanessa. Doit-on considérer que Liz est un personnage ?

Oui. C’est un personnage, un habit, une manière d’être. Je ne veux pas que les gens s’ennuient et Vanessa est un peu ennuyeuse, alors je me transforme en Liz. Il y a tellement de constructions et de recherches dans mes chansons et mes spectacles que je ne peux pas y aller en moi simplement. Je veux être libre de dire ce que je pense et que cela rejoigne des gens.

Tu es contente de ce disque ?

Oui. Je suis aussi contente de ne pas l’avoir fait toute seule. J’ai fait les arrangements et il y a eu quatre regards dessus. Les deux arrangeurs, JMZ et Sarro, Bruno Cariou, de mon nouveau label Neômme, et le mien. 

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Le 18 octobre 2018, après l'interview.

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03 novembre 2018

Koutla : interview pour son album Sur les bords

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Après un 1er EP 7 titres (À la vôtre en 2015), Koutla sort un premier album comptant 14 titres, Sur les bords. Première constatation, cet artiste d’origine guadeloupéenne devient de plus en  plus rock, même si certains titres sont encore très intimistes. On le sent à fleur de peau, mais je vous le dis tout net : ce disque engagé, enragé est surtout un concentré d’émotion et de profondeur.

Cela fait 18 ans que Koutla est dans la musique. Il s’est pas mal cherché artistiquement, mais aujourd’hui, incontestablement, il s’est trouvé.

Nous nous étions rapidement croisé au Pic d’Or 2016, mais là, j’ai souhaité le mandoriser. J’avais l’étrange sensation de passer à côté d’un artiste de qualité. Bref, Koutla m’a donné rendez-vous le 12 octobre 2018, dans son fief parisien, un rade que je ne connaissais pas, mais dans lequel j’ai senti de l’énergie positive. Il s'appelle "La liberté".

Biographie officielle (mais raccourcie) :koutla,sur les bords,interview,mandor

Début 2000, Koutla se lance dans la musique. Il intègre l’univers du Dancehall et du reggae. Il écrit alors ses premiers textes. Quelques années plus tard, il rejoint le collectif Bad Side Crew, constitué de compositeurs et de chanteurs. Lors de cette période, il participe à des mixtapes et se produit sur plusieurs scènes. Après deux années d’expériences et d’enrichissement musical, le groupe se dissout. Koutla continue d’écrire et décide de poursuivre la musique en solo : guitare/voix. Le Dancehall disparait peu à peu de son registre. Petit à petit, son univers musical change, en s’influençant de styles musicaux variés qu’il écoute au quotidien : Sizzla, Mano Solo, Renaud, Brassens, NTM… Son morceau intitulé « Grève » (2010) ouvre une nouvelle page dans sa vie artistique. Ce titre marque un nouveau style d’écriture basé sur son expérience personnelle, au travers duquel il dévoile une partie de lui-même. Sa composition en est également changée, et dès lors, il crée son véritable univers musical, qui appartient désormais à la chanson française.

koutla,sur les bords,interview,mandorInterview :  

Tu sors un disque avec 14 titres très variés. Le premier morceau, « Sur les bords », est très rock et il ne me semble pas que ce soit dans tes habitudes.

Ça découle des nombreux live que je faisais avec mes musiciens de l’époque. Après mon premier EP, A la vôtre, on a monté un groupe et on avait tendance à aller vers le rock. Pas pour toutes les chansons, mais quand même.

Ton album est un cri du cœur ?

Toutes mes chansons le sont. La musique ça doit être un cri du cœur.

Comment te viennent les idées de chansons ?

J’ai l’impression que l’on me parle quand j’écris. Les mots viennent à moi. Je ne sais pas expliquer cela.

En tout cas, tu écris beaucoup dans des bars.

Ici, précisément à la table où nous sommes, j’ai écrit quelques morceaux. J’aime bien écouter les gens. Il y a quelques énergumènes qui passent et qui m’inspirent. Les gens m’inspirent. Mes chansons, sont comme de la peinture… des portraits.

Clip de "Geronimo".

 « Geronimo » parle de la désespérance d’un artiste et de sa remise en question.

Oui, notamment. Je me remets en question tout le temps. C’est pour ça que j’ai besoin d’écrire de nouvelles chansons en permanence. Je veux toujours faire mieux que les précédentes. Dans « Geronimo », je laisse sortir mon côté guerrier que j’ai un peu.

Pourquoi fais-tu de la musique ?

Pas pour l’argent, sinon, ça fait longtemps que j’aurais arrêté (rires). J’en ai besoin, c’est tout. Evidemment, j’ai envie que mon travail soit reconnu et ça, ça prend beaucoup trop de temps. Je suis un peu pressé. Cet album a mis du temps à sortir parce qu’il y a beaucoup de gens sur le projet. Il y a 14 musiciens, alors tu imagines le boulot.

C’est énorme 14 musiciens !

J’ai voulu que ça joue vraiment. Cela dit, toutes les chansons peuvent être chantées en guitare-voix, mais elles n’ont pas le même impact. Je pense que c’est un bon disque. Un disque qui a des couilles.

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Koutla au Pic d'Or 2016 (photos : Cédrick Nöt)

koutla,sur les bords,interview,mandorTa voix, au Pic d’Or, me rappelait celle de Mano Solo. Ce vibrato que tu avais est atténué dans le disque.

Je n’ai pas appris à chanter comme ça. Ma voix chante ainsi naturellement pour faire passer les émotions. Bien sûr, Mano Solo est un de mes repères, comme Renaud… Parfois, on me dit que ma voix ressemble à celle de Bertrand Cantat. Moi, quand je m’écoute, je ne vois pas le rapprochement.

Tu es d’origine guadeloupéenne,  j’imagine que chez toi, on n’écoutait pas forcément de la chanson française. Pardonne-moi mon énorme cliché.

Mais tu as tellement raison. On écoutait pas mal de zouk. Mes parents ne sont pas mélomanes et je n’ai aucune éducation musicale. Je me suis fait musicien tout seul. J’étais très curieux, alors un jour, je me suis dit que j’allais écouter Brassens, Renaud, Brel et quelques autres. Je n’ai jamais arrêté depuis.

Le truc c’est de faire attention à ne pas trop avoir d’influences marquées?

Il faut savoir devenir soi, c’est certain. Maintenant, ce que tu as beaucoup écouté est là en toi, tu ne peux pas y échapper.

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En 2017, Koutla, une des trois étoiles espoirs du Parisien.

Est-ce que tu te sens dans une famille musicale ?koutla,sur les bords,interview,mandor

Non. A Paris, je suis allé voir beaucoup d’artistes de ma génération sur scène, mais je me suis rendu compte que personne ne venait me voir. En arrivant dans ce milieu-là, je pensais qu’il y aurait du partage entre artistes. Moi, j’ai toujours envie de travailler avec plein de monde. J’aime l’émulation que cela provoque. Tout le monde ne doit pas être dans la même démarche et ce n’est pas grave.

Ne penses-tu pas que le fait que tu sois noir, que tu portes des dreadlocks et que tu chantes de la chanson française à texte puisse perturber ton auditoire ?

Si. C’est l’histoire de ma vie. Je suis déjà arrivé dans des endroits où on n’avait pas écouté mon disque et c’était marqué : Koutla, reggae. En même temps, j’aime bien que les spectateurs soient surpris. 

"A quoi tu mens".

koutla,sur les bords,interview,mandorQue représente la chanson pour toi?

Il n’y a rien de sérieux dans la musique. Quand j’écris, là, oui, c’est sérieux. Je suis limite autiste. Je suis dans ma bulle et je n’en sors pas facilement. Après avoir digéré une chanson, je considère que tout ça n’est qu’une blague. La chanson, c’est du divertissement. Même la chanson triste. Quand tu regardes un film triste, c’est du divertissement.

On a tendance à trop intellectualiser la chanson ?

Oui. A commencer par moi. Cela m’arrive de me surprendre à raconter mes chansons sérieusement. Mais quand je fais le bilan, je rigole.

C’est quoi la thématique principale de ton œuvre ?

Je parle d’amour et de poésie. Quand je dis poésie, c’est ce qu’il me semble être beau. Parfois, je ne comprends pas un de mes textes, ou alors après coup. Sur d’autres, j’ai des lectures différentes. Pour moi, une chanson, ce sont surtout des émotions, du son et des vibrations.

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31 octobre 2018

Laura Flane : interview pour son premier EP

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(Photo : Justino Esteves)

Bac avec mention très bien et 3 prix au concours de piano de Radio France. Sciences Politiques… Laura Flane suivra-t-elle une carrière toute tracée ?

Non. 30 ans. Congé sabbatique. La musique prend la place centrale. Les concerts s’enchaînent, un premier disque voit le jour. Laura Flane est une artiste qui déborde d'énergie et son EP variété, tendance pop (à écouter ici), m’a emballé dès la première écoute. Le 11 octobre dernier, pour sa première mandorisation, elle m’a donné rendez-vous dans un bar de la capitale…

Mini bio officielle (photo de la pochette : Jeanne Delecluse): 42158440_1138112726340498_7553311382905552896_n.jpg

Laura Flane grandit derrière son piano, avec Liszt et Chopin dans les doigts, des mélodies anglo-saxonnes dans les oreilles et des textes de chansons françaises sur la table de chevet.

Avec ces influences, c’est une pop douce, sensible et féminine qu’elle écrit et compose, dans un premier EP, sorti le 21 septembre 2018.

Ses chansons : des textes subtils et des mélodies qui marquent, avec des thèmes qui sortent des sentiers battus. Sur les pas de William Sheller, Jeanne Cherhal ou encore Zazie, ce premier EP raconte le parcours initiatique d’une jeune femme qui chante tout haut ce qu’elle avait gardé tout bas.

Sur scène, à nouveau derrière son piano, on comprend qu’elle s’est trouvée, et qu’il y a de belles choses à découvrir chez cette jeune femme qui flâne…

IMG_6882.JPGInterview :

J’ai lu dans ta biographie qu’après une formation classique en piano au conservatoire, tu as appris le chant et la guitare en autodidacte. Pourquoi ?

Je voulais prendre mes libertés sur la guitare. Je ne voulais pas d’un enseignement classique de cet instrument. Et j’ai choisi la guitare parce que je ne pouvais pas trimballer mon piano partout dès que j’avais besoin de jouer de la musique. Enfin, au départ, la guitare m’a permis de plus écrire de chansons.

Tes premières chansons étaient donc en anglais et à la guitare.

Oui, et aujourd’hui, je suis revenue vers le piano et la langue française.

Ta famille écoutait quoi ?

Mes parents, principalement de la musique classique. Mon père écoutait aussi beaucoup de pop rock anglo-saxon des années 60 et 70. J’entendais Bob Dylan, Jimi Hendrix  et pas mal de blues. Bref, j’écoutais beaucoup de musique en anglais. J’adorais Ben Harper, les Cranberries…

Le français est venu après j’imagine.

Oui. J’adore Zazie. Elle est un modèle important pour moi. J’ai découvert la chanson française à texte un peu sur le tard : Brel, Barbara, Brassens.

Qu’aimes-tu chez Zazie ?

Beaucoup de choses. Sa façon d’écrire. Elle arrive à mettre des textes intelligents qui ne font pas forcément « chansons à texte » sur des musiques qui sont très pop. En plus, elle fait passer des messages. J’aime la liberté qu’elle prend et sa manière de se renouveler sans cesse. C’est comme Radiohead. Ce groupe n’arrête pas de se renouveler et c’est ce que j’apprécie par-dessus-tout chez un artiste.

Audio "Avec la mer pour horizon".

La première fois que je t’ai croisé, c’était aux 3 Baudets. Je suis reparti avec ton disque en me disantIMG_E6873 (2).JPG que j’allais encore écouter du guitare-voix ou du piano-voix, et moi, je n’en peux plus du guitare-voix ou du piano-voix. On est en 2018, passons à autre chose. Bref, quand j’ai écouté ton disque, je l’ai trouvé bien produit et moderne. Un disque d’aujourd’hui.

Merci. C’est Fred Perriot qui a réalisé l’EP au Studio Little de Fabien Martin qui a d’ailleurs mixé les chansons. Ils se sont bien occupés de moi. Je suis arrivée avec mes mélodies, mes chansons en piano ou guitare-voix… mais ce sont eux qui les ont rendu « vivantes ».

Pourquoi avoir choisi Fred Perriot comme réalisateur?

Nous nous sommes croisés dans les couloirs de l’Atelier de Cédric. J’y ai participé presque un an. C’est amusant parce que je disais à Cédric que je cherchais un réalisateur comme Dominique Blanc-Francard, des gens comme ça. Fred était à coté de nous. Il s’est présenté comme réalisateur. Il a écouté mes chansons et il a saisi immédiatement ce que je voulais comme son. Les orchestrations, ce n’est pas mon truc. Lui a compris que ce devait être pop. Je trouve qu’il a révélé mes chansons musicalement.

Tu as été sélectionnée en 2012-2013 pour suivre le cursus Auteur-Compositeur-Interprète d’ACP - la Manufacture Chanson.

Oui, j’ai été formé là-bas. La Manufacture Chanson est une super école pour le chant. Je venais du monde classique et je débutais dans la « variété ». J’avais mes chansons, mais je ne savais rien du reste du métier. A ce moment-là de mon début de carrière, ce passage-là a été primordial.

Et l’Atelier de Cédric ?

Ça m’a beaucoup aidé pour professionnaliser mon projet et pour penser à tout ce qu’il y autour. On était plus sur l’environnement professionnel et l’image qu’on doit montrer que sur l’artistique. Le fait de rencontrer autant de pros était bénéfique pour moi.

Avant cet EP, il existait un album, il me semble.

Oui, mais je le considère comme une maquette améliorée. Je l’avais réalisé avec très peu de moyens. Depuis ce premier essai, j’ai pris du temps. J’ai beaucoup travaillé pour en arriver à ce premier EP.

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MaMA Festival & Convention 2018. Laura Flane au PHONO Museum Paris -

(Photo : Jalal Aro)

Dans la chanson « Petite femme », tu parles d’une fillette qui joue à la femme plus âgée en se maquillant et en s’habillant comme une grande.

Il y a plein de sens possible, mais au départ, je pensais vraiment à une prostituée. Après, on peut aussi penser à une artiste qui monte sur scène. J’aime bien les doubles, voire les triples sens. Il y a une chanson de Barbara qui s’appelle « Silence » sur son album Soleil Noir. Je l’ai chanté plein de fois et il y a de multiples sens. J’adore ça. L’art existe aussi pour ça : que chacun puisse y donner son sens.

Dans « Je t’écoute », tu évoques bien les problèmes de communication au sein d’un couple ?

J’ai écrit cette chanson alors que je devais garder le silence pendant une semaine parce que j’ai eu un petit souci à la voix. C’était horrible. Je me suis donc mise dans la peau de quelqu’un qui ne pouvait pas parler et qui du coup, se contente d’écouter l’autre.

Il y a une chanson co-composée avec Fred Perriot, « Grandir un jour ».

J’ai écrit cette chanson lors d’un atelier d’écriture d’Éric Guilleton à la Manufacture Chanson. Il y avait une contrainte d’écriture. C’était un exercice de style, mais qui, au final, a donné une belle chanson. Ça parle de l’importance de l’enfance que l’on a pour l’adulte que l’on devient.

Clip officielle de "Ces mots".

Dans « Ces mots », tu parles des changements de vie. Il y a une raison bien précise à cela.

Il faut savoir s’écouter et se mettre en capacité de changer de vie. C’est vraiment un phénomène de société. Tu as plein de gens qui rêvent de pouvoir faire autre chose de leur vie.

Je voulais te faire dire que c’est aussi ton histoire.

Oui. Avant j’étais consultante en management dans l’entreprise. Pendant longtemps, j’ai mené cette vie-là tout en faisant de la musique, mais aujourd’hui, j’ai complètement arrêté. C’est un risque parce que je sais bien qu’aujourd’hui, vivre décemment de sa musique, c’est difficile. Petit à petit, j’essaie de constituer mon équipe. Maintenant, je cherche un éditeur pour me permettre d’écrire pour d’autres et je cherche une maison de disque. Pour cet EP je suis devenue artiste auto-entrepreneuse et c’est beaucoup d’énergie que je n’utilise pas pour la création.

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(Photo : Pan Pieper)

Tu as fait déjà quelques scènes ces dernières années.

Oui, je vais maintenant tenter des tremplins, des concours, des festivals… histoire de me faire connaître un peu.

Je crois que tu es programmée dans un festival en Allemagne.

Oui, grâce à Gerd Heger. Il a une émission sur une radio franco-allemande à Sarrebruck, SR2. Il semblerait qu’il ait adoré mon EP puisqu’il lui arrive de diffuser des morceaux. Du coup, il m’a invité à participer à un festival en juin prochain.

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Pendant l'interview...

Pourquoi veux tu être artiste ?

C’est une question que je me pose tous les jours. Je crois que la réponse est parce que j’en ai besoin. Personnellement, physiquement… j’ai besoin d’écrire des chansons, de jouer de la musique. J’ai fait Sciences-Po Paris en formation, j’ai travaillé en entreprise, mais mon plaisir est dans la musique. Je pense qu’il faut écouter la corde qui vibre en nous.

Es-tu pudique ?

Oui. Et justement, la chanson est un grand moyen pour s’exprimer.

Quel est ton souhait aujourd’hui ?

Pouvoir sortir un album, avec une équipe autour de moi.

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Après l'interview, le 11 octobre 2018.

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28 octobre 2018

Absol Vidéos, Anthox Colaboy, Sir Gibsy et Le DESSINATOR : interview pour leur BD Tubonia (tome 1)

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Vous le savez, j’ai passé beaucoup de moments dans les bureaux de l’agence Mixicom. Pendant ce temps-là, je n’ai cessé de rencontrer des YouTubers de tout poil. Des plus connus à de plus confidentiels. Un samedi, alors que je travaillais dans mon bureau, je vois arriver quelques personnes pour un tournage. Il y avait notamment les 3 vidéastes critiques sur YouTube : Absol Vidéos, Anthox Colaboy et Sir Gibsy. Ils venaient tourner un teaser pour un projet de BD. Je leur demande quelques explications et je comprends que cette bande dessinée leur permettra de prolonger leurs analyses de YouTube, sous un ton léger et un angle différent.

Après le tournage, en compagnie de LeDESSINATOR, ils sont venus m’en dire plus. C’était le 14 avril dernier. Je ne publie qu’aujourd’hui cette mandorisation parce que la BD  n’est livrée que depuis le début du  mois d’octobre.

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Le projet :

Les FDP de Tubonia ! Ou plutôt les Forces De Protection de Tubonia, est une BD mettant en scène une métaphore de YouTube dans un univers d'Heroic Fantasy.

C'est sous le crayon d'un 4e vidéaste, leDESSINATOR (Julien Parra), que Absol Vidéos, Anthox Colaboy et Sir Gibsy incarnent en BD 3 héros, Sir Gibsy, Anthox Colle-à-Bois et le Chevalier Mage Absol et ils s’apprêtent à sauver le Royaume de Tubonia d'un mal mystérieux qui ronge ses habitants !

Les porteurs du  projet :

-Absol Vidéos, un Youtuber qui fait des analyses des phénomènes liés à YouTube. www.youtube.com/absolvideos

-Anthox Colaboy, qui lui propose sous une forme humoristique des critiques de chaînes YouTube. www.youtube.com/wildesyde

-Sir Gibsy, qui à travers des coups de gueule donne son avis sur YouTube et les autres chaînes. www.youtube.com/AddictiVideoGibz

-leDESSINATOR, le dessinateur de la BD qui possède une chaîne de tuto de dessin. www.youtube.com/leDESSINATOR

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De gauche à droite, Anthox Colaboy, Sir Gibsy, LeDESSINATOR et Absol Vidéos dans mon bureau de Mixicom.

Iabsol vidéos,anthox colaboy,sir gibsy,le dessinator,tubonia,fdp,bande dessinéenterview :

Je crois que c’est Anthox qui est à l’origine de ce projet ?

Anthox : Quand leDESSINATOR a fait nos bannières, j’ai eu envie d'aller plus loin encore. Je lui ai demandé qu'il nous fasse un fan art (un poster) où nous serions tous les trois en mode Chevaliers de la Table Ronde, tel les justiciers de YouTube. C’est ainsi qu’on nous appelle. LeDESSINATOR m’a répondu qu’il n’avait pas le temps car il était très occupé. Le lendemain, il m’appelle et me dit : « Mec, on va faire mieux. On va faire une BD! »

LeDESSINATOR : J’ai pensé que décliner Anthox, Gibsy et Absol en personnages de bande dessinée était une bonne idée. Une fois que l’on a décidé d’ouvrir un financement participatif avec Ulule (voir là), nous sommes allés chez Absol pour écrire le tome 1.

(M’adressant aux trois YouTubers). L’idée de la BD, ça vous a plu immédiatement ?

Sir Gibsy : Tu m’étonnes, mégalos comme nous sommes ! (Rires) Ce qui nous a intéressé, c’est que personne n’avait eu l’idée de retranscrire l’univers de YouTube en BD.

Absol : Ce qui est fou, c’est qu’au départ, c’était un délire entre potes. Nous nous étions fixés de sortir au maximum 1000 exemplaires, donc sur Ulule, nous espérions obtenir 15 000 euros.

Mais la machine s’est emballée !

Absol : On a obtenu 521 825 euros grâce à 26 122 contributeurs. On a été le premier projet européen en termes de contributeurs en financement participatif. On a battu le record.

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Le 12 octobre 2018, tous réunis chez Anthox  pour dédicacer les bandes dessinées.

Comment expliquez-vous ce succès inouï ?

Absol : Comme le sujet évoquait YouTube, ça a intéressé les YouTubers d’en être et du coup, beaucoup, et pas des moindre, nous ont fait de la pub.

Anthox : Comme l’a dit Sir Gibsy, au départ, personne n’avait fait une BD parodiant YouTube France dans son intégralité, en plus, dans un univers médiéval fantastique. Des YouTubers ont déjà fait des bandes dessinées mais c’était des histoires fictives ou des histoires centrées sur eux. Dans notre BD à la Game of Thrones, certes, il y a nous, mais tous les YouTubers préférés des français. De plus, il y a pleins de clins d’œil à la pop culture.

LeDESSINATOR : Anthox Colaboy, Absol Vidéos et Sir Gibsy étaient déjà regroupés et considérés par le public comme les justiciers du Net. D’une certaine manière, il ne restait qu’un pas à faire pour créer une véritable histoire ancrée dans l’univers de Youtube. Les trois personnages des Forces de Protection (FDP) de Tubonia étaient là, sous mes yeux, bien vivants. Toutes les idées du scénario viennent de nos quatre expériences partagées, remaniées...

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Est-ce que tous les YouTubers figurant dans la BD ont donné leur accord ?

LeDESSINATOR : Bien sûr. Les trois personnages principaux sont Absol, Anthox et Sir Gibsy, mais nous voulions inclure des cameos. Et il était hors de questions qu’on ne leur demande pas l’autorisation. J’ai donc envoyé de nombreux mails à des YouTubers. Le premier qui m’a répondu positivement était Cyprien, ensuite Kevin Tran du Rire Jaune. C’est amusant parce que le premier est auteur de bande-dessinée et le second de manga. Ils ont été très curieux du projet. Tous les autres ont accepté et en ont parlé sur leur chaine. Ça a fait boule de neige.

Anthox et Sir Gibsy, votre spécialité dans vos videos, c’est de critiquer YouTube… enfin de donner votre avis sans langue de bois. Pourtant, les gens qui vous regardent vous aiment bien j’ai l’impression.

Sir Gibsy : Je me sens obligé de répondre. En fait, j’énerve un peu plus que les autres, je le sais. Dans la BD, qui n’est pas du tout polémique, on a mis aussi des YouTubers qu’on a nous-même critiqué. Il n’y a pas de rancœur.

LeDESSINATOR : Dans la  BD, il y a beaucoup d’autodérision dans le personnage de Sir Gibsy. Il est le gueulard, le gros bourrin qui fait parfois foirer la mission. On caricature ce que représentent Sir Gibsy, Anthox et Absol dans la tête des gens. Absol, c’est le sage par excellence, Anthox, c’est un mélange de fouine et de pile électrique. En tout cas, il n’y a aucune attaque ad hominem, ni aucun clash. D’ailleurs, le sujet du tome 1, ce sont les haters.

Définition d’haters : expression pour désigner un groupe de personnes qui, en raison d'un conflit d'opinion ou parce qu'ils détestent une personne, passe son temps à dénigrer une cible, par exemple les célébrités (ou des émissions de télévisions ou des films ou éventuellement des youtubers) grâce aux réseaux sociaux ou en commentant des articles sur internet ».

Anthox : Dans la BD, les haters ne sont pas des êtres humains à part entière. Pour répondre à ta question, j’ai l’impression que les gens aiment bien le recul et le cynisme que je mets dans mes vidéos. Les gens savent que je critique le contenu des chaines et pas les personnes. Cela dit, il m’arrive aussi de déborder de ce côté-là, mais je tente de faire attention.

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Tournage du teaser de la BD, le jour de l'interview, le 14 avril 2018.

Vous avez des personnalités clairement différentes. Ça a été facile d’écrire ensemble ? absol vidéos,anthox colaboy,sir gibsy,le dessinator,tubonia,fdp,bande dessinée

Absol : Nous sommes différents, mais très complémentaires. En écrivant, nous nous stimulions.

Anthox : On arrivait avec nos idées et les autres les rendaient encore meilleure.

Il fallait l’unanimité pour chaque gag ?

Absol : Oui. C’est arrivé que l’on perde deux heures pour un petit détail.

Qui était le plus chiant ?

Sir Gibsy : Absol, justement.

Anthox : Je vais dire aussi Absol. Ce n’est pas qu’il est chiant, mais il est perfectionniste. Il y a des détails qu’il voulait absolument ajouter et, du coup, on a perdu beaucoup de temps à le convaincre qu’il ne fallait pas en faire plus.

LeDESSINATOR : Moi, j’ai trouvé très intéressant toutes ces discussions. De plus, chacun a mis son ego de côté. Même si une personne trouvait son idée hyper drôle et que les autres n’étaient pas d’accord, chacun respectait la décision commune. C’est normal de défendre son bout de gras, mais il faut l’intelligence de céder.

Anthox : LeDESSINATOR était là aussi pour calmer nos ardeurs. Lui, il sait ce que c’est une BD. Il connait les difficultés, alors il nous disait parfois que telle ou telle idée n’était pas possible, car cela prendrait trop de pages par exemple. Il était notre modérateur.

Sir Gibsy : Pour nous, un combat, ça prend 3 cases, mais en vrai, ça prend 8 pages (rire collectif).

LeDESSINATOR : Comme j’ai une vision personnelle, si je n’arrive pas à visionner celle des autres, je ne peux pas la dessiner.

absol vidéos,anthox colaboy,sir gibsy,le dessinator,tubonia,fdp,bande dessinéeVous trois, être personnages de BD, ça vous fait quoi ?

Anthox : Mais jamais de la vie je n’aurais pensé devenir un personnage de bande dessinée. C’est juste ahurissant.

Sir Gibsy : Bien souvent, les gens voient YouTube comme un moyen de subvenir à ses besoins en faisant des vidéos. Personnellement, pour moi, YouTube, c’est un tremplin. Tu commences à faire tes vidéos, tu fais tout toi-même au départ, ensuite tu rencontres d’autres personnes, tu envisages des projets… et c’est comme ça que tu finis par aller au-delà de YouTube. C’est ainsi que nous nous sommes retrouvés dans cet étrange état : personnage de bande dessinée.

Absol : Moi, je suis surtout content parce que c’est un objet physique. On fait des vidéos YouTube, c’est numérique, alors je trouve génial d’avoir quelque chose de physique, de concret entre les mains.

Et, mine de rien, ça vous réunit ad vitam aeternam !

Absol : Mais, je vais plus loin. Ca réunit tout YouTube ! C’est un univers qui n’appartient pas qu’à nous trois. Après le tome 2, on a même envie de faire une série de spin-off avec d’autres YouTubers. Il y a énormément de YouTubers qui sont partants pour faire leur propre spin-off avec leur univers.

LeDESSINATOR : Et avec des dessinateurs différents, je précise.

Pourquoi avez-vous décidé que les histoires se déroulent dans un univers héroïco-médiéval ?

LeDESSINATOR : A la base, nous sommes partis sur l’idée d’Anthox, les Chevaliers de la Table Ronde, mais quand nous nous sommes donné rendez-vous chez Absol pour écrire le premier tome, on a hésité entre le médiéval, la SF ou le contemporain. On a choisi le médiéval.

Anthox : Je pense que le médiéval est ce qui touche le plus de monde. On pensait à Donjons et Dragons, les jeux de rôles papier, Kaamelott, Game of Thrones,  Le Seigneur des anneaux…

Absol : C’est très geek tout ça.

LeDESSINATOR : De plus, je suis moins bon en SF.

Sir Gibsy : Et j’ai l’impression que les métaphores sont plus faciles à faire dans l’univers médiéval. Je ne sais pas pourquoi.

Ce projet de BD peut-être déclinable en série télé ou dessin animé…absol vidéos,anthox colaboy,sir gibsy,le dessinator,tubonia,fdp,bande dessinée

LeDESSINATOR : Ce projet plait beaucoup. Il faut que l’on transforme l’essai avec un tome 2 plus percutant et spectaculaire.

Absol : Il n’y aura plus le phénomène de nouveauté, de curiosité, alors il va falloir faire beaucoup mieux encore. Même sur Ulule, il va y avoir des contreparties encore plus folles dont une qui n’a jamais été proposée de par le monde.

Anthox : On ne peut pas en dire plus, c’est trop gros !

Sir Gibsy : Nous avons conscience que si le tome 2 marche comme on le souhaite, ce sera déclencheur de beaucoup de choses. Pour l’instant, le plus dur est de se tempérer.

Dernière question. Pourquoi ce livre n’est pas vendu en magasin ?

LeDESSINATOR : Je viens du milieu de la bande dessinée. Le constat que je fais est clair : les auteurs/dessinateurs ne sont plus respectés, ils sont mal payés. Depuis 2012, j’ai arrêté avec ce système. Je voulais revenir dans ce milieu-là, mais dans un circuit alternatif ou les auteurs sont rémunérés à leur juste valeur. Il n’y a pas de grands méchants dans les circuits traditionnels. Les libraires sont cools, mais ils prennent 36%, les diffuseurs distributeurs prennent 20%, après, pour l’auteur, il ne reste plus grand-chose. Si on élimine ces intermédiaires-là, tout le travail revient aux auteurs. Je voulais donc passer par un système comme ça. De plus, avec YouTube, il y a un relais pas possible pour ce livre, que ferait de plus un éditeur ? J’ai donc créé ma maison d’édition personnelle pour ces deux premiers livres, pour les spin-off avec d’autres dessinateurs. Je veux lancer un circuit parallèle avec une meilleure économie. L’auteur, au lieu de toucher 8% va toucher 80%. Ce que je fais est aussi idéologique.

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De gauche à droite, Absol Vidéos, LeDESSINATOR, bibi, Anthox Colaboy et Sir Gibsy.

Pour finir, voici les 3 premières pages de la bande dessinée.

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26 octobre 2018

Gilles Paris : Interview pour La lumière est à moi et autres nouvelles

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(Photo : Didier Gaillard-Hohlweg) 

gilles paris,la lumière est à moi,interview,collection haute enfance,mandor,gallimardDans la lignée de son roman devenu culte, Autobiographie d'une courgette (Plon, 2002), adapté au cinéma en 2016 et récompensé par deux césars, Gilles Paris signe chez Gallimard (dans la collection « Haute enfance » dirigée par Colline Faure-Poirée) le recueil de nouvelles, La lumière est à moi. Une fois de plus, la plupart de ses personnages sont entre le monde de l’enfance et celui des adultes. Comme souvent chez Gilles Paris, ses histoires sont habitées par la perte et le manque d’une mère, d’un père, d’un frère ou d’une sœur. C’est beau, poignant, émouvant parfois noir... même si la lumière n’est jamais loin.

Avec ce recueil, est organisé une exposition (photographies : Didier Gaillard-Hohlweg/textes : Gilles Paris). "Des paysages saisis dans la fugacité, cet 1/125s entre ombres et lumières, comme une ouverture vers le champs des possibles, espace-temps où tout se décide. Issus de la chambre-noire, des portraits rouges, incarnations des émotions interdites. celles des personnages de Gilles Paris dans son nouvel opus La lumière est à moi.
Des extraits de textes qui ponctuent le parcours, donnant vie au tout."

Teaser de l'exposition La lumière est à moi.

J’apprécie beaucoup humainement Gilles Paris. Ses romans aussi. Ce n’est pas pour rien que je l’ai mandorisé déjà trois fois (là en 2012, là en 2014 et là en 2017). Je pense pouvoir affirmer qu’on aime bien notre rendez-vous « interview » à chaque sortie d’un de ses livres. Pour ce recueil de nouvelles, il s’est tenu le 10 octobre dernier dans le salon jaune de sa nouvelle maison d’édition, Gallimard.

4e de couverture : Anton, Eytan, Angus, Julian, Aaron, Lior, Ethel, Anna, Ruth, Ambre, Brune... Les hérosgilles paris,la lumière est à moi,interview,collection haute enfance,mandor,gallimard romanesques de Gilles Paris ont tous en commun une part d'enfance déchue, le   désir de s'échapper, happés par l'espoir d'une vie plus lumineuse. Des bords de Seine aux rivages du lac Léman, de la mer des Éoliennes à l'océan Atlantique, leurs destins intranquilles se nouent et se dénouent, à l'heure où les paysages s'incendient en fin de journée.

L’auteur : Gilles Paris travaille dans le milieu de l’édition depuis plus de 30 ans. Il a publié 5 romans, parmi lesquels Autobiographie d’un Courgette dont l’adaptation cinématographique en octobre 2016, sélectionnée aux Oscars, a reçu 20 prix dans le monde entier et deux Césars.

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(Photo : Didier Gaillard-Hohlweg) 

Igilles paris,la lumière est à moi,interview,collection haute enfance,mandor,gallimardnterview :

Tu viens de sortir un recueil de 19 nouvelles. En fait, tu as commencé l’écriture par ce genre-là.

J’en écris depuis l’âge de 12 ans. Chaque fois que j’ai signé un contrat dans une maison d’édition,  j’ai demandé si, après, je pouvais sortir un recueil de nouvelles et tous m’ont répondu non. A commencer par mon premier éditeur, Jean-Marc Roberts, qui m’a confirmé que mes nouvelles étaient superbes, qu’il y avait une atmosphère, mais qu’il préférait que j’en étire une pour en faire un roman. Il en résulte que mes deux premières nouvelles « Papa et maman sont morts » et « Icare et Camille » sont devenus mes deux premiers romans. « Icare et Camille » a été débaptisé pour devenir « Autobiographie d’une courgette ». Les éditeurs ont toujours été frileux pour publier des nouvelles, car les recueils se vendent moins bien que les romans.

La belle histoire c’est que tu as été contacté par Gallimard quand tu étais en pleine promotion de Le vertige des falaises l’année dernière.

Ils ont adoré Autobiographie d’une courgette et L’été des lucioles et ils m’ont demandé si j’accepterais d’écrire un recueil de nouvelles. Pour moi, c’était le rêve total qui se réalisait.

C’est agréable d’être demandé ?

Ça n’arrive pas souvent  parce que le milieu de l’édition est un milieu très conservateur, très hypocrite, à quelques exceptions près. Il faut vraiment trouver les bonnes personnes pour avoir une confiance mutuelle. Aujourd’hui, beaucoup d’éditeurs, pour des raisons économiques compréhensibles, font moins de paris et s’enthousiasment beaucoup plus pour des succès colossaux. Il faut faire son petit bonhomme de chemin au milieu de tout ça, ce qui n’est jamais évident. On demande davantage aux auteurs aujourd’hui qu’on ne le faisait il y a 30 ou 40  ans.

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Gilles Paris dans le salon jaune de chez Gallimard.

Il y a quelque chose qui m’interpelle sur le fait de te demander de rallonger tes nouvelles. Une gilles paris,la lumière est à moi,interview,collection haute enfance,mandor,gallimardnouvelle se suffit à elle-même. Tout y est dit, normalement. Tu n’as pas l’impression de faire du remplissage ?

Non, vraiment pas. Papa et maman sont morts, par exemple, était une longue nouvelle, voire un très court roman si j’y réfléchis. Dans mon recueil La lumière est à moi, les deux nouvelles qui font l’ouverture,  « Les pins parasols »  et « Anton-Les pins parasols », je pourrais tout à fait aller bien au-delà de ce que j’ai écrit. Ce sont deux nouvelles qui se déroulent sur près de 40 ans, je me sentirai très bien le transformer en roman.

Quel plaisir prends-tu à écrire ?

J’aime prendre le lecteur et l’emmener dans une histoire forte, passionnante, passionnelle ou l’amour et l’enfance sont très présents. J’aime l’emmener vers quelque chose qui soit de l’ordre de la lumière et du vivant. Le vivant étant quelque chose qui nous fait battre le cœur et qui nous fait avancer dans la vie.

Dans ce recueil de nouvelles, tu t’es beaucoup intéressé aux étymologies des prénoms.

L’étymologie est intéressante parce qu’elle définit le prénom. Il parait que mon prénom, Gilles, vient d’un vieux nom allemand qui veut dire otage. C’est intéressant d’apprendre ça (rires).

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"Il y a une brisure nette entre les pierres, en bas de l’avenue. Les pavés écorchés semblent suspendus au-dessus de la flaque d’eau, où se reflètent les feuilles des arbres, en ombres noires et mobiles. Une herbe humide et résistante pousse entre les pierres. J’y vois comme une promesse." 
Gilles Paris « Le fleuve des oiseaux peints » - Extrait du livre La lumière est à moi et autres nouvelles.

gilles paris,la lumière est à moi,interview,collection haute enfance,mandor,gallimardL’ombre et la lumière sont dans tous tes romans.

Les deux vont ensemble. On ne peut pas traverser une vie guilleret, léger, insouciant, à moins d’avoir un pois chiche dans la tête. La vie n’est pas comme ça. On traverse tous des épreuves qui peuvent nous affaiblir, mais si nous les affrontons, les supportons et les dépassons, ça nous rend plus grands et forts. Et ça nous emmène justement vers la lumière. 

Une des nouvelles qui m’a le plus touché dans ton recueil, c’est « La petite dernière ». L’histoire d’une petite peste qui fait ce qu’elle veut car ses parents, les élèves et le professeur à l’école, lui passent tout… il y a évidemment une triste raison à cela.

Elle a semé la terreur partout et tout le monde se tait. La chute de l’histoire est encore plus terrible que ce que l’on pouvait imaginer. Dans « Incendie » aussi, il y a une petite peste qui accuse son professeur de l’avoir violé… sauf que.

Sauf que ce n’est pas possible. Et pour cause. Bref, on ne dira rien de plus, mais bravo parce que tu nous retournes toujours à la fin de chaque nouvelle.

Quand je trouve ce qui va faire le sel de ma nouvelle, je suis entre la jubilation et la jouissance. Ecrire, c’est comme faire l’amour. Tu peux écrire machinalement, mais quand ton texte prend une sorte de relief, comme une envolée lyrique, tu ressens presque une excitation.

Je crois savoir que tu n’es jamais totalement satisfait de ce que tu écris.

C’est parce que je me dis toujours que je peux faire encore mieux. Parce que je doute perpétuellement de moi, cela m’incite à beaucoup travailler mes textes.

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"Thomas, photographe, venu pour ces montagnes roses, ce ciel qu’il dépeint d’un bleu insolent, ces gens aussi rêches que la pierre, ce vide abyssal, ce rien loin du monde. Il m’a demandé si j’accepterais d’être photographiée par lui. J’ai haussé les épaules. Une insouciance pareille n’a pas sa place dans mon monde." 
Gilles Paris « Sur le toit du monde » - Extrait du livre La lumière est à moi et autres nouvelles.

On voyage beaucoup dans ton livre. gilles paris,la lumière est à moi,interview,collection haute enfance,mandor,gallimard

Oui. A Nice, aux Etats-Unis et en Italie notamment. Je trouvais intéressant de montrer différents décors,  différents lieux. Je voulais montrer que les sentiments et les émotions  restent les mêmes où que l’on soit.

Dans ton recueil, il y a des histoires racontées par des enfants, ça chez toi, c’est systématique, mais il y a aussi, pour la première fois, des histoires racontées par des adultes.

Les nouvelles « adultes », je les ai écrites spécifiquement pour Gallimard. Elles sont sorties de moi entre juillet et octobre dernier. Il y a quelques nouvelles « enfants » qui étaient déjà écrites depuis quelques années. On a convenu avec la directrice de la collection « Haute enfance », Colline Faure-Poirée, de faire une sorte d’alternance entre les adultes et les enfants, ce qui a donné une forme de respiration, de souffle. Malgré tout, chez les adultes qui racontent, l’enfance et l’adolescence sont primordiales. Soit, ils ont vécu quelque chose pendant cette période qui ne cesse de décrire leur destinée, soit ils sont observés par un neveu, une nièce, un fils ou une fille comme un personnage presque de fiction.

Tu vas finir par l’écrire ton roman dans le registre adulte ?

Oui, ce sera le prochain roman sur lequel je travaille depuis un an. C’est un gros livre, touffu, complexe, avec beaucoup de personnages, qui va me demander encore deux ans de travail. Il sera bien sûr question de l’enfance et de l’adolescence. Ça, je ne pourrai jamais l’enlever.

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"On fait du mal sans le vouloir. On sauve des vies, on en perd d’autres. On apprend à nuancer, à ne plus s’emporter autant. C’est sûrement cela être adulte : additionner les petites lâchetés et les sentiments qui nous paraissent les plus justes."
Gilles Paris « Les pins parasols » - Extrait du livre La lumière est à moi et autres nouvelles.

gilles paris,la lumière est à moi,interview,collection haute enfance,mandor,gallimardDans ton recueil, j’ai trouvé une définition sur le fait d’être adulte exprimé par ton personnage Anton : « C’est sûrement cela être adulte : additionner les petites lâchetés et les sentiments qui nous paraissent les plus justes. »

Je fais mienne cette phrase. Quand je dis additionner les petites lâchetés, je veux parler des petits coups bas que l’on fait dont on ne parle jamais parce que l’on en est pas très fier. Ils s’additionnent les uns après les autres et en même temps, ça nous aide à grandir parce que l’on est passé à autre chose. Personne n’a été le meilleur amant, le meilleur ami, la meilleure relation possible… je parle aussi de cette petite satisfaction que l’on peut avoir de soi-même qui est un peu agaçante. Mais, il faut bien l’avouer, l’autosatisfaction, nous aide aussi à grandir.

Tu refuses d’être adulte ?

Non, parce qu’on est obligé de l’être. J’ai un appartement, je paye un loyer, des impôts… Etre adulte, c’est ça aussi malheureusement. Mais l’année prochaine, j’ai 60 ans… je n’ai pas l’impression de les avoir. Dans ma tête, j’en ai toujours 30 ans. Bref, je n’ai pas le sentiment de n’être qu’un adulte.

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Le vernissage de l'exposition "La lumière est à moi" le 2 octobre à la galerie 55 Bellechasse.

Parlons de cette histoire de photo  avec Didier Gaillard-Hohlweg. Il y a une exposition parallèlement gilles paris,la lumière est à moi,interview,collection haute enfance,mandor,gallimardà la sortie de ton livre.

Je suis très attiré par la photographie depuis longtemps et je connais le travail de Didier depuis un an et demi. J’ai vu la plupart des reportages qu’il a faits. Il a travaillé longtemps dans le domaine de la mode, ensuite comme la mode ne lui plaisait pas, il est allé couvrir des pays en conflit, en Serbie, en Bosnie, en Israël… Au lieu de photographier les gens, il a photographié les lieux. Les murs criblés de balles, des affiches de propagandes déchirées, des traces de mémoires de ce qu’il reste finalement. Il a aussi beaucoup travaillé sur la seconde guerre mondiale et ses lieux de mémoires qui existent notamment en Allemagne et en Argentine. A un moment donné, j’ai vu un reportage qu’il avait fait en Uruguay, à Colonia, et  je lui ai demandé de me passer 5 photos. Je les ai regardé un quart d’heure chez moi et j’ai inventé une histoire autour.

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"Je viens d’arriver à Colonia del Sacramento. Je suis restée longtemps sous la douche, les yeux fermés, appuyée contre le carrelage frais. Je sors de l’hôtel et marche au hasard dans cette ville d’Uruguay où j’ai vécu autrefois."
Gilles Paris « Le fleuve des oiseaux peints » - Extrait du livre La lumière est à moi et autres nouvelles.

Comment se présente cette exposition ?

Il y a des photos de paysages prisent par exemple à Malte, en Urugay, en Bretagne, en Argentine… L’idée, c’était que l’on accorde nos émotions. Le texte que l’on a mis sous chaque photo résonne sur l’émotion propre à elle. On a choisi 100 phrases tirées de mon recueil, on en a gardé 16. Lors du vernissage à la galerie 55 Bellechasse à Paris, nous étions contents, car les visiteurs regardaient autant les photos que les textes qui correspondaient. Il y avait une totale adéquation.

Tu as un deuxième livre en préparation pour ton éditrice Colline Faure-Poirée.

On a signé pour deux livres. Ce recueil de nouvelles et un livre jeunesse illustré, Inventez les couleurs, qui sortira en mars 2019 au moment du Salon du livre de Paris.

As-tu le sentiment de construire une œuvre ?

Non. De par mon métier d’attaché de presse, j’ai défendu de grands écrivains depuis 35 ans, donc je sais rester à ma place. J’estime qu’une œuvre, c’est quand tu as publié au moins 50 livres.

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Après l'interview, le 10 octobre 2018, dans les jardins de chez Gallimard.

24 octobre 2018

Samuel Cajal : interview pour Une issue

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© PIERRICK GUIDOU

samuel cajal,une issue,la couveuse,interview,mandorSamuel Cajal, connu pour avoir été l’un des deux 3 Minutes Sur Mer, sort un premier projet solo articulé autour d'une voix, d'une guitare et d'un looper. Dans Une issue, on est dans la grâce et l’épure rock. Quoi? Il y évoque la mort, la folie, l’amour, la haine, ses états d’âmes personnels ! La belle affaire ! Il parle franc, parfois cru. Ça fait du bien. On décèle en lui des zones d’ombre, mais c’est vers la lumière qu’il nous amène (tout à fait paradoxal, mais l’homme est paradoxal). Et s’il ne nous prend pas par la main pour nous accompagner dans son univers, dans son monde intérieur, c’est tant mieux… il faut trouver le chemin seul, mais comme le paysage est d’une étrange beauté, on tente d’y déceler tous ses mystères. Et il y en a.

Bref, il fallait que je rencontre Samuel Cajal pour une première mandorisation. Ce fut fait le 8 octobre dernier dans un bar de la capitale.

(Toutes les photos professionnelles sont signées Pierrick Guidou

Mini biographie (par Thomas Burgel) :

Avec K!, Jérémie Kiefer, Albane Aubry ou Andoni Iturioz, avec les furieux et punk Zissis the Beast, avec bien sûr 3 Minutes Sur Mer, ces très remarqués et voltigeurs cousins de Radiohead, Bashung ou Patrick Watson, Samuel Cajal a beaucoup écrit, produit, accompagné – mais jusqu’ici, jamais pour-lui-même. Se lancer en solo était une exigence impérieuse intime, et le grand bond dans le vide du Parisien est vertigineux.

Le disque (par Thomas Burgel) :samuel cajal,une issue,la couveuse,interview,mandor

Conçu avec ses comparses Johan Guidou et Matthieu Lesenechal dans la même veine minimaliste et incandescente que son héros Troy Von Balthazar, son premier album Une issue va droit au but et droit au beau, plein de colère retenue (l’implacable introduction « Cœur Noir », avec Wilfried Hildebrandt), de rage gracieuse, de clairs et d’obscurs, d’arrangements à la discrète amplitude, de mélodies lumineuses (« Langoureusement »), rappelant Bertrand Cantat, Low, Pascal Bouaziz, Flotation Toy Warning, Dominique A. La politique générale et les renoncements personnels (la douce et amère « Indigné », avec Nellyla), l’amour et la haine, les batailles universelles du quotidien ou le deuil d’un père (la crépusculaire « Décibels », avec K!), les mots du garçon marquent l’âme d’un bel acide. Au-delà de cette Issue naît ainsi un chemin : celui qu’emprunte, poétique et rageur, un auteur qui s’affirme.

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© PIERRICK GUIDOU

samuel cajal,une issue,la couveuse,interview,mandorInterview :

Tu fais partie d’une famille où on écoutait beaucoup de musiques ?

Oui. Mes parents écoutaient pas mal de chansons et de rock. J’ai grandi avec dans les oreilles Brassens, Pink Floyd, Renaud, les Doors, Jimi Hendrix, les Rolling Stones…

Certains de ces artistes t’ont-ils un peu influencé ?

Très jeune, j’ai eu une grande fascination pour les Doors. C’est amusant parce qu’en primaire, j’aimais les Doors et les New Kids and the Block. J’ai fait un grand écart monumental (rires).

Mais le vrai déclic pour envisager de faire de la musique s’est produit dans quelle circonstance ?

J’avais 13 ans quand je suis tombé raide de Nirvana. Au collège, la même année, les 3emes avaient fait un petit concert de fin d’année où ils avaient repris « Stairway To Heaven » de Led Zeppelin et d’autres titres comme ça. Ça m’avait fasciné. C’est à ce moment précis que je me suis convaincu de faire ce métier.

Tu as donc demandé à tes parents de t’offrir un instrument ?

Oui, une guitare. J’ai commencé par essayer de jouer « Come As You Are » de Nirvana correctement, puis certains morceaux des Red Hot Chili Peppers.

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© PIERRICK GUIDOU

Comme tout bon musicien qui se respecte, j’imagine que tu as fait partie d’un groupe au lycée.samuel cajal,une issue,la couveuse,interview,mandor

Oui, j’ai trouvé des élèves assez motivés pour jouer avec moi. Ce groupe a duré 5 ans sous le nom d’Ugra Karma. C’était le nom d’un disque d’un groupe de black metal qui s’appelait Impaled Nazarene. On a gagné quelques tremplins dont un qui s’appelait «les Class’EuRock » à Aix-en-Provence. Ce sont mes vrais débuts. Un premier groupe, c’est le meilleur. Il y a l’innocence, tu crois que tu vas tout casser et que tu vas révolutionner le monde de la musique.  

Que se passe-t-il après ?

J’ai fait une école de musique à côté d’Avignon. Un professeur m’a dit un jour que la meilleure école de musique, c’est de jouer en groupe. Très vite, je me suis retrouvé avec une bande de copains pour jouer, donc. On nous demandait par exemple de faire des reprises et nous, très vite, on s’est amusés à les pervertir. On a fait « Get Back » des Beatles en zouk, « Fire » de Jimi Hendrix en néo metal. De là a découlé un groupe instrumental, Petit four et clarinette, qui a aussi gagné quelques tremplins. On faisait un mélange de jazz et de metal. J’étais bassiste. Ce groupe a continué sans moi sous l’appellation 1980. Ils ont fait un super album et j’espère qu’ils vont en faire un second.

"Une issue" en version acoustique par M-B Prod.

samuel cajal,une issue,la couveuse,interview,mandorPhoto à gauche : avec 3 Minutes Sur Mer lors du Prix Georges Moustaki en 2013 (Marylène Eytier).

Tu arrives à Paris en septembre 2002.

J’ai commencé par faire les petites annonces pour trouver des groupes bien ciblés dans lesquels jouer. Au final, ça n'a jamais marché. Moi qui venais de la campagne, humainement, à chaque fois, il n’y avait pas d’évidence. En 2005, je rencontre Guilhem Valayé via une petite annonce. On devient potes, on se voit souvent et en vient à se dire que ce serait intéressant de tenter de monter un duo. On avait la même envie de s’engager sérieusement dans un projet en français avec des compositions originales. On a donc monté 3 Minutes Sur Mer en 2007.

L’histoire a duré 12 ans.

Une très belle histoire. On a fait deux albums officiels, des EP officieux et de nombreux concerts.

Et toi, tu n’avais pas envie de chanter dans ce duo ?

Pas du tout. Ça ne m’a jamais traversé l’esprit. Déjà à la base, j’étais bassiste, je suis devenu guitariste… c’était un pas en avant vers quelque chose de nouveau. Etre devant un micro, mais jamais de la vie !

 Audio de "Décibels" (avec K!)

Et en 2018, tu sors ton premier disque en tant que chanteur, sans passer par la case EP d’ailleurs.samuel cajal,une issue,la couveuse,interview,mandor

Je n’ai pas fait d’EP alors que beaucoup de gens me le conseillaient. J’avais le nombre de titres suffisant pour faire un disque, alors je l’ai fait. Pour découvrir un univers musical, je trouve qu’une demie heure de musique, c’est l’idéal.

Faire un disque solo, ça veut dire être leader, être devant…

Pour l’instant, je joue seul, je suis donc leader de moi-même… c’est déjà pas mal.

Mais chanter quand on n’a jamais été chanteur, c’est quand même un autre pas en avant gigantesque, non ?

J’ai pris quelques cours, mais je n’ai pas un répertoire qui nécessite d’être un grand technicien de la voix. Il y a pleins de gens qui sont chanteurs, mais qui ne le sont pas vraiment. Le point de départ, c’est que j’avais beaucoup de chansons et que je ressentais le besoin qu’elles existent. Garder des chansons dans son ordinateur sans les faire vivre, c’est un peu tristounet. Mine de rien, j’ai pris du temps avant de franchir le pas. Il fallait que je sois suffisamment bien dans mes baskets pour aller jusqu’à la création de cet album.

Tu y pensais déjà à l’époque de 3 Minutes Sur Mer ?

Ça s’est chevauché sur les deux dernières années. Après, effectivement, la fin de 3 Minutes Sur Mer a fait accélérer ma décision.

Audio de Cœur noir (avec Wilfried Hildebrandt).

samuel cajal,une issue,la couveuse,interview,mandorDans ce disque, il y a des « guests » comme K ! (sur la photo à gauche), Nellyla et Hildebrandt.

K ! et une amie, mais je ne connaissais pas Wilfried Hildebrandt. Je l’ai découvert avec son album Les animals. Je l’ai beaucoup aimé, c’est pour ça que je l’ai contacté pour lui proposer une participation sur la chanson « Cœur noir ». Il a été adorable, a répondu positivement, s’est rendu disponible très vite. C’est vraiment un super chanteur. Il a été ultra pro et humain.

Certains journalistes te rapprochent de Dominique A. Tu en penses quoi ?

C’est quelqu’un que j’aime beaucoup. Quand on a commencé 3 Minutes Sur Mer, des artistes qui faisaient de la chanson rock en français, il n’y en avait pas des masses, surtout avec des formules réduites. Dominique A, c’est une évidence. Il y a sa musique, son propos, son parcours qui s’inscrit dans la durée… Et dans tous ses disques, il y a au moins un ou deux chefs d’œuvres. Cela dit Dominique A n’est pas l’alpha et l’oméga de la musique en France, heureusement. Il force juste le respect.

Vous avez le même coiffeur, en plus.

Sérieusement, si j’avais les cheveux longs, je me demande si on me comparerait à lui si souvent.

Tu te sens plus dans la culture pop rock anglo-saxonne ?

Pas du tout. J’ai horreur du discours anti chanson française ou anti variété française. Je considère faire une sorte de variété française. Quant à qualifier ce qu’est la variété, c’est une autre histoire.

Extrait de "Une issue" (LaCouveuse / Differ - Ant - Believe). Auteur-Compositeur: Samuel Cajal. Produit par Johan Guidou. Prise de vues: Samuel Cajal Montage : Samuel Cajal et Pierrock Guidou.

Tes paroles sont à la fois poétiques et compréhensibles si on gratte un minimum.

Je n’aime pas écrire des textes cryptés, ni des textes premiers degrés. Je suis entre les deux. La vérité, c’est que je ne réfléchis pas à tout ça quand j’écris. Je n’auto-analyse pas mes textes, ce serait vite chiant. On se regarde déjà suffisamment le nombril.

Il y a des artistes dont je ne comprends pas les paroles… parfois, ça me gêne.

J’aime bien le « barré », mais je n’ai décidément pas la culture pop. Je n’aime pas perdre les gens pour perdre les gens. La chanson « Tu mords » par exemple est la ligne que je ne franchirai pas (rires). Mais, en tout cas, chez les autres, je n’ai pas de problèmes avec le côté abstraction, images poétiques, parcours sensitif. Peut-être que je ne suis pas encore capable de le faire, mais pour autant je n’aime pas les narrations hyper claires et linéaires.

En tout cas, tu as fait là un bien bel album.

Je te remercie.

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© PIERRICK GUIDOU

23 octobre 2018

Bancal Chéri : interview pour leur premier album

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De gauche à droite : Nicolas Jules, Imbert Imbert, Roland Bourbon et Dimoné.

(Photo : Marc Ginot)

Bancal Chéri, c’est une créature à quatre têtes. Un projet dans lequel sont réunis Dimoné (mandorisé , et ), Nicolas Jules, Imbert Imbert (mandorisé et ) et Roland Bourbon ne peut être que démentiel, foutraque, poétique, divin et essentiel. De ce côté-là, nous sommes servis. Je ne pouvais pas ne pas recevoir ici ce groupe. J’ai d’abord interviewé Dimoné le 5 septembre dernier et Nicolas Jules et Imbert Imbert, plus récemment, lors de leur passage au Pan Piper le 5 octobre 2018. Dans l’interview, j’ai fait comme s’ils étaient tous les trois ensembles pour une meilleure cohésion. Roland Bourbon était excusé.

bancal chéri,roland bourbon,nicolas jules,dimoné,imbert imbertBiographie officielle (par Patrice Demailly) :

Quatre folies douces. Quatre électrons libres. Quatre furieux et délicats esthètes. Bancal Chéri unit jusqu’à les entremêler les gouailles, mélodies, désirs et artisanats de chacun. Quatre forces vives sur un même trampoline : l’instinct animal de Dimoné, les vertiges amoureux de Nicolas Jules, la dangerosité carnassière de Roland Bourbon, l’incandescence insoumise d’Imbert Imbert. L’histoire est ce qu’il y a plus simple. Les liens pètent les plafonds au cours du spectacle collectif Boby Lapointe repiqué (Presque Oui (mandorisé ), Yéti, Évelyne Gallet, Sarah Olivier (mandorisée ici), Jeanne Garraud et Patricia Capdevielle pour compléter la distribution). Deux dates initialement prévues. Trois ans de tournée, au final.

Ces quatre-là deviennent copains comme cochons. Impossible de se résoudre aux adieux. Il faut trouver un alibi pour jouer ensemble les prolongations. Il faut rester du bon côté de la vie. Ce sera Bancal Chéri donc. L’âme de tous les possibles. L’espace d’une liberté précieuse. Oxymore oblique chevillé au rouge à lèvres de façade. Ces enfants du désordre établissent leurs propres règles et leur propre unité de temps. Rien de planifié ou tamponné comme un plan de vol au long cours. En ordre joyeusement dispersé, ils s’affairent à découper dans leur coin les pièces d’un futur puzzle. Ils y mettent leur grain de sel. Et de poivre. Une résidence dans les Landes, des concerts bouillonnants de vies et d’envies (Le Divan du Monde à Paris, Le Printival à Pézenas, le Chaînon Manquant à Laval…).

Le disque (par Patrice Demailly) : bancal chéri,roland bourbon,nicolas jules,dimoné,imbert imbert

Bancal Chéri s’amuse, se tient la porte, emprunte des voies balisées comme des couloirs imprévues, alterne petites claques et morsures. Percussions, guitares, claviers, contrebasse. Une cavalcade luxuriante, électrique, effrontée, démocratique. Sans pénurie de carburant.

Le combo joue à saute-mouton avec les genres. Du rock cyclothymique, progressif et farouche. De la chanson. De l’instrumental. Disque kaléidoscope. Disque à l’appétit pique-assiettes. Ici, on est capable de convoquer Nino Ferrer, Dutronc, de coller des paroles d’adolescence amoureuse sur la musique Village Green des Kinks, de rendre hommage à un maître du rythm and blues, d’inviter la jeunesse à être davantage imprudent. Il y a aussi des fulgurances, une pensée libertaire, les méandres sentimentaux d’un membre du groupe, une poésie à la fois joueuse et régressive. Sur une rythmique sous-tension et un final proche de la transe, Dimoné enchaîne les noms de Michel Sardou et Nina Hagen, bel exploit.

Ce disque fait entendre la résonance d’un son, d’une flamme, de figures libres. Comme celle de Roland Bourbon, sorcier d’un morceau épique, chamanique et dans lequel les langues de l’araméen, de l’arménien et du comanche s’entremêlent. Bancal Chéri préfère la conquête à l’itinérance. S’autorise toutes les audaces. Et s’engouffre dans des espaces mouvants. C’est bon parfois de ne pas être raisonnable.

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(Photo : Marc Ginot)

Ibancal chéri,roland bourbon,nicolas jules,dimoné,imbert imbertnterview (photo à gauche : Anne Baraquin):

C’est facile de trouver sa place dans un groupe avec 4 grandes personnalités ?

Dimoné : Oui, parce que l’on se respecte vraiment beaucoup. Il n’y a aucun critère de jugement sur ce que propose l’autre. S’il le propose, c’est que c’est bien. C’est tout. Nous avons nos propres histoires par ailleurs, celle-ci, c’est du plus plus. Réussir à avoir 15 ans à nos âges, ce n’est pas facile, alors nous le vivons comme un privilège. On a constitué un groupe comme chacun de nous l’avait fait à son adolescence. Très rock.

Imbert Imbert : C’est comme si nous nous étions mis d’accord pour partir en vacances ensemble.

Nicolas Jules : Nous sommes des adolescents attardés en colonie de vacances. Je suis d’accord avec Dimoné, on fait des choses différentes, mais on a une idée commune qui est très liée avec l’énergie. Une énergie physique. Le corps est important pour nous quatre.

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Avec Nicolas Jules et Imbert Imbert.

Il a fallu créer une cohésion ?

Nicolas Jules : Au départ, on a essayé d’écrire ensemble avec l’idée de mélanger nos univers et ça n’a pas du tout marché. Nous sommes rentrés chez nous et sommes revenus avec nos propres chansons. Finalement, c’est ce que l’on sait faire de mieux. Après, on ne s’est pas demandé comment on allait être cohérent, cela s’est fait naturellement. On s’est fait confiance.

Imbert Imbert : C’est ça le point commun que l’on a : la confiance que l’on a les uns envers les autres.

Nicolas Jules : Chacun venait avec ses chansons, mais nous faisions les arrangements ensemble. On a enregistré 15 chansons en 5 jours, on n’avait pas trop le temps de discuter.

Imbert Imbert : La première semaine, nous nous sommes retrouvés en pleine canicule dans les Landes. Il faisait si chaud que l’on a enregistré très à l’arrache. 

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Avec Dimoné.

Il ne manquerait pas une fille dans votre groupe ?

Dimoné : Si… ça pourrait nous tempérer. Nous mettons du rouge à lèvres pour pallier à cela (sourire). En vrai, on est juste quatre larrons avec un coté enfantin, puéril. Comme on pense à la mort et à nos vies tout le temps, ensemble, nous avons des grands moments où tout cela n’existe plus. On est juste dans le plaisir. C’est la grande bouffe.

Nicolas Jules : Oui, on est content de se retrouver avant, pendant ou après la scène. L’idée, c’est d’en retirer le maximum de plaisir.

"Les épaules".

Je ne sais pas si je me trompe, mais Roland Bourbon parait encore plus barré que vous trois.

Dimoné : C’est celui de nous quatre qui nous incite à nous exciter encore plus. Il n’est pas là pour nous calmer. Il nous trouve toujours trop sages, trop charmeurs… il nous dit qu’il faut faire chier, bousculer tout le monde, surtout le public.

Imbert Imbert : Oui, l’idée de bousculer et de surprendre est impérative. Quand les gens sont déboussolés, ça nous plait.

Nicolas Jules : Nous ne sommes pas fait pour jouer ensemble, c’est ça qui est drôle. Nous sommes ancrés initialement dans la solitude et nous avons le point commun de ne pas être dirigés. Il n’y a aucun chef d’orchestre dans Bancal Chéri. On s’aime beaucoup humainement, mais on s’aime beaucoup aussi artistiquement.

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bancal chéri,roland bourbon,nicolas jules,dimoné,imbert imbertIl y a une folie en chacun de vous.

Nicolas Jules : J’ai un peu de mal avec le mot folie, parce que la folie est quelque chose qui existe. Par respect pour les gens qui souffrent de ce problème, j’évite cette dénomination. Ce n’est pas pour autant qu’on a envie d’être sage.

Imbert Imbert : (Il chante) « La sagesse, c’est de ne pas être sage, et la folie, c’est de ne pas être fou… » C’est une de mes dernières chansons.

Dimoné, dans « Les tampons de ouate », tu incites les jeunes à dépasser les bornes.

Dimoné : C’est exactement ça ! Ma cinquantaine me fait avoir des sursauts de jeunesse et des ambitions de jeune. J’avais envie de faire mon petit réac à leur endroit en disant, « mettez fort le son », « dépassez la marge », « dépassez les bornes », « décapotez-vous »… Il y a une arrogance de ma part à leur dire ça.

"Qu'est ce que tu dis".

Vous ne chantez pas le quotidien dans ce disque. bancal chéri,roland bourbon,nicolas jules,dimoné,imbert imbert

Imbert Imbert : La vie, c’est souvent un peu triste. On a envie que ce soit une fête.

Nicolas Jules : Parfois, on ressent chez les gens une espèce de folie qui est en fait juste une envie de liberté, de récréation et de fête. La folie, c’est de ne pas se plier à l’ordre établi. Il y a un côté libertaire dans ce que l’on fait.

C’est une aventure qui peut durer ?

Nicolas Jules : Oui, à ce niveau-là, on ne peut rien prévoir. On n’en parle jamais entre nous.

Imbert Imbert : Si. En fait, on  réfléchit à un deuxième album. De temps en temps le sujet est lancé.

Nicolas Jules : Il n’y a aucune pression car on ne vit pas avec ce projet. Bancal Chéri, c’est un bonus, un cadeau.

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Au Pan Piper, le 5 octobre 2018 (photo : Laurent Besson).

Les chansons que vous avez écrites pour Bancal Chéri auraient pu figurer sur vos albums persos ?

Imbert Imbert : Non, là, j’ai lâché les chiens. J’étais moins dans la perfection. Avec Bancal Chéri, je suis plus dans la spontanéité. Je me permets l’erreur dans l’écriture. Je m’aperçois que c’est très beau l’erreur dans l’écriture, le truc mal terminé. Mais, au final, je trouve ce disque parfait. C’est tout à fait paradoxal.

Nicolas Jules : Les rencontres humaines, ce que l’on vit, ce que l’on écoute, ce que l’on découvre, influencent les chansons que nous créons. J’ai envie d’évoluer, de progresser et de changer en même temps.

Quand vous êtes Bancal Chéri, vous êtes les mêmes que dans vos carrières respectives?

Nicolas Jules : Oui, exactement.

Imbert Imbert : Oui, mais là, nous sommes nourris des énergies des autres.

Nicolas Jules : On parle souvent de la schizophrénie des chanteurs, nous ne sommes pas de vrais schizophrènes. On est les mêmes dans tous les projets que nous avons. Les rendus sont différents, c’est tout.

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Au Pan Piper, le 5 octobre 2018 (photo : Laurent Besson).

Je crois que tu n’aimes pas le mot carrière Dimoné.

Dimoné : Dans carrière, il y a le mot carie. Il y a donc une notion de soin. Nous, on n’a pas envie de soigner notre carrière. Là, je prends une posture parce qu’au fond, je sais bien que tous les quatre, on fait une carrière… sans trop savoir laquelle d’ailleurs.

Quand vous rentrez sur scène vous vous sentez comment ?

Imbert Imbert : Il faut quand même avoir la sensation d’être le roi du monde à un moment donné. Il faut donc resserrer les énergies.

Nicolas Jules : J’ai l’impression de vivre un peu en stand-by, comme une lumière éteinte qui ne s’allume que sur scène. Sur scène, j’ai la parole. Avec les mots, le corps et ma guitare.

Dimoné : Un artiste donne une présence à ses tourments. Il ne doit pas abandonner les gens qui te permettent d’être dans ce grand « tous ensemble », même quand il ne va pas bien. Un artiste ne doit pas fuir le public. Il peut fuir ses responsabilités, mais pas sa condition humaine à tous les postes.

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(Photo : Marc Ginot).

Il faut avoir un peu d’ego pour faire ce métier ?

Imbert Imbert : Ce n’est pas l’ego qui doit dominer, mais la confiance en soi.

Que vous a apporté Bancal Chéri ?

Nicolas Jules : De l’amitié.

19 octobre 2018

Dani Terreur : interview pour Les portes du paradis

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(Photo : Julie Ona)

Dani Terreur est un futur grand qui avance palier par palier, tel un Bashung qui a su prendre son temps. Son rock romantico-mystique ne ressemble à rien d’autre qu’à du Dani Terreur. La marque des grands, je vous dis. Je ne vais pas m’attarder sur son passé, je l’ai fait en 2016 pour la sortie de son premier EP, Gri-Gri. Il m'en a déjà dit beaucoup dans cette première mandorisation qui explique bien qui est cet etrange et envoûtant artiste.

Le 4 octobre dernier, nous nous sommes réunis dans un café de la capitale pour qu’il nous explique en détail le changement de cap musical de son  premier album Les portes du paradis… et bien d'autres choses.

dany terreur,interview,mandor,les portes du paradisArgumentaire de presse officiel :

Ne vous fiez pas à sa gueule d’ange et à ses allures de dandy moqueur. Dani Terreur est un chaman. Un prophète des temps modernes qui, sans jamais se départir de son humour acerbe, vous entraine dans des contrées lointaines où la mer est émeraude, les corps fiévreux et le soleil liquide.

Musicien autodidacte et compositeur prolifique, Dani Terreur concocte en solitaire dans son homestudio des romances au vitriol et à la rose. Des invitations aux voyages où le cynisme des enfants des années 2000 côtoie sans complexe l’idéalisme des esthètes. En somme, de la chanson française néo-romantique fuselée aux sons électroniques et aux accords vintages adoubés par sa génération.

Avec son 1er album Les portes du Paradis, Dani Terreur pose un regard lucide et distancié sur une génération un brin désaxée, furieusement cita- dine et avide d’expériences, et l’invite à prendre de la hauteur, pour sublimer ses excès, avec désinvolture et élégance.

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(Photo : Maxime Gaudet)

dany terreur,interview,mandor,les portes du paradisInterview :

Il s’est passé deux ans depuis ta première mandorisation à l’occasion de la sortie de ton EP Gri-Gri. Tu n’as pas chômé puisque que tu as fait beaucoup de scènes. Et puis, surtout, tu joues désormais seul avec des machines.

Le son s’est affiné par rapport au premier EP. Quand j’ai fait Gri-Gri, j’essayais de mettre les mêmes arrangements sur chaque titre. Sur mon album, je suis plus tranché. On est plus dans la musique électronique, voire parfois psychédélique.

Tu m’en avais parlé lors de notre première interview. Tu as longtemps joué avec plein de  groupes différents. C’est la raison pour laquelle tu préfères être seul désormais ?

Je vais être franc avec toi, dans les groupes, j’avais des problèmes à partager le leadership. Et puis, quand tu commences dans la musique, c’est dur de s’entourer et de ne pas perdre sa liberté artistique. Je suis désormais prêt à la collaboration, mais plus tard, quand j’aurai fait mes preuves. Sans parler d’ego surdimensionné, j’ai besoin de me sentir respecté dans le métier. Pour le moment, on n’en est pas encore là.

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(Photo : Maxime Gaudet).

dany terreur,interview,mandor,les portes du paradisComment vas-tu faire pour le live ?

Je vais exporter ma manière de travailler dans mon home studio sur scène. C’est un projet extrêmement solitaire. Je t’assure, la première fois que j’ai fait un concert seul avec mes machines, j’ai su qu’il fallait que je garde cette direction-là. Je me sens 1000 fois mieux, car j’ai un sentiment de liberté totale.

Je t’ai vu sur scène avec tes machines. Se concentrer sur elles, ce n’est pas au détriment de la liberté dont tu parles ?

Je parle plus de liberté artistique. Pour les concerts à venir, je suis en train de travailler pour que je puisse être en connexion plus avec le public qu’avec mes machines. Je vais avoir des phases où je pourrai beaucoup communiquer avec les gens. L’idée c’est d’avoir un groupe de rock, mais qui soit des machines.

En concert, les titres seront proches du disque ?

Pas totalement. D’abord, ils seront plus longs ou plus courts, selon l’humeur du public. Je pourrai même changer des arrangements. Ce sera plus musclé, plus rock, car il y aura plus de guitares électriques.

Clip de "Etoile du Kashmir".

Tu es vraiment un solitaire. Sur l’album, tu as tout fait seul. La réalisation, les musiques, les dany terreur,interview,mandor,les portes du paradismachines, les arrangements, le mixage…

Non, le mixage, ce n’est pas moi. C’est l’excellent Perceval Carré qui s’y est collé. A ce stade de l’enregistrement, quand on ne s’appelle pas Prince, mon idole, on a besoin d’oreilles neuves. J’étais quand même là pendant le mixage. J’ai aussi lâché la prise son des voix. C’est Dominique Ledudal (Higelin, Rita Mitsouko) qui s’en est occupé.

En parlant de ta voix, elle a évolué. Ça vient de tes nombreux concerts ?

Ce sont les concerts, mais c’est aussi parce que j’assume plus ma voix et je crois plus en ce que je chante. Dominique Ledudal a su m'apporter une belle confiance.

Tes textes sont très beaux, très originaux.

Ce qui me plait, c’est que l’on commence à les comprendre totalement après plusieurs écoutes. Dans une chanson, le texte, ce n’est pas la première chose que j’écoute, alors la démarche que j’ai est peut-être inconsciente.

Clip  de "Colosse de Rhodes".

dany terreur,interview,mandor,les portes du paradisLa chanson « Colosse de Rhodes » est une chanson à tiroir, non ?

C’est le texte le plus fou de l’album et j’ai même du mal à expliquer ce que j’ai voulu exprimer. Il y a des chansons nettement plus accessibles textuellement parlant.

Tu parles beaucoup de l’amour et de la frustration qu’il peut engendrer.

Je parle de ça notamment dans « Les anonymes ». C’est un titre que j’ai écrit il y a longtemps, à un moment où je n’avais pas envie de me fixer dans une relation amoureuse. Aujourd’hui, ça va mieux (sourire).

Tu as poussé plus loin la superstition qu’il y avait dans Gri-Gri.

J’ai poussé plus loin la superstition parce que je suis passé de Gri-Gri aux portes du paradis. Il y a trois morceaux dans le disque, « Etoile du Kashmir », « Montagne sacrée » et  « Femme fortune », qui sont un peu les piliers d’un temple bouddhiste. Je ne suis pas bouddhiste, mais quand tu les écoutes à la suite, ça peut devenir un cheminement sacré ou mystique. Dans « Air Inter », le pilote a aussi des hallucinations mystiques dans son cockpit.

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Dans « Beau souvenir », tel un poète maudit, tu portes un regard un peu désabusé sur les choses, dany terreur,interview,mandor,les portes du paradismême celles qui sont jolies. Tu te sens un peu comme un poète maudit ?

Mais pas du tout. Moi, je suis quelqu’un d’optimiste. Un poète maudit reste dans sa chambre, déprime, pense que personne ne l’aime et que ça ne marchera jamais… et va s’ouvrir les veines. C’est l’opposé de moi. J’ai des amis, une femme que j’aime et qui m’aime, une famille. J’ai la chance de faire des concerts et de sortir un disque. Et je t'assure qu'il n'est pas fait par une personne se considérant comme un poète maudit. A 35 ans, je réviserai peut-être ma position.

Te sens-tu à ta place dans cette époque ?

Oui. Tout le monde à sa place. Cette époque est très large au niveau artistique. J’ai mon délire et je pense qu’il peut plaire. Le piège, quand on fait de la musique et de l’art, c’est de trop réfléchir à ce que l’on peut faire pour que cela marche. Je pense que je suis honnête et que je fais la musique que j’aime.

Je trouve que tu avances lentement, mais sûrement ?

Ce que je sais, c’est que je ne m’arrête pas. Je ne peux pas m’arrêter. 

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Après l'interview, le 4 octobre 2018.