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21 janvier 2022

Victoria Sio : interview pour son EP Tout est bon là et pour le film Aline

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(Photos : Elodie Daguin)

victoria sio,tout est bon là,aline,interview,mandorDans le film Aline, on n’entend qu’elle, pourtant Victoria Sio n’apparaît jamais visuellement à l’écran : cette chanteuse lyonnaise a tout simplement prêté sa formidable voix au personnage de Valérie Lemercier, très librement inspiré de Céline Dion (chez Mandor là et ici). Aline est une énorme carte de visite pour elle, mais ses compositions lui tiennent tout autant à cœur. Depuis quelques semaines, pour la promo, Victoria Sio jongle donc entre Aline et son EP, Tout est bon là.

L’occasion était belle pour une première rencontre. Alors qu’elle court un véritable marathon, c’est une Victoria Sio très sympathique, souriante et prolixe que j’ai retrouvée dans un hôtel de la capitale. Comme si la promo commençait, alors qu’il n’en était rien. Impressionnant !

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Pour écouter l’EP.

Mini biographie officielle :victoria sio,tout est bon là,aline,interview,mandor

Victoria Sio, chanteuse française d’origine italienne, se découvre très jeune une passion pour la musique. Découverte dans des projets conceptuels & collectifs (Le Roi Soleil, Les 3 Mousquetaires, générique de la série Heroes) Victoria est aujourd’hui et pour la première fois aux manettes de son propre projet qu’elle compose entièrement en collaboration avec l’artiste Mosimann (réalisateur / compositeur de l’album Mesdames de Grand Corps Malade, récompensé aux Victoires de la Musique). Récemment, elle a donné naissance à son premier EP, Tout est bon là. Avec un mélange de chanson française et d’électro, Victoria Sio apporte un vent de nouveauté sur la scène musicale française et signe le début d’une nouvelle étape dans sa carrière. À la fois percutant et enivrant, on s’immerge dans l’EP comme dans un slow-motion sur le monde qui nous entoure avec les émotions qui en découlent. Cet EP, c’est un cri du cœur sincère, celui d’une fille de 2022.

Parallèlement, elle est choisie pour être la voix chantée du film Aline (sortie mondiale, le 10 novembre dernier). Réalisé par Valérie Lemercier, le film, inspiré de la vie de Céline Dion, a été l’un des événements les plus attendus dans le monde du cinéma de l’année 2021.

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(Photos : Eliott Aubin)

victoria sio,tout est bon là,aline,interview,mandorInterview :

Votre double promo, Aline et votre EP, me rappelle Balavoine quand il faisait la promo pour Starmania et son premier album, Le chanteur.

Si je pouvais avoir le petit doigt de pied de la carrière de Balavoine, je trouverais ça pas mal. J’adore ce chanteur. En ce moment, je me sens dans une espèce de schizophrénie. Un jour je mets mes baskets pour mon projet, un autre, je mets mes talons pour aller au Festival de Cannes pour Aline. J’adore ça parce que je ne me cantonne pas à un seul registre et ça me plait de le montrer.

Parlons d’abord de l’EP, Tout est bon là.victoria sio,tout est bon là,aline,interview,mandor

C’est mon premier vrai disque. Avant celui-ci, j’ai fait des albums, mais ce n’était pas mes compositions. Je chantais les mots et les musiques des autres. Le premier était entièrement composé par André Manoukian. Le deuxième, c’était un atelier d’écriture dans lequel il y avait notamment Tété et Emmanuel Moire… le tout réalisé par Pierre Jaconelli. Pour moi, Tout est bon là est mon premier disque. C’est la vraie naissance de mes bébés. J’ai tout composé et j’ai co-écrit sur certains titres.

victoria sio,tout est bon là,aline,interview,mandorQuand on entend la BO d’Aline et cet EP, on pourrait croire que ce n’est pas la même chanteuse. Plus précisément, ce n’est pas la même façon de chanter.

Les gens me connaissent avec des projets conceptuels dans lesquels on me demandait de donner de la voix. J’ai joué le jeu parce que ça fait partie de moi, mais je voulais qu’aujourd’hui, on me connaisse dans mon propre registre. Il y a une base de variété française, mais avec quelque chose de plus couillu, sanguin, moins chanté… avec un peu plus de personnalité. C’est un univers mélodieux avec une touche plus electro, ce qui a emmené le réalisateur Mosimann dans ce projet. Dans Aline, c’est vocalement plus technique.

Clip de "De belle à moche".

On sent dans cet EP, une jeune femme au caractère bien trempé. Vous vous montrez enfin tel que vous êtes ?

Quand on est chanteur, on a la possibilité de faire passer des messages ou des sous-lectures discrètes. Je ne suis pas quelqu’un qui a le poing levé. Je ne suis pas revendicatrice, mais j’ai la possibilité d’évoquer des sujets qui me tiennent à cœur, comme dans « Belle à moche ». Cette chanson parle du jugement physique. Je raconte comment, en un claquement de doigts, on peut être désirée dans le regard de l’autre et traitée de sale pute ou connasse, si on ne répond pas positivement aux sollicitations. Toutes les femmes ont vécu cela dans la rue. On devrait tous, femmes et hommes, se libérer de cet impératif de beauté et se moquer du jugement des autres.

Et vous dites quoi dans FMLP (acronyme de Foutez-moi la paix) ?

Cette chanson est née d’une journée pourrie que j’avais passé. Tout le monde m’avait saoulé. J’ai appelé mon amie et auteure Dobriski pour lui raconter cela et elle me répond qu’il en était de même pour elle. Elle a donc décidé d’écrire sur ce sujet que tout le monde a vécu mille et une fois. J’ai reçu beaucoup de message de personnes qui se retrouvaient dans cette chanson. Pour certaines personnes, c’est devenu leur cri du cœur.

Clip de "FMLP".

Dans Gaïa (c’est la Terre en grec), il est donc question d’écologie, mais avec un angle très original.

Gaïa, c’était aussi le nom de ma chienne, qui n’est plus là. A travers ses yeux, je raconte ce que font les humains de la planète. Cette chanson est née un jour où j’ai lancé une balle à ma chienne et qu’elle m’a ramené dans sa gueule quelque chose en plastique. Ça a été le déclic.

Vous faites ce métier depuis l’âge de 11 ans et soudain vous explosez grâce à la bonne fée Valérie Lemercier.

Les projets que j’ai faits ont toujours bien fonctionné. Les comédies musicales Le Roi Soleil, Les Trois Mousquetaires ont été des cartons. La chanson du générique de Heroes a été un gros succès aussi. J’ai eu de la chance, je n’ai jamais participé à aucun bide, mais à chaque fois, la star du projet, c’était le projet. Aujourd’hui, en faisant une analyse sur moi, j’ai compris que je me suis volontairement cachée derrière des projets collectifs parce que je n’étais pas encore prête. Je ne voulais pas être soliste. J’avais peur d’assumer seule un projet, j’avais peur qu’on ne m’aime pas, j’avais peur de l’abandon… A la trentaine, j’ai réalisé qu’il fallait que je franchisse le cap et que je me mette derrière un piano, une guitare, un ordi et que je crée ma propre musique. C’est ce que j’ai fait.

Cover de "Pour que tu m'aimes encore" par Victoria Sio sur RFM.

Et faire la voix de Céline Dion dans Aline, sans réellement faire sa voix, c’était compliqué ?

J’étais bien coachée par Valérie. Elle m’a bien expliqué comment apprivoiser la bête. Nous nous sommes attaquées à un monstre de la musique. Céline Dion est pour moi une des plus grandes chanteuses au monde. Les chansons qu’elle interprète sont dans le cœur des gens depuis des années.

Il ne fallait pas l’imiter.

Non, parce que de toute façon, je ne suis pas imitatrice. Il ne fallait pas trop en faire, mais réussir à l’évoquer. La difficulté principale était de trouver le juste milieu.

Vous chantez 16 chansons de Céline Dion, de son adolescence à aujourd’hui. Là encore, c’est une façon différente d’interpréter.

Il y a effectivement une vraie évolution vocale dans toutes les chansons. A 13 ans, elle a une voix un peu maladroite et nasillarde, elle roule encore les R. En trois mois, ça a été beaucoup de travail, mais je voulais que Valérie soit fière de moi. Parfois, j’ai refait des chansons 20 fois.

Aline. Une voix exceptionnelle avec Victoria Sio (making-of).

Quand vous avez vu le film pour la première fois, ça vous avez fait quoi ?

(Rires). C’était très étrange parce que je m’entendais, mais ce n’était pas mon enveloppe corporelle. Valérie, elle, se voyait, mais ce n’était pas sa voix. On se regardait pendant la projection. C’était très fort parce qu’on avait compris qu’on avait bien travaillé. Mon entourage qui était là aussi était très ému, ça m’a beaucoup rassuré.

Valérie Lemercier vous a mis beaucoup en avant pour ce film.

Elle le fait avec tous les comédiens, mais c’est vrai qu’elle m’a emmené partout. Elle n’était pas obligée de me demander de venir au Festival de Cannes ou sur le canapé de Michel Drucker. C’est une femme généreuse et bienveillante. Je ne cesserai de la remercier. Le coup de projecteur qu’elle me donne grâce à Aline donne un sacré coup de projecteur à mon projet personnel.

Le Live de C à Vous : Valérie Lemercier et Victoria Sio chantent "Je sais pas", le 5 novembre 2021.

Cet EP est, j’imagine, annonciateur d’un album ?

Oui. Il contiendra les 5 titres originaux de l’EP et d’autres sur lesquels je suis en train de travailler en ce moment.

Vous qui avez fait quelques comédies musicales, j’imagine que vous savez que Starmania revient à partir du 8 novembre 2022. Ça vous intéresserait d’y jouer un rôle ?

Oui, je suis au courant. On m’a proposé de participer aux auditions.

Je vous verrais bien dans le rôle de Sadia.

Et bien, ce n’est pas le rôle pour lequel j’ai été pressentie. C’est pour Marie-Jeanne. Céline Dion a chanté « Ziggy », « Les uns contre les autres »… il y a une suite logique. J’ai décliné parce que j’étais en plein Aline et sur mon EP. Je ne voulais pas me perdre.

victoria sio,tout est bon là,aline,interview,mandor(Photo à gauche, Victoria Sio et Maurane à l'Olympia en 2012).

Vous avez une histoire personnelle avec ce rôle de Marie-Jeanne.

Oui. Il a été interprété par Maurane, puis par Réjane Perry qui étaient deux grandes amies à moi. J’ai toujours dit dans mes interviews que si je devais refaire une comédie musicale, ce serait Le Roi Soleil parce que cette expérience m’a marqué, soit Starmania pour rendre hommage à mes amies aujourd’hui disparues.

Maurane était quelqu’un de très sensible.

Moi aussi, je suis une hyper sensible. Un rôle pourrait me vampiriser comme ce fut le cas pour elle avec Marie-Jeanne. Heureusement, je suis bien entourée. Je sais que j’ai mes piliers et que je tracerai quoi qu’il arrive.

C’est difficile d’être une artiste aujourd’hui ?

Je suis contente parce que ça se passe positivement en ce moment. Je me prends des vagues d’amour et ça fait du bien. Quand tu fais ce métier, tu as forcément envie de toucher le cœur des gens, tu as forcément envie d’être connue, mais aussi d’être reconnue pour ton travail. Être artiste est une bataille constante. Les modes musicales changent, il faut donc être sans cesse à la page, voire précurseur. Aujourd’hui, chanter juste ne suffit plus. Il faut une histoire, un background. Il faut être un personnage, être looké, savoir gérer ses réseaux sociaux, son image…

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Avec Victoria Sio, après l'interview à l'Idol Hôtel.

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20 janvier 2022

Mélie Fraisse : interview pour l'EP Eclosion tardive

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(Photo : Poppy Moukoukenoff)

Mélie Fraisse est une belle découverte. J’étais passé un peu à côté de son premier EP interprété en langue anglaise. Par contre son deuxième EP, Eclosion Tardive, m’a envoûté immédiatement. Sa voix assurée (parfois susurrée) m’a embarqué sans jamais me lâcher tout au long de ses cinq titres aussi modernes qu’universels. Mélodiste hors pair, cette musicienne parvient avec douceur à bousculer son auditoire. La force tranquille disait le slogan… je dirais dans le cas de Mélie Fraisse, la pop tranquille.

Très efficace.

Nous nous sommes rencontrés, il y a quelques semaines dans un bar parisien pour évoquer son parcours et cette nouvelle aventure musicale. (C’est d’ailleurs à ce moment que j’ai appris/percuté que Bertille Fraisse, mandorisée trois fois, était sa sœur).

Sa page Facebook officielle.

Pour écouter son EP.

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(Photo : Poppy Moukoukenoff)

Biographie officielle :

Mélie Fraisse est une artiste complète, Premier prix de violon, Conservatoire national de musique de Paris, formation supérieure aux métiers du son. Née à Sète, elle grandit avec les chansons de Brassens, étudie le classique, rencontre le Grand répertoire et participe aux tournées de l’Orchestre français des jeunes. Puis la musique de son cœur, pop et rock, prend une place différente, plus intense. Musicienne pour les autres, sur scène et en studio (Raphaelle Lannadère, Albin de la Simone, Cats on Trees, Arandel, Maestro, Hburns, Laura Cahen), et arrangeuse, elle développe son métier comme l’artisan qu’elle revendique être, fille de ferronnier. Instrumentiste et créatrice, elle écrit pour le théâtre et le film des musiques illustratives déjà remplies de cette couleur qui la caractérise, nostalgique et sensible. Après un premier EP en anglais réalisé par Frédéric Soulard (Poni Hoax/Maestro/Jeanne Added), en 2017, elle retrouve la langue française, qu’elle manie de sa fibre littéraire, et le chemin du studio. Textes, composition, interprétation et arrangement, elle en ressort aujourd’hui avec ce magnifique EP, du temps volé à l’accélération du monde, de la sérénité trouvée.

mélie fraisse,éclosion tardive,interview,mandorLe disque (argumentaire de presse) :

Éclosion tardive, traduction littérale de “ late blooming “ : se trouver sur le tard, prendre le temps. Un set rempli de puissance, sur lequel Mélie Fraisse pose son fil, voix éraillée et grave, sur les instruments polymorphes qu’elle joue tous sur cet EP. Équité dans les textes, dans les instruments et dans les arrangements, sa musique à l’esthétique forte est la bande-son d’une époque où il est impossible de se positionner qu’a demi. Comme un souffle à l’oreille, la violoniste Mélie Fraisse invite à l’impudeur en nous ouvrant les portes de son univers sensible. Ses chansons aux arrangements prolifiques arpentent des textes nuancés, contrastés d’émotions, récit des transitions de la vie d’une femme. Mélodiste hors-pair, elle grave ses refrains sur des orchestrations écrites et profondes. Synthétiseurs, violons qu’elle utilise autant pour leurs qualités lyriques que dans une orchestration rythmique, sa machinerie de cordes pulse des arrangements en boucles infernales. Ses arpeggios nous emportent au-delà des mots vers un univers mélancolique mais bien terrestre. Un voyage au-delà de l’imaginaire, tableaux après tableaux.

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(Photo : Poppy Moukoukenoff)

mélie fraisse,éclosion tardive,interview,mandorInterview :

Tu es née à Sète et tu as été biberonnée à Brassens. Ce n’est pas un peu caricatural ?

Ce n’est pas caricatural parce que, quand tu as un papa guitariste qui t’endort avec Georges Brassens, on peut dire que c’est la réalité. Il était fan de cet artiste, j’ai donc vraiment été élevée à sa musique.

Ce qui n’est pas probant dans la musique que tu fais toi.

Non, mais dans mon set, je fais une reprise de Brassens, « La complainte des filles de joie ». C’est une chanson évidemment réinterprétée à ma manière.

Tu as fait le Conservatoire, ton parcours musical est donc « classique ». Ce sont tes parents qui t’ont incitée à suivre ce cursus ?

Nous avions une certaine éducation. Nous faisions de la musique, de la danse et il fallait bien travailler à l’école. C’était notre package de base. Ma mère disait que c’était « une corde de plus à notre arc ».

"Paris" extrait de l'EP Eclosion tardive.

Vous étiez quatre enfants (deux filles et deux garçons), tous logés à la même enseigne.

Oui, et j’ai quatre cousins. Je suis originaire de Corse par mon papa, alors chaque année, on se retrouvait tous dans la maison familiale. Les huit enfants que nous étions faisaient des spectacles intégrants danse et musique. Le village se déplaçait pour venir nous voir. Il y avait jusqu’à 300 personnes. Donc, je dis souvent que je fais ce métier depuis l’âge de huit ans parce que je n’ai jamais arrêté depuis.

A la sortie du Conservatoire, grâce à Christophe Rosenberg (coordinateur pédagogique, nouvelles technologies, musiques amplifiées, Philharmonie de Paris - Cité de la musique), tu rentres à la Philarmonie de Paris. Qu’est-ce que cela t’apporte ?

J’apprends à faire des sons et jouer avec d’autres. C’est la musique avec un grand M. Je découvre ce que j’ai envie de véhiculer. La musique, c’est de la pop, mais c’est aussi Bartok. Actuellement, j’y anime des ateliers qui s’appellent « Du son à la composition ». On y reçoit des jeunes, des groupes ou des adultes. Ils savent jouer ou pas, peu importe. On met à leurs dispositions toutes sortes d’instruments très différents et nous faisons de l’improvisation générative (forme d'improvisation libre, basée sur des principes d'écoute et d'invention musicale instantanée). On ajoute du sample puis de la MAO (musique assistée par ordinateur), on refait de l’improvisation, ce qui nous permet de voir jusqu’à quel point on peut aller loin musicalement avec zéro technique. C’est magique.

"Une considération sur le temps", extrait de l'EP Eclosion tardive.

Parce que tu as raté tes bourses scolaires, tu es aussi passée par les Bateaux Parisiens. Belle expérience ?

Oui. Je jouais dans les péniches aussi bien des standards de jazz que du Michael Jackson. C’est une magnifique école. Malgré mes diplômes, c’est ça qui m’a fait avancer dans mon métier. C’est vraiment la meilleure école d’adaptabilité. J’ai rencontré des magnifiques musiciens avec lesquels je bosse encore aujourd’hui.

Tu joues pour d’autres artistes et pas des moindres. Là encore, c’est une bonne école ?

Je me sens beaucoup plus libre quand je ne suis que musicienne. Travailler pour les autres m’apporte beaucoup et je suppose que je leur apporte aussi un peu. Je sers leur musique et je me nourris de la leur. C’est un bénéfice réciproque.  

"Je pars", extrait de l'EP Eclosion tardive.

Tu écris aussi des musiques pour le théâtre ou pour des films.

J’adore ça. J’ai la chance d’écrire vite. Ce sont des respirations. J’aime être les oreilles des réalisateurs ou des metteurs en scène. Ils savent ce qu’ils veulent, mais je suis le prolongement de leur désir musical. Je m’imprègne de l’œuvre sur laquelle je dois travailler, je laisse décanter et j’y reviens plus tard.

Tu y mets un peu de toi ?

Toujours. D’ailleurs, on vient me chercher pour ma couleur musicale.

Tu préfères travailler pour toi ou pour les autres ?

J’aime l’alternance.

Quand as-tu décidé d’être artiste « leader » ?

Il n’y a jamais eu de déclic, mais il y a un moment où ça m’a tellement brûlé que je l’ai fait. C’est venu rapidement, mais cette décision était emmagasinée depuis longtemps.

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Pendant l'interview...

Ton premier EP était en anglais, Eclosion tardive est en français. Quelles sont les différences de façons d’écrire ?

On n’écrit pas de la même manière. L’anglais te met plus en distance de sens. C’est beaucoup plus poétique et abstrait, il me semble. Là, je suis revenue plus dans l’héritage de la chanson française, de plus, au mixage, ma voix est plus devant, même si on entend bien les arrangements très musicaux derrière.

Ce que tu écris est très personnel ?

Oui. Parfois, j’ai une violence en moi dont j’ai envie de me débarrasser, donc, j’écris une chanson. C’est une sorte de purge. Parfois, c’est le moyen de pouvoir dire des choses que je n’aurais pas pu dire autrement. On écrit une chanson pour une raison et après, elle ne nous appartient plus. Les gens se l’approprient, me la renvoient comme ils l’ont comprise, ce qui me permet de l’écouter d’une autre manière. Une chanson est vivante.

La prochaine étape ?

C’est la sortie d’un album. La seule question est : dans quelle condition ? Cela dépendra des humains que je croiserai…

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Après l'interview.

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05 janvier 2022

Rouquine : interview pour le premier EP Mortel

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(Photo : Thomas Dillis)

rouquine,mortel,interview,mandor,the artistComme l’indique le dossier de presse, « ces deux bruns dont l’un tire sur le gris chantent le spleen avec une ironie mordante, dans une langue explicite et poétique. Les mélodies sont obsédantes et la tête bouge sur une électro-pop élégante et racée. Les mots sonnent comme des percussions. L’amour, les mômes, la mort, le sexe...ça remue et ça fait marrer. Rouquine aime bien James Blake et Boris Vian, Alt-J et Orelsan. Jouant avec les codes urbains sur des thèmes actuels, Rouquine dépoussière la chanson et prend son public à contre-pied ».

Ces deux bruns, je les suis depuis des années. En 2013, je recevais déjà Sébastien Rousselet et Nino Vella pour l’EP de leur premier groupe, Babel, La vie est un cirque (lire ici), puis Sébastien seul en 2015 pour l’EP Bless(e) You (lire là) et enfin, en 2017, Nino et Sébastien m’avaient invité à une écoute de différents morceaux devant figurer dans un futur album chez Elektra, un label de Warner. Il devait sortir début 2018 mais, finalement, il n’a jamais vu le jour (lire là).

Bref, ces deux-là, je savais qu’un jour, ils allaient finir par se faire remarquer. Leur victoire dans l’émission de Nagui, The Artist, en atteste même si elle reste anecdotique dans le parcours de ces deux garçons extrêmement talentueux.

Je leur ai récemment donné rendez-vous dans un café de la capitale pour faire un nouveau point sur leur carrière.

Biographie officielle par Rouquine:rouquine,mortel,interview,mandor,the artist

Rouquine c'est un scalp à deux têtes. L'une est celle de l'homme clavier/machines et chanteur Nino Vella, compositeur de notre duo. L'autre tête pensante est celle du chanteur et auteur Sébastien Rousselet. C'est en 2010 qu'on se rencontre tous les deux chez un ami commun et qu'on crée le groupe Babel avec deux autres musiciens. Ce quatuor s'inscrit dans une veine rock-electro française et c'est durant les 8 ans d'existence de ce groupe qu'on va véritablement faire nos armes en live avec quelques centaines de dates explosives dont deux passages aux Francofolies, deux tournées en Chine, un stade en 1e partie de Johnny ainsi qu'une signature chez Warner pour un album qui ne verra jamais le jour. Entre nous se tisse surtout une solide complicité basée sur l'amour du gros son et de la bonne bouffe ainsi qu'un humour qui peut faire marrer quand on a 15 ans d'âge mental. En parallèle on écrit et compose tous deux pour d'autres interprètes de la chanson, se frottant ainsi à la contrainte du sur mesure. Suite à la dissolution de Babel, on se retrouve en studio comme en laboratoire avec pour seule ambition de « faire ce qu'on sent », sans savoir où on va. Le compositeur est donc devenu citadin, l'auteur vit dans les coteaux. Le premier a 28 ans, le second est son aîné de 16 ans et daron de quelques mômes. Qu'est-ce que c'est que ce truc ? Ce truc a priori mal assorti va donc s'appeler Rouquine, histoire de pousser à fond l'aspect incongru. Comme si la réunion de deux mecs plutôt hétéro-normés ça donnait quand même du féminin, comme si nos inspirations associées avaient créé un précipité de couleur rouille. Bref comme si ça faisait un peu tache. De rousseur bien sûr. Ça nous fait surtout marrer mais on n'y pense pas plus que ça, on est d'abord réunis par le plaisir de faire nos chansons sans autre contrainte que les règles qu'on s'impose, comme dans un jeu. Pas d'âge pour être des sales gosses.

rouquine,mortel,interview,mandor,the artistLe premier EP (toujours par Rouquine) :

Les premiers titres viennent spontanément, le son trouve sa couleur et les mots donnent le ton. On va parler de nous, de ce qu'on vit et de ce qu'on voit. Un peu romantiques, un poil punk. L'interprétation se trouve aussi. Finies les voix poussées sur la corde raide. Influencée par l'urbain en général tant dans la prod que dans le texte, Rouquine a la mélodie généreuse pour parler des questions que soulève la parentalité d'aujourd'hui, de la relation humaine par techno-cocon interposé (cc Alain Damasio) ou des dernières 24 heures d'un cancéreux qui au son du gimmick solaire d'un orgue hammond va profiter de cette ultime journée « comme un salopard ». Du sentiment mais pas de sentimentalisme. Rouquine assume un ton grinçant, des mots écrits et crus pour traiter frontalement de thématiques peu entendues, mais avec la distance nécessaire. Nos deux voix qui s'entremêlent, feutrées et triturées permettent aussi de maintenir cette distance. Les ombres de James Blake et Alt-J planent pas loin, près des rimes riches et des fulgurances de Chaton et Orelsan.

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(Photo : Thomas Dillis)

rouquine,mortel,interview,mandor,the artistInterview :

Nino, raconte-moi ton parcours en quelques mots :

Nino Vella : Après m'être hissé sur le piano droit de mes parents pour rejouer les musiques qui résonnent dans la maison, j'ai étudié au conservatoire de Cholet (49) ma ville natale, où j’ai fais mes gammes sur Debussy ou Oscar Peterson. En grandissant, j'ai écouté aussi bien la chanson française de Renaud, le rap d'Eminem ou la pop néo-classique d'Agnès Obel. Aujourd'hui installé à Paris, il m'arrive de composer la musique d’un film, réaliser des chansons en studio pour de nombreux artistes allant de Nemir à Lord Esperanza en passant par Patrick Bruel ou Gauvain Sers, accompagner en live au piano des artistes tels qu’Yseult, Vianney ou Juliette Armanet.

Même question pour toi Sébastien.

Sébastien Rousselet : Influencé par le parcours de vie d'écrivains tels que Kerouac et Bukowsky ainsi que par mes racines paysannes, j'ai longtemps mis une main dans le cambouis tandis que je lisais de l'autre. J'ai parfois taillé le granite tout en écoutant Radiohead et Gainsbourg. J'écrivais des chansons, j'enfilais une blouse d'aide-soignant, puis je repartais en solo sur un festival avec ma guitare sèche. Après quelques années passées à Londres et en Bretagne j'ai atterri dans les vignes au sud d'Angers où je vis toujours. Aujourd'hui quand je ne suis pas en concert, j'écris des paroles de chansons, des nouvelles, des contes pour mômes, je monte des spectacles avec des détenus, des toxicomanes ou des lycéens et j'accompagne des groupes musicaux sur leur travail scénique.

"Cyborg" en live dans Le Lab Virgin Radio.

Comment êtes-vous passés de Babel à Rouquine ?

Nino : Artistiquement, avec les deux autres Babel, nous n’étions plus sur la même longueur d’onde. Ça faisait un bout de temps qu’avec Sébastien, nous étions frustrés de ne pas avoir un projet tous les deux. Disons qu’après huit ans de tournée, c’est une fin de cycle. L’expérience avec un label de chez Warner qui s’est soldée par un échec à mis fin à notre envie de continuer, même si on a encore fait une tournée qui nous a emmené jusqu’en Chine. Le dernier concert a eu lieu en octobre 2018.

Sébastien : Avec Babel, il y a eu beaucoup de pics et de creux. A un moment, on commençait à être épuisés. Avec Nino, on a continué à faire des chansons ensemble en studio. Celles-ci nous ont amené à créer un nouveau groupe, en l’occurrence Rouquine. Je tiens à préciser que nous continuons à bien nous entendre avec les deux autres membres de Babel. Il n’y a aucune rancœur dans cette histoire.

"Les enfants sont des gros enfoirés". Graphisme : Marie Poirier. Motion Design : Sebastien Vion

Ce qui est fou c’est que Rouquine n’a rien à voir avec Babel..

Sébastien : On avait l’envie de changer artistiquement. Vocalement, nous voulions envoyer beaucoup moins et musicalement, on a calmé nettement notre grandiloquence.

Nino : Cette désinterprétation du chant nous a permis de gommer le côté rock pour nous retrouver avec des compositions beaucoup plus intimes. La digestion de tous les projets sur lesquels nous avons travaillé nous ont aidé à évoluer dans ce sens. J’ai pris beaucoup des artistes dont j’ai réalisé les albums ou que j’ai accompagnés.

Sébastien : On a tout épuré.

Vos textes sont beaucoup plus frontaux et intimistes.

Sébastien : Il y a beaucoup moins de fioritures pseudo-poétiques, c’est vrai.

Session Live de "Mortel" au Jardin de verre à Cholet (49) - Juin 2021

Dans « Mortel », vous faites d’un sujet grave, le dernier jour d’un homme qui meurt d’un cancer, une chanson joyeuse.

Sébastien : La musique solaire nous aide à aller vers ce processus.

Nino : Avec Babel, nous faisions du ton sur ton. Les textes graves étaient interprétés sur des musiques graves. Avec Rouquine, on fait le contraire.

Le premier album de Rouquine sort quand ?

Nino : On aimerait le sortir en mars 2022.

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Rouquine, lauréat de la première édition de The Artist.

Parlons de The Artist, l’émission produite par Nagui dont vous êtes les lauréats. Comment êtes-vous arrivés dans cette aventure ?

Nino : On a été castés par un des directeurs artistiques de l’émission. On est venu nous chercher. Jamais de la vie, nous nous serions inscrits à ce type d’émission.

Sébastien : Quand on nous a contactés, ça nous a angoissé. On a hésité deux mois, mais ils ont su trouver les bons arguments. A commencer par Nagui qui ne fait pas n’importe quoi en terme de musique. Il a créé Taratata quand même et aussi, il respecte beaucoup les artistes. Autre argument de poids, on allait pouvoir proposer nos propres compositions en live. Au final, ça a été une expérience très positive.

Nino : On a eu aussi une formation accélérée sur comment gérer le stress. La télé, le direct, les caméras, les contraintes techniques colossales, ce n’est pas le même stress que celui que nous vivons sur scène. Et, il faut bien le dire, depuis The Artist, nous sommes beaucoup plus facilement identifiables.

Sébastien : L’émission a été un accélérateur de particules.

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(Photo : Thomas Dilis)

En quoi The Artist vous a donné un peu plus confiance en vous ?

Nino : Ça m’a donné confiance en tant que chanteur parce qu’avant l’émission, je ne me considérais pas comme tel. Aujourd’hui, j’arrive un peu à accepter l’idée. Cela dit, cette émission n’est pas une fin en soit, elle fait partie de notre parcours.

Sébastien : Ce qui est sûr, c’est que ça nous a donné du carburant pour aller plus loin.

Nino : En gros, on vient d’arriver en haut d’une colline, et en arrivant en haut de cette colline, on voit celle d’après. Je ne ressens pas tant que ça de soulagement après l’émission.

Sébastien : Moi, pareil.

"Tombé". Graphisme : Marie Poirier. Motion Design : Sebastien Vion.

C’est quoi la prochaine étape ?

Nino : C’est que les gens viennent nous voir en concert.

Sébastien : La notoriété, c’est presque le mal nécessaire parce que tu as besoin de faire venir les gens te voir sur scène. Grâce à cette aventure, on a fait des premières parties de Tryo, de Gaëtan Roussel, un Café de la Danse le 15 décembre dernier. Nous allons également faire une tournée des SMAC (scènes de musiques actuelles) et des festivals.

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Avec Sébastien Rousselet et Nino Vella, après l'interview, dans un café parisien.