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04 avril 2013

Maissiat : interview pour son album Tropiques

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Récemment, lors de la finale du Prix Georges Moustaki 2013. Discussion entre deux membres du jury avant délibération. Dans ce contexte, évidemment, on parle « chanson française ».

Lui :

-Sinon, que penses-tu de Maissiat ?

Moi :

-Encore elle ? Écoute, je ne comprends pas le raffut que l’on fait autour d’elle. Non, vraiment, je ne vois pas ce qu’on lui trouve d’exceptionnel. C’est sympa, mais sans plus.

-Tu as écouté ?

-Oui. Une fois, rapidement. Mais, tu sais, je suis un peu allergique aux gens dont tout le monde parle comme de la perle du moment…

-Ah bon ! Je te comprends, mais tu devrais un peu insister, sans a priori…

-Toi, visiblement, tu aimes beaucoup.

-Oui, je suis son chef de projet.

Voilà. J’ai fait comme si je n’étais pas gêné. Comme si j’assumais mes propos.

Alors que non. Pas un instant. Je lutte depuis des années contre les a priori. Parfois, je tombe dedans. Et j'ai honte.

maissiat,tropiques,interview,mandorJe suis rentré chez moi. J’ai réécouté Tropiques et j’en compris l’enthousiasme général. Ce disque est beau. Tout simplement. Et je l’ai réécouté. Et j’ai trouvé qu’il était même hypnotisant. Aujourd’hui, avec l’album d’Arman Méliès, c’est le disque français que j’écoute le plus.

Il n’y a que les imbéciles…

Le 27 mars dernier, quelques jours avant son Café de la Danse (ce soir, le 4 avril), j’ai poussé le vice jusqu’à lui demander de venir à l’agence. Pour lui avouer tout ça et puis surtout pour la connaître mieux. (Un grand merci à Patricia Teglia pour ce rendez-vous calé du jour au lendemain).

Extraits de sa biographie officielle :maissiat,tropiques,interview,mandor

La musique de Maissiat prend racine dans une pop raffinée qui donne à la noirceur les atours de la sensualité. On y plonge, ravis du sortilège, sûrs d'en revenir pour mieux y retourner.

Une musique généreuse dans ses appels comme dans la liberté qu'elle offre à qui veut se laisser prendre : ici la voix ondule, se fait plusieurs, parle grave ou s'envole très haut ; ici le texte s'éclate en possibles, se resserre crûment, se floute à nouveau.

L'écrin est fait de pianos qui s'enlacent et se parlent, de rythmiques profondes et alanguies qui s'excitent et deviennent épileptiques, de claviers qui soufflent le froid et le chaud.

" C'est beau ! " Comme ce qui nous semble intime et lointain, comme ce qui vient résonner au fond de nous avec la force de l'insaisissable.

maissiat,tropiques,interview,mandorInterview:

Vous n’avez pas spécialement vécu dans un milieu musical.

Je n’ai pas eu d’éducation musicale en fait. Artistiquement, c’était le grand vide de ce côté-là à la maison. En cherchant un peu, j’ai bien eu un grand-père paternel friand de poésies, mais c’est le seul dans la famille qui avait un atome crochu avec un art. Par contre, depuis l’âge de 6 ans, j’ai toujours voulu faire ce métier. Peut-être qu’inconsciemment, j’ai pallié à un manque, à un vide.

Mais votre mère avait une guitare.

Elle a toujours été là et je ne l’ai jamais vu s’en servir. Mais, c’est grâce à elle que le piano est arrivé à la maison. Petit à petit, je me suis mise à l’apprentissage de cet instrument.

Quand à 6 ans, on décide que la musique va devenir sa vie, on fait quoi ?

J’ai suivi des cours de piano à l’âge de 11 ans, pendant 3 ans. Ce n’était pas le conservatoire, je pratiquais plus comme du loisir. Je chantonnais, j’avais des chansonnettes dans la tête. Je suis fille unique et lorsque nous partions en vacances avec mes parents, je me rappelle avoir eu des moments de solitude, m’être baladée sur les rochers, faire ma vie dans ma tête… j’avais déjà un fort imaginaire.

"Le départ"

Vous avez fait des études autres que musicales.

J’ai fait une école d’attachée de presse, l’EFAP, et j’ai eu mon diplôme. À 21 ans, j’ai travaillé à Lyon dans une boite de prod télé et ciné régionale. J’étais en stage et je m’entendais très bien avec le patron de cette boite, La compagnie Lyonnaise de Cinéma. Il m’a proposé au bout d’un an d’être en CDI et de devenir  assistante de direction en plus d’être chargée de com. Quand il m’a proposé tout ça, j’ai eu un déclic. Je me suis dit « non » parce que si j’acceptais ça, je me projetais dans 10 ans et j’allais y être encore. Ce n’était pas la vie dont je rêvais. Je l’ai remercié de sa confiance et j’ai démissionné.

Ensuite, vous avez cherché des musiciens.

J’ai joué avec d’autres musiciens à St Étienne. En 2005, je connaissais la musique du groupe Subway. J’aimais beaucoup à l’époque et j’apprends que leur chanteuse s’en va. Samantha Julien, la batteuse me contacte pour que je fasse des essais pour remplacer Séverine. Et j’ai intégré le groupe. J’y suis restée 4 ans.

C’était un groupe beaucoup plus rock que ce que vous faites en solo dans ce premier album.

Oui, mais c’est ce que j’aimais quand j’avais 23 ans. J’étais pleine d’envie en arrivant dans ce groupe et la forme rock me permettait d’expulser, de sortir de moi-même, de me déchainer…

Pourquoi avez-vous quitté le groupe ?

C’est le besoin d’évoluer musicalement, d’être curieuse d’autres sons. Je n’avais plus la même émulation, alors que j’en ai besoin en permanence pour travailler et bien faire les choses. Donc, je suis partie.

"Trésor"

On sent dans ce premier album, Tropiques, que vous avez des goûts musicaux variés.

Oui, j’ai une face plus obscure et une face plus claire et tout ça fait l’identité musicale d’une personne. Je suis revenue au piano pour cet album et rien ne dit que je ne repasserai pas à la guitare sur le prochain.

Chaque année, il y a toujours un ou deux albums français dont tout le monde parle en des termes dithyrambiques. C’est le cas de Tropiques.

Ce disque, ce n’est pas que j’en suis fier, mais je me sens bien avec lui. Je me sens à l’aise d’en parler, de le défendre devant la presse ou devant un public. 

Il a été fait avec la collaboration de Katel.

Entre nous, il y a eu une grande confiance mutuelle dès le départ. On a vraiment choisi de travailler ensemble. Je l’avais vu en interview à la sortie de son album Décorum en 2010. J’avais rarement entendu quelqu’un parler de musique de manière aussi brillante. Je ne la connaissais pas du tout à l’époque. Je trouvais que son esprit était fin. Son discours était clairvoyant et lumineux. Je suis allée écouter sa musique, puis je suis allée la voir en concert. À cette époque, j’avais déjà des brouillons, des maquettes… et voilà. Elle a fait un travail considérable sur le disque. Je suis arrivée avec la matière, avec tous les titres et plus qu’il y en a dans l’album…

"Les fins de nuit" (Showcase privé de Maissiat à IVRY le 21 février 2013)

Oui, là, c’est le best of finalement.

Voilà (rires). Mes arrangements étaient trop « arrangés » justement et elle est allée dans l’épure de tout ça. Elle à l’art d’aller à l’essentiel. Katel a été force de proposition sur ce disque et je pense que c’est ce qui lui donne sa patte et son caractère. J’avais besoin de quelqu’un qui me fasse accoucher de quelque chose que je sais déjà, mais que je ne sais pas encore… c’est pour ça que je parle de finalité. Entre le chemin A où je commence à faire mes brouillons et Z, où on est en sortie d’album. À mi-chemin jusqu’au point final, on est en plein dedans : faire sortir les choses de soi. Il y a des arrangements en moins, la voix n’est pas la même et du coup, on ne l’écoute pas de la même manière… c’est ça et bien plus que j’ai trouvé en travaillant avec Katel.

Je sais que vous n’aimez pas trop travailler seule.

Je travaille seule jusqu’à un certain point. Après, j’estime que pour aller au bout de quelque chose, j’ai besoin des autres. Oui, l’idée de travailler seule complètement n’est pas envisageable pour moi. Je fais ce que j’estime savoir faire et quand j’arrive au bout de ça, je sens qu’il faut que des personnes viennent apporter un savoir que je n’ai pas.

Quand j’ai écouté votre album la première fois, je ne suis pas rentré directement dans le disque.  Je ne comprenais d’ailleurs pas ce que mes collègues lui trouvaient de si intéressant. Ensuite, j’ai réécouté et j’ai compris. Plus on l’écoute, plus on l’aime.

Je vous comprends, moi quand j’entends trop parler d’un film, bizarrement, je finis par ne pas aller le voir. Sinon, que mon disque ne soit pas simple d’accès ou « évident » à la première écoute, tant mieux ! J’aime bien les personnalités, musicales ou non, vers lesquelles je vais pouvoir aller creuser, où tout n’est pas dit dès la première rencontre. J’aime bien découvrir les couches, les sous-couches, toutes les strates de quelqu’un. C’est pareil pour les chansons.

"Jaguar" (par Le Cargo)

La comparaison avec Françoise Hardy pour la voix et Alain Bashung pour les textes, vous le prenez comment.

Françoise Hardy, je peux le comprendre, parce que la ressemblance est là. Il y a quelque chose de commun entre nos deux voix, je ne peux pas le nier. J’aime beaucoup les albums de Françoise Hardy, plus anciens. J’ai écouté l’album Gin Tonic quand j’ai composé Tropiques. Quant à Bashung, je lui voue un respect et une admiration musicale totale, donc, que l’on me compare à lui, c’est presque gênant. Je n’ai pas la prétention d’être à son niveau. En écoutant mon disque, que l’on puisse penser à ça, alors tant mieux. Je ne peux que le prendre bien puisque je suis sensible à ce qu’il a fait. Il y a un titre, « Jaguar » qui pourrait éventuellement, dans l’ambiance et par les arrangements, faire penser à des chansons de Bashung.

On ne dit que du bien du disque… vous êtes étonnée, touchée ?

Je ne suis pas du genre à m’emballer. Je suis consciente de ce que je fais, de ce qu’il se passe, de ce qu’il se dit autour de l’album, mais il faut raison garder. J’arrive enfin, avec les années, à être contente, heureuse, de ce qu’il se passe. J’essaie d’être bien et centrée au maximum pour faire ce que j’ai envie de faire.

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maissiat,tropiques,interview,mandorVotre album est mélancolique, mais pas triste.

Je suis fière et contente de cette idée-là.  On parlait de Katel tout à l’heure, je pense qu’elle y est pour beaucoup. C’est vite fait de tomber dans le pathos. Suivant les arrangements qu’on place dans un titre, suivant les mots qu’on emploie et la manière dont on chante, je peux vous garantir qu’un des ingrédients peut changer beaucoup de choses. Il suffit de peu pour que cela devienne trop. Je m’en fous d’être triste, ce n’est pas le problème, mais je ne le suis pas tout le temps et c’est album ne l’est pas.

Quand on écrit une chanson, elle est perçue différemment par les gens qui l’écoutent.

Ce qui est fascinant, c’est de voir la vie d’une chanson. D’où ça vient et jusqu’où ça va. Je me rends compte que je parle parfois des chansons comme je parle de personnes. Ça prend vie, ça prend forme, ça devient mature, c’est sur un disque, ça devient plus formel.

Vous avez un sentiment de dépossession quand les chansons sont sur un disque.

Non, j’ai l’impression qu’elles prennent leur envol. C’est comme un adolescent qui partirait de chez ses parents pour faire sa vie. Mais, comme vous dites, je trouve ça fascinant la perception et l’accueil qu’une chanson peut avoir.

Un artiste déclenche des émotions. C’est une grande responsabilité.

C’est ça notre métier, tout à fait. Déclencher des émotions. C’est mon rôle d’être spectatrice, d’observer et d’en tirer quelque chose qui déclenche quelque chose chez les gens qui m’écoutent.

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02 avril 2013

CD'aujourd'hui : Arman méliès pour AM IV

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La quête du son et du sens, c’est un peu le travail d’Arman Mélies depuis son premier disque en 2004. Après une pause de quatre ans, le temps d’offrir quelques compositions à Bashung, Thiéfaine ou encore Julien Doré, Arman Méliès revient avec un quatrième disque, justement intitulé, AM IV. Sobre, classieux et brillant, réalisé avec Antoine Gaillet (Wampas, BB Brunes, Julien Doré, Mademoiselle K entre autres), musicalement, on retrouve ce qui semblerait du son new wave des années 80 (mais qui n’en ai pas vraiment) mixé avec la technologie d’aujourd’hui. Arman Méliès est l’un de nos artistes français les plus importants d’aujourd’hui, a classer sans hésiter (dans un genre sensiblement différent) au même niveau de puissance créative que Benjamin Biolay. Le contraire serait injuste.

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Le 11 mars dernier, je l’ai rencontré chez un disquaire/antiquaire pour l’émission CD’Aujourd’hui (diffusée le 26 mars 2013). Vous pouvez voir l’émission .

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Photos du tournage de la session acoustique... (à la caméra, David Vallet).

Je vous propose ici la version intégrale de l’interview (agrémentée de quelques photos de l’enregistrement de l’émission). Arman Méliès est un artiste discret, qui n’aime pas trop parler aux journalistes, ni même se confier sur son processus de création… j’ai donc fait ce que j’ai pu. Merci à lui d’avoir joué le jeu comme il a pu.

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Interview :

La guitare laisse la place aux synthés… Pourquoi ce changement musical ?

La prédominance des synthétiseurs est essentiellement due à l’envie de jouer et d’être un peu déstabilisé, de perdre un peu les repères qu’on peut avoir en écrivant ou en arrangeant à la guitare. Je voulais m’amuser avec un instrument que je ne maîtrise pas très bien. Les synthétiseurs, c’est plein de boutons très compliqués. C’était pour moi très plaisant, très ludique de jouer avec cette patte sonore sans savoir exactement ce que je faisais et d’arriver à mes fins totalement par hasard. Au bout d’un moment, j’aboutissais sur un son qui me plaisait, que je trouvais évocateur et/ou poétique. Je l’utilisais pour une partie de chanson. Le lendemain, je rallumais le synthé, j’étais incapable de restituer le même son, donc  je repartais sur autre chose. J’ai adoré cette espèce de recherche permanente et j’ai adoré aussi me surprendre moi-même en étudiant des instruments que je ne maitrise pas.

La création musicale doit-elle être un jeu pour vous ?

La mythologie de l’artiste veut que ce soit en souffrant que l’on compose les plus beaux poèmes ou les plus belles chansons. Moi, j’écris une chanson parce que j’en ressens le besoin, parce que sur le coup, ça me soulage, ça m’amuse… y compris les chansons tristounettes que je peux écrire parfois. Non, parce que vous l’avez remarqué, il y en a quelques-unes qui sont plutôt mélancoliques. Même celles-ci, je vous assure, j’y trouve un vrai plaisir.

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Je sais que cela vous agace, mais je trouve que votre album a quelque chose à voir avec le romantisme du 19e siècle. Cette sorte d’élégance…

On m’a souvent taxé de musicien romantique, c’est même un adjectif qui revient assez souvent. Cet album ne l’est pas plus que les autres, je trouve. C’est curieux parce qu’en terme littéraire, par rapport à ce que j’écris, je n’ai pas du tout l’impression d’être influencé par cette période-là, ni par ce style-là. Dans la mesure du possible, j’essaie d’écrire des choses qui sont un peu cohérentes avec la période dans laquelle je vis. Je ne suis pas trop tourné vers le passé.

L’époque, la politique, l’état du monde ont eu plus d’influences qu’à l’accoutumée pour cet album ?

J’ai très peur de la musique engagée parce que la plupart du temps, ça donne des résultats très caricaturaux. On se retrouve à chanter des slogans plutôt que des textes et je trouve que ça dessert la cause que l’on défend et la musique de manière générale. C’est donc délicat, mais pour autant, il est vrai que le contexte politique et social de l’époque où je travaillais sur cet album, encore sous la présidence Sarkozy, m’a quelque part influencé dans certains textes, dans le ton et dans la volonté de faire un disque qui se voulait plus dur, plus froid, un peu robotique.  Je trouvais cela représentatif de l’époque dans laquelle on vit.

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Vous dites que si on n’a pas de paroles sur une musique, on n’en met pas. C’est rare ce discours.

Moi j’ai toujours été intéressé par la musique instrumentale. J’en écoute beaucoup et ça m’a beaucoup influencé, ne serait-ce que la musique de films. Ennio Morricone et Nino Rota pour ne citer qu’eux sont des références notables dans ma musique et je ne l’ai jamais caché. Les instruments sont nécessaires dans un album où il y a aussi des chansons. Ça permet d’articuler le disque. Le disque, pour moi, ce n’est pas une collection de chansons, c’est vraiment une œuvre complète. Ces deux instrumentaux, pour moi, c’était le minimum syndical.

Du coup, on entend plus votre côté pop, revendiqué par vous depuis toujours.

Je me suis toujours plus revendiqué de la musique anglo-saxonne que de la chanson française. Il y a une sorte de malentendu, je n’ai pas l’impression de faire de la chanson française. Je chante français parce que c’est ma langue natale et que c’est la langue dans laquelle j’arrive à écrire ce que j’ai envie de transmettre. Non, franchement, j’ai toujours eu l’impression de faire de la pop. Même si c’est de la pop mélancolique, de la pop neurasthénique, de la pop suicidaire, mais ça a toujours été de la pop. Dans ce nouvel album, effectivement, il y a des morceaux où c’est un peu plus immédiat, parce que plus entraînant.

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Ce disque ne sonne pas années 80, ce qui, quand on utilise des synthés comme vous l’avez fait, est une sacrée performance.

Je n’ai rien contre les années 80, parce qu’il y a eu plein de belles choses. Aujourd’hui, le nombre d’artistes qui se réclament de cette période-là et de ce courant musical est très important. Moi, justement, j’avais peur d’être assimilé à ce revival des années 80. Mes maquettes sonnaient eighties avec ce côté très synthétique, avec peu de chaleur et peu de matière. Quelque chose d’un peu fantomatique. En studio, j’ai voulu sortir de cette ornière et faire quelque chose qui soit plus actuel en utilisant des machines qui se font actuellement, soit en utilisant des très vieilles machines qu’on utilisait dans les années 60 -70 quand on a commencé à faire de la musique électronique et psychédélique.

Jusqu’à présent, vous composiez à la guitare, pour cet album, vous vous êtes forcé à ne pas composer avec cet instrument. Ça change tout ?

Au départ, j’ai quand même composé beaucoup à la guitare, parce que je suis vraiment mauvais pianiste. Mais par contre, c’est vrai qu’une fois que j’avais l’idée, l’ossature du morceau, très vite, j’ai abandonné la guitare pour essayer de refaire le morceau de façon harmonique avec les synthétiseurs, ordinateurs et les boites à rythmes. Pareil pour les arrangements… Ça m’a permis de jouer sur les textures, trouver des mélodies nouvelles, rencontrer de nouveaux univers et finalement voir un peu ailleurs ce que je peux y faire.

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Vous n’avez pas peur de décontenancer votre public, dont quelques représentants sont très fidèles.  

Certes, tout le côté folk est vraiment abandonné, mais j’avais l’impression de faire un album dans la continuité des précédents et notamment du dernier, Casino, où il y avait déjà pas mal de synthétiseurs. J’avais semé quelques graines et là, j’ai essayé de creuser le sillon de ces musiques synthétiques. Mais, c’est vrai que les réactions sont un peu partagées entre les gens qui voient totalement où je veux aller et qui suivent sans bémol aucun et des gens qui ont l’air un peu décontenancés par le côté synthétique de l’album. Comme c’est le début de l’histoire de ce disque, peut-être que moi-même je ferai une réaction épidermique à ce disque d’ici six mois ou un an. Je vais peut-être vouloir retourner à quelque chose de plus organique.

Vous êtes toujours en état de création.

Malheureusement non. Parfois, pour être en état de création il faut être en état contemplatif. On réfléchit à tout et n’importe quoi, c’est comme ça que viennent les idées. Au bout d’un moment, elles vont émerger de nouveau de façon inconsciente pour donner des morceaux. J’aimerais bien être toujours en train de composer, écrire un texte ou avoir une idée musicale, mais ce n’est pas le cas. Il y a plein de moments qui sont plus proches de l’inaction et de la léthargie.

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Bonus : Le clip de "Mes chers amis" (version parlée).

"Mon plus bel incendie", premier single de l'album AM IV.

Le clip dans lequel Arman Méliès fait éliminer la concurrence...

« Mon Plus bel Incendie », un film de Julie Gavras.
Ecrit par Arman Méliès & Julie Gavras.
Réalisé par Julie Gavras.
Olivier Rabourdin -- Le tueur
Avec, par ordre d'apparition :
Dominique A, Elodie Frégé, Julien Doré, Florent Marchet, Albin De La Simone, Robi, Fixi, Christophe, Sylvie Hoarau, Joseph d'Anvers, Christine, Benjamin Biolay.