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13 février 2014

Interview : Indila pour la sortie de Mini World

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indila,mini world,interview,le magazine des espcaces culturels leclerc,mandorIndila est un cas particulier. Personne ne la connait, son premier single sort et c’est le carton intégral. Soudain, on entend « Dernière danse » partout et sans cesse. Et un album sort le 24 février prochain. Déjà. Et il est déjà attendu comme rarement on a entendu une production française. Musicalement sans barrière ni frontière, chaque titre est potentiellement un tube en puissance. Il y est question d’amour, d’absence d’un être cher, de voyages, de souvenirs, du temps qui file, de liberté et de rêve d’un avenir meilleur.

Le 21 janvier dernier, la maison de disque m’a invité à écouter l’album d’Indila  (alors qu’il n’est pas encore terminé)… et m’a permis d’interviewer la jeune femme à l’issue de l’écoute.

Pour la petite histoire, avec un journaliste du Parisien, nous avons été les deux premiers à l’interroger pour ce disque, Mini World. Je trouve agréable d’assister à la naissance d’une star. Car Indila est sans conteste une artiste dont on va entendre parler pendant très longtemps.

Voici l’interview publiée dans Le Magazine des Espaces Culturels Leclerc (daté du mois de février 2014). Vous lirez ensuite un petit complément mandorien…

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Clip de "Dernière Danse".

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"Tourner dans le vide", 2e extrait de Mini World.

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Vous chantez, mais vous écrivez et composez également… c’est rare, quelqu’un de votre génération qui fait tout.  Il fallait que ce que vous aviez en vous sorte impérativement ?

Je portais ça en moi depuis longtemps. J’ai eu trois vies dans la musique. La première étape, dans laquelle j’ai commencé à écrire et composer pour les autres artistes a duré un sacré moment. Ça m’a soulagée, parce que j’avais envie de chanter depuis longtemps à titre personnel, mais à l’époque, ce n’était pas encore possible. Il a fallu que je patiente, j’ai donc voulu vivre la musique autrement, vivre le plaisir que c’était, par procuration. De fil en aiguille, j’ai prêté ma voix sur des maquettes pour proposer des chansons aux autres. Les artistes demandeurs voulaient au final que ce soit ma voix qui reste et pas celle d’un ou d’une autre.

Est-ce plus facile d’écrire pour soi que pour les autres ?

Ce qui est compliqué, c’est de raconter des choses avec lesquelles on se sent en cohérence et en même temps faire ressortir des émotions vraies que l’artiste pour lequel on a écrit a envie de proposer. Il faut trouver le juste équilibre. Je n’aurais pas pu écrire un texte qui aurait été en totale contradiction avec ce que je pense. J’aime trop la musique et j’aime trop l’écriture pour avoir l’impression de me trahir quelque part.

Vous avez écrit pour qui ?

Récemment, pour Axel Tony, M Pokora, Ishtar, Chimène Badi  et quelques autres…

Écrire pour les autres est-il un bon moyen de s’entraîner pour soi?

Pour moi, il n’y avait que des avantages et que du plaisir, parce que ça me permettait de vivre de ma musique et de me construire. Procurer du plaisir et satisfaire l’artiste pour lequel je travaillais me comblaient… Je donnais tout parce que quand je m’investis, je m’investis jusqu’au bout.

Il va y avoir le syndrome Mylène Farmer… si vous restez secrète et que ça marche.

Si j’avais pu composer tout un album, sortir mes musiques sans que l’on me voie nulle part, je l’aurais très bien vécu. Ma musique, elle mérite vraiment d’aller le plus loin possible pour qu’elle parle à tout le monde et dans tout l’hexagone. Quand j’ai écrit « Dernière danse », je voulais que cette musique passe par tous les recoins, par toutes les ruelles, en dessous des ponts, qu’elle parle à toutes les générations, à tous les âges, à toutes les classes sociales.

Quel regard avez-vous sur ce premier album maintenant qu’il est terminé ?

J’ai pour trait de caractère d’être quelqu’un de perfectionniste et je suis même considérée comme une jusquauboutiste. Bon, mes musiciens me disent que je suis quand même agréable à vivre. Il faut mettre du plaisir dans tout ce que l’on fait, même s’il y a cette démarche d’être pointilleuse. On fait de la musique, c’est quelque chose d’agréable. Si on oublie ça, on se trompe.

Êtes-vous fière de ce premier album ?

Quand on réalise une œuvre, une chanson, la première règle, c’est d’être le premier convaincu. Je vais même plus loin, la première règle, ce serait d’être le premier fan. Il ne s’agit pas d’égocentrisme. Si on n’est pas convaincu par ce que l’on créer et par ce que l’on propose, tout le reste va être déséquilibré. Il y a peu de chance pour que cela tienne la route. Tous les titres qui figurent sur mon album font partie de moi. Je suis intimement convaincu par eux. La musique est intemporel. Ce qui compte c’est d’ailleurs de véhiculer ce côté intemporel.

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Après l'interview, le 21 janvier au Studio Davout.

07 février 2014

Philippe Torreton : interview pour Mémé

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Voici mon interview de Philippe Torreton publié dans Le magazine des Espaces Culturels Leclerc (daté du mois de février 2014) à l'occasion de la sortie de son livre, Mémé.

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05 décembre 2013

Pascal Obispo: interview pour Le Grand Amour

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Pascal Obispo est incontestablement un mélodiste hors pair et un très honorable chanteur (personnellement, j'ai toujours beaucoup aimé les voix haut perchées). Son dernier album, Le Grand Amour, est d’un très haut niveau et je le retrouve comme je l’apprécie. Faiseur d'une pop/variété française de qualité.

Cela faisait 4 ans que je ne l’avais pas rencontré (précédente mandorisation ici)… l’homme me semble aujourd’hui moins sur la défensive. Disons qu’en interview, le journaliste que je suis (plutôt acquis à sa cause depuis toujours) a même ressenti un peu de chaleur humaine, ce qui n’était pas précisément sa marque de fabrique.

Voici mon interview pour Le Magazine des Espaces Culturels Leclerc (daté du mois de décembre 2013-janvier 2014).

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Clip de "Ave Maria".

Les dates de la fin de la tournée 2013 de Pascal Obispo.

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16 novembre 2013

Baptiste Lecaplain : interview pour le DVD Baptiste Lecaplain se tape l'affiche

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Après un an au théâtre le Bout, un an au théâtre le Temple, un an au théâtre Trévise, 30 Bataclans complets et une tournée dans toute la France, soit plus de 250 000 spectateurs conquis, le jeune humoriste dont tout le monde parle, Baptiste Lecaplain revient pour les 2 dernières irrévocables de Baptiste se tape l'affiche, les 9 et 16 décembre prochain  aux Folies Bergère pour fêter la sortie de son DVD.

Baptiste Lecaplain vous l’avez vu dans la série Bref  sur Canal +. Il était le colocataire (un peu lourdingue) de Kyan Khojandi (que j'adore et qui est mandorisé là). Vous l’avez peut-être remarqué aussi dans l'un des rôles principaux de Nous York le film de Géraldine Nakache et Hervé Mimram.
Sachez aussi qu’il sera le héros du film Libre et assoupi aux côtés de Charlotte Le Bon et Félix Moati.

Baptiste Lecaplain est venu à l’agence le 21 octobre dernier… pour Le magazine des Espaces Culturels Leclerc (daté du mois de novembre 2013) et son site internet.

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Promo sortie du DVD.

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 L'interview intégrale (10 minutes sans montage) par bibi.

Quelques photos de l'interview à l'agence...

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Après l'interview...

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13 novembre 2013

Florent Pagny : interview pour Vieillir avec toi

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Il y a deux semaines, 19h30:

Faire des coquillettes  pour sa fille et entendre son portable sonner.

-Bonjour, c’est Florent !

-Florent ?

-Florent Pagny.

-Ah ! OK ! Je ne savais pas que vous deviez m’appeler tout de suite…

J’ai ôté les coquillettes du feu.

J’ai pris mon magneto et Super Papa a remis sa cape de journaliste.

J’ai interviewé Florent Pagny pendant 10 minutes au sujet de son nouveau disque Vieillir avec toi (dont j’ai appris ce matin qu’il était n°1 des ventes dès la première semaine de vente). Il y avait du vent en Patagonie. La liaison n’était pas bonne, mais le chanteur (d’excellente humeur) a trouvé le bon endroit pour que l’on puisse s’entendre correctement.

Je n’aime pas les interviews par téléphone, mais ma deadline pour rendre l’article était le lendemain. Jour où Florent Pagny rentrait en France. A un jour près… Dommage.

Voici le fruit de cette conversation publiée dans Le Magazine des Espaces Culturels Leclerc daté du mois de novembre 2013.

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Clip de "Les murs porteurs".

23 octobre 2013

Yodelice : interview pour Square Eyes

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J’ai rencontré Yodelice pour son tout premier album en 2006. Il n’avait pas encore son pseudo. Maxime Nucci, un jeune homme déjà plein de talent avec un début de carrière bien singulier. Producteur du premier album des L5 en 2001, il collabore ensuite avec Jenifer, avec qui il aura un enfant en 2003. Après un rôle important dans le film Alive, il décide de publier un album solo en 2006, qui ne trouvera pas son public. Après cet échec, et quelques années plus tard, en 2009, Maxime Nucci devient Yodelice… à partir de ce moment, le carton absolu. Des disques qui se vendent à la pelle, des tournées nombreuses et sold out, une apparition fort remarquée dans le film Les Petits Mouchoirs de Guillaume Canet, une Victoire de la musique dans la catégorie « Album révélation de l'année » avec Tree of Life en 2010, une tournée la même année (avec Marion Cotillard qui l'accompagne sur scène sous le nom de Simone), plusieurs chansons pour Johnny Hallyday en 2011 pour l’album Jamais seul.

Yodelice m’a reçu le 20 septembre dernier à l’occasion de la sortie de son 3e et très addictif album, Square Eyes. Voici le fruit de notre entretien, pour Le Magazine des Espaces Culturels Leclerc (daté du mois d’octobre 2013).

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"Au hasard du hasard, j'ai découvert les "Moustaches Brothers". La force qu'ils dégagent et leurs talents respectifs m'ont bouleversé et ouvert la route pour l'écriture de mon nouvel album. Je voulais partager avec vous les images de cette rencontre avec eux, leur témoigner mon amour, pour toujours." Yodelice ("Time")

yodelice,square eyes,le magazine des espaces culturels leclerc,interview,mandorPetit plus mandorien :

Même si la musique n’est plus la même, on sent la patte Yodelice.

Je ne l’identifie pas, mais il paraît. Avant de chanter, j’étais un technicien de cette industrie. Je travaillais sur des projets ou il y avait des codes et des formats… il fallait toujours faire l’effort pour essayer de rentrer dans les cases. Maintenant, je ne me pose plus ce genre de questions. Mais, je ne m’explique pas la touche Yodelice qu’on reconnait dans mes albums.

Cacher  Maxime Nucci derrière Yodelice, ça permet d’aller plus loin ?

C’était vraiment le but. Maintenant il y a avait une autre raison à cela. Je voulais me libérer au niveau de la scène et créer un clown m’offrait toute la liberté possible. Paradoxalement, au bout d’un moment, être toujours dans la mise en scène permanente, avec tout ces costumes et ce maquillage, je me suis senti enfermé par ce personnage. C’est pour ça que j’ai fait une longue pause de 2 ans entre la dernière date de tournée et ce disque. Je voulais retrouver le pourquoi du comment. Vivre 4 ans avec un personnage et avoir une exigence visuelle de mise en scène, ce n’est pas évident à gérer. Je ne voulais plus être prisonnier de lui.

Musicalement, tu regrettes d’être Français ?

Quand j’étais môme, je me disais que j’étais né dans le mauvais pays, mais plus du tout aujourd’hui. En plus, je crois que dans Yodelice, même si on sent cette influence anglo-saxonne très forte et que je chante en anglais, il y a quand même une touche très européenne. Quand je fais écouter ma musique à des Américains, pour eux, c’est très original. Ce n’est pas comme la musique de chez eux. Ils reconnaissent des codes, mais c’est tout de même différent.

Le clip officiel de "Fade Away".

yodelice,square eyes,le magazine des espaces culturels leclerc,interview,mandorTu as un public très fidèle.

Je l’aime à la folie. Je suis admiratif de ces artistes qui font peu de promos, voire pas du tout, et qui remplissent des tournées de Zénith sans problème. Je trouve ça dément. Ce n’est pas donné à tout le monde. C’est le fruit de beaucoup de travail et de beaucoup de concerts.

Quel rapport as-tu avec la notoriété ?

Pour être artiste, il faut forcément beaucoup d’ego. C’est trop difficile de faire ce que l’on fait si on n’a pas d’ego. Si je fais des disques, si je me donne en spectacle, c’est que j’ai quand même envie d’une reconnaissance. J’ai envie qu’elle soit à travers la musique et pas à travers autre chose. Je refuse de prendre des responsabilités de position politique. J’ai les miennes et elles sont pour moi. C’est une grosse responsabilité et je ne me sens pas plus intelligent qu’un autre.

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Avec Yodelice, le 20 septembre 2013, après l'interview.

16 octobre 2013

Nicolas Bary : interview pour la sortie du film Au bonheur des ogres.

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nicolas bary,daniel pennac,le magazine des espaces culturels leclerc,interview,mandorL’adaptation cinématographique du livre culte de Daniel Pennac, Au bonheur des ogres, sort aujourd’hui. Le magazine des espaces  culturels Leclerc fête l’évènement dans son numéro daté d’octobre 2013. J’ai donc concocté deux pages sur cette sortie, dont une interview du réalisateur du film, Nicolas Bary.

Il y a en bonus dans cette chronique du jour 3 questions supplémentaires à Nicolas Bary, des vidéos du film et quelques archives de mes rencontres avec Daniel Pennac, un auteur que j’apprécie et rencontre depuis longtemps.

(J'ai évidemment vu le film en avant-première pour réaliser ce dossier. J'avais un peu peur d'être déçu par cette adaptation que je jugeais impossible. Miracle! Ça fonctionne à merveille. Le film est à la fois noir et drôle.)

Bande annonce d'Au bonheur des ogres.

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Nicolas Bary et Daniel Pennac sur le plateau.

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Petit plus mandorien:

Parlons du comédien qui joue Benjamin Malaussène, Raphaël Personnaz. Pourquoi avoir choisi ce comédien ?

Je voulais quelqu’un qui soit doué, que l’on commence à voir dans pas mal de films, mais qui ne soit pas encore « marqué ». Je voulais quelqu’un qui apporte une certaine fraicheur. C’est un très beau garçon dans la vie, nous nous sommes amusés à le patiner. Nous souhaitions que son charme réside plus dans l’humanité qu’il a que dans son physique.

Il y a Bérénice Béjo dans le rôle de la journaliste Tante Julia.

Quand elle a accepté le projet, le film The Artist n’était pas encore sorti en France. Il avait juste été présenté à cannes avec le succès que l’on connait. Comme elle a eu le prix d’interprétation à Cannes cette année, c’est une bonne chose pour le film, il ne faut pas le cacher, mais c’est une heureuse coïncidence.

Toucher à un livre culte, c’est très culotté. Vous vous en rendez compte ?

L’insouciance m’a aidé et la volonté peut porter n’importe qui n’importe où. Je n’ai pas voulu être trop écrasé par la montagne.

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Avec Nicolas Bary, le 13 septembre 2013 après l'entretien.

Au bonheur des ogres. Featurette "Nicolas Bary".

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Bonus: quelques archives de rencontres avec Daniel Pennac.

Le 13 juin 1995 à la librairie Kleber de Strasbourg (pour la sortie de Monsieur Malaussène).

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Le 28 septembre 2004, dans son antre parisien (pour la sortie de Merci).

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24 septembre 2013

Léonora Miano : interview pour La saison de l'ombre

léonora miano,la saison de l'ombre,le magazine des espaces culturels leclerc,interview,mandorL’histoire de ce livre commence grâce à la chanteuse Sandra Nkaké. En septembre 2010, elle remet à Léonora Miano une enquête intitulée La mémoire de capture. C’est sa mère Lucie-Mami Noor Nkaké qui a conçu ce court rapport de mission. Ce traité n’était pas destiné à être lu par un écrivain…

La saison de l'ombre décrit, de l'intérieur, une communauté confrontée à la disparition d'un grand nombre des siens et tout à fait ignorante des opérations de traite ayant déjà commencé depuis un bon moment. Ce roman présente une population devant faire face, du jour au lendemain, à une situation imprévue et incompréhensible. Il permet aussi aux lecteurs de savoir comment on vivait en Afrique centrale/équatoriale avant le choc de la rencontre avec l'Europe.

La saison de l'ombre parle avant tout d'un drame humain et sans manichéisme ni intention de sauver ce qui ne peut l'être.

Pour Le magazine des espaces culturels Leclerc (daté du mois de septembre 2013), j’ai rencontré Léonora Miano, (au Fumoir), le 16 août dernier.

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Tout petit bonus mandorien:

Vous travaillez toujours sur des questions inhabituelles dans votre œuvre.

J’aime bien travailler sur le non-dit, j’aime bien fréquenter les régions de l’expérience humaine qu’on n’a pas trop envie d’aller voir.

Pourquoi racontez-vous ces histoires-là ?

Parce que je trouve extrêmement troublant et sans doute handicapant pour toute une partie de l’Afrique sub-saharienne de ne pas être très au fait de ce passé. Je trouve très troublant d’ignorer les 500 ans de sa propre histoire. La traite transatlantique, c’est 500 ans d’histoire sub-saharienne. J’ai le sentiment qu’il est difficile de comprendre ce que l’on est devenu aujourd’hui si on ne connait pas cette histoire-là et la manière dont elle a bouleversé la vie dans nos espaces. Il y a une impossibilité de se projeter dans un avenir quelconque si on ne sait pas comment on a été transformé par sa propre histoire. Comme il n’y a pas d’écrits précis sur la question, je pense que c’est aux créateurs de compléter le travail que font les historiens.

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Léonora Miano et Mandor le 16 août 2013.

20 septembre 2013

Marc Bélit : interview pour Le philosophe amoureux

marc bélit,le philosophe amoureux,interview,mandor,le magazine des espaces culturels leclercMéfiez-vous de l’eau qui dort… Derrière l'homme de culture rigoureux se cache un intellectuel facétieux. Marc Bélit, ancien professeur de philosophie, fondateur du Parvis, la Scène nationale de Tarbes, sort son premier roman, Le philosophe amoureux. On y retrouve un mélange d'humanité, de philosophie, de sentiments amoureux et d'analyse politique. Une fantaisie que ses précédents essais sur la politique culturelle n'avaient pas laissé deviner. J’ai interviewé Marc Bélit pour Le magazine des espaces culturels Leclerc (daté du mois de septembre 2013).

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marc bélit,le philosophe amoureux,interview,mandor,le magazine des espaces culturels leclercLe bonus mandorien:

Descartes est présent dans ce livre, comme une ombre qui passe.

C’est un personnage subliminal. Il est l’équivalent de mon héros, le professeur Granier. Il est cet enseignant qui a parlé avec cette jeune Princesse Palatine. Quand on lit leur correspondance, c’est très troublant.  En même temps, c’est l’homme de la dualité, philosophiquement. Dans ce livre, je fais beaucoup de clins d’œil philosophiques.

Descartes est-il votre philosophe préféré ?

Non. À un moment donné dans le livre, Nadia dit: « Descartes, c’est la France ». C’est une icône. C’est le début de la pensée des « modernes », c’est le cogito, le « je pense », c’est l’idée de ce moment ou l’homme se met au centre de l’univers et organise son univers autour de lui et soumet l’univers à lui-même. Ça, c’est la modernité.

Le professeur est convaincu du pouvoir de la raison sur les passions de l’âme. Un jour, cette thèse bat de l’aile et ça le mine. Comme ça le mine de ne pas savoir si Descartes est mort empoisonné ou d’une pneumonie. Tout ça l’obsède, comme il est obsédé par Nadia. Il oscille entre des sujets profonds et les affres de son cœur.

On enseigne Les passions de l’âme de Descartes parce qu’à un moment donné, il faut arriver à les dominer, à ne pas en être esclave. Mais quel plaisir d’y succomber. C’est tout le déchirement de l’homme. La tête veut une chose, le cœur en veut une autre.

22 juillet 2013

Olympe : interview pour son 1er album

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J’ai rencontré Olympe, une des nouvelles coqueluches de la chanson française, le 24 juin dernier pour Le Magazine des Espaces Culturels Leclerc (daté des mois de juillet/août 2013). Il s’est fait connaître par la saison 2 de The Voice. S’il n’a pas remporté la finale, il a eu l’adhésion d’un très large public. Le jeune homme (qui ne réalise pas encore tout à fait ce qui lui arrive) s’est révélé tout à fait charmant et avenant.

Aujourd'hui (lundi 22 juillet) sort son premier album (certes, de reprises en attendant de l'inédit). L'occasion de vous proposer son interview pour le magazine, puis un petit plus mandorien...

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Clip de "Born to die".

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196460_557867097584719_1085037558_n.jpgBonus mandorien:

Vous vivez un rêve éveillé ?

Très éveillé parce que je n’ai plus le temps de dormir. Une semaine après The Voice, on était déjà en tournée. Je n’ai pas le temps de réaliser ce qui m’arrive. Ce que je réalise juste, c’est que je ne suis pas rentré chez moi depuis deux mois et demi.

Au début, vous vous êtes filmé dans votre chambre en chantant et vous postiez vos vidéos sur YouTube. Ensuite, vous avez essayé de postuler dans d’autres télé-crochets, sans succès. Soudain, The Voice vous accepte et c’est l’explosion immédiate de notoriété.

Je ne pouvais pas m’imaginer avoir un tel impact. Je suis arrivé avec la chanson d’Anna del Rey que j’avais travaillée un peu à la maison, mais pas pour en faire une version télé. Quand on  m’a demandé de la chanter, je me suis dit que ça ne marcherait jamais. Je vous assure, je trouve que ce qui m’arrive est complètement inattendu.

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Le fait d’arriver deuxième permet de continuer sa route sans la pression qu’on a quand on est gagnant, non ?

Pour moi, le gagnant, c’était Yoann Fréget. Il avait une technique exceptionnelle et une voix magnifique. Comme à la finale, il y a eu 0,2 % d’écart, je me suis dit que j’avais tout gagné. Mon but n’était pas de devenir une star internationale, mais de pouvoir me faire entendre.

Je ne reviens pas sur Yoann Fréget qui a dit dans la presse que vous ne l’aviez pas du tout fait vibrer…

On s’entend très bien avec Yoann. Sur la tournée, il y a une bonne ambiance. Je pense que ses propos ont été retirés de son contexte. Il n’est pas dans cet esprit-là.

Vous en avez parlé ?

Oui, le jour où c’est sorti, j’étais en studio pour enregistrer mon album et il m’a laissé un message vocal en m’expliquant qu’il n’avait pas dit ça comme ça et qu’il n’avait aucun intérêt à faire ce genre de déclaration. Et puis, même s’il l’avait dit, chacun ses goûts. Ça ne me dérange aucunement.

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Ce que vous vivez en ce moment vous a redonné confiance en vous ?

J’ai beaucoup de moments de doute et je ne suis toujours pas sûr de moi. Ça ne m’a pas donné plus de confiance que ça. Je peux dire que je suis toujours aussi stressé.

Il y a un deuxième album qui est prévu dans quelques mois. Un album plus pop avec des compos originales. Vous écrivez et composez ?

Oui, mais est-ce que ce sera assez bien pour être dans l’album ? Je ne sais pas. Si une ou plusieurs chansons plaisent à mon équipe artistique, il est possible qu’on les retrouve sur l’album. J’ai vraiment envie de me livrer dans ce disque à venir. Avec Emmanuel Moire, on s’est vu récemment, il n’est pas exclu qu’on écrive un texte ensemble. J’aimerais bien partager avec des artistes qui me touchent et qui ont une sensibilité proche de la mienne.

Quels sont les artistes qui vous touchent ?

J’adore Zazie. C’est vraiment une artiste extraordinaire. J’aimerais beaucoup travailler avec elle, car je trouve qu’elle a des textes et des mélodies magnifiques.

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07 juin 2013

Paul Colize : interview pour Un long moment de silence (prix Landerneau Polar 2013)

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De temps en temps, le bug. Le truc con. On va interviewer à 18h un auteur dont on a adoré le roman. Dont on estime que c’est même un livre important et que ce n’est pas juste un roman. Mélange de petite histoire qui s’imbrique dans la grande. Un thème universel. L’auteur est sympathique, disert, se confie même comme rarement. Je suis content. Je rentre. À 20h, impossible d’entendre la conversation menée. L’appareil produit un bruit sourd qui empêche toute compréhension de l’entretien.

Évidemment, l’auteur,  belge, n’est que de passage. Il repart le lendemain. Le papier doit être rendu le lendemain (aussi). Obligé de contacter l’auteur à 23h. D’expliquer. Gêne. Qu’il faut recommencer par téléphone. Pas de souci. Auteur poli et gentil. Le lendemain, bis repetita. Interview. Strict minimum. Parce que plus la même ambiance. Parce que moins de temps. Parce que bruit autour. "Pardon, je n'ai pas compris ce que tu as dit!". Et papier banal. Et pas de version longue pour Mandor.

Et je le regrette.

Pardon à Paul Colize.

(Paul Colize est le lauréat du Prix Landerneau Polar 2013. Comme chaque année, pour Le magazine des espaces culturels Leclerc, j'interviewe l'heureux gagnant. Voici le fruit de notre rencontre pour le numéro daté du mois de juin 2013.)

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Le 22 mai dernier, deux heures avant l'annonce officielle et la soirée de remise du Prix Landerneau Polar 2013 (dans le studio photo de Philippe Matsas, qui a pris la photo avec mon minable appareil Sony DSC-W220. Pardon à ce grand photographe de lui avoir fait faire cette concession.)

04 juin 2013

Christophe Maé : interview pour Je veux du bonheur

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J’interviewe une fois par an (à peu près) Christophe Maé. (2 interviews filmées là, et une première mandorisation à l’époque où je cachais encore mon identité).

Maé est un artiste dont on peut penser ce que l’on veut (et que je n’écoute pas moi-même spontanément), mais on ne peut pas lui reprocher de ne pas être une bête de scène et de ne pas transporter les foules. Même les moins motivés par sa personne reconnaissent son incroyable présence et ses performances irréprochables.

Et le type est simple, voire même super sympathique (qui a dit « il ne manquerait plus que ça ! » ? Dehors !) Donc, j’aime bien le rencontrer.

Bref, voici ma toute récente interview. Pour Le Magazine des espaces culturels Leclerc (daté du mois de juin 2013). Plus un bonus mandorien…

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Clip de "Tombé sous le charme".

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christophe maé,je veux du bonheur,interview,le magazine des espaces culturels leclerc,mandorBonus mandorien:

Je trouve que c’est bien d’avoir une nouvelle couleur musicale après deux albums…

Je n’ai pas l’impression que ce soit non plus aux antipodes de ce que j’ai fait jusqu’à présent. La musique cajun a une couleur métissée. Le sud des États-Unis, c’est un mélange d’influences caribéennes, africaines et autres, car il y a beaucoup d’Haïtiens, d’Espagnols, de Français, d’Irlandais. Finalement, je n’ai pas été plus dépaysé que cela. J’ai retrouvé beaucoup de couleurs musicales que j’avais déjà utilisées et qui m’inspirent.

Dans « Ma jolie », vous évoquez la culture de cette région-là. Et vous parlez des chamans. Vous croyez en leur pouvoir ?

Je ne suis pas à fond là-dedans, mais j’y crois. En Louisiane, il y a énormément de vaudous. Le vaudou est né là-bas et c’est quelque chose qui me fait un peu flipper, je vous l’avoue. J’ai une éducation catholique, je crois forcément en certaines choses.

Revenons à Serge Lama qui a écrit « Je veux du bonheur ». J’ai vraiment été étonné, car il n’a pas pour habitude d’écrire ce genre de chanson là. On a l’impression qu’il s’est mis à votre place.

Je suis allé chez lui toute une journée et on a avancé le texte ensemble. Il s’est vraiment mis à mon service. Ce n’est pas le Serge Lama de « Je suis malade », c’est sûr. C’est l’opposé. Mais, c’est intéressant ce métier. Il me permet de rencontrer des artistes de cet acabit. Il fait partie de mes pères dans sa façon d’écrire. Je ne l’ai pas sollicité par hasard. Je suis ravi de chanter ces mots.

Autre collaboration, celle avec Mike Ibrahim. Là, ce sont deux chansons, « Charly » etchristophe maé,je veux du bonheur,interview,le magazine des espaces culturels leclerc,mandor « La poupée ». Deux chansons dont les sujets sont difficiles.

Ce sont des histoires qui me collent à la peau et c’est moi qui ai suggéré ces deux thèmes à Mike. Pour « Charly », c’est l’histoire d’une petite fille de 8 ans que j’ai connu et qui est morte d’une tumeur au cerveau. Personne ne peut rester indifférent à ça. C’est une histoire tragique, elle est partie en quelques mois. Mike Ibrahim est arrivé à une profondeur et une gravité supplémentaire à ma façon d’écrire personnelle. Moi, j’écris cash. Comme je parle, j’écris. Lui emmène de la poésie à tout ça. Pour « La poupée », c’est pareil. Il y avait une SDF qui était en bas de chez moi. J’ai pris l’habitude de parler avec elle pendant des mois et elle a disparu du jour au lendemain. Je la trouvais tellement belle que je l’appelais « ma poupée ».

Vous ne l’avez jamais revu ?

Non. Si un jour je la croise, je lui dirai qu’une chanson sur elle existe désormais.

Mike Ibrahim est de votre génération. Vous devez vous comprendre parfaitement.

Oui, on forme un vrai binôme. Il est descendu chez moi des mois dans le sud de la France. On écrivait ensemble, comme on jouait au ping-pong. Les mots fusaient de toutes parts et on se les échangeait.

Il y a aussi une reprise de « It’s Only Mystery ». Pourquoi cette reprise tirée de la BO de Subway ?

C’est une chanson que j’adore depuis sa sortie.  J’ai fait 10 ans de piano-bar et quand j’arrivais dans un établissement, je commençais toujours par ce morceau. C’est à la fois un titre coup de cœur et porte-bonheur pour moi. J’avais failli l’enregistrer pour le premier album, puis pour le deuxième, puis j’ai même tenté d’en faire une version française, mais ça ne marchait pas. Cette fois-ci, j’ai vraiment eu envie de la mettre sur mon troisième disque.

Elle vous vient comment généralement l’inspiration ?

Soit en regardant un film ou en lisant un livre… et ça me fait rebondir sur un thème. Ou alors en voyageant. Il n’y a pas 36 possibilités.

(Et pour finir, parce qu'il est évident que Christophe Maé a besoin de Mandor pour que les salles se remplissent, voici les première images du concert enregistré le 13 mai dernier au Théâtre de Paris. A retrouver dans un cinéma près de chez vous les 7 et 8 juin prochains.

De rien Christophe!

16 mai 2013

Olivier Norek : interview pour Code 93

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Les policiers sont souvent de formidables auteurs de polars. Olivier Norek, capitaine de police dans la Seine-Saint-Denis, qui publie son premier roman, Code 93, en est un parfait exemple. Une vraie plongée dans les manipulations criminelles dans les milieux de la politique et de la finance. Rencontre à l’agence (le 23 avril dernier) avec un romancier-policier qui veut réconcilier les lecteurs avec les "vrais flics". Voici l’interview publiée dans Le magazine des espaces culturels Leclerc (daté du mois de mai 2013). Puis, vous lirez l’intretien complet. Je lui fais parler de sa vie de flic... et vous découvrirez un homme courageux qui n’a pas la langue dans sa poche.

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olivier norek,code 93,interview,mandorBonus mandorien :

Tout est vrai dans ce livre?

85% de vrai et 15% de romance, je vous répète. Un type qui achète un polar que veut-il ? Que ça lui pète à la gueule, qu’il y ait des rebondissements, du « page turner » et du « cliffhanger ». J’ai réalisé que j’avais tout ça dans les doigts. Je ne sais pas d’où ça me vient, mais j’ai compris ce genre de mécanisme assez naturellement.

Victor Coste à parfois de l’empathie pour un homme qu’il arrête. Vous-même, vous en avez eu aussi?

L’empathie, c’est la compréhension du geste, pas l’excuse du geste. C’est le seul trajet qu’on n’a le droit de faire vers cette personne-là. Le comprendre, pas l’excuser. Après, si on est trop dans l’excuse, c’est qu’on est trop dans l’enquête et il faut laisser la place à quelqu’un d’autre.  Moi, je travaille à la victime. Uniquement. Arrêter un criminel, c’est une conséquence de ça.

Ce qui vous intéresse, ce n’est pas de réprimer, mais de protéger.

Protéger, c’est mon but, réprimer, c’est une conséquence de ce but. Je ne suis pas un fan des grands criminels. Je ne connais pas ces beaux mecs, ces beaux voyous dont on parle et que l’on magnifie à la télé. Ils ne m’intéressent pas. Je n’ai pas cette excitation de la petite bourgeoisie parisienne de fréquenter un voyou… ça ne me passionne pas du tout.

Michel Neyret, par exemple, a employé des méthodes peu orthodoxes, mais efficaces pour obtenir les résultats extraordinaires qu’il a eus à Lyon…olivier norek,code 93,interview,mandor

La seule chose que je dis par rapport à cette affaire, c’est que Michel Neyret est un fusible. J’adore voir un type qui bosse depuis 20 ans à l’antigang lyonnais, qui a des résultats que personne n’a eus auparavant, tomber tout seul avec sa Légion d’honneur sur le revers de la veste. C’est amusant parce que je sais que toute son équipe est au courant, que sa hiérarchie sait comment il travaillait depuis toujours, tout comme le préfet et le ministre au-dessus du préfet… on sait que parfois, ça peut déraper, ça peut déborder un peu trop loin, mais pourtant, le résultat est là. Dès que ça a commencé à sentir un peu le souffre, on l’a fait exploser, mais tout seul. C’est le concept du fusible qui marche très très bien dans la police et qui marche aussi très très bien en politique.

Vous, vous avez été à la limite ?

(Gros éclat de rire). Mais, bien sûr et je vais vous le dire. Il m’est arrivé d’avoir des montagnes d’herbes sur la table, des piles d’argent, mais je me mets vite des gardes fous. Je me souviens d’un pakistanais qui arrive un jour au boulot et qui me demande de l’aider. Il avait un sac Décathlon énorme. Il fuyait la mafia pakistanaise et son sac était rempli de billet. Comme il lui en manquait, il savait qu’il allait se faire buter par elle. J’ai demandé à 5 personnes de me rejoindre dans mon bureau pour que l’on compte l’argent tous ensemble. Il n’y a pas la tentation, mais il y a le risque. Quand on signe le contrat de ce métier, on sait qu’à un moment donné, on va se retrouver seul dans une pièce avec de l’argent. Si on n’est pas capable de ne pas céder à la tentation, il faut changer de métier tout de suite. Flic, c’est un sacerdoce.

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Être flic dans le 93, c’est différent qu’être flic tout court.

Je ne crache pas du tout sur les flics de province, mais en un an de 93, vous avez vu ce que vous verrez en 5 ans en province. C’est un apprentissage accéléré.

Le flic, c’est une équipe, en fait. D’ailleurs votre livre en témoigne.

Le flic solitaire, ça n’existe pas, qu’on se le dise une fois pour toutes. Il a besoin de son équipe et sans son équipe, il n’est rien du tout. Et je rappelle qu’une enquête, c’est H24. Quand certains vont dormir, l’équipe de nuit reprend l’enquête.

Un flic ne rentre pas à 18h chez lui…

Flic en PJ, c’est en moyenne, 10 à 14h par jour, payé 8 d’ailleurs. Il y a quelques années, on nous a expliqué qu’à cause de la crise, on n’allait plus nous payer nos heures supplémentaires. On a continué à travailler 10 à 14h par jour. Flic, ce n’est pas un job, c’est un métier. Comme grand reporter, médecin, chirurgien, infirmier, enseignant. Ce sont des métiers où, même si on en prend plein la gueule, même si on nous enlève de l’argent, même si on nous enlève une voiture ou deux équipiers dans notre groupe, on va continuer. On va continuer parce que ce n’est pas que pour nous. Sur notre bureau, il y a toujours cette satanée procédure de viol, cette satanée procédure d’homicide et il y a toujours un mec dangereux dehors. Quelque part, on a une mission.

Ça implique donc une vie famille chaotique ou inexistante.

Je suis un très mauvais interlocuteur sur ce sujet, parce que je suis un éternel célibataire. C’est un choix de vie. En vrai, si j’en juge la vie de mes collègues, beaucoup sont mariés. C’est donc jouable. Mais, il faut prendre en compte la difficulté du boulot et ne pas espérer que son compagnon ou sa compagne flic ait des horaires normaux et même raisonnables. Il faut comprendre les difficultés et les obligations d’un policier. C’est 10 à 14 heures de boulot par jour, on bosse un week-end par mois, on bosse à Noël, on bosse au Nouvel an, on bosse lors des anniversaires, on bosse de nuit, on bosse très tôt le matin (la loi fait qu’on peut interpeller à partir de 6 heures du matin)… Pour résumer, ce sont des vies de famille compliquées, mais des vies de famille possibles.

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Il y a un truc auquel je pense souvent. C’est comment un flic peut ou doit annoncer une mort à un proche? Je trouve ça horrible.

Ce n’est pas ma peine, ce n’est pas mes proches. La peine, elle est à eux. Si  je leur prends, je leur vole.

Il y a une technique d’annonce ?

Oui. Elle est simple. Aller au plus vite. Je sonne. Ce n’est pas ma peine, ce ne sont pas mes proches. La porte s’ouvre. Je dis : « Bonjour monsieur. Je vais vous demander de réunir tous les adultes au salon, j’ai une nouvelle à vous annoncer. Les enfants peuvent rester dans leur chambre ». Une fois qu’ils sont là, je dis : « J’ai une terrible nouvelle à vous annoncer. Votre fils est mort ». J’ajoute toujours une indication sur les circonstances pour que l’imaginaire des gens présents ne parte pas dans tous les sens.

Est-ce qu’insidieusement, vous n’êtes pas marqué par ce dont vous êtes le témoin ?

Bien sûr que si. Après, je m’en défends. Je suis construit de tout ce sordide que j’ai vu. Mon quotidien, c’est le pire de l’homme. Je passe mon temps à arrêter des violeurs, des kidnappeurs, des assassins.

L’autre, c’est qui pour vous ?

Quand l’autre c’est l’auteur, je vois le mal. Et quand l’autre c’est la victime, je vois l’effet du mal. Alors, évidemment, l’autre, il en prend un sacré coup dans la gueule avec moi. Au bout d’un moment, on a les épaules un peu plus lourdes et j’ai une vision des autres qui est un peu plus méfiante. Du coup, j’ai besoin d’une famille et des amis hyper stables.

Par exemple, quand vous êtes arrivé à l’agence, je vous ai vu observer les alentours et les gens qu’on a croisés dans le couloir.  

Bon, je pars du principe qu’on est tout le temps en jugement. C’est vrai que j’ai moins confiance. Personne n’est tout blanc, ça n’existe pas. Je ne peux pas faire confiance à quelqu’un à 100%. J’ai 3 amis que je connais depuis 20 ans. C’est très bien. Pas besoin de plus.

Vous lâchez prise parfois ?

Ça devient un réflexe qui n’est pas vraiment contrôlable. Je suis incapable d’aller à un rendez-vous sans avoir 20 minutes d’avance. Je regarde le lieu, je regarde comment c’est…

Vous l’avez fait aujourd’hui ?

Ça fait 20 minutes que je suis dans votre courette.

Vous vous êtes mis dans un coin. Un endroit où il ne peut y avoir personne derrière vous.

Je suis toujours dos à un mur ou dans un coin. C’est comme ça. Ce sont des réflexes conditionnés que je ne peux plus enlever. Il faut que je voie ce qu’il se passe autour de moi.

Là, je vous fais parler. Vous aussi vous faites un travail de psy quand vous interrogez les gens ?

Oui. C’est obligatoire. Je suis spécialisé dans les agressions sexuelles et dans les enlèvements. Dans le groupe auquel j’appartiens, qu’on appelle la SER (Section Enquêtes et Recherches), il faut avoir une bonne de dose de psychologie parce qu’en face de vous, je le répète, personne n’est tout blanc ou tout noir. L’auteur a peut-être ses raisons et la victime a peut-être provoqué ce qui lui ait arrivé. Il faut faire attention à tout ça, sinon on va tête baissée dans un mur. On va prendre fait et partie pour la victime, alors qu’elle y est peut-être pour quelque chose.

Vous prenez des risques en vous mettant en avant, en répondant à des journalistes ?

Qui sait ? Il n'en reste pas moins que j’ai envoyé ce livre à ma hiérarchie et qu'elle m’a laissé tout à fait tranquille. J’ai été même surpris d’avoir autant les mains libres.

Vous vous êtes mis en disponibilité pendant un an.

Je vise à manier assez bien l’écriture pour qu’à un moment donné, je puisse réussir à faire les deux. Flic et écrivain. J’ai écrit ce premier, je me lance sur le deuxième et pour le troisième, je vais essayer de réintégrer la police. Je compte réintégrer la police parce que ça me bouffe à l’intérieur de moi. Je commence à devenir frustré. J’ai envie de remettre les mains dans la boue. Tout ce qui m’énervait il y a 6 mois, ces planques interminables et ces filatures qui ne mènent jamais à rien, elles me manquent maintenant franchement.

olivier norek,code 93,interview,mandorLes médias, qui font souvent des raccourcis faciles, disent de vous que vous êtes le nouveau Olivier Marchal. Que pensez-vous de lui ? Est-ce que vous avez l’impression de faire le même métier ?

Le raccourci vient du fait que nous sommes tous les deux flics. On écrit des bouquins et lui il fait des films. En utilisant la vie de la police, on a réussi à s’en sortir. Ce qui nous différencie, c’est l’époque. Lui, il a travaillé dans une police que je n’ai pas connue et il a travaillé sans carapace, sans protection, les nerfs à vif et il s’est tout pris tout en pleine gueule.

Vous êtes confiant sur la destinée de ce premier roman ?

C’est un énième polar. Dans le monde, il y en a 1800 qui sortent par an. Personne ne m’attend, personne ne sait qui je suis.  La seule chose qu’on sait, c’est que la couverture est belle et que j’ai une bonne petite gueule pour la vendre.  Ce livre peut marcher parce qu’il est honnête. J’ai décidé d’être honnête sur le métier, sur les flics, mais aussi à la fois sur les enquêtes et à la fois sur moi-même.

Il est vrai que vous n’avez pas la gueule de l’emploi. Vous avez une tête de comédien.

Ça m’a beaucoup aidé dans mes enquêtes sur le terrain. On ne se méfie pas de moi, en filature par exemple.

Pour finir sur une note musicale, parlez-moi de la « Franche Touche ».

J’ai toujours eu un côté artistique, un côté assez sensible qui m’a valu pas mal de bonnes vannes dans le milieu policier. Avec ce groupe, j’ai fait des concerts, des Technivals et des boites de nuit. Un jour, j’ai changé d’art et je me suis mis à l’écriture. J’ai trouvé mon autre voie.

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Le 23 avril 2013 à l'issue de l'entretien.

11 mai 2013

Maxime Le Forestier : interview pour Le cadeau

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maxime le forestier,le cadeau,interview,le magazine des espaces culturels leclerc,mandorAprès Higelin, le mois dernier, Le magazine des espaces culturels Leclerc m’a offert de nouveau  l’opportunité de d'interviewer une autre personnalité importante/primordiale de la chanson française. J’ai rencontré Maxime Le Forestier le 3 avril dernier dans un hôtel parisien pour un entretien de 45 minutes à l’occasion de la sortie de son album Le cadeau. Il défendra ses nouvelles chansons très bientôt sur scène, notamment au Casino de Paris pour trois soirs, les jeudi 26, vendredi 27 et samedi 28 septembre prochains. Sa grande tournée démarrera dans la foulée et occupera le chanteur jusqu'en mars 2014.

On m’avait dit qu’il n’était pas toujours évident à interroger. Un peu chafouin parfois. Je suis tombé sur un jour « avec ». Souriant et même très sympathique. Ce fut un régal. Un cadeau, finalement !

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Le p'tit air.

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maxime le forestier,le cadeau,interview,le magazine des espaces culturels leclerc,mandorPetit bonus mandorien :

Parlons de quelques chansons de ce nouvel album. Dans « La bête curieuse », vous expliquez que les gens ont besoin de rumeurs, d’infos en permanence.

Chacun d’entre nous a, à l’intérieur de lui, un bout de tentacule de la bête curieuse qui nous pousse à consommer de l’info. La bête curieuse, c’est la force qui me pousse à allumer la radio le matin dès que j’ai un œil ouvert, alors que je pourrai attendre une heure et deux jours ou huit jours. C’est la bête curieuse que nous sommes qui provoque tout ce dont on accuse les médias. Si on fait des feuilletons médiatiques autour de personnages comme Strauss-Kahn, c’est bien parce que les gens achètent. C’est à la fois un cercle vicieux et parfois vertueux. C’est pas mal parfois d’être informé. L’information, c’est une mission sacrée, mais c’est aussi un commerce avec les lois du commerce. On ne va pas mettre en Une d’un magazine un truc qui n’intéresse personne…

Je ne vous voyais pas comme ça.

Je suis un vrai bouffeur d’infos. Si je n’avais pas été impliqué, je n’aurais jamais écrit cette chanson-là.

Dans « Le caillou », vous parlez de notre belle planète.

J’ai voulu faire un zoom resserré et élargir de nouveau le focus. Partir de la planète, arriver jusqu’aux gens et des gens, arriver jusqu’au caillou qu’il y a dans la chaussure d’une femme et puis on relance le caillou et ce caillou, il va redevenir une planète un jour où l’autre.

Dans la chanson « Le cadeau », vous ne vous épargnez pas.

Quand je dis que je ne suis pas un cadeau, ça veut dire que je ne suis pas quelqu’un de fréquentable. Dans la chanson, je précise aussi que je n’ai pas les caractéristiques du cadeau. Je ne suis pas emballé, on ne peut pas m’offrir, on ne peut pas m’échanger. Mais, c’est une chanson de faux cul pour que l’on me dise « mais si… » (rires).

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Vous ne cessez de travailler. Il y a eu la tournée (dont le Casino de Paris), le disque La maison bleue qui rend hommage à vos 40 ans de carrière, les disques consacrés à Brassens, la comédie musicale « Les gladiateurs »,  les Nuits de Champagne, un concert unique  avec le conservatoire de Boulogne (mais une année scolaire de préparation), les Enfoirés… Il y a un moment où vous faites une pause ?

C’est impossible pour moi d’enchaîner une tournée qui termine un cycle et la semaine d’après, commencer  à écrire un nouvel album. Je suis incapable de procéder ainsi. J’ai plusieurs solutions. Il y a les projets intermédiaires que vous venez de citer. C’est comme ça que j’ai fait les Brassens en deux fois deux ans, mais c’est quand même un souffle entre deux albums. Et puis, pour ne pas perdre la main, j’ai écrit aussi pour quelques artistes, comme Julien Clerc, Céline Dion, Amel Bent…

Vous avez repris Brassens, on vous reprend… c’est bien la preuve qu’une chanson est vivante.

J’adore écouter une chanson connue repeinte. On peut repeindre de la même couleur, à peu près ce que j’avais fait sur les Brassens, et on peut les repeindre de couleurs complètement différentes, flashy, ancienne, patinée. Une chanson qui résiste à ça, ça veut dire que sa structure est solide.

Voir quelqu’un dans la rue fredonner une chanson de vous, même une ancienne comme « Mon frère », « Parachutiste » ou « San Francisco », ça vous touche toujours ?

Oui, toujours. Le peintre qui peint dans la rue en me chantant, ça m’émeut… mais aussi parfois, c’est un peu particulier. Mon dentiste siffle toujours en travaillant, sauf que quand il travaille sur moi, ce sont mes chansons qu’il siffle, c’est un peu gênant.

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02 mai 2013

Bernard Pivot : interview pour Les Tweets sont des chats

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Depuis plus d’un an, Bernard Pivot démontre brillamment que Twitter n’a rien à voir avec l’âge. Fort de près de 112 000 abonnés, il est devenu au gré de ses humeurs, de ses lectures, de ses voyages, de ses discussions, un orfèvre du message en 140 signes.

Les Tweets sont des chats (qui sort le 2 mai prochain chez Albin Michel) réunit ses tweets préférés, érudits, polémiques, mélancoliques ou malicieux. Ce florilège thématique témoigne du passage de la curiosité à la pratique. Pour le nouveau site des Espaces Culturels Leclerc, je suis allé à sa rencontre, chez lui, le 26 avril dernier (lire l’interview version courte, ici). Je ne vous cache pas qu’interroger l’un des intervieweurs que j’ai le plus regardé/étudié et dont j’ai souvent décortiqué la méthode, ça m’a un peu ému. Mais son accueil bienveillant a fait tomber les petites angoisses.

Et j’ai passé une bonne heure avec le maître.

Dans son canapé, en le regardant me répondre, j’avais l’impression d’être devant une télé en 3D, la chaleur humaine en plus.

bernard pivot,les tweets sont des chats,interview,magazine des espaces culturels leclerc,mandorInterview : 

Vous racontez que dans les années 60, le rédacteur en chef du Figaro Littéraire, Maurice Noël, vous avait déjà appris à faire court : des informations en 2 ou 3 lignes, des échos en 4 ou 5, des billets en 10. L’école de la concision, vous l’avez finalement toujours connue.

J’étais le dernier arrivé, j’avais 24 ans, donc le petit boulot, c’était pour moi. Je devais faire le plus court possible et Maurice Noël me faisait venir dans son bureau pour me dire que tel ou tel mot était inutile. J’ai gardé de cet apprentissage le goût de faire court. Quand je me suis initié à Twitter, ça m’a rappelé ce que je faisais il y a 50 ans au Figaro Littéraire. J’ai eu une sorte de nostalgie du jeune journaliste que j’étais.

Toute votre vie, finalement, a été une course à l’essentiel. Quand vous receviez des écrivains, je vous ai vu plein de fois devoir synthétiser les propos des uns et des autres, leur couper la parole dès qu’ils étaient trop longs…

Vous avez raison. J’ai passé ma vie à ça. Journaliste, c’est à la fois une école de la vitesse, parce qu’il faut toujours rendre son papier à l’heure, une école de la précision et une école de la clarté.

J’ai suivi votre arrivée sur Twitter. Il y a eu une effervescence de la part des twittos et bernard pivot,les tweets sont des chats,interview,magazine des espaces culturels leclerc,mandordes médias. Une sorte d’évènement improbable enfin réalisé.

Il y a des gens qui n’y croyaient pas. Vous l’avez vu, sans doute, il y a marqué bernardpivot1, parce que, quand je me suis inscrit, il y avait déjà un Bernard Pivot. Un type avait usurpé mon identité. La machine a donc mis un 1. En tout cas, l’incrédulité des gens sur le fait que c’était bien moi m’a beaucoup amusé. C’est Bernard Lehut d’RTL , qui a twitté plusieurs fois pour confirmer que c’était bien moi derrière ce compte.

Pourquoi les gens étaient-ils sceptiques, selon vous ?

Je pense que c’est parce que j’ai fait des émissions littéraires et que toute ma vie j’ai lu des livres, donc je ne pouvais pas apprécier cette forme de communication très retreinte, très maigre, très brève.

Sur Twitter, évidemment, vous respectez la langue française.

Quand je me suis inscrit là, ce n’était pas pour écrire en abrégé et ne pas respecter l’orthographe. Il fallait que j’écrive comme dans un journal. On n’abrège pas dans un journal et on fait attention à ne pas faire de fautes.

Vous avez mis du temps à arriver sur Twitter, mais aujourd’hui, vous aimez beaucoup et vous êtes très actif.

Je suis abonné à 65 personnes et c’est déjà plus que je ne peux en lire. Je lis tout ce qu’ils racontent chaque jour. Ce sont des sites de libraires, des journaux littéraires, des confrères journalistes, des écrivains et puis des sites sur le football par exemple.

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(Photo : Eric Garault pour Lire)

Tout ce que vous écrivez amène à réfléchir les twittos qui vous suivent. C’est souvent amusant, ludique, instructif…

Les tweets, ce n’est pas pour raconter ce que je fais dans la journée. J’exprime des choses que je n’ai pas l’habitude d’exprimer ailleurs. Je m’interroge sur les sentiments, les idées, les remarques, les bizarreries, les paradoxes de la vie. Plus le message paraît facile, plus il est populaire, plus il faut se montrer rigoureux avec lui. Il ne faut pas que je commette des fautes d’orthographe, sinon, c’est un tollé général. Ça m’est arrivé une fois et j’en ai entendu parler…

Est-ce avec ce réseau social que vous vous livrez le plus ?

Oui, bien sûr, je me révèle plus qu’à l’accoutumée. On ne peut pas dire que ce soit un autoportrait complet de moi, mais il y a des signes, des morceaux de moi qui passent à travers Twitter. Je suis parfois dans des réflexions personnelles, des maximes qui expriment mes pensées profondes. D’autres fois, c’est juste le plaisir du mot, du bon mot, de la provocation, du paradoxe…

Combien écrivez-vous de tweets par jour ?

J’en fais entre 4 et 6 le matin, sauf le samedi et le dimanche. Je tweete le matin, au petit déjeuner et ensuite, je vaque à mes occupations.

Pourquoi vous êtes-vous lancé dans cette aventure-là ? Il y a eu un déclic ?

Oui, c’était le lendemain de Noël 2011. J’avais été très interloqué par la facilité dont les révolutions arabes ont jeté dehors les despotes. Je ne comprenais pas le système de rassemblements très rapides qu’avaient les manifestants pour se réunir. J’ai donc demandé à un de mes gendres de m’expliquer comment ça se passait. Il m’a montré les fonctionnements de Facebook, puis de Twitter. Et c’est Twitter qui m’a plu grâce à cette obligation de faire court. J’aime la concision, la netteté, la contrainte d’exprimer un sentiment, de faire passer une idée ou de relater un souvenir ou un fait en moins de 140 signes. C’est à la fois amusant et un exercice d’esprit et de style.

Par contre, vous n’êtes pas sur Facebook.

Ça ne me plait pas du tout. C’est très personnel. On agrège des gens qui vous connaissent. Ça n’a rien à voir avec Twitter.

Pourquoi ce livre ?

Ce sont mes abonnés qui en ont eu l’idée. Beaucoup m’ont demandé si j’allais les publier dans un recueil. Et mon éditeur, ayant appris l’espèce de  réputation que j’avais sur Twitter, ma demandé si ça m’intéressait de le faire assez rapidement. J’ai fait un choix de tweets et il a été très séduit.

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Vous racontez en préambule dans le livre que l’on vous pose beaucoup de questions pour des problèmes de conjugaison, d’orthographe, de construction de phrases, de syntaxe, d’acceptation des mots. Vous répondez ou ça vous gonfle un peu ?

Je ne peux pas répondre à tout, mais dans la mesure du possible, je tente quand même quand je sais. Parfois, je ne sais pas.

Twitter nous relie les uns aux autres facilement.

Oui, c’est une forme de convivialité silencieuse qui ne se manifeste que par l’écrit. Je ne dis pas que les gens de Twitter forment une famille, mais forment une sorte de vaste communauté internationale. Twitter ouvre des portes situées à 10 000 kilomètres, mais souvent, elle n’ouvre pas la porte du voisin. Je remarque que dans ma famille, personne ne suit mes tweets, par contre récemment, je suis allé à Bilbao, puis à Montréal, et à chaque fois, plein de gens inconnus de moi me disaient qu’ils me suivaient. C’est une communauté vagabonde aux frontières très imprécises, aux désirs fluctuants et très différents les uns des autres.

Ça vous rajeunit d’être sur ce réseau ?

Oui. Je dis souvent que ça me donne 10 ans de moins. C’est ma jouvence de l’Abbé Soury. C’est un mode de communication très vif. D’ailleurs, souvent les twitteurs sont des jeunes et des gens très dynamiques, c’est donc paradoxal que ce soit un homme de plus de 70 ans qui publient le premier recueil de tweets.

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Avec Bernard Pivot, à l'issue de l'interview, chez lui, le 26 avril 2013.