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08 novembre 2012

Francis Cabrel: interview pour Vise le ciel

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(Crédits : Claude Gassian)

Cabrel-Gassian8538.jpgL’exercice était amusant. Interviewer un artiste, Francis Cabrel, sur un même sujet, la sortie du disque Vise le ciel, pour deux journaux différents. Et ne pas publier la même interview. La méthode est simple. Faire un entretien un peu plus long que d’habitude (qui s’est tenu il y a deux mois, le 10 septembre dernier au bar du Park Hyatt Paris) et poser beaucoup de questions. Ensuite, partager la substantifique moelle de l'interview entre les deux magazines de manière à ne léser aucun des deux, tout en gardant une fluidité et une cohérence.

Donc, en lisant les deux interviews, vous saurez tout sur ce disque, n°1 des ventes des disques en France depuis deux semaines consécutives.

Voici pour commencer la version du Magazine des Espaces Culturels Leclerc (daté du mois de novembre 2012).

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Francis Cabrel - Comme une Femme
Extrait de l'EPK
Nouvel album "Vise le Ciel" sortie le 22 octobre 2012

A présent, l’interview pour Le magazine des loisirs culturels des magasins Auchan. Vous pouvez comparez... aucun doublon.

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Le 10 septembre 2012 au bar du Park Hyatt Paris.

Elie Seimoun : interview pour la sortie DVD et Blu-ray de Tranches de vies

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(crédit : Polo Doury)

Mardi (6 novembre 2012) est sorti en DVD en Blu-ray le nouveau spectacle d’Élie Seimoun, Tranches de vies. C’est à cette occasion que l’humoriste m’a accordé une interview (téléphonique… voir introduction de ma chronique sur Audrey Lamy) pour Le Magazine des espaces culturels Leclerc (daté du mois de novembre 2012).

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BA Elie Semoun Tranches de Vie par upvfrance

06 novembre 2012

Françoise Hardy : interview pour L'amour fou (le livre et le disque)

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J’ai été ravi d’apprendre que je devais interviewer Françoise Hardy pour un de mes journaux à l’occasion de la sortie de son 50e anniversaire de carrière. Elle sort un disque et un livre portant le même titre, L’amour fou. Pour obtenir un rendez-vous, il y a eu plusieurs attaché(e)s de presse sur l’affaire. Entre ceux de la maison de disques et ceux de la maison d’édition, ça aurait pu devenir un joyeux bordel, mais non, en fait. J’ai obtenu un rendez-vous assez rapidement. (Merci donc à EMI et à Albin Michel).

Rendez-vous est pris le 10 octobre dernier dans le nouvel appartement de Françoise Hardy. Je dois avouer que je suis arrivé chez elle moyennement rassuré. J’avais entendu dire que la chanteuse (et désormais officiellement écrivain) n’était pas d’un premier abord très sympathique. Qu’elle avait ses têtes.

Je ne m’étendrai pas sur l’accueil (qui fut chaleureux), ni sur les coulisses de cette rencontre. Mais, j’ai été très ému pendant cet entretien. Très. Françoise Hardy est une grande dame.

Voici le fruit de cet entretien pour Le magazine des espaces culturels Leclerc (daté du mois de novembre 2012). Il sera suivi de la version longue de l'interview et de différentes chansons filmées en studio tirées de ce disque délicieux, raffiné et très émouvant.

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Voici deux premiers titres tirés de l'album L'amour fou.

"Pourquoi vous?"

"L'amour fou"

Suite de l'interview pour Les chroniques de Mandor...

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J’insiste un peu, je vous l’accorde, mais vous semblez quand même un peu inquiète de la destinée de votre livre.

Pour le disque, je ne m’inquiète pas précisément. Mes meilleurs albums ne se sont jamais vendus. Je considère celui-ci comme mon meilleur, alors j’espère qu’il sera l’exception qui confirme la règle. Je sais quoi en penser parce que je suis dans mon élément. Tandis que je suis très inquiète des réactions pour mon récit. J’ai un peu peur, c’est un récit que je ne voulais pas publier. On m’a un peu forcé la main. Évidemment, je ne me considère pas du tout comme un écrivain. En même temps, j’adore les écrivains, j’adore lire et j’ai un très très grand respect pour l’écriture, donc, évidemment, je me suis donné un mal de chien pour écrire correctement.

Ce livre est-il vraiment entièrement autobiographique ?

C’est nourri de mon vécu, mais il y a aussi beaucoup de subjectivités et de fantasmes. Dans un premier temps, je n’ai pas écrit tout ça pour que cela soit publié. Depuis le succès de mon autobiographie, mon éditeur me presse un peu pour que je poursuive dans une voie littéraire. Il prétend que j’écris bien. J’ai commencé à travailler sur un livre sur la spiritualité, puis j’ai abandonné le projet parce que j’ai réalisé que je n’avais aucune crédibilité pour faire ça, c’est dire s’il me reste encore un peu de lucidité sur moi-même (rires). C’est sacré la spiritualité, il ne faut pas faire n’importe quoi. Bref, mon éditeur qui avait lu un chapitre ou deux de ce récit m’a relancé avec insistance par rapport à ça. Ce qui m’a incité à accepter, c’est l’avis de Jean-Marie Périer, qui est mon premier grand amour, mais qui est mon ami depuis toujours. Il a lu quelques pages et il m’a fortement conseillé de le sortir. Je peux dire même qu’il a été catégorique.

Votre héroïne, vous donc, rencontre des hommes qui sont comme elle. Ils n’arrivent pas à communiquer leurs sentiments.

Par moment, on est tellement empêtré dans ses inhibitions et ses difficultés à communiquer, qu’on en occulte totalement l’éventualité que l’autre puisse être aussi empêtré que vous.

Vous avez peur des réactions des gens après lecture de votre récit ?

Je ne serais pas étonnée d’avoir des critiques très négatives. Je ne suis pas sûre de moi du tout pour ça. Pas du tout du tout. Avant les dernières épreuves, on devient fou parce qu’on relie, on remanie. Jusqu’à la dernière seconde, on trouve encore des choses à améliorer. Tout ça rend fou. Moi, j’ai une indigestion de ce texte, je ne veux plus jamais le lire. Je n’ai plus du tout le recul, donc je ne sais plus du tout si c’est bien, si ce n’est pas bien. Je pense que mon livre n’est pas grand  public. Mon éditeur pense le contraire, mais moi je pense qu’il est fou.

Avant de lire la suite de cette interviews, deux autres titres somptueux...

"Si vous n'aviez rien à me dire"

"Normandia"

Travaillez-vous tout le temps ?

Je n’écris que quand je prépare un album, sinon je lis énormément. Je lis trop.

Oui, votre amour de la littérature se perçoit même dans vos chansons. La chanson « L’amour Fou » est inspirée d’un roman d’Henry James par exemple. C’est la littérature du 19e qui trouve grâce à vous yeux ?

Je n’aime que ça. Les deux écrivains sur lesquels je me suis focalisée depuis 6 ans sont Édith Warton et Henry James. Focalisation totale parce que je les ai lus et je les relis.

Quel est votre rapport à l’objet livre.

Mes livres sont dans des bibliothèques fermées pour les protéger. Ce sont pour moi des objets précieux, même les livres de poche. Ils sont précieux par leur contenu. J’ai relu récemment Adolphe de Benjamin Constant, ça m’a fait autant d’effet que la première fois. Un peu avant, j’ai relu aussi Adrienne Mesurat de Julien Green. Un chef-d’œuvre absolu ! Aujourd’hui, au point où j’en suis, j’ai plus envie de relire des livres que j’ai adorés étant plus jeune plutôt que de découvrir des auteurs actuels. Je ne suis pas intéressée par les auteurs actuels.

Aucun ?

Le dernier qui m’ait intéressé, c’est Houellebecq. Quand j’ai vu la première fois Houellebecq à la télévision, il m’a touché. Il m’a donné le sentiment de percevoir à quel point il avait de la souffrance en lui. C’est pour ça que j’ai eu envie de le lire. Uniquement. Sinon, le seul grand auteur français contemporain, pour moi, c’est Patrick Modiano. Cet ami de très longue date est grand, sous tout rapport. Je ne me lasse pas de sa littérature. Son style a une force d’envoûtement incroyable !

Après ce récit-là, vous songez à en écrire un autre ?

Pas du tout. Je vais vous dire franchement, comme je suis en ce moment, j’ai du mal à me projeter dans l’avenir.

Vous êtes étonnée, parfois, d’être encore là à continuer votre métier de chanteuse ?

Je vais vous raconter une chose. Quand j’ai eu 18 ans, j’ai enregistré mon premier disque, « Tous les garçons et les filles », qui a eu le succès que l’on sait. J’ai signé un contrat de 5 ans avec ma maison de disque. Et je me souvienscomme si c’était hier, de m’être dit : « Mais dans 5 ans, plus personne ne me connaîtra ! ». Finalement, malgré mon parcours en dent de scie, avec des hauts et des bas, je suis encore là.

Si vos derniers albums ne sont pas beaucoup vendus, les critiques étaient dithyrambiques.

J’ai eu la chance d’avoir un bon accueil de la part des médias. La plupart du temps, j’ai eu de bonnes relations avec mes maisons de disque et aussi avec les gens de radio.

Un dernier titre. Peut-être le plus émouvant. Peut-être...

"Rendez-vous dans une autre vie".

Avant de vous rencontrer, je me suis dit que vous deviez en avoir marre de rencontrer des journalistes depuis 50 ans.

Ça ne me dérange pas parce que j’aime bien papoter, j’aime bien les têtes à têtes. L’entrevue ne me dérange pas, je suis plus dérangée quand je lis de ce que l’on fait de mes propos. Là, ça me rend souvent malade.

Je vous assure que moi, je ne déforme jamais les propos des artistes que j’interviewe.

Ah, mais attendez ! Ça ne suffit pas, parce qu’il y a beaucoup de journalistes qui retranscrivent mot à mot et qui ne font absolument pas le travail de transposition qui est nécessaire entre le langage parlé et le langage écrit.

Je vous assure que je fais ce travail, rassurez-vous !

Je vous dis ça parce que la dernière interview que j’ai faite récemment, j’étais consternée par le résultat. Je me suis dit que le prochain journaliste que j’allais voir, je ferais très attention. En fait, j’ai compris, ce n’est pas le cas avec vous, c’est le journaliste lui-même qui part dans tous les sens. Quand il part dans tous les sens, vous ne pouvez pas avoir un discours structuré. Bref, de toute manière, je suis meilleure à l’écrit qu’à l’oral.

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Avec Françoise Hardy, le 10 octobre 2012, chez elle.

05 novembre 2012

Interview : Audrey Lamy pour Dernières avant Végas

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Audrey Lamy est une des comédiennes du moment qui montent. Je l'ai interviewé par téléphone pour Le Magazine des espaces culturels Leclerc (daté du mois de novembre 2012), à l'occasion de la sortie du DVD de son spectacle Dernières avant Végas (qui sort le 14 novembre prochain). Donc service minimun pour Mandor. Je tiens à préciser que je ne parviens JAMAIS à obtenir un rendez-vous en tête à tête avec les humoristes. Toujours "overbookés". Les écrivains, les chanteurs, finger in the noise (mes nombreuses années de journaliste dans ces deux milieux doivent compter), les comédiens de "one man show", nada (faut dire, je débute en comique). Un phoner. Du coup, interview banale qui ne met pas autant qu'il le mériterait un artiste en avant. Avec Audrey Lamy, il y avait pourtant à creuser...

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Quelques extraits du DVD...

04 novembre 2012

Pia Petersen : interview pour Le chien de Don Quichotte

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DSC03016.JPGLa première fois que j’ai rencontré Pia Petersen, c’était Au Père Tranquille, le 23 janvier 2012. J’avais rendez-vous avec Alain Mabanckou pour une interview (que vous pouvez lire ici). Il était en train de déjeuner avec sa collègue auteure. Ils se connaissent depuis longtemps et se respectent beaucoup.

Nous avons beaucoup parlé avec Pia après l’interview et, très vite, j’ai eu envie de mieux la connaître. Nous avons donc convenu que je la mandoriserais pour son prochain livre, si celui-ci m’intéressait. J’ai reçu au mois de mars dernier Le chien de Don Quichotte, mais je ne l’ai lu que récemment. Un livre qui m’a passionné et qui m’a beaucoup étonné. Tant de choses dites à travers un roman noir. Ce livre n’est pas qu’un thriller, c’est un livre philosophique déguisé. L’écriture de Pia Petersen est beaucoup plus maline qu’on pourrait éventuellement le supposer si on ne creuse pas profondément son texte. Le chien de Don Quichotte est un livre sur le changement comportemental. Notamment. Comment passer du mal au bien ? Le peut-on réellement ?

395276_3116797203916_1354301411_n.jpgL’histoire :

Hugo est le porte-flingue heureux d'un patron véreux. Une vie bien réglée, qui bascule furieusement quand un prêtre imbibé jusqu'à l'os donne à Hugo un livre, dont le héros est un homme bon, prêt à tout pour protéger les faibles. Cette lecture bouleverse Hugo : lui aussi veut faire le bien. II ne veut plus tuer.
Oui, mais voilà, il n'est pas simple de protéger les gens quand on a pour mission de dézinguer... Et cette bande de hackers, les «vendredi 13», ne lui facilitent pas la tâche : en piratant les comptes de son patron, ils déclarent la guerre ouverte. Les hostilités doivent commencer. Quelle galère !

L’auteure:

Née à Copenhague, Pia Petersen s'installe en France afin d'écrire en français. Elle y fait des rencontres, des petits boulots, des études de philo, monte une librairie puis, en 2000, se lance enfin dans l'écriture. Elle a notamment reçu le Prix de la Bastide 2011 pour Une livre de chair, et le Prix marseillais du polar 2009 pour louri, parus chez Actes Sud.

Le chien de Don Quichotte est sorti dans la collection "Vendredi 13" aux Éditions La Branche (le 29 mars 2012). Le concept de cette collection : 13 auteurs, 13 titres, 13 histoires, une publication mensuelle pendant 13 mois. Chaque écrivain de la collection doit donc écrire autour de cette date, "Vendredi 13".

Pia Petersen est venue à l’agence le 12 octobre dernier. Elle s’est beaucoup livrée dans cet entretien. Il me semble que vous pourriez lire un résumé de sa vie ici pour, peut-être, mieux comprendre certains aspects de sa vie évoquée avec moi…

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pia petersen,le chien de don quichotte,interview,mandorInterview :

À 7 ans, vous avez dit à vos parents que vous alliez devenir écrivain et que vous alliez révolutionner la langue.

J’ai écrit sur une carte postale destinée à mon père que j’allais libérer le verbe. À cet âge-là, j’avais un langage d’adulte.

Ma petite fille à moi à 7 ans, justement. Elle ne pense pas encore à devenir écrivain et libérer le verbe.

Si on ne m’avait pas montré la carte, j’avoue que je n’aurais pas cru que j’avais écrit ça. Dès que j’ai commencé à écrire l’alphabet, je me suis intéressée aux livres. J’étais plutôt précoce. J’ai eu une expérience de mort imminente à l’âge de 4 ans. Ça m’a fait murir beaucoup plus vite et débloquer quelque chose en moi. Je ne sais pas trop quoi, mais j’ai toujours été attirée par l’essentiel et j’ai toujours suivi ce que j’ai voulu faire. Sans frein.

Vous avez voyagé partout, vous avez traîné avec toutes sortes de gens et pas mal de personnes « bizarres »…

Je n’avais aucun soutien de la part de ma famille. Je me suis vraiment battue pour m’en sortir. Le paradoxe, c’est que je viens du pays le plus heureux du monde et je suis partie pour faire la manche en France. C’est plus facile de partir d’un pays qui est en guerre que partir d’un pays où vous avez tout.

Quand vous êtes arrivée en France, vous ne parliez pas la langue du pays.

J’ai pris la fuite du Danemark à l’âge de 16 ans. J’ai commencé à apprendre le français en arrivant, effectivement. Mon apprentissage de la langue s’est déroulé en lisant Stendhal.

Vous avez vécu des choses difficiles dans votre vie. C’est difficile de résumer ce qu’il pia petersen,le chien de don quichotte,interview,mandors’est passé.

D’abord, je suis passée par la Grèce et j’étais dans un état tout à fait secondaire. Après je suis revenu au Danemark, j’ai travaillé dans un hôtel, mais je me suis fait licencier à cause d’une affaire assez sombre. Ensuite, je me suis fait récupérer par une espèce de secte. Ça a duré un an, mais j’étais la cible du gourou qui voulait m’intégrer à son harem. J’étais devenu autiste, je ne répondais plus à rien. J’ai rencontré quelqu’un qui m’a donné la possibilité de partir de la secte, mais du coup, je me suis retrouvée dans un milieu un peu délinquant. J’ai connu beaucoup de truands…

Je vais faire de la psychologie de comptoir. Est-ce que la littérature et l’écriture vous a permis de vous en sortir ?

Je ne sais pas. Ce que je sais, c’est que, quand j’étais gosse, j’ai eu une professeure qui a complètement flippé en lisant ce que j’écrivais. La mort était très présente dans mes écrits, mais personnifiée. La mort, pour moi, était quelqu’un, une personne qui me suivait, qui me courait après. Mes textes étaient d’une violence très adulte. Cette professeure avait peur de moi et de mon tel besoin de liberté. Elle n’arrivait pas à gérer ma façon de pensée philosophique. Comme tout le monde me trouvait « bizarre », « différente », « pas comme les autres », du coup, j’avais peur d’écrire mes réflexions profondes. En plus, mes deux yeux de couleurs différentes ne m’ont pas beaucoup aidé. J’ai commencé à avoir peur de moi-même et de ce que j’étais. J’étais dans la fuite perpétuelle de moi-même parce que j’avais peur de ce que je pouvais faire.

Quand on n’est pas français et que l’on écrit en français, a-t-on envie d’écrire mieux ?

J’ai toujours eu une personnalité très forte et une écriture qui m’est propre, quelle que soit la langue. Mon rêve c’était d’écrire des textes à la Chateaubriand, Victor Hugo, des textes flamboyants. Des textes dont on m’aurait dit qu’ils sont somptueux. Je me suis rendu compte que mon style n’était pas celui-là et qu’il fallait que j’assume mon écriture telle qu’elle était. J’ai commencé à travailler pour apprendre à être ce que j’étais. C’était un processus assez long. En même temps, quand j'ai étudié la philosophie, j'ai assez vite compris qu'on apprend à maquiller avec des beaux mots le fait qu’on n’a rien à dire.Comme j’étais passée à travers beaucoup de choses avec un rapport décalé à la vie,  je ne voulais pas masquer, je préférais aller vers quelque chose de plus simple. J’ai préféré travailler sur le rythme et l’articulation pour faire ressortir  le fond.

41V0R3VSPSL._SL500_AA300_.jpgEst-ce que vos éditeurs ont tenté de vous ramener vers un style plus… disons plus conventionnel ?

Oui, Hubert Nyssen (éditeur de la maison d’édition Actes Sud) pour Le jeu de la facilité était stupéfait. Je dois dire que pour l’inciter à me publier, je lui avais envoyé tout ce que j’avais écrit. Il a tout lu deux fois, il  m’a demandé que je reste à sa proximité pour qu’il puisse voir comment j’évolue. Pour mes deux premiers romans, il a tenté de rentrer dans mon écriture. Ce n’est pas évident, parce que j’ai une syntaxe un peu  à part. Il voulait arranger ça, il avait l’impression qu’il fallait mettre de l’ordre. Au bout de 15 pages, il s’est rendu compte que s’il déplaçait quoi que ce soit, il n’y avait plus de roman. Tout s’effondrait. Indéniablement, il n’y a que moi qui pouvais rentrer dans mon texte, voir où on pouvait rectifier le tir et savoir ou on pouvait éliminer quelque chose. C’est magnifique d’avoir un éditeur qui reconnait qu’il ne peut rien faire lui-même. Il a su voir qu’en moi, il n’y avait pas que du romanesque.

Dans votre œuvre, peut-on dire qu’il y a une suite « logique », que tout se rejoint ?

Un peu à la manière d’une comédie humaine, mais avec les préoccupations d’aujourd’hui. J’ai une suite d’idées développée dans chaque roman. Je pose un peu des « problématiques » et dans chaque roman j’aborde la chose différemment, selon un certain angle de vue.

Dans Le chien de Don Quichotte, quel est le thème qui vous préoccupe ?

C’est le changement de vie. C’est un vrai fil conducteur dans mes romans… et je suis bien placée pour en parler. Au démarrage, on est éduqué, on suit notre scolarité, on suit une voie un peu automatique que l’on n’a pas forcément soi-même choisie et à un moment donné, il y a toujours une rupture. Quelqu’un qui veut vous inciter à aller vers autre chose.

Vous me disiez tout à l’heure, en off, qu’en ce moment, vous circulez beaucoup autour depia petersen,le chien de don quichotte,interview,mandor l’idée de héros.

Robin des Bois et aussi Superman sont mes héros préférés. Il manque aujourd’hui des gens présents pour nous aider à avancer. J’ai remarqué que la littérature a un peu détruit l’idée de héros, en mettant en place beaucoup d’anti héros. C’est séduisant parce qu’on peut aller très loin, mais en même temps c’est dangereux parce qu’après, on n’a plus rien. L’espoir qu’on a pour s’en sortir et faire quelque chose de sa vie, n’est pas évident dans les romans d’aujourd’hui. Je me suis demandé comment je pouvais remettre en avant l’espoir. Du coup, j’ai travaillé sur Robin des bois et Don Quichotte.

Dans votre livre, un prêtre offre un livre à un tueur à gages. À partir de ce moment-là, ce dernier va décider de changer de vie et de tenter de faire le bien.

Hugo est un fonctionnaire de la mort, mais privatisé. Il travaille pour un grand patron qui le charge d’éliminer ceux qui le gênent dans ses entreprises. Malgré son envie de faire le bien, les gens qu’ils croisent meurent les uns après les autres. Une question s’impose : est-il facile de changer ?

Comment jugez-vous votre écriture ?

C’est une écriture contemporaine qui a des échos. Elle est proche de celle de James Frey et de Comac McCarthy dans laquelle on retrouve le même type d’ambiance. Je suis tout le temps dans l’oralité, il y a une musique. Je n’écoute jamais de musique chez moi, mais j’écoute beaucoup la musique de la langue. Je ne veux pas surcharger avec un vocabulaire qui ne sera pas forcément utile.

Il y a beaucoup d’humour noir dans votre roman.

Je suis danoise, ne l’oubliez pas. L’humour danois est plus noir que l’humour anglais. C’est un peu le même type d’humour, mais il va encore plus loin.

Dans ce livre, on en apprend beaucoup sur les rapports humains, sur la société... mais de manière sous-jacente.

Je me rendais compte, déjà quand je faisais de la philo, que mes collègues étudiants étaient très réticents à l’idée de penser, très réticents aussi à se poser des questions, à contrarier ses propres points de vue. Aujourd’hui, en règle générale, on ne peut pas penser directement, alors j’utilise le roman pour poser des questions très importantes sur la société, sur le bien, le mal… le bien et le mal d’aujourd’hui ne sont pas les mêmes qu’il y a 50 ans. Comment peut- on amener les gens à s’interroger sur tout ça ? Par le roman. De manière cachée, donc, et pas frontale, pas visible. Il faut que les gens rentrent dans une démarche de pensée sans s’en rendre compte. Moi, je ne donne pas mes idées dans mes livres, je ne prends pas non plus position, je veux juste provoquer le débat.

Vous posez en tout cas une question que je juge importante. Peut-on sacrifier sa vie pour 223349_1059621895819_2122_n.jpgses idéaux ?

J‘ai déjà écrit un livre sur la question, Iouri. Iouri est un brillant artiste plasticien hostile aux mesures sécuritaires de notre époque, qui décide de s'engager dans une démarche artistique radicale. Dans ce livre, en même temps, je justifie aussi l’acte de terrorisme comme étant quelque chose d’important pour l’humanité parce que si personne n’est capable d’aller aussi loin, à mon avis, il n’y a plus d’humanité possible. J’explique cela clairement dans Iouri, mais jamais personne ne l’a relevé, alors que c’est écrit noir sur blanc. Les gens ont parfois des œillères lorsqu’ils lisent.

Vous écrivez tout le temps ?

Oui.

Dans le but d’être publiée systématiquement ?

Oui, parce que je veux être lue. J’ai beaucoup de travail en cours. J’ai un roman qui sort au mois de janvier 2013, « Un écrivain, un vrai ». C’est l’histoire d’un écrivain français qui vit aux États-Unis depuis  des années et qui vient de recevoir « l’International Book Prize ». Il est donc au summum de sa gloire et il a accepté, dans la foulée, une émission de télé-réalité chez lui, dont il est le principal acteur. C’est le début du roman participatif. Il va écrire un roman sous l’œil des caméras et avec l’intervention sur l’histoire de son livre en cours. Tous les jours ce qu’il a écrit dans la journée va être montré tout de suite à la télé.Il voudrait rendre la littérature accessible à tous, mais c’est lui qui risque d’y perdre sa puissance créatrice… Une dénonciation du règne du storytelling au détriment de la pensée.

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03 novembre 2012

Pourquoi j’ai aimé "Stars 80".

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img136.jpgHier, je suis allé voir Stars 80. Film projeté à l’UGC Enghien, fort judicieusement (ironie) dans la petite salle de ce complexe cinématographique. Cette salle (pas plus grande qu’un salon) à la particularité d’avoir un écran à peine plus grand qu’un home vidéo. Résultat, cohue générale pour tenter d’obtenir une place honorable et spectateurs rejetés pour cause de « yaplusdeplacecirculezm’sieursdames ». C’est assez symptomatique du peu de cas que l’on fait d’un film dit « populaire ». Il faut quand même être tout à fait con pour décider de placer un film de cette nature (dont la logique voudrait qu’on le projette dans les conditions les plus optimales puisque c’est un film dont de très nombreuses scènes sont musicales et dans les conditions de concerts flamboyants), sur un écran minuscule. Bref, je me suis installé au premier rang pour voir ce film.

Bande annonce...


BANDE-ANNONCE DU FILM "STARS 80" par patbrest

Pour être clair, je suis venu en ami. Un peu conquis d’avance. La musique des années 80, j’ai connu de l’intérieur et ses stars, j’ai côtoyé souvent. Ayant commencé la radio en 1982 et ayant traversé cette décennie sans interrompre mes activités radiophoniques, j’ai évidemment diffusé tous ces artistes et les ai interviewés un nombre considérable de fois. (Voir les photos uniquement des années 80 qui ornent cette chronique. Je n’ai choisi que les artistes tenant un rôle dans le film.)

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Quid du film, justement ? Ce n’est pas un film d’auteur, certes, mais je trouve l’histoire bien menée et les acteurs, s’ils ne sont pas tous professionnels (je parle évidemment des stars des années 80), sont très touchants. J’ai été stupéfait par le recul et l’ironie dont ils font preuve face à eux-mêmes et  à leurs conditions. En particulier Sloane, Cookie Dingler et Jean-Luc Lahaye. Ils sont allés très loin. J’applaudis des deux mains tant de seconds degrés. Stars 80 est un film conçu pour nous émouvoir et nous faire rire. Mission réussie. Toute la salle (60 personnes, donc) est sortie avec le sourire, la banane et en fredonnant des chansons à tue tête et le sourire aux lèvres. Voilà, c’est sûr, on n’a pas mal à la tête, mais ça nous a fait un bien fou.

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Encore, une fois, personnellement, en regardant ce film, je me suis projeté des années en arrière et ça m’a pas mal remué. Cette époque me renvoie à des évènements de ma vie, gais ou moches, mais intenses, à des moments de ma vie professionnelle ou l’insouciance et l’argent régnaient et enfin à des amitiés d’avant (comme Mader, par exemple, qui était devenu un ami et dont je n’ai plus aucune nouvelle depuis des années, certainement par ma faute).

Bref, Stars 80, m’a chamboulé. Je suis sorti de la projection la gorge un peu nouée par l’émotion. Je sais que beaucoup ne comprendront pas, mais c’est ainsi. Ce film m’a touché. Profondément.

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(Précision : je ne suis pas nostalgique de ce temps-là. Ce que je fais aujourd’hui m’intéresse plus encore et je continue à naviguer dans le monde de la musique d’aujourd’hui, je n’ai donc aucun regret sur une période révolue. Juste, parfois, ça fait du bien de se replonger dans un passé que tu as vécu à 100%. Le truc, et c’est là tout le nœud de mon émotion, je suppose, c’est que tu te rends compte que tu as vieilli. Tout le monde regarde ces artistes comme des artistes cultes, je les ai connus quand ils ne l’étaient pas. Ça fait drôle de ne pas voir le temps passer et de constater en allant au cinéma, qu’au contraire, il file à la vitesse de la lumière.)

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02 novembre 2012

Daguerre : Interview pour la sortie de Mandragore

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(Photo : Eric Vernazobres)

Il y a parfois des artistes dont je ne comprends pas que nos routes ne se soient pas encore croisées. Daguerre, j’ai tous ses disques et j’observe de loin sa carrière depuis des années. J’aime sa voix et ses chansons écorchées. C’est un rockeur qui s’est caché dans la chanson française. Pour foutre son bordel dans un genre musical parfois un peu plan-plan. Lui aime bousculer et prendre aux tripes.

Daguerre est donc venu à l’agence, le lendemain de la sortie de son disque Mandragore. Merci à lui, car il était assez tôt (et était en concert au Zèbre de Belleville la veille). L’interview s'est donc tenue sous intraveineuse de café fort.

522632_443956845628388_251678131_n.jpgBio officielle (légèrement tronquée) :

A 20 ans, Olivier Daguerre fait ses premiers pas d'auteur-compositeur interprète en créant en 1990 le groupe rock parisien "Les veilleurs de nuit". L'aventure va durer 10 ans avec 3 albums produits et plus de 600 concerts. En 2000 le groupe se sépare, Daguerre part s'installer dans le Pays Basque de son enfance.
Ce n'est que 4 ans plus tard, en 2004, qu'il se lance dans un nouveau projet musical qui portera son propre nom.
En 2005, Daguerre sort Ici je, un premier album autoproduit. La même année il croise la route de deux artistes majeurs: Francis Cabrel qui produit en 2006 "Ô désirs" son deuxième opus, et Cali, qui en 2008 prend Daguerre sous son aile via son label "BCBA Music" qu'il vient de créer avec son ami Bruno Buzan. Un troisième album "le cœur entre les dents" voit le jour.

487123_495218813835524_1112032688_n.jpgSon quatrième album, Mandragore (BCBA Music/Wagram) est sorti le 8 octobre dernier.
Fidèle à ses valeurs et en amitié, comme le sont ses dignes parrains artistiques Cali (qui assure avec Geoffrey Burton la réalisation de ce nouvel album) ou encore Francis Cabrel (invité pour un joli duo "Carmen" en hommage au poète Théophile Gautier), Daguerre nous propose onze nouvelles chansons aux arrangements incisifs, palette de sentiments transcendée tantôt par des rifts tranchants tantôt par des cordes mélancoliques.

Voici sa page Facebook officielle.

Interview:

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Tu as une carrière de chanteur rock punk dans un groupe, il y a quelques années.

C’est assez classique dans le parcours d’un groupe, surtout si on se remet dans le contexte. Le premier album, j’avais 17 ans, fin des années 80, début des années 90. J’ai vécu toute l’utopie du rock alternatif français de l’époque. Tout était désintéressé. On savait à peine jouer qu’on était déjà sur scène. On faisait 110 concerts par an. On était souvent à huis clos et au bout d’un moment, tu deviens chanteur éducateur. Ça a duré presque une dizaine d’années activement.

Moi, j’ai vécu cette période comme journaliste et spectateur. Je voyais bien qu’il se passait beaucoup de choses entre tous les groupes. Il y avait à la fois beaucoup d’insouciance et beaucoup de partage. Ça faisait plaisir à voir.

Cet état d’esprit a complètement disparu. Quand je parle de cette époque à de jeunes musiciens, ils ne comprennent pas toujours. Et puis, je sens dans leurs yeux que ça fait un peu vieux con. C’était des années où en un an, tu vivais 5 ans.

Le clip de "Pour deux".

T’expliques-tu pourquoi, aujourd’hui, les choses ont tant changé dans le milieu artistique?

C’est un phénomène sociétal. C’est à l’image de ce qu’il se passe maintenant. A cette époque, on était moins individualiste. Tout était démarqué de tout enjeu financier. Il y avait moins de pression parce qu’il y avait un énorme réseau d’autoproduction et de petits lieux dans lesquels on jouait. C’était presque de la survie, mais tout le monde était content. On vivait au jour le jour, mais on vivait à 100% en faisant notre métier. On partageait les scènes avec les Satellites, la Mano, les Béru, les Têtes Raides, la Tordue, Louise Attaque… des groupes comme ça. C’était d’une richesse absolue.

Un jour, tu décides de sortir un EP perso… Il marchotte on va dire.

Le groupe s’est séparé parce qu’on a constaté qu’on n’avait plus de plaisir a monter sur scène. J’ai fait une petite pose de 4 ans. J’ai eu un enfant, j’avais besoin d’arrêter cette vie trépidante. Puis, je me suis remis à écrire. Le premier projet Daguerre, c’était en 2005. Mon autoproduit a eu un petit succès, mais en Aquitaine, où je m’étais installé. La région aquitaine a décidé de m’accompagner pendant deux ans et très rapidement, je commence à faire des premières parties assez importantes, puis j’atterris à Astaffort.

Évoquons Les rencontres d’Astaffort, c’est important, cette expérience, dans votre vie. De stagiaire, tu as fini professeur. En fait, tu es devenu pote avec Francis Cabrel.

A Astaffort, j’ai  rencontré d’abord Michel Françoise, son guitariste et alter ego musical. Très vite, nous avons convenu qu’il m’aiderait à faire mon premier album solo, Ô désir.  Francis est venu nous écouter un peu par hasard et discrètement. Il a décidé de me produire. C’est allé très vite après l’EP, puisqu’on est rentré en studio, un an plus tard, en 2006. J’ai travaillé deux mois dans les studios de Francis avec Michel Françoise. Pour moi, c’était inattendu. Voir Francis Cabrel passer presque timidement tous les jours, ça ne me paraissait pas logique.

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Quand on parle de tes références, on cite, Renaud, Brassens. Francis Cabrel n’est pas forcément cité. C’était quelqu’un qui comptait pour toi ?

Oui. On a tous des chansons de Francis dans la tête, qu’on le veuille ou non. J’ai toujours eu beaucoup de respect pour son œuvre et sa discrétion. Je ne l’avais pas vu sur scène, mais j’avais des disques de lui et son écriture m’intéressait. Comme Renaud et Souchon, ils ne sont pas nombreux à être orfèvres des mots avec un style bien à eux. Au fur et à mesure que l’on faisait connaissance, on s’est aperçu, avec Francis, qu’on avait beaucoup de choses en commun dans les goûts musicaux malgré notre différence générationnelle. On écoutait Johnny Cash, Bob Dylan ou Léonard Cohen. J’ai été aussi surpris par son sens de l’humour. Il me fait vraiment beaucoup rire.

Puisque l’on parle de Cabrel, on peut parler de « Carmen », chanson de ton album à laquelle il prête sa voix pour un beau duo. Mazette, un duo avec Cabrel ! Tout le monde ne peut pas s’en vanter…

Ça s’est fait tout naturellement. Comme s’est construite notre amitié. Petit à petit. Jamais rien n’est provoqué volontairement, ça s’écoule dans le temps. Il y a eu un projet « jeune public » qui s’est monté à Astaffort, « L’enfant porte », un conte imaginé par Yannick Jaulin, co-réalisé par Francis Cabrel et Michel Françoise. On a fait une tournée d’un an et demi et lui jouait comme musicien dans notre petite troupe. J’enregistrais Mandragore pendant cette tournée-là et lui me demandait souvent où j’en étais. « Carmen », c’est un poème de Théophile Gautier que j’ai mis en musique. Quand j’ai composé la musique, j’entendais derrière, la voix de Francis chanter en voix de tête. Je trouvais que ça allait bien avec ma musique. Un soir, en buvant un verre, je lui dis ça et il me propose qu’on écoute ma musique. Il me propose d’abord de me faire la guitare, puis très vite, il a bien voulu chanter avec moi. Comme ça, naturellement. Deux jours après, on enregistrait le titre.

Interview de Daguerre + interview de Francis Cabrel + extrait live duo avec Francis Cabrel à Strasbourg le 15 mars 2012 pour la soirée "Remise des Prix Centre des écritures de la Chanson Voix du Sud".

420000_365908803433193_1960955822_n.jpgOn sent dans ton écriture que tu aimes la belle littérature et les poèmes, notamment dans la chanson, « Sans beaucoup d’estimance ».

En toute honnêteté, j’ai beaucoup lu, mais aujourd’hui, je ne lis plus beaucoup. Entre 17 et 23 ans, j’ai eu une boulimie de lecture. De Dostoïevski à Kundera en passant par beaucoup de poésies assez classiques, Verlaine, Baudelaire, Prévert. D’ailleurs, la seule chose que je lis encore, c’est de la poésie. Mais, tout ce que j’ai lu avant, tout ce que j’ai écouté comme chanson française de mes maîtres, c’est un bagage qui reste à vie. Mon identité a été créée par tout ça.

Je veux parler d’une personne qui apparait sur plusieurs chansons, c’est Bertille Fraisse. Elle est violoniste, mais on l’entend beaucoup chanter.

Ça vient vraiment des productions de Léonard Cohen. Il a toujours des choristes incroyables. Il mélange sa voix très basse à des envolées lyriques formidables. En ce qui me concerne, ça a été une rencontre, comme toujours dans ce métier. Bertille jouait avec Kebous, le chanteur des Hurlements de Léo. J’ai été impressionné quand je l’ai vu sur une scène que nous partagions. Comme je voulais une disparité de grain dans mon album, j’ai pensé longtemps à sa voix, alors je lui ai demandé si ça l’intéressait de m’accompagner musicalement et vocalement sur mon disque.


montage daguerre et bertille fraisse par VOIXDUSUD47. "De la lumière".

431079_365908900099850_1145250628_n.jpgTu as dit : « l’amour est la seule croyance qui nous reste de nos jours ». C’est d’ailleurs le sujet principal de ton nouvel album. Mais pas que.

Dans ce monde, quand mal désabusé, pour ne pas être aigri, c’est ce qui nous sauve. L’entité de l’amour au sens large. Bon, une chanson d’amour, quel que soit l’angle, c’est sans arrêt traité par tous les chanteurs du monde entier. Après, il y a la façon d’amener ce sujet universel. Il y a l’art et la manière, si je puis dire. On n’est pas obligé d’en faire quelque chose de banal. Dans mes chansons, j’ai une priorité : que l’émotion saisisse au ventre. C’est une recherche physique.

Il y a une chanson qui parle d’un petit garçon qui part en vacances grâce à l’état, « Une journée à la mer ». Une des chansons les plus émouvantes, je trouve.

Je travaille beaucoup avec des adolescents sur des ateliers d’écriture, dans des endroits un peu défavorisés. Ces gamins sont complètement ignorés par les adultes, alors si tu t’intéresses à eux et qu’ils t’acceptent, ils débordent d’amour. Ils ne savent pas comment l’exprimer. La chanson leur a permis de dire beaucoup de choses, d’expulser des sentiments ou des évènements. C’est suite à ces rencontres bouleversantes que me viennent ce genre de chansons là.

Parlons de Cali à présent. Il a produit et réalisé cet album, comme il l’avait fait pour le précédent « Le cœur entre les dents ».

Lui, c’est différent de Cabrel. On est de la même génération et on s’est rencontré il y a dix ans. Pour mon premier concert sous le nom de Daguerre, je faisais sa première partie, alors qu’il n’était pas encore connu. Il y avait 100 personnes dans la salle. Il a explosé avec « C’est quand le bonheur ? », six mois après.

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Ensuite, pour faire vite, vous vous êtes recroisés souvent, avez pas mal fait la fête et une amitié est née.

Cali m’a beaucoup aidé, sans le dire. Il parlait toujours de partage. Jamais, il ne m’a montré qu’il avait plus de notoriété que moi. Il me disait simplement : « Viens en tournée, on fait dix dates ensemble ». Il disait toujours « on ».  Il m’a fait vivre des expériences extraordinaires, sur des tournées de Zénith par exemple. Ensemble, on rit, on parle et on fait pas mal la fête.

Tu attends quoi de ce quatrième album ? Enfin la rencontre avec un plus large public ?

Pour être tout à fait franc, je n’attends pas grand-chose. Comme je te le disais tout à l’heure, je viens du milieu alternatif ou il fallait constamment se démerder. Ça m’est resté encore aujourd’hui. Je n’anticipe jamais le lendemain. Tout se fait au jour le jour, je suis comme ça, je n’y peux rien. Ce n’est pas très confortable. Moi, ce que je veux, c’est un prétexte pour faire de la scène. Maintenant que cet album est sorti, je veux juste faire partager mes émotions au public. C’est une de mes raisons de vivre.

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01 novembre 2012

Prix Georges Moustaki 2013: comment ça marche?

prix georges moustaki, 2013, jury

Les Vendeurs d'Enclumes, lauréats 2012 du Prix Georges Moustaki (photo de Sand Mulas).

prix georges moustaki, 2013, juryRécemment, Thierry Cadet et Matthias Vincenot, les deux coordinateurs du Prix Georges Moustaki m’ont demandé d’intégrer le Jury 2013. Mon amour passionnel pour la chanson française et l’intérêt que je porte à mettre en avant ici (ou ailleurs) les jeunes artistes trop peu (ou pas du tout) médiatisés, ne m’ont pas fait hésiter un instant. Je ne vous cache pas être très fier de cette proposition, car fier (une seconde fois, après avoir accepté cette même fonction pour le Pic d'Or de Tarbes) d’ajouter ma petite pierre à ce grand édifice qu’est la chanson française. (Merci donc à Thierry et Matthias pour leur confiance).

Voici la page Facebook de ce prix. (Vous pouvez évidemment l'aimer/la liker)

Le Prix Georges Moustaki récompense un album français d’un label indépendant ou prix georges moustaki,2013,jurymême autoproduit, pour les auteurs, compositeurs et interprètes (ou groupes) sans distinction de style.

Le président d’honneur : Georges Moustaki

Le président du Jury 2013 : Alexis HK


Deux Prix sont décernés:
- Un Prix du jury

- Un Prix du public

Un jury de professionnels (journalistes, programmateurs…) désignera le Prix Georges Moustaki.

En 2011, MeliSsmell a remporté le Prix Georges Moustaki (Prix du jury et Prix du public).

En 2012, Vendeurs d'Enclumes a remporté le Prix Georges Moustaki (Prix du jury et Prix du public).

Amis artistes, voici comment participer :

Envoyez avant le 1er décembre 2012, un dossier comprenant :
- un album et/ou EP de 5 titres minimum, paru en 2012 (l’artiste ne doit pas avoir produit plus d’un CD et/ou 2 EP avant le disque présenté lors de la sélection).

- la biographie de l’artiste ou du groupe.

Les envois ne sont pas retournés.

Le tout doit être envoyé à l’adresse suivante :

Prix Georges Moustaki de l’album indépendant et autoproduit

Service Culturel de l’Université Paris-Sorbonne (Paris IV)

1, rue Victor Cousin

75005 Paris

Déroulement :
Sélections sur écoute CD par les membres du jury, puis 7 artistes sélectionnés
pour la Finale du Prix Georges Moustaki, qui se déroule le 22 février 2013 à 20 heures, dans le cadre de « Chanson française en Sorbonne», au Centre Malesherbes de l’Université Paris-Sorbonne (Paris IV), 108, boulevard Malesherbes à Paris 17e (métro Malesherbes), où deux Prix seront remis : Prix du Jury et Prix du Public.

Le Prix Georges Moustaki est organisé avec l’association Poésie et Chanson Sorbonne, avec le soutien de l’Université Paris-Sorbonne (Paris IV) et de son service culturel.

Pour finir, voici la liste des membres du jury 2013 (par ordre alphabétique):

François ALQUIER (Les chroniques de Mandor, « CD’aujourd’hui », France 2) / Sandrine AMADOUX (WAAA) / Laurent BALANDRAS (Balandras éditions) / Jean-Claude BARENS (FestiVal de Marne) / Olivier BAS (« CD’aujourd’hui », France 2) / Brigitte BATCAVE (Brigitte Batcave Promotion) / Stéphanie BERREBI (Francofans) / Serge BEYER (Longueur d’Ondes) / Chet (Cinq7) / Harold DAVID (La Scène du Balcon) / Laure DUHARD (Believe) / Vincent DRIES (Vice Président Click'n'rock), Patricia ESPANA (attachée de presse) / Alain FANTAPIE (Académie Charles Cros) / Sabine GEOFFROY (Blue Line) / Lilian GOLDSTEIN (Sacem, action culturelle) / Cristine HUDIN (Edito musiques) / Sarah ICHI (Spöka) / Michel KEMPER (blog Nos Enchanteurs) / Olivier MAISON (Marianne) / Gilles MEDIONI (L’Express) / Yann MIGOUBERT (Service Culturel de l’Université Paris-Sorbonne) / Marie-Ange MIRANDE (assistante de Georges MOUSTAKI) / Danièle MOLKO (Abacaba) / Sandrine MULAS (photographe) / Jean-Pierre PASQUALINI (Platine) / Jacques PESSIS (Le Figaro) / Benjamin PETROVER (Europe 1) / Isabelle PASQUIER (France-Inter) / Valentine PIERDAIT (Noomiz) / Dominique PREVOST (Festival Onlyfrench) / Stéphane RIVA (ACP, La Manufacture Chanson) / Didier VARROD (France-Inter).